diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/001.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/001.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5f113c5b1d6e1cffc53d4ac3660e0a636a27a013 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/001.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-MICHEL APHATIE Avez-vous été informé par les autorités algériennes du bilan de l'assaut qu'elles ont mené sur le site gazier d'In Amenas ? MANUEL VALLS Non, pas à ce stade. La situation est encore confuse. Nous avons, évidemment, des relations étroites avec nos amis Algériens, mais à ce stade, à cette heure, je ne peux pas vous donner des informations précises. JEAN-MICHEL APHATIE On évoque la mort d'un Français parmi les trente Occidentaux qui seraient morts. On parle aussi de la présence d'un Français parmi les djihadistes. MANUEL VALLS Je n'ai pas d'information sur ce sujet-là. Il y avait très peu de Français, par ailleurs, sur cette base particulièrement étendue, à mille six cents kilomètres au Sud d'Alger. C'est peut-être pour cela aussi que les informations ont du mal à remonter. Très peu de Français ; nous avons des nouvelles de deux d'entre eux qui sont revenus. Pour ce qui concerne les deux autres, s'il y en avait deux autres, nous n'avons pas à ce stade plus d'informations. Nous espérons en avoir dans la matinée. JEAN-MICHEL APHATIE Je parlais d'un Français parmi les djihadistes. Là non plus, vous n'avez pas d'information ? MANUEL VALLS Non, nous n'avons pas d'information. D'une manière générale, sur les informations qui remontent sur cette prise d'otages dramatique, j'invite chacun à être extrêmement prudent. Souvent ces informations remontent d'un certain nombre de sites liés aux terroristes eux-mêmes. Soyons à ce stade prudents. JEAN-MICHEL APHATIE Vos services ont-ils noté ces dernières semaines, peut-être, des départs de jeunes Français vers le Sahel ? MANUEL VALLS Vous savez, depuis des années il y a des Français djihadistes qui sont allés faire le djihad, la guerre, à la fois en Afghanistan, en Syrie, et pour quelques-uns – très peu – au Sahel. Ils sont donc évidemment surveillés par nos services de renseignement. JEAN-MICHEL APHATIE Comment définiriez-vous après une semaine de conflit au Mali, Manuel VALLS, l'état de la menace terroriste en France ? MANUEL VALLS La menace est là, le terrorisme a frappé. Mohamed MERAH a tué à Toulouse et à Montauban. Les services et la police française ont démantelé une cellule qui avait frappé à Sarcelles, avec sans doute la volonté de tuer pour préparer aussi le départ d'un certain nombre de Français vers la Syrie. La menace est là, nous devons redoubler de vigilance. C'est à la fois le sens du plan Vigipirate qui a été renforcé à la demande du Premier ministre et c'est tout le travail des services de renseignement. Je ne dis pas que la France va être frappée, je dis qu'il nous faut être vigilants, absolument vigilants. JEAN-MICHEL APHATIE Avez-vous arrêté des personnes depuis le début du conflit sur le territoire ? MANUEL VALLS Je donne le moins d'information sur ce sujet-là, et il en va d'une manière générale du travail de nos services. Vous savez, dans le monde d'aujourd'hui la guerre contre le terrorisme, contre le djihadisme, prend désormais instantanément, nous le voyons bien, un caractère à la fois global et local. J'ai déjà eu l'occasion de dire au Parlement, quand j'ai présenté la loi antiterroriste, que nous avions un ennemi extérieur. C'est celui que nous combattons aujourd'hui au Mali, puisque ces terroristes, ces groupes terroristes et criminels fondaient sur Bamako, et aussi un ennemi intérieur. C'est celui-ci que nous devons combattre avec beaucoup de ténacité, avec un travail de renseignement en mobilisant les forces de l'ordre à qui je rends hommage parce qu'elles sont évidemment extrêmement attentives à tout ce qui pourrait représenter un danger pour nos concitoyens. JEAN-MICHEL APHATIE Quand vous dites que vous donnez le moins d'information possible sur d'éventuelles arrestations, par exemple, ou démantèlement de cellules, cela veut-il dire que si vous ne le démentez pas, il s'est peut-être passé quelque chose que vous ne pouvez pas évoquer ou que vous ne voulez pas évoquer ? MANUEL VALLS En général je crois, et comme ministre de l'Intérieur, quand il y a des enquêtes, quand il y a des individus qui sont surveillés, je me dois d'être prudent. Je vous rappelle que par ailleurs, souvent ces enquêtes sont placées sous l'autorité d'un magistrat. JEAN-MICHEL APHATIE L'affaire Merah a montré la possibilité d'une radicalisation individuelle très difficile à prévenir, bien sûr. Craignez-vous ce genre de renouvellement de comportement ? MANUEL VALLS Bien évidemment. Il y a des groupes organisés. Il y a déjà eu par le passé des groupes organisés. Vous savez, AQMI c'est la suite du GIA, du GSPC. Le GIA a mené une campagne d'attentats au milieu des années quatre-vingt-dix, donc nous devons être très prudents. Je ne suis pas sûr qu'AQMI ait aujourd'hui les mêmes moyens qu'à l'époque du GIA sur notre sol. Mais enfin, il y a des processus de radicalisation qui vont très vite. Nous l'avons vu avec cette cellule qui a été démantelée au mois de septembre. Qui vont très vite, où l'antisémitisme, la haine de la France, de nos valeurs, de l'Occident, peuvent jouer un rôle très important. Internet joue un rôle bien évidemment. Ça veut dire qu'il faut aussi être très attentif à ces individus qui peuvent, un jour ou l'autre, passer aux actes. Mais puisque nous parlons du terrorisme, permettez-moi de vous dire que s'il y a un pays qui a été frappé par le terrorisme – ça été une véritable guerre civile – c'est l'Algérie. Moi, je veux aussi saluer l'engagement des Algériens. Je n'ai pas plus d'éléments aujourd'hui d'information sur ce qui s'est passé. JEAN-MICHEL APHATIE Comment ça se fait d'ailleurs ? MANUEL VALLS Mais les Algériens aujourd'hui sont confrontés tout d'abord à une attaque contre leur pays, contre leurs ressources économiques et énergétiques. JEAN-MICHEL APHATIE Vous dites que vous êtes en contacts réguliers avec les autorités algériennes. Comment comprendre que vous ne disposiez pas de plus d'information ? MANUEL VALLS Parce que c'est loin ; parce que c'est confus ; parce que la base est très étendue, celle de BP, de ce terminal gazier ; parce qu'il y avait des centaines de personnes, d'abord des Algériens mais aussi évidemment des salariés Occidentaux dont quelques Français ; parce que c'est une opération de l'armée ; parce que les terroristes sont extrêmement bien armés, très déterminés, fanatiques. Nous sommes donc là à une véritable confrontation nouvelle que nous-mêmes nous n'avons jamais, fort heureusement, connue. Cela nécessite évidemment aussi une très grande détermination de la part de nos amis Algériens. JEAN-MICHEL APHATIE Des autorités très critiquées pour la violence avec laquelle elles ont mené l'opération hier. MANUEL VALLS Mais à ce stade, je ne peux pas, moi, commenter JEAN-MICHEL APHATIE Vous partagez ces critiques ? MANUEL VALLS Non, parce que d'abord ce sont des Algériens qui sont concernés avec, évidemment, des Occidentaux. Ce sont d'abord les Algériens qui ont connu des dizaines de milliers de morts pendant la guerre civile dans les années noires, dans les années quatre-vingt-dix. Quand on est confronté au terrorisme, quand en plus on le combat ensemble, j'invite à la prudence quant aux commentaires et aux critiques. JEAN-MICHEL APHATIE On ne risque pas d'être complaisant avec les autorités algériennes vu la manière dont elles ont géré cette affaire. MANUEL VALLS Mais moi, je n'en sais pas plus sur la manière dont elles ont géré l'affaire. Et puis, en matière de lutte contre le terrorisme, il y a évidemment – là aussi, le président de la République l'a dit quand il s'est rendu au mois de décembre à Alger – il y a là une solidarité. Vous savez, la lutte contre le terrorisme ce n'est pas le nord contre le sud ; ce n'est pas le monde occidental contre le Maghreb ou l'Afrique. Ce sont toute une série de pays aujourd'hui qui ont souvent les mêmes valeurs, qui sont les victimes de ces terrorismes, qui doivent combattre ensemble le terrorisme. JEAN-MICHEL APHATIE Une autre actualité vous concerne, Manuel VALLS. Nous connaîtrons aujourd'hui les statistiques de la délinquance pour 2012. On dit que la tendance est mauvaise ; le confirmez-vous ? MANUEL VALLS Cette journée est importante parce que j'ai voulu consacrer l'indépendance de l'institution. L'ONDRP, l'office national qui publie les chiffres de la délinquance, va s'exprimer dans la matinée et j'aurai l'occasion de commenter ces chiffres. Mais moi, je vais assumer ces chiffres, je veux regarder en face la réalité de la délinquance pour mieux la combattre, les violences sur les personnes. JEAN-MICHEL APHATIE La tendance est mauvaise. MANUEL VALLS Je ne vous dirais pas ça. Les violences sur les personnes, les violences sur les femmes, les cambriolages augmentent et depuis des années. C'est vers ces phénomènes, vers cette violence, vers ces cambriolages que nous devons évidemment nous engager. La seule bonne nouvelle, et elle est de taille, c'est que les homicides en France ont atteint leur plus bas niveau historique. JEAN-MICHEL APHATIE Vous aurez l'occasion de préciser tout cela, Manuel VALLS, avec les auditeurs de RTL à partir de 8 heures 15. LAURENT BAZIN Manuel VALLS est donc resté avec les auditeurs de RTL. Les questions sont nombreuses, Manuel VALLS, évidemment vous l'imaginez, au standard, au 32 10. Bonjour Édouard. Édouard, de Troyes, sur ce qui se passe encore en Algérie parce que, Manuel VALLS le disait tout à l'heure sur RTL, la situation reste confuse. ÉDOUARD Tout à fait. Bonjour monsieur le Ministre. MANUEL VALLS Bonjour monsieur. ÉDOUARD Voici ma question. Depuis trente-six heures et le début des événements, les gouvernements occidentaux directement concernés par la prise d'otages semblent être privés d'information de la part des autorités algériennes. Doit-on s'en étonner et cela cache-t-il quelque chose ? Je vous remercie. MANUEL VALLS Je ne le crois pas. Je crois que c'est une opération extrêmement difficile, qui se déroule à mille six cents kilomètres au sud d'Alger, cette base où BP est particulièrement étendu, avec des centaines de personnes qui y travaillent. L'Algérie et les autorités algériennes ont décidé d'une opération armée dans des conditions que, pour le moment, je ne connais pas et je me garde bien de tout jugement à l'égard des autorités algériennes. Au moment où je vous parle, nous ne savons pas si l'opération est réellement terminée ou s'il reste encore des terroristes et des otages. Je reste donc extrêmement prudent quant à l'analyse qu'il faut faire sur cette situation. LAURENT BAZIN Question qui nous parvient du côté du SMS : avez-vous connaissance de menaces précises contre l'Hexagone, contre la France ? MANUEL VALLS Nous sommes face à une menace depuis des mois. LAURENT BAZIN Précise ? MANUEL VALLS Nous sommes face à des menaces et, de toute façon, il y a eu des actes terroristes. LAURENT BAZIN C'est une situation permanente depuis plusieurs mois, depuis plusieurs années ? MANUEL VALLS C'est une situation permanente, oui, depuis plusieurs mois. LAURENT BAZIN Est-ce que vous avez connaissance, c'est la question, de menaces précises ? MANUEL VALLS Il n'y a pas de menaces précises mais je rappelle tout de même que sur les réseaux sociaux, sur Internet, à l'étranger ou en France, il y a des appels au djihad, à s'en prendre aux intérêts français, aux Français dans le monde ou sur notre sol. Nous prenons évidemment avec beaucoup de sérieux toutes ces menaces. LAURENT BAZIN Bonjour Maurice. MAURICE, AUDITEUR DE MARSEILLE (BOUCHES-DU-RHONE, 13) Bonjour. LAURENT BAZIN Maurice, vous nous appelez de Marseille. Votre fils est militaire. Il est depuis deux ou trois jours, nous dites-vous, au nord du Mali. MAURICE Oui, bonjour messieurs dames, bonjour monsieur le Ministre. MANUEL VALLS Bonjour monsieur. MAURICE Ma question est toute simple. Mon fils était en Afghanistan, où j'étais moins inquiet qu'aujourd'hui. Pourquoi enlever si rapidement les soldats, les militaires qui se battaient contre le terrorisme en Afghanistan pour les mettre au Mali, seuls, isolés de l'Europe ? Aujourd'hui je n'ai pas de nouvelles de mon fils, je ne sais pas où il en est. Je ne comprends pas ! D'après monsieur HOLLANDE, on devait faire une aide logistique ; on se retrouve au front, sans aucune aide. Tous les autres pays aujourd'hui, c'est eux qui nous promettent une aide logistique. Expliquez-moi un peu, parce que j'ai un peu de mal à comprendre. LAURENT BAZIN Manuel VALLS ? On entend l'émotion de Maurice qui témoignait déjà, si mon oreille est bonne, dans RTL midi hier, me semble-t-il. MANUEL VALLS Je peux comprendre cette émotion et je veux rendre hommage à tous ces soldats, dont son fils, qui sont aujourd'hui au Mali. La France n'est pas n'importe quel pays. C'est une grande nation qui a une armée, qui a la capacité d'intervenir dans le cadre des résolutions internationales ou quand il y a une demande d'aide légitime, qui est prévue d'ailleurs par la charte des Nations Unies. LAURENT BAZIN Il faut reconnaître qu'elle est bien seule aujourd'hui, Manuel VALLS. MANUEL VALLS La France n'est pas seule ; la France est précurseur dans ce conflit. Quelle était l'alternative ? Si la France n'était pas intervenue, aujourd'hui les groupes terroristes et criminels comme ceux qui attaquaient l'Algérie, les Algériens, les Occidentaux, les intérêts économiques de ce pays ami, seraient sans doute à Bamako. Est-ce que nous pouvons, nous, accepter un État... LAURENT BAZIN Nous resterons des mois, Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Nous resterons le temps nécessaire. Mais ce qui me paraît important, c'est de rappeler les objectifs. Le premier objectif, c'était d'arrêter ces groupes terroristes qui fondaient sur Bamako. Le deuxième objectif, qui est celui de la communauté internationale aussi, c'est de restaurer l'intégrité du Mali et de permettre le déploiement d'une force africaine. L'ensemble de la communauté internationale - les Nations Unies, l'Union européenne, les États africains – soutiennent l'action de la France. Progressivement, il y a non seulement un soutien politique bien évidemment, mais aussi un soutien logistique. La force d'interposition, la force de déploiement africaine, va se mettre progressivement en place. Nous ne sommes donc pas seuls. Quant à la question qui m'a été posée il y a un instant, François HOLLANDE avait annoncé, comme d'ailleurs la plupart des pays, que la mission étant terminée en Afghanistan, nous allions récupérer progressivement – et ça s'est d'ailleurs fait plus vite que prévu – nos soldats qui ont payé, je le rappelle, un lourd sacrifice en Afghanistan. LAURENT BAZIN Merci Maurice et merci à Édouard qui nous appelaient. Évidemment une pensée pour les soldats et en particulier pour votre fils, Maurice, qui est donc au Mali en ce moment. Bonne journée à vous. On marque une petite pause et on va parler de la délinquance puisque le ministre publie aujourd'hui les chiffres qui sont bons, si j'ose dire, du côté des homicides à leur plus bas niveau, mais mauvais du côté des violences aux personnes. Bonjour Marina. MARINA, AUDITRICE DE GARDANNE (BOUCHES-DU-RHONE, 13) Bonjour. LAURENT BAZIN Marina de Gardanne, on vous écoute sur l'insécurité et plus précisément sur les vols. MARINA Voilà. Bonjour monsieur le Ministre. MANUEL VALLS Bonjour madame. MARINA Je vais vous exposer un fait qui s'est passé hier devant moi. Dans un magasin, il y a eu des vols à l'étalage. Il y en a eu à peu près pour cinquante euros. Les caissières ont arrêté les personnes, ont appelé la gendarmerie et on leur a répondu qu'on ne se déplaçait pas pour moins de deux cents euros de vol. Est-ce que vous pensez que c'est comme ça qu'on va pouvoir lutter contre la délinquance quotidienne ? MANUEL VALLS Non, bien sûr, parce que tout acte de délinquance et y compris celui que vous venez d'évoquer doit trouver une sanction. C'est précisément quand on ne sanctionne pas ce type d'acte que vous avez, et que beaucoup de concitoyens, beaucoup de Français, peuvent avoir le sentiment d'une certaine impunité. LAURENT BAZIN C'est une façon de ne pas gonfler les chiffres, de ne pas intervenir Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Je ne crois pas et je ne l'espère. Parce que je vous l'ai dit, et je l'ai dit à Jean-Michel APHATIE ce matin, moi j'assume et j'assumerai les chiffres. Parce qu'on constate depuis des années que la violence a changé de nature. Les tentatives de meurtre, les violences crapuleuses sur la voie publique et notamment contre les femmes, l'augmentation d'un certain nombre de règlements de comptes nous connaissons, par exemple, la situation de Marseille ou de la Corse les cambriolages qui augmentent depuis des années partout en zone urbaine comme en zone rurale, les escroqueries à la carte bleue et puis cette délinquance quotidienne, celle que cette dame a constatée dans un magasin ou celle que beaucoup de nos compatriotes peuvent constater dans leur hall d'immeuble. C'est cette délinquance sous toutes ses formes qui doit être condamnée. LAURENT BAZIN Et c'est elle qui augmente. C'est ce qu'on comprend. MANUEL VALLS C'est celle qui augmente depuis des années. LAURENT BAZIN Et qui va augmenter aujourd'hui dans les chiffres que vous publiez. MANUEL VALLS Pas sur tous les items mais précisément ce qui change, c'est qu'il y a un outil indépendant : ce n'est pas le ministre qui annonce d'abord les chiffres de la délinquance. C'est cet outil indépendant, ce qui permet de sortir des polémiques stériles sur ce sujet parce que moi, ce qui m'intéresse, c'est de lutter contre les violences aux personnes, contre les cambriolages, contre le trafic de drogue, contre le trafic d'armes, contre la cybercriminalité, contre le terrorisme bien évidemment - nous en avons beaucoup parlé ce matin. C'est ça l'action d'un ministre, c'est ça l'action des forces de l'ordre. LAURENT BAZIN Deux questions rapides du côté du SMS. Taux zéro d'alcool pour les jeunes, pourquoi pas pour tout le monde ? MANUEL VALLS Pourquoi pas ? Vous savez que j'ai remis en place le conseil national de la sécurité routière qui me fera un certain nombre de propositions. La lutte contre la violence routière est pour moi une priorité. Vous savez que pour la prochaine décennie, j'ai fixé l'objectif de passer de quatre mille à deux mille mort sur les routes. LAURENT BAZIN Question. C'était l'ouverture du journal de 7 heures et demie de RTL ce matin : le SAMU social de Metz refuse des demandes de la part de sans-papiers qui téléphonent en disant qu'il fait froid et qu'ils ont envie d'être hébergés, en disant : « Vous n'êtes pas prioritaires. Les Français d'abord et les demandeurs d'asile. » Est-ce que vous validez cette attitude ? MANUEL VALLS Non, bien sûr. On ne peut pas la valider parce que la détresse, surtout dans ce temps de froid mais de manière générale, parce qu'on meurt toute l'année dehors dans la rue, cette détresse doit trouver une réponse. LAURENT BAZIN Joël nous dit, par exemple : « Les Français doivent être prioritaires pour l'hébergement d'urgence. » MANUEL VALLS Il est vrai en même temps que l'hébergement d'urgence est aujourd'hui saturé. Avec Cécile DUFLOT, nous cherchons et nous trouvons les solutions pour y faire face. LAURENT BAZIN Dernière question de Rémy, de Bar-sur-Seine : quelle est votre réaction aux aveux d'ARMSTRONG ? MANUEL VALLS C'est une surprise ? Moi, je ne crois pas. J'aime beaucoup le Tour de France, j'essaye à chaque fois d'être présent sur une étape parce que c'est une compétition dans des paysages magnifiques. Mais le cyclisme est malade du dopage des années. Vous voyez, vous me faites parler d'autres sujets mais ça n'est, je crois, une surprise malheureusement pour personne. Le sport, là aussi, doit obéir à des valeurs d'éthique. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/002.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/002.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..cb3987dea4bca22131d4b5a6c732b9bc0fac753b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/002.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-JACQUES BOURDIN Vous confirmez, arrestation de plusieurs personnes ce matin dans les milieux dits islamistes ? MANUEL VALLS Il y a une opération en cours, menée par la Direction centrale du Renseignement intérieur en région parisienne, ces interpellations, qui sont en cours, font suite à l'arrestation, déjà, d'un individu il y a quelques mois, cet été, sur la frontière entre le Mali et le Niger. Donc c'est une enquête de longue date, qui se poursuit aujourd'hui. JEAN-JACQUES BOURDIN Combien de personnes interpellées ? MANUEL VALLS Quatre, semble-t-il, mais je reste prudent puisque l'enquête est en cours. JEAN-JACQUES BOURDIN Quatre pour l'instant ? MANUEL VALLS Bien sûr. JEAN-JACQUES BOURDIN Quatre personnes interpellées, donc des milieux qui auraient des liens avec les djihadistes et qui actuellement sont chassés par les militaires français au Mali, au Nord Mali ? MANUEL VALLS Probablement, mais je veux rester prudent. D'abord je pense que sur ce type d'opération il faut être discret, ce que je veux vous dire, et à travers-vous à ceux qui nous écoutent et ceux qui nous regardent, c'est que la police française, les services de renseignements, intérieur ou extérieur, sont sur le qui-vive déjà depuis plusieurs mois, il y a une alerte, il y a évidemment une menace qui pèse sur la France, depuis notamment les crimes de Mohamed MERAH, la police a déjà démantelé une cellule terroriste en septembre dernier, qui avait agi, qui avait frappé sur Sarcelles le 19 septembre dernier avec la volonté de tuer, donc il faut continuer ce travail de démantèlement, de ces réseaux qui veulent soit agir sur notre territoire, soit exfiltrer des individus pour faire le Djihad, pour apprendre les pratiques des terroristes en Syrie, il y en a beaucoup, et aussi sur le Sahel. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire, en Syrie il y en a beaucoup ? MANUEL VALLS Plusieurs dizaines de français, ou de résidents en France, se sont déjà rendus en Syrie, souvent dans des groupes contrôlés par Al Qaïda. Et il y a aussi quelques individus qui veulent se rendre au Sahel, donc il faut les empêcher, les arrêter, les neutraliser. JEAN-JACQUES BOURDIN Ou qui sont au Sahel ? MANUEL VALLS Il y a probablement une poignée, je ne peux pas vous dire le nombre précis, une poignée de français qui sont au Sahel. JEAN-JACQUES BOURDIN Et qui combattent l'armée française, et l'armée malienne, avec les djihadistes ? MANUEL VALLS Et qui peuvent combattre effectivement l'armée française. Deux d'entre eux ont déjà été arrêtés, ou interpellés, au cours de ces derniers mois, parce que la coopération avec… JEAN-JACQUES BOURDIN Deux français qui étaient engagés là-bas, au Sahel ? MANUEL VALLS Deux français qui voulaient se rendre au Sahel, dont cet individu dont je viens de parler, un autre au Mali il y a quelques mois, ont déjà été arrêtés, par des polices maliennes, ou nigériennes, comme quoi il y a aussi une coopération de très grande qualité avec nos amis nigériens et maliens. JEAN-JACQUES BOURDIN Et là l'opération conduite, là, ce matin, est une opération en lien avec l'engagement français au Mali, ou en lien avec les djihadistes du Nord Mali ? MANUEL VALLS Cela fait plusieurs mois que cette filière est suivie, donc c'est au-delà même de cet engagement de la France, nécessaire et juste, au Mali. Mais cela veut bien dire que nous ne baissons pas la garde, il y a une très grande vigilance et une action de nos services qu'il faut laisser travailler aussi dans la discrétion. JEAN-JACQUES BOURDIN Parfois, des personnes sont interpellées, et souvent relâchées, Manuel VALLS. MANUEL VALLS Ce n'est pas le cas pour cette personne qui a été arrêtée il y a quelques mois. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, c'est vrai. MANUEL VALLS Mais le travail, aussi, de la police, évidemment sous l'autorité du Parquet, de la justice, c'est aussi de vérifier les informations. Là, vous faites référence, je pense, aux arrestations qui ont eu lieu la semaine dernière et qui concernaient… JEAN-JACQUES BOURDIN Concernant Mohamed MERAH. MANUEL VALLS L'environnement de Mohamed MERAH, puisque là, en l'occurrence il s'agit de comprendre comment Mohamed MERAH a agi. JEAN-JACQUES BOURDIN Je vais y revenir. Mais, le terrorisme, parlons du terrorisme, d'abord est-ce que vous avez reçu des menaces précises d'attentats ces derniers jours ? MANUEL VALLS Non, mais là aussi il faut être extrêmement prudent, et je resterai, par la force des choses, discret, mais il n'y a pas de menace directe, cependant il y a des menaces que l'on retrouve, notamment, sur Internet, sur les réseaux sociaux, par des appels à faire la guerre, à s'en prendre aux Français et aux intérêts de la France. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous avez expulsé un prêcheur, un marocain, qui s'appelle Ali BENHAMOU, proche du groupe salafiste « Forsane Alizza », renvoyé dans son pays, que lui reprochiez-vous ? MANUEL VALLS Des propos, s'en prenant aux valeurs de la France, portant atteinte aux intérêts fondamentaux du pays. Vous savez, les mots, et les paroles, peuvent tuer, et donc il n'y a pas de place, en France, quand il s'agit d'étrangers, pour ce type de discours. JEAN-JACQUES BOURDIN D'autres expulsions sont prévues ? MANUEL VALLS D'autres expulsions, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, auront lieu. A chaque fois qu'un étranger s'en prend aux valeurs de la France, à la place de la femme dans la société, appelle au meurtre, il n'a rien à faire dans notre territoire, il sera expulsé. Le président de la République et le Premier ministre m'ont demandé de faire preuve de la plus grande fermeté à l'égard de ces discours. Vous savez, la lutte contre le terrorisme c'est une lutte en profondeur, qui doit mobiliser l'ensemble de la société, c'est aussi un combat de valeurs, et les valeurs de la République, les valeurs de la démocratie, l'égalité homme/ femme, sont au cœur de notre pacte républicain, et donc il n'y a pas de place pour ces discours. JEAN-JACQUES BOURDIN MERAH n'était pas seul ? Est-ce qu'il était seul, MERAH, pour préparer ses assassinats ? Il avait des complices, on les cherche ces complices, Manuel VALLS. MANUEL VALLS Il y a une enquête en cours, MERAH a sans doute agi seul, c'est-à-dire qu'il a tué seul, mais il n'est pas un loup solitaire, contrairement à ce qui avait été dit au lendemain de ses meurtres de Toulouse et de Montauban, c'est-à-dire que tout simplement il a été influencé par un milieu social, par son quartier, par des rencontres, par ses déplacements, en Afghanistan et au Pakistan. On lui a appris, même de manière rudimentaire, le maniement des armes. Il a eu des moyens pour faire ses voyages, ses déplacements. Donc ça veut dire qu'il y a un environnement qui a favorisé cette radicalisation. C'est le travail… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc j'aimerais savoir, qui l'a aidé, qui l'a accompagné dans la préparation de ces assassinats ? MANUEL VALLS C'est le travail de la police, sous l'autorité de la justice, de savoir pourquoi Mohamed MERAH est rentré dans ce processus de radicalisation. JEAN-JACQUES BOURDIN Manuel VALLS, pourquoi y a-t-il eu des ratés ? Est-ce qu'il y a eu des ratés dans le suivi du tueur, de MERAH ? MANUEL VALLS Mais bien évidemment. D'abord parce qu'il a malheureusement réussi son entreprise meurtrière terroriste… JEAN-JACQUES BOURDIN On s'est même trompé d'identité à un moment donné. MANUEL VALLS Sans doute il y a eu… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous confirmez ça ? MANUEL VALLS Il y a eu des failles, il y a eu des ratés, bien évidemment, notamment sur la qualification, sur l'analyse, que l'on portait à l'égard de MERAH, il y a un peu plus d'1 an, avant qu'il n'agisse, puisqu'il était considéré comme très dangereux, et puis à partir d'un moment on a considéré qu'il ne méritait plus d'être surveillé. Donc il y a eu, incontestablement, une faille, et celle-ci elle est avérée, et je comprends les familles des victimes, que j'ai reçues encore la semaine dernière, qui cherchent à en savoir plus, et je leur ai dit que je ferai tout, avec mon collègue Jean-Yves LE DRIAN, puisqu'il faut déclassifier des documents, à la fois les services intérieurs, la DCRI, et les services extérieurs, la DGSE, je ferai tout, nous feront tout, pour que la vérité soit connue, c'est ce que nous devons aux victimes, et c'est nécessaire, aussi, pour mieux nous protéger face à ces individus, c'est-à-dire à des Français. Et vous savez, j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire, que nous combattons à la fois un terrorisme à l'extérieur, c'est l'action de la France au Mali, contre ces groupes terroristes et criminels, mais nous combattons aussi un ennemi intérieur, parce qu'il y a des Français qui rentrent dans ce processus de radicalisation, de la petite délinquance, au trafic de drogue, à la conversion, parfois à un islam radical, à des déplacements à l'extérieur, ou tout simplement à travers Internet, ou en prison, donc il faut combattre avec la plus grande détermination, cet ennemi. JEAN-JACQUES BOURDIN Certains documents restent classés secret Défense, et les familles vous demandent, les avocats des familles, vous demandent de… MANUEL VALLS Tous les documents qui peuvent permettre de faire la lumière, et je vous le dis très clairement, si les juges en charge de cette affaire nous le demandent, seront déclassifiés. La seule condition, mais elle ne met en cause le travail de l'enquête, c'est la protection d'un certain nombre de sources, de nos services de renseignement, à l'extérieur. JEAN-JACQUES BOURDIN Dites-moi, est-il vrai que vous êtes inquiet de la colère sociale, est-il vrai que vous craignez des débordements, des violences, lors de prochaines manifestations, franchement Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Mais bien évidemment, la colère sociale, avec les conséquences de la crise économique et financière, avec la précarité, le chômage, les plans de licenciements, elle est là, elle gronde depuis des années, donc il faut en faire l'analyse fine. C'est le travail, notamment, de l'Information générale de la sécurité publique. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous craignez. Parce que j'ai vu les Renseignements Généraux, enfin anciennement… MANUEL VALLS Anciens Renseignements… JEAN-JACQUES BOURDIN Anciennement Renseignements Généraux, sont sur le qui-vive un peu… MANUEL VALLS C'est leur travail de savoir ce qui peut se passer. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est leur travail… Ça peut être violent. MANUEL VALLS Aujourd'hui on assiste moins à des mouvements sociaux, qu'à des implosions, à des explosions sociales, des ouvriers, des ouvrières, des salariés. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous comprenez ces implosions, ces explosions sociales ? MANUEL VALLS On peut essayer de les comprendre, on ne peut pas, évidemment, les admettre, mais la colère et le désespoir, d'hommes et de femmes… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous comprenez, quand on est salarié chez PSA, qu'on occupe son usine, et qu'on casse l'outil de travail ? MANUEL VALLS Non, on ne peut pas casser l'outil de travail, il faut respecter cet outil de travail, mais on peut essayer d'analyser et de comprendre les raisons qui poussent au désespoir, des hommes et des femmes qui perdent, évidemment, qui risquent de perdre leur emploi, leur outil de travail. C'est eux-mêmes, c'est leur famille, leurs enfants, qui évidemment sont en cause. Mais le travail de l'Information générale, les anciens Renseignements Généraux, c'est de bien analyser ces mouvements sociaux. JEAN-JACQUES BOURDIN Manuel VALLS, un TGV qui part de Marseille pour Nice, 150 personnes à bord, c'était samedi, et qui tout à coup est arrêté dans un quartier de Marseille, le quartier Bel Air (sic), par des jeunes, qui tapent aux portes, les portes sont verrouillées, qui essaient d'entrer dans le TGV, et ça dure 2 heures. Des interpellations, 8 personnes interpellées je crois, des mineurs et des majeurs. C'est un rappeur qui dit « mais non, on est en train de tourner un clip, j'avais engagé des jeunes de la cité, il y a eu débordement. » Que risquent ces jeunes, ces jeunes et moins jeunes d'ailleurs, qui ont été arrêtés ? D'abord, vous, vous avez condamné fermement… MANUEL VALLS Je l'ai condamné, mais moi je souhaite tout simplement que la justice rappelle que c'est tout simplement… JEAN-JACQUES BOURDIN Piraterie ferroviaire ? C'est ce que certains ont employé comme terme. MANUEL VALLS Certains ont dit… En tout cas, quelle que soit la raison, c'est inacceptable. On ne peut pas arrêter un TGV, c'est un danger d'ailleurs, à la fois pour ceux qui l'arrêtent, pour les voyageurs, pour le TGV lui-même. s'en prendre ensuite aux forces de l'ordre, puisqu'il y a eu confrontation je veux saluer à la fois le travail des agents de la SNCF, l'intervention rapide de la police, le calme aussi des voyageurs, des passagers de ce TGV mais quelle que soit la raison, c'est inacceptable, on ne peut pas se livrer à ce type d'acte, et ça en dit long, d'ailleurs, sur le fait qu'il y a un certain nombre de gamins, de jeunes, qui considèrent qu'il n'y a pas de règle, et qu'on peut arrêter aujourd'hui un TGV pour tourner un clip de rap. C'est inacceptable, et donc il faut qu'il y ait un rappel de la loi, c'est-à-dire une sanction. Et moi je suis partisan… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais vous savez, beaucoup de ces jeunes vont être vite libérés, Manuel VALLS. MANUEL VALLS Ça veut bien dire qu'il y a un problème, nous y travaillons évidemment avec Christiane TAUBIRA, elle y travaille, il doit y avoir, dès le premier délit… JEAN-JACQUES BOURDIN Dans 8 jours ils seront retournés dans leur cité, vous le savez bien Manuel VALLS. MANUEL VALLS Dès le premier délit, dès la première faute, il doit y avoir une sanction, parce que ce dont souffre notre pays, depuis des années, c'est l'absence d'autorité, de règles, de principes, et si on laisse des très jeunes, parce que le problème de la délinquance, et aussi aujourd'hui le problème de très jeunes, de mineurs, livrés, tout seuls, sans l'autorité des parents, livrés à la cité, qui gagnent en quelques mois beaucoup plus d'argent à travers un certain nombre de trafics… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc sanction immédiate. MANUEL VALLS Donc il faut une sanction immédiate, un rappel, la règle elle est là pour qu'on puisse vivre dans une démocratie. JEAN-JACQUES BOURDIN La loi est insuffisante aujourd'hui ? MANUEL VALLS Il faut déjà que la loi soit parfaitement appliquée. Il y a dans la loi… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous voulez dire qu'elle n'est pas toujours appliquée, Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Mais parce que les juges sont confrontés à des problèmes à la fois de moyens, à de nombreuses affaires. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire que les juges n'appliquent pas toujours la loi, Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Ils l'appliquent, évidemment, mais ce n'est pas seulement l'affaire des juges, c'est l'affaire de l'autorité dans une société, c'est l'affaire des parents, c'est l'affaire de l'école, c'est l'affaire de tous. Il faut qu'il y ait des règles et des principes. Moi je suis un tenant de l'ordre républicain, de l'autorité qui est une valeur de gauche, parce que sans règle et sans autorité, c'est la loi de la jungle, et ce sont toujours les plus modestes, notamment dans les quartiers populaires, qui sont les victimes de cette délinquance, ou de ces incivilités. JEAN-JACQUES BOURDIN D'autres victimes, ceux qui sont victimes de cambriolage : 1 cambriolage toutes les 90 secondes, en hausse de 8,5% et en hausse de 70% je crois depuis 5 ans (donc quel que soit le pouvoir droite gauche), 352.600 cambriolages et toutes les victimes qui ne portent pas plainte et - ce qui m'a frappé - 75% des victimes qui déposent plainte et qui n'ont plus jamais de nouvelle de leur affaire, Manuel VALLS… MANUEL VALLS Oui ! JEAN-JACQUES BOURDIN Insupportable. MANUEL VALLS Non ! Ce n'est pas supportable et c'est pour moi sans aucun doute l'une des priorités de l'action qu'est la mienne comme ministre de l'Intérieur. Les priorités, c'est évidemment la lutte contre les violences… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Et contre les violences faites aux personnes ; il y a un autre chiffre terrible, c'est le fait que 1 femme meurt sous les coups de son conjoint tous les 3 jours… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Il y a un nombre de violences sur les femmes qui ne cesse d'augmenter ; c'est la lutte contre le trafic, trafic de drogue qui gangrène aujourd'hui nos cités, le trafic d'armes ; c'est la lutte contre la cybercriminalité ; c'est faire face à la menace terroriste. Mais c'est aussi la lutte contre ces cambriolages qui sont en nette augmentation, partout vous l'avez dit d'ailleurs ce matin sur votre antenne… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Mais aussi et surtout dans les territoires périurbains… JEAN-JACQUES BOURDIN Voilà ! MANUEL VALLS Ou ruraux et qui sont le fait le plus souvent - pas seulement mais le plus souvent - de groupes très organisés, qui viennent souvent de l'étranger (Géorgiens, Bulgares, Roumains) auxquels il faut évidemment s'attaquer, pas uniquement au niveau national mais aussi au niveau européen. Cela veut dire aussi qu'il faut que les brigades spécialisées pour lutter contre ces cambriolages soient aujourd'hui développées partout par la police et par la gendarmerie. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire ? Comment allez-vous faire ? Vous allez lancer je crois un grand plan d'actions pour lutter… MANUEL VALLS Oui ! Ces cellules anti-cambriolage… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! Vous allez créer des cellules anti… MANUEL VALLS Dans les brigades de gendarmerie, dans les commissariats… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Pour s'attaquer évidemment à ce problème. Et puis, pour permettre notamment… JEAN-JACQUES BOURDIN Parce que quoi ? MANUEL VALLS Pour permettre… JEAN-JACQUES BOURDIN Le taux d'élucidation c'est quoi ? C'est 15%, Manuel VALLS, à peine… MANUEL VALLS Mais ça veut dire… JEAN-JACQUES BOURDIN Même pas. MANUEL VALLS Mais ça veut dire qu'il faut développer, pour moi c'est aussi une priorité… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Le recours et les moyens à la police scientifique et technique, parce que c'est celle qui permet d'avoir des traces, de démanteler ces bandes - il y en a eues évidemment - mais parce qu'aujourd'hui c'est plus difficile d'attaquer une banque, c'est plus difficile de s'en prendre à une voiture, c'est plus difficile de s'en rendre aussi à des locaux d'une entreprise, parce que là en revanche il y a une baisse des cambriolages pour les locaux d'entreprise, on s'en prend aux particuliers. Et je mesure évidemment le traumatisme, dans un département rural où les personnes partent au travail… JEAN-JACQUES BOURDIN Bien sûr ! MANUEL VALLS En laissant les clés sous le paillasson ou sur la porte… JEAN-JACQUES BOURDIN Au nombre d'habitants c'est la Drôme qui est le département le plus cambriolé… MANUEL VALLS La Drôme, la Creuse… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Le couloir rhodanien ont été les victimes, ces territoires et surtout des habitants ont les victimes. Donc, la justice et la police doivent considérer que la lutte contre les cambriolages est une priorité parce que c'est un viol intime, c'est quelque chose qui traumatise les habitants quand tout simplement ils voient leur domicile, leur maison pillée et saccagée par ces bandes. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que vous installez un état PS, comme il y a eu un état UMP, vous avez vu les accusations qu'on vous fait ? Moi j'entendais François HOLLANDE dire : moi président de la République je n'aurais pas la prétention de nommer par exemple les directeurs des chaînes de télévision publiques… MANUEL VALLS Oui ! JEAN-JACQUES BOURDIN Enfin sauf qu'il a nommé à la présidence du CSA un proche, enfin un proche de… MANUEL VALLS Il a nommé un homme qui a été ambassadeur… JEAN-JACQUES BOURDIN Proche de Lionel JOSPIN. MANUEL VALLS Ambassadeur à Madrid, nommé par Jacques CHIRAC… JEAN-JACQUES BOURDIN Olivier SCHRAMEK ! Oui. MANUEL VALLS Un homme qui a évidemment servi l'Etat, l'Etat républicain, et moi je ne comprends pas très bien cette expression d'état PS. Olivier SCHRAMEK est un homme dont chacun connaît la probité et l'indépendance. JEAN-JACQUES BOURDIN Jack LANG à l'INSTITUT DU MONDE ARABE… MANUEL VALLS Mais Jack LANG a eu des missions… JEAN-JACQUES BOURDIN Jean-Pierre JOUYET à la CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATIONS… MANUEL VALLS Jack LANG a eu des missions de gouvernements qui se sont succédé… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Jean-Pierre JOUYET a été ministre de François FILLON… JEAN-JACQUES BOURDIN Plus de 30% des préfets changés. MANUEL VALLS Comme il y a 10 ans ! JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, c'est pareil quoi… MANUEL VALLS Non ! JEAN-JACQUES BOURDIN Rien n'a changé ? MANUEL VALLS Non ! Je ne dis pas cela. Je dis tout simplement qu'il est normal qu'il y ait des changements, des mutations, d'ailleurs parmi les préfets qu'on dit avoir changés notamment les préfets de Région ça ne veut pas dire qu'ils sont virés, ça ne veut pas dire qu'ils sont mis au placard, ça veut dire tout simplement qu'ils prennent de nouvelles responsabilités. J'ai nommé comme préfet de Région le directeur de cabinet de Claude GUEANT, j'ai nommé comme préfet de Département le directeur de cabinet adjoint de Claude GUEANT, j'ai respecté ce qui est une tradition républicaine, et je n'accepte pas ces accusations parce qu'on salit ainsi, on met en cause les serviteurs de l'Etat que sont les préfets. Le corps préfectoral a été traumatisé ces dernières années, parce qu'il a été politisé et je vois bien la polémique en cours, elle consiste à faire oublier ce qui s'est passé au cours de ces dernières années. Moi je souhaite des serviteurs de l'Etat, des hommes et des femmes, parce que nous avons nommé enfin des préfètes à la tête de département et de région - qui est le sens de l'intérêt général et en même temps les préfets ils sont là aussi pour mettre en œuvre la politique du gouvernement bien évidemment. JEAN-JACQUES BOURDIN Manuel VALLS ! Dernière question. Vous confirmez : pas d'éthylotest obligatoire dans les voitures en mars ? MANUEL VALLS J'ai ajourné cette décision ! JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Parce que de toute façon, au vu des études du Conseil national de la sécurité routière et des dysfonctionnements constatés pour ce qui concerne les éthylotests, nous ne pouvions pas tenir la date du 1er mars, à quelques semaines… JEAN-JACQUES BOURDIN … Ça veut dire ? MANUEL VALLS Ah ! Ça veut dire que j'attends, puisque je suis cohérent… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS J'ai remis en place le Conseil national de la sécurité routière (présidé par le député Armand YOUNG) et donc, à la mi-février, ils doivent donner leurs conclusions concernant l'éthylotest. JEAN-JACQUES BOURDIN Et s'ils demandent à ce que les éthylotests soient rendus obligatoires, vous les rendrez obligatoires ? MANUEL VALLS Probablement ! Mais vous me laisserez étudier cet avis consultatif… JEAN-JACQUES BOURDIN Bon ! En tous cas les… MANUEL VALLS Parce que moi je veux… JEAN-JACQUES BOURDIN Les… crient à la catastrophe. MANUEL VALLS Mais moi ce que je veux en matière… JEAN-JACQUES BOURDIN Nous allons fermer boutique et licencier, disent-ils ? MANUEL VALLS Jean-Jacques BOURDIN ! JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS J'ai un objectif là aussi, c'est de faire passer de 4.000 morts à 2.000 morts en 10 ans… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Parce que la sécurité routière est une priorité… JEAN-JACQUES BOURDIN A la fin du quinquennat, à la fin… MANUEL VALLS Non ! JEAN-JACQUES BOURDIN Non ! MANUEL VALLS En 2020…. JEAN-JACQUES BOURDIN En 2020… MANUEL VALLS Passer de 4.000 à 2.000 morts. JEAN-JACQUES BOURDIN 2.000 morts. MANUEL VALLS C'est-à-dire au fond poursuivre ce qui avait été engagé par Jacques CHIRAC mais aussi par Nicolas SARKOZY, François HOLLANDE le poursuit, nous devons faire baisser la mortalité et notamment celle des jeunes sur les routes en luttant contre les accidents des deux roues, contre l'alcool et contre la vitesse. Si l'éthylotest est efficace il faut le faire, s'il ne l'est pas eh bien il ne faut pas poursuivre sur cette voie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/003.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/003.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f5ca81c6def16f952aa498dfcbeeffc21571175d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/003.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-PIERRE ELKABBACH La Tunisie ! La Tunisie c'est deux heures de Paris, deux heures d'avion, une grande partie du peuple s'est révoltée après la mort de Chokri BELAÏD assassiné en sortant de chez lui sous les yeux de sa femme (qui est très courageuse), il était menacé et pas protégé. Est-ce que vous continuez à faire de la Tunisie un exemple des Printemps Arabes ? MANUEL VALLS Non ! Ce n'est pas un exemple. Mais en tout cas il y a un peuple, sa jeunesse, les femmes, qui se sont mobilisés pour faire tomber BEN ALI, le président de la République hier a condamné l'assassinat de Chokri BELAÏD qui était l'un de ces démocrates qui se bat pour des valeurs qui sont universelles et nous devons, nous, soutenir ces démocrates pour que les valeurs de la Révolution du Jasmin ne soient pas trahies. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous, ministre de l'Intérieur, si vous étiez sollicité par un gouvernement à majorité ENNAHDHA pour une coopération policière, vous leur enverriez ce dont ils ont besoin ? MANUEL VALLS Il existe des coopérations, notamment pour la protection des frontières de la Tunisie, mais bien évidemment la France ne coopéra jamais quand il s'agit de réprimer un peuple… JEAN-PIERRE ELKABBACH Si on vous dit c'est le maintien de l'ordre ! MANUEL VALLS Non ! Nous devons soutenir tous ceux qui se battent pour le maintien de ses valeurs et bien prendre conscience et je m'adresse évidemment à nos compatriotes des dégâts (et le mot est faible) du despotisme de cet islamisme qui aujourd'hui, par l'obscurantisme, nie les valeurs et cherche à enfermer notamment les femmes Tunisiennes dans un voile. JEAN-PIERRE ELKABBACH Le parti au pouvoir, ENNAHDHA, est infiltré, influencé par les radicaux de l'Islam dont vous parlez et par les salafistes, il en est même complice, c'est-à-dire qu'à travers ce que vous dites ce matin l'Europe et la France ne doivent pas fermer les yeux sur la montée d'un fascisme islamique ? MANUEL VALLS Oui ! Il y a un fascisme islamique qui monte un peu partout - attention aux mots évidemment que nous utilisons mais cette obscurantisme, qui parfois porte le nom d'un certain nombre de frères musulmans, ou d'un salafisme, doit être évidemment condamné puisque là on nie encore une fois cet état de droit, cette démocratie pour laquelle les peuples libyens, tunisiens, égyptiens se sont battus. Il y a eu des morts, il y a eu des gens qui très courageusement se sont battus pour ces valeurs… JEAN-PIERRE ELKABBACH Et il y en a encore ! Il y en a encore… MANUEL VALLS Et il y en a encore. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il y a encore. Les Tunisiens qui le peuvent quittent, parfois, en ce moment leur pays. Manuel VALLS ! Si les violences continuent et s'ils demandent, est-ce que l'asile politique leur serait accordé ou leur sera accordé comme des réfugiés politiques ? MANUEL VALLS Mais la France est une terre d'accueil pour tous ceux qui fuient la guerre et les dictatures ! Mais moi je veux garder espoir dans le rendez-vous électoral pour que les forces démocratiques et laïques, celles qui portent encore une fois les valeurs de cette Révolution du Jasmin, demain l'emportent JEAN-PIERRE ELKABBACH Que les élections aient lieu, qu'elles ne soient pas sans cesse retardées. MANUEL VALLS Bien sûr ! JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc c'est la démocratie ou l'exil, on voit bien que c'est l'enjeu des drames en cours en Tunisie et ailleurs. MANUEL VALLS C'est un enjeu considérable avec les liens que nous avons avec l'ensemble du Maghreb et avec la Tunisie, à deux heures de Paris - comme vous l'avez dit - c'est un enjeu considérable pas uniquement pour les Tunisiens mais pour tout l'espace méditerranéen et donc aussi pour la France. JEAN-PIERRE ELKABBACH Monsieur le ministre de l'Intérieur ! Vos services ont démantelé une filière de quatre djihadistes qui sont toujours en garde à vue, apparemment prêts à combattre au Sahel - vous savez qu'il y en a plus que 4 - et est-ce qu'il est vrai qu'ils avaient saisi une liste de personnalités qui étaient menacées de sabotages qui étaient en préparation ? MANUEL VALLS Il y a eu des listes de personnalités ou d'institutions juives qui avaient été saisies en septembre dernier, quand une cellule terroriste avait été démantelée après un attentat à Sarcelles qui devait tuer le 19 septembre 2012, il y a là incontestablement mais il faut attendre évidemment les résultats de l'enquête policière et judiciaire pour en savoir plus sur cette cellule qui vient d'être démantelée… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais est-ce qu'il y en a d'autres ? MANUEL VALLS Il y en a sans doute d'autres ! Il y a des cellules, des filières, des individus qui vont faire le Jihad - comme on dit - en Afghanistan, en Syrie d'abord, mais aussi au Sahel en moindre nombre, qui peuvent aussi frapper sur notre territoire, donc les services de police, les services de renseignement sont mobilisés. Vous savez depuis les tueries de Toulouse et de Montauban, depuis les tueries de Mohammed MERAH, depuis le démantèlement de cette cellule au mois de septembre, j'ai demandé évidemment à l'ensemble de nos services d'être extrêmement attentifs… JEAN-PIERRE ELKABBACH Justement… MANUEL VALLS Et de ne pas laisser tous ces réseaux qui veulent s'en prendre aux intérêts fondamentaux de l'Etat, à notre démocratie, à nos valeurs, de ne pas les laisser tranquilles, il faut insécuriser ces réseaux, il n'y a pas de place pour ces gens-là. JEAN-PIERRE ELKABBACH Manuel VALLS ! Les enquêtes d'opinions montrent d'ailleurs en ce moment que les Français ont peur de l'islamisme, ils sont persuadés que des actes de terrorisme auront lieu ici dans le futur, parfois bientôt, est-ce que vous êtes en mesure de les rassurer ? JEAN-PIERRE ELKABBACH Ce que je peux leur dire c'est que l'Etat, les services de police et de gendarmerie, le Renseignement, sont mobilisés, c'est l'une des raisons pour laquelle le président de la République et le Premier ministre ont demandé à ce que le PLAN VIGIPIRATE soit renforcé. Aujourd'hui il n'y a pas de menaces directes connues sur notre sol mais il faut évidemment être très vigilant face à cette menace sourde qui peut toucher notre pays, nos ressortissants, c'est la raison pour laquelle la France est intervenue aussi au Mali pour arrêter ces groupes terroristes, ces groupes criminels, sinon c'est tout le Mali et donc tout le Sahel qui basculait… JEAN-PIERRE ELKABBACH Les problèmes… MANUEL VALLS Dans les mains du terrorisme. JEAN-PIERRE ELKABBACH Exact ! Egalement les problèmes sociaux, inquiétudes, tensions, parfois des violences chez GOODYEAR, Aulnay-sous-Bois, ARCELORMITTAL, on entend quelquefois les… (Toussotements)… Pardon ! Les syndicalistes et on voit le climat, et vous avez dit : on assiste moins à des mouvements sociaux qu'à des explosions sociales et vous avez demandé vos services, d'après ce que je lis, d'éviter les risques de radicalisation dans les entreprises. Est-ce que vous vous attendez à des violences spontanées, provoquées, localisées ? MANUEL VALLS Mais cette réalité n'est pas nouvelle ! La crise économique, industrielle, frappe notre pays depuis des années, des centaines d'entreprises ont fermé, nous avons perdu des dizaines de milliers d'emplois au cours de ces dernières années, il y a de la désespérance chez les ouvriers et chez les ouvrières… JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui ! Mais… MANUEL VALLS Chez les nombreux salariés… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais est-ce que vous vous attendez justement, à cause de ça… (brouhaha)… à des excès de colère ? MANUEL VALLS Oui ! Il y a, mais il y a de la colère. Cette colère, elle doit être canalisée par les organisations syndicales, elle doit être canalisée surtout par les solutions que nous cherchons pour sauver ces emplois industriels, pour faire en sorte que la politique industrielle soit de nouveau une réalité, réactivée dans notre pays, c'est tout le sens de la politique du gouvernement. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il y a deux mots qui sont en train de devenir à la mode : radicaliser, criminaliser. Comment un gouvernement de gauche peut-il envoyer des CRS face à des salariés, vous entendez le reproche ? Bernard THIBAULT, CGT, a reproché au gouvernement de criminaliser l'action syndicale. MANUEL VALLS Mais c'est quoi cette histoire ! Le rôle d'un ministre de l'Intérieur et d'un gouvernement c'est permettre l'exercice de l'Etat de droit, il y a un droit de manifester - heureusement - et ce droit de manifester il est garanti par la Constitution… JEAN-PIERRE ELKABBACH Avec des risques de débordements ? MANUEL VALLS Mais il doit pouvoir se faire en toute sécurité, il faut préserver à la fois l'outil de travail, une entreprise - c'est le seul guide en tout cas de mon action - l'exercice des libertés dans la tranquillité et en même temps dans la sérénité. Le gouvernement est particulièrement attentif à la détresse sociale et au risque de radicalisation - nous venons d'en parler et notre rôle c'est de prévenir, mon rôle c'est de prévenir les dérapages ou la violence, il n'y a pas de place… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais il y a des risques ! MANUEL VALLS Mais il n'y a pas de place dans une démocratie politique comme la nôtre et dans une démocratie sociale où le dialogue social va être peut-être demain inscrit dans la Constitution - c'est la volonté de François HOLLANDE il n'y a pas de place pour cette violence. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais par exemple, Manuel VALLS, mardi prochain et Olivier BESANCENOT l'a dit tout à l'heure à Bruce TOUSSAINT syndicats et extrême gauche veulent créer des rapports de force avec vous le pouvoir, et ce matin ici est-ce que vous incitez à la retenue, à la maîtrise de la protestation sociale, les syndicats, pour éviter des casseurs ? MANUEL VALLS J'en appelle évidemment à la retenue, au dialogue social, à la recherche de solution, c'est le sens de l'engagement du Premier ministre, du ministre du Redressement productif Arnaud MONTEBOURG, du ministre de l'Economie Pierre MOSCOVICI que de trouver à chaque fois des solutions. C'est difficile avec la crise que nous connaissons… JEAN-PIERRE ELKABBACH Eh bien on le voit ! Oui. MANUEL VALLS Mais encore une fois, ce sont des solutions économiques, industrielles, sociales qui doivent être recherchées… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais vous… MANUEL VALLS Il n'y a pas de place pour la violence et je lance évidemment un avertissement la… la police elle fait son travail mais on ne peut pas admettre qu'on cherche à casser l’outil de travail, à briser l'immobilier urbain, qu'on s'attaque à des édifices publics, qu'on lance des boulons sur des policiers (hier il y a une douzaine de gendarmes et de policiers… JEAN-PIERRE ELKABBACH Ca ne… MANUEL VALLS Blessés à Strasbourg… JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous dites ça ne doit pas durer, ça ne doit pas continuer ? MANUEL VALLS Mais le désordre il n'est bon pour personne et moi je suis un tenant, et de l'autorité, et de l'ordre républicain, qui garantissent à la fois la démocratie et le progrès social. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il y a beaucoup de sujets avec vous ! Naturellement j'aurais pu parler de la cérémonie émouvante hier pour le 15ème anniversaire de l'assassinat du préfet ERIGNAC (c'était impressionnant aussi parce que pour la première fois vous avez rassemblé tous les préfets en uniforme dans la cour de la Place Beauvau), j'aurais pu vous poser une question sur les salles de shoot, mais il y a un rapport dont on n'a pas encore parlé mais à mon avis on va en parler il a été commandé par Matignon, il dresse un constat accablant de la politique d'intégration menée depuis 30 ans par la gauche, la droite et il suggère plusieurs réformes (c'est le rapport THUAULT) dont la création d'un titre de tolérance pour régulariser par étape, en 5 ans, une grande partie des sans-papiers. Comme il y a entre 200 et 400.000 sans papiers en France, qu'est-ce que vous faites, comment vous répondez ? MANUEL VALLS C'est un rapport intéressant sur les questions d'intégration, parce que c'est un des grands défis de la société française, mais je vous le dis encore à ce micro : il n'y aura pas de régularisation massive des sans-papiers, j'ai publié une circulaire il y a quelques mois après l'arbitrage du président de la République et du Premier ministre et cette régulation se fait au cas par cas... JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous répondez déjà non… MANUEL VALLS Sur des critères… JEAN-PIERRE ELKABBACH Déjà non à ce rapport quand il sera publié ? MANUEL VALLS Je le dis très clairement : il n'y aura pas de régularisation massive. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et quand il suggère de mettre un terme au débat sur le voile, il dit : la France n'a jamais dépendu d'un bout de tissu (boubou, coiffe bretonne, cheiche ou béret) ? MANUEL VALLS J'ai voté les deux lois, celle interdisant les signes distinctifs religieux à l'école et celle interdisant la burqa. Nous avons parlé de la Tunisie, de la laïcité, de la place de la femme dans notre société, eh bien oui le voile qui interdit aux femmes d'être ce qu'elles sont restera pour moi et doit rester pour la République un combat essentiel. Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à RMC le 5 février 2013, sur l'action de la France face à la menace terroriste, l'affaire Merah, le climat social, la lutte contre les violences et la délinquance, et l'ajournement de la décision rendant obligatoires les éthylotests. Personnalité, fonction : VALLS Manuel. FRANCE. Ministre de l'intérieur JEAN-JACQUES BOURDIN Vous confirmez, arrestation de plusieurs personnes ce matin dans les milieux dits islamistes ? MANUEL VALLS Il y a une opération en cours, menée par la Direction centrale du Renseignement intérieur en région parisienne, ces interpellations, qui sont en cours, font suite à l'arrestation, déjà, d'un individu il y a quelques mois, cet été, sur la frontière entre le Mali et le Niger. Donc c'est une enquête de longue date, qui se poursuit aujourd'hui. JEAN-JACQUES BOURDIN Combien de personnes interpellées ? MANUEL VALLS Quatre, semble-t-il, mais je reste prudent puisque l'enquête est en cours. JEAN-JACQUES BOURDIN Quatre pour l'instant ? MANUEL VALLS Bien sûr. JEAN-JACQUES BOURDIN Quatre personnes interpellées, donc des milieux qui auraient des liens avec les djihadistes et qui actuellement sont chassés par les militaires français au Mali, au Nord Mali ? MANUEL VALLS Probablement, mais je veux rester prudent. D'abord je pense que sur ce type d'opération il faut être discret, ce que je veux vous dire, et à travers-vous à ceux qui nous écoutent et ceux qui nous regardent, c'est que la police française, les services de renseignements, intérieur ou extérieur, sont sur le qui-vive déjà depuis plusieurs mois, il y a une alerte, il y a évidemment une menace qui pèse sur la France, depuis notamment les crimes de Mohamed MERAH, la police a déjà démantelé une cellule terroriste en septembre dernier, qui avait agi, qui avait frappé sur Sarcelles le 19 septembre dernier avec la volonté de tuer, donc il faut continuer ce travail de démantèlement, de ces réseaux qui veulent soit agir sur notre territoire, soit exfiltrer des individus pour faire le Djihad, pour apprendre les pratiques des terroristes en Syrie, il y en a beaucoup, et aussi sur le Sahel. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire, en Syrie il y en a beaucoup ? MANUEL VALLS Plusieurs dizaines de français, ou de résidents en France, se sont déjà rendus en Syrie, souvent dans des groupes contrôlés par Al Qaïda. Et il y a aussi quelques individus qui veulent se rendre au Sahel, donc il faut les empêcher, les arrêter, les neutraliser. JEAN-JACQUES BOURDIN Ou qui sont au Sahel ? MANUEL VALLS Il y a probablement une poignée, je ne peux pas vous dire le nombre précis, une poignée de français qui sont au Sahel. JEAN-JACQUES BOURDIN Et qui combattent l'armée française, et l'armée malienne, avec les djihadistes ? MANUEL VALLS Et qui peuvent combattre effectivement l'armée française. Deux d'entre eux ont déjà été arrêtés, ou interpellés, au cours de ces derniers mois, parce que la coopération avec… JEAN-JACQUES BOURDIN Deux français qui étaient engagés là-bas, au Sahel ? MANUEL VALLS Deux français qui voulaient se rendre au Sahel, dont cet individu dont je viens de parler, un autre au Mali il y a quelques mois, ont déjà été arrêtés, par des polices maliennes, ou nigériennes, comme quoi il y a aussi une coopération de très grande qualité avec nos amis nigériens et maliens. JEAN-JACQUES BOURDIN Et là l'opération conduite, là, ce matin, est une opération en lien avec l'engagement français au Mali, ou en lien avec les djihadistes du Nord Mali ? MANUEL VALLS Cela fait plusieurs mois que cette filière est suivie, donc c'est au-delà même de cet engagement de la France, nécessaire et juste, au Mali. Mais cela veut bien dire que nous ne baissons pas la garde, il y a une très grande vigilance et une action de nos services qu'il faut laisser travailler aussi dans la discrétion. JEAN-JACQUES BOURDIN Parfois, des personnes sont interpellées, et souvent relâchées, Manuel VALLS. MANUEL VALLS Ce n'est pas le cas pour cette personne qui a été arrêtée il y a quelques mois. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, c'est vrai. MANUEL VALLS Mais le travail, aussi, de la police, évidemment sous l'autorité du Parquet, de la justice, c'est aussi de vérifier les informations. Là, vous faites référence, je pense, aux arrestations qui ont eu lieu la semaine dernière et qui concernaient… JEAN-JACQUES BOURDIN Concernant Mohamed MERAH. MANUEL VALLS L'environnement de Mohamed MERAH, puisque là, en l'occurrence il s'agit de comprendre comment Mohamed MERAH a agi. JEAN-JACQUES BOURDIN Je vais y revenir. Mais, le terrorisme, parlons du terrorisme, d'abord est-ce que vous avez reçu des menaces précises d'attentats ces derniers jours ? MANUEL VALLS Non, mais là aussi il faut être extrêmement prudent, et je resterai, par la force des choses, discret, mais il n'y a pas de menace directe, cependant il y a des menaces que l'on retrouve, notamment, sur Internet, sur les réseaux sociaux, par des appels à faire la guerre, à s'en prendre aux Français et aux intérêts de la France. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous avez expulsé un prêcheur, un marocain, qui s'appelle Ali BENHAMOU, proche du groupe salafiste « Forsane Alizza », renvoyé dans son pays, que lui reprochiez-vous ? MANUEL VALLS Des propos, s'en prenant aux valeurs de la France, portant atteinte aux intérêts fondamentaux du pays. Vous savez, les mots, et les paroles, peuvent tuer, et donc il n'y a pas de place, en France, quand il s'agit d'étrangers, pour ce type de discours. JEAN-JACQUES BOURDIN D'autres expulsions sont prévues ? MANUEL VALLS D'autres expulsions, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, auront lieu. A chaque fois qu'un étranger s'en prend aux valeurs de la France, à la place de la femme dans la société, appelle au meurtre, il n'a rien à faire dans notre territoire, il sera expulsé. Le président de la République et le Premier ministre m'ont demandé de faire preuve de la plus grande fermeté à l'égard de ces discours. Vous savez, la lutte contre le terrorisme c'est une lutte en profondeur, qui doit mobiliser l'ensemble de la société, c'est aussi un combat de valeurs, et les valeurs de la République, les valeurs de la démocratie, l'égalité homme/ femme, sont au cœur de notre pacte républicain, et donc il n'y a pas de place pour ces discours. JEAN-JACQUES BOURDIN MERAH n'était pas seul ? Est-ce qu'il était seul, MERAH, pour préparer ses assassinats ? Il avait des complices, on les cherche ces complices, Manuel VALLS. MANUEL VALLS Il y a une enquête en cours, MERAH a sans doute agi seul, c'est-à-dire qu'il a tué seul, mais il n'est pas un loup solitaire, contrairement à ce qui avait été dit au lendemain de ses meurtres de Toulouse et de Montauban, c'est-à-dire que tout simplement il a été influencé par un milieu social, par son quartier, par des rencontres, par ses déplacements, en Afghanistan et au Pakistan. On lui a appris, même de manière rudimentaire, le maniement des armes. Il a eu des moyens pour faire ses voyages, ses déplacements. Donc ça veut dire qu'il y a un environnement qui a favorisé cette radicalisation. C'est le travail… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc j'aimerais savoir, qui l'a aidé, qui l'a accompagné dans la préparation de ces assassinats ? MANUEL VALLS C'est le travail de la police, sous l'autorité de la justice, de savoir pourquoi Mohamed MERAH est rentré dans ce processus de radicalisation. JEAN-JACQUES BOURDIN Manuel VALLS, pourquoi y a-t-il eu des ratés ? Est-ce qu'il y a eu des ratés dans le suivi du tueur, de MERAH ? MANUEL VALLS Mais bien évidemment. D'abord parce qu'il a malheureusement réussi son entreprise meurtrière terroriste… JEAN-JACQUES BOURDIN On s'est même trompé d'identité à un moment donné. MANUEL VALLS Sans doute il y a eu… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous confirmez ça ? MANUEL VALLS Il y a eu des failles, il y a eu des ratés, bien évidemment, notamment sur la qualification, sur l'analyse, que l'on portait à l'égard de MERAH, il y a un peu plus d'1 an, avant qu'il n'agisse, puisqu'il était considéré comme très dangereux, et puis à partir d'un moment on a considéré qu'il ne méritait plus d'être surveillé. Donc il y a eu, incontestablement, une faille, et celle-ci elle est avérée, et je comprends les familles des victimes, que j'ai reçues encore la semaine dernière, qui cherchent à en savoir plus, et je leur ai dit que je ferai tout, avec mon collègue Jean-Yves LE DRIAN, puisqu'il faut déclassifier des documents, à la fois les services intérieurs, la DCRI, et les services extérieurs, la DGSE, je ferai tout, nous feront tout, pour que la vérité soit connue, c'est ce que nous devons aux victimes, et c'est nécessaire, aussi, pour mieux nous protéger face à ces individus, c'est-à-dire à des Français. Et vous savez, j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire, que nous combattons à la fois un terrorisme à l'extérieur, c'est l'action de la France au Mali, contre ces groupes terroristes et criminels, mais nous combattons aussi un ennemi intérieur, parce qu'il y a des Français qui rentrent dans ce processus de radicalisation, de la petite délinquance, au trafic de drogue, à la conversion, parfois à un islam radical, à des déplacements à l'extérieur, ou tout simplement à travers Internet, ou en prison, donc il faut combattre avec la plus grande détermination, cet ennemi. JEAN-JACQUES BOURDIN Certains documents restent classés secret Défense, et les familles vous demandent, les avocats des familles, vous demandent de… MANUEL VALLS Tous les documents qui peuvent permettre de faire la lumière, et je vous le dis très clairement, si les juges en charge de cette affaire nous le demandent, seront déclassifiés. La seule condition, mais elle ne met en cause le travail de l'enquête, c'est la protection d'un certain nombre de sources, de nos services de renseignement, à l'extérieur. JEAN-JACQUES BOURDIN Dites-moi, est-il vrai que vous êtes inquiet de la colère sociale, est-il vrai que vous craignez des débordements, des violences, lors de prochaines manifestations, franchement Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Mais bien évidemment, la colère sociale, avec les conséquences de la crise économique et financière, avec la précarité, le chômage, les plans de licenciements, elle est là, elle gronde depuis des années, donc il faut en faire l'analyse fine. C'est le travail, notamment, de l'Information générale de la sécurité publique. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous craignez. Parce que j'ai vu les Renseignements Généraux, enfin anciennement… MANUEL VALLS Anciens Renseignements… JEAN-JACQUES BOURDIN Anciennement Renseignements Généraux, sont sur le qui-vive un peu… MANUEL VALLS C'est leur travail de savoir ce qui peut se passer. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est leur travail… Ça peut être violent. MANUEL VALLS Aujourd'hui on assiste moins à des mouvements sociaux, qu'à des implosions, à des explosions sociales, des ouvriers, des ouvrières, des salariés. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous comprenez ces implosions, ces explosions sociales ? MANUEL VALLS On peut essayer de les comprendre, on ne peut pas, évidemment, les admettre, mais la colère et le désespoir, d'hommes et de femmes… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous comprenez, quand on est salarié chez PSA, qu'on occupe son usine, et qu'on casse l'outil de travail ? MANUEL VALLS Non, on ne peut pas casser l'outil de travail, il faut respecter cet outil de travail, mais on peut essayer d'analyser et de comprendre les raisons qui poussent au désespoir, des hommes et des femmes qui perdent, évidemment, qui risquent de perdre leur emploi, leur outil de travail. C'est eux-mêmes, c'est leur famille, leurs enfants, qui évidemment sont en cause. Mais le travail de l'Information générale, les anciens Renseignements Généraux, c'est de bien analyser ces mouvements sociaux. JEAN-JACQUES BOURDIN Manuel VALLS, un TGV qui part de Marseille pour Nice, 150 personnes à bord, c'était samedi, et qui tout à coup est arrêté dans un quartier de Marseille, le quartier Bel Air (sic), par des jeunes, qui tapent aux portes, les portes sont verrouillées, qui essaient d'entrer dans le TGV, et ça dure 2 heures. Des interpellations, 8 personnes interpellées je crois, des mineurs et des majeurs. C'est un rappeur qui dit « mais non, on est en train de tourner un clip, j'avais engagé des jeunes de la cité, il y a eu débordement. » Que risquent ces jeunes, ces jeunes et moins jeunes d'ailleurs, qui ont été arrêtés ? D'abord, vous, vous avez condamné fermement… MANUEL VALLS Je l'ai condamné, mais moi je souhaite tout simplement que la justice rappelle que c'est tout simplement… JEAN-JACQUES BOURDIN Piraterie ferroviaire ? C'est ce que certains ont employé comme terme. MANUEL VALLS Certains ont dit… En tout cas, quelle que soit la raison, c'est inacceptable. On ne peut pas arrêter un TGV, c'est un danger d'ailleurs, à la fois pour ceux qui l'arrêtent, pour les voyageurs, pour le TGV lui-même. s'en prendre ensuite aux forces de l'ordre, puisqu'il y a eu confrontation je veux saluer à la fois le travail des agents de la SNCF, l'intervention rapide de la police, le calme aussi des voyageurs, des passagers de ce TGV mais quelle que soit la raison, c'est inacceptable, on ne peut pas se livrer à ce type d'acte, et ça en dit long, d'ailleurs, sur le fait qu'il y a un certain nombre de gamins, de jeunes, qui considèrent qu'il n'y a pas de règle, et qu'on peut arrêter aujourd'hui un TGV pour tourner un clip de rap. C'est inacceptable, et donc il faut qu'il y ait un rappel de la loi, c'est-à-dire une sanction. Et moi je suis partisan… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais vous savez, beaucoup de ces jeunes vont être vite libérés, Manuel VALLS. MANUEL VALLS Ça veut bien dire qu'il y a un problème, nous y travaillons évidemment avec Christiane TAUBIRA, elle y travaille, il doit y avoir, dès le premier délit… JEAN-JACQUES BOURDIN Dans 8 jours ils seront retournés dans leur cité, vous le savez bien Manuel VALLS. MANUEL VALLS Dès le premier délit, dès la première faute, il doit y avoir une sanction, parce que ce dont souffre notre pays, depuis des années, c'est l'absence d'autorité, de règles, de principes, et si on laisse des très jeunes, parce que le problème de la délinquance, et aussi aujourd'hui le problème de très jeunes, de mineurs, livrés, tout seuls, sans l'autorité des parents, livrés à la cité, qui gagnent en quelques mois beaucoup plus d'argent à travers un certain nombre de trafics… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc sanction immédiate. MANUEL VALLS Donc il faut une sanction immédiate, un rappel, la règle elle est là pour qu'on puisse vivre dans une démocratie. JEAN-JACQUES BOURDIN La loi est insuffisante aujourd'hui ? MANUEL VALLS Il faut déjà que la loi soit parfaitement appliquée. Il y a dans la loi… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous voulez dire qu'elle n'est pas toujours appliquée, Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Mais parce que les juges sont confrontés à des problèmes à la fois de moyens, à de nombreuses affaires. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire que les juges n'appliquent pas toujours la loi, Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Ils l'appliquent, évidemment, mais ce n'est pas seulement l'affaire des juges, c'est l'affaire de l'autorité dans une société, c'est l'affaire des parents, c'est l'affaire de l'école, c'est l'affaire de tous. Il faut qu'il y ait des règles et des principes. Moi je suis un tenant de l'ordre républicain, de l'autorité qui est une valeur de gauche, parce que sans règle et sans autorité, c'est la loi de la jungle, et ce sont toujours les plus modestes, notamment dans les quartiers populaires, qui sont les victimes de cette délinquance, ou de ces incivilités. JEAN-JACQUES BOURDIN D'autres victimes, ceux qui sont victimes de cambriolage : 1 cambriolage toutes les 90 secondes, en hausse de 8,5% et en hausse de 70% je crois depuis 5 ans (donc quel que soit le pouvoir droite gauche), 352.600 cambriolages et toutes les victimes qui ne portent pas plainte et - ce qui m'a frappé - 75% des victimes qui déposent plainte et qui n'ont plus jamais de nouvelle de leur affaire, Manuel VALLS… MANUEL VALLS Oui ! JEAN-JACQUES BOURDIN Insupportable. MANUEL VALLS Non ! Ce n'est pas supportable et c'est pour moi sans aucun doute l'une des priorités de l'action qu'est la mienne comme ministre de l'Intérieur. Les priorités, c'est évidemment la lutte contre les violences… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Et contre les violences faites aux personnes ; il y a un autre chiffre terrible, c'est le fait que 1 femme meurt sous les coups de son conjoint tous les 3 jours… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Il y a un nombre de violences sur les femmes qui ne cesse d'augmenter ; c'est la lutte contre le trafic, trafic de drogue qui gangrène aujourd'hui nos cités, le trafic d'armes ; c'est la lutte contre la cybercriminalité ; c'est faire face à la menace terroriste. Mais c'est aussi la lutte contre ces cambriolages qui sont en nette augmentation, partout vous l'avez dit d'ailleurs ce matin sur votre antenne… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Mais aussi et surtout dans les territoires périurbains… JEAN-JACQUES BOURDIN Voilà ! MANUEL VALLS Ou ruraux et qui sont le fait le plus souvent - pas seulement mais le plus souvent - de groupes très organisés, qui viennent souvent de l'étranger (Géorgiens, Bulgares, Roumains) auxquels il faut évidemment s'attaquer, pas uniquement au niveau national mais aussi au niveau européen. Cela veut dire aussi qu'il faut que les brigades spécialisées pour lutter contre ces cambriolages soient aujourd'hui développées partout par la police et par la gendarmerie. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire ? Comment allez-vous faire ? Vous allez lancer je crois un grand plan d'actions pour lutter… MANUEL VALLS Oui ! Ces cellules anti-cambriolage… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! Vous allez créer des cellules anti… MANUEL VALLS Dans les brigades de gendarmerie, dans les commissariats… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Pour s'attaquer évidemment à ce problème. Et puis, pour permettre notamment… JEAN-JACQUES BOURDIN Parce que quoi ? MANUEL VALLS Pour permettre… JEAN-JACQUES BOURDIN Le taux d'élucidation c'est quoi ? C'est 15%, Manuel VALLS, à peine… MANUEL VALLS Mais ça veut dire… JEAN-JACQUES BOURDIN Même pas. MANUEL VALLS Mais ça veut dire qu'il faut développer, pour moi c'est aussi une priorité… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Le recours et les moyens à la police scientifique et technique, parce que c'est celle qui permet d'avoir des traces, de démanteler ces bandes - il y en a eues évidemment - mais parce qu'aujourd'hui c'est plus difficile d'attaquer une banque, c'est plus difficile de s'en prendre à une voiture, c'est plus difficile de s'en rendre aussi à des locaux d'une entreprise, parce que là en revanche il y a une baisse des cambriolages pour les locaux d'entreprise, on s'en prend aux particuliers. Et je mesure évidemment le traumatisme, dans un département rural où les personnes partent au travail… JEAN-JACQUES BOURDIN Bien sûr ! MANUEL VALLS En laissant les clés sous le paillasson ou sur la porte… JEAN-JACQUES BOURDIN Au nombre d'habitants c'est la Drôme qui est le département le plus cambriolé… MANUEL VALLS La Drôme, la Creuse… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Le couloir rhodanien ont été les victimes, ces territoires et surtout des habitants ont les victimes. Donc, la justice et la police doivent considérer que la lutte contre les cambriolages est une priorité parce que c'est un viol intime, c'est quelque chose qui traumatise les habitants quand tout simplement ils voient leur domicile, leur maison pillée et saccagée par ces bandes. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que vous installez un état PS, comme il y a eu un état UMP, vous avez vu les accusations qu'on vous fait ? Moi j'entendais François HOLLANDE dire : moi président de la République je n'aurais pas la prétention de nommer par exemple les directeurs des chaînes de télévision publiques… MANUEL VALLS Oui ! JEAN-JACQUES BOURDIN Enfin sauf qu'il a nommé à la présidence du CSA un proche, enfin un proche de… MANUEL VALLS Il a nommé un homme qui a été ambassadeur… JEAN-JACQUES BOURDIN Proche de Lionel JOSPIN. MANUEL VALLS Ambassadeur à Madrid, nommé par Jacques CHIRAC… JEAN-JACQUES BOURDIN Olivier SCHRAMEK ! Oui. MANUEL VALLS Un homme qui a évidemment servi l'Etat, l'Etat républicain, et moi je ne comprends pas très bien cette expression d'état PS. Olivier SCHRAMEK est un homme dont chacun connaît la probité et l'indépendance. JEAN-JACQUES BOURDIN Jack LANG à l'INSTITUT DU MONDE ARABE… MANUEL VALLS Mais Jack LANG a eu des missions… JEAN-JACQUES BOURDIN Jean-Pierre JOUYET à la CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATIONS… MANUEL VALLS Jack LANG a eu des missions de gouvernements qui se sont succédé… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Jean-Pierre JOUYET a été ministre de François FILLON… JEAN-JACQUES BOURDIN Plus de 30% des préfets changés. MANUEL VALLS Comme il y a 10 ans ! JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, c'est pareil quoi… MANUEL VALLS Non ! JEAN-JACQUES BOURDIN Rien n'a changé ? MANUEL VALLS Non ! Je ne dis pas cela. Je dis tout simplement qu'il est normal qu'il y ait des changements, des mutations, d'ailleurs parmi les préfets qu'on dit avoir changés notamment les préfets de Région ça ne veut pas dire qu'ils sont virés, ça ne veut pas dire qu'ils sont mis au placard, ça veut dire tout simplement qu'ils prennent de nouvelles responsabilités. J'ai nommé comme préfet de Région le directeur de cabinet de Claude GUEANT, j'ai nommé comme préfet de Département le directeur de cabinet adjoint de Claude GUEANT, j'ai respecté ce qui est une tradition républicaine, et je n'accepte pas ces accusations parce qu'on salit ainsi, on met en cause les serviteurs de l'Etat que sont les préfets. Le corps préfectoral a été traumatisé ces dernières années, parce qu'il a été politisé et je vois bien la polémique en cours, elle consiste à faire oublier ce qui s'est passé au cours de ces dernières années. Moi je souhaite des serviteurs de l'Etat, des hommes et des femmes, parce que nous avons nommé enfin des préfètes à la tête de département et de région - qui est le sens de l'intérêt général et en même temps les préfets ils sont là aussi pour mettre en œuvre la politique du gouvernement bien évidemment. JEAN-JACQUES BOURDIN Manuel VALLS ! Dernière question. Vous confirmez : pas d'éthylotest obligatoire dans les voitures en mars ? MANUEL VALLS J'ai ajourné cette décision ! JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Parce que de toute façon, au vu des études du Conseil national de la sécurité routière et des dysfonctionnements constatés pour ce qui concerne les éthylotests, nous ne pouvions pas tenir la date du 1er mars, à quelques semaines… JEAN-JACQUES BOURDIN … Ça veut dire ? MANUEL VALLS Ah ! Ça veut dire que j'attends, puisque je suis cohérent… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS J'ai remis en place le Conseil national de la sécurité routière (présidé par le député Armand YOUNG) et donc, à la mi-février, ils doivent donner leurs conclusions concernant l'éthylotest. JEAN-JACQUES BOURDIN Et s'ils demandent à ce que les éthylotests soient rendus obligatoires, vous les rendrez obligatoires ? MANUEL VALLS Probablement ! Mais vous me laisserez étudier cet avis consultatif… JEAN-JACQUES BOURDIN Bon ! En tous cas les… MANUEL VALLS Parce que moi je veux… JEAN-JACQUES BOURDIN Les… crient à la catastrophe. MANUEL VALLS Mais moi ce que je veux en matière… JEAN-JACQUES BOURDIN Nous allons fermer boutique et licencier, disent-ils ? MANUEL VALLS Jean-Jacques BOURDIN ! JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS J'ai un objectif là aussi, c'est de faire passer de 4.000 morts à 2.000 morts en 10 ans… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ! MANUEL VALLS Parce que la sécurité routière est une priorité… JEAN-JACQUES BOURDIN A la fin du quinquennat, à la fin… MANUEL VALLS Non ! JEAN-JACQUES BOURDIN Non ! MANUEL VALLS En 2020…. JEAN-JACQUES BOURDIN En 2020… MANUEL VALLS Passer de 4.000 à 2.000 morts. JEAN-JACQUES BOURDIN 2.000 morts. MANUEL VALLS C'est-à-dire au fond poursuivre ce qui avait été engagé par Jacques CHIRAC mais aussi par Nicolas SARKOZY, François HOLLANDE le poursuit, nous devons faire baisser la mortalité et notamment celle des jeunes sur les routes en luttant contre les accidents des deux roues, contre l'alcool et contre la vitesse. Si l'éthylotest est efficace il faut le faire, s'il ne l'est pas eh bien il ne faut pas poursuivre sur cette voie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/004.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/004.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4c11e999a97f8281d2832af18bf9578f76579805 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/004.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la ministre, Monsieur le président, Mesdames et messieurs, Merci, chère Joëlle MILQUET, pour ces mots d'introduction. Après tant de compliments, j'en viendrais presque à souhaiter que cette conférence s'achève dès à présent... Je suis heureux de pouvoir m'exprimer dans cette enceinte dont le but a été, au travers des époques, de nourrir le débat public. Et c'est justement un thème qui figure au cœur du débat public que je veux aborder devant vous : celui de la sécurité. Je le fais, non pas seulement parce que je suis le ministre de l'Intérieur français, mais parce que ce thème a toujours été au cœur de mon engagement politique. Au cœur, également, de l'action de cet élu de la banlieue parisienne que je suis, de manière passionnée, depuis plus de vingt ans. Si je veux vous parler, ce soir, de sécurité, c'est aussi parce que, dans mes fonctions de ministre de l'Intérieur, je constate que l'activité « extérieure », c'est-à-dire européenne et diplomatique, occupe une place très importante ; beaucoup plus importante que je ne pouvais l'imaginer. C'est bien la preuve, s'il en fallait une, que cette question de la sécurité est très largement partagée. J'ai rencontré, tout à l'heure, deux membres du gouvernement belge, Mesdames Joëlle MILQUET et Maggie DE BLOCK, et j'ai pu le constater une fois de plus. Nos débats politiques sont toujours nationaux. Mais pourtant, nous savons bien que, sans l'établissement de relations bilatérales, sans le renforcement de la dimension européenne, rien n'est possible. Je sais qu'en Belgique, la France est regardée d'une manière particulière, avec admiration, souvent, moquerie, parfois, avec agacement, aussi, mais rarement avec indifférence. Si je suis venu ce soir vous parler d'un thème qui a une portée qui dépasse de loin le cadre français, je vous parlerai, néanmoins, beaucoup de la France, de la politique française, voire de faits divers français. Trop peut-être. Mais je l'avoue, la France est une grande passion, le pays dont je parle le mieux, le pays dont j'aime parler parce que j'ai appris à être français. Alors, si je vous parle un peu trop de la France, et bien je vous demande, par avance, de m'en excuser. Mais je sais que je peux le faire, ici, en confiance, car je connais le rapport particulier que la Belgique entretient avec mon pays. Je partirais de ce constat volontairement provocateur : s'il est un thème que l'on classe volontiers à droite, c'est bien celui de la sécurité. La droite en aurait le monopole alors que la gauche du moins la gauche française serait, quant à elle, incapable d'assumer une politique ferme dans ce domaine. Si une telle représentation qui est fausse, je vous rassure ! S'est imposée, je crois comme dans toutes les grandes incompréhensions de l'Histoire, que les torts sont partagés. La droite conservatrice, libérale, bonapartiste pour ce qui est de la France s'est longtemps présentée comme la seule capable de faire régner l'ordre, de lutter contre la délinquance, contre les violences. Elle s'est attribué toutes les vertus, laissant au camp d'en face toutes les légèretés. Elle n'a eu de cesse d'enfermer la gauche dans une image d'Épinal ; celle d'une gauche laxiste, hermétique à toute idée d'ordre, emprisonnée dans un « esprit de 68 », et préférant toujours une illusoire prévention à une nécessaire répression. La gauche telle la victime consentante, il faut bien le reconnaître, pendant longtemps, n'a pas mis toute son énergie pour combattre cet état de fait. Elle n'a pas contesté la caricature avec la force, les mots, les arguments, qui auraient convenu. La raison en est, principalement, une pudeur déplacée à assumer un discours sur l'autorité. Je vais y revenir. En abordant ce thème de la sécurité, je sais m'attaquer à un sujet qui n'a pas manqué, au cours des dix dernières années, en France, mais pas seulement, d'alimenter les polémiques, parfois jusqu'à la déraison. La question de la sécurité, ou plutôt de « l'insécurité », est une question qui demeure, en France, particulièrement sulfureuse et sujette à d'inutiles polémiques. Elle a été, et reste, au centre des débats. Elle fut même au cœur des campagnes présidentielles, d'abord de 2002, puis celle de 2007 qui vit la victoire d'un homme parmi ceux qui ont joué le plus sur cette corde sécuritaire : Nicolas SARKOZY. Il le fit en 2007, puis en 2012, dans une campagne, il est vrai, moins heureuse pour lui. Une campagne dans laquelle la question économique et sociale, due à la crise, dominait. Ce thème de la sécurité, il convient de le traiter j'y insiste avec gravité et esprit de responsabilité. De le traiter en ayant bien conscience de ce qui se joue ici. La crise qui frappe nos pays met nos sociétés à dure épreuve. Dans notre monde globalisé globalisation économique, de la communication, mais aussi globalisation, par exemple, de la menace terroriste les peuples perdent leurs repères et sont sujets aux doutes, parfois les plus terribles. Aux doutes, notamment, quant à la capacité de l'Etat, de leurs dirigeants, d'assurer leur sécurité ; une sécurité qu'ils considèrent comme une liberté. Et il n'est jamais long le chemin qui mène du doute à la désillusion, et de la désillusion au rejet du système et donc au vote extrême. Les poussées populistes que connait l'Europe l'exemple grec est édifiant en sont l'illustration la plus tragique. Mais il n'y a pas que sur notre continent. Il y a, par exemple, le Tea party aux Etats-Unis. Cette crise du politique représente un risque de déchirement du tissu social, un danger de repli, une tentation pour les poussées communautaristes. Ce sont là des injonctions lancées, pas seulement aux femmes et aux hommes de gauche, pas seulement aux républicains, mais à l'ensemble des démocrates, car il y a une crise de la démocratie, du système représentatif. Nous avons la responsabilité de restaurer la confiance dans l'action politique. Je suis de ceux qui, à gauche, ont voulu faire bouger les lignes en remettant la sécurité au centre des priorités, sans doute traumatisé par la défaite de Lionel JOSPIN, en 2002, que je considérais comme une injustice. Mais, en démocratie, il n'y a pas d'injustice ; le peuple est souverain et son choix s'impose. J'ai voulu remettre la sécurité au centre des priorités, d'abord dans ma ville d'Evry, puis au cœur même du logiciel de la gauche. Ceci m'a valu d'ailleurs les clichés ont la vie dure ! D'être rangé à la droite... de la gauche. Par des gens de gauche, comme de droite... C'est ce cliché d'une gauche mal à l'aise avec les questions de sécurité que je veux déconstruire devant vous, ce soir. Je veux, tout d'abord, faire la démonstration que la sécurité est profondément et historiquement de gauche. Je soulignerai, ensuite, combien la gauche a des réponses à apporter en matière de sécurité. Ce qui passe nécessairement ce sera ma troisième et dernière partie par la nécessaire restauration d'une belle idée, aujourd'hui malmenée ce qui nous interroge tous celle de l'autorité. J'ai voulu placer mon exposé de ce soir sous un angle double. Celui du théoricien qui a beaucoup pensé les questions de sécurité, en voulant aiguillonner sa famille politique. Celui, également, du praticien qui met en œuvre, hier au plan local, aujourd'hui au niveau national et depuis maintenant neuf mois, une politique de sécurité qui entend contraster radicalement avec celle de ses prédécesseurs. Des prédécesseurs... de droite. Je vous dois cependant cette confidence. Je crois que les différences entre la gauche et la droite se sont quelque peu estompées. Dans votre système politique, cela peut d'ailleurs amener à des coalitions. Bien sûr, il y a toujours des oppositions, mais ces oppositions ne se font plus tout à fait sur les mêmes questions, et avec la même force, que par le passé. 1) La sécurité est profondément et historiquement de gauche. Afin de démontrer cette affirmation, je voudrais revenir sur ces deux oppositions classiques qui traversent l'histoire de la gauche du moins la gauche française entre, d'une part, l'idée de liberté et de sécurité, et d'autre part, celle de progrès et d'ordre. Je veux démontrer que, quand on est de gauche, ces oppositions n'ont pas lieu d'être. L'opposition entre liberté et sécurité m'a toujours paru vide de sens. Je n'ai jamais cru, en effet pour ce qui est des régimes démocratiques, entendons-nous bien que l'augmentation du contrôle policier soit un moyen de priver le citoyen de ses libertés. Bien au contraire ! La sécurité est j'y insiste la première des libertés. Toute liberté est forcément limitée. Elle est liée à la vie en groupe c'est-à-dire, dans des termes plus savants, à ce contrôle social que des individus exercent sur d'autres individus. Un contrôle social qui est constitué d'un ensemble de règles, de coutumes, de normes, de principes ou de valeurs qu'imposent les institutions que sont la famille, le voisinage, la religion, mais aussi la police et la Justice, c'est-à-dire l'Etat. Le sociologue Jean-Louis LOUBET DEL BAYLE a pu expliquer que chaque société, selon les périodes historiques, se caractérise par une combinaison de ces différentes institutions. Ainsi, dans les sociétés traditionnelles où le groupe prime sur l'individu, le poids de la famille, du voisinage ou de la religion est très important. En revanche, dans nos sociétés modernes, caractérisées par un plus grand individualisme, d'autres institutions ont pris le relai pour exercer ce rôle de régulation. Ces institutions, ce sont notamment la police et la Justice. De manière très stimulante, Jean-Louis LOUBET DEL BAYLE va même jusqu'à se demander si « les institutions policières et judiciaires ne peuvent pas, de ce fait en allant à l'encontre d'un certain nombre d'idées reçues, être qualifiées d'institutions de la liberté. » Un certain nombre d'idées reçues, en effet, car nombreux sont ceux, particulièrement à gauche, qui associent l'institution policière à l'idée de recul des libertés. Ce qui est un non-sens, car l'institution policière est, en fait, un des garants les plus efficaces des libertés individuelles. Dans mes fonctions de ministre de l'Intérieur, je ne manque jamais de rappeler que les forces de l'ordre sont dépositaires de la loi, ce qui leur donne une responsabilité particulière. Qu'elles sont, au travers des missions souvent périlleuses qu'elles accomplissent, les garantes assidues de notre vie en collectivité et que, dès lors, elles méritent estime, considération et respect de la part de la population. Les nations doivent être fières oui fières ! De leurs forces de l'ordre. Et c'est ce message que je délivrerai, demain, avec le Premier ministre français, Jean-Marc AYRAULT, lors des obsèques des deux policiers de la brigade anti-criminalité qui ont été tués, jeudi matin, alors que leur véhicule a été percuté, sur le périphérique parisien, par celui d'un chauffard, en état d'ébriété, qui avait refusé d'obtempérer. Nous devons être pleinement reconnaissants envers nos forces de l'ordre qui garantissent la pérennité de notre pacte social. Pour finir de s'en convaincre, il suffit de replonger dans le Léviathan de Thomas HOBBES. HOBBES nous explique, en effet, qu'il y a deux motifs qui peuvent conduire l'homme à accepter de se soumettre à la violence de l'Etat : le désir de ne plus être exposé à la menace permanente et généralisée des autres, mais aussi, cette première condition étant acquise, le besoin irrépressible, pour chaque individu, d'assurer, par tous les moyens, les conditions de sa prospérité. La modernité a donc accouché d'un individu de plus en plus libre. Mais cet individu a besoin de sécurité pour exercer cette liberté. Je veux citer ces quelques mots écrits par HEGEL dans ses Principes de la philosophie du droit. « Lorsque quelqu'un marche dans la rue, en pleine nuit, sans danger, il ne lui vient pas à l'esprit qu'il pourrait en être autrement ; car l'habitude d'être en sécurité est devenue pour nous une seconde nature et l'on ne se rend pas compte que cette sécurité est le résultat d'institutions particulières. » Les individus considèrent comme insupportable, dans cette Europe en paix depuis plus de 60 ans, qu'il y ait de l'insécurité. Il faut donc rendre justice à cette institution particulière qu'est l'institution policière. Son principal mérite celui de nous permettre d'exercer notre liberté semble si évident qu'il en est devenu inaperçue. La deuxième opposition classique qui traverse l'histoire de la gauche est celle qui existe entre l'idée d'ordre et l'idée de progrès. Au cours de son histoire, la gauche a alimenté cette vision qui voudrait que, d'un côté, il y ait l'autoritarisme et de côté, la révolte ; d'un côté, la police, de l'autre, les individus ; d'un côté, l'ordre complice des élites économiques, de l'autre, le progrès social émancipateur pour les travailleurs. Cette opposition entre l'ordre et le progrès, c'est le duel entre Jean JAURES et Georges CLEMENCEAU rejoué à l'envi. CLEMENCEAU, c'est l'homme de l'ordre, le ministre de l'Intérieur qui, face aux grévistes voulant suivre la voie de la violence, rappelle que la « grève est un droit absolu, mais (que) la loi doit être respectée par tous. » C'est l'homme qui, défenseur du droit de grève, se résout, cependant, à faire donner la troupe contre des grévistes qui avaient décidé de s'en prendre violemment à d'autres non- grévistes. Il devient alors, pour l'ensemble de l'extrême gauche et des socialistes de l'époque, « l'ennemi de la classe ouvrière ». Et ce que lui reproche, alors, JAURES, drapé dans sa conscience de défenseur de la cause ouvrière et il en avait la légitimité car il avait beaucoup réfléchi à ces questions c'est d'être devenu un « policier », un « homme de l'ordre », un « ennemi du progrès ». Entre les deux hommes, se jouent donc deux conceptions antagonistes du progrès. JAURES, pour qui la lutte des classes est le moteur de l'Histoire, considère que l'ordre policier est l'ennemi du progrès. CLEMENCEAU soutient, quant à lui, que la réforme sociale ne peut se faire en dehors du cadre de l'ordre républicain. Peut-être que si JAURES n'avait pas été assassiné, leurs trajectoires se seraient à nouveau croisées, comme elles s'étaient croisées pour défendre DREYFUS. Ce clivage virulent entre ordre et progrès perdure encore aujourd'hui, même s'il a tendance à s'estomper. L'actualité nous en a toutefois donné une illustration récente avec les manifestations d'ouvriers d'ArcelorMittal devant le Parlement de Strasbourg. Une partie de la gauche française non sans évoquer à mots couverts le prétendu « briseur de grèves » que fut mon illustre prédécesseur, Place Beauvau, a mis en cause le ministre de l'Intérieur que je suis. Mais, les choses sont pourtant simples ! Si les forces de l'ordre sont intervenues, ce n'est pas pour contester le droit de manifester, ni pour faire taire les revendications syndicales. Elles sont légitimes. Face au désarroi que génèrent certaines décisions économiques contestables, qui brisent des familles, qui broient l'humain, il est normal de faire entendre sa voix, de dire son incompréhension, sa colère même. Mais, si les forces de l'ordre sont intervenues, avec les conséquences que l'on connait et il y a une enquête en cours, c'était pour garantir la sécurité face à des manifestants qui étaient déterminés à agir avec violence. Et cela, on ne peut l'accepter. Si la lutte des classes, au sens de ce qu'elle fut au 19e et au début du 20e siècle n'a plus cours, CLEMENCEAU reste, dans l'imagerie de l'extrême gauche, un ennemi de la classe ouvrière. Le mot « ordre » demeure, également, pour certains, à gauche, un repoussoir, presqu'un gros mot. Alors que l'idée de CLEMENCEAU est simple, limpide, raisonnable. Il est difficile de ne pas y souscrire et, vous l'aurez compris, j'y souscris complétement : il ne peut y avoir de progrès social sans ordre. Une société traversée par la violence, les troubles, ne peut offrir des conditions propices à un développement économique et social harmonieux. Un développement qui profite à tous. Pour résumer les choses, nous pouvons établir cette certitude : l'ordre n'est pas injuste. Au contraire, il est le socle des libertés. Et, en tout cas c'est ce qu'a affirmé SAINT AUGUSTIN, il y a toujours pire qu'un ordre injuste : le désordre ! L'ordre, c'est ma conviction, est profondément de gauche ; il est émancipateur des individus. Dès lors, combien de faux procès intentés à la gauche alors même qu'elle porte en elle une vision sécuritaire, héritée de son histoire et nourrie de son expérience gouvernementale ? La gauche porte une vision et elle a su la mettre en œuvre. C'est elle qui a été la plus innovante en essayant, constamment, de maintenir, avec mesure, cet équilibre entre prévention et sanction, notamment grâce à des hommes tels que l'ancien maire d'Epinay-sur-Seine, Gilbert BONNEMAISON. C'est elle, aussi, qui, grâce à l'action de Pierre JOXE, a mis en place la police de proximité ; une action prolongée par les ministres de l'Intérieur Jean-Pierre CHEVENEMENT et Daniel VAILLANT, à la fin des années 90. C'est elle, encore, qui a instauré les contrats locaux de sécurité qui ont vocation à faire travailler ensemble tous les acteurs d'un même territoire. C'est elle, enfin, qui, par l'action continue de ses élus locaux, par leurs décisions courageuses, a mis en place, sur le terrain, des politiques de sécurité efficaces qui sont venues, pour beaucoup, renouveler les pratiques, en s'inspirant notamment des expériences mises en place chez nos voisins. Depuis quelques années maintenant, la gauche a radicalement évolué en matière de sécurité. Evoluer n'est cependant pas le verbe qui me semble approprié ; je dirais plutôt que la gauche a retrouvé son aspiration initiale, son souffle premier : la sécurité est, à nouveau, une priorité pour la gauche. La gauche doit apporter une réponse à ceux qui, en premier lieu, subissent l'insécurité, la délinquance, la violence, c'est-à-dire les personnes les plus modestes, les plus fragiles de la société : les ouvriers, les immigrés, les femmes qui vivent seules dans les quartiers, les personnes âgées, les handicapés, les jeunes qui sont les premières victimes du racket. Ceux qui sont directement touchés par les injustices, souvent économiques et sociales, ou encore l'échec scolaire, subissent une inégalité supplémentaire, celle de l'insécurité, celle de la délinquance, celle des trafics de drogues, celle de l'occupation des halls d'immeuble ... Et si la gauche veut représenter les personnes qui souffrent de ces inégalités supplémentaires, si elle veut être crédible, elle doit être très claire sur les questions de sécurité. Ce sont ces réponses claires que je veux parcourir, dès lors, avec vous. Je veux les parcourir en apportant l'éclairage, non plus du théoricien, mais celui du praticien. 2) Une politique de sécurité de gauche se met en place, grâce notamment aux réflexions théoriques que je viens de parcourir très rapidement avec vous. Lors de sa campagne présidentielle, François HOLLANDE, candidat socialiste, a fait de la sécurité des français une priorité, au même titre que la jeunesse, l'éducation et la Justice. Faire de la sécurité une priorité, c'est entendre la demande sociale forte qui s'exprime dans ce domaine. La France fait face à la persistance, et parfois l'aggravation, de certaines formes de violences qui alimentent un climat d'insécurité. Ce n'est pas nouveau : les violences ont augmenté de 27 % sur les dix dernières années. La société française est violente, à l'instar de beaucoup de sociétés européennes. Cette réalité, il faut la regarder en face ! Cette violence qui s'exprime dans les villes, les quartiers, les zones péri-urbaines, les campagnes, gagnées par le phénomène des cambriolages, il convient de la révéler dans sa complexité, dans sa diversité, dans son ampleur, pour mieux la combattre. Dans la conception française, assurer la sécurité est, par essence, une mission régalienne, une mission pour laquelle l'Etat doit assumer ses responsabilités. Toutes ses responsabilités. Combattre la délinquance c'est, en premier lieu, disposer, sur le terrain, des effectifs de policiers et de gendarmes suffisants. Or, en France, entre 2008 et 2012, ce sont 10 700 postes qui ont été supprimés dans la police et la gendarmerie du fait de la politique voulue par le gouvernement précédent. Si rien n'avait été fait, ce sont 3 200 postes supplémentaires qui auraient due être supprimés en 2013. Il y a bientôt 60 ans, Pierre MENDES-FRANCE a eu une formule très juste lors de son discours d'investiture à l'Assemblée nationale, le 3 juin 1953 : « gouverner, c'est choisir ». La crise que nous traversons, et qui pèse lourdement sur nos finances publiques, nous impose de fixer des rangs de priorité. Non pas d'éliminer tel ou tel pan de l'action de l'Etat, mais de l'adapter et de la renforcer là où c'est nécessaire. La sécurité des français, de nos concitoyens, est une priorité ; les choix budgétaires arrêtés traduisent cette priorité. Le ministère de l'Intérieur qui, comme les autres ministères participe à l'effort de redressement des comptes publics, bénéficie donc des moyens nécessaires à son action. La volonté du président de la République a notamment été de mettre un terme à cette véritable hémorragie dans les effectifs qui a rendu la tâche des policiers et des gendarmes plus complexe. Ainsi, tous les départs en retraite sont aujourd'hui remplacés poste par poste et 500 policiers et gendarmes supplémentaires seront recrutés, en rythme annuel, d'ici à 2017. L'un des premiers chantiers que j'ai souhaité ouvrir en tant que ministre de l'Intérieur a été la refonte totale de l'outil statistique de suivi de la délinquance. La refonte mais également la garantie de l'indépendance de l'organisme public en charge de la production des statistiques. Il s'agissait à la fois d'une exigence démocratique afin que les français connaissent la réalité des chiffres, mais aussi d'une source d'efficacité opérationnelle pour les services de police et de gendarmerie. Jusqu'à présent, la présentation des statistiques de la délinquance reposait sur des indicateurs trop globaux, trop imprécis et trop hétérogènes. Des indicateurs qui étaient trop facilement manipulables. Je pense notamment au taux d'élucidation que l'on pouvait faire aisément varier en portant les efforts sur les interpellations facilement constatées et donc facilement élucidées. Ces indicateurs trop globaux, trop imprécis, trop hétérogènes ont été dévoyés. Ils ont été instrumentalisés au profit « d'une politique du chiffre », c'est-à-dire une politique qui ne cherchait que le chiffre « communicable », « valorisable » aux yeux de l'opinion. Une politique qui a donc fait, en partie, perdre de vue ce qu'est la réalité du métier de policier : combattre, sur le terrain, toutes les formes de délinquances. Ces indicateurs servaient, et servent encore, trop souvent des polémiques inutiles. Or, la sécurité ne doit pas faire l'objet de polémiques ; elle doit générer un consensus entre tous les acteurs, un consensus national. La société doit, en effet, être unie contre ceux qui s'en prennent à l'ordre républicain. La réforme de l'outil statistique s'est imposée, également, car il ne rendait pas compte de plusieurs phénomènes tels que les délits routiers, les violences intrafamiliales, ou encore ce phénomène croissant, et pour tout dire préoccupant, qu'est la cybercriminalité. Il fallait, enfin, faire évoluer l'outil statistique car il ne prenait en compte que les faits poursuivis pénalement, c'est-à-dire une part seulement de l'activité des services de police et de gendarmerie. Or, il faut présenter leurs missions de présence et de régulation des différends sur le terrain. Ce sont des missions particulièrement attendues par les habitants ; il convient donc d'en rendre compte fidèlement. Ce qui ne peut, d'ailleurs, que contribuer à restaurer le lien entre les forces de l'ordre et la population. Lors des échanges que je peux avoir avec mes homologues étrangers encore très récemment en Autriche, et je me rendrai bientôt en Suède pour en discuter une question se pose régulièrement : celui du rapport entre la population et les forces de l'ordre. Cette question n'est pas anodine ; le lien qui unit les citoyens et les dépositaires de l'autorité publique est consubstantiel à nos démocraties. Il doit donc faire l'objet de toutes les attentions. En France mais je sais que c'est le cas dans d'autres pays européens, une certaine défiance s'est installée entre les forces de l'ordre et une partie de la population, et notamment les jeunes. Cette défiance se nourrit, notamment, d'incompréhensions nées lors de contrôles d'identité jugés répétitifs ou discriminatoires. Ce qui est, j'y insiste, contreproductif pour les forces de l'ordre. Un contrôle non motivé ou non proportionné, ne peut, en effet, qu'alimenter un climat de suspicion, voire de ressentiment, c'est-à-dire, à terme, compliquer davantage les missions des forces de l'ordre. Que l'on ne s'y trompe pas : les contrôles d'identité sont indispensables. Prévus et encadrés par la loi, ils permettent de maintenir l'ordre public et de lutter contre la délinquance. Il ne s'agit donc, en aucun cas, de les remettre en cause. Et encore moins dans une période marquée par la menace terroriste. Toutefois, un débat a pu s'ouvrir concernant la mise en place d'un récépissé délivré à l'issue de chaque contrôle. Cette idée, défendue par un certain nombre d'associations particulièrement mobilisées et dont je respecte les engagements, j'ai souhaité l'étudier. J'ai voulu que toutes les implications soient prises en compte, notamment la question qui n'est pas sans implication de la constitution de fichiers de personnes contrôlées. Après réflexion, consultation, concertation, notamment avec les policiers et les gendarmes, après examen des expériences menées à l'étranger, je suis arrivé à la conclusion que cette idée, qui a pu être mise en œuvre dans certaines villes, en Grande-Bretagne, en Espagne, ou au Canada, n'était pas la bonne solution. Elle revenait, en effet, à créer une contrainte opérationnelle supplémentaire pour les policiers et les gendarmes qui sont déjà confrontés à une réalité difficile sur le terrain. Je ne voulais pas non plus que le récépissé soit un argument permettant à certains individus de contester l'autorité des forces de l'ordre en s'opposant au principe même du contrôle. Car je n'ignore rien de l'arrogance, des menaces, de l'hostilité que subissent, parfois, les gendarmes et les policiers. Et j'entends les protéger. D'autre part, le récépissé se révèle un système lourd à gérer qui présente des obstacles juridiques en termes de traçabilité des déplacements et de constitution de nouveaux fichiers. Partout où il existe, il est associé à une classification de la population qui est incompatible avec la conception républicaine qui prévaut en France. Pour autant, le fait de ne pas retenir le récépissé n'éteint pas la question de la restauration des liens entre les forces de l'ordre et la population. C'est un impératif démocratique. Il faut donc trouver les moyens d'y arriver. Au début de mon propos, j'ai insisté sur la nécessité pour la population de respecter les forces de l'ordre. L'équation est simple : pour être respectées, les forces de l'ordre doivent être respectueuses de la population. Et des forces de l'ordre respectées, ce sont des forces de l'ordre dont l'autorité est renforcée. Ce sont donc des forces de l'ordre plus efficaces. Il m'a donc semblé nécessaire que les policiers et les gendarmes s'engagent, à nouveau, ensemble, sur le cadre éthique, déontologique, de leur action. J'ai voulu qu'un signal fort de confiance soit envoyé à la population. Un nouveau code de déontologie, commun aux policiers et aux gendarmes, est en cours de finalisation. Il constituera le socle des valeurs sur lesquelles les forces de l'ordre s'appuieront au quotidien. Des valeurs qui constituent autant d'obligations mais qui disent, aussi, le dévouement et l'engagement dont font preuve les policiers et les gendarmes. Un chapitre entier sera consacré aux rapports entre les forces de l'ordre et la population. Le recours au tutoiement y est notamment proscrit. Ce n'est pas nouveau, mais il faut que cela s'applique. La mise en place de ce code doit s'accompagner d'une réforme majeure : le retour comme c'était le cas dans le passé du numéro de matricule sur l'uniforme des policiers et des gendarmes. En portant sur eux un signe d'identification, les policiers et les gendarmes aborderont leurs concitoyens dans le cadre d'une relation plus apaisée car personnalisée. Enfin, la question des relations entre les forces de l'ordre et la population figure au cœur des nouveaux plans de formation de la police et de la gendarmerie. Je veux que les policiers soient respectés et respectueux. Je veux, également, rendre leur action, sur le terrain, plus efficace encore, afin de répondre au mieux aux attentes de la population. C'est dans cette logique qu'ont été mises en place, sur l'ensemble du territoire, les 64 premières zones de sécurité prioritaires. Concrètement, elles consistent à faire travailler, de manière coordonnée, sur un territoire donné, l'ensemble des forces de sécurité, la Justice et les partenaires locaux, c'est-à-dire à la fois les élus, les associations, ceux qui organisent la vie d'un territoire. Le but est d'agir dans des quartiers urbains et des territoires ruraux pour lutter contre des phénomènes de délinquance ou d'incivilité durablement enracinés, par exemple, l'économie souterraine, les trafics de stupéfiants, les violences urbaines, les cambriolages ou encore les nuisances sur la voie publique. L'objectif est de faire que la vie des gens, que la vie des habitants des quartiers, souvent déjà fragilisés, change durablement. La politique de sécurité que je mène, c'est, en premier lieu, une politique de reconquête des classes populaires. Car il faut entendre la souffrance des habitants de certains quartiers de nos villes qui font face à une délinquance quotidienne, à la volonté déterminée de certains d'imposer un autre ordre que celui de l'Etat : l'ordre des mafias, des caïds, l'ordre des trafics, de la violence. Un ordre qui s'appuie surtout sur l'argent de la drogue, véritable fléau qui brise une partie de notre jeunesse. Il faut entendre, également, les souffrances des habitants des zones péri-urbaines, des campagnes, de ces lieux qui se sentent délaissés, abandonnés par les politiques. Ce qui explique le désarroi et la montée de l'abstentionnisme. Si nous ne faisons pas cela, nous ne combattrons pas efficacement la tentation du vote extrémiste. Un vote qui se nourrit de désespoir, de désillusion et de lassitude auxquels il faut opposer, non pas seulement des mots, mais des solutions concrètes. Je crois que la politique se meurt, avant tout, de mots et de promesses sans lendemain qui font douter les citoyens. Douter de la capacité de leurs dirigeants à agir, à avoir une prise sur les réalités qu'ils vivent, ou subissent, quotidiennement. Les zones de sécurité prioritaires permettent de renouveler les modes d'action. Elles sont des dispositifs souples et adaptables aux situations locales. Elles sont, avant tout, l'expression d'une méthode qui s'appuie sur la coordination de tous les métiers de la police (sécurité de proximité, intervention, anti-criminalité, sécurisation, police judiciaire, investigation, renseignement...), sur le pilotage et, enfin, sur l'évaluation des résultats, au plus près du terrain. Les ZSP visent également au renforcement du lien entre la population et les forces de l'ordre qui sont invitées à mieux expliquer leur action, mais aussi les difficultés qu'elles rencontrent. Les ZSP ce sont, enfin, des moyens. Les effectifs supplémentaires que j'évoquais précédemment y seront prioritairement affectés. Bien entendu, ce ne sont pas les jeunes recrues sorties d'école qui seront concernées mais des policiers et des gendarmes aguerris à la réalité de terrains d'intervention souvent exigeants. Les 64 ZSP qui seront progressivement mises en œuvre d'ici à septembre 2013, concernent 1 600 000 habitants qui bénéficieront directement de cette politique de sécurité prioritaire. même s'il est trop tôt pour établir un bilan, les premiers retours terrain que j'ai pu constater, notamment à Marseille où deux zones de sécurité prioritaires ont été mises place l'une dans les quartiers Nord, l'autre dans les quartiers Sud, ou encore à Amiens, valident la méthode. En parcourant avec vous, avec le regard du praticien, ces trois questions (réalité des chiffres, renforcement du lien entre les forces de l'ordre et la population, mise en place des zones de sécurité prioritaires), j'ai voulu souligner quels pouvaient être les ressorts d'une politique de sécurité efficace, garante de résultats. Bien sûr, j'en ai conscience et il faut le dire aux citoyens : réformer prend du temps. J'entends l'urgence qui s'exprime à travers les systèmes de communication et domine tout ; l'urgence qui s'exprime dans certains quartiers. Je connais les situations auxquelles les habitants doivent faire face mais revenir sur cette tendance lourde qu'est la montée de la délinquance, de la violence, nécessite d'agir dans la durée, pour faire évoluer profondément notre société. 3) C'est ma conviction : pour rétablir la sécurité, il faut restaurer, ou plutôt réinventer, l'autorité. Une chose est sûre : l'autorité se porte mal. Elle est attaquée, contestée de toutes parts. Les exemples sont nombreux. Je veux en prendre quelques-uns : des policiers qui se font « caillasser », des gendarmes sur lesquels on n'hésite plus à tirer à balles réelles, des sapeurs-pompiers à qui l'on tend, comme à Mulhouse, lors de la nuit de la Saint-Sylvestre, de véritables embuscades. Il y a, aussi, les juges que l'on conteste, les proviseurs que l'on agresse, les professeurs que l'on poignarde. Ce constat ne vaut pas que pour la France ; il vaut pour l'ensemble des pays occidentaux. Ce phénomène est une tendance de fond de la modernité, ce qui a amené Hannah ARENDT à parler, dans La Crise de la culture, d'un « effondrement plus ou moins général, plus ou moins dramatique, de toutes les autorités traditionnelles. » Cette crise de l'autorité s'explique. Et Alexis de TOCQUEVILLE avait anticipé un aspect de notre modernité : la suppression des contraintes traditionnelles a conduit les hommes à être plus libres mais pas forcément plus heureux. Dans nos sociétés démocratiques modernes, les individus consentent à se soumettre à l'autorité parce qu'ils croient en la capacité de l'autorité à leur assurer un avenir. C'est là la clef ! Or, cette capacité est, aujourd'hui, lourdement remise en question. Remise en question du fait de la crise, du chômage, de la précarité, du fait de la mondialisation qui est porteuse d'incertitudes, du fait de l'essoufflement du projet européen, du fait, enfin, de l'affaiblissement de l'Etat providence. Et cette crise de l'Etat a des conséquences lourdes en France, car la France s'est construite sur l'Etat. En d'autres termes, on ne croit plus en la capacité de l'autorité à créer un avenir meilleur. On ne croit plus en la capacité de l'autorité à assurer la sécurité. J'ai abordé ce point dans la première partie, je souhaite y revenir et l'approfondir. La modernité, en accouchant d'un individu libre et affranchi des contraintes héritées du passé, a décuplé ses libertés mais aussi son besoin de sécurité. Tout d'abord de cette sécurité physique que lui apportent les forces de l'ordre ou la Justice. Mais cette demande de sécurité ne s'arrête pas là. Elle a tendance à se généraliser à tous les risques liés à la santé, à l'environnement, à l'alimentation, aux catastrophes naturelles ou encore au risque nucléaire. Tout ce qui relève de l'aléa, de l'imprévisible, représente, désormais, une idée insupportable pour les individus. Notre époque est donc soumise à un gigantesque paradoxe : l'individu a, d'un côté, un besoin profond et grandissant de sécurité, mais, de l'autre, il doute profondément et de plus en plus, de la capacité de l'autorité à l'assumer. Dès lors, la tentation est grande nous le voyons partout en Europe, de revenir à des réponses autoritaristes, à des penchants réactionnaires qui vieux refrains de l'Histoire cherchent, des boucs émissaires : les figures de l'immigré ou du musulman en sont. Combien avons-nous entendu, ces dernières années, partout en Europe, de raccourcis insupportables associant immigration et insécurité ? Alors que ces deux sujets doivent être traités dans leur spécificité, sans nier les réalités, en refusant toutes les stigmatisations, tous les amalgames. L'immigration est un sujet ; je n'entends pas l'éluder. Mais il ne doit pas être, pour notre continent, un sujet de peur ou de repli. Il convient de l'aborder dans un esprit d'apaisement en fixant des règles transparentes, compréhensibles par les citoyens et par ceux qui nourrissent le projet de s'installer dans nos pays. En tant que ministre de l'Intérieur, j'ai établi des règles claires et justes en matière d'immigration ; j'entends les appliquer avec fermeté. Règles justes et fermeté dans leur application, voilà ce qui pourrait définir l'autorité de l'Etat. Crise de l'autorité, besoin de sécurité : il s'agit là d'un défi pour nos sociétés. Un défi que la gauche, en France et ailleurs, se doit de relever. La gauche doit assumer pleinement cette nécessité d'autorité, car l'autorité n'est pas une dérive qui menacerait les libertés. Pour moi, il n'y a jamais eu, et il n'y aura jamais, de signe « égal » entre autorité et autoritarisme. Le second est la décrépitude, le pourrissement de la première. L'autorité grandit celui qui s'y soumet et celui qui l'exerce ; c'est tout l'inverse de l'autoritarisme. L'autorité, c'est ce qui, au côté de l'usage du « monopole de la violence physique légitime », pour reprendre les termes de Max WEBER, permet à l'Etat de garantir l'ordre. Et l'ordre est, par définition, émancipateur, libérateur de l'individu. Ce sont toujours les plus faibles, les moins riches, les moins informés qui pâtissent du désordre. L'ordre, en revanche, est protecteur. L'ordre est de gauche ! L'autorité doit produire un cadre sécurisant mais pas paralysant. Elle doit être, aussi, une force qui crée de la confiance dans les institutions et qui étend les frontières du possible. Il s'agit donc de réinstaller l'ordre et l'autorité dans leurs vertus premières : celles qui permettent de constituer les individualités, de les protéger et de leur assurer le plein exercice de la liberté. Dès lors, le défi qui attend nos pays est de restaurer l'autorité. Je ne vous cache pas que la tâche est de taille. Il s'agit, en effet, d'agir sur chaque maillon de la chaîne d'autorité : l'individu, la famille, l'école, les forces de l'ordre, la justice, l'état ou encore l'Europe. Tout d'abord, l'individu qui doit être mis en capacité, notamment au travers des politiques publiques, d'exercer pleinement ses droits. Soumis à des devoirs qui sont ceux de la vie en société, l'individu doit, en retour nous l'avons vu avoir intérêt à se soumettre à une autorité. La famille doit, aussi, être mise en capacité d'exercer ses responsabilités. Il s'agit pour cela notamment de mieux accompagner les parents qui sont parfois dépassés dans leurs tâches éducatives, dans une société qui, souvent, fait de l'enfant un « enfant roi ». L'école doit également être renforcée dans sa mission de transmission de l'autorité. Le professeur n'est pas qu'un transmetteur de savoirs. Il a aussi un rôle d'éducation à la vie en société. Ce rôle de l'école comme lieu de formation du citoyen, nous le renforçons actuellement en France, avec la réintroduction, dans les enseignements, de ce que Vincent PEILLON, ministre de l'Education nationale, appelle la morale laïque. Les forces de l'ordre doivent retrouver toute leur autorité grâce à une présence renforcée sur le terrain qui, comme nous l'avons vu, favorise les relations et le dialogue avec la population. La Justice doit avoir les moyens d'exercer pleinement ses missions. Les forces de l'ordre et la Justice sont les deux faces d'une même pièce : l'autorité. Aussi, en tant que ministre de l'Intérieur, je me garde toujours de porter un jugement sur l'autorité de la chose jugée. Critiquer la Justice, ses décisions, comme cela pu être le cas par le passé, opposer les magistrats aux forces de l'ordre, c'est toujours, in fine, affaiblir l'autorité de l'Etat. C'est d'ailleurs pour cela que, ce matin, à la une du journal Libération, on parlait d'un nécessaire mariage entre Justice et police. C'est bien qu'il y a une conscience qu'elles doivent fonctionner ensemble. L'Etat doit retrouver pleinement sa capacité d'influer sur le cours des destins. Sur le destin des personnes tout d'abord. Il doit, pour cela, se réformer et lutter contre son premier motif d'impuissance : la dette. Influer sur le destin du monde également. A ce titre, il faut voir dans l'intervention de l'armée française au Mali, aux côtés des armées maliennes et africaines, avec le soutien de la communauté internationale et de l'Union européenne, la manifestation d'une autorité au service de la sécurité de tous. Ce qui vaut pour les individus vaut pour les pays : l'autorité, c'est de pouvoir passer du discours à l'acte, de la menace, parfois, à l'action. Et c'est ce qu'a décidé le président de la République François HOLLANDE. L'autorité, c'est celle qui impose l'ordre international et qui combat, avec détermination, les groupes terroristes qui veulent imposer un autre ordre, celui de la terreur, du chaos. Nous sommes dans un monde ouvert, globalisé, celui de l'Internet, et le combat que nous menons au Mali est un combat contre un « ennemi extérieur » qui veut s'en prendre aux valeurs de l'Europe, de l'Occident. Mais c'est un ennemi qui s'en prend, d'abord, aux musulmans eux-mêmes, en détruisant des lieux de culte centenaires, en détruisant le patrimoine religieux de la ville de Tombouctou. Il y a aussi des « ennemis intérieurs » qui sont le résultat de processus de radicalisation mêlant délinquance, trafics de drogue, périodes de détention, passage dans les terrains d'entrainement au djihad à l'étranger et dont le point commun est la haine de nos valeurs et un antisémitisme virulent. Nous faisons face à une contestation profonde de ce que nous sommes. Il faut y répondre avec détermination. Quand un jeune français, Mohamed MERAH, va s'entrainer à l'étranger pour, à son retour, s'en prendre à la France, pour tuer ; quand des individus se convertissent à l'Islam radical, c'est qu'il y a un échec. C'est que nous sommes face à une société qui doit se réinventer. Quand l'espace public est accaparé par des salafistes, c'est bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Alors, il ne faut pas se taire, il faut le dire. On me reproche d'avoir soutenu qu'il y avait potentiellement des dizaines de MERAH. Mais, il y a bien une réalité. Il y a des sectes qui détournent, qui s'accaparent les consciences. Ces sectes, ces personnes, nous les connaissons. Elles ont frappé le 11 septembre 2001, puis à Madrid et à Londres. J'ai apprécié que Joëlle MILQUET rappelle mes engagements d'étudiant contre l'ETA, ou encore ma mobilisation pour obtenir l'extradition de Cesare BATTISTI. Car il ne peut y avoir aucune complaisance envers le terrorisme, quel qu'il soit. Il ne peut y avoir de complaisance envers ceux qui ont tué, qui ont voulu déstabiliser les Etats, qui ont semé la terreur, qui s'en sont pris, par exemple, à des chefs d'entreprise. Il faut combattre tous les terrorismes. Surtout quand ils se lient à la délinquance. Nous les combattons en Corse, au Pays basque. Nous luttons contre la violence politique que l'on trouve au cœur d'organisations comme le PKK. Nous combattons les groupes d'activistes qui viennent de l'extrême droite comme de l'extrême gauche. Quand on gouverne, on fait face à cette réalité. Et l'on ne peut pas douter. Il faut être sûr de ses convictions, pour s'opposer à ces individus qui veulent s'en prendre à notre modèle. Car, derrière les agissements, il y a un projet ; il y a une volonté de chaos. Il faut y faire face. C'est notre responsabilité. Je voudrais finir, non pas parce que nous sommes à Bruxelles, mais parce que le sujet est important, par la question de l'Europe. Redonner de l'autorité aux Etats, c'est redonner un sens, c'est-à-dire à la fois une direction et une signification, au projet européen. Dans beaucoup de pays, j'ai pu le constater, l'Europe joue, certes, une fonction d'autorité, mais une autorité de recours. C'est souvent à elle qu'on en appelle quand l'Etat est déficient. C'est l'Europe qu'on appelle au secours, c'est sur elle que l'on compte. Mais elle est aussi, trop souvent, et la France n'est pas indemne de ce défaut, celle sur laquelle on se défausse. Je pense qu'il ne faut jamais céder à cette tentation terrible qu'est celle d'incriminer l'Europe pour nos échecs. Cela étant, l'Union européenne a incontestablement un problème pour incarner une vraie autorité. La fameuse interrogation de KISSINGER est toujours d'actualité : « l'Europe, quel numéro de téléphone ? » Les raisons en sont multiples : son processus de décision est souvent trop long et donc ses décisions tardives, ses résultats souvent trop mous tant ils doivent accommoder des positions parfois très divergentes. L'indécision et la mollesse, ce ne sont pas vraiment des traits de l'autorité... Et face aux menaces, face aux désordres du monde que je viens d'évoquer, cette indécision, cette mollesse, ce sont des fautes. Car il nous faut agir toujours plus vite que la violence, toujours plus vite que la délinquance. Bien entendu, depuis KISSINGER, les choses ont évolué : il y a maintenant deux numéros de téléphone ! Le premier, c'est celui du haut-représentant pour la politique étrangère. Pour ce qui est du second, on ne peut nier que la commissaire européenne, Madame Cécilia MALMSTROéM, joue, d'une certaine façon, le rôle d'un ministre de l'Intérieur de l'Europe. Je n'ignore pas que la complexité des processus de décision est largement liée au fait qu'il faut accommoder et c'est particulièrement vrai dans le domaine régalien 27 souverainetés, bientôt 28, dans le respect du droit. C'est d'ailleurs aussi le très beau côté de cette entreprise européenne, toujours émouvante, mais parfois impuissante. A ce titre, je ne résiste pas, puisque je suis à Bruxelles, à citer cette très belle phrase de ce grand homme d'Etat belge, Paul-Henri SPAAK : « Les hommes d'Occident, cette fois, n'ont pas manqué d'audace et n'ont pas agi trop tard. Ils ont fait une grande chose et ils l'ont faite, ce qui est remarquable et unique, en répugnant tout usage de la force, toute contrainte, toute menace. » Il faut s'inspirer de ceux qui ont pensé, qui ont construit l'Europe. Quoi qu'il en soit, en Europe, l'autorité peine à s'incarner, à s'identifier. Or, c'est pourtant un des éléments fondamentaux de l'autorité. Je voudrais prendre un exemple, mais il y en aurait tant d'autres : la surveillance de nos frontières communes de l'espace Schengen. Assurer que nos frontières sont protégées, assurer le contrôle de l'entrée dans notre espace commun, voilà une des manifestations de l'autorité ! C'est même la fonction d'autorité par excellence ! Or, que propose l'Europe ? Une agence, Frontex, qui n'a pratiquement aucun moyens propres pour agir, et donc pour véritablement incarner l'Europe. Je ne sais pas s'il sera un jour possible d'avoir un corps de garde-frontières européen. Mais si au moins la fonction pouvait être mieux incarnée, par exemple par des bateaux européens, ou un corps européen d'inspecteur des frontières, il me semble que l'on aurait déjà franchi un pas important. Cette Europe, elle doit s'incarner. Ne faisons pas comme s'il n'y avait pas une inquiétude face à ce qui se passe au Sahel, face à ce qui se passe dans les pays des printemps arabes qui, espérons-le, ne se transformeront pas en hiver. L'Europe, aujourd'hui, hésite. C'est un projet magnifique, extraordinaire, qui est mis en cause. Nous avons le devoir de restaurer, de réanimer ce beau projet européen. J'ai voulu commencer mon propos par une contre-vérité. Celui d'une sécurité qui serait nécessairement de droite. Je veux l'achever par une certitude. Je crois avoir fait la démonstration que les choses sont toujours, en réalité, bien plus complexes qu'elles ne semblent être au premier regard. Seule une paresse intellectuelle – contraire à l'institution dans laquelle nous nous trouvons – a pu installer, dans les esprits, cette dichotomie artificielle entre une gauche qui serait laxiste et une droite seule capable d'assurer la sécurité. La réalité des faits est toute autre. Et je veux m'en tenir à la réalité des faits, c'est-à-dire à l'échec de la droite française en matière de sécurité au cours des dix ans qui viennent de s'écouler. Pour autant, j'ai conscience qu'il ne suffit pas de prendre acte d'un échec, pour proclamer une victoire. En matière de conduite des politiques publiques, rien n'est facile. Et la première des conditions pour réussir est de regarder la réalité en face, sans rien occulter, et d'avancer avec conviction. La gauche française a des convictions en matière de sécurité ; je les incarne. Elles viennent de son histoire ; elles se sont renforcées au contact du réel, au travers, notamment, des responsabilités exercées dans les exécutifs locaux. Nous avons, dès lors, une responsabilité historique, pour la gauche française, mais au-delà pour la gauche européenne dans son ensemble : faire la démonstration, sur le long terme, de notre capacité à faire changer les choses, profondément, durablement. La gauche française qui a connu ce « long remords du pouvoir », pour reprendre le titre de l'ouvrage d'Alain BERGOUNIOUX et Gérard GRUNBERG, a l'ambition de gouverner dans la durée. Ce qui a été accompli en matière de sécurité, il faut l'accomplir dans d'autres domaines qui sont autant de défis à relever : l'intégration, la laïcité, le vivre ensemble. La France doit être capable d'intégrer tout en restant ferme sur ses valeurs. J'ai été l'un des parlementaires, rejoint par des hommes courageux tels que Robert BADINTER, qui ont voté la loi contre le voile intégral. Car ce voile, ce n'est pas un signe religieux, c'est une négation de la présence de la femme dans l'espace public. C'est une négation de la femme. Ce sont là des constats importants sur lesquels, je le sais, la France et la Belgique se retrouvent. Il existe d'autres règles qu'il nous faut porter. Nous sommes dans des sociétés libérales, au sens économique et politique du terme. Ces libertés politiques, fondamentales, nous devons les défendre. Mais nous devons aussi bien comprendre que nous sommes dans une économie de marché, et qu'il n'y a pas d'alternative à cela. C'est dans ce cadre qu'il nous faut agir, qu'il nous faut réinventer des politiques publiques pour redonner de l'espoir aux peuples. Mais j'atteins ici des thèmes qui vont au-delà du cadre de mon intervention et qui nécessiteraient, je n'en doute pas, un autre temps d'échange. Peut-être aurai-je l'occasion d'en reparler ici, devant vous. Peut-être dans dix ans ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/005.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/005.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d6f823204494add272ab12db79944ca30c9529c1 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/005.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Haut-Commissaire aux droits de l’Homme, Monsieur le Président du Conseil des droits de l’Homme, Mesdames, Messieurs les Ministres, Excellences, Mesdames et Messieurs, Cette session du Conseil des droits de l’Homme intervient à un moment où, partout dans le monde, des voix, toujours plus nombreuses, s’élèvent afin de demander plus de démocratie, plus de libertés, plus de droits et la fin de l’impunité pour toutes les violations des droits de l’Homme. Je voudrais saluer l’action du Haut-Commissariat pour les droits de l’Homme et, en particulier, la Haut-Commissaire, Mme Navenethem Pillay, dont la vigilance et l’action a permis au Conseil et au Haut-Commissariat de jouer un rôle de premier plan pour le respect et la promotion des droits de l’Homme partout dans le monde. Mesdames, Messieurs, Je suis aujourd’hui particulièrement préoccupée par la situation dramatique qui prévaut en Syrie. La commission d’enquête internationale, créée par ce Conseil, vient de publier un nouveau rapport qui dénonce les souffrances endurées par le peuple syrien victime d’une radicalisation et d’une militarisation croissante de la crise et d’une situation humanitaire désastreuse. Tout porte à croire que des crimes contre l’humanité ont été commis par les forces gouvernementales et les milices affiliées, et que des atteintes aux droits de l’Homme ont également été commises par des groupes armés d’opposition, même si elles ne sont pas comparables en termes d’intensité et d’échelle. Tous les coupables, sans exception, des crimes dénoncés par la commission d’enquête devront répondre de leurs actes devant la justice. La France soutient l’appel de la commission d’enquête internationale pour une saisine de la Cour pénale internationale par le Conseil de sécurité des Nations unies, afin de juger les auteurs des crimes les plus graves. Le travail effectué par la Commission d’enquête, et ce malgré l’opposition des autorités syriennes, est remarquable et il doit être poursuivi. La communauté internationale doit rester mobilisée pour appeler toutes les parties au respect des droits de l’Homme et du droit international humanitaire. Les efforts pour mettre fin à cette crise et aux drames qui l’accompagnent doivent être poursuivis pour qu’une aide humanitaire parvienne à ceux qui en ont besoin et pour que le dialogue politique reprenne, en appui à l’offre d’ouverture de la Coalition nationale syrienne. A cet égard nous renouvelons notre soutien à Lakhdar Brahimi, représentant spécial conjoint pour la Syrie dans sa tâche difficile. Mes pensées vont également au Mali, pays dans lequel la France a pris la décision d’intervenir pour répondre, en concertation avec les instances régionales, à l’appel des autorités maliennes. Le rapport de la Haut-Commissaire a confirmé l’étendue des violations commises depuis 2012. La France œuvre à ce que les Nations Unies et les acteurs régionaux restent particulièrement vigilants au regard de la situation des droits de l’Homme au Mali. Au Conseil de Sécurité, la France a demandé la mise en place d’un mécanisme de suivi du respect du droit international humanitaire et des droits de l’Homme. Nous appelons au déploiement urgent des observateurs prévus par la résolution 2085 du Conseil de Sécurité. Les forces françaises, dans le cadre de leurs règles d’engagement, appliquent l’ensemble des conventions internationales en matière de respect des droits de l’Homme et du droit international humanitaire qui s’imposent à la France. Les forces françaises sont en outre très attentives aux éventuelles violations des droits de l’Homme dont elles pourraient avoir connaissance. Nous devons tous être vigilants face à des risques d’exactions, le Président de la République l’a rappelé lors de sa visite au Mali : la vengeance n’est pas la justice. Nous nous félicitons que les autorités maliennes aient saisi la Cour Pénale Internationale, qui a ouvert une enquête sur les crimes de guerre commis au Mali depuis janvier 2012. La protection des droits de l’Homme, la protection des civils et la lutte contre l’impunité constituent des priorités de notre action et de celle de nos partenaires européens. Ainsi, la formation qui sera dispensée dans le cadre de la mission EUTM Mali, qui vise à redonner aux forces maliennes de sécurité une pleine capacité opérationnelle, inclura un volet consacré au respect des droits humains dans un contexte de belligérance. Nous appelons à nouveau les autorités maliennes à mettre en œuvre leurs engagements en matière de droits de l’Homme et de lutte contre l’impunité. Ce qui est en jeu, c’est l’avenir de la nation malienne, sa capacité à revivre dans la sécurité, la tolérance et la paix. Nous souhaitons que le Conseil des droits de l’Homme adopte une résolution forte lors de cette session, notamment avec la création d’un mécanisme visant à évaluer la situation sur le terrain et fournir une assistance technique. Je n’oublie pas non plus les situations dramatiques qui perdurent en Iran et en Corée du Nord. Nous nous ne relâcherons pas nos efforts afin que cessent les violations systématiques des droits de l’Homme et des libertés fondamentales qui s’y produisent en toute impunité. Mesdames et Messieurs, Les droits de l’Homme font partie des valeurs fondatrices de la République française et de sa politique étrangère. C’est dans le but de promouvoir les plus hauts standards de protection des droits de l’Homme que la France présente en 2013 sa candidature au Conseil des droits de l’Homme pour la période 2014 - 2016. La France mène une politique d’engagement actif au sein du Conseil des droits de l’Homme et combat toute remise en cause de l’universalité des droits de l’Homme. La France s’est engagée en faveur de la création d’un Conseil des droits de l’Homme capable de réagir efficacement à toutes les violations des droits dans le monde. Elle a confirmé cet engagement en contribuant activement aux travaux de renforcement du Conseil. La France est également attachée au mécanisme fondamental de l’Examen périodique universel. Nous considérons en effet que le regard extérieur et la critique sont essentiels pour aider chaque pays à améliorer sa situation des droits de l’Homme et à renforcer son niveau d’exigence. La France s’est également engagée et continuera à défendre l’indépendance du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme, à contribuer au renforcement des procédures spéciales mais également à porter de nouvelles initiatives au sein du Conseil des droits de l’Homme. Nous présenterons ainsi, conjointement avec le Bénin, le Costa Rica, la Moldavie et la Mongolie, une décision appelant à la tenue d’un débat formel sur la peine de mort lors de la 25ème session du Conseil des droits de l’Homme. Il s’agira d’aborder de façon non conflictuelle les meilleures pratiques mais aussi des obstacles à l’organisation d’un débat national sur l’abolition de la peine de mort et sur la façon dont les initiatives régionales peuvent le faciliter. L’abolition de la peine de mort, dans la mesure où elle incarne ce respect fondamental du droit à la vie et de la dignité inhérents à la personne humaine, quels qu’aient été ses actes, a une valeur éminente en termes de civilisation et de gouvernance : car dès lors qu’on s’interdit d’ôter la vie au nom de la valeur universelle de la dignité inhérente à la vie et à la personne humaine, on renforce en conséquence le respect universel de cette dignité elle-même dans toutes ses dimensions. Aussi, Mesdames, Messieurs, abolir universellement la peine de mort c’est réaffirmer et protéger l’indivisibilité et l’inaliénabilité de l’ensemble des droits humains auxquels nous avons souscrit universellement en tant que Communauté Internationale fondée sur le Droit. Mesdames, Messieurs La vision portée par la Déclaration universelle des droits de l’homme, selon laquelle tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits n’est pas une réalité. Les femmes et les jeunes filles font ainsi l’objet d’un grand nombre de violences et de discriminations partout dans le monde. Or la participation des femmes est une condition sine qua non au développement de la paix et de la démocratie. Afin de permettre aux femmes de bénéficier de chances égales, il nous faut leur permettre notamment l’accès à l’éducation et à la culture et lutter contre les stéréotypes de genre. C’est en particulier pour faire reconnaître ce droit des femmes et des filles à l’éducation et à la culture que j’organiserai à Paris, le 20 mars prochain, journée internationale de la Francophonie, le premier forum mondial des femmes francophones, en partenariat avec l’Organisation internationale de la Francophonie ainsi qu’avec ONU femmes et l’Unesco. La priorité de cette journée sera de ramener du droit pour les femmes dans l’espace francophone. Leurs droits sont menacés partout, pour beaucoup. Certaines sont en perte de droit, je pense à certains pays comme la Tunisie, comme l’Egypte, et certaines sont devenus des butins de guerre, je pense aux agressions au nord-est de la RDC, au nord-Kivu. La France est également particulièrement mobilisée pour la préparation de la toute prochaine session de la Commission de la condition de la femme qui a pour thème prioritaire l’élimination et la prévention des violences à l’égard des femmes et des filles. Dans un trop grand nombre de pays encore, les personnes lesbiennes, homosexuelles, bi, ou transgenres continuent d’être victimes de harcèlement, d’actes de torture, d’arrestations arbitraires, voire de meurtres, en toute impunité. Afin de réfléchir aux moyens de lutter efficacement contre ces actes odieux, la France accueillera une conférence régionale pour l’Europe à Paris le 26 mars. Madame la Haute Commissaire, Mesdames et Messieurs, Le Conseil a parcouru beaucoup de chemin. Il nous appartient aujourd’hui de veiller à maintenir le Conseil sur cette lancée. Le Conseil doit continuer à accroître sa vigilance et à dénoncer sans la moindre hésitation les violations graves des droits de l’Homme mais également à faciliter le dialogue et la coopération. C’est l’effort collectif de tous les Etats qui permettra au Conseil et au Haut-Commissariat d’apporter leur assistance aux personnes qui se voient déniées leurs droits et leurs libertés les plus fondamentales. Vous pouvez compter sur le soutien de la France dans l’accomplissement de cette tâche difficile mais indispensable pour le développement de la paix et de la démocratie. J’aimerais terminer avec une phrase de Nelson Mandela qui dit : « Ce qui est fait pour nous, sans nous, se fait contre nous ». Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/006.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/006.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..246f6e4a76f99dc08fddd0ad68b5376286c55771 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/006.txt @@ -0,0 +1 @@ +Vladimir POUTINE : « Encore une fois, permettez-moi de vous saluer, M. le Président, ainsi que toute votre équipe qui a visité aujourd’hui, à notre invitation, Moscou et qui a participé de façon très active à des discussions portant sur des questions bilatérales et internationales. Moi, je dois préciser, dès le début, que nous avons discuté en détail de toutes les questions bilatérales qui sont les plus importantes, mais aussi des problèmes internationaux. Les discussions ont montré le caractère traditionnel des rapports franco-russes qui sont des relations d’amitié, qui sont mutuellement avantageux et qui sont utiles pour les deux pays. Pour la Russie, la France a toujours été et reste un partenaire important de taille stratégique. Je peux vous dire que la rencontre que nous avons eue au mois de juin, la tâche que nous nous sommes assignés, pour intensifier la coopération, cette tâche a été remplie. Notre dialogue est maintenu, il est très fructueux, nous renforçons des liens humanitaires et nous intensifions notre coopération au niveau industriel, mettant l’accent sur les technologies, les hautes technologies et les innovations. Nous réalisons des projets d’envergure dans les domaines aéronautique, spatial, énergétique. Notre programme commun Soyouz, au niveau du pas de tir en Guyane, suscite une grande demande des opérateurs spatiaux. Et nous devons lancer encore six satellites au cours de cette année. Nous avons aussi des progrès importants dans l’aéronautique, nous participons activement à la coopération dans la construction de l’avion Super SS100 et MS-21 ; nous réfléchissons beaucoup à la commercialisation de ces 2 appareils. Les partenaires français participent de façon active à des gazoducs North Stream et South Stream, aussi bien qu’à la préparation des Jeux olympiques à Sotchi en 2014 et de la Coupe du monde de football en 2018, notamment, dans le développement des infrastructures russes. Je pense également que les constructeurs automobiles français apprécient, à sa juste valeur, les capacités du marché russe. L’alliance entre RENAULT - NISSAN et AVTOVAZ apporte déjà des fruits et il y a un autre projet qui réunit PEUGEOT CITROËN et la région de Kalouga. La capitale française est donc représentée pratiquement dans tous les domaines. Nous avons exprimé notre intérêt à ce que la contribution des investisseurs russes augmente en France. Nous allons utiliser pour cela les capacités du Fonds des investissements russes, aussi bien que celles de la Caisse des dépôts et consignations qui viennent de signer dans cette salle leur protocole d’entente. Nous espérons que le Comité de coopération économique, CCFAC, puisse également contribuer à la diversification des projets de coopération liant nos deux pays. Nous devons également trouver un créneau pour le Centre franco-russe des affaires. Nous avons accordé une grande attention au développement des contacts humains. L’interpénétration des cultures française et russe est très importante. L’Année croisée de la France et de la Russie aussi bien que les Saisons de la littérature et de la langue sont devenues des évènements très importants pour les deux cultures. Dans ce domaine-là, aussi bien que nos amis français, nous avons donc des nouvelles idées. Par exemple, nous sommes en train de discuter un projet qui est très intéressant, il s’agit de la Saison croisée des théâtres et des cinémas en 2014-2015. Nous avons parlé aussi des relations entre la Russie et l’Union européenne. Nous avons constaté que l’allégement du régime des visas pourrait favoriser le développement des contacts, y compris les contacts économiques entre nos deux pays. La Russie participe l’aide aux pays européens qui ont souffert de la crise. Nous participons également à l’action menée par le Fonds monétaire international, et là, nous voulons avoir une coopération active avec la France dans le cadre de la présidence russe du G20. Nous avons, bien évidemment, traité des problèmes internationaux aigus : Afrique du Nord, Proche-Orient, etc. Malgré certaines divergences dans nos positions, nous sommes tous pour la préservation de la Syrie en tant qu’Etat uni et je pense que nous avons beaucoup de points de convergence par rapport à l’analyse de la situation syrienne. On ne doit pas admettre que la tragédie syrienne puisse être utilisée au profit des terroristes internationaux. Aujourd’hui, un attentat a été commis à Damas près de l’ambassade russe qui n’a pas provoqué de victimes dans la population russe. Mais, en tout cas, nous devons dire que ce type d’acte doit susciter une condamnation de la Communauté internationale. Nous avons parlé de la situation au Mali et nous soutenons les efforts de la partie française qui visent à ce que le pays rentre dans le cadre démocratique. Nous portons un très grand intérêt à développer notre coopération avec la France et je voudrais remercier M. le Président pour la discussion qui a été aujourd’hui, très intense et très sincère. Je voudrais, bien évidemment, remercier tous les collègues pour le travail que nous avons fait aujourd’hui ensemble. Merci. LE PRESIDENT : « M. le Président, je veux vous remercier pour l’invitation que vous m’aviez lancée au mois de juin dernier et pour l’accueil que vous m’avez réservé, ainsi qu’à ma délégation. Je souhaitais, et vous souhaitiez aussi, approfondir la relation entre la Russie et la France. C’est une relation ancienne, pour ne pas dire historique ; c’est une relation qui est majeure, dès qu’elle concerne deux pays qui ont vocation à peser sur le destin du monde, et une relation qui est encore prometteuse. C’est-à-dire qu’elle n’a pas donné tout ce qu’elle pouvait produire, aussi bien sur le plan politique, culturel qu’économique. C’est donc notre rôle que de parvenir à franchir une étape nouvelle. Et tout au long de nos discussions qui ont été à la fois franches, amicales et en même temps concrètes nous avons voulu illustrer ce que pouvait être la relation entre la France et la Russie pour les prochaines années. D’abord sur le plan politique, nous avons en commun une vision du monde. Nous sommes attentifs à régler les conflits par la négociation et nous souhaitons, au Conseil de sécurité, faire prévaloir des arguments de paix mais également de lutte contre le terrorisme. J’y reviendrai. Sur le plan économique, nous avons, avec le président POUTINE, pris tous les domaines et ils sont nombreux où nous sommes déjà dans une situation qui nous permet de constater que nos échanges ont considérablement progressé ces dernières années. Il convient de dire que le développement de la Russie est impressionnant, que l’ouverture de son marché offre des opportunités. Les entreprises françaises y ont donc pris leur place, mais peuvent encore élargir cette influence et cette représentation, ici, en Russie. Je suis accompagné de bon nombre de chefs d’entreprise, de grandes, de moyennes aussi et de petites parce que c’est aussi avec les PME que nous pouvons réussir à développer nos échanges. Nous avons également un courant d’investissements important, des stocks d’investissements qui représentent à peu près 10 milliards d’euros et que nous pensons encore amplifier. Les domaines, vous les avez cités, M. le Président, c’est l’énergie et le gaz ; c’est l’automobile avec nos deux constructeurs, c’est l’aéronautique avec EADS ; c’est l’industrie pharmaceutique un accord a été signé ; c’est le chemin de fer, où nous pouvons illustrer la coopération entre la France et la Russie à travers les lignes à grande vitesse et où nous avons une technologie exemplaire ; c’est le spatial, et là encore deux accords ont été signés permettant effectivement qu’à Kourou, nous puissions faire en sorte que Soyouz y ait toute sa place et continuer à lancer un certain nombre de satellites. Plusieurs projets sont en préfiguration. Mais c’est également le domaine nucléaire, le domaine militaire et les domaines agroalimentaire et touristique sur lesquels nous pouvons encore travailler. Nous sommes attentifs à prendre notre part également aux deux grands événements que la Russie prépare, c’est-à-dire Sotchi et la Coupe du monde 2018. Nous avons pu avancer dans nombre de ces domaines pour élargir la place des entreprises françaises. Je veux remercier tout particulièrement le président POUTINE parce que nous connaissons bien les blocages qui peuvent parfois exister, les obstacles dans nos administrations respectives, et nous avons trouvé à chaque fois les moyens de les dépasser. Nous voulons aussi engager des partenariats entre nos entreprises russes et françaises pour être capables de porter ces technologies sur les marchés extérieurs, ensemble. Et là encore, nous avons des possibilités considérables de développement. Il y a les investissements français en Russie, il y a les investissements russes en France. Le président POUTINE m’avait dit, il y a plusieurs mois, « nous devons faire un effort commun pour qu’il y ait un accueil de ces investissements ». C’est ce que nous avons fait aujourd’hui à travers un Fonds qui va être créé entre la Caisse des dépôts et le Fonds souverain russe, de manière à ce qu’il y ait des investissements ; je ne parle pas des placements financiers, je parle des investissements dans notre économie qui puissent être favorables à l’emploi. Il y a peu d’ailleurs, une entreprise russe a pu reprendre une entreprise en France et c’est plusieurs milliers d’emplois qui sont concernés. Et là encore, je souhaite que nous puissions faciliter ces procédures. L’Agence française pour les investissements internationaux (AFII) doit se mobiliser pour leur réserver le meilleur accueil. J’ai pris l’engagement auprès du président POUTINE de faciliter l’attribution des visas, car il n’est pas possible de contraindre un certain nombre de personnes qui veulent investir en France de souscrire à des formalités administratives qui sont désuètes. Et d’ailleurs, nous devrons aller beaucoup plus loin puisque, avec l’Union européenne, nous devons lever un certain nombre de procédures concernant les visas, et le ministre de l’Intérieur, ici présent, y travaillera. Voilà pour la coopération économique industrielle. Une base solide existe entre nos deux pays pour que nous puissions élever le niveau de nos investissements, de nos échanges et donc de l’emploi dans nos pays respectifs. Mais nous avons également abordé les questions de coopération culturelle, parce qu’il y a dans notre Histoire, mais également dans notre présent, suffisamment de liens qui se sont tissés et d’événements que nous avons organisés pour que nous puissions être ambitieux dans ce domaine. D’abord, au niveau de la langue ou des langues, j’ai pris l’engagement que le russe puisse être davantage enseigné en France et le président POUTINE fera également en sorte, avec son gouvernement, que le français puisse trouver toute sa place. Nous avons aussi un certain nombre d’événements à célébrer. D’abord, l’année 2013, qui pourrait être une année autour du spectacle, théâtre, cinéma, et là encore, nous ferons en sorte qu’il puisse y avoir de nombreuses initiatives qui soient prises. Les ministres y ont travaillé. Et nous avons également à organiser, en 2014, deux manifestations très importantes, en France, mais pas seulement en France : c’est la Commémoration du déclenchement de la 1ère Guerre mondiale, car je n’oublie pas ce que la Russie a fait à cette époque ; et aussi, toujours en cette année 2014, la Libération de la France et, là encore, le peuple français n’oublie pas les sacrifices du peuple russe pour nous permettre d’être ce que nous sommes aujourd’hui. Et nous aurons à participer ensemble à ces manifestations. Nous avons aussi des projets qui intéressent nos pays respectifs. Aujourd’hui, c’était l’extension du lycée français de Moscou, mais je n’oublie pas le projet de centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris. Là encore, les procédures seront facilitées dès lors que le projet architectural a été amélioré pour qu’il y ait cette réalisation à Paris. Sur les questions internationales, nous avons de nombreux points communs pour appréhender les grands sujets qui préoccupent le monde. D’abord, je veux remercier le président POUTINE pour son appui à l’intervention de la France au Mali, dès lors qu’il en a parfaitement compris le sens, c’est-à-dire dans le cadre de la Charte des Nations unies. A l’appel d’un pays, le Mali, nous avons voulu prendre notre part dans la lutte contre le terrorisme. Et je lui ai donné l’état exact de notre intervention. Nous sommes, en ce moment-même, au contact d’un certain nombre de groupes qui se sont réfugiés dans une partie du Mali. La France fera, avec l’Armée malienne et les armées africaines, son devoir. Mais nous avons aussi évoqué la transformation de cette opération en opération de maintien de la paix, et la Russie nous apportera, au Conseil de sécurité, tout son soutien. De la même manière, notre analyse est commune sur les risques de prolifération nucléaire, et notamment en Iran. Tout doit être fait pour convaincre l’Iran de renoncer. De renoncer sans conditions à l’accès à l’arme nucléaire. Nous préférons, parce que c’est la seule méthode qui vaille, la négociation. S’il y a des progrès, nous les enregistrerons, mais pour l’instant nous constatons que la négociation n’a pas encore permis, malgré les sanctions, d’aboutir à une solution. Nous avons aussi évoqué la Syrie. Nous avons le même objectif, même si nous divergeons sur le moyen d’y parvenir. Nous divergeons encore mais nous pouvons trouver, là encore, une voie commune. Nous avons le même objectif qui est d’éviter la dislocation de la Syrie, et de laisser les terroristes profiter du chaos. Nous souhaitons le dialogue politique. Nous, nous considérons que ce dialogue doit trouver une forme nouvelle afin de permettre que toutes les parties s’y retrouvent pour qu’une issue soit trouvée. Enfin, je veux évoquer la préparation du G8 ainsi que celle du G20 que la Russie a en responsabilité. Deux grands sujets y seront évoqués. Le premier sujet est le plus actuel et le plus crucial pour nos économies. C’est celui de la croissance, de la stabilité des changes, de la capacité que nous pouvons avoir à faciliter les échanges pour que le monde puisse connaître un cycle qui soit celui de la croissance, et non pas comme dans un certain nombre de pays d’Europe, de l’austérité. Car tout se tient et la prospérité pour la Russie dépend également de la capacité qu’a ont l’Europe et les Etats-Unis d’avoir le plus haut niveau de croissance. Mais il y a un second sujet sur lequel nous avons souhaité nous mobiliser, c’est la lutte contre les trafics de drogues, contre ce fléau qui entretient aussi le terrorisme. Pour toutes ces raisons, nous avons avancé, tout au long de cette journée qui est une étape importante, qui méritera d’être prolongée. Je veux en remercier tous ceux qui y ont contribué. Jean-Pierre CHEVENEMENT avait préparé le terrain, et les ministres s’y sont pleinement investis et je sais que du côté du gouvernement russe, cela a été la même démarche et elle est souhaitable pour les relations entre nos deux pays ». QUESTION : « M. les Présidents, d’après vos déclarations, vous avez beaucoup de points communs, de points de vue communs sur le Moyen-Orient et l’Afrique ; je pense au Mali et à la Syrie. Mais M. le Président de la République française, comment expliquer ce fait que la France soit contre les combattants armés au Mali, qui sont contre le gouvernement légitime, et que la France soit pour les combattants armés qui sont contre le gouvernement légitime ? Alors que la Russie est, dans les deux cas, en faveur du gouvernement en place qui est un gouvernement légitime. Est-ce que vous avez, M. les Présidents, réussi à rapprocher vos positions ? Parce que vous dites que vous avez des positions qui sont parallèles, mais se trouver de part et d’autre d’une ligne de front, c’est quand même autre chose ». LE PRESIDENT : « Vous avez dit qu’on avait des démarches parallèles. Nous devons nous efforcer de les faire rencontrer. Ce qui n’est pas facile pour des parallèles ! Mais nous avons progressé. Je l’ai dit, nous avons les mêmes objectifs : éviter la dislocation, lutter contre le terrorisme. Ensuite, il y a la question de la manière d’y parvenir à travers le dialogue politique. Chacun le sait, nous, nous considérons que cela ne peut pas passer par Bachar El-ASSAD, d’autres pensent que c’est le représentant qui peut permettre d’engager ce dialogue. Si nous continuons sur ces positions-là, nous ne parviendrons à aucune convergence. Nous devons donc imaginer un dialogue politique qui fasse que l’opposition puisse discuter avec une partie qui puisse être acceptable. Voilà où nous en sommes. Cherchons le dialogue politique ! Evitons de nous figer sur des positions, mais il n’y a pas de temps à perdre. Parce que chaque jour qui passe, ce sont des dizaines de civils pour ne pas dire des centaines qui meurent, ce sont des attentats qui sont commis, et ce sont des radicalisations qui, à un moment ou à un autre, peuvent dégénérer. Moi, ma responsabilité, c’est de faire que nous puissions trouver une issue politique. C’est ce que nous avons cherché avec le président POUTINE et nous verrons dans les prochains jours comment lui donner une traduction ». Vladimir POUTINE : « Nous avons une position qui est une position de principe et qui est toujours soutenue. Nous sommes pour les gouvernements légitimes et nous sommes pour la France lorsque la France soutient cette ligne d’une manière claire et évidente. Voilà pourquoi nous avons soutenu les actions de la France au Mali. Pour ce qui est de la Syrie et d’autres régions, nous avons eu une discussion extrêmement intense, qui a tourné peut-être au débat par moments. Je crois que le président de la République a été d’accord avec certains de nos points de vue je pense que nous devons aussi écouter, être à l’écoute de nos partenaires sur ce problème qui est loin d’être simple. Et je pense que sans une bonne bouteille de vin et une bouteille de vodka, on n’arrivera pas à trouver une position commune ! Mais je crois que lors de la discussion, le président de la République a formulé des propositions qui pourraient être entendues par les partenaires. On pourrait essayer de les mener à bien. LE PRESIDENT : « Grâce à une bouteille de Porto ! » Vladimir POUTINE : « … ok ! » QUESTION : « J’ai une question pour M. HOLLANDE, mais si M. POUTINE peut commenter également… Selon les défenseurs des droits de l’Homme, l’année 2012 a été la pire en Russie pour le respect des libertés fondamentales depuis 1991. Comment, vous, M. le Président de la République, qualifiez-vous l’état des libertés en Russie ? » LE PRESIDENT : « La dimension des droits de l’Homme est présente dans toute notre politique étrangère. Partout où je vais, j’ai à évoquer cette question et je le fais avec franchise et en même temps responsabilité. Je n’ai pas à juger, je n’ai pas à évaluer. J’ai simplement à constater et lorsqu’il y a des manquements, je le fais. Je le fais pour qu’ils soient réglés et non pas pour qu’ils soient simplement brandis. C’est le rôle de la France de faire en sorte que, partout, il puisse y avoir un progrès ». Vladimir POUTINE : « Je dois dire que nous avons avec nos amis et collègues français, en particulier avec le président de la République, nous n’avons aucun sujet qui soit un sujet tabou. Nous discutons de tout de manière très ouverte et de manière très objective. Je ne considère pas que l’année 2012 ait été une année particulièrement difficile, avec des difficultés sur le plan des droits de l’Homme. Cela a été une année de campagne électorale en fait, il y a eu deux campagnes électorales. Cela a été la campagne pour les élections législatives et ensuite la présidentielle. Dans les deux pays, dans tout pays d’ailleurs, à chaque fois qu’il y a campagne électorale, il y a une acuité plus grande de la lutte politique. Il y a toujours des appels à l’autre côté ou à d’autres, à des tiers. Dans ces affrontements, on parle toujours d’abus et c’est une pratique que l’on voit se répandre dans le monde entier. Je ne pense pas que la Russie, en 2012, ait été particulièrement originale sur ce plan. Nous avons pris un choix fondamental qui est le choix du développement des institutions démocratiques et nous n’avons pas l’intention de nous départir de ce choix ». QUESTION : « A propos de l’argent, question aux deux présidents, sur les investissements. Les investissements français en Russie ont représenté plus de 9 milliards de dollars, alors que les investissements de Russie en France n’ont été que d’un peu plus de 180 millions de dollars. Comment expliquer cela, M. le Président de la Fédération de Russie ? Est-ce que les investisseurs russes sont tellement lents et tellement paresseux à investir en France ou bien est-ce que les conditions en France ne sont pas si favorables ? D’après les statistiques, en fait, on peut juger du contraire. On peut vous demander si les investisseurs français sont satisfaits des conditions en Russie ? » Vladimir POUTINE : « A propos des conditions qui sont offertes aux investisseurs français, les investisseurs se plaignent. Je ne sais pas s’ils se sont plaints au président HOLLANDE, mais ils se sont plaints à moi. Des investisseurs, non seulement étrangers, mais des entreprises russes aussi, elles ont toujours à se plaindre des autorités. Je pense que les investisseurs et entrepreneurs français ont à se plaindre de leur gouvernement. C’est donc à nous d’améliorer la législation, de supprimer les obstacles administratifs, de façon à faciliter les investissements vers la Russie. Je pense que c’est un processus qui se développe d’une manière très positive d’une manière générale. Le fait qu’il n’y a pas suffisamment d’investissements russes en France, je crois que cela n’est pas lié à la politique française en général. Mais c’est un peu lié à l’état de ces problèmes dans l’Union européenne dans son ensemble. Il y a beaucoup d’obstacles techniques et juridiques qui persistent. Je ne vais pas en parler maintenant, mais il y a un autre domaine à aborder, c’est que nous avons des difficultés dans les contacts. C’est, par exemple, le régime des visas qui nous rend les choses plus difficiles, cela s’applique non seulement à la France, mais à un certain nombre d’autres pays de l’Union européenne où il y a aussi ce même genre de différences. Les investissements européens en Russie sont, de plusieurs fois, plus importants que nos investissements dans ces pays, alors que les potentiels d’investissements de la Russie sont très importants et sont en croissance constante. Je considère que cet accord entre la Caisse des dépôts et consignations et le Fonds pour les investissements directs de Russie sera quelque chose de très important pour soutenir ce processus des investissements. LE PRESIDENT : « Comme l’a dit le président POUTINE, il y a toujours des procédures, toujours des freins, des blocages. Cela existe dans toutes les administrations. Je ne vais pas les accabler, elles font leur travail, cela dépend aussi des consignes qui leur sont données. A nous de faire en sorte que ce soit simplifié et facilité. Pour cela, il y a à la fois des procédures bancaires, des procédures douanières et j’y veillerai tout particulièrement. Parce que je veux qu’il y ait un rééquilibrage des investissements. Je l’ai dit devant les chefs d’entreprise : je considère que c’est un progrès quand une entreprise française vient investir en Russie pour permettre un courant d’exportations qui va ensuite bénéficier à l’emploi en France. De la même manière, je considère que lorsqu’il y a un investissement étranger, en l’occurrence russe en France, c’est un apport de capitaux, c’est une possibilité de maintenir ou de créer des emplois. On l’a vu pour GEFCO, cela peut être aussi un partenariat qui permet de conquérir d’autres marchés. Il y a donc ces procédures que nous devons simplifier des procédures également bancaires pour que, lorsqu’un investisseur se présente, il ne soit pas mis en suspicion. Deuxièmement, le fonds commun que nous allons créer, avec la Caisse des dépôts et consignations et le Fonds souverain russe, permettra justement de faciliter ces mouvements et de les orienter là où nous pensons que c’est l’intérêt commun. Enfin, les visas vont être simplifiés pour leur délivrance. Et puis, ensuite, dans le cadre de l’Union européenne, nous verrons comment nous pourrons lever ces procédures. Parce que c’est quand même un comble, quand un artiste, quand un investisseur, quand une personnalité vient en France pour apporter le meilleur cela peut arriver ! Qu’on vienne lui chercher chicane ou l’empêcher de venir ! Là encore, il y aura donc des progrès immédiats, suite à cette visite ». QUESTION : « M. les Présidents, une question sur vos relations personnelles. On avait observé, lors de votre première rencontre en juin, une relation, disons, assez franche, mais pas très chaleureuse. Aujourd’hui, on vous voit côte-à-côte, de nouveau francs, mais pas très chaleureux. Alors, est-ce que les relations entre la France et la Russie sont chaleureuses aujourd’hui ? Est-ce que cette rencontre a permis de les réchauffer ? » Vladimir POUTINE : « Approchez et vous allez sentir cette chaleur ! » LE PRESIDENT : « Le président POUTINE dit toujours les choses franchement. Et je le fais chaleureusement. Aujourd’hui, c’était notre deuxième rencontre (mais nous avions eu plusieurs échanges téléphoniques entre ces visites) : la première qu’il avait faite en France au mois de juin, et celle que je fais aujourd’hui. Ce qui est simple avec le président POUTINE, c’est qu’il dit les choses et que nous pouvons donc, à partir de là, chercher la voie commune, la convergence, quand elle est possible. Ensuite, à nous d’êtres pratiques, concrets et donc de faire en sorte que ce que nous disons sur le plan économique puisse se traduire rapidement. Pour la chaleur, vous jugerez vous-mêmes, vous prendrez régulièrement la température de nos relations. Merci ». Vladimir POUTINE : « Merci ». \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/007.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/007.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9caf44f86e6830d8b9d5047e2b91801a8f5fb1c2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/007.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Proviseur du Lycée Lyautey, Je voudrais d’abord vous remercier pour votre accueil, celui qui m’a été également prodigué par l’ensemble du personnel et dire que c’est un grand honneur de venir ici dans ce lycée prestigieux, l’un des plus grands lycées français du monde et qui compte 3 500 élèves, ce qui est considérable. Je salue M. l’Ambassadeur, Mesdames et Messieurs les Consuls généraux, Je voulais à l’occasion de cette visite au Maroc venir rencontrer au moins une partie de nos compatriotes qui vivent ici, travaillent ici et perpétuent l’amitié entre nos deux pays, la France et le Maroc. Je viens, il pleut. Je perpétue donc là-aussi une tradition et tout à l’heure un membre, je ne dirai pas lequel de la famille royale m’a dit qu’il y avait une formule de Lyautey, je demanderai à la vérifier, selon laquelle « gouverner c’était pleuvoir ». De ce point de vue-là, nous réussissons au-delà de toutes nos espérances. Je viens ici avec Valérie à la tête d’une délégation importante, des ministres de la République, le ministre des Affaires étrangères, la ministre du Commerce extérieur, la ministre des Droits des femmes qui a quelques liens avec le Maroc, la ministre de l’Enseignement supérieur, le ministre de l’Agriculture, le ministre du Développement, la ministre de la Francophonie, bref, quasiment tout le gouvernement. Et en plus, nous avons la chance d’avoir Jack LANG avec nous. Je viens également avec de nombreux chefs d’entreprise qui sont conscients de l’enjeu que représente le développement du Maroc, entreprises qui sont d’ailleurs installées depuis longtemps ici au Maroc et je ne doute pas que, parmi vous, il y ait de nombreux salariés de ces entreprises. Je viens également avec des représentants culturels, et des personnalités qui, en France, représentent un certain nombre de nos compatriotes. Je pense aux musulmans, je pense aux juifs qui ont des liens profonds avec le Maroc. Je suis aussi entouré de personnalités qui souhaitaient venir avec moi ici dans ce grand pays pour confirmer le lien qui nous unit, un lien qui est forcément chargé d’histoire, un lien qui est aussi celui de la langue. Je reviens ici dans ce lycée au formidable réseau des établissements scolaires, 39 établissements scolaires français au Maroc qui dispensent une formation de grande qualité à 31 000 jeunes, français et marocains. C’est un service public exemplaire, d’abord pour les familles françaises installées au Maroc mais aussi pour des familles marocaines qui cherchent par l’accueil qui est fourni à leurs enfants à entretenir la relation entre nos deux pays. Je veux saluer tous les enseignants, tous les personnels, français et marocains, qui travaillent dans ce réseau scolaire pour diffuser notre langue, la langue française qui ne nous appartient pas en propre, que nous partageons avec d’autres autour de la belle idée, de la grande idée de la francophonie. La langue française appartient tout autant au Maroc qu’à la France. C’est un patrimoine commun. Dans les prochaines décennies, il y aura plus de 750 millions de locuteurs français et notamment en Afrique, continent d’avenir, continent où la relation avec la France qui aurait pu être dégradée par le passé que l’on connait, s’enrichit continuellement par l’apport que vous pouvez également contribuer à accorder, à donner aux pays en Afrique et notamment au Maroc. Ma visite, pendant ces deux jours, a deux objectifs à l’invitation de sa Majesté le Roi. Le premier objectif, c’est de conforter l’amitié entre la France et le Maroc. Cette amitié s’est forgée dans le temps, le temps long, le temps où nos cultures se confrontaient et se rassemblaient. Il y a eu ensuite le protectorat avec là-aussi ses contributions, ses apports mais aussi ses atteintes, ses agressions aux libertés. Et puis, l’histoire c’est aussi celle de la solidarité dans les épreuves. Et tout à l’heure, il m’a été remis par trois lycéennes un très beau livre sur ceux qui ont donné leur vie, en tout cas, participé aux combats de la France dans les deux guerres. Je n’oublierai jamais, au nom de la France les tirailleurs qui sont venus se battre au cours des deux guerres mondiales. Pas davantage les nombreux compatriotes résidant au Maroc qui se sont illustrés par leur bravoure dans les deux conflits, dont je viens de parler et qui resteront à jamais gravés dans notre mémoire. Mais l’amitié entre la France et le Maroc ne se conjugue pas au passé. Elle est pleinement inscrite dans le présent et a vocation à se perpétuer dans l’avenir. Depuis 1975, tous les Présidents de la République sont venus au Maroc. A chaque fois, ce fut une étape supplémentaire dans le resserrement des liens. A chaque fois, il y a eu des engagements qui se sont traduits. A chaque fois, il y a eu des progrès qui ont pu être constatés. Parce que l’amitié entre la France et le Maroc dépassent les alternances politiques en France, dépasse les clivages partisans. C’est un engagement irréversible de notre pays. Mohammed VI a été le premier chef d’Etat que j’ai reçu officiellement à Paris au lendemain de mon élection. Et lui-même a veillé à faire en France sa première visite d’Etat lorsqu’il accéda au trône, signe de cette amitié, volonté de la prolonger au-delà des personnes. Je veux saluer d’ailleurs la transition démocratique qui a été engagée ici au Maroc et qui s’accélère avec l’adoption de la nouvelle Constitution. Certes, il y a encore, comme pour toute démocratie, des imperfections, des progrès, des améliorations mais en même temps, le Maroc avance et de manière irréversible dans le chemin long de la démocratie. Dans l’entretien que j’ai eu avec le Roi, avec le ministre des Affaires étrangères, Laurent FABIUS, nous avons évoqué les grands sujets, ce qui vous préoccupe et nous mobilise. D’abord le Mali, le Maroc a soutenu dès le début, dès le premier jour, l’intervention française. Nos armées sont, en ce moment même, engagées sur le territoire malien. Plus de 4 000 soldats qui ont été accueillis comme des libérateurs, qui font en sorte de permettre au Mali de retrouver son intégrité territoriale, qui ont chassé les terroristes, il en reste, et qui encore en ce moment cherchent à libérer nos otages encore retenus au Mali. Leur mission est bientôt terminée car ils ont à la fois arrêté l’offensive terroriste, permis au Mali de retrouver le contrôle de ses villes et de son territoire. Ils sont dans la dernière phase. Et ensuite, ils se retireront progressivement, les Africains prenant le relais et bientôt dans le cadre d’une opération de maintien de la paix décidée par les Nations Unies. Je suis fier de ce qu’ont fait nos soldats, fier aussi d’avoir vu la France saluée comme elle l’a été. Nous sommes un grand pays, un pays mondial, un pays qui compte. Nous avons nos problèmes. Nous avons parfois nos oppositions, nos séparations, nos difficultés, nous les connaissons et nous faisons en sorte de les réduire, aussi bien les clivages inutiles que les difficultés qui ne sont jamais insurmontables. Nous essayons et nous y arriverons de redresser notre pays, lui redonner de la force industrielle, productive. Et en même temps, nous devons nous dire que la France est un pays qui peut décider seule, au nom de la communauté internationale, en fonction des valeurs qui ne nous appartiennent pas en propre mais que nous partageons, des valeurs universelles. Oui, la France a été capable de venir en soutien à un pays et de lutter contre le terrorisme. Et le Maroc l’a parfaitement compris. Sur la Syrie, nous en avons également parlé avec le Roi, situation insupportable, 100 000 morts depuis deux ans, une dictature qui écrase son propre peuple, une opposition qui cherche à se structurer que nous avons reconnue comme légitime mais qui n’a pas la force des armes et une solution politique qui peinent à trouver enfin son aboutissement. Alors que faire ? Conjuguer encore nos forces avec le Maroc, chercher à solidifier, solidariser nos positions, c’est ce qu’a fait le Maroc en accueillant à Marrakech la conférence des amis de la Syrie, comme nous l’avions fait aussi à Paris. Alors, nous chercherons la transition politique. Nous ferons pression autant qu’il sera nécessaire. Nous éviterons là-aussi la radicalisation dont les terroristes ou les djihadistes pourraient faire leur bénéfice. Et puis nous avons parlé de l’avenir de la Méditerranée, la France et le Maroc ont une vision commune. Nous avons besoin des deux rives de la Méditerranée pour construire, ce que j’appelle, une Méditerranée de projets et ça passe par l’économie. Alors, je suis venu, ici à Casablanca, parce que beaucoup d’entreprises françaises y sont installées et parce que nous avons une coopération de haut niveau. Au Maroc, il y a pratiquement toutes les entreprises du CAC 40 qui sont présentes. 36 sur 40. 800 filiales d’entreprises françaises sont également installées ici. 1 100 entreprises au Maroc ont un lien avec la France. Cela correspond à 120 000 salariés. Vous n’êtes pas tous rassemblés mais vous en êtes tous plus ou moins les représentants. Le Maroc reste la première destination des investissements français en Afrique. La France participe pleinement aux grands projets du Maroc, pour le TGV, pour les tramways, pour les villes nouvelles. Je voulais à travers cette rencontre remercier tous ceux qui contribuent au développement économique du Maroc et surtout à ce lien partenarial que nous avons été capable d’établir. Le Maroc n’est pas un pays en développement, c’est déjà un pays émergent, un pays où il y a une capacité, une ressource, des ressorts, une croissance. Alors nous devons être présents, l’être même encore davantage. Nous sommes le premier client du Maroc mais nous ne sommes plus déjà les premiers fournisseurs. Donc, nous avons vocation à le redevenir. Les grandes entreprises, je l’ai dit, sont là. Mais nous devons emmener les petites, les moyennes entreprises et là-aussi c’est vous, à travers vos élus, à travers vos représentants, à travers la chambre de commerce de leur facilité l’existence. Nous devons aussi imaginer des coopérations nouvelles dans des domaines comme les énergies renouvelables, comme l’agro-alimentaire, comme le tourisme où nous pouvons encore faire mieux. Alors, il y a l’idée toujours présente en France de se dire mais si nos entreprises investissent au Maroc, est-ce que ce n’est pas au risque de l’emploi local, chez nous, de l’emploi national, de la production française ? Ces interrogations sont toujours légitimes. Alors, nous devons imaginer un nouveau concept, celui de co-localisation industrielle, que les entreprises françaises viennent ici, oui et en même temps cela va entraîner un courant d’échange favorable à l’emploi en France. Et c’est ce qui se passe déjà à Casablanca, par exemple pour le pôle aéronautique. Il y a une centaine d’entreprises françaises, dont EADS et Safran, qui travaillent avec les entreprises marocaines et cela contribue, et à l’activité au Maroc et à l’emploi en France. De la même manière, nous devons montrer que sur le développement durable, nous pouvons donner, non pas en partage nos technologies, mais montrer que nous pouvons aussi innover au Maroc. C’est ce que nous allons faire pour les villes nouvelles. Nous allons le faire aussi dans le domaine de l’assainissement. Je viens de visiter la première usine de traitements des eaux du Grand Casablanca. C’est un bel exemple là-aussi de ce que nous pouvons faire. Et puis, il y a une autre idée que nous avons évoquée, sa Majesté et moi-même : est-ce que nous ne pourrions pas fédérer nos forces, Maroc et France, pour servir le développement du continent africain, pour porter des projets ensemble, pour investir ensemble en Afrique ? Nos deux pays partagent la volonté d’aider un certain nombre de pays en Afrique et de travailler dans la même direction avec nos atouts spécifiques, avec nos forces respectives et faire en sorte de conquérir, nous aussi, Français et Marocains, de nouveaux marchés. Voilà, ce que je voulais vous dire sur le plan économique. Mais en même temps, entre la France et le Maroc, c’est une relation humaine, c’est-à-dire des échanges entre des hommes et des femmes. Un million de Marocains résident en France et encore la statistiques doit être trompeuse car il y a beaucoup de Français qui sont d’origine marocaine et qui ont la nationalité française. Et puis, il y a aussi tous ceux qui Marocains de France, quelle que soit leur nationalité sont des binationaux ou pas et contribuent à la richesse de la France. De grandes personnalités nous apportent leur culture. Je salue ici Tahar Ben Jelloun, grand écrivain né au Maroc et qui a tant contribué à la littérature française. Mais il y a aussi tous les artistes, je ne vais pas les citer tous. Vous les connaissez, ils viennent d’ailleurs se produire régulièrement à Marrakech ou ailleurs. Il y a les humoristes nombreux, à croire que pour rire en France il faudrait aller chercher au Maroc. Je vais en citer un parmi d’autres, le plus connu, je ne veux pas me fâcher avec les autres. Djamel Debbouze, qui a dit cette chose très juste comme souvent. Il a dit les Marocains, ils ont d’abord défendu la France, ensuite ils ont contribué à construire, ou à reconstruire la France au lendemain du second conflit mondial. Et puis maintenant les Marocains de France, ils racontent la France. Et donc, ils participent pleinement à la culture de France, au langage, aux mots de la France et avec la volonté d’y contribuer pleinement. Et puis, vous, communauté française au Maroc, vous êtes l’une des plus importantes communautés françaises du monde. Là-aussi, les statistiques sont trompeuses. Les consuls font parfaitement leur travail. Ils vous ont donc recensé. 45 000 dans les six consulats, mais on me dit qu’en fait vous seriez 80 000, non pas de manière irrégulière, vous ne risquez rien. Mais tout simplement parce que vous ne vous êtes pas fait inscrire. Et puis il y a tous les Français de passage, dont on ne sait pas s’ils sont résidents ou pas résidents. Mais ce qui importe, c’est l’échange, c’est de savoir que votre communauté augmente chaque année. En dix ans plus de 66% de Français de plus au Maroc. C’était avant mon élection, cela n’a rien à voir. Tout simplement pour la beauté, pour le climat et pour la vie au Maroc. Un tiers des Français établis au Maroc a moins de 18 ans. Là-aussi, vous êtes l’une des communautés les plus importantes établies à l’étranger. Je veux vous en remercier parce que, établis à l’étranger et Français de l’étranger, vous contribuer au développement de la France, à la promotion de la France, à l’économie de la France, à la culture de la France, à l’enseignement du français. Néanmoins toute communauté a ses problèmes et les Français de l’étranger ne sont pas différents des Français qui vivent en France. Il y a toujours la question de la scolarité. Plus grave encore, plus difficile encore, quand on vit à l’étranger. Je sais ce que représente les frais d’inscription et donc ce qu’il convient de faire pour l’attribution des bourses. Je sais aussi qu’il y a une partie de nos compatriotes qui n’est pas la plus fortunée, qui souffre de difficultés sociales parfois d’isolement, de vieillissement et là-encore nous devons veiller à ce que les prestations sociales aillent bien vers ces compatriotes. Et puis il y a la question de la sécurité dont je me suis entretenu avec le Roi et je continuerai de le faire avec le gouvernement. Parce que, pour nous, c’est un objectif essentiel, c’est une priorité en France, mais c’est une priorité hors de France. Je fais confiance aux forces de sécurité marocaines. Nous avons une très bonne coopération. Elle est permanente, elle est étroite. Elle est entière. Et je veux ici vous donner tous les éléments pour vous rassurer s’il en était besoin. Voilà, Mesdames et Messieurs, chers compatriotes, ce que j’étais venu vous dire. Vous êtes des Français installés au Maroc ou de passage au Maroc, certains depuis toujours, d’autres selon les activités professionnelles, les rencontres personnelles, les choix de vie. Vous avez, à la fois, des droits à faire valoir et en même temps vous avez d’une certaine façon une responsabilité aussi, contribuer au développement de la relation entre la France et le Maroc, promouvoir nos industries, notre langue –je le disais-, tout simplement prolonger l’histoire parce que chacun, à sa place, doit veiller à être à la fois fidèle à l’histoire, au passé et en même temps à inventer. Une amitié, ce n’est pas un pacte, ce n’est pas un contrat, ce n’est pas non plus un engagement irréversible. Une amitié comme celle qui existe entre la France et le Maroc, cela s’entretient, ça se cultive, ça s’enrichit et donc c’est vous qui permettez à cette amitié d’être toujours aussi belle et de rester une promesse d’avenir. Merci pour votre accueil. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/008.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/008.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ff0345c5fc0a280c86e6715eb81cc53e5f46dac2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/008.txt @@ -0,0 +1 @@ +LE PRESIDENT : « Ce voyage et cette visite arrivent au terme de tous leurs moments forts. Je veux en remercier d’abord Sa Majesté le Roi, les autorités marocaines le gouvernement, le Parlement, toute la société civile qui a fait le meilleur accueil à ma délégation, et enfin la population qui s’est manifestée à plusieurs reprises. Ce déplacement, cette visite d’Etat correspond à une relation exceptionnelle qui existe entre le Maroc et la France et qui a franchi une nouvelle étape à l’occasion de cette visite. Aussi bien sur le plan politique où la convergence entre le Maroc et la France sur les grands sujets internationaux est totale, que sur le partenariat économique où nous avons signé un certain nombre d’accords et fait comprendre tout l’intérêt qu’il y aurait à ce que les chefs d’entreprise français et marocains puissent faire de la « colocalisation » et en même temps de la coopération pour aller à la conquête des marchés sur le continent africain. Enfin, nous avons pu, aussi bien à l’Université que lorsque je rencontrerai la société civile, montrer que le Maroc est une société pleine de ressources, de vitalité et qui progresse dans la voie de la démocratie, comme je l’ai dit devant le Parlement marocain. C’était important de faire cette visite parce qu’il y a notamment en Afrique de l’Ouest et pour la Méditerranée des sujets qu’il nous revient de régler. Pour l’Afrique de l’Ouest, c’est la crise au Sahel. J’ai pu donner toutes les informations, avec le ministre des Affaires étrangères, sur ce que sera la suite de l’opération française au Mali et l’examen, par le Conseil de sécurité du déploiement d’une opération de maintien de la paix. Pour la Méditerranée, nous avons rappelé combien elle était le cadre dans lequel nous voulions que l’Europe et les pays du Maghreb puissent engager une coopération de haut niveau. Avec la question toujours pendante, sur laquelle je suis revenu, du Sahara occidental, et où j’ai rappelé que la France voulait trouver une issue négociée et considérait que le plan marocain était une base sérieuse et crédible. Voilà, le sens de ce voyage. Je vais d’abord répondre aux journalistes marocains puis, après, aux journalistes français. Je crois qu’il a été prévu trois questions pour chacun. QUESTION : « Vous venez donc parler de la question du Sahara. L’intervention au Mali a révélé entre autres et cela a été reconnu implicitement, y compris par l’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour la question du Sahara, Christopher ROSS, lors de sa dernière tournée… Il a reconnu que, effectivement, il y aurait une connexion avec le Polisario. Est-ce que vous confirmez ? » LE PRESIDENT : « Non. Ce que je dis, c’est que dans l’instabilité du Sahel, il y a un risque que tous les conflits non réglés puissent alimenter la chaîne de l’instabilité et du terrorisme. Pour le reste, l’envoyé spécial du Secrétaire général va venir bientôt, ici même, au Maroc. Il cherche la voie pour appliquer les résolutions du Conseil de sécurité et trouver une issue négociée. Je pense qu’effectivement, quand il y a ce qui se produit au Sahel, nous devons encore, avec plus d’insistance et d’urgence, régler cette question qui est maintenant ouverte avec les souffrances que nous connaissons pour la population depuis plus de 30 ans ». QUESTION : « Dans votre allocution hier à Casablanca, vous avez parlez de terroristes, puis de votre crainte de la radicalisation des terroristes djihadistes français. Y a-t-il un glissement sémantique entre ces expressions ? Djihadistes pour les uns et pas pour les autres ? Ou est-ce que c’est la situation sur le terrain qui vous contraint d’utiliser ces termes ? Ou est-ce le prélude d’un recul, peut-être, d’un recul sur le principe de la livraison des armes à l’opposition syrienne ? LE PRESIDENT : « Sur la Syrie. Nous, nous souhaitons une solution politique. Nous la cherchons depuis des mois. 100 000 morts depuis deux ans ! Nous faisons tous les efforts pour que le pouvoir syrien comprenne qu’il doit laisser la place. Nous essayons de convaincre les Russes de favoriser cette transition politique. Parallèlement sur le terrain militaire, nous avons la preuve que le régime écrase la population civile avec des armes. Nous avons donc dit que c’est une situation de déséquilibre insupportable et que l’embargo vaut jusqu’au mois de mai c’est une décision prise à l’échelle de l’Europe et qu’il y a des conditions avant de le lever. La première de ces conditions, c’est que l’opposition soit unie. Nous avons fait en sorte de la reconnaitre cette opposition. Il y a eu, ces dernières semaines, un certain nombre, là aussi, de divisions, de querelles ou en tout cas de débats. La seconde condition que nous posons, elle est impérative, c’est que dans l’hypothèse où il y aurait une levée de l’embargo, il ne peut pas y avoir de livraison d’armes à des groupes dont nous pouvons craindre qu’ils les utilisent ensuite, y compris contre nos propres intérêts. Pour l’instant, nous faisons en sorte que l’opposition se structure, qu’elle soit reconnue et que, pendant cette période, la pression soit faite sur le plan politique pour qu’une issue soit trouvée ». QUESTION : « Monsieur le Président, je voudrais juste revenir sur la situation des droits de l’Homme au Maroc, quelles sont vos attentes là-dessus ? » LE PRESIDENT : « Au Maroc il y a un processus, qui est engagé depuis 10 ans. Il y a une Constitution qui a été adoptée en 2011 et qui comporte d’indéniables progrès. Il y a des étapes qui ont été franchies en termes de pluralisme, de liberté d’expression. Cela s’est fait dans la stabilité, dans le calme, parce que le Roi a su anticiper, parce que les partis ont pu également être à la hauteur de leurs responsabilités. Maintenant, il y a toujours des imperfections, il y a toujours des retards. Nous faisons donc en sorte, sans qu’il y ait besoin de faire pression, de dire à nos amis marocains que ce processus étant le bon, ils peuvent avoir le rythme qu’il leur parait le meilleur et qui paraitrait le meilleur pour le respect des droits de l’Homme. Nous sommes très attentifs aussi aux droits des femmes et là aussi il y a eu des progrès. Si nous ne les reconnaissons pas, alors cela voudrait dire que nous ne faisons pas la distinction entre des pays qui peuvent justement être une référence pour d’autres. Un exemple. J’ai eu avec le Roi du Maroc des discussions tout à fait claires et franches là-dessus. Je dois dire qu’il est parfaitement lui-même mobilisé sur ces questions et notamment sur les questions aussi de ce qu’on appelle de développement humain, des droits humains et avec des conceptions qui sont proches des nôtres en matière de préservation de l’environnement, de développement durable, de droits des personnes, d’accès aux services essentiels. Voilà pourquoi la France est toujours attentive à ces questions et fait en sorte de ne pas s’ériger comme arbitre, mais d’intervenir, chaque fois que c’est nécessaire, pour régler des cas individuels. Et c’était le cas aussi, lors de cette visite ». QUESTION : « La France vit en ce moment une crise politique. La déclaration que vous avez faite hier à l’Elysée avant de vous envoler pour Casablanca ne semble plus suffire pour en sortir. Alors nous avons deux questions. La première, c’est si vous avez des initiatives déjà envisagées et parmi celles-ci un remaniement gouvernemental pourrait-elle en faire partie ? LE PRESIDENT : « D’abord, s’il y a des initiatives à envisager, ce n’est pas ici, au Maroc, que je vous les livrerais. Mais je comprends que face à ce qui s’est produit, qui est un choc considérable, c’est-à-dire qu’un homme qui était au gouvernement ait pu mentir comme il l’a fait non seulement au chef de l’État, au Premier ministre, mais au Parlement, à l’Assemblée nationale et sur un compte à l’étranger qu’il n’avait pas déclaré… Oui, c’est un choc qui appelle nécessairement des décisions. Ces décisions, j’en ai annoncé une part sur le plan législatif. Nous avons besoin de continuer la moralisation de la vie politique et même de la vie économique. Et il y a une indépendance de la justice à renforcer. Alors je vous le dis j’irai jusqu’au bout, jusqu’au bout sur ces questions parce que je n’ai rien à redouter de l’application stricte des textes quand ils existent et de l’introduction de nouveaux textes quand ils sont nécessaires. Au contraire, parce que je suis le chef de l’État d’un pays qui est une grande nation, qui ne peut pas accepter d’être ainsi humiliée avec des affaires qui se succèdent depuis des années et je ne vais pas ici les égrener. Il convient d’y mettre un terme, une bonne fois pour toutes. Il y aura toujours des indélicatesses, des personnes qui se comportent mal. Mais, à ce moment-là, tout sera fait pour qu’il y ait la prévention indispensable et la répression qui est absolument nécessaire ». QUESTION : « Bonsoir Monsieur le Président. On a appris aujourd’hui que le trésorier de votre campagne électorale, M. Jean-Jacques AUGIER, est actionnaire de deux sociétés ayant des comptes offshore aux Iles Caïman. Confirmez-vous, comme il l’a dit lui-même, que vous n’étiez pas au courant de ces informations et, d’autre part, considérez-vous que ces faits sont répréhensibles ? » LE PRESIDENT : « Je ne connais rien de ces activités et si elles ne sont pas conformes à la loi fiscale, je demande que l’administration s’en empare et permette de faire les rectifications si elles sont nécessaires. Je n’ai pas d’autres commentaires à faire parce que je ne connais rien de ces investissements ou de ces activités. En revanche, ce que je peux vous dire, c’est que Jean-Jacques AUGIER a été le trésorier de ma campagne. Les comptes de campagne de 2012 ont été considérés par le Conseil constitutionnel comme parfaitement réguliers, parfaitement conformes au droit et avec toutes les exigences qui impliquent, justement, le respect de la loi. Ce qui compte pour moi, car je me suis engagé là-dessus comme candidat, aujourd’hui Président, c’est que les comptes de campagne aient été validés, contrôlés et regardés comme conformes. Ensuite sur les activités privées, c’est à l’administration fiscale, s’il en est besoin, de faire son travail ». QUESTION : « Bonjour, vous avez loué la stabilité du Maroc. Vous avez beaucoup insisté sur cet aspect-là. Est-ce que cela veut dire que vous considérez que le Maroc est définitivement à l’abri de ce qu’on a appelé les « printemps arabes » ? Est-ce que vous prenez vos distances par rapport aux « printemps arabes » justement ? Cette stabilité ne se fait-elle pas au prix de quelques entorses ? Je vais prendre deux exemples : en matière de liberté d’expression, l’un de nos confrères à l’AFP n’a pas reçu son accréditation ; et il y a toujours des militants du mouvement du 20 février qui sont toujours en prison. Merci ». LE PRESIDENT : « Chaque pays a sa spécificité. Le Maroc en tant que tel n’a pas connu de « printemps arabe ». Il l’avait anticipé. Je suis allé il y a quelques semaines en Algérie. Il n’y a pas eu non plus de « printemps arabe » en Algérie mais il y a une autre évolution. Ce que je souhaite aujourd’hui pour les « printemps arabes » et notamment pour la Tunisie qui a été le premier pays à se libérer d’une dictature c’est que les valeurs que les « printemps arabes » ont porté de liberté, d’émancipation, d’égalité entre femmes et hommes, de démocratie, de pluralisme, puissent être au bout du chemin. Alors que l’on sait qu’il y a des mouvements de repli, parfois de rupture… Pour ce qui concerne le Maroc, je l’ai dit, c’est un processus long qui a été engagé ici, qui a incontestablement eu des progrès pour la population et pour la représentation du pluralisme. Je suis allé devant le Parlement : les partis sont là, ils sont issus du suffrage universel. Est-ce que cela veut dire que tout est réglé, qu’il n’y a pas de problèmes en particulier ? Vous en avez cité deux que je connais… Je dis donc aux autorités marocaines, là aussi sans vouloir faire la leçon, que la liberté d’expression nous la connaissons, parfois nous l’éprouvons, mais c’est un principe fondamental de la démocratie. QUESTION Ne considérez-vous pas comme inévitable un remaniement du gouvernement ? LE PRESIDENT J’ai dit que sur ces questions-là le gouvernement n’est pas mis en cause en tant que tel. Le gouvernement n’est pas mis en cause parce que, pour être clair, Jérôme CAHUZAC, qui n’est plus membre du gouvernement, en a été écarté dès qu’une information judiciaire a été ouverte. Ce n’est pas le gouvernement qui est en cause, c’est un homme qui a failli. Pour ce qui concerne le fonctionnement du gouvernement, il y a de ce point de vue pas de décisions à prendre car cela laisserait penser qu’il aurait quelque chose à voir avec l’affaire en question qui est une affaire individuelle ; mais qui est aussi une affaire suffisamment grave pour que l’on en tire des conclusions sur le plan de notre législation, sur le plan des comportements, sur le plan des conflits d’intérêt et sur le plan également des contrôles fiscaux. Merci à vous ». \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/009.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/009.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a60b1d02aa63bd00a723b4ee92ac82e91a3a415d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/009.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - En déplacement en Chine, le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius s'est entretenu avec son homologue sur les pistes toujours étudiées pour trouver une sortie politique à la crise. R - Si rien n'est fait en Syrie, nous allons nous diriger vers une radicalisation des deux côtés, c'est le premier point. De plus, il faut une solution politique qui est très difficile à tracer maintenant. Lors du voyage de François Hollande à Moscou, nous avons longuement abordé ces sujets avec le président Poutine. C'est quelque chose qui avait été dit. Il faudrait des parties qui représentent, d'un côté, le régime, et de l'autre, l'opposition ou alors une personnalité mutuellement acceptable qui pourrait aider à mener cette période de transition. Sur cette idée-là, les Français sont certainement partants et les Russes à coup sûr. Les Chinois peut-être mais ils sont un peu en recul par rapport au problème lui-même mais pourraient être tout à fait ouverts. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/010.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/010.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..86c6b41bd43669b895440a2a7058fd55bc0adcfa --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/010.txt @@ -0,0 +1 @@ +Cette visite a marqué l'importance que nous attachons aux relations franco-chinoises, à la fois, vous le savez, parce que ces relations sont anciennes - la France, on le rappelle souvent, a été le premier pays, le premier grand pays d'occident, sous le général de Gaulle à reconnaître la République populaire de Chine -, mais aussi parce que, au travers des années, une coopération étroite s'est développée et parce que nous partageons, sur beaucoup de points, des approches communes. Nous sommes deux puissances membres permanents du Conseil de sécurité, attachées à l'indépendance, au développement et à la paix. Nous avons, certes, sur certains dossiers, des analyses qui peuvent être différentes mais, sur beaucoup de points nous sommes d'accord notamment sur cette idée d'un monde multipolaire c'est-à-dire qui ne serait pas dominé par un seul pays ni même par deux mais avec un équilibre. Tout cela nous rapproche et la France, traditionnellement, accorde beaucoup d'importance au développement et aux pays émergents. Tout cela fait que la partie chinoise a accepté que la visite d'État de François Hollande soit la première d'un chef d'État occidental. De notre côté, l'amitié franco-chinoise est, pour nous, une priorité de notre politique extérieure. Parce que la Chine est un immense pays, parce qu'il y a une tradition de partenariat, parce que, là encore, il y a une indépendance, parce que nous avons beaucoup de choses à construire ensemble à travers le monde. Les Chinois sont très présents, de plus en plus présents dans les grandes questions internationales. Ils sont maintenant très présents en Afrique. Nous allons, nous, Français, nous proposer pour accueillir la grande conférence sur le climat en 2015. Et nous avons besoin aussi de travailler avec les Chinois pour préparer tout cela. Cette visite d'État a été préparée et il y aura trois éléments principaux. Le premier élément tourne autour du partenariat stratégique, pour faire en sorte que, sur toutes les grandes questions, les deux nations se concertent, et cela passe par toute une série d'échanges. D'ailleurs, j'ai remis au président Xi Jinping, de la part du président François Hollande, une lettre qui, parmi d'autres éléments, l'invite à se rendre en France prochainement. Deuxièmement : relations bilatérales. Sur le plan économique, c'est très important, nous avons actuellement un déséquilibre commercial avec la Chine qui est trop important. Il faut le rééquilibrer par le haut, si je puis dire. D'où ce que nous avons à faire en matière d'aéronautique, en matière de nucléaire civil, et puis dans de nouveaux domaines, en matière de développement durable, d'agro-alimentaire, de santé, de services financiers, il y a beaucoup de choses à faire ensemble. Ça, c'est le partenariat économique. Et puis, le rapprochement avec les sociétés civiles. Nous avons 35.000 étudiants chinois en France et 6.000 étudiants français. Il y a aussi les échanges intellectuels de toute sorte, les échanges de touristes. Et, de ce point de vue-là, l'année 2014 va être extrêmement riche puisque c'est le 50ème anniversaire de la reconnaissance de la Chine par la France. À cette occasion, il y aura beaucoup d'événements, que ce soit en Chine ou en France, qui vont être organisés pour célébrer comme il se doit ce grand anniversaire. C'est donc vraiment une visite chaleureuse, vous tous qui suivez cela, vous savez que la question d'atmosphère est importante. Moi-même qui ai l'habitude de voyager en Chine, je pense que les Chinois font tout pour que cette visite d'État du président français se passe le mieux possible et que, du même coup, comme une conséquence, la visite que j'effectue ici pendant ces deux jours se passe extrêmement bien. Je connaissais déjà le conseiller d'État puisqu'auparavant il était ministre des affaires étrangères. J'avais rencontré le Premier ministre actuel mais pas encore le nouveau président de la République - ce que j'ai fait cet après-midi - et puis le nouveau ministre des affaires étrangères, ancien ambassadeur au Japon, avec lequel je me suis entretenu longuement et nous avons dîné ensemble. Voilà en quelques mots l'état de la visite. Q - Avez-vous parlé de la Corée du Nord ? R - Oui, nous avons parlé de la Corée du Nord avec le ministre des affaires étrangères et je l'ai interrogé pour connaître son analyse et les raisons, selon lui, de l'attitude de la Corée du Nord et que pouvait faire la Chine et la communauté internationale. Le sentiment que j'ai eu, c'est que les Chinois souhaitaient faire baisser au maximum la pression. Ce n'est pas facile parce que l'on peut s'interroger sur les raisons pour lesquelles la Corée du Nord adopte une attitude très vindicative. Je lui ai dit aussi que nous étions disposés, nous, Français - même si nous sommes loin géographiquement, mais nous sommes membres permanents du Conseil de sécurité -, à nous associer à une initiative, notamment de la Chine. Par ailleurs, bien sûr, la Chine a sans doute des moyens d'action que nous n'avons pas. Mais nous avons également évoqué cela hier à Londres où je me trouvais hier avec mes collègues du G8. Nous en avons parlé avec les Japonais, les Américains, les Russes et d'autres qui étaient présents. On sent une inquiétude réelle et, en même temps, une certaine incompréhension parce que c'est une provocation. Mais il y a des provocations qui parfois tournent mal et donc, notre effort, aux uns et aux autres, tend à faire baisser la pression, j'espère que nous y arriverons. Q - Quelle est l'analyse de votre collègue chinois ? Il va falloir qu'il sauve la face d'une façon ou d'une autre... R - Il n'est pas entré dans les détails. Il a réaffirmé, bien sûr, sa volonté de faire en sorte qu'il y ait une réduction de la pression. Il a évoqué la situation générale dans la région. Il a aussi évoqué les États-Unis, je crois que John Kerry sera ici demain. Et puis, même s'il n'a pas insisté là-dessus, je pense que les Chinois disposent de moyens. Ils aident, notamment d'un point de vue économique, les pays en difficulté qui sont autour d'eux. Mais nous ne sommes pas allés plus loin dans la spécification « missiles », « pas missiles », etc. Q - Craignent-ils que la bombe atomique coréenne puisse tomber en Chine, par exemple ? R - Nous n'avons pas abordé cette hypothèse-là. Q - Mais si on devait aggraver les sanctions comme cela a été évoqué ces dernières 24 heures, quelle serait notre position à nous, Français ? R - Ce n'est pas la première fois que la question se pose parce que, malheureusement, la Corée du Nord est coutumière du fait. Nous sommes pour une saisine du Conseil de sécurité et pour des sanctions. Q - ...aggravées... R - Oui, si cela peut être efficace. Q - On peut encore les aggraver ? R - Oui. Il faut dire que, pour le moment, les choses n'ont pas été d'une grande efficacité parce que, finalement c'est la population qui en souffre plus que le régime. Mais on ne peut pas rester non plus, du point de vue de la légalité internationale, sans rien faire. Q - Quelle est votre propre analyse sur les motifs de ce durcissement ? R - Les deux analyses principales que j'entends ou que vous entendez, qui ne sont peut-être pas exhaustives, sont les suivantes : Première analyse : des motifs internes. Il s'agit d'un dirigeant nouveau qui veut affirmer son autorité quelques jours avant l'anniversaire du fondateur de la Corée du Nord. Et donc, c'est dans un bellicisme affirmé qu'il pense pouvoir renforcer son influence. C'est la première explication qui est couramment donnée. La deuxième explication, c'est de dire : la Corée de Nord va faire monter la tension pour qu'ensuite la baisse de la tension puisse être négociée, entre autres choses. Je ne sais pas quelle est l'explication, celle-là ou peut-être une troisième. Il y a des choses qui sont convergentes. Cela peut être un faisceau. En tout cas, nous sommes totalement hostiles à ce qui fait monter la tension dans cette région. Q - Oui, mais les Américains s'engouffrent dans la brèche. Les Chinois vous ont-ils dit : on fait le maximum ? Que font-ils ? Que disent-ils ? R - Quand vous dites « ils », c'est qui ? Q - Les Chinois. R - Nous avons évoqué cela, ils ne m'ont pas donné de détails précis. Mais je pense qu'ils sont très sincèrement désireux que la pression retombe, ce qui nécessite évidemment un changement d'attitude de la part du dictateur actuel. Q - Les Chinois vous ont-ils également interrogé sur le Mali ? R - Je l'ai abordé avec le ministre des affaires étrangères, aussi avec le conseiller d'État. Tout d'abord, j'ai remercié la Chine parce que son attitude au Conseil de sécurité vis-à-vis du Mali a été d'une très grande collaboration. Ensuite, j'ai expliqué, parce que je crois que c'est toujours utile de l'expliquer, les conditions dans lesquelles la France a été amenée à mener son action. Il s'agit de lutter contre le terrorisme et, au moment où des groupes terroristes identifiées allaient renverser le gouvernement malien et, donc, être en situation non seulement de martyriser la population mais aussi d'avoir un effet d'entraînement terroriste sur l'ensemble de la région, la communauté internationale et le gouvernement malien légitime nous ont demandé d'agir, ce que nous avons fait, ensuite, avec les autres pays africains. Mais ce n'est pas une affaire française, c'est une affaire pour la communauté internationale. J'ai donc expliqué et réexpliqué ce qui allait maintenant être proposé aux Nations unies, c'est-à-dire une opération de maintien de la paix avec les troupes africaines, l'appui des Français, la marche vers le dialogue et la réconciliation, les élections nécessaires et puis le développement économique. Mais, je dois dire que mes interlocuteurs chinois comprennent tout à fait cela et le soutiennent. J'ai insisté auprès d'eux sur le fait que ce qui s'est passé au Mali peut, si on ne prend pas garde au développement du terrorisme, se passer ailleurs et, de même coup, miner le développement. Q - Les déséquilibres commerciaux trop forts, il est difficile de décréter qu'on arrête cela tout de suite. Qu'est-ce qui peut se passer vraiment ? R - Qu'est-ce qu'on peut faire ? La formulation, c'est d'essayer de rééquilibrer les choses par le haut. C'est-à-dire plutôt que de fermer les frontières les uns des autres - ce qui n'aurait pas de sens -, il s'agit de trouver des occasions de travailler ensemble, de coopération, soit de commerces courants ou d'investissements. Déjà un mouvement d'investissements croisés - mais qui, pour le moment, était déséquilibré dans un sens - doit être développé pour qu'il y ait davantage d'investissements chinois en France. Il y a, d'autre part, des terrains traditionnels de travail en commun sur lesquels il faut insister. On pense essentiellement à l'énergie nucléaire civile et à l'aéronautique, et ceci sera abordé évidemment dans la visite du président français. Et puis il y a des domaines nouveaux et qui, en tout cas, vont être développés de façon forte. On peut penser à tout le secteur du développement durable - puisque c'est un secteur où les Français sont excellents et où les Chinois ont des besoins importants -, le secteur de la santé, le secteur de l'agroalimentaire où il y a des choses à faire même si ce n'est pas toujours facile - c'est une question de droit de douane -, les questions des services financiers, et puis le tourisme qui peut donner des résultats considérables, puisque nous avons actuellement, je crois, 1.100.000 de touristes, mais nous pourrions faire beaucoup plus. Et nous espérons qu'à l'occasion de l'année 2014, qui va donner un grand coup de projecteur - grâce à l'anniversaire - à l'amitié, des initiatives vont être prises pour accélérer cela. Le président chinois ayant dit : le pays de Maupassant, le pays de Victor Hugo, le pays de Balzac. C'est d'ailleurs une constante chez les dirigeants chinois qui connaissent toujours très bien la littérature, sans même parler du succès de librairie qu'est « L'ancien régime et la révolution » de Tocqueville qui a paraît-il été vendue à plus d'un million d'exemplaires. Q - Qu'en est-il du voyage en France de Xi Jinping ? Pourrait-il se dérouler au moment du 50ème anniversaire de la reconnaissance de la Chine par la France ? R - C'est à déterminer. Q - Concernant les accords commerciaux à l'occasion de la visite de M. Hollande, des accords seront signés. Pouvez-vous nous dire, sans entrer dans les détails dans quels secteurs ? R - Je ne vais pas déflorer toute chose, du travail reste à faire. C'est une visite qui s'annonce prometteuse. Q - Pour revenir au tourisme, de nombreux articles sont sortis récemment dans la presse chinoise pour parler des attaques de touristes chinois en France. Les autorités chinoises vous en ont-elles parlé ? R - Non mais c'est un thème que nous allons aborder notamment à Shanghai. Les Chinois aiment beaucoup la France. J'ai eu un déjeuner avec un certain nombre d'entre eux auxquels j'ai demandé ce que représentait la France pour eux. Visiblement, il y a une cote d'amour. Ce que nous avions connu il y a quelques années, au moment où il y avait les Jeux olympiques, on ne l'entend plus. C'est un état d'esprit tout à fait différent à présent. Il y a une appétence incontestable des Chinois pour la France, simplement nous avons en particulier des choses à régler, et on a commencé de le faire, pour que les visas soient beaucoup plus faciles à obtenir. J'ai donc pris avec Manuel Valls une instruction commune pour qu'il y ait des types de visas qui soient délivrés beaucoup plus facilement et pour beaucoup plus longtemps. Il y a une organisation matérielle à améliorer. Il est vrai que l'on a vu des reportages rapportant telle ou telle agression, ce qui peut d'ailleurs arriver dans n'importe quelle ville. Ce qui a dû avoir des répercussions négatives dans la perception de la France par les Chinois. Il faut donc montrer que la France, que ce soit à Paris ou en province, n'est pas moins sûre que d'autres villes. Il y a un travail à faire aussi sur ce plan-là. Q - Parlent-ils encore de la crise de l'euro ? Il y a un an, lorsque vous étiez venu, on ne parlait que de cela ! R - C'est aujourd'hui différent. Ils parlent de l'Europe, des difficultés de l'Europe dont il faut sortir mais pas spécifiquement de la crise de l'euro. Q - Pour eux c'est fini ? R - Je ne sais pas mais vous avez raison, on entend beaucoup moins parler de ce sujet qu'il y a un an. Ce n'est pas la même tonalité. Q - On parle des difficultés de l'Europe, pour eux, quelles sont-elles ? Ont-ils des remarques, voire des conseils ? R - Dans les conversations que j'ai eues, nous n'avons pas parlé de cela en détail. C'est certainement lié au fait que le temps était compté et aussi lié à mes interlocuteurs. Pour autant, avec les personnalités que j'ai rencontrées, l'idée qui prévaut, c'est plutôt le souhait d'un monde multipolaire. Et si on veut plusieurs pôles, l'un d'entre eux, c'est l'Europe. Cela ne peut pas être simplement un ou deux pays qui dominent le monde. Nous avons donc besoin d'une Europe forte. Les Chinois nous disent qu'il savent qu'il y a des difficultés en Europe, qu'ils sont complètement décidés à apporter leur soutien, et c'est vrai lorsque l'on regarde le concret. Aussi, ils demandent ce que nous allons faire pour essayer de renforcer l'Europe mais nous ne sommes pas plus entrés dans les détails. Q - Avez-vous parlé des déficits ? R - Non. Mais cette visite est très rapide. Q - Concernant le voyage du président Hollande lui-même, où en est-on ? R - Les choses ont été examinées très précisément. Vous verrez lorsque le président français viendra. Q - Avez-vous trouvé que c'était un peu court ? R - Cette visite était dense. Q - Et sur la Syrie, les Chinois pourraient vous aider ? Puisque vous allez proposer de les aider sur la Corée du Nord. R - On a parlé de la Syrie pour constater deux choses. D'abord, la situation est effrayante puisque vous avez près de 100.000 morts avec une extension du conflit dans les pays voisins. Puis il y a le sentiment - j'ai fait cette analyse sans être contredit - que si rien n'est fait en Syrie, nous allons vers une radicalisation des deux côtés avec évidemment des conséquences redoutables. Ce qui signifierait l'explosion de la Syrie avec les conséquences du développement du terrorisme et de l'extrémisme. C'est le premier point, sur lequel nous sommes absolument d'accord, nous étions déjà d'accord au G8 de Londres, pour faire ce diagnostic avec aussi bien les Américains, les Britanniques que les Russes. Deuxième point, il faut une solution politique, maintenant elle est très difficile à tracer. Vous savez - c'est quelque chose qui avait été dit mais qui n'a pas été tellement remarqué lors du voyage de M. François Hollande à Moscou - nous avons longuement abordé ces sujets avec le président Poutine. Il faudrait des parties qui représentent, d'un côté, le régime, et de l'autre, l'opposition ou alors une personnalité mutuellement acceptable qui pourrait aider à mener cette période de transition. C'est une idée intéressante. Pour le moment, nous n'arrivons pas à la faire déboucher mais nous la gardons parce qu'il faudra bien, si l'on veut une solution politique, que les gens discutent et qu'ils soient d'accord. Il ne peut en être autrement. Donc sur cette idée, les Français sont certainement partants et j'ai le sentiment qu'à coup sûr les Russes aussi et peut-être les Chinois. Mais s'ils sont un peu en retrait par rapport au problème lui-même, parce qu'ils sont plus loin géographiquement, ils pourraient néanmoins être tout à fait ouverts. Q - Et la question de l'armement, de l'opposition ? R - Nous n'avons pas abordé cette question. Q - Est-ce que l'implication maintenant d'Al-Qaïda directement dans ce conflit change un peu la donne pour nous Français ? R - Nous avons une position claire. Le fait que le groupe Al-Nosra se revendique comme une branche d'Al-Qaïda entraîne des conséquences, y compris sur un plan juridique, puisque vous savez qu'il y a une position générale de la communauté internationale, notamment du Conseil de Sécurité, à l'égard d'Al-Qaïda. Dès lors qu'un groupe est une filiale d'Al-Qaïda, nous considérons qu'il tombe sous le même régime juridique de condamnation et de sanctions que la maison-mère. Il y a et il va y avoir, sans doute des discussions sur ce point. En tout cas pour nous, il n'est pas question de près ou de loin, de coopérer avec un groupe qui se revendique expressément comme de la mouvance d'Al-Qaïda. Q - Oui mais on coopère avec la résistance syrienne « dont ils font partie ». R - Ils ne font pas partie de la coalition et pour nous, ce n'est pas possible qu'ils fassent partie de la coalition, au sens Coalition nationale syrienne. Simplement, cela doit nous faire réfléchir car moins nous trouverons et nous proposerons tous ensemble une solution politique, plus ces extrémismes-là risquent de se développer. Q - Avez-vous le sentiment que ce qui s'est passé lors de l'opération libyenne en 2011, où la Chine s'est trouvée très en dehors finalement des activités, l'amène aujourd'hui à être plus conciliante, plus à l'écoute, peut-être plus préparée à l'idée d'une opération commune avec... R - Non, ce serait honnêtement tirer la réalité dans un sens. Je ne dis pas que ce n'est pas le cas, mais je n'ai pas entendu cela. Donc cela ne serait pas objectif de ma part que d'orienter nos conversations dans ce sens-là. Q - Une autre question relative à l'Europe : est-ce qu'ils vous ont parlé de la question de Chypre ? R - Non. Q - Pour revenir vers la France, le président Hollande a dit qu'il fallait éradiquer les paradis fiscaux en Europe et dans le monde. C'est un sujet que les dirigeants chinois peuvent aborder ? R - Nous n'en avons pas parlé, mais je pense qu'il n'y a pas de raison pour qu'il y ait une hostilité de leur part. C'est une nécessité si l'on veut réguler l'activité économique, indépendamment de l'aspect moral. Q - L'Union européenne vient de présenter un nouveau système de protection de ses intérêts économiques auprès de pays avec un protectionnisme un peu agressif dont la Chine pourrait faire partie. Est-ce que vous avez parlé de cette nouvelle forme de la protection économique de l'Europe ? R - Non. Mais il va y avoir des conversations approfondies dans le cadre de la visite d'État du président Hollande. Q - On peut penser que la relation est tranquille, avant l'arrivée du président Hollande ? R - Je n'utiliserais pas seulement ce terme. Elle est très bonne. Q - M. Hollande a parfois été un peu critique par rapport à la Chine. R - Écoutez, moi j'entends ce qui se dit de part et d'autre. Notre relation bilatérale est très bonne. Je connais ce pays depuis longtemps, donc cela permet de faire des comparaisons. Je trouve que là nous sommes dans une très bonne position pour vraiment marquer un partenariat exceptionnel. J'ai senti que c'était la volonté des dirigeants chinois, sinon ils n'auraient pas préparé cette visite et ils ne m'auraient pas reçu comme cela. Et c'est incontestablement la volonté de la France. Q - Pourquoi (cet/ cette) - Inaudible - ? R - Il y a une disponibilité des Chinois à avancer sur tous ces sujets. Parce que c'est du concret et parce que je n'ai pas entendu dans les échanges d'irritants majeurs. Il fut un temps, il y en avait beaucoup. Nous avons cette volonté d'avancer dans le resserrement des liens. Vous le sentez l'atmosphère change. Quand nous avions eu les Jeux olympiques à Pékin l'atmosphère était tout à fait différente. Je sens maintenant une nouvelle équipe qui a la volonté de travailler de manière très proche avec la France et je sais que l'exécutif français veut travailler très étroitement avec la Chine. Q - Tout à l'heure j'ai lu un article de 1996 dans Libération. Quand Li Peng était reçu à Paris vous étiez dans l'opposition et vous disiez que vous critiquiez son accueil qui s'était fait en grande pompe et qu'à l'époque vous disiez aussi qu'il ne fallait pas garder son drapeau dans la poche, même pour des raisons économiques. Et là on voit que le ton a vraiment changé. R -Vous faites peut-être allusion aux droits de l'homme, j'imagine. Nous sommes attachés aux droits de l'homme, tout le monde le sait. La France est attachée aux droits de l'homme. Ceux qui me suivent depuis longtemps le savent. Simplement, il faut dire les choses que l'on a à dire et les dire d'une façon efficace et pas nécessairement provocante. Parce que si vous les dites d'une manière provocante, par rapport à un grand pays comme celui-ci, vous n'obtenez rien du tout. Donc, quand vous voulez bâtir une relation amicale, vous pouvez faire passer un certain nombre de messages qui peuvent être efficaces. Voilà, la philosophie, le mot est peut-être un peu grand, que je me suis bâtie pour essayer de faire avancer les choses. Q - C'est un peu ce que faisait M. Chirac ? R Écoutez je ne vais pas faire des comparaisons aussi augustes. En tout cas je pense que c'est la bonne manière d'avancer. Q - Il était question des droits de l'homme aujourd'hui ? R - On aborde toujours ces questions-là bien sûr. Q - Sur des cas précis ? R - On aborde toujours ces questions-là de façon efficace, aussi efficace que possible. Q - Comment avez-vous trouvé Xi Jinping ? Comme ça, je veux dire comme personnage, comme interlocuteur ? R - Très à l'aise, très au courant des dossiers, très désireux d'avoir une bonne relation avec la France et avec le président français. Q - Il est plutôt chaleureux, plutôt sympathique ? R - Oui. Q - Il est allé en France. R - Oui c'est ce que me disait l'ambassadeur. J'espère qu'il y retournera. Q - Il est allé en Normandie, à Rouen. Quand il était gouverneur. R - Vous voyez. Et en plus, Tianjin où sont fabriqués les Airbus est jumelé avec l'agglomération de Rouen. Q - C'était le précédent Premier ministre. R - Oui mais l'usine est restée. Q - Mais pourquoi ne pas donner les dates 25-26 avril qu'on évoque tous, mais elle n'apparait jamais cette date ? R - Nous respectons l'usage diplomatique. Q - Est-il exact que le président passera en tout et pour tout exactement 37 heures en Chine ? R - Je ne le sais pas. J'ai dit à quelqu'un qui posait sa question de manière encore plus pointue que ce serait un voyage très dense. Ce sera une très bonne visite. Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/011.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/011.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6c5b5a48fba4d921bbf1b4367bb446710b418c7e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/011.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-MICHEL APHATIE Le gouvernement a décidé d'accélérer la discussion de la loi sur le mariage pour tous, en présentant le texte dès mercredi à l'Assemblée nationale, il ne devait l'être initialement qu'à la fin du mois de mai, c'est panique à bord, Alain VIDALIES ? ALAIN VIDALIES Ce n'est pas du tout panique à bord, je pense qu'il faut comprendre une chose, c'est que jusqu'à vendredi et le vote au Sénat, nous ne savions pas d'abord si le texte allait être voté au Sénat ou pas. JEAN-MICHEL APHATIE Oui, et il l'a été ? ALAIN VIDALIES Il l'a été de quelques voix, on peut dire cinq, six voix d'avance, même si les conditions étaient un vote à main levée. Et donc s'il n'avait pas été voté au Sénat, il fallait le réinscrire, il y avait une procédure avec la navette procédure parlementaire normale. A partir de vendredi, on sait une chose, il a été voté, et surtout, l'article 1 a été voté conforme au Sénat. L'article 1, c'est celui qui autorise le mariage et l'adoption. Et donc dès lors que cet article a été voté conforme, il ne sera plus dans la discussion, il faut comprendre ça… JEAN-MICHEL APHATIE Oui, mais ça n'explique pas l'accélération du calendrier… ALAIN VIDALIES Si, parce que, on a… JEAN-MICHEL APHATIE Si on ne tient pas compte… ALAIN VIDALIES Jean-Michel APHATIE, on a… JEAN-MICHEL APHATIE De la place des manifestations, c'est ça… ALAIN VIDALIES On a cette donnée, d'abord, ensuite, on a franchement un débat qui a eu lieu, 110 heures à l'Assemblée nationale, depuis six mois, on débat de cette question, 50 heures dans les médias ; on ne peut pas dire que le débat n'ait pas eu lieu dans la société. Et donc on a décidé au vu de ces éléments et du fait qu'il y avait ces dérapages dans la rue, effectivement d'avoir une mesure qui, de notre point de vue est une mesure pour effectivement en terminer avec ce débat… JEAN-MICHEL APHATIE Vous voyez bien la frustration des opposants, ça peut justement entraîner de nouveaux dérapages, est-ce que vous ne serez pas responsable, Alain VIDALIES, de la radicalisation qu'on constate… ALAIN VIDALIES Jean-Michel APHATIE, est-ce que, avant vendredi, il y avait déjà eu des incidents avec des poursuites contre des ministres, des personnalités de droite ou de gauche, ou de droite comme madame JOUANNO, est-ce que, avant vendredi… JEAN-MICHEL APHATIE Mais il y en aura davantage sans doute maintenant… ALAIN VIDALIES Non, mais est-ce que, avant vendredi… C'est parce que, il y avait ce dérapage, parce qu'il y avait des extrémistes qui avaient pris le pas dans ce mouvement, parce que la droite républicaine n'est pas au rendez-vous, on n'accepte pas, on n'accepte pas que le pouvoir est dans la rue, qu'on dise : on reviendra, quel est le seul message aujourd'hui qui serait un message normal dans une République normale, eh bien, ça serait que la droite dise, s'engage à abroger si elle revient au pouvoir, quand elle aura la majorité à abroger ce texte. Ça, ce serait un acte de civilisation politique, ce n'est pas logique d'entendre parler du prix du sang, de révolution… Enfin, franchement ! JEAN-MICHEL APHATIE Vous redoutez la semaine qui arrive, parce qu'il y aura sans doute beaucoup de manifestations ? ALAIN VIDALIES Il y aura beaucoup de manifestations, en même temps, je pense qu'il vaut mieux qu'on ait ce moment, ce sera terminé en fin de semaine, on sait bien dans ces débats, forts, pour être apaisés, il n'y qu'à regarder ce qui se passait au moment du débat sur l'IVG… etc., c'était presque pire, puisqu'on parlait… JEAN-MICHEL APHATIE Des années 70… ALAIN VIDALIES Des camps nazis, de permis légal de tuer, c'était contre madame VEIL, bon, aujourd'hui, personne n'a remis ça en cause. Le débat sur le Pacs était aussi intensif, personne ne l'a remis en cause. Et donc je crois qu'aujourd'hui, franchement, il faut c'est le message du gouvernement de l'apaisement, du débat, de la confrontation, mais dans une démocratie, la confrontation même sévère, c'est au Parlement, ce n'est pas dans la rue. JEAN-MICHEL APHATIE Scandale CAHUZAC, vous avez des nouvelles de Jérôme CAHUZAC, qui a jusqu'à vendredi pour décider s'il revient ou pas au Parlement ? ALAIN VIDALIES Aucune nouvelle. JEAN-MICHEL APHATIE Pas de nouvelles, donc il peut revenir, c'est le droit ? ALAIN VIDALIES Il peut revenir, c'est le droit. JEAN-MICHEL APHATIE Vous faites en sorte de pouvoir l'accueillir s'il le désire ? ALAIN VIDALIES On ne prend aucune mesure particulière, et dans tous les cas, j'espère, à l'heure où on parle, que la morale l'emportera, c'est-à-dire qu'il n'en reviendra pas. Il a commis un outrage à cette Assemblée, il a fait une déclaration que tout le monde, moi, qui vous parle, j'étais à un mètre de lui, je pense que cette image-là, d'un Jérôme CAHUZAC s'engageant aussi fortement face à l'Assemblée nationale, je la garderai toute ma vie, quand on connaît la suite de l'histoire. Et donc, et donc, je pense qu'il est impensable qu'il revienne, voilà. JEAN-MICHEL APHATIE Il dit : c'est la justice aujourd'hui qui s'occupe de mon cas, je paierai, je paie déjà, on ne va pas en plus me priver de ce que à quoi j'ai droit. ALAIN VIDALIES Il a rendez-vous avec ses juges, c'est la partie sur laquelle je partage son avis, il n'a plus rendez-vous avec l'Assemblée nationale. JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez fait votre déclaration de patrimoine, Alain VIDALIES ? ALAIN VIDALIES Oui. JEAN-MICHEL APHATIE De bon cœur ? ALAIN VIDALIES Normalement, avec… JEAN-MICHEL APHATIE Pas beaucoup d'enthousiasme ? ALAIN VIDALIES Si, si. Pour une raison, il faut qu'on soit conscient aujourd'hui, mais à droite aussi, et il y a une forme de suspicion par rapport à ce que nous sommes les hommes politiques, quand je dis « une forme », c'est un euphémisme, aujourd'hui, nous devons rétablir la confiance, c'est quoi la déclaration de patrimoine ? C'est se dire : on va mettre en place un mécanisme qui permettra à chacun de contrôler, non pas le patrimoine des élus, ce n'est pas la chasse aux riches, ça n'a rien à voir… JEAN-MICHEL APHATIE Mais si, c'est ça… ALAIN VIDALIES C'est la… JEAN-MICHEL APHATIE De fait, c'est ça… ALAIN VIDALIES Il ne faut pas que ce soit ça, de fait, il faut que ce soit la transparence qui soit au rendez-vous… JEAN-MICHEL APHATIE On voit déjà des ministres qui disent… ALAIN VIDALIES Il n'y a qu'une seule question… JEAN-MICHEL APHATIE Michèle DELAUNAY qui dit : ah, vous savez, je m'excuse, j'ai un gros patrimoine… ALAIN VIDALIES Qu'elle donne… JEAN-MICHEL APHATIE Frédéric CUVILLIER qui dit : oh, je vais faire une conférence de presse pour expliquer, parce que j'ai un peu d'argent… ALAIN VIDALIES Monsieur APHATIE, qu'elle donne… Que chacun donne des explications, qu'il le fasse… JEAN-MICHEL APHATIE Bien sûr que c'est la chasse aux riches, Alain VIDALIES… ALAIN VIDALIES Non, je veux dire, si on veut collectivement, il faut que ça serve aussi aux citoyens, c'est quoi l'idée ? C'est de se dire qu'il faut que vous, que tout le monde puisse contrôler la différence du patrimoine, entre l'entrée dans le mandat et à la sortie. Ah, évidemment, là, c'est le début ! Alors, il y a d'autres commentaires, mais le commentaire intéressant, le progrès démocratique, c'est ça, est-ce que, à la fin de mon mandat de ministre, on pourra voir ce qu'est devenu mon patrimoine. Ça, je veux dire, moi, j'ai confiance en ce que font les responsables politiques, mais les gens, ils ont de la suspicion, et donc notre problème, c'est de retrouver le chemin de la confiance. Et quand il y a la suspicion, on ne nous écoute plus, et si on veut être écouté, eh bien, il faut qu'on réponde à cette suspicion, et donc c'est la transparence. JEAN-MICHEL APHATIE Le Premier ministre qui était dans ce studio vendredi disait : peut-être même qu'on ira jusqu'à publier les feuilles d'imposition. Alors, est-ce que, on aura ça, à 17h, sur le site du gouvernement, les feuilles d'imposition des ministres ? ALAIN VIDALIES Non, ça n'y figurera pas, et ça ne figurera pas dans le projet de loi… JEAN-MICHEL APHATIE C'est arbitré ça ? ALAIN VIDALIES Pas définitivement, mais quasiment, il y a un problème juridique, je vais rapidement… La transparence, je me l'impose, le problème des tiers, supposons que vous ayez un élu qui paie une pension alimentaire, si vous le mettez en transparence, c'est l'autre personne dont vous allez donner les revenus ou l'assiette… JEAN-MICHEL APHATIE Donc il y a des limites à la transparence ? ALAIN VIDALIES Voilà, et c'est le problème du secret fiscal, y compris parce qu'il y a des questions constitutionnelles. JEAN-MICHEL APHATIE Le plus virulent contre la transparence des patrimoines, vous savez qui c'est, c'est Claude BARTOLONE – le président de l'Assemblée nationale qui a des mots très durs sur ce projet. Pensez-vous que vous aurez une majorité à l'Assemblée pour voter le projet de loi, que vous allez présenter mercredi en Conseil des ministres ? ALAIN VIDALIES Ecoutez, le président du groupe majoritaire s'est engagé et a dit effectivement que ça correspondait à la volonté du groupe, c'est l'essentiel, mais avec Claude BARTOLONE, on va poursuivre… JEAN-MICHEL APHATIE Et le président de l'Assemblée nationale… ALAIN VIDALIES On va poursuivre le débat avec Claude BARTOLONE… JEAN-MICHEL APHATIE C'est un obstacle quand même, ce n'est pas rien que le président de l'Assemblée nationale dise : c'est une très mauvaise idée cette transparence des revenus. ALAIN VIDALIES Mais vous savez, il est président de l'Assemblée nationale, et je me dis que, comme en plus, c'est quelqu'un qui est proche politiquement, que je vais arriver à le convaincre. JEAN-MICHEL APHATIE Mais il y a du boulot, vous en convenez, Alain VIDALIES ? ALAIN VIDALIES Il y a du travail tous les jours, le travail, c'est retrouver la confiance de nos concitoyens d'abord, et si en plus, on peut convaincre le président de l'Assemblée nationale, ça sera encore mieux. JEAN-MICHEL APHATIE D'accord. Vous supprimez la réserve parlementaire des assemblées ? ALAIN VIDALIES Ce n'est pas quelque chose qui peut être fait unilatéralement… JEAN-MICHEL APHATIE C'est le gouvernement qui le décide… ALAIN VIDALIES Ce n'est pas le gouvernement qui va le décider, le gouvernement veut bien débattre et va débattre de cette question avec les assemblées, il y a une forme c'est vrai d'archaïsme, mais il ne faut pas qu'il y ait, de ce point de vue-là, une décision unilatérale, parce que, franchement, on fait beaucoup d'histoires sur quelque chose qui ne le mérite pas. JEAN-MICHEL APHATIE Alain VIDALIES, un ministre qui a du boulot, était l'invité de RTL ce matin. LAURENT BAZIN Oui. Merci Alain VIDALIES ! JEAN-MICHEL APHATIE On a tous du boulot… LAURENT BAZIN Au travail ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/012.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/012.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5c1a55c5feb027887e0294be7937d68cf15e1c19 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/012.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-MICHEL APHATIE Quels enseignements tirez-vous pour la France des actes terroristes qui se sont produits hier à Boston, aux Etats-Unis ? MANUEL VALLS Nous ne connaissons pas encore les origines de ces attentats, donc il faut être prudent, l'enquête vient de commencer à peine. Cet attentat touche le cœur d'une ville de premier plan des Etats-Unis, un pays ami, et j'ai évidemment une pensée pour les victimes, pour leur famille. Et comble de l'horreur, le marathon de Boston était consacré à ce drame épouvantable de Newtown, aux victimes, aux familles de ces enfants qui ont été tués par un déséquilibré il y a quelques mois. Mais il faut faire preuve de vigilance. Vous savez que la France connaît une menace déjà depuis plusieurs années, et notamment depuis plusieurs mois, et puis avec notre engagement au Mali, donc il faut être prudent. Nous avons renforcé il y a déjà plusieurs semaines le niveau Vigipirate, qui est passé à rouge renforcé. Donc il faut être vigilant tout en étant évidemment attentif à l'enquête aux Etats-Unis. JEAN-MICHEL APHATIE Mais vous prenez des mesures supplémentaires, là, après… MANUEL VALLS Il y a des mesures supplémentaires qui sont prises par précaution, comme les Anglais l'ont fait, puisque eux aussi, ils ont un très grand marathon dans quelques jours à Londres, sans céder évidemment ni à la panique ni à la dramatisation, mais le terrorisme est un fait que nos sociétés modernes connaissent, est un fait global, mondial. Donc il faut être prudent. JEAN-MICHEL APHATIE Il n'y a pas, ce matin, Manuel VALLS, de menaces précises, nouvelles sur la France ? MANUEL VALLS Il n'y a pas de menaces précises concernant la France, il y a des menaces déjà depuis plusieurs mois, d'où notre très grande vigilance, celle des services de renseignements. JEAN-MICHEL APHATIE Et vous le disiez, mais redisons-le d'un mot, pour l'instant, pas d'informations sur l'origine de l'attentat à Boston ? MANUEL VALLS Non, je crois, et j'ai entendu comme vous les informations comme quoi le FBI était en train de mener une enquête, nous suivons cela avec beaucoup d'attention, bien évidemment, puisque nous avons une relation, une coopération très étroite avec les services américains. JEAN-MICHEL APHATIE L'actualité française maintenant, Manuel VALLS, vous avez rendu public hier votre patrimoine, comme les autres membres du gouvernement. Pensez-vous, j'ai envie d'ajouter « vraiment », pensez-vous que cela va renforcer la confiance des citoyens dans les responsables politiques ? MANUEL VALLS Mais moi, je crois que l'exemplarité de la République, c'est la condition de son autorité, c'est le président de la République qui disait ça il y a quelques jours, c'est important… JEAN-MICHEL APHATIE Et ça passe par la publication du patrimoine, l'exemplarité ? MANUEL VALLS Oui, parce qu'il faut assurer la transparence de la vie publique. JEAN-MICHEL APHATIE A ce point ? MANUEL VALLS Je le crois. Il fallait un choc là aussi de transparence, parce que, il faut bien prendre conscience du choc provoqué précisément par l'attitude de Jérôme CAHUZAC, par la défiance, et cela n'est pas nouveau, des Français vis-à-vis des responsables publics. Alors si on ne faisait que cela, ça n'aurait qu'un effet peu positif, et en tout cas, peu exemplaire. Mais en tout cas, cela vient renforcer toute une série de mesures qui ont été annoncées par le chef de l'Etat pour lutter contre la grande délinquance économique et financière, pour se mobiliser contre les paradis fiscaux, mais aussi, tout simplement, pour redonner confiance aux Français dans l'engagement politique. JEAN-MICHEL APHATIE Les députés, y compris les députés socialistes d'ailleurs, disent peut-être ce que les membres du gouvernement ne peuvent pas dire, ils parlent de voyeurisme, de strip-tease, c'est dire combien ils trouvent cette mesure déplacée. MANUEL VALLS Oui, mais c'est nos sociétés qui sont ainsi, chacun a une part de responsabilité, la presse également, il y a ce besoin de transparence. Nous ne sommes pas les seuls d'ailleurs en Europe. Et moi, je crois qu'il faut aller jusqu'au bout de cette transparence, parce que précisément, si nous ne le faisions pas, on nous reprocherait précisément le contraire. Donc je pense qu'il faut aller jusqu'au bout de cette transparence, et que les élus j'ai été maire pendant onze ans parlementaires doivent se rendre compte qu'ils doivent, eux aussi, être exemplaires. JEAN-MICHEL APHATIE Si vous aviez un conseil à donner à Claude BARTOLONE, c'est : faites-le ? MANUEL VALLS Oui, et de ne pas avoir peur de l'exemplarité de la transparence. JEAN-MICHEL APHATIE Vous croyez qu'il a peur ? MANUEL VALLS Non, je ne le crois pas, je veux dire, il est président de l'Assemblée nationale, il entend ce que les parlementaires disent, bien évidemment, il protège le Parlement, il protège aussi les élus contre toute forme de populisme. Mais nous avons besoin, encore une fois, de cette transparence. Il ne faut pas avoir peur de cette transparence et de cette exemplarité une nouvelle fois. JEAN-MICHEL APHATIE Alors, puisque votre patrimoine est maintenant connu, Manuel VALLS, parlons-en rapidement, vous avez 50 ans, votre patrimoine est relativement faible. Pour le détail, je renvoie les auditeurs au site du gouvernement, vous n'êtes pas un homme d'argent, Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Non, je ne suis pas un homme d'argent, j'ai consacré et je consacre totalement ma vie à l'engagement politique, c'est ainsi. JEAN-MICHEL APHATIE Certains doutent de la sincérité des déclarations des ministres, la vôtre est vraie, sincère, réelle ? MANUEL VALLS Elle est vraie, elle est sincère, chacun peut vérifier, et puis, nous sommes tous soumis aussi à des contrôles et à des contrôles fiscaux. Là encore une fois, la faute de Jérôme CAHUZAC, d'un ministre de la République, qui avait en charge en plus le budget et la lutte contre l'évasion fiscale, contre la fraude fiscale, amène ce besoin de transparence. Et je trouve ça logique. Et je n'ai aucun problème à publier ma déclaration de patrimoine, c'est utile, c'est nécessaire, sinon, on ne comprend pas la crise politique, la crise morale que nous sommes en train de traverser. JEAN-MICHEL APHATIE Redoutez-vous, Manuel VALLS, des actions violentes de la part des opposants au mariage pour tous ? MANUEL VALLS Moi, je ne fais pas l'amalgame entre une minorité et ceux qui, légitimement, peuvent manifester contre un texte de loi qui ne leur plaît pas. Le droit de manifester, le droit de critiquer est un droit dans une démocratie comme la nôtre que personne ne peut contester. Mais il y a une radicalisation, des groupuscules tentent, par des actions violentes, de déstabiliser la République, et pour ceux-là, la réponse sera ferme… JEAN-MICHEL APHATIE A ce point ? Déstabiliser la République ? MANUEL VALLS Je le crois, oui, je le crois, quand vous avez des groupes identitaires d'extrême droite, à Paris ou à Lyon, qui s'en prennent aux institutions, qui ne veulent pas que les ministres aujourd'hui puissent assister à un certain nombre de manifestations, qui attendent une journaliste, en l'occurrence Caroline FOUREST, gare Montparnasse, en levant le bras, en faisant un signe nazi ; oui, il y a effectivement ces groupes qui cherchent à déstabiliser la République. Et cela est intolérable, et nous ne tolérons pas la moindre intimidation ou le moindre coup de force. JEAN-MICHEL APHATIE Beaucoup de personnalités sont-elles protégées aujourd'hui précisément pour empêcher ces perturbations ou les actes que vous venez d'évoquer, Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Les ministres sont protégés sans qu'on ait changé le niveau de protection, mais la République doit pouvoir se défendre, et la meilleure défense est de laisser tout simplement le Parlement jouer son rôle… JEAN-MICHEL APHATIE Accélérer le… MANUEL VALLS Et le texte concernant le mariage pour tous sera discuté encore cette semaine à l'Assemblée nationale… JEAN-MICHEL APHATIE En urgence, d'une certaine manière… MANUEL VALLS … La semaine prochaine… JEAN-MICHEL APHATIE Est-ce que ça n'est pas accroître la frustration et nourrir peut-être les comportements que vous dénoncez ? MANUEL VALLS Le débat a eu lieu dans la société, il a eu lieu au Sénat, à l'Assemblée nationale, l'article 1, qui instaure à la fois le mariage pour tous et l'adoption, a été voté dans les mêmes termes par l'Assemblée et par le Sénat, c'était un engagement du président de la République. Il est temps de tourner la page. JEAN-MICHEL APHATIE Vous-même, vous avez été chahuté dimanche soir dans une salle de concert, Manuel VALLS, vous assistiez à un concert en compagnie de votre épouse, et des manifestants se sont regroupés devant cette salle ; vous ne pouvez plus sortir tranquille à cause de ces manifestants ? MANUEL VALLS Si, je n'ai pas entendu les manifestants, et j'ai entendu surtout la beauté d'un concert. C'est beau la musique, Jean-Michel APHATIE… JEAN-MICHEL APHATIE Vous n'avez pas entendu oui, bien sûr, la musique, c'est beau, ce n'est pas la question vous n'avez pas entendu les manifestants parce que vous avez une protection importante. MANUEL VALLS Non, parce qu'ils n'ont pas pu rentrer tout simplement dans la salle et perturber un concert. Je trouve cela totalement idiot que d'essayer de venir perturber des manifestations, des concerts, des activités, les ministres aussi ont droit à une vie privée. L'idée de venir manifester sous les fenêtres des domiciles des ministres ou d'un certain nombre de personnalités, de s'attaquer aux parlementaires notamment de droite, qui, à l'Assemblée ou au Sénat, ont voté pour ce texte, de menacer les enfants de ces parlementaires, mais c'est intolérable, ça n'est pas ça la démocratie. Et donc, encore une fois, la réponse sera très ferme, c'est intolérable et il n'y a pas de place pour l'intolérance dans notre démocratie. JEAN-MICHEL APHATIE Rédouane FAID, évadé depuis samedi de la prison de Lille, court toujours. MANUEL VALLS Il court toujours, comme vous dites, et donc la police française, mais aussi les polices européennes courent derrière lui, et j'espère qu'on pourra le rattraper très vite. JEAN-MICHEL APHATIE Comment un pistolet peut-il parvenir à un détenu particulièrement surveillé dans une prison française ? MANUEL VALLS Malheureusement, ce n'est pas nouveau, l'enquête va le démontrer. JEAN-MICHEL APHATIE Il y a une faille ? MANUEL VALLS Il y a incontestablement en tout cas eu un problème, puisqu'il a pu s'échapper. JEAN-MICHEL APHATIE On peut appeler ça une faille. MANUEL VALLS On peut appeler ça une faille, sans aucun doute, parce que si on peut rentrer des explosifs et une arme dans une prison, c'est qu'il y a eu un problème. Et Christiane TAUBIRA est en train d'examiner les réponses qu'il faut apporter à ce problème. Mais je suis convaincu que la police retrouvera cette personne. JEAN-MICHEL APHATIE Mais Christiane TAUBIRA a dit : il n'y a pas eu de faille. MANUEL VALLS Oui, mais il y a une faille forcément à partir du moment où on réussit à rentrer un pistolet et des explosifs, appelons les choses clairement. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/013.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/013.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4586b38cd72d9d5b861a63e08597abb3ab94c20f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/013.txt @@ -0,0 +1 @@ +GUILLAUME DURAND Stéphane LE FOLL ! Donc, avec Gilles, on a évidemment de très nombreuses questions à vous poser qui tiennent au climat politique et à votre fonction de ministre de l’Agriculture chargé notamment de l’agroalimentaire et de l’agriculture, il y a des tables en ce moment, on va en parler dans un instant. Mais, quand vous écoutez les différentes revues de presse depuis maintenant quinze jours (l’homme faible, pépère, Louis XVI, les sondages en berne, une sorte de mai 68 de droite qui pourrait succéder à la manifestation qui aura lieu le 5 mai prochain à laquelle s’associe - dans un autre registre MELENCHON), est-ce que vous avez l’impression que le pouvoir que vous représentez n’est pas en train de sérieusement vaciller ? STEPHANE LE FOLL D’abord j’ai connu à d’autres époques des séries de commentaires qui n’avaient pas forcément l’agrément et le nôtre en tout cas sur François HOLLANDE il fut un temps et je savais que, dans cette période difficile, à un moment ou à un autre, ce qui avait été dit serait redit. GUILLAUME DURAND De FLANBY à l’homme faible quoi, le mou. STEPHANE LE FOLL Cette histoire de faiblesse, de manque d’autorité qui avait été déjà dit il y a quelques années et qui faisait d’ailleurs que François HOLLANDE était considéré comme quelqu’un qui n’était pas en capacité de pouvoir devenir président de la République et j’avais toujours considéré que les journalistes qui disaient ça faisaient une erreur, mais je doutais qu’à un moment ça reviendrait. Ça revient dans un moment effectivement très difficile, très difficile, qui cumule deux éléments majeurs de cette actualité aujourd’hui : le fait que la crise, qui avait été anticipée, personne ne peut nier que dans la campagne présidentielle François HOLLANDE n’ait pas fait des propositions qui faisaient fi de la situation économique. Mais en même temps la dureté et la longueur de cette crise, et le fait que, même en Europe, tous les pays révisent aujourd’hui leur niveau de croissance à la baisse malheureusement nous met dans une situation où l’effort qui a été demandé est un effort qui va demander encore un peu plus de temps et la difficulté est grande ; Et puis deuxième point, je le concède aussi, ce qui s’est passé avec Jérôme CAHUZAC, c'est-à-dire à l’intérieur du gouvernement, qu’un ministre du Budget puisse avouer après avoir dit non qu’il avait un compte en Suisse, c'est-à-dire que lui-même était en capacité de pouvoir frauder le Fisc, ça c’est un coup qui a été porté, qui fait mal, mais qui a été porté au flanc. Ça, j’en ai parfaitement conscience. Donc, cette situation est un moment particulièrement difficile. GUILLAUME DURAND Je vais vous poser une question franche ! Est-ce que, entre vous, vous vous dites - comme la célèbre phrase de Jean-Paul SARTRE - CAHUZAC c’est un salop, c'est-à-dire il nous a vraiment… STEPHANE LE FOLL Moi je ne veux pas utiliser… J’ai bien entendu tous ces mots qui ont été utilisés et les références à SARTRE aussi d’ailleurs pour les justifier, moi ça fait… GUILLAUME DURAND Enfin il vous plante quand même ? STEPHANE LE FOLL Eh bien voilà ! Ça fait suffisamment mal comme ça pour ne pas en rajouter, et donc pour essayer, au travers des propositions qui ont été faites, de la transparente qui a été engagée sur le patrimoine, sur la lutte contre la fraude, sur les paradis fiscaux, de faire en sorte que ce qui a été ce grave manquement à l’engagement politique, eh bien qu’on en fasse un atout… GUILLAUME DURAND Mais pourquoi vous n’avez rien vu venir ? STEPHANE LE FOLL Qu’on en fasse un atout je finis pour changer les choses. GUILLAUME DURAND Et après… STEPHANE LE FOLL Pourquoi on n’a rien vu venir ? GUILLAUME DURAND Et après Gilles enchaîne. STEPHANE LE FOLL Comme à chaque fois… Moi je vais dire ça ce matin, j’ai été directeur de cabinet du Parti Socialiste dans des moments où vous vous en souvenez les bagarres internes, les courants existaient, si vous saviez le nombre de courriers qu’on recevait pour dénoncer le camarade qui avait telle et telle activité, tel et tel patrimoine pour jouer dans ce jeu-là, on n’y a jamais… on n’a jamais rentré dans ce jeu-là, parce que sur les dénonciations, les rumeurs et même des bouts de papier on a toujours considéré et c’est ce qu’on faisait à l’époque renvoyé, en disant : « mais allez donc le donner à la justice ou à la police, ce n’est pas à nous d’utiliser ce genre d’arguments pour faire de la politique ». Ensuite… GUILLAUME DURAND Dernier point ! Parce que Gilles bout d’impatience. STEPHANE LE FOLL Dernier point et rapidement ! Ce que je constate c’est que, à partir du moment où ça été révélé, que les enquêtes ont été ouvertes, il s’est passé deux mois et demi trois mois et en deux mois et demi trois mois Jérôme CAHUZAC est sorti du gouvernement et a avoué. GUILLAUME DURAND Gilles ! GILLES LECLERC Alors vous avez cité deux problèmes pour HOLLANDE : la crise et… On va dire l’affaire CAHUZAC… STEPHANE LE FOLL Oui ! GILLES LECLERC Est-ce qu’il n’y en a pas un troisième qui est en train de surgir, c’est quand même un souci entre l’Exécutif et les élus, on voit quand même que Claude BARTOLONE a pris des prises de position assez nettes, assez clivées, assez tranchées sur la publicité du patrimoine, on se souvient aussi et ça va venir bientôt l’affaire du cumul des mandats, est-ce que là il n’y a pas aussi un souci entre l’Exécutif, c'est-à-dire entre François HOLLANDE et les élus de gauche qui commence un peu à percevoir ? STEPHANE LE FOLL Sur la question... GILLES LECLERC Ensuite, on parlera du mariage aussi ? STEPHANE LE FOLL Oui ! Bien sûr. Sur la question du cumul les choses maintenant sont claires, il y aura une loi… moi j’avais toujours dit, je n’ai jamais été dans ceux qui ont été faire monter les salles, hurler tous les militants sur le cumul des mandats, parce que je savais qu’il y avait un tout petit souci c’est qu’on ne passe pas d’un système où il y a une histoire avec des personnalités politiques qui sont implantées à une autre histoire qui s’écrit, le cumul des mandats c’est un processus qui a été engagé sous JOSPIN et qu’il faut poursuivre. La loi sera votée, on poursuit dans cette voie, on… GILLES LECLERC Alors publicité du patrimoine… STEPHANE LE FOLL Alors publicité du patrimoine… GILLES LECLERC Pour les parlementaires ? STEPHANE LE FOLL Alors là moi je pense que, vu ce qui s’est passé, on voit l’attente, la montée, le patrimoine, la journée du patrimoine en plus, on a eu droit à tout, tout le monde regarde, c’est sur un site - un million ou deux millions de visiteurs sur le site de Matignon - et puis deux trois jours après, une fois que tout ça a été publié la transparence est là, chacun peut vérifier, il y aura une autorité qui derrière va investiguer pour savoir que ce qui a été dit est vrai parce que c’est ça qui est le problème, au fond c’est celui-là mais la transparence c’est la manière de dire : « Ecoutez ! Arrêtez d’aller chercher des raisons de détester ou de refuser de donner confiance aux élus ailleurs que dans la vérité qui sera celle de ces chiffres, de ces patrimoines qui vont être livrés ». Et je trouve que Claude BARTOLONE dans cette histoire fait une erreur, cette transparence, je le dis, un jour ou deux après bon eh bien voilà chacun a pu regarder, il y a des ministres qui sont avec un patrimoine important, d’autres avec un patrimoine moyen, d’autres avec un patrimoine un peu plus... un peu moins important, on n’est pas à plaindre, personne n’est pas à plaindre, il y a même des patrimoines qui sont importants, mais ça n’empêche pas un gouvernement ou des ministres d’avoir un engagement et des convictions GILLES LECLERC Oui ! Est-ce qu’il n’y a pas un quatrième problème, c’est quand même cette affaire du mariage, vous devez compter les jours avant mardi prochain, non ? STEPHANE LE FOLL Ah ! Je pense que… GILLES LECLERC Vite, vite, il faut passer à autre chose ? Mais quand même il se passe des choses dans le pays, là-dessus ? STEPHANE LE FOLL Non ! Mais je pense que toutes ces questions-là, ça été évoqué tout à l’heure dans l’édito qui a été fait, à chaque fois qu’on touche à ces questions et en France en particulier il y a une France qui reste extrêmement conservatrice sur ces sujets. Et j’ai dit conservatrice au nom du fait qu’elle veut conserver sur les droits, des droits anciens et qu’elle ne veut pas bouger et, à chaque étape qu’a franchi notre pays, c’était évoqué, sur l’avortement rappelez-vous ce qu’ont été les débats, sur la question du pacs rappelez-vous la manière dont ça s’est passé et là sur la question du mariage, alors que je regardais quand même à l’époque ce qui s’est passé en Espagne, qui est pourtant aussi un pays catholique où il y a des conservateurs, il y a eu des grandes manifestations… GUILLAUME DURAND Un million cinq cent mille personnes ! STEPHANE LE FOLL Oui ! Un million cinq cent mille personnes. Il y a eu aussi, il ne faut pas non plus… Mais il y a une dureté, une radicalisation qui est liée aussi à une part des Français, l’histoire de France est marquée aussi par un combat entre les progressistes et une vraie France conservatrice. GILLES LECLERC Mais vous voulez dire que cette France-là elle a tort, c’est ça que vous êtes en train un peu de dire ? STEPHANE LE FOLL Cette France-là a des convictions profondes qui remontent à l’histoire, au catholicisme, on voit bien la position qu’a pris Monseigneur VINGT TROIS qui rentre dans le débat pour ne pas l’apaiser, il y va jusqu’au bout. Donc, on est… La sœur fut un temps aînée de l’église, eh bien il y en a qui se chargent de le rappeler. Donc, moi j’ai parfaitement conscience de ça. Alors c’est vrai qu’il y a un moment où il faut passer à autre chose, voilà, il faut passer à autre chose, il y a eu un débat, les arguments ont été avancés et je pense que maintenant il faut adopter cette loi. Et ça été dit d’ailleurs tout à l’heure… Moi j’ai rencontré des Catholiques sur le marché du Mans dimanche, je leur ai dit : « Ecoutez… Là c’est comme pour le patrimoine tout le monde est extrêmement crispé, extrêmement tendu, j’ai dit : « une fois que ça sera fait ça n’enlève rien, rien aux couples hétérosexuels, rien, c’est un progrès qui est fait, un droit qui est donné à d’autres couples et puis ça va s’apaiser », et je le sais, la droite d’ailleurs n’ose pas le dire, mais elle ne reviendra pas sur cette loi. GUILLAUME DURAND Ce matin, dans Les Echos, Jean-Marc AYRAULT tend la main aux chefs d’entreprise - il y a beaucoup de choses qu’on pourrait dire - mais est-ce que justement, pour être dans le droit fil de ce qui disait Gilles, l’un des problèmes aussi posé par François HOLLANDE c’est la fameuse phrase : je n’aime pas les riches, c’est la taxe à 75%, c’est des prévisions économiques qui sont contredites tous les jours par des experts, par Bruxelles ,par le FMI et on en revient à la question de l’incompétence, c'est-à-dire pourquoi avoir mené cette campagne ? Pourquoi défendre des projets en matière de croissance qui sont totalement irréalistes ? Donc, on se dit : eh bien, finalement, il est incompétent. STEPHANE LE FOLL Il y a dans la situation que vous évoquez un choix stratégique qui est fait pour sortir la France de la crise dans laquelle on est… GUILLAUME DURAND On essaie d’aller assez vite ! STEPHANE LE FOLL Et je vais très vite ! Parce que… GUILLAUME DURAND Parce qu’il faut qu’on termine sur l’agriculture avec vous. STEPHANE LE FOLL C’est deux points ! C’est comment je réduis des déficits budgétaires pour éviter que l’endettement passe la barre des 100% du PIB, parce que c’était la ligne sur laquelle nous étions quand nous sommes arrivés avec SARKOZY ? Premier point, donc il faut réduire, efforts à faire, sans tuer la croissance ; Et, deuxième élément, comment je prépare la croissance de demain ou comment je prépare la France à la sortie de crise ? C’est l’investissement ! C’est ce qu’a dit le Premier ministre, et là-dessus il faut qu’on soit plus fort dans l’expression qui va être la nôtre, l’investissement, la capacité qu’on a à développer des nouvelles lignes, des nouvelles techniques, des nouvelles usines, des nouvelles productions, à assurer la mutation énergétique de la France, c’est un enjeu de création d’emplois et de croissance, et c’est ça qu’il faut assurer. GILLES LECLERC Et dans votre secteur justement l’agriculture… GUILLAUME DURAND Gilles LECLERC ! GILLES LECLERC Pour retrouver cette croissance, qu’est-ce que vous pouvez faire ? STEPHANE LE FOLL Alors moi j’ai lancé déjà… GILLES LECLERC En France vous relancez des tables rondes mais… Parce que, en fait, tout le secteur souffre… STEPHANE LE FOLL Voilà ! Oui, le secteur souffre. GILLES LECLERC Enfin le lait, la filière porcine par exemple ? STEPHANE LE FOLL Oui ! Alors l’exemple, exemple précis pour vous préciser, là le grand enjeu sur la méthanisation, le plan « EMA » (Energie, Méthane Autonomie, Azote), j’ai commencé à mettre en place un plan pour développer cette méthanisation, ce biogaz, cette énergie renouvelable et l’utiliser en même temps pour faire en sorte que ce qui est aujourd’hui un problème l’azote organique lié en particulier à l’élevage devienne une matière première pour faire de l’énergie et, derrière, du fertilisant azoté. Voilà le plan que je viens de lancer. J’étais dans la région Midi-Pyrénées il y a une semaine et la Région va investir, écoutez-moi bien, dans ce plan sept cents millions d’euros, je faisais le calcul : si toutes les régions faisaient ça, multiplié par vingt-deux, c’est quatorze milliards… GILLES LECLERC Les résultats ce n’est pas pour demain, c’est pour dans longtemps. STEPHANE LE FOLL C’est dans deux trois ans ! Sauf que, dès qu’on commence un processus où s’enclenche une dynamique, eh bien c’est de l’emploi, c’est de la création et cette dynamique, cette mutation de l’agriculture, la mutation aussi des déchets aujourd’hui qui posent problème en azote qui va être utile pour l’agriculture c’est un vrai plan global. Donc, je vous donne concrètement, objectif : deux à trois milliards d’investissement d’ici trois ans et passer de quatre-vingt-dix méthaniseurs aujourd’hui, c'est-à-dire rien du tout, à mille. GUILLAUME DURAND Merci Stéphane LE FOLL d’être venu ce matin, je rappelle que vous êtes ministre de l’Agriculture donc du gouvernement de Jean-Marc AYRAULT, bonne journée à vous. STEPHANE LE FOLL Merci à vous. GUILLAUME DURAND Gilles ! On se retrouve évidemment demain et c’est dans un instant le rappel des titres avec Béatrice MOUEDINE et puis la revue de presse dans son intégralité. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/014.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/014.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1fb484f388330b399d94d9a9a757fc4b0c249023 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/014.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-PIERRE ELKABBACH EUROPE 1 ! 8 h 20, l'interview de Jean-Pierre ELKABBACH est à suivre sur europe1.fr en vidéo et votre invité ce matin le ministre de l'Intérieur, Manuel VALLS. JEAN-PIERRE ELKABBACH Soyez, d'abord, le bienvenu Manuel VALLS et bonjour. MANUEL VALLS Bonjour, Jean-Pierre ELKABBACH JEAN-PIERRE ELKABBACH Lors des manifestations d'hier ont a vu que les appels au calme ont été entendu mais le climat reste encore électrique et explosif, est-ce que le Président de la République peut encore corriger ou faire corriger, suspendre ou retirer la loi qui fait tant de bruit ? MANUEL VALLS D'abord je veux dire que c'est une victoire hier de l'ordre républicain face aux forces les plus sombres de la démocratie, l'état de droit offre la possibilité à ceux qui sont contre un texte, à ceux qui s'opposent à un texte de loi, de manifester et la police et la gendarmerie ont contenu hier les groupuscules antirépublicains. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc, les manifestants peuvent continuer tranquillement ? MANUEL VALLS Mais c'est un droit républicain, c'est un droit démocratique, mais je rappelle aussi qu'on ne peut pas empêcher le Parlement de travailler, d'agir et de voter la loi et demain, comme ça déjà été le cas au Sénat et à l’Assemblée nationale pour ce qui concerne le premier article de la loi qui fonde le mariage pour tous et l'adoption, demain l'Assemblée nationale en toute légitimité parce que c'était en plus un engagement de François HOLLANDE pendant la campagne électorale présidentielle il y a un an demain l'Assemblée nationale votera ce texte. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais, demain, l'Assemblée nationale va ressembler à une forteresse que vos policiers vont protéger et isoler. Les députés ont-ils, dans ces conditions, la légitimité de la représentation nationale quand la rue gronde ainsi et qu'apparemment on n'écoute pas ? MANUEL VALLS Les opposants au mariage pour tous sont nombreux, c'est incontestable, mais ils sont une minorité par rapport aux millions de Français qui ont voté le 6 mai 2012 pour l'engagement 31 de François HOLLANDE et dans une république, dans une démocratie, quand on commence à contester la légitimité du Président de la République, du Parlement ou des juges, comme le fait l'ancienne plume de Nicolas SARKOZY, l'ancien conseiller de l'ancien Président de la République Monsieur Henri GUAINO, on se comporte… JEAN-PIERRE ELKABBACH Qui accuse le préfet de police, le gouvernement, dont vous, de mentir… MANUEL VALLS On se comporte, Jean-Pierre ELKABBACH, comme un factieux, la légitimité de ceux qui ont été choisis par les Français, dans ce moment-là en plus où nous vivons une crise économique lourde et où beaucoup de nos compatriotes souffrent, contester la légitimité des urnes n'est pas possible… JEAN-PIERRE ELKABBACH Et, pourtant, ils le font… MANUEL VALLS C'est insupportable. JEAN-PIERRE ELKABBACH Pourtant, ils le font. MANUEL VALLS Oui ! Mais quand on est soi-même un parlementaire… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais est-ce que la politique… MANUEL VALLS Et un élu du peuple c'est une faute lourde. JEAN-PIERRE ELKABBACH La politisation actuelle ne vous dessert pas ? MANUEL VALLS Mais la vie politique elle est riche dans notre pays, ce n'est pas la première fois qu'on conteste des textes de loi, je vous rappelle qu'au cours du quinquennat précédent il y a eu des millions de personnes qui ont contesté la réforme sur les retraites et pourtant la gauche, à l'époque, n'as pas mis en cause la légitimité du Parlement à faire ce choix-là. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc, Manuel… MANUEL VALLS Donc, ça veut dire qu'on ne conteste pas le choix que les Français ont fait il y a un an et qu'on ne conteste pas le droit du Parlement à faire la loi. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc l'Etat ne cédera pas, les opposants eux aussi : « on ne lâchera rien », ils vont adresser très vite un recours au Conseil constitutionnel et, pour eux, un texte voté n'est pas forcément appliqué. Est-ce que cette loi sera irréversible, selon vous, parce que déjà ils pensent s'ils arrivent au pouvoir à l'abroger ou à la modifier, ou à la réécrire ? MANUEL VALLS Ils mentent ! Ils mentent. Vous savez, pour les plus anciens, pour les moins jeunes et dont je me rappelle, la contestation de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse ou quelques années après, en 1981, l'abolition de la peine de mort, ou il y a 15 ans l'instauration du Pacs, avaient donné lieu aux mêmes vociférations, aux mêmes contestations… JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous pensez que les mêmes ! MANUEL VALLS Aux mêmes engagements de revenir en arrière… JEAN-PIERRE ELKABBACH Même état d'esprit ? MANUEL VALLS C'est souvent le même état d'esprit. Donc, cette loi va rentrer dans la société française, elle est irréversible et quand la droite reviendra au pouvoir et j'espère le plus longtemps possible eh bien à ce moment-là, je vous le dis, il n'y aura pas de remise en cause de la loi sur le mariage. JEAN-PIERRE ELKABBACH Manuel VALLS ! Pourquoi vous établissez un lien entre les slogans de ces manifestations, de ces manifestants et l'idéologie de Vichy, pourquoi ? MANUEL VALLS Mais parce qu'il y a des groupes d'extrême droite au sein de ces manifestations ou en marge de ces manifestations qui se réclament de cette idéologie et demain soir, quand il va y avoir le vote à l'Assemblée nationale, ils seront là encore présents. Vous savez moi je ne suis pas sectaire, beaucoup de gens de droite que je respecte et qui sont des républicains ne se reconnaissent pas dans un certain nombre d'expressions, je pense par exemple à celle utilisée, y compris par des parlementaires de l'UMP, comme gazer des enfants, vous vous rendez compte ce qu'on a pu entendre, ne se reconnaissent pas dans des propos homophobes et le mot est faible encore moins dans des actes qui consistent à s'attaquer… JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc, vous voulez dire qu'on assiste… MANUEL VALLS A des hommes et à des femmes… JEAN-PIERRE ELKABBACH On assiste à la résurgence... MANUEL VALLS A des gays et à des lesbiennes… JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui ! Oui, oui. MANUEL VALLS Car on a libéré une parole homophobe. Quand il y a des actes à Bordeaux, à Nice, à Lille, à Paris, quand on s'attaque à des gays et à des lesbiennes, quand on les frappe, c'est qu'une parole s'est libérée. Donc, dans ce moment-là, chacun a une responsabilité. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous êtes en train de nous dire que vous assistez à la résurrection ou à la résurgence de groupes qui dormaient ou à l'éclosion de nouveaux groupes qui sont peut-être nocifs et dangereux pour la République, est-ce que ça veut dire que s'il le faut vous demanderez l'interdiction ou la dissolution des groupuscules ? MANUEL VALLS Il s'agit d'abord de les combattre ! Parce qu'il y a des forces antirépublicaines, elles existent, elles ont toujours existé, elles se tapissent en attendant l'horreur et leur action se libère quand des élus de la République manquent à leur devoir et tiennent des propos… JEAN-PIERRE ELKABBACH Là, vous en appelez à l'UMP et aux forces de l'opposition… MANUEL VALLS Bien sûr ! JEAN-PIERRE ELKABBACH D'autant plus que Jean-François COPE vous annonce… MANUEL VALLS Et tiennent des propos, Jean-Pierre ELKABBACH… JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous annonce une grande manifestation le 26 mai auquel l'UMP participera ? MANUEL VALS … (brouhaha)… tiennent des propos violents et rétrogrades, donc chacun a une grande responsabilité, le droit de manifester est un droit démocratique… JEAN-PIERRE ELKABBACH D'accord ! MANUEL VALLS Mais ce n'est pas la rue - et on ne peut pas appeler à la rue - pour contester la légitimité d'une politique. JEAN-PIERRE ELKABBACH Je m'adresse au ministre de l'Intérieur ! Comment est-ce possible que des détenus s'évadent, que d'autres annoncent de leur prison qu'ils vont s'évader, c'était le cas hier de Christophe KHIDER dans le Journal Du Dimanche, ça ne vous pas choqué ? MANUEL VALLS Oui ! Cela m'a choqué, cela a choqué j'en suis convaincu Christiane TAUBIRA, j'imagine qu'une enquête va être menée et en tout cas je ne doute pas un seul instant que l'administration pénitentiaire va être particulièrement attentive d'abord à ces annonces pour le moins incongrues et pour surveiller ce détenu. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ca veut dire qu'on peut téléphoner de sa cellule et donner des interviewes ? MANUEL VALLS Ce n'est pas la première fois malheureusement et c'est un problème, je vous l'accorde. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et Reddouane FAÏD, il est toujours en fuite, est-ce que vous avez des pistes ? MANUEL VALLS Il y a évidemment des pistes, police française mais aussi les polices européennes sont en alerte et je suis convaincu que cet individu… JEAN-PIERRE ELKABBACH La police le retrouvera. MANUEL VALLS Sera appréhendé, oui. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais est-ce qu'il est toujours en France ? MANUEL VALLS Ca, je n'ai pas d'information à vous donner sur ce sujet. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais vous n'en avez pas à… Vous n'en avez pas ou vous n'en avez pas à en donner ? MANUEL VALLS Vous savez, sur ce type de problème, il vaut mieux être discret, surtout quand on est ministre de l'Intérieur. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire que vous ne voulez pas le dire, ou vous êtes en train de le chercher, que vous avez peut-être repéré ? MANUEL VALLS La discrétion s'impose. JEAN-PIERRE ELKABBACH Dans Le Parisien un cambrioleur professionnel depuis 15 ans raconte, si c'est sérieux, comment il s'y prend pour voler et il précise même le montant de ses bénéfices au moment où les cambriolages augmentent. Est-ce que vous allez, là aussi, lancer une enquête, monsieur le ministre de l'Intérieur ? MANUEL VALLS Les cambriolages sont en augmentation depuis 4 ans et donc, nous, nous avons mis place il y a déjà quelques mois c'est vrai au niveau de la police comme de la gendarmerie des groupes dédiés à ces cambriolages de véritable traumatisme, un viol de l'intimité de nos citoyens. JEAN-PIERRE ELKABBACH A Paris, dans les grandes villes, etc. MANUEL VALLS Mais oui ! Mais surtout, surtout… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais comment réduire les cambriolages ? MANUEL VALLS Surtout dans les territoires périurbains et ruraux, eh bien à la fois avec des groupes dédiés et en s'appuyant beaucoup sur la police technique et scientifique de masse qui nous permet déjà depuis quelques semaines d'avoir des résultats. C'est une de mes priorités, pas seulement dans les zones de sécurité priorité mais sur tout le pays, nous avons déjà des résultats - notamment en démantelant des groupes souvent malheureusement qui viennent de l'étranger… JEAN-PIERRE ELKABBACH Qui viennent d'où, de l'Est ? MANUEL VALLS Oui ! Des pays de l'Est… JEAN-PIERRE ELKABBACH De l'Est ! MANUEL VALLS Ou des Balkans, qui sont extrêmement… JEAN-PIERRE ELKABBACH Habiles ! MANUEL VALLS Professionnels, habiles et heureusement aujourd'hui nous avons déjà des résultats, mais il ne faut pas baisser la garde. JEAN-PIERRE ELKABBACH Après l'attentat de Boston, vous avez renforcé les mesures de sécurité, est-ce que vous les maintenez au même niveau élevé ? MANUEL VALLS Mais la France connait une menace terroriste déjà depuis plusieurs mois, elle s'est accentuée évidemment avec notre intervention au Mali - là aussi il ne faut pas baisser la garde et nous maintenons ce très haut niveau de sécurité… JEAN-PIERRE ELKABBACH Au même niveau ? MANUEL VALLS Au même niveau bien évidemment parce qu'il faut faire face à cette menace. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et, dernière question, est-ce que Boston devient l'illustration de l'existence d'un ennemi ou d'un terrorisme intérieur ? MANUEL VALLS Oui ! Je l'ai déjà dit, au moment de la présentation de la loi antiterroriste, nous faisons face à la fois à un ennemi extérieur que nous combattons, que nous avons combattu au Mali, mais aussi un ennemi intérieur, et sans rentrer dans les détails ce qui s'est passé à Boston rappelle ce processus d'auto radicalisation qui fut celui de MERAD. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il y a comme une… MANUEL VALLS Où il faut être extrêmement vigilant. JEAN-PIERRE ELKABBACH Comme une ressemblance avec MERAD. MANUEL VALLS Il semblerait ! Donc, il faut être très vigilant et s'attaquer là encore une fois à tous ces réseaux, à ces groupes, à ces individus - comme nous le faisons depuis des mois avec des résultats probants grâce au travail du renseignement. JEAN-PIERRE ELKABBACH Merci d'être venu. MANUEL VALLS Merci à vous. BRUCE TOUSSAINT Merci à Manuel VALLS et merci à vous Jean-Pierre ELKABBACH, à demain. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/015.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/015.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..59fe51c919937c288117bf4342416608c0067e1c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/015.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - Vous découvrez que les chefs du Parti socialiste veulent une confrontation avec l'Allemagne... R - Je pense qu'il faut remettre un peu de raison et de calme dans tout cela. Au fond, je pense qu'on peut résumer la position qu'il faut prendre en trois propositions. Premièrement, le débat : c'est parfaitement légitime. Il y a toujours eu des débats, vous avez suivi cela, entre Kohl et Mitterrand... Q - Oui, mais cela n'allait pas avec des vilains mots sur la place publique. R - J'y viens. Il y a des questions qu'il faut poser, qu'il faut trancher avec l'Allemagne. Deuxièmement, le pugilat non, et c'est ce à quoi vous faites allusion. Il est absolument anormal de mettre en cause tel ou tel dirigeant. En plus, nous avons nos propres responsabilités. L'Allemagne a ses responsabilités ; il y a des choses en Allemagne qu'on peut souhaiter autrement, mais le déficit français c'est la France. Troisièmement, renforçons le partenariat. Si on résume ainsi : le débat oui, le pugilat non, renforçons le partenariat. On arrive à quelque chose qui peut être positif. Q - Comment aujourd'hui est-il possible de développer des arguments de germanophobie. R - Cela n'a pas de sens. La France et l'Allemagne, c'est le cœur de la construction européenne. La France et l'Allemagne sont chacune le premier client et le premier fournisseur l'une de l'autre. Alors, qu'il puisse y avoir - surtout que ce ne sont pas les mêmes orientations politiques - des différences, oui ; discutons-en. Mais il n'y a aucune raison d'opposer de manière absolument frontale un pays et un autre. Nous sommes amis. Q - D'autant plus qu'on a l'impression que, quand la France politique va mal, elle tape soit sur les prédécesseurs, soit sur la chancelière Merkel. R - C'est un grand classique. Mais il peut y avoir aussi symétriquement, dans d'autres pays, le fait qu'on tape sur la France. Évitons cela et, je vous le dis, essayons de reprendre ces trois propositions et avançons. D'autant qu'il y a des partenariats qu'on peut développer. Par exemple, vous vous rappelez que l'on a décidé de faire une union bancaire, c'est-à-dire d'éviter toutes ces dérives qui ont existé en matière bancaire. On l'a décidé, faisons-le ! Français et Allemands ! En matière d'énergie, faisons en sorte qu'on crée une communauté en matière d'énergie ; il y a des choses à faire. Q - La chancelière Merkel est attaquée aujourd'hui chez elle par une sorte de conspiration des anti-européens. Cela s'est passé pendant que vous étiez en Chine, des nostalgiques du deutsche mark. Ils veulent sortir l'Allemagne de la zone euro... R - Ça, c'est encore autre chose Q - ...et ligoter la BCE pour ne pas qu'elle aide un certain nombre de pays qui en ont besoin. Pourquoi aider ces gens-là ? Pourquoi aider les anti-européens ? R - On n'a pas à les aider. Maintenant, si l'Allemagne sortait de l'euro, cela aurait une conséquence immédiate. L'Allemagne étant très exportatrice, la nouvelle monnaie allemande prendrait énormément de poids et, du même coup, les exportations allemandes s'effondreraient. Je pense que Mme Merkel n'aura pas de mal à démontrer cela dans son pays. Cela dit, en même temps, je suis le premier à dire qu'il y a des sujets de débat et il est tout à fait normal qu'on débatte sur la rapidité avec laquelle on va pouvoir revenir à l'équilibre. C'est le même débat. Il est aussi normal de débattre sur le fait que les pays, qui - passez-moi l'expression - en ont un peu « sous la pédale », notamment l'Allemagne et les pays du Nord -, doivent pouvoir renforcer leur croissance, et les pays qui sont en difficulté budgétaire être plus sérieux budgétairement. C'est cela qu'il faut faire. Q - Donc il faut que vous alliez bientôt peut-être à Berlin et surtout une rencontre, un déjeuner Hollande-Merkel... R - J'y suis souvent et je travaille avec les Allemands. Q - Avec les mots adaptés qui freineraient cette fièvre anti-européenne probablement momentanée, et anti-française, parce qu'on voit les réactions de la presse allemande ce matin. R - Ramenons un petit peu de raison dans tout cela. Q - L'Irak est à feu et à sang ; la Libye d'où vous venez est en armes et en morceaux. Est-ce que les ressortissants français peuvent y vivre ? Est-ce que les chefs d'entreprise doivent y aller toujours ? R - La réponse est clairement oui. Vous avez vu qu'il y a eu un attentat la semaine dernière - j'y suis allé juste après - contre l'ambassade de France, qui aurait pu tuer. C'est un attentat très, très grave. Il visait la Libye bien sûr et la France et par-delà-même le rapprochement entre la Libye et la France. Donc on ne peut pas céder ; il faut que nos chefs d'entreprise et de manière générale, les relations entre nos deux peuples se développent. Q - Et comment empêcher la circulation constante, angoissante d'armes dans toute cette région, puisque la Libye, la Tunisie et même le Mali... ? R - Ça, c'est un sujet très important parce que du temps de Kadhafi, il y avait des armes absolument partout. Nous sommes intervenus, vous vous rappelez, en Libye mais nous n'avons pas contrôlé la suite. Du même coup, les armes se sont déversées dans l'ensemble de la région. Cela représente un immense danger. Q - Alors la Syrie. Barack Obama et David Cameron évoquent l'usage limité mais l'usage d'armes chimiques par Bachar Al-Assad. La France a-t-elle des certitudes ? R - Non, nous n'avons pas de certitudes. Il y a des indices qui ont été donnés par les Anglais et par les Américains. Nous sommes en train d'essayer de vérifier cela. Q - Donc ni certitudes, ni preuves ce matin. R - Pas encore de preuves mais on vérifie. On a demandé au secrétaire général des Nations unies, d'ordonner une enquête dans l'ensemble de la Syrie pour voir ce qu'il en était. Ce qui est quand même indicatif, c'est que la Syrie a refusé de laisser pénétrer des enquêteurs sur son territoire. Q - Et alors, qu'est-ce qu'on fait ? Ils ne peuvent pas passer les frontières de force. R - Qu'est-ce qu'on fait ? On développe par nos propres moyens toute une série d'investigations. Il est vrai que s'il était avéré, comme l'ont déclaré MM. Obama, Hollande et les Russes, qu'il y a utilisation d'armes chimiques en Syrie, cela changerait pas mal de choses. Q - Cela veut dire qu'on ne le laisserait pas faire ? On ne laisserait pas Bachar Al-Assad gazer son propre peuple. R - Exactement. Q - Et cela veut dire qu'il y a une opération militaire qui peut être en préparation. R - Cela veut dire que l'ensemble des pays que je viens de citer réfléchissent activement à cela et précisément. Q - La livraison d'armes aux insurgés de Syrie, vous vous rappelez, vous et le président vous l'envisagiez puis quelques jours plus tard, vous avez fait marche arrière. Est-ce que c'est parce que vous avez découvert que les insurgés sont en partie dominés par un noyau dur, Al-Nosra, qui est surtout proche d'Al-Qaïda ? R - Non, on n'a pas découvert cela. On connaît la complexité de la situation. D'abord, la tragédie syrienne a fait près de cent mille morts, des millions de réfugiés avec des risques gravissimes, pas seulement pour la Syrie mais pour la Jordanie, pour l'Irak, pour la Turquie, pour le Liban et même pour Israël. C'est donc un drame absolu dont il faut sortir. La seule bonne solution est politique et, pour l'instant, Bachar ne veut pas bouger. Donc, on est obligé en même temps de regarder comment permettre aux résistants syriens de ne pas recevoir des bombes sur la tête. Q - Il y a les divisions de l'opposition syrienne. Vous avez déploré que celui qui était crédible ait décidé de démissionner parce qu'il ne pouvait pas travailler. R - Oui, Al-Khatib a démissionné la semaine dernière. Il y a, quand on regarde la situation, à la fois des éléments très inquiétants, incertains ainsi que du positif et du négatif. Le très inquiétant, c'est la situation de la Syrie. L'incertain, c'est ce que vous avez dit, ce que nous avons dit sur les armes chimiques. Le positif, c'est que les Américains semblent maintenant vraiment considérer - et ils ont raison - que c'est un vrai problème. Le négatif, ou en tout cas l'incertain, c'est que la coalition des résistants n'est pas aussi unique qu'on voudrait le voir. Mais - et je termine par-là sur ce point -, il faut faire extraordinairement attention parce que si la situation ne bouge pas dans le bon sens, on risque d'avoir une radicalisation des deux côtés - c'est-à-dire d'un côté les Iraniens et les Syriens chiites extrêmes et de l'autre des extrémistes sunnites qui s'appellent Al-Qaïda. Q - Donc, la situation est dangereuse. R - Il faut faire évoluer la situation, donc nous discutons avec à la fois les pays de la région ainsi que les Russes, les Américains... Q - Et vous avez des voyages encore. Douze fois le tour du monde - c'est cela ? - depuis que vous êtes ministre ? R - Oui, depuis onze mois. Q - Mais de temps en temps, quand vous revenez, vous trouvez l'état de la France et des batailles politiques. La mode est à l'union nationale. (...) J'essaye, dans mon domaine de la politique étrangère, de faire en sorte qu'on rassemble le maximum de Français. Q - Par exemple ? R - Sur le Mali, la semaine dernière, nous avons fait voter à l'unanimité un soutien à la démarche française. Et la même chose s'est d'ailleurs déroulée à l'ONU. (...) Q - Vous saluez l'union nationale en Italie même avec Silvio Berlusconi... R - Non, non ! Q - Ce qui est bon pour l'Italie et pour d'autres n'est pas bon pour nous. R - Écoutez, l'Italie est dans une situation épouvantable. Vous avez vu le vote qui a eu lieu. En France, il y a une majorité ; à elle de travailler sous le contrôle de l'opposition en essayant de rassembler les Français. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/016.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/016.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b1c7434fc18e88ed2c538cba4799792716ed869e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/016.txt @@ -0,0 +1 @@ + Q - Quel bilan tirez-vous de l'action extérieure de la France ? R - Je juge notre bilan de politique étrangère dans l'ensemble positif. Conformément à notre engagement, nous nous sommes retirés militairement d'Afghanistan pour nouer avec ce pays une coopération civile. L'intervention au Mali a été plus qu'utile : déterminante. Nous avons opéré une réconciliation avec plusieurs États importants avec lesquels la France était en froid - Algérie, Chine, Japon, Mexique, Pologne, Turquie. La reconnaissance du statut d'État non membre observateur à l'ONU pour la Palestine constitue aussi une avancée. D'autres initiatives de fond ont été prises qui vont dans le bon sens, telles que la mise en place de la diplomatie économique, l'adaptation de notre réseau diplomatique au monde du XXIème siècle, notre politique d'appui au développement et à la francophonie, et, même si elle doit être amplifiée, une nette avancée au plan européen vers le binôme « sérieux budgétaire/croissance ». Il faut bien comprendre que le contexte international a changé, et que c'est dans ce cadre nouveau que notre puissance d'influence peut s'exercer. Les années 1990 étaient celles d'une mondialisation confiante, après la chute du mur de Berlin, les années 2010 sont celles d'une mondialisation méfiante. Parce qu'il y a eu la crise financière, qui a alimenté une crispation des souverainetés. Parce que la répartition de la puissance évolue au sein du système international, mais sans qu'on puisse exactement en prévoir l'issue. Parce que le couple Chine/États-Unis fascine, avec d'un côté une puissance renaissante et de l'autre une puissance réticente, mais cela reste assez indécis. Parce que l'évolution des transitions arabes ajoute à cette perplexité. Nous vivons donc une période que j'appellerais d'hésitation stratégique, qui conduit à un monde attentiste, au moment même où les problèmes de fond s'accumulent et exigeraient des réponses claires et concertées. Dans ce contexte, la France doit jouer pleinement son rôle de puissance d'influence, une puissance repère, qui contribue à résoudre cette crise de l'ambition collective. Q - Sur la Syrie, crise majeure dans la région la plus troublée de la planète, la France n'a-t-elle pas une position attentiste ? R - La tragédie syrienne, si elle se poursuit, peut être la pire catastrophe humanitaire et politique de ce début de siècle. Les morts, les blessés, les déplacés, les réfugiés se chiffrent par centaines de milliers en Syrie ou dans les pays voisins. Si on ne porte pas un coup d'arrêt au conflit, c'est l'éclatement du pays qui se profile, l'ultra-radicalisation sectaire des deux camps, la déstabilisation de toutes les composantes de cette zone déjà éruptive. Le chaudron syrien constitue, avec le nucléaire iranien - et d'ailleurs les deux sont liés -, la plus grande menace actuelle contre la paix. Seuls, nous ne pouvons résoudre ce conflit, mais nous sommes constamment à l'initiative. Nous entendons poursuivre selon quatre orientations. D'abord, continuer de pousser une solution politique : les États-Unis doivent pleinement s'engager, les discussions avec la Russie se renforcer ; nous proposons depuis longtemps un Genève II, faisant suite à la réunion de Genève en juin 2012 qui avait failli réussir. Deuxième décision, nous allons augmenter notre soutien envers l'opposition modérée, la Coalition nationale syrienne qui doit s'élargir, s'unifier et garantir clairement à chaque communauté le respect de ses droits en cas de changement de régime. Pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, nous proposons de classer comme « organisation terroriste » au sens de l'ONU le Front Al-Nosra, opposé à Bachar Al-Assad mais filiale d'Al-Qaïda. Troisième décision, discuter avec nos partenaires européens de l'embargo sur les armes. D'un côté, il n'est pas question que les résistants et les civils continuent d'être bombardés : ils demandent légitimement les moyens de se protéger. De l'autre, on ne peut pas leur fournir d'armements susceptibles de tomber dans les mains du régime ou de mouvements terroristes. Enfin, nous sommes en train de préciser nos enquêtes et nos plans d'action face à la possibilité d'utilisation par Assad d'armes chimiques. Il faut bouger et bouger vite. Q - François Hollande avait dit que l'utilisation d'armes chimiques entraînerait une réponse « fulgurante ». Or il semble que certaines aient été utilisées... R - Il existe des indices en ce sens mais pas de preuves. Nous creusons cette question importante. Q - Après l'embarras lors des révoltes à Tunis et au Caire puis l'intervention en Libye, la France ne s'est-elle pas alignée sur l'embarras américain sur la Syrie ? R - Je ne le crois pas. Ces transitions arabes prendront du temps. Les situations ne sont pas les mêmes selon les pays. Nous soutenons ces mouvements, les causes, les valeurs qui les ont animés. Nous les soutenons sur le plan économique, politique, et en même temps nous voulons le respect de deux principes : les libertés fondamentales (droit d'expression, droits des femmes...) et la possibilité d'alternance, le pluralisme. Ces peuples doivent pouvoir librement décider s'ils veulent continuer, accélérer ou prendre un autre chemin. Q - En Syrie, la radicalisation militaire de Damas et islamiste au sein de l'opposition n'invalide-t-elle pas ces deux années d'attentisme ? Ne fallait-il pas intervenir militairement ? R - Depuis un an, nous avons organisé la grande conférence des amis de la Syrie à Paris et été les premiers à reconnaître la Coalition nationale syrienne. Nous avons été très actifs dans l'aide humanitaire. Nous avons aussi, les premiers, accrédité un ambassadeur de la Coalition à Paris. Nous avons soutenu Moaz Al-Khatib, le président de la Coalition, dans sa proposition courageuse de dialogue avec certains éléments du régime. Nous avons participé, et j'étais moi même un de ceux qui ont tenu la plume, à « Genève I ». Nous faisons partie du noyau de ceux qui peuvent peser. Q - Quel est le niveau d'engagement des Iraniens aux côtés du régime syrien ? R - Considérable. Il existe d'ailleurs une certaine relation entre la question du nucléaire iranien et les affrontements en Syrie. Si la communauté internationale n'est pas capable d'arrêter un mouvement dans lequel les hommes d'Assad sont soutenus puissamment par les Iraniens, quelle sera notre crédibilité pour assurer que l'Iran ne se dotera pas de l'arme nucléaire ? Q - À quel horizon pensez-vous que l'Iran puisse se doter de l'arme nucléaire ? R - Pas avant les élections iraniennes de juin. Nous sommes totalement hostiles à la dissémination nucléaire. Si l'Iran se dote de l'arme nucléaire, d'autres en feraient de même dans cette région. L'Iran peut parfaitement utiliser le nucléaire civil, mais ne pas acquérir la bombe atomique. Pour l'éviter, il faut négocier et sanctionner. Q - Et en cas d'échec ? R - Toutes les options sont sur la table, mais l'option souhaitable est que la négociation réussisse. Q - Concernant le Mali, l'opération militaire française est présentée comme un succès. Comment, maintenant, gagner la paix ? R - Les améliorations sont considérables. Mi-janvier, tout le pays risquait de tomber sous la coupe cruelle des terroristes, menaçant la sécurité des Maliens et des pays voisins. Aujourd'hui, la plupart des terroristes sont neutralisés. La sécurité revient. Les élections se préparent. Cela ne signifie pas que tout soit réglé. Il reste à réussir le passage de la force africaine à la force de l'ONU, veiller à ce que le dialogue Sud/Nord soit une réalité, que Kidal ne soit plus une zone de non-droit, et faire en sorte que les élections aient lieu à leur date. Il reste à réussir la paix. Q - Est-ce que l'échec de la stabilisation en Afghanistan après une opération militaire réussie n'incite pas à la prudence sur l'après-guerre au Mali ? R - Nous devons tirer les leçons du passé, même si les circonstances sont différentes. Éviter les buts d'opérations imprécis et changeants. Au Mali, les buts sont de bloquer les terroristes, de rétablir la sécurité et l'intégrité du pays, afin que le pays se développe dans la paix. Il faut aussi lier étroitement la sécurité, la démocratie et le développement. Lutter contre la corruption et la drogue. Ne pas tolérer d'exactions. Et éviter de devenir une armée d'occupation : c'est pourquoi nous avons dit que nous n'avions pas vocation à rester éternellement au Mali. Q - Insister pour organiser des élections en juillet, n'est-ce pas une erreur ? R - Certainement pas. Le gouvernement et le président actuels sont des autorités de transition. Il faut des institutions durables et des élections légitimes. Q - Le Mali marque-t-il un retour à la politique traditionnelle de la France en Afrique ? R - Sur le Mali, l'ensemble des pays africains a soutenu cette opération. J'ai participé à une grande réunion à Addis-Abeba, très émouvante, où la moitié des chefs d'État qui se sont exprimés ont terminé leurs propos en disant « Vive la France ! ». Jamais je n'avais entendu cela. On nous demande beaucoup de choses, à nous, la France. Nous faisons le maximum, mais nous n'avons pas vocation à intervenir partout. Q - Ne pensez-vous pas que les relations entre la France et l'Allemagne se sont dégradées depuis un an, à la fois au niveau gouvernemental et, récemment, avec le texte du Parti socialiste sur Angela Merkel ? R - Avec François Hollande, nous revenions de Chine lorsque nous avons appris par une dépêche d'agence ce mauvais psychodrame. Autant il est légitime de mener des discussions utiles avec notre partenaire allemand, autant il est déplacé d'attaquer le chef d'un gouvernement voisin et de faire comme si l'Allemagne était responsable de notre perte de compétitivité et de toutes nos difficultés. Oui au débat, non au pugilat. Renforçons notre partenariat. Il faut expliquer à ceux de nos compatriotes de tous bords qui ne l'auraient pas compris que les Allemands ne sont pas des Français qui parlent... allemand, et aux Allemands que les Français ne sont pas tous des « cigales irresponsables ». Il n'y a pas de construction européenne solide sans un partenariat franco-allemand robuste, d'égal à égal, ouvert aux autres. La France et l'Allemagne représentent la moitié de la richesse européenne et bien plus de la moitié de sa force propulsive. C'est ensemble que nous devons construire l'euro-projet qui nous éloignera du spleen actuel : croissance, énergie, défense, recherche, investissements d'avenir. La France seule, ce n'est pas une option. Mais si l'Europe est en récession ou tout simplement en stagnation, cela emporte aussi des conséquences négatives sur l'Allemagne. Q - L'Europe ne traverse-t-elle pas une crise existentielle ? R - Nous ne vivons pas seulement une crise, nous vivons un changement du monde. Le temps n'est plus où l'Europe était le centre impérial de la planète. Les modes de production, les outils de communication, les modes de régulation, les hiérarchies entre pays, tout a été bouleversé. La France, avec l'Europe, doit être en mesure d'affronter ce changement radical. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/017.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/017.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9bb4907a11dcb08e4db6650a398eb7a23f2dba91 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/017.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je parlerai en espagnol ainsi nous irons plus vite. Je suis très satisfait d'avoir pu conclure cette réunion des directeurs généraux de ma police, de la garde civile et de la gendarmerie, aux côtés de mon ami et homologue. J'emploie ce terme moins bureaucratique que le Comité de planification et de coordination stratégique. Avec notre présence commune, nous voulions souligner le caractère exceptionnel de la coopération en matière de sécurité intérieure entre nos deux pays. Elle dure depuis de nombreuses années et ce caractère exceptionnel les gens ont tendance à l'oublier, mais il est très important de souligner. Cette coopération traite évidemment de lutte contre le terrorisme, celui de l'ETA, en ce sens l'agenda du gouvernement espagnol est semblable à celui du gouvernement français quant à la lutte contre le terrorisme d'ETA. Ainsi nous continuerons jusqu'à la fin, jusqu'à ce que l'ETA se dissolve. Mais nous élevons également cette coopération ensemble contre l'islamisme radical, contre le trafic de drogue, contre l'immigration clandestine, contre le crime organisé et nous allons parler de ces thèmes avec nos homologues européens à Luxembourg dans deux semaines. Cette coopération porte ses fruits, grâce aux hommes et aux femmes de la police, de la garde civile et de la gendarmerie, représentés aujourd'hui par leurs directeurs généraux qui travaillent ensemble étroitement jour après jour ; et je veux saluer ici, et nous le ferons également cette après-midi, leur professionnalisme. Ils agissent pour garantir une valeur fondamentale de nos démocraties, surtout lorsque nous vivons ces temps de crise économique, qui est la sécurité. Sans sécurité, sans ordre, il n'y a pas de progrès possible, c'est la base de nos Etats de droit. C'est pour cela que c'est une priorité qui nous unit. J'étais ici l'an passé, presque jour pour jour, comme le temps passe, juste après ma prise de fonctions au ministère français de l'Intérieur. C'était ma première rencontre bilatérale et nous avions décidé avec Jorge de conclure un accord pour lutter contre le trafic de drogue, nous l'avons fait. Il a en effet été signé en octobre à Paris lors du sommet franco-espagnol, et cet accord, même s'il reste beaucoup à faire et que c'est une lutte qui va durer plusieurs années, mais nous pouvons dire qu'il y a des résultats, que c'est un succès. Les quantités de drogues saisies ont augmenté, le nombre de délinquants arrêtés croît de manière constante, nous devons continuer, c'était l'objet de la réunion d'aujourd'hui et de toutes les réunions que le ministre vient d'annoncer. Jorge Fernandez Diaz et moi-même avons également pensé à étendre notre action dans ce sens au sud de la Méditerranée ; et fin janvier nous avons signé avec nos amis marocains et portugais la déclaration de Rabat que nous sommes en train de mettre en marche. Cette déclaration compte également avec des engagements très forts en matière de criminalité qu'il mentionne. Cette année, nous avons accompli beaucoup de choses et c'est le sens, avant de répondre à vos questions, de ma visite d'aujourd'hui ; c'est-à-dire, mesurer ses avancées et ce qu'il nous reste à accomplir sans trêve avec la même volonté et avec beaucoup de solidarité, de loyauté et d'amitié. Non seulement entre nos pays mais également entre les hommes, c'est-à-dire entre les ministres. Question : Alejandro Requeijo Europapress Aux deux ministres : A-t-il été évoqué lors de la réunion l'attentat qui a eu lieu cette semaine à Londres ? Est-ce quelque chose qui peut s'étendre à d'autres pays d'Europe ? Accordez-vous une crédibilité à ce que ce soit Al Qaida ? Avez-vous décidé d'élever le niveau des alertes anti-terroristes ou d'autres mesures concrètes ? Au ministre M. Manuel Valls : Le Gouvernement français envisage-t-il à court, moyen ou long terme le rapprochement des prisonniers d'ETA dans des établissements pénitentiaires plus proches du Pays basque ? Réponse - Manuel Valls : J'ai, moi aussi, condamné ce qui s'est passé à Londres, la barbarie de cet attentat. Nous sommes solidaires envers les autorités anglaises et le peuple anglais. Nous savons en France et en Espagne ce qu'implique comme souffrance le terrorisme. Nous avons le même ennemi, le terrorisme extérieur. Nous l'avons constaté hier au Niger. Ce sont bien évidemment les conséquences de l'intervention française au Mali, juste, nécessaire, soutenue par le Gouvernement espagnol, par l'Europe, et par nos amis des pays africains. Cela signifie que nous devons continuer la lutte contre le terrorisme. Il existe aussi un ennemi intérieur avec un processus d'auto-radicalisation. Ce que la France a vécu il y a un an est un des exemples de ce terrorisme. C'est le travail des services de police et gendarmerie mais, de façon générale, de l'ensemble de la société avec, bien sûr des autorités musulmanes parce que nous ne pouvons pas confondre l'islamisme radical - comme ce qui s'est passé à Londres avec l'Islam. Nous devons continuer ce travail et nous savons que c'est un des défis que beaucoup de nos sociétés vont devoir relever. Ceci nécessite de l'unité, de la coopération et beaucoup de volonté. D'une certaine manière, j'ai déjà répondu à la seconde question. L'agenda du Gouvernement espagnol s'agissant de ces questions est celui du Gouvernement français. Il n'y aura pas de différence entre nos deux pays. La question relative au rapprochement des prisonniers de l'ETA relève de la Justice française, non du ministère de l'Intérieur. Comme Jorge Fernandez Diaz l'a dit, des membres de la bande terroriste qui étaient armés, ont été arrêtés en France et la Justice française a jugé, de manière totalement indépendante, les membres de l'ETA qui avait tué des gardes civiles. C'est la réponse de l'Etat de droit et c'est la seule réponse qui puisse exister. Question : Ana Terradillo, Cadena Ser. Les rapports de la police française évoque-t-il la possibilité que l'ETA commette à nouveau des attentats ? La police française sait-elle si l'ETA est en train de regrouper son matériel en vue d'un hypothétique rendu des armes au Gouvernement espagnol ? Réponse - Manuel Valls : Je suis très prudent sur ces questions-là. Nous échangeons régulièrement entre ministres mais évidemment à travers les différents services de police et de gendarmerie. Je n'oublie évidemment pas l'implication des services de renseignement. L'ETA a fait une déclaration il y a déjà un an et demi mais nous considérons avec nos amis espagnols qu'il faut que cette organisation terroriste mette fin à toutes ses activités, livre toutes les armes et annonce son auto-dissolution. Tant que ces actes n'ont pas eu lieu, et tant que nous constatons des activités d'ETA en France, c'est-à-dire des individus qui sont dans la clandestinité, qui possèdent sur eux des armes, l'action de la police et de la justice se poursuivront. Nous considérons que ces activités représentent un danger pour l'Etat de droit et que toutes les hypothèses sont donc possibles. Nos services de police et gendarmerie ont une consigne claire de ma part : l'ETA représente un objectif tant que cette organisation ne s'est pas auto-dissoute. Et c'est le seul objectif que nous nous donnons. (Rappel de la seconde partie de la question par le journaliste) Réponse - Manuel Valls : Je crois y avoir déjà répondu. Question Mathieu de Taillac, correspondant pour le Figaro en Espagne : Vous avez évoqué ce matin la possibilité d'interdire Le Printemps Français qui est un mouvement de lutte contre le mariage pour tous. Le fait qu'il se soit constitué en association pose un problème pour sa possible interdiction ? Maintenez-vous cette volonté de l'interdire ? Une décision a-t-elle été prise ? Et de quelle façon cela peut se transformer en réalité ? Avez-vous des informations sur cette nébuleuse ? Réponse - Manuel Valls : Il s'agit quand même d'une affaire d'Etat de droit. Le Parlement a voté une loi qui a été approuvée par le Conseil Constitutionnel. Le droit de manifester est un droit constitutionnel et démocratique. La manifestation qui aura lieu dimanche à Paris doit se dérouler dans les meilleures conditions. Je n'admettrai pas les menaces, menaces de mort souvent, à l'égard des personnalités qui sont favorables ou défavorables au mariage pour tous. Que nous soyons obligés de protéger ces différentes personnalités qui ont des avis divergents montre que la menace est sérieuse. Les menaces viennent des mêmes personnes : de groupes d'extrême droite, de groupes identitaires, de groupes qui défient les règles de la République. Les menaces de ces différentes organisations appelant à s'en prendre aux institutions de la République sont inadmissibles et seront poursuivies. Les actes homophobes et racistes proférés par des individus liés à un certain nombre d'organisations seront, non seulement poursuivies par la Justice, mais posent aussi le problème même de l'existence de ces organisations. C'est déjà un avertissement très clair que je lance : nous n'admettrons aucune violence avant, en marge ou après la manifestation. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/018.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/018.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..56556fba4352e3ca5a7097aab2b46b325e6408a7 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/018.txt @@ -0,0 +1 @@ +PATRICK COHEN Un jeune militant de gauche battu à mort par des skinheads en plein Paris, qu'en dites-vous ce matin ? ALAIN VIDALIES J'en dis que quand un jeune de 18 ans est tué en plein Paris, assassiné, c'est toute la République qui est en deuil ce matin, et que c'est tous les démocrates qui doivent réagir. Ce n'est pas un accident, ce n'est pas un incident, c'est une situation qui doit mobiliser tout le monde. J'ai eu Manuel VALLS ce matin, bien sûr la police, la recherche, mais… PATRICK COHEN Et vous avez des éléments précis qui vous laissent penser qu'il s'agit bien d'un geste à caractère politique ? ALAIN VIDALIES Oui, oui. Aujourd'hui les éléments dont on dispose identifient, même si la police continue ses recherches, un groupe néonazi qui est très largement soupçonné d'être à l'origine, dans tous les cas ses membres, de cette agression qui fait penser à une autre époque. PATRICK COHEN C'est le groupe des jeunes nationalistes révolutionnaires, c'est celui-là ? ALAIN VIDALIES C'est le nom qui circule, bien entendu il ne s'agit pas de procéder par affirmation, mais Manuel VALLS m'a indiqué que très rapidement, et d'une façon très mobilisée la police est en train de travailler sur cette affaire. PATRICK COHEN Si les liens des agresseurs avec ce groupe sont avérés, cela pourrait conduire à des mesures de dissolution ? ALAIN VIDALIES Je crois que la question est légitime. Quand on est en dehors de la démocratie, et même, dans ce cas-là, en dehors de la République, il faut que… La République ne peut pas être faible, il faut aussi qu'elle se protège. PATRICK COHEN Est-ce que, à votre avis, ce qui s'est passé hier soir dit quelque chose du climat politique, d'une éventuelle radicalisation de certaines franges de l'ultra droite ? ALAIN VIDALIES Naturellement, chacun est conscient de cette situation. Il ne faut pas faire des raccourcis tant qu'on n'a pas de preuve, mais la question est légitime, et tout le monde, nous, d'autres, sont comptables de cette situation. Ce qui est posé comme question c'est la France, c'est le contrat républicain. PATRICK COHEN Autre chose, Alain VIDALIES. La transparence de la vie publique. Le président, le gouvernement, on s'en souvient, s'était fortement engagé sur ce sujet après le scandale CAHUZAC, or, le projet que vous défendez, est en train d'être vidé de sa substance par les parlementaires. Pas de publication des patrimoines, et finalement, pas de métier interdit aux députés et sénateurs. La promesse ne sera pas tenue ? ALAIN VIDALIES Alors d'abord une rectification, sur la deuxième partie, l'information est fausse, donc je ne comprends pas comment elle peut figurer dans une dépêche. PATRICK COHEN Laquelle ? ALAIN VIDALIES L'interdiction de métiers et la limitation des revenus, reste totalement d'actualité, ce qui s'est passé hier en commission et qui malheureusement a été mal compris, semble-t-il, c'est que la rédaction de l'amendement n'était pas satisfaisant. La procédure parlementaire c'est qu'à ce moment-là on ne le rejette pas, il n'a pas été rejeté, il a été retiré, pour nouvelle rédaction, et ces deux amendements seront à nouveau soumis à la commission des Lois, et dans tous les cas soumis à la séance publique à partir du 17. Donc, cette question sur les professions, et la question sur la limitation des revenus, reste totalement d'actualité et sera dans le projet… PATRICK COHEN Il y aura donc des métiers interdits aux parlementaires ? ALAIN VIDALIES Alors, c'est une question juridique, c'est pour ça que le texte a été remis à la rédaction. Vous ne pouvez pas stigmatiser tel ou tel métier, donc, ce que l'on veut faire – vous ne pouvez pas dire on ne peut pas être parlementaire et journaliste, le Conseil constitutionnel va dire pourquoi journaliste, pourquoi… PATRICK COHEN Ah bon ? Donc Jean-Marc AYRAULT s'est fourvoyé le 10 avril devant l'Assemblée nationale quand il avait dit « est-il acceptable qu'un parlementaire soit à la fois consultant et avocat d'affaires ? Eh bien je dis non, ce sera terminé. » ALAIN VIDALIES Il a raison, il a raison, simplement… PATRICK COHEN Il a raison, mais vous ne pourrez pas le faire. ALAIN VIDALIES Parce que la rédaction sur la distinction entre avocat d'affaires et avocat de droit ordinaire, n'est pas juridiquement possible. Ce que les gens veulent c'est être sûrs que leurs parlementaires se consacrent à l'exercice de leur mandat, et nous voulons leur donner cette assurance. Et puis pourquoi les avocats d'affaires ? Il y a eu quelques expériences passées, qui ont montré combien cette situation était scandaleuse, et donc nous ne voulons pas que des gens, qui n'étaient pas… Qui n'exerçaient pas une profession avant, l'exercent en cours de mandat, et nous voulons que l'activité de consultant, c'est le bon mot que vous avez utilisé, ne puisse pas se faire. Pourquoi ? Parce qu'on veut éviter les conflits d'intérêts, c'est au cœur de la transparence. PATRICK COHEN Alors, comment allez-vous faire ? ALAIN VIDALIES Eh bien nous allons avoir un dispositif qui, probablement, interdira qu'il y ait des nouvelles activités qui soient engagées en cours de mandat, autrement dit celui qui n'était pas avocat avant, il ne pourra pas le devenir après. PATRICK COHEN Ça c'était le cas pour déjà un certain nombre de professions. ALAIN VIDALIES Et deuxièmement… Mais d'une manière générale, pour ne pas stigmatiser telle ou telle profession et deuxièmement, ce que souhaite le gouvernement, et j'espère que nous arriverons à convaincre le Parlement, nous souhaitons avoir une limitation des revenus, je pense que ça peut aussi freiner quelques ambitions d'avoir une limitation des revenus provenant… PATRICK COHEN C'est l'idée de René DOSIERE, qui avait déposé un amendement, qui a été retiré, mais qui sera donc rédigé sous une nouvelle version. ALAIN VIDALIES Tout à fait, et j'avais travaillé à cet amendement avec René DOSIERE, et nous allons redéposer des amendements re-rédigés. PATRICK COHEN C'est-à-dire pour qu'un parlementaire ne puisse pas gagner plus de la moitié de ses indemnités de parlementaire. J'ai bien résumé, j'ai bien compris ? ALAIN VIDALIES C'était l'objet de l'amendement d'origine, il sera peut-être modifié, mais il y aura une barrière en termes de revenus qu'un parlementaire pourrait tirer de la poursuite et non pas de l'exercice d'une nouvelle activité. PATRICK COHEN De la poursuite d'autres activités que celle de parlementaire et de ses activités d'élu. ALAIN VIDALIES Voilà. PATRICK COHEN Alors, la publication des patrimoines, expliquez-nous cette curieuse mesure. Les déclarations de patrimoine des quelque 6000 parlementaires et responsables d'exécutifs locaux ne seront pas publiables mais consultables, avec interdiction de les diffuser sous peine d'1 an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Le résultat, vous le connaissez Alain VIDALIES, c'est que ce sera diffusé quand même, mais de façon anonyme. ALAIN VIDALIES Ça ne sera pas diffusé de façon anonyme, en tous les cas on ne peut pas… PATRICK COHEN C'est le risque. ALAIN VIDALIES Oui, c'est le risque, mais on ne peut pas raisonner par rapport au non-respect de la loi demain. Si ça se produit on verra comment ça se passe. PATRICK COHEN On peut élaborer les lois en essayant de savoir si elles peuvent être respectées, si ça tient debout. ALAIN VIDALIES Vous savez, l'interdiction de publication des revenus, que vous pouvez aujourd'hui consulter, ça existe depuis 30 ans, il n'y a aucune transgression, il n'y a pratiquement pas d'affaires qui soient connues. Ce que je veux dire, c'est qu'on va donner aux citoyens français un droit d'alerte citoyenne sur le patrimoine de leurs élus. Cela n'existe dans aucun pays, et je suis très surpris de la présentation d'un texte qui serait banalisé. Il n'y a aucun autre au monde où ce droit va exister. Qu'est-ce qu'on veut faire. Les citoyens ils attendent quoi ? Ils veulent, un, être sûrs que ce que décident leurs élus ce soit au nom de l'intérêt général et non pas par des intérêts particuliers, c'est la déclaration sur les intérêts. Tous ces gens, les élus et les autres, devront faire une déclaration d'intérêts qui sera publique. Deuxièmement, ils veulent savoir si le patrimoine de leur élu, il a évolué normalement, et qu'il n'y ait pas un doute sur le fait qu'il y aurait de la fraude ou des ressources suspectes. Eh bien, chacun pourra aller contrôler le patrimoine, voire prendre connaissance du patrimoine de son élu, de ses élus, dans son département, les parlementaires, mais aussi les exécutifs locaux, président de Conseil Général, Régional, etc., et si le citoyen se pose des questions, eh bien il pourra saisir directement la Haute autorité de la transparence. Et cette Autorité, qui jusqu'à présent était un peu administrative, disons-le, on lui donne des pouvoirs d'investigations. Il n'y a aucun pays au monde qui met en place, ou qui a mis en place, un système avec ce droit d'alerte citoyenne. PATRICK COHEN Ah mais non, dans d'autres pays comparables les citoyens ont directement accès au patrimoine de leurs parlementaires, en Angleterre, en Italie. ALAIN VIDALIES Oui, il y a deux pays, ça doit être beaucoup plus nuancé, il y a deux pays où il y a le maximum, c'est-à-dire la publication sans aucune limitation, c'est l'Italie, et la Lituanie. Je pense… PATRICK COHEN La Grande-Bretagne aussi, dans une certaine part, depuis le scandale des notes de frais. ALAIN VIDALIES C'est plus compliqué, c'est un système de contrôle, mais le droit d'alerte citoyenne, très honnêtement, il ne faut pas banaliser cette affaire. Alors, je conçois que dans les médias on se dise « mais nous on ne pourra pas le publier », il faut quand même voir une chose, il y a une différence entre les membres du gouvernement où on prend des décisions pour l'ensemble, on y est passé, mais quand certains, dans les parlementaires, on l'a vu, disent « mais attendez, il y a quand même des questions… », c'est plusieurs milliers de personnes dont on parle là, ils ont des enfants, ils ont de la famille, il y a un problème de protection de la vie privée, et la feuille de route du président, qui a été faite en deux fois, son annonce, plus la conférence de presse, c'était : publication du patrimoine et respect de la vie privée. Ce qui est important pour les citoyens c'est ce droit d'alerte citoyenne. PATRICK COHEN Je vois aussi, quand même, que Claude BARTOLONE a été très convaincant. ALAIN VIDALIES Pas du tout. PATRICK COHEN Le président de l'Assemblée. ALAIN VIDALIES Pas du tout, parce que, en réalité… PATRICK COHEN Qui était vent debout dès l'annonce des mesures dont on parle. ALAIN VIDALIES Non, mais aujourd'hui il est d'accord, puisqu'il a donné son accord à ce que j'avais proposé depuis une dizaine de jours, mais enfin, les citoyens aujourd'hui… moi je n'accepte pas qu'on ait une présentation en disant c'est un recul, vis-à-vis des citoyens, c'est notre proposition, et aujourd'hui leur dire qu'ils sauront aujourd'hui, avec ce droit d'alerte… prenez l'affaire CAHUZAC. La question est légitime, est-ce que notre dispositif aurait permis d'avancer plus rapidement ? Je réponds oui, parce que les citoyens du Lot-et-Garonne, et on a tous en tête l'idée de quelqu'un qui aurait pu le faire, auraient pu aller voir la déclaration, celui qui savait qu'il y avait peut-être un compte ailleurs aurait eu ce droit d'alerte citoyenne. PATRICK COHEN Oui, il n'aurait pas vu le compte caché sur la déclaration, mais c'est une autre question. ALAIN VIDALIES Mais justement. PATRICK COHEN Un autre recul quand même, pardon Alain VIDALIES, les indemnités que touche un ministre quand il quitte le gouvernement, ce sera toujours 6 mois, alors que vous vouliez que le délai soit réduit à 1 mois. ALAIN VIDALIES Il y a une vraie divergence entre le gouvernement, apparemment le Parlement veut faire le bonheur des ministres malgré eux. La position du gouvernement, du président de la République est claire, ça doit être limité à 1 mois, contre vents et marées, je redéposerai cet amendement pour demander à l'Assemblée nationale de limiter à 1 mois les indemnités après la fin du mandat de ministre. PATRICK COHEN Ce sera en séance publique à partir du 17 juin. ALAIN VIDALIES Du 17. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/019.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/019.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a03359946373fcdd1066bc643e0d175feb971a41 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/019.txt @@ -0,0 +1 @@ +LE PRESIDENT - Mesdames et Messieurs, j’ai reçu une nouvelle fois, et c’était un plaisir, le Premier ministre du Canada, Stephen HARPER, et je lui ai renouvelé l’amitié de la France et le souhait qui est le nôtre de multiplier encore nos échanges au cours des prochains mois. Nous aurons l’occasion d’ailleurs de nous revoir dès lundi au sommet du G8. Cette rencontre, qui avait été précédée par un diner avec le Premier ministre et Stephen HARPER, nous a permis d’adopter « un programme de coopération renforcée », qui va être le cadre des relations entre la France et le Canada, à travers trois grandes priorités : la croissance et le développement ; la sécurité internationale et la défense ; la culture, la recherche, les échanges humains. C’était important que nous puissions donner cette cohérence à l’ensemble de nos coopérations qui, depuis longtemps, ont pu couvrir bon nombre de domaines, et là nous leur donnons un cadre. Nous avons également évoqué la situation internationale, et j’ai rendu hommage au soutien que nous a apporté le Canada pour l’intervention au Mali, soutien politique, soutien moral, soutien également logistique et matériel, puisque des avions avaient permis de transporter du matériel et des troupes. Nous avons aussi la volonté, le Canada et la France, d’assurer au Mali la perspective de développement, dès lors que nous avons franchi deux étapes essentielles. L’une c’était de chasser les terroristes, l’autre d’assurer la sécurité du territoire et maintenant, après les élections qui se tiendront à la date prévue, à la fin du mois de juillet, de permettre le développement du Mali. Nous avons également évoqué la Syrie, où nous partageons les mêmes inquiétudes, et donc la même volonté de faire prévaloir une solution politique et en même temps de constater qu’il y a une recrudescence des atrocités en Syrie qui, nécessairement, appellera au G8 une discussion approfondie. Nous avons aussi évoqué un sujet important pour la France et le Canada, ce sont les commémorations pour le 70ème anniversaire du débarquement, ce sera donc l’année prochaine, et du 100ème anniversaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Je rappelle que le Canada avait rejoint les alliés et nous avait apportés, à ce moment tellement difficile de notre histoire, un soutien décisif. J’inviterais donc le Premier ministre, Stephen, à revenir en France pour ces cérémonies du débarquement. Et, enfin, nous avons parlé de la négociation commerciale entre l’Europe et le Canada. La France souhaite que cette négociation puisse être menée à bien, d’autant plus qu’elle respecte un certain nombre de principes qui, vous le savez, tiennent à cœur à la France depuis longtemps, pour ne pas dire toujours. C’est-à-dire avoir une négociation qui porte sur des domaines importants, qui permettent de développer les échanges et donc la croissance, mais qui excluent notamment les services audiovisuels, et qui affirment l’exception culturelle. Et j’ai bon espoir que cette négociation pourra se conclure dans les prochains mois. Voilà le sens de notre rencontre d’aujourd’hui, et j’ai également répondu à une invitation venant du Premier ministre du Canada, à me rendre au Canada l’année prochaine. M. STEPHEN HARPER - Merci, merci Monsieur le président. Permettez-moi de commencer en vous remerciant pour l’accueil chaleureux et pour la cordiale hospitalité dont vous faites preuve à mon égard et à celui de toute la délégation canadienne. Je garde un bon souvenir de ma rencontre avec vous à Camp David, en mai dernier, à Paris en juin dernier, et au sommet de la Francophonie en octobre. Et en mars, c’est avec plaisir que j’ai accueilli le Premier ministre AYRAULT à Ottawa lors de sa première visite officielle au Canada. Le Canada et la France entretiennent une solide amitié ancrée dans l’histoire, une langue et des valeurs communes. Nos deux pays croient dans les libertés, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit. Nous sommes aussi d’excellents partenaires commerciaux. Les échanges commerciaux annuels entre nos deux pays se chiffrent à plus de huit milliards de dollars. Mais il est encore possible d’élargir notre relation bilatérale commerciale. Une étude économique conjointe indique qu’un vase accord commercial entre le Canada et l’Union européenne ferait augmenter les échanges bilatéraux de 20%. M. le président, ensemble nous travaillons aussi à améliorer la sécurité internationale, particulièrement en Libye et au Mali. M. le président, au Mali vous faites preuve d’un leadership exceptionnel, à un moment où personne d’autre n’intervenait. On peut difficilement exagérer l’importance des mesures que la France a prises dans ce pays. Bien sûr, le Canada a volontiers contribué à cet effort. Et naturellement nous sommes partenaires au sein du G8, de l’OTAN et de la Francophonie. Aujourd’hui, je suis heureux d’annoncer qu’en vertu d’un programme de coopération renforcée, la France et le Canada travailleront encore plus étroitement sur les enjeux d’intérêt commun. M. le président cette nouvelle initiative table sur une relation qui est déjà un modèle pour le reste du monde. Au titre de Premier ministre et au nom de tous les Canadiens et Canadiennes, je tiens à remercier le peuple français d’être des partenaires si fiables ainsi que de si bons amis de longue date, quelque chose que nous célébrerons aux anniversaires de 2014, l’année prochaine, mais aussi avec votre visite. M. le président encore une fois je souhaiterais vous remercier pour votre chaleureux accueil et votre hospitalité. QUESTION - M. HARPER cette semaine, vous semblez être moins optimiste que le Premier ministre David CAMERON. Il a accordé 40 minutes de son temps aux journalistes pour leur dire que cela serait dommage si cet accord de libre-échange n’était pas conclu ce week-end. Vous nous avez accordé quatre minutes de votre temps cette semaine, vous avez dit que cela prendra le temps que cela prendra. Suite à votre rencontre avec M. CAMERON, suite à votre rencontre avec M. HOLLANDE, où en sommes-nous ? M. HOLLANDE, de quoi avez-vous parlé exactement ? Avez-vous abordé la question de la propriété intellectuelle ? Du bœuf canadien ? Qu’est-ce qui vous agace, qu’est-ce qui vous dérange exactement ? M. STEPHEN HARPER - Juste pour répéter ma réponse, le Canada n’établit pas une date limite pour une telle entente. Je pense qu’une telle approche n’est pas dans notre intérêt. Evidemment, ces discussions sont importantes pour nos deux pays. Nous avons beaucoup d’intérêt et je pense que la France est depuis le début de cet exercice, un grand supporter d’un accord de libre-échange. Evidemment, il y a beaucoup de dossiers, on ne va pas négocier en public, mais la réalité et que nous avons des grands gains avec un tel accord. Il est nécessaire pour nous de négocier à un point où nous sommes convaincus que nous aurons une entente qui est tout à fait dans le meilleur intérêt du Canada. Jusqu’à ce moment, on a continué le processus. Donc, pour répéter ce que je viens de dire, le Canada n’a pas de date butoir. Ce n’est pas dans notre intérêt, nous allons continuer à négocier. Nous voulons que les choses aillent dans le sens de l’intérêt supérieur des Canadiens. Bien entendu, le président HOLLANDE et moi-même avons parlé de ces sujets. La France a beaucoup plaidé pour cet accord de libre-échange entre le Canada et la France, depuis le début, la France a été l’un des pays en Europe qui a le plus promu cet accord. Bien entendu, les négociations sont toujours plus délicates dans certains domaines que dans d’autres. Mais nos deux pays ont beaucoup d’avantages à tirer de cet accord et nous allons continuer à travailler avec cet objectif en tête. LE PRESIDENT Je partage ce qu’a dit le Premier ministre du Canada. Nous sommes dans une négociation. Il est bien compréhensible qu’à un moment, des obstacles apparaissent, des difficultés surgissent. Nous les connaissons dans plusieurs domaines et l’essentiel c’est d’avoir une volonté et d’essayer de surmonter ce qui peut à un moment être délicat pour trouver la conclusion. Le Premier ministre du Canada a raison de ne pas fixer de date limite, pour que nous puissions traiter les sujets comme il convient. Je rappelle que c’est la Commission européenne qui négocie au nom de l’Europe et la France est attentive, notamment sur les sujets que vous avez évoqués : l’agriculture, mais pas seulement l’agriculture pour que nous puissions trouver un bon accord. Si nous avons ouvert cette négociation, c’est pour qu’elle puisse se conclure positivement pour le Canada et pour l’Europe. QUESTION Bonjour, ma question s’adresse à vous M. le président, question française, mais d’actualité aujourd’hui sur les retraites. Je sais que la concertation va commencer la semaine prochaine, mais je voulais quand même avoir votre sentiment sur deux points qui intéressent les Français : Tout d’abord, est-ce que vous êtes favorable au rapprochement des régimes privé-public, notamment sur les régimes spéciaux ? Il paraitrait que vous refusiez d’y toucher dans la future réforme, est-ce que vous confirmez que c’est bien le cas ? LE PRESIDENT Je vous confirme qu’un rapport nous a été remis, je vous confirme qu’une concertation va s’ouvrir, je vous confirme qu’une conférence sociale est prévue et donc les sujets seront abordés et avec le souhait de trouver une réforme de long terme. Pas simplement pour redresser les comptes immédiatement. Il y a un déficit qui est prévu de 20 milliard en 2020, nous devons couvrir cette charge mais nous devons aussi offrir aux jeunes générations une perspective pour l’avenir de leur retraite. C’est dans cet esprit-là, de responsabilité, de justice, car il y a des inégalités à corriger, et d’efficacité. Donc, nous faisons en sorte de respecter nos partenaires, en l’occurrence les partenaires sociaux qui vont être bientôt associés, consultés, même si c’est le Gouvernement et seulement le Gouvernement qui prendra la décision. QUESTION M. le Premier ministre HARPER, apparemment il y a un consensus concernant l’opposition syrienne et les armes chimique. Apparemment, certains pays décident de mettre de côté leurs préoccupations, notamment les Etats-Unis. J’aimerai savoir quelles sont vos préoccupations ? Et pour le président HOLLANDE, j’aimerai savoir ce que vous aimeriez voir se produire en Syrie ? M. STEPHEN HARPER Je pense que la preuve de l’usage des armes chimiques par le gouvernement de la Syrie est conclusive, ils les ont utilisées à plusieurs reprises, c’est une autre étape, un développement très dangereux, pas pour la Syrie seulement mais pour toute la région. Jusqu’à maintenant notre aide est humanitaire et pour des actions de sécurité, militaires, évidemment nous travaillerons ensemble avec nos partenaires, nos alliés de l’OTAN. Le Président HOLLANDE et moi nous avons eu des discussions très pertinentes sur cette situation, je pense que notre analyse, nos perspectives sont plus ou moins les mêmes, et j’attends avec impatience de telles discussions avec nos autres alliés au G8 cette semaine. LE PRESIDENT - La Maison-Blanche a confirmé ce que la France savait déjà, c’est-à-dire la présence d’armes chimiques et leur utilisation, même si nous n’en connaissons pas l’ampleur. Cette révélation confirme bien aussi la pression que nous devons exercer sur le régime de Bachar el-ASSAD. Et nous devons faire comprendre qu’il n’y a pas d’autre issue qu’une issue politique avec les conséquences que le Premier ministre canadien a tirées, c’est-à-dire le départ de Bachar el-ASSAD. Nous devons aussi exercer une pression, y compris sur le plan militaire, c’est la raison pour laquelle la France a plusieurs fois posé un certain nombre de principes, tout en demandant à l’opposition syrienne d’être particulièrement claire sur ses orientations et sur l’utilisation possible des armes dont elle pourrait être bénéficiaire. Mais au G8, où il y a la présence de la Russie, nous ferons apparaître les dangers d’une prolongation des massacres qui se produisent aujourd’hui, et des risques de radicalité ou de radicalisation des deux côtés. QUESTION - Une question sur une grande entreprise française, France Telecom, Monsieur le Président. Il semble difficile pour Stéphane RICHARD de rester en poste dans des conditions actuelles, quel mandant allez-vous donner aux représentants de l’Etat du conseil d’administration ? Et je voulais aussi savoir si vous aviez évoqué ensemble le litige franco-canadien concernant l’extension du plateau continental au large de Saint-Pierre-et-Miquelon, merci. » LE PRESIDENT - Nous n’avons pas évoqué la dernière question, pas plus que la première. Sur la position qui sera celle des administrateurs, un conseil est prévu lundi, et nous ferons connaître lundi notre décision. Je vous rappelle qu’elle sera prise en fonction d’un seul critère, l’intérêt de l’entreprise, de ses salariés et de ses clients. M. STEPHEN HARPER - Quelle est la question encore ? LE PRESIDENT - Sur le plateau continental de Saint-Pierre-et-Miquelon. M. STEPHEN HARPER- Nous avons discuté de cet enjeu hier soir avec le Premier ministre AYRAULT. Vous savez très bien, il y a eu une décision dans les années 1990 sur cette question des limites de Saint-Pierre-et-Miquelon, et pour le Canada nous sommes guidés par cette décision. LE PRESIDENT - Quand je disais que nous n’en avions pas parlé, c’était entre nous deux. Merci beaucoup. M. STEPHEN HARPER - Merci à tout le monde. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/020.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/020.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a88967f068ea638e23f240c676dab6dab7f7a2c5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/020.txt @@ -0,0 +1 @@ +Messieurs les présidents de commissions, Messieurs les directeurs généraux, Messieurs les directeurs, commissaires et officiers généraux, Mesdames, Messieurs, Garantir la sécurité des Français exige d'anticiper, de détecter, d'analyser et de comprendre les menaces qui pèsent sur elle ; cela exige d'identifier les personnes ou groupes qui en sont les vecteurs. Anticiper et Connaître, tel est le rôle du renseignement. Conformément aux orientations arrêtées par le président de la République et le Premier ministre, j'entends renforcer la capacité des services français de renseignement à assumer ce rôle difficile, vital pour la sécurité des Français. Au-delà, je souhaite que l'ensemble des services de police et des unités de gendarmerie placés en situation de le faire contribuent aux activités de renseignement, avec méthode et en bonne intelligence, conditions de l'efficacité. Après mûre réflexion, j'ai tenu à vous réunir, aujourd'hui, pour vous faire part des réformes que je veux conduire dans le domaine du renseignement, et pour réaffirmer ce que j'attends de vous en la matière, dans le cadre plus large de la stratégie de sécurité que je définis comme ministre de l'intérieur. 1) Le renseignement face à la mutation des menaces L'action publique requiert à tout instant l'esprit de responsabilité. Et la première des responsabilités, c'est la lucidité. Il nous faut être conscient de la réalité du monde dans lequel nous vivons. Conscients de la réalité, et déterminés à faire face à ses côtés sombres. Si chaque époque apporte son lot de défis, les bouleversements géopolitiques, sociaux et technologiques que traverse le monde actuel sont particulièrement rapides et susceptibles d'affecter nos valeurs et notre mode de vie. N'oublions pas que « le changement n'est plus ce que nous faisons mais ce qui nous arrive », si je reprends les mots d'Alain FINKIELKRAUT. Ecartons d'emblée tout schématisme : l'avenir de la mondialisation est également porteur de promesses et de progrès. Il ne s'agit pas de voir ou de dépeindre le monde exclusivement en termes de menaces, ni de nous enfermer dans une posture sécuritaire univoque et exacerbée. Ce type de paranoïa est l'apanage des régimes autoritaires, tyranniques et totalitaires qui, faute de légitimité démocratique, se réfugient dans la fuite en avant sécuritaire dans le dessein de repousser le moment de rendre des comptes. Mais, face à la réalité de certaines menaces, les Français, la Démocratie, la République, l'Etat et le territoire national doivent être protégés. Car la Démocratie est à la fois forte et fragile. Forte de la vitalité inépuisable de principes humanistes et fragile face aux attaques puissantes et déraisonnées de ses ennemis. Quelles sont les principales menaces dirigées contre la souveraineté nationale, contre les intérêts fondamentaux de notre pays et contre l'intégrité de nos institutions ? Les vulnérabilités nouvelles engendrées par la révolution des réseaux numériques, réseaux qui pourraient sans doute devenir un théâtre majeur des conflits de demain ; Les conséquences pour notre patrimoine scientifique et productif du déplacement du centre de gravité de la croissance économique mondiale ; nous subissons de plus en plus fortement l'impact de l'élargissement irréversible de la compétition économique aux pays encore dits émergents ; nous protéger de toutes les formes de prédation existant en la matière est une forme de régulation ; L'installation durable du terrorisme comme vecteur de propagation d'idéologies violentes, avec aujourd'hui au premier rang la présence persistante d'une mouvance terroriste djihadiste globale ; L'impact potentiel du détournement à des fins agressives de certaines capacités techniques et scientifiques (risques NRBC), de même que la montée en puissance des enjeux écologiques et de la rareté des ressources mondiales ; Les vives tensions sociales et territoriales liées aux effets redistributifs de la mondialisation, que ces effets soient positifs ou négatifs, avec le risque élevé de décrochage de certaines catégories sociales et franges du territoire. Voilà les principales menaces et risques à affronter, qui justifient le déploiement et la mise à niveau permanente d'un service public du renseignement national et régalien. Bien sûr, le passé récent nous conduit à rester particulièrement mobilisés et concentrés sur la menace terroriste. Les attentats du 11 septembre 2001, ceux de Madrid, en 2004, de Londres, en 2005, demeurent dans la mémoire collective. Les assassinats de Toulouse et de Montauban ont marqué le retour du terrorisme sur notre sol depuis 1996, et ce qui s'est joué à Sarcelles ou à la Défense aurait pu être bien plus grave. Ce matin encore, hasard du calendrier, cinq nouvelles interpellations ont été réalisées par la DCRI et la sous-direction anti-terroriste de la DCPJ dans le cadre des suites du démantèlement de la cellule de Cannes et Torcy, impliquée dans les faits de Sarcelles. Ces interpellations et les perquisitions réalisées confirment le caractère potentiellement très dangereux de ce groupe. S'il n'est pas la seule menace, le djihadisme global est l'incarnation actuelle la plus dangereuse de l'idéologie terroriste. L'imbrication des menaces intérieures et extérieures, la présence simultanée d'un ennemi intérieur et d'un ennemi extérieur, le caractérisent fortement. C'est à dessein que j'ai employé ces mots lors de la présentation de la loi anti-terroriste de décembre dernier au Parlement, car il faut nommer clairement la menace. L'attraction idéologique et le rôle de préparation et d'entraînement que jouent les bases-arrières situées dans certaines zones géographiques n'est plus forcément un passage obligé des processus de radicalisation et de passage à l'action. Certes, la projection sur des théâtres de combat reste un déterminant puissant, comme le montrent depuis 2011 les filières syriennes, ou plus marginalement le Sahel. Mais les itinéraires individuels se multiplient, qui font l'impasse sur ce type de parcours initiatique, auquel les ressources de l'internet djihadiste se substituent souvent. Décrochages familiaux, ruptures avec l'environnement professionnel et social, révélation et conversion expresse vers une idéologie violente fondée sur le détournement religieux ou encore mauvaises rencontres facilitent le passage à l'acte. C'était déjà le cas avec Khaled KELKAL, en 1995, ou avec le gang de Roubaix en 1996. C'était le cas des individus composant la cellule qui a agi à Sarcelles en septembre dernier. C'est aussi le cas des individus qui ont frappé à Boston en avril et de l'homme qui a voulu tuer un de nos soldats, il y a quelques semaines, à la Défense. Au-delà du terrorisme islamiste, d'autres combats idéologiques ont eu, ou ont encore, recours à des formes de violence politique à caractère terroriste. L'ETA n'a toujours pas dissous son appareil opérationnel et déposé les armes. De même, malgré l'engagement de négociations, le PKK conserve une capacité militaire et une organisation présente sur notre sol. Mais l'irruption de la violence aveugle et déterminée au cœur de notre société qu'est le terrorisme ne constitue qu'une partie du champ des menaces. Il faut prendre davantage conscience de leur pluralité. L'interconnexion numérique croissante augmente considérablement la vulnérabilité des systèmes d'information. Et ce, qu'il s'agisse de dommages destructeurs ou de ruptures de continuité des réseaux consécutives à des attaques massives, ou bien de prédation de données sensibles ou à haute valeur patrimoniale. La cybermenace concerne aussi bien les systèmes d'information gouvernementaux stratégiques que ceux de nos principaux groupes industriels et commerciaux. Elle recoupe pour partie les enjeux liés à l'intelligence économique. Dans la période actuelle, où la crise et la concurrence mondiale effrénée soumettent notre tissu économique à rude épreuve. Les menaces et les risques portent également sur les grands équilibres de la société française qui, dans un contexte de crise, présente des risques de déchirement sociaux et territoriaux. Il ne s'agit pas seulement de réguler et d'encadrer les conflits sociaux, compréhensibles et légitimes en cette période de crise, tant qu'elle demeure dans les limites du droit et de l'intérêt national, et à laquelle d'autres membres du gouvernement apportent des réponses de fond. Nous devons aussi anticiper et prévenir les risques causés par ceux qui, en dehors des lois de la République, tentent de prospérer sur l'anomie et la désespérance sociale dans les quartiers marginalisés, ou bien dans certains territoires péri-urbains ou ruraux. Dans le passé et dans plusieurs pays européens, différents groupes ou individus d'ultra-gauche ou d'ultra-droite ont basculé dans la violence politique. Il convient de pratiquer une extrême vigilance en la matière afin de détecter toute résurgence éventuelle de ces pratiques. Je vous invite à ne pas oublier les enseignements des terribles attentats d'Oslo en 2011, qui furent le fait d'un seul auteur. Parallèlement, d'autres menaces doivent être prises en considération, comme celles issues de certains mouvements contestataires animalistes, environnementalistes, anti-nucléaire. Ces groupes peuvent être travaillés par des éléments radicaux susceptibles de les orienter vers la violence. Ces phénomènes sont clairement à l'œuvre à Notre-Dame des Landes, dans le Val de Suse sur le tracé du TGV Lyon-Turin, ou face à certains projets de centres d'enfouissement des déchets. Par ailleurs, les perpétuelles recompositions de la délinquance font apparaître l'enracinement depuis de nombreuses années de phénomènes d'économie souterraine, de trafics en bande organisée, de véritables micro-mafias qui, dans certains quartiers, tentent de substituer un autre ordre à celui de la République. Je pense aussi à l'apparition et à la structuration depuis plusieurs années de groupes organisés mafieux issues de territoires d'Europe orientale ou du Caucase. Trafics de stupéfiants ; élargissement de l'usage des armes, notamment des armes de guerre ; trafics des êtres humains et proxénétisme, filières d'immigration clandestine, écoulement de la contrefaçon sont autant d'activités qui prennent un relief plus inquiétant encore lorsqu'elles subvertissent des territoires spécifiques ou prennent en otage des communautés humaines. Enfin, il existe toujours au sein de notre société des minorités agissantes, radicales - qu'elles soient religieuses politiques ou d'inspiration sectaire - qui entendent contester nos institutions républicaines. Les menaces et les risques sont de nature diverse. Face à un adversaire qui ne va plus de soi, la mobilisation de tous est donc nécessaire. De la détection des premiers signaux à l'action de neutralisation, en passant par l'analyse des phénomènes, vous appartenez tous à la chaine du renseignement. Les enjeux sont tellement forts que cette chaîne doit être renforcée et consolidée, ce qui signifie pour moi que chacun de ses maillons doit l'être. 2) Bilan de la réforme de 2008 Une première réforme du renseignement a été menée en 2008, après, déjà alors, plusieurs années d'interrogations et de critiques dans le débat public sur les méthodes et les finalités de certains services, à l'époque les renseignements généraux. Je ne méconnais pas la pertinence de certains axes de cette réforme, comme la structuration d'une communauté nationale du renseignement, ou la volonté de supprimer certains doublons et des formes de concurrence peu justifiables sur des thématiques identiques. L'élargissement des missions de l'ancienne DST et le souci de la rapprocher des standards internationaux en matière de service intérieur de renseignement ont permis des avancées incontestables. Mais les conditions précipitées de conduite de cette réforme n'ont pas permis de traiter avec sérénité et méthode l'ensemble des enjeux. La disparition de la direction centrale des Renseignements généraux s'est faite avec une certaine brutalité vis-à-vis d'une partie importante de leurs agents. Le sentiment d'ostracisme qu'une partie d'entre eux a éprouvé a durablement perturbé l'exercice des missions d'information générale. Beaucoup ont eu et, pour une part, ont encore, le sentiment que la culture professionnelle dont ils étaient porteurs au service de l'intérêt général était méconnue ou méprisée, et qu'elle devait passer à la toise de leur nouvelle maison d'accueil. Tout ceci a contribué à creuser un double fossé qu'il faut désormais combler définitivement. Je veux parler, d'une part, du manque de dialogue et d'échanges suffisamment nourris entre l'information générale et le renseignement intérieur, et, d'autre part, de la structuration insuffisante de la filière de l'information générale au sein des missions de sécurité et de paix publique. A cet égard, la contribution de la gendarmerie nationale aux missions de renseignement n'a pas été correctement déterminée et ne semble pas encore avoir trouvé son point d'équilibre. Dès lors, dans ce contexte, et devant l'acuité et la mutation des menaces, une nouvelle réforme doit être engagée, pour franchir de nouvelles étapes décisives. Il ne s'agit pas de revenir en arrière, d'annuler ce à quoi vous avez contribué et dans lequel vous vous êtes investis. Telle n'est pas ma conception de l'action publique. Et au terme de continuité, je préfère ceux d'approfondissement, de renforcement et d'adaptation. Mettons-nous en ordre de marche pour relever les défis qui se présentent à nous ! 3) La réforme du renseignement intérieur : création de la DGSI La France doit disposer d'un grand service de renseignement interne, redimensionné et mieux armé pour faire face aux menaces nouvelles. Nous avons besoin de l'équivalent intérieur d'une Direction générale de la sécurité extérieure qui a pu, et a su, profondément se transformer ces dernières années. Dans mon esprit, le mot « équivalent » signifie avant tout que les Pouvoirs publics, reconnaissant l'impératif de sanctuarisation du territoire national, doivent traduire effectivement cette priorité dans les choix d'allocation des moyens. Le Livre blanc de 2013 sur la défense et la sécurité nationale pose la nécessité de traiter de manière articulée l'ensemble des risques et menaces, directs ou indirects, extérieurs et intérieurs, susceptibles d'affecter la Nation. En d'autres termes, il acte que, dans notre monde globalisé, les enjeux de défense et de sécurité intérieure sont mêlés et qu'il faut donc les prendre en compte avec une symétrie de moyens. Or, s'agissant des moyens, le constat des dernières années est celui d'un délaissement relatif, au risque d'un décrochage capacitaire irrémédiable. La contrainte qui pèse sur les finances publiques s'impose partout, mais elle ne doit pas conduire à sacrifier l'avenir au présent. Ce constat n'est pas seulement le mien. Il est partagé par un ensemble de travaux conduits ces douze derniers mois : la réflexion du Livre Blanc, bien sûr ; mais aussi le travail approfondi et novateur de la mission d'information parlementaire conduite par les députés Jean-Jacques URVOAS et Patrice VERCHÈRE, l'acquis solide de la Délégation parlementaire au Renseignement présidée par Jean-Pierre SUEUR, les analyses fines et toujours utiles de Jean-Louis CARRÈRE, et enfin les conclusions de la commission d'enquête présidée par le Député Christophe CAVARD. C'est pourquoi le Président de la République et le Premier ministre ont décidé la mise en œuvre du plan de renforcement pluriannuel que je leur ai proposé en faveur du renseignement intérieur. La DCRI sera érigée, et donc transformée, en Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). C'est le choix du chef de l'Etat. Ses missions resteront exclusivement fondées sur la défense de la souveraineté nationale, des intérêts fondamentaux de la Nation et de l'intégrité des institutions républicaines. Outre son repositionnement institutionnel porteur de visibilité et conforme à ses missions, la nouvelle DGSI bénéficiera d'une souplesse plus grande pour diversifier son recrutement et gérer ses ressources humaines. Nous mettons les effectifs à la hauteur des enjeux. Au cours des cinq prochaines années, un plan de recrutement de 430 personnes supplémentaires sera progressivement mis en œuvre, soit une hausse de 13 % par rapport aux 3200 effectifs actuels. Ces nouveaux personnels serviront exclusivement - j'y insiste - à répondre aux besoins opérationnels en matière de capacités d'analyse thématique, de contre-terrorisme, de cyberdéfense, de procédures judiciaires, de soutien technique et linguistique. Il est temps que le renseignement intérieur s'ouvre à une véritable pluridisciplinarité de compétences. C'est pourquoi 60 % de ces nouveaux recrutements, soit 260 personnes, se feront sur une base contractuelle : analystes en géopolitique, traducteurs et linguistes, juristes, ingénieurs et techniciens. Ces renforts apporteront une capacité d'éclairage spécialisée indispensable dans de nombreux domaines, particulièrement de cyberdéfense ou de protection du patrimoine industriel et productif de notre pays. La satisfaction des besoins linguistiques est tout aussi cruciale, y compris dans des langues peu répandues, en raison de la croissance des diasporas sur notre territoire. Bien évidemment, la DGSI conservera des liens étroits avec la Direction générale de la police nationale (DGPN), dans la mesure où la majorité de ses agents conservera un statut policier et qu'un contrat de gestion sera passé pour les fonctions support mutualisables. La DGSI demeurera le point d'échange unique, compétent pour entretenir des liaisons avec les services étrangers dans le domaine du renseignement intérieur et défensif. L'évolution des menaces et la dissémination territoriale de leurs manifestations implique, sans rien perdre de l'efficacité de la centralisation, ni du caractère déterminant des liaisons avec les services étrangers, de disposer d'un maillage territorial dynamique, réactif et étroitement piloté. Je demanderai au DGSI de continuer à faire de l'animation et du suivi du réseau territorial une priorité de son action. Afin que les enseignements de l'affaire MERAH soient tirés, les instructions ont été données en décembre dernier de mettre en œuvre les conclusions de la mission d'audit confiée à deux inspecteurs généraux de la police nationale. Ces orientations, qui se sont notamment traduites par la création d'une structure interne dédiée au pilotage du réseau territorial au sein de la DCRI, demeurent d'une complète actualité. Il est primordial qu'au sein de la future DGSI, la circulation de l'information et l'interactivité entre le niveau central et les niveaux locaux - zone, région, département - soient assurés dans les meilleures conditions. Cela conditionne la réactivité dans la détection et le suivi des individus ou groupe d'individus ayant un comportement ou des activités constitutifs de menaces. La structure d'animation et de coordination dédiée sera préservée, sans préjudice des contacts que les directions thématiques entretiennent avec les services territoriaux. Pour ce qui est des relations entre la DGSI et la direction du renseignement de la préfecture de police en matière de renseignement intérieur, je veux que les liens opérationnels concrets qui existent actuellement et la confiance qui les rend possibles soient pérennisés de manière irréversible. Si la DCRI, et avant elle, la DST, ont toujours eu la mission et la latitude d'intervenir sur le territoire parisien - désormais celui de l'agglomération parisienne - ce serait une grave erreur que de méconnaître la plus-value apportée par la DRPP, du fait de sa connaissance fine de l'agglomération et de sa proximité avec les autres directions de la préfecture de police. Je ne veux donc pas remettre en cause ce qui fonctionne. Mais je souhaite inscrire de manière organique et plus précise qu'aujourd'hui les modalités de coopération opérationnelle. La centralisation du produit de l'activité de renseignement n'est pas négociable. Objectifs, surveillances et thématiques doivent être répartis et partagés dans l'intérêt supérieur de l'Etat. De même, je souhaite que les agents de la PP chargés de ces missions soient pleinement insérés dans la filière professionnelle du renseignement intérieur, et puissent en saisir toutes les opportunités professionnelles, et vice-versa. En outre, je considère comme un véritable acquis la création de la communauté nationale du renseignement. L'activité de la DGSI s'inscrira bien évidemment dans cette voie, y compris avec les évolutions qui interviendront en application du Livre blanc récemment publié. En particulier s'agissant du lien avec la DGSE. Ces dernières années, la coopération opérationnelle s'est densifiée, dans un souci de complémentarité. C'est l'état d'esprit qui nous anime, le ministre de la défense Jean¬Yves le DRIAN et moi ! La DGSE et la DGSI continueront donc dans cette voie ... Par ailleurs, je veillerai à la parfaite déclinaison au ministère de l'intérieur des objectifs et priorités qui seront définis dans la Stratégie et dans le Plan national d'orientation du renseignement. Il s'agira de conforter sans cesse la professionnalisation de la filière et de garantir le contrôle de ses règles par une inspection technique du renseignement intérieur. En outre, le Président de la République a décidé la création d'une fonction interministérielle d'inspection générale du renseignement, commune à l'ensemble de la communauté du renseignement. Le chef de l'Etat a voulu que les possibilités de contrôle parlementaire applicables à la communauté du renseignement soient approfondies. C'est là une très bonne chose : si les activités de renseignement exigent de la discrétion - bien évidemment ! - elles ont également besoin de la légitimité que procurent le contrôle démocratique et l'équilibre entre sécurité et libertés publiques. C'est pourquoi l'accroissement du contrôle doit aller de pair avec le renforcement - à l'instar de qui a été accompli dans d'autres démocraties occidentales - du cadre juridique du renseignement. Notre pays a encore du chemin à faire pour mieux reconnaître les bases d'action de ses services. Cessons de nous voiler la face : leur efficacité au service de la protection des Français n'est jamais le fruit d'une activité miraculeuse ou d'éléments fortuits. Je salue à cet égard la clairvoyance du Président URVOAS et sa détermination à ouvrir ce débat compliqué et délicat. Je compte sur les présidents SUEUR et CARRÈRE dont je connais l'expérience pour être les garants d'un bon équilibre. Je sais que tous, dans vos missions quotidiennes, êtes très attachés à ce besoin d'équilibre. Pour conclure ces développements consacrés à la DGSI, je souhaite réaffirmer que le renseignement intérieur ne peut fonctionner « hors sol ». Parce qu'il est exclusivement axé sur les missions de souveraineté et de lutte contre les subversions violentes, il laisse un espace pour d'autres missions de renseignement interne consacrées à l'anticipation et à la prévention de risques et menaces de nature différente : renseignement des pouvoirs publics sur la vie économique et sociale, risques liés à l'ordre public et aux désordres sécuritaires, renseignement criminel relatif à la criminalité organisée (les premiers relevant de l'actuelle information générale, le dernier de la police judiciaire). En outre, le renseignement intérieur a structurellement besoin de bénéficier et d'échanger de manière interactive avec l'ensemble des capteurs disponibles : celui de l'information générale mais plus largement aussi ceux de l'ensemble des services de police et des unités de gendarmerie. Voici donc les grandes lignes de la réforme, ambitieuse, du renseignement intérieur. J'ai toute confiance en Patrick CALVAR pour l'engager et la conduire avec détermination, méthode et dans le meilleur calendrier possible. 4) La restructuration profonde de l'information générale au sein d'une filière du « renseignement territorial » La plupart des réflexions et des échanges que j'ai pu nouer sur ce sujet convergent vers la nécessité de refonder profondément la filière du renseignement territorial. C'est avec intérêt que j'ai d'ailleurs pris connaissance des réflexions approfondies et de très grande qualité de l'ensemble de la représentation syndicale, ainsi que des remarques pertinentes qui m'ont été transmises par la gendarmerie. Les attentes - et les craintes - sont fortes. Oui, il faut prendre des initiatives. Oui, il est impératif de mieux reconnaître son identité, de consolider ses savoir-faire professionnels, d'animer cette filière et de valoriser l'ensemble des hommes et des femmes qui y contribuent, policiers et gendarmes. 4.1 Non, les Renseignements généraux ne seront pas recréés. Ecartons tout malentendu : il ne s'agit pas d'opérer pour l'affichage un bouleversement radical des structures, alors que cinq ans après la réforme précédente, vécue comme traumatisante, le point d'équilibre n'a toujours pas été atteint. Non, les Renseignements généraux ne seront pas recréés. Ce n'est ni souhaitable, ni possible. Dans ce domaine comme dans d'autres, la nostalgie est à éviter. L'appariement qui a été fait entre ce que l'on a désigné jusqu'ici comme l'information générale et les services territoriaux en charge de la sécurité et de la paix publiques n'est pas en soi problématique. Le maillage territorial des deux forces, police et gendarmerie, traite chaque jour un volume considérable d'événements de toutes natures. Les opportunités de recueil d'informations qui en découlent sont sans équivalent. Intégré aux structures, le renseignement territorial en tire directement profit, et en retour, il alimente la chaîne des services de sécurité publique. La complémentarité et la réactivité qui en résultent représentent une force incontestable. Ce rattachement permet de mobiliser plus facilement une grande variété de capteurs territoriaux. Il est en revanche incontournable de disposer de professionnels capables de rechercher, d'analyser, de recouper, d'élaborer, de synthétiser et de centraliser le renseignement territorial au niveau et sous le format pertinents. Le renseignement est un métier qui ne s'improvise pas. Il ne se limite pas à un simple recueil d'information. S'il intervient beaucoup en milieu ouvert, il n'exclut pas le recours au milieu fermé dans les conditions prévues par la loi. La réforme de 2008 a soulevé beaucoup de questions - et elle en soulève encore - parmi les personnels de l'ancienne direction centrale des renseignements généraux. Il faut admettre franchement les choses : la réforme de 2008 a en partie négligé la sous-direction de l'information générale, principale victime de la précipitation dans la mise en œuvre. Je veux m'adresser à tous ceux qui exercent aujourd'hui ces missions pour reconnaître la véritable identité de leur métier. Pour témoigner du besoin que les services publics de sécurité ont de pouvoir détecter et suivre dès les premiers signaux les menaces et les acteurs qui en sont les instruments. Je crois à l'importance de bien nommer les choses. Derrière les mots, il y a une mission, et derrière la mission, il y a des responsabilités. C'est pourquoi, je veux que l'on reconnaissance à nouveau leur rôle comme une mission de renseignement à part entière. Tout le monde peut le constater, le terme « d'information générale » n'évoque pas grand-chose en dehors du cercle des spécialistes... Le sigle RG recelait en revanche une vraie puissance qui, pour de bonnes ou moins bonnes raisons, facilitait quand même les contacts ! C'est pourquoi le mot « Renseignement » sera restitué à ces professionnels du renseignement et que la filière sera désormais désignée « Renseignement territorial ». 4.2 refonder la filière du renseignement territorial. La filière du « Renseignement territorial » sera refondée, toujours au sein de la sécurité publique, en tenant davantage compte de l'apport indispensable à ces missions de la gendarmerie. Au-delà du changement de nom, je demande au directeur général de la police nationale et au directeur central de la sécurité publique de restaurer cette logique de filière professionnelle, et de valoriser à sa juste mesure le renseignement territorial. Valoriser ce métier et avoir de l'ambition pour lui, c'est d'abord formuler une doctrine d'emploi connue de tous et reconnaître son niveau élevé de technicité. Les responsables territoriaux et les syndicats recevront dès ce soir un avant-projet de doctrine d'emploi pour le renseignement territorial. Je souhaite qu'après concertation, il soit définitivement adopté à la rentrée. Un plan de formation ambitieux m'a été proposé, fondé sur le principe d'individualisation. Il sera engagé au bénéfice de chaque agent du renseignement territorial. Jusqu'ici, trop peu de personnels nouvellement intégrés à la filière ont véritablement été formés à leur nouveau métier. « Tuilages » et autres « apprentissages sur le tas » apportent un échange d'expérience bienvenu, mais ne suffisent pas. Produire un renseignement de qualité nécessite l'acquisition de méthodes particulières : mener un entretien, synthétiser de l'information ou encore rédiger une note analytique. Dans un monde en perpétuelle évolution, il est indispensable, également, que les thématiques traitées par le renseignement territorial soient déclinées dans des modules de formations. Entreprises en difficultés, radicalisation, phénomènes de bandes, sont autant de domaines qui nécessitent une mise à jour régulière des connaissances. Reconnaître ce métier du renseignement territorial, c'est aussi lui donner les moyens de s'exercer dans les meilleures conditions. Lors de la réforme de 2008, la DCSP a plutôt pâti des arbitrages dans la répartition des moyens matériels. Autre exemple, cinq ans après, le fichier de traitement de l'information n'a toujours pas été développé et livré à la DCSP ! Je demande au DGPN et au secrétaire général du ministère de mettre en place une solution alternative, plus simple peut être dans ses spécifications, d'ici au début de 2014. En outre, l'augmentation de la dotation de fonctionnement par fonctionnaire affecté dans les services de renseignement territorial sera étudiée. La reconnaissance du renseignement territorial passe ensuite par une organisation renouvelée de la filière. Le renseignement territorial continuera d'être organiquement rattaché à la direction centrale de la sécurité publique. Si la réforme de 2008 s'était réalisée dans des conditions peu favorables, la DCSP a cependant fourni des efforts incontestables puisque les effectifs ont progressivement augmenté de 20 %, malgré la RGPP. L'activité a sensiblement progressé pour représenter, aujourd'hui, plus de 90 000 notes et flashes par an. Mais je souhaite que le Renseignement territorial trouve en son sein une meilleure visibilité et le respect de son identité. L'échelon central sera distingué des autres sous-directions de la DCSP en devenant le Service central du renseignement territorial. Pour le diriger, un second poste de directeur central adjoint de la sécurité publique, spécialement chargé du renseignement territorial, sera créé. Dans les six chefs-lieux de zone de défense, le chef du service zonal du renseignement territorial sera l'adjoint du directeur départemental de la sécurité publique, coordonnateur zonal. Il jouera un rôle essentiel de contrôle et d'animation des SDRT de tous les départements situés dans la zone, ainsi que dans la synthèse et la centralisation du renseignement. Au niveau de la région, le chef du service régional du renseignement territorial aura un rôle prééminent en matière de renseignement sur la vie économique et sociale, répondant aux prérogatives des préfets de région en la matière. Enfin, dans les départements, le chef du SDRT se verra conférer la qualité d'adjoint au directeur départemental chargé du renseignement territorial. Il participera directement aux réunions préfectorales dites « de police », ainsi qu'aux réunions où l'expertise de son service est requise. Ce repositionnement des chefs de services chargés du renseignement territorial dépasse largement sa portée symbolique. Il s'agit de reconstruire une chaîne hiérarchique d'animation de la filière du renseignement territorial à tous les échelons. Sans écarter le DDSP et son rôle de patron départemental, elle permettra de préserver les spécificités du métier et garantira la fluidité, la fiabilité et la qualité de la remontée du renseignement territorial. Cette nouvelle organisation sera approuvée au cours d'un comité technique qui se tiendra au début de l'automne 2013. Au niveau départemental, les services du renseignement territorial continueront à bénéficier d'une compétence géographique départementale. En effet, le renseignement se distingue de l'ordre public ou de la matière judiciaire en ce qu'il est difficilement divisible. Ce qui fait sa valeur et sa fiabilité réside dans la documentation opérationnelle, le recoupement des nouvelles informations, l'agrégation et la synthèse. Les autorités préfectorales comme les pouvoirs publics ont besoin d'une information unifiée et les interlocuteurs de l'Etat ne peuvent transiter par plusieurs interlocuteurs successifs. Incontestablement, le mieux placé pour coordonner et faire la synthèse demeure le chef du service départemental, sous l'autorité ultime du préfet. Mais si le zonage des compétences entre police et gendarmerie ne peut fonder une répartition efficace des missions en matière de renseignement territorial, j'entends que l'on tire toutes les conséquences de l'appartenance de la gendarmerie au ministère de l'intérieur. Celle-ci a un éclairage indispensable à apporter au regard des mutations sociales et territoriales très fortes qui sont à l'œuvre dans les territoires urbains, péri-urbains et ruraux dont elle a la charge. Sa contribution et sa participation aux missions de renseignement doit donc être également reconnue à sa juste mesure. J'exige que tous travaillent sincèrement ensemble au service de l'intérêt général, dans le respect de l'identité de chacun. Ainsi, au niveau central, un lien fonctionnel sera reconnu entre le Directeur des opérations et de l'emploi de la DGGN et le chef du service central du renseignement territorial. De manière analogue, au niveau départemental, régional et zonal, un lien fonctionnel doit s'établir ou se raffermir entre le service de renseignement territorial et le commandant de la zone ou du groupement de gendarmerie. La zone de défense peut constituer un niveau adapté pour l'animation et du pilotage de ces échanges fonctionnels. Le service du renseignement territorial ne doit pas se placer au service exclusif de son responsable organique, mais travailler au bénéfice de l'anticipation des évènements ou de l'analyse des phénomènes pouvant survenir dans les deux zones de compétence. Bien évidemment, cette activité doit tenir compte de l'existence et du travail effectué par les cellules de renseignement de la gendarmerie. La participation active de la gendarmerie à la mission de renseignement s'est traduite par le détachement de gendarmes tant au niveau central que dans chaque département, sans préjudice du fonctionnement des cellules de renseignement installées au groupement de gendarmerie départementale. Par ailleurs, deux officiers de gendarmerie dirigent déjà et avec compétence et talent, les services départementaux de l'information générale de la Nièvre et de Mayotte. Il est regrettable que tous les responsables territoriaux, qu'ils soient policiers ou gendarmes d'ailleurs, ne mesurent pas toujours l'intérêt de cette mutualisation. Il ne s'agit pas non plus de nier ou d'ignorer la chaîne de commandement opérationnel interne à la gendarmerie. Reconnaissance du métier, doctrine de fonctionnement, refondation de l'organisation, coopération police-gendarmerie : ce sont là les piliers de la mise en place de la filière du renseignement territorial. La doctrine d'emploi qui sera formalisée tiendra lieu de référence pour ce qui concerne le périmètre des missions et des domaines d'intervention du renseignement territorial, l'organisation, les méthodes de travail, la gestion des ressources humaines. 5) La coopération de l'ensemble des services et unités au bénéfice des activités de renseignement. Je souhaite aussi développer un sujet essentiel : les modalités de coopération de l'ensemble des services de sécurité intérieure chargés du renseignement (la direction centrale du renseignement intérieur, la direction centrale de la sécurité publique, la gendarmerie nationale et la préfecture de police). Un seul principe doit guider l'action de tous : l'intérêt général. Dès lors qu'une information est collectée, elle n'appartient pas à une institution ; elle est d'intérêt général. Et l'intérêt général commande que cette information soit exploitée dans les meilleures conditions. Je vais dire les choses directement : les pratiques, les comportements doivent évoluer. Il faut savoir dépasser les réticences à partager les informations. La classification au titre du secret de la défense nationale se justifie pour les missions de renseignement intérieur, mais elle ne doit pas constituer un obstacle à la coopération opérationnelle. Les nombreuses missions menées sur le renseignement, notamment après l'affaire MERAH, ont mis en exergue la nécessité de renforcer les liens entre le renseignement territorial et le renseignement intérieur. Des réformes ont déjà été menées, notamment à travers la mise en place de bureaux de liaison au niveau central, ainsi qu'au niveau des zones de défense. Je donnerai des instructions pour que la coopération opérationnelle soit clairement formalisée : compétences thématiques et objectifs doivent être précisément répartis. En fonction de l'actualité, du degré des menaces ou de l'intérêt de mobiliser le service le mieux placé, une certaine souplesse peut s'avérer opportune. Mais il ne doit subsister aucun conflit positif ou négatif d'attribution dans le suivi des thématique et des objectifs physiques. Ce sera l'une des tâches des bureaux de liaison d'actualiser cette répartition. La zone constitue un échelon déterminant. Son rôle est prééminent dans l'échange du renseignement : les bureaux de liaison permettent une transmission rapide et un traitement approprié des renseignements recueillis grâce au maillage territorial de la police et de la gendarmerie. Le chef du service départemental du renseignement territorial du chef-lieu de zone apportera ici une contribution décisive. Faciliter la coordination du renseignement territorial et du renseignement intérieur fera partie de ses missions prioritaires. Mais, la coordination doit aussi s'effectuer au plus près du terrain. C'est pourquoi les bureaux de liaison créés en janvier au niveau central et zonal seront déclinés sous forme de structures non permanentes (réunions périodiques et échange continu d'information) au niveau des régions et des départements importants. Ils devront également être capables d'échanger avec les autres services territoriaux de police ainsi que la gendarmerie : cette coopération sera formalisée. Le renseignement territorial relève, également, d'une parfaite coordination entre la police et la gendarmerie. Chacune des deux forces connaît ses territoires en profondeur : il faut tirer tous les bénéfices de cet atout majeur. Des marges de progrès existent. Au niveau local, certains DDSP n'ont que peu d'initiative à l'égard des commandants de groupements de gendarmerie dans la transmission d'informations opérationnelles, ou se montrent réticents à leur faire retour des analyses élaborées par les services départementaux de l'information générale (demain, les services départementaux du renseignement territorial). Réciproquement, les services centraux ou territoriaux de la direction centrale de la sécurité publique ont besoin d'être rendus destinataires, et dans un délai suffisamment bref, des renseignements élaborés et remontés par la filière de la gendarmerie. A défaut, l'autorité politique ou préfectorale ne bénéficie d'aucune synthèse et doit y pourvoir elle-même. Afin de surmonter les réticences, il doit être possible de signaler l'apport de chacun dans le produit final. En fonction des sujets, les échelons départemental, régional ou zonal doivent être les points de convergence obligatoires de toutes les informations recueillies par les deux forces. Je le répète : il y va de l'intérêt général. Enfin, la coordination du renseignement territorial entre la DCSP et la DRPP sera garantie. La préfecture de police a la charge de protéger le siège des institutions nationales, des représentations internationales et de très nombreuses grandes entreprises. Paris est le théâtre régulier de manifestations de très grande ampleur. La DRPP doit donc être informée, avec célérité et efficacité, des analyses des événements ou des phénomènes trouvant naissance sur le territoire national et dont l'expression publique est projetée dans la capitale. Deux mesures seront prises : d'une part, la création d'un bureau de liaison à la DRPP, et d'autre part, l'affirmation du rôle de la DRPP dans la coordination des SDRT des départements de grande couronne, qui devront être capables de répondre à ses sollicitations afin de faciliter la gestion d'événements dans la capitale. En retour, la DRPP fera profiter le service central du renseignement territorial des productions qu'elle aura élaborées dans le cadre de cette coordination. Pour conclure, je proposerai qu'une réflexion soit engagée au sein de l'exécutif sur le périmètre de la communauté du renseignement. La définition de son contour précis relève des prérogatives du Président de la République et du Premier ministre. Mais la création de la DGSI s'inscrit dans une réforme globale du renseignement, qui comporte une dimension territoriale. On voit bien que le renseignement est un ensemble qui excède le champ des missions de souveraineté et de sécurité intérieure. Sans créer de confusion, il me semble possible de prévoir l'association d'une partie des policiers et gendarmes accomplissant au quotidien des missions de renseignement territorial à la communauté nationale du renseignement. Le renseignement territorial doit pourvoir trouver sa juste place au sein de cette dernière. Des bénéfices réciproques en seraient probablement retirés, liés au surcroît de professionnalisation que procurerait la possibilité d'accéder à l'académie du renseignement. En retour, la motivation que ces personnels tireraient de cette reconnaissance faciliterait la remontée d'informations vers le renseignement intérieur. « Je suis le premier des flics », le mot est de CLEMENCEAU. Je l'assume. Je suis socialiste et ministre d'un gouvernement de gauche. Certains y voient un paradoxe, pas moi : nous devons faire face à une menace réelle, sourde, diffuse, forte et permanente, peut-être sans précédent. Et c'est donc à ce gouvernement, fort du soutien de la représentation nationale - car dans ces circonstances, l'unité nationale s'impose - et convaincu de votre professionnalisme, qu'il incombe d'assurer cette mission. C'est la raison pour laquelle - et c'est ma responsabilité - j'ai voulu cette réforme de structure qui adapte, renforce et approfondit notre dispositif de sécurité intérieure. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/021.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/021.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..381e357410fae20bc14935d4899d683b2bbdd5b1 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/021.txt @@ -0,0 +1 @@ + Monsieur le Ministre, Je vous remercie pour l’organisation de ce débat sur la question des violences sexuelles, qui sont trop souvent le lot tragique des femmes dans les situations de conflits. Je souhaiterais dire au Secrétaire général, M. Ban Ki-Moon, à quel point son intervention a été appréciée, tout comme à Mme Bangura, la Représentante spéciale pour les violences sexuelles dans les conflits, et à Mmes Jolie et Adong Anywar, que je remercie pour leur investissement dans ces questions. Nous vivons aujourd’hui dans un monde dans lequel le viol est utilisé comme une arme de destruction physique, psychologique et sociale, où « le corps des femmes est devenu un véritable champ de bataille ». Ces violences sexuelles commises en période de conflit ne doivent en aucun cas tomber dans l’oubli ou rester impunies. La communauté internationale s’est saisie de cette question depuis maintenant dix ans, en adoptant notamment la résolution 1325, puis des résolutions successives. Elles ont permis des avancées qu’il faut savoir saluer, en condamnant unanimement ces violences, en appelant à intensifier les efforts pour mieux protéger les femmes afin de lutter contre l’impunité, mais aussi en posant un principe important que je voudrais rappeler ici, celui d’une égale participation des femmes aux processus de réconciliation et de reconstruction. N’oublions pas que la meilleure façon de protéger ces femmes est d’en faire des acteurs et non plus seulement des sujets. D’importants progrès ont été accomplis depuis. Des progrès politiques, grâce aux efforts de la Représentante spéciale sur les violences sexuelles dans les conflits, dont je veux à nouveau saluer l’engagement, car elle a permis d’élever la conscience internationale sur ces sujets. Nous nous félicitons également la politique de « tolérance zéro » qui a été menée ici à l’égard de toute forme d’atteintes sexuelles imputables au personnel des Nations Unies, en particulier au sein des forces déployées sur le terrain. Cette politique, doit absolument se poursuivre avec la même détermination et fermeté, car les Nations unies doivent être exemplaires en la matière. Des progrès judiciaires par ailleurs : les tribunaux ad hoc créés par ce Conseil, puis la Cour Pénale Internationale, ont intégré les violences sexuelles parmi les crimes relevant de leur juridiction. La reconnaissance des violences sexuelles, notamment le viol, comme crime de guerre, crime contre l’humanité et génocide a constitué une avancée majeure et un instrument efficace de lutte contre l’impunité et dissuasif, c’est précisément ce que nous cherchons. Des progrès au plan normatif, avec la récente adoption du Traité sur le Commerce des Armes, premier traité juridiquement contraignant qui vise à réglementer les transferts d’armes et reconnait un lien entre le commerce international d’armes et les violences fondées sur le genre. C’est un volet que la France a soutenu avec force et nous espérons que ce type d’analyse continuera à l’emporter dans les discussions que nous aurons. Nous ne sommes néanmoins pas au bout du chemin. L’ampleur et la permanence des violences sexuelles dans les conflits actuels restent intolérables. En République démocratique du Congo, en dépit de la mobilisation de la communauté internationale, les violences sexuelles restent omniprésentes. Commises par toutes les parties, elles se perpétuent aussi bien au sein du M23 que des forces armées congolaises. Le drame de Minova, au sud-kivu, où plus de 130 femmes ont été violées en novembre 2012 par des soldats des Forces armées de la RDC censés les protéger, nous a rappelé cette brutale réalité. La France continuera à œuvrer pour que les responsables de ces crimes et leurs commandants soient poursuivis et punis. Seulement deux soldats congolais ont été arrêtés pour viol. Monsieur le Président, Je tenais également à vous dire combien je suis préoccupée par le drame humanitaire qui se joue en Syrie et que subissent les femmes syriennes, qui ont joué un rôle de premier plan dans les manifestations pacifiques et sont mobilisées sur le terrain pour reconstruire une nouvelle Syrie et jouer un rôle important au sein de la coalition nationale syrienne. Elles sont un élément clé de la solution que nous devons en urgence dessiner pour ce pays. Nous savons que le régime et ses milices utilisent depuis le début les violences sexuelles pour terroriser les populations. Aujourd’hui, face à la militarisation et la radicalisation du conflit, les Syriennes sont réduites au silence. Qu’elles se trouvent en Syrie même, où le régime continue de les viser, ou dans les camps de réfugiés, où les mariages forcés progressent et leur vulnérabilité s’accroît. Nous souhaitons que les rapports des Nations unies, notamment celui de la Commission d’Enquête sur la Syrie ainsi que les informations transmises par la Haute Commissaire aux droits de l’Homme, qui contiennent des éléments tangibles sur ces crimes évoqués, viennent alimenter rapidement une saisine de la Cour Pénale Internationale. Les auteurs de ces crimes doivent savoir qu’ils seront punis aussi sévèrement que leur barbarie le justifie. Nous soutenons par ailleurs le principe d’une participation des femmes aux discussions de Genève II sur la Syrie. Au Mali, le Président de la République a souligné combien l’intervention française reposait aussi sur la nécessité de défendre les droits des femmes victimes de violences. Le déploiement de la MINUSMA, le processus politique en cours aujourd’hui et les élections à venir, nous l’espérons, aideront à rétablir la paix et la stabilité du pays. Mais les violences sexuelles qui ont été commises par les groupes armés au Nord en 2012 ont traumatisé la société malienne. La justice doit suivre son cours pour toutes les victimes de violences sexuelles. Une aide psychologique et juridique doit leur être apportée. Les autorités maliennes, avec l’aide des Nations unies et de la Cour Pénale Internationale, ne pourront ignorer cette question. Quatre actions doivent se poursuivre afin de lutter contre les violences sexuelles dans les conflits. Ces quatre actions poursuivent quatre objectifs, les 4 « P » : prévention, protection, poursuites et participation des femmes aux processus de paix et de reconstruction. En premier lieu, renforcer la protection sur le terrain : les conseillers de protection des femmes jouent un rôle essentiel. La France souhaite que leur déploiement au sein des missions de maintien de la paix et des missions de maintien de la paix et politiques soit étendu au-delà de la République démocratique du Congo et du Mali et qu’elles disposent des moyens concrets de leur action. En deuxième lieu, il s’agit d’assurer l’accès aux services pour les victimes, en particulier aux services de santé sexuelle et reproductive. Les fillettes, adolescentes et femmes victimes de violences sexuelles peuvent, en plus des traumatismes psychologiques, subir de très graves conséquences physiques. Les adolescentes et femmes risquent des grossesses prématurées et non désirées, alors nous devons tirer toutes les conséquences de cette réalité. Pourquoi les droits sexuels et reproductifs des victimes de violences sexuelles demeurent-ils encore contestés ? La restriction de l’accès aux services de santé et reproductifs est une atteinte au droit des femmes à disposer de leur corps. Nous avons accompli des progrès substantiels lors de la dernière Commission sur le statut des Femmes, pour forger ensemble un consensus d’affirmation de ces droits au niveau global. Nous devons absolument consolider cet acquis et faire en sorte que les victimes aient accès à de véritables services de santé sexuels et reproductifs. En troisième lieu, nous devons donner à la lutte contre l’impunité toute sa réalité. Le stigmate et la honte doivent changer de camp, pour que la victime ne soit plus celle qui subisse les conséquences du crime. Cette tâche revient avant tout aux gouvernements qui ont la responsabilité de poursuivre et de punir. Mais lorsque les États sont défaillants, la Cour Pénale Internationale, à vocation universelle, peut et doit jouer tout son rôle. Enfin, la participation des femmes dans la résolution des conflits est la seule réponse durable. La mise en œuvre par la communauté internationale de la résolution 1325 doit se poursuivre sans relâche. Depuis son adoption, la prise de conscience de cette évidence a progressé mais tarde à se concrétiser sur le terrain. Au Mali comme en Syrie, en République démocratique du Congo, en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, en République centrafricaine, au Soudan ou en Libye, les femmes doivent pleinement contribuer à la stabilisation de leur pays. Je crois qu’aucune transition ne sera durable sans la prise en compte et la participation de la moitié de l’humanité. Les plans d’actions nationaux de mise en œuvre de la résolution 1325 sont, à cet égard, un instrument essentiel qui devra être généralisé. Dans le cadre de son plan d’action, la France a engagé des programmes de coopération en matière de lutte contre les violences faites aux femmes en Afrique et dans le Monde arabe, en partenariat avec ONU Femmes. Nous avons récemment alloué une dotation spécifique pour des programmes au Mali, mis en œuvre par des ONG locales, destinées notamment à soutenir la participation des femmes aux processus politiques. En République démocratique du Congo, plus de 2 millions d’euros ont été consacrés depuis 2012 au soutien à des ONG congolaises pour lutter contre les violences sexuelles et renforcer la participation des femmes aux processus décisionnels. C’est, dans ce même esprit, que le Président de la République française a annoncé l’organisation à Paris en décembre prochain d’un sommet pour « la Paix et la sécurité en Afrique ». Pour conclure, permettez-moi de souligner que, derrière la brutalité sans nom des violences sexuelles, il importe aussi de rappeler le dramatique constat que vient d’établir l’Organisation Mondiale de la Santé : une femme sur trois à travers la planète a subi des violences conjugales et sexuelles. Aucune région du monde n’est épargnée par ces violences qui, comme l’ignorance, fonctionnent comme une épidémie qui atteint une ampleur endémique dans certains pays. Il est impératif de continuer à travailler sans relâche sur tous ces phénomènes, car les droits des femmes sont comme les droits de l’Homme, universels et indivisibles. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/022.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/022.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f89dcaf3c966c025bff373c6768d2484d17b2cc5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/022.txt @@ -0,0 +1 @@ +1/ La majorité vient d’essuyer des résultats très décevants dans des partielles. Quelles conclusions ? Les élections partielles sont rarement bonnes pour les gouvernements en place, surtout en période de crise ! Je prends néanmoins ces résultats pour ce qu’ils traduisent, une impatience pour une partie de l’électorat de gauche, une radicalisation pour une partie de l’électorat de droite. 2/Quelles leçons ? La majorité doit s’organiser pour les prochains scrutins, notamment municipaux, pour partir rassemblée. Le gouvernement doit être encore davantage mobilisé dans la bataille qu’il a engagée contre le chômage. Enfin, il y a des valeurs à affirmer et des dangers à dénoncer. Tout ne se vaut pas dans le débat politique. 3/Quelles valeurs ? Celles de la République qui sont fondées sur le « vivre ensemble » ! Celles de l’Europe pour être plus forts ensemble ! Parlons clairement : que propose l’extrême droite ? De sortir de l’euro avec des conséquences qui seraient dramatiques pour notre pouvoir d’achat, de fermer nos frontières, au risque de faire perdre leur emploi aux salariés qui travaillent pour l’exportation, de chasser ceux qui sont chez nous depuis des années au prétexte qu’ils sont étrangers... Mais la meilleure réponse, c’est de redonner espoir aux français dans leur avenir. Nous sommes un grand pays qui, s’il se rassemble sur l’essentiel, est capable d’en finir avec la crise économique financière et morale. 4/Les impôts rentrent moins bien, même s’ils ont été augmentés ; la Cour des Comptes chiffre à 28 milliards les économies dans les deux ans. Quelles réductions de dépense ? En 2013, la dépense de l’Etat sera strictement maîtrisée. Pas un euro de plus ne sera versé par rapport à ce qui a été prévu dans le budget. Mais, la récession de ces derniers mois, nous prive de toutes les rentrées fiscales espérées. D’où le risque d’un déficit plus important que prévu. Que faut-il faire ? Augmenter les impôts ? Non. Nous n’alourdirons pas la pression fiscale des Français en cours d’année. Ce serait contradictoire avec la volonté d’accélérer la reprise. Alors, nous prendrons de nouvelles mesures d’économies en 2014-2015. Et pas simplement dans la sphère de l’Etat mais aussi dans celle des administrations locales et dans les dépenses sociales. C’est le sens de la réforme des retraites ou de la politique familiale. C’est un effort que l’ensemble du pays doit faire pour lui-même et avec lui-même. 5/ Mais quelles économies ? L’Etat demande beaucoup aux fonctionnaires. Je rappelle que ce sera la 4è année de gel du point d’indice. Ils ne peuvent pas être la variable d’ajustement pour réduire les déficits. Car je veux garantir des missions essentielles : l’Education, la Sécurité, la Santé. Aussi, je propose que toutes les politiques publiques soient évaluées par rapport à leur efficacité. Pour les collectivités, nous allons réduire les dotations de l’Etat de 1,5 milliard. Reste la question de la protection sociale. Des réformes sont nécessaires, c’est pourquoi nous allons prochainement discuter avec les partenaires sociaux de l’avenir des retraites, avec un esprit de justice et de responsabilité. 6/ Faire mieux avec moins ? Tout le monde, notamment dans l’opposition, demande des économies. Mais quand il en est proposé par le gouvernement, ce ne sont jamais les bonnes ! Comme s’il était possible de demander toujours plus à l’Etat et toujours moins aux contribuables... 7/ Vincent Peillon annonce 10000 postes dans le secondaire. C’est bien le moment ? Oui : il s’agit de 10000 emplois aidés ou contrats d’avenir, et non pas de postes de fonctionnaires. Le but étant d’assurer un meilleur accueil des élèves handicapés, un meilleur encadrement des élèves en difficulté, une meilleure surveillance des établissements. Bref, apporter un meilleur service éducatif tout en favorisant l’insertion professionnelle. 8/ Sans croissance, qu’est-ce qui vous permet de croire à une inversion de la courbe du chômage ? Ce n’est pas un pronostic, c’est un engagement. Chaque année 150 000 nouveaux actifs rentrent sur le marché du travail. Pendant ce temps-là, l’économie, faute de croissance, détruit entre 50 et 100 000 emplois. Pour stabiliser le chômage, le gouvernement a donc lancé les emplois d’avenir -100 000 sont prévus d’ici la fin de l’année pour des jeunes sans qualification- et créé les contrats de génération. 70 000 seront signés dans les entreprises pour permettre l’embauche d’un jeune et le maintien dans l’emploi d’un senior. Enfin, la compétitivité des entreprises se redresse. Grâce au crédit d’impôt, le coût du travail a baissé de 2% depuis le début de l’année. 9/ Malgré une baisse, la fiscalité du travail reste excessive... Oui, notamment pour les artisans et les PME. Aussi, est-il nécessaire de réfléchir à une réforme des cotisations sociales pour ne pas les faire reposer sur le seul travail. Les partenaires sociaux se sont saisis de cette question. 10/ Est-il juste de ne pas s’attaquer aux régimes spéciaux de retraites ? Ou de ne pas rapprocher les fonctionnaires du régime général ? La réforme des régimes spéciaux est intervenue en 2008. Un calendrier a été fixé pour sa mise en œuvre. Il sera strictement respecté. Quant aux fonctionnaires, la durée et le taux des cotisations sont désormais équivalents aux salariés du privé. Et le taux de remplacement, c’est-à-dire le niveau des pensions, est le même pour les deux secteurs. En revanche, si nous allons vers l’allongement de la durée de cotisation, cela vaudra pour tous les régimes. La règle sera commune, avec des critères de différenciation qui seront fondés sur la prise en compte de la pénibilité. 11/ Allez-vous fixer des limites à la réforme en matière de durée, de taux ? J’ai simplement affirmé, avec le Premier ministre, que nous ne toucherions pas à l’âge légal - qui est de 62 ans- et à l’âge qui permet de partir à la retraite à taux plein, 67 ans. Ce serait injuste pour ceux qui ont commencé à travailler tôt. 12/ Vous venez à Lorient inaugurer un hôpital. Dans un contexte de crise, comment défendre le système de santé ? Je viens inaugurer le nouveau Centre Hospitalier Bretagne Sud qui est un exemple d’innovation et de regroupement d’activités. C’est une façon de mieux soigner et de mieux maîtriser la dépense. Le gouvernement continuera à moderniser l’hôpital public. Mais parallèlement, il entend faire mieux coopérer les professionnels de santé dans le cadre des parcours de soins pour les patients. Nous avons besoin de tous les acteurs : hôpitaux, cliniques, médecins de ville et paramédicaux. 13/ Notre-Dame des landes, le moment est venu de trancher ? Une commission de dialogue a été constituée, l’équipement est souhaité par la plupart des élus mais contesté par certaines associations. Il faut sûrement prendre des précautions supplémentaires. Mais je fais confiance à la concertation qui s’est engagée pour trouver une solution équilibrée dans l’intérêt du grand Ouest. 14 / Dans le sens d’un aboutissement ? Le projet garde son fondement, mais la commission de dialogue a recommandé des études complémentaires. Le gouvernement s’est engagé à les conduire. 15/ Sur le TGV ? L’objectif de mettre Brest à trois heures de Paris figurait, déjà, dans un comité interministériel d’Aménagement du territoire en 2003 ! En 2017, avec la réalisation de la LGV qui mettra Rennes à 1h25 de Paris, Brest et Quimper seront à environ 3h15 de la capitale. Poursuivons les études sur la desserte ferroviaire du grand Ouest. Le débat public aura bien lieu l’année prochaine. Et cherchons comment arriver à gagner encore quelques minutes de la manière la plus économique pour les deniers publics. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/023.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/023.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..854d04ef91596601fc2ac738b58d8a5c63e79f9c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/023.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la commissaire européenne, Messieurs les ministres, Madame la présidente et monsieur le secrétaire général d'Interpol, Monsieur le sénateur-maire, Mesdames et messieurs, Je suis très heureux d'être présent parmi vous, aujourd'hui, pour ouvrir cette première édition du forum « Technology against crime », consacré aux relations entre la haute technologie et la sécurité. Cette initiative je tiens à en remercier les organisateurs m'a semblé répondre à un besoin largement ressenti, en France, dans l'Union européenne comme dans le reste du monde, et j'ai donc souhaité que le ministère de l'Intérieur, aux côtés d'Interpol, accorde son parrainage à cet événement. Nous retrouver à Lyon, et je remercie le sénateur-maire Gérard COLLOMB, n'est pas fortuit : c'est une grande métropole internationale dans beaucoup de domaines, et en particulier dans le domaine de la sécurité avec le siège d'Interpol, la présence de l'Ecole nationale supérieure de police, de l'Institut national de la police scientifique ou bien encore de nombreuses entreprises spécialisées dans les hautes technologies de sécurité. C'est ici, aussi, que des fondateurs de la police technique et scientifique comme Alexandre LACASSAGNE ou Edmond LOCARD ont entamé leurs travaux il y a un peu plus d'un siècle. C'est la première fois, à ma connaissance, qu'un tel forum est consacré, au niveau mondial, à une réflexion à la fois prospective et pratique quant aux relations entre la sécurité et la technologie ; et j'ajouterais volontiers les libertés publiques qui doivent constituer notre fil rouge en la matière. Nous sommes au cœur d'une révolution numérique et technologique. Des milliards d'êtres humains sont aujourd'hui instruits, informés, équipés et connectés, formant une société en réseaux. Ces milliards d'individus, dotés d'outils technologiques puissants, composent une « multitude » puissante et active, qui bouleverse l'ancien ordre économique et social. Il faut prendre pleinement la mesure de cette révolution, et plonger dans ses conséquences technologiques, industrielles, économiques, sociales, juridiques et politiques. Le désir de créer, d'innover, de communiquer et de partager n'a jamais rencontré autant de possibilités de passer à l'acte. Positivement bien sûr ! Nos vies, nos interactions, nos créations seront sans doute demain une source déterminante de la valeur et de la croissance de l'économie. Mais cela a aussi des conséquences majeures en termes de sécurité. Des conséquences qui ne sont pas univoques d'ailleurs comme viennent de souligner Khoo BOON HUI, Michael CHERTOFF et Gille de KERCHOVE ce matin au cours de vos débats. Les technologies font, en effet, naître de nouveaux risques, il est temps d'en prendre toute la mesure: cybercriminalité, détournement des identités, diffusion de messages de haines ou de radicalisation, piratage des systèmes d'information dans la perspective de détruire, de paralyser, d'affaiblir des Etats ou des organisations Ils sont aujourd'hui particulièrement vulnérables, face aux interceptions sauvages de communications privées notamment du fait du cloud-computing mal maîtrisé ou mal sécurisé et aux stratégies d'intrusion très offensives dans les réseaux, soit depuis l'extérieur, soit par des dispositifs de captation de données implantés à l'intérieur des entreprises ou des organisations. L'ampleur et la rapidité de ces attaques peuvent causer des préjudices inestimables, capables de compromettre la survie même de ces Etats ou ces organisations. Le visage des criminels a aussi changé en prenant de plus en plus souvent celui du technicien invisible et spécialisé et qui agit sans se soucier des frontières. Cette nouvelle donne nous conduit donc à revoir en profondeur nos modes d'action et nos organisations. Elle nous pousse aussi à nous appuyer de façon raisonnée sur la technologie pour trouver les réponses ou du moins les outils permettant de relever ces nouveaux défis. Les fonctions de sécurité informatique sont donc aujourd'hui vitales pour les Etats comme les entreprises qui doivent développer en interne une culture de la sécurité informatique. Biométrie, cryptographie, optronique, vidéo-protection, caméras miniatures, traitement de l'information de masse, communication spatiale, acoustique, ou encore drones, apportent des réponses opérationnelles aux besoins des services de sécurité intérieure. Ils apporteront plus encore demain l'essentiel des marges d'amélioration qualitatives et quantitatives de l'offre de sécurité. Le ministère de l'Intérieur français a su prendre le virage technologique en développant ses capacités : dans le domaine de la biométrie, avec les fichiers FAED et FNAEG ; dans le domaine de la vidéo-protection avec l'appui aux collectivités locales et les entreprises publiques et privées ; dans le traitement automatisé de données avec, par exemple, le développement de la lecture automatique des plaques d'immatriculation (le système LAPI). Plus récemment, nous avons mis en service un nouveau système de rapprochement criminel, TAJ, qui rassemble les procédures des services de police et de gendarmerie. Il contient une base d'images de 5 millions de mis en cause et un moteur de rapprochement qui a déjà permis de résoudre de nombreux crimes. Si nous ne voulons pas subir le changement technologique mais au contraire bénéficier de l'innovation de nos entreprises, nous devons donc continuer à l'intégrer dans nos stratégies de sécurité. Je ne suis cependant pas de ceux qui considèrent que demain, les techniques, aussi puissantes et sophistiquées soient elles, pourront remplacer le travail de l'Homme, surtout dans le domaine de la sécurité. Leur développement est un facteur de progrès et d'efficacité considérable pour les forces de l'ordre. Mais les techniques (ADN, biométrie, …) ne seront d'aucune utilité sans l'expérience du policier ou du gendarme qui exploite l'outil ; il devra au préalable avoir été formé à leur emploi. Formé aussi à exercer sa capacité de discernement dans l'exploitation, le tri, l'analyse, l'interprétation des données fournies qui devront être mises au regard de la connaissance du terrain. La dimension humaine, la présence sur le terrain, resteront donc des axes majeurs de l'action policière. Dans les domaines de la sécurité publique, de la lutte contre la criminalité organisée, de l'antiterrorisme, du renseignement,… Mais ces technologies nouvelles apportent aussi de nouvelles réponses pour protéger les femmes et les hommes qui interviennent, souvent dans des situations dangereuses : à cet égard, la géolocalisation des équipages ou la vidéo embarquée, comme j'ai pu récemment les voir à New York, constituent des progrès majeurs. Nous devons aussi intégrer ces technologies avec le souci constant d'un équilibre entre l'amélioration de la sécurité de chacun et le respect des libertés individuelles. Pour protéger leur population, tous les Etats ont besoin d'accéder à certaines communications électroniques, aussi bien en matière de renseignement que de poursuites judiciaires. Ils doivent pouvoir le faire en fonction de ce qu'est aujourd'hui la réalité technique de l'internet. Mais l'exploitation des métadonnées ou des contenus n'est légitime que si elle se rapporte à des finalités de sécurité bien circonscrites : lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée ou encore protection des intérêts fondamentaux des Etats. Et l'accès aux données doit s'opérer par ciblage des individus ou groupes qui présentent une menace réelle, sous le contrôle d'une instance indépendante garantissant le respect de ces finalités et de ce ciblage… Bref, le déploiement de tout nouvel outil doit inclure dès le départ une réflexion sur les garanties, juridiques ou techniques, qui peuvent être apportées au respect des libertés individuelles. C'est une condition indispensable pour que ces outils technologiques soient acceptés socialement, et donc efficaces. L'actualité qui a posé un vrai problème de confiance entre Etats-Unis et partenaires, mais aussi pour les usagers des services, nous montre par ailleurs la nécessité d'une entière vigilance sur la protection des données personnelles et le respect des libertés publiques. Notre pays a très tôt attiré l'attention de ses partenaires sur la grande sensibilité de ces questions. Alors qu'un règlement sur les données personnelles et une directive sur la protection des données applicables aux fonctions souveraines sont en cours de négociation à Bruxelles, nous demandons à la commission européenne d'être particulièrement vigilante sur ce sujet. Aucun nivellement par le bas n'est acceptable. Nous souhaitons que la législation s'applique à toutes les sociétés qui fournissent leurs services en Europe et que tous les citoyens puissent avoir la garantie de pouvoir s'adresser en toutes circonstances à une autorité de protection compétente dans leur pays. La France a la chance de disposer de forces de l'ordre dont la compétence et le professionnalisme sont reconnus bien au-delà de nos frontières ; je pense que beaucoup de ministres présents ici, et je les en remercie, pourront en attester. Elle a aussi la chance de disposer d'un tissu industriel dynamique et à la pointe de l'innovation dans le domaine des industries de sécurité. Enfin, elle a fait le choix de soutenir sans réserve la recherche et l'innovation. Je crois qu'elle dispose donc des atouts indispensables pour réaliser un mariage harmonieux, que j'appelle de mes vœux, entre l'innovation technologique et la sécurité. Des échanges existent entre l'ensemble de ces acteurs. Mais avec le président de la République, nous avons fait le constat d'une insuffisante structuration de la filière des industries de sécurité alors que les enjeux de compétitivité et de sécurité sont considérables. De compétitivité, tout d'abord, avec un chiffre d'affaires estimé à 10 milliards d'euros, en croissance annuelle de 7% et 50 000 emplois travaillant principalement à l'export dans des entreprises leaders dans le monde, présentes ici, que je salue, mais aussi dans des PME dynamiques. De sécurité aussi naturellement, je l'ai souligné au début de mon propos. Les constats ont été posés et sont aujourd'hui largement partagés. L'expression des besoins est insuffisamment claire et fédérée de la part des donneurs d'ordre. Les pouvoirs publics ont naturellement leur part de responsabilité… Malgré des initiatives comme celle du réseau des services de technologies de sécurité au niveau européen, ENLETS, prises sous la présidence française de l'union européenne, le travail d'expression de besoin reste encore largement balbutiant. De leur côté les industriels expriment légitimement des réticences pour se lancer dans le développement d'outils, en mobilisant des fonds propres importants, pour lesquels les débouchés sont incertains. La structuration de la filière a donc vocation à rompre ce cercle vicieux, pénalisant pour tous, pouvoirs publics comme industriels. Il faut donc créer un climat de confiance comme soulignait, Gille de KERCHOVE. Je me réjouis d'ores et déjà de la création du conseil des industries de la confiance et de la sécurité, le CICS, par les quatre groupements fondateurs que sont la FIEEC, le GICAN, le GICAT et le GIFAS. Il a vocation à accueillir et informer largement tous les acteurs industriels grands et petits. Les PME sont d'ailleurs au cœur de notre réflexion car porteuses d'innovation et aussi d'exportation, vers d'autres pays, et ils sont nombreux, ayant les mêmes besoins. Nous devons maintenant aller plus loin avec la création du comité de filière prévu dans le récent Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale. Il sera installé à la rentrée par le Premier ministre, sa charte de création est aujourd'hui stabilisée. Il aura pour mission de développer une vision prospective des besoins, d'identifier des technologies critiques et les domaines sur lesquels une action concertée des industriels, des organismes de recherche et des pouvoirs publics est indispensable, ou bien encore de mobiliser des financements et de développer une politique de soutien à l'exportation que je veux personnellement soutenir. Pour ce qui concerne plus particulièrement le ministère de l'Intérieur, j'ai d'ores et déjà identifié trois défis majeurs pour les prochaines années : - La modernisation des réseaux de radiocommunication avec l'intégration de l'image au-delà de la transmission des seules données vocales ; - Le déploiement d'une nouvelle génération de vidéoprotection intégrant l'intelligence artificielle et les moyens d'exploitation rapide de très gros volumes d'image ; - La modernisation, enfin, des équipements de protection des forces de sécurité qui devront, demain, intégrer de nouveaux matériaux, des capteurs intelligents et des moyens de communication. Bien sûr nous ne pourrons pas tout faire demain. Je sais les ressources budgétaires dont dispose mon ministère et les choix que nous devons faire dans la politique de sérieux budgétaire voulue par le Gouvernement. Mais rien ne nous interdit de faire preuve d'imagination, d'inventivité et même d'audace pour penser aujourd'hui les forces de sécurité des dix ou vingt prochaines années. C'est aujourd'hui que nous préparons nos résultats de demain. Je souhaite que ce forum puisse, pour la France comme pour les autres pays représentés ici, y contribuer activement. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/024.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/024.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d65e48dcb0f4c6dd2c8d84b85425fa8e4f507b3b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/024.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la préfète, Mesdames, messieurs les parlementaires, Mesdames, messieurs les élus, Monsieur le vice-président [M. Boubakeur GUEDJALI], Mesdames, messieurs, Chers amis, Au rythme de l'évolution du croissant de lune, symbole de votre foi, les musulmans de France, à l'instar des musulmans du monde entier, poursuivent cet itinéraire spirituel et fraternel qu'est le Ramadan. C'est, ce soir, la troisième rupture du jeûne à laquelle je participe cette année, après un iftar à la Grande mosquée de Paris puis de Lyon. Alors que les musulmans entament les dix derniers jours du Ramadan, qu'approche la « nuit du destin », j'ai beaucoup de joie à me retrouver parmi vous, dans cette mosquée d'Ozoir-la-Ferrière ; beaucoup de joie à partager ce moment dont je connais bien l'intensité pour l'avoir vécue, en tant que maire d'Evry et élu de la banlieue parisienne, à de nombreuses reprises. C'est un moment fait d'introspection où chaque fidèle se retrouve avec lui-même ; et un moment de convivialité où tous les fidèles se retrouvent ensemble. L'Islam est la deuxième religion de France. Ce soir, dans toutes les mosquées de notre pays, petites ou grandes, majestueuses, comme modestes, chez eux, en famille, entre amis, les musulmans de France pratiquent leur foi. Et je veux, à nouveau, devant vous, et à travers vous, témoigner de la détermination de la République à garantir fermement, obstinément, inlassablement, la liberté de pratiquer l'Islam en toute tranquillité, en toute sécurité. En toute fierté. La République, c'est la possibilité de pratiquer sa religion librement, sans subir aucune intimidation. La République, c'est la liberté de conscience ; c'est la foi à visage découvert. Je réponds ce soir à votre invitation. Mais je ne suis pas ici par hasard. Je suis à vos côtés, car il y a quelques mois, certains individus s'en sont pris à cette mosquée. Par des inscriptions odieuses, infâmes, ils ont voulu contester sa présence au cœur de la cité. S'en prendre à une mosquée, à un lieu de culte, à une église, un temple, une synagogue, c'est s'en prendre à nos institutions, à nos valeurs. C'est s'en prendre à ce qui fait l'histoire et l'unité de notre Nation. La responsabilité, ma responsabilité, c'est de regarder la réalité en face : il y a trop de mots, trop de gestes, trop d'hostilité qui visent aujourd'hui les musulmans de France. Des mosquées ont été profanées. Des slogans abjects ont été proférés. Ces attaques sont inacceptables. L'Islam de France a besoin de sérénité pour achever de se bâtir ; pour achever son intégration totale au sein de nos institutions. Il a toute l'opportunité de le faire. A Ozoir, la mosquée fait partie du paysage, aux côtés de l'Eglise Saint Pierre-et-Paul, du temple évangélique, et même de cette chapelle orthodoxe, fondée en 1917, aujourd'hui désaffectée. Avec tous ces autres lieux de culte, elle souligne la diversité religieuse de la France. Notre pays est un creuset ; une terre de rencontres, de tolérance et de respect. Bien sûr, tout ne s'est pas accompli en un jour ; le temps a fait son œuvre qui a permis d'édifier pas à pas et non sans douleur notre modèle de laïcité. Un modèle singulier dans le monde, qui est notre richesse, notre patrimoine. Ce modèle qui affirme avec force que, comme toutes les autres religions, l'Islam a, en France, toute sa place. La République, c'est une place donnée à chacun de ses enfants, à toutes celles et à tous ceux qui adhèrent à ses principes, à son message. Toutes les discriminations, qu'elles soient fondées sur les croyances ou sur les origines, doivent être combattues avec la plus grande détermination ; avec aussi j'y insiste les dispositifs adaptés. C'est un combat de longue haleine qui ne se satisfait pas que de beaux discours ou de jolis slogans. Il faut aller au contact, expliquer, faire œuvre de pédagogie, pour déjouer les mécanismes insidieux qui peuvent faire germer, dans des esprits perméables, les pires représentations. Et conduire aussi à commettre les pires actes. Elu depuis plus de 25 ans de la banlieue parisienne, je connais l'exigence quotidienne que cela implique. Car il ne suffit pas de combattre les gestes. Il faut aussi lutter contre les petites phrases, qui peuvent être assassines, contre les clichés xénophobes, racistes, sexistes, que l'on peut entendre, ici ou là, dans la rue, ou dans les cours d'école. Il faut le faire avec des mots simples et clairs. Des mots fermes également. C'est la responsabilité de tous, des pouvoirs publics, des élus, des parents, des enseignants, des associations, des responsables religieux. C'est notre responsabilité collective et encore plus dans cette période de doute que traverse notre pays de faire vivre le message de la République. Cette République qui ne reconnaît que les citoyens libres et égaux rassemblés autour d'un même idéal. Ce qui n'empêche pas, comme nous le faisons ce soir, de faire vivre pleinement les attachements cultuels comme les pratiques culturelles. La République ne tolèrera jamais un geste dirigé, ou une parole prononcée, contre un musulman. La République protégera toujours les musulmans de France. Comme vous le savez, il existe une coopération active entre le Conseil français du culte musulman et le ministère de l'Intérieur en matière de lutte contre les actes visant les musulmans. Cette coopération s'appuie sur un outil de suivi statistique et opérationnel. En trois ans, des progrès importants ont été accomplis, même s'il reste encore des marges d'amélioration. Avoir une vision précise des faits, c'est s'assurer de toujours mieux les combattre. Depuis plusieurs mois, un effort tout particulier a été mené dans le suivi des plaintes. Et les efforts portent leurs fruits. Comme moi, vous avez pu suivre l'actualité de la semaine passée : un homme a été condamné par le tribunal correctionnel d'Orléans à deux ans d'emprisonnement, dont six mois fermes, pour avoir agressé trois femmes, dont l'une portait un voile, avant de prendre la fuite. Le coupable a été identifié, rattrapé, jugé et condamné. C'est là une illustration, parmi d'autres, de la mobilisation totale des services de l'Etat. Je ne laisserai jamais dire, ni ne laisserai croire, que les forces de l'ordre sont plus mobilisées sur certains faits que sur d'autres, notamment qu'elles privilégieraient davantage les actes antisémites que les actes anti-musulmans ou anti-chrétiens. Cette rhétorique-là est connue. Elle est fausse. Elle est infamante. C'est celle de la division et souvent de la haine des uns envers les autres. Les forces de l'ordre n'ont qu'un seul horizon : protéger la population, faire appliquer la loi. Revenons à ce que dit la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, dans son article 10 : « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi ». Cet article, limpide, n'a pas pris une ride. Tout y est dit, avec un sens de l'équilibre qui doit nous inspirer. La République ne transigera jamais sur ses principes. Elle s'opposera toujours à ceux qui voudraient faire de la France un terrain de conquête ; qui voudraient, au nom d'une croyance, imposer d'autres lois que la loi de tous ; à ceux qui, finalement, voudraient diviser notre société, réduire les libertés et étouffer ce beau message d'émancipation des individus. C'est pour cela que la loi interdisant le port du voile intégral dans l'espace public doit être appliquée avec fermeté ; les contrôles se faisant dans le respect des personnes et avec discernement. Ceux qui continuent de plaider pour le port de ce voile défient nos institutions. Et dans ce combat qu'ils entendent mener, ils ne gagneront jamais. Ce combat n'est d'ailleurs pas qu'un combat dirigé contre la République ; c'est un combat qui vise également les musulmans eux-mêmes, en voulant leur imposer leur manière de pratiquer, leur manière de croire, leur manière de vivre. J'entends opposer la même intransigeance à ceux qui s'en prennent aux musulmans de France qu'à ceux qui, en dévoyant le message de l'Islam, entendent s'en prendre à la France. Car finalement c'est le même combat : celui de donner à l'Islam de France toute sa place, toute sa dignité. Et je veux le dire avec franchise et sympathie, c'est à l'Islam de France et il en a les ressources, aux côtés de la République, de combattre les intégrismes, de combattre ces individus, ces prédicateurs de haine qui font du mal à l'Islam. Qui font du mal à l'image des musulmans. Ces groupes sont à l'œuvre dans nos quartiers, sur Internet. L'Islam qu'ils prétendent incarner ne porte pas de valeurs humanistes. Il n'est pas conforme au message de tolérance, d'ouverture aux autres, à la tradition intellectuelle qui est au cœur de l'Islam depuis des siècles. L'Islam des intégristes, c'est un ensemble de préceptes sans grands principes. C'est un embrigadement et donc un emprisonnement. La conversion, tout comme le fait d'être pratiquant, sont des chemins honorables, respectables ; ce sont des quêtes spirituelles, personnelles qui ne regardent que la personne elle-même. Et moi je refuse les amalgames. Je fais la différence entre une conversion sincère à l'Islam et une conversion qui invite à la radicalisation. Je fais la différence entre un pratiquant assidu et un fondamentaliste. Dans nos quartiers, beaucoup de jeunes, recherchant souvent une réponse à d'autres interrogations, ne rencontrent pas l'Islam ; ils ne rencontrent hélas que des messages dévoyés, simplifiés à l'extrême au point de n'être plus qu'un extrémisme. Il nous faut sans cesse lutter contre les amalgames et établir cette distinction très nette entre l'immense majorité des Français musulmans et des jeunes Français musulmans qui aspirent à vivre leur foi dans le cadre prévu par la République et une petite minorité dont l'objectif est de déstabiliser nos institutions, de contester la laïcité, de promouvoir la confrontation et la violence. Nous l'avons vu récemment à Trappes. La réponse, mes chers amis, c'est aussi d'achever de bâtir l'Islam de France. Beaucoup a déjà été fait, mais il faut avancer, encore. L'Islam de France doit trouver en lui-même, parmi ses fidèles, les moyens de son organisation, de son rayonnement. C'est un chemin exigeant, mais c'est un chemin passionnant, exaltant. Je crois que, plus que jamais auparavant, l'Islam de France a rendez-vous avec la République, avec l'histoire de notre pays. Ce rendez-vous c'est aussi un rendez-vous avec le monde « l'Islam au temps du monde », comme aurait dit Jacques BERQUE, afin que soit faite la démonstration éclatante de la compatibilité de l'Islam avec la démocratie. Pour cela, il lui faut des institutions représentatives solides. Des institutions qui puissent être un porte-parole et un acteur impliqué auprès des pouvoirs publics, sur tous les dossiers importants qui attendent l'Islam de France. Le CFCM existe ; c'est une bonne chose. Et même si ce n'est pas toujours facile, il doit savoir faire vivre en son sein les différentes sensibilités autour d'un projet commun. Le temps d'agir mieux ensemble est venu. Je ne doute pas un instant de la capacité de l'Islam à avancer aux côtés de la République. L'Islam est une mine de sagesse et d'ouverture ; il est une richesse pour la France. Puisse cet iftar témoigner une fois de plus des valeurs de partage qu'il porte autant que du lien qui l'unit à notre pays. Merci encore de votre accueil et de la chaleur de ce moment. Bonne fin de ramadan à vous tous ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/025.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/025.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b3e2ea6967662d10f2dd941765d3270f19df2854 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/025.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - Bonjour Laurent Fabius. Nous sommes vendredi matin, jour de prière. Les frères musulmans appellent à un vendredi de la colère après les massacres qui ont déjà fait 600 morts. Êtes-vous inquiet ce matin ? R - Oui. C'est vraiment le vendredi de tous les dangers parce que l'on a vu déjà ce qui s'est passé il y a deux jours où il y a des centaines de morts et, là, il y a une radicalisation de la situation. Nous sommes très inquiets et la diplomatie française fait tout ce qu'elle peut faire pour essayer, justement, d'éviter le processus de la guerre civile, parce que c'est cela qui est en jeu. Q - Est-ce que l'on n'y est pas déjà d'ailleurs en guerre civile ? Les scènes qu'on observe à la télévision vues d'ici, vues de France, ce sont des scènes de guerre civile. R - Oui, il est vrai que la menace existe. Il y a, d'un côté, le pouvoir qui a pris des décisions extrêmement lourdes, une répression très sévère, la décision d'autoriser la police maintenant à tirer à balles réelles, et puis de l'autre côté... Q - C'est terrifiant cela ? R - Bien sûr, c'est effectivement terrifiant... et puis, de l'autre côté, les frères musulmans qui réagissent d'une façon dure. Il y a un appel après la prière, aujourd'hui vendredi, à se rassembler vers la place Ramsès. Et puis il y aussi dans tout le pays des attaques contre les églises coptes - vous avez vu ça - et les coptes représentent 10 % de la population... Q -On rappelle que les coptes ce sont des chrétiens, c'est la minorité chrétienne en Égypte. R - Et le Patriarche copte était aux côtés du général El-Sissi lorsque Morsi a été destitué. Vous avez donc là une situation de tensions et d'affrontements extrême. C'est la raison pour laquelle nous avons demandé et obtenu hier soir, vous le savez, la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies - instance internationale la plus élevée dans le monde - et qui a demandé à toutes les parties le maximum de retenues et d'essayer d'aller vers une solution politique. Par ailleurs, le président de la République a reçu hier l'ambassadeur d'Égypte et il lui a dit à la fois sa préoccupation et le souhait de retourner vers une solution politique. Moi-même j'ai eu énormément de collègues au téléphone hier, à la fois dans la région, qu'il s'agisse à la fois des Arabes ou de mes collègues internationaux, américain, allemand, anglais. Hier soir d'ailleurs, le ministre égyptien des affaires étrangères m'a appelé parce qu'il n'était pas d'accord avec ce que nous voulons faire au Conseil de sécurité des Nations unies, mais je lui ai dit qu'il fallait absolument aller vers une décélération et qu'il fallait que le pouvoir fasse des gestes. En même temps, les manifestants, eux, ont un devoir - et François Hollande l'a rappelé - de manifester pacifiquement. Nous faisons donc le maximum de ce que nous pouvons faire, mais vous avez raison de dire que la tension est extrême. Il faut rappeler que l'Égypte c'est 85 millions d'habitants et un pays complètement déterminant dans le monde arabe. Q - Donc, vous le disiez, les diplomaties sont très mobilisées. Je voudrais vous soumettre cette déclaration du chef du gouvernement turc, M. Ergodan, il nous accuse, nous Occidentaux, d'immobilisme et même d'hypocrisie, il raconte qu'il a ses homologues au téléphone : Jean-Marc Ayrault, David Cameron, Angela Merkel, tous lui disent : « Oui ! Il y a bien eu un coup d'État en Égypte », mais jamais ils ne le disent publiquement. Est-ce qu'il y a eu ou pas au début de l'été un coup d'État militaire en Egypte, Laurent Fabius ? R - Alors, deux choses. D'abord, j'ai eu mon collègue turc M. Davutoglu qui m'a appelé l'autre jour, nous avons échangé, vous savez que les Turcs sont aux côtés des frères musulmans et donc ils ont eux-mêmes une position extrême. Mais, en revanche, c'est la France, avec les Anglais et les Australiens, qui a demandé et obtenu la réunion du Conseil de sécurité hier et c'était une chose que demandaient les Turcs. Maintenant, sur l'appellation « coup d'État », vous savez qu'il y a une conséquence immédiate si on qualifie le processus de coup d'État : un certain nombre de pays - c'est vrai pour les États-Unis, c'est vrai dans une certaine mesure pour l'Europe - ne peuvent plus apporter d'appui économique au peuple égyptien. C'est donc une des raisons pour lesquelles ce vocable n'est pas utilisé. Q - Donc, pour résumer, c'est un coup d'État mais on ne peut pas le dire comme ça ? R - Écoutez ! Il y a eu la destitution du président Morsi. Le président Morsi avait été élu tout à fait régulièrement, mais, d'un autre côté comme il a voulu islamiser à marche forcée la société et que, économiquement, les résultats étaient catastrophiques, il y a eu un soulèvement populaire et l'armée a appuyé cela. C'est comme ça que cela s'est passé. Je ne vais pas me lancer dans une querelle juridique. Il faut maintenant se tourner vers le présent et l'avenir. Il y a trois temps à obtenir : d'abord, aujourd'hui, si c'est possible - je dis bien si c'est possible - obtenir qu'il y ait une diminution des tensions, ça c'est immédiat ; ensuite, arriver à renouer le dialogue entre les parties ; et puis, dans un troisième temps, aller vers la solution politique et les élections. Mais quand je dis cela, vous voyez bien à quel point c'est terriblement difficile. Q - La grande crainte, c'est que les frères musulmans aient une stratégie jusqu'au-boutiste, c'est vrai que les massacres risquent de fabriquer peut-être de futurs martyrs... R - Effectivement Q - Et c'est inquiétant, notamment pour nous Occidentaux, parce qu'en ce moment au Sinaï, donc tout près du Caire, non loin du Caire, il y a des groupes djihadistes avec ces armes récupérées du conflit libyen... R - Bien sûr. Q - Est-ce que vous craignez une coalition, une coalition de ces djihadistes avec les frères musulmans ? R - Le problème c'est que tout cela se passe dans des régions très voisines. Quand vous mettez bout à bout, même s'il ne faut pas tout confondre, ce qui se passe en Égypte, ce qui se passe en Syrie, ce qui se passe au Liban, ce qui se passe en Irak, et puis l'incidence que cela peut avoir sur le conflit israélo-palestinien - parce qu'il faut bien savoir que l'Égypte a toujours été, depuis très longtemps en tout cas, une sorte de garante de la paix là-bas - c'est effectivement très, très inquiétant. C'est une raison supplémentaire pour laquelle il faut demander, comme les Nations unies l'ont fait à l'appel de la France hier, une décélération, une retenue maximale comme on dit, parce que sinon le risque c'est qu'effectivement ce soit des mouvements extrémistes qui récupèrent, si je puis dire, toute la tension et ce serait d'une gravité extrême. Q - Alors, Laurent Fabius, les Français qui vivent aujourd'hui en Égypte doivent-ils quitter le pays ? R - J'ai donné des instructions extrêmement fermes. D'abord nos entrées diplomatiques, l'ambassade, etc., sont fermées. D'autre part, j'ai fait passer un message à tous les Français de ne pas circuler parce qu'ils peuvent être pris dans des manifestations avec les conséquences redoutables que cela peut avoir. Nous n'avons pas donné l'ordre d'évacuation mais nous allons voir comment la situation évolue. En tout cas il y a instruction très, très ferme - et en particulier aujourd'hui, mais cela vaut aussi pour les jours suivants - de ne pas aller dans les rues et vraiment de rester chez soi. Et ce n'est pas simplement vrai au Caire, c'est vrai aussi dans l'ensemble du pays, puisque malheureusement les troupes se sont étendues à l'ensemble du pays. Q - Alors, deux questions d'actualité : d'abord le Liban, est-ce que la guerre civile en Syrie n'est pas en train de s'élargir au Liban, 18 personnes tuées dans un attentat hier, le plus sanglant depuis 30 ans à Beyrouth... R - C'est ce que souhaite Bachar Al-Assad. L'une de ses tactiques c'est de régionaliser le conflit et le... Q - Enfin là, en l'occurrence, l'attentat a visé le Hezbollah, qui combat aux côtés du régime de Bachar Al-Assad ? R - C'est vrai, mais à l'origine il y a cette volonté de Bachar Al-Assad d'étendre le conflit. Et le président libanais, M. Sleimane, et le gouvernement ont très sagement demandé qu'il y ait une déconnexion entre les deux. Maintenant, quand vous voyez la situation géographique et puis la situation de la population, évidemment le risque existe, il est de plus en plus fort. Hier, c'était le Hezbollah - enfin la zone Hezbollah - qui était visé. Il faut donc, nous qui sommes les amis, les cousins, les frères des Libanais, demander avec vraiment beaucoup d'insistance que le Liban soit mis à l'écart de ce qui se passe en Syrie, parce que le risque c'est un embrasement général. Q - Autre dossier, Laurent Fabius : le Mali. Quel bilan tirez-vous de l'élection, assez large d'ailleurs, du nouveau président Ibrahim Boubacar Keita à la présidence ? R - Dans une actualité extrêmement lourde sur le plan international, cette élection au Mali, qui s'est en général très bien passée, est un rayon de soleil. Il faut se souvenir qu'il y a 7 mois exactement, le Mali était sur le point de tomber sous la coupe des terroristes. Il s'en est fallu de quelques heures. Or 7 mois plus tard, à l'issue de l'intervention militaire française, aux côtés des forces maliennes et africaines, et d'une intense action diplomatique et économique, vous avez une élection qui se passe très bien. La participation a été la plus élevée depuis des dizaines d'années au Mali, et le deuxième tour a été marqué par l'élection extrêmement brillante du président Keita. Cela ne veut pas dire que les difficultés soient finies. Il y aura en effet beaucoup de travail à faire pour le nouveau président, la future assemblée et le gouvernement. Il faudra notamment réunir le pays, garantir son intégrité, assurer son redressement, en particulier sur le plan du développement économique, et discuter avec le Nord. Mais c'est tout de même une excellente nouvelle puisque finalement le terrorisme a été mis en échec au Mali. Il est tout à fait rare qu'un pays naisse deux fois mais ce qui s'est passé au Mali signifie que le pays est en voie de renaissance. Nous serons bien sûr aux côtés du Mali dans sa renaissance comme nous l'avons été lorsqu'il s'agissait de défendre son existence. Q - Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, merci d'avoir été l'invité de RTL ce matin. R - Merci à vous, bonne journée. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/026.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/026.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4cd351274f13f94be27c284ebb0a13d7b4009893 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/026.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, Mesdames et Messieurs, Chers Collègues et Amis, Le Ministre, Laurent Fabius, avait prévu d'ouvrir notre colloque. Il en avait pris l'initiative, en mars dernier, à l'issue d'une rencontre avec Guillaume Denoix de Saint Marc, président de l'Association française des victimes du terrorisme. L'actualité syrienne l'a contraint malheureusement d'annuler sa participation. Il m'a chargé de vous dire combien il aurait aimé être parmi vous aujourd'hui. Vous allez débattre, dans le cadre de deux tables-rondes, d'un sujet d'actualité majeur, qui est à la fois global, par son impact sur nos sociétés, mais aussi individuel, puisqu'il cible et vise en priorité des victimes civiles innocentes. La France, avec ses partenaires européens, mais au fond avec toutes les nations qui partagent nos valeurs, notre attachement au principe de tolérance, à la démocratie, au respect des droits de l'Homme, est aujourd'hui aux avant-postes dans le combat contre le terrorisme. C'est particulièrement vrai avec l'Espagne, pays avec lequel la France entretient des relations de coopération étroites ; et son ministre des affaires étrangères, M. Garcia Margallo, aura l'occasion de s'exprimer devant vous sur ce sujet. Mais avant tout, permettez-moi d'abord de saluer celles et ceux qui en ont été les victimes, dans leur chair, de manière certaine dans leur cœur, et qui nous font aujourd'hui le très grand honneur d'être avec nous, pour témoigner, pour nous faire partager leur vision, pour nous parler de la vie après le terrorisme, de leurs espoirs, de leurs rêves également, mais aussi et surtout, de leur combat au quotidien. Je souhaite rendre hommage bien sûr, à travers vous, Monsieur Denoix de Saint-Marc, à toutes les familles des 170 victimes de l'attentat du DC10 du 19 septembre 1989. Mais aussi à celles des victimes de l'assassinat de trois de nos compatriotes froidement abattus le 26 février 2007 à Médine en Arabie Saoudite, sous les yeux de leurs enfants et de leurs conjoints, et dont certains sont parmi nous. Je tiens également à remercier la présence de Madame Vannier, qui a perdu sa fille, Cécile, âgée de 17 ans, au Caire le 22 février 2009 dans un attentat à la bombe. Je n'oublie pas non plus, également présents parmi nous, les membres des familles endeuillées par l'attentat de Marrakech du 28 avril 2011 qui a coûté la vie à huit de nos compatriotes. Permettez-moi d'adresser également un message de solidarité et de soutien, au nom du gouvernement français et de toute la nation, à Thierry Dol, Marc Ferret, Daniel Larribe et Pierre Legrand, tous les quatre enlevés le 16 septembre 2011 à Arlit, au nord du Niger. Leurs familles sont parmi nous, et nous mesurons au terme de ces trois longues années de détention ce que doit être leur impatience et leur souffrance. Nos pensées vont aussi aux autres otages français toujours détenus dans le monde, Serge Lazarevic, Francis Collomp, Gilberto Rodriguez, et plus récemment, Didier François et Édouard Elias, ainsi qu'à leurs familles et à leurs proches. Le terrorisme, nous le voyons, avant d'être des chiffres, tragiques, 10.000 morts, 20.000 blessés, pour la seule année 2012, ce sont d'abord et avant tout des hommes, des femmes, des enfants, des visages. Françoise Rudetzki, qui en a été victime dans sa chair et dont la vie a basculé le 23 décembre 1983, nous dira son combat au cours des trente dernières années à la tête de SOS attentats, première association de défense des victimes du terrorisme. L'objet de mon propos liminaire n'est pas de dresser un état des lieux de la menace terroriste. Ce sera l'objet de votre première table-ronde. Je souhaiterai simplement en quelques mots resituer le contexte de l'action de la France qui vise à la fois à prévenir ces actes, mais aussi à aider les victimes. Phénomène contenu jusqu'au début des années 80, les actes de terrorisme ont pris une nouvelle ampleur au cours des trente dernières années. Des seuils ont ainsi été franchis : celui de la centaine de victimes pour la première fois en 1983, à Beyrouth contre les forces militaires américaines et françaises (299 morts au total) ; le seuil du millier a été dépassé le 11 septembre 2011 avec l'attaque d'Al-Qaïda à New York (près de 3.000 morts). Le terrorisme s'est également « mondialisé » : depuis la fin des années 90, outre la vingtaine de pays concernés, avec en moyenne trois ou quatre attentats majeurs par an, les réseaux terroristes recherchent contacts et soutiens dans les zones les plus instables comme au cœur des capitales. Au cours des dernières années, le terrorisme a cherché à se doter de moyens stables, à augmenter son empreinte sur des sphères d'activité de plus en plus diversifiées (du narcotrafic à l'enlèvement), à contrôler des régions entières, au détriment de la souveraineté des États. L'Afghanistan, hier, le Nord Mali tout récemment ; et dans les deux cas cela a conduit la communauté internationale à intervenir pour tenter d'y mettre un terme. Nous le savons de longue date, l'expérience aidant, la réponse ne peut être que globale, collective, car seule la coopération entre nations peut endiguer un phénomène largement transnational. Il nous faut également nous attaquer aux racines du mal : car à l'origine de l'engagement fanatique, il y a souvent le terreau de la pauvreté, le désespoir, l'ignorance. Parallèlement, la responsabilité de l'État est d'aider les victimes. Face aux souffrances des victimes et de leurs proches, la France a adopté un train de mesures nécessaires à leur soutien. Que ce soit dans les domaines judiciaire, médical, social ou psychologique, l'État français maintient un lien de solidarité en adoptant des mesures appropriées. Le fonds de garantie des victimes du terrorisme, qui permet leur indemnisation, en est sans doute la meilleure illustration. Tous les services de l'État sont mobilisés au profit des victimes, au premier rang desquels les ministères de la justice, de l'intérieur et des affaires étrangères. S'agissant des prises d'otages, qualifiés en droit français d'enlèvement et de séquestration et qui constituent à ce titre des actes de terrorisme, le Quai d'Orsay, à travers son Centre de crise, joue un rôle tout particulier, puisqu'il est l'interface entre les familles des victimes et l'État. Mais cette assistance de l'État, ne doit pas faire oublier l'essentiel : le rôle majeur joué par les victimes du terrorisme dans la sensibilisation des opinions sur les ravages du terrorisme, sur la menace qu'il représente pour la cohésion de nos sociétés. Nous souhaitons également que la parole publique leur soit donnée. Leur discours représente, sans l'ombre d'un doute, le meilleur rempart contre la radicalisation des personnes les plus vulnérables. Tous nos partenaires européens, au premier rang desquels nos collègues espagnols, s'accordent sur l'efficacité de cette méthode. Les potentiels terroristes doivent réaliser que les victimes de leurs actes pourraient être leurs parents, leurs frères, leurs sœurs ou leurs enfants. Cette approche nécessite l'aide et le soutien des associations de victimes. Elles sont au cœur de notre action car elles sont également au plus près des besoins des victimes. Je souhaite rendre un vibrant hommage au travail extraordinaire accompli par vos associations, qu'il s'agisse de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (FENVAC), qui depuis 2011 accueille et accompagne également les victimes du terrorisme, mais aussi bien sûr l'Association française des victimes du terrorisme (AFVT). Ce partage d'expérience a pris aujourd'hui une nouvelle dimension avec le congrès international des victimes du terrorisme dont une session s'est déroulée à Paris en septembre 2011. L'Europe porte également le message des victimes dans toutes les instances, enceintes et organisations internationales. Nous soutenons à ce titre tous les travaux fondés sur cette approche aux Nations unies, dans le cadre de la stratégie mondiale antiterroriste, mais aussi dans le Forum global contre le terrorisme dont la réunion ministérielle à New York, le 27 septembre prochain, doit adopter les guides de bonnes pratiques sur ce sujet. Bien que des divergences puissent parfois persister sur la qualification de telle ou telle organisation de « terroriste », un consensus large existe sur les victimes. L'Europe porte enfin aide et assistance aux autres États afin qu'à leur tour ils développent les mécanismes et les mesures nécessaires au soutien des victimes. Au cours de ces échanges entre les institutions européennes et des États particulièrement affectés par le terrorisme, le rôle des victimes est au cœur de nos préoccupations. Il devient également urgent de contrer la propagande des organisations terroristes dans les médias comme sur les réseaux sociaux en montrant les conséquences de leurs actes. Avant de vous céder la parole et d'ouvrir notre colloque, je voudrais vous assurer de la disponibilité des autorités françaises à examiner avec la plus grande bienveillance les idées ou les propositions qui pourraient nous être faites au bénéfice des victimes du terrorisme : - Pour améliorer la reconnaissance liée à la singularité du préjudice subi par les victimes et à leur statut, car, au fond, à travers elles, c'est bien l'ensemble de la société qui est touchée ; - Pour donner une plus grande visibilité aux victimes du terrorisme, notamment lorsqu'elles sont civiles, peut-être par le recours à des actes symboliques, valant reconnaissance par l'État, en s'inspirant de ce que font nos plus proches partenaires ; - Pour simplifier et améliorer les procédures d'indemnisation des victimes. Il me reste à renouveler nos remerciements à l'ensemble des participants, au Centre d'analyse, de prévision et de stratégie, ainsi qu'au CDC, dont les directeurs animeront les deux table-rondes, à l'AFVT bien sûr, à l'origine de cette initiative, mais aussi à la Fondation Miguel Angel Blanco, à l'Association italiennes des victimes du terrorisme, et enfin à la Commission européenne. Je vous remercie de votre aimable attention et je vous souhaite de fructueux travaux. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/027.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/027.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..47e250fc0621d48dcc56e43de1068047a06362f6 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/027.txt @@ -0,0 +1 @@ +Merci monsieur le président, Mesdames, messieurs les députés, Je me suis entretenu au téléphone avec le député Bernard Reynès, et vous venez d'exprimer la solidarité de la représentation nationale. Bien entendu, tout le Gouvernement s'y associe, ainsi que pour les autres personnes qui ont été touchées. Ce qu'il me disait va dans le sens de votre préoccupation : il y a une forme de libération de la parole, et il évoquait dans son département -et autour de sa commune de Châteaurenard- la montée d'un climat de haine. Je l'interrogeais sur l'auteur de cette agression qui aurait pu lui coûter la vie : il ne lui connaît pas d'appartenance politique. Mais il m'a dit, et cela doit nous faire réfléchir tous, que dans le climat de haine qu'il sent monter, n'importe qui d'un peu fragile, comme ça s'est déjà passé à d'autres reprises dans notre histoire, peut être tenté de perpétrer un acte qui porte atteinte tout simplement à la vie d'un Français ou d'une Française. Eh bien, ça ce n'est pas la France, ce n'est pas la République et c'est contre ça -et vous avez raison- qu'il faut lutter. Le Gouvernement a engagé un certain nombre d'actions contre le racisme et l'antisémitisme. Je dirais qu'il n'y a peut-être pas forcément une augmentation nombreuse des actes mais une libération de la parole qui est très importante. La réponse commence par la formation des fonctionnaires, c'est le programme que nous avons lancé depuis 2012. Cela commence aussi par l'école : avec le ministre de l'Education nationale, Vincent Peillon, nous avons aussi lancé un certain nombre de programmes, mais cela passe aussi par la lutte contre tous les propos racistes et antisémites sur internet. Le Gouvernement s'en est donné les moyens. Cela passe aussi par les poursuites judiciaires. Des mesures ont été prises par la garde des Sceaux, Christiane Taubira, qui permettront de porter plainte plus facilement et d'engager des procédures pour ne rien laisser passer. Mais au-delà, ce que je voudrais dire devant la représentation nationale, c'est que c'est à un sursaut républicain que nous devons appeler. Je me félicite que le jour du 11 novembre, à Angers comme à Nantes, des manifestations citoyennes ont été organisées pour dire non aux propos racistes qui ont été tenus à l'égard de Christiane Taubira et notamment à Angers, dans un climat de haine, où une jeune fille totalement inconsciente, accompagnée d'adultes, tenait une banane en la montrant à la garde des Sceaux. Mesdames et messieurs les députés, je vous demande de réagir, de ne pas laisser passer, de dire non et d'appeler partout au sursaut citoyen contre le racisme et l'antisémitisme. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/028.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/028.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..39b89ecf9da54e3ac3da2b377507b65c36a2ba05 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/028.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-MICHEL APHATIE Bonjour Vincent PEILLON. VINCENT PEILLON Bonjour. JEAN-MICHEL APHATIE Un élève sur cinq en France est scolarisé en zone d'éducation prioritaire, les ZEP créées il y a plus de trente ans, vous allez présenter tout à l'heure un plan complet de réforme de ces ZEP avec l'objectif de leur donner davantage de moyens pour parvenir à de meilleurs résultats, c'est votre intention, les résultats ne sont pas bons aujourd'hui ? VINCENT PEILLON Non et ils sont de plus en plus mauvais. JEAN-MICHEL APHATIE Ah ! Carrément. VINCENT PEILLON Je vous donne un exemple et ce sont des chiffres qui sont cruels, je les ai donnés à la représentation nationale hier, les élèves lorsqu'ils sortent en fin de 3ème, 79% hors éducation prioritaire, ne maîtrisent pas les compétences en lecture, en écriture. 42% seulement les possèdent… JEAN-MICHEL APHATIE En zone prioritaire… VINCENT PEILLON 79 les possèdent… JEAN-MICHEL APHATIE … Les possèdent en zone non prioritaire. VINCENT PEILLON C'est un écart de 37%, ça veut dire qu'il n'y a même pas un enfant sur deux qui… Bon, dans les cinq dernières années, le déclin scolaire qui justifie la refondation, sur l'ensemble des enfants c'est une baisse de 5 points de la maîtrise de ces compétences, en ZEP c'est de 13 points, presque le triple. JEAN-MICHEL APHATIE Et pourtant on consacre plus de moyens aux ZEP que dans les autres zones, donc… VINCENT PEILLON C'est le contraire, c'est ce qu'avait montré la COUR DES COMPTES il y a deux ans et c'est la question de l'affectation de l'argent public. C'est la grande hypocrisie française, on fait croire, y compris à ceux qui sont dans les ZEP, qu'on leur donne davantage, or ce qu'a montré la COUR DES COMPTES à plusieurs reprises mais qui avait attiré vraiment notre attention là-dessus il y a deux ans, 50% de plus en termes d'argent public pour un élève du centre parisien que pour un élève de Créteil. Et c'est pour ça qu'il ne s'agit pas de faire plus, mais dans l'affectation des moyens programmés jusqu'à 2017 pour l'Education nationale, j'ai choisi d'affecter prioritairement les moyens. Plus de maîtres que de classes pour changer les pédagogies, l'accueil des moins de 3 ans, la journée continue en collège pour tenir les enfants dans le collège et les faire travailler, de mettre ces moyens prioritairement dans les endroits où nous avons les plus mauvais résultats. En se fixant un objectif car le problème de l'action publique française c'est l'objectif, on l'a vu sur les décrocheurs, on s'est fixé un objectif, on l'a atteint. Dans le quinquennat, et nous l'avons voté dans la loi de refondation, je souhaite que l'écart de performance scolaire entre les élèves dans ces zones et les autres, soit réduit à 10%. Il est de plus de 30 aujourd'hui. JEAN-MICHEL APHATIE Ca c'est le but, combien vous allez mobiliser financièrement de moyens pour parvenir à ce but ? Peut-être embaucher, mieux payer les professeurs qui sont sur place ? Quels moyens, quelle enveloppe financière allez-vous consacrer à ce projet Vincent PEILLON ? VINCENT PEILLON Il n'y a pas, contrairement à ce que j'ai lu, un euro de plus par rapport à la loi de programmation de l'école et donc comme je vous l'ai dit… JEAN-MICHEL APHATIE Vous allez affecter différemment ? VINCENT PEILLON … Je les affecte différemment et je souhaite même qu'on aille encore plus loin dans cette façon de travailler. J'imagine que, et là on verra les ajustements, mais d'ici 2017 c'est une enveloppe de plusieurs centaines de millions d'euros par l'affectation des 7.000, plus de maîtres que de classes, c'est-à-dire au moins un par école de l'éducation prioritaire, au moins une classe des moins de 3 ans dans tous ces endroits, des assistants d'éducation pour la journée continue, la demi-heure pour les parents le matin et l'amélioration. L'essentiel des indemnités compte pour que les équipes restent, mais l'essentiel et ce que demandent les professeurs, c'est, un : pouvoir travailler en équipe, accueillir les parents et là nous donnons une heure et demie aux professeurs de décharge, mais enfin on le voit dans les classes préparatoires, ils en ont parfois six ou huit, donc une heure et demie et deuxièmement, c'est de la formation continue. Les professeurs eux-mêmes disent, pour traiter la difficulté scolaire nous avons besoin de pouvoir changer nos méthodes de travail et puis l'introduction du numérique que je vais favoriser dans ces endroits car il permet la réussite d'un certain nombre d'élèves. Donc je dirais car je ne veux pas ne pas répondre à la question… JEAN-MICHEL APHATIE Vous répondez à la question, quelle enveloppe ? VINCENT PEILLON Que ce serait 300 à 400 millions d'euros qui seraient réaffectés prioritairement dans ces zones. JEAN-MICHEL APHATIE Que vous prendrez donc ailleurs, cet ailleurs étant pour l'instant inconnu. VINCENT PEILLON Non il est connu, c'est des créations de postes, elles sont programmées, cette année je vais créer 10.000 postes, au lieu de les mettre et de les éparpiller, de les saupoudrer y compris dans des endroits où ils ne sont pas utiles, je dis devant la Nation, nous avons un problème, je viens d'en donner les chiffres, la COUR DES COMPTES nous l'a dit, le haut conseil de l'éducation, donc maintenant nous mettons l'argent public là où il doit être le plus efficace. Mais tout ça est programmé et ne demande pas de dépenses supplémentaires. JEAN-MICHEL APHATIE Vous aurez l'occasion Vincent PEILLON dans le dialogue tout à l'heure avec les auditeurs de répondre soit à des parents d'élèves, soit à des professeurs qui vous appelleront et qui demanderont des précisions ? VINCENT PEILLON Avec plaisir… JEAN-MICHEL APHATIE Question de philosophie politique Vincent PEILLON si vous l'acceptez, vous êtes professeur de philosophie, donc il n'y a pas de raison : un ministre peut-il reconnaître des évidences ou bien justement le pouvoir se révèle-t-il dans la négation de l'évidence ? Alors c'est un peu tordu, on va passer aux travaux pratiques… VINCENT PEILLON Non, non je suis pour, au contraire, je suis pour… Vous savez l'évidence c'est le plus beau concept cartésien… JEAN-MICHEL APHATIE Vous êtes capable de reconnaître des évidences ? VINCENT PEILLON L'évidence c'est ce qui permet de reconnaitre la vérité, il faut reconnaitre des évidences, maintenant on va voir le piège que vous m'avez tendu. JEAN-MICHEL APHATIE Travaux pratiques : pour la droite, la gauche de la gauche, les syndicats, les Allemands, les journalistes, François HOLLANDE a pris un sacré virage économique à droite lors de sa conférence de presse. Les seuls qui nient ce virage économique, ce sont les ministres, pourquoi ? VINCENT PEILLON Pas seulement, il y a aussi beaucoup de gens qui suivent la politique depuis longtemps. Chaque fois que la gauche gouverne, ça commence avec les Républicains opportunistes, on lui fait un procès… JEAN-MICHEL APHATIE Des Républicains opportunistes… VINCENT PEILLON … Opportunistes c'est-à-dire vous savez l'opportunisme c'est Jules FERRY, on dit, ah mais vous n'êtes pas assez radicaux parce qu'on a une image de la gauche qui est toujours d'ailleurs dans l'opposition, de contestation, de radicalisation, le mythe révolutionnaire demeure… JEAN-MICHEL APHATIE Mon ennemi c'est la finance ! VINCENT PEILLON … C'est chaque fois, on l'a connu avec MITTERRAND, 83, mais la finance n'est pas en jeu… JEAN-MICHEL APHATIE Mon ennemi c'est la finance ! VINCENT PEILLON Mais il n'y a pas une mesure annoncée par HOLLANDE qui soit favorable à la finance et d'ailleurs vous m'accueillez ce matin parce qu'en dehors de la bonne santé économique du pays, de la capacité à créer de l'emploi et à faire de la croissance il me semble que c'est quand même plus de gauche que de droite depuis un moment… JEAN-MICHEL APHATIE Mais la droite a déstabilisé, quand elle écoute François HOLLANDE elle dit « oh, on nous a piqué le programme », ils sont bêtes alors ? VINCENT PEILLON Oui, enfin non, je ne veux pas dire qu'ils sont bêtes, mais je veux dire qu'il y a… C'est étonnant en France l'écart entre les réalités et les discours qu'on tient dessus. Donc je continue, 83 MITTERRAND, on aurait pu faire avec MENDES. On recommence avec JOSPIN et c'est chaque fois le même débat, ça nous vieillit d'ailleurs vous comme moi parce qu'on a l'impression le matin… JEAN-MICHEL APHATIE Moi ça me rajeunit. VINCENT PEILLON Tant mieux, on lit la même chose qu'il y a 20 ans, 30 ans etc, les mêmes débats… JEAN-MICHEL APHATIE Entre la tonalité de campagne de François HOLLANDE… VINCENT PEILLON Avec les mêmes mots usés… JEAN-MICHEL APHATIE …et sa conférence de presse mardi, il y a un abime Vincent PEILLON. VINCENT PEILLON Excusez-moi, la maitrise des déficits a toujours été au cœur et comment on ferait autrement… JEAN-MICHEL APHATIE Mais pas la baisse des charges, pas la baisse des dépenses publiques… VINCENT PEILLON …la baisse des cotisations sur les entreprises en gardant le même niveau de protection, parce que c'est l'essentiel, en avançant sur des questions de société, là ça va être la loi de fin de vie après le mariage pour tous. En faisant des priorités, l'égalité à l'école c'est la première des inégalités l'école, ce sont bien des réformes de gauche, il faut aussi les financer. Dons l'idée que la gauche gouverne mal, vous savez que quand Lionel JOSPIN arrive en 97, la droite elle-même avait dit qu'elle avait géré calamiteusement, nous sommes obligés de redresser les comptes sociaux, les comptes publics, nous sommes obligés de diviser le chômage des jeunes par deux. Nous revenons après dix ans de droite, on retrouve la même calamité… JEAN-MICHEL APHATIE Donc pat de virage à droite ? VINCENT PEILLON Mais évidemment non, mais une gauche qui doit gouverner… JEAN-MICHEL APHATIE La gauche de la gauche qui est inquiète, pas de raison… VINCENT PEILLON … Gouverner dans la durée et servir l'intérêt de son pays. JEAN-MICHEL APHATIE Oui mais ça c'est autre chose… VINCENT PEILLON Non. JEAN-MICHEL APHATIE Le discours n'a pas changé ? VINCENT PEILLON La gauche est toujours au service de son pays. JEAN-MICHEL APHATIE D'accord, très bien, vous êtes un peu isolé, enfin il n'y a que les ministres qui disent ça quoi. VINCENT PEILLON Ca n'est pas gênant, l'important c'est que l'action soit celle-là. Mais quand même, vous ne pensez pas que c'est une politique de gauche de donner la priorité à l'école, je vois d'ailleurs qu'elle est contestée encore par certains à droite et en particulier pour les fragiles ? Ce n'est pas une politique de gauche lorsqu'on fait la réforme fiscale de d'abord s'attaquer au patrimoine, aux grandes fortunes, à ceux qui sont dans les tranches supérieures de l'impôt sur le revenu ? Vous ne pensez pas que la garantie loyer c'est une mesure de gauche, ce qu'on a fait sur le logement ? Vous ne pensez pas, vous avez évoqué Benoît HAMON, que la loi sur la consommation et l'action de groupe ce sont des mesures de gauche ? Donc c'est une action de gauche, ça n'empêche pas et d'ailleurs elle a même besoin de l'efficacité économique et lutter contre le chômage me semble être une action pleinement de gauche. JEAN-MICHEL APHATIE Allez, on a tous la berlue, deux petites questions pour terminer, vous avez des nouvelles de Valérie TRIERWEILER ? VINCENT PEILLON Non. JEAN-MICHEL APHATIE Elle peut rester première dame ? VINCENT PEILLON Ecoutez, moi je me suis fixé une règle, c'est de séparer strictement les commentaires… JEAN-MICHEL APHATIE C'est une question politique. VINCENT PEILLON Non, pas pour moi et je dois vous dire et vous le savez d'ailleurs, que j'ai toujours été extrêmement choqué lorsqu'on cherche à mélanger les deux registres, ça vaut pur les politiques ; j'ai pu constater parfois que ça aussi pour les journalistes. JEAN-MICHEL APHATIE Je n'ai pas bien compris le sens de la réflexion, mais nous en reparlerons avec Vincent PEILLON plus tard, qui est avec les auditeurs ? VINCENT PEILLON Oui. LAURENT BAZIN C'est l'essentiel, 8h15 donc, Vincent PEILLON et toutes vos questions au 3210 et au 64900, cote « matin » pour vos questions par SMS n'hésitez pas. 07:56:06. FIN@ 8h15 - Deuxième partie, avec les auditeurs VOIX OFF Posez toutes vos questions à Vincent PEILLON, sur RTL, au 32.10. VOIX OFF Prenez la parole, sur RTL. LAURENT BAZIN Vincent PEILLON est revenu dans le studio pour répondre à vos questions, et je vous en remercie, Monsieur le Ministre de l'Education nationale. VINCENT PEILLON Merci à vous. LAURENT BAZIN Bonjour Christophe. CHRISTOPHE Bonjour. LAURENT BAZIN Christophe, d'Issoire, vous êtes professeur de technologie. Je précise que vous n'enseignez pas en ZEP, hein, je crois. CHRISTOPHE Non, je n'enseigne pas en ZEP. LAURENT BAZIN Allez-y, votre question au ministre. CHRISTOPHE Oui, bonjour Monsieur le Ministre. VINCENT PEILLON Bonjour. CHRISTOPHE Enchanté de pouvoir vous parler. Donc je vais vous dresser un petit peu ma situation. J'étais dans un lycée professionnel, et par mesure de carte scolaire, je suis TZR et je fais les remplacements professeur de technologie en collèges. Donc j'ai fait plusieurs collèges, j'ai commencé par des classes de 30/32, et là actuellement je suis dans un petit collège en Haute Loire, où j'ai des classes entre 16 et 22 élèves, et là je peux vous garantir que je vois la différence de travail. Quand on enseigne à des élèves où on est une vingtaine par classe, et des élèves où ion est une trentaine par classe, je peux vous dire que ce n'est pas du tout le même travail. J'ai entendu un petit peu l'émission, les élèves qui parlaient, le manque d'autorité du professeur, etc. etc., quand ont est à 20, l'autorité est là, quand on est à 30, on peut faire ce que l'on veut, l'autorité, au bout d'un moment, ça nous échappe. LAURENT BAZIN Donc, votre question, Christophe, c'est quoi ? CHRISTOPHE Donc, ma question, c'est : j'ai entendu tous les moyens que vous allez développer pour mettre en œuvre une meilleure réussite, mais je ne vous ai pas entendu parler, justement, d'une diminution d'élèves par enseignant. Et à mon avis, de par ma petite expérience professionnelle, je peux vous dire pourtant que c'est le jour et la nuit. VINCENT PEILLON D'abord, vous avez parfaitement raison, c'est-à-dire que nous savons, et ce n'est pas toujours d'ailleurs exactement ce que pensent les gens, mais nous savons qu'il y a un nombre d'élèves optimum, pour la réussite éducative, c'est pas nécessairement 15/18, il y a un moment où on contraire il y a un manque d'émulation, mais c'est entre 20 et 25, et vous avez raison, la plupart de nos classes sont bien plus chargées. Comment peut-on faire qu'il y ait moins d'élèves par classe ? Eh bien ça veut dire qu'il faut qu'il y ait plus de professeurs, ça s'appelle un taux d'encadrement. De 2007 à 2012, 80 000 postes ont été supprimés, non seulement il y avait beaucoup d'élèves par classe, et les taux d'encadrement se sont dégradés considérablement, mais on ne trouvait même plus de professeurs, ni pour les embaucher, ni pour remplacer lorsque les professeurs sont malades. Et donc, toute notre politique, toute notre politique consiste précisément à répondre à la question que vous posez, c'est-à-dire être capable, d'abord, dans ce pays, de recruter des professeurs, en faisant de ce métier une certaine attractivité, eh y mettant un certain nombre de moyens, parce que ça a un coût pour le budget de l'Etat, c'est les 50 000 postes programmés par le président de la République, et puis bien entendu, et ça j'y tiens absolument, en concentrant d'abord ces moyens, là où les classes sont le plus difficile pour les professeurs. Vous êtes professeur de collège, je vous donne un exemple, parce que ça n'a pas été relayé, mais dans le plan que j'annonce, il y a 4 000 postes qui seront affectés, spécifiquement dans les années qui viennent, aux collèges, et aux collèges, évidemment, d'abord, les plus difficiles, pour permettre de travailler en groupes, de diviser les classes par deux et d'avoir de meilleurs résultats. Tout ce que nous avons dit aussi ce matin, qui concerne aussi le primaire, sur par exemple plus de maitres que de classes, c'est l'amélioration des taux d'encadrement, c'est la possibilité... LAURENT BAZIN Vous avez un objectif, Vincent PEILLON ? Vous pouvez nous dire, aujourd'hui, en moyenne, c'est combien d'élèves par classe, au collège ? VINCENT PEILLON Ah c'est très variable... LAURENT BAZIN En moyenne. VINCENT PEILLON C'est très variable selon les niveaux, c'est très variable selon, en moyenne... LAURENT BAZIN Il y a fréquemment des classes de 30, 278, 29, 30 élèves. Votre objectif, c'est des classes à 25 ? VINCENT PEILLON Déjà, en éducation prioritaire, nous sommes en dessous, donc ça dépend des éléments, nous sommes en dessous à peu près de 3. Oui, il faut se fixer un objectif qui est de diminution. Mais, vous voyez ce que vient de dire aussi ce professeur... LAURENT BAZIN Mais pas fixer d'objectifs en donnant un nombre. VINCENT PEILLON Non, je... LAURENT BAZIN Ça n'a pas de sens. VINCENT PEILLON Si, mais je veux vraiment essayer de vous montrer la réalité des problèmes français. En Haute Loire, c'est-à-dire en zone, qui est une zone rurale, ce monsieur dit : j'ai des classes de 16 22. Lorsqu'il était en zone urbaine, il avait des classes beaucoup plus chargées. LAURENT BAZIN C'est ce que dit Christophe, oui. VINCENT PEILLON D'accord, donc vous avez un déséquilibre territorial important en termes éducatifs. Si vous dites, et vous savez que la France peut se réjouir d'avoir de la démographie, donc j'ai 40 000 élèves de plus, en primaire cette année, ça absorbe des milliers de postes, pour le même taux d'encadrement, et 30 000 en lycées. Si je dis : il faut quand même essayer de mettre davantage de postes en zones urbaines, puisque c'est là que sont ces enfants, eh bien vous avez des manifestations dans toute la France, des territoires ruraux, et donc nous n'arrivons pas à équilibrer actuellement le taux d'encadrement entre les zones urbaines et entre les zones rurales. Exemple actuel, puisqu'il y a de très fortes polémiques à Toulouse. Toulouse, sur le centre-ville, vous avez plus d'élèves, et nous avons mis plus de postes, pour ne pas dégrader le taux d'encadrement, et par contre, évidemment les zones rurales où nous perdons des enfants, il y a moins de postes. Donc vous avez aussi cela à prendre en compte et c'est des choix nationaux à faire. Alors, aujourd'hui, le taux d'encadrement, avec cette hausse démographique, est en train de baisser un peu, c'est d'ailleurs l'objectif que j'avais donné l'année dernière, aucun département ne doit avoir son taux d'encadrement dégradé, comme c'était le cas les dernières années, mais il s'améliorera plus, je le redis ce matin, dans les zones où il y a le plus de difficultés scolaires. LAURENT BAZIN Merci Christophe. Bonjour Denis, de Nantes. DENIS Oui, bonjour Laurent, bonjour Monsieur le Ministre. VINCENT PEILLON Bonjour. DENIS Alors, moi, ma question. J'ai ma fille qui est étudiante en master d'anglais dans la région parisienne, et dans le cadre de sa deuxième année de formation, elle se retrouve à enseigner 6 heures, et elle a atterri dans une ZEP, et je voudrais savoir si vous trouviez ça normal pour une jeune sans expérience, d'atterrir dans les quartiers plutôt difficiles, on va dire ? VINCENT PEILLON Ecoutez, a dépend de l'accompagnement dont elle bénéficie. Je ne crois pas qu'il faut totalement sortir, et vous avez vu, c'est quand même 20 %, hein, les Zones d'éducation prioritaire en France c'est 20 % de l'ensemble de l'Education nationale. Ces jeunes, comme d'autres, peuvent être appelés demain, d'ailleurs, à travailler dans ces zones. Ce que je crois, c'est que l'on doit former les enseignants, qu'on doit les accompagner, et c'est ce que nous faisons avec les écoles supérieures, vous dites d'ailleurs qu'elle fait 6 heures, vous vous souvenez qu'il y a deux ans encore c'était pas 6 heures, c'était 18 d'emblée. Donc c'est quand même très important et le reste des heures, j'espère qu'elle est accompagnée, c'est en tout cas ce que j'ai demandé. Mais je voudrais insister là-dessus, ce que nous devons... LAURENT BAZIN C'est le cas, Denis, votre fille est accompagnée ou est-ce qu'elle enseigne toute seule ? DENIS Alors, elle a une tutrice, mais elle a du mal, beaucoup, à l'avoir, elle a du se battre pour en obtenir une, si vous voulez. VINCENT PEILLON Ça ne m'étonne pas, et vous voyez, c'est un des problèmes que nous avons là, c'est la remise en place de tout ça. Les jeunes qui seront même nommés, mais les jeunes et les moins jeunes d'ailleurs, qui seront nommés en Zone d'éducation prioritaire, on appellera ça autrement, hein, les REP, ceux-là auront un tuteur, pourront choisir leur poste, viendront avant la rentrée, auront de la formation continue. Imaginez, dans le primaire c'est 9 journées pleines pour se concerter avec les collègues et 3 journées pleines pour se former. Il y aura des équipes de formateurs sur place, c'est ça qui est important, il faudrait que les uns et les autres on arrive à comprendre que la clef de la réussite, il y a 30 ans d'échec quand même, la clef de la réussite ça ne sera pas seulement les moyens. Oui, je mets les moyens quand ils sont utiles au changement des pédagogies, nous devons travailler différemment, travailler avec les parents, avoir des méthodes pédagogiques variées, nous servir du numérique, être capable, les uns et les autres de tisser des liens, qui sont des liens positifs pour les enfants. Il y a des expériences qui marchent, et l'ensemble de ce que nous avons fait, soit en regardant l'étranger, sans en regardant les territoires où il y a des résultats, ce sont des mesures qui doivent produire des effets, et nous nous évaluerons au fur et à mesure, car on ne peut pas continuer, même à prendre des mesures, même à mettre de l'argent et à ne pas avoir de résultats au bout. LAURENT BAZIN Vous avez été candidat dans la Somme, une dernière question. Vous venez de parler des territoires, vous qui avez été candidat, chez nous, dans la Somme, dit Patricia d'Abbeville, est- ce que vous accepteriez que la Picardie disparaisse ? Il y a déjà « Touche pas à ma Picardie », ça existe sur Internet ce matin. Etes-vous hostile à cette idée ? VINCENT PEILLON Non, pas du tout. Je n'ai pas seulement été candidat... LAURENT BAZIN D'accord pour la disparition de la Picardie. VINCENT PEILLON Ce n'est pas la question de la Picardie, je pense... LAURENT BAZIN C'est une question qui va se poser clairement. VINCENT PEILLON Je pense que nous avons trois sujets. Une dépense publique d'Etat, et vous avez vu, c'est quand même des économies importantes qu'il faut faire. il faut jouer là-dessus et d'ailleurs l'Education nationale, je le dis, parce qu'avec ces histoires de postes, les gens ne le mesurent pas. Nous faisons l'effort, j'y contribue, et je pense que c'est normal et que nous devons faire encore davantage. Il y a deuxièmement... LAURENT BAZIN Donc vous ne dites pas, ce matin, « Touche pas à ma Picardie ». VINCENT PEILLON Il y a, deuxièmement, les collectivités locales. J'ai été parlementaire dans la Somme, je connais bien les collectivités locales avec les différentes responsabilités que j'ai exercées, oui nous pouvons faire mieux pour la dépense publique, aussi avec les collectivités locales, en se regroupant, en définissant mieux quels sont... Et puis troisièmement, il y aura la question des dépenses sociales. Donc je crois que cette question, nous devons l'aborder tous ensemble... LAURENT BAZIN Suppression de la Picardie ou pas ? VINCENT PEILLON Nous devons l'aborder tous ensemble et nous... LAURENT BAZIN Suppression de Poitou-Charentes... VINCENT PEILLON Ah ah ah... LAURENT BAZIN Vous voyez ce que je veux dire ? Vous ne me répondez pas, vous ne voulez pas, je comprends, c'est embêtant pour vous, mais... VINCENT PEILLON Non, pas du tout, c'est que vous voulez créer des blocages et moi je veux réussir, et donc il y a une méthode pour ça, voyez, et donc ce travail va commencer. Mais sur la Picardie, je vous le dis, je la connais bien, la Somme Abbeville, l'Aisne vit à la fois sur le Nord, c'est le cas quand vous êtes en Thiérache, et lorsque vous êtes à Château-Thierry, vous vivez sur Reims, Champagne-Ardenne Nord. Lorsque vous êtes dans l'Oise, Oise Sud, vous vivez sur l'Ile-de-France. Bon, donc on a toujours eu un problème et j'ai toujours eu un problème comme responsable socialiste de l'ensemble de la Picardie, à faire travailler cette région, ensemble. Maintenant, un salut amical à mes amis Picards. LAURENT BAZIN Oui, et un joker au passage. Merci d'avoir été notre invité, ce matin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/029.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/029.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b36cf0d7e56683db98015c5186dbc5a909c855d4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/029.txt @@ -0,0 +1 @@ +Circonstances : Entretien avec M. Vitali Klitschko, un des principaux dirigeants de l'opposition ukrainienne, à Paris le 26 janvier 2014 Je me suis entretenu ce dimanche avec M. Vitali Klitschko, l'un des principaux dirigeants de l'opposition ukrainienne. Je lui ai exprimé la solidarité de la France, notre appel à l'arrêt immédiat des violences et à la poursuite du dialogue entre le gouvernement et l'opposition. La violence et la radicalisation ne peuvent être une réponse aux aspirations du peuple ukrainien. Les appels au dialogue doivent être suivis très rapidement par des gestes concrets. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/030.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/030.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6c2ecf984b6e651d74bd7b06c13f51fc72bd6e72 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/030.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet, Messieurs les Ministres, Monsieur le maire de Toulouse, cher Pierre COHEN, Monsieur le président du CRIF, cher Roger CUCKIERMAN, Madame la présidente, chère Nicole YARDÉNI, Monsieur le président, cher Arié BENSEMHOUN, Mesdames, messieurs, Après Marseille, en 2012, Lyon, en 2013, c'est pour moi une joie d'être l'invité, ce soir, du dîner du CRIF Toulouse Midi-Pyrénées, et de vous retrouver dans cette si belle ville, colorée, conviviale, à la fois douce et frénétique, fraternelle. La communauté juive de France, ce n'est bien sûr pas que Paris et la région parisienne. Elle est présente et active sur l'ensemble du territoire : du Nord au Sud, de Lille à Nice, et de l'Est à l'Ouest, de Strasbourg à Bordeaux. La communauté juive de France épouse les contrastes qui font la France. Etre un Juif de France, ou plutôt un Français juif, c'est s'inscrire dans une tradition, un héritage. C'est s'inscrire également dans une longue histoire millénaire ! Qui a donné naissance à ce judaïsme français, alliance remarquable entre les préceptes de la Torah et les principes de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. La France a une part juive incontestable. Sans les Français juifs, ce pays que nous aimons, la France, ne serait plus tout à fait la France. Bien sûr, je connais avec précision les interrogations, les inquiétudes qui, souvent trop souvent, traversent la communauté juive : inquiétudes quant à sa sécurité, à sa tranquillité, quant à l'avenir, notamment des jeunes générations qui regardent, parfois, au-delà de nos frontières et souvent vers Israël en se disant que leur avenir n'est peut-être plus ici. Je connais les interrogations, les inquiétudes. Et je le dis avec plus de gravité encore, ici, dans cette ville qui a connu, il y a deux ans, l'ignoble, l'infâme. Ces cicatrices rouvertes furent pour notre Nation un cataclysme. Jamais elle n'oubliera ce terrible mois de mars 2012 qui a vu l'assassinat de trois militaires français et de quatre Français juifs, dont trois enfants, tués parce que juifs. Ce soir, les noms d'Imad IBN-ZIATEN, d'Abel CHENNOUF, de Mohamed LEGOUAD, de Myriam MONSONEGO, de Gabriel, Aryeh et Jonathan SANDLER sont dans nos esprits. Nous pensons à eux. Nous pensons à leurs familles. Et je voudrais dire à celles et ceux qui sont avec nous, ce soir, mon émotion, comme à chaque fois que nous nous retrouvons, mais également mon admiration devant leur courage, et leur action. Je sais que le judaïsme bat au rythme de ce refrain, celui de la Haggadah de Pessah : « tu diras à ton fils ». Le judaïsme, c'est la transmission. Et rien n'effacera les souffrances d'un peuple qui viennent s'ajouter à tant de souffrances passées. Mais ces souffrances, si lourdes, ce sont nos souffrances. Elles nous intiment l'ordre de ne pas baisser la garde, car quand on s'en prend à un Juif de France pour ce qu'il est, pour ce en quoi il croit, on s'en prend à la République, à la France, à nos valeurs. La République, c'est la fraternité. C'est la tolérance et le respect. C'est aussi l'intransigeance contre tout ce qui insulte, qui blesse. Dans la République, les propos, les actes antisémites, anti-musulmans, anti-chrétiens, homophobes, racistes n'ont pas leur place. Ils doivent être combattus avec détermination et persévérance. C'est un combat de tous les instants. Et moi, comme vous tous, je ne crois pas à ces vaines hiérarchies entre les petites paroles que l'on excuserait et les actes qui, eux, seraient plus graves. Non, ce combat est un tout. C'est le combat de toute la société qui a un devoir un devoir absolu de vigilance vis-à-vis d'elle-même. Je connais les interrogations, les inquiétudes des Juifs de France, mais je sais aussi combien l'identité française et l'identité juive sont indissociables. Je sais combien, pour vous toutes et vous tous, être juif et être français vont de pair. Ici, dans cette terre de France, le judaïsme a trouvé des racines profondes. Juif et Français : l'un ne va pas sans l'autre. Et le CRIF, né de la Résistance, quand justement il fallait relever, retrouver la France, en est un des symboles forts. Je parlais d'une histoire millénaire. Une histoire que, pourtant, on évoque peu. Dans la province du Languedoc, les juifs étaient installés dès le haut-moyen-âge. Ces Juifs du Midi avaient trouvé, ici, leur place. Ils ont bénéficié de l'hospitalité et de la tolérance qui régnaient alors dans le comté de Toulouse. Après les terribles 13e et 14e siècles, leur présence s'est faite plus discrète. Puis, elle a pu ressurgir pleinement quand la Révolution a fait des Juifs de France des citoyens à part entière. Ils sont alors quelques centaines, ici, à Toulouse, souvent très modestes. Ils sont marchands ou bien commerçants. 1791, c'est l'entrée pleine et entière du Judaïsme dans la Nation française. Et depuis, les Français juifs ont pris toute leur part dans la construction de ce pays. Ils ont été de toutes les avancées, de toutes les difficultés, de tous les succès et de toutes les épreuves. Combien d'entre eux, descendants des Juifs d'Alsace, de Lorraine, ou Juifs d'Algérie, si fiers de ce décret Crémieux qui avait fait de leurs pères et mères des Français, sont morts dans les tranchées de la Grande Guerre ? Et puis d'autres, nombreux, sont arrivés d'Europe de l'Est, de Russie, fuyant les pogroms ; sont arrivés de l'Orient, de Salonique, de Turquie. La France a été le cadre de l'émancipation des Juifs. Elle a été une terre où, après l'exil, beaucoup ont pu s'enraciner et devenir Français. Pleinement Français. Il y a un judaïsme de France, nourri de nombreuses influences et baigné des valeurs de notre République. Toulouse est la quatrième ville de France. Elle est à l'image de la France. Au fil des époques, des cultures se sont rencontrées, côtoyées, enrichies. Toulouse est un carrefour et une destination. Au siècle dernier, elle a vu se succéder de nouveaux arrivants venus notamment d'Espagne, d'Amérique du Sud, d'Italie, du Maghreb ou encore de l'Afrique subsaharienne. Toulouse est un creuset. C'est-à-dire que chacun apporte mais que tous se retrouvent dans un idéal commun : celui « d'être de Toulouse et de sa région ». Chacun apporte, mais chacun sait, qu'au-delà des différences, il y a quelque chose de plus grand qui nous rassemble. Et en évoquant cette histoire, cette belle histoire, me viennent à l'esprit les mots forts du Président de la République à la Grande mosquée de Paris, il y a quelques jours, marquant la reconnaissance vis à vis de l'engagement des musulmans de France dans les conflits mondiaux. Toulouse, quatrième ville de France abrite la quatrième communauté juive du pays. Elle a été un des premiers centres d'installation des rapatriés d'Algérie et un des premiers centres, dans les années 60, de la renaissance de ce judaïsme qui avait un nouveau visage. Toulouse a un passé majestueux mais elle a également n'en doutons pas un avenir radieux. Car Toulouse, c'est une ville de générosité, d'inventivité, d'intelligence, de recherche, de création. C'est une ville ouverte sur ses voisins et proche de cette Espagne qui m'est si chère. Cette Espagne qui, comme le Portugal, adresse, en ce moment, à travers les siècles, ce si beau message de réunification au monde séfarade. Toulouse, au cours des dernières semaines a été salie par des inscriptions qui ont visé les symboles de ce qui fait notre vie en collectivité. Je sais combien les Toulousains, dans leur ensemble, ont été blessés par ces mots et ces actes. Et face à cela, il appartient à tous les républicains, au-delà des appartenances partisanes, de se rassembler. Les invectives qui ont été entendues, samedi dernier, en marge du rassemblement citoyen pour la défense des valeurs de la République sont inadmissibles. Tous ceux qui ont refusé la participation des élus de droite, et tous ceux qui vous ont prise à partie, chère Nicole YARDÉNI, nuisent gravement à la cause qu'ils croient défendre. C'est, rassemblés, que nous devons nous battre contre les extrémismes, les fanatismes, les radicalismes. Aucune division n'est possible quand il s'agit de défendre ce qui constitue les fondements de notre société. Si j'ai appelé à un sursaut des républicains face à la tournée de la haine de Dieudonné M'Bala M'Bala, c'est parce que je sentais, comme le Président de la République, que quelque chose de fondamental était en train de se jouer ; que l'on s'en prenait à des principes essentiels de notre République. Il fallait donc porter un coup d'arrêt à cette mécanique ravivant de vieux relents nauséabonds : la haine des juifs, des francs-maçons, des homosexuels… Cette mécanique qui s'en est pris à des journalistes Frédéric HAZIZA et Patrick COHEN du fait de leur patronyme. Il fallait redire avec la plus grande force que l'antisémitisme, le racisme ne sont pas des opinions mais des délits. On ne peut pas remettre en cause la Shoah. Ni son existence, ni sa singularité ! Il fallait, enfin, briser cette lame de fond qui fait se joindre des antisémitismes venus d'horizons divers : l'antisémitisme traditionnel et un nouvel antisémitisme on connaît le stratagème ! Qui se cache derrière un antisionisme de façade. Cette jonction, qui se fait notamment sur Internet, ranime un antisémitisme virulent, celui dont Alain SORAL n'est qu'un petit idéologue rabougri. Je suis fier d'avoir mené ce combat. Un combat primordial. Aujourd'hui, plus personne ne peut dire qu'il ne sait pas quel est le vrai visage de Dieudonné M'Bala M'Bala. Mais ce combat contre l'antisémitisme, contre le racisme n'est bien évidemment pas terminé. Même si en 2013, en tendance, les actes antisémites sont en baisse par rapport à 2012 année cependant d'une rare violence le climat a changé. On n'hésite plus à assumer, à revendiquer, à clamer la haine du juif comme ce fut le cas, dans les rues de Paris, il y a quelques semaines. Alors, il faut dénoncer, mais il faut aussi agir sans relâche, car il n'y aurait rien de pire que l'incantation. Il faut s'attaquer aux racines mêmes du mal. Bien sûr, il y a la crise économique et sociale qui aggrave tout. Il y a la précarité, l'insécurité contre lesquelles nous devons lutter sans rien occulter des problèmes, car c'est souvent le meilleur terreau pour les extrémismes. Mais il y a des mécanismes plus insidieux qui sont à l'oeuvre. On ne naît pas antisémite. On apprend à le devenir. L'antisémitisme, le racisme, sont sciemment diffusés. On les fait entrer dans les esprits. Et Internet et les réseaux sociaux décuplent ce phénomène. En voyant sous nos yeux ce mal se répandre, on comprend qu'il y a encore tant à faire pour contrer ce travail de sape qui vise nos valeurs. C'est le rôle des pouvoirs publics, de l'école, des éducateurs, mais aussi des élus, des associations, des responsables religieux, des parents. Ne relâchons pas nos efforts ! Toulouse, comme toutes les grandes villes de France, est emblématique de ce combat déterminant pour l'avenir de notre pays. Ce combat, c'est, en premier lieu, celui de la laïcité. Avant de vous rejoindre, j'étais en préfecture, avec les responsables toulousains des différents cultes. Nous avons abordé, de manière concrète, les moyens permettant de faire vivre la laïcité qui est notre patrimoine commun. La laïcité apaise, protège. Nous devons la défendre et ne jamais plus la laisser aux mains de ceux qui la détournent pour en faire un discours de rejet de l'autre. Le combat que nous devons mener, ici, à Toulouse, comme partout en France, c'est aussi celui de la lutte contre la radicalisation. C'est un enjeu considérable pour notre pays et pour toute l'Europe. J'en veux pour preuve les filières syriennes qui sont aujourd'hui la menace la plus préoccupante à laquelle nous devons faire face. 700 Français ou résidents français sont impliqués dans ces filières qui ont pour but d'aller mener, là-bas, le djihad, mais aussi d'encourager le passage à l'acte au retour sur notre sol. Il y a quelques jours, deux membres de la cellule qui avait agi, en septembre 2012, contre l'épicerie casher de Sarcelles ont été interpellés après s'être rendus en Syrie. Ils avaient de toute évidence un projet d'action. Dans quelques jours, je ferai des propositions au Président de la République pour que nous soyons plus efficaces encore. Elles viendront s'ajouter à la récente réforme des services de renseignement et au renforcement de leurs moyens. Nous devons être capables de mieux détecter les individus susceptibles de basculer ; de mieux empêcher les déplacements de ceux, parfois très jeunes, et même mineurs, qui veulent aller se battre, et surtout de mieux les encadrer à leur retour. Pour cela, nous avons aussi besoin des parents, des proches, qui ont un rôle de signalement à jouer. Nous devons, aussi, mener une action de fond pour s'assurer que les valeurs de la République sont transmises et partagées. Pour cela, il faut aussi trouver des réponses à la crise identitaire qui est patente dans certains de nos quartiers, chez tous ces jeunes qui se cherchent, non seulement un avenir, mais aussi parfois un passé, une dignité. En somme nous devons réanimer tous les mécanismes qui permettent de faire Nation, de se sentir héritier d'un même héritage et partie prenante d'un même projet. Voilà l'exigence qui doit être la nôtre. Et je sais que ce message qui à travers vous s'adresse à la société dans son ensemble prend, ici, une dimension toute particulière. Car Toulouse, ville où les blessures sont encore à fleur de peau, porte en elle c'est l'héritage de son passé tant d'aspirations à se retrouver, à se rassembler. Les regards de compassion qui, hier, se sont tournés vers Toulouse, demain, je le sais, seront, sans rien oublier, des regards pleins d'admiration. Admiration que cette ville a toujours suscitée, et dans laquelle la communauté juive, dans toute sa diversité, continuera, je le sais, de briller. Vive Toulouse ! Vive la République et vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/031.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/031.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..493b674750bdeb7ae99670d65c4e66d3e5a1cfa5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/031.txt @@ -0,0 +1 @@ +Vous venez de renouveler votre contrat au ministère de la Défense. Est-ce dû au fait que les deux guerres que vous avez engagées avec François Hollande au Mali et en Centrafrique sont les seuls sujets qui font consensus en France ? Je ne sais pas si c'est la raison pour laquelle le président m'a renouvelé sa confiance. Ce que je sais, c'est qu'être à la tête de ce ministère est passionnant, C'est un grand honneur que d'être chargé d'assurer la sécurité extérieure de la France et d'aider à la mise en œuvre de ses responsabilités internationales. Si François Hollande a voulu que je poursuive cette mission, c'est qu'il a dû trouver que je la menais conformément à ce qu'il souhaitait. - On dit que vous avez fortement poussé à la nomination de Manuel Valls à Matignon. C'est exact ? J'ai beaucoup de considération pour Jean-Marc Ayrault. Il a mené son action avec beaucoup d'abnégation. Mais à un moment donné, dans un quinquennat, il faut ouvrir une nouvelle étape. Et je pense, étant donné la gravité de la situation, que le moment était venu et que Manuel Valls était le bon choix. - Voilà quatre mois que vous avez lancé l'opération Sangaris en Centrafrique. C'est un papillon éphémère qui dure… J'ai toujours dit : « Cela ira de six à douze mois ». - Vous partez sur une opération à la Serval, une opération coup de poing, et vous pensez que le problème va se résoudre de lui-même… Oui, mais on découvre l'ampleur des haines inter-religieuses, probablement sous-estimées et qui justifient d'autant plus notre intervention et son urgence. - N'avez-vous pas sous-estimé les risques que comportait cette intervention ? Il faut savoir que l'on revient de très loin en Centrafrique. Les exactions, les règlements de compte, les massacres, les assassinats avaient commencé depuis longtemps. En septembre 2013, c'est la France qui a interpellé la communauté internationale sur la gravité de la situation par la voix du président de la République. On se tuait dans l'anonymat. Il fallait une prise de conscience. Il fallait une intervention. En lançant Sangaris, nous avons pu, non pas mettre fin à toutes les violences, mais empêcher des massacres de masse. C'est une première réalité. Deuxième réalité : il fallait aider à la mise en place d'un processus politique. C'était impossible avec Michel Djotodia. Les Séléka n'étaient pas dans une démarche de paix. L'intervention de la France a aussi permis cela. Aujourd'hui, il y a un gouvernement de transition qui doit engager un processus politique. Troisièmement, notre présence a permis de faire en sorte que la route qui mène au Cameroun soit à nouveau accessible et fluide. C'est important pour l'aide humanitaire et l'approvisionnement en vivres. Mais il y a encore beaucoup de travail. Il est vrai qu'à Bangui, tout n'est pas sécurisé. Il est vrai aussi qu'un certain nombre de musulmans, par peur, partent vers l'est et vers le nord, qu'ils fuient des groupes de bandits qui mettent à feu et à sang une partie du territoire. Et il est vrai que nous avions sans doute sous-estimé l'ampleur des haines qui existent. Mais nous n'étions pas les seuls ! - Des haines qui s'exprimaient depuis des mois… Oui. Nous n'avons pas suffisamment apprécié l'ampleur de ces haines. J'entends les critiques. Mais nous sommes dans un pays qui a besoin de retrouver une sérénité qu'il n'a pas connue depuis de nombreuses années. Et on voudrait qu'en moins de quatre mois, la paix revienne… - N'était-ce pas une erreur d'appréciation de désarmer en priorité les miliciens de la Séléka sans avoir la capacité de protéger les populations musulmanes ? Je pense que l'objectif du désarmement systématique de l'ensemble des acteurs est déterminant. Mais il est vrai que nous avions sous-estimé la capacité de nuisance des anti-balaka, qui sont pour la plupart des groupes de bandits. - Le risque de partition de la Centrafrique est-il réel ? C'est une menace, et nous ferons tout pour l'empêcher. - Que se passe-il dans le nord-est, où la Séléka règne en maître ? Nos forces et celles de la Misca commencent à progresser vers l'est. Je suis déterminé à ce que ça aille jusqu'au bout. Nous avons pour cela besoin d'une OMP (opération de maintien de la paix, sous mandat des Nations unies, ndlr), qui comprendra 11.000 hommes. En même temps, il faut ouvrir le processus politique. Et ça, c'est la responsabilité de madame Catherine Samba-Panza. Elle doit faire un geste, et cela doit se faire en bonne intelligence avec les chefs d'Etats voisins, qui n'ont aucun intérêt à ce qu'il y ait une partition de la Centrafrique. Je n'ai pas à m'immiscer dans la politique d'un gouvernement, quel qu'il soit, mais je dis qu'il y a des initiatives à prendre pour mener à la réconciliation et à la paix civile. - Pourquoi demandez-vous des sanctions contre l'ex-président François Bozizé et ses fils ? Parce qu'ils animent sans aucune pudeur, de manière directe ou indirecte, une partie des réseaux anti-balaka. - François Bozizé serait en Ouganda. Êtes-vous intervenu auprès des autorités de ce pays ? Nous disons aux uns et aux autres ce que nous pensons du comportement de l'intéressé. - Craignez-vous des infiltrations de Boko Haram en Centrafrique ? Si on n'y fait pas attention, à terme, oui. - Le Tchad vient d'annoncer le retrait de ses troupes de la MISCA. Quelle est votre réaction ? Il n'y aura pas de solution politique ni sécuritaire en Centrafrique sans le plein engagement du Tchad. Nous savons pouvoir compter sur la totale détermination du Président Deby à trouver, sous quelque forme que ce soit, les moyens de contribuer au relèvement de ce pays. - Le contingent tchadien fait-il partie du problème ou de la solution ? Le problème qui peut se poser, c'est qu'il y a une histoire entre le Tchad et la Centrafrique. Une histoire à la fois sociologique et économique, et un peu politique. C'est une réalité dont il faut tenir compte. Il y a eu aussi à un moment donné la préoccupation des autorités tchadiennes de protéger les populations tchadiennes ou originaires du Tchad. C'était compréhensible. - C'est vous qui avez demandé la tête de Djotodia auprès de Idriss Déby Itno, Denis Sassou-Nguesso et Ali Bongo Ondimba ? Non. C'est eux qui ont œuvré. - Mais vous étiez dans les trois capitales juste avant son limogeage ! Oui,et j'ai constaté que ce que je pensais de Djotodia était aussi ce que pensaient les trois présidents que j'ai vus à ce moment-là. Nous avons partagé le même diagnostic sur le pouvoir Seleka. La situation n'était plus tenable en l'état. - Vous ne craignez pas l'enlisement ? Non. Je ne suis pas dans cette perspective. Je suis dans la détermination. - Au Mali, l'un des objectifs de l'opération Serval était de frapper au cœur les groupes terroristes. Ils l'ont été, mais ils sont de retour semble-t-il… La guerre de libération du Mali a été menée à bien. Aujourd'hui, nous sommes dans une autre phase. Nous menons des opérations de contre-terrorisme. Notre objectif est d'empêcher les groupes djihadistes de se reconstituer. Nous faisons du contre-terrorisme à partir de Gao, mais aussi de Niamey et de Ndjamena. Et grâce aux nouveaux outils dont nous disposons, comme les drones basés à Niamey, nous avons une visibilité considérable. - Sont-ils armés ? Nous n'avons pas de drones armés. Si l'on doit frapper, on engage des avions de chasse ou des hélicoptères de combat. En quatre mois, nous avons ainsi neutralisé une quarantaine de djihadistes au nord du Mali et dans l'Adrar des Ifoghas, y compris Omar Ould Hamaha, qui était le beau-père de Mokhtar Belmokhtar. - Savez-vous où se cache Belmokhtar ? Nous suivons un certain nombre de terroristes. Je ne vous en dirai pas plus. - Considérez-vous Iyad ag-Ghaly comme un terroriste ? C'est à lui de dire comment il se considère lui-même. Ses derniers actes de bravoure, en janvier 2013, portent une signature précise. - Le fait que, selon certaines informations, il se trouverait dans le sud algérien pose-t-il un problème ? Je n'ai pas de réponse à cette question. - Que pensent les Algériens du poste avancé que vous avez installé à Tessalit ? C'est à l'Algérie qui faut le demander. Depuis le début de l'opération Serval, notre coopération s'est révélée utile, particulièrement pour ravitailler nos troupes. - Où en est le processus de réconciliation nationale au Mali ? Je trouve qu'il n'avance pas assez vite, je le dis très clairement. Je pense que l'heure est venue. Le processus de réconciliation, est impérieusement nécessaire pour garantir l'intégrité du Mali, la paix et le développement. Je l'ai déjà dit à Ibrahim Boubacar Keita,à Bamako en janvier dernier. - Sur ce sujet, il y a une radicalisation de l'opinion à Bamako. Oui. J'en suis conscient. Cet élément est à prendre en compte. - Le sud-ouest de la Libye vous préoccupe-t-il ? De plus en plus oui. C'est un nid de vipères. C'est le lieu où les jihadistes reviennent, s'approvisionner en armes, recruter, se ressourcer... Il y a danger ! Et les conditions ne sont pas réunies aujourd'hui pour trouver des solutions. La seule réponse possible, pour l'instant, est une collaboration forte avec les Etat voisins pour assurer la sécurité des frontières, car il n'y a pas d'Etat en Libye. - Une opération militaire franco-américaine est-elle envisageable ? La Libye est un pays souverain. Ce qu'il faut faire, c'est aider les Libyens à sécuriser leurs propres frontières. Mais pour cela il faut avoir des forces de l'ordre, une douane, une gendarmerie… Nous sommes prêts à former des policiers, mais il n'y a pas de volontaires. - Aujourd'hui, la France compte près de 8.000 soldats sur le continent africain : c'est le déploiement militaire le plus important depuis la guerre d'Algérie. Paradoxal, pour un gouvernement de gauche ? Pensez-vous réellement qu'un gouvernement socialiste ne devrait pas défendre la sécurité de la France et agir au nom des Nations unies ? Il se trouve qu'il y a des risques sécuritaires graves. La France fait son devoir, en application du droit international. - Cette situation ne fait-elle pas de vous le « ministre de l'Afrique » ? Je suis le ministre de la Défense et je me passionne pour l'Afrique et ses enjeux de sécurité. Il se trouve qu'il y a eu, en 2013, deux crises sur le continent. La France était au rendez-vous. - Y a-t-il une Francafrique militaire ? Absolument pas. Appliquer les résolutions des Nations unies et faire respecter le droit international, cela n'a rien à voir avec la Françafrique. - Vous êtes proches de chefs d'Etats que le Parti socialiste, il y a peu encore, jugeait peu fréquentables. Vous n'avez pas d'états d'âme ? Au nom de quoi aurais-je des états d'âme quand je fais respecter le droit international ? Qu'on me le dise ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/032.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/032.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..815ed6226ce9c53fb0625fac428b139efa700911 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/032.txt @@ -0,0 +1 @@ +Julian Bugier Un plan pour empêcher les jeunes Français d'aller combattre en Syrie, c'est donc l'initiative inédite lancé par le gouvernement. Cellule de cyber-surveillance, contrôles aux frontières renforcés, prévention aussi, les mesures sont multiples, seront-elles suffisantes face à l'ampleur du phénomène ? On vous entendra, Monsieur le Ministre, dans un instant, d'abord les grades lignes de ce plan, c'est avec Loubna ANAKI. // Reportage // Julian Bugier Bonsoir Bernard Cazeneuve. Bernard Cazeneuve Bonsoir. Julian Bugier Merci d'être avec nous sur le plateau du 20 heures de FRANCE 2, vos annonces, vous le savez, sont très attendues, je vais vous demander d'être le plus concret possible. On en a entendues quelques-unes, la détresse des parents on l'a aussi entendue dans le reportage, d'abord la création d'un centre d'appel pour signaler les comportements de radicalisation, quelle forme va prendre concrètement encore une fois ce guichet ? Bernard Cazeneuve Nous allons sur le site internet du ministère de l'Intérieur diffuser des informations à destination des familles qui constatent que leurs enfants sont en rupture de manière à ce que ces familles disposent par le moyen du numéro vert ou par le moyen d'une adresse Internet de la possibilité de nous informer de ces phénomènes qui les inquiètent et nous mobiliserons dans la foulée immédiatement les préfets qui parviendront sur les territoires à prendre contact avec ces familles, à mobiliser autour d’elles un ensemble de professionnels, psychologues, travailleurs sociaux, représentants de l'Education nationale, pour faire en sorte que chaque situation soit traitée avec des mesures particulières, spécifiques. Julian Bugier Les imams et les représentants religieux seront également mis à contribution ? Bernard Cazeneuve Mais l'islam de France ce n'est pas un islam radical et bien entendu tous ceux qui dans les milieux associatifs au sein de l'islam peuvent nous aider à ramener ces jeunes à la raison pourront être mobilisés dans le respect des principes de la laïcité, ce qu'il faut c'est prévenir ces comportements. Vous l'avez bien vu à travers le témoignage des parents lorsque des jeunes, des mineurs, des adolescents qui sont parfois fragiles, qui peuvent être soumis à l'emprise de discours qui s'apparentent à des discours sectaires tombent entre les mains de marchands de haine, de prédicateurs, de recruteurs, il faut absolument mobiliser immédiatement les moyens qui permettent d''éviter le basculement. Et ce plan comporte des mesures préventives que je viens d'indiquer et nous les mettrons en œuvre dès les jours qui viennent. Julian Bugier Ça c'est pour la détection, quel arsenal pour ceux qui rentrent en France embrigadés, fanatisés, comment les empêcher d'agir et de passer à l'action ? Bernard Cazeneuve Pour ceux qui rentrent en France embrigadés, fanatisés ils seront sous le coup de la justice car ils relèvent de l'infraction pénale d'« association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste » puisqu'ils auront participé avec un groupe terroriste à des actes d'une extrême… Julian Bugier S'ils rejoignent une organisation terroriste ! Bernard Cazeneuve Mais lorsqu'ils sont dans des opérations jihadistes, qu'ils commettent des crimes, ils doivent être jugés en France en raison des crimes qu'ils auront commis. Julian Bugier On vous entend mais comment les repérer lors de leur retour sur le territoire français ? Bernard Cazeneuve Mais nous avons des dispositifs d'ores et déjà qui nous permettent d'avoir une idée de ceux qui sont partis. Nous savons… Julian Bugier Oui mais avec un précédent, Mohammed MERAH, tout de même… Bernard Cazeneuve Oui mais nous savons aujourd'hui parce que nous avons mobilisé des moyens, parce que nous avons perfectionné nos dispositifs quel est le nombre, nous sommes désireux de faire en sorte que ceux qui peuvent partir ne partent pas, c'est aussi un volet très important du plan, prévenir les départs, c'est la raison pour laquelle pour les mineurs nous allons dès lors que les parents nous sollicitent empêcher ces départs. Il en est de même d'ailleurs pour les personnes majeures et on prend des dispositions législatives à cet effet, comment, en versant l'identité de ces personnes qui sont susceptibles de partir, qui ont émis le souhait de partir dans le système d'information Schengen de manière à ce qu'ils soient arrêtés à la frontière ou dès lors qu'ils prennent un moyen de transport les acheminant vers la Syrie. Donc notre objectif est triple, la prévention, j'en ai parlé, empêcher les départs et puis démanteler les filières jihadistes. Pour cela, il faut bloquer les avoirs, il faut intervenir sur Internet de façon très forte à travers des cyber-patrouilles et il faut impérativement prendre des initiatives avec les pays de l'Union européenne à destination des opérateurs Internet parce que les images violentes qui ont été diffusées par Internet sont des moyens d'embrigadement. Julian Bugier Oui, plus de coordination. Un dernier point, Monsieur le Ministre, très important, Marine LE PEN dit « il faut leur supprimer la nationalité française » et c'est ce que fait la Grande-Bretagne, écoutez David Cameron, c'est très court. [Extrait vidéo] David Cameron, Premier ministre britannique Nous avons la possibilité de retirer la nationalité de ces gens-là, nous avons donc une réponse qui mobilise plusieurs ministères, il faut protéger nos frontières, dissuader les gens de se rendre en Syrie. Julian Bugier Pourquoi ne pas le faire ? Bernard Cazeneuve Mais nous le faisons pour un certain nombre d'actes graves qui portent atteinte à l'intégrité de l'Etat. Julian Bugier C'est tout de même rarissime… Bernard Cazeneuve Mais il faut pour cela que les conditions soient remplies qui sont des conditions juridiques. Il faut que la nationalité ait été acquise par naturalisation et il faut aussi que la personne qui a acquis la nationalité française par naturalisation ait la double nationalité, ce sont là les règles du droit international. Julian Bugier Vous ne l'excluez pas ? Bernard Cazeneuve Mais il est arrivé à notre pays de le faire et bien entendu si nous sommes confrontés à des cas particuliers il est tout à fait possible que cette mesure qui est dans le droit français soit mise en œuvre. Julian Bugier Merci Bernard Cazeneuve. Bernard Cazeneuve Et dans le cadre des règles internationales que j'ai rappelées. Julian Bugier Merci Bernard Cazeneuve d'avoir été ce soir notre invité. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/033.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/033.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..706bdc429e0c68bb9d1ba7c4774e67e31559070b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/033.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le ministre de l’intérieur a présenté une communication relative au plan de lutte contre la radicalisation violente et les filières terroristes. Comme les autres pays européens, la France est aujourd’hui confrontée à une menace grave, liée au basculement de plusieurs centaines de personnes dans l’engagement radical violent, le plus souvent en lien avec les filières terroristes syriennes. Les départs vers la Syrie connaissent d’ailleurs une hausse accélérée et préoccupante depuis plusieurs mois. Sur un total de plus de 740 personnes détectées comme appartenant à ces filières, près de 300 se trouvent en Syrie, 130 en transit et 130 sont de retour après un ou plusieurs séjours. 25 personnes ont trouvé la mort en Syrie dans ce cadre. L’émergence d’une nouvelle génération de terroristes aguerris, susceptible de frapper le territoire français, appelle de l’État une réaction déterminée, ferme et efficace. Une approche uniquement répressive ne suffira toutefois pas à endiguer ce phénomène. Des actions préventives et visant à contredire les « prêcheurs de haine » seront aussi mises en œuvre. 1 Le plan vise tout d’abord à contrarier les déplacements des terroristes vers ou depuis la Syrie, par le renforcement des contrôles et des décisions de retrait des documents de voyage. Le Parlement sera saisi d’un projet organisant un régime d’opposition à la sortie du territoire des personnes majeures engagées dans des activités terroristes. Les parents pourront effectuer un signalement aux autorités publiques pour s’opposer à la sortie du territoire de leurs enfants mineurs. 2 La lutte active contre les filières djihadistes sera intensifiée. L’action des services de renseignement en matière de détection et de surveillance a été renforcée. Ces services conduiront plus systématiquement des entretiens administratifs avec les personnes signalées et leur famille. Les ressortissants étrangers impliqués dans les filières feront l’objet de mesures d’éloignement et le gel des avoirs des structures utilisées par les filières sera développé. Les possibilités de détection des filières sur internet seront accrues par la généralisation de l’enquête sous pseudonyme à l’ensemble des activités à caractère terroriste et à toutes les infractions de communication associées. Les outils et la stratégie de lutte contre le cyber-terrorisme seront étoffés. Des impulsions seront également données, en France comme au niveau européen, en direction des grands opérateurs de l’Internet, afin que les contenus illicites et les sites de recrutement fassent l’objet de procédures de suppression effective et rapide. 3 La coopération internationale avec les autres pays de départ et les pays de transit sera intensifiée. La France participe activement au réseau d’experts européens spécialisés dans la prévention et la réduction des phénomènes de radicalisation. Avec ses partenaires, la France mobilisera l’Union et la communauté internationale en faveur d’un plan d’aide aux zones syriennes libérées. Si de nombreuses personnes s’émeuvent sincèrement des conditions de vie et de la situation sanitaire des populations civiles dans les zones non contrôlées par le Gouvernement syrien, il faut éviter l’exploitation de la compassion par les réseaux terroristes et le détournement des dons. C’est pourquoi il est nécessaire de donner davantage de visibilité à l’aide humanitaire française et européenne. 4 Une série d’actions préventives et des opérations visant à contredire les « prêcheurs de haine » seront déployées. Le plan prend en compte la trajectoire individuelle des personnes et le besoin de soutien de leur famille. Un centre national d’écoute et d’orientation sera aussi créé pour les familles. Outre les poursuites judiciaires décidées par l’autorité judiciaire, un dispositif expérimental de réinsertion individualisée sera créé, en lien avec les collectivités territoriales concernées. Ce volet du plan permettra de répondre aux inquiétudes des familles par une action de sensibilisation, de soutien et d’accompagnement, tout en améliorant les chances de succès de la réinsertion, par l’implication de la cellule familiale. Les agents publics en contact avec les publics concernés bénéficieront d’actions de formation spécialisées. Une attention particulière sera portée au milieu carcéral. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/034.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/034.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f30c23ae03f373e9c82922e408a99bf2968b73f4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/034.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président Jean-Jacques Urvoas. Nous accueillons M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, que je remercie d'avoir accepté cette première invitation à la commission des Lois. Je suis certain que les rapports que la Commission établira avec vous, monsieur le ministre, seront empreints de respect mutuel et marqués par un désir partagé de faire progresser les idées auxquelles nous sommes tous ici attachés, quelle que soit notre appartenance politique. En accord avec vous, nous consacrerons cette réunion au plan, présenté au conseil des ministres du 23 avril dernier, visant à lutter contre la dérive djihadiste de certains de nos ressortissants. Le sujet demeure d'ailleurs d'une grande actualité puisque, ce matin même, vous avez soumis au même conseil des ministres le décret transformant la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) en direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), mutation devant entrer en vigueur le 12 mai prochain cependant que la sous-direction à l'information générale deviendra le service central du renseignement territorial… M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur. Je vous remercie, monsieur le président, de votre accueil et tiens à assurer la Commission de mon entière disponibilité pour participer à tous les débats pour lesquels elle jugera ma présence nécessaire. Il importe en effet que le Parlement puisse exercer pleinement ses prérogatives de contrôle en interrogeant les ministres sur les sujets qui relèvent de leur compétence. Le plan que le Gouvernement a adopté la semaine dernière pour lutter contre les groupes djihadistes engagés sur le théâtre syrien est issu d'un travail interministériel approfondi conduit sous l'égide de mon prédécesseur, qui avait proposé un ensemble de mesures devant le Conseil de défense du 24 mars dernier. Pour vous donner la mesure du problème posé, je commencerai par vous donner quelques chiffres : ce sont 285 de nos ressortissants qui se trouvent ou se sont trouvés sur le théâtre des opérations syrien, et leur nombre a crû d'environ 75 % au cours des six derniers mois ; 120 autres seraient en transit vers les lieux du conflit, au moins 25 auraient trouvé la mort à l'occasion des combats et une centaine seraient revenus sur le territoire national. En outre, 116 femmes et une trentaine de mineurs ont accompagné ces Français engagés en Syrie. Mais le phénomène n'est pas cantonné à la France : la plupart des pays de l'Union européenne constatent qu'un nombre croissant de leurs ressortissants s'engagent en Syrie dans des groupes djihadistes après s'être imprégnés d'une pensée radicalisée sur l'Internet. Dans certains pays, comme la Belgique, on recense même plus de cas par rapport à la population totale qu'en France, mais dans tous, l'augmentation du nombre des départs au cours de la période récente est sensible, et comparable à celle que nous avons nous-mêmes enregistrée. Il s'avère que ces personnes – en France comme dans les autres pays européens – ont peu fréquenté les lieux de culte et sont bien souvent ignorantes des préceptes et des valeurs de l'islam ; elles souffrent de fragilités psychologiques et ont connu des processus de relégation ou de marginalisation qui leur ont fait perdre tout repère. Elles ont rencontré la violence sur l'Internet – vecteur principal, pour ne pas dire exclusif, de la propagande –, puis ont basculé dans le djihad. Tous les pays de l'Union cherchent donc à maîtriser les informations véhiculées sur la Toile, de manière à éradiquer le phénomène. Je rappelle que, d'autre part, nous avons mené une action humanitaire et diplomatique afin d'assurer le respect du droit international et des droits de l'homme, et pour garantir l'assistance aux populations victimes de violences en Syrie. Il importe de faire en sorte que cette action menée en lien avec la communauté internationale et avec l'Union, face aux atrocités du régime de Bachar el-Assad, soit bien comprise de tous. Les familles confrontées au basculement dans le djihad de l'un de leurs membres vivent un drame. Mme Laurence Rossignol, secrétaire d'État chargée de la famille, et moi-même avons rencontré certaines d'entre elles la semaine dernière ; elles nous ont fait part de la difficulté à détecter ces ruptures, car la propagande sur l'Internet conseille aux jeunes de dissimuler les préparatifs de départ et, même si cela conduit les intéressés à se renfermer sur eux-mêmes, la nature du danger n'est pas toujours perceptible pour les proches. Cependant, certaines familles se sont posé des questions qui auraient pu justifier un accompagnement ou la sollicitation d'un interlocuteur. Ensuite, les communications avec les jeunes partis en Syrie sont coupées, ce qui nourrit l'inquiétude des familles. Certains meurent – une famille a ainsi perdu ses deux enfants – mais, pour les autres, il y a tout à craindre des effets du traumatisme psychologique né du contact avec une violence souvent d'une barbarie inimaginable. Lors de leur retour, il faut donc des mesures allant de la neutralisation de ceux qui peuvent porter atteinte à notre sécurité – nous ferons preuve sur ce point d'une extrême fermeté – à l'endiguement, spécialement en milieu carcéral, de la pensée radicale et violente. Pour faire face à ce phénomène, le Gouvernement a arrêté un plan en trois volets. Tout d'abord, nous souhaitons prévenir les départs, qui peuvent conduire à des situations difficilement réparables, sinon irréversibles. Pour les empêcher, nous devons mobiliser, au sein de l'Union et dans notre pays, des moyens qui peuvent impliquer des évolutions réglementaires ou législatives. S'agissant des mineurs, rétablir l'autorisation de sortie du territoire n'aurait aucune efficacité. Pourtant, nous devons nous mettre en mesure de retenir ceux qui se préparent à partir ou dont le comportement nous a été signalé par leur famille ou par nos services. Nous pouvons pour cela les inscrire au fichier des personnes recherchées et les signaler au service d'information de l'espace Schengen, en sorte qu'ils soient arrêtés aux frontières de l'Union. Nous avons souhaité que cette disposition soit mise en œuvre immédiatement après la présentation du plan en conseil des ministres, et une instruction a été signée à cet effet il y a quarante-huit heures. En ce qui concerne les majeurs, le même dispositif sera mis en place, mais cela nécessitera une mesure législative nous permettant d'aller, comme pour les mineurs, jusqu'au retrait du passeport – étant entendu que nous ne pouvons, en dehors d'une procédure de contrôle judiciaire, priver nos ressortissants de leur carte d'identité, qui suffit pour circuler au sein de l'espace Schengen. En deuxième lieu, nous voulons lutter contre les filières djihadistes par une combinaison de mesures diverses mais qui, prises ensemble, devraient se révéler efficaces. Dans le respect du droit en vigueur mais en faisant preuve d'une grande détermination, nous expulserons les étrangers présents sur notre territoire qui seraient convaincus de participation à des activités de type terroriste, de propagande ou de recrutement de certains de nos compatriotes pour les envoyer sur le champ de bataille syrien. Pour ce faire, nous exploiterons les qualifications pénales existantes. Nous procéderons également au gel systématique des avoirs mal acquis ou appartenant à des groupes qui financent ces filières. Comme l'enrôlement s'effectue grâce à l'Internet, une bonne connaissance de ce qui se déroule sur la Toile permettra d'identifier l'ensemble des acteurs impliqués dans ces opérations funestes pour les mettre hors d'état de nuire. Nous comptons sur la coopération étroite des services de nos partenaires européens, car le recoupement de nos informations avec celles dont ils disposent permettra de mieux confondre les auteurs, les recruteurs et les pourvoyeurs de haine sur l'Internet ; nous agirons ensuite auprès des opérateurs pour qu'ils « coupent » les discours, les vidéos et les images servant à l'endoctrinement. Le problème débordant le cadre européen, j'ai rencontré hier Mme Lisa Monaco, conseillère du président Obama sur ces sujets, afin que nous sollicitions ensemble les opérateurs. Il est également crucial, pour pouvoir lancer des poursuites judiciaires, que nous pénétrions ces réseaux qui recrutent grâce aux forums, aux réseaux sociaux et autres multiples moyens de communication disponibles sur l'Internet. Cette partie du dispositif exigera l'adoption de mesures législatives pour permettre l'intervention de nos enquêteurs sous pseudonyme. De surcroît, afin de disposer du temps nécessaire pour conduire les enquêtes jusqu'à leur terme, nous proposerons au Parlement que les données recueillies par ce moyen ou grâce aux interceptions de sécurité puissent être conservées au-delà de dix jours et jusqu'à un mois, de manière à ce qu'elles puissent être exploitées de manière exhaustive, dans le respect rigoureux des libertés publiques et des textes en vigueur. Compte tenu de l'importance de ce travail en commun de nos services pour démanteler les filières intervenant sur l'Internet, je m'en entretiendrai dès cet après-midi, à Londres, avec mes homologues britannique, allemand et belge et, le 8 mai prochain, c'est l'ensemble des ministres de l'Intérieur des pays occidentaux qui se retrouveront pour élaborer un plan d'action global en la matière. Troisième volet : nous souhaitons que les services de l'État accompagnent les proches plongés dans le désarroi qui solliciteraient une aide de la puissance publique. Pour ce faire, nous avons installé une plateforme Internet – hébergée par le site du ministère de l'Intérieur – et un numéro vert ; celui-ci a été mis en place ce matin et permet aux familles de contacter un fonctionnaire. J'ai également pris une instruction à destination des préfets pour organiser un accompagnement aussi proche que possible de ces familles, grâce à la mobilisation d'une diversité d'acteurs – relevant de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), de l'Éducation nationale ou du secteur social – aptes à prendre en charge de manière spécifique les difficultés auxquelles elles sont confrontées. Empêcher les départs, démanteler les filières et agir de manière préventive : ces trois volets regroupent au total 23 mesures précises, mais susceptibles d'évoluer si nécessaire. Nous devons en effet, en lien avec nos partenaires européens, déployer de grandes capacités d'adaptation et de réaction afin de faire face à des situations ou à des comportements mouvants ou inédits et pouvant mobiliser des moyens sophistiqués, et il nous faut donc être prêts à engager à tout moment de nouvelles initiatives ou de nouvelles coopérations. M. Guillaume Larrivé. Monsieur le ministre, le groupe UMP a, en 2012, apporté son soutien au renforcement de notre arsenal préventif et répressif proposé par votre prédécesseur pour combattre le terrorisme. C'est dans le même esprit de consensus et le même souci de l'intérêt général que nous interviendrons aujourd'hui dans cette discussion. Le juge Marc Trévidic a publié récemment dans Le Figaro une tribune dans laquelle il s'interrogeait sur la pertinence de l'infraction large et collective – définie par la loi du 22 juillet 1996 – d'association de malfaiteurs en vue de la réalisation d'un acte terroriste pour combattre une menace qui est de plus en plus le fait d'individus solitaires. Le Gouvernement réfléchit-il à une évolution de cette incrimination afin de viser la préparation d'un acte terroriste isolé, caractérisée par un faisceau d'indices comme la consultation habituelle de pages Internet faisant l'apologie du terrorisme, l'acquisition de composants explosifs ou le repérage de cibles ? Monsieur le ministre, vous jugez nécessaire de recourir à une mesure législative pour autoriser le travail sous pseudonyme de cyberpatrouilleurs chargés de s'infiltrer dans des conversations ayant lieu sur l'Internet ; la mesure, comparable à celle qui a été adoptée pour combattre la pédopornographie, relève en effet du domaine de la loi, mais n'en est-il pas de même s'agissant du blocage de l'accès aux sites ou aux pages glorifiant le terrorisme ? Notre majorité s'était posé la question lors de la discussion du projet de loi défendu par M. Michel Mercier, garde des Sceaux, à la toute fin du précédent quinquennat et nous avons abordé à nouveau ce sujet à la fin de 2012, à propos d'amendements déposés par le groupe UMP et rejetés par l'actuelle majorité. Obtenir des opérateurs qu'ils « coupent » les images et les vidéos de propagande, comme vous le souhaitez, me semble requérir une loi et le fait que le Conseil constitutionnel ait, en 2011, validé les mesures législatives de lutte contre la pédopornographie paraît confirmer ce point de vue. M. Éric Ciotti. Monsieur le ministre, je vous félicite pour votre nomination. Le plan que vous nous présentez aujourd'hui concerne un sujet grave, qui doit nous rassembler. Les députés de l'opposition avaient d'ailleurs soutenu le projet de loi relatif à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme adopté à la fin de 2012 à l'initiative de votre prédécesseur – un texte qui, soit dit en passant, reprenait nombre de dispositions du projet de loi présenté par la précédente majorité après l'affaire Merah, mais que le groupe socialiste du Sénat avait, hélas, refusé de soutenir. J'apporte donc mon soutien aux propositions que vous nous faites, car j'en approuve l'esprit et j'estime qu'elles vont toutes dans le bon sens, même si, à l'exception de la mise en place du numéro vert et de la plateforme de signalement sur Internet, elles comportent peu de dispositions nouvelles – ce que le directeur du Centre français de recherche sur le renseignement n'a pas manqué de souligner dans une récente interview à l'AFP. Envisagez-vous l'adoption d'un nouveau texte législatif ? La loi du 21 décembre 2012 a prorogé jusqu'au 31 décembre 2015 l'application des dispositions de la loi antiterroriste de 2006. Bien entendu, il sera nécessaire de procéder le moment venu à une nouvelle prorogation ; ne pourrait-on en profiter pour revoir l'ensemble du dispositif de lutte contre le terrorisme, en particulier pour revenir sur la question de la consultation des sites Internet ? On sait que le prosélytisme en faveur du terrorisme passe prioritairement par cette voie. J'avais présenté en novembre 2012, avec Philippe Goujon et Guillaume Larrivé, un amendement tendant à créer un délit de consultation des sites Internet provoquant au terrorisme ou en faisant l'apologie – proposition qui était incluse dans le projet de loi déposé en avril 2012 par le gouvernement Fillon –, mais le Gouvernement a refusé de nous suivre. Une telle mesure serait utile, mais nécessiterait sans doute un vecteur législatif. Conformément à la loi de 2007 réformant la protection de l'enfance, des cellules de signalement ont déjà été mises en place par les conseils généraux, et elles se révèlent extrêmement utiles. C'est grâce à l'une d'entre elles que j'ai eu connaissance, en tant que président du conseil général des Alpes-Maritimes, de cinq cas d'enfants mineurs partis de Nice probablement pour mener le djihad : leurs familles avaient contacté les services de la protection de l'enfance. Une coordination avec les conseils généraux serait par conséquent utile – même si je sais la défiance du Gouvernement à l'égard de ces derniers… Enfin, savez-vous pourquoi M. Valls a fait publier la circulaire du 20 novembre 2012 qui supprime l'autorisation de sortie de territoire pour les mineurs ? M. Alain Tourret. Permettez au Normand que je suis d'exprimer son bonheur de voir un autre Normand occuper le poste de ministre de l'Intérieur ! Citant l'un de ses prédécesseurs, Clemenceau – « le Tigre » –, je lui dirai : « Ne craignez jamais de vous faire des ennemis. Si vous n'en avez pas, c'est que vous n'avez rien fait ! ». Quelle qualification juridique donner à l'engagement des djihadistes ? Si l'on a la preuve qu'ils ont effectivement participé à des actions armées ou à des actes de guerre, doit-on considérer qu'il s'agit d'une tentative d'assassinat, voire, s'ils ont tué quelqu'un, d'un assassinat ? Jusqu'où peut-on et doit-on aller dans cette voie ? Durant la guerre d'Algérie, des poursuites étaient systématiquement engagées contre ceux qui passaient dans le camp du FLN, mais ces derniers étaient amenés à tirer sur les forces françaises : ce n'était pas tout à fait la même chose. Il n'en reste pas moins que l'on assiste actuellement à une internationalisation de la qualification de crimes – c'est notamment le cas en matière de viol. Jugeriez-vous utile, voire nécessaire, d'engager des poursuites sous de telles qualifications ? Pensez-vous qu'il est nécessaire de modifier la législation actuelle ou peut-on s'en contenter ? Quelles sont les instructions données à ce sujet par la garde des Sceaux et par vous-même ? Mme Nathalie Nieson. Certains assimilent les méthodes d'endoctrinement des djihadistes à celles des sectes ; cela ne pourrait-il pas aider à qualifier juridiquement l'engagement djihadiste ou inspirer des campagnes de prévention ? Vous avez dit que ce fléau touchait aussi d'autres pays européens, mais la France est-elle une cible privilégiée et si oui, pourquoi ? Serait-ce lié à l'arsenal législatif dont nous nous sommes dotés ? Enfin, je suis heureuse que ce plan comporte un volet consacré à l'accompagnement des familles, qui ne sont que les victimes de ces situations. M. Philippe Goujon. Votre plan va certes dans le bon sens, monsieur le ministre, et nous en attendons beaucoup. Toutefois, je pense qu'il serait nécessaire qu'il repose sur un support législatif, ne serait-ce que parce qu'il faudra prolonger en 2015 les dispositions de la loi de 2012 et inscrire un certain nombre de mesures dans le code pénal. Guillaume Larrivé, Éric Ciotti et moi avions déposé en 2012 un amendement tendant à instituer un délit de consultation des sites Internet faisant l'apologie du terrorisme ; cela aurait permis de placer des personnes en garde à vue, de relever leur identité, de procéder à des auditions et d'obtenir ainsi une première évaluation de leur degré d'embrigadement. La création d'un tel délit est, je le rappelle, conforme au Mémorandum de Rabat, qui a été signé par les membres du Forum mondial contre le terrorisme – auquel la France appartient – et qui préconise la criminalisation des actes préparatoires. À l'époque, le Gouvernement avait rejeté l'amendement au motif qu'il préférait pouvoir détecter ces individus sans les alerter. Pouvez-vous nous dire, deux ans après, combien de personnes ont été ainsi identifiées et empêchées de nuire ? Vous participerez cet après-midi à Londres à une réunion quadrilatérale consacrée à la lutte contre les filières djihadistes. Le Royaume-Uni est allé très loin dans sa législation et sa pratique antiterroristes : les djihadistes y sont arrêtés et interrogés à leur retour, et le Gouvernement britannique envisage de les interdire de territoire si la menace qu'ils représentent est sérieuse. Envisagez-vous de créer « un délit-obstacle faisant interdiction à un Français de combattre à l'étranger sans autorisation », comme le préconisent le juge Trévidic et le consultant international Jean-Charles Brisard ? Pour dissimuler leurs déplacements aux autorités, de nombreux apprentis djihadistes partent en Turquie, où ils peuvent entrer sans visa, puis s'évanouissent dans la nature pour rejoindre la Syrie. Évoquant le dispositif de Schengen lors de son audition du 12 juillet 2012, votre prédécesseur avait reconnu qu'il y avait débat avec les autorités turques sur la question des visas, problème qui devait être réglé, avait-il dit, « en respectant le droit, mais sans angélisme ». Deux ans après, qu'en est-il ? Quelles dispositions envisagez-vous de prendre, en accord avec votre homologue turc, pour contrôler la frontière entre l'Union européenne et la Turquie ? Mme Marie-Françoise Bechtel. Votre exposé, monsieur le ministre, nous concerne d'autant plus que vous avez souligné, tout comme votre prédécesseur, la nécessité de compléter le dispositif législatif, notamment afin que les services de police soient autorisés à infiltrer les sites Internet. Nous en étions restés au point où des problèmes constitutionnels faisaient obstacle à une intervention législative rapide ; les services du ministère de l'Intérieur devaient travailler sur la question. Êtes-vous aujourd'hui en mesure de nous dire dans quel délai une disposition législative pourrait être prise ? Permettez-moi, puisque j'étais la rapporteure du projet de loi relatif à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme, de faire quelques commentaires sur les interventions des précédents orateurs. Je dois dire, monsieur Larrivé, que la tribune du juge Trévidic en faveur d'une révision de l'infraction dite « d'association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte terroriste » m'a beaucoup étonnée ; en effet, lorsque nous l'avions auditionné dans le cadre de la préparation de mon rapport, il nous avait au contraire expliqué que la loi de 1996 qui définit cette infraction était remarquable par sa souplesse et son empirisme, qu'elle était souvent copiée à l'étranger et que nous n'avions aucune raison de la dénigrer. Je suis par conséquent surprise que l'on juge aujourd'hui nécessaire de définir l'acte isolé, alors qu'il soutenait à l'époque qu'une telle incrimination permettait d'en tenir compte. La réflexion aurait-elle évolué sur ce point ? Qu'en pense-t-on au ministère de l'Intérieur ? La possibilité de bloquer l'accès aux sites Internet avait également été examinée par la Commission, des amendements ayant été déposés en ce sens ; mais nous avions considéré – à tort ou à raison – qu'une telle mesure serait contre-productive par rapport à l'objectif d'infiltrer ces sites. On ne peut pas faire les deux : il en est comme de boire ou conduire, il faut choisir ! Un délit de consultation des sites Internet faisant l'apologie du terrorisme serait malaisé à mettre en œuvre. Certaines personnes pouvant être amenées à les consulter de façon légitime, il faudrait que la loi prévoie des exceptions : je pense non seulement aux forces de sécurité, mais aussi aux chercheurs. Or comment définir un chercheur ? Je crains qu'il ne soit bien difficile d'aboutir à une disposition claire et efficace. À l'époque, certains membres de la Commission avaient estimé qu'il fallait agir prioritairement contre la propagande ouverte, notamment dans les cours de récréation. Or il s'avère que le recrutement des djihadistes s'effectue dans le secret, via Internet, sans que les familles en soient informées. Il s'agit de méthodes de professionnels, beaucoup plus efficaces et bien plus dangereuses qu'une propagande faite aux yeux de tous – même si celle-ci, particulièrement choquante, mérite des actions appropriées, notamment au titre de la protection de l'enfance. Cela rend d'autant plus nécessaire une infiltration des sites par les services de police. M. Georges Fenech. Je m'associe aux satisfactions et aux attentes exprimées par mes collègues. On sait que le milieu pénitentiaire est un lieu d'endoctrinement, voire de recrutement, où sont tenus des discours radicaux. Votre ministère s'intéresse-t-il à ce qui s'y passe ? Mettez-vous en œuvre une politique de prévention ? Puis-je me permettre de poser une question doublement hors sujet, puisqu'elle ne relève ni de votre ministère, ni de l'ordre du jour ? M. le ministre. Oui, sauf si elle concerne le ministère des Sports... (Sourires.) M. Georges Fenech. Il est prévu que notre Commission examine le projet de réforme pénale de Mme Taubira. Votre prédécesseur avait exprimé avec force ses désaccords et ses objections sur le texte proposé, allant jusqu'à solliciter l'arbitrage du président de la République. Ses craintes ont-elles été balayées ? Une étude d'impact réalisée par la Chancellerie estime qu'environ 20 000 détenus pourraient bénéficier dans ce cadre de la fameuse « contrainte pénale » ; un détenu sur trois se retrouvera ainsi dans la nature dans l'année qui suivra l'adoption du texte. Avec quels moyens allez-vous contrôler cette population délinquante ? Est-ce pour vous une source de préoccupation ? Plus largement, quel est votre sentiment sur ce projet de loi ? Mme Élisabeth Pochon. Seule une poignée de mineurs est partie en Syrie, mais notre République n'a pas à produire des enfants soldats, et encore moins des terroristes. Dans mon département de Seine-Saint-Denis, j'ai rencontré des familles extrêmement inquiètes parce que leurs enfants leur échappaient. Ma longue expérience de conseillère principale d'éducation ne me fait pas partager le point de vue de Mme Bechtel : il existe aussi de la propagande en sous-main dans les établissements scolaires ; et même si l'Internet est l'interlocuteur principal, l'adhésion du jeune à un projet passera toujours par certains contacts personnels. Dans ce contexte, quel rôle la communauté éducative peut-elle jouer dans l'éducation des jeunes à l'usage de l'Internet et au fait religieux ? Comment la mobiliser pour qu'elle exerce une vigilance accrue, notamment en cas de modifications du comportement ? D'autre part, même si le fait d'inscrire des jeunes au fichier de personnes recherchées peut être utile, que l'initiative vienne des familles pose problème. Il conviendrait de rassurer celles-ci sur les conséquences de leur démarche, car il n'est guère facile de « dénoncer » son enfant, même quand c'est pour garantir sa sécurité. Les Britanniques envisagent de procéder au « désendoctrinement » des personnes suspectées de vouloir partir. Si une politique répressive est indispensable pour assurer la sécurité de notre territoire, nous devons avoir conscience que l'attitude de ces jeunes résulte d'une intégration sociale défaillante. Que pouvons-nous faire pour éviter ces départs sans retour et ces retours sans avenir ? M. Pascal Terrasse. Je vous remercie de m'accueillir au sein de votre Commission. Si je prends la parole, c'est au titre de mes fonctions de secrétaire général parlementaire de l'Assemblée parlementaire de la francophonie. La question du terrorisme doit en effet être abordée de façon différente suivant les pays. Si le fait que de jeunes mineurs quittent le territoire national pour aller défendre une cause pose bien évidemment problème, je tiens à rappeler qu'en ce qui concerne la Syrie, pays francophone, un certain nombre d'États, dont la France, considèrent plutôt d'un bon œil le combat contre le régime sanguinaire de Bachar el-Assad ; la France avait même envisagé à un moment d'intervenir, avec les États-Unis, pour mettre fin à ses exactions. D'autre part, qu'en est-il des biens mal acquis ? Un nombre croissant de mouvements terroristes, notamment en Afrique subsaharienne, cachent, sous le couvert d'un engagement politique, des organisations mafieuses et des trafics d'armes, de femmes ou de drogue : ainsi, ces groupuscules soi-disant djihadistes originaires de Libye que l'on trouve aujourd'hui au Nigeria, au Niger, au Tchad, en République centrafricaine ou en République démocratique du Congo. Le même phénomène a été observé au Mali. L'Europe – et la France en particulier – serait bien inspirée de réfléchir à une réponse juridique et diplomatique appropriée. Aujourd'hui, n'importe quel juge peut être saisi d'un dossier de bien mal acquis sans qu'il dispose de l'expérience ni de la subtilité diplomatique requises. Il serait bon qu'en liaison avec votre collègue des Affaires étrangères, vous dotiez la France d'une cellule spécialisée dans l'examen des dossiers ayant un caractère à la fois juridique et diplomatique. J'ai pour ma part très mal vécu l'incident survenu il y a quelques semaines, lorsqu'un responsable marocain a été contraint par la justice française de justifier sa venue dans notre pays ; je ne rappellerai pas les conséquences diplomatiques de cette affaire ! M. Jean-Frédéric Poisson. La lutte contre les filières de recrutement s'accompagne-t-elle d'un renforcement de la lutte contre les trafics qui les alimentent financièrement – non seulement dans les pays d'Afrique subsaharienne, mais aussi sur notre territoire ? On dit que certains États accorderaient un soutien plus ou moins actif à des organisations de caractère djihadiste. Existe-il une coordination entre le ministère des Affaires étrangères et le vôtre pour analyser plus précisément la question et concevoir des opérations conjointes ? Enfin, comme mon collègue Éric Ciotti, je voudrais savoir pourquoi l'autorisation de sortie de territoire pour les mineurs a été supprimée. M. Patrice Verchère. Le sujet dont nous traitons aujourd'hui nous préoccupe tous et les groupes politiques qui composent notre assemblée sont unis dans la lutte contre le terrorisme. Il sera sans doute nécessaire de modifier notre arsenal juridique, probablement en allant au-delà de ce que vous avez proposé, mais il faudra en outre se doter de moyens humains et financiers importants si l'on veut mener une politique efficace notamment en matière de cybersurveillance, comme le président Urvoas et moi l'avons souligné dans notre rapport d'information sur le cadre juridique applicable aux services de renseignement. Avez-vous une idée des moyens que le Gouvernement serait prêt à dégager ? Pascal Terrasse a raison : les jeunes se font endoctriner via Internet, mais aussi, dans certains cas notamment celui de la Syrie, par ce qu'ils lisent ou voient dans les médias. On dit que l'on lutte contre un dictateur sanguinaire, ce qui est vrai, mais en oubliant de préciser que certains de ceux qui le combattent veulent instaurer une autre forme de dictature. Voilà qui me semble poser problème, bien plus qu'Internet ou que la propagande dans les cours d'école ! Il convient donc d'être particulièrement prudents dans nos prises de parole, et de faire en sorte que les discours de certains journalistes et politiques soient plus nuancés, car des jeunes pourraient être tentés de penser qu'ils s'en vont rejoindre les rangs des résistants ou des combattants de la liberté. Mme Nathalie Kosciusko-Morizet. J'insisterai à mon tour en faveur de la proposition de pénaliser la consultation régulière de sites faisant l'apologie du terrorisme, proposition que nous avions formulée par voie d'amendement au projet de loi relatif à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme et dont nous avions débattu avec Mme Bechtel. Le cas des parents informés mais démunis, s'il n'est pas le plus répandu, mérite néanmoins une attention particulière. Je songe par exemple au cas de parents séparés, le père tolérant le processus de radicalisation, voire l'accompagnant, quand la mère, avertie, s'y oppose. Lorsqu'ils viennent nous trouver, nous, élus, nous n'avons guère de solutions à leur proposer ni de protection à leur offrir. Ils en sont réduits à trouver eux-mêmes les moyens de saisir une autorité. Nous les renvoyons aux services de sécurité, qui ne peuvent pas faire grand-chose puisqu'il n'est pas interdit de consulter ces sites, non plus que de se rendre dans certains pays. En outre, ces familles ignorent tout des suites qui seront données à leur démarche. En la matière, la puissance publique et la justice n'ont évidemment pas le même point de vue que des parents qui viennent dénoncer leur enfant. Comment pouvons-nous leur garantir que leur initiative servira à protéger ce dernier d'un risque plus grave que ceux auxquels elle l'expose ? Dans un souci d'efficacité, ne devrions-nous pas nous préoccuper d'abord de ces personnes dont la radicalisation est connue de leur famille, plus faciles à rattraper que celles dont l'entourage ignore les agissements ? Mme Sandrine Mazetier. Le financement des filières terroristes n'est pas uniquement d'origine mafieuse. À propos de coopération avec le Quai d'Orsay, ne serait-il pas bienvenu de revoir certaines conventions fiscales signées avant 2012 ? En effet, en vertu des règles de la haute courtoisie internationale, nous exonérons d'impôt les biens des dirigeants de certains pays et, parfois, de toute leur famille. Par cette bienveillance fiscale, ne favorisons-nous pas le financement de groupuscules extraordinairement dangereux ? M. le président Jean-Jacques Urvoas. Monsieur le ministre, comment se passe la collaboration entre la DGSE et la DCRI sur la question qui nous occupe ? Vous avez dit que la situation se détériorait depuis six mois. Je vais me faire l'avocat du diable : la menace s'est-elle aggravée au point d'appeler de nouvelles dispositions législatives ? Les services n'ont-ils pas intérêt à la surestimer afin d'obtenir des moyens d'action supplémentaires, comme on peut le lire ici ou là ? M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur. Monsieur le président, l'augmentation du nombre de départs est un élément objectif. Mes contacts avec tous mes homologues au sein de l'Union le confirment, ce phénomène n'est pas limité à la France, mais s'étend à toute l'Europe ; il est d'ampleur comparable, voire supérieure, chez certains de nos voisins. En la matière, j'incline à m'appuyer sur nos services plutôt qu'à me méfier d'eux. Ils ont toute ma confiance. Ils effectuent un travail remarquable, nourri de leurs échanges avec leurs collègues européens et fondé sur une connaissance poussée, voire encyclopédique, du sujet. Grâce aux actions qu'ils ont menées ces derniers mois, nous sommes informés et à même de prendre les mesures adéquates. Les relations entre la DCRI et la DGSE nous permettent-elles de connaître au mieux ces sujets et d'agir plus efficacement ? Oui. Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008 l'a dit, celui de 2013 l'a réaffirmé : la capacité d'anticipation et la mission de renseignement, gages de prévention des crises et de sécurité, constituent une préoccupation centrale de notre pays, par-delà les alternances politiques. Nos deux services échangent donc des informations, mais ont également décidé de mutualiser des moyens afin de faire mieux circuler ces informations et de les traiter conjointement. S'agissant des préconisations du juge Trévidic, je serai pragmatique, monsieur Larrivé. La question qui se pose est la suivante : quel est le meilleur moyen, en droit, d'atteindre l'objectif poursuivi ? J'ai proposé au juge Trévidic que nous nous rencontrions, ce qui se fera prochainement, afin d'en discuter et de comprendre ce qui l'a conduit à évoluer par rapport à ses déclarations antérieures. Voici ce que l'on peut d'ores et déjà dire à ce sujet. La législation française permet dès à présent de réprimer non seulement la commission, mais également la préparation d'actes de terrorisme, par le délit d'association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, passible de dix ans d'emprisonnement, qui couvre un très grand nombre d'activités et peut viser une pluralité d'acteurs dès lors qu'il est établi que l'individu concerné par la procédure a agi en lien avec d'autres. Le juge Trévidic formule deux propositions. D'abord, puisque des actes de terrorisme peuvent être préparés par des individus isolés c'est la théorie du « loup solitaire », serait assimilé à un acte terroriste le fait de préparer seul des actes de violence, dès lors que des éléments concordants témoignent de l'intention et de la capacité de les réaliser. Certains lui objectent que le délit d'association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste est suffisamment souple pour englober ces comportements et que l'on risque, en surlégiférant, de perdre en respect des libertés publiques sans gagner en efficacité. Sur ce point, je partage la préoccupation de Mme Bechtel. Mais je rencontrerai le juge afin de connaître l'analyse juridique précise qui motive sa proposition et d'en étudier le bien-fondé au regard des dispositions législatives existantes. S'agissant de sa seconde proposition, je serai plus catégorique : l'interdiction à un Français d'aller combattre à l'étranger sans autorisation ne me paraît pas utile en droit. En effet, la loi du 21 décembre 2012 a introduit dans le code pénal l'article 113-13, qui permet d'appliquer la législation antiterroriste française aux actes commis à l'étranger par un ressortissant français ou par une personne résidant habituellement en France. En outre, les articles 436-1 et 436-3 relatifs au mercenariat répriment le fait de recruter des Français pour participer à des conflits armés à l'étranger, ainsi que la participation à de tels conflits moyennant rétribution ou avantage. Monsieur Ciotti, monsieur Goujon, comme le comporte ma fonction, je prends connaissance de tout ce qui s'écrit et que la loi m'autorise à lire ! J'apprends ainsi que, selon vous, le plan anti-djihad du Gouvernement se réduirait à la création d'un numéro vert. Ce n'est pas exact. Notre plan inclut des dispositions législatives nouvelles, que je présenterai en conseil des ministres fin juin afin que le Parlement puisse en discuter au cours du second semestre. En effet, il est nécessaire de modifier la loi afin d'améliorer l'efficacité de notre arsenal. Premièrement, à l'heure actuelle, les interceptions de sécurité et l'ensemble des données qui en résultent ne peuvent être conservées plus de dix jours, ce qui obère l'efficience des enquêtes visant à identifier et démanteler les groupes djihadistes. Nous proposerons de porter cette durée à un mois. Deuxièmement, les cyberpatrouilleurs ne peuvent aujourd'hui être assurés de l'efficacité de leur intervention lorsqu'ils s'introduisent sous pseudonyme dans les forums de discussion djihadistes. Notre plan comporte une mesure qui leur permettra d'enquêter en ligne sous pseudonyme. Troisièmement, des dispositions législatives sont nécessaires pour empêcher des personnes majeures de quitter le territoire national en les inscrivant au fichier des personnes recherchées et dans le système d'information Schengen, ce qui déclenche le processus de coopération européenne. Nous les inclurons dans notre plan. Enfin, la loi permettra l'interconnexion à distance entre nos services, de manière à disposer de la palette d'informations la plus large possible. Il s'agit bien de mesures nouvelles, qui vont s'articuler aux dispositions que vous avez adoptées en 2012. En outre, nous pourrions être amenés à les compléter d'ici à la présentation de la loi en conseil des ministres. En effet, la négociation européenne dans laquelle nous sommes engagés, et qui justifie mon déplacement à Londres ainsi que la réunion prévue le 8 mai, pourrait déboucher sur des propositions communes aux pays de l'Union et appelant une transcription législative. Des dépêches de l'AFP ont relayé l'idée que nous ne pourrions poursuivre ceux qui reviennent du djihad parce qu'ils ont combattu le gouvernement d'Assad auquel nous sommes politiquement opposés. Cet argument n'est absolument pas valide en droit, notamment parce que la qualification pénale d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste englobe les actes visés. Plusieurs d'entre vous ont parlé de « couper » les sites Internet illégaux. Ce geste est plus complexe qu'il n'y paraît à première vue. Sur ce point également, je suis d'accord avec Mme Bechtel. Nous devons nous assurer de l'efficacité technique de notre intervention, garantir une étanchéité totale, ce qui n'est pas toujours simple dès lors que les lieux d'émission sont lointains. Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a été chargée des questions numériques au gouvernement, le sait bien. En outre, si nous y parvenions, les membres des réseaux djihadistes, réseaux internationaux, pourraient continuer de s'informer ailleurs tout en restant sur notre territoire, alors que nous nous priverions d'un moyen d'y détecter leur présence. Cela dit, le débat sur ce point est légitime et la présentation au Parlement des nouvelles dispositions législatives nous fournira certainement l'occasion de le poursuivre pour le mener à son terme. Que M. Ciotti se rassure : nous avons bien l'intention d'associer les départements à notre action. Tel est le sens de l'instruction que j'ai adressée aux préfets. Était-ce une bonne idée de supprimer l'autorisation de sortie du territoire ? À cette question, je répondrai par une autre : son maintien aurait-il empêché les départs ? En aucun cas, puisque les jeunes qui partent dissimulent à leurs parents leurs intentions, de sorte qu'aucune autorisation n'est établie et qu'il nous serait donc difficile de les détecter pour les inscrire au fichier des personnes recherchées et dans le système d'information Schengen. En revanche, les moyens dont nous disposons en matière de renseignement, joints à la mobilisation des familles, permettent de les empêcher de partir dès lors qu'ils sont identifiés en effet, nous ne sommes pas seulement alertés par les parents, madame Pochon, mais aussi informés par le biais des enquêtes que nous menons. Il est exact, madame Nieson, que les méthodes d'endoctrinement employées manipulation, instrumentalisation de la faiblesse d'autrui s'apparentent à celles des sectes. Il nous faut donc les décrire aux familles et à l'opinion publique, notamment en diffusant sur les réseaux sociaux un discours concurrent. Nous devons également expliquer l'action humanitaire que nous menons en Syrie avec la communauté internationale afin de protéger la population des violences de toutes natures et de toutes origines et de lui offrir des moyens de subsistance. Monsieur Goujon, notre collaboration avec les autorités turques à la frontière de l'espace Schengen a été considérablement renforcée, et le sera encore en application des mesures nouvelles que je propose, afin d'arrêter à la frontière de l'Union ceux qui seront partis en dépit des dispositions visant à les en empêcher. Monsieur Fenech, il est en effet essentiel d'agir en milieu pénitentiaire, où peut se diffuser la pensée radicale, ce qui constitue un préalable au basculement. Ces questions seront traitées dans le plan qui vous sera présenté au cours du second semestre ; elles feront l'objet d'une communication conjointe avec la garde des Sceaux, à l'instar, d'ailleurs, de la loi pénale. Sur ce dernier point, sur lequel il n'y a pas lieu de s'attarder aujourd'hui, les arbitrages ont été rendus, après que les ministres se sont parlé, par le président de la République et le Premier ministre de l'époque. Il en est résulté un équilibre qui doit assurer le bon fonctionnement de la chaîne pénale et permettre d'articuler l'action de la police à celle de la justice ce qui vaut toujours mieux que de les opposer lorsqu'il s'agit de lutter contre la délinquance, de manière à produire la réponse pénale la plus appropriée. En ce qui concerne les biens mal acquis, il n'existe pas de pensée radicale pure, indépendante des filières du crime organisé. Tout est lié. Le financement vient des trafics, les filières s'organisent au niveau international ; il faut les démanteler. Les bénéficiaires sont fort marris lorsqu'on gèle et récupère les avoirs qui servaient à financer leur action. Ce gel et cette récupération des biens mal acquis deviennent donc une priorité absolue de la lutte contre le crime. C'est d'ailleurs tout aussi essentiel s'agissant des filières non djihadistes présentes sur nos territoires. Nous œuvrons beaucoup en ce sens, comme j'ai pu le constater lors de mon déplacement à Marseille vendredi dernier : le gel des avoirs mal acquis s'est considérablement développé. Nous devons poursuivre dans cette voie de manière très offensive. Nous menons bien entendu une action diplomatique en vue d'éviter que certains États ne confortent les djihadistes et nous disposons en la matière d'éléments de renseignement. À M. Verchère, qui s'inquiétait des moyens alloués à la DCRI, j'aimerais rappeler que les forces de police et de gendarmerie ont perdu 13 720 emplois entre 2007 et 2012. À la faveur de sa transformation en direction générale de la sécurité intérieure, nous allons en créer 436. Les emplois supprimés dans la police et la gendarmerie sont donc en train d'être recréés le Premier ministre l'a confirmé hier devant l'Assemblée nationale. Cela nous permettra de lutter efficacement contre le terrorisme. Grâce à la réorganisation de la DCRI, nous serons mieux armés, à l'heure où nous voulons donner la priorité au renseignement et à l'anticipation. Je vous remercie de votre attention et je suis disposé à revenir devant vous aussi souvent que nécessaire. M. le président Jean-Jacques Urvoas. Je vous remercie, monsieur le ministre. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/035.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/035.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d6131216bd0e2b4e9346e35b166d5349bb86cb1a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/035.txt @@ -0,0 +1 @@ +- Question de Meyer Habib, député UDI, sur la lutte contre le fondamentalisme islamique Monsieur le Président, mes chers collègues, ma question s'adresse au Premier ministre. Monsieur le Premier ministre, au Nigeria, encore une fois, les chrétiens sont victimes d'attaques terroristes d'une violence inouïe : 233 jeunes filles y ont été capturées pour être vendues comme esclaves pour quelques dollars, mariées contre leur gré et converties de force à l'islam. Boko Haram, dont le nom signifie en langue haoussa « l'éducation occidentale est un péché », n'a de cesse de massacrer des chrétiens et veut instaurer la charia pour mener son combat jusqu'à ce que le pays soit « recouvert du sang des infidèles ». Il a fallu, hélas, cet épisode pour réveiller la communauté internationale face à l'ampleur d'un problème qui dure depuis trop longtemps, dans l'indifférence, et qui s'étend bien au-delà des frontières du Nigeria. Il s'agit de la véritable guerre menée par l'islam fondamentaliste contre les chrétiens, les juifs, les musulmans, les athées et tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Boko Haram cherche à instaurer la charia par la force, comme le font aussi des groupes tels que les Frères musulmans en Égypte, le Hamas, qui vient hélas de s'allier avec l'Autorité palestinienne dans la bande de Gaza, ou encore les mollahs d'Iran qui amadouent avec succès la communauté internationale alors qu'ils poursuivent sans relâche leur programme nucléaire militaire. La charia, le djihad où sont engagés plus de 800 de nos compatriotes, sont soutenus par des États qui les prônent, les soutiennent ou les appliquent plus ou moins rigoureusement. Monsieur le Premier ministre, la lutte contre l'islam radical ne peut pas être à géométrie variable. Il n'y a pas de bons ou de mauvais extrémistes. On ne peut lutter contre les fondamentalistes au Nigéria et en fréquenter d'autres à Gaza ou à Téhéran. (...) Pouvez-vous nous donner l'assurance de votre lutte indivisible et sans concession contre cet obscurantisme qui remet en cause ce à quoi nous sommes le plus attachés : les valeurs fondamentales de la France et les droits de l'homme ? M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur. Monsieur le député, vous posez une question extrêmement grave : celle des conséquences du développement de forme de violences et de radicalisme qui emportent à l'échelle de la planète beaucoup d'êtres humains dans le drame. Comme Mme Vallaud-Belkacem l'a rappelé dans son intervention, la situation au Nigéria mobilise toute la communauté internationale et notamment la France qui a envoyé des équipes spécialisées pour aider les autorités nigérianes à retrouver ces enfants. Des actions diplomatiques ont été engagées qui conduiront des chefs d'État et de gouvernement à se retrouver autour du Président de la République samedi prochain, car nous pensons que la lutte contre le djihadisme, la barbarie et ces actes épouvantables appellent le renforcement de la coopération internationale. Par ailleurs, nous sommes résolus à agir de façon puissante contre l'engagement de nos ressortissants dans des actes de djihadisme, notamment en Syrie. Une opération a été réalisée avec succès ce matin à Strasbourg par le Raid et la direction générale de la sécurité intérieure sous l'autorité de la justice. Elle témoigne, si besoin en était, de notre détermination, de notre résolution et de l'efficacité des actions que nous avons engagées au titre du plan préparé par le Premier ministre lorsqu'il était ministre de l'intérieur et que j'ai présenté en conseil des ministres le 23 avril dernier. Nous devons empêcher le départ de nos ressortissants et développer la coopération entre les pays de l'Union européenne c'était l'objet de la réunion qui s'est tenue à Bruxelles la semaine dernière. Nous devons nous doter des moyens juridiques nous permettant de lutter contre toutes ces formes de djihadisme et de démanteler les filières qui agissent pour emporter nos ressortissants sur un chemin funeste. (...) - Question de Philippe Bies, député SRC, relative aux arrestations de djihadistes à Strasbourg Monsieur le ministre de l'Intérieur, notre pays, comme d'autres en Europe, est confronté au basculement de plusieurs centaines de personnes dans un engagement radical violent, le plus souvent en lien avec des filières terroristes djihadistes en Syrie. C'est une menace pour notre pays et pour une partie de sa jeunesse. Vous avez engagé récemment, vous venez de le rappeler, un plan pour lutter contre ce fléau. Il vise notamment à prévenir de nouveaux départs en démantelant les filières qui, aujourd'hui, organisent méthodiquement un embrigadement dont l'issue peut être la mort. Les premiers résultats de ce plan ne se sont pas fait attendre. Je pense à l'arrestation en Turquie d'un Algérien, résident régulier dans notre pays, soupçonné d'être un recruteur. Il a d'ailleurs été expulsé. Ce matin, dans le quartier de la Meinau à Strasbourg, six personnes soupçonnées de s'être rendues récemment en Syrie ont été interpellées et placées en garde à vue. Les forces de l'ordre, la direction générale de la sécurité intérieure, appuyée par le RAID, font, au quotidien, un travail difficile, dans la discrétion ; je souhaite ici leur rendre hommage. Elles ont fait la démonstration de leur détermination totale et de celle du Gouvernement à lutter contre le terrorisme et l'embrigadement des jeunes dans la radicalisation violente. Je ne souhaite pas, néanmoins, que l'emballement médiatique, sans doute justifié, que cette opération a suscité amène à stigmatiser un quartier en particulier, toute une ville, ou une partie de la population. Deux jeunes Strasbourgeois ont déjà trouvé la mort en Syrie. C'est une douleur insupportable pour leurs familles. Ces décès avaient entraîné une forte mobilisation des associations et habitants du quartier contre l'endoctrinement djihadiste. Ces jeunes, ces familles sont dans la République et doivent y rester. Aucune famille, aucune population ne doit être montrée du doigt. Monsieur le Ministre, pouvez-vous nous donner des précisions sur l'opération de ce matin et, plus généralement, sur le rôle de la DGSI dans la mise en œuvre concrète du dispositif de lutte contre les filières djihadistes ? (...) Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur. Monsieur le député, merci pour votre question. Comme vous l'avez fait en la posant, je veux rendre hommage à l'ensemble de ceux qui se sont mobilisés, des autorités judiciaires aux policiers du RAID, sans oublier les fonctionnaires et collaborateurs de la direction générale de la sécurité intérieure, qui, par leurs enquêtes, par leurs interventions, ont permis neutraliser ce matin six personnes à Strasbourg, qui avaient été engagées sur le théâtre d'opérations de la Syrie ou qui avaient pu être complices d'un tel engagement. Ce travail, vous l'avez souligné dans votre question, traduit l'importance des missions de la direction générale de la sécurité intérieure. En même temps, il montre l'intérêt de la réforme à laquelle mon prédécesseur Manuel Valls a procédé, (...) afin que ladite direction puisse conforter ses missions de renseignement, d'anticipation et d'observation. Elles sont la condition du bon déroulement des enquêtes et de l'élucidation d'un certain nombre de faits en vue de neutraliser ceux qui s'engagent sur le théâtre des opérations. Le plan que nous avons mis en place commence à produire des résultats, mais il s'agit là d'un travail au long cours, d'un travail de longue haleine. Il doit se poursuivre dans trois directions. D'abord, nous devons empêcher le départ de nos ressortissants, car cette route vers la Syrie est, pour ceux qui s'engagent dans des opérations djihadistes, une route vers la mort. Ensuite, nous devons démanteler les filières. Un ensemble de dispositions législatives sera présenté au Parlement pour y parvenir. Enfin, nous devons, vous l'avez souligné, accompagner les familles qui voient certains des leurs basculer dans ces opérations à caractère terroriste, de manière à apporter des réponses qui évitent des drames, qui fassent en sorte que tous les moyens de l'État soient mobilisés. Il faut éviter que ce basculement ait lieu, car c'est un basculement vers la mort. (…) \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/036.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/036.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3b7e1e4f0c583fec69f9c1a70b71a4c1cfa53905 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/036.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mme la présidente Élisabeth Guigou. Nous avons le plaisir d'accueillir M. Laurent Fabius, que je remercie d'avoir répondu à notre invitation. Parce qu'il doit impérativement nous quitter assez vite, il a proposé que nous passions directement aux questions. Après l'assassinat, à Kidal, de six membres du corps préfectoral, de civils et de militaires maliens, et après la prise de fonctionnaires en otages dans le bâtiment du gouvernorat, nous sommes naturellement intéressés par votre analyse de la dégradation de la situation depuis la signature de l'accord de Ouagadougou. L'accord laissait espérer un dialogue entre les autorités maliennes et le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), qui ne s'est jamais noué, ou de manière insatisfaisante. En Ukraine, l'élection présidentielle, échéance cruciale, est prévue dimanche prochain. Chacun s'interroge sur la possibilité d'assurer le déroulement du scrutin dans les provinces de l'Est de manière suffisamment correcte pour qu'il puisse être considéré comme parfaitement légitime alors que les locaux des commissions électorales locales sont, par endroits, occupés par les séparatistes. Quelle appréciation portez-vous sur l'évolution de la situation et sur les signaux contradictoires de la Russie, qui annonce le retrait de ses troupes massées à la frontière et ne formule pas d'objection à l'organisation de « tables rondes de l'unité nationale » en Ukraine mais qui, dans le même temps, soutient en sous-main les prétendues « républiques populaires » ? Après que s'est réuni à Paris le Sommet de Paris pour la sécurité au Nigeria, pouvez-vous détailler le plan d'action adopté pour lutter contre Boko Haram et les autres groupes terroristes, tels qu'Aqmi, au Sahel, et les Shebab, à l'Est de l'Afrique? Enfin, notre Assemblée examinera jeudi en séance publique la résolution sur la négociation du partenariat transatlantique de commerce et d'investissement que notre commission a adoptée la semaine dernière, après avoir sérieusement amendé le texte que nous avait soumis notre collègue André Chassaigne. Le sujet inquiète, je le constate dans ma circonscription de Seine-Saint-Denis, où l'on m'interroge avec pertinence sur le mécanisme d'arbitrage. Notre commission considère que davantage de vigilance et de transparence sont nécessaires mais qu'il ne faut pas suspendre des négociations dont on ne peut préjuger l'issue. Nous avons noté la réserve exprimée par le ministre allemand Sigmar Gabriel sur l'éventualité d'une clause de règlement extra-judiciaire des différends entre États et investisseurs ; quelle est la position du gouvernement français à ce sujet ? Mme Odile Saugues. Au regard de l'échec des négociations de paix avec les Israéliens, quelle appréciation portez-vous sur les récentes initiatives de l'Autorité palestinienne démarches aux Nations Unies, adhésion à des conventions internationales mais aussi accord de réconciliation avec le Hamas ? La France est-elle prête à travailler avec un gouvernement issu de cet accord, et si oui, à quelles conditions ? En Syrie, alors que se prépare pour le 3 juin une élection présidentielle dont le résultat semble joué d'avance, la situation se détériore de jour en jour pour les rebelles et l'impasse diplomatique semble totale. Quelles initiatives sont engagées par la France et ses partenaires du groupe des Amis de la Syrie ? M. Michel Destot. Je me suis rendu en février au Mali auprès des troupes françaises et je tiens à saluer à nouveau l'excellence du dispositif Serval. Cette excellence n'est pas seulement militaire : elle se traduit aussi par une remarquable aide humanitaire et en termes de développement. Mais, concomitamment, j'ai été frappé par l'extrême faiblesse de l'administration au Nord du Mali, y compris dans la région de Gao, où chacun doute de la volonté du président Ibrahim Boubacar Keita de parvenir à la réconciliation nationale. Dans ce contexte, est-il opportun de procéder au redéploiement régional de nos forces prévu par le ministre de la défense ? N'est-il pas préférable d'accentuer la présence française au Nord du Mali ? Pendant combien de temps les unités françaises seront-elles maintenues ? M. Philippe Baumel. Quelles seront les suites du Sommet de Paris pour la sécurité au Nigeria ? Une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies est-elle prévue à propos de Boko Haram ? Quels sont les termes de la coopération envisagée entre les pays qui ont participé à ce Sommet en matière de renseignement et de lutte contre le terrorisme ? En Libye, on constate des mouvements militaires. Est-ce un tournant ? Le gouvernement est très affaibli, l'armée tente de peser de plus en plus, l'assemblée délibérante est empêchée de délibérer et la perspective d'élections est de plus en plus incertaine. Se dirige-t-on vers une prise en mains du pays par l'armée ? M. Guy-Michel Chauveau. J'aimerais connaître votre analyse des graves événements survenus à Kidal samedi dernier et des suites qu'ils peuvent entraîner. M. Michel Terrot. Quels résultats opérationnels escompter du Sommet de Paris pour la sécurité au Nigeria ? Quelles décisions ont été prises, non seulement pour permettre la libération des jeunes filles enlevées mais aussi pour faire cesser la menace permanente que le groupe Boko Haram fait peser sur le Nigeria et, à terme, sur les pays limitrophes ? M. Axel Poniatowski. Depuis que le « referendum d'auto-détermination » a été organisé dans le Donbass, le silence s'est fait sur la situation en Ukraine. Or, quels que soient les résultats de l'élection présidentielle du 25 mai, on semble s'acheminer vers une scission du pays. Si tel était le cas, quelle serait la réaction de la France et de l'Union européenne ? Quels sont leurs objectifs ? Des initiatives ont-elles été prises pour rétablir le dialogue avec le président Poutine ? M. Pouria Amirshahi. J'étais au Mali hier encore et j'aimerais également connaître l'appréciation politique que vous portez sur les tensions à Kidal. Le premier ministre malien s'est rendu au gouvernorat, comme il lui était loisible, mais cette visite, manifestement jugée prématurée, a permis au MNLA d'arguer de la rupture de l'esprit de l'accord de Ouagadougou. La France peut-elle contribuer à calmer le jeu pour éviter l'exacerbation des tensions ? M. Jean-Pierre Dufau. Considérez-vous que l'élection présidentielle prévue le 25 mai en Ukraine puisse se tenir dans des conditions acceptables ? M. Meyer Habib. Quelle est la position de la France sur l'alliance conclue entre le Hamas et l'Autorité palestinienne ? A-t-on des nouvelles des lycéennes enlevées par le groupe Boko Haram au Nigeria ? Des rumeurs pessimistes courent sur l'issue des négociations en cours avec l'Iran ; sont-elles fondées ? M. Jacques Myard. Vous avez eu l'occasion de nous dire, à propos de la crise en Ukraine, que l'on ne ferait pas la guerre, ce que j'approuve. Il importe donc de trouver l'équilibre permettant de limiter les excès de M. Poutine tout en renouant avec lui un dialogue indispensable, la Russie faisant partie du système européen. C'est tout l'art, difficile, de la diplomatie, qui doit conduire à résoudre ce problème particulier et à en traiter d'autres, en Iran et en Syrie. M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international. Plusieurs d'entre vous s'interrogent à juste titre sur l'action que peut avoir la France au Mali après les événements qui se sont déroulés samedi. Vous connaissez les faits : le Premier ministre malien a souhaité se rendre à Kidal, mais cette visite a déclenché de très graves incidents. Alors que la population de Kidal manifestait contre sa présence, l'armée malienne et le MNLA se sont violemment affrontés. Le MNLA a pris d'assaut le gouvernorat ; quatre sous-préfets et deux préfets ont été tués, et une trentaine de fonctionnaires et de militaires maliens pris en otages qui ont été libérés hier soir grâce aux efforts conjugués de la MINUSMA, du Comité international de la Croix-Rouge, nous-mêmes ayant fait ce que nous devions. Plusieurs civils et militaires ont aussi été tués. Il n'est pas clairement déterminé si l'initiative du déclenchement des affrontements revient aux chefs du MNLA ou à de jeunes combattants de ce groupe. Quoi qu'il en soit, on ne peut que condamner vigoureusement ces violences et demander que le MNLA restitue le bâtiment du gouvernorat qu'il a investi. Un cessez-le-feu a été obtenu mais même si notre ambassadeur perçoit l'amorce d'une décrue, la tension sur place demeure et de nouveaux affrontements, dont on ne sait quelle serait l'issue, peuvent se produire entre l'armée malienne, qui a envoyé des renforts à Kidal, et le MNLA. Sur le plan général, la situation au Mali présente des aspects contradictoires. On avait constaté quelques signaux encourageants : alors que l'un des éléments déclencheurs du conflit inter-malien a été l'absence de dialogue entre le Nord et le Sud depuis des années, le président Ibrahim Boubacar Keita avait nommé un Haut Représentant pour le dialogue inclusif inter-malien, le ministre de la réconciliation nationale avait préparé une feuille de route pour préparer les discussions prévues pour septembre et des contacts avec certains groupes armés avaient été noués par le truchement de pays voisins. Voilà pour le côté positif. Mais les événements qui se sont déroulés à Kidal font courir le risque d'une radicalisation, au Nord comme au Sud. Comment aider à en sortir ? J'ai demandé à notre ambassadeur d'organiser une réunion du « groupe des amis », qui rassemble les représentants au Mali de l'Organisation des Nations Unies, de l'Union africaine, de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), de l'Union européenne, de la France et des États-Unis, afin de contribuer à calmer le jeu. D'autre part, l'état-major de Serval a dépêché 30 soldats supplémentaires à Kidal pour assurer notre propre protection. Nous aidons la Minusma ; nous poursuivons notre combat contre les groupes terroristes, dans lequel nous avons obtenu des résultats significatifs. D'autre part, nous avons différé la réorganisation régionale de notre dispositif militaire, non que nous comptions le modifier mais parce qu'il nous a paru inopportun d'en rester au calendrier de redéploiement initialement prévu alors que des affrontements avaient lieu. Ce report ne remet pas en cause notre décision de maintenir au Mali 1 000 hommes affectés au contre-terrorisme. En résumé, on ne peut admettre ce qui s'est passé à Kidal ; dans le même temps, il faut, pour éviter l'embrasement, susciter un dialogue qui ne se crée pas spontanément entre le pouvoir et certains groupes, et ne pas nous laisser entraîner là où ne nous voulons pas aller. La cause immédiate de la réunion du Sommet de Paris pour la sécurité au Nigeria a été l'épouvantable enlèvement de dizaines de lycéennes dans la zone où la famille Moulin-Fournier avait été prise en otage. Une fois localisé le lieu de rétention des jeunes filles, que faire ? Des contacts ont eu lieu entre le président de la République et le président Goodluck Jonathan. Étant donné les raisons qui ont poussé à l'organiser, nous ne nous félicitons certes pas que ce Sommet ait dû avoir lieu, mais il n'est pas indifférent que se soient rassemblés à Paris, pour traiter du fort peu francophone Nigeria, les chefs d'État du Bénin, du Cameroun, de la France, du Niger, du Nigeria et du Tchad, ainsi que des représentants des gouvernements américain et britannique et M. Herman Van Rompuy, président du Conseil européen. Nous avons traité du sort des jeunes filles enlevées et des pistes envisageables pour tenter de les faire libérer. Il a été longuement question de Boko Haram, groupe à l'extrême dangerosité, malheureusement très bien équipé. L'un des risques qui guettent, c'est la formation d'une coalition entre plusieurs groupes armés, aussi différents soient-ils. Le Sommet a décidé d'intensifier la coopération entre les États de la région pour lutter contre Boko Haram. Sur une base bilatérale, cela se traduira par la formation de patrouilles coordonnées entre le Nigéria et les pays voisins ; le partage du renseignement et l'échange d'informations sur les trafics d'armes ; le renforcement des mesures de sécurisation des stocks des armées ; l'établissement de mécanismes de surveillance des frontières. Sur une base multilatérale, une cellule de fusion du renseignement sera créée. Une équipe spécialisée sera instituée, chargée de définir les moyens à mettre en œuvre pour élaborer une stratégie régionale de lutte contre le terrorisme, dans le cadre de la Commission du bassin du lac Tchad. Au niveau international, les participants se sont engagés à accélérer la mise en œuvre de sanctions à l'encontre de Boko Haram et d'Ansaru, en ajoutant ces groupes à la liste des organisations considérées comme terroristes par les Nations Unies, et à entreprendre des actions en matière de développement. Il a également été beaucoup question de la Libye, véritable hub du terrorisme. Le sommet a été positif. Outre que nous disposons de quelques éléments au sujet des jeunes filles enlevées, les décisions prises permettent de renforcer la coordination de la lutte contre Boko Haram, groupe terroriste également soupçonné d'être l'auteur d'une attaque, samedi dernier, contre une usine à capitaux chinois située au Nord du Cameroun ; cela dit sa détermination. En Ukraine, où un vote décisif est imminent, les vents soufflent alternativement froids et tièdes. Côté froid, on observe qu'à l'Est du pays et singulièrement à Donetsk, certains s'organisent pour que l'élection n'ait pas lieu, non sans un début de conflit entre pro-Russes eux-mêmes, les appétits de pouvoir s'aiguisant ; visiblement, on ne pourra voter partout totalement. Je pense que l'on peut s'abstenir de commenter au jour le jour les déclarations contradictoires des Russes : ainsi M. Poutine annonce-t-il que les troupes russes massées à la frontière avec l'Ukraine ont été priées de rentrer dans leurs casernes sans que rien ne permette encore de confirmer de tels mouvements qui pourraient cependant s'amorcer ; de même, les autorités russes déclarent que la tenue d'un scrutin ne serait pas une mauvaise chose, avant d'expliquer que voter avant que tous les problèmes aient été résolus conduira à une dégradation de la situation… L'aspect positif, ce sont d'abord les tables rondes de l'unité nationale organisées avec des opposants par le Premier ministre Arseni Iatseniouk, sous l'égide des anciens présidents Léonid Kravtchouk et Léonid Koutchma. Les Russes eux-mêmes ont reconnu que la deuxième de ces réunions, qui a eu lieu à Kharkiv, a été positive. On y discute des sujets qui seront décisifs après les élections : fédéralisme, autonomie, décentralisation ; place, légitime, accordée à la langue russe, un sujet sur lequel des progrès ont été accomplis ; neutralité éventuelle de l'Ukraine après l'élection présidentielle ; décélération du conflit et désarmement. Autre élément important : la prise de position de l'oligarque Rinat Akhmetov, qui a appelé ses 300 000 ouvriers à manifester en faveur de la tenue de l'élection présidentielle et pour qu'elle se déroule de manière civilisée. Il est intéressant de constater que cet entrepreneur connu pour être proche des Russes a pris fait et cause pour l'organisation du scrutin dimanche. Par ailleurs, les sanctions internationales demeurent, et tout le monde est à peu près d'accord pour envisager un échelon supplémentaire si des pressions étaient exercées de l'extérieur pour entraver la tenue de l'élection présidentielle en Ukraine dimanche prochain ou pour empêcher que le scrutin se déroule convenablement. Il est peu probable que l'élection présidentielle en Ukraine se déroule sans anicroche d'aucune sorte. On peut néanmoins envisager deux hypothèses. La première est que les choses se passent correctement. Certes, tout le monde ne pourra pas voter on peut estimer qu'un million de personnes environ, sur quelque 30 millions d'électeurs, éprouveront des difficultés. Pour autant, nemo auditur propriam turpitudinem allegans : on ne peut tenter de paralyser un système pour expliquer ensuite qu'il est sans valeur ! Il faut donc éviter de placer la barre trop haut. L'autre hypothèse, c'est que les choses se passent mal en raison d'affrontements nombreux. L'Union européenne et la France ont intérêt à ce que l'élection présidentielle en Ukraine se déroule bien. Nous voulons la désescalade des tensions ; la poursuite du dialogue engagé par le Premier ministre ; des élections, comme le souhaitent tous les démocrates en pareil cas ; une modification de la Constitution ukrainienne permettant que chacun se sente à l'aise dans le pays. Notre position n'a pas varié : la géographie est celle que l'on sait, l'Ukraine est en Europe et elle n'a pas à choisir entre l'Union européenne ou la Russie ; il faut essayer de parvenir, sans naïveté, de faire qu'elle ait des relations avec les deux. Si les résultats du scrutin du 25 mai rendaient nécessaire un second tour, il aurait lieu le 15 juin ; mieux vaudrait cependant qu'un président soit élu au premier tour, sa légitimité en serait plus forte. Quoi qu'il en soit, la période qui s'écoulerait entre les deux tours pourrait donner lieu à bien des mouvements, particulièrement de la part de la Russie. Au cours de ces quelques semaines une réunion du G7 aura lieu les 4 et 5 juin à Bruxelles ; le 5 juin, M. Poutine viendra en France, où il est, comme M. Obama, invité à assister, le 6 juin, aux cérémonies commémorant le Débarquement. Tout cela peut être positif… Ou explosif. Même si nous le faisons avec discrétion, nous entretenons évidemment un dialogue avec les autorités russes. Je discute avec mon homologue, Sergueï Lavrov, et des discussions ont lieu avec M. Poutine comme avec M. Obama, Mme Merkel et d'autres personnalités. Prétendre ne s'adresser qu'à des interlocuteurs avec lesquels on est en parfait accord serait se livrer à un exercice de haute spiritualité, le silence des carmélites… Nous espérons que les esprits se calmeront, mais d'autres peuvent souhaiter que la tension persiste. J'en viens au partenariat transatlantique de commerce et d'investissement. La discussion commence ; elle présente un intérêt et comporte des risques. L'intérêt, c'est de favoriser l'accès aux marchés publics, actuellement ouverts à la concurrence internationale à hauteur de 100 % en Europe et de 47 % seulement aux États-Unis. Si l'on parvient à accroître cette proportion, ce sera très bien pour l'Union européenne. La discussion présente aussi un intérêt pour certains de nos produits agricoles. Et, d'une manière générale, tout ce qui peut développer le commerce est une bonne chose. Mais parce que cette négociation présente aussi des risques, nous avons dit nos exigences. Ainsi avons-nous demandé le maintien de l'exception culturelle ; sera-ce respecté ? Je l'espère. Nous avons aussi fait valoir l'indispensable respect de nos préférences collectives en matière de santé ou de protection des consommateurs, ce qui revient à dire : « Pas question de poulets chlorés si nous n'en voulons pas ». Enfin, nous avons insisté sur l'ouverture des marchés publics. La secrétaire d'État au commerce extérieur, a répondu tout à l'heure, en séance publique, à une question relative à la transparence des négociations. Mme la présidente Élisabeth Guigou. Nous recevrons Mme Pellerin le 17 juin. M. le ministre. Les réunions de négociation ont lieu tous les trois mois ; je suis partisan qu'on vous dise, à chaque fois, où l'on en est nous n'avons rien à cacher M. Jacques Myard. C'est la Commission européenne qui cache ce qu'elle fait. M. le ministre. La Commission ne peut pas cacher grand-chose aux gouvernements des États membres, et nous pouvons vous dire ce que nous savons. Une fois la discussion venue à son terme, le bilan sera fait des conclusions auxquelles elle a abouti. Si ce bilan est bon, il serait stupide de ne pas l'accepter ; s'il est mauvais, il sera refusé. Le Gouvernement aura son mot à dire et le Parlement devra se prononcer, tout comme le Parlement européen. Peut-être l'intérêt que l'on porte au partenariat transatlantique en Seine-Saint-Denis est-il dû aux élections européennes à venir. Je m'en félicite mais il me surprend, madame la présidente : à titre personnel, je n'ai encore jamais été abordé par quiconque souhaitant évoquer le sujet avec moi. M. Jacques Myard. Vous savez bien, monsieur le ministre, qu'à partir du moment où la Commission européenne lâchera quelque chose, on dira que l'on ne peut plus revenir en arrière. Or, visiblement, la Commission a outrepassé son mandat de négociation sur certains points précis ; voilà pourquoi il faut mettre les points sur les « I ». M. le ministre. Je n'ai pas d'informations en ce sens. Si c'était le cas, il faudrait désavouer la Commission. Quoi qu'il en soit, la négociation ne sera pas bouclée cette année, tant s'en faut. En bref, l'acceptation ou le refus de la proposition d'accord se fera sous bénéfice d'inventaire. Pour le moment, les négociations israélo-palestiniennes sont bloquées. J'en ai parlé avec les Israéliens, les Palestiniens et les Américains ; ces derniers, toujours optimistes, considèrent que les discussions vont reprendre. Après la conclusion de l'accord de réconciliation entre le Hamas et le Fatah, j'ai rappelé que la France a toujours été favorable à l'unité palestinienne mais que tout nouveau gouvernement devra respecter les conditions connues : reconnaître l'existence de l'État d'Israël, refuser le recours à la violence et accepter l'ensemble des accords conclus. L'échéance du 29 avril, date fixée par John Kerry pour la fin des négociations israélo-palestiniennes, est dépassée. À ce jour, aucun élément ne montre qu'elles vont reprendre, mais c'est pourtant ce que disent les Palestiniens et les Américains. Dans ce contexte, la France peut-elle prétendre favoriser une solution là où si nombreux sont ceux qui ont échoué ? Si nous pouvons être utiles, nous le serons, mais nous devons éviter de jouer le rôle de l'éléphant dans le magasin de porcelaine. Une séance de négociation avec l'Iran a eu lieu la semaine dernière. Il était prévu que l'on commencerait à rédiger un accord ; cela n'a pas été possible. Je rappelle que la négociation se termine théoriquement fin juillet mais qu'elle peut être prolongée de six mois en tant que de besoin. Des progrès ont eu lieu à propos du réacteur d'Arak : si les Iraniens veulent trouver une solution, la technique le permet. En revanche, l'absence d'accord est patente pour ce qui concerne l'enrichissement, et les valeurs de référence des négociateurs sont considérablement éloignées : alors que le groupe « 5+1 » évoque quelques centaines de centrifugeuses, l'Iran compte en centaines de milliers ! Cette divergence a des conséquences sur la question du « break out » autrement dit le temps nécessaire pour que nous puissions réagir au cas où l'Iran, ayant signé l'accord, ne respecterait pas sa signature. Pour le moment, le différend avec la Russie à propos de l'Ukraine n'a pas d'incidence au sein du groupe 5+1 sur la négociation avec l'Iran, les Russes ne tenant pas à ce que les Iraniens se dotent de l'arme nucléaire. La Chine est d'une grande prudence dans cette affaire. Elle est très sensible à l'argument que l'annexion de la Crimée par la Russie donne aux pays qui veulent disposer de l'arme nucléaire. Rappelez-vous : en 1994, l'Ukraine a renoncé au nucléaire en contrepartie du fait que sa sécurité territoriale serait garantie, notamment par la Russie ; vingt ans plus tard, non seulement la Russie ne garantit pas l'intégrité du sol ukrainien mais elle envahit la Crimée. Il en résulte que certains pays sont fondés à se dire qu'ils n'ont pas de meilleure garantie que l'arme atomique. Au cours des 25 dernières années, Afrique du Sud mise à part, les trois pays qui ont renoncé au nucléaire sont la Libye, l'Irak et l'Ukraine ; voilà qui peut donner à penser. M. Meyer Habib. Quelle conclusion tirer de tout cela ? M. le ministre. Que bien peu nombreux sont ceux qui souhaitent voir l'Iran disposer de l'arme nucléaire. J'en viens pour finir à la Libye, où la situation est extrêmement préoccupante. Il n'y a pas d'un côté les militaires et de l'autre le reste de la population : on y trouve des hommes en armes partout, qui appartiennent à diverses katibas ; certains se disent nationalistes, d'autres islamistes. Tout cela est très dangereux, parce qu'il y a beaucoup d'armes en circulation, que le pays est riche, qu'il n'y a pas d'État, que le Congrès général national, régulièrement envahi, est empêché d'agir, et que, au Sud et à l'Est, de nombreux groupes terroristes s'affairent. Samedi, j'ai demandé au Secrétaire général de l'ONU de nommer un représentant de haut niveau chargé d'engager une discussion politique entre tous ces groupes ; il y réfléchit. Il est temps que les Nations Unies fassent leur travail politique. Après les élections prévues en juillet, il faudra essayer de calmer les pays qui soutiennent les différentes katibas tout en prétendant n'en rien faire. Ensuite, il reviendra aux États-Unis, au Royaume-Uni, à nous-mêmes, à l'Algérie et à l'Egypte de faire preuve de vigilance pour éviter tout débordement de forces terroristes en dehors des frontières libyennes. Vous m'avez plusieurs fois entendu dire que la Libye était l'un de mes grands sujets de préoccupation ; malheureusement, cette inquiétude se vérifie aujourd'hui. Peut-être des initiatives seront-elles prises, peut-être convoquerons-nous une réunion internationale à Paris. Les pays occidentaux principalement intéressés sont la France, les États-Unis, l'Italie et le Royaume-Uni ; les pays concernés sont les pays limitrophes ; les pays de bonne volonté et qui peuvent agir sont l'Algérie et l'Egypte ; enfin, les pays du Golfe peuvent agir… En s'abstenant d'agir. Voilà ce qu'il en est. Vous l'aurez compris : l'ordre, en Libye, reste à parfaire. Mme la présidente Élisabeth Guigou. Monsieur le ministre, je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/037.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/037.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1a016977d6da66f5398218ccb2f401b7eb8ce8e2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/037.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le ministre de l’intérieur a présenté une communication relative à la mise en œuvre du plan de lutte contre la radicalisation violente et les filières terroristes. Ce plan a été présenté au conseil des ministres du 23 avril dernier. Les données chiffrées rassemblées par les services de renseignements rendent compte de l’évolution constante du nombre d’individus impliqués. Ainsi, au 30 mai dernier : -près de 320 individus (français ou résidant en France) combattaient en Syrie ; -140 environ étaient repérés comme étant en transit pour rejoindre ce pays ; -un nombre équivalent était reparti de Syrie pour la France ou un pays tiers ; -plus de 180 avaient manifesté des velléités de départ ; -une trentaine de morts a été dénombrée au cours de combats en Syrie ou en Iraq. L’attentat perpétré au musée juif de Bruxelles, le 24 mai dernier, est l’exemple le plus récent de la concrétisation d’une menace diffuse qui pèse désormais sur les Nations occidentales, du fait d’agissements criminels de leurs propres ressortissants fanatisés. Les mesures prises dans le cadre du plan à droit constant ont été immédiatement mises en œuvre. Elles visent à empêcher les départs, à démanteler les filières, à soutenir et à orienter les familles. Mis en place dès le 29 avril, le numéro d’appel national permettant aux proches des jeunes radicalisés, ou en voie de l’être, de se signaler ou d’obtenir aide et conseil a permis de traiter 126 signalements utiles, dont 32 concernaient des mineurs, 48 des femmes et 20 des départs avérés. Pour la seule journée du 2 juin, 5 nouveaux signalements ont été enregistrés. Un programme de formation a été mis en place pour les personnels intervenant dans ce cadre et 300 agents pourront être formés d’ici juillet. Parallèlement, l’action contre les départs et les filières est engagée (retraits de passeports, expulsions de ressortissants étrangers en lien avec les milieux djihadistes, gel des avoirs). Par ailleurs, la coopération entre les services de l’État est pilotée par les préfets pour assurer un échange opérationnel d’informations permettant de recourir plus efficacement aux décisions judiciaires d’interdiction ou d’opposition à la sortie du territoire des mineurs, voire à leur placement provisoire lorsque les éléments portés à la connaissance des parquets permettront d’établir que leur santé, leur sécurité ou leur moralité est compromise par un projet avéré de départ vers une zone de conflit. La diffusion de discours radicaux en milieu carcéral constitue également une préoccupation du Gouvernement. A cette fin, le ministère de la justice et le ministère de l’intérieur finalisent une série de mesures permettant de renforcer l’action des services de renseignement pénitentiaire, de sécuriser le recrutement et la formation des aumôniers et de prendre en charge les individus radicalisés au terme de leur détention. Il convient également de compléter notre législation sur plusieurs points essentiels dont le Parlement sera saisi à l’été : - l’interdiction des départs de ressortissants français majeurs liés à des activités terroristes ; - la capacité juridique des services français à mettre en œuvre des techniques d’investigation et des modalités d’exploitation de données qui ne leur sont pas encore ouvertes. Par ailleurs, est examinée l’introduction d’une nouvelle incrimination relative à la préparation d’actes de terrorisme par un individu isolé, complémentaire à l’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. L’action résolue de la France, dans le cadre européen et international, se poursuivra. Le ministre de l’intérieur participera, le 4 juin à Luxembourg, à une nouvelle réunion avec ses homologues des pays les plus concernés par le phénomène. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/038.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/038.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8d0eb0870daa1e6f563864df11e3939404130f63 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/038.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-JACQUES BOURDIN Manuel VALLS est notre invité ce matin, bonjour. MANUEL VALLS Bonjour Jean-Jacques BOURDIN. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci d'être avec nous. 14 régions au lieu de 22, c'est le projet du gouvernement, Manuel VALLS. Question directe pour commencer, est-ce que c'est une réforme figée ? MANUEL VALLS Non, elle va forcément évoluer. Enfin, à partir du moment où elle va être débattue au mois de juillet, d'abord au Sénat et ensuite à l'Assemblée nationale… JEAN-JACQUES BOURDIN D'abord au Sénat, ensuite à l'Assemblée nationale ? MANUEL VALLS C'est toujours au Sénat, la Constitution nous y oblige, puisqu'il s'agit de l'organisation de nos territoires, ça passe d'abord au Sénat, ensuite à l'Assemblée nationale, donc il va y avoir débat, et je suis attaché, comme le président de la République, au rôle du Parlement, donc il peut y avoir des évolutions. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire que les contours ne sont pas figés, de ces 14 régions ? MANUEL VALLS Nous verrons bien, mais il peut y avoir des évolutions. L'essentiel est de réduire le nombre de régions, en regroupant les régions existantes, pour rendre nos régions plus fortes, plus compétitivités, elles vont avoir beaucoup plus de compétences, notamment en matière d'économie et d'emploi… JEAN-JACQUES BOURDIN Je vais y venir. MANUEL VALLS Mais il faut des régions plus fortes pour rendre notre pays plus fort et plus compétitif, et puis, aussi, il faut des services publics plus efficaces, c'est ce que nos concitoyens, nos compatriotes, attendent. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors ça gronde parfois, je pense évidemment à cette grande région Poitou-Charentes, Centre, Limousin, là ça gronde, j'ai entendu Dominique BUSSEREAU ce matin sur RMC, enfin je l'ai interviewé, ça gronde de tous les côtés sur cette grande région, elle va s'appeler comment d'ailleurs ? MANUEL VALLS On verra, parce qu'il y a effectivement la nomination, la dénomination des régions, les capitales, le débat s'ouvre. C'est difficile, Jean-Jacques BOURDIN, de réformer le pays. On parle de la réduction du nombre de régions depuis des années, il y a eu un travail qui avait été effectué par Edouard BALLADUR, Jean-Pierre RAFFARIN et Yves KRATTINGER, qui est un sénateur socialiste, avaient fait aussi des propositions dans le cadre du Sénat, mais ça ne se fait jamais. A partir du moment où courageusement on met sur la table c'est ce que le président de la République a fait ce matin dans toute la presse quotidienne régionale on met sur la table cette réforme, ça gronde, je me dis alors que ça va plutôt dans le bon sens, parce que… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, ça gronde. MANUEL VALLS Il y a besoin de changer, de réformer, il était temps de le faire. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous écoutez donc ceux qui grondent, si j'ai bien compris, parfois, Manuel VALLS, dans la discussion. MANUEL VALLS Oui, mais en gardant toujours l'essentiel, c'est-à-dire… JEAN-JACQUES BOURDIN Par exemple les Pays-de-la-Loire, qui voulaient être rattachés à la Bretagne, et puis des départements de la région Poitou-Charentes qui voulaient être rattachés à l'Aquitaine, et puis Ségolène ROYAL qui elle était partagée, on ne savait plus trop ce qu'elle voulait, c'est compliqué tout ça, non ? MANUEL VALLS Raison de plus c'est compliqué raison de plus pour… JEAN-JACQUES BOURDIN Elle trouble le jeu, Ségolène, d'ailleurs, dans tout ça ? MANUEL VALLS Ce n'est pas le sujet. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, ce n'est pas le sujet. MANUEL VALLS Raison de plus pour être attaché à l'intérêt général, avoir de grandes régions efficaces. Alors permettez-moi de vous dire quand même quelque chose. JEAN-JACQUES BOURDIN Allez-y. MANUEL VALLS Cette réforme elle doit se faire en préservant l'intérêt général, avec des principes simples, je les ai rappelés, des régions plus fortes sur le plan économique avec des moyens supplémentaires, mais avec toujours une idée à laquelle nous sommes tous, je crois, profondément attaché, c'est l'unité du pays, c'est l'unité de la Nation, c'est la force de la République. Nous ne sommes pas en train de revenir aux provinces d'antan, du royaume, il s'agit de construire, dans le cadre unitaire de la République, ce n'est pas contradictoire avec la décentralisation, je le dis d'autant plus que c'est la gauche qui a essentiellement permis la décentralisation dans ce pays, mais il faut que cela se fasse en ayant toujours en tête l'unité, la cohésion, de la Nation, de la République, et le rôle de l'Etat. Et dans cette réforme, avec le ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE, qui la portera, nous sommes aussi très attachés au rôle de l'Etat, dans chaque département, pour gagner en efficacité, en protection, parce que beaucoup de nos concitoyens, au cours de ces dernières années, nous ont demandé, dans les territoires urbains, périurbains, dans les territoires ruraux, davantage de présence des services publics de l'Etat et de protection. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, vote avant l'été, on est bien d'accord ? MANUEL VALLS Passage en Conseil des ministres de deux textes, celui qui reconfigure les régions… JEAN-JACQUES BOURDIN Quand, le 18 juin ? MANUEL VALLS Le 18 juin, et aussi le texte concernant les compétences des régions, la montée en puissance de l'intercommunalité et… JEAN-JACQUES BOURDIN Je vais en parler. MANUEL VALLS L'avenir des départements, vous allez, j'imagine, m'interroger là-dessus. JEAN-JACQUES BOURDIN Pourquoi pas un référendum ? 58 % des Français le demandent. Pourquoi pas ? MANUEL VALLS Parce que je pense que face à cette question d'intérêt général, on répondrait à une autre question. JEAN-JACQUES BOURDIN Laquelle ? MANUEL VALLS On répondrait à une question concernant le président de la République, parce que c'est lui qui poserait la question. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire que ce référendum se transformerait en « oui ou non François HOLLANDE ? » MANUEL VALLS Peut-être, mais surtout on verrait l'addition, à ce moment-là, vous venez d'en parler, de tous les contraires, et moi je compte là-dessus, sur le Parlement, sur ce rôle. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais… MANUEL VALLS Je sais, Jean-Jacques BOURDIN, ce n'est pas facile à défendre, c'est tellement… JEAN-JACQUES BOURDIN Aucun pouvoir n'organise de référendum dans ce pays, pourquoi Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Mais sur quelle base ? JEAN-JACQUES BOURDIN Pourquoi ? MANUEL VALLS Mais parce que sur ce sujet aussi compliqué vous auriez l'addition de tous les contraires. Et je pense, il faut le dire à nos compatriotes… JEAN-JACQUES BOURDIN Allez-y. MANUEL VALLS C'est au président de la République, au gouvernement, et au Parlement, et je l'espère de tout coeur, de faire valoir l'intérêt général, sinon vous aurez toutes les contradictions, tous les élus… Regardez l'opposition qui s'exprime aujourd'hui, elle-même a annoncé, par la voix de Jean-François COPE, la suppression des départements, d'autres, comme Jean-Pierre RAFFARIN, ont souhaité la diminution des régions, comment on va mener ce débat ? Donc il faut le mener de manière sereine, avec beaucoup de conviction, je n'en doute pas, mais de manière sereine en ayant en tête l'intérêt général du pays, ce débat au Parlement. JEAN-JACQUES BOURDIN Moins d'élus, est-ce qu'il y aura moins d'élus ? MANUEL VALLS Il y aura moins d'élus, il y aura moins de conseillers régionaux, qu'il n'y en a aujourd'hui, puisque l'addition de plusieurs régions, trois ou deux, doit conduire, dans ces régions, à ce qu'il y ait moins de conseillers régionaux. JEAN-JACQUES BOURDIN Et dans les départements, 2020 c'est l'objectif, suppression enfin suppression, c'est encore un peu flou suppression des conseils généraux ou pas ? MANUEL VALLS Oui, c'est la perspective, c'est indiqué, mais là aussi, de toute façon, pour transférer des compétences… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous allez transférer les compétences des départements à ces grandes régions. MANUEL VALLS Je pense à tout ce qui est développement économique, collèges, routes, aux régions ou à l'intercommunalité. Il faut de toute façon du temps, il faut au moins 3 ans, pour transférer des compétences, et aussi des agents. JEAN-JACQUES BOURDIN … Encore une administration mais plus de pouvoir quoi ? MANUEL VALLS Et aussi, et les agents aussi, puisqu'il y a 270.000 agents qui travaillent dans les conseils généraux, qui travaillent bien, sur des missions souvent de proximité, je pense à l'action sociale, au travail vers les personnes âgées, vers les handicapés, donc, ce travail-là il doit être fait. Il faut penser aussi aux territoires ruraux, la ruralité qui est une réalité, vous la connaissez bien, dans notre pays, donc il faut aussi regarder… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous allez garder une administration. MANUEL VALLS Pendant 3 ans, et ensuite vous verrez. De toute façon, c'est déjà le cas, des départements qui vont se fondre… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais l'administration servira à quoi, puisque vous transférez toutes les compétences à ces supers régions ? MANUEL VALLS Non, les conseils généraux vont garder pendant 3 ans un certain nombre de compétences, ce qu'on appelle le bloc social, et la cohésion territoriale, notamment dans les territoires ruraux. JEAN-JACQUES BOURDIN Les services de secours aussi, sapeurs-pompiers ? MANUEL VALLS Et les services de secours, vous avez raison de le rappeler, les SDIS, qui jouent un rôle très important, je n'oublie pas que j'ai été leur ministre, ministre de l'Intérieur. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est pour ça que je vous pose la question. MANUEL VALLS Donc il faut 3 ans pour ce faire, il faut administrer ces compétences. JEAN-JACQUES BOURDIN Ils seront transférés aussi. MANUEL VALLS Non, à ce stade, ces compétences, bloc social et SDIS, vont rester au niveau du département. Vous aurez des départements, c'est déjà le cas, qui vont se fondre dans des métropoles, une grande partie du département du Rhône va se fondre très vite dans l'agglomération, dans la métropole de Lyon, ça peut être le cas aussi en Ile-de-France, dans d'autres régions, c'est un mouvement qui est enclenché. Le plus important dans cette histoire c'était d'enclencher le mouvement, que rien ne reste figé, comme nous le vivons depuis des années. Nous avons des territoires, une décentralisation que la gauche a voulue en 1982, que Jacques CHIRAC a accompagnée au début des années 2000 puisqu'il a intégré l'idée d'une France décentralisée dans la Constitution, mais nous voyons bien que ça manque de lisibilité, d'efficacité, de proximité, de démocratie. En renforçant les régions et en faisant remonter l'intercommunalité, je crois que dans les années qui viennent notre pays va gagner en efficacité et en clarté. JEAN-JACQUES BOURDIN Parlons d'efficacité, de clarté. L'affaire Mehdi NEMMOUCHE, les Allemands ont signalé son retour en Europe, aux Français, est-ce qu'il aurait pu être arrêté plus tôt, Manuel VALLS, franchement ? MANUEL VALLS Il s'agit de surveiller des centaines et des centaines d'individus, français ou européens, qui aujourd'hui combattent en Syrie. Nous avons dépassé, en France, le nombre de 800 Français, ou citoyens résidant en France, qui sont concernés par la Syrie, soit parce qu'ils y combattent, soit parce qu'ils y sont morts, une trentaine, soit parce qu'ils en sont revenus, soit parce qu'ils veulent y aller. Nous n'avons jamais été confrontés à un tel défi. Quand j'étais ministre de l'Intérieur, j'avais déjà eu l'occasion de le dire, ici même, c'est sans doute la menace la plus importante. Quand j'avais présenté la loi antiterroriste, à la fin de l'année 2012, qui avait été votée par une très large majorité au Sénat comme à l'Assemblée, j'avais parlé d'ennemis intérieur, j'avais indiqué que nous faisions face à plusieurs dizaines de MERAH potentiels, donc c'est difficile. JEAN-JACQUES BOURDIN C'était en 2013. MANUEL VALLS Depuis plusieurs mois nous avons, Bernard CAZENEUVE l'a rappelé, arrêtés des individus, démantelés des cellules, celle qui avait frappé à Sarcelles en septembre 2012, mais qui avait plusieurs individus encore présents, il y a eu des menaces sur la France, un groupe qui, dans le Sud-est, menaçait de commettre un attentat, a été arrêté. C'est difficile, ça veut dire qu'il faut suivre à la trace… JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire qu'il y a des MERAH autour de nous encore, en France, potentiels ? MANUEL VALLS Mais bien entendu. Vous avez cet individu qui a frappé en Belgique. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que vous allez modifier la loi ? Il paraît que vous allez modifier la loi ; c'est vrai ? MANUEL VALLS Oui, à la fin du mois de juin ou au début du mois de juillet. Bernard CAZENEUVE l'a annoncé. JEAN-JACQUES BOURDIN Qu'est-ce que vous allez faire ? MANUEL VALLS On va renforcer tous les moyens à la fois de prévention, suivi des familles et puis il faut des modifications législatives pour permettre aux juges antiterroristes de gagner en efficacité. Ça avait déjà été le cas en 2012 à travers la loi antiterroriste puisque maintenant, on peut poursuivre un Français ou un citoyen français qui, sans avoir commis un attentat sur notre sol, est engagé dans des organisations terroristes. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu'on peut le déchoir de la nationalité ? MANUEL VALLS Oui, bien sûr. C'est déjà possible. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que NEMMOUCHE devrait être déchu de sa nationalité ? MANUEL VALLS Nous verrons bien. Nous sommes dans une enquête, nous sommes dans un Etat de droits. JEAN-JACQUES BOURDIN Il est binational ou pas ? Il a la double nationalité ? MANUEL VALLS Je ne sais pas mais dans notre loi fondamentale, nous pouvons déchoir déjà de la nationalité ceux qui s'attaquent aux intérêts fondamentaux de notre pays. JEAN-JACQUES BOURDIN Si NEMMOUCHE est coupable, doit-il être déchu de sa nationalité ? MANUEL VALLS Attendons, attendons. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais je pose quand même la question parce qu'elle est posée. MANUEL VALLS C'est des choses qui peuvent se faire. Je crois qu'il n'y a pas de tabou, mais honnêtement, ce n'est pas ça qui règle le problème de fond. Le problème de fond, c'est qu'aujourd'hui vous avez des centaines d'individus, souvent jeunes, avec le même parcours - parcours de délinquant, radicalisation en prison ou sur Internet qui se rendent en Syrie parfois très jeunes, qui rencontrent des groupes, qui combattent dans des groupes, dans l'horreur car ce qui se passe en Syrie c'est l'horreur, et qui reviennent pour commettre des attentats sur leur propre sol ou en Europe comme ç'a été le cas en Belgique, animés par l'antisémitisme, la haine de nos valeurs. JEAN-JACQUES BOURDIN Il y a une montée de l'antisémitisme selon vous ? MANUEL VALLS J'ai déjà eu l'occasion de le dire. Oui, il y a une montée de l'antisémitisme, une montée du racisme, du rejet de l'autre. Il y a de la violence dans nos sociétés et nos sociétés démocratiques, au nom des valeurs qui ne sont pas que des valeurs occidentales, qui sont des valeurs universelles. Qui sont les premières victimes du terrorisme dans le monde ? Ce sont les musulmans eux-mêmes en Irak, en Syrie. Il faut donc se défendre et avoir plus de moyens. Croyez-moi, la détermination du gouvernement… JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que vous regrettez que les musulmans français ne s'expriment pas plus fort ? MANUEL VALLS Ils s'expriment JEAN-JACQUES BOURDIN Pas plus fort ? MANUEL VALLS Encore plus fort, mais il faut les autorités musulmanes, les intellectuels et je le leur demande, parce que nos concitoyens musulmans qui pratiquent leur religion et bientôt nous connaîtrons la période du ramadan - tranquillement, sereinement, qui sont attachés à nos valeurs, ne peuvent pas être confondus avec ces individus, ces terroristes, ces meurtriers qui dévoient l'islam. JEAN-JACQUES BOURDIN Qu'ils le disent, non ? MANUEL VALLS Que tout le monde le dise avec force et évitons les uns et les autres de faire des amalgames. JEAN-JACQUES BOURDIN Réforme pénale, début de l'examen du projet de loi aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Pour combattre la récidive, la principale mesure c'est cette nouvelle peine c'est une peine de probation. Elle s'ajoute aux autres peines possibles jugée plus efficace que la prison. Certains députés socialistes et Christiane TAUBIRA estiment que cette peine devrait être applicable aux condamnés à dix ans de prison, jusqu'à dix ans de prison. Vous, vous arrêtez à cinq ans, pas plus. MANUEL VALLS Cinq ans, c'est l'arbitrage qui avait été rendu. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous maintenez cet arbitrage ? MANUEL VALLS Bien évidemment. Ça n'est pas la seule mesure. Aujourd'hui, nous n'avons jamais eu autant de monde dans nos prisons et nous devons lutter contre ce phénomène qui ébranle les fondements de la République, qui touche profondément nos concitoyens qui ne peuvent pas le comprendre, qui est la récidive. Or, toutes les lois qui ont été votées sur ce sujet-là n'ont pas fonctionné. Plutôt que s'écharper, plutôt que d'avoir à l'Assemblée nationale un combat stérile entre la droite et la gauche, entre les soi-disant sécuritaires et les soi-disant laxistes, travaillons pour que la justice soit la plus efficace possible avec des moyens supplémentaires. Nous construirons par ailleurs ces mille cinq cents places de prison supplémentaires et il faut donner les moyens aux agents de probation, à ceux qui doivent suivre chaque délinquant pour préparer la sortie de prison. JEAN-JACQUES BOURDIN Parce qu'ils disent déjà qu'ils n'ont pas les moyens. MANUEL VALLS Mais nous avons prévu et nous avons préservé les postes au ministère de la Justice comme à l'Intérieur pour la police et la gendarmerie pour travailler plus efficacement sur le parcours de ces individus. Il ne s'agit pas de ceux qui ont été condamnés au pénal, je veux le rappeler. Il s'agit d'un certain nombre de peines pour gagner en efficacité. Moins de cinq ans, c'est un des éléments de l'équilibre du texte. JEAN-JACQUES BOURDIN Moins de cinq ans parce que Christiane TAUBIRA était sur dix ans, elle, vous le savez. C'est le président de la République qui l'a rappelée à l'ordre. MANUEL VALLS Il y a un arbitrage qui a été rendu au mois d'août dernier et je tiens à ce qu'on respecte cet arbitrage. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous dites à votre garde des Sceaux : « On respecte cet arbitrage ». MANUEL VALLS Mais elle le sait et elle le portera. Je n'en doute pas un seul instant. Moi, j'appelle sur ce type de débat là aussi à la sérénité. Qu'est-ce qui ne marche pas dans notre pays, et je pense à vos auditeurs, à ceux qui nous regardent maintenant ? C'est que ça ne fonctionne pas. Nous venons de parler de la radicalisation en prison. Aujourd'hui la prison elle-même ne permet pas toujours le bon accomplissement de la peine et ne prépare pas la sortie. Il faut donc gagner en efficacité et moi, je suis sûr qu'à droite comme à gauche il y a des hommes et des femmes qui sont prêts à faire un bout de chemin ensemble pour traiter ces questions au fond, et pas pour provoquer des débats qui ne servent à rien. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous êtes populaire encore. Je dis « encore ». MANUEL VALLS Vous avez raison de dire « encore ». JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, je dis « encore ». MANUEL VALLS Bien sûr. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous êtes populaire encore et certains disent déjà : « Ça fait deux mois qu'il est Premier ministre et il n'y a rien de nouveau ». Rien de nouveau avec Manuel VALLS, rien n'a changé avec Manuel VALLS. MANUEL VALLS Depuis que j'ai été nommé par le président de la République après les élections municipales pour incarner la deuxième phase de son quinquennat, et après avoir reçu la confiance de l'Assemblée, nous avons engagé le Plan de solidarité pour renforcer nos entreprises. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais c'était déjà engagé avant vous. MANUEL VALLS Oui, mais là il entre concrètement dans les faits. Nous allons présenter en conseil des ministres la semaine prochaine et voter à l'Assemblée nationale et au Sénat dans les prochaines semaines les textes financiers et sociaux qui permettent la mise en œuvre de ce plan pour soutenir la compétitivité de nos entreprises, baisser le coût du travail, créer de l'emploi tout en protégeant les plus modestes et les plus faibles de notre société. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. Où allez-vous trouver les quatre milliards supplémentaires que vous cherchez ? MANUEL VALLS Par des économies. C'est ce que Michel SAPIN va présenter. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais où ? Des économies où ? MANUEL VALLS Dans tous les budgets. Ce travail a déjà été fait et il va être présenté. JEAN-JACQUES BOURDIN Précisément, quels sont les budgets qui sont préservés ? MANUEL VALLS Vous les connaissez, j'ai déjà eu l'occasion de le dire : l'éducation nationale pour ce qui concerne les postes crées ; la police et la justice, je viens de vous le dire, puisque nous continuons de créer des postes supplémentaires de policiers, de gendarmes mais aussi pour accompagner la réforme de la loi pénale. Voilà les ministères qui sont préservés. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est tout ? La Défense aussi, non ? MANUEL VALLS Et la Défense, j'ai déjà eu l'occasion de le rappeler et le président de la République surtout l'a rappelé. JEAN-JACQUES BOURDIN D'autres ce sont les autres ministères qui vont payer ? MANUEL VALLS Non seulement l'Etat doit faire des économies mais pour gagner encore une fois en efficacité… JEAN-JACQUES BOURDIN Je ne sais pas, l'agriculture, je ne sais pas moi. MANUEL VALLS Mais j'ai déjà eu l'occasion de le dire. Les dix-huit milliards sur les trois ans qui viennent pour ce qui concerne l'Etat. JEAN-JACQUES BOURDIN Le logement. MANUEL VALLS Oui, bien sûr. JEAN-JACQUES BOURDIN Le logement contribuera aussi à cet effort. MANUEL VALLS Onze milliards pour les collectivités territoriales et c'est vrai aussi pour l'Assurance-maladie et la Santé. J'ai déjà eu l'occasion d'annoncer un certain nombre de mesures. Là aussi il faut dire la vérité aux Français. Quel est le projet du président de la République que je porte au nom du gouvernement ? C'est de renforcer le pays, c'est de le préparer à l'avenir. C'est le sens de la réforme territoriale ; c'est le sens du soutien aux entreprises et notamment aux PME, aux PMI, aux commerçants, aux artisans. C'est le sens d'une réforme nécessaire de la formation et de la priorité à l'apprentissage. Nous devons préparer le pays à l'avenir sinon nous allons décrocher par rapport à d'autres pays, par rapport à de grandes nations qui aujourd'hui ont la croissance. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous maintenez la politique quelles que soient les remarques de Bruxelles, quelles que soient les remarques de certains députés de votre majorité. Vous maintenez le même cap. MANUEL VALLS Je maintiens le même cap parce qu'il est bon pour la France. Ça ne veut pas dire que n'écoute pas, que nous n'écoutons pas les Français d'abord. JEAN-JACQUES BOURDIN Parce que ça va gronder à l'Assemblée dans quelques jours. MANUEL VALLS Mais c'est normal que nous écoutions aussi le Parlement. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous avez vu ce que veulent certains députés socialistes. Je ne vais pas entrer dans le détail. MANUEL VALLS Moi je sais que ce que veut une grande majorité de députés socialistes. Ils veulent réussir, ils veulent que la France soit plus performante. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous aurez une majorité ? MANUEL VALLS Il ne peut pas en être autrement. Il y aura une majorité, j'en suis convaincu, mais il y aura du dialogue. La Vème République à laquelle je suis attachée n'est pas incompatible avec le rôle du Parlement. Dans les réformes que nous avons faites qui vont compter pour les années qui viennent, il n'y a pas seulement celles concernant les territoires mais il y a aussi le non-cumul des mandats qui donne, au fond, plus de pouvoirs, un rôle plus important aux députés et aux sénateurs qui le prennent, qui dialoguent mais avec l'esprit de responsabilité qui doit nous animer. Dans la situation difficile que traverse notre pays, le gouvernement comme la majorité, et je l'espère aussi l'opposition, doit faire preuve de responsabilité. JEAN-JACQUES BOURDIN J'ai remarqué une petite phrase de François HOLLANDE : « Si les députés continuent, ils ne devront pas s'étonner que leur mandat soit raccourci ». Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il y a aussi une menace de dissolution ? Est-ce qu'il n'y aura pas de dissolution avant la fin du quinquennat, Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Non. Si la majorité est cohérente, soutient le gouvernement dans le dialogue… JEAN-JACQUES BOURDIN Si la majorité est cohérente. MANUEL VALLS Mais c'est la condition. Je vous lis pratiquement la constitution. Moi, je n'ai aucune raison de douter. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous dites à la majorité : « Si vous êtes cohérents, pas de dissolution. Si vous ne l'êtes pas… ». Vous brandissez la menace de la dissolution ou pas ? MANUEL VALLS Non. Ce n'est pas une question de menace, c'est une question de responsabilité. JEAN-JACQUES BOURDIN Non, mais c'est une responsabilité ou pas ? MANUEL VALLS Mais on ne va pas rajouter du désordre à la situation que nous connaissons ! Il n'y a aucune raison de mettre en doute l'engagement de la majorité. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais cette phrase m'a surpris. Pas vous ? MANUEL VALLS Je ne connais pas cette phrase et en tout état de cause, il y a cette cohérence, cette nécessité de réussir. JEAN-JACQUES BOURDIN François HOLLANDE ne pense pas à une possible dissolution ? MANUEL VALLS Mais François HOLLANDE a été élu par les Français en 2012. Grâce à cette élection, une majorité a été élue par les Français pour mettre en œuvre une politique. Cette politique, il faut la corriger, l'adapter, l'approfondir. Il faut aller vite ! Le pays a besoin de réformes à condition qu'on explique aux Français quel est le sens de cette réforme. Le sens de cette réforme, c'est de redresser le pays ; c'est de rendre plus efficace notre économie et plus compétitives nos entreprises. Et c'est surtout évidemment l'emploi, l'emploi, l'emploi, parce que notre pays s'est habitué depuis des années à un tel niveau de chômage de masse qu'il en crève. Il faut sortir de cette situation. JEAN-JACQUES BOURDIN Pour l'instant, vous ne sortez rien du tout. MANUEL VALLS Je sais que c'est difficile, mais en même temps nous avons des atouts, des entreprises, des PME, des PMI, des Français. JEAN-JACQUES BOURDIN Aucun retournement ! Je n'ai pas vu le moindre retournement pour l'instant. MANUEL VALLS Mais moi, je suis convaincu que la politique que nous sommes en train de mettre en œuvre donnera des résultats mais il faut du temps, il faut des efforts collectifs et partagés et il faut expliquer aux Français où nous allons. Il faut accepter les réformes. Regardez, on parle de la réforme des territoires que chacun demande et c'est déjà la levée de boucliers. Donc il faut poursuivre ce travail. JEAN-JACQUES BOURDIN Manuel VALLS, deux choses. Politique. Vous dites, François HOLLANDE est élu effectivement depuis 2012, s'il y avait une élection présidentielle, il serait à 3 % et vous à 26. Evidemment… MANUEL VALLS Et alors ? JEAN-JACQUES BOURDIN Eh bien je ne sais pas, et alors, ça vous fait plaisir ça ? Ça vous fait plaisir ou pas ? Sincèrement, est-ce que ça vous fait plaisir ? MANUEL VALLS Non, mais moi je suis fatigué… JEAN-JACQUES BOURDIN De quoi, dites-moi. MANUEL VALLS Un peu écoeuré, des critiques, des petits mots, des petites phrases, à l'égard du président de la République. Il est le chef de l'Etat, il est le président de la République, il prend des décisions courageuses quand il s'agit d'engager nos forces au Mali, en Centrafrique, il prend des positions courageuses, sur la Syrie ou sur l'Ukraine, il veut une réorientation de l'Europe, il prend des décisions essentielles pour notre pays… JEAN-JACQUES BOURDIN Lorsqu'on pose la question, peut-il tenir 3 ans, ça vous insupporte ? MANUEL VALLS Pacte de responsabilité et de solidarité, réforme des territoires, et il y a cette mise en cause permanente du chef de l'Etat. Va-t-il rester ? Va-t-il pouvoir gouverner ? JEAN-JACQUES BOURDIN Va-t-il tenir 3 ans ? MANUEL VALLS Mais évidemment qu'il va tenir, évidemment qu'il va tenir ce quinquennat, et moi, à ses côtés, comme le gouvernement, je suis là non seulement pour faire réussir la France, mais pour permettre la réussite de ce quinquennat. Et vous croyez que je vais perdre mon temps à commenter des sondages et à être dans une soi-disant rivalité avec le président de la République ? Non. Il m'a nommé, ma relation avec lui c'est la confiance et c'est la loyauté, il n'y a pas d'autre chemin. Je ne vais pas rajouter, moi, du désordre, là aussi, au désordre et aux difficultés que nous pouvons connaître. JEAN-JACQUES BOURDIN J'ai une dernière question, une pétition a été lancée concernant SNOWDEN, est-ce que la France va accorder l'asile politique à Edward SNOWDEN, comme réfugié politique ? MANUEL VALLS Ce n'est pas d'actualité, je ne vois pas pourquoi nous le ferions. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous n'y est pas favorable ? MANUEL VALLS Je n'y suis pas favorable, mais si la question se pose, elle sera bien sûr examinée. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci Manuel VALLS d'être venu nous voir ce matin. MANUEL VALLS Merci Jean-Jacques BOURDIN. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/039.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/039.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3aa1d9a9c6304cfb6bbaafd58aad993db5b9ca68 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/039.txt @@ -0,0 +1 @@ +Charles de Courson, député du Nouveau centre, Marne Ma question s'adresse à Monsieur le ministre de l'Intérieur. Monsieur le Ministre, les crimes antisémites de Mohamed Merah à Toulouse et de Mehdi Nemmouche à Bruxelles sont odieux. Tous nos concitoyens et toutes les forces démocratiques de notre pays ont dénoncé ce comportement de radicalisation violente liée à des filières terroristes. Vous avez présenté à la fin du mois d'avril en conseil des ministres un plan de lutte contre la radicalisation violente et les filières terroristes et vous avez annoncé que des dispositions législatives en appui de ce plan seraient dévoilées en conseil des ministres à la fin de ce mois de juin. Le groupe UDI appuie ces initiatives. Mais une politique équilibrée de lutte contre la radicalisation violente et les filières terroristes ne passe pas simplement par des mesures de répression et des mesures curatives. Il convient de développer, comme l'ont fait plusieurs pays européens, des actions de prévention dans les écoles, dans les quartiers, dans les médias pour lutter contre la radicalisation des esprits, afin de montrer à tous les jeunes Français les dangers que font courir à la communauté nationale tous ceux qui prêchent la haine, le rejet de l'autre, voire sa destruction. Monsieur le ministre de l'Intérieur, pourriez-vous préciser à la représentation nationale, au-delà des mesures préventives et curatives que vous avez déjà annoncées, le contenu des mesures de prévention destinées à lutter contre la radicalisation des esprits, que vous envisagez de mettre en place ? Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur Monsieur le Député Charles de Courson, merci pour votre question. Je voudrais à mon tour m'incliner devant la mémoire de ceux qui sont tombés au musée juif de Bruxelles. Je me rendrai d'ailleurs juste après cette séance à Bruxelles avec mon homologue belge pour une cérémonie d'hommage et je voudrais dire à quel point vous avez eu raison d'insister sur la dimension de violence barbare qui s'attache à ces actes et qui doit nous mobiliser tous. Vous avez raison également d'insister sur le fait qu'il faut des mesures répressives mais qu'elles ne sont pas le seul volet des actions à mettre en œuvre. Il y a des actions de prévention à engager, elles doivent être aussi puissantes que seront dissuasives les mesures répressives et ces mesures de prévention existent bien dans le plan. Comment ? D'abord lorsque nous voulons prévenir les départs, nous sommes dans la prévention ; nous le faisons à travers les mineurs – j'ai pris une instruction pour que lorsque des signalements de jeunes souhaitant partir sont communiqués aux services de l'Etat, nous puissions immédiatement, par l'inscription de ces jeunes au fichier des personnes recherchées ou par un signalement au système Schengen, éviter ces départs. Par ailleurs dans l'action de démantèlement des filières, il y a également des mesures préventives ; c'est le cas notamment sur Internet. Nous avions ce matin un débat très intéressant en commission des lois autour de la proposition de loi du député Larrivé, nous avons l'intention de faire en sorte que sur Internet, nous puissions couper des accès à des images, à des vidéos qui peuvent accompagner ce basculement. Demain matin à Luxembourg, les ministres des affaires intérieures de l'Union européenne, travailleront ensemble à une action conjointe à destination des fournisseurs d'accès de manière à pouvoir lutter efficacement. Et puis, enfin, il y a l'accompagnement des familles. J'ai rédigé une instruction aux préfets de manière à ce que lorsqu'un cas nous est signalé, il y ait des compétences éducatives, médicales qui entourent le jeune pour éviter le basculement. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/040.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/040.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3bdf2aae161b6ae7dcef87ec2ecdb7079987dfef --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/040.txt @@ -0,0 +1 @@ +Quand un homme abat quatre innocents dans un musée avec pour seul mobile la haine du peuple juif, le Parlement et le gouvernement ne peuvent qu'être soulevés par l'indignation. À mon tour, j'adresse aux communautés juives de Belgique et de France frappées par le deuil un message de soutien fraternel, de solidarité et de compassion. Le gouvernement restera ferme dans son combat contre cette barbarie moderne. Les auteurs seront inlassablement traqués, retrouvés et punis. M. Bernard Cazeneuve va présenter le 23 juin un arsenal de mesures pour éradiquer le terrorisme. Vous avez raison : la prison peut devenir un milieu propice au prosélytisme et à la radicalisation. Aussi, nous allons renforcer l'action des services de renseignement pénitentiaire et améliorer la formation des aumôniers, notamment musulmans. Il faut que les prisonniers voient des imams formés aux principes civiques et citoyens qui sont ceux de l'islam de France. Outre cet aspect répressif, il y a aussi un combat permanent à mener contre l'intolérance ; il y a quelques mois, le gouvernement a montré son engagement lors de l'affaire Dieudonné. Nous menons un combat déterminé contre l'antisémitisme, la violence et le terrorisme. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/041.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/041.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5a9887355840b87cd06231e1837940a3e77a2bb1 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/041.txt @@ -0,0 +1 @@ +LAURENT BAZIN Jean-Michel APHATIE vous recevez donc ce matin la ministre de la Justice, Christiane TAUBIRA. JEAN-MICHEL APHATIE Bonjour Christiane TAUBIRA. CHRISTIANE TAUBIRA Bonjour monsieur APHATIE. JEAN-MICHEL APHATIE Le personnel pénitentiaire est appelé aujourd'hui à la grève par ses syndicats pour protester, je cite, contre les conditions de travail devenues insupportables et dangereuses, la mise en danger de plus en plus fréquente, écrivent-ils. Ces syndicats exagèrent ou ils ont raison Christiane TAUBIRA ? CHRISTIANE TAUBIRA Il y a une réalité de difficulté dans les conditions de travail, d'abord parce qu'il manque des effectifs. Par exemple sous l'ancien quinquennat, pendant trois années consécutives le gouvernement a créé par loi de finances des emplois mais il ne les a pas financés donc ces emplois n'existent pas. Or ils avaient été estimés par rapport aux besoins. Ensuite évidemment, vous savez bien que la population carcérale a augmenté, par conséquent les conditions de tensions sont plus fortes et il est vrai que nous avons eu des incidents importants dans nos établissements. J'ai pris un certain nombre de dispositions, depuis l'année dernière par exemple, j'ai adopté un plan de sécurisation, un plan de sécurisation de 33 millions d'euros… JEAN-MICHEL APHATIE Qui ne produit pas d'effets visiblement. CHRISTIANE TAUBIRA Non, non, vous ne pouvez pas dire ça, parce qu'il est en œuvre… JEAN-MICHEL APHATIE Je m'appuie sur ce que disent les syndicats. CHRISTIANE TAUBIRA Non, non, mais la surpopulation, vous avez entendu aussi les syndicats et des personnels dire qu'ils ne comprennent pas l'arrivée de certaines personnes dans les établissements pénitentiaires, c'est-à-dire par exemple des mises à exécution de peines qui datent de plusieurs années, qui sont de courtes peines de deux mois, par exemple pour le non-paiement d'une pension alimentaire. Eux-mêmes se rendent compte que ce sont des situations absurdes, ils sont inquiets évidemment des sorties sèches, mais ce plan de sécurisation est mis en œuvre, c'est-à-dire que nous sécurisons des établissements, nous installons des portiques à masse métallique, des portiques à onde millimétrique, nous mettons des filets anti-protection, nous avons également un plan sur le personnel… JEAN-MICHEL APHATIE Si je peux me permettre, la situation ne s'arrangera peut-être pas puisqu'hier en Conseil des ministres, parmi tous les ministères le vôtre a perdu 73 millions d'euros pour 2014. Donc on imagine que la situation… CHRISTIANE TAUBIRA Vous vous avancez beaucoup, vous vous avancez beaucoup parce que… JEAN-MICHEL APHATIE C'est la coupe budgétaire qui a été annoncée je crois dans les économies nécessaires. CHRISTIANE TAUBIRA Oui mais j'ai une réunion budgétaire lundi prochain donc voilà… JEAN-MICHEL APHATIE Je pensais que le Conseil des ministres c'était le lieu où on tranchait les problèmes mais… CHRISTIANE TAUBIRA Mais de toute façon, les choses sont définitives, les choses sont définitifs une fois que les budgets sont adoptés par le Parlement. JEAN-MICHEL APHATIE Et vous espérez obtenir une remise en quelque sorte de la coupe… CHRISTIANE TAUBIRA En tout cas je bataille pour expliquer les besoins de ce ministère, parce que ce ministère a été fortement mal traité, il y a des besoins indiscutables, le législateur a plusieurs reprises a confié de nouvelles missions aux magistrats et aux greffiers, il faut avoir les moyens de les assumer. JEAN-MICHEL APHATIE Donc ce n'est pas définitif, ce qui a été annoncé hier n'est pas définitif pour le ministre de la Justice si on vous entend bien Christiane TAUBIRA. CHRISTIANE TAUBIRA Je ne vous apprends rien du tout, vous savez monsieur APHATIE qu'il y a plusieurs étapes pendant la discussion budgétaire, il y a la longue étape gouvernementale et ensuite il y a l'étape parlementaire. JEAN-MICHEL APHATIE Puisque nous parlions des prisons… CHRISTIANE TAUBIRA Ceci étant, on ne peut pas se dissimuler qu'il y a de vraies difficultés parce que nous sommes vraiment dans un contexte budgétaire extrêmement contraint et il est bon de rappeler quand même un certain nombre de gaspillages effectués ces dernières années, et de choix. JEAN-MICHEL APHATIE Puisque nous parlions des prisons Christiane TAUBIRA, la radicalisation, l'islamisme en prison ça existe ? Ça concerne combien de gens ? CHRISTIANE TAUBIRA Oui bien entendu ça existe, il ne faut pas justement surestimer le phénomène parce que si on le surestime tout simplement on évite de se rendre compte de radicalisations qui se produisent ailleurs et notamment à l'extérieur, donc il y a évidemment des personnes qui se radicalisent en prison. Nous avons mis en place, là aussi je n'ai pas fini de vous expliquer mon plan pour le pénitencier, ils le connaissent donc j'admets que nous ne puissions pas passer toute l'interview dessus, en tout cas ils connaissent mon respect notamment parce que je me déplace beaucoup dans les établissements pénitentiaires. Pour la lutte contre la radicalisation j'ai pris des dispositions depuis juin 2012, j'en ai pris à nouveau dans le plan de sécurisation et j'ai lancé également en janvier un plan contre la violence, mais dans le plan de sécurisation un certain nombre de dispositions notamment pour renforcer… nous avons un service de renseignement pénitentiaire qui est répartie sur l'ensemble du territoire avec bien entendu, un centre nerveux à Paris et nous avons renforcé donc ce service pénitentiaire, j'ai procédé à sept recrutements nouveaux en juin 2013, nous avons spécialisé ces agents, nous avons augmenté, intensifié leur formation dans notre école pénitentiaire mais également avec le GIGN, ils ont un référent dans chaque établissement pénitentiaire, 800 personnes sont suivies, ce n'est pas ça la radicalisation … JEAN-MICHEL APHATIE 800 personnes ? CHRISTIANE TAUBIRA Non, non à ce que nous suivons sur le grand banditisme, sur la criminalité organisée… JEAN-MICHEL APHATIE Et sur la radicalisation ? CHRISTIANE TAUBIRA … Et sur la radicalisation, 90 personnes à peu près sont suivies. Je rappelle quand même puisqu'on parle de radicalisation, à partir d'une confession en particulier, je rappelle que 18.000 détenus dans nos établissements pratiquent le ramadan, c'est-à-dire, parce que personne ne leur demande de déclarer leur profession… JEAN-MICHEL APHATIE Leur confession. CHRISTIANE TAUBIRA Leur confession, pardon merci, et depuis l'année dernière et cette année, nous avons recruté des Imams, donc 15 en 2013, 15 à nouveau en 2014, ce qui nous permet de couvrir 60 établissements supplémentaires parce que les problèmes ne viennent pas de l'exercice du culte qui est une obligation de la laïcité, c'est-à-dire l'autorisation, la liberté de culte comme la liberté de conscience, les problèmes ne viennent pas de la pratique du culte, ils viennent justement d'Imams qui s'improvisent et qui appellent à la haine et à la violence. JEAN-MICHEL APHATIE Le Front National est arrivé en tête lors des élections européennes du 25 mai dernier avec plus de 10 points d'avance sur les listes du Parti socialiste, deux ans après son accession à la présidence, peut-on considérer ce résultat comme un échec pour la présidence HOLLANDE ? CHRISTIANE TAUBIRA En tout cas personne ne pense à prendre à la légère un tel résultat… JEAN-MICHEL APHATIE C'est un échec après deux ans de gouvernement ? CHRISTIANE TAUBIRA … Personne ne se dispense… Je ne sais pas, on ne peut pas appeler échec, parce que pardon, mais c'est une simplification de dire que c'est un échec parce que ça imputerait à une personne, aussi haute que soit sa fonction un processus général, un mouvement, une dynamique d'une part importante de l'électorat. Je ne pense pas qu'on se contente… JEAN-MICHEL APHATIE Il y a deux ans vous disiez le changement, on va tout changer et puis vous voyez, on n'a pas l'impression que tout ceci s'inscrive… CHRISTIANE TAUBIRA Il y a deux ans on n'a certainement pas dit quelle était la situation, on n'a certainement pas suffisamment expliqué quelle était la gravité de la situation, on n'a certainement pas été suffisamment clairs, suffisamment pédagogues, suffisamment, j'allais presque dire, polémiques et partisans parce que c'est ce que le président de la République a refusé, il a voulu s'installer dans ce que j'ai appelé une élégance institutionnelle, alors que nous avons trouvé une situation… JEAN-MICHEL APHATIE Il y avait beaucoup d'anti-sarkozysme et le thème du bilan a été largement … CHRISTIANE TAUBIRA Une fois que le gouvernement a été installé, le président de la République qui en campagne pourtant avait dit que nous sommes dans une situation de crise, que la situation est grave, nous avons découvert, puisque nous étions, nous avions accès aux informations, nous avons découvert une situation plus grave, nous n'avons pas pris la peine de l'expliquer. Il ne s'agit pas de se trouver des excuses, il s'agit d'admettre que nous sommes dans une situation difficile, qu'il y a des réponses efficaces à apporter, qu'il y a une impatience qui est totalement légitime, que des personnes se fourvoient en croyant qu'un vote peut porter de l'espoir en lui, en tout cas ce vote-là porte de l'espoir en lui. Voilà, mais ça appelle tous les responsables politiques, tous les responsables politiques républicains en tout cas. JEAN-MICHEL APHATIE Qu'avez-vous pensé du mot « fournée » utilisé par Jean-Marie LE PEN ? Antisémite ou pas ? CHRISTIANE TAUBIRA Très probablement, en tout cas moi ce que je constate c'est que ce parti politique qui prétend avoir ravalé sa façade n'a jamais renié ni son héritage, ni son patrimoine, ni sa filiation de pensée. Il évite par le silence, c'est vraiment un pêché par omission le FN actuellement. JEAN-MICHEL APHATIE Donnez-vous acte à Marine LE PEN d'avoir coupé avec son père dans cette affaire ? CHRISTIANE TAUBIRA C'est leur affaire ! C'est leur affaire… JEAN-MICHEL APHATIE Mais vous lui donnez acte ou pas ? CHRISTIANE TAUBIRA Quand ils s'arrangent sur le dos de la République, quand ils s'arrangent sur le dos de la franchise, de la vérité, quand ils s'arrangent sur le dos de la responsabilité vis-à-vis des Français pour une situation qui est objectivement difficile pour des millions de Français qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, qui sont exclus, qui ont des craintes y compris lorsqu'ils ont encore un emploi, ils s'arrangent entre eux, donc leurs affaires ne me concernent pas. JEAN-MICHEL APHATIE Quand allez-vous quitter le gouvernement Christiane TAUBIRA ? CHRISTIANE TAUBIRA Mais c'est une obsession chez vous monsieur APHATIE. JEAN-MICHEL APHATIE C'est la première fois que je vous pose la question. CHRISTIANE TAUBIRA Non, non chaque fois que je vous vois vous me demandez… JEAN-MICHEL APHATIE Mais on se voit très peu, on se voit très peu… CHRISTIANE TAUBIRA … La dernière fois vous m'avez dit en attendant… J'en conviens, j'en conviens. Mais monsieur APHATIE vous savez bien que e qui est rare est précieux. JEAN-MICHEL APHATIE Christiane TAUBIRA. CHRISTIANE TAUBIRA Je parle de vous, évidemment. JEAN-MICHEL APHATIE Vous me l'enlevez de la bouche. Christiane TAUBIRA, rare et précieuse était l'invitée de RTL ce matin, bonne journée. LAURENT BAZIN Merci Christiane TAUBIRA, merci Jean-Michel, à demain. CHRISTIANE TAUBIRA Merci à vous. JEAN-MICHEL APHATIE A demain Laurent. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/042.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/042.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8f8a11ef11fbad1ab79a57744860f2273affc8fa --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/042.txt @@ -0,0 +1 @@ +GUILLAUME DURAND Nous sommes en direct avec Thierry MANDON. Bonjour à vous tous, il est chargé de la Réforme administrative et de celle de l'Etat notamment au gouvernement, bienvenue. THIERRY MANDON Merci. GUILLAUME DURAND C'est la première fois que vous êtes sur l'antenne de RADIO CLASSIQUE, peut-être pas sur celle de LCI, mais en tout cas nous sommes ravis. Est-ce que vous avez le sentiment ce matin, que le gouvernement donc le vôtre est l'otage de la CGT qui est en train de vous secouer, avec un plaisir non-dissimulé ? THIERRY MANDON Oui, enfin, je ne sais pas si on est l'otage, en tout cas, il y a un sujet compliqué de comment on transforme le pays derrière tout ça ? Comment on transforme le pays avec finalement des corps intermédiaires, les partenaires sociaux qui sont très fragilisés, qui prennent des positions parce qu'ils se sentent menacés de l'émergence de nouvelles formes de concurrence, soit des nouveaux syndicats beaucoup plus radicaux. Je pense que le combat CGT SUD à la SNCF explique une partie des difficultés. Parce qu'ils sont débordés par une base beaucoup plus jeune, avec des comportements de mobilisation très particuliers liés à la génération Internet, enfin… GUILLAUME DURAND Oui, mais ça, c'est intelligent, c'est sociologique, mais ça ne résout pas le problème politique, parce que vous faites quoi ? Parce qu'ils prolongent la grève, les intermittents ne veulent pas les textes du gouvernement, ils veulent mettre à bas le Festival d'Avignon et au fond on a l'impression que si vous ne mettez pas Guillaume PEPY dans une poubelle, ils vont continuer, ils vont continuer, ils vont continuer ! THIERRY MANDON Non, je ne pense pas que ça durera très longtemps, parce que leur position est très fragile, d'ailleurs c'est très intéressant leur argumentation dans les médias. Leur argumentation dans les médias finalement, il n'y en a pas ! Il n'y a pas, sur le fond, il y a sûrement des craintes, donc il y a un sujet de réassurance ou d'assurance, que la réforme qui est mise en œuvre à la SNCF, la convergence du réseau RFF, la SNCF que ça sera fait sérieusement et que la dette dont a hérité la nouvelle structure ne plombe pas l'activité durablement des cheminots. Donc ça, il y a sûrement une explication supplémentaire, voilà ! Mais sinon, il n'y a pas l'argumentation… GUILLAUME DURAND Ils le savent très bien ça, ce que vous venez de dire ? Non, mais ils parlent officiellement du démantèlement, mais ils n'y croient pas eux-mêmes ! Donc ça veut dire qu'au fond, ils font de la politique ? THIERRY MANDON Donc leur position n'est pas tenable ? GUILLAUME DURAND Elle est politique ? THIERRY MANDON Ils ne peuvent pas la tenir sur la durée. GUILLAUME DURAND Oui, mais c'est une position politique contre le gouvernement ? THIERRY MANDON Absolument ! Mais ils ne peuvent pas la tenir sur la durée. Donc je pense que le gouvernement a raison de ne pas paniquer, d'expliquer plus, de dialoguer plus et en même temps de ne pas lâcher sur une réforme indispensable et qui va en plus dans le sens de ce que souhaitent les parties prenantes. GUILLAUME DURAND Tout à l'heure je parlais de Guillaume PEPY, par ailleurs excellent président de la SNCF, mais est-ce qu'il faut qu'il y ait une sorte de mort symbolique ? THIERRY MANDON Non ! Ça s'appelle le bouc émissaire, c'est chez René GIRARD et on voit très bien que ça ne règle aucun problème. Ça soude artificiellement l'unité du groupe… GUILLAUME DURAND Peut-être que c'est ça qu'ils cherchent plus ou moins intuitivement ? THIERRY MANDON Ecoutez, peut-être qu'ils cherchent, mais enfin si ils cherchent, ils ne sont pas obligés de le trouver. On n'est pas obligé de le leur donner. GUILLAUME DURAND Donc à aucun moment, le gouvernement ne lâchera Guillaume PEPY ? THIERRY MANDON Je n'en sais strictement rien. GUILLAUME DURAND Vous faites partie du gouvernement, pas moi ! THIERRY MANDON Oui, non mais ça j'avais remarqué, en tout cas, je suis l'actualité. Mais je ne sais pas s'ils lâcheront Guillaume PEPY, mais je ne vois aucune raison de le faire. C'est un grand patron de la SNCF, c'est un modernisateur, c'est quelqu'un qui est attaché au dialogue social, donc il faut mieux expliquer, mais il ne faut pas bouger. GUILLAUME DURAND On va parler de la réforme de l'Etat et de la simplification administrative, parce qu'il paraît que ça exaspère particulièrement le président de la République et le gouvernement, mais je voudrais qu'on revienne aussi sur un deuxième sujet, qui est celui des intermittents. Parce que beaucoup de gens en France sont quand même tout à fait touchés, concernés par la saison des festivals et on est au bord de l'été, on a l'impression que le premier d'entre eux, enfin parmi les importants, Avignon est menacé. Et là, on arrive à une situation qui est quand même invraisemblable, puisqu'au fond ce qu'ils veulent, c'est qu'on fasse la loi que eux, veulent ! Non, pas celle qui a été décidée par le gouvernement, ni par les partenaires sociaux, mais celle que eux veulent ? THIERRY MANDON Ça, c'est beaucoup plus compliqué que ça, je crois. Un accord a été signé par les partenaires sociaux, qui est un accord raisonnable, qui durcit un peu le régime qui existait, mais qui ne le remet pas en cause, comme le MEDEF le souhaitait. Il y a quelques mois, une mission parlementaire qui avait pris donc beaucoup de temps avait travaillé sur le sujet, avait fait des conclusions et aucune de ces conclusions, elle avait travaillé avec les intermittents, n'a été reprise dans l'accord qui a été signé. Donc on a là, une sorte de double niveau de pilotage d'une réforme indispensable qui créait la contradiction dans laquelle on est aujourd'hui. Et le gouvernement a été avisé de confier aux parlementaires qui avaient le rapport dont je parle, monsieur GILLE, finalement une opération de médiation pour voir comment en conservant l'accord, on peut mâtiner cet accord d'un certain nombre d'idées qu'il avait discuté avec les intermittents. Je pense que c'est la bonne méthode. GUILLAUME DURAND D'accord, mais ça ne les empêche pas ce matin de considérer qu'au fond, il faut continuer quoi ? THIERRY MANDON Oui, mais parce qu'à l'évidence, il y a une radicalisation de certaines formes de revendications sociales et de manifestations sociales dans ce pays, qui est à lire avec la perte de pouvoir des camps intermédiaires et les syndicats traditionnels. Ce n'est pas du tout une situation dont je me réjouis, ça participe d'une fragilisation de nos démocraties… GUILLAUME DURAND C'est une sorte de défi politique, c'est-à-dire qu'on a l'impression que finalement plus François HOLLANDE fait une politique sociale-libérale, plus une partie du pays qui se veut à gauche de la gauche, manifeste et prend tous les prétextes pour finalement remettre en cause cette politique ! Au fond, ce qu'ils disent c'est : les députés socialistes l'ont accepté ou ils vont finir par se coucher, nous on ne va pas l'accepter. THIERRY MANDON Enfin c'est une grande tradition. Le député socialiste dans cette affaire, il ne vote pas. L'accord va être… Donc ils n'ont pas grand-chose à voir là-dedans, ils peuvent avoir des positions mais ils ne sont pas appelés à prendre une décision. Mais oui, c'est un grand classique du modèle social de notre pays. Chaque fois qu'on essaie de le faire évoluer, il y a beaucoup plus de gens… GUILLAUME DURAND Et pourquoi ? Parce que ça vous concerne directement, c'est votre boulot ? THIERRY MANDON Non, ce n'est pas tout à fait mon travail, mais enfin sur certain plan ça le deviendra, quand il s'agira de réformer de l'Etat. Pourquoi ? Parce que je crois que les corps intermédiaires sont trop faibles. Parce que la représentativité des partenaires sociaux est insuffisante et qu'ils sont sans arrêt débordés par des mouvements spontanéistes du type culture Bonnets Rouges, qui les débordent et qui perturbent une réforme pilotée institutionnellement. GUILLAUME DURAND Mais la semaine dernière, enfin on est quand même l'un des rares pays du monde, la semaine dernière, il y avait une manifestation de retraités CGT. Alors je ne dis pas que les retraites ce n'est pas un sujet sérieux… THIERRY MANDON On ne peut pas les empêcher… GUILLAUME DURAND Non, mais d'accord, mais vous savez très bien qu'on est aussi, vu de l'extérieur, un peu une caricature du point de vue là ? THIERRY MANDON Ecoutez, moi, je vais très souvent aux Etats-Unis, puisque les biotechnologies, c'est un domaine dans lequel j'ai travaillé très longtemps, chaque fois que je vais aux Etats-Unis, je vois des manifestations surréalistes. Alors ce n'est pas des manifestations de masse, mais des manifestations d'anciens combattants de je ne sais pas quoi ! De personnes qui veulent des fusils chez eux. C'est la désagrégation de l'espace public, de la vie publique, la multiplicité de micro conflit qui ne sont encadrés par aucune force syndicale, constituée, organisation intermédiaire… GUILLAUME DURAND C'est super important ce que vous nous racontez ce matin ? THIERRY MANDON Ça s'appelle la difficulté… Oui, mais c'est une évolution des démocraties modernes. Alors on ne va pas rentrer là-dedans, du fait de l'individualisation, des nouvelles technologies, enfin, il y a pleins de sujets… GUILLAUME DURAND Vous avez le droit d'être intelligent et de raffiner, on n'est pas dans un commissariat de police. THIERRY MANDON Mais exactement, il y a crise de la représentation qui ne touche pas que le monde politique. Qui touche tous les corps intermédiaires… GUILLAUME DURAND Mais bien sûr, et ça va se passer au Brésil aussi peut-être ! THIERRY MANDON La vraie réponse c'est de réintroduire une réflexion de long terme sur comment, avec encore une fois avec des évolutions structurelles de notre société qui concerne les individus, les technologies, la mondialisation, comment à partir de cette réalité-là, on rebâtit des structures de représentation et de dialogue qui permettent la réforme. GUILLAUME DURAND Oui, mais justement comment peut-on dialoguer avec une mondialisation qui détruit pour reconstruire, parce qu'au fond c'est ça, on a connu ça, dans les années 80 avec la sidérurgie et François MITTERRAND. Vous avez un monde qui technologiquement évolue et qui détruit l'ancien. Et tous ceux qui représentent l'ancien poussent des hurlements ? THIERRY MANDON D'abord, il y a un discours positif sur l'avenir qu'il faut recréer et porter. GUILLAUME DURAND Ce n'est pas ce qu'a fait le président de la République avec l'histoire de la bataille contre la finance qui sous-entend bataille contre la mondialisation, là, on est en plein. THIERRY MANDON Il y a eu un certain nombre de réformes, mais je ne peux pas répondre à 6 questions en même temps. Si vous… GUILLAUME DURAND C'était une seule ! THIERRY MANDON J'étais sur le fait que si vous ne tracez pas une aventure positive pour que les gens comprennent que finalement à moyen terme, les bénéfices qu'ils ont à attendre des réformes l'emportent sur les inconvénients des réformes. Il n'y a pas de raison que vous puissiez réformer. Et aujourd'hui on en est là ! Il n'y a plus, je ne vais même pas dire le rêve français, il n'y a plus le portage de la perspective qui fait que les Français comprennent que la réforme, elle est absolument indispensable pour le coup, absolument indispensable et que si on ne la fait pas, leur situation dans quelques temps sera pire que celle d'aujourd'hui. GUILLAUME DURAND Donc c'est une sorte de pédagogie par l'échec ? THIERRY MANDON Donc ça veut dire le retour d'un vrai discours politique, de vision et de réintroduire du long terme dans une actualité qui nous bouscule. GUILLAUME DURAND Vous êtes chargé de la Réforme administrative et donc de la simplification ou de la Réforme de l'Etat. Je vais vous poser deux ou trois questions qui me paraissent importantes. D'abord est-ce qu'il y a des organismes d'Etat ou parapublics qui vont être amenés dans les semaines qui viennent à fusionner ? THIERRY MANDON Oui, non, si vous voulez. Oui. Comme c'est déjà le cas avec par exemple avec les organismes qui géraient l'aide à l'export UBI et AFI, enfin je ne rentre pas dans les détails qui gèrent l'aide à l'export des entreprises françaises et il le faut. GUILLAUME DURAND Mais est-ce qu'on peut avoir d'autres exemples qui sont sur la table pour le gouvernement et sur lequel vous travaillez ? THIERRY MANDON Moi, j'ai besoin de 4 mois pour avoir un vrai plan d'action méthodique, systématique et qui permette l'action. C'est-à-dire que je n'ai pas besoin de déclaration… GUILLAUME DURAND Donc ça peut concerner l'ADEME, le CNC… THIERRY MANDON Ça peut concerner… GUILLAUME DURAND Tout le monde ! THIERRY MANDON On va faire la revue des missions de l'Etat, est-ce que finalement l'Etat demain, je remets du long terme, parce qu'on pense là, c'est pareil, on pense le budget qui vient, comment on fait pour gagner 4 postes ici, économiser 3 centimes d'euro là ! Ce n'est pas le sujet ! Le sujet c'est : c'est quoi l'Etat demain ? C'est quoi l'Etat dans 10-15 ans ? L'Etat moderne ? On part de ça et on dessine le chemin et le plan d'action qui nous permet de passer à aujourd'hui à demain ! Et ça implique en effet, des rapprochements entre organismes, des disparitions d'organismes, une réorganisation. GUILLAUME DURAND Est-ce qu'on peut avoir Thierry MANDON, ce matin, des exemples ? THIERRY MANDON Non ! Non, parce que moi, je suis nommé depuis une semaine, je ne suis pas Zorro et en plus… GUILLAUME DURAND Je n'y avais jamais pensé ! THIERRY MANDON Oui, d'ailleurs je n'ai pas de masque et je pense que la réforme pour qu'elle marche, elle doit collaborative. Ça c'est très important, ça aussi… Vous ne pouvez pas, vous avez beau être le mec le plus intelligent de France, vous ne pouvez pas de votre bureau décider que… GUILLAUME DURAND Mais enfin dans 4 mois, il y aura une liste ? THIERRY MANDON Il y aura plus qu'une liste, il y aura un plan d'action méthodique qui va nous permettre sur 2 ans et demi de faire un travail de fond très important. GUILLAUME DURAND Est-ce qu'il ne faut pas revenir sur le principe sarkozyste qui est du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux ? THIERRY MANDON Mais c'est une catastrophe ! Ça n'a juste aucun sens ! Le type qui fait ça dans une entreprise il est viré sans préavis ! Enfin, vous ne pouvez pas dire : on prend l'Etat, c'est quand même des millions de fonctionnaires… GUILLAUME DURAND Vous voyez SARKOZY et vous vous énervez tout de suite ? THIERRY MANDON Je ne m'énerve pas, je m'énerve sur la méthode. Vous ne pouvez pas dire : je prends quoi qu'il arrive, quoi qu'on fasse, toutes les administrations, ah ! Il y a un type qui part à la retraite, deux types, je n'en remplace qu'un. Mais enfin ça n'existe pas ! Est-ce qu'on a assez d'infirmiers ? Non ! Est-ce qu'on a assez de personne à l'hôpital ? Non ! Est-ce qu'on a assez d'instituteurs ? GUILLAUME DURAND Enfin en tout cas, globalement on a trop de fonctionnaires, donc il y a un moment où il va bien falloir prendre une décision ? THIERRY MANDON D'accord, mais vous ne pouvez pas faire, ce n'est pas vous ne pouvez pas soviétiser la décision de non-remplacement de fonctionnaires à la retraite donc… GUILLAUME DURAND Mais la méthode MANDON, ce sera quoi ? THIERRY MANDON C'est très simple. Je vais vous dire ce que ça va être. On va prendre politique publique par politique publique, il y a des classements internationaux, maintenant sur toutes les politiques publiques, avec deux items internationaux : la qualité de la prestation, le rapport qualité/prix de cette prestation. Moi, je vais regarder le tableau, je ne l'ai pas amené ce matin, je l'ai, j'ai regardé le tableau. J'ai regardé partout on est 5 ou 6ème ce qui devrait être le rang normal de la France qui est la 5 ou 6ème puissance mondiale et partout où on est, 10ème, 20ème, 30ème, il y a un problème. Donc on réforme partout où on est bien placé à notre rang mondial, ça fonctionne voilà ! GUILLAUME DURAND Est-ce que vous avez l'impression que François HOLLANDE va être confronté à la révolte que pronostique François BAYROU ou à la joie qui pourrait intervenir because ce petit ballon, c'est-à-dire le Mondial ? Il paraît qu'il mise beaucoup sur un bon parcours des Bleus ? THIERRY MANDON François BAYROU est crépusculaire depuis longtemps. On a l'impression que… GUILLAUME DURAND Ca va lui faire plaisir ce matin. THIERRY MANDON Je suis désolé pour lui, mais enfin il n'a pas le moral. Je ne le connais pas. GUILLAUME DURAND François vous êtes crépusculaire. THIERRY MANDON Il n'a pas le moral voilà ! Donc je pense que la révolte n'est pas programmée, elle n'est jamais sûre, d'ailleurs rien n'est sûre. Ce qui est sûr, c'est que la volonté de réforme qui disparaîtrait, le conservatisme, c'est des grands tracas. La réforme relancée, mais rénovée dans sa méthode, beaucoup plus collaboratif, c'est la possibilité du succès. GUILLAUME DURAND Et ça, vous considérez que ça peut sauver politiquement un gouvernement ? THIERRY MANDON Non, non, non. Je pense que c'est tout à fait, moi, j'aime bien le football… GUILLAUME DURAND Vous regardez ce ballon qui est celui du Mondial avec… Parce que tout le monde parle de ça ! THIERRY MANDON Non, mais je le regarde parce que c'est une métaphore d'accord, mais c'est… GUILLAUME DURAND On entendait ce matin et on lit dans les journaux des… THIERRY MANDON C'est les Jeux de Rome, c'est les Jeux de Rome. GUILLAUME DURAND Il parait que le président de la République va non seulement regarder le match, il adore le foot… THIERRY MANDON Ca divertit, ça divertit, mais enfin celui qui n'a pas beaucoup de sous le 20 du mois pour finir le mois, ce n'est pas parce qu'il va regarder la France gagner contre je ne sais pas qui, qu'il se portera mieux et donc ça ne suffit pas à diriger un pays. GUILLAUME DURAND Vous êtes une sorte de misanthrope finalement de la gaieté ? THIERRY MANDON Mais moi, je crois qu'il nous manque encore une fois, un peu d'espoir, oui, oui, c'est clair ! Et je pense que c'est possible, la France est un magnifique pays. Mais il faut bosser, il faut se relever les manches et il faut réformer. GUILLAUME DURAND Merci, Thierry MANDON d'être venu ce matin, donc réfléchir à la situation de la France et de la réforme administrative qui accompagne une réforme de l'Etat sur laquelle vous travaillez et vous reviendrez dans 4 mois et vous allez m'expliquer dans 4 mois quels sont les organismes qui ont été fusionnés ou supprimés. THIERRY MANDON Très précisément ! GUILLAUME DURAND Promis ? THIERRY MANDON Bien sûr ! Et très précisément. GUILLAUME DURAND D'accord, merci, beaucoup. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/043.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/043.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e123510ffcb6bb5712f9257d3fbfe49db7c138c2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/043.txt @@ -0,0 +1 @@ +CLARA DUPONT-MONOD Bonjour, Jean-Marie LE GUEN. JEAN-MARIE LE GUEN Bonjour. CLARA DUPONT-MONOD C'est aujourd'hui que s'ouvre les discussions consacrées au texte budgétaire, les frondeurs du PS montrent les dents. Est-ce que pour vous, ces parlementaires ont encore leur place dans la majorité ? JEAN-MARIE LE GUEN Ecoutez, en tout cas, moi, je discute avec tous les parlementaires du groupe socialiste évidemment, de la majorité. Qu'est-ce que c'est que d'appartenir à la majorité d'une façon classique ? C'est voter un budget, nous allons voir ! Si effectivement un certain nombre de députés, soi-disant socialistes ne votaient pas pour le budget, il y aurait indiscutablement un problème nouveau. CLARA DUPONT-MONOD Nombre d'entre eux n'ont pas voté la confiance, n'ont pas voté le programme de stabilité… JEAN-MARIE LE GUEN Un certain nombre n'ont pas voté la confiance, ce qui est un problème, objectivement très, très brave. Il n'est pas purgé ce problème-là. On était dans des circonstances très particulières, le Parlement reprenait brutalement après des élections qui ont été un vrai traumatisme, donc tout ça marquait peut-être une période d'hésitation, d'égarement, de perte de repère. Maintenant là, on est sur des choses beaucoup plus sereines, nous sommes en train d'avancer. J'entendais l'éditorial de Thomas LEGRAND, en fait, cette majorité avance, elle réforme, ici ou là, il y a des protestations bien sûr, mais nous avançons et maintenant… CLARA DUPONT-MONOD Donc il s'agit plus de dissonance que de dissidence ? Plus dissonance que dissidence ? JEAN-MARIE LE GUEN Ecoutez, c'est à eux de choisir, le gouvernement a fait des propositions, il y a eu une discussion, et il continue à y avoir une discussion riche avec les groupes de la majorité. Moi, je pense que le travail se fait normalement. Si les gens veulent se mettre en dehors du chemin et ne pas voter le budget, à partir de là, évidemment il faudra qu'ils assument leurs responsabilités. CLARA DUPONT-MONOD C'est ça la riposte qu'il va y avoir ? C'est amadouer ? JEAN-MARIE LE GUEN Ce n'est pas amadouer, c'est avancer dans le dialogue, avec sérénité, nous avons des objectifs, il faut que nous fassions 50 milliards de réduction des déficits, de la dépense publique, nous faisons un pacte de compétitivité, pour l'emploi, pacte de responsabilité, parce que nous devons alléger les charges qui existent aujourd'hui sur les entreprises, tout en facilitant le pouvoir d'achat des familles. Je rappelle que nous allons voter sur ce projet de budget, des éléments très importants, 3 millions de familles vont recevoir un avoir fiscal en quelque sorte, un crédit fiscal qui va faire en sorte que leur pouvoir d'achat progresse de 350 euros par individu, 700 euros pour un couple payé au SMIC. Donc il y a… CLARA DUPONT-MONOD Alors les frondeurs du Parti socialiste veulent un peu plus ? JEAN-MARIE LE GUEN Il y a des gestes qui sont faits très largement sur le pouvoir d'achat comme sur la compétitivité. Une politique équilibrée, il faudra bien qu'elle soit assumée. CLARA DUPONT-MONOD Alors les frondeurs ont annoncé qu'ils déposeraient directement des amendements devant l'hémicycle, sans passer par le groupe ? JEAN-MARIE LE GUEN C'est un peu bizarre, moi, je ne suis pas responsable du groupe, mais je veux dire que c'est un peu déloyal vis-à-vis de leurs amis avec qui ils travaillent dans le groupe. Pourquoi certains ne passent pas devant la collectivité ? CLARA DUPONT-MONOD Est-ce que c'est une stratégie d'évitement ? JEAN-MARIE LE GUEN Nous sommes socialistes, nous sommes plutôt, nous avons une tradition de travail collectif, de respect mutuel, je pense qu'il faut savoir se respecter. CLARA DUPONT-MONOD Est-ce que c'est une stratégie d'évitement pour vous ? JEAN-MARIE LE GUEN J'ai peu l'impression effectivement qu'ils ont peur de montrer qu'ils sont très minoritaires dans le groupe. Parce que la réalité, les médias en parlent beaucoup, je le comprends, je ne vais pas mettre en cause, mais enfin, aujourd'hui il y a, soi-disant une quarantaine de collègues parlementaires qui contestent cette ligne, mais nous sommes 290 dans le groupe. La réalité, elle est là et les textes, les orientations ont été faites, elles ont été adoptées très sereinement à l'Assemblée nationale qu'il s'agisse de la confiance accordée au gouvernement de Manuel VALLS, qu'il s'agisse du programme de stabilité… CLARA DUPONT-MONOD Il y a eu des remous quand même ! JEAN-MARIE LE GUEN Des remous certes ! Mais une majorité, une majorité tranquille, forte, qui fait que la politique menée avance. CLARA DUPONT-MONOD Donc il ne pourra pas y avoir de majorité alternative, pour vous, sur certains amendements ? JEAN-MARIE LE GUEN Non ! J'ai vu par exemple, on a vu sur un amendement de la réforme pénale, tout d'un coup, on a vu arriver 15 députés qui n'avaient pas suivi le texte et puis se sont mis à voter un amendement un petit peu plus critique ou un petit peu plus marginal. Si c'est ça, mais ce n'est pas le travail parlementaire ça ! Ce n'est pas la démocratie ! Donc on est là tout simplement pour avancer de façon sereine, pas avec des petites manœuvres ça n'a pas d'intérêt. CLARA DUPONT-MONOD Oui, vous êtes très sereine. Est-ce que vous serez clément ? JEAN-MARIE LE GUEN Moi, je suis rigoureux, c'est-à-dire que j'avance dans la logique. On vote un budget, on ne vote pas un budget. Voilà, ça c'est des critères vous savez assez simple qui existent de tous temps. Voilà ! Pour le reste nous voulons discuter avec tous les parlementaires de façon à ce que les choses avancent et nous avançons aussi bien sur la réforme ferroviaire, aussi bien sur la question du budget… CLARA DUPONT-MONOD Alors la réforme ferroviaire pour l'instant, ça n'avance qu'à moitié, mais tout le monde, Jean-Marie LE GUEN… JEAN-MARIE LE GUEN Non, non, non, ça avance ! Ce n'est pas parce qu'il y a tout d'un coup une petite minorité de gens qui d'ailleurs ont des problèmes entre eux, parce qu'en fait le conflit, il n'est pas entre le gouvernement… CLARA DUPONT-MONOD Enfin qui bloque la majorité ? JEAN-MARIE LE GUEN Non, mais j'entends bien que ce soit très gênant pour les usagers qui nous entendent ce matin. Mais enfin c'est un conflit qui n'a pas lieu fondamentalement entre le gouvernement et des organisations syndicales. C'est un conflit, qui pour l'essentiel a lieu à l'intérieur d'organisations syndicales, avec une radicalisation d'une petite minorité qui prend, certes en otages la vie quotidienne de nos concitoyens, mais j'allais dire, c'est un phénomène marginal ! Tout à fait gênant, mais il va bien falloir se rendre compte que certains sont totalement isolés, dans leur déni de la réalité. Car ce projet de loi est une avancée, y compris dans le chemin qu'il voudrait prendre. Et malgré tout, ils ne sont jamais contents ! Il n'y en a jamais assez ! Eh bien, non ! Ce n'est pas comme ça que ça va se faire et ils vont le comprendre. CLARA DUPONT-MONOD Alors en même temps, Jean-Marie LE GUEN tout le monde se sent trahi par la gauche, les intermittents, les classes moyennes, une partie du PS, les Verts… Puisque c'est dur, puisqu'il fallait réformer, pourquoi ne pas avoir fait ce discours de sang et des larmes dont parlait tout à l'heure Thomas LEGRAND, à la tonalité un peu Churchillienne, dès le départ ? On ne se sent pas trahi, si on est prévenu ? JEAN-MARIE LE GUEN Mais François HOLLANDE a dit dans sa campagne par exemple, très nettement qu'il fallait respecter l'équilibre des comptes publics. Ça a été dit ! Alors qu'après, nous ayons voulu avancer de façon progressive et pas brutale, qu'il faille aussi passer le cap, j'allais dire de l'anti-sarkozysme qui avait un petit peu pris la tête de tout le monde, bon très bien ! Mais maintenant on avance et les choses sont dites, elles ont été dites au mois de novembre 2012, au moment du rapport Gallois où on a montré l'affaiblissement considérable de notre industrie. Tout ça est logique, vient en son temps ! Est-ce qu'il fallait aller plus vite ? On peut toujours avoir des regrets, mais en attendant nous avançons. Ce pays avance, il a besoin de réforme, il y a toujours des oppositions, on s'était rappelé en France, nous sommes un pays où l'esprit critique existe très fortement. Mais aujourd'hui, sérénité, on avance et ça progresse. CLARA DUPONT-MONOD Merci, Jean-Marie LE GUEN. Bonne journée ! JEAN-MARIE LE GUEN Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/044.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/044.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e6667c8248db6c9b5e6de00d84a10ec49d599b43 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/044.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet de région, Monsieur le Président du Conseil régional, Monsieur le Président du Conseil général, Monsieur le Sénateur-maire, Madame la Consule générale d'Israël, Monsieur le Préfet de police, Monsieur le Président du Conseil représentatif des institutions juives de France Madame la Présidente du CRIF Provence, chère Mme TEBOUL Monseigneur (archevêque de Marseille) Monsieur le Grand Rabbin de Marseille Monsieur le Président honoraire du Conseil français du culte musulman Mesdames et Messieurs, Chers amis, C'est à Marseille que j'ai effectué mon premier déplacement en tant que ministre de l'Intérieur, voici deux mois, et j'ai toujours plaisir à revenir dans votre ville. C'est depuis l'observatoire privilégié que constitue ce vieux port Grec, juché sur la méditerranée, qu'il me semble percevoir le mieux le sens profond du mot « République ». Ville-monde, sans cesse enrichie par l'arrivée de nouvelles populations aux origines diverses, mais foncièrement désireuses de vivre ensemble, Marseille est depuis longtemps le creuset symbolique de notre Nation. A Marseille comme en Provence, la communauté juive occupe pourtant une place singulière. Singulière en raison de son enracinement dans le paysage national. Vous, représentants des juifs de Provence, vous savez ce que l'histoire longue de notre pays doit à votre communauté, implantée dans la région depuis au moins le XIIIème siècle. Dans le comtat Venaissin, dans le comté d'Orange, vos ancêtres vivaient sur cette terre avant même que la France ne soit pleinement la France. Comme la ville elle-même, votre communauté se signale par sa diversité. A ces juifs de Provence sont venus s'ajouter au fil du temps des juifs d'orient et de l'Est victimes fuyant les pogroms, puis les juifs d'Afrique du Nord, qui tous dans leur respect de leurs traditions respectives, font vivre un judaïsme pleinement français. En célébrant le 150ème anniversaire de la grande synagogue de Marseille, en septembre, vous aurez à cœur de commémorer les heures glorieuses et émouvantes de cette longue histoire. J'espère être de retour parmi vous. Cette histoire heureuse a pourtant connu des heures sombres. A l'orée du XXème siècle, les juifs de Marseille qui avaient fui les persécutions et adhéraient avec gratitude et confiance aux valeurs de la République, ont été frappés de plein fouet par le climat de l'affaire Dreyfus. Comment ne pas citer ici le récit qu'a fait Albert Cohen de cette journée de 1905, le jour de ses dix ans, où il sortit du lycée Thiers pour être pris à partie et insulté publiquement par un camelot, sous les yeux d'une foule complice, parce qu'il était juif. Il lui aura fallu attendre 60 ans pour livrer dans Ô vous, frères humains, le récit bouleversant de cette journée marquée par la découverte de la méchanceté et de la haine, ainsi que par le terrible sentiment de culpabilité des victimes : « Peut-être que le hasard avait réuni autour du camelot les seuls méchants de Marseille ? se demande l'enfant humilié, réfugié dans les cabinets de la gare Saint-Charles. Non impossible. Eh bien, puisqu'ils n'étaient pas méchants, ils me détestaient parce que je le méritais. » Marseille connut d'autres heures sombres, plus sombres encore, pendant la guerre et l'occupation. Sur la rive nord du vieux port où vivaient, parmi les résistants, gitans et autres proscrits, des familles juives entassées par la misère et la répression, l'occupant entrepris de détruire les maisons à l'explosif avant de procéder à de terribles rafles avec la complicité de Français qui s'étaient abandonnés au déshonneur de la collaboration. Je ne connais pas de mots plus forts que ceux de Louis Aragon dans la Romance des quarante mille, pour dire l'horreur de cette trahison : « Quoi des Français nous volent nos demeures, Quoi des Français se sont fait écumeurs, Pour l'ennemi torturant des Français. Ça des Français, les enfants les regardent, Avec des yeux qui croient qu'on les trompa. Il faut s'enfuir avec ses maigres hardes, Ça des Français Ô Vierge de la Garde, Vous les voyez et vous ne Bronchez pas » J'aurais bien sûr pu choisir des textes plus joyeux, plus optimistes, tirés des Valeureux ou de Mangeclous d'Albert Cohen, d'autres recueils d'Aragon ou de René Char pour évoquer l'histoire de votre communauté. Dans les circonstances que nous connaissons, il m'a semblé nécessaire de rappeler ces moments tragiques, que ni la ville de Marseille, ni la République Française ne sauraient oublier. Je me félicite à ce titre d'être présent ce soir pour vous voir remettre la médaille du CRIF à M. Alain Chouraqui, Président de la Fondation du Camps des Milles, qui contribue activement à faire vivre cette mémoire et que je salue. Le devoir de mémoire nous enseigne la vigilance. En tant que ministre de l'Intérieur, j'ai la responsabilité d'assurer la sécurité de tous les Français. Je veux donc vous dire que connais et que je comprends l'inquiétude légitime qui saisit aujourd'hui les juifs de France. Je la partage car je constate comme vous, depuis déjà de trop nombreuses années, une montée intolérable de l'antisémitisme, que l'on croyait banni des consciences et des discours. Il a d'abord pris la forme de l'insulte lâche, des gestes qui se banalisent, des messages de haines sur Internet, des menaces écrites sur les murs des écoles et des synagogues. Puis il a débouché sur l'agression physique et sur le meurtre, à Toulouse comme à Bruxelles. A nouveau, au cœur de l'Europe, des hommes et des femmes auront été frappés à mort parce qu'ils étaient juifs. Je veux donc vous dire à nouveau, comme je l'ai fait à Créteil et à Bruxelles voici quelques semaines, que nous n'accepterons jamais que des juifs français vivent en craignant pour leurs vies ou celles de leurs proches. Un homme qui tue un autre homme en raison de son identité n'est pas un combattant. Il n'est pas seulement l'ennemi de la communauté qu'il poursuit de sa haine ; il est un ennemi de la Nation et du genre humain. Comme l'a dit le Président de la République « La sécurité des Juifs de France n'est pas l'affaire des Juifs, c'est celle de tous les Français, et j'entends qu'elle soit garantie en toutes circonstances et en tous lieux. ». Le Gouvernement a donc pris et prendra toutes les mesures, en concertation avec les responsables de votre communauté, tant pour protéger les lieux de culte et les écoles que pour lutter contre l'insupportable antisémitisme du quotidien. J'ai personnellement signé une circulaire enjoignant à tous les préfets d'assurer la surveillance statique de chaque école et de chaque synagogue de France pendant les fêtes, y compris bien entendu ici, à Marseille. Mais je tiens à vous assurer plus largement de notre fermeté absolue dans le combat que nous livrerons contre ces menaces. Aucun acte antisémite, les petites phrases mortifères pas plus que les grands gestes assassins, ne doit rester impuni. Leurs auteurs doivent savoir qu'ils seront inlassablement traqués, retrouvés et punis. J'ajoute que les malheureuses victimes de ces violences, bien qu'elles ciblent de façon évidente la communauté juive, sont de toutes confessions. Je veux saluer la présence parmi nous ce soir de Madame Latifa IBN ZIATEN, la mère de Imad IBN ZIATEN, militaire français frappé à mort par Mohamed MERAH à Montauban. Je lui exprime mes sentiments de profonde compassion et d'admiration pour l'action qu'elle mène, en mémoire de son fils, à la tête de son association pour la jeunesse et pour la paix. Aujourd'hui des lâches s'efforcent de manipuler des faibles au nom d'un message religieux dévoyé pour leur faire commettre des actes criminels. Il nous faut donc étouffer ces discours et lutter le plus en amont possible contre les entreprises de radicalisation, sur internet comme dans les prisons. C'est ce à quoi le Gouvernement s'emploie dans le cadre du projet de loi de lutte contre le terrorisme que je présenterai très bientôt au conseil des ministres. A travers ce texte, le gouvernement entend renforcer l'arsenal juridique lui permettant de prévenir et de réprimer les actes terroristes, en l'adaptant aux évolutions de la menace. Ainsi, la création d'une interdiction de sortie du territoire vise à faire obstacle au départ de jeunes Français vers des théâtres étrangers pour y poursuivre une démarche terroriste au terme de laquelle ils représenteraient, à leur retour, une menace pour la sécurité nationale. Nous devons aussi renforcer nos moyens d'enquête et de répression contre la diffusion de messages faisant l'apologie et la provocation au terrorisme, en particulier sur Internet. Il s'agit également de compléter la palette de nos incriminations pénales de façon à pouvoir poursuivre et faire condamner la préparation d'actes terroristes par un individu même en l'absence de constitution d'une association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Mais au-delà du renforcement indispensable de notre arsenal répressif, l'éducation, sous toutes ses formes, est le seul remède durablement efficace pour lutter contre la haine et les préjugés qui sont à la source de ces violences. Nous devons collectivement faire en sorte que les valeurs de la République triomphent du discours des fanatiques, afin que chaque Français puisse vivre dans la sérénité à laquelle il a droit et pratiquer son culte librement. Dans cette entreprise, vous avez un rôle essentiel à jouer. J'ai déjà pu mesurer, dans le cadre du dialogue qu'entretiennent les cultes avec le ministère de l'Intérieur, l'esprit de responsabilité et le souci constant de l'intérêt général qui inspirent les représentants de la communauté juive de France. Je tiens à les saluer et à saluer ici devant vous l'élection du rabbin Korsia comme grand rabbin de France. Je connais ses qualités humaines et civiques et je sais qu'il saura animer la vie de votre communauté et le dialogue inter-religieux avec intelligence et sensibilité. Malgré les difficultés et les inquiétudes du moment et je vous ai dit à quel point je les croyais sérieuses, à quel point je m'engagerai pour traquer et supprimer les menaces dont vous faites l'objet je vous appelle à faire vivre le dialogue entre les confessions au nom d'une valeur qui est au fondement de notre pacte social : le respect. Il est essentiel, en particulier, que chacun comprenne que la lutte contre la violence radicale n'a rien à voir avec l'Islam et que les Musulmans de France n'éprouvent que de l'horreur face aux crimes qui peuvent être commis en son nom. Il faut donc que les communautés se parlent, en confiance, et désamorcent le risque d'une stigmatisation réciproque faisant le jeu du terrorisme. La création de « Marseille Espérance » a constitué à cet égard une initiative utile et courageuse, dont pourraient s'inspirer d'autres villes de France. L'appel que vous avez lancé le 16 juin, auquel se sont associés les représentants des nombreuses communautés de Marseille, résulte également de cette ambition. Et je veux donc vous féliciter du fond du cœur pour votre engagement et pour votre humanité. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/045.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/045.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a5676cff2dcf19a08e2698ab2dc4a9bbd725203c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/045.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le ministre des affaires étrangères et du développement international et le secrétaire d’État chargé des affaires européennes ont présenté une communication relative à la réunion du Conseil européen, qui s’est tenue le 26 juin à Ypres, pour commémorer le centenaire de la Première guerre mondiale, et le 27 juin à Bruxelles. Le Conseil européen a désigné Jean-Claude Juncker comme candidat pour présider la Commission européenne. Il revient désormais au Parlement européen d’élire le président de la Commission. Une réunion des chefs d’État et de gouvernement aura lieu le 16 juillet prochain à Bruxelles afin d’évoquer les autres nominations. Le Conseil européen a adopté un programme stratégique fixant les priorités de l’Union européenne pour les cinq prochaines années : - la croissance et l’emploi : le programme mentionne les flexibilités offertes par les règles du Pacte de stabilité et de croissance, la nécessité de faire face aux besoins en matière d’investissement, le besoin de renforcer l’attractivité de l’Union européenne en tant que lieu de production avec une base industrielle solide et compétitive et une agriculture prospère et la nécessité de renforcer l’union économique et monétaire ; - la prise en compte des aspirations des citoyens et de leur besoin de protection, en intensifiant la lutte contre le chômage des jeunes, en facilitant la mobilité, ou en luttant contre l'évasion et la fraude fiscales ; - la mise en œuvre d’une politique européenne de l’énergie et la lutte contre les changements climatiques : il s’agit de disposer d’une énergie financièrement abordable, sûre et verte, ce qui passe par des objectifs climatiques ambitieux, en particulier dans la perspective de la COP21 qui se tiendra à Paris en 2015 ; le Conseil européen a, en matière d’énergie et de climat, fait le bilan des progrès réalisés depuis sa réunion de mars, en vue de prendre en octobre 2014 au plus tard, une décision finale sur un cadre européen pour la période 2020-2030 qui définisse les moyens d’atteindre un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2030 et de porter la part des énergies renouvelables à 27 % ; - le renforcement de l’espace de liberté, de sécurité et de justice (via une meilleure gestion des migrations, la prévention de la criminalité et du terrorisme et une coopération judiciaire renforcée) ; le Conseil européen a, à cet égard, défini des orientations stratégiques dans le domaine de la justice et des affaires intérieures : nécessaire articulation entre les politiques intérieure et extérieure de l'Union européenne, coopération avec les pays tiers, lutte contre le terrorisme et la radicalisation, lutte contre l’immigration irrégulière notamment ; - la place de l’Union européenne en tant qu’acteur mondial de premier plan (grâce à la coopération avec ses voisins et ses partenaires stratégiques, ou au développement de la politique de sécurité et de défense commune). S’agissant des relations extérieures, le Conseil européen a abordé la situation en Ukraine en présence du Président Porochenko. Les chapitres restants de l’accord d’association entre l’Union européenne et l’Ukraine (dont la partie politique avait déjà été signée le 20 mars) ont également été signés, tout comme les accords d’association Union européenne-Géorgie et Union européenne-Moldavie. Le Conseil européen a aussi confirmé l’octroi du statut de candidat à l’adhésion à l’Union européenne à l’Albanie. Enfin, le Conseil européen s’est prononcé en faveur de l’adoption de l’euro par la Lituanie, qui devrait ainsi devenir le 19ème État membre de la zone euro le 1er janvier 2015. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/046.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/046.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..97da765d61ebffb079d8c5be4f33a22a808ae65c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/046.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je vous remercie de votre invitation pour cette audition conjointe des deux commissions, qui fait suite au Conseil européen des 26 et 27 juin derniers. Le Conseil européen a d'abord été marqué par un moment de commémoration à Ypres, où le président du Conseil européen Herman Van Rompuy avait souhaité réunir pour un dîner à l'occasion du centenaire de la Première guerre mondiale les chefs d'État et de gouvernement. Cette réunion s'est tenue dans des conditions très émouvantes, à deux jours de l'anniversaire de l'attentat de Sarajevo. Ce Conseil a été également marqué par la rencontre le 27 juin à Bruxelles du président ukrainien Porochenko et par la signature de trois accords d'association, avec l'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie. Il s'agissait d'un Conseil particulièrement important, au lendemain des élections européennes puisque les chefs d'État ou de gouvernement devaient désigner le candidat à la présidence de la Commission européenne et ont adopté un programme stratégique, c'est-à-dire une feuille de route, des priorités assignées à l'Union européenne pour les cinq prochaines années. Cette démarche était inédite, puisque jamais auparavant n'avait été adopté un programme stratégique avant l'investiture de la Commission européenne. Ce Conseil européen est assurément un succès. D'abord pour l'Europe, car le débat sur le futur président de la Commission européenne, même s'il a pris beaucoup de place dans la couverture médiatique de l'évènement et le temps de travail des chefs d'État et de gouvernement, n'a pas occulté l'enjeu essentiel que constituait la définition des priorités pour les cinq prochaines années. C'est ce qu'attendaient nos concitoyens. Même si nous avons connu certaines difficultés, puisqu'il n'existait pas au départ d'unanimité, le Royaume-Uni n'est pas parvenu à enrayer la dynamique de décision démocratique : il revenait bien à Jean-Claude Juncker, leader de la formation politique arrivé en tête, d'être désigné comme candidat au poste de président de la Commission européenne. Ce Conseil est aussi un succès pour la France car la contribution française, « l'Agenda pour la croissance et le changement », transmis à nos partenaires en amont du Conseil européen, les alliances qui ont été nouées, et les convergences de vues avec la présidence italienne du Conseil de l'Union européenne, ont permis que nos orientations et propositions soient très largement reprises dans le programme stratégique adopté. Je vais donc revenir, conformément à votre invitation, sur les cinq grandes priorités stratégiques. La première est évidemment le soutien à la croissance, à la compétitivité et à l'emploi. Nous avons obtenu que le programme mentionne les flexibilités offertes par le Pacte de stabilité et de croissance, pour tenir compte à la fois des réformes engagées dans chacun des États membres et surtout, de la reprise qui est là en Europe et ne doit en aucun cas être fragilisée. Le document insiste également sur la nécessité de faire face aux besoins d'investissements, à la fois publics et privés. Il met en avant le renforcement de l'attractivité de l'Union en tant que lieu de production industrielle avec une base industrielle forte. Ces formulations du Conseil européen serviront utilement de point d'appui aux propositions françaises contenues dans l'Agenda pour la croissance : l'amélioration du financement de l'économie réelle des entreprises et de l'investissement par la pleine mobilisation des instruments existants, comme le budget de l'Union européenne, les moyens et le nouveau capital de la Banque européenne d'investissement, les project bonds, qui doivent être développés pour financer de grands projets structurants. Le document indique également la nécessité de faire évoluer le cadre réglementaire et financier pour drainer de nouveaux investissements vers l'économie, pour mobiliser et orienter l'épargne privée, abondante en Europe (12 % contre 8 % aux États-Unis), vers les entreprises. Nous avons mis en discussion l'idée d'un plan d'épargne européen qui permettrait de financer les petites et moyennes entreprises et plus largement le tissu économique européen. Sur l'Union économique et monétaire, le texte souligne, comme nous le souhaitions, le besoin d'une coordination, d'une convergence et d'une solidarité accrues, ce qui fait écho à ce que nous avons proposé en termes de convergence sociale ou fiscale, avec un Eurogroupe industriel. Cela renvoie à cette idée d'un conseil de l'économie réelle qui soit dédié à une coordination non pas simplement budgétaire, mais des efforts économiques dans la zone euro. Pour clore ce chapitre économique, je rappelle que cette réunion du Conseil européen a également finalisé le Semestre européen pour 2014, en présence de Mario Draghi. Il était intéressant de noter que le président de la Banque centrale européenne (BCE) considérait lui aussi, dans le débat qui voyait s'affronter les partisans de la flexibilité et ceux de la rigueur, qu'il fallait tenir compte des situations dans la zone euro et des réformes déjà engagées pour ne pas entraver la reprise. La BCE a elle-même pris, au-delà de la baisse des taux d'intérêt, des mesures audacieuses. Les citoyens européens sont au cœur du second paquet de priorités mises en avant lors de ce Conseil européen. Nous nous mobilisons pour que l'initiative européenne pour la jeunesse, dotée de six milliards d'euros mobilisables en 2014 et 2015, et dont 600 millions d'euros ont été accordés à la France, puisse être prolongée. La France est le premier État à avoir obtenu de pouvoir engager les fonds qui la concernent. Il faut à présent mettre en oeuvre concrètement cette initiative dans toutes les régions où le chômage des jeunes est supérieur à 25 %. En parallèle, nous souhaitons promouvoir des mesures en faveur de la mobilité des apprentis et des jeunes en formation par alternance, en utilisant pleinement les crédits d'Erasmus + et en créant un véritable statut de l'apprenti européen. La troisième priorité porte sur l'énergie et le climat. Nous avons obtenu deux éléments absolument essentiels. Le Conseil européen a exprimé la volonté qu'une décision soit prise, au plus tard en octobre, sur le cadre énergie climat avec des objectifs de réduction d'émission des gaz à effet de serre et de promotion des énergies renouvelables. Le Conseil désire en effet que l'Union européenne adopte une position unie avant la grande conférence de l'ONU sur le climat, que la France accueillera à Paris en 2015. Le deuxième élément, c'est qu'il n'y ait pas d'opposition entre, d'une part, la sécurité énergétique, les investissements et la diversité des approvisionnements, et, d'autre part, la lutte contre le changement climatique, la promotion de l'efficacité énergétique et la montée en puissance des énergies renouvelables. Les priorités à cinq ans fixées par le Conseil européen répondent à nos attentes, en mentionnant l'objectif de « disposer d'une énergie financièrement abordable, sûre et verte ». Il faut construire l'Union énergétique, c'est-à-dire mettre en œuvre la solidarité européenne, construire les infrastructures européennes, bâtir une base industrielle en matière de politique énergétique tout en luttant contre le changement climatique. Il convient à partir de là de donner aux divers acteurs une visibilité à long terme pour que cette politique s'inscrive dans la durée. La quatrième priorité concerne l'espace de liberté, de sécurité et de justice. Elle est à la fois liée à la protection des droits et libertés fondamentales au sein de l'Union, en particulier la liberté de circulation, mais aussi à la nécessité d'une protection des frontières extérieures communes, d'une politique des migrations qui soit plus efficace. Il faut montrer plus de solidarité avec les pays du sud de l'Europe, en particulier avec l'Italie qui fait face en Méditerranée à de très grandes difficultés et à de terribles drames humains. Le Conseil a réaffirmé clairement sa volonté de renforcer les outils existants mais aujourd'hui encore trop embryonnaires, comme Frontex. Ces outils doivent être en mesure à l'avenir de prendre le relai des opérations nationales du type Mare nostrum. Pour parvenir à une solution durable, il faudra intensifier la politique en direction des pays de provenance pour mettre une œuvre plus de stabilité, mais aussi par des accords de réadmission, de lutte contre le trafic de main d'œuvre et les filières clandestines en les aidant à renforcer leurs capacités en matière de migration et de gestion des frontières. La politique d'asile doit être mieux coordonnée pour protéger le droit d'asile, mais également garantir une meilleure effectivité dans la reconnaissance réciproque des décisions des États membres. Il y a, à cet égard, une référence dans le programme stratégique qui constitue une avancée notable, sur un sujet qui a, trop longtemps, été tabou. En parallèle, il faut aménager, dans la concertation avec les pays tiers, des voies de migration Dans ce cadre, et même si cela n'est pas nécessairement lié au thème de l'immigration, il existe un chapitre très important qui porte sur la lutte contre le terrorisme et la radicalisation. Nous devrons ainsi aboutir rapidement sur les données des passagers aériens (accord PNR) afin d'identifier les voyageurs dangereux et leurs déplacements. La cinquième priorité est relative à la politique de voisinage, les relations avec les grands partenaires stratégiques, et la Politique européenne de sécurité et de défense commune. Le texte issu du Conseil européen est fidèle à nos priorités, s'agissant notamment de la Politique de sécurité et de défense commune, dans un objectif d'autonomie stratégique d'Europe de la défense, par le renforcement des capacités militaires européennes et de la base industrielle et technologique. Évidemment, dans le cadre de la discussion de la politique de sécurité et de défense, une partie des débats du Conseil européen a été consacrée à la situation en Ukraine, sur laquelle vous m'avez interrogé. Tout d'abord, avant même que le président ukrainien Porochenko ne vienne devant le Conseil européen, une rencontre a été organisée entre le président de la République François Hollande, la chancelière Angela Merkel et le président Petro Porochenko sur la situation à la fin de la semaine dernière. À l'issue de cette réunion, il a été convenu que le président Porochenko accepte de proroger le cessez-le-feu jusqu'au 30 juin au soir. Le Conseil européen a demandé que ce délai soit utilisé dans un dialogue avec la Russie pour la mise en place d'un mécanisme de surveillance aux frontières, la récupération des postes de contrôle tombés aux mains des séparatistes et pour s'assurer de la libération d'un certain nombre d'otages, y compris les observateurs de l'Organisation de sécurité et de coopération en Europe. Il s'agissait également de reprendre la discussion sur le plan de paix du président Porochenko, qui avait été accepté par le président Poutine, et pour engager un certain nombre de discussions internes à l'Ukraine visant à avancer sur la réforme institutionnelle ou la prise en compte de toutes les composantes de la société ukrainienne, y compris des minorités russophones. Le président français, la chancelière allemande et les présidents russe et ukrainien avaient convenu de reprendre contact avant l'expiration de ce délai, et l'ont fait dans les soirées de dimanche et lundi. Ils ont constaté une évolution positive, même si la situation dans l'Est reste très tendue. L'intervention prévue par la délégation de l'Assemblée nationale sera utile pour apporter un témoignage mais aussi pour inciter l'ensemble des acteurs à une désescalade et à la recherche d'une solution politique. Malheureusement, le président ukrainien a considéré lundi soir que les avancées n'étaient pas suffisantes et a décidé de suspendre le cessez-le-feu. Les quatre ministres des affaires étrangères français, allemand, ukrainien et russe se rencontraient ce jour à Berlin pour remettre le train sur les rails de la diplomatie. Ils se réunissent pour la recherche d'une solution d'apaisement, afin de sortir de cette crise extrêmement grave qui continue de faire des victimes compte tenu des activités d'un certain nombre de groupes séparatistes très violents et de la suspension du cessez-le-feu lundi dans la soirée. Le travail sur place de la délégation de l'Assemblée nationale offrira donc une contribution très utile, et les informations sur la rencontre à Berlin des ministres des affaires étrangères vous seront transmises en fin de journée. Le Conseil européen, après ses décisions sur les priorités des cinq prochaines années et le choix de nominer Jean-Claude Junker, a convenu de se revoir conformément aux dispositions du Traité après l'investiture du président de la Commission. Il sera alors discuté de la nomination aux autres postes de la Commission européenne, tels que celui de Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune, qui est également premier vice-président de la Commission européenne. Cette nomination ne peut être évoquée avec le président de la Commission européenne qu'une fois celui-ci investi par le Parlement européen. Il faudra également prendre une décision au sein du Conseil européen quant à la succession de M. Van Rompuy au poste de président du Conseil européen. L'objectif est d'aboutir à un consensus sur la répartition des responsabilités, qui permettra à partir du 16 juillet à ce que l'ensemble du dispositif de gouvernance de l'Union européenne puisse être opérationnel. Je voudrais simplement préciser à Elisabeth Guigou que même si certaines formulations du Conseil, qui doivent tenir compte de la nécessité d'un certain consensus, apparaissent comme insuffisamment explicites, les priorités françaises ont très largement été prises en compte. Nous pourrons désormais travailler à la mise en oeuvre des propositions françaises contenues dans l'Agenda. Concernant les questions plus précises sur la finalisation de l'Union bancaire et l'accord intergouvernemental sur le Fonds de résolution, la Commission doit remettre ses propositions au mois de septembre afin que soit déterminée la contribution de chacun des établissements financiers de l'Union européenne à ce fonds de résolution, préalable indispensable à sa mise en oeuvre. Concernant la question de la présidente Danielle Auroi sur la procédure future mentionnée dans les conclusions pour le choix du président de la Commission européenne, il s'agit là d'une formule destinée à faire cas d'une préoccupation britannique. Mais le président de la République a insisté pour qu'il soit également fait mention du respect des traités, afin de prévenir tout retour en arrière, et la procédure suivie cette année va sans nul doute créer un précédent démocratique pour toute future nomination de président de la Commission européenne. (Interventions des parlementaires) Sur l'attitude du Royaume-Uni et l'entêtement du Premier ministre britannique, plusieurs éléments peuvent l'expliquer. Premièrement, la situation politique intérieure du pays et les pressions provenant de la formation politique du Premier ministre. Deuxièmement, le fait qu'il a annoncé très tôt qu'il tiendrait s'il était réélu en 2015, un référendum sur la relation entre le Royaume-Uni et l'UE. Troisièmement, la pression exercée par le parti politique UKIP qui a réalisé un excellent score aux élections européennes. Enfin, le fait que le Premier Ministre, et d'autres encore, ont sous-estimé la dynamique qu'allait créer la désignation de chefs de file par les partis politiques européens. Au sein de ces partis, certains ont même pensé que cette désignation ne provoquerait pas un effet d'entraînement aussi puissant et qu'il serait possible de choisir une autre personnalité. Le Premier ministre britannique a peut-être pensé qu'il ne courrait pas de risque majeur à s'opposer publiquement à la désignation de Jean-Claude Juncker. Néanmoins, la réalité des élections, la dynamique de présentation des candidatures et les débats publics qui ont eu lieu entre les candidats ont créé un fait politique. C'est un progrès démocratique car le citoyen a eu l'occasion de peser sur le choix du futur président de la Commission européenne, même si par la suite celui-ci n'est en réalité investi que par un consentement plus large car aucune des familles politiques européennes à l'issue de ce scrutin ne dispose à elle seule d'une majorité absolue. Aussi, au-delà du choix du candidat, il est nécessaire d'avoir un débat sur les orientations et les priorités stratégiques de cette Commission pour les cinq prochaines années. L'Union européenne doit être au service de 28 États membres, ce qui implique la prise en compte des différentes sensibilités, opinions et attentes exprimées par les citoyens. Bien que j'appartienne à une famille politique européenne qui soutenait un autre candidat, en l'occurrence Martin Schulz, je me réjouis que le résultat soit respecté. Il était nécessaire qu'un débat ait lieu, après les résultats des élections et avant la désignation du futur président de la Commission, et qu'il porte sur la façon dont l'Europe va répondre aux attentes des citoyens et à l'impératif de sortie de la crise. Les citoyens n'ont pas forcément perçu que lors des débats au Conseil, il a surtout été question de cette feuille de route. Le débat a même précédé la désignation de M. Jean-Claude Juncker. Le mardi précédent le Conseil européen, un conseil « affaires générales » a entièrement porté sur le projet de programme stratégique préparé par le président du Conseil, Herman Von Rompuy. De nouvelles priorités ont été définies dans la feuille de route, en matière de croissance, d'emploi, et en particulier l'emploi des jeunes, d'adoption de nouveaux instruments de financement de l'économie, et de renforcement de nos capacités d'investissement dans les domaines de l'énergie, du transport, de la recherche, de la formation et du numérique. Les conclusions du Conseil rappellent la nécessaire articulation du respect de la position du Royaume-Uni et le fait que le Royaume-Uni doit malgré tout respecter la volonté et les perspectives européennes. Ce pays n'est pas dans la zone euro et n'a pas l'intention d'y prendre part. Il n'est pas non plus dans l'espace Schengen et n'a pas la volonté de le rejoindre. Le Royaume-Uni a demandé à ce que ses aspirations soient prises en compte dans les conclusions du Conseil. Le paragraphe 27 des conclusions du Conseil réaffirme la notion d'une « Union sans cesse plus étroite », que le Royaume-Uni souhaitait retirer des traités, mais précise que cette notion « permet aux différents pays d'emprunter différentes voies d'intégration, en laissant aller de l'avant ceux qui souhaitent approfondir l'intégration, tout en respectant la volonté de ceux qui ne souhaitent pas poursuivre l'approfondissement ». Un point d'équilibre a donc été trouvé sur cette question. Le Royaume-Uni est un partenaire important de la France, dans beaucoup de domaines. Ces deux pays sont membres permanents du Conseil de sécurité. Le Royaume-Uni s'est trouvé aux côtés de la France lorsqu'elle est intervenue en Libye, et la soutient au Mali et en République Centrafricaine. De plus, les deux pays entretiennent une bonne coopération dans le domaine de l'énergie. Enfin, il est de l'intérêt du Royaume-Uni et du nôtre que la croissance reparte en Europe et dans la zone euro. Néanmoins, le Royaume-Uni ne doit pas entraver l'approfondissement de la zone euro. Concernant l'évolution de la situation interne au Royaume-Uni, le référendum annoncé est toujours prévu pour la fin de l'année 2017, c'est-à-dire après les élections générales. Aussi, on ne peut préjuger aujourd'hui du résultat, ni des conséquences de ce référendum et des liens entre l'UE et le Royaume-Uni. La phrase que j'ai citée au sujet d'une « Union sans cesse plus étroite », laisse entendre que le Royaume-Uni se projette encore comme membre de l'Union européenne dans les prochaines années, ce qui est rassurant. À propos de la composition de la Commission, il convient qu'elle reflète les grandes priorités de l'Union. Elle pourrait s'organiser autour des vice-présidences afin d'en simplifier le fonctionnement, éviter le cloisonnement en 28 portefeuilles des politiques de l'Union, et renforcer la collégialité. Cela n'a pas été mis à l'ordre du jour des réunions du Conseil, mais certains pays ont déjà manifesté des inquiétudes car ils redoutent que seuls les grands pays en bénéficient. Pourtant, les exemples de Jean-Claude Juncker et d'Herman Van Rompuy montrent que l'accès à des postes de haute responsabilité n'est pas réservé aux ressortissants des grands pays. Le futur président de la Commission devra veiller à mettre en oeuvre des « pôles » qui permettront de regrouper des priorités par exemple dans le domaine de la politique économique ou de la politique extérieure de l'Union. L'élargissement et le commerce extérieur pourraient donner lieu à un travail commun entre les commissaires concernés. Le président François Hollande a souligné que la France voulait jouer un rôle majeur via son commissaire et souhaite qu'il soit vice-président dans un domaine prioritaire comme l'économie. Cette discussion reprendra après l'investiture du président de la Commission le 15 juillet prochain à Strasbourg lors du Conseil européen du 16 juillet à Bruxelles. L'Italie et la France ont exprimé une vision tout à fait concordante à propos de la stratégie de relance européenne et de la question de la flexibilité. Aucune différence n'a été perceptible à ce sujet entre la position du président du Conseil des ministres italien et celle du président français. La rencontre des sociaux-démocrates à l'Élysée, réalisée sous l'égide de François Hollande, a permis de consolider une telle convergence, ainsi que l'entrevue de ce dernier avec Matteo Renzi lors d'une réunion précédent le Conseil européen, où les deux hommes ont défendu une approche commune. Tout en respectant le Pacte de stabilité et de croissance, cette approche consistait à tenir compte des réformes engagées et actuellement appliquées en France et en Italie. Ces réformes portent sur l'économie, la compétitivité, le coût du travail, les dépenses publiques et l'organisation territoriale. L'Italie et la France ont conscience qu'elles sont nécessaires au renforcement de la capacité de croissance et d'emploi des deux pays. Il est impératif de tenir compte des effets de ces réformes et des bénéfices qu'elles peuvent apporter à moyen et à long terme, et de veiller à ce que la reprise ne soit pas étouffée car elle est encore fragile. Il existe encore un risque de déflation qui a poussé la BCE à prendre des mesures très audacieuses, consistant à faire baisser les taux d'intérêt et à contribuer au financement de l'économie réelle. Cette interprétation est conforme aux traités qui prévoient cette flexibilité. Il convient d'utiliser toutes les flexibilités dont nous disposons, et de tenir compte à la fois des réformes engagées et du cycle économique dans lequel nous nous trouvons à savoir un début de reprise qui doit absolument être consolidée. Aussi, il faut éviter de tomber dans une lecture trop rigide, voire absurde du Pacte de stabilité et de croissance car cela empêcherait les États de mener à bien des réformes structurelles. Aucune demande en faveur d'un report de calendrier concernant le retour à l'équilibre budgétaire n'a été formulée de la part de la France ou d'un autre État membre de l'UE, ni aucune demande qui remettrait en cause le respect des règles communautaires de déficit et d'endettement. Néanmoins, certains participants aux débats ont rappelé l'exemple significatif des réformes Schröder qui ont été engagées il y a une dizaine d'années en Allemagne. On constate aujourd'hui qu'elles ont contribué à revitaliser la compétitivité de l'économie et de l'industrie allemande. Or, ces réformes n'ont pas été soumises à des pratiques politiques de restriction budgétaire immédiate. La perspective communautaire est donc celle de poursuivre le désendettement mais en utilisant les flexibilités du Pacte. En ce qui concerne l'espace Schengen, les conclusions du Conseil soulignent la nécessité d'en réformer la gouvernance mais sans en remettre en cause les acquis essentiels, tels que la liberté de circulation mais également la coopération policière et le contrôle aux frontières extérieures communes. Il ne faut pas revenir en arrière mais au contraire, aller de l'avant. Des idées nouvelles sont en train d'émerger, telles que la mise en place de gardes- frontières européens. Cette demande a été formulée par l'Italie qui ne peut à elle seule gérer en Méditerranée l'afflux de migrants via son opération Mare nostrum. Au sujet des recommandations adressées aux États membres, le Conseil les a approuvées de façon générale. Celles qui concernent la France valide la stratégie, le plan triennal et le programme national de réformes du pays. Elles ne remettent pas en cause les choix fait par la France comme cela avait parfois été le cas par le passé, entre autres en ce qui concernait la réforme des retraites. Les recommandations telles qu'elles ont été communiquées par la Commission européenne, ne posent donc pas de problème particulier à la France. La volonté communautaire est de desserrer les carcans et de créer les conditions nécessaires à une meilleure coordination des politiques économique et de soutien à l'investissement afin de relancer la croissance en Europe. Hier, un rapprochement entre Nexter et KMW a été rendu public et doit donner naissance à un groupe dont l'État français sera actionnaire à hauteur de 50 %, de même que le partenaire allemand, et qui représentera un fournisseur considérable dans son domaine. Ceci constitue une avancée majeure pour les industries de défense et illustre un des éléments que j'ai précédemment évoqués à propos du contenu des conclusions du Conseil sur la PSDC. Une politique de défense européenne ne pourra être bâtie que si l'Europe dispose d'une industrie capable de fournir les États membres en matériel, afin que ceux-ci ne soient pas dépendants d'autres fournisseurs, en particulier américains. Vous avez posé des questions sur le Pacte de stabilité et de croissance et a notamment exprimé un certain scepticisme. Il me semble que l'UE dispose à la fois de la volonté, comme elle l'a démontré, et de la capacité, comme cela a par ailleurs été confirmé à travers le vote qui est intervenu hier dans votre Assemblée. Nous voulons servir l'intérêt européen, c'est-à-dire à la fois faire en sorte que des réformes structurelles soient menées dans chaque pays et s'assurer en même temps que la croissance reparte en zone euro. L'Union n'a que trop souffert de ce qui s'est passé dans des pays comme l'Espagne et le Portugal qui ont entrepris des réformes très strictes. Cependant, malgré ces réformes et la baisse des dépenses publiques, ces pays, parce qu'ils étaient soumis à un cadre beaucoup trop restrictif, notamment aux règles de la Troïka, ne sont pas parvenus à enrayer la poursuite de leur endettement et leur croissance n'est pas repartie. Aujourd'hui, la croissance repart, mais timidement. Aussi faut-il l'encourager. Nous n'essayons pas d'échapper à nos obligations mais nous manifestons la volonté de voir l'Europe repartir du bon pied. Il faut stopper la progression du chômage. Il a atteint 40 % en Espagne. Il a ravagé des générations de jeunes. La meilleure réponse à apporter à l'actuelle défiance qui a par ailleurs été exprimée par une forte abstention et un vote eurosceptique à l'occasion des élections européennes, est de faire repartir la croissance. En ce qui concerne les négociations avec les États-Unis, une session va se tenir le 14 juillet prochain, et nous en rendrons compte. Il est nécessaire de faire respecter un principe de réciprocité dans les négociations. Il a été demandé que la notion de transparence apparaisse dans les conclusions du Conseil. Ces négociations peuvent être bénéfiques pour plusieurs secteurs de l'économie française. Il n'y a pas de raison d'avoir peur d'y associer l'ensemble des parties prenantes, c'est-à-dire les acteurs économiques, la société civile, les syndicats, les parlements nationaux et le Parlement européen. Il faut poursuivre ces négociations en défendant nos lignes rouges : nos normes sanitaires, notamment en matière agricole, nos normes sociales, l'exception culturelle française, et notre capacité à réguler notre propre marché. Si cet accord de commerce transatlantique permet d'ouvrir le marché américain à nos exportations, notamment les marchés publics, d'exporter plus de produits agricoles, de protéger les indications géographiques et de créer des normes industrielles plus favorables, alors nous y sommes favorables. En revanche, s'il s'agit d'un accord créant des déséquilibres, nous ne l'accepterons pas. Il existe parfois des sanctions et des décisions qui semblent disproportionnées entre partenaires. Or, si l'on est partenaire, l'on se doit de prendre en compte les effets de ses décisions sur les entreprises de l'autre partie. Il est vrai qu'il existe un accord technique au Parlement européen mais je m'en réjouis car au-delà de la dimension technique, il y a eu une attitude responsable de la part des grandes formations politiques européennes face à des formations eurosceptiques voire extrémistes qui, en tournant le dos lors de l'écoute de l'hymne européen, ont exprimé leur mépris pour les valeurs communes de l'UE. Cet accord n'empêchera pas pour autant les débats politiques d'avoir lieu entre les différentes formations du Parlement européen mais il va permettre à ce dernier d'aider l'Union à aller de l'avant. De même, le Conseil a pris ses responsabilités en adoptant une feuille de route déterminant ses priorités. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/047.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/047.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f4faf6dadd35a5799777845dd84a4633893a3237 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/047.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le ministre de l'intérieur a présenté un projet de loi renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme. Si l'arsenal juridique français, renforcé par la loi du 21 décembre 2012, permet de lutter contre les actes de terrorisme de façon à la fois efficace et respectueuse de l'Etat de droit, les événements récents ont montré que la législation doit être adaptée pour prendre en compte des évolutions inquiétantes, qui concernent la nature des actes et le comportement des auteurs. Comme cela a été prévu dans le plan de lutte contre la radicalisation violente adopté récemment par le Gouvernement, le projet de loi met en place une interdiction administrative de sortie du territoire. Elle fera obstacle à ce que des Français mettent à profit des déplacements hors du territoire national pour acquérir une compétence en matière de lutte armée ou pour se radicaliser davantage, et deviennent à leur retour un danger pour la sécurité nationale. Cette interdiction, limitée dans le temps, et édictée sous le contrôle du juge, est nécessaire pour faire face à la recrudescence de départs de jeunes Français vers des zones où l'apprentissage de la lutte armée peut se doubler d'un embrigadement idéologique. Par ailleurs, le projet de loi renforce la répression de l'apologie du terrorisme et de la provocation à des actes de terrorisme. En effet, la France ne peut tolérer que sur son propre sol des messages appelant au jihad, ou le glorifiant, soient diffusés en toute impunité. Ces messages participent du conditionnement idéologique et sont de nature à conduire à la commission d'actes de terrorisme. Le projet de loi permet le blocage administratif de sites internet faisant l'apologie du terrorisme ou y provoquant. Il permet également à l'autorité judiciaire de rechercher des données dans des serveurs informatiques situés à l'étranger, dans le cadre d'une perquisition, afin que la justice conserve ses capacités d'investigation avec les nouvelles technologies, notamment le « cloud ». Le projet de loi prend également en compte l'action croissante des terroristes isolés. En pénalisant les actes préparatoires aux crimes terroristes et en dotant les services de police des moyens d'investigation appropriés, même s'il s'agit d'une entreprise individuelle, le projet de loi donne les moyens de répondre aux nouvelles formes d'action. Enfin, ce projet de loi contient plusieurs mesures destinées à faciliter le travail administratif de prévention des actes de terrorisme. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/048.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/048.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4937393f93eabe768cfed2248fd28b0b012832a8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/048.txt @@ -0,0 +1 @@ +La lutte contre le terrorisme justifie-t-elle que l'on porte atteinte aux libertés ? Non, bien entendu. Du vote des "lois scélérates" restreignant la liberté de la presse, qui furent adoptées sous la IIIème République en réaction aux attentats anarchistes, jusqu'aux mesures d'exception prises à la suite du 11 septembre, l'histoire nous enseigne que les démocraties ont tout à perdre à transiger avec leurs valeurs au nom d'une illusoire efficacité répressive. En effet, ce sont précisément ces valeurs - la liberté d'expression, le respect de la règle de droit, la tolérance - que le terrorisme cherche à détruire, parce qu'elles sont au fondement de la modernité politique qui lui fait horreur, et parce qu'elles garantissent la cohésion de nos sociétés démocratiques. Il faut donc nous montrer intransigeants dans la défense des libertés publiques, aussi bien que lucides et résolus dans la lutte contre le terrorisme. La lucidité amène à constater que cette menace est aujourd'hui particulièrement forte, en raison de la présence grandissante parmi les combattants des groupes les plus radicaux, en Syrie et désormais en Irak, d'individus originaires des pays européens. La France est directement concernée par ce phénomène, comme l'a montré de façon dramatique l'arrestation à Marseille d'un jeune français de retour de Syrie, Mehdi Nemmouche, soupçonné d'avoir commis le 24 mai l'attentat meurtrier contre le musée juif de Bruxelles. Il ne s'agit malheureusement pas d'un cas isolé. Il y a en effet désormais plus de 300 ressortissants français qui combattent en Syrie et près de 900 sont impliqués dans les filières djihadistes, en incluant les personnes en transit, celles qui sont de retour en France et les individus ayant manifesté des velléités de départ. La plupart d'entre eux sont entraînés dans un processus d'auto-radicalisation sur Internet, où de nombreux sites assurent une propagande basée sur des images barbares. Le Gouvernement a donc présenté un projet de loi, annoncé dans le cadre d'un plan plus global pris dès le 23 avril, visant à prévenir, contenir et lutter contre le terrorisme djihadiste et ses filières, avant même la tuerie de Bruxelles. Il s'agit de prendre en compte l'évolution d'une menace d'une nature et d'une ampleur largement inédites. Pour être efficace, un tel dispositif doit faire l'objet d'un consensus républicain ; c'est pourquoi nous avons scrupuleusement veillé à ce que les mesures qu'il comporte soient entourées de toutes les garanties permettant d'assurer le respect des libertés publiques. Trois dispositions nouvelles ont fait l'objet à ce titre de précautions particulières. La première concerne la possibilité d'interdire la sortie du territoire à un individu majeur, lorsque des raisons sérieuses amènent à constater que son départ constitue une menace pour la sécurité du pays. Elle est au cœur du dispositif, puisqu'il s'agit de démanteler les filières de recrutement et d'empêcher les départs de jeunes Français vers le théâtre de cette guerre sanglante, où ils sont entraînés à commettre des atrocités avant de revenir, psychologiquement détruits, prêts à perpétrer des attentats sur le sol national. Il s'agit d'une restriction à la liberté d'aller et venir, même si les individus concernés pourront se déplacer sur le territoire national. Cette mesure ne pourra donc être prise qu'au vu d'éléments précis, solides et circonstanciés. Elle sera bien entendu susceptible de recours devant le juge administratif, qui pourra agir en référé, donc dans un délai extrêmement court. Contrairement à ce qui a pu être dit, les éléments sur la base desquels le juge prendra sa décision seront symétriquement communiqués à la personne mise en cause, qui pourra se faire assister d'un avocat. Enfin, la décision sera prise pour une durée limitée à six mois, renouvelable seulement si les conditions le justifient et au terme d'une procédure contradictoire. La même possibilité de recours sera ouverte lors d'un éventuel renouvellement. Tout au long de la procédure, les garanties seront donc aussi fortes que dans le cas d'un contrôle par le juge judiciaire. La deuxième disposition réside dans le blocage par les fournisseurs d'accès ou le retrait par les hébergeurs, à la demande de l'administration, des sites internet faisant l'apologie du terrorisme. A ce jour, le nombre de ces sites est évalué à quelques centaines au total - à comparer aux quelque 800 000 sites nouveaux mis en ligne chaque jour. Cette mesure ne crée donc pas un délit d'opinion : elle vise, de façon limitative, les contenus diffusés par des individus ou groupes djihadistes faisant par ce biais la publicité de leurs exactions, proposant des moyens de rejoindre le théâtre des opérations ou fournissant les conseils "techniques" pour commettre un attentat. Si de telles manœuvres devaient avoir lieu sur la voie publique, elles seraient naturellement interdites et feraient aussitôt l'objet de mesures coercitives. Il n'est pas de raison de les tolérer davantage sur Internet. Le concours des fournisseurs d'accès et des hébergeurs sera sollicité à cette fin, comme cela est déjà le cas dans le cadre des procédures visant à supprimer l'accès aux contenus pédopornographiques. Des discussions sont d'ores et déjà engagées avec nos partenaires européens et vont s'élargir aux entreprises américaines de l'internet. Mais là encore, des précautions sont prévues pour s'assurer qu'aucun excès ne puisse être commis au détriment de la liberté du réseau. Ainsi un magistrat, personnalité qualifiée indépendante, sera chargé de s'assurer que la liste des sites dont l'accès est bloqué est proportionnelle au but recherché. Il pourra intervenir en amont de la procédure, au moment du signalement du site concerné. Et cette procédure sera soumise, elle aussi, au contrôle de la juridiction administrative. Un contrôle parlementaire de son exécution pourra, si la représentation nationale le souhaite, compléter ces garanties. J'y suis pour ma part très favorable, comme je suis plus généralement disposé à ce que le débat parlementaire permette d'améliorer ce dispositif. Les défenseurs de la liberté d'expression, les entreprises de l'internet comme les internautes doivent savoir que l'intention du Gouvernement n'est en rien d'établir un régime de contrôle du réseau, mais seulement de compliquer la tâche de ceux qui l'utilisent à des fins criminelles. Toutes les suggestions, toutes manifestations de bonne volonté seront bienvenues pour améliorer l'efficacité du dispositif et le rendre plus protecteur. Enfin, la création d'un délit d'entreprise individuelle terroriste constitue une troisième mesure nécessaire, elle aussi strictement encadrée. Elle répond à la nécessité, déjà soulignée par les juges antiterroristes, d'appréhender des individus qui préparent un attentat de façon isolée et qui, par définition, ne tombent pas sous le coup de l'association de malfaiteurs telle qu'elle existe dans notre code pénal. Comme dans le cadre existant de l'association de malfaiteurs, il s'agit de viser les actes préparatoires, sans naturellement attendre qu'un attentat soit commis par la personne mise en cause. Le gouvernement a donc voulu réserver cette hypothèse aux cas les plus graves : assassinat, destruction par explosif, empoisonnement massif, détournement de moyens de transport. Cette incrimination devra être caractérisée par le juge sur la base d'un solide ensemble de preuves matérielles. Le projet de loi prévoit en particulier que le suspect devra obligatoirement s'être procuré des substances dangereuses ou des armes. Empêcher les départs, démanteler les filières, contrarier les processus d'auto-radicalisation, prévenir les attentats : personne ne peut de bonne foi contester la légitimité des buts que poursuit le Gouvernement, dans un contexte où les menaces terroristes sont d'une particulière gravité. Mais il nous faut également nous assurer que les moyens employés sont conformes aux valeurs de la République et propres à fonder un consensus. Je n'ignore pas que certains redoutent que ces moyens renforcés soient le jour venu utilisés de façon abusive, que la notion de « terrorisme » soit interprétée demain de sorte à disqualifier des idées et des adversaires qui ne menacent pas vraiment la République. A cette inquiétude, il n'est qu'une seule vraie réponse, mais elle est solide : c'est la règle de droit. Le terrorisme se qualifie en France sous le contrôle du juge et à travers sa jurisprudence, qui condamnent des actes en raison de la violence qu'ils déclenchent ou préparent, et non des présupposés idéologiques de leurs auteurs. Sa définition ne relève pas de l'interprétation des gouvernants. C'est pourquoi le projet de loi que le Gouvernement prépare est entouré des précautions que j'ai rappelées, qui garantissent la justice autant que l'efficacité des mesures anti-terroristes. Certes, ces mesures ne nous prémuniront jamais totalement contre les menées terroristes. Le « risque zéro » n'existe malheureusement pas, mais nous savons tous à quels dangers immédiats nous exposerait une irresponsable absence de précautions légitimes, proportionnées et contrôlées. La clandestinité, le refus de se soumettre à une décision administrative, la possibilité de diffuser leur message toxique sur d'autres sites que ceux qui auront été bloqués resteront des voies possibles aux prêcheurs de haine. Mais leur entreprise néfaste aura été compliquée. La justice et, sous son contrôle, les services de police, auront à leur disposition des moyens d'actions et d'investigations plus efficaces. Et nos libertés fondamentales, notre volonté de vivre harmonieusement ensemble n'en seront que mieux préservées. « La République vit de liberté, elle pourrait mourir de répression », déclarait autrefois Clémenceau en défendant la loi sur la presse de 1881. Ce souci est encore au cœur du projet de loi que le Gouvernement présente. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/049.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/049.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..55ef6739dfa116907383121d3a6dae2b6fc919cf --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/049.txt @@ -0,0 +1 @@ +MATHILDE MUNOS L'invité de France Info est le Ministre de l'Intérieur Bernard CAZENEUVE, bonjour. MONSIEUR LE MINISTRE DE L'INTERIEUR BERNARD CAZENEUVE Bonjour. MATHILDE MUNOS La France a commencé à accueillir des réfugiés Irakiens. Onze personnes ont pu bénéficier d'un visa d'asile. Est-ce qu'il y a beaucoup de demandes ? BERNARD CAZENEUVE Oui, il y a des demandes. Il y a des demandes et la volonté qui est la nôtre a été réaffirmée avec Laurent FABIUS, à l'occasion de la rencontre que nous avons eue avec les représentants des Chrétiens d'Irak il y a de cela une dizaine de jours au Quai d'Orsay. La position de la France est la suivante : nous souhaitons, bien entendu, que ces minorités qui vivent en Irak puissent continuer à y vivre, d'où le déploiement très fort d'initiatives destinées à faire en sorte que l'aide humanitaire soit déployée et que les initiatives diplomatiques se multiplient pour que cela soit possible. MATHILDE MUNOS Cela veut dire que vous vous êtes fixé une limite ? BERNARD CAZENEUVE Non, il n'y a pas de limite. Il y a simplement la volonté de faire en sorte que ce message passe. Parce que si nous organisions le départ de toutes les minorités, ce serait une manière de dire que l'Etat islamique en Irak et au Levant est chez lui là où il fait la guerre et engage ses percussions. Ce n'est pas notre position. Notre position est de faire en sorte qu'il puisse y avoir des initiatives humanitaires et diplomatiques qui permettent à ces minorités de vivre en Irak. Mais bien entendu, nous sommes aussi soucieux de faire en sorte que ceux qui sont persécutés puissent trouver l'asile en France. MATHILDE MUNOS Est-ce que vous avez un ordre de grandeur ? Est-ce que le Consulat à Erbil ou l'Ambassade à Bagdad vous font remonter ces demandes ? BERNARD CAZENEUVE Il y a plusieurs centaines de demandes aujourd'hui. Mais notre objectif est de faire en sorte que nous puissions répondre dans les circonstances que je viens de vous indiquer et avec les objectifs que je viens de vous dire. C'est-à-dire faire en sorte que ces minorités puissent vivre en Irak et que les conditions d'accueil en France soient réunies pour des familles qui ont des liens avec la France, pour des familles qui sont persécutées. Notre consulat à Erbil est en train de faire le travail qui permette de rendre cet accueil possible lorsqu'il est incontournable. MATHILDE MUNOS De l'autre côté, côté combattants, est-ce que vous savez si des Français sont partis combattre en Irak comme il y en a en Syrie ? BERNARD CAZENEUVE Vous savez que j'ai mis en place un plan de lutte contre le terrorisme et le basculement de nos ressortissants dans des groupes djihadistes en Syrie. Il y a aujourd'hui près de neuf cents Français qui sont concernés par ce phénomène, soit qu'ils sont sur le théâtre des opérations en Syrie ou en Irak, soit qu'ils sont sur le chemin de la Syrie. Il y en a vraisemblablement en Irak parce que l'Etat islamique en Irak et au Levant qui a recruté ces jeunes ressortissants, les conduit sur le théâtre de toutes les opérations de combat où l'Etat islamique est engagé. Il y a donc vraisemblablement des ressortissants européens en Irak aujourd'hui. MATHILDE MUNOS Le fait que la France intervienne dans ce conflit pour le moment de manière humanitaire en apportant de l'aide et en accueillant certains réfugiés, est-ce que ça en fait une cible particulière pour les djihadistes ? Est-ce qu'il y a des risques pour la France ? BERNARD CAZENEUVE Mais tous les pays qui sont attachés aux principes de liberté, qui se battent pour les droits de l'homme… MATHILDE MUNOS Mais pour le moment, tout le monde n'intervient pas en Irak. BERNARD CAZENEUVE Oui. D'accord, mais tous ces pays sont la cible et on doit, face à un phénomène aussi barbare que celui auquel on est confronté, agir avec des principes, avec des valeurs et une détermination. C'est le sens de l'action conduite par la France sous l'impulsion du président de la République avec l'action très forte et très remarquable conduite par Laurent FABIUS depuis plusieurs jours déjà. MATHILDE MUNOS Est-ce que vous-même ou d'autres collègues du gouvernement avez fait l'objet de menaces ? BERNARD CAZENEUVE Je fais, comme beaucoup de Ministres de l'Intérieur qui mènent des actions contre des groupes terroristes et contre des formes de racisme, l'objet de menaces mais ça n'est pas de nature à m'impressionner. MATHILDE MUNOS Il y aurait également une dizaine de Français partis faire la guerre en Ukraine. On a même réussi sur France Info à en appeler un ces derniers jours ; il s'agit là d'une dizaine de personnes. Tous ces Français qui partent faire la guerre, ça vous interpelle ? ça vous inquiète ? Comment l'expliquez-vous ? BERNARD CAZENEUVE Je me suis beaucoup posé cette question, notamment lorsque j'ai mis en place le plan de lutte contre le basculement de nos ressortissants et de jeunes ressortissants dans des groupes djihadistes. Il y a là, pour ceux qui partent dans les groupes djihadistes, une forme d'influence exercée par une propagande qui est bien huilée et qui est orchestrée par des groupes djihadistes notamment sur internet. Le gouvernement de Bachar el-ASSAD massacre des opposants : il y a donc une part de certains d'entre eux qui sont bernés par un discours dévoyé d'idéal. Il y a aussi une violence, une violence qui s'est inscrite depuis longtemps, une radicalisation à laquelle ils se sont laissés aller ou dans laquelle ils ont été pris en prison. Tous ces phénomènes-là expliquent le basculement, la radicalisation et la violence. MATHILDE MUNOS Pour lutter contre cela, vous avez un projet de loi antiterroriste qui sera d'ailleurs l'un des textes de la rentrée. BERNARD CAZENEUVE Oui, absolument, mais pas seulement un projet de loi. Il y a aussi des actions de prévention qui sont extrêmement importantes et qui nous conduisent dans chaque département à mobiliser, autour des familles qui sentent qu'un de leurs enfants va basculer, de multiples moyens de la part des collectivités locales et de l'Etat pour éviter ce basculement. MATHILDE MUNOS Bernard CAZENEUVE, j'aimerais qu'on fasse le point sur deux affaires qui sont en cours en France. D'abord ce vol de cinquante kilos de cocaïne à la Police judiciaire de Paris. Est-ce qu'il y a du nouveau ? est-ce que la drogue a été retrouvée ? BERNARD CAZENEUVE Aujourd'hui l'enquête est en cours. Je ne me prononcerai pas sur le contenu de cette enquête parce que je suis soucieux de son bon déroulement et de son aboutissement. Ce que j'ai constaté dans cette affaire, c'est qu'une minorité de gens, de tous petits groupes de personnes, s'est laissé aller à des actes qui sont inqualifiables et inadmissibles. J'ai d'ailleurs suspendu le policier qui est aujourd'hui suspecté. Le comportement de ce policier ne peut pas porter atteinte à la réputation de la police dans son ensemble. L'enquête a été très rapidement enclenchée, la personne a été rapidement identifiée et elle est aujourd'hui incarcérée. Par ailleurs, j'ai lancé à travers un audit de l'IGPN une enquête qui est destinée à faire en sorte que l'on puisse réorganiser ce service. MATHILDE MUNOS Vous avez déjà des retours ? BERNARD CAZENEUVE C'est en cours. Dès que cette enquête aura été à son terme, je prendrai bien entendu toutes les dispositions concernant l'organisation de ce service. MATHILDE MUNOS Autre dossier en cours, les violences qui ont eu lieu en marge du match de football entre Bastia et Marseille samedi soir. Il y a eu des affrontements entre des supporters corses et les forces de l'ordre. Il devait y avoir des interpellations dans les jours qui ont suivi. BERNARD CAZENEUVE Mais il y aura des interpellations. MATHILDE MUNOS Il y en a eues pour le moment ? pas encore ? BERNARD CAZENEUVE Il y en aura. Nous avons suffisamment d'éléments aujourd'hui qui sont en cours d'expertise de la part des services de police et de justice pour que je puisse vous dire qu'il y aura des interpellations. Ces actes ne resteront pas impunis. Il y a eu là une violence à l'égard des forces de l'ordre ; il y a eu des supporters fanatisés par la violence qui ont commis des actes qui doivent être punis et ils le seront. MATHILDE MUNOS Le gouvernement et vous entre autres vous avez écrit un communiqué appelle la Ligue de football à tirer toutes les conséquences de ces violences. Ça veut dire quoi concrètement tirer les conséquences ? BERNARD CAZENEUVE Ça veut dire d'abord qu'il y a des actions préventives à mener, une sensibilisation de l'ensemble des clubs à opérer, les valeurs du sport à rappeler. Puis moi, je souhaite aussi que nous engagions les procédures en lien avec les représentants du football pour que ces supporters fanatisés, ivres de violence, n'aient plus accès au stade lorsqu'il y a des matchs. MATHILDE MUNOS Mais les représentants du football, en l'occurrence le club de Bastia, explique qu'il a lui respecté à la lettre les mesures de sécurité qui avaient été déterminées par la préfecture. BERNARD CAZENEUVE Oui, mais il ne s'agit pas de désigner tel ou tel club et d'incriminer tel ou tel. Il s'agit de faire montre ensemble d'une responsabilité collective pour que cela ne se reproduise pas, que l'on fasse passer les messages, que l'on prenne les dispositions en matière de sécurité, que la Ligue rappelle aux clubs les dispositions qui doivent être prises de manière à ce qu'encore une fois nous soyons dans la responsabilité collective. MATHILDE MUNOS Bernard CAZENEUVE, vous allez consacrer votre journée à la prévention des cambriolages avec un déplacement dans l'Oise. Il y en a plus pendant l'été, pendant que les Français sont en vacances ? BERNARD CAZENEUVE Il y avait plus de cambriolages pendant l'été. Il y a toujours une tendance lorsque les résidences principales sont désertées à ce que les cambriolages augmentent. C'est la raison pour laquelle cette opération Tranquillité Vacances, qui consiste à signaler le départ de la résidence principale aux forces de police et de gendarmerie de manière à augmenter le nombre de rondes et les surveillances, permet de limiter le nombre de cambriolages. MATHILDE MUNOS Ça veut donc dire qu'il n'y a pas de vacances pour les forces de l'ordre. Les effectifs sont les mêmes pendant les vacances ? BERNARD CAZENEUVE Bien entendu. C'est la raison d'ailleurs pour laquelle j'effectue en ce moment ces déplacements pour montrer aux forces de l'ordre et aux forces de sécurité le soutien que leur apporte leur ministre dans le travail qu'elles font pour assurer la sécurité des Français en tous coins du territoire. MATHILDE MUNOS Merci beaucoup Bernard CAZENEUVE, ministre de l'Intérieur et invité de France Info ce matin. BERNARD CAZENEUVE Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/050.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/050.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4d05119938cc01ba2437ab568f39c3a6da15b534 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/050.txt @@ -0,0 +1 @@ + Mesdames et Messieurs les ministres et parlementaires, Mesdames et Messieurs les présidents, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, Mesdames, Messieurs, Sur le plan international, 2014 restera comme l'été de toutes les crises. Gaza, l'Irak, la Syrie, l'Ukraine, la Libye, le Sahel, la RCA, d'autres encore, des conflits meurtriers qui nous concernent d'autant plus qu'ils interviennent dans des parties du monde où la France est traditionnellement active. Ils s'ajoutent à d'autres crises - crise sanitaire avec la fièvre Ebola, crise climatique avec les dérèglements liés aux gaz à effet de serre, crise économique avec l'atonie européenne - qui contribuent à nourrir dans l'opinion un sentiment de « paninquiétude », renforcée par la mondialisation des médias. D'aucuns nous expliquent avec assurance soit qu'il n'y aurait pas lieu de s'alarmer, soit au contraire que nous sommes à l'été 1914. Les comparaisons historiques garantiraient la suite. Non ! Outre le fait que les prétendus « enseignements de l'histoire » n'enseignent en réalité pas grand-chose, nous devons nous arrêter sur l'ampleur, l'origine, la nature de ces crises, et surtout sur nos réponses, si nous voulons exercer notre mission, car cette mission est d'agir (nous sommes des acteurs, pas des commentateurs) pour servir à la fois les intérêts de notre pays et ceux de notre planète. Hier, devant vous, le président de la République et le premier ministre ont largement exposé ces réponses. Pourquoi tant de crises et tant de crises à la fois ? J'y vois au moins trois explications générales. La première, « la dépolarisation du monde ». Vous m'avez déjà entendu souligner que nous étions passés du monde bipolaire de l'après-guerre (quand les États-Unis et l'URSS s'affrontaient mais contrôlaient ensemble les crises) à un monde unipolaire après la chute du mur de Berlin (quand les États-Unis faisaient la loi), pour connaître désormais un monde zéropolaire, aux repères idéologiques brouillés, dans lequel des puissances majeures existent (anciennes ou nouvelles), mais sans qu'aucune d'elles, seule ou en alliance stable avec d'autres, ne maîtrise vraiment les crises. Eh bien, nous y sommes ! Autant la volonté politique de la France est d'agir pour aller demain vers un « monde multipolaire organisé », autant nous devons constater qu'aujourd'hui les conflits s'additionnent et se nourrissent les uns les autres. La guerre américano-britannique d'Irak et l'intervention en Afghanistan ont dispersé Al-Qaïda à travers le monde. Ses métastases au Sahel ont renforcé des mouvements plus anciens et généré de nouveaux. Le désordre - le mot est faible - en Libye a nourri le terrorisme en Afrique, cependant que la Syrie est devenue un champ de bataille entre dictature et djihadistes, ceux-ci et celle-là contribuant à la montée de l'État islamique en Irak. Faute de puissance(s) réellement régulatrice(s), ce monde dépolarisé est un monde de tous les dangers. Une deuxième explication globale est ce que j'appellerai « l'éclatement de la puissance ». De nouveaux États revendiquent - souvent avec raison - une place accrue. Les États ne détiennent plus le monopole de la force. Certains n'en n'ont plus que le nom, résultat de décennies de mal-gouvernance qui les ont fragilisés, qui ont bloqué le développement et attisé les frustrations des peuples, constituant un terreau très favorable aux radicalisations et aux conflits. Cependant que l'État Islamique en Irak et au Levant (EIIL), ce califat de la terreur et de la haine, s'arroge, lui, des pouvoirs super-étatiques en matière de finances, de justice, d'armée, de pensée et de vie ou de mort. La société internationale se retrouve ainsi confuse, mélangée, avec ses notables traditionnels, ses nouveaux riches, ses mafias, ses milices, ses groupes interlopes et ses hors-la-loi. Cet éclatement de la puissance paralyse les mécanismes traditionnels de sécurité collective, particulièrement le Conseil de sécurité des Nations unies qui n'exerce pas suffisamment assez son rôle de « juge de paix ». Si l'on rapproche les deux phénomènes - la dépolarisation du monde et l'éclatement de la puissance -, la situation internationale actuelle peut se résumer ainsi : davantage de forces à contrôler au plan international et moins de forces pour les contrôler. S'y ajoute une troisième explication globale qui repose sur la « dispersion de la capacité destructrice ». C'est vrai sur le plan nucléaire : de là l'importance que nous attachons à la négociation sur le nucléaire iranien, qui va bientôt se terminer. Plus généralement, pour des raisons notamment technologiques, des groupes et même des individus peuvent bien plus facilement qu'hier acquérir, amplifier et projeter leur propre capacité destructrice. Les attentats effroyables de New York le 11 septembre 2001 avaient été réalisés avec des moyens limités, y compris financiers : songez aux dégâts que rend désormais possibles la puissance de militaire Boko Haram au Nigéria, et surtout, treize ans après New York, l'utilisation par le groupe EIIL de moyens financiers, militaires et d'enrégimentement incomparablement supérieurs ! Ces groupes sont d'ailleurs de natures diverses : certains - je ne parle pas d'EIIL - peuvent porter des revendications légitimes, même si leurs moyens ne le sont en aucun cas. D'autres développent des thèses et des pratiques totalement inacceptables. Les États installés qui sont mais qui sont divisés, éprouvent beaucoup de difficultés à pouvoir engager un dialogue avec les premiers et à combattre efficacement les seconds. Ce sont, telles que je les analyse, des causes générales. Mais s'y ajoutent des situations régionales particulières. Pour m'en tenir au Moyen-Orient, le conflit israélo-palestinien, sans cesse recommencé, alimente dans le drame un terreau permanent d'affrontements. L'opposition entre sunnites et chiites contribue aux conflits, elle se double de rivalités internes et favorise des attitudes ambiguës. Les printemps arabes, facteurs d'espérance à l'origine, ont placé plusieurs pays devant un choix impossible - pour schématiser ou dictature ou terrorisme -, là où la solution souhaitable serait un régime modéré, «à la tunisienne», inclusif, respectueux des droits humains et porteur de progrès. Ajoutons-y les contradictions et les hésitations de la communauté internationale et de plusieurs de ses dirigeants, certaines interventions militaires justifiées et d'autres non, en tous cas rarement suivies du long accompagnement politique indispensable, ajoutons-y la marée misérable des déplacés et des réfugiés, la contagion des problèmes transfrontières, la pauvreté persistante des peuples contrastant avec l'insolente richesse de dirigeants ... Tout cela ajoute des crises aux crises, face auxquelles le simplisme mortifère et connecté du nouveau terrorisme constitue une menace terrible non seulement pour les pays directement concernés, mais pour le monde entier, donc pour la France. Dans cette situation, quelles orientations retenir ? J'écarte d'emblée deux attitudes de politique étrangère qui constitueraient deux erreurs. «La tentation neutraliste», encouragée par celles et ceux - il y en a - qui, flattant un prétendu bon sens populaire, protestent dès que la France s'engage, insistent sur les inconvénients (qui existent toujours), mais oublient que la plupart des crises emportent des conséquences mondiales et que notre pays ne pourrait prétendre demeurer un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, un pilier de l'Union européenne, ou simplement un pays indépendant et influent, si nous laissions systématiquement à d'autres le soin d'agir. L'autre erreur serait la «tentation gesticulatoire», laquelle comporte aussi ses pratiquants, soit par réflexe d'opposition, soit par une sorte de seconde nature. Ni neutraliste ni gesticulatoire, la politique extérieure de la France doit être volontaire et réfléchie. Elle se donne comme ambition de servir les grands objectifs qui s'accordent avec nos intérêts propres et avec notre vision du monde. Le premier de ces grands objectifs, c'est la paix et la sécurité. Porté par les commémorations du centenaire de la Guerre de 14 et du soixante-dixième anniversaire du Débarquement, le souvenir rejoint ici les tensions du présent. Je le disais en commençant : rarement avons-nous connu une telle accumulation de dangers, face auxquels la France doit être et est une puissance de paix. Mais la paix n'est pas le pacifisme, et la sécurité n'est pas la neutralité. D'où le choix par le président de la République de l'action, parfois de l'intervention, dès lors que celles-ci sont nécessaires et conformes au droit international, par exemple au Mali ou en Centrafrique. D'où aussi notre appui concret aux populations aujourd'hui pourchassées en Irak. D'où notre action diplomatique globale, aussi bien la préparation d'une prochaine Conférence internationale pour la sécurité en Irak et contre l'EIIL qu'en Asie du Sud-Est avec l'effort constant pour apaiser les tensions, à l'Est de l'Europe pour encourager la désescalade entre Russes et Ukrainiens. Je veux dire, ayant été informé des derniers développements, qu'il faut que cessent les bruits de bottes russes dans l'Est ukrainien. D'où aussi notre action constante pour rechercher une paix durable entre Israël et les Palestiniens, qui passe par la solution des deux États à laquelle la France réaffirme son attachement, ce qui signifie qu'il faudra bien, à un moment, reconnaître l'État palestinien. Mesdames et messieurs, à chaque fois qu'une question est posée au président de la République, au gouvernement, à moi-même, concernant un choix majeur de politique extérieure, notre réponse est dictée par cet objectif central : la sécurité et la paix. Notre deuxième grand objectif, c'est l'organisation de la planète et sa préservation. L'an prochain verra le soixante-dixième anniversaire de la fondation des Nations unies : nous plaiderons plus que jamais pour une société internationalement mieux régulée, sur les plans politique, économique, social et environnemental. De là notre appui constant à l'ONU, qui doit être réformée afin d'être plus représentative et efficace. De là aussi notre proposition, qui peut paraître utopique, mais l'utopie du moment est la réalité du lendemain, à laquelle une séance spéciale sera consacrée lors de la prochaine Assemblée générale, d'une auto-suspension volontaire par les 5 membres permanents de leur recours au veto en cas de crimes de masse. De là également notre attention constante aux droits de l'Homme, à travers notamment notre campagne permanente pour l'abolition universelle de la peine de mort. De là notre mobilisation, malgré les contraintes budgétaires, en faveur de l'aide au développement et de la solidarité, par exemple pour lutter contre l'épidémie Ebola. Nous agissons pour une meilleure et plus juste organisation de la planète, mais aussi, pour la préservation de la planète : ce sera en 2015 la mission principale de notre diplomatie et sans doute la tâche principale de ce quinquennat, avec la présidence à nous confiée de la COP 21. Notre but ? Un accord universel juridiquement contraignant, plus une série d'engagements nationaux, plus un paquet financier comprenant notamment la dotation du Fonds vert pour le Climat, et enfin un encouragement, un recensement des initiatives prises à travers le monde par les communes, les régions et les grandes entreprises ou branches économiques afin de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre responsable du dérèglement climatique. L'idéal serait que ces 4 volets puissent composer l'an prochain une véritable «Alliance de Paris pour le Climat» qui marquerait, si nous y parvenons, l'entrée de notre planète dans un nouveau modèle de développement, porteur de transition écologique et de croissance verte. Le troisième objectif de notre politique étrangère est la relance et la réorientation de l'Europe, responsabilité spécialement assurée à mes côtés par le secrétaire d'État Harlem Désir. Dans quelques jours, de nouveaux responsables européens seront choisis. Ils se mettront au travail avec le nouveau Parlement. Les résultats des élections européennes d'une part, l'analyse objective de la situation européenne d'autre part, montrent combien des changements très importants sont nécessaires dans l'orientation économique, sociale, environnementale et dans la gestion même de l'Union. Ces changements, nous ne les concevons nullement comme un substitut aux réformes que doit mener la France, mais comme un complément indispensable. Puisqu'il y a débat, je veux être encore plus clair : l'amélioration de notre attractivité nationale, la politique française du logement, de la formation ou de l'apprentissage, la simplification de nos règles, la réforme de notre État et de nos collectivités locales, la nécessité publique de dépenser moins et d'investir plus, pour ne citer que ces quelques domaines, ne dépendent en rien de Bruxelles : Paris doit prendre ses responsabilités afin de poursuivre les changements indispensables. En revanche, dans une Europe économiquement atone avec une demande déprimée et 25 % des jeunes au chômage, relèvent spécialement de l'Union par exemple le soutien aux investissements, une gestion active de la politique de change, l'adoption d'une nouvelle stratégie énergétique ou d'une nouvelle politique de la concurrence. Oui, tout cela relève de l'Union et doit fortement être réorienté. Quant à la politique extérieure de l'Union, nous la souhaitons et nous la soutenons car, contrairement à ce que je lis parfois, nous la voulons active, vigoureuse, ambitieuse même, nous demandons qu'elle s'intéresse à la fois au Sud et à l'Est, à tous les continents, et qu'elle sache accompagner la France, comme la France doit savoir l'accompagner. Notre quatrième et dernier grand objectif extérieur concerne le rayonnement et le redressement économique de notre pays. Bien sûr, ce sont les entreprises qui créent les richesses, mais vous aussi, représentants de l'État, vous êtes comptables du redressement économique, et les réformes apportées au Quai d'Orsay ces derniers temps doivent faciliter l'action en ce sens. Notre compétitivité nationale doit s'améliorer en Europe ainsi que hors d'Europe. Le secrétaire d'État, Thomas Thévenoud, aura notamment pour mission, avec vous tous, de se concentrer sur le redressement du commerce extérieur. Lorsqu'on mesure par exemple notre déficit massif avec l'Allemagne (le deuxième du monde après la Chine) ou bien notre déficit de 1,5 mds d'euros pour le seul secteur agro-alimentaire avec les Pays-Bas, ou encore les efforts qui nous restent à accomplir par rapport à l'Asie, au Brésil ou aux pays du Golfe - je pourrais allonger la liste -, chacun de vous est concerné. Il n'y a pas de «petit» poste. Il n'y a pas de déficit incompressible ou d'excédent satisfaisant. Notre mot d'ordre, c'est la mobilisation générale et ordonnée. Ce redressement économique, souhaité et soutenu par nos compatriotes français à l'étranger, doit être aidé par tous les autres outils dont nous disposons pour notre rayonnement. Inversement, il constitue la meilleure contribution qui puisse être apportée à ce rayonnement. C'est en cela aussi que notre diplomatie est globale. Mesdames et Messieurs, Pour atteindre ces quatre objectifs, je parlerai volontiers d'une méthode ou même d'un style de notre diplomatie : décider, décider juste, décider ensemble et décider fermement. Décider, c'est-à-dire éviter le piège du fatalisme ou de la résignation. Les États - je l'ai relevé - ne peuvent plus tout faire et tout faire seuls, mais ils restent au centre de l'action, parce qu'ils sont encore les principaux dépositaires de la légitimité, y compris pour l'usage de la force, et les garants de la stabilité. Lorsque la France décide d'intervenir au Mali ou en Centrafrique, lorsqu'elle décide de voter pour que la Palestine devienne un État observateur non-membre de l'ONU, lorsqu'elle décide de soutenir l'opposition modérée en Syrie à la fois contre les groupes terroristes et contre la dictature de Bachar Al-Assad, dont je note en passant qu'il les a longtemps encouragés et qu'il n'est pas devenu notre partenaire sous prétexte qu'il les combattrait maintenant, lorsqu'elle décide de réorienter son action et ses moyens diplomatiques vers les États asiatiques, africains et sud-américains, lorsqu'elle décide de renforcer l'armée libanaise garante de l'unité de ce pays ami, ou de livrer des armes en Irak pour résister à la menace terrible qui frappe les minorités, à travers toutes ces décisions et beaucoup d'autres la France ne se résigne pas, elle ne s'aligne pas, elle contribue à la sécurité, à la stabilité et au progrès. Décider juste - c'est une deuxième exigence -. Dans ce domaine, il n'existe malheureusement pas de certitude absolue. Au moins sait-on que les coûts associés à toute action augmentent à mesure qu'on tarde pour la décider : ainsi de la crise de l'euro. La procrastination ou l'inaction envoient de mauvais signaux à ceux, ils sont nombreux, qui guettent pour bafouer le droit, violer les frontières, défier l'ordre mondial ou, plus simplement, porter atteinte à nos intérêts. Qui dira par exemple l'impact qu'a exercé la renonciation aux frappes contre Bachar Al-Assad fin août 2013 sur le comportement ultérieur du président russe en Crimée ou dans l'est ukrainien? En même temps, décider juste implique de comprendre qu'aucun acteur étatique ou multilatéral n'a plus désormais la capacité d'imposer seul et de l'extérieur les réformes nécessaires aux gouvernements pour qu'ils reprennent la main. Les grands exercices de remodelage menés de l'extérieur après les deux guerres mondiales ou la décolonisation ne sont plus possibles : Libye, Syrie, Irak, Ukraine, Bosnie, Centrafrique, les progrès se feront à la fois par une approche internationale et, au cas par cas, avec les parties prenantes de l'intérieur. Décider juste, c'est favoriser ces progrès et les accompagner. Une troisième exigence doit être de décider collectif. Il nous faut travailler de plus en plus en réseau. Le réseau européen : le multilatéralisme organisé que nous recherchons a besoin d'une Europe qui s'affirme. Le réseau francophone, qui doit être lui aussi mobilisé. Le réseau euro-arabe. Le réseau du P3 (les États-Unis, le Royaume-Uni et la France). Le réseau du P5. Le réseau de l'Alliance Atlantique. Le réseau du G20 et du G8 devenu, de plus en plus, le G 7. Le réseau des ONG. Le réseau des collectivités territoriales. Il nous faut diversifier nos réseaux d'influence et nos effets de levier, sachant que la France dispose d'un atout exceptionnel et reconnu : son indépendance politique et son souci de l'universel. Enfin, décider ferme. L'exemple en est donné par nos choix en matière de lutte contre le terrorisme et je salue tous les services qui mènent cette lutte de manière remarquable. Nous menons cette lutte sur le plan intérieur et sur le plan extérieur. La communauté internationale doit pratiquer d'urgence contre le terrorisme une lutte coordonnée et sans faiblesse, en particulier contre le désormais fameux «État islamique». Une action de force, par des moyens de renseignement et militaires. Une action financière, en asséchant les sources. Une action politique, au nom de l'unité et de l'intégrité des pays concernés. Une action sociale, en soutenant les populations déshéritées et en les éloignant de cette monstrueuse excroissance. Une action régionale, une action européenne, qui a vocation à être partagée par la communauté internationale tout entière, y compris la Chine et la Russie. Cette stratégie ferme et coordonnée est indispensable, dès lors que ce groupe ne vise ni plus ni moins qu'à soumettre ou tuer tous ceux qui ne pensent pas comme lui. Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, Il y a quelques mois notre maison a connu un changement de dénomination et de périmètre. Vous l'avez pleinement assumé. Le ministère des affaires étrangères et du développement International est désormais en charge, outre ses attributions traditionnelles, du commerce extérieur et de la promotion du tourisme. Cette extension, que j'ai souhaitée, vient compléter une évolution entamée depuis 2012 : déjà à l'époque la suppression du ministère de la coopération au profit d'une compétence géographique étendue du Quai d'Orsay, le plein rattachement à notre Département à la fois des affaires européennes, du développement, de la francophonie et des Français de l'étranger, l'accent mis sur la diplomatie économique sous l'impulsion de Jacques Maire, tout cela avait amorcé le changement. La nouvelle dénomination du ministère et les actions concrètes que nous conduisons et allons conduire complètent cette orientation : le Quai d'Orsay devient ainsi le ministère de l'action extérieure de l'État avec les outils correspondants, cependant que vous êtes vous-mêmes, dans chaque pays, les premiers acteurs et coordonnateurs uniques de notre diplomatie globale. S'agissant du ministère, sa compétence économique et financière est confirmée. Pour la raison simple et évidente qu'il n'existe pas désormais de rayonnement politique durable sans redressement économique, et que celui-ci dépend à la fois de notre dynamisme à l'étranger et de l'attractivité de notre propre territoire. Concrètement, le commerce extérieur relève de notre maison, le tourisme également, une convention pratique a été passée entre le secrétaire général du Quai d'Orsay et le directeur général du Trésor, cependant qu'Ubifrance et l'AFII fusionnées, ainsi qu'Atout France, sont désormais placés sous notre co-tutelle. Il en ira de même pour le grand opérateur de l'expertise technique internationale qui verra bientôt le jour. Désormais, dans chaque direction géographique de notre Ministère, le directeur-adjoint sera directement responsable de l'économie. Succédant à Pierre Sellal, que je félicite pour son action, le nouveau Secrétaire général du Quai d'Orsay, Christian Masset, auquel je souhaite plein succès, y veillera. Et le connaissant je sais qu'il réussira. Et j'ai nommé Rémy Rioux, venu de Bercy, comme Secrétaire général adjoint spécialement chargé de suivre la transversalité de notre action économique. Pour le tourisme, qui est un secteur majeur, un conseil de promotion du tourisme se tiendra désormais régulièrement sous ma présidence, le président Délégué en sera votre ancien collègue Philippe Faure. Ce conseil comprendra les ministres et secrétaires d'État concernés par le tourisme ainsi qu'une vingtaine de personnalités spécialistes de ces questions. Il tiendra sa première réunion mercredi prochain. Une conférence nationale du tourisme réunira chaque année l'ensemble des professionnels. Mais attention, il ne faut pas qu'il y ait confusion. Cette diplomatie économique ne doit en aucun cas nous conduire, vous conduire à négliger les autres aspects, tout aussi nécessaires à notre diplomatie globale. C'est en effet une caractéristique de votre action - et un de ses exceptionnels intérêts - que de devoir être multifacette. Chaque discipline renforce l'autre. La diplomatie stratégique est essentielle (les alliances, la sécurité, les partenariats politiques...), mais le sont aussi la diplomatie culturelle et éducative (les échanges d'étudiants, le développement de la francophonie, les années croisées, notre audiovisuel extérieur...), la diplomatie scientifique, la diplomatie sportive et la diplomatie économique. Nous devons jouer, vous devez jouer, sur la pluralité des registres. La France possède le premier réseau culturel du monde, le troisième réseau diplomatique, elle est le pays qui accueille le plus de touristes étrangers, notre langue est un atout universel, notre aide publique au développement nous situe parmi les premiers, notre expertise également : tout cela participe à notre action extérieure. Le ministère en est la plaque tournante et vous, mesdames et messieurs les ambassadeurs, vous en êtes les premiers relais et les premiers acteurs. C'est cette diplomatie, globale par son champ géographique et disciplinaire, que la République vous confie. Avec des priorités particulières pour la période qui vient. J'ai rappelé les objectifs généraux de notre politique extérieure : paix et sécurité, organisation et préservation de la planète, relance et réorientation de l'Europe, rayonnement et redressement économique de la France. Dans ce cadre, comme ambassadeurs - c'est là-dessus que je terminerai - je vous fixe pour la période qui vient cinq tâches spécifiques qui devront faire l'objet de votre part d'initiatives et d'évaluations permanentes, en tenant compte de la diversité des postes. Dans l'ancien temps, les artistes signaient leurs oeuvres de leur nom et ajoutaient parfois le mot latin «fecit»: un tel a fait. Eh bien, c'est un peu la même démarche que je vous propose, moins artistique sans doute, mais aussi précise. D'abord F, pour francophonie. La pratique du français dans les écoles, dans les universités, dans les médias, dans la société : vous en êtes comptables. La secrétaire d'État Annick Girardin a fixé des orientations claires. Le Sommet de la francophonie se tiendra à Dakar en novembre. Jacques Attali vient de remettre ses propositions, très stimulantes. J'attends de vous que vous agissiez par et pour la francophonie au sens large, c'est-à-dire aussi bien à travers nos échanges culturels et d'étudiants, nos Instituts, nos Alliances françaises, nos enseignements, nos artistes, nos scientifiques, nos industries culturelles et créatives, notre politique de développement, tous outils excellents de rayonnement. J'attends de vous que progresse la francophonie du pays dont vous avez la charge et que cela soit pour vous une préoccupation permanente. L'un de nous avait hier une formule heureuse : « la culture, ce n'est pas ou pas seulement un divertissement, disait-il, c'est un avertissement », oui un avertissement que l'autre existe, que la vraie richesse naît de l'échange, que l'uniformité, l'enrégimentement, l'obscurantisme ne sont pas fatals. Eh bien, la francophonie telle que nous l'entendons, la langue, la culture, les échanges et les valeurs francophones, constituent aussi cet avertissement. E, pour entreprises, qu'il s'agisse des entreprises françaises à l'étranger ou de l'inverse - surtout les entreprises moyennes venant de France car c'est là que le bât blesse. Votre porte doit toujours être ouverte pour elles, mais n'attendez pas qu'elles se présentent à vous ou à vos services : avec les outils concernés et qui sont désormais réformés et coordonnés, vous devez être à l'initiative, afin que se rétablisse le plus vite possible notre balance extérieure - vrai juge de paix de notre compétitivité. Cela passe par une action quotidienne de votre part en direction des entreprises. Je ne vous demande pas d'expliquer pourquoi notre place économique n'est pas meilleure, je vous demande d'agir pour qu'elle soit meilleure. C, pour climat, car, comme cela a été indiqué, le dérèglement climatique sera en 2015 le thème de la grande conférence de Paris. Environ cinquante mille participants (25 000 délégués et 25 000 autres personnes). L'objectif est de limiter la hausse des températures à 2° en décarbonant les activités. Après le sommet ONU du 23 septembre et à la suite de nos amis péruviens en décembre 2014, la présidence de « Paris Climat 2015 » nous sera confiée, à notre maison en particulier. La tâche est complexe et enthousiasmante. Sur la base des orientations qui vous seront données, vous aurez pour mission de préparer cette conférence auprès de chacun de vos pays de résidence, de signaler les difficultés, de faciliter les accords, de promouvoir la solidarité afin d'accompagner les pays les plus vulnérables. Le monde compte sur le réseau diplomatique français pour éviter le chaos climatique. I, pour investissements, singulièrement les investissements étrangers en direction de la France. Par vos fonctions, par votre entregent, vous êtes les mieux placés pour favoriser les investissements sur notre sol des personnes physiques ou morales de votre pays d'affectation. Ce doit être une préoccupation constante de votre part ainsi que des services placés sous votre autorité : un peu moins de macroéconomie mais davantage de microéconomie, d'investissements, de créations d'entreprises et d'emplois en France. Vous agirez en liaison notamment avec l'AFII et Ubifrance fusionnées, avec la direction compétente du Quai d'Orsay, avec la direction générale du Trésor, avec les régions. À vous de prendre toutes les initiatives souhaitables et de veiller à leur concrétisation. Enfin, T pour tourisme, secteur décisif, qui peut encore beaucoup progresser et apporter à notre pays davantage de devises et d'emplois non délocalisables. Je vous demande d'être très dynamiques dans ce domaine, en facilitant l'octroi plus rapide de visas, en assurant la promotion des destinations et des atouts français, en étant attentifs aux transports et à l'accueil, etc... Là aussi, un objectif : l'amélioration de nos résultats. Dans la plupart des pays, européens ou non, le tourisme va se développer en lien avec l'élévation du niveau de vie et avec la mondialisation des échanges. Aujourd'hui 1 milliard de touristes, dans une quinzaine d'années 2 milliards : nous devons, outre les touristes français qui sont majoritaires, capter le plus grand nombre possible de visiteurs étrangers par rapport à nos concurrents, bien les accueillir, leur faire découvrir puis savourer la diversité de nos régions et de nos atouts en métropole et Outre-mer. Ce secteur a longtemps été considéré comme marginal (d'où l'expression française triviale et malheureusement révélatrice : « celui-là, c'est un touriste ») : énorme contre-sens ! Le tourisme est par définition l'ambassadeur de la France. Nous le savourerons dès ce samedi sous l'angle gastronomique, avec «le déjeuner des ambassadeurs» que de grands chefs français prépareront pour vous et pour vos collègues ambassadeurs étrangers. De même, le 19 mars de l'an prochain, la grande opération « Goût de France » pour plus de 1000 restaurants sur les 5 continents et dans toutes nos ambassades mettra à l'honneur le « repas à la française ». Le tourisme 2014 a été difficile, mais c'est peut-être le domaine qui peut apporter à notre pays les résultats les plus rapides et les plus spectaculaires. Son succès commence avec vous et chez vous. Je vous demande - il est des tâches plus pénibles ! - de vous en saisir sans délai. Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, Voilà votre feuille de route. Elle est vaste. Elle nécessite des moyens. Le Quai d'Orsay prend part, comme c'est normal, aux efforts de redressement des comptes publics, indispensables pour défendre la souveraineté de la France, mais il faut rester très attentifs - et je le suis dans les arbitrages - aux moyens dont nous disposons. Cette feuille de route est exigeante. Exigence est d'ailleurs le mot-clé. Vous devez être exigeants avec vous-même car c'est ce qu'on attend d'un responsable. À cette condition, nous pouvons être exigeants avec nos collaborateurs, - nous le sommes - et je veux, quelle que soit leur fonction, leur rendre un hommage très particulier pour leurs hautes compétences et leur grand sens de l'État. Le Quai d'Orsay est une institution magnifique et ses collaborateurs font honneur à notre nation. Nous sommes en train de renforcer cette maison et de l'adapter afin qu'elle remplisse pleinement son rôle au coeur du nouveau monde et du nouveau siècle. Sur vos épaules repose l'action extérieure de la France. Je vous félicite de ce que vous faites pour elle. J'ai une confiance totale en vous. Merci ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/051.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/051.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1048980120a0a735df4b56fb0cc37170d70327ef --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/051.txt @@ -0,0 +1 @@ +Cher Jean-Christophe, Chère Laura, Cher David, Chers amis, Il y a deux jours de cela, j'ai ressenti une très vive émotion. Je veux la partager avec vous. J'étais dans les Pyrénées-Orientales, dans le joli village de Millas, aux traits si catalans. La foule était importante. Emue. Silencieuse. Rassemblée. Nous étions là pour un dernier au revoir à notre camarade Christian BOURQUIN, président de la Région Languedoc-Roussillon. A tour de rôle, nous nous sommes exprimés. Je l'ai fait au nom du gouvernement. Et j'ai écouté les messages si personnels, si touchants de mon ami Jean-Claude GAYSSOT et de toutes les autres personnalités de la région. Nous étions tous rassemblés, telle une famille, dans le souvenir d'un militant, d'un élu, d'un homme de gauche engagé au service de la collectivité. Si je vous parle de cela, c'est parce que s'est imposée à moi, dans ce moment-là, dans cette cérémonie républicaine et laïque, une évidence que je voulais vous transmettre : ce qui fait une famille, c'est une histoire partagée, c'est la solidité des liens. C'est la capacité à se rassembler. Car ce qui nous unit doit être plus fort que nos différences. C'est aussi la capacité à se retrouver, pour se parler et envisager ensemble l'avenir ; le réinventer. Aujourd'hui, devant vous, dans des circonstances très différentes bien sûr, et heureusement, je ressens également une émotion. Parce que je m'exprime, pour la première fois en tant que Premier ministre, devant ma famille politique rassemblée. Parce que je m'adresse aussi, à travers vous, à l'ensemble des Français. Nous gouvernons. C'est la mission que les Françaises et les Français nous ont confiée, le 6 mai 2012, avec l'élection de François HOLLANDE. Gouverner la France, c'est un immense honneur. C'est surtout une très grande responsabilité. Elle est d'autant plus grande que nous gouvernons dans une situation particulièrement grave. A plusieurs titres. D'abord, au regard du contexte international avec sa succession de crises : diplomatique, humanitaire, sanitaire, climatique. Les tensions entre l'Ukraine et la Russie, l'enlisement du conflit au Proche-Orient, les massacres en Syrie, la terreur en Irak, l'essor du virus Ebola en Afrique de l'Ouest … jamais peut-être nous n'avions été confrontés à une telle intensité, et à une telle simultanéité. Ces crises déstabilisent des pays, des régions entières, dans lesquelles la menace terroriste gronde. Et dans un monde globalisé, ces crises ont nécessairement un impact sur nos sociétés. Gravité aussi en raison de la crise économique : croissance en berne en Europe, et chômage de masse, notamment en France. Et à la crise économique et sociale s'ajoute une autre crise. Une crise moins visible, plus sournoise, plus profonde : une crise morale, une crise d'identité, une crise civique, une crise de confiance. Car ce monde en pleine mutation fait vaciller les certitudes, les repères. La crise d'identité, c'est aussi une crise de nos valeurs : montée de la violence, des incivilités, de l'individualisme, des revendications communautaires. La gravité du moment nous intime l'ordre de nous hisser à la hauteur des enjeux. Oui, nous gouvernons dans un moment difficile. Et notre premier devoir, c'est de l'assumer. Avec lucidité. L'angoisse des Français est là. Il y a aussi une colère sourde. Elle s'est manifestée dans les urnes en faveur du populisme, de l'extrême-droite, ou par l'abstention. Je comprends que beaucoup de nos compatriotes, y compris dans nos rangs, préoccupés par la situation, doutent, s'interrogent, formulent des propositions. Qu'au sein d'un parti, il y ait des interrogations, des débats, c'est normal. C'est sain. C'est utile. Mais je le dis : faisons attention aux choix des mots, à nos attitudes, à nos comportements, à la manière dont nous nous adressons les uns aux autres. Les Français nous regardent. Si nous ne montrons pas l'exemple, nous tous, comment pourraient-ils comprendre, retrouver confiance, avoir le sentiment que leurs efforts ont un sens ? Exigeants, oui, tous les Français le sont. Et ils ont raison de l'être. Etre aux responsabilités, ce n'est pas baisser les bras à la première difficulté. Etre socialiste, ce n'est pas céder à la facilité, ou à la fatalité ! Le sens de l'Etat appelle la maîtrise de soi ; la maîtrise collective aussi. Dans le monde actuel, face à des défis colossaux, nous devons agir avec détermination et avec comme objectif de rendre la France plus forte, plus compétitive, plus juste. 1 / Renforcer la France, c'est d'abord redresser notre économie. Et renforcer la France, c'est d'abord redresser son économie. a) Remettre notre industrie et nos entreprises en mouvement Le sens du pacte de responsabilité et de solidarité, annoncé par le Président de la République le 14 janvier, c'est de s'attaquer à la racine des problèmes qui rongent nos entreprises, nos PME, nos PMI, nos artisans, nos commerçants. Depuis dix ans, la perte de compétitivité nous affaiblit alors que la concurrence internationale ne nous fait aucun cadeau. Dès l'automne 2012, le rapport GALLOIS posait le diagnostic sur l'état inquiétant de la compétitivité française. La Nation a donc consenti un effort sans précédent. Cet effort était nécessaire. Il va se mettre progressivement en œuvre. J'assume que la gauche fasse ce qui est nécessaire pour renforcer l'économie et donc les entreprises qui créent de la richesse et de l'emploi. Et nous le faisons dans le dialogue, en associant les syndicats aux réformes conduites. Et nous sommes vigilants, exigeants sur les engagements qui ont été pris. Oui, la Nation a consenti un effort nécessaire. Et c'est donc maintenant aux chefs d'entreprise, parce que nous créons un début de confiance, de faire preuve de patriotisme économique, sur les salaires, en embauchant, en formant, en investissant. Le réarmement industriel est un combat essentiel. Parce que l'industrie, c'est un moteur pour le développement de notre pays. Pour sa force ! Depuis deux ans, nous avons agi sans relâche pour arrêter ce drame national qu'est l'hémorragie des emplois industriels. Et nous nous mobilisons pour développer nos filières prometteuses, notamment la transition énergétique, le numérique, les biotechnologies, qui sont autant d'atouts stratégiques pour notre pays. Nous devons libérer toutes les énergies productives, soutenir l'investissement privé et public, dans les travaux publics, la construction et le logement, grâce notamment à nos collectivités territoriales. Elles doivent pouvoir investir. J'y veillerai. Nous devons, aussi, renforcer l'attractivité de la France, dans tous les domaines – je pense au tourisme – et donner envie d'investir sur notre territoire. C'est aussi pour cela que nous avons engagé ce grand chantier de la simplification, car il faut arrêter de créer des normes, des règles qui compliquent la vie des entreprises. Et qui compliquent la vie quotidienne des Français. Alors bien sûr, il nous reste encore beaucoup de blocages à lever. De réformes à mener. Réformer pour débloquer. Mais pas pour aller en arrière. Je le réaffirme ici, simplement et clairement, car je ne veux pas de faux débats, il n'y aura pas de remise en cause des 35 heures, pas de remise en cause de la durée légale du temps de travail. b) Lever les blocages, réduire nos déficits. Nous devons donc nous attaquer, avec pragmatisme, à tout ce qui entrave notre économie depuis des années, des décennies. Nous le ferons avec une grande loi sur la croissance et le pouvoir d'achat. Elle portera des mesures fortes pour remettre en cause les rentes, les monopoles de certaines professions, pour redonner de la souplesse et favoriser une concurrence qui profitera aux Français. Nous devons aussi lever les blocages qui empêchent la réussite de notre politique d'apprentissage. Nos voisins ont montré, depuis bien longtemps, combien l'apprentissage est important pour l'insertion professionnelle des jeunes. A nous de nous y mettre aussi ! Je pense à tout cela, mais une de nos premières priorités – une tâche qui a été mise sous le tapis depuis des années – c'est réduire nos déficits. Car tant que nous accumulerons de la dette, tant que nous vivrons au-dessus de nos moyens, nous courrons le risque d'être à la merci des marchés financiers. Nous ne pouvons augmenter la dépense publique ; elle atteint déjà 57% des richesses que nous produisons. C'est pour cela que nous devons engager la réforme de l'Etat et celle des collectivités territoriales. Pour autant, la réduction des déficits ne doit pas se faire par dogmatisme. Ce n'est pas un but en soi. Sur cette question, il n'y a pas avoir de débat entre nous. Il faut adapter le rythme de réduction des déficits à la situation économique, au niveau de croissance. Disons les choses clairement. Pour mieux définir le sens de ce que nous faisons. Quand nous créons 60 000 postes dans l'Education nationale pour refaire de l'école une priorité, nous ne faisons pas de l'austérité. Quand nous préservons les missions du budget de la Culture pour la création et le spectacle vivant nous ne faisons pas de l'austérité. Quand nous créons des postes de policiers, de gendarmes, pour garantir la sécurité des Français sur tout le territoire – dans les quartiers populaires, dans les zones rurales –, nous ne faisons pas de l'austérité. Quand nous créons des postes dans la Justice, la pénitentiaire, et pour mettre en œuvre la réforme pénale, nous ne faisons pas de l'austérité. Quand nous agissons avec les emplois d'avenir pour permettre aux jeunes de débuter dans la vie, nous ne faisons pas de l'austérité. Bien sûr, je connais comme vous les difficultés que vivent de millions de Français au chômage ou dans la précarité. Mais quand nous augmentons le RSA de 10%, quand nous mettons en place un grand plan de lutte contre la pauvreté, nous ne faisons pas de l'austérité. Quand nous augmentons l'allocation de rentrée scolaire que viennent de toucher des milliers de familles, nous ne faisons pas de l'austérité. Alors, ne caricaturerons pas nous-mêmes notre action – d'autres s'en chargent ! - sachons expliquer, valoriser ce que nous faisons ! Soyons en fiers ! Nous faisons des choix calibrés, équilibrés. Ils visent à préserver notre modèle social. Nous tiendrons notre objectif de 50 milliards d'économies dans les dépenses publiques. C'est cela le sérieux budgétaire. Et que dit la droite dans ce domaine ? C'est d'ailleurs la seule chose qu'elle propose … Elle voudrait 100 ou 150 milliards ! C'est de la folie ! Combien de professeurs, de policiers, de gendarmes, d'infirmiers en moins ? C'est tout simplement une mise en cause du fondement de notre pacte social. Voilà la vraie confrontation ! Et si nous réduisons nos déficits, ce n'est parce que l'Allemagne en aurait décidé ainsi, ou parce que ce choix nous serait imposé. Non ! Nous le faisons pour nous-mêmes. Et nous devons le faire tout en baissant la pression fiscale, car les impôts ont atteint un niveau insupportable pour les Français. Un premier pas a été accompli en direction de plus de 4 millions de ménages dès cette rentrée. Et nous poursuivrons ce mouvement en 2015. c) Relancer la croissance en Europe. A nous de relever un grand défi aux yeux de l'Europe, aux yeux du monde : prouver que la France peut se relever avec ses propres solutions, en assumant ses choix, en préservant son pacte social, et ayant confiance en elle. C'est aussi en menant à bien nos réformes structurelles que nous pourrons faire avancer nos idées en Europe. Pour plus de croissance ! Plus d'emplois ! Ce que nous attendons de l'Europe, nous ne cessons de le répéter depuis des semaines : c'est un engagement puissant pour la croissance et pour l'emploi. En avril dernier, nous étions très isolés en Europe sur cette question. Je me souviens de réactions très vives suite à ma déclaration de politique générale. J'avais alors dit que l'euro était surévalué. Cette idée a fait son chemin. Je le constate. La Banque Centrale Européenne a fait un premier mouvement remarqué début juin qui a entrainé une baisse de l'euro de 6%. Cela peut paraître faible, mais appliqué à toutes nos entreprises exportatrices, cela représente des dizaines de milliers d'emplois préservés. Ces décisions de la Banque Centrale ont constitué un signal fort. Devant la faiblesse de la reprise économique, devant le niveau élevé de l'euro, devant le risque de déflation dans certains pays, la BCE agit enfin pour soutenir la croissance. Mais il faudra aller encore plus loin. Et dans son dernier discours, le Président de la BCE, Mario DRAGHI, a déclaré qu'il se tenait prêt à d'autres types d'intervention. Alors reconnaissons-le : la politique monétaire a commencé à changer. Mais il faut aller plus loin. Le président de la BCE a aussi recommandé une politique globale de la demande au niveau européen accompagnée de politiques nationales structurelles. La politique budgétaire doit jouer un rôle plus important aux côtés de la politique monétaire. Mario DRAGHI souhaite même que la flexibilité inscrite dans les règles actuelles soit utilisée pour s'ajuster à une croissance trop faible. Il a enfin ouvert le débat sur l'orientation globale de la politique budgétaire en Europe, et soutenu un vaste programme d'investissement public européen. La position du Président de la BCE aujourd'hui, c'est celle portée depuis deux ans par le Président de la République. C'est celle qui est prônée par de nombreuses institutions internationales, par des économistes. C'est celle que je porte depuis cinq mois. Hier, nous nous sommes retrouvés avec le Président de la République et les leaders sociaux-démocrates européens. Tous, avec Matteo RENZI, Sigmar GABRIEL, partagent les mêmes analyses : l'investissement est à niveau trop bas en Europe. La présidence italienne organisera un conseil européen consacré à la croissance et à l'emploi, et suivant la proposition du Président de la République, il y aura également un conseil de la zone euro. Donc les choses bougent. Mesurons ensemble le chemin parcouru ! Et nous allons continuer, dans les semaines qui viennent, à convaincre, car le temps presse ! Nous allons travailler à concrétiser les 300 milliards d'euros que le nouveau président de la Commission, Jean Claude JUNCKER a annoncé. Mais Jean-Christophe a raison : tous les pays doivent prendre leurs responsabilités. Et l'Allemagne ne peut pas échapper aux siennes. Elle aura aussi besoin d'une relance. 2/ Renforcer la France en retrouvant nos valeurs, en refaisant Nation Mes chers amis, Pour se renforcer, la France doit redresser son économie, mais elle doit savoir aussi se retrouver. Se retrouver pleinement. Notre pays est traversé par de nombreuses fractures, économiques, sociales, culturelles, géographiques identitaires. Nous devons faire face à la montée très préoccupante de l'intolérance, du racisme, des actes et des paroles antisémites, antimusulmans, anti-chrétiens, homophobes. Il y aussi la radicalisation qui pousse des Français, et notamment des jeunes, à aller mener le djihad au-delà de nos frontières et à nourrir le projet de frapper leur pays au retour. La radicalisation, c'est un grand danger qui génère des peurs légitimes parmi nos concitoyens. Le Français qui a commis l'attentat au musée juif de Bruxelles était un membre de l'EIIL dont nous connaissons les actes de barbarie en Syrie et en Irak. C'est une menace pour l'équilibre du Moyen-Orient. C'est une menace globale peut-être sans précédent. Chers amis, Ce que je crois profondément, c'est que beaucoup de Français ont perdu de vue ce qui les unit. Je suis fier d'être Français. Je sais ce que je dois à mon pays. Et je me bats, chaque jour, pour lui rendre ce qu'il m'a donné. Et comme vous, je veux que tous les enfants de France soient fiers de leur pays, s'y sentent à leur place. Comment alors accepter que des jeunes, dans nos quartiers populaires, aillent chercher d'autres appartenances que celles de la République ? Si nous assistons à cela, c'est bien qu'il y a un problème. Et quand il y a un problème, il faut savoir ouvrir les yeux. Si certains tournent le dos à la République, font le choix du repli, c'est aussi parce que la République n'a pas su, et ne sais plus, tenir toutes ses promesses. Ayons le courage de dire que 30 ans de politiques d'intégration, destinées à des populations choisies pour leurs origines, ont fait fausse route. Moi, je ne connais que les politiques de citoyenneté. Celles qui font que, peu importe ses origines, sa couleur de peau, que l'on ait des ancêtres en France ou qu'on y réside depuis peu, on puisse être un citoyen à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. Mon expérience de maire d'Evry m'a appris combien nous devons parler à nouveau aux quartiers populaires. Pour leur redonner confiance. Cela passe bien sûr par l'école, la formation, l'emploi, par une politique de la ville ambitieuse, et une lutte acharnée contre les discriminations. Cela passe aussi, et surtout, par le respect, la reconnaissance. C'est à une immense mobilisation vers ces quartiers que je vous appelle. Nous devons adresser un message à cette jeunesse qui n'est pas un problème pour la France, mais un atout, une chance. Arrêtons de stigmatiser des populations en les ramenant constamment à leurs origines, à leur religion. Et je pense en particulier à l'Islam. L'Islam, c'est la deuxième religion de France. Elle doit bien sûr s'organiser dans le cadre des valeurs républicaines. Mais dans notre pays, les musulmans ont le droit d'être considérés pour ce qu'ils sont : des citoyens à part entière. C'est aussi cela la laïcité. La laïcité, c'est notre richesse, notre bien commun. Faisons-la vivre. Expliquons-la ! Défendons-la. Partout, et tout le temps. Et surtout quand des pratiques religieuses ou des intégrismes veulent s'affranchir des lois de la République notamment en niant l'égalité entre les femmes et les hommes. Cette politique de citoyenneté que j'appelle de mes vœux nous devons l'engager maintenant. Les Français l'attendent. Ils ont besoin que soit réaffirmée une communauté de valeurs. Ils ont besoin que soit restaurée l'autorité et les règles, car sans ordre républicain, ce sont toujours les plus faibles et les plus démunis qui souffrent. Agir en priorité pour celles et ceux qui souffrent le plus de la violence, de la délinquance, c'est le sens de notre politique de sécurité. Nos compatriotes ont besoin que nous rebâtissions ensemble une France qui parle au cœur de tous. Pour cela, il faut renouer avec nos symboles républicains. Nous les avons délaissés, parce que nous les pensions ringards, dépassés. Et d'autres, encore hier, les partisans du rejet et du déclin, s'en sont alors emparés pour les détourner. Nos symboles, ce sont notre drapeau, notre devise, notre hymne notre fête nationale, mais ce sont aussi tous les moments qui tissent un lien entre le citoyen et la République. Et d'ailleurs, comment ne pas souligner l'engouement autour de cette année de commémorations du Débarquement de Normandie, de Provence, de la Libération de Paris, du maquis du Vercors. Ces commémorations nous ont permis de nous retrouver autour de notre histoire et de nos valeurs universelles. Elles sont plus que jamais indispensables. Face aux dérèglements du monde, nous devons être fiers de l'action de nos armées et de la France au Mali, en Centre-Afrique ; fiers également de notre soutien actif aux Kurdes et aux Chrétiens d'Orient. Nous combattons sans relâche le terrorisme avec nos partenaires et dans le cadre du droit international. Et celui qui incarne cette politique, c'est le Chef de l'Etat. Nous devons le soutenir. Et plus encore face à une droite inconséquente qui, faute d'idée et de leader, ne mise que sur la déstabilisation de nos institutions. On ne joue pas avec les règles, les principes, les valeurs de la République. 3/ Renforcer la France en luttant contre les inégalités Chers amis, Dans les moments de doute, il faut savoir retrouver l'essentiel : rassembler la Nation autour de ses valeurs. Il faut aussi réaffirmer nos grands principes. Et un des grands principes de la gauche, pour lequel elle s'est toujours battue, mobilisée, c'est la lutte contre les inégalités et les injustices. Vous le savez comme moi : trop de Français ont le sentiment que les difficultés touchent toujours les mêmes ; que seules les personnes les plus favorisées, économiquement et culturellement, arrivent à s'en sortir. Et eux, classes populaires, classes moyennes, se sentent alors asphyxiées et attendent une aide qui ne vient pas. La gauche s'est toujours placée aux côtés des plus faibles, des exclus, des moins bien lotis, pour les défendre. Alors, plus que jamais, j'appelle la gauche à se remettre du côté de ceux qui aimeraient croire un peu plus en la France, pour peu que la France croie un peu plus en eux. Encore une fois, avant de s'attaquer à un problème, il faut savoir le regarder de manière lucide, sans tabou. Il est inacceptable que les enfants n'aient pas la même chance de réussir dans la vie, selon qu'ils sont nés à Neuilly ou dans les quartiers populaires ! Il est inadmissible que des étudiants, ou des personnes âgées, aient du mal à se soigner ; que l'accès au logement reste une véritable « galère » pour des millions de Français, y compris et de plus en plus de classes moyennes. Il est révoltant, oui révoltant, que certains continuent à s'accorder des dividendes et des bonus indécents quand tant de gens tant de jeunes sont au chômage. Et quand tant d'autres, qui travaillent dur, ont pourtant tant de mal à boucler leurs fins de mois ! Mais il est tout aussi inacceptable qu'à revenu égal, à situation comparable, deux individus n'aient pas les mêmes droits ou ne perçoivent pas les mêmes aides. Tout aussi inadmissible que, lorsque certains travaillent dur pour gagner peu, d'autres puissent aussi facilement se dérober à leur responsabilité de citoyens. Tout aussi révoltant, enfin, que certains paient leurs amendes pour des erreurs mineures, quand d'autres, parce qu'ils ont des connexions ou appartiennent à une élite, ont souvent des passe-droits. Dans la République, il n'y a pas de « deux poids deux mesures », pas de citoyens de seconde zone ! Il y a une loi qui doit s'appliquer à tous, sans distinction. La gauche doit aider les plus démunis, mais elle ne doit pas oublier les classes moyennes, ou décourager tous ceux qui travaillent, qui produisent cette richesse dont notre pays a tant besoin. La gauche doit aider chacun à vivre dignement de son travail. Et ne laissons jamais s'installer toutes ces caricatures sur l'assistanat : aucun Français ne rêve de vivre des minimas sociaux ! Alors mettons plus d'énergie à leur garantir du travail, à les former, à mettre toutes les chances de leur côté pour qu'ils puissent saisir les opportunités qui leur sont offertes. Et c'est ce que nous faisons avec la fusion entre le RSA activité et la prime pour l'emploi, qui permettra de mieux soutenir les travailleurs pauvres. L'emploi. L'emploi. L'emploi. Il sera au cœur des prochains rendez-vous annoncés par le Président de la République : sur l'apprentissage, sur la garantie jeune, sur l'investissement et le financement de l'Economie, sur le suivi du pacte. Je connais les débats qui peuvent exister autour des notions d'égalitarisme, d'équité … Mais parlons simplement. Retrouvons, et faisons vivre pleinement, cette belle idée d'égalité. C'est le sens des politiques que nous menons avec la loi Santé qui généralisera le tiers payant ; la loi sur le vieillissement débattue prochainement qui doit permettre à chacun de vieillir dignement ; ou encore la loi sur la justice citoyenne qui rendra la justice du quotidien plus accessible. Nous le savons tous : l'égalité, elle commence d'abord à l'école. L'Ecole de la République que nous devons réinvestir, car depuis trop d'années, elle a tendance à reproduire les inégalités plutôt que les combattre. Nous avons commencé à agir avec les créations de postes, la priorité au primaire, la relance de l'éducation prioritaire, la réforme des métiers de l'éducation. Et dans quelques jours, pour cette rentrée, toutes les écoles mettront en œuvre la réforme des rythmes scolaires. C'est le chemin nécessaire pour donner à chacun la meilleure chance de réussir. Alors, soyons fiers de cette réforme ! Elle s'appliquera. Partout. Car c'est la loi de la République. Oui, nous augmentons les moyens de l'école. Mais cela ne suffit pas. Il y a toujours trop d'échec. Alors nous devons aller plus loin en repensant l'école, ses projets, sa pédagogie. C'est une magnifique ambition dont nous devons tous nous emparer. Car quel plus beau projet pour un pays que d'investir dans sa jeunesse, de lui donner tous les moyens de réussir sa vie ? Permettez-moi à ce stade une remarque : j'ai entendu, depuis quelques jours, de nombreuses réactions, de nombreux commentaires, sur un jeune ministre qui venait d'être nommé… Des commentaires avant même qu'il n'ait eu le temps de faire ses preuves. Mais j'aurais aimé, qu'à l'unisson, nous nous félicitions davantage que la République ait su reconnaitre les compétences, le travail, l'engagement. Et notamment en confiant, pour la première fois, à une femme, elle aussi jeune, Najat VALLAUDBELKACEM, cette lourde mission d'être à la tête du ministère de l'Education nationale. Le progrès pour tous Mes chers amis, c'est là le sens de notre action : renforcer notre pays pour que ce mouvement profite à tous. Retrouver la croissance, réarmer notre industrie, rebâtir l'école, c'est replacer la France sur le chemin du progrès économique. Et notre projet a toujours été le progrès. Le progrès au sens le plus large. Le progrès social, bien sûr ! Mais aussi le progrès industriel, technologique, scientifique. Et comment parler de progrès sans parler de culture. La culture, c'est l'ouverture aux autres. C'est l'émancipation pour chacun. C'est le rayonnement. C'est notre langue et notre exception culturelle. Ce sont aussi les enjeux du numérique. C'est aussi une solution juste et durable pour les intermittents du spectacle. Et je sais combien Fleur PELLERIN saura s'investir sur ces sujets tellement importants pour notre pays, pour sa cohésion, et pour sa place dans le monde. Mes chers amis, Depuis que nos universités d'été existent, je crois n'en avoir manqué aucune, comme militant du MJS, du PS, comme élu, comme ministre, comme Premier ministre désormais. Je connais bien les débats qui peuvent agiter notre parti. Et encore récemment au sujet du non-cumul des mandats. Mais nous l'avons fait. Et je suis fier d'avoir porté cette loi. Je pense aussi au débat sur la réforme territoriale. Nous la ferons ! En écoutant les élus ! Et c'est pour tous ces débats … que j'aime les socialistes. Je connais nos réflexions permanentes sur nos positionnements, ou notre ligne idéologique : Parti socialiste, parti social-démocrate … A toutes ces réflexions, j'ai participé … Et je suivrai attentivement, cher Jean-Christophe, la belle démarche d'Etats généraux que tu as enclenchée. Elle est utile. Mais avoir des débats entre nous ne doit jamais nous détourner des Français. Car la gauche n'est jamais si grande que quand elle s'adresse au plus grand nombre. Et dans le monde actuel, la gauche n'a jamais été aussi nécessaire, pour affirmer le rôle de la puissance publique, pour réguler, pour défendre la justice sociale, pour retrouver l'espoir. Il n'y a pas d'un côté la gauche qui gouverne et de l'autre la gauche. Il y a la gauche en mouvement pour que la gauche avance. La gauche, celle qui gouverne, c'est tenir quand toutes les digues s'apprêtent à rompre. La gauche, celle qui gouverne, c'est faire surtout quand c'est difficile. La gauche, celle qui gouverne, ce n'est pas : revenir, ajourner, rétrograder. La gauche, celle qui gouverne, c'est avancer, réformer, progresser ! La gauche, celle qui gouverne, c'est aller chercher l'espoir surtout quand il n'y en a plus. La meilleure façon de ne pas renoncer à l'idéal, c'est de ne pas renoncer au réel ! Je sais quelle est ma mission. J'en mesure les exigences. Je sais dans quelles circonstances j'ai été nommé, par le Président de la République à l'issue des élections municipales. Et je n'ignore rien des doutes et de la défiance généralisés des Français. Et y compris leurs questionnements sur notre capacité à gouverner. Mais nous gouvernons, nous sommes aux responsabilités, avec François HOLLANDE, comme nous l'avons été avec François MITTERRAND puis Lionel JOSPIN. Et toujours nous avons su faire avancer la société. Nous sommes les héritiers de l'avenir. Bien sûr, le contexte est différent. Le monde a changé totalement. Mais nos valeurs, nos ambitions, nos exigences ne changent pas. Il n'y a ni virage, ni tournant. Il y a une ligne : celle de la vérité, de la réforme et de l'efficacité. Rétablir la confiance. Faire confiance. Pour donner confiance. C'est la clef de tout. Ce n'est pas en renonçant à ce qui est difficile que les difficultés disparaissent. Alors ayons le courage d'agir, de gouverner dans la durée, pour que les choses changent vraiment. Mais rien ne se fera sans le rassemblement le plus large. Le rassemblement de toutes les forces vives de ce pays, le rassemblement de tous les Français ! Mais rien ne se fera sans vous, sans nous les socialistes, les élus, les parlementaires et je salue Bruno LE ROUX, Claude BARTOLONE, Didier GUILLAUME, Jean-Pierre BEL. Mais j'ai surtout besoin de vous, militants dont je connais l'énergie, l'engagement, le courage. Alors, en-avant, debout, debout, relevons la tête ! Soyons fiers de nous-mêmes. Car quoiqu'on dise, moi je sais que les Français ont envie d'y croire. Que l'espoir, l'invincible espoir, d'un lendemain meilleur existe toujours. Et c'est à nous, nous tous, ensemble, de le porter ! Vive la République ! Vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/052.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/052.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..70a3dbdb8ff50f08dbd36365879320cf34270e55 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/052.txt @@ -0,0 +1 @@ +Olivier Danrey Ministre de l'Intérieur. Comment réagissez-vous à cette critique assez virulente de votre choix de l'ultra-sécurité ? Bernard Cazeneuve Oui ! Enfin ce commentaire ne correspond à la réalité de ce que nous faisons. Olivier Danrey C'est une analyse ? Bernard Cazeneuve C'est une analyse, mais ça ne correspond pas du tout à la réalité. Je vais d'ailleurs prendre contact avec ce politologue pour le recevoir et lui expliquer ce que nous faisons, ce qui permettrait des commentaires plus équilibré et plus justes. Que faisons-nous ? Nous menons effectivement une politique préventive sur le contre-discours, nous le faisons d'ailleurs en lien avec la Commission européenne et notamment nos partenaires Britanniques -puisqu'il y a un coordonnateur Européen pour la lutte anti-terroriste, Yves de Kerkhov - et nous avons décidé, nous nous retrouvons d'ailleurs au mois d'octobre avec l'ensemble des ministres de l'Union européenne sur ce sujet, de coordonner nos actions en matière de contre-discours, ça veut dire : comment décrypter ? Ce que disait le politologue à l'instant ; quel type de contre-discours mettre en oeuvre pour faire en sorte que les gens ne basculent pas ? Deuxièmement, nous avons un travail très important à faire avec les représentants du Culte musulman, avec les imams qui profèrent un Islam modéré, qui connaissent l’Islam, qui ne sont pas dans un dévoiement du texte de l'Islam pour conduire à la violence et, par ailleurs, lorsque nous détectons des signaux faibles, lorsque nous constatons que des jeunes dans des familles basculent, nous mettons en place localement sous l'autorité du préfet et du procureur un ensemble de moyens : l'éducation nationale, les missions locales, des moyens médicaux lorsqu'il s'agit de risques psychiatriques pour prévenir. Donc ce que dit ce politologue ne correspond absolument pas à la réalité et ce qu'il y a dans la loi, en termes de mesures sécuritaires, est moins important que tout ce qu'il n'y a pas dans la loi qui relève des politiques de prévention. Olivier Danrey Merci ! Marc Voinchet … La question d'Abdelasiem El Difraoui, voilà, qui était interrogé par Claude Bidal. Olivier Danrey Donc, vous allez l'appeler ? Bernard Cazeneuve Eh bien je vais le voir, parce qu'il faut toujours faire très attention à ce que l'on dit de critiques sur les politiques qu'on conduit et aucun argument ne doit être négligé, méprisé, il faut toujours compte des critiques qui s'adressent aux politiques qu'on mène, expliquer et faire de la pédagogie. Marc Voinchet Vous avez eu, on l'a dit, une nuit courte, vous étiez à Villacoublay pour accueillir la petite Assia une petite fille récupérée avec son père quelque part en Turquie et qui atterrissent ce soir, euh cette nuit, dans la nuit, à Villacoublay, qui renvoie… actualité qui renvoie à une autre tout de même. Il faudrait avoir évidemment votre commentaire et savoir au fond quels sont aujourd'hui les moyens d'action que vous avez-vous - mais pas seulement vous, vous Paris, Londres, les Etats-Unis - l'Etat islamique a donc tué un deuxième journaliste Américain et menace un otage Britannique, les diplomaties de Washington, de Londres et de Paris jugent abominables la vidéo de l'assassinat, et puis ? Bernard Cazeneuve Eh bien ce qui se passe à travers les actions de l'Etat islamique en Irak et au Levant, en Irak, en Syrie, est d'une monstruosité absolue, ce sont des exécutions en nombre, des décapitations, des exactions, des crucifixions, des persécutions de minorités, à l'instar de ce qui est advenu pour les Chrétiens d'Orient - mais pas seulement et, par conséquent, il y a une mobilisation en effet de toutes les chancelleries occidentales pour faire en sorte que cela cesse. Il y a aussi… Marc Voinchet On est impuissants ? On est totalement impuissants ? Bernard Cazeneuve On n'est pas impuissants ! Puisque nous mettons en place des mesures, notamment en France, pour protéger nos ressortissants et que l'été a montré la force de la détermination de la France sur ce sujet à travers les initiatives multiples qui ont été prises par Laurent Fabius - ministre des Affaires étrangères qui a essayé de faire en sorte que, sur le plan humanitaire, sur le plan diplomatique, l'Europe fasse entendre sa voix, donc la France a été, grâce à l'action de Laurent Fabius, à l'avant-garde, à l'initiative et nous mettons tout en œuvre pour que ce groupe terroriste ne s'empare pas des moyens d'un Etat. Marc Voinchet Alors une mère récupère en Turquie sa fille enlevée par son père dihadiste présumé, atterrissage dans la nuit à Villacoublay. Quelles sont les coulisses de ce genre d'opération, Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur ? Bernard Cazeneuve D'abord il y a une femme qui est privée de son enfant depuis des mois, parce que cet enfant a été enlevé, en dépit d'une décision de justice, par son père, qui a emmené cet enfant sur le théâtre des opérations djihadistes en Syrie, donc cet enfant est tous les jours menacé… Marc Voinchet Assia ! La petite Assia. Bernard Cazeneuve Assia ! La petite Assia, une petite fille de quelques mois. La mère d'Assia, Meriem Rhaiem, qui est une mère courage, décide de récupérer son enfant et, lorsque je mets en place mon plan contre le basculement dans les groupes terroristes - avec la plateforme de signalement, qui est une plateforme préventive pour les familles - cette jeune femme, avec d'autres familles, vient me voir et elle me fait le récit de son drame ; A ce moment-là nous décidons de nous mobiliser à ses côtés, mais elle mène elle-même son propre combat - elle a un courage et une détermination, une force d'âme qui force ma propre admiration au cours des derniers mois et elle décide de partir, elle décide de partir pour récupérer son enfant, parce qu'il y a des contacts avec le père ; nous la mettons en garde contre les risques qui s'attachent à ce déplacement, mais elle se déplace, et, à partir du moment où elle est aux frontières de la Syrie en Turquie, le Quai d'Orsay comme mon ministère estime que nous devons tout faire pour l'aider, la protéger, faire en sorte que cette affaire connaisse un dénouement heureux. Marc Voinchet Les autorités turques itou également ? Bernard Cazeneuve Mais les autorités turques… Marc Voinchet La coopération se fait immédiatement ? Bernard Cazeneuve J'estime que les turques ont été très aidantes dans cette affaire-là, le Quai d'Orsay a pris des contacts, moi-même j'ai eu un contact avec le ministre de l'Intérieur Turc qui venait d'être nommé dans la nuit d'avant-hier à hier - ce qui nous a permis de mobiliser toutes les chances et cet enfant a été remis à sa mère hier après-midi ; et à ce moment-là j'ai pensé que, compte tenu de la personnalité du père, des menaces qui pesaient sur la mère, de la zone où cela se passait, qu'il était important que nous puissions assurer le retour de cette maman et de son enfant en toute sécurité et, avec l'accord du Premier ministre, nous avons envoyé un avion, des membres de mon cabinet sont partis en Turquie, ont récupéré cette jeune femme et son enfant et je suis allé les accueillir nuitamment à Villacoublay. Marc Voinchet Frédéric Metezeau ! Frédéric Metezeau Oui ! Avant d'évoquer la question des flux migratoires, on va le voir qui est liée finalement à la situation en Irak, en Syrie et dans un certain nombre de pays en crise, encore une question sur ces djihadistes. Quelle est la priorité du gouvernement français, c'est empêcher ces jeunes Français de partir, c'est les empêcher de rentrer telles des bombes à retardement ou on joue sur les 2 leviers ? Marc Voinchet Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur. Bernard Cazeneuve Je vais bien entendu les empêcher de partir ! C'est la raison pour laquelle nous avons mis en place cette plateforme de signalement, c'est la raison pour laquelle nous inscrivons dès lors que des cas nous sont signalés ces cas, lorsqu'ils sont mineurs, sur le système d'informations Schengen - pour qu'il y ait une alerte européenne - et nous faisons en sorte que sur les territoires de ressort de ces jeunes et de leurs familles un accompagnement soit mis en place qui empêche le basculement ; pour les majeurs, il faut une disposition législative d'interdiction administrative de sortie du territoire, qui peut faire l'objet d'un recours en référé devant le juge administratif, c'est-à-dire que ce n'est pas attentatoire à la liberté d'aller et venir, il y a une possibilité de recours ; et puis il y a aussi la volonté qui est la nôtre de démanteler les filières par le gel des avoirs, par des possibilités d'investigation sur internet qui permettent d'entrer dans les réseaux et de voir qui recrutent qui, de faire en sorte aussi que nous puissions par la coopération entre les Services de Renseignements des pays de l'Union mais aussi avec les Services de Renseignements des pays de transit d'un certain nombre de groupes terroristes et les Services de Police d'identifier ceux qui sont à l'origine des recrutements ou d'actes terroristes et pouvoir démonter les filières. C'est donc une action globale, dans laquelle je reviens à la question que vous me posiez au début de l'émission - il y a une dimension préventive très importante : travailler avec les représentants du Culte musulman à la formation d'imams pour éviter la radicalisation dans les prisons, faire en sorte que les prisons ne soient pas un lieu de radicalisation - et nous travaillons avec Christiane TAUBIRA à la mise en place de mesures qui permettent dans les prisons de faire en sorte que les détenus soient aussi accompagnés dans la réinsertion c'est donc une politique globale qui a son volet préventif, qui a son volet sécuritaire et qui est destinée à faire en sorte aussi qu'avec l'Europe nous puissions ensemble être plus efficaces. Ça va jusqu'à la mise en place d'un PMR européen qui permet dans les aéroports… C'est quoi un PMR européen ? C'est une banque de données informatiques de passagers qui permet dans les aéroports d'identifier ceux qui passent, dont on sait qu'ils vont faire le djihad ou qui reviennent du djihad pour commettre des attentats, de manière à les neutraliser. Marc Voinchet Est-ce qu'il y a une couleur politique à ce genre d'action, on voit qu’avec cette rentrée beaucoup de nos confrères commentateurs parlent de rentrée des classes, des couacs du gouvernement, ces ministres qui brisent les tabous de la gauche, vous êtes à la une - avec François Rebsamen - Bernard Cazeneuve du Figaro « ces ministres qui brisent les tabous la gauche » et notamment après vos déclarations sur la limitation du nombre d'immigrés ? Est-ce qu'il y a par exemple justement une manière d'appréhender, de gauche libérale ou de gauche de gauche, de gauche - je ne sais comment dire d'un autre type de gauche, est-ce qu'il y a différentes manières de gauche de faire une politique sécuritaire ou est-ce qu'il n'y en a aucune, il n'y a qu'une politique sécuritaire et la prévention est une politique tout court ? Bernard Cazeneuve Moi je suis résolument de gauche et, à chaque fois que je prends une décision, j'interroge mes valeurs. Lorsque je prends des décisions concernant la lutte contre le terrorisme, je fais en sorte et c'est pour moi essentiel, c'est une question d'engagement politique que les libertés publiques ne soient pas remises en cause. Pourquoi ? Parce que, si je devais assurer la sécurité des Français en remettant en cause les libertés pour lesquelles des générations de Français, de Républicains, de Réformistes, de Progressistes se sont mobilisés, alors je ferais un cadeau extraordinaire au terrorisme dont le premier objectif est de remettre en cause les libertés auxquelles nous tenons. Et en matière de politique migratoire, j'ai vu ce titre, mais j'ai vu l'article dans lequel je vois des phrases qui n'ont rien à voir avec le titre et c'est normal d'ailleurs parce que le titre n'a rien à voir avec la politique que je mène - quelle est la politique que je mène ? Je vais prendre un exemple très concret ! Lorsque je suis arrivé en situation de responsabilité, c'était également le cas de mon prédécesseur, il fallait 24 mois pour obtenir l'asile en France, 24 mois, le projet de loi que je viens de présenter au conseil des ministres et qui sera discuté au Parlement permettra de ramener le délai de traitement des dossiers des demandeurs d'asile à 9 mois ; Lorsqu'on était en procédure accélérée, il n'y avait aucune possibilité pour les demandeurs d'asile d'engager des recours permettant de suspendre leur éventuel retour vers leur pays d'origine, j'introduis ce recours suspensif, je donne des droits nouveaux pour la défense de ces migrants qui relèvent du droit d'asile, nous augmentons de 4.000 le nombre de places en centre d'accueil des demandeurs d'asile pour faire en sorte que l'accueil soit digne, nous supprimons la circulaire GUEANT ce qui n'a pas échappé j'en suis sûr à la sagacité des journalistes du Figaro - nous mettons en place un titre pluriannuel de séjour pour éviter que les migrants aient à faire un parcours du combattant lorsqu'ils viennent en France. Et ce que je dis dans l'article de Libération d'hier… Frédéric Metezeau D'hier matin ! Bernard Cazeneuve Qui a suscité l'article du Figaro d'aujourd'hui, c'est que la France ne peut pas seule accueillir tous ceux qui relèvent de l'asile, qui sont persécutés à travers le monde… Marc Voinchet Mais on a déjà entendu ça quelque part ? Bernard Cazeneuve C'est d'ailleurs la raison… Marc Voinchet On a déjà entendu ça autrefois… Bernard Cazeneuve Non ! Mais… Marc Voinchet Avec Michel ROCARD… Bernard Cazeneuve Non ! Non, non. Non ! Non, mais… Marc Voinchet Dont on avait tronqué la phrase et qui avait fait une polémique… Bernard Cazeneuve Non ! Non, pas du tout. Marc Voinchet Tout de même, souvenez-vous. Bernard Cazeneuve Mais il n'y a pas de polémique… Marc Voinchet « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde… Bernard Cazeneuve Non ! Non, mais qu’y-a-t-il derrière cette… Marc Voinchet Mais il faut que la France y prenne sa part »… Bernard Cazeneuve Si vous voulez bien… Marc Voinchet Rappelait… Bernard Cazeneuve Si vous voulez bien me laisser aller au bout du raisonnement, pour peu que mon raisonnement vous intéresse, ce dont je ne doute pas puisque vous m'avez invité. Quelle est notre démarche ? Notre démarche consiste à dire, c'est ce que j'ai dit dans toutes les Capitales de l'Union européenne dans lesquelles je me suis rendu… Frédéric Metezeau Oui ! Vous étiez à Rome, Londres… Bernard Cazeneuve Voilà ! Frédéric Metezeau Barcelone, Berlin… Bernard Cazeneuve Exactement ! Frédéric Metezeau Et Bruxelles pour la Commission européenne. Bernard Cazeneuve Voilà ! Parce que je suis de gauche, désireux que les demandeurs d'asile qui sont persécutés soient accueillis dans les meilleures conditions en France et en Europe, parce qu'il n'y a pas de politique européenne de l'asile. J'ai dit quoi ? J'ai dit que je souhaitais que l'on mette en place au sein de l'Union européenne une politique de l'asile qui permette, en lien avec le HCR et en fonction des attaches, des pratiques linguistiques, de l'histoire de chaque famille, de faire en sorte que nous puissions répartir les demandeurs d'asile au sein des pays de l'Union européenne, en tenant compte aussi de l'effort consenti par chacun d'eux, c'est-à-dire faire en sorte enfin que l'Europe ait une politique de l'immigration et de l'asile qui fasse en sorte que l'Europe soit en conformité aux valeurs des pères fondateurs. Vous conviendrez avec moi qu'il y a des manières plus brutales de faire tomber des tabous et de divorcer des idéaux… Marc Voinchet Oui ! Mais… Bernard Cazeneuve De la gauche et de l'Europe. Marc Voinchet Mais que voulez-vous dire toute de même, toujours dans Libération monsieur le ministre, quand vous dites que vous êtes parfois irrité par je vous cite une gauche de posture qui manque de maturité et qui ne raisonne pas en termes d'efficacité ? Bernard Cazeneuve Mais ce que je veux dire très concrètement c'est que, lorsque… Marc Voinchet Là, ça fait vroums (phon) dans le… Bernard Cazeneuve Non ! Mais je vais dire très concrètement… Je vais prendre un exemple très concret, moi je suis porteur d'une loi sur l'asile dont je viens de vous donner les principales mesures. Mais une fois que les personnes qui ont fait leur demande d'asile n'ont pas obtenu l'asile en France, elles ont été déboutées du droit d'asile parce qu'elles proviennent de pays où il n'y a pas de persécution, que l'asile est utilisé, instrumentalisé à des fins d'immigration d'une autre nature, est-ce qu'il faut que tous les déboutés du droit d'asile restent en France et que nous ne procédions pas à la reconduite de ces déboutés du droit d'asile vers leur pays d'origine, en prenant d'ailleurs toutes les précautions de droit, d'encadrement pour que cela se fasse de façon humaine ? Si nous disons cela ça veut dire que ce n'est plus la peine d'avoir un droit d'asile en France, puisque tous ceux qui y viennent, que l'asile soit appliqué ou pas, ont vocation à rester, ça ce n'est pas responsable. Parce que si l'on fait cela, il n'y a plus de soutenabilité de la politique de l'asile en France, le droit d'asile lui-même n'a plus de sens, nous créons les conditions d'une confusion qui est une porte ouverte à toutes les instrumentalisations de la droite et de l'extrême droite. Et moi je ne traite pas de la question de l'immigration, de la question des étrangers en France, des difficultés de Calais - comme d'autres l'ont fait en survolant ce que l'on a appelé « la jungle » en hélicoptère, en allant convoquer les émotions et les instincts précisément parce que je suis de gauche, moi je ne suis pas quelqu'un qui tous les jours sur ce sujet instrumentalise les questions à des fins de politique intérieure pour faire en sorte de susciter tous les… populistes - d'autres l'ont fait, nous, nous ne le faisons pas et je le ne fais pas parce que je suis de gauche et que je pense que sur la question de l'immigration il n'y a qu'un arrêt qui est possible, c'est l'arrêt République, et j'invite tous ceux qui en France souhaitent que la France reste conforme à ses valeurs et à ses traditions à descendre à l'arrêt République et l'arrêt République ce n'est pas l'arrêt Irresponsabilité et démagogie. Frédéric Metezeau Sur la question de Calais vous êtes tombé d'accord on va dire avec la sénatrice-maire UMP de Calais pour rouvrir un centre d'accueil de jour pour les migrants et un centre d'hébergement de nuit pour les femmes et les enfants, vous rappeliez le 29 août dernier, vous disiez qu'on ne pouvait pas ouvrir de centre parce que c'était un nouveau point de convergence des migrants, qu'est-ce qui a changé et qu'est-ce qui va changer par rapport à Sangatte ? Bernard Cazeneuve Non ! Moi je n'ai pas du tout… Marc Voinchet Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur. Bernard Cazeneuve Ce sujet que vous évoquez-là est un sujet très important qui mérite, encore une fois, de la pédagogie. Moi je ne veux pas créer un point de convergence des migrants qui conduit de plus en plus de migrants à venir sous l'impulsion de plus en plus de réseaux, de filières d'immigration irrégulière, avec un point de convergence qui devient un terrain de jeu des passeurs, c'est-à-dire un terrain de jeu des organisations du crime qui prélèvent un impôt sur la mort sur des migrants désespérés en les mettant sur des embarcations de fortune en Méditerranée - avec les conséquences que l'on sait ça je ne le veux pas. En revanche il y a une situation humanitaire à Calais et précisément, parce que je suis de gauche, je souhaite qu'on la traite autrement que par le passé… Frédéric Metezeau Et donc on rouvre un Sangatte ? Bernard Cazeneuve Non ! Qu'est-ce que je propose très concrètement ? Je propose : 1) que ceux qui sont à Calais, qui relèvent de l'asile, soient invités à demander l'asile en France, c'est la raison pour laquelle j'ai augmenté et je vais continuer à le faire les moyens de l'OFRA c'est-à-dire de l'Organisme Français qui gère les demandeurs d'asile à Calais pour qu'il y ait un contre-discours par rapport à celui des passeurs, c'est-à-dire que nous ayons des moyens relevant de notre administration pour dire aux migrants : « demandez l'asile en France parce que vous n'avez pas de chance de passer en Grande Bretagne », premièrement - et nous pourrons ainsi répartir ces demandeurs d'asile dans des centres pour demandeurs d'asile partout en France en créant les conditions de leur intégration dans la société française et en mobilisant tous les moyens pour cela ; 2°) il y a ceux qui ne relèvent pas de l'asile, qui sont là emmenés par les filières de l'immigration irrégulière, qui n'ont pas vocation à rester en France, il y aura des reconduites à la frontière ; 3°) je mets des moyens policiers pour démanteler les filières de l'immigration irrégulière, nous avons démantelé 25 % de filières supplémentaires depuis le début 2014 par rapport à 2013, c'est plus de 1.370 interpellations sur 8 mois, ces résultats sont exceptionnels : Enfin et je termine par là il y a une situation humanitaire difficile, donc moi je ne veux pas qu'il y ait des gens qui meurent de faim, qui soient dans une situation sanitaire et médicale qui les exposent, avec des enfants notamment exposés à des risques, et par conséquent je suis tout à fait favorable à ce qu'on mette en place un accueil de jour et un hébergement pour les femmes et les enfants les plus vulnérables, c'est-à-dire le contraire d'un grand centre qui est un point de convergence. Donc, je n'ai pas changé d'avis. J'ai essayé d'expliquer cela aux élus de Calais pour trouver avec eux un point qui permet de travailler ensemble, parce que je souhaite créer les conditions - non pas de querelles politiciennes mais d'un rassemblement de l'Etat et de toutes les collectivités locales - pour apporter des solutions et je me réjouis de cet esprit de dialogue, l'ouverture de responsabilité permet d'avancer avec les élus de Calais et l'Etat prendra ses responsabilités. Frédéric Metezeau Pour boucler la boucle… Marc Voinchet … (propos incompréhensibles)… Frédéric Metezeau Oui ! Avec le début de notre propos, Bernard Cazeneuve, vous évoquez régulièrement la coopération avec les pays sources. Comment on peut coopérer avec la Syrie de Bachar El-ASSAD sur la question des réfugiés, ils sont des milliers, des millions à être partis, comment on peut coopérer avec l'Irak où l'état est complètement défaillant ? Bernard Cazeneuve C'est très difficile de coopérer avec des états qui sont dirigés par… Frédéric Metezeau Ou la Somalie ! Bernard Cazeneuve Sanguinaires, c'est très difficile de travailler avec des pays qui n'ont plus d'état. Mais il y a beaucoup de pays dans la bande sahélo-saharienne avec lesquels nous travaillons, nous étions en Mauritanie au mois de mai, il y avait le Sénégal, il y avait le Burkina Faso, il y avait la Tunisie et nous avons parlé tous ensemble de la manière d'assurer un meilleur contrôle des frontières et des flux dans ces pays de transit, ça c'est un travail que nous faisons et qui est fondamental.. Frédéric Metezeau Et la Turquie ! Bernard Cazeneuve Et la Turquie, etc., si nous voulons réussir ce que j'ai essayé d'engager au sein de l'Union européenne. Marc Voinchet Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, dois-je vous dire merci pour ce moment… Bernard Cazeneuve Mais c'est à moi de vous dire merci… Marc Voinchet Titre du livre de Valérie Trierweiler qui sort aujourd'hui sur les coulisses de l'Elysée ? Bernard Cazeneuve C'est à moi de vous dire merci pour cette excellente interview. Marc Voinchet Vous le craignez ce livre de « Merci pour le moment » de Valérie Trierweiler, PARIS MATCH a promis les premières feuilles dans quelques instants. Bernard Cazeneuve Pour le cas où ça vous aurait échappé, je viens de vous dire au revoir. Marc Voinchet Ah ! Ah, ah, bien joué. Au revoir, monsieur le ministre… \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/053.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/053.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a651d91d5f7553c4e4a668be2f3074a2c22e4267 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/053.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Monsieur le Rapporteur, Mesdames et Messieurs les députés, Le projet de loi renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme, que le Gouvernement soumet aujourd'hui à votre examen, concerne un sujet d'une exceptionnelle gravité. Cette gravité tient d'abord à la menace que constitue pour la sécurité publique la présence de nombreux citoyens français, ou d'étrangers résidant habituellement sur le territoire national, parmi les combattants enrôlés par les groupes terroristes en Syrie et, désormais, en Irak. De tous les chantiers de sécurité que j'ai eu à connaître depuis ma prise de fonction, aucun ne m'a paru aussi lourd de risques pour notre pays. Cette situation nous impose de prendre les mesures les plus rigoureuses pour assurer la sécurité de nos compatriotes. C'est l'objet de ce projet de loi. Mais nous ne devons pas sous-estimer ce faisant la nature particulière du défi que nous adressent les terroristes. Le terrorisme n'a pas en effet pour seule ambition de frapper de manière aveugle et d'épouvanter les populations. Il veut s'attaquer également aux valeurs de la démocratie la liberté d'expression, le respect de la règle de droit. C'est pourquoi, comme en témoigne des « lois scélérates » restreignant la liberté de la presse, qui furent adoptée sous la IIIème République en réaction aux attentats anarchistes, les démocraties ont tout à perdre à transiger avec leurs valeurs. Si « la République vit de liberté, elle pourrait mourir de répression », déclarait autrefois Clémenceau en défendant la loi sur la presse de 1881. Il faut donc nous montrer aussi intransigeants dans la défense des libertés publiques, que nous serons fermes et lucides dans notre lutte contre le terrorisme. Le projet loi qui est soumis à votre examen a été conçu dans le souci de cette double exigence. Combattre le terrorisme, c'est défendre nos libertés. Nous n'avons pas à remonter très loin dans le passé pour mesurer les effets dévastateurs que peut produire une campagne d'attentats sur notre sol. Qu'advient-il à la liberté d'aller et venir lorsque chacun redoute de se rendre dans une gare ou un grand magasin, renonce à prendre le métro ou le RER ? Qu'en est-il de la liberté de la presse lorsque les journalistes eux-mêmes sont pris pour cible et que leur exécution fait l'objet d'une mise en scène obscène ? A entendre certaines déclarations, il me semble parfois qu'il y a en effet comme une funeste erreur à présenter comme liberticide, au nom de la défense des libertés publiques, la volonté de la démocratie de se protéger des terroristes qui s'acharnent à porter atteinte à ces libertés mêmes. Je conclurai ce propos liminaire en soulignant qu'il n'est peut-être pas d'autre domaine de l'action publique pour lequel la recherche d'un consensus républicain soit plus nécessaire. Ce consensus renforce notre capacité à lutter contre l'action des groupes terroristes. C'est pourquoi je veux saluer le travail de la commission des lois, de son président et de son rapporteur, qui permet au Gouvernement de vous présenter aujourd'hui un texte enrichi, plus précis et de nature à susciter l'adhésion d'une vaste majorité des membres de cette Assemblée. Mais avant de vous présenter le détail des dispositions que nous vous proposons d'adopter afin de lutter de façon plus efficace contre le terrorisme, il est nécessaire que je vous décrive l'étendue et les caractéristiques de cette menace. Le phénomène auquel nous sommes confrontés n'est pas entièrement nouveau. Au cours des décennies passées, la guerre d'Afghanistan, le conflit en Bosnie, la guerre civile en Algérie, ont suscité des appels à la guerre sainte et ont produit leurs lots de combattants aguerris, prêts à porter en retour la violence terroriste au sein des sociétés dont ils étaient originaires. Je mentionnerai ainsi pour mémoire le « Gang de Roubaix » actif au milieu des années 1990, situé aux frontières du grand banditisme et du terrorisme islamiste, dont plusieurs membres s'étaient formés en Bosnie avec les brigades internationales de moudjahidin. Mais ce à quoi nous assistons avec la guerre civile en Syrie, puis en Irak, c'est à une mutation rapide du terrorisme. Encore récemment, le terrorisme était « réservé » à une poignée d'individus faisant le choix de la clandestinité, au sein de groupes structurés, difficiles d'accès. Aujourd'hui le terrorisme est devenu en « accès libre ». La stratégie suivie par les organisations terroristes, dont la revue quasi-officielle « Inspire » offre un exemple saisissant, vise à rendre la terreur accessible au plus grand nombre. Il s'agit bien de pousser à son paroxysme morbide le mot visionnaire d'Andy Warhol : « à l'avenir, chacun aura son quart d'heure de célébrité », mais cette célébrité s'épanouira dans l'avènement de sa propre mort et de celle des autres. Tout à chacun peut désormais, sans quitter son domicile, consulter ad nauseam des sites faisant l'apologie du meurtre de masse, du martyr, de l'attentat-suicide, s'autoradicaliser, puis se décider pour un aller simple vers les terres de jihad, le cas échéant en famille. Tout à chacun peut, avec une facilité déconcertante, acquérir un savoir-faire minimal pour commettre un attentat terroriste « de proximité ». La mutation qui s'opère consiste, pour ces organisations criminelles, à tirer parti des nouvelles technologies de l'information, pour inoculer massivement le virus du terrorisme dans les esprits, et pour tromper certains de nos concitoyens bien souvent les plus jeunes, les plus faibles, en leur laissant croire qu'ils sont devenus les ennemis de leur propre pays. Je voudrais citer à cet égard le témoignage de Meriam Rhaiem, revenue le 3 septembre de Turquie avec sa fille de 28 mois, Assia, que son père avait enlevée onze mois plus tôt pour rejoindre la Syrie où il était parti combattre avec un groupe djihadiste. Evoquant le processus de radicalisation qui a conduit son mari à de telles extrémités, elle a déclaré : « Tout s'est fait sur Internet. Il passait ses journées à regarder des vidéos du groupe Front Al-Nosra, à s'isoler, à être en rupture et à ne côtoyer que des gens qui lui ressemblent. » Dans d'autres cas, comme pour Medhi Nemmouche, accusé d'avoir commis le 24 mai l'attentat meurtrier contre le musée juif de Bruxelles, la radicalisation est intervenue à l'occasion d'un séjour en prison. Dans tous les cas, la banalité apparente du processus d'enrôlement contraste avec l'extrême brutalité de ses conséquences. Il me faut donc à présent le réaffirmer solennellement : le destin de la jeunesse de France ne passe ni par le meurtre, ni pas le martyr, ni ici, ni ailleurs. A ceux et à celles qui songent au départ, que ce soit du fait d'une attirance morbide pour la violence, par désespérance, au nom d'un idéal religieux dévoyé, ou même par romantisme et par compassion pour les victimes du régime de Assad, je veux dire qu'ils commettent une erreur, et une faute. Parce que leurs douleurs, leurs frustrations ou leur quête de sens ne trouveront aucune réponse, aucun exutoire, dans l'anéantissement des plus faibles qu'eux. Parce que leur patrie, quelles que soient leurs origines, c'est la France. A celles et ceux qui songent à partir, je le redis : le terrorisme n'est pas seulement un crime, c'est aussi un faux-semblant et un leurre, et c'est surtout une impasse, politique et morale. La manifestation la plus visible de cette mutation c'est malheureusement le nombre élevé de citoyens français, ou d'étrangers résidant sur le territoire national, parmi les combattants enrôlés par les groupes djihadistes les plus radicaux. C'est la présence parmi eux de nombreux Français très jeunes, parfois mineurs, et également de plus en plus de jeunes Françaises. Le nombre des jeunes Français radicalisés combattant sur le théâtre d'opérations syrien n'a cessé de croître. Les effectifs combattants sont ainsi passés depuis le 1er janvier dernier de 224 à 350, comprenant au moins 63 femmes et 6 mineurs. Et le nombre des individus plus généralement impliqués dans les filières djihadistes, en incluant les personnes en transit, celles qui ont quitté la Syrie et les individus ayant manifesté des velléités de départ, est passé de 555 à 932 au cours de la même période, soit une augmentation de + 74 %. L'étude des filières djihadistes au départ de la France, composées pour les deux tiers de ressortissants français, montre qu'il s'agit d'une population jeune et hétérogène, majoritairement issue de familles immigrées, mais comportant également une part importante de convertis (20 %). Près de la moitié des individus recensés étaient inconnus des services spécialisés avant leur signalement. A l'évidence, cette situation soulève des problèmes humains et de sécurité d'une extrême gravité. D'abord, nous ne pouvons pas être indifférents au sort de centaines de jeunes Français qui exposent leurs vies pour un combat douteux, sur une terre étrangère où ils risquent d'être entraînés à commettre des crimes ; nous devons également songer à la détresse et à l'inquiétude de leurs familles. 36 d'entre eux sont déjà morts sur place. Ensuite, nous devons tout faire pour contenir la menace potentielle que représente le retour en France de combattants formés en Syrie au maniement des armes et des explosifs, ayant souvent commis les pires atrocités criminelles, endoctrinés par des discours de haine envers l'Occident laïc et souvent déshumanisés par l'expérience quotidienne de la violence. Certains, nous le constatons déjà, auront fui de leur propre initiative la Syrie et chercherons sans doute à oublier cette terrible épreuve. Mais nous ne pouvons courir le risque d'en laisser d'autres tenter de reproduire sur le sol français, au nom du djihad, la violence barbare qu'ils auront connue en Syrie ou, désormais, en Irak. Or, parmi les 185 individus identifiés et ayant quitté le théâtre des opérations, 118 se trouvent aujourd'hui de retour en France. Au demeurant, il faut relever que cette situation n'est pas propre à la France. Au mois de mai dernier, on estimait que 8500 volontaires, dont environ 2000 européens, avaient rejoint les rangs de l'insurrection syrienne, représentant 10 % des effectifs des groupes radicaux. Les principaux contingents provenaient du monde arabe, mais également de plusieurs pays européens : le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Belgique et l'Espagne… Le Canada, l'Australie, les États-Unis sont également concernés, comme j'ai eu l'occasion d'en faire le constat lors de mes derniers entretiens avec les autorités de ces pays. Comme vous le savez, le Gouvernement a réagi avec vigilance et fermeté face à ces menaces. Au plan interne, nous avons mis en place dès le 27 avril dernier un plan de lutte contre la radicalisation violente et les filières terroristes. Les mesures du plan ne nécessitant pas de modification de l'état du droit ont été prises immédiatement. C'est ainsi qu'un numéro vert a été mis en place pour permettre aux familles de signaler les risques de départ pour la Syrie et de bénéficier d'un soutien mis en œuvre à l'initiative des préfets, avec les magistrats du parquet mais également les élus locaux et les opérateurs sociaux. Ce dispositif a suscité pas moins de 234 signalements. Par ailleurs, la justice a ouvert 71 procédures relatives aux filières syriennes depuis le 1er janvier, et les forces de sécurité ont procédé à plus de 110 interpellations. Pas moins de 74 individus ont été mis en examen par les magistrats du pôle anti-terroriste du TGI de Paris. Parallèlement, dans le cadre de l'Union européenne, une série de mesures concrètes a déjà été élaborée au cours d'une réunion de travail tenue le 7 juillet, à l'initiative de la France et de la Belgique, entre les ministres de l'Intérieur de neuf pays. Ces mesures concernent notamment le recours accru au Système d'information Schengen (SIS) afin de signaler les combattants étrangers, le renforcement des contrôles effectuées aux frontières de l'Union européenne et l'élaboration d'outils communs de communication, financés par la Commission, visant à contrecarrer la propagande djihadiste auprès de ses publics cibles. Elles seront bientôt présentées à l'ensemble des pays membres des Accords de Schengen. Mais cette coopération produit déjà ses effets. C'est ainsi que ce matin même en Belgique, à Liège, une jeune française âgée de 14 ans, dont les parents avaient signalé la disparition le 18 juillet et qui avait manifesté à plusieurs reprises son intention de se rendre en Syrie, a pu être retrouvée grâce à un signalement d'Interpol. Afin de prévenir les départs pour la Syrie et l'Irak, nous avons enfin jugé indispensable de renforcer notre législation, en entravant l'action et la propagande des filières terroristes et en contrariant les projets de ceux qui sont tentés de les rejoindre. C'est l'objet de ce projet de loi, qui s'inscrit dans une tradition juridique française de lutte contre le terrorisme dans le cadre de l'Etat de droit. Comme vous le savez, ce dispositif s'articule aujourd'hui autour du délit d'association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme, pierre angulaire de notre droit anti-terroriste. Pour caractériser l'association de malfaiteurs terroriste, il est nécessaire en effet d'établir l'existence d'une entente entre plusieurs individus, de mettre en évidence leur intention terroriste, matérialisée par un ou plusieurs faits matériels, et ce avant la commission d'un crime, et indépendamment de la survenance de celui-ci. Il s'agit donc d'une infraction obstacle, qui s'est révélée extrêmement efficace pour prévenir la commission d'attentats. Au-delà du droit pénal de fond, c'est la spécificité de la procédure qui a fait l'efficacité de la lutte anti-terroriste : depuis 1986, les poursuites, l'instruction, le jugement, et même l'application des peines sont centralisées et donc coordonnées - au sein du pôle anti-terroriste du Tribunal de grande instance de Paris, qui bénéficie d'une compétence concurrente à celle des juridictions locales. Toujours en termes de procédure, les moyens spéciaux de la criminalité organisée sont applicables : prolongation de la garde à vue, autorisation des interceptions de sécurité ou de la géolocalisation et, dans certains cas des perquisitions nocturnes. De même, l'infiltration, la sonorisation, l'introduction de nouvelles techniques informatiques, ont été progressivement prévus par le législateur. Ces mesures, dont certaines peuvent paraître intrusives, font d'ores et déjà partie intégrante du droit positif, sans que l'on s'en offusque, tout simplement car elles sont, pour reprendre l'expression du conseil constitutionnel dans sa décision du 22 mars 2012, « justifiés par un motif d'intérêt général et mis en œuvre de manière adéquate et proportionnée à cet objectif », et parce qu'elles demeurent soumises à un contrôle étroit du juge ou de l'autorité de contrôle. Les principales mesures du texte qui est soumis à votre examen respectent cet équilibre fondamental tout en nous permettant d'adapter notre dispositif à l'évolution de la menace terroriste et à ses nouveaux vecteurs. 1/ L'interdiction de sortie du territoire, prévue à l'article premier de la loi, permettra aux autorités de s'opposer au départ de nos ressortissants hors de France, dès lors qu'il existe des raisons sérieuses de croire que leur déplacement a une finalité terroriste, ou que leur retour porterait atteinte à la sécurité publique. Il s'agit là d'une mesure importante, qui vient combler une lacune de notre dispositif de lutte contre le terrorisme, puisque cette capacité d'empêcher le départ d'un individu majeur n'existait jusqu'à présent que dans le cadre d'une procédure judiciaire. Ce type de disposition existe en revanche déjà au Royaume-Uni et en Allemagne. Le fait de quitter le territoire ou de tenter de le quitter en violation d'une décision d'interdiction d'en sortir sera puni d'une peine de 3 ans d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende. Pour rendre cette mesure pleinement effective, la Commission des Lois a souhaité que la personne concernée se voit retirer non seulement son passeport, comme le prévoyait le texte du Gouvernement, mais également sa carte nationale d'identité, contre récépissé. Mobilisé par une opération de sécurité civile dans l'Aube, j'avais dû quitter la Commission lors de l'examen des amendements au mois de juillet, mais je veux vous dire que le gouvernement se serait prononcé en faveur de cet amendement qui présente des garanties d'effectivité de la mesure. Je sais que certains parmi vous peuvent s'interroger, non pas sur l'opportunité de cette mesure, mais sur ses effets. Je veux remercier Marie-Françoise BECHTEL qui a souhaité conférer au récépissé reçu par la personne frappée d'Interdiction de sortie du territoire, tous les effets matériels de la carte d'identité. Les débats parlementaires pourront permettre de préciser, si besoin est, ces garanties, le gouvernement y est disposé. 2/ La prévention du terrorisme dépend également de notre capacité à empêcher la diffusion de messages sur Internet appelant au terrorisme ou le glorifiant. En effet les enquêtes montrent qu'une grande partie des projets de départ pour la Syrie résulte de processus d'auto-radicalisation nourris par la fréquentation de sites sur internet. Le blocage administratif des sites internet est donc prévu à l'article 9 de la loi et complètera les dispositions de la loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique. Elle donnera la possibilité, pour l'autorité administrative, de demander aux éditeurs et hébergeurs, lorsqu'ils sont identifiés, de procéder au retrait des contenus provoquant aux actes de terrorisme ou en faisant l'apologie et, à défaut, aux fournisseurs d'accès à internet de bloquer l'accès aux sites, à l'instar de ce que le législateur a déjà prévu pour les sites pédopornographiques. Ce blocage - que nous voulons ciblé et limité au strict nécessaire - s'effectuera sous le contrôle d'une personnalité qualifiée, et sera soumis à la juridiction administrative. De manière logique, les fournisseurs d'accès seront également astreints à l'obligation de surveillance limitée prévue par la loi du 21 juin 2004, au même titre que pour les appels à la haine raciale, la glorification des crimes contre l'humanité ou la promotion de la pédopornographie. Il s'agit de perturber le fonctionnement des sites de propagande, mais également des forums où se nouent les contacts, et où s'échangent des conseils. Dans la même perspective, l'apologie et la provocation au terrorisme ne relèveront donc plus du délit d'opinion, et donc de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, mais du droit commun, et certaines des techniques spéciales d'enquête applicables au terrorisme leur seront applicables, comme l'infiltration ou les interceptions de communication, sous le contrôle de l'autorité judiciaire. Il s'agit de tirer les conséquences de la stratégie mise en place par les groupes terroristes qui, comme DAECH, ont intégré la propagande sur Internet à leur stratégie afin de s'en servir comme d'une arme, comme l'a montré de façon dramatique l'exemple sinistre des décapitations de James Foley, Steven Sotloff et David Haines. Il s'agit également de respecter l'esprit et le texte de la loi de 1881, en évitant que lui soit appliquée les rigueurs du code de procédure pénale. En revanche, contrairement à ce qui a pu être avancé à tort, les dispositions assurant spécifiquement la protection de la liberté de la presse et des sources des journalistes ne sont pas affectées. Et le champ des incriminations d'apologie et de provocation au terrorisme n'est pas modifié : ces dispositions ne peuvent donc conduire à ce que des journalistes soient demain poursuivis au seul motif d'avoir partagé des vidéos ou fait état de propos de groupes terroristes. Il est particulièrement malhonnête de laisser à penser que tel serait l'objet de ce projet de loi. 3/ L'expérience montre que le cas des individus auto-radicalisés, agissant seuls à leur retour de Syrie ou préparant un attentat en s'aidant d'informations disponibles sur internet, doit également être pris en considération dans le cadre de la répression du terrorisme. C'est pourquoi est créé à l'article 5 de la loi le délit d'entreprise individuelle terroriste, puni de 10 ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende. Par cette nouvelle incrimination, dont la création est demandée par des magistrats antiterroristes tels que le juge Trévidic, il s'agit en effet de nous donner les outils juridiques nécessaires à l'appréhension, avant le passage à l'acte, d'une personne isolée résolue à commettre un crime de terrorisme, dès lors qu'elle est détectée. 4/ Nous nous attachons également à renforcer les moyens de l'enquête judiciaire, en permettant les « cyber-patrouilles » pour l'ensemble des délits relevant du terrorisme et de la criminalité organisée, en facilitant le recours aux techniques de décryptage informatique et aux perquisitions à distance des bases de données. Le projet de loi permettra l'application de certains moyens spéciaux d'enquête aux intrusions dans les systèmes informatiques d'importance stratégique, et améliorera les performances de certaines techniques existantes. Ce projet de loi vise donc à nous permettre de réduire le risque d'attentat terroriste sur notre territoire, dans le contexte nouveau que j'évoquais en introduction, en renforçant nos moyens d'enquête, en nous dotant d'instruments plus efficaces de lutte contre la propagande sur internet et en améliorant notre capacité à empêcher les départs. En 2006 Pierre Mazeaud rappelait que dans la lutte contre le terrorisme, depuis 1986, « les législateurs successifs se sont attachés à respecter cette ligne de conduite, qui maintient la lutte contre le terrorisme dans le cadre de l'état de droit et de la démocratie ». Il s'agit comme je l'ai dit d'un point crucial. Avant de conclure, je voudrais donc insister sur les précautions que le Gouvernement a prises, avec le concours de la Commission des Lois, pour faire en sorte que ce texte demeure pleinement protecteur des libertés publiques fondamentales, telles que la liberté d'expression et la liberté d'aller et venir. Cette mise au point me semble d'autant plus nécessaire que ce projet a pu donner lieu dans la presse à une présentation polémique reposant parfois, hélas, sur des contre-vérités. Permettez-moi de vous en donner quelques exemples. L'interdiction de sortie du territoire constitue naturellement une restriction à la liberté d'aller et venir, même si les individus qui y seront soumis demeureront libres de se déplacer sur tout le territoire national. Cette mesure est donc entourée de garanties. Elle ne pourra être prise qu'au vu d'éléments précis, solides et circonstanciés. Elle pourra bien entendu faire l'objet d'un recours devant le juge administratif, auquel la Constitution donne compétence en la matière, lequel pourra agir en référé, donc dans un délai extrêmement court. J'ai lu aujourd'hui avec consternation dans un quotidien habituellement considéré comme sérieux que l'avocat dont pourra se faire assister la personne mise en cause ignorera tout du contenu du dossier de son client. C'est faux. Comme cela est déjà admis aujourd'hui dans le cadre de procédures d'expulsion, le dossier pourra comprendre des « notes blanches » réalisées à partir du travail des services de renseignement. Le contrôle juridictionnel s'attachera aux seuls éléments figurant dans ce dossier, déclassifiés, et qui seront soumis au contradictoire. L'administration ne pourra se prévaloir devant le juge d'éléments classifiés qu'elle garderait par devers elle. Il ne saurait donc être question d'un « avocat alibi » - sauf à soutenir que l'assistance d'un avocat est toujours inutile devant une administration accusée d'être arbitraire par nature. Enfin, la décision sera prise pour une durée limitée à six mois, renouvelable seulement si les conditions le justifient et, lors de l'éventuel renouvellement, au terme d'une procédure contradictoire. La même possibilité de recours sera ouverte lors du renouvellement. Tout au long de la procédure, les garanties seront donc aussi fortes que dans le cas d'un contrôle par le juge judiciaire. J'ai lu ensuite ici où là que le blocage administratif des sites constituait une atteinte à la liberté d'expression. C'est faux. Cette mesure ne crée pas un délit d'opinion, mais vise de façon limitative les contenus diffusés par des individus ou groupes terroristes faisant par ce biais la publicité de leurs exactions comme vous le savez, des images d'exécution et de crucifixions circulent sur le réseau-, ou proposant des moyens de rejoindre le théâtre des opérations et fournissant les conseils « techniques » pour commettre un attentat. Si de telles manœuvres devaient avoir lieu sur la voie publique, elles seraient naturellement interdites et feraient aussitôt l'objet de mesures coercitives. Il n'est pas de raison de les tolérer davantage sur Internet. Avons-nous l'obligation de nous lier les mains, de faire le jeu de criminels qui depuis longtemps ont perçu nos faiblesses ? Devons-nous, comme certains le préconisent, nous résigner à attendre qu'une hypothétique auto-régulation des réseaux, nouvelle « main invisible » des tenants de l'impuissance volontaire, fasse son œuvre ? Je ne le crois pas. Il est d'ailleurs étrange que, sous couvert de défense des libertés individuelles, d'aucuns préfèrent s'en remettre au marché, aux mains d'opérateurs privés dont les capacités technologiques sont illimitées, plutôt qu'à la sphère publique, et à ses procédures de contrôle démocratiques et légitimes. Je les appelle, ceux-là, à ne pas se tromper de combat, à ne pas être en retard d'une guerre. Là encore cependant, des précautions sont prévues pour s'assurer qu'aucun excès ne puisse être commis au détriment de la liberté du réseau. Le dispositif - que nous voulons ciblé et limité au strict nécessaire - a été précisé par votre commission des lois. Le blocage interviendra au terme d'une procédure au cours de laquelle il aura été demandé aux éditeurs et hébergeurs, lorsqu'ils sont identifiés, de procéder au retrait des contenus provoquant aux actes de terrorisme ou en faisant l'apologie. Il présentera donc un caractère subsidiaire. Il s'effectuera, en outre, sous le contrôle d'une personnalité qualifiée indépendante, afin de prévenir tout abus, tout « surblocage ». Les mesures de blocage pourront, en tout état de cause, être déférées à la censure du juge administratif, qui pourra statuer en quelques heures dans le cadre de la procédure de référé. Le texte soumis à votre assemblée permet ainsi de nous doter d'un outil supplémentaire de lutte contre la propagande terroriste en ligne tout en l'encadrant de garanties renforcées, ces garanties nouvelles ayant d'ailleurs également vocation à s'appliquer au dispositif existant de lutte contre les sites pédopornographiques. J'ai lu encore que la création d'un délit d'entreprise individuelle terroriste était attentatoire aux libertés publiques, au motif qu'elle viserait une intention hypothétique. C'est un procès d'intention. Rappelons que cette incrimination existe depuis plusieurs années en droit britannique et en droit allemand, pays soumis, comme la France, aux standards internationaux les plus exigeants en termes de respect des droits de l'Homme. A l'évidence, les forces de sécurité ne vont pas attendre en effet qu'un attentat soit commis par la personne mise en cause pour l'appréhender. Toutefois cette incrimination devra être caractérisée par le juge sur la base d'un solide ensemble de preuves matérielles, propre à démontrer l'intention résolue de son auteur de commettre une action terroriste d'une particulière gravité. Le projet de loi prévoit en particulier que le suspect devra obligatoirement s'être procuré des substances dangereuses ou des armes. Il s'agit donc pas, contrairement à ce que j'ai pu lire ou entendre, de se focaliser sur une appartenance religieuse, une origine, ou de simples paroles. J'ai lu enfin que les articles 10 à 15 du projet ne concerneraient pas le terrorisme et ne viseraient qu'à renforcer notre arsenal répressif. C'est faux. Ces articles, qui ont notamment pour objet de renforcer les possibilités d'investigation dans l'environnement numérique et la répression des atteintes aux systèmes de traitement automatisé des données visent, au contraire, à répondre à l'évolution des modes d'action des terroristes. Ces mesures n'amoindrissent pas le contrôle de l'autorité judiciaire (parquet ou juge d'instruction selon les cas), sur les enquêtes. L'article 15, qui prolonge de la durée autorisée de conservation des enregistrements réalisés dans le cadre d'interceptions de sécurité, n'amoindrit pas le contrôle exercé sur ces procédures par la CNCIS. Je voudrais enfin souligner deux points avant de vous donner la parole. Cette Loi est aujourd'hui nécessaire à la sécurité de notre pays. Certes, il n'existe pas de « risque zéro » en matière de lutte contre le terrorisme. Même ces nouvelles mesures sont susceptibles d'être contournées. Mais l'entreprise criminelle des terroristes ou de ceux qui veulent les rejoindre aura été entravée, compliquée. Des internautes, souvent jeunes, auront échappé à leur action de propagande et de glorification. La justice et, sous son contrôle, les services de police auront à leur disposition des moyens d'action et d'investigation plus efficaces, plus protecteurs. En second lieu, cette Loi, pour être efficace, doit susciter un large consensus et donc respecter les valeurs de la République. Celles-ci sont les armes les plus fortes dont nous disposions dans notre lutte contre le terrorisme, comme contre toutes les formes de violence et de haine. A cet effet, j'ai la conviction qu'il y a un devoir d'information de l'exécutif vers les représentants de l'intérêt général par-delà les clivages politiques partisans. Bien sûr je me tiens à la disposition de la Commission des Lois des deux Assemblées, mais je souhaite également réunir les Présidents de groupes parlementaires à intervalles réguliers pour échanger avec eux sur la menace terroriste qui existe dans notre pays, et je débuterai ces rencontres dès l'adoption de ce projet de loi. Laissez-moi vous rappeler à ce sujet les propos qu'avait tenus Lionel Jospin devant l'Assemblée nationale il y a treize ans, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Ils me semblent avoir conservé toute leur pertinence et toute leur actualité : « Certains ont parlé de « conflit de civilisation », déclarait-il ce jour-là, parce que les terroristes croient pouvoir invoquer l'islam, ou plutôt leur propre vision dévoyée de l'islam, pour justifier l'injustifiable et s'assurer des complicités et des complaisances. Nous ne tomberons pas dans leur piège en laissant s'accréditer des amalgames aussi dangereux qu'infondés. En dehors de ceux qui ont participé ou prêté la main au terrorisme nul ne saurait être stigmatisé. La lutte contre le terrorisme doit non pas diviser mais unir les nations, les peuples, les religions : c'est la condition de son succès. » Je vous remercie pour votre attention et me tiens naturellement prêt à répondre à toutes les questions que vous voudrez bien me poser. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/054.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/054.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6d6e3ec5dbdde39dcbecea48fc35e027d43c78a6 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/054.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mon général, Monsieur le Préfet de la région Île-de-France, Monsieur le Préfet de police, Monsieur le Procureur, Monsieur le Maire-adjoint, Monsieur le Directeur général, Cher Guillaume de Saint Marc, Il est d'usage, lorsqu'on participe à ces cérémonies toujours très poignantes et très émouvantes et que l'on prononce un discours au nom du gouvernement, de le faire en lisant des papiers qui ont été méticuleusement préparés et qui rendent compte des efforts faits par l'État pour lutter contre le terrorisme et permettre aux victimes d'avoir accès à la vérité. Et j'avais prévu cet après-midi de vous lire un discours ainsi préparé. Mais j'ai entendu des témoignages… J'ai entendu une souffrance, et j'ai vu s'exprimer aussi une exigence. Celle que tout soit mis en œuvre pour que le terrorisme ne continue pas à frapper, et j'ai entendu aussi l'exigence, Ô combien légitime, de la vérité. Je voudrais par conséquent prendre le risque de vous dire avec l'amour de l'État et des institutions, mais aussi avec le cœur, ce que m'ont inspiré les propos que vous avez tenus et les obligations qu'ils nous dictent. D'abord, ce qui m'a frappé dans ces témoignages, c'est le récit des voyages et la description des personnalités qui sont parties à un moment donné avant que d'être frappées, et c'est le récit des motivations, aussi, qui les ont conduites à partir. J'ai vu des profils différents dont l'histoire a été racontée. J'ai entendu parler de journalistes, grands reporters qui sont partis parce qu'ils avaient un tempérament et l'amour de l'Afrique, et qu'ils aimaient incommensurablement ce continent dont ils savaient les souffrances, dont ils savaient parfois le désœuvrement et dont ils savaient aussi la profonde humanité de ceux qui pouvaient y vivre. J'ai entendu le récit de la vie d'une femme morte au Musée juif de Bruxelles et de gens dont je me souviens, parce que j'étais présent ce jour-là, du récit qu'elle a pu faire avec tant d'autres du nom de ceux qui étaient tombés à l'occasion de la Shoah… À la faveur de cette très belle cérémonie au mémorial de la Shoah. J'ai entendu aussi les conditions dans lesquelles sont parties une femme et une fille aimées profondément dans des circonstances où des barbares ont décidé de tuer. La mort qui nous arrache à ceux qu'on aime est toujours une épreuve. Une épreuve terrible, douloureuse qu'en dépit des croyances que l'on peut avoir les uns et les autres, nous n'acceptons jamais. Mais lorsque la mort arrive parce qu'elle est donnée par des êtres qui ont perdu tout sens de l'humanité et qui décident de donner la mort alors qu'ils n'avaient aucune raison de le faire, alors s'ajoute à la peine, au chagrin, à l'inconsolable départ, un autre sentiment, celui, bien légitime, de la révolte. Alors, nous sommes là aujourd'hui pour dire, à tous ceux qui ont été victimes dans leur chair, soit parce qu'ils ont réussi à surmonter ces épreuves en restant vivants après avoir été atteints, soit parce qu'ils essaient de faire leur deuil des êtres qu'ils ont perdus - mais il y a aussi ceux qui sont partis et qui ne reviendront pas - tous ces êtres-là, blessés dans leur chair ou disparus qui méritent notre compassion pour toujours, l'hommage de la République. Ils doivent entendre là où ils sont que nous ne les oublierons pas et que nous agirons pour eux, pour que cela ne se reproduise pas pour d'autres, et pour la vérité qui leur est due. Le terrorisme, vous l'avez dit, Monsieur le Directeur général, et vous l'avez exprimé, nombreux d'entre vous, est une monstruosité. Il prend aujourd'hui des formes nouvelles qui conduisent les institutions de la République à se mobiliser toutes, chacun dans ses responsabilités et ses compétences, et dans le respect scrupuleux du droit pour que le terrorisme ne frappe pas de nouveau. Le Président de la République l'a dit hier, et je veux vous le dire, en son nom : nous agissons à l'extérieur et à l'intérieur pour faire en sorte que chacun de nos ressortissant soit protégé de ce risque. Cela commence par la condamnation de toutes les formes d'extrémisme, et vous avez eu raison, Monsieur le Directeur général, de dire à ce micro, à cette tribune, que le combat contre toutes les formes de radicalisation et d'extrémisme doit être poursuivi résolument sans trêve ni pause pour que ce qui s'est produit ne se reproduise pas. Je vois dans ce pays, non seulement sur les réseaux sociaux, mais aussi parfois dans les rues revenir des formes de haine qu'on croyait à tout jamais impossibles. L'antisémitisme qui conduit de funestes personnages qui se prennent pour des drôles à jouer avec la mort d'autrui et à diffuser dans l'espace public la haine du juif; ce qui est intolérable, inacceptable et que nous ne pouvons pas tolérer, et par conséquent, nous combattrons toujours avec résolution ces formes de haines antisémites qui rongent la République de l'intérieur et qui doivent appeler pour les plus jeunes générations le rappel de l'Histoire, des effets funestes, de ces assassinats sordides pour que ces pensées qui sont encore présentes dans la société française ne prospèrent pas et disparaissent à jamais. Il y a aussi d'autres formes de haine qui existent dans la société et conduisent à tout moment au réveil des instincts et de la violence, et qui nous éloignent des valeurs fondamentales de la République, et je pense notamment à l'une d'entre elles qui est une valeur cardinale que nous devrions toujours garder à l'esprit et au cœur qui est la valeur de respect. Valeur de respect qui doit nous conduire à respecter la vie d'abord; la vie des autres, la vie d'autrui comme le bien le plus précieux qui ait été donné à l'humanité et que rien, qu'aucune idéologie, aucune haine, aucune religion ne saurait jamais remettre en cause; l'amour de la vie mais pas seulement l'amour de la vie, la foi aussi dans ses valeurs humanistes de respect, de tolérance qui doivent nous conduire à nous battre d'abord pour que ceux qui ne pensent pas comme nous dès lors qu'ils pensent dans la République et dans les valeurs de la démocratie puissent avoir le droit de dire ce à quoi ils croient dans le respect de leurs croyances et de leurs idées. Le respect, la tolérance, le refus de la violence, l'amour de la liberté et la volonté à tout moment de faire en sorte que dans la République, les valeurs s'expriment avec suffisamment de force pour qu'il ne soit pas possible qu'une place existe pour ceux qui veulent mettre à mal ces valeurs en allant jusqu'au meurtre et au crime. Nous avons décidé, je vous le disais, d'agir à l'intérieur et à l'extérieur, et j'ai décidé il y a de cela quelques jours de dire la vérité des textes de loi que nous avons présentés devant le Parlement pour lutter contre le terrorisme, répondant en cela à une préoccupation, une volonté que vous avez exprimée, Monsieur le Directeur général, parce que je lisais et j'entendais que les lois que nous proposions pour protéger nos concitoyens du risque du terrorisme pouvaient être attentatoires à un certain nombre de libertés. J'ai considéré ce débat comme digne. Il ne mérite pas d'être rejeté d'un revers de main. Lutter contre le terrorisme en se posant la question de savoir si les libertés fondamentales seront préservées n'est pas une question secondaire. C'est une question essentielle, et je n'ai pas été choqué que dans l'espace démocratique, on me la pose au moment où je présentais à l'Assemblée Nationale un projet de loi de lutte contre le terrorisme. Mais il m'est arrivé, en revanche, de regretter des approximations et des erreurs dans la manière dont on s'exprimait sur ces textes en oubliant l'essentiel. Oui, j'ai souhaité que ce texte permette, avec les moyens de la démocratie, d'accompagner le démantèlement des filières djihadistes dans le monde et en France. Je l'ai souhaité parce qu'on voit ce que donnent ces individus guidés par la seule haine lorsqu'ils frappent comme cela a été le cas de celui, qu'à mon tour, je ne veux pas nommer, au Musée juif de Bruxelles. Il faut démanteler ces filières et empêcher ces actes barbares. Et lorsque je propose dans le texte de loi, sous le contrôle du juge administratif, d'empêcher que des départs vers la Syrie, vers l'Irak ou vers d'autres théâtres d'opération ne se produisent, c'est parce que je ne veux pas que certains des ressortissants de notre pays vulnérables ne soient engagés sur les théâtres de ces opérations en y fréquentant la mort, les décapitations, les crucifixions, les exécutions en nombre, les hommes et les femmes et les enfants qu'on abat de sang-froid parce que lorsqu'ils reviendront sur le territoire de notre pays, ils seront guidés exclusivement par la haine qu'ils auront fréquentée pendant des mois, et qu'à ce moment-là, ils seront guidés simplement par leur instinct de violence; qu'il n'y aura ni repaire ni limite, et qu'ils pourront frapper à tout moment. J'ai voulu le faire sous le contrôle du juge. Je ne considère pas que de protéger les plus vulnérables de nos ressortissants contre le risque de cet endoctrinement soit une atteinte portée contre les libertés publiques car si la liberté d'opinion est sacrée, car si la liberté d'aller et venir est sacrée, le droit de tuer, de haïr, d'appeler à la violence, de porter atteinte à la vie d'autrui parce qu'il est juif, parce qu'il est chrétien, parce qu'il ne pense pas comme nous; ce n'est pas le droit de penser comme l'on veut, c'est un délit, et ce délit doit être prévenu et combattu absolument. De la même manière, je ne souhaite pas que l'on puisse, sur internet, diffuser des images et des messages qui appellent à cette haine et incitent au terrorisme parce que je ne veux pas que l'on considère que l'on puisse s'engager de la sorte dans ces groupes en les laissant agir à travers leur propagande funeste, sans qu'à un moment les humanistes dans le monde, les démocraties défendent leurs valeurs, et dire stop. Voilà ce que nous avons voulu faire à travers cette loi ; faisant écho, Monsieur le Directeur général, mesdames messieurs, aux préoccupations si joliment humanistes que vous avez exprimées avec une sobriété, avec une dignité, avec un cœur qui nous obligent à agir pour que cela ne soit pas possible demain. Je sais aussi, pour avoir été dans mes activités précédentes, en charge de combats pour la vérité concernant des actes de violences et de terrorisme, que le deuil n'est jamais possible si la vérité n'est pas, elle aussi, possible. Et je veux dire à Apolline dont j'ai entendu l'appel digne mais qui dissimulait aussi une indignation et une colère que cette vérité, l'État vous la doit. Il vous la doit en prenant ses responsabilités lorsque les juges anti-terroristes, à l'instar du juge Trévidic, dont je salue la présence, se battent pour savoir la vérité. Oui, il faut que l'État procède à la déclassification des documents qu'il a entre ses mains pour que la vérité soit possible. Elle ne l'est pas toujours parce que les documents qui sont demandés ne sont pas toujours entre les mains de ceux qui sont censés les détenir… Mais lorsqu'ils sont entre les mains de ceux qui sont censés les détenir, les communiquer est un devoir d'État, et dans la responsabilité qui est la mienne, je ferai toujours en sorte que cela soit possible parce que vous avez le droit à cette vérité et que le chagrin est plus grand encore et la peine incommensurable lorsque cette vérité vous est interdite après que ceux qui ont frappé vous ont pris les vôtres. Je voudrais enfin conclure ces mots simples en disant que votre mobilisation est essentielle. Elle est essentielle parce que l'État ne peut pas tout, qu'il peut mobiliser ses institutions, qu'il peut mobiliser ses administrations, qu'il a des juges, des magistrats du parquet et du siège qui sont déterminés à faire leur travail. Je salue également Monsieur le Procureur de la République qui est ici présent. Mais il y a aussi les victimes, leurs familles, la presse. La mobilisation contre le terrorisme doit être générale ; elle appelle la responsabilité de chacune et de chacun d'entre nous. Elle appelle l'engagement de chacune et de chacun d'entre nous dans nos responsabilités respectives. Cette volonté de savoir ; cette volonté de se battre contre la haine doit s'accomplir à chaque instant sans trêve ni pause. Cela est le devoir de la République ; c'est le devoir de la France; c'est le devoir de la France dans ses institutions, dans ses composantes à travers ses citoyens, à travers la presse. C'est pourquoi, Monsieur le Directeur général, comme vous, en ces moments de recueillement, d'émotion, je veux dire mon optimisme et ma détermination au nom du Gouvernement d'être à vos côtés pour que la vérité soit possible et que la barbarie recule partout à travers le monde. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/055.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/055.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..35d9af0f214c3cf3efe5524d7e4297467f0fa2fa --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/055.txt @@ -0,0 +1 @@ +Chers Amis, Je ferai rapidement trois séries de remarques. La première c'est qu'en Syrie, la communauté internationale doit affronter non pas un seul ennemi mais deux, qui sont, d'une certaine façon les deux faces d'une même pièce. En effet, la barbarie de Daech ne doit pas nous faire oublier celle de Bachar Al-Assad, dont, d'une certaine manière, elle procède. N'oublions pas en effet que c'est le régime qui a fait de ce groupe ce qu'il est en l'instrumentalisant pour faire barrage à ceux qui voulaient modifier le régime. Il lui a donné ses dirigeants, à l'époque opportunément libérés des geôles syriennes. Il a évité pendant trois ans de bombarder ses camps, il a fait commerce avec lui, et sans doute continue-t-il de le faire pour l'achat de pétrole au rabais, toutes actions illégales au regard de la résolution 2170 adoptée par le Conseil de sécurité. N'oublions pas non plus, personne ne le fait ici, que c'est le régime qui a d'une certaine façon livré la Syrie, en tout cas une partie d'entre elle, à Daech, par sa politique de la terre brulée, qui a conduit à près de 200.000 morts et qui a évidemment aliéné au régime syrien des populations décimées, torturées, affamées. Pour répondre sur le long terme à la menace posée par Daech en Syrie, comme pour aider à la résolution d'une crise politique qui a pourri dans le sang de la répression syrienne, le chemin, on le connaît : c'est celui d'une transition politique véritable qui a été tracée par le Communiqué de Genève et qui reste le nôtre. Mais ma première remarque fondamentale c'est qu'il y a deux adversaires et pas un seul. Ma deuxième remarque, sur laquelle j'en suis sûr nous sommes tous d'accord, c'est qu'il est plus temps que jamais d'agir. La France comme d'autres a appelé à l'action depuis maintenant trois ans. Mais il faut reconnaître que la passivité de la communauté internationale a nourri le chaos provoqué par Bachar Al-Assad et d'une certaine manière a permis cette radicalisation. Et voilà qu'enfin, à la demande du gouvernement irakien, une alliance se constitue. Les frappes ont lieu contre Daech. La France y contribue activement dans le cadre d'un partage des tâches. Et en Syrie nous avons décidé d'accroître notre soutien à l'opposition démocratique ici représentée par le président de la Coalition nationale syrienne Hadi Al-Bahra. Ce soutien est et sera politique, financier et matériel. Et nous avons décidé d'accélérer nos actions de formation et la fourniture d'équipements à l'opposition sur le terrain. Mais pour mener à bien cette tâche indispensable, il faut à la fois que nous, de notre côté, les partenaires de la coalition, nous agissions pour stabiliser les zones contrôlées par l'opposition. Parce que, si nous voulons lutter contre Daech, il faut empêcher son implantation, donc répondre aux demandes matérielles de populations privées de tout. Mais, j'ajouterais, j'espère ne pas vous choquer, qu'il faut qu'un certain nombre d'ambiguïtés que nous avons connues dans le passé stoppent. Daech en effet bénéficie d'un flux de financement privé. Il bénéficie de la vente du pétrole, qu'il contrôle largement en Syrie. Il y a des colonnes de camions qui délivrent ce pétrole, y compris au régime syrien. Et donc nous avons la responsabilité, tous, sans ambiguïtés, de faire cesser ce phénomène. Je viens de la réunion élargie du Conseil de sécurité au niveau des chefs d'État et de gouvernements qui discutent de la façon de lutter contre les combattants étrangers. Mais c'est une action d'ensemble qu'il faut avoir. Et je le répète, sans aucunes ambigüités. Ma troisième et dernière remarque, c'est que tout cela nous devons le faire en étroite coordination avec l'opposition syrienne démocratique. Hier le président français a rencontré le président de la Coalition nationale syrienne pour un échange approfondi et nous lui avons réitéré le soutien de la France, qui a été l'une des premières, peut-être même la première à reconnaitre cette coalition, de saluer son courage, puisqu'elle doit agir dans des conditions très difficiles. Et lui dire en même temps que nous comptons sur elle pour peu à peu parvenir à un certain nombre de distanciations et avec notre concours, à agir de plus en plus concrètement sur le terrain au profit des populations. Nous serons d'autant plus efficaces pour la soutenir qu'elle parviendra à se structurer. Votre responsabilité, Monsieur le Président, est extrêmement lourde mais vous avez décidé avec courage de vous engager. Je pense que si tous ici, nous sommes à vos côtés, c'est une tâche qui prendra du temps, mais qui ne peut mener qu'à un succès et qui se traduira en fin de compte à un changement politique nécessaire pour répondre aux attentes des Syriens et permettre de rétablir l'unité et la stabilité de la Syrie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/056.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/056.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..733bb884e017a97dc49cb0f4ee59fe87e7eaaebe --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/056.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le président, Mesdames, messieurs les députés, Un péril mortel s'étend au Moyen-Orient. La stabilité de la région et, au-delà, la sécurité du monde est menacée par le groupe terroriste Daech. La France est une grande puissance. La France assume ses responsabilités, parce qu'elle est membre permanent du Conseil de sécurité. Parce que la sécurité de l'Europe est menacée. Parce que notre sécurité nationale est en jeu, comme elle ne l'a jamais été au cours de ces dernières années. Le Président de la République a donc décidé d'employer la force en Irak, à la demande expresse des autorités de Bagdad. Conformément à l'article 35 de notre Constitution, lorsque les forces armées sont engagées à l'extérieur, le Gouvernement informe le Parlement dans les meilleurs délais. J'ai écrit au président de votre assemblée dès que les premières frappes ont été réalisées, vendredi dernier, 19 septembre. J'ai reçu, ce matin, avec Jean-Yves LE DRIAN, Bernard CAZENEUVE, Jean-Marie LE-GUEN, avec le Chef d'Etat-major des armées et les directeurs des services de renseignement, les présidents des deux assemblées, les chefs de groupes parlementaires ainsi que les présidents des commissions de la Défense et des Affaires étrangères. Monsieur le président, Mesdames, messieurs les députés, Je veux exprimer, à travers la représentation nationale, tout le soutien de la Nation aux militaires engagés dans l'opération Chammal. Le moment est venu, à nouveau, de faire corps derrière les armées françaises et de nous rassembler, de faire preuve d'unité. Et je ne doute pas que ce sera le cas. Grâce notamment au travail souvent très risqué des journalistes, les crimes du groupe Daech sont connus de tous. Actes de barbarie, massacres de masse, exécution d'otages : ces terroristes ne connaissent pas de limite à l'horreur. Une horreur qu'ils propagent dans le monde entier par le biais d'Internet. Daech, c'est l'acronyme de la terreur. Celui d'un groupe qui prétend établir un califat au cœur du Moyen-Orient. Un groupe qui n'offre comme choix que la conversion forcée ou la mort. Lutter contre Daech, c'est combattre une organisation dont l'appellation « Etat islamique » constitue un double mensonge. Elle n'a rien d'un Etat et ne représente en rien l'Islam. C'est un rassemblement d'assassins, pour qui la vie humaine est sans valeur. Ce groupe, comme l'ont exprimé les plus hautes autorités de l'Islam, est une insulte à cette religion. Et c'est une triple menace : pour l'Irak, pour le monde, et pour la France. 1. une triple menace sans précédent a. Une menace pour l'Irak Depuis la chute de Mossoul, en juin dernier, Daech contrôle près du tiers du territoire irakien. Il maitrise les points de communication et les axes stratégiques. Il a accumulé d'immenses richesses lui permettant de recruter et de payer des supplétifs venant des quatre coins du monde, d'Europe, et de France. Son "trésor de guerre" a aussi servi à constituer une vraie armée près de 150 blindés légers, environ 50 chars de combat, plusieurs dizaines de missiles anti-char. Ces troupes, extrêmement mobiles, pourraient être renforcées par l'acquisition de nouveaux matériels. Aujourd'hui, la stabilité de l'Irak est menacée. Son existence même est en danger. En Irak, un nouveau gouvernement s'est mis en place. Il est maintenant constitué, autour de quelques priorités : lutter contre cet ennemi de l'intérieur et tenter de réconcilier les communautés irakiennes, sunnites, chiites, kurdes. Il doit aussi protéger les minorités, les chrétiens d'Irak, les yasidis. Cette tension entre les différentes communautés qui composent l'Irak est naturellement source d'inquiétudes. Le système politique irakien doit trouver un point d'équilibre. Tout comme il doit construire dans la durée avec ses voisins dont l'Iran des relations de confiance. Le gouvernement irakien nous appelle à l'aide ; il a demandé le soutien militaire de la France. C'est notre devoir de l'entendre. Aider l'Irak, éviter sa désintégration, c'est aussi éviter une déstabilisation massive de la région. Nous agissons aussi en conformité avec la Charte des Nations Unies, car tout Etat peut demander souverainement à un autre de lui porter assistance. b. Une menace pour la région Daech est né dans le chaos syrien. Il a prospéré avec la complicité du régime de Damas et s'est nourri de l'inaction de la communauté internationale. Ses effectifs seraient aujourd'hui proches de 30 000 combattants. Mais Daech ne s'arrêtera pas à l'Irak. Ses membres qui forment une « deuxième génération » de djihadistes après celle d'Al-Qaïda, sont, au-delà de ce pays, une menace pour tout l'Orient. Ils contrôlent plus du quart du territoire syrien. Ils cherchent à déstabiliser le Liban. Voilà le vrai plan de cette internationale du crime : la création d'un sanctuaire terroriste allant des rives de la Méditerranée jusqu'à celles du Golfe persique. c. Une menace pour l'Europe et pour la France Daech, c'est aussi une menace pour l'Europe et pour la France. J'ai souligné le risque que représentent ces filières qui conduisent des individus français ou résidant en France à s'enrôler et à partir combattre là-bas. Je vous ai donné les chiffres : ils sont inquiétants. C'est aussi pour cela que nous devons agir. Les filières terroristes trouvent dans ces régions déstabilisées les moyens de se développer et de frapper les pays occidentaux. Monsieur le président, Mesdames, messieurs les députés, Nous avons tous à l'esprit le sort de notre compatriote enlevé en Algérie. C'est à Hervé-Pierre GOURDEL que s'adressent mes pensées, à sa famille et à ses proches. Je veux dire aux Français que nous ne nous laisserons pas intimider. En s'en prenant à notre compatriote, les djihadistes s'en prennent à nous, à chacun d'entre nous. Si nous nous montrons faibles face à cette menace, nous encouragerons ces lâches à poursuivre leur oeuvre de mort. Nous ne faillirons pas, nous ne tremblerons pas. Face à la menace, face au chantage, la France ne cède pas. Ce n'est pas notre intervention qui nous expose au terrorisme. Cette menace, elle est là depuis longtemps. Et c'est pour cela que nous agissons, et que nous intervenons. Aider l'Irak, c'est protéger la France, c'est agir pour notre sécurité nationale. 2. les modalités de notre intervention a. Les modalités et objectifs de l'intervention Depuis plusieurs mois, la France a pris l'initiative. Parce notre pays a toujours été présent au Moyen-Orient, et parce que nous avons des responsabilités et des devoirs envers cette région. Nous en comprenons la complexité. Nous examinons la situation dans le détail avec la profondeur historique d'une vieille Nation, en évitant le simplisme et les caricatures. Début août, alors que l'intégrité territoriale de l'Irak était mise à mal, que des minorités étaient menacées et que la situation humanitaire se dégradait, la France a décidé de s'engager. Tout d'abord, par de l'assistance humanitaire, puis par la fourniture d'armes et la formation de combattants. Ce sont désormais nos avions de chasse qui survolent le territoire irakien, pour des missions de reconnaissance et, depuis vendredi dernier, pour des opérations de frappes. Les opérations aériennes en cours sont conduites en plein accord avec les forces armées irakiennes, et en coordination avec nos alliés, en particulier les Etats-Unis et leurs partenaires arabes. Notre objectif est clair. Il a été murement réfléchi. Il a été annoncé par le Président de la République. Cet objectif, je le rappelle : Nous répondons à la demande de soutien des autorités irakiennes, pour affaiblir l'organisation terroriste Daech. Car il faut aider les forces de sécurité irakiennes et les combattants kurdes à restaurer la souveraineté de l'Irak. Cet engagement militaire se traduit par des opérations aériennes sur le territoire irakien. Nous n'engagerons en revanche pas de troupes françaises au sol. Nous resterons impliqués, le temps nécessaire, jusqu'à ce que l'armée irakienne ait retrouvé la supériorité face à Daech. Nous n'agissons pas seuls. L'action de la France s'inscrit dans le cadre d'une coalition politique et militaire. Cette coalition s'est constituée à Paris, lors de la conférence sur la sécurité et la paix en Irak, à l'initiative du Président de la République, le 15 septembre dernier. J'en viens à la Syrie où le régime de Bachar AL-ASSAD continue de semer le chaos qui profite aux terroristes. Le Président de la République l'a rappelé lors de sa conférence de presse de jeudi dernier : la France était prête à prendre ses responsabilités, il y a un an, lorsque les preuves d'un usage des armes chimiques par ASSAD contre son propre peuple ont été rassemblées. Nous n'en serions certainement pas là, en Syrie, si la communauté internationale était alors intervenue. Les Etats-Unis, aidés des principaux pays de la région, ont décidé de mener des opérations contre les fiefs de Daech sur le territoire syrien. Pour notre part, nous avons fait le choix de nous concentrer sur l'Irak et de continuer à soutenir l'opposition modérée au régime de Bachar AL-ASSAD. Ces forces d'opposition luttent avec détermination contre les terroristes. Nous sommes résolus, avec nos partenaires, à leur apporter un soutien civil et militaire accru. Nos efforts sont complémentaires de l'action militaire que mènent les Américains. Mais nous l'avons déjà dit et je le répète ici devant vous : Bachar AL-ASSAD ne peut absolument pas être un partenaire dans la lutte contre Daech. b. Le cadre politique et notre action humanitaire. L'action militaire répond à l'urgence. Le combat, c'est un combat de longue haleine contre le fanatisme, cette idéologie de mort qui détourne, corrompt le message de l'Islam. Ce combat, ce n'est pas l'Occident contre le Moyen-Orient. Et c'est aux pays arabes, aussi, ensemble, d'agir. Ils sont d'ailleurs engagés dans les opérations. Mais sans un accompagnement de long terme, sans une réponse diplomatique et surtout politique aux causes de la menace, cette action militaire risque d'être vaine. Cette conférence internationale a donc constitué une étape importante. Je remercie le ministre des Affaires étrangères et du Développement international Laurent FABIUS d'avoir pu l'organiser avec une telle efficacité. Elle a permis de déterminer les grandes lignes d'une stratégie commune. Elle a démontré la mobilisation de 29 pays et organisations internationales pour soutenir les nouvelles autorités irakiennes, engagées dans la reconstruction de l'Etat irakien et la réconciliation du pays autour d'un gouvernement inclusif. Les participants se sont entendus pour lutter contre la radicalisation, pour améliorer le contrôle des frontières, pour tarir les flux de combattants étrangers et assécher toutes les sources de financement de Daech. C'est en effet une stratégie d'ensemble qui est nécessaire pour combattre ce terrorisme. L'action militaire n'en est qu'un des aspects. Au-delà de l'engagement militaire, il faut poursuivre les efforts déployés en matière d'aide humanitaire. Les partenaires de cette conférence s'y sont engagés. La France est en première ligne. Nous avons déjà affrété 87 tonnes d'aide ; nous continuerons cette assistance. Et tout particulièrement en direction des minorités dont celle des Chrétiens d'Orient. Pour stabiliser la région, le sort des populations déplacées doit également faire l'objet d'une mobilisation internationale. C'est vrai pour l'Irak, pour la Jordanie et pour le Liban, ce pays ami qui mérite notre solidarité et notre soutien. Face à l'urgence, nous accueillons des réfugiés ayant un lien avec la France. Samedi, le ministre des Affaires étrangères et du Développement international a ainsi accueilli, à l'aéroport de Roissy, près de 150 réfugiés irakiens. 3. La seule préoccupation du gouvernement : garantir la sécurité des Français, de la France et de ses partenaires. a. L'intervention des forces armées La France assume, à nouveau, ses responsabilités en agissant pour sa sécurité, ses intérêts et la défense de ses valeurs. A nouveau en effet, car nos armées restent déployées en Afrique sahélo-saharienne, au Mali, au Tchad, au Niger pour lutter contre le terrorisme dans la cadre de l'opération Barkhane. De même, nos soldats sont engagés en République Centrafricaine pour aider à stabiliser ce pays. Comme elles sont aussi engagées au Liban, où elles participent à la sécurisation du sud du pays et appuient les forces armées libanaises. Je veux saluer ici Jean-Yves LE DRIAN pour son action. Je l'ai dit hier lors de mon déplacement en Allemagne : la France agit lorsque sa sécurité est en jeu ; mais elle agit aussi pour l'Europe. Mais l'Europe ne peut pas remettre sa sécurité à un seul de ses Etats membres, fût-ce la France. C'est pourquoi nous n'abandonnons pas notre volonté de voir progresser une véritable Europe de la défense. Tous ces engagements militaires confirment la nécessité de disposer des ressources adéquates pour notre défense et notre sécurité nationale. Le Président de la République a fait le choix de maintenir les crédits de la défense au cours des prochaines années, malgré un contexte budgétaire particulièrement difficile. Et nous avons traduit ce choix dans la loi de programmation 2014-2019 que vous avez votée l'an dernier. b. Lutter contre le terrorisme sur notre sol Car la situation en Irak, et au Moyen-Orient, a des conséquences majeures sur notre sécurité intérieure. C'est notre principal sujet de préoccupation sur le plan de la lutte contre le terrorisme. Nous devons agir hors de nos frontières. Mais nous devons agir aussi sur le sol national, parce que les groupes radicalisés constituent une menace chez nous. C'est une menace inédite qui nécessite un grand sang-froid. Chaque mot compte. Et je veux le dire avec force, devant l'ensemble de la représentation nationale : la France fait clairement la distinction entre l'Islam qui est la deuxième religion de France un atout pour notre pays –, et l'islamisme dont son prolongement terroriste, le djihadisme, n'est qu'un message violent, perverti et contraire aux valeurs universelles de l'Islam. La France doit faire face à un défi sans précédent. Je l'ai déjà dit ici, devant vous, près de 1 000 Français ou résidents sont aujourd'hui concernés par les filières syro-irakiennes. 580 d'entre eux combattent ou ont combattu là-bas. 36 y sont morts. 189 djihadistes sont revenus de Syrie. Jamais notre pays n'a eu à affronter un tel défi en matière de terrorisme. Au-delà de ces chiffres, les profils de ces personnes doivent nous interpeller : des mineurs, des femmes, des convertis, des individus jusqu'alors inconnus des services. Ils viennent de lieux divers, de nos quartiers, de nos territoires y compris ruraux mais aussi de nos outre-mer. Ces mêmes profils, très divers, on les retrouve dans de nombreux pays européens. Le djihadisme violent exerce sur une jeunesse sans repères une fascination qui les conduit à la radicalisation et les mène à l'action directe. Le parcours de NEMMOUCHE, l'assassin du musée juif de Bruxelles en est un terrible exemple. Il nous faut être implacable dans la lutte contre le terrorisme. C'est pourquoi, dès décembre 2012, une première loi anti-terroriste a renforcé la lutte contre le cyberdjihadisme, a facilité la répression de l'incitation à la haine et à la violence terroriste sur Internet. Elle a aussi prévu la possibilité de sanctions pénales contre les terroristes français ou résidents dont l'intégralité des actes était commise à l'étranger. Ce travail s'est poursuivi et enrichi avec le plan de prévention de la radicalisation, présenté en avril dernier par Bernard CAZENEUVE, et le projet de loi adopté le 18 septembre par l'Assemblée nationale, à la quasi-unanimité. Il est désormais examiné par le Sénat. Vous en connaissez les quatre objectifs principaux : - Prévenir et contrarier les départs ; - Mieux lutter contre la diffusion de la propagande terroriste, notamment sur Internet ; - Prendre en compte les nouveaux modes opératoires des terroristes, notamment ceux agissant seuls ; - Enfin, doter la justice et les services de police de moyens d'investigation adaptés à la menace et à ses évolutions. En complément de ces mesures, le gouvernement est engagé dans une démarche visant à lutter contre les phénomènes d'endoctrinement et de radicalisation, et à accompagner les familles qui y sont confrontées. A ce stade, je tiens à rappeler que dans le cadre de la lutte contre les filières terroristes vers la Syrie : 114 individus ont été interpellés, 78 ont été mis en examen et 53 ont été incarcérés au cours des derniers mois ; Des départs de combattants, y compris de mineurs, ont été empêchés ; Et plusieurs projets d'attentat sur notre territoire ont été déjoués. Comme vous le savez, trois djihadistes présumés venant de Turquie sont arrivés, hier, sur le sol national. Ils sont maintenant à la disposition de la police. Le ministre de l'Intérieur s'est exprimé à ce sujet et aura l'occasion d'y revenir. Cette affaire ne s'est pas déroulée comme il aurait fallu. Je veux rendre un hommage appuyé à l'ensemble de nos services intérieurs et extérieurs qui agissent avec courage et détermination pour protéger nos compatriotes. Monsieur le président, Mesdames, messieurs les députés, La décision prise par le Président de la République d'engager les forces armées en Irak, à la demande des autorités irakiennes, repose sur un triple objectif : - Un objectif de sécurité, car nous sommes confrontés à une menace directe, immédiate et d'une gravité exceptionnelle ; - Un objectif de stabilité, car Daech met en péril la survie et l'unité de l'Etat irakien dans une région stratégique ; - Un objectif de crédibilité, car lorsqu'un pays ami nous appelle à l'aide, quand des populations innocentes sont massacrés, quand nos partenaires dans la région sont menacés, quand un groupe terroriste d'une violence inouïe s'attaque à tout ce en quoi nous croyons, la France ne détourne pas le regard. Ce triple objectif ne peut s'inscrire que dans une solution politique dont cette opération militaire n'est qu'un des volets. Elle participe d'une stratégie de long terme. L'action de la France est nécessaire. Le Président de la République l'a décidée. Elle est légitime et conforme au droit international. Elle s'appuiera sur le professionnalisme et le sens du devoir de nos armées. Elle doit pouvoir s'appuyer sur le soutien de la Nation tout entière. Je souhaite donc pouvoir compter sur l'appui de la Représentation nationale. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/057.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/057.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3baa3d058efd8a7a7d41c42a886e6a530b532b52 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/057.txt @@ -0,0 +1 @@ +Chers Collègues, Mesdames, Messieurs, Je vous remercie d'être nombreux pour cette réunion, qui est organisée avec mon ami José Antonio Meade, autour de l'initiative sur l'encadrement du veto. Si vous le voulez bien, notre réunion va s'organiser ainsi. Dans un premier temps, après l'intervention de José, le prince Zeid, Haut-commissaire aux droits de l'Homme, et M. Simon Adams, président du Centre global pour la responsabilité de protéger, qui ici est un représentant de la société civile internationale, vont prendre la parole. Ensuite, dans un deuxième temps, je donnerai la parole à ceux d'entre vous qui ont souhaité s'exprimer, ils sont nombreux. Je donnerai également la parole à M. Adama Dieng, conseiller spécial du Secrétaire général pour la prévention du génocide. Mesdames et Messieurs, Chers Amis, Lorsque des atrocités de masse sont commises, nous ne pouvons pas nous résigner à la paralysie du Conseil de sécurité, comme c'est malheureusement le cas dans un certain nombre de circonstances, avec les conséquences que tout le monde constate. C'est une question d'humanité, c'est une question de défense des principes qui sont au fondement de la Charte des Nations unies. C'est également décisif pour le maintien de la paix et de la sécurité internationale. Lorsque la communauté internationale, que vous représentez, donne le sentiment de se détourner des souffrances de certains peuples et d'être incapable de résoudre les crises, alors, non seulement notre organisation des Nations unies est mise en cause, mais la radicalisation et le terrorisme trouvent un certain terreau. C'est pourquoi, l'an dernier, le président français a proposé que les membres permanents du Conseil de sécurité, nous sommes cinq, puissent s'accorder volontairement, pour ne pas recourir au veto en cas d'atrocités de masse. Nous avons précisé un mécanisme réaliste. D'une part, cet engagement collectif et volontaire des membres permanents, qui ne suppose donc pas de modification de la Charte - ce qui serait très compliqué - s'appliquerait en cas de génocide, de crime contre l'humanité ou de crime de guerre à grande échelle. D'autre part, afin de constater l'existence d'atrocités de masse, c'est le Secrétaire général des Nations unies qui aurait à se prononcer, soit de son propre chef, soit sur saisine du Haut-commissaire aux droits de l'Homme - dont je salue la présence amicale - ou d'un certain nombre d'États membres, que nous avons fixé à cinquante. Depuis que nous avons fait cette proposition, nous avons engagé des discussions approfondies avec les membres permanents. Ils sont représentés ici. Je ne peux pas dire que nous les ayons totalement convaincus, c'est un certain euphémisme. Mais nous pensons tout simplement que nous avons raison et que les discussions doivent se poursuivre sur les modalités de mise en oeuvre. Je dois vous remercier, parce que nous avons reçu un accueil très favorable d'un grand nombre de pays et de la société civile internationale, dont M. Adams est ici l'un des représentants. Bien sûr nous sommes tous ici des femmes et des hommes qui sont réalistes et nous ne sous-estimons pas les difficultés. Mais notre conviction est que le veto ne doit pas et ne peut pas être un privilège. Il implique des devoirs et une responsabilité particulière. S'il a été confié aux cinq membres permanents, c'est non pas pour paralyser la solution des conflits mais pour aider à la solution des conflits. Et c'est en ayant conscience de cela que la France, relayée par vous tous, fait cette proposition, qui est ambitieuse mais qui veut aussi être pragmatique. Elle est ambitieuse parce que si elle est acceptée, elle permettra au Conseil de sécurité d'assumer pleinement son rôle face aux atrocités de masse ; elle est pragmatique car il ne s'agit pas d'abolir le veto. Chers Amis, Chers Collègues, L'année prochaine nous allons célébrer les 70 ans des Nations unies. Cet anniversaire devra être utile. Toute une série de sujets seront abordés mais je pense que l'un des sujets sur lesquels nous devons impérativement avancer, c'est la réforme du Conseil de sécurité. Le président français a répété notre position bien connue sur l'élargissement nécessaire du Conseil dans les deux catégories de membres - je ne vais pas y revenir ici. Mais nous souhaitons aussi pouvoir avancer sur l'encadrement du veto. L'année qui vient doit donc être l'occasion d'une mobilisation, pour faire progresser les Nations unies au service de la paix et de la sécurité et du respect des droits de l'Homme. Je terminerai par une phrase. Nous sommes ici des spécialistes mais nous avons des comptes à rendre à l'opinion publique. Vous avez certainement tous la même expérience que moi. Nous sommes dans un monde très difficile, très dur, très conflictuel. Nos populations ne comprennent pas que le mode de fonctionnement actuel du Conseil de sécurité, lorsqu'il y a des atrocités de masse, non seulement n'arrive pas à dégager des solutions mais paralyse les solutions comme nous en avons eu, malheureusement, plusieurs exemples. C'est le sens de cette initiative que nous partageons avec vous tous et singulièrement avec mon voisin et ami, le ministre des Affaires étrangères du Mexique auquel je donne maintenant la parole. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/058.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/058.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..15e3558aeb092261fc3d9c4af826519492bc57fd --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/058.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-PIERRE ELKABBACH Heureux de vous accueillir. D'abord, Christiane TAUBIRA bonjour, merci d'être là. CHRISTIANE TAUBIRA Bonjour. JEAN-PIERRE ELKABBACH Tous les Français sont marqués par l'assassinat sauvage d'Hervé GOURDEL, pour lui les drapeaux sont en berne jusqu'à dimanche. Comment une démocratie doit-elle répondre à de tels criminels ? CHRISTIANE TAUBIRA Oui, il y a effectivement l'horreur du crime, il y a le cynisme, aussi, de la mise en scène, il y a cette émotion qui nous saisit tous, il y a notre recueillement et la façon dont nous nous inclinons devant la souffrance de sa famille et de ses proches, et puis il y a la réponse politique à apporter à cela. La réponse judiciaire, la réponse politique également, vous avez raison, comment une démocratie peut et doit y répondre. Elle doit y répondre avec efficacité, mais sans se perdre. Avec efficacité, parce que la démocratie c'est vraiment le meilleur système d'organisation de la vie commune. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais contre des barbares qui décapitent, crucifient, et qui le montrent, qui le mettent en scène, les peuples, dans l'ensemble, pensent que tous les moyens sont bons. Est-ce qu'ils ont tort ? CHRISTIANE TAUBIRA Qu'est-ce qu'on entend par tous les moyens ? On peut entendre proférer cette parole, mais une démocratie elle a des règles, et ce sont ces règles qui font son efficacité. Vous savez, nous travaillons depuis 2 ans, en tout cas depuis septembre 2012, à prévenir les actes terroristes, à prévenir la radicalisation violente, et nous le faisons avec des moyens. Nous avons augmenté les effectifs, nous avons, par exemple nous, un magistrat de liaison, nous avons une coopération de qualité avec les pays qui sont concernés, et en l'occurrence avec l'Algérie, nous avons des instruments judiciaires, telle que l'entraide pénale… JEAN-PIERRE ELKABBACH Et pourtant, il y a de plus en plus de jeunes qui partent. Les jeunes Français qui partent combattre en Syrie, en Irak, grâce à la loi bientôt votée, à leur retour ils seront arrêtés et sans doute jugés. Est-ce qu'il faut une cour spéciale, un tribunal d'exception pour eux ? CHRISTIANE TAUBIRA Mais, nous sommes armés, c'est-à-dire nous avons une démocratie qui n'est pas bancale, elle n'est pas bancale, nous avons un système judiciaire qui fonctionne. Nous avons adopté une loi antiterroriste en décembre 2012… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais ça ne suffit pas. CHRISTIANE TAUBIRA Justement, c'est bien pour ça que Bernard CAZENEUVE a porté devant le Parlement, qui a adopté à l'Assemblée nationale déjà, un texte antiterroriste, qui s'est enrichi de l'expérience de ce que nous avons observé, qui a introduit la possibilité de sanctionner des actes individuels et isolés, et qui a pris un certain nombre de dispositions pour lutter contre la cybercriminalité. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais comment on leur répond quand ils nous disent « message de sang », qu'ils décapitent, qu'ils tuent ? Est-ce qu'on leur répond avec les principes de la démocratie ou avec d'autres actes ? CHRISTIANE TAUBIRA Il n'y a pas à entrer dans un dialogue avec ces personnes, il y a à les combattre, et c'est bien pour ça que j'ai commencé à parler d'efficacité et que j'ajoute, sans se perdre, parce que notre système est supérieur, et la République française, qui a une forte identité en plus, elle pose des valeurs, et ces valeurs sont protectrices pour ses citoyens. Donc, nous sommes efficaces, Monsieur ELKABBACH, puisque nous démantelons des réseaux, nous sommes efficaces, et nous augmentons nos capacités à prévenir et à prévoir, et nous le faisons en interministériel, avec le ministère des Affaires étrangères, le ministère de la Justice, le ministère de l'Intérieur. Nous avons augmenté des effectifs, nous croisons nos équipes de renseignements… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais vous avez dit nous les combattons… CHRISTIANE TAUBIRA Oui, mais j'essaie de vous expliquer comment nous les combattons… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais on le sait, on le sait, on le comprend. CHRISTIANE TAUBIRA Mais comme vous m'interrompez à tous les quarts de phrase, je m'obstine pour essayer de faire entendre comment nous combattons, parce que nous avons mis en place toute une série de dispositifs, depuis 2 ans, que nous avons renforcés, en particulier, depuis mars 2014. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et en même temps, il y a l'action militaire, l'offensive militaire décidée par le président de la République. Le Conseil des ministres, ou le Conseil de Défense, a dit hier « la France apportera son soutien à tous les Etats qui en feraient la demande. » Si Bachar EL-ASSAD nous appelle et nous demande, on y va, en Syrie ? CHRISTIANE TAUBIRA Monsieur ELKABBACH, ce sont des décisions qui relèvent du président de la République. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais votre avis. CHRISTIANE TAUBIRA Je n'ai pas à vous donner mon avis sur une compétence qui relève du président de la République. Je suis membre de ce gouvernement, je suis solidaire de l'équipe… JEAN-PIERRE ELKABBACH Allez-y, vous êtes solidaire. CHRISTIANE TAUBIRA Le président de la République a la compétence exclusive pour décider de telles actions. JEAN-PIERRE ELKABBACH Je vous pose la question de « La Croix » ce matin, comment vous qualifiez, vous, la guerre contre le terrorisme ? CHRISTIANE TAUBIRA Je ne comprends pas, comment qualifier la guerre contre… JEAN-PIERRE ELKABBACH Comment vous la qualifiez, ce qui est en train de se passer, c'est une guerre, c'est… ? CHRISTIANE TAUBIRA Mais quelle importance, ce qui compte ce sont les réponses que nous mettons en place, et les réponses visent à protéger les citoyens Français, elles visent à sanctionner, elles visent à démanteler les filières, elles visent à prévenir, à désendoctriner, elles visent à accompagner les familles, c'est pour ça que nous avons mis en place un Centre national, téléphone et web, de façon à ce que des signalements permettent aux pouvoirs publics d'accompagner les familles. Sur 350 signalements, nous avons pu éviter 70 départs. Voilà ce que nous visons. Nous ne sommes pas dans une guerre des mots, nous ne sommes pas dans une guerre des mots. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ce matin… CHRISTIANE TAUBIRA Des vies sont en jeu, des vies. JEAN-PIERRE ELKABBACH Evidemment. Ce matin, avec toutes les mesures que vous présentez, est-ce que vous dites la France est en sécurité ? Parce qu'il y a un affolement, il y a une angoisse, il y a des mesures de protection, mais est-ce que la France est en sécurité ? CHRISTIANE TAUBIRA Il n'y a pas d'affolement, il y a une inquiétude et elle est légitime, elle est normale, et cette inquiétude elle est bienvenue également parce qu'elle augmente la vigilance et les veilles. Il n'y a pas d'affolement parce que la France est armée et que la France se donne les moyens. Nous travaillons depuis des mois, depuis 2 ans en interministériel, et depuis 6 mois de façon systématique, et je vous répète que nous avons renforcé la formation des personnels de renseignements, y compris de renseignement pénitentiaire, que nous croissons les équipes, que nous introduisons des effectifs dans… JEAN-PIERRE ELKABBACH (Soupir.) CHRISTIANE TAUBIRA Oui, je suis désolée, mais j'essaie de répondre à vos questions Monsieur ELKABBACH. JEAN-PIERRE ELKABBACH Christiane TAUBIRA, cet après-midi les musulmans, horrifiés par le crime, vont manifester à la Mosquée de Paris, pour montrer que la Nation est une et indivisible. Est-ce que vous irez, est-ce que vous soutenez ce mouvement, ce sursaut, des musulmans qui n'ont pas envie d'être confondus avec les islamistes jihadistes ? CHRISTIANE TAUBIRA Evidemment que la Nation est une et indivisible, il ne m'est jamais venu à l'esprit, moi, de considérer que les Français de croyance musulmane étaient concernés par les actes barbares, meurtriers, criminels, sauvages, qui sont perpétrés dans ces lieux. Ça ne m'est jamais venu à l'esprit. Evidemment je comprends que pour la Nation cette prise de position, cette façon de dire collectivement, collectivement, mais pas seuls musulmans, « nous Français, de confession musulmane, nous n'avons rien à voir avec ça, mais ce n'est pas juste en tant que musulmans que nous imposons ce point de vue », ils appellent leurs amis à être à leurs côtés, et bien entendu les Français musulmans sont musulmans français, ils sont tout simplement Français surtout. JEAN-PIERRE ELKABBACH Christiane TAUBIRA, il y a toutes les réformes dont vous viendrez parler un jour avec nous dans « Le Grand Rendez-vous », et un matin, les réformes que vous êtes en train de lancer pour la justice au 21ème siècle, il y a des réformes, mais, le gouvernement, aujourd'hui divisé, a poussé la direction d'AIR FRANCE, ce n'est pas votre secteur, mais c'est la philosophie, l'a poussée, la direction d'AIR FRANCE, à céder aux pilotes en grève. Comment peut-on croire aux réformes si on n'ose rien imposer à des privilégiés arrogants ? CHRISTIANE TAUBIRA Je ne sais pas qui vous mettez derrière les privilégiés arrogants. JEAN-PIERRE ELKABBACH Les pilotes. CHRISTIANE TAUBIRA Ah bon ? Moi je n'ai pas de raison particulière de la caractériser comme privilégiés arrogants. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais on leur cède. CHRISTIANE TAUBIRA Attendez, c'est un dialogue social entre la direction d'AIR FRANCE et ces personnels. JEAN-PIERRE ELKABBACH Plus de 12 jours de grève, tout le pays affaibli, ils fatiguent une économie. CHRISTIANE TAUBIRA Non mais là vous êtes en train de faire votre émission, Monsieur ELKABBACH… JEAN-PIERRE ELKABBACH Je vous pose des questions. CHRISTIANE TAUBIRA Vous êtes en train de faire votre chronique. Je constate que vous reportez à un nouveau rendez-vous ma responsabilité ministérielle, et vous voulez m'entraîner sur un chemin de caractérisation des personnes qui posent des revendications. Je n'ai pas à porter de jugement sur ceux qui posent des revendications, y compris dans mon secteur de la justice… JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous, vous pouvez faire les réformes, vous pouvez réformer les professions… CHRISTIANE TAUBIRA Mais je me bats pour les expliquer, pour les expliquer, pour les faire accepter, et pour les faire en concertation, c'est une méthode que j'ai choisie et qui donne de bons résultats depuis 2,5 ans. THOMAS SOTTO Merci beaucoup Christiane TAUBIRA d'être venue ce matin sur EUROPE 1. Je précise que dimanche… CHRISTIANE TAUBIRA C'était bien étrange. THOMAS SOTTO C'était bien étrange… il y a toujours une petite appréciation après une interview de Christiane TAUBIRA… CHRISTIANE TAUBIRA Pardonnez-moi. THOMAS SOTTO Elle fait le débrief elle-même. Dimanche c'est donc Ségolène ROYAL qui sera votre invitée, Jean-Pierre, pour « Le Grand Rendez-vous EUROPE 1 I TELE Le Monde », rendez-vous à 10H00. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et étrange de part et d'autre. CHRISTIANE TAUBIRA Oui. JEAN-PIERRE ELKABBACH A bientôt Christiane TAUBIRA. CHRISTIANE TAUBIRA C'est l'action et la réaction, je ne sais pas qui a la réaction. THOMAS SOTTO Les auditeurs jugeront. JEAN-PIERRE ELKABBACH Moi j'ai une idée. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/059.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/059.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..cade7c28391d7db67c1926365e1032725bda9fa4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/059.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, messieurs les parlementaires, Messieurs les officiers généraux, Mesdames, messieurs les élus, Mesdames, messieurs, Ouvrir ce séminaire, retrouver le cadre de cet amphithéâtre FOCH est un réel plaisir. C'est aussi, au regard des enjeux nationaux, internationaux, une très grande responsabilité… Et une très grande exigence. Vous êtes, en effet, toutes et tous, dans vos domaines respectifs, des responsables de haut niveau, sensibles aux sujets de sécurité et de défense. Vous connaissez l'importance que j'accorde, comme ancien ministre de l'Intérieur, à la réflexion et à l'anticipation des menaces. Je reviendrai sur vos missions en tant qu'auditeurs. Mais je veux d'ores et déjà vous dire que je serai très attentif aux travaux que vous allez produire. Vous contribuez à nourrir les idées, les doctrines de ces grandes maisons que sont les armées, les forces de sécurité et la justice. Je voulais donc vous en remercier. Le constat sera, je le sais, partagé : la mondialisation rend nos sociétés beaucoup plus perméables aux menaces de toutes sortes. L'approche globale celle que nous adoptons pour nos politiques de défense et de sécurité entend donc y répondre. Vos origines professionnelles, mais aussi vos instituts incarnent par excellence la réalité de cette continuité entre défense et sécurité. 1/ Dans un monde complexe et incertain, l'état agit sur tous les fronts pour assurer la protection de la France et des Français. Vous connaissez la situation géopolitique actuelle. La France et l'Europe sont confrontées à plusieurs défis sécuritaires d'une gravité exceptionnelle. Le premier, j'y reviendrai dans un instant, c'est naturellement le groupe terroriste Daech, et la situation du Moyen-Orient. Je veux ici, devant vous, avoir une pensée pour notre compatriote Hervé-Pierre GOURDEL, pour ses proches et sa famille. La Nation a été touchée mais, comme l'a dit le Président de la République, la France ne cède pas. Et elle ne cédera jamais devant ceux qui entendent l'intimider. Sa force, c'est son unité. Les terroristes djihadistes frappent au Moyen-Orient, sur le continent africain, de la corne de l'Afrique au Maghreb, de la Libye au Golfe de Guinée. En raison de l'extrême faiblesse voire de l'absence ! De certains états, des régions entières offrent un terreau favorable aux trafics en tout genre et aux affrontements armés. L'Afrique doit aussi faire face à l'épidémie du virus Ebola, menace différente mais tout aussi grave. Ce fléau requiert la solidarité de tous. Il y va de notre propre sécurité. à l'Est de l'Europe, à quelques heures d'avion de la France, le conflit russo-ukrainien constitue l'une des crises les plus graves depuis la fin de la guerre froide. La politique de puissance de la Russie a remis en cause des principes essentiels tels que l'intangibilité des frontières et l'intégrité territoriale des états. Toutes ces crises, de nature diverses, nous concernent directement. Elles nous imposent une mobilisation sans précédent. Elles nous imposent d'agir. Car la France est une grande puissance et se comporte comme telle, en contribuant à la stabilité du monde. Face aux menaces, face à la barbarie, elle assume ses responsabilités, elle prend l'initiative. Parce que la sécurité de l'Europe est menacée. Parce que notre sécurité nationale est en jeu. Ces crises que je viens d'évoquer, pour en montrer la concomitance, nécessitent l'action de la France. Je veux donc revenir sur le détail des opérations en cours. Mais avant, je tiens à exprimer le soutien de la Nation aux militaires engagés sur les théâtres d'opérations, au service de la France. Leur courage et leur professionnalisme forcent l'admiration de nos concitoyens et de nos alliés. Chacune et chacun d'entre vous connaît les exactions et les horreurs perpétrées par Daech à la demande des autorités de Bagdad, le Président de la République a donc décidé d'engager les forces armées en Irak. La semaine dernière, j'ai expliqué devant la représentation nationale les conditions et l'objectif de notre intervention : affaiblir cette organisation terroriste et aider les forces de sécurité irakiennes et les combattants kurdes à restaurer la souveraineté de l'Irak. Les limites sont elles aussi connues : il n'y aura pas de troupes françaises au sol. La France a fait le choix de conduire des opérations aériennes sur le territoire irakien. à ce titre, nous venons de renforcer notre dispositif déployé dans la région par des moyens aériens et navals. Nous resterons impliqués, le temps qu'il faudra, jusqu'à ce que l'armée irakienne ait retrouvé la supériorité face aux terroristes. Cette action militaire réagit à une urgence, une situation de crise. Mais la réponse ne peut passer que par une stratégie d'ensemble. C'est pour cela que nous avons organisé la conférence internationale de Paris, sous l'autorité du Président de la République. Nous y avons défini une coalition politique et militaire, ainsi qu'une stratégie plus globale de lutte contre Daech. Contre le fanatisme, cette idéologie de mort qui détourne, corrompt le message de l'Islam, c'est aussi à nos partenaires, les pays arabes, d'agir sur le long terme, avec une réponse diplomatique et surtout politique aux causes de la menace. Sans cette réponse de long terme, l'action militaire risque d'être vaine. Dans cette région, la question de la Syrie demeure aussi une vraie difficulté. Le régime de Bachar AL-ASSAD continue de semer un chaos qui profite aux terroristes. Il ne peut donc en aucun cas être un partenaire. La France maintient son choix de soutenir l'opposition modérée au régime de Bachar AL-ASSAD. Le terrorisme djihadiste ne se limite pas à la région du Levant. Il frappe dans plusieurs régions d'Afrique, au Sahel, en Libye, dans la région du lac Tchad ou encore en Somalie. Les filières terroristes trouvent dans ces régions déstabilisées les moyens de se développer. La stratégie de lutte contre le terrorisme mise en œuvre par la communauté internationale doit donc suivre une approche globale. Nous ne pouvons nous permettre de négliger un seul de ces foyers de tensions. Il faut limiter et cloisonner l'action des groupes terroristes là où ils se trouvent, afin de les couper de leurs soutiens. Cette stratégie nécessite la mobilisation des pays concernés, des organisations régionales, mais aussi de l'ensemble de la communauté internationale. La France y prend toute sa place et toute sa part avec une réponse à la fois politique et militaire. Avec l'opération Barkhane, elle a renforcé sa capacité d'action au Sahel. Au Mali, nos soldats appuient la force des Nations unies et les forces armées maliennes. L'Union européenne est également engagée au profit de la formation des militaires maliens. La reconstruction du Mali est désormais en marche : des élections ont eu lieu et le processus de réconciliation est lancé, sous l'impulsion de la médiation algérienne, avec le soutien de la communauté internationale. Seule une solution politique permettra de restaurer la paix et la stabilité dans le Nord du pays, où des groupes terroristes représentent toujours une menace. Notre redéploiement en Afrique de l'Ouest permet de prolonger notre action à l'ensemble de la région, au moment où la situation sécuritaire au Sud de la Libye est particulièrement préoccupante. Au Nigéria, la première puissance économique africaine, la France appuie la lutte contre la secte Boko Haram, en coordination avec l'ensemble des états voisins. La France agit également en Centrafrique, où la force Sangaris est intervenue en décembre dernier pour éviter que ce pays ne sombre dans le génocide. Comme au Mali, la reconstruction sera longue. Mais la transition est enclenchée, même si des tensions persistent. Les Européens sont sur le terrain, au cœur de la capitale. Mi-septembre, les Nations unies ont pris le relais de la force africaine, concrétisant ainsi les efforts que nous avons engagés depuis plus d'un an. Cette mobilisation croissante de la communauté internationale devrait nous permettre d'envisager prochainement une adaptation de notre dispositif. Mesdames, messieurs, Vous le savez, la France assume ses responsabilités. Pour la stabilité du monde, pour la protection de ses ressortissants, pour la défense de ses valeurs et de ses intérêts. Pour cela, nous avons besoin d'un outil militaire performant. La France est fière de ses armées. Elle est l'un des rares pays au monde à pouvoir disposer d'un outil de défense capable de faire face à toutes les menaces. Nos armées ont pour vocation de défendre la France et les Français. Elles prennent une part active à la protection du territoire national. Nos forces sont quotidiennement présentes en métropole et dans les territoires ultramarins. Elles surveillent également nos espaces aériens et maritimes, au titre de la police du ciel et de l'action de l'état en mer. Nos armées, nous venons de le voir, sont également déployées hors de nos frontières, sur de nombreux théâtres d'opérations. Là où ils se trouvent, nos soldats participent directement à la sécurité de la France mais aussi de l'Europe. La France est aussi un pilier de l'OTAN. Le sommet de Newport au Pays de Galles a permis de réaffirmer la force du lien transatlantique. Il a aussi conforté l'unité et la solidarité entre alliés sur le continent européen. Mais j'ai cette conviction : si l'Europe veut être une grande puissance politique et économique, elle doit aussi renforcer ses propres moyens d'interventions militaires et diplomatiques. Cela passe en particulier par l'affirmation d'une véritable industrie européenne de défense. La France montre l'exemple. Elle mobilise ses partenaires européens pour qu'ils s'investissent davantage. Cette mobilisation doit concerner tous les types de crises, y compris les crises humanitaires et sanitaires. à ce titre, l'épidémie Ebola permet à l'Europe de marquer sa solidarité. Mettre à disposition des pays concernés des capacités et des aides financières, c'est sauver des vies, et protéger les nôtres. Si nous sommes en capacité d'intervenir rapidement, partout dans le monde, c'est grâce aux décisions prises par le Président de la République, et traduites dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. L'évolution de la situation internationale confirme le bien fondé des choix que nous avons opérés. Nous avons fait le choix de l'autonomie stratégique garantie par la dissuasion nucléaire, forte de ses deux composantes, et fondée sur le principe de stricte suffisance. C'est aussi le choix d'un modèle d'armée efficace, adapté aux nouvelles formes des crises, qui garantit la cohérence entre les moyens humains et les équipements, entre les forces combattantes et le soutien. Ces choix nécessitent de disposer des ressources budgétaires adaptées. Le Président de la République a fait le choix de maintenir les crédits de la défense pour les prochaines années. Dans le contexte budgétaire difficile que nous connaissons, c'est un véritable engagement. Et nous avons traduit cet engagement dans la loi de programmation 2014-2019 votée l'an dernier. Je veux d'ailleurs saluer l'action de Jean-Yves LE DRIAN. Et cela alors que la défense conduit avec volontarisme une réforme en profondeur, qui touche sa gouvernance, son organisation et ses effectifs. 2/ L'état est pleinement mobilisé pour la sécurité de nos concitoyens sur notre sol Je le disais il y a un instant, adopter une réponse globale aux menaces, c'est penser la continuité entre la défense et la sécurité, entre nos actions intérieures et extérieures. C'est aussi ce qui donne aussi tout son sens à ce séminaire de rentrée conjoint à l'IHEDN et à l'INHESJ. Vos instituts impulsent tous deux une dynamique importante, chaque année renouvelée, pour la culture de sécurité et de défense de notre pays. La perméabilité aux nouvelles menaces est une donnée du monde contemporain, qui nécessite d'adapter nos doctrines. Nous le savons tous ici, nous devons faire face à une menace terroriste qui, au-delà de ses mutations et de la diversité de ses manifestations, est devenue structurelle. Elle sera présente pendant de longues années. S'adapter à cette menace ne veut pas dire la tolérer. Car le premier objectif des terroristes, c'est de répandre la peur. C'est de frapper les consciences et la vie collective. C'est de s'en prendre aux valeurs de nos démocraties. Même s'il se forme à l'étranger, l'ennemi peut être un de nos ressortissants. Il faut comprendre cette évolution. Les parcours de radicalisation ont changé. Ils se sont raccourcis, s'opèrent de plus en plus à travers l'internet. L'action directe, légitimée à distance, est théorisée et encouragée. Nous devons mieux comprendre pourquoi, en deux ans, une idéologie violente et mortifère a pu se répandre à ce point. Elle concerne désormais des milliers de personnes envisageant de se rendre en Syrie ou en Irak. Près de 600 d'entre eux sont effectivement parvenus en Syrie. Ces derniers mois, 119 individus ont été interpellés, 81 ont été mis en examen et 56 ont été incarcérés. Des départs de combattants, y compris de mineurs, ont été empêchés. Et plusieurs projets d'attentats sur notre territoire ont été déjoués. Je sais qu'au cours des sessions, des travaux approfondis sont prévus sur les enjeux de prise en charge, de suivi individuel, de dé-radicalisation. Je m'en réjouis car ils correspondent à un véritable besoin. Lutter contre le terrorisme requiert du sang-froid, de la détermination et de la méthode. En aucun cas, cela n'implique de renoncer à nos traditions juridiques, ni de rompre l'équilibre qui doit prévaloir entre les principes constitutionnels de protection de l'ordre public et de préservation des libertés individuelles. Dans chacun de vos instituts, il vous revient de re-visiter et de reformuler en permanence ce souci d'équilibre. Il nous faut toutefois être implacable dans la lutte contre le terrorisme. C'est pourquoi, dès décembre 2012, une première loi anti-terroriste a renforcé la lutte contre le cyberdjihadisme. Ce travail s'est poursuivi et enrichi avec le plan de prévention de la radicalisation, présenté en avril dernier par Bernard CAZENEUVE. Enfin, un projet de loi a été adopté le 18 septembre par l'Assemblée nationale, à la quasi-unanimité. Il est désormais examiné par le Sénat. Vous en connaissez les quatre objectifs principaux : Prévenir et contrarier les départs ; Mieux lutter contre la diffusion de la propagande terroriste, notamment sur Internet ; Prendre en compte les nouveaux modes opératoires des terroristes, notamment ceux agissant seuls ; Enfin, doter la justice et les services de police de moyens d'investigation adaptés à la menace. Assurer la sécurité de nos concitoyens, c'est aussi être vigilant quant aux nouvelles menaces, et notamment celles liées à la cyber-sécurité. Internet et le numérique, c'est une formidable source d'opportunité. Mais c'est aussi le lieu d'actions susceptibles de porter gravement atteinte aux intérêts de la France et de nos entreprises. De porter atteinte également à la vie privée de nos compatriotes. Alors que la dépendance vis-à-vis des systèmes d'information ne cesse de croître, ces cyberattaques peuvent nuire à la souveraineté de l'état, à son autonomie de décision et à sa résilience. Elles peuvent également désorganiser les activités vitales de notre pays comme les transports, la production et la distribution d'énergie, les communications ou la santé. Face à ces attaques, d'où qu'elles viennent, il est nécessaire de protéger efficacement nos systèmes d'information stratégiques. Le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013 insiste sur le renforcement des capacités de cyberdéfense. Et la loi de programmation militaire a accru les moyens juridiques des services de l'état dans ce domaine. Enfin, les moyens de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) sont renforcés à hauteur de l'enjeu : l'agence est en train de passer de 110 collaborateurs à 420, et 500 fin 2015. L'autre enjeu majeur et émergent que nous devons prendre en compte, c'est l'intelligence économique. La mondialisation des échanges, la concurrence internationale exacerbée, l'évolution permanente des réglementations et des normes, les innovations techniques et technologiques placent l'information au cœur de la stratégie d'entreprise. Il est indispensable pour les acteurs économiques de protéger leurs informations, leurs savoir-faire. Mais il est tout aussi important pour eux de savoir avant les autres, de comprendre et d'anticiper les mutations qui affectent leurs secteurs économiques. C'est le sens de la politique publique mise en œuvre par le Gouvernement, confiée à la Délégation interministérielle à l'intelligence économique (D2IE). Nous avons deux objectifs majeurs : améliorer la compétitivité des entreprises et soutenir la croissance et l'emploi. Cela ne concerne pas que les grands groupes. Nos laboratoires de recherche, dont l'excellence est reconnue, les entreprises, de toutes tailles, œuvrant dans des domaines stratégiques (aéronautique, spatial, défense, nucléaire, énergie, biotechnologies, nanotechnologies…), constituent autant de cibles. Pour des puissances ou groupes étrangers, l'appropriation de nos savoir-faire - ou l'éviction de nos entreprises des marchés mondiaux - sont devenues des objectifs au même titre que la conquête de part de marché. 3/ La défense et la sécurité des Français, c'est l'affaire de tous. C'est pour cela que l'ensemble des acteurs doivent renforcer leurs coopérations. Les missions de protection de l'ordre et de la sécurité publics, tout comme la charge de rendre la justice, sont au cœur des fonctions régaliennes de l'état. Je connais la beauté, mais aussi l'exigence quotidienne de ces métiers. Pour autant, il est essentiel de ne pas se laisser emporter par le traitement quotidien des urgences. Pour ces institutions, il faut savoir prendre le temps de réfléchir de manière critique, de former les acteurs, de fournir des repères scientifiques, de confronter les cultures professionnelles. Au sein des politiques de sécurité et de justice actuelles, j'identifie trois champs d'étude, de formation et de recherche qui me paraissent prioritaires : l'approche intégrée de la chaîne pénale, la consolidation d'une véritable culture de la statistique publique et l'enrichissement des réponses pénales par la confiscation des avoirs criminels. L'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ) dont le « J » de justice mérite d'être consolidé - doit être un acteur de référence sur les questions de sécurité, et contribuer à cette réflexion sur la chaîne pénale. Notre système institutionnel a besoin de cette structure capable d'embrasser l'ensemble du processus policier, judiciaire et pénal. Et de le faire sans confusion sur le rôle des uns et des autres, et sans oublier le statut et les prérogatives particulières des magistrats. Cette ambition, je la partage également pour l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) composante de l'INHESJ. Nous fêtons cette année le 10ème anniversaire de l'ONDRP née il faut le souligner ! d'une impulsion transpartisane, le rapport CARESCHE-PANDRAUD. Il s'agit d'une institution remarquable. L'ONDRP a progressivement contribué à modifier les termes du débat public. Il a su importer la méthode de l'enquête de victimation. Elle est devenue une référence incontournable, et l'outil le plus pertinent à confronter avec les statistiques policières de la délinquance. Beaucoup reste à faire pour développer une véritable culture de la statistique publique dans ce domaine. Et c'est essentiel pour nourrir le débat et les orientations de manière démocratique, transparente et non partisane. Les systèmes d'information des forces de sécurité d'une part, et de la justice d'autre part, sont structurellement incapables de communiquer. Il n'existe aucun continuum dans les procédures, faute d'aboutissement de la réflexion sur le numéro unique. On ne confronte pas les statistiques de la réitération avec celles de la récidive ! Des institutions qui prennent en charge les mêmes publics ne partagent pas leurs données, même de façon anonymisées ! En quelque sorte, le système compartimente le savoir et empêche toute évaluation globale et sérieuse des politiques publiques. C'est absurde ! Je souhaite donc que l'on travaille désormais à la mise en cohérence et en compatibilité des systèmes d'information. Et je compte sur les deux Services statistiques ministériels et sur l'ONDRP pour être les moteurs de ce chantier. L'ONDRP doit aussi développer davantage le second pilier de son action, à savoir la participation à l'effort français de recherche appliquée en matière criminologique. Dans ce domaine, la France peut faire davantage. Une politique de sécurité globale et cohérente doit également avoir l'ambition de comprendre les mutations de la délinquance. C'est le troisième champ d'étude qu'il faut approfondir. Notre pays vient de connaître un débat parlementaire nourri sur la réforme pénale, sur le sens de la peine, sur l'articulation des réponses en milieu ouvert comme en milieu fermé. J'y ai moi-même participé avec conviction. Je resterai vigilant afin que les engagements pris par le Gouvernement soient tenus. Contrairement à ce que certaines voix, de façon simpliste, voudraient faire croire, en 2011, avant même l'arrivée en fonction de ce Gouvernement donc 3 décisions de justice sur 4 s'exécutaient hors milieu carcéral. Enrichir les réponses pénales, c'est continuer de proposer diverses formes de contrainte pénale, de sursis, de conditionnalité ou d'exécution en milieu ouvert. Mais il y a un domaine dans lequel nous pouvons encore largement progresser : la saisie et la confiscation des avoirs criminels. S'attaquer au patrimoine des délinquants, c'est un signal fort. Les priver de ce capital, c'est perturber le financement de leurs activités. Mais c'est également une réponse claire et lisible qui est ainsi adressée aux victimes et aux témoins des activités délictuelles et criminelles. Enfin, c'est un dispositif vertueux sur le plan financier. En effet, une fois ces biens confisqués par une décision de justice définitive, ils sont revendus. Et le produit de leur vente est reversé au budget de l'état après avoir, le cas échéant, servi à dédommager les victimes. Je demanderai à la Garde des Sceaux et au ministre de l'Intérieur de réfléchir ensemble à de nouvelles initiatives et de me formuler des propositions conjointes. Il me paraît d'ailleurs normal que les acteurs de ce mécanisme puissent bénéficier d'un taux de retour raisonnable, à l'heure où les budgets sont contraints. Mesdames, messieurs, La France fait face à une période de crises. Une crise économique, sociale, mais aussi une crise d'identité et de confiance. Dans le même temps, les menaces contre notre pays ont rarement été aussi fortes. Cela impose que chacun d'entre nous fasse preuve de clairvoyance, de courage et de patriotisme. Mais cela impose aussi de l'imagination et de la confiance. Les commémorations du centenaire de la Grande guerre et du 70ème anniversaire de la Libération nous rappellent que notre pays a su se relever, faire face aux épreuves de l'Histoire. Je suis heureux que les forces armées, la justice, et les forces de sécurité soient associées à ce travail de mémoire. Il nous rappelle d'où nous venons et doit nous donner la force de nous rassembler pour affronter l'adversité. Les problématiques de défense et de sécurité sont par nature complexes. Elles nécessitent la mobilisation de toutes les forces vives de la Nation. Vos deux instituts jouent pour cela un rôle majeur. D'abord parce qu'ils sont avant tout des lieux d'échanges. Ils permettent de rapprocher des membres des fonctions publique et militaire, des cadres de la société civile, des représentants de pays alliés et des élus de la Nation. Ensuite parce que cette richesse humaine ainsi rassemblée est placée dans les conditions de qualité pour étudier, rechercher, analyser, réfléchir. Servir son pays est une très belle mission, l'une des plus nobles qui soit. C'est le choix que vous avez fait en plaçant votre expérience et votre intelligence au service de notre réflexion sur la défense et la sécurité nationale. Vous avez également fait le choix d'être des messagers, des ambassadeurs. La transmission est en effet au cœur du métier de vos instituts. Une transmission orientée d'abord vers les jeunes, mais diffusée également à l'ensemble de la société française, dans tout le territoire, ainsi qu'à l'étranger. Une transmission qui ne se résume pas à une année de formation, mais qui doit se prolonger au-delà, par l'intermédiaire des associations d'auditeurs, dont le rôle essentiel mérite d'être souligné. C'est tout au long de vos carrières, de vos vies, que vous pourrez diffuser les messages essentiels forgés ici. Je veux vous dire que je compte sur vous pour faire preuve d'innovation, pour sortir des sentiers battus, pour privilégier une réflexion décloisonnée. Pour contribuer aussi à donner à notre pays un temps d'avance dans la compréhension des évolutions du monde. Anticiper, c'est le meilleur des choix stratégiques. Je compte sur vous pour former, sensibiliser, rayonner, car telle est la vocation de vos instituts. Telle est votre exigence. Je sais que c'est l'ambition portée par vos directeurs, le général de COURREGES et le préfet SCHOTT, à qui je renouvelle ici toute ma confiance Par votre présence ici ce soir, chacune et chacun d'entre vous incarnez cet engagement au service de la France. Et en vous engageant, vous rendez hommage à l'engagement de ce qui vous ont précédé, et à l'engagement des femmes et des hommes qui, sur notre territoire et hors de nos frontières, agissent avec courage pour la défense de notre drapeau et la promotion de nos valeurs. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/060.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/060.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7c4ffad003b5abe279c31ad618cb4475776ad18e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/060.txt @@ -0,0 +1 @@ +Arnaud Pontus Votre invité Frédéric Rivière, en duplex ce matin de Luxembourg, dans les studios de la radio 100,7, que l'on remercie ici, vous interrogez ce matin Bernard Cazeneuve, le ministre français de l'Intérieur. Frédéric Rivière Bonjour Bernard Cazeneuve. Bernard Cazeneuve Bonjour. Frédéric Rivière Vous avez dîné hier soir au Luxembourg avec vos collègues ministres de l'Intérieur de l'Union européenne et les responsables des grandes plateformes Internet, que sont Facebook, Twitter, Google et Microsoft. L'objectif, c'était de discuter des moyens de renforcer la lutte contre la promotion du terrorisme ou du djihadisme sur Internet. Est-ce que vous avez rencontré des interlocuteurs déterminés à vous aider dans ce combat ? Bernard Cazeneuve Oui, cette rencontre était intéressante, elle avait été souhaitée notamment par le ministre belge de l'Intérieur et moi-même depuis plusieurs mois, parce que nous constatons qu'un très grand nombre de ceux qui basculent dans le terrorisme en Irak et en Syrie le font après une fréquentation de la violence exclusive de tout autre sur Internet. Et par conséquent, nous voulions mobiliser les acteurs de l'Internet au combat que nous menons contre le terrorisme. Et nous avons trouvé effectivement des interlocuteurs très ouverts qui nous ont expliqué ce qu'ils font déjà, ça nous a permis de leur dire ce que nous nous apprêtions à mettre en œuvre dans nos législations nationales. Et j'ai pu notamment leur indiquer que, en France, nous allions prendre des décisions législatives qui n'étaient pas destinées à remettre en cause la liberté d'expression sur Internet, mais au contraire, à faire en sorte qu'après que des faits leur ont été signalés, qu'ils puissent intervenir pour nous aider à couper l'accès à des images, à des vidéos, à des sites de propagande, qui sont de véritables apologies du terrorisme ou de provocation au terrorisme. Frédéric Rivière Qu'est-ce que vous attendez d'eux aujourd'hui, plus de rapidité, plus de réactivité, plus de surveillance ? Bernard Cazeneuve Il faut qu'ils s'arment comme nous, techniquement, face à la réalité du terrorisme, qu'ils soient en situation de couper l'accès à ces sites, à ces blogs, qui sont, encore une fois, des véritables instruments de propagande à destination des publics les plus vulnérables de nos pays, pour les inciter à basculer dans le terrorisme, c'est-à-dire dans la barbarie et dans la mort. Et on a trouvé des interlocuteurs qui comprennent la contrainte des Etats, qui sont prêts à nous accompagner, et qui sont prêts aussi à faire en sorte que les dispositions législatives que nous nous apprêtons à prendre soient mises en œuvre par eux dans les meilleures conditions. Je rappelle quelles sont les dispositions législatives françaises, il s'agit d'abord de faire en sorte que sous le contrôle d'une personnalité qualifiée, nous appelions l'attention des opérateurs Internet sur la nécessité de couper un certain nombre d'images ou de sites qui appellent au terrorisme, et si ce n'est pas fait, ensuite, nous bloquons l'accès. Mais j'ai compris hier soir qu'ils étaient prêts à le faire eux-mêmes, c'était d'ailleurs l'objet de la loi que je présente, et j'ai compris qu'elle avait une efficacité dans la relation avec les opérateurs Internet. Frédéric Rivière Il y a également la prison qui est reconnue comme un lieu de radicalisation, souvent extrêmement rapide, dans ce domaine-là, qu'est-ce que vous pouvez faire ? Bernard Cazeneuve Nous travaillons avec Christiane Taubira sur la question de la radicalisation en prison, nous constatons que la radicalisation s'opère essentiellement par Internet, et pour ceux qui ont commis des actes délictueux et qui se trouvent emprisonnés parfois en prison, parce que, il n'y a pas assez d'aumôniers, parce qu'il y a des groupes qui se constituent en prison, et qui s'auto-radicalisent, donc nous travaillons actuellement avec la Garde des sceaux à un plan contre la radicalisation en prison. Nous le faisons de façon très étroite, en faisant travailler le service du renseignement pénitentiaire et le service de renseignements, qui dépend de ma responsabilité, nous le faisons en recrutant des aumôniers, nous le faisons en développant des politiques d'insertion et d'accompagnement de ceux qui sont notamment psychologiquement fragiles en prison. Donc nous travaillons de façon très étroite ensemble pour lutter contre cette radicalisation. Frédéric Rivière Le nombre de Français engagés dans les combats, au côté de groupes terroristes en Syrie ou en Irak, a nettement augmenté au cours des six derniers mois, vous avez-vous-même donné les chiffes hier, on est passé de 230 à 350 personnes, il y a encore tout récemment, le cas de ces 11 personnes d'une même famille, parties ces derniers jours de Nice ; comment vous expliquez, Bernard Cazeneuve, ce pouvoir d'attraction, j'allais dire presque de séduction qu'a aujourd'hui l'Etat islamique sur un certain nombre de ressortissants français et européens d'ailleurs ? Bernard Cazeneuve D'abord, vous avez raison de signaler l'augmentation du nombre de ceux qui sont partis dans ces groupes terroristes ou qui veulent le faire ou qui sont en transit quelque part, entre la France et la Syrie. L'augmentation du nombre est de 82% depuis le début de l'année 2014, c'est donc un chiffre considérable. C'est la raison pour laquelle nous prenons des dispositions législatives en France, qui ne sont pas encore en vigueur, qui sont destinées à permettre, par des mesures administratives, à l'administration d'empêcher la sortie du territoire de majeurs dont nous sommes convaincus qu'ils vont s'engager dans des opérations terroristes, c'est la raison pour laquelle nous prenons les dispositions concernant Internet. C'est la raison pour laquelle nous donnons de nouveaux moyens à nos services pour démanteler les filières djihadistes qui se constituent sur les réseaux sociaux, sur Internet, mais également à travers les moyens mobilisés par des organisations internationales du crime, et cette augmentation, elle résulte de l'efficacité d'une propagande, de la radicalisation qui s'opère dans la plupart des pays de l'Union européenne, et de dispositifs législatifs qui, pour l'instant, dans la plupart des pays de l'Union européenne, ne sont pas armés pour faire face à ce phénomène nouveau, inédit par rapport auquel nous devons prendre des dispositions. C'est ce que la France fait, avec un principe de précaution qui est 100% de précautions, même si 100% de précautions ne permettent pas d'atteindre l'objectif du risque zéro, c'est la vigilance totale, et ce sont des Etats qui, dans le respect des libertés publiques, se dotent des moyens de résister au terrorisme. Frédéric Rivière Alors aujourd'hui, se tient à Luxembourg ce que l'on appelle le Conseil justice et affaires intérieures, il va être question, là aussi, de la lutte contre la menace djihadiste, avec notamment l'idée de la mise en place d'un fichier des passagers européens avec les compagnies aériennes, on est presque étonné finalement d'apprendre que ça n'existe pas déjà. Bernard Cazeneuve Oui, il y a plusieurs sujets qui sont à l'ordre du jour de la réunion des ministres de l'Intérieur ce matin, d'abord, si nous voulons être efficaces collectivement dans la lutte contre le terrorisme face à un phénomène mondial, qui a aussi une dimension européenne, parce que nos ressortissants traversent l'espace Schengen avant de se rendre en Turquie, puis, en Syrie, nous devons coopérer, les pays de l'Union européenne, ensemble, pour être efficaces. Et il y a un certain nombre de mesures que je réclame depuis plusieurs mois, qui sont à l'ordre du jour de ce Conseil, et qui sont indispensables pour atteindre cet objectif d'efficience et d'efficacité. Première mesure : nous devons renforcer le système d'information Schengen avec un signalement particulier pour les combattants étrangers, qui permette à tous ceux qui travaillent, dans le renseignement ou dans les services de police de coopérer ensemble à l'échelle de l'Union européenne, pour que ceux qui transitent soient immédiatement identifiés. Si nous n'avons pas un système d'enregistrement des passagers qui prennent l'avion avec une connexion de ce fichier, avec le fichier des personnes recherchées, qui permette là aussi d'identifier ceux qui empruntent les moyens aériens et qui sont particulièrement dangereux ou convaincus d'avoir participé à une entreprise terroriste, nous aurons du mal dans tous les pays de l'Union européenne à assurer l'efficacité des contrôles dans les aéroports, c'est la raison pour laquelle, il y a deux mesures que nous demandons, 1°) : le renforcement du système d'information Schengen avec ce signalement particulier, et 2°) : nous essayons de convaincre le Parlement européen d'accepter la mise en place de ce PNR, Passager Name Record, ce qui permettra d'être beaucoup plus efficace dans la lutte contre le terrorisme. Frédéric Rivière Egalement au menu des discussions aujourd'hui, le renforcement de la coopération européenne pour venir en aide à l'Italie, qui est submergée par l'arrivée de réfugiés avec la mise en place d'une force de surveillance, c'est ce que l'on appelle l'opération Triton, qu'est-ce que ça va changer très concrètement ? Bernard Cazeneuve Vous souvenez, Frédéric Rivière, que pendant l'été, j'ai fait une tournée des pays de l'Union européenne pour essayer de convaincre les pays de l'Union de changer leur stratégie en Méditerranée centrale ; il s'agissait de lutter contre des flux migratoires, qui sont parfois engendrés, même souvent engendrés par des filières de l'immigration irrégulière, qui profitent d'une situation dramatique, notamment dans la bande Sahélo-saharienne, pour mettre sur des embarcations de fortune des personnes qui ne relèvent pas du droit d'asile, mais qui relèvent de l'immigration irrégulière, de l'immigration économique, en leur faisant prendre des risques considérables. C'est là une véritable traite des êtres humains, et ils prennent prétexte du fait qu'il y a des opérations de sauvetage pour mettre des personnes de plus en plus nombreuses sur des embarcations de plus en plus fragiles, en prélevant sur ces personnes des sommes de plus en plus considérables. Donc notre objectif, c'est de faire en sorte que cela s'arrête, comment ? 1°) : nous souhaitons substituer à l'opération Mare Nostrum une opération pilotée par Frontex, au plus près des côtes de l'Union européenne, pour faire en sorte que nous ayons à la fois de la surveillance des frontières extérieures de l'Union européenne, et en même temps, ces forces pourront faire des opérations de sauvetage, il faut que les règles de Dublin soient respectées en Italie lorsque les migrants arrivent, il faut qu'il y ait un partage du fardeau, c'est comme ça que la Commission appelle cela, le « burden sharing », pour ce qui concerne la répartition des demandeurs d'asile. Nous, nous faisons notre travail, nous le faisons à Calais, nous le faisons en France, mais il faut aussi que d'autres pays de l'Union européenne le fassent, et il faut aussi que… Frédéric Rivière Oui, en quelques secondes… Bernard Cazeneuve Il faut aussi que nous parvenions à faire en sorte que les pays de l'Union européenne, sur ce sujet-là, mettent dans les conclusions du Conseil JAI d'aujourd'hui tout ce que je viens de dire, et qui correspond au plan français, en réalité. Frédéric Rivière Merci Bernard Cazeneuve. Bernard Cazeneuve Merci. Arnaud Pontus Bernard Cazeneuve, le ministre français de l'Intérieur, en duplex de Luxembourg, grâce aux moyens techniques de la radio 100,7. Merci encore à nos confrères. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/061.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/061.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0562d07243eaea552acc3f357786a4909f9c27f5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/061.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs les Préfets, Monsieur le secrétaire général, Mesdames, Messieurs, Je suis particulièrement heureux d'ouvrir cette journée de réflexion et d'échanges et je remercie le Comité interministériel de prévention de la délinquance, ainsi que son secrétaire général le Préfet Pierre N'Gahane, pour cette invitation. Je considère en effet que les enjeux qui vous rassemblent aujourd'hui sont au cœur de mon action au ministère de l'Intérieur. De fait, il est frappant de constater que chacun des grands chantiers de sécurité porté aujourd'hui par ce ministère comporte aujourd'hui une dimension de prévention fondamentale, qu'il s'agisse de la de la politique des zones de sécurité prioritaires, de la lutte contre la radicalisation violente et les filières djihadistes, j'y reviendrai - mais aussi, par exemple, de sujets qui ne relèvent pas du CIPD comme la lutte contre l'insécurité routière ou comme la prévention des risques au titre de la sécurité civile. L'importance que nous accordons ainsi à la prévention ne doit cependant rien au hasard. Elle est à mes yeux la marque d'une conception authentiquement française et républicaine de la sécurité. Selon cette conception, l'insécurité, la délinquance, le crime, ne sont pas des fléaux sociaux comme les autres. Le gâchis social et humain qu'ils engendrent ne peut pas être intégralement réparé par les effets de la sanction pénale, si nécessaire soit-elle: ni la victime, ni la société, n'en sortent indemnes ; le délinquant lui-même, qui n'est pas toujours un criminel endurci, voit souvent son existence et celle de sa famille basculer à raison d'un acte qu'il n'aurait, certes, pas dû commettre. Et il nous faut donc tenter à tout prix d'éviter que soient commis des actes dont les conséquences sont, à certains égards, irréparables. Chacun peut, je crois, s'accorder sur ce constat. Mais peut-on « prévenir » la délinquance ? La question n'est pas si naïve et ne date pas d'hier. Au XIXème siècle, une école d'anthropologie criminelle, celle du « criminel né », avait répondu brutalement par la négative : si le délinquant est porté de façon inéluctable par son hérédité à commettre des crimes, comme l'affirmaient alors Cesare Lombroso et ses disciples, il ne reste qu'à l'éliminer, le faire disparaître. Au cours des années passées, il m'est malheureusement arrivé de percevoir comme l'écho de ces théories aux conséquences funestes dans les déclarations publiques suscitées par certains faits divers. Face à l'horreur de certains crimes, à la souffrance de certaines victimes, il est tentant de répondre à l'émotion de l'opinion en se livrant à une surenchère sans fin dans les châtiments que l'on promet d'infliger aux coupables. Ma conviction, celle du Gouvernement, est que cette surenchère n'est pas seulement démagogique et cruelle, mais surtout inefficace et paresseuse. Il est plus facile, bien entendu, d'alourdir indéfiniment la sévérité des peines encourues par les délinquants que de travailler à prévenir la délinquance, en amont, et de réduire la récidive, en aval. La prévention de la délinquance, en particulier, est une ambition exigeante, comme vous le savez tous, vous qui en êtes les acteurs. Mais les bénéfices que peut en retirer la société justifient amplement que l'on y consacre les moyens nécessaires. Il ne s'agit de rien de moins que de protéger et d'épargner des victimes potentielles, de faire diminuer le sentiment d'insécurité qui mine tant de nos quartiers, d'éviter à des jeunes en perdition les risques d'une vie précocement gâchée. L'enjeu est de taille et il mérite que se mobilisent et travaillent ensemble à cette fin, en confiance, les forces de sécurité, les magistrats, les élus, les associations, les travailleurs sociaux, les agents des autres administrations concernées et tour particulièrement le corps enseignant : Victor Hugo ne disait-il pas « qu'ouvrir une école, c'est fermer une prison » ? Le sujet qui fait l'objet de votre colloque « La prévention de la délinquance : les conditions de la réussite » est donc d'une grande importance, d'une grande complexité, et je n'aurai pas la prétention d'épuiser la question en quelques minutes. Permettez-moi toutefois de vous indiquer, à titre liminaire, quelques-unes des conditions qui me paraissent devoir présider à une politique de prévention efficace. Vous en identifierez sans doute d'autres. 1/ La première condition, c'est d'avoir une politique de prévention ciblée sur certaines formes de délinquance. C'est pourquoi, comme vous le savez, la stratégie du Gouvernement en matière de prévention de la délinquance définit depuis 2013 trois priorités : la prévention de la délinquance des jeunes, la prévention des violences faites aux femmes et la mise en place d'un programme d'action pour la tranquillité publique. La prévention de la délinquance des jeunes constitue une évidente priorité. Il s'agit, comme je l'ai dit, d'éviter que des vies soient gâchées, des destins brisés, souvent en raison de ce que l'on appelle précisément des « erreurs de jeunesse ». Par ailleurs, s'il est évident que les jeunes rencontrant des difficultés à l'école ou ne trouvant pas d'emploi ne tombent pas pour autant nécessairement dans la délinquance, il s'avère que les jeunes condamnés par la justice sont dans la plupart des cas en situation d'échec dans leur parcours scolaire et d'insertion professionnelle. La nouvelle stratégie de prévention de la délinquance doit donc s'adresser en priorité à ces jeunes qui se perçoivent eux-mêmes en situation d'échec. Elle doit également traiter de la prévention de la récidive chez les primo-délinquants. Je tiens donc à saluer les principales fédérations des associations de prévention spécialisée, aujourd'hui représentées, pour leur engagement. Concernant la prévention des violences faites aux femmes, l'ampleur de la tâche à accomplir est une raison supplémentaire d'agir sans tarder, qu'il s'agisse des violences conjugales ou intrafamiliales. Les statistiques de la délinquance que j'ai présentées récemment devant la représentation nationale montrent en effet que les faits constatés sont malheureusement en augmentation. Nous devons donc continuer à renforcer le dispositif d'intervention sociale de la police et de la gendarmerie. Les forces de l'ordre, qui ont déjà signé plus d'une centaine de protocoles avec des associations d'aide aux victimes doivent poursuivre ces efforts afin d'améliorer leur prise en charge, leur accompagnement social et leur soutien psychologique. Enfin, la tranquillité publique constitue le troisième axe de notre politique de prévention. En lien étroit avec les élus, nous allons ainsi continuer à développer les dispositifs de vidéo-protection. Mais au-delà des résultats obtenus grâce aux équipements mis en place, nous devons lutter collectivement avec les maires, contre le sentiment d'insécurité. A cet égard, je porte une attention toute particulière à la proximité que nos forces doivent cultiver à l'égard des populations qu'elles protègent, car elle constitue également un facteur fort de prévention. La commission Bergougnoux m'a proposé un certain nombre d'axes de progrès dans ce domaine et je compte approfondir cette réflexion avec les directeurs généraux de la police et de la gendarmerie nationales pour établir un plan d'actions dès 2015. 2/ Une deuxième condition de réussite réside dans notre capacité à savoir néanmoins adapter notre politique de prévention au terrain et à l'actualité. Pour être efficace, la prévention doit en effet prendre en compte les caractéristiques locales de la délinquance. Elle ne répondra pas toujours aux mêmes enjeux et n'appellera pas exactement les mêmes réponses à la ville et à la campagne, dans les métropoles et dans les bourgs. C'est pourquoi la Loi de 2007 a créé les Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance, réunis à l'initiative des maires. C'est également pourquoi Manuel Valls et moi-même avons voulu que chaque ZSP comprenne une instance, le CCOP, où des objectifs locaux ciblés puissent être précisément définis en matière de politique de prévention : selon les lieux, la délinquance juvénile, la toxicomanie, ou encore la lutte contre la récidive. Les schémas locaux de tranquillité publique doivent permettre d'identifier des lieux (abords des établissements scolaires, gares, halls d'immeubles...) et des périodes (en soirée, les vacances scolaires...) particulièrement sensibles en matière d'insécurité. Des réponses concrètes peuvent ainsi être apportées sur le plan humain et technique. Mais la politique de prévention doit également pouvoir s'adapter à l'actualité et prendre en compte de nouvelles menaces. Je veux remercier à ce titre le secrétariat général du CIPD d'avoir su se charger très vite d'un sujet nouveau et d'une importance cruciale ; celui de la radicalisation djihadiste, qui touche malheureusement de nombreux jeunes Français, souvent mineurs. Le plan que j'ai présenté au Conseil des ministres le 23 avril dernier comportait en effet un volet préventif : signalement des cas de radicalisation par les familles ou les proches ; prise en charge centralisée au niveau des préfectures ; mesures d'accompagnement individualisées des jeunes concernés ; campagnes d'information. La presse s'est faite l'écho des drames humains qui frappent de nombreuses familles, du fait des tentatives organisées de recrutement sur Internet auxquelles se livrent les groupes terroristes. Je n'ai pas besoin de préciser par ailleurs la menace potentielle que ce phénomène représente pour notre sécurité collective. Il était donc essentiel de mettre en place sans délai des instruments de prévention et je tiens à féliciter le CIPD pour sa réactivité. 3/ Une troisième condition porte sur notre capacité à nous mobiliser collectivement. J'ai dit que le Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, présidé par le maire, incarnait et assumait cet effort collectif. Un renforcement de l'implication de l'État au niveau local me semble cependant parfois nécessaire afin de ne pas laisser certains maires isolés et démunis. L'implication d'autres partenaires est également une priorité : ainsi les bailleurs sociaux ou les acteurs du transport public ont pris de nombreuses initiatives pour améliorer la tranquillité publique, comme j'ai pu le constater dans plusieurs ZSP. L'implication de la médiation sociale est également tout à fait essentielle. Enfin, pour mieux prévenir la délinquance des jeunes, l'échange d'informations confidentielles apparaît comme un sujet majeur. Cette épineuse question a fait l'objet d'un cadrage national, puisque le CIPD a établi une charte déontologique type en juin dernier, qui bénéficie d'un large consensus. Ce sera l'objet de votre première table ronde. La prévention de la délinquance est donc l'affaire de tous. Reste à savoir comment mieux articuler les interventions sur le terrain. A ce titre, je serai très attentif aux préconisations du Député Jean-Pierre Blazy, qui est en charge d'une mission d'information sur la lutte contre l'insécurité, et qui interviendra cet après-midi sur ce sujet. 4/ La mobilisation et l'optimisation des moyens constitue enfin une condition de réussite que je ne peux passer sous silence. Le Fonds interministériel pour la prévention de la délinquance (FIPD) est le levier financier de la stratégie nationale. En dépit du contexte budgétaire que vous connaissez, j'ai tenu à ce que son montant soit préservé pour 2015, autour de 53M, mais son emploi devra être recentré sur les nouvelles orientations prioritaires. Alors que la vidéo-protection correspondait à près de 60% du financement du FIPD dans le cadre du plan 2010-2012, elle sera amenée à un tiers de l'emploi de ce fonds dans le cadre de notre nouvelle stratégie. La priorité est désormais accordée à la prévention de la délinquance des jeunes et de la récidive, qui a vocation à concentrer près de la moitié du FIPD. Le financement de l'aide aux victimes et de la lutte contre les violences intrafamiliales et faites aux femmes est stabilisé à hauteur de 10 M. Dans la circulaire relative à l'emploi des crédits du FIPD en 2015, il sera donc demandé aux Préfets de doubler les moyens alloués aux actions de prévention de la récidive afin de passer de 4 à 8 M. En outre, la loi du 15 août 2014 portée par ma collègue la Garde des Sceaux conditionne, dans son article 38, l'octroi du FIPD aux communes et aux intercommunalités à la mise en œuvre de travaux d'intérêt général ou d'actions de prévention de la récidive. Je demanderai aux préfets de veiller au strict respect de cette disposition. Cependant, le FIPD ne saurait résumer l'effort financier de l'Etat en faveur de la prévention de la délinquance, qui est estimé à près de 3 milliards d'euros chaque année. Ce montant prend en compte, il est vrai, le coût des forces de police et de gendarmerie déployées sur la voie publique. Mais comment nier qu'elles tiennent également un rôle de prévention ? Outre les moyens de l'Etat, il y a bien sûr ceux des collectivités territoriales qui sont importants : les conseils généraux qui prennent largement en charge la prévention spécialisée au titre de la protection de l'enfance, les communes et intercommunalités qui mobilisent des personnels -je pense en particulier aux coordonnateurs des CLPSD- et qui soutiennent de nombreuses actions de prévention. Je veux donc saluer l'action des élus, nombreux dans cette salle, qui font le choix, dans un contexte budgétaire difficile, d'investir dans la prévention de la délinquance parce qu'ils savent que la sécurité future de nos concitoyens est à ce prix. Qu'ils sachent qu'ils trouveront l'Etat à leur côté. Pour conclure, je voudrais aborder une question qui est au cœur du pacte républicain, et intimement liée aux échanges de votre journée, celle de l'amélioration des relations entre la population et les institutions, et plus particulièrement entre les jeunes et la police. Il s'agit là d'un enjeu majeur et le Ministère de l'intérieur a déjà engagé de nombreuses actions concrètes pour y répondre : le port du numéro d'identification individuelle, les caméras piétons, le développement des délégués à la cohésion police-population dans les zones de sécurité prioritaires et celui des postes de service civique en commissariat et en brigade de gendarmerie. Je souhaite aller au-delà [et je prévois donc de lancer, avec le Ministre de la Ville, un appel à projets national visant à faire soutenir par le FIPD des initiatives locales, des actions innovantes permettant de renforcer ou restaurer ce dialogue]. Aucune politique de prévention ne réussira sans la participation active et confiante des citoyens, qui doivent être convaincus de ses mérites. Ce sera là la dernière des « conditions » que j'énoncerai avant de vous laisser en identifier d'autres dans le cadre de vos travaux. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/062.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/062.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4142ed1001b65d83d85ba2aa4578464097ef0770 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/062.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le blocage du Conseil de sécurité des Nations unies dans des situations d'atrocités de masse, comme c'est le cas en Syrie, est inacceptable et contraire à l'esprit de la Charte des Nations unies. C'est une question essentielle pour le maintien de la paix et de la sécurité internationale car la radicalisation et le terrorisme trouvent un terreau fertile lorsque la communauté internationale donne le sentiment de ne pas vouloir agir. C'est précisément afin de surmonter ce blocage que la France a proposé -par la voix du Président de la République, devant la 68e Assemblée générale des Nations unies- que les membres permanents du Conseil de sécurité s'engagent volontairement à s'abstenir de recourir au veto dans les situations d'atrocités de masse. En effet, pour la France, le veto n'est pas un privilège, ni même un droit. Il correspond au compromis trouvé pour que les membres permanents entrent dans le jeu de la sécurité collective. Cette prérogative implique des devoirs et une responsabilité particulière. À l'inverse, la paralysie délibérée du Conseil de sécurité face à des atrocités de masse mine les fondements du pacte de 1945 accepté par tous à travers la Charte des Nations unies. Le ministre des Affaires étrangères et du développement international a présidé en marge de la 69e Assemblée générale des Nations unies une réunion ministérielle afin d'amplifier la mobilisation autour de la proposition française. De nombreux pays, responsables des Nations unies et des représentants de la société civile internationale ont exprimé leur soutien à l'initiative française. La France compte maintenir cette dynamique dans la perspective du 70e anniversaire des Nations unies en 2015 afin de convaincre les autres membres permanents de s'engager. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/063.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/063.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ff48ebe5823805cc8bb52601f47c6d127108e8d8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/063.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je suis heureuse de ce temps d'échange sur un sujet essentiel pour notre société et pour l'école. Je connais l'expertise de l'Observatoire et je tiens à vous dire combien vos avis éclairent les politiques publiques que nous conduisons. Ma conviction sur la laïcité est qu'elle est un principe essentiel et intangible garant du vivre ensemble, qui ne peut être à géométrie variable, soumis aux fluctuations des contextes sociaux ou politiques, négocié avec tel ou tel groupe de pression, ou enfin présenté de manière différente en fonction d'intérêts partisans ou d'objectifs qui lui sont exogènes. Cette intangibilité signifie que nous devons éviter deux écueils : la laïcité dégradée, ou laïcité ouverte, qui abdiquerait son ambition et son sens par des petits reculs ou des compromis successifs ; la laïcité dite de combat, qui stigmatise le fait religieux et constitue parfois le masque de l'islamophobie. La liberté religieuse est une expression de la liberté de conscience. La Laïcité n'est pas l'instrument d'une opposition ou d'un refoulement du fait religieux, mais la condition de la coexistence harmonieuse de toutes les expressions confessionnelles, comme de leur absence. Je pense que le principe de Laïcité doit sans cesse être explicité ainsi, pour être compris. C'est le beau sens de la pédagogie de la laïcité qu'Abdenour Bidar a développé, j'y reviendrai. Dans cette période difficile, nous avons plus que jamais besoin de laïcité. Aussi, je serai extrêmement impliquée et exigeante pour que ce principe soit respectée pour ce qu'il est. Il faut recréer du consensus national sur la laïcité, faire qu'elle cesse d'être un combat pour être d'abord un moyen : moyen d'apaiser la société, de faire vivre une culture de la tolérance. Je veux tendre vers une Laïcité qui échappe aux conflits théoriques et aux passions politiques, qui trouve sa place dans nos vies quotidiennes en étant comprise, vécue, assumée. L'école est évidemment le meilleur vecteur de cette ambition. Face au délitement du vivre ensemble, aux tensions identitaires, aux provocations qui mettent en cause la laïcité, il est nécessaire de réaffirmer le rôle de l'école dans la transmission des valeurs républicaines, de lui redonner pleinement sa fonction de creuset de la citoyenneté et de restaurer la confiance envers l'école de la part d'une société inquiète. La loi de refondation de l'école réaffirme sa mission de favoriser l'appropriation du principe de laïcité. La laïcité garantit un cadre propice à la transmission des savoirs et des compétences, à leur apprentissage et à leur appropriation. L'enjeu est de promouvoir une école qui transmette une appartenance républicaine autour d'une culture commune et partagée, qui respecte les différences tout en se protégeant des irruptions identitaires et en prévenant les logiques de radicalisation. Cela passe aussi par une école capable d'éveiller les consciences, de développer la liberté intellectuelle et l'esprit critique. Il ne faut pas seulement développer la laïcité à ou dans l'école, mais faire en sorte que l'école délivre une pédagogie de la laïcité, qu'elle ancre ce principe dans les esprits comme dans les pratiques. Plusieurs chantiers sont essentiels à mes yeux : Préparer et mettre en œuvre le projet d'enseignement moral et civique : prévu pour la rentrée 2015, cet enseignement a fait l'objet d'un rapport du conseil supérieur des programmes du 3 juillet 2014 pour les écoles primaires et le collège. Concernant les lycées, un rapport complémentaire est attendu pour cet automne, ce qui me permettra d'arrêter les programmes après consultations au premier trimestre 2015. Amplifier l'ambition pédagogique par la formation, tant initiale que continue, accompagner la communauté éducative, les services administratifs, sociaux et les autorités académiques. Des efforts importants ont été engagés, qu'il convient de soutenir davantage : - Le plan national de formation prévoit une formation dédiée et dans le cadre des plans académiques de formation continue, plus de 5000 enseignants, inspecteurs et chefs d'établissement ont été formés en 2013-2014. - En matière de formation initiale des enseignants, la Laïcité figure dans le tronc commun des enseignements. Nous aurons à homogénéiser les pratiques des ESPE et à développer des ressources pédagogiques dédiées que la Direction générale de l'enseignement scolaire (DGESCO) élabore avec des Écoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE) pilotes autour d'Abdenour Bidar. - Compte tenu des difficultés signalées par les enseignants au quotidien, nous allons développer sur la plateforme m@gistere un parcours d'e-formation sur l'enseignement laïc des faits religieux, complémentaire du parcours existant, très général sur la laïcité (histoire, textes fondateurs, présentation explicitée de la Charte, QCM). Améliorer l'animation territoriale et les réponses de proximité pour mettre en œuvre une pédagogie de la laïcité : nous disposons dorénavant d'un réseau constitué de correspondants Laïcité dans les académies. Il s'agit pour l'avenir de soutenir leurs initiatives, de leur permettre de faire remonter les réalités de terrain, d'harmoniser les pratiques et les réponses de l'institution aux situations complexes auxquelles nous sommes confrontés. Tout ne se joue pas sur l'expression de principes ou de normes, tout ne se règlera pas par des lois, des décrets ou des circulaires. Je souhaite que nous épaulions davantage les décideurs de terrain, afin de faire émerger une culture pratique de la Laïcité, de donner une réalité à l'idée de pédagogie de la Laïcité, qui suppose de former et d'outiller les agents publics. La pédagogie de la Laïcité, ce sont des pratiques porteuses de sens à la fois pour l'institution et pour ses usagers, élèves, familles, partenaires associatifs et collectivités locales. Redonner un élan à la Charte de la laïcité : nous savons que cette Charte a fait l'objet d'une bonne diffusion dans les établissements scolaires, mais d'une appropriation très hétérogène. Nous avons invité la communauté éducative à faire vivre cette Charte au sein des établissements scolaires, notamment en utilisant les réunions de rentrée, qui permettent de mobiliser à la fois les élèves et leurs parents. Mais je suis consciente qu'il sera probablement nécessaire d'aller plus loin et je réfléchis à ce stade sur l'avis que vous avez émis au titre de l'Observatoire, préconisant d'organiser des actions symboliques autour de la date du 9 décembre, en souvenir de la loi du 9 décembre 1905. Au-delà de ces chantiers ambitieux, je tiens à vous dire ma conviction sur le contexte actuel, à l'heure où les tensions communautaires et religieuses prospèrent, où les logiques identitaires sont à l'œuvre. Je ne suis ni naïve, ni angélique, je mesure la difficulté de la situation et de la tâche, mais je refuse que l'école comme la laïcité soient vécues ou se vivent comme des citadelles assiégées. À cet égard, la Direction générale de l'enseignement scolaire (DGESCO) a rendu en avril 2014 les conclusions d'une enquête menée auprès de trente académies sur le respect du principe de laïcité à l'école, qui atteste d'une situation globalement apaisée : la Charte de la Laïcité a fait l'objet d'une bonne diffusion et d'un affichage massif et visible, quoiqu'il n'ait pas toujours revêtu le caractère solennel souhaité. La Charte de la laïcité à l'Ecole apparaît bien comme un outil considéré comme très utile par la communauté pédagogique pour poser un cadre commun, un outil nécessaire mais non suffisant pour faire respecter la laïcité de l'école. Le non-respect de la loi de 2004 n'a fait l'objet que d'un très petit nombre d'incidents, réglés le plus souvent par le dialogue. Globalement, la loi est bien acceptée et bien comprise par les élèves et leurs familles. Elle contribue à faire régner, dans les écoles et établissements, un climat apaisé autour de la laïcité. Globalement rares, présentées comme marginales ou très localisées, les contestations de certains enseignements concernent le fait religieux (refus de visiter des édifices religieux, de suivre un cours sur l'Islam ou un cours de français utilisant comme support la Bible.), la musique (refus de chanter ou de souffler dans un instrument à vent), l'éducation physique et sportive (natation particulièrement), l'éducation à la sexualité, l'histoire de l'évolution (en cours de SVT), le génocide arménien et la Shoah. Sur la restauration scolaire, les académies indiquent qu'une offre de menus répondant à la diversité culturelle des élèves prévaut et que les problèmes sont ainsi très circonscrits. En conclusion, si le climat est serein, c'est également avant tout parce que les personnels exercent une vigilance permanente et recherchent une résolution des conflits par le dialogue, avec la volonté de créer une culture commune partagée. Pour autant, au-delà de ce constat global qui n'ignore pas des difficultés locales graves et des situations de radicalité inquiétantes, il nous faudra travailler ensemble sur des questions qui continuent d'interroger l'institution régulièrement. Je pense notamment à la situation des parents accompagnateurs de sorties scolaires. Tout en rappelant mon attachement à la neutralité du service public, je vous indique que ma position est conforme à celle qu'a rappelée le Conseil d'État : « les parents accompagnant des sorties scolaires ne sont pas soumis à la neutralité religieuse ». Ils ne peuvent être considérés comme des agents auxiliaires du service public et soumis aux règles du service public. Pour autant, il peut y avoir des situations particulières, liées par exemple à du prosélytisme religieux, qui peuvent conduire les responsables locaux à recommander de s'abstenir de manifester leur appartenance ou leurs croyances religieuses. C'est un équilibre qui doit être trouvé par les responsables de terrain et les cas conflictuels restent heureusement limités. Pour autant, je veux réaffirmer un principe et une orientation. Le principe c'est que dès lors que les mamans (les parents) ne sont pas soumises à la neutralité religieuse, comme l'indique le Conseil d'État, l'acceptation de leur présence aux sorties scolaires doit être la règle et le refus l'exception. L'orientation, c'est celle de l'implication des familles dans la scolarité de leur enfant et la vie de l'école. Au moment où je veux absolument renouer le lien de confiance, qui s'est distendu, entre les parents et l'école, au moment où nous voulons multiplier les initiatives de terrain en ce sens, tout doit être mis en œuvre pour éviter les tensions. Cela suppose d'éviter les provocations et de faire preuve de discernement. Je fais confiance aux acteurs de terrain et je serai attentive à ce que cette logique d'apaisement et d'implication collective pour la réussite des enfants soit partout mise en œuvre. En conclusion, je veux simplement vous dire ma détermination à agir pour développer la pédagogie de la laïcité à l'école. Ce n'est pas un chantier subalterne ou connexe aux autres, c'est pour moi un enjeu central, parce qu'il emporte avec lui la place et le rôle de l'école dans la société. Nous ne pouvons pas nous résigner à voir se déliter chaque jour un peu plus la capacité de nos concitoyens à vivre ensemble. Nous ne pouvons pas accepter de laisser une partie de notre jeunesse s'éloigner de valeurs fondamentales, comme la Laïcité. Pour cela, il nous faut renoncer à l'incantation et agir. Agir là où c'est le plus efficace, là où se forge notre conscience collective : à l'école. C'est la mission que la République a dès l'origine confiée au service public de l'éducation : transmettre nos valeurs essentielles, former des citoyens, apprendre le respect des autres, mettre une culture en partage. L'école doit être apaisée et protégée. Protégée des prosélytismes, protégée des irruptions identitaires, protégée des polémiques stériles. C'est pourquoi les chantiers que je vous ai décrits comme la résolution des difficultés qui subsistent ou émergent mobiliseront pleinement les compétences de l'institution dont j'ai la responsabilité. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/064.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/064.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a0716e479c0cbe1fd2f91252aa7def54c462255c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/064.txt @@ -0,0 +1 @@ +APOLLINE DE MALHERBE Bonjour Manuel VALLS. MANUEL VALLS Bonjour Apolline DE MALHERBE. APOLLINE DE MALHERBE Merci d'être avec nous. On va parler de la France, de la gauche, du Parti socialiste, mais d'abord un mot du Canada. Hier soir une fusillade au Parlement, à Ottawa, le Premier ministre canadien a été exfiltré, deux morts et une chasse à l'homme. Est-ce que vous redoutez que ce genre d'événement arrive ici, en France ? MANUEL VALLS Je vais d'abord exprimer ma solidarité à l'égard du gouvernement, du Parlement canadien - vous savez que dans quelques jours le Président de la République s'y rend, il aura l'occasion de le faire exprimer ma solidarité au peuple canadien, qui a été touché par deux fois ces derniers jours, par des attentats de ce type. Oui, il y a un risque terroriste, et comme ministre de l'Intérieur, et aujourd'hui Bernard CAZENEUVE poursuit la même tâche, nous avons beaucoup travaillé, nous continuons de travailler, avec de nombreux pays, dont le Canada, qui est exposé, nous le savions, à ce risque, tout comme la France. APOLLINE DE MALHERBE Qu'est-ce qu'on fait pour l'éviter ici ? MANUEL VALLS Beaucoup est fait, même si, évidemment, le risque zéro n'existe pas, et la France a déjà été frappée par des attentats, vous le savez, je pense bien sûr aux tueries de Toulouse et de Montauban en 2012, nous avons déjoué, depuis 2012, des attentats. mais il faut continuer cette coopération, d'abord internationale, européenne, mettre en place des processus, des programmes, notamment avec les familles, qui sont concernées, par des enfants, des mineurs, des jeunes, avec des profils qui ressemblent, semble-t-il, beaucoup à celui du Canada, de cet individu qui a tué - ne l'oublions pas d'ailleurs, un soldat canadien - avec un passé de délinquants, parfois convertis à l'Islam, pas toujours… APOLLINE DE MALHERBE Avec une radicalisation, on parle dans un rapport de l'Assemblée nationale aujourd'hui, d'une radicalisation, par exemple, dans les prisons françaises. MANUEL VALLS Avec des processus de radicalisation, par internet, sur internet, dans les prisons françaises. Je rappelle qu'il y a plus de 1000 Français, ou résidents en France, qui sont concernés par le jihad en Syrie, et donc ils représentent un véritable danger. Nous avons fait voter une loi antiterroriste il y a 2 ans, une autre est aujourd'hui en cours d'examen… APOLLINE DE MALHERBE On a les outils. MANUEL VALLS On a les outils, mais ça veut dire qu'il faut poursuivre cette lutte contre le terrorisme, partout dans le monde, et la France prend ses responsabilités, au Mali, au Sahel, aujourd'hui en Irak, la France agit pour elle-même, souvent pour l'Europe, la France est une grande Nation avec sa diplomatie et ses armées, donc elle assume ses responsabilités, mais, aussi, en combattant, évidemment, le terrorisme chez nous, parce qu'il représente un danger. Je vous rappelle que c'est un Français qui a tué, à Bruxelles, dans ce musée juif il y a quelques mois. APOLLINE DE MALHERBE Manuel VALLS, vous êtes Premier ministre depuis 6 mois, hier pour marquer cette étape François HOLLANDE vous a décoré des insignes de Grand-Croix de l'Ordre national du mérite. Est-ce que vous la méritez ? MANUEL VALLS C'est une tradition, et le président de la République le rappelait hier, il faut le rappeler, moi aussi je suis attaché aux traditions républicaines, tous les Premiers ministres sont ainsi décorés. APOLLINE DE MALHERBE Donc c'est juste un automatisme, vous ne la méritez pas spécialement ? MANUEL VALLS Je veux garder la tête froide parce qu'au bout de 6 mois on ne peut pas tirer de conclusion et de bilan. En revanche, ce que je sais, c'est que nous avons engagé le pays dans un mouvement de réforme sans précédent, pas pour faire des réformes pour des réformes, mais tout simplement parce qu'il faut que la France se prépare à être toujours en tête. La France, je viens de vous le dire, est un grand pays. APOLLINE DE MALHERBE Oui, mais ça ne suffit pas de le dire. MANUEL VALLS Le prix Nobel de TIROLE ou de MODIANO, un économiste, un écrivain, les réussites qui existent dans notre pays, il y a quelques minutes sur votre chaine on parlait des réussites de Xavier NIEL, qui dit lui-même qu'on peut investir, qu'il faut investir, en France, Paris est la capitale des start-up. Hier j'ai inauguré la FIAC, la Foire d'art contemporain. Cette semaine est une semaine inouïe pour la culture française avec l'inauguration de la fondation LVMH, dans quelques jours du nouveau Musée Picasso… APOLLINE DE MALHERBE Le Musée Picasso vendredi. MANUEL VALLS La Foire contemporaine qui permet aussi de dire que nous sommes la capitale de l'art moderne. APOLLINE DE MALHERBE Oui, mais vous Manuel VALLS… MANUEL VALLS Donc, ce mouvement il est important, pour que la France ne décroche pas de la globalisation, de la mondialisation économique, c'est difficile. C'est difficile d'abord pour les Français, ceux qui sont au chômage, dans la précarité, qui souffrent, qui ont peur de l'avenir, pour eux et pour leurs propres enfants, donc il faut un mouvement de réformes, c'est ce que nous faisons, pour soutenir les entreprises, pour réduire nos déficits, et pour engager les réformes qui permettent de libérer les énergies et notre économie. APOLLINE DE MALHERBE Sauf qu'on a l'impression que ça coince et surtout dans votre propre camp. Le pays est en crise, vous le disiez, le Parti socialiste est en crise, et vous avez pris le temps d'expliquer dans « Le Nouvel Observateur » de cette semaine, qui s'appelle désormais « l'Obs », votre vision d'une gauche moderne. 39 députés socialistes se sont abstenus sur la première partie du budget, 39 dont 2 anciens ministres, qui étaient au gouvernement il y a encore 2 mois, Aurélie FILIPPETTI et Benoît HAMON, et ici même, hier matin, Stéphane LE FOLL trouvait que ce serait finalement plus cohérent que Benoît HAMON quitte le PS. Est-ce qu'ils ont toujours leur place dans la majorité ? MANUEL VALLS Mais ce n'est pas à moi de le décider, moi je ne veux pas rentrer dans des querelles de personnes et encore moins prononcer les anathèmes. Ma fonction elle est tournée vers les Français, ça ne m'interdit pas, évidemment, de réfléchir à l'avenir… APOLLINE DE MALHERBE Mais vous avez été choqué qu'il ne le vote pas ce budget ? MANUEL VALLS Ça ne m'interdit pas de réfléchir à l'avenir de la gauche et du Parti socialiste, c'est ma famille politique et je ne peux pas m'en désintéresser. Mais, dans ce moment difficile pour la France, crise économique, crise sociale, crise d'identité, au fond c'est quoi être Français, face au risque dont nous venons de parler, tout de même, de la menace terroriste qui nous concerne très directement, il faut faire preuve d'une très grande responsabilité, de sang-froid, c'est mon cas, d'une très grande détermination, conduire le gouvernement, la France, c'est une belle responsabilité… APOLLINE DE MALHERBE C'est irresponsable ce qu'ils ont fait ? MANUEL VALLS Mener les réformes… Moi j'agis avec le sens des responsabilités, et chacun doit se poser une seule question : méritons-nous de gouverner, méritons-nous d'assumer les responsabilités, quelle est notre tâche, que pensent les Français, qu'attendent-ils d'un gouvernement ? Ils attendent, de ce gouvernement, qu'il agisse, pour l'emploi, pour le pouvoir d'achat, pour préparer l'avenir, pour définir des priorités, l'école, la sécurité, la justice. APOLLINE DE MALHERBE … Quand même une sorte de psychodrame. « Le Parisien » rapporte ce matin que Jean-Marie LE GUEN, votre ministre de Relations avec le Parlement, a déclaré hier à propos des frondeurs, « on va les sortir du Parlement, il faut dissoudre. » C'est ça la solution ? MANUEL VALLS Mais moi je ne veux pas commenter des petites phrases dans la presse, ça n'a aucun sens. APOLLINE DE MALHERBE Mais enfin, vous-même vous vous exprimez dans la presse, vous participez à ce débat qui, certes, pour certains prend la forme de petites phrases, mais c'est un débat global, de la gauche. MANUEL VALLS Mais je le fais posément. Parce que nous gouvernons, c'est difficile de changer, je pense au Parti socialiste, je pense à la gauche, mais en même temps, parce que nous gouvernons, il faut changer. Moi je ne veux pas attendre que la gauche et le Parti socialiste changent dans l'opposition, c'est quand nous exerçons le pouvoir que nous devons tirer les leçons de cet exercice du pouvoir. Prenons des exemples. Faut-il augmenter les déficits, faut-il augmenter la dépense publique ? Non, c'est ce que nous faisons depuis 40 ans, dans ce pays, nous vivons au-dessus de nos moyens. Nous projetons la dette et les déficits publics sur les prochaines générations, sur nos enfants. Non. Donc nous devons baisser la dépense publique, c'est ce que nous faisons. Ça n'a jamais été fait à ce niveau-là en France, dans une période difficile, de très faible croissance, ça n'a jamais été fait de réduire notre budget, de l'état, de 21 milliards en 2015, 50 milliards sur 3 ans. Faut-il soutenir ou non les entreprises, parce qu'elles créent la richesse, la croissance, et donc l'emploi ? Ça n'a jamais été fait à ce niveau-là, puisque nous engageons, c'est le Pacte de responsabilité, 40 milliards en faveur des entreprises, et notamment des PME, des PMI, dès 2015, et il y aura, en plus, 1 milliard pour les travailleurs indépendants… APOLLINE DE MALHERBE Sur ces 40 milliards… MANUEL VALLS Les commerçants, les artisans, qui créent, là aussi, la richesse. Ça n'a jamais été fait. APOLLINE DE MALHERBE Mais sur ces 40 milliards, un des débats c'est justement de savoir si vous ciblez suffisamment bien les entreprises. Martine AUBRY estime, par exemple, que vous ne ciblez pas suffisamment les entreprises. Un exemple, on parle beaucoup de TOTAL évidemment, TOTAL va toucher 80 millions d'euros au titre du CICE, alors que TOTAL ne paye pas d'impôt sur les sociétés en France. Est-ce que vous estimez que c'est normal ? MANUEL VALLS Mais on peut toujours corriger tel ou tel dispositif… APOLLINE DE MALHERBE Celui-là, par exemple, on pourrait le corriger, il faudrait le corriger ? MANUEL VALLS Ce débat, Apolline DE MALHERBE, a déjà eu lieu, au Parlement, il y a 2 ans, je n'étais pas… APOLLINE DE MALHERBE Donc pour vous, ça y est… MANUEL VALLS Je n'étais pas Premier ministre. Le CICE, le Crédit Impôt Compétitivité Emploi, ça marche, notamment pour les petites entreprises, moi j'en visite régulièrement, cela permet d'acheter une machine-outil, cela permet d'investir, cela permet de sauvegarder l'emploi, cela permet aussi de créer des emplois. APOLLINE DE MALHERBE Mais 80 millions pour TOTAL, vous trouvez ça normal ou pas ? MANUEL VALLS Ces dispositifs viennent de se mettre en place, attendons qu'ils donnent des résultats. APOLLINE DE MALHERBE Donc, pour l'instant, ça fait partie du rodage quoi ! MANUEL VALLS On ne peut pas le dire ainsi. Le Pacte de responsabilité, que je viens d'évoquer, c'est 40 milliards pour les entreprises, une partie à travers le CICE est déjà mis en œuvre, et puis une autre partie c'est à partir du 1er janvier 2015. Une politique économique, une politique fiscale, nécessite de la stabilité, de la lisibilité, si c'est en permanence le zigzag, la mise en cause, on perd la confiance, or, ce qui est en train de se passer, contrairement à ce que j'entends, c'est que la confiance revient en France, les investisseurs étrangers, ceux qui regardaient la France il y a encore quelques mois, ou quelques années, comme un pays en très grande difficulté, se disent que, grâce aux choix que nous sommes en train de faire, aux réformes que nous sommes en train de mettre en œuvre, la France, qui est la 5ème puissance économique du monde, la 2ème d'Europe, qui est un des pays qui a une force économique majeure, donc il faut lui faire confiance. APOLLINE DE MALHERBE Manuel VALLS, on comprend bien que vous estimez… MANUEL VALLS Donc il ne faut pas mettre en cause, en permanence, une politique économique, parce que pour qu'elle donne des résultats, il faut de la constance, et moi, cette constance, je l'ai, je l'assume, j'irai jusqu'au bout… APOLLINE DE MALHERBE Malgré toutes les critiques de votre propre camp ? MANUEL VALLS Mais, il y a toujours eu un débat à gauche. APOLLINE DE MALHERBE Enfin là, en ce moment, il est quand même particulièrement fort. MANUEL VALLS Oui, mais à chacun d'être responsable, à chacun de se dire est-ce qu'il y a une politique alternative à ce que nous faisons ? Oui, il y en a. il y a ce que propose l'extrême droite, sortir de l'Europe, accuser les immigrés… APOLLINE DE MALHERBE Il y a aussi ce que propose une partie de la gauche. MANUEL VALLS Je vais y venir ; accuser les immigrés, ou les musulmans, d'être responsables de tous les problèmes. Il y a une alternative, c'est celle que propose Nicolas SARKOZY, qui reprend les accents de la campagne de 2012, s'inspirant des thèses de monsieur BUISSON, et, au fond, d'une France qui n'accepte pas la réalité et qui, en même temps, n'accepte pas la nécessaire justice sociale. APOLLINE DE MALHERBE Manuel VALLS, est-ce que vous êtes socialiste ? MANUEL VALLS Mais je le suis depuis 30 ans. APOLLINE DE MALHERBE Est-ce que vous êtes socialiste, est-ce que vous pouvez dire je suis socialiste ? MANUEL VALLS Mais pourquoi vous faites ça Apolline DE MALHERBE ? APOLLINE DE MALHERBE Pourquoi je fais ça… MANUEL VALLS Apolline DE MALHERBE, vous me posez une question… APOLLINE DE MALHERBE Manuel VALLS, depuis que vous êtes Premier ministre vous dites « je suis de gauche », vous le dites souvent, et vous le martelez, vous dites « je suis de gauche. » Mais, y compris dans l'interview du « Nouvel Observateur » qui sort ce matin, vous ne dites pas le mot « socialiste. » Pouvez-vous dire « je suis socialiste » ? MANUEL VALLS Mais ça n'a aucun intérêt. Vous me posez la question, pour dire, regardez il a dit… Mais je suis socialiste, je suis membre du Parti socialiste depuis 1980, depuis l'âge de 18 ans, parce que c'est mon engagement politique, avec des références, je me suis engagé pour Michel ROCARD, j'ai eu la chance et l'honneur de travailler pour lui et pour Lionel JOSPIN. J'étais déjà, je me disais, très jeune, jeune social-démocrate, c'est-à-dire pragmatique, réformiste, profondément républicain parce que je veux donner à ce pays ce qu'il m'a donné. Ce sont des débats, des étiquettes, qui n'intéressent personne. Moi, ce qui m'intéresse, ce qui m'intéresse, ce qui m'intéresse, c'est l'efficacité, c'est de voir ce qui marche, pas pour moi, pas pour les socialistes… APOLLINE DE MALHERBE Mais vous savez que les symboles sont importants, Manuel VALLS. MANUEL VALLS Je ne dis pas le contraire. APOLLINE DE MALHERBE Ce mot « socialiste » est un mot important. MANUEL VALLS Ce qui m'intéresse… APOLLINE DE MALHERBE Notamment vous avez dit que vous pourriez envisager de changer le nom du Parti socialiste, et là c'est une levée de boucliers. Jean-Christophe CAMBADELIS dit « ce nom est un beau nom, pourquoi le changer », et ce matin Claude BARTOLONE, le président de l'Assemblée nationale, dit carrément que « c'est une faute d'envisager de le changer. » MANUEL VALLS Une faute parce qu'on participe à un débat. Vous me ramenez à des sujets qui n'intéressent pas je peux terminer ? APOLLINE DE MALHERBE Allez-y. MANUEL VALLS Qui n'intéressent pas les Français. Alors, Apolline DE MALHERBE, ce débat a toujours eu lieu, et si on m'avait lu avec un tout petit peu, et vous ne l'avez pas fait, je m'en aperçois, avec un peu plus de précision, je dis tout simplement, aujourd'hui le débat ne se pose… APOLLINE DE MALHERBE Alors visiblement Claude BARTOLONE et Jean-Christophe CAMBADELIS ne vous ont pas suffisamment lu ! MANUEL VALLS Eh bien il faut me lire, il ne faut pas succomber, en permanence, à la petite phrase… un débat intellectuel, un débat… APOLLINE DE MALHERBE Mais… MANUEL VALLS Laissez-moi terminer. APOLLINE DE MALHERBE Allez-y. MANUEL VALLS Sinon, y compris pour vous auditeurs, et ceux qui nous écoutent, ça sera difficile. APOLLINE DE MALHERBE Allez-y, mais je sens bien que ce que disent Claude BARTOLONE et Jean-Christophe CAMBADELIS vous agace. MANUEL VALLS Non, ça ne m'agace pas du tout parce qu'il faut me lire. Je dis tout simplement que nous ne pouvons pas continuer ainsi, avec ces fractures, au sein de la gauche, et qu'il faut réfléchir, entre toutes les forces progressistes, à construire une maison commune, une fédération, peut-être demain une formation politique commune. Qu'il y a sans doute, entre ces forces progressistes, moins de différences qu'il n'y en avait il y a quelques années. Et, au bout de ce processus, au bout de processus, alors, à ce moment-là, des questions comme le changement de nom, peuvent parfaitement se poser. Je l'avais déjà dit il y a quelques années, moi je souhaite participer de cette réflexion, posément, bien sûr, mais en partant d'un seul élément, celui de l'action gouvernementale, parce que c'est ça qui m'intéresse. Est-ce que, aujourd'hui, enfin, nous nous rendons compte, nous à gauche, nous socialistes, qu'il y a une réalité qui s'impose à nous, et que nous devons changer… APOLLINE DE MALHERBE Est-ce que c'est votre rôle. MANUEL VALLS Et que nous devons changer, pas seulement nos conceptions, pas seulement des symboles, mais que nous devons assumer ce que nous sommes en train de faire, pour les entreprises, pour les salariés. Quand nous décidons de soutenir les entreprises, de baisser les impôts, de baisser la dépense publique, ça veut bien dire que nous avons changé sur tous ces éléments-là, et il faut l'assumer et l'inscrire, y compris dans le texte et dans la réflexion. APOLLINE DE MALHERBE C'est quoi en finir avec une gauche passéiste ? MANUEL VALLS Mais avec celle qui refuse de regarder la réalité en face. APOLLINE DE MALHERBE Vous, vous êtes réaliste ? MANUEL VALLS Je suis forcément réaliste puisque je gouverne, puisque je suis à la tête du gouvernement, que je me confronte aux réalités. Quand on est à gauche, quand on est socialiste, quand on est un responsable politique, on le fait pour gouverner, c'est un honneur immense que nous font les Français, depuis 2012, de nous avoir donné les responsabilités à travers l'élection de François HOLLANDE, donc il faut assumer ces responsabilités, il ne faut pas les nier, nous vivons dans un monde ouvert, dans une économie de marché, nous vivons dans une Union européenne, avec des règles, il faut évidemment les respecter, et donc il faut être en face, il faut regarder en face cette réalité, assumer le gouvernement, mener les réformes qui sont nécessaires et qui s'imposent au pays. APOLLINE DE MALHERBE Vous parliez notamment de cette grande famille des progressistes, qui pourrait être une sorte de nouvelle alliance, ou en tout cas de redistribution des cartes et une alliance du Parti socialiste, on le comprend bien, notamment vers le Centre. MANUEL VALLS Un nouveau compromis entre toutes ces forces progressistes, bien sûr. APOLLINE DE MALHERBE Pour l'instant on a l'impression que, en tout cas depuis hier, mais effectivement c'est le début de ce débat, c'est plutôt une levée de boucliers. Jean-Christophe CAMBADELIS dit qu'il ne veut pas donner l'onction à François BAYROU, et François BAYROU dit « je ne participerai à aucune manœuvre d'appareil. » Il voit ça comme une manœuvre d'appareil. Est-ce que vous lui tendez la main encore aujourd'hui ? MANUEL VALLS Quel est le risque pour la gauche dans les mois et dans les deux années qui viennent ? Nous l'avons vu, notamment aux élections européennes, c'est de se retrouver derrière la droite, derrière le Front national, c'est d'être sortie, même, du second tour de l'élection présidentielle si nous ne prenons pas garde. Donc… APOLLINE DE MALHERBE Pour vous, pour gagner… MANUEL VALLS Donc il faut être capable de se rassembler, d'abord les socialistes et évidemment la gauche, en tout cas ceux qui assument pleinement les responsabilités, ceux qui acceptent de gouverner et il n'y a rien de pire que le sectarisme, que de refuser une main tendue. François BAYROU a appelé à voter pour François HOLLANDE en 2012, il aurait fallu lui tendre la main. APOLLINE DE MALHERBE Mais en l'occurrence, c'est François HOLLANDE qui ne l'a pas tendue. MANUEL VALLS Pas lui seulement, je ne pense pas à lui seulement. Je pense bien sûr à ses électeurs qui ne se reconnaissaient pas dans Nicolas SARKOZY, dans une manière de faire de la politique, qui ne respectait pas les institutions, qui ne respectait pas les Français, qui jetait les Français les uns contre les autres. Il fallait apaiser, rassembler. Ce qui m'intéresse, c'est le rassemblement des Français. APOLLINE DE MALHERBE Est-ce que vous lui tendez la main aujourd'hui justement ? Pourquoi attendre ? Vous regrettez de ne pas l'avoir fait en 2012 mais pourquoi vous ne le faites pas aujourd'hui ? MANUEL VALLS Ce que je constate, c'est que les clivages politiques d'hier sont en grande partie dépassés, mais il y a bien sûr des débats entre la gauche et la droite, entre les progressistes c'est un beau mot, le progrès et les conservateurs. APOLLINE DE MALHERBE C'est un beau mot : vous pourriez l'aimer comme nouveau nom de parti, le mot « progrès ». MANUEL VALLS Mais Jean-Christophe CAMBADELIS, le Premier secrétaire du Parti socialiste, lui-même parle de cette alliance des progressistes et du progrès. Progrès éducatif, c'est pour ça que l'éducation avec ce gouvernement est devenue… APOLLINE DE MALHERBE Vous pourriez gouverner avec le centre ? MANUEL VALLS Laissez-moi terminer. C'est difficile d'aller jusqu'au bout si on est interrompu tout le temps. Laissez-moi terminer. APOLLINE DE MALHERBE Je vous écoute. MANUEL VALLS C'est la première fois depuis plusieurs années que le budget de l'éducation redevient le premier budget de la nation. Progrès aussi dans le domaine des sciences, de la recherche, de l'innovation parce qu'il faut préparer l'avenir. Oui, le progrès est un beau mot. Mais en même temps, les clivages politiques ont beaucoup changé. Pourquoi refuser la main à ceux qui se reconnaissent dans le centre, dans le centre-gauche, ou en tout cas qui ne se reconnaissent pas dans les partis politiques traditionnels. Je vous rappelle que dans plusieurs villes, nous gouvernons déjà avec le MoDem et avec des centristes. APOLLINE DE MALHERBE Vous pourriez aujourd'hui, vous, gouverner avec le centre ? MANUEL VALLS Ça ne me poserait pas de problèmes à condition, évidemment, qu'il soit d'accord avec ce que nous sommes en train de faire, mais la question aujourd'hui n'est pas d'actualité. APOLLINE DE MALHERBE Et elle le sera quand ? MANUEL VALLS Ça n'est pas uniquement un problème de partis. C'est d'essayer de rassembler. APOLLINE DE MALHERBE Autour d'idées, autour de valeurs, autour de programmes. MANUEL VALLS Autour d'idées, autour de valeurs. Sur les valeurs républicaines, sur l'idée qu'on soutienne l'entreprise et pas les patrons, pas les actionnaires, mais d'abord les salariés, les ouvriers, les cadres, les ingénieurs. C'est ça, une entreprise. Autour des valeurs de la République, autour du soutien à l'entreprise, autour de la nécessaire réduction des déficits, autour de la belle idée de justice sociale et d'égalité. Comment empêcher qu'il y ait aujourd'hui cent cinquante mille jeunes qui sortent du système scolaire ? Comment empêcher qu'il y ait des milliers de gamins qui en 6ème rentrent avec beaucoup de difficultés en matière d'orthographe, de mathématiques, d'expression ? C'est cela la justice et une vraie politique qui permettent enfin l'égalité dans ce pays, parce que c'est le plus beau mot qui existe dans le triptyque républicain. Donc ça veut dire qu'autour de ces idées, de ces valeurs, de ces réformes, on peut être rassemblé. APOLLINE DE MALHERBE Est-ce qu'il pourrait y avoir concrètement des projets ? Vous évoquez par exemple dans votre interview de refonder le contrat de travail pour avoir une sorte de contrat unique. Est-ce que ça, ça fait partie aussi des idées que vous voudriez développer pour que ça marche mieux ? MANUEL VALLS C'est une idée qui est celle de Jean TIROLE, notre prix Nobel d'économie de créer un contrat unique. APOLLINE DE MALHERBE Mais vous avez l'air de trouver que c'est plutôt une bonne idée. MANUEL VALLS L'idée est intéressante. Les partenaires sociaux, notamment les syndicats, ne l'ont pas adoptée. Il y a d'autres manières de libérer le marché du travail puisqu'aujourd'hui nous avons malheureusement plusieurs millions de chômeurs, mais ces discussions doivent d'abord avoir lieu au sein des partenaires sociaux. APOLLINE DE MALHERBE Mais quand les partenaires sociaux bloquent, que ça n'avance pas, que vous estimez au contraire qu'il faudrait y aller, est-ce qu'il n'y a pas un moment où il faut passer outre ? MANUEL VALLS Mais le dialogue social est la marque de ce quinquennat. Il y a une crise des corps intermédiaires. Je pense aux partis politiques, aux syndicats, aux institutions d'une manière générale, donc nous devons les respecter, les conforter et les partenaires sociaux doivent pouvoir avancer. Il y a actuellement une négociation… APOLLINE DE MALHERBE Oui, eux avancer, mais si vous estimez qu'il faut avancer plus vite ? MANUEL VALLS Il y a une discussion, une négociation sur le dialogue social, sur la modernisation de ce dialogue social notamment dans les entreprises, c'est-à-dire la représentativité des salariés dans les entreprises. Dans beaucoup d'entreprises, il n'y a pas de représentation des salariés. Puis il y a aussi la question des seuils. Nous pourrions là aussi évoluer dans un sens qui permette là, encore une fois, de libérer les énergies. APOLLINE DE MALHERBE Est-ce qu'il faut, oui ou non, réformer l'assurance chômage ? MANUEL VALLS Comme je n'ai pas encore terminé ma réponse à votre première question, je veux dire tout simplement : faisons confiance aux partenaires sociaux et puis, on peut être amené à prendre nos responsabilités. Dans la loi sur la croissance et l'activité que présentera Emmanuel MACRON il en a déjà présenté les grandes orientations ces questions-là sont bien sûr intégrées, mais moi je fais d'abord confiance aux partenaires sociaux et c'est vrai aussi pour l'assurance chômage. Il y a un rendez-vous en 2016, il y a une clause de revoyure en 2015. Enfin, écoutez, face à la crise que nous connaissons, au niveau de chômage, de citoyens qui sont dans la précarité, il y aurait des sujets tabous ? Il y aurait des totems ? On ne pourrait pas mettre sur la table tous les sujets qui permettent aux meilleures bonnes volontés d'avancer sur ces sujets ? Vous pensez que les Français considèrent qu'on a tout essayé dans le domaine du chômage ? Non, moi je pense le contraire. Donc ce qui marche, ce qui est efficace, ce qui permet de retrouver, qui permet de respecter aussi les gens personne n'est au chômage par plaisir ce qui permet encore une fois de libérer les énergies dans ce pays, il faut le faire à condition que ce soit respectueux des valeurs de la République et de la justice sociale. APOLLINE DE MALHERBE Les chiffres du chômage tombent demain ; ils seront forcément mauvais. MANUEL VALLS Je n'ai pas évidemment ces chiffres mais quand on a une croissance aussi faible, pas seulement en France mais en Europe, il ne faut pas s'attendre à de bonnes nouvelles, bien évidemment. APOLLINE DE MALHERBE Je voudrais qu'on réécoute François HOLLANDE, un mot qu'il a dit à propos de vous hier lorsqu'il vous remettait les insignes de Grand Croix du mérite : MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANÇOIS HOLLANDE Si vous aimez Clémenceau, c'est parce que je connais bien son parcours, parcours très long, ce qui vous laisse grand espoir, qu'on pensait au moment de la Commune de Paris terminé, non pas comme on le croit à la fin de la Première guerre mondiale, car il a continué à produire, à écrire, jusqu'à la fin de sa vie. Il n'est pas devenu président de la République, mais on peut réussir aussi son existence sans être président de la République. APOLLINE DE MALHERBE Qu'est-ce que vous avez ressenti ? MANUEL VALLS Une grande émotion parce que quand on a cette responsabilité de Premier ministre et qu'on reçoit évidemment cette décoration, nous le disions qui est habituelle, qui est une tradition, on ressent forcément cette émotion. Et puis, je suis très respectueux des institutions de la Vème République. Elles sont une force, elles permettent la stabilité. Je ne me retrouve pas dans ceux et celles qui proposent de changer nos institutions, le vieux débat du passage à la VIème République, d'enlever des pouvoirs du président de la République, alors que les Français pensent au contraire que c'est la véritable élection qui leur permet de choisir le destin du pays, supprimer le poste de Premier ministre. Il n'y a aucun corporatisme dans cette affaire-là mais enfin… APOLLINE DE MALHERBE Vous vous y accrochez forcément ! MANUEL VALLS Non, non, ce n'est pas cela ! Tout simplement, faisons attention à ces manipulations hasardeuses concernant nos institutions. Je suis donc très respectueux des institutions, du rôle du président, du rôle du Premier ministre. Nous formons un tandem et il faut que ça marche et je crois que ça marche. APOLLINE DE MALHERBE Et pourquoi il vous dit : « On peut réussir sa vie sans devenir président de la République » ? MANUEL VALLS Mais je crois qu'il a parfaitement raison. Il évoque CLEMENCEAU. CLEMENCEAU n'était pas seulement un homme de controverse. CLEMENCEAU est quelqu'un qui a eu raison tout au long de sa vie, au moment de la Commune pour dénoncer la décolonisation quelques années après, au moment de l'affaire Dreyfus. Alors qu'à gauche beaucoup hésitaient, lui il défendait le Capitaine DREYFUS. Il a été un grand ministre de l'Intérieur, il pensait que l'ordre républicain c'était le meilleur moyen pour répondre à cette demande de justice parce que l'insécurité, le désordre touchent d'abord les plus modestes et les plus fragiles de notre société. Il a été le Père la Victoire, quel beau parcours ! APOLLINE DE MALHERBE On sait que vous l'admirez. MANUEL VALLS Oui, et je ne me situe évidemment pas à son niveau. C'était une autre époque et c'était un de ces géants de l'Histoire, mais c'est quelqu'un qui est forcément une référence. APOLLINE DE MALHERBE Mais pourquoi il ironise ? Pourquoi est-ce que le président de la République à ce moment-là ironise auprès de vous avec ça ? On sent bien qu'il ironise quand il dit : « On peut réussir sa vie sans être président ». MANUEL VALLS Il rappelle un certain nombre de vérités sur le rôle du président et du Premier ministre. Vous ne trouverez jamais chez moi la moindre distance, la moindre critique, la moindre nuance vis-à-vis du président de la République dont vous connaissez par ailleurs l'humour. C'est une merveilleuse arme de protection. APOLLINE DE MALHERBE Donc c'était drôle. Vous avez trouvé cela drôle. MANUEL VALLS Oui. Il y avait à la fois ce mélange d'émotion et puis d'humour. C'est dans ces moments-là difficiles de gravité, et avec François HOLLANDE nous prenons tous les jours des décisions difficiles, une cérémonie comme celle-ci permet d'être à la fois dans l'émotion mais aussi dans l'humour et moi, je poursuis ma tâche au service de la France. Encore une fois, c'est un honneur d'être à la tête du gouvernement et de servir. Serviteur du président de la République, c'est un beau mot. Servir non pas le président de la République seulement, servir la France et les Français. APOLLINE DE MALHERBE Merci Manuel VALLS d'avoir été notre invité ce matin. MANUEL VALLS Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/065.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/065.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7f3a64526c7f2938306ffddf5f8a370c9a9791a5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/065.txt @@ -0,0 +1 @@ +Jean-Pierre ELKABBACH Merci d'être avec nous ce matin, bienvenue Bernard CAZENEUVE, bonjour. Bernard CAZENEUVE Bonjour. Jean-Pierre ELKABBACH Vous avez affirmé sur PUBLIC SENAT, à Michel GROSSIORD, hier soir, qu'à Sivens ce n'est pas une bavure, alors qu'est-ce que c'est ? Bernard CAZENEUVE C'est un drame. Jean-Pierre ELKABBACH Un drame pour qui ? Bernard CAZENEUVE Un jeune garçon qui meurt à l'occasion d'une manifestation, qui a 21 ans, qui était un militant pacifiste, c'est un drame, et c'est un drame qui appelle toute la vérité. C'est d'ailleurs ce à quoi je me suis engagé, dès les premières heures après ce drame, et c'est ce que je souhaite, parce que la vérité nous la devons comme un devoir moral, à l'égard des camarades de Rémi FRAISSE, à l'égard de sa famille et de ses parents, pour lesquels j'ai une pensée triste, et je mesure l'étendue, l'immensité de leur chagrin. Donc cette vérité nous la devons comme un devoir moral. Jean-Pierre ELKABBACH Le Premier ministre a défendu hier l'action des policiers, des gendarmes. S'il y a culpabilité, Monsieur le ministre de l'Intérieur, est-ce qu'il y aura des sanctions disciplinaires et des sanctions de la justice, ou alors le gouvernement veut protéger ou mettre une sorte de couverture sur ce qui peut être la vérité ? Bernard CAZENEUVE Mais à chaque fois qu'il y a une faute, et qu'elle est grave, il doit y avoir des sanctions, et autant je n'accepte pas que l'on porte atteinte à l'honneur des forces de sécurité, qu'il s'agisse de la police et de la gendarmerie, parce que chaque jour ces forces s'exposent, je veux rappeler d'ailleurs que, à Sivens, depuis le début du mois de septembre, 56 policiers et gendarmes ont été blessés, qu'il y a eu 81 procédures judiciaires d'ouvertes, autant je n'accepterai jamais, dès lors qu'il y a des fautes commises, et qu'elles sont graves, que cela reste impuni. Donc il n'y a pas de complaisance à l'égard de ceux qui peuvent commettre des fautes, il y a simplement la volonté d'avoir une position digne, juste, qui corresponde à ce qu'est la réalité des événements qui se sont produits. Jean-Pierre ELKABBACH Est-ce que les policiers, pour vous, étaient en état de légitime défense ? Bernard CAZENEUVE Mais les policiers ont été, au cours des dernières semaines, encore une fois, à Sivens, mais pas seulement à Sivens, ça a été le cas à Gaillac, ça a été le cas à Nantes, ça a été le cas à Albi, constamment agressés par des groupuscules d'une extrême violence, cagoulés, qui envoyaient des cocktails Molotov… Jean-Pierre ELKABBACH Donc vous saviez qu'il y avait une radicalisation de ces mouvements ? Bernard CAZENEUVE Mais, cette radicalisation, non seulement je la connaissais, mais j'ai prévenu de ses conséquences. Je n'ai cessé, au cours des dernières semaines, sur un ouvrage, dont je rappelle, qui n'est pas un ouvrage d'Etat, parfois quand j'entends certains commentaires j'ai l'impression que c'est le ministère de l'Intérieur qui a décidé de faire un barrage à Sivens, il n'en n'est rien… Jean-Pierre ELKABBACH Non, c'est le Conseil général du Tarn. Bernard CAZENEUVE Il s'agit, d'ailleurs… Jean-Pierre ELKABBACH Qui cède parce qu'il y a violence. Bernard CAZENEUVE Il s'agit d'ailleurs d'un ouvrage qui a été réalisé au terme de procédures juridiques conformes au droit, votées par le représentation nationale, quoi qu'on en pense, et je considère que, autant on a le droit de manifester, de s'opposer, y compris lorsque les procédures juridiques ont été respectées, parce que c'est cela la démocratie, autant je considère que le ministère de l'Intérieur doit protéger tous ceux qui manifestent calmement, autant je veux condamner avec la plus grande fermeté tous ceux qui depuis des semaines attisent les flammes, sont dans la violence, utilisent des projectiles qui peuvent blesser… Jean-Pierre ELKABBACH Qui sont-ils ? C'est qui ? Et est-ce qu'il y a derrière, aussi, des politiques, ou à côté d'eux des politiques ? Bernard CAZENEUVE Qui peuvent blesser des policiers, je répète, 56 policiers et gendarmes blessés. Cette violence elle est partout. Elle est parfois aussi verbale, elle est intolérable, c'est la raison pour laquelle j'appelle, constamment, inlassablement, à la responsabilité de ceux qui ont une parole publique. Jean-Pierre ELKABBACH Voyons les choses concrètement Monsieur le ministre de l'Intérieur, Monsieur Bernard CAZENEUVE. Pour le procureur d'Albi, l'enquête, je cite, ne peut aujourd'hui exclure le rôle d'une grenade offensive jetée depuis la redoute où s'étaient retranchés les gendarmes. Il y a donc, déjà, une idée de l'origine du tir. Bernard CAZENEUVE Mais, le procureur de la république a rendu compte immédiatement des premières enquêtes et expertises réalisées par la police scientifique et technique, c'est bien le signe que la justice fait son travail, c'est bien le signe que nous voulons la vérité. Donc oui, cette hypothèse existe. C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, j'attends de ces expertises, leur contenu, avant de prendre un certain nombre de dispositions. Quelles sont les dispositions que j'ai prises, parce que je veux précisément que nous soyons… Jean-Pierre ELKABBACH Vous avez tout de suite suspendu l'usage de grenades offensives… Bernard CAZENEUVE Non, j'ai pris deux dispositions. J'ai d'abord demandé à ce qu'il y ait une enquête de l'Inspection générale de la Gendarmerie nationale, et de la Police nationale, sur l'utilisation des grenades dites offensives, dans les opérations de maintien de l'ordre, et deuxièmement, j'ai suspendu l'utilisation de ces grenades jusqu'au rendu de cette enquête, qui doit intervenir dans 15 jours. Jean-Pierre ELKABBACH Mais est-ce que ça veut dire que c'est reconnaître que de telles armes ont déjà été utilisées pour le maintien de l'ordre ? Bernard CAZENEUVE Mais ces armes… Jean-Pierre ELKABBACH Et, et, si vous permettez, est-ce que vous déciderez, quels que soient les résultats de l'enquête, leur interdiction définitive ? C'est ça qui est important. Bernard CAZENEUVE Ces armes sont utilisées depuis des dizaines d'années dans le maintien de l'ordre… Jean-Pierre ELKABBACH Maintenant elles tuent. Bernard CAZENEUVE Non, elles n'ont jamais tué jusqu'à présent, mais il y a eu cette affaire, avec ses interrogations, une enquête judiciaire qui doit donner tous ses résultats, par conséquent moi j'applique le principe de précaution, je tiens compte de ce qui s'est passé. Je veux que l'on protège, mais je ne veux pas que ce type de drame se produise, donc je veux aussi la vérité, donc j'ajoute une enquête administrative à l'enquête judiciaire sur un point précis, et je suspends, jusqu'à ce que l'enquête administrative ait fait connaître ses résultats, l'utilisation de ces grenades. Jean-Pierre ELKABBACH Donc il y aura des conséquences avec la justice et des conséquences administratives, après les enquêtes. Bernard CAZENEUVE Mais bien entendu, cela est normal. Jean-Pierre ELKABBACH Qui jugez-vous responsable ? Bernard CAZENEUVE De ? Jean-Pierre ELKABBACH De ce qui s'est passé. Bernard CAZENEUVE Mais il y a une société qui… Jean-Pierre ELKABBACH Et est-ce que vous estimez, à travers ce que vous entendez, avoir vous-même une part de responsabilité, puisque vous êtes le chef ? Bernard CAZENEUVE Premièrement, il y a une société de violence, et face à cet événement, qui est un drame terrible, et qui pour le ministre de l'Intérieur est une épreuve, on ne vit pas ce qui s'est passé, quand on est ministre de l'Intérieur, avec un sens profond de l'Etat, et aussi une sensibilité humaine, un événement comme ceci sans être dans un questionnement intérieur et profond. Donc, bien entendu la question se pose, aujourd'hui, de, cette société de violence. Elle est partout cette violence, je la sens dans certaines déclarations, je la sens dans des actes, je la sens dans des manifestations où l'on casse, où l'on détruit, où l'on envoie des projectiles, où on essaie d'atteindre les forces de l'ordre, et pour moi cela doit cesser. Et j'appelle tous les responsables politiques, de droite et de gauche, parce que depuis hier j'entends beaucoup de choses que je considère comme assez indignes, à faire attention à la portée de la parole publique, et à ne tenir que des paroles d'apaisement. Et deuxièmement, je souhaite, dans cette affaire, que toutes les responsabilités soient établies, dans toute la chaîne de commandement, c'est la raison pour laquelle j'engage ces enquêtes d'administratives, et que nous donnerons tout à la justice pour qu'elle puisse faire son œuvre. Jean-Pierre ELKABBACH Mais par exemple il y a eu des images vidéo, sur BFM, qui ont été tournées sur les lieux, et qui démontrent que certains membres des forces de l'ordre ont perdu leur sang-froid, qu'ils sont allés jeter des grenades dans une roulotte, dans une caravane, et que la répression a été très dure. Eux aussi, si vous en avez la preuve, seront sanctionnés ? Bernard CAZENEUVE Mais, il y a, sur ce sujet précis de la caravane, c'est une vidéo que j'ai vue, une affirmation contradictoire entre les manifestants et le gendarme, mais moi je souhaite qu'il y ait bien entendu une enquête, d'ailleurs celle que j'ai engagée doit permettre de faire toute la clarté sur ces faits, et au terme de ces enquêtes il y aura bien entendu, si cela est justifié, des sanctions. Mais quand il y a des événements de ce type, quand il y a une telle tension, quand il y a une telle instrumentalisation, parfois de l'émotion, la seule chose qui compte, Jean-Pierre ELKABBACH, c'est la vérité. Le ministre de l'Intérieur, comme toute personnalité politique qui a le sens de l'Etat, ne doit pas se laisser emporter par l'émotion, elle doit rechercher une seule chose, la vérité, parce que la justice suppose la vérité. Jean-Pierre ELKABBACH Vos drôles d'alliés les Verts, et puis le Front de Gauche, réclament votre démission. Est-ce que vous renoncerez, est-ce que vous avez envie de partir, est-ce que vous avez envie, à un moment donné, de donner votre démission au président de la République, au Premier ministre ? Bernard CAZENEUVE D'abord, quand vous avez une épreuve de ce type vous voyez apparaître les comportements politiques et individuels, politiques pour ceux qui le sont, donc j'avais quelques intuitions, désormais j'ai quelques certitudes, sur les comportements des uns et des autres. Ils m'apparaissent… Jean-Pierre ELKABBACH C'est-à-dire ? Bernard CAZENEUVE C'est tout, je n'en dirais pas plus. Jean-Pierre ELKABBACH C'est-à-dire, il faut le dire… Bernard CAZENEUVE Non, je n'en dirais pas plus, parce que nous sommes dans un contexte où il faut laisser la polémique à ceux qui l'initient, et moi je ne souhaite pas… Jean-Pierre ELKABBACH C'est-à-dire qu'il y a de la récupération politicienne dans l'air, et personne ? Bernard CAZENEUVE Il y a surtout assez peu de dignité. Jean-Pierre ELKABBACH Il y a une question, à partir de ce qu'a dit hier Nicolas SARKOZY à Marseille, en meeting, il a insisté sur le fait qu'il a été votre prédécesseur 4 ans, président de la République 5 ans, et qu'il n'a pas connu de violence ou de drame. Il veut dire qu'il a eu de la chance ou qu'il était bon, lui ? Bernard CAZENEUVE Ça veut surtout dire qu'il n'a pas de mémoire, parce que le 25 octobre 2005 il a fait quelques déclarations qui ont engendré des émeutes urbaines, au terme desquelles il s'est passé quelques drames, je le lui rappelle. Parce que quand on est président de la République, et qu'on prétend avoir le sens de l'Etat, et qu'on a eu les responsabilités qui sont les siennes, on se dispense de faire ce type de déclaration dès lors qu'on a une conception un peu éthique de l'action publique, mais il semble que ce ne soit pas le cas de Nicolas SARKOZY. Jean-Pierre ELKABBACH Il aurait dû se taire ? Bernard CAZENEUVE Je pense que quand on est un homme d'Etat, dans un certain nombre de circonstances, il vaut mieux se taire plutôt que de mentir, oui, je pense. Jean-Pierre ELKABBACH Dernière remarque Bernard CAZENEUVE, en vous remerciant d'être là. Vous avez dit tout à l'heure qu'il y a une certaine colère, ou de l'électricité dans l'air, que personne jusqu'à présent n'apaise ou ne peut apaiser, à droite ou à gauche. Ça ressemble à une flammèche qui est en train de courir. Qui va l'éteindre pour éviter des drames supplémentaires dans la société ? Bernard CAZENEUVE Chacun doit y contribuer. Nous sommes dans une période où il y a de la tension, où il y a de la violence, elle est en France, elle est aussi en Europe, et chaque responsable politique doit avoir le sens des responsabilités. Jean-Pierre ELKABBACH Alain JUPPE qui dit que le quinquennat a échoué ? Bernard CAZENEUVE Je n'ai pas entendu cette déclaration d'Alain JUPPE, donc j'ai l'habitude de commenter ce que j'ai entendu. Jean-Pierre ELKABBACH Mais s'il l'a dit, parce qu'il l'a dit ? Bernard CAZENEUVE Ça dépend le contexte dans lequel il l'a dit, en tous les cas ce quinquennat est un quinquennat de combat, qui n'a pas vocation à échouer, qui est un quinquennat de redressement de la France, dans un contexte difficile, et qui appelle, du courage, du sang-froid, et de la détermination. Jean-Pierre ELKABBACH Merci d'être venu. Thomas SOTTO Pardon Bernard CAZENEUVE, vous n'avez pas répondu à une question de Jean-Pierre. Si la responsabilité des gendarmes est clairement et définitivement établie, vous êtes leur patron, Jean-Pierre l'a rappelé, est-ce que vous considérez, vous, que, oui ou non, la question de votre maintien au gouvernement se posera ? Bernard CAZENEUVE Mais j'ai répondu à cette question. Thomas SOTTO Oui ou non ? Bernard CAZENEUVE Ecoutez, il y a un gouvernement et un ministre de l'Intérieur qui, dans cette affaire-là, a pris ses responsabilités et a donné des consignes claires. J'ai passé tout mon week-end en liaison avec ceux qui étaient en charge du maintien de l'ordre, à appeler à la prudence, parce que je sentais cette violence et je voyais les provocations, mais, encore une fois, je redis ce que j'ai eu l'occasion de dire à maintes reprises, depuis plusieurs jours, depuis de nombreuses heures, il y a une violence constante, tous les jours, je suis obligé, en lien avec les forces de l'ordre, de créer les conditions du calme, parce qu'il y a… Thomas SOTTO Vous ne répondez pas à la question. Jean-Pierre ELKABBACH Vous dites à Thomas, je ne pars pas, et je ne partirai pas ? Bernard CAZENEUVE Mais je n'ai aucunement l'intention de partir, alors que je fais mon devoir, avec le sens de l'Etat et de la République. Thomas SOTTO Merci Bernard CAZENEUVE d'être venu ce matin en direct sur Europe 1. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/066.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/066.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1aa5c8ef197b4952ffbdebab95b3ed7e2033fb0c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/066.txt @@ -0,0 +1 @@ +« (...) C'est la première visite à Tunis d'un ministre de l'Intérieur français depuis 2011, dans un contexte particulier qui m'a conduit à aborder essentiellement trois questions. La première, c'est le processus démocratique dans lequel la Tunisie s'est engagée, qui s'est déployé au cours des derniers mois à travers déjà deux étapes réussies : l'adoption, en janvier 2014, d'une nouvelle Constitution reposant sur un équilibre des pouvoirs qui doit permettre de répondre aux aspirations démocratiques de la société tunisienne dans la stabilité ce qui, jusqu'à présent, n'avait pas été possible. C'est donc le signe d'une démocratie qui fait son chemin, d'une transition démocratique réussie et d'un processus constitutionnel qui est allé à son terme. Mais la Constitution ne suffit pas. Il faut ensuite que les élections se tiennent. Elles se sont tenues, pour ce qui concerne les élections législatives, dans un contexte de sécurité qu'il faut saluer, avec une maturité démocratique qu'il faut constater puisque les résultats n'ont pas été contestés. C'est donc que les élections se sont passées dans un contexte de transparence qui est le signe d'une belle maturité démocratique, avec un respect entre les organisations politiques qui n'a rien à envier à la manière dont fonctionnent les plus vieilles démocraties. Les résultats ont été reconnus par ceux qui avaient perdu ces élections sans pour autant que ceux qui les avaient gagnées n'affichent une volonté de domination. Ce qui est toujours beaucoup plus simple. Et puis il reste l'élection présidentielle à venir. Il y a donc à travers les élections législatives, suivant l'adoption d'une Constitution et précédant l'élection présidentielle, un rythme d'échéances démocratiques qui témoigne d'une transition qui s'affirme, qui réussit. La France est très heureuse de ce résultat et le salue. (...) Deuxième raison de cette visite - et je prends là mon costume de ministre de l'Intérieur -, c'est la volonté que nous avons de renforcer les coopérations en matière de sécurité. Il s'agit d'un spectre large de sujets sur lesquels nous avons décidé d'approfondir ce qui a été engagé depuis 2008. En matière de sécurité civile, de gestion de crise et de soutien direct aux personnes soumises à ces crises, nous avons la volonté d'accompagner la Tunisie dans la mise en place d'une école de formation dans le domaine de la protection et de la sécurité civiles. Vous savez que nous avons un modèle français qui est éprouvé et qui, à travers les moyens mobilisés par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion de crise, peut engager des coopérations. J'ai indiqué à mes homologues notre volonté d'être à leurs côtés dans ce domaine, de mobiliser des compétences, de faire de la formation, de créer éventuellement des relations entre leur école et l'École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers (ENSOSP). Bref, Il y a là tout un champ de coopération possible qui est extrêmement prometteur. Le deuxième sujet sur lequel nous avons décidé d'articuler nos actions, c'est la lutte contre toutes les formes de criminalité organisée au plan international, qui justifient une coopération particulière entre nos pays, comme la lutte contre l'immigration irrégulière qui constitue un enjeu régional considérable mais également pour notre pays. Vous savez que la France a augmenté de 30% le nombre de filières d'immigration irrégulière démantelées en 2013 et en 2014. C'est une priorité pour le Gouvernement et c'est une priorité de mon agenda au ministère de l'Intérieur. (...) Compte tenu de l'implantation de ces filières en Libye, notamment, nous avons des actions à conduire ensemble. Nous avons aussi à agir pour faire en sorte que ces filières qui s'organisent parfois sur internet puissent être démantelées par une action sur internet. Nous avons donc là un premier axe de coopération en matière de sécurité. Cela vaut également pour la grande délinquance économique et financière et pour le trafic de stupéfiants, ce qui doit nous conduire à renforcer de façon considérable notre coopération dans le domaine de la cybercriminalité. Et puis il y a ce qui se fait déjà en matière de formation et de coopération entre nos forces de sécurité. Nous allons l'intensifier. J'ai indiqué la disponibilité de la France pour aider la Tunisie à rejoindre l'Association des forces de gendarmerie et de sécurité à statut militaire en Europe, une fédération que préside la France au sein du Conseil de l'Europe et à laquelle la Tunisie a vocation à se joindre. Enfin, nous avons parlé d'un troisième sujet concernant la sécurité qui est absolument stratégique et qui est la lutte contre le terrorisme. La lutte contre le terrorisme nous concerne conjointement, d'abord parce que nos pays peuvent être mis en danger par des actions terroristes. La Tunisie a déjà connu cela, l'Europe aussi à travers un certain nombre de crimes qui ont été commis en France ou en Belgique depuis le début des années 2010. Nous sommes concernés également parce que, dans nos deux pays, des ressortissants partent dans les groupes terroristes, notamment en Irak, en Syrie, mais aussi en Libye, et peuvent revenir sur nos territoires où ils représentent un danger sécuritaire pour nos propres pays. Nous avons des dispositions à prendre ensemble pour faire en sorte que, dans le domaine de la dé-radicalisation, dans le domaine de la prévention des départs, dans le domaine de la coopération entre nos services de renseignement pour mieux prévenir les actes terroristes, nous puissions agir ensemble. Nous avons donc décidé d'ajouter à ce qui est déjà inscrit dans nos conventions une action plus particulière sur ce sujet qui embrassera essentiellement trois domaines : la dé-radicalisation, la prévention des départs et l'articulation des dispositions que nous avons prises sur le plan législatif, ainsi que l'approfondissement de la coopération entre nos services de renseignement et de police sur ces sujets. Après les questions de démocratie et de sécurité, nous avons également traité de la question de l'immigration. C'est un sujet important pour ce qui relève de la lutte contre l'immigration irrégulière - je vous en ai dit un mot à l'instant - mais nous avons des conventions qui nous lient et dont nous voulons qu'elles soient mises en œuvre. Ces conventions doivent nous conduire, nous Français, à mieux accueillir les ressortissants tunisiens qui veulent venir faire des études ou développer de l'activité économique dans notre pays. Nous avons modifié les modalités d'attribution des visas, grâce à l'externalisation du service par l'ambassade de France, avec des procédures beaucoup plus courtes, beaucoup moins complexes, qui a permis de porter à 42% le nombre de visas de circulation attribués par la France, sur un nombre total qui représente un peu plus de 110.000 visas par an. Manuel Valls avait indiqué aux autorités tunisiennes les progrès que nous avions faits, notamment dans le domaine de l'accueil des étudiants. Depuis la circulaire de novembre 2012, notre volonté a été de faciliter les conditions d'accueil des ressortissants tunisiens en France. En contrepartie de cela, la Tunisie agit pour faciliter l'attribution des laissez-passer consulaires en cas de réadmission et se dote de moyens technologiques plus performants grâce à la convention que nous avons passée et qui fait l'objet d'une application tout à fait excellente. Voilà, Mesdames et Messieurs, les sujets que nous avons abordés et les perspectives qui s'ouvrent. Je suis bien entendu tout à fait prêt à répondre à vos questions. Question : Est-ce que vous pouvez nous donner des détails sur la politique préventive dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, notamment en ce qui concerne les départs et le dossier libyen ? M. Cazeneuve : Vous savez que quand on est ministre de l'Intérieur, on ne peut pas aller trop loin dans les détails ? Mais je vais vous donner le maximum de ce que je peux en matière d'informations, d'abord en ce qui concerne la France. La France a pris des dispositions législatives mais tout n'est pas dans la loi. Je souhaite que nous développions une politique préventive très forte qui est destinée à accompagner les familles dont un des membres manifeste des tentations de basculement dans des groupes terroristes, par une mobilisation générale de l'administration en France. Quels sont les moyens que nous avons mis en œuvre pour cela et qui pourraient faire l'objet d'échange d'expériences avec nos partenaires tunisiens ? D'abord, nous avons mis en place, à Beauvau, une plateforme de signalisation qui permet à toutes les familles de signaler le cas de jeunes dont elles sentent qu'ils s'apprêtent à rejoindre les groupes terroristes. Cette plateforme a enregistré depuis la fin du mois de février 2014 près de 550 signalements de la part des familles. Ces signalements font immédiatement l'objet sur le territoire français, autour des préfets et des procureurs de la République concernés, d'une mobilisation de toutes les administrations françaises pour éviter le départ. Il peut s'agir ici de la mobilisation de compétences sanitaires ou psychiatriques, là de la mobilisation de compétences éducatives lorsque le basculement peut s'expliquer par un décrochage scolaire, là encore de compétences en matière d'emploi lorsqu'il y a un sentiment de relégation sociale résultant de la difficulté d'accéder à l'emploi ; enfin de la prévention spécialisée lorsqu'il y a un processus de décrochage ou d'isolement qui résulte d'un enkystement du jeune dans la délinquance. Bref, nous avons mis en place des politiques préventives très fortes qui doivent accompagner des actions de dé-radicalisation dans les prisons, de diffusion d'un contre-discours, d'explication avec les aumôniers de la différence qui existe entre ce qu'est la religion musulmane et son dévoiement par des groupes qui n'ont qu'une seule et unique idéologie, un seul et unique instinct, celui de la violence, et qui dénaturent ce qu'est l'islam. Toutes ces actions sont en œuvre en France et nous pouvons échanger. Nous avons aussi des Franco-Tunisiens qui peuvent être concernés, face auxquels nous pouvons coopérer pour que les départs ne se produisent pas et, lorsqu'ils sont partis, pour que les retours soient organisés, maîtrisés et judiciarisés. Voilà donc ce que nous pouvons faire ensemble. Concernant la Libye, il y a dans ce pays, pour des raisons qui tiennent à l'affaiblissement de l'État, des groupes et des acteurs du crime organisé qui sont présents. Nous-même, nous le voyons sur la question de l'immigration qui est sensible puisque les acteurs de la traite des êtres humains mettent sur des embarcations de plus en plus nombreuses des migrants de plus en plus vulnérables sur lesquels on prélève des sommes de plus en plus importantes en les conduisant parfois vers la mort. Notre objectif, c'est de faire coopérer nos services de renseignement et de police pour identifier ces filières et les démanteler. Moi, je suis très résolu à faire en sorte qu'en France, nous puissions accentuer la pression qui s'exerce sur les filières de l'immigration irrégulière parce qu'elles mobilisent de véritables acteurs de la traite des êtres humains. Quand on voit à Calais la manière dont les femmes et les enfants sont traités par les passeurs, on mesure la dimension d'inhumanité et de cynisme de ces acteurs. Donc, il faut démanteler cela de façon résolue. En même temps, c'est une condition si l'on veut créer les conditions de l'asile pour tous ceux qui en relèvent dans nos pays européens et c'est le cas de la France. Parce que beaucoup de ceux qui se trouvent en Europe y sont parce qu'ils sont persécutés, parce qu'ils sont poursuivis, parce qu'ils sont torturés, parce qu'ils sont emprisonnés, parce que leurs familles sont menacées d'être exécutées. Par conséquent, si l'on veut pouvoir réserver l'asile dans de meilleures conditions en Europe, il faut être capable aussi de démanteler ces filières. Sinon, il n'y aura pas de soutenabilité de notre politique d'asile. Question : Monsieur le ministre, la France et les pays occidentaux ont pris part à ce qu'on appelle la révolution libyenne. Ensuite, la situation est ce qu'elle est actuellement. Elle s'est avérée catastrophique pour la Tunisie. Peut-on espérer voir des décisions dans l'immédiat pour aider les Libyens à se sortir de ce qu'on appelle aujourd'hui une guerre civile ? Deuxième question si vous le permettez : en Tunisie, la Nahdha représente la deuxième force politique. Une partie de la société tunisienne espère voir ce parti délaisser l'aspect religieux et la prédication pour se consacrer exclusivement à la politique. Pensez-vous qu'il faudrait l’aider à aller dans ce sens ? M. Cazeneuve : Je n'ai pas de commentaires à faire sur la vie politique intérieure tunisienne. (...) Je constate simplement que le processus démocratique est solide, que le respect entre les formations politiques est là, que le processus électoral est irréprochable et que l'état d'esprit est inclusif de toutes les formations politiques pour trouver le meilleur compromis afin que la Tunisie conforte la démocratie et connaisse le développement. Cela est la preuve que la démocratie est possible, qu'elle a ses exigences mais que les peuples peuvent non seulement l'assumer mais la construire jour après jour avec succès. Je n'ai pas à me prononcer sur le reste parce que cela relève de la souveraineté d'un pays et des choix librement consentis de ses organisations politiques. Sur le premier sujet, j'ai déjà répondu. Si l'on veut être efficace, il faut démanteler partout où nous le pouvons, par des coopérations renforcées entre nos pays et nos services, tout ce qui relève des organisations criminelles : filières de la traite des êtres humains, filières des trafics de stupéfiants, filières du terrorisme. Nous devons les démanteler si nous voulons donner des chances à des pays de ne pas être minés par ces organisations du crime. Voilà la compétence des ministres de l'Intérieur et c'est de cela que nous avons parlé en disant que nous étions déterminés à articuler davantage nos actions et à renforcer nos coopérations pour atteindre cet objectif. Question : Par rapport au retour des jihadistes qui sont en Syrie ou en Irak, qu'ils soient français ou tunisiens, est-ce que la partie tunisienne vous a donné des garanties sur le fait que leur retour est surveillé. Et vous, en France, comment est-ce que vous pouvez assurer la surveillance de personnes qui reviennent de Syrie en passant par la Turquie, l'Espagne, multipliant les vols pour brouiller les pistes. Est-ce que vous avez des moyens pour éviter le retour de personnes qui promettent des actions sur le territoire français ? M. Cazeneuve : C'est une très bonne question sur laquelle nous travaillons de façon déterminée. Vous savez qu'il s'est tenu à Paris, le 6 novembre dernier, une réunion dite du G6, c'est-à-dire des ministres de l'Intérieur des six principaux pays de l'Union européenne - France, Allemagne, Espagne, Italie, Grande-Bretagne, Pologne à laquelle s'étaient joints le ministre turc de l'Intérieur, le ministre de la Justice et le vice-ministre de l'Intérieur américains ainsi que le ministre de l'Intérieur canadien. Nous avons pris des dispositions, en France, par l'organisation de nos services de police et de renseignement et nous essayons de faire en sorte que le cas de ceux dont nous savons qu'ils sont impliqués dans des opérations terroristes en Irak et en Syrie soit judiciarisé avant leur retour, dès lors que suffisamment d'éléments incontestables nous sont communiqués. C'est un premier élément de réponse mais il ne suffit pas de judiciariser la situation de personnes dont on sait qu'elles ont été engagées dans des groupes terroristes pour être sûr de pouvoir les arrêter au bon moment, une fois qu'elles sont de retour sur le territoire national. Il faut pour cela que plusieurs conditions soient réunies. D'abord, qu'il y ait une bonne coopération avec la Turquie, concernant les conditions du retour de ceux qui sont identifiés à la frontière turco-syrienne par les autorités turques et qui sont parfois placés dans des centres de rétention administrative avant d'être envoyés en France. Cette coopération a été considérablement développée et améliorée suite à mon voyage à Ankara qui a permis de déterminer avec le ministre turc de l'Intérieur un process destiné à sécuriser ces retours. Deuxième élément de réponse, je me suis beaucoup battu, depuis mon arrivée place Beauvau, pour qu'il y ait un signalement spécifique "combattant étranger" dans le système d'information Schengen. Ce signalement spécifique a pour principal intérêt de permettre à tous les pays de l'UE de savoir, par la consultation du système d'information Schengen et du fichier des personnes recherchées, quel est le profil de celui qui transite par le pays. Mais cela ne suffit pas. Il faut que nous allions plus loin dans la mise en place d'un dispositif qui s'appelle le « passenger name record » - PNR européen et qui doit permettre d'établir la traçabilité de tous les passagers qui transitent dans l'espace européen ou par d'autres pays avec lesquels il existerait une mise en commun des données PNR, de manière à ce que le signalement « combattant étranger » dans le système d'information Schengen et son croisement avec le fichier des personnes recherchées puis le PNR permette à chaque pays de l'UE d'informer le pays de la nationalité du ressortissant identifié comme terroriste qu'il a transité dans tel ou tel aéroport de l'Union. Une fois que nous aurons mis en place ce dispositif, nous aurons beaucoup progressé. À l'occasion du G6, dont je vous parlais tout à l'heure, nous avons décidé de faire une démarche commune auprès de la commission LIBE du Parlement européen (Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures) qui bloque l'adoption de ce PNR, pour que nous puissions lui donner des garanties en termes de libertés publiques afin de progresser. Très souvent, je lis dans la presse des commentaires sur les conditions du retour de tel ou tel combattant étranger, sur les difficultés qui peuvent se présenter. Ces commentaires ne sont parfois pas exhaustifs de la totalité des sujets qu'il faut maîtriser pour être vraiment en situation d'être efficace. Moi, mon combat comme ministre de l'Intérieur, c'est de faire en sorte qu'on développe les coopérations avec les pays tiers de l'Union, d'où mon voyage en Tunisie après la Turquie. _ Deuxièmement, c'est de faire en sorte que dans le système Schengen, on multiplie les dispositifs d'alerte et d'identification, d'où le signalement SIS, d'où le fichier des personnalités recherchées, d'où le PNR européen. Et c'est comme cela que nous parviendrons à établir cette traçabilité. Question : Je voulais savoir où en est la coopération entre la France et la Tunisie au niveau du renseignement. Est-ce qu'elle est suffisante ? Comment est-ce qu'elle évolue ? M. Cazeneuve : Je ne vais pas donner de détails sur les sujets que vous avez évoqués mais sur les principes, la coopération entre les services de renseignement doit être approfondie. Toujours ! Parce que nous sommes confrontés, tous les pays amis entre lesquels il existe une relation de grande confiance, à une menace constamment mouvante, nous avons intérêt à renforcer cette coopération. D'ailleurs, la réunion que nous avons eue aujourd'hui a été extrêmement fructueuse et confiante. Pourquoi ? Parce que nous avons la même conscience de cette nécessité et que nous avons l'intention de mettre en œuvre les process qui permettront d'approfondir cette coopération. Nous avons 34 actions de coopération avec la Tunisie en 2014 sur les sujets qui relèvent notamment du champ de ma compétence, trois fois plus qu'au cours des dernières années. Mon intention, c'est de renforcer cette coopération qui reprend de la force et de faire en sorte que deux fois par an au moins, autour d'un agenda précis avec des objectifs, une méthode, un calendrier, nous puissions nous retrouver, Français et Tunisiens, pour voir les conditions dans lesquelles nous cheminons ensemble, les résultats que nous obtenons, les adaptations auxquelles il faudra procéder. La coopération peut être renforcée non pas parce qu'elle n'est pas bonne mais parce qu'elle est suffisamment bonne, justement, pour justifier qu'on aille plus loin. Donc oui, nous allons aller plus loin, pour être plus efficaces encore, ensemble, parce que nous en éprouvons le besoin. Question : Vous avez évoqué le départ de Français et de Tunisiens vers la Syrie et l'Irak, un phénomène qu'on connait, mais aussi le départ vers la Libye. Est-ce que la Libye est devenue une nouvelle destination ? Ma deuxième question concerne encore la Libye. Qu'est-ce que la France envisage pour avancer dans la crise libyenne ? On a beaucoup évoqué une intervention française, notamment dans le sud libyen. Quelle est la position de la France ? M. Cazeneuve : J'ai déjà répondu à la deuxième question pour ce qui relevait de mon domaine de compétences. Moi, ce qui me frappe dans l'examen que je fais de la question du terrorisme et des combattants étrangers, c'est que les vétérans des combats engagés - cela a été le cas pour l'Afghanistan, c'est le cas pour la Syrie et l'Irak se réfugient à un moment donné dans d'autres pays. Parfois, ils reviennent dans le leur où ils représentent un danger, parfois ils peuvent aller ailleurs. Par conséquent, il faut une vigilance absolue et il faut faire en sorte que là où il y a des groupes du crime organisé, les coopérations se développent pour démanteler ces filières. Pour ce qui concerne les filières de l'émigration irrégulière, elles sont présentes en Libye. Des groupes terroristes sont présents en Libye. Ce n'est pas parce que nous n'y avons pas nécessairement autant de ressortissants qu'en Irak ou en Syrie qu'il faut s'en désintéresser parce qu'ils représentent un danger potentiel. Par conséquent, ce que nous faisons en termes de coopération pour lutter contre ces filières du crime, notamment en matière de cybercriminalité un sujet sur lequel nous avons l'intention de développer des coopérations avec les Tunisiens permet d'être plus efficace dans le démantèlement de ces filières qui sont présentes sur un certain nombre de territoires où l'affaiblissement de l'État favorise leur développement, il faut le dire. Question : Est-ce que vous avez une estimation du nombre de Franco-Tunisiens qui seraient en Irak et en Syrie ? Est-ce que vous craignez que la Tunisie constitue une terre de passage vers la France, aujourd'hui ou à l'avenir ? M. Cazeneuve : La Tunisie fait beaucoup d'efforts pour maîtriser ses frontières et nous sommes d'ailleurs à sa disposition pour l'y aider. Nous avons des capacités, notamment industrielles, pour l'accompagner dans ce travail. Et nous coopérons sur ces sujets. La Tunisie fait tout, et elle le fait très bien, pour maîtriser la situation sécuritaire sur son propre territoire et assurer une bonne maîtrise des frontières. Pour ce qui concerne le nombre de Franco-Tunisiens, très honnêtement, je n’ai pas ce décompte et je ne veux pas vous donner un chiffre qui ne soit pas juste. Je ne donne jamais d'éléments dont je ne suis pas absolument sûr. J'ai des données très précises sur la répartition des 1000 ressortissants français concernés - combien sont sur le territoire irakien, combien sont sur le chemin du retour, combien sont en France et éprouvent le besoin d'y aller, combien sont sur le chemin de la Syrie mais je n'ai pas en tête la répartition par origine de ces ressortissants français. Nous pouvons regarder si nous avons cette réponse, ce qui n'est pas sûr, et vous la communiquer. Question : Je voudrais revenir sur la question libyenne. Vous venez de parler de démantèlement des filières de la criminalité organisée et vous avez parlé d'une coopération renforcée en matière de cybercriminalité dans le domaine d'internet. Est-ce que cela vous semble suffisant ? Est-ce que cela ne nécessiterait pas une présence sur le terrain pour combattre ces filières ? Deuxième question, si vous le permettez. À part ce volet de coopération, est-ce qu'il n'a pas été question avec la Tunisie de matériel sécuritaire ou d'armement ? M. Cazeneuve : Bien entendu, la cybercriminalité ne peut pas être le seul sujet sur lequel nous articulons nos efforts. Je vous ai parlé de contrôle aux frontières, je vous ai parlé de travail entre nos services de renseignement, je vous ai parlé de coopération entre nos services de police. Il y a là un ensemble de sujets sur lesquels nous sommes mobilisés et qui vont bien au-delà de ce que nous pouvons faire en matière de cybercriminalité. Mais comme il peut exister une imbrication entre les filières des narco-trafiquants et un certain nombre de filières terroristes, il faut faire ce travail de démantèlement. La lutte contre la cybercriminalité est l'un des moyens mais elle ne suffit pas s'il n'y a pas de coopération entre nos services de renseignement. D'ailleurs, il n'est pas possible d'être efficace en matière de cybercriminalité s'il n'y a pas un travail entre nos services de renseignement, s'il n'y a pas un travail de contrôle aux frontières. Tout cela doit être fait. Est-ce qu'il y a des matériels de sécurité qui peuvent faire l'objet de coopération ? Oui. Ce ne sont d'ailleurs pas des matériels de guerre puisque, comme vous le savez, je suis ministre de l'Intérieur et pas de la Défense. Il s'agit de matériels qui peuvent sécuriser des processus biométriques lorsqu'il s'agit de lutter contre l'immigration irrégulière. Pour mieux contrôler les frontières, nous avons Thalès qui a des compétences et pour assurer l'équipement radiophonique des forces de sécurité, Alcatel-Lucent est compétent. Nous avons des industriels qui ont des compétences en matière d'équipements de sécurité, nous avons des entreprises qui peuvent répondre à des demandes tunisiennes et, bien entendu, elles le font. Merci beaucoup, merci infiniment. » \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/067.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/067.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e9e3b1f469a2d5c9040d50144157c920f2b6b004 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/067.txt @@ -0,0 +1 @@ +Roland Sicard Bonjour Bernard Cazeneuve. Bernard Cazeneuve Bonjour. Roland Sicard On va commencer par cette vidéo de l'otage français retenu au Sahel, Serge Lazarevic, c'est une preuve de vie, est-ce que ça relance sérieusement l'espoir de le faire libérer ? Bernard Cazeneuve Nous agissons pour cela, le président de la République a confirmé l'authentification de cette vidéo hier soir et indiqué que nous agissons avec tous les acteurs au plan diplomatique et en relation avec les Etats qui peuvent nous aider, avec tous ceux qui peuvent contribuer à la libération de cet otage, pour que cette libération advienne. Et il faut bien entendu le faire avec toute la discrétion nécessaire pour que cela soit efficace. Roland Sicard Est-ce qu'il y a des liens entre ces groupes du Sahel et l'Etat islamique dont on va parler maintenant ? Bernard Cazeneuve Il y a un très grand nombre de groupes qui sont présents dans la bande sahélo-saharienne, des groupes terroristes, Almora Bitounes, Ansar Al Charia, Hakmi et d'autres encore. Et ces groupes traversent les frontières. Je me suis rendu au mois de mai en Mauritanie sur ce sujet et la plupart de mes homologues que j'ai rencontré, des pays concernés, indiquent leur préoccupation de la présence de ces groupes. Il y a par ailleurs en Libye un processus d'évanescence de l'Etat qui fait de la Libye un lieu de convergence de ces groupes et de ces terroristes. Et il existe bien entendu des liens entre le travail des services qui consistent à analyser précisément, qu'elle est la nature de ces liens. De la même manière qu'il existe des relations entre ces groupes et un certain nombre de filières organisées du crime au plan international. Et le travail qui est le nôtre, c'est de faire en sorte que par la relation entre nos services de renseignements, par le travail de notre police avec celle d'autres pays nous parvenions à démanteler ces filières. Roland Sicard Alors l'Etat islamique, on sait qu'un de ses bourreaux maintenant était Français, est un Français. Il avait été repéré dés 2011, comment ça se fait qu'on n'ait pas réussi à l'empêcher de partir faire le djihad ? Bernard Cazeneuve Parce que ce qui a été repéré en 2011, c'est sa radicalisation et la radicalisation n'est pas un délit, ce qui est un délit, c'est la volonté de s'engager dans des opérations à caractères terroristes. Et par ailleurs il n'existait pas au moment où il est parti en août 2013, les dispositifs que j'ai inscrit dans la loi qui a été adoptée, il y a de ça quelques semaines et promulguée en fin de semaine dernière et qui sont des dispositifs à travers notamment... Roland Sicard Qu'est-ce qui change ? Bernard Cazeneuve Ce qui change très concrètement, c'est l'interdiction administrative de sortie du territoire. Roland Sicard Et sur quels critères ? Bernard Cazeneuve Aujourd'hui lorsque vous avez suffisamment d'éléments par le travail des services de renseignements ou de police qui permettent d'être convaincu de la volonté d'un individu français, de s'engager dans des opérations terroristes sur le théâtre syrien, irakien ou ailleurs. L'interdiction administrative de sortie du territoire sous le contrôle du juge administratif qui est le juge des libertés permet d'empêcher des jeunes ressortissants qui se sont laissés endoctriner, embrigadé, qui ont basculé, de s'engager dans ces activités terroristes. Pourquoi ? Parce que partir en Syrie, en Irak pour faire ce que Maxime Hauchard a fait, c'est un aller direct vers la mort, la mort physique, la mort psychologique, c'est se condamner à être pris dans un engrenage de la violence barbare, monstrueuse, et ça nous voulons l'éviter. C'est la raison pour laquelle nous mettons en place cette interdiction et par ailleurs pour ceux qui reviennent nous procédons à un suivi, une judiciarisation de leur situation. Il y a aujourd'hui 138 djihadistes qui sont revenus et qui ont été judiciarisés, mis en examen, incarcéré, mis sous contrôle judiciaire, de manière à faire en sorte que ceux qui reviennent et qui sont habités par la seule violence, qui sont guidés par le seul instinct de la violence ne soient pas en situation de commettre des crimes. Roland Sicard Est-ce que des attentats justement ont été évités ? Bernard Cazeneuve J'ai déjà eu l'occasion de dire que tous les jours nos services agissent, ils le font discrètement, ils le font efficacement pour éviter que des attentats ne se produisent. Et il est vrai qu'au cours des derniers mois nous avons eu à mettre hors d'état de nuire des personnes qui avaient commis des crimes en Irak et en Syrie, qui sont revenus sur le territoire national et que nous avons par l'action de nos services et de la justice, empêché de nuire. Roland Sicard Combien de personnes ? Bernard Cazeneuve Il a été dit que cinq attentats avaient été évités et je vous ai dit qu'il y avait cinquante-huit personnes qui avaient été neutralisées. Roland Sicard On pense qu'un second Français ferait partie des bourreaux, est-ce que vous confirmez cette information ? Bernard Cazeneuve Ce que je confirme c'est qu'il y a une possibilité de cela, que nos services actuellement en lien avec... Roland Sicard Possibilité, probabilité ? Bernard Cazeneuve Je dis possibilité ! Parce que nous travaillons sérieusement en lien avec la justice. Hier je me suis exprimé sur Maxime Hauchard, en lien et en accord avec le procureur de la République, parce que nous avions suffisamment d'éléments lui et moi qui permettaient de donner cette information en la confirmant et ce que nous faisons aujourd'hui c'est de procéder à des expertises, à des analyses qui permettront de confirmer ou pas cette possibilité... Roland Sicard Aujourd'hui, il n'a pas été identifié ? Bernard Cazeneuve Et j'ai donné l'identité... Roland Sicard Il n'a pas été identifié ? Bernard Cazeneuve Nous procédons à des expertises qui permettront au terme de ces expertises, peut-être dans la journée, peut-être dans les jours qui viennent, d'infirmer ou de confirmer et, si nous confirmons, bien entendu le nom sera connu. Roland Sicard Est-ce qu'il y a un profil type de ces djihadistes ? Bernard Cazeneuve Il y a d'abord un processus d'enrôlement qu'il faut pointer et qualifier, 90 % de ceux qui basculent, basculent par le biais d'internet. Aujourd'hui vous avez un isolement numérique, une espèce d'enfermement numérique, d'un certain nombre de nos jeunes notamment, qui est exclusif de toute autre relation et qui les conduit à subir l'effet d'une propagande remarquablement conçue sur internet à travers des blogs, à travers des sites, qui, par l'effet du numérique, par la construction d'une propagande... Roland Sicard Il faut bloquer ces sites ? Bernard Cazeneuve Mais, j'ai proposé qu'on sensibilise les grands opérateurs, nous les avons rencontrés à Luxembourg avec l'ensemble des ministres de l'Intérieur. Dans la loi que j'ai proposé au Parlement il y a un dispositif qui prévoit d'alerter les opérateurs et, si les opérateurs ne retirent pas les contenus, de bloquer administrativement ces sites, là encore sur le contrôle du juge. J'ai pris cette mesure, qui a été débattue et commentée, non pas pour porter atteinte à la liberté d'expression sur internet qui sera garantie par l'intervention du juge administratif en référé, qui est un juge des libertés, mais tout simplement parce qu'il faut regarder la réalité en face, quand 90 % des jeunes basculent, qui basculent dans le terrorisme, le font par le biais d'internet, il faut prendre des mesures et regarder la réalité en face. Je constate d’ailleurs que ceux qui font des commentaires toujours démagogiques, outranciers sur ces questions, je pense notamment au Front National, se sont opposés au blocage administratif des sites, se sont opposés à l'interdiction administrative de sortie du territoire et oublient de préciser que dans le corpus législatif français il existe déjà, pour ceux qui ont la double nationalité, la possibilité de suspendre la nationalité de ceux qui se sont engagés dans des opérations terroristes. Donc sur ce sujet-là, qui est un sujet sérieux, j'appelle un : à l'unité nationale, parce qu'un pays est plus fort lorsqu'il rassemble toutes ses forces politiques dans la responsabilité pour lutter contre le terroriste ; et j'appelle tous ceux qui ont une responsabilité publique à éviter les démagogies et les outrances. Roland Sicard Alors sujet très différent ! La presse révèle ce matin que Serge Dassault aurait touché cinquante-trois millions venus de Suisse, son comptable a été entendu par la police, est-ce que vous confirmez ? Bernard Cazeneuve Je ne confirme jamais rien qui relève de la compétence des juges, c'est pour moi une déontologie républicaine. On est dans un système de séparation des pouvoirs, lorsqu'il y a une affaire qui est judiciarisée, le ministre de l'Intérieur notamment doit se taire et vous savez que j'ai engagé une action massive lorsque j'étais ministre du Budget de lutte contre la fraude fiscale qui a donné des résultats qui se chiffrent en milliards et vous avez remarqué que ces résultats nous les avons obtenus sans que je parle beaucoup lorsque j'étais ministre du Budget parce que ces sujets-là se traitent dans le respect de la règle et le droit. Roland Sicard Une dernière question ! La loi sur la réforme territoriale revient aujourd'hui devant l'Assemblée, il restera combien de régions au final ? Bernard Cazeneuve Notre projet est que la carte qui est sortie du premier débat de l'Assemblée nationale, elle est de treize Régions, soit celle qui soit définitivement adoptée par le Parlement parce qu'elle repose sur le bon équilibre et nous allons avoir un débat que je souhaite le plus riche et le plus consensuel possible à l'Assemblée... Roland Sicard Il y aura des économies de faites ? Bernard Cazeneuve Mais bien entendu qu'il y aura des économies, parce que, quand des régions se regroupent et qu'elles regroupent leur politique d'achat, qu'elles regroupent leur politique de gestion des ressources humaines ou de gestion de leurs finances, à la fin ça fait des économies d'échelle. Roland Sicard Merci. Bernard Cazeneuve C'est moi. Roland Sicard William ! C'est à vous. William Leymergie Merci messieurs. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/068.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/068.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ba98b2149d2a55d3384f511b91b649826a6bd695 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/068.txt @@ -0,0 +1 @@ +Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale : La parole est à Monsieur Jacques Myard. Jacques Myard, député-maire UMP de Maisons-Laffitte (Yvelines) : Merci des encouragements. Monsieur Macron, il ne faut pas être amnésique et oublier les mauvaises mesures que vous avez prises en début de quinquennat et qui auraient permis à l'économie française de mieux se porter. Ma question s'adresse conjointement au ministre des Affaires étrangères et au ministre de l'Intérieur… Claude Bartolone : S'il vous plaît, allez… Jacques Myard : Et je l'adresse donc au Premier ministre sur l'unité du Gouvernement. Les Français ont appris avec horreur et colère que l'un de nos concitoyens, un normand de vingt-deux ans, figurait parmi les assassins de Peter Kassig et de dix-huit prisonniers syriens qui ont été décapités en Syrie. Un second français pourrait être aussi impliqué. À l'évidence, Monsieur le Premier ministre, nous sommes en guerre. Nous sommes en guerre contre des fanatiques religieux endoctrinés sur le modèle sectaire pour se livrer à des meurtres cruels et barbares. Nous avons voté votre loi sur la lutte contre le terrorisme mais il faut regarder la réalité en face, cette loi nécessaire est loin de répondre aux défis que nous devons relever. La bataille se joue sur le plan Internet et externe. Sur le plan internet, les dérives communautaristes s'accroissent sur tout le territoire et à l'Éducation nationale, on ne semble pas les prendre au sérieux alors qu'il faut, dès le plus jeune âge, enseigner les principes de laïcité, de tolérance et d'esprit critique. Il nous faut renforcer les moyens des services dont je salue ici, au nom de tous les députés, le dévouement pour protéger les français. Sur le plan externe, nous devons faire pression sur le Gouvernement américain pour qu'il ferme les sites qui accueillent les sites jihadistes. Le temps n'est-il pas venu de réviser notre politique en Syrie ? Car nous devons combattre les jihadistes avant toute chose. Le temps n'est-il pas venu de tirer toutes les conclusions du double langage de certains états dans la région ? Monsieur le Premier ministre, combien de Français sont, selon vous, impliqués dans les activités terroristes liées au jihadisme ? Quelles mesures comptez-vous prendre pour protéger les français et éradiquer ces barbares sur le plan Internet et diplomatique ? Claude Bartolone : Merci. La parole est à Monsieur Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur : Monsieur le député Jacques Myard, je veux d'abord vous rejoindre tout à fait dans la nécessité de donner à nos services les moyens dont ils ont besoin pour accomplir les missions qui sont les leurs dans le contexte difficile de la lutte contre le terrorisme. C'est la raison pour laquelle, après que le précédent Gouvernement a supprimé près de deux cents postes à la Direction générale de la sécurité intérieure, le Premier ministre a décidé que nous créions quatre cent trente-six au cours des prochaines années jusqu'à la fin du quinquennat… Claude Bartolone : S'il vous plaît ! S'il vous plaît, allez ! … Bernard Cazeneuve : Et que nous avons aussi décidé d'augmenter très sensiblement les moyens de modernisation de la Direction générale de la sécurité intérieure qui verra ses budgets augmenter de douze millions d'euros par an. Je rejoins donc tout à fait votre préoccupation. Là où les services ont été affaiblis, nous allons les conforter parce que nous avons besoin de services forts auxquels à mon tour, comme vous l'avez fait, je veux rendre hommage car ces services font un travail absolument remarquable qui, au cours des derniers mois, les a conduits à neutraliser près de cent trente-huit combattants étrangers, français de retour du théâtre des opérations en Irak et en Syrie. Ils ont été neutralisés par un travail également fait en très étroite liaison avec les juges et je veux remercier les services pour le travail qu'ils font. Vous nous dites ensuite : « Que faites-vous pour le reste ? » Mais vous avez voté les dispositions que nous avons prises. Lorsque nous mettons en place une nouvelle incrimination pénale pour entreprise individuelle terroriste, nous créons les conditions pour la judiciarisation de tous ceux qui nous reviennent. Et c'est la raison pour laquelle nous serons demain beaucoup plus efficaces que nous ne l'avons été hier. Lorsque, avec Christiane Taubira, nous mettons en œuvre une action pour la dé-radicalisation dans les prisons, nous luttons pour faire en sorte qu'un certain nombre des détenus ne s'engagent pas dans des opérations demain. Et lorsque nous intervenons à l'extérieur dans le cadre de la coalition pour frapper ces groupes et leurs moyens, nous essayons, là aussi, de faire en sorte que la lutte contre le terrorisme soit gagnée. Nous agissons à l'intérieur et à l'extérieur. Nous le faisons avec détermination et avec efficacité. Claude Bartolone : Merci Monsieur le ministre. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/069.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/069.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7669c67cb35cf4db1a35ee5d034390e4b69e95f5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/069.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-JACQUES BOURDIN Ségolène ROYAL, bonjour. SEGOLENE ROYAL Bonjour. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci d'être avec nous, ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie. J'ai vu que vous étiez la personnalité politique la plus populaire chez les sympathisants socialistes. SEGOLENE ROYAL Oui. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous êtes heureuse de ça, non ? C'est dans « Le Point » ce matin. SEGOLENE ROYAL Pourquoi pas, oui, ce qu'il faut c'est savoir ce qu'il faut en faire. Moi mon souci c'est d'être efficace, de m'appuyer sur la façon dont, peut-être, les citoyens entendent ce que je dis sur la question de la possibilité de sortir de la crise grâce à la transition énergétique, c'est-à-dire grâce à un autre modèle économique, un autre modèle de société, je crois que c'est ça qui explique ceci. JEAN-JACQUES BOURDIN On va en parler. Justement, puisque nous sommes sur l'énergie. Le gaz va baisser, 1er décembre ? SEGOLENE ROYAL Oui. JEAN-JACQUES BOURDIN Combien ? SEGOLENE ROYAL Ecoutez, il va baisser. JEAN-JACQUES BOURDIN Il va baisser, mais combien ? SEGOLENE ROYAL Ce n'est pas le gouvernement… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous ne savez pas, vous ? SEGOLENE ROYAL Ce n'est pas le gouvernement qui décide de l'évolution, en tout cas ce qui est clair c'est que tant… JEAN-JACQUES BOURDIN Ce sont les tarifs réglementés. SEGOLENE ROYAL Tant sur l'électricité, que sur le gaz, vous avez vu qu'il y a une modération des augmentations, voire une baisse des prix, parce que je suis très soucieuse, le gouvernement est très soucieux de la protection du pouvoir d'achat des Français. Ce qui se faisait avant, c'est-à-dire une augmentation automatique, sans régulation, sans contrôle, aujourd'hui ça a changé, puisque j'ai modifié les modes de fixation des tarifs d'électricité, et au lieu d'augmenter de 5%, je vous le rappelle, ils ont augmenté de 1,6%. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, le gaz va baisser, apparemment 0,79% hors taxe en moyenne, à partir du 1er décembre. L'électricité, 1er janvier ça augmente ? SEGOLENE ROYAL Pour l'instant rien n'est décidé encore. JEAN-JACQUES BOURDIN Rien n'est décidé ? SEGOLENE ROYAL Puisque grâce à la modification, à la réforme que j'ai faite sur la façon dont sont fixés aujourd'hui les tarifs, qui sont beaucoup plus contrôlés, nous contrôlons la réalité de l'augmentation du coût de la production, et nous demandons… JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu'il y aura une augmentation au 1er janvier ? SEGOLENE ROYAL Je ne sais pas encore, j'espère que non, puisqu'une augmentation vient d'avoir lieu… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, c'est pour ça. SEGOLENE ROYAL Qui, je le rappelle, était beaucoup moins importante que prévu, puisque j'ai annulé la hausse de 5% pour bien calculer les frais réels de production de l'électricité, et on a observé que ces frais réels n'étaient pas tout à fait ceux qui étaient avancés, donc l'entreprise ne peut pas être à la fois juge et parti, aujourd'hui il y a un contrôle de la Commission de Régulation de l'Energie. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous ne savez pas si ça va augmenter au 1er janvier ? SEGOLENE ROYAL Et heureusement, bien sûr que non, puisque ça va être fonction à la fois du prix du marché… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous êtes opposée à toute augmentation au 1er janvier ou pas ? SEGOLENE ROYAL Je suis opposée à toute augmentation non justifiée, et jusqu'à présent il y avait des augmentations non justifiées, auxquelles nous avons mis fin. JEAN-JACQUES BOURDIN Ségolène ROYAL, un mot de politique avant de passer à l'écologie et au développement durable, un mot de politique. Ça fait un peu de bruit depuis 2 jours maintenant, Thierry MANDON, qui est membre du gouvernement, qui juge indispensable une primaire à gauche pour 2017, élargie aux Radicaux, aux écologistes et à tous ceux qui voudront y participer. Vous aussi vous la jugez indispensable ? SEGOLENE ROYAL Je me suis fixé un principe qui est de ne pas parler des échéances électorales futures. JEAN-JACQUES BOURDIN Ah bon ! SEGOLENE ROYAL Les Français ils ont envie qu'on agisse là où on est, aux responsabilités que l'on a. JEAN-JACQUES BOURDIN Non, mais ils ont envie de savoir aussi ce qui va se passer, ou ce qui pourrait se passer. SEGOLENE ROYAL Non, les Français ils veulent savoir ce qui va se passer aujourd'hui, pour eux, pour leurs enfants, pour l'éducation de leurs enfants… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais ça on va en parler. SEGOLENE ROYAL Pour le travail, pour la lutte contre le chômage… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous ne pouvez pas évacuer comme ça une question. SEGOLENE ROYAL Si, je l'évacue. JEAN-JACQUES BOURDIN Pourquoi vous l'évacuez ? SEGOLENE ROYAL Parce que ma façon de faire de la politique c'est de m'occuper du travail… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous n'avez pas aucune idée sur cette question ? SEGOLENE ROYAL Non, ça ne m'intéresse pas de savoir. JEAN-JACQUES BOURDIN Absolument pas ? SEGOLENE ROYAL Non, ce qui m'intéresse c'est de savoir si oui ou non nous allons redresser le pays, si oui ou non nous allons rendre la confiance… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais ça ne vous intéresse pas de savoir si la gauche sera présente au second tour en 2017 ? SEGOLENE ROYAL Ça m'intéressera le moment venu. JEAN-JACQUES BOURDIN Aujourd'hui peu importe, qu'elle soit présente ou pas ? SEGOLENE ROYAL Mais pourquoi peu importe ? Ce n'est pas peu importe, c'est… JEAN-JACQUES BOURDIN Ah bon ! J'espère pour vous, enfin je ne sais pas moi, je… SEGOLENE ROYAL Ce n'est pas peu importe, c'est que la réponse à cette question dépend du travail que nous faisons aujourd'hui. Vous savez, les Français ils sont très concrets, ils regardent ce qui se passe, ils aiment la politique par la preuve. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais, vous avez aimé les primaires, Ségolène ROYAL, vous y avez participé, vous avez aimé, c'était utile les primaires, non ? SEGOLENE ROYAL Je ne veux pas alimenter le débat politicien des futures échéances électorales, travaillons aujourd'hui et maintenant, sur ce que nous avons à faire. JEAN-JACQUES BOURDIN D'accord, mais vous avez aimé les primaires, c'est un bon système les primaires. SEGOLENE ROYAL Ça dépend du contexte. JEAN-JACQUES BOURDIN Ah, ça dépend du contexte ! SEGOLENE ROYAL Ça dépend du contexte. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc 2017 on a un président de la République, primaires, bon, d'accord ! SEGOLENE ROYAL Je ne veux pas… Parlons de choses opérationnelles, concrètes. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, parlons de vous. SEGOLENE ROYAL Parlons de moi, oui, de ce que je fais. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous pourriez être candidate à une primaire, vous ? SEGOLENE ROYAL Ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui. JEAN-JACQUES BOURDIN Non, mais vous avez dit « qui sait », vous avez dit « pourquoi pas », vous avez laissé la porte ouverte. Vous l'avez fait, non ? SEGOLENE ROYAL Ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui, le sujet d'aujourd'hui qu'est-ce que c'est pour moi… JEAN-JACQUES BOURDIN Je vais y venir. SEGOLENE ROYAL Je prépare la conférence environnementale, je prépare le sommet… JEAN-JACQUES BOURDIN Je vais y venir. Je vais y venir. Et je vais vous parler des autoroutes, et je vais vous parler… SEGOLENE ROYAL La conférence internationale sur la planète. JEAN-JACQUES BOURDIN Et je vais vous parlez… Mais, vous n'évacuez pas totalement une éventuelle participation. SEGOLENE ROYAL J'évacue, et la question, et la participation. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous évacuez la participation ? SEGOLENE ROYAL Je ne vais pas revenir là-dessus Jean-Jacques BOURDIN. JEAN-JACQUES BOURDIN Très bien. Vous ne serez pas candidate, donc, si j'ai bien compris. Les jihadistes, ces jeunes qui partent en Syrie, qui reviennent après en France, évidemment la justice va les condamner, mais est-ce qu'il faut ouvrir, je ne sais pas moi, des centres de rééducation ? Vous avez travaillé sur la question un temps, dans votre carrière politique. SEGOLENE ROYAL D'abord c'est une abomination, une abomination, une barbarie sans nom, découvrir en plus qu'il y a des Français qui se sont laissés entraîner dans cette abomination, c'est vrai que ça pose une vraie question. Le gouvernement a mis en place, vous le savez, tout un dispositif, un plan de lutte contre la radicalisation, avec un numéro vert, il faut que les entourages soient très vigilants, regardent ce qui se passe aussi sur Internet, et donc nous devons impérativement traquer le recrutement, traquer les… JEAN-JACQUES BOURDIN Et insister peut-être plus, au collège et au lycée, sur les dangers d'Internet ? SEGOLENE ROYAL Exactement, je pense aussi, oui, et sur les dangers de cet engagement, qui n'en n'est pas un, parce qu'on découvre des jeunes qui pensent qu'ils se font avoir sur un engagement au service d'une cause, et qui se retrouvent dans des bandes criminelles et de barbares, et donc, en effet, l'information paraît absolument cruciale, et surtout, je le répète, la vigilance des proches, qui disposent aujourd'hui d'un numéro vert et d'un appui. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu'il faut vous avez été ministre de l'Enseignement scolaire est-ce qu'il faut renforcer l'apprentissage du fait religieux à l'école ? SEGOLENE ROYAL Je crois qu'il ne faut surtout pas tout mélanger, on ne peut pas mélanger le fait religieux et ces actes de barbarie, et tous ces amalgames sont très dangereux et sont détestables. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Les drones, qui survolent nos centrales nucléaires, ne sont toujours identifiés ? SEGOLENE ROYAL Pas encore, mais il me semble que ce soit une forme de provocation pour faire croire que nos centrales… JEAN-JACQUES BOURDIN Pas encore, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on va identifier certains pilotes de ces drones ? SEGOLENE ROYAL En tout cas le dispositif est mis en place pour sécuriser, pour identifier… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, ça, ça fait plusieurs jours qu'on nous l'a dit, mais pour l'instant n'a été identifié. SEGOLENE ROYAL Personne n'a été identifié pour l'instant. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que des identifications sont en cours ? SEGOLENE ROYAL Oui, des procédures sont en cours, des informations commencent déjà à nous remonter, mais je ne peux en dire plus, bien évidemment. JEAN-JACQUES BOURDIN Non, mais il y a donc des identifications en cours, de pilotes ? SEGOLENE ROYAL Il y a des identifications en cours. JEAN-JACQUES BOURDIN De pilotes de drones ? SEGOLENE ROYAL Je ne peux pas en dire plus pour l'instant. JEAN-JACQUES BOURDIN Drones qui sont toujours, eux, non… SEGOLENE ROYAL Non, mais qu'est-ce c'est qui est important, c'est de savoir si oui ou non nos centrales nucléaires sont vulnérables. La réponse est non. La réponse est non. JEAN-JACQUES BOURDIN La centrale en elle-même, non, mais certains éléments des centrales sont vulnérables, vous le savez. SEGOLENE ROYAL Je crois qu'on ne peut pas laisser porter atteinte à la crédibilité de notre filière nucléaire de cette façon-là, en supposant que des drones vont pouvoir porter atteinte à la sécurité de nos centrales. Elles sont construites, les centrales, d'abord pour résister aux secousses sismiques, donc vous imaginez, et même à la chute d'un avion sur la centrale. Donc, par définition… JEAN-JACQUES BOURDIN Les piscines, par exemple, d'eaux usées, sont vulnérables, dans les centrales. SEGOLENE ROYAL Les piscines ne sont pas vulnérables par un drone, non. JEAN-JACQUES BOURDIN Par une bombe jetée, larguée par un drone, non ? Tout ça c'est du fantasme ? SEGOLENE ROYAL Sortons de la science-fiction. Non, tout ça est une forme d'insinuation sur la sécurité de nos centrales nucléaires. Moi, ministre de l'Energie, je ne laisserai pas porter atteinte à la réputation de nos centrales nucléaires par, en effet, des supputations qui relèvent de la science-fiction. JEAN-JACQUES BOURDIN A propos de centrales nucléaires, Ségolène ROYAL, la réputation de l'EPR de Flamanville en prend un coup, non ? SEGOLENE ROYAL Pourquoi ? JEAN-JACQUES BOURDIN Pourquoi, parce que ça fait des années… Parce que ce chantier est reporté d'année en année, que ça coûte de plus en plus cher, 3 milliards au départ, qu'on est à 8,5 milliards, de coût… SEGOLENE ROYAL Mais c'est un chantier considérable. Donc là, de quoi s'agit-il ? Il s'agit de quelques mis de retard par rapport à l'éventualité d'une ouverture en 2016, qui est reportée en 2017, au moins, vous voyez, il y a la… JEAN-JACQUES BOURDIN 2017, ouverture maintenant ? SEGOLENE ROYAL C'est ce qui a été dit hier par l'entreprise, donc nous sommes en train de regarder les tenants et les aboutissants, de façon sérieuse, de façon posée, de façon transparente. Et la preuve que les choses sont transparentes, c'est que les choses ont été dites. JEAN-JACQUES BOURDIN Sivens, est-ce que vous confirmez que Bruxelles pourrait engager contre la France une procédure d'infraction à la réglementation européenne ? SEGOLENE ROYAL Pour l'instant nous en sommes au stade des investigations, mais ce qu'il faut souligner c'est que cette procédure s'inscrit dans le cadre du projet précédent, que le Conseil général du Tarn a suspendu, vous le savez. En tout cas ça reflète un élément que nous connaissions, puisque les experts que j'ai envoyés sur place l'ont relevé, c'est que la Commission européenne était légitime à engager une enquête puisque des fonds européens avaient été sollicités. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien sûr. SEGOLENE ROYAL Eh bien écoutez, au moins dans cette investigation on aura peut-être des éléments supplémentaires, qui permettront… JEAN-JACQUES BOURDIN Si Bruxelles stoppe le projet, ça vous arrange, non, franchement ? SEGOLENE ROYAL Mais Bruxelles ne peut pas stopper un projet. JEAN-JACQUES BOURDIN Ne peut pas ? SEGOLENE ROYAL Bruxelles peut donner des éléments d'évaluation de la qualité de la gestion de l'eau, de la protection des zones humides, de la suffisance, ou non, des contreparties environnementales liées à la destruction… JEAN-JACQUES BOURDIN Et de l'utilisation de l'eau. SEGOLENE ROYAL Et de l'utilisation de l'eau, moi ce que je considère c'est qu'aujourd'hui le dialogue a été renoué, ce que l'on disait impossible est devenu possible. j'ai rassemblé l'ensemble des parties prenantes autour de la même table, les uns et les autres ont commencé à se reparler, apprendre à se respecter, et mon travail consiste maintenant à faire émerger une solution de réconciliation, qui va permettre d'apporter de l'eau aux agriculteurs qui en ont besoin pour vivre, d'apporter de l'eau à la rivière qui s'appelle le Tescou, à la rivière du Tescou, pour que l'équilibre écologique soit maintenu, donc, ce que j'ai expliqué aux uns et aux autres c'est que, voyez, au lieu de se disputer et de s'opposer, et au lieu de recourir à la violence, parlons-nous et essayons de faire émerger des solutions intelligentes, qui permettent de concilier le développement économique, l'équipement du pays, et en même temps la protection environnementale. JEAN-JACQUES BOURDIN ECOMOUV, vous étiez en Italie. Vous avez parlé avec l'actionnaire principal d'ECOMOUV. Le gouvernement est prêt à négocier, on est bien d'accord. Négocier ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la société ECOMOUV sera indemnisée ; vous proposez une indemnisation. SEGOLENE ROYAL C'est prévu dans le contrat. Vous savez que si je n'avais pas suspendu ce contrat, c'étaient deux milliards qui étaient prévus de rémunération de l'entreprise, même si le dispositif ne rapportait rien, ce qui est quand même un comble. En arrêtant cette hémorragie financière dans le cadre du contrat qui avait été signé et qui prévoyait une résiliation possible, aujourd'hui comme dans toutes les situations de ce type, nous négocions pour savoir qui doit quoi, qui est responsable de quoi. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous allez payer quoi ? huit cents millions ? L'Etat va payer huit cents millions d'euros ? Huit cent trente millions d'euros apparemment. SEGOLENE ROYAL Je sais que ce chiffre a beaucoup circulé, que l'entreprise en elle-même avance ce chiffre. Moi, ma responsabilité pointilleuse et soucieuse de la lutte contre les gaspillages et la protection des deniers publics, c'est de faire sortir les factures, ce que nous sommes en train de faire. Une discussion a lieu entre le ministère et l'entreprise. Nous regardons les factures et nous regardons les préjudices des uns et des autres parce que les Français aussi ont subi un préjudice. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais si l'entreprise n'est pas d'accord, vous allez au procès, au tribunal. SEGOLENE ROYAL Ce que je ne souhaite pas. Il vaut mieux un bon accord qu'un procès qui s'éternise. JEAN-JACQUES BOURDIN Les portiques ECOMOUV, je n'ai pas très, très bien compris. Il y a cent soixante-treize portiques en France et vous avez dit qu'ils pourraient servir à la gendarmerie pour par exemple vérifier les embouteillages. Je n'ai pas très bien compris. SEGOLENE ROYAL Les choses sont assez simples aujourd'hui : comment éviter les gaspillages puisqu'un certain nombre de portiques sont installés. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, ils sont installés mais vous n'allez pas les démonter. SEGOLENE ROYAL Ça dépend. On est en train de regarder qui cela pourrait intéresser. JEAN-JACQUES BOURDIN Certains seraient démontés ? SEGOLENE ROYAL Certains projets dans d'autres pays peuvent être intéressés, les autoroutes peuvent être intéressées, les gendarmes peuvent être intéressés. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous pourriez vendre ces portiques. SEGOLENE ROYAL On pourrait en vendre un certain nombre puisqu'à l'intérieur des portiques, il y a une technologie très pointue qui ne doit pas être gaspillée. Elle peut être réutilisée pour un certain nombre d'autres usages, par exemple pour prévenir les embouteillages, alerter sur les intempéries. On a vu encore des phénomènes très graves d'intempéries et de manque d'anticipation des intempéries. JEAN-JACQUES BOURDIN En rase-campagne, ça ne va pas être utile. SEGOLENE ROYAL Ce n'est pas en rase-campagne qu'ils ont été mis. Ils ont justement été mis sur des axes très fréquentés. On va voir, on est en train de regarder. Je suis très concrète et très pragmatique. Il y a des portiques qui sont là, des portiques qui ont coûté cher, il n'est pas question de les gaspiller. Il y a une technologie à l'intérieur et je regarde donc à quoi peut servir cette technologie. JEAN-JACQUES BOURDIN Les autoroutes. SEGOLENE ROYAL Ah ! vous voyez que ça progresse, les autoroutes ! Tout le monde m'avait critiquée ! JEAN-JACQUES BOURDIN Les concessionnaires sont prêts à investir dans un nouveau plan de développement des infrastructures. SEGOLENE ROYAL Bien voilà ! JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais ils demandent un allongement des concessions. SEGOLENE ROYAL Ce qu'on disait impossible là aussi devient possible. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais ils veulent un allongement des concessions. Vous êtes prête à leur accorder cet allongement ? SEGOLENE ROYAL Pourquoi pas ? Tout se discute mais il faut surtout baisser les prix pour les automobilistes car les autoroutes sont beaucoup trop chères. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous êtes prête à allonger les concessions contre une baisse des prix. SEGOLENE ROYAL Ça dépend. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est la discussion ? SEGOLENE ROYAL Il n'y a pas que cette hypothèse puisque vous avez vu qu'il y a un rapport parlementaire qui évoque également la reprise de concessions par exemple, et la remise en concurrence des concessions puisque ces concessions arrivent à échéance. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous pourriez remettre en concurrence ? SEGOLENE ROYAL C'est une des hypothèses que la remise en concurrence des concessions puisqu'elles arrivent à échéance, soit la prolongation des concessions contre un certain nombre de contreparties très claires. JEAN-JACQUES BOURDIN Quelles contreparties ? SEGOLENE ROYAL Il y a plein de contrepartie. D'abord la baisse des prix pour les automobilistes, les investissements dans les infrastructures de transport, et cætera. Donc le redéploiement de ces recettes exagérées qui ont été empochés par les compagnies d'autoroutes parce qu'elles ont pratiqué des prix, a dit la Cour des Comptes et l'Autorité de la concurrence, supérieurs à ce qu'elles auraient dû mettre. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. La conférence environnementale les 27 et 28 novembre sur le climat, transport, santé. SEGOLENE ROYAL Climat, transport, santé environnement, ce sont trois sujets majeurs pour la vie et pour notre vie quotidienne, notamment les questions de santé et les questions de lutte contre les pesticides. Vous savez que j'ai interdit l'épandage aérien des pesticides. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que vous allez aller plus loin dans la lutte contre les pesticides ? SEGOLENE ROYAL Il faut aller beaucoup plus loin. JEAN-JACQUES BOURDIN Sur les nitrates par exemple ? SEGOLENE ROYAL Les pesticides, tout ce qui est toutes les pollutions chimiques dans l'eau, dans l'alimentation, dans les sols provoquent des cancers, provoquent des maladies liées à l'obésité, provoquent la maladie d'Alzheimer. Ce qu'il faut, c'est éliminer toutes les substances dangereuses qui sont dans l'alimentation et dans les emballages et dans les produits de soin comme par exemple les parabènes ou les phtalates. On a interdit les parabènes et les phtalates dans les biberons par exemple et on va continuer sur les emballages. JEAN-JACQUES BOURDIN Comment aller plus loin ? SEGOLENE ROYAL Il faut identifier encore les produits chimiques. Il y a aussi tout un travail qui est fait à l'échelle européenne, ce qu'on appelle les perturbateurs endocriniens qui provoquent notamment la baisse de la fertilité, qui provoquent un certain nombre de cancers. Par exemple dans les pesticides, il y a très directement les cancers liés aux testicules. Si longtemps ça a été caché, ça a été tabou, c'est que ces questions-là aujourd'hui elles ne doivent plus être tabous parce que ce sont des enjeux de santé publique considérables. JEAN-JACQUES BOURDIN Aller plus loin, ça veut dire identifier tous ces produits dangereux. SEGOLENE ROYAL Les éliminer, les interdire comme j'ai commencé à le faire dans un certain nombre de cas. JEAN-JACQUES BOURDIN Interdire quoi par exemple ? SEGOLENE ROYAL Par exemple tous les parabènes. Aujourd'hui c'est simplement l'étiquetage sans parabène. Les parabènes, les phtalates, les perturbateurs endocriniens. JEAN-JACQUES BOURDIN Et les nitrates ? Parce qu'il y a cette directive nitrates. SEGOLENE ROYAL Et lutter contre les nitrates en effet parce que ça pollue l'eau. Il y a aussi la question des médicaments. JEAN-JACQUES BOURDIN Non mais je reste aux nitrates. Comment faites-vous ? SEGOLENE ROYAL Comment on fait ? On aide les agriculteurs à répondre aux normes de lutte contre les nitrates. JEAN-JACQUES BOURDIN La France est condamnée régulièrement. SEGOLENE ROYAL C'est ce que nous sommes en train de travailler pour y répondre, et en particulier on a de nouvelles solutions maintenant qui sont les méthaniseurs. Qu'est-ce que c'est qu'un méthaniseur ? C'est-à-dire qu'on prend toutes les déjections animales qu'on transforme en biogaz. J'ai lancé un appel à projet pour mille cinq cents méthaniseurs. Je vais rendre d'ailleurs publique la carte des projets la semaine prochaine. Voyez qu'il y a des solutions positives puisqu'au lieu de rejeter ces déjections et provoquer la pollution de l'eau et des sols, on les transforme dans des méthaniseurs en biogaz par la fermentation en biogaz. On fournit donc de l'énergie à l'exploitation agricole et en contrepartie, on diminue la pollution. Voyez qu'avec les nouvelles technologies, un nouveau regard sur ce qu'on appelle l'économie circulaire ou la transformation des déchets en matières premières, on peut répondre à un certain nombre de problèmes. JEAN-JACQUES BOURDIN En matière de transport, quel est l'objectif là ? SEGOLENE ROYAL Vous savez que quarante pourcent des gaz à effet de serre viennent du secteur des transports. Si on veut lutter contre la pollution, lutter contre le réchauffement climatique et tous les dégâts qui y sont liés, il faut impérativement évoluer très fortement. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous avez vu que la ville de Paris veut interdire le fairplay avant 2020. Vous êtes d'accord ? Vous soutenez cette idée ? SEGOLENE ROYAL Je soutiens cette idée à condition de donner aux automobilistes les moyens de transformer, de changer leur véhicule polluant en véhicule propre. C'est l'objectif de la loi de transition énergétique qui va mettre en place un bonus de dix mille euros par personne pour abandonner les vieux diesels polluants et pour permettre d'acheter des voitures propres, voitures électriques, vous avez vu qu'il y a aussi les nouvelles voitures à hydrogène qui commencent à sortir, des voitures beaucoup moins consommatrices en carburant puisque les nouvelles voitures vont consommer deux litres aux cent kilomètres. Vous voyez qu'il y a aussi dans cette mutation énergétique une occasion formidable de pousser en avant de nouveaux procédés, de nouvelles innovations, de conquérir des marchés, de créer des emplois parce qu'au bout du compte, c'est ça l'objectif. C'est que la croissance verte, tout en apportant une solution aux problèmes de pollution et de préservation de la planète, permet aussi de développer des activités et des emplois qui sont les emplois du futur. JEAN-JACQUES BOURDIN J'ai une dernière question, c'est une question d'une auditrice. C'est une question locale mais j'y tenais. Je voudrais répondre à Nelly qui nous dit que la Charente a un projet d'incinérateur à Echillais et vous êtes opposée à ce projet. SEGOLENE ROYAL Oui. JEAN-JACQUES BOURDIN Il se fera ? SEGOLENE ROYAL C'est la responsabilité des élus locaux, c'est comme pour le barrage de Sivens. Nous sommes dans une démocratie et notamment une démocratie aussi décentralisée. A un moment, il faut que les élus locaux prennent leurs responsabilités. Je suis allée sur place, je leur ai dit : Il y a mieux à faire. Il y a déjà un ancien incinérateur qu'on peut remettre aux normes et surtout, il faut réduire les déchets à la source ? Comme j'ai lancé un projet des territoires zéro gaspillage, zéro déchet ? au sens où ne doivent être mis en incinérateur que les déchets qui ne peuvent pas être valorisés et on a maintenant des techniques de diminution des déchets à la source en associant les citoyens à la façon dont on peut réduire les déchets à la source ou les transformer en matières premières pour d'autres activités économiques. Je leur ai dit cela et ils se sont obstinés dans la construction d'un incinérateur qui coûte plus de quatre-vingts millions d'euros. Que les citoyens face à leurs élus prennent leurs responsabilités et qu'ils fassent par exemple, un référendum local, une consultation locale et que les gens se mettent ensemble pour trouver des solutions intelligentes. JEAN-JACQUES BOURDIN Référendum local qui est possible mais qui est très peu utilisé en France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/070.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/070.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..92810638f143f0896f0bf6948a4f4d5b33a4c285 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/070.txt @@ -0,0 +1 @@ +FABIENNE SINTES Votre invitée, Jean-François ACHILLI, est ministre de la Fonction publique et de la Décentralisation. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Bonjour Marylise LEBRANCHU. MARYLISE LEBRANCHU Bonjour. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Et bienvenue. J'ai envie de poser une question à l'ancienne garde des Sceaux de Lionel JOSPIN, que vous avez été. Un deuxième Français, donc, de 22 ans seulement, figure parmi les bourreaux de l'organisation terroriste Daesh. Marylise LEBRANCHU, qu'est-ce qui pousse ces jeunes à plonger dans une telle folie ? Qu'est-ce que cela renseigne sur l'état de notre société ? MARYLISE LEBRANCHU Je crois qu'il faut être conscient et en particulier les adultes, les parents, tous ceux qui peuvent côtoyer les jeunes, que nous sommes dans une société de repli sur soi, et que, surtout d'ailleurs en période de difficultés, souvent on fait attention à ses propres enfants, pas à ceux des autres, il y a moins de débats sur l'avenir de la société, sur le collectif, il y a moins de sens du collectif, l'espace privé devient souvent l'espace privé des jeunes, que ce soit en bas d'immeubles ou dans des communes rurales, ou ailleurs, et comme il y a moins de repères collectifs, il y a dérive possible, et j'ajoute que, attention aussi à ne pas dresser des Français les uns contre les autres, parce que, quand tout jeune on entend parler de l'autre qui n'est pas bien, qui n'est pas comme on voudrait qu'il soit, petit à petit on peut être attiré par des réseaux où justement on va tuer ceux qui ne sont pas comme on souhaiterait qu'ils soient. Attention à cette perte de repères. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI A votre place, l'UMP, Valérie PECRESSE, à ce micro, proposait la création de centres pour le retour des djihadistes, c'est une idée ? MARYLISE LEBRANCHU Moi je pense que pour le retour, toutes les idées doivent être débattues. Je l'ai entendu, effectivement, ça m'a paru être une idée à regarder. Le problème c'est que moi j'aimerais qu'ils ne partent pas, là on est sur le curatif, c'est-à-dire le retour. Comment ça se fait, comment se fait-il qu'ils soient partis, comment on peut mieux écouter des parents, qui ont parfois des doutes, je ne suis pas certaine qu'on sache encore repérer tous les signaux. Bref, qu'ils ne partent pas, et puis s'ils reviennent, effectivement, qu'on essaie de les prendre en charge collectivement. Mais sans vouloir donner de leçons à qui que ce soit, attention, dans cette société, aux phrases qu'on utilise, au fait que souvent on fait des raccourcis, que nos commentaires de l'actualité se résument à des tweets et que sans doute le débat, le débat sur l'état du monde, sur le rôle de la France, en Europe, et sur le rôle de la France face à la grande question du Moyen-Orient, face à la question du Maghreb, est-ce qu'on est certain d'en parler suffisamment, y compris à nos jeunes ? JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Alors, Marylise LEBRANCHU, l'Assemblée nationale a voté dans la nuit, en deuxième lecture, la carte à 13 régions inscrites dans la réforme territoriale. Alors, je l'ai, cette carte, sous les yeux, je vous la brandis, je vous la soumets. C'est marrant, pas de changement, une évidence quand on regarde ladite carte, eh bien les Alsaciens ont été mariés de force avec Champagne-Ardenne et Lorraine et pas vous, pas les Bretons. MARYLISE LEBRANCHU Pas les Bretons, il y avait plusieurs thèses, vous savez, mais le Parlement a tranché. Je pense maintenant… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Parce que je rappelle, quand même, que vous étiez, vous, pour la fusion avec Pays-de-la-Loire. MARYLISE LEBRANCHU Oui, dans la mesure où le président de la République avait proposé la fusion Alsace Lorraine Champagne-Ardenne, au cours d'une discussion, grande, et très documentée, effectivement j'estimais qu'il fallait faire un geste aussi de l'autre côté. Ceci étant, les parlementaires ont vraiment pris la main sur la carte des régions. Le rôle du Parlement a été important, maintenant on verra la discussion en commission mixte paritaire entre le Sénat et l'Assemblée, mais voilà, c'est la carte. Prenons-là pour un instrument important de redressement du pays, par pour une discussion d'identité seulement. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI On va en dire deux mots, mais c'est quand même Jean-Yves LE DRIAN qui a gagné, le ministre de la Défense, qui est l'ancien président de la Bretagne, qui lui ne voulait pas de mariage, alors que vous, vous étiez pour le mariage. MARYLISE LEBRANCHU Oui, mais moi ça ne me dérange pas que la thèse de Jean-Yves LE DRIAN ait gagné. Moi j'étais effectivement sur… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI C'est sa proximité avec François HOLLANDE qui a joué, quand même, parce que… MARYLISE LEBRANCHU Peut-être, peut-être, mais aussi les parlementaires, puisque vous voyez que les parlementaires l'ont suivi. Non, j'étais sur une thèse différente, de dire : rassemblons la Bretagne historique, si c'est dans un ensemble plus grand, ce n'est pas un problème, la Bretagne historique est forte. On l'a fait pour l'Alsace et la Lorraine, voilà. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Il n'y aura pas Nantes dans la Bretagne, il n'y aura pas la capitale de la Bretagne, dans la Bretagne. MARYLISE LEBRANCHU Ce que je souhaite maintenant, c'est surtout que nos régions, qui vont avoir à gérer, par exemple, avant la fin de l'année, à signer les programmes des fonds structurels européens, surtout qu'on se mette vite au travail, pour le développement de l'emploi, c'est ce dont on a le plus besoin. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Juste une précision, on va passer à ça, justement, mais vous allez vous présenter, vous, aux élections régionales, l'an prochain ? Parce que Jean-Yves LE DRIAN est candidat aussi à sa propre succession en Bretagne. MARYLISE LEBRANCHU Mais, je n'ai pas entendu que Jean-Yves LE DRIAN était candidat, je veux dire, il y a plusieurs… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Il ne l'a pas encore dit. MARYLISE LEBRANCHU Il y a plusieurs candidats potentiels, on verra à l'heure. Essayons de faire de la politique, jour après jour. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI On repousse le problème plus loin, c'est ça, hein. MARYLISE LEBRANCHU Mais ce n'est pas un problème, c'est une interrogation. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Bon, Nicolas SARKOZY, hier, en meeting à Mulhouse hier soir, a promis de défaire cette carte de la réforme territoriale, s'il était réélu président, bien sûr. Est-ce que c'est possible, ça, en cas d'alternance, de retricoter une nouvelle carte ? MARYLISE LEBRANCHU Alors, en droit, c'est parfaitement possible. Ce que l'on a en face de nous, c'est des régions moins nombreuses, plus fortes, avec des compétences plus claires, plus simples. La négociation avec l'Europe, sur des fonds, pour investir dans nos régions françaises, pour développer de l'emploi, je pense que le mieux, maintenant que cette carte existe, c'est, laissons travailler nos élus avec l'ensemble de leurs partenaires, les agglomérations, les métropoles, les communes rurales, les Chambres de commerce et d'industrie, que je voyais hier soir, les chambres de métiers, etc., laissons-les travailler. Je pense que si on change trop souvent, on passera notre temps à discuter de la meilleure carte possible, mais pendant ce temps-là, peut-être qu'on perdra un peu de temps sur l'efficacité des politiques publiques. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Parce que dans… Ce sont… C'est votre registre, les compétences, dans le qui fait quoi, c'est un peu compliqué aussi, parce qu'on va maintenir des départements ruraux, il y aura de l'intercommunalité, dont les pouvoirs seront accrus, c'est quand même usine à gaz, tout ça, Marylise LEBRANCHU. MARYLISE LEBRANCHU Il faut prendre à l'envers. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI C'est super usine à gaz, hein. MARYLISE LEBRANCHU Prenons les choses à l'envers, c'est pas qui fait quoi, c'est qui va arrêter de faire quoi. C'est-à-dire que pour l'instant, tout le monde s'occupe à peu près de tous les sujets, il n'y a pas beaucoup d'argent public… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI C'est précis, ça, vous savez ou pas ? Parce qu'on n'a pas le temps de tout détailler, c'est très complexe. MARYLISE LEBRANCHU En particulier, c'est précis pour le rapport entre les régions et les autres collectivités territoriales. Les régions ont un rôle déterminant, de cohérence, en termes de politique économique, d'enseignement supérieur, de recherche, de développement. Elles vont le faire avec les villes, avec les communautés de communes rurales. Moi j'ai reconnu, à travers ma voix, le gouvernement, pardon, a reconnu la diversité des territoires, on va les obliger, nos élus, à travailler ensemble. Moi je leur fais confiance, parce qu'il y a une urgence, le redressement c'est l'urgence. Donc moins de compétences, mais plus de forces. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Pardon pour la simplicité de la question, est-ce que vous avez un chiffre de ce que cela peut représenter, en milliards, d'éviter les doublons, à terme ? MARYLISE LEBRANCHU Jamais je ne vous donnerais un chiffre comme ça. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Il n'y a pas de chiffre, parce qu'il n'y en a pas en fait. MARYLISE LEBRANCHU Parce que, aujourd'hui, moi, ce que je cherche c'est l'efficacité, créations d'emploi, nouvelles entreprises, petites entreprises qui émergent, des PME mieux aidées par exemple. Seules les régions pourront faire des aides directes à nos PME, elles n'auront qu'une porte d'entrée pour se développer, voilà qui annonce peut-être des lendemains économiques qui chantent un peu plus. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Bon, vous reviendrez quand ça sera mis en place, hein, tout ça. MARYLISE LEBRANCHU Si vous voulez. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Marylise LEBRANCHU, vous êtes la ministre des Fonctionnaires, Bruxelles nous demande de plus d'efforts, est-ce que vous allez réduire, oui ou non, la masse salariale des fonctionnaires dans ce pays ? MARYLISE LEBRANCHU On ne l'augmente plus du tout, elle est gelée. Demandez aux fonctionnaires qui sont proches du smic, s'ils sont des privilégiés, sûrement pas. Et ce que je voudrais dire, c'est quelque chose d'important, parce qu'on dit toujours « il y a beaucoup plus de fonctionnaires en France, par exemple, qu'en Suède ». JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Est-ce que vous allez réduire le nombre des fonctionnaires ? MARYLISE LEBRANCHU Non. Le nombre des fonctionnaires, le président de la République a été très clair, on reste à la même masse. Pourquoi ? On est en dessous de 90 pour 1 000, on doit être à 82, 83 fonctionnaires pour 1 000 habitants. La Suède paie 140 équivalents temps plein, pour 1 000 habitants, et nous sommes donc moins entourés de fonctionnaires qu'on ne le dit tous les jours, cette espèce de clichés qu'il faut casser, et je vous dis… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Donc on ne touche à rien. C'est ça la réponse ? MARYLISE LEBRANCHU Ce n'est pas ça. C'est pas ça. On essaie, on va réussir, on essaie de mettre des postes là où on en a le plus besoin : l'école, j'entendais tout à l'heure sur votre chaine, qu'il manque des emplois, la justice, la police… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Oui, les 500 postes qui vont être créés en Seine-Saint-Denis, mais c'est contesté encore, parce qu'il n'y en aurait pas assez. Bon. MARYLISE LEBRANCHU Est-ce que, aussi, nos carrières sont suffisamment attirantes ? Vous savez que moi j'ai décidé de discuter avec les syndicats, de l'ensemble des carrières, des rémunérations, des parcours professionnels des fonctionnaires. Tout ça est à faire, parce que la Fonction publique est indispensable pour l'impartialité, la loyauté et la laïcité et peut-être que par rapport à votre premier sujet, le service public c'est aussi une question qui peut aider la France à échapper au pire. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Alors, Marylise LEBRANCHU, vous êtes une proche de Martine AUBRY, est-ce qu'elle manque aujourd'hui au débat public ? Ses interventions sont si rares. MARYLISE LEBRANCHU Mais, elle ne manque pas au débat public, puisqu'elle a déposé une contribution et que j'entends qu'elle est très commentée depuis longtemps. Donc, son rôle, c'est effectivement de bien gérer Lille, ce qu'elle réussit, et c'est aussi, après une contribution, de participer à ce qui va s'ouvrir maintenant, c'est une période de congrès. Moi je veux un congrès sur le fond, je veux un congrès qui nous permette de façon très ouverte… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI On en est encore là. On en est encore là dans le quinquennat, savoir ce que va penser, ce que va faire le PS, ce n'est pas en place tout ça, vous n'êtes pas d'accord en fait, vous êtes dans un gouvernement, vous êtes pas forcément avec le bon ADN, c'est ça ? MARYLISE LEBRANCHU Quand on est dans un gouvernement, il est important que le parti politique majoritaire, mais les autres qui nous accompagnent, au bout de deux ans se posent aussi des questions de fond, dans la mesure où on sent bien, moi je peux vous dire, j'ai un scoop, il y a 100 % des Français ne sont pas satisfaits aujourd'hui, voyez vous ? JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Ça c'est un scoop. MARYLISE LEBRANCHU Donc, à partir de ce moment-là, moi je pense que ce congrès peut nous permettre, avec les militants et les sympathisants, peut nous permettre de faire d'autres propositions sur quelle société nous voulons. Et je reviens toujours au même sujet… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Et ce n'est pas la bonne. MARYLISE LEBRANCHU … Que le premier sujet que vous avez abordé, il y a trop de repli sur soi, il n'y a pas assez de collectif et il n'y a pas passe de confiance, entre les acteurs de ce pays. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Marylise LEBRANCHU, on la bien compris. Thierry MANDON, vous êtes d'accord avec lui ? Il dit qu'il faut absolument une primaire à gauche pour 2017. Vous êtes d'accord avec ça ? Est-ce que si le président sortant, François HOLLANDE, se représente, il doit passer par la primaire ? C'est une vraie question. MARYLISE LEBRANCHU Moi, très honnêtement, je dis que dans la situation d'aujourd'hui, le candidat c'est François HOLLANDE. Parce que si on commence, deux ans, avant, à déstabiliser un président de la République en disant qu'il est déjà candidat dans une… Alors ça ne fonctionnera pas, rappelez-vous à chaque fois, et y compris d'ailleurs l'ancien président de la République, a eu à gérer le passage de président à candidat. François HOLLANDE est président, point… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Il y a président et candidat et il y a… MARYLISE LEBRANCHU Il est président jusqu'en 2017 et je ne vois pas comment on pourrait faire autrement, que d'avoir François HOLLANDE candidat. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Un petit mot rapide. Si lui, dit, par exemple, demain ou après-demain, surtout après demain, d'après ce que vous pensez « je suis candidat », pas de primaire, c'était pas question, primaire ou pas de primaire ? MARYLISE LEBRANCHU Moi je n'imagine pas aujourd'hui, je vous le dis franchement, comment on bâtit des primaires, sauf sur le point que disait Thierry MANDON, qui est de dire : il faut qu'il y ait des primaires, non pas au sein du Parti socialiste, mais avec la gauche, pour qu'il n'y ait pas trois ou quatre candidats de gauche au premier tour. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Merci Marylise LEBRANCHU. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/071.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/071.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..016384343f9a0c292b302c5898277df479168ac2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/071.txt @@ -0,0 +1 @@ +WILLIAM LEYMERGIE Pour « Les 4 vérités », ce matin Roland SICARD reçoit Najat VALLAUD-BELKACEM, ministre de l'Education nationale. ROLAND SICARD Bonjour à tous, bonjour Najat VALLAUD-BELKACEM. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Bonjour. ROLAND SICARD C'est aujourd'hui la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, vous avez d'ailleurs le badge qui montre cette journée. C'est un problème qui est partout, partout y compris en France. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, c'est un problème qui est partout, on sait que l'année dernière encore il y a 121 femmes qui sont décédées sous les coups de leur conjoint. Moi, quand j'étais ministre des Droits des femmes, je m'étais faite une promesse, c'est de ne pas baisser la garde, une fois que je ne serais plus en charge de cette responsabilité-là, parce que c'est tellement important, et que si on veut vraiment faire reculer le nombre de femmes qui meurent ou qui sont simplement battues par leur conjoint, il faut qu'on se mobilise tous, donc aujourd'hui je suis à l'Education nationale, c'est un secteur, d'abord, qui n'est pas préservé des violences… ROLAND SICARD Est-ce qu'il y a eu une évolution quand vous étiez au Droit des femmes ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Il y a eu une évolution, parce que nous avons adopté des outils et une loi, sur l'égalité entre les femmes et les hommes, qui permettent par exemple, je voyais que vous en parliez tout à l'heure, que le téléphone portable grand danger, puisse être mis à disposition de toutes les femmes qui se sentent menacées pour faire venir la police en dix minutes, que les mains courantes soient mieux traitées. ROLAND SICARD Justement, les femmes portent peu plainte contre ces violences. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, les femmes portent peu plainte, parce que pendant longtemps il y a eu une forme de tolérance de la société à l'égard de ces violences, on les banalisait d'une certaine façon, on ne les considérait pas comme des violences comme les autres, on les considérait comme des faits divers. Et moi, ce que j'ai passé mon temps à expliquer, c'est que ce n'était pas une succession de faits divers, les violences conjugales, c'est un fait social qui repose sur une hiérarchisation du monde, entre un sexe fort et un sexe faible, et c'est pour ça qu'il nous faut absolument agir, pour apprendre notamment à nos enfants, qu'il n'y a pas sexe fort et sexe faible, qu'il y a égalité entre les sexes, qu'il y a cette différence bien sûr, mais égalité entre les sexes, ce qui passe notamment par cette culture de l'égalité que l'on doit promouvoir à l'école. ROLAND SICARD Alors, justement, à l'école, vous allez distribuer un kit, une mallette, on ne sait pas très bien comment appeler ça, pour sensibiliser les professeurs à l'éducation, justement, à cette égalité entre les hommes et les femmes, à éviter ces violences. Il y aura quoi dans ce kit pédagogique ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Alors, il faut distinguer deux choses. Sur la question des violences, en effet, ce que nous allons dévoiler aujourd'hui, parce que je le disais, l'école n'est pas préservée, il y a des violences sexistes qui se produisent au collège, au lycée, tout le monde le sait bien, donc sur cette question des violences dans les établissements scolaires, nous allons mettre à disposition des personnels de l'Education nationale, des outils pédagogiques, des guides pour mieux savoir repérer et agir. ROLAND SICARD Et il y aura quoi dedans ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ça c'est sur la question des violences. Eh bien par exemple un numéro unique où appeler, des conseils, la façon de traiter la situation, la médiation, comment organiser une médiation quand elle s'impose parce qu'il y a du harcèlement scolaire, des choses comme ça, comment travailler avec les familles. Ça c'est sur la question des violences. Mais sur la question plus générale, j'allais dire, de comment on instaure une culture de l'égalité entre les filles et les garçons à l'école, là il y a besoin d'une véritable formation des enseignants, pour qu'ils sachent aborder ces questions, pour qu'ils sachent lutter contre l'autocensure des filles, contre les stéréotypes dans lesquels s'enferment les filles et les garçons et qui les bordent dans leurs ambitions ou dans leurs réalisations personnelles. Et donc, ce que nous faisons à l'école, c'est un, que nous formons les enseignants à ces sujets, et deux, que nous mettons à leur disposition des outils pédagogiques pour les aider à aborder systématiquement cette question de, oui les filles et les garçons sont égaux et ils ne doivent se borner… ROLAND SICARD Vous en revenez pas à cette fameuse théorie du genre, qui dit que la différence entre les filles et les garçons, ce n'est pas une question de culture… C'est une question de culture, plutôt, ce n'est pas une question de nature ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Il n'en a jamais été question. Il n'a jamais été question de remettre en cause la différence entre les filles et les garçons. ROLAND SICARD Vous n'allez pas relancer la polémique ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Eh bien écoutez, en tout cas, moi, mon intention n'est pas celle-là, mon intention c'est de dire qu'une différence entre filles et garçons ne doit pas justifier une inégalité et que notre société en a produit beaucoup des inégalités et que si on ne veut pas avoir tous les ans, à déplorer à nouveau 121 femmes mortes sous les coups de leur compagnon, il faut peut -être se demander comment est-ce que dès le plus jeune âge on instaure une culture de l'égalité et du respect entre les sexes, parce que la différence ne veut pas dire la hiérarchie. ROLAND SICARD Mais vous savez qu'on va vous faire la critique. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ceux qui sont de mauvaise foi, ceux qui refusent d'avancer, mais pour ce qui est de tous les enseignants, de tous les personnels de l'Education nationale qui se rendent compte au quotidien, qu'il y a un vrai sujet, parce que contrairement à ce que l'on croit, les choses ne vont pas forcément dans le sens du progrès, donc les inégalités se creusent aussi, et qu'il y a besoin d'outils pour contrer ces inégalités, pour contrer les stéréotypes et pour faire comprendre aux filles et aux garçons, qu'ils et elles ont le droit d'être ce qu'ils veulent être, tout simplement, je pense que ces outils seront les bienvenus. ROLAND SICARD Il y a une question importante aussi à l'éducation, c'est la radicalisation islamiste dans les établissements. Qu'est-ce que vous faites pour lutter contre cette radicalisation ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM C'est une mobilisation interministérielle sur cette question de la radicalisation, qui est sujet grave, puisqu'on est quasiment face à un phénomène de dérive sectaire, avec une emprise mentale, un embrigadement sur certains jeunes, qui sont d'ailleurs des jeunes, on le voit bien dans les profils dont on parle, qui sont sans histoire, qui se sont convertis sur le tard, qui sont fortement influençables, et donc, ce que nous faisons d'abord, c'est accompagner, accompagner les familles notamment, lorsqu'elles tirent la sonnette d'alarme, il faut qu'elles puissent parler et nous avons mis en place avec le ministre de l'Intérieur, un numéro national, unique, pour leur offrir ce service-là, et puis évidemment pour ce qui est de l'Education nationale, lutter contre les dangers d'Internet, parce que c'est souvent au contact avec les réseaux sociaux que les choses se déclenchent, et donc aller dans les classes pour expliquer qu'on ne peut pas croire tout ce qu'on lit sur Internet et qu'il faut faire attention à ce qu'on laisse de sa vie privée sur Internet, ça fait partie des mesures que nous avons prises. Et puis les personnels eux-mêmes doivent être formés, nous élaborons une formation pour ces personnels, pour qu'ils puissent là aussi réagir, repérer et réagir. ROLAND SICARD Une dernière question, un petit peu personnelle. Votre mari a été nommé secrétaire général adjoint de l'Elysée aux côtés de Jean-Pierre JOUYET ; il n'y a pas une gestion un petit peu familiale du pouvoir ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Je ne dirais pas cela. Mon époux a une carrière, a exercé des responsabilités par le passé, dans lesquelles il a démontré tout son potentiel. Il se trouve que par ailleurs c'est mon époux, nous partageons je crois la même philosophie politique, les mêmes engagements, donc voilà, il sera amené à exercer des responsabilités à l'Elysée, moi au gouvernement, nous appartenons à une seule et même équipe, voilà. ROLAND SICARD Merci. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Merci. ROLAND SICARD William, c'est à vous. WILLIAM LEYMERGIE Oui. On passe à la météo maintenant. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/072.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/072.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..19bf8cf041e16231c39e37a9a7d1f71598229668 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/072.txt @@ -0,0 +1 @@ +FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche L'éducation nationale est aujourd'hui engagée dans une profonde mutation, initiée par la loi de refondation de l'école du 9 juillet 2013, qui touche à l'ensemble de ses dimensions : organisation du temps scolaire, formation des enseignants, redéfinition du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, nouveaux programmes, réforme de l'éducation prioritaire, réflexions sur l'évaluation, plan numérique pour l'école, réforme de l'allocation progressive des moyens... Tous ces chantiers en cours ou à venir portent en eux une ambition pleinement républicaine, celle de remettre l'école au cœur de la promesse de l'égalité, en rétablissant les conditions de la réussite pour chaque enfant, à rebours des évolutions des dernières décennies. Cette ambition, qui mobilise un effort budgétaire exceptionnel de l'Etat dans un contexte de diminution de la dépense publique globale, est inséparable de celle qui lie depuis son origine l'école de la République à la formation et à la transmission des valeurs et des principes qui la fondent. Au premier rang de ces valeurs figure la Laïcité, parce qu'elle constitue un principe qui permet le vivre ensemble et donne sa singularité à notre citoyenneté républicaine commune. C'est pourquoi l'enjeu de la Laïcité est central dans l'ambition que nous portons pour l'école de la République, c'est pourquoi j'ai tenu à cette réunion exceptionnelle en cette journée du 9 décembre, date anniversaire de la loi de 1905. Et il n'est pas indifférent que j'ai souhaité donner à cette journée une solennité si particulière, dans l'enceinte prestigieuse du Collège de France qui nous accueille aujourd'hui et dont l'institution même en 1530 sous le nom de Collège Royal ne fut pas étrangère à un esprit précoce de laïcité, puisque sa devise était « docet omnia » (on y enseigne toute chose). Ce qui fait directement écho au souci qu'à l'Ecole les élèves aient accès, sans exclusive, à « l'ouverture la plus objective possible à la diversité des visions du monde », exprimé par la Charte de la Laïcité à l'école, document essentiel qui fonde la pédagogie de la Laïcité et dont vous connaissez aussi bien le contenu que les ressources pédagogiques qui l'accompagnent. Cher Jean-Louis Bianco, je sais combien vous êtes attaché à ce que les institutions de la République, et l'école au premier rang, confèrent à cette date du 9 décembre une signification particulière en l'instituant comme « journée nationale de la Laïcité », suivant un avis de l'Observatoire que vous présidez. Nous marquons une première étape en ce sens aujourd'hui, puisque notre réunion de ce jour a été précédée d'une circulaire invitant l'ensemble de la communauté éducative à prendre en cette journée « toutes les initiatives pédagogiques susceptibles de mobiliser la réflexion et l'action collective en vue de la mise en valeur du sens et du bénéfice du principe de laïcité, dans la République et dans son Ecole, pour la liberté de chacun et la cohésion de tous ». Cette mobilisation, que nous comptons amplifier à l'avenir, vise à renouer le fil historique qui a vu la laïcisation de l'Etat succéder à celle de l'école. En effet, si nous célébrons aujourd'hui le jour anniversaire de la loi dite de « séparation des Eglises et de l'Etat » du 9 décembre 1905, la laïcisation de l'Etat qu'elle institue fait suite, en la complétant, à la laïcisation de l'Ecole de la République réalisée à la fin du XIXe siècle par ce qui était alors le ministère de l'instruction publique. C'est d'abord Jules Ferry qui, étant ministre, institue en 1882 la laïcité des programmes dont il définit ainsi l'esprit dans sa fameuse Lettre Circulaire aux instituteurs du 17 novembre 1883, dont je vous laisse apprécier l'actualité : « La loi du 28 mars se caractérise par deux dispositions qui se complètent sans se contredire : d'une part, elle met en dehors du programme obligatoire l'enseignement de tout dogme particulier ; d'autre part, elle y place au premier rang l'enseignement moral et civique. » C'est 4 ans plus tard, le 30 octobre 1886, que René Goblet, devenu à son tour ministre de l'instruction publique, institue la laïcité des personnels. Notre mémoire nationale doit ainsi conserver le souvenir que la laïcité de l'Ecole a précédé de près de 20 ans la laïcité de l'Etat, formant ensemble un véritable dispositif, la première étant indissociable de la seconde. En effet, pour que le citoyen de l'Etat laïque puisse disposer d'une liberté de conscience et d'expression pleine et éclairée, deux conditions doivent être réunies. D'une part, il doit pouvoir compter sur la neutralité religieuse d'un Etat qui ne lui imposera, ni ne lui interdira, aucune conviction religieuse ; mais d'autre part, ce citoyen doit pouvoir compter également sur une Ecole laïque, qui comme telle lui aura transmis de façon impartiale tous les outils intellectuels et culturels dont il a besoin pour apprendre et s'exercer à penser par lui-même. Comme l'a rappelé avec force et clarté la Charte de la laïcité à l'Ecole, c'est bien « la laïcité de l'Ecole » qui « offre aux élèves les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre et faire l'apprentissage de la citoyenneté ». Ce rappel historique n'est pas de pure forme, au moment où les tourments de notre monde, les irruptions ou les replis identitaires font craindre des remises en cause de la laïcité de notre République. Sans laïcité de l'École et à l'École, point de société laïque. Nous sommes donc dépositaires d'un enjeu essentiel dans une période troublée, difficile, où prospèrent la peur de l'autre et les pertes de repères identitaires. Pour autant, ne cédons pas au catastrophisme de ceux qui voudraient faire de la Laïcité et de l'École autant de citadelles assiégées. Comme l'a montré l'enquête de la DGESCO sur le respect du principe de Laïcité à l'école d'avril dernier, la situation est aujourd'hui globalement apaisée, mais mérite une stratégie d'ampleur pour que la Laïcité soit davantage comprise des élèves et présente au cœur des pratiques pédagogiques des enseignants. C'est cette stratégie, centrée sur la pédagogie de la Laïcité, dont je souhaite décrire les grandes orientations aujourd'hui, avec la pleine conscience que seule une mobilisation solidaire de tous les niveaux de responsabilités de notre ministère permettra de lui donner sa force et son effectivité. Si nous voulons que l'école délivre une pédagogie de la laïcité, qu'elle ancre ce principe dans les esprits comme dans les pratiques, la première nécessité est de faire partager à l'ensemble de la communauté éducative une conscience renouvelée de la Laïcité au sein de notre institution. Nous devons nous rappeler, collectivement, que la laïcité n'est pas pour notre Ecole un principe parmi d'autres. La laïcité est la colonne vertébrale de l'École, c'est-à-dire le fondement sur lequel repose sa contribution au projet républicain qui est de confier la souveraineté politique au peuple des citoyens doués d'une liberté de conscience et d'expression éduquée, instruite... Nous devons ainsi porter une laïcité de l'Ecole au service humaniste du « rejet de toutes les violences et de toutes les discriminations », de « l'égalité entre les filles et les garçons », du « respect et de la compréhension de l'autre » (c'est l'article 9) ; une laïcité de l'École au service, je cite cette fois l'article 4 de la Charte, d'un « exercice de la citoyenneté (...) conciliant la liberté de chacun avec l'égalité et la fraternité de tous ». Tels sont les axes majeurs de la pédagogie de la laïcité que nous devons savoir conduire tous ensemble, chacun à son poste de responsabilité, en direction de nos élèves et de leurs parents. Voilà ce qu'il faut expliquer sans relâche, voilà en vue de quoi il nous faut ouvrir tous les espaces de dialogue afin que notre parole portée soit cohérente et solidaire. Car en ces temps troublés où la laïcité est parfois dévoyée, la responsabilité de notre institution est immense au sein de la République et de la société. Il nous incombe donc de transmettre ce qui aujourd'hui ne va plus de soi pour tant de gens : que la laïcité est un principe essentiel et intangible garant du vivre ensemble, qui ne peut être à géométrie variable, soumis aux fluctuations des contextes sociaux ou politiques, négocié avec tel ou tel groupe de pression, ou enfin présenté de manière différente en fonction d'intérêts partisans ou d'objectifs qui lui sont exogènes ; que la liberté religieuse est une expression de la liberté de conscience et que, partant, la Laïcité n'est pas l'instrument d'une opposition ou d'un refoulement du fait religieux, mais la condition de la coexistence harmonieuse de toutes les expressions confessionnelles, comme de leur absence. La Laïcité est d'abord un principe de liberté, y compris concernant l'enseignement et je m'attacherai à ce que les relations entre l'Etat et l'enseignement sous contrat d'association soit toujours empreintes de clarté et de respect de son autonomie, dans une considération et un traitement égal de toutes les appartenances confessionnelles. Je veux contribuer à recréer du consensus national sur la laïcité, faire qu'elle cesse d'être un combat pour être d'abord un moyen : moyen d'apaiser la société, de faire vivre une culture de la tolérance. Car il est bien là le génie historique de la Laïcité, dans ce service qu'elle rend simultanément à l'individu et à la société, c'est-à-dire d'une part à la liberté d'expression de chacun, en la garantissant, et d'autre part à la cohésion ou concorde sociale, en fixant à la liberté d'expression religieuses des règles, des limites, qui sont celles de l'intérêt général et de l'ordre public. La loi laïque garantit à chacun l'égalité du même droit, elle réalise cette quadrature du cercle qui est de faire aller de pair, de façon harmonieuse, l'indivisibilité de la République, la reconnaissance de la diversité sociale et le respect des singularités et convictions personnelles. Cette pédagogie de la loi, de la vertu de la loi démocratique, libératrice et équitable, est l'une des entrées pédagogiques de la Charte de la laïcité à l'Ecole, notamment à travers son article 14 qui intègre la loi du 15 mars 2004 et sa circulaire d'accompagnement. Cette Charte en effet a pour force qu'elle multiplie ainsi les entrées susceptibles d'offrir à nos personnels le plus d'opportunités possibles d'entreprendre une pédagogie de la laïcité non pas désincarnée ou abstraite mais ancrée dans les situations de vie scolaire et d'enseignement les plus concrètes. C'est cette ambition d'une Laïcité pratique, quotidienne, que je souhaite porter avec vous pour « faire vivre » une culture professionnelle commune à travers 3 chantiers principaux. Le premier concerne le renforcement de la formation initiale et continue. La formation initiale des personnels est un enjeu décisif. Tous les jeunes qui s'apprêtent à entrer dans les métiers de l'Ecole doivent avoir conscience de leur « mission de faire partager les valeurs de la République », ils doivent être formés à la comprendre et à l'assumer parce que cela ne s'improvise pas. Cela nécessite non seulement une collaboration plus active et étroite entre nos équipes de formateurs académiques et les équipes de professeurs des Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation, mais aussi un travail visant à homogénéiser les pratiques des ESPE sur les contenus du tronc commun des enseignements. A cet effet, des ressources pédagogiques dédiées seront élaborées par la DGESCO avec des ESPE pilotes autour de l'expertise intellectuelle et pédagogique de la mission Laïcité, et un appel à projet a été lancé en direction des ESPE pour réaliser des parcours sur la plateforme m@gistère. De même, il y a un travail d'information et de formation continue très important à renforcer pour que tous les personnels déjà en exercice soient en mesure de savoir conduire une pédagogie de la laïcité, ce qui suppose qu'ils aient été formés : d'une part à relier les contenus des programmes et les situations de vie scolaire aux grands thèmes de la Charte de la laïcité ; d'autre part à savoir répondre aux situations difficiles où les règles de la laïcité à l'Ecole sont mises en cause au prétexte de convictions religieuses. Pour cela, en conformité avec une priorité du Plan national de formation 2015 dans lequel un grand séminaire de 2 jours sur « la laïcité de la charte aux enseignements » est programmé comme l'année passée en mai, la pédagogie de la laïcité, centrée sur l'étude de la Charte de la laïcité comme support, doit constituer année après année l'un des axes majeurs des plans académiques de formation. Plus de 5000 enseignants, inspecteurs et chefs d'établissement ont été formés en 2013-2014, c'est un effort important qui doit être amplifié. En outre, compte tenu des difficultés signalées par les enseignants au quotidien, nous allons développer sur la plateforme m@gistere un parcours d'e-formation sur l'enseignement laïque des faits religieux, complémentaire du parcours déjà existant sur la laïcité, qui offre à la fois une vision globale et des analyses de situations très concrètes de contestation, répondant par là même à une préconisation importante d'un récent rapport sénatorial. Le second chantier concerne les contenus de la pédagogie de la Laïcité, à travers l'appropriation plus large de la Charte et la mise en œuvre des nouveaux programmes. L'enquête de la DGESCO que je mentionnais précédemment indiquait que cette Charte a fait l'objet d'une bonne diffusion dans les établissements scolaires, mais d'une appropriation très hétérogène. Nous avons invité la communauté éducative à faire vivre cette Charte au sein des établissements scolaires, notamment en utilisant les réunions de rentrée, qui permettent de mobiliser à la fois les élèves et leurs parents. Comme vous l'avez compris, je compte développer les initiatives pédagogiques autour de la journée du 9 décembre mais il nous faudra aller plus loin pour faciliter l'accessibilité de tous les élèves à la Charte. Nous disposons déjà grâce à la Ligue de l'enseignement de l'affiche pédagogique « La Charte de la laïcité à l'école expliquée aux enfants », qui facilite l'échange pédagogique en accompagnant chaque article de la charte d'une illustration et d'une phrase ou deux rendant plus accessible l'idée énoncée. Nous allons finaliser prochainement un travail porté par la fédération des APAJH (Association Pour Adultes et Jeunes Handicapés) pour l'accessibilité à toutes les formes de handicap, par la création d'une affiche respectant les règles d'accessibilité sur les contrastes, police et taille, avec une transcription en braille. La Charte doit être un outil vivant présent dans la pédagogie quotidienne des classes, et nous ne ménagerons pas nos efforts dans ce sens, en cohérence avec l'ambition des nouveaux programmes qui sont en cours d'élaboration. Comme vous le savez, ceux-ci vont s'inscrire dans le socle commun de connaissances, de compétences et de culture, actuellement en consultation, qui prévoit la formation de la personne et du citoyen dans le domaine 3 et, dans le domaine 5, « Les représentations du monde et de l'activité humaine », la compétence suivante : « L'élève a pu se rendre compte de la diversité des modes de vie, des représentations, des faits religieux, des idées et croyances et s'ouvre par là à la notion de civilisation ». Ainsi, les programmes de français, d'histoire, de géographie, de langue vivante ou de philosophie continueront de contribuer à l'enseignement laïque des faits religieux. Mais l'élément majeur, c'est l'enseignement moral et civique qui sera effectif dès la rentrée 2015. Cet enseignement a fait l'objet d'un projet de programme remis par le conseil supérieur des programmes le 3 juillet 2014 pour les écoles primaires et le collège. Concernant les lycées, le projet de programme est attendu incessamment, ce qui me permettra d'arrêter les programmes pour l'ensemble des cycles, après consultations au premier trimestre 2015, entre avril et mai prochain. Voulue par la loi de refondation de l'école, la réinscription de l'enseignement moral et civique est un élément central de la pédagogie de la Laïcité, un outil pédagogique décisif pour que l'école soit pleinement le vecteur d'une citoyenneté républicaine. Face au délitement du vivre ensemble, aux tensions identitaires, aux provocations qui mettent en cause la laïcité, je veux non seulement réaffirmer le rôle de l'école dans la transmission des valeurs républicaines, mais encore lui redonner pleinement sa fonction de creuset de la citoyenneté afin de restaurer la confiance envers l'école de la part d'une société inquiète. L'enjeu est de promouvoir une école qui transmette une appartenance républicaine autour d'une culture commune et partagée, qui respecte les différences tout en se protégeant des irruptions identitaires et en prévenant les logiques de radicalisation. Cela passe aussi par une école capable d'éveiller les consciences, de développer la liberté intellectuelle et l'esprit critique et c'est tout le sens de cet enseignement. Le troisième chantier vise à mieux accompagner les enseignants et la communauté éducative au plus près des réalités de terrain, en développant une animation territoriale dédiée à la pédagogie de la Laïcité. C'est la mission essentielle des référents académiques « Laïcité », et je tiens à saluer votre présence aujourd'hui, car elle est la marque d'une ambition qui vise à s'inscrire dans les réalités quotidiennes de l'éducation nationale. C'est la première fois que l'ensemble des référents Laïcité sont réunis et je tiens à vous dire combien votre mission est importante, avant l'échange que vous aurez tout à l'heure autour de la directrice générale de l'enseignement scolaire et de la directrice des affaires juridiques. Nous veillerons à développer entre vous une culture de réseau, à entretenir un lien étroit entre l'échelle académique et les directions centrales du ministère, parce que je suis convaincue que c'est cette capacité permanente à organiser ces échanges qui nous permettra un pilotage efficace de la pédagogie de la Laïcité. C'est le rôle de la mission laïcité placée auprès de la DGESCO, et je tiens à rendre hommage au travail d'Abdennour Bidar, qui ne ménage pas ses efforts pour être présent sur tous les fronts pédagogiques et territoriaux. Améliorer l'animation territoriale et les réponses de proximité constitue ainsi la mission première des référents Laïcité, et je serai attentive à ce nous soutenions vos initiatives, en étant attentifs à vos remontées, afin d'harmoniser les pratiques et les réponses de l'institution aux situations complexes auxquelles nous sommes confrontés. Tout ne se joue pas sur l'expression de principes ou de normes, tout ne se règlera pas par des lois, des décrets ou des circulaires, même si ces cadres sont indispensables. La réalité est toujours plus complexe. Je souhaite donc que nous épaulions davantage les décideurs de terrain, en soutenant et outillant les agents publics. La pédagogie de la Laïcité, ce sont des pratiques porteuses de sens à la fois pour l'institution et pour ses usagers, élèves, familles, partenaires associatifs et collectivités locales. Les référents « Laïcité » auront un rôle important dans le pilotage de la formation continue dans chaque académie, je l'ai évoquée, mais je souhaite que nous allions plus loin en déléguant à chaque référent la charge de plusieurs initiatives prioritaires. Je pense par exemple à la construction d'une collaboration avec l'ESPE, à l'organisation de journées académiques de formation centrées sur la pédagogie de la laïcité, à l'animation d'une mise en réseau et d'une concertation régulière des directeurs et chefs d'établissement confrontés à des difficultés d'application du principe de laïcité, à la mobilisation du conseil académique de la vie lycéenne au service d'une appropriation active des différents articles de la Charte. Vous l'aurez compris, la constitution du réseau des référents académiques n'est pas l'aboutissement d'un processus, mais bien l'engagement d'une démarche au long cours, qui nécessitera probablement des aménagements dans notre organisation institutionnelle, y compris pour impliquer davantage les inspections générales. Nous y réfléchissons avec Florence Robine et les doyens. Mesdames et Messieurs, ce moment est important pour notre institution, parce qu'il prolonge et renforce l'impulsion et l'ambition affirmée par la loi de refondation. Je n'ignore pas les difficultés quotidiennes que rencontrent certaines équipes pédagogiques dans l'application du principe de Laïcité. A l'heure où les tensions communautaires et religieuses prospèrent, où les logiques identitaires sont à l'œuvre, je ne suis ni naïve, ni angélique. Je mesure la difficulté de la situation et de la tâche, mais je refuse que l'école comme la laïcité soient des champs d'affrontement polémique ou idéologique, parce qu'ils sont le bien commun de notre société. C'est cette volonté d'apaisement qui m'a conduite à réaffirmer des principes clairs de droit sur des questions sensibles comme celle des parents accompagnateurs de sortie scolaire. L'école doit être protégée de toute forme de prosélytisme comme des provocations de l'extrémisme religieux. C'est pourquoi les principes posés par la circulaire Chatel sont toujours applicables pour s'opposer à ces dérives. Mais, dès lors que le Conseil d'Etat a rappelé que les parents accompagnateurs ne sont pas des collaborateurs du service public et qu'à ce titre ils ne sont pas soumis à la neutralité religieuse, la bonne volonté de parents qui, par leur volontariat à encadrer une sortie scolaire, manifestent leur intérêt pour la scolarité de leur enfant et leur désir de coopération avec l'école doit rencontrer le dialogue et non la fermeture. Je suis convaincue que nous défendrons plus efficacement la laïcité et l'égalité dans une école capable de rassembler et de créer de la coopération et de la confiance. C'est sur cette volonté que je tiens à conclure mon propos, parce que la Laïcité est aussi un ferment d'humanisme dont procède la notion même de communauté éducative. Si la laïcité n'est pas dans notre République et dans notre Ecole un principe secondaire, mais à son fondement même, c'est que cette République et cette Ecole ont l'ambition de contribuer à former, avec les parents, des êtres véritablement humains, au sens éthique du terme c'est-à-dire doués d'une humanité attachée à la liberté, l'égalité et la fraternité de tous. Or, c'est la laïcité de l'Ecole qui, du côté de nos institutions, communique à chaque enfant cet humanisme, cette conviction humaniste. Car, à l'Ecole laïque, tous les élèves, de toutes les origines, sans distinction de croyance ni de culture, reçoivent de l'impartialité de leurs professeurs, et de tous les personnels, la garantie d'un traitement égal, d'une considération égale, d'une exigence et d'une bienveillance égales. Voilà comment l'engagement laïque de nos personnels communique aux enfants la grande leçon d'un humanisme concret, vivant, quotidien, qui transcende les différences d'appartenance culturelle ou sociale. Chaque personnel s'étant engagé à l'impartialité laïque et à la transmission des valeurs de la République, chaque temps de la vie scolaire étant l'opportunité de l'enseignement laïque d'un savoir et d'une liberté, la laïcité de l'Ecole est bien le lien professionnel qui nous réunit tous, quelle que soit par ailleurs la diversité de nos fonctions dans l'institution. Si l'expression de « communauté éducative » a un sens, c'est donc bien ici, autour du principe de laïcité, autour de la responsabilité solidaire et indivisible de l'incarner dans chaque figure de nos postures professionnelles. Ce sont par conséquent les personnels, mais également les élèves et leurs parents qui trouvent dans le partage de l'adhésion au principe de laïcité chacun selon des modalités spécifiques l'opportunité d'une prise de conscience d'eux-mêmes comme formant ensemble une véritable « communauté scolaire ». La Laïcité de l'Ecole n'est donc pas seulement à l'origine historique du processus de laïcisation de nos institutions. Elle n'est pas seulement la colonne vertébrale des missions de l'Ecole. Elle est encore, et enfin, l'un de ces principes grâce auxquels les personnels de l'Ecole peuvent prendre conscience qu'ils forment bien, avec les élèves et leurs parents, une communauté éducative. Voilà le sens profond de l'ambition que j'ai tenue à partager avec vous, et je vous remercie de votre engagement pour la porter et la transmettre. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/073.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/073.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..822534fca554d47a339330570ae87be71af64651 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/073.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Monsieur le directeur, Mesdames, Messieurs, Il est parmi les ministres de l'Intérieur de la Ve République un homme dont l'œuvre et la personne m'inspirent un respect particulier et dont l'action place Beauvau constitue pour moi une référence, ainsi qu'une source d'inspiration. Il s'agit de Pierre Joxe, qui est également, comme vous le savez, le créateur de l'Institut des hautes études de sécurité intérieure dont nous célébrons le 25e anniversaire. Dans nos conversations, Pierre Joxe m'a souvent rappelé les conditions dans lesquelles il avait envisagé la création de cette institution, comment il avait voulu faire en sorte que les questions de sécurité soient traitées avec la même exigence d'objectivité et avec le même souci de faire prévaloir une vision dépassant les polémiques partisanes que celui qui entoure depuis longtemps les questions de défense. Retrouvant la place Beauvau après la réélection de François Mitterrand en 1988, Pierre Joxe a ainsi choisi d'inscrire la création de l'IHESI au cœur du plan de modernisation de la police qu'il s'était engagé à poursuivre, afin d'imposer la conception à la fois républicaine et éclairée des questions de sécurité qui lui tenait à cœur. Sa conviction était, écrit-il aujourd'hui qu'il « ne peut pas y avoir d'action politique qui fasse l'impasse sur une réflexion sur l'Histoire, le temps, les structures ». Il est significatif à cet égard qu'il ait choisi de confier le soin de prononcer la conférence introductive du premier colloque organisé par l'Institut à un grand historien des mentalités, Jean Delumeau, Professeur au Collège de France. Ce dernier venait alors de publier un ouvrage intitulé « Rassurer et Protéger », où il montrait comment le besoin de sécurité avait évolué au fil des siècles. Il rappelait ainsi comment la demande de sécurité s'était laïcisée avec les Lumières, lorsque la crainte de l'enfer s'était atténuée en même temps que reculait le sentiment d'une fatalité du destin humain. C'est alors, à l'époque moderne, que les individus et les sociétés ont été portés à se prendre davantage en charge : en luttant contre le feu, en éclairant les villes, en renforçant les polices. Cette histoire n'est pas indifférente. Il est indispensable de prendre en compte ce temps long de la sécurité lorsque l'on participe aux missions de ce ministère de l'urgence qu'est spontanément le ministère de l'Intérieur. L'Institut des hautes études de la sécurité intérieure (IHESI) puis l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ) lui ont apporté cette capacité au cours des vingt-cinq dernières années, avec beaucoup de succès. Je souhaite cependant que le ministère renforce encore ses capacités d'analyse et de réflexion stratégique afin que nous sachions évaluer les menaces et les besoins de sécurité de demain et nous doter des moyens adéquats pour y répondre. I Le ministère de l'Intérieur est traditionnellement le ministère de l'urgence. Mais l'urgence n'est pas toujours l'essentiel. La création de l'IHESI lui a permis de prendre de la distance par rapport aux événements Si le ministère de l'Intérieur est traditionnellement le ministère de la continuité de l'état, il est aussi celui des crises et des urgences. Ces dernières semaines n'ont d'ailleurs pas été pauvres en défis et en crises de toutes sortes. Qu'il s'agisse du maintien de l'ordre, de la lutte anti-terroriste, de la gestion des risques climatiques ou encore de la régulation des flux migratoires, le spectre des urgences est si large que leur gestion pourrait facilement absorber toute l'énergie de cette maison. Ce ministère doit par ailleurs gérer une pression médiatique sans équivalent, car rien de ce qui y est dit ou fait n'est anodin. Qu'on le déplore ou non, les enjeux de communication et notamment de communication de crise ont pris de nos jours une importance inconnue auparavant, dès lors que toute parole rationnelle et pesée avec soin risque d'être balayée par le vacarme. Cette pression, ces sollicitations permanentes ne sont pas toujours compatibles avec l'action au service de l'intérêt général. Par conséquent, quand autour de nous tout n'est que mouvement, quand on doit sans cesse faire face à l'urgence et qu'une information chasse l'autre, une institution telle que l'INHESJ est plus que jamais nécessaire. En effet, le temps de l'action et de la protection quotidienne de nos concitoyens ne doit pas exclure celui de la recherche et de la réflexion, de la prospective et de l'imagination critique. Or, les politiques concrètes que nous conduisons, pour être efficaces, doivent être attentives aux évolutions des risques et des menaces y compris à l'échelle internationale, ainsi qu'aux évolutions politiques, sociologiques et démographiques en cours. Le ministère a besoin d'un point de vue stratégique et prospectif sur les phénomènes dont il s'occupe. Ces vingt-cinq dernières années, l'IHESI, puis l'INHESJ ont donc apporté au ministère de l'Intérieur et à ses services un ensemble de connaissances et d'analyses susceptibles d'éclairer les politiques mises en œuvre sur le terrain. Qu'il s'agisse de la formation et de la modernisation de la police, ou encore de son adaptation à la diversité de nos territoires ; qu'il s'agisse d'une meilleure prise en compte de réalités sociologiques précises telles que les phénomènes de bande ou les formes multiples de radicalisation ou des formes nouvelles prises par la délinquance ; ou bien qu'il s'agisse, plus récemment, des relations entre police et justice, l'INHESJ a joué et continue de jouer un rôle théorique important et utile. Certaines réflexions initiées au sein de l'IHESI ont pu également trouver un débouché concret au travers des politiques publiques. Je pense par exemple à l'invention de la « police de proximité », progressivement mise en place à partir de 1998 par Lionel Jospin et Jean-Pierre Chevènement, à la suite du colloque fondateur de Villepinte. En amont, les travaux de l'IHESI ont aidé à conceptualiser ce qui allait devenir une doctrine novatrice d'emploi des forces de police, qui renouvelait alors la conception que l'on se faisait du rôle et des missions des services de sécurité. Au fil des ans, outre une ouverture précieuse sur l'Université et la société civile, l'Institut a ainsi apporté au ministère une capacité de réflexion s'appuyant à la fois sur une conception large des enjeux de sécurité et sur les acquis des sciences humaines et sociales. Aux hauts cadres de la sécurité et de la justice, il a également su proposer une solide formation collégiale et pluridisciplinaire, leur permettant par la suite de nourrir leur propre réflexion et leur action sur le terrain. Surtout, il a suscité, sur le modèle de l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), l'émergence d'un véritable « milieu de la sécurité », réunissant professionnels et intellectuels de la sécurité, afin que ces derniers puissent enfin se rencontrer et nourrir ainsi, au gré d'échanges inédits, leurs réflexions respectives. C'était d'ailleurs là l'une des principales ambitions motivant à l'époque la création de l'IHESI. Enfin, la création en 2003, au sein de l'Institut, de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a permis d'apporter à la mesure des phénomènes criminels en France la rigueur méthodologique qui lui manquait jusqu'alors. Les outils statistiques que l'on utilisait encore au début des années 2000 dataient en effet des années 1970… C'est dire si nous étions en retard par rapport aux états-Unis et à la Grande-Bretagne, par exemple. Grâce à l'ONDRP, nous avons pu rattraper ce retard, et aujourd'hui encore, dans la continuité de cette impulsion initiale, nous continuons de moderniser notre outil statistique pour gagner en efficacité, en transparence et en finesse dans l'appréciation des phénomènes considérés. En matière de sécurité, les concepts n'ont toutefois d'utilité que s'ils sont relayés par des institutions. C'est ainsi qu'ils pourront avoir un impact sur nos politiques, et donc sur la réalité. Je veux maintenant en venir justement aux questions stratégiques dont le ministère de l'Intérieur devra tenir compte dans les années voire les décennies qui viennent. II Le ministère de l'Intérieur doit impérativement prendre en compte les enjeux de sécurité de demain Par le passé, le ministère de l'Intérieur a su renouveler ses approches et ses méthodes, à certains moments critiques de son histoire, pour faire face à des menaces et à des formes de délinquance nouvelles ou afin de tirer parti des évolutions de la technologie. Ainsi, à la fin du XIXe siècle, l'adoption à des fins de police de la technique du relevé anthropométrique par un modeste commis aux écritures de la Préfecture de police, Alphonse Bertillon, a permis de poursuivre efficacement les récidivistes, qui représentaient à l'époque la moitié de la population carcérale, et a donné naissance au service de l'identité judiciaire. Notons pour la petite histoire que Bertillon, jaloux de son système, lutta par la suite avec obstination contre l'utilisation des empreintes digitales. à la veille de la première guerre mondiale, la création des fameuses « brigades du Tigre » par Georges Clémenceau a permis de répondre efficacement à une nouvelle forme de grand banditisme utilisant l'automobile pour commettre ses méfaits avant de disparaître. Au lendemain de la première guerre mondiale, la création de la Gendarmerie mobile en 1921 a répondu à la prise de conscience du besoin d'une force de gendarmerie spécialisée dans le maintien de l'ordre pour compléter l'action de la police et surtout pour éviter l'emploi de l'armée, dont on jugeait désormais qu'il présentait de grands risques (fraternisation ou violence excessive). Plus près de nous, le développement par Pierre Joxe de la politique scientifique, la création de la police de proximité, dont j'ai parlé, ou encore la mise en place des zones de sécurité prioritaires, ont témoigné d'une même capacité à répondre simultanément à des demandes de sécurité nouvelles, aux nouvelles formes de délinquance et à un nouveau contexte technologique. C'est afin d'enclencher ou d'accélérer la production d'innovations de cet ordre, que je souhaite que le ministère de l'Intérieur ouvre ou approfondisse sa réflexion autour de plusieurs sujets stratégiques pour notre sécurité. Trois sujets me paraissent hautement prioritaires : l'évolution des menaces ; l'impact des technologies ; la coproduction de sécurité. En premier lieu, nous devons savoir analyser et prévoir l'évolution des menaces auxquelles nous sommes confrontés. Ainsi en matière de lutte contre le terrorisme. Nous devons constater que le terrorisme de DAESH présente des caractéristiques profondément nouvelles par rapport à ce que nous avons pu connaître à l'époque d'Action Directe ou du G.I.A. Il y a peu de temps encore, il était en quelque sorte « réservé » à une poignée d'individus qui faisaient le choix de la clandestinité, au sein de groupes identifiés et très structurés. Aujourd'hui, le terrorisme est, en quelque sorte, en « accès libre ». La stratégie suivie par nos ennemis vise en effet à rendre la terreur accessible au plus grand nombre. Tirant parti des nouvelles technologies de l'information, ces organisations criminelles cherchent à inoculer le virus du terrorisme dans les esprits, à manipuler certains de nos concitoyens souvent les plus jeunes et les plus fragiles. Il utilise massivement internet et les réseaux sociaux et fait preuve d'une très grande maîtrise des techniques de communication, produisant des outils de propagande sophistiqués destinés spécifiquement au public des jeunes Français. C'est là une nouveauté considérable, à laquelle nous devons répondre et à laquelle nous avons déjà commencé à répondre de façon globale. Dès lors que la menace est diffuse, tous nos services doivent être mobilisés, aux côtés de l'autorité judiciaire, mais aussi d'autres administrations et d'autres acteurs auxquels nous devons faire appel pour mettre en oeuvre les processus de déradicalisation : élus, associations, travailleurs sociaux, éducation nationale, ministres du culte. Ainsi en matière de cyber-criminalité. Le développement d'internet a radicalement transformé certaines formes de délinquance et en a suscité de nouvelles. Le développement des forums et des réseaux sociaux dédiés aux adolescents ont augmenté les possibilités pour les prédateurs sexuels de rentrer en contact avec des jeunes publics. 15 % des enquêtes d'atteinte sexuelles ont ainsi aujourd'hui un lien avec le cyberespace. Par ailleurs, une étude récente souligne que 40 % des collégiens et lycéens déclarent avoir été victimes de cyberviolence au moins une fois pendant l'année scolaire. Et 6 % des élèves disent avoir été agressés de façon répétée sur le net. Dans un autre ordre d'idées la recherche du profit par les organisations criminelles a entraîné de nouvelles formes d'escroqueries par internet, comme les escroqueries aux faux ordres de virement, au préjudice des entreprises. Et la maîtrise des technologies numériques s'impose pour cette criminalité organisée comme l'un moyen de développer son activité. En juin 2013, les polices néerlandaises et belges ont ainsi interpellé un réseau criminel qui avait eu recours à des pirates informatiques pour pénétrer dans le système d'information du port d'Anvers. Cela leur permettait de localiser précisément les conteneurs remplis de drogue afin de guider rapidement les camions chargés de leur enlèvement. C'est donc pour organiser globalement notre réponse qu'a été décidée la nomination du préfet en charge de la lutte contre cyber-menaces et qu'a été adopté le plan ministériel qu'il sera chargé de mettre en œuvre. Mais il est malheureusement certain que les futurs développements d'internet et des réseaux apporteront leurs lots de menaces nouvelles. Il en va de même en matière de criminalité organisée, de violences urbaines ou des violences commises par des individus radicalisés. Toutes ces évolutions doivent être soigneusement analysées et, si possible, anticipées afin de préparer les forces de sécurité à les combattre avec efficacité et dans le respect des libertés publiques. Une deuxième série de réflexions nécessaires doit porter sur l'impact qu'ont les technologies sur l'action des forces de sécurité J'ai déjà évoqué les cyber-menaces. Mais la dématérialisation du quotidien est une réalité qui a pour nous des conséquences plus profondes. Jusqu'à une date relativement récente, l'espace que devaient prendre en compte les forces de sécurité était un espace géographique déterminé par des territoires. Leur action doit à présent intégrer toutes les virtualités parallèles d'un cyber-espace où des millions d'échanges, gratuits ou marchands, privés ou publics, nationaux ou internationaux, ont lieu à chaque instant. Les différentes missions du ministère de l'intérieur s'en trouvent naturellement affectées, qu'il s'agisse de la recherche de renseignement en source ouverte sur Internet, des enquêtes judiciaires sur des escroqueries en ligne, de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme sur les réseaux sociaux, de la sensibilisation des jeunes publics, de la prise en compte de la diffusion quasi-instantanée des images sur Internet dans les opérations d'ordre public… Par ailleurs, les forces de sécurité doivent naturellement tirer parti des avancées de la technologie pour améliorer leur efficacité et le service qu'elles rendent aux citoyens. La notion de police 3.0 doit devenir une réalité au cours des cinq prochaines années et trois axes ont déjà été arrêtés pour bâtir une stratégie pour les cinq prochaines années. Il s'agit d'abord de répondre à une société de plus en plus numérique par une proximité renouvelée : en généralisant la pré-plainte en ligne et la présence des services de police et de gendarmerie sur les réseaux sociaux ; en mettant en place un « guichet unique » de la réception d'appels d'urgence. Ensuite, nous devons améliorer l'efficacité des interventions, notamment en créant un réseau haut-débit entre les centres de commandement et les agents sur le terrain. Enfin, les nouvelles technologies permettront de renforcer les capacités d'analyse et d'anticipation des services de sécurité en les dotant d'outils connectés sophistiqués. Je souhaite donc que l'analyse des usages de ces outils et de leur impact, pour la population et pour nos services, soit menée parallèlement à leur diffusion ou à leur déploiement. Un troisième axe de réflexion concerne la « coproduction de sécurité » Les relations entre les forces de sécurité « régaliennes » et le secteur de la sécurité privée, qui avoisine désormais 200 000 personnes, sont un sujet d'avenir, lourd de conséquences. Il s'agit là d'un levier considérable que l'état doit utiliser au mieux, sans verser dans la confusion des genres, ni consentir à une dilution du service public. Avec un Conseil national des activités privées de sécurité (CNA PS) pleinement opérationnel, de solides outils de contrôle et d'encadrement, l'état ne doit pas se sentir menacé par cette évolution. Nous devons au contraire travailler à des rapprochements et à des contacts opérationnels étroits, car la sécurité privée est très présente dans de nombreux secteurs de la vie quotidienne des citoyens : les ensembles d'habitat social, les centres commerciaux, les transports, de nombreux établissements ouverts au public. L'essor maîtrisé et la complémentarité des différents acteurs de la sécurité correspondent, au fond, à une aspiration des Français. Il s'agit de bien l'encadrer et de définir la place de chacun. L'état doit veiller à ce que les acteurs privés en matière de sécurité soient crédibles ; les professionnels sont d'ailleurs eux-mêmes tout à fait conscients de cette nécessité. C'est dans cette perspective qu'a été créée, en février dernier, la Délégation aux Coopérations de Sécurité (DCS), qui incarne cette volonté des pouvoirs publics d'inclure les acteurs privés dans leur stratégie de sécurité globale. J'ai fixé à Thierry COUDERT une feuille de route très précise avec pour objectifs d'aboutir dans les 6 mois à un plan de réforme constructif et pragmatique. Au-delà des entreprises de sécurité privée, la notion de « coproduction de sécurité » implique naturellement d'autres acteurs, tels que les polices municipales, et concerne plus largement diverses formes d'implication des citoyens dans les processus de sécurité. Il est essentiel que nous disposions d'une vision d'ensemble de ces phénomènes et que nous sachions construire une doctrine afin de les intégrer au mieux dans notre politique publique de sécurité. Nouvelles menaces, impact des technologies, coproduction de sécurité. Il s'agit là de trois sujets majeurs pour notre réflexion. Mais puisque l'IHESI est devenu l'INHESJ, je voudrais également évoquer rapidement parmi ces réflexions nécessaires le sujet délicat de la révision de l'enquête pénale. Au fil des missions et des rapports, s'esquisse en effet le constat partagé d'une procédure insatisfaisante. Insatisfaisante pour les justiciables et leurs conseils, insatisfaisante pour les magistrats, insatisfaisante pour les enquêteurs. L'enquête est aujourd'hui régie par des règles trop complexes, trop formalistes, trop instables, trop peu efficaces. Les réformes successives, pour ne pas dire incessantes, du code de procédure pénale, s'accumulent en autant de strates, dont le poids menace les structures même de l'édifice. Songez que la procédure a davantage évolué depuis 2000 qu'entre 1808, date du Code d'instruction criminelle, et 1958, année de promulgation du code de procédure pénale. La conjugaison de plusieurs facteurs explique cette accélération : l'intolérance légitime de l'opinion publique à l'insécurité, l'influence de la Convention européenne des droits de l'Homme, la compétence donnée à l'Union européenne par le Traité de Lisbonne de 2007, en matière de droit pénal et de procédure pénale, l'introduction de la question prioritaire de constitutionnalité… Le citoyen et le justiciable y ont gagné des droits, et c'est heureux. Il n'est nullement question de revenir sur ces acquis. Mais chaque modification rend la loi moins lisible, la sécurité juridique des procédures moins certaine, les charges et les contraintes pour les praticiens, enquêteurs et magistrats, plus lourdes. J'ai la conviction que nous parviendrons bientôt à la fin d'un cycle en matière de procédure pénale. Le modèle procédural qui s'impose, au gré des réformes, modifie la philosophie générale de la méthode d'enquête. Il nous faut pourtant concilier les exigences en matière de droits de l'Homme avec les défis que nous posent les menaces nouvelles que j'ai évoquées : terrorisme, cybercriminalité, délinquance organisée… Il est désormais nécessaire qu'une réflexion s'ouvre pour que, de façon apaisée et pragmatique, les avancées des droits offerts à la défense soient rendues plus cohérentes avec la façon dont doivent se conduire les enquêtes. L'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice, au croisement des logiques et des enjeux, a naturellement toute sa place dans cette réflexion. « Réfléchir sur les menaces, les objectifs et les moyens de la sécurité intérieure », déclarait Pierre Joxe lors du premier colloque organisé par l'IHESI, « c'est une des missions que l'Institut va nous aider à accomplir. Je pense que cette tâche est exaltante. » Cette tâche exaltante, vous la poursuivez avec compétence et avec talent depuis vingt-cinq ans. Elle n'est pas pour autant aboutie, par définition, puisque la réflexion stratégique doit évoluer et se renouveler au fur et à mesure que les circonstances changent et que ce que l'on a prévu, si l'on a été bien avisé, s'accomplit. Comme le disait Albert Camus : « Il faut imaginer Sisyphe heureux. » C'est là le destin du stratège et du prévisionniste. Vous aurez compris que je n'y attache pas pour autant moins d'importance, bien au contraire. J'entends être fidèle aux ambitions fixées hier par Pierre Joxe. J'entends même aller plus loin que lui en fixant comme spectre à cette réflexion nécessaire, non pas le champ traditionnel de la sécurité intérieure mais bien celui de la sécurité globale pour reprendre un concept à l'émergence duquel cette institution a grandement contribué. Dans cette perspective, le ministère devra s'appuyer sur la contribution que peut lui apporter l'IHENSJ, bien entendu, mais également sur celles d'autres services et institutions disposant d'importantes capacités d'expertise comme le Centre des hautes études du ministère de l'Intérieur (CHEMI) ou l'Inspection générale de l'administration (IGA). C'est l'ensemble du champ d'action du ministère de l'Intérieur qui mérite d'être irrigué par une démarche d'analyse et de prospective. Je crois que nous devons renforcer encore nos capacités dans cette perspective et je souhaite que l'INHESJ puisse contribuer largement à cette ambition. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/074.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/074.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3c566022e80d7ad6aeeae0ff08197740788628fc --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/074.txt @@ -0,0 +1 @@ +Conseil des ministres du 17 décembre 2014. La lutte contre le terrorisme et le démantèlement de filières. Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard. FRANCE. Ministre de l'intérieur Le ministre de l'intérieur a présenté une communication relative à la lutte contre le terrorisme et au démantèlement de filières. Alors que la France, comme les autres pays européens, fait face à une menace terroriste inédite, la lutte contre les filières terroristes se poursuit et s'intensifie : depuis un peu plus d'un an, la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) ont procédé au démantèlement de 13 filières constituées, impliquant pour les plus importantes jusqu'à plus de 20 individus. Au total, la DGSI et la sous-direction anti-terroriste de la DCPJ sont saisies par la justice de 103 dossiers relatifs aux filières syriennes, qui concernent 505 individus. 180 interpellations ont abouti à la mise en examen de 118 personnes. 82 d'entre elles ont été écrouées et 36 sont assujetties à un contrôle judiciaire. Depuis août 2013, cinq projets d'actions terroristes sur le territoire national ont été déjoués par la DGSI, impliquant des individus de retour en France ou qui n'avaient pas quitté le territoire national. Outre les directions spécialisées, l'ensemble des services de police et des unités de gendarmerie sont mobilisés pour mieux prendre en compte ce phénomène diffus, dans le cadre d'un maillage territorial resserré permettant la détection de « signaux faibles ». La direction de la police aux frontières exerce également un contrôle vigilant : le samedi 13 décembre, la perspicacité de ses agents à Orly a permis d'empêcher le départ suspect pour la Turquie de deux jeunes femmes accompagnées de deux très jeunes enfants. Au 15 décembre, le nombre de ressortissants français ou résidents habituels en France en lien avec les filières terroristes en Syrie et en Irak s'établit à plus de 1 200. Il a doublé depuis le début de l'année. 83 départements français sont désormais concernés. Les profils des individus en cause sont très divers : les femmes, mineures ou majeures, représentent près de 30% des personnes impliquées ; près d'un quart sont des personnes récemment « converties ». Leur implication est associée, dans la plupart des cas, à des phénomènes de rupture, scolaire, familiale, sociale ou psychologique, offrant un terreau favorable aux recruteurs qui ont développé sur internet une propagande massive et protéiforme. Ainsi, à ce jour : - 390 personnes, Français ou résidents stables sur le territoire, sont présents sur la zone ; - 231 personnes sont en transit vers ces destinations ; - 185 ont aujourd'hui regagné la France sur les 234 qui ont quitté la Syrie, les autres étant localisées dans des pays tiers ; le nombre des retours a augmenté de 50% depuis septembre 2014 et les premières frappes de la coalition, sans que les velléités de départ en soient pour autant taries ; - 60 ressortissants français ou résidents en France auraient trouvé la mort sur la zone. Depuis l'adoption le 23 avril dernier du plan de lutte contre les filières terroristes et la radicalisation violente, l'action de l'Etat s'est déployée et renforcée en matière de prévention. Un centre national d'écoute et d'orientation a été mis en place, accessible par un « Numéro vert » ou un formulaire en ligne. Plus de 600 alertes directes ont été recueillies, empêchant plusieurs dizaines de départs déjà programmés et permettant, sous l'autorité des préfets et en lien avec les procureurs de la République, un suivi personnalisé de chaque personne et de chaque famille. Un vaste programme de formation des agents de l'Etat a été déployé. Parallèlement, la loi n° 2014-1353 du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme a été adoptée en urgence recueillant un très large consensus. La coopération européenne et internationale se renforce, tant en matière de sécurité et de renseignement qu'en matière de prévention et de lutte contre la radicalisation. Le Gouvernement est au quotidien mobilisé dans la lutte contre le terrorisme, l'accompagnement des jeunes et des familles, et la protection du sol français. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/075.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/075.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c8dc882c3237f7f80c979df3bc5ecbfa0cda1e09 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/075.txt @@ -0,0 +1 @@ + PATRICK CHENE Myriam EL KHOMRI, bonjour. Vous êtes secrétaire d'Etat chargée de la politique de la Ville. Alors si vous le voulez bien, on va vous considérer au début de cet entretien comme notre envoyée spéciale d'hier matin puisque vous étiez invitée par Bernard CAZENEUVE comme l'ensemble du gouvernement et ensuite vous êtes allée présenter vos vœux au président de la République pour le premier conseil des ministres. J'ai lu dans la presse, je n'étais pas là que l'ambiance était assez souriante devant eux, avec une Ségolène ROYAL très à l'aise et que les autres ministres étaient un peu, alors ou tendus ou concentrés, comment vous avez ressenti ça vu de l'intérieur ? MYRIAM EL KHOMRI Absolument pas, nous étions tous à la fois très mobilisés, très combattifs, et puis je pense que c'est des moments importants, nous avions tous bien évidemment entendu le président de la République sur France Inter hier et donc nous étions extrêmement mobilisés, confiants et combattifs, je crois que c'est important. PATRICK CHENE Alors lorsqu'on est la plus jeune, la nouvelle venue dans un gouvernement et qu'on a vu à la télévision ces dernières années cette fameuse tradition de traverser la rue du ministère de l'Intérieur jusqu'à l'Elysée et qu'on se retrouve dans le groupe là, est-ce qu'on ressent quelque chose de particulier ? MYRIAM EL KHOMRI Oui je crois que servir les Français, servir la République, enfin depuis le 26 août, où j'ai été nommée, je ne m'y attendais absolument pas, c'est à la fois une chance et aussi une immense responsabilité. J'ai en charge les 5,5 millions de Français qui vivent dans les quartiers dits de la politique de la ville, qui concentrent malheureusement parfois de nombreuses difficultés, donc c'est à la fois une chance de servir mon pays, mais c'est aussi une lourde responsabilité. Donc cette émotion qu'on peut avoir à ce moment-là, ce sens de la responsabilité, je le ressens dans des moments extrêmement importants comme hier. Moi, je suis très attachée au service public, je suis très attachée à l'Etat et je crois que c'est important toujours de se rendre compte que c'est à la fois, c'est bien sûr une fierté, mais en même temps qu'on a besoin, qu'on doit absolument obtenir des résultats, donc le temps de ministre, moi je suis une élue locale, on le sait bien quand on est élue locale, on a six ans, et c'est vrai que le temps ministre est quand même beaucoup plus court, et ce n'est pas des années, c'est des mois sur lesquels il faut vite aboutir. Donc il y a à la fois une forme d'impatience et il y a besoin d'avoir des résultats extrêmement concrets, donc de ce point de vue-là, j'ai cette obligation en effet. PATRICK CHENE Myriam EL KHOMRI, je parle de vous parce qu'on vous connait peu, parce que vous êtes une nouvelle venue, alors on va quand même raconter rapidement votre histoire politique. Vous êtes donc suppléante après avoir travaillé avec Annick LEPETIT et avec Anne HIDALGO. Vous êtes suppléante de Christophe CARESCHE, on parle de Christophe CARESCHE comme secrétaire d'Etat, qui est souvent notre invité ici, Christophe CARESCHE et puis vous, vous dites, eh bien comme je suis suppléante, je vais me retrouver à l'Assemblée nationale, je vais quitter la Ville de Paris. On dit même que vous n'étiez pas ravie, ravie finalement de venir par ici. Et puis surprise, c'est vous qu'on appelle et vous vous retrouvez donc secrétaire d'Etat aujourd'hui, c'est comme ça que ça s'est passé ? MYRIAM EL KHOMRI Ca s'est passé, enfin je n'étais pas vraiment dans une concurrence avec Christophe CARESCHE dont j'apprécie énormément le travail en tant que parlementaire, j'étais adjointe au Maire de Paris, adjointe d'Anne HIDALGO sur les questions de politique de la ville, de prévention et de sécurité, élue du 18ème arrondissement et c'est vrai que je ne m'y attendais pas. Je trouve bien puisque j'étais chargée de la politique de la Ville qu'on m'ait donné un secrétariat d'Etat qui est en lien bien sûr avec ce que j'ai pu produire sur Paris, mais bien évidemment je ne m'attendais absolument pas à être appelée et donc ça a été à la fois un immense honneur et une fierté. PATRICK CHENE Alors parlons un petit peu de votre action, de votre territoire, est-ce que c'est un raccourci que vous n'aimez pas quand on dit la ville, c'est avant tout les quartiers, c'est avant tout la banlieue ? MYRIAM EL KHOMRI Je pense que le terme de banlieue aujourd'hui on a fait une réforme à partir d'une loi qui a été votée le 21 février 2014, qui vise à prendre un critère unique qui est la concentration urbaine de pauvreté et donc en effet nous avons à la fois les agglomérations des grandes villes, donc ce que nous appelons les banlieues autour de l'agglomération parisienne, Marseille, enfin on les connait et puis aussi certaines villes, moyennes du périurbains, des centres villes dégradés et je crois que c'est extrêmement important de dire qu'aujourd'hui la politique de la ville, ce n'est pas un plan de lutte contre la pauvreté, ça va s'attaquer justement à tous ces territoires où il y a une concentration urbaine de pauvreté. Donc ce n'est pas que les banlieues, c'est aussi des territoires qui ont des fragilités, je pense par exemple à des villes comme Villers-Cotterêts dans l'Aisne, c'est quand même le deuxième département où il y a le plus de difficultés sociales et de ce point de vue-là, je crois que c'est important que nous travaillons à une sorte d'écosystème, de mobilisation de l'ensemble des acteurs pour essayer d'apporter des nouvelles réponses à ces territoires-là. PATRICK CHENE Alors vous avez une responsabilité politique très importante, vous êtes une jeune ministre, la plus jeune du gouvernement, on vous donne cette responsabilité, notamment j'entendais ce matin par hasard à la radio un reportage où on entendait dans le 93, comme on le dit à Paris, des gens qui votaient à gauche avant et qui disent qu'aujourd'hui sur les marchés les futurs élus, en tout cas les candidats du Front national sont les bienvenus. Avant on rejetait leurs tracts maintenant on les prend, et j'entendais des gens qui se disent de gauche, qui disaient j'ai toujours voté à gauche, qui aujourd'hui entendent ce discours, est-ce que vous avez conscience de cette responsabilité, de ces secteurs qui sont totalement délaissés justement par cette gauche qui leur avait beaucoup promis et justement vous êtes jeune, vous êtes nouvelle venue et vous avez cette énorme responsabilité parce que politiquement notamment dans les prochaines élections à venir, c'est là que ça va se jouer. MYRIAM EL KHOMRI Il est évident qu'il y a une désespérance dans certains de ces quartiers, et il est évident que la réponse n'est pas que l'Etat peut tout faire. PATRICK CHENE Mais pourquoi la gauche a raté ce train là ? MYRIAM EL KHOMRI Je ne dirais pas que la gauche a raté ce train-là, je pense que c'est une crise, ce n'est pas la crise sociale qui crée cette désespérance, mais il y a de nombreuses difficultés, notamment en matière d'emploi, la principale difficulté dans ces quartiers, c'est l'emploi, la seconde c'est la question de la sécurité qui est posée. Et donc je crois qu'il faut être très lucide sur le fait que bien sûr pour ma part l'engagement pour combattre le FN a été un engagement, mon adhésion au Parti socialiste en 2002, néanmoins je ne combats pas les électeurs du Front national, je suis d'ailleurs allée à Villers-Cotterêts qui est une ville gérée par un maire Front national justement pour mobiliser l'ensemble des acteurs sur ce territoire-là. Je crois qu'aujourd'hui mon rôle est justement d'aller à la rencontre des habitants et d'essayer avec eux dans une idée un peu de coconstruction des politiques publiques, d'essayer avec eux de trouver des réponses à leur vie quotidienne, c'est extrêmement concret. PATRICK CHENE Comment ça se passé quand vous vous rendez dans une ville détenue par le Front national ? MYRIAM EL KHOMRI Ecoutez, c'est par exemple … Sur Villers-Cotterêts c'est Miriam BOURREL qui était la meilleure bachelière 2013 qui est d'origine marocaine, qui m'a fait visiter son quartier et je pense que c'est… PATRICK CHENE Le maire vous a reçu ? MYRIAM EL KHOMRI Le maire était là, je l'ai invité, c'est républicain, l'institution est républicaine. Et donc j'ai travaillé avec l'ensemble du service public, je suis allée voir une chef d'entreprise extrêmement mobilisée. Vous savez dans ces quartiers là il y a beaucoup de talents, beaucoup d'énergie. Quand un jeune crée son entreprise dans ces quartiers-là, il crée son emploi. Et je crois que c'est extrêmement important. Les emplois d'avenir sont importants dans ces quartiers-là, mais l'enjeu aussi. Ce n'est pas qu'avec les seuls emplois d'avenir qu'on… PATRICK CHENE Vous allez retisser un nouveau lien avec ces quartiers ? MYRIAM EL KHOMRI Donc l'enjeu c'est de leur créer des écosystèmes favorables. L'enjeu ce n'est pas d'avoir une vision de la politique de la ville qui s’appliquerait de la même manière sur tout le territoire, c'est de partir des énergies locales et essayer de simplifier les choses, d'éviter ces raideurs, ces lourdeurs, qui finalement… PATRICK CHENE Vous avez du travail. MYRIAM EL KHOMRI On a du travail en effet. C'est pas d'inventer un nouveau plan, même si nous avons renouvelé bien sur un nouveau programme de rénovation urbaine, le président de la République l'a lancé le 16 décembre avec 5 milliards d'euros en lien avec Action Logement pour rénover ces quartiers, mais pas seulement rénover le bâti, c'est aussi pouvoir y installer des locaux commerciaux, y installer de l'activité, pour faire que ces territoires soient de vrais territoires attractifs. Et je crois que ça c'est un élément extrêmement important. Quand vous avez des locaux commerciaux, des commerces qui s'y installent, ça permet aussi de lutter contre l'insécurité. Donc l'enjeu c'est d'avoir une vision complètement globale et que la politique de la ville ne travaille pas en silos mais véritablement que la cohésion sociale, la rénovation urbaine, et l'emploi et le développement économique fonctionnent de la même manière. C'est pour ça qu'on a du travail, et on ne le fait pas seul, on le fait avec l'ensemble des élus, qu'ils soient de n'importe quel bord, l'enjeu aussi c'est de partir du local ; et ça c'est ma chance de travailler avec les acteurs locaux. PATRICK CHENE Myriam EL KHOMRI, vous avez cite deux fois le mot « sécurité et insécurité ». C'est un mot qui était presque tabou au Parti socialiste il y a une vingtaine d'années où on était peut-être plus angélique. Aujourd'hui vous arrivez, et vous vous attaquez à ce phénomène et vous l'assumez. « Insécurité », alors qu'auparavant si on parlait de la ville et qu'on mettait le mot « insécurité » en face, on parlait des quartiers, qu'on mettait le mot « insécurité » en face, c'était presqu'un gros mot. Vous vous assumez ça ? MYRIAM EL KHOMRI J'assume complètement, j'ai été adjointe à la sécurité à Paris du 18ème arrondissement, bien sûr que j'assume ça et en plus mon papa, quelque part en politique, c'est Daniel VAILLANT, ancien ministre de l'Intérieur, donc j'ai tout de suite travaillé sur cette question-là. Pour moi c'est un enjeu majeur et on est très attendu, notamment sur les réponses au quotidien, aux difficultés. Nous avons mis en place par exemple sur Paris le dispositif très simple des stages de réparation pénale pour des mineurs qui dégradent le mobilier, les vélibs par exemple « tu casses tu répares », dans les deux mois ils vont réparer les vélos. C'est ce que nous essayons de mettre en place avec Bernard CAZENEUVE, avec Christiane TAUBIRA dans l'ensemble des quartiers, et dans le cadre de la politique de la ville. Je crois que c'est quelque chose d'extrêmement important. PATRICK CHENE Vous avez vu ce phénomène hier, de jeunes qui cassent, qui se filment, qui se mettent sur internet à visage découvert avec une sorte de sentiment d'impunité incroyable. Ça vous trouble ? MYRIAM EL KHOMRI Bien sûr. Les actions de prévention sont extrêmement importantes. Nous le voyons, aujourd'hui par exemple dans le fonds interministériel pour la prévention de la délinquance, 75 % de ces crédits vont dans les quartiers de la politique de la ville, donc il y a bien un engagement du gouvernement à mettre une priorité. Néanmoins on a aussi un vrai sujet c'est que les effectifs de police et de gendarmerie avaient énormément diminué sous le gouvernement précédent. Si aujourd'hui le gouvernement, auquel j'appartiens, a mis comme priorité l'éducation, la justice, la sécurité, c'est bien parce que ça doit répondre aux problèmes quotidiens de la vie de ces habitants. Et il faut trouver des réponses simples à ces questions-là, et je pense que par exemple sur tout ce qui est incivilités, petites dégradations de mobilier, eh bien des stages de réparation pénale peuvent responsabiliser les gens par rapport aux actes et aux infractions qu'ils commettent, ça me semble important pour redonner confiance dans les institutions auprès des habitants de ces quartiers-là. PATRICK CHENE Vous parliez des formidables énergies qui existent dans ces quartiers, on a beaucoup d'exemples, mais quand on parle des quartiers on parle de ce fait divers ce matin, on parle aussi du djihad avec ce fléau qui est dénoncé par le ministre de l'Intérieur notamment, est-ce que dans la politique de la ville il y a un volet prévu pour cela ? MYRIAM EL KHOMRI Oui. J'y travaille avec Bernard CAZENEUVE. Il faut savoir qu'au printemps le gouvernement a pris des décisions, à la fois dans la lutte contre le terrorisme à l'extérieur, par exemple en Irak, mais également sur le plan intérieur, avec la mise en place à la fois d'un numéro d'assistance, et vous le savez quand ce numéro d'assistance est mis en œuvre c'est justement pour détecter les personnes et essayent de voir localement quels réseaux peuvent les prendre en charge, notamment en terme de prévention de la radicalisation, mais aussi avec des mesures répressives notamment la loi sur le terrorisme, qui vise justement à l'interdiction des sorties de territoire, qui sont des éléments extrêmement importants. Aujourd'hui l'enjeu sur ces questions-là c'est que ce n'est pas un enjeu que porté par les politiques, il y a toutes ces mesures, le gouvernement agit avec fermeté. Néanmoins il faut que la société ouvre les yeux. Moi dans l'ensemble de mes déplacements j'ai beaucoup d'échanges avec des familles et nous parlons de ces questions-là. Et l'enjeu aujourd'hui c'est d'ouvrir, que l'ensemble de la société ouvre les yeux sur ces phénomènes-là, et puisse détecter. On est sur des dérives sectaires, on est sur du lavage de cerveau de jeunes. Ça ne concerne pas que les quartiers de la politique de la ville, ça concerne véritablement tous les sites. Et on voit bien que nous sommes face à des situations parfois de rupture affective, de rupture éducative, et donc tout ce que nous allons mettre en œuvre par exemple pour lutter contre le défrichage scolaire doit y participer. Donc moi j'ai un engagement avec Bernard CAZENEUVE qui est la formation des acteurs locaux à la détection de ces phénomènes-là, avec les renseignements généraux, qu'ils puissent expliquer comment ils tombent dans …. Parce qu'on est quand même sur des choses qui sont faites avec les réseaux sociaux, donc ce n'est pas toujours forcément palpable en termes de visibilité du phénomène, néanmoins il faut donner aux acteurs locaux les clés pour comprendre ces phénomènes là et pour mieux agir quand ils sont en situation face à ces jeunes-là. PATRICK CHENE D'ici 2017, 11 milliards d'euros d'économie, de dépenses en moins pour les collectivités locales, est-ce que vous parvenez vous à sanctuariser votre secteur ? Vous parliez tout à l'heure de 5 milliards d'euros, alors on va peut-être remettre ça en perspective. 5 milliards d'euros c'est pour 200 quartiers donc qui sont sélectionnés, pour combien d'années ? MYRIAM EL KHOMRI Sur dix ans. Donc 200 quartiers avec des gros projets globaux qui sont à enjeu national, et puis 200 autres projets, de projets d'intérêt régional qui sont des plus petits projets. PATRICK CHENE Tout ceci est sanctuarisé… MYRIAM EL KHOMRI Tout ceci est sanctuarisé, c'est 5 milliards d'euros en lien avec Action Logement. C'est une continuité à la fois du plan de Jean-Louis BORLOO, et je crois que c'est important en politique de le redire aussi quand il y a des bonnes politiques ; l'enjeu aujourd'hui c'est que dans ce plan la connotation qu'on lui donne beaucoup plus forte c'est le développement économique sur ces territoires, et puis l'autre aspect qui me semble aussi important c'est la question de la mixité sociale. C'est de se dire qu'il faut que nous arrivions dans ces quartiers-là à faire que puisque maintenant nous allons travailler à l'échelle des agglomérations et non pas à l'échelle seulement du quartier à faire que par exemple dans le cadre des relogements nous ayons une échelle plus importante pour ne pas concentrer les personnes qui ont les mêmes fragilités économiques au même endroit. Par ailleurs dans le cadre de la loi de Finances nous avons obtenu, notamment pour les communes les plus pauvres, qui étaient inquiètes de la baisse de la dotation globale de fonctionnement des collectivités, une hausse historique de la DSU, qui est une dotation de solidarité urbaine, historique de 180 millions d'euros qui permettra justement de compenser pour les communes les plus fragiles les baisses de dotation. PATRICK CHENE Une dernière question, parlez-moi d'Anne HIDALGO, vous étiez à ses côtés, donc, et la voici assez souvent peu tendre avec le gouvernement. Pour les Jeux Olympiques par exemple, avec le président de la République, pour le travail du dimanche. Quelle est votre position aujourd'hui, vous qui êtes proche d'Anne HIDALGO, qui êtes maintenant membre de ce gouvernement ? MYRIAM EL KHOMRI Je reste tout à fait extrêmement proche d'Anne HIDALGO ; j'ai déjeuné avec elle hier, j'ai été sa porte-parole, j'ai été son adjointe, c'est quelqu'un qui compte beaucoup pour moi. Je suis aujourd'hui au sein du gouvernement. Je crois que sur la question par exemple que vous posez du travail du dimanche, je crois qu'il faut rappeler qu'il y a trois règles, la compensation salariale, le volontariat, et puis un accord. Et je crois qu'à un moment on est aussi dans un… je ne pense pas que quand on est de gauche c'est pour 5 dimanches, quand on est de droite c'est pour 12 dimanches, je crois qu'il faut que nous soyons beaucoup plus pragmatique. Le travail le dimanche doit rester bien sur une exception, mais je crois qu'il faut aussi avancer sur la situation des personnes aujourd'hui qui travaille le dimanche, et ce que prévoit par exemple la Loi Macron c'est que les entreprises aujourd'hui auront trois ans pour se remettre en ordre de marche avec la compensation salariale ; donc c'est un apport pour les salariés, pour les 8 millions de salariés qui travaillent aujourd'hui le dimanche. PATRICK CHENE Vous l'avez expliqué à Anne HIDALGO lors de votre déjeuner d'hier pour la convaincre ? MYRIAM EL KHOMRI Il y a un dialogue qui est fait, je ne suis pas là pour la convaincre, je comprends que c'est aussi à une municipalité de pouvoir prendre ses décisions, c'est ce qui est prévu dans la loi Macron, c'est une possibilité ouverte aux maires de choisir entre 5 et 12. Néanmoins je crois que c'est important de dire aujourd'hui qu'il y a 8 millions de salariés qui travaillent le dimanche et qu'il convient aussi de les traiter. PATRICK CHENE Merci Myriam EL KHOMRI, je rappelle que vous êtes secrétaire d'Etat chargé de la politique de la ville. Votre titre est beaucoup plus long mais j'ai préféré le résumer. Je vous remercie. MYRIAM EL KHOMRI Non c'est ça. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/076.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/076.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..eddc93e527ae8e729326da4af49a03096cd9de83 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/076.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Bonjour Christiane TAUBIRA. CHRISTIANE TAUBIRA Bonjour Monsieur ACHILLI. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Et bienvenue. Fabienne SINTES vient de le rappeler à l'instant, les deux principaux suspects sont traqués sans relâche par les forces de l'ordre ce matin. Est-ce qu'on a une idée de ce qu'ils sont et de ce que l'on peut en dire ? CHRISTIANE TAUBIRA On a une idée des personnes suspectées, des personnes que les forces de sécurité recherchent, sous l'autorité du Procureur de la République… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI On sait où ils sont, Madame TAUBIRA ? CHRISTIANE TAUBIRA Le Procureur fera savoir en temps nécessaire ce qu'il en est de cette enquête, vous comprenez bien, le Premier ministre l'a dit d'ailleurs ce matin, les précautions que nous devons avoir, quoi que nous sachions l'expression doit être d'une extrême prudence parce qu'il ne faut pas que nous nous transformions, à notre insu, en complices, ou en comparses de ces criminels. Par conséquent, c'est selon la stratégie développée par le Parquet lui-même, et par les enquêteurs, qu'il conviendra éventuellement que le Parquet informe, les médias bien entendu, et la société toute entière. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Vous voulez dire, pas de renseignements qui pourraient renseigner, donc aider ces deux individus, extrêmement dangereux. CHRISTIANE TAUBIRA D'une façon générale je suis d'une extrême prudence, et je m'impose une règle concernant les procédures, je considère que c'est au Procureur de s'exprimer sur les procédures. Mais, dans ce cas particulier, avec cette violence, cette brutalité, ce nombre de morts, ce sang-froid, cette monstruosité, cette intolérance…, cette lâcheté aussi, parce qu'il y a une lâcheté innommable dans le fait de venir avec des armes lourdes et d'assassiner des personnes aussi froidement, dans ce cas en particulier la vigilance est plus grande encore, parce qu'il s'agit de prendre toutes les précautions de façon à assurer l'efficacité et la rapidité de l'enquête. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Alors, Madame la ministre, le parcours des deux frères KOUACHI était connu de la police et de la justice, ils n'étaient pas des novices, ils ne sortaient pas de nulle part. CHRISTIANE TAUBIRA C'est-à-dire qu'il y a un des suspects qui, effectivement, était connu des services de renseignements… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Qui a fait de la prison. CHRISTIANE TAUBIRA Absolument, il a fait de la prison en 2005 et en 2008, il est sorti des établissements pénitentiaires la dernière fois en 2011, donc c'est quelqu'un qui avait des antécédents carcéraux et judiciaires. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Il n'était pas placé sous surveillance malgré ce passif, ce lourd passif ? CHRISTIANE TAUBIRA Lourd passif, c'est-à-dire qu'il a fait l'objet d'une condamnation, je rappelle, en 2005 et en 2008, de 3 ans d'emprisonnement avec 18 mois avec sursis, c'est-à-dire que les éléments qui étaient à la disposition des juridictions, à cette époque-là, ont conduit à de telles décisions. Il n'y a pas lieu de procéder à un suivi systématique de toutes les personnes qui sont passées en établissement pénitentiaire. Et je vais rappeler, parce que l'important est de comprendre ces phénomènes, de les maîtriser de façon à les combattre et à prévenir leur ampleur, je vais rappeler que parmi… nous avons une centaine de procédures en cours, il y a une centaine de personnes mises en examen, un peu plus même, et il y a des détentions provisoires, des informations judiciaires, et des contrôles judiciaires, ce que je peux vous dire c'est que 16 % seulement des personnes avaient des antécédents judiciaires ou carcéraux, 16 %. C'est-à-dire que, évidemment, il y a des personnes… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI De ceux qui sont suivis aujourd'hui ! CHRISTIANE TAUBIRA Absolument, 16 %, donc ça veut dire que la très grande majorité… Et c'est pour ça que nous avons lancé une étude de façon à bien comprendre ce processus, et qu'on se rend bien compte que la radicalisation violente, souvent, se fait de façon très très accélérée, qu'elle touche des milieux qui n'étaient pas perçus naturellement exposés à cette radicalisation violente, et ça veut dire que nous devons diversifier nos armes de combat et de prévention. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Vous êtes en train de nous dire que nous faisons face à un phénomène inédit, sans précédent. Manuel VALLS, qui était chez nos amis de RTL, a parlé de menace terroriste sans précédent, extérieure et intérieure. CHRISTIANE TAUBIRA C'est incontestablement un phénomène tout à fait nouveau, je vous parlais d'une radicalisation très très rapide, très accélérée, il y a des profils très différents, des parcours extrêmement différents, par conséquent nous cherchons justement à englober toutes ces diversités dans ce processus de radicalisation violente. Nous travaillons sur tous les terrains, évidemment le renforcement du renseignement, du renforcement de sécurité et du renforcement pénitentiaire, la meilleure coopération entre tous ceux qui travaillent pour la justice et pour le ministère de l'Intérieur, et bien entendu, aussi, une meilleure connaissance de ce processus avec des partenaires, notamment universitaires. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI On a bien compris, mais vous évoquiez la monstruosité de ce qui s'est produit hier. Quand on regarde les images, comment qualifier ces deux individus ? On a l'impression de voir des professionnels de la guerre, or il semblerait qu'ils soient restés sur le sol français et qu'ils ne soient pas partis combattre, comme d'autres, en Syrie ou en Irak. Ça veut dire quoi, qu'ils se forment chez nous ? CHRISTIANE TAUBIRA On sera formel une fois que les faits seront établis, bien entendu, on saura très exactement leur parcours et les différentes étapes, mais incontestablement, oui, je parle de monstruosité. Il y a quelque chose d'incompréhensible pour l'humain, dans cette froideur. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Sortons du cas de ces deux individus, dont on saura plus ce qu'ils ont fait quand ils auront été interpellés, mais ma question est la suivante : aujourd'hui, ces jeunes qui se radicalisent, Christiane TAUBIRA, est-ce qu'ils se radicalisent forcément avec un séjour à l'étranger, en prison, ou bien tout simplement chez eux, dans leur coin, dans leur ville ? CHRISTIANE TAUBIRA Ce serait simple si les parcours étaient linéaires, et ça fait plus d'1 an et demi que je le dis, simplement parce que dans le démantèlement des filières, dans les interpellations auxquelles il est procédé, dans les procédures qui sont conduites, on se rend bien compte, et je vous l'ai dit tout à l'heure, 16 % seulement ont des antécédents judiciaires ou carcéraux, donc ce serait plus simple si c'était juste un suivi à effectuer. Nous effectuons par exemple le suivi, nous avons identifié très précisément les personnes qui sont en établissement pénitentiaire, nous effectuons un suivi, y compris après leur sortie, ça c'est établi très clairement. Nous avons, nous, des fonctionnaires de la justice qui travaillent, qui sont inclus dans les structures du ministère de l'Intérieur, de façon à ce que l'information soit d'une grande fluidité. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI La prison fabrique des terroristes pour Daech, c'est sûr, c'est avéré, vous le savez ça. CHRISTIANE TAUBIRA Mais combien de fois il faut vous répéter… mais personne ne nie qu'effectivement dans les établissements pénitentiaires… et nous avons une gestion très précise, très méticuleuse, et très suivie, nous avons des remontées très régulières, et quand je dis très régulières, c'est toutes les 48 heures, des éléments du comportement des uns et des autres. Mais je répète, lorsqu'on a 6% de personnes qui ont des antécédents carcéraux, ça veut dire qu'on doit bien comprendre que dans la société il y a toute une série de processus qui conduisent à cette radicalisation, et qu'il faut arriver à les identifier, à les détecter et à les combattre, y compris par de la prévention, y compris par des contre-discours, y compris par des mécanismes de désendoctrinement et de désembrigadement. Donc c'est ça que nous sommes en train de faire. Dans nos établissements pénitentiaires, à la limite, c'est presque plus facile, parce que nous arrivons à mettre en place des dispositifs… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Parce qu'ils sont là. CHRISTIANE TAUBIRA Oui, puisque c'est une population captive, donc nous arrivons à mettre en place des dispositifs de façon à protéger la grande masse de la population carcérale, de cette minorité agissante, qui cherche à endoctriner. Mais dans la société, nous devons justement identifier tous ces parcours, toutes ces trajectoires, de façon à les interrompre. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Est-ce qu'on peut parler de cellules dormantes ? CHRISTIANE TAUBIRA Il y a manifestement, je ne sais pas comment le redire, des parcours différents, c'est-à-dire vous avez des personnes qui, dans un isolement, incompréhensible sans doute pour nous, se radicalisent et font un parcours totalement individuel, la loi s'est dotée, la loi a doté aussi bien les enquêteurs que les magistrats, de moyens pour faire face à cela. Il y en a qui se radicalisent très vite, il y en a qui sont en contact, il y en a qui ont un effet grégaire, c'est-à-dire qui se rassemblent ensemble, on a vu par exemple que dans certaines petites villes il y a un nombre impressionnant de personnes qui se radicalisent, voilà. Donc, il y a des tas de profils différents, et il faut apporter des réponses les plus précises possibles, les plus proches de ces réalités, de façon à les combattre. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Christiane TAUBIRA, juste… Oui, Fabienne SINTES. FABIENNE SINTES Je voudrais vous interrompre un instant parce que c'est une dépêche urgente qui vient de tomber, qui dit qu'un tireur viendrait de tuer une femme qui faisait la circulation, ça se passe du côté de Malakoff, deux coups de feu confirmés partis de l'avenue de la Paix, une agent à terre apparemment qui faisait des contrôles et le SAMU vient d'arriver. Voilà ! JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Voilà ! Nous découvrons donc cette information en direct. FABIENNE SINTES A l'instant même ! Peut-être quelques… INTERVENANT Confirmée par la préfecture de… de sources policières effectivement, au moins trois coups de feu dans le secteur Malakoff Montrouge Porte de Chatillon avec cette notion qui est évoquée, qui n'est pas confirmée encore, d'une agent qui faisait la circulation qui aurait été visée par ces coups de feu, cette information reste à confirmer. Mais en tout cas les coups de feu sont confirmés ce matin, donc, dans ce secteur-là Porte de Chatillon. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Voilà ! Christiane TAUBIRA, c'est difficile de réagir à une telle information qui nous parvient à l'instant. Donc, d'autres actes terroristes de ce type sont à redouter sur notre sol ? CHRISTIANE TAUBIRA C'est une hypothèse que nous avons intégrée de façon tout à fait lucide et tout à fait responsable. Ce que je peux vous dire simplement et il faut qu'ils le sachent ils n'auront pas le dernier mot, ils n'auront pas le dernier mot. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Que dites-vous à ceux qui vous accusent de laxisme, ça circule sur les réseaux sociaux, on parle de laxisme du gouvernement ? CHRISTIANE TAUBIRA Peu importe ! Peu importe, tout ça va s'envoler. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Qu'est-ce que vous leur répondez ? CHRISTIANE TAUBIRA Ce qui compte c'est l'action du gouvernement, c'est la détermination du gouvernement, c'est la capacité du gouvernement à faire front, à faire face, à agir et à mettre un terme à cette sauvagerie, à cette barbarie, à cette monstruosité, et nous sommes tous profondément déterminés à le faire et nous le ferons, et je vous répète qu'ils n'auront pas le dernier mot. FABIENNE SINTES Vous dites, madame TAUBIRA, que nous avons l'arsenal, nous avons l'appareil de défense, nous avons l'appareil législatif qui permet de répondre à de type de menace, sans l'ombre d'un doute ? CHRISTIANE TAUBIRA Oui ! Nous avons renforcé les textes de loi. Nous sommes une démocratie et on a entendu des tas de voix tout à fait moralement très, très honorables - je pense notamment par exemple à Robert BADINTER – nous avons entendu des voix rappeler que nous n'allons pas leur donner la victoire de démolir la démocratie. Ils attaquent la démocratie et, je le répète, ils attaquent la démocratie dans tout ce qu'elle a de vivace, de vital, de vibrant. Lorsqu'ils attaquent des journalistes et des dessinateurs satiriques, des journalistes point, des journalistes c'est tout, ils attaquent justement une des grandes merveilles de la démocratie, ce qui fait la lumière de la démocratie, des journalistes satiriques et des dessinateurs en plus qui sont des personnes extraordinaires, enfin bon moi je… Peu importe ! Je le dirais en d'autres circonstances, je pense à CABU par exemple, à tout ce qu'il… FABIENNE SINTES Eh bien non, eh bien allez-y madame TAUBIRA, en fait je ne voulais pas vous laisser partir avant de les avoir entendus justement, juste trente secondes, deux de ces hommes qui sont morts hier, il y a CABU et il y a CHARB aussi, écoutez ce qu'ils disaient justement sur leur métier. CABU Un dessin c'est un fusil à un coup, ça c'est CAVANNA qui disait ça, effectivement il faut voir le raccourci si vous voulez, ce n'est pas comme un texte. D'abord je ne suis pas d'accord avec les gens qui disent : un bon dessin vaux mieux qu'un long discours, parce que dans un long discours vous pouvez faire passer toutes les nuances que vous voulez tandis que dans un dessin non, il n'y a pas de nuances, c'est paf, ou c'est raté ou c'est réussi quoi. CHARB Le meilleur médicament contre la violence c'est l'humour et la dérision, mais c'est vrai qu'on fait des dessins parfois très violents et, si on n'avait pas sublimé notre violence dans le dessin, je ne sais pas comment ça aurait pu tourner effectivement. FABIENNE SINTES Voilà ! C'est la définition même de la liberté d'expression, en fait, Christiane TAUBIRA. CHRISTIANE TAUBIRA Oui ! C'est ça qui ne peut pas disparaitre, c'est ça qui ne peut pas mourir. FABIENNE SINTES Juste une dernière chose ! Pour que cet esprit demeure, est-ce qu'il faut aider CHARLIE, est-ce que c'est en partie votre rôle aussi vous au gouvernement d'aider CHARLIE, de faire en sorte que ce journal ne disparaisse pas ? CHRISTIANE TAUBIRA Oui ! Mais d'abord, en tant que citoyens bien entendu - et le gouvernement aussi mais vous pensez bien qu'il y aura quelque chose de… En tout cas qui entraînerait des interrogations que le gouvernement se charge d'aider CHARLIE, mais je pense qu'en tant que personnes, nous, y compris… FABIENNE SINTES Dans des circonstances très exceptionnelles ! CHRISTIANE TAUBIRA Y compris appartenant au gouvernement, je veux dire si vous appelez une aide publique qui permettrait à machin, oui je pense que ce serait parfaitement justifié. Ceci étant, justement CHARLIE c'était la contestation de tous les pouvoirs, c'était la contestation de l'ordre établi et c'était la contestation du confort, du quotidien, mais il est évident qu'on ne peut pas concevoir la disparition de CHARLIE HEBDO, d'abord parce que c'était dans le paysage, ensuite parce que sa disparition ce serait quand même même si on arrête ces criminels, même si la décision de justice c'est de les enfermer à vie ce serait une victoire pour eux, donc CHARLIE HEBDO doit rester dans le paysage. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Christiane TAUBIRA, juste un dernier mot rapide, rapide. Vous dites ils n'auront pas le dernier mot, les terroristes, vous ne craignez pas que les Français dans le contexte politique aujourd'hui demandent plus de sécurité, que le débat se durcisse en France ? CHRISTIANE TAUBIRA Mais cela peut s'entendre ! Cela peut s'entendre. Et puis la responsabilité politique est de savoir comment on assure la sécurité ses Français, comment on assure la vigilance nécessaire, comment on est efficaces sans - je le répète leur offrir la victoire de démolir la démocratie. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Merci Christiane TAUBIRA. FABIENNE SINTES En direct sur FRANCE INFO, merci beaucoup. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/077.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/077.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..40cb8c17e7185a00bc6283aea5f985900a9a46ab --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/077.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, Messieurs, L'épreuve à laquelle la France est confrontée particulièrement depuis mercredi concerne non seulement l'Europe mais aussi toute les démocraties. C'est la raison pour laquelle j'ai pris l'initiative de réunir en urgence aujourd'hui le G10 comme la Belgique l'avait fait en mai 2014 à la suite de la fusillade intervenue au musée juif de Bruxelles. Ce groupe rassemble dans un cadre informel de coopération et d'échange les ministres de l'Intérieur des pays européens les plus touchés par le phénomène dit des combattants étrangers. L'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Italie, la Pologne, l'Espagne, la Belgique, la Suède, les Pays-Bas, le Danemark et l'Autriche. Je remercie également mon collègue letton, Rihards KOZLOVSKIS qui préside actuellement le conseil des ministres de l'Union Européenne pour sa présence. Elle nous assure que les travaux de ce groupe informel se traduiront par des actions concrètes au sein de l'Union Européenne et la présidence lettone vient de nous faire savoir qu'elle réunirait en urgence un conseil JAI dans les prochains jours. C'est également dans cet esprit que nous avons souhaité associer à nos travaux le commissaire européen à la Migration et aux Affaires intérieures, la Citoyenneté, Dimitris AVRAMOPOULOS, que je veux remercier chaleureusement pour sa présence ici à Paris et pour son engagement sans faille depuis qu'il a pris cette responsabilité pour nous accompagner avec tous les moyens de la Commission Européenne dans la lutte contre le terrorisme. Nous avons par ailleurs tenu ces discussions avec les ministres de l'Intérieur et de la Justice des Etats-Unis que je veux remercier du fond du cœur pour leur présence qui sont pour nous un partenaire fondamental dans la lutte contre le terrorisme. Je veux parler d'Alejandro MAYORKAS et d'Eric HOLDER. Je veux également remercier le ministre canadien de la Sécurité publique, Steven BLANEY qui a eu à gérer tout récemment une situation dramatique de crise liée au terrorisme dans son pays. Je remercie tous mes collègues encore une fois du fond du cœur pour leur présence, pour leur solidarité constamment manifestée au cours des derniers jours et qui a été un extrême réconfort dans l'épreuve qu'a traversée notre pays. Enfin, je voudrais saluer la présence à nos côtés du coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de KERKCHOVE. Vous connaissez, Mesdames et Messieurs, le contexte dramatique qui a présidé à la convocation de la réunion exceptionnelle qui vient de se tenir ce matin ici au ministère de l'Intérieur et qui précède la marche républicaine qui aura lieu dans les rues de Paris cet après-midi. Un attentat terroriste contre le journal Charlie Hebdo a coûté la vie à douze personnes à Paris mercredi dont 7 journalistes et 2 policiers. Il a été suivi le lendemain à Montrouge par le meurtre d'une policière municipale ainsi que par deux prises d'otages dont l'une dans un magasin de produits casher comme sorte de point d'exclamation à l'ignominie déclenchée mercredi par la commission d'un acte antisémite. Au total, le nombre de victimes innocentes tombées sous le feu des terroristes s'élève à 17 personnes. Toute la France est dans le recueillement et dans le deuil. C'est donc à notre pays, à ses valeurs mais aussi aux valeurs de l'Europe et de la démocratie que ces terroristes ont voulu s'attaquer en s'en prenant à des journalistes, à des dessinateurs, des chroniqueurs de grand talent et d'un grand courage. Les forces de police de notre pays ont été également cruellement frappées. Il était naturel compte tenu de nos fonctions que nous rendions aujourd'hui hommage aux forces de police et de gendarmerie qui s'exposent au quotidien pour assurer la sécurité de nos concitoyens et qui ont payé un tribut particulièrement lourd au cours de ces derniers jours. Enfin, nous avons voulu dire ensemble avec force, avec détermination le dégoût que nous inspirent l'antisémitisme et tous les actes criminels auquel il peut conduire. Toutes ces femmes, tous ces hommes sont tombés, victimes du devoir ou en raison de leurs origines ou de leurs fonctions. Je veux leur exprimer à nouveau toute la gratitude de la Nation et dire aux familles et aux proches de toutes ces familles toute notre compassion. Je veux également m'adresser aux policiers, aux gendarmes qui ont été blessés pour leur dire de nouveau en présence de mes collègues toute mon admiration pour leur courage et leur souhaiter un prompt rétablissement. La France a reçu ces derniers jours de très nombreuses marques de solidarité venues du monde entier dans de nombreux pays, les drapeaux nationaux ont été mis en berne. Mes homologues réunis ici m'ont témoigné au nom de leur gouvernement toute leur sympathie dans cette épreuve. Je leur en suis encore une fois profondément reconnaissant au nom du gouvernement français, du ministère de l'Intérieur et des forces de l'ordre, je tiens à les en remercier et à leur dire que leur présence me touche également infiniment. Si nous sommes tous ensemble ici aujourd'hui Place Beauvau, cela témoigne du fait que le phénomène du terrorisme nous concerne tous, qu'il ne fait pas de distinction entre les Nations ni entre les continents. Le terrorisme a pris une dimension européenne et internationale du fait notamment de l'extension du phénomène des combattants étrangers en Syrie et en Irak qui touche dans des proportions variables tous les pays ici représentés. Il était donc indispensable que nous nous réunissions aujourd'hui pour évoquer avant les prochaines échéances européennes les conclusions qui peuvent être tirées à ce stade des dramatiques événements qui viennent de se produire et pour exprimer ensemble ce qui dans le travail important que nous avons déjà conduit au sein de ce groupe comme au sein de l'Union européenne doit être poursuivi, amélioré, corrigé ou initié. Nous sommes, en effet, résolus à lutter ensemble contre le terrorisme et nous avons tout naturellement réaffirmé notre solidarité sans faille et notre détermination pour y parvenir au cours de nos échanges. Sur les plans européen et international, nous disposons déjà d'un certain nombre de textes importants pour mener ce combat, notamment de résolutions des Nations unies et de conclusions prises par le Conseil Justice Affaires Intérieures et par le Conseil européen qui est, comme vous le savez, l'enceinte de décision européenne du niveau le plus élevé. Ces textes constituent les cadres européen et international dans lesquels notre action doit s'inscrire mais ils ne suffisent pas bien évidemment car notre action doit se projeter dans une approche globale et opérationnelle. Nous avons à cet égard identifié deux champs sur lesquels nous souhaitons plus particulièrement affirmer et renforcer notre coopération : les moyens destinés à contrecarrer les déplacements de combattants étrangers et de toutes les filières ; la lutte contre les facteurs et les vecteurs de radicalisation notamment sur Internet. C'est ce sur quoi nous venons d'échanger. La lutte contre les combattants étrangers, les terroristes, leurs filières ou leurs organisations constitue une évidente priorité dans le contexte de menaces inédites que nous connaissons. Il s'agit tout simplement d'assurer la sécurité de nos concitoyens et de garantir partout en Europe parce que c'est là quelque chose qui est consubstantiel avec sa culture l'exercice des grandes libertés publiques. Dans cette perspective, nous devons mieux encore partager entre nous les informations relatives aux combattants étrangers mais aussi aux réseaux, aux filières terroristes organisés dont nous disposons. Nous le faisons déjà et nous nous sommes engagés à renforcer encore nos coopérations au cours de cette réunion. Ces échanges d'information doivent aussi s'appliquer aux déplacements et aux soutiens, y compris financiers, dont bénéficient ces combattants étrangers. C'est une des conditions pour améliorer l'efficacité de notre combat commun contre le terrorisme, sous toutes ses formes. Par ailleurs, nous devons davantage solliciter les enceintes multilatérales de coopération policière, mais aussi judiciaire, auxquelles nos pays appartiennent. Je pense bien entendu à Europol, à Eurojust, qui mènent un travail extrêmement utile, comme j'ai pu le constater en décembre dernier. Interpol, organisation mondiale de police dont le siège est à Lyon, doit également être davantage sollicitée. Enfin, nous sommes convenus de faire progresser notre coopération sur trois autres plans, en matière de lutte contre le terrorisme : Nous devons d'abord faire aboutir très rapidement les travaux engagés sous la responsabilité de la Commission pour renforcer, à droit européen inchangé, les contrôles des ressortissants européens lors du franchissement des frontières extérieures de l'Union. Nous sommes tous d'accord, en effet, pour mettre en place les contrôles approfondis sur certains passagers, sur la base de certains critères objectifs, et naturellement dans le respect des libertés fondamentales, des exigences de sécurité, et avec la volonté de garantir la fluidité des passages frontaliers. Nous devons ensuite acter la modification des règles du Code de frontières Schengen, pour permettre de consulter de façon plus étendue le système d'information Schengen lors du passage des frontières extérieures par les personnes jouissant du droit à la libre circulation. Enfin, il nous faut progresser, nous le redisons tous ensemble avec force, de façon urgente vers l'établissement d'un PNR européen, cet outil qui permet l'échange des données concernant les passagers aériens entre les Etats membres. Nous devons bien entendu nous donner toutes les garanties en matière de protection des données personnelles. Mais nous sommes convaincus de l'utilité irremplaçable de cet outil, au plan européen, pour suivre ceux qui se rendent sur le théâtre des opérations terroristes pour y combattre, qui en reviennent, et lutter contre toutes les filières terroristes organisées. Le PNR sera également utile pour lutter contre d'autres formes graves de criminalité internationale, ou transnationale, d'autant que les données de passagers pourront être croisées avec certains fichiers, en respectant les garanties les plus élevées, encore une fois, en matière de protection des données. En tant que ministres de l'Intérieur, nous avons en charge ce dossier au niveau européen, et nous souhaitons de façon déterminée qu'il progresse. Nous voulons nous engager dans une approche constructive de dialogue avec le Parlement Européen, qui est co-législateur en ces matières. Je recevrai très bientôt les députés au Parlement Européen français qui suivent cette question, pour évoquer avec eux le sujet de manière ouverte et franche. Mes collègues sont engagés, dans leurs pays, dans la même démarche. Enfin, nous nous efforçons de lutter contre la circulation et j'insiste sur ce point et le commerce illégal d'armes à feu. Cette action doit aussi se déployer au niveau de l'Union, en intensifiant nos échanges de renseignements, et en menant des opérations conjointes lourdes et déterminées relatives à ce phénomène. S'agissant d'internet, nous sommes là aussi déterminés à faire en sorte qu'il demeure un espace de libre expression, mais dans le respect rigoureux des lois. Nous devons lutter en effet contre l'usage dévoyé que font d'internet toutes les organisations terroristes pour diffuser leurs messages de haine, de racisme, d'antisémitisme, tenter de séduire par leur propagande les esprits vulnérables, assurer le recrutement de nouveaux terroristes et leur donner les moyens de passer à l'acte. Nous avons donc marqué avec force le besoin d'une plus grande coopération avec les entreprises de l'internet, pour garantir le signalement et le retrait, quand il est possible, des contenus illicites, notamment des contenus faisant l'apologie du terrorisme, ou appelant à la violence ou à la haine. Des initiatives ont été lancées par la Commission dans cette perspective, et nous attendons qu'elles débouchent rapidement sur des engagements et des résultats concrets. En complément, nous sommes convenus de développer des messages positifs, sous forme de contre-discours facilement accessibles, destinés au public jeune, qui est particulièrement exposé à la propagande des organisations terroristes. Enfin, nous sommes engagés à soutenir les activités du réseau européen d'échange sur le phénomène de la radicalisation, dont l'objet est la prévention de la radicalisation menant au terrorisme et à l'extrémisme violent. Par ailleurs, l'équipe de conseil en communication stratégique sur la Syrie, qui sera mise en place par la Belgique, grâce à un financement européen, doit se mettre au travail sans délai, afin de permettre à tous les Etats membres de profiter des expériences déjà acquises en ce domaine, notamment par le Royaume-Uni, dont il faut signaler l'action. L'Union Européenne, représentée aujourd'hui au plus haut niveau par le commissaire AVRAMOPOULOS et par le coordinateur antiterroriste Gilles de KERCHOVE, constitue donc un échelon pertinent pour traiter de la problématique du terrorisme. Le conseil JAI informel de Riga, qui se tiendra à la fin du mois, mais qui pourrait être précédé d'une réunion convoquée en urgence par la présidence lettonne, devra permettre de poursuivre et d'approfondir les travaux de ce jour, avant le Conseil européen du 12 février. Plus largement, la dimension internationale de ce phénomène va nous amener à renforcer la coopération avec nos partenaires, qu'il s'agisse des Etats d'origine, de transit ou de destination des combattants étrangers. Je voudrais donc souligner la qualité exceptionnelle de notre coopération avec les Etats-Unis et le Canada pour faire face à ce phénomène. Elle repose sur la nécessité de protéger nos populations contre une menace commune et de défendre ensemble les mêmes valeurs. Il est capital que nous sachions maintenir cette coopération au niveau d'intensité opérationnelle qu'elle connaît aujourd'hui. Je sais que telle est également la conviction de nos partenaires américains et canadiens et je veux donc remercier très chaleureusement Eric HOLDER, Alejandro MAYORKAS et Steven BLANEY pour leur présence à nos côtés et pour leur engagement. Enfin, je voudrais conclure en soulignant l'esprit de grande solidarité et de grande amitié qui a présidé à nos relations au cours des dernières heures. Il n'y a pas un ministre présent sur cette estrade qui n'ait manifesté sa volonté d'être aux côtés de la France, de lui apporter son concours et de lui dire sa compassion. Lorsqu'un pays est confronté à une épreuve, d'autres l'ont été sur cette estrade, la solidarité, l'amitié, l'affirmation ensemble de notre attachement sans faille aux valeurs qui nous unissent est une force, une force qui nous est donnée pour réagir et pour combattre contre le terrorisme et je voudrais donc dire avec une immense gratitude et une grande reconnaissance et du fond du cœur non seulement au nom du gouvernement français mais au nom de tout le peuple français mes remerciements à mes collègues ministres de l'Intérieur pour leur présence ici à Paris, pour la solidarité dont ils ont fait montre, pour l'amitié incommensurable qu'ils ont exprimée à l'égard de notre pays, et je voudrais leur dire là aussi du fond du cœur que je n'oublierai pas la manière dont les uns et les autres ont été à nos côtés alors que nous étions confrontés à ce drame. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/078.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/078.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e98d26fc248107284bc1fcff4a259f4cb07c06af --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/078.txt @@ -0,0 +1 @@ +FRANCE. Premier ministre JEAN-JACQUES BOURDIN Manuel VALLS est notre invité ce matin, Manuel VALLS bonjour. MANUEL VALLS Bonjour Jean-Jacques BOURDIN. JEAN-JACQUES BOURDIN Que garderez-vous de cet immense élan collectif d'hier ? MANUEL VALLS Des images bien sûr, cette foule, non seulement dans Paris, mais dans toute la France. Ce lien fusionnel entre le président de la République, les proches et les familles des victimes, cette accolade avec PELLOUX, la manière dont il a embrassé, hier soir à la synagogue de la Victoire, le frère de l'une des victimes. Ces chefs d'Etat et de gouvernement qui faisaient que Paris hier était la capitale de la tolérance, de la démocratie et de la liberté. Mais, bien sûr, je crois que c'est cette force inouïe, magnifique, du peuple français, qui a apporté la plus belle des réponses. JEAN-JACQUES BOURDIN Il y a un moment - on vous a vu, on vous a entendu – il y a un moment, dans cette journée, que vous garderez en mémoire, quelques mots particuliers qui vous ont touché plus que d'autres, Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Oui, c'est quand j'ai rencontré, dans la manifestation, la mère, le père et le grand-père, parce que c'est le même, des victimes de Montauban et de Toulouse, c'est peut-être le moment le plus fort et où on n'est plus un responsable public, on n'est plus Premier ministre à ce moment-là. Ils étaient là, eux, ils étaient là pour soutenir ceux qui aujourd'hui sont atterrés, abattus, tristes, par la perte d'un être proche. Pourquoi je dis cela ? Parce que, au-delà de ce moment inouï, magnifique, et au fond je me suis « quelle fierté » tout au long de la manifestation, quelle fierté hier, d'être Français dans cette manifestation, d'abord silencieuse. Ce qui m'a frappé d'ailleurs, c'est le silence qui régnait sur Paris, et en même temps je suis promené dans la manifestation, il y avait aussi beaucoup de chaleur, beaucoup de familles, quelque chose qui se passait, une forme d'apaisement, mais en même temps, il faut rester sur nos gardes, il ne faut pas baisser la garde, il faut être vigilant, parce que nous savons que la menace est évidemment toujours présente. JEAN-JACQUES BOURDIN Avec l'efficacité aussi des forces de police, qui ont encadré parfaitement cette manifestation, il n'y a pas eu un blessé, un blessé, et la responsabilité des Français, de ceux qui ont marché. MANUEL VALLS La responsabilité des Français, oui, leur très grande dignité à tout instant, mais bien sûr hier, avec Bernard CAZENEUVE, nous sommes allés à la préfecture de police de Paris rendre hommage aux forces de l'ordre, de police et de gendarmerie, la sécurité civile, les sapeurs- pompiers, les bénévoles, les services d'ordre des formations politiques et des syndicats, à Paris et partout en France. Et l'ancien ministre de l'Intérieur, vous pouvez le comprendre, était particulièrement fier et ému de voir nos concitoyens acclamer, acclamer, policiers, CRS, il y en avait même qui applaudissaient les tireurs d'élite du RAID qui étaient sur les toits de Paris. Une fusion entre ceux qui représentent l'Etat, l'ordre républicain, nos valeurs républicaines, qui sont les boucliers de la République, ces policiers, ces gendarmes, dont 3 d'entre eux sont tombés la semaine dernière, mais qui ont permis, aussi, de mener à bien les opérations pour mettre hors d'état de nuire les terroristes. Quelle fierté, quelle fierté ! JEAN-JACQUES BOURDIN Trois d'entre eux, une jeune femme noire, un policier d'origine maghrébine, et un français de souche, un policier français de souche, le symbole, peut-être, le symbole. MANUEL VALLS Un symbole, vous avez raison. J'ai été très ému des propos du frère du policier JEAN-JACQUES BOURDIN D'Ahmed MERABET. MANUEL VALLS Ahmed MERABET, qui disait qu'ils étaient membres d'une famille qui a toujours épousé les valeurs de la République et l'engagement dans le service public. C'est ça la France, accueillir ceux qui viennent d'autres pays, les intégrer et en faire des soldats de la République, et aujourd'hui des héros, puisque, ne n'oublions pas, cette semaine sera aussi une semaine, toujours, de deuil, avec les obsèques dans l'intimité familiale, l'hommage qui sera rendu demain aux policiers tombés dans la cour de la préfecture de police de Paris, et l'hommage aux Invalides pour toutes les victimes, toujours, bien sûr, autour du président de la République, qui a symbolisé ce rassemblement de tous les Français. JEAN-JACQUES BOURDIN Le plus haut niveau du plan Vigipirate est maintenu pour l'instant, Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Le plus haut niveau du plan Vigipirate, non seulement est maintenu, mais je veux le dire ici devant vous, nous maintenons et nous déployons un niveau jamais atteint, le nombre de militaires, puisque 8470 militaires vont être déployés. Vous savez qu'il y avait à peu près 1 millier de soldats dans le cadre du plan Vigipirate, nous en avons déployé 2000 supplémentaires, et dans les jours qui viennent nous allons en déployer 6000 en plus de l'engagement des forces de l'ordre, policiers et gendarmes, puisque 4100 gendarmes, mobiles et CRS, sont déjà déployés, et ce matin, au moment où nous nous parlons, Bernard CAZENEUVE va visiter ces unités qui protègent notamment les écoles confessionnelles juives. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous allez protéger particulièrement les écoles confessionnelles juives, avec des militaires, des policiers ? Vous allez renforcer MANUEL VALLS Le plan Vigipirate JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, déjà. MANUEL VALLS évidemment les journaux, les rédactions, toutes les institutions qui peuvent faire l'objet d'une attaque, et plus particulièrement les synagogues, les écoles confessionnelles juives, mais aussi les mosquées, parce que, on en a moins entendu parler, mais JEAN-JACQUES BOURDIN Combien, 27, 27 attaques ces derniers jours ? MANUEL VALLS Ces derniers jours, il y a eu un certain nombre d'attaques, de dégradations, mais aussi de tirs de balles, sur des mosquées. Nous devons assurer au maximum, tout faire – comme nous le faisons – mais tout faire pour assurer cette sécurité. JEAN-JACQUES BOURDIN Et maintenant, Manuel VALLS, parce que cet immense élan de solidarité fait peser sur vos épaules une immense responsabilité. Est-ce que cette mobilisation, cette émotion, vont vous entraîner à politiquement créer une sorte d'unité républicaine ? Est-ce que des initiatives vont être prises ? MANUEL VALLS La démocratie, ce pourquoi les gens se sont jetés dans la rue dès mercredi soir, nous sommes tous Charlie, pas seulement en France, et d'ailleurs dans le monde, c'est le débat, c'est la confrontation démocratique, c'est ça ce qu'on a voulu anéantir, c'est nier qu'on puisse débattre, caricaturer, ce devoir d'impertinence qu'était celui de Charlie Hebdo. Donc, le débat démocratique il va se poursuivre, et fort heureusement, mais, mais, il y a, je l'ai dit hier soir, un esprit du 11 janvier, ce qui s'est passé hier et évidemment les jours précédents. L'unité nationale, ce ne sont pas les formations politiques, ou les dirigeants qui l'ont fait, seulement ils l'ont fait, ils y ont pleinement participé, avec toutes les forces vives JEAN-JACQUES BOURDIN Non, mais parce que je vois Nicolas SARKOZY qui dit « il faut un travail majorité et opposition pour comprendre. » MANUEL VALLS Mais c'est le peuple français qui nous oblige, et cette responsabilité qui pèse d'abord sur les épaules du président de la République, sur les miennes, sur celles du gouvernement, sur l'ensemble des parlementaires, elle doit s'appuyer sur cet esprit du 11 janvier, cette volonté d'unité et de cohésion. Et nous l'avons déjà dit, il faut évidemment tirer toutes les leçons de ce qui s'est passé. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais comment ? MANUEL VALLS Je vais y venir. Pour cela il faut une méthode, il faut d'abord que la justice puisse travailler, sereinement, et nous savons que ces enquêtes sont longues – permettez-moi de vous rappeler, et de rappeler à vos téléspectateurs et auditeurs, que la traque se poursuit. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, on va en parler. MANUEL VALLS Nous pensons que l'un des individus avait, sans doute, un complice, il y a sa compagne. JEAN-JACQUES BOURDIN Un complice. C'est-à-dire Amedy COULIBALY aurait un ou plusieurs complices ? MANUEL VALLS C'est ce que l'enquête doit démontrer, mais en tout cas nous considérons JEAN-JACQUES BOURDIN Vous le pensez ? L'enquête le montre ? MANUEL VALLS Je suis prudent, parce que ce travail est mené JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais c'est une hypothèse. MANUEL VALLS Nous venons de rendre hommage aux services de police et de gendarmerie, j'y ajoute celui de nos services de renseignements, tout cela s'est fait dans une très étroite collaboration, avec la justice, et sous l'autorité du Parquet antiterroriste. Et le fait que, autour du président de la République, qui a pris des décisions essentielles, vendredi, il y avait le Premier ministre, bien sûr, c'est mon rôle, mais le ministre de l'Intérieur et la garde des Sceaux, nous montre bien que c'est ainsi que nous devons travailler, dans une unité de commandement absolue. Mais il y a évidemment, encore, non seulement des menaces, mais liées à ces attaques, il y a bien évidemment encore des pistes qu'il faut explorer. Des arrestations, des gardes à vue ont eu lieu, et le travail se poursuit. JEAN-JACQUES BOURDIN On a découvert une cache d'armes d'Amedy COULIBALY, on a découvert cette vidéo qui le montre MANUEL VALLS Mais moi je ne veux pas en dire plus, mais ce que je veux dire c'est que sur ces attaques, ces actes terroristes, barbares, le travail se poursuit, et je ne veux pas parler uniquement celui de la justice, mais celui des enquêteurs, puisque JEAN-JACQUES BOURDIN Et d'éventuels complices. MANUEL VALLS Nous considérons qu'il y a, effectivement, probablement, d'éventuels complices. JEAN-JACQUES BOURDIN Il y aurait d'éventuels complices de COULIBALY. MANUEL VALLS Et je veux rappeler – ça a été dit par le procureur MOLINS – qu'un joggeur, qui est aujourd'hui extrêmement JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, entre la vie et la mort. MANUEL VALLS Qui est entre la vie et la mort, qui est blessé, a été frappé d'une balle qui est liée à cette affaire. JEAN-JACQUES BOURDIN Qui aurait été tirée par COULIBALY. MANUEL VALLS On ne le sait pas, mais en tout cas il y a là JEAN-JACQUES BOURDIN Même calibre. MANUEL VALLS Ça montre bien l'ampleur de l'attaque que nous avons subi. Mais, et je reviens à votre question, au-delà de ce travail d'enquête qui doit se poursuivre, et c'est légitime, il faut comprendre ce qui s'est passé, et puis aussi, puisque c'est ainsi qu'une démocratie doit fonctionner, réfléchir, vite, pas dans quelques mois, réfléchir très vite aux dispositifs qui peuvent être améliorés pour renforcer la sécurité de nos compatriotes. JEAN-JACQUES BOURDIN Justement, comment renforcer l'arsenal antiterroriste en France ? Je ne sais pas moi, en durcissant la politique pénale, par exemple ? Je ne sais pas. En créant une forme de Patriot Act à la française ? MANUEL VALLS Ça c'est autre chose. Le Patriot Act, c'est-à-dire une loi d'exception prise par l'Administration BUSH, après les événements de 2001, du 11 septembre, si c'est cela qui doit nous amener à ce qui s'est passé quelques années après en Irak, je pense qu'il faut y réfléchir. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous dites non. MANUEL VALLS Et je rappelle que d'une manière générale c'est contre le terrorisme, contre la terreur et la violence, c'est le droit, c'est la démocratie. Attention à toutes les procédures d'exception, même s'il faut, à une attaque exceptionnelle, par sa violence et sa barbarie, une réponse d'une très grande fermeté, et donc une réponse bien sûr qui soit exceptionnelle, et pour cela elle doit reposer, oui, sur le débat, la concorde nationale, et en y associant JEAN-JACQUES BOURDIN Là vous allez engager le débat avec l'opposition, sur ces questions-là ? MANUEL VALLS Dans le cadre du Parlement, nous en reparlerons, et avec Claude BARTOLONE, et Gérard LARCHER, les présidents de l'Assemblée et du Sénat, parce que, oui, c'est dans le cadre parlementaire. Je rappelle JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire créer une mission parlementaire commune, Assemblée/ Sénat, pour réfléchir aux mesures à prendre MANUEL VALLS Je pense que le Parlement souhaitera une commission d'enquête sur ce qui vient de se passer, c'est légitime et c'est naturel, mais oui, c'est dans le cadre parlementaire et bipartisan qu'il faut travailler. JEAN-JACQUES BOURDIN En associant l'opposition ? MANUEL VALLS En associant pleinement l'opposition, c'est le JEAN-JACQUES BOURDIN Tout le Parlement. MANUEL VALLS C'est le Parlement. Nous faisons face à quel type de phénomène ? Parce que c'est ça qu'il faut comprendre. Non seulement, évidemment, à ces 1400 individus qui sont concernés par les départs pour le Djihad, pour le terrorisme, en Syrie et en Irak, et ça représente en peu de temps une augmentation majeure. Il y avait une trentaine de cas quand je suis devenu ministre de l'Intérieur, 1400 aujourd'hui. Il y a près de 70 Français, ou résidents en France, qui sont morts en Syrie et en Iran dans les rangs des terroristes, donc il y a ce travail. Il y a ceux qui partent, qui se forment à la mort et à la terreur, ça a été le cas, sans doute, des deux frères, des deux individus JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, sauf qu'ils ne sont jamais allés combattre, les deux frères. MANUEL VALLS On ne le sait pas, on verra bien, mais celui JEAN-JACQUES BOURDIN COULIBALY non plus ! MANUEL VALLS Celui – j'ai toujours du mal à prononcer les noms – celui qui a opéré, qui a tué cette policière municipale à Montrouge JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, et qui a opéré porte de Vincennes. MANUEL VALLS Et qui a opéré porte de Vincennes, lui il n'est jamais parti, il n'était pas dans les radars des services de renseignements. Donc ça veut bien dire que JEAN-JACQUES BOURDIN Non, il était dans les radars de la police, je vais en parler après. MANUEL VALLS Ça veut bien dire que nous faisons face à un phénomène protéiforme, avec des individus qu'on appelle hybrides, et aussi avec des phénomènes, d'ailleurs ne l'oublions pas, non seulement d'autoradicalisation, par exemple sur Internet ou dans les prisons, mais également qui se dissimulent. Et d'ailleurs, aujourd'hui de plus en plus les messages des différents groupes d'Al Qaïda, ou de Daech, demandent à ces individus de ne pas aller combattre dans les zones de guerre, de se dissimuler, de ses fondre dans la population, pour pouvoir attaquer avec le plus de violence possible. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors justement, les mesures, je vous pose une première question, est-ce qu'il faut étendre les pouvoirs des autorités en matière de surveillance ? MANUEL VALLS Oui, sans doute, mais JEAN-JACQUES BOURDIN Mais comment ? Parce que vous dites « non » à un Patriot Act à la française. C'est quoi le Patriot Act ? C'est faire des perquisitions, saisir des documents ou des biens MANUEL VALLS Mais ça nous le faisons déjà. C'est frapper, comme on dit, au portefeuille, c'est-à-dire il faut aller… JEAN-JACQUES BOURDIN C'est avoir accès à des données personnelles, c'est pouvoir surveiller les communications sur Internet, c'est ça le Patriot Act. MANUEL VALLS Et tout cela se fait déjà beaucoup, mais nous faisons face à un JEAN-JACQUES BOURDIN Mais il faut étendre ces mesures là ? MANUEL VALLS Je ne vais pas ici faire les annonces alors que nous devons, c'est le rôle du gouvernement, c'est celui que m'a assigné le président de la République, de faire un certain nombre de propositions dans les jours qui viennent. Comme ministre de l'Intérieur et Bernard CAZENEUVE a poursuivi admirablement ce travail, nous avons fait une réforme très importante des services de renseignements intérieurs, nous avons créé la direction générale de la sécurité intérieure. Nous lui avons donné des moyens supplémentaires, son budget a augmenté très sensiblement. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous allez encore renforcer les moyens ? MANUEL VALLS Bien sûr il le faut, les moyens de la direction du service extérieur de la direction générale des services extérieurs, la DGSE a connu aussi une augmentation de son budget, nous avions déjà prévu il y a un an, il y a 24 heures, l'augmentation du nombre d'agents de la DGSI, 432 sur 5 ans, il ne s'agit pas uniquement de recruter des brigadiers chef, des policiers, il s'agit de recruter des spécialistes, des experts, des techniciens, notamment sur Internet parce que là aussi la menace, elle est multiple et nous devons avoir des personnels, des agents qui travaillent admirablement, particulièrement bien formés. Mais il faudra donner le plus vite possible encore davantage de moyens à ces services. Il y a sans doute des problèmes de loi ou des problèmes juridiques pour effectivement améliorer encore la possibilité des systèmes d'interception, pour dire les choses autrement, d'écoutes, parce que là entre les écoutes administratives et les écoutes judiciaires, il faut sans doute être beaucoup plus performants. JEAN-JACQUES BOURDIN Faciliter les écoutes ? MANUEL VALLS Bien sûr, bien sûr dans le cadre de la loi, mais il faut aller plus loin. Je rappelle que nous sommes en train de préparer depuis plusieurs mois, en lien très étroits avec le Parlement et avec Jean-Jacques URVOAS, le président de la Commission des lois, nous sommes en train de préparer une nouvelle loi sur le renseignement, nous sommes un des rares pays au monde, des grands pays confrontés à ces problèmes, qui n'avait pas de loi sur le renseignement. Nous sommes en train de le préparer, le texte doit être donné dans trois à quatre mois au Parlement, s'il peut être accéléré... JEAN-JACQUES BOURDIN Une loi avant la fin 2015. MANUEL VALLS Une loi qui doit être présentée c'était déjà prévu, elle doit pouvoir porter peut-être un certain nombre d'éléments que nous pourrions élaborer dans un cadre dit partisan avec l'ensemble des formations qui siègent à l'Assemblée nationale et au Sénat. Donc il faut le faire intelligemment, le statu quo, ne rien faire serait absurde. La précipitation dans ce domaine-là et l'inventivité sur des sujets aussi compliqués, même si et c'est normal les Français nous demandent d'agir, serait également une mauvaise solution. Et puis il y a tout le travail sur les prisons qui a déjà été entamé par Christiane TAUBIRA, il y a un an, notamment dans un lien très étroit avec les services, c'est sans doute une des priorités majeures que nous devons apporter. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais que peut-on faire, tout le travail, mais que peut-on faire... MANUEL VALLS C'est le travail d'abord de renseignements et c'est celui qui a été fait notamment avec l'unité qui lutte contre le terrorisme, là ce travail a été déjà engagé depuis un an. Ensuite on sépare un certain nombre d'individus qui présentent bien sûr un danger pour d'autres qui arriveraient en prison puisqu'ils souhaiteraient les radicaliser. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous généralisez la cellule individuelle pour les détenus qui sont sensés, qui sont dangereux. MANUEL VALLS On sépare ces détenus du reste... JEAN-JACQUES BOURDIN Vous allez généraliser ça dans toutes les prisons françaises ? MANUEL VALLS Il faut poursuivre ce travail, mais là aussi il faut le faire avec intelligence... JEAN-JACQUES BOURDIN Parce que des expériences qui sont tentées... MANUEL VALLS Oui mais ça montre que les choses ne sont pas faciles, il ne suffit pas de dire, il n'y a qu'à... JEAN-JACQUES BOURDIN On peut généraliser, encore faut-il avoir de la place dans les prisons. MANUEL VALLS Non seulement on peut, mais il faut généraliser. Et puis c'est un travail à la fois sanction, c'est un travail de répression, il faut être impitoyable à l'égard du terrorisme, mais il y a aussi un travail de prévention. C'est tout ce travail qui a été entamé par les ministères de l'Intérieur et de la Justice, vers les familles parce que depuis plusieurs mois, combien de familles nous disent, mon fils, ma fille nous inquiètent, mon fils, ma fille ont voulu partir ou sont partis en Syrie. Je rappelle qu'il y a 30 % de femmes parmi ceux qui sont partis en Syrie, qu'il y a des mineurs aussi, des gosses qui sont partis et qui aujourd'hui peuvent se former à la terreur et représenter un danger. Je vous rappelle monsieur Jacques BOURDIN enfin que, et parfois ça m'a été reproché, que nous avons non seulement fait voter deux lois antiterroristes en deux ans, mais que j'ai été l'un des premiers à dire que nous devions... JEAN-JACQUES BOURDIN 15 lois depuis 1986... MANUEL VALLS Que nous faisions face à un ennemi extérieur, et je rappelle que la guerre, la guerre nous la faisons déjà. JEAN-JACQUES BOURDIN Nous sommes en guerre là ? MANUEL VALLS La guerre nous la faisons, nous sommes en guerre contre, disons-le clairement... JEAN-JACQUES BOURDIN Guerre de civilisation ou pas, j'ai entendu cette expression employée par d'autres. MANUEL VALLS Nous faisons une guerre contre le terrorisme, contre le djihadisme, contre l'islamisme radical et cette guerre le président de la République l'a décidé quand il a envoyé les troupes pour sauver le Mali, menacé, attaqué par des groupes terroristes. Le Mali, Etat musulman qui était symbolisé hier par la présence de son président Ibrahim BOUBACAR KEITA… JEAN-JACQUES BOURDIN Manuel VALLS... MANUEL VALLS aux côtés du président de la République. La guerre, Jean-Jacques BOURDIN, nous la faisons. Je rappelle que demain, à l'Assemblée nationale, nous allons revenir sur ces évènements, et je répondrai aux questions des groupes parlementaires, mais juste après, je présenterai, parce que la constitution nous y oblige, et c'est bien ainsi que je présenterai la poursuite de l'engagement pour les prochains mois, de nos Rafale et de nos Mirage, en Irak. JEAN-JACQUES BOURDIN Ça veut dire que nos Rafale et nos Mirage vont poursuivre l'engagement. MANUEL VALLS Poursuivre le travail, c'est une demande des autorités irakiennes, nous soutenons les combattants kurdes, où nous allons poursuivre ce travail. Les deux sont liés, cette attaque, au cœur de la France, la semaine dernière et en même temps cette guerre que nous menons contre le terrorisme. Et nous la menons, je vais répondre à votre question, alors, au nom de nos valeurs. Ce ne sont pas les valeurs seules de la France, ni de l'Europe, ni de l'Occident, ce sont des valeurs universelles, et c'était symbolisé par la présence de tous les chefs d'Etat et de gouvernement hier. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, Manuel VALLS, j'ai des questions précises, deux questions précises, trois questions précises. La première : est-ce que vous allez revoir la législation concernant Internet ? MANUEL VALLS Mais, dans la loi antiterroriste qui vient d'être votée il y a quelques semaines, d'ailleurs, à une large majorité, la priorité c'est effectivement travailler, attaquer sur Internet, parce que c'est là où une partie de la radicalisation se forme. Mais pour cela il faut beaucoup de moyens, j'ai parlé des moyens de nos services de renseignements, je vous rappelle qu'entre 2007 et 2012on a perdu 13 000 postes de fonctionnaires de police et de militaires, de gendarmerie, que depuis que nous sommes au gouvernement, moi comme ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE aujourd'hui, nous avons stoppé cette hémorragie, c'est vrai pour les postes, comme pour les moyens adaptés au fonctionnement, que nous créons des postes supplémentaires de policiers et de gendarmes. S'il faut en créer davantage, il le fera... il le faudra, parce que la sécurité des Français ne peut pas se discuter, et dans une période où nous devons faire des économies, nous l'avons démontré pour la sécurité et la justice, ça reste et ça restera, et je veux le dire à nos compatriotes, une priorité. JEAN-JACQUES BOURDIN Où est Hayet BOUMEDIENE ? Vous le savez ? Elle est en Syrie ? MANUEL VALLS Probablement en Turquie ou en Syrie, et nous sommes évidemment dans un contact étroit avec les services de renseignements turcs. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, justement, est-ce qu'il faut créer une liste européenne des terroristes ou des terroristes potentiels ? MANUEL VALLS Il y a toujours eu JEAN-JACQUES BOURDIN Ce qui n'existe pas en Europe. MANUEL VALLS Il y a toujours eu une coopération de grande qualité entre les services des pays européens, mais aussi de nos principaux alliés. Et comme ministre de l'Intérieur, et là aussi Bernard CAZENEUVE a poursuivi, je rappelle qu'hier dimanche, au ministère de l'Intérieur, il a réuni les ministres de l'Intérieur des pays européens, mais aussi du Canada, de l'Australie et des Etats-Unis. Ce travail doit évidemment se poursuivre. Mais il faut aussi que l'on soit aidé par exemple par le Parlement européen. Un dispositif, qui s'appelle le PNR, qui doit nous permettre d'assurer notre sécurité dans le transport aérien, doit être impérativement adopté par le Parlement européen, parce que ça nous permettra là aussi de mieux lutter... JEAN-JACQUES BOURDIN Il est bloqué au Parlement européen, actuellement. MANUEL VALLS ... Contre les allers et les retours. Et renforcer les services, la coopération, avec les services de renseignements de l'ensemble des pays concernés, est un défi, c'est un défi, non seulement pour le pays, mais c'est un défi mondial. Regardez ce qui s'est passé, on a moins parlé là, au Nigeria encore, il y a quelques heures... JEAN-JACQUES BOURDIN Boko Haram, bien sûr. MANUEL VALLS ... C'est l'horreur. JEAN-JACQUES BOURDIN L'horreur, des milliers... MANUEL VALLS Regardez les risques terroristes qui existent au Mali, au Niger, au Tchad, et nous intervenons encore dans ces pays. JEAN-JACQUES BOURDIN Manuel VALLS, des questions doivent être posées, j'ai envie de vous poser quand même la question sur le travail en amont des services français. Je regardais la déclaration du ministre de l'Intérieur vendredi « rien ne témoignait du fait que les frères KOUACHI et Amedy COULIBALY pouvaient s'engager dans un acte de ce type, leur situation n'avait pas été judiciarisée. Mais pardon, pardon, Chérif KOUACHI a été condamné en 2008, en 2010 interpellé pour avoir tenté de faire évader l'un des auteurs de l'attentat du RER B en 95, 2011 il part pour le Yemen, ils étaient suivis par les Etats-Unis, Amedy COULIBALY a été jugé pour un braquage, pour de multiples braquages, il a tissé des liens avec Djamel BEGHAL, condamné pour un projet d'attentat contre l'ambassade des Etats-Unis à Paris. Ne me dites pas qu'on ne savait pas, qui ils étaient ! MANUEL VALLS Jjb. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. MANUEL VALLS Toutes ces questions, elles sont légitimes. Il appartient à la justice... JEAN-JACQUES BOURDIN Des enquêtes vont être ouvertes ? Y-a-t-il eu dysfonctionnement ? MANUEL VALLS Il appartient à la justice, d'abord, de poursuivre son travail, au Parlement d'établir aussi les circonstances des procédures, ce qui a fonctionné, comme ce qui n'a pas fonctionné. Le devoir de vérité, le devoir de transparence JEAN-JACQUES BOURDIN Vous avez un devoir de vérité. MANUEL VALLS Mais bien évidemment. Il doit se faire sans remettre en cause. C'est très important ce que je vais dire. Au moment où nous parlons, il y a des policiers, il y a des gendarmes, nos services de Renseignement intérieurs et extérieurs qui travaillent très bien. Ç'a été un grand changement. Les services intérieurs et extérieurs travaillent très bien entre eux, comme la police et la gendarmerie ont magnifiquement travaillé. Je veux rendre hommage à leur chef, le général FAVIER et le directeur général Jean-Marc FALCONE. Ils ont très bien travaillé sous la responsabilité évidemment de Bernard CAZENEUVE. Au moment où nous parlons, ils poursuivent ce travail. Je ne souhaite pas qu'il puisse y avoir le moindre doute sur leur détermination, qu'on ne remette pas en cause. En revanche, pour comprendre ce qui s'est passé, oui il faudra mettre tout sur la table, pas pour accuser. JEAN-JACQUES BOURDIN Non, mais pour comprendre parce que les Français vous ont donné cette responsabilité. MANUEL VALLS Et vous pensez bien qu'avec le Président de la République et Bernard CAZENEUVE, nous la ressentons, vous le disiez tout à l'heure, cette responsabilité. C'est pour ça que nous ne pouvons pas baisser la garde. JEAN-JACQUES BOURDIN Quatre mille sept cents policiers et gendarmes vont surveiller sept cent dix-sept écoles juives en France. C'est ce qu'annonce Bernard CAZENEUVE et ce que vous nous disiez tout à l'heure. MANUEL VALLS Oui. Plus l'engagement des militaires, huit mille. JEAN-JACQUES BOURDIN J'ai une dernière question pas facile. Vous seriez professeur ou instituteur ; imaginez dans votre classe jeudi dernier, certains élèves rechignant à honorer cette minute de silence. Que leur diriez-vous ? MANUEL VALLS Nous avons parlé des questions de police et de gendarmerie et c'est normal. J'ai évoqué cette extraordinaire réponse de la France mais en même temps, il faut être lucide. Les actes racistes et antisémites ont augmenté au cours de ces dernières années. La communauté juive aujourd'hui a peur, même si hier nous avons tenté de la rassurer. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous n'avez pas aimé ce qu'a dit Benyamin NETANYAHOU sur l'appel au départ des Français vers Israël. Vous n'avez pas aimé. MANUEL VALLS Non, mais j'ai tout simplement rappelé quelque chose. La France sans les Juifs de France n'est plus la France. Nous avons besoin de tout le monde. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous le lui avez dit ? MANUEL VALLS Je crois qu'il l'a compris et ses propos hier soir étaient, me semble-t-il, apaisants. Je réponds à votre question : la réponse doit être une réponse dans la société et de manière très lucide. Ça concerne tout le monde, chacun doit assumer ses responsabilités. Les phénomènes que vous venez de décrire, je les ai vécus dans ma ville. Je m'en rappelle très bien. C'est très minoritaire, il faut le rappeler à chaque fois. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais ils existent. MANUEL VALLS Des jeunes faisaient le V de la victoire au moment où il y avait la minute de silence, je crois le 14 septembre 2001. Ça veut dire que la réponse ne peut pas être uniquement, même si elle est indispensable, policière et judiciaire. C'est une réponse de toute la société – de toute la société ! – et au premier rang desquels l'école et l'école laïque. Parce que s'il y a un mot que nous devons porter, incarner mais faire vivre, c'est la laïcité. Demain avec la ministre de l'Education nationale, qui aujourd'hui rencontre l'ensemble des associations de parents d'élèves et les syndicats d'enseignants, j'irai devant les recteurs. Mais là, je crois qu'il y a un combat majeur. C'est peut-être la priorité du quinquennat, c'est la jeunesse. Là, il y a sans doute le défi majeur. Peut-être ici à ce micro ou ailleurs, j'avais parlé du très beau film sur l'apprentissage, l'éducation, ce qui s'est passé il y a soixante-dix ans. Dans quelques jours, le Président de la République ira à Auschwitz, ce sera le soixante-dixième anniversaire de la libération des camps de la mort. Moi dans mon pays, je ne veux pas qu'on puisse dire comme ç'a été dit dans certaines places, que l'ennemi quand on gamin répond à la question de son enseignant, que l'ennemi c'est le Juif. Je ne veux pas qu'il y ait des jeunes qui fassent le V de la victoire après ce qui s'est passé. Je ne veux pas qu'il y ait des jeunes qui se reconnaissent dans ces terroristes barbares qui ont assassiné des journalistes, des citoyens, des policiers, des Juifs français parce qu'ils étaient Juifs. Là, il y a un travail. Je ne veux plus que sur Internet, on puisse avoir ces mots effrayants, ces mots de haine que j'ai combattus. Je n'étais pas très soutenu sinon par le Président de la République et le Premier ministre il y a un an, quand j'ai combattu cet humoriste soi-disant. JEAN-JACQUES BOURDIN Dieudonné. MANUEL VALLS Ça n'est plus possible. Peut-être faudra-t-il aller plus loin encore pour combattre l'antisémitisme, le racisme, l'apologie de l'extermination des Juifs. Il y a là un combat. Il y a quelques semaines à l'Assemblée, d'une certaine manière j'avais ressenti que la société ne s'était pas mobilisée après le drame de Créteil, cette famille violentée parce que juive. Il n'y avait pas eu beaucoup de monde dans la rue, quelques centaines à Créteil. La réponse enfin, c'est celle du peuple français hier. Ne laissons pas retomber cet esprit du 11 janvier. Quelle responsabilité, mais quelle belle responsabilité. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci Manuel VALLS d'être venu nous voir. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/079.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/079.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..151882791adc085db9c47ffeaf2f15530eaa79f7 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/079.txt @@ -0,0 +1 @@ +Notre pays vit une situation d'une gravité exceptionnelle et je veux en notre nom à tous vous remercier de votre présence monsieur le Premier ministre et témoigner de l'émotion et de la solidarité de l'ensemble de la communauté éducative vis-à-vis des victimes, de leurs proches, en pensant à chacun et à chacune d'entre eux : journalistes et dessinateurs de presse, policiers, concitoyens de confession juive. Les attentats barbares ont frappé le cœur de notre République en visant ses valeurs essentielles. Ils ont suscité en réaction la réponse déterminée de toutes les forces du pays et de l'immense majorité de nos concitoyens qui ont manifesté de manière éclatante leur attachement à la Liberté, l'Égalité, la Fraternité, qui ont soutenu la force du droit, les policiers et gendarmes qui garantissent l'exercice de nos libertés fondamentales, et refusé la logique de peur de l'obscurantisme en revendiquant avec force l'appartenance de tous, quelles que soient les origines, les cultures ou les croyances, à la communauté nationale. Il nous appartient maintenant de prolonger cette réaction, de transformer l'émotion en force d'action, car ce défi appelle des réponses de fond, durables et à la hauteur des enjeux. Il nous revient d'opposer nos valeurs à la violence, au moyen en particulier de « l'arme la plus puissante pour changer le monde », selon la belle formule de Nelson Mandela : l'éducation. Nous devons aussi avoir collectivement le courage, en refusant la facilité polémique, d'analyser la situation en face, de décrire les dérives qui ont fragilisé le projet républicain, y compris à l'école. Oui, la forme de délitement du lien social au cours des trente dernières années de crise économique et sociale n'a pas épargné l'école. Oui, le sentiment de désespérance, l'accroissement des inégalités et de la prévalence du déterminisme social, l'incapacité collective à prévenir le décrochage scolaire endémique d'une partie de notre jeunesse, ont entamé la mission d'égalité de l'école. Oui, les discriminations, l'écart entre les valeurs affichées et les réalités vécues, les replis identitaires, les velléités communautaristes, les logiques d'entre soi ont parfois affaibli son ambition de fraternité. Comment transmettre le vivre-ensemble quand les élèves ne font plus l'expérience de la mixité sociale au sein des écoles et des établissements ? La remise en cause de la place de l'école dans la société, une forme de relativisme ambiant ont contribué à une perte de repères plus globale, interrogeant le sens de l'engagement de la communauté éducative et de ses personnels. Ces constats ne sont pas nouveaux, qui interrogent la place et les missions de l'école dans le projet républicain. L'école est loin d'en être seule responsable. Elle n'est ni la cause de tous les maux, ni le remède à toutes les difficultés de la société. Elle subit des évolutions sociales et sociétales plus larges tout en cristallisant trop souvent leurs enjeux. Mais de la même manière que l'école n'a pas été étanche aux dérives de notre société, elle doit être un levier d'un redressement collectif qui excède son intervention. Évidemment, nous n'avons pas attendu les évènements dramatiques des derniers jours pour poser ces constats et y apporter des réponses : l'enjeu de la refondation de l'école est tout entier là, dans ce double défi de rétablir la performance du système éducatif, en assurant la réussite du plus grand nombre et en luttant contre le déterminisme social, et de rendre à l'école sa mission et sa place de vivier de citoyenneté, capable de former des citoyens éclairés, de transmettre et de faire partager les valeurs de la République. L'école est forte quand elle est capable de relever ces défis éducatifs, scolaires et citoyens. Ces événements tragiques confirment, s'il en était nécessaire, la justesse des ambitions portées par la loi du 8 juillet 2013 de refondation de l'École de la République. La première de ces ambitions, c'est l'élévation du niveau de connaissances, de compétences et de culture. Les connaissances sont la première arme pour combattre l'obscurantisme. La deuxième de ces ambitions, c'est la réduction des inégalités sociales et territoriales qui fracturent la société française. La troisième de ces ambitions, c'est de mettre l'école en première ligne de la construction de la cohésion sociale et du lien civique. Beaucoup a déjà été fait. La refondation de l'école a rétabli une formation initiale ambitieuse - qui intègre la laïcité dans son tronc commun - pour l'ensemble de nos futurs enseignants. La réforme des rythmes scolaires a veillé à améliorer les apprentissages et développer l'accès de tous à l'éducation populaire. Le renouvellement de l'éducation prioritaire permet de répondre aux besoins criants de certains territoires avec une pédagogie adaptée et des moyens supplémentaires importants. Le renforcement de la lutte contre le décrochage et l'amélioration de l'orientation ont plus que jamais pour objet de ne laisser aucun jeune aux portes d'une société du diplôme et de la qualification. J'attends que de vous mesdames et messieurs les recteurs que vous veilliez avec la plus grande exigence au déploiement de chacune de ces mesures dans vos académies, en associant les partenaires que sont en particulier les collectivités locales et en donnant vie a ce droit au retour en formation jusqu'à l'âge de 25 ans qui n'est rien d'autre que le refus de la résignation a l'absence totale de perspectives pour des centaines de milliers de jeunes. Je souhaite également que nous portions une attention particulière à l'enseignement en milieu pénitentiaire et dans les centres éducatifs fermés, qui sont des enjeux majeurs pour l'éducation nationale et pour la République. Les personnels de direction de l'éducation nationale et les enseignants sont présents dans l'ensemble des structures judiciaires, établissements pour mineurs, quartiers pour mineurs, centres éducatifs fermes. Au-delà des priorités qui y sont données à la lutte contre l'illettrisme l'analphabétisme et l'apprentissage du français, je souhaite que l'accent soit mis sur l'accès à un premier diplôme dont nous savons à quel point il peut changer l'image qu'un jeune se fait de lui même de son avenir et de la société. Pour demain, la refondation a déjà engagé l'élaboration du nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture, la rédaction de nouveaux programmes de l'école maternelle au collège, une évolution de l'évaluation des élèves, une réforme ambitieuse du collège qui sera prochainement annoncée. Avec l'ensemble de ces réformes et la nouvelle allocation progressive des moyens aux établissements en fonction de leurs difficultés sociales, je suis convaincue que nous allons relever le défi de la réussite scolaire du plus grand nombre. Mais outre la transmission des connaissances, la Nation fixe comme mission première à l'école de transmettre et de faire partager aux élèves les valeurs et principes de la République, et notamment le respect de l'égale dignité des êtres humains, de la liberté de conscience et de la laïcité. Depuis la rentrée 2013, la Charte de la laïcité à l'école est apposée dans toutes les écoles et établissements de France et doit être présentée chaque année aux élèves, mais aussi aux parents. L'ambition nouvelle et forte est de développer la pédagogie de la laïcité car aucune valeur ne se contemple. Elle se discute, elle se DÉBAT, elle s'expérimente. Et pour cela il faut de la formation initiale et continue, un soutien effectif aux équipes éducatives grâce au réseau des correspondants laïcité, et des contenus pédagogiques renouvelés. Nous mesurons tous, et les organisations syndicales l'ont souligné hier lors de la première journée de la grande mobilisation de l'École pour les valeurs de la République, l'enjeu de mieux former les personnels éducatifs en formation initiale - avec les ESPE - comme en formation continue. Les moyens de la formation continue, dont ceux dédiés à la formation présentielle, sur site - et j'insiste sur ce dernier point -, seront renforcés. Et je vous demande d'y veiller, chacun à votre niveau. Les enseignants ont à leur disposition, pour les aider et les outiller dans leurs pratiques de classe, sur leurs sites de référence, des outils pédagogiques pour travailler et réfléchir avec les élèves sur les droits de l'homme, la liberté d'expression, la liberté de la presse, la démocratie. Cet automne encore, de nouvelles ressources adaptées aux différents niveaux scolaires, mais surtout de nouveaux parcours de formation continue (notamment en matière d'enseignement laïc des faits religieux) ont été engagés sur la plateforme m@gistere, des ressources vidéos pour les enseignants et un livret sont en préparation à l'attention de tous les directeurs d'école et chefs d'établissements, et consultables par les équipes éducatives. Il rassemblera les contenus pédagogiques essentiels (textes, charte), les liens vers les ressources de formation, des questions / réponses juridiques sur les sujets sensibles et la présentation des correspondants laïcité (rôle et contact) dont est dorénavant dotée chaque académie pour favoriser la mise en œuvre et l'appropriation de la Charte par les élèves, et soutenir les équipes éducatives au plus près des réalités de terrain. Ces correspondants travailleront en lien permanent avec l'Observatoire de la laïcité et des centres ressources comme l'institut européen en sciences des religions, notamment pour la production de ressources qui seront disponibles au niveau académique et national. Surtout, et comme prévu par la loi de refondation de l'école, dès la rentrée 2015 sera créé un enseignement moral et civique, dans toutes les classes : de l'école primaire à la classe de terminale et dans toutes les séries du lycée. Il intègrera de manière transversale une éducation aux médias, les problématiques de lutte contre le racisme, l'antisémitisme et toutes les formes de discriminations, les notions de droits et de devoirs, le principe de laïcité. S'il ne s'agit bien évidemment pas de déléguer à ce seul temps d'enseignement d'une heure hebdomadaire l'ensemble des enjeux relatifs aux libertés fondamentales, à l'ouverture aux autres, et à la tolérance réciproque, la structuration d'un tel temps récurrent d'échange, de débat contradictoire, d'analyse des images, de recul et d'esprit critique est une réponse attendue par tous les acteurs face au déferlement des images et au relativisme dans lequel baignent les élèves. On ne saurait concevoir un enseignement visant à former le futur citoyen sans le mettre en pratique dans le cadre scolaire. L'école doit permettre aux élèves de devenir acteurs de leurs choix, et de participer à la vie sociale de la classe et de l'établissement dont ils sont membres. L'esprit de coopération doit être encouragé, la responsabilité vis-à-vis d'autrui mise à l'épreuve des faits. L'enseignement moral et civique articulera les contenus enseignés et les modalités de la démocratie collégienne et lycéenne. J'y suis très attachée. Toutes ces réformes profondes sont engagées et contribuent à notre capacité à relever le défi républicain posé à l'école comme à la société. Nous sommes dans un mouvement déjà profond, solide, ample. Mais les évènements de la semaine passée nous obligent à aller plus vite et plus loin. Comme l'a dit le Premier ministre, il doit y avoir un avant et un après, nos concitoyens ne comprendraient pas qu'un nouvel élan ne traduise pas à l'école la réaction républicaine magnifique et l'unité nationale qui se sont manifestées. Nous avons traduit cette nécessité dans notre réaction immédiate au lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo. J'ai immédiatement écrit aux personnels enseignants afin de leur manifester mon soutien dans leur difficile tâche d'éducation dans un moment très complexe où il fallait être à la disposition des élèves pour expliquer l'inexplicable, ou plutôt, déconstruire, aider à comprendre un phénomène de barbarie tout en prenant la mesure de l'immense émotion qui a traversé le pays tout entier. L'éducation nationale, les établissements d'enseignement supérieur et les laboratoires de recherche se sont mobilisés de façon exemplaire, en organisant une minute de silence en hommage aux victimes, et en répondant aux besoins d'expression des élèves, grâce entre autres aux ressources mises en place sur le site Eduscol. Je veux rendre hommage ici aux équipes des écoles et établissements à proximité immédiate de la tuerie et des lieux de prise d'otage, qui ont fait preuve d'un professionnalisme et d'un engagement exemplaire. Je tiens également à saluer le protocole d´information particulièrement efficace mis en place dans l'académie de Paris, pour tenir au courant en direct les familles par SMS et sur les réseaux sociaux. Je demande à tous les rectorats de mettre en place des dispositifs de communication similaires pour la gestion de crise. Les parents d'élèves, ils me l'ont dit hier, sont particulièrement attachés à la rapidité de la transmission de l'information. La difficulté pour les personnels des écoles et des établissements à gérer l'émotion face à l'innommable est établie. Cette difficulté, chacun, parents, médias, institutions, l'a ressentie. Il y a eu des incidents : une centaine a été remontée par le réseau rectoral, sans doute davantage. Tous ces incidents sont inacceptables. Ils ont fait l'objet de traitements immédiats, sous forme de dialogue éducatif et/ou de sanctions. Je veux rappeler ici la nécessaire fermeté et le nécessaire travail d'éducation face aux propos et attitudes racistes et antisémites, face à la remise en cause du principe de laïcité et des principes et valeurs de la République. L'Ecole de la République et ses fonctionnaires ne tolèrent pas l'intolérable. Ils réagissent immédiatement, avec fermeté, souci d'éducation et conformément au droit, c'est-à-dire dans le cadre des règlements intérieurs des écoles et établissements. Lorsque les faits nécessitent des sanctions, celles-ci sont proportionnées aux fautes commises, et systématiquement accompagnées d'un travail éducatif vis-à-vis des élèves, et d'une association des parents au caractère éducatif de la sanction. Notre rôle est de maintenir ces élèves, au même titre que tous les autres, dans le système éducatif. Je souhaite d'ailleurs que nous ayons une vigilance renforcée à l'égard des élèves instruits à domicile. Ces incidents sont par ailleurs révélateurs de difficultés plus larges, qu'il nous faut savoir affronter collectivement. Il nous faut notamment apporter des réponses à un relativisme ambiant, incarné par deux symptômes, le « oui c'est grave, mais... » et le « deux poids, deux mesures ». Face à ces symptômes, je le répète, nous devons faire vivre la discussion et apprendre aux élèves, aux étudiants l'art de la dispute, l'art difficile du débat et du respect de l'autre. Au regard du travail accompli en fin de semaine dernière, je veux redire ma gratitude à tous les personnels de l'éducation nationale, à vous tous, pour cette mobilisation, qui doit maintenant se prolonger. Je vous demande en premier lieu de mobiliser sans délai l'encadrement et les services de l'éducation nationale pour répondre aux besoins exprimés par les chefs d'établissement et les enseignants eux-mêmes. Aucun personnel éducatif ne doit être laissé démuni ou isolé face aux demandes des élèves. Tous doivent pouvoir obtenir rapidement des réponses à leurs interrogations, notamment pédagogiques, et bénéficier des outils et conseils adaptés à leur réalité. C'est pourquoi je vous demande d'inviter l'ensemble des proviseurs vie scolaire pour les établissements du second degré, des inspecteurs de l'éducation nationale adjoints pour les écoles, des équipes mobiles de sécurité, des référents mémoire et citoyenneté ainsi que des référents laïcité à se mettre a disposition des établissements qui en expriment le besoin pour y être les interlocuteurs immédiats des chefs d'établissement et des directeurs d'école en cas de situations difficiles à gérer. Mon souhait, mesdames et messieurs les recteurs, mesdames et messieurs les inspecteurs d'académie, est que vous incarniez cette mobilisation. Que vous soyez au plus près des équipes, surtout là où c'est le plus difficile et là où l'enjeu est le plus important, et que vous mainteniez cette mobilisation pendant le temps nécessaire. Moi-même, je serai à vos côtés, et aux côtés des professeurs. C'est une période exceptionnelle, l'enjeu est exceptionnel. Nous devons montrer que les cadres de l'éducation nationale sont là où la Nation attend qu'ils soient. Les enseignants ne doivent pas se sentir seuls dépositaires des attentes de la société vis-à-vis de l'école. Je vous demande de donner pour instruction, dès cette semaine, aux inspecteurs pédagogiques (IA-IPR, IEN du 1er et du 2nd degré), sous l'autorité de l'inspection générale de l'éducation nationale (IGEN), de se rendre dans les écoles, collèges et lycées pour assister les équipes pédagogiques et éducatives dans l'accomplissement de leur mission d'éducation aux valeurs et principes de la République. Ces rencontres seront aussi l'occasion de consolider le contenu du nouvel enseignement moral et civique. La consultation des équipes enseignantes sur les projets de programmes remis par le Conseil supérieur des programmes est ouverte sur Eduscol depuis le 5 janvier, jusqu'au 23 janvier. Au-delà de cette action de soutien aux équipes pédagogiques, nous devons élargir cette mobilisation en lien avec les services de l'État et les acteurs de l'éducation populaire, de l'action socioéducative, de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. La mobilisation coordonnée de l'ensemble des partenaires éducatifs et sociaux est indispensable pour répondre à l'enjeu actuel de citoyenneté. Je réunirai pour ma part cette semaine l'ensemble des associations complémentaires de l'école qui sont nos alliées naturelles dans ce travail. Je vous demande quant à vous, recteurs et directeurs académique, en lien avec les DRJSCS et les DDCS, d'organiser la nécessaire articulation de l'ensemble des stratégies et actions menées par les acteurs publics et associatifs en faveur de l'éducation à la citoyenneté et de la réussite scolaire et éducative des élèves, en particulier dans les quartiers relevant de la politique de la ville et dans l'éducation prioritaire. Ce travail est indissociable de la nécessité de déployer davantage de ressources en direction des familles, qu'il s'agisse de leur lien avec l'école (à l'image du déploiement engagé des « mallettes des parents ») ou de la maîtrise du français pour l'ensemble des parents. Cette mobilisation doit également se réaliser au sein des instances de démocratie scolaire. Les conseils d'école, les conseils d'administrations des établissements, les comités d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC), les conseils de la vie collégienne, les conseils de la vie lycéenne (CVL, CAVL et CNVL) ainsi que le conseil supérieur de l'éducation (CSE) doivent être mobilisés pour faire vivre les valeurs de la République. Les associations lycéennes travaillent, en ce moment même, à la création d'un site internet de lutte contre le complotisme, car ils ont compris, comme ils me l'ont dit, que moins il y a de débat, plus les théories du complot prospèrent. L'apprentissage des usages de l'internet est d'ailleurs l'un des enjeux du plan numérique à l'école. Il s'agit d'une initiative parmi la multitude de celles qui m'ont été signalées depuis quelques jours et qui témoignent de la formidable capacité d'engagement de nos jeunes. Il faut que nous trouvions les moyens de renforcer les capacités d'initiative des associations lycéennes. Je réunirai dès la semaine prochaine le conseil national de la vie lycéenne sur ce sujet. C'est par l'engagement de tous les acteurs et de toutes les ressources de l'éducation nationale et de ses partenaires que nous répondrons aux attentes des élèves et de leurs familles, que nous prolongerons le sursaut civique et républicain qui s'est manifesté avec tant de force ces derniers jours. Et je souhaite que nous développions cet engagement dans la durée. Un effort accru sera ainsi engagé sur la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, en lien avec la nouvelle DILCRA, avec la prochaine mise en ligne d'un portail de ressources pédagogiques dédiées, une offre de formation en ligne et une mobilisation importante autour de la semaine d'éducation contre le racisme autour du 21 mars prochain. Je veux que cette semaine fasse l'objet d'une préparation exemplaire associant l'ensemble de nos partenaires. Les établissements d'enseignement supérieur que j'ai reçu hier se sont engagés à se mobiliser sur ces questions. S'agissant de la nécessité de lutter contre la radicalisation, le ministère a préparé un livret opérationnel de prévention à l'attention de ses personnels qui sera prochainement diffusé, une fois le plan d'actions interministériel arrêté. L'éducation nationale prendra toute sa part dans ce combat contre l'obscurantisme et en veillant à ce qu'aucune confusion ne puisse être suscitée ou entretenue entre la radicalisation, qui s'apparente à une dérive sectaire et toute forme de pratique religieuse. Je souhaite aussi améliorer l'éducation aux médias et à l'information, inscrite dans la loi de refondation de l'école, qui est un enjeu démocratique essentiel. Le ministère de l'éducation nationale est partenaire de longue date avec le Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information, le CLEMI, notamment sur le net. Je veux, conjointement avec le ministère de la culture, renforcer les associations de presse lycéenne. Des moyens nouveaux seront mobilisés à destination des journaux lycéens. Enfin, notre ministère sera fortement mobilisé pour développer les politiques de citoyenneté, selon votre souhait, Monsieur le Premier ministre. Il s'agit de la réponse de fond la plus forte que nous pouvons opposer à ceux qui ont attaqué les fondements de la République, et par là-même son école. J'ai engagé des consultations en ce sens, à la fois syndicales, politiques et intellectuelles, et je suis à l'écoute de vos propositions. Ma conviction, c'est que nous devons avancer fortement dans cinq directions : - La citoyenneté à l'école, c'est contribuer au sentiment d'appartenance à la communauté nationale, qui passe d'abord par notre langue commune, le Français. Nous devons faire plus encore pour améliorer l'acquisition du langage dans la petite enfance, la maîtrise de la lecture et de l'écriture à la fin du CE1. C'est un enjeu déterminant aux plans scolaire, social et citoyen, car les inégalités de maîtrise du français engendrent des phénomènes de retard ou de mise à l'écart qui impactent la capacité de tous les élèves à disposer des mêmes de chances non seulement de réussir au plan scolaire, mais aussi de trouver simplement une place dans notre démocratie. Je souhaite aussi que nous restions fortement engagés dans les dispositifs qui favorisent l'apprentissage du Français et des règles de fonctionnement de l'école pour les parents allophones, qu'ils soient présents de longue date sur le territoire ou primo-arrivants. - La citoyenneté, c'est la laïcité. Outre les chantiers engagés, il me semble indispensable d'avoir un moment symbolique et pédagogique qui rassemble enseignants, parents et élèves, qui pourrait être la date du 9 décembre selon le souhait de l'Observatoire de la Laïcité. Donnons-nous cette chance d'une journée annuelle de mobilisation sur un principe essentiel, dont l'école est le premier dépositaire. - La citoyenneté à l'école, c'est l'égalité sous toutes ses formes, en luttant contre les discriminations sexuelles, d'origine ou territoriale. Au-delà des plans en cours sur ce sujet, nous devons faire de la généralisation à venir des PEDT l'occasion de renforcer l'équité territoriale et d'offrir au plus grand nombre des projets de qualité qui mobilisent l'ensemble des ressources des territoires. Je souhaite aussi relancer la dynamique de la réussite éducative, qui répond en partenariat aux besoins éducatifs et sociaux d'accompagnement des élèves les plus fragiles et de leurs familles. Enfin, j'attacherai une attention particulière aux préconisations issues de la mission confiée à Jean-Paul Delahaye sur la lutte contre la pauvreté, car nous devons lutter par ses deux bouts contre la chaîne qui relie fragilité sociale et difficulté scolaire. C'est aussi l'enjeu d'une démocratisation réelle de l'enseignement supérieur, et d'une mise en œuvre plus ambitieuse du décret qui permet aux 10% des meilleurs élèves de chaque établissement scolaire d'accéder aux filières sélectives, car ce dispositif est un formidable levier pour lutter non seulement contre le déterminisme social dans l'orientation, mais aussi contre l'assignation scolaire et résidentielle. - Quatrième axe de réflexion : la citoyenneté, c'est la démocratisation, la participation et l'engagement. Renforcer la confiance entre les parents et l'école, développer une culture de l'engagement citoyen dès le collège, développer les conseils de la vie collégienne pour répondre à l'aspiration, légitime, d'échanges et de débats que demandent les élèves et aussi encourager plus encore la vie étudiante, facteur important de lien social. C'est ce à quoi nous devons nous atteler, ensemble. N'hésitons pas à lier pédagogie de projet et engagement citoyen, avançons dans la reconnaissance de l'engagement dans le cursus scolaire des élèves, soyons plus ambitieux pour que les semaines de l'engagement, en septembre, soient autant d'occasion d'ouvrir les établissements aux partenaires de l'éducation nationale comme aux jeunes déjà engagés, par exemple dans le service civique, qui est un moyen de renouer ce lien parfois distendu entre la jeunesse et la République. - Cinquième et dernier axe de réflexion et de travail : l'implication de l'enseignement supérieur et de la recherche pour éclairer la Société dans son ensemble sur les fractures qui la traversent et ces facteurs de radicalisation est essentielle. Dans ces moments difficiles que notre pays traverse, il est du devoir citoyen et scientifique des chercheurs comme des intellectuels que de nous aider à analyser ces phénomènes pour mieux y répondre. À cette fin, je solliciterai, avec Geneviève Fioraso, l'agence nationale de la recherche (ANR). Mesdames et Messieurs, la tâche qui nous attend est immense. À la mesure de la souffrance des victimes et de leurs proches. À la mesure du défi qui a été lancé aux valeurs et principes essentiels de la République. À la mesure de la mobilisation sans précédent du peuple français et des attentes légitimes qui sont les siennes. Nous avons l'ardente obligation de réussir, c'est-à-dire de rendre à l'école sa place au cœur de la société et de lui donner les moyens de jouer pleinement son rôle pour la réussite scolaire comme pour la transmission des valeurs républicaines. Ne laissons aucune polémique nous détourner de cet enjeu essentiel, plaçons-nous au bon niveau de débat. Lors de mes consultations hier, j'ai entendu un message très fort : ne faisons pas injonction aux seuls enseignants d'être des héros si nous ne sommes pas capables collectivement de prendre nos responsabilités. Les enseignants, je le sais, sont mobilisés et je vous demande de répondre à leurs demandes, d'accompagner leur démarche et, enfin, de nous faire remonter les expériences réussies comme les difficultés pour mieux progresser ensemble. Car j'en suis persuadée, s'il y a comme disait Jean-Jacques Rousseau « mille manières de rassembler les hommes, mais seulement une de les unir », l'école peut et doit être cette manière-là. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/080.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/080.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9876bcc21fd49da21c40c0a746d8cd397402a9db --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/080.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Mesdames, messieurs les ministres, Madame, Messieurs les présidents de groupe, Mesdames, messieurs les députés. Monsieur le Président, vous l'avez dit, ainsi que chacun des orateurs, avec force et sobriété, en trois jours, oui en trois jours 17 vies ont été emportées par la barbarie. Les terroristes ont tué, assassiné des journalistes, des policiers, des Français juifs, des salariés. Les terroristes ont tué des personnes connues ou des anonymes, dans leur diversité d'origine, d'opinion et de croyance. Et c'est toute la communauté nationale que l'on a touchée. Oui, c'est la France qu'on a touché au cœur. Les soutiens, la solidarité, venus du monde entier, de la presse, partout, des citoyens qui ont manifesté dans de nombreuses capitales, des chefs d'Etat et de gouvernements, tous ces soutiens ne s'y sont pas trompés ; c'est bien l'esprit de la France, sa lumière, son message universel que l'on a voulu abattre. Mais la France est debout. Elle est là, elle est toujours présente. A la suite des obsèques de ce matin à Jérusalem, de la cérémonie éprouvante, belle, patriotique, à la Préfecture de Police de Paris, en présence du chef de l'Etat, à quelques heures ou de jours d'obsèques pour chacune des victimes, dans l'intimité familiale, je veux, comme chacun d'entre vous, rendre, à nouveau, l'hommage de la Nation à toutes les victimes. Et la Marseillaise, tout à l'heure, qui a éclaté, dans cet hémicycle, était aussi une magnifique réponse, un magnifique message aux blessés, aux familles qui sont dans une peine immense, inconsolable, à leurs proches, à leurs confrères, je veux dire à mon tour une nouvelle fois notre compassion et notre soutien. Le Président de la République l'a dit ce matin avec des mots forts, personnels : « la France se tient et se tiendra à leurs côtés ». Dans l'épreuve, vous l'avez rappelé, notre peuple s'est rassemblé, dès mercredi. Il a marché partout dans la dignité, la fraternité, pour crier son attachement à la liberté, et pour dire un « non » implacable au terrorisme, à l'intolérance, à l'antisémitisme, au racisme. Et aussi au fond, à toute forme de résignation et d'indifférence. Ces rassemblements, vous le soulignez monsieur le président de l'Assemblée, sont la plus belle des réponses. Dimanche, avec les chefs d'Etat et de gouvernement étrangers, avec l'ancien président de la République, avec les anciens Premiers ministres, avec les responsables politiques et les forces vives de ce pays, avec le peuple français, nous avons dit et avec quelle force notre unité. Et Paris était la capitale universelle de la liberté et de la tolérance. Le peuple Français, une fois encore, a été à la hauteur de son histoire. Mais, c'est aussi, pour nous tous sur ces bancs, vous l'avez dit, un message de très grande responsabilité. Etre à la hauteur de la situation est une exigence immense. Nous devons aux Français d'être vigilants quant aux mots que nous employons et à l'image que nous donnons. Bien sûr la démocratie, que l'on a voulu abattre, ce sont les débats, les confrontations. Ils sont nécessaires, indispensables à sa vitalité, et ils reprendront, c'est normal. Loin de moi l'idée de déposer, après ces événements, la moindre chape de plomb sur notre débat démocratique, et vous ne le permettrez pas, de toute façon. Mais, mais nous devons être capables, collectivement, de garder les yeux rivés sur l'intérêt général, et d'être à la hauteur, dans une situation qui est déjà difficile, sur le plan économique, parce que notre pays aussi est fracturé depuis longtemps, parce qu'il y a eu des événements graves, on les oublie aujourd'hui, même s'ils n'avaient pas de lien entre eux, qui ont frappé les esprits à la fin de l'année, à Joué-Lès-Tours, à Dijon et à Nantes. Nous devons être à la hauteur de l'attente, de l'exigence du message des Français. Je veux, Mesdames et Messieurs les députés, en notre nom à tous, saluer et le mot est faible - le très grand professionnalisme, l'abnégation, la bravoure de toutes nos forces de l'ordre - policiers, gendarmes, unités d'élite. En trois jours, les forces de sécurité, souvent au péril de leur vie, ont mené un travail remarquable d'investigation, sous l'autorité du parquet antiterroriste, traquant les individus recherchés, travaillant sur les filières, interrogeant les entourages, afin de mettre hors d'état de nuire, le plus vite possible, ces trois terroristes. Monsieur le ministre de l'Intérieur, cher Bernard CAZENEUVE, je veux vous remercier aussi. Vous avez non seulement trouvé les mots justes, mais j'ai pu le voir à chaque heure, vous étiez concentré sur cet objectif. Autour du Président de la République, avec vous aussi madame la garde des Sceaux, nous avons été pleinement mobilisés pour faire face à ces moments si difficiles pour la patrie. Et pour prendre les décisions graves qui s'imposaient. Mesdames, Messieurs les députés, à aucun moment nous ne devons baisser la garde. Et je veux dire, avec gravité, à la représentation nationale et à travers vous à nos concitoyens, que non seulement la menace globale est toujours présente, mais que, liés aux actes de la semaine dernière, des risques sérieux et très élevés demeurent : ceux liés à d'éventuels complices, ou encore ceux émanant de réseaux, de donneurs d'ordres du terrorisme international, de cyberattaques. Les menaces perpétrées à l'encontre de la France en sont malheureusement la preuve. Je vous dois cette vérité, et nous devons cette vérité aux Français. Pour y faire face, partout sur le territoire, des militaires, des gendarmes, des policiers sont mobilisés. Les renforts de soldats affectés, en tout, près de 10. 000 - et je vous en remercie monsieur le ministre de la Défense -, et c'est sans précédent, permettent un niveau d'engagement massif, plus de 122 000 personnels assurent la protection permanente des points sensibles et de l'espace public. Les renforts militaires serviront et servent en priorité à la protection des écoles confessionnelles juives, des synagogues, et de mosquées. Madame, Messieurs les présidents, après le temps de l'émotion et du recueillement et il n'est pas fini vient le temps de la lucidité et de l'action. Sommes-nous en guerre ? La question a, en réalité peu d'importance, car les terroristes djihadistes en nous frappant trois jours consécutifs y ont apporté, une nouvelle fois, la plus cruelle des réponses. Avec détermination, avec sang-froid, la République va apporter la plus forte des réponses au terrorisme, la fermeté implacable dans le respect de ce que nous sommes, un Etat de droit. Le gouvernement vient devant vous avec la volonté d'écouter et d'examiner toutes les réponses possibles, techniques, règlementaires, législatives, budgétaires, monsieur le président JACOB. A une situation exceptionnelle doivent répondre des mesures exceptionnelles. Mais je le dis aussi avec la même force : jamais des mesures d'exception qui dérogeraient aux principes du droit et des valeurs. La meilleure des réponses au terrorisme qui veut précisément briser ce que nous sommes, c'est-à-dire une grande démocratie, c'est le droit, c'est la démocratie, c'est la liberté et c'est le peuple français. A cette menace terroriste, la République apporte et apportera des réponses sur son sol national. Elle en apportera aussi là où les groupes terroristes s'organisent pour nous attaquer, pour nous menacer, nos intérêts comme nos concitoyens. C'est pour cela que le Président de la République a décidé d'engager nos forces au Mali, un 11 janvier. Le 11 janvier 2013, jour où d'ailleurs tombait notre premier soldat dans ce conflit, Damien BOITEUX. Et d'ailleurs la même nuit, monsieur le ministre de la Défense, trois membres de nos services tombaient en Somalie. Le président de la République a décidé cet engagement pour venir en aide à un pays ami, le Mali, menacé de désintégration par des groupes terroristes ; le Mali, pays musulman. Le président de la République a décidé de renforcer notre présence aux côtés de nos alliés africains avec l'opération Barkhane. C'est un gros effort qu'assume la France, au nom notamment de l'Europe et de ses intérêts stratégiques. Un effort coûteux. La solidarité de l'Europe elle doit être dans la rue, elle doit être aussi dans les budgets à nos côtés. Un effort impérieux. Et quelle belle image de voir dimanche dernier, coude à coude le chef de l'Etat, des chefs de gouvernement, le président de la République et le Président malien, Ibrahim Boubacar KEÏTA. Là aussi c'était la meilleure des réponses pour dire que nous ne menons pas une guerre de religion, mais que nous menons, oui, un combat pour la tolérance, la laïcité, la démocratie, la liberté et les Etats souverains, ce que les peuples doivent se choisir. Oui, nous nous battons ensemble et nous continuons de nous battre sans relâche. C'est cette même volonté, curieuse concordance liée au calendrier, que nous exprimerons tout à l'heure en votant le prolongement de l'engagement de nos forces en Irak. C'est là aussi notre riposte claire et ferme, je m'exprimerai ici même dans un instant, le ministre des Affaires étrangères le fera au Sénat. C'est là aussi notre riposte contre le terrorisme, et nous devons avoir pour nos soldats engagés, sur les théâtres d'opération extérieurs, à des milliers de kilomètres d'ici, un profond respect et une grande gratitude. La menace est aussi intérieure. Je l'ai également rappelé souvent à cette tribune. Et face à la tragédie qui vient de se dérouler, s'interroger est toujours légitime et nécessaire. Nous devons apporter des réponses aux victimes, à leurs familles, aux parlementaires, aux Français. Il faut le faire avec détermination, sérénité, sans jamais céder à la précipitation. Et je ferai mienne la formule du président LEROUX : « il n'y a pas de leçon à donner, il n'y a que des leçons à tirer ». Le Parlement a déjà voté deux lois anti terroristes encore il y a quelques semaines à une très large majorité, les décrets d'application sont en cours de publication. Le Parlement s'est déjà saisi des questions relatives aux filières djihadistes. Ici-même, à l'Assemblée nationale, le 3 décembre dernier, vous avez créé une commission d'enquête sur la surveillance des filières et des individus djihadistes. Le président, Monsieur Éric CIOTTI, travaille étroitement avec le rapporteur, Monsieur Patrick MENNUCCI. Au Sénat, depuis le mois d'octobre, il existe une commission d'enquête sur l'organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux djihadistes en France et en Europe. Plusieurs membres du gouvernement ont déjà été auditionnés. Les travaux doivent se poursuivre et je sais que le ministre de l'Intérieur est particulièrement attentif à ces travaux. Il a d'ailleurs déjà rencontré hier les groupes et les parlementaires qui travaillent sur ces questions. Le gouvernement, monsieur le président de l'Assemblée nationale, Madame, Messieurs les présidents de groupe, est à la disposition du Parlement. Sur tous ces sujets, ou sur d'autres que nous avons déjà examinés, et je pense à la question épineuse particulièrement complexe, mais qu'il faut traiter encore avec plus de détermination, qui est celle des trafics d'armes dans nos quartiers. Je tiens à saluer, là aussi, le travail de nos services de renseignement : DGSI, DGSE, Service du renseignement territorial. A saluer aussi la justice antiterroriste. La tâche de ces femmes, de ces hommes est par essence discrète et immensément délicate. Ils font face à un défi sans précèdent, à un phénomène protéiforme, mouvant qui se dissimule aussi ; et parce qu'ils savent travailler ensemble ils obtiennent des résultats. A cinq reprises, en deux ans, ils ont permis de neutraliser des groupes terroristes susceptibles de passer à l'acte. En France, comme dans l'ensemble des pays européens, les personnes qui se reconnaissent dans le djihadisme international ont fortement augmenté en 2014. Dès l'examen de la loi antiterroriste, en décembre 2012, j'ai dit qu'il y avait en France des dizaines de MERAH potentiels. Le temps a confirmé, dramatiquement et implacablement, ce diagnostic. Sans renforcement très significatif des moyens humains et matériels, les services de renseignement intérieur pourraient se trouver débordés. On dépasse désormais 1 250 individus pour les seules filières irako-syriennes. Sans jamais négliger les autres théâtres d'opération, les autres menaces, celles des autres groupes terroristes au Sahel, au Yémen, dans la corne de l'Afrique, et dans la zone afghano-pakistanaise. Nous affecterons donc les moyens nécessaires pour tenir compte de cette nouvelle donne. En matière de sécurité, les moyens humains sont en effet essentiels. Nous l'avons mis en pratique depuis 2012. En 2013, sur la base des enseignements des tueries de Montauban et de Toulouse et des propositions formulées par la mission URVOAS-VERCHERE, une profonde réforme de nos services de renseignement a été accomplie avec la transformation de la Direction centrale du Renseignement intérieur en Direction générale de la Sécurité intérieure. La création de 432 emplois à la DGSI a été programmée. Ils doivent permettre de renforcer les compétences et de diversifier les recrutements : informaticiens, analystes, chercheurs ou interprètes. 130 sont déjà pourvus. Nous avons aussi amélioré la coopération entre les services intérieurs et extérieurs et également renforcé, même s'il faut encore faire davantage, nos échanges avec les services étrangers, à la suite de l'initiative que j'ai pu prendre il y a deux ans avec les ministres européens et notamment avec la ministre belge, Joëlle MILQUET puisque son pays est également confronté à ce problème-là. Initiative que Bernard CAZENEUVE a prolongée encore avec la réunion de nombreux ministres de l'Intérieur Place Beauvau. Mais il faut aller plus loin, et j'ai demandé au ministre de l'Intérieur de m'adresser dans les huit jours des propositions de renforcement. Elles devront notamment concerner Internet et les réseaux sociaux qui sont plus que jamais utilisés pour l'embrigadement, la mise en contact, et l'acquisition de techniques permettant de passer à l'acte. Nous sommes aussi l'une des dernières démocraties occidentales à ne pas disposer d'une cadre légal cohérent pour l'action des services de renseignement. Ce qui pose un double problème. Un travail important a été fourni par la mission d'information sur l'évaluation du cadre juridique des services de renseignement, présidée par Jean-Jacques URVOAS en 2013. Un prochain projet de loi quasiment prêt visera à donner aux services tous les moyens juridiques pour accomplir leurs missions, tout en respectant les grands principes républicains de protection des libertés publiques et individuelles, ce texte de loi qui sera sans aucun doute enrichi par vos travaux doit être, c'est ma conviction, adopté le plus rapidement possible. Au cours de l'année, nous lancerons également la surveillance des déplacements aériens des personnes suspectes d'activités criminelles. C'est le système PNR. La plateforme de contrôle française sera opérationnelle dès septembre 2015. Il reste à mettre en place un dispositif similaire au niveau européen. J'appelle de manière solennelle ici dans cette enceinte le Parlement européen à prendre enfin toute la mesure de ces enjeux, et de voter, comme nous le lui demandons depuis deux ans avec l'ensemble des gouvernements, à adopter ce dispositif qui est indispensable : nous ne pouvons plus perdre de temps ! Mesdames et Messieurs, les phénomènes de radicalisation sont présents sur l'ensemble du territoire. Il faut donc agir partout. Le plan d'action adopté en avril dernier a permis de renouveler l'approche administrative et préventive. La plateforme de signalement est particulièrement sollicitée par les familles. Elle a permis d'éviter de nombreux départs. Les préfets, en lien avec les collectivités territoriales qui doivent être associées à ces démarches, mettent progressivement en place des dispositifs de suivi et de réinsertion des personnes radicalisées. Là encore, j'ai demandé au ministre de l'Intérieur en lien avec d'autres membres du gouvernement concerné par ces sujets de m'indiquer les moyens nécessaires pour amplifier ces actions. Les phénomènes de radicalisation se développent, nous le savons, vous l'avez dit, en prison. Ce n'est pas nouveau ! L'administration pénitentiaire renforce d'ailleurs l'action de ses services de renseignement en lien étroit avec le ministère de l'Intérieur. Il faut, là aussi, accroître nos efforts. Dans nos prisons, des imams, comme des aumôniers de tous les cultes interviennent. C'est normal ! Mais il faut un cadre clair à cette d'intervention. Il nous faut aussi parvenir à une réelle professionnalisation. Enfin, avant la fin de l'année, sur la base de l'expérience menée depuis cet automne à la prison de Fresnes, la surveillance des détenus considérés comme radicalisés sera organisée dans des quartiers spécifiques créés au sein d'établissements pénitentiaires. Une formation de haut niveau sera dispensée aussi aux services de la protection judiciaire de la jeunesse. Comprendre le parcours de radicalisation d'un jeune est toujours complexe. Nous savons la facilité avec laquelle certains jeunes délinquants de droit commun basculent dans des processus de radicalisation et le passage de la délinquance de droit commun à la radicalisation et au terrorisme est un phénomène que nous avons décrit à maintes reprises ici dans les travaux de l'Assemblée nationale. Mais nous devons savoir prendre les mesures adaptées qui s'imposent. Il faut, certes, accompagner, aider, suivre de nombreux mineurs menacés par cette radicalisation. Il faut aussi prendre acte de la nécessité de créer, au sein de la direction de la PJJ, une unité de renseignement, à l'instar de ce qui est fait dans l'administration pénitentiaire. Pour tous ces axes de travail, mais aussi pour répondre aux besoins du parquet anti-terroriste, j'ai demandé à la Garde des Sceaux de me faire des propositions également dans les jours qui viennent. Mesdames et Messieurs, la lutte contre le terrorisme demande une vigilance de chaque instant. Nous devons pouvoir connaître en permanence l'ensemble des terroristes condamnés, connaitre leur lieu de vie, contrôler leur présence ou leur absence. J'ai demandé aux ministres de l'Intérieur et de la Justice d'étudier les conditions juridiques de mise en place d'un nouveau fichier. Il obligera les personnes condamnées à des faits de terrorisme ou ayant intégré des groupes de combat terroristes à déclarer leur domicile et à se soumettre à des obligations de contrôle. De telles dispositions existent déjà pour d'autres formes de délinquance à risque élevé de récidive. Nous devons l'appliquer en matière d'engagement terroriste, toujours sous le contrôle strict du juge. Mesdames et Messieurs, toutes ces propositions et il y en aura d'autres, je n'en doute pas et n'en doutez pas avant leur mise en œuvre et application, feront l'objet d'une consultation ou d'une présentation au Parlement au-delà bien sûr des textes législatifs. Mesdames et Messieurs les députés, les épreuves tragiques que nous venons de traverser nous marquent, marquent notre pays et marquent notre conscience. Mais nous devons être capables de poser rapidement à chaque fois un diagnostic lucide aussi sur l'état de notre société, sur ses urgences. Ce sont des débats que nous aurons l'occasion évidemment de mener. Je vais en dire quelques mots, en m'excusant de prendre plus de temps que nécessaire à ce qui était prévu. Le premier sujet qu'il faut aborder clairement, c'est la lutte contre l'antisémitisme. L'histoire nous l'a montré, le réveil de l'antisémitisme, c'est le symptôme d'une crise de la démocratie, d'une crise de la République. C'est pour cela qu'il faut y répondre avec force. Après Ilan HALIMI, en 2006, après les crimes de Toulouse, les actes antisémites connaissent en France une progression insupportable. Il y a les paroles, les insultes, les gestes, les attaques ignobles, comme à Créteil il y a quelques semaines qui, je l'ai rappelé ici dans cet hémicycle, n'ont pas soulevé l'indignation qui était attendue par nos compatriotes juifs dans le pays. Il y a cette inquiétude immense, cette peur que nous avons les uns et les autres sentie, palpée samedi dans la foule devant cet HYPER CACHER porte de Vincennes ou à la synagogue de la Victoire dimanche soir. Comment accepter qu'en France, terre d'émancipation des juifs, il y a deux siècles, mais qui fut aussi, il y a 70 ans, l'une des terres de son martyre, comment peut-on accepter que l'on puisse entendre dans nos rues crier « mort aux juifs » ? Comment peut-on accepter les actes que je viens de rappeler ? Comment peut-on accepter que des Français soient assassinés par ce qu'ils sont juifs ? Comment peut-on accepter que des compatriotes ou qu'un citoyen tunisien, que son père avait envoyé en France pour qu'il soit protégé alors qu'il va acheter son pain pour le Shabbat, meurt parce qu'il est juif ? Ce n'est pas acceptable et à la communauté nationale qui peut-être n'a pas suffisamment réagi, à nos compatriotes français juifs, je leur dis que cette fois-ci, nous ne pouvons pas l'accepter, que nous devons là aussi nous rebeller et en posant le vrai diagnostic. Il y a un antisémitisme que l'on dit historique remontant du fond des siècles mais il y a surtout ce nouvel antisémitisme qui est né dans nos quartiers, sur fond d'Internet, de paraboles, de misère, sur fond des détestations de l'Etat d'Israël, et qui prône la haine du juif et de tous les juifs. Il faut le dire, il faut poser les mots pour combattre cet antisémitisme inacceptable ! Et comme j'ai eu l'occasion de le dire, comme la ministre Ségolène ROYAL l'a dit ce matin à Jérusalem, comme Claude LANZMANN l'a écrit dans une magnifique tribune dans Le Monde, oui, disons-le à la face du monde : sans les juifs de France, la France ne serait plus la France. Et ce message, c'est à nous tous de le clamer haut et fort. Nous ne l'avons pas dit ! Nous ne nous sommes pas assez indignés ! Et comment accepter que, dans certains établissements, collèges ou lycées, on ne puisse pas enseigner ce qu'est la Shoah ? Comment on peut accepter qu'un gamin de 7 ou 8 ans dise à son enseignant quand il lui pose la question « quel est ton ennemi ? » et qu'il lui répond « c'est le juif » ? Quand on s'attaque aux juifs de France, on s'attaque à la France et on s'attaque à la conscience universelle, ne l'oublions jamais ! Et quelle terrible coïncidence, quel affront que de voir un récidiviste de la haine tenir son spectacle dans des salles bondées au moment même où, samedi soir, la Nation, Porte de Vincennes, se recueillait. Ne laissons jamais passer ces faits et que la justice soit implacable à l'égard de ces prédicateurs de la haine ! Je le dis avec force ici à la tribune de l'Assemblée nationale ! Et allons jusqu'au bout du débat. Allons jusqu'au bout du débat, Mesdames et Messieurs les députés, quand quelqu'un s'interroge, un jeune, un citoyen ou un jeune, et qu'il vient me dire à moi ou à la ministre de l'Education nationale « mais je ne comprends pas, cet humoriste, lui, vous voulez le faire taire et les journalistes de Charlie Hebdo, vous les montez au pinacle » mais il y a une différence fondamentale et c'est cette bataille que nous devons gagner, celle de la pédagogie auprès de notre jeunesse, il y a une différence fondamentale entre la liberté d'impertinence le blasphème n'est pas dans notre droit, il ne le sera jamais il y a une différence fondamentale entre cette liberté et l'antisémitisme, le racisme, l'apologie du terrorisme, le négationnisme qui sont des délits, qui sont de crimes et que la justice devra sans doute punir avec encore plus de sévérité. L'autre urgence, c'est de protéger nos compatriotes musulmans. Ils sont, eux aussi, inquiets. Des actes antimusulmans inadmissibles, intolérables, se sont à nouveau produits ces derniers jours. Là aussi, s'attaquer à une mosquée, à une église, à un lieu de culte, profaner un cimetière, c'est une offense à nos valeurs. Et le préfet LATRON a en charge à la demande du ministre de l'Intérieur en lien avec tous les préfets de faire en sorte que la protection de tous les lieux de culte soit assurée. L'Islam est la deuxième religion de France. Elle a toute sa place en France. Et notre défi, pas en France, mais dans le monde, c'est de faire cette démonstration : la République, la laïcité, l'égalité hommes / femmes sont compatibles avec toutes les religions sur le sol national qui acceptent les principes et les valeurs de la République. Mais cette République doit faire preuve de la plus grande fermeté, de la plus grande intransigeance, face à ceux qui tentent, au nom de l'Islam, d'imposer une chape de plomb sur des quartiers, de faire régner leur ordre sur fond de trafics et sur fond de radicalisme religieux, un ordre dans lequel l'homme domine la femme, où la foi, oui madame la présidente POMPILI, vous avez eu raison de le rappeler, l'emporterait sur la raison. J'avais ici, devant cette Assemblée, il y a quelques mois, évoqué les insuffisances et les échecs de trente ans de politique d'intégration. Mais, en effet, quand de vrais ghettos urbains se forment, où l'on n'est plus qu'entre soi, où l'on ne prône que le repli, que la mise en congé de la société, où l'Etat n'est plus présent, comment aller vers la République, saisir cette main fraternelle qu'elle tend ? Et surtout, comment tirer un trait catégorique sur cette frontière trop souvent ténue qui fait que l'on peut basculer - pas d'angélisme, regardons les faits en face - dans nos quartiers, de l'Islam tolérant, universel, bienveillant vers le conservatisme, vers l'obscurantisme, l'islamisme, et pire la tentation du djihad et du passage à l'acte. Ce débat, il n'est pas entre l'Islam et la société. C'est bien un débat au sein même de l'Islam, que l'islam de France doit mener en son sein, en s'appuyant sur les responsables religieux, sur les intellectuels, sur les Musulmans qui nous disent depuis plusieurs jours qu'ils ont peur. Je l'ai déjà rappelé, comme vous tous j'ai des amis français, de confession et de culture musulmane. L'un de mes plus proches amis m'a dit l'autre jour, il avait les yeux plein de larmes et de tristesse, qu'il avait honte d'être musulman. Eh bien moi je ne veux plus que dans notre pays il y ait des Juifs qui puissent avoir peur. Et je ne veux pas qu'il y ait des Musulmans qui aient honte parce que la République elle est fraternelle, elle est généreuse, elle est là pour accueillir chacun. Enfin, enfin, la réponse aux urgences de notre société elle doit forte, sans hésitations : la République et ses valeurs. Et ce sont mes derniers mots. Les valeurs ce sont en premier lieu la laïcité qui est gage d'unité et de tolérance. La laïcité, elle s'apprend bien sûr à l'école, qui en est un des bastions. C'est là, peu importe les croyances, les origines, que tous les enfants de la République ont accès à l'éducation, au savoir, à la connaissance. J'étais, ce matin avec la ministre de l'Education nationale, Najat VALLAUD-BELKACEM, devant les recteurs de France. Et je leur ai adressé un message de mobilisation totale. Un message d'exigence. Un message qui doit répercuter à tous les niveaux de l'éducation nationale, autour du seul enjeu qui importe : la laïcité ! La laïcité ! La laïcité, parce que c'est le cœur de la République et donc de l'école. La République n'est pas possible sans l'école, et l'école n'est pas possible sans la République. Et on a laissé passer trop de choses, je le disais il y a un instant, dans l'école. La laïcité, oui la laïcité, la possibilité de croire, de ne pas croire. L'éducation a des valeurs fondamentales, doit plus que jamais - c'est aussi cette réponse - être le combat de la France face à l'attaque que nous avons connue. Et arborons fièrement ce principe puisqu'on nous attaque à cause de la laïcité, à cause des lois que nous avons votées ici interdisant les signes religieux à l'école prohibant le voile intégral, revendiquons-les, parce que c'est ça qui doit qui doit nous aider à être encore davantage plus forts. Cette France qui s'est retrouvée dans l'épreuve, ce moment où le monde entier est venu à elle, car le monde sait lui aussi la grandeur de la France et ce qu'elle incarne d'universel. La France c'est l'esprit des lumières. La France c'est l'élément démocratique, la France c'est la République chevillée au corps. La France c'est une liberté farouche. La France c'est la conquête de l'égalité. La France c'est une soif de fraternité. Et la France c'est aussi ce mélange si singulier de dignité, d'insolence, et d'élégance. Rester fidèle à l'esprit du 11 janvier 2015 c'est donc être habité par ses valeurs. Rester fidèle à l'esprit du 11 janvier 2015 c'est apporter les réponses aux questions que se posent les Français. Rester fidèle à l'esprit du 11 janvier 2015 c'est comprendre que le monde a changé, qu'il y aura un avant et un après. Et au nom même de nos valeurs, apporter la riposte avec toute la détermination nécessaire : fermeté, unité, sont les termes qui ont été encore utilisés par le président de la République ce matin. Nous allons entretenir, je l'espère, comme un feu ardent, cet état d'esprit et nous appuyer sur la force de son message d'unité. Et en revendiquant fièrement ce que nous sommes. En le faisant, en nous rappelant sans cesse de nos héros, ceux qui sont tombés, ces 17, la semaine dernière. En nous souvenant toujours de ces héros que sont les forces de l'ordre. Avec beaucoup d'émotion nous l'avons encore ressenti ce matin, vous étiez nombreux sur tous les bancs, dans la cour de la préfecture de police de Paris. C'est ça aussi la France. Il y avait trois couleurs. Trois couleurs de ces trois policiers, ces deux policiers nationaux et cette policière municipale. Elle représentait, ils représentaient la diversité des parcours et des origines. Trois couleurs différentes. Trois parcours, mais trois Français. Trois serviteurs de l'Etat. Et devant les cercueils, aux côtés de leurs familles, il n'y avait que trois couleurs, celles du drapeau national. C'est au fond ça le plus beau message. Je vous avais dit, ici, au mois d'avril ma fierté, comme chacun d'entre vous, d'être français. Il y a quelque chose qui nous a tous renforcé, après ces événements, et après les marches de cette fin de semaine. Je crois que nous le sentons tous, c'est plus que jamais la fierté d'être français. Ne l'oublions jamais ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/081.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/081.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ddf5010e1a167a0644b3cab6107c4d81dbc8626c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/081.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président du Sénat, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Mesdames et Messieurs les Ministres, Je m'exprime avec vous aujourd'hui dans une immense émotion. L'émotion que j'ai ressentie dans vos propos, Monsieur le Président du Sénat, très justes, très profonds, qui rappelaient ce que nous sommes, ce que sont les valeurs de la République et ce qui nous rassemble dans cet hémicycle et par-delà cet hémicycle dans le pays. J'ai retrouvé cette émotion, cette force dans les interventions de tous ceux qui se sont succédé à la tribune, quelle que soit la formation politique à laquelle ils appartiennent. J'ai ressenti cette émotion et cette force aussi dans le discours qu'a prononcé le Premier Ministre avec une force exceptionnelle tout à l'heure à l'Assemblée Nationale : nous avons tous ressenti cette émotion dimanche dans les rues de Paris alors que derrière les victimes rassemblées dans l'unité, il y avait des chefs d'Etat et de gouvernement venus de toute l'Union Européenne, et de bien au-delà, autour du Président de la République française, qui étaient venus dire leur amour de la France, et à travers leur amour de la France, leur attachement aux valeurs que nous incarnons, qui sont des valeurs universelles, qui les concernent et qui les ont inspirés parfois lorsqu'ils ont mis en place leurs institutions. Nous étions nombreux, représentants des institutions, des corps constitués mais aussi simples citoyens à dire que nous n'avions pas peur, que face au terrorisme, nous étions debout, déterminés à faire prévaloir ce que nous sommes dans la fermeté, dans l'exigence de voir prévaloir à chaque instant les valeurs de la République et dans la volonté de faire en sorte qu'à tout moment, la sécurité des Français et notamment de ceux qui ont été atteints soit assurée. Nous avons tout à l'esprit vos propos en témoignent l'importance du drame qui s'est produit la semaine dernière, un drame qui a touché des journalistes, des caricaturistes, des dessinateurs parce qu'avec leur crayon, ils étaient les héritiers de l'esprit de Voltaire, celui qui a inspiré Micromégas qui regardait notre pays de Sirius et parfois par la distance qu'il crée de là où il nous regardait parvenait à déceler ce qui en nous méritait d'être corrigé ou dénoncé, eh bien, le crayon de ces caricaturistes était leur manière à eux de témoigner de leur impertinence et créer entre leur regard et la réalité, cette distance dont nous avons besoin parfois pour nous changer nous-mêmes. Cette impertinence, cette liberté, c'est ce qu'on a voulu atteindre ; cette impertinence, cette liberté, c'est la France de DAUMIER à WOLINSKI, CABU et tant d'autres qui par leur talent témoignent de l'amour que nous avons de la liberté. On a voulu atteindre des policiers, des policiers nationaux et les policiers municipaux parce que dans la République, ils incarnent le droit, qu'ils incarnent l'ordre. Quand je dis « l'ordre », je ne veux pas parler d'une fermeture, d'une rigueur, d'une rigidité, non, je veux parler de l'amour de la République, du droit, de l'état de droit qui constitue notre patrimoine commun. Je vais vous parler de ces policiers, je vais vous en parler parce qu'ils ont été en premier ligne dans ces événements et, comme vous l'avez dit les uns et les autres justement, ils méritent notre estime et notre considération. Je vais vous parler des camarades, membres du service de protection des hautes personnalités, de Franck qui assurait la protection de Stéphane CHARBONNIER, dit « Charb » et qui est tombé quelques minutes après l'entrée des terroristes dans les locaux de Charlie Hebdo, la main sur son pistolet pour assurer courageusement la protection de celui dont il avait la charge. Je n'oublierai jamais, jamais les larmes de ses camarades des services de protection des hautes personnalités qui savaient son courage, sa droiture et sa valeur comme je n'oublierai jamais le regard déterminé de sa mère ce matin à la cérémonie disant sa détermination à résister à la peur dans la dignité. Je n'oublierai jamais l'effroi des camarades de la jeune policière municipale de Montrouge qui venait d'assister au crime abject, on avait tiré dans le dos de leur camarade et il y avait par-delà les larmes, la colère et l'indignation, je n'oublierai jamais non plus le visage et les regards des policiers du commissariat du 11ème arrondissement, les camarades du policier Ahmed qui a essayé de s'intercepter après que le crime a été commis dans les locaux de Charlie Hebdo pour faire en sorte que la fuite funeste s'arrête. Il y avait dans ce regard de la tristesse, une tristesse incommensurable ; il y avait dans ces regards la fierté d'être policier et je n'oublierai non plus jamais le regard parfois derrière le masque qui assure leur protection, il ne faut pas qu'on les reconnaisse, qu'on les distingue, qu'on les identifie, les regards des policiers de la BRI et du RAID qui sont intervenus en sauvant toutes les vies qui pouvaient l'être à l'épicerie HYPER CACHER et qui témoignaient, ces regards, non pas de la peur après s'être engagé, non pas de l'effroi - et pourtant, il dut à un moment être rencontré - mais qui témoignaient simplement de la fierté d'avoir sauvé des vies. Alors, ces hommes, ces femmes, qui constituent nos forces de l'ordre que j'ai eus sous ma responsabilité pendant ces événements tragiques, je veux de cette tribune hautement symbolique leur dire du fond du cœur mon immense, mon incommensurable gratitude. Et l'exprimant ainsi de cette tribune, je sais qu'elle n'est que l'expression de ce que vous éprouvez chacune et chacun car nombreux ont été vos témoignages, vos lettres, vos appels, vos SMS. Et je n'oublierai jamais non plus à quel point dans cette période, vous avez été proches de celles et de ceux qui assurent la sécurité des Français et à vous aussi, sénateurs et sénatrices de France pour cette solidarité, pour cet amour de la République, je veux dire ma gratitude et mes remerciements. Et puis je n'oublierai jamais non plus les propos qui ont été tenus par les représentants des institutions et de la Communauté juive de France qui nous ont dit leur lassitude et leur tristesse d'avoir peur, parce qu'ils voient l'antisémitisme resurgir, dans des formes qui donnent le sentiment que jamais les choses ne s'arrêteront et que jamais il ne sera mis fin à l'abjection. Eh bien comme l'a dit le Premier ministre tout à l'heure à la tribune de l'Assemblée nationale avec force, je veux, avec vous leur dire d'ici, que nous n'accepterons plus et que nous mettrons tout en œuvre pour que plus jamais un seul juif de France n'ait peur d'aller dans une école ou dans un lieu de culte parce qu'il y a des barbares et des assassins qui veulent s'attaquer à ce qu'il y a de plus précieux dans notre pays, le droit de croire ou de ne pas croire, et dès lors que l'on a fait le choix de sa religion, de pouvoir la pratiquer en sécurité et en liberté. Et dimanche, lorsque nous étions ensemble dans les rues de Paris, nous avons ressenti le peuple de France qui prenait dans ses bras, par-delà les victimes qui conduisaient le cortège, tous les journalistes de France qui incarnent en France la liberté et qui la font vivre dans la République, tous les policiers de France, gendarmes, nationaux et municipaux, qui assurent l'ordre et font respecter l'Etat de droit, tous les juifs de France qui aiment profondément la République et n'entendent pas qu'on l'atteigne, mais aussi tous les autres, qui peuvent avoir honte, qui peuvent avoir peur, et qui n'entendent pas que dans la République, on crée la division, l'effroi et la peur. Alors bien entendu, comme l'a dit le Premier Ministre à l'Assemblée Nationale, comme l'a exprimé ce matin encore une fois avec beaucoup de force le Président de la République, comme vous l'avez exprimé vous-mêmes à l'instant, il nous faut maintenant regarder l'avenir et tirer tous les enseignements de ce qui s'est produit. Et je veux vous dire, dans la responsabilité qui est la mienne, de ministre de l'Intérieur mais le Premier ministre a indiqué tout à l'heure que c'était là un devoir pour l'ensemble du gouvernement que nous nous tenons à la disposition des assemblées, non seulement pour expliquer, non seulement pour rendre compte ! La démocratie doit continuer à respirer avec cette exigence. Et je dirais même que cette exigence de rendre compte doit être encore plus forte aujourd'hui de la part du gouvernement, qu'elle n'a pu l'être par le passé lorsque des événements difficiles se sont produits en raison de la dimension de drame, de tragédie, mais aussi parce que c'est ensemble que nous devons tirer les enseignements de ce qui s'est passé pour apporter les justes corrections, les justes évolutions et faire en sorte que nous soyons plus forts et plus armés encore face au risque terroriste. Je voudrais, comme l'a fait le Premier ministre, tout à l'heure à l'Assemblée nationale, esquisser devant vous simplement, rapidement parce que nous aurons l'occasion d'en reparler souvent, et prochainement les quelques pistes sur lesquelles nous avons décidé d'avancer ensemble. D'abord, il y a l'urgence ! Pour moi, l'urgence, ce sont deux sujets. D'abord l'enquête qui se poursuit. Nous avons mis en place et ça a été l'une des raisons du succès des opérations qui ont été conduites une cellule opérationnelle destinée à assurer le bon déroulement des enquêtes placées sous l'autorité du Parquet antiterroriste, et à mettre hors d'état de nuire tous ceux qui avaient commis des actes ou pouvaient en commettre encore. Nous avons décidé, à la demande du président de la République, du Premier ministre, de ne pas désarmer cette cellule opérationnelle de crise qui rassemble plusieurs fois par jour autour de moi l'ensemble des grands dirigeants du ministère de l'intérieur qui travaillent ensemble, échangent des informations, de manière à ce que les enquêtes se poursuivent, avancent vite et permettent d'identifier toutes les complicités, et l'identité de tous ceux qui ont pu participer, contribuer aux actes tragiques de la semaine dernière afin qu'ils soient identifiés et mis hors d'état de nuire. Vous comprendrez qu'il ne serait pas responsable de ma part de donner des éléments sur les enquêtes en cours, placées sous l'autorité du procureur de Paris, du Parquet antiterroriste, mais je veux vous rassurer en vous disant que tout est mis en œuvre pour que ces enquêtes progressent et qu'elles permettent d'atteindre le but. Comme je veux vous assurer de la détermination de tous les services qui sont placés sous ma responsabilité, notamment de la Direction générale de la Sécurité intérieure, de tout mettre en œuvre pour que nous puissions identifier l'ensemble de ceux qui peuvent représenter un danger pour notre pays. Car nous sommes et il faut nommer les choses, les regarder en face, avec sang-froid et détermination face à un terrorisme d'un nouveau type, des combattants étrangers en nombre, dont le nombre a augmenté de près de 80 % depuis le début de l'année, qui partent sur le théâtre des opérations terroristes, notamment en Irak et en Syrie, et reviennent après avoir procédé à des exactions, des exécutions, des décapitations et qui se trouvent animés, conduits, dirigés par le seul instinct de la haine ; il y a tous ceux qui sont organisés au sein d'autres structures, je pense notamment à Al-Qaïda, et qui peuvent, à travers d'autres modalités, frapper encore et à tout moment ; il y a ceux qui n'appartiennent à rien mais qui fréquentent, dans une relation exclusive de tout autre, la violence sur Internet et qui peuvent, seuls, sans avoir été commandés par personne, passer à l'acte en commettant des crimes, ils sont d'ailleurs les plus difficiles à détecter. Et puis il y a des cellules dormantes ; et puis il y a des réseaux organisés du crime, du trafic d'armes, et du trafic de drogues, qui alimentent par leur financement, ces réseaux organisés terroristes et qui doivent être démantelés. Je veux vous dire clairement, nettement, fermement, la détermination du gouvernement à agir sans trêve ni pause pour qu'il n'y ait pas de sanctuaire en France pour ces acteurs du crime, quelles que soient les activités auxquelles ils se livrent. Et que les services qui sont placés sous ma responsabilité sont déterminés à atteindre le but en multipliant les actions et les initiatives, comme ils le font depuis des mois. Mais je veux vous demander… Solennellement de poser toutes les questions, parce qu'ils sont déterminés à y répondre, et puis en même temps de comprendre que face aux risques auxquels nous sommes confrontés, notre mobilité doit être grande, notre capacité d'adaptation constante, et notre détermination, totale. Poursuivre les enquêtes, assurer la sécurité des Français par l'action de nos services de Renseignement, et aussi assurer la protection des lieux et des institutions qui peuvent se trouver frappés par ces assassins et ces barbares. Je pense aux lieux de culte, je pense à certaines écoles, je pense à certaines institutions. C'est la raisons pour laquelle nous avons pris la décision de protéger l'ensemble des écoles et des lieux de culte de la communauté juive à sa demande, et en liaison étroite avec elle mais aussi tous les autres, parce que les actes islamophobes se sont multipliés au cours des derniers jours et des dernières semaines, et qu'il est du devoir de la République, de protéger tous ses enfants et de traquer ceux qui veulent s'attaquer aux valeurs de la République, à ses principes, et de faire en sorte aussi, comme l'ont dit beaucoup d'orateurs, qu'à cette fin, nous soyons intransigeants, comme l'a dit le Premier ministre avec beaucoup de force tout à l'heure, dans le respect des principes de la laïcité. Poursuivre les enquêtes, assurer dans l'urgence la sécurité. Et puis nous armer davantage. Et pour nous armer davantage, nous devons traiter de 3 questions. Elles ont été évoquées tout à l'heure, elles doivent être traitées au fond et en très étroite concertation avec l'ensemble des groupes représentés à l'Assemblée nationale et au Sénat ; c'est l'esprit de la réunion que j'ai tenue hier place Beauvau, qui en appellera d'autres, d'autres que nous devrons tenir dans l'urgence car la réponse, comme vous l'avez dit les uns et les autres, ne saurait trop attendre. Les trois sujets sur lesquels le Premier ministre a proposé que nous engageons la réflexion collective et sur lesquels il m'a demandé, avec d'autres membres du gouvernement, de travailler, sont les suivants. D'abord la question des moyens. Nous sommes dans une période qui doit durer le plus longtemps possible, d'unité, de concorde nationale, parce que l'unité nationale, comme vous l'avez dit les uns et les autres, est la condition de la force, face aux attaques terroristes. Alors il n'est pas le moment et il ne sera jamais le moment, dans cette période, de faire le bilan des décisions prises par les uns et les autres à tel ou tel moment. Nos forces de Sécurité ont perdu des moyens. Nous sommes, ensemble, déterminés à faire en sorte qu'elles en retrouvent. C'est l'esprit des décisions prises par le gouvernement au début du quinquennat lorsqu'il a décidé de procéder à des recrutements nouveaux dans la Police et dans la Gendarmerie. Au sein de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure, dont 50 % des effectifs se consacrent à la lutte antiterroriste, 432 postes ont été envisagés dont la moitié sont d'ores et déjà créés. Il en faudra sans doute plus. Le Premier ministre m'a demandé, dans cet esprit, de lui faire des propositions. Nous avons besoin d'ingénieurs, de techniciens, d'informaticiens pour mieux détecter un certain nombre de filières qui agissent sur les réseaux Internet, mieux résister aussi à un certain nombre d'attaques cyber dont nous pouvons faire l'objet. Nous avons également besoin de conforter nos moyens hors les personnels. Douze millions d'euros par an ont été affectés dans le cadre du prochain triennal à la Direction Générale de la Sécurité Intérieure, pour améliorer ses capacités technologiques d'intervention. J'avais indiqué au Premier Ministre au cours des dernières semaines qu'il me paraissait nécessaire d'aller au-delà, dans la modernisation des infrastructures informatiques du ministère de l'intérieur, des infrastructures des réseaux, des applications, car un certain nombre de défaillances qui avaient été constatées, notamment la défaillance du système CHEOPS à l'occasion du retour des 3 combattants étrangers ayant transité par la Syrie, était le signe d'un sous-investissement chronique dans les moyens informatiques dont nous avons besoin pour assurer la sécurité. Nous allons procéder, là aussi, à des investissements significatifs qui seront proposés dans le cadre du Plan que je présenterai au Premier ministre dans quelques jours. Les moyens, ce sont aussi ces moyens qui doivent permettre à nos forces d'être véloces, rapides, réactives lorsque des incidents graves se produisent. Vous avez évoqué tout à l'heure la question des véhicules ; ce n'est pas un petit sujet, 40 millions d'euros sont d'ores et déjà affectés par force pour permettre l'achat de 2.000 véhicules par an. Cet effort doit se poursuivre et s'intensifier. Les moyens, les moyens pour la Police, la Gendarmerie, la Direction Générale de la Sécurité Intérieure ; les moyens pour l'Administration pénitentiaire parce que l'on sait que la radicalisation s'effectue aussi en milieu pénitentiaire et que beaucoup de ceux qui, parmi les délinquants de droit commun, sont incarcérés, rencontrent parfois l'islamisme radical en prison, et par conséquent, sortent avec la tentation de commettre d'autres crimes qu'ils n'avaient pas nécessairement envisagé de commettre, et tout cela doit être mis en œuvre et tout cela doit être mis en œuvre comme a commencé à le faire avec beaucoup de force, de détermination la Garde des Sceaux de manière à ce que nous puissions apporter la juste réponse. Les moyens, mais nous devons aussi, Mesdames et Messieurs les sénateurs, nous attaquer à ce qui relève des insuffisances ou des inadaptations de notre système juridique. Je me souviens très bien des débats que nous avons eus à l'occasion de l'adoption de la loi antiterroristes il y a de cela deux mois seulement. Nous avons adopté deux lois antiterroristes depuis le début du quinquennat, une première portée par le Premier ministre lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, une seconde portée par moi il y a de cela simplement quelques semaines puisque cette loi a été adoptée au mois de novembre et je me souviens des débats que nous avons eus, il ne faut d'ailleurs pas les revisiter pour nous faire grief les uns aux autres des positionnements que nous avons eus. Il est normal en démocratie, je n'en ai pas été choqué au moment où les débats ont eu lieu, que l'on cherche constamment le juste équilibre entre la nécessité de renforcer la sécurité des Français et de ne jamais porter atteinte à leurs libertés mais je me souviens que dans ce débat, lorsque j'ai insisté sur le rôle déterminant joué par Internet et sur la nécessité de procéder à davantage de régulation, à davantage d'intervention pour que les messages de haine qui s'y déploient sans limites soient enfin cantonnés, il y a eu une discussion sur la nécessité de trouver le bon équilibre entre cette exigence de régulation et la neutralité d'Internet et la liberté d'expression permise sur la toile. Je me souviens que lorsqu'il a été proposé l'interdiction administrative de sortie du territoire pour ceux dont on savait qu'ils allaient s'engager dans des opérations terroristes et dont on était à juste titre convaincu qu'ils reviendraient habités par le seul instinct de la haine, il y a eu des débats sur la liberté d'aller et venir. Et je me souviens que lorsque nous avons présenté une disposition à travers l'article 15 de la loi qui permettait à mon ministère de pouvoir conserver au-delà de 30 jours le contenu des interceptions de sécurité de manière à ce que nous puissions aller au bout de l'exploitation des renseignements dont nous avions besoin, il y a eu des débats à l'Assemblée nationale et au Sénat qui ne nous ont pas permis d'aller au bout de cette disposition que j'avais présentée de manière à ce que nous puissions disposer de la totalité des éléments dont nous avons besoin pour procéder à la surveillance nécessaire de ceux que nous devons surveiller. Eh bien je propose que dans le contexte nouveau résultant des événements qui viennent de se produire nous ne mettions pas en place des lois d'exception qui seraient comme une première victoire des terroristes sur nous-mêmes, sur la démocratie, mais que nous fassions en sorte lucidement de regarder la réalité de manière à ce que nous puissions nous doter de tous les moyens qui nous permettent de lutter efficacement contre le terrorisme en prenant toutes les mesures notamment à travers la loi sur le renseignement qui permettent à nos services de disposer des outils dont ils ont besoin pour être dans l'efficacité et dans l'efficience. Enfin, le troisième point sur lequel je voudrais insister c'est sur la nécessité de travailler sur les organisations et les coopérations. Beaucoup des sujets que nous avons devant nous dépendent de nous, dépendent de vous législateurs qui allez devoir comme le gouvernement en regardant la situation nouvelle à laquelle nous sommes confrontés, nous allons devoir ensemble prendre nos responsabilités mais beaucoup dépend aussi d'un cadre qui associe d'autres institutions et d'autres Etats. Je veux parler notamment de tous les enjeux européens sur lesquels nous devons nous mobiliser et que nous avons de nouveau mis sur le métier dimanche dernier en rassemblant à Paris les ministres de l'Intérieur non seulement de l'Union européenne mais aussi de ceux d'autres pays, grandes puissances avec lesquelles nous travaillons étroitement pour essayer d'être plus efficace en terme de renseignements et de démantèlements des grandes filières du crime organisé et notamment des grandes filières terroristes. Je veux parler tout d'abord de ce qui doit être fait pour démanteler de façon volontariste tous ceux qui procèdent au trafic d'armes, c'est un trafic international qui va bien au-delà des frontières de l'Europe, qui mobilise des organisations du crime, qui parfois ont une dimension multinationale et qui conduisent des acteurs à utiliser des sociétés écrans, des comptes dans des paradis fiscaux pour alimenter le terrorisme. Il faut que nous soyons capables par des actions plus puissantes sur Internet, par des échanges plus réguliers entre services de renseignements, de faire en sorte que nous puissions être dotés des moyens qui nous permettent de démanteler rapidement ces filières organisées du crime notamment dans le domaine du trafic d'armes. Nous devons ensuite faire en sorte que les trajets de tous ceux qui agissent dans ces réseaux terroristes puissent être davantage identifiés pour que le système d'information Schengen avec son dispositif de signalement nous permette à tout moment d'arrêter les trajets de ceux qui peuvent commettre des crimes dans nos Etats après avoir traversé l'Europe en en commettant parfois dans plusieurs Etats après avoir fait escale dans plusieurs aéroports, c'est la mise en place du PNR. Et comme l'a fait le Premier ministre tout à l'heure devant l'Assemblée nationale, je veux profiter de notre débat pour appeler du Sénat l'ensemble des parlementaires européens à bien comprendre que nous ne pourrons pas réussir la lutte contre le terrorisme si le PNR ne se met pas en place rapidement et qu'il est possible de le faire, qu'il est possible de le faire sans préjudice pour les libertés publiques puisque la Cour de justice de l'Union européenne vient de prendre une position sur la protection, la durée de détention des données qui peut permettre de trouver cet équilibre entre davantage de protection des données et le PNR qui permettra davantage de sécurité au plan européen. Nous devons aussi faire évoluer le regard que nous portons sur Schengen, faire en sorte que nous puissions dans le cadre du code actuel en l'interprétant intelligemment, faire en sorte que des contrôles plus réguliers, plus systématiques puissent se faire pour des vols en provenance d'un certain nombre de pays de manière à assurer une plus grande efficacité des contrôles de la police de l'air et des frontières dans des aéroports. Comme nous devons accepter d'engager une réflexion au sein de l'Union européenne permettant une modification rapide du code Schengen destiné non pas à remettre en cause la liberté de circulation, non pas destiné à remettre en cause l'atout que représente la liberté de circulation en Europe mais destiné à faire en sorte que celle-ci se conjugue avec l'exigence de sécurité dont nous avons besoin. Nous avons besoin de plus de coopération européenne, nous avons besoin de plus de coopération internationale, nous avons un agenda dont vous voyez, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, qu'il est riche, qui nous engage. Je voudrais conclure ce propos en vous indiquant comme l'a fait le Premier Ministre tout à l'heure devant les députés que le gouvernement est déterminé à faire ce travail avec vous. Des propositions seront élaborées rapidement parce que nous devons être dans le mouvement, dans l'efficacité, dans la rapidité de la réaction. Mais ces réflexions rapides seront partagées avec vous parce que nous voulons dans l'unité nationale faire en sorte que la lutte contre le terrorisme permet d'adopter les meilleures dispositions dans le consensus le plus large. Enfin, je voudrais conclure en vous disant aussi que tout ce que nous allons faire ensemble doit être inspiré par tout ce que vous avez dit et qui nous rassemble, c'est-à-dire la volonté de faire en sorte que dans la République la laïcité qui permet à la République d'accueillir en son sein tous ces enfants, le respect des valeurs de liberté, de tolérance et de respect de l'autre même s'il est différent de nous continue à l'emporter et à prévaloir face à toutes les formes de terrorisme et d'intolérance. Car ce qu'a révélé la manifestation de dimanche et ce que révèle l'unité qui préside à notre action, c'est l'amour que nous avons de la République, de ses valeurs. Et c'est cet amour qui nous donne de la force face aux attaques des terroristes. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/082.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/082.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a41b4a00be807200bc0c732990d06eeba5479552 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/082.txt @@ -0,0 +1 @@ +WILLIAM LEYMERGIE Pour « LES 4 VERITES » ce matin Roland SICARD reçoit la ministre de la Culture et de la Communication, Fleur PELLERIN. ROLAND SICARD Bonjour à tous, bonjour Fleur PELLERIN. FLEUR PELLERIN Bonjour. ROLAND SICARD « Charlie Hebdo » reparait aujourd'hui dans les kiosques, c'est important, c'est lourd de symbole une semaine après les attentats ? FLEUR PELLERIN Pas seulement important, c'était indispensable, précisément parce que ces attentats ignobles qui ont frappé notre pays c'était des attentats contre la France et contre ses valeurs et, parmi ces valeurs, il y avait la liberté de la presse et donc le fait que les assassins aient voulu décimer une rédaction pour tuer un journal et empêcher s publication à l'avenir eh bien je crois que ça rendait absolument indispensable effectivement que « Charlie Hebdo » soit dans les kiosques aujourd'hui, mais également dans deux semaines et puis toutes les semaines à venir. ROLAND SICARD C'est un journal qui était en difficulté, est-ce que vous allez l'aider financièrement ? FLEUR PELLERIN Alors vous savez moi je suis arrivée il y a quatre mois et, effectivement, on m'avait signalé qu'il y avait cette difficulté pour aider un certain nombre de titres de presse comme « Charlie Hebdo » qui disposent de peu de ressources publicitaires, donc j'avais déjà engagé un travail avec mes services et, effectivement, je vais faire modifier la réglementation afin que des titres comme « Charlie Hebdo » mais aussi comme « Le Monde diplomatique » par exemple puissent bénéficier des aides qui aujourd'hui sont réservées aux quotidiens ce qui est quelque chose qui n'a pas beaucoup de sens et donc, effectivement, j'avais déjà commencé à travailler en réalité avant ces évènements tragiques à la modification de la réglementation pour pouvoir aider des titres comme « Charlie Hebdo » au nom du soutien public au pluralisme de la presse. ROLAND SICARD Les autorités égyptiennes parlent de provocation, parce que le prophète Mahomet est dessiné sur la couverture de « Charlie Hebdo », qu'est-ce que vous leur répondez ? FLEUR PELLERIN C'est l'esprit de « Charlie Hebdo » ! L'esprit de « Charlie Hebdo » ce n'était pas d'être en infraction avec les lois et les règlements, d'inciter à la haine raciale, d'inciter à des actions de terrorisme, c'était d'être en permanence sur le champ de l'impertinence - et c'est bien cela que nous avons voulu défendre, c'est bien cela l'esprit français, c'est l'humour, c'est l'impertinence, ça peut être parfois de la provocation et c'est esprit-là, il n'était pas question que « Charlie Hebdo » reparaisse dans les kiosques pour devenir « Okapi » ou un journal totalement… Qui aurait neutralisé complètement ce qui faisait sa singularité. Donc, moi, je suis évidemment en très fort soutien à la rédaction de « Charlie Hebdo » qui a souhaité maintenir et faire vivre cet esprit de « Charlie Hebdo » qui est ce qui a été menacé et qui est ce que nous devons soutenir parce que cela correspond à la conception que nous avons de la liberté de la presse et de la liberté d'expression. ROLAND SICARD Hier à l'Assemblée Manuel VALLS a présenté des mesures sécuritaires pour lutter contre le terrorisme, est-ce que la culture elle-même n'a pas un rôle à jouer contre la radicalisation ? FLEUR PELLERIN Eh bien vous savez moi je pense que ce qu'ont en commun ces mouvements radicaux, ces mouvements qui sont des mouvements fascistes - il faut le dire ou ces mouvements fanatiques, c'est la haine de la culture, c'est ça qui les rassemble en réalité. Quand vous pensez à la destruction des Bouddha en Afghanistan, quand vous pensez aux destructions également du patrimoine de Mossoul, quand vous pensez ce qui s'est passé à Tombouctou, c'est également au patrimoine culturel que s'en sont pris les terroristes ou les fanatiques, à chaque fois il y a cette haine de la culture ; et finalement ce qui s'est joué aussi, à travers les évènements tragiques de la semaine dernière, c'est la manifestation de cette haine de la culture, de cette haine de l'intelligence, de cette haine du savoir… ROLAND SICARD Mais quel rôle la culture peut jouer… FLEUR PELLERIN Et précisément pourquoi est-ce que ces mouvements détestent la culture ? ROLAND SICARD Contre la radicalité ? FLEUR PELLERIN Parce que la culture est ce qui permet de développer son esprit critique, de développer une pensée critique vis-à-vis des dogmatismes par exemple et qui permet aussi de créer du vivre ensemble. Et moi ce que m'a demandé le président de la République et le Premier ministre Manuel VALLS c'est évidemment de participer à la réflexion sur les mesures que nous devons mettre en œuvre pour tirer les leçons de ce qui s'est passé et, parmi ces mesures, il n'y a pas que des mesures qui concernent les moyens de sécurité que nous utilisons pour protéger nos populations, il y a surtout l’éducation et la culture, parce qu'au fond c'est cela qui est en danger… ROLAND SICARD Est-ce qu'elle n'est pas trop élitiste… FLEUR PELLERIN C'est notre capacité à vivre ensemble. ROLAND SICARD Est-ce qu'elle n'est pas trop élitiste, la culture, pour toucher… FLEUR PELLERIN Bien sûr il y a une réflexion ! ROLAND SICARD Justement ces jeunes ? FLEUR PELLERIN Bien sûr il y a une réflexion à avoir sur finalement l'échec ou la réussite des politiques de démocratisation culturelle, est-ce que finalement nos institutions ne sont pas réservées à une certaine élite sociale et économique et, avec Najat VALLAUD-BELKACEM nous y travaillons déjà depuis quelques semaines - mais cela prend beaucoup plus de sens à la lumière des évènements récents nous devons absolument renouveler fondamentalement notre politique d'éducation artistique et culturelle afin que ce soit une politique inclusive et non pas effectivement réservée à une certaine élite qui possède déjà les codes et qui donc n'en a pas vraiment besoin. ROLAND SICARD Alors, qu'est-ce que vous allez changer ? FLEUR PELLERIN Alors nous allons - c'est difficile de le dire dès maintenant parce que nous sommes encore tôt dans la réflexion - mais, déjà, nous allons nous donner les moyens de cette ambition et le Premier ministre avait décidé avant les évènements de la semaine dernière d'augmenter les budgets de la Culture alloués à cette priorité. Nous allons travailler ensemble, avec Najat VALLAUD-BELKACEM, j'insiste parce que c'est quelque chose qui finalement n'a jamais été fait, c'est-à-dire que ce sont deux ministères qui se sont très peu parlé - depuis les années 50 en réalité et donc nous allons travailler sur les programmes, sur la continuité de l'action éducative en matière éducative et culturelle, mais surtout moi je suis persuadée qu'il faut beaucoup renforcer notre action dans les territoires périurbains et ruraux, là où finalement peut-être l'animation culturelle, l'éducation populaire se sont retirées faute de moyens et où nous devons je crois désormais concentrer notre action parce qu'elle doit cibler, inclure davantage ces jeunes qui n'ont pas par leur famille, par leur environnement, forcément accès à la culture et surtout au moyen de se forger une identité, de se forger des références et de se forger quelque chose de commun avec l'ensemble des Français, avec notre pays. ROLAND SICARD Il y a une nouvelle structure qui s'ouvre aujourd'hui à Paris, la Philharmonie de Paris, dans l'Est parisien, est-ce que ça justement ça peut participer à cette diffusion de la culture ? FLEUR PELLERIN Eh bien moi je veux très fortement y croire, parce que je considère que non seulement cet équipement est effectivement magnifique j'y étais encore hier soir… ROLAND SICARD On voit les images ! FLEUR PELLERIN Voilà ! Donc c'est un très, très bel équipement qui fera beaucoup pour le rayonnement de la France et de Paris en particulier en matière de musique symphonique. Mais c'est surtout un établissement qui se situe aux portes de Paris - au Nord-est de Paris et, donc, à proximité immédiate de la Seine-Saint-Denis, du Val de Marne, des Hauts-de-Seine, des quartiers un peu relégués et en difficulté de ces départements, et le programme qui est prévu par la direction de la philharmonie prévoit justement beaucoup d'actions pédagogiques en direction des populations qui ne sont pas des populations habituées à fréquenter les salles de musique symphonique. Donc, moi je souhaite vraiment que nous puissions insister dans l'ensemble de nos institutions culturelles sur cette volonté d'attirer davantage de publics qui ne sont pas des publics habituels de la culture - comme on dit cultivée c'est-à-dire de la culture qui peut apparaître un peu élitiste, requérant des codes pour pouvoir la comprendre et l'aimer. ROLAND SICARD Il y a une polémique sur cet équipement, l'architecte Jean NOUVEL dit qu'il n'est pas prêt, qu'est-ce que vous lui répondez ? FLEUR PELLERIN Jean NOUVEL était là hier, il a assisté à la répétition de l'Orchestre de Paris à la philharmonie - c'était un moment très, très émouvant - alors Jean NOUVEL est un artiste, un créateur, il aurait souhaité que tout soit tout à fait parfait dans le moindre détail et c'est vrai que, sur un équipement de cette ampleur, il y a encore quelques détails qui devront être réglés. Mais il a fait un discours qui était finalement très émouvant hier où il a reconnu que c'était une magnifique réalisation et nous allons travailler avec lui pour régler les derniers détails dans les semaines qui viennent, mais je pense que l'heure de la polémique est terminée, je pense que l'heure de se réjouir de l'ouverture de cet équipement est là aujourd'hui. ROLAND SICARD Merci. FLEUR PELLERIN Merci à vous. ROLAND SICARD William ! WILLIAM LEYMERGIE Oui ! Merci beaucoup. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/083.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/083.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..11ca23bf3f8dc3ef730340ffe8075066c7c8e825 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/083.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le ministre de l'intérieur, le ministre de la défense et la garde des sceaux, ministre de la justice, ont présenté une communication relative au traitement des attaques terroristes du 7 au 9 janvier 2015. Ces attaques, qui ont provoqué la mort de 17 innocents, avaient pour objectif d'atteindre les symboles de notre démocratie. En visant des journalistes, des policiers, des Français juifs, connus ou anonymes, dans leur diversité d'origine, d'opinion et de croyance, c'est toute la communauté nationale qu'on a voulu toucher. Le Gouvernement s'incline devant le chagrin des familles et des proches des victimes. Il salue l'action courageuse et déterminante des forces de l'ordre qui sont intervenues pour mettre hors d'état de nuire les terroristes. Il rend hommage, comme le monde entier, à la ferveur des millions de citoyens qui se sont levés dans l'unité et la dignité pour refuser la barbarie, rejeter la peur et affirmer l'indéfectible force de notre devise nationale. Face à l'urgence, le Président de la République a décidé de renforcer les forces de sécurité publique par le déploiement de 10 000 militaires sur le théâtre national pour assurer la sécurisation de « points sensibles » sur l'ensemble du territoire. Cette mission de protection s'inscrit dans le cadre du contrat opérationnel fixé aux forces armées par le Livre blanc de 2013, que garantit la bonne exécution de la loi de programmation militaire. Cet engagement sans précédent sur le théâtre national a conduit à multiplier par treize l'effectif des armées engagé dans le cadre de Vigipirate avant les attentats. Il constitue un effort conséquent pour nos armées, par ailleurs fortement déployées sur les théâtres d'opération extérieure. Il sera adapté aux évolutions de la situation sécuritaire. Le Gouvernement doit aussi poursuivre son action et l'amplifier pour protéger les Français et combattre, partout où ils se trouvent, ceux qui cherchent à nous atteindre. Pour être efficace, la réponse doit être globale, à l'extérieur des frontières où nos forces armées sont et continueront à être engagées aux côtés de la coalition internationale et sur le territoire national où les phénomènes de radicalisation conduisent au terrorisme. Un des principaux piliers de notre action est et doit demeurer le renseignement. Grâce aux moyens techniques et humains dont ils sont dotés, et par les échanges au sein de la communauté du renseignement nationale et internationale, les services mènent en continu des actions pour surveiller les individus suspects, repérer les menaces, faire échec aux projets terroristes. D'un point de vue militaire et politique, l'un des objectifs de l'emploi des forces armées consiste à enrayer la dynamique prédatrice et guerrière des groupes islamistes. Au Sahel, où l'attaque terroriste contre l'intégrité du Mali a été stoppée à la demande des autorités maliennes par l'opération « Serval », l'opération « Barkhane » poursuit son action dans un cadre régionalisé adapté aux stratégies transfrontalières de la menace. En Irak, nous continuerons également à intervenir pour enrayer la dynamique d'agression de l'organisation Daech, en soutien des forces irakiennes et dans le cadre d'une large coalition internationale. Nous restons vigilants à l'égard de la situation en Syrie et en Libye. A plus long terme, l'action de la France vise à éviter la jonction des foyers de terrorisme ou des zones de crise. C'est le sens des actions de coopération que nous menons, notamment au profit du Liban ou de nombreux pays africains. La combinaison d'une croissance très importante du phénomène des filières irako-syriennes et de l'avènement progressif de la société numérique a bouleversé les conditions d'exercice des services de renseignement. Leurs capacités seront en conséquence renforcées, dans le cadre général issu de la réforme de 2014, avec la création de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et du service central du renseignement territorial (SCRT). Ces moyens supplémentaires, dédiés à la lutte contre la menace terroriste, concerneront notamment Internet et les réseaux sociaux. Par ailleurs, la coopération internationale en matière de renseignement sera accrue. Les travaux en cours sur le projet de loi sur le renseignement destinés à adapter la législation à ces nouveaux enjeux sont sur le point d'aboutir. Ils permettront l'examen à brève échéance par le Parlement. Ce projet de loi s'attachera à fonder légalement les activités de renseignement, à les encadrer en fixant des règles d'emploi claires, à organiser leur contrôle interne et externe. La plateforme de signalement mise en place par le ministère de l'intérieur dans le cadre du plan d'action contre la radicalisation est particulièrement sollicitée par les familles. Les dispositifs de suivi et de réinsertion des personnes radicalisées seront renforcés, en sollicitant davantage le Fonds interministériel de prévention de la délinquance. La détection, le contrôle ou l'entrave du déplacement des combattants étrangers terroristes ou des réseaux doivent également constituer une priorité pour l'Union européenne. Ses travaux pour accroître la consultation du système d'information Schengen (SIS) au moment du franchissement d'une frontière extérieure Schengen, doivent être achevés sans délai. Alors que la plateforme de contrôle française permettant la surveillance des déplacements aériens des personnes suspectes d'activités criminelles (système du Passenger Name Record) sera opérationnelle dès septembre 2015, il devient urgent d'étendre ce dispositif au niveau européen. La France proposera une approche constructive au Parlement européen, conciliant efficacité de l'instrument et niveau élevé de protection des données individuelles des voyageurs. La lutte contre la circulation illégale des armes à feu doit par ailleurs être intensifiée, par le renforcement de l'échange d'informations et l'augmentation du nombre des opérations conjointes des polices en Europe. Enfin, le partenariat avec les grands opérateurs de l'Internet est indispensable pour créer les conditions d'un signalement rapide des contenus incitant à la haine et à la terreur, ainsi que de leur retrait. L'Union européenne constitue un cadre pertinent pour ce partenariat et un dialogue structuré doit rapidement y être entrepris. Depuis plusieurs années, le milieu carcéral est aussi le lieu dans lequel des délinquants de droit commun basculent dans une radicalisation affirmée et revendiquée, qui peut conduire à une entreprise terroriste. La surpopulation carcérale, contre laquelle le Gouvernement lutte depuis le début du quinquennat, complexifie sa tâche car la promiscuité est un terreau sur lequel prospère le prosélytisme fondamentaliste. Le Gouvernement a donc décidé, tirant les enseignements de l'expérimentation conduite au sein de l'établissement pénitentiaire de Fresnes, de créer plusieurs quartiers dans lesquels seront isolés les détenus considérés comme radicalisés. Mais cet isolement, pour être efficace, doit aller de pair avec une stratégie de renseignement structurée et partagée avec le ministère de l'intérieur, une révision des conditions de recrutement et de formation des imams, et une professionnalisation accrue des personnels intervenant auprès de ces détenus. La même stratégie de structuration du renseignement et de professionnalisation pour certaines prises en charge signalées pourra être organisée au sein de la protection judiciaire de la jeunesse, compte tenu de l'accroissement inquiétant du nombre de mineurs inscrits dans une démarche de radicalisation, ou participant même à une entreprise terroriste. Enfin, le droit pénal et la procédure pénale devront évoluer pour réprimer avec toute la fermeté nécessaire les comportements ou discours racistes et antisémites, notamment sur l'Internet. Un fichier des personnes condamnées pour terrorisme sera créé pour que soit signalé tout changement d'adresse et tout départ à l'étranger de ces personnes. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/084.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/084.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..31374120f4edc4d56abee418d6d7f55682914bea --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/084.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Directrice générale, Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur Jean Plantureux, dit «Plantu» Mesdames, Messieurs, Je voudrais en premier lieu, remercier l'UNESCO et sa Directrice générale, Mme Bokova, d'avoir organisé cet événement « Être journaliste après Charlie », quelques jours à peine après les évènements tragiques que nous avons connus. Je la félicite pour sa réactivité et je la remercie d'y avoir associé le gouvernement français, que je représente ce matin, pour partager avec vous un moment de réflexion. Car après la tristesse, après le recueillement qui continue, après la démonstration inouïe de solidarité que nous avons connus, vient le temps de réfléchir et de construire l'après. Avec nos questions, nos espoirs, nos idées, et nos valeurs. Après la semaine et la journée historique de dimanche, il flotte dans l'air une chose impalpable, indescriptible, mais dont on sait intuitivement qu'elle sera féconde, à condition que l'on soit demain collectivement à la hauteur de l'intérêt général. C'est notre responsabilité collective et individuelle. Cette exigence, la classe politique la partage avec la classe journalistique. Nous devons nous tourner vers le monde, qui s'est tourné vers nous et nous a tendu la main. Nous devons rester ouverts, ouverts aux autres, Nous devons éviter le repli et la haine. Nous devons rester solidaires. Comme l'a dit le Premier ministre hier, nous devons aux Français d'être vigilants quant aux mots que nous employons et à l'image que nous donnons. Nous devons être capables, collectivement, de garder les yeux rivés sur l'intérêt général. Être à la hauteur, cela signifie ne pas diviser la nation, rassemblée autour de ses valeurs, prendre soin d'éviter l'amalgame, et préserver la cohésion sociale Plus que jamais, cette solidarité doit s'exprimer concrètement. Elle doit contribuer à la réponse aux défis du terrorisme et de la radicalisation. Et d'abord en se tournant vers les jeunes, à qui il faut offrir un avenir et des perspectives, ici, ailleurs. Leurs aspirations sont simples, universelles ! Au niveau politique, Les mesures qui vont être adoptées dans les jours qui viennent seront nécessairement accompagnées de mesures complémentaires. Je pense tout d'abord à l'éducation, et à la laïcité. À l'heure ou notre société de l'information, sur les réseaux sociaux, les blogs, les forums, produit autant d'émetteurs que de récepteurs, notre jeunesse doit pouvoir disposer d'outils, de filtres, de clés de lecture pour hiérarchiser l'information. L'éducation pour apprendre à analyser. Mais aussi l'éducation pour apprendre à vivre en société. La laïcité, C'est un gage d'unité et de tolérance. La laïcité française n'est pas comprise partout dans le monde. C'est pourtant donner la possibilité à chaque individu de croire ou de ne pas croire, sans aucune ingérence de l'État, sans prosélytisme dans les lieux qui fondent notre pacte républicain, sans que les religions n'interfèrent dans les affaires politiques. Nous continuerons à l'arborer avec fierté et à l'expliquer à nos enfants. Je cite Charlie Hebdo dans son édition de ce matin : « la laïcité seule permet, parce qu'elle prône l'universalisme des droits, l'exercice de l'égalité, de la liberté, de la fraternité ». Plus que jamais dans le monde actuel, c'est une solution à la montée des extrémismes et des fanatismes. Il nous faut donc l'approfondir. Comme l'a annoncé ma collègue Najat Vallaud-Belkacem, des livrets de la laïcité vont être mis en place dans tous les établissements scolaires, la formation des enseignants aux faits religieux sera renforcée et un enseignement moral et civique sera dispensé dans toutes les classes dès la prochaine rentrée. Il y a une semaine, dans les locaux de Charlie Hebdo, des journalistes, des caricaturistes, sont morts assassinés. Ce sont des martyrs, morts pour un idéal. Des martyrs de la liberté d'expression, de la liberté d'informer et de rire, de débattre et de critiquer. Ils ne sont, hélas, pas les premiers journalistes à tomber pour cette cause. Bien avant la folie meurtrière qui s'est abattue sur la rédaction de Charlie Hebdo, les journalistes ont été victimes de violences et ont payé de leur vie le prix de la liberté d'expression. En 2014, ce sont 66 journalistes, 11 collaborateurs, et 19 citoyens-journalistes qui ont été tués, plus de 350 placés en détention, des milliers d'entre eux victimes de harcèlement, d'arrestations arbitraires, de législations liberticides. Nous avons tous encore en tête ces noms : Ghislaine Dupont, Claude Verdon, Camille Lepage, James Foley, Steven Sotloff. Ce qu'il faut préciser, hélas, c'est que 90 % de ces crimes sont encore impunis et que jamais le monde n'a été plus menaçant pour les journalistes. Le journaliste Georges Malbrunot, présent dans cette salle, a été kidnappé pendant plus de 120 jours en Irak. Ses ravisseurs réclamaient, justement, l'abrogation de la loi française sur les signes religieux dans les écoles publiques. Le métier de journaliste est dangereux, et la France œuvre pour la protection et la sécurité des professionnels de l'information, en temps de paix comme en temps de guerre. Elle apporte son appui aux journalistes en situation de risque dans des actions de formation, de coopération, de suivi et de plaidoyer, notamment avec l'ONG Reporters sans frontières et la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme. En Afrique et au Proche et Moyen Orient, la France participe ainsi au suivi de la liberté de la presse et à l'aide d'urgence aux journalistes en danger dans près de 40 pays. Elle s'est mobilisée pour cette cause dans les enceintes internationales, à l'UNESCO, au Conseil de l'Europe, à l'Assemblée générale des Nations unies, ou encore au Conseil des droits de l'Homme à Genève. C'est à l'initiative de la France qu'une résolution de l'Assemblée générale des Nations unies a instauré, fin 2013, une journée internationale pour « la lutte contre l'impunité des crimes commis contre les journalistes », célébrée le 2 novembre en mémoire de l'assassinat des deux journalistes de RFI. C'est également à l'initiative de la France et de la Grèce, que le conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l'unanimité le 23 décembre 2006 une résolution sur « la protection des civils dans les conflits armés », qui vise, pour la première fois, à prévenir les actes de violences à l'encontre des journalistes dans les guerres. Dans le monde, un internaute sur trois n'a pas accès à un Internet libre et non restreint. À quoi sert donc la liberté d'expression si personne ne vous entend ? L'égalité d'expression et l'égalité d'accès à l'information, sont, de ce point de vue, intimement liés à la liberté d'expression. Toujours avec Reporters sans frontières et Canal France International, la France fournit des formations de journalistes à la sécurité numérique et au contournement de la cybercensure. En déplacement en Birmanie il y a quelques semaines, j'ai pu constater à quel point ces formations dans les écoles de journalisme sont utiles à cette presse des pays en développement. Vous le savez, la France défendra toujours une information libre, indépendante, corrosive, irrévérencieuse. Mais la France défend la liberté d'expression sans oublier la liberté de conviction et de croyance. Nous respectons la sensibilité des opinions partout dans le monde. Tout média a le droit de publier en France, dans le respect des lois. Chacun, s'il est heurté ou se sent lésé par une publication, quelle qu'elle soit, a le droit et la possibilité de se tourner vers la justice pour faire respecter ses droits. Mais en aucun cas, on ne peut avoir recours à la violence. À l'heure où les jeunes du monde entier, et notamment des pays du Sud, ont les yeux braqués sur nous, nous devons intensifier nos efforts, nos plaidoyers, nos soutiens. Les dessins de presse font rire, réfléchir, édifient, et peuvent véhiculer des idées extrêmement puissantes dans un langage universel. En cela, les caricaturistes sont des sortes de fantassins de la démocratie. C'est tout le sens de l'association Cartooning for peace fondée par le dessinateur Plantu, qui est ici. De nombreuses expositions de cette association trouvent refuge dans nos ambassades ou nos instituts. Je souhaite que cette initiative perdure. Permettez-moi de conclure par ces quelques mots prononcés par le Premier ministre Manuel Valls hier devant la représentation nationale : « La meilleure des réponses au terrorisme qui veut précisément briser ce que nous sommes, c'est-à-dire une grande démocratie, c'est le droit, c'est la démocratie, c'est la liberté ». Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/085.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/085.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..800b0d91bf849f3dfbddb1b9ee77530c164abd82 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/085.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs les Députés, je suis ravi de vous retrouver, même si les circonstances sont pour tous très difficiles. Si nous devons nous occuper de ce qui se passe, la vie doit aussi continuer son cours car, sinon, on ferait exactement ce que les terroristes souhaitent. Les mots sont en effet importants, mais il ne faut pas pour autant tomber dans un concours de terminologie. J'ai tendance pour ma part à parler de plus en plus de jihado-terrorisme, ce qui n'interdit pas d'utiliser d'autres termes. Pour moi, le problème principal est d'une autre nature. Certes, l'action que nous avons menée est très bien reçue par la population et je félicite à cet égard celui d'entre vous qui a commencé d'entonner la Marseillaise en séance publique. Mais on sent poindre ici ou là l'idée - fausse et dangereuse, que je combats - selon laquelle il vaudrait mieux rester chez soi pour éviter ce genre de drame. Or ce n'est pas parce que nous sommes en Irak qu'il y a du terrorisme en France, mais parce qu'il y a du terrorisme en France et que Daech est un mouvement terroriste que nous sommes allés en Irak. Je rappelle que quand l'ignoble Merah a commis ses forfaits, nous n'étions ni au Mali, ni en Irak. En outre, on ne peut combattre ce mal international qu'est le terrorisme par une action purement nationale. Les attentats qui ont frappé la France ont suscité une condamnation universelle. En Europe, la condamnation a été unanime, même si la liste des participants à la marche de dimanche était composite. Cela est positif pour l'idée d'Europe. Quelque chose de fort s'est passé et nos partenaires européens étaient touchés, car ils sentaient qu'un tel drame pourrait leur arriver, mais aussi parce que la France occupe une place particulière. On a aussi assisté à de nombreuses réactions émouvantes dans le monde, soit officielles, soit spontanées. En Afrique du Nord et au Moyen-Orient, la condamnation a été unanime et sans précédent. En Afrique, il y a eu une condamnation générale et une forte émotion, y compris dans les pays à dominante musulmane. En Asie, même si j'ai reçu des appels de mes collègues, ils n'ont pas perçu les choses comme nous ou nos voisins immédiats. Et, en Amérique du Sud, si nous avons entrepris des démarches, on a aussi senti cette différence de perception, liée sans doute là aussi à l'éloignement géographique. Cela montre qu'il y a encore du travail à faire dans ces deux zones, malgré tout ce que nous avons déjà réalisé pour nous rapprocher. Certains ont regretté l'absence du président Obama à la marche de dimanche. Mais John Kerry, qui est très francophile et qui serait venu s'il n'avait été retenu en Inde, a prononcé des propos forts et émouvants en français. Nous avons eu aussi une condamnation très forte de nos amis vénézuéliens, même si je ne suis pas sûr qu'ils partagent totalement ce que nous avons dit sur la liberté d'expression. Ce mouvement de sympathie planétaire s'est traduit par des messages publics, des déplacements dans nos ambassades, l'organisation de rassemblements partout dans le monde et la participation de nombreux responsables à la marche républicaine du 11 janvier. Il n'est pas beaucoup de pays qui aient eu l'occasion de réunir ainsi le Premier ministre israélien et le président de l'Autorité palestinienne, ou le président Porochenko et mon collègue M. Lavrov. Il y a eu aussi notamment des représentants de l'ONU, de l'OTAN, de l'OIF, de l'OSCE, ou de l'UNESCO. Nous avons, dans ces circonstances exceptionnelles, fait en deux jours ce qu'on fait d'habitude en huit mois. Mais ce soutien n'est pas exempt d'ambiguïtés, y compris au sein des opinions publiques. Sur la condamnation du terrorisme, tous les pays se sont retrouvés. Les positions sont plus nuancées s'agissant de la défense de la liberté de la presse. Les premières réactions au nouveau numéro de Charlie Hebdo le montrent. On a assisté à un soutien affirmé des pays occidentaux en général, des pays aspirant à l'adhésion à l'Union européenne et de quelques autres pays tels que les Philippines, la Colombie, la Mongolie ou le Japon. Les autres pays se sont montrés plus discrets, voire ont exprimé des réserves. Ces ambiguïtés sont particulièrement nettes dans les médias non officiels et les réseaux sociaux. Dans le monde musulman, un certain embarras, voire un certain ressentiment, est perceptible en raison du caractère jugé blasphématoire des caricatures de Charlie Hebdo, certains allant jusqu'à considérer que l'attaque terroriste était une conséquence inéluctable. En témoigne notamment la déclaration du porte-parole de Bachar al-Assad. Par ailleurs, la condamnation d'un « double discours » occidental est parfois relevée : l'Iran estime par exemple que la liberté d'expression ne s'applique pas à la Shoah ; d'autres invoquent l'insensibilité de l'Occident aux autres tragédies, comme Boko Haram ou les frappes aveugles en Afghanistan. D'autres, enfin, en Égypte, en Iran ou au Liban, évoquent un complot du Mossad. Cela crée un hiatus entre les gouvernements, notamment ceux de la zone ANMO - Afrique du Nord et Proche-Orient -, et une partie de leur opinion publique, et donne lieu à un débat interne sur la question des limites de la liberté d'expression. Pour autant, dans certains pays, la société civile - association des droits de l'Homme, journalistes, avocats... - est restée à la pointe du combat contre le terrorisme et pour la liberté d'expression. On a vu à cet égard des réactions très réconfortantes au Liban, au Maroc, en Tunisie et au Sénégal. En Europe, hormis le cas de la Hongrie, les limites de la solidarité sont liées davantage à la question de l'équilibre entre liberté et sécurité dans la réponse au terrorisme et aux approches de la relation entre l'État et la religion. Reste qu'il ne faut pas confondre la tendance majeure, marquée par l'émotion et le soutien, avec certaines réactions mineures. L'image de la France en ressort incontestablement grandie, mais des inquiétudes s'expriment. En Europe, si l'idée domine que la France et les Français ont fait preuve d'un sursaut salutaire d'autant plus remarquable que prévalait l'image d'un pays doutant de lui-même, il y a des interrogations sur les lendemains : compte tenu de l'imbrication des intérêts de sécurité, les questions et les propositions se font déjà précises sur l'équilibre sécurité-liberté de la réponse européenne concernant les enjeux relatifs au système PNR - Passenger Name Record -, à une réforme du code Schengen, à la surveillance d'internet ou à la lutte contre le trafic d'armes. Les propositions françaises seront attendues dans la perspective du Conseil européen informel de février. Dans les pays de confession musulmane - dans la zone ANMO comme parfois dans d'autres continents -, l'inquiétude est réelle quant aux risques de montée de l'islamophobie en France et en Europe, notamment s'agissant du Front national. À cet égard, plusieurs articles de la presse internationale relèvent que la France a une responsabilité particulière et des atouts à faire valoir pour répondre à l'attaque terroriste sans entrer dans une « guerre des civilisations ». À ce stade, les débats relatifs aux liens entre les attentats et la situation en Israël et en Palestine restent limités. S'agissant des causes, on peut en identifier trois principales séries. D'abord, des causes sociales nationales. En premier lieu, l'échec des structures d'encadrement : structures familiales, structures d'insertion, structures religieuses, structures éducatives. Deuxièmement, l'exclusion économique et sociale, qui ne doit en aucune façon être une excuse. Troisièmement, le ressentiment, la frustration, la haine de la société. Le sentiment se répand que les principes de la République, en particulier la laïcité, ne s'appliquent pas à tout le monde de la même façon. Deuxième série de causes : une offre idéologique qui favorise les conditions de la radicalisation, les clivages idéologiques traditionnels ayant beaucoup moins de force qu'avant. Certaines personnes perdues trouvent dans une version caricaturée de l'islam une clé idéologique leur permettant d'échapper à leur médiocrité et à leur drame personnel avec, à l'appui, deux vecteurs bien identifiés : la prison et internet. Troisième série de facteurs : un environnement international qui crée les conditions du passage à l'acte. L'environnement international fournit matière au ressentiment, au discours victimaire et à la logique de représailles ; sur le plan opérationnel, il permet formation et préparation du passage à l'acte. Qu'il s'agisse de zones de chaos - en Irak, en Syrie, en Libye, au Yémen, au Sahel, en Somalie - ou de conflits non résolus, qui, comme le conflit israélo-palestinien, font figure d'abcès de fixation. Face à ces trois séries de causes, il faut une triple réponse. En premier lieu, une réponse sécuritaire, qui recouvre plusieurs sujets dont on traite depuis quelques jours. Il faut à cet égard des mesures exceptionnelles qui ne soient pas des lois d'exception. Deuxièmement, il faut une réponse sociale. Enfin, il faut une réponse internationale. D'abord, au niveau européen, sur le PNR, le contrôle des voyages, internet, le trafic des armes et le système d'information Schengen. Des réunions sont prévues à cet effet. Si nous sommes heureux de la solidarité européenne, elle doit aussi se prouver. La France fait sa part du travail, mais ne peut tout faire à elle seule. Nos amis européens doivent donc nous soutenir tout le temps et concrètement. Aux États-Unis, le président Obama a pris une initiative qui reste à préciser. Indépendamment de cela, des actions doivent être menées aussi bien s'agissant de la sécurité que de la lutte générale contre la radicalisation ou de la liberté d'expression. Nous avons par ailleurs avec le monde arabe des échanges, une coopération, parfois même des contradictions à lever. Je vérifie systématiquement si les assertions générales qui sont prononcées sont ou non fondées et, dans le cas où elles seraient fondées, nous en tirerions les conséquences. S'agissant du Maroc, en février dernier, une escouade de police s'est présentée à une entrée secondaire de la résidence de l'ambassadeur lors de la venue en France du directeur de la sûreté marocain : celui-ci a eu le sentiment qu'on lui reprochait d'être impliqué dans une torture ; il l'a mal pris et il a eu raison. Nous nous sommes excusés. Après deux ou trois maladresses dans les deux sens, nous avons dit et répété qu'il s'agissait d'un malentendu et que les Marocains étaient nos amis. J'ai envoyé sur place des hauts fonctionnaires, dont le secrétaire général du Quai d'Orsay. Dimanche encore, le ministre des affaires étrangères du Maroc, qui est un ami, est venu me voir à mon invitation le matin. Il a également été reçu à l'Élysée. Nous voulons avoir de très bonnes relations avec les Marocains et nous avons pris de nombreuses initiatives en ce sens. Certains disent que cela tient au fait que nous avons de bonnes relations avec l'Algérie : il n'y a pas lieu de choisir entre les deux pays et nous entendons avoir de bonnes relations avec chacun. Quant à la question du Sahara, elle n'est pas en cause car notre position est proche de celle des Marocains, ce que d'ailleurs les Algériens nous reprochent. (Interventions des parlementaires) La France a lancé l'idée de la taxe Tobin au niveau européen, mais on n'arrive pas à se mettre d'accord sur son application, chacun plaidant pour son clocher. La proposition du gouvernement est d'avoir une base plus large et une assiette très petite. J'espère que nous aboutirons, mais le milieu de la finance y est opposé. S'agissant de l'Afrique, la France ne peut pas régler à elle seule tous les problèmes du continent. D'abord, nous n'en avons pas les moyens. Deuxièmement, on ne peut être solidaire à notre égard au niveau européen sans nous appuyer. Enfin, nous considérons que les Africains doivent de plus en plus assurer leur sécurité. Le président de la République l'a encore redit cet après-midi. Reste que la situation provoquée par Boko Haram est épouvantable et que nous avons quasiment chaque semaine des exactions qui par leur masse et leur cruauté dépassent ce que nous pouvons imaginer. Une réunion est prévue le 20 janvier à ce sujet et nous y consacrons un certain nombre de moyens. Nous aidons notamment nos amis du Cameroun et du Tchad. Nous essayons aussi de mobiliser la communauté internationale. Une élection est par ailleurs prévue au Nigeria et, pour le moment, la notion de khalifat reste circonscrite et il n'y a pas de lien organique entre Boko Haram et Daech notamment. En tout cas, nous ferons le maximum. La question de la Libye, qui est dans une situation très dangereuse, doit aussi être réglée internationalement. Il est regrettable que notre intervention sur place n'ait pas donné lieu à un suivi. La leçon que l'on peut en tirer est qu'on peut aider, mais qu'on ne peut régler un conflit de ce type de l'extérieur, d'autant que si on s'installe, au bout d'un certain temps, on est considéré comme l'occupant local. Il ne suffit pas de lancer des bombes et de tuer le dictateur local. En outre, la Libye n'a jamais été un État et est constituée de tribus surarmées disposant d'une richesse considérable. Sur la RCA, je ne suis pas si catastrophiste que vous : les élections restent fixées au mois d'août et je n'ai pas d'informations selon lesquelles le territoire serait partagé. Nous venons en outre de décider de réduire le dispositif Sangaris. S'agissant de la Syrie, nous pensons que si nous avons face à face, comme les deux termes de l'alternative, Daech et Bachar Al-Assad, l'un et l'autre se renforceront et ce sera un désastre permanent pour ce pays. Si vous dites à un Syrien dont la famille a été massacrée par Bachar Al-Assad, comme ce fut le cas de dizaines de milliers d'entre eux : la seule autre voie est d'aller avec Daech, on voit ce que cela donne. Il en est de même dans le cas inverse. Si la seule solution est politique, la question est de savoir avec qui on pourra la mettre en œuvre. Nous discutons ainsi avec les Russes, de même qu'avec toutes les parties. On ne dira naturellement pas que Bachar Al-Assad restera pour vingt-cinq ans, ni que toutes les personnes qui l'ont côtoyé de près ou de loin doivent être écartées - sinon on risquerait de se trouver dans la situation irakienne précédente. On essaie donc d'avoir un ensemble s'appuyant sur des personnes du régime et de l'opposition, dans lequel les communautés sont par principe respectées. Nous travaillons aussi avec les Nations unies sur ce sujet. En tout cas, il ne faut pas renforcer Bachar Al-Assad, qui n'aurait aucune raison de partir s'il a toutes les cartes en main. Nous apportons par conséquent notre soutien à l'opposition modérée et luttons contre Daech en évitant de renforcer ce dirigeant - faute de quoi on ne trouverait pas de solution pour le pays. Q - La France a pourtant un ennemi privilégié sur place, qui est Daech, puisque nous lui faisons la guerre ! Nous sommes donc plus ennemis de celui-ci que de Bachar Al-Assad. R - Oui, mais nous ne sommes pas engagés militairement en Syrie, ni auprès de l'un, ni auprès de l'autre. Quant aux États-Unis, il y a une véritable polémique en leur sein. John Kerry viendra vendredi, je le recevrai et il ira à l'Élysée. S'agissant des forces armées, le président de la République a déclaré tout à l'heure qu'il fallait moduler l'évolution des effectifs. Concernant Barkhane, il fallait changer notre dispositif. Nous sommes là-bas contre le terrorisme. Mais il faut prendre des dispositions pratiques pour qu'il ne puisse y avoir de razzia à Madama, d'autant qu'il y a non loin, au sud de la Libye, de nombreux terroristes professionnels, y compris certains de ceux que nous recherchons. Il faut bien distinguer la question du terrorisme, sur laquelle nous avons eu le soutien de beaucoup de pays - y compris de l'Indonésie -, de celle des caricatures, où les réactions sont plus contrastées. Sur le Maroc, je vais essayer de contribuer à sortir de cette situation difficile. Quant au Premier ministre israélien, il a, je crois, été bien accueilli avec la délégation de son pays. S'agissant du Yémen, la situation est très difficile. Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) est un acteur important du jihad global. Nous pensons qu'il y a entre 5.000 et 7.000 combattants dans ses rangs, dont un millier d'étrangers, avec beaucoup de personnes formées en Afghanistan. L'organisation affiliée à Al-Qaïda dans cette péninsule est Ansar al-Sharia, qui compte entre 2.000 et 4.000 hommes, avec pour leader al-Zawahiri, qui a comme bras droit al-Wahishi. Donc AQPA a un rôle privilégié parmi les autres branches d'Al-Qaïda. Mais il s'agit d'un groupe terroriste sous pression : il a perdu beaucoup des siens après les frappes de drones américains, les forces gouvernementales du Yémen ont conduit beaucoup d'opérations depuis le printemps 2014 et des rebelles sont parvenus à prendre le contrôle de Sanaa en septembre dernier. Reste qu'il constitue une menace aiguë car il a des capacités opérationnelles significatives. Depuis septembre 2014, AQPA dispose d'environ 200 combattants à Sanaa et a revendiqué plusieurs attaques dans la capitale. Ses objectifs sont triples : déstabiliser le régime yéménite, combattre l'avancée des rebelles et frapper les intérêts étrangers, aussi bien au Yémen qu'à l'extérieur - sachant que Total constitue une de ses cibles. Il est également capable de réaliser des opérations de grande ampleur Vis-à-vis de Daech, AQPA a rejeté tout ralliement formel et réaffirmé son soutien à Al-Qaïda. Mais ce premier est intéressé par le Yémen et il y a des rivalités entre eux. Ils ont dans leurs rangs moins d'une dizaine de Français, ainsi qu'un certain nombre de Français dans les écoles salafistes du Yémen. Ces compatriotes jouent malheureusement un rôle important dans l'organisation, qui cherche à frapper à la fois les États-Unis et l'Europe. Par ailleurs, AQPA souhaite recruter des combattants occidentaux présents en Syrie, essentiellement des Britanniques, des Américains et des Français. Un des dangers graves des attaques de la semaine dernière est qu'elles ont eu une publicité exceptionnelle et que ces esprits malades font le rapport entre le peu de moyens nécessaires pour réaliser cette opération et l'impact énorme qu'elle a eu. C'est donc hélas une incitation à aller frapper des pays occidentaux alors que, dans les derniers temps, les frappes avaient surtout concerné leurs pays. Cela doit nous amener à y réfléchir et à agir. S'agissant de la question du lien avec le conflit israélo-palestinien, il est faux de dire que tout ce qui se passe dans le monde en matière de terrorisme est lié à ce conflit, de même qu'il est faux de penser qu'il n'y a pas de gens qui trouvent de raison ou de prétexte à leur action dans celui-ci. En tout cas, dans les attentats de la semaine dernière, il n'y a pas eu de lien affirmé avec ce conflit. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/086.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/086.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c45a8db76ebad9761e3de9a9eed0f6119ef09c96 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/086.txt @@ -0,0 +1 @@ +Lutte contre le terrorisme - Union européenne Je vous remercie beaucoup, Madame la Présidente, Chère Danielle Auroi, Mesdames et Messieurs les Députés, de votre invitation. Nous nous retrouvons une semaine exactement après les terribles attaques terroristes qui ont visé Charlie Hebdo, des policiers et un magasin juif ; qui ont vu des Français être tués parce qu'ils étaient juifs, des journalistes parce qu'ils voulaient écrire et dessiner librement, et des policiers parce qu'ils les défendaient et protégeaient notre sécurité. Une semaine après ces événements nous avons tous présente à l'esprit l'immense mobilisation qui s'est déroulée dans toute la France, et en particulier le rassemblement du 11 janvier dernier, où l'on a vu la France debout et l'Europe rassemblée à nos côtés avec les leaders européens qui sont descendus dans la rue auprès du président de la République. Les citoyens européens ont aussi manifesté leur solidarité sous toutes ses formes : en se rassemblant devant les ambassades de France, en venant signer les registres de nos représentations diplomatiques ou, de façon massive, en communiquant sur les réseaux sociaux. Il faut que cette Europe qui a montré qu'elle avait une âme et qu'elle était capable de se rassembler pour des valeurs comme la liberté - que la France incarne -, la solidarité lorsqu'un de ses peuples est attaqué, qui a montré qu'elle avait de la chair, et qu'elle n'était pas seulement une affaire de textes et de traités, trouve dans cette énergie un nouveau souffle pour aborder les défis de l'avenir. Et s'agissant d'abord de la lutte contre le terrorisme, et d'une façon plus générale, du défi d'un destin commun. Car ce qui s'est manifesté à travers cette mobilisation, c'est bien le sentiment qu'ont nos peuples et nos nations de devoir affronter ensemble les défis qui s'annoncent. En matière de lutte contre le terrorisme, la dimension européenne est, comme vous l'avez rappelé, très importante. C'est la raison pour laquelle le ministre de l'intérieur a réuni dès dimanche un certain nombre de ses collègues avec le ministre de la justice américain, et que d'autres réunions doivent être organisées très prochainement, en particulier une réunion informelle JAI le 29 janvier prochain à Bruxelles. La réunion du 19 janvier y sera cependant également consacrée. Il s'agira de savoir quelles leçons tirer en matière de politique extérieure au vu des événements dramatiques qui viennent de se produire et qui font suite à d'autres attentats dans bon nombre d'autres villes et pays comme Madrid, Londres, ou encore, plus récemment, l'attaque du musée juif de Bruxelles, d'autant que le phénomène des combattants étrangers touche également tous les pays de l'Union européenne. Le diagnostic est clair : les textes actuels ne suffisent pas ; une approche globale et opérationnelle est nécessaire ; un meilleur échange des informations, notamment sur les déplacements et les soutiens des personnes, des groupes et des réseaux terroristes, s'impose ; il nous faut renforcer les contrôles des ressortissants européens lors du franchissement des frontières extérieures de l'Union mais aussi dans leurs déplacements à l'intérieur de l'Union ; la lutte contre la propagande et la radicalisation par Internet doit être renforcée. Le Premier ministre a mis tout particulièrement l'accent hier devant l'Assemblée nationale sur un point crucial, l'établissement urgent d'un PNR européen, cet outil qui permet l'échange des données concernant les passagers aériens entre les États membres. Nous devons bien entendu nous donner toutes les garanties en matière de protection des données personnelles. Mais nous sommes convaincus de l'utilité irremplaçable de cet outil, au plan européen, pour suivre ceux qui se rendent sur le théâtre des opérations terroristes pour y combattre et ceux qui en reviennent, et lutter contre toutes les filières terroristes organisées. C'est d'ailleurs pourquoi que je me suis rendu à Strasbourg, ce lundi, à l'ouverture de la session du Parlement européen pour y rencontrer notamment le président du Parlement européen et le président de la Commission des libertés, pour les convaincre de faire évoluer leur position et de sortir du blocage de ce dossier. D'autres champs d'action sont également à l'ordre du jour, comme la lutte contre la circulation et le commerce illégal d'armes à feu. Ces sujets seront au centre des travaux dans les prochaines semaines, avec un rendez-vous essentiel, le Conseil européen informel du 12 février, initialement prévu pour traiter de questions de gouvernance dans la zone euro, mais qui traitera en priorité de la coordination dans la lutte contre le terrorisme. Union européenne - Questions économiques Concernant le Conseil européen du 18 décembre qui est à l'ordre du jour de notre réunion, je vais vous évoquer les leçons que nous en tirons. Tout d'abord, il s'agissait du premier Conseil européen en présence du nouveau président de la Commission européenne, M. Jean-Claude Juncker, qui a souhaité marquer d'une empreinte nouvelle cette réunion, en faisant en sorte, en premier lieu, que ses conclusions aient un format plus court, plus dense et portent de façon très concrète sur les décisions à prendre en matière d'investissement et de croissance, les points principaux à l'ordre du jour. Dans le même esprit, la réunion a été conçue dans un temps plus court, ce qui supposait au préalable de la part des chefs d'État et de gouvernement que les conditions d'un consensus soient organisées. Le Conseil européen du 18 décembre a endossé, comme nous le souhaitions, le plan d'investissement proposé par le président de la nouvelle commission : il appelle clairement à mettre en place un fonds européen pour les investissements stratégiques, avec l'objectif de mobiliser 315 milliards d'euros de nouveaux investissements entre 2015 et 2017 ; sur cette base, le Conseil européen invite le Parlement européen et le Conseil à adopter d'ici juin 2015, au plus tard, une proposition législative qui mettra concrètement en place le nouveau fonds. La Commission a elle-même adopté hier un projet de règlement - dont je vous dirai quelques mots -, qui doit désormais être soumis à l'examen du Parlement européen et du Conseil. Les États membres sont également invités à contribuer au Fonds. Le Conseil européen a pris note de l'intention de la Commission de considérer favorablement les contributions budgétaires nationales, qui viendraient en sus du fonds, dans le cadre de l'évaluation des finances publiques au titre des flexibilités du pacte de stabilité et de croissance. Le rôle et l'expertise de la Banque européenne d'investissement en matière d'assistance technique pour sélectionner les projets à l'échelle de l'Union sont clairement affirmés. Enfin, le Conseil européen invite à accélérer les travaux pour renforcer l'attractivité de l'Union et améliorer l'environnement réglementaire pour les investissements, notamment s'agissant de l'intégration des marchés de capitaux. Il s'agit, selon nous, d'un très bon résultat, et ce à plusieurs titres. L'investissement est clairement présenté comme l'une des priorités majeures de l'Union européenne et du travail de la nouvelle Commission. La France portait, comme vous le savez, cette demande depuis plusieurs mois. Il s'agit désormais d'une priorité européenne au même titre que les réformes et la consolidation budgétaire. Ce sont trois éléments stratégiques de la nouvelle Commission. Il ne s'agit donc plus d'une approche exclusivement française, ou de certains États membres, mais de celle de l'Union européenne. Deuxièmement, comme nous le souhaitions, la volonté de mettre rapidement en place le nouveau fonds est fortement affirmée. Il est, en effet, indispensable de concrétiser le potentiel de croissance future de l'Union européenne dans différents secteurs. L'investissement a, en effet, pris du retard en Europe notamment par rapport à l'économie américaine. Il s'agit non seulement de répondre à un problème structurel mais également de faire en sorte que la mise en œuvre rapide de ce plan contribue à la relance de la croissance, en complément de ce que fait par ailleurs la Banque centrale européenne. À la demande de la France, le texte précise que la BEI devra commencer à mobiliser ses propres ressources pour lever les financements appropriés dès janvier 2015. Troisièmement, le rappel des flexibilités du pacte permet d'encourager les États membres qui le souhaitent à amplifier les effets du plan en y apportant des contributions supplémentaires. De la même manière, il est rappelé que les banques publiques nationales, du type de notre Caisse des dépôts, la Banque publique d'investissement, la KFW allemande, peuvent aussi apporter des contributions supplémentaires au Fonds. Quatrièmement, enfin, s'agissant du volet réglementaire du plan d'investissement, nous avons obtenu que le texte reste équilibré et ne soit pas excessivement centré sur la seule question de l'achèvement du marché intérieur, en particulier concernant la question sensible des services, mais que la priorité soit aussi accordée aux domaines de l'énergie et du numérique. Quant au projet de règlement qui a été présenté par la Commission européenne hier, il apporte une première réponse à la question que vous avez soulevée sur le fonctionnement futur du fonds. S'agissant d'abord de la création du fonds, la Commission est chargée de conclure un partenariat avec la Banque européenne d'investissement. Ce dernier aura pour objectif de soutenir l'investissement au sein de l'Union européenne, d'améliorer l'accès à l'investissement des entreprises de 3.000 salariés ou moins, en particulier des PME. Les secteurs visés répondent à notre souhait : infrastructures, éducation, santé, recherche et développement, numérique, énergies renouvelables et efficacité énergétique. Le fonds pourra également participer à des plateformes de financement portées par des banques publiques nationales, elles-mêmes invitées par conséquent à contribuer à la mise initiale. Un bon nombre de modalités techniques - financement par la BEI, appels de fonds publics, etc. - devront être finalisées dans un accord de partenariat entre la Commission européenne et la BEI. Concernant la gouvernance, les projets d'infrastructure et les grands projets des entreprises intermédiaires seront validés par la structure de gouvernance interne du Fonds européen d'investissement stratégique. La structure de gouvernance sera composée de deux comités. Un Comité de supervision déterminera les orientations stratégiques du Fonds et sa doctrine d'investissement. Il sera composé de représentants des contributeurs du Fonds, à savoir, dans un premier temps, de la Commission européenne et de la BEI à hauteur de 75 % pour la première et de 25 % pour la seconde puis, dans un second temps, des États membres s'ils apportent des contributions nationales, et à proportion de leur contribution. Cependant, quel que soit le niveau des contributions des États membres, la Commission européenne et la BEI garderont le pouvoir d'invalider la décision, si elles s'y opposent toutes les deux. La supervision du Fonds devra donc veiller à ce que les projets soutenus correspondent toujours à un intérêt général européen. Même s'il s'agit de projets développés dans différents pays, il ne s'agit pas qu'un État membre puisse par sa contribution nationale préempter la stratégie d'investissement du Fonds. Le comité d'investissement sélectionnera les projets financés par le Fonds. Il sera composé du directeur général du Fonds, de six experts indépendants, nommés par le comité de supervision pour un mandat de trois ans renouvelable. Les décisions s'y prendront à la majorité simple et de préférence par consensus. Le projet de règlement souligne que les projets doivent être sélectionnés sur leurs propres mérites sans pré-allocation sectorielle ou géographique. Les projets portés par les PME seront sélectionnés directement par le Fonds européen d'investissement, à savoir la filiale de la BEI qui finance les PME. Comme nous le souhaitions, la volonté de mettre rapidement en place le nouveau fonds est fortement affirmée. Il est, en effet, indispensable de garantir que le plan en faveur de l'investissement puisse avoir un impact à court terme sur l'activité économique. À la demande de la France, le texte précise que la BEI devra commencer à mobiliser ses propres ressources pour lever les financements appropriés dès janvier 2015. Le rappel des flexibilités du pacte pour encourager les États membres qui le souhaitent à amplifier les effets du plan est naturellement bienvenu. Il est, de plus, en ligne avec les précédents appels du Conseil européen, faits à la demande de la France, à utiliser pleinement les flexibilités des règles budgétaires communes dans la situation économique actuelle. Enfin, s'agissant du volet réglementaire du plan d'investissement, nous avons obtenu que le texte reste équilibré et ne soit pas excessivement centré sur la question de l'achèvement du marché intérieur, en particulier concernant la question sensible des services ; la priorité donnée aux domaines de l'énergie et du numérique est bienvenue. Sur cette base, notre action doit à présent être double : - au plan européen, œuvrer au cours du semestre prochain à la mise en place rapide du nouveau fonds, pour garantir qu'il sera opérationnel mi-2015. La future présidence lettone estime qu'il s'agit de l'une de ses priorités majeures au cours du semestre et elle doit être encouragée. La France doit également poursuivre ses efforts pour que l'impact économique du plan européen soit le plus important et le plus rapide possible, notamment en finançant des projets risqués et en soutenant les PME innovantes ; - au plan national, poursuivre notre travail de sélection des projets concrets, qui doivent en particulier répondre aux besoins de plusieurs secteurs prioritaires (numérique, transports, transition énergétique, éducation et formation, recherche et innovation). Par ailleurs, la France a obtenu, avec d'autres partenaires (Espagne, Italie, Allemagne), que les conclusions du Conseil européen reconnaissent l'urgence d'accélérer les efforts dans la lutte contre l'évasion et l'optimisation fiscales. Le Conseil européen se félicite de l'annonce par la Commission, dans son programme législatif pour 2015, d'une proposition de directive relative à l'échange automatique d'information en matière de « rulings » fiscaux. Ce message est plus que bienvenu. Au-delà des initiatives déjà annoncées, nous veillerons à ce qu'il débouche rapidement sur une stratégie d'ensemble couvrant tous les champs de lutte contre l'optimisation fiscale des entreprises. Cela passe par des règles communes sur trois aspects majeurs, comme les ministres des finances français, allemand et italien l'évoquent dans leur lettre du 28 novembre à la Commission : la transparence généralisée, la lutte contre les montages organisés pour échapper à toute imposition effective, et des mesures pour faire face aux États et territoires tiers qui alimentent aussi l'optimisation par leur opacité et l'absence de fiscalité. Un mot enfin sur le programme de travail de la Commission. Il s'agit de la première traduction concrète des priorités que s'est fixée la nouvelle équipe de Jean-Claude Juncker, avec une volonté claire de s'inscrire en rupture par rapport à la précédente Commission. Ce programme de travail se caractérise en premier lieu par sa concision, seules 23 initiatives (contre plus de 100 lors des précédents programmes de travail) étant annoncées pour l'année à venir avec, comme attendu, un fort accent mis sur le soutien à la croissance. Les premières propositions qui seront soumises au Conseil et au Parlement européen au début du mois de janvier devraient ainsi porter sur la mise en œuvre du plan d'investissement de 315 milliards d'euros, et notamment sur la création du Fonds européen pour les investissements stratégiques dont le principe a été acté par le Conseil européen du 18 décembre. L'objectif sera de permettre une adoption des textes législatifs avant la fin de la présidence lettone du Conseil de l'Union européenne, pour que les premiers financements puissent être accordés au début du second semestre 2015. Outre le Fonds européen pour les investissements stratégiques, les principaux axes de travail portent sur : - l'Union de l'énergie. La Commission souhaite présenter un paquet couvrant à la fois le renforcement de la sécurité d'approvisionnement, la réduction de la dépendance énergétique, la réduction des émissions de gaz à effets de serre, la promotion des énergies renouvelables et le soutien à l'innovation ; - le marché unique du numérique, comprenant la modernisation des règles relatives aux droits d'auteur ; - la révision à mi-parcours de la stratégie Europe 2020 ; - l'union des marchés des capitaux. L'approfondissement de l'Union économique et monétaire figure également parmi les sujets qui rythmeront l'activité européenne, avec en perspective une réunion informelle des chefs d'État ou de gouvernement le 12 février et la remise, au plus tard en juin 2015, d'un rapport des présidents de la Commission européenne, des sommets de la zone euro, de l'Eurogroupe et de la Banque centrale européenne. Ce sujet appellera de notre part une vigilance particulière car la Commission met l'accent sur le suivi des mesures de gouvernance économique (« six-pack », « two-pack ») ainsi que sur les réformes structurelles, sans référence aux questions de convergence et de solidarité, pourtant expressément mentionnées dans la déclaration du sommet de la zone euro du 24 octobre dernier. D'autres développements étaient sans doute moins attendus. Il en va ainsi du paquet « mobilité du travail », qui aura pour objet de soutenir la mobilité du travail dans l'Union et de traiter les cas d'abus par une meilleure coordination des systèmes de sécurité sociale. La Commission envisage également une révision ciblée de la directive sur le détachement des travailleurs, qui pourrait conduire à étendre le principe de responsabilité conjointe et solidaire à d'autres secteurs que la seule construction. Dans le domaine fiscal, la Commission annonce une directive sur l'échange obligatoire d'informations concernant les cas de « rulings » transnationaux, ainsi qu'un plan d'action pour lutter contre l'évasion et la fraude fiscales. Enfin, il convient de relever la proposition d'un paquet migration, qui entend développer une nouvelle approche sur le sujet, en mettant l'accent sur la problématique de l'attractivité de l'Union. Le programme de travail de la Commission marque également une forte volonté de procéder à une simplification et à une rationalisation du fonctionnement de l'Union européenne. 80 des 452 textes présentés par la Commission précédente et non encore adoptés en raison de blocages au sein du Parlement européen ou du Conseil seront ainsi amendés voire retirés. Cet objectif est en soi louable. Toutefois, il concerne plusieurs textes sensibles comme ceux relatifs à la fiscalité énergétique, à la qualité de l'air, à l'économie circulaire et au congé maternité, ou encore à la réciprocité en matière de marchés publics. La Commission a toutefois indiqué, précision importante même si elle n'a pas retenu l'attention médiatique, qu'elle « attendrait l'avis du Parlement européen et du Conseil sur ces propositions avant d'en confirmer le retrait dans les mois à venir ». Il existe donc encore un espace de discussion avec la Commission, dont il faut que nous continuions à nous saisir, comme nous l'avons fait lors de la présentation de son programme en décembre. Par ailleurs, la Commission entend ajuster ou évaluer 79 textes actuellement en vigueur. (Intervention des parlementaires) (...) Le projet de traité transatlantique sera soumis à la ratification de tous les États membres et du Parlement européen. Il s'agit d'un traité international, donc il devra requérir l'accord de tous les gouvernements, à l'unanimité, et être ratifié par tous les États membres et le Parlement européen. Il doit être négocié en toute transparence, car il en va de l'intérêt économique et démocratique de l'Union mais aussi parce qu'il ne pourra être mis en œuvre que s'il y a une approbation très large. À cet égard, la Commission européenne vient de rendre publics les résultats de la consultation qu'elle avait lancée sur la procédure d'arbitrage entre les investisseurs privés et l'État, d'où il ressort de grandes inquiétudes. Le secrétaire d'État chargé du commerce extérieur Matthias Fekl a ainsi rappelé hier que nous n'accepterons pas qu'un mécanisme international aboutisse à ce que des entreprises multinationales puissent mettre en cause la capacité de l'Union ou d'un État à réguler les domaines d'intérêt public comme l'environnement, la santé ou les services publics. Nous pensons qu'avoir voulu introduire l'idée d'un tel mécanisme dans les négociations n'est de nature à favoriser un aboutissement rapide. Comme l'a dit le Conseil européen, qui mentionne dans ses conclusions la date de 2015, l'objectif doit être d'obtenir un accord commercial ambitieux qui permette d'ouvrir le marché américain à de nombreux secteurs économiques et entreprises européens et d'aboutir le plus rapidement possible. Pour cela, je crois qu'il ne faut pas introduire dans la négociation des éléments de nature à la bloquer. Il y a beaucoup d'intérêts économiques à aboutir à un très bon accord entre les États-Unis et l'Union européenne. Je pense par exemple, dans le domaine de l'agriculture, à la protection des indications géographiques, qui ont été introduites dans l'accord avec le Canada, et qui n'existent pas aujourd'hui dans les relations avec les États-Unis. Je pense également aux marchés publics, qui sont très fermés aux États-Unis, alors qu'ils sont très ouverts en l'Europe. C'est un élément sensible de cette négociation puisque, comme vous le savez, l'administration fédérale affirme qu'elle ne peut pas, en la matière, s'engager pour tous les États fédérés alors que la plupart des marchés publics relève des États fédérés. Il y a aussi la convergence réglementaire, qui concerne les produits industriels et qui doit permettre d'exporter plus facilement des automobiles et toutes sortes de produits issus de l'industrie européenne qui se heurtent aujourd'hui à des obstacles pour accéder au marché américain. Philip Cordery a rappelé l'importance de travailler sur les valeurs fondamentales de l'Europe dans l'esprit du 11 janvier 2014, qui est un esprit de la République, car cela a été une mobilisation de toute la France, mais partagé par nos amis européens qui étaient présents à nos côtés. Cette manifestation marque une date pour tous en Europe. D'ailleurs, je crois que quand la chancelière est allée manifester hier contre d'autres formes de menaces pour les valeurs de l'Union comme la propagande anti-islam que certains essaient de répandre en Allemagne, elle l'a fait dans la suite de sa participation à la manifestation du 11 janvier. Elle a voulu avec le président Gauck et avec le vice-chancelier Sigmar Gabriel montrer qu'en Allemagne aussi il y avait des dirigeants qui étaient aux côtés des citoyens qui se dressaient dans la rue contre ceux qui veulent propager la haine qui est un ferment de division inacceptable dans notre société et de remise en cause de nos valeurs démocratiques. Je crois qu'il y a eu un regard porté sur la France qui était atteinte dans ses valeurs les plus profondes, la liberté et une solidarité qui sont des points d'appui pour continuer à défendre une Europe, qui n'est pas qu'un ensemble économique, mais un projet profondément démocratique qui doit mobiliser nos concitoyens. S'agissant des mécanismes de fonctionnement du futur Fonds d'investissement, le plan Juncker instaure une garantie qui vise à favoriser la mobilisation d'investissements publics ou privés, dans des secteurs essentiels pour la croissance et pour la compétitivité future de l'Union européenne. On constate en effet qu'aujourd'hui les investisseurs privés hésitent car ils n'anticipent pas une croissance forte au sein de l'Union européenne. Il faut redonner confiance en l'avenir de l'Union européenne, afin d'encourager les banques à prêter et les entreprises à investir. Le message porté par ce Fonds est le suivant : «si vous contribuez - par exemple - à financer des recherches dans le domaine du Big Data (stockage de données), nous vous garantissons des prêts à taux extrêmement bas, et s'il existe un risque, celui-ci sera couvert ». Ce mécanisme a été voulu par M. Juncker suite à l'expérience de la BEI : en 2012, à partir d'une augmentation de capital de 10 milliards d'euros, la BEI a augmenté ses propres prêts de 60 milliards d'euros et ses investissements de 180 milliards d'euros. En France, les prêts de la Banque Européenne d'Investissement (BEI) sont déjà passés de 4 à 8 milliards d'euros en 2013, et on a pu constater un fort effet de levier. Les financements doivent bien sûr être dirigés sur des investissements utiles d'un point de vue économique ; mais il s'agit aussi de répondre à une défaillance de marché ainsi qu'à la frilosité des investisseurs. Avec 21 milliards d'euros, on peut financer des projets d'un montant de 315 milliards d'euros sur la période allant de 2015 à 2017. Par exemple, les projects bonds dits « axione » sont destinés à financer les équipements numériques des régions en zone rurale : la garantie de quelques dizaines de millions d'euros par la BEI a permis que quelques centaines de millions d'euros soient investis, avec un prêt de la Caisse des dépôts ; le projet sera rentable sur le long terme. Il faut donc encourager les États membres à contribuer. Il n'y aucune raison que la France soit le seul pays à le faire. La création d'une base de données communautaire rassemblant des informations personnelles sur les passagers des compagnies aériennes (PNR) au sein de l'Union européenne est souhaitable. S'il n'y a pas de dispositif européen, il y aura des dispositifs nationaux : ceux-ci seront moins efficaces, car ne faisant pas l'objet d'une mise en cohérence, et la réponse souhaitable en matière de protection des données et de liberté ne sera pas. Un cadre européen est indispensable en la matière. S'agissant du traité transatlantique, il faut identifier les secteurs économiques où il existe des gains et travailler sur ceux-là, sans remettre en cause les règles de régulation publique en Europe. Il existe des lignes rouges à ne pas franchir, comme par exemple en ce qui concerne l'audiovisuel. S'agissant des priorités de financement des projets du plan Juncker, il y aura effectivement des différences entre les États, en fonction de leurs priorités respectives. La France ayant une économie très diversifiée, elle aura des projets dans tous les domaines, et travaillera en complémentarité avec les régions, dans un souci de cohérence. Vous m'avez interrogé sur l'action de la Banque Centrale Européenne (BCE) pour que les conditions d'emprunts soient les mêmes, et que les spreads diminuent. La France emprunte à 0,74 %, soit une baisse de 82 points de base en six mois : le différentiel de taux d'emprunt avec l'Allemagne est minime, tandis qu'il est élevé comparé la Grèce. Ces derniers mois, les taux ont diminué tant pour la France que pour l'Allemagne, mais ils sont augmentés pour d'autres pays. Mario Draghi devrait annoncer, le 22 janvier prochain, que le rachat de dettes souveraines par la BCE a pour objectif de faire diminuer les taux d'intérêt dans les pays où les spreads sont les plus importants. La création d'une Europe de l'énergie constituait un point majeur des conclusions du Conseil européen du 18 décembre dernier. La Commission présentera un paquet visant notamment à renforcer la sécurité d'approvisionnement, à diminuer la dépendance énergétique, qui soit en lien avec le paquet énergie-climat et soutienne l'innovation ainsi que les investissements en matière d'infrastructures et de recherche. Deux grands projets doivent ainsi voir le jour cette année : l'Europe de l'énergie, et l'Europe du numérique. La communication de la Commission du 13 janvier dernier, portant sur la coordination budgétaire et le fonctionnement du pacte de stabilité, constitue un tournant et confirme une plus grande flexibilité accordée aux États. Ce texte permet d'aller plus loin : on tiendra compte, dans les évaluations des finances publiques des États membres, des situations budgétaires des États ainsi que de leur position dans le cycle économique (vérification de l'absence de politique procyclique), des besoins d'investissement et de l'accompagnement des réformes structurelles. Il ne s'agit pas de renoncer au pacte de stabilité et de croissance, ni à l'objectif de réduction de la dette et du déficit public, mais de le faire à un rythme compatible avec la réussite des réformes, les besoins d'investissement et le cycle économique. L'approche de Jean-Claude Juncker et de la Commission est nouvelle. Elle donne la priorité à la croissance et au soutien de l'activité économique. La croissance mondiale ne saurait avoir lieu qu'aux seuls États-Unis, ne reposer que sur un seul moteur. Le président de la République a réitéré, le 5 janvier dernier, que la France poursuit l'objectif de la mise en œuvre d'une taxe sur les transactions financières, dans le cadre de la coopération renforcée entre onze États membres. Elle devra avoir l'assise financière la plus large, et des taux pouvant être limités, mais devant permettre la mise en œuvre de cette taxe. Le produit de cette taxe devra poursuivre des objectifs d'intérêt commun à l'Union européenne ; à cet égard, le président de la République a indiqué que le produit de cette taxe pourrait servir à financer le futur Fonds vert pour le climat. Les onze pays seront soumis à cette taxation, et l'on veillera à l'absence d'effet de contournement. C'est un combat que, à titre personnel, je mène depuis des années. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/087.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/087.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9107d5bb29e7cf8ea0121ed58e5606b7b22c79cc --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/087.txt @@ -0,0 +1 @@ +Nathalie Goulet sénatrice UDI de l'Orne Oui ! Merci Monsieur le Président. Monsieur le Premier ministre, mesdames-messieurs les ministres, mes chers collègues, j'ai 56 ans, je suis petite-fille de déportés et je ne croyais pas voir dans ce pays des enfants assassinés parce qu'ils étaient juifs dans l'affaire MERAH, des gens assassinés parce qu'ils étaient juifs et consommateurs d'un supermarché casher, ni des dessinateurs assassinés pour leur liberté d'opinion, le choc est je dois dire incommensurable. Comment en est-on arrivé là dans la France de la liberté et des droits de l’homme ? Les débats de ces derniers jours entraînent certains d'entre nous vers des dérives sécuritaires et je vous remercie, monsieur le Premier ministre et monsieur le ministre de l'Intérieur, d'avoir déjà indiqué qu'il n'y aurait pas de loi d'exception, c'est important. J'avais plus ou moins anticipé ce type de problème en demandant, dès le mois de juin, une commission d'enquête qui travaille dans cette maison et, sans tapage sécuritaire, je crois que notre contribution à tous sera utile tant il est vrai que dans cette commission nous avons une harmonie dans le travail et dans son efficacité volontaire. Monsieur le ministre de l'Intérieur, comment comptez-vous aider à améliorer la détection précoce de la radicalisation, parce que les enseignants, les éducateurs, les travailleurs sociaux, le personnel pénitentiaire, les élus, ont un peu de mal à distinguer parfois, voire souvent, les grilles de lecture de cette radicalisation ? Comment distinguer un musulman qui pratique sa religion, comme c'est son droit absolu dans la République, qui mange Hallal, qui respecte les prières, qui respecte le Ramadan et celui qui est radicalisé ou sur la voie de la radicalisation ? Vous avez mis en place des cellules de veille de signalement, nous avons rencontré les responsables de l'Unité de Coordination de Lutte Anti Terroriste, l'UCLAT, quelles mesures comptez-vous prendre en direction notamment des écoles et des travailleurs sociaux qui sont en première ligne de front à la rencontre de ces phénomènes nouveaux et qui se multiplient de façon exponentielle au nom d'un Islam totalement dévoyé qui embrigade jeunes gens et jeunes filles dans leur folie meurtrière ? Alors la détection et le signalement précoce sont les postes avancés de la prévention, la prévention est un mot pratiquement oublié ces temps-ci et, pourtant, c'est un mot essentiel. Je vous remercie de votre répondre ! Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur Merci Monsieur le Président ! Madame la Sénatrice, je veux d'abord saluer le travail que vous faites au sein de la commission d'enquête que vous présidez où vous avez auditionné une grande partie de ceux qui, au sein du Ministère de l'Intérieur, contribuent à la protection des Français mais pas seulement et vous avez beaucoup insisté sur la nécessité de mettre en place des politiques préventives qui permettent de s'attaquer à la question de la dé-radicalisation. Je voudrais beaucoup insister sur la nécessité effectivement de prendre en compte ce dispositif préventif et c'est d'ailleurs l'une des premières actions que le Premier ministre a souhaité qu'on mette en place au mois d'avril lorsque l'on a décidé d'engager une action très, très large incluant des dispositifs préventifs et un texte de loi qui a été débattu au Sénat et adopté au mois de novembre dernier ; Nous avons notamment mis en place cette plateforme de signalement au Ministère de l'Intérieur, qui permet aux familles -mais pas simplement aux famille, à tous ceux qui détectent des signaux faibles - de signaler les cas de manière à ce que nous puissions mettre en place des dispositifs de prévention amples et efficaces autour de ceux qui menacent de basculer dans des activités terroristes, 700 cas ont été signalés. Dans les départements du ressort de résidence de ces personnes, sous l'autorité du procureur de la République et du préfet, après qu'avec Madame la Garde des sceaux nous avons pris une circulaire commune, toutes les administrations de l'Etat et des collectivités locales sont mobilisées pour, en matière de santé mentale, en matière d'accompagnement social, en matière de lutte contre les addictions, en matière d'éducation, nous puissions mobiliser toutes les énergies publiques pour engager cette dé-radicalisation, y compris à l'école d'ailleurs où la ministre de l'Education nationale a pris des dispositions pour qu'il y ait un véritable livret sur la dé-radicalisation qui soit diffusé dans les établissements scolaires. Mais cela bien entendu ne suffit pas ! Parce que 90 % de ceux qui basculent dans le terrorisme basculent par le biais d'Internet, et je vous invite à regarder ce qui circule sur la toile, sur Twitter, dans les réseaux sociaux, sur Facebook en termes de propos racistes, antisémites qui blessent, qui atteignent des individus et créent un climat qui incite à la haine. Alors personne ne songe, nous avons eu le débat au moment de la loi, à remettre en cause la liberté d'expression sur Internet c'est un vecteur auquel tout le monde tient et qui est aussi un extraordinaire lieu d'échanges mais il faut avoir conscience de la nécessité qu'un espace de liberté n'est pas un espace dans lequel aucune régulation ne peut permettre de juguler les haines, les racismes, l’antisémitisme… et c'est l'un des sujets sur lesquels nous sommes déterminés à agir parce qu'il faut là aussi de la prévention. Joëlle Garriaud-Maylam, sénatrice UMP des Français établis hors de France Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres, mes chers collègues, la France a été touchée au cœur et à l'âme par des attentats abjects. Mais elle s'est redressée avec un esprit de détermination et de courage exemplaire. Nous sommes fiers de notre pays, nous sommes fiers de nos policiers, de nos gendarmes, de nos citoyens et de notre union nationale. Mais après l'émotion, arrive le temps des questions, et surtout le temps de l'action. Les Français attendent de nous du concret. Ils attendent de nous d'appliquer les lois qui ont déjà été votées et de renforcer les Services de Renseignement, car le contre-terrorisme est un processus au long cours. Dans un monde où les projets terroristes ne connaissent plus de frontières et qu'ils s'échafaudent avec le soutien d'organisations à l'étranger, notre capacité de renseignement passe évidemment par la coopération internationale judiciaire et technique. Certains pays comme la France ont davantage de moyens et d'expertise que d'autres. Ils ont le devoir d'aider les Etats plus vulnérables, car la sécurité internationale, c'est un bien commun mondial. Il est essentiel que les énergies et les synergies jouent à plein, notamment entre partenaires de l'OTAN pour renforcer par exemple la surveillance des trafics d'armes et des financements criminels illicites. Davantage doit aussi se jouer au niveau européen. Une harmonisation des mesures antiterroristes est indispensable. Je pense, par exemple, au programme PNR de transfert des données des dossiers Passagers. Comme je le soulignais il y a quelques mois dans mon rapport sur le terrorisme, à l'Assemblée parlementaire de l'OTAN, ces réseaux de partenariat ne doivent pas être limités aux instances gouvernementales. Il nous faut associer la société civile à l'effort de sécurité nationale. C'est tout l'enjeu des réserves opérationnelles et citoyennes qui pourraient mobiliser des personnes disposant de compétences spécifiques sur le plan linguistique, technologique, psychologique pour l'encadrement de jeunes en mal de repères, une sensibilisation à la citoyenneté et des programmes de prévention et de déradicalisation. Hélas, les décrets d'application de la Loi de juillet 2011 sur le rôle des réserves en cas de crise ne sont toujours pas parus, alors qu'il s'agit d'un vigier (phon) formidable. Monsieur le Premier Ministre, les mobilisations massives de ce week-end ont montré que la France était capable de cet élan d'union pour défendre la liberté, le vivre-ensemble. Mais donnons-nous les moyens de mieux impliquer tous les citoyens en faveur de cette résilience. Aidez-nous à développer notamment ces réserves civiles citoyennes et opérationnelles. Nous sommes tous Charlie mais nous voulons tous redevenir totalement la France. Merci. Bernard Cazeneuve, ministre de L'Intérieur Madame la Sénatrice, vous avez raison d'abord, d'insister sur la nécessité de mobiliser ces réserves citoyennes dans le contexte. Le rassemblement, l'unité, la conscience qu'ont tous les citoyens français du rôle qui leur incombe dans le contexte implique que l'on soit capable de mettre en œuvre vite des dispositions législatives à l'élaboration et au vote desquelles vous avez largement participé. Je veux donc être précis dans la réponse. Les décrets d'application seront présentés au Comité technique ministériel de mon ministre le 12 février, présentés dans la foulée, par le secrétaire général du gouvernement au Conseil d'Etat, et par conséquent, ces décrets seront pris de manière à ce que cette mobilisation souhaitée par vous soit possible. C'est nécessaire, c'est important, et le gouvernement en est parfaitement conscient. Deuxièmement, il faut que les dispositions que nous avons adoptées, vous l'avez dit, au début de votre question, au mois de novembre, soient mises en œuvre. Nous avons passé hier en Conseil des ministres les textes d'application de l'interdiction administrative de sortie du territoire et l'interdiction d'entrer dans le territoire également de tous ceux qui, étrangers, ont été engagés dans des opérations à caractère terroriste, sur le théâtre des opérations que l'on sait, et seraient tentés de revenir en France. Il ne peut pas y avoir de possibilité pour ceux-là de revenir sur le territoire national. La plus grande fermeté s'appliquera à eux ! Je veux le dire avec la plus grande netteté. De la même manière, nous sommes aussi déterminés à procéder à l'expulsion de ceux qui, étrangers en France, sont engagés dans des opérations terroristes. Nous avons multiplié par 2, en 2013 et 2014, le nombre de ces expulsions. Nous poursuivrons avec la plus grande fermeté cette politique parce qu'il faut regarder la situation dans sa réalité et en face. Enfin, vous évoquez la nécessité de renforcer les coopérations européennes, vous avez raison. Dans un certain nombre de domaines où nous avançons mais où il faut accélérer. Le PNR européen, sur lequel le Conseil européen et la Commission européenne sont tombés d'accord mais qui est bloqué au sein de la Commission LIBE du Parlement européen, il faut convaincre les parlementaires européens, qui voient les événements, qui les regardent et qui sont conscients de la gravité de la situation, qu'il est un équilibre possible entre davantage de sécurité à travers la mise en place de ce PNR, et davantage de protection des données, de manière à assurer la préservation des libertés publiques. Parce que, comme l'a dit le Premier ministre dans son discours très fort au Sénat, « la lutte contre le terrorisme ne saurait sacrifier les libertés publiques pour la sécurité ». Tout cela doit se conjuguer de concert, parce que si les libertés devaient reculer pour assurer la sécurité, alors nous donnerions aux terroristes une première victoire. Et donc il faut, avec pragmatisme, efficacité, détermination, trouver cet équilibre dans la lucidité et dans la responsabilité. Enfin, je veux insister sur le fait que nous allons, de façon déterminée, multiplier les initiatives à destination des grands opérateurs Internet. Je me rendrai aux Etats-Unis pour rencontrer les responsables de ces grands opérateurs au début du mois de février, de manière à les sensibiliser à la responsabilité qui doit… Etre la nôtre et leur faire passer le message que la liberté sur Internet et la responsabilité, là aussi, ça se conjugue. Cédric Perrin, député-maire UMP de Beaucourt (Territoire de Belfort) Monsieur le président, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, les destinées d'hommes et de femmes épris de liberté ont été précipitées vers l'abîme par la folie d'autres hommes, par une idéologie barbare basée sur la terreur. L'émotion a saisi la France, l'émotion a saisi le monde. Un peuple tout entier s'est levé pour dire son attachement à la démocratie, à la liberté, à la République et à ses valeurs. Osons désormais l'examen de conscience. Les Français attendent des actes, des actes forts. La démocratie se défend distraitement, Monsieur le ministre. Il ne doit plus aujourd'hui y avoir d'angélisme, de naïveté, de bien-pensance face au terrorisme qui sème la mort partout où il se développe. Nous devons notamment nous interroger sur la surveillance menée par les services de renseignement et comprendre ce qui n'a pas fonctionné. En effet, fichés, archiconnus pour de multiples faits ayant un rapport direct avec des personnes peu recommandables et très directement liés à la mouvance terroriste, les auteurs de ces crimes barbares n'étaient plus surveillés depuis près de six mois. Ainsi de nombreuses questions se posent tout naturellement. Monsieur le ministre de l'Intérieur, comment comptez-vous remédier à la faille béante évoquée par le Premier ministre lui-même ? Pour quelles raisons des individus connus aux États-Unis comme terroristes potentiels et interdits sur le territoire américain, ayant entre autres séjourné au Yémen et fréquenté Djamel BEGHAL, peuvent se promener en France librement sans aucune surveillance ? Partis pour le jihad, pour apprendre à assassiner et à combattre la démocratie, ces apprentis terroristes n'ont plus aucune place sur le territoire national. Que comptez-vous faire pour les empêcher de revenir ? Allez-vous enfin déchoir de leur nationalité française les jihadistes binationaux ? Quelles mesures comptez-vous prendre pour garantir une bonne coopération avec les pays où transitent ces apprentis jihadistes ? Allez-vous enfin réussir à convaincre vos amis politiques de voter la création d'une base de données communautaire rassemblant des informations personnelles sur les passagers des compagnies aériennes dite PNR que l'UMP appelle de ses vœux depuis des mois ? Enfin, quel rôle ont joué la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité et le cabinet du Premier ministre dans l'interruption des écoutes d'un des frères KOUACHI ? Confirmez-vous, Monsieur le ministre, les informations selon lesquelles ils ont refusé d'étendre les écoutes à l'entourage de KOUACHI et ainsi, mettre fin à toute surveillance ? Pour conclure, Monsieur le ministre, le gouvernement donnera-t-il enfin des moyens suffisants à nos services pour leur permettre de faire face à la menace qui pèse sur notre pays ? Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur Monsieur le sénateur, merci pour cette question qui appelle une réponse extrêmement précise. D'abord, pour ce qui concerne les moyens des services de renseignement, qui sont généralement la condition de leur efficacité, vous êtes trop bien informé comme en témoigne votre question pour ne pas savoir qu'ils ont beaucoup été rabotés. Il n'y a pas de cela si longtemps – je veux donner des chiffres extrêmement précis, les crédits, alors qu'il y avait des besoins technologiques très importants qui avaient été identifiés à l'occasion de l'élaboration du Livre blanc en 2008, n'ont pas été abondés et leurs effectifs ont diminué de près de cent trente unités dans un contexte dont tout le monde avait conscience qu'il était nécessaire de manifester une vigilance et une attention. C'est la raison pour laquelle le Premier ministre, lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, a décidé d'augmenter de quatre cent trente-deux les effectifs de la Direction générale de la sécurité intérieure, qu'au terme d'un rapport élaboré par les parlementaires, à la fois Monsieur VERCHÈRE et Monsieur URVOAS, une réforme des services de renseignement était engagée, destinée à transformer la Direction centrale du renseignement intérieur en Direction générale de la sécurité intérieure et que par ailleurs, nous avons augmenté de douze millions d'euros par an, c'est-à-dire trente-deux millions d'euros dans le cadre du triennal, les moyens technologiques dont la DGSI a besoin en augmentant ses budgets. Et nous allons aller au-delà pour que vous soyez totalement rassuré parce que ce que vous exprimez correspond à un besoin des Français de voir leurs services de renseignement pouvoir intervenir de façon efficace en étant dotés des moyens qui vont bien. Et il y a trois domaines je vais être assez précis dans lesquels nous avons besoin de conforter ses compétences. Le premier domaine, c'est celui des compétences linguistiques parce que nous avons besoin de traducteurs pour traduire des interceptions de sécurité en langue complexe. C'est la raison d'ailleurs pour laquelle j'avais demandé, dans le cadre de la loi terroriste, qu'on portât de dix jours à trente jours la durée d'analyse des interceptions de sécurité, ce qui a suscité des interrogations sur de nombreux bancs parce que je comprends que l'équilibre entre sécurité et liberté doit être une préoccupation constante. Troisième sujet que je voulais évoquer avec vous, c'est la question des frères KOUACHI et de COULIBALY. Bon, la Commission nationale des interceptions de sécurité a fait son travail et on n'est pas là pour faire des mises en cause et procéder à des accusations mais pour tirer les conclusions de ce qui a été fait, les enseignements. Elle a fait son travail conformément à la loi parce que nous sommes dans un État de droit. Les frères KOUACHI ont été interceptés à plusieurs reprises entre 2011 et 2014. Dans le cadre de ces interceptions, il n'a rien été décelé qui témoignait de leur volonté de s'engager dans des opérations à caractère terroriste. Et comme vous le savez, dans un État de droit, les interceptions ne peuvent pas durer infiniment. C'est la raison pour laquelle et je conclus pour répondre à la demande du président, dans le cadre des propositions que nous allons adresser au Premier ministre et qui feront l'objet de dispositions nouvelles rapides, nous introduirons les moyens juridiques permettant d'aller au-delà pour que les difficultés se voient contrebalancées par des solutions concrètes. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/088.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/088.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e8e96614dcd332670e00bf6fef45b06f01b82bc8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/088.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président de l'observatoire, Jean-Louis Bianco Mesdames, Messieurs, Les 7, 8 et 9 janvier, des Français ont tué d'autres Français au nom de Dieu. Le 11 janvier, la France s'est relevée, mais elle est en rémission. La laïcité est un sujet vaste et complexe. En parler une semaine après les attentats qui ont affligé la France rend l'exercice particulièrement difficile. Mais sans doute aussi, particulièrement nécessaire. La possibilité de la co-existence pacifique d'individus qui croient et qui ne croient pas, qui sont de confessions diverses, est mise en cause à double titre : - de manière tragique, spectaculaire, radicale par l'action terroriste ; - de manière insidieuse, lente, redoutable, par la montée du racisme et de l'antisémitisme. Il est d'ailleurs probable que le surgissement de la première forme de remise en cause de la laïcité, spectaculaire, se nourrisse, entre autres, de l'érosion des principes républicains par la seconde forme de remise en cause. Il s'agit d'un poison lent auquel il est urgent d'apporter un antidote, une riposte républicaine. Cette remise en cause ne se traduit pas nécessairement par une idéologie structurée, une volonté farouche de faire du mal à l'autre, de le rejeter. Il peut s'agir aussi d'une déstructuration de la pensée et du savoir, une perte de confiance dans l'action publique. Cela nourrit une grande confusion mentale et morale : Qu'est-ce qui est grave ? Que vaut la vie ? Quelle différence entre le racisme et le blasphème ? Entre la satire et l'incitation à la haine raciale ? Entre le premier et le second degré… Cette confusion est le terreau des idéologies réactionnaires, que le Gouvernement combat : stigmatisation de l'homosexualité, refus de l'égalité des sexes, xénophobie, dénonciation des droits de l'homme… Le Front national est porteur, de père en fille, de cette idéologie depuis longtemps en France, même si les expressions publiques évoluent. Viennent s'y ajouter depuis quelques années des groupuscules transnationaux islamistes qui agissent dans la prédication comme dans l'exercice de la terreur. Si je dois dater l'émergence de ces discours sur la scène française, je dirais qu'ils sont conséquents aux émeutes de 2005. A ce moment, un lien a durablement été rompu. Jusqu'à l'atrocité de la semaine dernière. L'assassinat de français juifs dans une école ou dans un supermarché casher nous meurtrit. Les actes de violence commis contre des mosquées nous révoltent. Mais ces agissements et leurs réponses relèvent d'abord de mes collègues de l'Intérieur et de la Justice. Ma mission est, bien en amont, de les prévenir. Je ne crois pas que les jeunes soient moins attachés à la laïcité que leurs aînés. Les adultes d'aujourd'hui sont les jeunes d'hier… En revanche, il est vrai que beaucoup se joue dans la formation intellectuelle et morale des individus au moment de l'adolescence, et je crois même, pour être plus précis, du collège. Donc oui, la défense de la laïcité intéresse le Ministre de la jeunesse. Dire que l'intolérance et la radicalisation seraient l'apanage des quartiers relève également d'un fantasme. Pour autant, il fait peu de doutes que ces quartiers concentrent comme nul autres, les difficultés sociales, urbaines, et que leurs habitants peuvent légitimement ressentir une forme d'abandon de la part de la République. 30 ans de politique de la ville n'auront pas permis de résorber ces fractures. Pour autant, qu'en serait-il sans la politique de la ville ? Les débordements restent somme toute peu nombreux et l'intervention publique a participé à « faire tenir » la société. Cette République dont la promesse suscite l'espoir et l'action bien trop souvent la déception. Dans ces conditions, on comprend que les discours de défiance trouvent prises. Alors oui, la défense de la laïcité intéresse le Ministre de la ville. Que peut faire le Ministre de la ville et de la jeunesse pour contribuer au respect de laïcité ? Bien que la laïcité rejoigne les valeurs républicaines plus d'un siècle après l'émergence de celle-ci, elle est j'en ai la conviction intimement liée au triptyque liberté, égalité, fraternité. La laïcité, c'est l'exigence de neutralité et de tolérance qui autorise la liberté de conscience et d'expression. Agir pour l'extension de nos libertés, pour leur accomplissement toujours plus total, revient nécessairement à agir dans le sens d'un renforcement de la laïcité. Or, le principal instrument de la liberté est l'éducation. L'éducation nationale bien sûr. Tout de suite, on se tourne vers l'école quand on pense « laïcité ». Mais il existe d'autres façons d'apprendre et d'autres lieux, d'autres contextes, pour le faire. Aussi, parallèlement à ce que le gouvernement investit pour l'éducation nationale, il m'incombe de valoriser et de développer l'éducation populaire. La réforme des rythmes scolaires est, de ce point de vue, une formidable opportunité. La sensibilisation des animateurs de ces temps hors l'école aux enjeux de la laïcité me paraît essentielle. L'éducation populaire peut aussi prendre en charge, en partie, l'éducation des jeunes à l'usage d'internet. Parce qu'ils sont nés dedans, on suppose un peu vite que l'univers numérique n'a aucun secret pour les jeunes. Il faut savoir de quoi on parle. Oui, ils savent naviguer, télécharger des applications, utiliser un certain nombre de logiciels. Mais cela ne permet pas de comprendre et d'analyser un message, écrit ou vidéo. Cela ne permet pas de hiérarchiser des informations, d'appréhender leur légitimité. Cela ne permet pas de se protéger des intrusions, et des manipulations. Donc il y a bien tout un champ de compétences à acquérir pour être autonome dans le monde numérique. L'éducation populaire peut y pourvoir. L'éducation, elle se fait aussi dans des expériences civiques, des expériences d'engagement, comme le service civique. La montée en charge rapide de ce dispositif est un plus pour les promoteurs de la laïcité. La laïcité est aussi une question d'égalité. Les discriminations, les stigmatisations sont autant de coups portés à l'idée que toutes les confessions et les opinions ont leur place. Que ce soit vis-à-vis des jeunes ou des habitants des quartiers de la politique de la ville, je me battrai avec détermination contre les discriminations à l'emploi, au logement, aux services et aux politiques publiques. Je veux aussi que chacun ait la possibilité de pratiquer sa religion dans des conditions décentes. Ce n'est manifestement pas le cas aujourd'hui pour nos concitoyens de confession musulmane, dont beaucoup sont contraints à pratiquer dans des lieux indignes, clandestinement. Je souhaite que la rénovation urbaine prenne en compte cette dimension. La poursuite de l'égalité nous amène par ailleurs à casser les logiques de relégation et de ghettoïsation qui confortent les tentatives communautaires. Là encore, la politique de la ville, par ses objectifs de mixité, dans l'habitat et dans les commerces, peut apporter une partie de la solution. Il y a, à côté de l'égalité dans sa tradition républicaine, une aspiration plus récente qui a aussi à voir avec la justice et qui m'apparaît légitime : c'est la demande de reconnaissance. L'égalité ne peut se traduire par l'occultation des différences et des singularités. Elle ne peut non plus être le faux-nez d'une « catho-laïcité ». Je suis favorable, même si cela dépasse mes prérogatives ministérielles, à une réflexion sur la nature des jours fériés, sur la représentation de la diversité d'origine du peuple français dans les médias et les institutions publiques. Enfin, la laïcité, dans l'exigence de tolérance qu'elle contient, implique que nous nous sentions liés les uns aux autres, que nous partagions une commune appartenance : c'est le sentiment de fraternité. J'en ai peu parlé jusqu'à présent, mais j'ai la conviction que le sport est un vecteur privilégié de l'expérience concrète de la fraternité. Tant dans la pratique sportive que dans la cohésion et la ferveur qui se dégagent au moment des grandes compétitions sportives. Ainsi, réussir l'Euro 2016 de football, permettre à la nation entière de se retrouver dans un moment populaire, festif, joyeux, par-delà les origines et les croyances, serait un succès pour la laïcité. La question aujourd'hui est posée d'un service civique qui concernerait toute une génération. Je ne veux pas répondre d'ores et déjà à cette question mais il est clair que l'ouverture à l'altérité qu'impliquerait un tel dispositif est une des dimensions de la décision qui sera prise. Monsieur le Président Jean-Louis Bianco, Mesdames, Messieurs, Nous avons été attaqués ; notre pays a été meurtri mais il s'est relevé. Dans le prolongement des manifestations qui ont eu lieu la semaine dernière et particulièrement dimanche, il faut porter la riposte. Une riposte républicaine. La laïcité fait évidemment partie de cette riposte. Soyez convaincus que j'en serai l'un des farouches acteurs. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/089.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/089.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3d0f8f17c7a32a62249686e6191001254907fc22 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/089.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre, cher Thomas de Maizière, Monsieur le Préfet, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Directeur général de la Gendarmerie nationale, mon Général, Mesdames, Messieurs, chers amis, Je suis très heureux d'ouvrir aujourd'hui les travaux de la 7ème édition du Forum international de la cybersécurité. Un lien naturel et durable unit en effet le ministère de l'Intérieur à cette manifestation, lancée à l'initiative de la Gendarmerie nationale en 2007 et aujourd'hui organisée en partenariat avec le Conseil régional du Nord Pas de Calais et la société CEIS. La diversité et la qualité des intervenants et des participants à cette nouvelle édition du FIC confirment le haut niveau d'engagement des organisateurs, que je tiens à remercier chaleureusement. Elles soulignent aussi l'intérêt que présente un tel espace de réflexion et d'échanges pour les experts et décideurs que vous êtes. Je me réjouis également que l'Allemagne soit à l'honneur cette année, et je tiens à saluer la présence parmi nous aujourd'hui de mon homologue et ami allemand, Thomas de MAIZIERE, qui est venu nous apporter son soutien dans cette période difficile où la France fait face à une crise sans précédent. Le terrorisme frappe sans distinction de pays ni de continent : il est donc nécessaire que notre riposte soit commune, c'est-à-dire européenne et internationale. Par ailleurs, nous sommes tous confrontés aux mêmes défis et à la même nécessité d'adapter nos réponses sécuritaires aux nouveaux usages numériques je pense notamment à la lutte contre la propagande et le recrutement terroristes sur Internet, qui est depuis des mois un sujet majeur de réflexion parmi les services européens de renseignement et de sécurité. Il a encore été l'un des grands enjeux dont mes homologues et moi-même avons discuté à l'occasion du G10 des ministres de l'Intérieur, que j'ai réuni en urgence place Beauvau le 11 janvier dernier. Je crois plus que jamais qu'en la matière, une meilleure coordination entre pays européens est un élément décisif de la réponse que nous devons apporter aux terroristes. La participation du ministre allemand de l'Intérieur à l'inauguration du FIC 2015 illustre bien la dimension internationale de ce salon et des enjeux de cybersécurité. La présence des délégations étrangères de la FIEP (« France Italie Espagne Portugal »), association des gendarmeries euro-méditerranéennes, dont la France a pris récemment la présidence, est également une belle preuve de la dimension internationale que le FIC permet d'approfondir année après année. La révolution numérique concerne en effet toutes nos sociétés. Elle transforme aussi bien notre vie quotidienne que notre économie et notre modèle de production industrielle. Pour nos organisations, nos entreprises, nos collectivités territoriales ou encore nos administrations, elle représente un véritable levier de performance et un formidable accélérateur d'innovation, offrant des opportunités nouvelles de développement. Néanmoins, le cyberespace est aussi aujourd'hui un champ sans frontières, où se développent des menaces pour notre société, de même qu'il est un outil susceptible d'être détourné à des fins malveillantes ou criminelles par des individus ou des organisations. Or, sur les territoires numériques comme ailleurs, la responsabilité de l'État est de protéger les citoyens avec détermination, d'anticiper les menaces, et de réprimer lorsqu'ils surviennent les actes délictueux. Nous devons tout faire pour que le cyberespace soit avant tout un lieu où l'exercice des libertés fondamentales et la protection de la vie privée sont garantis. Garantir la sécurité sur Internet n'est en effet rien d'autre qu'étendre aux territoires numériques au cyberespace la protection que nous devons à nos concitoyens, condition essentielle du respect des principes fondateurs de la République, et avant toute chose du respect de l'Etat de droit et des libertés individuelles, en toutes circonstances. La sécurité dans les espaces numériques doit donc être assurée avec autant de détermination que dans nos villes et dans nos territoires. De même, le droit de vivre de son travail, c'est-à-dire d'innover et de développer une activité économique ce qui de plus en plus implique une dimension numérique, doit être garanti. Une telle responsabilité engage la Nation tout entière. Nous l'assumons pleinement. Ainsi, face à la récente progression des phénomènes de radicalisation violente et d'endoctrinement terroriste sur Internet, aboutissant au départ pour la Syrie et l'Irak de plusieurs centaines de jeunes Français et au départ, plus généralement, de nombreux jeunes Européens, le Gouvernement a soumis au Parlement, qui les a adoptées dans la loi du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme, des mesures visant spécifiquement la diffusion de contenus illicites sur Internet notamment des contenus de propagande terroriste et d'apologie du meurtre de masse ou de l'assassinats tels que ceux de notre compatriote Hervé GOURDEL ou de l'Américain Peter KASSIG. Les attentats que nous avons dû affronter ont eux aussi largement démontré la centralité de ces enjeux de cybersécurité, et par là même l'absolue nécessité qu'il y a aujourd'hui à renforcer notre dispositif de lutte contre les cybermenaces. J'y reviendrai. Comme vous le savez, à la demande du Premier Ministre, nous sommes actuellement en train de finaliser de nouvelles propositions en la matière. Ministère de l'Etat, ministère de la sécurité, de la prévention et de la gestion des crises, le ministère de l'Intérieur est donc particulièrement concerné par les trois dimensions fondamentales de la cybersécurité. La cyberdéfense, tout d'abord, vise à protéger les institutions et les intérêts nationaux, conformément aux objectifs définis par le Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale. Le ministère de l'Intérieur y participe activement, aux côtés de l'Agence nationale de la Sécurité des systèmes d'information (ANSSI) et du ministère de la Défense notamment. La sécurité des systèmes d'information est un deuxième enjeu, tout aussi important. Il concerne non seulement les systèmes du ministère de l'Intérieur, mais aussi ceux de l'ensemble des acteurs économiques sur le territoire et des particuliers. Enfin, la lutte contre la cybercriminalité mobilise aujourd'hui près de 600 enquêteurs spécialisés de la gendarmerie et de la police nationales. C'est la raison pour laquelle j'ai nommé en décembre dernier un préfet spécifiquement chargé de la lutte contre toutes les cybermenaces, le « préfet cyber », Jean-Yves LATOURNERIE. Directement rattaché à mon cabinet, et en lien permanent avec l'ensemble des directions générales et des directions du ministère qui sont concernées par les enjeux de cybersécurité, ainsi qu'avec les acteurs interministériels compétents, il a pour missions : - de piloter la montée en puissance du dispositif ministériel, et de proposer le cas échéant des mesures d'organisation adaptées aux enjeux des cybermenaces ; - de fédérer l'ensemble des énergies et les initiatives des différents acteurs au sein du ministère de l'Intérieur, et de veiller à ce qu'elles s'inscrivent dans le cadre de la stratégie ministérielle de lutte contre les cybermenaces ; - d'être le point d'entrée identifié pour les acteurs extérieurs au ministère, notamment dans le cadre des travaux, engagés par l'ANSSI, visant à l'actualisation de la stratégie nationale de cybersécurité ; - enfin, de veiller à la pleine insertion de la démarche stratégique du ministère dans le cadre de la nécessaire coopération européenne et internationale. Pour accomplir ses missions, le préfet LATOURNERIE bénéficiera bien sûr du concours de l'ensemble des services du ministère de l'Intérieur. Avant d'évoquer les principaux axes de la stratégie ministérielle, je souhaite vous apporter quelques éléments qui permettront de mieux définir l'état des cybermenaces, tel qu'on peur l'appréhender aujourd'hui. Parmi les tâches confiées au « préfet cyber », figure justement l'élaboration d'un premier rapport ministériel sur l'état de la menace à laquelle nous devons faire face. Les premiers travaux réalisés en vue de la rédaction de ce rapport permettent d'ores et déjà de dégager trois grandes tendances. Les différentes menaces que je vais brièvement décrire dans un instant, interviennent dans le contexte d'une société en profonde mutation numérique. Si le développement exponentiel des nouvelles technologies, l'émergence des objets connectés et les facilités offertes par le e-commerce sont de véritables progrès technologiques et sociaux, ils apportent aussi avec eux leur lot de difficultés nouvelles. Les données numériques structurent en effet toutes les parties et étapes de notre vie personnelle et professionnelle, qu'il s'agisse des démarches administratives, de notre santé, de notre économie ou encore de nos loisirs. Or, l'utilisation et la gestion de ces données très précieuses exposent aussi parfois leurs propriétaires à des menaces ou des vulnérabilités auxquelles nous nous devons d'apporter des réponses. La première de ces menaces est le cyberterrorisme, qui consiste à commettre une action destructrice par le vecteur numérique. Comme je vous le disais, les groupes terroristes qui nous ciblent sont extrêmement actifs sur les réseaux sociaux tels Facebook, Twitter et Youtube, tout en maintenant des canaux de transmissions plus traditionnels comme les forums djihadistes. Même si les sociétés gestionnaires de ces médias sociaux sont aujourd'hui beaucoup plus soucieuses des contenus postés, l'utilisation d'Internet par les groupes ou organisations terroristes s'est encore amplifiée en 2014. Il apparaît nettement que les groupes islamistes radicaux les plus structurés (notamment Al-Qaida et DAESH) voient en Internet une tribune et un excellent vecteur de recrutement. A cet égard, entre 2013 et 2014, le nombre de signalements parvenus au ministère de l'Intérieur par le biais de la plateforme PHAROS, créée à cet effet au sein de la Direction centrale de la Police judiciaire, a été multiplié par trois. Le fait que la grande majorité de ces signalements concerne des contenus détectés sur des réseaux américains, ne diminue en rien l'impact de ces actes de propagande sur nos ressortissants ou sur les étrangers résidant habituellement dans notre pays. Les attentats auxquels nous avons dû faire face il y a une dizaine de jours, nous ont eux aussi démontré, si besoin était, que toute crise majeure notamment terroriste comporte désormais une forte dimension de cybersécurité. Ils ont ainsi confirmé la nécessité pour le ministère de l'Intérieur de se préparer à affronter les nouvelles menaces numériques en se dotant des outils et des ressources appropriés. Les réseaux sociaux servant de vecteur de communication aux terroristes, les supports numériques découverts ont été et sont encore exploités et analysés entre autres par la sous-direction de la police judiciaire à la lutte contre la cybercriminalité dans les délais très brefs imposés par la gravité et l'urgence de la situation. Il a fallu ensuite faire face aux cyber-attaques malveillantes, prenant en la circonstance l'aspect d'un phénomène de masse inédit, modifiant les pages d'accueil ou exploitant les fragilités de milliers de sites institutionnels et privés. Plus de 1 300 attaques ont en effet été revendiquées par des équipes de hackers se revendiquant d'organisations islamistes ou saisissant l'opportunité de démontrer leur capacité malfaisante. Nous avons donc dû organiser très rapidement une réponse judiciaire commune que la sous-direction à la lutte contre la cybercriminalité a pilotée. Le réseau des investigateurs spécialisés en cybercriminalité de la police et de la gendarmerie nationales a également été mobilisé. La plateforme PHAROS, elle-même mise à mal, a, durant la crise, traité en quelques jours plus de 25 000 signalements de contenus illicites sur Internet ; depuis les attentats, elle continue de veiller toujours aussi activement, grâce à la détermination sans faille des opérateurs policiers et gendarmes. Enfin, une veille sur les réseaux sociaux a également été mise en place, exploitant, dans un tel contexte de crise, les contacts privilégiés noués avec les sociétés de service de l'Internet, plus particulièrement avec Twitter, Facebook, Google et Dailymotion. Un traitement particulier et en urgence a ainsi pu être accordé aux demandes de retrait des vidéos mises en ligne liées aux attaques terroristes. De manière complémentaire, les demandes de gel des données techniques liées aux demandes de retrait des vidéos ont été traitées 24H sur 24H pour le compte de l'ensemble des services de la police et de la gendarmerie nationale. Le cyberterrorisme est une menace majeure, dont il convient de préserver nos compatriotes, nos institutions et les intérêts nationaux, comme le préconise le Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale. Comme je vous le disais, le ministère de l'Intérieur travaille en étroite coopération avec l'ANSSI et le ministère de la Défense, pour mettre en œuvre notre stratégie de cyberdéfense. La loi du 13 novembre 2014 a d'ores et déjà permis de renforcer nos moyens de lutte contre le cyberterrorisme. L'un de ses principaux objectifs est en effet de lutter plus efficacement contre la propagande djihadiste, l'apologie et la provocation du terrorisme en ligne. Pour ce faire, nous avons prévu des dispositions permettant, sous le contrôle d'une personnalité qualifiée et le cas échéant du juge administratif, le blocage et le déréférencement des sites Internet qui mettent en ligne ce type de contenu. Le décret d'application relatif au blocage des sites sera publié dans les prochains jours, après les dernières consultations ; celui relatif au déréférencement suivra rapidement. La loi comporte également des dispositions moins connues du grand public, mais tout aussi importantes dans la lutte contre la cybercriminalité : l'extension des cyberpatrouilles à l'ensemble des infractions relevant du champ de la criminalité organisée, l'introduction du délit de vol de données informatiques, l'aggravation des peines en matière d'atteinte en bande organisée aux systèmes de traitement automatisées de données de l'Etat et l'application de certaines techniques spéciales d'enquête, la facilitation des perquisitions informatiques et du déchiffrement des données cryptées. Sans doute notre dispositif législatif doit-il encore être amélioré et nous allons bientôt faire de nouvelles propositions pour gagner en efficacité dans notre lutte contre le cyberterrorisme, mais les enquêteurs sont d'ores et déjà mieux armés pour affronter les défis d'aujourd'hui et ceux de demain. Le deuxième type de menace relève des cyberattaques contre les entreprises, qu'il s'agisse de cyberespionnage industriel ou de cyberescroquerie à grande échelle. En effet, des attaques de plus en plus sophistiquées touchent principalement les entreprises et visent à leur voler des données stratégiques, parfois en très grande quantité comme certains exemples étrangers ou français l'ont montré ces dernières semaines, ou bien à leur soutirer des sommes importantes d'argent plusieurs entreprises, parfois des multinationales, ont ainsi été récemment victimes d'escroqueries au faux ordre de virement international (FOVI). Nous devons donc tout faire pour protéger nos entreprises de telles attaques. Les liens numériques qui unissent les fournisseurs, les vendeurs et les clients sont en effet désormais incontournables, et ne sont plus entravés par les frontières territoriales et politiques. Le patrimoine informationnel des entreprises revêt par ailleurs une importance capitale pour le développement de notre économie et la préservation de nos emplois. Ce patrimoine informationnel englobe très largement les données relatives aux projets liés à la recherche, l'innovation et le développement, les fichiers des clients ou des employés qui permettent de développer ou de préserver une activité économique et plus largement toutes données collectées, stockées et utilisées pour garantir le bon fonctionnement d'une entreprise. Stockées localement ou de manière délocalisée dans le « cloud », ces données sont essentielles pour le développement ou la survie de nos entreprises. Tout comme les locaux physiques, ces données peuvent faire l'objet d'attaque, de vols, de falsification ou de tous autres faits délictueux. Enfin, le troisième type de menace dont nous devons tenir compte vise les particuliers, particulièrement vulnérables aux escroqueries en tous genres, qui s'accompagnent parfois de chantage sous forme numérique. Ainsi, les escroqueries représentent actuellement 80% des plaintes cyber traitées par les services de police et de gendarmerie. En 2013, l'usage frauduleux de cartes bancaires dans les transactions sur Internet s'élevait à 155 millions d'euros. Les paiements à distance ne représentent que 11% de la valeur des transactions nationales par carte bancaire, mais comptent pour 65% du montant de la fraude. Quant aux différentes formes de chantage sur Internet, on observe malheureusement le développement de plusieurs pratiques telles que le chantage suite à des vols massifs de données internes ou de clients d'entreprise, le chantage à la webcam (sextorsion), ou encore le chantage via l'utilisation de « rançongiciels ». Là aussi, nous devons tout faire pour protéger nos concitoyens de telles menaces, qui violent par ailleurs leur intimité, ou ciblent leurs activités professionnelles. Pour affronter ces défis, nous allons lancer un grand plan d'action qui renforcera l'efficacité des services du ministère de l'Intérieur en ce qui concerne la lutte contre les cybermenaces, quelles qu'elles soient. Je l'ai dit au début de mon propos, la responsabilité de l'Etat, sur les territoires numériques comme ailleurs, est de protéger les citoyens, d'anticiper les menaces, de prévenir et de réprimer les actes malveillants et criminels. Depuis plus de 20 ans déjà, le ministère de l'Intérieur a intégré les défis nouveaux posés par la cybercriminalité. Mais aujourd'hui, l'ampleur et la variété du phénomène nous obligent à monter en puissance, à adapter notre dispositif de cybersécurité. Nous devons en effet mobiliser des compétences nouvelles, développer des moyens technologiques spécifiques, proposer des actions de protection et de prévention inédites à l'égard des systèmes et des publics particulièrement ciblés. Surtout, à l'heure de la transformation numérique de la société, la lutte contre les cybermenaces ne peut plus être réservée à quelques experts : elle doit faire l'objet d'une organisation dédiée qui rendra possible l'amélioration et l'adaptation globales des services du ministère. C'est tout le sens du plan d'action élaboré par l'ensemble des directions du ministère, et dont la mise en œuvre sera pilotée par le « préfet cyber ». Ce plan s'organise autour de six axes stratégiques. Le premier axe consiste à disposer en permanence d'une vision claire et actualisée des cybermenaces. Outre la production annuelle d'un rapport sur l'état de la menace, il s'agit de construire un appareil statistique adapté, permettant de mesurer les faits constatés dans le domaine de la cybercriminalité, mais aussi de disposer d'autres indicateurs externes ou internes au ministère de l'Intérieur caractérisant l'évolution de la menace. Le service statistique ministériel en sera le maître d'œuvre. Le deuxième axe réside dans le renforcement de nos capacités d'analyse et de réponses opérationnelles. Il s'agit pour ce faire de fédérer les énergies et de favoriser les échanges mutuels entre les divers services et forces de sécurité. La nomination du préfet en charge des cybermenaces contribue ainsi directement à cet objectif. Il s'agit aussi, chaque fois que possible, de mutualiser les efforts consentis au profit des acteurs opérationnels. Nous disposons à l'échelon national d'un haut niveau d'expertise qui peut ainsi venir compléter et appuyer les dispositifs territoriaux de renseignement et des deux forces de sécurité police et gendarmerie dans le domaine judiciaire. Cet effort suppose une mobilisation générale de l'ensemble des services de renseignement, notamment de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et du service central du renseignement territorial (SCRT) dans le domaine cyber. Leur rôle d'anticipation sera également complété par une veille de l'internet, en particulier des réseaux sociaux. Au sein de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) a été créée en avril dernier la Sous-Direction de Lutte contre la cybercriminalité (SDLC). Elle réunit en son sein l'office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication (OCLCTIC), qui comprend des policiers et des gendarmes, ainsi qu'une division de l'anticipation et de l'analyse. J'ai pu constater personnellement le rôle essentiel qui est le sien en cas de crise, et la réactivité, le savoir-faire et l'engagement de ses personnels. Au sein de la Gendarmerie nationale, la Division de la Lutte Contre la Cybercriminalité (DLCC), transformée en Centre de Lutte Contre les Criminalités Numériques (C3N) sera rattaché au pôle judiciaire chargé de piloter la communauté des 1800 enquêteurs et correspondants « Technologies numériques de la gendarmerie ». Ce centre développera également ses capacités d'investigations d'initiative sur Internet. Parallèlement, au sein des sections de recherches de la gendarmerie, des groupes cyber seront créés pour consolider les capacités d'investigations de haut niveau, y compris au plan territorial, et poursuivre les responsables de trafics de haut niveau, ou d'escroqueries en bande organisée. L'adaptation des moyens consacrés au forces de sécurité, pour se moderniser et faire face aux cybermenaces tout en s'adaptant à la transformation numérique de la société, fait également l'objet de démarches mutualisées et communes aux deux forces. Ainsi l'organisation, sous le pilotage du préfet chargé de la lutte contre les cybermenaces, d'une veille juridique cyber disposition de l'ensemble des services du Ministère, procède de cette démarche. Il en va de même en matière de formation à la lutte contre les cybermenaces pour l'ensemble des policiers et gendarmes, ou de la définition d'un schéma de mutualisation des formations des enquêteurs et investigateurs spécialisés dans ce domaine, qui associeront DGGN, DGPN et Préfecture de Police. Plus largement, la lutte contre les cybermenaces s'inscrit dans le plan ministériel de modernisation, qui implique l'ensemble des services du ministère et permettra de consacrer sur le triennal 2015-2017 un budget total de 108 millions d'euros pour doter à court terme les forces de sécurité intérieure de moyens modernes et d'augmenter leurs capacités d'action, leur mobilité et leur sécurité. Ce plan vise à offrir dans le même temps de meilleurs services, notamment numériques, à la population pour une plus grande proximité des services. Il contribuera enfin directement à modernisation et la sécurisation des réseaux informatiques du ministère de l'Intérieur. Il s'agit pour nous de rester en mesure de faire face, y compris en situation de crise importante, aux exigences que nécessitent ses missions régaliennes. Le troisième axe porte sur la politique de sensibilisation et de prévention des publics. En effet le ministère de l'Intérieur, du fait de sa présence sur l'ensemble des territoires, peut contribuer à améliorer significativement le niveau de vigilance des particuliers, des acteurs économiques et des collectivités territoriales. Les réseaux territoriaux de la DGSI, de la DGGN et de la DGPN sont déjà particulièrement mobilisés par ces objectifs. La DGSI intervient directement auprès des opérateurs d'importance vitale et des entreprises les plus stratégiques. La gendarmerie concentre ses efforts sur les entreprises PME-PMI et a intégré les nouvelles menaces cyber dans ses actions de sensibilisation. Ces actions devront être encore amplifiées. La prévention auprès des jeunes publics constitue également une priorité pour le ministère. Après les expérimentations conduites par la gendarmerie, l'ensemble des forces de la police, de la préfecture de police et de la gendarmerie s'engagent désormais dans l'opération "Permis Internet" auprès des élèves de CM2. Des initiatives particulièrement intéressantes ont été prises dans cette région, par la brigade de prévention de la délinquance juvénile du groupement de gendarmerie du Pas-de-Calais qui organise aujourd'hui même une opération à destination de sourds et malentendants ; un gendarme a ainsi été spécialement formé à la langue des signes. Le quatrième axe concerne la recherche et développement Il est essentiel pour nous de disposer d'un tissu industriel solide, qui soit à même de proposer des solutions de cybersécurité éprouvées et qui préservent la souveraineté nationale. C'est pourquoi j'ai souhaité rencontrer dans quelques instants des représentants des entreprises françaises de cybersécurité. Je les rencontrerai accompagné de Jean-Yves Latournerie et de Thierry Delville, délégué ministériel aux industries de sécurité. Ma volonté est faire en sorte que l'Etat et les entreprises nouent une relation durable et solide, permettant à chacun de contribuer à l'amélioration du niveau de cybersécurité de la France. Le ministère de l'Intérieur devra donc jouer pleinement son rôle dans l'affirmation d'une politique industrielle de cybersécurité. Dans le prolongement des actions engagées par l'ANSSI au titre du plan 33 de la « Nouvelle France Industrielle » et dans le cadre des travaux menés au sein du comité de filière des industries de sécurité, le ministère de l'intérieur veillera à mobiliser toutes les énergies en faveur de l'émergence d'une offre française, mais aussi européenne, de cybersécurité. Dans le domaine de la formation, le partenariat noué entre la gendarmerie nationale et l'Université Technologie de Troyes pour la formation des « Enquêteurs technologies Numériques » illustre la qualité de ces échanges avec le monde de la recherche et de l'industrie. C'est pourquoi j'ai tenu à remettre leurs diplômes aux lauréats de la dernière promotion en compagnie du directeur de l'université M. Pierre Koch. Le cinquième axe vise à renforcer encore le niveau de sécurité des systèmes d'information du ministère. Dans ce domaine, le Ministère de l'Intérieur se doit évidemment d'être exemplaire. C'est pourquoi il nous faut à la fois actualiser régulièrement la liste des éléments essentiels de notre patrimoine opérationnel et conduire les audits de sécurité appropriés. Nous devons veiller à sensibiliser l'ensemble des personnels aux enjeux de la sécurité des systèmes d'information. Et nous devons bien entendu mettre à leur disposition des outils et systèmes qualifiés protégés, en particulier pour les usages mobiles. Je souhaite également que l'offre de services du Centre national de gestion de la sécurité des systèmes d'information soit actualisée. Il s'agit, là encore, de veiller à l'utilisation optimale des moyens importants que ce ministère consacre aux fonctions de veille, d'alerte et de réaction face aux incidents de sécurité informatique et de cyberattaques. Le sixième axe consiste enfin à promouvoir l'action internationale du ministère dans le domaine de la lutte contre les cybermenaces Face à des cybermenaces qui se jouent des frontières, la coopération avec nos partenaires étrangers revêt un caractère fondamental. La Direction de la Coopération Internationale (DCI) est résolument impliquée dans cette ambition et son réseau international s'est mobilisé afin d'appuyer au quotidien l'activité des acteurs opérationnels, (SDLC, C3N, PP.) hors de notre territoire. La coopération judiciaire doit bénéficier de législations internationales adaptées à des besoins opérationnels qui restent souvent conditionnés par l'urgence. C'est pourquoi j'ai demandé au préfet chargé de la lutte contre les cybermenaces de s'assurer de la cohérence des travaux d'élaboration de la doctrine internationale en la matière. A cet effet l'ensemble des directions travaille à améliorer le dispositif au niveau de l'Union européenne, du Conseil de l'Europe et dans d'autres enceintes de négociation. En effet, la sécurité de l'espace cyber demeure une sécurité collective. De ce fait, elle repose sur l'échange de compétences entre les professionnels des forces de l'ordre. En 2014, près de 300 partenaires étrangers ont bénéficié de ce partage de compétence de la part de nos services. Ce sont ces partenaires qui, ayant noué de solides relations de confiance mutuelle, contribueront demain aux succès des enquêtes internationales. Dans le même esprit, j'invite également nos partenaires étrangers à développer leurs contacts avec les 280 policiers et gendarmes des 84 représentations du ministère de l'Intérieur qui se trouvent au sein de nos ambassades à l'étranger. Je les remercie aussi pour le soutien qu'ils pourront nous apporter dans le cadre des négociations visant à établir des cadres juridiques qui répondent mieux aux attentes des enquêteurs. Enfin, je voudrais souligner que la lutte contre les cybermenaces ne peut se concevoir au sein du seul ministère de l'Intérieur. Notre approche doit être globale et transversale et elle a donc vocation à s'inscrire plus largement dans un contexte interministériel. De nombreux autres départements sont mobilisés par ce sujet, à commencer par celui de la Défense et par celui de l'Economie et des Finances. C'est pourquoi je me félicite de la venue demain ici même, à l'occasion de la clôture de ce Forum, de mes collègues Axelle Lemaire et Jean-Yves Le Drian. C'est dans le même esprit que je vous souhaite donc de profiter pleinement de cette occasion exceptionnelle que constitue ce Forum pour dialoguer et échanger avec de nombreux experts et décideurs, issus des entreprises, des administrations ou de l'Université, venus de France ou de pays étrangers, afin de confronter nos visions respectives de la transformation numérique qui est à l'oeuvre au sein de nos sociétés. Je vous donne enfin d'ores et déjà rendez-vous pour la prochaine édition de Forum en 2016. Vous pourrez compter naturellement sur l'engagement du ministère de l'intérieur, et au sein de celui-ci sur celui de la gendarmerie nationale dont je tiens à saluer la remarquable et persévérante contribution à cette initiative. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/090.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/090.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1d5c2a89dc583f76ff1f433d1b1c344e2583e00b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/090.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le Premier ministre, le ministre de l'intérieur, la garde des sceaux, ministre de la justice et le ministre de la défense ont présenté les mesures exceptionnelles qui seront mises en œuvre par le Gouvernement pour répondre à l'enjeu majeur que constitue la menace terroriste. 1°) Dans le cadre de la participation des armées au dispositif Vigipirate, 10 500 militaires ont été déployés la semaine dernière sur le territoire national, dont 5 800 en région Ile-de-France. Ces militaires ont été prioritairement affectés à la sécurité des points sensibles du territoire, notamment des lieux de culte juifs et musulmans. 2°) Les moyens humains et matériels des services en charge de la lutte contre le terrorisme seront accrus. 1 400 emplois seront ainsi créés au ministère de l'intérieur dans les 3 prochaines années, dont 1 100 renforceront les services en charge du renseignement intérieur (direction générale de la sécurité intérieure, service central du renseignement territorial et direction du renseignement de la préfecture de police de Paris). 530 de ces personnels seront recrutés dès cette année. Au ministère de la justice, 950 nouveaux emplois seront créés d'ici 3 ans, et répartis entre les juridictions, l'administration pénitentiaire et la protection judiciaire de la jeunesse. Les services du ministère de la défense et des finances concourant à la lutte contre le terrorisme ou contre les trafics qui alimentent les réseaux terroristes bénéficieront également d'un renfort en personnels, à hauteur de 250 au ministère de la défense, et 80 au ministère des finances, dont 70 pour les douanes. Dans le même temps, les moyens en équipement des services seront renforcés. S'agissant du ministère de l'intérieur, cela permettra d'améliorer le niveau de protection des policiers, gendarmes et policiers municipaux, en les équipant de matériels modernes et adaptés. Toutes ces mesures représenteront un montant d'environ 736 millions d'euros sur les 3 prochaines années, dont 246 millions en 2015. 3°) Le projet de loi sur le renseignement, qui sera soumis au Parlement dans les prochains mois, donnera aux services les moyens juridiques d'accomplir leurs missions tout en garantissant un contrôle externe et indépendant de leurs activités. A l'instar de la plupart des démocraties occidentales, la France disposera ainsi d'un cadre légal pour l'action de ses services de renseignement, légitimant leur activité tout en respectant les libertés publiques et individuelles. 4°) Toutes les directions concernées du ministère de la justice se mobiliseront pour prévenir et contrer les phénomènes de radicalisation. L'ensemble des juridictions interrégionales spécialisées et les parquets seront dotés de personnels supplémentaires à cette fin. Les effectifs et les moyens du renseignement pénitentiaire seront accrus, notamment en région et dans les établissements pénitentiaires. Enfin, pour la première fois, au sein de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse, sera implantée une mission de veille et d'information. Une attention particulière sera portée sur les détenus. L'expérimentation du regroupement des personnes détenues radicalisées menée depuis 2014 à Fresnes sera étendue par la création de 4 autres quartiers dédiés. Par ailleurs, les moyens de l'aumônerie musulmane nationale seront doublés et 60 aumôniers supplémentaires viendront rejoindre les 182 existants. Enfin, un fichier dans lequel seront obligatoirement inscrites toutes les personnes condamnées ou mises en cause pour des faits de terrorisme sera créé. Celles-ci devront justifier de leur adresse à intervalles réguliers, informer de leurs changements d'adresse et déclarer tout séjour à l'étranger. Le non-respect de ces mesures sera constitutif d'une infraction. Ce nouveau fichier, placé sous le contrôle d'un juge, facilitera les mesures de surveillance des services de renseignement et le déroulement des enquêtes judiciaires. 5°) Afin d'intensifier la lutte contre les phénomènes d'endoctrinement et de radicalisation, et pour mieux accompagner les familles qui y sont confrontées, 60 millions d'euros seront spécifiquement mobilisés, au travers du fonds interministériel de prévention de la délinquance, pour la mise en œuvre de dispositifs de contre-radicalisation, de suivi individualisé et de réinsertion, dans chaque département. 6°) La lutte contre la diffusion des messages terroristes dans l'environnement numérique sera renforcée. Une partie des renforts humains sera affectée aux unités de cyber-patrouille et d'investigations sur les délits liés au cyber-djihadisme. Outre la mise en œuvre prochaine des possibilités offertes par la loi du 13 novembre 2014 (blocage administratif de sites faisant l'apologie du terrorisme et déréférencement, par les moteurs de recherche, des contenus terroristes), le travail engagé avec les opérateurs de l'internet sera intensifié afin de définir des procédures plus rapides et plus efficientes. 7°) La coopération internationale et européenne complètera l'action menée au niveau français afin d'obtenir des avancées concrètes et des engagements s'agissant d'internet et des réseaux sociaux. C'est également dans son cadre que seront renforcés les contrôles aux frontières extérieures de l'espace Schengen, et qu'un meilleur suivi des déplacements des personnes signalées sera assuré. Le dispositif PNR, qui sera opérationnel en France en septembre 2015, doit être dorénavant mis en œuvre au niveau européen. 8°) Le caractère antisémite des attaques terroristes perpétrées par le terrorisme sur le sol européen, auquel s'ajoute l'accroissement des actes antimusulmans depuis les attentats de Paris, renforcent l'urgence de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Déclarée grande cause nationale dès la fin du mois de décembre, elle prendra la forme d'une mobilisation nationale et territoriale des forces vives de la République. Le Gouvernement proposera que les injures et diffamations soient introduites dans le code pénal lorsqu'elles sont aggravées par une circonstance liée au racisme ou à l'antisémitisme. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/091.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/091.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..23a28579254eceab650c6ba9bc46cf347e41730e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/091.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame, messieurs les ministres, Mesdames, messieurs, Les 7, 8 et 9 janvier dernier, le terrorisme a frappé comme jamais il n'avait frappé sur notre sol. En trois jours, 17 vies ont été emportées par la barbarie. Ce choc terrible a rappelé l'intensité de la menace qui pèse en permanence sur notre pays. Nous devons cette vérité aux Français : face à des individus déterminés, à des groupes et des filières structurés, le risque zéro n'existe pas. Nous devons aussi prendre toutes les mesures qui s'imposent. C'est ce que nous venons de faire sous l'autorité du Président de la République, en sachant bien que le combat contre le terrorisme, le djihadisme, l'islamisme radical sera une lutte de longue haleine. Elle doit s'accompagner de notre action diplomatique, conduite par le ministre des Affaires étrangères, Laurent FABIUS. Face à la menace, des militaires, des gendarmes, des policiers sont mobilisés, partout sur le territoire, dans le cadre du plan Vigipirate. Le ministre de la Défense, Jean-Yves LE DRIAN, a sollicité les renforts de 10 500 soldats. En tout, ce sont 122 000 personnels qui assurent la protection permanente des points sensibles et de l'espace public. Lutter contre le terrorisme implique de la détermination, de la persévérance, de la cohérence dans l'action. Au cours de trois dernières années, à la suite des enseignements des tragédies de Montauban et Toulouse, des mesures importantes ont été prises. Nous avons d'abord mis un terme à l'hémorragie dans les effectifs des forces de sécurité. De même, l'ensemble des budgets des ministères (Intérieur, Justice) ou des services (DGSE) contribuant à la lutte contre le terrorisme ont été préservés ou augmentés. La réforme et le renforcement du renseignement intérieur ont été lancés dès 2012, sur la base des travaux parlementaires, et conduits par étapes progressives : - création de bureaux de liaison [effective en février 2013], afin de garantir le décloisonnement de l'analyse et le partage des flux d'information entre tous les services de police et de gendarmerie contribuant au renseignement ; - réforme de la filière du renseignement intérieur, avec la création d'une direction générale de plein exercice et un plan de renforcement et de diversification des compétences (analystes, linguistes, ingénieurs, juristes). 432 recrutements spécialisés sont prévus sur 5 ans. A ce jour, 130 sont effectifs. Une centaine supplémentaire est prévue pour 2015 ; - enfin, refonte du renseignement territorial de proximité et l'attribution de moyens opérationnels nouveaux. Deux lois antiterroristes ont été adoptées à une très large majorité. La première, en décembre 2012. La seconde en novembre 2014. Elles ont permis de compléter notre arsenal juridique répressif, de mieux traiter les enjeux du cyber-djihadisme et de contrôler les départs et les retours vers ou depuis les théâtres d'opérations. Je précise que la préparation des textes d'application de la loi de novembre 2014 sont en phase finale au titre des concertations obligatoires. Ils auront été publiés dans un délai de quatre mois après la promulgation de la loi. Cela mérite d'être souligné. En avril 2014, un plan de lutte contre la radicalisation violente et le terrorisme djihadiste a été adopté et mis en œuvre. Il est doté d'un volet préventif inédit en France. Il vise notamment à lutter contre les départs massifs vers la Syrie et l'Irak. Une chose est sûre : le nombre d'individus radicalisés et pouvant passer à l'acte sur notre sol ne cesse d'augmenter. Aujourd'hui, il faut surveiller près de 1 300 personnes, Français ou étrangers résidents en France, pour leur implication dans les filières terroristes en Syrie et en Irak. C'est une augmentation de 130% en un an. A cela s'ajoutent 400 à 500 personnes concernées par les filières plus anciennes ou concernant d'autres pays, ainsi que les principaux animateurs actifs dans la sphère cyber-djihadiste francophone. En tout ce sont près de 3 000 personnes à surveiller. Ce changement d'échelle est un défi redoutable pour notre pays, et pour nos partenaires, notamment européens c'est le sens de la réunion des ministres des Affaires étrangères qui s'est tenue lundi. Nous devons bien évidemment renforcer nos actions de coopération pour identifier les terroristes et détecter leurs déplacements, renforcer la coopération policière et judiciaire, coopérer avec les Etats tiers, en particulier avec les pays de transit vers les zones de jihad. Ce changement d'échelle, impose, je l'ai dit la semaine dernière devant l'Assemblée nationale, de prendre des mesures exceptionnelles et non pas d'exception pour renforcer les services de l'Etat et pour asseoir nos moyens d'action. Sans renforcement rapide et massif de leurs moyens, nos services de renseignement, nos services d'enquêtes, la magistrature, l'administration pénitentiaire et les dispositifs de prise en charge de la jeunesse risquent en effet de se trouver submergés. Il nous faut agir dans toutes les directions : - détecter les individus ayant rompu leurs liens familiaux et sociaux pour s'enfermer dans une idéologie violente ; - prévenir le prosélytisme djihadiste et de nouvelles conversion ; - réduire l'accès et l'exposition à la propagande terroriste ; - identifier les individus susceptibles de basculer dans la violence ou de fournir un soutien financier et logistique aux filières ; - empêcher les départs vers les zones d'implantation des sanctuaires terroristes qui sont des lieux d'entraînement ; - et bien sûr prévenir, empêcher, autant que possible, et sanctionner les passages à l'acte. 1. Un renforcement des moyens humains et matériels Il ne faut jamais sous-estimer l'ampleur et la difficulté de la tâche des services de renseignement, face à des individus déployant des stratégies de dissimulation et de protection de leurs échanges toujours plus sophistiquées. C'est pourquoi, la première urgence, la première exigence, c'est de renforcer encore les moyens humains et techniques des services de renseignement. Nous devons aller plus loin que ce qui a déjà été engagé. Moyens humains Ainsi, sur la base des propositions du ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE, 1 400 nouveaux emplois seront créés au ministère de l'Intérieur au cours des trois prochaines années. 1 100 seront directement affectés au sein des unités de renseignement chargées de lutter contre le terrorisme : 500 à la direction générale de la sécurité intérieure, aussi bien dans les unités de renseignement qu'au sein de la sous-direction chargée des investigations judiciaires ; 500 au sein des services centraux et territoriaux du renseignement territorial (350 policiers et 150 gendarmes) ; 100 à la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris. Le service de protection des personnalités exposées et la police de l'air et des frontières seront également renforcés. La PAF aura notamment pour mission l'entrée en fonctionnement de la plateforme des données des déplacements aériens (PNR). 530 de ces 1400 personnels seront recrutés dès cette année. Renforcement des effectifs au sein du ministère de l'Intérieur ; renforcement aussi des effectifs au sein du ministère de la Justice. Sur la base des propositions détaillées de la garde des Sceaux, Christiane TAUBIRA, 950 nouveaux emplois y seront créés en trois ans. Ils seront répartis entre les juridictions, l'administration pénitentiaire et la protection judiciaire de la jeunesse. Par ailleurs, des services concourant à la lutte contre le terrorisme ou contre les trafics qui alimentent les réseaux terroristes bénéficieront eux-aussi de renforts de personnels : 250 au ministère de la Défense et 80 au ministère des Finances, dont 70 pour les Douanes. Au total, au cours des trois prochaines années, ce sont donc 2 680 emplois supplémentaires qui seront consacrés à la lutte contre le terrorisme dans les services régaliens de l'Etat et dans les juridictions. Cet effort est massif, mais il est indispensable pour garantir la sécurité et la protection des Français. Moyens matériels Aux moyens humains doivent également s'ajouter les moyens matériels. 233 millions d'euros seront dégagés sur trois ans au profit du ministère de l'Intérieur, et 181 millions pour le ministère de la Justice. La protection des agents sur la voie publique est une priorité. Il s'agit de les doter de gilets pare-balles plus performants, de casques balistiques pour certaines opérations, ou encore d'armements plus performants pour faire face à la présence d'armes de guerre. Le ministère de l'Intérieur subventionnera également l'acquisition par les communes d'équipements de protection et de gilets pare-balles au profit des policiers municipaux qui ont droit à une plus grande protection. De même, les unités en charge de la lutte contre le cyber-djihadisme bénéficieront d'équipements plus performants. L'augmentation des missions de vigilance et de surveillance nécessite un renforcement du nombre de véhicules de police et de gendarmerie en 2015. Le ministère de la Justice bénéficiera quant à lui de 181 millions d'euros supplémentaires (hors coûts de personnels) notamment afin de renforcer la sécurité des sites exposés et les moyens technologiques et informatiques des juridictions. Au total, ce sont donc 425 millions de crédits d'investissement, d'équipement et de fonctionnement qui seront consacrés au cours des trois prochaines années à ce plan de renforcement. Les moyens mobilisés seront financés dans le cadre financier présenté et voté à l'automne. Ces dépenses nouvelles seront compensées par des économies à due concurrence sur l'ensemble du champ de la dépense publique, année après année. En 2015, les mesures annoncées seront financées via les crédits mis en réserve en début d'année. Tout en renforçant les moyens de lutte contre le terrorisme, le Gouvernement confirme ses engagements en matière de finances publiques, en combinant sérieux budgétaire et financement de ses priorités. Au total, la sécurité de nos concitoyens sera renforcée, la dépense publique sera maîtrisée, les déficits continueront de se réduire et les effectifs globaux de l'Etat resteront stables. D'autres mesures dans le domaine de la Défense seront prises par le Président de la République dans le cadre du Comité de Défense qui se tiendra à l'issue de cette conférence de presse. 2. Un cadre juridique pour l'action des services de renseignement Au-delà du renforcement sans précédent des moyens, il est indispensable de conforter les capacités juridiques d'agir des services de renseignement. Pour cela, les travaux d'élaboration du projet de loi sur le renseignement engagés bien avant les drames du début d'année ont été accélérés. Ce projet qui doit beaucoup aux réflexions du président de la Commission des lois Jean-Jacques URVOAS sera présenté au Conseil des ministres et transmis au Parlement début avril. La loi de 1991 sur les interceptions a été conçue avant l'internet. L'encadrement légal des opérations réellement conduites est lacunaire. Ce n'est satisfaisant ni en termes de sécurité juridique des opérations, ni sur le plan des libertés publiques. Désormais, l'intégralité des opérations assurées sur le territoire national bénéficieront de la légitimité de la loi et feront l'objet d'une autorisation expresse. Ce sera un texte protecteur des libertés publiques puisque chaque opération sera soumise à un contrôle externe indépendant, sous le contrôle d'une juridiction spécialisée. La proportionnalité des moyens de surveillance autorisés sera au cœur des opérations de contrôle. A l'instar de la plupart des démocraties occidentales, la France disposera ainsi enfin ! D'un cadre légal pour l'action de ses services de renseignement. Pour lutter contre le terrorisme, ressources humaines et moyens juridiques ne suffisent pas. Face à des phénomènes en mutation perpétuelle, l'anticipation et la capacité de détection sont essentielles. Des capacités d'analyse pluridisciplinaires sont indispensables. Le recrutement d'analystes aux profils variés continuera d'être développé. L'unité de coordination anti-terroriste verra son rôle renforcé en ce domaine. Les bureaux de liaison et de coordination pourront bénéficier de ces ressources analytiques. Par ailleurs, les services qui, à côté de la communauté du renseignement, participent à la lutte contre le terrorisme en sus de leurs missions principales (gendarmerie nationale, renseignement territorial, renseignement pénitentiaire, …) seront davantage sollicités. Ils seront associés à la communauté du renseignement. 3. Une détection renforcée du phénomène de radicalisation par les services du ministère de la Justice Lutter contre la radicalisation implique une action de grande ampleur. La radicalisation n'est pas propre aux « quartiers ». Il faut être lucide : ce phénomène touche tous nos territoires. Certes, les effectifs de la juridiction anti-terroriste parisienne doivent être renforcés, mais il faut aussi doter l'ensemble des juridictions interrégionales spécialisées de personnels supplémentaires. Nous connaissons en effet les liens qui existent entre la criminalité organisée et le terrorisme. De nombreux parquets verront aussi leurs effectifs accrus pour consolider ce travail de détection des filières. Toujours au plan local, les effectifs et les moyens du renseignement pénitentiaire seront consolidés et le travail très étroit déjà conduit au plan national avec les services du renseignement intérieur, sera étendu. Enfin, pour la première fois au sein de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse, une unité de veille et d'information sera implantée. Le renseignement dans cette administration en charge de mineurs et de familles, ne peut être structuré comme ailleurs. Mais j'entends que les informations indispensables à la lutte contre le phénomène de radicalisation, notamment des plus jeunes, soient portées à la connaissance de l'Etat. Je parlais de constat lucide. Et dans une administration en charge du suivi, de l'éducation et de l'insertion de mineurs délinquants comme de l'accompagnement de parents, il faut sans délai poser la question du respect des principes de laïcité et de neutralité dans le service public. J'ai donc demandé à la garde de Sceaux de missionner conjointement l'inspection générale des services judiciaires et l'inspection générale de l'administration. Elles devront dresser un bilan sur ce sujet, au sein des services et institutions de la protection judiciaire de la jeunesse qui jouent un rôle décisif dans le destin de mineurs particulièrement exposés. 4. Une prise en charge et un suivi accrus des individus radicalisés Depuis novembre 2014, le ministère de la Justice expérimente à la prison de Fresnes le regroupement de personnes détenues radicalisées. Et ce, pour deux objectifs : - éviter, d'une part, les pressions et la propagation du prosélytisme religieux radical, - et, d'autre part, favoriser la prise en charge des personnes radicalisées. Cette démarche va être étendue par la création de cinq quartiers dédiés. Dans un même temps, il faut renforcer la formation des personnels, constituer des équipes pluridisciplinaires, construire des programmes de contre radicalisation. Il faut accroitre également le recrutement des aumôniers musulmans et leur professionnalisation. Le budget de l'aumônerie musulmane nationale sera ainsi doublé et 60 aumôniers supplémentaires viendront rejoindre les 182 existants. Le ministre de l'Intérieur aura l'occasion, dans un autre cadre, de faire des propositions concernant les grands défis que doit relever l'Islam de France. - Mise en place d'un fichier de suivi Enfin, le traitement approfondi du phénomène de radicalisation doit passer par un suivi dans la durée des individus qui s'inscrivent dans un parcours et une idéologie terroristes. Comme je l'ai annoncé à l'Assemblée nationale, un fichier, placé sous le contrôle d'un juge, sera créé dans lequel seront obligatoirement inscrites toutes les personnes condamnées ou judiciairement mises en cause pour des faits de terrorisme. Celles-ci devront justifier de leur adresse à intervalles réguliers, informer de leurs changements de domicile et déclarer tout séjour à l'étranger. 5. Une action renforcée en matière de prévention de la radicalisation Depuis avril 2014, une démarche de prise en charge individuelle visant à lutter contre les phénomènes d'endoctrinement et de radicalisation est mise en œuvre. Elle vise également à accompagner les familles qui y sont confrontées. Une plateforme de signalement et des plans de suivi individualisés par les préfets ont été lancés. Et c'est une véritable dynamique qui s'est enclenchée. Elle repose sur la coopération de nombreux acteurs et sur les dispositifs de prise en charge de droit commun (travailleurs sociaux, éducateurs, associations). Il faut aller plus loin. Dans les 3 prochaines années, 60 millions d'euros vont être spécifiquement consacrés à la prévention de la radicalisation. Par ailleurs, le Gouvernement lancera dans les jours à venir un site Internet dédié pour informer le grand public sur les moyens de lutte contre l'embrigadement djihadiste, notamment des jeunes. 6. Un renforcement de la surveillance des communications électroniques et de l'internet des djihadistes La très grande majorité des affaires judiciaires le démontrent : les communications électroniques sont un vecteur quotidien, non seulement de propagande, mais également d'organisation et de communication logistique. Les terroristes utilisent fréquemment les mêmes réseaux sociaux que le grand public. La plateforme Pharos de signalement des contenus illicites a reçu 30 000 signalements depuis le 7 janvier, soit 6 fois plus qu'auparavant. Une partie substantielle des renforts humains sera donc affectée aux cyber-patrouilles et aux équipes d'investigation sur les délits commis sur l'internet. Les lois de décembre 2012 et novembre 2014 ont permis d'édicter des outils permettant d'agir avec des bases légales plus solides contre la propagande et l'apologie du terrorisme. Les grands fournisseurs de services internet, les réseaux sociaux, ont désormais une responsabilité juridique incontestable en droit Français. Le Gouvernement sera extrêmement vigilant à ce qu'ils respectent leurs obligations légales. Mais, leur responsabilité morale vis-à-vis des usagers est sans doute plus grande encore, dès lors que des vies sont en danger, comme c'est le cas en matière terroriste. C'est pourquoi je les appelle solennellement à répondre aux signalements du public et à coopérer étroitement avec les autorités pour appliquer les règles relatives aux contenus illicites et au déréférencement des sites illégaux. 7. Une lutte contre le racisme et l'antisémitisme, une grande cause nationale Les processus de radicalisation individuelle prospèrent très souvent à l'occasion de parcours personnels chaotiques. A ces trajectoires se greffent fréquemment des activités délinquantes ou criminelles : elles développent l'absence de sensibilité à la souffrance d'autrui ; elles exacerbent la recherche d'une affirmation de soi violente et dévoyée. Mais, l'objectif ultime de ceux qui formulent la pensée djihadiste radicale, qui conçoivent les mots d'ordre, qui diffusent leurs vidéos de haine et leurs slogans meurtriers depuis leurs sanctuaires, c'est de broyer ce qui fait l'essence des sociétés démocratiques, leur diversité, leur cohésion. C'est pourquoi, il faut aussi réagir à ce programme de haine par la conduite volontariste d'une politique de citoyenneté, de réaffirmation de la laïcité et par l'engagement d'une politique déterminée de lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Le Président de la République a décidé d'en faire une grande cause nationale. Trois objectifs seront poursuivis : - D'abord, la remobilisation nationale et territoriale de toutes les forces vives de la République. Chaque administration, chaque réseau devra en faire un axe de son action. Les structures locales d'impulsion et de suivi de cette politique seront mises à contribution et les initiatives de la société civile seront valorisées. Le nouveau Délégué interministériel présentera sous un mois les axes et le détail du Plan interministériel de lutte contre le racisme et l'antisémitisme. - Deuxième objectif : un engagement résolu à former les futurs citoyens aux valeurs de la République. Madame Najat VALLAUD-BELKACEM, ministre de l'Education nationale, aura l'occasion de vous présenter dès demain le détail des mesures qui seront mises en place par l'Education nationale. - Enfin, le soutien aux initiatives culturelles des collectivités et des artistes engagés, à travers leur expression créatrice, dans le combat contre l'intolérance, la haine, le racisme et l'antisémitisme. Les Français, en manifestant massivement après l'horreur des actes terroristes, ont répondu avec la plus grande dignité et exprimé leur attachement à la communauté nationale, à la République. Les forces politiques ont marqué l'histoire du Parlement par une démonstration d'unité. Tout ceci nous engage, engage le Gouvernement. J'ai indiqué que nous examinerions avec la plus grande attention les propositions qui nous seraient faites pour renforcer la prévention et la lutte contre le terrorisme. Une question légitime se pose sur les conséquences auxquelles on s'expose quand on décide de s'en prendre à la Nation à laquelle on appartient, soit parce que l'on y est né, soit parce qu'elle vous a accueilli. A ce titre je rappelle que nous appliquons les mesures d'expulsion du territoire quand elles se justifient, et nous continuerons de le faire avec la même détermination. Le Conseil constitutionnel aura l'occasion de se prononcer vendredi sur les mesures de déchéance de la nationalité à l'occasion d'une décision individuelle prise en 2014 par mon gouvernement à la suite d'une question prioritaire de constitutionnalité. Il y a d'autres interrogations. Faut-il, par exemple, réactiver la peine d'indignité nationale, qui marquerait avec une force symbolique les conséquences de la transgression absolue que constitue la commission d'un acte terroriste ? Le gouvernement n'entend pas agir dans la précipitation sur ces questions de principe. C'est pourquoi j'ai proposé aux présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat qu'une réflexion transpartisane puisse être conduite par les présidents des Commissions des lois des deux assemblée, Jean-Jacques URVOAS et Philippe BAS, pour examiner et formuler des propositions définitives dans un délai de six semaines. Mesdames, messieurs, Les attaques terroristes qui ont frappé la France entre le 7 et le 9 janvier réclament une détermination sans faille. Détermination pour prendre les mesures assurant la sécurité des Français. Détermination pour lutter contre les mécanismes de radicalisation qui sont à l'œuvre et qui sont un véritable fléau pour notre société. Détermination, enfin, pour réaffirmer nos valeurs et faire la plus belle démonstration que, face à la terreur, la démocratie, grâce à la force de l'Etat de Droit, ne plie pas. Ne pliera jamais. Nous prenons des mesures exceptionnelles, à la hauteur des menaces, mais pas des mesures d'exception. Nous agissons dans le cadre d'un travail interministériel qui doit se poursuivre. C'est à une mobilisation générale à laquelle nous a invités, ce matin, le Président de la République. Et ce combat contre le terrorisme nous le mènerons sans relâche. C'est ce message de très grande détermination une détermination implacable que nous voulons adresser aux Français. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/092.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/092.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e1f9493073e5d2239d83c1803aed5e991a20d233 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/092.txt @@ -0,0 +1 @@ +Danielle Sportiello Bienvenue à l'Assemblée nationale, où je reçois aujourd'hui le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. Bonjour Monsieur le ministre. Bernard Cazeneuve Bonjour. Danielle Sportiello Alors, le gouvernement a annoncé un plan, sans précédent, de lutte contre le terrorisme, en moyens financiers, humains, mais si je prends par exemple le chiffre de 2680 personnes, à recruter dans tous les services, pas seulement les vôtres, ça prend du temps le recrutement. En attendant, qu'est-ce qu'il se passe, est-ce que la réponse du gouvernement va avec l'urgence de la situation, puisque le terrorisme est toujours présent ? Bernard Cazeneuve Mais d'abord nous ne partons pas de rien, nous avons déjà décidé de renforcer considérablement les services qui sont en charge de la lutte contre le terrorisme en France, je veux rappeler que nous avons décidé de créer 432 emplois au sein de la Direction générale de la sécurité intérieure, qui est en charge de la lutte contre le terrorisme, ces recrutements sont déjà en cours, près du tiers de ces recrutements est effectué. 12 millions d'euros de plus par an, pour cette même Direction, pour investir dans la technologie, c'est déjà en cours. Nous avons également décidé de recruter des emplois dans la police et dans la gendarmerie, 500 par an pour renforcer le service du renseignement territorial, et ce que nous faisons, à travers ces moyens supplémentaires, c'est d'amplifier ce que nous avons déjà décidé, en prenant ces dispositions. Et par ailleurs je vous rappelle que nous avons fait voter des dispositions nouvelles, sur le plan législatif, notamment la loi du 13 novembre 2014, qui permet de lutter contre le terrorisme. Danielle Sportiello Alors justement, à ce propos, tous les décrets d'application de votre loi de lutte contre le terrorisme ne sont pas parus, est-ce que vous avez une date ? Bernard Cazeneuve Mais nous avons un délai record de prise de ces décrets d'application. Pour ce qui concerne l'interdiction administrative de sortie du territoire, les décrets d'application ont été présentés en Conseil des ministres mercredi dernier, ce sera donc à l'œuvre dans le courant du mois, et pour ce qui concerne le blocage administratif des sites Internet et le déréférencement des sites appelant au terrorisme, les décrets d'application seront prêts au 1er février, puisque… Danielle Sportiello Tous les décrets d'application ? Bernard Cazeneuve Oui, puisque la Commission européenne a accepté de raccourcir le délai d'examen de ces décrets qui doivent lui être notifiés. Danielle Sportiello Alors, 3000 personnes à surveiller dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, on est vraiment passé à une échelle supérieure. Est-ce que la loi sur le renseignement, qui même avec une procédure accélérée, pourrait être adoptée au mois de juin, est-ce que c'est suffisant, une fois de plus ? Il y a cinq mois encore à attendre, quels signes envoyer à la population ? Bernard Cazeneuve D'abord ce n'est pas cinq mois à attendre parce que, comme l'a dit le ministre en charge des Relations avec le Parlement, nous allons mettre en place une procédure accélérée. Ça veut dire que le texte pourrait passer en Conseil des ministres fin février/ début mars, et que nous pourrions en débattre ici avant la fin du premier semestre, pour une adoption définitive au mois de juin, ce qui permettrait effectivement de doter nos services de renseignements de la totalité des moyens juridiques dont ils doivent disposer pour pouvoir intercepter tous ceux qui s'apprêtent à commettre des actes terroristes, ou sont dans des nébuleuses terroristes. Danielle Sportiello Alors, une loi sur le renseignement semble nécessaire, cependant Le Canard Enchaîné révèle aujourd'hui qu'Amédy Coulibaly et sa compagne avaient été contrôlés par la police, 10 jours avant l'attentat, contrôlés, et les informations étaient parties à l'antiterrorisme. Là ce n'est pas le renseignement qui a fait défaut, qu'est-ce qui s'est passé ? Bernard Cazeneuve Oui, mais il n'y a pas dans cette affaire de défaut, parce que, Amédy Coulibaly a été inscrit au fichier des personnes recherchées et signalées, en 2010, après qu'il a été condamné pour une affaire liée à des opérations terroristes, il a été inscrit sur ce fichier, lorsque la police l'a contrôlé elle a mis en œuvre toutes les préconisations qui résultaient de ce signalement, il n'était pas dans le signalement, posé sur sa fiche en 2010, obligatoire de l'arrêter… Danielle Sportiello Mais il y a quelque chose qui n'a pas marché dans… Bernard Cazeneuve Et à partir de ce moment-là, les informations que nous avons eues, sur ses adresses, sur sa compagne, ont été utilisées dans l'enquête et ont permis à l'enquête de progresser très vite. Danielle Sportiello Il faut réorganiser les services ? Bernard Cazeneuve Il faut permettre une meilleure circulation de l'information à l'intérieur des services, il faut permettre aux services de croiser davantage leurs analyses, c'est bien de collecter de l'information, c'est mieux d'être en situation d'analyser de façon optimale cette information pour mieux détecter ceux qui peuvent commettre des actes terroristes. Danielle Sportiello Alors, dans le programme contre la radicalisation, vous allez faire des propositions et être en contact avec l'Islam de France. Est-ce que l'Islam doit aussi balayer devant sa porte ? Bernard Cazeneuve Non, mais je pense que l'Islam de France est un Islam de tolérance, il faut le mobiliser dans la République, aux côtés des républicains, pour lutter contre toutes les formes de barbarie, de terrorisme, et les représentants de l'Islam de France y sont prêts, il faudra sans doute prendre d'autres initiatives, avec eux, pour amplifier encore le discours de tolérance que les représentants de l'Islam tiennent en France. Danielle Sportiello Merci Monsieur le ministre, je vous libère car je sais que vous allez devoir répondre à la première question. Merci d'avoir répondu à cette interview, première question qui sera posée par le député UMP Philippe Gosselin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/093.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/093.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a9af8c696677bdb4e183df2e10514e095a264c21 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/093.txt @@ -0,0 +1 @@ +Françoise DESCAMPS-CROSNIER, députée PS (Groupe SRC) des Yvelines Oui, merci, Monsieur le Président. Ma question s'adresse à Monsieur le Premier ministre. Monsieur le Premier Ministre, après les attentats qui ont endeuillé la France et le sursaut républicain et populaire qui les a suivis, le temps des décisions en termes de politique publique est venu. Notre réponse doit être globale, inscrite dans la durée et à la hauteur des enjeux auxquels nous faisons face. Sans limiter notre réflexion à ce champ, l'objectif premier, c'est la sûreté et la sécurité, combattre la menace terroriste, assurer la sécurité de nos concitoyens, lutter contre les phénomènes de radicalisation et démanteler les filières ; voici les priorités. Depuis 2012, plusieurs mesures permettant de mieux répondre à ces objectifs ont été prises parmi lesquelles le renforcement des moyens humains et matériels des forces de sécurité et de justice, deux lois antiterroristes dont la dernière est en date du 13 novembre 2014, un plan de lutte contre la radicalisation et les filières terroristes présenté en Conseil des ministres du 23 avril dernier, la réforme et la consolidation des services de Renseignement, incluant notamment la création de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure. D'autre part, au plan international, notre pays est aux avant-postes du combat contre la barbarie terroriste. Sur tous les bancs, nous saluons l'engagement et le dévouement des Forces de sécurité et des fonctionnaires qui effectuent leur mission au service de la République dans un contexte particulièrement difficile. Nous saluons également la mobilisation exceptionnelle des moyens décidés par le gouvernement dont le déploiement de 10.500 militaires sur le territoire national, dans le cadre du dispositif Vigipirate. Mes chers collègues, à l'occasion du conseil des ministres, des mesures très fortes en matière de sécurité ont été annoncées aujourd'hui. Elles concernent tant les moyens matériels que les effectifs et représentent un effort de 736 millions sur trois ans, dont 246 millions pour 2015. Nous tenons à les saluer. Elles sont à la hauteur de l'enjeu. Monsieur le Premier Ministre, pouvez-vous détailler devant la Représentation nationale les mesures décidées ce matin et les effets que vous en attendez ? Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur Madame la Députée, vous rappelez à juste titre l'importance des mesures qui ont été arrêtées ce matin par le gouvernement, annoncées par le Premier ministre, et qui viennent en appui de ce qui avait déjà été décidé par ce gouvernement depuis 2012 ; je pense notamment au confortement de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure qui, au terme d'un rapport élaboré par le député Jean-Jacques URVOAS, a été transformée en Direction générale de la Sécurité Intérieure et rattachée directement au ministre de l'Intérieur, 432 emplois en plus, 12 millions d'euros destinés à améliorer les capacités technologiques de cette Direction. Le plan de ce matin constitue un effort exceptionnel dans trois domaines. Le premier domaine, c'est celui des moyens humains. Il y aura à la fois dans l'administration de la Justice et dans l'administration du ministère de l'Intérieur, des moyens significatifs qui permettront aux services, face à la menace terroriste, de s'armer davantage. C'est 500 emplois en plus dans la Direction générale de la Sécurité Intérieure, c'est 500 emplois en plus sur le service du Renseignement territorial, ce sont des emplois en nombre également au sein du ministère de la Justice, de l'Administration pénitentiaire, de la PJJ, de manière à faire en sorte que dans le volet Prévention, dans le volet Renseignement, nous soyons davantage armés. Deuxièmement, il y a une nécessité d'armer aussi nos services juridiquement de manière à leur permettre d'être plus efficaces. C'est l'objet de la loi Renseignement, préparée également par le Parlement et qui devra, en procédure accélérée, passer devant le Parlement au premier trimestre de l'année 2015. Enfin, nous avons également souhaité, à travers ce dispositif présenté par le Premier ministre, améliorer encore les organisations, la circulation de l'information entre les différents services notamment du ministère de l'Intérieur, de manière à avoir des analyses du risque plus fines encore, et mieux cibler ceux que nous devons surveiller de manière à limiter le risque ; ce sera l'objet de modifications de structures et de méthodes qui sont portées par le ministère de l'Intérieur. Rudy SALLES, député UDI des Alpes-Maritimes Monsieur le président, ma question s'adresse à Monsieur le ministre de l'Intérieur. Monsieur le ministre, à la suite des événements que notre pays a traversés il y a quelques jours, à la suite de l'attentat de ce matin à Tel Aviv - et je veux que nous ayons une pensée pour tous nos amis israéliens -, toutes les initiatives visant à renforcer la sécurité et la traçabilité des transports et notamment aériens doivent être prises en considération. En octobre 2006, la mise en place du Code Frontières Schengen a entraîné la suppression programmée du contrôle systématique des personnes aux frontières intérieures terrestres, maritimes ou aéroportuaires entre les vingt-six États de Schengen. Le 30 mars 2008, les contrôles aux frontières aériennes ont été levés. De surcroît, il y a deux ans, le contrôle des identités à l'embarquement des avions sur les vols intérieurs était encore systématique. Pour les compagnies aériennes, ceci permettait de vérifier que le nom du passager indiqué sur la carte d'embarquement correspondait bien à son identité. Bien sûr, les contrôles de sécurité sont maintenus avec les portiques, la palpation aléatoire, ainsi que le visionnage des bagages à main. Ceci présente un certain nombre de garanties quant au port d'armes ou d'explosifs. En revanche, un passager peut acheter un billet d'avion sur Internet, imprimer sa carte d'embarquement et prendre place à bord d'un avion sans que son identité ne soit vérifiée. Cela permet éventuellement de voyager sous le nom d'un tiers. Cette opportunité permet de se déplacer rapidement sur plusieurs centaines de kilomètres sans risque d'être suivi et peut faciliter, par exemple, la fuite de certains terroristes. Alors ma question est une proposition, Monsieur le ministre : rétablissez sans tarder la présentation d'une pièce d'identité lors des embarquements dans les avions sur l'ensemble des vols. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur Monsieur le député Rudy SALLES, je veux vous dire immédiatement que je partage en tout point les préoccupations de votre question, l'objectif que vous proposez d'atteindre et veux vous rendre compte des initiatives que nous avons prises au cours des dernières semaines pour atteindre le but. D'abord, vous avez raison de dire qu'il y a un règlement de l'Union européenne qui a été pris, qui a été en application à partir de 2008 et qui ne rend plus obligatoires les contrôles des documents d'identité des passagers qui circulent dans l'espace intra-européen. C'est parce que nous avons conscience des problèmes que pose cette disposition dans le cadre de la lutte contre le terrorisme qui implique que l'on soit constamment en situation de rétablir la traçabilité des parcours des passages que nous avons saisi la Commission européenne, notamment avec mon collègue franco-allemand, de manière à ce que ce règlement soit revisité et, dans l'attente, que la Commission européenne accepte qu'il puisse être, à destination d'un certain nombre de provenances, procédé à des contrôles systématiques de manière à garantir la sécurité que vous appelez de vos vœux. Donc nous sommes dans l'action, nous avons fait des propositions. Le dialogue avec la Commission est fructueux, nous allons aboutir. Deuxièmement, comme vous l'avez remarqué à travers les dépêches qui ont été publiées encore au cours des dernières heures, il y a une prise de conscience des institutions européennes de la nécessité d'avancer vite sur le PNR. Je serai devant la Commission LIBE du Parlement européen le 4 février prochain de manière à bien expliquer les raisons pour lesquelles nous avons besoin de cet outil et les contreparties que nous pouvons afficher en termes de protection des données de manière à ce qu'il y ait plus de sécurité sans qu'il y ait moins de liberté. Troisièmement, nous sommes, avec le ministère des Transports, Madame ROYAL et le ministre VIDALIES, en train de finaliser un décret destiné à améliorer les contrôles sur les bagages et jusqu'à l'embarquement pour un certain nombre de passagers. Ce décret sera présenté au Conseil d'État, il sera pris dans les meilleurs délais pour assurer la sécurité des trafics sur l'espace aérien. François de MAZIÈRES, député-maire UMP de Versailles (Yvelines) Merci Monsieur le président. Cette question s'adresse à Monsieur le Premier ministre. Monsieur le Premier ministre, nous avons tous été unanimes pour rendre hommage aux forces de police et aux forces de gendarmerie. Et vous avez d'ailleurs, la semaine dernière, témoigné avec le ministre de l'Intérieur cette solidarité nationale. Maintenant, peut-être qu'il faudrait le traduire aussi dans les faits. Vous connaissez bien le plateau de Satory. La plus grande concentration de gendarmerie de France avec six escadrons mobiles et aussi le très célèbre GIGN qui a encore été remarquable les jours derniers. Or, vous savez que les conditions matérielles de vie des gendarmes sur le plateau de Satory ne sont pas satisfaisantes. Leurs logements parfois sont indignes. Ils ne le disent pas parce qu'ils ont la pudeur de vous demander d'abord des crédits pour leur fonctionnement. Mais leurs logements méritent d'être aménagés. Alors vous venez parler des crédits de l'ANRU en répondant à notre collègue Laurent WAUQUIEZ. Est-ce que vous ne pensez pas que dans un geste de solidarité nationale - et je crois que nous serons tous ici d'accord -, ne pensez-vous pas que l'on pourrait distraire un peu de ces crédits pour que sur ce plateau comme dans d'autres campements militaires, il y ait enfin un peu de dignité dans les logements ? Je pense que c'est quelque chose que vous devriez examiner. Nous attendons une réponse positive de votre part. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur Oui, Monsieur le député de MAZIÈRES, je voudrais vous apporter immédiatement, sans tarder, la réponse positive que vous attendez légitimement compte tenu des efforts qui ont été faits par les gendarmes et les policiers au cours des dernières semaines. D'abord, quelques chiffres parce qu'il faut toujours être précis quand on engage la discussion sur ces sujets. D'abord, le parc immobilier de la gendarmerie, ce sont près de quatre mille logements. Donc à peu près six cents sont des logements domaniaux. Ça représente à peu près trente et un mille logements de gendarmes. C'est donc un sujet considérable. Au cours des six dernières années, enfin plus particulièrement entre 2008 et 2012, les crédits alloués aux logements de gendarmes ont diminué d'à peu près 17 %. C'est la raison pour laquelle le Premier ministre, lorsqu'il était ministre de l'Intérieur - et il a confirmé cet arbitrage il y a peu de temps -, a proposé que l'on augmente de 22 % les crédits d'engagement, de 9 % les crédits de paiement. Ce qui se traduit pour l'année 2015 - Monsieur le député, ça va tout à fait vous rassurer - par une enveloppe de soixante-dix-neuf millions d'euros allouée au renouvellement des logements des gendarmes dont soixante-dix millions d'euros en crédits de paiements, ce qui est une augmentation très significative de l'enveloppe que nous allouons à cela. Par ailleurs, comme nous considérons qu'il y a d'autres sujets sur lesquels il faut se mobiliser pour la gendarmerie, nous avons aussi décidé d'augmenter de quarante millions d'euros par an les crédits alloués à la gendarmerie et à la police pour le renouvellement de leur parc de véhicules, ce qui permettra de financer deux mille véhicules neufs par an. Ce qui permettra à la gendarmerie, à la fois sur la question du logement et sur la question des véhicules, de voir répondu à des attentes qu'elle exprime depuis longtemps. Enfin, pour assurer la modernisation de nos forces, nous avons décidé d'allouer sur les trois prochaines années cent huit millions d'euros à l'équipement numérique et à la modernisation de la police et de la gendarmerie dans le cadre du Plan 3.0. Tous ces crédits seront significativement abondés au terme des décisions prises ce matin et annoncées par le Premier ministre. Yann GALUT, député PS du Cher Merci Monsieur le président. Monsieur le président, ma question s'adresse à Monsieur Bernard CAZENEUVE. Monsieur le ministre de l'Intérieur, il y a très exactement quinze jours, notre pays était plongé dans l'horreur et la stupéfaction après les attaques terroristes dont il a été victime. Face à ces actions, notre République a su relever la tête et le président de la République et le gouvernement ont su répondre immédiatement à la menace. La mobilisation historique qui a suivi ces actions terroristes montre la volonté de nos concitoyens de réaffirmer nos valeurs. Le président de la République, le Premier ministre et vous-même avez, dès les premiers jours, annoncé des mesures extrêmement fortes tant sur le plan humain que sur le plan des moyens. Le terrorisme pose à notre pays un défi opérationnel considérable. Pour y faire face, nous devons renforcer de nouvelles dimensions de notre organisation de sécurité. Le Premier ministre a présenté ce matin un plan d'ensemble sur les mesures pour répondre à cette situation. Nous examinerons très prochainement - début mars - un projet de loi sur le renseignement qui adaptera le cadre légal de l'action de services pour mieux prendre en compte l'émergence d'Internet. Ce texte devra conjuguer le renforcement des moyens des services et la protection des libertés publiques avec un contrôle indépendant. Trois mille personnes doivent être surveillées dans le cadre de la lutte antiterroriste. La loi permettra de remplir cette mission dans les meilleures conditions. Par ailleurs, le gouvernement propose un dispositif de lutte contre la radicalisation et l'endoctrinement. Ce dispositif se déploiera sur les territoires via notamment la protection judiciaire de la jeunesse en prison et bien évidemment sur Internet. Alors que s'est ouvert hier à Lille le Forum international de la cybersécurité, nous mesurons pleinement la nécessité d'intensifier nos efforts dans ce domaine. Monsieur le ministre de l'Intérieur, pouvez-vous nous préciser les modalités pratiques de la mise en œuvre des mesures annoncées par le gouvernement ? Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur Nous sommes, Monsieur le député, effectivement confrontés à un nouveau défi qui est celui que jouent les moyens numériques dans les actions terroristes. Qu'il s'agisse de l'engagement de ressortissants vulnérables qui ont accès à des sites, à des blogs qui appellent et provoquent au terrorisme, 90 % de ceux qui s'engagent dans des opérations terroristes s'engagent après avoir consulté des sites sur Internet. Nous avons également sur Internet énormément de propos qui sont tenus notamment sur les réseaux sociaux, qui sont des propos racistes, antisémites, qui sont tenus d'ailleurs sans qu'il y ait de régulation. Cela crée un contexte, cela crée un climat qui peut appeler à la haine et inciter un certain nombre de ressortissants à s'autoradicaliser et à commettre des actes. Après la tragédie du 7, du 8 et du 9 janvier, nous avons constaté sur la plateforme Pharos mille trois cents cyberattaques émanant de groupes terroristes et vingt-cinq mille signalements émanant de personnes nous indiquant le comportement, les propos tenus par des citoyens qui appelaient au terrorisme. Donc il faut des moyens puissants. Et ces moyens puissants, quels sont-ils ? D'abord, l'application de la loi du 13 novembre avec le blocage administratif des sites, le déréférencement des sites. Je veux redire ici qu'en lien avec la Commission européenne, l'ensemble des textes d'application sera pris au 1er février prochain. Deuxièmement, dans le cadre du plan, renforcement des moyens de la Direction centrale de la police judiciaire et, en son sein, de la Sous-Direction de la lutte contre la cybercriminalité, avec des emplois destinés à conforter la plateforme Pharos et l'ensemble des moyens technologiques dont nous avons besoin pour permettre l'intervention par pseudonyme de nos services, faire des cyberpatrouilles, procéder à perquisitions à distance sur les ordinateurs. Nous avons ensuite un véritable travail à faire à travers la loi sur le renseignement qui doit être peaufinée, qui doit être préparée pour être examinée en urgence dans les prochaines semaines. Et enfin nous avons un travail à faire avec les opérateurs Internet qui est conduit par l'ensemble des institutions européennes pour aboutir à un résultat rapide. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/094.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/094.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..bb6c2b56935810602f1d1a57924dd0d3eb151f6d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/094.txt @@ -0,0 +1 @@ +David PUJADAS Bonsoir. Que fait-on maintenant ? La France est bien vivante, elle l'a montré le 11 janvier dernier, mais elle redécouvre ses fractures. Comment trouver ou retrouver la cohésion ? Ce soir, après le choc c'est cette France qui s'interroge sur elle-même qui est l'invitée de ce numéro spécial « Des paroles et des actes ». A circonstances exceptionnelles émission exceptionnelle, Emmanuel MACRON devait être l'invité ce jeudi, l'émission est reportée, elle aura lieu dans trois semaines, et on remercie au passage Emmanuel MACRON pour sa compréhension. « La France après le choc », c'est donc l'intitulé ce soir. On va procéder en deux temps, dans quelques instants on va évoquer ce qu'ont révélé ces événements, les racines des attentats, les minutes de silence perturbées, cette partie de la société qui ne s'identifie plus semble-t-il à la République, l'école déstabilisée, on va en parler très directement avec des enseignants, avec des parents, avec des habitants ou des élus de ces quartiers, avec des intellectuels, Nacira GUENIF, Alain FINKIELKRAUT et avec la ministre qui est en première ligne et qui a fait des propositions cet après-midi, Najat VALLAUD-BELKACEM. Mais d'abord la riposte, la riposte la plus immédiate, la plus vitale, celle qui concerne notre sécurité face à la menace. Est-elle suffisante cette sécurité ? Sommes-nous bien protégés ? Jusqu'où sommes-nous prêts à aller ? Le ministre de l'Intérieur, qui ne s'est pas encore exprimé, est avec nous, bonsoir Bernard CAZENEUVE, merci de le faire… Bernard CAZENEUVE Bonsoir. David PUJADAS … Ici ce soir. Avec nous aussi Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, vice-présidente de l'UMP, bonsoir. Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET Bonsoir. David PUJADAS Un avocat soucieux des libertés, Alain JAKUBOWICZ, président par ailleurs de la LICRA, bonsoir à vous. Le vice-président du pôle antiterroriste au tribunal de Paris, le juge TREVIDIC, merci d'être avec nous. Vous avez eu en charge quelques-uns des plus gros dossiers du terrorisme ces dernières années. Nicolas ARPAGIAN, spécialiste des questions de sécurité sur Internet et vous nous ferez dans quelques instants une démonstration étonnante. On salue également l'imam Abdelali MAMOUN. Abdelali MAMOUN Bonjour. David PUJADAS Bonjour. Les enseignantes Laurence de COCK et Barbara LEFEBVRE, vous êtes surtout là pour participer au second débat, si vous souhaitez intervenir évidemment vous pourrez le faire. Je précise enfin à vous qui nous suivez que vous pouvez suivre cette émission sur francetvinfo.fr et que certains de vos messages s'afficheront à l'écran. Bernard CAZENEUVE, à vous d'abord, 15 jours après les attentats est-ce que la menace est toujours aussi élevée aujourd'hui en France ? Bernard CAZENEUVE La menace est élevée, il faut la regarder en face, nous sommes face à un terrorisme en libre accès, très différent de celui auquel notre pays a pu être confronté dans les années 90 lorsque des petits groupes venus généralement de l'étranger fomentaient et perpétraient des attentats sur le sol national. Aujourd'hui, par l'effet de la numérisation, on ne parlera, par le fait aussi que la radicalisation se fait en prison et qu'un certain nombre de délinquants basculent dans le terrorisme. David PUJADAS Libre accès, ça signifie qu'à tout moment on peut « s'improviser » entre guillemets terroriste et donc que la menace peut surgir un peu partout ? Bernard CAZENEUVE Il y a le processus d'auto-radicalisation, il y a sur Internet une propagande avec des sites, avec des blogs, avec les réseaux sociaux qui diffusent des images, qui diffusent aussi des discours, qui appellent à la haine, qui provoquent au terrorisme et appellent au terrorisme et par conséquent nous avons aujourd'hui près de 3 000 de nos ressortissants qui sont concernés par ces phénomènes, ceux qui ont eu la tentation de partir en Irak et en Syrie ou ils sont partis, à peu près 1 200 avec une augmentation de 82 % du nombre de ces ressortissants français vulnérables qui se sont engagés dans ces opérations. Nous avons ceux qui sont en lien avec des organisations au sein de cellules dormantes ou de cellules plus ou moins actives, à peu près 400. Puis nous avons le millier d'internautes qui interviennent sur les réseaux sociaux, diffusent des messages, sont parfois issus de la petite délinquance et qui peuvent à tout moment basculer. Donc c'est un enjeu très considérable et c'est très différent de celui auquel nous avons eu à faire face jusqu'à présent. Et le Premier ministre comme le président de la République l'ont dit à plusieurs reprises et je veux le dire ce soir aux Français, nous sommes face à une menace qu'il faut regarder en face, qui est une menace élevée et face à laquelle nous devons maintenir un très haut niveau de vigilance. David PUJADAS Mais pour que les choses soient claires, quand on dit « menace élevée » on ne pense pas forcément à des gens dont on se dit qu'ils sont peut-être en train d'essayer de fomenter quelque chose, c'est une menace globale en fait, c'est plus un état de vigilance ultra-renforcé… Bernard CAZENEUVE Mais il y a un niveau de vigilance ultra-renforcé parce qu'il y a une menace diffuse, on la voit sur les réseaux Internet, on voit qu'il y a un climat, il voit qu'il y a un écosystème du terrorisme mais un écosystème numérique notamment, pas seulement. Et puis par ailleurs j'ai déjà eu l'occasion de le dire, le Premier ministre l'a dit aussi, que le travail de nos services de renseignement a permis de déjouer un certain nombre d'actes au cours des derniers mois. Donc quand je dis vigilance maximale ça veut dire mobilisation de tous les services qui dépendent du ministère de l'Intérieur et pas seulement, attention à chaque signal y compris les signaux faibles de manière à faire en sorte que les Français soient protégés. Et en même temps 100 % de précaution, c'est ce que nous essayons de faire, c'est ce que nous voulons faire, ne signifie jamais le risque zéro. David PUJADAS Est-ce que ça signifie qu'il faut que tous ceux qui nous écoutent ce soir s’habituent pendant les semaines, les mois qui viennent à vivre peut-être avec des militaires dans la rue, à vivre avec des consignes de sécurité renforcées comme c'est le cas actuellement ? Bernard CAZENEUVE Ca veut dire qu'il est de notre responsabilité au gouvernement de prendre toutes les précautions. C'est la raison pour laquelle le plan Vigipirate avait été rehaussé avant les attentats, qu'il a été mis au niveau Vigipirate Attentat après que les crimes abjects ont été commis et c'est la raison pour laquelle… David PUJADAS Mais ça peut durer des mois ? Bernard CAZENEUVE Mais aussi longtemps qu'il y aura une menace sur des lieux de culte, sur des institutions, sur des écoles, il est de notre rôle bien entendu d'assurer la protection des Français. David PUJADAS Il faut qu'on s'habitue à ça… Bernard CAZENEUVE Aussi longtemps que la menace existera, il faut vivre avec et en même temps il ne faut pas se laisser envahir par l'effroi, si nous prenons tant de dispositions c'est aussi pour envoyer le signal aux terroristes que nous avons l'intention de continuer à vivre debout comme nous avons toujours vécu, c'est aussi le sens de la grande manifestation qui eut lieu dimanche dernier et qui a permis à la République de montrer qu'elle était plus forte que l'effroi qu'on veut lui imposer. Mais en même temps si on veut continuer à vivre avec un bon niveau de sécurité il faut prendre des précautions. David PUJADAS Il faut s'habituer. Bernard CAZENEUVE Il ne faut pas céder à l'effroi parce que ce serait céder aux terroristes et en même temps face aux risques il faut prendre toutes les précautions. David PUJADAS Vous avez parlé de ces 3 000 personnes, vous les avez détaillées, ce ne sont pas 3 000 personnes qu'on est en train de surveiller jour et nuit, dont on surveille chaque déplacement ? Bernard CAZENEUVE Mais je vais vous donner quelques chiffres qui montrent l'enjeu auquel nous sommes confrontés et qui expliquent les mesures annoncées par le Premier ministre hier et auxquelles nous avons avec les ministres concernés collaboré à l'élaboration. Nous avons 3 100 personnes à la Direction générale de la sécurité intérieure qui consacrent 50 % de leur activité à la lutte antiterroriste. Nous avons d'autres services qui décèlent les signes faibles comme le Service du renseignement territorial ou la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris. Mais nous avons 3 000 personnes qui ne présentent pas d'ailleurs le même niveau de risque, d'où l'importance non seulement de collecter du renseignement mais d'être capable de l'analyser et de croiser les analyses pour prioriser ce que… David PUJADAS Là-dessus il y a une centaine de personnes qui sont vraiment suivies en permanence ? Bernard CAZENEUVE Non, il y a un très grand nombre de personnes qui sont suivies, nous veillons… David PUJADAS Quelques dizaines, quelques centaines ? Bernard CAZENEUVE Nous veillons à tout, nous avons plusieurs outils pour cela, la Direction générale de la sécurité intérieure examine la situation de ceux dont elle est convaincue qu'ils peuvent s'engager dans des actes terroristes et de manière à éviter que ces actes ne surviennent. Il y a la plateforme Pharos que j'ai visitée il y a de cela quelques jours qui est située au sein de la Direction centrale de la police judiciaire et qui examine tous les appels qui peuvent intervenir sur Internet d'appels au racisme, à la haine, qui provoquent et appellent au terrorisme, il y a la Direction du renseignement de la préfecture de police, il y a de nombreux services qui sont mobilisés. David PUJADAS Mais on comprend que vous ne pouvez pas donner de chiffres précis sur ceux qui font l'objet d'une surveillance jour et nuit maximale… Bernard CAZENEUVE Nous regardons de près la situation des combattants étrangers, nous regardons de près la situation des quelque 400 dont je viens de parler qui sont en lien plus ou moins fort avec des organisations terroristes. Et encore une fois le principe c'est le principe de précaution maximale par la mobilisation de tous les moyens dont nous disposons. Ces moyens sont des moyens humains, nous allons les renforcer considérablement alors que depuis deux ans nous avons déjà fait des efforts, deux lois sur le terrorisme, 432 recrutements à la Direction générale de la sécurité intérieure, 12 millions de budget annuel pour renforcer les moyens technologiques et améliorer la performance de nos services. La Premier ministre a annoncé hier plus de 1 000 emplois dans les services de renseignement dépendant du ministère de l'Intérieur pour que nous soyons plus efficaces encore. 233 millions de budget pour investir dans les infrastructures informatiques, dans les moyens dont la police et la gendarmerie ont besoin, des véhicules aux moyens numériques en passant par les réseaux, les infrastructures numériques et les applications du ministère de l'Intérieur. On a vu par exemple au moment du retour des trois jihadistes qu'on avait eu un problème avec le système CHEOPS qui rassemble au ministère de l'Intérieur tous les fichiers parce que les systèmes d'information ont fait l'objet d'un sous-investissement et quand vous mettez beaucoup d'implications sur des infrastructures qui ont vieilli vous avez un problème, nous allons investir massivement dans tous les outils dont le ministère a besoin. David PUJADAS Un investissement massif. Vous parliez… Bernard CAZENEUVE Un investissement massif de modernisation et d'efficacité. Nous l'avions engagé, deux lois sur le terrorisme, des recrutements, des investissements et nous poursuivons. David PUJADAS Et vous poursuivez. La loi sur le terrorisme, l'une de ces dispositions, peut-être l'une des plus, celle qui a le plus frappé le public, c'était la tentative faite pour empêcher ceux qui sont en France d'aller faire le jihad à l'étranger et en particulier en Syrie. Est-ce que vous dites ce soir « on peut empêcher complètement quiconque souhaite partir de le faire » ? Bernard CAZENEUVE D'abord les décrets d'application ont été passés en Conseil des ministres il y a de cela quelques jours, ce sont des décrets qui devaient passer en Conseil d'Etat, ils ont suivi la procédure dans un laps de temps extrêmement court. Donc aujourd'hui nous sommes en situation de mettre en œuvre cette mesure. Pourquoi est-ce nous mettons en œuvre cette mesure ? David PUJADAS C'est-à-dire que personne aujourd'hui ne peut plus partir sous peine de se voir confisqué son passeport, vous avez à peu près le tableau de ceux qui représentent un danger et qui ne pourront pas partir sur ces théâtres-là ? Bernard CAZENEUVE Soyons précis, dès lors qu'il y a une suspicion d'engagement d'un certain nombre d'acteurs dans des opérations à caractère terroriste notamment en Irak, en Syrie ou ailleurs, il y a la possibilité aujourd'hui de mettre en place sous le contrôle d'un juge administratif l'interdiction administrative de sortie du territoire, de prendre les papiers d'identité, on donnera un récépissé pour que la vie à l'intérieur du territoire national puisse se poursuivre. Pourquoi est-ce que n nous faisons cela ? Parce qu'il y a eu un débat ! David PUJADAS On comprend bien les raisons, on se demande si ça peut être efficace à 100 % pour empêcher tous les départs… Bernard CAZENEUVE En tous les cas c'est beaucoup plus efficace, 100 % ça n'existe pas en aucune matière, en tous les cas ça permettra d'empêcher le départ d'un très grand nombre de ceux pour lesquels nous disposons d'informations et qui veulent partir. Et cet outil-là nous en avons besoin, nous ne l'avions pas jusqu'à présent, nous l'aurons maintenant. Pourquoi est-ce que nous le faisons ? Parce qu'il y a eu un débat sur l'opportunité de faire cela, il y a des représentants politiques français qui ont indiqué et des chercheurs et parfois des spécialistes qu'il valait mieux les laisser partir plutôt que de les retenir en France. Mais si nous les laissons partir que se passe-t-il ? Ils s'engagent dans des exactions sur le théâtre des opérations terroristes, on a vu des vidéos de décapitations, de crucifixions, d'exécutions en nombre, et quand ils reviennent, s'ils n'ont pas été détruits physiquement sur place, il y a 73 Français qui ont perdu la vie sur le théâtre des opérations terroristes, ils reviennent psychologiquement détruits et souvent inspirés par le seul instinct de la haine. Et lorsqu'ils reviennent en France dès lors qu'ils sont de nationalité française, ils sont plus dangereux qu'avant qu'ils ne soient partis. C'est la raison pour laquelle il fallait prendre cette disposition et je suis convaincu par la mobilisation des services de renseignement, des services de police, des services bien entendu du parquet antiterroriste que cette mesure sera efficace et qu'elle permettra d'éviter bien des risques. David PUJADAS Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, est-ce que vous dites ce soir les orientations du gouvernement, même si on peut faire plus, même si on peut faire un peu différemment, vont dans le bon sens ? Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET Je pense que les mots ont un sens et on a été nombreux à utiliser le mot « guerre », guerre déclarée par les jihadistes, par les terroristes à notre civilisation. C'est un mot qu'on ne prononce pas à la légère et c'est un mot qui emporte certaines conséquences, s'il y a la guerre il faut mettre tous les moyens. Et les moyens qui sont proposés, développés ce soir par le ministère de l'Intérieur, qui ont été présentés hier vont dans le bon sens. Est-ce qu'ils vont assez loin ? Il peut y avoir des débats sans fin là-dessus, je crois qu'on a besoin de beaucoup de moyens dans le renseignement et probablement ce qui est fait là est un premier pas. Est-ce qu'ils vont assez vite, c'est surtout là-dessus que je me pose la question, est-ce qu'on va assez vite ? David PUJADAS La formation des policiers, c'est à ça que vous pensez comme le disait Nicolas SARKOZY hier ? Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET Pas seulement, je pense aussi à des mesures, on a déjà travaillé à l'Assemblée nationale sur lesquelles on a déjà eu des débats parce que beaucoup des mesures qui ont été proposées ont déjà fait l'objet de débats dans les assemblées et que probablement on pourrait mettre en œuvre très vite sans attendre un travail en commission qui est sans doute utile pour d'autres mesures… David PUJADAS Alors un exemple peut-être… Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET Je prends un exemple, je crois qu'on va en parler tout à l'heure, c'est la consultation, le délit de consultation, la création d'un délit de consultation habituelle sans motif des sites Internet appelant au jihadisme, des sites Internet sur lesquels les jeunes s'auto-radicalisent. Dans la loi qui a été votée à l'automne, il y a des mesures utiles qui permettent l'interdiction d'accès à certains de ces sites mais en revanche on n'est pas allés aussi loin que de créer un délit, de sanctionner ceux qui consultent régulièrement sans motif légitime, c'est-à-dire pas pour de la recherche ou parce qu'ils sont journalistes, les sites Internet quoi appellent au jihadisme. C'est un sujet qui est sur la table depuis deux ans, on a déjà eu l'occasion d'en débattre d'ailleurs avec Bernard CAZENEUVE, moi je pense qu'aujourd'hui on est mûr, on est prêt et on peut y aller sans passer par le biais d'une commission. Autrement dit je trouve que les mesures qui sont proposées vont dans le bon sens, je trouve qu'on doit aller encore plus vite, on peut probablement aller encore plus vite dans cette direction parce que comme vous l'avez signalé la menace est là, elle est présente, elle est forte, elle est vive. David PUJADAS Alors délit, délit de consultation de ces sites sur Internet, c'est possible de le faire immédiatement, sans attendre effectivement comme le dit Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, les consultations ? Bernard CAZENEUVE Alors Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET dit deux choses que je prends tout à fait en compte parce qu'elles sont importantes. Premier sujet, il faut aller vite. Je partage tout à fait ce sentiment, c'est le souhait du président de la République et du Premier ministre de faire en sorte que les décisions annoncées hier soient rapidement exécutées. C'est la raison pour laquelle je souhaite que dans les services où nous avons besoin de compétences, de techniciens, d'ingénieurs, de linguistes, d'analystes, nous puissions procéder à des recrutements sur titre le plus rapidement possible. Donc je veux rassurer Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET pour ce qui concerne la mobilisation des moyens budgétaires pour l'investissement, ils seront mobilisés très vite et pour les recrutements ils seront faits sur titre en nombre suffisant pour ne pas avoir recours de façon systématique aux heures supplémentaires qui peuvent conduire des policiers déjà sous tension à l'être davantage encore. David PUJADAS Vous pensez que ce n'est pas une solution les heures supplémentaires, je dis ça parce que Nicolas SARKOZY l'évoquait hier ? Bernard CAZENEUVE Non toutes les solutions doivent être examinées, les heures supplémentaires peuvent toujours être mobilisées de façon transitoire, elles le sont d'ailleurs à hauteur de 5 millions d'heures supplémentaires par an, mais il vaut mieux des emplois, des compétences nouvelles là où il en a été beaucoup supprimées, de manière à éviter qu'il y ait des tensions qui s'ajoutent à des tensions… David PUJADAS Et il ne faut pas deux ans pour former quelqu'un qu'on recrute ? Bernard CAZENEUVE Mais il y a certaines compétences pour lesquelles il faut du temps, mais lorsqu'on est confronté à un danger du type de celui auquel on est confronté, on peut procéder à des recrutements sur titre, il va falloir le faire et lorsqu'on le fait de façon classique, il faut regarder avec nos écoles de formation si on peut raccourcir le temps. Le deuxième sujet évoqué par Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET est un sujet important, c'est celui de la consultation de sites Internet qui appellent au terrorisme ou qui peuvent éventuellement parfois même inciter ou donner des informations sur la fabrication d'explosifs etc… On a deux problèmes sur cette affaire-là. Le premier problème c'est que le conseil d'Etat s'est prononcé de façon extrêmement précise sur cette mesure en disant qu'elle n'était pas conforme aux principes généraux du droit et qu'elle n'était pas proportionnée par rapport aux risques et que par conséquent elle pouvait être frappée d'inconstitutionnalité, c'est la raison pour laquelle je ne l'ai pas retenue à ce moment-là. Et la deuxième raison, c'est que nous l'avons introduite dans le délit individuel terroriste comme l'un des éléments constitutif de ce délit. Donc pour ne pas tomber sous le coup de l'inconstitutionnalité… David PUJADAS C'est un peu technique, mais on comprend que vous n'avez pas pu passer par la porte et que vous êtes passé par la fenêtre. Bernard CAZENEUVE Oui mais c'est un sujet technique, il se pose un problème de fond. Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET Sauf que par la fenêtre, on ne rentre pas là-dedans. Bernard CAZENEUVE Parce que quand on lutte contre le terrorisme, on ne lutte pas contre le terrorisme dans l'abandon des principes constitutionnels, des principes généraux du droit, avec le Conseil constitutionnel qui de toutes les façons à la fin casse la loi, donc on a perdu du temps, on a perdu de l'énergie et aussi du crédit. Et l'élaboration de la loi dans la République face au terrorisme, c'est un exercice qui est exigeant au regard des principes républicains. Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET Vous voyez, moi je trouve que c'est un bon exemple. Moi, je viens à ce débat dans l'idée que, qui est celle je crois de la manifestation du 11 janvier. On a un ennemi maintenant qui est identifié et chacun a ses divergences, ses points de vue, mais on a tous un ennemi et on doit mettre tous les moyens pour le combattre. Et la question, on ne va pas faire la liste de savoir si les mesures que vous avez proposées hier avaient été proposées avant, par d'autres et rejetées et pourquoi, je m'en moque mais alors complètement. Est-ce que les mesures ont été proposées par la droite, par la gauche, ce n'est pas le sujet, la question, c'est est-ce que c'est efficace, mais sur cette mesure précise, elle est sur la table depuis plus de deux ans. Moi, j'avais lancé un amendement en ce sens pour proposer d'interdire la consultation régulière de sites appelant au djihadiste en juillet 2012. A l'époque c'était Manuel VALLS qui avait fait le débat en commission des lois et d'ailleurs je crois qu'il était pour la mesure et qu'il n'avait pas eu l'arbitrage, mais on avait senti… Bernard CAZENEUVE Je vous le confirme. Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET … Voilà vous me le dites, qu'il était plutôt favorable. J'avais lancé cette proposition à la suite d'une expérience, en l'occurrence comme maire de Longjumeau en face d'une mère de famille qui avait été mariée à un Algérien radicalisé qui avaient ses fils ainés qui s'étaient radicalisés, qui avait son dernier qui était préadolescent et les ainés lui faisaient visualiser des vidéos de décapitation sur fond de psalmodiation du Coran et elle n'avait pas, il n'y avait pas de moyen, il n'y avait rien si vous voulez. Donc je m'étais dit cette mesure n'empêcherait pas, on est bien d'accord des gens qui sont déjà radicalisés de commettre des actes, mais elle peut être un outil. Un outil par exemple quand on sait qu'il y a un risque, on vient investiguer dans votre ordinateur, on voit qu'il y a des traces de la consultation de ces sites, on peut ouvrir une information, créer le délit, créer un outil. Et ce n'est pas vrai que c'est impossible puisque ça existe pour la pédopornographie. Bernard CAZENEUVE Mais ça on l'a fait. Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET Aujourd'hui ça existe pour la pédopornographie. Bernard CAZENEUVE Non mais Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, mais si on l'a fait… Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET Non, on ne l'a pas fait de cette manière-là. On l'a représentée au printemps dernier, je veux dire à l'été dernier et ce n'est pas fait de la manière qui permet d'en fait un délit. Bernard CAZENEUVE Non, non, je vous invite à lire de façon extrêmement précise la loi du 13 novembre 2014… Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET J'étais en commission des lois dans le débat avec vous. Bernard CAZENEUVE Mais justement, vous vous souvenez comme vous étiez en commission des lois, au moment où Guillaume LARRIVE a fait sa proposition de loi, dont j'ai pris une grande partie des préconisations… David PUJADAS On ne va pas rentrer dans le détail de la procédure peut-être. Bernard CAZENEUVE Non, mais c'est très important parce que, qu'est-ce que j'ai mis dans la loi concernant Internet, j'ai mis deux dispositions qui vont entrer en vigueur le 1er février. La première et ça a été très débattu y compris dans la presse, y compris d'ailleurs dans la discussion avec les associations, les Droits de l'homme. Premier point, j'ai proposé qu'on bloque les sites dont vous parlez, qui appellent au terrorisme et provoque au terrorisme dès lors que les grands opérateurs, après qu'on leur a signalé ces vidéos ne le font pas d'eux-mêmes, donc c'est dans la loi. C'est dans la loi, les décrets d'application paraissent le 1 février. Deuxièmement j'ai demandé le déférencement de ces sites aux grands opérateurs Internet, le décret est devant la Commission européenne, donc ce dont parle Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET est précisément ce que j'ai mis dans la loi 13 novembre. David PUJADAS Alors on fait une parenthèse si vous le voulez bien avant d'entendre le juge TREVIDIC, je voudrais qu'on donne la parole à Nicolas ARPAGIAN, parce qu'on va parler justement de ces questions d'Internet et vous c'est un peu votre spécialité. Et on va se livrer avec vous pour tous ceux qui ne voient pas très bien à quoi ça correspond, on sait bien que c'est le principal, peut-être l'un des principaux vecteur d'endoctrinement, on va se livrer à une petite démonstration, en fait vous nous montrez en pianotant quelques secondes, quelques clics ce sur quoi on peut tomber aujourd'hui en France sur Internet. Nicolas ARPAGIAN Alors en fait il faut garder à l'esprit que les sites Internet dont on parle, les informations dont on parle ne sont pas cachées dans les tréfonds de ce réseau et qu'au contraire ils sont rapidement accessibles, c'est-à-dire qu'il va falloir juste quelques minutes pour se consacrer à cette recherche avec les navigateur qu'on connait, les Google, les Bing également, les plateformes qu'on connait, c'est Youtube, Facebook, Tweeter, on est là dans un univers qui est très familier, sur lequel se trouvent pleins d'informations illicites. David PUJADAS Pas de connaissance particulière à avoir ? Nicolas ARPAGIAN Au contraire, et vous allez voir la deuxième particularité, c'est que les gens qui mettent à disposition ces informations le font dans un esprit de service. Ils sont là pour vous répondre, à vos questions. Par exemple, comment partir au djihad ? Comment est-ce que je dois convaincre mes parents ? Et donc on s'aperçoit qu'à chaque fois c'est d'essayer d'être un vrai professionnel de la prestation de service, c'est-à-dire je réponds aux problèmes que vous avez et je participe à la solution. David PUJADAS Comme si on vendait des aspirateurs et qu'on assurait le service après-vente. Nicolas ARPAGIAN Exactement. Et d'ailleurs souvent, voilà par exemple c'est assez flagrant sur le site en question, l'image là, on vous dit voilà comment obtenir la permission de ses parents pour partir faire le djihad ? David PUJADAS Vous avez effacé quelques données pour ne pas qu'on puisse les identifier. Nicolas ARPAGIAN Bien sûr même si c'est accessible. David PUJADAS Mais enfin c'est très simple d'après ce que vous dites. Nicolas ARPAGIAN C'est une, comment dire, un paravent de pure forme. Il s'agit en tout cas d'avoir des formulations qui sont très explicites. Tes parents, tu as commencé à en parler à tes parents, ils ne veulent pas, voilà les arguments pour les convaincre, sachant effectivement que c'est mieux si ta maman te donne, en quelque sorte son encouragement. David PUJADAS On vise un public d'ados. Nicolas ARPAGIAN Exactement qui va être confronté à des problèmes du quotidien, je veux partir, mes parents ne veulent pas, quels arguments puis-je employer ? Enfin on va faire effectivement, donner des conseils pour ceux qui sont dans l'entourage, l'entourage familial, avec des formulations là aussi très concrètes. On a pris cet deuxième exemple avec, comment est-ce que vous êtes, alors la qualification de sœur, mais qui sont à la fois des sœurs et également des jeunes parents, faire en sorte de… Voilà habituer vos enfants à jouer avec des armes, faire effectivement… L'éloigner de la télévision qui est un élément de passivité, d'ennui et vraiment qui a beaucoup, toutes les turpitudes, également les jeux vidéo qu'il faut éviter. Par contre regarder… Faire du sport, avoir effectivement des discussions, savoir prévoir tout un encadrement familial avec des conseils très pratiques de manière… Les sports que l'on recommande. Et donc on est dans des espèces de manuels en quelque sorte, écrits en français, écrits éventuellement en anglais, mais on est là en priorité dans des publics qui ne sont pas arabophones, qui ne sont pas spécialistes de la religion, mais on est là pour répondre à leurs attentes. David PUJADAS Pardon mais il y a une question très simple qui vient à l'esprit, où sont abrités ces sites, qui les héberge ? Est-ce qu'on ne peut pas agir là par ce biais ? Nicolas ARPAGIAN Alors vous vous doutez bien qu'ils ne sont pas hébergés chez ORANGE sous la protection de cyber défense, ayant pignon sur rue dans des quartiers, évidemment ils sont chez des prestataires qui prévoient, souvent d'ailleurs quand vous allez sur leur notice d'utilisation, ils ont par exemple, j'ai un souvenir d'un prestataire turc qui proposait un guide avec des points rouges, des feux rouges et des feux verts. Ils vous disaient, voilà par exemple les images pédopornographiques, il y avait un feu rouge, ça je ne prends pas. Par contre les sites politiques et d'appel à la haine, ça je prends. Les sites de jeux, je prends et c'est écrit là aussi en messages très clairs, vous avez une prestation, vous payez par trimestre. Si vous recommandez quelqu'un vous avez même un rabais. Vous avez un service d'assistance 24/24, exactement comme on le serait dans le monde légitime. Et là on voit bien qu'on est dans une facilité, il n'y a pas de barrière technique pour accéder à cela et la mobilité, gardez à l'esprit que fermer un site, on n'est pas là pour des sites qui ont vocation à durer, on n'est pas là dans une marque qui a vocation à s'inscrire sur la durée. David PUJADAS Ca ferme, ça rouvre sous d'autres noms. Nicolas ARPAGIAN Exactement c'est la mobilité. David PUJADAS Vous vouliez nous montrer autre chose, je crois. Nicolas ARPAGIAN Alors le dernier exemple récent qui est flagrant, c'est arrivé, ça a affecté une grande institution, c'est le commandement américain pour le Moyen-Orient qui a un site, un compte tweeter de manière justement, de manière à communiquer et à diffuser ses informations, il y a quelques jours ce site, ce compte tweeter a été piraté. C'est-à-dire qu'il y a eu un nouvel habillage évidemment appelant à l'avènement d'un Khalifa qui évidemment n'est pas l'esthétique naturel de ce compte. David PUJADAS Piraté par des djihadiste. Nicolas ARPAGIAN En fait c'est assez simple, c'est un identifiant, un nom et un mot de passe, ce n'est pas quelque chose de très robuste. Par contre ce qui est intéressant, c'est qu'il a fallu moins de 40 minutes à twitter pour rétablir la situation et remettre ce compte twitter aux couleurs du commandement américain. Et donc on voit que la participation du prestataire, là on est hors de procédure judiciaire, on est dans une chaine de commandement très courte, entre la Maison blanche et la direction de twitter et là en 35 minutes le problème est résolu. David PUJADAS La Maison blanche passé un coup de fil à twitter, sortez ça, arrêtez ça ? Nicolas ARPAGIAN En 35 minutes la situation est rétablie. Il est évident qu'on constate notamment sur Youtube, on a eu des vidéos très violentes, notamment celles montrant l'assassinat du policier dans le cas des attentats de Charlie Hebdo, où il a fallu plusieurs jours, presqu'une semaine pour que certaine vidéos soient retirées. Pareil sur Facebook on avait des vidéos de décapitation. A chaque fois il y a une espèce de discussion presque éditoriale parce que ces sites sont considérés comme des hébergeurs, et pas des éditeurs. Un éditeur vous pouvez invoquer sa responsabilité ; un hébergeur il faut déjà que quelqu'un lui signale le contenu et qu'il prenne effectivement la mesure et choisisse au final manuellement de retirer ou pas le contenu. David PUJADAS Pourquoi monsieur le ministre, une semaine, avec Youtube sur ces images et face à 35 minutes ou 40 minutes aux Etats-Unis? Nathalie KOSCIUSKIO-MORIZET Parce qu'on n'a pas le même niveau de coopération que les Américains. Bernard CAZENEUVE Deux points. D’abord la plateforme Pharos enregistré, dans les jours qui ont suivi l'attentat, 1300 attaques de sites publics. Et nous avons eu 25 000 signalements d'appels à la haine, de propos, de soutien aux terroristes. Et lorsque des vidéos ont été diffusées, après que des contacts ont été pris avec les grands majors d'internet, elles ont été interrompues immédiatement. La visite que j'ai faite auprès de la plateforme Pharos a montré qu'après le traumatisme causé par les attentats de Paris il y a eu une prise de conscience beaucoup plus forte des grands opérateurs d'internet, mais elle n'est pas suffisante. Nicolas ARPAGIAN En fait il y a des situations très disparates. Bernard CAZENEUVE Les choses se sont beaucoup mieux passées que d'habitude. On a une nette amélioration. David PUJADAS Pourquoi c'est si difficile ? Bernard CAZENEUVE Il faut faire deux choses. D’abord les dispositions que nous avons prises, dont je parlais avec Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET à l'instant, seront en œuvre à partir du mois prochain. Les décrets d'application… David PUJADAS Ca c'est pour ceux qui consultent les sites. Bernard CAZENEUVE Deuxièmement, nous avons une action très forte à conduire avec l'ensemble des gouvernements européens et américains à destination des grands majors d'internet pour leur expliquer ce que nous attendons d'eux, la responsabilité qui leur incombe, et les Américains ils étaient présents à la réunion du dimanche de la manifestation au ministère de l'Intérieur sont désormais très déterminés à agir avec les autorités européennes à destination de ces opérateurs pour les sensibiliser. David PUJADAS Les grands groupes comme Youtube ils trainent un peu les pieds? Bernard CAZENEUVE Oui, mais il faut agir de façon massive, il faut les Etats se mobilisent ensemble vis à vis d'eux, et il faut que l'Union européenne elle-même prenne des dispositions, nous avons une plateforme européenne qui s'appelle « check the web » qui est positionnée à Europol, elle doit faire son travail de sensibilisation vous la connaissez et deuxièmement il faut que tous les pays de l'Union européenne ensemble, autour du coordonnateur à la lutte anti-terroriste au sein de l'Union européenne, Gilles de KERCHOVE, mobilisent toute leur énergie à destination des opérateurs pour les sensibiliser. Et moi je souhaite que l'Union européenne prenne une directive qui prennent les mêmes dispositions que ce que nous avons mis dans la loi française, en matière de blocage des sites, de référencement des sites pour que les législations des pays de l'Union s'adaptent et que la pression sur les opérateurs s'accroisse pour qu'ils s'autorégulent. David PUJADAS Vous aviez une dernière chose à nous montrer. Nicolas ARPAGIAN Simplement garder à l'esprit que David CAMERON a rencontré la semaine dernière Barack OBAMA, précisément sur cette question, et que l'Europe doit avancer également d'un point de vue commercial, parce que là on parle de plateformes qui sont financées par la publicité et il faudrait que l'Europe joue son rôle d'acteur économique de manière à être tout aussi convaincant qu'une directive, parce qu'il faut quand même rappeler qu'on est un marché pour eux et que les annonceurs n'apprécient quand même pas trop d'être associés et de voir leurs publicités associées à des pages effectivement d'appel à la violence. Ce qui est certain c'est que la logique même du réseau social comme Facebook par exemple est ce qu'on appelle la logique affinitaire, c'est-à-dire que l'algorithme est fait en sorte d'identifier vos centres d'intérêt et de faire en sorte de vous présenter et de vous suggérer. Connaitriez-vous, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET qui est intéressé par l'écologie, l'environnement et les questions de technologie. David PUJADAS Et ça marche aussi pour le djihad. Nicolas ARPAGIAN Effectivement puisque dès lors que vous avez marché votre intérêt, vous avez « liké » la page de Daesh, vous avez mis des vidéos, ou vous avez fréquenté des pages qui sont liées à cet islam extrémiste, évidemment on vous associe et l'algorithme en fait sert presque d'agent recruteur en quelque sorte puisqu'il vous amène d'autres contacts et vous suggère d'autres sites et d'autres informations. Alors ce cas-là tel qu'il a été présenté, et d'ailleurs on a un bon exemple d'illustration avec ce journaliste de l'Obs, effectivement il faut quelques jours à partir du moment où vous montrez, vous témoignez des marques d'intérêt, pourront faire en sorte qu'on vous présente, la machine s'autoalimente et vous fait découvrir des contacts ou des individus qui ensuite, au bout d'un moment s'ils vous jugent suffisamment crédible, vous donnent rendez-vous sur d'autres plateformes qui là sont beaucoup plus discrètes et permettent de gravir les échelons et de se rapprocher éventuellement d'une quête physique. David PUJADAS Moi j'ai une question très simple, quand il y a une image pédophile qui est consultée il y a automatiquement un signalement et puis l'image est enlevée, ou celui qui l'a consulte… Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET C'est pour ça qu'il faut le même dispositif pour le djihadisme que pour la pédophilie ! Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Il faut simplement le même dispositif. Nicolas ARPAGIAN La seule chose c'est que la pédophilie il y a un consensus, il y a une convention du Conseil de l'Europe… Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET Une vidéo de décapitation, il n'y a pas besoin d'avoir un débat. Nicolas ARPAGIAN Bien sûr, mais il s'avère que … Si on prend l'exemple de Facebook, Facebook a une discussion éditoriale, c'est à dire que de la même manière on a eu d'ailleurs aujourd'hui le cas du procès, ce jeudi du tableau « l'origine du monde », de COURBET, le début de la plaidoirie a eu lieu aujourd'hui, et effectivement l'argument juridique de l'avocat de Facebook c'est de dire « mais je ne comprends même pas que nous Facebook nous soyons devant un tribunal français parce que l'utilisateur qui se plaignait que son compte avait été fermé parce qu'il avait présenté ce célèbre tableau de COURBET qui avait été jugé comme de la pornographie par Facebook et il dit mais je ne comprends pas que vous me meniez devant un tribunal français puisque quand vous avez coché les conditions générales d'utilisation vous avez renoncez à poursuivre ailleurs que devant un tribunal américain selon le droit américain ». David PUJADAS On voit que c'est compliqué. Dernière question, très simple, la Chine réussit à interdire à tous ses citoyens de consulter des sites sur le Tibet libre. Ce n'est pas une démocratie, mais est-ce que c'est ça qui fait la différence ? Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET Tout l'enjeu est de trouver des solutions sans se retrouver dans la situation chinoise quand même ! On essaye de trouver des équilibres entre la défense des libertés et la sécurité. David PUJADAS Je ne le comprenais pas comme modèle, mais techniquement c'est possible ? Nicolas ARPAGIAN Internet n'est pas un gaz. A partir du moment … Vous pouvez l'arrêter, ce n'est pas comme certains nuages qui s'arrêteraient à des frontières. Il est évident que ce sont des tuyaux et des infrastructures. La seule chose c'est que vous voyez bien le contrôle démocratique, la logique démocratique veut qu'effectivement on est quand même d'habitude dans un contexte de liberté d'expression. Les moyens mis en œuvre en terme humain, monsieur le ministre évoquait des centaines, quelques milliers de fonctionnaires de police et de gendarmerie, on n'est pas dans l'infrastructure chinoise qui est effectivement dédiée, même si juste pour précision, ils ont mis en place un logiciel qui s'appelle « le bouclier d'or » qui est un filtre, un espèce de dictionnaire avec des mots clés. Mais là aussi ça atteint ses limites parce que évidemment quand les activistes parlent entre eux ils n'utilisent pas forcément les mots clés déjà inscrits dans le dictionnaire. Bernard CAZENEUVE En deux secondes, il faut quand même rappeler aux téléspectateurs que si nous ne pouvons pas le faire jusqu'à présent c'est parce que la loi ne le prévoyait pas. La nouvelle loi le prévoit. Les décrets d'application seront prêts au début du mois de février, y compris les décrets d'application sur les sites pédopornographiques qui n'étaient pas encore prêts. Ils seront pris en même temps dans le même décret que celui qui concerne la lutte contre le terrorisme. Donc nous nous sommes armés par rapport à ça. Aujourd'hui on peut bloquer des sites, on peut déréférencer des sites, on peut avec la plateforme Pharos signaler aux grands opérateurs internet la provocation, l'appel au terrorisme. Tout cela n'existait pas. Et ce sont les dispositions … Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET Et on ne peut pas poursuivre quelqu'un qui consulte habituellement. Bernard CAZENEUVE Quand quelqu'un consulte habituellement, au titre de l'entreprise individuelle terroriste, il sera désormais susceptible d'être incriminé pénalement. Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET Mais quelqu'un, un jeune qui est en voie de radicalisation il n'est pas dans une entreprise individuelle terroriste, il est juste victime d'un système. C'est le protéger que de pouvoir faire un délit, de consulter régulièrement. Bernard CAZENEUVE Mais justement il n'aura plus accès à ces sites compte tenu des dispositions législatives que nous avons prises. Nathalie KOSCIUKSO-MORIZET Mais bien sûr qu'il aura encore accès, parce que ces sites sont faciles à répliquer, et ils sont régulièrement répliqués. Pour combattre ce qui se passe sur internet de mal il faut comprendre comment fonctionne internet. C'est très facile de répliquer ces sites, ce sont des sites qui sont très simples, ce n'est pas des choses qui sont technologiquement compliquées. On pourra, et c'est utile, voter cette loi, on pourra déréférencer, on pourra en interdire certains, mais on ne pourra pas les interdire tous. C'est pour ça qu'il faut avoir aussi l'autre volet de l'action qui est la possibilité de réprimer ceux qui consultent. Ce n'est pas l'alpha et l'oméga mais c'est un outil parmi d'autres. Pourquoi s'en priver. Ce que je dis seulement c'est que si on est dans une guerre contre le terrorisme, il faut en tirer toutes les conclusions, prendre toutes les mesures. Il n'y a pas une mesure magique, mais il faut les prendre toutes. On est quelque part encore trop hésitant. Bernard CAZENEUVE On n'est pas trop hésitant, on est désireux simplement de faire en sorte que la lutte contre le terrorisme dans un Etat de droit ne nous conduise pas à prendre des mesures qui sont anti constitutionnelles. Nathalie KOSCIUKO-MORIZET Ce n'est pas mieux d'être djihadiste que d'être pédophile. David PUJADAS Marc TREVIDIC, c'est passionnant de parler avec vous parce que vous êtes un praticien, autrement dit vous avez eu des dizaines de ces djihadistes face à vous dans votre bureau. D'abord sur internet vous confirmez que c'est un des instruments de la radicalisation ? Marc TREVIDIC, juge d'instruction Oui bien sûr, c'est pour ça qu'on a une explosion des jeunes radicalisés depuis 2003, la guerre en Irak, parce que là on avait toute une propagande sur internet très hiérarchisée, très programmée. C'était des professionnels qui le faisaient. On crée des sites pour attirer les jeunes. David PUJADAS Ceux qui sont face à vous, est-ce que vous les trouvez effrayants parce qu'ils sont structurés, décidés, ou bien vous avez le sentiment d'avoir affaire à des paumés ? Marc TREVIDIC Le problème c'est qu'il y a de tout. Ca va peut-être décevoir, il n'y a pas une typologie si simple que ça. A partir du moment où aujourd'hui on a devant nous des jeunes de 15 ans, des jeunes femmes, des femmes, des hommes, des hommes parfois qui ont 18, 19, 25 ans, mais même des vieux de la vieilles, actuellement il faut comprendre que la Syrie et l'Irak attirent tout le monde. Quand je dis tout le monde, c'est une nouvelle génération de djihadistes, des jeunes qui n'étaient pas radicalisés, qui en trois quatre mois - il faut le dire par internet, ou par un séjour en maison d'arrêt - ce sont radicalisés. Vous avez aussi tous les anciens. On a vu partir en Syrie et en Irak des gens des années 90. On a condamné des gens de 90. David PUJADAS Plus aguerris. Marc TREVIDIC Oui bien sûr. Donc on a un attrait qui touche toutes les populations de djihadistes. Avant ça ne concernerait que certains professionnels dans des groupes, là maintenant le spectre est énorme. Et cerise sur le gâteau, on a toutes ces jeunes femmes qui rêvent d'épouser un « moudjahel » en Syrie et en Irak, et qui là le font sur Facebook. On sait très bien les contacts sont d'une simplicité extrême. David PUJADAS Elles rêvent de les épouser ? Marc TREVIDIC Oui, il y a quelque chose de romancé peut-être là-dedans, je ne sais pas, mais pour elles c'est le summum. La vérité c'est qu'on a un monde qui est ouvert, pour des raisons économiques, d'échanges internationaux, on est une seule planète, c'est mondialisé, et les terroristes en profitent. Aujourd'hui c'est très facile de se radicaliser, c'est très facile de radicaliser quelqu'un d'autre, c'est très facile de le recruter, c'est très facile, d'ailleurs en Turquie pour 200 euros, c'est très facile de prendre le bus pour aller jusqu'à la frontière… David PUJADAS C'est facile mais en même temps on parle d'un monde effrayant, ceux qui nous écoutent ont du mal à imaginer que ça soit une perspective attrayante que de se rendre dans un endroit où la violence est reine, où tout n'est que combat… Marc TREVIDIC Il y a beaucoup de déçus. Vous parlez de ceux qu'on voit devant nous, dedans il y a beaucoup de déçus, il y en a ce n'est pas ce qu'ils attendaient, il y en a qui y prennent goût, parce qu'ils font des choses qui décident eux être intéressantes, c'est-à-dire combattre, tuer quelqu'un d'autre, parce qu'ils se fanatisent, parce qu'ils sont en contact de véritables terroristes. Mais d'abord notre difficulté dans toutes les lois qu'on prendra aujourd'hui c'est leur rendre la vie moins facile. C'est le BA.B.A. En terme de praticien quand on voit qu'un phénomène criminel a la porte ouverte et que c'est trop facile de pouvoir se livrer à ce phénomène criminel, la réflexion est : comment je leur rends la vie moins facile ? Comment je vais leur rendre la vie moins facile d'aller sur internet se radicaliser ? Comment je vais faire qu'ils ne pourront pas radicaliser les autres en maison d'arrêt, comment je vais faire qu'ils ne vont pas pouvoir aller en Turquie si facilement… David PUJADAS A chaque étape en fait, voilà. Marc TREVIDIC Oui. Il va falloir travailler à chaque étape pour qu'à chaque fois on leur mette des bâtons dans les roues. C'est comme ça qu'on lutte contre des phénomènes criminels. David PUJADAS Pardon pour cette question candide mais qu'est-ce qui vous a le plus impressionné au cours de ces nombreux face à face avec ces personnes ? Marc TREVIDIC Ecoutez, je pense que c'est malgré tout ces jeunes qui reviennent et qui, pour quand même pas mal d'entre eux ont un discours plutôt apaisé. Je pense aux atrocités actuellement à Paris et donc si j'ai ce discours, ça va quand même peut-être paraître bizarre, mais il y en a beaucoup qui actuellement partent, essayent de quitter l'Etat islamique, ont du mal à fuir l'Etat islamique, se présentent au consulat à Ankara ou autre, donc nous sont envoyés par les Turcs, ils savent qu'ils vont aller en prison, et qui racontent des horreurs, des atrocités, des choses que moi, je n'avais jamais vues. J'ai commencé en 2000 l'antiterrorisme, je n'avais jamais vu des gens me raconter des scènes aussi horribles que ce qui se passe en Syrie ou en Irak. Ça n'a jamais existé. On peut parler de 95, de tout ce que vous voulez dans l'histoire de l'antiterrorisme, je n'ai jamais vu, moi, des décapitations en place publique, des viols de communautés considérées comme hérétiques, et cætera, en tout cas mécréantes. Il se passe des choses qui sont du domaine du crime contre l'humanité, clairement. D'ailleurs, on pourrait aussi poser la question de l'intervention ou pas de la cour pénale internationale dans ce qui se passe. Ils sont très frileux là-dessus, peut-être parce qu'il faut aller voir aussi ce que Bachar a fait. Je n'en sais rien, je ne fais pas de politique de ce point de vue-là. Manifestement, on a un phénomène d'une ampleur et d'une violence extraordinaires et des gens effectivement reviennent détruits. Raison de plus pour les empêcher de partir. David PUJADAS Votre intuition, c'est que ce sont ces filières internationales qui sont les plus à craindre ? ceux qui partent et puis qui reviennent ? Ou est-ce qu'il y a aussi des profils Amedy COULIBALY n'est jamais parti, Amedy COULIBALY est toujours resté en France ; il est passé à l'acte. Marc TREVIDIC Là, c'est malheureux, je vais faire un peu de statistiques. Jusqu'à présent, tous ceux qui ont essayé de faire des attentats en France ou qui ont réussi à faire des attentats étaient allés sur une zone de djihad. C'est vrai que COULIBALY est une exception. Ceci dit, il était bien encadré par des gens qui, eux, avaient été sur des zones de djihad, pas les moindres parce que le Yémen ce n'est pas rien. On a quand même quelqu'un qui n'est pas tout seul, qui était quand même bien encadré. Jusqu'à présent, il se trouve que les gens les plus dangereux sont ceux qui sont allés faire la guerre ailleurs, qui ont intégré un groupe terroriste, qui ont eu une formation, vraiment une formation idéologique très forte et qui, à force de voir des cadavres autour d'eux, considèrent que tuer à Paris des civils, ce n'est pas grand-chose. David PUJADAS Ça relativise l'idée de la violence et de la mort. Marc TREVIDIC Par rapport à une bombe qui tombe ou par rapport aux atrocités qu'on leur a fait commettre aussi. Qu'est-ce que vous voulez ? Un petit jeune qui arrive là-bas, qui a dix-neuf ans, on va le tester, on va lui faire décapiter un être humain. Qu'est-ce que vous voulez ? Comment vous voulez qu'il s'en sorte ? Il devient ou très dangereux, ou dégoûté et on n'est même pas capable de faire la différence entre les deux. David PUJADAS Alain JAKUBOWICZ, je voudrais qu'on évoque simplement l'avenir de notre société. On l'a dit, cette menace risque de durer. Il y a toujours dans la balance la sécurité et puis les libertés. Est-ce que vous êtes inquiet, vous en tant qu'avocat, peut-être aussi en tant que défenseur des droits de l'homme, du cours que sont en train de prendre les choses ? Alain JAKUBOWICZ Je vais vous dire, c'est le citoyen qui a envie de vous répondre tout simplement. Vous avez commencé votre sujet en parlant de riposte et nécessairement, et tout à fait logiquement, vous avez donné la parole à Monsieur le Ministre de l'Intérieur. Je crois que la plus belle riposte, la plus forte, la plus puissante, c'est celle du peuple de France dès le 7 janvier. Ces Français qui sont descendus dans leurs villes sans mot d'ordre, sans bannières, sans rien, dans le silence et une France qui était debout. Une France qui résiste, la vraie France, j'ai envie de dire, et qui s'est prolongé évidemment au cours de ce dimanche avec une organisation plus importante, et cætera. Ça, c'est absolument essentiel. Vous savez, le gouvernement gouverne ; le législateur légifère ; les imams prient ; les citoyens ont le rôle et je crois que c'est extrêmement important de le dire à cet instant. Tout ce que nous venons de dire, qui est extrêmement technique d'une certaine façon, je ne suis pas sûr que ce soit intelligible pour le plus grand nombre de nos concitoyens et de vos téléspectateurs. Et puis, beaucoup de pessimisme, beaucoup de noirceur dans tout ça, mais il y a également, puisque c'est votre question, des raisons d'espérer. Des raisons d'espérer dans cette unité nationale dont on espère qu'elle aura un lendemain véritablement et pas seulement un lendemain de façade. Vous savez, j'appartiens à ces vieux militants des droits de l'homme, comme vous disiez tout à l'heure, des manifestations autour desquelles on a dit : ? Plus jamais ça ? ; j'en ai un certain nombre au compteur. David PUJADAS Et ce dont vous parlez, pardon !, ce dont vous parlez c'est de l'esprit civique, de l'esprit de réaction, du sursaut d'un pays qui est attaqué. Mais pour contrer les terroristes, il faut aussi de la technique, il faut aussi des hommes. Il y a un projet de loi qui va être voté et qui va permettre aux services de Renseignement de faire plus. Bernard CAZENEUVE va peut-être nous dire comment il voit les choses. Est-ce que ça va permettre d'écouter les compagnes des terroristes puisqu'apparemment, semble-t-il, c'est impossible jusqu'ici ? Est-ce ça va permettre de les surveiller ? de sonoriser les appartements comme on dit, toutes choses qui étaient plus difficiles jusque-là ? Est-ce que ça vous inquiète ? Alain JAKUBOWICZ Après le citoyen, l'avocat et le président de la LICRA vous répond volontiers. David PUJADAS Mais le citoyen était le bienvenu aussi. Alain JAKUBOWICZ Ce n'est qu'un juste équilibre. Ce n'est qu'un juste équilibre entre la nécessité absolue évidemment de se protéger, et pour le gouvernement de protéger l'ensemble des Français bien sûr, et l'Etat de droit. Qu'est-ce qui s'est passé aux Etats-Unis après le 11 septembre ? Ce fameux Patriot Act, une loi qui est prise en quelques semaines. Je vais vous le dire, en tant que citoyen français, je n'en veux pas. Et on a vu les effets qu'avait cette loi. Je crois qu'il y a un juste équilibre à trouver, et au-delà de cette multiplication, surmultiplication de lois on a entendu le discours entre madame KOSCIUSKO-MORIZET et monsieur CAZENEUVE. Moi, je vais vous dire en tant que praticien, je ne crois pas que ce soit en empilant les lois qu'on va trouver la solution. C'est en se donnant des moyens. D'abord, la volonté politique. Même en matière d'Internet, des choses sont possibles. Sur la pédopornographie, nous y sommes arrivés. On parlait tout à l'heure de la plateforme Pharos qui est essentielle. Vous savez combien il y a de fonctionnaires à la plateforme Pharos ? Quatorze, quatorze fonctionnaires de police pour plus de cent mille signalements. Le plus grand nombre d'ailleurs, c'est sur les escroqueries. Les sujets dont nous parlons, c'est pratiquement la portion congrue avec des policiers qui font un travail, Monsieur le Ministre, absolument admirable, avec des priorités : préserver la vie humaine et la sécurité des mineurs. David PUJADAS Question précise, Alain JAKUBOWICZ. Vous parlez des moyens, mais est-ce que vous souhaitez aujourd'hui ou est-ce que vous estimez que c'est une bonne chose qu'on donne plus de moyens aux services de Renseignement hors procédure judiciaire ? On est d'accord qu'on ne parle pas là dans le cadre d'une procédure judiciaire mais plus de moyens juridiques de renseignement. Alain JAKUBOWICZ Poser ce type de question à un avocat, c'est déjà y répondre. D'ailleurs, je suis face à un avocat puisque Bernard CAZENEUVE est avocat. Bernard CAZENEUVE Ce n'est pas à ce titre que je suis là. Alain JAKUBOWICZ Je l'avais compris mais c'était pour souligner l'intérêt que vous portez évidemment aux libertés fondamentales, comme ministre bien sûr aussi. Non, bien sûr, je veux dire que le garant des libertés individuelles, c'est le juge judiciaire. C'est évident. Maintenant, ceci étant, avant qu'on passe au judiciaire, il faut du contrôle, il faut de la surveillance et cela relève du domaine administratif. David PUJADAS Bernard CAZENEUVE, quels seront les nouveaux droits des services de Renseignement que vous allez mettre dans ce projet de loi qui sera théoriquement voté en juin, si j'ai bien compris. Ça va aller assez vite. Bernard CAZENEUVE D'abord ce projet de loi va être discuté en étroite liaison avec les parlementaires, notamment les parlementaires qui travaillent au sein de la délégation parlementaire au Renseignement. Mais quels sont les principes ? Les principes, c'est de faire en sorte que nous puissions renforcer l'activité des services de Renseignement pour ce qui concerne ceux qui sont dans des activités terroristes, qui ont été condamnés pour ces activités et qui seront porté dans le fichier qu'a annoncé le Premier ministre, et de le faire dans un cadre où la capacité de contrôle de l'autorité administrative sera renforcée. Parce que pour moi, la lutte contre le terrorisme si elle appelle des moyens particuliers d'intervention de la part des services de Renseignement au titre de la police administrative, pas dans un cadre judiciaire, tout cela ne peut que se concevoir que si l'on renforce considérablement les pouvoirs de contrôle des autorités administratives indépendantes et du Parlement. Plus de possibilité ne peut être envisagée que dès lors qu'il y aura plus de contrôle. David PUJADAS Plus de possibilités dans un cas, plus de contrôle dans l'autre. Mais quelles possibilités alors ? Bernard CAZENEUVE Par exemple, nous avons vu que nous opérions des interceptions de sécurité sur un certain nombre de ceux qui s'engagent, qui se sont engagés dans les opérations terroristes par le passé. Nous avons vu que ces interceptions de sécurité… David PUJADAS Quand vous dites « interceptions » ? Bernard CAZENEUVE Ça veut dire des écoutes téléphoniques. Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET C'est des écoutes, je pense que personne de ceux qui nous écoutent ne comprennent. Bernard CAZENEUVE Ces écoutes téléphoniques-là se font dans un cadre juridique avec une autorité administrative indépendante qui contrôle et on ne peut pas, quand il n'y a pas de résultat de ces écoutes téléphoniques, quand ces écoutes téléphoniques ne révèlent pas qu'il y a des actes terroristes en préparation, les poursuivre à l'infini. David PUJADAS Au bout de quatre mois, ça s'arrête. Bernard CAZENEUVE Je pense qu'il faut pouvoir, pour des publics extraordinairement dangereux, face à des cellules dormantes qui à tout moment peuvent se réveiller et faire des actes terroristes, pouvoir dans un cadre très précis, avec le contrôle du juge administratif, prolonger ces écoutes. David PUJADAS Est-ce qu'il faut le faire pour l'entourage des personnes qu'on surveille ? Bernard CAZENEUVE Mais de toutes les façons, il y a plusieurs situations possibles. Vous pouvez très bien avoir procédé à des écoutes téléphoniques sur une personne en France qui est partie à l'étranger, si vous n'avez pas de possibilité de l'écouter à l'étranger et que la seule personne qui vous permet d'avoir des renseignements est quelqu'un de son entourage, il faut pouvoir le faire dans un cadre légal, et tout cela doit se faire sous le contrôle du juge. David PUJADAS Donc ça se fera aussi. Bernard CAZENEUVE Ça peut se concevoir si c'est nécessaire pour prévenir des actes terroristes graves et je crois que les Français sont quand même désireux, après ce qui s'est passé, de voir le gouvernement français les protéger, mais ça ne peut pas se faire sans contrôle, sans règle, sans principe. La philosophie qui est la nôtre, c'est plus d'efficacité, et s'il y a plus d'efficacité, plus de contrôle. David PUJADAS Les fameuses balises qu'on peut placer sous les voitures et qui avaient été interdites, encore une fois, hors procédure judiciaire Bernard CAZENEUVE Mais cela ne peut se faire que dans un cadre judiciaire. David PUJADAS Voilà. Ça, ça ne changera pas. Bernard CAZENEUVE En tous les cas, pour l'instant, ça ne peut se faire que dans un cadre judiciaire. Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET Moi sur les balises par exemple, je trouve que c'est un problème. Bernard CAZENEUVE Si on doit procéder à de nouveaux dispositifs destinés à être plus efficaces, il faudra de toutes les façons en très étroite liaison avec le Parlement le faire dans un cadre où le contrôle sera renforcé. Et je l'ai fait sur tous les sujets. Quand on a mis en place par exemple l'interdiction administrative de sortie du territoire, j'ai souhaité que ce soit sous le contrôle du juge administratif, lorsqu'on a mis en place le contrôle sur Internet sous le contrôle du juge administratif toujours, pourquoi ? Parce que plus de contrôle, ça doit apporter plus d'efficacité dans la maîtrise du fait terroriste doit appliquer plus de contrôle et plus de respect des libertés. David PUJADAS On a compris votre idée. Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, un dernier mot. Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET Est-ce qu'on peut dire les choses simplement ? Le Renseignement, ça se passe en amont bien souvent du judiciaire. C'est normal, on cherche à savoir des choses sur des gens qui ont éventuellement vocation un jour à être amenés devant monsieur TREVIDIC. Il faut pouvoir mener un certain nombre d'investigations qui ne se font pas forcément dans le cadre d'une procédure qui a déjà été lancée. Moi je pense qu'on a besoin aujourd'hui, dans la loi cadre, de pouvoir mettre une balise sur une voiture, de pouvoir géolocaliser un portable, de pouvoir mener des écoutes de manière un peu extensive. Ça ne veut pas dire que le juge n'intervient pas ; ça veut dire qu'on peut mettre en oeuvre une procédure dans laquelle on lance les choses, on fait les choses et on informe le juge, et le juge a la possibilité d'interrompre s'il pense que ce n'est pas ce qu'il faut. Mais il a la possibilité d'interrompre après. On n'a pas besoin systématiquement de demander des autorisations et des ceci, et des cela, parce que sinon nos services de Renseignement se trouvent au nom des libertés publiques pieds et poings liés pour pouvoir nous défendre contre ceux qui attaquent nos libertés fondamentales. C'est ça l'équilibre entre sécurité et liberté et il faut le déplacer un peu. Bernard CAZENEUVE Non, non, non ! L'équilibre entre sécurité et liberté, ça consiste à donner plus de pouvoir aux services de Renseignement pour qu'ils soient plus efficaces mais jamais sans qu'il y ait un contrôle de l'autorité administrative indépendante. Parce que sinon, le principe d'équilibre entre sécurité et liberté est rompu. Nous, nous sommes favorables à donner plus de pouvoir à nos services, nous allons le faire dans le cadre de la loi Renseignement et je tiens à le dire clairement à Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, ce sera dans le cadre d'un pouvoir accru de contrôle de l'autorité administrative indépendante, associant d'ailleurs le Parlement parce que plus de capacité d'intervention des services quand on veut être efficace dans la lutte contre le terrorisme doit être assortie de plus de contrôle. Nous allons donner, après la loi de 91 qui avait été conçue, qui était une première loi définissant les conditions de contrôle de l'activité des services, après la numérisation de la société, le développement des téléphones portables, nous allons donner une véritable loi aux services de Renseignement qui leur permettront d'intervenir dans la légalité et sous le contrôle d'autorités administratives indépendantes ou du juge unique. David PUJADAS Le mot de la fin sur cette partie-là pour vous, Abdelali MAMOUN. Est-ce que vous avez vu, vous vous êtes imam dans le 94, dans le Val-de-Marne est-ce que vous avez vu dans le cadre de vos fonctions, est-ce que vous avez vu passer, est-ce que vous avez côtoyé des jeunes qui étaient en voie de radicalisation comme ceux-ci ? Abdelali MAMOUN Il faut savoir que j'ai une carrière de vingt-cinq ans d'imam et je n'ai pas vu cela que dans le Val-de-Marne, mais dans la banlieue parisienne un peu partout. Ça a commencé dès les années 90, déjà ce phénomène existait. J'étais à Mantes-la-Jolie, nous avons eu aussi affaire là-bas à cette radicalisation à laquelle nous avons effectivement collaboré avec les pouvoirs publics pour éradiquer et endiguer totalement ce groupe qui s'était effectivement propagé dans cette région-là. David PUJADAS Très concrètement, vous voyez quelqu'un dont vous vous dites qu'il a une conduite étrange. Quels sont les signes par exemple qui vous permettent de déceler la radicalisation ? Abdelali MAMOUN C'est tout simplement un certain vocabulaire qu'il va reprendre. David PUJADAS Lequel ? Abdelali MAMOUN Par exemple, le mot « tarote » (phon) en parlant du mal absolu, de l'Occident. Il va utiliser des mots tels que l'allégeance et le désaveu, la notion de désavouer le « kofa » (phon) et de le combattre, le « kofa » qui veut dire le mal absolu, le mécréant, et cætera. Il y a un certain nombre de vocabulaire que l'on va, nous, détecter et malheureusement, nous n'avons aucune collaboration officielle et on ne nous demande jamais quoi que ce soit. Nous savons qu'effectivement il y a des personnes dans ce sens-là, qui vont dans ce sens-là mais on ne nous a jamais rien demandé. David PUJADAS Est-ce que vous avez déjà pu avoir une conversation, une vraie conversation avec quelqu'un qui était dans cette spirale pour tenter, entre guillemets, de le ramener dans le droit chemin ? Abdelali MAMOUN Oui. J'ai eu affaire bien sûr, même plusieurs fois. Un jeune par exemple dans une ville je ne vais pas citer de nom pour ne pas stigmatiser une région qui me dit : « Comment on peut combattre le taraute ? Mais de quel taraute tu parles ? Mais de l'Occident ! Ils tuent les musulmans, ils combattent l'islam, et cætera, Israël ». Ils alimentent beaucoup cette haine à travers bien sûr des événements qui se passent un peu partout dans le monde. Je lui dis : « Mais toi, tu vis de quoi ? » Il me dit : « Je vis du RSA. Tu ne travailles pas ? Non, je ne travaille pas ». Je lui dis : « Comment tu fais si tu as besoin de te soigner ? » Il me dit : « Moi, j'ai la chance d'avoir la CMU ». Très bien. « C'est qui qui te donne la CMU ? C'est le taraute. C'est ce même système-là qui t'a choyé, qui t'a entretenu, qui t'a protégé, qui a fait tout en sorte pour que tu puisses devenir aujourd'hui ce que tu es, un homme marié avec des enfants et tu me parles de taraute ? Mais c'est complètement absurde ! David PUJADAS Vous l'avez convaincu ? Abdelali MAMOUN J'ai essayé, du moins je lui ai dit : « Rentre chez toi et réfléchis bien au chemin que tu es en train de prendre parce que tu marches à côté de tes chaussures ». On parle de langage des jeunes : « A côté de tes pompes » je lui ai dit. « Réfléchis bien parce que ça ne va pas ». En tout cas, pour moi aussi m'impliquer dans ce débat auquel vous vous exposez depuis le début, je pense aussi qu'il faut agir en amont. Il faut d'abord immuniser cette jeunesse avant d'attendre qu'elle devienne… Parce que pour qu'il ait envie de cliquer dans le site que vous évoquiez tout à l'heure et commettre le délit que vous avez envie de il faut déjà qu'il ait été motivé, il faut qu'il y ait quelqu'un qui lui ai dit : « Tiens ! Va consulter tel site ». Il y a déjà un début d'embrigadement. Et je voudrais signaler que les imams aujourd'hui font un travail extraordinaire pour immuniser cette jeunesse musulmane, pour éviter qu'elle devienne… Et la quasi-totalité des mosquées et les imams font ce travail-là mais malheureusement parfois certains nous échappent. David PUJADAS Vous nous fournissez une transition parfaite pour le débat qui va suivre. Voilà pour l'aspect sécurité, merci Monsieur le Ministre d'avoir été avec nous. Bernard CAZENEUVE Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/095.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/095.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d74d8049611ab40725e88c8f7056731ca7b3472f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/095.txt @@ -0,0 +1 @@ +Face à l'horreur, chacun de nous a cherché les mots pour répondre aux questions des enfants et des jeunes qui nous entourent. C'est une mission difficile, de grande humanité qu'ont eu à mener les enseignants de France lorsque, dès le lendemain de ces attentats barbares, ils ont rassemblé les enfants pour se recueillir et, à ma demande, libéré la parole dans leurs classes. Avec pédagogie, ils ont déployé ces trésors quotidiens d'écoute et d'argumentation qui sont le sens même de leur mission éducative. Pour ce faire, ils ont pu compter sur leur expérience, sur les outils repérés ou saisis dans l'urgence, mais aussi sur les ressources pédagogiques que les services du ministère de l'éducation nationale ont mis à leur disposition, dans la nuit suivant le premier attentat, sur le site éduscol.education.fr, consulté près de 200 000 fois en quelques jours. Je veux rendre hommage à cette mobilisation exceptionnelle de la communauté éducative toute entière. Les innombrables témoignages disent cette mobilisation sincère, pleine, des adultes dans les classes et les cours d'école. A l'image de la nation rassemblée, les équipes éducatives ont fait face à l'obscurantisme et ont délivré ce que l'école peut offrir de meilleur : du dialogue éducatif, des repères moraux appuyés sur la connaissance. Là où les équipes éducatives étaient en difficulté, elles ont été appuyées, dès la semaine dernière, parles cadres de l'éducation nationale que j'ai mobilisés à cette fin. Je tiens à les saluer ainsi que les recteurs, les directeurs académiques et leurs collaborateurs qui ont mis en œuvre ce soutien concret et opérationnel. Bien sûr, il y a eu des difficultés, des incidents dans tous types d'établissements, tant il est vrai que l'école n'est pas étanche aux dérives et aux troubles de notre société. Oui, parfois, des enseignants ont eu le sentiment d'être livrés à eux-mêmes, insuffisamment formés ou outillés pour répondre à l'ampleur des questionnements. Oui, des incidents, parfois graves, ont impliqué des élèves. L'école a réagi immédiatement, avec fermeté et discernement. Je le dis avec gravité : l'école assume pleinement son rôle éducatif et ne tolère aucune remise en cause des valeurs de la République. Mais l'école doit aussi réfléchir à ce que ces incidents ont révélé : au-delà des questions ingénues ou des affirmations gratuites de jeunes en construction, derrière les « oui c'est grave, mais » ou les « deux poids, deux mesures », il y a aussi la « mésinformation » de certains élèves, pour partie informés exclusivement par les réseaux sociaux, la pénétration d'une théorie du complot disant la suspicion généralisée, la défiance à l'égard des institutions et des médias traditionnels. Ce qui est insupportable, ce n'est pas le fait que des enfants s'interrogent, c'est de constater combien l'école est aujourd'hui confrontée aux dérives du relativisme généralisé, à une perte de repères diffuse dans notre société. Une éducation aux médias et à l'information est à cet égard plus que jamais nécessaire pour que les jeunes puissent être en mesure de saisir la réalité des faits, au-delà des images choc et des fausses explications. La meilleure des réactions que nous pouvions avoir après la sidération, après l'émotion, était de se poser, ensemble, toute la communauté éducative réunie, pour partager un diagnostic, loin des débats déformés qui auraient affaibli notre école. Cette mobilisation, je l'ai faite, en recevant tour à tour les organisations représentatives des personnels enseignants et non enseignants, les parents, les lycéens, les étudiants, les collectivités locales, les anciens ministres de l'éducation nationale, les associations d'éducation populaire, les acteurs de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Ces dix jours d'échange ont été intenses, d'une authenticité rare. Si j'ai pris ce temps, c'est parce qu'être à la hauteur de l'enjeu, créer le sursaut collectif dont notre République a besoin, ne pouvait passer par l'annonce précipitée de mesures urgentes. Vous le savez, le temps de l'éducation n'est pas celui de l'immédiat. L'urgence, c'était de réfléchir collectivement. C'est pourquoi cette mobilisation, qui a commencé le 11 janvier dernier, n'a pas vocation à s'arrêter aujourd'hui avec cette conférence de presse. Bien au contraire, à ce premier temps, je veux que succèdent dans chaque établissement, dans chaque quartier, dans chaque ville des réunions, des débats qui permettent à chacun de partager ce qu'il a vécu, de décliner les mesures de manière opérationnelles et de se demander ce qu'il peut faire de mieux. Ce qu'il peut faire de mieux pour améliorer la transmission des connaissances, premier moyen de lutter contre l'obscurantisme. Ce qu'il peut faire de mieux pour transmettre les valeurs de la République. Ce qu'il peut faire de mieux en faveur de ceux qui subissent les inégalités de notre société, pour lutter contre le déterminisme social et le sentiment d'exclusion de la communauté républicaine, ressenti par trop de nos concitoyens. Le sursaut ne doit pas venir que d'en haut. L'impulsion viendra aussi des réalités du terrain. La déconnexion entre la morale que pourrait donner l'école et les discours contraires portés dans certains médias et parfois même dans la vie sociale, au travail ou en famille, est plus que préoccupante. Elle est délétère et rend le discours de l'école inaudible. Dans une société où les lieux de débats ont déserté la vie sociale, et ou bien peu de médias proposent des informations adaptées à l'enfance et à l'adolescence, la tentation est grande de conférer un rôle démiurgique à l'école, alors qu'elle a plus que jamais besoin de la mobilisation de tous ses partenaires. C'est pourquoi le sursaut doit être collectif et pérenne. La consultation pour « la mobilisation de l'école et de ses partenaires pour faire vivre les valeurs de la République » se poursuit donc jusqu'au mois d'avril pour des mesures opérationnelles dès la rentrée des classes 2015. Elle permettra d'apporter des réponses aux questions suivantes : Comment rétablir de la mixité sociale dans nos territoires et nos établissements ? Comment ouvrir véritablement des perspectives de réussite scolaire et professionnelle à chacun de nos jeunes ? Comment contrer à l'intérieur autant qu'à l'extérieur des murs de l'école les discours de haine et de repli sur soi ? Sans attendre, bien sûr, le ministère de l'éducation nationale a souhaité apporter de premières réponses. D'abord parce que les incidents ou plus généralement les difficultés des derniers jours ont révélé une vulnérabilité des enseignants face à des défis qu'ils ne sont pas suffisamment formés et accompagnés à relever. Or, on ne le dira jamais assez, aucune ambition ne peut être portée sans les enseignants. Alors que leur métier n'a peut-être jamais été aussi exigeant, que leur place, leur rôle dans la société est parfois mis en cause, nous devons leur transmettre de la confiance. C'est cette confiance de la République dans ses enseignants qu'ils transmettront à leur tour à leurs élèves. Avoir confiance dans les enseignants, c'est avoir confiance dans la République, et cela suppose, au-delà des mots, un soutien sans faille par ce qui est le cœur de leur métier : la formation. Nous avons rétabli la formation initiale. La capacité des candidats à « expliquer et à faire partager les valeurs de la République » sera désormais évaluée systématiquement dans les concours de recrutement. Les ESPE feront une place prioritaire dans le tronc commun aux apprentissages fondamentaux sur la laïcité, l'animation des débats, les usages des médias, et nous évaluerons à la fin de l'année scolaire l'homogénéité de la formation. Il nous faut également relancer une formation continue en déshérence depuis trop longtemps. Les besoins sont immenses : formation à la gestion de groupe, à l'animation des débats, à l'enseignement des questions dites sensibles, à la manière de faire vivre la laïcité et la citoyenneté, aux usages des médias ou aux technologies numériques. Un plan exceptionnel de formation continue sera déployé dans les prochains mois pour y répondre. 1000 premiers formateurs aguerris seront formés sur la laïcité et l'enseignement moral et civique avant la prochaine rentrée scolaire, afin qu'ils puissent à leur tour répondre aux besoins de formation et d'accompagnement de leurs pairs. Ce principe de formation par les pairs sera ensuite diffusé dans l'ensemble des établissements du premier et du second degré. Au-delà des sujets identifiés, il sera demandé à chaque école, à chaque établissement de faire remonter ses besoins, afin de construire un plan de formation adapté aux territoires, soutenu par de nouveaux modules dédiés à l'enseignement laïque des faits religieux et aux usages numériques de l'information. Le sursaut auquel nous invitaient ces derniers jours de trouve d'abord là, dans la capacité de note institution à n'être pas que dans le descendant. Faisons confiance à notre million de personnels, qui mieux que quiconque savent comment être aidés. Mieux accompagner les enseignants dans leurs pratiques quotidiennes, c'est aussi leur fournir des ressources pédagogiques et des outils efficaces, adaptés, percutant pour les élèves (ce sera l'objet de la série de films cours sur les combats historiques pour les valeurs de la République ou du portail de ressources dédié à lutter contre le racisme et antisémitisme) utiles pour eux-mêmes et notamment un livret laïcité et des argumentaires régulièrement actualisés. Des outils utiles enfin pour la société toute entière comme ceux de prévention contre les phénomènes de radicalisation que nous nous apprêtons à diffuser. La formation et l'accompagnement ne seront cependant rien si les enseignants continuent trop souvent à être contestés dans leur enseignement, contestés dans leur autorité, perturbés par des incivilités. Oui, l'école a une fonction morale. Oui, indéniablement, la question de l'autorité à l'école se pose. Celle du respect du maître et du respect entre élèves bien sûr. Cela s'appelle les règles de civilité et de politesse et dans l'intérêt même des élèves, on ne doit avoir aucune faiblesse envers les comportements qui y portent atteinte. Oui, ces règles doivent être précisées dans un règlement intérieur qui sera, avec la Charte de laïcité, présenté, expliqué aux élèves et à leurs parents qui les signeront pour manifester leur engagement à les respecter. Oui, tout comportement contraire devra faire l'objet d'un signalement systématique au directeur d'école ou au chef d'établissement et ce dernier est invité à y donner suite par un dialogue éducatif solennel associant les parents et le cas échéant une sanction. Personne n'a dit que ce serait facile, mais au moins les instructions seront-elles désormais claires et sans équivoque. Au « ne pas faire de vague » souvent bien intentionné devra succéder le « ne pas laisser passer » pour fixer les limites dont les élèves et futurs citoyens ont besoin pour se construire. Et d'ailleurs, dans la panoplie des sanctions et mesures éducatives, il sera fait recours bien plus fortement qu'aujourd'hui aux mesures de réparation et de responsabilisation. Ces mesures ne représentent qu'à peine 4 % des sanctions aujourd'hui, je veux les voir étendues. À cet effet, les chefs d'établissement devront s'engager dans des partenariats avec des structures d'accueil, en s'appuyant sur ceux d'ores et déjà conclus au niveau national avec la Croix rouge, l'AFEV ou bien d'autres associations. Parce que je sais que ces nouvelles règles ne s'installeront pas du jour au lendemain, j'ai demandé à chaque recteur d'établir un schéma de mobilisation des cadres de son académie pour apporter un soutien aux équipes et établissements en difficulté, en prolongement de leur mobilisation actuelle. Mais, au-delà de la gestion des incidents, la question de l'autorité de l'école et à l'école, c'est celle du cadre collectif dans lequel évoluent les élèves. Et là encore, oui il y a nécessité d'améliorer le sentiment d'appartenance des élèves à une collectivité, qui a ses rites et ses symboles et en premier lieu, le principe de laïcité qui est au fond un principe de liberté (de pensée), d'égalité (de droits et de devoirs) et de fraternité (de vivre ensemble). Une journée de la laïcité sera célébrée dans tous les établissements chaque 9 décembre, journée anniversaire de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat. La laïcité n'est pas l'instrumentalisation qui a pu en être faite par certains au service du refus d'une religion, créant une incompréhension ou une défiance chez certains de nos concitoyens. Elle est au fondement de l'école parce qu'elle distingue le savoir du croire, qu'elle transforme l'enfant en élève, permettant de dépasser les spécificités individuelles, les parcours personnels et familiaux, pour créer un "nous" commun et républicain. Je revendique la laïcité comme une chance, comme une valeur qui, avec l'égalité, permet à l'école d'être à la fois garante de la conscience républicaine collective et de l'émancipation individuelle des élèves. C'est pourquoi la pédagogie de la laïcité est au cœur de notre mobilisation. Au-delà, et pour créer ce collectif indispensable, il sera demandé de définir précisément dans les projets d'écoles et d'établissements scolaires les modalités de participation active des élèves aux commémorations patriotiques ainsi qu'aux semaines de l'engagement et de lutte contre le racisme. Enfin, l'organisation solennisée d'un temps annuel d'échanges avec l'ensemble de la communauté éducative (cérémonie de remise de diplômes, valorisation les réussites des élèves, spectacles de fin d'année) sera systématisée. Un tel cadre n'aura pas de sens si on se contente de le plaquer. Son intérêt, au-delà de la préservation d'un environnement serein propice aux apprentissages, c'est aussi d'accompagner et de faire vivre la citoyenneté et la démocratie dans les établissements. Il n'est pas de meilleur apprentissage de la citoyenneté pour les élèves que d'en faire l'expérience personnelle. Et c'est pourquoi, j'ai décidé qu'au-delà du nouvel enseignement moral et civique qui sera délivré dès la rentrée prochaine, c'est un véritable parcours éducatif citoyen que suivront désormais tous les élèves, de la primaire jusqu'au lycée dans toutes les filières. Un parcours citoyen qui s'inscrit dans la durée, qui mobilise le temps scolaire et périscolaire. Un parcours qui se nourrit du futur enseignement moral et civique enfin sanctuarisé à partir de 2015 pour toutes les classes, soit 300 heures dans une scolarité. 300 heures pas seulement d'apprentissage des droits et devoirs mais aussi d'expérimentation pratique du débat, de l'esprit critique, de l'analyse en partant notamment de l'indispensable lutte contre les préjugés. J'ai demandé au conseil supérieur des programmes qu'il améliore le projet d'enseignement moral et civique actuel sur la base de la consultation, de manière à intégrer de manière transversale les problématiques de lutte contre le racisme, l'antisémitisme et toutes les formes de discriminations, les notions de droits et de devoirs, le principe de laïcité. Un parcours qui s'alimente de l'éducation aux médias et à l'information, qui traversera les programmes et à laquelle seront formés les enseignants, tant savoir décrypter l'information et l'image, apprendre à se forger une opinion sont devenus indispensables dans notre démocratie. Un parcours qui se matérialisera par l'opportunité offerte dans chaque collège/lycée aux élèves de participer à un média (blog, radio, journal, plateforme collaborative en ligne) tant le meilleur apprentissage des enjeux, de la fiabilité et de l'interprétation des infos est d'apprendre à produire soi-même. Un parcours se nourrira enfin de la participation des élèves à la vie sociale et démocratique de la classe, de l'établissement. Les conseils d'enfants seront développés à l'école primaire, ainsi que les conseils de la vie collégienne, et les conseils de la vie lycéenne feront l'objet d'un soutien renforcé. Des partenariats seront recherchés avec les collectivités locales, les associations, les médias pour concourir à ces expériences. Ces partenariats seront inscrits dans les projets d'école et d'établissement. Pour valoriser ces expériences et leurs acquis, ce parcours sera évalué à la fin de la scolarité obligatoire selon des modalités qui veilleront à valoriser non pas les performances, mais l'engagement qu'il aura requis et que chaque élève sera amené à présenter. Développer chez les élèves la citoyenneté et la culture de l'engagement ne pourra se faire qu'en associant les partenaires de l'école. Au premier rang desquels les parents, qui comme co-éducateurs ont des droits et des devoirs et que l'école doit mieux associer. A cet effet, j'ai décidé la création d'un comité départemental d'éducation à la santé et à la citoyenneté, compétent pour le premier et le second degré. Associant l'ensemble de la communauté éducative, ce comité permettra de nourrir des projets départementaux. Des espaces parents seront développés dans chaque école et établissement. La généralisation de la « mallette des parents » sera accélérée. Au-delà des parents, les collectivités locales et les associations de l'éducation populaire sont des acteurs majeurs de la réussite éducative. En accord avec mon collègue Patrick Kanner et l'association des Maires de France, nous inclurons dans les projets éducatifs territoriaux (PEDT), qui vont être généralisés dans le cadre des nouveaux rythmes scolaires, un volet laïcité et citoyenneté, financé par un fonds d'Etat de 10 M à destination des associations de jeunesse et d'éducation populaire. Ces associations seront davantage mobilisées sur les territoires les plus fragiles grâce à des conventions pluriannuelles d'objectifs redéfinies au regard des enjeux actuels. Avec les collectivités locales, nous travaillerons à accélérer le développement d'internats de la réussite de proximité. Nous inclurons dans les contrats de ville un axe « laïcité et citoyenneté » et amplifierons les programmes de réussite éducative pour mieux accompagner l'environnement social des élèves. Mais la situation actuelle appelle une mobilisation encore plus large. C'est pourquoi je veux mobiliser l'ensemble des citoyens désireux d'apporter leur concours aux missions de l'école, bénévoles associatifs, grands témoins, simples citoyens. Ils ont été innombrables à nous dire leur disponibilité à accompagner les élèves vers la réussite et les écoles dans l'accomplissement de leur mission. A cet effet, une réserve citoyenne d'appui aux écoles et aux établissements sera constituée dès ce printemps, dans chaque académie, sous l'autorité des recteurs. Aucune bonne volonté ne doit rester à la porte de l'école. Il faut cependant le rappeler, l'école ne se fera entendre que si elle ne perd elle-même jamais de vue les missions premières qui sont les siennes : la transmission rigoureuse des savoirs, la résorption des inégalités. Nous devons mettre un terme à l'écart entre le discours sur les valeurs et les réalités quotidiennes vécues par les familles. Le Président de la République l'a dit, l'élévation du niveau des connaissances est un enjeu prioritaire, la maîtrise du français (lecture, écriture) au premier chef, car ce que disent aussi les perturbations, les provocations, les impossibles débats, c'est aussi la faiblesse langagière des jeunes gens. Un chantier prioritaire pour la maîtrise du français est lancé dès aujourd'hui. Il n'y a pas de possibilité d'argumentation si les enfants manquent d'aisance dans le maniement de la langue ; il n'y a pas de débat possible si la capacité d'écouter l'autre pour le comprendre n'a pas été éduquée ; il n'y a pas d'accès possible à une culture de la raison et du jugement si le goût des idées, le plaisir de penser par soi-même dans l'échange avec d'autres, la capacité à comprendre des textes qui aident à dépasser son point de vue, n'ont pas été développés dès l'école primaire. Une évaluation du niveau des élèves en français sera mise en place au début du CE2 pour permettre aux équipes pédagogiques de détecter les difficultés et de mettre en place une réponse adaptée aux besoins de chaque enfant, en lien avec le conseil scientifique de la DGESCO pour rendre accessibles aux acteurs de terrain les résultats de recherches et d'expériences en France et à l'étranger. Les apprentissages des élèves allophones nouvellement arrivés en France seront facilités par la mise en place de dispositifs d'inclusion scolaire, et les moyens du dispositif "Ouvrir l'Ecole aux Parents" pour la réussite des enfants seront augmentés. Au-delà de cet enjeu de maîtrise des savoirs fondamentaux, élever le niveau de l'école pour permettre la réussite du plus grand nombre, c'est poursuivre et amplifier la refondation de l'école. C'est ce que nous ferons ces prochains mois avec le socle commun de connaissances, de compétences et de culture, les nouveaux programmes sur l'ensemble des cycles, la réforme du collège et de l'évaluation, mais aussi une stratégie déterminée pour vaincre le décrochage scolaire, dont les moyens budgétaires seront renforcés sans délai. Pour lutter contre le décrochage et la rupture sociale la dynamique formation/emploi est la plus efficace et c'est pourquoi une coopération résolue sera conduite avec le monde économique pour développer les tutorats d'entreprises dans le cadre du futur parcours professionnel des élèves. Comme nous avons commencé à le faire, nous poursuivrons de façon résolue le développement de l'apprentissage ainsi que des campus des métiers et des qualifications (14 aujourd'hui, 17 de plus prochainement) qui offrent des parcours mixtes particulièrement appréciés. Surtout nous ouvrirons les dispositif « pépite » (pôles de soutien à la création d'entreprise) des universités à d'autres publics, pour accompagner le désir d'entreprendre de tous les jeunes, même sans diplôme. Résorption des inégalités, ensuite. Beaucoup a déjà été engagé en ce sens : nouveaux rythmes scolaires pour faciliter les apprentissages, réforme de l'éducation prioritaire et allocation des moyens prenant en compte les besoins sociaux, scolarisation avant 3 ans dans les territoires prioritaires. Mais nous devons aller plus loin, car l'engagement contre les déterminismes sociaux passe aussi par une politique active de mixité pour agir sur la composition sociale des collèges. Concrètement, les recteurs vont travailler, à compter de rentrée 2015, à déterminer avec les collectivités compétentes, des modalités plus équilibrées de sectorisation afin de pouvoir remplir pleinement leur rôle dans l'affectation des élèves. Il est temps de prendre nos responsabilités pour enrayer le séparatisme social dans les établissements scolaires. Dans ce combat contre les inégalités, une attention toute particulière sera portée aux publics les plus vulnérables. Pour mieux accompagner les enfants en situation de pauvreté et leurs familles, le financement des fonds sociaux sera porté à 45 millions d'euros (soit une augmentation de plus de 20%) afin d'apporter des réponses financières immédiates à la situation d'élèves en difficulté. Pour accompagner les jeunes ayant commis un acte de délinquance et placés sous-main de justice, le développement des compétences sociales et civiques sera intégré dans le parcours de formation des mineurs détenus. Enfin, nous voulons, avec Geneviève Fioraso, impliquer pleinement la recherche pour éclairer la société dans son ensemble sur les fractures qui la traversent et les facteurs de radicalisation, et agir contre les inégalités qui minent le contrat social. L'agence nationale de la recherche est sollicitée pour renforcer le soutien aux travaux relatifs aux causes de la radicalisation dans les sociétés contemporaines. Nous allons renforcer le rôle de l'Institut Universitaire de France et créer des emplois d'enseignants chercheurs et de chercheurs dans les « disciplines rares » lorsqu'elles correspondent à un thème identifié comme prioritaire, conformément aux préconisations du livre blanc des études françaises sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans. L'enseignement supérieur prendra tout sa part à l'entreprise générale que je viens de décrire, en développant la culture de l'engagement, par le soutien aux projets étudiants, la reconnaissance des compétences acquises lors d'engagements citoyens, une mobilisation pour le service civique universel en facilitant les dispositifs de césure, mais aussi un combat résolu contre le racisme et l'antisémitisme avec la mobilisation de référents dédiés au sein de chaque établissement. La mobilisation de l'école pour les valeurs de la république est une démarche à la fois immédiate, opérationnelle, et au long cours, qui suppose des moyens dédiés. L'effort budgétaire pour l'ensemble de ces mesures est estimé, sur les trois prochaines années, à plus de 250 millions d'euros, dont 71 millions d'euros sur 2015 que le ministère financera, après l'accord du Premier ministre que je remercie, par le redéploiement de crédits gelés. Comme le Premier ministre l'a annoncé, la mobilisation se poursuit à tous les échelons avec l'ensemble des acteurs. Au-delà d'un pilotage national associant tous les partenaires de l'école et d'une mobilisation académique qui déclinera ce plan à partir des besoins des territoires au sein des nouveaux comités départementaux d'éducation à la santé et à la citoyenneté, je souhaite impliquer chaque école, chaque collège, chaque lycée. Dans les prochaines semaines, tous ces établissements détermineront leur parcours citoyen, avec non seulement la mise en place de l'enseignement moral et civique, mais aussi des actions permettant de célébrer et de valoriser les rites républicains et des symboles de la République (Marianne, hymne national, drapeau, devise). C'est ainsi que la démocratie et la participation viennent soutenir et enrichir l'engagement de toute la nation pour l'école. Mesdames, Messieurs, cette « grande mobilisation de l'Ecole pour faire vivre les valeurs de la République » est le commencement d'une ambition renouvelée pour l'école de la République qui s'achèvera sur des mesures opérationnelles lors la prochaine rentrée. Vous le voyez, toutes les compétences et l'engagement de ce ministère sont mobilisés pour que vive, à l'école, l'esprit du 11 janvier, cet attachement profond aux valeurs républicaines et cette exigence de citoyenneté qui sont le cœur même de l'école de République. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/096.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/096.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..dcca2f8858e61cb163b90a5f4b1273db747724c7 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/096.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je veux remercier chaleureusement la Maison française et l'Université de Columbia pour leur invitation. Même si au départ, c'est pour une réunion spéciale de l'Assemblée générale des Nations unies consacrée à la lutte contre l'antisémitisme que je suis venu à New York, je suis très heureux de l'occasion qui m'est offerte de discuter avec les professeurs et les étudiants. Les évènements qui se sont produits à Paris ont fait que la discussion, aussi bien à l'Assemblée générale que dans les autres rendez-vous que j'ai pu avoir, a porté évidemment aussi sur la lutte contre le terrorisme et, d'une façon plus générale, sur la réponse que la France et l'Europe doivent apporter. Je suis donc à votre disposition si vous avez d'autres questions. Q - Barack Obama a réagi quelques heures après les attentats en disant qu'il aimerait une meilleure coopération au niveau de l'intelligence et des services secrets. Je voulais savoir quels ont été les échanges, ou est-ce que vous êtes, et comment vous pouvez développer cette coopération ? Je voulais avoir votre opinion sur une organisation telle qu'Anonymous. Quel est votre sentiment ? R - D'abord, la coopération entre la France et les États-Unis, dans la lutte contre le terrorisme, est très étroite. En particulier, en matière de renseignements et c'est une dimension essentielle aujourd'hui. C'est une coopération qui porte aussi sur la lutte active contre le terrorisme, en particulier au sein de la coalition internationale contre Daech en Irak et en Syrie. Il y aura un sommet à Washington dans quelques jours organisé par Barack Obama et où se retrouveront des leaders du monde entier, en particulier de l'Europe. Cette réunion permettra d'aborder à la fois cette coopération entre les services de renseignement qui fonctionne déjà très bien, mais d'une façon plus large la coopération en matière de lutte contre la radicalisation, notamment sur Internet, et du contre-discours qu'il faut être capable de promouvoir pour lutter contre la propagande des groupes terroristes. C'est une question sur laquelle il faut coopérer, pas simplement entre pays occidentaux mais aussi avec les pays du monde musulman, en particulier du monde arabe. Il faut également renforcer, dans chacun de nos pays, l'action que nous menons en matière d'éducation. C'est essentiel. Il faut absolument éviter que les terroristes imposent l'idée d'une guerre entre l'Occident et l'Islam, c'est un aspect très important de cette coopération internationale. C'est pour cela que c'était essentiel qu'il y ait cette réunion à l'Assemblée générale des Nations unies sur la lutte contre l'antisémitisme, au cours de laquelle se sont exprimés plusieurs pays arabes, en particulier l'Arabie Saoudite, au nom de l'Organisation de la coopération islamique ; beaucoup de pays africains, dont l'Islam est la religion principale ; et donc nous allons bien entendu renforcer notre coopération avec l'ensemble de ces Etats partenaires. Sur l'organisation Anonymous, je n'ai pas de commentaire à faire, ce n'est pas le rôle d'un membre de gouvernement je crois. En revanche, cela soulève une question qui est celle de la régulation sur Internet et de la responsabilité des entreprises de l'Internet. C'est une question que nous avons débattue aussi aux Nations unies. Nos systèmes juridiques sont différents selon les pays. Bien sûr, la liberté d'expression est une valeur fondamentale pour chacun d'entre nous, en Europe et aux États-Unis, mais les règles ne sont pas les mêmes pour réprimer les discours d'appel au meurtre ou à la haine, ou les discours antisémites. De plus, souvent, ces cadres juridiques ont été mis en place avant l'apparition d'Internet. Par exemple, en France, c'est une loi de 1972 qui régit les modalités de la répression des discours racistes et antisémites. À l'époque, il était très facile d'identifier et de faire porter la responsabilité sur les diffuseurs d'un message puisque c'était des journaux imprimés, des radios ou des télévisions, en très petit nombre et dont on connaissait les rédacteurs, la direction, que l'on pouvait convoquer devant un tribunal. Aujourd'hui, avec Internet, il y a l'anonymat, la difficulté d'identifier les auteurs, et parfois, même s'ils sont identifiés, le fait qu'ils puissent émettre leur message depuis des zones de non-droit. On sait que tous les groupes terroristes aujourd'hui, Al-Qaïda dans la péninsule arabique, Daesh, ont des sites internet, des organes de presse avec de très grands moyens de diffusion, mais ils sont hors de portée des tribunaux des pays démocratiques. Donc, la question qui se pose est celle des diffuseurs, qui sont les grands réseaux mondiaux d'Internet. Évidemment, nous sommes tous très attachés à ce que Twitter, Facebook restent des lieux de liberté mais, en même temps, on est obligé de prendre en compte le fait qu'Internet et les réseaux sociaux utilisés par tous les citoyens sont devenus le principal lieu de recrutement et de radicalisation des réseaux terroristes. Donc, il faut être capable d'avoir une régulation. Cette régulation a d'ailleurs déjà été mise en place dans d'autres domaines, par exemple la lutte contre la pédopornographie. Je crois qu'aujourd'hui il faut qu'il y ait une nouvelle approche avec les entreprises de l'Internet sur la diffusion de la propagande terroriste. On sait qu'il y a une fascination de la part d'un certain nombre de jeunes pour ces images de morts, de guerre, d'exécutions, de décapitations. Il faut être capable d'exposer un contre-discours mais aussi, quand cela est absolument nécessaire, de bloquer un certain nombre de messages. Cela doit être aussi l'objet d'une discussion internationale parce que ces réseaux sont mondiaux ; il faut donc qu'il y ait un certain nombre d'accords notamment entre l'Europe et les États-Unis pour mettre en place cette régulation tout en préservant la liberté d'expression évidemment. Q - Mais avant un accord avec les États-Unis, il faut un accord de l'Union européenne. Quel est le calendrier ? R - Il va y avoir une réunion des chefs d'État ou de gouvernement de l'Union européenne le 12 février. Avant cela, il y aura une réunion des ministres de l'intérieur le 29 janvier. En parallèle, la Commission européenne va également s'attacher à cette question dans le cadre de l'agenda numérique européen qui figure déjà dans son programme de travail pour les prochains mois. Nous devons réfléchir à ces aspects parce qu'il faut là aussi qu'existent des règles européennes, à la fois pour développer l'espace numérique européen, mais également pour prévenir d'éventuelles dérives. Il y a une discussion, comme vous le savez, sur la protection des données personnelles aussi en Europe, c'est une directive qui a été cassée par la Cour de Justice de l'Union européenne, donc c'est un agenda absolument majeur. Q - De plus en plus de juifs français quittent la France pour aller soit en Israël soit aux États-Unis et à New York. Est-ce qu'il y a, j'imagine, un échange avec la communauté juive française pour essayer de comprendre le malaise et essayer de les rassurer pour qu'ils restent ? Est-ce que le gouvernement a déjà réfléchi à des mesures à prendre pour essayer de les convaincre de rester ? Et comment faire pour convaincre ceux qui sont partis de revenir ? Et est ce qu'il y en a vraiment 10000 qui ont quitté la France en 2013 ? R - Je ne sais pas, je crois que le chiffre était de 7000 ou 6000, mais c'est de toute façon un très grand sujet de préoccupation. Comme je l'ai dit, d'abord toutes les mesures de protection, de sécurité sont mises en place pour assurer la sécurité des synagogues, des écoles juives, des lieux culturels, et évidemment pour lutter d'une façon implacable contre tous les groupes et réseaux qui propagent l'antisémitisme. Nous avons vraiment la ferme détermination de convaincre les juifs de France de rester en France parce que c'est leur pays, parce que c'est leur nation, parce qu'ils font partie de la France et parce que la France, comme l'a dit le Premier ministre, ne serait pas la France sans les juifs de France. C'est donc une mobilisation de toute la nation qui est nécessaire pour cela. Q - Nous, on avait plus l'impression que c'était en fait un malaise qui ne concernait pas que certains groupes, mais que de manière générale on ne se sentait pas en sécurité en France. Cela concernait un peu la société française en fait. R - C'est pour cela que le Premier ministre a insisté sur le fait que la première des choses à faire, c'était de nommer le mal, de reconnaître sa réalité, de ne pas chercher à le minimiser. C'est nécessaire pour apporter les réponses, de ne pas considérer qu'on peut banaliser l'antisémitisme après ce qui s'est passé avec le meurtre d'Ilan Halimi, après ce qui s'est passé à Toulouse, après ce qui s'est passé à Créteil, et avec ce qui s'est passé dans le magasin kasher de la Porte de Vincennes. C'est d'abord un travail que nous menons avec les institutions juives de France, de façon permanente. La cérémonie qui a eu lieu à la Grande synagogue de la rue de la Victoire, à Paris, le soir de la manifestation du 11 janvier, en présence du président de la République, du Premier ministre, du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, était de ce point de vue extrêmement importante, c'était un signe évidemment très fort. La communauté juive elle-même, d'ailleurs, a décidé de dédier cette cérémonie aux dix-sept victimes des attentats ; il y a eu dix-sept bougies allumées, pour chacune des victimes et pas seulement pour les quatre victimes du magasin kasher, mais pour toutes les victimes. C'était aussi un signe de la mobilisation de la communauté juive de France avec toute la communauté nationale. Je crois que c'est une bataille que nous allons mener ensemble pour assurer que les juifs de France soient en sécurité en France. Q - J'ai des amis juifs qui habitent ici et me disent : « en France, à Paris, je mets ma kippa, je me balade dans le métro, je me fais insulter et agresser par arabes, catholiques... ça semble fuser de toutes parts, alors qu'ici je mets une kippa et je me sens à l'aise ». Il y a bien un malaise à ce niveau-là ; donc comment faire pour que justement on se sente en sécurité ? R - C'est pour cela que ce travail, comme je le dis, est un travail sur l'éducation, qui se mène dans les écoles, c'est le sens du plan d'action contre le racisme et l'antisémitisme que nous avons lancé en 2012 et qui porte sur les valeurs de démocratie, de la République, mais aussi sur l'enseignement de la Shoah et sur le travail de mémoire. Plusieurs nouveaux lieux de mémoire ont été inaugurés par le président de la République et par le Premier ministre : le mémorial de Drancy, le mémorial du Camp des Milles à Aix-en-Provence. Il y a un travail très important qui doit continuer à être fait sur ce plan-là. Q - Il y a un ouvrage qui s'appelle Le Capital au XXIe siècle, rédigé par un économiste français, Thomas Piketty. C'est vraiment une œuvre populaire, sur les inégalités dans la répartition des richesses. Lorsque l'on fait l'analyse de ce qui s'est passé malheureusement à Charlie Hebdo et au magasin kasher, est-ce que vous trouvez des éléments d'analyse financière, comme une frustration ? Est-ce que quelqu'un a posé la question de ces relations sociales, l'existence de la ségrégation financière, peut-être qu'il y a une similarité ? R - Le livre de Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, qui parle des inégalités qui s'accroissent avec le nouvel âge du capitalisme financier, montre que ce phénomène est mondial et qu'il concerne tous les continents, tous les pays du monde qui sont rentrés dans la mondialisation capitaliste au fur et à mesure du XXe siècle. Même s'il étudie plus particulièrement certains pays, il montre l'explosion de ces inégalités en Chine, aux États-Unis, en Europe. D'ailleurs, ce n'est pas forcément en Europe qu'elles ont le plus été accrues. On voit bien qu'il n'y a pas un lien mécanique. Peut-être, comme diraient certains marxistes, y a-t-il parfois une autonomie de la superstructure qui n'est pas forcément liée à l'infrastructure. Donc je ne crois pas qu'il faille chercher une relation simple et mécanique, mais il y a une réflexion à avoir sur la façon dont des jeunes basculent dans ces groupes terroristes. Quand on regarde les parcours, il y a évidemment, souvent, des phénomènes qui sont liés à des ruptures sociales, à un échec scolaire, parfois à un passage en prison, pour d'autres raisons que le terrorisme, pour des raisons de petite criminalité. Et dans de nombreux cas, c'est en prison que ces délinquants font la rencontre de djihadistes, et développent une fascination pour ce qu'ils peuvent se représenter comme identité ou comme revanche sociale. Ce sont des phénomènes très complexes et c'est d'ailleurs pour cela que nous voulons engager un travail international sur ce sujet. Malheureusement, d'une certaine façon, ce serait peut-être rassurant s'il pouvait y avoir une explication simple, mais on voit des jeunes qui viennent de milieux sociaux différents, y compris certains qui viennent de milieux ruraux, pas forcément uniquement des grandes villes de banlieue ; certains qui sont des convertis, donc qui ne viennent pas de familles musulmanes au point de départ. Je ne crois donc pas qu'il y ait une explication unique et simple. C'est un phénomène assez complexe où se combinent des éléments de géopolitique - ce qui se passe dans le monde musulman, des guerres de religion, des guerres civiles, comme la guerre civile syrienne, ou irakienne, qui deviennent aussi la raison pour laquelle se constituent des zones de non-droit, où des groupes terroristes deviennent de véritables armées qui maintenant gèrent des territoires entiers - et puis des jeunes, dans d'autres pays, en Europe mais pas seulement, aussi dans d'autres pays du monde musulman, basculent, sont fascinés, sont recrutés, y compris parfois par Internet, ou par des petits noyaux qui étaient déjà engagés dans des actions terroristes, par exemple les groupes d'AQMI qui sont parfois eux-mêmes liés à l'ancienne guerre civile en Algérie et au GIA des années 1990, et qui recrutent une partie de ces jeunes qui pensent trouver là une certaine vocation. Certains - vous le savez, il y a des parcours très chaotiques - vont sur ces zones de combat et puis se rendent compte de la réalité de ce qui les attend, de ce qui se passe, et essayent de revenir. On a des témoignages de certains d'entre eux qui ont essayé de revenir et qui sont désormais considérés comme des déserteurs, exécutés par ceux qui les ont recrutés, l'État Islamique, parce qu'ils refusent de combattre. Les filles qui elles aussi sont allées là-bas en imaginant servir une lutte, un idéal et qui sont violées, mariées de force. Il faut donc aussi expliquer à ces jeunes ce qui se passe là-bas. On a plus de 70 jeunes, pour ce qui est des Français, qui sont morts sur place, dans les combats, dans les bombardements, ou qui ont été exécutés par leur propre chef de réseau terroriste. Donc il y a vraiment un énorme travail à faire sur le basculement idéologique, qui amène des gens à devenir des terroristes. Q - Il y a eu des actions contre des mosquées en France. Le gouvernement a voté 450 millions pour recruter plus d'imams, me semble-t-il, plus d'une cinquantaine pour éduquer davantage les musulmans. Comment peut-on calmer une population qui commence à faire une globalisation de tout, avec un Front national très haut ? Et comment peut-on distinguer les musulmans des extrémistes ? Ce travail est très difficile pour nous, comment est-ce que vous allez faire ? R - Il y a eu effectivement des attaques contre des mosquées à la suite des attentats, des tirs de coup de feu même contre des façades, des tags, etc. Le dispositif de protection des lieux de culte concerne aussi les mosquées. Il y a 10.000 soldats qui ont été mobilisés en trois jours, en plus des policiers et des gendarmes qui déjà étaient chargés de la protection de synagogues ou d'autres lieux sensibles. 10.000 soldats de plus qui protègent donc aussi les mosquées en plus de synagogues et des écoles juives. Le risque existe, c'est incontestable, mais c'était justement l'un des principaux messages de la manifestation du 11 janvier, que de marquer notre refus de rendre l'Islam et les musulmans responsables des actes terroristes. Cela, nous ne pouvons pas l'accepter. Il y aussi ce problème - vous avez mentionné les imams que nous allons recruter pour l'aumônerie des prisons - que les prisons sont aujourd'hui un terreau fertile pour le recrutement des terroristes. C'est pourquoi il est important qu'il y ait des gens qui portent le message de l'islam et qui ne soit pas celui des djihadistes. Le chiffre budgétaire ne concerne pas, je crois, les imams mais d'une façon générale les mesures de sécurité. Mais il y a effectivement des dispositions qui vont être prises pour recruter 60 imams pour l'aumônerie des prisons car il n'est pas acceptable que les messages de l'islam dans les prisons soient portés par des djihadistes qui se prétendent d'une organisation, l'« État Islamique », qui constitue une double supercherie car elle n'est ni un État, ni une représentante de l'islam. Les musulmans sont d'ailleurs les premières victimes de ces terroristes, car ils massacrent des chiites et d'autres sunnites, dont ils considèrent qu'ils ne suivent pas la religion comme il le faudrait, mais aussi des yazidis, des chrétiens. Il y a un effectivement un travail très important à faire pour opérer de claires distinctions, dans l'esprit de tout le monde, entre l'islam qui est la deuxième religion pratiquée en France et le jihadisme ; l'immense majorité des musulmans en France sont évidemment des gens totalement pacifistes, respectueux des valeurs républicaines, qui acceptent et comprennent parfaitement les principes de la laïcité à la française, et il faut la distinguer d'une minorité de gens qui se prétendent les représentants de l'islam mais qui, en réalité, dévoient la religion. On se rend compte d'ailleurs quand on voit leur propagande, leurs messages, notamment sur Internet, que souvent ils ont une connaissance totalement rudimentaire de la religion. C'est vraiment un détournement de la religion que le recrutement qui est fait par les réseaux terroristes. Q - Par rapport au Japon, vous pensez que nous devrions payer ou pas ? R - Non, en effet, nous ne payons pas pour libérer les otages. Mais il est cependant normal qu'un pays fasse tout ce qui est en son pouvoir pour protéger ses citoyens et pour pouvoir sauver les otages. Q - Aujourd'hui, le gouvernement français a annoncé de nouvelles mesures contre le terrorisme, vous avez parlé des imams. Quelle est la situation maintenant en France ? Quel est le niveau d'alerte ? Attendez-vous d'autres attaques ? R - D'abord, je crois que la menace terroriste reste importante partout en Europe. Pas seulement d'ailleurs car il y a aujourd'hui des réseaux terroristes internationaux qui disposent de moyens sans précédent, qui contrôlent des territoires entiers notamment en Irak et en Syrie avec le groupe Daesh et qui peuvent recruter ou susciter des actions violentes comme celles qui ont eu lieu à Paris. D'ailleurs, la mobilisation internationale, le fait que des leaders de pays de toute l'Europe et du monde entier soient venus aux côtés du peuple français à l'appel du président de la République, François Hollande, pour défiler le 11 janvier dans les rues de Paris montre qu'il y avait non seulement une solidarité mais également une prise de conscience que cette menace nous concerne tous. En Europe, il y aura le 12 février une rencontre des chefs d'État ou de gouvernement, un sommet consacré spécialement à la lutte contre le terrorisme et à la façon dont nous devons nous coordonner pour y faire face. Nous avons nous-mêmes, en France, pris des mesures de renforcement à la fois dans la lutte contre ces réseaux en termes de renseignements et aussi en termes de protection des sites sensibles, mais il y a aussi un travail très important qui doit être fait pour lutter contre la radicalisation, contre les discours qui sont diffusés sur Internet, pour que dans toutes les écoles, dans les établissements scolaires il y ait une éducation républicaine qui soit donnée, et aussi pour mener une bataille pour l'intégration et la citoyenneté. C'est une bataille qui se mène sur tous ces fronts et qui est aujourd'hui engagée en France, y compris, vous l'avez dit, dans les prisons qui sont un lieu de recrutement pour les terroristes, et où nous allons recruter soixante imams. Nous ne pouvons pas accepter que le seul message véhiculé vis-à-vis des détenus le soit par des djihadistes, qui sont eux-mêmes parfois emprisonnés après avoir commis des actions terroristes ou parce qu'ils étaient en contact avec les réseaux terroristes. C'est donc une action très large et elle doit être menée à l'échelle internationale. Q - Vous avez parlé de solidarité internationale, vous avez un message pour l'opinion publique italienne ? R - Oui. D'abord, je veux remercier le Premier ministre, Matteo Renzi, et tous les Italiens qui, sur les réseaux sociaux, mais aussi parfois en allant à l'Ambassade de France, ont voulu manifester leur solidarité avec le peuple français. Je veux aussi leur dire que nous avons besoin de mener cette lutte ensemble, car c'est une lutte pour nos valeurs de liberté, de démocratie. C'est aussi un des messages de la manifestation du 11 janvier, l'unité, la fermeté contre le terrorisme mais aussi le fait que nous ne voulons pas d'une société de haine. C'est ce que les terroristes voudraient, ils voudraient nous diviser et ils voudraient que d'une certaine façon nous basculions dans une sorte de guerre entre l'Occident et l'islam. Nous devons donc faire exactement le contraire de ce qu'ils veulent : être plus unis et encore plus fiers de défendre nos valeurs de liberté et de démocratie. Q - Mardi c'est la journée de mémoire, votre message pour la communauté juive française ? R - Notre message, c'est que mardi nous serons à Auschwitz pour que l'on n'oublie pas, pour que l'on n'oublie pas que l'Europe s'est reconstruite en disant : « plus jamais ça ! » 70 ans après, on voudrait que l'antisémitisme ait disparu mais, malheureusement, on voit qu'il est encore là. On voit qu'il véhicule encore la haine et qu'il peut encore véhiculer la mort comme cela a été le cas à Paris le 9 janvier avec l'attaque du magasin kasher. Ce jour-là on devra se souvenir que lorsqu'on laisse ce discours de la haine et de l'antisémitisme prospérer, il mène à la barbarie et à la disparition de la civilisation. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/097.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/097.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b5073eb48464ad12bd80cab722be49a76419d629 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/097.txt @@ -0,0 +1 @@ +Lorsque j'étais venue ouvrir l'une de vos séances, en décembre dernier, nous étions loin de nous douter que nous nous reverrions aussi rapidement et dans un tel contexte. J'aurais souhaité bien sûr que cette nouvelle rencontre ne découle pas d'évènements aussi tragiques qu'ont pu l'être les attentats qui ont frappé notre territoire début janvier. C'est pourtant bien la raison de ma présence ici. Ces évènements ont placé l'École en première ligne et c'est pourquoi j'ai souhaité que nous ayons ce temps commun pour évoquer la manière dont le monde professionnel et le CNEE pouvaient accompagner, participer à cette mobilisation. Sans doute avez-vous pris connaissance, la semaine passée, des mesures que nous allons mettre en place dans le cadre de la grande mobilisation de l'École pour les valeurs de la République. J'y reviens un instant. Cette mobilisation répond à trois missions de l'École dont les évènements ont rappelé l'acuité : la transmission de savoirs, la transmission des valeurs républicaines, et la capacité à offrir aux élèves un cadre sécurisant, respectueux de l'autorité. Mieux transmettre les savoirs fondamentaux doit être notre priorité à la suite des évènements que nous avons vécus. Savoir lire, savoir écrire grâce à l'école : c'est la première marche indispensable à franchir pour les élèves. Car un élève ne peut pas argumenter s'il maîtrise mal la langue française. Il ne peut pas débattre s'il n'a pas appris à écouter l'autre pour le comprendre. Nous venons donc de lancer un chantier prioritaire sur la maîtrise du français, qui va permettre de mieux détecter les élèves en difficulté face à la lecture ou l'écriture, avec une évaluation des élèves en français au début du CE2. Nous allons aussi poursuivre et amplifier la mise en œuvre de la loi pour la refondation de l'École, parce que l'élévation du niveau de connaissances et la réussite du plus grand nombre sont, vous le savez, au cœur même de cette loi. Transmettre les valeurs républicaines aux jeunes de ce pays, au premier rang desquels la laïcité, c'est le deuxième défi auquel l'École doit aujourd'hui faire face et sur lequel elle va se mobiliser. C'est le rôle de l'École que de transmettre ces valeurs républicaines et d'en faire le ciment d'une culture commune entre tous les citoyens de ce pays. Ces valeurs, nous parviendrons à mieux les diffuser si nous commençons par mieux former ceux qui sont chargés de les transmettre. Nous allons donc renforcer la formation initiale et continue, avec notamment le déploiement rapide d'un plan exceptionnel de formation continue de 1 000 formateurs déjà expérimentés, sur la laïcité et l'enseignement moral et civique. Les valeurs républicaines auront par ailleurs d'autant plus de chances d'être comprises par les élèves s'ils ont l'occasion d'en faire l'expérience personnelle. C'est le sens du parcours éducatif citoyen que vont désormais suivre tous les élèves, de la primaire jusqu'au lycée et dans toutes les filières. Ce parcours se nourrit évidemment du nouvel enseignement moral et civique qui sera mis en place dès la rentrée prochaine. Il comprendra également un volet important sur l'éducation aux médias et à l'information pour apprendre aux élèves à mieux décrypter l'information. C'est une réponse, entre autres, aux théories du complot qui sévissent sur internet. Et puis la mobilisation de l'École, c'est aussi mieux faire respecter son autorité, pour permettre à chacun d'apprendre dans un cadre rassurant. Pour que chacun connaisse les règles et se sente responsabilisé, désormais, le règlement intérieur des établissements et la Charte de la laïcité seront expliqués aux élèves et à leurs parents, qui seront invités à les signer pour manifester leur engagement à les respecter. Tout comportement contraire à ces règles fera l'objet d'un signalement systématique au directeur d'école ou au chef d'établissement, d'un dialogue éducatif et le cas échéant d'une sanction. Voilà très brièvement et de manière non exhaustive les grands axes de la grande mobilisation de l'École pour les valeurs de la République. Pour porter ses fruits, cette mobilisation de l'École doit s'accompagner d'un mouvement d'ensemble de la société et notamment du monde économique. Nous avons besoin de toutes les énergies : celle des parents, des collectivités locales, des associations d'éducation prioritaire, des parlementaires. Mais aussi celle des acteurs du monde professionnel. Nous avons besoin du monde professionnel, à trois niveaux. D'abord parce qu'il est le reflet, comme l'école, de la diversité sociale et culturelle de la société ; un lieu du « vivre ensemble » où s'applique, comme ailleurs, les valeurs de la République. Les périodes de stage, de formation en milieu professionnel ou d'apprentissage sont donc aussi des moments d'acquisition de repères citoyens. Les tuteurs ou maîtres d'apprentissage partagent eux aussi la responsabilité d'accompagner les jeunes dans leur développement citoyen. Et ils y parviendront bien évidemment plus efficacement si un dialogue autour de ces questions existe, de manière permanente, entre l'École et eux. Nous avons ensuite besoin du monde professionnel pour résorber les inégalités et lutter contre le déterminisme social qui peut créer, chez certains jeunes, un sentiment d'injustice. Car l'injustice est un terreau propice, ensuite, à des formes de repli sur soi qui peuvent mettre en danger les jeunes, voire mettre en péril la vie collective lorsqu'il s'agit de pratiques de radicalisation. Certains jeunes, en raison du lieu où ils résident, de leur environnement ou de leur origine familiale peinent à acquérir les repères sociaux qui leur permettent de sortir de leur cadre d'origine et d'échapper ainsi à une forme de déterminisme social. D'autres jeunes peuvent avoir des difficultés à accéder à un stage parce qu'ils n'ont pas les codes sociaux ou l'assurance nécessaires, ou parce qu'ils s'autocensurent. Dans le cadre de la grande mobilisation de l'École, nous venons de décider d'augmenter les fonds sociaux de 20%. Nous avons, depuis deux ans, réformé l'éducation prioritaire et l'allocation des moyens aux établissements pour mieux prendre en compte les critères sociaux, nous avons renforcé les moyens des territoires les plus fragiles. Voilà pour ce que fait l'École. Nous avons eu, l'été dernier, une conférence sociale à l'occasion de laquelle nous avons entendu ce que les entreprises attendaient de l'École, et où l'École a fait des premiers pas importants. Aujourd'hui, c'est vers ces entreprises que je me tourne car nous avons besoin d'elles, aussi, pour accueillir les élèves en stage ou en période de formation en milieu professionnel, pour développer le mécénat de compétences. Nous allons constituer dès ce printemps, dans chaque académie et sous l'autorité des Recteurs, une réserve citoyenne d'appui pour mobiliser l'ensemble des citoyens désireux d'apporter leur concours aux missions de l'école : bénévoles associatifs, grands témoins, simples citoyens. Cette réserve peut être un cadre approprié pour développer le mécénat de compétences et j'invite vraiment très largement les professionnels du monde de l'entreprise à se manifester. J'ajouterai que les entreprises ont aussi un rôle à jouer pour lutter contre les discriminations. C'est un sujet que j'ai porté avec énergie lorsque j'étais ministre de la Ville. J'avais lancé un groupe de travail qui se poursuit aujourd'hui sous l'égide de Patrick Kanner, pour mieux identifier les moyens de lutter contre les discriminations et notamment dans le monde du travail. Dire que les entreprises doivent participer à la lutte contre les discriminations ne revient pas à dire que le monde de l'entreprise est en soi discriminant. Mais le monde du travail n'est pas non plus différent de la société qui l'entoure. Il y a des discriminations à l'école et nous mettons en place les mesures nécessaires pour les faire disparaître. Il y a des discriminations dans le monde professionnel et il appartient aux entreprises de les faire disparaître. Comment parler de respect des valeurs de la République, en effet ; comment parler d'égalité à un élève, si c'est à l'opposé de ce qu'il vit au quotidien pour travailler ou accéder à un stage ? C'est aussi cela, défendre les valeurs de la République : c'est faire une place à chacun. Je vous avais dit, en décembre, tous les espoirs que je plaçais en votre conseil. A ces espoirs s'ajoutent aujourd'hui celui de voir le CNEE jouer un rôle moteur pour faire le lien entre l'École et le monde économique dans le cadre de la grande mobilisation pour les valeurs de la République. La responsabilité première, c'est de mener à bien les grands projets de fond sur lesquels le CNEE est d'ores et déjà engagé : le développement des campus des métiers et des qualifications, la montée en puissance de l'apprentissage, l'accompagnement de la mise en place du parcours individuel d'information et de découverte du monde économique et professionnel, les diplômes, sont autant de signes de la mobilisation du monde économique pour les valeurs de la République et auxquels les jeunes de ce pays sont attentifs. Ces chantiers doivent être poursuivis avec le souci permanent de prévenir et de lutter contre le décrochage scolaire en accompagnant mieux les élèves, tout au long de leur cursus scolaire et notamment au moment de l'orientation. Non seulement c'est une mission essentielle pour l'École, mais nous savons depuis janvier que c'est l'une des clefs de notre cohésion nationale. Nous avons également beaucoup travaillé, ces derniers mois, à la valorisation de l'enseignement professionnel. Ce chantier, là aussi, doit se poursuivre. Vous savez que je suis convaincue que notre enseignement professionnel est une voie d'avenir et avec les campus des métiers et des qualifications, nous disposons d'un formidable levier de valorisation. J'annoncerai vendredi 30 janvier, les résultats du 2ème appel à projets sur la base de vos avis. Je lancerai également dans la foulée, le 3ème appel à projets à partir des recommandations que vous me transmettrez. Mais j'attends aussi de votre conseil, aujourd'hui, que vous puissiez me faire part rapidement de vos propositions de mobilisation du monde économique pour mieux faire vivre les valeurs de la République et montrer que l'égalité réelle n'est pas qu'une promesse récurrente ; qu'elle est effectivement à l'œuvre dans notre société. Votre conseil doit se mobiliser au bénéfice des élèves de collège qui, dans les réseaux de l'éducation prioritaire, ont tant de difficultés avec le stage d'observation en milieu professionnel de troisième. Alors que cela peut être un levier pour la suite de la trajectoire scolaire et professionnelle. Les périodes de formation en milieu professionnel essentielles dans le parcours de formation des élèves du lycée professionnel manquent à l'appel et plus souvent encore dans les zones de l'éducation prioritaire. Or, elles sont déterminantes non seulement de la qualité de la formation. Je l'ai dit il y a un instant, chaque entreprise peut choisir de s'engager à accueillir des jeunes en stage ou en période de formation en milieu professionnelle, et notamment les jeunes venant des quartiers de la politique de la ville ou de l'éducation prioritaire. A commencer par les entreprises membres de ce conseil, dont j'espère qu'elles montreront la voie aux autres entreprises. Mais au-delà de ce que pourront faire les entreprises elles-mêmes, je vous demande de regarder ce sujet et d'en faire l'un de vos axes prioritaires de travail, au sein du CNEE. Une phase « d'assises de l'éducation » va débuter pour continuer à alimenter la mobilisation de l'École, à tous les échelons et avec l'ensemble des acteurs. Les possibilités des entreprises pour faire part de leurs propositions sont donc multiples : que ce soit en utilisant le canal du CNEE ou les concertations qui seront mises en place au niveau académique, ces propositions sont les bienvenues. Voilà ce que je souhaitais vous dire : oui, pour transmettre les valeurs de la République, l'école est en première ligne, mais aucune victoire contre les risques de la radicalisation et du terrorisme ne sera durable sans un effort inédit en faveur de l'éducation des plus fragiles, à laquelle chacun, de là où il est, doit apporter sa contribution. L'École se mobilise mais elle ne peut le faire efficacement si elle le fait seule, déconnectée du reste de la société. Elle a besoin pour cela que le monde économique se mobilise à ses côtés, et que le CNEE joue un rôle moteur en la matière. Le CNEE, depuis sa création, a montré à sa capacité à être réactif et à évoluer. Vous avez aujourd'hui, avec l'École, à faire face à un nouveau défi. Aidez-moi à mobiliser le monde économique ! Aidez-moi à avancer ! Dans chaque période de crise majeure, dans notre pays, des entreprises se sont démarquées les autres en se montrant exemplaires. Nous sommes aujourd'hui, à un moment charnière de ce type. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/098.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/098.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7ce6fb1c5dc96efa6ba5f8008689c12762ed3a93 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/098.txt @@ -0,0 +1 @@ +Il est des commémorations lourdes de sens et empreintes de gravité qui nous ramènent à l'essentiel. Comme l'a écrit Victor Hugo, « Les souvenirs sont nos forces. Ils dissipent les ténèbres. Ne laissons jamais s'effacer les anniversaires mémorables. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates comme on allume des flambeaux ». C'est dans cet esprit de sérieux et de gravité que la France et la communauté internationale ont célébré mardi 27 janvier le 70ème anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz, qui porta au monde, selon les paroles de Primo Levi « la sinistre nouvelle de ce que l'homme a pu faire d'un autre homme ». Le Président de la République s'est exprimé de façon solennelle au Mémorial de la Shoah, en présence de quelques-uns des survivants des camps de la mort, avant de se rendre sur le site même d'Auschwitz Birkenau pour participer aux cérémonies internationales qui ont marqué cet anniversaire. Je me suis exprimé le soir même au nom du Gouvernement français dans l'enceinte de l'UNESCO. Cet anniversaire nous impose en premier lieu d'honorer la mémoire des 6 millions de victimes de la Shoah et, parmi elles, celle des 76 000 Juifs de France déportés par les nazis, avec la complicité du Gouvernement de Vichy et aussi, hélas, trop souvent, avec le concours de l'administration française. Nous devons également saluer leurs descendants qui portent le fardeau de cette histoire funeste. Et nous devons rendre hommage aux rares rescapés survivants, ces témoins de l'indicible, dont beaucoup se font pourtant l'obligation de continuer à parler, à raconter le crime qui fut commis il y 70 ans, pour que la mémoire en perdure. Mesurons ce qu'il faut de courage et d'abnégation pour continuer à porter ce témoignage auprès des plus jeunes, pour revenir avec eux sur les lieux du supplice, pour se forcer à se souvenir, encore et encore, des moments où l'on fut livré à la barbarie. Cet anniversaire revêt une portée particulière ici, à Lyon, capitale de la résistance, où sévit Klaus Barbie avec le concours de la milice. Avec la maison de Caluire, où Jean Moulin fut arrêté avec ses compagnons du Conseil national de la résistance. Avec le fort de Montluc, où tant de Juifs et de résistants furent emprisonnés, torturés, avant d'être déportés. Avec des figures éminentes comme celle de Jacques Helbronner, Président du consistoire central, ou de Victor Basch, Président de la Ligue des droits de l'homme, assassinés. Avec le voisinage du village d'Izieu, où furent arrêtés le 6 avril 1944, avant d'être envoyés vers la mort, 44 enfants et 7 adultes parce qu'ils étaient juifs. Edgar Faure, qui représentait comme vous le savez l'accusation française au procès de Nuremberg, a produit et lu à la barre le télex par lequel Klaus Barbie annonçait l'arrestation des enfants d'Izieu. « Je crois, ajouta-t-il, qu'il y a quelque chose de plus horrible que le fait concret de l'enlèvement de ces enfants ; c'est le caractère administratif, le compte-rendu qui en est fait selon la voie hiérarchique, la conférence où différents fonctionnaires s'en entretiennent comme d'une des procédures normales de leur service ; c'est que tous les rouages d'un Etat, je parle de l'Etat nazi, sont mis en mouvement à une telle occasion, et pour un tel but. » Au lendemain du 70ème anniversaire de la libération d'Auschwitz, nous continuons à porter le deuil des enfants d'Izieu. Le 8 mai prochain, nous célébrerons l'anniversaire de la chute de l'Etat qui les a fait périr et qui a planifié et mis en œuvre ce crime avec la méticulosité froide de la bureaucratie et toutes les ressources de la haine. Pour autant, notre société n'est pas délivrée de la haine et la violence. Si le totalitarisme nazi s'est effondré il y a 70 ans, l'antisémitisme, que l'on aurait pu croire voué à une disparition définitive lorsqu'a été rendue publique l'horreur des camps, demeure hélas bien présent aujourd'hui, y compris sur le sol de France. C'est ainsi qu'il y a 19 jours à Paris, porte de Vincennes, un assassin, qui avait froidement abattu la veille une policière municipale, est entré dans le magasin « Hypercacher » et y a fait quatre victimes parce qu'il supposait qu'elles étaient juives. C'est ainsi qu'un tueur a tiré pour tuer au Musée Juif de Bruxelles, l'an passé. C'est ainsi que Mohamed Merah en 2012, à Toulouse, après avoir abattu des militaires parce qu'ils portaient l'uniforme français, a choisi de s'attaquer aux professeurs et aux élèves d'une école juive et les a froidement assassinés. C'est aussi ainsi qu'à Créteil ou à Bagneux, des criminels de droit commun peuvent choisir leurs victimes parce qu'elles sont juives ou parce qu'ils les croient telles, inspirés par des préjugés odieux et par la haine. Mais ne commettons pas d'erreur de diagnostic. La violence antisémite ne s'arrête pas à ces crimes sanglants et exceptionnellement visibles. L'antisémitisme n'est pas le fait de quelques rares esprits dérangés. Il n'imprègne pas non plus la société française, dont toutes les études d'opinion montrent qu'elle rejette dans son immense majorité les préjugés et les postures de l'antisémitisme. Mais il est une réalité diffuse, comme l'ont encore confirmé cette semaine les statistiques des actes antisémites produites par le ministère de l'Intérieur. Les chiffres publiés pour l'année 2014 donnent en effet un total de 851 actions et menaces antisémites, soit un doublement par rapport à l'année 2013. Jamais depuis douze ans, ce chiffre n'a été sensiblement inférieur à 400. L'antisémitisme est pour l'Etat une atteinte insupportable portée au pacte républicain, qui exige une réponse résolue, concrète et quotidienne. Parce que l'antisémitisme s'attaque au socle de nos valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité. Parce que la République doit protéger tous ses enfants, quelles que soient leur origine ou leur confession. Et parce que, comme l'on dit avec force le Président de la République et le Premier ministre : « La France, sans les Juifs de France, ne serait plus la France. » Le Gouvernement a donc pris depuis des mois des mesures de vigilance exceptionnelles, qui ont encore été renforcées après le 9 janvier, et il a mobilisé tous les services de sécurité et toutes les ressources à sa disposition afin de combattre ces actes et menaces insupportables. J'ai évoqué certains crimes exceptionnellement visibles, liés à la menace terroriste. Leur prévention s'inscrit dans la politique globale de l'anti-terrorisme, que les Gouvernements successifs ont constamment adaptée afin de répondre aux évolutions de cette menace. Celle-ci s'est faite particulièrement sérieuse avec la montée en puissance de DAESH en Syrie et en Irak et la diffusion d'un « terrorisme en accès libre » au sein des sociétés occidentales. La réforme de nos services de renseignement, dont vous savez qu'ils ont été dotés de moyens considérablement accrus ; la mise en place d'un dispositif de prévention de la radicalisation, qui s'appuie depuis hier sur un site-ressource à destination du grand public (www.stop-djihadisme.gouv.fr) ; la création par la loi de nouveaux outils, tels que l'interdiction administrative de sortie du territoire pour ceux qui veulent rejoindre les groupes terroristes ou la possibilité de bloquer les sites internet faisant l'apologie du terrorisme ; une coopération renforcée avec nos partenaires européens et entre services de renseignements… Constituent autant de jalons nécessaires pour prévenir cette menace. Bien entendu, en cette matière, prendre 100 % de précautions ne garantit pas zéro risque, comme l'ont tragiquement montré les attentats des 7 au 9 janvier. Mais grâce à ces mesures, grâce à l'action vigilante et persévérante des forces de sécurité, plusieurs projets d'attentats ont pu être déjoués. Cette mobilisation concerne également la protection des lieux de culte et les bâtiments de la communauté juive. Suite aux attentats des 7 et 9 janvier, dans le cadre du plan Vigipirate activé à son plus haut niveau, près de 4 700 agents des forces de sécurité et près de 10 000 militaires ont été mobilisés et déployés sur le terrain pour protéger en particulier près de 717 lieux de culte et écoles juives. J'ai moi-même nommé le préfet Patrice Latron pour gérer ce dispositif exceptionnel et assurer la coordination de la protection des lieux à caractère religieux sur l'ensemble du territoire national. Je lui ai demandé de se mettre à l'écoute permanente des responsables religieux concernés et il a déjà réuni dans ce cadre les représentants des institutions de la communauté juive (CRIF, FSJU, consistoire central, SPCJ). Il agit en étroite concertation avec les préfets de zone et de département qui demeurent chargés, sur le terrain, de la mise en œuvre opérationnelle de ce déploiement. Le financement des travaux de sécurité pour les bâtiments susceptibles de faire l'objet d'attaques antisémites, en partenariat avec le Service de protection de la Communauté juive (SPCJ), reste également une nécessité. Depuis 2004, ce mécanisme a déjà permis de débloquer près de 18 millions d'euros pour équiper les lieux concernés en matériel de vidéosurveillance et pour réaliser des travaux de protection plus classiques. 591 bâtiments de la communauté juive ont bénéficié. Pour faire face à toutes les menaces, j'ai décidé que les crédits affectés à ce programme par le Fonds interministériel de prévention de la délinquance seraient substantiellement augmentés dès 2015. Cette politique de prévention, de précaution, doit être complétée par une répression sévère de tous les actes antisémites, dont aucun ne doit demeurer impuni. C'est pourquoi j'ai donné instruction aux préfets de signaler systématiquement aux procureurs de la République, sur la base de l'article 40 du Code de procédure pénale, tous les actes antisémites et racistes dont ils auraient connaissance. C'est également pourquoi, j'ai pris la décision, l'été dernier d'interdire trois manifestations qui risquaient d'entraîner des débordements antisémites, et que je n'hésiterai pas à demander l'interdiction de spectacles qui, par le caractère antisémite de leur contenu, constitueraient des troubles à l'ordre public. C'est pourquoi je crois à la nécessité de renforcer nos moyens de lutter contre la parole raciste et antisémite sur Internet et sur les réseaux sociaux, où elle prolifère comme s'il s'agissait d'un espace de non-droit. Aujourd'hui même des messages ignobles ont été postés sur Facebook en région lyonnaise. L'autorité judiciaire a été immédiatement saisie et les services de sécurité ont fait diligence, à travers la plateforme PHAROS, afin que ces contenus soient immédiatement retirés. Mais il faut renforcer encore les outils à notre disposition. J'ai donc sollicité nos partenaires américains et européens et engagé un dialogue avec les multinationales de l'internet afin de les amener à davantage surveiller et réguler les contenus qu'elles abritent. J'aurai besoin, comme vous pouvez vous en douter, de tout le soutien des institutions comme la vôtre, en Europe et aux Etats-Unis, pour les convaincre de modifier leurs pratiques. Il nous faut également renforcer le caractère dissuasif de la sanction pénale. C'est pourquoi le Président de la République a proposé de généraliser la caractérisation raciste et antisémite comme circonstance aggravante d'un délit ; et de sortir la répression de la parole antisémite du droit de la presse, pour l'intégrer au droit pénal général ; les modes d'expression du racisme et de l'antisémitisme ne sont plus ceux de 1881. Au-delà de cette réponse sécuritaire, la gravité de cette question nous commande enfin d'élaborer une véritable stratégie pour l'avenir. C'est pourquoi le Gouvernement a désigné le 26 novembre 2014 un nouveau délégué interministériel chargé de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, désormais rattaché directement auprès du Premier ministre et doté de moyens accrus. Et c'est pourquoi le Président de la République a annoncé sa volonté de faire de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme une grande cause nationale en 2015. Cette lutte doit donc mobiliser tous les moyens et les services de l'Etat : ceux du ministère de l'Intérieur, mais également de la Justice, de l'Education nationale, de la Politique de la ville, de la Fonction publique et de la Culture. Au-delà, les collectivités locales, les médias et les partenaires privés, ainsi que les associations et les représentants des cultes, ont également un rôle décisif à tenir. Lyon a du reste une expérience forte à faire valoir en cette matière, dont a récemment témoigné « L'Appel des 110 » lu place Bellecour et qui comptait parmi ses signataires le grand rabbin Richard Wertenschlag, le cardinal archevêque Philippe Barbarin et le recteur Kamel Kabtane. Cet appel faisait du reste écho à l'initiative du CRIF pour le vivre ensemble, lancée en avril 2014. Pour être efficace, la lutte contre l'antisémitisme ne peut pas résulter en effet du seul rappel à la loi énoncé par l'Etat et ses représentants même si ce rappel est évidemment nécessaire. Elle doit nécessairement s'incarner et s'exprimer au plus près de ceux qui sont les plus exposés à entendre et à reproduire les préjugés. L'école est naturellement ainsi au cœur de cette ambition. Najat Vallaud-Belkacem a annoncé voici quelques jours, une mobilisation pour les valeurs de la République, un plan pour la citoyenneté et la laïcité, qui sera doté de 250 millions d'euros sur trois ans, et qui s'inscrit naturellement dans cette perspective avec des mesures telles que la formation des enseignants à la laïcité ; la création d'un parcours citoyen tout au long de la scolarité ; ou encore la participation de tous les élèves à une semaine de lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Je sais que certains considèrent de telles mesures avec scepticisme. Comment l'école de la République peut-elle produire des djihadistes, des antisémites ? se demandent-ils, en oubliant qu'elle forme d'abord une immense majorité de citoyens tolérants et dédaigneux des préjugés. En tant que fils d'instituteur, je crois profondément pour ma part à la vertu émancipatrice de l'école, au rôle de l'histoire, de la formation du sens critique et de la méditation sur les exemples du passé. J'ai lu voici peu le témoignage d'Henri Borlant, déporté à 15 ans à Auschwitz, où ont péri son père, son frère et sa sœur. A 85 ans, il participe aujourd'hui avec le mémorial de la Shoah à un programme destiné aux délinquants condamnés pour racisme et qui doivent rester deux jours avec lui, ou avec d'autres survivants (certains sont tutsis) qui leur font le récit de leur expérience du génocide. « Une fois, raconte-t-il, il y avait deux jeunes garçons d'environ 20 ans. L'un avait filmé l'autre pendant qu'il faisait une quenelle et il avait mis la vidéo sur internet. Celui-là, quand ça a été fini, au bout de deux heures, il s'est dirigé vers moi et s'est jeté dans mes bras. Il a sangloté, on ne pouvait plus l'arrêter. Je lui ai dit « C'est pas grave ». Je lui ai fait cadeau de mon livre en poche, qui appartenait au Mémorial. Claude Singer m'a dit : « Tu n'aurais pas dû, il ne faut pas qu'ils aient une récompense. » Il a raison, mais sur le moment, le garçon pleurait, je ne savais pas quoi faire. Je l'ai consolé. » Henri Borlant est un homme exceptionnel, admirable. Dans cette période critique, alors que le pays vient de traverser de graves épreuves, nous pouvons trouver un motif d'espérer dans cette image émouvante et réconfortante : celle du rescapé d'Auschwitz qui, par la force de son humanité et la sincérité de son témoignage, provoque le remords du gamin antisémite et l'arrache à son monde d'ignorance et de préjugés. Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs, Je sais quelle est votre inquiétude et je la crois légitime. Je n'ai pas eu besoin de prendre connaissance des chiffres de l'alyah pour la mesurer, ni pour me décider à prendre les mesures les plus rigoureuses et les plus systématiques afin d'assurer la protection de votre communauté. Je sais du reste également que vous ne doutez pas de l'engagement absolu du Gouvernement à combattre le fléau de l'antisémitisme. Ce combat, cela a été dit, n'est pas en effet celui des Juifs de France, il est celui de la République. Parce que, si l'antisémitisme est une forme de racisme particulière, en raison d'une histoire de persécution singulière, des préjugés particuliers qu'il charrie, il est également l'étalon et la matrice de toutes les haines dressées contre les hommes en raison de ce qu'ils sont, de leur couleur, de leur race, de leur religion et de leurs croyances. Comme le disait le philosophe anticolonialiste Franz Fanon, que le Président de la République a cité au Mémorial de la Shoah : « Lorsque vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l'oreille. On parle de vous. » Et aussi, parce que l'histoire de la République est indissociable de celle des Juifs de France, qui lui ont tant apporté, par le travail, par le talent, par l'engagement citoyen et par le sang versé. Dans les moments de doute, je vous invite à penser comme moi à cette affiche rédigée en yiddish et placardée sur les murs de Paris dans les premiers jours de la guerre de 1914 : « La France, pays de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité, la France qui, la première de toutes les nations, nous a reconnu à nous, Juifs, les droits d'homme et de citoyen, la France où nous trouvons, nous et nos familles, depuis de longues années, un refuge et un abri, la France est en danger ! (…) Frères ! C'est le moment de payer notre tribut de reconnaissance au pays où nous avons trouvé l'affranchissement et le bien-être matériel ». Ce « tribut de reconnaissance » est aujourd'hui réciproque. Il engage à son tour la République et tous les Français à l'égard des Juifs de France, qui sont pour toujours leurs concitoyens et leurs frères. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/099.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/099.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..24d7fe514c2602a476a6bb7e4fd9b0718205687f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/099.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Sénatrice, je vous prie tout d'abord de bien vouloir excuser l'absence du ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, qui assiste actuellement, à Riga, à une réunion des ministres de l'intérieur de l'Union européenne. Il m'a chargé de vous répondre sur vos préoccupations, en particulier sur le calendrier européen que vous avez évoqué. Comme vous le savez, un Conseil européen se tiendra le 12 février prochain, consacré particulièrement à la lutte contre le terrorisme. À cette occasion, le président de la République aura à cœur de faire avancer quatre orientations que j'évoquerai devant vous. Premièrement, il s'agit de la détection, le contrôle ou l'entrave du déplacement des combattants étrangers terroristes ou des réseaux. Cela signifie une modification des règles du code Schengen, en particulier pour rendre possible la consultation systématique du système d'information Schengen lors du franchissement des frontières extérieures par les personnes jouissant du droit à la libre circulation. C'est un point significatif, qui sera mis sur la table lors de la discussion. Deuxièmement, vous avez évoqué l'idée d'un PNR européen, un système d'échange de données des dossiers passagers, pour un meilleur repérage des mouvements djihadistes. Vous avez rappelé que le Parlement européen avait jusqu'à présent bloqué la procédure en la matière. Il importe désormais que chacun fasse l'effort de comprendre l'urgence qu'il y a à adopter cet outil. À cet égard, Bernard Cazeneuve se rendra la semaine prochaine à Bruxelles pour rencontrer les députés européens. Troisièmement, un partenariat avec les grands opérateurs de l'Internet sera également à l'ordre du jour du Conseil du 12 février prochain. Il est indispensable pour mettre en place le signalement rapide de contenus incitant à la haine et à la terreur. Bernard Cazeneuve envisage de se rendre aux États-Unis pour rencontrer les acteurs. Il estime aussi que l'Union européenne est un lieu particulièrement approprié pour lutter contre le phénomène de la radicalisation à partir d'Internet. Quatrièmement, et enfin, il faut renforcer la lutte contre le trafic d'armes à feu en Europe par l'échange d'informations et les opérations conjointes des polices européennes. Voilà quatre sujets lourds, qui pourront permettre de faire avancer la lutte contre le terrorisme. S'y ajoute une question qui est à la fois de la compétence de Bernard Cazeneuve et de la mienne, à savoir la bonne coordination en matière de renseignement. Toutefois, de ce côté-là, les choses vont plutôt bien. Vous le savez, Madame la Sénatrice, toutes les démocraties sont concernées par la menace terroriste. Elles doivent y répondre ensemble. Comme je l'ai souligné il y a un instant, c'est précisément ce à quoi s'emploient le président de la République et le gouvernement. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/100.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/100.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8ed0749f9a1d36abbbda37f806d53f08c408c7e3 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/100.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur l'ambassadeur, Mesdames, messieurs les conseillers consulaires, Mesdames, messieurs, Mes chers compatriotes, C'est pour moi un immense plaisir de vous rencontrer, ce soir, dans notre très belle et moderne ambassade, « baignée par les rayons de soleil d'hiver ». Ce sont, m'a-t-on dit, les mots de son créateur, Alain SARFATI. Je vous remercie, monsieur l'ambassadeur, pour cette réception qui marque ma première soirée en Chine. Je tenais, bien sûr, à vous rencontrer dès ma première journée sur le sol chinois. D'abord, pour vous parler de la France et des événements qu'elle a vécus ces trois dernières semaines et que vous avez suivis, je le sais, avec une profonde tristesse. Les 7, 8 et 9 janvier, la France a été une nouvelle fois frappée par le terrorisme. 17 personnes ont été tuées : des journalistes, des salariés, des policiers, des Français juifs, parce qu'ils étaient juifs. On s'en est donc pris à ce qui fait l'identité de la France. Et les Français ont réagi avec courage et dignité. Ils ont réagi de la plus belle des manières. Ce peuple que l'on disait résigné, pessimiste, s'est levé, le 11 janvier, pour dire avec force son attachement à la liberté, à la tolérance, à la laïcité. Je sais qu'à l'étranger, nos compatriotes, aussi, se sont mobilisés. Même s'ils étaient loin, ils ont ressenti avec intensité ce lien qui unit notre communauté nationale. C'est vrai dans les moments de joie. C'est vrai aussi dans les moments de peine, face à l'épreuve. Vous-même, ici, en Chine, vous avez marqué, à votre façon, la solidarité qui vous unit à vos familles et à vos amis qui se sont mobilisés en France. La France fait face à l'épreuve. Notre devoir, celui du Président de la République, le mien, celui de tout le gouvernement, c'est d'être à la hauteur de nos responsabilités. D'abord, en prenant des mesures exceptionnelles répondant à la gravité des menaces terroristes qui pèsent sur notre pays. C'est le sens des décisions que j'ai annoncées il y a une semaine. Elles visent à renforcer les moyens de nos forces de sécurité, de nos services de lutte antiterroriste, de l'ensemble des services publics mobilisés pour lutter contre le djihadisme, la radicalisation, l'embrigadement d'individus prêts à passer à l'acte sur notre sol. Notre responsabilité, c'est aussi de promouvoir nos valeurs, de faire vivre la République. Bien sûr, il ne s'agit pas d'expliquer, de justifier, mais soyons lucides : ce qui s'est passé à Paris, à Montrouge et Porte de Vincennes a montré, dans les conditions les plus dramatiques, la profondeur des fractures de la société française. Il nous faut donc agir. Redonner toute sa force à la citoyenneté, à la laïcité. Cela passe évidemment par l'école, mais aussi par des politiques publiques qui réinvestissent les quartiers, les zones péri-urbaines, les villes moyennes, partout où la République disons-le a reculé ces dernières années. Nous devons aussi lutter de manière implacable contre l'antisémitisme, le racisme, la haine de l'autre. Voilà l'exigence formulée par les Français le 11 janvier. Cet esprit du 11 janvier, ce sursaut, il faut le maintenir, le faire vivre ! Si je suis parmi vous, ce soir, c'est aussi pour vous parler de ma visite en Chine, ma première visite officielle comme Premier ministre. Il était important pour moi de venir, ici, pour rappeler les liens forts et continus qui marquent les relations franco-chinoises. Lors de ce voyage qui s'achèvera à Shanghai, après une étape à Tianjin, j'irai à la rencontre de nos compatriotes, des acteurs économiques et de tous ceux qui contribuent à faire vivre le savoir-faire français, à faire rayonner l'excellence française, par-delà nos frontières. Cette première visite officielle est également marquée par un grand moment : la clôture des commémorations du 50ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays. Les activités multiples dans tous les domaines qui ont ponctué ces derniers mois nous ont permis de nous rassembler. Ces manifestations ont célébré la culture, l'histoire, la créativité, l'innovation. Parmi ces événements marquants, je retiens la venue de dix chefs d'œuvres de nos grands musées nationaux, mais également les rencontres de haut niveau à Nanning et à Shanghai autour de la croissance verte et de la science, en présence de nos prix Nobel. Il y a cinquante ans, la France fut la première puissance occidentale à reconnaître la jeune République Populaire. Et depuis, nos relations diplomatiques ont pris un formidable essor. J'ai proposé cet après-midi, lors de mes entretiens, que nous allions plus loin encore, notamment en matière de coopération anti-terroriste. Sur le plan économique, les résultats de notre partenariat sont impressionnants même si l'on peut toujours faire mieux. J'ai visité, ce matin, à Tianjin l'usine d'assemblage d'Airbus. Elle illustre bien ce que nous voulons construire avec la Chine : un partenariat industriel, des coopérations dans les secteurs de haute technologie, l'aéronautique, le nucléaire, les véhicules de demain, la transition énergétique. L'importante délégation d'affaires qui m'accompagne et dont je salue les membres atteste, à elle seule, de l'étendue de ce partenariat économique. Mais il nous faut aller encore plus loin, identifier les secteurs pour lesquels nous pouvons progresser. Je pense notamment aux services financiers, à l'agriculture et à l'agroalimentaire. Il nous faut aussi plus de présence chinoise en France pour rééquilibrer nos échanges. C'est le message que je n'aurai de cesse de passer pendant ces trois jours de visite : la France est ouverte à la Chine. Il faut plus d'investissements chinois, plus de touristes chinois, plus d'étudiants chinois. À nous tous de nous mobiliser pour y parvenir. Ces relations entre la France et la Chine, ce sont vous toutes et tous qui les entretenez jour après jour, ici à Pékin, mais également dans de nombreuses autres villes de Chine. Dynamique et entreprenante, la communauté française en Chine a connu au cours des quatre dernières années une augmentation spectaculaire de … 360% ! Nous ne pouvons que nous en réjouir. Vous toutes et vous tous êtes pardon monsieur l'ambassadeur de cette audace autant d'ambassadeurs précieux de la France, que ce soit pour promouvoir le tourisme et la mobilité entre nos deux pays ou l'attractivité de notre territoire national. Je suis venu en Chine pour cette première visite avec plusieurs membres de mon gouvernement. M. Laurent FABIUS, ministre des Affaires Etrangères et du Développement International, qui connait bien la Chine, est déjà à sa 9ème visite depuis qu'il occupe ses fonctions ! Jamais un chef de la diplomatie française ne s'était autant rendu dans ce pays. C'est un choix de passion je le sais, mais c'est surtout un choix de raison pour une grande nation qui est aujourd'hui devenue la première puissance commerciale. Une nation qui commence à prendre ses responsabilités en matière environnementale. Bien sûr, il ne s'agit pas d'ignorer les constats alarmants de ces dernières années. Je connais et j'entends vos craintes en matière de santé, devant cette pollution tenace qui obscurcit souvent le ciel pékinois. Elle vous inquiète légitimement, en particulier, pour la santé de vos enfants. Mais la Chine a fait un premier pas en novembre dernier en faveur de la diminution des émissions de gaz à effet de serre. Et je ne doute pas que cet engagement sera reconduit à l'occasion du rendez-vous crucial que constituera la COP21 à Paris à la fin de l'année. Cette question figurera d'ailleurs parmi les dossiers prioritaires de nos discussions avec nos partenaires chinois. Mesdames, messieurs, Choisir la Chine comme terre d'expatriation révèle plusieurs choses. Tout d'abord, je n'en doute pas, une vraie curiosité pour une culture riche et millénaire. Mais également, je le sais, un désir de vivre au cœur d'une société en perpétuelle mutation. Le quotidien n'est pas toujours facile. Je n'ignore par vos difficultés : difficultés aux douanes, durées d'obtention des visas pour affaires, assujettissement aux cotisations sociales, conflits administratifs. Je sais combien l'administration et les services de l'ambassade travaillent à apporter des solutions, à l'image de la convention fiscale signée en novembre dernier qui permettra d'éviter les doubles impositions. Mais dans ce marché concurrentiel, vous avez un avantage certain. Des produits à haute valeur ajoutée, le savoir-faire, la qualité et la culture française qui sont recherchés et appréciés par les citoyens et les entreprises de Chine. Certes, nos échanges commerciaux avec nos partenaires chinois demeurent déséquilibrés. Nous enregistrons encore aujourd'hui, un important déficit commercial. Mais nous avons la ferme intention de le réduire. Nous en avons les moyens, nous en avons la volonté et l'importante délégation d'hommes et de femmes d'affaires qui m'accompagne en témoigne. Mes chers compatriotes, Vous êtes plus de 30 000 Français installés en Chine. C'est une communauté importante qui fait vivre en son sein un esprit de solidarité, de cohésion, de fraternité. La France est loin, certes, mais son idéal, vit ici. Les Français de l'étranger portent bien souvent un regard différent, critique sur leur pays. Mais je veux redire que les Français de l'étranger sont pour la France un formidable atout économique, culturel et diplomatique. Et je veux vous rassurer : la France mène les réformes dont notre pays a impérativement besoin, pour la compétitivité de ses entreprises, pour la croissance, pour l'emploi, pour lutter contre les inégalités, et pour préparer l'avenir. Dans un monde qui va si vite, un monde globalisé, la France, si elle veut maintenir son rang je ne vous apprendrai rien doit savoir s'adapter. Et elle a tant d'atouts pour cela. Nous sommes encore au moment des vœux. Et sur la carte que j'ai adressée cette année, j'ai voulu insister sur ce beau mot de fierté. La fierté de la France. La fierté qui n'est pas une supériorité ou une arrogance, mais simplement la conscience de ce que nous sommes, de ce qu'est la France, de ses valeurs, de son histoire, de sa culture, de son patrimoine, de sa langue. Mais aussi de ses capacités de création, d'innovation. Cette grandeur, la France la doit à chacune et à chacun d'entre vous, à votre action quotidienne pour le rayonnement de notre pays. Et je voulais vous dire aujourd'hui le soutien et l'attention qu'en retour de votre action, la France vous porte. Je vous en remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/101.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/101.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..06a819bad0eac15d7ff915019134ad508a273e51 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/101.txt @@ -0,0 +1 @@ +A l'issue des consultations du 30 janvier 2015 et dans l'esprit du programme de coopération franco-polonais adopté le 29 novembre 2013, nos deux gouvernements sont convenus des conclusions suivantes : 1/ Renforcement de notre coopération en matière de politique étrangère, de sécurité et de défense La situation géopolitique prévalant sur le continent européen et autour de celui-ci a subi de profondes mutations. Dans ce contexte, la France et la Pologne demeurent déterminées à renforcer leur partenariat stratégique. Nos deux pays sont notamment tous deux résolus à relever les défis posés par la situation d'instabilité croissante qui règne dans notre voisinage oriental et méridional. Nous soutenons le processus de réforme de la Politique européenne de voisinage en cours et sommes déterminés à promouvoir la stabilité dans sa dimension tant orientale que méridionale. En nous appuyant sur les propositions du Triangle de Weimar, nous maintiendrons notre engagement à rendre cette politique plus efficace, cohérente et axée sur des résultats. Le conflit en Ukraine constitue une menace substantielle pour la sécurité et la stabilité européenne. Son escalade porte atteinte aux principes de sécurité et de coopération auxquels nous avons tous souscrit dans le cadre du Processus d'Helsinki. Les deux gouvernements réaffirment leur volonté d'oeuvrer ensemble de manière transparente et coordonnée à un règlement pacifique et durable. La Pologne et la France, préoccupées par le cercle vicieux de la violence et condamnant toutes les actions illégales à l'encontre de la souveraineté et de l'intégrité territoriale ukrainienne, appellent à la mise en oeuvre des Accords de Minsk et à un cessez-le-feu immédiat en Ukraine orientale, sur la base des principes qui y sont contenus. A cet égard, nous engageons instamment la Russie à contribuer à une solution politique et à mettre fin à toute forme de soutien aux séparatistes d'Ukraine orientale. Nous soulignons l'importance de la déclaration des chefs d'Etat et de gouvernement et de la décision prise par les ministres des Affaires étrangères de l'UE. La France et la Pologne estiment que les relations de l'UE avec la Russie doivent être repensées à la lumière des décisions et actions récentes des autorités russes, notamment en ce qui concerne l'Ukraine. Les deux gouvernements soulignent qu'ils attendent que la Russie respecte promptement, effectivement et intégralement ses engagements. Nous convenons de continuer à soutenir les autorités ukrainiennes sur la voie des réformes, afin de favoriser la modernisation de l'Etat ukrainien, la convergence avec l'UE, notamment à travers la mise en oeuvre des dispositions de l'accord d'association / zone de libre échange approfondie et complète (AA/DCFTA), ainsi que l'amélioration des conditions de vie du peuple ukrainien. Les deux gouvernements proclament également leur détermination à oeuvrer étroitement ensemble durant la période précédant le sommet du Partenariat oriental de Riga, en mai 2015, afin d'assurer son succès. Un partenariat ambitieux pour la politique de défense Le contexte de sécurité actuel exige des mesures conséquentes visant à préserver la sécurité du continent. Les deux gouvernements contribueront aux réflexions sur une nouvelle stratégie éventuelle de l'UE en matière de politique étrangère et de sécurité. La France et la Pologne s'emploient à renforcer leur partenariat stratégique en vue de consolider l'autonomie stratégique à long terme de l'Europe. Les deux pays travailleront en étroite concertation pour préparer les étapes majeures que sont le Conseil européen des 25 et 26 juin 2015, consacré à la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) ainsi que le sommet de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) à Varsovie, en 2016. La France et la Pologne sont déterminées à a) oeuvrer en faveur d'une mise en oeuvre intégrale et rapide des décisions adoptées lors du sommet de l'OTAN de Newport, en 2014, notamment le Plan d'action Réactivité. Continuer à appliquer les mesures de réassurance, liées au renforcement du Flanc oriental de l'Europe, demeure crucial pour la solidarité de l'Alliance. Après avoir déployé des avions de chasse en Pologne durant une période de quatre mois et avoir pris part à de multiples exercices de l'OTAN dans la région en 2014, la France est prête à prolonger sa contribution aux mesures d'assurance de l'OTAN. Les efforts de la France couvriront un large éventail de forces : terrestres, maritimes, aériennes et spéciales. En particulier, la France déploiera des chars Leclerc avec des véhicules blindés VBCI pendant deux mois et participera à un certain nombre d'exercices de l'OTAN en Pologne. La Pologne se félicite vivement de cet engagement et se réjouit de poursuivre cette fructueuse coopération à l'avenir. De même, les deux parties demeurent déterminées à mettre en oeuvre les mesures d'adaptation à plus long terme, comme convenu à Newport. Nous coopérerons en vue d'achever ce processus et de lancer de nouvelles mesures d'adaptation durant le Sommet de Varsovie, en 2016. b) Renforcer la politique de sécurité et de défense commune de l'UE Nous réaffirmons notre engagement à mener un programme ambitieux dans le domaine de la PSDC afin de renforcer la capacité de l'UE à réagir promptement aux crises émergentes, notamment dans le voisinage de l'UE. La France salue chaleureusement la contribution polonaise à la paix et à la stabilité en Afrique. En signe de solidarité, la Pologne a fourni un appui aérien à l'opération française Sangaris en RCA. Avec la contribution polonaise à la mission EUFOR RCA qui a suivi, cela démontre clairement l'engagement polonais en faveur de la PSDC. Conformément aux conclusions du Conseil européen de décembre 2013, nous continuerons à œuvrer ensemble en vue d'améliorer les capacités de gestion de crise européennes et de permettre à l'UE de demeurer un garant de sécurité crédible dans son voisinage. La France et la Pologne continueront d'appuyer le développement de relations étroites entre l'UE et ses partenaires à l'Est et au Sud, de même qu'avec les organisations internationales, OTAN et Nations Unies en particulier. Nous sommes désireux d'élargir notre coopération politique, militaire et industrielle, notamment en ce qui concerne la planification et la conduite de diverses opérations, les activités de réaction rapide, la formation, ainsi que la recherche et le développement (R& D) et les transferts de technologie. Nous partageons un objectif commun en ce qui concerne le développement de la Base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) de manière juste et équilibrée et entendons forger des partenariats nouveaux et à long terme entre les industries françaises et polonaises dans ce secteur. Une politique résolue de lutte contre le terrorisme en Europe Conformément à la déclaration adoptée le 11 janvier durant la réunion européenne et internationale sur la lutte contre le terrorisme, ainsi qu'à la déclaration adoptée au Conseil JAI de Riga, nous réaffirmons notre attachement inébranlable à la liberté d'expression, aux droits de l'homme, au pluralisme, à la démocratie, à la tolérance et à l'Etat de droit. Ce sont les fondements mêmes de nos démocraties et ils sont au coeur du projet européen. Nous visons à : Intensifier notre lutte contre la radicalisation, y compris en ligne : Il convient de prévenir l'utilisation d'Internet à des fins de haine et de violence, dans les limites fixées par la protection des droits et libertés fondamentales ; les contenus illicites sur Internet doivent être détectés plus rapidement et supprimés ; Des messages positifs, ciblés et facilement accessibles axés sur les personnes exposées à l'endoctrinement doivent être élaborés, également dans le cadre d'une stratégie de communication de l'Union européenne ; Mettre en oeuvre toutes les mesures utiles pour partager des renseignements sur diverses formes de menace, notamment les combattants étrangers ; Finaliser rapidement les travaux entrepris sous la supervision de la Commission européenne en vue de renforcer les contrôles aux frontières extérieures de l'Union européenne afin d'améliorer la détection et la surveillance des mouvements des combattants étrangers ; Assurer la pleine efficacité des contrôles aux frontières extérieures franchies par des personnes jouissant de la liberté de circulation, y compris en changeant les règles du Code frontières Schengen ; Finaliser rapidement le cadre du système européen des données de dossiers passagers (PNR) dans un esprit de débat constructif avec le Parlement européen ; Réviser les règlements de sécurité de l'aviation civile afin de rétablir l'obligation pour les transporteurs de contrôler les documents d'identité des passagers lors de voyages intra-UE ; Renforcer notre coopération avec les pays tiers ; Renforcer nos travaux communs sur la question du financement du terrorisme ; à cette fin : La mise en oeuvre nationale de la 4ème directive sur la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme et du Règlement relatif à l'information accompagnant les virements de fonds doit être accélérée ; De nouvelles actions au niveau européen en matière de lutte contre le financement du terrorisme doivent être appuyées, en particulier par une coopération entre les cellules de renseignement financier et le contrôle des instruments de paiement anonymes ; Si le Groupe d'action financière ouvre des discussions concernant d'éventuels nouveaux membres, la France appuiera la candidature polonaise. II/ Relancer la croissance et l'emploi en Europe La situation économique et de l'emploi demeure notre priorité absolue. Pour ouvrir la voie à une reprise économique forte et durable, l'Europe doit investir dans son avenir. A cet égard, nous saluons le Plan d'investissement européen pour l'Europe et appelons à la mise en place du Fonds européen pour les investissements stratégiques d'ici juin 2015 en vue de mobiliser au moins 315 milliards d'euros d'investissements supplémentaires entre 2015 et 2017. Le premier financement devrait être disponible dès que possible à travers un préfinancement de la Banque européenne d'investissement. La nouvelle priorité accordée à l'investissement, associée à la volonté des Etats membres d'intensifier les réformes structurelles et de poursuivre un assainissement budgétaire favorable à la croissance, servira de fondement à la croissance et à l'emploi en Europe, ce qui permettra d'atteindre les objectifs prévus par les traités : développer une économie sociale de marché très compétitive qui protège l'environnement, en recherchant le plein emploi et le progrès social. Une politique d'investissements productifs L'Europe a besoin d'une base industrielle forte et compétitive qui sera le moteur clé de la croissance. La France et la Pologne soutiennent l'adoption d'un programme industriel ambitieux afin de renforcer la compétitivité du secteur manufacturier de nos pays. Nous prions donc la Commission d'intensifier ses travaux sur des mesures clés visant à rendre l'Europe attrayante et compétitive en tant que site de production et d'investissement, à remédier aux déficiences du marché, et à promouvoir efficacement les avantages d'un approfondissement du marché unique dans les secteurs appropriés. Ces mesures reposent sur trois piliers : La mise en œuvre rapide du plan d'investissements pour l'Europe, en plus de l'utilisation intégrale et optimale des ressources financières existantes de l'UE. Six secteurs stratégiques devraient être ciblés par le biais de projets européens pouvant être rapidement mis en œuvre : l'Union européenne de l'énergie, en vue de favoriser la transition énergétique et la sécurité d'approvisionnement ; les réseaux et interconnexions en matière d'énergie, de transports et de télécommunications ; la modernisation numérique ; la recherche et l'innovation ; le développement des entreprises et en particulier des PME ; l'éducation et la formation. Sur le fondement de la proposition de la Commission, la France et la Pologne sont résolues à explorer tous les moyens de renforcer la politique d'investissement européenne. Un environnement propice à la compétitivité et à l'investissement privé : la compétitivité exige un environnement stable, simple et prévisible pour que les entreprises puissent bénéficier pleinement du marché intérieur. La France et la Pologne conviennent qu'en dépit des succès du Marché unique, il existe de nombreux obstacles et lacunes l'empêchant de fonctionner pleinement. Nous prions donc la Commission de proposer des actions concrètes visant les obstacles résiduels les plus importants. Le cadre global doit être rendu plus favorable aux investissements et à l'innovation au niveau de l'UE et des emplois doivent être restaurés dans le secteur manufacturier. Un meilleur financement de l'économie : nous devons prendre des mesures pour réduire la fragmentation du marché financier et renforcer les prêts à l'économie réelle, en particulier aux PME. Au-delà de l'achèvement de l'union bancaire, une union des marchés de capitaux est une priorité, en vue de diversifier les sources de financement et d'en réduire le coût, notamment pour les PME, et de réorienter l'épargne vers l'investissement productif. La France et la Pologne coopèreront activement sur cette priorité durant les mois à venir, et demandent à la Commission de présenter rapidement ses propositions. Coordination des politiques économiques et fiscales Pour stimuler la croissance et préserver son modèle social, l'Europe doit renforcer la coordination de ses politiques économiques. Cela est indispensable pour assurer le bon fonctionnement de l'Union économique et monétaire. Il convient de mener des politiques responsables en matière de finances publiques, en tenant compte du contexte économique actuel tout en promouvant une coordination plus étroite entre Etats membres. Afin de garantir la cohérence du dosage des politiques et de le rendre pleinement efficace, il devrait être fait un meilleur usage de la flexibilité offerte par les règles du Pacte de stabilité et de croissance lors de la conception de mesures visant à soutenir la croissance et à réduire le chômage. Le rétablissement de finances publiques saines devrait également reposer sur un accroissement de la lutte contre la fraude fiscale et l'évasion fiscale. La France et la Pologne réaffirment leur soutien à une initiative visant à lutter contre la concurrence fiscale et l'érosion de la base d'imposition et le transfert des bénéfices (BEPS). Nos gouvernements demandent à la Commission de présenter dès que possible une directive fixant des règles communes visant à promouvoir une imposition effective, à lutter contre la planification fiscale agressive et assurer la transparence, notamment en matière d'accords fiscaux secrets. Par ailleurs, des réformes favorisant la croissance potentielle et améliorant la viabilité budgétaire doivent continuer à supprimer les blocages existants et à libérer le potentiel de nos économies, tout en assurant la protection et le soutien que nos concitoyens attendent. La France et la Pologne ont mis en oeuvre des réformes majeures et entendent continuer à le faire. Pour être pleinement efficaces, ces politiques doivent être mieux coordonnées au niveau de l'UE. La France et la Pologne attendent avec intérêt le prochain débat sur l'Europe 2020 et le réexamen de la gouvernance économique. Cette stratégie économique globale, englobant le Plan d'investissement pour l'Europe, devrait à moyen terme poser les fondements d'un cadre de convergence économique et sociale, notamment des instruments en matière de compétitivité, d'emploi, de systèmes sociaux, de fiscalité et de solidarité. Conformément au calendrier fixé par le Conseil européen pour assurer un bon fonctionnement de l'UEM, la France et la Pologne poursuivront leurs étroites consultations sur ces questions. Commerce Considérant un commerce libre, équitable et ouvert comme un facteur clé pour stimuler la croissance et la compétitivité, la France et la Pologne sont attachées à un système commercial multilatéral fort, fondé sur des règles, promouvant les normes de l'UE et la convergence réglementaire internationale. Nos deux pays prient la Commission de ne pas ménager ses efforts dans la négociation d'accords commerciaux bilatéraux avec des partenaires clés de l'UE, dans un esprit de réciprocité et d'avantage mutuel. Une attention spéciale devrait être accordée aux négociations en cours sur un accord TTIP ambitieux, global et équilibré avec les Etats-Unis, en tant qu'étape éventuelle pour apporter de nouveaux débouchés aux entreprises européennes. Lutte contre le chômage des jeunes et développement de la dimension sociale de l'Union européenne Le chômage des jeunes conserve des niveaux inacceptables en Europe. Pour que la Garantie européenne pour la jeunesse soit un succès, il faut que les fonds apportés par l'Initiative pour l'emploi des jeunes soient rapidement débloqués. La libre circulation des travailleurs et la liberté de prestation de services sont des principes fondamentaux du marché intérieur et des facteurs importants de croissance économique. Ils devraient donc être pleinement respectés. A cet égard, les abus et les fraudes, même marginaux, doivent être combattus dans l'esprit du système actuel de l'UE. La Pologne et la France sont prêtes à coopérer pour les prévenir. La France et la Pologne poursuivront leur coopération dans le domaine de la mobilité et du chômage dans l'UE, dans le même esprit constructif qui a marqué l'adoption du Fonds pour l'aide européenne aux plus démunis et de la directive d'application de la directive sur les travailleurs détachés. Agenda numérique Afin de regagner une position éminente dans l'économie numérique, l'union européenne doit prendre d'urgence des mesures visant à : Offrir des incitations à investir dans les réseaux, y compris pour couvrir les zones faiblement peuplées en haut débit ; Maintenir la concurrence dans le marché unique numérique, afin de permettre à l'entrepreneuriat de prospérer ; Développer les technologies de traitement de données volumineuses et autres technologies clés, telles que l'informatique en nuage et l'Internet des objets ; Promouvoir l'interopérabilité et la transparence des plateformes, ainsi que leur nature non discriminatoire pour prendre en compte les intérêts des usagers finaux et traiter les questions transfrontalières ; Assurer une rémunération viable des créations culturelles à travers un haut niveau de protection des droits de propriété intellectuelle, en tenant compte de la diversité culturelle ; Protéger les données personnelles des usagers tout en permettant à des PME innovantes de développer de nouveaux services basés sur leur traitement ; Partager des expériences avec des services fiables durant la mise en oeuvre du règlement eIDAS et coopérer entre organismes de contrôle en vue d'échanger de bonnes pratiques ; Améliorer la confiance des citoyens envers les nouvelles technologies entre autres en s'attaquant à des menaces transnationales communes de façon collective dans le domaine de la cybersécurité. Nous convenons de nous consulter mutuellement et de collaborer étroitement sur l'Agenda du marché unique numérique qui devrait fixer le cadre adapté pour une économie créative vigoureuse. Les travaux en cours pour lutter contre l'évasion fiscale, la fraude fiscale, la planification fiscale agressive, l'érosion de la base d'imposition et le transfert de bénéfices sont également importants pour le secteur numérique. La France et la Pologne demandent à la Commission de présenter des propositions dans ce domaine. Pour maintenir le plein respect du principe de la neutralité technologique, nos deux pays attendent également que la Commission soumette une proposition visant à permettre aux produits et services numériques, à savoir les livres électroniques, de bénéficier des mêmes taux de TVA réduits que les produits et services physiques. Politique agricole La France et la Pologne soulignent l'importance de la Politique agricole commune pour la sécurité alimentaire de l'UE, le développement rural durable et sa contribution au développement global de l'économie de l'UE, notamment à la création d'emplois dans l'agriculture et les industries annexes. La PAC a également fait la preuve de sa valeur ajoutée européenne en assurant des règles du jeu équitables sur les marchés de l'agroalimentaire et assurant la préservation du patrimoine culturel et naturel de l'UE élargie. La France et la Pologne soulignent la nécessité de renforcer la cohérence et la solidarité dans les mesures prises dans le cadre de l'UE qui aideront à conserver une position de négociation commune de l'UE dans le cadre des relations économiques et commerciales avec des pays tiers, notamment la protection et la stabilité du marché agricole européen sensible. La France et la Pologne utiliseront le Triangle de Weimar comme plateforme de consultations régulières et de formulation de solutions, notamment sur le débat lié aux problèmes dans le secteur de l'agroalimentaire qui constitue une branche importante de l'économie dans les deux pays, assurant des emplois pour les producteurs agricoles, contribuant à la croissance économique et générant un excédent substantiel dans le commerce extérieur. Ces consultations se tiendront en amont des prochaines discussions au niveau de l'UE afin d'assurer la cohérence entre les objectifs de l'UE en matière de sécurité alimentaire et de changement climatique, en reconnaissant les objectifs multiples du secteur agricole et de l'utilisation des sols et leur moindre potentiel d'atténuation. III/ Renforcement de notre coopération dans le domaine de la sécurité climatique et énergétique Climat La France et la Pologne œuvreront ensemble au succès de la Conférence climatique de Paris 2015, qui devrait parvenir à un accord universel, juridiquement contraignant et global, applicable à tous, chaque contribution fixée au niveau national prévue représentant un progrès dépassant l'engagement actuel des parties à la CCNUCC. Nos deux pays se félicitent des conclusions du Conseil européen sur le cadre de la politique climatique et énergétique jusqu'en 2030, qui permettra à l'UE de jouer son rôle, tout en respectant pleinement les bouquets énergétiques nationaux. Afin de favoriser la transition énergétique, la France et la Pologne développeront leur coopération, notamment par le biais de projets dans le domaine des énergies propres et renouvelables, des réseaux, ainsi que de l'efficacité énergétique, en tenant compte de la nécessité de garantir une énergie abordable, d'assurer la compétitivité industrielle et de réduire notre dépendance. Dans cet esprit, l'initiative ECO-CITY, entreprise par la France en Pologne afin de promouvoir un développement durable a été accueillie avec intérêt et recommandée comme bonne pratique. Aux fins de développer un secteur sûr, très performant, nous soutenons la poursuite d'une coopération stratégique entre les principaux établissements de recherche de nos deux pays, notamment dans le secteur de l'énergie nucléaire. Renforcement de la coopération dans le domaine de la sécurité énergétique de l'UE La France et la Pologne s'engagent à poursuivre leur coopération afin de mettre rapidement en œuvre l'Union de l'énergie. Elles confirment leur soutien à la finalisation, dans les plus brefs délais, du marché intérieur de l'énergie. Celui-ci constitue un outil très important pour sécuriser l'approvisionnement en gaz et en électricité. Elles maintiennent leur soutien au renforcement de la sécurité énergétique de l'UE, notamment par le biais de mécanismes de solidarité en cas d'interruption de l'approvisionnement, ainsi qu'à l'accroissement du pouvoir de négociation de l'UE et de ses Etats membres vis-à-vis des fournisseurs d'énergie extérieurs sur le marché du gaz en particulier, dans l'esprit de transparence dont il a été convenu au Conseil européen. L'intégration du marché de l'énergie de l'UE, notamment par la réalisation de projets d'infrastructure d'intérêt commun, ainsi qu'une étroite coopération avec les voisins de l'UE désireux d'appliquer les règles du marché de l'énergie sont nécessaires pour poser les fondements d'une véritable Union de l'énergie, tout en respectant les choix nationaux en matière de bouquets énergétiques. IV/ Promotion de partenariats culturels, scientifiques et universitaires Ayant à l'esprit plusieurs siècles de relations franco-polonaises ainsi que les liens historiques et personnels de longue date unissant les deux pays, nous soulignons l'importance de valoriser et de diffuser la connaissance de notre histoire et de notre patrimoine culturel communs. A cet égard, la France est fière d'être l'invitée d'honneur du Salon du livre de Varsovie, en 2015 et les villes polonaises de Wroclaw et Cracovie d'être invitées au Salon du Livre de Paris en 2015. De nos jours, la promotion de la diversité culturelle et linguistique constitue une dimension essentielle de notre relation. A cet égard, la France et la Pologne estiment toutes deux qu'un secteur culturel et audiovisuel dynamique représente un atout inestimable pour soutenir la création et promouvoir la diversité culturelle : Au niveau bilatéral, nous encouragerons les nouveaux partenariats, en nous inspirant du modèle de coopération entre certaines de nos institutions culturelles, notamment nos instituts audiovisuels nationaux, nos instituts du livre ainsi que nos bibliothèques nationales ; Au niveau européen, nous reconnaissons la nécessité d'adapter le cadre règlementaire actuel pour les services en matière de médias et appelons la Commission à évaluer le principe du pays d'origine dans le domaine des services de médias audiovisuels. Nous nous engageons également à soutenir l'apprentissage et la diffusion de la langue et de la culture du partenaire, notamment par le biais d'écoles et d'universités dont nous entendons développer la reconnaissance mutuelle. Enfin, la France et la Pologne étendront leur partenariat de coopération dans le domaine de l'innovation et de la recherche scientifique. Nous développerons en particulier les projets scientifiques franco-polonais dans le cadre du programme de recherche et d'innovation européen « Horizon 2020 », notamment en ce qui concerne les secteurs de l'énergie, du numérique et de l'espace. V/ Prix Geremek-Le Goff Nous appuyons le développement des relations entre les sociétés civiles française et polonaise dont les échanges promouvront une meilleure compréhension mutuelle. A cet égard, nous nous félicitons du projet d'instaurer le prix Geremek-Le Goff qui sera décerné à des personnes ou entités qui s'investissent dans le renforcement des liens franco-polonais, notamment dans le domaine de la construction européenne. Les prochaines consultations intergouvernementales franco-polonaises se tiendront en Pologne, au début 2016. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/102.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/102.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..db96e343c82acac0bc9305e66c49dfd5e2a61dbd --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/102.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. Harlem Désir, secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé des affaires européennes. Monsieur le président, monsieur le président de la commission des affaires européennes, mesdames, messieurs les sénateurs, je vous remercie de me recevoir à la veille d'une semaine où se tiendront un conseil Affaires générales et une réunion informelle des chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne. Initialement conçue pour traiter de l'approfondissement de l'Union économique et monétaire, cette réunion portera en réalité sur la réponse de l'Union européenne au défi du terrorisme. Voilà près d'un mois, les 7, 8 et 9 janvier, des attentats frappaient Paris. La solidarité européenne s'est immédiatement exprimée. Dans un élan de fraternité et de solidarité qui s'est incarné par la participation de très nombreux chefs d'État et de gouvernement à la marche du 11 janvier à Paris, l'Europe a montré que, comme la France elle-même, elle se sentait touchée au coeur. Il est alors apparu évident que l'Europe unie devait faire face pour défendre une communauté de nations solidaires et une communauté de valeurs. Depuis lors, les ministres de l'intérieur de l'Union européenne, qui, pour beaucoup d'entre eux, avaient déjà été réunis par Bernard Cazeneuve à Paris le 11 janvier, se sont retrouvés à Riga. Ils ont adopté une déclaration commune qui servira de matrice à celle que devraient adopter les chefs d'État et de gouvernement le 12 février à Bruxelles. Le travail que nous menons vise à obtenir que le Conseil européen prenne des décisions et des orientations dans trois directions : la sécurité de nos concitoyens, la prévention de la radicalisation et l'action extérieure de l'Union. En premier lieu, en vue d'assurer la sécurité de nos concitoyens à l'échelle européenne, le Conseil européen demandera que le Conseil et le Parlement européen adoptent le plus rapidement possible la directive Passenger name record, ou PNR, sur les dossiers des passagers des transports aériens. Mon collègue Bernard Cazeneuve et moi-même sommes très mobilisés sur le sujet. Nous avons multiplié les rencontres avec les parlementaires européens au cours des dernières semaines, afin de les convaincre d'agir rapidement sur ce dossier. Nous avons indiqué que nous étions prêts à apporter des réponses à certaines de leurs inquiétudes. Je pense en particulier à la question de la protection des données personnelles. En tout état de cause, nous avons absolument besoin de pouvoir disposer d'un système PNR à l'échelle européenne. À défaut, nous en serions réduits à une addition de systèmes PNR nationaux ; la France adoptera d'ailleurs le sien au mois de septembre. Cela poserait des problèmes de cohérence, d'efficacité dans la transmission des informations sur les données des passagers. En outre, les garanties espérées et attendues par le Parlement européen à l'échelle européenne ne pourraient pas être établies. Par ailleurs, le cadre de Schengen doit être pleinement utilisé et les frontières extérieures renforcées, en particulier via une modification ciblée du code Schengen, afin de permettre des contrôles systématiques aux frontières externes. La liberté de circulation à l'intérieur de la zone Schengen sera d'autant mieux assurée que les garanties concernant les mouvements suspects de personnes, notamment de combattants étrangers terroristes, aux frontières extérieures de l'Union européenne seront renforcées. La coopération policière et judiciaire au niveau européen doit également être renforcée, que ce soit sur le plan opérationnel ou en termes d'échange d'informations, en particulier via Europol et Eurojust. Elle est déjà de bonne qualité, tout comme la coopération entre les services de renseignement, mais nous sommes évidemment mobilisés pour intensifier encore les échanges d'informations. Toutes les autorités compétentes en matière de lutte contre le trafic illégal des armes à feu doivent accroître leur coopération. Si nécessaire, les États membres doivent également adapter rapidement leur législation nationale en ce domaine. Enfin, la traçabilité des flux financiers doit être renforcée. La France souhaite Michel Sapin a inscrit ce point à l'ordre du jour de la dernière réunion du Conseil Ecofin que des mesures supplémentaires soient adoptées en matière de traçabilité des paiements et d'harmonisation du contrôle des flux financiers dans les pays à risque. Les États membres devront également rapidement mettre en œuvre le cadre renforcé de lutte contre le blanchiment d'argent. La deuxième direction, c'est la prévention de la radicalisation et la promotion de nos valeurs. Nous avons besoin d'un cadre global au niveau européen, afin de combattre le phénomène de la radicalisation. Ce cadre doit notamment comprendre la mise en place d'un dialogue structuré avec les grands opérateurs d'internet aux niveaux européen et international. En effet, internet est un espace à la fois de radicalisation et de recrutement, mais aussi de communication entre terroristes. C'est pourquoi la France souhaite que la Commission européenne propose une législation pour assurer, chaque fois que nécessaire, la suppression des contenus visant à l'apologie et à l'incitation au terrorisme diffusés sur les plateformes et les sites ou l'impossibilité d'y accéder. Nous devons aussi diffuser des « contre-discours » facilement accessibles aux publics cibles, notamment les jeunes. Il faut promouvoir la vérité contre la propagande mensongère le Gouvernement a lancé le site « stop djihadisme », mais aussi défendre les valeurs de tolérance, de démocratie, de liberté, de non-discrimination et de solidarité. Les activités du réseau européen de sensibilisation à la radicalisation, le RAN, qui réunit des praticiens européens autour d'une approche transversale et pluridisciplinaire du phénomène de la radicalisation, doivent être renforcées. Enfin, des initiatives devront être prises dans le domaine de l'éducation, de la formation professionnelle et de l'intégration sociale, à la fois dans les États membres et au niveau européen, notamment en mobilisant les fonds structurels. La troisième direction est le renforcement de nos coopérations avec nos partenaires internationaux. Les conflits dans le voisinage de l'Union européenne, en particulier dans notre voisinage sud, doivent être traités à travers une approche plus stratégique. La place des questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme dans nos échanges avec les États tiers, en particulier ceux du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, doit être renforcée, notamment en mobilisant les différents instruments financiers de l'action extérieure de l'Europe. Ces trois volets forment un tout, une approche globale. Ce Conseil européen informel constituera donc une étape importante, qui ne sera pas la dernière. D'ores et déjà, la Commission a indiqué qu'elle publiera en mai une communication relative à une stratégie en matière de sécurité européenne. Je voudrais maintenant évoquer la situation en Ukraine, sujet qui était à l'ordre du jour du conseil Affaires étrangères extraordinaire organisé la semaine dernière à Bruxelles sur l'initiative de Mme Federica Mogherini, Haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l'Union européenne. J'y ai représenté Laurent Fabius, alors en déplacement en Chine. L'Ukraine sera probablement à l'ordre du jour de la réunion des ministres des affaires étrangères qui se tiendra le 9 février. Il est possible que les chefs d'État et de gouvernement évoquent eux aussi ce sujet. Lors du conseil Affaires étrangères extraordinaire, nous avons décidé de reconduire jusqu'en septembre 2015 les sanctions individuelles adoptées en mars 2014 à l'encontre des séparatistes et de leurs soutiens, qui contribuent à mettre en cause l'intégrité et la souveraineté de l'Ukraine. Ces sanctions seront étendues s'il le faut, puisque nous avons demandé la préparation de nouvelles sanctions individuelles, qui pourraient être adoptées par le conseil Affaires étrangères du 9 février. Enfin, il a été demandé à la Commission et au Service européen pour l'action extérieure, le SEAE, de mener des travaux préparatoires sur toute action appropriée en vue d'assurer la mise en œuvre rapide et complète des accords de Minsk. Au travers du renforcement des sanctions, l'Union européenne entend faire pression en vue d'un retour à une solution politique négociée du conflit opposant l'Ukraine aux séparatistes et à la Russie, qui les soutient. Les débats ont été évidemment marqués par l'aggravation de la situation sur le terrain. Il est apparu clairement que la prise de Marioupol représenterait un changement de nature et d'échelle du conflit pour l'ensemble des États membres. Le compromis trouvé sur le renforcement des sanctions individuelles a été le fruit d'une intense coopération entre la France et l'Allemagne. C'est nous qui avons proposé la rédaction sur laquelle se sont accordés les ministres des affaires étrangères. Ce compromis maintient un équilibre entre la fermeté à l'égard de la Russie et la détermination à poursuivre nos efforts diplomatiques, en particulier dans le cadre du « format Normandie ». De ce point de vue, les conclusions adoptées offrent en principe une large gamme de possibilités soutien économique, sanctions, action humanitaire pour obtenir une désescalade et la pleine mise en oeuvre des accords de Minsk. Cependant, à ce stade, nous n'avons pas décidé de passer à un degré supérieur en matière de sanctions économiques. Celles qui sont en vigueur ont un effet très important sur la Russie. Les accords de Minsk, que la Russie a signés avec l'Ukraine et les séparatistes, constituent la seule feuille de route pour trouver une solution à cette crise. Il est fort vraisemblable qu'un point relatif au conflit en Ukraine soit ajouté à l'ordre du jour du conseil Affaires étrangères afin d'évoquer la situation sur le terrain. Les efforts diplomatiques en cours vont se poursuivre. Les chefs d'État et de gouvernement devraient aussi échanger sur le sujet, sans être appelés à prendre de nouvelles décisions à ce stade. Enfin, je voudrais évoquer la situation de la Grèce. Mme Nathalie Goulet. Ah ! Timeo Danaos… M. Harlem Désir, secrétaire d'État. Lors des élections du 25 janvier, le peuple grec a choisi une nouvelle orientation. Il a exprimé une aspiration au changement, à la justice sociale, à la croissance, ainsi qu'à la réforme. Dans le même temps, il a manifesté sa volonté de rester dans la zone euro. C'est sur cette base que M. Alexis Tsipras avait fait campagne. Le nouveau Premier ministre grec était à Paris en début d'après-midi pour rencontrer, à son invitation, le Président de la République. Notre objectif est d'aider la Grèce à retrouver le chemin de la croissance, de l'investissement, de l'emploi, et à nouer une relation partenariale avec l'ensemble des pays de l'Union européenne. Si la dette de ce pays s'élève à 175 % de son PIB, c'est aussi parce que celui-ci a reculé de 25 % en cinq ans. Apporter une réponse à la situation financière de la Grèce, c'est d'abord apporter une réponse à sa situation économique. L'enjeu, pour ce pays, c'est de se remettre sur le chemin de la croissance, en mettant en oeuvre un certain nombre de réformes. Le nouveau gouvernement grec s'est d'ailleurs engagé, pendant la campagne, à mener des réformes, notamment dans le domaine de la fiscalité problème qui n'a pas été traité par les gouvernements précédents, pour rendre plus efficace l'administration fiscale, mieux lutter contre la corruption, moderniser l'État. Notre réponse doit consister à aider et à accompagner ce gouvernement. C'est bien le rôle que la France entend jouer, conformément à la tradition d'amitié entre nos deux pays. Cette action sera guidée par trois principes : la solidarité, la responsabilité et l'unité européenne. Sur le plan de la solidarité, tout d'abord, la France, amie et partenaire de la Grèce, l'accompagnera dans la recherche de solutions conformes à nos intérêts communs : parmi eux, l'appartenance de la Grèce à la zone euro ne fait pas question. Concernant la responsabilité, ensuite, la Grèce est membre de l'Union européenne et de la zone euro : il faut trouver des solutions conformes à nos règles communes. Des questions sont posées : quel chemin emprunter pour permettre à la Grèce de retrouver une croissance durable ? Comment assurer la soutenabilité de la dette grecque ? Comment poursuivre les réformes jugées nécessaires ? C'est dans un dialogue entre la Grèce et ses partenaires européens que sera définie la stratégie que les Grecs souhaiteront suivre et que l'Europe pourra accompagner. Ces réponses devront être élaborées au cours des prochaines semaines, en même temps que la Grèce devra préparer la définition de cette stratégie, qui devra naturellement tenir compte des engagements pris. Il n'est pas question d'annuler la dette grecque, mais il faut créer les conditions de la reprise économique, de la croissance, d'un retour des investissements et de l'emploi qui permettront son remboursement le moment venu. Enfin, il existe un principe d'unité européenne. Le ministre des finances grec l'a dit lors de sa rencontre avec Michel Sapin : il ne s'agit pas de négocier les uns contre les autres, il s'agit de travailler ensemble. Le gouvernement grec doit œuvrer avec les autres gouvernements de l'Union européenne pour que l'ensemble de l'Europe et de la zone euro permette à la Grèce de sortir de la situation dans laquelle elle se trouve plongée. L'objectif est d'éviter que l'ensemble de la zone euro soit fragilisée par cette situation, qu'elle puisse au contraire retrouver la stabilité et le dynamisme nécessaires au moment où tous nos efforts sont tournés vers le soutien à la croissance, de manière que l'économie européenne bénéficie à plein de la décision prise par la Banque centrale européenne d'injecter massivement de nouvelles liquidités, d'un cours de l'euro plus favorable à nos exportations et de la mise en œuvre du plan d'investissements stratégiques de Jean-Claude Juncker, devant permettre de lever 315 milliards d'euros. Voilà, mesdames, messieurs les sénateurs, ce que je souhaitais vous dire à titre liminaire. L'ordre du jour européen est dense et, plus que jamais, sur tous les sujets essentiels, le rôle de la France est central pour permettre à l'Europe d'aller de l'avant. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste, du groupe écologiste et du RDSE, ainsi que sur certaines travées de l'UMP et de l'UDI-UC.) \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/103.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/103.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3639b04fb92111f398cc4a51a4da14b518d560be --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/103.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames Messieurs, je voudrais vous remercier pour votre présence à ce point presse qui vient après une réunion de la Commission LIBE du Parlement européen qui rassemblait à la fois le rapporteur du texte sur le PNR et les coordonnateurs des différents groupes. J'avais souhaité pouvoir me rendre devant la Commission LIBE du Parlement européen après les tragiques attentats de Paris pour avoir un dialogue franc, mais également un dialogue équilibré qui permette de contribuer modestement, mais sûrement je l'espère, à l'élaboration d'un compromis sur la question du PNR. Je voudrais vous redire quelle a été la position qui été défendue par mes soins devant la Commission LIBE du Parlement européen concernant la question globale de la lutte anti-terroriste, et plus particulièrement la nécessité dans ce cadre de bénéficier de cet outil qu'est le PNR. D'abord j'ai voulu insister devant les parlementaires de la Commission LIBE sur le fait que la France est résolument engagée dans la lutte contre le terrorisme, à l'intérieur de ses frontières et à l'extérieur comme nous avons eu l'occasion de le rappeler avec Jean-Yves Le Drian hier soir, et que pour ce faire nous entendons mettre en place un ensemble de mesures. Le PNR est un outil parmi d'autres. Il n'est pas le seul outil, qui nous conduirait à renoncer à tous les autres. La lutte contre le terrorisme implique à chaque instant que nous soyons en situation d'utiliser la totalité des dispositifs dont nous avons besoin pour être efficaces. Je veux rappeler que c'est dans cet esprit que nous avons décidé, au terme du plan présenté par le Premier ministre, d'augmenter de près de 1400 les effectifs de nos services de renseignement, en continuité de ce que nous avions déjà engagé depuis le début du quinquennat puisque 432 emplois supplémentaires avaient été décidés au sein de la DGSI, que c'est dans cet état d'esprit que nous avons décidé de mettre en place une plateforme de signalement, qui mobilise, avec une volonté de prévention, la totalité des administrations de l'Etat dans les territoires, autour des préfets et des procureurs, pour engager des actions de dé-radicalisation, que c'est dans cet esprit que nous avons décidé d'augmenter les moyens de l'administration pénitentiaire pour lutter contre la radicalisation en prison, que c'est dans cet esprit que nous avons décidé aussi de mettre en place des sites qui diffusent un contre discours, à travers notamment le lancement la semaine dernière du site « stop djihadisme ». Le PNR est donc un outil de plus dont nous avons besoin -j'ai rappelé cela devant la Commission Libé- pour des raisons extrêmement précises, opérationnelles, car la lutte contre le terrorisme implique de la lucidité, du pragmatisme, qu'on regarde les problèmes en face, et que, loin de considérations idéologiques, on puisse mobiliser les bons outils. Quels sont les éléments que j'ai évoqués concernant le PNR devant la Commission Libé ? D'abord, la volonté qui est la nôtre de faire en sorte que nous puissions trouver un bon équilibre entre plus de sécurité -notamment au moment de la reconstitution de la traçabilité du parcours des passagers dans les aéroports, et notamment de ceux qui se livrent à des opérations djihadistes en Irak et en Syrie-, et davantage de libertés individuelles , c'est-à-dire des garanties données sur la protection des données personnelles, qui est un sujet important, auquel les Parlementaires européens sont particulièrement attachés. Nous avons besoin du PNR pour quoi ? Nous avons besoin du PNR parce que, en dehors des outils nouveaux dont nous nous sommes dotés -un nouveau signalement sur le système d'information Schengen, une déclaration à Riga sur la nécessité, dans le cadre de l'actuel code Schengen de pouvoir procéder à des contrôles plus réguliers dans les aéroports de l'UE, et de transformer éventuellement le code Schengen pour faire en sorte que ces contrôles réguliers deviennent obligatoires-, nous avons besoin de pouvoir mieux anticiper le parcours des terroristes pour pouvoir mieux les neutraliser en lançant des mandats d'arrêt internationaux ou en procédant à leur judiciarisation, dès lors qu'ils franchissent les frontières extérieures de l'UE. Le PNR est un outil qui permet d'anticiper leur retour, qui permet d'établir dans la durée la traçabilité de leur parcours. C'est un outil qui permet également de faciliter les conditions dans lesquelles on établit certaines complicités, parce qu'ils ne voyagent pas toujours seuls ces terroristes, loin s'en faut. C'est un outil qui est de nature à catalyser la relation entre les services de renseignement et de police pour renforcer encore cette coopération. Et par conséquent j'ai, à travers des exemples très concrets, puisque la question était celle-ci, essayé de montrer pourquoi nous avions besoin de cet outil, en en quoi l'absence de cet outil pouvait nous pénaliser. J'ai également voulu répondre très précisément à un certain nombre de questions qui concernaient la protection des données. On peut réserver cet outil à la lutte contre la grande criminalité et le terrorisme seulement. Il est possible aussi à travers la constitution de l'unité d'informations passagers, qui dans chaque pays gèrera les données personnelles, de mettre davantage de déontologie, ou d'exigence déontologique, dans la désignation des membres de cette unité, dans les conditions dans lesquelles ils accompliront leur mission, de manière à donner toute garantie. Sur la nature des données elles-mêmes, il est possible aussi, et sur la durée de détention de ces données, d'engager la discussion de manière à être parfaitement conforme avec ce que sont les arrêts récents de la Cour de justice de l'UE. Je suis donc venu ici avec la volonté d'expliquer en quoi cet outil est indispensable, à travers des exemples concrets. J'ai voulu montrer en quoi il n'est pas attentatoire aux libertés publiques, concernant notamment la question de la protection des données. Et j'ai voulu, enfin, montrer qu'il existait des garanties susceptibles d'être données au Parlement européen sur la protection des données personnelles, qui permettraient à cet outil PNR d'être un outil permettant de faire davantage de sécurité, sans que cela se fasse au détriment des libertés auxquelles nous tenons. Voilà ce que je voulais vous dire concernant les sujets qui ont été évoqués. Je suis bien entendu prêt à répondre à vos questions. (…) \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/104.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/104.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b2a6724d3bbe7603f1b9e2b1e2397fd4425d546a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/104.txt @@ -0,0 +1 @@ +Votre invitation, Madame la ministre, Monsieur le Président, me donne d'abord l'occasion de saluer le caractère novateur de votre méthode de concertation. On parle souvent de la défiance qui frappe nos sociétés vis-à-vis de la démocratie. Un exemple encore dernièrement dans le Doubs, avec 65% d'abstention aux élections. Mais là, pour cette concertation, vrai modèle de démocratie participative puisqu'elle va inspirer la loi et notre stratégie numérique, ce sont des milliers de contributions et de propositions qui ont été faites. La société doit saisir l'opportunité qui lui est donnée pour devenir plus démocratique grâce au net. Enjeu majeur pour tous, mais en particulier pour ces quartiers populaires dont la politique de la ville a la charge, et qui éprouvent si souvent un sentiment d'abandon. Nous, nous ne voulons pas les abandonner. Notre présence ensemble ici veut surtout dire que nous avons une même conviction, chère Axelle, cher Benoit Thieulin : cette conviction que le numérique constitue une chance pour les jeunes des quartiers populaires, mais aussi que les jeunes des quartiers constituent une chance pour le numérique. On a beaucoup parlé des quartiers ces temps-ci, avec les événements de janvier. Quand le lien était fait avec le numérique, c'était souvent pour parler de radicalisation sur internet, de terrorisme en libre-service, de prévention. Et c'est vrai que c'est un enjeu. Le ministère de l'intérieur y travaille. NVB y travaille pour ce qui est de l'enseignement aux médias en ligne. Le numérique, c'est aussi une fenêtre ouverte sur le monde, c'est aussi le monde à portée de main. Les quartiers ont besoin de cette ouverture. La question de la fracture numérique, est prise à bras-le-corps par Axelle Lemaire ou encore le plan France très haut-débit. Mais le numérique, ce sont aussi de formidables opportunités d'avenir pour tous nos jeunes, et en particulier pour les plus fragiles d'entre eux, ceux dont a la charge la politique de la ville. Ils ont, pour leur part, énormément à donner à ce secteur d'avenir, qui doit leur faire confiance et investir en eux. Ces jeunes ne se réduisent pas à l'image souvent sombre qu'en donnent quelquefois les médias. Il y a des difficultés. Impossible de les nier. 50% de chômeurs parfois chez les jeunes de 18 à 25 ans. Manuel Valls a eu les mots les plus forts pour les décrire. Il y a une société bloquée qu'il faut débloquer. Mais ces jeunes dont on parle, ce sont des jeunes qui en veulent, et qui ont, toutes les études le démontrent, une forte appétence pour l'entreprise, mais aussi pour le numérique. Or il y a une vraie pénurie en matière de développeurs, mais aussi, plus largement, dans les métiers du numérique. Il y a une demande forte adressée à la France en matière de numérique en perpétuelle croissance en matière de savoir-faire et de produits. Pourquoi ? Peut-être parce que le codage est un espace de liberté, de créativité extraordinaire. Le code, c'est une langue sans inégalité sociale. C'est une langue sans a priori. Les cartes sociales sont redistribuées grâce au numérique. Mais aussi parce que quand la vie est dure, et bien vous vous forgez une âme de conquérant. La plus belle conquête c'est celle de l'avenir, et le numérique, c'est l'avenir. C'est ce que me disait un jeune à Simplon.co : « avec le codage, nous sommes comme les moines du Moyen-Age au milieu de gens qui ne savent ni lire ni écrire. C'est ce qui est en train de se passer. Bientôt, nous écrirons pour vous. » C'est une prophétie qui est un peu inquiétante pour quelqu'un qui ne sait pas coder. Il y entrait une part d'humour, mais ce que nous dit ce jeune homme, c'est que, oui, l'excellence, le goût de l'avenir est dans les quartiers. Permettre aux jeunes des quartiers de bénéficier de ces formidables opportunités que sont les métiers du numérique, cela passe par un effort tout particulier en faveur de la formation aux métiers du numérique dans les quartiers. Là encore, c'est une conviction que nous partageons pleinement tous les trois. Il y a de nombreux lieux de formation aux métiers du numérique dans les quartiers prioritaires. A chaque fois que je m'y suis rendue ou que j'ai rencontré des formateurs, des entrepreneurs qui investissent dans ces projets, Xavier Niel hier soir par exemple, ou des étudiants, il y avait toujours un même enthousiasme et une même foi en l'avenir. Il y a aussi des cours massifs en ligne. Dans ces écoles où l'on est formé tout en se sentant parfaitement libre et autonome, dans ces écoles réelles ou virtuelles, des jeunes se voient offrir une seconde chance, quelquefois même une seconde vie. Pour ces formations, pas de prérequis scolaire, pas de diplôme, pas de codes sociaux nécessaires, mais une exigence à laquelle tout le monde ne peut satisfaire : une volonté de fer. S'y réinvente une pédagogie de l'autonomie, avec des effets proprement incroyables. Des jeunes qu'on disait bons à rien qui se mettent à travailler 15 heures par jour. Nous souhaitons soutenir ces formations, et, plus largement travailler avec Axelle Lemaire sur le sujet du numérique et des quartiers, notamment dans la perspective du Comité interministériel des villes contre les inégalités, qui se tiendra à la mi-mars sous le haut patronage du Premier Ministre. Peu avant ce CIV, nous rencontrerons les principaux acteurs en matière de formation au numérique pour leur soumettre nos propositions. J'aimerais en particulier que la partie de votre consultation qui concerne les quartiers prioritaires ? Et j'ai lu beaucoup de choses çà ce sujet sur votre site puisse nourrir les réflexions du CIV. Nous savons que ces formations ont besoin de liberté. Nous voulons simplement les soutenir, dans l'esprit de la French Tech, chère Axelle. Je cite l'un de vos slogans : « L'initiative French Tech ce n'est pas l'Etat qui encadre, c'est l'Etat qui soutient. » Nous devons soutenir, encourager, tout en laissant la liberté. Le message que nous portons tous les trois est donc clair : les jeunes des quartiers ont le droit à l'excellence mais sont également source d'excellence. Il y a peut-être parmi eux les futurs géants de demain, et il y a d'ailleurs des géants d'aujourd'hui, des Français, qui sont issus des quartiers et qui le revendiquent ! Plus modestement, il y a des jeunes, filles et garçons, qui veulent pouvoir réaliser leur ambition. La plupart du temps, elle n'est pas différente de celle de tous les autres jeunes : être respecté, réussir sa vie. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/105.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/105.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6247f24fa735db9e5fc5864e033930d3d63b5c46 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/105.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs les journalistes, Nous nous retrouvons un mois après des événements qui ont profondément marqué la France et qui sont désormais inscrits dans notre mémoire nationale. La France a été attaquée dans ce qu'elle avait de plus sacré : la liberté d'expression, la République et l'égalité humaine. La France a su réagir avec dignité et fierté. Là où les terroristes voulaient la mettre à genoux, elle a fait face. Là où les fanatiques voulaient semer la peur, elle a fait masse. Là où les extrémistes voulaient la diviser, elle a fait bloc. Les rassemblements citoyens qui se sont multipliés dans ces jours terribles ont impressionné le monde qui a exprimé à la France sa solidarité. L'esprit du mois de janvier 2015, c'est l'unité de la République. Cette exigence et ce message n'effacent pas les différences, les sensibilités, les clivages mais les dépassent dans une force qui va à l'essentiel : assurer la cohésion du pays pour le faire avancer, pour le faire réussir. Cet esprit-là, je dois le prolonger avec le gouvernement car il élève nos responsabilités pour que la République soit plus forte et soit plus juste. La première des responsabilités, c'est d'être à la hauteur de la menace. Elle n'a pas disparu. Elle a ressurgi encore ces dernières heures, à Nice, avec l'agression de trois soldats parce qu'ils portaient un uniforme, celui de la France, et parce qu'ils protégeaient un centre culturel juif. L'Etat doit donc agir avec la plus grande fermeté dans le respect du droit. C'est pourquoi de nouvelles mesures ont été prises très vite, des moyens ont été dégagés pour la Police, pour la Justice, pour le Renseignement. La vigilance est portée à son niveau maximal. Une loi sur le Renseignement est en train d'être préparée. Elle sera présentée en mars et sera votée avant l'été. Des mesures seront prises, aussi bien à l'échelle nationale qu'à l'échelle européenne, pour surveiller les déplacements. Je l'affirme ici, au-delà des dispositifs et des mesures, la République sera intraitable, implacable, à l'échelle nationale. Elle sera aussi irréprochable pour les libertés et pour le droit. Notre responsabilité, c'est aussi de faire vivre la cohésion nationale. Tout commence par la laïcité. La laïcité n'est pas une formule utilisée dans certaines circonstances. La laïcité n'est pas un principe qui devrait subir des accommodements. La laïcité n'est pas négociable car elle nous permet de vivre ensemble. La laïcité doit être comprise pour ce qu'elle est, c'est-à-dire la liberté de conscience et donc la liberté des religions. La laïcité, c'est des valeurs et des règles de droit qui consistent à protéger ce qui nous est commun mais aussi ce qui nous est singulier. La laïcité, c'est une garantie pour la France contre les intolérances qui viendraient de l'intérieur et contre les influences qui viendraient de l'extérieur. La laïcité doit se transmettre. Elle doit donc s'apprendre. Ce sera fait dans l'école tout au long de la scolarité obligatoire. La laïcité, c'est la séparation de l'Etat et des cultes ; ce n'est pas leur ignorance. Ainsi, le dialogue avec les cultes fait-il partie des devoirs de la République et notamment le dialogue avec le culte musulman. J'ai donc demandé, avec le Premier ministre, au ministre de l'Intérieur de poursuivre avec le Conseil français du culte musulman le travail engagé pour la sécurité des mosquées, pour la formation des imams et des aumôniers et pour la lutte contre la radicalisation. Notre responsabilité, c'est de promouvoir l'école de la République. Elle ne protège pas les enfants de tous les maux qui peuvent frapper la société. Mais l'école, c'est la meilleure arme pour la reconquête. J'en ai d'ailleurs fait la priorité de mon quinquennat. Une nouvelle étape sera franchie dans la refondation. J'en donne les grandes lignes : maîtrise du français dès la maternelle parce que le français, c'est essentiel pour vivre en France, pour participer à la réussite de la France. De nouveaux moyens seront donnés à la lutte contre le décrochage scolaire. La formation des enseignants sera renforcée et améliorée, pour les préparer à leur métier. Je veux ici saluer leur engagement. Les lycées professionnels seront revalorisés et le parcours de ces jeunes sera accompagné jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à l'acquisition du métier. Enfin, le numérique sera enseigné de l'élémentaire jusqu'à la Terminale, avec des diplômes correspondants. Un plan sera présenté très prochainement, une large concertation a été ouverte, les décisions seront prises au mois de mai. Notre responsabilité, la mienne, celle du gouvernement, c'est l'égalité entre les territoires. Là aussi, malgré tous les efforts engagés, et ils ont été importants depuis trente ans, il y a encore trop d'échecs : concentration des populations et des pauvres dans les mêmes lieux, inégalités massives, chômage trop élevé, discriminations insupportables. Le gouvernement réunira un comité interministériel au mois de mars. Je lui assigne trois objectifs : le peuplement, c'est-à-dire la mixité sociale, la répartition de la population pour que les logements sociaux soient créés là où ils sont nécessaires mais pas seulement là où ils sont déjà présents ; l'accompagnement pour que le tissu social soit renforcé en nous appuyant sur les associations, sur la démocratie ; enfin, le développement avec la création d'une Agence nationale pour le développement économique sur les territoires. Comme il existe ce qu'on appelle l'ANRU, l'Agence pour la rénovation urbaine, il y aura une Agence pour le développement économique à l'échelle nationale. Notre responsabilité, c'est l'engagement civique. Les Français l'ont montré, ils ont un amour intact pour la République, une envie profonde d'être utiles et de servir le bien commun. Je propose donc un nouveau contrat civique avec : la mise en place d'un service universel pour les jeunes ; la création d'une réserve citoyenne pour tous les Français, pour tous ceux qui veulent participer à l'élan collectif et donner le meilleur d'eux-mêmes ; et le renforcement de la démocratie participative. Cette unité de la République, si nécessaire pour vivre ensemble, donne aussi à la France, non seulement les moyens de se dépasser à l'intérieur de ses frontières, mais aussi de tenir son rang à l'extérieur. Je ne sépare pas d'ailleurs les enjeux. Il n'y a pas un pays faible qui peut être une nation forte sur la scène internationale. Le premier défi que la France a à affronter, c'est la lutte contre le terrorisme. Je n'ai pas attendu les événements du mois de janvier pour agir. Dès 2013, dès le 11 janvier 2013, j'avais pris la décision de faire intervenir nos forces au Mali, puis ensuite de protéger la zone du Sahel. De la même manière, ces derniers mois, même si j'aurais préféré que cela aille plus vite, nous sommes aux côtés de ceux qui luttent pour la liberté au nord de la Syrie et nous participons à la coalition internationale en Irak. Nous continuerons à le faire quelles que soient les menaces qui nous sont adressées, parce qu'il s'agit là de valeurs universelles et aussi de notre propre sécurité. Mais la paix est également menacée aux frontières de l'Europe, en Ukraine. Oui, en Ukraine, c'est la guerre. Des armes lourdes sont utilisées, des civils tous les jours sont tués. Depuis le 6 juin 2014, la France est à l'initiative avec l'Allemagne. Avec Angela MERKEL, nous avons beaucoup travaillé ces derniers mois, multiplié les appels, parlé avec les uns et avec les autres. Nous avons pu faire accomplir des progrès ; ils n'ont pas résisté aux tenants de l'épreuve de force. Des sanctions ont été prononcées, nombreuses ; elles ont eu leur effet, mais elles n'ont pas fait cesser les hostilités. Alors, avec Angela MERKEL, j'ai décidé de prendre une nouvelle initiative. Nous partirons à Kiev dès cet après-midi. Nous ferons une nouvelle proposition de règlement sur le conflit lui-même. Il sera fondé sur l'intégrité territoriale de l'Ukraine et nous irons la discuter avec le Président POROCHENKO aujourd'hui et, vendredi à Moscou, avec le Président russe. Car le temps presse. Il ne sera pas dit que la France et l'Allemagne, ensemble, n'auront pas tout tenté, tout entrepris, pour préserver la paix. La France doit toujours être à l'initiative. C'est ce qui a justifié aussi qu'elle organise la Conférence sur le climat. Là, ce n'est plus de la paix dont il s'agit, c'est de l'avenir même de la planète. Là encore, le temps presse. La Conférence est à la fin de l'année. Les contributions des Etats doivent être connues avant l'été. Nous avons le devoir de réussir. La France sera exemplaire. Elle l'a d'ailleurs démontré en présentant une feuille de route qui tient compte des conclusions de la Conférence environnementale et de la loi sur la transition énergétique. La France doit être aussi à l'initiative en Europe, car l'unité de la République et l'Union européenne sont liées. Ceux qui veulent détruire l'une veulent défaire l'autre. Nous ne laisserons donc pas faire. La priorité à la croissance que j'ai rappelée suffisamment depuis deux ans s'est finalement imposée sans remettre en cause le redressement nécessaire des comptes publics. La Grèce est un défi. Le défi n'est pas nouveau, la situation est connue depuis quatre ans. L'austérité qui lui a été imposée a suscité un rejet du peuple grec, mais pas un rejet de l'euro, pas un rejet de l'Europe. Le rôle de la France, c'est de trouver une solution, de contribuer à un accord, dans le respect : respect du vote des Grecs, mais respect aussi des règles européennes et des engagements. C'est sur ces bases-là que je travaille, avec nos partenaires européens. Je veux terminer sur une notion simple, qui nous engage également pour l'action de l'Etat. La France ne peut préserver son unité, tenir son rang, agir en Europe, que si elle est forte économiquement. Nous devons donc faire preuve d'audace, de volonté et d'initiative. Le pacte de responsabilité est en application depuis le 1er janvier. Le projet de loi présenté par le ministre de l'Economie est en discussion au Parlement. Nous devrons aller plus loin encore, avec des réformes qui devront concerner l'emploi des jeunes et l'insertion des chômeurs de longue durée, améliorer les performances de nos entreprises, faciliter le financement de notre économie. Pour y parvenir, nous avons besoin d'un dialogue social rénové. Je crois au dialogue social, il peut réussir. Il y a eu de grands accords qui ont été signés depuis deux ans et demi. Il peut parfois échouer, c'est le principe même du dialogue. Quand les discussions n'aboutissent pas, c'est à l'Etat de reprendre la main. Il va le faire. Le texte sur le dialogue social sera préparé, en concertation avec les partenaires sociaux. Le Premier ministre les réunira prochainement et un projet de loi sera présenté au Parlement. Mesdames et Messieurs, La République pour laquelle nous nous sommes rassemblés, c'est une République qui innove, qui produit, qui crée de la richesse et la répartit justement. Notre richesse principale, elle est dans le peuple français. Il nous l'a montré. Il revient donc à ceux qui exercent les plus hautes autorités de l'Etat, de donner à ce peuple français si remarquable, toutes les conditions, toutes les chances, tous les atouts, pour qu'il réussisse. Je suis prêt à répondre à vos questions. Alain BARLUET (Le Figaro) : Bonjour Monsieur le Président de la République. Alain BARLUET, je suis journaliste au Figaro et président de l'association de la presse présidentielle. C'est à ce titre que, avant toute chose, je souhaitais vous adresser quelques mots, de la part de mes consœurs et de mes confrères, en espérant ne pas trahir leur pensée. Nous avons tous été choqués et meurtris par les attaques terroristes qui ont été perpétrées le mois dernier à Paris. Nous nous inclinons devant toutes les victimes, comme nous nous inclinons devant les otages de Daesh, abominablement assassinés en Syrie. Une valeur qui nous est particulièrement chère a été atteinte : la liberté d'expression, qui ne peut être limitée que par la loi républicaine et par l'éthique de chacun. A nous de continuer à la faire vivre, et c'est ce que nous continuerons de faire, sans peur, même si ce n'est pas toujours sans reproche. Maintenant, ma question, elle concerne la défense. Les évènements que nous avons traversés, ont confirmé qu'il existe une continuité, un continuum comme on dit, entre sécurité extérieure et sécurité intérieure. Tout est lié. Nos soldats, de fait, sont sur tous les fronts, et on l'a vu ces jours derniers avec Vigipirate. Les armées sont au maximum de leurs capacités. Il y a quelques jours vous avez annoncé que le nombre de militaires diminuerait moins que prévu. C'est louable, mais est-ce suffisant ? Peut-on se satisfaire d'une réduction de la réduction, alors que les menaces, elles, vont croitre et se prolonger ? Le moment n'est-il pas venu de prendre une décision majeure, qui changerait la donne, une décision qui incombe au chef de l'Etat, chef des Armées, et qui serait de replacer la défense dans une perspective de remontée de ses effectifs, et d'augmentation de ses budgets ? Je vous remercie. LE PRESIDENT : Je vous remercie d'abord pour les mots que vous avez utilisés, pour qualifier ce qu'était la mission de la Presse, partout où elle cherche une information et qu'elle le fait en toute liberté, sans pression, sans lien, ni avec les forces politiques, ni avec les forces économiques. Ensuite, sur la défense et sur nos soldats, ils exercent des missions périlleuses, partout. D'abord sur les opérations extérieures, Mali, maintenant Sahel, Irak, et nous avons eu à connaitre un certain nombre de sacrifices et de pertes. Depuis que je suis président de la République, je participe à des hommages, le plus souvent à nos soldats, pas toujours à nos soldats, aussi à des policiers, à des gendarmes. Et je sais ce qu'est leur dévouement, je mesure aussi la douleur des familles lorsqu'elles sont frappées, c'est arrivé encore lors d'un exercice d'entrainement, et il y a à chaque fois, et c'est ce qui me saisit toujours, un grand sens de l'honneur, de la fierté pour ces familles, pourtant tellement éprouvées. Et puis il y a aussi une mission, qui est apparue ces jours derniers, et qui est pourtant essentielle, qui est la protection du territoire. Nous ne l'avons pas inventée pour la circonstance, elle fait partie des trois grands engagements, trois grandes missions de la défense : protection du territoire, capacité à intervenir à l'extérieur, dissuasion. Sur la protection du territoire, nous avons pu mobiliser plus de 10 000 soldats pour assurer la sécurité d'un certain nombre de lieux, et je pense que les menaces étaient telles que nous avons eu raison et nous maintiendrons le dispositif, aussi longtemps que nécessaire, même si nous pouvons l'adapter. Et puis il y a aussi, je l'évoquais, la dissuasion. J'aurai également à m'exprimer là-dessus. La France est une grande Nation, une Nation qui est membre permanent du Conseil de sécurité, et qui a aussi la capacité nucléaire. Ce débat n'est pas ouvert en France, mais il l'a été, et j'entends aussi que notre force de dissuasion soit modernisée autant qu'il est nécessaire, et toujours avec le principe de suffisance, et donc dans la transparence sur les armes nucléaires dont la France dispose. Faut-il, parce qu'il y a des menaces, changer ce que nous avons décidé, dans la loi de programmation militaire ? C'était quand ? Il y a à peine un an et demi. Est-ce que les menaces avaient été sous-estimées ? Non. Nous les connaissions parfaitement, les menaces du terrorisme, les menaces également de la déstabilisation, de la cyber-défense, les menaces également qui étaient liées à l'insécurité sur un certain nombre de lieux, de conflits. Donc les principes mêmes de la loi de programmation militaire n'ont pas à être modifiés. Est-ce que les crédits ont à l'être ? Jusqu'à présent c'était pour les maintenir. Faudrait-il les augmenter ? Je pense qu'aujourd'hui, 31,4 milliards puisque c'est la somme qui est chaque année prévue pour nos armées, et celle qui doit être sécurisée, sauvegardée, préservée, parce que ce sont ces crédits-là qui permettent d'atteindre les objectifs. Sur les effectifs, j'ai en effet pris la décision de limiter ce qui était pourtant prévu depuis des années, car nos armées ont perdu des dizaines de milliers d'hommes ces dernières années. Quand je dis ces dernières années, c'est pas ces deux dernières années, chacun l'aura compris, et donc j'ai fait en sorte, conte tenu de ce qui était aujourd'hui la menace, de maintenir un niveau des effectifs, qui soit conforme à ce que je pense l'intérêt du pays. Mais vous savez, on fait beaucoup d'efforts, et je demande beaucoup de sacrifices avec le Premier ministre, aux membres du gouvernement pour réduire les budgets, pour réduire les budgets. De même, pour les collectivités locales, de même pour la Sécurité sociale où il y a des règles qui ont été renforcées pour assurer une bonne maitrise de la dépense. Alors je fais en sorte que la sécurité soit préservée et que nous puissions le faire dans les enveloppes qui ont été prévues. Mais je vous le dis tout net, s'il y avait des dangers qui apparaissaient, je prendrais mes responsabilités. Maryse BURGOT (France 2) : On a senti de votre part un certain empressement à inviter Alexis TSIPRAS. C'est un ministre, un Premier ministre qui a été élu sur la promesse faite à ses électeurs, que la Grèce ne paierait pas la totalité de ses dettes. Alors, Monsieur le Président, est-ce que cette invitation rapide n'est pas un étrange message envoyé aux contribuables, aux citoyens français, qui eux, ont l'obligation de payer leurs dettes ? LE PRESIDENT : Mais j'avais invité le Premier ministre grec en 2012, c'était monsieur SAMARAS, aussitôt qu'il avait été élu, et j'ai fait de même pour Alexis TSIPRAS. Je l'ai fait aussi en pensant que la France pouvait être utile dans ce moment précis. Utile parce qu'elle est celle qui peut justement assurer aux Grecs la solidarité, ils l'attendent, ils ont beaucoup souffert, 4 ans d'austérité dure, perdu 25 % de la production nationale, même s'il y a eu un certain rééquilibrage des comptes publics, à quel prix ? Il y a eu néanmoins un abandon des dettes privées pour la Grèce, et donc des efforts ont été faits par les Européens. Mais je dois donc faire respecter aussi les règles européennes et les règles européennes, c'est de chercher ensemble une solution, c'est ce que j'ai dit à Alexis TSIPRAS, travailler ensemble pour décider ensemble. Et enfin, les dettes, il y a les dettes privées, il y a les dettes publiques. Les dettes privées c'est celles des banques, je vous ai dit qu'elles avaient été renégociées. Les dettes publiques ce sont les dettes de l'Etat grec à l'égard des Etats européens et donc de l'Etat français. Je suis, d'une certaine façon, comptable des engagements et le Premier ministre grec ne demande pas que le contribuable grec soit soulagé, au détriment du contribuable français ou allemand. Donc, qu'est-ce que j'ai à faire ? Le recevoir, c'est bien le moins, et dans cette compétition, qui n'était pas ouverte, je n'ai pas été le premier à le recevoir, mais je ne voulais pas non plus être le dernier, même si je lui ai dit d'aller voir aussi la chancelière, parce que c'est ce que l'on doit faire quand on appartient à une communauté, et elle le recevra. Nous aurons donc à chercher un accord, un accord pour permettre que dans le moyen terme, il puisse être donné un cadre, pour que les Grecs puissent faire des réformes, payer les dettes et en même temps trouver la solidarité européenne. Ce travail doit être engagé rapidement, vous avez sans doute appris que la Banque centrale européenne avait pris une décision, hier, tard, qu'elle a des conséquences, cette décision, c'est qu'elle renvoie sur les Etats, sur les gouvernements, les responsabilités, et c'est bien légitime, c'est aux Etats, aux gouvernements, bientôt donc à ce que l'on appelle l'Eurogroupe, de prendre ces décisions. Elle dit aussi au gouvernement grec qu'il doit annoncer un cadre pour ses réformes. Je suis très attaché à la zone euro, je l'ai montré depuis deux ans et demi, mais je suis aussi très conscient que l'austérité à tout jamais, comme ligne d'horizon, ne peut pas être une solution, ni pour les Grecs, ni pour les Européens. A partir de là, nous devons, dans un contexte qui a déjà changé, qui est plus favorable à la croissance, trouver l'accord et la France y jouera tout son rôle, on lui demande même de le faire. Hervé HESQUIN (AFP) : Vous avez annoncé - et c'est une vraie surprise que vous vous rendiez cet après-midi avec Angela MERKEL à Kiev et que vous serez demain à Moscou pour y voir Vladimir POUTINE, doit-on comprendre que c'est la dernière chance laissée à la diplomatie dans ce conflit ? Les Etats-Unis envisagent de livrer des armes, quelles serait la prochaine étape ? La France pourrait-elle s'associer à cette initiative américaine ? Faut-il relever les sanctions ? LE PRESIDENT : On croit toujours que la guerre c'est pour les autres, on pense toujours que la guerre c'est loin, que la guerre ce n'est pas pour notre génération - c'était pour les temps de nos parents, de nos grands-parents - on n'imagine pas que la guerre puisse être une réalité et, pourtant, à quelques heures d'avion à l'Est de l'Europe, à ses frontières, il y a des femmes, des hommes, des civils qui meurent chaque jour ; il y a des armes lourdes qui sont disposées ; il y a des tirs d'artillerie ; il y a des hôpitaux qui sont visés ; il y a des tranchées qui sont creusées et on est donc passés en quelques mois insensiblement de ce qui était un différend à un conflit et du conflit à la guerre. Il y a donc, à partir d'aujourd'hui, deux options : soit on rentre dans une logique qui consiste à armer les protagonistes, puisque les uns le font - les Russes par rapport aux séparatistes alors faisons-le pour les Ukrainiens pour leur permettre de se défendre. On m'expliquera la différence qu'il y a entre une arme défensive et une arme offensive ? Mais c'est une précaution de langage pour dire qu'on pourrait être prêts à armer les Ukrainiens ; et puis il y a une autre option, elle n'est pas sûre de réussir, mais si elle n'est pas tentée nous ne le serons jamais, c'est l'option de la diplomatie, de la négociation, elle ne peut pas être prolongée indéfiniment. Je vous ai donné mon expérience ! Lorsque j'ai réuni le président POROCHENKO et le président POUTINE le 6 juin à l'occasion des cérémonies du Débarquement, j'avais considéré que c'était un pas important qui venait d'être ainsi fait ; et puis il y a eu le protocole de Minsk, nous avons fait en sorte Angela MERKEL et moi-même d'y contribuer et nous pensions qu'une solution était donc en perspective et puis tout s'est défait dans les applications, dans les détails et puis ensuite dans les mouvements de force et, là, nous sommes dans la guerre et dans une guerre qui peut être totale. J'ai donc, avec la Chancelière – nous en avons parlé depuis plusieurs jours - décidé de prendre cette initiative et de la lancer avec l'objectif non pas de parler mais de chercher un texte qui puisse être accepté par toutes les parties prenantes, d'où le déplacement de cet après-midi à Kiev et, ensuite, d'aller voir Vladimir POUTINE sur la base du document que nous aurons élaborés Allemands et Français avec les Ukrainiens et donc avec également Vladimir POUTINE. Si nous réussissons, nous aurons évité une escalade dans le conflit, ça ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de risque demain que certains se mettent en travers, j'en connais ; si nous échouons, je ne me place dans cette hypothèse, mais elle existe et je ne veux pas la cacher - parce que je sais que c'est difficile - si nous échouons, que dira-t-on ? Que la France et l'Allemagne, et j'insiste beaucoup là-dessus, la France et l'Allemagne ont fait en tant qu'Européens, en tant qu'amis de l'Ukraine, de la Russie, tout ce qu'elles pouvaient faire ces deux grandes nations pour agir. Avec Angela MERKEL, nous avons considéré que nous avons des responsabilités particulières : l'Allemagne, parce qu'elle est en relation économique forte avec l'Est de l'Europe et qu'elle a un lien avec l'Ukraine, la Russie ; la France, pourquoi la France ? Parce que la France est une grande nation européenne mais ça ne suffit pas parce que la France a un lien historique, culturel, humain, politique, économique aussi avec la Russie et que nous avons pour les droits de l'homme, pour la souveraineté, des positions qui ont été reconnues en Ukraine, nous avons agi, le ministre des Affaires étrangères Laurent FABIUS et que nous savons aussi assurer la sécurité dans cette partie-là - nous avons déployé d'ailleurs un certain nombre de nos moyens avec le ministre de la Défense. Voilà ! Et pour celles et ceux qui s'interrogent toujours sur ce qu'on appelle le couple franco-allemand, une vieille histoire, je ne sais pas s'il y a un couple, je ne sais pas s'il y a un moteur, mais il y a un lien fort entre la France et l'Allemagne, parce que quand la France et l'Allemagne sont unies ça pèse non seulement en Europe, ça pèse partout dans le monde. Depuis que j'exerce cette responsabilité et j'en terminerai pour répondre à votre question ainsi quelles sont les nations qui pèsent dans le monde ? C'est la question que je me suis posée ! Combien sont-elles ? Quels moyens peuvent-elles utiliser ? Qui a la capacité de mettre en œuvre une armée ? Qui peut prendre une décision à l'échelle du monde ? Qui a la force économique ? Et quand nous sommes ensemble Français et Allemands nous avons toute la capacité de la puissance à l'échelle du monde, et je veux que les Européens s'en rendent compte - ils le savent et que le monde également saisisse ce qui va se produire. Ulysse GOSSET (BFM-TV) : Je voudrais quand même revenir sur l'Ukraine, vous nous avez dit avec gravité : « l'Ukraine c'est la guerre », alors on voit bien les conséquences éventuelles si la diplomatie échouait, est-ce que c'est la guerre de la France ? Et puis il y a l'autre guerre, celle dans laquelle nous sommes déjà engagés, au Proche-Orient, compte tenu de la menace intérieure-extérieure, compte tenu de la progression de Daech, de l'Etat islamique, est-ce que vous envisageriez maintenant un changement de stratégie à l'égard de la Syrie jusqu’à présent vous avez limité les opérations à l'Irak dans le cadre de la coalition est-ce que vous souhaitez, est-ce que vous avez décidé de changer de stratégie et de frapper aussi en Syrie pour s'attaquer aux racines du mal, aux donneurs d'ordre qui menacent la sécurité intérieure de la France ? Merci ! LE PRESIDENT : La France n'est pas en guerre en Ukraine - et elle ne veut pas être en guerre en Ukraine - elle veut éviter la guerre. Et elle n'en sera pas ! Parce que je considère que la France ne peut pas rentrer dans cette logique et que, pour le moment, nous devons tout faire pour que ce soit la diplomatie et la politique qui reprennent leurs droits ; La France ne rentre pas dans le débat de la fourniture des armes à l'Ukraine et c'est pourquoi je fais avec Angela MERKEL ce déplacement. Ensuite, la France n'est pas favorable, elle l'a toujours dit mes prédécesseurs comme je le fais moi-même la France n'est pas favorable à ce que l'Ukraine rentre dans l'Alliance Atlantique. Que les choses soient bien claires ! Parce que nous devons dire la vérité à tous les pays qui nous entourent, ce qu'ils peuvent demander, je sais que c'est leur démarche et ce que nous ne pouvons pas accepter, en tout cas c'est la position de la France. Je le dis aussi pour les Russes qui s'inquiètent toujours, qui pensent qu'il y a la main des Américains, comme si nous étions revenus à des périodes bien anciennes enfin pas si anciennes que ça mais non je pense que nous devons régler ces questions-là, j'allais dire presque entre Européens, c'est-à-dire nous sommes sur le même continent, nous ne sommes pas dans la même union mais nous sommes dans le même continent et nous devons régler ces questions-là et, si elles ne sont pas réglées, alors il y aura une responsabilité aux yeux du monde. Au Moyen-Orient nous avons un travail à faire en Irak, nous le faisons, et j'allais dire avec de plus en plus d'intensité, avec de plus en plus d'opérations, nous avons même déployé notre porte-avions et il est sur zone - comme disent les militaires avec des avions qui peuvent intervenir à tout moment. C'est en Irak que nous portons l'effort, pourquoi ? Parce que c'est en Irak qu'il y a un état, une souveraineté, une armée qui peuvent lutter contre Daech et assurer la reconquête des territoires, c'est ce qui est en train de se produire avec des succès… Trop lents, mais des succès. La Syrie, il n'y a pas d’Etat ou un régime et ce n'est pas pareil qui ne contrôle plus d'ailleurs son territoire et il y a des forces djihadistes, fondamentalistes autour de Daech pas seulement autour de Daech et nous ne pouvons pas intervenir si ça peut être un facteur favorable ou pour le régime pour continuer à massacrer sa population, ce qu'il fait avec des bombardements ou pour laisser une place à des groupes qui veulent en fait notre perte. Donc, nous soutenons ce que nous faisons d'ailleurs depuis deux ans, nous soutenons ce que nous appelons les forces démocratiques en Syrie et il y en a et les oppositions qui se sont coalisées hélas pas toujours avec la force nécessaire, par exemple au Nord de la Syrie, dans la zone de Kobané, nous avons pris nos responsabilités et aidé les Kurdes de Syrie à pouvoir se défendre et nous continuerons à le faire. Ensuite, il y a un lien toujours entre le terrorisme extérieur et le terrorisme intérieur, non pas qu'il y ait des réseaux constitués mais il y a des sources d'inspiration et il y a même des djihadistes hélas qui partent d'Europe donc de France aussi pour aller mener le combat en Syrie ou en Irak, ou au Yémen, eh bien nous devons faire en sorte d'empêcher ces départs et, lorsque ces individus reviennent, de les mettre hors d'état de nuire. Anne-Sylvaine CHASSAGNY (Financial Times) : Une question sur la Grèce, s'il vous plait. Est-ce que vous pensez concrètement que la décision du gouvernement grec de sortir du programme de sauvetage le 28 février est une option réaliste et vous avez dit que vous voulez respecter le vote du peuple grec, est-ce que ça veut dire que vous allez abonder, appuyer la proposition du gouvernement grec pour assouplir les contraintes budgétaires et échanger sa dette contre d'autres instruments ? Merci ! LE PRESIDENT : Ce que j'ai voulu dire et que je veux rappeler c'est qu'un peuple s'est exprimé nettement, sur un message, qui était le refus d'une austérité sans fin et en même temps l'ancrage dans la zone euro, si le gouvernement grec n'entendait pas rester dans la zone euro ou prenait des décisions qui étaient contraire aux règles européennes, la question serait forcément posée du soutien que je pourrais lui apporter. Mais dès lors que le gouvernement grec dans ses déclarations, dans ses démarches, entend aller vers l'acceptation de réformes - il veut même faire les réformes qui n'ont pas été accomplies par les prédécesseurs, notamment sur le plan fiscal - veut respecter ses engagements, notamment sur la dette il ne dit pas qu'il veut annuler la dette, il dit qu'il veut renégocier un certain nombre de ses termes et veut sur le programme qui était celui qui était présenté et qu'il devait respecter, même s'il était suspendu, qu'il veut avoir un cadre pour y travailler, eh bien travaillons-y. Et c'est ce que les gouvernements vont faire ! Et la décision de la Banque centrale conduit nécessairement et les Grecs et les Européens à se mettre autour de la table et à faire en sorte qu'un programme puisse être défini. Alors vous savez en politique souvent il ne faut pas utiliser les mots précédents, donc s'il s'agit de ne plus parler de programme, mais de cadre d'action, va pour le cadre d'action. Hussein KNEIBER (Al Arabiya) : Monsieur le Président, le Liban, un pays ami de la France, est toujours à la recherche d'un président consensuel, un haut diplomate Français - monsieur Jean-François GIRAUD est sur place aujourd'hui, quelle aide la France pourrait apporter aux Libanais pour qu'ils puissent élire un président dans un contexte régional très tendu ? Merci ! LE PRESIDENT : Le Liban est un pays ami de la France et la France est d'une certaine façon garant de l'unité du Liban et de son intégrité. Il y a depuis plusieurs mois un vide au sommet de l'Etat puisqu'il n'y a pas eu l'élection d'un président de la République. Nous travaillons avec d'autres, car je pense que c'est aux Libanais d'en décider, pour que cette élection puisse avoir lieu dans les meilleurs délais. Quand je dis « d'autres », vous les connaissez les autres, c'est-à-dire y compris l'Iran qui est une des solutions aussi pour la résolution de ce problème. En ce qui concerne le Liban, la France a fait beaucoup pour donner au Liban les instruments de sa sécurité avec un accord que nous avons passé avec les Saoudiens pour que l'armée libanaise puisse être renforcée et c'est nécessaire. Enfin, sur le Liban, il y a une charge très importante, oubliée bien sûr depuis que d'autres sujets ont surgi, c'est celle des réfugiés. La France avait pris l'initiative d'une conférence pour le Liban pour lui apporter les aides et les soutiens nécessaires, et elle continuera. On va prendre encore quelques questions sur l'international pour, ensuite, passer aux questions nationales. Thomas HANKE (Handelsblatt) : Vous avez mentionné votre travail, votre accord avec le gouvernement allemand, particulièrement en ce qui concerne l'Ukraine. Or, il n'y a pas que la politique étrangère en Europe, l'Europe est en train de changer, de bouger après les élections en Grèce et quand on regarde un peu plus loin vers cet automne, il y aura des élections en Espagne où très probablement il y aura une force qui est comparable à Syriza qui peut gagner les élections. Vous êtes très fortement sollicité, vous pouvez d'un côté continuer à travailler avec l'Allemagne sur le plan économique, financier et social dans la perspective d'une politique je dirais orthodoxe, donc réformes structurelles et assainissement budgétaire, ou vous pouvez donner votre support à une politique de gauche, réorienter l'Europe vers une Europe sociale, une Europe qui se donne les moyens de dépenser davantage. Qu'est-ce qui sera votre place dans cette Europe de gauche ou dans l'Europe orthodoxe ? Merci. LE PRESIDENT : Je suis Européen, c'est ça la réponse. Je ne fais pas une Europe de gauche. Si je faisais une Europe de gauche, ce serait une petite Europe en ce moment, mais je ne fais pas une Europe de droite parce que ce n'est pas la conception que j'ai de l'Europe, ni ce qu'elle doit représenter pour les peuples. Je fais l'Europe, je fais avancer l'Europe et pour faire avancer l'Europe, il y a d'abord, vous l'avez dit, le compromis que nous devons avoir chaque fois avec l'Allemagne pour montrer le chemin. C'est notre responsabilité. Il n'y a pas d'Europe forte s'il n'y a pas un lien également solide, robuste ce qui n'empêche pas les différences d'approche parfois mais un lien solide et robuste entre la France et l'Allemagne. Ensuite, l'Europe ce n'est pas l'Europe des riches contre l'Europe des pauvres. Ce n'est pas l'Europe du Nord contre l'Europe du Sud : c'est l'Europe. Quand il y a un pays qui est en difficulté, il y en a eu plusieurs, le rôle de l'Europe est d'apporter une solidarité mais aussi de faire faire des réformes. Pour ce qui concerne la Grèce, mais pour ce qui peut concerner d'autres pays vous avez cité l'Espagne c'est de faire en sorte qu'il puisse y avoir une politique de croissance à l'échelle de l'Europe. Regardez ce qui s'est passé depuis deux ans et demi. Il y a eu des réformes structurelles, la France en prend sa part. Il y a eu des redressements de comptes publics, la France doit encore y travailler. Et puis, il y a le soutien à la croissance, plan Juncker, la Banque centrale européenne, le niveau de l'euro qui est plus conforme à l'économie réelle. Il y a aussi des flexibilités qui ont été introduites. L'Allemagne et la France se sont retrouvées sur ces politiques après un cheminement mais se sont retrouvées. Ce que nous devons faire à l'égard de la Grèce, puisque c'est elle qui aujourd'hui repose la question la question juridique est soulevée depuis quatre ans c'est de lui apporter ce que nous devons faire en termes de solidarité et en même temps de l'arrimer, de l'accrocher à la construction européenne. Vous avez remarqué que depuis l'élection d'Aléxis TSÍPRAS, il n'y a pas eu un pays qui a demandé que la Grèce sorte de la zone euro. Pas un. Chacun sait ce qu'il a à faire. Ce qui fait peut-être la caractéristique de la France, chacun a son rôle et la France est un pays fondateur, la France est un grand pays européen, la France est la deuxième puissance économique de l'Europe, c'est qu'elle est capable de parler et aux uns et aux autres, et de les unir. Je n'emploierai pas le mot de synthèse puisque quelquefois il est mal compris, encore qu'il faut y réussir, mais l'enjeu c'est d'unir l'Europe. J'ai évoqué tout à l'heure l'unité de la République. Ça, c'est l'enjeu majeur pour la France. Se retrouver sur l'essentiel même quand il y a des clivages, même quand il y a des sensibilités mais l'Union européenne, ça doit être un projet européen. Rien ne serait pire que d'humilier les Grecs, mais rien ne serait pire pour les Grecs de faire en sorte qu'elle voudrait faire chemin à part. Il n'y a pas de chemin à part, on est sur la même route mais on doit être plus ou moins accompagné. Florent GUIGNARD (Radio France Internationale) : Je voulais vous parler de la lutte contre le terrorisme en Afrique. Il y a dix mois, il y a eu un sommet ici-même à l'Elysée consacré à la lutte contre le terrorisme au Nigeria et contre Boko Haram. Quel bilan faites-vous de l'action sécuritaire menée depuis ce sommet alors qu'on a plutôt le sentiment que Boko Haram gagne du terrain ? Est-ce que la France pourrait s'engager davantage, est-ce que vous confirmez d'ailleurs que des avions militaires français ont récemment participé à des opérations ? LE PRESIDENT : Dans ce sommet que vous rappelez, j'avais plaidé et j'avais été entendu pour que l'union africaine se dote d'une force ou de forces régionales capables de pouvoir intervenir. Et l'union africaine vient de décider d'ailleurs par rapport à ce qui se passe au Nigeria, au Cameroun de mettre en place cette force africaine pour y répondre. Dans l'attente, le Tchad, le Cameroun, le Nigeria coordonnent leurs forces pour agir contre Boko Haram. Boko Haram, c'est une secte terroriste qui veut également conquérir des territoires et soumettre des populations avec des massacres effroyables. Les jeunes filles qui ont été enlevées, qui n'ont toujours pas été retrouvées, des enfants qui ont été massacrés et je ne veux pas ici faire la liste macabre de tout ce qui s'y produit. Que fait la France ? Elle soutient de façon logistique, elle soutient de façon opérationnelle, y compris en fournissant carburants et parfois munitions. Elle soutient ces forces africaines qui luttent contre le terrorisme. Et qu'on me comprenne bien, la France, elle ne peut pas régler tous les conflits du monde. On l'appelle partout, en Libye où c'est le désordre le plus absolu, le chaos, on la sollicite. Au Nigeria, au Cameroun, dans la zone du Sahel on l'appelle. En Syrie j'ai été sollicité. La France, elle ne peut pas être la seule puissance du monde à agir avec des moyens militaires et financiers qui ont été rappelés. Donc il y a un message que je veux adresser à la communauté internationale, et aux plus grands pays, faites votre travail, ne faites pas la leçon, faites l'action. Ce n'est pas pareil, la leçon et l'action. Faites votre devoir, personne ne le fera à votre place. D'abord c'est la communauté internationale, les Nations Unies, c'est le cas notamment pour la Libye et je veux saluer les efforts de Ban KI MOON qui fait tout ce qu'il peut avec le représentant spécial, pour essayer de réconcilier en Libye et de permettre qu'il y ait un jour la communauté internationale qui soit en appui. Mais je pense aussi aux grandes puissances du monde, Amérique, Russie qui ne peuvent pas regarder quelquefois. L'Amérique fait son devoir en Syrie et en Irak, la Russie essaie de concilier l'opposition syrienne, mais avec le régime, ce qui rend la tache compliquée. Mais regardez pour l'Afrique, nous devons aider les Africains, beaucoup plus pour agir contre le terrorisme. Et si nous ne le faisons pas, il y aura de nouveau des Etats qui seront déstabilisés. Le Nigeria, je le rappelle toujours, c'est la 20ème puissance économique du monde, la Libye, ce sont des puits pétroliers qui sont en ce moment attaqués, au Nigeria, il y a des actes de piraterie qui maintenant mettent en cause un certain nombre de ressortissants de tous les pays du monde, voilà où nous en sommes. L'enjeu, il est mondial. Vous avez vu ce qui s'est produit, les journalistes japonais qui ont été lâchement assassinés. Alors à menace globale, réponse globale, à danger international, action internationale, voilà ce que la France lance comme appel. Mais la France dans ce cadre-là, elle prendra ses responsabilités, mais pas partout. Grégory LAFONT (M6) : Monsieur le Président vous évoquez depuis quelques semaines maintenant et vous l'avez encore fait ce matin, le sommet sur le climat qui aura lieu à Paris en décembre. Et vous insistez sur l'exigence environnementale de la France en vue de cette échéance. Mais les politiques environnementales se construisent sur plusieurs années et vous avait quelque peu tardé à mettre en oeuvre les engagements de campagne en la matière. Par ailleurs les écologistes, vos alliés ou anciens alliés ont quitté le gouvernement, eux qui connaissent bien et maitrisent ces dossiers. Alors ma question est la suivante, comment comptez-vous convaincre le monde que la France a bien pris le virage écologique ou se donne les moyens de prendre le virage écologique que d'autres pays ont pris avec plus d'avance que nous, notamment en termes de croissance vert et d'emploi vert, merci ? LE PRESIDENT : Il est possible que des pays aient pris plus d'avance que nous, il n'y en a pas beaucoup. Mais la France, elle doit être forcément en tête sur ces questions là. Donc je ne discuterais pas le palmarès, j'essaierais de montrer qu'à travers la conférence environnementale, la feuille de route qui a été présentée hier, la loi sur la transition énergétique qui va plafonner la production nucléaire, faire monter les renouvelables, faire aussi un effort considérable en matière d'économie d'énergie, assurer la mobilité propre, bref, c'est une loi qui est regardée comme l'un des plus grands textes qui a été voté par un pays. Nous avons réussi même à faire que les objectifs portés par la loi sur la transition énergétique puisse être ceux qui ont été retenus à l'échelle de l'Europe parce que l'Europe là aussi, elle a fait son travail et du bon travail sur les objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre, comme sur les économies d'énergies, comme sur le renouvelable. Nous voulons faire voter une loi sur la biodiversité avec la création d'une agence sur la biodiversité. Nous voulons également une fiscalité biologique, elle a été mise en place et elle va monter en régime. Et ce n'est pas parce que le prix du pétrole baisse que nous devons relâcher notre effort, parce que nous avons besoin de cette révolution, de cette transition, de cette mutation. Et vous avez raison si la France n'est pas exemplaire, elle ne pourra pas convaincre, donc notre contribution va être élevée, c'est-à-dire que nous allons montrer que la France, l'Europe peuvent atteindre les objectifs qui permettent d'éviter que la planète à la fin de ce siècle ne soit en réchauffement de plus de 2°. Est-ce que nous pouvons encore faire davantage ? Sans doute puisque nous avons lancé un grand programme notamment pour le logement, de réhabilitation énergétique et il y a des dispositifs fiscaux qui ont été présentés, qui sont parmi les plus incitatifs d'Europe pour permettre cette mutation. Et comme nous sommes européens, moi j'ai pris un principe, prendre ce qu'il y a de meilleur dans chacun des pays d'Europe. Et notamment pour ce qui a trait au renouvelable et à la mobilité des transports. Enfin il faut construire une union européenne de l'énergie. Ce n'est pas possible d'avoir 28 politiques énergétiques, même si chacun doit avoir sa propre politique de diversification énergétique, vous savez que la France a une part importante donnée au nucléaire, pour la production d'électricité. Mais nous devons avoir des règles communes pour que nous ayons aussi des politiques notamment pour le prix du carbone, qu'il puisse être particulièrement efficace pour atteindre les objectifs. Mais vous avez insisté sur un point, si la France et l'Europe ne montrent pas l'exemple, nous ne pourrons pas convaincre la Chine et les Etats-Unis, or depuis plusieurs semaines, plusieurs mois, il y a des déclarations et elles sont importantes, des Chinois et le Premier ministre y était, des Américains, OBAMA, le président OBAMA a été particulièrement clair là-dessus pour que nous puissions réussir la conférence. Donc j'ai confiance et c'est pour cela que je vais me déplacer tout au long de ces prochains mois partout dans le monde, je commencerais par les Philippines à la fin du mois de février avec Nicolas HULOT. Pourquoi les Philippines, parce que c'est un des pays qui a été touché par les tsunamis, encore récemment et par les catastrophes naturelles. J'irai avec un certain nombre de personnalités pour lancer un appel pour que nous puissions engager la discussion et faire que les sociétés civiles puissent se mobiliser. Ça va être plusieurs grands moments tout au long de l'année 2015, en France notamment. Les entreprises doivent être pleinement engagées, et je sais qu'elles en sont convaincues, car c'est une opportunité la croissance verte, donc il y aura plusieurs grandes réunions avec les entreprises, européennes, mondiales, pour aboutir à des résultats. Enfin, dernier sujet, le fonds vert et la mobilisation financière. La France, là aussi, a dégagé 1 milliard de dollars, et va faire en sorte que nous puissions mobiliser des financements privés pour atteindre le chiffre de 100 milliards. Alors, nos amis écologistes, comme vous dites, qui sont des spécialistes de l'écologie, mais pas que de l'écologie, n'ont pas le monopole de l'écologie, parce que ce serait finalement leur donner l'image qu'ils ne veulent pas avoir. La France doit être un pays écologique, on voit bien aussi ce qu'on peut faire sur le plan agricole, sur le plan industriel, parce que c'est une source de croissance, mais si les écologistes veulent venir participer à cette politique, ils sont les bienvenus. David DOUKHAN (Europe 1) : Depuis dimanche dernier le débat politique en France se concentre sur la législative partielle dans le Doubs, où nous assistons à un duel entre votre parti, le Parti socialiste, et le Front national. On vous a entendu, maintes fois, dire que lorsque l'on partage les valeurs du socle républicain, lorsqu'on est un citoyen qui est attaché à ces valeurs, on doit combattre le Front national par tous les moyens. Et pourtant l'UMP, avant-hier, a fini par opter, après des débats difficiles ; vous disiez à l'instant que la synthèse n'est pas facile, toujours facile à obtenir ; a opté pour appeler ses électeurs à, soit s'abstenir, soit voter blanc, et en aucun cas appeler à voter PS, qui est le seul moyen, finalement, dans cette législative, pour faire barrage au Front national. Alors, je m'adresse à l'homme de convictions, quel regard portez-vous sur cette position que l'UMP a finalement choisie, considérez-vous que c'est responsable, que c'est digne d'un parti républicain, d'un parti de gouvernement ? LE PRESIDENT : Moi je suis le chef de l'Etat, je ne suis pas le chef d'un parti. Chacun connaît ma sensibilité, chacun, au moins ici, sait ce que j'ai fait pendant des années dans le cadre d'une responsabilité à la tête d'un parti. Et, dans ces circonstances, les partis n'ont pas toute la place, parce que ce sont les électeurs qui décident, mais ce que peuvent dire les partis c'est ce qu'ils pensent être l'enjeu, et ensuite donner leur propre orientation, qui n'influence pas toujours les électeurs, mais ça fait partie du débat. Lorsque moi-même j'ai été confronté à cette situation, je l'ai été comme chef de parti, et dans des moments exceptionnels, dans un moment exceptionnel, qui était celui de 2002, où le candidat que je soutenais, Lionel JOSPIN, n'était pas au second tour, et où le choix qui nous était réservé était, ou le candidat de l'extrême droite, ou le candidat qui était le président sortant et qui représentait la droite républicaine. Ai-je hésité une seule seconde ? Le parti dont j'étais le responsable a-t-il tergiversé une seule minute ? Je ne dis pas que c'était simple, je ne dis pas que tous nos électeurs nous ont suivi, comment le savoir, ce que je sais c'est qu'à un moment il faut que des paroles soient dites. Mais je ne suis pas là pour faire la leçon, ça serait trop simple, trop facile. Ce que je veux simplement vous confier, et à travers vous aux Français, c'est qu'il y a des partis qui sont dans la République, ceux qui concourent aux suffrages sont dans la République, ont des élus dans la République, ont le droit, donc, d'avoir des candidats, et donc des élus. J'ai parlé de l'unité nationale, tous les citoyens sont dans la République, et ont bien le droit de voter pour qui leur paraît conforme à leurs convictions. Mais est-ce à dire que tous les partis sont pleinement dans les valeurs de la République ? Non. Adhérent aux valeurs de la République ? Non. Au moins, à toutes les valeurs ? Sûrement pas. J'entendais une candidate parler de l'inégalité des races, est-ce que ça fait partie des valeurs de la République ? A partir de là il y a des choix qui peuvent être faits, et qui sont des choix de convictions. Mais, il faut éviter la confusion. L'unité de la République ce n'est pas la confusion, des sensibilités, des philosophies, des convictions. L'unité nationale ce n'est pas l'union nationale avec un gouvernement d'union sacrée, ça c'est une autre époque, l'unité de la République c'est des différences, qui doivent être regardées comme telles, et qui sont légitimes, mais il y a un moment où, au nom des valeurs, les électeurs doivent faire des choix, et je les laisse les faire avec leurs convictions, et quand ils sont capables de se réunir autour de la République, ils savent ce qu'ils ont à faire. Isabelle TORRE (TF1) : Je voulais revenir sur les banlieues dont on a beaucoup parlé depuis les attentats terribles d'il y a un mois. Votre Premier ministre, Manuel VALLS, a employé le mot d'apartheid, alors je voudrais savoir si vous auriez vous-même employé ce mot, mais pour aller plus loin, est-ce que vous faites partie de ceux qui pensent que la société a une dette morale envers certains quartiers, laissés un peu à l'écart de la République, ou alors vous pensez au contraire que certaines communautés se sont exclues elles-mêmes des valeurs de cette République ? Merci. LE PRESIDENT : Moi je ne reconnais pas les communautés, et je ne parle pas de dette, ou de crédit, je dis que tout citoyen de la République a les mêmes droits et a les mêmes devoirs. Je dis aussi que la République reconnaît tous ses enfants, où qu'ils soient nés, où qu'ils vivent, quel que soit leur parcours, leur couleur, leur religion, leurs convictions, et que la France a un devoir ; ce n'est pas une dette le devoir, c'est un devoir qui est lié à la promesse même de la République ; le devoir de faire que chacun de ses enfants, chacun de ses citoyens, puisse réussir sa vie, et ne pas avoir le sentiment qu'il est ségrégé, séparé, discriminé, écarté, mis de côté, parce qu'il vivrait dans le même ensemble, dans le même quartier, parce que son seul destin ce serait de le quitter, parce qu'il n'y aurait plus possibilité d'être véritablement ensemble. La grande question qui nous est posée, mais elle ne date pas d'aujourd'hui, elle ne date pas du mois dernier, c'est : est-ce que nous avons la capacité de vivre ensemble, pas de vivre à côté les uns des autres, de vivre ensemble, pas simplement de nous parler, de nous regarder, mais d'échanger, de partager, de réussir ensemble ? Et quand il y a des fatalités de destins, parce qu'on vit dans une cité, parce qu'on va dans une école qui n'est pas la meilleure de France, quand on peut, même, avoir l'accès à l'université mais qu'on ne va pas dans les bonnes filières, dans les bonnes écoles, et quand même on fait tout ce parcours et qu'on n'a pas les mêmes droits à l'emploi, alors, il y a une souffrance, il y a une colère, qui d'ailleurs n'a rien à voir avec ce qui peut se faire par la violence, mais qui se traduit par justement la séparation, et le sentiment de la ségrégation, qui sont des insultes pour la République. Alors, que faire ? Je vous ai dit, pendant 30 ans il y a eu des politiques, et moi je veux aussi les reconnaître, parce que cessons de dire qu'on découvrirait les sujets ou qu'on n'aurait rien fait depuis 30 ans. Il y a eu et je salue les élus qui ont participé, les ministres qui s'y sont dévoués pendant des années, quelle que soit leur sensibilité il y a eu des villes qui ont changé, des quartiers qui ont évolué. Et, qu'est-ce qui s'est produit ? Ce sont toujours les mêmes populations qui se retrouvent au même endroit, et quand une de ces familles arrive à en sortir, eh bien c'est une autre famille plus pauvre encore, qu'on remet là, parce que d'autres villes n'en veulent pas, et écartent la responsabilité. Alors, il y a aussi plus de chômage dans ces villes-là, dans ces quartiers-là, il y a aussi plus de désarroi, d'abandon, pas simplement d'ailleurs dans les quartiers, aussi on le vit dans les zones rurales. Première décision, et le Premier ministre, avec le gouvernement, aura à la mettre en œuvre, c'est ce qu'on appelle le peuplement, et c'est ce qui a été indiqué. Nous devons faire en sorte que pour la loi SRU, de solidarité urbaine, elle soit strictement appliquée, que des communes ne puissent pas s'en dégager. Et, s'il le faut, les sanctions seront renforcées, le pouvoir des préfets sera lui-même conforté, pour prendre les décisions en matière de construction de logements dans ces villes-là. L'intercommunalité, qui est un atout pour justement réussir la mixité sociale, permettra également de faire une bonne répartition de la population. Les bailleurs sociaux seront mis devant leurs responsabilités. Trop de bailleurs sociaux s'arrangent pour que ce soit toujours dans les mêmes endroits qu'on mette les populations les plus difficiles. Il y a d'ailleurs trop de bailleurs sociaux, il faudrait qu'on fasse un travail de simplification, de réduction, il n'y a pas de raison. Et puis, enfin, il convient aussi qu'il y ait plus de logements qui soient créés, partout en France, et c'est le grand enjeu. Ça c'est le peuplement. Ensuite il y a l'accompagnement. L'école, je l'ai dit, puisqu'il y aura un renforcement de l'éducation prioritaire, déjà les quartiers ont été mieux identifiés, ça vaut pour la politique de la ville comme pour la politique de l'école. Il y aura un accompagnement qui sera fait dans ce qu'on appelle la réussite éducative, formidable programme, qui marche, qui n'est pas assez diffusé, eh bien il sera généralisé là où nous avons considéré qu'il y avait des inégalités trop fortes. Et puis les associations, formidable travail que font ces femmes, ces hommes, venant des quartiers, assurant, autant qu'il est possible, parfois la paix sociale, évitant la communautarisation, cherchant des interlocuteurs, ne les trouvant pas toujours, nous avons donc introduit des conseils de projets de ville dans tous les contrats qui ont été prévus dans le cadre de la politique de la ville, et le gouvernement veillera à ce que ces conseils soient entendus et respectés. Les crédits des associations, qui ont été considérablement diminués ces dernières années, seront non seulement préservés, mais augmentés, là où il y a justement une priorité qui doit être donnée à la politique de la ville. Accompagnement, peuplement, développement. J'ai évoqué la création d'une agence de développement économique, pourquoi ? Il y a plein de dispositifs qui existent, les gouvernements sont toujours d'une grande richesse pour inventer, et donc ça se superpose, ça s'accumule, on n'y voit plus rien, on n'y voit plus clair. Donc, tout sera regroupé dans une agence, du développement économique, avec la Banque Publique d'Investissement, avec la Caisse des Dépôts, qui mettront tous leurs moyens. Cette agence de développement économique, comme il y a l'Agence pour la rénovation urbaine, suscitera la création d'entreprises, parce qu'il y a beaucoup de créations d'entreprises dans ces quartiers, beaucoup d'initiatives, et donc cette agence sera mise en place le plus rapidement possible. Les fonds existent, pas besoin d'en rajouter, il faut les déployer là où c'est nécessaire. C'est un enjeu, c'est un enjeu pour l'égalité des territoires, mais je ne veux pas qu'on oppose, comme c'est fait souvent, alors les quartiers, par rapport aux centres urbains, là où il n'y aurait pas de pauvres ? Il y a aussi des pauvres dans les centres urbains, et notamment dans les petites villes. Et également l'espace de la ruralité ou de la péri-ruralité. Donc nous avons un grand enjeu qui est la présence des services publics dans tous ces quartiers-là, et dans tous ces espaces ruraux-là. Et aussi, avec ce qui va être une priorité du gouvernement, le numérique, l'enseignement du numérique, la formation au numérique, la création d'emplois par le numérique. Une grande école du numérique sera créée, elle sera chargée justement de diffuser ces formations partout sur le territoire, en plus de ce qui va être fait dans le cadre de l'enseignement. Il y a eu déjà des initiatives privées en matière de formation au numérique, c'est excellent. On devra rassembler aussi des moyens. Mais, il ne peut y avoir de développement que s'il y a une politique économique qui permet la création d'entreprises. Je réunirai très prochainement les Assises de l'entreprenariat, parce que je crois à l'entreprise, au sens de la création de richesses, au sens aussi, pour ces jeunes, de la possibilité qui doit leur être donnée de réussir, d'entreprendre, d'engager. Et donc nous prendrons, là encore, tous les moyens pour que dès l'école il y ait cette culture de l'entreprise et que, après - je l'évoquais, les lycées professionnels, l'apprentissage - qu'on puisse conduire ces jeunes vers des métiers et aussi vers l'installation à leur propre compte, pour réussir leur vie. LE PRESIDENT : C'est un enjeu qui n'est pas simplement que citoyen, on le voit bien, il est économique, on a une chance en France, on ne la saisit pas toujours, nous serons bientôt le pays le plus peuplé d'Europe, en 2050, nous avons une jeunesse, formidable jeunesse, qui peut aussi avoir ses troubles, ses interrogations, ses désespoirs, et quand on a une démographie forte, eh bien, on doit faire des politiques en faveur de la jeunesse. Et c'est ce que nous avons fait depuis deux ans et demi, que nous continuerons à faire. J'ai présenté la loi du ministre de l'Economie comme une loi pour les jeunes, parce que chaque fois qu'on donne à des jeunes la possibilité de créer, chaque fois qu'on leur permet d'avoir plus de simplicité pour réussir leur vie, notamment pour passer le permis de conduire, chaque fois qu'on permet à des jeunes de pouvoir accéder au financement, chaque fois qu'on permet à des jeunes de rentrer dans des marchés où ils sont pour l'instant écartés, parce que ce sont des marchés fermés, parce que ce sont des rentes, eh bien, on favorise la fluidité, la mobilité. Et ça vaut pour tous les territoires. Laurent JOFFRIN (Libération) : Monsieur le Président, il y a un an, sous votre impulsion, votre gouvernement a annoncé un certain nombre de mesures, plus favorables à l'entreprise, ce tournant a parfois été qualifié de social libéral, depuis, il y a eu plusieurs symboles, il y a le « J'aime l'entreprise » de Manuel VALLS, il y a eu des dispositions de la loi Macron. Et manifestement, cette ligne politique a déconcerté une partie des gens qui ont voté pour vous. Donc est-ce que vous allez poursuivre dans cette direction jusqu'à la fin du quinquennat ou bien, est-ce que cette ligne sera infléchie, amendée plus vers la gauche, pour revenir, diraient certains, vers la gauche ; est-ce que vous serez un président de gauche jusqu'à la fin ? LE PRESIDENT : Mais je le suis depuis le début, parce que, quand je fais le choix de l'économie, de la croissance, c'est pour qu'il y ait plus d'emplois, ce n'est pas pour faire plaisir à une catégorie, pour me faire estimer par un certain nombre de commentateurs, ce qui d'ailleurs n'a pas été le cas, ou pour me faire adouber par je ne sais quel milieu. C'est bien parce que je pense que c'est indispensable pour que l'économie française soit plus compétitive, plus créatrice, qu'il y ait plus d'investissements, d'ailleurs, l'investissement reprend, repart, pour qu'il y ait la capacité pour les entreprises françaises de pouvoir faire valoir leurs atouts à l'échelle du monde, parce que je veux une France comme je l'ai dit forte pour pouvoir distribuer des richesses. Mais la mission que je me suis donné, c'est la mission, et les événements qui se sont produits n'ont fait que renforcer cette conviction, c'est une mission d'unité, de réconciliation, mais non pas simplement autour de valeurs qui seraient vides de sens, autour de l'égalité, autour de la justice, autour de ce que doivent être les droits et les devoirs d'une jeunesse qui attend beaucoup de nous. C'est la raison pour laquelle pendant les deux ans et demi qui me restent dans ce mandat, j'agirai sur les grands sujets, que sont : l'école, parce que, ce que nous avons déjà posé comme bases maintenant nous permettra d'aller beaucoup plus loin encore, pour la réussite, pour la lutte contre le décrochage, pour l'excellence, pour la transmission des valeurs de la citoyenneté, beaucoup plus loin sur l'égalité entre les territoires, ce que je viens de présenter, beaucoup plus loin aussi sur la capacité que doit avoir notre pays pour avoir une meilleure santé, ça sera un projet de loi qui sera bientôt présenté, permettre que l'accès aux soins soit garanti, sans que d'ailleurs les professionnels aient à s'en inquiéter, par exemple, le tiers-payant ne sera mis en place que si un mécanisme simple de paiement est possible pour les professionnels de santé. Mais faire en sorte que sur le territoire, chacune et chacun puissent accéder aux soins, c'est un principe essentiel. J'irai plus loin aussi sur la nécessité de faire que, notamment pour les plus jeunes, il puisse y avoir l'accès à l'entreprise, à la création, à l'initiative, et puis, il y a tout ce qui est relatif au numérique, qui va être le grand enjeu, là aussi, d'égalité, pour qu'il n'y ait aucune fracture, aucune frontière. Donc c'est l'égalité qui va être la clef pour entrer pleinement dans la réussite. Et si j'avais encore un doute sur cette capacité qu'a le peuple français de s'investir dans de grandes tâches, dans de grandes missions, les derniers événements l'auraient levé. Ce qui m'a frappé dans ce qui s'est produit, au-delà du drame, c'est qu'à un moment, les Français, que l'on dit toujours attachés à leurs intérêts, à leurs privilèges, à leur situation, sont capables de se lever pour d'autres choses que simplement la recherche d'un intérêt ou d'une protection ou d'un financement, simplement pour être la France. Et s'ils sont à ce point mobilisés sur l'essentiel, c'est parce qu'ils croient en leur pays, ça a été tout le sujet depuis deux ans et demi : est-ce que la France y croit ? Est-ce qu'on est fiers de nous ? Est-ce qu'on peut réussir ? Et en quelques jours, parce qu'il y avait eu cette épreuve, nous avons été capables de montrer qu'on était un grand pays, qu'on était capable de nous rassembler, de lever tant d'obstacles qui étaient sur notre route, de ne pas être dans la vengeance, dans la revanche, dans la rancune, dans la régression, dans la peur. Eh bien, quand on a un pays qui a cette force-là, on doit le conduire pour aller plus loin, à gauche si on est de gauche. Jean-Jérôme BERTOLUS (I-Télé) : aujourd'hui, cette conférence de presse est très liée, bien sûr, à l'esprit du 11 janvier, mais je voudrais savoir si l'esprit du 11 janvier ne se fracasse pas en quelque sorte sur votre politique économique, sous-tendue par une politique budgétaire très restrictive, on le voit avec la montée, semble-t-il, inexorable du chômage, qui est un facteur principal, voire exclusif de désagrégation sociale, on le voit avec la nécessité de renforcer les moyens pour les écoles, dans les quartiers avec les tensions dans la défense et la police, donc première question, et puis, tout petit droit de suite, dans les quartiers, on a donc évoqué le terme d'apartheid, est-ce que, finalement, ne faut-il pas aller jusqu'à une discrimination positive, le fameux plafond de verre, et est-ce que vous seriez prêt enfin, diront certains à gauche, à mettre en œuvre des statistiques ethniques ? LE PRESIDENT : France, elle aime bien les débats qui ne servent à rien, statistiques ethniques, on en parle depuis des années, et on va faire quoi ? Il y aura les pour, les contre, ceux qui diront : mais c'est de la discrimination, puisqu'on va mettre des personnes sur des listes, qui auront des droits que les autres n'auront pas, et puis les autres vont dire : mais, on ne veut pas être, nous, regardés comme étant une population qui vient d'où ? Les Français, ils seraient regardés selon leur couleur, leur origine, leur quartier ? Non, nous pouvons regarder ce qui se passe par rapport à des lieux de vie, pas besoin de faire des statistiques ethniques, regardez où vivent un certain nombre de nos compatriotes, et vous verrez les problèmes de chômage, les problèmes de scolarité, les problèmes de réussite, voire même la capacité de créer une entreprise. Donc ce débat-là n'apporterait rien, mais il ne sera pas clos par ma propre intervention, je vous fais confiance, il est infini, éternel. Faisons là où nous connaissons la réalité. Deuxièmement, sur la discrimination positive, c'est comme la laïcité positive, pourquoi mettre positif partout ? Elle peut être négative, à quoi ça sert ? Il y a de la discrimination, elle existe la discrimination, la laïcité, elle est la laïcité, et donc je ne veux pas rentrer dans ce type de raffinement de vocabulaires qui, là, nous font perdre l'essentiel. L'essentiel, c'est l'égalité, appelons les choses comme la République les a appelées. Parce qu'elle ne s'est pas beaucoup trompée, la République quand elle s'est fondée, l'égalité, cette promesse qu'elle a faite, qui n'est pas simplement une égalité des droits, qui est aussi l'égalité des conditions, comment faire en sorte que nous puissions avoir des parcours qui nous permettent de nous accomplir. La fraternité, on s'était posé cette question, pourquoi les Républicains avaient accolé à la liberté, on comprenait bien la liberté, l'égalité, c'était d'abord l'égalité des droits, mais la fraternité, pourquoi la fraternité ? On en a eu une illustration de la fraternité, il y a un moment où un pays a besoin de faire bloc, d'être ensemble, de regarder l'autre comme son semblable, et c'est pourquoi ce mot-là, il doit être absolument considéré. Et il n'y a pas de fraternité positive ou de fraternité négative. Enfin, sur la montée inexorable du chômage, non, il n'y a pas de montée inexorable du chômage, il y a eu une montée, et là, vous avez raison, du chômage depuis deux ans et demi, et j'en ai pris toute la responsabilité. Mais j'ai, à chaque fois, dit que je prendrai toutes les mesures économiques, industrielles, sociales pour qu'il n'y ait pas de fatalité. Il y a un environnement qui est meilleur, incontestablement, est-ce qu'il suffit ? Non. Donc nous allons continuer les réformes, continuer autant que ce mandat durera, continuer, parce que, au-delà de textes qui sont encore en discussion, qui vont changer déjà beaucoup de choses, du pacte de responsabilité, qui est appliqué à partir du 1er janvier, donc on ne peut pas encore en apprécier tous les résultats, puisque c'est au mois de janvier que, il va rentrer pleinement en oeuvre, eh bien, nous continuerons, le dialogue social, ça sera aussi une réforme économique, parce que dans les entreprises, ça sera un atout, et puis, on aura aussi l'actualisation à faire de l'accord interprofessionnel sur la sécurité de l'emploi, et ça sera un facteur, là aussi, qui permettra aux entreprises et aux salariés d'avoir des possibilités de créer davantage d'emplois. Et puis, nous continuerons, nous continuerons à simplifier, parce que ces grandes réformes que nous avons engagées, continueront aussi à créer de l'activité économique par la transition énergétique, la croissance verte, nous continuerons jusqu'au bout, et j'ai même dit que je serai jugé sur ce résultat-là, parce que si, après cinq ans, un président de la République n'arrive pas à atteindre l'objectif qu'il s'est fixé pour être élu, eh bien, il ne peut pas être de nouveau candidat à la responsabilité suprême du pays. Mais je ne le fais pas pour cet objectif-là, je ne le fais pas pour mon propre emploi, je le fais pour la conviction que j'ai que, effectivement, l'économie, l'emploi, la création de richesses, c'est essentiel. Mais je vais vous donner le fond de ma pensée, si vous croyez que c'est même en baissant le chômage et il faut baisser le chômage qu'on en terminera avec l'extrémisme, avec le désarroi, avec la peur, avec l'instrumentalisation de l'islam, avec la ségrégation qu'une partie de la population voudrait organiser avec une autre ? Si vous pensez qu'on en aura terminé parce qu'on aura réussi sur le plan économique il faut réussir sur le plan économique on n'aura pas terminé avec ces questions-là. Vous avez vu ce qui se passe en Allemagne, vous avez vu ce qui se passe dans certains pays, qui ont un niveau de protection sociale élevé, et quelquefois, un chômage plus faible que le nôtre, Suède, Finlande, ce qui se passe en Europe est une menace, est une menace considérable, et que nous devons régler en Européens, mais aussi, que nous devons régler dans notre pays. Parce que, un pays qui est touché par le populisme ne peut pas avoir aussi un rayonnement international, parce qu'on le regarde un peu différemment, et moi, je n'accepte pas d'être regardé comme un pays qui aurait à défendre ses convictions. Nous l'avons montré. David REVAULT D'ALLONNES (Le Monde) : Depuis le mois de janvier, l'exécutif, au premier chef, ses principales figures, bénéficie d'un regain certain de crédibilité, de popularité, estimez-vous que celui-ci sera durable, et notamment qu'il se traduira dans les urnes, au-delà de la législative partielle de dimanche, dans le Doubs, et dans la perspective des prochaines élections départementales des 22 et 29 mars ? Et puis, deuxième question, sur le contexte économique et social qui, contrairement aux précédentes conférences de presse, a été assez peu abordé ici, vous aviez dans la première moitié de votre quinquennat formulé des pronostics optimistes concernant la reprise, la croissance, et des engagements concernant le rythme de réduction des déficits, le chômage, ceux-ci ne se sont pas vérifiés, est-ce que vous êtes prêt, au vu des indicateurs économiques favorables au niveau international, à vous engager à nouveau, vous évoquiez le chômage à l'instant, est-ce que vous prendriez un engagement, et est-ce que vous formuleriez à nouveau d'autres pronostics optimistes sur la croissance, les déficits d'ici la fin de votre quinquennat ? Merci. LE PRESIDENT : Est-ce que je peux prévoir les élections ? Non. Ce sont les Français qui décident des élections, pas les plus hautes autorités de l'Etat ou pas les chefs des formations politiques. Ils auront à se prononcer, il y a deux scrutins, l'élection départementale en mars, élection régionale en décembre. Est-ce que l'élection partielle du Doubs est une indication ? Trop tôt pour le dire, le second tour n'a pas eu lieu. Mais on sait qui est arrivé en tête dans le Doubs, et je ne dois pas oublier cette réalité, je viens de m'exprimer par rapport à cette menace, à ce danger, à ce risque pour notre pays. Ensuite, la popularité, la popularité ne doit jamais être un facteur de décision, moi, j'ai pris des décisions avec une popularité très faible, j'ai pris des décisions et j'en prendrai avec une popularité un peu plus élevée. Mais je prendrai toujours des décisions, ce qu'on attend du président de la République, ce n'est pas de prendre des décisions en fonction de la popularité, c'est en fonction de la réalité et en fonction aussi de la légitimité qui est la sienne. Je prendrai des décisions jusqu'au bout, et quoi qu'il m'en coûte, parce que j'estime que ces décisions sont bonnes pour mon pays. Et je ne regarde pas ces sondages comme étant des sondages qui, d'un seul coup, m'autoriseraient à relâcher la pression, au contraire. Ce qui vient de se produire me crée une responsabilité plus élevée encore, parce que quand il y a une épreuve qui frappe un pays, qui m'a frappé, qui a frappé le gouvernement, mais d'abord frappé des familles, il y a deux choses qui apparaissent, comment faire partager la douleur, le malheur à l'ensemble du pays, et ensuite, comment être à la hauteur en prenant les décisions. Et je pense que j'ai forcément changé à la suite de ces événements, non pas que j'avais besoin de connaître ces épreuves pour être ce que je suis aujourd'hui, mais parce qu'elles vous transforment nécessairement, parce que ces épreuves ont aussi changé notre pays, il ne le sait pas encore, mais il a éprouvé une grande fierté avec un grand malheur, et une capacité à se rassembler. Et donc mon devoir, c'est de faire en sorte que ce qui s'est produit, à travers ce drame et en même temps ce sursaut, puisse être maintenant porté par ce que je suis, par ce que le gouvernement peut faire, pour que nous puissions faire avancer notre pays et j'allais dire presque en dehors même des échéances électorales qui arrivent. Parce que je veux que nous puissions tirer de cette terrible épreuve un avantage et une réussite collective. Ensuite, sur l'économie, vous avez raison de toute façon, j'ai posé l'essentiel des règles, des actes pendant les deux ans et demi, j'ai dit qu'il y aurait encore des réformes, mais il y a des résultats, les résultats sont encore trop fragiles pour être considérés comme suffisants, les résultats, c'est que la croissance est déjà supérieure à ce qu'elle était, les résultats, c'est que l'investissement repart, les résultats, c'est qu'on maîtrise un peu mieux les déficits, même si c'est encore trop de déficits. Mais ce qui va compter essentiellement, c'est la capacité de la France à penser qu'elle est sur le bon chemin, la confiance, c'est le mot clef, la confiance. Quand les Français auront la conviction, ils peuvent maintenant la saisir par eux-mêmes, que nous sommes sur la bonne direction, que nous avons mis les bons principes, que nous avons défini les bonnes politiques, qu'il y a un environnement qui nous est favorable, alors, il faut y aller, le gouvernement doit montrer l'exemple, il doit y aller, plus d'audace, plus de réformes, et les Français doivent y aller aussi, et les entreprises, parce que c'est aussi à elles maintenant de prendre leurs responsabilités, il y a toujours des risques, je les prends les risques, le pouvoir les prend, sur la scène intérieure, sur la scène internationale, le rôle d'un chef d'entreprise, et je sais que c'est partagé, c'est de prendre des risques, et c'est maintenant que vient le moment. Michel URVOY (Ouest France) : Vous parliez de confiance. L'esprit du 11 janvier n'a toutefois pas gommé toute la défiance, en particulier à l'égard de la classe politique, à l'égard des représentants du peuple. Notre démocratie ne fonctionne pas toujours très bien ; le Parlement n'est pas parfaitement représentatif ; la démocratie sociale est souvent laborieuse ; la démocratie environnementale, si je puis la qualifier ainsi, donne lieu à des contestations à peu près systématiques de tous les projets valablement adoptés. Ma question est de savoir si vous pensez aujourd'hui nécessaire et politiquement opportun de moderniser ces institutions pour qu'elles soient 1°) plus représentatives et 2°) plus efficaces. LE PRESIDENT : La défiance à l'égard des institutions, elle est là. C'est vrai. Elle est d'ailleurs davantage par rapport à la parole politique que par rapport aux institutions elles-mêmes, qu'il ne faut d'ailleurs pas accuser de tout. Ce qui compte, c'est la pratique de ces institutions. C'est la manière avec laquelle on les met en œuvre, mais je n'esquiverai pas la question. La démocratie sociale doit changer et il y aura des décisions qui seront prises par la loi, en tenant compte des discussions qui ont eu lieu entre les partenaires sociaux. La démocratie participative doit changer. C'est la grande réforme que nous avons lancée, notamment par rapport au débat qui doit précéder tous les grands projets d'équipement ou d'investissement. Je suggère d'ailleurs qu'il y ait des consultations plus fréquentes des populations qui pourraient être liées avec les élections locales. Pourquoi, chaque fois qu'il y a des élections locales, ne pas soumettre un certain nombre de projets qui ont été déjà discutés et débattus et qui sont dans une impasse ? Sur la démocratie associative, je pense qu'elle doit être également consolidée. C'est le cas notamment dans les villes et dans les quartiers avec la mise en place de nouveaux lieux de délibération, de consultation et de participation. Reste la démocratie politique. Beaucoup a été fait, même si on n'en a pas toujours conscience : non-cumul des mandats, transparence, révision d'un certain nombre de procédures parlementaires, référendum d'initiative populaire même si trop de complications empêche que cet instrument soit pleinement utilisé. Que faudrait-il faire ? Beaucoup s'interrogent sur des réformes globales, décisives. Ne plus élire le président de la République au suffrage universel, je ne suis pas le mieux placé pour répondre à cette question mais je ne crois pas que ce soit la voie d'avenir, c'est la voie du passé. Supprimer le poste de Premier ministre, certains ont fait cette proposition. Moi, je pense qu'on peut très bien gouverner avec un Premier ministre dès lors qu'il y a l'harmonie, dès lors qu'il y a une bonne organisation du travail dans l'exécutif, un partage des tâches. Chacun doit être à sa place, en cohérence et en confiance. C'est le cas. Est-ce qu'il faudrait recourir à plus de référendums ? Ceux qui vous disent ça sont généralement ceux qui ne les organisent pas. On sait très bien ce que des référendums peuvent provoquer, ça ne veut pas dire que la question parfois ne peut pas être posée. J'avais dit par exemple que si on devait aller vers un service civique obligatoire, le peuple devrait être consulté, même si ce que je propose aujourd'hui est un service civique universel, c'est-à-dire que toute personne, tout jeune de moins de vingt-cinq ans qui fera la demande de faire un service civique de huit mois, et il y a de multiples actions à engager, avec une grande agence qui sera renforcée, l'agence de service civique, tout jeune pourra faire un service civique dès le 1er juin à sa demande. Nous savons qu'il y a aujourd'hui quatre fois plus de demande qu'il n'y a de service civique proposé. Tout jeune qui se présentera à partir du 1er juin de cette année pourra faire un service civique, ce qui va supposer de mettre toutes les collectivités, toutes les associations, tous les ministères, en capacité de proposer cent cinquante mille ou cent soixante mille missions dans un délai particulièrement court, mais enfin qui peut s'étaler sur plusieurs mois. J'ai évoqué la réserve citoyenne aussi pour susciter cette participation, mais je reviens aux institutions. Je pense que ce qui rétablit la confiance des Français à l'égard de ceux qui les gouvernent, c'est à la fois l'exemplarité et c'est l'efficacité. Enfin, c'est la capacité de nous retrouver ensemble. Je reviens sur ces trois points. Exemplarité : chaque fois qu'il y a une faute, chaque fois qu'il y a un manquement, il doit y avoir une sanction. Ça vaut pour les ministres, ça vaut pour les parlementaires, ça vaut pour les hauts-fonctionnaires. Il n'y aura pas d'entorse à cette règle, y compris par rapport à des affaires qui sont en cours. Parce que des fautes peuvent toujours être commises, chacun peut le comprendre, les Français les premiers, en se disant : « Nul n'est à l'abri de la pression, de l'envie, parfois de l'infraction ». Mais celui qui exerce un mandat au nom des autres, une fonction au nom de l'Etat ou de l'intérêt général ne doit pas pouvoir rester en responsabilité s'il a commis cette transgression. Exemplarité. L'exemplarité suppose aussi une indépendance de la justice. Je souhaite qu'elle puisse être non seulement garantie mais renforcée. J'ai plusieurs fois fait cette proposition, ça ne peut venir que d'une révision constitutionnelle et l'opposition est directement concernée par cette interpellation. Deuxième point, l'efficacité. Ça rejoint la question qui était posée. S'il n'y a pas d'efficacité de l'action publique, il n'y a pas de confiance dans la parole publique. Bien sûr qu'il y a toujours des situations qui permettent d'expliquer que les résultats ne sont pas au rendez-vous, que l'environnement international est trop lourd, que les prix du pétrole ou autres ont crée je ne sais quelle obligation. Là, on aura du mal à justifier un trop haut niveau de prix ou des taux d'intérêt trop élevés. Il y a donc une responsabilité là aussi. Ce que je demande au gouvernement, ce que je demande à l'ensemble des acteurs publics, c'est d'être efficaces et quelquefois même de dépasser toutes les contraintes administratives, toutes les lourdeurs, toutes ces procédures parce que le Parlement devrait réfléchir sur les procédures. Est-ce que c'est possible de faire pendant plusieurs mois un débat sur un texte qu'on considère comme urgent, avec plusieurs lectures, avec des nuits passées ? Est-ce que c'est encore possible dans une démocratie aujourd'hui, alors qu'il y a tant d'urgences ? Si on ne réfléchit pas à ces questions-là, on se dit : « On fait comme si la société n'avait pas changé ». Dans une entreprise, quand il y a une décision à prendre, ça ne prend pas des semaines ou des mois. Même dans une collectivité, ça va vite. Donc, il nous faut changer ces procédures ; c'est vrai pour le Parlement et c'est vrai pour le gouvernement. Aller beaucoup plus vite. Ensuite, il y a l'unité. Je pense que ce qui fait défaut aux acteurs politiques, et je ne veux pas les distinguer, c'est qu'il y a des clivages et ils doivent être clairs aux yeux de tous. Nous ne pensons pas tous la même chose. Les Français ne pensent pas tous la même chose. Des partis politiques existent et je les respecte. Ils concourent à l'expression du suffrage et ceux qui mettent en cause les partis sont ceux qui souvent vont créer leur propre parti. Nous devons avoir ce respect-là pour les formations politiques. Mais au-delà de ces clivages, au-delà de ces sensibilités, au-delà de ces différences, il y a des moments, il y a des sujets où on doit être tous ensemble. Ce qui était saisissant lors des épreuves du mois de janvier, c'est que les Français avaient besoin d'être ensemble et que nous soyons tous ensemble. Ceux qui ne l'ont pas compris se sont mis, à mon avis, non pas de côté mais à côté de ce mouvement. Là encore, pourquoi n'y aurait-il pas des sujets on a évoqué un certain nombre : la défense nationale, la sécurité, la lutte contre le terrorisme, l'action diplomatique, la dignité humaine, les questions de fin de vie, les questions d'éthique pourquoi on ne serait pas ensemble sur ces sujets-là ? C'est parce que souvent il y a des divisions qui ne sont pas comprises par les Français qu'il y a cette contestation. La réforme des institutions, c'est d'abord la réforme de celles et ceux qui sont dans les institutions. Eric HACQUEMAND (Le Parisien) : Dans votre introduction, vous avez légèrement évoqué le culte musulman, il existe depuis 2003 une organisation qui a été créée par Nicolas SARKOZY, qui s'appelle le CFCM, est-ce que vous pensez aujourd'hui que cette organisation est totalement dépassée, qu'il faut la réformer, qu'il faut l'élargir pour la rendre plus représentative ? Il y a aussi un autre débat concernant la laïcité et la réforme de la loi de 1905, est-ce que vous êtes favorable par exemple au financement public d'un certain nombre de mosquées et de lieux de culte pour permettre l'intégration de l'islam de France ? LE PRESIDENT : Le culte musulman est organisé depuis plusieurs années, ça a été un long cheminement, mais n'a pas la capacité suffisante de faire prévaloir un certain nombre de règles, de principes partout sur le territoire, même si c'est son intention. Donc ce que j'ai demandé au gouvernement, au ministre de l'Intérieur, c'est de travailler pour renforcer la représentativité de cette organisation, de ce conseil, et surtout de travailler avec lui pour régler des questions bien précises : les aumôniers dans les armées, dans les prisons, la sécurité des mosquées, la formation des imams, est-ce que nous devons recevoir des imams venant de l'étranger sans règles, sans contrôles, sans formation ? Non. Et nous devons tous y travailler. Nous sommes pleinement dans la laïcité. C'est-à-dire que ce n'est pas l'Etat qui va organiser à la place du culte, mais l'Etat avec le culte musulman, comme il a pu le faire dans d'autres périodes de notre histoire, avec d'autres religions, fait en sorte que puissent être respectées pleinement les règles de la République. Ensuite, sur la loi de 1905, il n'est pas question de modifier la loi de 1905. Il y a aujourd'hui toutes les façons de permettre au culte musulman, d'ailleurs comme à tous les autres cultes, de pouvoir pleinement assurer la liberté de conscience. Laëtitia KRUPA (France 5) : Contrairement à Nicolas SARKOZY, contrairement à Jacques CHIRAC, qui vous ont précédé, vous acceptez à vos côtés une caméra en immersion, pour un documentaire, notamment au début de votre quinquennat, là, il y a encore une caméra qui vous suit, à quoi ça sert ? Est-ce que ça sert à l'histoire ? Est-ce que ça sert à la pédagogie ? Ou à flatter votre ego ? LE PRESIDENT : Je ne savais pas qu'une caméra s'était glissée ici, je pensais que nous étions seuls, et que personne ne nous regardait. Mais s'il y a une caméra fantôme, qu'elle se dénonce rapidement. J'ai peur qu'elle dévoile des images qui ne devraient jamais être montrées. Donc… Ecoutez, moi, je réponds à des sollicitations, il y a des journalistes, pas simplement de la presse audiovisuelle, mais aussi de la presse écrite, qui veulent non pas faire un stage en immersion, mais tout simplement voir comment c'est de l'autre côté, j'imagine, je laisse voir ce qui peut être vu. Même si tout ne peut pas être vu. Non pas qu'il y aurait du mystère, non pas qu'il y aurait du secret nécessairement, oui, il y a quand même ce qui est relatif à la décision de l'Etat, ce qui ne peut pas être forcément connu de tous, mais sur la façon que j'ai de travailler, moi, je n'ai rien à cacher. Cécile AMAR (Le Journal Du Dimanche) : Il y a eu beaucoup d'incidents dans les écoles pendant les minutes de silence, est-ce que les enseignants sont assez formés ? Comment ramener ces jeunes dans le giron républicain et ultime question, est-ce que c'est raisonnable de convoquer des enfants pour apologie du terrorisme ? LE PRESIDENT : Alors est-ce qu'il y a eu des incidents, oui. Et est-ce qu'il y en a eu beaucoup, non. Il y en a eu trop. Et donc nous avons fait en sorte de tous les connaitre pour pouvoir tous les apprécier. Et tous, non pas les comprendre, ce n'est pas notre intention, mais en tout cas de tous les identifier pour essayer de voir ce qui avait conduit à ces incidents et ce qu'ils traduisent. Forts de ce travail, nous pouvons agir là où ça a été particulièrement important, ou significatif et le ministère a déjà engagé cette procédure. Il y a eu des sanctions qui ont été prises, sanctions à l'égard des élèves parce que lorsqu'il y a des manquements, lorsqu'il y a des insultes, lorsqu'il y a des transgressions, elles doivent être immédiatement sanctionnées et expliquées. Il n'y a pas deux poids, deux mesures. Là il y a lorsqu'il y a un rite, une minute de silence, un moment de recueillement, il y a une adhésion qui doit être commune, après des morts, des assassinats. Enfin est-ce qu'il y a eu des débats, oui il y a eu des débats dans les écoles, dans les collèges et c'était très utile. Et je veux saluer le corps enseignant qui a fait en sorte d'aller au-delà même du recueillement, et d'expliquer. Expliquer le droit aussi, ce qui peut être dit, ce qui ne peut pas être dit. Ce qui peut être fait, ce qui ne doit pas être fait. Est-ce que les enseignants sont bien formés pour assurer cette tâche ? Maintenant les enseignants sont formés, enfin depuis quelques années puisque nous avons réintroduit les écoles du professorat, ils ne l'étaient pas pendant plusieurs périodes. Est-ce qu'ils sont suffisamment formés à cette transmission, de la laïcité, de ses valeurs, de ces règles de droit, de cette relation avec les élèves, et notamment dans un certain nombre de quartiers ? Non, et c'est pourquoi nous allons renforcer la formation initiale, notamment sur les questions de transmission de la laïcité, également sur l'histoire, des religions, et aussi sur la gestion de ces incidents. Est-ce que nous devons aussi aller plus loin dans la formation continue, c'est-à-dire des professeurs qui y sont depuis plusieurs années, parce que parfois on dit ce sont les plus jeunes professeurs qui sont dans les quartiers les plus difficiles, c'est vrai. Il ne faut pas dire qu'ils n'assument pas bien leurs tâches, quelquefois ils le font avec encore plus d'autorité, mais il y en a d'autres qui peuvent être aussi demandeurs de plus de formation, et ils l'auront. Ensuite, sur les jeunes qui ont été convoqués, ou les très jeunes, là aussi la ministre a fait l'enquête qui convenait, ce ne sont pas les jeunes qui sont convoqués, ce sont les parents de ces jeunes, et ce n'est pas contre des enfants que les plaintes ont été déposées, mais éventuellement contre des familles qui n'auraient pas assuré leurs tâches de parentalité. Mais aucun jeune de 8 ans, de 9 ans, ne va être soumis à une sanction pénale, ça ne veut pas dire qu'il n'ait pas une sanction dans son établissement, mais une explication, qui devra lui être donnée, et une formation, si c'est nécessaire. Mais, pour revenir à cette question du lien avec les enfants, dans un certain nombre de quartiers, moi je veux saluer le travail qui est fait. On souligne les incidents. J'ai reçu les chefs d'établissements, de beaucoup de ces villes, et tous m'ont dit combien le travail en équipe était nécessaire, et combien nous aurons à faire que ces établissements aient les moyens nécessaires dans le cadre de la réforme, du collège notamment, pour mener à bien cette tâche éducative. L'école, c'est la transmission du savoir, et c'est la transmission des valeurs. On va prendre encore quelques questions. Laurence THEATIN (France Ô et Outre-mer Première) : Vous venez de parler, Monsieur le Président, de la République des quartiers sensibles. Il y a en Outre-mer quelque chose qui marche, c'est le service militaire adapté, 77 % d'insertions réussies, ça ne s'applique que dans ces collectivités. L'Armée, vous le savez, forme des jeunes issus des quartiers sensibles, souvent en décrochage scolaire, à des métiers très recherchés par les entreprises, comme dans la boucherie ou la restauration, l'Armée leur transmet aussi des valeurs, la citoyenneté, le respect de l'autorité ou, simplement, être à l'heure. Alors, est-ce que vous seriez prêt à étendre ce dispositif dans les quartiers sensibles de l'hexagone, et d'en donner les moyens à l'Armée ? LE PRESIDENT : Vous avez parfaitement raison, le service militaire adapté Outre-mer a montré des réussites exceptionnelles, 5000 jeunes sont formés chaque année dans le cadre militaire, mais pour exercer des métiers qui vont correspondre aux besoins de l'économie. C'est une institution, d'ailleurs, le système que vous venez de décrire, le service militaire adapté, ça fait des décennies que ça existe. J'ai donc décidé, avec le gouvernement, qu'il y aurait également une expérimentation en métropole, il y aura trois centres qui seront créés, nous verrons les lieux où nous pouvons les disposer, pour que nous puissions en tirer tous les enseignements, et que nous puissions avoir les mêmes résultats. Nous avons aussi sur les EPIDE, c'est des établissements, il y en a 18, qui marchent également avec un encadrement différent, mais qui peuvent être tout à fait conformes à l'esprit qui est celui du service militaire adapté, il y a 18 EPIDE, et nous pourrons augmenter du quart le nombre de ces établissements. Je prends une dernière question, et après c'est fini. Jérôme CHAPUIS (RTL) : D'abord, si vous permettez un droit de suite à la question de mon confrère de Ouest-France, tout à l'heure quand vous évoquiez les institutions, vous n'avez parlé ni du droit de vote des étrangers, ni de la baisse du nombre de parlementaires, ni de la proportionnelle. Est-ce à dire que vous excluez ces trois réformes ? Et puis question concernant une déclaration de Pierre MOSCOVICI. Le commissaire européen a déclaré, pendant votre conférence de presse, que la France devrait faire des efforts supplémentaires concernant la réduction de ces déficits. Je voulais savoir comment vous accueillez cette déclaration, tant sur le fond, faut-il aller plus loin que ce qui a été voté en juin dernier pour les trois prochaines années, et puis sur la forme, à trois jours d'une élection dans une circonscription que monsieur MOSCOVICI connaît bien et où le Front national, antieuropéen, est arrivé en tête ? LE PRESIDENT : Je vais être, pardon, cursif, puisque c'est la dernière question. Moi je n'engagerai de réformes que si elles sont consensuelles sur les institutions. Le droit de vote des étrangers, je suis favorable, je l'ai proposé, et il ne tient qu'à l'opposition de pouvoir participer à cette introduction. Pour l'instant, elle s'y refuse. Il faut une révision constitutionnelle, une majorité des 3/5ème, une majorité à l'Assemblée et au Sénat, vous avez les conditions. Sur le mode de scrutin. Je suis attaché à la stabilité et au fait majoritaire, même s'il peut toujours y avoir une meilleure représentation. Mais je ne vais pas ici, au moment où nous en sommes, penser que c'est une réforme d'un mode de scrutin qui va répondre à l'exigence d'unité républicaine que nous venons ici de proclamer. Quant au nombre de députés, je laisse les parlementaires en faire eux-mêmes la proposition. Je veux terminer pour vous dire que je vais partir cet après-midi, même à l'instant, que je rendrai compte de la mission que je vais faire à Kiev et à Moscou, dans les deux prochains jours, que c'est pour la France une initiative importante, je souhaite que, et le président POROCHENKO, et le président POUTINE, mesurent bien, maintenant, leurs responsabilités. Je veux aussi vous dire, que pendant 2 ans et demi, c'est-à-dire tous les jours qui me séparent de la fin de mon mandat, je ne cesserai d'agir dans l'esprit de l'unité de la République et de l'égalité entre les Français. C'est ce qui va m'animer, avec le gouvernement, quels que soient les rendez-vous, quelles que soient les épreuves, ça va être une tension que je veux installer, parce que quand on est porteur d'une espérance aussi forte, d'une exigence aussi élevée, quoi qu'il arrive, quoi qu'il advienne, le président de la République doit se mettre à la hauteur qui lui paraît être celle du pays. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/106.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/106.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c8e7e91fb1d3746c94a68e4f7daa032ce89ae969 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/106.txt @@ -0,0 +1 @@ +FRANCE. Secrétaire d'Etat à la politique de la ville Comme secrétaire d'Etat chargée de la politique de la ville, j'ai la responsabilité de porter l'action publique dans les 1500 quartiers prioritaires de notre pays et en direction des 6 millions de nos concitoyens qui y résident et aspirent à vivre dans l'égalité et la dignité. Les problèmes dans les quartiers ne sont pas les problèmes des quartiers mais ceux de la France toute entière. Je veux dire aujourd'hui que ceux de Lunel sont ceux de toute la France. En disant qu'il y a des problèmes, nous ne stigmatisons pas, nous ne disons pas que tel ou tel est responsable, nous prenons un engagement collectif : nous disons que Lunel n'est pas seul. La réponse républicaine est double et c'est le sens de notre présence conjointe, à Bernard Cazeneuve et moi aujourd'hui à Lunel : 1) d'abord une réponse essentielle et préalable de sécurité, de démantèlement des réseaux et de lutte contre la radicalisation ; Monsieur le Ministre de l'Intérieur, vous avez montré ici, à Lunel que la République savait faire face au risque terroriste, ce mardi, avec une opération de démantèlement réussie. L'ordre républicain doit être assuré et l'Etat se donne les moyens de le faire, avec la mise en place dès 2012 d'une Zone de Sécurité Prioritaire. La ZSP a permis de faire baisser la délinquance de voie publique, celle qui empoisonne le quotidien et nourrit le sentiment d'insécurité de la population. 2) dans le même temps, nous devons apporter une réponse de prévention et de cohésion aux difficultés que rencontrent les Lunéllois, et notamment les plus jeunes : comment faire vivre et partager les valeurs républicaines ? Comment prévenir les ruptures familiales, éducatives ou sociales ? Comment donner à chacun des chances égales de réussite ? Toutes ces questions sont celles qui doivent inspirer les responsables publics et guider la construction du contrat de ville. Véritable pacte pour le développement social, urbain et économique, le contrat de ville a vocation à être conclu à Lunel avant juin 2015, comme ce sera le cas dans les (389) autres agglomérations concernées de notre pays. Monsieur le Maire et président de la communauté de communes, l'Etat montre aujourd'hui son engagement. Il faut désormais, avec le préfet et l'ensemble des services publics, avancer concrètement, rapidement et résolument sur l'élaboration du contrat de ville. Le Président de la République en a donné les orientations essentielles, lors de sa conférence de presse jeudi dernier, pour donner corps aux exigences d'égalité et de citoyenneté dans les quartiers populaires : 1) en premier lieu, la lutte contre la relégation sociale, territoriale et ethnique que subissent de trop nombreux habitants des quartiers. Le Premier Ministre a employé des mots forts et clairs justes pour décrire cette situation. Il nous faut casser les ghettos, créer de la mixité partout dans nos villes et dans nos quartiers, améliorer le cadre de vie. Nous avons lancé pour cela en décembre dernier un nouveau programme de l'Agence Nationale de Rénovation Urbaine, l'ANRU. Ce programme est doté de 5 milliards d'euros d'équivalent subventions, et générera plus de 20 milliards d'investissements publics dans les 10 ans qui viennent, pour désenclaver, réhabiliter l'habitat, amener des équipements publics et améliorer les conditions de vie. Grâce à ce nouveau programme et aux crédits réservés par l'ANRU à la région Languedoc-Roussillon, je suis en mesure de vous annoncer que Lunel bénéficiera d'un projet régional de l'ANRU, dans le cadre du contrat de plan Etat Région. Le centre-ville de Lunel fera ainsi partie des 200 quartiers de France soutenu par un projet régional de renouvellement urbain. 2) en second lieu, le Président de la République veut que nous menions une action volontariste pour le développement économique dans les quartiers. Nous devons fédérer les initiatives, encourager la création et le développement des entreprises, soutenir le commerce de proximité et l'artisanat. La Caisse des Dépôts, dont je salue la présence de la directrice régionale pour Languedoc Roussillon, est prête à accompagner ce mouvement, pour la redynamisation du centre-ville de Lunel, comme elle est disposée à constituer avec d'autres partenaires l'agence nationale pour le développement économique des quartiers que le président a annoncé jeudi dernier. 3) Enfin le président a rappelé son attachement au tissu associatif, à ces animateurs sportifs ou culturels, à ces éducateurs et médiateurs, qui sont au contact des jeunes et contribuent à leur transmettre les valeurs de la République. Il faut que l'ensemble des acteurs éducatifs partagent un logiciel commun. C'est à cela que nous devons travailler collectivement, pour former une chaîne éducative continue. Cela passe par un renforcement du tissu associatif, et je sais que vous y êtes très attaché Monsieur le Député, de l'Education populaire. C'est pourquoi, nous avons décidé en 2015 d'augmenter les capacités d'action de la politique de la ville dans l'Hérault : - avec 1 million supplémentaire de crédits ; - avec des postes d'adultes-relais supplémentaires, 75 au total (soit 6 en plus) ; - avec l'affectation d'un délégué du préfet, ici, à Lunel, qui prendra ses fonctions dans les prochaines semaines. Lunel n'est pas seul. C'est le message que nous sommes venus délivrer avec Bernard Cazeneuve. Nous en appelons à tous les élus et responsables publics pour qu'ils s'engagent autour du préfet dans la reconquête républicaine. Nous en appelons aux habitants, aux commerçants et entrepreneurs, aux militants associatifs, aux parents, aux jeunes et à toutes les forces vives pour prendre part à la construction d'un projet de vie et de ville. D'un projet de vivre-ensemble à Lunel. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/107.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/107.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8f009a2b86dc771884837f1af703d794ea1dc51c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/107.txt @@ -0,0 +1 @@ +THOMAS SOTTO L'Interview Politique d'Europe 1, Jean-Pierre ELKABBACH, vous recevez ce matin le Premier ministre Manuel VALLS. Messieurs, c'est à vous. JEAN-PIERRE ELKABBACH Bienvenu monsieur le Premier ministre, Manuel VALLS bonjour. MANUEL VALLS Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH. JEAN-PIERRE ELKABBACH Dans le Doubs, la première surprise c'est d'abord la victoire de Frédéric BARBIER. Il devait être écrasé, il devait même ne pas être là au premier tour, il a gagné avec 863 voix d'avances. Est-ce que son amère victoire sonne pour vous comme une sorte d'avertissement et d'alerte ? MANUEL VALLS Oui bien sûr, je vais revenir au fond. Il y avait deux questions qui étaient posées concernant cette élection, vous venez de le dire : est-ce que le candidat socialiste pouvait être qualifié pour le second tour, on le donnait perdant ? Il a été qualifié pour le second tour parce que d'abord, c'était un très bon candidat, Frédéric BARBIER est un élu local que chacun connaît, que chacun connaît attaché à cette circonscription et à ses habitants. La deuxième question : pouvait-il un candidat socialiste pouvait-il, Frédéric BARBIER pouvait-il battre le Front National après les incertitudes que nous avons connues cette semaine quant à la position de l'UMP ; et parce que les enquêtes d'opinion montraient qu'une partie importante de l'électorat de l'UMP sans consigne pouvait ou allait voter pour le Front National… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais quelle conséquence vous en tirez pour le Parti socialiste, pour le gouvernement, pour vous-même et pour l'état de la France ? MANUEL VALLS Frédéric BARBIER a remporté cette élection de peu, et lui-même a eu raison de dire j'ai trouvé que son ton était grave qu'il ne fallait pas pavoiser. Et moi, je reste très lucide sur l'état de la France, de la crise de confiance que connaît notre pays et sur le danger que représente le Front National. Il y a quelques mois, j'avais dit moi-même que le Front National était aux portes du pouvoir, on me l'avait d'ailleurs reproché… JEAN-PIERRE ELKABBACH Ce matin, vous le répétez, ce n'est plus hypothétique, comme dit François HOLLANDE, ce n'est plus improbable ? MANUEL VALLS Il représente un véritable danger, surtout quand en face la digue, la digue n'est pas suffisamment solide pour contenir une formation politique qui n'épouse pas les valeurs de la République. Donc il faut être extrêmement lucide et la seule réponse que je peux apporter à votre question, c'est le travail, c'est persévérer pour apporter des réponses concrètes, pour obtenir des résultats face aux inquiétudes, aux angoisses, aux attentes de nos compatriotes. JEAN-PIERRE ELKABBACH Manuel VALLS, vous qui êtes partisan des mots qui parlent et qui disent la vérité, comment expliquer que depuis 2012, le Front National ait gagné dans cette circonscription 25 points, qu'on l'ait perdu, qu'il y a eu cette force, qu'une circonscription qui était ouvrière, populaire passe à l'extrême droite et que le monde rural aussi passe à l'extrême droite, est-ce que la France est en train étape par étape de passer en se durcissant vers l'extrême droite, vers une forme de xénophobie dans certains endroits, je ne généralise pas mais de l'islamisation qui provoque de l'islamophobie, etc. ? MANUEL VALLS Nous sommes sur le fil du rasoir et au fond, dans les mois et les années qui viennent… D'où la responsabilité qui est la nôtre, celle du président de la République, du gouvernement, de la majorité mais d'une manière plus générale les responsables politiques et les élites de ce pays, nous sommes sur le fil du rasoir. Soit nous allons vers une réponse autoritaire, dure, qui tourne le dos à ce que nous sommes, qui fracture davantage notre pays, et ça c'est le Front National et le Parti de la droite qui proposent cette solution ; soit il y a une réponse républicaine particulièrement ferme quand il s'agit de lutter contre l'insécurité, pour lutter bien évidemment contre le terrorisme, pour défendre bien évidemment nos valeurs et notamment la laïcité, pour faire en sorte que l'école soit cette promesse républicaine… JEAN-PIERRE ELKABBACH Monsieur le Premier ministre… MANUEL VALLS Et en même temps, laissez-moi aller jusqu'au bout, et en même temps qui soit donc ferme et généreuse. JEAN-PIERRE ELKABBACH On le… MANUEL VALLS Bienveillante parce que c'est ça aussi la France, la fermeté mais également la générosité. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais on répète ce type d'argument… MANUEL VALLS Non… JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça n'empêche pas que l'opposition numéro 1 pour le moment est le Front National, la deuxième force du pays et peut-être d'alternance… MANUEL VALLS Et donc ça veut dire que… Ca veut dire… JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est l'extrême droite. MANUEL VALLS Que la seule autre réponse… Mais rappeler les valeurs c'est important, surtout après ce que nous venons de connaître. Moi je trouve que d'ailleurs dans le débat politique, on nous explique que les valeurs ce n'est pas l'essentiel et qu'il faut uniquement répondre sur le chômage ou sur l'insécurité, c'est vrai. Mais parce que pendant des années, nous avons laissé la nation, la patrie, la laïcité, la République à d'autres, à la droite extrême ou à l'extrême droite, le camp républicain et notamment la gauche n'a pas suffisamment brandi ces thèmes parce que c'est aussi une réponse à la crise d'identité et à la crise de confiance que porte notre pays. Et en plus bien évidemment, sans résultat en matière de chômage, sans résultat en matière de sécurité, sans résultat en matière d'école, nous n'obtiendrons pas la confiance des Français. Si je vais par exemple aujourd'hui à Marseille, c'est parce que grâce à l'action que j'ai mise en oeuvre il y a 2 ans et demi et que Bernard CAZENEUVE a poursuivie, nous obtenons des résultats spectaculaires en termes de baisse de la délinquance. Si je vais à Marseille avec Najat VALLAUD-BELKACEM, c'est pour dire que l'école c'est la promesse républicaine. Et si je vais aussi à Marseille, c'est pour dire que sans croissance, sans soutien aux entreprises, sans compétitivité, il n'y aura pas de recul du chômage. Donc c'est… JEAN-PIERRE ELKABBACH Cela veut dire… MANUEL VALLS Uniquement en étant crédible sur les résultats et en brandissant haut et fort les valeurs de la République, que nous rétablirons la confiance, que les électeurs reviendront voter, parce que je vous rappelle qu'au second tour de cette élection partielle, la moitié des électeurs dont je pense beaucoup d'électeurs de gauche, pourtant il y a eu le sursaut de participation ne sont pas venus, donc il faut recréer les conditions de la confiance. C'est un long travail, je crois que nous sommes engagés sur ce chemin, mais c'est un long travail. C'est pour ça qu'il faut être lucide, modeste et travailleurs. JEAN-PIERRE ELKABBACH Quelques questions précises, si vous n'étiez pas allé deux fois dans le Doubs et Bernard CAZENEUVE une fois, est-ce que monsieur BARBIER aurait été élu ? MANUEL VALLS Monsieur BARBIER n'aurait pas été élu s'il n'avait pas été un bon candidat, et si nous n'avions pas… JEAN-PIERRE ELKABBACH D'accord mais la réponse ? MANUEL VALLS Il fallait… Restons modeste, moi je n'en sais rien, mais en tout cas parce qu'il y a eu une mobilisation autour de Frédéric BARBIER, parce que nous sommes allés le soutenir, parce qu'il y a eu aussi au plan national et au plan local des élus et des responsables de droite qui ont pris leur responsabilité… JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire… MANUEL VALLS Quand on est un grand parti qui a gouverné et qui vise à gouverner, on prend ses responsabilités. Appeler à s'abstenir ou à voter blanc, ça n'est pas une position politique. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire que vous appréciez un UMP quand il vote PS ! MANUEL VALLS Non, quand chacun prend ses responsabilités. Jean-Pierre ELKABBACH, si dans l'avenir comme ça a été le cas en 2002 pour une élection locale ou une élection nationale, j'ai à choisir entre un candidat de l'UMP et un candidat du Front National, je n'hésiterai jamais… JEAN-PIERRE ELKABBACH Alors justement, justement… MANUEL VALLS Pas une seconde… JEAN-PIERRE ELKABBACH Justement, monsieur BARBIER… MANUEL VALLS Donc ce que je demande, c'est que face précisément à une formation qui tourne le dos à ce qu'est profondément la France, qui par ses propositions je pense à la sortie de l'euro mettrait la France dans un désastre économique, il faut prendre toujours ses responsabilités. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais on voit bien qu'il va y avoir un sursaut. Mais dans le Doubs… D'abord, d'abord pour reprendre ce que vous venez de dire, ça veut dire que lors des élections qui vont venir, départementales et régionales, il est prévu des duels entre l'UMP et le Front National, le PS n'appliquera pas la loi du talion ? MANUEL VALLS Moi ce que je souhaite d'abord… JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire que vous ne ferez pas le ni-ni, vous voterez pour un… MANUEL VALLS Jamais, ce que je souhaite d'abord c'est que les candidats de gauche, les candidats du Parti socialiste soient au second tour. Et pour cela il faut le rassemblement le plus large… JEAN-PIERRE ELKABBACH Sinon ? MANUEL VALLS Autour des candidats, sinon, sinon les candidats socialistes ou les candidats de gauche seront éliminés. Et ce que je demande, c'est que chacun prenne ses responsabilités, le ni-ni (pour reprendre votre expression) n'est pas une position responsable. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc il n'y aura pas ou il n'y aurait pas d'échange de mauvais procédé ? MANUEL VALLS Jamais, parce que… JEAN-PIERRE ELKABBACH Dans le Doubs… MANUEL VALLS Quand il s'agit des valeurs de la République, on ne transige pas. JEAN-PIERRE ELKABBACH Expliquez-nous pourquoi dans le Doubs, monsieur le Premier ministre, entre le premier et le deuxième tour, le logo PS a disparu au profit du front républicain, est-ce que ça veut dire que pour gagner désormais, il faut que le Parti socialiste se cache derrière un mouvement poussif et fantôme ? MANUEL VALLS Non mais comment pouvez-vous dire ça Jean-Pierre ELKABBACH ? JEAN-PIERRE ELKABBACH Ben oui ! Parce que regardez… MANUEL VALLS Chacun connaît l'engagement de Frédéric BARBIER, mais il était lui-même… et il en a pris pleinement conscience, pas uniquement pour l'entre deux tours mais aussi parce que maintenant il est député, et il sait qu'il est député pas seulement… JEAN-PIERRE ELKABBACH Monsieur le Premier ministre… MANUEL VALLS Laissez-moi terminer, je réponds à votre question… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais regardez, regardez… MANUEL VALLS Pas seulement parce qu'il a été le candidat de la gauche rassemblée mais parce que d'autres, des maires et des maires de droite de cette circonscription ont appelé à voter pour lui. Donc il était, oui, incontestablement le candidat de tous les républicains et il l'assume parfaitement. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais le Front National fait autant que certains UMP + le PS + les Verts + le Front de Gauche + UDI + MoDem, c'est inouï ! MANUEL VALLS Jean-Pierre ELKABBACH, si le candidat socialiste avait été battu hier soir, qu'auriez-vous dit ? J'ai l'impression que c'est lui qui a perdu, il a gagné de peu, ne pavoisons pas, mais en même temps c'est lui qui l'a emporté. Et c'était très important parce que cette circonscription, c'est aussi celle d'un grand groupe automobile, PSA PEUGEOT CITROEN qui va mieux, et vous vous rendez compte, aux yeux du monde, alors que cette entreprise représente 10.000 emplois sur ce territoire, et je ne parle pas évidemment de la sous-traitance, 10.000 emplois. PSA qui cherche aujourd'hui et qui gagne des parts de marché dans le monde, qui va mieux, qui est en train de se redresser dans une circonscription représentée par le Front National ? Moi je ne le voulais pas pour mon pays et c'est pour cela que nous sommes tous mobilisés. JEAN-PIERRE ELKABBACH Alors vous l'avez dit tout à l'heure, les Français redoutent et refuse une double insécurité, d'abord la délinquance et toutes ses formes, ensuite la laïcité qui est bafouée, le communautarisme qui est galopant, vous avez entendu tout à l'heure avec Thomas le professeur de philosophie du lycée Averroès Sofiane ZITOUNI : endoctrinement, prières, antisémitisme. Est-ce que vous allez déclencher une enquête pour ce lycée Averroès en fonctionnement qui bénéficie de fonds de l'Etat ? MANUEL VALLS Le Rectorat du Nord-Pas-de-Calais a déclenché en lien d'ailleurs avec le lycée une inspection générale, parce qu'il faut évidemment avoir tous les éléments pour bien connaître ce qui s'y passe. JEAN-PIERRE ELKABBACH Comment vous allez empêcher les progrès de l'obscurantisme religieux dans les écoles, les lycées, les lieux publics, les hôpitaux, est-ce que le temps arrive de la reprise en main comme vous le dites, mais comment vous allez faire ? MANUEL VALLS Je réunis ce matin avec les ministres de l'Intérieur et de l'Education nationale l'ensemble des préfets, des recteurs, des directeurs d'Académie parce qu'en effet, il s'agit de mener un beau combat pour la République et pour la laïcité. Partout à l'école bien sûr, c'est ce que Najat VALLAUD-BELKACEM a annoncé, mais partout dans l'espace public… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais comment on fait ? MANUEL VALLS Mais parce qu'il faut tout simplement appliquer la loi. Nous vivons dans une République faite de droits et de devoirs, donc il y a des choses qu'on ne peut pas accepter. L'antisémitisme c'est une cause nationale, on ne peut pas accepter que des gamins considèrent aujourd'hui que leur ennemi c'est le juif ; on ne peut pas accepter que des jeunes ou tout simplement des citoyens considèrent que le blasphème qui n'est pas interdit dans notre pays que la liberté d'expression, que la liberté de caricaturer, c'est pour cela que des journalistes de Charlie Hebdo sont morts, soient mis au même niveau que l'antisémitisme, le racisme, l'apologie du terrorisme ou le négationnisme… JEAN-PIERRE ELKABBACH Très bien, très bien mais quand on a fait ce diagnostic… MANUEL VALLS Oui mais c'est un travail… JEAN-PIERRE ELKABBACH Qu'est-ce que l'on fait pour que la loi de la République domine désormais et s'impose à la loi religieuse ? MANUEL VALLS Jean-Pierre ELKABBACH, quand il y a cette confusion des esprits à l'école, dans les familles et surtout sur internet, c'est un combat qui commence bien sûr, mais c'est un combat d'une génération. Parce que quand on a des esprits aussi troublés, ça veut dire qu'il faut soutenir, former, mobiliser les enseignants mais tous les services de l'Etat pour cette cause, pour les valeurs de la République. Il faut les faire vivre, ça n'est pas seulement un discours, c'est dans l'enseignement mais partout il faut appliquer la loi. Et puis c'est aussi un débat, je l'ai dit il y a quelques semaines à la tribune de l'Assemblée nationale, au sein de l'islam nous devons aider les musulmans qui ne supportent pas d'être confondus avec ces discours, pas uniquement avec les jihadistes, pas seulement avec des terroristes mais avec l'intégrisme, le conservatisme, le radicalisme, il faut combattre. Il faut combattre le discours des frères musulmans dans notre pays, il faut combattre… JEAN-PIERRE ELKABBACH Comment, comment ? MANUEL VALLS Les groupes salafistes de quartiers… JEAN-PIERRE ELKABBACH Comment ? MANUEL VALLS Mais par la loi, par la police, par les services de renseignement, beaucoup de choses sont faites. Encore cette semaine, des filières ont été démantelées et encore dimanche à Toulouse et Albi, mais c'est un discours. Une religion ne peut pas imposer son discours dans nos quartiers… JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc on voit que ça va peut-être changer ! MANUEL VALLS Mais beaucoup de choses qui ont déjà été engagées, c'est un combat de tous les instants, c'est ça la République, en respectant chacun parce que la laïcité c'est croire ou ne pas croire ; et en disant aussi à nos compatriotes de confession ou de culture musulmane que leur place est dans la République, et que nous sommes là également pour les aider et pour les protéger. JEAN-PIERRE ELKABBACH Presque tous les jours, des filières jihadistes sont démantelées, les policiers travaillent bien, ils sont efficaces, etc., mais ce qui frappe c'est qu'il y a des candidats français, des gens qui sont des enfants de la France qui passent au terrorisme et qui sont à l'intérieur de notre pays. MANUEL VALLS Et ce sont près de 1.400 personnes qui ont été identifiées, Français ou résidents, comme étant en relation avec ces filières ; environ 750 y séjournent ou ont séjourné ; 410 seraient aujourd'hui sur place ; 260 repartis ; et 80 français ou résidents en France ont été tués sur place. Ce phénomène qui n'est pas propre à la France, qu'on connaît dans beaucoup de pays d'Europe, en Amérique, en Australie, qu'on connaît évidemment encore davantage au Maghreb tant que nous aurons cette situation qui perdure en Syrie, en Irak, au Proche et au Moyen-Orients, nous savons qu'il y aura ces candidats. Mais pour ce qui nous concerne dans cette guerre que nous menons contre le terrorisme et le jihadisme et contre l'islamisme radical, que nous avons menée au Mali, que nous menons aujourd'hui en Irak grâce à l'engagement de nos Rafale et de nos Mirage, cette guerre d'une certaine manière nous la menons dans notre pays puisqu'elle nous a été déclarée. Donc c'est la mobilisation des forces de l'ordre, des militaires qui seront toujours présents sur le terrain pour protéger les mosquées, les synagogues et les institutions juives et évidemment les espaces publics, mais nous devons aussi la mener par une mobilisation de notre société… JEAN-PIERRE ELKABBACH Monsieur le Premier ministre… MANUEL VALLS Et par les familles parce qu'on ne peut pas accepter que cette radicalisation, en prison ou ailleurs, continue de se propager. JEAN-PIERRE ELKABBACH Très bien. Quelques questions rapides maintenant sur le plan économique, etc. Emmanuel MACRON défend bien sa loi à l'Assemblée nationale, elle est en quelque sorte peu à peu dévitalisée, on va voir quelques exemples… MANUEL VALLS Je ne partage pas cet avis. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui ! Vous avez vu… Qu'est-ce que vous allez faire par exemple sur les manifestations des routiers, des auto-écoles, est-ce que vous les laissez bloquer les grandes villes, est-ce que le gouvernement va céder et revenir sur ces réformes promises parce qu'ils manifestent ? MANUEL VALLS La loi présentée par Emmanuel MACRON, la loi croissance et activité a été améliorée de ce point de vue-là, c'est un plus, c'est un coup de jeune comme l'avait dit le président de la République précisément pour baisser le coût du permis de conduire et baisser les délais… JEAN-PIERRE ELKABBACH Très bien, donc on ne cède pas… MANUEL VALLS Et réduire les délais. Donc on ne cède pas, on discute bien sûr mais on ne cède pas. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais on ne cède pas. Alors je voulais dire après la loi Macron, est-ce que vous irez plus loin, est-ce que vous aurez d'autres réformes de fond qui seront engagées ou que vous préparez sur l'emploi, sur la sécurité, enfin d'abord l'emploi ? MANUEL VALLS Mais dans le monde que nous connaissons, dans le monde global et ouvert, notre obsession avec le président de la République c'est faire en sorte que la France soit forte. La France, elle doit être à la fois forte, c'est vrai sur le plan militaire et sur le plan diplomatique et savoir compter aujourd'hui davantage encore dans le monde, elle doit être juste parce que c'est ça aussi la France, mais elle doit être forte sur le plan économique… JEAN-PIERRE ELKABBACH En avance. MANUEL VALLS Donc nous poursuivrons les réformes, elles sont indispensables pour rendre nos entreprises encore plus compétitives, nous avons encore 2 ans pour bien travailler au service de l'économie. Et moi… JEAN-PIERRE ELKABBACH On a l'impression que c'est une course de vitesse. C'est deux ans mais il y a beaucoup de choses à faire. MANUEL VALLS Cette année 2015 doit être l'année de la reprise économique. Les prévisions de croissance nous mettent à un pourcent. J'espère qu'avec la conjoncture économique que nous connaissons due à la baisse de l'euro, à la baisse des taux d'intérêt, à la baisse du prix du baril de pétrole, nous aurons en plus de ce que nous avons engagé le Pacte de responsabilité les moyens que nous donnons aux entreprises, la baisse du coût du travail, zéro charge autour du smic nous sommes en train, je crois, de réussir notre pari mais il ne faut pas lâcher cette volonté de réformer, de soutenir nos entreprises, parce que nous avons besoin pour nos salariés, pour ceux qui sont au chômage, pour ceux qui souffrent notamment du chômage de longue durée ou ceux qui ne trouvent pas d'emploi je pense aux jeunes nous devons continuer à mettre le paquet et à soutenir notre économie. JEAN-PIERRE ELKABBACH La Banque de France est en train de vous donner raison. Elle annonce à l'instant qu'il y a une croissance qui s'accélère. MANUEL VALLS Donc raison de plus pour maintenir le cap, celui des réformes. JEAN-PIERRE ELKABBACH Le président de la République a énuméré différents sujets d'intérêt national qui permettraient à l'exécutif et à l'opposition de travailler ensemble. Est-ce que vous renouveler ici cet appel ou il est caduc ? MANUEL VALLS Il y a une tentation, et je la sens bien depuis quelques jours, qui est de tourner la page après les événements que nous avons connus. Il ne s'agit pas de prôner l'unité nationale pour l'unité nationale et effacer les débats politiques. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous n'enterrez pas ce matin l'esprit du 11 janvier ? MANUEL VALLS Je crois aux esprits mais cet esprit est important. C'est une exigence des Français pour que nous nous mettions au bon niveau. Je ne veux pas retomber dans les querelles politiques ; je ne veux pas retomber dans l'ambiance que nous connaissions avant, qui est parfois faite de petitesse et de médiocrité. Il faut être au bon niveau et être au bon niveau, c'est répondre aux attentes et aux exigences des Français en matière d'emploi, en matière de sécurité, en matière de valeur, mais c'est aussi tendre la main. C'est faire en sorte que nous nous retrouvions sur l'essentiel. JEAN-PIERRE ELKABBACH A l'UMP et au centre ? MANUEL VALLS Mais à tous ceux qui veulent faire en sorte que la France aille mieux. JEAN-PIERRE ELKABBACH Monsieur le Premier ministre, est-ce que ça veut dire que vous pourriez discuter sur des sujets comme le terrorisme, l'éducation, la fiscalité, je ne sais pas, avec l'opposition ? MANUEL VALLS Mais c'est déjà le cas. Nous avons voté deux lois antiterroristes depuis deux ans et l'immense majorité des parlementaires l'ont voté. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça ne peut pas aller plus loin ? MANUEL VALLS La loi qui a été présentée sur l'asile par Bernard CAZENEUVE a reçu aussi un soutien au-delà des rangs de la gauche. JEAN-PIERRE ELKABBACH On ne peut pas aller plus loin ? MANUEL VALLS Si. Je suis convaincu, quand je vois ce qui se passe sur le terrain, quand je vois les élus dans les villes, dans les intercommunalités, dans les départements et dans les régions, capables de se rassembler autour des grands projets de l'aménagement du pays, des infrastructures, il n'y a pas de raison pour que nous ne puissions pas avancer. Quand je discuterai tout à l'heure avec le maire de Marseille, nous parlerons de l'avenir de sa ville. Est-ce que nous le ferons uniquement en fonction de critères politiques ou en fonction de l'intérêt général de la deuxième ville de France qui a besoin du soutien de l'Etat ? JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous avez entendu Nicolas CANTELOUP… MANUEL VALLS C'est Nicolas CANTELOUP que j'ai entendu, ce n'est pas Jean-Claude GAUDIN que je verrai tout à l'heure. Jean-Pierre ELKABBACH, comme je suis très lucide, je ne les confonds pas encore. JEAN-PIERRE ELKABBACH Moi aussi ! Lemonde.fr révèle une fraude fiscale mondiale concernant cent mille clients, dont quelques Français connus, de sa filiale suisse. Cent quatre-vingt milliards sont engagés mais l'Etat en France perd six milliards d'euros. Vous avez mis en place une politique anti-évasion. Est-ce que des sanctions sévères vont toucher désormais et davantage les fraudeurs du fisc ? Est-ce que vous demandez par exemple, comme certains l'ont fait même au Parti socialiste, à la Banque HSBC des réparations ? MANUEL VALLS Le Parlement d'ailleurs travaille sur ce dossier-là. Les données des listes ou de la liste HSBC à disposition de l'administration ont été totalement exploitées. Au total, près de deux mille trois cents contrôles ont déjà été diligentés par l'administration fiscale. Cent trois plaintes ont été déposées pour les cas les plus problématiques à l'administration fiscale. Des pénalités importantes ont déjà été réclamées aux contribuables concernés et le gouvernement est très déterminé à lutter contre la fraude fiscale, contre ces paradis fiscaux et continuera à agir dans ce sens pour ce qui nous concerne mais aussi au niveau européen. JEAN-PIERRE ELKABBACH Monsieur le Premier ministre, à propos de l'Ukraine, le président HOLLANDE avec lequel vous parlez, je pense, régulièrement a pris des risques avec la chancelière MERKEL en allant à Moscou. Mercredi, ils vont se retrouver à Minsk pour un nouveau sommet qui est prévu avec Vladimir POUTINE. Est-ce qu'on va vers un accord de paix même s'il est difficile ? Ou ce climat de guerre va se prolonger ? MANUEL VALLS D'abord, nous l'espérons parce que la guerre est aux portes de l'Europe. Il y a eu des milliers de morts. Mais moi, je veux saluer le courage, l'initiative de François HOLLANDE avec Angela MERKEL. C'est très important pour l'Europe. JEAN-PIERRE ELKABBACH Franco-allemande. C'est une initiative de leur part. MANUEL VALLS C'est très important, c'est vrai, sur le plan économique que ce couple franco-allemand vive pleinement parce que les deux premières économies d'Europe, les deux premières économies de l'Union européenne, doivent agir ensemble, mais c'est vrai aussi sur le plan diplomatique et sur le plan politique. Et pour le projet européen qui est souvent contesté, cette initiative me paraît très importante et j'espère qu'elle sera marquée par le succès mais il est encore à stade trop prudent pour le dire. Trop difficile pour le dire. JEAN-PIERRE ELKABBACH Pour terminer, Manuel VALLS, on retient que l'élection du Doubs appelle à un sursaut qui sera conduit presque comme une course de vitesse. Je me rappelle que dans la conférence de presse, le président de la République François HOLLANDE a promis de vivre et de mettre le pays sous tension. J'ai l'impression qu'on y est. MANUEL VALLS Oui. Cette tension me paraît nécessaire pour mobiliser le pays, pour qu'au fond il retrouve de la confiance en lui-même, de la fierté en lui-même. C'est ça l'esprit du 11 janvier et une grande majorité des Français veulent retrouver confiance, fierté, à condition qu'on leur dise la vérité, qu'on parle des vrais sujets et que ce beau projet qui est celui de redresser notre pays aille jusqu'au bout. JEAN-PIERRE ELKABBACH On y est ? MANUEL VALLS Nous sommes, nous, très déterminés avec le président de la République. JEAN-PIERRE ELKABBACH Merci d'être venu, monsieur le Premier ministre. MANUEL VALLS Merci Jean-Pierre ELKABBACH. THOMAS SOTTO Merci Manuel VALLS d'être venu en direct sur Europe 1 ce matin. On retiendra également cette déclaration de Jean-Christophe CAMBADELIS, le patron du PS, à l'instant : Il y a le feu au lac face au Front national ? estime Jean-Christophe CAMBADELIS. Merci Manuel VALLS, merci Jean-Pierre. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/108.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/108.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..dc00f8e3f051c3b54c54c660ea8673af94952048 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/108.txt @@ -0,0 +1 @@ +LE PRESIDENT : Mesdames, Messieurs, J'ai reçu, plusieurs heures et j'en étais très heureux, le président de la Roumanie, Klaus IOHANNIS. Je l'ai remercié pour cette visite, la première qu'il fait en Europe, et aussi parce qu'il était déjà là, le 11 janvier, marquant ainsi la solidarité de la Roumanie à l'égard de la France après les attentats qui avaient meurtri notre pays. Il soulignait ainsi combien les liens entre la France et la Roumanie sont solides, sont puisés dans l'Histoire, mais se prolongent pour que nous puissions ouvrir de nouvelles perspectives ensemble. L'Histoire, c'est aussi la langue, puisque la Roumanie est un pays francophone qui fait une large place dans son système éducatif à l'apprentissage de la langue française et je veux encore en remercier le président. Nous avons évoqué les sujets politiques et il y aura un prochain Conseil européen jeudi qui traitera de questions importantes et notamment la sécurité. Nous avons convergé pour qu'il puisse y avoir des décisions qui permettent de contrôler davantage les déplacements, c'est ce qu'on appelle le programme PNR, et aussi pour que nous puissions, sur Internet, mettre en œuvre les contrôles qui sont indispensables et écarter des sites qui font de la propagande ou engagent des programmes, si je puis dire, de radicalisation. Nous avons aussi parlé de Schengen, sujet qui intéresse la Roumanie. La Roumanie son président le confirmera est prête à prendre un certain nombre d'engagements et nous en avons besoin. Car, je veux que jeudi, au Conseil européen, il puisse y avoir des coordinations de l'ensemble des dispositions aux frontières pour que nous puissions contrôler davantage les entrées et les sorties du continent européen, et prévenir le départ de combattants étrangers ou être informés de leur retour. Nous avons aussi parlé de l'Ukraine. La Roumanie a une longue frontière avec l'Ukraine. La France est engagée avec l'Allemagne dans une initiative, qui, demain, va trouver je l'espère son aboutissement à Minsk. Des discussions ont encore lieu aujourd'hui. Mais il y a des combats aussi, dans l'Est de l'Ukraine, avec des morts, avec des civils qui vivent un calvaire. Donc, nous devons tout faire -et la Chancelière et moi-même, nous serons particulièrement actifs, jusqu'au dernier moment de cette rencontre-, pour qu'il puisse y avoir un accord, un règlement global. Nous avons tous intérêt à ce qu'il y ait ce règlement. D'abord, les Ukrainiens, pour qu'ils puissent retrouver la stabilité dans le cadre de l'intégrité territoriale. Mais également la Russie, pour qu'elle puisse avoir des relations conformes à ses intérêts, conformes à son histoire, conformes à son avenir avec l'Union européenne. Mais nous avons aussi avantage à ce que, sur le plan économique, il puisse y avoir une reprise forte des échanges et c'est toute la question de l'avenir des sanctions. J'aurai, avec la Chancelière, avant que nous nous déplacions à Minsk, un dernier échange. Mais nous allons vers Minsk avec la ferme volonté d'aboutir, sans être sûrs de pouvoir le faire. Chacun devra être mis devant ses responsabilités. Avec le président IOHANNIS, nous avons également parlé économie. La France est présente en Roumanie, des investissements importants ont été faits ces dernières années et nous voulons les amplifier. Je rappelle que RENAULT est très implanté en Roumanie et contribue à hauteur de 3 % à la production nationale roumaine. C'est dire l'ampleur de ce qui a pu être fait dans ce pays et dans l'intérêt aussi de la France, puisque c'est un courant d'échanges qui nous est favorable et qui fait que la balance commerciale est excédentaire pour la France dans sa relation avec la Roumanie Nous avons plusieurs sujets sur lesquels nous pouvons mieux coopérer encore, notamment les infrastructures, les projets d'autoroutes, l'énergie, y compris sur le nucléaire, les services, notamment tout ce qui est nouvelles technologies et également la défense. Je ne doute pas que la visite du président de la Roumanie permettra de faire encore davantage. Enfin, sur le plan culturel, il y a de nombreux rapports, échanges, relations universitaires, scientifiques et également la présence d'établissements culturels français en Roumanie et nous voulons que l'année 2018 soit une année particulièrement marquante, puisque ce sera le 100ème anniversaire de l'Etat roumain moderne et il y aura une mobilisation pour faire de cet évènement un grand moment d'amitié entre nos deux pays. Je veux enfin évoquer la question sensible des Roms. Il y a eu depuis plusieurs mois, à l'initiative de nos gouvernements, une coopération policière beaucoup plus étroite. Il y a eu aussi un programme d'intégration en Roumanie de ces minorités, une stratégie a été définie et nous agirons, le président roumain et moi-même, pour qu'au plan européen, il puisse y avoir encore davantage de mobilisation. Il y a des policiers roumains qui travaillent, par ailleurs, en France avec nous pour lutter contre les réseaux de criminalité et empêcher un certain nombre de trafics, notamment le trafic d'êtres humains. Nous avons ici réaffirmé notre volonté de pouvoir régler cette question avec humanité et avec fermeté. Mais c'était pour moi très important d'accueillir le président IOHANNIS qui représente aujourd'hui pour la Roumanie un facteur de rassemblement et d'unité. Président Klaus IOHANNIS : Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, C'est un plaisir de me retrouver aujourd'hui à Paris. L'invitation que vous m'avez adressée, Monsieur le Président HOLLANDE, est un fort symbole de l'importance que vous attachez aux relations bilatérales entre la Roumanie et la France, dans la vision tant de la partie roumaine que celle de la partie française. J'ai été heureux lors de notre premier débat ; Monsieur le ministre des Affaires étrangères, Monsieur le ministre de l'Economie ont pu aussi participer. J'ai été satisfait par la substance des discussions qu'on a eues. La relation bilatérale entre la Roumanie et la France, concrétisée dans un partenariat stratégique, se développe tant autour d'une très importante dimension politique qu'autour d'une coopération sectorielle très riche. J'ai réaffirmé l'importance prioritaire pour la Roumanie d'un rapport avec la France et le souhait de le développer, y compris, Monsieur le Président, dans le cadre européen. Je vous ai adressé, Monsieur le Président, l'invitation de nous rendre visite en Roumanie pour renforcer le rythme de développement de nos rapports bilatéraux et j'espère que cela sera le plus tôt possible. Les principaux repères de notre relation bilatérale concernent la coopération économique basée sur le souhait de diversifier, d'amplifier dans son ensemble la coopération économique dans beaucoup de domaines. Un aspect très important pour les autorités de Bucarest, dont j'ai discuté avec le président HOLLANDE, est celui de l'image qu'ont en France la Roumanie et la communauté roumaine qui vit dans l'Hexagone. Nous sommes persuadés que des faits isolés, lorsqu'ils sont traités, élucidés, ne peuvent pas avoir un effet négatif de durée et de longue durée sur une longue relation de respect mutuel et de coopération politique et culturelle. J'ai demandé à Monsieur le président HOLLANDE du soutien pour nos efforts dans le domaine de la lutte contre tout discours qui réduise une relation solide à des clichés. J'ai demandé le soutien de la France pour l'adhésion de la Roumanie à l'espace Schengen. J'ai exprimé ma confiance qu'une décision positive sur l'adhésion de la Roumanie à l'espace Schengen pourra être adoptée le plus tôt possible. Nous avons aussi évoqué les priorités européennes de la lutte contre le terrorisme. Dans ce sens, on encourage un investissement des efforts communs pour combattre ce fléau, pour amplifier notre coopération et notre coordination. Nous avons analysé, avec Monsieur le président HOLLANDE et les interlocuteurs français, les évolutions préoccupantes du voisinage oriental de l'Union européenne, mais aussi les modalités de rapprocher quelques Etats de cette région de l'Union européenne. La République de Moldavie demeure bien sûr une priorité majeure pour la Roumanie. L'objectif principal est d'encourager son trajet européen à travers un soutien très substantiel au niveau européen pour la mise en œuvre de l'accord d'association. Nous avons eu aussi un échange de vues sur la situation en Ukraine. Nous avons réitéré le soutien ferme de la Roumanie pour la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine, dans le cadre de ses frontières reconnues au niveau international. Nous avons aussi discuté des évolutions économiques au niveau de l'Union européenne et sur les mesures de renforcement économique et pour la création d'emploi. J'ai exprimé le soutien de la Roumanie pour une série de priorités de l'agenda stratégique de la Roumanie avec un accent sur la stimulation des investissements, la croissance économique, mais aussi la baisse du chômage. Des domaines qui nous ont permis d'illustrer aussi des points de vue communs de la Roumanie et de la France. Nous aurons l'occasion de reprendre ces sujets, tant à travers les discussions que je vais avoir cet après-midi avec d'autres hauts dignitaires français -je vais rencontrer le président du Sénat et le président de l'Assemblée nationale-, qu'à travers les futures discussions au plus haut niveau entre la Roumanie et la France dans le cadre bilatéral, qu'à l'occasion de notre participation aux réunions européennes. C'est aussi une manière de dire, une fois de plus, que je vais continuer de considérer la relation avec la France une priorité et de cela va découler naturellement, je crois, le besoin d'assurer un dialogue permanent et très bon. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/109.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/109.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..52c2e9f8a02c4d9707dfb1920747a428ae505ab0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/109.txt @@ -0,0 +1 @@ +Merci Madame la Présidente du Comité, Monsieur le directeur exécutif du Comité, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, Merci très chaleureusement Madame la Présidente pour vos mots de bienvenue et pour votre expression de soutien et de solidarité à l'endroit de la France. Merci Monsieur le directeur exécutif d'avoir tracé de façon si claire et pourtant si concise les enjeux qui sont devant nous. « Chaque génération sans doute se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande car elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse ». C'est ainsi que parlait Albert Camus déjà en 1957, le 10 décembre à Stockholm, lors de son discours de réception du prix Nobel de Littérature. Est-ce que notre tâche première n'est pas justement d'empêcher que le monde ne se défasse ? Nous sommes réunis pour saisir et déconstruire aux fins de la neutraliser et de l'éradiquer la puissance dévastatrice du terrorisme. Face à cette menace qui déstabilise les Etats, qui se joue des équilibres régionaux, qui piétine l'espoir d'un ordre international, je crois que nous sommes interpelés sur nos capacités conceptuelles et opérationnelles multilatérales. Nous sommes unis par la volonté mais nous sommes unis aussi parce que nous n'avons pas le choix : la disparité et la gravité du péril terroriste qui se moque lui des frontières, des langues, des cultures, des ancrages, des avenirs, cette gravité et cette disparité expose notre sécurité commune. Et notre sécurité dépend de la capacité d'un pays, d'une région, mais toujours sous vigilance collective, de voir venir et de contenir cette menace dans ses formes anciennes, nouvelles, toujours protéiformes. Il est important que nous puissions saisir, comprendre et mesurer l'état des choses. 10 000 attaques terroristes ont été enregistrées l'année dernière, 10 000 attaques nouvelles faisant 18 000 morts. Et tel que l'indique l'indice global du terrorisme (Global Terrorism Index) tel qu'il apparait dans le rapport qui a été publié par the Institute for Economics and Peace, le nombre d'attaques a augmenté de 61% entre 2012 et 2013 et le nombre de victimes a augmenté de 44%. Cinq pays cumulent 85% des victimes : l'Irak, la Syrie, l'Afghanistan, le Pakistan, le Nigéria. Le fanatisme qui sert d'ossature au terrorisme auquel nous sommes confrontés présentement, ce fanatisme ne se contente pas d'un discours de propagande : il produit de véritables méthodes d'endoctrinement basées sur la rupture d'avec la famille, d'avec la société, et un embrigadement de type sectaire. Il revêt des atours anciens comme le conspirationisme, considérablement amplifié par les capacités d'internet et des réseaux sociaux. Mais il prend aussi des allures nouvelles notamment sous la forme d'une vérité absolue qui devrait s'imposer à tous. Et surtout, il modifie ses méthodes, ses modes opératoires, il diversifie ses lieux, ses cibles, et il tient compte des nouveaux supports de médias, de jeux vidéos, mais aussi des références religieuses, culturelles, superstitieuses, y compris cinématographiques. Et c'est ainsi qu'il parvient à inspirer y compris des jeunes en quête de sens, en quête d'une cause à servir, en quête d'un dépassement de soi ou de mornes quotidiens. Il est important que nous regardions, en tout cas pour ce qui concerne la France, le pourcentage de personnes embrigadées qui sont des convertis récents. Ce qui permet de s'interroger sur leur ignorance en matière religieuse. 25% c'est beaucoup. Mais cela nous conduit à nous interroger sur le processus qui consiste à passer de la recherche d'une cause noble à servir vers la mission funeste de semer la mort et de la désirer. Certes, cette violence dépasse notre entendement et nous pouvons nous demander s'il y a la moindre rationalité. Mais pour ne pas être défaits, pour ne pas être vaincus, nous devons avoir le courage d'interroger, et nous interroger sur cette fascination pour le crime, pour la mort ; cette fascination et ce qu'elle peut nous dire de la recherche et du besoin d'utopie, d'idéaux, de perspectives d'avenir. La grande philosophe Simone Veil disait que ce qui rend l'homme capable de pécher, c'est le vide. Que tous les péchés sont des tentatives pour combler les vides. Elle pensait sans doute également au crime. La question qui nous est posée est la nature des réponses que nous apportons à cette situation. La France a choisie d'apporter des réponses multiples articulées autour de quatre axes. D'abord un arsenal pénal, législatif, qui a été modernisé en décembre 2012 et novembre 2014 et qui a introduit des moyens d'investigations et d'actions pour les enquêteurs et les magistrats, ainsi que des infractions nouvelles pour tenir compte des modes opératoires qui surgissent, ainsi que de la capacité de propagation, de multiplication et d'évaporation que procurent internet et les réseaux sociaux. Nous renforçons également les procédures de lutte contre le racisme et l'antisémitisme, les procédures de protection des victimes et des témoins, nous ajustons le dispositif de protection des repentis, et nous créons un fichier qui nous permettra de suivre les personnes condamnées pour terrorisme. Le deuxième axe de ces réponses est un plan d'action gouvernemental avec pour objectif de démanteler les filières et nous avons démantelé plus d'une quinzaine de réseaux - d'empêcher les déplacements, les sorties du territoire et de contraindre certaines entrées, les empêcher grâce à une plateforme nationale, téléphone et web, que nous avons mise en place et qui permet non seulement de recevoir des signalements mais aussi d'accompagner et de soutenir des familles qui sont dans le désarroi face à ces processus de radicalisation violente. Ce plan vise également à limiter et à interdire la diffusion de contenus illicites sur les réseaux sociaux mais aussi à améliorer l'efficacité de la coopération internationale. Le troisième axe de cette réponse du gouvernement vise à diversifier les réponses d'Etat : dans la sécurité, dans la justice, mais également dans l'éducation, dans la politique de la ville et dans l'accompagnement à l'emploi. Et ces politiques publiques sont adossées à un fort renforcement des effectifs et des moyens techniques. Pour ce qui concerne la justice, la mise en place d'un réseau de magistrats référents sur l'ensemble du territoire, la création d'un réseau de référents laïcité-citoyenneté pour accompagner tous les jeunes qui sont sous la responsabilité de la Protection judiciaire de la jeunesse, un plan massif de formation pour tous les personnels de justice, le recrutement d'aumôniers pour intervenir dans nos prisons. Mais également la sécurisation des prisons, des tribunaux, également des équipements de hautes technologies, la mise en place d'une cellule de veille sur internet, ainsi que le recrutement d'interprètes. Le quatrième axe de notre réponse consiste à procéder à une analyse rigoureuse des processus et des phénomènes d'endoctrinement, à les comprendre, à établir des indicateurs de détection des processus de radicalisation violente, à concevoir des programmes de désendoctrinement. Pour cela, nous avons conçu des partenariats avec des universités et des organismes de recherche, nous avons lancé des recherche-action depuis 6 mois dans plusieurs prisons et nous étudions attentivement les expériences qui se conduisent ailleurs. Evidemment les réponses nationales sont indispensables et ne sont pas suffisantes. C'est pourquoi nous voulons inscrire les efforts de la France dans une logique multilatérale et que nous déployons nos efforts pour agir au niveau régionale mais aussi au niveau international. Au niveau régional européen où nous travaillons à renforcer le dispositif ECRIS (European Criminal Records Information System), qui nous permet d'échanger des informations, de les partager sur les antécédents judiciaires. Nous travaillons également à actualiser des directives et des décisions-cadres sur la définition des infractions puisque les modes et les formes sont souvent nouvelles, mais également sur la maîtrise du contenu des plateformes internet. De même nous renforçons EUROJUST qui est notre instance judiciaire, et qui soutient les systèmes judiciaires nationaux. Nous renforçons aussi nos relations avec des pays tiers notamment autour de l'échange d'informations sur les précédents. Au niveau multilatéral, vous savez l'implication de la France, le Président de la République française était présent lors du sommet du Conseil de sécurité présidé par le Président Barack Obama et qui a abouti à l'adoption à l'unanimité de la résolution 2178, sur la définition des infractions ainsi que sur la circulation des terroristes. Le Ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, est très impliqué également en témoigne la participation de la France au Conseil ministériel de l'OSCE à Bâle en décembre dernier et au forum global anti-terroriste à Marrakech en décembre également. Nous savons qu'il faut travailler sur le plan international, nous savons qu'en conjuguant nos efforts nous nous rendons capables d'améliorer nos potentialités juridiques et institutionnelles et ainsi, de créer une véritable solidarité qui conjure l'isolement et qui permette de fonder une communauté mondiale de la volonté, capable d'anticiper, d'innover et d'agir efficacement. Evidemment, il nous faut nous interroger sur le contexte politique, économique et social. L'extrême disparité, la grande gravité de ce terrorisme et la façon dont certains pays y sont plus exposés, sont plus touchés, suggère qu'il faut prendre en compte d'autres facteurs : économiques, politiques, culturels, sociaux. Le terrorisme n'est pas ailleurs, il est partout. Il se nourrit de la misère, de l'humiliation, de l'insécurité, du déracinement, des déséquilibres économiques et sociaux. Il fait son lit dans la détresse et dans la conviction, le sentiment qu'il n'y a pas d'avenir. Il y prospère et ainsi diffuse son poison dans des sociétés de plus en plus fragmentées où les dynamiques économiques et sociales accroissent le nombre de personnes frappées par la pauvreté, exclues, qui sont confrontées aux accidents de la vie, à des fragilités inattendues, à des indifférences rassasiées, à l'isolement, à la marginalisation, à la désaffiliation sociale. Il nous faut y apporter une réponse. Or, que nous dit l'état du monde ? L'état du monde nous dit que la différence de revenus et de conditions de vie entre les personnes les plus riches et les personnes les plus pauvres restent vertigineuses. La Banque Mondiale indique que plus d'un milliard de personnes vivent avec moins de 38 euros par mois. Et cette fracture entre les plus riches et les plus pauvres traverse encore le nord et le sud puisque la moitié de la population la plus pauvre se trouve en Afrique subsaharienne et le quart en Asie du sud. Mais cette fracture s'installe aussi dans le nord, elle s'installe aussi dans le sud. Il nous faut y répondre, et la communauté internationale n'est pas inactive puisque l'indice de développement humain que nous savons mesurer depuis un quart de siècle nous indique que des progrès considérables ont été assurés dans l'éducation et dans la santé. Et ces progrès sont importants parce qu'en réduisant la misère et en faisant reculer les inégalités, ces conditions améliorent la paix et servent les objectifs du Millénaire. Ce sont des conditions qui permettent de lutter contre le terrorisme. Parce que si nous arrivons, par l'amélioration des conditions de vie, à faire en sorte que l'espoir renaisse, que le goût des lendemains resurgisse et que les uns ou les autres se remettent à croire en la volonté politique, à travers la justice, nous aurons contribué à assécher le terreau sur lequel recrute le terrorisme. Cela suppose la primauté du droit, cela suppose le respect des traités, cela suppose aussi la solidarité en acte. Il est important de noter que toutes les personnes qui subissent l'exclusion ne cèdent pas à la tentation de la violence destructrice. Que pour la plupart elles continuent à respecter les règles et elles continuent à se battre pour le quotidien. Nous savons qu'il y a des accointances entre la criminalité organisée et le terrorisme. Nous devons donc renforcer la coopération internationale dans la lutte contre tous les trafics : de stupéfiants, d'armes, contre les trafics d'êtres humains, contre les trafics qui exploitent aussi la misère et les migrations climatiques. Nous sommes en capacité de la faire, nous devons apporter la solidarité structurelle nécessaire aux pays qui sont les plus exposés. Mesdames et Messieurs il nous faut construire la paix, et construire la paix par le droit. Construire la paix par le droit parce que des situations récentes dans plusieurs pays nous ont enseignées qu'il ne suffit pas de gagner la guerre pour construire la paix. Qu'il ne suffit pas de constater la fin des affrontements, de signer des traités pour que la paix soit durable. Il faut affermir la paix, il faut éviter que les hostilités reprennent. Il nous faut faire en sorte que même lorsque nous constatons qu'une intervention militaire est utile, nous voyons bien qu'elle peut provoquer une recomposition des forces et de nouveaux alliés. Nous devons donc savoir qu'il ne suffit pas de livrer la guerre au terrorisme pour construire une paix durable. Et d'ailleurs, déclarer la guerre est peut-être un piège sémantique, à la fois juridique et éthique, dans la mesure où il peut suggérer une symétrie d'objectifs et d'ambitions. Nous devons donc construire la paix durablement. Et nous devons commencer à le faire en ne renonçant pas à l'Etat de droit, à nos valeurs, à ces libertés individuelles et collectives, à ces libertés publiques, que justement les terroristes détestent, en particulier lorsque ces libertés individuelles et publiques concernent les femmes. Alors certainement, nous n'avons pas encore trouvé tous les mots, justes, dans toutes les langues pour nommer ce phénomène d'une dévastation et d'une violence incompréhensible pour nous. Mais nous allons poursuivre nos efforts pour nommer, car dans cette enceinte en particulier, nous ne pouvons pas concevoir la capitulation de la pensée et nous savons que face à la force il faut opposer le droit, il faut opposer la justice. Des pays ont su le faire, des pays qui sont inspirés par cette pensée de John Rawls qui dit que la justice est la vertu première des institutions sociales, tout comme la vérité est la vertu première des systèmes de pensées. Le droit doit pouvoir dire son fait ardemment à la force. Certains pays ont su le faire. Le plus emblématique est probablement l'Afrique du sud de Nelson Mandela, le plus récent peut-être, la Tunisie. Mais de nombreux pays dans le monde savent que dans les situations paroxystiques il faut que le droit et la justice disent leur fait à la force. Nous devons donc réhabiliter l'ambition de veiller à l'émancipation de chacun, dans chacun de nos pays. L'émancipation de l'individu, pour l'arracher à toutes les aliénations, les aliénations économiques, sociales, culturelles, superstitieuses, et toutes les aliénations, et de faire en sorte que par l'éducation, par la culture, par l'emploi, mais aussi par le lien social, par la participation à la vie de la société, il puisse rêver et dessiner sa destinée personnelle. Nous allons le faire parce que c'est indispensable pour apaiser nos sociétés. Et alors, alors, comme il y a des Etats-Nations, il y aura des Nations-Relations. Comme il y a des frontières qui distinguent et séparent, il y aura des frontières, qui distinguent et relient, et qui distingueront pour relier. C'est ainsi que parlait Edouard Glissant dans « L'intraitable beauté du monde ». Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/110.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/110.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d91b56fe6a0301d7aa5c15f1091d1f4229879a4d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/110.txt @@ -0,0 +1 @@ +Merci d'être là, Mesdames et Messieurs, et merci d'avoir patienté un peu. Quelques mots peut-être pour dire que l'importance de cette expression au nom de la France sur la lutte contre le terrorisme est liée au fait que bien entendu c'est une lutte qui doit être globale parce qu'on voit bien que le terrorisme n'est plus localisé, qu'il frappe partout, qu'il s'accompagne d'un discours et d'une mise en cause extrêmement radicale. Par conséquent nous devons nous-mêmes faire face à ce phénomène qui prend des apparences nouvelles et qui surtout utilise des modes opératoires tout à fait nouveaux. Le fait que la France a été frappée récemment nous rappelle bien entendu que malheureusement il n'y a plus de terrain qui ne soit plus hors de portée des terroristes, même si nous avons eu des expériences précédentes et que pratiquement tous les pays ont été frappés par le terrorisme. Les Etats-Unis aussi ont connu, récemment encore, des attaques terroristes. L'importance de venir porter cette parole au nom de la France, c'est de dire que la France tire expérience justement des réponses qui ont été apportées par d'autres pays à d'autres moments et s'est interrogée sur la forme que ces réponses devaient prendre. La forme sécuritaire est évidente, elle est immédiate. Elle était déjà préparée depuis que nous sommes aux responsabilités à la mi-2012. Nous avons travaillé au renforcement de notre arsenal législatif pour lutter contre le terrorisme. Nous l'avons encore actualisé il y a quelques mois puisque la dernière loi a été adoptée en novembre 2014, ce qui veut dire que pendant plus de 4 mois il y a eu des débats parlementaires sur ce texte de loi. Bien entendu, nous avons évalué aussi nos instruments opérationnels. Le cadre juridique est donc posé, nous pensons qu'aujourd'hui il est performant. C'est en tout cas ainsi que l'apprécient ceux qui sont en charge de l'appliquer, à savoir principalement les policiers et les magistrats. Mais évidemment, l'importance pour la France d'exposer les réponses qu'elle apporte, et qui ne sont pas que sécuritaires, c'est aussi de voir comment nous articulons notre travail, nos actions avec celles qui sont conduites au niveau régional et international. D'où l'importance de cette parole, de cet échange, de cette compréhension que nous faisons dans cette enceinte multilatérale. C'était l'objet principal de cette rencontre, que j'ai trouvé extrêmement riche à travers les interventions qui ont suivi, qui étaient d'ailleurs très souvent des interventions, des témoignages, et des demandes de précisions, qui prouvaient à quel point chacune et chacun est vraiment très fortement impliqué sur le sujet. Le travail des personnes qui ont assisté à cette session, qui sont des personnes très directement impliquées ou concernées, et qui par conséquent sont restées vraiment très fortement sur un plan à la fois très concret mais également très conceptuel sur le sujet. Et ça c'est très réconfortant, parce que c'est un point très concret. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'ambiguïté sur ce que nous traitons. Nous prenons la vraie mesure du danger. Nous savons circonscrire le danger lui-même, y compris dans son caractère protéiforme. Toutes les personnes qui se sont exprimées ont montré que vraiment elles prennent la vraie mesure du danger. Mais en même temps il n'y a pas de réponse mécanique. Cet attachement à l'Etat de droit et cette confiance qui est faite à la France à travers tous ces propos qui ont été exprimés, cette confiance qui est faite à la France que la réflexion reste ancrée dans l'Etat de droit, tout cela augure d'une capacité multilatérale à agir en efficacité contre le terrorisme et à inscrire une paix durable. Une paix qui ne soit pas simplement la paix de l'éradication du terrorisme, mais la paix de la cohésion sociale, la paix de l'égalité réelle dans nos pays, la paix de l'épanouissement des individus, la paix que promettent nos Etats de droit justement, c'est-à-dire que chacun puisse trouver son propre chemin et le poursuivre. Je propose puisqu'il m'a été indiqué que nous devons libérer cette salle à une heure précise, que nous passions à la séquence des questions et je répondrai très volontiers si vous en avez. Question : Merci Madame la Ministre. Au nom de l'association des correspondants des Nations unies, je vous souhaite la bienvenue. Vous venez de dire à l'instant qu'il n'y a pas de réponse mécanique à cette menace globale. Alors ma question est de savoir comment assurer la protection des citoyens, et en même temps assurer les libertés individuelles et publiques, sans tomber dans des lois d'exception et je pense aux réseaux sociaux par exemple ? Une autre question. Vous avez évoqué devant le Comité de lutte contre le terrorisme des chiffres qui font vraiment peur : 10 000 attaques l'année dernière, 18 000 victimes, principalement dans des pays comme l'Afghanistan, la Syrie, l'Irak, le Nigeria. Alors comment garantir l'Etat de droit dans des pays qui sont en plein chaos ? Je vous remercie. C. Taubira : Evidemment le défi est considérable. Il est à la fois d'assurer la sécurité et de préserver les libertés. La facilité est évidente. De restreindre les libertés très fortement et d'assurer une surveillance générale et totale. La tentation est forte - et elle peut d'ailleurs rassurer les peuples, elle peut rassurer aussi les sociétés - mais elle nous pose aussi devant le fait de renoncer à nous-même, de renoncer à ce qui fait les démocraties, et de dire que finalement ceux qui attaquent la démocratie ont raison et ont des raisons de le faire. Il nous faut montrer que le choix que nous avons fait de choisir de vivre dans des pays démocratiques, d'avoir des régimes qui sont fondés sur la règle du droit, que ce choix est un choix d'émancipation et un choix de valorisation de l'individu, c'est un choix de progrès en soit. Il nous faut donc préserver ce système. Mais en même temps, il faut lui donner les moyens d'affronter ces dangers nouveaux, les dangers anciens et ces dangers nouveaux. La réponse n'est pas simple. Mais nous refusons toutes les facilités. Nous refusons la facilité qui consisterait à dire « pour la sécurité, on réduit les droits de tout le monde », et finalement on change la nature de nos systèmes démocratiques. Nous refusons aussi la facilité qui consisterait à dire « il y a eu des attaques, il y a eu des choses qui se sont passées, et maintenant reprenons la vie comme avant ». Nous devons apprendre à vivre avec ces dangers et nous devons apprendre à les identifier, à les repérer, les détecter, à les prévenir, à les défaire, à les combattre. Nous devons, face à ceux qui commettent des actes de terrorisme, être d'une rigueur sans faille et d'une grande efficacité et sanctionner. En même temps, il faut assécher le terreau là où ils recrutent, parce que la majeure partie de leurs recrues sont des personnes qui accumulent des frustrations liées à la vie réelle, ou à des insatisfactions personnelles. Ce n'est pas la majorité. Les personnes qui s'engagent, pour la plupart, les personnes embrigadées ne sont pas des personnes qui sont dans la conviction ferme, solide, profondément ancrée de la nécessité de ces actes terroristes. Ceux qui passent à l'acte doivent être d'abord repérés avant qu'ils passent à l'acte, et lorsqu'ils ont agi, être sanctionnés ou leurs complices sanctionnés lorsqu'eux y ont péri. Mais nous devons faire en sorte qu'ils ne disposent pas de cette armée potentielle qui leur permet justement d'agir. Sur les chiffres qui sont les chiffres du rapport de l'Institut pour les Commis et la Paix - 80% sont des pays qui sont en fait en guerre. Q : Madame la Ministre, je suis peut-être naïve, mais je pensais peut-être les chiffres ne sont pas bons qu'il n'y avait que 30 000 hommes que l'on pouvait qualifier de djihadistes… Est-ce que l'on ne pourrait pas imaginer une coalition internationale et des troupes au sol ? Pourquoi n'envoie-t-on pas de troupes au sol ? C. Taubira : Il appartient aux pays, aux gouvernements en général, et en tout cas pour la France notamment, il s'agit d'une compétence réservée du Président de la République. Vous m'autoriserez à ne pas répondre, même si nous pouvons prendre une discussion sur le sujet, ce qui se conçoit évidemment intellectuellement et professionnellement pour vous. Mais pour moi qui m'exprime en tant que Ministre de la République française, c'est un domaine qui relève du Président de la République. Q : L'un des terreaux de recrutement en France sont les prisons. Vous connaissez mieux que personne le problème des prisons françaises. Concrètement, qu'est-ce que vous, en tant que Garde des Sceaux, vous pouvez faire pour éviter un recrutement actif dans les prisons ? C. Taubira : Les prisons sont un de terreaux et vous avez raison de le dire. Il faut en prendre la mesure. Nous suivons, parce que j'ai renforcé le renseignement pénitentiaire, les personnes qui présentent des profils et des risques de radicalisation. Ce que je peux vous dire très précisément, et ça c'est mesuré, c'est vérifiable, c'est que pour les personnes que nous suivons et qui sont condamnées pour des actes de terrorisme, 16% seulement d'entre elles avaient eu des antécédents judiciaires. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire très précisément que la prison n'est pas le lieu principal de radicalisation. Dans les schémas mentaux, c'est facile de penser effectivement que la prison est le lieu de radicalisation. Mais les statistiques le démontrent, et elles sont relativement stables parce que j'avais alerté déjà en 2012. Vous vous souvenez sans doute du démantèlement du réseau de Sarcelles. A cette occasion j'avais demandé qu'on me sorte les fiches pénales des personnes concernées. Sur 12 personnes il n'y en avait que 2 qui avaient des antécédents judiciaires. Ça m'a renvoyé à la figure la question de savoir où s'étaient radicalisés les 10 autres, et donc le fait que ce n'est pas en prison que se passe le principal processus de radicalisation. Oui nous devons lutter à l'intérieur des prisons. Si nous nous contentons de croire que la radicalisation ne se fait qu'en prison, il y a 84% des personnes qui se radicalisent hors de notre regard. En ce qui concerne la prison, nous avons lancé un certain nombre d'actions, je pense que vous suivez les informations nationales très assidûment. Il y a 2 ans et demi, j'ai renforcé le renseignement pénitentiaire. Je l'ai renforcé en effectif en 2012 et 2013, et je l'ai restructuré en 2014 sur l'ensemble du territoire. Ensuite, dans les établissements pénitentiaires, j'ai mis en juin 2013 un plan de sécurisation qui a permis d'installer des filets de sécurité pour éviter la projection des téléphones portables parce qu'il faut éviter les contacts. Nous avons également développé des équipes de contrôles et de fouilles, et nous avons mis des brouillages que nous allons généraliser dans le dernier plan du 21 janvier. Ce que nous avons fait aussi, c'est de la formation, évidemment pour les personnels, et notamment pour l'identification et la détection de ce que l'on appelle les « signaux faibles », c'est-à-dire, dès les premiers signes qui montrent qu'il y a un processus de radicalisation. L'année dernière j'ai lancé également des partenariats avec des milieux universitaires et de recherche, notamment l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, l'Institut du Monde Arabe, l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. J'ai lancé une opération qui a permis un appel d'offre pour des recherches-actions dans nos établissements, pour mettre en place les indicateurs de détection, pour comprendre les phénomènes d'endoctrinement et pour mettre en place aussi des programmes de désendoctrinement. Personne ne l'entendait, ce qui se conçoit, ça n'est pas notre culture de considérer qu'il faut construire un contre-discours au discours de propagande. Heureusement que j'avais lancé des actions depuis un an. Elles sont actuellement en maturité et vous avez vu que tout le monde actuellement en France admet qu'effectivement, il faut faire ce travail de désendoctrinement. Du coup, nous, nous sommes déjà prêts, et c'est ce qui est fait déjà dans nos établissements pénitenciers. Ce sont donc des actions qui sont lancées. Et puis nous faisons de la formation - nous en avons fait déjà l'année dernière - sur la laïcité, la citoyenneté, les institutions de la République, les religions et l'exercice des cultes. Ce sont des formations qui concernent les ouvriers, les personnels pénitenciers, les conseillers d'insertion et de probation. Nous faisons des formations aussi pour tous les jeunes de moins de 25 ans sur la laïcité et la citoyenneté et nous allons mettre en place une formation pour tous les arrivants. Vous savez que dans les prisons, il y a ce qu'on appelle un quartier arrivant, c'est un quartier dans lequel séjournent entre 8 et 15 jours les personnes qui sont nouvellement incarcérées. Systématiquement dans ces quartiers-là, il y aura une formation. Q : Madame Minister, I have a question on the issue of accountability in Syria. This issue has taken a sort of a backseat recently because of the preoccupation with Daesh/ISIS here at the Security Council at the United Nations. Do you feel today that it's time to bring back the issue of accountability for all rather than one side preoccupation with Daesh ? The other thing is that today, President Bashar al Assad of Syria in an interview, was saying he is not at all responsible for the death of civilians in his country. As a Minister of Justice, do you feel this is a legitimate claim and do you think accountability should take the front seat again ? C. Taubira : En tant que ministre de la Justice, les Affaires étrangères ne sont pas mon champ. Mais j'apprécie que vous posiez la question en tant que ministre de la Justice en tant que tel. Et en tant que tel, ce que je vous réponds, c'est que nous disposons d'institutions internationales et que ce que nous avons été capables de faire ces soixante dernières années, ça a été de mettre en place des instances internationales, des conventions internationales, qui définissent ce qu'un crime contre l'humanité, ce qu'un crime de guerre, ce que sont des atrocités de masse. Tout cela est défini dans les instruments juridiques internationaux, auxquels la France fait partie, mais d'autres pays aussi, y compris les pays concernés. Nous avons été capables de mette en place des instances judiciaires internationales, et nous avons une instance - même si parfois sa légitimité est interrogée mais c'est le propre des institutions en général - la Cour pénale internationale. Il y a aussi, vous le savez, des ONG, qui sont extrêmement mobilisées, extrêmement actives, et tôt ou tard, je crois que la justice passe et je crois de toute façon qu'il faut que la justice passe. Q : Just to follow up Madam, what is your view on what President Bashar al Assad said ? That he is not responsible for the death of civilians in Syria because he was fighting terrorism. What is your view on what he said today to the BBC ? Je crois avoir répondu à cette question. Ce n'est pas un prétoire ici, je ne porte pas un jugement, moi personnellement. Je vous dis que nous avons des instruments qui définissent les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité. Qu'il y a des procédures et qu'il y a des instances judicaires internationales. Il y a pour l'Europe, la Cour de Justice européenne, mais nous avons des instances internationales et notamment la Cour pénale internationale. Voilà, ce n'est pas un débat universitaire, ce n'est pas « qu'est-ce que je pense de M. Bashar el Assad ? ». C'est, quel est l'état du monde ? Quelle est la situation ? Et, est-ce que nous nous sommes armés pour combattre, éviter les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité, et lorsqu'ils sont perpétrés, est-ce que nous nous sommes armés pour les sanctionner. Je dis oui. Q : I see the measures that your Ministry has already taken, and the French government taken. There is a tremendous focus on countering terrorism inside prisons. While, I have not read anything or seen any concrete actions that there is counter terrorism by applying an outreach program for embracing these disenfranchised minorities in Europe from West Africa and North Africa. As we all know, Europe is different in its structure than the strategies that have been applied by the FBI post September 11. What is your view or future reforms to go out the walls of the prisons into the streets or the poor neighborhoods to eliminate the risk of radicalization from the root ? C. Taubira : Vous avez parfaitement raison et lorsque j'ai parlé des réponses que la France donne, ce sont des réponses diverses, multiples, qui visent justement à répondre à ces formes nouvelles et multiples de ce terrorisme. Dans les réponses de la France, il y a celles qui concernent la justice et que j'ai présentées en priorité. Il y en a qui concernent la sécurité bien entendu, c'est-à-dire ce qui se passe avant la justice, le renseignement notamment, la surveillance des personnes, un ensemble de mesures administratives concernant par exemple la circulation. Et puis il y a les politiques publiques sur l'éducation, le plan du 21 janvier du gouvernement français est un plan qui prévoit aussi les moyens, les méthodes, des pratiques et des évènements dans le cadre de l'éducation. Nous avons également mobilisé la politique de la ville, parce qu'il y a une réalité de deux grandes catégories de territoires, où il y a une véritable relégation, ce sont les territoires qui se trouvent à la périphérie des grandes villes et les territoires ruraux. Dans ces territoires, il y a effectivement eu, pendant des années, un retrait de l'Etat, c'est-à-dire que la puissance publique n'est pas très présente, il n'y a pas les services publiques. Souvent on a fermé les écoles, on a fermé les maternités, on a fermé les hôpitaux, on a fermé la poste, on a fermé les commissariats, on a fermé des bibliothèques, des services sociaux, donc il n'y a pas de présence de l'Etat dans cet endroit et les habitants sont livrés à eux-mêmes. Souvent en plus dans certains de ces territoires, il y a une agrégation de personnes, qui d'ailleurs, pour la plupart sont françaises - 99% de ces personnes sont françaises - simplement elles ont une apparence qui fait que souvent elles font l'objet de discriminations. On voit bien qu'il y a des territoires où les personnes sont regroupées comme cela, selon l'apparence et qui n'est que l'apparence, parce que dans l'ascendance familiale, il peut y avoir des personnes qui viennent du Maghreb, qui viennent d'Afrique sub-saharienne, qui viennent d'ailleurs, de la Caraïbe, etc. C'est bien tout le disfonctionnement de traiter les gens par l'apparence. Donc là, il faut effectivement agir, et agir c'est l'éducation, c'est ramener les services publiques, c'est ramener la présence de l'Etat, de la présence humaine vraiment. C'est redonner tout simplement vie et corps à l'ambition de l'égalité. C'est faire en sorte que où que l'on vive sur le territoire français, on se sente Français avec le même droit et le même accès aux institutions. Et la charte des Nations unies, elle aussi, se réclame de l'égalité. Ça veut dire que tous les pays qui sont membres des Nations unies estiment que l'égalité est un objectif d'action publique. Et c'est vrai que lorsque je parle d'assécher le terreau dans lequel recrutent les terroristes, l'assécher, cela veut dire, faire en sorte que les jeunes n'aient pas cette tentation là parce qu'ils ont une perspective de vie. S'il n'y a aucune perspective de vie, s'imaginer en héro en semant la mort c'est sans doute plus facile, alors que c'est un âge où on devrait rêver de mille vies. Q : Le Premier Ministre Manuel Valls, pour parler de la situation que vous venez de décrire, il a eu un mot très fort il a parlé d'apartheid. Est-ce un terme que vous pourriez adopter, est-ce que c'est une analyse que vous pourriez partager ? Et pour résoudre la situation que vous venez de décrire, est-ce que vous seriez favorable à des statistiques ethniques ? C. Taubira : Sur le débat sémantique franchement, je pense que pendant 6 mois encore on va m'interroger mais je ne pense pas que ce soit le sujet. Je pense que ce qui est important c'est qu'il y a cette réalité sociologique, culturelle même un peu, dans nos territoires et qu'il faut les combattre. Et là je dois dire que, cela fait des années, j'ai eu des engagements en tant que député, j'ai fait des choses en tant que député, j'ai écrit des choses en tant que député. Donc, ça n'est pas une situation que je constate, vous vous souvenez sans doute des révoltes de 2005. Il est intéressant de se retourner peut-être aujourd'hui sur les analyses qui ont été faites. Moi j'ai écrit des choses, en disant que c'était des révoltes sociales et que c'était justement une revendication collective d'appartenance qui était formulée là, de la façon la plus désordonnée, la plus contestable, mais c'était une révolte sociale. Au sens où ce n'était pas un affrontement à la société, mais c'était une revendication « Et nous là, est-ce que nous on peut mourir parce que deux gamins qui sortent du football n'ont pas leur papiers sur eux ? » « Est-ce que c'est possible que l'on meure dans ce pays-là comme cela ? » C'était ça 2005. Donc la réalité de cette relégation, et des drames que génère cette relégation, nous la connaissons. Les statistiques ethniques, pendant des années, je m'y suis opposée. Pendant deux ans, j'ai baissé le ton parce que je me suis quand même profondément interrogée. Et puis au bout de deux ans, j'ai quand même remonté le ton, je suis opposée aux statistiques ethniques. Pendant deux ans, je me suis dit « comme on n'y arrive pas, moi mon grand discours sur la République, la construction de la nation française, ça s'est fait sur le concept abstrait mais magnifique de la citoyenneté, de l'individu abstrait, donc il a son origine, son apparence, ses croyances, mais c'est un citoyen, les mêmes droits, c'est ce qui nous permet de faire société ». Finalement, à force de méconnaitre ces différences et ces singularités, la République a fini par les ignorer. Et à ignorer les discriminations qui s'imposent à des personnes, oui on ne tient pas compte de leur apparence. Je me suis posée la question de savoir quelle était la validité de mon positionnement à moi qui dit : « Mais, la promesse de cette République, c'est que chacun peut avoir sa chance ». Par conséquent, il faut l'obliger à tenir sa promesse. Et pour l'obliger à tenir sa promesse, on ne va pas rentrer dans des cases et dire « celui-là c'est sa religion, celui-là c'est sa couleur, etc. » Pendant deux ans, je me suis interrogée, j'ai abouti au fait que je crois que mon premier choix est le bon. Parce que la question c'est de savoir, « on compte quoi, qui, pour quoi faire ». Si on fait des statistiques ethniques pour en conclure qu'il faut mettre en place des politiques ethniques, vous voyez la suite… Si on fait des statistiques ethniques pour savoir qu'il y a tant de pour cent de musulmans, ou de juifs, ou de noirs qui subissent des discriminations, moi mon problème c'est pas de savoir combien il y en a, c'est que ce n'est pas tolérable et ce qu'on fait pour casser les mécanismes qui font que ces discriminations ont lieu, détruisent des vies et restent impunies. Mon souci, c'est ça. Donc qu'il y en ait 112 000 … il y en a plutôt des millions… Donc qu'il y en ait 4 millions, 500 mille ou 6 millions, ce n'est vraiment pas mon problème. Mon problème c'est : qu'est ce qui, dans la société, fait qu'il y ait un plafond de verre, qu'il y a des personnes qui cumulent les exclusions, quels sont les mécanismes, réseaux, cooptation, etc. C'est ça mon combat. Donc je reste opposée aux statistiques ethniques. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/111.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/111.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1fbe2848d9de5a6f678abe65985c4fbc93508d9a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/111.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mme la présidente. L'ordre du jour appelle le débat sur le rapport relatif à l'activité de la délégation parlementaire au renseignement pour l'année 2014. La Conférence des présidents a décidé d'organiser ce débat en deux parties. Dans un premier temps, nous entendrons le président et rapporteur de la commission des lois, la présidente de la commission de la défense, les orateurs des groupes, puis le Gouvernement. Nous procéderons ensuite à une séquence de questions-réponses, la durée des questions et des réponses étant limitée à deux minutes, sans droit de réplique. (...) Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de l'intérieur. M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur. Madame la présidente, monsieur le ministre de la défense, monsieur le président de la commission des lois, madame la présidente de la commission de la défense, mesdames et messieurs les députés, je veux d'abord remercier la délégation parlementaire au renseignement d'avoir pris l'initiative d'organiser ce débat et d'avoir souhaité qu'au terme de ses travaux, nous puissions discuter avec elle des orientations que nous devons fixer ensemble en matière de renseignement. Je salue le travail de la délégation et de l'ensemble de ses membres. Je veux dire également au président de la commission des lois, Jean-Jacques Urvoas, à quel point le Gouvernement est sensible aux travaux qu'il a engagés sur ces questions depuis de nombreux mois, en liaison avec M. Verchère, mais pas seulement. Bien entendu, nous tiendrons le plus grand compte des conclusions des travaux qui ont été conduits, lorsqu'il s'agira à la fois de conforter nos services et de définir le contenu du projet de loi sur le renseignement, dont le Premier ministre a annoncé qu'il serait déposé au Parlement sans tarder. Après avoir écouté avec beaucoup d'attention l'ensemble des orateurs, j'apporterai quelques éléments de réflexion sur les défis auxquels nous sommes confrontés, notamment en matière de lutte contre le terrorisme. Je veux d'abord souligner la légitimité de la demande exprimée par les députés de voir le Parlement pouvoir exercer un contrôle plus sérieux sur les activités des services de renseignement. J'approuve parfaitement les propos du président de la commission des lois : les services de renseignement sont des services publics à part entière davantage qu'ils ne sont entièrement à part. À ce titre, conduisant des politiques publiques, ils doivent faire l'objet d'un contrôle tout à fait légitime de la part du Parlement. C'est dans ce cadre que s'inscrivent les travaux de la délégation parlementaire au renseignement. Je confirme que nous sommes tout à fait disposés à faire en sorte que le Parlement dispose de tous les renseignements sur l'activité de ces services qu'il est en droit d'attendre, au regard de ses prérogatives de contrôle de l'activité du Gouvernement et de l'administration. Je veux aussi insister sur la nécessité de compléter les dispositifs existants pour permettre à ces services d'agir. Le président Urvoas, Patricia Adam et l'ensemble des orateurs des groupes qui se sont exprimés à cette tribune ont indiqué que la loi définissant les conditions de mise en œuvre des interceptions de sécurité avait été adoptée en 1991, dans un contexte technologique très différent de celui qui prévaut aujourd'hui. En 1991, on n'observait pas le développement du numérique que nous constatons actuellement, avec toutes les contraintes que cela peut d'ailleurs comporter dans la lutte contre le terrorisme. Il n'existait pas non plus de système de télécommunication fondé sur l'utilisation de téléphones portables, avec la possibilité d'utiliser les technologies de télécommunication pour échapper à la surveillance que les services exerçaient jusqu'alors de façon efficace. Compte tenu de ces évolutions, nous devons adopter de nouvelles dispositions législatives qui nous permettront d'être plus efficaces dans la lutte contre le terrorisme. À travers le projet de loi que j'ai évoqué, le Gouvernement poursuit un objectif assez simple : permettre à nos services d'être plus efficaces, dans le cadre d'un contrôle accru de leur activité plus d'efficacité, plus de moyens, c'est aussi plus de contrôles. Il s'agit aussi de donner un cadre légal à l'activité de ces services, de sorte que les agents ne se trouvent pas exposés à des risques à caractère pénal. C'est aussi une bonne manière de garantir que les services pourront être efficients : le respect systématique de la règle de droit est, pour eux, une manière d'être efficaces. Enfin, je veux insister sur des sujets très stratégiques qui ont été évoqués par l'ensemble des orateurs et qui concernent la lutte contre le terrorisme. Je ne dirai rien de plus sur le projet de loi sur le renseignement, parce qu'une réflexion est en cours et qu'elle doit aussi être conduite en liaison avec le Parlement. Par-delà ce projet de loi, je veux vous présenter les moyens dont nous entendons doter les services pour faire face au risque terroriste tel qu'il se présente à nous. Ce risque est très différent de celui auquel nous avons dû faire face au cours des dernières décennies. Dans les années 1990, les terroristes appartenaient à des cercles extraordinairement fermés. Ils intervenaient en nombre limité, à partir de pays identifiés ; ils frappaient le territoire national ou européen avant de le quitter. Aujourd'hui, nous sommes confrontés à une tout autre réalité. Toutes les enquêtes réalisées par les services dépendant du ministère de l'intérieur montrent qu'internet est à l'origine de 90 % des cas de basculement d'un individu dans des activités terroristes. C'est dire l'importance du vecteur numérique dans le fait terroriste ! C'est un phénomène très important, qui nous a conduits à prendre des décisions au mois de novembre et nécessite de compléter l'arsenal de mesures dont nous disposons pour être plus efficaces. Au-delà de ces éléments numériques, on observe une porosité de plus en plus grande entre la petite délinquance et le grand terrorisme. Il suffit d'examiner le cas d'Amedy Coulibaly, l'auteur de l'attentat de l'épicerie Hyper Cacher. Parmi la douzaine de complices interpellés, mis en garde à vue et, pour un certain nombre d'entre eux, mis en examen voire placés en détention, un très grand nombre d'individus ne savaient pas à quoi ils collaboraient, mais étaient des acteurs de la petite délinquance. Ils ont procédé à l'acquisition et à la revente de véhicules, puis, avec le produit de cette revente, à l'achat d'armes à l'extérieur de nos frontières, le tout en voulant participer à une opération à caractère criminel dont ils ne connaissaient pas nécessairement l'objectif final. Il existe donc une porosité entre la petite délinquance et le grand terrorisme. Cette porosité résulte des réseaux qui se constituent au sein de la délinquance de banlieue, mais aussi de la fréquentation en prison d'un certain nombre de personnes radicalisées, qui peut conduire au basculement de la petite délinquance vers le terrorisme. Coulibaly et les frères Kouachi sont emblématiques de ce phénomène, puisqu'ils ont fréquenté en prison un certain nombre de grands terroristes, comme Smaïn Ait Ali Belkacem, ce qui a entraîné leur radicalisation et leur basculement de la petite délinquance au terrorisme. Enfin, la croissance du nombre d'acteurs concernés est exponentielle. Le nombre d'individus liés à des opérations terroristes, notamment en Irak et en Syrie, a augmenté de plus de 120 %. La catégorie des combattants étrangers est constituée de près de 1 280 personnes et se décompose de la manière suivante : 580 individus se sont rendus sur le théâtre des opérations ou en sont revenus ; environ 380 individus se trouvent encore en Irak ou en Syrie, tandis que 200 en sont revenus. 200 personnes ont exprimé le souhait de s'y rendre. Environ 185 personnes se trouvent quelque part entre la France et la Syrie, dans des pays de l'Union européenne. À ces individus, il faut ajouter 430 cibles dormantes liées à des grandes organisations internationales terroristes comme Al-Qaida et un millier de petits délinquants ou d'internautes provoquant au terrorisme ou appelant à la haine raciale. Au total, nous comptons donc environ 3 000 cibles, d'intensité différente, qui ne sont pas toutes susceptibles de passer à l'acte, mais appartiennent toutes à un réseau d'acteurs radicalisés, appelant ou provoquant au terrorisme. Or la direction générale de la sécurité intérieure compte 3 100 agents, tandis que le nombre d'agents au sein du service central du renseignement territorial a fortement diminué. Ces trois facteurs la puissance du vecteur numérique, la porosité entre petite délinquance et grand terrorisme, l'augmentation exponentielle du nombre d'individus concernés nous appellent à relever de nouveaux défis concernant l'organisation de nos services de renseignement, que je veux évoquer rapidement. Le premier défi est humain. Comme l'ont indiqué le Premier ministre et le Président de la République, si nous n'armons pas nos services pour leur permettre d'effectuer le travail qui leur incombe, nous aurons beaucoup de mal à être efficaces dans la lutte contre le terrorisme. La suppression de 6 000 postes dans la gendarmerie et de 7 000 postes dans la police entre 2007 et 2012 a contribué au désarmement important des collecteurs du renseignement dans les territoires. Malgré les efforts accomplis au sein de la direction générale de la sécurité intérieure pour créer 432 postes dans le cadre du budget triennal 2013-2016, malgré la volonté réaffirmée par le Premier ministre et concrétisée par l'affectation, dans ce même budget triennal, de 12 millions d'euros par an à la direction générale de la sécurité intérieure, nous aurons des difficultés en l'absence d'effort supplémentaire. Nous avons décidé de faire cet effort. Jacques Myard ou François de Rugy a demandé comment il allait être décliné. Je veux vous répondre précisément. Parmi les 1 400 agents supplémentaires affectés aux services de renseignement, 500 iront à la direction générale de la sécurité intérieure et 500 seront affectés au renseignement territorial 150 pour la gendarmerie, 350 pour la police. Par ailleurs, 100 emplois supplémentaires seront créés au sein de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris. Au sein de la direction centrale de la police judiciaire, 106 nouveaux emplois seront consacrés à la lutte contre la cybercriminalité, ainsi qu'à la surveillance et à la lutte contre un certain nombre d'organisations du crime parfois liées au terrorisme. Enfin, nous augmenterons de plusieurs dizaines d'unités les effectifs de la police de l'air et des frontières, afin d'absorber l'effet PNR, ainsi que ceux du service de protection des personnalités, car un certain nombre de cibles particulièrement vulnérables ou susceptibles d'être atteintes justifient la mise en place d'une protection particulière. Voilà donc comment se répartissent les 1 400 emplois que j'ai évoqués. À ces 1 400 emplois s'ajouteront des moyens budgétaires supplémentaires. Le Premier ministre a décidé de réaliser un effort de 233 millions d'euros en faveur des services du ministère de l'intérieur. Cet effort permettra d'investir dans des moyens dont les services de renseignement ont absolument besoin pour faire leur travail correctement. S'agissant d'abord des infrastructures et applications informatiques qui existent déjà dans le respect des dispositifs législatifs et réglementaires en vigueur, nous devons disposer de fichiers qui fonctionnent et de systèmes de connexion des fichiers efficaces. Je pense notamment au système de circulation hiérarchisée des enregistrements opérationnels de la police sécurisés, CHEOPS, mais aussi à toutes les infrastructures et applications du ministère de l'intérieur qui ont pâti d'un sous-investissement. Sur les 233 millions d'euros que j'ai évoqués, 89 millions seront investis pour moderniser les infrastructures et applications du ministère de l'intérieur, afin d'être efficaces dans la lutte contre le terrorisme. Par ailleurs, nous avons décidé d'acquérir des véhicules supplémentaires, qui viendront s'ajouter aux 2 000 véhicules par an par force. Enfin, de nouveaux moyens numériques permettront aux services de police et de gendarmerie, y compris aux services du renseignement territorial, d'être outillés pour faire face à la réalité nouvelle. Je terminerai mon intervention par quelques mots sur le Conseil européen de Riga, qui sera consacré à la lutte contre le terrorisme. Nous aurons à traiter d'un certain nombre de questions qui concernent directement les sujets dont nous parlons aujourd'hui, car des décisions prises à Riga dépendront l'efficacité et les résultats des services de renseignement. Je veux essentiellement aborder trois sujets. Le premier concerne le PNR européen. Je sais que ce sujet fait l'objet de nombreuses divergences d'appréciation entre les différents groupes de cette assemblée, et c'est bien normal, dans la mesure où l'objectif poursuivi par le PNR dans le cadre de la lutte contre le terrorisme peut susciter des questions relatives à la protection des données personnelles. Ce débat n'est pas mauvais : nous devons l'ouvrir et répondre aux questions posées. Je veux apporter deux éléments de réponse. Premier élément : sans PNR, nous sommes désarmés. Il est faux de dire que le PNR réglera tout, puisqu'il ne permettra pas de procéder à des opérations de prévention de la radicalisation, de déradicalisation en prison ou de surveillance sur le terrain, dans nos villes et nos campagnes, où un certain nombre de signaux faibles doivent être détectés. Mais si nous n'avons pas de PNR, nous laisserons passer à travers les mailles du filet un certain nombre de grands terroristes, qui peuvent frapper à tout moment. Je vais prendre un exemple très concret : Mehdi Nemmouche a quitté la France, après être sorti de prison, pour s'engager sur le théâtre d'opérations terroristes en Irak et en Syrie, puis est revenu par Francfort, après être passé par l'Asie du sud-est. Il est évident que, compte tenu des règles de Schengen c'est-à-dire de l'existence de contrôles non systématiques dans les aéroports de l'Union européenne et en l'absence d'un PNR qui permettrait un signalement en l'occurrence, les réservations de billets avaient eu lieu très en amont de son parcours aux différentes polices et aux différents services le long du trajet emprunté, il est très difficile pour les services de justice d'enclencher des mandats d'arrêt internationaux, et pour les services de police de procéder à l'arrestation au moment du franchissement des frontières extérieures de l'Union européenne. Les données de l'Advanced Passengers Information System, pas plus que le système d'information Schengen, ne permettront à eux seuls d'atteindre l'objectif assigné en l'absence de PNR. J'insiste sur le fait que le PNR n'est pas un outil permettant de tout régler ; mais c'est un instrument qui nous manque dès lors que l'on veut être totalement efficient dans le rétablissement de la traçabilité du parcours des terroristes susceptibles de franchir à plusieurs reprises les frontières extérieures de l'Union européenne. La deuxième chose que je voudrais dire à propos du PNR est qu'il est possible d'en retirer le bénéfice tout en étant protecteur des données individuelles. Comment faire ? Premièrement, je pense qu'il est important de consacrer cet outil simplement à ce pour quoi nous en avons le plus besoin, c'est-à-dire à la lutte contre le terrorisme et le crime organisé. Deuxièmement, il est possible d'établir ce que l'on appelle une « liste blanche » des personnes qui ont été contrôlées indûment au moyen de cet outil, de manière à ce qu'elles ne le soient pas une seconde fois. Troisièmement, il est très possible que le service à compétence nationale qui aura en charge la gestion des données personnelles qu'il aura récoltées dans le cadre du PNR se voie soumis à des règles déontologiques solides, concernant tant le recrutement des personnes y travaillant et le dirigeant que ses règles de fonctionnement. Pour convaincre les députés européens, j'ai remis ces propositions neuf en tout à la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement européen, après avoir rencontré la délégation française. J'espère que, par ce biais, nous trouverons un chemin permettant de concilier sécurité et protection des données. Deuxième sujet : Schengen. Aujourd'hui, le code Schengen permet à chaque pays d'effectuer des contrôles sur son territoire, mais il n'impose pas de contrôle obligatoire dans chacun des pays de l'Union européenne au moment du franchissement des frontières extérieures. Il est évident que si un pays se livre seul à des contrôles en interrogeant le système d'information Schengen au moment du franchissement des frontières extérieures dans les aéroports, les terroristes, qui sont malins, iront prendre l'avion ailleurs et arriveront dans d'autres aéroports que ceux dans lesquels ces contrôles sont systématiquement opérés. Il est donc indispensable que ces contrôles s'effectuent de façon obligatoire, ou, à défaut, systématique et coordonnée, entre les pays de l'Union européenne. Telle est la deuxième demande qui a été formulée à l'occasion du Conseil européen, et qui a déjà été actée par la déclaration des ministres de l'intérieur du conseil « justice et affaires intérieures ». Troisième sujet : internet. Nous avons eu de nombreux débats avec les parlementaires au moment du vote de la loi du 13 novembre 2014. Le principal débat portait sur la question suivante : pourquoi ne bloque-t-on pas les sites internet après décision du juge judiciaire ? Pourquoi le fait-on dans le cadre des pouvoirs de police administrative ? Et pourquoi ne consacre-t-on pas la neutralité d'internet, qui est, aux yeux de certains, un espace de liberté d'expression absolue, principe auquel on ne pourrait souffrir aucune concession ni aucun manquement ? J'apporterai plusieurs éléments de réponse. Premièrement, quand 90 % de ceux qui basculent le font par internet, la question de savoir comment on réagit face aux blogs et aux sites qui appellent et provoquent au terrorisme est, à l'évidence, un sujet majeur. Deuxièmement, s'agissant de la pédopornographie, nous avons pris les mesures réglementaires nécessaires : je ne vois pas au nom de quoi nous ne le ferions pas contre le terrorisme, compte tenu des crimes extrêmes et de la barbarie d'un certain nombre d'images qui sont diffusées. Enfin, la communication sur internet fait l'objet d'une sophistication de plus en plus importante, notamment par la cryptologie, ce qui place nos services devant des difficultés croissantes pour savoir ce qu'il se passe sur le darknet, autrement dit l'internet que l'on ne voit pas. C'est la raison pour laquelle nous avons autorisé nos services, dans le cadre de la loi du 13 novembre 2014, à intervenir sur internet sous pseudonyme, de manière à pouvoir gérer les comportements d'un certain nombre de terroristes. À mon avis, il faut que nous ayons, au plan européen, la même directive que celle dont nous disposons sur la pédopornographie, de manière à avoir un cadre législatif européen permettant aux États de l'Union européenne, en liaison avec les États-Unis, d'engager un dialogue équilibré avec les grandes majors d'internet. Si nous avons tout cela, nous aurons fait œuvre utile contre le terrorisme. Mais vous verrez que, pour avoir tout cela, il faudra débattre longtemps, que cela n'ira pas de soi, que nous aurons de sains débats démocratiques. Je souhaite que ces débats soient pour nous tous l'occasion de trouver la bonne articulation entre le principe de sécurité et de protection que l'on doit aux Français et le principe de responsabilité dans l'affirmation des libertés individuelles et collectives, auxquelles je sais le Parlement très attaché. (Applaudissements sur tous les bancs.) Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de la défense. M. Jacques Myard. C'est un gouvernement à deux voix ! M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense. Madame la présidente, madame la présidente de la commission de la défense, monsieur le président de la commission des lois, mesdames et messieurs les députés, en ma qualité de ministre de la défense, je suis en charge, comme vous le savez, du renseignement extérieur, du renseignement d'intérêt militaire et du renseignement de protection des ressources humaines et matérielles de la défense. C'est à ce titre que j'exerce la tutelle de trois services la direction générale de la sécurité extérieure, la direction du renseignement militaire DRM et la direction de la protection et de la sécurité de la défense et que je m'exprime dans le cadre de ce débat utile, sans précédent, à la suite du ministre de l'intérieur. Je voudrais d'abord vous rappeler, mais cela a déjà été évoqué, que la loi de programmation militaire, votée fin 2013, a fait du renseignement une priorité inédite par son ampleur. En effet, l'évolution de notre environnement stratégique, qui s'est durci par un niveau de menaces et de complexité rarement atteint, nous a conduits à faire un certain nombre de choix structurants, qui visent tous à accroître les moyens techniques, humains, mais aussi juridiques de nos services. Je pense à notre politique d'acquisition d'équipements, dont les satellites d'observation MUSIS, le satellite d'écoute CERES, les drones d'observation MALE, les drones tactiques, les capacités embarquées sur avions et les capacités techniques de la DGSE. La loi de programmation militaire a aussi engagé un effort de renforcement des ressources humaines, concrétisé par 360 recrutements supplémentaires prévus pour nos services. Je pense également à la plus forte articulation du renseignement avec le domaine cyber, d'une part, et les forces spéciales, d'autre part, qui ont également fait l'objet de précisions et d'orientations dans la loi de programmation militaire. Cette loi repose sur un équilibre évoqué par le ministre de l'intérieur, qui dicte en permanence la conduite du Gouvernement, entre accroissement des capacités et renforcement du contrôle des activités des services de renseignement. Cet équilibre passe d'abord par une compétence accrue reconnue au Parlement : la délégation parlementaire au renseignement s'est vue charger par la loi de programmation militaire, pour la première fois, de contrôler l'activité du Gouvernement en matière de renseignement et d'évaluer la politique publique dans ce domaine. Plusieurs intervenants ont d'ailleurs salué cette avancée. Par ailleurs, le débat très ouvert qui nous réunit aujourd'hui s'inscrit lui-même dans cette dynamique. Je veux dire, devant la représentation nationale, que les nouveaux développements que nous avons connus, depuis 2013, dans notre environnement stratégique sont venus confirmer les choix que nous avions faits. De fait, nous avons employé des drones d'observation et de reconnaissance au Sahel, et nous développons un ensemble important de moyens techniques et humains au Levant des stations d'interception, des bâtiments navals, des avions d'observation et de l'imagerie satellitaire, en appui de l'opération Chammal. Cet ensemble découle des choix que nous avons effectués dans la loi de programmation militaire. Je voudrais aussi signaler que nous avons mis en place, en particulier pour l'opération Chammal, une cellule interagences de fusion du renseignement en interne. Il s'agit de s'assurer en permanence du partage d'informations entre les différents services, de leur décloisonnement et de la mise à disposition de l'ensemble des renseignements disponibles au profit des responsables des opérations. Cette dynamique de fusion du renseignement dépasse même le ministère de la défense, puisque la fusion a aussi été opérée avec les services dépendant du ministère de l'intérieur et du ministère des finances, uniquement s'agissant de ce type d'opérations. Les choix que vous avez actés dans la loi de programmation militaire sont donc confortés, mais il était nécessaire d'actualiser ce texte. Le renseignement, qui s'affirme comme un facteur clé de notre autonomie stratégique et comme le déterminant de l'action militaire, sera au cœur des travaux qui nous attendent. Des mesures de renforcement ont d'ores et déjà été annoncées par le Président de la République et le Premier ministre. Ainsi, pour ce qui concerne la défense, les effectifs de la DGSE vont augmenter de 185 postes en plus de ceux que j'ai indiqués tout à l'heure, ceux de la DPSD, de 65, et les programmes de renseignement technique seront menés à bien, voire même amplifiés. Nous allons accroître c'est une des priorités que je me suis fixées nos capacités de détection, de suivi et d'entrave des menaces terroristes, y compris dans le champ cyber et informatique. Ce domaine est en effet essentiel. La crise dramatique que nous avons connue en janvier a une nouvelle fois démontré les dimensions nouvelles du champ d'action de la guerre cyber. La loi de programmation militaire trace d'ores et déjà un cadre ambitieux en la matière : elle accorde des moyens humains et techniques et confère pour la première fois on se souvient des débats qui ont eu lieu sur ce point et on mesure à présent combien ils étaient d'actualité le droit de riposte à la cyberdéfense en réaction aux attaques sur internet, ce qui constitue une avancée significative. Ce volet de notre défense sera encore amplifié lors de l'examen du projet de loi actualisant la loi de programmation militaire, que je vous présenterai avant l'été. Si nous regardons l'ensemble des situations stratégiques actuelles, que ce soit en Afrique ou au Moyen-Orient, qu'il s'agisse de la prolifération ou des attaques cybernétiques, nous constatons, dans tous les domaines, pour l'ensemble des opérations, que la priorité doit être donnée au renseignement, qui est un outil majeur de notre souveraineté. C'est dans cet esprit que nous allons engager une modification de la loi de 1991, conformément à l'engagement pris lors de l'examen de la loi de programmation militaire. Nous sommes maintenant au rendez-vous. Bernard Cazeneuve rappelait tout à l'heure que le dispositif normatif de 1991 avait été pensé dans un autre contexte, qu'il était adapté à d'autres formes de communication que celles qui existent aujourd'hui. Devant les nouveaux moyens de communication massifs et invisibles, qui offrent de nouvelles opportunités aux menaces, nous devons nous-mêmes adapter notre arsenal juridique et permettre cela a été rappelé par le ministre de l'intérieur aux agents de nos services de ne pas courir de risque pénal lorsqu'ils mettent en oeuvre les outils de surveillance indispensables et adaptés à ces nouveaux risques et à ces nouvelles menaces. Les dispositions qui vous seront proposées à ce sujet s'inscrivent dans le droit fil de celles sur le statut des agents que vous avez approuvées lors de l'examen de la loi de programmation militaire. La loi sur le renseignement aura donc un double objectif : apporter aux services un certain nombre de moyens nouveaux et mettre en place les moyens d'un contrôle renforcé, qui passera notamment par la création d'une nouvelle autorité administrative indépendante. Celle-ci, prenant appui sur l'expérience de l'actuelle Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité CNCIS, verra son champ d'intervention, ses prérogatives juridiques et ses moyens techniques étendus. La nouvelle autorité continuera bien sûr d'associer des membres du Parlement, ce principe ayant fait ses preuves depuis 1991. Elle donnera un avis préalable à la mise en oeuvre des techniques de renseignement et contrôlera le respect par les services des autorisations délivrées par le pouvoir politique au vu de ces avis. La loi offrira aussi aux administrés une nouvelle voie de recours leur permettant de s'assurer de la régularité de l'usage des techniques de renseignement. Ce dispositif législatif moderne devra être adapté à nos besoins en matière de renseignement tout en permettant tel est l'enjeu auquel nous sommes confrontés de protéger les Français et de sauvegarder nos libertés fondamentales. Nous sommes convaincus que les deux sont intimement liés. Je puis vous assurer que les libertés publiques seront protégées avec cette loi autant qu'elles le sont aujourd'hui. Encore faut-il l'adapter pour assurer en même temps notre propre sécurité. C'est dans cet esprit que nous travaillons ensemble, Bernard Cazeneuve et moi-même, pour parvenir à un texte d'équilibre, qui réponde aussi aux préoccupations majeures du moment et aux menaces nouvelles que nous affrontons. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et RRDP.) M. Paul Molac. Très bien ! Mme la présidente. Nous en venons aux questions. Je vous en rappelle le principe, mes chers collègues : deux minutes pour la question, deux minutes pour la réponse sans droit de réplique. Nous commençons par les questions du groupe socialiste, républicain et citoyen. La parole est à Mme Corinne Erhel. Mme Corinne Erhel. Messieurs les ministres, face à la situation complexe et évolutive dans laquelle nous nous trouvons, nous ne pouvons que partager vos objectifs de lutte contre le terrorisme et de recherche des pratiques de renseignement les plus efficaces possible. Comme vous l'avez indiqué, monsieur le ministre de l'intérieur, le chemin est étroit pour le législateur, qui doit rechercher l'équilibre entre impératifs de sécurité même si la sécurité absolue est une utopie, préservation des libertés publiques et efficacité, dans un contexte évolutif de vulnérabilité croissante. J'utilise souvent la phrase suivante : « on ne se connecte plus, on est connecté ». En effet, le nombre de personnes connectées connaît une croissance exponentielle ; les plateformes, les acteurs de l'Internet se multiplient. Dès lors, comment éviter de se disperser ? Comment définir des mesures efficaces et proportionnées qui tiennent compte de l'architecture décentralisée d'Internet et des vulnérabilités existantes sans brider l'innovation ? C'est d'autant plus difficile que les nouvelles applications et les usages se renouvelleront toujours plus vite que notre arsenal législatif ; on constate d'ailleurs la multiplication des méthodes de cryptage, d'anonymisation et de contournement. Une autre question porte sur la transparence, qui est une composante essentielle de nos sociétés et un principe de base de la culture numérique. La transparence concerne ici non pas les détails opérationnels mais les modalités de fonctionnement du renseignement périmètre, durée, et le débat d'aujourd'hui est à ce titre extrêmement important. Comment traiter ce sujet alors que la confiance est également une des valeurs fondatrices du numérique pour les individus et les acteurs économiques et que la compréhension par tous et l'acceptabilité sociétale sont des prérequis dans notre État de droit ? Cette confiance repose également sur un contrôle indépendant et continu. Je salue à ce titre le travail fait par la délégation parlementaire au renseignement. Comment l'approfondir et, éventuellement, mieux le diffuser ? Dernière question, que vous avez abordée, messieurs les ministres : les principaux acteurs du numérique ayant tous une envergure internationale, ces enjeux appellent un traitement concerté avec nos alliés européens et internationaux. Comment s'organise concrètement cette coopération internationale ? Avec quels moyens ? Ainsi que vous l'avez également souligné, il faudra du temps compte tenu de l'extrême rapidité de l'évolution technologique et des cycles d'innovation, un rythme que le législateur, souvent, peine à suivre. Mme la présidente. Je rappelle que vous disposez de deux minutes pour poser votre question, mes chers collègues. M. Jean-Luc Laurent. C'était une bonne question ! Mme la présidente. La parole est à Mme Marie-Anne Chapdelaine. Mme Marie-Anne Chapdelaine. Madame la présidente, messieurs les ministres, mes chers collègues, la liberté d'expression est une de nos racines républicaines. Sa défense fait honneur à nos traditions et soutient le rayonnement international de notre nation. Chacun a d'ailleurs pu saluer ces dernières semaines la justesse de la réaction de M. le ministre de l'intérieur, qui entend faire preuve de fermeté face aux agressions terroristes malheureusement répétées. Vous avez en effet pris le parti de la fermeté, monsieur le ministre, et refusé de céder à la peur. Face à une situation complexe, vous avez écarté les solutions simplistes. Dans ce contexte si particulier, je souhaite vous interroger sur la défense des libertés publiques fondamentales. Vous avez la difficile mission de veiller à ce que toutes et tous puissent en jouir, tout en édifiant les remparts nécessaires afin que leurs ennemis ne se retranchent pas derrière elles pour tuer, blesser et meurtrir. Je pense que nul ne tolérera ici que ce qui doit servir le plus grand nombre de nos concitoyens soit détourné par celles et ceux qui n'ont pour ambition que leurs larmes et leur souffrance. Nous sommes à une heure cruciale, monsieur le ministre, une heure où les violences prennent des formes diffuses, subites, où l'action d'une seule personne peut provoquer des drames insoupçonnés voilà encore quelques années ; une heure aussi peut-être où certains de nos concitoyens redécouvrent la vertu de la force publique. Cette heure cruciale ne doit cependant pas s'accompagner du recul de nos libertés fondamentales, qui constituent l'un des piliers de notre démocratie. Aussi, monsieur le ministre, à l'approche de l'examen du projet de loi sur le renseignement, sur lequel le président de la commission des lois, Jean-Jacques Urvoas, s'est mobilisé avec l'exigence de qualité qu'on lui connaît, vous est-il possible de nous présenter la méthode que vous déploierez pour maintenir cet équilibre entre prévention, répression et préservation des libertés publiques, une exigence au fondement de notre démocratie ? Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de l'intérieur. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Mesdames les députés, vous posez deux questions qui sont étroitement liées : comment maintenir la confiance dans l'espace numérique, d'une part, et, d'autre part, préserver les libertés publiques auxquelles nous tenons tout en luttant contre le terrorisme ? La confiance, tout d'abord, suppose que l'espace numérique, qui est un espace de liberté, de libre expression, de développement d'activités économiques, ne devienne pas, de ce fait, un espace de non-droit non régulé. Personne ne considère que, sur Internet, la confiance croît avec le nombre de délits ne faisant l'objet d'aucune intervention. Généralement, on oppose à cet argument que le juge judiciaire peut tout à fait constater les délits et y mettre fin. C'est vrai, mais cela peut parfaitement se conjuguer avec la possibilité pour ceux qui ont un pouvoir de police administrative de prévenir, compte tenu de sa gravité, la survenue d'un délit sous le contrôle du juge administratif, qui est un juge des libertés. Nous n'avons pas remis en cause la possibilité pour le juge judiciaire de constater un délit ; nous avons simplement créé la possibilité pour l'administration de prévenir celui-ci, sous l'autorité du juge administratif, qui est un juge des libertés. La confiance est donc cruciale, certes, mais elle suppose une certaine régulation, des principes. Elle suppose que l'on prévienne les délits et, dès lors qu'ils sont constatés, qu'on puisse déclencher l'action publique. C'est la raison pour laquelle nous avons mis en place le blocage administratif des sites et leur déréférencement, qui n'intervient, j'y insiste, que dès lors que les opérateurs internet sollicités par nos soins ne disposent pas du délai qui leur est imparti pour procéder par eux-mêmes à la régulation qu'on leur demande. En réalité, la disposition législative que nous avons prise est une disposition préventive et de sensibilisation qui doit permettre d'instaurer la confiance et d'établir la responsabilité. Parce que nous voulions atteindre ce dernier résultat, nous avons pris très vite les textes d'application le dernier décret a été pris le 6 février dernier et engageons une action européenne, de façon que ces mesures soient partagées par nos partenaires, et internationale, pour continuer à sensibiliser les grands acteurs de l'Internet. À cet égard, je serai aux États-Unis la semaine prochaine pour rencontrer mes homologues, ainsi que ceux qui sont en charge de la sécurité et de la justice, et les grands opérateurs Internet pour les sensibiliser. Madame Chapdelaine, vous m'avez ensuite interrogé sur les libertés publiques. Or, comme l'ont montré les événements du mois de janvier dernier, ce qui porte atteinte aux libertés publiques, c'est l'extrême violence perpétrée à l'encontre de ceux qui, au sein de notre République, garantissent la liberté ou l'incarnent : les journalistes, qui l'exercent jusqu'à l'impertinence, les policiers et les gendarmes, qui incarnent l'État de droit, et tous ceux qui ont fait le choix d'exercer librement leur culte et qui se trouvent visés en raison de la religion qu'ils ont choisie ; je pense aux Français de confession juive. Ce sont donc non pas les dispositions que prennent les États démocratiques imprégnés des valeurs républicaines pour protéger leurs concitoyens de l'atteinte faite aux libertés publiques qui menacent celles-ci, mais ceux qui se chargent de détruire tous ceux qui les incarnent dans la démocratie, parce qu'ils haïssent la liberté et les valeurs de la République. Cela ne doit pas nous empêcher de combattre le terrorisme dans le respect rigoureux des principes du droit. C'est la raison pour laquelle nous avons voulu des mesures exceptionnelles qui ne soient pas des mesures d'exception. C'est la raison pour laquelle cette majorité, ce gouvernement se sont opposés à des amendements qui avaient un caractère symbolique mais qui étaient totalement anticonstitutionnels ; je pense notamment aux propositions sur la déchéance de la nationalité. Nous avons d'ailleurs bien fait d'agir de la sorte car, dans le cadre d'une question prioritaire de constitutionnalité examinée la semaine dernière, le Conseil constitutionnel a bien délimité le périmètre de notre capacité d'intervention en la matière. Enfin, nous devons le faire dans le respect des dispositions conventionnelles Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des principes généraux du droit. C'est en respectant la Constitution, les principes généraux du droit et le droit international, notamment les conventions, telles que la Convention européenne des droits de l'homme, que la lutte contre le terrorisme atteindra une efficacité maximale sans qu'à aucun moment les libertés publiques ne s'en trouvent obérées. Mme la présidente. Nous passons à présent aux questions du groupe UMP. La parole est à M. Patrice Verchère pour la première question. M. Patrice Verchère. Permettez-moi tout d'abord de saluer le travail de la délégation parlementaire au renseignement et des propositions contenues dans le rapport d'activité pour l'année 2014 présenté par Jean-Jacques Urvoas. Cependant, au regard des événements tragiques que nous venons de connaître, je souhaite vous interroger, messieurs les ministres, vous en particulier, monsieur le ministre de l'intérieur, sur un sujet qui pose, comme beaucoup d'autres, des problèmes de sécurité intérieure. En effet, à l'heure actuelle, près de dix personnes, principalement des islamistes d'origine algérienne, seraient assignées à résidence. Condamnées à une interdiction définitive du territoire français, elles ne peuvent être expulsées car la Cour européenne des droits de l'homme, qu'elles ont saisie, fait barrage à une extradition vers leur pays en évoquant des risques de torture. D'une certaine manière, en refusant l'expulsion de terroristes, la CEDH fait de nos pays des sanctuaires pour ces djihadistes et met donc nos compatriotes en danger. Dès lors, nous sommes contraints d'héberger à nos frais ces dangereux individus par des mesures d'assignation à résidence. Généralement, ces terroristes sont placés dans des petites communes rurales et vivent parmi la population qui, pas plus que les élus locaux, n'a eu son mot à dire. À l'heure d'Internet, vous l'avez rappelé, il serait bien naïf de croire que ces terroristes se retrouvent isolés. Le cas de Djamel Beghal nous a montré que ces individus conservent une vie sociale en maintenant le contact avec la nébuleuse terroriste, voire en recevant dans leur nouvel environnement leurs camarades djihadistes. Le cas de Saïd Arif nous a quant à lui montré la facilité avec laquelle ces individus reconnus coupables d'entreprises terroristes pouvaient déjouer de telles mesures de surveillance et retourner dans la clandestinité. Les gendarmes, peu nombreux dans ces bourgs ruraux, n'ont pas les moyens de surveiller correctement ces individus et les personnes qu'ils reçoivent. Convenons également qu'à l'heure où nos agents des services de renseignement ont à surveiller un nombre exponentiellement croissant de terroristes potentiels, ils ont bien d'autres choses à faire que de surveiller des assignés à résidence qui ne devraient même plus se trouver sur le territoire. Monsieur le ministre, l'article 15 de la CEDH prévoit un régime dérogatoire à la Convention en cas de guerre ou de danger public menaçant la vie de la nation. Les plus hautes autorités de l'État n'ont-elles pas prononcé le mot de guerre, monsieur le ministre ? Le déploiement sans précédent, et je vous en félicite, des forces de police et des forces armées n'est-il pas suffisant pour plaider un régime dérogatoire auprès de la CEDH ? Monsieur le ministre, le Gouvernement va-t-il faire jouer l'article 15 de la CEDH ? De même, seriez-vous prêt à faire voter, comme la Grande-Bretagne envisage de le faire, une interdiction de retour des djihadistes ressortissants, ce qui soulagerait nos services de renseignement, dont la charge de travail risque d'engendrer des défaillances ? Enfin, monsieur le ministre, soutiendrez-vous la création d'un centre de rétention spécifique ? M. Thierry Mariani. Très bien ! Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de l'intérieur. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Monsieur le député Verchère, sachez tout d'abord que les Britanniques n'envisagent pas de faire ce que vous dites, fort heureusement d'ailleurs, car si c'était le cas, cela poserait un énorme problème d'efficacité en matière de lutte contre le terrorisme. Imaginez que chaque pays de l'Union européenne interdise le retour sur son territoire de ses ressortissants engagés sur un théâtre d'opération terroriste : sur tous les territoires des autres pays de l'Union, à l'exception du nôtre, se trouveraient ainsi nos ressortissants et vice-versa. Nous serions ainsi dans l'incapacité absolue de juger tous ceux qui reviennent. Alors qu'ils représentent un danger absolu dans tous les pays de l'Union européenne, il ne serait pas possible de les mettre hors d'état de nuire. M. Jean-Luc Laurent. Bien sûr ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Une telle idée est totalement absurde. M. Jean-Luc Laurent. C'est une fausse bonne idée ! M. Christian Assaf. Et même une mauvaise idée ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Si des Britanniques se trouvent en France parce qu'on leur a interdit le retour sur leur territoire, si des Français sont en Grande-Bretagne ou des Allemands aux Pays-Bas sans qu'il soit possible de les juger, nous aurons contribué à ce que des terroristes dangereux ne soient pas inquiétés par la justice, ce qui pourrait les inciter davantage à frapper sur le territoire de l'Union européenne. Par conséquent, nous récusons cette idée : elle est totalement absurde et inefficace en matière de lutte contre le terrorisme et, de plus, absolument contraire aux règles du droit international, qui prohibe totalement la faculté pour un pays de ne pas accueillir sur son territoire ses propres ressortissants. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les Britanniques n'adopteront pas une telle disposition. Ce que souhaitent les Britanniques, et je me suis beaucoup entretenu de ce sujet avec mon homologue, c'est que nous leur communiquions des informations quant au passage de ressortissants britanniques sur nos territoires au sein de l'Union de manière à ce que ceux-ci puissent être jugés dans les meilleurs délais. Telle est exactement la position des autorités britanniques. Quant à l'assignation à résidence, ma position sur le sujet est claire et très ferme : les étrangers qui ont été impliqués dans des affaires terroristes sur le territoire français, ou ailleurs, et qui résident sur le territoire français doivent être expulsés. M. Thierry Mariani. Très bien ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Voilà la politique que nous menons, et je peux vous assurer qu'elle est davantage appliquée que par le passé : alors qu'il y avait quatre personnes expulsées par an à ce titre entre 2008 et 2012, il y en a près de douze désormais. Et à chaque fois que je pourrai le faire, je le ferai sans états d'âme, avec la plus grande fermeté. M. Jean-Luc Laurent. Bravo ! C'est ce qu'il faut ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Il reste que, parfois, le renvoi de ces personnes dans leur pays n'est pas possible, notamment au regard des règles conventionnelles mais pas uniquement : c'est aussi qu'elles pourraient y être victimes de persécutions. Dans ce cas, nous les plaçons sous assignation à résidence, ce qui nous permet de couper leurs relations avec d'éventuels réseaux. C'est aujourd'hui le cas pour dix personnes. Cela nous demande beaucoup d'énergie,… M. Patrice Verchère. Ah ça oui ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. … Car il faut procéder à leur surveillance, mais nous le faisons. Les personnes assignées à résidence sont soumises à de fortes contraintes : quatre pointages en commissariat ou gendarmerie par jour, interdiction de quitter le territoire de la commune d'assignation et, depuis 2014, interdiction d'avoir des contacts avec certaines personnes. Si ces règles ne sont pas respectées, il y a judiciarisation, pénalisation et, dans la plupart des cas, incarcération. Voilà ce que nous pouvons faire dans le cadre du droit en vigueur, et nous continuerons à le faire systématiquement, avec la plus grande fermeté. Pour vous en convaincre, je suis prêt à rendre compte au Parlement sur le sujet et à informer ce dernier des chiffres, des cas anonymisés, bien entendu et des conditions de la judiciarisation. M. Christian Assaf M. Jean-Luc Laurent et M. Pascal Popelin. Très bien ! Mme la présidente. La parole est à M. Thierry Mariani. M. Thierry Mariani. Messieurs les ministres et j'associe mon collègue Alain Marsaud à cette question, nos services ne seraient-ils pas borgnes, voire aveugles ? Qu'entends-je par là ? On peut se demander, avec le recul, si la réforme de 2008 même si je sais qu'elle a été conduite sous la précédente majorité n'était pas une fausse bonne idée. En fusionnant la direction de la surveillance du territoire avec les Renseignements généraux pour créer la direction centrale du renseignement intérieur, on s'est peut-être privé d'un certain nombre de renseignements sur le terrain. Vous étiez cette semaine à Lunel, monsieur le ministre de l'intérieur ce dont je félicite ; si nous avions disposé encore d'une présence sur le terrain, n'aurions-nous pas pu détecter plus tôt ce genre de situation ? Vous avez créé, au début de l'année dernière, le service central du renseignement territorial… M. Pascal Popelin. Eh oui : il faut bien corriger vos erreurs ! M. Thierry Mariani. … Mais cet outil est-il à la hauteur ? Nos services sont donc borgnes, parce qu'ils manquent d'informations à l'intérieur ; et ils sont même aveugles, puisqu'ils manquent aussi d'informations à l'extérieur. Quand j'étais représentant spécial de la France pour l'Afghanistan et le Pakistan, nous avions des contacts avec les services étrangers présents sur place. Or faisons le bilan aujourd'hui : nos rapports ont été coupés pendant un an avec le Maroc, à la suite d'une brouille. M. Christian Assaf. Le terme est un peu excessif ! M. Thierry Mariani. Ils viennent d'être rétablis, mais je ne pense pas que c'était le meilleur moyen pour obtenir des renseignements sur les binationaux impliqués dans ces affaires ! Quant à la Syrie, inutile d'insister : c'est plus qu'une brouille ! D'après les informations qui ont filtré dans la presse, la France aurait envoyé une mission, il y a quelques semaines, pour obtenir des renseignements ; la contrepartie exigée par les Syriens était la réouverture de notre ambassade, ce qui a été refusé. Si ces informations sont exactes, nous n'aurions donc aucune information en provenance de la Syrie ce qui paraît logique. Enfin, pour les raisons d'actualité que chacun connaît, nos rapports avec les services russes ne sont pas meilleurs. Pour résumer : à l'intérieur, le travail de collecte de renseignements sur le terrain ne devrait-il pas être renouvelé et, à l'extérieur, ne faudrait-il pas réactiver notre collaboration avec les services étrangers ? Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de l'intérieur. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Il s'agit, monsieur Mariani, d'une très bonne question et vous avez raison de la poser de façon aussi directe et en utilisant de telles images : borgne, aveugle, et j'ajouterai même anémié ce qui fait beaucoup pour un même organisme. Le fait de perdre 13 000 emplois dans la police et la gendarmerie ne pouvait pas être sans conséquences sur le renseignement territorial ; et, de fait, nous avons perdu énormément de moyens pour la collecte. Mme Patricia Adam, présidente de la commission de la défense nationale et des forces armées. Eh oui ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Je ne reviendrai pas sur la réorganisation des services de renseignement : elle a eu lieu, dont acte. La question est de savoir comment être efficace dans la collecte, mais aussi dans l'analyse des renseignements : on peut toujours avoir des données, si l'on est incapable de les analyser afin de hiérarchiser les priorités et mettre l'accent sur les dangers les plus grands, c'est un problème. Si l'on veut répondre à la préoccupation qui est la vôtre, il faut d'abord avoir des collecteurs de renseignements sur le territoire national ; voilà pourquoi il a été décidé de déployer des policiers et des gendarmes sur le terrain, de manière à récupérer des informations 500 en tout : 150 dans la gendarmerie et 350 dans la police. C'est particulièrement nécessaire dans les territoires où des signaux faibles peuvent être détectés. Ainsi à Lunel, j'ai passé samedi matin deux heures avec les gendarmes et le service du renseignement territorial ; sans révéler le contenu de nos conversations, je puis vous dire que la gendarmerie détecte énormément de signaux faibles pouvant être utiles au renseignement territorial, à la direction générale de la sécurité intérieure DGSI et à la judiciarisation. Ensuite, il faut du matériel. Il ne suffit pas que des personnes soient présentes sur le terrain ; encore faut-il qu'elles soient équipées pour pouvoir collecter efficacement les renseignements. Je parle de choses très concrètes : des véhicules, des appareils photo, des moyens de télécommunication. Tout cela manque. Nous avons donc débloqué 233 millions d'euros sur trois ans pour en équiper nos services. Troisièmement, ce n'est pas parce que les services sont efficaces et bien équipés qu'ils vont nécessairement communiquer entre eux. Or il existe au ministère de l'intérieur une vieille tradition du travail en tuyau d'orgue : chacun réalise des choses excellentes dans son domaine, mais lorsqu'il s'agit de les harmoniser et d'établir une communication entre les services, il faut énormément de volonté politique. Nous allons y remédier. Nous avons déjà fait un pas en ce sens en mettant en place à la fin du mois d'avril un dispositif qui, via la plate-forme de signalement, permet aux préfets et aux procureurs de faire travailler tous les services ensemble. Nous allons intensifier cet effort en renforçant l'UCLAT, l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste. Cela devrait permettre de donner une plus grande efficacité à notre action. S'agissant maintenant de nos relations avec les services de renseignement étrangers, nous travaillons à les renforcer. Nous sommes allés en Turquie pour remédier à de très anciens dysfonctionnements ; avec le Maroc, c'est parti… M. Thierry Mariani. Reparti ! M. Jean-Yves Le Drian, ministre. Cela n'avait jamais arrêté ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Je m'y rendrai prochainement pour traiter de sujets relevant de ma compétence. Nous collaborons avec les services européens et ceux d'autres pays avec qui il est stratégique d'échanger des informations. Vous le voyez : vos préoccupations sont aussi les nôtres et nous faisons en sorte d'atteindre ce but. Mme la présidente. Nous en venons à deux questions du groupe UDI. La parole est à M. Michel Zumkeller. Souhaitez-vous les poser l'une après l'autre ou en même temps, cher collègue ? M. Michel Zumkeller. En même temps, si vous le permettez, madame la présidente, ce sera plus simple. Mme la présidente. Je vous en prie. Vous avez la parole. M. Michel Zumkeller. Ma première question concerne l'analyse des renseignements. Le renseignement français semble avoir concentré ses efforts sur la jeune génération d'apprentis djihadistes partis en Syrie, peut-être au détriment des filières islamistes recensées depuis le début de l'année 2000, dont étaient issus les tristement célèbres frères Kouachi. C'est donc l'analyse, plutôt que la collecte du renseignement, qui ferait défaut. Dans ses annonces du 21 janvier, le Premier ministre a évoqué le recrutement d'analystes aux profils variés et la possibilité pour les bureaux de liaison et de coordination de bénéficier de ces ressources analytiques. D'autres mesures seront-elles prises afin d'améliorer les techniques d'analyse du renseignement ? Ma deuxième question porte sur la radicalisation en prison. La prévention de celle-ci doit être au coeur de la politique de lutte contre le terrorisme. Or le rapport de la délégation parlementaire au renseignement constate une insuffisance des moyens à la disposition du bureau du renseignement pénitentiaire, le BRP. Il préconise une meilleure formation des agents de ce dernier, ainsi qu'une meilleure collaboration avec les services de renseignement. Le futur projet de loi sur le renseignement contiendra-t-il des dispositions relatives au BRP et à la lutte contre la radicalisation dans les prisons ? En outre, une meilleure coordination serait nécessaire au plan européen, en ce qui concerne tant les alertes précoces et l'acquisition du renseignement que les réponses judiciaires et l'effort de déradicalisation. Ne pourrait-on pas envisager la création d'une mission d'évaluation visant à l'harmonisation des réponses pénales et carcérales au phénomène djihadiste, ainsi que la création d'un observatoire européen de recherche et d'étude sur le terrorisme ? Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de l'intérieur. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Votre première question a fait l'objet de beaucoup de commentaires de presse et d'interrogations, parfois au sein même du Parlement. Il y a tout d'abord des actions que l'on ne voit pas, tout simplement parce qu'elles ont été couronnées de succès. Tous les jours, nous procédons à des arrestations, à la mise hors d'état de nuire de terroristes qui, pour l'essentiel, appartiennent aux filières de combattants étrangers. Depuis le 25 janvier, nous avons ainsi procédé à l'arrestation de vingt personnes, en tout point du territoire national ; elles étaient engagées dans des filières organisées, détenaient des armes et des munitions pouvant occasionner des dégâts importants, communiquaient entre elles par Internet, envisageaient de commettre des attentats. Ces vingt arrestations ont abouti, en l'espace de treize jours, à une dizaine de mises en examen, à sept incarcérations et à une mise sous contrôle judiciaire. Du démantèlement de ces filières et de la judiciarisation de la situation de leurs membres essentiellement des combattants étrangers, mais pas seulement, on n'en parle jamais ! Cette action continue, quotidienne, a pourtant conduit à la mise hors d'état de nuire d'un grand nombre d'acteurs et permis d'éviter beaucoup d'attentats. Alors, quand j'entends dire que l'on a privilégié telle filière plutôt que telle autre pour des raisons qui tiendraient à un défaut d'analyse, je voudrais que l'on réalise la masse de sujets à traiter et l'extrême mobilisation des services malgré un contexte de pénurie de moyens humains et technologiques que nous nous employons, de façon très volontariste, à corriger. Voilà ce qu'est la réalité ! Deuxièmement, je le répète, ce n'est pas parce qu'on collecte des informations qu'on les analyse bien. En matière de lutte contre le terrorisme, il faut procéder à une analyse fine, c'est-à-dire croiser les approches : l'expertise, excellente, de la DGSI, avec les retours du renseignement territorial, tout en procédant au recrutement d'analystes et de traducteurs pour analyser les interceptions. Il convient de le faire rapidement en recrutant sur titres plutôt que par voie de concours, de manière à être opérationnels le plus vite possible ; c'est ce à quoi je m'emploie. Il faut aussi recourir à d'autres compétences des universitaires, des intellectuels, des diplomates afin d'affiner, par leurs regards croisés, les analyses de manière à définir les cibles à surveiller plus attentivement. Voilà ce que nous souhaitons faire : accroître les moyens, procéder à des recrutements, ouvrir nos services à d'autres compétences et à d'autres disciplines, tout en valorisant les actions de démantèlement des filières existantes. S'agissant du milieu pénitentiaire, le Premier ministre a annoncé la création de 950 postes, qui se répartiront entre l'administration pénitentiaire, la protection judiciaire de la jeunesse et les juridictions. L'objectif est de mieux armer les juridictions, notamment le parquet antiterroriste, de faire en sorte que la protection judiciaire de la jeunesse puisse prévenir le passage à l'acte et de donner à l'administration pénitentiaire les moyens de faire face à la radicalisation en prison. Il importe aussi de renforcer le renseignement pénitentiaire, actuellement composé de quelques unités seulement, pour faire face à un phénomène en rapide expansion du fait de la judiciarisation des personnes susceptibles de commettre des aces terroristes. Nous avons intégré au sein de l'UCLAT certaines de ces compétences, de manière qu'elle puisse disposer d'une vision transversale de la question terroriste, incluant les informations obtenues en prison. Cet effort sera encore intensifié grâce au plan annoncé le 22 janvier par le Premier ministre. Mme la présidente. Nous en venons à deux questions du groupe RRDP. La parole est à M. Jacques Moignard. Souhaitez-vous également poser vos deux questions en même temps ? M. Jacques Moignard. Oui, madame la présidente. Mme la présidente. Faites, cher collègue, vous avez la parole. M. Jacques Moignard. Ma première question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur, la suivante à M. le ministre de la défense. Mais je veux au préalable les féliciter tous deux pour leurs exposés liminaires, qui ont embrassé largement le sujet. Monsieur le ministre de l'intérieur, en 2008, l'intégration de la majorité des effectifs de la direction centrale des renseignements généraux au sein de la direction centrale du renseignement intérieur a conduit à la création de la sous-direction de l'information générale, la SDIG. Cette dernière a peiné à trouver sa place, en raison d'une part de moyens réduits et d'objectifs vagues, d'autre part d'un manque de coordination entre les services. Le Premier ministre, Manuel Valls, a donc envisagé une réorganisation du renseignement, qui a abouti en 2014 à la création de la direction générale de la sécurité intérieure DGSI et du service central de renseignement territorial SCRT, qui ont remplacé respectivement la DCRI et la SDIG. Cette réorganisation s'est révélée parfaitement appropriée et, comme s'en félicite dans son rapport la délégation parlementaire au renseignement, elle a déjà porté ses premiers fruits, notamment pour ce qui concerne le SCRT. En effet, les missions de ce dernier ont été redéfinies par la circulaire du 21 mars dernier et élargies. Figure parmi elles le développement du cyber-renseignement, dont vous avez parlé. Pouvez-vous nous préciser les finalités visées à cet égard, monsieur le ministre, et les méthodes d'investigation locales du service, même si vous avez déjà largement abordé la question tout à l'heure ? Par ailleurs, le SCRT permet une surveillance optimale de proximité puisque, implanté dans chaque département, il est composé de 1 900 fonctionnaires de police et de quelques dizaines de gendarmes, auxquels s'ajoutent 700 policiers de la préfecture de police de Paris, également chargés du renseignement. Cependant, compte tenu de l'évolution préoccupante de la menace terroriste, estimez-vous, monsieur le ministre, que ces fonctionnaires sont suffisamment nombreux ? Si tel n'est pas le cas, envisagez-vous de prochaines augmentations d'effectifs ? J'en viens donc, puisque vous me le permettez, madame la présidente, à ma question au ministre de la défense. Monsieur le ministre, une dizaine d'anciens militaires français seraient actuellement en Syrie et en Irak pour mener le djihad dans les rangs d'organisations terroristes comme l'État islamique. Ainsi, l'un installé dans la région de Deir Ez-Zor, en Syrie, aurait mis ses compétences militaires, acquises sous le drapeau français, au service de l'encadrement de jeunes djihadistes français qu'il a formés au combat. D'autres, âgés seulement d'une vingtaine d'années, anciens de la Légion étrangère ou anciens parachutistes, experts en explosifs, grossiraient les rangs desdites organisations terroristes. Cette situation est on ne peut plus préoccupante : formés en France, ces anciens militaires ou les militaires radicalisés au sein de l'armée pourraient se révéler de redoutables terroristes puisqu'ils connaissent l'organisation et les secrets de l'armée. Ils pourraient aussi apporter leur expertise en maniement des armes et explosifs à d'autres candidats potentiels au djihad. Pouvez-vous, monsieur le ministre, nous confirmer ces informations ? Le cas échéant, avec quels moyens envisagez-vous de prévenir les phénomènes de radicalisation dans nos armées ? À ce titre, la direction de la protection et de la sécurité de la défense, service placé sous votre autorité et notamment chargé d'examiner les dossiers de recrutement et de mener des enquêtes en interne en liaison avec le renseignement intérieur, verra-t-elle son effectif augmenter consécutivement à la récente actualisation de la loi de programmation militaire ? Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de la défense. M. Jean-Yves Le Drian, ministre. Oui, monsieur le député, le phénomène que vous décrivez est réel, d'anciens militaires ont rejoint les rangs des combattants djihadistes, mais il est extrêmement réduit. En outre, je pense que vous avez bien fait de n'évoquer qu'au conditionnel les informations qui sont données ici ou là. Je peux simplement vous dire que les services de la DPSD, dont c'est l'une des missions, suivent de près ces anciens militaires, pour certains depuis plusieurs années, afin que puissent être prises, en bonne collaboration avec l'ensemble des autres services du ministère de la défense et du ministère de l'intérieur, les mesures nécessaires, évoquées à plusieurs reprises par Bernard Cazeneuve. Nous suivons aussi d'anciens candidats au métier des armes, qui peuvent éventuellement être retrouvés dans ces réseaux, mais leur nombre est très limité, et les armes que vous avez citées ne sont pas particulièrement concernées : d'autres sont également concernées, mais il ne s'agit toujours que d'un nombre limité de personnes. Je veux aussi vous le dire : nous les suivons là où ils sont et quand ils reviennent. Nous suivons aussi tout particulièrement certains militaires en activité qui pourraient être susceptibles de connaître ce genre de destin. C'est aussi le rôle de la DPSD. Dernier point, qui est souvent passé sous silence, la mission de la DPSD est aussi d'aider le commandement à anticiper ces phénomènes de radicalisation, à les identifier, à les percevoir et à partager ses interrogations auprès des cadres de l'armée. Enfin, puisque vous avez bien voulu rappeler la décision du Premier ministre d'augmenter les effectifs des services de renseignement, la DPSD est aussi concernée, et les soixante-dix postes créés seront précisément affectés à cette mission. Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de l'intérieur. M. Bernard Cazeneuve, ministre. J'ai répondu à la question que vous avez posée, monsieur le député Moignard, en répondant tout à l'heure à M. Mariani, mais j'ajoute volontiers quelques compléments. Nous avons besoin de réarmer le renseignement territorial, en lui donnant les moyens humains, technologiques et budgétaires dont il a été privé jusqu'à présent. C'est la raison pour laquelle nous avons pris la décision de créer 500 emplois supplémentaires dans les services du renseignement territorial. Cela permettra notamment à la gendarmerie de s'impliquer dans le renseignement territorial en collectant des informations au plus près du terrain. L'objectif est de mettre des gendarmes dans les brigades, au plus près du terrain, au plus près des lieux où peuvent être décelés des signaux faibles, de manière à permettre à ce renseignement d'être collecté. Nous ferons de même avec les policiers, puisque 250 postes sont créés dans la police. Nous avons besoin d'augmenter les moyens de ces équipes qui détectent les signaux faibles sur le terrain en leur donnant des matériels qu'elles n'avaient pas, jusqu'à présent, la possibilité d'utiliser. Nous avons ainsi décidé de consacrer 40 millions d'euros par force de sécurité à l'acquisition de véhicules. Au total les crédits seront abondés de 233 millions d'euros. Nous avons besoin également de moyens de télécommunication et de moyens numériques. La gendarmerie a commencé, dans la région Nord-Pas-de-Calais, à équiper ses troupes de ces moyens ; nous allons généraliser leur diffusion pour permettre une plus grande efficacité de nos forces. Nous allons ensuite organiser les relations, au niveau des territoires mais aussi en administration centrale, entre le renseignement territorial et la sécurité intérieure, de manière à permettre un croisement des analyses après que le renseignement a été collecté. Enfin, nous allons ouvrir l'analyse du renseignement territorial et la DGSI à des universitaires, à des intellectuels, de manière à améliorer le traitement du renseignement collecté, quoiqu'il soit déjà remarquablement assuré je tiens à le dire par la DGSI. Je tiens à rendre hommage à celle-ci et à saluer les performances qui sont les siennes en dépit d'une charge qui ne cesse d'augmenter et de moyens jusqu'à présent contingentés. Mme la présidente. Nous en venons aux questions du groupe écologiste. La parole est à M. François de Rugy. M. François de Rugy. Ma question s'adresse plus particulièrement au ministre de l'intérieur. Monsieur le ministre, le 21 janvier dernier, le Premier ministre Manuel Valls a présenté une série de mesures destinées à renforcer les moyens humains, juridiques, financiers et matériels de notre dispositif de renseignement. Il a notamment évoqué la création d'un fichier spécial, placé sous le contrôle d'un magistrat et recensant toutes les personnes déjà condamnées pour des actes de terrorisme, sur le modèle de ce qui existe aujourd'hui pour les délinquants sexuels. Je profite de ce débat pour demander au Gouvernement de préciser les caractéristiques de ce nouveau fichier. La Commission nationale informatique et libertés se plaint en effet régulièrement de la gestion de nos fichiers de police, dont tous ne sont pas prévus par un texte législatif ou réglementaire, et le Conseil d'État a d'ailleurs récemment formulé des propositions en la matière. Quelle sera la particularité de ce fichier spécial par rapport aux fichiers qui existent déjà ? S'agira-t-il d'un fichier administratif, comme le fichier Gestion du terrorisme et des extrémistes à potentialité violente, ou d'un fichier judiciaire, à l'image du fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes ? Qui sera concerné par ce fichage ? Les faits d'apologie ou de provocation seront-ils considérés comme des actes relevant du terrorisme ? Qui contrôlera ce fichier ? L'autorité judiciaire ou une autorité administrative indépendante ? Enfin, quelle sera la nature du contrôle exercé sur les personnes fichées ? Doit-on s'attendre, par exemple, à ce qu'elles soient soumises, comme les personnes inscrites dans le fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes, à des obligations d'enregistrement ? Enfin, quelle sera la durée de conservation des données ? Je vous remercie par avance de votre réponse, monsieur le ministre. Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de l'intérieur. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Merci, monsieur le député, de cette question, qui est importante, puisqu'elle concerne aussi cet équilibre dont nous parlions tout à l'heure, entre la nécessité de protéger les Français grâce à des outils nouveaux et celle de préserver les libertés publiques. Vous l'avez rappelé, le Premier ministre a annoncé le 21 janvier dernier, lors de la présentation du plan gouvernemental de renforcement des moyens des services de renseignement, qu'un nouveau fichier serait créé. Nous devons en effet pouvoir connaître en permanence l'ensemble des terroristes condamnés, leur lieu de vie, nous devons pouvoir contrôler leur présence et leurs absences ; cela vise à assurer l'efficacité du travail de nos services de renseignement. Vous avez d'ailleurs remarqué, à la suite des attentats du début du mois de janvier, que des terroristes qui ont pu, à un moment donné, être engagés dans des tentatives d'évasion d'autres terroristes, emprisonnés, pouvaient de nombreuses années plus tard passer à l'acte. Ce processus de suivi au long cours est donc nécessaire Sur le modèle du fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes, que vous avez évoqué, régi par des dispositions du code de procédure pénale, ce fichier fonctionnera sous l'autorité du magistrat directeur du casier judiciaire national, ce qui est déjà une première garantie. Les personnes impliquées condamnées, même non définitivement, ou mises en examen, pour des faits de nature terroriste, auront vocation à y figurer. Elles seront tenues, sous peine de commettre un délit, de justifier d'une adresse, de signaler leurs changements de domicile et certains déplacements, notamment à l'étranger. Le délai de conservation des données dans le FIJAIS est de trente ans en cas de condamnation pour un crime ou un délit puni de dix ans d'emprisonnement et de vingt ans dans les autres cas. Le fichier est accessible, dans des conditions strictes, prévues par la loi, et pour certaines finalités, aux magistrats officiers de policier judiciaire ainsi qu'aux préfets et aux agents de l'administration pénitentiaire. Les discussions sont en cours avec la chancellerie afin d'adapter ces règles à la prévention du terrorisme et à la lutte contre celui-ci. Lorsque ces travaux auront abouti, bien entendu, la garde des sceaux pourra en rendre compte devant le Parlement. Mme la présidente. La parole est à M. Paul Molac. M. Paul Molac. Monsieur le ministre de la défense, face à la menace majeure que constitue aujourd'hui le terrorisme international, djihadiste en particulier, il est essentiel de pouvoir identifier les interactions entre les différents groupes terroristes au Sahel et au Moyen-Orient, et les éventuels projets d'attentats sur le territoire national qui présenteraient des liens avec ces deux zones géographiques. Notre protection au plus près passe par la détection au plus loin du risque terroriste on ne peut en effet prétendre tout connaître à partir de Paris. Cela doit notamment se concrétiser par un recueil de l'information auprès des groupes locaux combattant les terroristes djihadistes. Au Sahel, je pense au travail qui s'est effectué avec certains mouvements touaregs, qui a permis de sécuriser un processus de stabilisation dans le Nord-Mali. Au Moyen-Orient, nous pouvons faire référence au mouvement kurde. Ces organisations locales ont une connaissance fine des territoires, des équilibres et des ennemis qui leur sont opposés. La libération de Kobané en Syrie n'a pu se faire que par un travail de coordination tactique entre les troupes kurdes au sol et les aviations de la coalition, essentiellement les aviations américaine et française. En effet, à partir du moment où la coalition a pris ses renseignements au sol directement auprès des Kurdes, les bombardements ont atteint leur cible. La lutte contre les combattants djihadistes à l'étranger et la détection de l'exportation de cette menace terroriste sur le sol national requièrent un même travail de renseignement de haute qualité. Pour le mener, monsieur le ministre de la défense, nous disposons de trois services de renseignement : la direction générale de la sécurité extérieure, la direction de la protection de la sécurité et de la défense et la direction du renseignement militaire. Pouvez-vous nous préciser le rôle de chacun de ces services ? Par ailleurs, pourriez-vous nous expliquer la coordination entre ces services, notamment dans les phases de recueil et de traitement ? Chacun sait bien que les règles doivent être celles d'une étroite coopération interservices et d'une totale transparence dans l'échange de renseignements afin d'assurer une efficacité maximale de notre lutte antiterroriste. Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de la défense. M. Jean-Yves Le Drian, ministre. J'ai indiqué tout à l'heure, monsieur le député, que le ministère de la défense avait la responsabilité à la fois du renseignement extérieur, confié à la DGSE, du renseignement d'intérêt militaire, confié à la DRM, et du renseignement de protection des installations et ressources humaines de la défense, assuré par la DPSD j'y ai également fait référence tout à l'heure en répondant à M. Moignard. Je voudrais vous repréciser les choses. La DGSE, ce sont 6 000 agents. Elle est plus particulièrement chargée du renseignement d'ordre géopolitique, du volet extérieur du contre-espionnage, du renseignement de crise, du contre-terrorisme, de la contre-prolifération et de la criminalité internationale. Elle opère essentiellement à l'extérieur de nos frontières et est spécialisée dans le recours aux méthodes clandestines de renseignement. Vous me permettrez donc de ne pas réagir sur la première partie de votre question. La DRM regroupe, quant à elle, un peu moins de 1 600 personnes. Elle fournit du renseignement d'ordre militaire aux autorités politiques et au commandement militaire afin de les guider dans leurs choix d'intervention et leurs décisions. Son champ d'investigation est le renseignement nécessaire aux forces en opération. Elle est par exemple très engagée au Sahel, contre Boko Haram, ou au Levant. Elle veille aussi activement sur les potentiels des pays susceptibles de faire usage de leur puissance militaire contre nos intérêts. Elle bénéficie aussi d'un très gros effort dans le cadre de la LPM, en particulier grâce aux programmes de satellites MUSIS et CERES, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler. Des drones d'observation ont également été acquis, ainsi que des pod de reconnaissance. Elle dispose donc d'outils très techniques. Enfin, la DPSD dont j'ai parlé tout à l'heure remplit des missions de protection et de contre-ingérence au profit du ministère de la défense. Je suis très attaché au fait que ces services mettent en commun leurs informations pour des opérations particulières ; cela permet de rendre leur action aussi efficace que possible. Cette mutualisation améliore leurs performances. C'est notamment le cas dans l'opération Chammal, pour laquelle une cellule de fusion d'informations permanente a été mise en place ; c'est aussi le cas pour le Sahel. Cette fusion d'informations donne de très bons résultats. La coordination générale de l'ensemble des services est effectuée par le coordonnateur national du renseignement, placé auprès du Président de la République, qui coordonne l'ensemble de la communauté du renseignement laquelle comprend des services relevant du ministère de la défense, du ministère de l'intérieur, et du ministère des finances. J'espère avoir répondu à votre question sur l'ensemble de ces services. Au passage, je m'aperçois que j'ai omis de citer les effectifs de la DRM et de la DPSD, comme je l'ai fait pour la DGSE. La DRM compte environ 1 600 personnes, et la DPSD un peu moins de 1 200 personnes. Mme la présidente. Nous arrivons aux questions du groupe GDR. Monsieur Candelier, vous avez deux questions à présenter. Voulez-vous les poser en même temps, ou l'une après l'autre ? M. Jean-Jacques Candelier. Mes questions sont courtes : je les poserai ensemble. Messieurs les ministres, chers collègues, il est nécessaire que la représentation au sein de cette Assemblée, comme au sein des délégations parlementaires communes à l'Assemblée nationale et au Sénat, soit la plus démocratique possible. C'est essentiel pour le bon déroulement de nos travaux. En 2007, nous avons salué, malgré certaines réserves, la création de la délégation parlementaire au renseignement, dont les compétences ont été élargies par la loi de programmation militaire de décembre 2013. Les députés communistes et du Front de gauche regrettent que tous les groupes politiques ne soient pas représentés au sein de cette délégation. La loi de programmation militaire doit être révisée prochainement. Ma première question est très simple, monsieur le ministre de la défense : dans le cadre de la révision de la LPM, le Gouvernement permettra-t-il à chaque composante politique de cette assemblée de participer aux travaux de la DPR ? Je vous remercie d'avance pour votre réponse ! La deuxième question est encore plus courte. Le rapport relatif à l'activité de la délégation parlementaire au renseignement pour l'année 2014, rendu le 18 décembre 2014, contient, en annexe, une proposition de loi concernant le secret des affaires. Je me demande sérieusement si une telle proposition de loi ne limiterait pas l'information de nos concitoyens, ou ne briderait pas le travail de nos journalistes, qui doivent mener leurs investigations sans en être empêchés, dans le respect de la législation en vigueur. Voici ma question : quel serait l'impact d'une telle proposition de loi en termes de restriction aux libertés publiques ? Mme la présidente. La parole est à M. le ministre. M. Jean-Yves Le Drian, ministre. Monsieur le député, la réponse à votre première question est simple. Les dispositions de l'ordonnance du 17 novembre 1958 répondent déjà à votre préoccupation. Cette ordonnance prévoit en effet que la DPR compte quatre membres de droit, et quatre autres membres « désignés par le président de chaque assemblée de manière à assurer une représentation pluraliste ». Ce format, comportant quatre membres de droit et quatre membres désignés, a de nouveau été débattu il y a un an et demi, à l'occasion de l'examen de la loi de programmation militaire. Il nous est apparu qu'il préservait un bon équilibre entre la recherche du pluralisme objectif que je partage et le souci de conserver à la DPR un format suffisamment restreint pour tenir compte de l'extrême sensibilité des informations et des documents accessibles à ses membres. Il n'est donc pas dans nos intentions de modifier ce dispositif. En revanche, le Gouvernement est conscient de l'apport que représentent les parlementaires dans ce domaine régalien. C'est pourquoi, dans le travail préparatoire à la loi sur le renseignement, nous envisageons d'accroître le nombre de parlementaires au sein de l'autorité administrative indépendante qui sera appelée à se substituer à la CNCIS la commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité pour contrôler l'ensemble des techniques intrusives de renseignement. Nous parlerons de cela au moment de l'examen des dispositions modifiant la loi du 10 juillet 1991. Mme la présidente. Nous revenons aux questions du groupe SRC. La parole est à M. Sébastien Pietrasanta. M. Sébastien Pietrasanta. Monsieur le ministre de l'intérieur, je souhaite vous interroger sur la question du renseignement pénitentiaire, même si j'ai bien conscience que celui-ci est sous la responsabilité de Mme la garde des sceaux. Le lien entre le renseignement pénitentiaire et les autres services de renseignement est une question majeure, qui nous préoccupe tous. En effet, les événements récents nous poussent à nous interroger sur la place de la prison dans le processus de radicalisation. Ce phénomène n'est pas nouveau : depuis longtemps, de jeunes prisonniers sont endoctrinés au contact de détenus déjà radicalisés. La détection des individus radicalisés se fait simplement par l'observation et l'analyse de leur comportement ; elle doit être améliorée. La radicalisation se fait d'ailleurs de plus en plus discrètement, souvent sans signes extérieurs. L'administration pénitentiaire possède un dispositif de renseignement, qui a été renforcé en 2003 par la création d'un bureau du renseignement pénitentiaire appelé EMS-3. Ce service est toutefois bien modeste : il ne compte qu'une douzaine de personnes en administration centrale, et autant au niveau des régions, pour suivre près de 1 000 individus. Mme Isabelle Gorce, directrice de l'administration pénitentiaire, nous a informés lundi, dans le cadre de la commission d'enquête parlementaire sur la surveillance des filières et des individus djihadistes, que sur ce millier d'individus, 170 personnes étaient surveillés en raison de leurs liens avec le terroriste ou avec la mouvance islamiste radicale. Les autres individus surveillés étaient en lien avec des organisations séparatistes. Le Premier ministre a annoncé des moyens supplémentaires, humains et financiers, pour les services de renseignement, notamment l'EMS-3, afin de lutter contre le terrorisme. Ma question, monsieur le ministre de l'intérieur, porte sur la coordination des services. Il est absolument nécessaire de renforcer la coordination de l'action de l'EMS-3 avec celle des autres services de renseignement. Comme vous le savez, le service de renseignement pénitentiaire ne fait pas partie de ce que l'on appelle la « communauté du renseignement », composée de six autres services. Envisagez-vous d'intégrer l'EMS-3 dans un second cercle de la communauté du renseignement ? De manière plus générale, comment envisagez-vous l'évolution de la communauté du renseignement ? Mme la présidente. La parole est à M. le ministre. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Vous connaissez bien ces questions, monsieur le député, puisque vous avez été rapporteur de la loi du 13 novembre 2014, et c'est à juste titre que vous avez indiqué que la radicalisation se développe en partie en prison. L'administration pénitentiaire, qui relève de Mme la garde des sceaux, a renforcé l'action de ses services de renseignement, en lien étroit avec le ministère de l'intérieur. Il faut, là aussi, accroître ensemble nos efforts. Vous évoquez la nécessité de renforcer la coordination de l'action de l'EMS-3 avec celle des autres services de renseignement. Je partage totalement cette préoccupation, et je tiens à vous exposer les initiatives que nous avons d'ores et déjà prises pour renforcer la coordination entre les services. D'abord, la direction de l'administration pénitentiaire est, depuis l'été dernier, systématiquement associée aux réunions hebdomadaires de l'UCLAT, l'unité de coordination de la lutte antiterroriste. Les processus d'échange d'informations ont été fluidifiés, et le renseignement circule désormais beaucoup mieux, au sein de l'UCLAT, entre les directions concernées. Le bureau du renseignement pénitentiaire de l'état-major de sécurité de l'administration pénitentiaire aura accès au futur système de traitement automatisé des signalements liés à la radicalisation, lequel sera géré par l'UCLAT. Depuis le 5 janvier 2014, un directeur des services pénitentiaires est détaché à temps plein à l'UCLAT au sein du département de lutte contre la radicalisation. La coordination avec le BRP est l'une de ses principales missions. Par ailleurs, des échanges opérationnels entre la direction de l'administration pénitentiaire et les services du ministère de l'intérieur ont lieu. Un protocole de coopération et d'échange de renseignement au niveau interrégional, à l'image du protocole associant la DGSI et la direction de l'administration pénitentiaire depuis 2012, a été validé par le directeur général de la police nationale ; il doit maintenant être validé par le ministère de la justice. Enfin, troisième point, nous améliorons les capacités de détection de la direction de l'administration pénitentiaire. À mon initiative, le coordinateur national du renseignement a accepté le principe de l'accès des effectifs du bureau du renseignement pénitentiaire à certaines formations dispensées par l'académie du renseignement. Ce rapprochement est appelé de ses voeux par la délégation parlementaire au renseignement je parle là sous le contrôle de Jean-Jacques Urvoas. De même, le secrétariat général du comité interministériel de prévention de la délinquance a noué des contacts avec la direction de l'administration pénitentiaire et l'école nationale d'administration pénitentiaire afin de former son personnel, ainsi que celui des services d'insertion et de probation, à la détection de la radicalisation, aussi bien en milieu ouvert qu'en milieu fermé. Mme la présidente. La parole est à M. Christian Assaf. M. Christian Assaf. Monsieur le ministre de l'intérieur, j'associe à cette question mon collègue Patrick Vignal. Permettez-moi de vous remercier pour les paroles justes et fortes que vous avez prononcées samedi dernier à Lunel. Au risque d'être redondant, je souhaite à mon tour vous interroger à propos du renseignement territorial. Le renseignement général, et le renseignement intérieur en particulier, a fortement évolué ces dernières années en France nous l'avons dit. La réforme de 2008 devait répondre à des années d'interrogations sur les services de renseignement français. Elle concernait plus particulièrement les renseignements généraux, victimes de raccourcis, de stéréotypes, et objets de critiques. Cette réforme, si elle a tenté de structurer la filière nationale du renseignement, de mettre fin à certaines rivalités ou incohérences apparues au fil du temps, n'a pas répondu au défi qu'elle devait relever. Des erreurs ont même été commises, à cause d'une certaine précipitation. De l'aveu même de notre collègue Mariani, les agents concernés ont eu le sentiment d'être traités avec brutalité. Cela ressort des évaluations qui ont été réalisées à la suite de cette réforme. Cela ressort également des interrogations qui sont apparues et ont gagné en force après les tueries de Montauban et de Toulouse. Après cette affaire, dite « affaire Merah », deux inspecteurs généraux de la police nationale ont rédigé un rapport présentant des pistes pour une nouvelle réforme. C'est sur la base de ces différentes évaluations, et du travail de la commission d'enquête parlementaire sur le fonctionnement des services de renseignement français dans le suivi et la surveillance des mouvements radicaux armés, qu'une nouvelle réforme a été menée. La DCRI est devenue la DGSI, et un service central du renseignement territorial a été créé. Il assure une veille, au plus près des territoires ; ses effectifs progressent pour répondre au mieux aux missions qui lui sont confiées. Tous ces changements visent à structurer une filière de renseignement territorial, et à créer davantage de liens entre les différents services intervenant dans le domaine du renseignement. À l'aune des attentats des 7, 8 et 9 janvier, ayant conscience des menaces qui pèsent partout dans notre pays, je voudrais savoir comment vous évaluez la restructuration du renseignement français, plus particulièrement le renseignement territorial. Je voudrais également connaître les évolutions envisagées pour continuer d'améliorer la filière du renseignement en France. Mme la présidente. La parole est à M. le ministre. M. Bernard Cazeneuve, ministre. J'ai déjà répondu à cette question à plusieurs reprises, mais je vais vous donner des éléments que je n'ai pas encore communiqués à la représentation nationale si j'en trouve ! Le service de renseignement territorial est chargé de détecter ce que l'on appelle les « signaux faibles » : il intervient en bas du spectre. La DGSI, elle, intervient plutôt en haut du spectre, et analyse des phénomènes plus amples, concernant des filières plus organisées. Tout cela, bien entendu, est en lien. Il est absolument indispensable que les services soient organisés de telle sorte que les informations qui remontent du terrain soient croisées avec celles dont dispose la direction générale de la sécurité intérieure. Il s'agit, grâce à l'analyse des éléments dont on dispose, de mieux prioriser les cibles à suivre. Je tiens à le dire clairement à la représentation nationale : nous ne pouvons pas suivre tout le monde. J'entends dire, à chaque événement lié au terrorisme, qu'il y a eu une « faille des services. » Ce n'est pas une faille des services, mais des commentateurs ! Il faut bien comprendre la réalité à laquelle les services sont confrontés. Pour prendre un exemple très concret, l'enquête d'environnement réalisée par la DGSI à Nice sur la personne qui a attaqué les militaires ne pouvait être réalisée qu'à distance. Si un agent suivait toute la journée la personne surveillée, sans s'en éloigner de plus deux mètres, cette personne quel que soit son état finirait par s'en rendre compte ! La surveillance d'environnement s'est faite à distance ; dès lors, penser que l'on aurait pu intervenir immédiatement pour neutraliser cette personne est totalement illusoire ce d'autant plus qu'elle a attaqué avec une grande violence, comme Jean-Yves Le Drian et moi l'avons vu sur les vidéos de surveillance. Ce que l'on appelle « faille des services » est donc souvent, en réalité, une faille dans l'analyse de la situation, du travail des services, de leur rôle et des conditions dans lesquelles ils interviennent, au regard du but qu'ils poursuivent. Par ailleurs, chacun sait qu'il faut plus d'un membre des services pour suivre une personne. Par conséquent, compte tenu de l'augmentation exponentielle du nombre de personnes que nous devons suivre, il faudrait augmenter très significativement les effectifs ! L'efficacité de notre action dépend donc de la finesse de nos analyses pour ce qui concerne les cibles à atteindre. Il s'agit de créer les conditions de la judiciarisation de ces cibles. Si les services de renseignement parviennent à récolter assez d'éléments témoignant du risque d'un attentat, alors il est possible d'intervenir de manière pré-judiciaire pour l'éviter. Pour cela, il faut des moyens pour le service central du renseignement territorial, une bonne communication entre ce dernier et la DGSI et des analyses croisées et partagées. C'est précisément ce que nous faisons : augmentation des moyens humains, budgétaires et matériels et ouverture des services à d'autres disciplines pour permettre ces analyses croisées et tenter d'être plus efficaces encore que nous le sommes, car le nombre des personnes concernées par ces activités nous expose à un risque sans précédent. Voilà ce que nous allons faire partout, y compris à Lunel, où j'étais samedi. Ce travail y est déjà fait par la gendarmerie mais elle sera renforcée par les 150 postes qui seront affectés là où ils seront le plus utiles compte tenu des caractéristiques du territoire au regard du risque terroriste. Cela implique bien entendu de pré-judiciariser le maximum de situations. Mme la présidente. Pour la dernière question du groupe UMP, la parole est à M. Yves Foulon. M. Yves Foulon. La protection et la défense des systèmes d'information dans le cyberespace, qualifié de cinquième champ de bataille, sont un enjeu fondamental et une priorité stratégique pour notre souveraineté nationale. Les moyens que nous utilisons quotidiennement ordinateurs, téléphones portables, tablettes sont évidemment connectés à Internet. Cette ouverture est bien sûr une force, mais aussi une fragilité. Nous devons protéger nos savoir-faire, nos inventions, nos coopérations scientifiques, nos collaborations publiques-privées et rester attentif à l'intelligence économique de la Défense, dans un contexte de lutte contre la prolifération du terrorisme. Pénétration des réseaux à des fins d'espionnage, prise de contrôle à distance, destructions d'infrastructures vitales, les types de menaces sont nombreux et difficiles à anticiper. Les attaques Internet qui ont suivi les attentats de janvier, d'ailleurs revendiquées par l'État islamique, démontrent bien l'importance de cet aspect dans la lutte contre le terrorisme. J'ai deux questions à vous poser, monsieur le ministre. Premièrement, le pacte cyberdéfense, lancé il y a tout juste un an, prévoyait cinquante actions disposant de crédits renforcés. Quel bilan pouvez-vous en faire à ce jour ? Deuxièmement, les cybermenaces ne connaissent aucune frontière, ni étatique, ni organisationnelle. La France collabore donc avec ses partenaires de l'OTAN pour renforcer la sécurité internationale. Quelle est la place de la France à l'échelle mondiale ? Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de la défense. M. Jean-Yves Le Drian, ministre. Monsieur le député, je vous remercie de cette question. La cybersécurité est devenue un enjeu de souveraineté aussi important pour nous que d'autres enjeux de souveraineté, car les attaques se multiplient : par exemple, les attaques sur le seul ministère de la défense doublent tous les ans depuis que je suis ministre de la défense cela ne fait quand même pas très longtemps. Nous y faisons face en nous protégeant, mais cela montre bien l'ampleur du sujet. Il faudra nous habituer à travailler en permanence sous agression informatique et cela concerne, non pas seulement le ministère de la défense, mais les grands opérateurs d'infrastructures vitales ainsi que les bombes logicielles, qui peuvent partout remettre en cause le fonctionnement même de l'économie nationale. Il importe donc de se protéger contre ces cyberattaques et ces cybermenaces. C'est l'ambition du pacte cyberdéfense, que j'ai lancé il y a un an. Il prévoit cinquante mesures je ne les détaillerai pas ici. Au total, la loi de programmation militaire prévoit 1 milliard d'euros et des emplois supplémentaires, qui sont en train d'être pourvus. Les effectifs seront d'ailleurs renforcés dans le cadre de l'actualisation de la loi de programmation militaire, à la suite des annonces du Premier ministre. Le sujet principal est celui de la formation, de la qualification et de l'identification des compétences qui nous manquent. Les armées et les opérateurs de grandes infrastructures vitales confirment qu'il n'existe pas suffisamment de personnes qualifiées pour faire face à l'accroissement de la demande et à notre besoin de protection. Je veux qu'il y ait une culture de la cybersécurité dans le ministère de la défense. J'ai eu l'occasion d'évoquer l'expression symbolique de « quatrième armée », aux côtés de l'armée de terre, de l'armée de mer et de l'armée de l'air, qui disposeraient de compétences partagées. Cela doit être une préoccupation permanente de l'ensemble du ministère de la défense et de l'état-major, qui partagent déjà largement le constat de l'importance de cet outil. Nous avons mis en place un pôle d'excellence de cyberdéfense à Bruz, près de Rennes, car le site regroupe déjà l'école des transmissions, l'école de Saint-Cyr et le centre de la DGA. Ce pôle est en train de devenir un pôle de référence européen en la matière. Sans vouloir trop s'en enorgueillir, nous sommes, avec l'Estonie pour des raisons historiques quasiment à la pointe sur ces questions de sécurité et de défense, y compris au sein de l'OTAN, où des programmes de cybersécurité mutualisés sont en train d'être développés. Nous participons activement à l'ensemble de ces scénarios. C'est une préoccupation constante, majeure, déterminante. Le sujet n'avait pas été abordé dans le livre blanc élaboré par la précédente majorité, en 2008, car la situation n'était pas aussi préoccupante. L'importance du sujet croît année après année, ce qui rend nécessaire la mobilisation de l'ensemble des moyens militaires et le soutien aux grands opérateurs d'infrastructures vitales. Il en va de la sécurité de notre pays. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/112.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/112.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fb55d16c4994d7ea59d7d10fefaffdbe2ac9a9db --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/112.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Député, le Conseil de l'Europe, par son rôle unique de protecteur des droits de l'Homme et des valeurs démocratiques sur l'ensemble du continent européen, est en première ligne dans le combat que nous menons contre le terrorisme. Je vous remercie d'avoir suscité la mobilisation de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, au lendemain des attentats à Paris, et après que le secrétaire général de l'organisation, M. Jagland, a montré son engagement, par sa présence le 11 janvier à Paris, aux côtés des Français et du président de la République. La France abrite le siège de cette organisation et est pleinement consciente de son importance. C'est la raison pour laquelle nous soutenons les propositions de son Secrétaire général, qui portent notamment sur la ratification de la Convention pour la prévention du terrorisme - à ce jour, seuls trente-deux des quarante-sept États membres l'ont ratifiée -, sur l'élaboration d'un protocole additionnel spécifique à cette convention, consacré à la question des «combattants étrangers», qui sont en réalité des terroristes, et sur le lancement d'une réflexion sur les mesures qui doivent être engagées dans les écoles, dans les prisons et sur internet pour endiguer le fléau de la radicalisation. Vous avez raison, les outils créés par le Conseil de l'Europe doivent être pleinement mobilisés. L'objectif est de doter le Conseil de l'Europe, lors de la réunion ministérielle qui se tiendra le 19 mai, d'un plan d'action pour lutter contre la menace terroriste et la radicalisation en Europe. La menace est globale, la riposte doit être globale : le Conseil de l'Europe y jouera un rôle éminent. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/113.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/113.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1038aba7acacf65488ab05da1fefc05c20a5b5f4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/113.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - À un mois d'intervalle, le Danemark vient de connaître un scénario très proche de celui qu'a vécu la France. Est-ce que vous diriez que le terrorisme djihadiste a déclaré la guerre à l'Europe ? R - Oui et aujourd'hui nous avons le cœur à Copenhague. Les faits, vous les connaissez. Hier, dans l'après-midi, l'attaque d'un centre culturel qui, malheureusement, a fait un mort et plusieurs blessés. Puis dans la nuit, l'attaque d'une synagogue, avec un mort de confession juive. Et ce matin, vers 5 heures du matin, les policiers ont tué quelqu'un qu'ils identifient comme étant l'auteur de ces tueries. J'ai eu mon collègue danois hier au téléphone puis notre ambassadeur - qui l'a échappé belle -, à plusieurs reprises. Que peut-on dire ? Nous sommes aux côtés de nos amis Danois, qui sont évidemment très secoués par tout cela... Q - Mais ils s'y attendaient. Ce n'est pas une surprise pour eux, parce qu'ils savent depuis longtemps qu'ils sont visés. R - ...Oui, mais la société n'est pas organisée par rapport à cela. Ensuite, comme vous, je suis frappé par le mimétisme de la séquence. Tout d'abord, c'est une attaque contre le symbole de la liberté d'expression, ensuite, une attaque contre des juifs et puis l'affrontement avec des policiers. Quelle leçon faut-il en tirer ? Une leçon que nous avons tous à l'esprit : c'est que le terrorisme est international et la réponse est internationale, et d'abord elle doit être européenne. D'où les initiatives que nous prenons pour renforcer la dimension sécuritaire, pour avoir une politique extérieure qui permette de lutter contre le terrorisme, et pour lutter contre la radicalisation, au plan interne. (...) Q - Il n'y a pas une signature ? Parce que c'est vrai que vous avez dit, et vous l'avez souligné, que les cibles ont été les mêmes qu'à Paris, en tout cas en termes de symboles effectivement, la stratégie est quasiment la même. Est-ce qu'il y a, derrière, une organisation, une signature ? R - Il y a ce que l'on appelle dans un tout autre domaine un « franchising », c'est-à-dire qu'il y a toute une série de gens qui malheureusement sont prêts à aller faire, comme ils disent, le djihad. Ce sont des djihado-terroristes qui s'inspirent de modèles existants, soit parce que cela s'est déjà passé, à Paris, soit parce que sur le Net, on leur donne des conseils et des manières de procéder. Et c'est la raison pour laquelle il faut être précis dans l'analyse et implacable dans le déroulement. Q - Ce qui est frappant, c'est que l'agresseur rentre chez lui, ou chez un complice, hier, à Copenhague. Peut-être habite-t-il Copenhague. Et de toute évidence, c'est un citoyen danois, c'est-à-dire, c'est un fils du pays. Cela veut dire que l'ennemi, il est à l'intérieur ? R - Cela veut dire que les ravages de ce terrorisme sont extrêmement larges, et c'est pourquoi il faut se prémunir. Le président français a eu au téléphone la Première ministre danoise et j'ai eu mon homologue danois. Nous avons demandé à Bernard Cazeneuve, le ministre de l'intérieur, qui était au Maroc, d'aller au Danemark. Il y a eu un conseil de crise du gouvernement danois. Nous suivrons tout cela évidemment en étroite relation avec le gouvernement. Mais au-delà de ces faits tragiques, c'est toute une organisation qui doit être mise en place, qui est mise en place, pour lutter contre ce mal. Et cela prendra du temps, il faut dire la réalité telle qu'elle est. (...). Lutte contre le terrorisme - Boko Haram - Islam Q - (...) Le terrorisme inquiète, on ne cesse de le dire, avec raison, et il se déploie partout sur notre territoire, en Europe, au Proche-Orient, en Afrique, avec le sentiment que rien ne peut l'arrêter - et pourtant il faudra l'arrêter. (...) Vous avez dit oui, il y a la guerre. C'est ce que vous dites ? C'est une guerre qui est faite contre l'Occident ? Comment vous la définissez, vous-même ? R - Ce sont des faux religieux et de vrais criminels. Ils s'appuient sur la religion, mais ils l'usurpent. Et il faut que les religieux musulmans nous aident, il faut qu'ils les dénoncent eux-mêmes, comme l'a fait très bien le grand imam de la mosquée Al- Azhar, au Caire. Q - C'est un appel que vous leur lancez aujourd'hui ? R - Oui, mais pour beaucoup ils sont conscients de cela. Parce que si des non musulmans disent « les musulmans devraient faire ceci ou cela », cela a moins de force que si les autorités religieuses elles-mêmes disent : « c'est une escroquerie ! » Q - Est-ce qu'elles n'ont pas peur d'être des cibles, d'être visées à leur tour ? R - Je ne pense pas, non. Q - Il faut du courage, quoi ? R - Oui, mais ils en ont ! Il faut cette dénonciation d'escroquerie. Il faut en même temps évidemment que nous, dans nos pays, nous prenions les dispositions nécessaires, en termes sécuritaires, et notamment sur le plan d'internet et dans nos prisons. Et puis, il faut que l'Europe s'organise, encore plus fortement qu'elle ne le fait, et ce sont les décisions qui sont en train d'être prises pour qu'il y ait une coordination très efficace. Q - C'est quoi, la coordination ? Et est-ce que cela suffit ? N'est-on pas trop défensifs ? N'y a-t-il pas autre chose à faire ? R - Il faut prendre toutes les mesures qui sont indispensables. Parce que nos sociétés sont fragiles. Il faut maintenir nos principes, nos valeurs, le droit à la liberté, et en même temps, s'organiser pour venir à bout de ces éléments, qui sont disparates. Je ne crois pas qu'il y ait un chef unique qui dise « voilà ce qu'il faut faire... » (...) Q - En France, la menace reste extrêmement présente ? Le plan Vigipirate est toujours maintenu, d'ailleurs ? R - La menace est très présente, oui. Il faut être implacable dans l'action qu'il faut mener, et en même temps, ne pas faire ce cadeau aux terroristes de rentrer dans l'opposition qu'ils souhaiteraient entre les communautés. Il faut faire bien attention à cela. C'est pourquoi tout ce qui est antisémitisme, anti-islam doit être dénoncé. Il faut à la fois que nous soyons implacables et que nous restions fermes sur nos valeurs. (...) Nous sommes dans un monde chaotique, c'est la réalité. Pendant très longtemps, on a eu un monde bipolaire, ça avait beaucoup d'inconvénients mais c'était la Russie, enfin l'URSS à l'époque et les États-Unis qui donnaient le «la». Quand il y avait une crise, s'ils se mettaient d'accord, cela s'arrêtait. Cette situation a duré depuis la fin de la guerre jusqu'aux années 90. Ensuite, on a eu une période où on a eu un monde unipolaire dominé par les Américains qui avaient le leadership en matière technologique, culturelle, économique ... Maintenant, nous sommes dans un monde où il n'y a plus un seul patron et donc et c'est un monde chaotique. Q - Et ça, vous le sentez depuis que vous êtes arrivé au Quai d'Orsay ? R - Tout le temps, même avant ... Q - Depuis deux ans et demi, trois ans, oui bien sûr avant mais est-ce que vous sentez que les choses se transforment presque sous nos yeux ? R - Évidemment qu'elles se transforment. Les États ont souvent moins de pouvoir qu'avant alors qu'apparaissent des groupes - je pense à Daech, à Al-Qaïda et d'autres - qui ont quasiment des ressources d'État. Et puis, vous avez ce bouleversement technologique qui fait que maintenant, tout est mondial. Quand vous additionnez le fait que le monde est chaotique - parce qu'il n'y a plus un seul patron ou deux -, le fait que les États peut-être malheureusement ont moins de pouvoir qu'avant, que les frontières sont un peu diffuses et qu'il y a une diffusion de technologies, la France du coup qui est une puissance globale - ce n'est pas la plus grande puissance du monde mais nous avons une diplomatie globale parce que nous avons à la fois notre siège au conseil permanent de sécurité, nos militaires, notre puissance économique, notre puissance culturelle, nos principes - a un rôle qu'elle a rarement eu et parfois, je dis, on nous en demande trop. Q - Pourquoi dites-vous cela ? C'est que l'on n'a pas les moyens financiers pour tenir tout cela ? R - C'est parce que je suis tous les jours sur le front et, qu'en même temps, on nous fait d'immenses compliments en nous disant : « votre politique internationale, bravo... » Q - Il y a des critiques, on dit qu'il n'y a pas de diplomatie, on dit qu'il n'y a pas de politique économique ... R - En général, ce n'est pas ce que j'entends. Mais du coup, on nous demande en Afrique, en Europe, et au Moyen-Orient, etc. Nous faisons le maximum, nous faisons même parfois plus que notre part mais nous avons besoin de l'Europe avec nous, nous avons besoin de la communauté internationale, par exemple en Afrique où la bonne séquence, c'est l'initiative africaine et le soutien international. La France est intervenue au Mali parce que personne ne pouvait le faire contre le terrorisme. Elle est intervenue en RCA, mais nous ne pouvons pas tout faire tout seul. Q - Absolument, effectivement, la France ne peut pas faire tout toute seule mais les crises s'accroissent, on le voit avec Boko Haram qui jusqu'à présent sévissait dramatiquement au Nigéria et qui maintenant vient de faire des attaques au Niger, pays dont on est proche, vient de faire une attaque au Tchad et une au Cameroun. Qu'est-ce que l'on fait ? Qu'est-ce que la France va faire par rapport à cela ? On vous sollicite, qu'est-ce que vous faites contre les Boko Haram qui a piqué, qui a kidnappé tant de femmes et tué tant d'êtres ? R - Vous vous rappelez peut-être qu'il y a quelques mois maintenant, c'est en France à Paris et à l'initiative du président, qu'a eu lieu la première réunion pour résister, lutter, contre-attaquer par rapport à Boko Haram, qui est un mal terrible. Ensuite, concrètement, nous apportons un certain nombre de soutiens, nous essayons de mobiliser les Africains. Vous avez vu que les Africains ont pris une décision très positive et je les en félicite de mettre sur pied une force de plus de 8.000 hommes et que l'affaire doit passer maintenant devant le conseil de l'Union africaine, puis devant le conseil de sécurité ; nous soutiendrons cela, cette initiative africaine associée au soutien international. En ce qui me concerne, je serai dans les tout prochains jours à la fois au Tchad, au Cameroun et au Niger. Q - Donc vous y allez mais cela veut dire que cela annonce l'arrivée de militaires, avec Jean-Yves Le Drian... R - Non. Nous aidons notamment sur le plan des images et d'une certaine coordination. Nous aidons ces pays qui sont nos amis mais nous n'avons pas l'intention de nous investir directement dans le conflit. Encore une fois, initiative africaine, soutien international, et la France doit favoriser tout cela. C'est ce qu'elle fait. (...) Q - Tout autre sujet, le Premier ministre a lancé jeudi devant le Sénat la réorganisation du conseil français du culte musulman, autrement dit la représentation des musulmans créée en 2003 qui semble avoir failli dans sa mission. Le Premier ministre veut un islam de France. Est-ce que ce n'est pas un petit peu illusoire ? R - Je ne crois pas. Les premières victimes de ce qui se passe, ce sont les musulmans. D'abord des victimes physiques car Daech qui prétend agir au nom de l'islam fait un maximum de victimes et les musulmans sont aussi des victimes psycho-politiques parce que se développent des amalgames qui sont extrêmement injurieux pour les musulmans. Donc le fait qu'on puisse redéfinir la façon dont fonctionnent les représentations ici me paraît une bonne chose. Ce n'est pas facile, cela a déjà été tenté dans le passé, je ne crois pas que cela ait très bien fonctionné mais c'est nécessaire. Mais, au-delà, je voudrais faire une remarque, vous la partagerez certainement, c'est qu'on ne doit pas définir les Français en termes d'appartenance à telle ou telle communauté. Chacun a une religion, vous avez une religion ou vous n'avez pas de religion mais nous sommes avant tout des Français et la laïcité, cela veut dire quoi ? Cela veut dire qu'on peut avoir une religion ou pas de religion du tout mais que ça ne doit pas interférer sur les autres plans, notamment sur le plan civique et je pense qu'il ne faut jamais perdre de vue ce trésor qui est la laïcité ! Q - Malheureusement, il y a du mal à avoir une bonne relation saine entre la République et les religions. R - Alors, si on peut l'améliorer c'est très bien. Q - Est-ce que vous dites que la question musulmane devient, et pas seulement en France, une question politique ? R - Non, je ne présenterai pas les choses ainsi parce que si vous dites « la question musulmane », alors il y a « la question juive » et « la question catholique ». Je dis qu'il y a des attaques extrêmement dures. Par rapport à ces attaques, il faut refuser les amalgames, il faut que chacun se sente à l'aise, il faut que les règles soient définies et il faut que la laïcité en France soit respectée. Q - ...et ne pas laisser - Manuel Valls a commencé, quelques autres aussi - à ne pas laisser un certain terrain au Front national... R - Oui, bien sûr ! Q - ...les mots au Front national ? R - Oui, bien sûr ! Mais vous savez, j'avais dit il y a longtemps un certain nombre de choses ...une phrase, les questions, les réponses, on m'avait un peu brocardé pour cela et on s'aperçoit que c'est vrai dans les deux sens et notamment sur le fait que les réponses qu'apporte le Front national sont plus mauvaises que jamais. Vous parlez de la Grèce, l'une des thèses que développe le Front national, c'est : il faut sortir de l'euro, etc., mécaniquement mais il faut expliquer cela et certains responsables de gauche et de droite le font très bien. Il faut qu'ils continuent à le faire. À partir du moment où on sortirait de l'euro, ce qui est un objectif parait-il du Front national, non seulement pour les agriculteurs et d'autres catégories, ce serait absolument dramatique, mais cela veut dire pour tous les Français puisqu'on reviendrait au franc, le franc décrocherait de sa valeur de 20 ou 25 %, cela veut dire que tout le monde deviendrait immédiatement plus pauvre de 25 % ! Q - Il y a un mois, on parlait énormément de l'esprit du 11 janvier. Qu'est-ce qu'est devenu cet esprit ? Est-ce que ce n'est pas un peu retombé, et est-ce qu'il ne faut pas le relancer, au niveau gouvernemental ? R - Qu'est-ce qu'on voulait dire par cette formule ? On voulait dire que la France avait été très durement touchée au cœur, et qu'elle avait répondu avec dignité, en se rassemblant, et avec le soutien de la communauté internationale. Je crois que c'est ça, l'esprit du 11 janvier. Moi, ce que j'en retiens, et j'essaie d'appliquer cela dans le secteur dont je m'occupe, c'est qu'il faut rechercher à chaque fois le rassemblement. Il y a tellement de problèmes difficiles à résoudre, vous ne pouvez pas passer votre temps dans des « chicayas » de troisième ordre, sur le plan politicien, j'allais dire politicard. Bien sûr il y a des diversités d'opinions, mais il faut - et c'est la tâche du gouvernement, et pour le moment il est à sa tâche - rechercher à chaque fois le rassemblement maximum, et non pas s'égarer dans des chemins de traverse. Allons à l'essentiel ! L'essentiel, c'est quoi ? On le sait : la situation économique, pour faire repartir la France, l'entente sociale - c'est ce que vous venez de dire -, et puis avoir une indépendance, et préparer l'avenir. Q - Mais est-ce qu'on peut faire un bout de chemin avec l'opposition ? Comme l'a dit le président de la République dans sa conférence de presse, et qu'a répété Manuel Valls sur Europe 1 lundi dernier. R - Mais bien sûr, il y a beaucoup de points sur lesquels on peut être d'accord. Par exemple, dans le secteur dont je m'occupe, il y a telles ou telles critiques qui sont légitimes. Mais enfin, en général... Q - Oui, le terrorisme ! La laïcité... ? R - ...sur la politique extérieure, les gens disent : la France, c'est bien. Voilà. (...). Égypte - Vente d'avions de combat Rafale (...) Q - Demain au Caire, votre collègue et ami Jean-Yves Le Drian va signer l'accord sur le Rafale avec le président Sissi, avec son collègue égyptien et des industriels. La France a sans doute bien négocié. Est-ce que cela veut dire que cela ouvre un partenariat stratégique avec l'Égypte ? On va faire beaucoup avec l'Égypte ? Pourquoi on lui fait confiance ? R - Je pense qu'il y a trois gagnants dans cet accord : la France, l'Égypte et la stabilité dans la région. La France, c'est évident puisque s'agissant du Rafale, on n'en a jamais vendu à l'étranger. Il y a donc eu beaucoup de promesses, beaucoup de discussions mais enfin, pour le moment, le solde, c'était zéro. Q - Comment expliquez-vous qu'un miracle se soit produit ? R - Vous savez, je suis laïc, donc dans ce domaine aussi, celui des ventes d'avions, le côté miraculeux est assez faible. Il s'agit de la rencontre entre un désir fort de la part de l'acheteur et un esprit de compromis de la part du vendeur. C'est une très bonne chose pour l'acheteur, l'Égypte, qui en est bénéficiaire, et pour la France, évidemment, pour des raisons d'emploi et des raisons de commerce extérieur. De plus, il est probable - je suis prudent parce que je suis cela avec Jean-Yves Le Drian depuis le début - que ceci va être positif pour d'autres prospects, comme on dit. Mais il faut rester prudent. Q - Vous pensez à quels prospects, à quels pays ? R - Il y en a plusieurs. Parmi ce qui est connu, on cite souvent l'Inde où j'étais il y a encore quinze jours, et le Qatar. En Inde, on a toujours des problèmes à régler, notamment des problèmes de prix. Tout cela est positif pour la France, pour l'Égypte - qui se dote ainsi d'un matériel qui est extrêmement performant - et, ce qui est très important dans notre démarche, pour la stabilité régionale. Il faut en effet bien comprendre que l'Égypte est le grand pays de l'ensemble de la zone arabe avec, évidemment, selon que les choses fonctionnement ou pas des conséquences sur la stabilité de la région, dans l'affaire israélo-palestinienne, dans la question syrienne, dans la question libyenne, etc. Il faut donc que l'Égypte ait les moyens de permettre cette stabilité et cette sécurité et c'est pour cela que cette affaire a été négociée. Q - Vous avez dit qu'il y a trois points, il n'en manque pas un ? R - France, Égypte et la stabilité régionale. Q - Le quatrième, ce n'est pas la démocratie ? R - C'est souvent une question qui est posée et il est tout à fait légitime qu'elle le soit. Cela ne veut pas dire, parce que nous vendons ces Rafale à l'Égypte, que nous approuvons point par point tout ce qui est fait en politique intérieure. Là-dessus, nous avons toujours été très clairs, mais sans poser la question d'une façon polémique et publique. À chaque fois que nous discutons avec le président Sissi, moi avec mon homologue Shoukri ou d'autres, nous abordons ces questions de politique intérieure mais en essayant de les faire progresser. Nous sommes dans la ligne de ce qui s'est appelé l'accord, la feuille de route de juillet 2013. Quand des excès sont commis, nous disons notre point de vue aux autorités égyptiennes et nous souhaitons, peu à peu, que l'on aille vers plus de démocratie. Mais la stabilité de l'Égypte est un point très important. Q - On vient de parler des gagnants. Est-ce que cela n'est pas une claque pour les États-Unis ? Est-ce que les États-Unis qui accompagnent l'Égypte depuis Camp David ne sont pas les grands perdants ... R - La question ne se pose pas en ces termes. Nos relations avec l'Égypte sont très anciennes. En regardant le dossier de manière très attentive, nous avons été ceux qui ont vendu des Mirage en 81 à l'Égypte. Donc il y a une tradition très, très proche de relations entre nos deux pays... Q - Depuis Napoléon, Champollion... R - Voilà. Les Américains vendent leur matériel à beaucoup de pays et continueront de le faire, mais il faut dire que l'avion Rafale est d'une capacité exceptionnelle ; je crois que tout le monde le reconnait. Ce qui est souvent un handicap par rapport à lui, c'est qu'il est cher parce que justement il peut remplacer plusieurs types d'avions différents. Q - Mais est-ce que de la part du président Sissi, c'est un choix stratégique et politique parce que... R - Oui, j'ai cru comprendre... Q - ...les Américains ont eu un comportement au moment de M. Moubarak... R - La France n'a pas que des qualités mais elle a dans ce domaine deux qualités essentielles : d'une part, une technologie qui est incomparable ; d'autre part, c'est un pays indépendant. Je tiens beaucoup, avec le président de la République, à cette indépendance de notre politique étrangère (...). Ukraine - Russie (...) Q - Là, nous vivons les 12 premières heures du cessez-le-feu qui a été décidé lors de l'accord de Minsk auquel vous avez participé. Il y a déjà quelques accrocs. Mais est-ce que vous, vous faites partie des gens pessimistes ? Et on sait très bien qu'un cessez-le-feu c'est fragile, précaire. Est-ce que vous pensez que cette fois-ci il sera respecté ? R - J'ai fait le point avec nos correspondants, à minuit, puisque c'était à minuit heure locale que le cessez-le-feu devait entrer en application. On peut dire que le cessez-le-feu est globalement respecté, même s'il y a eu ici ou là un certain nombre d'atteintes. Q - Il y a eu deux civils tués. R - Oui. Vous savez, quand vous passez d'un conflit ouvert à un cessez-le-feu, cela ne se fait pas simplement. Q - Et quand on pense à ce qu'ont été les dernières heures, avec les bombardements... R - En plus, il faut avoir à l'esprit que les combats sont très durs juste avant le cessez-le-feu, puisqu'il faut que chaque partie prenne son avantage. On peut dire, aujourd'hui à 10h20, que pour le moment les choses vont dans le bon sens. Je dois souligner qu'un certain nombre d'éléments ont beaucoup pesé en ce sens. D'abord, le président ukrainien, qui a fait un discours à la Nation hier, juste avant le cessez-le-feu, pour dire qu'à telle heure il faut cesser de se battre. Ensuite, les Russes ont pris l'initiative, à New York, d'une résolution - j'espère qu'elle va pouvoir être votée rapidement - rassemblant tout le monde pour dire : « l'accord que vous avez conclu, que nous avons conclu à Minsk, doit être appliqué ». Et évidemment, nous sommes extrêmement vigilants. Il y a eu des contacts téléphoniques entre les uns et les autres. Cet après-midi il y a une conférence téléphonique en « format Normandie » avec le président français et puis ses homologues. Nous sommes très vigilants. Q - Donc vous croyez à la sincérité de Vladimir Poutine ? R - Nous avons négocié durement pour arriver notamment à ce cessez-le-feu. La France doit tout faire, avec l'Allemagne notamment, pour qu'il soit respecté. Mais là, comme dans l'affaire du terrorisme, tout est une affaire d'application, de mise en oeuvre. Et nous avons signé en particulier le fait qu'à J+2 les armes lourdes doivent être retirées. Ce sera essentiel, parce que l'un des apports de cet accord Minsk 2, c'est que les armes les plus puissantes doivent être retirées géographiquement, entre 50 kilomètres et 140 kilomètres de la ligne de front. Q - Et qui va désarmer ? Qui va désarmer les miliciens et les civils ? R - C'est surveillé par l'OSCE et nous renforçons les moyens de l'OSCE. Alors on dit parfois : «mais pourquoi est-ce que Minsk 2 marcherait alors que Minsk 1 n'a pas marché» ? Il y a plusieurs différences. Cette fois-ci, il y a les Allemands et les Français au soutien. Deuxièmement, la situation de la Russie s'est quand même beaucoup affaiblie depuis. Et puis troisièmement, cet accord est beaucoup plus précis avec notamment des dates. Mais tout est une affaire de mise en oeuvre, j'insiste là-dessus. Et les choses restent encore fragiles. Q - Alors il y a eu seize heures de négociations âpres, tendues, chaque fois vous étiez au bord de la rupture. Les citoyens français ne savent rien. Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce que vous pouvez nous aider à comprendre ce qui s'est passé pendant ces seize heures ? Comment vous négociez ? Est-ce que Poutine sortait pour téléphoner aux séparatistes ? Est-ce que M. Porochenko appelait Obama ? Ou qui ? Voilà ! R - Non, d'abord on prépare la négociation. L'idée selon laquelle on arrive les mains dans les poches et que l'on va régler ce problème est fausse. Cela a été préparé, d'une façon très précise, à la fois très politique et très professionnelle. La situation était tellement mauvaise que, du côté allemand et du côté français, nous nous sommes dits : il faut prendre une initiative. Alors l'initiative, il faut la préparer techniquement, et puis il faut qu'elle intervienne au bon moment. Et c'est François Hollande et Angela Merkel qui, ensemble, ont proposé à M. Porochenko et à M. Poutine un plan de paix. C'était la semaine précédant Minsk et, ensuite, il y a tout un travail à faire par nous les ministres et par nos collaborateurs, pour petit à petit éliminer un certain nombre de difficultés. Ensuite, on décide finalement d'aller à Minsk. Q - Et quand on est à Minsk, toute une nuit, enfermés dans ce palais immense, de marbre, fait par le dictateur du coin ! R - On était enfermés dans une grande pièce ronde et il n'y avait pas de journalistes, je vous le précise, ce qui facilite la conversation... Nous étions une vingtaine, Russes, Allemands, Ukrainiens et Français autour de la table. Et on est resté dix-sept heures ensemble, avec au départ un texte qui traduisait les points d'accord et de désaccord mais avec une question de savoir si nous voulions aller vers la paix. Alors évidemment il y a des phases, dans cette négociation. Il y a des petits groupes qui se forment, de temps en temps à deux, à quatre, à huit, à dix. Il y a, comme dans une tragédie, des moments de tension. Q - Est-ce qu'il y a eu des moments de colère ? Par exemple, à un moment, quelqu'un tape sur la table et dit « ça suffit ! On claque la porte, on met la pression... » ? R - Non, il n'y a pas eu de moments de colère. Je dois dire que les différents intervenants maîtrisent leurs nerfs. Mais il y a des moments surprenants. Par exemple, pendant dix-sept heures, il faut quand même manger. Et il y a eu ce contraste extraordinaire : on était en train de négocier la guerre ou la paix, et des petites jeunes filles qui passaient avec des biscuits. En même temps, c'est très intéressant, la psychologie des uns et des autres, et puis les méthodes de négociation... Q - Qu'avez-vous appris ? Peut-être pas de Mme Merkel ou de François Hollande, mais de M. Poutine... ? R - Appris, je ne sais pas... En tout cas, ce qui m'a frappé, c'est la complicité, dans le sens positif de ce terme, entre le président français et la chancelière allemande. On peut dire que si la paix advient en Ukraine, on le doit à ces deux personnalités. Q - Et cela veut dire que le couple franco-allemand a franchi une étape aussi dans leurs relations ? R - Oui, parce que quand vous vivez des choses comme ça, c'est quelque chose qui reste toute la vie. Et puis une chose m'a frappée, c'est qu'après une très longue discussion, il fallait que le groupe de contact, qui comporte l'OSCE, les séparatistes surtout et les Ukrainiens, accepte ça. Et eux étaient installés dans un autre endroit de la ville. Donc une fois que nous avons trouvé un accord, il a fallu d'abord le traduire en russe. Et là les Russes ont toujours une méthode, que je connais, pour avoir souvent négocié avec eux, c'est qu'on se met d'accord si possible sur un texte, et puis alors quand on le traduit en russe, ils essayent de regagner dans la traduction ce qu'ils ont perdu ou ce qu'ils ont concédé. Donc cela prend encore une heure. Ensuite, une fois que l'accord a été trouvé, il faut qu'il soit accepté par les combattants, donc les séparatistes... Q - Mais à un moment, Poutine est sorti ? Il est allé s'enfermer dans une pièce ? R - Oui, mais il avait une pièce au-dessus, où il avait sans doute plus d'aise que nous. Q - Oui, mais il a fallu aller le chercher. Pourquoi il a fallu le chercher ? Il boudait, ou il était en colère... ? R - Non. Q - ...ou il était en train de se faire dominer par les séparatistes qui ne voulaient pas arrêter... ? R - Je ne suis pas sûr que cette présentation corresponde à la réalité ! Mais en tout cas, nous, nous avions conclu un accord, et il fallait qu'il soit endossé, accepté par les séparatistes sur le terrain. Et là il y a eu un moment un peu difficile, où nous avons dit au président Poutine : « écoutez, nous comprenons bien que ce n'est pas vous qui dirigez les séparatistes, comme chacun le sait, mais enfin, vous avez probablement une certaine influence sur eux et il faut en user ». Il en a usé, et donc nous nous sommes mis d'accord. Q - Donc il est leur chef ou il les suit ? R - Vous savez, il y a un proverbe qui lie ces deux éléments ! Mais non, je crois qu'ils ne sont pas totalement étrangers les uns aux autres. En tout cas, l'accord a été conclu. Alors c'est un accord très difficile, délicat, où tout est pesé au trébuchet. Il y a deux problèmes très compliqués : un, comment faire en sorte que la frontière entre l'Ukraine et la Russie redevienne une frontière normale... Q - Qui la contrôle ? Qui va la contrôler ? R - ...Et cela a donné lieu à de très longues négociations et ce sera d'abord le travail de l'OSCE, et ensuite, normalement, celui des Ukrainiens du côté ukrainien, et des Russes. Mais cela ne se fera uniquement qu'après avoir trouvé la solution au deuxième problème qui concerne le futur statut de la région du Donbass. Q - Alors justement, vous avez dit : décentralisation. Est-ce que ce n'est pas une sorte de pudeur pour ne pas dire « fédération », « fédéralisation », qui ne plaît pas à Kiev ? R - Il y a toute une discussion. Les mots sont toujours très importants, mais les mots fâchent. Du côté ukrainien, on dit : « décentralisation » et du côté russe, on dit : « autonomie ». Et comme il était très difficile de se mettre d'accord sur les mots, on s'est mis d'accord sur les compétences. Vous voyez, il y a en bas de page un renvoi sur les compétences de la future région du Donbass, de Lougansk et de Donetsk. C'est un des points les plus difficiles. Nous, ce que nous souhaitons - parce que dans une négociation, il ne faut pas simplement entendre le point de vue de l'autre, il faut dire vers où nous voulons aller, nous les Français, nous les Allemands - nous voulons, enfin pour l'instant c'est très difficile à envisager mais c'est notre objectif, que l'Ukraine, géographiquement et historiquement, ait à la fois une bonne relation avec la Russie, elle en est voisine, et en même temps de bonnes relations avec l'Union européenne. Cela nécessite une très large décentralisation pour les régions de l'est. Et c'est vers cela que nous travaillons. Q - C'est-à-dire que l'Ukraine peut être comme un pont entre les deux, mais elle ne sera pas absorbée par l'un des pays ? R - C'est l'objectif, à la fois un pont, et un État indépendant. Q - Vous avez discuté, vous avez vu M. Poutine, comme ça, pendant seize heures, dix-sept heures... R - Mais il n'y a pas seulement M. Poutine, il y a aussi M. Porochenko, Mme Merkel, M. Hollande... Q - ...Il y a tous les autres - d'accord. On dit que M. Poutine veut annexer l'Ukraine, qu'il veut éviter l'isolement de la Russie, qu'il veut reconquérir progressivement les États de l'ex-URSS. Que veut M. Poutine ? R - Mon sentiment, c'est qu'il souhaiterait que la Russie ait une pesée particulière sur les États voisins. Non pas les annexer - internationalement ce serait impossible, et puis ce serait une charge tellement lourde pour lui, parce que l'Ukraine, notamment les provinces de l'Est, sont dans une situation épouvantable - mais peser sur ces États. Et nous, toute notre tâche est de lui faire comprendre que chaque pays est indépendant, que nous respectons la Russie, que nous souhaitons avoir de bonnes relations avec elle, mais que nous ne voulons pas passer sous les fourches caudines de la Russie. Q - Est-ce que la paix progresse, Laurent Fabius ? R - Si le cessez-le-feu est respecté et qu'on arrive à retirer les armes lourdes, à faire ce qui est dans l'accord de Minsk 2, oui, ce sera un immense pas vers la paix, et toute notre diplomatie tend vers cela. Q - Et on se donne combien de temps pour savoir si c'est vrai ou pas ? Parce qu'après il y a les sanctions, ou bien on les accentue, on les amplifie, ou bien on les lève. R - Bien sûr. Dès le début, rappelez-vous, je l'ai dit à ce micro, notre attitude c'est : dialogue et fermeté. Dialogue, parce qu'on ne va pas faire la guerre à la Russie. Fermeté, parce qu'on a eu besoin de sanctions pour la faire bouger. Si les choses s'améliorent, il y aura une diminution des sanctions. Si le cessez-le-feu, du fait des Russes ou des séparatistes, n'est pas respecté, ou les étapes suivantes, il y aura un renforcement des sanctions. Q - Dans quels délais, là ? On se donne deux, trois mois, un mois, deux mois... ? R - C'est entre maintenant et la fin de l'année. (...) Q - On disait tout à l'heure que les Américains peut-être faisaient la moue. Est-ce qu'ils ne sont pas un peu dépités que pour les problèmes liés à l'Ukraine, ce soit les Européens qui traitent un problème qui est européen, eux qui sont présents à Kiev ... R - Non. Q - ...qui considéraient peut-être que l'OTAN pouvait avoir un rôle important, que l'Ukraine appartiendrait plutôt d'un côté plutôt que d'un autre ... R - Nous avons des contacts très fréquents avec les Américains. J'ai des contacts chaque semaine avec John Kerry. Le président de la République a des contacts avec le président Obama mais votre question, si vous permettez, est très bonne puisqu'elle va me permettre de faire une réponse qui, je l'espère, ne sera pas moins bonne. (...). Syrie (...) Q - Une question sur la Syrie. Il y a des députés du groupe d'amitié France/Syrie avec des élus socialistes, M. Gérard Bapt est je pense le président de ce groupe qui envisage d'aller à Damas. Est-ce qu'ils sont en mission de votre part ou de la France ? R - Non, clairement non. Mais plus largement, je pense qu'on ne peut jamais faire d'un pyromane un pompier et je vais m'expliquer. M. Bachar Al-Assad n'a rien à envier à Daech et réciproquement en matière de barbarie. L'idée est développée par certains, donc il faut toujours écouter mais l'idée qu'on pourrait trouver la paix en Syrie en faisant confiance à M. Bachar Al-Assad et en pensant qu'il est l'avenir de son pays est une idée que je crois fausse. Pourquoi ? Parce que si par malheur, M. Bachar Al-Assad était appelé à être celui qui doit faire l'avenir de la Syrie, tous ceux qui sont contre M. Bachar Al-Assad - je rappelle qu'il y a eu 220.000 morts quand même et des millions de réfugiés -, du coup n'auraient comme alternative que d'aller au soutien des terroristes de Daech et il faut donc trouver une solution. La solution n'est pas l'écroulement de ce qu'il reste de la Syrie ; ce serait absurde. La solution à laquelle les Russes travaillent, l'Égypte travaille, nous-mêmes travaillons, c'est de trouver un accord entre, d'une part, certains éléments du régime -mais pas avec M. Bachar Al-Assad compte tenu de la situation et du passé- et d'autre part, l'opposition. Nous travaillons en ce sens. Ce n'est pas par rapport à une personne en particulier mais il faut bien comprendre que dans l'état dramatique qui est celui de la Syrie, ce n'est pas sur cette personne que peut reposer l'avenir. En revanche, il faut qu'il y ait des discussions, je le dis, avec certains éléments du régime. Q - D'accord, vous avez des discussions mais les députés, ils ne peuvent pas être des médiateurs... Vous leur demandez de ne pas y aller ? Vous condamnez enfin, Gérard Bapt est un honorable parlementaire... R - En tout cas, ils ne sont porteurs d'aucun message officiel de la diplomatie et quand le président de la République ou moi-même, nous avons un choix diplomatique à faire nous le faisons, nous l'assumons. Q - Donc vous préféreriez qu'ils n'y aillent pas ? R - Je ne vais pas me lancer là-dedans, ce sont de grands garçons et voilà, c'est tout mais je définis quelle est la politique de la France. (...). Union européenne - Grèce (...) Q - Sur la Grèce. Demain, c'est une réunion de l'Eurogroupe. Le temps presse, est-ce qu'on va vers un rééchelonnement de la dette grecque ? R - La difficulté dans l'affaire grecque, c'est qu'il faut concilier deux respects, le respect du vote par les électeurs, ils ont voté contre ce que j'appellerais « l'austérité perpétuelle » et le respect des engagements de la Grèce : la Grèce a pris des engagements en matière de réforme. Il y a déjà eu des discussions et au départ, cela ne donnait pas de résultats. Maintenant, cela avance un petit peu puisque le Premier ministre Tsipras a dit que 70 % du plan de réforme qui avait été prévu précédemment pouvait être conservé, il reste les 30 % à discuter. Je pense que, j'espère en tout cas et la France y travaille, que l'on va arriver à une solution. Il faut que le gouvernement grec nous dise quel est son plan de réforme pour assurer la croissance. Déjà, des résultats ont été obtenus puisque ce qu'on appelle l'équilibre primaire du budget est respecté, et pour le reste, oui, on va discuter bien sûr de l'endettement. Alors, il n'est pas question d'annuler les dettes mais les techniciens peuvent discuter de ce qu'on appelle la maturité. C'est donc M. Sapin pour le gouvernement français qui va discuter de cela, et il faut aller assez vite parce qu'il y a des échéances à la fin février. Q - Ils n'ont plus de sous, il faut être clair ! R - Oui, vous résumez bien le problème. Q - Et en même temps, ils sont en train, apparemment M. Tsipras et son ministre Varoufakis, de passer de l'arrogance et de la provocation à la découverte des réalités et il faut... R - De l'arrogance non... Q - Un petit peu il faut reconnaître ça ! R - Vous connaissez la situation de la Grèce, il y a beaucoup de citoyens grecs qui ont perdu entre 25 et 50 % de leurs revenus, c'est énorme ! Q - C'est à eux qu'on pense oui ! (...). Tourisme (...) Q - On peut vous poser une question : Vous êtes le ministre chargé de la promotion du tourisme. La loi Macron, en tout cas ce qui concerne le travail du dimanche, a été votée la nuit dernière à l'Assemblée, ça viendra au Sénat au mois d'avril. Ce sont donc les maires qui décideront, mais l'idée c'est, pour certaines villes, 12 dimanches par an. Est-ce que vous êtes satisfait ? Parce que vous avez été un des promoteurs, à l'époque. Et est-ce que vous avez des arguments pour convaincre la maire de Paris, Mme Anne Hidalgo et d'autres maires. R - Comme vous l'avez souligné, je suis chargé aussi de la promotion du tourisme, national et international, qui est un secteur qui en termes d'emplois, et de commerce extérieur, est déjà extrêmement important, et qui peut devenir encore plus important. La France a des atouts naturels extraordinaires en matière de tourisme, mais on peut encore développer cela, et j'essaie de le faire. Et dans ce cadre, j'ai dit, j'étais un des premiers à le dire, que par exemple le fait que nos très grands magasins à Paris n'étaient pas ouverts le dimanche, c'était absurde ! Q - Non mais, maintenant ? Comment on fait... Et puis il y a les zones internationales, de tourisme international... ? R - Il y en a un certain nombre qui ont été définies, l'Assemblée a voté cela. Je pense que c'est une très bonne chose. Et donc il va falloir l'appliquer, tout en sachant que là où ça va s'appliquer, pour les salariés, ce sera sur une base de volontariat, et ils seront payés beaucoup plus. Donc cela va à la fois créer des emplois, apporter un supplément de pouvoir d'achat aux salariés, et permettre aux touristes, qu'ils soient français ou étrangers, d'être beaucoup plus nombreux. Donc je pense que c'est bénéfique. Q - Merci d'être venu. R - Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/114.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/114.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2595f51ffd36ec8a87ed6f5c2f7572924288f6bc --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/114.txt @@ -0,0 +1 @@ +PHILIPPE CORBE Bonjour Manuel VALLS. MANUEL VALLS Bonjour. PHILIPPE CORBE On va évoquer dans un instant les attentats terroristes de Copenhague, mais d'abord, cette profanation de centaines de tombes juives en Alsace ; est-ce que vous avez des informations ce matin, des informations nouvelles sur l'enquête, et peut-être un début de piste ? MANUEL VALLS Non, pas à ce stade, mais j'espère que l'enquête va pouvoir avancer vite, parce que, comme beaucoup de Français, j'éprouve un profond dégoût quand on casse des tombes, quand on remue la terre d'un cimetière, ce sont les fondations mêmes de notre République, de notre société, de notre civilisation qu'on déstabilise. Et ceux qui ont fait ça doivent être poursuivis… PHILIPPE CORBE Vous dites « ceux », c'est-à-dire qu'on peut imaginer que ça ne sera probablement pas un seul individu qui casse autant de tombes ? MANUEL VALLS Sans aucun doute, l'enquête va le montrer, mais en quelques heures, on a violé des centaines de sépultures, ceux qui ont fait cela vont savoir qu'on ne trouble pas impunément le sommeil des morts, c'est un acte antisémite. Il n'y a aucune excuse, et donc il faut la répression la plus forte qui soit, après les événements que nous avons connus, après que dans les rues de Paris, on ait crié, il y a quelques mois : mort aux juifs, après qu'on ait tué des Français juifs, parce qu'ils étaient juifs, après ce qui s'est passé à Copenhague, la République, une nouvelle fois, doit être impitoyable à l'égard de ceux, quel que soit leur âge, vis-à-vis de ceux qui se sont livrés à de tels actes. PHILIPPE CORBE Vous n'hésitez pas à parler d'actes antisémites et de faire le lien avec les attentats terroristes récents, je voudrais vous soumettre une déclaration du président du Conseil représentatif des institutions juives, il dit : j'en ai marre, j'en ai marre de ces attaques ; vous comprenez que beaucoup de juifs, en France, en Europe, en aient marre au point de se demander s'ils ne vont pas partir s'installer et migrer en Israël, ce que leur suggère d'ailleurs, une nouvelle fois, le Premier ministre NETANYAHU, après les attentats de Copenhague ? MANUEL VALLS Mon message aux Français juifs est le suivant : la France est blessée, comme vous, et la France ne veut pas votre départ. La France vous dit une nouvelle fois son amour, son soutien, sa solidarité, cet amour est bien plus fort que les actes de haine, fussent-ils répétés, et la maison des Français juifs, c'est la France. Je regrette d'ailleurs les propos du Premier ministre NETANYAHU, quand on est en campagne électorale, ça ne veut pas dire s'autoriser à n'importe quelle déclaration, la place des Français juifs, c'est la France, la preuve la plus terrible qui soit, symbolique, c'est que leurs cimetières sont en France. Donc nous devons tout faire, et nous le faisons, et ils le savent, pour les protéger. Mais notre force, c'est de rester unis. Notre force, c'est de résister face à ce message de haine, et ce qui s'est passé dans ce cimetière, c'est bien sûr un message de haine. Et un juif qui part de France, c'est un morceau de France qui s'en va. Donc c'est ce rassemblement autour de ceux qui sont aujourd'hui victimes de cette haine, autour des juifs victimes de l'antisémitisme, c'est ce rassemblement qui est plus que jamais nécessaire. Je trouvais, il y a quelques jours, au fond, que l'esprit du 11 janvier, parce que c'est ainsi le débat politique, l'actualité… PHILIPPE CORBE Il s'était effacé ? MANUEL VALLS Il était en train de s'effacer, on voulait vite nous faire tourner la page, non, la menace, elle est là. La haine, elle est toujours là. Et donc pour la combattre, il faut rester éveillé, il faut que les consciences restent éveillées, il faut que notre détermination à combattre et le terrorisme et la haine et tout ce qui divise notre société, que cette détermination, pas celle du gouvernement, elle l'est totale, elle l'est absolue, celle du président de la République, celle du gouvernement, celle de la représentation parlementaire… PHILIPPE CORBE Je parlais d'union nationale, il faudrait que l'union nationale revienne… MANUEL VALLS Ça va au-delà, tous les Français, et moi, j'en appelle à chacun d'entre eux, doivent non seulement être vigilants, mais déterminés à lutter contre ces messages de haine. PHILIPPE CORBE Deux jours après les attentats de Copenhague, est-ce que les autorités danoises ont transmis à la France des éléments qui laisseraient penser qu'en plus du caricaturiste, l'ambassadeur de France, qui était présent dans la salle, était lui aussi visé ? MANUEL VALLS Laissons les Danois travailler sereinement et avancer dans cette enquête. L'ambassadeur lui-même ne pense pas avoir été visé, mais ce qui était visé par un mimétisme absolu, c'est la liberté d'expression, il y avait, là, un débat, non pas sur l'islam, mais sur la liberté d'expression, auquel participaient Lars VILKS, l'un des caricaturistes danois, une Femen, notre ambassadeur, des hommes de culture, l'un d'entre eux, un réalisateur est mort tué par les balles de ce terroriste, donc on visait la liberté d'expression, comme on a visé aussi des policiers, comme on a visé les juifs, puisqu'on s'est attaqué à une synagogue qui recevait une cérémonie religieuse et que le vigile, celui qui surveillait cette synagogue, a été également tué, c'est-à-dire, les mêmes symboles qu'on a voulu abattre, atteindre en France, il y a quelques semaines. PHILIPPE CORBE Vous parlez de mimétisme, on est tous frappés par ce mimétisme avec le profil des KOUACHI et de COULIBALY, ça montre aussi que la menace terroriste reste très élevée partout en Europe, et donc chez nous en France, menace contre la liberté d'expression, contre la communauté juive. Est-ce que vous allez donc prolonger la mobilisation exceptionnelle des forces de l'ordre, qui avait été décidée après les attentats début janvier, devant des centaines de lieux en France ? MANUEL VALLS Cela fait plusieurs mois, sinon plusieurs années, que je dis, que nous disons, avec le président de la République, avec Bernard CAZENEUVE, depuis quelques mois, depuis qu'il est ministre de l'Intérieur, que la menace est particulièrement élevée, en Europe et donc en France. Et elle le reste particulièrement élevée dans notre pays. Je crois que chacun l'a compris. C'est pour cela, oui, qu'il faut faire face en mobilisant, ce que nous faisons à travers le plan Vigipirate… PHILIPPE CORBE Vous allez prolonger ? MANUEL VALLS Mais je l'ai déjà dit, nous prolongerons ces moyens autant que nécessaire tant que la menace reste élevée. Et il faut dire la vérité aux Français, je l'ai déjà dit d'ailleurs, notamment au Parlement ou sur vos antennes, cette menace, elle reste particulièrement élevée, et il faut je n'aime pas dire ce mot, mais au fond, cela traduit bien mon esprit il faut s'habituer, si on peut s'habituer à cela, à vivre avec cette menace et avec cette menace terroriste, qui est le fruit d'organisations internationales, particulièrement barbares, comme Daech ou Al Qaïda, mais aussi d'individus radicalisés qui sont sur notre sol, qui sont des Français et qui peuvent retourner leurs armes, leurs couteaux, leurs armes de feu contre nous, contre des militaires, contre des citoyens. PHILIPPE CORBE On entend bien votre détermination, Manuel VALLS. Ça pose tout de même un problème de moyens, les syndicats policiers, les spécialistes des questions militaires disent : après un mois de mobilisation exceptionnelle, notamment de 10.000 soldats, on ne sait pas comment on va pouvoir régler tout bêtement un problème de planning, comment est-ce que vous allez régler cette question des moyens ? MANUEL VALLS Tous les moyens sont mobilisés, et le seront, gendarmes, policiers, militaires, et je salue évidemment leur engagement dans cette mission… PHILIPPE CORBE Il y en aura davantage pour assurer toutes ces fonctions ? MANUEL VALLS Mais est-ce que nous avons un autre choix ? Evidemment qu'il n'y a pas de risque zéro ! Mais comme l'a dit Bernard CAZENEUVE, 100% des moyens, pour faire face au terrorisme, doivent être mobilisés. Le plan Vigipirate reste toujours à un niveau très élevé, en Ile-de-France, dans les Alpes-Maritimes, mais partout, il est à un niveau très mobilisé, les préfets sont tous mobilisés pour être très attentifs pour que, on ne baisse pas la garde. Les décrets d'application de la loi antiterroriste, votée au mois de décembre, ont été pris avec beaucoup de rapidité, je pense notamment à l'interdiction de voyager vers les terres du djihad et à la possibilité de bloquer les sites Internet, et nous sommes en train de préparer elle est dans sa phase maintenant ultime la loi sur le renseignement, qui avait déjà été prévue avant les événements, mais qui donnera plus de moyens à nos services de renseignements. Nous nous retrouvons, pour les derniers arbitrages, autour du président de la République, mercredi prochain, celui-ci d'ailleurs, avec le Premier ministre et avec les ministres concernés, recevra l'ensemble des groupes parlementaires, et ce texte a dû être déjà envoyé au Conseil d'Etat pour qu'il puisse être examiné en Conseil des ministres dans quelques semaines, et débattu, je présenterai moi-même cette loi, ce printemps à l'Assemblée nationale. Il faut aller vite pour donner encore plus de moyens à nos services de renseignements. PHILIPPE CORBE Manuel VALLS, est-ce que vous diriez qu'il y a un problème de l'islam de France ou de l'islam en France ? MANUEL VALLS Pour combattre cet islamo-fascisme, parce que c'est ainsi qu'il faut le nommer, l'unité doit être notre force, je le rappelais, il ne faut ni céder ni à la peur ni à la division, mais il faut en même temps poser tous les problèmes, combattre, bien sûr, le terrorisme, mobiliser la société autour de la laïcité, combattre l'antisémitisme, et c'est tout l'engagement de la ministre de l'Education nationale, Najat VALLAUD-BELKACEM, au sein de l'école, parce qu'il n'est pas supportable que des gamins considèrent que leur ennemi, c'est le juif, et répandent ce message antisémite, et en même temps, il faut que chacun prenne ses responsabilités, prendre ses responsabilité, c'est faire en sorte qu'il y ait un débat au sein de l'islam, ce n'est pas qu'un débat en France… PHILIPPE CORBE Aujourd'hui, les autorités musulmanes ne prennent pas ces responsabilités ? MANUEL VALLS Je n'ai pas dit ça, regardez le débat qu'il y a dans l'islam dans le monde, c'est un débat qui a lieu au sein même de l'islam, pour combattre ceux qui agissent au nom de cet islam dévoyé. Donc il faut, oui, former autrement les imams, refuser ces imams qui nous viennent de l'étranger, refuser les financements de l'étranger… PHILIPPE CORBE Les former dans des universités françaises par exemple ? MANUEL VALLS Les former dans des universités françaises, bien les former, c'est eux qui ensuite devront être dans les mosquées pour diffuser un message de paix… PHILIPPE CORBE Mais comment on fait ça avec la loi de 1905 ? C'est interdit avec la loi de 1905 ? MANUEL VALLS Non, je pense qu'on peut trouver des moyens sans toucher à la loi de 1905, sans toucher au principe même de la laïcité. Donnez-nous encore quelques jours, Bernard CAZENEUVE et Najat VALLAUD-BELKACEM sont en train d'y travailler… PHILIPPE CORBE Les former par exemple en Alsace où s'applique le Concordat ? MANUEL VALLS C'est une des possibilités, mais je pense qu'il faut désormais une rupture, il faut que l'islam de France assume, prenne totalement ses responsabilités, c'est ce que demande d'ailleurs l'immense majorité de nos compatriotes musulmans, qui n'en peuvent plus, eux aussi, d'être non seulement la cible d'attaques qui sont elles-mêmes insupportables, mais d'être confondus avec cette terreur. PHILIPPE CORBE Manuel VALLS, les auditeurs pourront continuer à vous interroger si vous le souhaitez, s'ils le souhaitent, sur ces questions tout à l'heure, au 32.10, sur l'économie et la politique, déclaration importante de Benoît HAMON au « Grand Jury » d'hier soir, sur RTL, il était votre ministre il y a encore six mois, il annonce qu'il votera contre la loi Macron, il ne va pas s'abstenir, il va voter contre, c'est rare, et c'est une sorte de provocation au fond que des députés socialistes votent contre un texte du gouvernement socialiste ? MANUEL VALLS A ce stade, je ne peux pas l'imaginer, quatre semaines de débats à l'Assemblée nationale, en commission ou dans l'hémicycle, qui ont permis d'améliorer, de renforcer un texte qui est là pour soutenir l'activité, l'emploi, l'investissement et la croissance. Un texte qui est positif pour les salariés, puisqu'il renforce le contrôle du travail illégal dans le bâtiment, puisqu'il met fin aux dérives des retraites chapeaux des mandataires sociaux, puisqu'il confère de nouveaux droits aux salariés travaillant le dimanche dans le commerce de détail, puisqu'il protège les locataires ayant une personne âgée à charge, puisqu'il rend accessible l'épargne salariale aux salariés des PME, vous voulez que je continue ? C'est un texte qui soutient l'activité et qui, en même temps, protège, et quand on est parlementaire de la majorité, député socialiste, on s'abstiendrait, on voterait contre ce texte ? Non. Moi, j'en appelle à la responsabilité de chacun. C'est un texte important, pas pour la majorité, c'est un texte important pour notre économie, c'est un texte important pour les Français. Et donc… PHILIPPE CORBE Qu'est-ce qui va se passer si demain il votre contre ? Qu'est-ce qu'il se passe demain ? MANUEL VALLS Dans ces moments-là, particulièrement graves, chacun doit être à la hauteur des responsabilités, nous le sommes, ceux qui gouvernent, la majorité et l'opposition l'ont été, il y a un mois. Donc quand on est en plus un député de la majorité, quand on est un ancien ministre, on assume ses responsabilités. Moi, je ne suis pas là pour menacer, je suis pour rappeler que les Français nous regardent… PHILIPPE CORBE Vous espérez le faire changer d'avis demain ? MANUEL VALLS Que l'exigence des Français, cette exigence, c'est que nous nous comportions autrement, pas comme avant, avec nos petites divisions, nos petites querelles, nos préparations de congrès, tout ça est balayé, tout ça est balayé par les événements que nous connaissons. Le débat, il continue, l'unité, ça n'est pas la fin de la discussion, de la confrontation, puisque, précisément, c'est la démocratie qu'on a voulu viser, mais quand on a été ministre, quand on est parlementaire, quand on a la chance, l'honneur de gouverner ce pays, on assume ses responsabilités, et après le débat, on respecte et le débat du Parlement, et la majorité des députés socialistes qui ont fait un travail extraordinaire autour d'Emmanuel MACRON avec le président de la Commission, François BROTTES, avec le rapporteur Richard FERRAND, avec tous les rapporteurs qui venaient d'ailleurs de la diversité du Parti socialiste, qui ont défendu oui la possibilité de travailler le dimanche douze fois par an, c'est ça qui fonde une différence ? C'est ça qui fonde la différence entre les socialistes ? Personne ne peut le croire ! Alors, les postures, c'est fini, maintenant, on assume ses responsabilités, et on vote un texte qui va dans l'intérêt général des Français. PHILIPPE CORBE Les postures, c'est fini, donc je pense que Benoît HAMON aura entendu ces déclarations. Si vous souhaitez interroger le Premier ministre à propos du travail du dimanche et des dispositions aussi sur les licenciements, vous pouvez nous appeler tout de suite au 32.10, il y répondra juste après le journal de 08h. On vous retrouve dans quelques minutes, Manuel VALLS. JOURNALISTE Posez toutes vos questions à Manuel VALLS, Premier ministre, au 32 10. Prenez la parole sur RTL. PHILIPPE CORBE Guillaume nous a appelés au 32 10. Bonjour Guillaume. GUILLAUME, AUDITEUR Bonjour Philippe et bonjour Monsieur le Premier ministre. MANUEL VALLS Bonjour monsieur. PHILIPPE CORBE Vous avez une question à Manuel VALLS. GUILLAUME Absolument. Monsieur le Premier ministre, c'est un plaisir de vous avoir au téléphone ce matin. Tout le monde a reconnu votre gestion exemplaire des terribles événements historiques dont la France a été la triste victime. Nous entendons bien ce matin votre grande détermination mais vu de loin, nous ne voyons pas d'actions musclées contre le communautarisme, pas de message réellement audible du gouvernement sur la radicalisation islamiste qui s'étend sur le territoire. Allez-vous laisser le champ libre au Front national qui chaque jour grappille des voix au point d'être sûr d'être élu en 2017 ? Ou alors, allez-vous vraiment taper du poing sur la table au point que le bruit et la résonnance soient assourdissants pour les islamistes qui attaquent notre sécurité individuelle et notre République ? MANUEL VALLS Guillaume, nous avons déployé des moyens très importants, sans précédent, depuis évidemment les événements que nous avons connus. Je ne vais pas les rappeler mais enfin, plus de dix mille militaires, des policiers, des gendarmes présents. Nous sommes en train de renforcer - cela avait déjà commencé avant quand j'étais ministre de l'Intérieur et Bernard CAZENEUVE a poursuivi ce travail - nous avions déjà renforcé nos services de renseignement, réformé en profondeur la Direction générale de la Sécurité intérieure, c'est-à-dire nos services de renseignement, et nous allons ainsi continuer. Nous donnons plus de moyens à ces services de renseignement et puis nous mettons en place des dispositifs de contre-radicalisation. Mais au-delà de tous ces moyens de prévention, ces moyens répressifs, le fait que nous sommes évidemment extrêmement déterminés à lutter contre ces filières djihadistes – je rappelle qu'il y a mille quatre cents Français ou résidant en France qui sont concernés par des départs en Syrie ou en Irak. Le parquet antiterroriste agit là aussi avec beaucoup de sérénité. Là où vous avez raison, c'est que ça va au-delà de ces dispositifs. C'est toute la société qui doit se mobiliser pour imposer ce qu'est la France tout simplement. La République, l'amour de la nation et de la patrie, la fierté d'être Français, la laïcité, le fait qu'on refuse le communautarisme, c'est-à-dire qu'on refuse qu'une religion impose sa vision aux autres. Nous avons trop laissé au cours de ces dernières années ces thèmes à la droite extrême ou à l'extrême droite, donc il faut que tous les républicains, et pour ce qui me concerne bien évidemment la gauche mais je ne suis pas sectaire, tous les républicains portent haut et fort les couleurs de la France et ne laissent plus rien passer : quand on s'attaque à la République, quand on veut imposer son communautarisme, ou évidemment quand on tient des propos antisémites. PHILIPPE CORBE Il y avait quand même dans la question de Guillaume une dimension importante. Guillaume dit que la victoire du Front national est possible en 2017. Est-ce que vous pensez que c'est aussi possible ? MANUEL VALLS Il y a danger. Quand le Front national fait 25 % aux élections européennes, que dans les enquêtes d'opinion il est donné autour de 30 %, bien sûr qu'il y a une dynamique. Mais ce qui a changé me semble-t-il, c'est que face à cette force du Front national, il y a une autre force qui s'est levée : c'est la République, mais là aussi soyons sincères. Je le dis souvent, nous sommes sur le fil du rasoir. Soit il y a une réponse et c'est une réponse autoritaire, contraire aux valeurs de la République, qui divise, qui augmente les fractures que notre pays connaît, qui repliera la France sur elle-même, qui la détachera de son histoire, de son lien avec l'Europe, ça c'est le Front national. PHILIPPE CORBE Ce n'est pas la République ? MANUEL VALLS C'est la réponse du Front national. Le Front national est une formation politique qui agit dans le cadre national. PHILIPPE CORBE Républicaine ? MANUEL VALLS Je crois qu'elle est contraire aux valeurs de la République, cette force. Je crois que le Front national n'aime pas la France. Je crois que ses propositions détruiraient ce que nous sommes et la couperait encore une fois de son projet historique et de sa place en Europe et dans le monde. Soit il y a une réponse qui fait de l'autorité une valeur, qui combat le terrorisme et les communautarismes avec beaucoup de détermination, qui porte haut les valeurs de laïcité. Une République donc très ferme et en même temps généreuse et bienveillante, parce que notre pays a aussi besoin de fraternité avec lucidité, sans excuse mais on a aussi besoin d'égalité, de solidarité, de justice sociale. Ce pays a besoin de travail, d'emploi, de redonner un espoir à la jeunesse et c'est cette réponse que nous voulons, avec le président de la République, incarner. PHILIPPE CORBE Vous parliez d'emploi, on a des questions nombreuses par SMS concernant le travail du dimanche, notamment une question de Grégory qui nous dit qu'il est contre le travail du dimanche : « C'est compliqué d'avoir une vie privée ». Il ne sait pas comment il pourrait faire garder son fils s'il est obligé de travailler le dimanche, lui et sa femme. Qu'est-ce que vous répondez à tous ces gens qui savent très bien qu'au fond, ils n'auront pas vraiment le choix de pouvoir s'opposer au travail du dimanche si leur patron le leur demande ? MANUEL VALLS Il y a déjà près d'un tiers de nos concitoyens qui travaillent dans le public ou dans le privé de manière régulière ou occasionnelle le dimanche. La loi qui va être votée demain, celle qu'a porté avec beaucoup de talent Emmanuel MACRON, c'est une loi qui remet précisément des règles et de la justice et de la compensation pour les salariés qui travailleront le dimanche. Cette loi permettra de générer aussi plus d'activité et plus d'emploi, de laisser plus d'initiative locale aux collectivités territoriales mais avec des contreparties obligatoires pour tous les salariés qui travaillent le dimanche et des garanties pour le volontariat, quel que soit l'endroit où ils travaillent, et une exigence de dialogue social parce que c'est par des accords dans les entreprises ou sur les territoires, au plus près du terrain que doivent se définir les contreparties. Je vous prends un exemple. Avec un paiement double pour un vendeur d'un grand magasin qui travaille huit heures le dimanche, cela fait plus de cinq cents euros sur le mois et, bien sûr, il a droit à un repos compensateur. Donc il y a des droits qui ont été donnés aux salariés qui n'existaient pas et en même temps, cette loi permet de libérer les énergies et c'est un coup de jeune pour notre pays. PHILIPPE CORBE On a une autre question qui vient sur notre site Internet Rtl.fr, question de Pascal : comment comptez-vous faire baisser le chômage parce que là, je cite, « c'est mal barré quand vous interdisez à des gens de bosser ». Pascal fait référence à l'histoire de ce boulanger qui va devoir fermer un jour par semaine, alors qu'il ouvrait sept jours par semaine, et il va donc devoir licencier selon lui. MANUEL VALLS Parfois nous sommes au pays d'Ubu, et l'exemple de ce boulanger en est une belle illustration. C'est pour ça que précisément, et je réponds à cet auditeur, c'est pour ça qu'il faut davantage évaluer la loi quand elle ne fonctionne pas bien, et de l'autre côté en même temps libérer les énergies. Le chômage, ou la lutte contre le chômage, et l'emploi sont nos priorités. Le seul moyen de faire baisser le chômage et de créer de l'emploi, c'est de soutenir les entreprises. Pas les chefs d'entreprise seulement, les entreprises qui sont composées de chefs d'entreprises, de cadres, de salariés, d'ouvriers, c'est le seul moyen. Je pense notamment aux PME, aux PMI, à ces entreprises intermédiaires mais aussi à nos start-ups qui sont nombreuses parce qu'il y a beaucoup de force dans notre innovation et dans notre recherche en France. Il faut soutenir la compétitivité de nos entreprises, faire baisser le coût du travail, c'est ce que nous avons fait avec le Pacte de responsabilité et de solidarité avec la montée en puissance du CICE. Tout cela est rentré dans les faits depuis le 1er janvier. Libérer davantage notre économie parce que, oui, la priorité c'est toujours l'emploi, l'emploi, l'emploi. Moi, j'espère que cette année 2015 sera l'année de la reprise, de la création d'emplois. Nous avons un contexte économique international avec la baisse de l'euro, avec la baisse des taux d'intérêt, avec le niveau du baril du pétrole qui nous permettent, je crois, d'avoir davantage d'optimisme. Mais le gouvernement est bien sûr très soucieux de tout faire pour soutenir les entreprises afin qu'elles embauchent. Il y a eu un Pacte maintenant, il y a eu des aides aux entreprises. Il faut embaucher, il faut redonner confiance au pays. PHILIPPE CORBE Manuel VALLS, on va prendre un autre auditeur au 32 10. Bonjour Chérif. CHERIF, AUDITEUR Bonjour. Bonjour monsieur VALLS. MANUEL VALLS Bonjour monsieur. PHILIPPE CORBE Vous voulez revenir sur ces questions de terrorisme, Chérif. CHERIF Oui. Ça concerne l'Etat Islamique et Daesh, monsieur VALLS. On a appris sur l'antenne de RTL il n'y a pas longtemps que Daesh a publié, si on peut s'exprimer ainsi, son premier bilan : deux milliards de chiffre d'affaires, quelques millions de bénéfices et on a attribué ça au pétrole. Je me demande comment ces gens-là arrivent à acheminer du pétrole, vendre du pétrole sur un marché international, encaisser de l'argent pour acheter des armes et financer leurs opérations. Comment nous n'arrivons pas à contrer cela ? Ça, c'est la première question. La deuxième question, c'est est-ce qu'il y a des raisons stratégiques ou géopolitiques qui font que Daesh est encore là après tout ce temps-là ? Nous savons, et ça ce n'est pas un secret, que notre allié américain avait un projet qui s'appelait le Big Middle East, défendu par Codonleezza RICE à l'époque, qui consiste à refaçonner le Moyen-Orient. Est-ce que cela en fait partie ? MANUEL VALLS Il faut combattre Daesh par différents moyens. Je vous rappelle que la France participe à une large coalition avec des pays du Proche et du Moyen-Orient, avec d'autres pays les Etats-Unis, le Danemark par exemple intervient avec ses Rafale et ses Mirage en Irak pour porter des coups décisifs à la demande des autorités irakiennes, à la demande des Kurdes puisqu'il faut faire reculer Daesh qui n'est pas qu'une organisation terroriste, qui s'est installé sur un territoire et notamment qui a pris possession d'un certain nombre de puits de pétrole. Il faut que tous les pays notamment de la région jouent le jeu et luttent contre Daesh. PHILIPPE CORBE Y compris le Qatar ? MANUEL VALLS Tous les pays. Tous les pays de cette région, le Qatar, la Turquie, tous. PHILIPPE CORBE Parce qu'on a toujours des doutes sur le rôle que joue le Qatar, qui d'un côté exprime à l'Occident qu'il se bat contre le terrorisme islamiste, et de l'autre est suspecté de financer en sous-main un certain nombre de réseaux islamistes. MANUEL VALLS Il ne peut pas y avoir de doutes en l'occurrence. S'il y a des doutes, ils doivent être évidemment levés. Mais il faut, et c'est ce que fait la France, lutter à la fois sur le terrain à travers nos avions, mais aussi assécher les financements de cette organisation dont nous connaissons bien sûr l'horreur, la terreur qu'elle répand. Regardez ce qui s'est passé encore ces dernières heures avec ces images insupportables, insoutenables, de chrétiens coptes, de chrétiens égyptiens qui ont été massacrées comme d'autres l'ont été. Des personnalités politiques, des personnalités intellectuelles, des journalistes, des artistes sont aussi menacés dans le monde et donc en France. Donc oui, c'est une guerre puisqu'ils nous font la guerre. C'est une guerre contre le djihadisme, le terrorisme, contre cet islamisme radical, contre cet islamo-fascisme que j'ai évoqué et cette guerre, nous devons la mener partout, à l'extérieur mais aussi à l'intérieur, en désignant cet ennemi, c'est-à-dire le djihadisme. PHILIPPE CORBE On va en parler d'ailleurs avec Arnaud au 32 10 qui a une question pour vous. Bonjour Arnaud. ARNAUD, AUDITEUR Bonjour Philippe et bonjour Monsieur le Premier ministre. MANUEL VALLS Bonjour monsieur. ARNAUD Je complèterai un peu la première question de Guillaume concernant la radicalisation des discours aujourd'hui en France à cause des attentats de Paris et de Copenhague. Est-ce que vous ne pensez pas que cette radicalisation ne peut pas être un petit peu jugulée par une meilleure éducation à l'école de l'Histoire ? Parce que je pense qu'aujourd'hui à l'école, l'Histoire n'est plus une matière importante et qu'on ne peut pas comprendre son présent si on ne connaît pas son passé, et que c'est peut-être une solution à moyen terme d'éduquer en tout cas de manière beaucoup plus efficace nos jeunes sur l'Histoire de France. MANUEL VALLS Il y a incontestablement deux matières qui doivent être renforcées à l'école, vous avez tout à fait raison. L'Histoire bien sûr, puisqu'il faut comprendre notre propre Histoire, d'où nous venons, nos valeurs, notre identité. C'est indispensable. La France a été un immense pays précisément parce qu'elle a toujours su parler de sa propre Histoire. Je vous renverrai évidemment à MICHELET au XIXème siècle. Oui, il faut apprendre à aimer lucidement mais à aimer ce que nous sommes et d'où nous venons. L'autre matière qu'il faut renforcer le chef de l'Etat et la ministre de l'Education l'ont rappelé à maintes reprises c'est le français. Parce que moi, je suis frappé par la pauvreté d'un certain nombre de personnes, pas seulement de jeunes, qui utilisent très peu de mots. Et quand on ne sait pas parler notre langue je parle de Français en l'occurrence quand on ne sait pas parler notre langue, quand on n'a pas les mots pour comprendre ce qu'est notre société, évidemment on recule, nos valeurs reculent. Il faut donc redonner toute sa place, vous avez raison, à ces matières. C'est l'école, pas seule parce qu'elle ne peut pas tout toute seule, mais c'est l'école qui doit évidemment être l'avant-garde de cette mobilisation pour les valeurs. C'est tout le sens d'ailleurs des Assises de cette mobilisation pour les valeurs, et c'est tout le sens d'ailleurs des Assises de cette mobilisation que la ministre Najat VALLAUD-BELKACEM a lancées et qui conclura au mois de mai, je crois, avec de nouvelles propositions fortes pour l'école, pour l'école de la République, pour faire vivre nos valeurs. PHILIPPE CORBE Merci Arnaud de nous avoir appelés au 32 10. Je vous soumets, Monsieur le Premier ministre, envoyée par Olivier par SMS qui regrette que vous ayez fait le choix d'un service civique universel mais pas obligatoire et qui, lui, aurait souhaité le rétablissement d'un service militaire, ou en tout cas d'un service civique obligatoire. MANUEL VALLS Oui, mais je pense qu'il faut avancer par étape. Le président de la République a fait le choix de ce service civique universel qui doit déjà monter en puissance, qui devra concerner des garçons et des filles. Puis comme vous le savez, il a demandé à Claude BARTOLONE et à Gérard LARCHER, les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, de travailler sur cette question-là, sur celle de l'engagement. C'est évidemment très important parce que c'est aussi une des réponses aux fractures, aux crises que nous connaissons. PHILIPPE CORBE Dans un deuxième temps, il pourrait donc y avoir une évolution vers un service civique obligatoire, ou en tout cas plus large ? MANUEL VALLS Je n'ai pas dit cela, mais en tout cas tous les moyens pour une mobilisation – il y a déjà des formes de service militaire qui existent dans notre pays grâce à l'engagement, au volontariat, dans les Outre-mer, il y a la réserve citoyenne, il y a le service civique - tout cela doit permettre quand on additionne, tout cela doit permettre de mobiliser des centaines de milliers de jeunes au service de l'intérêt général, au service de nos valeurs, au service de la société. PHILIPPE CORBE Merci Manuel VALLS, en tout cas, d'être venu ce matin sur RTL répondre aux questions des auditeurs au 32 10. Bonne journée à vous. MANUEL VALLS Merci à vous. Vous savez, il y a un très bel éditorial ce matin dans le journal Libération. Ils veulent – au fond, ces terroristes veulent qu'on ferme les portes et les fenêtres, veulent qu'on se replie sur nous-mêmes. C'est le contraire qu'il faut faire et c'est bien dit dans ce journal. Il faut ouvrir les portes et les fenêtres en grand. Il faut résister, il ne faut pas avoir peur. Il faut être lucide mais il faut résister et il faut se mobiliser. PHILIPPE CORBE Justement, on va parler de ces articles dans la presse dans la revue de presse dans quelques instants. Le titre de Libération, c'est « Nous sommes tous Danois ». MANUEL VALLS Nous sommes tous Danois aujourd'hui, oui. PHILIPPE CORBE Merci Manuel VALLS d'être venu ce matin sur RTL. Bonne journée. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/115.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/115.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4dad801fc5f2e8dc266ec83f1b08f78d3a4315ce --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/115.txt @@ -0,0 +1 @@ +NICOLAS HERBEAUX Direction les studios de Radio classique à présent pour « l'Invité politique » de LCI Matin et Radio classique, c'est ce matin Myriam EL KHOMRI, secrétaire d'Etat à la Ville, elle répond à Renaud BLANC, bonjour à tous les deux. RENAUD BLANC Bonjour Myriam EL KHOMRI… MYRIAM EL KHOMRI Bonjour. RENAUD BLANC Vous êtes membre du gouvernement, secrétaire d'Etat à la politique de la Ville, on va bien sûr parler ensemble des quartiers, on va parler du terme d'apartheid que vous cautionnez cité par Manuel VALLS, on va éventuellement parler de votre parti et de votre parcours personnel. Mais l'actualité ce matin c'est la visite de François HOLLANDE à ce cimetière juif en Alsace qui a été profané, j'ai une question toute simple : comment combattons l'antisémitisme en France en 2015 ? MYRIAM EL KHOMRI Je pense qu'on ne s'est peut-être pas suffisamment indignés par rapport aux actes antisémites qui se sont produits, je pense par exemple à cette agression à Créteil qui était horrible au mois de décembre sur laquelle la société française ne s'est pas suffisamment indignée et je crois qu'il est extrêmement important aujourd'hui, à la fois qu'il y ait des sanctions fortes par rapport à des actes ignobles comme la profanation de tombes, mais aussi qu'il y ait un sursaut de la société française sur l'ensemble de ces agressions antisémites qui peuvent exister en… RENAUD BLANC Il y a une sorte de banalisation ? MYRIAM EL KHOMRI Il n'y a pas suffisamment eu d'indignation, j'en suis convaincue, et je crois qu'aujourd'hui - à la fois avec une réponse forte en termes de sanction mais aussi d'éducation à ce que ces… Quand on regarde ce qui s'est passé en France il y a un mois et ce qui s'est passé en… RENAUD BLANC Au Danemark ! MYRIAM EL KHOMRI A Copenhague, on voit bien que c'est les mêmes cibles, c'est des citoyens juifs, des policiers, la liberté d'expression… Et je crois que nous devons absolument combattre cette idéologie, cet antisémitisme parfois en plus ordinaire et je crois qu'il y a un aspect extrêmement éducatif aussi à mettre en oeuvre avec des sanctions extrêmement fermes. RENAUD BLANC Vous sillonnez la France, vous sillonnez les quartiers, est-ce que vous sentez justement cette espèce d'antisémitisme un peu latent ? MYRIAM EL KHOMRI Il y a une banalisation en effet ! Il y a ce discours parfois des deux poids, deux mesures et je crois que la question éducative est extrêmement importante, lutter contre le racisme, l'antisémitisme c'est aussi combattre une certaine idéologie. Manuel VALLS a eu un propos hier, quand il a parlé d'islamo-fascisme… RENAUD BLANC Vous aimez beaucoup les formules de Manuel VALLS ? MYRIAM EL KHOMRI Eh bien, écoutez, ce… RENAUD BLANC Vous la trouvez choc celle-ci, elle correspond à quelque chose, à une réalité pour vous ? MYRIAM EL KHOMRI Ca permet de marquer les esprits et je crois que c'est important de séparer l'Islam de cette sorte de… Qu'on va appeler d'idéologie, par exemple qui est de celle de Daech qui essaie d'embrigader des personnes, qui utilise le viol des femmes comme armes de guerre, je pense que c'est important d'avoir des mots forts aussi pour comprendre ce que nous devons combattre de façon unitaire dans notre pays. RENAUD BLANC Alors vous avez parlé de Copenhague tout à l'heure - il y a eu un grand rassemblement hier soir – et puis il y a eu cette image un peu dérangeante où l'on voyait des fleurs devant le domicile du tueur, du terroriste avec de jeunes Danois qui se recueillaient devant cette maison. C'est une image dérangeante, qu'est-ce qu'elle vous inspire ? Est-ce qu'elle ne montre pas l'échec de nos démocraties d'une certaine manière ? MYRIAM EL KHOMRI Elle monte en tout cas qu'il faut absolument que la lutte contre le racisme, contre l'antisémitisme fasse l'objet d'une vraie cohérence du discours de tous les adultes, il faut que nous arrivions véritablement entre l'école et Najat VALLAUD-BELKACEM a commencé tout ce travail l'école, les acteurs associatifs, notamment dans les quartiers populaires, il faut véritablement que nous abordions ces questions, que nous ne les mettions pas comme mettre la poussière sous le tapis, il faut véritablement que nous parlions de ces éléments-là parce qu'aujourd'hui nous devons absolument combattre cette idéologie. Ce qui me semble important et ce que nous apprennent les évènements aussi de janvier, c'est que bien sûr il faut lutter contre les inégalités mais il ne faut pas oublier qu'avant tout il faut aussi lutter contre le terrorisme et la radicalisation - et bien sûr que ces images sont particulièrement choquantes - ça demande un travail et ça demande aussi un travail éducatif, mais ça demande aussi une fermeté. RENAUD BLANC On va reparler éducation dans un instant ! L'actualité politique, économique et parlementaire c'est aussi la loi Macron, ça s'annonce très chaud du côté du Parti socialiste, qu'est-ce que vous avez envie de dire à vos collègues députés socialistes qui ne vont pas voter le texte ? MYRIAM EL KHOMRI C'est une loi qui permet… RENAUD BLANC Ca sera une faute, pour vous ? MYRIAM EL KHOMRI Oui ! C'est une loi qui permet de libéraliser les énergies, de retrouver de l'emploi, d'améliorer la croissance, de mettre fin à certaines lourdeurs, par exemple sur les jeunes le permis de conduire avec un délai maximum de 45 jours c'est une avancée, la compensation aussi par rapport au travail du dimanche c'est un avancée, donc pour moi c'est une loi qui permet d'attaquer quelques verrous de notre société qui permettraient justement de développer l'emploi. Donc, il y a eu une discussion qui a été longue Emmanuel MACRON a été extrêmement présent à l'Assemblée, il y a eu beaucoup d'amendements… RENAUD BLANC Mais Benoît HAMON, ancien numéro trois du gouvernement, qui ne vote pas ce texte - il y a six mois faisait partie de ce gouvernement - comment expliquez-vous justement qu'une personnalité comme lui ne vote pas un texte aussi important ? Est-ce que ce n'est pas la preuve qu'il y a aujourd'hui deux gauches à l'intérieur du PS ? MYRIAM EL KHOMRI Je ne sais pas s'il y a deux gauches, je sais qu'il y a des espaces de discussion et qu'on est un parti où il y a toujours eu des débats - et je pense que c'est une bonne chose - j'espère que nous allons atterrir sur la loi Macron, parce que je pense que c'est une avancée pour les Français, c'est une avancée pour de nombreux salariés et de ce point de vue là il me semble important… il y a eu cet espace de discussion, maintenant il me semble qu'il est important que les uns et les autres prennent leur responsabilité. RENAUD BLANC Myriam EL KHOMRI, vous êtes chargée de la politique de la Ville au sein du gouvernement, votre credo c'est la mixité sociale ? MYRIAM EL KHOMRI Oui ! Je pense qu'il y a des questions structurelles qui se posent dans les quartiers de la politique de la ville. La politique de la ville… RENAUD BLANC Pardonnez-moi, mais j'ai l'impression que ça fait 30 ans que j'entends parler de mixité sociale quand on parle de la politique de la ville ? MYRIAM EL KHOMRI En effet ! La mixité sociale c'est un mot un peu valise, le Premier ministre a employé le mot de stratégie de peuplement qui est un mot qui parait un peu technique, c'est ce que mettent en place les bailleurs avec les élus locaux. Ce qui me semble important… Déjà la politique de la ville, qu'est-ce que c'est ? C'est six millions de personnes qui habitent dans des quartiers où il y a une concentration urbaine de pauvreté et on s'attaque aux banlieues des grandes villes qu'à des villes moyennes, qu'au périurbain ? RENAUD BLANC Mais le portrait - robot j'allais dire - justement de ces quartiers, c'est quoi ? C'est un taux de chômage record ? C'est une insécurité ? Ce sont des services de… MYRIAM EL KHOMRI C'est une concentration urbaine de pauvreté ! Et les fractures de ces quartiers c'est par exemple un chômage des jeunes de près de 45 %, c'est la moitié des familles qui sont des mères seules avec enfants ce qu'on appelle des familles monoparentales c'est aussi un taux de chômage de 23 % et deux fois plus de chômage chez les jeunes diplômés à diplôme égal, donc on voit bien qu'il y a des fractures, qu'il y a des discriminations qui sont fortes dans ces quartiers. Donc aujourd'hui la question de ces quartiers, c'est de se dire… Il y a des gens qui s'en sortent et on voit bien qu'un tiers des habitants de ces quartiers change d'adresse tous les cinq ans, donc il y a une question, c'est : pourquoi sont-ils remplacés toujours par des personnes encore plus pauvres ? Ça, c'est une question structurelle. On parle souvent de mixité sociale, aujourd'hui on a mis sur la table des outils qui permettraient de lutter justement contre cette ghettoïsation. Pourquoi ces personnes viennent dans ces quartiers ? Parce qu'il y a une offre accessible au logement, parce que cette offre au logement on ne la trouve pas dans d'autres quartiers aussi, donc l'enjeu on voit bien que les problèmes dans ces quartiers ne sont pas les problèmes que de ces quartiers mais sont bien ceux de la France entière. RENAUD BLANC Et le nerf de la guerre c'est l'argent, quel est le budget de votre ministère ? MYRIAM EL KHOMRI Le budget de mon ministère, il y a cinq milliards d'euros de l'Agence nationale de rénovation urbaine, donc c'est pour améliorer le cadre de vie, apporter de la vitalité, créer des locaux commerciaux, du transport, de la rénovation urbaine… et puis il y a un budget de 338 millions d'euros qui est relatif… RENAUD BLANC Ce n'est pas beaucoup 338 millions d'euros, non ? MYRIAM EL KHOMRI Au crédit d'intervention de la politique de la ville. Mais la politique de la ville elle n'est pas… interministérielle, dedans il y a : les enseignants qui vont être dans les écoles, il y a tout le programme d'éducation prioritaire, la réforme qui a été mise en place qui donne plus de moyens aux établissements qui ont le plus de besoins ; il y a les ZSP du ministre de l'Intérieur, 77 des 80 ZSP - Zones de Sécurité Prioritaire - sont dans les quartiers de la politique de la ville, donc vous voyez bien que dans chaque ministère il y a des priorités qui sont données dans ces quartiers. Aujourd'hui l'objectif c'est qu'il faut aller plus vite et plus loin, notamment sur la question de comment on lutte contre la ghettoïsation - et donc ça appelle à l'application de la loi SRU sur les autres quartiers ce n'est pas normal d'avoir des… RENAUD BLANC La SRU ? MYRIAM EL KHOMRI Solidarité Renouvellement Urbain ! Ce n'est pas normal d'avoir des communes à 80 % de logements sociaux et d'autres à 100 %. RENAUD BLANC Donc, vous voulez sanctionner les maires par exemple ? MYRIAM EL KHOMRI Oui ! C'est prévu par la loi, il faut aller plus vite et plus loin dans la mise en oeuvre de ce qui est prévu par la loi. RENAUD BLANC Myriam EL KHOMRI, il y a 40 ans on pouvait aller à Grigny, aujourd'hui on n'y rentre plus ; Marseille, l’autre jour un policier a été accueilli par des tirs de Kalachnikov, alors je sais bien ce sont quelques quartiers… MYRIAM EL KHOMRI Ce n'est pas tous les visages de la politique de la ville ! RENAUD BLANC Oui ! Mais c'est aussi une réalité. Comment fait-on pour répondre justement à ces urgences ? Je le rappelle ça fait 30 ans qu'on nous parle de politique de la ville - 70 milliards d'euros à peu près investis dans les quartiers c'est quoi, c'est un échec, ou, si on n'avait pas eu ces 70 millions (sic), ça serait pire aujourd'hui ? Comment vous l'analysez ? MYRIAM EL KHOMRI Je pense que la rénovation urbaine et d'ailleurs il y a une continuité républicaine sur le sujet a permis d'améliorer le quotidien des habitants en leur redonnant de la dignité, en luttant contre l'insalubrité. Est-ce que ça a permis d'améliorer la situation sociale de ces habitants ? Non ! Aujourd'hui le premier enjeu de ces quartiers c'est l'emploi, le second enjeu c'est la question de la sécurité, les Zones de sécurité prioritaires ont apporté des améliorations - je l'ai vu à Marseille en y étant allée avec le ministre de l'Intérieur et le Premier ministre on a bien vu que ça a amélioré les choses, néanmoins c'est une action de longue haleine ; et en même temps il faut bien évidemment que nous répondions à la question du chômage des jeunes dans ces quartiers, le conseil interministériel, sous l'égide du Premier ministre, de début mars visera notamment à créer des nouvelles formes de travail innovantes, je pense à un sujet qui moi m'intéresse beaucoup, sur lequel je travaille notamment avec Axelle LEMAIRE et Najat VALLAUD-BELKACEM, qui est les formations au numérique. Pourquoi ? Parce qu'il y a un marché de l'emploi sur les métiers du numérique, on a des jeunes parfois qui sont sortis du système scolaire très tôt et on voit bien que si nous arrivons à créer des formations assez courtes sur ces territoires à des nouveaux métiers où il y a un bassin de l'emploi nous pourrions véritablement améliorer la question du chômage des jeunes et la qualification de ces jeunes. RENAUD BLANC Myriam EL KHOMRI, vous parliez d'éducation il y a quelques minutes, il y a deux mois quand on parlait éducation on se demandait s'il fallait supprimer ou pas les notes, d'un seul coup on nous parle de remettre du français, de remettre de l'histoire, d'apprendre « La Marseillaise », de connaître l'histoire de notre pays… Mais il faut un évènement comme ce qui s'est passé en janvier pour que les politiques ouvrent les yeux ? MYRIAM EL KHOMRI La question de l'éducation civique et morale était prévue dans la loi de Vincent PEILLON, de refondation de l'école, donc tout ceci était acté. Néanmoins… RENAUD BLANC Enfin chaque ministre, à la rentrée, nous explique que tout va bien. MYRIAM EL KHOMRI Néanmoins… Non ! Je crois que l'esprit du 11 janvier c'est aussi de se dire que nos valeurs républicaines auxquelles nous sommes tous attachés il faut qu'elles soient aussi vécues au quotidien et il faut vraiment être en capacité de les transmettre. J'étais hier avec le président de la République à l'EPID, l'Etablissement Public d'Insertion Défense, en Seine-et-Marne, le président… C'est des établissements qui permettent à des jeunes volontaires de 18 à 25 ans d'avoir un projet professionnel… Qui ne savent pas, qui sont parfois excusez-moi l'expression en train de végéter chez eux depuis deux ans, qui permet justement, à partir de leur volonté, d'essayer de trouver un projet professionnel avec des allers-retours en entreprise. Ils se réveillent tous les matins à 6 h 30, il y a la levée des couleurs, il y a « La Marseillaise », il y a un cadre et tous ces jeunes le disent de façon unanime… RENAUD BLANC Et ça vous êtes pour ? Ça vous êtes… Oui ! MYRIAM EL KHOMRI Oui ! Tous ces jeunes le disent de façon unanime, c'est structurant, on avait besoin de cadre. Le président de la République a annoncé qu'on allait augmenter le nombre de places des EPID, je pense que c'est une bonne chose, ça permet d'outiller un peu plus la palette de réponses pour des jeunes justement qui sont en difficulté et qui n'ont pas aujourd'hui de qualification. RENAUD BLANC En quelques secondes ! Comment fait-on pour faire revenir des entreprises dans des quartiers difficiles, pour leur dire : « Venez ! Installez-vous, vous allez voir c'est très bien, vous ne risquez rien », comment on fait concrètement quand on est ministre comme vous ? MYRIAM EL KHOMRI Déjà il y a la question des locaux commerciaux, donc il faut bien évidemment leur permettre d'avoir une ingénierie, des locaux sur place, mais il y aussi parfois c'est ce que nous avons fait avec les territoires entrepreneurs des exonérations fiscales en échange de clauses d'embauche avec les habitants du quartier. Ce que les entreprises sont en train de comprendre c’est que dans ces quartiers il y a beaucoup de talents et beaucoup de combattivité et que, finalement, ça leur apporte. Il y a un vrai sujet, qui est la question de la qualification, nous devons faire parler les acteurs de l'emploi avec les acteurs du monde économique - ça c'est un enjeu prioritaire néanmoins, on voit bien que quand on installe des locaux, quand on met du transport, les entreprises viennent parce qu'elles se rendent compte aussi qu'il y a beaucoup de talents et de combattivité dans ces quartiers. RENAUD BLANC La secrétaire d'Etat chargée de la politique de la Ville, Myriam EL KHOMRI, merci beaucoup d'avoir répondu à mes questions. MYRIAM EL KHOMRI Merci à vous. OLIVIER HERBEAUX Et merci à tous les deux. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/116.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/116.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ab1ff66a463f91003a39a5a974cd99e37fc41c63 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/116.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je vous remercie d'avoir organisé cette réunion conjointe des commissions des affaires européennes de l'Assemblée nationale et du Sénat. Ce nouveau format me paraît extrêmement utile afin que je puisse vous rendre compte des travaux du Conseil européen. La réunion informelle des chefs d'État et de gouvernement du 12 février 2015 a permis d'aborder quatre thèmes : la situation en Ukraine, la lutte contre le terrorisme, l'approfondissement de l'Union économique et monétaire (UEM), et la situation en Grèce. La réunion s'est ouverte sur la question de l'Ukraine. Le président François Hollande et la chancelière Angela Merkel arrivés de Minsk, ont rendu compte, en présence du président ukrainien, M. Petro Porochenko, des négociations qui s'étaient achevées quelques heures auparavant. L'accord Minsk 2, du 12 février 2015, comporte des engagements concrets et un calendrier précis. Un cessez-le-feu est entré en vigueur samedi à minuit. Un retrait progressif des armes lourdes hors d'une zone tampon qui, en fonction du diamètre des armes, s'étendra sur cinquante à soixante-dix kilomètres doit commencer. Sont également prévus la libération des prisonniers sous neuf jours ainsi que l'octroi d'une amnistie aux combattants séparatistes ; le lancement d'un dialogue national pour élire les représentants des régions de l'Est conformément à la constitution ukrainienne, et le libre accès de l'aide humanitaire à ces régions. L'accord comporte également un engagement au respect de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de l'Ukraine qui devra adopter une réforme constitutionnelle d'ici la fin de l'année pour doter les régions de l'Est d'un statut d'autonomie renforcée. Chaque mot a évidemment été pesé car les autorités ukrainiennes acceptent la décentralisation mais pas la fédéralisation qui donnerait un droit de veto aux régions sur les politiques du pays - notamment en matière de politique étrangère. Ces accords ont des effets immédiats tout en engageant des changements profonds qui s'inscrivent dans la durée. Il faut maintenant veiller au respect des engagements par toutes les parties. C'est notamment la mission de l'OSCE pour ce qui concerne l'arrêt des combats, la surveillance des frontières, et le retrait des armes lourdes. Les quatre chefs d'État et de gouvernement parties prenantes de l'accord sont restés en contact régulier pour vérifier les conditions de son application. Comme l'a indiqué aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, lors des questions au gouvernement, « le cessez-le-feu est globalement respecté » sous réserve de deux difficultés. L'une concerne la zone de Debaltsevo, où des combats se déroulent toujours, l'autre, le retrait des armes lourdes. Cela n'est pas sans lien puisque les protagonistes refusent de retirer complètement leurs armes lourdes tant que les combats se prolongent. Nous considérons qu'il existe bien une volonté commune de toutes les parties de respecter les engagements pris à Minsk la semaine dernière. L'Ukraine et la Russie font notamment preuve d'une réelle bonne volonté. Il faut évidemment que cela se traduise sur le terrain. Deux mots résument donc aujourd'hui notre position : vigilance et contrôle. Concernant la lutte contre le terrorisme, le président Bizet a dit combien il était urgent que l'Union européenne prenne des décisions opérationnelles. Après les attentats qui ont frappé Paris, le président du Conseil européen a décidé, avec le président de la République, que ce sujet serait au centre de la réunion du 12 février. La feuille de route adoptée par les chefs d'État et de gouvernement s'inspire largement des propositions élaborées dès le 11 janvier à Paris lors de la rencontre des ministres de l'intérieur, puis lors des rencontres qui ont eu lieu à Riga entre ces mêmes ministres puis entre ceux de la justice. Elle reprend également la proposition française dont vous avez eu communication. Les attaques dont Copenhague a été la victime depuis la réunion du Conseil européen ne font que confirmer la nécessité d'une réponse européenne à une menace internationale. Cette feuille de route s'articule autour de trois axes. Le renforcement de la sécurité des citoyens constitue un premier axe qui passe par une consolidation de la coopération judiciaire et policière, notamment entre les services de renseignement et de sécurité qui doivent accroître leurs échanges d'informations. Tous les outils existants, comme Eurojust et Europol, seront utilisés, et des progrès devront intervenir rapidement concernant des législations et des dossiers bloqués, comme celui du PNR européen. Cet instrument n'est évidemment qu'un élément au sein d'un arsenal plus complet, mais il n'en est pas moins indispensable. Le Conseil s'est montré prêt à apporter toutes les garanties nécessaires en matière de protection des données personnelles. L'addition de PNR nationaux non connectés ne permettrait ni de mener une action cohérente ni de mettre en place un mécanisme commun de contrôle des données. Le Conseil a fait passer un message clair au Parlement européen. De notre côté, M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, et moi-même n'avons pas ménagé notre peine à Bruxelles et à Paris pour convaincre les députés européens. Nous souhaitons que ce PNR européen soit adopté le plus rapidement possible. Le Parlement européen a adopté une résolution faisant un lien entre le PNR et la directive sur la protection des données. Nous voulons voir cette dernière aboutir tout en estimant qu'il ne faut pas « indexer » un calendrier sur l'autre. Chacun des deux dossiers vaut pour lui-même, et nous considérons que le PNR européen doit immédiatement donner lieu à un vote. La feuille de route souligne également le besoin de mettre en place des contrôles systématiques et coordonnés aux frontières sur la base des règles actuelles, en se fondant sur des critères de risque. La Commission est aussi invitée à proposer une modification ciblée du code Schengen, qui, sans remettre en cause la liberté de circulation, permette la généralisation des contrôles qui doivent concerner non seulement les documents d'identité mais aussi les dossiers des personnes. La lutte contre le trafic d'arme et le financement du terrorisme doit également être renforcée. Un deuxième grand axe de la feuille de route concerne la prévention de la radicalisation et la sauvegarde de nos valeurs. Le texte appelle à l'adoption de mesures concrètes permettant de détecter et de supprimer sur internet les contenus appelant au terrorisme. Cela pourra notamment se faire grâce à une coopération avec le secteur privé ; à la mise en place d'une stratégie de communication pour promouvoir la tolérance et les libertés fondamentales au sein de l'Union européenne ; au développement de contre-discours par rapport aux idéologies terroristes ; à une action en faveur de l'éducation et de l'intégration sociale, ainsi qu'à des échanges entre États membres concernant les bonnes pratiques. Hier, alors que je me trouvais à Copenhague pour manifester la solidarité de la France avec le peuple danois après les événements du 14 février dernier, j'ai ainsi constaté qu'une délégation de la commission d'enquête de l'Assemblée, sur la surveillance des filières et des individus djihadistes était également présente dans le cadre d'un déplacement organisé bien avant les attentats afin d'enquêter sur les pratiques de lutte contre la radicalisation dans ce pays. Un troisième axe est relatif à la coopération avec les pays tiers. Ce volet implique une action en direction des zones de crises et de conflits, en particulier avec notre voisinage sud, et une intensification du dialogue avec les pays tiers sur la lutte contre le terrorisme, notamment au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, au Sahel et dans les Balkans. Le président de la République a rappelé la nécessité pour les européens de prendre leurs responsabilités en Afrique, notamment s'agissant de la Libye et de Boko Haram, mais aussi au Moyen-Orient. La France est intervenue au Mali pour éviter que ce pays ne tombe sous la coupe de djihadistes : on imagine ce qui serait advenu s'il se trouvait aujourd'hui dans la situation de la Libye ou d'une partie de la Syrie et de l'Irak. Nous sommes présents dans le Sahel, et nous nous félicitons que de nombreux pays participent désormais aux missions de stabilisation dans le secteur - comme la mission de formation de l'Union européenne pour l'armée malienne, EUTM Mali. Nous avons besoin que tous les pays s'engagent très fortement : il s'agit d'une dimension indispensable de l'action commune des européens dans la lutte contre le terrorisme. Il faut être conscient que la mise en œuvre de cette feuille de route demandera un gros travail politique. Une mobilisation très forte sera nécessaire de la part de tous les acteurs. Les événements intervenus à Copenhague le week-end dernier contribuent à renforcer cet impératif et à raffermir nos convictions. Le Conseil a également abordé la question de l'approfondissement de l'UEM, qui constituait initialement le point principal de l'ordre du jour. Le sujet a été introduit par la présentation d'une note d'analyse rédigée par M. Jean-Claude Juncker, en étroite collaboration avec M. Donald Tusk, président du Conseil européen, M. Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe, et M. Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne. M. Juncker, a fait le point sur la situation de la zone euro, en rappelant les causes de la crise, et les mesures prises depuis 2010. Il a ensuite dessiné quelques pistes susceptibles de renforcer la coordination des politiques économiques, ainsi que la convergence et la solidarité au sein de la zone. Il a proposé des orientations de court terme, reposant sur le « triangle vertueux » des réformes structurelles, du soutien à l'investissement, et de la responsabilité budgétaire, ainsi que sur l'approfondissement du marché intérieur, notamment celui des capitaux. Il a également tracé d'autres évolutions à plus long terme, en soulevant plusieurs questions susceptibles de guider les travaux à venir : l'amélioration de la mise en œuvre et du respect des règles budgétaires, la résilience de la zone euro aux chocs macroéconomiques, le renforcement des instruments de convergence dans la zone, l'intégration des marchés financiers, et la responsabilité et la légitimité des décisions prises dans le cadre de l'UEM - sujet qui permettra d'aborder la question de la place des parlements nationaux. Il conviendra de rester vigilant sur le périmètre de réflexions qui feront l'objet de recommandations dans le cadre du rapport que les quatre présidents remettront sur l'avenir de l'UEM afin que le Conseil européen du mois de juin puisse en débattre. Le Conseil a enfin abordé la question de la Grèce puisqu'il se réunissait, pour la première fois, en présence du nouveau Premier ministre grec, M. Aléxis Tsípras. Ce dernier a pu décrire la situation de son pays et sa vision d'une sortie de crise, mais ce sujet n'a pas donné lieu à une discussion. Les débats étaient en effet déjà en cours dans d'autres instances, et ils se sont poursuivis, dès le lendemain du Conseil, au niveau technique au sein de l'Eurogroupe. Le Conseil a donné un mandat à M. Jeroen Dijsselbloem afin que le travail continue avec la Grèce, la BCE, le FMI et la Commission européenne sur la prolongation du programme d'assistance en cours. Il s'agit d'éviter que la Grèce ne rencontre dans l'immédiat des problèmes de financement afin de prendre le temps nécessaire pour discuter d'un contrat sur le long terme reposant à la fois sur les réformes et sur la solidarité européenne. La France a rappelé qu'elle était guidée par deux principes : le respect du vote des citoyens grecs - le principe démocratique vaut pour tous les États membres, et lorsqu'une élection a lieu dans un pays, les autres tiennent compte du choix des citoyens pour élaborer les politiques communes -, et le respect des engagements passés pris par la Grèce, notamment pour ce qui concerne sa dette et les prêts qui lui ont été accordés - même si les délais et les modalités de remboursement peuvent évidemment faire l'objet de discussions. La réunion de l'Eurogroupe qui s'est tenue hier n'a pas permis de trouver un accord. Son président, M. Jeroen Dijsselbloem a demandé que le dialogue avec le gouvernement grec permette, d'ici à la fin de la semaine, d'opérer le prolongement technique de l'accord actuel afin que la BCE continue d'apporter aux banques grecques les concours nécessaires pour éviter les problèmes de financement. Il s'agit de poser, d'ici à l'été, les bases d'un accord « réaliste », pour reprendre le mot du président Bizet, fondé sur des réformes qui rendraient « l'État grec à la fois plus juste et plus efficace », selon les termes de la présidente Auroi. L'objectif est de permettre au gouvernement grec de définir les voies d'une nouvelle compétitivité de son économie, et de parvenir à une forme de croissance davantage partagée. M. Tsípras considère lui-même que 70 % du programme en cours peut être repris. Il souhaite en revanche remettre en cause ses autres aspects pour répondre à l'urgence sociale dans son pays. Je me permets de résumer les choses ainsi : en Grèce, il faut sortir de l'austérité mais pas de l'euro. Tout en répondant aux urgences sociales, il faut une politique qui permette le retour de croissance - la dette est passée à 175 % du PIB parce que ce dernier s'est effondré -, le retour des investisseurs, et un redémarrage de l'économie. Le gouvernement grec reconnaît que des réformes doivent être menées notamment dans certains secteurs : les impôts doivent être payés, il faut lutter contre l'évasion et la fraude fiscales, l'État doit être modernisé... Monsieur le président Bizet, vous avez raison : il est nécessaire de renforcer Frontex, et de doter la politique d'immigration européenne de moyens accrus et beaucoup plus opérationnels. Les drames qui se produisent en Méditerranée nous le démontrent chaque jour. (Interventions des parlementaires) La mise en œuvre des procédures de contrôle des passagers ne peut pas être dissociée du PNR européen. Le ministre de l'intérieur a récemment demandé que les pièces d'identités et les cartes d'embarquement soient systématiquement vérifiées à l'entrée des avions. Si ces contrôles n'étaient pas opérés au prétexte que nous nous trouvons dans l'espace Schengen, le PNR européen n'aurait aucune efficacité. Il faut toutefois distinguer, d'une part, le dossier PNR, et, d'autre part, les contrôles aux entrées de l'espace Schengen. Le dossier PNR se constitue dès qu'un passager achète un billet l'avion. Il permet de savoir qu'une personne déjà fichée entend voyager, et il ne constitue en rien une limitation à la liberté de circulation. Lors de son retour en Europe, en mars 2014, Mehdi Nemmouche, futur auteur de l'attentat du 24 mai 2014, à Bruxelles, contre le Musée juif de Belgique, n'a été identifié, par les services de contrôle aux frontières de l'aéroport de Francfort, comme une personne susceptible de présenter un risque, que grâce à un contrôle aléatoire. Le PNR européen aurait permis de l'identifier dès sa réservation, et de mettre à profit le temps écoulé avant son arrivée pour alerter les services de sécurité - délai qui permet éventuellement d'intercepter un individu. Je reconnais qu'il est très difficile pour l'Ukraine en guerre, alors que l'intégrité de son territoire est mise en cause, de procéder à des réformes, mais ces dernières n'en sont pas moins indispensables. De nouvelles tranches d'aide viennent d'être débloquées par l'Union européenne - pour près d'1,8 milliards d'euros -, et par le FMI, c'est-à-dire en grande partie toujours par les États membres de l'Union. Or pour qu'elles soient efficaces, il faut que l'administration ukrainienne fonctionne, et que des réformes soient mises en œuvre. Nous avions d'ailleurs soutenu l'organisation des élections présidentielles puis législatives en 2014 parce que nous estimions que la stabilité de l'Ukraine passait par la volonté d'autorités légitimement élues de mettre en place les réformes et de lutter contre la corruption. La nouvelle majorité grecque a été élue sur un programme de changement dans le cadre de l'Union européenne. En revanche, d'autres forces populistes, extrémistes, nationalistes ou même ouvertement néo-nazies, comme Aube dorée, ont recueilli des suffrages alors que leurs programmes ne s'inscrivaient nullement dans ce cadre européen. Nous considérons depuis longtemps que la dégradation de la situation sociale dans un pays comme la Grèce constitue un terreau pour des populismes dangereux. Je vous rassure : lors des réunions internationales, les réformes à mener en Grèce font l'objet de discussions sans tabou ni précautions diplomatiques. Elles ont également été directement évoquées, à Paris, entre le président de la République et M. Tsípras qui s'est d'ailleurs engagé sur le sujet. Ces questions sont également abordées lors des rencontres entre les membres des gouvernements français et grec, mais aussi au sein de l'Eurogroupe. Je crois que, dans l'esprit des Grecs, ces réformes font partie de ce qui peut être repris des programmes précédents - les fameux 70 % - dans le futur contrat avec la zone euro et l'Union. La France souhaite permettre à la Grèce de sortir de la situation de récession et de crise qu'elle traverse. Cela revient à défendre l'euro qui est d'abord et avant tout un projet politique, un élément de l'intégration européenne. Nous n'avons pas mis en commun un élément de souveraineté aussi décisif que la monnaie uniquement pour des raisons de rationalité économique ; nous l'avons aussi fait parce que nous partageons une vision commune de l'avenir fondée sur des valeurs. Tous les pays de l'Union ont d'ailleurs vocation à rejoindre la zone euro, même si quelques-uns en ont décidé autrement. Nous cherchons donc à préserver cette construction politique qui constitue une force pour nos pays. Dans ce cadre, il a fallu procéder à l'ajustement des politiques monétaires pour qu'elles soient conformes avec les objectifs globaux de l'Union en termes de croissance, et je me félicite de la décision prise par la BCE qui injectera 1 000 milliards d'euros en liquidités dans les prochains mois. Il reste que les pays membres de la zone euro doivent respecter certains équilibres afin d'éviter de faire porter à leurs partenaires le poids de leurs propres décisions. L'une des explications de la situation actuelle de la Grèce tient au fait que les finances publiques de ce pays ont été très mal gérées par le passé. Une crise de confiance est née de la découverte, par le gouvernement de M. George Papandréou, de la vérité sur l'état des finances grecques, auparavant camouflée par les statistiques. Les États membres de l'Union sont alors venus en aide à la Grèce. Il est vrai que certaines des mesures prises à cette période peuvent être mises en cause parce qu'elles ont aggravé la récession. Il n'en demeure pas moins que, grâce à la solidarité européenne, la Grèce peut rester dans la zone euro, et espérer sortir de sa situation de surendettement. Nous ne réfléchissons pas à une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro car elle n'entend pas la quitter - cela n'est d'ailleurs pas prévu par les traités. La zone euro est aussi un projet pour la Grèce et, comme tous ses partenaires, elle doit se sentir engagée au respect des règles communes. L'Europe de la défense n'était pas à l'ordre du jour de ce Conseil européen mais elle sera le principal sujet de celui du mois de juin prochain. Un premier pas important a été accompli lors du Conseil des 19 et 20 décembre 2013 : la question était débattue pour la première fois depuis cinq ans, et des pistes de travail ont été explorées concernant le financement des opérations extérieures, l'industrie de défense, et l'amélioration de la coordination des politiques de défense. Le lien est étroit avec la politique étrangère commune car l'Europe ne peut pas compter sur les autres pour mettre en oeuvre sa propre politique. Lorsque ses décisions et celles des Nations unies visent à faire respecter les règles internationales, elle doit être en mesure d'aider à leur traduction sur le terrain. Elle a donc besoin de capacités de défense plus intégrées et coordonnées. La prise en charge du financement des opérations extérieures doit se faire à un meilleur niveau. Le mécanisme budgétaire européen Athéna ne permet de couvrir que 10 % environ du coût total des opérations militaires, ce qui fait reposer la plus grande part de leur financement sur quelques États membres, dont la France. Il faut évidemment que l'Union fasse beaucoup plus. Par ailleurs, si nous voulons continuer à fournir nous-mêmes nos propres armées, les programmes d'achats, c'est-à-dire les politiques industrielles d'armements, doivent témoigner d'une bien plus grande solidarité entre États membres. Au total, les États de l'Union dépensent beaucoup pour leur défense, mais sans doute est-ce de façon beaucoup trop morcelée, sans suffisamment faire preuve de ce que devrait être un patriotisme industriel européen en matière de défense. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/117.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/117.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5d8aefdc689897b9f31225f8620f2e49450f78a6 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/117.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le ministre des affaires étrangères et du développement international, le ministre des finances et des comptes publics et le ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique ont présenté une communication relative aux résultats du Conseil européen. S'agissant de l'Ukraine, le Président de la République et la Chancelière ont présenté, avec le président Porochenko, les dispositions et mesures convenues à Minsk. Le Conseil européen a apporté son plein soutien à l'initiative franco-allemande, et est convenu que l'Union européenne devait contribuer à sa mise en œuvre. Les chefs d'Etat ou de Gouvernement ont adopté, à la suite des attentats perpétrés à Paris, une déclaration sur le renforcement de l'action de l'Union européenne en matière de lutte anti–terroriste. Les événements de Copenhague ce week-end ne font que souligner davantage sa priorité. La déclaration définit trois axes de travail : le renforcement des mesures de sécurité, notamment via l'adoption d'un « PNR » européen ; la prévention de la radicalisation et la sauvegarde des valeurs ; la coopération avec les pays tiers. La réunion du Conseil européen a été l'occasion de tenir une première discussion sur les travaux d'approfondissement de l'Union économique et monétaire (UEM), dans la perspective du rapport des quatre présidents (Commission européenne ; Banque centrale européenne, Eurogroupe ; sommet de la zone euro) attendu pour juin 2015. Le président de la Commission a présenté une note analytique revenant sur les causes de la crise de la zone euro, les mesures prises depuis 2010 pour y faire face, et soulevant plusieurs pistes de réflexion sur la manière d'approfondir l'Union. Enfin, la réunion a permis de faire le point sur les discussions en cours concernant l'assistance financière à la Grèce. Le président de l'Eurogroupe a rendu compte des aspects procéduraux des discussions sur la Grèce, en annonçant le lancement de travaux techniques en vue de trouver une base commune entre le programme actuel et les demandes du gouvernement grec. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/118.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/118.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..101734fd51083b9e66dddac3735bad740d5a128a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/118.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Secrétaire général des Nations unies, Monsieur le Secrétaire d’État, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs, Je voudrais d’abord vous dire à quel point je suis honoré de participer à ce sommet international, qui me donne l’occasion, après les attentats dont mon pays a été victime, de vous adresser les remerciements chaleureux de la France et des Français pour les marques de solidarité que vous nous avez adressées dans cette épreuve. Je salue bien sûr nos hôtes américains et tout particulièrement John KERRY pour leur soutien indéfectible. Nous sommes tous concernés par la menace. C’est la raison pour laquelle nous devons être plus unis que jamais pour y faire face, comme nous y invitent la stratégie anti-terroriste globale des Nations Unies et la résolution 2178 du Conseil de Sécurité. Comment caractériser la menace à laquelle nous sommes confrontés ? Que faire face au phénomène de radicalisation violente ? Malgré la barbarie de leurs crimes et les récents revers qu’elles ont connus, les organisations terroristes présentes en Syrie et en Irak, telles que DAESH et le Jabhat al-Nosra, continuent de recruter en Europe, et notamment en France. Cette menace terroriste est protéiforme et d’une nature largement inédite. Aujourd’hui, le terrorisme est diffus et en « accès libre ». Il implique des personnes qui sont nées ou qui ont grandi parmi nous, et qui un jour basculent, au terme d’un processus plus ou moins rapide, dans le fanatisme terroriste. Par là même, le profil des terroristes et des terroristes potentiels s’est diversifié. Nombreux sont ceux qui se radicalisent sur Internet. Certains partent pour la Syrie ou l’Irak, avant de revenir en Europe, endoctrinés et entraînés à tuer. D’autres encore passent progressivement de la délinquance au terrorisme, au cours d’un séjour en prison ou au contact d’islamistes aguerris. Même si les actions de prévention que nous avons mises en place dès le mois d’avril 2014 ont permis d’empêcher bien des départs, plus de 400 jeunes Français sont aujourd’hui présents dans la zone irako-syrienne. On estime que près de 1 400 Français sont impliqués, d’une façon ou d’une autre, dans les filières combattantes. Pour nos services de sécurité et de renseignement, ces différents processus de radicalisation sont autant de défis. Le Gouvernement français a pris des mesures de fermeté pour renforcer notre arsenal antiterroriste, dans le respect du droit et des libertés fondamentales. Tous nos services sont mobilisés pour démanteler les filières terroristes, et empêcher tout risque d’attentat. 1. Tout d’abord, nous renforçons l’action de nos services de sécurité et de renseignement intérieur : - En leur donnant des moyens humains et matériels supplémentaires ; - En réformant leur organisation et l’articulation de leur action : pour mieux prendre en compte les phénomènes de porosité entre délinquance et terrorisme, les services doivent en finir avec la culture du cloisonnement et systématiser leurs échanges d’informations ; - En densifiant leur implantation territoriale pour mieux détecter en amont les signes de radicalisation. 2. Ensuite, pour entraver l’action et la propagande des terroristes, nous nous dotons d’outils juridiques nouveaux. La loi du 13 novembre 2014, dont l’essentiel est déjà appliqué avec la plus grande fermeté, a ainsi introduit dans notre législation quatre innovations majeures : l’interdiction de sortie du territoire ; l’interdiction d’entrée et de séjour sur le territoire national pour les étrangers qui ne résident pas en France et représentent un danger pour la sécurité nationale ; le blocage administratif des sites Internet qui appellent au terrorisme ou en font l’apologie ; enfin, nous avons renforcé le délit d’apologie et de provocation au terrorisme. Par ailleurs, nous élaborons un cadre légal moderne pour l’activité de nos services de renseignement. Dans les semaines qui viennent, le Gouvernement français déposera un projet de loi qui leur donnera des moyens juridiques adaptés aux nouveaux risques terroristes, aux mutations technologiques et aux évolutions du droit national et international. 3. Enfin, notre action comporte un volet de prévention de la radicalisation, qui mobilise tous les services de l’État. Nous avons mis en place une plateforme téléphonique nationale qui permet aux familles de signaler les risques de départ et de bénéficier d’un soutien. Plus d’un millier de signalements pertinents ont déjà été recensés. Par ailleurs, partout en France, les préfets qui représentent l’État ont pour mission de piloter une « cellule de suivi », composée de représentants de la Justice, du renseignement territorial, des collectivités locales, de l’Éducation nationale et des services sociaux. Ces cellules prennent en charge les personnes en cours de radicalisation. Nous pouvons ainsi mener plusieurs types d’actions, adaptées aux différents profils rencontrés : délinquants ; jeunes en situation d’échec social et/ou de fragilité psychologique ; jeunes apparemment « sans problème », mais « en quête de sens ». Cette action globale doit trouver un prolongement à l’échelle européenne et internationale. La France prône ainsi d’une part la pleine application de la résolution 2178 du Conseil de sécurité. Pour que nos efforts soient efficaces dans la durée, nous devons agir ensemble et coordonner notre riposte. C’est la raison pour laquelle nous avons d’autre part proposé une stratégie globale aux membres de l’Union européenne. Le 11 janvier, j’ai réuni les ministres de l’Intérieur du G10 (des Etats membres de l’UE qui sont en première ligne sur le sujet) avec la présidence du Conseil de l’UE et le commissaire européen aux Affaires de sécurité. Eric HOLDER et Alejandro MAYORKAS étaient également présents, ainsi que le ministre canadien de la Sécurité publique, Steven BLANEY. La semaine dernière, un sommet européen a confirmé les orientations que nous avons définies ensemble le 11 janvier. Nous avons trois priorités : 1. l’établissement d’un PNR (Passenger Name Record) européen ; 2. le recours accru au Système d’information Schengen (SIS) afin de tracer, signaler et arrêter les combattants étrangers. Il passe par un renforcement des contrôles effectués aux frontières de l’UE, notamment pour les ressortissants européens ; 3. enfin, une meilleure coordination dans la lutte contre la propagande et le recrutement terroristes sur Internet, en pesant collectivement sur les opérateurs (dont je rencontrerai les principaux demain à San Francisco), en harmonisant nos législations en matière de retrait des contenus illégaux, et en adaptant au fonctionnement de l’information mondialisée le cadre juridique de la coopération internationale. La coopération avec les pays du Proche et du Moyen-Orient, particulièrement touchés par le phénomène terroriste, est enfin une nécessité absolue. Voilà ce que je voulais vous dire aujourd’hui. Je suis convaincu que, face au terrorisme, notre force réside dans notre unité et notre solidarité. C’est ainsi que nous triompherons de la menace. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/119.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/119.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f5cb51782feec006fcde34a1f7a5bfac59219f8c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/119.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs les parlementaires, Madame la maire de Paris, Mesdames, Messieurs les ambassadeurs, Monsieur le Président du CRIF, Mesdames, Messieurs, C'est le trentième dîner annuel du CRIF et il me donne l'occasion de répondre une fois encore à vos inquiétudes et de justifier, Monsieur le Président, la confiance que vous portez malgré les épreuves, dans la République. La nation sait ce que les Français juifs ont subi et ce qu'ils ont donné à leur pays mais aussi ce que ces citoyens vivent hélas encore aujourd'hui, dans la peur, dans l'interrogation. Et c'est le sens de ma présence ici, devant vous, ce soir. Je vous retrouve dans un contexte exceptionnel. 2015, c'est le 70e anniversaire de la libération des camps. Le 27 janvier dernier, j'étais avec plusieurs d'entre vous à Auschwitz. J'y ai vu les derniers survivants. Ils m'ont interrogé avec leurs yeux sur ce qui venait de se produire en France les 7, 8 et 9 janvier ; un attentat contre la liberté, un assassinat contre la République, une tuerie contre des juifs. Mais dans cette foule et même dans la pénombre, j'ai décelé aussi une lumière, quand ils m'ont parlé des manifestations du 11 janvier, de la levée en masse pour la fraternité, de la présence aussi de nombreux chefs d'Etat et de gouvernement venus de tous les continents pour exprimer leur solidarité à l'égard de la France et leur indignation face à l'effroi. J'ai pu imaginer leur espoir dans un sursaut, mais aussi leur crainte d'une répétition, ici ou ailleurs, des mêmes drames. Et quelques jours après, au Danemark, à Copenhague, la haine frappait encore avec une reproduction des intentions et des cibles : un cinéaste, des policiers, des juifs. A Paris comme à Copenhague, les terroristes n'ont pas frappé au hasard. Ils ont choisi leurs victimes et adressé le même message, celui de la guerre, de la guerre qui effraie, de la guerre qui tue, de la guerre qui divise, de la guerre qui cherche à détruire les fondements mêmes du vivre ensemble. Et parmi les premières victimes, il y a toujours des juifs. 70 ans après la Shoah, l'antisémitisme est toujours là. Il est comme une lèpre qui revient quand les civilisations s'en croient délivrées. Que peuvent en effet éprouver les enfants juifs de notre pays en 2015 quand ils voient qu'après une histoire faite de persécutions et de malheurs, les juifs sont encore pourchassés par la haine ? Ils ressentent cette même impression qu'avait exprimée Albert COHEN en 1905 à Marseille ; il avait dix ans, et il venait de voir sur un mur de sa ville, écrit « mort aux juifs ». Alors bien plus tard, il avait confié ses sentiments : « Le savoir à dix ans, c'est trop tôt. Toujours juif, jamais aimé. Et mon héréditaire errance avait commencé ». En 2015, cette errance n'est toujours pas terminée. L'antisémitisme n'a pas de limite. Il s'enveloppe dans des mots, il s'habille de la haine, il se couvre de prétextes, il se drape dans la revanche mais il poursuit inlassablement les vivants et les morts. Il va jusque dans les cimetières pour aller tourmenter les mémoires. J'étais également la semaine dernière à Sarre-Union, dans ce cimetière dévasté par de jeunes lycéens, « Français de souche », comme on dit, ignorants au point de ne pas avoir vu les écritures en hébreu dans ce cimetière, inconscients pour ne pas avoir remarqué les étoiles de David, mais à ce point intolérants pour renverser le monument dédié aux victimes de la Shoah. Ce lieu de Sarre-Union, ce cimetière, avait déjà été mis à sac trois fois ces dernières années mais jamais avec cette intensité, jamais avec cette brutalité, jamais avec cette indignité. Et c'était juste après les assassinats de Copenhague, juste après les attentats dans l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes. L'antisémitisme -et notamment en France- a à la fois des racines très anciennes qui plongent dans toute l'histoire de l'extrême-droite française sans s'en être véritablement affranchies, et une source plus récente, qui est la haine d'Israël. Loin de s'exclure, ces deux formes de détestation des juifs se recoupent et se renforcent. L'antisémitisme, avec ses vieilles obsessions et ses nouveaux fantasmes, frappe donc encore aujourd'hui notre pays et bien plus loin que notre pays, l'Europe. En 2014, on a recensé 851 actes, injures, violences aux personnes, dégradations ou destructions dirigées contre des juifs ; deux fois plus qu'en 2013, dix fois plus qu'avant 2000. Chacun de ces faits est une blessure infligée à la France. Et encore, dans ce décompte qui n'est pas qu'une sécheresse statistique, ne figure pas le sentiment d'angoisse, d'incompréhension, de désespoir qui parfois étreint tant de nos compatriotes. J'entends cette douleur. Elle n'a rien d'abstrait, elle est physique. C'est l'inquiétude des parents qui amènent leurs enfants à l'école, c'est celle de la famille qui se rend à la synagogue, c'est celle du jeune homme qui prend le métro avec une kippa sur la tête, c'est celle des clients des commerces cacher, des librairies juives, des centres culturels du judaïsme français. Voilà ce qui est ressenti et donc partagé par nous-mêmes, partagé par tous ceux qui croient en la République et en la France. Il n'y a pas d'antisémitisme ordinaire. Tous les ennemis des juifs sont les ennemis de la liberté. L'histoire nous l'a encore appris. Ils sont souvent les premiers à être frappés par des fléaux qui nous toucheront tous à notre tour si nous n'y mettons fin. Et c'est pourquoi en protégeant les juifs, la République se défend aussi par rapport à elle-même. L'antisémitisme, la France ne l'accepte pas. Elle le combat et je le dis ici, le combattra sans faiblesse. C'est le sens du plan que le Premier ministre Manuel VALLS, au nom du gouvernement, va présenter dans les prochains jours contre le racisme et l'antisémitisme. Ce plan sera aussi complet que concret. D'abord il visera à protéger. C'est à l'Etat qu'incombe cette responsabilité. Il mettra donc tout en œuvre pour prévenir, dissuader, agir. Et à mon tour, je veux rendre hommage aux policiers, aux gendarmes, aux soldats. Ce sont eux qui ont porté l'assaut courageux, périlleux, pour sauver les otages. Ce sont eux qui ont neutralisé les terroristes ; ce sont eux encore qui sont là jour et nuit pour veiller sur leurs compatriotes ou sur les lieux de culte. Alors je leur exprime la gratitude de la nation. Et depuis le mois de janvier, dix mille soldats ont été déployés devant les synagogues comme d'ailleurs devant les mosquées, devant les écoles, devant les bâtiments qui pourraient être menacés. Je vous l'annonce ici : ce plan restera à ce niveau tant qu'il sera nécessaire, tant qu'il y aura des demandes. Je sais bien ce que vous éprouvez. Faut-il en ce 21e siècle encore des soldats pour protéger des lieux de culte, pour protéger des écoles ou des centres culturels ? Je sais bien ce que vous ressentez et que nous ressentons tous. Comment en est-on arrivé là ? Comment a-t-on pu glisser au point où maintenant c'est l'armée qui vient porter renfort et secours ? Et pourtant, si nous ne le faisions pas, vous seriez les premiers -à juste raison- à dire que nous ne mettons pas tout en place pour protéger nos concitoyens. Et une fois encore, je veux affirmer ici que c'est en vous protégeant que nous nous protégeons. Et c'est aussi une joie, même dans ce moment troublé, que j'éprouve quand je vois des mères apporter des compléments alimentaires à nos soldats, quand je vois des jeunes dire leur respect pour la police, quand je vois aussi toutes les forces politiques, démocratiques, réunies pour saluer effectivement ce qu'est la sécurité publique. Oui, dans ces épreuves, nous nous élevons tous au-dessus de nos propres conditions. Protéger, c'est aussi empêcher que de nouveaux attentats soient commis. La France a déjà présenté un arsenal anti-terroriste important, avec plusieurs lois votées. La dernière, c'est celle du 13 novembre 2014. Nous y avons ajouté des mesures supplémentaires annoncées par le Premier ministre le 21 janvier pour détecter la radicalisation, pour surveiller encore davantage les réseaux terroristes et pour mettre hors d'état de nuire ceux qui reviennent des zones de conflits, tout en empêchant certains de partir pour les rejoindre. Un projet de loi sur le renseignement sera présenté le 19 mars en conseil des ministres. Il a été préparé dans une large consultation et concertation avec toutes les familles politiques. Il fait d'ores et déjà l'objet d'un large consensus et il élèvera le niveau de nos moyens d'intervention sans remettre en cause nos libertés. Pour être efficaces, nous devrons aussi agir au niveau européen. Depuis trop de mois, il y a au Parlement européen une discussion qui s'éternise sur ce qu'on appelle le PNR, c'est-à-dire tout simplement un programme qui doit permettre de contrôler les passagers aériens qui se rendent dans des zones jugées dangereuses. Il a fallu qu'il y ait ces épreuves, celles que nous avons connues, pour que le Conseil européen et le Parlement européen conjuguent leurs efforts pour que ce programme puisse être enfin voté et il sera appliqué d'ici la fin de l'année. C'était indispensable parce que nous ne lutterons pas contre le terrorisme à l'abri de nos frontières, ce serait trop simple. J'entends certains dire qu'il faudrait supprimer Schengen ; mais pour faire quoi ? Pour mettre des barbelés autour de nos frontières à l'égard de l'Allemagne ? Non, il faut sans doute compléter Schengen, modifier Schengen mais nous ne pourrons pas faire moins d'Europe si nous voulons être efficaces contre le terrorisme. Il faudra une fois encore faire plus d'Europe pour que nous puissions coordonner nos efforts, simplifier nos procédures, harmoniser notre droit et être efficaces. La réponse, elle n'est pas nationale, elle est européenne, elle est même internationale. Mais il y a aussi ce qui relève de notre propre responsabilité. Punir, c'est l'affaire de la justice. Pour citer un homme qui fait honneur à la France, Robert BADINTER : « L'Etat de droit, ce n'est pas l'Etat de faiblesse ». Nous allons donc renforcer tous les outils du droit pour qu'aucun propos, aucun acte antisémite ne demeure sans réponse. Cela veut dire des sanctions plus rapides et plus efficaces. Et c'est la raison pour laquelle j'ai souhaité que toutes les paroles, tous les écrits de haine, qu'ils soient antisémites, racistes, homophobes, ne relèvent plus du droit de la presse mais du droit pénal, avec des peines adaptées, dissuasives, éducatives. J'ai également souhaité que soit généralisé le caractère aggravant du racisme et de l'antisémitisme lors de la commission de délits de droit commun. Pour être efficace, la sanction doit être visible. Et les victimes d'antisémitisme et de racisme connaîtront toutes les suites judiciaires qui auront été données - ou qui n'auront pas été données, aux procédures engagées. C'est une bonne façon aussi de faire en sorte que la justice puisse aller jusqu'au bout. Nous devons pourchasser la haine partout, partout où elle se diffuse, partout où elle peut trouver un abri protecteur, et notamment sur internet vous avez évoqué cette question, Monsieur le Président. La haine, quand elle est anonyme, elle se démultiplie. Quand elle est cachée, elle finit par se révéler pour ce qu'elle est et il n'y a pas de haine virtuelle dès lors qu'elle se répand. Aussi vais-je être simple : le monde numérique n'est pas hors de notre réalité et ne pourra donc pas être hors de notre légalité. Les grands opérateurs doivent être mis devant leurs responsabilités. Quand des sites de partage de vidéos en ligne diffusent des harangues antisémites, quand en un clic sur un moteur de recherche, on trouve des pages et des pages où se déploie impunément le négationnisme, alors l'indifférence devient complicité. Et si vraiment les grands groupes d'internet ne veulent pas être les complices du mal, ils doivent participer à la régulation du numérique. Puisque nous sommes parvenus à éliminer la circulation d'images pédopornographiques sur les réseaux, alors nous devons agir de la même manière contre ceux qui font l'apologie du racisme, de l'antisémitisme et du négationnisme. Et c'est pourquoi je soutiens l'appel international que l'Union des anciens déportés et l'Union des étudiants juifs de France ont lancé le 27 janvier dernier aux géants d'internet contre le négationnisme. Le ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE, revient d'un déplacement dans le Silicon Valley. Ce n'était pas pour mesurer les effets de la French tech qui sont pourtant bien réels, ni les succès de nos entreprises qui sont considérables, ni le sens de l'innovation de beaucoup de jeunes start-up françaises, non. Il y est allé pour rencontrer les dirigeants de Google, Facebook, Apple et Twitter. Et, comme nous sommes un grand pays hospitalier, il les a invités à venir à Paris dès le mois d'avril afin de conclure un accord sur le retrait des contenus illicites et de permettre une coopération avec la plateforme Pharos de signalement, qui sera elle-même renforcée en personnels et en matériel. Nous fixerons donc un cahier des charges clair et précis avec les dirigeants de ces géants de l'Internet et devant je vous l'assure nous contrôlerons son application. Le plan de lutte contre le racisme et l'antisémitisme donnera une large place à l'école, parce que c'est sa mission de transmettre les savoirs essentiels, mais aussi de fabriquer des esprits éclairés capables de raisonner, de distinguer une information d'une rumeur, de respecter aussi et de faire respecter les règles de vie dans une société fondée sur la laïcité. C'est un devoir pour l'enseignant, mais c'est une tâche difficile ; comment faire la distinction entre ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas ? Ce qui est dit par le maître mais contredit par les réseaux sociaux ? Qu'est-ce qui justifie de croire ou de ne pas croire ce que dit l'enseignant quand pour l'essentiel des fausses informations circulent sur d'autres réseaux ? Comment assurer l'autorité du maître quand elle est sans cesse contestée, y compris par des parents qui veulent donner une autre idéologie à leurs enfants ou parfois les laissent à l'abandon ? C'est une tâche difficile, mais essentielle, que la ministre a voulu, une fois encore, souligner. Et c'est parce que précisément il y a eu des incidents lors de cette minute de recueillement, que nous devons encore davantage parler, transmettre, éduquer, former. Ce sera le sens de la semaine de lutte contre le racisme et l'antisémitisme à l'école, que la ministre a rétabli cette année du 16 au 21 mars. Ce sera, également, l'engagement qui a été pris et qui sera respecté, de porter les enseignements de morale civique ; ils débuteront en septembre prochain dans toutes les classes, du CP jusqu'à la Terminale. Ils permettront ainsi de proposer un véritable parcours républicain pour toute une classe d'âges. De même, nous ferons en sorte de développer autant qu'il sera possible le service civique pour qu'il soit proposé à tous les jeunes, je dis bien tous les jeunes de France, pour qu'ils puissent donner le meilleur d'eux-mêmes, au service de la collectivité et d'eux-mêmes. Nous ferons aussi en sorte que la réserve citoyenne, c'est-à-dire ce que peuvent faire tous les adultes avec leur expérience professionnelle, que cette réserve citoyenne soit mobilisée pour l'éducation, pour la santé, pour la culture et d'une certaine façon, je m'adresse à vous, parce que vous êtes également, partie prenante de cette mobilisation. Enfin, je n'oublie pas l'importance de la transmission. Car une société qui ignore son passé se condamne à le revivre, il faut donc enseigner toute l'histoire, pas une partie de l'histoire, pas l'histoire qui ne nous pose pas de problème, pas l'histoire qui simplement salue les faits de gloire, mais aussi celle qui rappelle les zones d'ombres. Toute l'histoire, à tous les enfants, dans tous les établissements. Ne pas enseigner la Shoah ce serait déjà la nier. Et c'est le sens du beau film « Les Héritiers » auquel vous venez de remettre, ce soir, le prix du CRIF, comme le très poignant film sur le calvaire d'Ilan HALIMI « 24 jours ». Deux films pour lutter contre l'oubli. Vous avez également remis un troisième prix, à un jeune homme Lassana BATHILY, au comportement exemplaire, exemplaire pendant la prise d'otages, exemplaire après la prise d'otages, exemplaire dans les mots et les actes. Oui, nous sommes fiers que Lassana BATHILY soit un citoyen français. La France a une mission particulièrement lourde à relever, elle doit tout faire pour lutter contre les préjugés, réprimer la haine, la punir, être fidèle à l'esprit du 11 janvier, être capable de mobiliser toutes ses forces, pour nous grandir tous ensemble. La France a aussi une responsabilité parce qu'elle est la France. Je me suis posé cette question, pourquoi nous avons été aussi nombreux le 11 janvier dans les rues, non seulement de Paris, mais dans toutes les villes et les villages de France ? Pourquoi y a-t-il eu autant de chefs d'Etat et de chefs de gouvernement, à venir pour cette manifestation alors même que, si l'épreuve avait été particulièrement lourde, il y a aussi bien d'autres pays qui sont frappés, y compris en ce moment ? S'il y a eu cette mobilisation, s'il y a eu cette ferveur républicaine, c'est parce que nous sommes la France, c'est parce que nous sommes regardés comme la France. Alors ce qui fait notre responsabilité, c'est de lutter contre la haine, d'où qu'elle vienne et sans distinguer qui elle peut frapper. Ce qui doit faire notre force, c'est le rassemblement autour de nos valeurs, c'est l'unité autour de ce que nous représentons aux yeux du monde. C'est la solidarité entre nous, et rien ne doit pouvoir nous séparer, nous diviser et nous opposer. Nommer les choses, oui, mais en même temps unir les gens, c'est la responsabilité que nous avons. Je rappelle que les actes antimusulmans ont, en janvier, atteint un chiffre équivalent à celui de la totalité des faits survenus en 2014. Et que les musulmans sont, dans le monde, les premières victimes du terrorisme islamiste, du djihadisme, que ce soit au Moyen Orient ou en Afrique, car l'enjeu est mondial. Le terrorisme utilise les désordres, les trafics et la faiblesse des Etats pour organiser une armée, pour occuper des territoires, pour proclamer des pseudos califats. Et nous payons le prix de conflits interminables, d'interventions ratées, de pusillanimité inacceptable face à l'horreur. Mais les choses, hélas, ont changé, ce qui était dispersé, ce qui était disloqué a trouvé aujourd'hui, un drapeau, celui de Daesh, celui de l'Etat islamique. Ce groupe qui s'en prend à tout individu qui ne pense pas comme lui, ce qui fait beaucoup de monde, des millions de gens. Ce groupe qui massacre tous ceux qui lui résistent, musulmans, chrétiens, et tous ceux qui, à un moment, veulent tout simplement être libre. La responsabilité de la France est là, aussi, au plan international, elle est politique car il s'agit de résoudre les crises, de chercher les transitions démocratiques, d'offrir des perspectives de développement. Il y a un cas aujourd'hui, qui nous mobilise sur le plan politique, c'est ce que nous faisons pour la Lybie, parce que le risque si nous ne trouvons pas une solution politique, c'est qu'il y ait là, encore, un Etat qui sera entièrement dans les mains des terroristes islamistes. La réponse, elle peut être aussi militaire, ce fut le cas au Mali en 2013, quand nous avons évité que les terroristes puissent occuper, tout simplement, un Etat dans sa totalité. Nous sommes encore présents au Sahel avec l'opération Barkhane, où il s'agit de contenir d'autres groupes terroristes, souvent les mêmes, notamment Boko Haram. Nous aidons, là encore, à la constitution d'une force interafricaine. Et puis il y a le Moyen Orient, la France apporte son soutien aux forces irakiennes, Kurdes qui sont engagées en première ligne contre Daesh. En Syrie, malgré toutes les difficultés, nous continuons à soutenir ce qui reste, je dis bien ce qui reste, de l'opposition démocratique que nous avons laissé tellement à l'abandon, même quand le pire avait été commis avec l'utilisation des armes chimiques. Mais en même temps la France ne peut pas s'engager partout, elle est appelée par beaucoup de pays, puisque nous sommes parfois les seuls à nous mobiliser. On va chercher la France, mais il revient à la communauté internationale de prendre aussi, ses responsabilités et à l'Europe de bien comprendre que sa défense ne s'arrête pas aux portes de l'Ukraine, même si là aussi nous devons agir. Alors il va falloir lancer des initiatives et si elles ne viennent pas, ces initiatives, le pire n'est pas seulement possible, il est certain. C'est aussi en pensant à ce risque que je veux évoquer l'interminable conflit israélo-palestinien, et je sais combien il est douloureux pour les Juifs du monde entier, que tant de liens rattachent depuis si longtemps à l'Etat d'Israël, au rêve dont il est issu. Nous sommes depuis de trop nombreuses années dans une impasse, avec une absence d'horizon, et alors même que nous connaissons, et vous les avez rappelé, les paramètres pour une sortie de ce conflit, avec deux Etats vivant côte à côte, en paix et en sécurité. La diplomatie française a donc proposé une nouvelle démarche : elle souhaite que le Conseil de sécurité des Nations Unies adopte d'abord une résolution qui fournira le cadre pour une reprise des négociations de paix. La France a également dit, qu'elle était prête à organiser une conférence internationale afin d'aller vers la paix au Proche Orient. Et en même temps, seules des négociations directes entre israéliens et palestiniens pourront y parvenir. Il y a des élections législatives en Israël en mars, nous verrons à partir du résultat ce que nous pouvons faire pour avancer dans cette direction, mais là aussi, que les choses soient claires, quel que soit le vainqueur, la France aura à cœur de travailler avec lui en toute confiance, en toute amitié, et en n'oubliant jamais que la paix est la meilleure garantie de la sécurité. Mais parce que nous sommes attachés à la paix, la France a pris une position claire et ferme dans la lutte contre la prolifération nucléaire. Sur les discussions avec l'Iran, nous n'accepterons donc jamais un accord qui permettrait à ce pays d'accéder à l'arme nucléaire. Ce n'est pas seulement la sécurité d'Israël qui nous mobilise, c'est aussi la sécurité de l'ensemble de la région, et notre propre sécurité. La prolifération nucléaire est un mal absolu, qui fait que le terrorisme prend même d'autres formes, encore plus graves que celles que nous connaissons. Mesdames et messieurs, je veux conclure par une question que vous avez posé monsieur le président, français juifs, vous êtes chez vous ici, dans votre patrie. Cette patrie vous doit une part de votre identité sans doute, mais une part de sa propre identité. Vous êtes chez vous en France, vous lui avez tant donné. La France le sait, la France le dit, la France le montre et elle s'est levée il y a un mois pour dire non, au fanatisme et à l'antisémitisme. Les juifs sont chez eux en France, ce sont les antisémites qui n'ont pas leur place dans la République. Cette longue histoire de France dont vous êtes pleinement héritiers et aujourd'hui acteurs, doit continuer, doit se poursuivre avec vous. Vous aimez votre pays, vous le servez de multiples façons. Votre pays, votre patrie, votre République vous doit protection et affection. La France a besoin de vous comme elle a besoin de tous ses enfants, parce que la France veut réussir avec vous. Elle veut réussir avec tous les citoyens de France sans distinction, parce qu'elle a encore un long chemin à accomplir et elle ne le réussira qu'avec vous, ensemble. Vive la République et vive la France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/120.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/120.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7e5e10094cf42c2a8a595002a733ccd027ac9d64 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/120.txt @@ -0,0 +1 @@ +1/ Relancer la croissance et l'emploi en Europe Depuis le dernier Sommet franco-italien de Rome du 20 novembre 2013 et dans le cadre du semestre italien de présidence du Conseil de l'Union européenne qui a su porter les priorités de la croissance et de l'emploi avec efficacité, des avancées importantes ont été réalisées en Europe, avec le soutien de la France et de l'Italie : - l'Union bancaire, dont nous appelions à l'achèvement rapide, a progressé avec l'entrée en vigueur du mécanisme de surveillance unique. Le mécanisme de résolution unique doit maintenant être pleinement mis en œuvre ; - l'Union des marchés des capitaux a été promue et plusieurs initiatives pour le financement de la croissance ont étés lancées ; - pour ouvrir la voie à une reprise économique forte et durable, l'Europe a décidé d'investir dans son avenir. La France et l'Italie appellent à la mise en place du Fonds européen pour les investissements stratégiques d'ici juin 2015, à un meilleur accès des petites et moyennes entreprises aux financements, ainsi qu'à la mobilisation de la BEI pour lancer les premiers projets dès à présent et sur son bilan. La France et l'Italie rappellent en outre que les financements mobilisés devront apporter une vraie plus-value par rapport aux financements publics et privés existants. Afin d'assurer la cohérence des politiques européennes et lui donner toute son efficacité, ces actions doivent s'accompagner de mesures coordonnées au niveau européen pour relancer la demande, stimuler la croissance et réduire des taux de chômage trop élevés, permettant ainsi de réaliser les objectifs prévus par les traités : développer une économie sociale de marché hautement compétitive et protectrice de l'environnement, tendant au plein emploi et au progrès social. Une politique d'investissements productifs L'Europe a besoin d'une base industrielle forte et compétitive. La France et l'Italie soutiennent l'objectif de relèvement de la part de l'industrie à hauteur de 20 % du PIB de l'Union européenne annoncé par la Commission européenne. Nous invitons la Commission à intensifier ses travaux sur les mesures clés qui feront de l'Europe un continent plus attractif et compétitif pour la production et l'investissement. Quatre piliers devront être privilégiés : - la mise en œuvre rapide du plan d'investissements pour l'Europe. La France et l'Italie ont élaboré une liste conjointe de projets prioritaires, annexée au présent relevé. Nous invitons par ailleurs le Conseil d'affaires franco-italien et les organisations représentant le monde des entreprises à faire des propositions pour mobiliser les investissements privés ; - un environnement propice à la compétitivité et à l'investissement privé : le plan d'investissement stimulera d'autant mieux le financement privé de projets que les Etats membres et l'Union européenne mettront en place des réglementations assurant simplicité, stabilité de l'environnement économique et financier, attractivité des investissements privés, et permettant de tirer pleinement profit du marché intérieur ; la France et l'Italie expriment à ce propos leur satisfaction quant aux résultats atteints lors de la troisième Conférence ministérielle des « Amis de l'Industrie » qui s'est tenue à Madrid le 17 février dernier ; - la gouvernance européenne des questions industrielles : la formation « industrie » du Conseil compétitivité devrait être renforcée, afin de soutenir efficacement l'économie réelle et en particulier les secteurs industriels qui ont le plus souffert de la crise ; le caractère transversal de la politique industrielle européenne devrait être mieux reconnu et inclure les politiques européennes pouvant influencer la compétitivité des entreprises européennes, comme l'environnement, le commerce extérieur, la concurrence, les aides d'État, le secteur naval et maritime et l'énergie ; l'Italie et la France souhaitent poursuivre les travaux du groupe de travail sur les questions industrielles, créé lors du Sommet de Lyon de décembre 2012, dans le but de préparer des positions communes sur les sujets européens et afin d'intensifier leurs échanges concernant les entreprises italiennes et françaises d'intérêt commun. - l'achèvement de l'union bancaire et la création d'une union des marchés de capitaux, afin de réduire la fragmentation du marché financier et permettre aux entreprises en Europe de se financer et d'investir : la Commission a présenté des propositions législatives ambitieuses qui : améliorent l'accès des PME et ETI aux financements obligataires ; définissent un nouveau concept de titrisation de qualité susceptible d'un traitement préférentiel (notamment en matière d'exigences de capital) ; aboutissent au développement maîtrisé de sources de financement complémentaires au financement bancaire, dont la cotation sur le marché, les placements privés, les mini-bonds, les plans d'épargne en titres (actions ou dette) émis par des PME ou le financement participatif. La coordination des politiques économiques et budgétaires et le pilotage économique de la zone euro Pour assurer une croissance maximale et permettre le bon fonctionnement de l'union économique et monétaire (UEM) tout en en préservant son modèle, l'Europe doit engager une coordination, une convergence et une solidarité accrues de ses politiques économiques. La poursuite des réformes est indispensable pour lever les blocages qui existent, libérer le potentiel de nos économies et investir là où sont les besoins, tout en assurant la protection et le soutien nécessaires à nos citoyens. La France et l'Italie ont mis en oeuvre des réformes nationales d'ampleur et ont l'intention de poursuivre dans cette voie. La soutenabilité des comptes publics passe par la poursuite déterminée d'un ajustement budgétaire favorable à la croissance, à un rythme adapté à la conjoncture et utilisant toutes les flexibilités inscrites dans les règles. Cette politique doit être coordonnée entre les Etats membres et s'inscrire dans le cadre d'une stratégie économique de la zone euro, fondée sur une orientation d'ensemble des politiques budgétaires cohérente avec l'objectif de soutien à la croissance. Pour cela, la France et l'Italie estiment indispensable de mener une discussion plus régulière sur la situation budgétaire agrégée de la zone euro : - un sommet de la zone euro pourrait être systématiquement adossé au Conseil européen du mois de mars ; - le calendrier d'adoption de la recommandation pour la zone euro pourrait être avancé, de façon à permettre aux programmes de stabilité transmis par les Etats membres d'en décliner les préconisations. La France et l'Italie réitèrent leur engagement à travailler à la mise en place d'une véritable capacité financière pour la zone euro qui financerait des politiques et des investissements ayant une incidence majeure sur la croissance et l'emploi et, à titre d'objectif à moyen terme, d'un outil budgétaire commun permettant d'absorber les chocs économiques dans la zone euro. Au-delà, une gouvernance renforcée et plus démocratique de la zone euro est nécessaire. Dans ce contexte et dans le processus de révision de la gouvernance, la France et l'Italie considèrent favorablement la possibilité d'une présidence stable de l'Eurogroupe. Nous soutenons également une association accrue des Parlements et du Parlement européen à la gouvernance économique européenne. Nous invitons le Parlement européen à poursuivre ses travaux visant à mettre en place en son sein des structures spécialisées propres à la zone euro. Nous réitérons par ailleurs notre engagement à une concertation plus étroite avec les partenaires sociaux. Cette stratégie économique d'ensemble, assortie de nouveaux outils en faveur de l'investissement, d'un pilotage adapté et d'une gouvernance plus démocratique de la zone euro, peut poser les bases d'un cadre global de convergence pour la compétitivité, la croissance potentielle, l'emploi, l'efficacité et l'inclusivité des systèmes sociaux et l'harmonisation fiscale. La France et l'Italie demanderont à cette fin que des travaux ambitieux soient menés en matière d'harmonisation fiscale et sociale, incluant des propositions à court terme. Travail - Emploi des jeunes Le taux de chômage des jeunes reste à des niveaux trop élevés. Nous invitons la Commission à faciliter et simplifier la mise en œuvre de l'initiative pour l'emploi des jeunes et souhaitons qu'elle soit pérennisée jusqu'en 2020. Nous exprimons notre soutien à la proposition de la Commission d'augmenter sensiblement le taux de préfinancement de l'Initiative pour l'emploi des Jeunes (IEJ) et souhaitons une décision rapide à cet égard. La définition d'un socle de droits sociaux, reposant notamment sur des normes minimales de protection du travail et la portabilité des droits sociaux, est une priorité pour renforcer la mobilité du travail et la convergence sociale au sein de l'UE. Fiscalité La France et l'Italie travaillent étroitement au rapprochement de la fiscalité en Europe, en particulier sur les bases et les taux de l'imposition des sociétés. Nous soutenons également les initiatives européennes visant à lutter contre la fraude et contre l'optimisation fiscales, et invitons la Commission à présenter dans les plus brefs délais un plan d'action complet en matière de lutte contre l'optimisation fiscale des entreprises. Nous renouvelons notre volonté de voir aboutir rapidement les travaux sur une taxe sur les transactions financières européenne. Commerce international La France et l'Italie sont déterminées à ce que l'Europe favorise des échanges commerciaux libres, équitables et ouverts tout en défendant avec force ses intérêts, dans un esprit de réciprocité, de transparence et de bénéfice mutuel. Elles rappellent leur attachement à un système commercial multilatéral solide et loyal, ainsi qu'à la promotion d'un commerce international visant à favoriser la croissance économique et l'emploi et reposant sur des règles claires et partagées. Dans cet esprit, il est de la plus haute importance de lutter contre toutes les formes de protectionnisme, y compris en ce qui concerne les barrières commerciales non tarifaires, d'améliorer l'accès aux marchés, de favoriser des conditions d'investissement appropriées, y compris pour ce qui est de la protection des investissements, de faire respecter et de promouvoir les droits de propriété intellectuelle et d'ouvrir les marchés publics. La France et l'Italie s'accordent sur l'objectif d'un Partenariat transatlantique ambitieux, complet et équilibré visant aussi à établir de nouveaux standards de référence dans le commerce international du XXIème siècle. 2/ Renforcer notre coopération pour le développement d'une économie sobre en carbone La France et l'Italie s'engagent pour le succès de la COP 21, l'Union de l'énergie et le développement durable La France et l'Italie travailleront au succès de la Conférence Paris Climat 2015, qui doit aboutir à un accord universel contraignant, ambitieux et global sur le climat. Nous saluons l'accord du Conseil européen des 23 et 24 octobre sur le cadre énergie-climat 2030, qui permet à l'Europe de jouer tout son rôle. Il doit maintenant être mis en oeuvre rapidement, afin de donner aux entreprises la visibilité requise sur les investissements à réaliser et les mesures destinées aux secteurs exposés à un risque de perte de compétitivité internationale. Cet accord fournit également un cadre pour l'Union de l'énergie à venir et pour la transition énergétique en Europe, qui est un enjeu majeur pour la croissance. Il doit garantir une énergie à des prix abordables, assurer la compétitivité industrielle, renforcer l'efficacité énergétique et réduire notre dépendance aux énergies fossiles, concourant ainsi à renforcer la sécurité énergétique de notre continent. La France et l'Italie soulignent l'utilité d'une mobilisation des fonds européens et des initiatives régionales, notamment au travers du plan d'action de la stratégie alpine dont l'approbation par le Conseil européen est attendue avant fin 2015. Interconnexions en matière de transports La France et l'Italie poursuivront le développement des interconnexions en matière de transports terrestres et maritimes, en alternative notamment au transport routier. La France et l'Italie se félicitent des avancées déterminantes décidées pour le projet Lyon-Turin à l'occasion du Sommet de Paris. Celui-ci marque une étape fondamentale pour la réalisation du tunnel binational. L'Accord permettant l'engagement des travaux définitifs de la section transfrontalière de la nouvelle ligne ferroviaire Lyon-Turin a été signé ce jour, en marge du Sommet. Un protocole additionnel devra compléter cet Accord afin de valider le coût certifié du projet et de préciser les modalités d'application de l'article 18 de l'Accord du 30 janvier 2012. Ces deux textes seront ratifiés conjointement dans les meilleurs délais. Nos deux pays ont également signé le dossier de demande de subvention auprès de la Commission européenne au titre du Mécanisme pour l'Interconnexion en Europe (MIE) sur la période 2014-2020. Ils réaffirment ainsi ensemble leur mobilisation et l'importance fondamentale d'une participation de l'Europe à hauteur de 40% du coût des travaux du tunnel de base, qui sera le maillon essentiel pour les grands flux de transport et les dynamiques économiques depuis la Péninsule Ibérique jusqu'à l'Est Européen par la France et l'Italie (Est-Ouest, de Lisbonne à Budapest et au-delà). La France et l'Italie se félicitent également de la mise en place du nouveau Promoteur public du projet, prévu par l'accord du 30 janvier 2012, dont la première assemblée générale s'est tenue le 23 février 2015. Le Promoteur public, dénommé TELT (Tunnel Euralpin Lyon Turin), prend la suite de la société « Lyon Turin Ferroviaire » pour la conception, la réalisation et l'exploitation du tunnel de base. Il s'appuie sur une gouvernance renouvelée avec notamment un Conseil d'administration nommé à parité par chacun des Etats et des commissions opérationnelles pour le contrôle de ses comptes et de ses marchés, avec l'adoption des mesures fondamentales contre les infiltrations mafieuses. Sa mise en place est une nouvelle traduction de l'entrée du projet dans sa dimension opérationnelle. La gestion de la ligne historique du Fréjus fera également l'objet d'une coopération active entre nos deux pays pour le développement du fret ferroviaire. En particulier, la France et l'Italie relanceront, en 2015, la consultation pour identifier les solutions envisageables pour encourager le report modal de marchandises de la route vers le rail, y compris la mise en concession de l'autoroute ferroviaire alpine, contribuant ainsi à poursuivre les objectifs environnementaux de la Convention des Alpes. La France et l'Italie confirment aussi leur volonté de coopérer pour la gestion sûre des déchets radioactifs et de poursuivre la mise en œuvre de l'Accord de Lucques, en examinant les conditions de reprise des transports du combustible usé en 2015 et établissant le calendrier de retour des déchets en Italie. Sanctuaire Pelagos La France et l'Italie souhaitent, avec Monaco, renforcer le dispositif de protection des mammifères marins dans le sanctuaire Pelagos et préparent une proposition qui sera déposée à l'organisation maritime internationale en 2015, en vue d'une désignation du sanctuaire en tant que zone maritime particulièrement vulnérable. Organisation du trafic maritime dans le Canal de Corse La France et l'Italie se sont entendues sur la délimitation de leurs eaux territoriales. Elles veulent également renforcer rapidement la sécurité du transport maritime dans le Canal de Corse et soumettront, après coordination communautaire, une proposition en ce sens à l'organisation maritime internationale en vue d'une adoption du projet dès 2016. Exposition universelle de Milan Cet événement international autour du thème fédérateur « Nourrir la planète, Énergie pour la vie » sera l'occasion de mobiliser l'ensemble des pays autour des questions de l'alimentation et de l'environnement. L'Exposition universelle de Milan constituera une plate-forme essentielle pour promouvoir la question du développement durable, qui sera au coeur de la Conférence Paris Climat 2015. La France participera activement à la tenue de l'Exposition universelle de Milan, qui sera inaugurée le 1er mai 2015. Le pavillon français, organisé autour de la thématique « produire et nourrir autrement », assurera la promotion d'un modèle d'agriculture familiale agroécologique conciliant performance économique et environnementale, en vue de : - produire plus et mieux, pour relever le défi de la sécurité alimentaire ; - participer à la lutte contre le changement climatique ; - promouvoir un modèle alimentaire durable et de qualité. 3/ Développer notre coopération en matière de sécurité intérieure et de justice dans de nouveaux domaines Lutter contre le terrorisme A la suite des attaques terroristes survenues à Paris les 7, 8 et 9 janvier 2015, la France et l'Italie rappellent leur attachement indéfectible à la liberté d'expression, aux droits de l'Homme, au pluralisme, à la démocratie, à la solidarité, au respect de l'autre et à l'Etat de droit. Dans l'esprit de la déclaration adoptée le 12 février par le Conseil européen, nos deux pays sont convenus de soutenir en particulier : - l'adoption rapide de la directive relative au PNR européen ; - la mise en place de contrôles systématiques et coordonnés de personnes jouissant du droit à la libre circulation au moyen de bases de données pertinentes dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, en nous fondant sur des indicateurs de risque communs ; la Commission devant présenter rapidement des orientations opérationnelles à cet effet ; - l'examen une modification ciblée du code frontières Schengen là où cela est nécessaire pour permettre des contrôles permanents, sur la base d'une proposition de la Commission ; - l'identification urgente d'indicateurs de risque communs et l'actualisation des accords de Schengen, le partage des informations et une coopération opérationnelle plus importante ; - le recours accru des Etats membres aux signalements du Système d'Information Schengen II ; - l'impulsion d'une initiative européenne et d'un dialogue structuré et constructif en direction des grands acteurs du Net, afin de créer les conditions d'un signalement rapide des contenus illicites de propagande radicale, ainsi que de leur retrait ; - la mise en place des politiques et des outils permettant de développer un contre-discours ; - le renforcement des dispositifs pour lutter contre le trafic d'armes et l'amélioration de la coopération avec les Etats-tiers ; - le développement de nos travaux communs sur la question du financement du terrorisme ; de nouvelles actions au niveau européen devront être appuyées, en particulier par une coopération entre les cellules de renseignement financier, le contrôle des instruments de paiement anonymes et un dispositif de gel des avoirs efficace ; - le réexamen et la mise à jour de la stratégie de sécurité intérieure de l'Union européenne. Sur le plan bilatéral, la France et l'Italie s'engagent à renforcer la coopération opérationnelle entre leurs services policiers et judiciaires, ainsi qu'avec les services des partenaires pertinents, notamment à l'occasion d'un séminaire de travail sur la lutte contre les réseaux criminels et les circuits de blanchiment. La prévention de la radicalisation dans les prisons est aussi une priorité d'action commune. Nos deux pays souhaitent, enfin développer des échanges réguliers et approfondis pour identifier les mouvements de personnes et de fonds liés au terrorisme sur leur territoire. Approfondir la coopération sur les questions migratoires La France et l'Italie sont partenaires dans la lutte contre l'immigration irrégulière en Méditerranée et soutiennent une réponse européenne plus déterminée. Elles partagent la même préoccupation face à l'augmentation des flux illégaux au cours des deux dernières années, source de drames qui doivent être évités. Le lancement, le 1er novembre dernier, de « Triton », opération de surveillance des frontières extérieures maritimes coordonnée par l'agence Frontex, constitue une réponse européenne à ce défi, qui devrait être complétée par des actions ciblant les causes profondes des flux migratoires. Les programmes de protection régionale et de coopération avec les pays-tiers de la Corne de l'Afrique, de l'Afrique du Nord et du Sahel devraient représenter une priorité dans le but de les soutenir dans la gestion de l'immigration, la prise en charge des migrants économiques, ainsi que dans l'identification des migrants forcés nécessitant une protection internationale. La France et l'Italie partagent également la conviction de la nécessité d'une stricte application par l'ensemble des Etats de l'Union Européenne de règles communes et systématiques d'identification des migrants irréguliers, après leur débarquement à terre D'importants programmes de réinstallation devraient être mis en place, tant au niveau national qu'européen, afin de garantir des solutions durables pour tous ceux qui ont droit à la protection internationale, tout en tenant compte des efforts déjà déployés par les Etats membres concernés. Nos deux pays appellent, dans le cadre de l'Union européenne, à promouvoir la migration légale et à renforcer la synergie entre les politiques européennes migratoires et de développement. L'accent doit aussi porter sur la lutte contre les filières criminelles qui profitent du trafic d'êtres humains par un renforcement de la coopération policière et judiciaire et l'intensification de la coopération avec les Etats d'origine et de transit, notamment ceux de la route orientale des « navires-fantômes ». Nos deux pays saluent le lancement, sous présidence italienne de l'UE, d'un dialogue migratoire entre l'UE et les pays de la Corne de l'Afrique dans les domaines de la lutte contre la traite des êtres humains et des trafics de migrants, et notamment dans le cadre du « Processus de Khartoum ». 4/ Poursuivre et renforcer notre coopération sur les grands dossiers internationaux A] La France et l'Italie renforceront leurs coopérations diplomatiques et de défense pour traiter les crises qui menacent le voisinage de l'Union européenne. Libye La situation en Libye constitue une crise majeure qui appelle une réponse politique déterminée et unie de la communauté internationale. La France et l'Italie veulent intensifier leur concertation bilatérale et leur coopération pour : - continuer de soutenir pleinement l'urgence d'une solution politique et inclusive à travers leur appui à la médiation menée sous l'égide des Nations Unies, la seule voie qui puisse porter à une solution durable de la crise ; - soutenir la recherche d'instruments efficaces que la communauté internationale pourra déployer pour le renforcement de l'action des Nations-Unies, visant notamment à fournir l'appui nécessaire à la reconstruction et à la stabilisation du pays une fois que la médiation aura porté à un compromis entre les parties libyennes ; - appuyer, en coopération avec les pays limitrophes, le développement des contrôles des frontières libyennes, y compris au niveau européen dans le cadre des programmes menés avec la Tunisie en matière de réforme du secteur de la sécurité ou à travers le plan d'action européen pour la gestion intégrée des espaces frontaliers dans la bande sahélo-saharienne ; - lutter contre les filières de trafic des êtres humains et de trafic d'armes. Irak/Syrie/Lutte contre Daech La France et l'Italie soutiennent une approche globale et intégrée s'agissant de la lutte contre Daech, y compris à travers une coopération étroite avec les partenaires de la région en Syrie et en Irak. Elles réaffirment leur engagement au sein de la coalition et demandent la pleine mise en oeuvre de la stratégie européenne de lutte contre le terrorisme et les combattants étrangers en Syrie et en Irak. Elles sont déterminées à contribuer à l'identification de projets concrets visant au renforcement des capacités des Etats tiers. Quatre ans après l'éclatement du conflit syrien, et compte tenu des efforts internationaux pour contrecarrer la menace de Daech dans le Levant et en Europe, la France et l'Italie réaffirment la nécessité pressante de parvenir à une solution politique inclusive, fondée sur le communiqué de Genève. Les deux pays réitèrent leur soutien à toute initiative pour relancer un processus politique national crédible et appuieront les efforts de l'Envoyé Spécial de l'ONU, Staffan De Mistura, qui iraient effectivement dans ce sens. Ils insistent sur la nécessité d'une transition : sans la mise en place d'un pouvoir dans lequel la majorité des Syriens puisse se reconnaître, il n'y aura pas de fin au conflit et la Syrie continuera d'engendrer et d'attirer des éléments radicalisés. La France et l'Italie multiplieront les efforts pour susciter un consensus régional et international autour d'un processus politique syrien crédible visant à obtenir une telle transition, sur la base des Résolutions du Conseil de Sécurité et du Communiqué de Genève du 30 Juin 2012 ; Processus de paix au Proche-Orient La France et l'Italie encouragent une reprise urgente du processus de paix au Proche-Orient, sur la base des paramètres agréés et afin de parvenir à la solution des deux Etats. Ukraine La France et l'Italie conviennent que le paquet de mesures agréé le 12 février, en format « Normandie », constitue un accord global, qui appelle la vigilance et doit être mis en œuvre de façon coordonnée par les parties. Le mécanisme de supervision de cet accord jouera un rôle important. Elles appellent les parties à mettre en oeuvre avec rigueur l'intégralité de ce paquet de mesures. Celui-ci est essentiel pour favoriser la désescalade sur le terrain ainsi qu'un processus de normalisation et de réconciliation nationale. B] La France et l'Italie continueront d'oeuvrer au renforcement de la stabilité, de la prospérité et de la démocratisation de leur voisinage méditerranéen à travers : - la redynamisation de la Politique européenne de voisinage dans le cadre de la revue en cours, en concertation avec leurs partenaires européens, en veillant à la préservation de son unicité et dans le respect des autres grands principes qui guident notre approche commune (différentiation, inclusivité, co-appropriation, flexibilité, réactivité, adaptabilité, réponse aux besoins) ainsi qu'au maintien des équilibres financiers actuels entre les voisinages Sud et Est ; - le soutien au renforcement de l'intégration régionale des pays du Sud, à travers une meilleure complémentarité et cohérence entre la politique européenne de voisinage et les autres enceintes régionales que sont le Dialogue 5+5 et l'Union pour la Méditerranée (UpM) afin d'améliorer le niveau de coordination des investissements dans le sud de la Méditerranée, notamment à travers l'initiative AMICI ; - la tenue, durant l'année 2015, d'une réunion du « groupe de réflexion franco-italien sur la Méditerranée » dans l'objectif d'identifier des priorités et des projets communs d'action dans cette zone, en faveur par exemple de l'emploi et de la jeunesse ou des énergies renouvelables dans la perspective de la COP21. La France et l'Italie réaffirment leur soutien à la perspective européenne des pays candidats et potentiellement candidats à l'adhésion. Elles renouvellent leur appui à ces pays pour qu'ils progressent dans la mise en oeuvre des réformes nécessaires à la poursuite de leur rapprochement européen au meilleur rythme. C] Défense : La France et l'Italie sont toutes deux impliquées dans la stabilisation du flanc sud de l'Europe, tout particulièrement en Afrique. A cet égard, la France et l'Italie continueront de travailler ensemble au sein des missions et opérations de la PSDC déployées au Sahel, en RCA et dans la Corne de l'Afrique. Dans le prolongement des conclusions du Conseil européen de décembre 2013 et en vue de celui des 25 et 26 juin prochain, nos deux pays sont déterminés à poursuivre leurs efforts pour renforcer la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Ils ont décidé : - d'encourager plus d'efforts coordonnés des Etats membres de l'Union européenne dans le secteur de la défense et de travailler au renforcement de l'industrie de défense européenne, indispensable à une plus grande autonomie stratégique de l'UE ; - de promouvoir le renforcement des capacités des États tiers, en particulier africains, en matière de sécurité et de défense ; - d'œuvrer activement à la mise en oeuvre du plan d'action de la Stratégie de sûreté maritime de l'UE (SSMUE) qui a été adopté pendant la présidence italienne du Conseil de l'UE ; - de poursuivre leur coopération tripartite avec l'Allemagne en vue du développement, en lien avec l'Agence européenne de défense, d'un drone MALE européen de surveillance à l'horizon 2025 ; - d'inviter la Commission à explorer de possibles mécanismes d'incitations fiscales à même de faciliter et promouvoir la coopération capacitaire entre pays européens. La France et l'Italie rappellent également la plus-value du Commandement européen du transport aérien (EATC) en termes politiques, économiques et opérationnels et la France se félicite de l'entrée de l'Italie dans cette structure. Sur le plan bilatéral, dans le domaine de l'armement, la France et l'Italie s'engagent particulièrement : - dans le domaine spatial, à poursuivre une coopération ancrée sur une base industrielle commune en matière d'observation de la terre et de télécommunications par satellite ; - en matière de défense anti-aérienne et anti-missile, à poursuivre le soutien de la filière industrielle commune d'excellence de systèmes à base de missiles ASTER, en préparant le projet B1NT qui permettra d'adresser un spectre élargi de menaces et contribuera aux capacités de DAMB de l'Europe et de l'OTAN ; - dans le domaine des communications tactiques, à promouvoir des solutions de radio logicielle ESSOR. La France et l'Italie réaffirment, par ailleurs, leur engagement pour la cohésion et la sécurité de l'Alliance atlantique, dans le cadre de la mise en oeuvre des décisions du sommet du pays de Galles. 5/ Rapprocher les sociétés par la culture, l'éducation et la recherche scientifique Education La France et l'Italie souhaitent apporter une réponse au défi de l'insertion professionnelle des jeunes, et notamment des apprentis dans le cadre d'Erasmus + et par la mise en place d'un système européen de reconnaissance de la qualification. La France et l'Italie continueront à œuvrer afin d'étendre le dispositif du diplôme franco-italien ESABAC à d'autres types d'établissements scolaires, comme ceux à vocation technique, et dans le but d'accroitre la mobilité des enseignants. Enseignement supérieur et recherche La France et l'Italie se félicitent du développement de la mobilité encadrée et des échanges entre les deux pays, soutenus par le nombre croissant de doubles diplômes et de cotutelles de thèse, et entendent approfondir cette dynamique positive, notamment par une coordination accrue entre les agences de mobilité Campus France et Uni-Italia, par une collaboration étroite dans le cadre du processus de Bologne et par les programmes de l'Université Franco-Italienne (UIF). Cette collaboration s'enrichit aujourd'hui de la signature d'un accord de coopération entre les deux Agences pour l'évaluation de la qualité de l'enseignement supérieur et de la recherche, ANVUR et HCERES. Enfin, en matière de recherche, en continuité avec les engagements fixés par les précédentes Déclarations de 2012 et 2013, la France et l'Italie réaffirment leur attachement à l'Espace Européen de la Recherche (EER), en reconnaissant le rôle fondamental de la recherche pour assurer la croissance, l'emploi et la compétitivité à long terme. La France et l'Italie invitent les institutions publiques de recherche, les Universités et les entreprises, et plus particulièrement les PME françaises et italiennes, à établir d'autres partenariats technologiques dans le domaine de l'innovation et dans le cadre de réponse aux appels à projets collaboratifs d'Horizon 2020, en exploitant le potentiel de tous les secteurs d'intérêt commun. L'accord entre l'INGV et IFREMER sur la coopération en Science, Technologie et Infrastructures marines est un exemple concret dans cette direction. La France et l'Italie partagent, par ailleurs, la même ambition en matière de politique spatiale. A cet égard elles se félicitent des résultats du Conseil ministériel de l'ESA du 2 décembre 2014, notamment pour les accords trouvés au niveau des financements des programmes. Par ailleurs, le mémorandum d'entente signé en marge du Sommet par le Centre national d'études spatiales et l'Agence Spatiale italienne traduit la richesse et la qualité de notre coopération dans le domaine de l'espace. Enfin, la France et l'Italie s'engagent à poursuivre leur soutien aux projets dans le secteur de l'enseignement, de la recherche et de l'innovation dans la région euro-méditerranéenne aussi bien que dans le cadre des programmes européens, en particulier avec le programme conjoint « PRIMA », que dans le cadre de l'initiative « « 5+5 ». Coopération culturelle et politique pour la culture La France et l'Italie soulignent la nécessité d'un secteur culturel européen puissant dans une économie mondiale fondée sur l'innovation et la création, et appellent la Commission européenne à prendre en compte la culture dans la mise en œuvre de toutes ses politiques, de la fiscalité à la politique commerciale, de l'audiovisuel à la propriété intellectuelle ou aux aides d'Etat. La France et l'Italie invitent la Commission à adopter une stratégie européenne pour la culture à l'ère du numérique, qui permette notamment : - d'adapter la fiscalité, dont la TVA, aux enjeux posés par le numérique ; - de mettre en place, pour les plates-formes numériques, un cadre ouvert et non discriminatoire qui garantisse leur interopérabilité et le respect des valeurs de l'Union dans le domaine culturel. La France et l'Italie rappellent également le rôle fondamental du droit d'auteur pour la rémunération des créateurs et le soutien à l'innovation et s'engagent à travailler ensemble à des propositions concrètes pour en améliorer la mise en œuvre au niveau européen, en impliquant l'ensemble des acteurs de l'écosystème numérique. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/121.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/121.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4365baeb5a7cd4f542549ea4fea438b349b8a4b3 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/121.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le ministre de l'intérieur a présenté une communication relative au dialogue avec l'Islam de France. Alors que le nombre d'actes anti-musulmans depuis le 7 janvier a déjà atteint le niveau observé au cours de l'ensemble de l'année 2014, assurer la sécurité des mosquées et des sites musulmans constitue une priorité pour le Gouvernement : près d'un millier sont aujourd'hui placés sous la protection de militaires ou d'agents des forces de police ou de gendarmerie, et des moyens sont prévus dès 2015 pour contribuer au financement des équipements de sécurité (vidéo-protection). Sur un plan plus général, la prévention et la répression des actes anti-musulmans constituera un axe majeur de la politique de lutte contre le racisme et l'antisémitisme, qui est en 2015 une grande cause nationale. Dans une République laïque, il n'appartient pas à l'Etat de se prononcer sur l'organisation interne des cultes. Mais l'Etat doit dialoguer avec leurs représentants, afin d'examiner les questions qui les concernent et qui ont pour enjeu l'exercice de la liberté de religion, dans le respect des règles de la République. C'est pourquoi le Gouvernement, comme en témoigne la rencontre hier entre le ministre de l'intérieur et le bureau du Conseil français du culte musulman (CFCM), est engagé dans une large consultation des acteurs de l'Islam de France. Dans chaque département, les préfets sont appelés à ouvrir le dialogue avec les représentants locaux du culte musulman, de façon à faire apparaître les thèmes et les préoccupations de nos compatriotes musulmans. Sur cette base, une invitation à se réunir dans le cadre d'une « Instance de dialogue » sera adressée d'ici l'été aux représentants de l'Islam de France, pour examiner des sujets tels que la sécurité des lieux de culte, la prévention et la répression des actes anti-musulmans, la formation civile des imams, l'organisation des aumôneries, ou la valorisation des oeuvres sociales, culturelles et éducatives de l'Islam. Afin de permettre à l'Islam de France de s'appuyer sur des imams bien insérés au sein de la communauté nationale, le Gouvernement encouragera l'ouverture, par les établissements d'enseignement supérieur, de formations sanctionnées par des diplômes universitaires de formation civile et civique, spécialement adaptées au profil des futurs ministres du culte. Ce diplôme universitaire devra notamment devenir une étape obligée dans le parcours des aumôniers pénitentiaires, dont le nombre sera augmenté dès 2015 afin de contrer la diffusion en prison de discours religieux dévoyés incitant à la radicalisation violente. Le Gouvernement veillera par ailleurs à ce que l'enseignement privé confessionnel musulman puisse se développer dans le respect des principes républicains. A cet effet, des instructions seront adressées aux préfets et aux recteurs afin qu'ils fassent pleinement usage de leurs prérogatives de contrôle. Une nouvelle Fondation devra être créée avant la fin de l'année 2015 afin de financer des projets d'intérêt général (culturels, éducatifs, sociaux) et de promouvoir les réalisations de l'Islam de France. Une mission de préfiguration sera chargée de faire aboutir cette transformation avant la fin de l'année 2015. En outre, un programme de recherche sur l'Islam de France, le monde musulman et l'islamologie sera mis en place. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/122.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/122.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..32dd58ecc60a047e1abe25ce0d098d4f7537e46f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/122.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet, Monsieur le Premier Ministre, cher Alain JUPPÉ, Monsieur le Recteur, cher Tareq OUBROU, Messieurs les membres du Conseil régional du culte musulman, Mesdames et Messieurs, Je suis particulièrement heureux de me trouver aujourd'hui avec vous dans cette belle ville de Bordeaux pour évoquer certaines des questions que se posent, à juste titre, nos concitoyens musulmans. Comme chacun le sait, votre ville fut de longue date une ville-monde, une porte vers l'Océan. Ses liens avec le Maroc, par exemple, sont anciens, puisque des échanges universitaires existent depuis 1915 et que le futur roi Hassan II y fit son droit. L'exercice du culte musulman y est attesté au moins depuis 1949, avec la relation dans le journal « Sud-Ouest » d'une fête de l'Aïd El Kébir en présence des autorités officielles et de l'imam Si Mohamed BEN AHMED devant la mosquée de la rue Cornac. Le grand islamologue Jacques BERQUE, qui a terminé sa vie à Saint-Julien-en-Born, non loin d'ici, concluait ainsi son récit autobiographique Mémoire des deux rives : « Aire gréco-latine d'un côté, aire arabo-islamique de l'autre, peut-être ne manque-t-il entre l'une et l'autre que les signes de la communauté ». Aujourd'hui pourtant, nul ne saurait contester que cette communauté d'affection, cette communauté d'intérêts existe. J'en veux pour preuve ces traits d'union entre les deux rives de l'Orient et de l'Occident que sont nos compatriotes originaires de l'autre bord de la Méditerranée, ou bien les Français qui y sont nés, y vivent ou y ont vécu, tel mon propre grand-père, qui repose à Oran. Nous sommes un peuple, un seul et unique peuple, quelles que soient nos origines, quelles que soient nos convictions ou nos croyances. Nous sommes tous Français. La République ne fait pas de distinctions parmi ses enfants : généreuse et bienveillante, elle les accueille tous en son sein. Et en République, il n'y a qu'une seule communauté : la communauté nationale que nous formons tous ensemble. Voilà pourquoi nous devons être intraitables en ce qui concerne le respect de la loi républicaine et la lutte contre tous les communautarismes, qui sont toujours des tentatives pour s'isoler, et finalement s'exclure de la République. La loi interdisant le port du voile intégral doit ainsi être appliquée avec fermeté. Si la République donne des droits, elle impose des devoirs : ceux-ci sont même la condition de ceux-là, et réciproquement. C'est la raison pour laquelle nous serons toujours fermes dans l'application de la loi. En République, il y a des règles, et ce sont ces règles qui nous permettent de vivre ensemble. Car, en définitive, ce que nous avons en commun et en partage est plus important que ce qui nous distingue les uns des autres, et qui parfois pourrait nous opposer les uns aux autres. La République est l'autre nom de ce « commun ». C'est la laïcité qui rend possible l'existence de cette communauté une et indivisible qui nous réunit. La laïcité n'est pas une conviction que l'on respecterait selon son bon vouloir, pas plus qu'une idéologie qui nous imposerait une même vision du monde. Elle est un principe fondateur, qui transcende nos convictions et nos croyances, et qui par là même nous permet de vivre en bonne intelligence. C'est ainsi, dans le respect des valeurs républicaines, que l'islam de France peut pleinement assumer sa liberté de conscience et de culte. La République y veillera. Je sais que vous y oeuvrez. Tareq OUBROU, que je salue, ne cesse d'écrire sur les voies et moyens de vivre en musulman dans notre République. Le Conseil français du Culte musulman l'a évoqué dans sa Convention des musulmans de France pour le vivre-ensemble. Je ne doute pas une seconde que les Français musulmans sauront inventer cette voie, avec les ressources que leur offrent leur foi et leur Tradition. Mais je sais aussi l'inquiétude qui saisit aujourd'hui nombre de nos compatriotes musulmans. Je veux leur dire, à travers vous, que j'en comprends les motifs et que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour apaiser leurs craintes, répondre à leurs attentes légitimes et leur procurer la tranquillité d'esprit à laquelle, comme chaque Français, ils ont droit. Cette inquiétude a plusieurs sources. Elle résulte d'abord de la multiplication des violences commises contre les musulmans et leurs lieux de culte : le nombre de ces actes a atteint, au cours du seul mois de janvier, le seuil observé pour l'ensemble de l'année 2014. La prévention et la répression de ces violences intolérables constituent donc un sujet prioritaire. L'Etat ne négligera aucun effort pour traquer, arrêter et traduire en justice leurs auteurs. Le président de la République a d'ores et déjà annoncé sa volonté de durcir la répression des actes et des menaces racistes, antisémites et anti-musulmans. La prévention et la répression des actes anti-musulmans constitueront un axe majeur du plan d'action pour la lutte contre le racisme et l'antisémitisme que prépare actuellement le nouveau délégué interministériel, Gilles CLAVREUL. Ainsi, des mesures seront très prochainement annoncées, qui concerneront à la fois la mobilisation conjointe de tous les services de l'Etat et de la société civile, le renforcement de la répression, la lutte contre les messages de haine sur Internet et sur les réseaux sociaux, et enfin l'éducation. L'école a un rôle fondamental à jouer pour lutter contre les préjugés nés de l'ignorance ; personne ne naît raciste, antisémite ou anti-musulman. Le renforcement de l'enseignement du fait religieux à l'école, sur lequel travaillent les services de la ministre de l'Education nationale, Najat VALLAUD-BELKACEM, s'inscrira naturellement dans cette politique. J'ai pour ma part donné instruction aux préfets de signaler systématiquement aux procureurs de la République tous les actes racistes, antisémites ou anti-musulmans dont ils auraient connaissance. Par ailleurs, près d'un millier de mosquées et de lieux liés au culte musulman, en métropole ou outre-mer, font l'objet de mesures de protection renforcées dans le cadre du plan global mis en place, sous l'autorité du Président de la République, par le ministère de l'Intérieur, avec le concours du ministère de la Défense. Des moyens sont en outre prévus dès 2015 par le Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) pour financer des équipements de sécurité, comme la vidéo-protection. Mais au-delà des violences, je sais que le climat de suspicion qui semble peser depuis janvier sur les musulmans constitue une autre source d'inquiétude. Je comprends que les musulmans trouvent injuste de devoir sans cesse rappeler qu'ils n'ont rien à voir avec de tels crimes. Chacun sait que l'immense majorité des Français de confession musulmane ont fermement et évidemment condamné les attentats perpétrés sur notre sol, ainsi que la volonté des terroristes d'invoquer la religion pour justifier leurs actes criminels. Mettre en relation les exactions de quelques individus avec les comportements et les valeurs de cinq millions de Français musulmans relève soit d'une coupable ignorance, soit d'une malhonnêteté inacceptable. Il faut bien de l'aveuglement ou de la mauvaise foi pour ne pas voir que les musulmans sont, au Proche-Orient comme en Afrique, les premières victimes des crimes commis par les terroristes, et pour ne pas rappeler que ceux-ci n'hésitent pas à frapper les musulmans, en France même. Je pense à Ahmed MERABET, lâchement assassiné par des barbares ignorants de ce qu'est l'Islam. Ahmed MERABET était policier. Ahmed MERABET était musulman. Ahmed MERABET était français. L'inquiétude se nourrit aussi de ce que les discours les plus radicaux, comme la propagande de DAESH sur Internet, en viennent à séduire certains, certes peu nombreux, parmi les jeunes Français musulmans. Plus de soixante-dix jeunes Français ont déjà perdu la vie, en Syrie ou en Irak. Environ 1 400 sont partis ou songent à partir. Je connais l'angoisse de leurs familles et de leurs proches. C'est pourquoi le Gouvernement a fait voter une loi permettant d'interdire les départs et de lutter plus efficacement contre la propagande djihadiste sur Internet. C'est pourquoi nous avons mis en place un numéro vert permettant aux familles de trouver un soutien et de signaler leurs proches qui semblent préparer un départ. Nous luttons de façon méthodique contre la radicalisation violente, sans jamais transiger avec nos valeurs. Nous combattons un terrorisme qui instrumentalise l'islam, et par là même le détourne et le souille. Face à toutes ces inquiétudes, la réponse du Gouvernement tient en quelques mots : la République laïque garantit à chaque Français la liberté de conscience, par là même la liberté de croire ou de ne pas croire, et le cas échéant la liberté d'exercer son culte, quel qu'il soit, de façon paisible. En imposant la neutralité de l'Etat, la laïcité permet à la République de dialoguer avec tous les cultes. La laïcité n'est donc pas hostile aux religions. Elle est au contraire la condition de ce dialogue serein que nous souhaitons tous. C'est l'objectif des mesures qu'à la demande du Président de la République et du Premier Ministre j'ai présentées ce matin en Conseil des Ministres. Ces mesures visent en premier lieu à renforcer le dialogue entre les pouvoirs publics et l'islam de France. Pour renforcer ce dialogue, il faut l'élargir. Le CFCM est le représentant élu des responsables du culte musulman et, à ce titre, il a vocation à être l'interlocuteur privilégié de l'Etat. Je veux ici lui rendre hommage pour l'action qu'il mène depuis 12 ans, comme je veux rendre hommage aux gouvernements successifs, de droite comme de gauche, qui ont œuvré dans la même direction afin d'instaurer ce dialogue. Mais chacun connaît la diversité de l'islam de France. C'est avec toutes les sensibilités, toutes les fédérations, toutes les générations, tous les talents que nous voulons dialoguer, afin d'examiner les questions concrètes qui se posent au culte musulman : la sécurité des lieux de culte, la formation des imams, l'enseignement confessionnel, ou encore le fonctionnement des aumôneries. Le Gouvernement souhaite donc réunir d'ici l'été une instance de dialogue de l'islam de France, à l'instar de celle qui existe pour le culte catholique. Elle réunira, autour du CFCM, les représentants des fédérations, des associations musulmanes, des mosquées, ainsi que des personnalités de la société civile, pour éclairer le Gouvernement sur tous les sujets qui préoccupent légitimement nos compatriotes musulmans. J'ai demandé aux préfets de réunir les représentants des CRCM, des lieux de cultes et des associations culturelles, afin de faire remonter les sujets qui pourraient être évoqués. Cette phase préparatoire me semble décisive pour le succès des travaux et j'invite chacun d'entre vous à y prendre toute sa part. Si ce dialogue doit être le plus large possible, il doit pour autant se conduire dans le plein respect des valeurs de la République. Tous ceux qui se mobiliseront seront évidemment les bienvenus dans ce mouvement de rénovation, de modernisation et de concorde. Mais ceux qui en revanche ne respectent pas nos valeurs fondamentales, ceux-là n'auront pas leur place autour de la table de la République. La responsabilité de chacun est engagée. Le respect se construit et il ne peut être que mutuel. Parmi les sujets dont nous devrons traiter ensemble figure bien évidemment la formation des imams. La République n'a pas à juger de la formation théologique des imams, mais il est utile que les ministres du culte disposent de connaissances précises concernant nos institutions, les règles de la laïcité, le fait religieux dans notre pays, notre droit. C'est l'objet des diplômes universitaires de formation civile et civique, dont le Gouvernement a souhaité le développement. En trois ans, 5 nouveaux diplômes ont été créés en plus de celui qui existait depuis 2003 à Paris. Nous souhaitons que ce nombre soit porté à 12 dans les mois qui viennent afin que ces formations soient proposées en tout point du territoire français. Ces diplômes universitaires doivent progressivement devenir une étape incontournable de la formation des ministres du culte, et notamment pour exercer les fonctions d'aumônier. Nous devons aussi traiter la question des établissements d'enseignement confessionnels musulmans. Ma conviction, partagée par la ministre de l'Education nationale, Najat VALLAUD-BELKACEM, est que l'enseignement privé confessionnel musulman doit pouvoir se développer dans le respect des principes républicains. Comme tous les établissements privés d'enseignement, ces établissements peuvent conclure avec l'Education nationale des contrats d'association. L'Etat, garant du respect de la loi, fera usage de ses prérogatives de contrôle et veillera, quel que soit le statut de l'établissement, au respect des valeurs républicaines et des exigences pédagogiques qui leur sont applicables. Nous voulons par ailleurs recréer une fondation de l'islam de France. La gouvernance de cette Fondation devra faire une large place aux élites françaises de confession musulmane, dans les champs de l'économie, de l'administration, de l'université et de la culture. Une mission de préfiguration sera bientôt mise en place afin que cette nouvelle Fondation puisse être opérationnelle avant la fin de l'année. Il n'est pas normal que l'islam soit la seule grande religion présente en France à ne pas disposer d'un tel outil pour financer les projets éducatifs, universitaires, sociaux, culturels, qu'elle inspire. Il y a beaucoup à faire pour accompagner des projets humanitaires, construire des centres culturels, lancer des initiatives au profit des jeunes, etc. Il y a beaucoup à faire aussi pour aider à mieux faire connaître l'islam comme religion et comme civilisation par nos compatriotes, en partenariat avec les musées, les bibliothèques, les médias audiovisuels. Je sais d'ailleurs qu'à Bordeaux, la Fédération musulmane de la Gironde (FMG) et le recteur OUBROU portent un projet ambitieux de nouvelle Grande Mosquée, soutenu par la Ville et la métropole. Cet édifice de grande ampleur accueillerait ainsi non seulement un lieu de prière, mais aussi plusieurs salles de cours, une bibliothèque, un amphithéâtre, un restaurant et une salle d'exposition. Des cours de langue arabe et de civilisation arabo-musulmane, ainsi que des cours de soutien scolaire, seraient proposés à tous. Le Gouvernement a également décidé de relancer les études sur l'islam de France et l'islamologie à l'Université. Cette relance s'appuiera sur un programme précis, que je piloterai conjointement avec la ministre de l'Education nationale. Il existe une grande tradition d'islamologie française, illustrée par exemple par les noms de Louis MASSIGNON, Maxime RODINSON et Jacques BERQUE, et que nous devons contribuer à faire renaître. Enfin, même si le dialogue interreligieux n'est pas du ressort des pouvoirs publics, mais des cultes, nous entendons l'encourager. Des bonnes pratiques existent, à l'initiative des collectivités locales ou de la société civile. Un dialogue nourri est mené à Lyon, Marseille, Roubaix ou ici à Bordeaux, sous votre égide, monsieur le Maire. Des initiatives nationales existent également. J'ai demandé à l'Inspection générale de l'Administration de les recenser et de me faire des propositions pour que, dans le respect des principes de subsidiarité et de laïcité, l'Etat les soutienne. Je voudrais, pour achever mon propos, évoquer à nouveau la fraternité qui nous unit. J'ai dit tout à l'heure mon indignation face à la vague d'actes anti-musulmans du mois de janvier. Les violences qui ont frappé nos compatriotes juifs depuis plusieurs années, qui ont culminé dans les attentats de Toulouse et de l'Hyper Cacher, sont insupportables. Ces violences antisémites ont plus que doublé en 2014 par rapport à l'année précédente. Quant aux profanations de cimetières et de lieux de cultes, elles touchent toutes les confessions, et notamment la religion chrétienne, et sont, hélas, en nombre croissant. Aucun Français d'où qu'il vienne, quelles que soient ses convictions ou ses croyances ne devrait avoir peur. Ne nous laissons pas abuser par les prêcheurs du « choc des civilisations » et autres entrepreneurs de haine. Nous devons tenir bon sur les principes et les valeurs de la République, qui nous permettent de vivre en paix. Nous devons être les garants du respect, qui scelle notre vivre ensemble. Comme les Français l'ont démontré le 11 janvier dernier à l'occasion de la marche républicaine contre le terrorisme, notre force réside dans notre unité, et dans notre solidarité. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/123.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/123.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d5b76ac9e0dff9f6c62b3e7da45f732691fc40fc --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/123.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le maître de Damas ne peut pas être l'avenir de la Syrie Depuis le palais où il est reclus, Bachar Al-Assad ne se contente plus de faire la guerre à son propre peuple : il a lancé une démarche d'auto-réhabilitation. Dans les médias occidentaux, il tente de profiter de l'effroi suscité par les extrémistes pour se présenter en rempart contre le chaos. Certains paraissent sensibles à ce discours : face à la terreur, disent-ils, l'injustice et la dictature seraient préférables au désordre. En réalité, Bachar représente à la fois l'injustice, le désordre et la terreur. Et nous, France et Royaume-Uni, nous disons non aux trois. D'où notre scepticisme lorsque Bachar Al-Assad prétend accepter la proposition faite par l'envoyé des Nations unies, Staffan de Mistura : un arrêt pendant six semaines des bombardements sur la population civile d'Alep. Nous saluons le dévouement et les efforts de M. de Mistura. Nous partageons le souhait d'une réduction concrète et durable des violences. Mais, en raison de son action passée, nous ne pouvons pas accorder de crédit à la parole de Bachar. Il mène une guerre civile avec barbarie. La liste de ses crimes - crimes de guerre et crimes contre l'humanité - est longue. Ceux-ci ont prétendument été commis au nom de la lutte contre le terrorisme, mais ils l'ont été en réalité dans le cadre d'une politique systématique. N'oublions pas l'utilisation des armes chimiques, le recours aveugle à la violence contre les civils syriens, les terribles images de tortures et d'assassinats dans les prisons d'Assad révélées au monde par le transfuge du régime connu sous le nom de César. En réalité, Bachar est plus faible qu'il y a un an et ne cesse de s'affaiblir. Son armée est exsangue, désertée de plus en plus par ses propres soldats et contrainte de recruter des mercenaires jusqu'en Asie. Il est devenu le vassal de ses parrains régionaux qui, tel le Hezbollah, font la loi dans le pays. Règlement politique négocié Bachar ne contrôle plus réellement son pays, ni au nord où il a perdu du terrain et où l'opposition modérée se bat avec courage, ni à l'est où il n'oppose aucune résistance à Daech, ni à l'ouest où s'est installée une filiale d'Al-Qaida. Quant à ses propres frontières, elles sont infiltrées de toutes parts. Proposer Bachar Al-Assad comme solution face à l'extrémisme, c'est méconnaître les causes de la radicalisation. Après 220.000 morts et des millions de déplacés, il est illusoire d'imaginer que la majorité des Syriens consentent à se placer de nouveau sous la coupe de celui qui les martyrise. Mettre fin à leurs espoirs d'un avenir meilleur avec une Syrie sans Bachar, ce serait radicaliser encore davantage de nombreux Syriens, pousser des modérés vers l'extrémisme et consolider un bastion djihadiste en Syrie. Pour notre propre sécurité nationale, nous devons venir à bout de Daech en Syrie. Nous avons besoin d'un partenaire pour agir contre les extrémistes, donc d'un règlement politique négocié entre les différentes parties syriennes et conduisant à un gouvernement d'unité. Celui-ci devrait réunir certaines structures du régime existant, la Coalition nationale et d'autres composantes qui ont de la Syrie une vision modérée, inclusive, respectant les différentes communautés du pays. Il est clair pour nous que Bachar Al-Assad ne peut s'inscrire dans un tel cadre. Cette transition permettrait à la fois de redonner au peuple syrien l'espoir en son avenir et de nous attaquer aux causes profondes de Daech. C'est à cela que nous travaillons. La tâche n'est pas aisée, et chacun doit y prendre sa part ; mais la France et le Royaume-Uni ne ménageront aucun effort pour y parvenir. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/124.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/124.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..905f5c35b44b4d2630d7542d71e38df55a398e79 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/124.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-JACQUES BOURDIN Notre invité ce matin, Laurent FABIUS, ministre des Affaires étrangères. Laurent FABIUS, bonjour. LAURENT FABIUS Ravi d'être avec vous. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci d'être avec nous. Boris NEMTSOV, 55 ans, homme politique russe, ancien proche de Boris ELTSINE, tué en plein cœur de Moscou, à quelques centaines de mètres du Kremlin, quatre balles tirées dans le dos, en pleine nuit, dans la nuit de vendredi à samedi. Est-ce que cet assassinat profite à Vladimir POUTINE selon vous ? LAURENT FABIUS D'abord je veux condamner cet assassinat, qui est absolument révoltant. J'avais eu l'occasion de rencontrer, lorsqu'il était vice Premier ministre d'ELTSINE, monsieur NEMTSOV, et c'était un opposant, on le sait, a été tué, et c'est donc révoltant. Ensuite, je veux demander, souhaiter, comme ça a été fait d'ailleurs par d'autres, une enquête, parce que ça soulève toute une série de questions. JEAN-JACQUES BOURDIN Le Kremlin dit qu'il y aura enquête. LAURENT FABIUS Très bien. JEAN-JACQUES BOURDIN Ça veut dire que vous avez quelques doutes sur la qualité de cette enquête ? LAURENT FABIUS Non, mais on ne sait pas ce qui s'est passé, on ne sait pas, donc il faut condamner, il faut qu'il y ait une enquête, et puis c'est vrai que ça vient, même si les circonstances peuvent être différentes, après d'autres morts, il faut rappeler la mort de la journaliste… JEAN-JACQUES BOURDIN Anna POLITKOVSKAÏA. LAURENT FABIUS Oui, et il y a eu la mort aussi de LITVINENKO, la mort de BEREZOVSKY, à chaque fois, ça peut être des circonstances différentes, mais le fait est qu'il ne fait pas bon être opposant. JEAN-JACQUES BOURDIN Il ne fait pas bon… Mais vous demandez une enquête, le Kremlin n'en n'a que faire de votre demande, non, Laurent FABIUS ? LAURENT FABIUS Non. JEAN-JACQUES BOURDIN Parce que vous demandez une enquête, très bien, mais vous demandez officiellement une enquête ? LAURENT FABIUS Mais vous avez noté que, si vous m'invitez, c'est parce que je suis ministre des Affaires étrangères, donc évidemment… JEAN-JACQUES BOURDIN La France, officiellement, demande une enquête ? LAURENT FABIUS Bien sûr que les Russes feront ce qu'ils souhaitent faire, mais dans la situation actuelle, où il y a énormément d'interrogations, il est tout à fait normal qu'il y ait une enquête, c'est d'ailleurs ce qu'ont déclaré les officiels russes. Maintenant, comment elle sera faite, je n'en sais rien. JEAN-JACQUES BOURDIN Implication de la Russie dans le conflit ukrainien, il travaillait sur le sujet, Boris NEMTSOV, aussi, il s'apprêtait à rendre un rapport, ça ne fait aucun doute l'implication de la Russie dans le conflit ukrainien. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que… Je regardais, l'ONU, Ukraine, plus de 6000 tués depuis avril 2014, avec des dévastations impitoyables, dit l'ONU. Est-ce qu'aujourd'hui, dans la situation actuelle, vous pensez qu'il y a une lueur d'espoir en Ukraine, franchement ? LAURENT FABIUS Vous savez, nous travaillons beaucoup là-dessus, le président français et moi-même, vous vous rappelez ce qu'est le « format de Normandie », et nous avons pu à Minsk, il y a de cela quelques jours, faciliter un accord qui permet, sans doute, de passer de l'escalade, où on était avant, à une désescalade. Donc, aujourd'hui, on travaille concrètement. Qu'est-ce que ça veut dire ? Le cessez-le-feu il est, en général, observé, mais il faut rester très, très, très prudent, maintenant la phase, ensuite, telle qu'elle a été signée, c'est le retrait des armes lourdes. Il y a eu certaines armes lourdes qui ont été retirées, d'autres non. Et puis… JEAN-JACQUES BOURDIN Et le retrait des forces russes ? LAURENT FABIUS Bien sûr. Et puis… JEAN-JACQUES BOURDIN Qui sont présentes côté ukrainien ? LAURENT FABIUS Alors c'est nié, mais les séparatistes… JEAN-JACQUES BOURDIN Pour vous c'est évident ? LAURENT FABIUS Les séparatistes ne s'arment pas tout seuls. JEAN-JACQUES BOURDIN Pour vous c'est évident, il y a des soldats russes qui combattent aux côtés des séparatistes ? LAURENT FABIUS Je pense que oui. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ? LAURENT FABIUS Je pense que oui, et donc il faut appliquer l'accord de Minsk, et là-dessus tout le monde reconnaît que l'action, à la fois de l'Allemagne et de la France, a été tout à fait décisive. Nous, nous avons depuis le début, de cette affaire ukrainienne, toujours pris la même position, d'une part il faut être extrêmement ferme. Parce que, qu'est-ce que veut la Russie, qu'est-ce que veut monsieur POUTINE ? Il veut, probablement, avoir une influence très forte sur l'ensemble des pays voisins, mais ça il ne peut pas le faire au détriment du droit international. Il a envahi la Crimée, ce qui est inacceptable. Donc nous, nous disons, il faut faire preuve de fermeté, d'où les sanctions, mais en même temps on ne va pas déclarer la guerre à la Russie, et donc il faut permettre ce dialogue. Et l'attitude de la France, en permanence, a été d'être ferme, mais en même temps de faciliter le dialogue. D'où l'accord de Minsk, il y a de cela quelques semaines, et on continue sur la même ligne. JEAN-JACQUES BOURDIN Laurent FABIUS, le voyage de nos quatre parlementaires en Syrie était-il connu ? Est-ce que vous saviez que ces quatre parlementaires allaient se rendre en Syrie, et pour trois d'entre eux, rencontrer Bachar EL-ASSAD ? LAURENT FABIUS On m'avait dit qu'il y avait une initiative de cette sorte, je n'en connaissais pas les détails, et j'avais fait dire que je la désapprouvais tout à fait. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous saviez ? LAURENT FABIUS Oui, on m'en avait parlé, et j'ai dit que je… JEAN-JACQUES BOURDIN Le « on », ce sont vos services ? LAURENT FABIUS C'est mon attaché parlementaire qui m'a dit « il y a certains des parlementaires qui veulent aller là-bas », et j'ai dit « c'est absurde. » JEAN-JACQUES BOURDIN Vous avez essayé de les dissuader de partir, comme ça ? LAURENT FABIUS Ils connaissaient ma position, la position du gouvernement français. Vous m'interrogez sur ma réaction. Ma réaction c'est condamnation, plus consternation. Pourquoi ? Condamnation, parce qu'il y a une politique de la France, les parlementaires sont absolument libres, mais finalement je vais être un peu grossier mais aller servir la soupe à monsieur Bachar EL-ASSAD c'est absurde. Quand on connaît la réalité de la situation syrienne, vous avez… Au départ, c'est une petite manifestation, vous vous rappelez, il y a 3, 4 ans, de quelques jeunes, et les choses ont été traitées de telle manière par monsieur Bachar EL-ASSAD, qu'aujourd'hui il y a 220.000 morts. Et, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que Bachar EL-ASSAD et les terroristes de Daesh, d'ISIS, c'est l'avers et le revers d'une même médaille, ils se soutiennent les uns, les autres. D'ailleurs, au départ, c'est en libérant des prisonniers que monsieur Bachar EL-ASSAD a encouragé le mouvement terroriste, donc croire que Bachar peut être l'alternative au terrorisme, c'est complètement absurde. Comment voulez-vous imaginer qu'une population, qui a souffert, 220.000 morts, des millions de déplacés, tout d'un coup dise « Bachar est notre sauveur » ? Ça n'a aucun sens. Donc je condamne, je condamne. Et en même temps c'est assez consternant, parce que les parlementaires sont, encore une fois, libres, mais qu'on ne puisse pas réfléchir à tout ça, alors qu'on est un parlementaire, donc quelqu'un de majeur, qui doit réfléchir, c'est un peu… C'est même absurde, voilà, c'est absurde. JEAN-JACQUES BOURDIN Ils doivent être sanctionnés ? LAURENT FABIUS Non, ce n'est pas mon affaire. JEAN-JACQUES BOURDIN Ce n'est pas le problème. LAURENT FABIUS Ce n'est pas mon affaire. Le fond… JEAN-JACQUES BOURDIN Leur explication est claire… Oui, sur le fond. Alors, ils disent « ASSAD est notre ennemi », d'accord, c'est un ennemi, mais est-il interdit de discuter avec un ennemi, avec son ennemi ? LAURENT FABIUS Mais, vous comprenez bien, et vous l'avez vu immédiatement, relayé le cas échéant par la presse, il se sert de ça. Donc, on ne va pas… Il est responsable de la situation. Il ne fait pas partie, ce n'est pas lui qui incarne l'avenir de la Syrie ; j'ai écrit d'ailleurs, récemment, avec mon collègue britannique, le ministre des Affaires étrangères britannique, un petit article en expliquant tout cela. Quelle est la solution là-bas ? La solution est politique, Monsieur BOURDIN, et donc ce qu'il faut, et ce à quoi nous travaillons, avec d'autres, vous avez cité les Russes, et d'autres pays, des pays arabes, ce à quoi nous travaillons, c'est quoi ? C'est arriver à une solution qui préserve l'unité de la Syrie, c'est très compliqué, et qui respecte les communautés. Dans cette solution il faudra qu'il y ait qui ? Qu'il y ait, non pas Bachar, qui est absolument déconsidéré, mais certains éléments du régime, plus l'opposition modérée. D'ailleurs cette semaine nous allons recevoir l'opposition modérée en France. Et vous avez peut-être vu, c'était une dépêche d'hier, que l'opposition, courageuse, c'est très difficile, a dit « la politique de la France est une politique exemplaire. » Depuis le début, nous sommes des gens pragmatiques, nous savons bien que ce n'est pas la solution militaire qui va l'emporter, et qu'il faudra donc qu'il y ait un accord, mais pas avec monsieur Bachar EL-ASSAD, avec certains… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous mettez Bachar EL-ASSAD et Daesh sur le même plan. LAURENT FABIUS Absolument. JEAN-JACQUES BOURDIN Sur le même plan ? LAURENT FABIUS Ils sont coresponsables. D'ailleurs, est-ce que vous voyez, dans certains endroits, que monsieur Bachar EL-ASSAD attaque Daesh ? Non, jamais. JEAN-JACQUES BOURDIN Laurent FABIUS, l'Espagne a rouvert son ambassade à Damas. LAURENT FABIUS Oui, et alors ? JEAN-JACQUES BOURDIN Il y a des discussions, parrainées par Moscou d'ailleurs, entre ASSAD et une certaine partie de l'opposition syrienne, actuellement. LAURENT FABIUS Vous avez entendu ce que je vous ai dit ? JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. LAURENT FABIUS J'ai dit qu'il fallait qu'il y ait, dans la solution politique, certains éléments du régime, et l'opposition, mais pas monsieur Bachar EL-ASSAD. Voilà. JEAN-JACQUES BOURDIN Qui contrôle encore 60 % de son pays. LAURENT FABIUS Oui, enfin ! JEAN-JACQUES BOURDIN Plus ou moins. LAURENT FABIUS Quand on dit « il contrôle », c'est largement le Hezbollah. JEAN-JACQUES BOURDIN Le Hezbollah, allié de l'Iran chiite. Quelles sont les trois personnes qui accompagnaient ces parlementaires, vous les connaissiez, vous, au Quai d'Orsay ? LAURENT FABIUS Qui ça ? JEAN-JACQUES BOURDIN Ces trois personnes, on a beaucoup parlé de trois personnes qui accompagnaient, des hommes d'affaires… LAURENT FABIUS Non, je ne sais pas, j'en sais rien. Mais BOURDIN… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous ne connaissez pas, oui, bon ! LAURENT FABIUS Vous faites très bien votre travail, mais un conseil, ne vous appesantissez sur ce point-là. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, sur ce point-là, sur ce voyage-là… LAURENT FABIUS Oui, ça ne mérite pas… JEAN-JACQUES BOURDIN Ça ne mérite rien ? LAURENT FABIUS Ça ne mérite… JEAN-JACQUES BOURDIN Du mépris ? LAURENT FABIUS Non, non, j'ai dit condamnation… JEAN-JACQUES BOURDIN C'est une forme de mépris. LAURENT FABIUS Non, ce n'est pas mon genre, mais si vous voulez, je pense que, imaginez que la politique extérieure de la France, ça devrait être monsieur Bachar EL-ASSAD, s'ils ont des loisirs, ils peuvent les occuper autrement. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. Laurent FABIUS, certains disent, et eux aussi, la France est alignée, la politique étrangère de la France, est alignée sur les positions américaines. Vous entendez ces accusations, qui reviennent ici ou là, non ? LAURENT FABIUS Ecoutez, ce que j'entends, et je ne voudrais pas, bien sûr, faire preuve d'arrogance, mais la politique extérieure de la France est appréciée à peu près partout dans le monde, et par les Français. Quand on interroge les Français, « est-ce que vous pensez que cette politique extérieure est bonne ? », il y a une forte majorité qui l'approuve. Alors, qu'il y ait quelques contestations, c'est tout à fait légitime. Maintenant, par rapport à votre question, les Etats-Unis, nous sommes un pays indépendant, croyez-vous que sur l'Iran, c'est un sujet que vous connaissez bien, lorsqu'il s'agit du nucléaire iranien, la France soit alignée ? Vous vous rappelez ce qui s'est passé. Croyez-vous que, en Syrie précisément, la France soit alignée ? Croyez-vous qu'en Afrique, on va peut-être parler du Mali… JEAN-JACQUES BOURDIN On va parler du Mali là, oui. LAURENT FABIUS Quel est le pays qui est reconnu comme étant le pays qui montre le « la » ? La France. Alors, j'ai de très bonnes relations avec les autorités américaines, mais ces autorités savent que la France est un pays indépendant. JEAN-JACQUES BOURDIN Le Mali, accord de paix entre le gouvernement malien et six groupes armés du Nord, pas tous, on est bien d'accord, Laurent FABIUS ? LAURENT FABIUS Un groupe a encore demandé du temps, comme on dit « ad referendum », avant de donner son accord, mais si l'accord était effectivement signé, c'est une très bonne nouvelle. Pourquoi ? Pour trois catégories. D'abord pour les Maliens, parce qu'il faut rappeler que, il y a de cela 2 ans, le Mali allait tomber sous le coup du terrorisme. Vous vous rappelez, janvier 2013, le président de l'époque, président de transition, appelle François HOLLANDE en disant « Monsieur le président de la République, si la France n'intervient pas, demain je serai mort, et les terroristes auront pris Bamako », c'était en janvier 2013. Nous sommes en mars, 1er mars, 2015, les terroristes ont été chassés, la légalité a été rétablie, il y a un président de la République, une Assemblée nationale, les crédits nécessaires au développement ont été votés, et maintenant il y a, espérons-le, une solution politique. C'est remarquable. Le premier gagnant c'est les Maliens, puisque vous savez qu'il y avait une opposition entre le Nord et le Sud, donc cet accord vise à mettre fin à cette opposition, donc premier gagnant, les Maliens. Deuxième gagnant, la stabilité régionale, et troisième gagnant, la sécurité internationale, puisque si le Mali n'est pas stabilisé, évidemment ça a des incidences sur le terrorisme. Donc, si ça a lieu, ce que je crois, c'est remarquable, et je veux rendre hommage à la fois à ceux qui acceptent cet accord, et à la médiation algérienne, à mon ami LAMAMRA, le ministre des Affaires étrangères algérien, qui avec la diplomatie algérienne, avec nous, avec d'autres, a fait un travail remarquable. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que ça veut dire que l'engagement français au Mali va être encore allégé ? LAURENT FABIUS Alors, nous avons… JEAN-JACQUES BOURDIN L'engagement militaire. LAURENT FABIUS Nous avons mis l'essentiel de nos moyens, maintenant, dans l'opération Barkhane, qui ne vise pas le Mali, qui vise l'ensemble de la zone sahélo-saharienne, et cet engagement, qui représente 3000 hommes, qui est bien utile, parce qu'il y a des risques terroristes… JEAN-JACQUES BOURDIN Et puis il y a la Libye, pas loin. LAURENT FABIUS Il est maintenu cet engagement. JEAN-JACQUES BOURDIN Il est maintenu, pour l'instant ? LAURENT FABIUS Oui. JEAN-JACQUES BOURDIN Cet engagement français au Mali, en république Centrafricaine, est-ce que l'Europe devrait le prendre en compte financièrement, lorsque l'Europe examine le budget de la France ? LAURENT FABIUS Ça c'est une suggestion qui a été faite, par beaucoup, et qui a du sens, bien sûr. Parce que… JEAN-JACQUES BOURDIN La France va en faire la demande officielle ? LAURENT FABIUS Non, mais je dis souvent, aux parlementaires, qui m'en parlent, « mais convainquez vos groupes parlementaires, au niveau européen, d'en faire la demande. » Parce que, si on regarde c'est le sens de votre question quels sont les objectifs de notre politique étrangère ? Premièrement, paix et sécurité, on vient de parler du Mali. Deuxièmement, planète, peut-être parlera-t-on du climat. Troisièmement, Europe. Quatrièmement, rayonnement de la France. Et à chaque fois que le président de la République ou moi-même nous avons des décisions à prendre, nous nous référons à ces quatre principes. Bon, la Défense, évidemment lorsqu'il y a un conflit, que c'est conforme au droit international d'intervenir, qui est-ce qu'on réclame ? La France. Il n'y a pas beaucoup de pays dans le monde, lorsqu'il faut se lever et y aller, pour parler vulgairement… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais est-ce que l'Europe pourrait voter des fonds pour intervenir au Mali ou ailleurs ? LAURENT FABIUS Eh bien, je dis souvent… Alors, elle nous a accompagnés au Mali, en Centrafrique, ailleurs… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, timidement, elle a accompagné, oui… LAURENT FABIUS Mais l'hymne, la Marseillaise, ce n'est pas : « Allez enfants de la patrie », c'est « Allons, enfants de la patrie », c'est-à-dire, allons-y tous ! Et je dis souvent en souriant à mes collègues et amis européens : je vous remercie énormément de vos félicitations, et j'espère qu'elles vont se traduire par un accompagnement concret. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc l'Europe doit prendre en compte dans l'examen du budget de la France des engagements militaires de la France à l'étranger ? LAURENT FABIUS Ce n'est pas en ces termes-là, mais il faut avoir une appréciation globale. Vous avez parlé de la Libye, bon, la Libye, le Nord de la Libye est à 350 kilomètres de l'Italie, ce qui se passe là-bas, en Afrique, certains disent : il ne faut pas s'en mêler, mais il faut bien voir que si ça tourne mal là-bas, ça a des conséquences chez nous, vous le savez. Et donc l'Europe, qui est une grande puissance, doit se préoccuper sans ingérence de ce qui se passe en Afrique, pas seulement de ce qui se passe à l'Est, c'est utile, mais aussi de ce qui se passe en Afrique… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais alors est-ce qu'on doit envisager une intervention en Libye ? LAURENT FABIUS Non, ce n'est pas en ces termes, je pense que ce qui est essentiel, et l'envoyé des Nations-Unies, monsieur Bernardino LEON, le fait, c'est d'abord de rapprocher les deux camps, vous savez qu'il y a deux gouvernements, deux Parlements, donc il faut qu'ils travaillent… JEAN-JACQUES BOURDIN Deux capitales. LAURENT FABIUS Voilà, deux capitales. Il faut qu'ils travaillent ensemble politiquement, donc là, comme en Syrie, la solution prioritairement est politique. Ensuite, il faudra se préoccuper des terroristes qui sont très nombreux, en particulier dans le Sud. JEAN-JACQUES BOURDIN Je reviens à l'Europe quand même, la France n'est-elle pas vue comme une petite puissance économique et politique, franchement, aujourd'hui, de Bruxelles ? LAURENT FABIUS Non… JEAN-JACQUES BOURDIN Attendez, nouveau délai accordé à la France, mais on est sous surveillance, en mars, nous devons montrer nos ajustements budgétaires, en avril… LAURENT FABIUS Je vois dans votre oeil… JEAN-JACQUES BOURDIN Ce qui frise… LAURENT FABIUS Oui, qui frise, non, que vous ne croyez pas vraiment à cela. Bon, on nous demande des choses sur le plan économique… JEAN-JACQUES BOURDIN Non, si, je crois. Attendez, on nous demande : ajustements budgétaires en mars, réformes structurelles en avril, évaluation de l'impact des réformes en mai ; on est sous surveillance de Bruxelles, c'est-à-dire que tous les mois, on va à Bruxelles… LAURENT FABIUS Alors, Monsieur BOURDIN, deux aspects différents, d'abord, la France n'est pas une petite puissance économique et politique, la France est un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, et la France est une puissance militaire, la France est une puissance… Est la cinquième puissance économique du monde, il y en a 190 derrière, alors si on est une petite, il y en a 190 qui sont plus petites. La France est une puissance scientifique, la France est une puissance qui a des principes, non, la France, ce n'est pas une petite puissance. Mais en même temps, la France, économiquement, elle a des progrès à faire, pas seulement par rapport à l'Europe, mais en général. Quand vous avez un déficit budgétaire important, quand vous avez des dettes, quand vous avez une croissance insuffisante, que l'Europe nous dise quelque chose, non, de toutes les manières, il faut agir, on a commencé à le faire, mais il y a encore… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais l'Europe nous a mis sous surveillance, Laurent FABIUS ! LAURENT FABIUS Mais il y a des règles, il y a des règles quand vous faites partie d'un club, vous faites peut-être partie d'un club de football ou de rugby… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui… LAURENT FABIUS Il faut respecter les règles. Mais ça n'est pas par rapport à l'Europe… JEAN-JACQUES BOURDIN Sauf qu'on demande des reports tous les deux ans… LAURENT FABIUS Ce n'est pas par rapport spécifiquement à l'Europe, c'est par rapport à l'exigence. Si on veut régler la question de l'emploi, qui est quand même la chose numéro un, il faut de la croissance, si on veut de la croissance, il faut moderniser notre économie, la rendre plus compétitive, c'est ce qu'on est en train d'essayer de faire, et l'Europe prend acte de cela. JEAN-JACQUES BOURDIN Laurent FABIUS, une question que j'avais envie de vous poser… LAURENT FABIUS Je vous en prie… JEAN-JACQUES BOURDIN Qui sort un peu de votre cadre, la loi de 1905… LAURENT FABIUS Sur la séparation de l'église et de l'Etat… JEAN-JACQUES BOURDIN Sur la séparation de l'église et de l'Etat, n'est-ce pas le moment de la modifier cette loi, de la faire évoluer, de la moderniser ? LAURENT FABIUS Non, je ne pense pas… JEAN-JACQUES BOURDIN Non ? LAURENT FABIUS Je ne pense pas. JEAN-JACQUES BOURDIN Elle est figée dans le temps quoi qu'il arrive ? LAURENT FABIUS D'abord, c'est une grande loi, vraiment, c'est principiel pour la République, bon, simplement, beaucoup de gens font remarquer, et ils ont raison, que, à l'époque, quand la loi a été faite, il y avait, donc par rapport à la religion, la religion, c'était la religion catholique, et il n'y avait pas des musulmans, autant de musulmans qu'en France, mais on peut très bien, et j'ai beaucoup apprécié les propositions de Bernard CAZENEUVE, du ministre de l'Intérieur, en respectant la loi de 1905, sans la changer, faire en sorte par exemple qu'on puisse former les imams, qu'on puisse développer… Lutter contre la radicalisation, c'est ça qu'il faut faire. Mais pas changer la loi… JEAN-JACQUES BOURDIN On ne touche pas à cette loi ? LAURENT FABIUS Non, ce n'est pas nécessaire. Et ce serait à mon avis une faute. Vous savez, il y a un grand esprit qui a dit : il faut toucher aux lois avec une plume tremblante. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous allez présider cette grande conférence sur le climat, qui se déroulera fin novembre, début décembre, à Paris, prochain. LAURENT FABIUS Exact. JEAN-JACQUES BOURDIN Laurent FABIUS, qu'est-ce qui pourrait faire échouer ? LAURENT FABIUS Beaucoup de choses… JEAN-JACQUES BOURDIN Moi, je préfèrerais qu'elle réussisse pour la planète… LAURENT FABIUS Eh bien oui, tout le monde… JEAN-JACQUES BOURDIN Pour la planète, et tout le monde… LAURENT FABIUS Tout le monde doit le souhaiter… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais aujourd'hui… LAURENT FABIUS C'est compliqué… JEAN-JACQUES BOURDIN Qu'est-ce qui pourrait la faire échouer ? LAURENT FABIUS Bon, je prends les choses à l'envers… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, je le fais volontairement, mais, oui, allez-y… LAURENT FABIUS C'est très compliqué, parce que, il y a 196 parties, et il faut qu'à la fin de la conférence, puisque je vais la présider, je dise, une fois qu'on aura élaboré le texte : Mesdames et Messieurs, que ceux qui sont d'avis de l'adopter lèvent la main, que ceux qui sont d'un avis contraire lèvent la main. Et il ne faut pas qu'il y ait d'avis contraires. Car on ne peut c'est une règle de l'ONU on ne peut avoir un accord que si tout le monde est d'accord. Donc imaginez mettre d'accord la Russie, les Etats-Unis, la Chine, la Malaisie, le Canada, l'Australie, l'Europe, etc. Donc ça, c'est la principale difficulté. Mais l'objectif, il est absolument central, vous savez que, actuellement, on envoie des gaz à effet de serre qui font que le climat est en train de se détraquer complètement, le dérèglement climatique, les typhons, les phénomènes, vous n'arrêtez pas de montrer à la télé… JEAN-JACQUES BOURDIN Et les réfugiés climatiques… LAURENT FABIUS Et les réfugiés climatiques, avec les conséquences sur la paix, etc… Et donc notre objectif, c'est d'arriver à un accord qui fasse que la température n'augmente pas de plus de deux degrés, c'est très compliqué, ça demande des négociations. Et toute l'année, le président de la République et moi-même, nous allons nous consacrer à cette tâche, là, dans le mois qui vient, je serai au Japon, je serai au Groenland, nous allons… à chaque fois qu'un visiteur étranger vient, nous nous saisissons de cela. C'est la plus grande conférence jamais organisée en France, 40.000 personnes, des délégués, 20.000 délégués, 3.000 journalistes, l'objectif, c'est tout simplement que la planète soit vivable. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/125.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/125.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1c136a60ebb7995a1525f764e2b703069f9def52 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/125.txt @@ -0,0 +1 @@ +Messieurs les représentants des autorités religieuses, Mesdames et Messieurs les officiers généraux, Messieurs les aumôniers en chef, Mesdames et Messieurs les aumôniers, Mesdames et Messieurs, C'est un honneur et un plaisir de vous accueillir à l'Hôtel de Brienne, pour célébrer les dix ans d'existence de l'aumônerie musulmane aux armées. Certains anniversaires ont une importance particulière, au-delà même de l'événement qu'ils viennent célébrer. Celui qui nous rassemble aujourd'hui trouve ainsi ses racines dans l'engagement, depuis plus de deux siècles, de soldats de confession ou de culture musulmane au sein des armées françaises. Ceux que l'on appelait jadis les Mamelouks de l'armée napoléonienne, ceux qui combattaient naguère comme spahis, tirailleurs, zouaves, turcos ou encore goumiers, et toutes celles et tous ceux qui, aujourd'hui, reconnaissent l'islam comme leur religion, et la France comme leur patrie, qu'ils ont fait le choix de défendre par les armes, tous méritent notre reconnaissance. C'est l'Histoire qui a scellé cet engagement au cœur de la Nation française. Tant de fois, des soldats musulmans ont versé leur sang, ont donné leur vie, pour que la France recouvre sa liberté ou demeure une terre fraternelle. Au cours des deux guerres mondiales en particulier, ils ont fait la preuve du plus grand courage. Dès 1917, au lendemain de la bataille de Verdun qui devait faire 70 000 morts parmi eux, la France a reconnu le sacrifice de ces soldats qui avaient quitté la terre de leurs pères pour venir défendre la République. Cette reconnaissance s'est notamment exprimée à travers la construction de la Grande Mosquée de Paris, à l'initiative des maréchaux de France. L'un d'eux, le maréchal Lyautey, avait d'ailleurs déclaré : « Quand s'érigera le minaret que vous allez construire, il ne montera vers le beau ciel bleu de l'Île de France qu'une prière de plus, dont les tours catholiques de Notre-Dame ne seront point jalouses ». Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les troupes d'Afrique du Nord et d'Afrique sub-saharienne ont contribué de manière décisive à l'épopée de la France libre. Elles furent notamment au cœur de la libération de la Corse, en octobre 1943, et ce sont elles encore que nous retrouvons à l'été 1944 dans les combats pour la libération de la Provence. Tous ces combats, qui ont valu à plusieurs de ces unités de recevoir de nombreuses décorations et d'être faites Compagnons de la libération en 1945, sont entrés dans la légende de nos armées. Elles en conçoivent une légitime fierté. Aujourd'hui, de nombreux soldats français de confession musulmane servent sous les drapeaux. Si rien ne les distingue de leurs frères et soeurs d'armes dans les combats qu'ils mènent ensemble pour défendre la France, ses intérêts et ses valeurs, il importait de leur garantir, comme aux autres, la libre observation du culte qu'ils ont choisi. C'était tout l'enjeu de la création de l'aumônerie militaire musulmane en 2005, et c'est plus que jamais le sens de l'action qu'elle porte aujourd'hui. En conformité avec la loi de 1905 portant séparation des Eglises et de l'Etat, qui garantit la liberté de culte dans les institutions publiques dites « fermées », la création de l'aumônerie militaire musulmane a d'abord répondu à l'objectif de normaliser la gestion du culte musulman dans les armées, et de mieux accompagner nos soldats, en leur apportant un soutien cultuel, dans l'accomplissement de leurs missions. Dix ans après sa mise en place, force est de constater que l'aumônerie musulmane aux armées s'est montrée à la hauteur des espoirs placés en elle et continue de répondre aujourd'hui aux attentes qui s'expriment à son égard. La légitimité qu'elle a acquise, le dynamisme qu'elle montre, sont d'autant plus remarquables qu'elle demeure encore jeune. Elle est aujourd'hui l'une des plus fortes parmi celles de nos alliés je pense notamment à l'OTAN. Le mérite en revient aux 38 aumôniers musulmans, parmi lesquels se trouvent notamment une femme et sept réservistes opérationnels. Trois d'entre eux sont actuellement déployés en opérations extérieures. Le mérite en revient bien sûr aussi, et je veux le saluer particulièrement, à Monsieur Abdelkader ARBI, aumônier en chef du culte musulman. Depuis l'origine, il anime avec passion et talent la vie de l'aumônerie. Je pense à la revue « Engagement », qui offre un support de grande qualité au débat toujours bienvenu sur l'engagement militaire et les convictions religieuses. Je pense aussi à l'organisation de pèlerinages à la Mecque, également permis par l'association de soutien à l'aumônerie musulmane des armées. Je pense encore à toutes les actions qu'il a initiées, dans les hôpitaux militaires ou au profit des jeunes des lycées militaires à travers l'organisation d'une pastorale. Mais l'anniversaire qui nous rassemble aujourd'hui ne marque pas seulement l'aboutissement d'une démarche, déjà importante, au profit de la pratique cultuelle de l'islam dans les armées. Au-delà, il rappelle combien le ministère de la défense a pris la mesure de ces enjeux, et s'offre aujourd'hui comme un exemple dont nous pouvons être fiers dans la gestion du fait religieux. C'est pourquoi, en ce jour important, j'ai tenu à rassembler les quatre aumôneries militaires de l'armée française en charge des cultes catholique, protestant, israélite et musulman, et avec elles les représentants des différentes autorités religieuses. Les différentes aumôneries militaires ont pour objectif premier de permettre aux soldats de pratiquer leur religion dans le cadre de leur engagement. Ce faisant, elles assurent un soutien moral, cultuel et spirituel au profit des combattants. Ce soutien peut dépasser son champ d’origine, tout en respectant l'identité religieuse de chacun. Ainsi, lorsqu'un aumônier est embarqué sur l'un de nos bâtiments, quelle que soit son appartenance cultuelle, il est au service de tous. A bord comme à terre, en opérations comme au sein des unités, l'aumônier est avant tout un homme ou une femme de dialogue, d'écoute, de discrétion aussi. Il témoigne au quotidien de l'ouverture d'esprit des aumôneries militaires, qui oeuvrent fréquemment de concert, dans un esprit de fraternité religieuse exemplaire. En opérations en particulier, nos aumôniers jouent un rôle crucial. Ils peuvent conseiller le commandement, notamment pour faire comprendre l'environnement religieux du théâtre où ils sont déployés. Mais dans ces circonstances où nos soldats se retrouvent souvent, dans une collective solitude, placés devant la vérité de leur engagement, ils sont surtout là pour aider à faire face à l'éloignement, à la blessure ou à la mort. Ils sont là, encore, cette fois loin des théâtres, pour accompagner les familles sur cet autre versant de l'absence, et soutenir tous ceux qui sont revenus meurtris par les combats qu'ils ont livrés, par la violence du monde dont ils sont les premiers témoins. Chacun le mesure, cette tâche est difficile. Elle est essentielle entre toutes. C'est pourquoi je tiens à saluer chaleureusement celles et ceux qui ont le courage car il n'en faut pas que pour l'affrontement militaire d'aller au bout de cette vocation. Les armées françaises, je l'ai dit, sont à l'image de notre société. Cette belle idée de la Nation en armes est à la fois un constat que nous faisons et une ambition que nous devons continuer de porter. Car il ne suffit pas de prendre acte des évolutions sociologiques. Il faut aussi adapter notre Défense, pour qu'elle soit pleinement en phase avec les légitimes aspirations de notre temps. En l'espace de deux décennies, des changements sensibles sont intervenus. Depuis 1992, grâce à une circulaire du ministre Pierre Joxe, les cantines militaires parviennent à respecter le régime halal ou casher des soldats qui en expriment le souhait. Les fêtes religieuses et les prières sont de la même manière préservées, autant que l'exigence opérationnelle le permet. Et la création de l'aumônerie musulmane a permis d'améliorer encore les conditions d'exercice du culte et le respect des rites alimentaires. Dans le même temps, nos armées se sont engagées avec force dans la lutte contre les discriminations religieuses. Il faut le dire, chez nous comme ailleurs, la discrimination et le racisme restent une réalité. Face à ces dérives, qui sont inacceptables, c'est toujours la fermeté du commandement et la fraternité d'armes qui constitueront les réponses adéquates. Ministre de la défense, je n'accepterai jamais qu'un soldat français soit montré du doigt parce qu'il est musulman, qu'il soit victime d'amalgames avec ceux qui abîment le message de l'islam et voudraient en faire une doctrine de rejet et de haine. Pour moi, comme pour l'ensemble des armées, la valeur d'un soldat s'apprécie à la seule aune de son engagement au service de la France. Mais nous devons aussi, et je l'ai rappelé, lui permettre d'observer le culte de son choix. C'est le modèle français. C'est tout le sens de notre laïcité. Cette laïcité à la française, fondée sur la séparation des Eglises c'est-à-dire des religions et de l'Etat, permet un vivre-ensemble, qui respecte les convictions de chacun. En laissant le choix de croire ou de ne pas croire, en garantissant la liberté de tous les cultes et en même temps l'universalité de la République, elle offre à la Nation française un formidable cadre de cohésion et d'apaisement. L'armée, institution républicaine qui est garante de la tranquillité de la Nation, a inscrit la laïcité en son cœur. Bien sûr, elle l'a adaptée aux impératifs de l'engagement militaire, avec la création d'aumôneries qui prennent toute leur part au dialogue entre le pluralisme des religions et l'universalisme des valeurs portées par nos soldats. Aujourd'hui, alors que nous célébrons les dix ans d'existence de l'aumônerie militaire musulmane, nos armées s'offrent à nouveau comme un exemple intéressant qui souligne l'intérêt et peut-être la nécessité de former les représentants de l'islam en France. La radicalisation est aussi un risque dans les armées françaises, toujours à l'image de notre société. Face à ce risque, les aumôniers ont un rôle évident à jouer, mais nous devons plus largement favoriser les conditions d'existence d'un islam français, nourri de cet esprit de bienveillance, de tolérance et d'universalité, et qu'autorise précisément la laïcité d'apaisement qui nous rassemble. Devant ces défis, l'excellence du recrutement et de la formation de nos aumôniers est une exigence que nous devons continuer d'affirmer. Le parcours de Haïm KORSIA, que je suis heureux de saluer parmi nous, aumônier en chef du culte israélite élu le 22 juin dernier Grand Rabbin de France, est un exemple parmi de nombreux autres, tous cultes confondus, qui montrent que nos aumôneries militaires peuvent être des pépinières de personnalités religieuses d'avenir. Elles peuvent abriter des individualités fortes qui servent aujourd'hui nos armées et iront demain, sans perdre le lien avec notre Défense, irriguer les composantes confessionnelles de la société tout entière. Mesdames et Messieurs, Comme le rappelait le Président de la République en décembre 2012 : « La laïcité n'est pas un contrat, une doctrine ou un dogme de plus. Elle n'est pas la religion de ceux qui n'ont pas de religion. La laïcité est l'art du vivre-ensemble ». Ce vivre-ensemble est une expérience concrète au sein de nos armées. C'est la fraternité d'armes. C'est la cohésion des hommes et des femmes. Mais c'est aussi la tolérance et le respect qui peuvent les rassembler dans une même cause, celle de la défense de la France. Aujourd'hui, toutes les aumôneries sont rassemblées, et c'est bien ensemble que nous devons incarner cette laïcité. Car il ne suffit pas d'en parler, il faut la faire vivre au quotidien, et je tenais aussi à profiter de cette occasion, Mesdames et Messieurs les aumôniers des quatre cultes, pour vous dire que vous en êtes la plus remarquable expression. A l'heure où notre société s'interroge sur certaines de ses valeurs constitutives, il y a là un exemple que nous pouvons lui recommander de suivre. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/126.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/126.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8fd3f1c8774a9cc8c8b56cc6339341547279e172 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/126.txt @@ -0,0 +1 @@ +Ruth Elkrief Bonsoir Bernard Cazeneuve. Merci beaucoup d'être en direct avec nous depuis Toulouse au lendemain de l'attentat de Tunis et trois ans jour pour jour après l'attentat contre une école juive. Bernard Cazeneuve Bonsoir. Ruth Elkrief Vous êtes donc à Toulouse pour les cérémonies de commémoration à la mémoire donc des victimes de la tuerie de Merah. Nous allons en parler dans un instant. Mais demain, vous vous rendez à Tunis. Est-ce que vous en savez plus sur l'enquête ? Ce soir, c'est Daech, l'État islamique qui revendique cet attentat. On a évoqué l'hypothèse d'une troisième victime française. Que sait-on de plus ce soir sur cet attentat ? Bernard Cazeneuve D'abord, Daech a revendiqué cet attentat. Il y a une enquête en cours, elle confirmera cette revendication ou pas. Et j'aurai plus d'informations à donner lorsque j'aurai rencontré mon homologue tunisien demain puisque je me rends à Tunis, d'abord, pour apporter un message de solidarité de la France à l'égard du peuple tunisien durement frappé hier, ensuite parce qu'il y a une relation d'amitié, une tradition de coopération entre nos services de justice et de police. Et lorsqu'un pays ami est si durement frappé par le terrorisme, cette coopération doit se matérialiser vite parce qu'il faut vite neutraliser les auteurs, très vite démanteler les filières qui les ont accompagnés et leurs complices. Donc je me rends demain pour apporter un message de solidarité et parce qu'aussi nous sommes dans la coopération avec nos partenaires pour lutter contre le terrorisme. Nous luttons contre le terrorisme à l'intérieur de façon résolue à travers des dispositifs nouveaux et nous luttons à l'extérieur par la coopération avec nos partenaires et sur le théâtre d'opération où les terroristes frappent en s'en prenant aux valeurs que nous incarnons. Ruth Elkrief Concrètement, cette coopération, elle veut, elle va s'incarner de quelle façon ? Est-ce qu'il y a des moyens supplémentaires, des échanges d'informations, des… ? Donnez… Dites-nous-en plus. Bernard Cazeneuve Eh ben d'abord, nous avons le devoir de démanteler des filières qui agissent partout sur la bande sahélo-saharienne et qui peuvent frapper des pays de l'Union européenne. Nous savons que ceux qui nous frappent peuvent agir après avoir commandités par des organisations qui sont dispatchées sur la bande sahélo-saharienne. Donc, notre objectif, c'est de démanteler ces filières et nous ne pouvons le faire que si nous accroissons notre coopération policière, notre coopération en matière de renseignement. Et c'est ce que nous faisons et ce que je vais aller intensifier demain. Par ailleurs, nos amis tunisiens ont peut-être besoin, dans les circonstances, pour conduire les enquêtes, pour démanteler des filières, de moyens dont nous disposons et j'ai indiqué dès aujourd'hui au ministre des Affaires étrangères tunisien que la France se tenait à la disposition de la Tunisie pour lui apporter aide et concours. Et la Direction de la coopération internationale du ministère de l'Intérieur s'est mise dès aujourd'hui en relation avec le ministère de l'Intérieur tunisien de manière à préparer mon déplacement de demain. Et je rendrai compte de tout cela demain à l'occasion d'une conférence de presse à Tunis. Ruth Elkrief Trois ans après la tuerie de Merah, vous allez prononcer ce soir un discours à la mémoire de ces victimes. Mais franchement, avec le recul, est-ce qu'on a vraiment tiré suffisamment de leçons de cette attaque qui en a annoncé finalement tant d'autres ? Bernard Cazeneuve Mais la lutte contre le terrorisme, compte tenu de l'ampleur du phénomène auquel nous sommes confrontés, Ruth Elkrief, c'est une lutte sans trêve ni pause qui implique que l'on prenne tous les jours des mesures parce que nous sommes face à des barbares, à des acteurs qui, en permanence, adaptent leurs modalités d'intervention pour nous frapper avec violence. Donc, oui, nous prenons des mesures et ce gouvernement en prend. Nous avons augmenté considérablement les moyens des services de renseignement en emplois : près de 1 500 emplois créés en l'espace de quelques années. Une augmentation considérable des budgets pour permettre la numérisation, pour permettre le développement de nouvelles technologies, pour permettre l'accès à la modernisation des systèmes d'information et de communication sans lesquels on ne peut pas efficacement lutter contre le terrorisme. Nous renforçons aussi les moyens du renseignement territorial. Nous avons voté deux lois contre le terrorisme dont la récente met en place l'interdiction de sortie du territoire, le blocage administratif des sites ou met en place l'entreprise individuelle terroriste pour lutter contre les actes de ceux qui s'autoradicalisent. Et ce matin, nous avons annoncé de nouvelles dispositions qui permettent d'encadrer l'activité des services de renseignement, d'exercer sur eux un contrôle, en même temps, qu'on leur donne plus de moyens pour prévenir les actes terroristes. Donc nous agissons, ce gouvernement, la France, en liaison avec les pays de l'Union européenne, encore une fois, sans trêve ni pause. Et nous agissons aussi au plan européen pour qu'il y ait une réforme du code Schengen, pour qu'il y ait des contrôles systématiques et coordonnés aux frontières extérieures de l'Union européenne, pour arrêter les combattants étrangers qui reviennent des théâtres d'opérations terroristes. Nous nous battons pour la mise en place du PNR européen. Bref, ce gouvernement est sur le métier et j'estime que mon rôle de ministre de l'Intérieur, c'est de faire bouger l'Europe, c'est de prendre des dispositions en France, c'est de prendre toutes les précautions pour que les Français soient le mieux protégés possible. Ruth Elkrief Cette loi sur le renseignement, qui a été présentée ce matin par Manuel Valls vous étiez à ses côtés, elle semble faire consensus mais elle inquiète aussi un certain nombre de personnalités : les avocats, certains juges et, pour le nommer, le juge Trévidic, spécialiste de l'antiterrorisme, qui considère qu'elle est valable tant qu'elle se limite à la lutte antiterroriste mais qui s'inquiète lorsqu'elle pourrait s'appliquer à la défense nationale, à la défense des intérêts économiques, scientifiques, à la prévention de la criminalité organisée parce que vous allez avoir, grâce à cette loi, recours à un très grand nombre de moyens logiciels espions, appareils de géolocalisation, capteurs de proximité des téléphones mobiles. Est-ce que, eh bien ce n'est pas carte blanche à une intrusion dans notre vie privée ? Bernard Cazeneuve Mais je veux rassurer le juge Trévidic et d'autres acteurs que je connais et pour lesquels j'ai considération sur un sujet sur lequel il est normal qu'il y ait un débat. Mais dès lors qu'il y a un débat, il faut que ceux qui portent un texte de loi soient dans la clarté. Qu'est-ce que nous voulons faire ? Nous voulons d'abord que l'activité des services de renseignement ce qui n'est pas le cas en France contrairement à ce qui se passe dans d'autres grandes démocraties soit encadrée, contrôlée, contrôlée par une autorité administrative indépendante dont les pouvoirs seront renforcés, ainsi que les moyens, qu'il y ait la mobilité pour un juge de se prononcer sur les techniques qui sont mises en œuvre et leur opportunité et qu'il y ait un contrôle parlementaire. Cela n'était pas le cas et nous le mettons en place parce que nous voulons précisément, parce que nous sommes soucieux des libertés publiques, que nous sommes attachés à voir les services de renseignement s'inscrire comme de grands services publics dans la démocratie, nous voulons que ces services soient encadrés et contrôlés. Et ensuite, nous avons besoin, face au terrorisme, parce que nous devons prévenir des actes terroristes c'est ça que les Français attendent de nous, nous avons besoin de techniques qui nous permettent, sous le contrôle d'une autorité administrative du Parlement, du juge, d'être efficaces dans la lutte contre le terrorisme. Je comprends que certains veuillent que tout se passe sous le contrôle du juge judiciaire. Mais le juge judiciaire, il intervient quand des actes ont été commis, dès lors que des affaires sont judiciarisées. Nous, nous souhaitons prévenir ces actes pour qu'ils ne soient pas commis, pour que les Français n'aient pas à souffrir encore de violences, de meurtres, de crimes dont on a vu la dimension de barbarie. Et pour cela, nous prenons des mesures de police administrative mobilisent des techniques et ces techniques doivent être encadrées, elles doivent être surveillées, elles doivent pouvoir faire l'objet de l'appréciation du juge administratif et de l'appréciation d'une autorité administrative indépendante. Notre loi, c'est plus de démocratie et de contrôle, plus de respect des libertés et plus d'efficacité dans la lutte antiterroriste et dans la défense des intérêts supérieurs de la nation. Et ça j'en suis convaincu, les Français le comprennent parfaitement. Et je suis convaincu aussi que le débat qui va s'ouvrir au Parlement va être l'occasion pour le gouvernement, avec sincérité, avec rigueur, avec précision, d'apporter toutes les réponses aux questions légitimes qui se posent de manière à ce que chacun soit rassuré. Ruth Elkrief Justement, à l'UMP, on se prépare peut-être à approuver votre loi à condition qu'elle ne soit pas édulcorée par le débat, qu'elle ne soit pas transformée par des amendements qui viendraient de la gauche, de votre majorité et qui pourraient la transformer. Ça vous inquiète ? Bernard Cazeneuve Mais on ne peut pas aborder un débat parlementaire en disant : le texte qui vient sur le bureau du Parlement est un texte qui doit sortir du Parlement comme il y est rentré. Ou alors il faut mettre fin à la démocratie parlementaire. Mais ce texte, il a un équilibre. Et parce qu'il a un équilibre entre nécessité de protéger les libertés et nécessité de protéger les Français, c'est un texte qui a sa force, sa cohérence intrinsèque et nous ne souhaitons pas le voir dénaturé. Mais ne pas vouloir voir un texte qu'on porte avec sincérité, après y avoir beaucoup travaillé, ne pas vouloir le voir dénaturé ne signifie pas qu'on exclut pour ce texte qu'il y ait un débat. Et je suis convaincu d'ailleurs que le débat aidant, l'UMP, une fois de plus, aura une position plus nuancée. D'ailleurs, vous le savez, moi, sur les grandes questions qui concernent le pays, qui engagent son avenir la lutte contre le terrorisme, la défense de la laïcité, les valeurs républicaines, je ne cherche pas le conflit, je cherche la cohésion, la cohérence, la force parce qu'on n'affronte pas ces défis dans la division, dans les calculs politiciens, dans l'abaissement des tactiques de parti. C'est dans l'évocation des valeurs de la République, en s'élevant au niveau de l'enjeu que l'on parvient à convaincre les Français et à demeurer debout face aux terroristes qui cherchent à nous frapper. Ruth Elkrief Le Front national dénonce cette loi en disant que ça va être l'État Big Brother, un texte qui bafoue ouvertement les règles élémentaires de l'État de droit… Bernard Cazeneuve Je ne vous entends plus… Ruth Elkrief Le Front national dénonce votre texte en disant qu'il bafoue les règles élémentaires de l'État de droit et… Bernard Cazeneuve Je ne vous entends plus… Ruth Elkrief Voilà, donc il… Marine Le Pen dit que la seule manière de lutter contre le terrorisme, c'est le gel de la construction de nouvelles mosquées. Est-ce que vous m'entendez ? Apparemment, vous ne… Bernard Cazeneuve Nous avons un petit problème technique. Je ne sais pas si vous m'entendez. Ruth Elkrief Voilà… Bernard Cazeneuve Je vous entends de nouveau. Je vous entends. Ruth Elkrief Non, moi, je vous entends très bien, voilà. Je voudrais vous dire que le Front national considère que votre texte… Bernard Cazeneuve Parfait ! Je vous entends de nouveau… Ruth Elkrief Voilà. Donc le Front national considère que votre texte bafoue les règles de l'État de droit et que ce sera un État Big Brother et qu'en revanche, pour lutter vraiment contre le terrorisme, il faut geler la construction de nouvelles mosquées. Que répondez-vous ? Bernard Cazeneuve Je réponds au Front national qu'une fois de plus, sur ce sujet comme sur d'autres, il cherche non pas les solutions mais les problèmes, il cherche non pas non la cohésion de la nation, la force de la République face aux défis auxquels elle est confrontés mais son abaissement dans les divisions, les querelles, les approximations, les amalgames et je dois le dire les mensonges. Madame Le Pen est contre toutes les solutions qui sont proposées par la plupart des pays européens dans l'unité d'ailleurs de ces pays pour lutter efficacement contre le terrorisme. 70 % de ceux qui basculent dans le terrorisme basculent par Internet et toutes les études montrent que c'est très marginalement dans la fréquentation des mosquées que la radicalisation s'effectue, même s'il y a effectivement des imams radicaux qui contribuent à faire basculer des jeunes. Pas seulement des imams d'ailleurs, des recruteurs que nous nous employons, pour les premiers, à expulser lorsqu'ils sont de nationalité étrangère, et pour les seconds, les filières, à démanteler. Mais aujourd'hui, la solution au terrorisme, ce n'est pas une déclaration de guerre aux musulmans de France qui sont, pour une immense majorité d'entre eux, dans la République et qui souhaitent, dans le respect de la laïcité, pouvoir pratiquer leur culte sereinement… Ruth Elkrief Merci beaucoup… Bernard Cazeneuve Respectueusement de ce que sont les règles de la République et respectueusement de ce que sont les autres religions. Donc, à chaque fois que nous proposons une solution pertinente que, d'ailleurs, tous les autres pays de l'Union européenne prennent également comme des solutions à promouvoir pour sortir du terrorisme, Madame Le Pen, elle, casse les solutions et cherche les problèmes parce que c'est sur le terreau des problèmes, des divisions, des petites haines qu'elle espère prospérer électoralement. Ruth Elkrief Merci beaucoup Bernard Cazeneuve d'avoir été en direct avec nous depuis Toulouse. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/127.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/127.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..71d1b2963d829d635e1c27b67b50646c766f44f5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/127.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle les questions sur la politique pénale. Je vous rappelle que la conférence des présidents a fixé à deux minutes la durée maximale de chaque question et de chaque réponse, sans droit de réplique. Nous commençons par les questions du groupe UMP. La parole est à M. Philippe Goujon. M. Philippe Goujon. Madame la garde des sceaux, le 2 février, le Conseil d'État annulait partiellement votre circulaire du 31 mars 2013, fixant la clé de répartition des mineurs isolés étrangers entre les départements, à la demande, précisons-le, du conseil général des Alpes-Maritimes. Aujourd'hui, Paris et la Seine-Saint-Denis, qui en accueillent jusqu'à un tiers, constituent des zones d'influence particulièrement tendues, comme les Alpes-Maritimes d'ailleurs. La Mairie de Paris les estime à 16 000, soit trois fois plus qu'il y a cinq ans et le budget dédié à leur accueil a triplé, passant de 31 à 93 millions, soit un quart des 400 millions du budget de l'aide sociale à l'enfance. L'Assemblée des départements de France, encore de gauche pour quelques jours, a dénoncé la compensation insuffisante de ce coût pour l'État qui ne prend en charge qu'un cinquantième des 50 000 euros par an que représente l'accueil d'un mineur étranger isolé. Or le Gouvernement a supprimé l'article 24 bis de la loi NOTRe qui revalorisait cette compensation. En pratique, ce sont donc principalement les Parisiens qui assument les conséquences budgétaires de la politique nationale d'immigration d'essence régalienne. Madame la ministre, quand l'État compensera-t-il le coût de sa politique migratoire, que l'on peut considérer comme indûment supportée, même si c'est partiellement, par les Parisiens ? Allez-vous réintroduire la clé de répartition des mineurs isolés qui permettrait d'équilibrer cette charge entre tous les départements ? Alors que les mineurs étrangers délinquants représentaient 62 % des déferrements en 2013, il est tout aussi urgent de prendre les mesures d'expulsion ou d'extraction du milieu familial d'origine qui s'imposent. Combien de mesures de cette nature ont-elles été prises à Paris l'an dernier et depuis le début de l'année ? Enfin, alors que la délinquance des mineurs représente 18 % de la délinquance générale et 3 292 déferrements à Paris en 2013, et en référence à une promesse de campagne du Président de la République d'en multiplier le nombre, ne serait-il pas opportun, avec l'aide de la Ville de Paris, dont je ne saurais douter, d'ouvrir un centre éducatif fermé dans la capitale ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.) M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, monsieur le député Philippe Goujon, vous savez qu'au sujet des mineurs étrangers isolés, ce Gouvernement a mis en œuvre et consolidé un dispositif qui permet de répartir les mineurs étrangers isolés sur l'ensemble du territoire de façon à ne pas surcharger les départements sur lesquels pesait une arrivée importante de ces mineurs et à en appeler aux autres départements. Vous savez parfaitement que cette répartition a été telle qu'aucun département, mais absolument aucun, n'a conservé la totalité des mineurs qui sont arrivés sur son territoire, ce qui témoigne de la pertinence et de l'efficacité de ce dispositif, conduit par un comité de pilotage national, qui rassemble le ministère de la justice, le ministère de l'intérieur, le ministère de la santé et des affaires sociales, ainsi que l'Assemblée des départements de France, laquelle s'est montrée parfaitement responsable dans ce processus puisque nous l'avons conçu et mis en place ensemble. Le Conseil d'État n'a pas censuré la totalité de la circulaire, mais a simplement indiqué que, pour ce qui concerne la disposition de répartition sur l'ensemble du territoire, il était souhaitable de disposer d'une base législative et non pas seulement réglementaire, ce qui n'a pas remis en cause ce dispositif. Au contraire, la pertinence en a été reconnue. Le Gouvernement assume ses responsabilités car, avant notre arrivée, c'était essentiellement le département de la Seine-Saint-Denis, Paris en tant que ville et département, l'Ille-et-Vilaine et quelques autres départements qui assumaient une charge relevant de l'État. Nous avons mis en place et systématisé la prise en charge par l'État de toute la période relative à la définition de l'âge du mineur. L'ensemble des départements en a profité car un département n'a conservé au maximum que la moitié des mineurs qui y sont arrivés. M. le président. La parole est à M. Éric Ciotti. M. Éric Ciotti. Nous examinerons dans quelques jours le projet de loi relatif au renseignement qui est marqué, alors que le contexte de lutte contre le terrorisme imposerait des réponses judiciaires fortes, par l'absence de tout volet judiciaire. Je voudrais vous interroger ce soir sur un point particulier qui a motivé la saisine par un syndicat de magistrats de la commission d'enquête sur le suivi des filières djihadistes et qui est l'une des conséquences de la loi relative à la réforme pénale, que vous avez portée, en particulier de son article 9 qui supprime l'autorisation préalable de sortie du territoire pour les condamnés à un sursis avec mise à l'épreuve. Avant l'entrée en vigueur de cette loi aux conséquences catastrophiques pour la délinquance dans notre pays, il était obligatoire d'obtenir une autorisation du juge de l'application des peines. Si la personne condamnée passait les frontières sans cette autorisation écrite, elle pouvait être arrêtée et le juge de l'application des peines pouvait la sanctionner. Désormais, la personne assujettie au sursis avec mise à l'épreuve doit seulement informer préalablement le juge de l'application des peines. Cette nuance est source de difficultés majeures et présente un risque de sortie du territoire national par des personnes qui peuvent rejoindre les théâtres d'opération de guerre. Dans le contexte de lutte contre le terrorisme qui doit nous mobiliser, nous vous demandons solennellement, madame la garde des sceaux, de revenir sur cet article extrêmement dangereux. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.) M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le député, je ne veux croire que ce soit par mauvaise foi, mais par mauvaise interprétation que, manifestement, vous comprenez cet article en dehors de ce qu'il signifie. Cette réforme pénale, qui concerne des condamnés de droit commun, qui font l'objet de dispositions pour la plupart déjà inscrites dans la loi pénitentiaire de 2009 et relatives aux conditions dans lesquelles se réalise le suivi de ces personnes qui tombent sous le coup du contrôle du juge d'application des peines, ne contrecarre en aucune mesure les dispositions de la loi du 13 novembre 2014. Vous savez que cette loi autorise par voie administrative l'interdiction de la sortie du territoire de même que l'interdiction d'entrée sur le territoire. Elle renforce de surcroît les conditions d'assignation à résidence. M. Éric Ciotti. Cela n'a rien à voir. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Par conséquent, il n'y a aucun risque mais vous persistez, par une vue de l'esprit, à faire ce procès permanent à la réforme pénale alors qu'elle instaure des dispositifs très efficaces, qu'il s'agisse de l'individualisation de la peine ou du suivi des personnes à leur sortie de prison – ce qui ne se produisait pas sous votre législature puisqu'on ne dénombrait pas moins de 90 % de sortie sèche, 98 % pour les maisons d'arrêt et les courtes peines. M. François Rochebloine. Quelle réussite ! Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. J'ai presque envie de vous appeler à l'humilité car quand on voit les résultats de votre politique pénale, en particulier le triplement de la récidive entre 2001 et 2011, lorsque l'on lit le rapport de M. Ciotti de 2011 et les propositions qu'il y inscrit, on réalise qu'en effet, incontestablement, vous êtes de mauvaise foi ! M. le président. La parole est à M. Guillaume Larrivé. M. Guillaume Larrivé. Il y a aujourd'hui dans nos prisons des individus condamnés dans des affaires liées au terrorisme djihadiste. Je veux évoquer en particulier le cas d'un individu placé à l'isolement à Fresnes, où je me suis rendu avec Pierre Lellouche. Il s'agit d'un certain Flavien Moreau, Nantais âgé de 28 ans, condamné cet automne par le tribunal correctionnel de Paris à sept ans de prison ferme pour avoir rejoint un groupe d'islamistes radicaux armés en Syrie. Déjà condamné treize fois dès l'adolescence pour des délits de droit commun, ce délinquant multirécidiviste s'est converti et a basculé dans le djihadisme armé. Cet individu extrêmement dangereux est susceptible de sortir de prison dans quelques années. Il est Français et n'a pas, à ma connaissance, de double nationalité. Il ne pourra donc pas être expulsé de notre territoire. Madame la garde des sceaux, que comptez-vous faire pour éviter cette sortie ? Pouvez-vous envisager qu'un djihadiste puisse, demain ou après-demain, être remis en liberté et circuler librement en France, en menaçant directement la sécurité de nos concitoyens ? Ce n'est pas acceptable, aussi avec MM. Ciotti et Goujon mais aussi l'ensemble des députés UMP, nous vous proposons qu'en pareil cas, une rétention de sûreté puisse être prononcée par une juridiction spécialisée afin que de tels individus, à la fin de leur période de prison, ne soient pas remis en liberté mais placés dans des centres de rétention spécialisés. Nous sommes convaincus de la nécessité de prévoir cette mesure pour les individus qui seront condamnés dans des affaires de djihadisme en étendant le champ de la loi de 2008 telle qu'elle avait été validée en partie par le Conseil constitutionnel, que vous aviez à l'époque saisi en tant que députée de l'opposition. Il en va de la sécurité des Français. Vous avez la responsabilité de les protéger. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.) M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Oui, c'est notre responsabilité et nous l'assumons pleinement. Je ne comprends pas pourquoi vous avez cité un cas particulier. Nous veillons à assurer la surveillance de tous ceux qui font l'objet de condamnations pour actes terroristes ou complicités d'actes terroristes. Nous devons assécher le terreau de recrutement dans les établissements pénitentiaires. D'ailleurs, seules 14 % des personnes de ces établissements ont pu, éventuellement, se radicaliser en prison, ce qui signifie, puisque vous en appelez à notre responsabilité à tous, que nous devons travailler sur les 86 % qui se radicalisent ailleurs, en particulier sur internet et les réseaux sociaux. Nous assurons la surveillance des personnes qui font l'objet de condamnations ou dont le procès pour acte de terrorisme est en cours. Nous le faisons efficacement. Nous connaissons d'ailleurs parfaitement la situation de ces personnes, celles qui sont très radicalisées sont isolées, celles qui sont en processus de radicalisation sont isolées dans un lieu dédié. M. François Rochebloine. C'est merveilleux... Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. La question n'est pas ce que vous inventez mais celle de la réalité. Or, les décisions de justice sont prononcées par les magistrats. La rétention de sûreté que vous avez inscrite dans le droit a fait l'objet d'une censure par le Conseil constitutionnel. M. Guillaume Larrivé. Censure partielle ! Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Cette rétention n'est pas conforme aux fondements de notre droit. Elle est inspirée par une loi nazie de 1933 qui a été censurée par la Cour européenne des droits de l'Homme en décembre 2009. Nous voulons pour notre part prendre des mesures efficaces et durables plutôt que donner des illusions à nos concitoyens. M. le président. Nous passons aux questions du groupe UDI. La parole est à M. Yannick Favennec. M. Yannick Favennec. Madame la garde des sceaux, il y a un peu plus d'un an, le 25 février 2014, j'avais attiré votre attention sur la situation des citoyens tirés au sort pour exercer des fonctions de jurés lors des procès d'assises. La difficulté de leur tâche ne doit pas être sous-estimée car ces hommes et ces femmes sont confrontés au détail de faits criminels extrêmement graves. Cette expérience représente bien souvent une épreuve pour ces citoyens. Contrairement aux magistrats professionnels qui ont fait le choix de la magistrature, ces jurés sont parfois confrontés, sans aucune préparation, à des faits dont la gravité et l'horreur peuvent provoquer un stress et des conséquences psychologiques sérieuses. Si le rôle du président de la cour d'assises, dans l'information et le soutien psychologique des jurés, ne doit pas être négligé, certains procès méritent une assistance d'une autre nature, ponctuelle, en amont et en aval du déroulement du procès. C'est pourquoi j'avais déposé une proposition de loi dont l'objet était de compléter le code de procédure pénale afin de permettre au président de la cour d'assise, lorsqu'il l'estime nécessaire, eu égard aux retentissements psychologiques qu'un procès est susceptible de provoquer sur les jurés, de décider de mettre en place un soutien en leur faveur. Vous m'aviez alors répondu que, pour certaines affaires, il conviendrait de prêter attention aux effets que ces procès pourraient avoir sur les jurés et vous m'aviez indiqué que vous demanderiez à l'administration une étude d'impact pour déterminer les conséquences de la présence d'équipes de psychologues dans les jurys d'assise. A-t-elle été réalisée ? Si oui, quels en sont les résultats ? (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI.) M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Vous m'aviez en effet interrogée l'an dernier sur ce point, monsieur Favennec ; je vous avais alors répondu que cette suggestion était la bienvenue et que j'y prêterais la plus grande attention. C'est ce que j'ai fait, à telle enseigne que lors du procès intenté pour des crimes contre l'humanité perpétrés au Rwanda, nous avons créé une cellule psychologique. Il va de soi que les victimes ont été prises en charge dans le dispositif mis en place à l'intention des personnes qui subissent des traumatismes de cette gravité, mais nous avons également créé une cellule de soutien psychologique pour les jurés, qui a travaillé dès la présentation des premiers témoignages et la projection d'images témoignant du génocide. S'agissant des attentats de janvier 2015, nous avons également créé une cellule de soutien psychologique qui a été extrêmement utile, en particulier aux magistrats : comme vous le savez, les magistrats de la section C1 comme l'ensemble du parquet de Paris et des magistrats du Siège ont assuré des permanences pendant plusieurs semaines. C'est compte tenu de leur forte mobilisation et des effets de la tragédie que nous avons tous vécue que nous avons également mis en place une cellule de soutien psychologique. Je précise que ceux qui sont ainsi mobilisés sont soit des psychologues de l'administration pénitentiaire, soit des psychologues du travail. Le groupe de travail que j'ai créé, comme je vous l'ai dit, doit me remettre ses conclusions dès le mois d'avril. Nous envisageons de généraliser ce dispositif pour les magistrats et les greffiers des juridictions car nous en avons perçu le besoin. S'agissant des jurés ou juges occasionnels, nous élargirons le dispositif en recourant à des psychologues rompus aux questions judiciaires et aptes à apporter des réponses plus adaptées. Je me réjouis donc de la suggestion que vous nous avez faite : vous voyez qu'elle est déjà appliquée et que nous allons la généraliser. M. le président. La parole est à M. François Rochebloine, pour le groupe de l'Union des démocrates et indépendants. M. François Rochebloine. Permettez-moi, madame la ministre, de revenir sur un dossier qui me tient particulièrement à cœur, que j'ai déjà plusieurs fois évoqué dans cet hémicycle et pour lequel je reste en attente d'une réponse de votre part. Il s'agit du devenir de la maison d'arrêt de la Loire qui est implantée sur le territoire de la commune de La Talaudière. Comme je l'ai souligné lors de l'examen du dernier projet de loi de finances, cet établissement est vétuste et ne répond plus aux normes en vigueur. Sa reconstruction est envisagée depuis plusieurs années mais, hélas, nous savons que les difficultés budgétaires que nous connaissons depuis plusieurs années ont conduit à différer sa programmation. Pourtant, de récents arbitrages sembleraient confirmer que la reconstruction de l'établissement est enfin reconnue comme la seule solution réaliste – ou du moins est-ce ce que laisse supposer la lettre d'information interne du ministère de la justice que vous avez publiée, madame la garde des Sceaux. Les personnels de la maison d'arrêt m'ont fait part de plusieurs interrogations concernant cette opération, tout comme les riverains immédiats qui subissent depuis plusieurs décennies les nuisances liées aux parloirs sauvages. Aussi, madame la ministre, pourriez-vous me préciser les intentions du ministère de la justice s'agissant de la nature de l'opération projetée en 2017, sa localisation et le calendrier prévu ? Vos réponses sont très attendues, sachant que je vous ai adressé des courriers à ce sujet le 24 novembre 2014 puis le 27 février 2015 – courriers qui, à ce jour, sont hélas demeurés sans réponse. Enfin, je souhaiterais vous rappeler la situation de l'association Auxilia, reconnue d'utilité publique, qui fournit à près de trois mille détenus un service d'enseignement à distance grâce à un réseau de bénévoles exceptionnels – réseau que je connais bien, puisque mon épouse y participe. Malheureusement, cette structure se heurte à de grosses difficultés en raison de la baisse de ses ressources. Quelles réponses le Gouvernement compte-t-il apporter à cette situation ? Je précise qu'il s'agit de bénévolat total ! M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Permettez-moi tout d'abord, monsieur le député, de rappeler le programme de construction immobilière par lequel nous avons décidé non seulement de rénover mais aussi d'étendre le parc immobilier de la justice. Un premier programme triennal d'extension porte sur 6 500 places supplémentaires nettes ; un deuxième programme triennal pour lequel les autorisations d'engagement vous ont été présentées dans le dernier projet de loi de finances prévoit la construction de 3 200 places supplémentaires nettes. Autrement dit, ce sont plus de 6 500 places nettes qui seront construites, tandis que 3 200 places vétustes seront fermées. M. François Rochebloine. Qu'en est-il du calendrier ? Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. L'établissement de La Talaudière, que vous évoquez, fait partie des quinze établissements considérés comme particulièrement vétustes. Deux critères principaux ont été retenus : la vétusté et la surpopulation carcérale. À cet égard, Maurice Vincent et Régis Juanico se sont fortement mobilisés. M. François Rochebloine. Vous l'avez déjà dit ! Je suis moi aussi intervenu à plusieurs reprises ! Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. En règle générale, sur les territoires, l'action des élus s'additionne. M. François Rochebloine. C'est trop facile ! Cela fait beaucoup plus longtemps que je suis ce dossier ! Ne faites pas de politique politicienne sur ce sujet ! M. le président. Écoutons la réponse de madame la ministre, je vous prie. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Je le répète : l'action des élus s'additionne, et c'est tant mieux. Il m'arrive de recevoir à la Chancellerie des élus de sensibilités différentes constitués en délégations qui prouvent que la mobilisation républicaine est entière dans l'intérêt des territoires. M. François Rochebloine. Très bien ! Qu'en est-il du calendrier ? Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Concernant l'établissement de La Talaudière, le préfet et les élus locaux sont chargés de trouver un terrain d'assiette. M. Philippe Gosselin. Nous vous attendons dans la Manche ! Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Je souhaite que ce terrain se situe en ville, car il est important que les établissements pénitentiaires soient accessibles, de sorte que les liens familiaux et sociaux soient maintenus. M. le président. Je vous remercie, madame la ministre. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Permettez-moi simplement de conclure en un mot, monsieur le président : les travaux se poursuivront jusqu'à la signature du contrat. M. François Rochebloine. Et ma deuxième question ? Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Concernant l'association qui vous préoccupe, vous savez que je la recevrai prochainement à la Chancellerie. Quoi qu'il en soit, mon intention n'était pas de diminuer vos mérites, monsieur le député ! M. François Rochebloine. Je vous remercie, madame la ministre ! M. le président. La parole est à M. Philippe Vigier, pour le groupe de l'Union des démocrates et indépendants. M. Philippe Vigier. Je souhaite, madame la garde des Sceaux, appeler une nouvelle fois votre attention sur le malaise grandissant qui touche l'ensemble des personnels pénitentiaires. Vous savez qu'ils sont mobilisés depuis 2013 pour dénoncer leurs conditions de travail qui ne cessent de se détériorer, la surpopulation carcérale et la très forte augmentation du nombre d'agressions. J'ai en mémoire le cas sur lequel je vous ai précisément alertée d'un jeune gardien de Châteaudun qui, le 3 février dernier, a été très violemment agressé – j'espère qu'il n'en conservera aucune séquelle. Ces faits sont récurrents, ces violences toujours plus nombreuses : prises d'otages, recrudescence des émeutes, et puis ce fameux article 57 de la loi pénitentiaire qui, comme vous le savez très bien, limite considérablement la fouille au corps des détenus. Cette montée de l'insécurité en milieu carcéral exige une réponse de l'administration pénitentiaire. Il faut accorder davantage de moyens humains et matériels et réaliser des travaux de sécurité, car il faut tout simplement ramener le calme dans ces établissements et permettre aux surveillants d'exercer leur mission dans des conditions de sécurité indispensables. Aujourd'hui, ces personnels pénitentiaires ont le sentiment d'être abandonnés. M. Yannick Favennec. Tout à fait ! M. Philippe Vigier. Vous savez que de très nombreux postes sont vacants, et que l'encadrement des détenus n'est plus convenablement assuré. C'est de la reconnaissance du travail des surveillants dont il s'agit, madame la ministre, et l'on ne saurait laisser les choses en l'état ! Mes questions sont donc simples. À l'heure où je vous parle, mille surveillants n'ont pas été remplacés. Quand le seront-ils ? M. François Rochebloine. Très bien ! M. Philippe Vigier. Les organisations syndicales vous demandent – à vous qui êtes attachée au dialogue social – de faire en sorte que se tiennent des états généraux du monde pénitentiaire. Quand auront-ils lieu ? Les surveillants attendent cette réponse avec une impatience permanente. Enfin, il se pose un problème statutaire que vous connaissez parfaitement, madame la ministre : l'alignement du statut des surveillants de catégorie C sur celui des fonctionnaires de police de catégorie B. Je vous remercie de me répondre avec précision ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI.) M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Je reconnais votre constance, monsieur le président Vigier, et la régularité avec laquelle vous m'interrogez sur cet établissement. Vous savez que nous sommes préoccupés par tous les incidents qui interviennent dans nos établissements, au point que j'ai établi dès janvier 2014 un plan de lutte contre la violence qui produit ses effets. M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. S'agissant de l'établissement auquel vous faites référence, nous avons suivi de très près l'agression qu'a subie ce surveillant et ses suites. D'autre part, j'ai demandé à l'inspection des services pénitentiaires d'évaluer les travaux que nous y avons effectués. Vous évoquez l'article 57 : je vous rappelle qu'il se trouve dans la loi pénitentiaire et qu'il régule les fouilles en interdisant les fouilles systématiques. Deux choses demeurent : j'ai rétabli les fouilles sectorielles, ce qui a donné lieu à une évaluation de l'inspection. Surtout, nous avons, par un plan de sécurisation que j'ai décidé en juin 2013 pour un montant de 33 millions d'euros, mis en place les portiques de détection qui permettent d'appliquer efficacement l'article 57 de la loi pénitentiaire – lequel était auparavant applicable à ceci près qu'il n'existait aucune alternative à la fouille systématique. Nous avons donc fait installer des portiques de détection de masse métallique et à ondes millimétriques. Ensuite, nous avons investi 67 000 euros pour installer des barreaux et des concertinas. Surtout, des travaux sont en cours pour un montant de 470 000 euros, et ils seront achevés en 2016. M. François Rochebloine. En 2016 ? Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Non, ils seront achevés avant cette date. En 2016, les études techniques concernant la rénovation des équipements d'incendie seront effectuées. Votre préoccupation concernant les effectifs est très juste. Vous savez qu'outre la création de 500 postes par année et les 681 postes que nous consacrons à l'ouverture et au renforcement d'établissements, j'ai obtenu en juillet 2014 un arbitrage concernant la création de 534 postes supplémentaires pour renforcer les équipes présentes dans les coursives. Ces postes manquaient : ils avaient été évoqués dans des lois de finances mais n'avaient jamais été créés. C'est sur cette base que j'ai obtenu qu'ils soient créés en plus et en cours d'année. Cet établissement sera donc renforcé et se situe au niveau de la moyenne nationale, soit 93 % de couverture. Cela étant, il recevra dans quelques mois l'appoint de quatre surveillants supplémentaires, ce qui lui permettra d'améliorer davantage son taux de couverture par rapport à cette moyenne nationale. M. Philippe Vigier. Et les états généraux ? M. le président. La parole est à M. Joël Giraud, pour le groupe radical, républicain, démocrate et progressiste. M. Joël Giraud. Selon les données de la Cour européenne des droits de l'homme, madame la garde des Sceaux, la France a été condamnée près de trois cents fois pour effraction aux délais raisonnables de jugement. Si de nombreux efforts ont été consentis en matière civile, qu'en est-il des délais moyens de traitement des procédures pénales ? Le projet de loi de finances pour 2015 affiche une prévision de baisse de ces délais. Pour les délits, le délai moyen prévu est de 12,4 mois en 2015 contre 12,6 mois en 2012 ; pour les crimes, il est de 35,8 mois en 2015 contre 36,1 mois en 2012 ; enfin, il est prévu une augmentation des délais en cassation qui passeraient de 163 jours en 2012 à 170 jours en 2015. En matière de crime, le délai moyen est en hausse depuis 2010, en raison de la complexification des dossiers d'assises, de l'augmentation du nombre de dossiers connus par les juridictions interrégionales spécialisées, les JIRS, et de la hausse des contentieux économiques et financiers. Parallèlement, le temps moyen qui est nécessaire au règlement d'un dossier d'assises est aussi en hausse. On constate donc une hausse globale du délai de traitement des affaires qui est notamment liée à un problème de gestion des juridictions, les magistrats ne se consacrant plus principalement à leur mission de dire le droit, mais étant aussi chargés de fonctions administratives en sus de leurs fonctions juridictionnelles. Pour enrayer cette difficulté, le projet de loi de finances pour 2015 a augmenté les crédits alloués pour les greffiers auxiliaires de justice en accroissant les effectifs et les rémunérations, et en leur reconnaissant de nouvelles compétences. Ainsi, nous nous interrogeons sur les possibilités de réduction des délais de jugement. Si des efforts ont été entrepris, sont-ils suffisants et quels sont-ils ? J'appelle en particulier votre attention sur les mineurs : en effet, des délais trop longs sont totalement contradictoires avec la notion de pédagogie de la peine. De même, quels sont les résultats envisagés suite à l'augmentation des effectifs des greffes et au recentrage des magistrats sur leur mission de dire le droit ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Vous avez raison, monsieur le député, de lier les questions des effectifs et des procédures avec celle des délais, car elles sont étroitement imbriquées. En matière délictuelle, les délais sont en moyenne de 12,6 mois ; c'est encore trop long, mais c'est relativement stable. En matière criminelle, les délais sont beaucoup plus longs, même s'il est vrai que les affaires criminelles sont beaucoup moins nombreuses que les affaires délictuelles. Vous évoquez les délais de traitement des affaires concernant des mineurs : c'est là aussi une question extrêmement importante, car l'une des conditions d'efficacité de la justice des mineurs réside dans la célérité de la réponse. Il va de soi que ces délais s'expliquent pour partie par les effectifs présents dans les juridictions, qu'il s'agisse de magistrats ou de greffiers. Comme vous le savez, nous conduisons une politique volontariste de recrutement depuis le début de la législature, puisque nous avons ouvert plus de trois cents postes chaque année. Or, il faut 31 mois pour former un magistrat ; la troisième promotion est en formation. Ce n'est qu'en 2015 que le solde deviendra positif, parce qu'il se trouve que les ouvertures de postes décidées sous le quinquennat précédent n'ont pas suffi – elles n'ont été que d'une centaine par an en moyenne, alors qu'il aurait fallu ouvrir trois cents postes par an. Ainsi, les 1 400 départs à la retraite qui se sont produits au cours du quinquennat n'ont pu être couverts. Avec l'arrivée en fin d'année de 340 magistrats formés dans les juridictions, nous aurons pour la première fois un solde positif, c'est-à-dire plus d'arrivées que de départs. Ce sont également 1 074 greffiers qui arriveront dans les juridictions d'ici à la fin de l'année. Cet apport d'effectifs nouveaux permettra de gérer plus efficacement les nombreuses affaires à traiter. Il faut en effet recentrer les magistrats sur leur mission principale, car au cours des dernières années un certain nombre de lois ont multiplié leurs missions. Mais les expérimentations que nous avons lancées dans le cadre du projet « J21 » permettent de penser que nous pourrons améliorer l'efficacité du travail des magistrats. M. le président. La parole est à Mme Jeanine Dubié, pour le groupe radical, républicain, démocrate et progressiste. Mme Jeanine Dubié. Madame la garde des sceaux, selon les estimations, l'argent du crime représente entre 2 et 10 % du PIB mondial. Cette criminalité favorise un capitalisme qui a perdu tout sens moral et qui est un puissant facteur de déstabilisation des démocraties. Nous ne pouvons nous y résoudre et c'est la raison pour laquelle la lutte contre cette criminalité organisée, notamment financière, doit désormais porter sur plusieurs fronts et intégrer à l'enquête pénale une approche patrimoniale. Il s'agit d'une part de mieux appréhender l'environnement des délinquants et de prendre la mesure de leur patrimoine et du degré de professionnalisation de leur activité, d'autre part de dynamiser la pratique des saisies et des confiscations. Saisir et confisquer présentent un triple intérêt : priver les auteurs des gains issus de leur activité délinquante, mieux indemniser les victimes et faire bénéficier les institutions de la République des biens confisqués, les sommes résultant des confiscations prononcées étant versées in fine soit à la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, soit à l'État. Le rapport annuel de l'Agence de gestion de recouvrement des avoirs saisis et confisqués, qui a pour rôle d'améliorer le traitement judiciaire des saisies et des confiscations en matière pénale, et d'assurer la vente et la gestion de toutes les sommes saisies, fait état, depuis sa création en 2010, d'environ 60 000 biens saisis, pour un montant d'un demi-milliard d'euros par an. Madame la ministre, pouvez-vous nous indiquer plus précisément quelle politique pénale vous avez élaborée en la matière et quels en sont les résultats ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Madame la députée, la saisie patrimoniale fait partie de la stratégie de la politique pénale que je défends avec beaucoup de force et que j'ai mise en œuvre à travers l'AGRASC, l'Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués. Nous diffuserons très prochainement dans l'ensemble des juridictions un guide pratique, conçu par la Direction des affaires criminelles et des grâces et par l'AGRASC, qui a participé activement à la formation aux procédures de saisie et de confiscation des magistrats du parquet et du siège. Nous avons introduit la stratégie patrimoniale dans notre politique pénale en sensibilisant les parquets et l'ensemble des juridictions pour qu'ils adoptent dès la phase de l'enquête une approche consistant à saisir les biens des délinquants et des criminels. Nous avons obtenu des résultats puisque le montant des saisies immobilières de l'AGRASC est passé de 200 millions d'euros en 2011 à 660 millions en 2014, et les saisies de numéraire, créances et comptes bancaires ont atteint l'an dernier un montant de 159 millions d'euros, portant ainsi à 621 millions d'euros le total des saisies. Les saisies ont en outre une dimension vertueuse dans la mesure où elles permettent d'indemniser les victimes, de financer une partie du budget de la MILDECA, la mission interministérielle de lutte contre les conduites addictives, et d'en restituer une partie au budget de l'État. Ces dispositions ont été introduites dans le projet de loi relatif à la géolocalisation, avant d'être supprimées par le Conseil constitutionnel. Leur introduction dans la loi de novembre 2014 permet de financer le dispositif des repentis. C'est important car ce qui caractérise la criminalité organisée, c'est qu'elle est très astucieuse et qu'elle utilise des sociétés écrans et des relais. Les repentis, que nous appelons les collaborateurs de justice, nous permettent de gagner du temps. C'est donc un dispositif performant et vertueux. M. le président. La parole est à M. Sergio Coronado, pour le groupe écologiste. M. Sergio Coronado. Madame la garde des sceaux, ma question porte sur l'apologie du terrorisme. Nous en avions débattu au cours de l'automne dernier avec votre collègue Bernard Cazeneuve lors de l'examen du projet de loi relatif à la lutte contre le terrorisme. Les délits de provocation et d'apologie du terrorisme avaient alors été exclus de la loi de 1881 sur la liberté de la presse au motif qu'ils nécessitaient le recours aux techniques spéciales d'enquête. Jusqu'à présent, ces infractions étaient rares : une condamnation pour provocation au terrorisme, entre 1994 et 2013, et vingt condamnations pour apologie. Les véritables terroristes peuvent se voir imputer de nombreuses infractions, à commencer par l'association de malfaiteurs. L'article 397-6 du code de procédure pénale prévoit d'exclure du champ des procédures de convocation par procès-verbal et de comparution immédiate les délits de presse et les délits politiques, mais il ne s'applique pas au délit d'apologie du terrorisme qui pourrait pourtant relever de ces deux catégories. C'est pourquoi, lors de l'examen du projet de loi relatif à la lutte contre le terrorisme, nous avions proposé d'exclure le délit d'apologie des infractions pouvant être jugées en comparution immédiate, mais nos amendements avaient été rejetés. Juger des délits qui relèvent de l'opinion, même odieuse, dans un contexte de grande émotion, est souvent périlleux. Je souhaiterais connaître le nombre de condamnations et le quantum moyen des peines liées à ce délit, suite aux attentats de janvier, ainsi que les chiffres concernant les infractions jugées en comparution immédiate. Je souhaiterais également connaître le suivi des condamnés, qui sont amalgamés à toutes les autres personnes condamnées pour terrorisme et dont le suivi des peines relève d'un juge spécialisé. Enfin, le Gouvernement a fait part de son intention d'exclure de la loi sur la presse d'autres délits, notamment l'apologie de la haine raciale et l'homophobie. Cela nous semble risqué, madame la ministre. Pourquoi, par la suite, ne pas exclure le sexisme ? Quid de l'apologie d'autres crimes et délits ? Pourquoi ne pas exclure l'injure et la diffamation ? J'aimerais connaître la position du Gouvernement sur ces questions. M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le député, vous posez de nombreuses questions, or vous avez pu constater la rigueur avec laquelle le président mène notre débat... Ce n'est pas un jugement de valeur, monsieur le président ! Je ne parle que de la rigueur avec laquelle vous présidez, sachant que c'est une notion généralement positive. Je vais vous indiquer, monsieur le député, les chiffres que vous attendez, et nous reviendrons sur l'exclusion de certaines infractions de la loi de 1881, car ce point soulève un débat de fond et exige que nous engagions une série de concertations. Nous nous devons d'être efficaces en matière de réponse pénale sans fragiliser le dispositif de protection de la liberté d'expression et d'opinion, mais non sans avoir rappelé qu'aux termes de notre droit, le racisme, l'antisémitisme et la discrimination ne sont pas des opinions mais des délits. Après les attentats des 7, 8 et 9 janvier, nous avons enregistré un accroissement de certaines infractions : attaques contre les lieux de culte, propos et actes racistes et antisémites, propos relevant de l'apologie du terrorisme. Les juridictions ont eu à traiter 298 affaires, dont 185 ne faisaient pas l'objet d'une infraction concomitante. Ces 185 affaires concernaient 201 auteurs, dont 114 majeurs et 81 mineurs ; 50 personnes ont été jugées en comparution immédiate et 44 ont fait l'objet d'une convocation devant un juge, dont 31 devant un juge des enfants ; 12 personnes ont été mises en examen par un juge d'instruction et, parmi celles qui ont été condamnées, 58 % l'ont été à une peine totalement ou partiellement ferme, les autres ayant fait l'objet d'un sursis ou de sanctions éducatives. M. le président. La parole est à M. Sergio Coronado, pour poser sa seconde question. M. Sergio Coronado. Je vous remercie, madame la garde des sceaux, pour la précision de votre réponse. Le 14 et le 21 janvier 2015, l'inspection des services pénitentiaires s'est rendue à la maison d'arrêt de Fresnes afin d'observer l'unité de prévention du prosélytisme. Cette nouvelle organisation, mise en place au cours de l'année 2014, consiste à regrouper des personnes détenues pour des faits de terrorisme. Une quarantaine d'entretiens ont été réalisés avec les responsables de l'établissement et le personnel d'accompagnement ainsi qu'avec 22 membres de l'unité PRI, « pratique radicale de l'Islam », dont onze ont été écroués entre mars et décembre 2014, dix après un mandat de dépôt de 2013 et un condamné en 2010. Les critères retenus présentent un certain nombre d'inconvénients, qui sont relevés dans le rapport de l'inspection : ainsi deux détenus réputés comme les plus nocifs sont incarcérés dans d'autres divisions. L'unité de prévention du prosélytisme ne modifie en rien les conditions matérielles de la détention et n'assure pas une véritable étanchéité avec les autres détenus de la division, le régime de détention n'étant pas comparable à celui appliqué dans les quartiers d'isolement. Une logique de regroupement a été initiée, sans analyse argumentée, sans dispositif d'accueil et d'observation opérationnel, sans accompagnement des personnels ni suivi des PRI et sans concertation avec les partenaires, notamment les SPIP, les services pénitentiaires d'insertion et de probation. Quelles sont, madame la ministre, les mesures envisagées pour répondre aux nombreuses carences soulevées par le rapport de l'inspection, qui a été rendu public ? Quels sont les effets d'un tel regroupement sur le temps restant de la détention et sur les autres détenus ? Au-delà de la gestion de la détention, quel est le programme d'activités proposé pour les regroupés en vue de leur déradicalisation ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le député, il ne s'agit pas d'un regroupement mais d'une séparation qui concerne une vingtaine de détenus, choisis sur la base de la qualification pénale de leur condamnation en acte de terrorisme et qui ne sont pas en rupture avec l'institution. Les détenus en rupture avec l'institution, qui relèvent de la circulaire portant sur les détenus particulièrement surveillés, font l'objet d'un autre traitement. Cette organisation est une initiative prise par le directeur de l'établissement. Dès que j'en ai eu connaissance, je me suis inquiétée des conditions dans lesquelles elle serait réalisée et de la rigueur avec laquelle elle serait conduite. J'ai immédiatement mobilisé l'administration pénitentiaire et souhaité évaluer cette initiative, c'est pourquoi j'ai chargé l'inspection des services pénitentiaires d'établir un rapport d'inspection. Ce rapport, dont vous avez pris connaissance, montre qu'il est nécessaire de prévoir davantage de concertation, que le choix de la qualification pénale n'était pas le plus pertinent et qu'il serait opportun de mettre en place un dispositif permettant de juger l'organisation dans la durée. Mais le rapport montre surtout que le niveau de tension a baissé dans l'établissement. Je rappelle que les personnes concernées sont regroupées dans une aile dédiée, en cellule individuelle ou en cellule double. Elles ne participent pas aux promenades avec le reste de la population carcérale mais effectuent certaines activités en petit groupe et sous surveillance du personnel pénitentiaire. Il s'agit donc d'un dispositif à l'étude, dont nous savons qu'il doit être amélioré. M. Guillaume Larrivé. Quand ? Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Je rappelle que l'année dernière, j'ai lancé une recherche action qui nous permettra de conduire cette expérience de façon plus rigoureuse et plus efficace. M. le président. La parole est à M. Jean-Jacques Candelier, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine. M. Jean-Jacques Candelier. Madame la garde des sceaux, après les attentats de janvier, le Premier ministre a annoncé la création, d'ici à la fin de l'année, de quartiers spécifiques au sein des établissements pénitentiaires afin d'isoler les individus considérés comme radicalisés, sur la base de l'expérience menée depuis l'automne dernier à la prison de Fresnes. L'Observatoire international des prisons, l'OIP, a émis des doutes sur l'opportunité, en l'absence d'évaluation de l'expérimentation, de généraliser ce dispositif. L'OIP souligne en premier lieu que, de manière générale, les comportements radicaux, qu'ils soient religieux ou d'une autre nature, sont renforcés par la prison. Il souligne également l'apparition d'un énorme sentiment de stigmatisation de l'Islam par rapport aux autres religions et relève que le traitement différentiel des détenus attise un sentiment d'injustice et de colère. L'installation de quartiers spécifiques soulève plusieurs questions : quels sont les critères retenus pour placer un détenu dans un tel quartier ? À partir de quand commence une pratique radicale de l'Islam ? Par ailleurs, comme le souligne Jean-Marie Delarue, s'il est possible de séparer ceux qui ont été condamnés pour des faits de terrorisme en lien avec l'Islam radical, que faire des islamistes radicaux placés en détention provisoire ? Peut-on les séparer alors qu'ils ne sont pas condamnés ? En outre, l'ancien contrôleur général des lieux de privation de liberté note le développement d'une radicalisation qui s'opère de manière discrète, et il insiste sur la difficulté de mesurer et de contrer ce phénomène. Enfin, ce dispositif pourrait s'avérer contre-productif dans la mesure où la mise à l'écart de détenus pourrait en faire des boucs émissaires aux yeux des autres détenus et créer des solidarités. Que répondez-vous, madame la ministre, face à ces doutes et à ces réserves ? De quelles études disposez-vous à l'appui de la généralisation des quartiers spécifiques ? Enfin, l'OIP propose l'intervention d'anciens détenus et de personnes réinsérées pour permettre aux détenus d'envisager d'autres perspectives à leur sortie de prison, comme cela existe en Norvège. Que pensez-vous de ce projet de réinsertion par des tuteurs à la sortie de prison ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Votre question tombe à pic, monsieur le député, car elle me fournit l'occasion de compléter ma réponse précédente. Vous avez parfaitement raison et les observations que vous formulez sont tout à fait fondées. Nous sommes soucieux d'efficacité, ce qui suppose d'éviter que la radicalisation susceptible de survenir dans les établissements pénitentiaires ait vraiment lieu. Nous prenons donc des dispositions préventives afin qu'une partie de la population carcérale échappe à la radicalisation et identifions bien ceux qui la provoquent. Les réponses sont multiples. J'évoquais tout à l'heure la surveillance de ceux qui sont vraiment radicalisés, ce qui fait d'eux des meneurs potentiels ou réels. Citons aussi la mise à l'écart des personnes radicalisées mais pas en rupture et surtout la protection de ceux qui sont susceptibles de tomber sous leur emprise. Quant aux aumôniers, nous avons décidé il y a maintenant deux ans d'en recruter alors que leur effectif a diminué au cours du précédent quinquennat, en particulier celui des aumôniers musulmans. (« Ah ! » sur les bancs du groupe UMP.) M. Olivier Marleix. Bel usage de l'argent public ! Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Surtout, nous pratiquons l'œcuménisme et travaillons systématiquement avec tous les aumôniers de tous les cultes - on en compte sept. Tous ceux qui interviennent dans nos établissements sont mobilisés sur le sujet. Nous avons lancé une recherche-action au mois de juillet 2014, qui est en cours. Nous en lancerons cinq supplémentaires, ce qui nous permettra de définir les critères à partir desquels identifier les personnes qui doivent faire l'objet d'un traitement spécial. Nous tâchons d'éviter la radicalisation en prison et l'éradiquer autant que possible, efficacement et durablement. Nous le faisons avec toutes les précautions nécessaires et observons ce qui se fait ailleurs tout en notant qu'ailleurs, on observe aussi ce que nous faisons. J'ai reçu il y a deux semaines la Vice-première ministre du Québec qui est très intéressée par notre expérience. Je me suis rendue au Royaume-Uni et j'ai reçu des experts d'Allemagne, du Royaume-Uni, du Danemark et de Belgique. Nous travaillons ensemble afin de partager nos expériences et d'être plus efficace sur ce sujet qui nous concerne tous. M. le président. La parole est à M. Jean-Jacques Candelier. M. Jean-Jacques Candelier. Parmi les engagements de campagne de François Hollande figurait la réaffirmation du caractère spécial de la justice des mineurs sur la base des principes de l'ordonnance de 1945 et la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs. Lors de son discours du 18 janvier 2013 à l'audience solennelle de rentrée de la Cour de cassation, le Président de la République a précisé qu'une loi sera soumise au Parlement au cours de l'année 2013 qui « clarifiera et simplifiera l'ordonnance de 1945 ». « Le rôle du juge des enfants sera consolidé et le tribunal correctionnel pour mineurs supprimé », disait-il. Si ce calendrier n'a pas été respecté, vous avez confirmé à plusieurs reprises que vous travaillez en ce sens, madame la ministre. Nos débats lors de l'examen du projet de loi relatif à la prévention de la récidive et l'individualisation des peines ont montré qu'il existe une large majorité à gauche pour supprimer dès maintenant les juridictions d'exception que sont les tribunaux correctionnels pour mineurs. M. Éric Ciotti. Mais pas dans le pays ! M. Jean-Jacques Candelier. Toutefois, le Gouvernement a répondu qu'il ne s'agissait pas du bon véhicule législatif. Par conséquent, nous attendons toujours qu'il inscrive la réforme à l'ordre du jour. Interrogée en commission élargie sur le budget pour 2015 de la mission « Justice », vous avez affirmé que la refonte de l'ordonnance de 1945 et le texte supprimant les tribunaux correctionnels ne font qu'un et qu'un texte nous sera soumis au premier semestre 2015. Ce calendrier est-il maintenu ? Dans l'affirmative, pouvez-vous le préciser ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. L'ordonnance de 1945 a été modifiée trente-sept fois et comporte des incohérences. Tous les professionnels, les élus et les magistrats souhaitent qu'on lui rende cohérence et lisibilité. Nous avons prévu une réforme reposant sur les principes mêmes de l'ordonnance de 1945, c'est-à-dire la spécialisation de la justice des mineurs, d'où la question de la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs, et la primauté de l'éducatif car nous sommes préoccupés, nous, par la nécessité d'éviter que les mineurs flanchent irrémédiablement et s'inscrivent dans un parcours de délinquance. Il faut réagir très vite. M. Guillaume Larrivé. En trois ans ! Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. C'est pourquoi nous avons prévu dans la réforme que nous préparons un dispositif de prise en charge immédiate afin de définir la culpabilité éventuelle du mineur mais surtout d'évaluer le préjudice de la justice, de prononcer des mesures de réparation puis d'effectuer un suivi afin que la juridiction rende sa décision sous quatre mois. Nous travaillons sérieusement et consciencieusement à cette réforme qui s'inscrit dans les politiques publiques que nous avons mises en œuvre dans un cadre interministériel. En particulier, le comité de lutte contre l'exclusion, le comité interministériel « égalité et citoyenneté » et le comité de prévention de la délinquance intègrent le sujet des mineurs et la prise en charge de ces publics. M. Guillaume Larrivé. Et le calendrier de la loi ? Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. La directrice de la protection judiciaire de la jeunesse a diffusé au mois de septembre 2014 une note d'orientation. Dans les établissements placés sous la responsabilité de la protection judiciaire de la jeunesse, nous veillons à maintenir une véritable efficacité de la prise en charge des mineurs. La réforme est en préparation et j'espère que vous aurez à vous prononcer dessus dans quelques mois, mesdames et messieurs les parlementaires. M. le président. Nous en venons aux questions du groupe socialiste, républicain et citoyen. La parole est à Mme Marie-Anne Chapdelaine. Mme Marie-Anne Chapdelaine. Monsieur le président, madame la ministre, divers scandales sapent depuis de trop nombreuses années une partie de la confiance que les citoyens ont placée en leurs représentants. À l'affût, des mouvements politiques aux desseins antirépublicains surfent sur ces atteintes à la probité pour véhiculer un discours profondément antiparlementaire. Le devoir d'un gouvernement est d'adopter des dispositions montrant une détermination à s'attaquer sans faiblesse aux entorses à la règle et à la morale publique et plus généralement aux infractions financières. Notre majorité a choisi d'être volontariste en légiférant dès 2013. Nous avons agi à de multiples niveaux dans ce domaine, notamment par la création de la Haute autorité pour la transparence de la vie politique présidée par l'ancien procureur général près la Cour de cassation qui exerce un contrôle rigoureux de la situation des élus. C'est l'une des réponses à la crise de confiance si forte caractérisant les relations entre nos concitoyens et leurs représentants. Le ministère de la justice a évidemment un rôle éminent à jouer en la matière dans la mesure où il est le lieu d'élaboration de la loi et de la politique pénales. Aussi souhaité-je connaître les dispositions prises visant à favoriser le traitement par l'institution judiciaire de la délinquance financière. Très visible médiatiquement, celle-ci doit en effet être traitée avec sévérité et perçue comme telle par nos concitoyens afin de les aider à retrouver le chemin des urnes. M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Vous avez raison, madame la députée, de formuler le sens politique de la lutte contre la corruption. Tout d'abord, celle-ci contrevient à notre droit, d'où la nécessité de la sanctionner. En outre, dans une période difficile où l'on demande des efforts aux Français, dont certains ne peuvent attendre aucun soutien de l'État en termes de responsabilité faute de moyens, la lutte contre la corruption comporte une dimension éthique et nous l'avons entreprise dans cet esprit. C'est pourquoi vous avez voté la loi du 6 décembre 2013, mesdames et messieurs les députés. Celle-ci lutte contre la délinquance économique et financière, crée le parquet financier national et réorganise l'architecture même de nos juridictions luttant contre la délinquance économique et financière de moyenne ou de grande complexité. Nous avons en effet supprimé les pôles économiques et financiers à l'exception de celui de Corse où nous avons décidé d'une politique pénale territoriale particulière justifiant son maintien. Nous avons renforcé les Groupes d'intervention régionaux dont c'était le dixième anniversaire l'année dernière ainsi que le parquet financier national que nous avons créé. Nous avons introduit dans la loi du 6 décembre 2013 des éléments très importants de la lutte contre la grande délinquance économique et financière. Je rappelle que nous avons permis aux associations de se constituer parties civiles dans la lutte contre la corruption. Nous avons consolidé, élargi et approfondi le statut des lanceurs d'alerte que nous avons étendu à la fonction publique. Nous avons sérieusement aggravé les peines financières, certaines amendes passant de 70 000 à 500 000 euros et de 30 000 à 200 000 euros, ce qui permet la saisie de patrimoines entiers. Surtout, nous avons mis en œuvre des moyens de détection plus importants. Je donnerai un dernier chiffre relatif à la corruption d'agent étranger. Une soixantaine de procédures sont en cours. Il est important de noter que 40 % d'entre elles datent des deux dernières années, ce qui montre l'efficacité du travail que nous menons contre la corruption. M. le président. La parole est à M. Dominique Raimbourg. M. Dominique Raimbourg. La réforme pénale a été votée au mois d'août 2014. M. Bernard Gérard. Hélas ! M. Dominique Raimbourg. Elle vise avant tout l'efficacité, loin des gesticulations, des rodomontades et des fanfaronnades qui souvent polluent le débat en matière de politique pénale. M. Gilles Lurton. C'est sûr ! M. Dominique Raimbourg. Un de ses objectifs est de lutter contre les sorties sèches. Nous savons tous que 80 % des 70 000 personnes qui sortent de prison annuellement ne sont pas suivies. Si l'on se penche sur les personnes qui sortent au terme de courtes peines d'emprisonnement, cette proportion s'élève à 98 %. En conséquence, la réforme pénale a créé des outils afin d'éviter les sorties sèches. La libération sous contrainte en est un. Une coopération entre la police et la justice pénitentiaire a également été prévue afin de suivre certains ex-détenus sortis de prison. Qu'en est-il de l'avancement de la mise en place de ces dispositifs ? De l'avancement de la libération sous contrainte ? Enfin, en vue d'alléger le travail des services de police et également de justice, une transaction pénale a été prévue. Où en est-on de la publication du décret prévoyant son application ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le député Raimbourg, monsieur le vice-président de la commission des lois, je salue tout d'abord le travail de très grande qualité que vous avez fourni pour le texte de loi et surtout le maintien de votre mobilisation dans le cadre de la présidence du comité de suivi de la mise en œuvre de la réforme pénale que vous assurez. Comme vous l'avez rappelé, il s'agit d'une loi d'efficacité qui individualise la peine, rend une liberté d'appréciation et de décision au magistrat et prévoit un vrai suivi. Il est en effet révolu, le temps des sorties sèches à 98 % sans aucun suivi ! M. Philippe Goujon. Vous vous répétez ! Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. La libération sous contrainte offre la possibilité de suivre les personnes sortant de nos établissements sur une période plus longue correspondant à un tiers de la peine à partir d'un projet élaboré à l'intérieur. Il s'agit d'une possibilité plus large que les précédentes, car l'ancien gouvernement avait mis en place un mécanisme tout à fait automatique et absolument inefficace de fin de sortie de peine, associé au bracelet électronique, dépourvu d'efficacité et qui ne fonctionnait absolument pas. Nous ouvrons, nous, une palette de possibilités : la libération conditionnelle, la semi-liberté, le placement extérieur et la surveillance. M. Éric Ciotti. C'est faux ! M. Philippe Goujon. Vous faites sortir tous les détenus de prison ! Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. À propos de la libération sous contrainte, je puis vous donner quelques chiffres : 292 libérations ont été prononcées et 256 personnes détenues libérées dans le cadre de ce dispositif de suivi en vue d'une réinsertion. Le décret d'application a été publié dans les quatre mois ayant suivi la promulgation du texte. Quant à la transaction pénale que vous évoquiez, monsieur le député, les deux décrets sont en cours de finalisation. Nous forcément avec le ministère de l'intérieur et nous avançons bien. Il nous reste à préciser le seuil en-deçà duquel la transaction pénale sera possible et les modalités de saisie du parquet. Il s'agit d'un travail que nous menons en bonne intelligence avec le ministère de l'intérieur et les décrets devraient être publiés prochainement. M. le président. La parole est à Mme Paola Zanetti. Mme Paola Zanetti. Madame la garde des Sceaux, les 103 services pénitentiaires d'insertion et de probation – SPIP – répartis sur notre territoire font un travail difficile et essentiel. Essentiel, car les personnels de ces services ont pour mission l'évaluation et le contrôle, l'aide à la décision judiciaire pour une plus grande individualisation des peines et l'accompagnement des personnes condamnées dans leur réinsertion. Difficile, car exerçant en milieu ouvert ou fermé, ces personnels veillent à permettre aux détenus de retrouver le chemin d'une vie la plus normale possible à la fin de leur peine. Ils contribuent donc à lutter contre la récidive. Au regard des missions nombreuses et indispensables de ces personnels, il est fondamental qu'ils soient soutenus, renforcés et accompagnés et qu'ils puissent travailler dans les meilleures conditions possibles. Pour ce qui est des effectifs, le nombre de personnels affectés aux SPIP est en augmentation : il est passé de 4 080 agents au 1er janvier 2012 à 4 190 au 1er janvier 2014. Lors des discussions sur le projet de réforme pénale et sur la loi de finances initiale pour 2015, vous avez annoncé des mesures fortes en faveur des SPIP : création de 1 000 postes d'ici à 2017, limitation à 40 du nombre de mesures de suivi gérées par un conseiller d'insertion et de probation, augmentation des ressources de 2,1 millions d'euros pour le fonctionnement et de 10 millions d'euros en investissement. Par ailleurs, le rôle des personnels sociaux de l'administration pénitentiaire est encore plus décisif aujourd'hui, avec la mise en place de la réforme pénale. Dans ce contexte, une évolution des méthodes de travail des personnels d'insertion et de probation est nécessaire pour une plus grande efficacité, afin que ces personnels puissent pleinement exercer les missions qui sont les leurs. Quelles sont donc les précisions que vous pouvez nous apporter, à la fois sur l'évolution des effectifs, notamment au regard de l'objectif de 40 mesures de suivi par conseiller, et sur le renouvellement dans les méthodes de travail des SPIP dans le cadre de la mise en œuvre de la réforme pénale ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Je vous remercie de l'attention que vous témoignez à nos services d'insertion et de probation. Ce sont en effet des fonctionnaires de grande qualité, qui assurent également un travail de qualité, mais surtout d'une grande importance, aussi bien en milieu ouvert qu'en milieu fermé. Nous avons décidé d'augmenter les effectifs de ce corps de 25 % en trois ans, avec le recrutement d'un millier de personnels, dont 400 ont déjà été recrutés en 2014, sont actuellement en formation et seront en stage d'ici quelques mois. En outre, nous avons augmenté de 10 % le budget de fonctionnement des services d'insertion et de probation et nous assurons leur formation, y compris pour les personnels déjà en activité. Nous avons lancé une recherche-action qui mobilise des chercheurs, des universitaires et des professionnels, de façon à revoir les méthodes de travail et de prise en charge et l'entretien individuel. Conduite sur dix-huit mois, elle mobilise six SPIP et va nous permettre de renouveler profondément les méthodes de prise en charge. Les conseillers d'insertion et de probation ont montré ces dernières années leur capacité d'innovation. Simplement, ce sont des services qui ont été un peu livrés à eux-mêmes dans la dispersion de leurs réalités. Nous y remettons de la cohésion. Nous avons d'ailleurs créé une sous-direction au sein de la direction de l'administration pénitentiaire ; j'ai créé un comité technique spécial pour les SPIP, qui permet de traiter leurs problématiques professionnelles. Les SPIP actuellement en activité ont tous suivi une formation dispensée aussi bien par l'École nationale de l'administration pénitentiaire que par l'École nationale de la magistrature. Nous continuerons à les accompagner, et j'apprécie l'attention que manifeste la représentation nationale à ces personnels qui jouent un rôle particulier dans la prise en charge des personnes condamnées. M. le président. Nous en revenons aux questions du groupe UMP. La parole est à M. Gilles Lurton. M. Gilles Lurton. Madame la garde des Sceaux, je souhaite une nouvelle fois appeler votre attention sur la situation alarmante des prisons françaises. Avec plus de 67 000 personnes incarcérées aujourd'hui, le taux de surpopulation de nos prisons a augmenté ces dernières années, à rebours de la tendance européenne. Cette situation se traduit par une surpopulation dans chaque cellule, alors que l'encellulement individuel est une obligation légale. Elle entraîne une promiscuité préjudiciable aux détenus, mais aussi aux personnels pénitentiaires, pour qui le travail est devenu insupportable. Nous sommes loin des incantations de Mme Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté, qui demande instamment à ce qu'il n'y ait plus de matelas à terre. Selon mes informations, il en existe encore plus d'un millier. Cette situation, nous la retrouvons dans nos circonscriptions. À Saint-Malo, nous dénombrons 110 détenus, chiffre qui monte fréquemment à 130, alors que la capacité de la prison est de 78 places, et que le personnel est en sous-effectif permanent. J'ai d'ailleurs déjà eu l'occasion d'appeler votre attention sur ce point. Madame la ministre, la situation ne peut plus durer – et je suis de ceux qui pensent que les dispositions alignant le régime des récidivistes sur celui des non-récidivistes en matière de réductions supplémentaires de peines aggraveront l'insécurité grandissante dans notre pays. Il est urgent de lancer un véritable programme de création de places et de modernisation de nos prisons. Quels moyens envisagez-vous d'y consacrer, et pour combien de places supplémentaires ? Cette question est aussi pour moi, si vous le permettez, l'occasion de vous interroger sur l'état d'avancement des travaux du nouveau tribunal de Saint-Malo, qui n'ont toujours pas commencé. L'attente est forte, et je serais heureux de vous recevoir au plus vite dans ma circonscription pour poser la première pierre de ce nouvel établissement. M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le député, je suis très sensible à votre invitation, et j'espère pouvoir y répondre. Je peux en tout cas vous assurer que le marché du tribunal de grande instance de Saint-Malo sera notifié dans les prochaines semaines. Voilà une information qui devrait vous satisfaire, et même vous réjouir. J'en viens aux établissements pénitentiaires. C'est sur l'ensemble du territoire qu'on observe un taux de surpopulation carcérale important. Néanmoins, celui-ci s'est tassé depuis que nous avons fait des travaux, réhabilité des cellules vétustes et construit des établissements. Nous sommes en train de mettre en œuvre le plan de 6500 places. Je ne peux m'empêcher de comparer avec l'annonce de 23 000 constructions de places qui avait été faite en son temps, pour lesquelles pas un euro n'avait été budgété, puisque la totalité de ces places devaient être construites en partenariat public-privé. En outre, l'estimation n'était pas conforme à la réalité : le coût de la place avait été estimé à 120 000 euros, alors que le coût réel d'une place est de 189 000 euros. Pour notre part, nous mettons en œuvre un programme réaliste, intégralement financé, de 6500 places nettes supplémentaires. Le prochain plan triennal prévoira la création de 3200 places nettes supplémentaires – avec la construction de plus de 5600 nouvelles places, mais la fermeture de plus de 2000 places de cellule vétustes. Certes, la surpopulation carcérale et les matelas à terre sont une réalité. Mais là aussi, les choses s'améliorent, compte tenu du suivi plus efficace que nous effectuons, de la suppression des peines planchers et des moyens que nous donnons aux juges d'application des peines et aux conseillers d'insertion et de probation, donc de l'efficacité générale de la politique pénale, qui permet d'éviter cette surpopulation qui a principalement pour effet d'aggraver la récidive. M. le président. La parole est à M. Olivier Marleix. M. Olivier Marleix. Madame la garde des Sceaux, force est de constater que l'on vous a peu entendue, au lendemain des dramatiques attentats de janvier, proposer des mesures nouvelles tendant à garantir la sécurité des Français. Le Gouvernement propose de renforcer les moyens du renseignement. C'est bien, mais c'est insuffisant. À l'UMP, nous attendions un texte pour lutter contre les nouvelles formes du terrorisme : à circonstances exceptionnelles, il faut une loi exceptionnelle. Le Gouvernement n'apporte aucune réponse nouvelle au cas de ces milliers de djihadistes – 3000 selon Matignon – qui, après être allés porter la barbarie en Irak ou en Syrie, s'en reviennent sur le territoire national. Aujourd'hui, dans le meilleur des cas, ils ont droit à une audition par la Direction générale de la sécurité intérieure – DGSI. Très peu de poursuites semblent cependant engagées sur le fondement du nouvel article 113-13 du code pénal, à moins que vous n'ayez d'autres chiffres à nous communiquer. À titre personnel, je crois que nous devrions introduire dans notre droit, fût-ce pour un temps limité, une mesure de rétention administrative exceptionnelle pour les djihadistes de retour sur notre territoire, le temps pour les services d'obtenir une réponse claire sur leurs actes et leur dangerosité, ce qu'une simple garde à vue, même prolongée, ne permet pas. Je crois aussi en l'utilité de la proposition de loi de notre collègue Meunier, examinée demain en commission des lois, qui prévoit d'empêcher le retour de ces djihadistes binationaux en leur retirant la nationalité française. Je crois aussi en l'élargissement de la rétention de sûreté, qui contrairement à ce que vous avez répondu à notre collègue Guillaume Larrivé, n'a été censuré que pour sa rétroactivité, ce qui ne vous interdit pas d'en élargir le champ pour les futurs condamnés. Sans une réponse pénale ferme face au terrorisme et à ses nouvelles formes, les forces de l'ordre travailleront une fois encore en vain. Pouvez-vous affirmer aujourd'hui à la représentation nationale, les yeux dans les yeux, si j'ose dire (Exclamations sur les bancs du groupe SRC), que nos procédures judiciaires et notre arsenal pénal suffisent à garantir aux Français la protection qu'ils sont en droit d'attendre face au risque terroriste ? (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.) M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Je suis tout de même assez étonnée que vous doutiez à ce point de la capacité de la France à faire face aux dangers qu'elle affronte. M. Philippe Goujon. De la vôtre, surtout ! Mme Marie-Anne Chapdelaine. Insolent ! Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Je vous rappelle que nous disposons d'un arsenal législatif constitué de la loi de décembre 2012, qui a permis d'ouvrir des procédures et de juger des personnes ayant commis des actes à l'étranger... M. Olivier Marleix. Combien de procédures ? Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Et de la loi du 13 novembre 2014, qui a introduit l'interdiction administrative de sortie, l'interdiction administrative d'entrée, l'entreprise individuelle à caractère terroriste et la généralisation de l'investigation anonyme. Nous avons donc un arsenal complet. J'ai moi-même interrogé des procureurs et des juges d'instruction à la fin du mois de janvier pour savoir s'ils avaient besoin d'instruments législatifs supplémentaires. Ils m'ont répondu par la négative. Il y a un projet de loi sur le renseignement. Je vous rappelle que c'est notre majorité qui met en place l'encadrement juridique des actions de renseignement. Mme Marie-Anne Chapdelaine. Eh oui ! Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Je vous rappelle que c'est ce gouvernement qui a restructuré le renseignement, recruté et formé des agents... Mme Marie-Anne Chapdelaine. Eh oui ! Vous, vous n'avez rien fait ! Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Si bien que nous avons aujourd'hui, avec la DGSI, une direction du renseignement efficace et performante. Mme Marie-Anne Chapdelaine. Ça fait mal ! Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Je vous signale par ailleurs que nous avons renforcé les effectifs du parquet antiterroriste de Paris, ainsi que les magistrats et les juges d'instruction du siège. Nous avons constitué un réseau de magistrats référents sur l'ensemble du territoire. Nous avons ainsi réuni les moyens législatifs et normatifs, les moyens en effectifs de magistrats et de greffiers, ainsi que d'assistants spécialisés ; nous avons mis en place les procédures qui permettent aux enquêteurs, aux procureurs et aux juges d'instruction d'être efficaces. Faites-leur confiance : nous avons des résultats qui prouvent à quel point ils font face avec diligence et performance à ce problème ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.) M. le président. La parole est à M. Bernard Gérard. M. Bernard Gérard. À deux reprises, le législateur a jugé nécessaire de préciser les conditions légales dans lesquelles un juge d'instruction était habilité à opérer une perquisition du cabinet d'un avocat afin de contenir les abus manifestes qui s'étaient produits dans la pratique judiciaire. L'article 56-1 du code de procédure pénale fut ainsi complété par la loi du 15 juin 2000, pour que le bâtonnier de l'Ordre des avocats assiste à la perquisition de son confrère et puisse s'opposer à la saisie d'un document. La loi du 12 décembre 2005 prohiba quant à elle toute saisie incidente lors de telles perquisitions, en imposant aux magistrats de spécifier l'objet et le but de la perquisition par une décision spéciale et préalable. Malgré ces dispositions protectrices du secret professionnel des avocats, qui est un fondement de l'exercice même de cette profession et une liberté constitutionnelle à nouveau reconnue dans une décision du 26 septembre 2014, un juge d'instruction a récemment perquisitionné le cabinet d'un avocat auquel est reprochée la production d'une pièce d'un client à l'appui d'une demande de remise en liberté. La justice est saisie de cette affaire et se prononcera en temps voulu. Cet événement a provoqué une très vive protestation des avocats, attachés à juste titre à une protection effective de leur secret professionnel et profondément choqués par ce qui leur est apparu comme une présomption de fraude pesant sur l'un des leurs, qui ne dispose pas de pouvoirs d'investigation particuliers pour s'en prémunir. La première chambre civile de la Cour de cassation avait pourtant jugé, dans un arrêt du 31 octobre 2012, qu'un avocat n'avait pas à vérifier l'authenticité d'un document remis par son client, ce dernier ayant à son égard une obligation de loyauté et de sincérité. Afin de mieux garantir l'exercice de la défense par les avocats, il apparaît urgent de préciser dans les termes de l'article 56-1 du code de procédure pénale que les perquisitions dans le cabinet d'un avocat ou à son domicile doivent être strictement proportionnées aux données objectives de l'affaire et ne jamais procéder d'une présomption de fraude commise par l'avocat qui est visé. Il est loin, le temps où magistrats et avocats arrivaient à se parler sous ce que l'on appelait la foi du Palais. Que comptez-vous faire, madame la garde des Sceaux, pour maintenir le lien de confiance et de respect nécessaire et indispensable entre les avocats dans l'exercice de leurs fonctions et l'institution judiciaire dont ils sont des auxiliaires ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UMP.) M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Le sujet que vous évoquez est des plus importants. Je m'autorise simplement à dire qu'il ne concerne pas seulement les avocats. La question des écoutes et celle des perquisitions, qui sont des procédures intrusives, concerne certes les avocats, mais aussi les citoyens en général, ainsi que les magistrats et les parlementaires, qui sont des catégories protégées. La Cour européenne des droits de l'Homme a d'ailleurs rappelé la nécessité de respecter le principe de nécessité et de proportionnalité dans l'usage de ces écoutes, donc de ces techniques intrusives. Nous avons réfléchi à ce sujet, notamment à l'occasion de la loi sur la géolocalisation que vous avez adoptée en mars 2014, et cela sous deux angles. Le premier est celui du champ infractionnel puisque, s'agissant de la géolocalisation, la peine encourue est de trois ans, alors qu'elle est de deux ans pour les écoutes, pourtant plus intrusive. Il y a donc une réflexion à engager en ce domaine. Le deuxième axe est celui de la durée : dans l'état actuel de notre droit, elle est de quatre mois, mais la décision est renouvelable. La question de la durée doit donc également s'apprécier au regard du nombre de renouvellements. C'est un sujet important sur lequel nous avons commencé à travailler puisque nous avons déjà reçu et auditionné le Conseil national des barreaux, l'Association des avocats pénalistes ainsi que l'ordre des avocats de Paris. Par ailleurs, nous poursuivons nos consultations avec des syndicats et des associations. Nous devrions aboutir à un dispositif qui tiendra compte aussi des dispositions du projet de loi sur le secret des sources, déposé à l'Assemblée nationale il y a un peu plus d'un an. Ce texte dispose que le juge des libertés et de la détention décide de ces mesures, compte tenu du champ infractionnel qui aura été redéfini. M. le président. La parole est à M. Guillaume Chevrollier. M. Guillaume Chevrollier. Madame la ministre, ma question porte sur les moyens consacrés par l'État dans le cadre de la lutte contre les violences faites aux femmes dans les territoires ruraux, notamment dans mon département de la Mayenne. Le dispositif du téléphone portable d'alerte a été expérimenté dès 2009 dans plusieurs départements. Ce téléphone « grand danger » est similaire à un appareil classique, à la différence près qu'il est muni d'une touche permettant de prévenir directement les secours adaptés. Lorsque l'appel est émis, la victime potentielle est mise en relation avec un professionnel de la lutte contre les violences conjugales. Non seulement ce dispositif procure un sentiment de sécurité aux bénéficiaires, mais il a de plus largement prouvé son efficacité en sauvant des vies et en permettant plusieurs arrestations. Son extension à l'ensemble de la France a été actée par la loi du 4 août 2014 pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes. Mais cette généralisation est très limitée : seuls cinq appareils seraient prévus pour le ressort de la cour d'appel d'Angers, qui compte plusieurs grandes villes de ma région – les Pays de la Loire –, comme Angers, Cholet, Saumur ou Laval. Madame la ministre, le phénomène des violences conjugales n'est pas forcément un phénomène citadin, loin de là. Je viens donc vous alerter sur le sort réservé à mon département rural, la Mayenne. Le dispositif du téléphone « grand danger » doit être décidé par le procureur. Or, je dois rappeler que mon département n'a pas de procureur fixe, mais uniquement des procureurs en alternance, et ce, jusqu'en septembre prochain. Or, les nombreuses associations qui œuvrent sans relâche auprès des victimes, comme l'Association d'aide aux victimes d'infractions pénales l'ADAVIP, aimeraient que les femmes puissent avoir accès à ce dispositif d'alerte. De fait, il pourrait éviter de nouvelles victimes et aider les femmes qui ont peur de déposer plainte contre leur conjoint. En effet, grâce à cette protection renforcée, elles pourraient franchir le pas du dépôt de plainte. Madame la ministre, au nom de ces femmes et de toutes ces associations qui se battent au quotidien, je viens donc vous demander si vous comptez développer ce dispositif dans les territoires ruraux. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.) M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le député, il s'agit d'un sujet extrêmement sérieux et préoccupant, auquel nous avons apporté des réponses. Je dois dire d'ailleurs que ce sujet toujours fortement sensibilisé les parlementaires ; il est arrivé qu'en la matière l'opposition et la majorité, sous l'ancienne législature mais également sous la législature actuelle, travaillent ensemble : je pense notamment à des rapports rédigés par des députés de sensibilités différentes. J'ai décidé dès l'année dernière mais il faut tenir compte de durée de la procédure de généraliser dès 2015 le téléphone « grand danger » sur l'ensemble du territoire : 400 téléphones sont à disposition dès cette année ; il y en aura 200 supplémentaires en 2016. S'agissant du ressort de votre circonscription, quatre téléphones « grand danger » sont attribués. C'est le procureur qui décide leur remise. Vous en avez décrit le principe et rappelé à quel point ce dispositif est à la fois rassurant et protecteur, et permet durablement à des femmes d'échapper à la violence conjugale. Cela s'ajoute à toutes les dispositions que nous avons introduites dans la loi du 4 août 2014, par exemple la possibilité de prononcer une ordonnance de protection pour une durée plus longue, et renouvelable, et, plus généralement, la faculté d'extraire la femme d'un environnement violent ; ces dispositions ont donné des résultats tout à fait probants. Concernant le poste de procureur fixe au sein de votre département question qui vous préoccupe à raison, il doit être institué à l'occasion de la prochaine réunion « transparence ». Il sera donc à disposition. Pour ce qui concerne le nombre de téléphones, dont l'efficacité n'est plus à démontrer, nous avons procédé à une répartition sur la base des estimations réalisées dans chaque ressort. Nous verrons s'il est nécessaire de mettre davantage d'appareils à disposition. Ces derniers sont en effet extrêmement utiles et efficaces ; ils protègent non seulement les femmes mais également les enfants, comme on oublie souvent de le dire, tant il est vrai que les enfants sont mêlés à ces violences familiales. M. le président. Pour le groupe UDI, la parole est à M. Michel Zumkeller. M. Michel Zumkeller. Madame la garde des sceaux, depuis 2005 et les lois Perben, l'article D. 48-4 du code de procédure pénale dispose que des bureaux d'exécution des peines peuvent être mis en place pour apporter des réponses en matière de rapidité et d'efficacité dans l'exécution des sanctions pénales. De fait, ils ont très souvent apporté de véritables réponses – cela a été le cas chaque fois qu'ils ont pu être mis en place principalement dans l'explication de la peine auprès de l'ensemble des acteurs et le soutien aux victimes. Ces bureaux sont donc très importants. Ils nécessitent aussi l'implication de tous : les magistrats du siège, les greffiers, le barreau, les conseillers d'insertion et de probation, les associations d'aide aux victimes. J'ai eu le plaisir de rédiger un rapport sur ce sujet en matière de justice des mineurs. En vertu de la loi du 15 août 2014, sous l'impulsion de notre collègue Raimbourg, ces bureaux d'exécution des peines ont été généralisés, ce qui est une très bonne chose, mais cela nécessitera des moyens humains, financiers et matériels. Je souhaiterais donc savoir quels moyens vous comptez mettre en œuvre. L'expertise que j'ai conduite m'a montré que ces bureaux jouent un rôle très important et très utile pour lutter contre la récidive et faciliter la compréhension de la peine. M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le député, l'exécution des peines est effectivement un sujet extrêmement important. Votre rapport, qui est de très grande qualité, traite en particulier des mineurs ; le rapport de M. Ciotti, pour sa part, faisait des propositions que nous avons inscrites dans la loi, mais que son auteur, à présent, désavoue. Il demeure que votre rapport relatif à l'exécution des peines infligées aux mineurs constitue une source d'information extrêmement importante. Vous avez raison : il faut que l'exécution des peines soit la plus diligente possible, car il y va de la crédibilité de l'action de la justice. Nous avons effectivement mis en place des dispositifs qui permettent d'accélérer l'exécution des peines, notamment la généralisation des bureaux d'exécution des peines dans les juridictions. Un tel bureau existe dans 126 tribunaux de grande instance, soit dans presque la totalité d'entre eux. Nous faisons en sorte que ces bureaux soient en mesure d'informer très vite le justiciable de la façon dont il peut exécuter sa peine et de rendre immédiatement possible cette exécution : par exemple, s'il s'agit d'une suspension de permis, par la remise du permis, s'il s'agit d'une amende, par le paiement de cette dernière. Ces bureaux d'exécution des peines sont donc extrêmement importants. En 2016, nous prévoyons 70 à 80 postes de greffiers et un budget de 2,2 millions d'euros, qui viendront renforcer ce dispositif pour accélérer l'exécution de la peine. Le pourcentage des peines délictuelles exécutées dans un délai d'un an s'élève à 74 % 36 % au cours du premier mois et 48 % dans les quatre mois qui suivent. S'agissant de ces peines, la mise en œuvre de ce régime d'exécution a été accélérée, notamment par la circulaire que j'ai diffusée en septembre 2012. Pour le reste, nous consolidons les bureaux d'exécution des peines, car il est important que les peines soient exécutées le plus vite possible : il en va, je le répète, de la crédibilité des décisions de justice. M. le président. Nous en revenons aux questions du groupe SRC. La parole est à Mme Françoise Imbert. Mme Françoise Imbert. Madame la ministre, depuis bientôt trois ans, des initiatives ont été prises par le Gouvernement concernant la prise en charge par l'administration pénitentiaire des personnes privées de liberté. Par exemple, la loi relative à l'individualisation des peines et renforçant l'efficacité des sanctions pénales est entrée en application en octobre 2014. La hausse du nombre d'aménagements de peine n'empêche cependant pas la population carcérale d'augmenter. En ce début d'année 2015, le taux de surpopulation dans les maisons d'arrêt reste important. Les conséquences sont graves : violences carcérales, conditions difficiles d'accès au travail et au parloir dans les maisons d'arrêt, radicalisation religieuse, conditions de travail dégradées des personnels. Si les femmes en détention sont moins nombreuses que les hommes, peu d'établissements leur sont réservés. Condamnées, elles sont souvent transférées dans des établissements éloignés de leur famille et sont fréquemment changées d'établissement. Par ailleurs, la surpopulation carcérale complique la prise en charge des personnes présentant des troubles mentaux ou de la personnalité et, parfois, contribue à augmenter ces troubles. Quant aux prisons construites il y a quelques années, elles sont souvent éloignées de tout et sont mal desservies par les transports, ce qui exclut encore plus les détenus de leurs proches. Madame la ministre, pouvez-vous nous apporter quelques éléments d'information quant à l'effet des mesures déjà prises ? Qu'en est-il de la construction de nouvelles prisons, de la réhabilitation et de la rénovation des établissements, de l'adaptation du parc pénitentiaire aux nouvelles orientations de la politique pénale ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Madame la députée, je rappelle que le programme de construction, totalement financé et en cours d'exécution, se traduit par la création de 6 500 places nettes sur le premier triennal. S'agissant du prochain triennal, des autorisations d'engagement d'un milliard d'euros nous permettront de construire à peu près 3 200 places nettes : tel est l'engagement du Gouvernement. En plus de ces constructions, de la rénovation du parc pénitentiaire et de la réhabilitation de certains établissements, nous réfléchissons à la façon de construire, à l'architecture pénitentiaire. J'ai mis en place, il y a déjà dix-huit mois, un conseil national de l'exécution des peines qui, entre autres travaux et missions de réflexion, travaille avec l'administration sur l'architecture pénitentiaire. Comment penser les établissements, de façon à ce que les conditions de travail et d'incarcération soient plus propices à l'exécution efficace de la peine et à la préparation à la réinsertion ? Où localiser les établissements pénitentiaires ? Ces dernières années, on a eu tendance à les placer au milieu de nulle part, ce qui entraîne une rupture dans les relations familiales et sociales. Il faut faire revenir les établissements au sein de la cité, en concertation, évidemment, avec les élus. Il faut éviter cette rupture qui contribue à la récidive et met en danger la société. Nous travaillons aussi sur l'organisation interne des établissements, la lumière, la distribution des espaces, le positionnement des cours de promenade et de nombreux autres éléments. La prison doit rester une institution républicaine, placée, en premier lieu, sous le contrôle des parlementaires, ainsi que du contrôleur général, des associations, des magistrats ainsi que des autorisations qui sont autorisées à venir la contrôler. Ce travail commence à donner des résultats, puisque nous avons les idées de plus en plus claires sur la façon dont il faut construire les prisons. M. le président. La parole est à Mme Colette Capdevielle. Mme Colette Capdevielle. Madame la ministre, vous œuvrez à mettre notre droit pénal en conformité avec le droit européen. Celui-ci nous pousse à réorienter notre procédure pénale, de fondement inquisitoire, en lui donnant une dimension plus accusatoire. Qu'il s'agisse de l'enquête initiale, de la procédure d'instruction, ou même de l'examen de l'affaire devant les différentes juridictions pénales, envisagez-vous, madame la ministre, d'introduire plus d'éléments de nature inquisitoire dans notre procédure pénale, comme nous y invite M. Jacques Beaume dans les conclusions du rapport qu'il a déposé en juillet 2014 ? Il s'agit, précisément, de mieux assurer, en particulier au stade de l'enquête, le respect tant des libertés individuelles que des droits de la défense, sans pour autant porter atteinte à l'efficacité ainsi qu'à la célérité de l'enquête, ni à la recherche de la vérité. S'agissant de l'égalité des armes, comment et quand entendez-vous donner le droit à la défense d'accéder à son dossier ? Précisément, de quel dossier s'agira-t-il ? Quel en sera le contenu ? Sera-t-il intégral ou partiel ? À qui y donnerez-vous accès ? Allez-vous poser des limites ? Seront-elles restrictives ? Dans l'affirmative, comment et pourquoi ? À partir de quel stade de l'enquête pensez-vous autoriser la défense à présenter également des observations, notamment écrites, voire à participer, selon des règles précises à déterminer, à la recherche de la vérité ? Les délais d'enquête sont beaucoup trop longs. Ils portent atteinte aux droits et aux libertés individuels. Dans l'intérêt de toutes les parties concernées, quel type de mesures envisagez-vous en vue de les réduire ? Envisagez-vous également des possibilités de recours contre les décisions qui peuvent être prises au stade de l'enquête ? Enfin, et selon la formule consacrée, si effectivement la forme est la sœur jumelle de la liberté, ne pensez-vous pas également que, tout en confortant l'égalité des armes, et bien sûr le respect des libertés individuelles, il devient indispensable, dans l'intérêt de toutes les parties au procès pénal, de simplifier les procédures pour une meilleure efficacité de celles-ci. M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Madame la députée, la simplification des procédures est un chantier auquel nous nous sommes attelés aussi bien dans le champ pénal que civil. Je rappelle simplement, comme vous l'avez fait, que les procédures constituent, pour les justiciables, des garanties essentielles. Nous allons donc les simplifier autant que nécessaire, mais pas au-delà, car il n'est pas question de fragiliser ces garanties. Concernant notre procédure pénale, elle a été incontestablement modifiée par à-coups et, de ce fait, fragilisée. Ces dernières années, elle a en effet été révisée chaque fois qu'il a fallu transposer une directive européenne en droit interne. Or de tels changements ne peuvent pas constamment provenir de l'extérieur. C'est donc pour développer une pensée intérieure cohérente de l'évolution de la procédure pénale que j'ai, dans un premier temps, sollicité le président Nadal, alors procureur général, pour prendre la présidence d'une commission, puis confié une mission au procureur général Jacques Beaume. Je dispose donc de leurs deux rapports et nous avons commencé à travailler. Je vous rappelle que vous avez voté la transposition de la directive du 22 mai 2012 relative au droit à l'information dans le cadre des procédures pénales, dite « directive B », qui reconnaît des droits aux personnes suspectées, gardées à vue ou faisant l'objet d'une citation directe à comparaître. Ces droits nouveaux ouverts permettent effectivement à la défense de disposer d'un certain nombre d'éléments et d'informations, mais nous avons le souci de trouver un équilibre entre l'efficacité de l'enquête et les droits de la défense. Nous y veillons et nous avançons. Il est certain que, dans la réforme que nous avons commencé à écrire la direction des affaires criminelles et des grâces travaillant à partir des deux rapports que je viens d'évoquer, nous allons veiller à trouver cet équilibre. En effet, nous entendons aussi bien les avocats qui réclament des droits supplémentaires pour la défense que les policiers et les gendarmes qui ont besoin de procédures stables afin de pouvoir conduire leurs enquêtes avec efficacité. J'espère avoir prochainement l'occasion de venir devant vous avec un projet de loi. Je sais, madame la députée, la passion que vous mettez à traiter ces sujets. Aussi suis-je persuadée que nous aurons de très beaux débats. M. le président. La séance de questions relatives à la procédure pénale est terminée. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/128.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/128.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8a1db723686c4bc31044d9dfad89bded91102640 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/128.txt @@ -0,0 +1 @@ +LE PRESIDENT : Mesdames, Messieurs, J'accueille avec beaucoup de plaisir le Président MATTARELLA, qui nous fait l'élégance, l'honneur de venir, pour l'un de ses premiers déplacements, à Paris. C'est sa première visite en France comme Président de la République italienne et elle s'inscrit dans les rapports amicaux, chaleureux que nous avons entre nos deux pays et nos deux gouvernements. Il y a un mois à peine, se tenait ici, dans ce lieu du Palais de l'Elysée, le Sommet franco-italien et nous avions abordé plusieurs sujets, que j'ai également évoqués avec le Président, notamment la croissance, l'économie, parce que nos deux pays sont attachés à ce que la reprise, qui s'annonce, qui maintenant s'entrevoit, soit la plus forte possible, soit la plus robuste possible et la plus créatrice d'emplois possible. Pour soutenir la croissance, nous avons des infrastructures à réaliser et l'une d'entre elles, c'est le Lyon Turin. Parmi tous les investissements aussi que nous avons à l'esprit, il y en aura plusieurs que nous présenterons dans le cadre du plan JUNCKER. Nous avons également abordé ce qu'est notre responsabilité en Europe. Responsabilité pour donner un esprit, une âme à l'Europe, qui ne peut pas se réduire simplement à des considérations budgétaires, économiques, financières, même si elles sont essentielles, mais qui doit être portée par un idéal. Cet idéal, c'est toujours celui de la paix et de la sécurité. C'est dans cet esprit que nous avons évoqué à la fois la situation en Ukraine, où nous demandons, nos deux pays, que l'Accord de Minsk soit respecté et soit véritablement mis en œuvre et qu'il n'y ait pas de temps perdu qui risquerait de provoquer de nouveaux conflits. Nous avons aussi une très grande préoccupation par rapport à la lutte contre le terrorisme. Hier, j'étais à Tunis, avec le président du gouvernement italien, Matteo RENZI ; nous étions ensemble pour nous recueillir devant cette plaque où figuraient les noms des victimes. Parmi les victimes, il y avait des Italiens, des Français et beaucoup d'autres. Nous étions liés les uns et les autres par notre solidarité à l'égard du peuple tunisien, mais aussi par cette volonté commune de coopérer avec tous les pays qui sont confrontés au terrorisme. Nous avons aussi, sur la Libye, une même position, parce que c'est en Libye que le terrorisme peut trouver, une nouvelle fois, un terrain d'expansion. Nous appelons, à travers nos diplomaties respectives, à un accord politique qui rassemblerait l'ensemble des parties prenantes. Nous travaillons avec le représentant spécial des Nations unies, monsieur LEON, pour que nous puissions trouver rapidement une solution. La France, comme membre permanent du Conseil de sécurité, y veille particulièrement et l'Italie est particulièrement motrice sur cette question. Elle est elle-même confrontée à des mouvements migratoires ; là aussi, l'Europe la France y joue son rôle est mobilisée dans ce qu'on appelle l'opération Triton, dans le cadre de Frontex, pour que nous puissions trouver des solutions évitant à des personnes de se trouver embarquées je prends le mot à dessein et ensuite exposées pour leur vie dans des trafics, qui sont d'ailleurs eux-mêmes des moyens de financement du terrorisme. Nous avons enfin évoqué deux grands sujets, deux grands rendez-vous que l'Italie et la France vont assurer comme pays hôtes. L'Italie : le 1er mai, à Milan, s'ouvre l'Exposition universelle, une formidable période où des millions de visiteurs vont se presser pour contempler ce que nous avons de mieux à proposer et notamment pour la gastronomie, mais pas seulement pour la gastronomie. Et puis également le rendez-vous climat de Paris. Les deux évènements sont liés. Car, à Milan, c'est de l'alimentation dont il sera question, c'est-à-dire la manière avec laquelle nous pouvons mieux nourrir la planète. Et puis, à Paris, ce sera pour la sauver. Donc, une fois encore, la France et l'Italie sont pleinement engagées pour des valeurs, pour des causes, pour des principes qui sont ceux que nous portons depuis longtemps ensemble. Sergio MATTARELLA, président de la République italienne : Je remercie le Président HOLLANDE pour son accueil, pour cette rencontre. Nous avons constaté l'excellent niveau des relations entre la France et l'Italie, qui par ailleurs s'est dégagé de la rencontre récente qui a eu lieu à l'occasion du Sommet franco-italien, qui a fait le point de la situation et qui nous a permis de constater que nous partageons la vision sur l'Union européenne et sur la scène internationale aussi. Comme vient de le dire le Président HOLLANDE, une série d'évènements unissent la France et l'Italie. Milan, dans un mois, va inaugurer l'Exposition universelle et la France organisera la conférence de l'ONU sur le changement climatique dans quelques mois. Il s'agit de deux rendez-vous qui sont liés par un fil rouge. La France et l'Italie qui collaborent à l'organisation de la conférence en France, prennent en charge des sujets décisifs pour l'avenir de l'humanité. Nous avons également évoqué, avec le Président HOLLANDE, la nécessité, comme il vient de le dire, de stimuler la politique de la croissance, ce que l'Union a commencé à faire, et en même temps l'exigence de stimuler une croissance de l'Union. Les six pays fondateurs ont le grand mérite historique, mais les trois grands pays fondateurs, donc l'Allemagne, la France et l'Italie, ont, je pense, la tâche de stimuler, de guider un mouvement pour l'augmentation de l'intégration européenne. Car, la crise a prouvé qu'il faut plus d'Europe pour l'avenir de nos pays. Le Président HOLLANDE m'a fait part de la vision commune, de l'engagement commun dans la lutte contre le terrorisme. Le Président, hier, s'est rendu à Tunis et le président du Conseil italien, monsieur RENZI, y était aussi. Nous avons dit qu'il est important -comme on l'a fait d'ailleurs il y a quelques mois à Paris avec la marche républicaine, que l'Europe et toute la communauté internationale fassent preuve de solidarité dans les moments d'urgence et de souffrance. Il importe que l'on atteigne la même unité dans notre réaction contre le terrorisme, cette attaque contre la civilisation, la démocratie et la culture faite par les mouvements terroristes. La réaction ne doit pas être simplement militaire. Mais il faut aussi nous l'avons dit il faut aussi une réaction de nature culturelle, de communication, pour contrecarrer la campagne qui est menée sur Internet à l'égard d'une multitude de jeunes par les terroristes. Une campagne de haine, de radicalisation, de recrutement de jeunes. Il faut répondre par un partenariat de civilisation au niveau de la communauté internationale. Cet aspect, ce sujet, comme l'a dit le Président HOLLANDE, nous a poussés à parler de la Libye. Il faut appuyer, comme le font la France et l'Italie, les tentatives de l'envoyé spécial de l'ONU, monsieur LEON, qui connait des semaines cruciales. Les citoyens libyens doivent pouvoir sortir de la situation de la guerre civile et de l'incertitude, deux dangers, pour éviter le danger, aussi, que Daech s'installe, installe ses bases terroristes à proximité de l'Europe et également pour mettre un terme à l'exploitation des réfugiés et des migrants qui iraient dans un pays qui n'a plus d'Etat. Face à des milliers de personnes qui quittent leur pays à cause de la persécution, des guerres civiles, de la famine et qui se tournent vers l'Europe, car ils considèrent que l'Europe est le lieu de la paix et de la liberté, il faut obtenir la collaboration des pays d'origine de ces personnes et il faut mettre un terme à ce trafic d'êtres humains, dont les bases sont en Libye. Mais il faut aussi que toute l'Europe, l'Europe dans son ensemble, soit à même de donner une réponse collective à cette urgence, en adoptant un système d'accueil, une approche basée sur l'accueil. Ce sont des sujets sur lesquels la France et l'Italie ont une vision identique pour ce qui est des initiatives qu'il faut adopter, des attitudes à tenir. D'ailleurs, je remercie le Président HOLLANDE de cette rencontre, car nous avons eu la possibilité de constater l'adhésion totale, la proximité non seulement des institutions françaises et italiennes, mais aussi des citoyens français et italiens, de la société française et de la société italienne. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/129.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/129.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d6f6e91f1c07cc159413a9d3852504bbac57643a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/129.txt @@ -0,0 +1 @@ +BRUCE TOUSSAINT Thierry MANDON, secrétaire d'État à la Réforme de l'État et à la Simplification, est l'invité de I TELE ce matin, bonjour… THIERRY MANDON Bonjour. BRUCE TOUSSAINT Merci d'être avec nous. Regardez la une du Figaro ce matin, le scoop de nos confrères du Figaro : « le gouvernement a-t-il enterré un rapport sur le gaz de schiste ? ». THIERRY MANDON Ça c'est Le Figaro qui publie un rapport soi-disant secret, on découvre ça. Je ne suis pas certain que… Il y a beaucoup de mousse, je pense, pour pas grand-chose. BRUCE TOUSSAINT C'est-à-dire ? THIERRY MANDON Je ne suis pas certain qu'il y ait des rapports enterrés et secrets, des notes confidentielles des ministres au président de la République et au Premier ministre c'est assez fréquent et ça doit être ça le fameux rapport. En revanche, je suis… BRUCE TOUSSAINT Rapport commandé par Arnaud MONTEBOURG peu après son installation comme ministre mi-2012 - c'est ce qu'indique Le Figaro - achevé de rédiger début 2014, présenté ensuite à Arnaud MONTEBOURG et puis, visiblement, Manuel VALLS aurait répondu : « ce n’est pas le moment » ? THIERRY MANDON En tout cas c'est un vrai sujet le gaz de schiste, depuis le début du quinquennat d'ailleurs ce sujet traîne. La position qui avait été arrêtée était la position que les technologies actuelles ne permettaient pas ni la recherche, ni l'exploitation de ce gaz. Si je comprends bien ce que j'ai lu ce matin dans le journal auquel vous faites référence, Arnaud MONTEBOURG aurait trouvé une technologie propre et il a proposé qu'on s'en serve… BRUCE TOUSSAINT Le fluor propane ! THIERRY MANDON Voilà ! Très bien. Moi je ne suis pas un grand spécialiste de ces choses-là… BRUCE TOUSSAINT Moi non plus ! THIERRY MANDON C'est un produit soi-disant américain, moi la seule chose qui me trouble ne connaissant pas vraiment ce dossier c'est que, si cette technologie propre existe et qu'elle est efficace, pour quelle raison elle est mise en place nulle part dans le monde ? Il doit y avoir quand même matière à regarder de plus près ce dossier que les éléments dont on dispose aujourd'hui. BRUCE TOUSSAINT Ce rapport préconisait une première phase d’expérimentation, donc un micro-forage en Ile-de-France et dans le Sud-est, donc… THIERRY MANDON Oui ! Enfin expérimentation par micro-forage, donc on attaque. BRUCE TOUSSAINT Oui ! Ah, eh bien oui. THIERRY MANDON Voilà ! Donc, moi je ne connais encore une fois pas ce dossier, mais je me dis que, si une technologie miraculeuse existe pour exploiter les gaz de schiste il est troublant qu'elle n'ait été expérimentée nulle part et que, finalement, est-ce que c'est à la France de faire les frais d'une expérimentation ? Moi, je ne sais pas, mais je pense qu'il y a d'autres priorités en ce moment. BRUCE TOUSSAINT Vous avez lu e que disent les experts, la manne que ça représenterait, c'est assez spectaculaire ? THIERRY MANDON Ah ! Mais alors ça c'est génial, le gaz de schiste… BRUCE TOUSSAINT 100 milliards d'euros, jusqu'à 225.000 emplois ? THIERRY MANDON Non ! Mais c'est la ruée vers l'or. BRUCE TOUSSAINT Oui ! THIERRY MANDON C'est-à-dire qu'on se dit : « finalement - quand on est dans une situation comme l'est le pays - on se dit : « mais, si on pouvait trouver un trésor, ce serait extraordinaire », alors voilà : « Eh bien tiens, peut-être qu'on l'a sous nos pieds, ça va tout régler », je pense que les choses sont plus compliquées. On découvre aux Etats-Unis aujourd'hui les dégâts, bien sûr l'effet croissance de l'exploitation des gaz de schiste, mais les dégâts environnementaux colossaux que crée l’exploitation, donc je pense qu'il faut beaucoup de prudence, beaucoup de transparence… BRUCE TOUSSAINT Oui ! Mais enfin là ce qu'on découvre… THIERRY MANDON Beaucoup de débats sur ce sujet. BRUCE TOUSSAINT Ce qu'on comprend surtout, c'est que c'est un sujet tabou ? THIERRY MANDON Oui ! Enfin tabou non, il n'est pas tabou du tout, au contraire c'est un sujet… BRUCE TOUSSAINT C'est un sujet pour le gouvernement puisque le rapport a été enterré ? THIERRY MANDON Oui ! Non, mais il n'est pas tabou, je crois que la position elle est simple, on n'en veut pas des gaz de schiste tant qu'on n'a pas de certitude… BRUCE TOUSSAINT Oui ! Même si des experts disent : « vous pouvez essayer autre chose ». THIERRY MANDON Attendez ! Des experts, ce n'est pas des experts, c'est la société qui exploite la technologie, c'est une expertise quand même très, très particulière… BRUCE TOUSSAINT Oui ! THIERRY MANDON Donc avec des intérêts, donc on est prudents. BRUCE TOUSSAINT Ça donne aussi le sentiment d'une mainmise des Verts sur ce dossier ? THIERRY MANDON Non ! BRUCE TOUSSAINT Honnêtement ? THIERRY MANDON Non ! Non, c'est faux. En revanche ce qui est vrai c'est qu'on a aujourd'hui un gouvernement qui est particulièrement attentif aux questions environnementales, si on fait le bilan : la transition énergétique, la sur-taxation du diesel, le doublement des crédits à l'agriculture bio… On a un gouvernement qui n'a jamais fait autant d'écologie qu'en ce moment et d'une certaine manière d'ailleurs le paradoxe est qu'on fait beaucoup d'écologie sans écologiste labellisé vert au gouvernement. BRUCE TOUSSAINT A lire Le Figaro ce matin et à vous entendre à l'instant sur I TELE, on a le sentiment que ce débat ne peut pas être rouvert, on ne peut même pas en discuter ? THIERRY MANDON Mais bien que si ! Qu'est-ce qu'on fait ? Ça fait cinq minutes qu'on le fait, il n’y a aucun problème, on peut discuter de tout, les arguments que je vous donne sont des arguments sérieux. Encore une fois la technologie je ne la connais pas, j'observe que cette technologie n'est en place nulle part dans le monde - c'est une technologie américaine - et je me dis que, si elle n'est nulle part dans le monde, c'est que ça mérite d'être regardé de plus près. BRUCE TOUSSAINT Juste un dernier mot là-dessus, d'un point de vue politique, on voit que tout ça ce serait passé au début de l'été le rapport... on comprend peut-être un petit peu mieux d'ailleurs pourquoi Arnaud MONTEBOURG a claqué la porte du gouvernement début septembre, fin août même plus précisément ? THIERRY MANDON Oui ! Enfin je crois que c'était sur des désaccords d'orientation économique, ce n'était pas là-dessus. BRUCE TOUSSAINT Oui ! THIERRY MANDON En revanche, il y a des pics… BRUCE TOUSSAINT Enfin ce n'était pas un élément supplémentaire, c'est ça que je veux dire ? THIERRY MANDON Depuis qu'il a quitté le gouvernement, il y a les petits cailloux d'Arnaud MONTEBOURG, un jour c'est dans Les Echos, aujourd'hui c'est dans Le Figaro, on le suit à la trace et finalement… BRUCE TOUSSAINT Oui ! Donc, ça ne vous étonne pas tant que ça, vous le connaissez bien ? THIERRY MANDON Moi je le connais bien, donc… BRUCE TOUSSAINT Vous avez été, je le rappelle pour ceux qui nous regardent - pardon de vous rappeler ça sur le CV parce que ce n'est pas des choses que vous aimez rappeler mais vous avez été son directeur de campagne aux primaires ? THIERRY MANDON Ah ! Pas du tout. Ah ! Non, non, mais pas du tout, j'assume tout à fait mon amitié personnelle avec Arnaud MONTEBOURG depuis très, très longtemps, ça n'empêche pas que politiquement on peut parfois être d'accord, parfois pas d'accord, mais je n'ai à renier de mes amitiés. BRUCE TOUSSAINT Il y a trois mois jour pour jour Charlie Hebdo, trois mois, le 7 janvier plus précisément, 7 janvier 7 avril - aujourd'hui d'ailleurs sur I Télé nous entendons des témoignages assez poignants d'ailleurs de certains témoins qu'est-ce qu'il reste de ces évènements dramatiques, de ces attentats de Paris ? Est-ce qu'on en a tiré toutes les leçons ? THIERRY MANDON Je ne crois pas ! Ce qui reste après le 7 janvier et la grande manifestation du 11 janvier c'est un moment qu'on a qualifié de grand moment d'unité nationale et puis, très vite, est apparu qu'en fait il y avait ceux qui avaient manifesté, qu'il y avait ceux qui n'avaient pas manifesté - parce qu'ils ne manifestent pas parce qu’ils n'étaient pas d'accord et que dans les banlieues… enfin il y a beaucoup de gens et puis ceux qui ne manifestaient plus dans la société, c'est-à-dire ceux qui se contentaient désormais d'un bulletin de vote à des élections très, très protestataires pour dire leur colère contre le système et, donc, ce moment d'unité il a manqué quelque chose pour capitaliser sur son potentiel. Et ce quelque chose c'est sûrement un grand débat avec la société : l'affirmation des valeurs on a bien fait de le faire, les politiques publiques réorientées en matière de ruralité, là où il y a du sentiment d'abandon, en matière de quartier, on a bien fait de la faire ; mais il faut parler ouvertement des sujets qui fâchent... BRUCE TOUSSAINT Qui doit parler ? THIERRY MANDON Mais je pense qu'il faut confier ça à des experts indépendants, il faut qu'il y ait une sorte de commission nationale qui permette que soit discuter des sujets qui méritent de l'être. On voit l'actualité récente ! La question des fameux repas de substitution abordée à quelques jours d'une élection cantonale, enfin départementale, par un maire UMP, ça mérite discussion, ré-explication et finalement donc position - qui est la position française depuis 30 ans- repas de substitution impossible, qui soit maintenue, je pense qu'il nous manque un dialogue avec la société, avec les inquiétudes des gens sur les questions qu'a fait émerger le 11 janvier. BRUCE TOUSSAINT Donc, l'esprit du 11 janvier ça n'existe pas ? THIERRY MANDON Non ! Eh bien ça ne peut pas être un esprit de ceux qui dirigent, ça ne peut pas être un esprit des élites, l'unité de la République elle doit se refonder sur des grands moments de débats républicains autour des questions qui font qu'on a envie de vivre ensemble : qu'est-ce qui réunit les Français ? Quelles sont les inquiétudes ? Comment on… BRUCE TOUSSAINT Donc c'est une occasion ratée, c'est ce que vous êtes en train de nous expliquer… THIERRY MANDON Non ! Je pense que ça n'est pas trop tard. BRUCE TOUSSAINT Enfin après tout pourquoi pas ? THIERRY MANDON Je pense que ça n'est pas trop tard, il manque le volet démocratique et sociétal aux politiques publiques post 11 janvier. BRUCE TOUSSAINT Oui ! Parce qu'entre temps il y a eu la claque des départementales. D'ailleurs on est neuf jours après ce deuxième tour, on n'a toujours pas compris quelle leçon le gouvernement avait tirée de cette défaite, vous avez compris vous ? THIERRY MANDON Ah ! Eh bien oui, oui, trois leçons, évidemment trois leçons. D'abord, on a besoin d'être encore plus actifs en matière économique sur le soutien à l'investissement, qu'il s'agisse de l'investissement public, c'est-à-dire celui qui est fait l'Etat, les collectivités, les communes au moment où les taux d'intérêt sont quasiment à zéro - parce que ça va booster la croissance et puis un soutien à l'investissement privé parce que, au moment où la croissance arrive, il faut accélérer cette croissance, donc il faut aider les entreprises, les acteurs qui veulent prendre des risques à le faire plus facilement - donc on a un séminaire demain autour du président de la République et du Premier ministre pour définir des mesures sur ces deux plans-là et puis il y en a une troisième, qui va être le fil rouge des trois mois qui viennent, qui est la question des PME-PMI, si ça redémarre c'est dans les petites entreprises que ça va se passer, il faut qu'on les aide, il faut qu'on les soutienne. BRUCE TOUSSAINT Thierry MANDON ce que vous nous décrivez c'est le boulot du gouvernement… THIERRY MANDON Oui ! BRUCE TOUSSAINT C'est votre boulot de ministre, d'un Premier ministre… THIERRY MANDON C'est exactement ce que je fais. BRUCE TOUSSAINT Ça n'a absolument aucun rapport avec les leçons des Départementales ? THIERRY MANDON Ah ! Si. BRUCE TOUSSAINT Vous venez de parler de votre action qui sera ensuite jugée par l'opposition, par la majorité, mais la leçon des Départementales ? Nous surtout ce qu'on a compris c'est, en gros, on compte sur la croissance et puis après on verra. THIERRY MANDON Non ! Il y a trois terrains sur les Départementales. Il y a donc le soutien à l'activité, à la croissance et à l'emploi - c'est ce que je viens de vous dire il y a ensuite un terrain démocratique… BRUCE TOUSSAINT Rien ne change, pardon de vous couper, c'est ça que je suis en train de vous dire, rien ne change après les Elections Départementales. THIERRY MANDON Mais qu'est-ce que vous voulez ? C'est à dire que vous ce que vous auriez aimé c'est une nouvelle équipe, un nouveau casting ? BRUCE TOUSSAINT Mais pas forcément, il n'y a pas que ça… THIERRY MANDON Mais non ! Mais je suis en train de vous dire… BRUCE TOUSSAINT Par exemple… THIERRY MANDON Dans le cadre général des grandes orientations du quinquennat un accent va être mis sur l'investissement sur les PME-PMI et plus fort encore que ce qui a été fait ces derniers temps et je pense que c'est de nature à nous faire avoir des résultats rapidement. BRUCE TOUSSAINT Est-ce qu'il y a suffisamment de mosquées en France, Thierry MANDON ? THIERRY MANDON Non ! Non, non, il n'y a pas assez de mosquées en France c'est évident, il y a encore beaucoup trop de villes où la religion musulmane se pratique dans des conditions qui ne sont pas décentes. Ce n'est pas à la République d'organiser ça, mais c'est un sujet, on est obligés de reconnaître que parfois les lieux de culte musulmans ne sont pas satisfaisants. BRUCE TOUSSAINT Diriez-vous qu'il faudrait doubler le nombre de mosquées d'ici à deux ans, comme l'indique Dalil BOUBAKAR ? THIERRY MANDON Ah ! Ce n'est pas aux pouvoirs publics de dire ça, c'est une affaire confessionnelle. Mais je pense que pour avoir été élu de Ris-Orangis, d'une petite commune et d'avoir regardé ce qui se passe autour de moi, je sais qu'il y a beaucoup d'endroits où il faut sûrement des lieux de culte décents, et d'ailleurs, s'ils sont décents, s'ils sont plus ouverts plutôt que souterrains ou cachés, ça se passera mieux. BRUCE TOUSSAINT Florian PHILIPPOT, le vice-président du Front national, qui était à votre place hier matin, se dit opposé à cela au motif que 100 % des lieux de radicalisation ce sont des mosquées ? THIERRY MANDON Non ! Mais c'est un argument ridicule. Plus vous laissez les musulmans de France prier dans des caves ou dans des garages, plus vous les renvoyez à une discrimination qui font de la colère, qui font le terreau pour la radicalisation, c'est une faute, au contraire il faut ouvrir sereinement - et j’imagine que c'est ce que veulent faire les responsables du culte musulman. BRUCE TOUSSAINT Trois questions rapides, trois questions d'actualité pour terminer cette interview. 11 avril date limite du dépôt des motions pour le congrès du Parti socialiste, il y a aura une motion vous croyez des Frondeurs, ils seront… THIERRY MANDON Eh bien les Frondeurs, mais il y en a beaucoup des Frondeurs, c'est à la mode la fronde, mais je pense qu'il y aura une motion de la gauche de la gauche. Mais moi je souhaite vraiment que le Parti socialiste soit rassemblé le plus largement possible, vous savez c'est ARAGON qui disait ce très court ver : « quand les blés sont sous la grêle, foin de faire le délicat, foin des vaines querelles, tous unis pour le commun combat », c'est ça, aujourd'hui c'est difficile, on doit se souder, on doit se rassembler, on doit regarder devant. BRUCE TOUSSAINT Mais enfin, pardon, non c'est chic de citer du ARAGON le matin à 8 h 28 à la télévision vous homme politique, mais est-ce que vous croyez que ça va convaincre les Frondeurs ? THIERRY MANDON Mais convaincre… De toute façon c'est à la fin que les militants qui choisiront. Mais les militants ils ont cette volonté d'unité, ils savent que la tâche qu'on mène est difficile, dans un contexte difficile et qu'il faut se serrer les coudes. BRUCE TOUSSAINT Radio France, alors tout à l'heure Christophe BARBIER dans son édito vous posait la question suivante : vous qui cherchez des simplifications, remettez le CSA sous contrôle ministériel pour mettre un terme à ce que Christophe appelle la gabegie de la grève à Radio France. THIERRY MANDON Ce n'est pas une proposition ! Ce serait beaucoup plus simple, mais ça ne serait plus une commission indépendante. Non, il faut regarder aujourd'hui… Il faut que le CSA joue pleinement son rôle et il le fait, il l'a nommé le président de Radio France et il faut maintenant qu'il regarde si celui-ci est en état de faire son travail, ce qui semble être le cas. BRUCE TOUSSAINT La dernière question ! Y a-t-il des ministres irremplaçables ? THIERRY MANDON Eh bien tous par définition ! Si vous leur posez la question, j'imagine c'est ce que vous avez fait… BRUCE TOUSSAINT Non ! Mais vous avez entendu ce qu'a dit Ségolène ROYAL dans le journal Sud-ouest, elle dit : « même si je voulais partir, on me demanderait de rester ». THIERRY MANDON Mais oui ! Mais vous avez vu un ministre, à qui vous demandez est-ce que vous êtes irremplaçable, vous répond : Ah ! Non, non, moi je suis tout à fait remplaçable », ça n'existe pas, Ségolène en est la preuve. BRUCE TOUSSAINT Donc, vous-même vous êtes irremplaçable ? THIERRY MANDON Nous ne sommes que des irremplaçables, mais modestes, je crois qu'il faut garder aussi la modestie et se rendre compte que s'il n'y a pas de résultat l'aventure elle ne sera pas très longue. BRUCE TOUSSAINT Merci Thierry MANDON, bonne journée à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/130.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/130.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..269bf8a6c248ecb98a1cde6f7b11d788773d720b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/130.txt @@ -0,0 +1 @@ +À l'invitation du Président de la République française M. François Hollande, le Premier ministre de la République de l'Inde Shri Narendra Modi a effectué une visite officielle en France les 10 et 11 avril 2015. Le Président français et le Premier Ministre indien ont eu des entretiens étendus et fructueux sur des questions bilatérales, régionales et mondiales qui ont reflété leur convergence de vues sur les problèmes mondiaux. Ils ont réaffirmé leur attachement au partenariat stratégique et sont convenus de continuer à approfondir et à renforcer les liens bilatéraux fondés sur une communauté de principes et de valeurs concernant la démocratie, la liberté, l'état de droit et le respect des droits de l'homme. Partenaires stratégiques, la France et l'Inde se concertent et se soutiennent mutuellement sur les questions internationales dans un esprit de compréhension et d'engagement réciproque, dans l'intérêt de l'ensemble de la communauté internationale. Réaffirmant leur indépendance et leur autonomie stratégique, le France et l'Inde s'engagent à poursuivre leurs efforts conjoints afin de faire face aux défis mondiaux. Les partenaires mondiaux que sont la France et l'Inde ont rappelé la nécessité d'une réforme urgente des Nations Unies, notamment de son Conseil de Sécurité, par un élargissement des deux catégories de membres, afin de le rendre plus représentatif du monde contemporain. Les deux parties ont souligné qu'il était impératif d'obtenir des résultats concrets sur ce sujet important d'ici au Sommet du 70ème anniversaire des Nations Unies. La France réaffirme son soutien à la candidature de l'Inde comme membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies sans délai. La France et l'Inde partagent les mêmes préoccupations et les mêmes objectifs en matière de non-prolifération des armes de destruction massive. Dans le but de renforcer encore les régimes mondiaux de non-prolifération et de contrôle des exportations, la France et l'Inde se sont engagées à poursuivre leurs efforts conjoints en vue de l'adhésion de l'Inde au Groupe des fournisseurs nucléaires (GFN), au Régime de contrôle de la technologie des missiles (Missile Technology Control Regime, MTCR), au Groupe Australie et à l'Arrangement de Wassenaar. La France a, en particulier, réaffirmé son soutien ferme et actif au renforcement du consensus entre les membres de ces régimes sur cette question. Le Président français et le Premier Ministre indien se sont félicités de la régularité et de la fréquence des visites et rencontres de haut niveau, de la coopération croissante dans les domaines stratégiques, notamment la défense, l'espace, le nucléaire civil et la sécurité, du développement des liens commerciaux et en matière d'investissement, de la coopération scientifique et technologique ; ainsi que de la multiplication des échanges dans les domaines culturel, éducatif et touristique. Changement climatique S'attaquer au problème du changement climatique revêt une importance capitale, dans l'intérêt du monde d'aujourd'hui et des générations futures. Le Premier Ministre a accordé tout son soutien à la France en vue de la réussite de la COP 21 qui doit se tenir à Paris à la fin de l'année. Le Président français et le Premier Ministre indien ont exprimé leur conviction que la Conférence de Paris aboutirait à un accord historique pour l'après-2020. Cela renforcera encore la détermination et les efforts de la communauté internationale visant à relever le grave défi du changement climatique, à faciliter l'accès à des solutions bas carbone et à un développement résilient et durable, tout en contenant le réchauffement climatique mondial sous la barre des 2° C. Ils ont souligné l'importance d'œuvrer de concert et avec d'autres pays pour parvenir à Paris à un accord sur le climat ambitieux, global, universel, équilibré et équitable qui encourage également une véritable coopération technologique en matière d'adaptation et d'atténuation et un appui financier pour relever ce défi mondial commun. Les contributions prévues déterminées au niveau national qui seront soumises par les parties en amont de la COP 21 constitueront une étape importante avant Paris. Ils ont en outre souligné qu'il importait d'agir sans tarder pour relever le niveau d'ambition avant 2020, et de tenir les engagements pris pour l'avant-2020. Ils ont également salué la contribution de plusieurs initiatives volontaires internationales à l'action multilatérale pour le climat sous les auspices de la CCNUCC. Dans ce contexte, les dirigeants ont fait valoir l'importance d'intensifier la coopération franco-indienne dans le cadre de projets communs de recherche et de développement et concernant l'innovation technologique et la diffusion de solutions en matière d'énergie propre et d'efficacité énergétique facilitant la transition vers une économie sobre en carbone et capable de s'adapter au changement climatique. Villes intelligentes Le développement des villes intelligentes est un domaine-clé pour promouvoir des solutions en matière de développement durable. La France accueille favorablement la proposition indienne de devenir partenaire du programme de développement des villes intelligentes (Smart Cities) et elle est disposée à mettre en œuvre ses meilleures solutions technologiques et à partager son expérience dans le domaine des villes durables intégrées, en particulier en ce qui concerne la planification urbaine, les réseaux urbains, l'eau et l'assainissement, la mobilité durable et les technologies numériques. Le Président français et le Premier ministre indien ont noté avec satisfaction : - le niveau élevé des échanges, les progrès de la coopération bilatérale dans le domaine du développement des infrastructures urbaines durables et l'élargissement du champ d'application de l'accord de coopération franco-indien sur le développement urbain durable à des sujets tels que le transport et le patrimoine, afin de mettre en œuvre une coopération bilatérale prioritaire dans le cadre du mécanisme existant ; - qu'étant donné la volonté exprimée par la France de collaborer avec l'Inde en vue du développement des villes intelligentes issues de la liste des villes que doit établir le Gouvernement indien, il a été convenu de faire de la coopération en matière de villes intelligentes un domaine de coopération technique en vertu du Mémorandum d'entente d'octobre 2012 relatif à la coopération franco-indienne dans le secteur du développement urbain durable. Il s'agirait notamment, au titre de cette coopération, de réaliser ensemble des études de faisabilité, de renforcer les capacités aux niveaux national, régional et local, d'organiser des ateliers/ formations, de conclure des partenariats inter-entreprises et de mettre en œuvre tous autres projets définis d'un commun accord. Sécurité Le Premier Ministre a réitéré la ferme condamnation de son pays des odieux attentats terroristes qui ont frappé la France en janvier 2015. Rappelant que le terrorisme constitue une menace permanente et stratégique et que leurs deux pays sont confrontés à la menace terroriste sur leur sol, la France et l'Inde sont résolues à se prêter mutuellement assistance dans la lutte contre ce fléau. Les dirigeants ont réitéré leur appui aux efforts visant à faire échec au terrorisme. Ils ont appelé à démanteler l'infrastructure terroriste, et refuser l'asile aux terroristes, traduire en justice les auteurs et les complices d'attentats terroristes, ainsi qu'à renforcer les cadres internationaux pour une coopération plus étroite dans ce domaine, notamment en soutenant des initiatives dans le cadre de l'ONU, telles que le projet de convention générale sur le terrorisme international. Ils ont reconnu que la France et l'Inde devaient intensifier leur coopération dans le cadre du groupe de travail mixte sur la lutte contre le terrorisme, notamment concernant l'échange des informations et du renseignement sur les réseaux terroristes, et échanger leurs expériences en matière de lutte contre la montée en puissance du phénomène de radicalisation. Ils ont demandé aux représentants des deux pays de programmer au plus tôt la prochaine réunion du groupe de travail mixte sur la lutte contre le terrorisme. Les deux pays sont convenus d'engager le dialogue bilatéral pour débattre de la manière d'améliorer leur coopération dans le domaine maritime, en particulier dans la région de l'Océan indien (ROI). L'Inde se félicite de l'engagement accru de la France dans les affaires de l'Association des États Riverains de l'Océan Indien (Indian Ocean Rim Association) et poursuivra son étroite collaboration avec la France en vue d'atteindre les objectifs inscrits dans la Charte de l'Association. Le Président français et le Premier Ministre indien se sont félicités de la tenue du second cycle du Cyberdialogue le 17 mars à New Delhi, qui a défini de nouveaux domaines de coopération entre la France et l'Inde en matière de cybersécurité. Défense Le Président français et le Premier Ministre indien ont souligné l'importance des exercices militaires conjoints entre leurs armées (Shakti), marines (Varuna) et forces aériennes (Garuda) et ont noté avec satisfaction la participation du groupe de combat aéronaval français à la manœuvre Varuna dans l'océan indien dans les prochaines semaines. Le Président français et le Premier Ministre indien ont souligné la longue tradition de coopération entre la France et l'Inde dans le domaine de la défense et ils ont reconnu le fort attachement des entreprises françaises à la fabrication d'équipements en Inde. Le Président français et le Premier ministre indien ont exprimé la volonté d'intensifier la coopération dans des domaines définis d'un commun accord, notamment la collaboration en matière de technologies appliquée à la défense, de recherche et de développement. Pour répondre à la nouvelle politique menée par le Gouvernement indien pour la fabrication de matériel destiné au secteur de la défense, ils ont incité leurs entreprises respectives à conclure des contrats de codéveloppement et de coproduction de matériel de défense en Inde, en particulier pour le transfert de savoir-faire et de technologies. Ils ont noté avec satisfaction que des sociétés françaises du secteur de la défense ont exprimé leur intention de lancer des projets technologiques et industriels en Inde à la suite de la rencontre entre les dirigeants de l'industrie de défense et le Premier Ministre indien. Le Gouvernement indien a indiqué au Gouvernement français que, compte tenu du besoin opérationnel crucial qu'ont les forces aériennes indiennes d'un aéronef de combat polyvalent, il souhaiterait acquérir dès que possible 36 Rafale clés en main. Le Président français et le Premier Ministre indien sont convenus de conclure un accord intergouvernemental pour la fourniture des aéronefs à de meilleures conditions que dans le cadre d'un processus distinct en cours ; la livraison se ferait dans un délai compatible avec les exigences opérationnelles des forces aériennes indiennes, et les aéronefs et systèmes et armes connexes seraient livrés dans la même configuration que celle qui a été testée et approuvée par les forces aériennes indiennes, la France assumant la responsabilité de la maintenance à long terme. Dans le contexte de la commémoration de la première guerre mondiale en cours dans les deux pays, le Président Hollande a rappelé les sacrifices des soldats indiens qui, il y a un siècle, ont donné leur vie en combattant pour la liberté de la France. Le Premier Ministre a annoncé qu'il se rendrait au Mémorial de Neuve Chapelle en France, érigé en mémoire des martyrs et des héros indiens qui ont combattu sur le front occidental. Espace Dans le cadre de la célébration du 50ème anniversaire de la coopération dans le domaine spatial, en saluant ses résultats fructueux, des travaux de recherche conjoints aux missions conjointes, le Président français et le Premier Ministre indien ont accueilli avec satisfaction la signature d'un Programme entre leurs agences spatiales pour une coopération renforcée en matière d'activités spatiales et relatif à la réalisation conjointe de la troisième mission d'observation de la terre, les applications en observation de la terre et à l'exploration planétaire; d'un Mémorandum d'entente sur l'expérimentation de la propagation en bande Ka et d'un document visant à prolonger de deux ans l'utilisation du satellite conjoint franco-indien Megha Tropiques. Ils ont diffusé un timbre commémoratif franco-indien pour marquer 50 années de coopération dans le domaine spatial. Énergie nucléaire Rappelant le Mémorandum d'entente signé le 4 février 2009 entre AREVA et NPCIL, le Président français et le Premier Ministre indien ont encouragé leurs entreprises commerciales à faire aboutir dans les meilleurs délais les négociations technico-commerciales sur le projet de construction de six centrales nucléaires de 1650 MW à Jaitapur, en tenant dûment compte de la viabilité du projet et dans le cadre d'un partenariat ambitieux pour les gros composants et les composants critiques. Ils se sont également félicités de la signature du Mémorandum d'entente entre L& T et Areva qui élargira le champ de notre coopération industrielle, ainsi que de la conclusion d'un accord sur les études techniques d'avant-projet. Le Président français et le Premier Ministre indien ont également invité leurs agences pour l'énergie atomique à établir des bases ambitieuses pour l'avenir de la coopération franco-indienne dans le domaine du nucléaire civil dans un large éventail de secteurs, notamment sur la responsabilité civile dans le domaine nucléaire. Coopération économique La France et l'Inde ont noté qu'il y a eu une amélioration inégale et discrète dans l'état de l'économie mondiale et ils sont convenus que la mise en œuvre de réformes structurelles et de politiques macroéconomiques appropriées sont nécessaires pour parvenir à la stabilité à long terme et à la croissance de l'économie mondiale. Elles ont exprimé leur soutien au G20 qui est une instance essentielle de la coopération économique internationale. Elles ont appelé à une action internationale coordonnée et concertée comprenant des mesures pour gérer les effets de contagion résultant des politiques nationales, traiter l'érosion de la base d'imposition et le transfert de bénéfices, promouvoir la transparence fiscale, faciliter l'échange automatique d'informations et canaliser des financements à long terme pour les infrastructures. Ces actions collectives sont essentielles pour assurer une stabilité durable. Les évolutions actuelles au plan international et les changements socio-économiques rapides en Inde créent toute une série de nouvelles occasions pour que Français et Indiens travaillent ensemble. Notant qu'il existe un potentiel considérable de développement des liens économiques, le Président français et le Premier ministre indien ont souligné la nécessité d'encourager les sociétés et entreprises françaises et indiennes à renforcer encore le commerce et les investissements bilatéraux entre les deux pays. Le Président a salué l'initiative prise par le Premier ministre intitulée « Make in India », visant à transformer l'Inde en pôle international de fabrication ; il a reconnu que cette initiative pouvait offrir de grandes opportunités aux sociétés et entreprises françaises et exprimé la volonté de la France de contribuer à son succès. Dans ce contexte, la France et l'Inde sont déterminées à trouver des solutions aux problèmes d'accès aux marchés qui constituent un obstacle au commerce. Elles ont pris note avec satisfaction d'un certain nombre de projets nouveaux et en cours menés par des sociétés françaises qui s'inscrivent dans le cadre de la politique « Make in India ». Le Président a salué l'initiative prise par le Premier ministre d'accueillir des délégations de chefs d'entreprise français dans le secteur des infrastructures et de la défense pour les encourager à poursuivre dans cette voie. Le Président français et le Premier ministre indien ont accueilli favorablement le rapport présenté par les co-présidents du Forum franco-indien des chefs d'entreprises, réuni à Paris les 9 et 10 avril 2015, et ils ont souligné que le Forum a un rôle important à jouer pour approfondir les relations commerciales et instaurer un environnement favorable au renforcement du commerce et des investissements bilatéraux. Dans le domaine des transports, le Président français et le Premier ministre indien attendent avec intérêt de coopérer dans des domaines tels que la modernisation des lignes ferroviaires et les projets à grande vitesse et à semi-grande vitesse, dans le domaine des transports urbains et des routes ; ils se sont félicités du renforcement de la coopération entre les chemins de fer français et indiens dans les domaines suivants grâce à l'accord entre la Société nationale des Chemins de fer français (SNCF) et l'Indian Railway Board pour cofinancer une étude de réalisation effectuée par la SNCF concernant un projet à semi-grande vitesse (200 km/h) dans le cadre de la modernisation de la ligne Delhi-Chandigarh et pour la rénovation des gares de la ligne d'Ambala à Ludhiana. Les deux parties ont noté avec satisfaction l'achèvement d'une étude de développement pour le corridor à grande vitesse Bombay-Ahmedabad. La France se félicite des objectifs très ambitieux fixés par le gouvernement indien pour l'accès à l'énergie pour tous et le développement des énergies renouvelables. La France soutient déjà les efforts déployés par l'Inde pour garantir l'approvisionnement énergétique et développer ses sources d'énergies renouvelables, y compris le solaire. L'Inde s'est félicitée de l'objectif fixé par les sociétés françaises de développer 8 à 10 GW d'énergie solaire en Inde d'ici 2020-2022. La France est prête à soutenir, en Inde, d'autres sources d'énergies renouvelables, telles que l'énergie éolienne, la biomasse et l'hydroélectricité. Le Président Hollande a confirmé l'objectif d'une ligne de crédit de l'AFD de 1 milliard d'euros sur les trois années à venir destinée aux infrastructures durables et au développement urbain en Inde et il a fait part de l'engagement pris par la France envers son partenaire indien pour mettre en œuvre les projets suivants lancés par l'Inde en vue du développement de sources d'énergie renouvelables : La prorogation de la facilité de crédit accordée par l'Agence française de développement à la société indienne Energy Efficiency Services Limited (EESL) qui encourage l'utilisation de l'éclairage LED dans certaines villes indiennes ; L'arrangement sur la coopération en matière d'énergies renouvelables entre le Ministère français de l'écologie, du développement durable et de l'énergie et le Ministère indien des énergies nouvelles et renouvelables. Reconnaissant le rôle crucial que jouent différentes régions françaises et États indiens pour le développement de la coopération et des échanges entre la France et l'Inde, le Président français et le Premier ministre indien ont décidé d'accorder la priorité à la promotion des échanges franco-indiens dans le domaine du développement durable, qu'il soit rural ou urbain, en particulier en ce qui concerne les infrastructures, le transport, la gestion de l'eau et des déchets, notamment grâce à des jumelages et à des visites de délégations commerciales. Le Premier ministre a noté qu'il attend avec intérêt sa rencontre avec les dirigeants de la région Midi-Pyrénées, et notamment avec les chefs d'entreprises françaises de ces régions. Contacts interpersonnels Le Président français et le Premier ministre indien ont souligné que le potentiel de développement du tourisme entre la France et l'Inde est immense. À cet égard, ils se sont félicités de la signature de la lettre d'intention sur le renforcement de la coopération entre les deux pays dans ce domaine, et notamment le jumelage de sites et monuments historiques dans les deux pays. La France se félicite de la décision prise par l'Inde d'étendre à la France son programme de visa de tourisme à l'arrivée - autorisation électronique de voyage (TVOA-ETA). L'Inde se félicite de la décision prise par la France de mettre en œuvre un programme de délivrance accélérée des visas aux touristes indiens en 48 heures. Le Président français et le Premier ministre indien sont convenus que les deux parties devaient poursuivre leurs discussions en cours sur un accord de partenariat entre les gouvernements français et indien relatif aux migrations et à la mobilité. Le Président français et le Premier ministre indien ont exprimé leur satisfaction face au développement des échanges entre les deux pays dans le domaine de l'éducation et ils sont convenus de prendre des mesures pour accroître le nombre d'étudiants indiens en France et d'étudiants français en Inde. En particulier, ils ont accueilli avec satisfaction l'accord conclu entre la France et l'Inde pour permettre à leurs étudiants d'acquérir plus facilement une expérience professionnelle dans les deux pays à l'issue de leur formation. En vertu de cet arrangement, les étudiants indiens en doctorat bénéficieront d'un permis de résidence en France spécial de 2 ans et 250 étudiants français seraient autorisés chaque année à séjourner au maximum 2 ans en Inde en vertu du programme français des VIE pour travailler dans des entreprises françaises en Inde. Le Premier ministre a fait part au Président Hollande de l'importance que le Gouvernement indien attache au renforcement du bien-être de la communauté indienne à l'étranger. Le Président Hollande s'est félicité de l'organisation d'une réunion du Premier ministre avec les personnes d'origine indienne et les Indiens non-résidents, soulignant ainsi leur contribution au développement économique et socio-culturel de la France. Patrimoine / Coopération culturelle Le Président français et le Premier ministre indien se sont félicités de l'éventail des coopérations entreprises par les institutions françaises et indiennes afin de promouvoir et de préserver le patrimoine exceptionnel des deux pays. Ils ont pris note avec satisfaction de plusieurs mesures prises à cet effet : - Arrangement relatif à la formation des professionnels indiens du patrimoine entre les ministères français et indien de la Culture, avec l'Institut national du Patrimoine (INP) ; - Lettre d'intention entre l'Institut national de Recherches archéologiques préventives (INRAP) français et l'Archaeological Survey of India (ASI) sur la formation, l'échange de bonnes pratiques et le déploiement d'experts, notamment dans le domaine de l'archéologie sous-marine ; - Entente entre les deux parties pour inclure la conservation du patrimoine urbain comme domaine de coopération relevant du mandat du groupe de travail mixte sur le développement urbain ; - Arrangement sur le jumelage de sites et monuments historiques ; - Arrangements de coopération entre l'école d'architecture internationale de Paris et la School of Planning and Architecture de New Delhi portant sur la formation, la recherche conjointe et l'échange d'étudiants et d'enseignants. Le Président français et le Premier ministre indien, rappelant l'importance cruciale de la culture pour la compréhension mutuelle de deux nations, ont pris note du succès de l'organisation des deux éditions du Festival de la France en Indie « Bonjour India » et de la première édition du Festival de l'Inde en France « Namaste France » ; ils se sont félicités que la prochaine édition de ces deux Festivals soit organisée en 2016. Le Président français et le Premier ministre indien se sont félicités de la décision du Gouvernement de l'Inde de soutenir l'organisation, pour la première fois à Paris, d'une conférence régionale hindi, compte tenu de l'intérêt croissant en France pour cette langue. Le Président français et le Premier ministre indien ont accueilli favorablement la décision prise par l'ONU de faire du 21 juin la Journée internationale du yoga et ils sont convenus de célébrer cette journée de manière adéquate. Ils se sont félicités de la signature d'une déclaration d'intention entre l'Université de Strasbourg et le Central Council for Research in Ayurvedic Sciences (CRAS), Ministère d'Ayush, concernant la coopération dans le domaine de l'éducation et de la recherche en ayurveda, par un échange d'étudiants, d'enseignants, de chercheurs, et de publications scientifiques et techniques. Le Président français et le Premier ministre indien ont également salué le rôle joué par les Alliances françaises en Inde, l'Institut français en Inde et le Centre culturel indien en France, pour promouvoir les relations culturelles entre les deux pays. Éducation, sciences et technologies, sport et santé Le Président français et le Premier ministre indien, exprimant leur intérêt mutuel pour une augmentation du nombre et de la qualité des échanges étudiants, ont invité les établissements d'enseignement des deux pays à intensifier encore leur coopération, notamment dans le domaine de l'ingénierie et des sciences appliquées. Ils ont appelé de leurs vœux le renforcement de la coopération dans le domaine de la formation technique et professionnelle en fonction des besoins de l'industrie. Ils ont également salué le rôle que jouent les entreprises françaises en Inde en matière de développement des compétences des jeunes Indiens. Le Président français et le Premier ministre indien ont noté avec satisfaction les avancées enregistrées dans les domaines suivants : La coopération en matière de développement des ressources humaines et de renforcement des compétences, par la mise en place d'un partenariat de la connaissance pour procéder à un échange d'expertises et de bonnes pratiques visant à améliorer les niveaux de compétences à l'échelle du pays et les structures institutionnelles destinées à soutenir le renforcement des compétences. La signature d'un Mémorandum d'entente sur le partenariat de la connaissance et la coopération dans le domaine des niveaux de qualification entre la Commission nationale de la Certification professionnelle (CNCP) française et la National Skill Development Agency (NSDA), relevant du Ministère indien du développement des compétences et de l'entreprenariat. Le Président français et le Premier ministre indien, soulignant l'importance de la santé pour le bien-être des populations et le développement de leurs pays, ont prévu de renforcer leur partenariat dans le domaine des maladies non contagieuses, de l'industrie pharmaceutique et des établissements de santé. Le Président français et le Premier ministre indien se sont déclarés satisfaits de la collaboration scientifique et technologique entre les deux pays et ils ont réaffirmé leur volonté de la renforcer encore en créant un Comité mixte scientifique et technologique franco-indien. Le Président français et le Premier ministre indien ont noté avec satisfaction que : Le Centre national de la Recherche scientifique (CNRS) et le Department of Science and Technology (DST) relevant du Ministère indien des sciences et technologies ont conclu un nouveau Mémorandum d'entente qui accélérera la coopération scientifique dans des domaines de pointe d'intérêt commun. L'Université Pierre et Marie Curie (UPMC) et le Department of Biotechnology (DBT) relevant du Ministère indien des sciences et technologies ont conclu un Mémorandum d'entente pour collaborer à la mise en place d'un institut national de biologie marine et de biotechnologie en Inde. Dans le domaine des sports, la coopération franco-indienne est soutenue par différentes initiatives qui développent les liens d'amitié et de solidarité entre les deux pays. Le Président français et le Premier ministre indien ont réaffirmé leur engagement de développer la coopération pour parvenir à l'excellence athlétique et assurer la réalisation du potentiel des jeunes. Un mémorandum d'entente relatif aux échanges en matière de médecine sportive, de formation des cadres, d'échange d'expertise dans le sport de haut niveau, de coopération institutionnelle, de promotion de la participation des femmes dans les disciplines sportives et de prévention et de lutte contre le dopage dans le sport a été signé durant la visite. Le Premier ministre a remercié le Président Hollande et son Gouvernement pour le chaleureux accueil que lui-même et la délégation qui l'accompagnait ont reçu, et pour les dispositions exceptionnelles qui avaient été prises à l'occasion de sa visite en France. Le Premier ministre a invité le Président Hollande à se rendre en Inde à sa convenance, en ajoutant qu'il se réjouissait par avance de pouvoir l'accueillir en Inde et le rencontrer à nouveau très prochainement. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/131.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/131.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5e9ec252dadced05edb9f241abc583f0898f8317 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/131.txt @@ -0,0 +1 @@ +Arabie Saoudite - Relations bilatérales - Yémen Q - Monsieur Fabius, vous visitez l'Arabie Saoudite en une période critique, quelle est la nature de votre visite et quelles sont les personnalités que vous rencontrerez ? R - Ma visite confirmera aux responsables saoudiens notre partenariat et notre amitié. J'aurai l'honneur d'avoir des entretiens avec Sa Majesté le Roi Salman, le Prince héritier Muqrin, le vice-Prince héritier et ministre de l'intérieur Mohamed Ben Nayef, ainsi que le ministre de la défense, le Prince Mohamed Ben Salman. Je rencontrerai bien sûr longuement mon homologue et ami, le Prince Saoud Al Fayçal, avec lequel je suis en contact permanent. Tous les sujets régionaux seront évoqués, de l'Iran au Yémen en passant par la Syrie, la Palestine, l'Irak et la lutte contre le terrorisme. Nous échangerons avec la confiance qui caractérise notre relation. Je viens aussi à Riyad pour renforcer notre partenariat économique. Lors de sa visite d'État à Riyad il y a un peu plus d'un an, le président Hollande et Sa majesté feu le Roi Abdallah sont convenus que je serai plus particulièrement chargé de ce partenariat. La visite du Roi Salman en septembre dernier a été l'occasion d'en rappeler l'importance. Je m'emploie à le concrétiser par des initiatives et des investissements bénéfiques à nos deux pays. J'aborderai cette question avec tous mes interlocuteurs, et notamment le Prince Mohamed Ben Salman qui préside le Conseil du développement économique et social, et bien sûr, le ministre des finances, Ibrahim Al Assaf. Je m'entretiendrai également avec M. Hashem Yamani, président de la KACARE, avec lequel nous évoquerons la coopération dans le domaine du nucléaire civil dans lequel la France peut apporter une expertise reconnue à l'Arabie saoudite. Enfin, comme vous le savez, la France accueillera à la fin de l'année la Conférence mondiale sur le climat, la COP21, que je présiderai. Je rencontrerai M. Al-Naïmy, ministre du pétrole, le Prince Abdulaziz Ben Salman, le vice-ministre du pétrole ainsi que le négociateur saoudien pour préparer avec eux cette échéance cruciale pour l'avenir de la planète. (...) Q - A propos de la coopération avec l'Arabie dans l'opération « Tempête décisive », quel a été le soutien apporté aux forces de la coalition arabe contre les rebelles Houthis ? R - Après avoir pris Sanaa et dissous le Parlement, les Houthis ont essayé de renverser le président Hadi et de prendre militairement le contrôle d'Aden. Le président légitime, M. Hadi, a demandé dans l'urgence une intervention pour préserver la souveraineté et l'intégrité territoriale de son pays : c'est ce que la coalition a fait, conformément au droit international. La France se tient aux côtés de ses partenaires de la région, afin de restaurer la stabilité et l'unité du Yémen. Q - Lors de la visite du Roi Salman Ben Abdulaziz en France en septembre dernier, des accords dans de nombreux domaines ont été conclus, et précisément dans le domaine de la défense. Pensez-vous qu'il y a aura prochainement des signatures d'accords pour le renforcement des capacités militaires saoudiennes par des équipements et armes français ? R - Il existe une tradition ancienne et vivace de coopération entre nos deux pays dans ce domaine. Des projets ont été finalisés, d'autres sont en cours de négociation. Les besoins de l'Arabie sont importants, l'expertise ainsi que la qualité des produits français sont reconnues. Je suis donc optimiste. (...) Q - Le Royaume et la France souhaitent développer une coopération en matière d'énergie nucléaire civile. Alors que le Royaume vient de signer un accord avec la Corée, pourquoi l'accord entre les parties française et saoudienne semble porter sur le long terme ? R - La France a été le premier pays à signer en 2011 avec le Royaume un accord bilatéral sur l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins civiles. Depuis la ratification de cet accord, nous entretenons une coopération intense, tant avec les autorités saoudiennes - grâce à la mise en place de la commission mixte nucléaire qui vient de tenir sa deuxième session -, qu'avec l'industrie saoudienne susceptible de participer au programme de construction des réacteurs. Ces actions couvrent l'ensemble des domaines, depuis le cadre réglementaire jusqu'à la gestion des déchets, en passant par la formation ou l'accueil de stagiaires en France. L'énergie fait partie des domaines historiques de coopération entre la France et l'Arabie, et nous souhaitons étendre cette coopération aux énergies nucléaire et renouvelables, sans oublier l'efficacité énergétique. La France dispose d'une longue expérience de plus de 40 ans dans le nucléaire avec 58 réacteurs en exploitation, ce qui fait d'EDF le premier opérateur mondial. Nous souhaitons partager cette expérience et devenir le partenaire de l'Arabie saoudite pour la construction du premier réacteur de puissance, selon les meilleurs standards mondiaux de sûreté et de sécurité, et pour accompagner l'Arabie saoudite sur le long terme dans la mise en oeuvre de son programme nucléaire civil. Q - Vous êtes en charge des affaires étrangères mais également du développement international, pourriez-vous nous indiquer quelles sont vos priorités avec l'Arabie Saoudite ? R - La priorité de la France avec l'Arabie saoudite est de renforcer notre partenariat pour favoriser le développement économique et social de nos deux pays, qui ont des économies complémentaires. 2014 a représenté une nouvelle année record pour nos échanges bilatéraux civils qui ont pour la première fois dépassé la barre des dix milliards d'euros. Pour autant, le montant de nos exportations civiles, qui s'élève à trois milliards d'euros, n'est pas à la hauteur de notre relation - même s'il faut y ajouter nos exportations de services et de matériels militaires. Les entreprises françaises sont présentes dans les principaux secteurs de l'économie saoudienne : eau, santé, transports, agro-alimentaire, banque-assurance, tourisme, grande distribution ; mais aussi dans le secteur de l'énergie, avec GDF-Suez qui assure 10 % de la génération électrique du Royaume, et dans la pétro-chimie, avec le partenariat entre Total et Aramco sur la plateforme SATORP, l'une des plus grandes raffineries du monde. Au cours des deux dernières années, de nombreux contrats ont été attribués aux entreprises françaises, signe de la confiance des décideurs saoudiens dans l'excellence des technologies françaises et leur compétitivité. Je voudrais citer parmi les projets les plus emblématiques la réalisation du réseau d'autobus de Riyad par la RATP - qui gère le métro de Paris -, en partenariat avec le groupe saoudien Saptco, et 3 des 6 lignes du métro de Riyad, attribuées à Alstom. La France est le troisième investisseur dans le Royaume avec un stock de 15,5 milliards de dollars. 80 entreprises françaises sont présentes dans le Royaume et y emploient plus de 27.000 personnes, dont 10.000 Saoudiens - ce qui représente un taux de recrutement local très supérieur à la moyenne. Beaucoup de ces entreprises sont implantées dans le Royaume depuis plusieurs décennies et continuent d'y investir sur le long terme, non seulement pour y développer leurs capacités mais aussi pour développer les compétences de leurs collaborateurs saoudiens. Le souhait du président français - et, je le sais, celui des autorités saoudiennes - est que notre partenariat se développe dans tous les domaines. Ma visite devrait y contribuer. - Syrie (...) Q - La situation en Syrie est confuse et compliquée, les solutions politiques et militaires n'aboutissent pas et Daech est aux portes de Damas : vers où se dirige la crise syrienne qui entre dans sa cinquième année, quelle est la vision de la France sur ce dossier qui est bloqué ? R - Après quatre années d'un conflit tragique qui a causé plus de 220.000 morts et des millions de réfugiés, la solution ne peut être qu'une transition politique à Damas, même si les tentatives en ce sens n'ont pas abouti jusqu'ici. Le régime tente de faire croire qu'il peut l'emporter militairement et qu'il constitue un rempart contre Daech. Il est en réalité affaibli. Il ne contrôle plus qu'une petite partie de son territoire. La France et l'Arabie ont un rôle à jouer pour unifier l'opposition modérée. Bachar al-Assad ne peut être l'avenir de la Syrie. Ce serait un terreau puissant de la radicalisation et de l'essor de Daech. Seule une transition politique inclusive, rassemblant d'une part des éléments du régime, sans Bachar, et d'autre part l'opposition modérée, pourra mettre un terme au conflit et réduire durablement l'extrémisme. Cette transition devra préserver les institutions syriennes, notamment l'armée, afin d'éviter un effondrement de l'État et garantir les droits de toutes les communautés et de chacun. (...). - Iran - nucléaire (...) Q - Votre visite intervient après l'accord d'étape sur le nucléaire avec l'Iran, pensez-vous que cet accord, qui n'a pas encore été signé, est rassurant pour les habitants des pays du Golfe et pour les Saoudiens en particulier ? R - Je sais les préoccupations des habitants et des dirigeants des pays de la région. Chacun connaît mon exigence dans ce dossier : la France souhaite un accord, mais un accord solide et vérifiable, qui empêche la prolifération nucléaire et garantisse la sécurité régionale. Un accord d'étape a été trouvé la semaine dernière à Lausanne. C'est une avancée. Il faut maintenant rechercher un accord global d'ici le 30 juin mais beaucoup de travail reste à accomplir. Le Golfe doit être exempt d'armes nucléaires. La levée des sanctions n'interviendra qu'à la condition que l'Iran mette en œuvre ses engagements, et j'ai insisté pour que cette levée soit progressive et réversible en cas de violation par l'Iran de l'accord. Q - Vous avez déclaré sur Europe 1 que « la levée des sanctions reste une affaire très compliquée ». Cela soulève beaucoup d'interrogations autour de l'accord avec l'Iran concernant l'excédent d'uranium enrichi, le stock actuel dont l'enrichissement atteint les 20% ou le régime de vérification de l'accord. Pourriez-vous nous apporter des éléments à ce sujet ? R - La levée des sanctions est en effet une question délicate. L'Iran souhaiterait obtenir la levée immédiate et définitive de toutes les sanctions. La position de la France est différente et nous avons acté deux principes dans le cadre de l'accord d'étape : d'une part, la levée des sanctions doit être la contrepartie de la mise en oeuvre, vérifiée par l'AIEA, de tous les engagements de l'Iran au titre de l'accord ; d'autre part, cette levée des sanctions doit être réversible - nous devons pouvoir les rétablir si l'Iran contrevient à l'accord. Par ailleurs, même si les sanctions du conseil de sécurité sont levées, des restrictions sur les biens et les activités sensibles devront rester en vigueur jusqu'à ce que la confiance revienne. À Lausanne, l'Iran a pris d'autres engagements importants. Il s'est engagé à transformer la totalité de son stock restant d'uranium enrichi à 20 % et à strictement limiter son stock d'uranium faiblement enrichi : cela signifie que, pendant toute la durée de l'accord, l'Iran ne disposera pas des stocks de matières nécessaires pour les ré-enrichir rapidement à des teneurs militaires. L'Iran s'est également engagé à mettre en oeuvre les instruments internationaux de vérification ainsi que des mesures supplémentaires de transparence : l'AIEA doit avoir les moyens de mener ses investigations sur les sites suspects. (...). - Israël - Territoires palestiniens (...) Q - La France veut jouer un rôle actif sur le processus de paix israélo-palestinien. Vous comptez travailler à un projet de résolution au Conseil de sécurité pour relancer le processus de paix. Comment comptez-vous vous y prendre pour mettre d'accord les différents partenaires ? R - La solution des deux États est la seule à pouvoir répondre aux aspirations des deux parties : les Palestiniens ont droit à un État démocratique, viable, souverain, vivant dans la paix aux côtés d'Israël. Or cette solution est aujourd'hui menacée, avec les progrès de la colonisation, l'absence d'horizon politique, et une situation insoutenable à Gaza après la tragédie de l'été dernier. Notre conviction est qu'il faut faire évoluer la méthode. Nous jugeons indispensable, d'une part, de définir les paramètres d'une négociation crédible pour éviter de revenir à zéro après des décennies de négociations, et, d'autre part, de donner un calendrier aux négociations. Cela doit être le rôle du conseil de sécurité des Nations unies et nous y travaillons. Au-delà de ce cadre, il est de la responsabilité de la communauté internationale - membres permanents du conseil de sécurité, Ligue arabe, Union européenne - d'accompagner les parties jusqu'à la conclusion de cet accord. C'était le sens de l'Initiative arabe de paix présentée par l'Arabie, qui doit rester un des piliers centraux de cet effort collectif que nous appelons de nos voeux. (...). - Lutte contre le terrorisme - Persécution des minorités (...) Q - Pensez-vous que la France est en train de réaliser ses objectifs dans sa participation à la Coalition internationale contre Daech ? Pourquoi Paris fournit-il des armes aux Pechmergas pour combattre Daech et n'en fournit-il ni au gouvernement ni à l'armée irakiens ? R - L'objectif de la France et de la Coalition internationale est clair : défaire Daech et l'empêcher de constituer un foyer durable du terrorisme international. La France prend toute sa part aux frappes aériennes contre les positions de Daech en Irak, à la demande des autorités de Bagdad. Les frappes ont permis de stabiliser les lignes de front en Irak et en Syrie. Daech est en retrait - la récente victoire de Tikrit l'a montré -, il a perdu des milliers d'hommes et du matériel. Pour autant, les frappes aériennes ne sont pas suffisantes et il revient aux forces locales de lutter contre Daech. C'est pourquoi la France a été le premier État étranger à fournir, avec l'accord de Bagdad, des équipements aux Peshmergas, puis, quand le gouvernement du Premier ministre Al-Abadi a pris ses fonctions, aux forces de sécurité irakiennes. La France participe également dans le cadre de la Coalition au renforcement des capacités de ces forces locales par des programmes de formation et de conseil. Au-delà de la stratégie militaire, la lutte contre Daech passe par un règlement politique des crises. C'est pourquoi la France plaide pour la politique de réconciliation nationale du Premier ministre irakien, dont la mise en oeuvre doit être amplifiée. Q - La France prône la défense des chrétiens d'Orient alors que Daech s'attaque en premier lieu aux musulmans. Pourquoi vouloir défendre d'abord les chrétiens ? R - Les musulmans sont les premières victimes des crimes barbares de Daech. Ces terroristes prétendent agir au nom de l'islam, mais ils en massacrent les fidèles et détruisent des mosquées. Quand la France s'engage militairement pour lutter contre le djihado-terrorisme, en Irak, au Sahel ou ailleurs, c'est en réalité d'abord les musulmans que nous protégeons. Daech cible également certaines communautés, qui incarnent une diversité pluri-millénaire que les terroristes veulent faire disparaître. Les chrétiens d'Orient, mais aussi les Yézidis, les Turkmènes, les Kurdes, les Shabaks : tous sont menacés. Le danger, c'est celui de la disparition de la diversité des cultures au Moyen-Orient. La communauté internationale ne doit pas l'accepter. C'est pourquoi la France a pris l'initiative d'une réunion du conseil de sécurité sur l'ensemble des minorités persécutées au Moyen-Orient - et pas uniquement les chrétiens -, que j'ai présidée le 27 mars dernier. Nous poursuivrons nos efforts, en coordination avec les gouvernements de la région, pour aider à la lutte contre Daech et pour préserver ce qui fait la richesse du Moyen-Orient. (...). - Dérèglement climatique - COP21 (...) Q - Paris mène des négociations complexes pour arriver à un accord sur le climat lors de la conférence qu'elle accueillera fin décembre, quel rôle peut jouer l'Arabie dans ce cadre ? R - Je sais que l'Arabie Saoudite partage notre conviction qu'un accord universel et ambitieux est possible à Paris. Pour y parvenir, nous comptons beaucoup sur nos amis saoudiens : d'abord pour que sa contribution nationale soit à la hauteur des enjeux du sommet, ensuite pour que l'Arabie mobilise les pays qui sont proches de ses positions - je pense notamment aux autres pays producteurs de pétrole -, afin de bâtir un consensus international le plus large possible. L'Arabie Saoudite est un pays qui compte dans les négociations, et qui pourra représenter une force positive d'entraînement, en créant des liens entre pays développés et pays en développement (...). \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/132.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/132.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..23797921f827807540c35a6d2d2b3233ad446643 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/132.txt @@ -0,0 +1 @@ +PRESENTATION M. le président. La parole est à M. le Premier ministre. M. Manuel Valls, Premier ministre. Monsieur le président, madame la garde des sceaux, monsieur le ministre de la défense, monsieur le ministre de l'intérieur, monsieur le secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement, monsieur le président de la commission des lois, madame la présidente de la commission de la défense, monsieur le rapporteur pour avis de la commission de la défense, mesdames et messieurs les députés, trois mois après les attaques terroristes de janvier, notre pays a connu, la semaine dernière, une nouvelle agression d'un autre ordre. Elle n'a pas tué, mais elle voulait nous nuire. Je parle bien sûr du piratage et de la prise de contrôle, pendant plusieurs heures, d'une chaîne de télévision : TV5 Monde. C'est un symbole de la France et de la francophonie qui a été touché. Déjà il y a quelques semaines, une tentative avortée avait ciblé un grand quotidien. Les libertés d'information, d'expression, d'opinion donc la démocratie ont été de nouveau visées, comme elles le sont partout dans le monde : au Danemark, en Tunisie, au Kenya, au Proche et Moyen-Orient. C'est une menace globale à laquelle nous devons faire face. Si l'enquête est toujours en cours concernant TV5 Monde, l'acte a été revendiqué par un mouvement terroriste. C'est un fait : les attaquants étaient présents dans le système d'administration du réseau depuis plusieurs semaines. Cette agression est emblématique d'une nouvelle forme de menaces : les cyber-menaces. Si la société numérique est porteuse de nombreuses promesses, elle présente aussi des vulnérabilités inédites. C'est aussi à ce titre que votre assemblée va débattre du projet de loi relatif au service public du renseignement. D'emblée, il faut insister sur cette ambition de service public et sur le cadre strict qui l'accompagne. Car, dans une démocratie, le renseignement est une activité exclusivement tournée vers la protection des citoyens et de leurs libertés, et vers la protection des institutions qui assurent le bien-être collectif. Contrairement à d'autres pays, la France a longtemps été mal à l'aise pour traiter de ces sujets publiquement. La loi de 1991 sur les interceptions découlait ainsi largement d'une injonction de la Cour européenne des droits de l'homme. Mais depuis une dizaine d'années, un dispositif de légitimation, d'encadrement et de contrôle se construit progressivement. Une nouvelle étape devait être franchie : les services de renseignement doivent avoir les moyens humains, juridiques et techniques pour accomplir les opérations de surveillance qui sont nécessaires et proportionnées. La loi prévoit qu'ils sont strictement focalisés sur la prévention des menaces graves contre la vie de la nation. La surveillance des citoyens, de la vie politique, du débat public et de la presse ne relève pas des missions de renseignement chacun le sait et ce texte l'interdit rigoureusement. Comme cela avait été annoncé, le Gouvernement a déposé un amendement prévoyant une protection renforcée pour les professions dont l'exercice est directement lié au débat public ou à la défense des libertés individuelles : magistrats, avocats et journalistes. Il est exceptionnel qu'un Premier ministre présente un texte devant la représentation nationale. Je le fais pour insister sur son importance. Ce fut déjà le cas pour la loi de 1991, sur les écoutes, préparée par Michel Rocard et présentée par Édith Cresson. Déjà, à l'époque, les débats étaient vifs, et l'action des services entourée selon les termes du Premier ministre d'un « halo de mystère, de soupçon, voire de fantasmes ». Pourtant, cette loi protectrice a atteint son but : qui sait qu'aujourd'hui, dans notre pays de 66 millions d'habitants, le nombre d'écoutes administratives simultanées est limité à 2 700 ? La réalité est donc très loin des caricatures que l'on peut entendre ! Mais cette loi de 1991 est née avant la téléphonie mobile et internet : elle n'est plus adaptée aux enjeux de la société numérique. Elle n'encadre les activités de renseignement que de manière très incomplète. Il est grand temps de doter la France d'un cadre normatif similaire à celui existant dans la plupart des démocraties occidentales, dans le respect de nos spécificités juridiques et de nos valeurs républicaines. J'avais indiqué ici même, le 13 janvier, les principes qui guideraient notre action : des moyens et des mesures exceptionnelles, pour répondre aux graves enjeux de sécurité de notre époque, mais pas de mesures d'exception. Mon Gouvernement les a scrupuleusement respectés et présente un texte efficace pour nos services et protecteur de nos libertés. Nous n'esquiverons pas le débat, mais les critiques et les postures qui évoquent un Patriot Act à la française ou des relents de police politique sont strictement mensongères et irresponsables, surtout dans le contexte de menace que nous connaissons. « Une loi dangereuse » : comment peut-on affirmer une telle contre-vérité ? Je rappelle qu'un certain nombre d'éditoriaux, lors de la présentation de la seconde loi antiterroriste, évoquait déjà des dispositifs dangereux Bernard Cazeneuve s'en souvient. Or chacun le sait, il n'en est rien. Mesdames et messieurs les députés, le premier débat que nous aurons concerne la délimitation des missions des services de renseignement. Ce débat est pleinement légitime. La définition des finalités des opérations de surveillance doit être ajustée aux menaces et à leur gravité. Seules certaines menaces d'une gravité particulière justifient qu'on implique les services de renseignement. La menace terroriste est aujourd'hui ai-je besoin de le rappeler ? Le défi le plus redoutable, un défi auquel nous devrons faire face pendant longtemps, très longtemps. Chacun doit en prendre conscience. Il s'agit non pas de faire peur, mais d'être lucide et de le dire clairement à nos compatriotes. Désormais, plus de 1 550 Français ou résidents sont recensés pour leur implication dans les filières terroristes en Syrie et en Irak. C'est un quasi-triplement depuis le 1er janvier 2014. Vous connaissez ces chiffres, nous les rappelons souvent avec Bernard Cazeneuve. La présence de 800 d'entre eux a été attestée sur zone ; 434 y sont actuellement et ce chiffre doit être rappelé 96 y ont été tués. Ce phénomène concerne l'ensemble des pays européens, et au-delà. La commissaire européenne à la justice, Vra Jourová, évalue entre 5 000 et 6 000 le nombre d'Européens présents en Syrie, et craint comme nous que le nombre de combattants étrangers n'atteigne le seuil de 10 000 individus d'ici à la fin de l'année et il n'est question-là que des seuls Européens. Mais un phénomène nouveau doit retenir particulièrement notre attention pour son risque de réplique en France, et je donne ces éléments sans doute pour la première fois : les services de renseignement ont établi que sept de ces individus je parle de Français ou de résidents en France sont morts en action suicide en Syrie ou en Irak. Le plus jeune n'avait pas vingt ans. Parmi eux, six étaient des nouveaux convertis. S'agit-il d'une volonté délibérée de Daech de sacrifier en priorité ces profils ? S'agit-il pour les candidats au suicide de faire preuve de zèle idéologique pour attester leur engagement ? Cela illustre en tout cas les redoutables capacités d'endoctrinement de Daech et la menace à laquelle nous devons faire face. Si ce projet contient des dispositions spécifiques pour la lutte anti-terroriste, et j'y reviendrai, c'est sur la base d'éléments tangibles et non fantasmés, d'une réalité que tout le monde connaît désormais. Mais l'acuité de la menace terroriste ne doit pas masquer les autres risques. Les services de renseignement doivent protéger la souveraineté nationale contre les tentatives d'ingérence et d'espionnage. De plus en plus, l'espionnage à notre encontre a pour objectif la prédation d'actifs scientifiques, industriels et économiques. Et lorsque nos entreprises les plus innovantes, grandes entreprises comme PME ou start-up, voient leurs efforts de recherche et de développement pillés, ce sont des milliers d'emplois qui disparaissent. Certaines critiques considèrent que le projet élargirait indûment les finalités et donc le nombre de personnes surveillées. Ce n'est en aucun cas la démarche du Gouvernement qui, au contraire, a veillé à mieux délimiter chacun des domaines constitutifs d'une menace grave. Dans la doctrine d'application de la loi de 1991, par exemple, la surveillance préventive du hooliganisme violent était tantôt classée dans la rubrique « sécurité nationale », tantôt dans celle « prévention de la criminalité organisée ». Ce n'était à l'évidence pas satisfaisant, d'où la définition d'une rubrique plus précise autour des violences collectives de nature à porter atteinte à la sécurité nationale. Mais la définition retenue, si elle permet de prévenir l'action de groupes subversifs violents, comme cela a toujours été l'interprétation de la loi de 1991, n'empiétera en rien sur les libertés constitutionnelles d'opinion, d'expression et de manifestation. Les services de renseignement ne seront absolument pas autorisés à surveiller les actions licites de défense d'une cause. Par ailleurs, les responsables d'un pays membre du Conseil de sécurité de l'ONU qui participe régulièrement avec son armée aux opérations internationales de sécurité collective doivent disposer des éclairages de politique étrangère nécessaires à l'exercice de leurs responsabilités. La volonté de promouvoir l'action diplomatique par rapport à l'action militaire justifie de ne pas réduire les capacités de renseignement au seul renseignement militaire ou à la lutte internationale contre la prolifération des armes de destruction massive. Les moyens de surveillance régaliens que les services ont besoin d'employer pour anticiper, détecter et prévenir les menaces contre la sécurité des Français, les libertés publiques et les institutions démocratiques seront donc strictement délimités. Je me réjouis que le travail d'amendement réalisé en commission ait permis une convergence de vues avec le Gouvernement sur la question des finalités, dont j'espère qu'elle sera partagée par tous les membres de cette assemblée. Je souhaite le redire solennellement à l'occasion du débat parlementaire : si cette loi tient compte du contexte le plus récent, elle n'est en rien une réponse préparée dans l'urgence. Elle a été mûrement réfléchie, aussi bien au sein du Gouvernement qu'à l'occasion des travaux de la mission d'information menée au sein de votre assemblée en 2012 et 2013 sous la conduite de MM. Jean-Jacques Urvoas et Patrice Verchère. La décision de légiférer avait été prise en conseil de défense par le Président de la République dès juillet 2014. Plus largement, la volonté de parachever le contrôle de l'activité des services s'inscrit dans une démarche initiée au cours de la législature précédente avec la création de la délégation parlementaire au renseignement, la définition d'une communauté des services spécialisés de renseignement et la création d'une fonction de coordination et d'une académie. Depuis 2012, le Gouvernement, qui a déjà fait voter, avec une large majorité, deux lois antiterroristes par cette assemblée, a poursuivi la construction de l'édifice en créant la Direction générale du renseignement intérieur et le Service central du renseignement territorial. Dans le cadre de la loi de programmation militaire de 2013, les prérogatives de la DPR ont été substantiellement augmentées et un statut légal a été conféré à la doctrine de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité, la CNCIS, relative à l'accès administratif aux données de connexion. Enfin, le contrôle hiérarchique interne a été renforcé par la création, en 2014, d'une Inspection des services de renseignement, qui mène actuellement sa première mission. Tout le monde s'accorde sur la nécessité de donner un cadre exhaustif à l'activité de nos services de renseignement. La CNCIS constate ainsi, dans son dernier rapport d'activité, que la modification législative « s'impose ». S'il fallait résumer ce projet de loi en quelques mots, on pourrait le faire ainsi : désormais, toute opération de surveillance régalienne menée en n'importe quel point du territoire national dans le cadre d'une mission de renseignement fera l'objet d'une autorisation hiérarchique extérieure au service, d'un contrôle approfondi par une autorité indépendante et d'un droit au recours juridictionnel effectif pouvant enjoindre au Gouvernement d'y mettre fin. Il s'agit là d'un progrès juridique et démocratique majeur. On peut même parler de petite révolution dans le mode de fonctionnement quotidien des services. Ceux qui n'ont pas compris cela n'ont pas lu le texte. D'ailleurs, les services s'en félicitent car ils étaient demandeurs de la légitimité de la loi, jusque dans les limites strictes qu'elle implique. Dès 2012, dans le cadre de l'élaboration du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, les directeurs généraux de la sécurité extérieure et intérieure et leurs équipes ont participé aux réflexions destinées à faire évoluer le cadre juridique de leur action. Ce sont ces mêmes services, ces mêmes directeurs, qui ont demandé une évolution législative. Il règne d'ailleurs trop souvent une attitude ambivalente à l'égard des services ce sont les fantasmes que j'évoquais il y a un instant. Les attentes sont élevées et les critiques sévères en cas de défaut d'anticipation. Mais combien de voix critiques acceptent d'aller au bout du raisonnement et de s'interroger sur l'adéquation des moyens dont disposent les services pour répondre précisément à ces attentes ? L'action des services de renseignement au service de la sécurité des Français et de l'État de droit restera toujours discrète et, pour une part, secrète. Elle n'en est pas moins nécessaire. Au nom du Gouvernement, je tiens aujourd'hui à rendre hommage à ces agents, véritables combattants de l'ombre. Au-delà des enjeux juridiques, il était indispensable d'accroître leurs moyens matériels. Les budgets alloués aux services de renseignement ont été révisés en proportion des enjeux de modernisation et de diversification des recrutements. Le 21 janvier dernier, j'ai présenté plusieurs mesures visant à renforcer notre dispositif de lutte contre le terrorisme, parmi lesquelles la création de 800 emplois supplémentaires dans ces services d'ici à 2017. Tout au long de la préparation de ce projet de loi, le Gouvernement a veillé à son efficacité et aux garanties pour les libertés publiques. Il s'est tout particulièrement appuyé sur l'avis éclairé du Conseil d'État c'est normal. Il a mené une concertation ouverte avec la Commission nationale de l'informatique et des libertés, avec la CNCIS, bien sûr, mais aussi avec l'Autorité de régulation des communications électronique et la Commission du secret de la défense nationale. Avant même sa présentation en conseil des ministres, j'ai eu l'occasion, avec Jean-Yves Le Drian et Bernard Cazeneuve, de présenter le projet de loi à la délégation parlementaire au renseignement M. Jacques Myard. Heureusement ! M. Manuel Valls, Premier ministre. … Dont je remercie chaleureusement tous les membres certains sont ici et en particulier son président, Jean-Pierre Raffarin, pour le travail constructif qu'il a piloté. Pour encadrer des mesures opérationnelles de nature différente, ce texte les caractérise et les délimite en fonction du degré d'atteinte potentielle à la vie privée des personnes concernées. Il est normal qu'un tel projet suscite des interrogations et, je le répète, un débat approfondi est légitime. Mais certains raccourcis confinent, une fois encore, à la caricature. Ce projet de loi n'installe en aucune manière un appareil de surveillance policière de la population, et le principe de ciblage de toute surveillance sur des personnes menaçantes demeurera. Mais il est incontournable d'adapter les mesures de surveillance aux infrastructures des réseaux, car la société numérique a fondamentalement changé les capacités d'organisation des personnes représentant une menace. Autrefois, pour agir, elles devaient nécessairement se réunir, recourir à des courriers humains ou utiliser un téléphone fixe : autant de circonstances qui impliquaient un passage par l'espace public et qui donnaient prise à des surveillances physiques. Ces déplacements n'ont pas disparu, mais n'importe qui peut désormais, depuis son domicile, communiquer et planifier des actions avec d'autres personnes en tout point du globe ; il dispose d'une multitude de moyens de dissimulation, ainsi que d'outils de cryptologie sophistiqués. Cela change considérablement la donne. Lorsque les échanges sont dissimulés ou ne sont pas décryptables, il faut pouvoir contourner l'obstacle, soit par le recours à certaines techniques d'intrusion informatique, soit par le recours à la sonorisation de lieux privés, soit par la géolocalisation en temps réel des personnes. Ce n'est pas une spécificité française : ces techniques sont employées par tous les services de renseignement comparables des États démocratiques. Pour protéger efficacement les Français ils nous le demandent, les libertés publiques et les institutions, on ne peut faire abstraction de ces évolutions et geler les méthodes des services de renseignement à celles des années quatre-vingts. Le texte détaille bien davantage qu'en 1991 les procédures. C'est d'abord le cas au niveau de l'autorisation : désormais, le principe de l'avis préalable de l'autorité de contrôle sera inscrit dans la loi. Mais cela vaut aussi en aval du recueil des données, dont les conditions d'exploitation, de transcription, d'extraction et de conservation sont particulièrement renforcées. Ces développements techniques ne doivent pas occulter le principe transversal de la proportionnalité, énoncé dès l'article 1er de ce projet de loi. Certes, la loi doit être suffisamment générale pour traiter de l'ensemble des menaces des années à venir, mais ce principe garantit la vérification, pour chaque opération, du caractère adéquat du recours à une mesure de surveillance déterminée, dans sa nature comme dans ses modalités. Il sera tenu compte de la gravité de la menace, voire du comportement de la personne ciblée. Le recours aux techniques les plus lourdes telles que l'intrusion informatique ou domiciliaire sera exceptionnel et ne pourra intervenir que si les autres techniques sont inopérantes. Le Gouvernement a d'ailleurs prévu des règles plus strictes pour leur emploi, telles qu'une durée d'autorisation plus courte. Par ailleurs, il est important de rappeler que le projet de loi prévoit des conditions de traçabilité et de suivi centralisé des mesures de surveillance, qui permettront au contrôle de jouer pleinement, à un triple niveau avant, pendant et après l'exécution de la mesure, afin de vérifier le respect des règles d'exploitation et de conservation. Ce principe, qui entraîne une dissociation entre l'analyste spécialiste du dossier et l'exploitant des surveillances, est doublement coûteux, en ressources humaines et parfois en risque de déperdition d'informations, mais l'existence d'un contrôle strict est à ce prix : ce principe est donc préservé pour les interceptions et l'accès aux données de connexion. Toutefois, si ces éléments sont centralisables, il n'en va pas de même pour les mesures de surveillance réalisées directement sur le terrain, par des équipes opérationnelles. Poser une balise ou réaliser une géolocalisation à l'occasion d'une filature ne peuvent s'exercer depuis le Groupement interministériel de contrôle : le Gouvernement est donc nécessairement conduit à aménager le principe de centralisation. Enfin, le contrôleur aura accès à tout moment, sans préavis, à toutes les données collectées. Toutefois, il faut prendre garde à la vulnérabilité très forte que constituerait la centralisation du produit de l'ensemble du renseignement collecté en un point unique, y compris vis-à-vis de services étrangers. Mesdames, messieurs les députés, l'excellent climat de coopération lors de l'examen du projet de loi dans les deux commissions saisies au fond et pour avis doit être souligné. Ce dialogue a permis d'enrichir le texte de l'approche du Parlement sur de nombreux points. Des éléments importants relatifs au contrôle ont été clarifiés ou renforcés. Un travail préparatoire à la séance très approfondi a été mené. Je tiens à en remercier publiquement le président Jean-Jacques Urvoas, mais aussi les ministres Bernard Cazeneuve, Jean-Yves Le Drian et Christiane Taubira, dont le sens du dialogue, de l'écoute et du compromis a permis de formuler des amendements pertinents. Ainsi, le Gouvernement se montrera ouvert à de nouveaux amendements sur plusieurs points clés, comme celui des durées de conservation : il se ralliera à la durée maximale de quatre-vingt-dix jours pour les données autres que les interceptions ou les données de connexion. En matière de renseignement pénitentiaire, le Gouvernement est conscient du fait que la prison est un lieu où la radicalisation et l'enracinement de la délinquance organisée justifient une surveillance renforcée nous l'avons tous dit, et des rapports l'attestent. Des initiatives novatrices ont été prises ces derniers mois par la garde des sceaux. Comme le Parlement, nous sommes déterminés à aller plus loin, à avancer, ce qui justifie la montée en charge de l'état-major de sécurité pénitentiaire. Sur proposition de la garde des sceaux, le plan de renforcement annoncé en janvier prévoit un renforcement significatif des moyens humains et matériels. La participation de l'administration pénitentiaire au dispositif de renseignement, à commencer par sa présence au sein de l'Unité de coordination de la lutte anti-terroriste, est actée. Nous prendrons en compte les avancées proposées, qui doivent cependant être conciliées avec deux impératifs : ne pas priver les services spécialisés la DGSI ou la police judiciaire de la capacité de mener directement les surveillances qu'ils estiment nécessaires, et préserver la sécurité des agents pénitentiaires dans l'exercice de leurs missions quotidiennes. Enfin, je veux saluer l'attitude constructive de l'opposition si je ne le faisais pas, je manquerais à mes devoirs, qui a annoncé son soutien au texte dès sa présentation, peut-être même légèrement avant. Plusieurs de ses amendements ont déjà été pris en considération. Mesdames, messieurs les députés, l'extension du contrôle indépendant suit évidemment l'extension du régime légal. Mais le Gouvernement a décidé d'aller nettement plus loin en créant un droit au recours juridictionnel pour toutes les opérations de surveillance, y compris pour les communications internationales émises ou reçues en France. Tout d'abord, l'actuelle CNCIS se transformera, si vous l'acceptez, en une nouvelle autorité administrative indépendante, la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, ou CNCTR. Elle disposera de moyens renforcés et comptera parmi ses membres quatre magistrats issus du Conseil d'État et de la Cour de cassation, sous la responsabilité desquels les avis individuels rendus par la commission seront toujours délivrés. Elle comptera parmi ses personnels des ingénieurs réseaux capables d'assurer sa complète indépendance. Un membre de sa formation plénière sera également spécialiste des réseaux. La concertation avec les milieux numériques, dans laquelle la secrétaire d'État Axelle Lemaire s'est fortement impliquée, a montré qu'il s'agit là d'une garantie essentielle. Le contrôle juridictionnel, qui sera confié au Conseil d'État, constitue un progrès incontestable : c'est la première fois, dans notre système juridique, que le secret de la défense nationale ne sera pas opposable à un juge. Ce dernier pourra de surcroît enjoindre l'exécutif de cesser une opération de surveillance, voire de détruire les renseignements recueillis ou d'indemniser les victimes éventuelles. Dans la mesure où les personnes surveillées ne sont pas informées des surveillances dont elles font l'objet, la CNCTR pourra librement saisir la juridiction et produire durant l'instance pour, en quelque sorte, défendre directement les intérêts des citoyens. Par ailleurs, cette procédure pourra être activée par le juge pénal s'il le souhaite. Je l'affirme ici devant vous : ce projet de loi donnera à nos compatriotes des garanties concrètes qu'ils n'ont jusqu'à présent jamais eues dans le domaine du renseignement. Il prévoit en effet de nombreux garde-fous. Je voudrais insister sur certaines dispositions qui nourrissent un débat particulier, afin de dissiper les inquiétudes, les malentendus disproportionnés et les faux procès. D'abord, sur l'amélioration de notre capacité à détecter les activités des djihadistes sur les réseaux numériques. J'ai parlé tout à l'heure du niveau de menace. Et il faut savoir que, parmi les 800 personnes détectées en Syrie ou en Irak, seule la moitié était connue avant leur départ. Et, faute d'éléments tangibles, les possibilités de judiciariser ces dossiers restent très insuffisantes. Une surveillance physique peut mobiliser vingt agents. Les besoins pour surveiller les 3 000 personnes engagées de près ou de loin dans la mouvance terroriste ou sur internet excèdent donc de très loin les capacités de nos services. Alors, nous devons innover dans les méthodes, sans bien sûr renoncer à l'analyse humaine ou aux missions de terrain, d'où les moyens supplémentaires que j'ai annoncés il y a quelques semaines. Les djihadistes ont parfaitement intégré la révolution numérique. Ils en utilisent toutes les ressources. Les services de renseignement doivent pouvoir faire face. C'est la raison d'être de l'expérimentation de la détection par algorithme, lorsque, et uniquement lorsque, des comportements numériques spécifiques aux réseaux terroristes sont détectables. Certains acteurs du numérique, notamment des entrepreneurs soucieux de conserver la confiance de leurs clients, expriment leur inquiétude face à cette disposition nouvelle. Je veux les rassurer. D'ailleurs, la discussion du moins avec ceux qui sont de bonne foi s'est engagée. Le travail en commission a d'ores et déjà permis de resserrer fortement l'encadrement de cette mesure. Le Gouvernement entend garantir que la surveillance sera ciblée strictement sur les comportements menaçants. Les données tierces ne seront pas accessibles ou exploitables par les services. L'autorité indépendante de contrôle interviendra à toutes les étapes de la mise en oeuvre de ce dispositif. Contrairement à de nombreux acteurs privés, le Gouvernement s'interdit absolument toute possibilité de filtrage des contenus. Cela n'a rien à voir avec les pratiques révélées par Edward Snowden. Afin de renforcer encore les garanties, le Gouvernement déposera un amendement prévoyant que ce dispositif sera temporaire, pour une durée de trois ans. Cela permettra de soumettre son prolongement à la décision expresse du Parlement, sur la base d'une évaluation détaillée des conditions de sa mise en œuvre. S'agissant c'est un autre débat des capteurs de proximité, il n'y aura pas davantage d'aspiration massive de données. Leur usage est indispensable pour identifier les moyens de communication qu'utilisent des individus menaçants qui cherchent à dissimuler leurs échanges, mais il est techniquement possible de garantir que seules les données ciblées sur les personnes recherchées seront exploitées et conservées, toutes les autres données étant écrasées. Et la centralisation des données extraites doit garantir un contrôle systématique et exhaustif. Les échanges que vous aurez, lors des débats, notamment avec le ministre de l'intérieur permettront d'encadrer le texte de manière plus précise encore. Le texte met également en place des procédures d'urgence opérationnelle, ce que chacun peut comprendre : la menace est souvent imprévisible et les services doivent pouvoir réagir très rapidement en certaines circonstances. Ces procédures d'urgence seront bien sûr elles aussi très encadrées. Le Gouvernement va solliciter le rétablissement d'une procédure d'urgence absolue, c'est-à-dire sans avis préalable de la CNCTR. Le recours à ce dispositif sera strictement exceptionnel, je m'y engage solennellement. Il sera utilisé uniquement dans l'hypothèse d'une urgence vitale et dans une situation où la commission ne pourrait délivrer son avis préalable ; en cas de crise majeure affectant la sécurité des citoyens, l'action de l'État doit pouvoir être immédiate. Mesdames, messieurs les députés, au sujet des activités de renseignement de la Direction générale de la sécurité extérieure, DGSE, je veux faire une mise au point très claire devant la représentation nationale. Les services de renseignement français ne procèdent strictement à aucune interception de communications échangées sur le sol français, en dehors du régime ciblé prévu pour les interceptions de sécurité. Ni la DGSE ni aucun autre service n'ont accès au centre de stockage des opérateurs. Il n'y a donc et affirmer le contraire est un mensonge aucune surveillance de masse des Français. La DGSE peut procéder à des opérations de surveillance des communications internationales, comme c'est son rôle. Mais cela s'effectue sur la base d'instructions précises, selon un filtrage rigoureux et dans la limite des finalités prévues par le projet. Dès lors qu'une communication internationale a son origine ou sa destination en France, le droit commun s'applique en matière d'exploitation et de contrôle. Par ailleurs, ces données ne font pas l'objet d'une transmission à des partenaires étrangers. Le projet de loi qui vous est soumis encadrera ces opérations de manière encore plus précise, et il renvoie à deux décrets d'application. Là encore, le projet comporte de très notables avancées par rapport à la loi de 1991. Enfin, conformément à l'annonce faite devant vous en janvier, le Gouvernement a déposé un amendement pour créer un fichier de suivi des terroristes permettant de leur imposer la déclaration de leur domicile et de leurs déplacements à l'étranger. Si ces dispositions n'ont pu figurer dans le projet initial, c'est parce que nous avons voulu soumettre le projet à l'avis de la CNIL et du Conseil d'État. Mesdames, messieurs les députés, ce projet de loi dont vous allez débattre en présence des ministres plus particulièrement concernés par le texte Christiane Taubira, Jean-Yves Le Drian et bien sûr Bernard Cazeneuve, en tant que chef de file, constituera un progrès important pour nos services de renseignement et pour notre démocratie. Alors que nous nous dotons d'un texte de loi qui encadre les services de renseignement, à leur demande, alors que nous ne disposions pas de ce type de cadre juridique pour notre action, il est pour le moins étonnant que des critiques, au demeurant tardives, viennent contester, non la légitimité du texte, mais son caractère éventuellement liberticide. Tout cela relève de fantasmes. La discussion mettra à mal ces critiques excessives et absurdes. Ce texte de loi est le fruit d'une longue concertation, menée notamment ici, à l'Assemblée. À ceux qui veulent revitaliser le rôle du Parlement, je les invite à lire les extraits des débats, des discussions qui ont lieu depuis des mois, sinon depuis des années au Parlement. La concertation a été menée ici à l'Assemblée, avec la Délégation parlementaire au renseignement, avec le président Jean-Jacques Urvoas et la présidente Patricia Adam. Cette concertation a été à la hauteur des enjeux de ce texte. Je souhaite, vous pouvez le comprendre, qu'il recueille au Parlement le soutien le plus large possible et qu'il soit adopté le plus rapidement possible. Je remercie tous les groupes politiques pour le caractère constructif des débats. Car sur les questions de souveraineté, nous devons nous rassembler au-delà des clivages partisans : il y va de la sécurité de la nation et de la souveraineté économique, diplomatique et géopolitique de la France. Et c'est d'abord, vous le savez, l'exigence des Français. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.) - MOTION DE RENVOI EN COMMISSION (…) M. le président. La parole est à M. le Premier ministre. M. Manuel Valls, Premier ministre. Je souhaite répondre à M. Ciotti, avant que ne s'expriment les orateurs des groupes. Après cette motion, se tiendra la discussion générale de ce texte qui, je n'en doute pas, va être enrichi par le travail parlementaire, à l'Assemblée nationale puis au Sénat. Nous pouvons nous retrouver, monsieur Ciotti, sur le diagnostic, c'est-à-dire sur l'ampleur de la menace. Je vous renvoie aux propos que je viens de tenir, mais aussi à ce que le ministre de l'intérieur a pu dire au long de ces derniers mois, notamment lors de l'examen de la deuxième loi antiterroriste, ou, il y a un peu plus longtemps, à discussions que nous avons eues à la fin de l'année 2012, quand j'étais ministre de l'intérieur, sur la première loi antiterroriste. Nous nous retrouvons donc, disais-je, sur le diagnostic, sur l'ampleur de cette menace et sur son caractère durable. Elle doit mobiliser l'ensemble de nos services police, gendarmerie, services de renseignement mais aussi, de manière plus générale, l'ensemble de notre société. C'est la première fois que nous faisons face à ce type de menace non pas la menace terroriste en tant que telle car ce n'est pas la première fois que nous sommes en guerre contre le terrorisme, pour reprendre une expression que j'avais déjà utilisée, ou le djihadisme, l'islamisme radical et contre ceux qui s'attaquent aux valeurs fondamentales de notre pays ou d'autres, je l'ai rappelé tout à l'heure à la fois extérieure et intérieure, avec notamment ces Français ou ces personnes qui résident en France et qui partent combattre en Syrie ou en Irak puis qui, ensuite ils l'ont déjà fait peuvent se retourner contre nous. Parfois, ils n'ont d'ailleurs pas même besoin de partir ni de passer par la case prison puisqu'ils se convertissent à l'islamisme radical d'une manière extrêmement rapide par l'intermédiaire d'internet. Nous avons déjà évoqué ces sujets-là, sur lesquels nous ne raisonnons pas différemment. Il n'y a donc aucun faux débat à nourrir entre nous. Je n'en doute pas un seul instant, nous pouvons nous retrouver aussi sur le lien entre sécurité et liberté, bien évidemment. La sécurité est la première des libertés et, en même temps, nous devons préserver nos libertés fondamentales dont les terroristes, précisément, attendent que nous les remettions en cause. Ils veulent créer les conditions d'une rupture et d'un affrontement au sein de notre société. Nous devons donc être beaucoup plus forts qu'eux et c'est pourquoi, je le répète j'ai eu l'occasion de le dire ici même le 13 janvier, contrairement à ce qui s'est passé aux États-Unis après le drame du 11 septembre 2001, même si nous ne sommes pas là pour donner des leçons, nous ne prendrons pas de mesures d'exceptions mais nous répondrons bien entendu d'une manière exceptionnelle à travers les mesures que nous avons précisément annoncées au mois de janvier avec les ministres concernés, Bernard Cazeneuve, Jean-Yves Le Drian et Christiane Taubira à la suite d'un conseil des ministres présidé par le chef de l'État. Je ne vous demande pas de vous montrer complaisants à l'endroit du Gouvernement mais je crois que nous pouvons tous nous retrouver autour des idées de rassemblement et d'unité. Où je ne peux pas vous suivre, en revanche, et je le dis très tranquillement, c'est lorsque vous soutenez que nous avons perdu du temps. Soit nous sommes dans l'unité nationale, soit nous ne le sommes pas. Le texte est là, des amendements ont été déposés et des critiques formulées, tel est le rôle du Parlement. Dès lors que vous annoncez votre soutien à ce texte, j'ai du mal à comprendre pourquoi vous portez concomitamment une telle accusation. Lorsque j'étais ministre de l'intérieur, nous avons présenté un texte pour lutter contre le terrorisme qui résultait bien évidemment du travail du Parlement, lequel avait commencé après les événements de Montauban et de Toulouse. Je ne comprends même pas votre référence à la position de l'actuel Président de la République, surtout au mois d'avril 2012, car nous nous sommes appuyés sur les travaux qui avaient été engagés à l'époque par François Fillon. Nous sommes en effet partis des constats et des leçons que, les uns et les autres, nous avons tirés des attentats de Toulouse et de Montauban, notamment quant à ce que nous pouvions changer profondément dans l'organisation verticale ou horizontale de nos services tout comme dans celle de la police et de la gendarmerie. C'est ainsi qu'a été présentée la loi antiterroriste de fin 2012. Face aux nouvelles techniques utilisées par les terroristes, il est d'ailleurs assez normal et logique, comme nous l'avions annoncé à la fin de 2012, que la loi change, évolue, s'adapte. Tel a été le sens du texte présenté par Bernard Cazeneuve il y a quelques mois qui, là aussi, a été adopté à une très large majorité. Le phénomène des djihadistes, constaté dès l'été de 2012, m'a conduit à prononcer des paroles extrêmement claires, qui m'ont d'ailleurs parfois été reprochées, concernant les notions d'ennemis extérieurs et intérieurs. Nous sentions bien, en effet, la montée en puissance de ce phénomène concomitamment à la guerre terrible en Syrie et aux événements que nous connaissons en Irak. Chaque fois, nous avons apporté des réponses et, surtout, des moyens. Ce fut une des leçons du rapport parlementaire que j'ai évoqué : nous avons changé le périmètre de la Direction centrale du renseignement intérieur en la transformant en Direction générale de la sécurité intérieure. Nous avons tiré les leçons des failles ou des problèmes qui ont été constatés dans le passé, y compris à la suite de la disparition des renseignements généraux, en renforçant les moyens du renseignement territorial. Moi aussi, je pourrais faire état de ce qui s'est passé auparavant et pointer les pertes de temps. Nous avons renforcé les moyens humains, techniques et financiers de la Direction générale de la sécurité extérieure et de la DGSI : 532 postes ont été programmés et 800 de plus en incluant le Service central du renseignement territorial, le SCRT. Monsieur Ciotti, je pourrais aussi vous rappeler le nombre de postes qui ont été supprimés entre 2007 et 2012 dans la police et la gendarmerie, ce qui a touché de plein fouet la DCRI et le renseignement territorial. M. Hervé Morin. Sept cents postes supplémentaires ont été créés à la DGSE ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Mais je n'ai pas envie de polémiquer de la sorte parce que, précisément, cela nous affaiblit. Nous avons tiré les leçons pour donner davantage de moyens techniques, budgétaires et humains aux services, et pas seulement dans le domaine de la sécurité car ils ont aussi besoin de différents spécialistes. Nous n'avons donc pas perdu de temps. Il n'en reste pas moins vrai que la menace est là et qu'elle est durable. Ce terrorisme change en permanence et s'adapte. Telle est sa force et, pour reprendre votre mot, nous devons en effet faire preuve d'une plus grande détermination en nous adaptant nous-mêmes à chaque fois à cette réalité liée aussi à la situation géopolitique, laquelle ne cesse d'évoluer je pense, par exemple, à ce qui est en train de se passer en Libye, si vous voyez ce dont je veux parler, et qui est particulièrement inquiétant puisque Daech s'implante aujourd'hui dans ce pays totalement désorganisé. Dès l'automne 2012 Bernard Cazeneuve a ensuite, bien entendu, poursuivi et amplifié ce travail, nous avons accru la coopération entre pays européens, qui était à ce moment-là très faible. Il ne suffit d'ailleurs pas de proclamer qu'il faut faire voter le PNR : il faut y arriver ! J'espère que, cette fois-ci, nous avons convaincu une majorité de parlementaires sur tous les bancs de voter en faveur de la création de cet outil de surveillance indispensable pour lutter contre le terrorisme. Tel est notre engagement. Ne cherchons donc pas de faux débats où il n'y en a pas et où nous pouvons nous retrouver, ici même comme au Parlement européen ! Honnêtement, lorsque l'on s'avise du nombre de pays qui ont été frappés par le terrorisme ou qui sont sous sa menace la Grande-Bretagne, que vous citez, la Belgique, l'Allemagne, l'Espagne, il y a encore quelques jours où une cellule a été démantelée à Barcelone alors qu'elle s'apprêtait non seulement à poursuivre l'embrigadement de djihadistes, mais aussi, sans doute, à frapper nos amis espagnols, nous constatons que tous ont dû s'adapter et qu'il a fallu échanger sur les pratiques en vigueur, y compris dans notre pays. Nous-mêmes nous sommes inspirés des méthodes dites de contre-radicalisation et de mobilisation des familles, y compris de celles dont la culture n'est parfois pas la nôtre sur ces questions. Ne cherchons donc pas de faux débats où il n'y en a pas. M. Claude Goasguen. Ce sont de vrais débats ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Le fait est que nous devons nous adapter en permanence. Regardez le pays qui a été frappé de plein fouet au mois de septembre 2001, à New York et à Washington, dans les conditions dramatiques que nous connaissons tous. Lui aussi a dû faire face de nouveau à des épisodes terroristes à Boston, voilà peu de temps. Sur ces questions-là, il est donc très difficile de donner des leçons. Nous travaillons en bonne intelligence avec le Parlement, en observant ce qui se passe ailleurs, afin de trouver les meilleures solutions. Alors, continuons de la sorte ! Encore une fois, car j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer longuement et souvent, lors de telle ou telle interpellation pendant les questions au Gouvernement, j'ai présenté ce texte alors qu'il n'y avait pas eu de loi sur le renseignement depuis 1991. À ce propos, monsieur Ciotti, vous avez fait une confusion : il existe deux lois antiterroristes s'il en faut une troisième, il y en aura une troisième parce qu'il faut s'adapter en permanence, mais celle dont nous discutons n'en relève pas. M. Claude Goasguen. Et la justice ? M. Manuel Valls, Premier ministre. Cette loi sur le renseignement vient de loin, notamment du travail réalisé par Jean-Jacques Urvoas et son collègue Patrice Verchère. Je l'ai dit aussi à la tribune : j'avais moi-même été interpellé directement par les directeurs des services extérieurs et intérieurs me demandant une telle loi qui permet aussi de protéger le travail de nos agents, que nous avons tous salué. Je pourrais même vous dire que c'est toujours avec la gauche ou, en tout cas, une majorité de gauche qu'une loi sur le renseignement est votée. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.) Si je voulais alimenter une discussion que je crois inutile, je vous demanderais ce que vous avez fait, monsieur Ciotti, depuis 1991. Mme Marie-Anne Chapdelaine. On se le demande, en effet ! M. Manuel Valls, Premier ministre. À l'époque, pour des raisons culturelles que Jean-Jacques Urvoas a très bien rappelées, cela n'avait pas été facile pour le Premier ministre Michel Rocard, que je connais bien, de convaincre François Mitterrand de légiférer dans ce domaine. M. Christian Jacob. Décidément, vous avez les mots pour rassembler ! M. Manuel Valls, Premier ministre. S'agissant des services secrets, il régnait précisément une culture du secret. Rappelez-vous d'ailleurs de ce mot de François Mitterrand, qui a fait l'objet d'un livre de Michel Rocard ensuite : « Si ça vous amuse, faites cette loi ! » M. Christian Jacob. C'était un spécialiste des écoutes ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Eh bien, la loi de 1991 est particulièrement importante. Quelques années après, une loi qui, une fois encore, n'était pas évidente pour des raisons culturelles, se trouve au coeur des débats du Parlement et de la société. Cette loi que je viens de présenter il me semble important que le Premier ministre s'engage lui-même est celle de tout le Gouvernement. Sur cette question, monsieur Ciotti, vous n'enfoncerez pas un coin entre ses membres. La garde des sceaux, Bernard Cazeneuve et Jean-Yves Le Drian ont préparé ce texte ensemble, dans des conditions de dialogue interministériel et parlementaire de très grande qualité. La garde des sceaux, comme ses collègues, vous le savez parfaitement, a participé aux débats en commission. Encore une fois, je tiens à lui dire toute ma confiance, sur cette question comme sur toutes les autres, parce que j'en ai assez que la même personne soit mise en cause en permanence, dans un jeu de rôles sans intérêt. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.) Dans le débat public, je trouve plutôt bien que la garde des sceaux, contrairement à certains de ses prédécesseurs, ne s'exprime pas en permanence sur tel ou tel sujet alors qu'elle est la garante des libertés fondamentales. M. Claude Goasguen. Ah bon ? M. Manuel Valls, Premier ministre. Je salue donc le rôle que joue garde des sceaux ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.) M. Christian Jacob. Je ne suis pas sûr que ce soit un compliment ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Nous allons discuter d'une question qui n'est pas nouvelle l'équilibre entre liberté et sécurité et le fruit du travail que nous vous présentons est au cœur du débat qui a été mené par le Gouvernement, dont je suis quant à moi le garant de l'unité, de la cohésion et de la cohérence. Ne lisez pas les gazettes : observez uniquement le rôle du Gouvernement et la nature de ce texte. C'est cela qui me paraît essentiel et c'est cela qui intéresse les Français ! Vous avez posé beaucoup de questions, monsieur Ciotti, et vous avez formulé un certain nombre de propositions que nous examinerons évidemment, en faisant preuve d'ouverture d'esprit. Je souhaite en effet que la détermination que vous avez rappelée soit partagée par une très large partie du Parlement… M. Philippe Vitel. C'est pour cela qu'il faut revenir en commission ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Et, d'une manière plus large, par l'opinion. Lorsque l'on écoute nos compatriotes, il me semble qu'ils sont parfois prêts à aller encore plus loin sur un certain nombre de sujets parce qu'ils ont parfaitement compris, mieux que certains, la menace à laquelle nous sommes confrontés. En tout cas, pas de faux débats ! Avançons sur le fond, c'est cela, l'exigence du 11 janvier. À cet égard, et j'en termine par-là, monsieur Ciotti, oui, il y a bien une exigence je ne sais pas s'il s'agit d'un esprit du 11 janvier : que nous soyons, les uns et les autres, à la hauteur de ce que nous demandent les Français. Pas de faux débats, pas de fausses polémiques, pas de divisions inutiles et stériles mais un rassemblement et une unité pour une seule chose : l'efficacité dans la lutte contre le terrorisme ! (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et RRDP.) \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/133.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/133.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..26d0ed2b835ad65af5fbee5c15dcaa2fde7d55cc --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/133.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs les Directeurs, Mesdames et Messieurs les Conseillers, Je suis heureuse d'être parmi vous ce matin pour ouvrir ces trois journées de réflexion et d'échanges. Cette réunion prend place dans un contexte particulier, notamment dans votre zone. Les massacres au Yémen ou en Irak ; l'attentat du musée du Bardo à Tunis, où je me rends bientôt ; ...je n'oublie pas, évidemment, la guerre civile en Syrie qui a fait plus de 220.000 victimes ces quatre dernières années et qui affecte les pays limitrophes, comme j'ai pu le constater le mois passé au Liban ; ni les combats en Libye, qui déstabilisent une région fragile. Autant d'illustrations tragiques des dérives terroristes de cette radicalisation religieuse à l'œuvre... autant de menaces qui se multiplient contre la liberté et la démocratie. Notre coopération pour le développement porte dans ce contexte une grande responsabilité, celle d'inventer ou accompagner des réponses appropriées aux défis de ces sociétés : quels enjeux cibler, et comment, pour être à la fois solidaire et efficace ? Le tout, vous le savez, dans un contexte de rareté accrue de notre ressource budgétaire... Vous êtes les mieux placés pour nous aider à avancer dans cette voie. Vous vivez et travaillez dans une région chargée d'histoire et d'héritages, ancrée dans la tradition mais aussi tournée vers la modernité, traversée par des dynamiques complexes et parfois déstabilisatrices, où il vous faut vous adapter en permanence. Vous y êtes les messagers des valeurs de la France. Je vous en remercie. Je voudrais, ce matin, revenir sur quatre priorités qui structurent ma politique en matière de développement et de francophonie : la jeunesse ; l'agenda international de 2015 pour le développement durable et la COP21 ; la Francophonie et l'innovation. I - Commençons par la jeunesse, qui constitue une priorité de notre action et un enjeu majeur de la relation entre les deux rives de la Méditerranée. La région compte 280 millions de jeunes de moins de 24 ans, soit 50% de sa population. Son taux de chômage est le plus élevé de la planète. C'est cette jeunesse qui fait bouger les lignes : acteur clé des printemps arabes, elle a fait entendre sa voix. Notre politique de développement doit l'accompagner dans ses aspirations à la liberté d'expression et d'insertion dans la société. Je viens de présenter une stratégie sur l'action extérieure de la France pour la jeunesse. Elle met l'accent sur la réponse aux enjeux démographiques, sur la santé, sur la formation, sur l'accès à l'emploi, en particulier en milieu rural, sur la vie citoyenne. Je sais combien vous êtes déjà mobilisés sur ces objectifs, avec notre réseau d'enseignement à l'étranger, AEFE et Mission laïque française. Je vous en remercie. La formation et l'accès à l'emploi, tout comme l'accompagnement de la vie citoyenne, sont des thèmes que vous soutenez dans la plupart des pays de la zone. L'AFD fait également des jeunes une cible prioritaire de son nouveau cadre d'intervention régional, que je vous invite à lire. Elle y a consacré plus de 170 Meuro, sur la période 2013-2015, en grande partie sur la formation et l'accès à l'emploi. Je souhaite que ce nouveau document permette d'amplifier cette dynamique. L'accès aux droits fondamentaux et à la citoyenneté de cette jeunesse est également une priorité : je connais vos actions en soutien aux sociétés civiles - je pense par exemple au soutien apporté par notre SCAC à Tunis au forum de la jeunesse, auquel je me rendrai début mai. Mais il y aussi la formation dans le domaine des médias ou de la promotion de l'égalité femmes-hommes. Ces actions sont essentielles pour accompagner, encourager l'évolution démocratique de ces sociétés, où les femmes sont les premières victimes de la radicalisation idéologique. La loi de juillet 2014 consacre le genre en tant que une composante transversale de notre politique de développement. Mais pour encourager une évolution en profondeur de ces sociétés, rien ne remplacera l'échange entre jeunesses des deux rives de la Méditerranée. Le président de la République a lancé un chantier pour amplifier « l'engagement civique » des jeunes de France. J'ai souhaité y contribuer en renforçant la dimension internationale de l'engagement citoyen. Nous y travaillons en lien avec délégation pour les relations avec la société civile, le ministère de la jeunesse et France Volontaires. Plusieurs directions sont à l'étude : - la simplification du dispositif, pour que les jeunes qui souhaitent s'engager ne se perdent pas dans un dédale de portes d'entrée ; - l'encouragement à la réciprocité, en facilitant le volontariat du nord vers le sud, aussi bien que du sud vers le nord. Des programmes existent, il faut les soutenir ; - la valorisation professionnelle des acquis. II. Deuxième priorité, s'engager de manière ambitieuse pour un aboutissement des négociations internationales du développement durable 2015 est notre année. C'est l'année des décisions pour la planète. Nous sommes prêts pour affronter ces échéances. Le premier rendez-vous, à Addis-Abeba en juillet, sera une étape clé dans la refonte de l'agenda du développement durable. L'occasion de confirmer que la communauté internationale s'engage dans un nouveau paysage du financement du développement durable. L'APD y a toute sa place mais dans une vision renouvelée, avec un effet catalytique sur les différents financements et outils pouvant contribuer au développement durable : ressources domestiques, investissements privés, financement innovant et outils de financements mixtes. Aux États de fixer des cadres clairs pour permettre l'action de chacun. Et d'inciter les différents acteurs à aller dans la même, dans la bonne direction. Le deuxième grand rendez-vous, c'est celui des Objectifs de développement durable (ODD). Un agenda universel se construit. C'est aussi un agenda transversal qui porte sur le développement durable dans ses trois dimensions, économique, sociale et environnementale. Il comprend ainsi 17 objectifs, dont l'un est particulièrement ambitieux : éradiquer l'extrême pauvreté, d'ici 2030. Enfin, notre troisième rendez-vous, et il est capital pour notre diplomatie et pour la planète, c'est celui du climat. Notre objectif est clair : nous remettre sur la voie des 2°C. Agir pour le climat, c'est aussi prendre nos responsabilités, et renforcer notre solidarité. Avec les victimes du dérèglement climatique, elle doit être forte. C'est pourquoi j'ai fait de l'adaptation ma priorité pour Paris Climat 2015, et notre ministère se mobilise pour la thématique «genre et climat». Cette solidarité, nous devons aussi la manifester par notre engagement financier. C'est le cas avec le Fonds vert, et il faudra sans doute aller au-delà dans la mobilisation de financements publics et privés additionnels. Sur ces différents sujets, nous sommes dans la dernière ligne droite des négociations. Je vous demande donc de porter nos positions, qui seront communes avec nos partenaires européens, et d'être attentifs à celles de vos pays de résidence. Je sais que votre région est confrontée à des défis pressants, auprès desquels ces enjeux peuvent paraître lointains, mais elle ne peut rester en dehors de cette grande discussion mondiale dont les conséquences la concernent directement. 3. Troisième priorité : la Francophonie, dont la zone ANMO, avec des 36 millions de locuteurs francophones, est un maillon essentiel. J'ai pu constater au Liban la vitalité de cette francophonie. J'espère la constater également très prochainement en Tunisie. J'ai aussi pu mesurer les défis auxquels elle est confrontée : maintien de la qualité des enseignants face à l'augmentation des cohortes, concurrence de l'enseignement anglophone, notamment dans l'enseignement supérieur. Dans ces pays où notre langue est solidement installée, la priorité va au maintien de la qualité dans les systèmes éducatifs locaux. Dans les pays du Golfe, le développement de la francophonie naissante passe davantage par nos établissements français, par nos centres de langue, mais aussi par l'encouragement de nos partenaires à ouvrir leurs systèmes éducatifs à notre langue. Partout, le tandem éducation/formation est essentiel : le français doit être perçu comme un atout dans une perspective d'insertion professionnelle des jeunes. Je tiens à cet égard à saluer les nombreuses initiatives prises par le réseau pour renforcer cette dimension. Notre langue est non seulement un trait d'union culturel entre les peuples, mais aussi un moyen efficace de commercer. Il faut enfin valoriser nos médias francophones, et notamment TV5Monde - ce n'est pas un hasard si cette chaîne a été visée, c'est un symbole qu'on a frappé - et les médias de France Médias Monde, notre politique de diffusion culturelle, appuyée par l'Institut français, ou encore l'environnement administratif qui demeure parfois imprégné de notre langue. 4. Enfin, et je terminerai par ce point, j'ai la conviction que l'innovation doit guider notre réflexion et notre action, au service d'une aide non seulement plus transparente et plus efficace, mais aussi plus créative et en adéquation avec les besoins exprimés localement. Car face à des enjeux parfois vertigineux, à des besoins immenses et à des moyens pour y répondre clairement insuffisants, il nous faut faire autrement, être à l'écoute des idées et des énergies qui s'expriment autour de nous. Vous tous, sur le terrain, êtes les premiers à assister à cette révolution en marche. L'innovation n'est pas que technologique, elle concerne également les manières de produire, de consommer, de vivre ensemble. Nouveaux financement, nouveaux modèles économiques développés par des entreprises responsables, création d'entreprises sociales, de coopératives, d'associations en réponse à des besoins sociaux ou environnementaux non couverts. Sachons mettre ces innovations au coeur de notre politique de développement. Pour encourager ce mouvement, je souhaite une forte mobilisation : je lance, avec Patrick Kanner, le 24 avril, dans le cadre de l'initiative portée le président de la République « la France s'engage », un concours autour de l'innovation au sud, sous toutes ses formes. « La France s'engage au Sud » a besoin de vous pour relayer sur le terrain ce concours ; pour identifier et faire remonter des projets pérennes et innovants, qui méritent d'être connus et accompagnés. Je compte sur votre mobilisation. Le Fonds de solidarité prioritaire (FSP) a également évolué cette année : Vous avez découvert le PISCCA. Il vous invite à accompagner des petits projets innovants de coalitions d'acteurs, publics, société civile, mais aussi privés. Là aussi, nous comptons sur vous pour aller repérer et soutenir les initiatives qui le méritent, pour travailler en lien avec l'AFD qui pourra prendre le relais lorsque ces projets pilote auront fait leur preuve. Enfin, pour être plus innovants, travaillons ensemble au rapprochement de la recherche et de nos politiques de développement. J'ai lancé ce chantier en Janvier. La DGM le porte, en lien avec vous et je l'en remercie. Il est essentiel. Pour conclure, je voudrais vous remercier pour le travail que vous faites dans une région qui a profondément changé en quelques années. Votre mandat est exigeant, multiforme. Votre zone est essentielle pour notre politique étrangère et les moyens engagés par la France restent considérables malgré le contexte budgétaire contraint. Près d'un quart des crédits délégués sur la coopération y seront encore consacrés en 2015. Nous nous donnons les moyens de nos ambitions et il faut poursuivre notre action pour en récolter les fruits. Ce réseau que vous incarnez est notre force. Nos partenaires nous l'envient. Pour notre influence. Pour prendre part à des processus déconcentrés qui doivent être coordonnés depuis le pays de résidence, tels que la programmation conjointe européenne qui va s'étendre dans votre zone. Pour porter notre voix dans les fonds multilatéraux. Le rôle de notre réseau évolue et vous devez vous adapter. Je n'ai pas toutes les réponses mais il faut mener une réflexion ensemble : les nouveaux acteurs, le travail en réseau, avec les opérateurs publics dont le département assure la co-tutelle, en particulier l'AFD et Expertise France maintenant, le monde professionnel, l'articulation de la coopération décentralisée, de l'expertise et de la diplomatie économique, tels sont donc les objets de réflexion pour ces journées d'échange et nos axes de travail pour les mois à venir. Je vous remercie toutes et tous pour votre travail : il est considérable, il est exigeant, parfois même périlleux, mais toujours exaltant car au cœur des priorités de notre pays. Je vous souhaite de fructueux échanges et vous remercie de votre attention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/134.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/134.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..945d5ac28795c3deb0ddfd38b470db05135dd955 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/134.txt @@ -0,0 +1 @@ +BRUNO DUVIC Le Premier ministre Manuel VALLS est jusqu'à 8H55 l'invité de France Inter. Bonjour Monsieur. MANUEL VALLS Bonjour Bruno DUVIC. BRUNO DUVIC Combien d'attentats déjoués depuis ceux du mois de janvier à Paris ? MANUEL VALLS De nombreux attentats ont déjà été déjoués, cinq, compte tenu, encore, de l'attentat qui n'a pas eu lieu, heureusement, à Villejuif, il y a sans doute quelques jours. BRUNO DUVIC Alors, celui de Villejuif est très médiatisé depuis hier. De quelle nature les autres projets d'attentats avortés, est-ce que la menace était aussi imminente ? MANUEL VALLS La menace elle n'a jamais été aussi importante, nous n'avons jamais eu à faire face à ce type de terrorisme dans notre histoire. Il faut donner un certain nombre de chiffres. Je veux rappeler que 1573 Français, ou résidents en France, sont recensés pour leur implication dans ces filières terroristes, 442 se trouvent sans doute actuellement en Syrie, 97 y sont morts. Et par ailleurs, la plateforme d'appels permettant aux citoyens de signaler des cas de radicalisation, a enregistré déjà plus de 2600 signalements, 630 ont été jugés très sérieux et examinés par les services spécialisés. Enfin, je veux rappeler que 7 Français sont morts en actions suicides en Syrie ou en Irak, j'ai donné ces chiffres quand j'ai présenté le projet de loi sur le renseignement, et je viens de vous dire que, sans doute, 5 attentats ont été déjoués au cours de ces derniers mois. Quand j'étais, pour la première fois, depuis quelques semaines, à Beauvau, comme ministre de l'Intérieur, on commençait à évoquer, à l'été 2012, ces filières. Le 19 septembre 2012 il y a eu une tentative d'attentat dans une épicerie casher à Sarcelles, déjà. BRUNO DUVIC Et depuis la menace n'a fait que croître ? MANUEL VALLS La menace n'a fait que croître, on considère qu'il y a 3000 à 5000 Européens sur place, et qu'à la fin de l'année, ce chiffre pourrait atteindre 10.000, cela veut bien dire qu'il n'y a pas que la France qui est directement menacée, mais d'autres pays le sont. Il y a encore quelques jours, quelques semaines, à Barcelone, une filière, avec des projets d'attentats à Barcelone, a été démantelée par la police espagnole. BRUNO DUVIC Venons-en à l'affaire de Villejuif. Sid Ahmed GHLAM, cet homme avait été repéré dès l'année dernier, fiché par la DGSI, passage par la Turquie cette année, velléité de départ en Syrie, puis retour en France, vérification de son environnement à deux reprises, et pourtant il a été arrêté quasiment par hasard. On n'aurait pas pu interrompre le parcours de cet homme plus tôt ? MANUEL VALLS Le procureur de la République MOLINS, hier, a expliqué pourquoi on ne pouvait pas judiciariser ce cas, mais laissons l'enquête, aujourd'hui, se dérouler, pour mieux comprendre ce qui s'est passé. Moi je veux saluer, d'abord, la rapidité avec laquelle les enquêteurs ont remonté la piste terroriste, à partir des faits qui n'avaient aucun lien apparent entre eux. Tout indique que cette attaque a été effectuée en liaison avec un individu qui pourrait être en Syrie, des échanges ont eu lieu, une commande avait été passée, sans doute, pour cibler une église, enfin je veux rappeler… BRUNO DUVIC Pardon, mais il n'y avait aucun élément qui permettait d'interrompre le parcours de cet homme plus tôt ? MANUEL VALLS Laissons l'enquête se dérouler, mais je veux saluer le travail des services. Il est quand même assez étonnant qu'à partir du moment où on a évité un attentat, dans les circonstances que vous avez évoquées, la première réaction ce soit de mettre en cause le travail des services. Enfin, je veux rappeler, qu'une femme a été victime du terrorisme, Aurélie CHATELAIN, qui a été tuée, c'est une nouvelle victime du terrorisme, je veux lui rendre hommage et avoir une pensée pour sa petite fille, pour sa famille et pour ses proches. BRUNO DUVIC Remettre en cause ou pas le travail des services, juste une question supplémentaire. Cet homme, qui encore une fois avait été repéré, a pu acquérir des armes, est-ce qu'il y a eu un délai important entre le moment où il a acquis ces armes, et son arrestation ? MANUEL VALLS Je ne peux pas vous répondre, et encore une fois l'enquête donnera, j'imagine, progressivement tous ces éléments. Il faut comprendre son entourage, il faut que cette enquête soit affinée… BRUNO DUVIC Pour l'instant il est question d'un complice, cet homme avec qui il était en liaison en Syrie ? MANUEL VALLS Il faut être précis dans ce type d'affaire, et moi je ne veux pas venir ici, par des déclarations ou des informations que je ne possède pas, perturber l'enquête. BRUNO DUVIC En tout cas il n'y a pas d'autre complice identifié ? MANUEL VALLS Je ne peux pas vous répondre à cette question, ça serait, je crois, irresponsable que de vous répondre ainsi. Il n'agit pas seul, ce type d'individu n'agit pas seul, nous l'avons vu avec les attentats au mois de janvier, il y a des réseaux, il y a ceux qui apportent un soutien logistique, donc il faut que l'enquête soit menée, avec beaucoup de détermination, mais aussi avec le secret nécessaire pour qu'elle soit le plus efficace possible. BRUNO DUVIC Ici c'est des églises qui étaient visées, elles sont désormais cibles potentielles des terroristes, au même titre que les synagogues ou les écoles juives ? MANUEL VALLS Mais c'est la France, toute la France, qui est visée pour ce qu'elle est, c'est pour ça que nous devons faire la guerre au terrorisme, c'est pour ça que nous faisons la guerre au terrorisme, sans faire la guerre à ce que nous sommes, un pays libre, une grande démocratie, jalouse de ses libertés et de sa tolérance, et c'est ça qu'on attaque. Quand on s'en prend à la presse, à la liberté d'expression, en tuant les journalistes, les caricaturistes de Charlie Hebdo, quand on s'en prend aux policiers qui sont là pour protéger nos libertés, quand on s'en prend aux Français juifs parce qu'ils représentent notre diversité, quand on s'attaque aux synagogues ou aux églises, ou quand on veut s'attaquer aux églises, on touche à l'essence-même de ce qu'est notre pays, c'est-à-dire une République, laïque, qui aime la liberté, la possibilité de croire et de ne pas croire. Mais nous devons être plus forts que le terrorisme, ne pas avoir peur. Nous ne devons pas céder à la peur, vient de dire Monseigneur RIBADEAU DUMAS, qui est le porte-parole de la Conférence des Evêques, je prends ce mot. La meilleure réponse d'une démocratie comme la nôtre, c'est ne jamais céder à la peur, et de garder ce qui a été l'esprit du 11 janvier, c'est-à-dire la capacité des Français à se rassembler contre le terrorisme, contre la barbarie. BRUNO DUVIC Et en même temps, Manuel VALLS, le langage de vérité c'est aussi de dire qu'on ne peut pas mettre une patrouille de police devant tous les bâtiments potentiellement visés, on ne peut pas mettre une patrouille de police à la fois devant toutes les synagogues de France, devant toutes les églises, les musées, les grands médias, ce n'est pas possible, surtout dans un contexte où les policiers de Vigipirate sont déjà à flux tendu, voire davantage. MANUEL VALLS Oui, mais je veux leur rendre hommage, aux 10.000 militaires, aux milliers de policiers, de gendarmes, et de policiers municipaux, qui assurent la vigilance, des lieux de culte, des écoles confessionnelles, des médias. BRUNO DUVIC Et qui ne peuvent pas, donc, être devant tous les bâtiments, c'est important de pouvoir le dire ce matin. MANUEL VALLS Bien sûr, il faut le dire. Il y a 45.000 lieux de culte catholique, 178 bénéficient d'une protection spécifique, et les autorités religieuses, c'est vrai pour l'Eglise catholique, comme pour les autres, sont en lien constant avec le ministère de l'Intérieur, et notamment avec le préfet LATRON, qui été désigné par Bernard CAZENEUVE. Pour suivre la question de la protection des lieux de culte, il peut y avoir des gardes statiques, il peut y avoir, aussi, des patrouilles qui passent régulièrement… BRUNO DUVIC Pas plus d'hommes ? MANUEL VALLS Il y a déjà beaucoup d'hommes et de femmes mobilisés sur le terrain, mais il faut aussi, à la fois, ne pas céder à la peur, tout en maintenant de la vigilance, et chacun doit être vigilant par rapport à un individu qui pourrait être suspect, par rapport à un sac qui pourrait être déposé, c'est cette mobilisation… BRUNO DUVIC Et pas de redéploiement particulier devant les églises ? MANUEL VALLS Nous sommes en train de faire un point précis sur cette question-là, en lien avec l'Episcopat, et nous prendrons toutes les mesures, avec Bernard CAZENEUVE, qui s'imposeront, pour assurer, puisque c'est notre mission, la protection de nos compatriotes, de nos concitoyens. BRUNO DUVIC Parce que cette attaque avortée, en l'occurrence de sites chrétiens, correspond à la propagande récente de l'organisation Etat Islamique ? MANUEL VALLS Oui, puisqu'elle cible la France pour diviser. On voit bien quel est l'objectif… BRUNO DUVIC Et là, depuis plus récemment, discours antichrétiens plus particulièrement ? MANUEL VALLS En s'attaquant aux lieux de culte, il s'agit, évidemment, de provoquer des fractures dans notre société. Oui, les chrétiens, les catholiques, mais les Chrétiens d'Orient notamment sont visés, ils sont victimes, de fait, d'une barbarie insupportable, d'un véritable massacre, comme les minorités, en général, au Proche et Moyen-Orient. Je rappelle qu'en quelques jours il y a eu des massacres effrayants, de catholiques, de chrétiens, en Ethiopie. Donc, oui, ils sont évidemment visés, et nous leur devons notre solidarité, notre soutien. Ils visent aussi, semble-t-il, des lieux de culte catholique en France, d'où le fait que nous nous sommes déplacés hier avec Bernard CAZENEUVE, à Villejuif, pour témoigner, aussi, de notre soutien et de notre solidarité aux chrétiens et aux catholiques de France, qui étaient visés. BRUNO DUVIC Manuel VALLS, vous nous disiez en commençant qu'il y avait eu cinq autres projets d'attentats, avortés, pourquoi médiatiser, pourquoi choisir de médiatiser celui-ci ? On peut vous dire, aussi, que ça fait la publicité des terroristes de parler de cet attentat qui a été déjoué. MANUEL VALLS Mais vous en auriez parlé de toute façon ! Pendant 3 jours nous avons gardé… BRUNO DUVIC Les cinq autres il n'en n'a pas été question. MANUEL VALLS Oui, mais celui-ci prenait bien sûr une ampleur particulière… BRUNO DUVIC La menace était plus imminente ? MANUEL VALLS La menace était là, le passage à l'acte était sans doute en train d'être préparé, il y a eu un mort, Aurélie CHATELAIN, donc on ne peut pas taire cela. Je crois qu'il faut être très lucide, il faut regarder la réalité en face. Depuis près de 3 ans, comme ministre de l'Intérieur, et aujourd'hui comme Premier ministre, je rappelle, je vous l'ai dit il y a un instant, que nous n'avons jamais fait face à une telle menace, et chacun doit être bien conscient que nous faisons face à la fois à un ennemi extérieur, que nous combattons, ça a été le cas de l'intervention évidemment, de la décision du président de la République, d'envoyer nos troupes au Mali, pour sauver ce pays de la partition, de la désintégration. Nous sommes présents dans une coalition en Irak, avec nos Mirage et nos Rafale. Nous combattons ce terrorisme, cet ennemi extérieur, nous combattons, aussi, cet ennemi intérieur. Les chiffres, que j'évoquais, montrent l'ampleur de la menace. Jamais, encore une fois, nous n'avons eu à faire face à la fois à une menace intérieure, extérieure, qui se nourrit l'une de l'autre, face à cela, nous avons mis les moyens supplémentaires pour la police, la gendarmerie, les services de renseignement, nous avons fait voter deux lois antiterroristes, nous sommes en train de faire voter une loi sur le renseignement pour donner davantage de moyens à nos services de renseignement… BRUNO DUVIC Est-ce que l'annonce de cet attentat déjoué justifie un peu plus la loi sur le renseignement ? MANUEL VALLS Cette loi a été décidée après un long travail parlementaire. BRUNO DUVIC Il y a même de mauvaises langues qui disent que, voilà, l'un permet de faciliter le passage de l'autre. MANUEL VALLS Oui, mais, dans ces circonstances, il faut éviter d'entendre les mauvaises langues, il faut être à la hauteur de la situation, c'est-à-dire de la menace. Garder de la gravité, privilégier l'intérêt général. La loi sur le renseignement était une demande d'abord des services de renseignement. BRUNO DUVIC Est-ce qu'elle aurait permis d'arrêter Sid Ahmed GHLAM plus tôt ? MANUEL VALLS En tout cas elle aurait donné plus de moyens aux services de renseignement pour effectuer un certain nombre de surveillances. Cette loi est le fruit d'un long travail parlementaire entamé il y a 2 ans, notamment, après, pour tirer les leçons des attentats de Toulouse et de Montauban. La décision de légiférer sur le renseignement a été prise par le président de la République en juin dernier, en juin 2014. Ce n'est pas une loi de circonstance, c'est une loi qui permet de donner plus de moyens à nos services de renseignement, tout en maintenant nos libertés, puisque les terroristes veulent s'attaquer à nos libertés, veulent que nous prenions un certain nombre de décisions qui seraient attentatoires aux libertés. Eh bien non ! La réponse c'est à la fois, plus de sécurité, et plus de libertés, c'est ça aussi la France, c'est ça aussi la réponse d'un Etat de droit, d'une grande démocratie, de notre République, de la Nation française, au terrorisme. BRUNO DUVIC A propos de cet équilibre, Manuel VALLS, les critères retenus dans ce projet de loi, pour autoriser les techniques de renseignement, vont bien au-delà de la seule prévention du terrorisme, avec des intitulés parfois très larges, il y a sept critères, par exemple « violences collectives de nature à porter atteinte à la sécurité nationale. » Cela signifie quoi ? MANUEL VALLS Oui, parce que, sur ces sujets-là il y avait un grand flou, je pense notamment au hooliganisme. BRUNO DUVIC Et est-ce qu'on ne ratisse pas très large tout de même ? MANUEL VALLS Mais, cette loi, effectivement, elle ne concerne pas que le terrorisme, elle concerne tout le renseignement, et, par exemple aussi, les attaques que nous pouvons subir notamment en matière d'espionnage économique. Nous sommes la seule grande démocratie au monde qui n'ait pas une loi qui encadre nos services de renseignement et qui ne donne pas des critères précis. Et cette loi, moi j'ai eu l'honneur de la présenter et de la défendre devant le Parlement, le Parlement, l'Assemblée nationale, a bien travaillé, en première lecture, sur cette question-là, a avancé, aussi, dans l'approfondissement de la protection de nos libertés, le Sénat va poursuivre ce travail, le Conseil constitutionnel, qui sera saisi par le président de la République, aura aussi, bien sûr, son avis à donner. Nous avons, là, je crois, toutes les garanties pour nos libertés. BRUNO DUVIC Pourquoi conserver les données de connexion 5 ans, puisque c'est un des points du débat ? MANUEL VALLS Mais parce que nous avons besoin, là aussi, pour nos services de renseignement, d'avoir tous les moyens nécessaires pour lutter contre le terrorisme, contre l'espionnage. Mais enfin, écoutez, face à la menace que nous connaissons, dans le monde particulièrement trouble dans lequel nous vivons, menaces terroristes, drames migratoires en Méditerranée, défis climatiques, défis économiques, un pays comme le nôtre, qui en plus s'est construit à travers un Etat fort, mais qui garantit les libertés, doit se donner les moyens de lutter notamment contre le terrorisme. C'est quoi ce débat sur les libertés ? Jamais nous n'avons eu un texte qui garantit… BRUNO DUVIC C'est un débat, par exemple, qui a existé aux Etats-Unis après, donc on est… MANUEL VALLS Mais ça n'a rien à voir, ça n'a rien à voir Bruno DUVIC, avec le PATRIOT Act. BRUNO DUVIC D'où la vigilance tout de même. MANUEL VALLS Mais elle est normale dans une démocratie, et c'est le sens des débats au Parlement, c'est le sens de la concertation des débats que nous avons avec le monde du numérique ou avec les associations, les ONG, et les grandes institutions, qui sont là pour garantir nos libertés. Moi je n'ai pas peur de ce débat, bien au contraire, puisque c'est la liberté que les terroristes ont voulu atteindre, mais là nous avons, je crois, un cadre qui nous permet de donner plus de moyens à nos services de renseignement, tout en garantissant nos libertés. BRUNO DUVIC Manuel VALLS, Premier ministre, est jusqu'à 8H55 l'invité de France Inter. 01.45.24.7000, franceinter.fr, et Twitter mot clé « interactive » pour toutes vos questions dans la deuxième partie de cet entretien, il sera bien sûr question du sort des migrants en Méditerranée. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/135.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/135.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f2ef11b85ce354c4b1a4b3cf2302b0f8a9272ddd --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/135.txt @@ -0,0 +1 @@ +Libye (...) Q - L'intervention militaire en Libye n'est-elle pas une cause de difficultés ? R - J'ai beaucoup réfléchi à cela et je pense que l'intervention militaire est juste mais l'erreur qui a été commise, c'est de ne pas faire ce que l'on appellerait en anglais le « follow up ». Ce n'est pas parce que M. Kadhafi disparaît que les problèmes sont réglés : la Libye n'a jamais été un État, la Libye était une série de tribus avec des armes partout. Kadhafi tenait tout cela plus ou moins ensemble même si c'était avec un comportement dictatorial, il a disparu et les problèmes n'ont pas été réglés. L'erreur qui a été commise à l'époque. Q - Par qui ? R - La tradition démocratique est de ne pas incriminer ses prédécesseurs parce que ce n'est pas très élégant. Je laisserai donc cette question. L'erreur qui a été commise, ce n'est pas l'intervention, c'est le fait de croire que l'intervention résolvait à elle seule les problèmes. L'une des leçons que l'on peut tirer de ce qui s'est passé depuis 20 ans sur de nombreux conflits, c'est qu'une intervention militaire peut aider à résoudre un problème mais elle ne le résout pas. Le problème ne peut être résolu que par la population elle-même, qu'il faut accompagner. (...). - Lutte contre le terrorisme (...) Q - Qu'attendez-vous des pays des Balkans dans le domaine de la lutte contre le terrorisme ? R - Malheureusement, cette lutte contre le terrorisme nous concerne tous, aucun pays n'est à l'écart. Certains pays sont plus touchés que d'autres mais comme les racines sont très profondes, il faut que l'on agisse tous et que l'on construise ensemble. Il y a des choses concrètes à faire, des échanges entre les services de renseignements, il y a, eu très récemment, une réunion entre les ministres de l'intérieur. Il faut que l'on échange les bonnes pratiques pour prévenir la radicalisation, il faut que l'on échange aussi nos pratiques juridiques en intervenant par exemple sur Internet. Cela pose le problème de savoir quelle place pour les libertés ou la sécurité, mais je suis absolument persuadé que l'on est obligé de travailler ensemble parce que, comme je le disais, aucun pays n'est à l'abri. Q - Y a-t-il des chances que cela fonctionne bien ? R - Oui cela marche et j'ai dit à mes collègues ce matin que la France était absolument prête à augmenter la coopération si cela était nécessaire. Ce n'est pas l'impression que j'avais ce matin mais parfois on peut se dire que c'est loin, que cela vient du sud etc. mais ces notions sont dépassées. Tout est mondial, tout est européen. Ce qui se passe en Libye a des conséquences pas seulement sur le nord de la Méditerranée mais aussi sur le reste de l'Europe. Donc, il faut que l'on travaille de plus en plus en coopération. (...). Russie - Commémoration du 9 mai 1945 (...) Q - La France sera-t-elle présente à la parade de la victoire à Moscou le 9 mai parce que Mme Merkel se rendra à Moscou le 10 mai ? R - Nos amis allemands ont décidé de s'y rendre le 10 mai et je crois que mon collègue M. Steinmeier y sera lui-même le 8. La réponse est simple, il y a une réalité historique qui veut que le 9 mai les Russes célèbrent la victoire sur le nazisme. C'est vrai qu'il y a une situation particulière en ce moment, mais je pense qu'il faut célébrer historiquement ces choses. La France sera donc présente, nous n'avons pas encore décidé du niveau. De plus, j'ai cru comprendre que le secrétaire général des Nations unies envisageait lui-même d'être présent, ce qui donne à cette cérémonie une tonalité historique qu'il faut respecter tout en disant aux Russes, parce que nous ne sommes pas d'accord avec eux, qu'il peut y avoir des points de désaccord. - Union européenne - Immigration Q - Le processus de Brdo essaie de renforcer les liens entre les pays des Balkans et l'Union européenne. Toutefois, l'élargissement n'est plus la priorité pour l'Union européenne et on se demande si l'Union est encore intéressante pour des pays comme la Serbie ou la Macédoine qui attendent depuis dix ans le début de la négociation. R - C'est vrai que c'est long, mais je pense que cela reste absolument indispensable d'abord parce que l'Union européenne reste forte et puissante. Certes il y a les crises mais l'Histoire nous montre qu'après les crises, il y a toujours un redémarrage. C'est en 2000 que l'on a décidé de cette perspective européenne pour les pays de l'Est, et je pense qu'il faut y aller. La réunion que nous avons eue aujourd'hui nous permet de travailler ensemble, avec les pays des Balkans, à l'initiative de la France et de nos amis italiens. Je reste très confiant. (...) Q - Il y a ce sommet extraordinaire aujourd'hui pour prévenir des tragédies en Méditerranée. Le président français dit que - plus de bateaux - ne suffit plus et qu'il faut aller plus loin. Jusqu'où ? R - Au moment où a lieu cette interview, les chefs d'État et de gouvernement sont en train de délibérer mais j'ai vu le projet qui contient une mesure très audacieuse et qui j'espère sera retenue, c'est la possibilité de détruire physiquement les bateaux avant que les trafiquants ne fassent embarquer des migrants. Cela demande évidemment des autorisations et des moyens - parce qu'on ne l'a jamais fait - mais cela ne suffit pas. Il faut à la fois agir sur les pays d'où viennent ces migrants qui n'y vont pas par plaisir, ils sont poussés soit par la situation politique, soit par la situation économique. Il faut d'autre part s'attaquer au trafic car il y a des trafiquants qui font beaucoup d'argent avec cette affaire. Et puis il faut, parce que, de l'immigration il y en aura toujours, savoir accueillir ceux qui ont droit politiquement à ce que l'on appelle l'asile et organiser, - ce qui n'est pas facile - le retour de ceux qui viennent pour des raisons économiques mais qui devront retourner chez eux. C'est donc complexe mais la Méditerranée ne peut pas être un cimetière et donc il faut absolument agir. J'espère bien que les décisions qui seront prises aujourd'hui seront suivies d'effet. (…) \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/136.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/136.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5d0b96810acd820e7580f46caab547e0a50ba121 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/136.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Directeur de l'INJEP, Monsieur le Délégué Général de l'Agence Erasmus+ Jeunesse et Sport, Monsieur le Président de l'Agence du service civique, François Chérèque, L'idée que se fait une société de sa jeunesse en dit long sur son état d'esprit, sur sa confiance en l'avenir, sa capacité à se projeter. En choisissant de faire de la jeunesse la priorité de son quinquennat, le Président de la République a voulu relever un double défi : d'une part, répondre au désarroi d'une jeunesse qui se considère comme « sacrifiée » et d'autre part, donner aux Français l'envie d'aller de l'avant. Il fallait rompre avec un certain déclinisme qui avait gagné les esprits : ce qu'on appelle parfois le french-bashing vient avant tout… De France. Ce qui est vrai à l'échelle individuelle l'est de manière démultipliée à l'échelle collective : pour réussir, il faut y croire. Et nous avons, objectivement, des raisons d'y croire. L'une d'elles, c'est la vitalité de la jeunesse française. Oui, la vitalité, l'énergie, la curiosité, le goût de faire et de découvrir. Les promoteurs de la sinistrose décriront une jeunesse apathique, sans motivation, repliée sur elle-même. Je veux tordre le coup à cette idée. Je ne cesse de rencontrer des jeunes plein d'entrain, plein d'idées, qui trouvent dans l'action collective une façon efficace et épanouissante de mener leur vie. Encore aujourd'hui, je regarde cette salle, je vous regarde, et je retrouve cet appétit, cette volonté d'engagement, ce sens critique aussi. Vous n'hésitez pas à interpeller les décideurs publics, et c'est très bien ainsi, c'est comme ça que notre démocratie reste vivace. Je vais vous faire une confidence : je suis un Ministre en campagne. Une campagne un peu particulière, une campagne sans élection à la clé. Je n'ai qu'un seul mot d'ordre : faisons confiance à la jeunesse. Je cherche à en convaincre mes concitoyens et au-delà tous les acteurs qui pèsent sur le cours des choses. J'étais ainsi à New York jeudi dernier, au conseil de sécurité des nations unies. Dans un lieu où la jeunesse est rarement au cœur des débats, la Présidence jordanienne a eu l'intelligence de poser la question de la place de la jeunesse dans la lutte contre le terrorisme et la radicalisation. J'ai pu alors partager avec des dirigeants du monde entier cette vision d'une jeunesse qui, à travers le service civique, à travers les programmes de mobilité internationale, à travers son engagement associatif, était la meilleure ambassadrice des valeurs républicaines et humanistes. J'ai aujourd'hui une nouvelle occasion de mettre à l'honneur la jeunesse et son formidable potentiel de mobilisation. J'espère que vous serez nombreux à proposer vos vidéos dès septembre dans le cadre de l'EVS Film Festival et que, de vos échanges sur le nouveau réseau social inVOLve présenté à l'instant par Jean-Marc Siry, naîtront de nouveaux projets d'engagement. J'espère aussi que le Laboratoire d'idées sera effectivement un lieu de bouillonnement et d'initiatives pour le plus grand intérêt de tous, et dans tous les domaines. Tous sont importants et méritent d'être investis. Mais cette année est un peu spéciale pour la France car elle accueillera en décembre la 21è conférence internationale sur le climat. C'est un rendez-vous majeur, pour la France bien entendu, mais pour le monde. L'écologie je sais que vous en avez conscience est un des grands enjeux, si ce n'est le grand enjeu des années à venir. A ce titre, la jeunesse est concernée au premier plan. Le développement durable, c'est une question d'héritage, de transmission entre les générations. Je me réjouis que le projet porté par les jeunes français se place dans cette perspective. Je souhaite donner le maximum de possibilités aux jeunes de s'engager pour l'environnement. C'est pourquoi avec Ségolène Royal, nous avons lancé le premier grand programme de service civique consacré à la transition énergétique, au climat et à la biodiversité. D'ici à 2017, ce sont près de 15 000 nouvelles missions qui seront proposées aux jeunes sur ce thème. Partout en France et en Europe, des volontaires donnent de leur temps pour sensibiliser les jeunes aux questions environnementales, pour proposer aux habitants d'un quartier des formations aux éco-gestes, pour faire part au grand public du besoin urgent de protéger la diversité de notre faune et de notre flore. Mais l'engagement de la jeunesse est multiple et il recouvre tous les aspects de la vie sociale. J'ai en tête les témoignages des jeunes que j'ai rencontrés au lancement du nouveau programme « Erasmus+ » à la Cité universitaire internationale. Je venais tout juste de prendre mes fonctions et un témoignage m'a particulièrement marqué : celui de Clémence. Je ne dis pas ça parce que Clémence est originaire de Nortkerque dans le Nord Pas-de-Calais, une région que je connais bien, mais parce qu'elle a su, en quelques mots, nous expliquer ce que son service volontaire européen avait changé pour elle. Elle avait effectué son SVE en Macédoine où, pendant trois mois, elle proposait dans un centre de loisirs, des activités ludiques et culturelles aux enfants. Elle nous avait dit à quel point le SVE l'avait transformée. Ces rencontres et ces échanges m'ont convaincu qu'une expérience de mobilité est un atout formidable dans le parcours des jeunes, et c'est pour cela que je me félicite que le programme Erasmus+ Jeunesse pour 2014-2020 dispose de plus de 70% de crédits supplémentaires par rapport à la période précédente. Ces fonds doivent servir à ce que progressivement tous les jeunes, sans distinction de statuts ou de milieu social, puissent partir à l'étranger et être utiles là-bas s'ils le souhaitent. En 2014, plus de 1000 jeunes français ont pu partir en Service volontaire européen et plus de 570 jeunes européens ont été accueillis en France pour effectuer leur SVE. Je veux faire plus encore. Pour permettre aux dispositifs de mobilité d'être mieux connus des professionnels et des jeunes eux-mêmes, nous avons lancé récemment des Comités régionaux de la mobilité. Dans chaque Région, l'ensemble des acteurs de la mobilité des jeunes : l'Etat, les collectivités, les opérateurs, les associations et les jeunes eux-mêmes, vont travailler de concert. J'ai souhaité allouer 2 millions d'euros pour les aider à mettre en œuvre les solutions qu'ils auront définies. Nous avons des dispositifs pour la jeunesse, et en particulier pour la mobilité internationale, qui sont de grande qualité. Mais trop peu de jeunes les connaissent. Mon objectif, c'est de faire monter en charge tous ces dispositifs pour qu'ils fassent parte de la vie quotidienne des jeunes. C'est dans cette optique que nous lancerons d'ici quelques mois un grand portail de la mobilité européenne et internationale des jeunes, qui regroupera sur un site unique l'ensemble des offres de mobilité. Faire simple, c'est important pour toucher un public plus large : avec ce portail, chaque jeune pourra s'orienter facilement et trouver l'offre de mobilité qui lui convient le mieux en quelques clics. Rendre les choses simples, c'est le premier pas pour qu'elles puissent profiter à tous. Je voulais encore une fois vous dire le plaisir que j'ai eu à être parmi vous ce matin. Je suis preneur de toutes les idées, donc allez-y franchement, débattez, produisez, critiquez. Prenez votre place ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/137.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/137.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..75a446b988d7c91bc99eed3cf699c8c1db986dfd --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/137.txt @@ -0,0 +1 @@ +Nous nous sommes engagés à approfondir les aspects liés à la sécurité dans nos relations bilatérales, notamment en ce qui concerne notre coopération dans la lutte contre le terrorisme et nos efforts communs pour faire face à la menace que représentent les combattants terroristes étrangers. Nous reconnaissons les défis que nos deux pays doivent relever en matière de sécurité nationale, comme l'ont montré les attentats terroristes de Sydney en décembre 2014 et de Paris en janvier 2015. Nous reconnaissons que l'EIIL (Daech) constitue une menace importante pour la sécurité mondiale et pour nos deux pays. Nous réaffirmons notre volonté de travailler avec nos partenaires au sein de la coalition internationale pour contrer, affaiblir et enfin détruire cette menace. Nos efforts renouvelés se concentreront sur la lutte antiterroriste et la politique de sécurité nationale. En nous appuyant sur les éléments relatifs à la coopération en matière de sécurité figurant dans notre Partenariat stratégique de 2012, nous avons décidé : - de renforcer notre dialogue de haut niveau sur la sécurité internationale et le terrorisme ; - d'intensifier nos échanges sur la politique de sécurité nationale, y compris la réponse au terrorisme, la lutte contre l'extrémisme violent et la radicalisation en ligne ; - d'élargir notre dialogue sur les problèmes que pose le phénomène des combattants étrangers ; - de renforcer davantage notre coopération en matière de renseignement ; - de mettre en place un programme d'échanges sur le rôle des forces de police dans la lutte antiterroriste, et notamment en matière de réponse tactique. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/138.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/138.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0c24af2042a350598ae7aabb0dcb4bdbb4e19dd7 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/138.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Garde des sceaux, Monsieur le ministre de l'Intérieur, Monsieur le ministre de la Défense, Monsieur le coordonnateur du terrorisme pour l'Union européenne [Gilles de KERCHOVE], Madame la Présidente d'Eurojust, récemment réélue, bravo ! [Michèle CONINSX], Madame la Présidente d'Interpol [Mireille BALESTRAZZI], Mesdames, messieurs les procureurs généraux, procureurs, juges et directeurs qui représentez aujourd'hui trente-quatre Etats … … aux côtés de vos collègues magistrats français, présents ici en nombre et que j'ai plaisir à saluer : Monsieur le Premier président de la Cour de cassation, Monsieur le Procureur général de Paris, Monsieur le Procureur de la République de Paris, Mesdames, messieurs les présidents, juges, procureurs généraux et procureurs de la République, magistrats, Monsieur le secrétaire général, Monsieur l'inspecteur général, Mesdames, messieurs les directeurs et directrices des administrations et services centraux des ministères, Monsieur le directeur de l'Institut national des hautes études sur la sécurité et la justice ; Mesdames, messieurs ; Je pense avoir ici accompli la partie la plus délicate de mon discours ! Au mois d'octobre dernier, j'étais déjà dans ce même amphithéâtre, pour le séminaire de rentrée des Instituts des Hautes Etudes pour la Défense Nationale et pour la Sécurité et la Justice. Ce fut l'occasion de dire, une fois de plus, combien les enjeux nationaux et internationaux de sécurité, de défense et de justice étaient « une très grande responsabilité et une très grande exigence ». De dire, aussi, combien « la réflexion sur l'anticipation de la menace, sur sa caractérisation, revêtait une importance stratégique ». De dire, enfin, que lutter contre le terrorisme nécessitait du sang-froid, de la détermination, et de la méthode. En aucun cas, à aucun moment, nous ne devons renoncer à nos traditions juridiques, ni rompre l'équilibre entre les principes constitutionnels de l'ordre public et de préservation de nos libertés individuelles. Nous devons être implacables dans la lutte contre le terrorisme et implacables dans la sauvegarde des libertés qui fondent nos démocraties. Ces deux combats vont de pair. Les démocraties c'est leur grandeur se battent en s'appuyant toujours sur la force du droit. Depuis ce séminaire de rentrée d'octobre, la France a été frappée au coeur, les 7, 8 et 9 janvier. En s'attaquant à un journal, en tuant des journalistes, on s'en est pris à la liberté d'expression. En tuant deux policiers, les terroristes ont également contesté l'Etat de droit. En tuant des Juifs parce qu'ils étaient juifs, ils ont voulu, enfin, tirer un trait catégorique sur cet idéal de tolérance et de respect qui est au coeur de nos sociétés démocratiques. La France a traversé une des épreuves les plus redoutables de ces dernières décennies. Et la France s'est levée. Elle n'était pas seule : 70 chefs d'Etat et de gouvernement, 120 pays et organisations sont venus marcher avec des millions de Français pour affirmer haut et fort les valeurs universelles qui nous rassemblent, et que nous devons défendre. En somme, les mots que j'employais, ici, en octobre, dans ce même amphithéâtre valent plus encore aujourd'hui : responsabilité, méthode, détermination pour combattre le terrorisme, sur tous les continents. Sur tous les continents, et, c'est une certitude, pour de longues années. Nul doute : ce sera un combat de longue haleine. Mesdames, messieurs les hauts magistrats, Mesdames, messieurs, Je tiens à vous remercier vous tous qui, dans vos pays, dans vos domaines respectifs, exercez de si hautes responsabilités d'être venus jusqu'ici, en France, à l'invitation de Christiane TAUBIRA. Permettez-moi d'y voir comme un élan de solidarité supplémentaire, après cette grande manifestation du 11 janvier 2015. Merci à vous, aussi, madame la Garde des sceaux, chère Christiane, de cette initiative. Elle était utile. Indispensable. Merci à vous, enfin, monsieur le directeur de l'INHESJ. Je sais combien vous œuvrez pour que la dimension judiciaire soit présente au sein de votre institut. Cette démarche contribue à renforcer l'efficacité et la cohérence de nos réponses sécuritaires. Le terrorisme, vous et moi le savons bien, constitue une menace sans précédent. Une menace qui n'est bien sûr pas nouvelle. Au cours des décennies passées, la France a souvent été visée, tout comme beaucoup d'autres nations en Europe, ou dans le monde. L'attaque du 11 septembre 2001, par ses aspects logistiques, par son ampleur, a toutefois marqué un changement d'époque. Le terrorisme a frappé à nouveau, sur le sol français, en mars 2012, avec les tueries de Mohammed MERAH, à Montauban et Toulouse (7 morts, 6 blessés). En avril 2013, il y a eu l'attentat en plein marathon de Boston. En mai 2014, c'est la Belgique qui a subi l'assaut meurtrier de Mehdi NEMMOUCHE au musée juif de Bruxelles. Plus récemment l'Australie, le Canada, le Danemark, la Tunisie ont été frappées. Mais, n'oublions pas l'attaque du 16 décembre 2014, à Peshawar, au Pakistan et ce carnage au cours duquel les talibans ont massacré 150 personnes dont 134 enfants dans leur école. N'oublions pas non plus celle du 20 mars 2015, où 142 personnes ont été assassinées dans les mosquées chiites de Sanaa et Saada, au Yémen ; celle du 2 avril 2015, où les islamistes somaliens shebab ont assassiné 148 étudiants à Garissa au Kenya. Je pourrais encore citer ici les attentats de mars et avril au Mali. En tout, depuis le début de l'année, ce sont plus de 30 attentats suicide perpétrés, partout dans le monde, et notamment en Afrique et au Levant, au nom d'une idéologie totalitaire s'appuyant sur une vision dévoyée de l'Islam. Parmi ceux-ci, sept Français sont morts en Syrie ou en Irak. L'attentat déjoué dans la banlieue de Paris, il y a une semaine, montre que la menace terroriste est constante. Je veux d'ailleurs avoir, ici, une pensée pour la jeune femme qui a vraisemblablement été assassinée par l'individu impliqué dans ce projet terroriste. L'enquête judiciaire permettra de l'établir avec certitude. Cette affaire a souligné aussi, une fois de plus, combien les notions d'ennemis extérieur et intérieur se confondent. Car ce sont des Français qui font le choix du djihadisme en Irak et en Syrie avant de revenir combattre leur propre pays. 1 605 Français ou résidents en France sont actuellement recensés pour leur implication dans ces filières terroristes. Parmi ceux-ci, on estime que 445 se trouvent actuellement en Syrie. 99 y sont morts. Jamais notre pays n'a eu à affronter un tel défi numérique en matière de terrorisme. C'est également le cas pour beaucoup de nos partenaires occidentaux. Pour y faire face, la réponse est bien évidemment judiciaire mais il est aussi indispensable d'agir en amont et de prévenir les phénomènes d'endoctrinement. Depuis plus d'un an, la France met en œuvre un plan de lutte contre la radicalisation, notamment en accompagnant les familles concernées. Mieux détecter les individus sans repères en particulier les plus jeunes, grâce à des dispositifs adaptés plateforme téléphonique, sites internet dédié, prendre en charge et réinsérer les individus radicalisés, lutter contre la diffusion de cette idéologie violente : tels sont nos objectifs. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Depuis un an, grâce à nos initiatives, près de 1900 signalements ont été reçus dont un quart concerne des mineurs et fait notable plus de 40% de jeunes femmes. Ces individus jeunes qui sont signalés doivent faire l'objet d'un suivi. Nous devons aussi apprendre à mieux détecter les signes avant-coureurs de ces ruptures. Dans le cadre du plan de lutte contre la radicalisation, 2500 fonctionnaires de différents ministères sur tout le territoire ont d'ores et déjà été formés. Toute action de déradicalisation doit s'inscrire dans une logique de proximité, au plus près du terrain. C'est la mission confiée aux préfets et aux procureurs qui, dans leur zone de compétence, sont chargés de coordonner l'action de l'ensemble des services concernés. Une priorité se dégage : accompagner les familles qui sont souvent démunies pour protéger leurs enfants et surtout les extraire des processus de radicalisation dans lesquels, de manière plus ou moins visibles, ils sont enfermés. Mais nous devons aller encore plus loin et explorer de nouvelles pistes. C'est pourquoi, à la suite d'une proposition formulée par le ministre de l'Intérieur, une structure sera créée d'ici la fin de l'année afin de prendre en charge, sur la base du volontariat, des jeunes de retour de zones de conflit et ne faisant pas l'objet de poursuites judiciaires. Par un accompagnement individualisé, une prise en charge psychologique et un encadrement renforcé, ces jeunes devraient retrouver toute leur place dans notre société. Le terrorisme c'est un défi ancien, mais un défi sans cesse renouvelé. Notre monde change, et va continuer à changer de plus en plus vite. Internet et le développement fulgurant des réseaux sociaux, le déploiement massif des nouvelles technologies du numérique, l'explosion des moyens de communication et de transport, la dimension de plus en plus prégnante de la logique horizontale des réseaux par rapport à celle, verticale, des Etats, ont profondément modifié notre géographie sociale et politique. Notre monde est, je le crois, à la croisée des chemins. Les responsables politiques sont en effet confrontés à un choix de modèle de gouvernance mondiale. D'un côté : la mondialisation, qui pose comme préalable, la reconnaissance de la légitimité des systèmes de références politiques, juridiques, culturelles, incarnés généralement par les Etats. De l'autre : la globalisation, qui écrase et uniformise ces systèmes de références au profit d'un modèle dans lequel les relations sont fondées sur le seul calcul d'intérêt. A la logique verticale de l'Etat, se substitue de plus en plus la logique horizontale du réseau. Ceci appelle notre vigilance, car la remise en cause de l'autorité et de l'idée même de l'Etat provoque l'émergence de nouvelles structures de pouvoir, fondées sur l'allégeance, où chacun recherche la protection du plus fort et l'adhésion des moins forts. Surtout, elle fait peser un risque : susciter le retour de puissants mouvements de ré-identification religieuse, ethnique, nationaliste ou régionaliste. Nous sommes donc face à un choix lourd de conséquences qui, disons-le pour employer des mots savants touche à la structure anthropologique du pouvoir et des sociétés. Cette transformation des modes d'exercice du pouvoir transforme aussi, bien évidemment je dirais même mécaniquement ses modes de contestation, et donc, parmi eux, les plus violents, les plus radicaux : le terrorisme. En témoignent les deux idéaux-types du terroriste du 21ème siècle : le « cyber djihadiste nomade » et le « combattant étranger ». Le premier agit en empruntant les chemins tortueux de l'internet et des réseaux sociaux, usant même parfois de passages secrets difficilement repérables (TOR). Le second, parfois le même d'ailleurs, combat sur un terrain bien réel, mais étranger à son propre Etat, auquel il dénie, par ailleurs, toute légitimité. Ces deux types de terroristes se retrouvent toutefois dans une même appartenance à un ordre féodal et prétendument religieux, au sein de nébuleuses régionales que viennent alimenter les rangs toujours plus fournis des filières djihadistes. Notre monde est donc touché par une nouvelle forme de terrorisme, globalisé, nomade, disposant d'une grande maîtrise technologique et fondé sur une stratégie guerrière visant à instaurer un nouvel ordre mondial « religieux ». Jamais la coopération internationale, jamais la nécessité de partager nos intelligences, nos savoir-faire, n'ont été aussi cruciales. Nous devons nous préparer je le disais à des combats longs et difficiles. 1) Premier combat : pour les valeurs démocratiques Le premier, c'est bien entendu la sauvegarde des valeurs démocratiques, et notamment des libertés. L'institution judiciaire et plus largement l'Etat de droit sont donc en première ligne. Je sais que vous avez abordé cette question lors de vos sept tables rondes. Je veux, ici, insister sur trois points. Tout d'abord, la protection accrue des citoyens. Nous connaissons tous, ici, la violence de certains sites ou de certains messages sur internet, autant que les processus d'auto-radicalisation qu'ils favorisent. La liberté d'expression, au coeur de nos systèmes démocratiques, ne doit jamais être confondue avec le fait de diffuser des messages appelant au terrorisme ou en faisant l'apologie. La liberté d'expression, ce n'est pas celle de tout dire impunément. Aussi, je crois fermement, qu'au-delà des dispositions pénales ou administratives, nous devons en appeler à la responsabilité des partenaires privés de l'internet, pour mieux empêcher, mieux détecter, et mieux prévenir. C'est le sens de l'action conduite par la France. Elle a initié un partenariat appelé à se prolonger au niveau multilatéral. La réunion du G7 de juin prochain, en Allemagne, doit permettre à l'initiative du ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE, d'avancer efficacement. L'exercice de la liberté de circulation doit aussi être interrogé. La commissaire européenne à la Justice Vera JOUROVA évalue à 6000 le nombre d'Européens présents en Syrie et craint que le nombre de combattants étrangers n'atteignent le seuil de 10000 individus avant la fin de l'année. Ces combattants sont partis pour mener la lutte, pour tuer, mais ils reviennent aussi parfois, avec la ferme intention de frapper leur propre pays. Ce sont souvent de très jeunes adultes, parfois même des mineurs. Certes, un tel phénomène doit nous inciter à nous poser les bonnes questions, à regarder en face l'état de nos jeunesses, à mieux répondre à une forme de désarroi. Mais, nous devons surtout, et avant tout, réfléchir comme nous l'avons fait en France à prendre chacun, au sein de notre législation nationale, toutes les dispositions utiles pour empêcher ces départs. De même, il nous appartient désormais de surveiller les comportements suspects, les parcours révélateurs de risques lors de déplacements internationaux. Dans ce cadre, il est indispensable qu'un dispositif tel que le PNR, dont l'efficacité a été prouvée ailleurs, soit déployé en Europe le plus rapidement possible. Le deuxième point, c'est de construire des pratiques permettant d'agir au plus près de l'intention criminelle, avant tout passage à l'acte. Cette tâche exigeante revient avant tout à nos services de renseignement. La loi sur le renseignement, actuellement débattue au Parlement français, s'attache à préserver un juste équilibre entre la protection des personnes vis-à-vis notamment de la menace terroriste, et la protection les libertés garanties par la Constitution. Les services de renseignement doivent donc pouvoir recourir à certaines techniques intrusives géolocalisation des personnes en temps réel, intrusion informatique, sonorisation … Mais à la condition, bien entendu, de prévoir un encadrement juridique clair, un contrôle juridictionnel rigoureux, une intervention du juge pénal dès que c'est nécessaire. Déceler l'intention criminelle est une tâche qui incombe également à la justice. En France, depuis la loi anti-terroriste du 13 novembre 2014, une personne isolée projetant de commettre un crime terroriste peut être appréhendée dès lors qu'elle est détectée, avant le passage à l'acte. Cette loi crée en effet le délit d'entreprise individuelle terroriste. C'était une avancée souhaitée par de nombreux praticiens de la justice pénale. Ils ont d'ailleurs aidé à la construction de cette nouvelle infraction en veillant au respect des principes fondamentaux du droit pénal. Faisons leur confiance, désormais, pour étudier à quelles conditions un renseignement peut devenir une preuve admissible. Confiance, également, pour articuler les méthodes du renseignement avec celles de l'enquête judiciaire, tout en protégeant les garanties de la procédure pénale : principe du contradictoire toutes les parties doivent être entendues, droits de la défense, présomption d'innocence. Je sais que vous en avez débattu et je serai très attentif à vos conclusions. Le troisième point, c'est d'empêcher les réseaux de crime organisé et les réseaux terroristes de s'unir contre les sociétés démocratiques. Le schéma actuel est simple : les premiers organisent des trafics d'êtres humains, d'armes, d'hydrocarbures, de stupéfiants… Dont les deuxièmes profitent. Internet a dans ce domaine démultiplié les possibilités. La faiblesse des Etats, parfois même leur effondrement, la porosité des frontières et l'absence de contrôle font le lit des trafics mafieux et du terrorisme djihadiste autant que de leurs ententes criminelles. Vos débats d'hier après-midi témoignent de votre détermination à intégrer cette dimension essentielle de la lutte contre le terrorisme. Beaucoup a d'ailleurs été fait depuis l'adoption de la convention internationale pour la répression du financement du terrorisme par l'Assemblée générale des Nations unies, le 9 décembre 1999. Mais nous devons aller plus loin. Car, si des mouvements comme Al-Qaïda ou Boko Haram ouvraient déjà la voie, jamais un mouvement n'avait disposé d'autant de moyens financiers et militaires que Daech aujourd'hui. Nous devons aller plus loin, car on estime que 500 000 migrants seront bientôt rassemblés sur les plages libyennes pour fuir la guerre ils seront aux mains des trafiquants d'êtres humains et potentiellement infiltrés par des terroristes. Le drame de la semaine dernière en Méditerranée devenue en quelques instants le tombeau de plus de 700 hommes, femmes et enfants a révélé le cynisme de ces trafiquants et l'horreur qu'ils monnayent. Ces réseaux criminels de passeurs vont amplifier leurs activités, dans des conditions de plus en plus périlleuses pour la survie même des migrants. Nous devons l'empêcher et nous devons l'empêcher maintenant. La France s'inscrit donc pleinement dans les orientations arrêtées par le Conseil européen extraordinaire du 24 avril dernier. Nous allons notamment renforcer notre présence en mer en triplant les fonds alloués à Frontex pour les opérations Triton et Poséidon en 2015 et 2016. Pour lutter plus durement contre les trafiquants, nous allons également accroître l'échange d'informations opérationnelles en coopération avec les agences, notamment Frontex, Europol et Eurojust. Nous allons aussi renforcer la coopération avec les pays tiers en matière d'information et d'action policière. Il s'agit désormais de priver les trafiquants des moyens de se livrer à leurs activités, et donc d'identifier et détruire les embarcations servant au trafic de migrants. Les modalités d'une éventuelle opération de sécurité et de défense communes sont à l'étude et devront naturellement respecter le droit international. Nous devons enfin prévenir les flux migratoires illégaux. Cela suppose de renforcer les liens avec les pays d'origine et de transit, tant pour les aider à contrôler leurs frontières que pour soutenir leurs projets de développement. Ce sera l'enjeu d'une réunion entre l'Union européenne et l'Union Africaine qui se tiendra d'ici l'été, à Malte, et qui permettra d'agir ensemble pour répondre aux urgences, mais aussi pour élaborer des solutions durables. Cette action est nécessaire et urgente même si bien sûr, elle ne clôt pas la question de la Libye et de la disparition de son Etat. 2) Le combat pour la paix Ce risque d'effondrement des Etats est accru par l'affaiblissement des normes internationales et de la gouvernance mondiale. Et pourtant, nous devons mener la guerre contre le terrorisme. Partout dans le monde. C'est le second combat que je voulais évoquer avec vous aujourd'hui : le long combat pour la paix qui passe, parfois, nous le savons, par la guerre. La France a pris ses responsabilités et mène des opérations militaires de contre-terrorisme sur plusieurs théâtres. Nos forces armées sont engagées en Irak, au Sahel, en Centrafrique… Et je veux témoigner ici de notre reconnaissance envers tous les soldats engagés pour défendre les valeurs de la démocratie et de la République. Nous ne pouvons lutter contre le terrorisme qu'à une échelle internationale. Tous les pays concernés, les organisations régionales et l'ensemble de la communauté internationale doivent se mobiliser. Il sera pour cela nécessaire de continuer à définir des modes de coopération entre les lois de la guerre et nos justices pénales cette coopération est au demeurant déjà satisfaisante avec la justice pénale internationale. Pour cela, des rencontres telles que celle qui nous réunit aujourd'hui sont nécessaires et elles nous permettent d'avancer, d'élaborer des principes communs. Les armées, par exemple, doivent bien entendu concourir à l'enquête judiciaire mais gardons à l'esprit que nos soldats sont d'abord des soldats. Je voudrais d'ailleurs revenir sur un point précis je sais que vous en avez débattu ce matin : en situation de conflit armé, le terroriste a le statut de délinquant, mais aussi celui de combattant. Il a donc dès lors accepté le risque de mourir. 3) Le combat pour la diplomatie Enfin, le troisième combat que nous devons mener, c'est celui de la diplomatie. Celui de la coopération des Etats face à l'émergence de ces menaces non-étatiques, transfrontalières, qui touchent tous les continents. Cette coopération est d'abord européenne. L'UE dispose de moyens d'action solides : ce sont notamment le système d'information Schengen et le mandat d'arrêt européen. Nous devons aller encore plus loin, mettre en œuvre de nouveaux outils à la disposition de nos services – comme le PNR européen que j'évoquais précédemment. Les Etats membres de l'ONU et le Conseil de sécurité agissent quant à eux depuis 2006 dans le cadre de la stratégie antiterroriste mondiale. Ils ont pris des mesures concrètes pour sanctionner les terroristes et entraver leurs activités : gel des avoirs, interdiction de voyager, interdiction de toute transaction commerciale avec Daech et Al-Qaida… En complément de ces mesures répressives incontournables, nous devons apporter une réponse inclusive et durable. Le 17 mars dernier, la France a pris l'initiative de réunir les ministres de l'Education des Etats membres de l'Union européenne, afin de rappeler à quel point il est important de former la jeunesse pour lutter contre l'obscurantisme et le terrorisme. Et la semaine dernière encore, un débat était organisé à l'Assemblée générale des Nations unies sur la recherche de solutions pacifiques pour lutter contre l'extrémisme violent. Mesdames, messieurs, Je voudrais profiter de cette occasion pour saluer l'engagement de la juridiction anti-terroriste parisienne, du parquet jusqu'aux juges d'application des peines en passant par les juges d'instruction, les juges des libertés et de la détention, les magistrats du siège et tous les fonctionnaires. Notre modèle d'organisation judiciaire, centralisé, spécialisé et intégré, fait ses preuves depuis 1986. Et chacun a reconnu l'investissement de notre magistrature pour faire face à la tragédie de janvier 2015. Alors oui, la menace est là. Mais nos forces de sécurité et la justice sont là aussi. Elles font face. Leur vigilance et leur professionnalisme ont prouvé leur efficacité encore la semaine dernière, avec l'arrestation de Sid Ahmed GHLAM. Je voudrais saluer également l'action inlassable des organisations internationales, celle d'EUROJUST, du CODEXTER, du coordonnateur européen, de l'ONU bien sûr qui, résolution après résolution, organise le bouclier juridique de l'Etat de droit. Je connais aussi votre engagement à tous dans la coopération internationale, et je voudrais saluer votre inventivité et votre souci constant d'efficacité. La création d'un groupe de coopération judiciaire quadripartite, ou d'une plate-forme d'entraide judiciaire au Sahel, en témoignent vous en avez parlé hier. Et ce ne sont que des exemples parmi d'autres. Alors, ne cédons pas à la peur. Nous savons traverser les épreuves car nous savons rester unis. Votre présence pendant trois jours en France, mesdames et messieurs, représentants de la magistrature, des forces de sécurité et de défense nationales, témoigne de la capacité de nos démocraties à organiser une résistance malgré les tentations extrémistes, malgré les différences de nos systèmes juridiques, politiques et culturels pour préserver partout l'Etat de droit. Car le droit continental et la common law dont vous avez parlé avant-hier sont les deux branches d'une même tradition juridique occidentale fondée sur la distinction entre le droit et la théologie. Ce combat pour l'Etat de droit a été un combat de longue haleine … Et il doit se poursuivre aujourd'hui. Car comme le souligne un de nos grands juristes français, Alain SUPIOT, professeur au collège de France, « l'Etat de droit et le gouvernement par les lois n'ont rien d'intemporel ni d'universel et ont déjà subi de sévères attaques en occident même ». Alors, mesdames et messieurs, notre quatrième combat, après celui pour les libertés, pour la paix, pour la diplomatie, c'est le combat pour la pensée, une pensée capable d'éclairer les enjeux auxquels notre monde est confronté, une pensée capable de répondre aux interrogations de nos concitoyens, une pensée en action, vigilante et alerte ! C'est le travail des chercheurs, dont vous souligniez l'importance en ouvrant ce séminaire. Et c'est notre travail, notre responsabilité à tous. C'est donc avec un vif intérêt que je prendrai connaissance des conclusions de vos travaux. Et vous pouvez compter sur mon engagement pour que ces échanges se poursuivent l'année prochaine, dans une autre partie du monde, avec un autre pays ami. Mais toujours au service d'une pensée judiciaire de combat ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/139.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/139.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..356171a899317c9ca87688755e568f121b5b52d9 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/139.txt @@ -0,0 +1 @@ +Qui aurait cru, il y a seulement six mois, que nous nous retrouverions en pareille formation pour évoquer le thème de la radicalisation, de l'intégrisme, du terrorisme et tous ceux associés aux causes comme aux conséquences des attentats de janvier 2015 ? Certes nous savions que tout était possible. Certes quelques chercheurs et leurs équipes travaillaient déjà sur certaines de ces questions et leurs travaux pouvaient parfois alerter, lorsqu'ils étaient connus et lus. Mais nous ne pouvions évidemment pas deviner le choc causé, ni les multiples effets de l'effroyable combinaison des attentats contre Charlie et l'Hypercasher. Choc émotionnel, choc politique, choc civilisationnel mais aussi choc intellectuel et scientifique. Car la recherche, elle aussi, est désormais fortement interpellée. Les multiples réactions en son sein dont la décision très rapidement prise par la C.P.U. et l'Alliance Athéna d'organiser ce colloque démontrent cette prise de conscience collective. Ma présence parmi vous ce matin a donc lieu sur fond d'une intense mobilisation collective que je tiens à saluer et, plus encore, à encourager et à entretenir. Mais la recherche a un rôle indispensable à jouer dans la compréhension des phénomènes à l'origine de ces évènements tragiques et, au-delà, de ce climat qui peu à peu, depuis quelques années, s'est installé dans notre pays. Trois exemples de questions : La première concerne la connaissance de la jeunesse en France et des fractures qui la traversent. La surprise qui a été celle des Français face à la réaction de certains jeunes après les attentats montre à quel point nous ignorons, en France, bien des aspects de la jeunesse et de sa profonde diversité, notamment en ce qui concerne ses franges tentées par les extrémismes. Peut-être cela a-t-il été le cas à chaque génération, me direz-vous. Mais il est un fait que nous ne disposons que de peu de travaux sur les jeunes tentés par exemple par la radicalisation. Je ne parle pas d'informations relevées par les services de renseignement, je parle de travaux de recherche, de suivis de cohortes, de travaux en sciences humaines et sociales. Il y en a quelques-uns, heureusement, cette journée en témoignera certainement, et quoique rares ils sont souvent éclairants. Je pense notamment à cette enquête menée par le centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam qui démontrait que ces tentations ou ces comportements extrêmes ne peuvent être réduits aux conséquences d'un simple déterminisme social ; que les techniques utilisées par les recruteurs jihadistes ressemblent à celles des sectes : effacement de l'individu au profit du collectif, dénigrement et prise de distance avec la famille, repérage de jeunes pas nécessairement en difficulté sociale, mais en revanche hypersensibles et en quête d'une cause à défendre ou d'un idéal, marginalisés certes mais pour des raisons qui ne se réduisent pas à leur situation économique et sociale. Plus largement, nous avons, incontestablement, besoin de davantage de travaux sur la jeunesse, ou plutôt sur les jeunesses. Car si nous savons une chose, c'est bien qu'il n'y a pas une catégorie « jeune » mais une infinie diversité de situations qu'il est par là-même difficile d'appréhender. Je l'ai vécu directement dans mes fonctions précédentes lorsque j'étais en charge du ministère de la Jeunesse. Les travaux de l'INJEP que je suivais alors de près m'apportaient des éclairages utiles. Mais j'étais et je suis toujours frappée par le fait que nous manquons encore de beaucoup d'éléments de compréhension et donc d'action face à de nombreux comportements, parfois inédits. Ainsi, pour reprendre l'exemple évoqué plus haut, de ces jeunes qui ont refusé de faire la minute de silence dans les établissements scolaires après les attentats : on a pu constater que beaucoup ne sont pas des jeunes en rupture ni même en risque de rupture de scolarité, contrairement à une idée reçue. Autre exemple de question, plus brièvement : par quelles méthodes, par quels mécanismes se construit l'image de l'ennemi dans l'esprit de certains jeunes comme de toute une partie de la société ? Comment des mouvements étrangers parviennent-ils à instiller dans l'esprit de certains jeunes que leur propre pays, la France, est l'ennemi, et qu'il serait légitime de l'attaquer, par la lutte armée ou par le terrorisme ? Quels sont les processus de stigmatisation correspondants ? De quels moyens disposent aujourd'hui des Etats comme la France pour faire passer des messages efficaces et convaincants face à ces adversaires diffus, qui ne sont pas toujours des Etats, face à ce que l'on nomme parfois la nébuleuse du terrorisme international ? Un dernier exemple encore, la question des spécificités de la France par rapport à d'autres pays européens. Nos voisins sont-ils confrontés aux mêmes problématiques et de la même manière ? Les mouvements qui traversent la population française en matière de radicalisation se retrouvent-ils chez nos partenaires proches, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne ? Et au-delà de l'Europe ? Nous avons besoin d'approches comparées, car les questions qui se posent à nous ne s'arrêtent pas aux frontières françaises. Ce sont autant d'outils qui peuvent aussi, qui doivent engendrer des réponses au niveau qui convient, national comme international. Sans doute parce qu'elles étaient en germe depuis longtemps, ces questions ont émergé rapidement après les attentats, et ces derniers mois nous ont conduits à dresser ensemble un rapide état des lieux de la recherche en France autour de ces interrogations. Nul doute que ce colloque en précisera encore les traits saillants mais ce que je sais déjà de cet état des lieux me conduit à trois constats principaux. Le constat, d'abord, d'une recherche dispersée, qui a besoin d'être plus structurée sur l'ensemble de ces sujets. Ensuite, le besoin de disposer de lieux clairement identifiés, permettant le dialogue approfondi et durable entre chercheurs et décideurs publics, et notamment des lieux interministériels, transversaux, qui décloisonnent les points de vue et permettent des échanges inédits. Enfin un dernier constat, qui rejoint les questions que je soulevais il y a un instant : de grands domaines ne sont plus suffisamment couverts par l'enseignement supérieur et la recherche française. En référence à notre sujet, je pense notamment à l'islamologie, aux études iraniennes, je pense aux langues orientales. Parmi les travaux ayant permis ces constats, j'évoque volontiers le Livre blanc portant sur le "Moyen-Orient et les mondes musulmans", le rapport remis récemment par Gilles Kepel au Premier Ministre et bien d'autres travaux conduits par les intervenants d'aujourd'hui que je ne saurais tous citer. Mais désormais il faut aller au-delà. Il faut en tirer les conséquences, notamment dans le domaine de la recherche. Il nous faut prendre des initiatives rapides, être dans l'action, et ne pas laisser retomber la prise de conscience liée aux attentats en attendant le prochain choc collectif pour réagir. Etre dans l'action et tirer les conséquences rapides des attentats, sans pour autant occulter une réflexion dans le temps long en parallèle, c'est ce que j'ai voulu faire en lançant un grand plan de mobilisation de l'Ecole pour les valeurs de la République. Le grand public a beaucoup retenu de ce plan la partie qui incombe à l'Ecole, mais je veux souligner devant vous que l'enseignement supérieur et la recherche y prennent et doivent y prendre toute leur place. Ce colloque en est l'évidente manifestation. Mais pour que ce plan produise tous ses effets, j'ai besoin de vous, présidents d'université, chercheuses et chercheurs. J'ai besoin de vous, parce que la structuration de la recherche sur les sujets de radicalisation, d'intégration, d'affirmations religieuses et de tensions identitaires, sur le terrorisme et l'ennemi intérieur, sur tous ces sujets, ne pourra se mettre en place que par la volonté des chercheurs eux-mêmes. Je remercie d'ores et déjà les établissements d'enseignement supérieur qui, conscients de leur responsabilité sociale, se joignent depuis janvier à la mobilisation pour renforcer le lien social au sein de leurs établissements et favoriser l'accès aux études des publics susceptibles de représenter des proies faciles pour les mouvements de radicalisation. Par la qualité des intervenants présents aujourd'hui, par l'approche pluri et interdisciplinaire que ces échanges promettent, je porte de grands espoirs dans cette rencontre. Quatre attentes principales. La première attente, peut-être la plus simple à satisfaire, est que ce colloque serve à repérer les forces et les faiblesses de notre recherche, à identifier les points de vigilance et d'amélioration ; que sur cette base, il permette de dépasser le stade des constats et aide à dégager des priorités. J'ai évoqué récemment ce que j'entendais faire pour soutenir les « disciplines rares » dont beaucoup se rattachent aux domaines que nous évoquons ici. Et au moment des créations d'emplois d'enseignants-chercheurs et de chercheurs, nous aurons à porter une attention particulière aux postes à y créer lorsqu'elles correspondront à un thème identifié comme prioritaire, en l'occurrence conformément aux préconisations émanant des travaux existants ou de ce que vos échanges feront apparaitre. Cela nous aidera aussi à encourager des recherches dans ces domaines prioritaires dans différentes instances comme l'Institut Universitaire de France ou à définir, avec le réseau français des instituts d'études avancées, une politique de recrutement de chercheurs étrangers invités permettant de réunir un panel aussi large que possible d'expertises internationales. La deuxième attente, essentielle, concerne l'organisation de la recherche en ce domaine. Je souhaite en effet que vous puissiez, par vos échanges, aider à structurer davantage la recherche autour des thématiques que vous allez aborder. Ces recherches ne peuvent plus être marginales ou isolées au sein d'équipes peu visibles, peu reconnues, souvent ignorées dans les processus de reconnaissance scientifique. Sur ce point, je compte solliciter l'A.N.R. pour que dans son prochain programme annuel, les questions abordées par le colloque, notamment celles relatives aux processus de radicalisation apparaissent plus clairement et pour que le soutien de l'A.N.R. soit explicitement orienté vers l'encouragement à la synergie des équipes et à l'approche pluri et inter disciplinaire. Vraiment, j'insiste sur ce message : faute de structuration de la recherche dans ce domaine, les appels à projets ne peuvent que donner des résultats décevants. Cet enjeu de structuration est donc majeur. Ma troisième attente est que ce colloque permette de voir plus clairement comment chercheurs et pouvoirs publics peuvent mieux et plus fréquemment réfléchir ensemble sur la radicalisation, sur les fractures qui traversent actuellement notre société. Je le dis clairement : la sécurité civile et publique a besoin de la science. Pour cela il nous faut inventer des lieux et des modes de travail nouveaux permettant un dialogue approfondi et durable où soient abordées aussi bien les questions d'urgence auxquelles sont si souvent confrontés les décideurs publics que les questions de long terme mieux adaptées aux temporalités de la recherche. Il nous faut inventer des lieux et des modes de travail nouveaux qui puissent concilier liberté de pensée et confidentialité des échanges et démontrer l'intérêt de ce « transfert de technologie » original, notamment dans le domaine des sciences humaines et sociales. Dans cette perspective, avec plusieurs autres ministères, de l'Intérieur, de la Justice, des Affaires Etrangères, de la Culture, nous préparons à brève échéance une rencontre dont l'objet sera précisément la définition de tels lieux et modes de travail. Beaucoup parmi vous y seront évidemment conviés. Ma quatrième attente enfin. J'attends que ce colloque soit la première étape d'une réflexion plus large, à l'échelle européenne et internationale, car je l'ai dit, toute l'Europe est concernée par ces sujets. La mobilisation du 11 janvier l'a montré. Et la Commission Européenne est à l'évidence prête à encourager les travaux en ce domaine avec ce même souci d'éclairer les pouvoirs publics. La France peut jouer un rôle leader dans cette mobilisation européenne, par la qualité reconnue de sa recherche en sciences humaines et sociales comme par son poids politique et par la position qu'elle a prise dans la lutte internationale contre le terrorisme. Au niveau européen toujours, nous allons aussi œuvrer pour orienter les financements de la recherche vers les thématiques que j'ai citées, en favorisant la constitution de réseaux de chercheurs européens. Nous allons ainsi appuyer les initiatives collectives comme celle de l'European Alliance for the Social Sciences and the Humanities et introduire au sein du programme de l'enquête européenne « European Social Survey » des questionnements permettant d'alimenter les recherches sur la représentation sociale des phénomènes religieux. Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je souhaitais vous dire aujourd'hui. J'espère que ce colloque aura une suite, notamment sur les liens entre chercheurs et décideurs publics. Je compte sur vous, parce que l'après-Charlie ne doit pas être une période dans laquelle chacun attend que les autres apportent des réponses. L'après-Charlie doit provoquer un engagement de chacun à se mobiliser. L'après-Charlie peut marquer le début de formes inédites de rassemblement des forces de pensée et d'action dont les sciences humaines et sociales que vous représentez pourraient être le moteur. Je vous remercie de votre attention et vous souhaite un excellent et fructueux colloque. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/140.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/140.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..cfdaffa6297f346aad11e8bd57b299b40e8f09ab --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/140.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle le débat sur les conclusions de la commission d'enquête sur l'organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux djihadistes en France et en Europe, organisé à la demande des groupes UMP et UDI-UC (rapport d'information n° 388). (...) M. le président. La parole est à M. le ministre. M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur. Monsieur le président, madame la présidente de la commission d'enquête, monsieur le rapporteur, mesdames, messieurs les sénateurs, je tiens tout d'abord à remercier le Sénat d'avoir organisé ce débat très important. En effet, le Gouvernement, dans la lutte qu'il mène contre le terrorisme, entend s'appuyer sur les travaux des parlementaires qui contribuent, par les propositions qu'ils formulent, à alimenter sa réflexion et son action. J'intervenais tout à l'heure devant la commission des lois et la commission des affaires étrangères, et je souhaite répéter devant vous ce que je leur ai dit sur la nature du risque qui se présente à nous. Notre pays est confronté à une menace d'un niveau très élevé, pour des raisons qui tiennent à son engagement international. Nous sommes membres de la coalition contre l'État islamique, mais nous sommes également engagés au Mali, où nous avons agi pour le compte de l'Union européenne, afin qu'un peuple qui avait commencé à aimer la liberté ne tombe pas sous le joug d'organisations terroristes radicales violentes. Nous sommes également présents en République centrafricaine. Nous sommes donc déterminés à lutter contre le terrorisme à l'intérieur et à l'extérieur de nos frontières et, si notre pays est l'une des cibles privilégiées de ceux qui, par leurs propos, appellent à la haine et au terrorisme, c'est bien en raison de cet engagement international. Nous sommes aussi particulièrement visés et c'était vraisemblablement le sens des attentats du mois de janvier dernier parce que les peuples du monde ont appris à aimer un discours de la France qui défend des valeurs haïssables pour les terroristes, qu'il s'agisse de la liberté d'expression, qu'incarnent des journalistes libres parfois jusqu'à l'impertinence, ou de la laïcité, qui permet à chacun de croire ou de ne pas croire et, pour ceux qui ont fait le choix de croire, de pouvoir exercer librement leur culte dans le respect de la croyance de l'autre. Un tel discours est tout à fait incompatible avec toutes les formes de radicalité religieuse qui prétendent, par l'endoctrinement et le sectarisme, empêcher autrui de penser ce qu'il désire penser. Les actes antisémites répétés perpétrés lors des événements tragiques du mois de janvier dernier témoignent de la propension à la haine qu'occasionnent les enfermements sectaires. Enfin, les terroristes ont la volonté de frapper ceux qui incarnent l'État de droit et la force chargée de le faire respecter je pense aux militaires et aux membres des forces de l'ordre, particulièrement touchés à l'occasion des événements du mois de janvier. Notre engagement international, les valeurs que nous incarnons, le discours que nous tenons, mais aussi une forme de liberté, de respect et de tolérance dans le fonctionnement de notre société, tous ces éléments sont incompatibles avec le discours des terroristes. Telles sont les raisons pour lesquelles notre pays est particulièrement visé ; telles sont les raisons pour lesquelles, aux yeux des terroristes djihadistes, il doit être touché parmi les premiers et est désigné comme cible privilégiée. La menace est élevée en France, les événements du mois de janvier le prouvent, comme les attentats déjoués il y a trois semaines à Villejuif. Par ailleurs, l'ensemble des arrestations auxquelles nous procédons, les groupes que nous démantelons et les tentatives d'actes terroristes que le travail de nos services de renseignement permet de déjouer témoignent également, s'il en était besoin, du très haut degré de cette menace. Nous devons regarder cette menace en face, car elle nous oblige, à l'égard des Français, à un devoir de vérité qui ne saurait se résumer à l'instrumentalisation d'un risque aux fins de dissémination de l'effroi dans la société, pour atteindre d'ailleurs on ne sait quel objectif. La vérité implique la maîtrise et le sang-froid ; elle implique que l'on qualifie le risque pour ce qu'il est, mais que l'on ne cherche pas à l'instrumentaliser à des fins politiques. D'ailleurs, je constate que lorsque nous avons, au moment de la tentative d'attentat de Villejuif, exprimé la réalité des faits après que ceux-ci aient été établis, les mêmes qui nous ont reproché de communiquer à l'excès nous auraient fait grief d'avoir dissimulé la vérité ou d'avoir voulu cacher un risque si nous n'avions pas qualifié les choses au moment où le risque se présentait à nous. Face au risque terroriste, il faut que nous soyons dans la maîtrise de la communication. Et c'est aussi une difficulté à laquelle les démocraties sont confrontées que d'avoir la parole maîtrisée, que de trouver les mots justes, et que d'essayer toujours, face au risque terroriste, d'être dans la vérité, avec la part d'exigence qu'elle appelle dans le choix des mots, dans le refus de l'instrumentalisation, dans la réflexion pour prendre la juste décision qui protège sans faire peur, qui assure la sécurité, sans que cela se fasse jamais au détriment des libertés. C'est la raison pour laquelle le Gouvernement a fait le choix d'agir toujours sans trêve ni pause, mais dans le respect rigoureux des principes du droit qui fondent la République et qui garantit à notre démocratie que le respect du droit la rendra plus forte pour lutter contre le terrorisme. Il y a, enfin, un point sur lequel je voudrais insister, avant d'évoquer quelques mesures contenues dans votre rapport. Je veux parler de la forme nouvelle de terrorisme à laquelle nous sommes confrontés. Cette forme nouvelle de terrorisme résulte de la dissémination de groupes nombreux dans la bande sahélo-saharienne et de la volonté de certains d'entre eux de penser une organisation politique en imposant leur logique, leur système, leur pensée, à l'exclusion, d'ailleurs, de toute autre forme d'appartenance. C'est la logique du califat, qui prétend s'implanter et s'imposer en Irak et en Syrie. Cette forme nouvelle de terrorisme procède, outre de la dissémination des groupes terroristes dans la bande sahélo-saharienne, de la circulation de groupes terroristes à travers des frontières mal contrôlées, notamment en Afrique du Nord. Elle provient aussi des réductions de l'État libyen, qui donnent la possibilité à tous ces groupes de prospérer en Libye, pays à partir duquel ils ont le loisir d'organiser bien des trafics. Par-delà ce contexte international très particulier, qui rend la menace protéiforme cela a été souligné par de nombreux orateurs et, par conséquent, plus difficilement maîtrisable que lorsque des groupes terroristes intervenaient, par exemple, à partir de l'Algérie pour frapper l'Europe et regagner ce pays en essayant de fomenter des opérations funestes à l'intérieur de groupes fermés, nous avons aujourd'hui une dissémination du terrorisme au travers de ces groupes multiples, affiliés ou non à de grandes orientations comme Al-Qaïda. En outre, nous avons aussi, dans nos propres pays, en France, un terrorisme en libre accès. Quel est ce terrorisme en libre accès ? Il implique des ressortissants de nos pays, souvent jeunes et vulnérables, qui basculent dans des activités terroristes, en s'engageant dans des opérations hautement criminelles, notamment en Irak et en Syrie. Le nombre de ces ressortissants n'a cessé de croître. Lorsque j'ai été nommé ministre de l'intérieur voilà plus d'un an, j'ai vu immédiatement la réalité et sa potentialité dangereuse : entre 400 et 500 Français étaient engagés dans des opérations de ce type, contre 1 600 à 1 700 aujourd'hui. Parmi ces ressortissants français, des mineurs et des femmes désormais sont sur le théâtre des opérations terroristes en Irak et en Syrie ; 300 d'entre eux ont participé à des opérations et sont revenus sur le territoire national. Cela signifie que 700 Français de tous âges, de tous horizons ont été engagés dans des opérations terroristes en Irak et en Syrie ; ils sont ou en sont revenus. En outre, 300 personnes en France prétendent rejoindre ces groupes ou ont le projet de le faire ; 285 personnes se trouvent quelque part en Europe, entre la France et la Syrie ou l'Irak, sur le chemin de ce parcours funeste. Il s'agit donc d'un phénomène de grande ampleur, qui n'a cessé de croître, de prendre de la force, de briser des familles, de ruiner des destins et de conduire des jeunes à la mort. Vous avez indiqué tout à l'heure, madame Assassi, que 100 jeunes sont actuellement sur le théâtre des opérations. Non, ils sont 700 ! Le nombre que vous avez énoncé correspond au nombre de personnes qui y sont mortes. Ils sont 700 aujourd'hui ! Ce terrorisme en accès libre a de multiples causes. On ne saurait analyser ce phénomène sans en avoir une approche multifactorielle. Il y a l'efficacité d'une propagande diffusée par internet. Il y a les effets de la numérisation de la société. Il y a des acteurs terroristes qui, par la sophistication des moyens numériques qu'ils mobilisent, parviennent à endoctriner, à embrigader, à convaincre des jeunes qui n'ont jamais fréquenté une mosquée ni rencontré un imam radicalisé de s'engager dans des opérations à caractère terroriste. Il y a la porosité de plus en plus grande qui existe les événements du mois de janvier dernier en témoignent entre la petite délinquance enkystée dans les banlieues et le grand terrorisme. Je pense à ceux qui ont engagé les opérations du mois de janvier, notamment à Amedy Coulibaly avec les crimes abjects que l'on sait de Montrouge et de l'épicerie Hyper Cacher, qui avait mobilisé autour de lui toute une série d'acteurs, de petits délinquants, présents dans les quartiers, sans nécessairement savoir à quoi ils participaient. Et cette porosité entre la petite délinquance et le grand terrorisme est un phénomène nouveau, qui accélère le processus d'enrôlement et d'embrigadement, ainsi que le basculement, ce qui rend, par conséquent, beaucoup plus « capillaire », si je puis utiliser cette expression, la violence par le trafic d'armes, par l'utilisation des armes à feu après que le trafic a eu lieu, par la mobilisation de l'argent de la drogue pour commettre des actes préparés de longue date. Enfin, il existe un troisième phénomène, la radicalisation en prison : non pas que la prison soit devenue un lieu de fabrication de terroristes tel n'est pas le cas, mais il est incontestable que des terroristes emprisonnés pour avoir commis des actes répréhensibles au début des années quatre-vingt-dix ont pu rencontrer des délinquants qui ont basculé. D'ailleurs, on a pu constater qu'une cartographie du terrorisme place, dans une espèce de continuum d'actions violentes, ceux qui, dans les années quatre-vingt-dix, avaient agi et ceux qui agissent aujourd'hui. Des connexions se sont nouées entre les uns et les autres : certains ont participé à des tentatives d'évasion ; d'autres à des tentatives de recrutement la filière du 19e arrondissement pour laquelle ils avaient été emprisonnés, puis ont rencontré en prison des terroristes. Et des groupes avec des réseaux très organisés, qui représentent un risque et un danger, se sont constitués. Voilà la réalité protéiforme à laquelle nous sommes confrontés. Pour nous inciter à agir, vous faites des propositions, que j'ai toutes lues avec beaucoup d'attention. Après avoir entendu les orateurs qui se sont exprimés, permettez-moi de vous dire ce que nous faisons au regard de ce que vous proposez. Une grande partie des propositions que vous formulez sont déjà mises en place. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je soutiens votre rapport. Le décalage entre ce que vous préconisez et ce que nous faisons est minime. D'après le calcul que j'ai fait, près de 70 % de vos propositions sont déjà en œuvre au travers des textes que nous avons fait adopter. Que faisons-nous ? Comment agissons-nous ? D'abord, nous affectons des moyens supplémentaires aux services de police et de renseignement pour leur permettre de répondre à la menace. Monsieur Reichardt, je vous ai entendu expliquer que nous avions perdu deux ans. Pour ma part, je ne souhaite pas faire de polémique sur ces questions. Partout où j'ai eu l'occasion de m'exprimer, j'ai fait en sorte de ne pas céder à la pente de la politique partisane et des clivages qui n'ont pas lieu d'être sur des sujets de cette nature. Néanmoins, je voudrais tout même vous rappeler, monsieur le sénateur, que ce n'est pas ce gouvernement qui a supprimé 13 000 postes dans la police ! Ce n'est pas ce gouvernement qui a supprimé des postes en nombre au sein du service central du renseignement territorial ! Ce n'est pas ce gouvernement qui a diminué les crédits hors T2 dont les forces de l'ordre avaient besoin pour se moderniser et faire face de façon efficace aux risques qui se présentent à notre société. Enfin, ce n'est pas non plus ce gouvernement qui, en l'assumant d'ailleurs, a affaibli le service public de la sécurité pour la bonne et simple raison qu'il l'a conforté ! Ensuite, pour vous rassurer totalement sur le fait que nous n'ayons pas perdu deux ans, je veux indiquer que nous avons créé la direction générale de la sécurité intérieure à laquelle nous avons attribué 432 postes. Par ailleurs, nous avons abondé le budget de la sécurité intérieure à hauteur de 12 millions d'euros de crédits hors T2 par an. Nous avons décidé de créer 500 emplois supplémentaires par an dans la police et la gendarmerie, dont une grande partie a été affectée au renseignement territorial. Au lendemain des attentats de janvier, nous avons créé 1 500 postes supplémentaires, dont 500 postes à la direction nationale de la sécurité intérieure, qui s'ajoutent aux 432 postes précédemment évoqués, et 500 postes au service central du renseignement territorial. En effet, comment collecter les signaux faibles et les renseignements sur le terrain, dès lors qu'il y a un lien entre ces signaux faibles et ce qui se passe dans le haut du spectre, si nous n'avons pas les moyens de remplir ces missions ? C'est ce gouvernement qui a décidé de doter le service central du renseignement territorial de ces 500 postes supplémentaires, avec 350 postes pour la police nationale et 150 pour la gendarmerie nationale. C'est ce gouvernement qui a décidé de conforter la plateforme PHAROS, la plateforme d'harmonisation, d'analyse, de recoupement et d'orientation des signalements, ainsi que les moyens de la direction centrale de la police judiciaire, en créant près de 120 postes sur trois ans, pour lui permettre, en matière de cybercriminalité, d'être beaucoup plus efficace dans la lutte contre le terrorisme. Enfin, comme les moyens humains ne valent rien s'ils ne sont pas assortis de moyens numériques, d'infrastructures, de véhicules, d'armes, il a été décidé d'abonder le budget du ministère de l'intérieur à hauteur de 233 millions d'euros sur trois ans, en vue de favoriser la numérisation des forces et la modernisation des infrastructures informatiques, notamment du système CHEOPS, le système de circulation hiérarchisée des enregistrements opérationnels de la police sécurisés, indispensable pour identifier les terroristes au moment de leur retour sur le territoire national. Vous parlez de retard, monsieur le sénateur, mais, moi, je vous parle de ce que nous faisons pour combler les lacunes qui ont largement contribué à affaiblir nos forces de sécurité ! Ces faits sont incontestables. Ils sont d'ailleurs parfaitement compris par les fonctionnaires placés sous ma responsabilité, lesquels savent les efforts que nous réalisons pour permettre à notre pays de faire face à la situation. Voilà l'effort de modernisation que nous conduisons. C'est une première réponse. La deuxième réponse consiste à apporter des outils juridiques par-delà les moyens humains et matériels que nous allouons à nos forces. Pour ce faire, nous avons décidé de prendre des dispositions législatives visant à permettre à notre pays d'être à la hauteur du risque et de répondre à la menace. Ainsi, la loi du 13 novembre 2014, qui contient des mesures puissantes en matière de lutte contre le terrorisme, a été adoptée par le Sénat, comme par l'Assemblée nationale. Nous avons décidé, par exemple, de réguler internet. Pour ma part, je ne pense pas qu'internet soit une mauvaise chose, mais je n'ai, pour autant, aucune naïveté en la matière. Pourquoi accepter systématiquement sur internet, sur des réseaux sociaux, des appels à la haine, des provocations au terrorisme, des textes, des propos ou des blogs appelant ou provoquant au terrorisme que nous n'accepterions pas de voir proférer dans la rue ? Que se passerait-il demain si, devant vos mairies, nos ministères, des manifestants brandissaient des pancartes appelant à l'antisémitisme, à la mort de ressortissants français de confession juive à la sortie des synagogues ou de Français de confession musulmane à la sortie des mosquées ? Nous demanderions immédiatement que les personnes à l'origine de ces actes soient sanctionnées. Car appeler au crime, à la haine, au meurtre et à la discrimination à l'égard de l'autre dans un pays républicain comme le nôtre, c'est effectivement un acte qui mérite sanction ! C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de procéder au blocage des sites et des blogs qui appellent ou provoquent au terrorisme. Et nous l'avons fait non pas parce que nous étions désireux de remettre en cause de quelque manière que ce soit la liberté d'expression sur internet, mais parce qu'il s'agit d'un espace public comme un autre, à l'intérieur duquel chacun doit s'exprimer dans le respect des règles de droit et des principes républicains ! Il n'y a pas de République, il n'y a pas de « vivre ensemble », il n'y a pas d'unité et d'indivisibilité de la République autour de ces valeurs s'il n'y a pas d'altérité. Et qu'est-ce que l'altérité ? C'est la capacité de chacun à se poser la question de savoir si le propos qu'il tient sur l'autre est de nature à susciter de la violence, de la haine ou à le blesser simplement en raison de ce qu'il est. La République sans l'altérité, cela n'existe pas ! La République sans le respect de l'autre, cela n'existe pas ! La République avec l'appel à la haine, l'apologie du terrorisme, l'appel à l'antisémitisme ou à l'islamophobie, cela n'existe pas ! La République implique que, dans tous les espaces, les règles de la République soient respectées ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste.) C'est la raison pour laquelle nous avons proposé cette disposition. Pour ma part, je n'ai pas de suspicion à l'égard d'internet, mais je considère que cet espace doit être soumis, à l'instar de tous les espaces où s'exprime la parole publique, à une exigence républicaine en termes de régulation et de respect du droit. Car nous ne combattrons pas le terrorisme si nous ne sommes pas déterminés à faire respecter, à tout prix, le droit. Nous avons décidé, dans le même esprit, d'interdire à ceux dont nous savons qu'ils vont s'engager dans des opérations terroristes de sortir du territoire. Que n'ai-je entendu à la suite de cette décision ! Certains disaient qu'il fallait les laisser partir, car, dès lors qu'ils seraient parvenus sur le théâtre des opérations terroristes, ils perdraient la vie. Beau discours de la part d'un pays qui a aboli la peine de mort ! Ces paroles étaient non seulement contraires à toutes nos traditions, mais tout à fait stupides au regard du résultat à atteindre. En effet, les hommes de nationalité française partis sur le théâtre d'opérations terroristes reviendront nécessairement sur le territoire national, dans la mesure où les règles du droit international nous imposent de les recevoir sur notre sol dès lors qu'ils y reviennent. Or, s'ils sont de retour d'un théâtre d'opérations où l'on décapite, où l'on crucifie, où l'on exécute, où l'on martyrise des hommes et des femmes en raison de leur religion et de leur liberté de penser, de quelles violences seront-ils désormais capables ? C'est la raison pour laquelle nous avons mis en place l'interdiction administrative de sortie du territoire. Ce sont 60 départs qui ont ainsi été empêchés depuis la publication de ces textes réglementaires, et 50 autres dossiers sont en cours d'instruction. Par ailleurs, l'interdiction de retour sur le territoire français s'applique à tous ceux qui, ayant résidé en France mais n'étant pas de nationalité française, ont commis des actes criminels sur le théâtre des opérations terroristes et prétendent revenir sur le territoire national. Ceux-là n'ont pas leur place en France ! Nous avons mis en place cette mesure parce que, là encore, le droit doit passer. En outre, nous avons créé l'incrimination pénale d'entreprise terroriste individuelle et donné de nouveaux pouvoirs à nos services, afin qu'ils puissent intervenir sur internet, procéder à distance à des perquisitions sur le cloud et, ainsi, prévenir la commission d'actes terroristes. Nous venons également de présenter aux commissions des lois et des affaires étrangères du Sénat un projet de loi relatif au renseignement. Ce texte prévoit, par des dispositifs ciblés ne s'appliquant qu'à la lutte antiterroriste et non, contrairement à ce que j'ai entendu, par la mise en place d'une surveillance de masse, d'empêcher tous ceux qui seraient tentés de s'engager dans des activités terroristes de le faire. Nous mobilisons, à cette fin, des techniques de renseignement hautement contrôlées par une autorité administrative indépendante, par le Conseil d'État, lequel exercera un contrôle juridictionnel, et par la délégation parlementaire au renseignement, qui aura aussi un droit de regard sur l'activité des services. Ces mesures de police administrative permettront d'éviter la commission d'actes terroristes plutôt que d'attendre une judiciarisation de ces faits par le juge judiciaire, laquelle intervient lorsque nous nous montrons incapables de prévenir ces actes. Voilà ce que nous faisons ! Et, non seulement nous agissons sur le plan national en consacrant des moyens supplémentaires à la lutte antiterroriste et en présentant des textes législatifs, mais nous agissons aussi sur le plan européen. Certains d'entre vous ont appelé de leurs vœux la mise en place de la directive Passenger Name Record, ou PNR, et considéré que les choses avançaient trop lentement. Mais cette proposition a été présentée pour la première fois devant les instances européennes en 2003. En 2012, ce projet n'avait pas avancé d'un iota ! Ce PNR est aujourd'hui en passe d'être adopté avant la fin de l'année 2015, car il y a urgence. Il n'y a pas d'antinomie entre la protection offerte par le PNR et celle des données personnelles, cette garantie, pour ceux qui se rendent dans les aéroports et utilisent les moyens de transport aériens, de voir leur vie privée et leurs données personnelles protégées. De la même manière, je suis favorable à l'instauration de contrôles systématiques et coordonnés aux frontières extérieures de l'Union européenne, ainsi que l'ont proposé plusieurs orateurs. Cette mesure garantira la traçabilité du parcours des terroristes lors de leur retour au sein de l'Union européenne, et nous permettra de les arrêter et de procéder à leur judiciarisation. Si nous ne le faisions pas, nous exposerions les ressortissants de nos pays à des risques considérables. Je suis favorable, j'y insiste, à des contrôles coordonnés et systématiques au sein de l'espace Schengen. C'est d'ailleurs une solution pragmatique, car il n'est point besoin de modifier le code Schengen pour ce faire. Je suis également favorable à ce que nous engagions avec l'Union européenne des actions puissantes en termes de contre-discours. Nous œuvrons avec le coordinateur de l'Union européenne pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove. Nous mobilisons les moyens et les financements de l'Union européenne afin de sensibiliser les opérateurs internet. La France est à la pointe de ce combat. Je me suis ainsi rendu dans la Silicon Valley pour demander à la totalité des opérateurs internet de déterminer, en lien avec notre pays, un code de bonne conduite en matière de lutte antiterroriste. Ils en ont accepté le principe, et nous avons signé ensemble une charte, le 20 avril dernier, par laquelle ils s'engagent à retirer les contenus faisant l'apologie du terrorisme, à faciliter les enquêtes judiciaires lorsqu'il y a une situation d'urgence et à développer avec nous, en participant à un comité permanent, le contre-discours sur internet. En effet, il faut aussi utiliser internet pour informer ceux qui sont embrigadés par des organisations sectaires. Action sur le plan international, renforcement des services de renseignement et organisation du décloisonnement de l'activité de ces services contrairement à ce que j'ai lu dans le rapport parlementaire, il y a non pas une guerre entre les services de renseignement au sein du ministère de l'intérieur, mais une coopération renforcée, que j'ai souhaitée et qui se développe !, action législative et action européenne, tels sont les axes de notre politique antiterroriste. J'ajouterai deux points. Premièrement, je propose que l'on refonde notre relation avec l'islam de France. C'est le sens de l'action dans laquelle nous sommes engagés, et nos objectifs sont extrêmement précis. À la suite de l'engagement des préfets en faveur d'actions de dialogue interreligieux dans les territoires de leur ressort, je recevrai, demain, les représentants du Conseil français du culte musulman, le CFCM. Nous voulons mettre en place une instance de dialogue autour du Premier ministre, à l'instar de ce que nous faisons avec les catholiques de France. Notre objectif est de traiter, avec ces interlocuteurs, les grandes questions qui concernent la relation de la République avec la religion musulmane, dans le souci d'assurer la plus grande représentativité des musulmans de France. Ces sujets seront aussi divers que les conditions de la construction et de la gestion des mosquées dans le respect rigoureux des textes qui régissent la laïcité en France ou la formation des aumôniers musulmans. À cet égard, nous souhaitons qu'il y ait dans nos prisons, nos hôpitaux, nos armées et les services du ministère de l'intérieur des imams qui connaissent de façon très approfondie la religion qu'ils enseignent, parlent français et soient également titulaires de diplômes universitaires, afin de maîtriser parfaitement les principes et les règles de la République. Il ne saurait en effet, dans notre esprit, y avoir d'antinomie entre ces règles et la pratique religieuse. C'est aussi cela, la laïcité ! La laïcité est le toit qui nous est commun, la somme et le creuset de valeurs qui nous sont communes et permettent à chacun de choisir sa religion dans le respect de celle des autres. Car ce qui nous rassemble au bout du compte est plus fort que ce qui peut nous diviser, y compris du fait de nos appartenances religieuses. Ce qui nous rassemble, c'est l'appartenance absolue, totale et sans concession aux valeurs de la République et, parmi celles-ci, à la laïcité. La formation des imams est donc un sujet fondamental, dès lors que ceux-ci exercent des fonctions d'aumônier. Car si l'État n'a pas à s'occuper de la formation des imams, il doit cependant veiller à ce que les aumôniers qu'il recrute aient reçu une formation de haut niveau. Nous serons donc très exigeants sur la construction et la gestion des lieux de culte, ainsi que sur le développement des diplômes universitaires. Nous veillerons à la création d'une fondation des œuvres de l'islam, et nous lancerons une réflexion collective sur le sujet fondamental de la religion et de la laïcité. La laïcité ne doit pas être dévoyée, car c'est une valeur inclusive. La laïcité, c'est le droit de croire et de ne pas croire, et de faire le choix de sa religion, en ayant la garantie de pouvoir exprimer ce choix librement. La laïcité ne peut donc pas être tournée contre une religion. Ainsi, certains propos tenus sur les repas différenciés dans les écoles ne sont pas une manifestation de la laïcité… Mme Bariza Khiari. Tout à fait ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. … Ils visent à instrumentaliser cette valeur républicaine contre la religion musulmane. Le Gouvernement ne soutiendra jamais cette vision, car la laïcité est inclusive. Il ne s'agit pas d'une valeur que l'on peut instrumentaliser à des fins d'exclusion. Dès lors que la laïcité exclut, elle cesse d'être la laïcité. Deuxièmement, j'évoquerai les valeurs préventives. J'ai entendu dire que nous faisions beaucoup de répression et peu de prévention. Ce n'est pas exact. Pas du tout ! Nous avons engagé des mesures préventives massives, mais celles-ci sont moins visibles que celles dont nous débattons au Sénat ou à l'Assemblée nationale parce qu'elles ne relèvent pas de la loi. Pour autant, elles n'en sont pas moins puissantes. Nous avons mis en place une plateforme de signalement, qui reçoit plus de 2 000 appels, soit plus de la moitié du chiffre global des signalements constatés. À la suite de la réception de ces signalements, les préfets mobilisent, sur la base d'une instruction signée par la garde des sceaux et moi-même, l'ensemble des services de l'État. Ainsi, que ces informations concernent la santé mentale, le décrochage scolaire, l'accès à l'emploi, les addictions ou le basculement dans la délinquance, toutes les administrations sont appelées à apporter les solutions les plus en adéquation avec le profil de ceux qui ont décidé de basculer dans le terrorisme. Nous faisons également de la prévention lorsque nous mobilisons et augmentons les moyens attribués au comité interministériel de prévention de la délinquance, le CIPD. Car nous menons précisément une action interministérielle, madame Assassi ! Lorsque les équipes de Dounia Bouzar, placées auprès du CIPD, mobilisent des équipes pluridisciplinaires pour accompagner l'action des préfets, il s'agit bien de prévention ! Qu'il faille compléter ces dispositifs, je ne le conteste pas. Mais que l'on en déduise, sous prétexte qu'ils doivent être complétés ou accrus, qu'ils n'existent pas, ça, je le conteste ! Il est en effet très difficile, face à un sujet aussi complexe, d'avoir la garantie que les mesures prises seront immédiatement adaptées à la réalité que nous devons traiter. C'est la raison pour laquelle nous adaptons en permanence les dispositifs de prévention. Je conclurai ce propos en remerciant le Sénat pour les propositions qu'il a formulées et en réaffirmant la très grande détermination du Gouvernement à agir de façon résolue contre le risque terroriste. Il le fera dans le respect rigoureux des principes républicains et dans une relation étroite avec le Parlement, notamment avec les parlementaires qui, au sein des commissions d'enquête, se mobilisent pour lui adresser des propositions utiles. Nous souhaitons le faire dans un esprit de rassemblement, par-delà les clivages politiques et partisans, avec la volonté de créer les conditions d'un confortement, d'un affermissement des valeurs et des principes républicains face à ceux qui veulent les saper à leur base. Contrairement à ce que j'entends ou à ce que je lis depuis quelques jours, et même quelques semaines, le formidable élan du 11 janvier était un rassemblement républicain, qui n'avait rien à voir avec une opération politique pensée à l'avance ou avec l'instrumentalisation d'un drame, mais qui, au contraire, montre ce qu'est la France par essence : un pays attaché à ses valeurs de tolérance, de respect et de laïcité, un pays capable, lorsqu'il est atteint au cœur, de se dresser et de demeurer debout pour dire haut et fort ce qu'il est par essence et dans l'histoire. Parce que les événements du 11 janvier ont été marqués par la spontanéité, celle d'un peuple qui veut demeurer debout lorsqu'il est atteint, ils ont peu de choses à voir avec les critiques formulées à leur encontre. Ce fut un grand moment de l'histoire de notre pays ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste. M. Henri Tandonnet applaudit également.) M. le président. Nous en avons terminé avec le débat sur les conclusions de la commission d'enquête sur l'organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux djihadistes en France en Europe. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/141.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/141.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..00bd766f9c376abdf2f7032d7ae06639804e65cd --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/141.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. Bernard Cazeneuve, Merci de nous offrir l'opportunité de vous présenter ce texte et de répondre à vos questions, car ce projet de loi a fait l'objet de nombreuses polémiques et de beaucoup d'approximations. Non, il n'a pas été dicté par les événements tragiques de janvier, non, il ne s'agit pas d'un texte de circonstance dicté par l'émotion suscitée par ces actes terroristes abjects. Après l'affaire Snowden, le gouvernement de M. Jean-Marc Ayrault a souhaité mieux encadrer les services de renseignement alors que la dernière loi les concernant datait de 1991 et que de nombreuses évolutions technologiques étaient intervenues depuis lors, comme le développement du numérique et l'utilisation des téléphones portables. Il s'agit de mieux lutter contre toutes les formes de menace et notamment contre le terrorisme. C'est pourquoi le gouvernement a souhaité mieux encadrer l'activité de ses services de renseignement et lui donner une base juridique, comme l'ont d'ailleurs fait d'autres grandes démocraties. Le texte qui vous est aujourd'hui proposé s'inspire largement des propositions formulées par les députés MM. Patrice Verchère et Jean-Jacques Urvoas, mandatés par M. Jean-Marc Ayrault, et par la délégation parlementaire au renseignement. La politique du renseignement a connu de profondes évolutions depuis une dizaine d'années. Après la loi de 1991, il y eut la création de la communauté du renseignement en 2007 puis de la délégation parlementaire au renseignement afin de contrôler davantage l'exécutif. En 2009, le conseil national du renseignement et le coordonnateur au renseignement ont vu le jour ; en 2010, l'académie du renseignement ; en 2014, l'inspection du renseignement. En dix ans, une série d'événements a conduit les gouvernements successifs à mieux organiser les activités des services de renseignement et à créer les conditions d'un contrôle accru. Aux yeux du gouvernement, les services de renseignements ne sont pas des services en marge du droit poursuivant des desseins occultes et obscurs, mais bien des services à part entière de l'État. Leur objectif, éminemment républicain, est de sauvegarder les intérêts supérieurs de la nation et de protéger les Français contre des risques sérieux. Ils doivent développer leur activité dans le respect scrupuleux des règles de droit. C'est pourquoi le gouvernement a présenté ce projet de loi qui poursuit trois objectifs : protéger les Français contre des risques nouveaux, garantir les libertés grâce au contrôle de l'activité des services de renseignement, assurer la sécurité juridique de ces mêmes services. Après avoir évoqué l'esprit qui a présidé à l'élaboration de ce projet de loi, j'en viens au contexte et je tiens à reprendre les propos tenus ce matin dans le Figaro par le procureur de la République de Paris, M. François Molins, qui a estimé que le niveau de la menace terroriste était extrêmement élevé. Prétendre que nous instrumentalisons cette menace pour défendre l'organisation de nos services de renseignement à des fins obscures n'est pas raisonnable. Nous ne voulons pas semer l'effroi, pour ne pas tomber dans le piège que nous tendent les terroristes, mais nous devons la vérité aux Français. Le numérique joue un rôle déterminant dans le basculement d'un certain nombre de nos ressortissants, parmi les plus vulnérables, dans des activités terroristes. La propagande des groupes terroristes sur Internet, le rôle des réseaux sociaux qui incitent, provoquent, appellent au terrorisme, l'utilisation du «darknet» et de technologies très sophistiquées pour préparer des attentats sans être repéré constituent des éléments nouveaux avec lesquels il nous faut compter dans la lutte antiterroriste. Nous devons nous armer pour faire face aux risques représentés par ces moyens nouveaux et aux possibilités qu'ils offrent à ceux qui veulent porter atteinte à notre liberté et à notre sécurité. Depuis 2014, le nombre de nos ressortissants engagés dans des activités à caractère terroriste en Irak et en Syrie a augmenté de 182%. Aujourd'hui, près de 1.700 personnes sont concernées par des opérations terroristes dans ces deux pays mais aussi dans la bande sahélo-saharienne ; la moitié environ sont allées sur le théâtre des opérations terroristes et en sont revenues. En outre, environ 300 de nos ressortissants souhaitent s'y rendre, 285 sont en cours d'acheminement et 130 procédures judiciaires ont été ouvertes concernant plus de 500 personnes. De plus, des cellules dormantes sont installées sur notre territoire. Leur activité est difficilement détectable et elles peuvent à tout moment frapper. Nous devons également prendre en compte l'activité que développent sur les réseaux sociaux ou dans l'espace numérique ceux qui appellent au terrorisme, ce qui justifie de la montée en puissance de la plateforme Pharos qui identifie la portée de leurs messages. Enfin, la radicalisation dans les prisons conduit certains réseaux à se constituer avant de passer à l'acte. Certains de ceux qui ont frappé notre pays en janvier dernier étaient en lien avec des filières terroristes datant du début des années 1990, dont ils avaient rencontré certains des membres en prison. Il y a un continuum dans l'activité terroriste. D'autres pays sont concernés, comme en témoignent les événements survenus à Copenhague, Tunis, ou en Australie et les attentats déjoués dans d'autres pays de l'Union. J'en viens au contenu du projet de loi. Depuis 2012, le gouvernement a souhaité renforcer les moyens des services de renseignement pour mieux prévenir les risques terroristes. Ainsi, la création de 432 emplois a été annoncée en 2012 au sein de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et plus de 200 postes ont d'ores et déjà été créés. Une partie des 500 emplois supplémentaires créés dans la police et la gendarmerie a vocation à être affectée au service central du renseignement territorial car, pour lutter efficacement contre le terrorisme, il faut développer la collecte de l'information sur tout le territoire. J'ai récemment dit à l'occasion d'un séminaire des directeurs départementaux de la sécurité publique qu'ils devaient diriger et coordonner l'action de ceux qui travaillent dans la filière du renseignement territorial afin de prioriser le risque, avec le concours d'universitaires et d'experts. D'autres emplois ont été créés au sein de la direction centrale de la police de l'air et des frontières et de la direction centrale de la police judiciaire pour renforcer Pharos et les services qui luttent contre la cybercriminalité. Ce texte précise les sept finalités pour lesquelles les techniques de renseignement pourront être mobilisées. La loi de 1991 ne faisait référence qu'à la sécurité nationale et aux intérêts fondamentaux de la nation. Le fait de préciser les finalités, par souci d'en encadrer le champ, a été interprété par certains comme une extension du champ d'intervention des services de renseignement. Or, c'est tout le contraire, le but étant d'encadrer les activités de nos services. L'Assemblée nationale a précisé les finalités et je suis persuadé qu'il en ira de même au Sénat. On m'a reproché de vouloir intercepter les conversations de tous ceux qui se préparent à manifester dans le respect des règles de la République. Cela n'a jamais été notre objectif : le texte vise à éviter les violences extrêmes qui se sont produites dans l'espace public et qui étaient de nature à exposer nos ressortissants à des risques qu'il appartient à l'État de prévenir. On ne peut se contenter de réparer ces actes en les judiciarisant s'il y a la possibilité de les empêcher. Un exemple : si des éléments nous sont communiqués témoignant du fait que des violences risquent d'être commises à la sortie d'un lieu de culte par des groupes constitués dont la violence est la modalité, faut-il attendre que ces violences soient commises, ou les empêcher par des mesures de police administrative, au nom de la protection que l'État républicain doit à tous, à commencer par les plus vulnérables ? Nous avons accepté des amendements qui précisaient les finalités prévues dans le texte initial. Le ministre de la défense, Mme la garde des sceaux et moi-même souhaitons que le débat au Sénat permette d'aller encore plus loin, sous réserve que ces précisions ne nous mettent pas en difficulté par rapport à nos objectifs. On nous a aussi reproché de vouloir mobiliser des dispositifs de surveillance de masse. C'est tout le contraire : le texte prévoit des dispositifs très ciblés, qu'il s'agisse de la surveillance en temps réel des terroristes ou de la détection sur données anonymes qui permet de ne cibler que ceux qui, par leur comportement sur Internet, révèlent leur volonté de commettre un acte terroriste. Sans empiéter sur l'enquête judiciaire en cours, je note que les événements de Villejuif témoignent du niveau très élevé de sophistication des technologies numériques utilisées pour échapper à la surveillance et à la détection. Il s'agit de mobiliser à des fins anti-terroristes des technologies particulières permettant de cibler ceux que nous voulons suivre. Par principe, le gouvernement s'est refusé à mettre en place des techniques de surveillance généralisée. Les dispositifs sont encadrés pour éviter qu'ils ne portent atteinte aux libertés publiques. Enfin, le texte prévoit des mesures de police administrative, destinées à prévenir des actes portant gravement atteinte à l'ordre public. Le juge administratif, qui est aussi le juge des libertés, exerce le contrôle sur les mesures de police administrative, comme en témoigne un grand nombre d'arrêts du Conseil d'État. L'article 66 de la Constitution et son interprétation constante par le Conseil constitutionnel définissent les conditions très particulières dans lesquelles, dans le cadre de mesures administratives, le juge judiciaire peut être requis. Il s'agit notamment de mesures privatives de liberté, telles que la rétention pour les étrangers. Les dispositifs seront désormais sous le regard du juge administratif. Les contrôles seront donc beaucoup plus rigoureux que ce qui se faisait auparavant dans notre pays, ainsi que dans d'autres démocraties. La commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), qui prendra la suite de la commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS), sera une autorité administrative dont la composition a été revue, les pouvoirs élargis, les moyens d'investigation confortés. Les députés ont souhaité que la CNCTR dispose de tous les moyens nécessaires pour exercer un contrôle poussé. Si nous avons élargi la composition de la CNCTR, contrairement aux préconisations du Conseil d'État, c'est parce que les parlementaires, notamment ceux de l'opposition, ont souhaité qu'on augmente leur nombre au sein de cette commission pour en assurer le pluralisme. Nous avons donc été contraints d'augmenter le nombre de représentants des juges administratifs et judiciaires pour qu'ils restent majoritaires au sein de cette commission. Le juge administratif pourra être saisi par la CNCTR : si le Conseil d'État estime que des techniques de renseignement ont été utilisées à tort, il pourra procéder à la destruction des données collectées et à l'indemnisation de la victime des mesures de surveillance injustifiées. Quand la CNCTR ou le juge administratif constateront que des infractions pénales ont été commises par les services de renseignement, ils pourront, au titre de l'article 40 du code de procédure pénale, saisir le juge pénal. Enfin, la délégation parlementaire au renseignement, qui s'est vu sous cette législature reconnaître une véritable compétence en matière de contrôle de l'activité des services, pourra y procéder à tout moment. Les critiques sur ce texte doivent être prises au sérieux, non pas parce qu'elles sont légitimes, mais pour lever toute suspicion. C'est pourquoi le gouvernement a répondu dans une note en quatorze pages aux critiques exprimées par la commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH). C'est dans cet esprit d'ouverture et de rigueur que nous abordons au Sénat cette discussion et nous sommes persuadés que ce texte sortira de votre assemblée meilleur qu'il n'y est rentré. Le gouvernement s'en remet à votre sagacité, qui est grande. M. Jean-Yves Le Drian. Je rejoins les propos de M. le ministre de l'intérieur, tant sur la forme que sur le fond. La gravité et la permanence des menaces sont réelles, même si l'opinion a tendance à l'oublier, et que les 7, 8 et 9 janvier paraissent déjà loin. En outre, jamais la menace intérieure et la menace extérieure n'ont été aussi liées, ce qui impose une grande vigilance et un travail en commun. Lors du débat sur le projet de loi de programmation militaire (LPM), la question du renseignement avait été posée. Nous avions discuté de la géolocalisation et des données de connexion et j'avais annoncé qu'une loi sur le renseignement était en préparation. À l'époque, nous avions déjà prévu le renforcement des contrôles et des moyens et accru ceux de la délégation parlementaire au renseignement. Nous avions indiqué qu'il était indispensable de renforcer la cyber-défense mais aussi la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), la direction du renseignement militaire (DRM) et la direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD). Ces trois services dont j'ai la responsabilité devront tenir compte des sept finalités dont M. Cazeneuve vous a entretenu. Ces finalités sécurisent les services mais aussi les libertés publiques. Pour ce qui concerne plus spécifiquement la défense, un mot sur la surveillance des communications internationales. Jusqu'à présent, aucun texte législatif n'encadrait les captations de renseignements sur des cibles situées à l'extérieur du territoire national. L'article L. 854-1 du code de la sécurité intérieure prévoit que le Premier ministre interviendra pour chaque opération de captation de renseignement à l'international, à deux reprises, afin d'autoriser le recueil des données puis l'exploitation des correspondances. La CNCTR veillera à ce que les mesures mises en oeuvre coïncident avec les instructions du Premier ministre. La loi renvoie à deux décrets : le premier, pris en Conseil d'État, sera relatif aux conditions et procédures applicables. Le second ne sera pas rendu public et aura trait aux modalités de recueil des données. Ces deux décrets seront soumis à l'avis préalable de la CNTCR, du Conseil d'État et seront communiqués à la délégation parlementaire. C'est une avancée significative. Enfin, lorsqu'une communication internationale mettra en jeu un identifiant rattachable au territoire national, la CNCTR sera saisie. Je précise ces points car j'ai entendu beaucoup de choses inexactes. Le pôle national de cryptanalyse et de déchiffrement (PNCD) n'est pas une plateforme d'interception de communications, contrairement à ce qui a été affirmé. Ce laboratoire, créé en 1999, permet de maîtriser le déchiffrement et les données de communication cryptées. Il est mentionné implicitement dans le code de la sécurité intérieure. Par rapport à la LPM, le projet de loi étend encore le cadre juridique applicable aux actions de cyber-défense : il permet de protéger juridiquement les agents habilités de nos services contre des poursuites pénales s'ils sont conduits, pour des motifs de sécurité nationale, à agir offensivement pour mener des actions de cyber-sécurité. (interventions des parlementaires) M. Bernard Cazeneuve. La mise en œuvre de l'ensemble des contrôles prévus par le projet de loi aura un coût. Comme nous l'avons indiqué à l'Assemblée nationale, le contrôle des services de renseignements garantissant les libertés publiques, il n'a pas de prix. Nous assumerons donc son coût. Nous procédons actuellement à des expertises, en lien avec le responsable du groupement interministériel de contrôle (GIC) et les membres de la commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS), pour déterminer l'allocation optimale des moyens humains et techniques. Le gouvernement souhaite qu'il n'y ait pas de décalage entre notre détermination à renforcer le contrôle et les moyens que nous donnerons à ceux qui en auront la charge. Nous sommes donc prêts à revenir devant le Parlement une fois que cette réflexion aura abouti pour préciser les moyens requis. Le Premier ministre a déjà fait savoir que les moyens qui seront demandés par le GIC et la CNCTR leur seront alloués. Il importe de limiter le nombre de délégations afin de renforcer la proximité entre ceux qui se prononcent effectivement sur les dossiers et les responsables politiques dont ils relèvent, qui doivent rendre des comptes à la justice et au Parlement. L'élargissement des techniques concernées appelle cependant une augmentation du nombre des délégataires. Celui-ci passera donc de deux à trois pour les ministres et de trois à six pour le Premier ministre. La nature de leurs fonctions n'est pas encore arrêtée. Ce point relève, en principe, de l'organisation du pouvoir exécutif. Quelle est la différence entre ce que nous faisons et un Patriot Act ? Ce dernier permet un recueil massif des données des résidents, alors que notre objectif est exactement contraire. En outre, le Patriot Act comporte des mesures de privation de liberté : aucune ne figure dans notre texte. Le Premier ministre et le président de la République ont indiqué qu'ils voulaient une loi efficace mais que cette loi ne pouvait en aucun cas être dérogatoire aux principes généraux de notre droit et de notre démocratie. Ce texte n'y déroge aucunement. Loin de prévoir une quelconque surveillance de masse, il l'interdit ! L'usage des techniques de renseignement fait l'objet d'autorisations individuelles, soumises à un contrôle de proportionnalité. La surveillance en temps réel ne s'applique qu'à un nombre limité de personnes préalablement identifiées comme relevant des activités terroristes. L'algorithme ciblera les informations pertinentes en matière de prévention du terrorisme. Les données recueillies grâce aux dispositifs de proximité seront centralisées et ne pourront être conservées que trente jours, afin d'en garantir un tri rapide. Tout cela est le contraire de la surveillance de masse ! Le contrôle du Conseil d'État sera-t-il effectif ? Le Conseil d'État pourra être aisément saisi, par tout particulier qui y aura intérêt ou par la CNCTR. Son contrôle sera approfondi : il aura accès aux documents classifiés, grâce à l'habilitation ès qualités des membres de la formation de jugement - ce qui est sans précédent. Il pourra relever d'office tout moyen de droit et ses prérogatives sont extrêmement importantes : il pourra annuler l'autorisation, ordonner la destruction des données, indemniser le requérant et même saisir le parquet s'il devait constater que, dans le cadre de la mobilisation des techniques de renseignement au titre des finalités du projet de loi, une infraction pénale a été commise. Quel texte actuellement en vigueur mobilise un tel dispositif ? Aucun ! Pourtant, personne n'a qualifié cet état du droit de liberticide... Nous instaurons ces contrôles juridictionnels car nous considérons qu'ils sont indispensables dans une démocratie, étant donné les moyens sans précédent que nous donnons à nos services de renseignement pour lutter contre le terrorisme. Sommes-nous prêts à prendre une loi organique, en vertu de l'article 13 de la Constitution, pour la nomination du président de la CNCTR ? Oui. C'est une garantie supplémentaire que nous acceptons bien volontiers. Le GIC conserve toutes ses prérogatives actuelles en matière d'interception de sécurité et de données de connexion. Il aura de nouvelles missions destinées à faciliter le contrôle effectué par la CNCTR : recueil des données de la surveillance en temps réel des terroristes, de l'algorithme ou éléments recueillis au moyen du IMSI Catcher. Certaines techniques, comme le processus de sonorisation, ne peuvent être mises en oeuvre que de façon décentralisée, par les services opérationnels eux-mêmes. Centraliser les données ainsi recueillies en un seul point créerait une vulnérabilité considérable. Des modalités de décentralisation sont envisageables, dans un nombre d'endroits limités, auxquels la CNCTR aurait un accès immédiat. Leur liste sera arrêtée par le Premier ministre, en concertation avec cette commission. Certains se sont interrogés par voie de presse, avec plus ou moins de bonne foi, sur la réalité des pouvoirs de la CNCTR par rapport à ceux de la CNCIS. La CNCTR conservera l'intégralité des pouvoirs de la CNCIS en matière d'interception de sécurité et de données de connexion. De plus, son avis sera désormais préalable, ce qui n'est le cas actuellement en matière d'interception de sécurité qu'en vertu d'une pratique. Son contrôle sera étendu à toutes les nouvelles techniques : algorithme, captation de données, balisage. Elle aura de nouvelles prérogatives : elle pourra saisir le Conseil d'État, transmettre des observations à la délégation parlementaire au renseignement, répondre aux demandes d'avis des présidents des assemblées parlementaires et de la délégation et donner son avis sur les actes réglementaires déterminant quels services seront autorisés à mettre en oeuvre quelles techniques. Ses pouvoirs seront donc très larges et ses moyens humains, financiers et techniques, conséquents. Nous partons du droit en vigueur pour déterminer quel juge sera compétent pour connaître des mesures de police administrative que nous prendrons. Sur l'article 66 de la Constitution, la jurisprudence du Conseil constitutionnel est constante : le juge judiciaire n'est légitime à intervenir pour des mesures de police administrative que dans des cas très particuliers et précisément définis de privation de liberté dans des circonstances spécifiques, par exemple lorsqu'un étranger est placé en rétention administrative. Cette jurisprudence est précise comme une horloge suisse et ne souffre aucune ambiguïté : le juge judiciaire ne doit pas être mobilisé lorsqu'il y a, dans des mesures de police administrative, des dispositifs susceptibles de porter atteinte à la vie privée. Parce que j'ai dit cela à l'Assemblée nationale, on a répété partout que je considérais que la vie privée ne relève pas de la liberté individuelle. C'est faux ! M. Mézard dit que le juge judiciaire est le juge par excellence des libertés. Il l'est, mais il n'est pas le seul. Avec l'arrêt Canal ou l'arrêt Benjamin, le Conseil d'État a magnifiquement défendu les libertés. Pourquoi avoir la moindre suspicion à son égard ? Ce texte applique les principes du droit. Le droit est le droit, pas le tordu ! Le code de procédure pénale prévoit des garanties particulières pour les professions protégées : avocats, journalistes, magistrats, parlementaires. La législation actuelle en matière d'interceptions de sécurité ou d'accès aux données de connexion ne comporte pour eux aucune garantie spécifique. Le gouvernement a d'emblée indiqué qu'il était disposé à prévoir une protection, en lien avec les parlementaires. À l'Assemblée nationale, plusieurs garanties ont ainsi été instaurées : impossibilité de décider à l'égard de ces professions de mesures de renseignement selon la procédure de l'urgence absolue, exigence que l'avis de la CNCTR sur ces mesures soit rendu en formation collégiale, information de cette commission sur leurs modalités d'exécution et transmission à ses membres des retranscriptions des données collectées, afin que la CNCTR veille au caractère nécessaire et proportionné des atteintes éventuellement portées au secret dont ces professions bénéficient. Si le Sénat souhaite encore renforcer ces garanties, le Gouvernement n'y est pas opposé. Nous ne donnons pas à la CNCTR la possibilité d'émettre un avis conforme car ce ne serait pas constitutionnel : le Conseil d'État a indiqué en 2001 qu'il n'était pas possible pour une autorité administrative indépendante d'émettre un avis conforme dans un domaine relevant des prérogatives régaliennes de l'État. Le président de la République ayant annoncé qu'il saisirait le Conseil constitutionnel, la solidité juridique du texte est un objectif majeur. L'urgence absolue et l'urgence opérationnelle sont des situations très exceptionnelles, dérogatoires au dispositif général. Ce sont alors les services opérationnels qui agissent directement. Pour autant, ni la CNCTR ni le pouvoir politique ne sont court-circuités : dans les 24 heures qui suivent la mise en place l'urgence absolue ou opérationnelle, celui qui a pris cette décision doit saisir le pouvoir politique dont il dépend ainsi que la CNCTR, qui garde la totalité des prérogatives qui lui sont reconnues par le texte en matière de contrôle. Il ne s'agit donc que d'adapter les conditions d'exercice de ce contrôle à une situation d'urgence. M. Jean-Yves Le Drian, - Oui, la CNCTR aura accès aux produits décryptés du PNCD pour vérifier qu'ils sont conformes aux autorisations et aux finalités prévues par la loi. On a dit beaucoup de choses sur les algorithmes. Il ne s'agit en aucun cas d'une pêche au chalut destinée à rassembler des informations en masse sur nos concitoyens. C'est un ciblage qui porte non sur des individus mais sur des modes de communication, que nos services auront identifiés comme étant caractéristiques de l'activité de personnes impliquées dans des actions terroristes. Par exemple, au moment de la mise en ligne d'une vidéo de décapitation, plusieurs acteurs dormants vérifient qu'elle est bien accessible sur les réseaux. Un algorithme permettra de recenser ces clics. Cela supposera, bien sûr, une autorisation du Premier ministre et un avis un avis préalable de la CNCTR. Et si nous modifions l'algorithme, il faudra une nouvelle autorisation du Premier ministre et un nouvel avis de la CNCTR. Autre exemple : si, lors de l'opération Barkhane, à Madama, nous tombons sur un ensemble de données - horaires, adresses, numéros... - leur exploitation ne peut être faite que par un tri algorithmique. Le CNCTR exercera un contrôle permanent sur le dispositif mis en place et les services ne pourront pas accéder aux données autres que les résultats du traitement. Pour connaître l'identité des personnes, il leur faudra une seconde autorisation expresse du Premier ministre, après avis de la CNCTR. Puis, ce sont les hébergeurs ou les opérateurs qui mettront en place le dispositif, non les services. Enfin, l'autorisation du Premier ministre ne sera valable que pour quatre mois renouvelables. L'ensemble de ces dispositions contraignantes garantira que l'algorithme ne servira qu'à la lutte contre le terrorisme. De surcroît, le Gouvernement a accepté à l'Assemblée nationale un amendement prévoyant que l'article en question devra être réexaminé fin 2018. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/142.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/142.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6f69f7fc3b5a91a6b75b7d8588ed563e7eccc3a7 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/142.txt @@ -0,0 +1 @@ +La ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche a présenté une communication relative aux conclusions des Assises locales et départementales de la mobilisation de l’École et de ses partenaires pour les valeurs de la République. Après le « Dialogue national autour des valeurs de la République » organisé dans l’enseignement agricole, ce sont près de 81 000 personnes qui ont participé à 1 325 réunions. Cette réussite manifeste la volonté des partenaires de l’Ecole d’approfondir le sursaut du 11 janvier 2015 et de s’engager pour promouvoir les valeurs de la République. Les mesures de la grande mobilisation de l’Ecole se mettent en œuvre concrètement : 1. la priorité est donnée à la maîtrise de la langue Avec le nouveau programme, l’école maternelle deviendra plus encore qu’aujourd’hui l’école des premiers apprentissages en matière de langage écrit et oral. Le 11 mai 2015, le projet de programme de cycle 2, qui organise un apprentissage explicite du français, a été mis en consultation des enseignants. Pour l’évaluation prévue à des fins diagnostiques au début de la classe de CE2, des outils seront diffusés dès le 1er trimestre de l’année scolaire 2015-2016. 2. La formation à la laïcité et le parcours citoyen se mettent en place 1 179 experts ont déjà été formés à la laïcité et à l’enseignement moral et civique. Ils formeront, à leur tour, 300 000 de leurs pairs d’ici la fin 2015. Un livret relatif à la laïcité sera diffusé dans tous les établissements et la charte de la laïcité sera signée par les parents à la rentrée prochaine. Pour mettre en œuvre le nouveau parcours citoyen, l’enseignement moral et civique sera opérationnel à la rentrée et le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture intègre désormais pleinement l’objectif de formation du jeune citoyen. L’éducation aux médias et à l’information est elle aussi prise en compte et valorisée. Cette remobilisation autour des valeurs de la République s’est aussi manifestée par la relance, dès le mois de mars, de la semaine d’éducation contre le racisme et l’antisémitisme et par la diffusion d’un livret de prévention de la radicalisation. 3. La mobilisation pour les valeurs citoyennes est également défendue au niveau européen Le 17 mars 2015, tous les ministres européens de l’éducation ont été réunis à Paris pour adopter une déclaration commune réaffirmant les valeurs de l’éducation européenne. Ces engagements seront formalisés à Bruxelles le 18 mai et mis en application dans les prochains mois. Les Assises constituent une base pour construire avec les partenaires de l’école une nouvelle dynamique autour de la promotion des valeurs de la République 1. Les Assises ont mis en avant des perspectives de travail partenarial Les Assises ont permis de rassembler les acteurs autour de quelques grands principes : partage de définitions communes des valeurs de la République ; reconnaissance de l’engagement associatif et citoyen ; mise en place de la réserve citoyenne ; promotion de dispositifs favorisant la mixité scolaire. L’ensemble de ces pistes seront déclinées de manière opérationnelle avec les acteurs et les partenaires ministériels. 2. La réserve citoyenne de l’éducation nationale est lancée La réserve citoyenne de l’éducation nationale est lancée pour permettre à toutes les bonnes volontés de s’engager aux côtés des enseignants dans la promotion des valeurs de la République. Pour aller au-delà des 4 660 premiers inscrits, les premiers « ambassadeurs de la réserve citoyenne » se sont engagés avec le ministère à promouvoir très largement la réserve dans leur institution et auprès du public (Ecole nationale d’administration ; Ligue de l’enseignement ; CEMEA ; Francas ; Centre national des œuvres universitaire et scolaire ; Conférence des présidents d’universités ; Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs). D’autres conventions seront conclues dans les prochaines semaines. Cette réserve citoyenne s’inscrira dans le cadre défini par la mission confiée par le Président de la République au vice-président du Conseil d’Etat, M. Jean-Marc Sauvé, et au sélectionneur de l’équipe de France de handball, M. Claude Onesta. 3. Le ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche proposera, à partir de l’automne 2015, d’accueillir au minimum 5 000 volontaires du service civique Un travail sera engagé dès la semaine prochaine avec les académies pour recueillir les besoins des établissements et des territoires. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/143.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/143.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..170ba771824bda443b16d4d0bfeb376a35aa3f92 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/143.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Bonjour Najat VALLAUD-BELKACEM. NAJAT VALLAUD-BELKACEM, MINISTRE DE L'EDUCATION NATIONALE Bonjour. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI C'est chose faite, le décret sur la réforme du collège déjà ce matin au Journal officiel, le jour d'après la grève. Pourquoi cette précipitation ? pourquoi si vite ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Il n'y a pas de précipitation. Tous les délais sont tels que nous les avions prévus depuis le début. C'est-à-dire que je vous rappelle que cette réforme du collège a été adoptée, c'était le 10 avril dernier, en conseil supérieur de l'éducation et qu'aujourd'hui le décret est publié pour qu'elle puisse être mise en oeuvre concrètement à la rentrée 2016. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Donc, c'est la version officielle. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, mais c'est la version… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Vous avez attendu, en fait, de voir comment tournait cette mobilisation. Est-ce à dire qu'elle aura été faible à vos yeux ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Vous savez, moi une mobilisation m'intéresse dès lors qu'il y a un gréviste ou un manifestant. Je suis sincèrement intéressée, préoccupée par les inquiétudes qui se sont révélées. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Un seul, ç'aurait été un succès pour vous franchement. NAJAT VALLAUD-BELKACEM En l'occurrence, il y en a eu beaucoup plus qu'un, c'est vrai. Ce que je veux dire par-là, c'est que le sujet ça n'est pas le nombre de professeurs qui ont été mobilisés. Le sujet, c'est les inquiétudes qu'ils manifestent et la façon dont on y répond. Donc, pourquoi est-ce qu'il fallait publier ce décret ? Je vais vous répondre. Pour pouvoir passer à l'étape suivante qui est celle que j'ai annoncée hier, à savoir les textes d'application qui vont permettre de répondre à leurs inquiétudes et d'apporter les garanties sur le fait que l'interdisciplinarité se fera dans de bonnes conditions sans que les disciplines y perdent de temps, que le travail en équipe qu'on leur demande, on leur laissera le temps de préparation nécessaire pour le faire dans les établissements scolaires. C'est ça qui intéresse les enseignants. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Moi, je vous ai laissé le temps d'expliquer ça mais vous avez quand même un peu braqué les syndicats. « Provocation » dit ce matin le SNES-FSU ; écoutez ce que dit sa secrétaire générale Frédérique ROLET qui a été jointe tout à l'heure par Lucie BARBARIN. Ecoutez bien. FREDERIQUE ROLET, SECRETAIRE GENERALE DU SYNDICAT SNES-FSU C'est une provocation. On a eu un mouvement important hier avec une grève majoritaire dans le second degré. Je pense que c'est vraiment une très mauvaise méthode. C'est une faute politique. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Pas contente. Faute politique ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ecoutez, Frédérique ROLET, que je reçois d'ailleurs et avec elle ma porte est ouverte, grande ouverte, Frédérique ROLET exprime ici un avis, une opinion. Moi, ce que je crois, c'est que nous avons besoin sur cette réforme du collège de ne plus perdre de temps. Nous devons aller vite, précisément pour pouvoir répondre aux interrogations de Frédérique ROLET, c'est-à-dire veiller à ce que tous les professeurs soient bien accompagnés pour mettre en oeuvre cette réforme, bien formés. Que demande le SNES en l'occurrence, ce syndicat ? que demande-t-il ? Il ne demande pas le retrait de la réforme, entendez-le, il demande à ce qu'elle puisse entrer en vigueur dans de bonnes conditions, c'est-à-dire que les enseignants puissent être bien accompagnés. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Le SNES demande la suspension pour discuter. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, pour discuter des conditions de mise en œuvre de cette réforme. Comment faire pour que cette réforme soit mise en œuvre dans les meilleures conditions possibles ? En offrant pendant plusieurs mois de l'accompagnement et de la formation continue aux enseignants qui seront amenés à l'appliquer à la rentrée 2016. Si vous ne publiez pas maintenant le décret, quand est-ce que vous commencez cette formation ? Soyons juste un peu sérieux. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI C'est symbolique quand même. Ça veut dire : « Ecoutez, c'est bien. Finie la récréation, on avance ! » NAJAT VALLAUD-BELKACEM C'est une façon de dire… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI « Circulez ! », quoi. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Au cas où tout le monde ne l'aurait pas encore compris que cette réforme se fera, que nous y sommes attachés, et que nous donnons les moyens qu'elle entre en vigueur à la rentrée scolaire 2016 dans les meilleures conditions possibles, c'est-à-dire avec une préparation en amont de tous les établissements qui seront amenés à l'appliquer. Préparer en amont tous les collèges de France qui seront amenés à l'appliquer, ça veut dire des mois de travail, d'accompagnement, de formation et donc il faut aller en effet vite. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Des syndicats déjà menacent. Le SNALC parle de boycott du brevet des collèges, le même SNES-FSU grève du zèle peut-être pour l'examen. Vous allez les recevoir ? Qu'est-ce que vous leur dites ce matin à ces formations syndicales ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais bien sûr que je les reçois et je le leur ai dit hier. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI « Venez mais on discute après ». NAJAT VALLAUD-BELKACEM Au fond, je vais vous dire : les discussions n'ont jamais été rompues entre nous contrairement à ce que j'ai pu lire ici ou là. Donc ces organisations syndicales savent très bien que ma porte est ouverte pour que nous travaillions sur la suite, que nous fassions en sorte que les enseignants qui seront ceux qui appliqueront cette réforme se l'approprient totalement, parce que je sais bien ce qu'on reproche souvent aux réformes de l'éducation nationale. C'est d'avoir été conçues finalement dans les limbes de la rue de Grenelle et puis ensuite de ne pas trouver prise avec la réalité. Celle-ci, elle trouvera prise avec la réalité pour deux raisons, si vous me le permettez. La première, c'est que chacune de ces mesures a été conçue à partir d'expérimentations qui ont été conduites par les professeurs eux-mêmes. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Vous pensez aux EPI, c'est ça ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Par exemple l'interdisciplinarité, par exemple l'accompagnement personnalisé. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Ça a été testé et vous estimez que ça va marcher. NAJAT VALLAUD-BELKACEM On sait que ça marche parce que ce sont des professeurs eux-mêmes qui l'ont inventée et que ça a marché. Deuxièmement, cette réforme marchera parce que nous mettons les moyens pour accompagner les équipes et les former à le faire. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Vous pensez que vous l'aurez mal expliquée pour que ça dérape comme ça ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non. Sur certaines questions j'allais dire de principe, il y a des organisations syndicales qui expriment des inquiétudes. Par exemple l'autonomie qu'on laisse au collège, qui nous semble être une bonne chose parce que ça va permettre à chaque collège en fonction de la réalité des élèves qu'il accueille, de son territoire, et cætera, d'adapter des réponses. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI D'autres disent que c'est un risque de libéralisation. D'ailleurs même Jean-Luc MELENCHON le redoute. Jean-Luc MELENCHON, ce n'est pas la droite. NAJAT VALLAUD-BELKACEM D'autres en effet s'inquiètent de ce surcroît d'autonomie, craignant par exemple et j'ai bien entendu ça chez certaines organisations syndicales que ça revienne à avoir des chefs d'établissement qui auraient tout le pouvoir, là où précisément nous répondons, nous, que c'est important qu'un chef d'établissement ait du pouvoir pour manager, pour organiser. Mais c'est bien l'ensemble de l'équipe pédagogique qui participera à définir cette autonomie et qui contribuera à dire si, dans tel collège, il faut renforcer l'apprentissage du français parce que c'est là que les élèves ont des lacunes, ou si dans tel autre il faut plutôt construire un projet avec le monde professionnel qui entoure le collège, parce que c'est la meilleure façon de stimuler aussi les élèves. C'est très important, cette question. Donc vous voyez que c'est un clivage philosophique. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Justement. Sur la méthode, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET qui était à votre place ici-même hier matin, a parlé d'une forme d'arrogance de votre part. C'est ce qu'elle dit, « arrogance », parce qu'elle dit : « Au fond, tous ceux qui s'opposent ont tort et moi j'ai raison, moi Najat VALLAUD-BELKACEM. J'ai raison ». Voilà, arrogance. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais je crois que dans la vie politique de manière générale, et en particulier à la tête d'un ministère comme celui-là, si vous n'avez pas quelques convictions fortes, quelques arêtes fortes, vous n'avancez pas. Parce que bien sûr que c'est important d'écouter tout le monde, et honnêtement je crois que vous me connaissez suffisamment pour savoir que je suis quelqu'un à l'écoute et je vais le démontrer à nouveau dans les jours et les semaines qui viennent avec les organisations syndicales ; mais en même temps, si vous n'avez pas une idée, un projet de société et si vous ne vous donnez pas les moyens d'avancer, alors vous ne réformez jamais rien et vous en restez au statu quo actuel. Et moi, je ne voulais pas rester sur le statu quo, donc j'avance. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Vous avez vu la polémique autour de l'utilisation de votre prénom. Le Parisien-Aujourd'hui en France, notre confrère titrait hier matin : « L'épreuve du feu pour Najat », votre nom a disparu. Ça a choqué votre collègue Patrick KANNER qui dit « familiarité ». Ça vous a choquée, vous ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM En fait, depuis le début de ma vie politique il en est ainsi, donc j'ai fini par m'y habituer. Je ne sais pas s'il faut trouver cela choquant ou pas. De façon claire, on est souvent plus familier avec les femmes qu'avec les hommes en politique. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI C'est regrettable ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ça dépend comment c'est fait, dans quel esprit c'est fait. Parfois c'est sympathique, parfois, oui, on aimerait simplement être vue comme un homme politique comme les autres et donc ne pas avoir de traitement particulier. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Alors le chef de l'Etat semble être déjà en campagne, en témoigne son meeting républicain ça s'appelait comme ça hier soir à Carcassonne dans l'Aude. Il est candidat, François HOLLANDE ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ecoutez, François HOLLANDE était dans l'Aude notamment pour revenir sur le bilan de ses trois dernières années et pour se projeter dans l'avenir. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Oui, 2017. Tout le monde l'a compris. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Pour vous répondre, je souhaite que cet avenir dure. Clairement, il nous reste beaucoup de choses à faire même si… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Il a raison d'être en campagne comme ça déjà ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Il a raison en tout cas de se rendre sur le terrain pour faire de la pédagogie autour des réformes déjà entreprises et montrer le cap et le chemin qu'il nous reste à parcourir. Oui, il a raison. D'ailleurs il a été très chaleureusement accueilli. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Vous vous rappelez qu'il était reproché à Nicolas SARKOZY d'organiser le même type de vrai-faux meeting. On disait : « Ce sont des meetings UMP déguisés. La commission des comptes de campagne devra se pencher dessus ». Au fond, François HOLLANDE pratique la même chose ; il est déjà quelque part en campagne de réélection. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Je ne crois vraiment pas qu'on puisse comparer François HOLLANDE et Nicolas SARKOZY en particulier… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Non, c'est le meeting républicain, le principe, ouvert à tous mais… NAJAT VALLAUD-BELKACEM En particulier sur la question des dépenses de communication de l'Elysée, par exemple, dont on sait bien qu'elles ont été divisées par je ne sais plus, quatre ou cinq depuis l'arrivée de François HOLLANDE à l'Elysée. Mais en tout cas, pour ce qui est de se rendre sur le terrain, d'organiser des réunions publiques ouvertes à tous comme vous le disiez, je crois au contraire que c'est une très bonne façon de faire de la politique puisque c'est une façon d'aller rendre des comptes. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Et sa campagne. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Aussi d'aller rendre des comptes. Après tout, il n'a pas parlé que d'avenir. Il est revenu sur le bilan et je pense que c'est important parce qu'il y a besoin de pédagogie, on s'en est bien rendu compte autour de la réforme du collège, entre ce que nous concevons, ce que nous expliquons et puis la façon dont les Françaises peuvent le percevoir. Parfois, il y a besoin d'aller au contact au plus proche, et c'est ce qu'il a fait et il le fait bien. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Najat VALLAUD-BELKACEM, un dernier mot rapide. Ce matin, exclu France Info : notre reporter Sophie PARMENTIER est allée suivre Mourad BENCHELLALI, ancien détenu français de Guantanamo qui, lui, est allé prendre la parole devant des élèves à Lunel avec l'accord de l'éducation nationale. Selon vous, ce peut être dissuasif ? Est-ce que l'école doit aussi servir à cela, régler les problèmes de société ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, l'école a un rôle à jouer - pas seule c'est sûr - mais a un rôle à jouer en effet pour venir répondre aux défis qui sont ceux que rencontrent aujourd'hui les jeunes gens et notamment cette tentation du repli sur soi, cette tentation parfois de la radicalisation, du fanatisme. Que Mourad BENCHELLALI se prête à ce jeu-là, je crois que c'est une chose très importante tout comme tous les Français qui ont accepté de rejoindre notre réserve citoyenne puisque nous avons proposé aux Français qui veulent aider l'école de venir témoigner dans des classes, venir stimuler les élèves, les encourager, de pouvoir le faire en ouvrant plus largement les portes de l'école. C'est important parce que les seuls enseignants n'arriveront pas à, en effet, régler tous les défis de la société que l'on retrouve concentrés dans une salle de classe. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Merci. Merci à vous, Najat VALLAUD-BELKACEM. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/144.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/144.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..aaa8571097ccbb0c0674d9afb56bb577142fd235 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/144.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre de l'éducation de la Corée du Sud, Madame la Directrice générale de l'UNESCO, Mesdames et Messieurs les Ministres, Chers Collègues, Mesdames et Messieurs, Je tiens tout d'abord à remercier le gouvernement de la Corée du Sud pour l'accueil de ce Forum et à saluer le rôle déterminant de l'UNESCO et des partenaires de l'Éducation pour tous dans l'élaboration d'un cadre d'action « Éducation 2030 » ambitieux, holistique et transformatif. L'éducation a toujours été une priorité pour la France, que ce soit au niveau national - près du quart du budget de l'État - ou dans son aide publique au développement - de l'ordre de 1,8 milliards d'euros annuels. Elle exprime le choix du droit, qui épouse une vision de l'homme et de la vie en société, privilégiant l'accomplissement de chacun et le bien-être de tous. L'éducation et la formation, sous toutes leurs formes - formelle, informelle, académique et professionnelle - en sont le ciment, bien public mondial et condition première de réalisation de tous les droits humains et de contribution à un développement durable et équitable. Elle exprime le choix de la solidarité et de la paix, instrument essentiel de la lutte contre la pauvreté, pour la réalisation de l'égalité femmes-hommes et la construction d'une citoyenneté mondiale vivante et tolérante, déterminante en ces temps troublés et difficiles que nous traversons. C'est le choix stratégique de la communauté internationale, et la France s'est résolument engagée dans la mobilisation collective qui a permis d'accomplir des progrès considérables depuis l'an 2000. Cette mobilisation collective ne devra pas faiblir tant les défis qui se présentent à nous sont considérables. Beaucoup de nos pays, y compris la France et les pays du groupe 1 de l'UNESCO, que j'ai l'honneur de représenter aujourd'hui, ont un système d'éducation et de formation qui ne contribue pas assez à réduire les inégalités, qui provoque de l'échec scolaire et qui n'assure pas l'accès de la jeunesse à un emploi décent. Or nous savons que l'absence d'une éducation de qualité pour tous est le terreau de la défiance des familles, de la désespérance des jeunes et de toute forme de radicalisation. Je tiens à souligner l'ambition inédite d'un agenda universel, nourri de la contribution précieuse de nos sociétés civiles et négocié par l'ensemble des États. Si nous voulons atteindre les objectifs ambitieux que nous nous fixons, il faudra un engagement ferme et concret de tous et la priorité donnée aux plus vulnérables, à l'intérieur de nos pays comme dans nos politiques de développement. Cette année 2015, inaugurée par ce Forum mondial sur l'éducation et suivie des rendez-vous cruciaux d'Addis Abeba, de New York et de Paris, est historique : elle doit marquer notre volonté partagée de construire un monde durable parce que solidaire, qui vise zéro carbone et zéro pauvreté. L'adoption de cette Déclaration « Éducation 2030 » nous donne la légitimité, le cadre et la marche à suivre pour placer l'éducation et la formation au coeur du futur agenda et soutenir son rôle central pour l'atteinte de tous les objectifs de développement. Nous avons une obligation de réussite pour donner aux jeunes la confiance et les opportunités qui feront d'eux les acteurs responsables des sociétés de demain. C'est cette ambition, exprimée par l'objectif Éducation et son cadre d'action, que la France va porter à Addis Abeba, à New York et à Paris en décembre. Ces sujets sont au cœur de mon mandat et de mes priorités. La France redéfinira prochainement sa stratégie d'aide au développement pour l'Éducation-Formation pour les 5 prochaines années. Avec l'implication des ministères des affaires étrangères et de l'éducation, de l'Agence française de développement, des autres opérateurs du secteur éducatif, des collectivités territoriales et des associations, cette stratégie veillera à mettre en oeuvre ce cadre d'action en collaboration avec nos partenaires et en appui aux pays. Les contraintes de financement du secteur doivent nous conduire à adapter nos outils à chaque situation et à donner la priorité aux pays les plus vulnérables, en nous appuyant sur des solutions innovantes, sur un renforcement des capacités continu afin d'améliorer la gouvernance et la résilience des systèmes éducatifs et de formation. Je terminerai en renouvelant notre confiance à l'UNESCO pour accompagner les États dans la mise en oeuvre de cet agenda et pour en assurer le suivi et j'appelle tous les partenaires à s'unir pour faire de l'éducation de qualité pour tous tout au long de la vie une réalité d'ici 2030. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/145.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/145.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..efbabf902256ca7cd206d08457654b5255decb7c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/145.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet de Région, Monsieur le Procureur de la République, Mesdames et Messieurs les Directeurs départementaux de la Sécurité publique, Mesdames et Messieurs, Cela faisait longtemps que je souhaitais venir à votre rencontre, vous policiers du renseignement territorial, et vous, policiers de la sécurité intérieure, qui produisez, analysez et exploitez le renseignement au quotidien. Parce que le renseignement est au cœur de la lutte sans merci que notre pays livre contre le terrorisme. Parce que le Gouvernement a engagé un effort sans précédent pour renforcer tant les outils juridiques que les moyens humains et opérationnels indispensables à l’action des services de renseignement. Parce qu’une coopération plus étroite entre les services de renseignement auxquels vous appartenez constitue à mes yeux la condition du succès de votre importante mission. Parce que votre rôle est primordial dans la détection des signes avant-coureurs de la menace, ces « signaux faibles » qui, sans votre intervention, risquent de passer inaperçus et permettre la concrétisation de funestes projets. Cette inauguration des locaux de la future section zonale de recherche et d’appui de Rennes la 4ème à être créée après Paris, Lyon et Marseille me donne ainsi l’occasion de vous dire toute l’importance que j’attache à la pleine efficacité de ces structures. Ces sections ont en effet une mission éminemment opérationnelle. Ce sont elles qui ont vocation à examiner les cas les plus préoccupants identifiés grâce aux informations obtenues par les divers canaux du renseignement territorial. Vos filatures, vos surveillances, vos investigations permettront ainsi parfois de constater que des signaux faibles se sont transformés en signaux forts, entrainant en conséquence un traitement par les services de lutte anti-terroriste. Le succès de votre mission suppose que vous fassiez tous preuve d’une grande rigueur, d’un esprit d’abnégation, d’une volonté sincère de partager les informations obtenues entre vous. Il exige en retour que l’État sache vous donner les moyens juridiques et les ressources matérielles nécessaires. Le travail que vous effectuez au plus près du terrain est plus que jamais nécessaire parce que la menace diffuse à laquelle notre pays fait désormais face est profondément ancrée au sein de nos territoires. Certes, cette menace trouve d’abord son origine dans l’évolution du contexte international et tout particulièrement de la situation au Moyen-Orient, où des groupes terroristes se réclamant d’Al-Qaïda tel le Jabhat al-Nosra poursuivent, de façon désormais autonome, la lutte initiée par BEN LADEN dans les années 80 et 90. Parallèlement, l’organisation DAESH, plus récente, a profité des crises successives en Irak et en Syrie pour se tailler un vaste fief dans la région, cherchant à y bâtir un État totalitaire d’un nouveau genre. Le croisement de ces deux dynamiques une stratégie transnationale décentralisée d’une part, et un ancrage territorial de la terreur d’autre part explique en partie que la zone irako-syrienne soit aujourd’hui le principal pôle d’attraction du djihadisme international. On estime ainsi que 12 à 15 000 combattants étrangers ont rejoint à ce jour les différents groupes terroristes actifs dans la région. Par conséquent, le phénomène transcende les frontières et les appartenances nationales. Il influence en outre les autres organisations terroristes inspirées par un Islam radical et dévoyé, qu’elles fassent ou non explicitement allégeance à Al-Quaida et à DAESH, que ce soit dans la zone sahélienne (AQMI), en Afrique équatoriale (Boko Haram), dans la Corne de l’Afrique, au Yémen ou en Asie. En raison de ce contexte international, la menace évolue aussi à l’intérieur de nos frontières. Les organisations terroristes continuent de recruter, notamment en France, comme en témoigne l’attentat évité à Villejuif il y a quelques semaines. Dès lors, nous ne sommes plus confrontés comme ce fut longtemps le cas à des cellules étanches qui venaient de l’extérieur pour commettre des attentats sur le sol européen avant de s’en retourner dans leur pays d’origine. Aujourd’hui, la menace est diffuse, parce qu’elle implique des personnes qui sont nées ou qui ont grandi parmi nous et qui, au terme d’un processus de radicalisation, basculent dans le fanatisme et la violence armée. La « dissémination » des vecteurs de la radicalisation sur Internet, en prison (comme pour Amedy COULIBALY) ou au contact d’activistes radicaux et des modalités du passage à l’acte implique donc une vigilance accrue de vos services qui doivent effectuer un travail d’investigation approfondi. Aujourd’hui, comme vous le savez, quiconque souhaite commettre un attentat peut se procurer de façon relativement aisée les informations et les moyens nécessaires, notamment sur la toile. Nombreux sont ainsi les « néo-djihadistes » à s’être radicalisés sur les réseaux sociaux, où interviennent des recruteurs aguerris et où les organisations terroristes diffusent des messages et des vidéos de propagande parfaitement adaptés à la sphère numérique et à l’engouement qu’elle suscite auprès des jeunes générations. Les recruteurs manipulent ainsi un public le plus souvent fragilisé, en rupture familiale ou sociale, en quête d’un idéal confus et morbide. En outre, ces candidats au djihad vivent bien souvent au coeur des quartiers sensibles et il existe d’évidence une porosité avérée entre le monde de la délinquance et celui de la radicalisation. A ce jour, et même si les actions de prévention que nous avons mises en place dès le mois d’avril 2014 ont permis d’empêcher bien des départs, environ 450 jeunes Français sont présents en Irak et en Syrie. D’une manière générale, on estime que près de 1 600 Français sont impliqués, d’une façon ou d’une autre, dans les filières irako-syriennes. Face à cette menace très sérieuse, et largement inédite, il était de notre responsabilité de vous doter d’un arsenal antiterroriste ambitieux, afin que la lutte contre la radicalisation et contre le terrorisme soit pensée dans une approche intégrée, au service d’une stratégie globale et cohérente, conciliant objectifs de répression et de prévention. La première étape a consisté, dès avril 2014 en l’adoption du Plan de lutte contre la radicalisation violente et les filières djihadistes qui reposait sur plusieurs actions. La plateforme téléphonique nationale, qui permet aux familles de signaler les risques de départ et de bénéficier d’un soutien, a désormais atteint sa pleine maturité opérationnelle : près de 1 900 signalements pertinents ont déjà été recensés par le numéro vert, soit plus de la moitié des 3 800 cas signalés. Ce dispositif, à la fois simple et inédit, s’est donc révélé particulièrement efficace. Vous êtes les premiers concernés par les investigations, souvent longues et fastidieuses à réaliser à la suite de ces signalements. Mais c’est la condition pour garantir la plus grande sécurité de nos concitoyens. Par ailleurs, les « cellules de suivi », pilotées par les préfets dans chaque département, sont maintenant toutes installées. Autour du préfet et du procureur, elles réunissent les services de l’État concernés sécurité publique, renseignement territorial, protection judiciaire de la jeunesse, Education nationale, services sociaux, ainsi que leurs partenaires, parmi lesquels les collectivités locales jouent un rôle déterminant. Elles organisent la prise en charge des personnes radicalisées ou en cours de radicalisation, leur proposant des dispositifs de réinsertion individualisée. La pleine coopération de tous les acteurs mobilisés est évidemment la clé de l’efficacité. Deux autres dispositifs novateurs ont été plus récemment validés par le Gouvernement. Une équipe mobile d’intervention, jusqu’alors à l’état de projet, a officiellement été lancée. Pilotée par Dounia BOUZAR, elle interviendra sur le terrain à la demande des préfets pour traiter les situations individuelles les plus difficiles. Partout où elle sera mobilisée, elle devra préparer et assurer un transfert de compétences aux acteurs locaux, pour qu’après son départ, l’action entreprise puisse se poursuivre. Par ailleurs, la création d’un centre d’accueil des personnes qui reviennent des zones de conflit a été annoncée il y a quelques jours par le Premier ministre. Il aura pour objectif, de façon très encadrée, d’amener progressivement celles et ceux qu’il accueillera à renoncer à la violence, puis de les réinsérer dans la société. Cette démarche n’est évidemment pas exclusive du lancement de procédures judiciaires à l’encontre de tous ceux qui seront soupçonnés d’avoir commis des crimes. La lutte contre la radicalisation violente a bien entendu également une dimension répressive. Le Gouvernement a fait très tôt le constat que notre arsenal juridique n’était pas adapté à la lutte contre ces nouvelles formes de terrorisme et s’est donc employé à le moderniser. La loi du 13 novembre 2014 nous a ainsi permis de nous doter des outils juridiques nécessaires pour entraver l’action et la propagande terroristes. Sans entrer dans une fastidieuse énumération des mesures que vous connaissez, j’insiste sur le fait que l’essentiel des innovations qu’elle a introduites dans notre législation est désormais appliqué avec la plus grande détermination. 60 interdictions de sortie du territoire, visant des ressortissants français soupçonnés de vouloir rejoindre les organisations actives au Moyen-Orient, ont d’ores et déjà été prononcées, et une cinquantaine d’autres sont en cours d’instruction. Par ailleurs, les décrets d’application sur le blocage administratif et le déréférencement des sites Internet illicites ont été respectivement promulgués en février et en mars derniers. Depuis lors, 36 sites ont déjà fait l’objet d’une mesure de blocage, et d’autres sont à venir. La répression du délit d’apologie et de provocation au terrorisme a été également renforcée : plusieurs peines de prison ferme ont ainsi été prononcées en comparution immédiate depuis les attentats de janvier. Dans le même souci de modernisation de nos outils juridiques, le Gouvernement a déposé comme vous le savez un projet de loi visant à donner à nos services de renseignement un cadre juridique moderne et cohérent, adapté aux nouvelles menaces dont notre pays est la cible et aux mutations technologiques les plus récentes. Les dernières dispositions en la matière concernaient les interceptions de sécurité et avaient été prises à une époque où l’usage d’internet et de la téléphonie mobile commençait tout juste à se répandre, où les réseaux sociaux n’existaient pas. Ce texte permettra donc enfin de fixer un cadre aux missions accomplies par les services et de clarifier les règles d’emploi des techniques de renseignement, tout en garantissant les libertés individuelles. Il traite sans tabou des captations de données et des intrusions domiciliaires, mais aussi les interceptions de sécurité en fixant les durées de conservation. Il renforce les dispositifs de contrôle qui seront établis au niveau administratif, par la future CNCTR, juridictionnel et parlementaire. Mais il permettra surtout de protéger les agents qui mettent en œuvre les techniques de renseignement indispensables à l’accomplissement de leurs missions. Cette Loi sur le Renseignement a été adoptée en première lecture, à une large majorité, par l’Assemblée nationale le 5 mai dernier et le Sénat l’étudie actuellement. La volonté du Gouvernement est d’aboutir à un texte solide et efficace, digne d’une démocratie moderne un texte qui n’a rien de commun avec la caricature qui en est faite par des commentateurs approximatifs et qui vous servira quotidiennement dans l’exercice de vos missions. Des évolutions réglementaires en cours permettront par ailleurs au SCRT de bénéficier d’une extension de ses missions en matière de prévention du terrorisme, ce qui lui permettra de bénéficier d’informations auxquelles il ne peut avoir accès aujourd’hui. Enfin, le Gouvernement a considéré, bien avant que les attentats ne viennent, hélas, prouver qu’il avait raison, qu’il était nécessaire de donner aux services des moyens humains et matériels supplémentaires. A terme, en 2017, plus de 1.404 emplois nouveaux auront ainsi été créés, dont 1 100 viendront renforcer les différentes composantes du renseignement intérieur (DGSI, SCRT et Direction du renseignement de la Préfecture de Police). Cet effort concerne aussi d’autres services du ministère de l’Intérieur qui participent ou concourent à la lutte antiterroriste : gendarmerie nationale, police aux frontière, service de la protection, direction des libertés publiques et des affaires juridiques, direction des systèmes d’information se partageront plus 300 emplois dans la perspective d’une stratégie globale de lutte. Ces effectifs s’ajouteront aux 432 postes supplémentaires de la DGSI déjà programmés depuis 2013, et conforteront la relance du recrutement au sein des forces de l’ordre, par ailleurs entamée dès 2012 (+ 500 emplois par an dans les forces de police et de gendarmerie). Il fallait aussi densifier l’implantation des services de sécurité et de renseignement sur l’ensemble du territoire, afin de mieux détecter en amont les signes de radicalisation. C’est la raison pour laquelle, parmi les 1 404 nouveaux postes spécialement créés, 500 sont alloués au Service central du Renseignement territorial (SCRT) : 350 policiers et 150 gendarmes renforceront ainsi la couverture du territoire, y compris en zone rurale. Quant à la DGSI, elle devra accroître sa présence sur le terrain : c’est à quoi elle destine l’essentiel des 500 emplois décidés dans le plan arrêté, le 21 janvier, par le Conseil des ministres. J’ai voulu que ces créations de postes et cette réorganisation des services s’accompagnent d’un renforcement sans précédent des moyens d’équipement, d’investissement et de fonctionnement du ministère de l’Intérieur, à hauteur de 233 millions d’euros sur 5 ans. Dès cette année, ce sont 98 millions d’euros qui sont progressivement alloués aux services concernés, pour qu’ils puissent accomplir leurs missions de la façon la plus efficace possible. Un plan de modernisation des systèmes d’information et de communication au bénéfice des forces antiterroristes a également été lancé, à hauteur de 89 millions d’euros sur trois ans. Grâce à ces financements, nous modernisons le système CHEOPS pour la circulation des enregistrements de la police, ainsi que la plateforme PHAROS d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements. La concrétisation du plan de renforcement tant en effectifs qu’en moyens techniques se traduit pour la zone ouest, qui nous accueille aujourd’hui, par 39 policiers et gendarmes qui viendront rejoindre les rangs du renseignement territorial. 7 d’entre eux sont déjà arrivés et 9 gendarmes prendront leur poste début juillet. Une trentaine de postes informatiques, des armes plus adaptées pour les missions de filature et surveillance vont également être livrées. La sécurité publique et les autres services de police ne sont pas oubliés puisque 242 véhicules sont commandés pour la zone, les livraisons s’échelonnant entre mi-juin et fin novembre. Enfin, plus de 180 gilets pare-balle lourds seront mis à disposition des policiers dont les missions les requièrent. S’il est indispensable d’accorder davantage de moyens à nos forces de sécurité, cet effort doit s’accompagner, pour l’ensemble des services qui concourent à la lutte contre le terrorisme, d’une réforme de la façon dont ils coordonnent leur action. Les services doivent absolument aujourd’hui en finir avec la culture du cloisonnement et systématiser leurs échanges d’informations. Je sais que cette consigne se heurte à des habitudes anciennes, adoptées en leur temps pour des motifs légitimes de protection des sources et de confidentialité. Je ne dis évidemment pas que des précautions ne doivent pas être prises et que le secret de certaines informations n’impose pas le respect de procédures strictes. Mais le caractère diffus de la menace rend absolument nécessaire une plus grande fluidité des échanges et un travail collaboratif confiant. La mutualisation des informations et des renseignements est véritablement la clef qui permettra à chacun, dans sa sphère de compétence, de traiter avec les moyens adéquats les différentes strates de la menace et leurs interfaces. [J’en ai fait moi-même l’expérience, au niveau le plus élevé du ministère de l’Intérieur, lors des attentats du mois de janvier. J’ai pris alors la décision de réunir les responsables des principaux services au sein de la même pièce le désormais mythique « salon du fumoir » - afin de les amener à partager les informations qui leur parvenaient en temps réel et de prendre des mesures en conséquence. La neutralisation des criminels que nous poursuivions n’aurait pas été possible si chaque service avait mené l’enquête pour son propre compte, sans l’aide ni l’expertise des autres.] A l’échelon local, les bureaux de liaison et de coordination qui garantissent l'articulation entre la sécurité intérieure et le renseignement territorial sont les lieux par excellence où le continuum du renseignement doit s’opérer. Le bureau central de liaison et de coordination (BCLT) dont dispose la DGSI au siège du SCRT trouve son prolongement au siège de chaque zone de défense, où chaque direction zonale de la sécurité intérieure anime un bureau zonal de liaison et de coordination pleinement intégré au service zonal du renseignement territorial. Je vous le dis donc avec netteté : la guerre contre le terrorisme se gagnera en grande partie grâce à la qualité des échanges opérationnels entre les différents services. C’est à cette condition que nous pourrons continuer à démanteler des filières et à déjouer des attentats. A ce jour, près de 140 procédures judiciaires, concernant plus de 670 personnes, sont actuellement en cours pour des activités liées au terrorisme. Mesdames et Messieurs, Les événements du mois de janvier dernier ont eu pour conséquence de mettre les questions liées au renseignement, à ses méthodes et à ses moyens d’enquête, mais aussi à ses objectifs, sur la place publique. Cette évolution n’est pas anodine car traditionnellement les activités de renseignement faisaient souvent l’objet d’une sorte non-dit, de fantasmes, voire de méfiance critique, au sein d’une partie importante de l’opinion et même parmi les décideurs politiques. Il me semble qu’une très grande majorité des Français sont désormais convaincus, au contraire, que les services de renseignement, parce qu’ils sont indispensables à la lutte contre la menace terroriste, doivent bénéficier de moyens accrus et d’une certaine latitude d’action, en contrepartie d’un contrôle pragmatique et transparent de leurs activités. Parce que vous êtes placés au plus près du terrain, vous exercez une mission d’une importance cruciale dans la lutte contre le terrorisme. Vous êtes ainsi les dépositaires de la confiance que les Français ont manifestée aux forces de sécurité pour qu’elles les protègent contre cette menace. Je sais que vous aurez à coeur de mériter cette confiance, par votre engagement et par votre travail inlassable, comme vous savez que vous pouvez compter sur moi pour vous donner les moyens d’accomplir votre mission. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/146.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/146.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fe19d0e35be3e194f5a175f2cf3c64c569af4ce4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/146.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle la discussion, après engagement de la procédure accélérée, du projet de loi, adopté par l'Assemblée nationale, relatif au renseignement (projet n° 424, texte de la commission n° 461, rapport n° 460, avis n° 445) et de la proposition de loi organique relative à la nomination du président de la commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (proposition n° 430, texte de la commission n° 462, rapport n° 460). Je vous rappelle que la conférence des présidents a décidé que ces deux textes feraient l'objet d'une discussion générale commune. Dans la discussion générale commune, la parole est à M. le Premier ministre. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste. – MM. Joël Labbé et François Fortassin applaudissent également.) M. Manuel Valls, Premier ministre. Monsieur le président, madame la garde des sceaux, messieurs les ministres, messieurs les rapporteurs, mesdames, messieurs les sénateurs, depuis trois mois, le Parlement débat de l'encadrement juridique des activités de renseignement. Ce texte arrive, aujourd'hui, en séance publique pour que vous tous, au Sénat, puissiez désormais en discuter. Même si ce n'est pas une première, il est inhabituel qu'un Premier ministre présente un projet de loi directement devant vous, en compagnie des ministres de la justice, de la défense et de l'intérieur – je voudrais à cette occasion saluer le travail qu'ils mènent depuis plusieurs mois. Cette exception se justifie par l'ambition de ce texte, qui donne, enfin, un cadre juridique cohérent et complet aux activités de nos services de renseignement. Je dis « enfin », car la France a, dans ce domaine, par rapport à la plupart des autres démocraties occidentales, du retard. Ce texte, j'en ai la conviction, approfondit notre État de droit. Les bases législatives qui seront conférées aux activités de ces services s'accompagneront d'un contrôle de chaque opération de surveillance. Elles s'accompagneront également d'un droit pour les citoyens au recours juridictionnel. C'est une avancée dont il faut prendre la juste mesure ! Il est inhabituel également que le Président de la République annonce la saisine du Conseil constitutionnel, avant même la fin des débats parlementaires et la promulgation du texte, sur les points de droit les plus délicats. Cette loi concerne le droit à la vie privée. Il est donc naturel qu'elle suscite des interrogations et des inquiétudes. Et légiférer sur des sujets aussi sensibles, c'est nécessairement s'entourer d'un maximum de précautions. Dans ce même hémicycle, l'un de vos prédécesseurs, madame Taubira, le garde des sceaux Henri Nallet déclarait le 25 juin 1991 – il présentait alors le projet de loi sur le secret des correspondances, principale référence du texte qui nous occupe aujourd'hui – : « En prenant l'initiative de saisir le Parlement de cette question, le Gouvernement a bien conscience de relever un véritable défi » ! Aujourd'hui, les circonstances sont un peu différentes, puisque ce texte s'appuie sur un travail parlementaire approfondi et transpartisan. Le premier organe parlementaire de contrôle a été créé en 2007 : il s'agissait de la délégation parlementaire au renseignement, ou DPR, chargée de l'évaluation de la politique publique et du contrôle de l'action du Gouvernement en matière de renseignement. Je tiens, d'ailleurs, à rendre hommage au travail des membres de cette délégation parlementaire – j'ai eu l'occasion de m'exprimer devant elle à plusieurs reprises, comme ministre de l'intérieur ou comme Premier ministre –, plus particulièrement de ceux d'entre vous qui en ont présidé les travaux : Jean-Jacques Hyest, Jean-Pierre Sueur et, désormais, Jean-Pierre Raffarin. Cette institution a su créer de véritables liens de confiance avec le Gouvernement, comme avec les services. Une communauté du renseignement et des six services qui la composent a également été définie en 2007. Le Conseil national du renseignement et la fonction de coordonnateur national du renseignement ont été créés en 2008, et l'Académie du renseignement en 2010, afin que la communauté du renseignement se professionnalise et se coordonne davantage. Les missions de contrôle de la DPR ont été élargies dans la loi de programmation militaire de 2013, et la loi de 1991 a été élargie aux données de connexion, d'ailleurs par un amendement sénatorial particulièrement courageux. Les députés Jean-Jacques Urvoas, de la majorité, et Patrice Verchère, de l'opposition, ont cosigné un rapport parlementaire sur le sujet en 2013, notamment pour tirer les enseignements des attentats de Toulouse et Montauban. Une inspection des services de renseignement a été créée en 2014 ; elle vient d'ailleurs de se voir confier ses deux premières missions. Ce travail important accompli par l'Assemblée nationale et par le Sénat, quelles que soient les majorités en présence, doit être salué. Le projet de loi que vous allez examiner est donc l'aboutissement d'une réflexion approfondie, à laquelle plusieurs d'entre vous ont contribué de manière notable, et dont la droite comme la gauche – si toutefois ces termes veulent dire quelque chose dans ce débat – ont vu l'utilité. Elle est, en ce sens, profondément républicaine. C'est en juillet 2014 que le Président de la République a décidé de légiférer, bien avant que notre pays, en janvier dernier, ne soit frappé en plein cœur. Face à l'intensité de la menace terroriste, que nous connaissons depuis mars 2012, mais qui a frappé récemment à Copenhague, à Tunis et au Kenya, nous avons décidé d'accélérer ce travail et d'envisager l'introduction de dispositions spécifiques à la lutte antiterroriste. Sur de tels sujets, l'apport des parlementaires est toujours précieux pour l'exécutif. Je tiens d'ailleurs à saluer le travail réalisé par les membres de la commission d'enquête sur l'organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux djihadistes en France et en Europe, co-présidée par Nathalie Goulet et André Reichardt, et dont le rapporteur était Jean-Pierre Sueur. Certaines des propositions présentées par cette commission le 8 avril dernier figurent d'ailleurs déjà dans ce texte de loi. Je suis également certain que le rapport de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la surveillance des filières et des individus djihadistes, présidée par Éric Ciotti, et dont les conclusions ont été présentées ce matin par Patrick Mennucci, offrira de nouvelles pistes de réflexion au Gouvernement. Certaines d'entre elles sont d'ailleurs déjà mises en œuvre. Il est en effet indispensable que notre dispositif de lutte contre le terrorisme s'adapte en permanence à une menace particulièrement mouvante qui ne cesse d'évoluer et de s'intensifier. Vous le savez, la France fait face à d'immenses défis, dans un monde marqué par l'imprévisibilité, la multiplication des crises et la diversification des menaces. Ces défis, il faut les appréhender avec lucidité et y répondre, afin que notre pays puisse défendre son territoire, ses ressortissants et ses intérêts, ses valeurs aussi, dans le respect de l'état de droit. Le rôle des services de renseignement est à ce titre fondamental, et je tiens à rendre une nouvelle fois hommage, devant vous, à ces combattants de l'ombre qui méritent toute notre estime. Leur action est par nature discrète, mais, dans ces temps difficiles, elle est plus que jamais nécessaire ; elle est même primordiale. Anticiper, détecter, analyser et comprendre les menaces qui pèsent sur la France, c'est garantir la sécurité du pays. Comme le soulignait déjà le général chinois Sun Tse, cher à Jean-Pierre Raffarin, dans un ouvrage de stratégie, « une armée sans agents secrets est exactement comme un homme sans yeux ni oreilles ». Au premier rang des missions de nos services figure bien évidemment la lutte contre la menace terroriste, et tout particulièrement contre la menace djihadiste. C'est une menace globale, où les dimensions extérieures et intérieures se confondent. J'avais déjà évoqué cet ennemi intérieur et cet ennemi extérieur en octobre 2012, lorsque j'avais présenté ici même, en tant que ministre de l'intérieur, le projet de loi relatif à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme. La radicalisation violente et l'implication dans le terrorisme islamiste ont explosé ces dernières années, dans tous les pays européens et méditerranéens. Je citerai quelques chiffres pour rappeler cette réalité. Ces chiffres n'éveillent pas suffisamment, me semble-t-il, la conscience de beaucoup de nos compatriotes, mais il est nécessaire de les connaître pour comprendre la menace. Plus de 1 730 Français ou personnes résidant en France sont aujourd'hui recensés pour leur implication dans le djihad en Syrie ou en Irak, et ce chiffre ne cesse d'augmenter : il a plus que doublé en un an. Bernard Cazeneuve est confronté tous les jours à cette réalité ; il l'a abordée aujourd'hui même avec ses homologues des six principaux pays européens. Plus de 860 individus ont séjourné en Syrie ou en Irak. Par ailleurs, 471 y sont actuellement et 110 sont recensés comme morts ; c'est 10 de plus qu'il y a deux mois à peine, lorsque je présentais ce projet de loi devant l'Assemblée nationale. La semaine dernière, le groupe terroriste Daech a revendiqué deux attentats suicides menés en Irak par deux de nos jeunes compatriotes. Cela porte à neuf le nombre d'individus partis de France et décédés dans des actions suicides. Même les territoires ultramarins sont concernés par les phénomènes de radicalisation. Cela illustre les redoutables capacités d'endoctrinement de Daech et la perversité de cette organisation barbare, qui attire les étrangers dans ses rangs pour ensuite les sacrifier. Le nombre d'individus à suivre et à surveiller a explosé. Ce phénomène, nous le connaissons ; d'autres pays le connaissent. Je rappelle qu'il pourrait y avoir, à la fin de l'année, près de 10 000 Européens en Syrie et en Irak, 10 000 ! Pour les moyens humains, le Gouvernement consent des efforts sans précédent : plus de 1 000 effectifs supplémentaires pour la Direction générale de la sécurité intérieure, la DGSI, d'ici à 2017, et 2 180 effectifs supplémentaires pour les autres services de renseignement, la police judiciaire, la justice et l'administration pénitentiaire. Ainsi, 30 % de ces recrutements sont prévus en 2015 ; ils ont déjà débuté, car il faut agir. En ce qui concerne les moyens juridiques, le projet de loi complète les deux lois précédentes : la loi du 21 décembre 2012, examinée d'abord par le Sénat et adoptée après un débat de grande qualité, qui intégrait un certain nombre de propositions formulées par le gouvernement précédent, celui de François Fillon, et la loi du 13 novembre 2014, présentée il y a quelques mois par Bernard Cazeneuve, qui a renforcé notre arsenal antiterroriste. Nous devons également prendre la mesure de la montée en régime des cybermenaces, qui n'ont rien de virtuel : ce sont des actes de sabotage et des atteintes inacceptables aux libertés d'information et d'expression. L'acuité de la menace terroriste ne doit pas nous faire oublier les autres risques auxquels notre pays est exposé. Les activités de nos services de renseignement portent aussi sur ces risques. L'espionnage économique, qui emprunte de plus en plus la voie de cyberattaques, coûte de nombreux emplois à notre pays. La vigilance des services de renseignement en matière de prévention de ces prédations ne doit pas être réservée à nos fleurons industriels ni aux seules filières nucléaire, aéronautique ou de défense. Elle concerne aussi de nombreuses entreprises innovantes de taille intermédiaire, qui voient trop souvent leurs perspectives de développement ruinées par une captation de leur savoir-faire. Notre stratégie de redynamisation des filières industrielles doit s'accompagner d'une lutte résolue contre l'espionnage économique. Le renseignement constitue également un outil précieux d'aide à la décision en matière de politique étrangère. Au Sahel, en Centrafrique, en Irak, notre armée répond présent. Pour promouvoir l'action diplomatique par rapport à l'action militaire, nous employons notre appareil de renseignement extérieur au service de l'anticipation diplomatique. Nous devons, enfin, prévenir les actions menées sur notre territoire par des groupes subversifs dont l'objectif est de se livrer à des actes de violence et de porter gravement atteinte à la paix publique. La rédaction de la loi de 1991, voulue par Michel Rocard, laissait sur ce point une grande part à l'interprétation. Ainsi, la surveillance préventive du hooliganisme violent relève parfois de la rubrique « sécurité nationale » et parfois de la rubrique « prévention de la délinquance et de la criminalité organisée ». Le principe de légalité, auquel vous êtes profondément attachés, exige davantage de clarté. Je veux le dire devant vous de la manière la plus nette : l'ajout d'une nouvelle finalité ne vise en rien à porter atteinte à la liberté d'opinion ou de manifestation. Les services de renseignement ne seront pas autorisés à surveiller les actions de défense d'une cause à partir du moment où elles sont licites. En outre, les opérations de surveillance ne seront autorisées que si elles sont proportionnées aux risques encourus. Le projet de loi qui vous est soumis détaille les finalités pour lesquelles les services de renseignement pourront demander le recours à certaines techniques de surveillance, comme l'intrusion informatique ou la sonorisation de lieux privés. Ces finalités, qui ont été précisées par la commission des lois, correspondent fidèlement aux défis et aux menaces que je viens d'évoquer. J'insiste sur le fait que le Gouvernement a opté pour une définition des motifs légaux beaucoup plus stricte – je le dis en réponse à certains commentaires – que la Convention européenne des droits de l'homme ne l'y autorise. Le projet de loi reprend largement les dispositions existantes en matière d'interceptions de sécurité et d'accès aux données de connexion, et il les modernise, car le précédent texte datait d'avant l'arrivée du téléphone portable et d'internet. Le projet de loi procède également à des ajustements pour prendre en compte les nouvelles techniques de surveillance disponibles : géolocalisation de véhicules ou d'objets, sonorisation, captation d'images ou de données informatiques dans des lieux privés. Pour cela, il tient compte du cadre législatif en matière de techniques spéciales d'enquêtes dans le domaine judiciaire, qui a été créé en 2004 et modernisé en 2011. Le projet de loi fixe également, pour la première fois, un cadre juridique précis aux mesures de surveillance internationale auxquelles nos services procèdent depuis le territoire national. Il s'agit d'une avancée notable par rapport à la loi de 1991, qui ne soumettait ces activités à aucun contrôle. Ceux qui s'émeuvent parfois des dispositions du présent texte ne se sont pas beaucoup émus de cette absence de règles depuis 1991. Le projet de loi prévoit, enfin, de nouveaux dispositifs qui permettront un accès encadré aux réseaux des opérateurs de téléphonie et d'internet. Le suivi des terroristes en temps réel sur leurs réseaux est nécessaire. C'est aujourd'hui l'un des éléments majeurs de la lutte contre le terrorisme, car les djihadistes utilisent tous les outils du numérique pour se livrer à des actions de propagande et d'embrigadement, mais aussi pour échanger, le plus souvent en adoptant des techniques sophistiquées afin d'éviter d'être repérés. C'est pour cette raison que nous avons introduit une disposition autorisant le recours aux algorithmes ; ceux-ci permettront de détecter des terroristes jusqu'alors inconnus, ainsi que des individus connus mais recourant à des techniques de dissimulation. Je citerai un autre chiffre pour illustrer mon propos : moins d'un djihadiste sur deux avait été détecté avant son départ en Syrie. Si aucune loi, bien entendu, ne pourra jamais garantir un taux de détection et une efficacité préventive de 100 %, nous devions néanmoins absolument augmenter la capacité d'action de nos services. Le projet de loi comporte également, dans un même mouvement – ne nous fions pas aux caricatures –, de grandes avancées en matière de protection des libertés publiques. Il offre infiniment plus de garanties que le dispositif légal actuel, qui demeure parcellaire. Le projet de loi ne prévoit donc pas – je voudrais insister sur ce point – la mise en œuvre de moyens d'exception. J'avais d'ailleurs dit, dans mon intervention à l'Assemblée nationale le 13 janvier dernier, que, face à la menace terroriste, il fallait une réponse exceptionnelle mais pas des mesures d'exception. Le projet de loi prévoit encore moins une surveillance généralisée des citoyens. Le recueil de renseignements sera ciblé sur les personnes qui présentent une menace réelle pour notre sécurité. Les principes de finalité et de proportionnalité et l'extension des compétences de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement permettront de le garantir. Toutes les opérations de surveillance menées sur le territoire national feront l'objet d'un contrôle indépendant. Elles seront portées à la connaissance de neuf personnes, parmi lesquelles deux hauts magistrats administratifs, deux hauts magistrats judiciaires et quatre parlementaires, dont deux de l'opposition. La Commission verra ses moyens renforcés, afin qu'elle puisse accroître son contrôle ; c'est la garantie de son indépendance. Votre rapporteur a indiqué que votre assemblée y était particulièrement attachée. Le président de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité, la CNCIS, sollicitait déjà le renforcement de la Commission à hauteur de 25 personnes. Le Groupement interministériel de contrôle, le GIC, service placé sous l'autorité du Premier ministre – pas de Manuel Valls, du Premier ministre –, verra lui aussi ses moyens renforcés afin qu'il puisse exercer ses nouvelles missions. Une première évaluation estime les moyens nécessaires à 200 personnes, contre 135 aujourd'hui, et 7 millions d'euros de budget annuel supplémentaires. Au total, ce ne sont pas moins de 250 personnes qui seront dédiées aux fonctions de contrôle, sans compter les moyens de validation des décisions internes à chaque service. J'ai d'ailleurs saisi l'Inspection des services de renseignement afin qu'elle fasse des propositions concrètes sur la mise en œuvre des garanties prévues par le projet de loi. La délégation parlementaire au renseignement sera bien sûr destinataire des conclusions de ces travaux. Une extension modérée du nombre de personnes à qui l'on peut déléguer l'autorisation d'une procédure, aussi bien dans les cabinets des ministres que dans celui du Premier ministre, est nécessaire. C'est la conséquence logique de la généralisation des procédures d'autorisation et de l'impératif de continuité opérationnelle, 365 jours par an, en cas d'urgence ; et il y a des urgences. Je veux répondre expressément aux questions soulevées par le président de la délégation parlementaire au renseignement, Jean-Pierre Raffarin. Un lien de confiance direct continuera de relier l'autorité politique et le délégataire ; la responsabilité ne peut pas être diluée, et elle ne le sera donc pas. M. Jean-Jacques Hyest. Très bien ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Monsieur le rapporteur, je salue l'amélioration rédactionnelle apportée par la commission des lois sur ce point, comme sur bien d'autres. Le Gouvernement est d'avis qu'il faut soumettre les demandes de données de connexion les plus lourdes au visa du ministre. Ce contrôle administratif, qui s'ajoute aux dispositifs existants – DPR, inspection des services de renseignement –, est lui-même complété par un contrôle juridictionnel : c'est une nouveauté et un progrès. Ce contrôle sera confié au Conseil d'État. Pour la première fois, un juge pourra ainsi enjoindre à l'exécutif de cesser une opération de surveillance, voire de détruire les renseignements recueillis et d'indemniser les victimes éventuelles, sans qu'on puisse lui opposer le secret de la défense nationale. La France, soyons-en fiers, disposera donc désormais d'un dispositif de contrôle des services de renseignement global, cohérent et digne d'un État démocratique, avec son droit et ses valeurs. Il n'y aura aucune comparaison possible avec je ne sais quelle décision prise outre-Atlantique. Le Gouvernement a élaboré, avec l'avis du Conseil d'État, un projet de loi équilibré, et qui soit efficace. Il s'agissait, d'une part, bien sûr, de contribuer au renforcement de la sécurité des Français – ils nous le demandent – tout en protégeant leurs libertés individuelles, ce qui s'impose comme une exigence. Il s'agissait, d'autre part, de préserver la distinction entre ce qui relève du judiciaire et ce qui ressortit à l'administratif. Vous le savez, du moins ceux qui suivent ces questions, la frontière entre renseignement et judiciaire n'est pas toujours simple à tracer sur certains sujets, notamment la prévention du terrorisme ou la prévention de la criminalité et de la délinquance organisées. Néanmoins, elle existe, et nous devons veiller à maintenir cette séparation, même si, comme tout fonctionnaire, les personnels des services de renseignement sont tenus d'aviser le procureur de la République de crimes ou de délits dont ils auraient connaissance dans l'exercice de leurs fonctions. C'est ce même désir de veiller à un double équilibre entre sécurité et liberté, entre administratif et judiciaire, qui a guidé l'Assemblée nationale et la commission des lois du Sénat, dont je veux de nouveau saluer le travail, ainsi que celui de son président, Philippe Bas, également rapporteur du texte. Grâce au travail parlementaire, le projet du Gouvernement a été amendé, précisé sur plusieurs points, afin de dissiper les ambiguïtés et d'apporter de nouvelles garanties lorsque cela est apparu nécessaire. Ainsi, lors de l'examen du texte en commission, la possibilité de recourir à la procédure de l'urgence absolue a été restreinte à deux finalités. Par ailleurs, l'autorisation de recueil en temps réel des données de connexion des terroristes a été réduite à 2 mois, et les modalités de recours aux dispositifs techniques de proximité, de type IMSI catcher, ont été reprécisées. S'agissant des surveillances en milieu pénitentiaire, notamment en matière de prévention du terrorisme ou des activités de criminalité organisée, la commission des lois du Sénat a souhaité examiner la question en détail, comme l'avait fait l'Assemblée nationale. Ainsi, elle préconise d'aller au-delà du droit positif actuel, qui permet aux chefs d'établissement pénitentiaire de procéder à des surveillances pour la préservation du bon ordre au sein de l'établissement et la prévention des évasions. Sachez que le Gouvernement, qui s'exprimera sur le sujet au cours du débat par la voix de Mme la garde des sceaux, considère comme une voie particulièrement intéressante de prévoir par une base législative les modalités de coopération entre l'administration pénitentiaire et les services de renseignement. Mesdames, messieurs les sénateurs, je suis certain que les échanges constructifs que vous allez avoir dans les prochains jours avec les ministres de la justice, de la défense et de l'intérieur permettront d'enrichir encore ce texte et d'apporter des améliorations substantielles. Le Gouvernement participera bien sûr à ce débat en déposant ou en soutenant des amendements. Ainsi, pour donner aux services la latitude dont ils ont besoin, le Gouvernement souhaite que le délai de conservation des données de connexion s'établisse à 4 ans. Il était de 5 ans dans le projet adopté par l'Assemblée nationale, mais il a été réduit à 3 ans par la commission des lois. De récentes affaires ont pourtant prouvé l'utilité d'une telle disposition pour retracer le parcours des terroristes. Il importe également que le délai de conservation des correspondances recueillies par le biais d'interceptions de sécurité soit maintenu à 30 jours, comme l'a voté la commission. Ces 30 jours sont nécessaires, car il est souvent utile de réécouter plusieurs fois les enregistrements pour décoder des propos énigmatiques après recoupement de certaines informations. Un amendement vous sera ensuite proposé afin de préciser les modalités de centralisation des données recueillies au moyen d'un dispositif technique de proximité de type IMSI catcher. S'il est en effet indispensable que le GIC et la CNCTR disposent des éléments collectés afin d'en faire un contrôle exhaustif, les services doivent, quant à eux, pouvoir continuer à les exploiter de manière opérationnelle. Une centralisation directe et exclusive des informations recueillies par le GIC n'est donc pas souhaitable. En revanche, une copie de contrôle sera systématiquement adressée au GIC par les services, et sera ainsi à la disposition permanente de la CNCTR. Je connais les débats qui entourent certaines dispositions. Aussi, le Gouvernement vous soumettra également des amendements visant à apporter des garanties supplémentaires. À titre d'exemple, s'agissant des opérations nécessitant une intrusion domiciliaire, il vous sera proposé de prévoir une saisine automatique du Conseil d'État dès lors qu'un avis défavorable de la CNCTR n'aurait pas été suivi. La plus haute juridiction administrative française – faut-il encore le rappeler ? – aurait alors 24 heures pour se prononcer sur la validité de l'autorisation accordée par le Premier ministre ou par un de ses délégués. Par ailleurs, s'agissant des algorithmes visant à détecter des signaux faibles sur les réseaux des opérateurs de téléphonie et d'internet, il vous sera proposé d'apporter de nouvelles garanties, à savoir la destruction rapide de toutes les données concernant des personnes sur lesquelles les recherches complémentaires effectuées n'auraient pas confirmé de lien avec le terrorisme. Enfin, un amendement du Gouvernement visera à préciser l'article relatif aux mesures de surveillance internationale. Les procédures d'encadrement du recueil et de l'exploitation des données seront notablement explicitées. Il en va de même pour les modalités spécifiques de contrôle par la Commission et le recours juridictionnel. Ainsi, soyons précis là encore, dès qu'un numéro d'abonnement ou un identifiant sera rattachable au territoire français, les correspondances seront exploitées selon les mêmes règles que si elles avaient été émises sur le territoire national. M. Jean-Pierre Sueur. Très bien ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Merci, monsieur Sueur ! Je profite de cette occasion pour rappeler que la DGSE, comme la plupart des grands services de renseignement extérieur, dispose de capacités d'interception portant exclusivement sur les communications internationales, et que leur exploitation s'exerce dans les limites des finalités prévues aujourd'hui par la loi de 1991, et demain par ce texte. C'est conforme aux missions de ce service et c'est indispensable pour la sécurité et la souveraineté de notre pays. Contrairement à ce qui peut être dit ou écrit, la DGSE n'exerce pas – non plus – de surveillance massive des Français et n'a pas accès aux centres de stockage des opérateurs. Elle ne procède à aucune interception des communications échangées sur le territoire français en dehors des interceptions de sécurité légales. Ce projet de loi constituera, j'en suis certain, un progrès important pour les services de renseignement – ils le demandent, d'ailleurs, pour leur propre protection – comme pour notre démocratie. Cependant, il n'est pas un aboutissement : les mécanismes et procédures prévus par ce texte devront vivre, avec la même force et le même caractère protecteur que la loi de 1991. Celle-ci a joué son rôle de garde-fou avec efficacité. J'ai bien noté que des amendements ont été déposés par les sénateurs afin d'engager une réflexion sur le contrôle des fichiers des services de renseignement. La présidente de la CNIL le demande, par ailleurs, avec insistance. La CNIL peut déjà exercer le contrôle individuel de ces fichiers, à la demande de tout particulier, à travers l'exercice du droit personnel d'accès. Cependant, et je veux insister sur ce point, nous devons nous garder de bouleverser les équilibres des lois de 1978 et 1991, et veiller à ne pas installer de mécanismes de contrôle d'un même objet par deux autorités administratives différentes, et susceptibles de devenir concurrentes. Nous devons également garantir la protection des sources humaines et le bon fonctionnement de la coopération internationale. En revanche, il est possible de développer une politique de contrôle interne plus dynamique des fichiers de renseignement, en lien avec la délégation parlementaire. Je confierai au second semestre une mission à l'inspection des services de renseignement pour étudier cette question. Nous devrons également aborder le sujet de la coopération entre les services. Comme je l'ai déjà dit, des progrès ont été faits au cours des dernières années, notamment sur l'initiative du coordonnateur national du renseignement. Des mutualisations ont été engagées, en particulier dans le domaine technique. Sur le plan opérationnel, souvent sous l'impulsion des ministres de la défense et de l'intérieur, les relations entre services se sont améliorées – et nous ne pouvons que nous en féliciter. C'est indispensable pour lutter contre le terrorisme. Je salue ainsi la création en cours, au sein des locaux de la DGSI, d'une task force exclusivement dédiée à la problématique des filières djihadistes syro-irakiennes. Composée de membres des six services de la communauté du renseignement, elle devrait prochainement associer des représentants du service central du renseignement territorial, le SCRT, et de la direction du Renseignement de la préfecture de police de Paris, la DRPP, en anticipation, peut-être, d'une ouverture de la communauté du renseignement à ces deux nouvelles administrations. Des progrès sont sans doute encore possibles. Ils sont en tout cas indispensables afin d'éviter des doublons et des pertes d'informations dont on imagine à quel point ils seraient préjudiciables. Mesdames, messieurs les sénateurs, ce texte mérite une discussion à la hauteur de son importance, mais je sais que tel sera le cas dans cette assemblée. Je souhaite, bien sûr, qu'il recueille un large soutien, car je considère que, sur des sujets aussi importants pour la sécurité et la liberté de nos concitoyens, les principales forces politiques doivent être capables de concertation et d'esprit de responsabilité. C'est en tout cas une exigence de nos compatriotes. Pour conclure, je reprendrai les mots prononcés le 13 juin 1991 par Édith Cresson, alors Premier ministre, qui défendait ce jour-là la loi relative aux interceptions de sécurité : « De plus en plus de responsables politiques souhaitaient faire la lumière. Il ne manquait que la volonté, voire le courage politique. C'est pourquoi nous avons choisi de débattre […] sur cette question, de la façon la plus démocratique et la plus incontestable qui soit, c'est-à-dire par la loi. Aujourd'hui, le Gouvernement vous invite à franchir le pas ». Mesdames, messieurs les sénateurs, 24 ans plus tard, nous relevons le défi et c'est un honneur pour moi nous vous invitons de nouveau à franchir le pas ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du RDSE ainsi que sur quelques travées de l'UDI-UC.) \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/147.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/147.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4208e0d8add0b13c0d7a649ae4f349745ca87ad8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/147.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Madame la Secrétaire d'État en charge de la Ville, Monsieur le Préfet, Monsieur le Député, Monsieur le Sénateur, Monsieur le Maire, Monsieur le vice-président du Conseil départemental, Monsieur le Procureur, Mesdames et Messieurs, Tout d'abord, je veux vous dire que je suis très heureux de revenir ici même, dans le quartier de Montreynaud, où je suis déjà venu une première fois, il y a un peu de moins de deux ans. A l'époque, j'étais ministre du Budget, et j'avais eu le plaisir de visiter une entreprise locale d'équipements sportifs, « BV Sports », qui fonctionnait très bien, notamment à l'international. Je me souviens que cette entreprise se voulait citoyenne et s'efforçait de faire vivre le tissu économique local en employant des jeunes du quartier. Aujourd'hui, si je reviens, cette fois investi d'une nouvelle fonction, celle de ministre de l'Intérieur, c'est toujours avec la volonté de développer le lien social : que le vivre-ensemble ne soit pas un slogan, mais bien une réalité. Les efforts entrepris au quartier de Montreynaud sont exemplaires de cette ambition qui nous concerne tous. La présence de trois ministres aujourd'hui le démontre assez, je crois. La police, et d'une manière générale les forces de sécurité, doivent nouer des rapports de confiance avec la population. Ce n'est pas seulement une question d'efficacité et de respect de la déontologie : plus profondément, il y a là un véritable enjeu de citoyenneté. Pour nos concitoyens, les policiers ne doivent pas seulement être des silhouettes en uniforme, ou bien aperçues trop rapidement dans une voiture banalisée. Les clichés doivent tomber. Notre Police est éminemment républicaine : elle est la gardienne de nos libertés et de nos valeurs les plus fondamentales. Les Français le savent bien, ils savent que les policiers et les gendarmes les protègent au quotidien comme face à l'exceptionnel, parfois au péril de leur propre vie. Ils le savent et leur en sont reconnaissants, comme l'ont montré, le 11 janvier dernier, les émouvantes marques de sympathie et de gratitude qu'ils ont adressées aux forces de l'ordre qui avaient été frappées au cœur par les terroristes. N'oublions jamais que les 7 et 8 janvier, trois policiers ont été lâchement abattus au simple motif qu'ils étaient policiers. Les Français ne l'ont pas toléré. Croyez-moi, les forces de l'ordre dans leur intégralité comme d'ailleurs l'ensemble du ministère de l'Intérieur ont été profondément touchées par l'expression de cette reconnaissance, les pancartes « Je suis flic », « Je suis Ahmed », « Je suis Clarissa », « je suis Franck ». Dans ce contexte, la question des relations entre la population et les forces de police est bien sûr l'une de mes priorités, en tant que ministre de l'Intérieur. Comme je vous le disais, notre Police est républicaine. Mais elle doit être aussi « citoyenne », au sens où elle doit aller au-devant des Français, leur parler, nouer des contacts quotidiens avec eux, être à leur écoute. La répression ne fait pas tout, et les policiers sont les premiers à le vivre et à le savoir. Des initiatives pour aller en ce sens sont prises au niveau ministériel. Certaines sont inédites. D'autres ont déjà fait leurs preuves. A cet égard, pour le ministre de l'Intérieur que je suis, il est important de venir constater, sur le terrain, la façon dont ces différentes mesures sont mises en oeuvre, comme ici dans la Zone de Sécurité Prioritaire (ZSP) de Saint-Etienne. Que les représentants de l'ordre entretiennent de bonnes relations avec la population n'implique d'ailleurs pas, de leur part, une vigilance ou une exigence moindre : leur mission est bien de garantir la sécurité des Français sur l'ensemble du territoire et de faire respecter la loi de la République. Mais, justement, une confiance mutuelle entre les forces de l'ordre et la population contribue grandement à la réussite de cette mission. Pour anticiper sur les difficultés qui peuvent naître, et non seulement réagir aux événements, la police doit en effet connaître l'environnement dans lequel elle intervient, et par là même entretenir un dialogue constant avec nos concitoyens. La ZSP de Montreynaud est exemplaire de cette exigence et de cette ambition. Je rappelle que la délinquance s'enracine souvent dans les quartiers où vivent les personnes les plus modestes et où se concentrent toutes les détresses sociales. C'est la raison pour laquelle la stratégie globale et volontariste que nous avons mise en place à partir de 2012 repose sur des partenariats étroits entre les différents services de l'État et l'ensemble des acteurs locaux. C'est cette méthode inédite, incarnée par le dispositif des Zones de sécurité prioritaire (ZSP), qui inspire notre action, à Saint-Etienne comme partout en France. Et les résultats sont là. Sur les 4 premiers mois de 2015, les atteintes aux biens ont diminué de 10 % ; et même de 76 % pour les cambriolages, par rapport à l'année dernière. Un effort reste à faire pour les atteintes à l'intégrité des personnes, qui suivent une tendance inverse, mais qui, heureusement, restent maîtrisées en valeur absolue 30 faits depuis le début de l'année, soit 3% des faits recensés sur l'ensemble de la CSP de Saint-Etienne. Les dispositifs qui ont fait leurs preuves, Patrick Kanner, Myriam El Khomri et moi-même avons demandé aux Préfets de poursuivre leur mobilisation sur le terrain et de les faire mieux connaître. Ce sont par exemple les délégués à la cohésion police-population : au nombre de 80 sur l'ensemble du ressort de la police nationale, souvent anciens fonctionnaires devenus réservistes, ils vont à la rencontre des habitants et créent le lien entre eux et les institutions. Je salue particulièrement ceux de Saint-Etienne qui sont avec nous, et qui tiennent des permanences régulières au cours desquels chacun a la possibilité d'aller les rencontrer pour exposer ses difficultés ou ses propositions, en toute confidentialité. Des effectifs de police et de gendarmerie ont également pour mission à temps plein d'accompagner la population, notamment les plus jeunes, par des actions de prévention : chez les gendarmes, et cela existe ici dans la Loire, ce sont les brigades de prévention de la délinquance juvénile, qui interviennent au sein des établissements scolaires ou des quartiers prioritaires. Pour les plus jeunes également, les Centres loisirs jeunesse : s'ils proposent des activités de loisir, ils ont toujours pour ambition de les associer à une éducation à la citoyenneté et au respect des valeurs de la République, en partenariat avec les acteurs locaux, collectivités, associations ou services de l'État. Nous en avons un bel exemple ici, à Montreynaud, où l'encadrement est assuré par des policiers dont l'engagement est remarquable. Il en existe une trentaine sur notre territoire national, certains sont saisonniers, de façon à ce que cette vocation ne s'arrête pas avec les beaux jours, lorsque ceux qui le peuvent partent en vacances : bien au contraire, ce sont 7 778 jeunes qui ont bénéficié d'activités durant la saison estivale 2014. Rentrer dans une énumération de ces dispositifs serait fastidieux. Je souhaite toutefois évoquer également le dispositif des classes préparatoires intégrées aux écoles de formation de la police et de la gendarmerie, qui permettent à des jeunes qui n'étaient pas prédestinés, par leur origine sociale ou géographique, à pouvoir se consacrer à la sécurité de nos concitoyens, lorsqu'ils en ont la vocation, à de hauts niveaux de responsabilité. Ces classes donnent de bon résultats : à l'école d'officiers et de commissaires de police, depuis 2005, 304 élèves ont pu bénéficier de l'allocation pour la diversité dans la fonction publique et accéder aux infrastructures pédagogiques et à l'internat ; 67 % d'entre eux ont réussi un concours de catégorie A ou B de la fonction publique. Ce taux s'élève à 87 % pour les 56 élèves qui ont suivi, au cours de ces quatre dernières années, la classe préparatoire intégrée de l'Ecole des officiers de la gendarmerie nationale. Il n'est d'ailleurs pas obligatoire, pour rejoindre les rangs de la police ou de la gendarmerie nationales, d'être couvert de diplômes : leur vocation, leur loyauté et leur engagement sont les qualités qui permettent chaque année à 900 jeunes de 18 à 30 ans en rupture avec les cursus scolaires traditionnels d'intégrer les « cadets de la République », de devenir policiers tout en recevant une formation en alternance. Les gendarmes adjoints volontaires et les adjoints de sécurité de la police nationale sont également recrutés sans condition de diplôme. Tous ces jeunes ont ensuite des perspectives : 51 % des cadets de la République réussissent le concours de gardien de la paix, de catégorie B. Enfin, certaines mesures nouvelles méritent d'être rappelées, comme l'ouverture de plateformes en ligne où les particuliers peuvent, depuis 2013, signaler des manquements déontologiques directement aux inspections générales de la police et de la gendarmerie. C'est la même exigence d'amélioration des relations entre le représentant de l'ordre et la population qui a conduit au déploiement des caméras piétons à partir de juin 2012, particulièrement au sein des ZSP, comme ici à Saint-Etienne. La formation initiale et continue des policiers et des gendarmes s'adapte également : ils sont formés à l'accueil du public et à la prise en compte de ses attentes, et ceux qui sont affectés en ZSP bénéficient d'une formation ad hoc. Ainsi, dans la Loire, le Centre départemental des stages et de la formation de la police a mis en place une sensibilisation pour les policiers nouvellement affectés au quartier où nous nous trouvons. En complément des initiatives du Gouvernement, il y a aussi celles qui viennent du terrain, des associations, des collectivités territoriales, des services de l'État local. C'est dans cette perspective qu'a été lancé l'appel à projets, dont Myriam El Khomri a parlé, pour lequel 1 million d'euros supplémentaires seront consacrés au cours de l'année à soutenir des actions visant à développer le dialogue entre les jeunes et les forces de sécurité de l'Etat, à modifier les comportements des jeunes vis-à-vis d'elles et à leur faire connaître leur action. Un autre dispositif qui nous tient à coeur, à Patrick Kanner, Myriam El Khomri et moi-même, celui des intervenants sociaux en commissariats et gendarmeries. Ils sont aujourd'hui 3 dans la Loire, bientôt 4, et 241 sur tout le territoire. La convention que je viens de signer avec la Présidente de leur association nationale conforte l'aide financière du ministère de l'Intérieur. Il était important de le faire en présence de trois membres du Gouvernement, car cela marque la reconnaissance à l'égard d'un dispositif pour lequel mon prédécesseur s'était engagé, par une convention interministérielle avec leur ministère en 2013, à doubler les effectifs d'ici 2017. Le chemin en est pris. L'utilité et la qualité de l'action de ces intervenants sociaux, ne sont plus à démontrer : dans les locaux de la police ou de la gendarmerie, ils écoutent, accompagnent et orientent les victimes ou les mis en cause, au-delà de ce que peuvent faire policiers et gendarmes. C'est d'ailleurs grâce à eux que sont connues beaucoup de situation personnelles et familiales dramatiques, car elles émergent au moment du dépôt d'une plainte ou d'une main courante, sans que les services sociaux aient toujours été préalablement informés. Dans le contexte actuel, où de trop nombreuses familles sont confrontées à la radicalisation, voire au départ vers des zones de conflit d'un de leurs enfants, et se trouvent démunies, sans savoir vers quel interlocuteur se tourner, la présence des intervenants sociaux en commissariats et gendarmeries est rassurante. Ceci est rendu possible par un partenariat fort avec les collectivités locales, Départements, communes ou leurs groupements, qui cofinancent les coûts afférents, en particulier les salaires, avec l'État. Je remercie tout particulièrement le Conseil départemental de la Loire à cet égard. Les bonnes relations entre nos concitoyens et ceux qui ont pour mission d'assurer leur sécurité, mais aussi tout autre mission de service public, sont donc au cœur de nos préoccupations. De part et d'autre, ce qui est attendu, c'est le respect. « Respect » est d'ailleurs l'impératif que vous verrez apparaître sur vos écrans en conclusion du film qui sera diffusé sur les réseaux sociaux, plus particulièrement à destination des plus jeunes, tout au long du mois de juin. Ce film met en scène des jeunes et des sapeurs-pompiers, mais cela aurait pu être des policiers, des gendarmes, des enseignants ou d'autres agents publics, car c'est le Gouvernement tout entier qui porte cette campagne. L'action qui s'y déroule est l'image de ce que nous souhaitons comme guide pour les relations entre les agents du service public et la population, le respect. Je sais aussi que les services de police sont d'autant plus disponibles et à l'écoute qu'ils disposent des moyens, en équipement comme en effectifs, qui leur permettent d'agir sur les deux fronts : la répression comme la prévention. Les services de police et de gendarmerie ont souffert de choix antérieurs qui ont fait disparaître plus de 13.000 postes entre 2007 et 2012. Ce Gouvernement a mis un terme à cette orientation en remplaçant les départs à la retraite postes pour postes et en créant chaque année 500 nouveaux emplois, sans compter les efforts exceptionnels décidés en matière de renseignement et de lutte contre le terrorisme. Plus de 1400 postes seront créés entre 2015 et 2015 à ce seul titre. Pour autant, je suis attentif à la situation des effectifs départementaux de la sécurité publique dans la Loire, qui demeure tendue. Aussi, entre le mois de mai dernier et le mois d'octobre prochain, 16 arrivées nettes de personnels viendront grossir les effectifs de police dans le département, dont 12 pour la seule sécurité publique, et 8 pour la circonscription de St-Etienne. Nous rattrapons ainsi, mois après mois, les pertes d'effectifs d'hier, au prix d'efforts importants pour une priorité affirmée du Gouvernement : la sécurité des Français ! Fin octobre toutefois, ce rattrapage ne sera pas totalement achevé par les seuls mouvements annuels de mutation et j'ai demandé au directeur général de la police nationale de tout mettre en oeuvre pour permettre à la DDSP de la Loire d'atteindre l'effectif de référence qui lui est dévolu et dont nous serons alors proches (moins d'une dizaine d'écart). Les sorties d'école très significatives de la fin de l'année devrait nous aider à combler cet ultime déficit. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/148.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/148.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c240fa3160effca822b315a390bb58c924909a0c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/148.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames les ministres, Messieurs les parlementaires, Monsieur le président du Conseil départemental, Mesdames, messieurs les élus, Mesdames, messieurs, Je tenais, tout d'abord, à vous remercier, Monsieur le président, pour votre accueil chaleureux dans ce magnifique hémicycle. Il porte le nom de Younoussa BAMANA, ancien président du Conseil général, décédé en 2007. Ce choix n'est pas anodin. Il rappelle un attachement, une volonté qui est celle de tous les Mahorais. Attachement à la France. Et volonté de rester au sein de la République française, d'y prendre toute leur place. Avec votre culture, vos spécificités. Mayotte a fait le choix de la France. Personne ne reviendra là-dessus. Cette décision démocratique, prise en 1976 par référendum, est irrévocable. Après plusieurs formes institutionnelles, Mayotte fait partie des départements d'outre-mer et figure comme tel dans l'article 73 de la Constitution. En une phrase : Mayotte, c'est pleinement la France et la France c'est pleinement Mayotte ! C'est ce qui explique bien sûr ma présence ici parmi vous ce matin. La France a une grande ambition pour Mayotte, celle du développement de votre territoire et de l'épanouissement de ses habitants. Je suis lucide, Mayotte est un département depuis 2011 et il reste du chemin à parcourir, beaucoup à faire, pour élever le niveau de vie, améliorer les infrastructures. Et je veux le dire aux mahorais, nous n'ignorons rien des difficultés : la santé, l'éducation, la sécurité… Ce sont des priorités. C'est pour cette raison que le Président de la République a souhaité que soit élaboré un document stratégique dressant, pour les dix années à venir, les principales orientations et priorités des pouvoirs publics. « Mayotte 2025 », c'est d'abord une ambition incontestable d'un ancrage de l'île au sein de la République. Et ce, en prenant en compte le rythme le plus adapté à vos spécificités pour que intégration ne rime pas avec déception. Oui, la départementalisation, même à marche forcée, est ambitieuse, exigeante, elle bouscule des habitudes, elle définit de nouvelles règles, elle s'impose à chacun dans son quotidien. C'est toute la raison d'être de « Mayotte 2025 » : ordonner l'action publique autour de quelques politiques publiques prioritaires, redonner du sens à notre vivre-ensemble. « Mayotte 2025 » ne doit pas être un slogan. Un mot magique qui sombrerait dans les difficultés. Ce doit être une feuille de route partagée et je charge la ministre des outre-mer, George PAU-LANGEVIN, d'en assurer le suivi annuel pour atteindre nos objectifs d'égalité réelle. Mayotte 2025 commence tout de suite. « Mayotte 2025 », c'est ensuite une méthode, celle de la concertation qui depuis août 2014 a réuni parlementaires, élus locaux, associations, chefs d'entreprise sous la houlette du préfet Seymour MORSY, que je salue, que je connais bien et qui a toute la confiance du Gouvernement. Les débats ont été riches, nombreux, et même parfois vifs. Vos contributions d'une grande qualité ont été examinées pour aboutir à ce document stratégique qui est désormais partagé par tous. C'est ce résultat que j'ai l'honneur de venir conclure devant vous. Et ce résultat, il engage l'Etat, mais aussi les partenaires et les élus. Je ne reviendrai pas de manière exhaustive sur l'ensemble des objectifs. Mais il me semble utile d'en rappeler les principaux. Tout d'abord, le développement économique du territoire et l'accompagnement de ses filières productives. Mayotte bénéficiera à plein des politiques menées par mon Gouvernement dans les outre-mer et, en premier lieu, du CICE outre-mer qui atteindra 9% au 1er janvier prochain assurant une baisse des charges conséquentes pour les entreprises. Il s'agit également des dispositifs fiscaux qui ont été relevés, notamment dans le logement, afin de faire face à des besoins exponentiels. Mais, au-delà de ces politiques globales, l'avenir de Mayotte se joue dans certains secteurs en particulier. Je pense bien sûr notamment au tourisme. Mayotte est un joyau. Mayotte reste une destination trop méconnue alors que vous possédez l'un des plus beaux lagons du monde, qui mériterait d'être classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Il faut y réfléchir, il faut y travailler. Il faut un dossier de grande qualité. On trouve ici, sous l'eau et sur terre, une faune et une flore remarquables qui ne sont ni connues, ni suffisamment valorisées. Mais, pour découvrir ces richesses, encore faut-il que votre département soit plus facilement accessible. Nous y travaillons avec les entreprises concernées. Je peux, ainsi, vous annoncer qu'Air Austral assurera, à compter du 10 juin de l'année prochaine une liaison directe entre Mayotte et Paris ce qui devrait donner une forte impulsion économique dans l'île et faciliter les déplacements. Le Ministre des affaires étrangères Laurent FABIUS tiendra une grande réunion sur le secteur du tourisme. Mais il ne faut pas négliger le potentiel de développement de l'agriculture mahoraise, ni des secteurs de l'aquaculture ou de la pêche. D'ailleurs, je rencontrerai les représentants de ces filières au cours de la journée afin de mieux cerner leurs attentes. Le second volet concerne la cohésion sociale. C'est une exigence. Beaucoup a été fait depuis 2012. Les députés Ibrahim ABOUBACAR et Boinali SAID me le disaient encore la semaine dernière à Matignon. Conformément à l'engagement du Président de la République, le RSA a été porté de 25% à 50% du niveau métropolitain. D'autres prestations ont été significativement relevées ou créées. Je citerai quelques exemples : l'alignement sur le droit commun des allocations logement, l'alignement du montant de la prestation spécifique de restauration scolaire, l'extension de l'assurance chômage aux demandeurs d'emploi sous contrat de travail à durée déterminée, la création d'un régime de solidarité pour l'indemnisation des chômeurs en fin de droit, une meilleure prise en compte des retraites des agents publics. Nous avons aussi étendu les dispositions relatives à l'adoption, à l'allocation personnalisée d'autonomie et à la prestation de compensation du handicap. La carte Vitale 2 est en cours de déploiement ; l'indexation des salaires de fonctionnaires est également mise en œuvre. Cet effort de convergence sociale doit se poursuivre je connais les attentes - à un rythme soutenable. Il faut continuer à impulser le rattrapage par rapport au droit commun tout en veillant à ne pas déstabiliser une société encore en transition. Il faut trouver les bons équilibres. D'ailleurs, pour assurer l'égalité des territoires, je rappelle que toutes les communes de Mayotte sont inscrites en géographie prioritaire de la politique de la ville. Cela se traduit très concrètement par des financements renforcés et des moyens supplémentaires, notamment en faveur des associations qui interviennent sur le terrain. Trois grands quartiers sont concernés par l'ANRU. La convergence sociale s'exprime également dans les infrastructures, notamment en matière de santé. Sachez que mon Gouvernement veillera à ce que l'Etat continue de mobiliser les moyens nécessaires comme il le fait actuellement. La reconstruction de l'hôpital de Pamandzi, dont je poserai cet après-midi la première pierre en présence du président du Conseil de surveillance du CHM, le sénateur Thani MOHAMED en témoigne. Le Président de la République l'avait annoncé l'an dernier. L'engagement est tenu. Le troisième volet concerne la formation et d'éducation. Il s'agit d'un défi de taille pour lequel Najat VALLAUD-BELKACEM est pleinement mobilisée. J'ai cru comprendre qu'elle était attendue. C'est je crois la première fois qu'un Ministre de l'Education nationale se rend à Mayotte. Mayotte est le département le plus jeune de France. Sa moyenne d'âge est de 17 ans. Près de 50% de la population a moins de 20 ans. Nous devons donner aux jeunes mahorais, à nos jeunes, toutes les qualifications pour réussir leur insertion professionnelle, sinon le rattrapage économique ne pourra pas se faire. Cela passe par la maîtrise des fondamentaux : la maitrise correcte de la langue française, le calcul, la lecture dans l'enseignement primaire. L'Etat continuera à financer à hauteur de 10 millions d'euros par an les constructions et les rénovations scolaires. Je sais les besoins immenses. Mais je rappelle que cette compétence en revient au premier chef aux communes, et que personne ne peut se dérober devant cet objectif prioritaire. Je sais, Monsieur le président de l'association des maires, cher Saïd OMAR OILI, pouvoir compter sur votre mobilisation et sur celle de vos collègues. L'éducation, c'est aussi l'enseignement supérieur. Le centre universitaire sera soutenu dans sa nécessaire expansion. La question de la restauration scolaire pour tous les élèves ne peut être passée sous silence. Nous inaugurerons ce matin des bâtiments scolaires et le premier réfectoire de la commune de Chirongui. La Ministre se rendra à Dzaoudzi-Labattoir pour poser la première pierre d'une nouvelle école primaire et rencontrer les maires de Mayotte pour évoquer les questions éducatives. L'Etat n'est pas en train de distribuer des subsides. Des solutions doivent en effet être trouvées collectivement pour garantir les meilleures conditions d'apprentissage possibles. Enfin, j'ai souhaité que « Mayotte 2025 » soit également la traduction d'une priorité forte en matière de formation, sans quoi le développement économique du territoire sera vain. Un programme cadre Avenir Mayotte sera donc mis en place pour repérer les hauts potentiels en milieu scolaire et professionnel et leur assurer un accompagnement efficace vers des filières sélectives et aussi des postes à responsabilités. Nous en parlerons au lycée agricole de Coconi. Mesdames, messieurs, En rappelant ces trois chantiers d'avenir, je n'oublie pas que le quotidien des Mahorais est marqué par deux fléaux qu'il faut combattre. Tout d'abord l'insécurité. Longtemps paisible, Mayotte est aujourd'hui victime d'un niveau de délinquance inquiétant. Je pense en particulier aux cambriolages à répétition qui exaspèrent nos concitoyens qu'ils soient originaires de l'île ou qu'ils viennent de métropole. Je pense aussi aux violences sur les personnes. C'est pourquoi, j'ai demandé au ministre de l'Intérieur, qui est venu ici l'an dernier, d'affecter un peloton de gendarmerie supplémentaire à Mayotte, qui arrivera dès le mois août 2015. Si les 17 communes signent toutes un CLSP, l'Etat sera là pour les accompagner. L'immigration clandestine fragilise aussi grandement la cohésion de l'île. Depuis Anjouan, les départs de kwassa-kwassas ne cessent pas en dépit des moyens que nous avons déployés (radars, moyens nautiques, effectifs). Dans ce domaine de l'immigration clandestine, il faut éviter les faux débats. La loi s'applique ici comme ailleurs. Pas de remise en cause du droit du sol. Nous devons faire preuve de la plus grande fermeté, ici comme en métropole : les lois de la République doivent s'appliquer pleinement. Avec humanité mais avec fermeté et autorité : nous y veillerons. Les effectifs de la police aux frontières seront donc renforcés de 44 agents afin d'assurer efficacement le fonctionnement du nouveau centre de rétention administrative, qui ouvrira enfin en septembre prochain. Mais, et vous le savez, on ne résoudra jamais cette situation sans une approche coopérative efficace avec l'Union des Comores. Pour autant, la perspective d'un assouplissement du visa « Balladur » ne peut raisonnablement pas être envisagée sans un engagement effectif de l'Union des Comores à maîtriser les flux migratoires, notamment en partance d'Anjouan. Et ce sont des sujets que notre diplomatie suit attentivement. Et bien sûr il y a la question des mineurs isolés. C'est une situation qui, sur le plan humain, ne peut pas laisser indifférent. Des mineurs en situation d'isolement parfois durable, sans liens familiaux sur le territoire et sans prises en charge. La loi et les conventions internationales nous imposent de protéger ces mineurs. Cette mission, elle incombe d'abord au Conseil départemental. Mais à Mayotte, l'Etat prend également une très large part dans cette mission, en accompagnant les associations qui oeuvrent dans ce domaine. Et je sais Monsieur le Sénateur, cher Thani, toute votre implication sur ce sujet qui vous tient à coeur. La société mahoraise doit pouvoir vivre en toute tranquillité. C'est un droit fondamental. Je tiens d'ailleurs à redire devant vous, quelques jours avant le mois sacré du Ramadan, tout le respect que m'inspire l'Islam tolérant et ouvert que les Mahorais pratiquent et qu'ils défendent contre les radicalismes venus de l'étranger. Personne n'est à l'abri de ces phénomènes de radicalisation. Ni à la Réunion, ni à Mayotte. Il faut donc être vigilants et mobilisés. Nous le sommes. Je sais le profond attachement des Mahorais aux valeurs de la République. Je le rappellerai cet après-midi à la mosquée de Pamandzi. Une formation ouvrant droit à un diplôme universitaire consacré à la laïcité et aux valeurs de la République ouvrira à la rentrée prochaine afin de mieux faire connaître les fondements de notre vivre ensemble. Et avec Bernard CAZENEUVE nous évoquerons ce sujet lundi avec les représentants de l'Islam. La singularité de la société mahoraise doit aussi trouver sa place dans son environnement régional. Vous êtes une porte d'entrée sur l'Afrique et sur Madagascar. Je souhaite ainsi que la coopération régionale soit renforcée. Inversement, Mayotte est aussi une extension de l'Europe dans l'Océan indien grâce à son statut de région ultra-périphérique acquis en 2014. L'aide de l'Union européenne sera massive. Vous le savez Monsieur le député européen. Les fonds européens permettront de mobiliser plus de 350 millions d'euros dans le développement des infrastructures et des filières de production. C'est 15 fois ce dont Mayotte bénéficiait jusque-là au titre du fonds européen de développement. Comment peut-on dire que ce n'est pas assez ? Le contrat de projet Etat-région (CPER) que Monsieur le président du Conseil départemental a évoqué en est l'illustration. 378 millions d'euros seront ainsi injectés à Mayotte. Je vous le dis : l'Etat consacre des moyens considérables à Mayotte. Ainsi, la part Etat du contrat de plan est la plus importante de France rapportée au nombre d'habitants, soit 880 euros par habitant, soit plus de cinq fois ce qui est consacré dans le reste du pays. Cela n'est que justice. Mais cette manne financière doit encore trouver des projets structurés et cohérents, montés par des élus locaux rigoureux et dynamiques. C'est aussi pour cette raison que l'achèvement de la décentralisation et la perspective d'une collectivité unique de plein exercice avec un nombre d'élus renforcé fait également partie de notre feuille de route. Cet état d'esprit, cette confiance que nous devons mettre en oeuvre. Développement économique, renforcement de la cohésion sociale, réussite éducative, valorisation de notre environnement et parachèvement de la décentralisation : voilà nos objectifs communs, à un rythme qui soit adapté à Mayotte. Mesdames, messieurs les élus, L'avenir de Mayotte repose d'abord sur vos épaules. Tous les outils sont sur la table, il ne tient qu'à vous de les prendre en main pour bâtir le Mayotte de demain. Car « Mayotte 2025 », c'est ce que vous en ferez. Cela commence ici et maintenant. Et nous le ferons ensemble. Monsieur le président, M'adresser aux élus de votre assemblée et plus largement aux élus de Mayotte s'imposait comme la première étape de ma visite, qui je sais sera riche de rencontres et d'enseignements. Je ne partirai pas sans vous adresser mes remerciements les plus sincères pour votre accueil, pour le travail accompli et surtout pour tout ce que, dans les années à venir, vous allez entreprendre au service des Mahorais. Alors, vive Mayotte ! Vive la République ! Et surtout Vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/149.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/149.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..06bf3a183202fa1a5ae5cde0b5e8642c27c2a9b3 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/149.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Messieurs les recteurs, Messieurs les imams, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs, Cette journée de dialogue entre les pouvoirs publics et les Français de confession musulmane aurait pu se prolonger fort longtemps, si j'en juge par la richesse des travaux qui se sont déroulés dans le cadre de quatre ateliers et dont nous venons d'entendre le compte-rendu. La charge m'incombe pourtant de mettre provisoirement un terme à ces échanges, d'en tirer des conclusions que j'espère aussi consensuelles que possible - et surtout d'indiquer les perspectives qui s'offrent à nous, afin que les objectifs que nous nous sommes fixés, fondés sur des diagnostics partagés, ne restent pas lettre morte. Mais avant d'en venir à ces considérations prospectives, je voudrais revenir sur l'esprit qui a présidé à cette rencontre exceptionnelle et sur le sens que nous avons voulu donner à ce dialogue. Le Gouvernement, comme l'a rappelé le Premier Ministre ce matin, a souhaité susciter la réunion de cette Instance de dialogue parce qu'il est des questions très concrètes qui concernent l'exercice du culte musulman en France et qui méritent d'être traitées de façon concertée entre les pouvoirs publics et les représentants des fidèles. Le Gouvernement a souhaité ce dialogue parce qu'il n'entend pas que les questions liées à l'exercice de votre culte fassent l'objet de polémiques démagogiques ou d'instrumentalisation à des fins partisanes. Le Gouvernement a souhaité ce dialogue parce qu'il croit à la vertu de la laïcité : ce principe qui garantit à chacun la liberté de conscience la liberté de croire ou de ne pas croire et qui permet aux croyants de pratiquer leurs cultes dans des conditions dignes et paisibles. Tels étaient les objectifs de la loi fondatrice de séparation des Eglises et de l'Etat, adoptée en 1905. La laïcité, comme l'a rappelé ce matin le Premier Ministre, c'est donc la neutralité religieuse de l'Etat. Ce n'est pas le refus du dialogue que l'Etat entretient avec toutes les religions. Ce n'est pas davantage une démarche offensive visant à faire disparaître toute expression du fait religieux de l'espace public. La laïcité, ce n'est pas l'interdiction des repas de substitution dans les cantines scolaires. Cela, ce n'est pas la laïcité, c'est son instrumentalisation politique au détriment des seuls musulmans. La laïcité, ce n'est pas davantage l'interdiction du port du voile sur les plages. La laïcité, c'est ce principe qui transcende nos convictions et nos croyances et qui nous permet de vivre en bonne intelligence les uns avec les autres. C'est ce qui fait que nous formons une communauté nationale et que nous pouvons nous retrouver dans un même idéal de citoyenneté, dans le respect des lois communes et dans le rejet de toutes les formes d'intolérance. C'est donc au nom la laïcité que l'Etat doit garantir aux Français de confession musulmane le libre exercice de leur culte et qu'il doit en parler avec eux. Nous en avons débattu au cours des mois passés au sein de tous les départements, en métropole comme dans les Outre-mer. Plus de 5000 personnes engagées dans l'Islam de France ont souhaité participer aux échanges organisés à l'initiative des préfets. J'en ai débattu personnellement avec le président et les membres du bureau du Conseil français du culte musulman. J'en ai débattu avec les responsables des principales fédérations de mosquées. Je me suis rendu à la rencontre des Français de confession musulmane dans leurs mosquées, à Bordeaux, à Carpentras, à Strasbourg, en Avignon... pour en débattre encore. Et je continuerai de le faire. Inlassablement. Et voici que s'achève cette journée d'échanges, riche de propositions et d'idées nouvelles. La première condition de l'exercice libre du culte, c'est la sécurité. L'Etat doit naturellement assurer la protection des mosquées et garantir à chaque musulman, comme aux croyants de toutes les confessions, la faculté de pouvoir librement et paisiblement pratiquer sa religion, sans craindre d'être agressé, ni de subir pour cette raison des discriminations. Je sais que c'est un sujet qui préoccupe fortement, à juste titre, les Français de confession musulmane. J'ai déjà eu l'occasion de dire, notamment à Bordeaux au mois de février dernier, que je comprenais cette inquiétude et que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour apaiser ces craintes et procurer aux Français musulmans la tranquillité d'esprit à laquelle, comme chaque Français, ils ont droit. Dans la République, personne ne doit être menacé en raison de son origine, de sa croyance ou de ses opinions. Face à la recrudescence des actes frappant les musulmans depuis le mois de janvier, face aux menaces pesant sur la sécurité des mosquées et des centres communautaires, le Gouvernement, bien entendu, n'a pas attendu la réunion d'aujourd'hui pour réagir. Mais nos échanges de ce jour étaient l'occasion de réfléchir aux moyens que nous pouvons mettre en œuvre pour mieux lutter contre ce fléau que sont les actes antimusulmans. Comme vous le savez, le Gouvernement veille déjà à ce que 1000 mosquées fassent l'objet d'une protection par les forces de l'ordre et par les forces armées. Il y a eu trop d'agressions commises contre des mosquées depuis le mois de janvier, mais elles n'ont jamais fait de victimes et je crois donc que cet effort a un impact fortement dissuasif. Ce dispositif sera donc maintenu tant que l'état de la menace le justifiera. Le préfet Coudert, qui a succédé dans cette mission au préfet Latron, est l'interlocuteur des musulmans pour organiser cette protection. En outre, le gouvernement a décidé de consacrer 9 millions d'euros sur les trois prochaines années au financement d'équipements de sécurité, comme des caméras de vidéo-protection, dans les mosquées où le besoin s'en fait sentir. S'agissant de la répression des actes et des menaces commis contre des musulmans, des mesures immédiates ont également été prises. Dès l'an passé, j'ai ainsi donné instruction aux préfets de signaler systématiquement aux procureurs de la République tous les actes anti-musulmans, mais aussi racistes et antisémites, dont ils auraient connaissance. Le préfet Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, a élaboré à la demande du Gouvernement un plan extrêmement ambitieux et cohérent, qui a été annoncé le 17 avril et dont il a rappelé ce matin les principales mesures. Je ne reviendrai pas sur chacune d'entre elles, mais voudrais insister sur trois points. D'abord, je crois comme vous que la réalité du phénomène odieux que constituent les actes anti-musulmans est certainement sous-estimée, parce que trop de victimes hésitent à porter plainte : « A quoi bon ? se demandent-elles trop souvent, Qui donc m'écoutera ? » Il faut donc lutter contre ce sentiment de résignation, améliorer l'accueil des victimes, encourager les dépôts de plainte et faire savoir que la détermination de l'Etat à lutter contre ce fléau est sans faille. C'est pourquoi le gouvernement a demandé que L'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), organisme chargé de rendre compte des évolutions des phénomènes délinquantset criminelsen Franceainsi que des réponses pénales qui y sont apportées, traite ce sujet dans le cadre d'une enquête de victimation réalisée chaque année. En accord avec la Garde des Sceaux, je souhaite également que soit précisément évaluée la réponse judiciaire qui est apportée aux actes anti-musulmans : le bilan des condamnations prononcées à raison de tels actes doit être publié chaque année. Mais je vous demande également de contribuer à cet effort en relayant auprès des Français musulmans le message que je vous adresse. Il faut que les victimes portent plainte contre les actes et les menaces dont elles font l'objet ; je ne peux pas m'engager à ce que chaque auteur soit identifié, mais je m'engage à ce que chaque plainte sérieuse soit instruite. Ensuite, chacun peut constater que le développement d'Internet et des réseaux sociaux, qui constitue par ailleurs un facteur de progrès exceptionnel, contribue également, hélas, à la diffusion des discours de haine, qu'ils soient dirigés contre les musulmans ou contre d'autres catégories de citoyens. Nous devons donc faire en sorte qu'Internet ne soit pas un espace de non-droit. C'est pourquoi j'ai engagé un dialogue avec les multinationales de l'internet et c'est également pourquoi j'ai décidé de renforcer nos moyens affectés à cette mission en créant bientôt une unité spécifiquement dédiée à la lutte contre la haine sur la toile. Mais là encore, nous devons travailler ensemble, pour améliorer le dispositif de signalements des messages de haine dirigés contre les musulmans. Rien ne serait pire que la résignation. Enfin, au-delà des violences, au-delà des propos qui tombent sous le coup de la loi, je sais que l'image de l'Islam dans notre pays, ou la dégradation de cette image, constitue une autre source d'inquiétude. Je sais en particulier que, à la suite des événements de janvier, certaines déclarations, certains commentaires n'ont pas évité le piège de l'amalgame, du raccourci et de l'outrance, et que vous en avez été blessés. Pour ma part, comme je l'ai déjà dit, je comprends que les musulmans soient exaspérés de devoir sans cesse expliquer qu'ils n'ont rien à voir avec les attentats perpétrés sur notre sol. Je m'associe à votre indignation face à certains des propos qui ont été tenus. Mettre en relation les exactions de quelques individus avec les comportements et les valeurs de cinq millions de Français musulmans relève soit d'une coupable ignorance, soit d'une malhonnêteté inacceptable. Plus généralement, je voudrais que nos concitoyens - et au premier chef ceux qui exercent une responsabilité publique ou qui aspirent à en exercer une sachent s'approprier cette valeur fondamentale dans le débat public qu'est le respect. Comme tous les Français, les Français de confession musulmane aspirent à être écoutés et respectés. Chacun d'entre nous, lorsqu'il prend la parole, doit se représenter l'impact que ses propos auront sur celui qui l'écoute. Cela n'interdit ni le débat, ni le fait d'être en désaccord avec son interlocuteur. Mais le respect d'autrui est une responsabilité qui s'impose à toute autorité politique, économique, journalistique, morale, religieuse comme du reste à tout citoyen. C'est là la condition pour que nous vivions tous dans une société libre et apaisée. Enfin, il est connu que les préjugés naissent de l'ignorance. Je crois donc également à la nécessité de faciliter l'accès du grand public à une meilleure connaissance de l'Islam et de la civilisation arabo-musulmane. Le ministère de la culture va entreprendre un travail de recension des projets portés par les institutions culturelles et audiovisuelles France Télévision, l'INA, l'Institut du monde arabe, le Louvre, pour n'en citer que quelques-unes -et qui répondent à cette ambition. Des crédits publics seront également engagés pour soutenir les projets de recherche dans le domaine de l'islamologie, de l'étude de l'Islam de France et de la connaissance du monde arabo-musulman. Leur affectation précise sera annoncée à la rentrée. Mais il appartient naturellement aux musulmans eux-mêmes d'être les acteurs de ce combat pour une meilleure connaissance de l'Islam comme religion et comme civilisation. Ce doit être, à mon sens, l'une des principales raisons d'être de la nouvelle Fondation de l'islam de France, qui aura bien entendu par ailleurs d'autres objectifs dans les domaines du culte, de l'éducation et de la solidarité. La gouvernance de cette Fondation devra faire toute sa place aux Français de confession musulmane, dans les champs de l'économie, de l'administration, de l'université et de la culture. Une mission de préfiguration sera mise en place d'ici l'été afin que cette nouvelle Fondation puisse être opérationnelle avant la fin de l'année. L'exercice du culte, c'est également l'existence de lieux de cultes appropriés, en nombre suffisant pour permettre aux fidèles qui le souhaitent de se rendre à la prière. Des lieux qui respectent les conditions de sécurité s'imposant aux bâtiments recevant du public. Des bâtiments qui constituent un lieu de rassemblement mais aussi un sujet de fierté pour votre communauté. Il existe aujourd'hui environ 2400 mosquées et salles de prières en France. Certaines sont imposantes et même majestueuses : à Paris, bien sûr, à Lyon ou à Strasbourg où je me suis rendu. D'autres sont plus modestes. Par rapport à ce qu'était la situation il y a 20 ou 30 ans, le progrès est globalement considérable et il témoigne de la ténacité des membres de votre communauté et souvent aussi, de l'attitude positive des élus locaux. Je veux saluer à ce titre la présence parmi nous de représentants de l'association des maires de France. Mais le nombre de ces mosquées, comme cela a été dit dans nombre des réunions préparatoires à cette instance, tenues dans les départements, n'est toutefois pas suffisant aujourd'hui pour répondre à toutes les attentes des musulmans de France. Les projets mettent des années à se concrétiser. Les règles d'urbanisme sont parfois vécues comme des contraintes supplémentaires. Et les financements ne sont pas toujours faciles à réunir. A cet égard, vous n'ignorez pas que la loi de 1905 impose à l'Etat une abstention rigoureuse, puisqu'elle prévoit que l'Etat ne subventionne aucun culte. La religion n'est plus en France, depuis plus d'un siècle, considéré comme un service public que l'Etat prendrait en charge. Son organisation et son financement relèvent exclusivement des fidèles, ce qui est aussi pour eux un gage d'indépendance et de liberté. Mais ce principe n'exclut pas, comme vous le savez également, que les collectivités locales puisse faciliter l'aboutissement de certains projets de construction : en mettant à disposition des terrains dans le cadre de baux emphytéotiques ; en garantissant des emprunts ; ou encore en contribuant au financement de la partie culturelle de projets immobiliers à caractère mixte. Bien des difficultés naissent sur le terrain du fait que les modalités précises d'application de ces règles ne sont pas toujours bien connues, par les responsables d'associations cultuelles mais également par les élus. Il en va de même, du reste, des règles d'urbanisme auxquels ces projets de construction sont soumis, ou encore des règles de gestion et de fiscalité applicables à ce patrimoine une fois qu'il est construit. L'Etat veillera scrupuleusement au respect de ces règles, afin que les musulmans de France puissent bénéficier de lieux de culte irréprochables sur le plan de l'architecture et de la sécurité. Réciproquement, je n'accepterai jamais que des projets de construction de lieux de culte soient bloqués par des élus au mépris du droit, ou en utilisant le droit de l'urbanisme comme un prétexte, par calcul politique. Il ne faut donc pas que des malentendus surgissent et que des exigences légitimes, notamment en matière de sécurité, soient faussement interprétées comme des manœuvres pour bloquer tel ou tel projet. Nous avons donc besoin, sur ce sujet, de clarté et de pédagogie. J'appuie donc fortement le projet issu de l'atelier qui s'est réuni ce matin consistant à créer un groupe de travail rassemblant les responsables musulmans et ceux des autres cultes, l'Association des Maires de France, ainsi que les administrations concernées afin d'évaluer l'application de ces diverses règles. Cette initiative rejoint du reste l'une des propositions du rapport que le sénateur Hervé MAUREY a consacré au financement des lieux de cultes. Les conclusions des travaux de ce groupe mériteront d'être largement connues. Je sais que l'AMF publie à l'intention des élus locaux un guide très utile « Le Maire et les édifices cultuels » qui pourrait être actualisé. Le ministère de l'Intérieur soutiendra pour sa part la publication d'un Guide destiné aux responsables des associations cultuelles afin de répondre aux questions, souvent très concrètes, qu'ils se posent : en matière de gouvernance, de fiscalité, d'administration, de relations avec les pouvoirs publics etc. Ce ministère facilitera la diffusion de ce Guide auprès du plus grand nombre. La question des cadres religieux, aumôniers et imams, est également au cœur des préoccupations des musulmans. Je sais que vous êtes attentifs à leur formation, à leur statut, parce que vous attendez beaucoup du service qu'ils rendent à vos communautés. Je me félicite donc de la présence de nombreux imams et aumôniers au sein de cette instance de dialogue. Leur contribution aux travaux de ce jour a été particulièrement utile. Par ailleurs, dans un contexte ou des prêcheurs de haine, très présents sur Internet, s'adressent à une jeunesse souvent ignorante des valeurs de l'Islam, il est important que des figures d'autorité morale et d'érudition soient à même de porter un autre message, conforme à un Islam de paix, un « islam de lumière » tel que l'a défini ce matin Dalil BOUBAKEUR. C'est là le souhait de beaucoup de familles, parmi celles que je rencontre et qui veulent éviter à leurs enfants le piège tragique d'un parcours de radicalisation violente, qui risque de les mener sur les chemins de l'exil, du crime et de la mort. Le même sujet concerne naturellement les aumôniers pénitentiaires, qui exercent leur mission avec beaucoup de dévouement et sont trop souvent confrontées aux menées de prêcheurs auto-proclamés, qui tentent d'enrôler leurs co-détenus dans des projets radicaux, parfois criminels. Bien entendu, la formation théologique des imams ne regarde pas directement l'Etat. Ce n'est pas son rôle, pas plus que celui de former des prêtres, des rabbins ou des pasteurs. Mais l'Etat peut faire en sorte que soient proposées aux ministres du culte des formations appropriées dans des matières profanes : droit du culte et principes de la laïcité, histoire et sociologie des religions en France, gestion des associations cultuelles, dialogue interreligieux, etc. De tels diplômes universitaires de formation « civile et civique » sont proposés aujourd'hui dans six universités : à Paris, Lyon, Strasbourg, Montpellier, Aix-en-Provence et Bordeaux. Dans la communication que j'avais présentée devant le Conseil des Ministres le 25 février, j'avais annoncé que nous nous efforcerions de doubler ce nombre. Cet objectif est en passe d'être atteint. Je peux vous annoncer que trois formations supplémentaires seront ouvertes en septembre 2015 à Paris-Sud, Lille et Toulouse, et trois autres encore en 2016. Le Gouvernement a décidé que cette formation sera très rapidement rendue obligatoire pour le recrutement des nouveaux aumôniers, dans les prisons, les hôpitaux et les armées. Un décret viendra bientôt formaliser cette obligation. Bien entendu, des commissions pourront juger que les candidats qui détiennent d'autres diplômes ou qui bénéficient d'une expérience appropriée seront dispensés de la nécessité d'en passer par cette formation ; mais l'essentiel est que les aumôniers soient bien armés pour répondre aux nombreuses difficultés qui peuvent se poser dans l'exercice de leur importante mission. Dans la même perspective, la Garde des Sceaux a décidé de revaloriser fortement le statut des aumôniers pénitentiaires. Ceux-ci effectuent aujourd'hui un travail méritoire et difficile et ne bénéficient toujours pas des contreparties leur permettant de mener une existence décente. Je crois que chacun en convient. Alors que 60 nouveaux aumôniers musulmans doivent être recrutés dans toute la France, pour commencer à combler le déficit existant, nous voulons revaloriser très fortement la rémunération globale dont ils bénéficient afin d'attirer des candidats de grande qualité et de renforcer leur présence effective dans les établissements. S'agissant des « imams détachés » qui continuent d'être affectés en France par leurs pays d'origine, nous avons ouvert des négociations avec les gouvernements algérien, marocain et turc, afin d'obtenir que ceux-ci s'engagent également à passer un diplôme de formation civile et civique à leur arrivée en France. N'étant pas Français, il est nécessaire qu'ils acquièrent une connaissance sérieuse des principes et des lois qui régissent l'exercice du culte en France. Il est également nécessaire qu'il maîtrise notre langue pour pouvoir s'adresser en France aux fidèles. Je connais bien sûr l'importance que revêt la langue arabe comme langue liturgique, comme langue d'accès aux textes sacrés de l'Islam. Mais il faut aussi que les imams puissent dialoguer avec les autorités civiles et avec leurs fidèles. Permettez-moi de rappeler qu'il existe, pour l'Eglise de France, un canon du Concile de Tours datant de l'an 813, qui prescrivait déjà aux clercs catholiques de s'adresser aux fidèles « dans la langue des masses (« rustica lingua ») afin que tous puissent plus facilement comprendre ce qui est dit. » Cela n'a pas empêché les catholiques de conserver longtemps le latin comme langue liturgique ; mais ce n'est pas une mauvaise règle que de s'adresser à des auditeurs dans une langue qu'ils puissent comprendre. Ce doit être une exigence, en tout cas, pour les imams étrangers détachés car c'est la maîtrise de la langue française qui leur permettra de jouer pleinement leur rôle social et non pas seulement liturgique au bénéfice de la communauté. Au demeurant, la présence de ces imams détachés se comprend historiquement en raison de la relative pénurie d'imams français et formés en France. Il n'appartient pas à l'Etat, comme je l'ai dit, de se mêler de ces formations qui sont aujourd'hui assurées par des instituts de théologie privée. Il est toutefois important que l'université française, avec ses méthodes et dans le respect des valeurs qui sont les siennes, puisse délivrer des cours de haut niveau dans des disciplines que les futurs imams pourront souhaiter étudier en complément de leur formation « confessante ». C'est pourquoi je me félicite du projet de l'université de Strasbourg, à l'initiative du Professeur Messner qui est parmi nous et que je salue, de compléter son cursus de mastère en islamologie par un cursus de licence. L'exercice du culte, c'est encore le fait de pouvoir accomplir sans difficulté particulière les pratiques rituelles que prescrit une religion : prescriptions alimentaires (hallal), célébration des fêtes (Aïd), rites funéraires ou pèlerinages. Je sais que beaucoup de musulmans souhaiteraient voir l'Etat intervenir davantage dans l'organisation du commerce hallal. L'abattage rituel ne s'oppose pas au principe de laïcité ; bien au contraire, il est l'une des composantes de la liberté de culte. Certains imaginent toutefois que l'Etat pourrait instituer un système de taxe sur ce commerce, qui servirait ensuite à financer les besoins du culte musulman. Au risque de les décevoir je me dois de dire que cela n'est pas possible dans un régime de laïcité. L'Etat ne saurait instituer ni prélever une taxe à des fins religieuses. C'est donc aux musulmans eux-mêmes qu'il reviendrait d'établir un tel système de financement du culte, s'ils le souhaitent, non à l'Etat laïc. Mais d'autres pratiques rituelles peuvent appeler une intervention de l'Etat, souvent en lien avec les collectivités locales. Bien des efforts sont déjà engagés en vue d'organiser des abattoirs provisoires dans les meilleures conditions à l'occasion de la fête de l'Aïd. Ils restent en nombre insuffisant et les porteurs de projets sont trop souvent découragés par la leur coût et la complexité de leur mise en place. A la suite de vos travaux, je propose donc qu'un groupe de travail rassemblant des responsables religieux, le ministère de l'agriculture et le ministère de l'Intérieur soit constitué rapidement afin d'évaluer le dispositif actuel dans sa globalité et de diffuser les bonnes pratiques qui le méritent. S'agissant des pratiques funéraires, je comprends que les demandes de carrés confessionnels dans les cimetières ne sont pas partout également satisfaites. Cette question est amenée à prendre de l'ampleur, au fur et à mesure que vieilliront les générations de musulmans nées en France, qui aspireront naturellement à enterrer leurs défunts en France. Or dans les cimetières communaux, le regroupement de fait des sépultures de même confession est non seulement permis mais encouragé par les textes. Je souhaite donc que l'administration procède à un bilan de leur application, afin de pouvoir envisager les mesures à prendre pour assurer une meilleure mise en œuvre. S'agissant enfin de l'organisation du pèlerinage à la Mecque, le Hadj, je tiens à saluer les efforts déjà accomplis par les agences de voyage avec le concours des administrations et qui ont déjà abouti à l'adoption d'une « Charte de qualité » pour l'organisation de ce pèlerinage. Il s'agit d'un premier pas encourageant. Néanmoins, trop de pratiques commerciales abusives ont encore cours. Trop de prestations sont d'une qualité insuffisante au regard de la réglementation française. Je souhaite donc que le travail entrepris entre la coordination des agences de voyages et les ministères des affaires étrangères, de l'économie et de l'intérieur se poursuive et aboutisse rapidement à des résultats tangibles pour les pèlerins. Je souhaite que la coordination des agences prennent toutes les dispositions pour que la satisfaction de leur clients fasse l'objet d'un audit par un organisme neutre et impartial. Les avancées de cette démarche de qualité bénéficieront à tous et feront de cette coordination un acteur incontournable. Comme pouvez le constater, beaucoup reste à faire et la réunion d'aujourd'hui n'est donc que le commencement d'un processus. C'est la raison pour laquelle l'exercice qui nous a réunis aujourd'hui à vocation à se répéter, au moins une fois par an, dans la forme qu'il a prise. Il traduit notre souhait d'avoir un dialogue plus nourri, une méthode plus efficace associant toutes les administrations ayant en partage dans leur domaine de compétence l'un ou l'autre sujet qui vous concerne. Ainsi pourrons-nous, de façon régulière, faire le bilan des réalisations en cours, de ce qui a été fait et de ce qui reste encore à faire. Des sujets importants pour les musulmans de France, comme l'enseignement confessionnel, n'ont pas été abordé aujourd'hui. Nous continuerons donc à échanger, à dialoguer, le cas échéant à tenter d'apporter des réponses aux questions nouvelles qui pourraient surgir, en parfaite coordination avec l'action du CFCM qui garde un rôle important et central, dont je veux saluer l'actuel président, le recteur Dalil Boubakeur, ceux qui l'ont entouré et celui qui s'apprête à lui succéder, Anouar KBIBECH. Bref, l'instance de dialogue a vocation à devenir un rendez-vous régulier entre l'Etat et les représentants de l'islam de France. Ce sera également le cas des consultations préalables qui ont eu lieu dans chaque département et qui se sont révélées fort utiles et dont les participants ont souhaité le prolongement. Bien sûr, entre chaque réunion, nous devons travailler pour faire en sorte que les différents sujets que nous avons identifiés aujourd'hui avancent et trouvent des solutions satisfaisantes. C'est là l'objectif qui doit tous nous mobiliser. Certaines questions relèvent des compétences et des prérogatives de l'Etat : pour ce qui les concerne, ne doutez pas de la détermination du Gouvernement à prendre sans tarder les mesures qui s'imposent. D'autres devront faire l'objet de groupes de travail menés en commun : je pense par exemple aux règles applicables en matière de construction et de gestion des mosquées, au régime de protection sociale des imams, ou encore à l'organisation de l'Aïd. Enfin, bien entendu, d'autres matières, qui sont, elles, strictement théologiques, ne peuvent par définition relever de l'intervention de l'Etat. Avant que nous nous séparions, je voudrais dire un mot plus général. On le sait peu, ou plutôt on l'oublie trop souvent, mais c'est une vieille histoire que celle de la présence des musulmans en France. Une histoire qui remonte très loin dans le temps, jusqu'au Moyen Age, notamment dans les régions du sud de notre pays. Entre Bordeaux et Narbonne, dans l'ancienne Septimanie, mais aussi en Provence, des communautés musulmanes certes minoritaires, mais qui n'en étaient pas pour autant négligeables ont ainsi vécu jusqu'au XIIe siècle. Je crois que nous devons tous prendre enfin conscience de cette part de notre histoire commune, dont l'islam de France est aujourd'hui l'héritier. Souvenons-nous de l'ancienneté de la belle mosquée de Saint-Denis de la Réunion et souvenons aussi des raisons qui ont présidé à l'édification, dans les années 1920, de la Grande Mosquée de Paris. Ce symbole magnifique au coeur de la capitale fut en effet alors conçu comme un témoignage de reconnaissance à l'égard des dizaines de milliers de soldats musulmans morts pour la France entre 1914 et 1918. Faut-il également rappeler le sacrifice des soldats musulmans qui participèrent, entre 1940 et 1945, au combat national contre le nazisme et à la Libération du territoire national ? Enfin, aurions-nous oublié combien fut décisive la part prise par les immigrés venus d'Afrique du Nord, puis d'Afrique noire, dans la reconstruction du pays après la guerre et dans son développement économique au cours des « Trente Glorieuses » ? Par le sang qu'ils ont versé, par leur labeur, par leurs talents, les Français de confession musulmane ont façonné et continuent à façonner la France la France qui est notre bien commun. C'est en gardant toujours présentes à l'esprit cette histoire et cette réalité que nous devons poursuivre le dialogue qui nous a rassemblés aujourd'hui. Monsieur le Président, Mesdames et messieurs, Vous vous apprêtez à célébrer le mois du ramadan, au cours duquel sont mis à l'honneur la famille, la prière et la compassion envers les plus pauvres. J'aurai plaisir à accepter le plus grand nombre possible des invitations qui m'ont été adressées à venir partager avec vous, dans les mosquées de France, le moment joyeux de la rupture du jeune, dans un esprit de respect et de fraternité. Cet esprit de respect mutuel et de fraternité qui a inspiré le dialogue qui a été le nôtre aujourd'hui et qui doit toujours être de règle dans la République. Vive la République, vive la France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/150.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/150.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2e04857ab5005dc11aad14a654efb68e809543c3 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/150.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-JACQUES BOURDIN Bernard CAZENEUVE, Ministre de l'Intérieur, est notre invité ce matin. Bonjour. BERNARD CAZENEUVE Bonjour. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci d'être avec nous. Est-il vrai qu'actuellement des interpellations sont en cours dans la cité de la Castellane à Marseille ? BERNARD CAZENEUVE Oui. Nous avons engagé depuis plusieurs semaines une opération qui est destinée à lutter contre les trafics de drogue ; c'est le cas depuis que nous avons mis en place les zones de sécurité prioritaire à Marseille. Nous avons une augmentation très importante des saisies, une augmentation très importante également de récupération des avoirs mal acquis et nous démantelons les filières. Ce matin, il y a une très grosse opération de démantèlement de filières à la Castellane parce que le trafic de drogue, c'est le début de tous les trafics. Ce sont ces trafics qui gangrènent les quartiers ; ce sont ces trafics d'ailleurs qui alimentent d'autres activités de nature à porter gravement atteinte à l'ordre public je pense notamment aux activités terroristes et il faut que l'on sache que j'ai donné des instructions aux services pour que partout sur le territoire national les trafics de drogue soient combattus et les réseaux démantelés. JEAN-JACQUES BOURDIN Il y a des interpellations à la Castellane ? BERNARD CAZENEUVE Il y a des interpellations à la Castellane. JEAN-JACQUES BOURDIN Combien ? BERNARD CAZENEUVE Plus d'une vingtaine et ces interpellations sont en cours, et donc je ne dirai rien concernant la suite de ces opérations parce que je veux qu'elles puissent être menées à leur terme dans les meilleures conditions. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Alors on va aborder de très nombreux sujets Bernard CAZENEUVE, notamment nous allons parler des migrants mais encore deux actualités. Mokhtar BELMOKHTAR, vous confirmez la mort ? BERNARD CAZENEUVE Je n'ai rien à confirmer parce que je n'ai pas d'information qui soit encore authentifiée. JEAN-JACQUES BOURDIN La Libye confirme la mort. BERNARD CAZENEUVE Oui, mais encore une fois, sur ces sujets il faut être extrêmement prudent et attendre des confirmations qui permettent d'authentifier définitivement ce type d'information. Ce que je peux vous dire, c'est que nous agissons contre le terrorisme à l'intérieur nous en parlerons peut-être et à l'extérieur en neutralisant tous ceux qui, à la tête de groupes terroristes notamment dans la bande sahélienne, commettent des actes, prennent des otages, commettent des meurtres et des exactions parce que la lutte contre le terrorisme, c'est une lutte globale qui appelle une mobilisation à la fois dans nos pays où il y a des acteurs qui peuvent frapper nous en avons été des victimes mais aussi à l'extérieur où il y a des réseaux qui s'organisent. JEAN-JACQUES BOURDIN Troisième sujet d'actualité, ce drame en Haute-Loire, c'était samedi après-midi, trois adolescents qui meurent, un quatrième qui est entre la vie et la mort, Airsoft, ce jeu que vous connaissez. Est-ce que vous allez modifier la loi après ce qui s'est passé samedi en Haute-Loire ? BERNARD CAZENEUVE D'abord, cette activité est très encadrée par la fédération qui a pris des précautions depuis de nombreux mois pour faire en sorte que cette activité soit une activité qui n'occasionne pas de drames. Que s'est-il passé sur cette affaire sur laquelle je suis prudent parce que là aussi, il y a une enquête judiciaire en cours ? Des jeunes auraient sur internet récupéré des éléments d'information concernant la constitution d'explosifs dont on a vu à quel point ils pouvaient porter atteinte à la vie de jeunes lorsqu'ils manipulent des substances qui sont des substances dangereuses. Donc je crois que ça renvoie ce sujet comme d'autres d'ailleurs à la manière de réguler internet, à la manière dont on doit agir sur internet. JEAN-JACQUES BOURDIN « Un jeu imbécile conseillé par des gens irresponsables » : c'est ce qu'a dit le vice-procureur du Puy-en-Velay. BERNARD CAZENEUVE Non mais je crois qu'il faut, sur ces activités-là, dès lors que des drames de ce type sont susceptibles de se produire, être d'une extraordinaire vigilance et ces activités ne peuvent pas ne pas être rigoureusement encadrées. JEAN-JACQUES BOURDIN Elles ne le sont pas assez ? BERNARD CAZENEUVE La fédération a pris des dispositions pour les encadrer mais visiblement ce n'est pas suffisant. Deuxièmement, il y a la question d'internet. Le nombre d'affaires qui se produisent après que des paris ont été pris sur l'espace numérique ou que des informations ont été collectées et qui conduisent à des actions qui aboutissent à des drames, c'est ça tous les jours. JEAN-JACQUES BOURDIN Avec des armes factices mais qui ressemblent étrangement à des armes de guerre, là effectivement c'est la fabrication de fumigènes. BERNARD CAZENEUVE On est passé à autre chose après avoir récupéré des informations sur internet. JEAN-JACQUES BOURDIN Ceux qui ont diffusé des informations ayant incité des jeunes à fabriquer ces fumigènes sont aussi responsables. BERNARD CAZENEUVE Mais Jean-Jacques BOURDIN, vous connaissez ma position sur internet, et d'ailleurs on me l'a reprochée parce que lorsqu'il y a eu la loi contre le terrorisme, j'ai proposé qu'on bloque les sites qui appelaient à provoquer au terrorisme. Nous sommes sur la loi sur le renseignement et vous savez que dans la loi sur le renseignement, je prends également des dispositions pour que tous ceux qui utilisent internet et notamment le darknet pour procéder à des opérations à caractère terroriste soient condamnés. Internet est un espace qui doit être régulé, et là il faut effectivement que nous regardions très concrètement quel est la suite judiciaire. Il y a une enquête en cours qui peut être donnée lorsque des individus sur internet diffusent des informations qui peuvent aboutir à ce type de drame. JEAN-JACQUES BOURDIN Ils doivent être poursuivis ? BERNARD CAZENEUVE Mais je ne suis pas procureur de la République. Il y a une enquête en cours mais à partir du moment où des informations diffusées sur internet aboutissent à de tels drames, je pense qu'il y a des questions notamment au regard du droit et y compris au regard du droit pénal, qui peuvent être posées. Mais encore une fois, vous savez ma volonté de respecter à chaque instant la séparation des pouvoirs ; ce n'est pas à moi de dire ce sur quoi le procureur doit travailler, d'ailleurs il s'est exprimé avec beaucoup de fermeté et il a eu raison. JEAN-JACQUES BOURDIN Où en est-on à Vintimille ? Vintimille, je le rappelle, jeudi soir deux cents, deux cent cinquante migrants, des femmes, des hommes, des enfants, voulaient entrer en France, bloqués, la France a fermé ses frontières. BERNARD CAZENEUVE Non, la France n'a pas fermé ses frontières. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que les gendarmes sont toujours là-bas pour empêcher ces migrants d'entrer ? BERNARD CAZENEUVE Je vous propose de me laisser trois secondes pour expliquer le problème parce que j'entends depuis plusieurs jours des choses absolument absurdes sur ces questions très graves et qui ont un enjeu humanitaire considérable et je voudrai être précis à votre antenne puisque vous m'en donnez l'occasion. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors allez-y. BERNARD CAZENEUVE Quel est le sujet ? Nous sommes confrontés à un phénomène migratoire que nous n'avons pas connu avec une telle ampleur au cours des dernières années. Depuis le début de l'année, cinquante mille migrants sont arrivés en Grèce, cinquante mille migrants sont arrivés en Italie, ce qui est une augmentation considérable par rapport à ce que nous avons connu au cours des dernières années. JEAN-JACQUES BOURDIN Combien voulaient passer en France ? BERNARD CAZENEUVE Attendez, je vais aller un petit peu plus loin. Qui sont ces migrants ? C'est important de savoir. Il y a des migrants qui sont des migrants économiques irréguliers qui viennent de l'Afrique de l'Ouest, qui ne sont donc pas sur le chemin de l'exode pour des raisons qui tiennent aux persécutions qu'ils subissent mais à la volonté qu'ils ont de vivre mieux en Europe. Ces migrants économiques irréguliers, nous ne pouvons pas les accueillir ; ce serait irresponsable que de penser qu'on puisse le faire et il faut qu'ils soient reconduits à la frontière. C'est un premier sujet. JEAN-JACQUES BOURDIN Reconduits à la frontière ? BERNARD CAZENEUVE En Afrique et c'est la raison pour laquelle nous devons travailler avec les pays de provenance. Je me suis rendu au Cameroun, je me suis rendu au Niger, de manière à organiser sous l'égide de Frontex dans les conditions les plus humaines possibles ce retour et organiser aussi dans les pays de provenance au Niger, ailleurs, des centres de maintien où on engage des véritables actions de co-développement. Et puis, il y a ceux qui relèvent du statut de réfugié. Ceux-là sont en Europe pourquoi ? Parce qu'en Erythrée, en Syrie, en Irak, ils subissent des exactions, des persécutions, leurs proches sont exécutés, et ils viennent en Europe parce qu'ils veulent à continuer à vivre tout simplement. JEAN-JACQUES BOURDIN Ceux-là, nous devons examiner leur demande d'asile. BERNARD CAZENEUVE Mais bien entendu. Ceux-là, nous devons examiner leur demande d'asile et aujourd'hui quel est le problème ? Il y a cinq pays de l'Union européenne cinq qui accueillent quatre-vingts pourcent des demandeurs d'asile : la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne. Cela n'est pas possible. Si nous voulons accueillir ceux qui relèvent de l'asile en Europe, il faut que nous puissions répartir la demande d'asile et il faut qu'il y ait une politique européenne de l'asile. JEAN-JACQUES BOURDIN Elle n'existe pas. BERNARD CAZENEUVE Et donc, nous avons proposé, la France a proposé au cours de l'été des choses très concrètes. Quelles sont ces choses très concrètes ? 1°) Faisons en sorte qu'au moment de leur arrivée en Grèce et en Italie, les migrants puissent être accueillis et qu'on distingue ceux qui relèvent de l'immigration économique irrégulière des demandeurs d'asile, de ceux qui relèvent du statut de réfugié en Europe. Ceux qui relèvent du statut de réfugié en Europe doivent pouvoir être répartis selon une grille qui a été proposée par l'Union européenne et qui doit être discutée entre les différents pays de l'Union européenne. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, j'ai vu : neuf mille cent vingt-sept en deux ans. BERNARD CAZENEUVE Ils doivent être répartis entre les pays de l'Union européenne. JEAN-JACQUES BOURDIN Dont la France. BERNARD CAZENEUVE Deuxièmement, il faut donc que l'Italie accepte que l'Union européenne mette en place ce qu'on appelle les hot spots, c'est-à-dire ces centres d'accueil où on distingue les migrants économiques irréguliers des demandeurs d'asile. Il faut que l'Italie l'accepte parce que sinon, la solidarité ne pourra pas marcher. Il faut que ces migrants soient enregistrés et que leurs empreintes digitales soient prises et ensuite, nous répartirons, parce que nous sommes favorables à cela, la France, en termes de solidarité, ces demandeurs d'asile. Que se passe-t-il à Vintimille maintenant ? A Vintimille, il y a la nécessité de faire respecter les règles de Schengen et de Dublin. Quelles sont ces règles ? Lorsque les migrants arrivent en France, qu'ils sont passés par l'Italie et qu'ils ont été enregistrés en l'Italie, le droit européen c'est le droit européen implique qu'ils soient réadmis en Italie. Nous avons eu près de huit mille passages depuis le début de l'année ; nous avons fait réadmettre plus de six mille personnes en Italie parce que ce sont les règles de Dublin et des migrants ont été réadmis en Italie qui veulent repasser, et donc nous faisons respecter les règles de Schengen et de Dublin. JEAN-JACQUES BOURDIN Ils ne passeront pas. BERNARD CAZENEUVE Non, parce qu'ils n'ont pas à passer. Ils doivent être pris en charge par l'Italie. C'est le droit européen, il n'y a pas de blocage de la frontière parce que nous sommes dans un espace qui est un espace ouvert. Il y a simplement le respect à la frontière franco-italienne des règles de Schengen et des règles de Dublin. JEAN-JACQUES BOURDIN Faisons bien la distinction entre les migrants en situation irrégulière et les réfugiés demandeurs d'asile, on est bien d'accord. BERNARD CAZENEUVE Pour ce qui concerne les migrants en situation irrégulière, Jean-Jacques BOURDIN, nous démantelons de façon très volontariste les filières de l'immigration irrégulière en France et en Europe. Nous avons démantelé plus de vingt pourcent de filières supplémentaires qui étaient implantées en France et qui gangrénaient la politique migratoire française au cours de l'année dernière. JEAN-JACQUES BOURDIN Combien de migrants en situation irrégulière reconduits dans leur pays depuis le début de l'année ? BERNARD CAZENEUVE Depuis le début de l'année, nous avons enfin, en année pleine si vous voulez, en 2014 pour donner un chiffre précis, nous procédons à peu près à quinze mille reconduites à la frontière chaque année. JEAN-JACQUES BOURDIN Et depuis le début de l'année, ça s'est accéléré ? BERNARD CAZENEUVE Depuis le début de l'année, bien entendu ça s'accélère parce que moi, j'ai donné des instructions très claires pour qu'il y ait une reconduite à la frontière des migrants en situation irrégulière. Pourquoi ? Parce que si on veut assurer la soutenabilité de l'accueil de ceux qui sont réfugiés ou qui relèvent du statut de réfugié en France, il faut qu'on ait une politique qui soit ferme parce que sinon, il n'y a pas de soutenabilité humanitaire et je l'ai dit à tous ceux qui ont des préoccupations humanitaires que je comprends et avec lesquels d'ailleurs… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous voulez dire par-là que certains instrumentalisent la situation des migrants. BERNARD CAZENEUVE J'ai eu l'occasion de m'exprimer sur ce sujet parce que nous avons travaillé depuis des semaines. JEAN-JACQUES BOURDIN Après ce qui s'est passé à Paris. BERNARD CAZENEUVE Exactement. Nous avons travaillé depuis des semaines en liaison avec la ville de Paris à la mise à l'abri de tous ceux qui erraient dans les rues de Paris parce que nous considérions que c'était de notre devoir que de le faire. Ce n'était pas simple, il a fallu trouver des places d'hébergement. J'ai souhaité personnellement que pour les réfugiés, ceux qui relèvent du statut de l'asile en France, nous puissions mettre l'OFFI dans les centres de manière à pouvoir JEAN-JACQUES BOURDIN Mais aujourd'hui, tous ces migrants qui ont été évacués… BERNARD CAZENEUVE Attendez, Jean-Jacques BOURDIN. Je vais au bout de ce que nous avons fait. Et donc pour la Chapelle comme pour Pajol, nous avons proposé des hébergements, sauf qu'au moment… JEAN-JACQUES BOURDIN Provisoires. BERNARD CAZENEUVE Nous avons proposé des hébergements de manière à pouvoir justement identifier ceux qui relevaient du statut de réfugié et ensuite traiter… JEAN-JACQUES BOURDIN Faire le tri en quelque sorte. C'est terrible à dire mais c'est faire le tri. BERNARD CAZENEUVE Oui, mais mettre à l'abri tout le monde et de façon extrêmement humaine et en relation avec un certain nombre d'associations, sauf que, plutôt que de se préoccuper de la situation extrêmement difficile de personnes en état de vulnérabilité, certains groupuscules préfèrent faire de la polémique. JEAN-JACQUES BOURDIN Groupuscules ? BERNARD CAZENEUVE Certains groupuscules. On a vu des organisations aussi politiques comme le NPA je les cite préférer faire sortir les migrants des bus plutôt que de les mettre à l'abri pour pouvoir faire de la politique sur vos antennes et faire des déclarations en apparence humanitaires sur vos antennes. Ça, ça porte un nom : c'est du cynisme à l'état pur. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous faites allusion à Olivier BESANCENOT. BERNARD CAZENEUVE Notamment, qui n'a aucune leçon d'humanité à donner au gouvernement parce que nous nous occupons loin des antennes vous me le reprochez d'ailleurs régulièrement de ces sujets et lui ne s'en occupe et vient faire des commentaires devant votre micro. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien, vous faites le tri, très bien Bernard CAZENEUVE, sauf que certains de ces migrants, vous le savez, s'évanouissent dans la nature au bout d'un certain temps. Vous savez bien aussi que les demandes d'asile sont beaucoup trop longues. Je sais que votre objectif est de réduire l'examen des dossiers. BERNARD CAZENEUVE Mais Jean-Jacques BOURDIN, là aussi vous avez de dire tout cela. Moi mon objectif, c'est de trouver des solutions humaines et humanitaires, ce n'est pas de faire des commentaires. Vous avez raison, les délais de l'asile sont trop longs en France. Que faisons-nous ? Je présente une loi devant le Parlement, que dit cette loi ? Ramenons de vingt-quatre à neuf mois ce n'est quand même pas rien le délai de traitement des dossiers des demandeurs d'asile ; créons des postes au sein de l'Ofpra pour que cela soit possible, donnons des droits aux demandeurs d'asile. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est pour quand ? BERNARD CAZENEUVE C'est là. La loi est en train d'être adoptée par le Parlement. Je prendrai des décrets d'application immédiatement. JEAN-JACQUES BOURDIN Immédiatement, avant l'été. BERNARD CAZENEUVE Ça dépendra du moment où la loi sera votée mais vous savez très bien que je souhaite qu'elle soit votée rapidement parce que je vois l'urgence de la situation et qu'il est de ma responsabilité d'y faire face et par ailleurs, sans attendre que la loi soit votée, nous avons depuis que nous sommes en situation de responsabilité crée près de dix mille places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile. Le Premier ministre a décidé l'an dernier de faire un effort supplémentaire ; nous avons d'ores et déjà crée des postes au sein de l'Ofpra et mon objectif à moi, c'est de faire en sorte que face à un problème mondial, d'une extraordinaire complexité, on cesse avec les postures et on s'occupe politiquement de trouver des solutions. C'est difficile parce qu'il y a beaucoup de gens qui ont intérêt à avoir des postures et peu de gens qui ont intérêt à trouver des solutions mais moi, ma responsabilité de ministre de l'Intérieur, c'est de trouver des solutions. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. L'islam en France : mille huit cents imams à peu près en France actuellement, vingt-cinq à trente pourcent de nationalité française seulement ce qui est dommage. Désormais, les imams qui prêcheront en France devront parler français. BERNARD CAZENEUVE Là aussi, soyons précis. Nous sommes dans un Etat laïc, donc ce n'est pas au gouvernement de déterminer… Non mais nous sommes dans un Etat laïc, donc le gouvernement n'a pas à former des imams mais il s'avère que le gouvernement recrute des aumôniers, des aumôniers dans les prisons où l'on sait les ravages faits par la radicalisation dans les prisons auprès des détenus. JEAN-JACQUES BOURDIN Trop peu nombreux. BERNARD CAZENEUVE Trop peu nombreux, donc nous nous considérons que les aumôniers que nous recrutons doivent des aumôniers qui parlent français et deuxièmement, nous considérons que ces aumôniers doivent avoir une très bonne connaissance de ce que sont les principes républicains et le fonctionnement de nos institutions. Par conséquent, nous créons des diplômes universitaires qui permettront à ces aumôniers d'être formés. Nous souhaitons qu'y compris lorsqu'il s'agit d'imams détachés ils parlent français et nous passons des conventions avec un certain nombre de gouvernements pour que cela soit le cas et lorsque nous faisons ce travail-là, nous créons une dynamique pour tous ceux qui ne sont pas aumôniers et en liaison avec les représentants du culte musulman pour faire en sorte que dans les mosquées de France, l'islam que l'on enseigne soit un islam qui, dans l'interprétation du texte et l'interprétation qui est faite de son contenu, soit conforme aux valeurs de la République parce que l'islam n'a rien à voir avec le dévoiement dont il fait l'objet de la part de groupes terroristes… JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que la loi de la République prime ? BERNARD CAZENEUVE Bien sûr. Mais bien entendu et ça, ça sera dit très fermement ce matin à l'occasion de notre réunion avec les représentants de l'islam de France. La loi de la République, c'est la loi qui permet à tous les Français qui croient ou qui ne croient pas, ou dès lors qu'ils ont fait le choix de leur croyance, de vivre ensemble parce que les principes de la République sont ce creuset de valeurs qui est placé au-dessus de tout et qui fait que nous pouvons vivre ensemble, donc il n'y a aucune concession possible aux valeurs de la République. Il n'y a aucun concession possible à un certain nombre de principes qui concernent la tolérance, qui concernent la fraternité, qui concernent le respect de l'autre, qui concernent le refus de la violence, qui concernent l'égalité entre les femmes et les hommes, et une immense majorité de Français de confession musulmane souhaite cela et l'objectif de notre réunion de ce matin est de montrer que cette compatibilité, cette harmonie est possible parce qu'elle est souhaitée par une majorité de musulmans en France. JEAN-JACQUES BOURDIN Et vous allez installer un nouveau conseil, vous allez inspirer et essayer de mettre en place un nouveau conseil des musulmans de France. L'islam sera mieux représenté ? BERNARD CAZENEUVE Il y a un CFCM, il a été créé par un de mes prédécesseurs qui s'appelait Nicolas SARKOZY, il a fait du travail. Moi, je ne suis pas du tout dans des approches qui consistent à faire sur ce sujet de la petite politique. Il a fait un travail, ce travail parfois contesté mais enfin, il l'a fait. Il l'a fait avec des gens qui se sont engagés et qui ont fait du mieux qu'ils pouvaient dans un contexte qui était extraordinairement difficile. Aujourd'hui, il y a la nécessité d'avoir avec les musulmans de France un dialogue sur la formation des aumôniers, sur la transparence concernant le financement et le fonctionnement des mosquées, sur la question de l'abattage rituel et nous avons une instance de dialogue avec les catholiques, nous aurons une instance de dialogue avec les musulmans. Elle permettra de traiter de questions très concrètes avec un principe, Jean-Jacques BOURDIN, qui compte dans la République. Elle aussi, ma fonction, de m'inciter à faire prévaloir ce principe chaque jour, à chaque instant : c'est le principe de respect. Respect des valeurs de la République, respect de ceux qui croient dès lors qu'ils sont dans l'harmonie avec les valeurs de la République parce que la France a besoin d'apaisement. La France a besoin de se retrouver autour des valeurs de la République et de façon sereine, calme, car pour être républicain on n'a pas besoin d'être énervé, croyez-moi. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Bernard CAZENEUVE, j'ai encore deux questions. La première, vous vous souvenez de ce qui s'est passé malheureusement le 28 mai : deux policiers ivres qui provoquent un accident dans Paris. Le conducteur de la camionnette percutée par la voiture des policiers, quarante ans, père de famille, est tué, l'un des policiers est toujours en prison, l'autre libre depuis le début, ce qui a choqué. Bernard CAZENEUVE, ces policiers sont sanctionnés, suspendus aujourd'hui. Si les faits sont confirmés, ils seront radiés à vie ? BERNARD CAZENEUVE Mais je serai d'une fermeté totale. Je vais vous dire pourquoi je serai d'une fermeté totale : parce qu'il y a tous les jours des policiers et des gendarmes qui s'exposent au péril de leur vie pour assurer la sécurité des Français et depuis le début de l'année, je me suis retrouvé aux côtés de veuves et d'enfants face aux cercueils de policiers et de gendarmes qui sont l'honneur de la France et qui ont assuré pour sauver la vie des Français leur mission avec le sacrifice de leur propre vie. Et donc quand des policiers qui sont une petite minorité se comportent de cette manière, qui est honteuse, scandaleuse et qui mérite la plus grande fermeté et les sanctions les plus sévères, ils portent atteinte à la réputation de toutes ces femmes et de tous ces hommes qui sont courageux, qui sont tous les jours dans la bravoure, qui exposent leur vie et dont la réputation n'a pas à être entachée par des comportements de ce type qui méritent encore une fois les sanctions les plus dures. JEAN-JACQUES BOURDIN A propos de policiers, celui qui a été roué de coups à Saint-Denis, d'abord comment va-t-il et est-ce que les agresseurs ont été arrêtés ? BERNARD CAZENEUVE Les nouvelles que j'ai de lui sont bonnes au sens où sa vie ne serait pas en danger, mais bien entendu préoccupantes parce qu'il était très traumatisé. Je dois d'ailleurs m'entretenir avec lui dans la journée. Il faut bien comprendre que là aussi, tous les jours, il y a des policiers et des gendarmes qui sont victimes de violence parce qu'ils portent l'uniforme, parce qu'incarnant l'ordre républicain et le droit, ils sont des cibles privilégiées. Je le dis pour tous ceux qui passent leurs journées à conceptualiser les violences policières. Moi, je vois surtout des policiers qui, face aux violences, sont exposés et par conséquent, il faut face à des actes de ce type aussi la plus grande sévérité. JEAN-JACQUES BOURDIN Les agresseurs ont été identifiés ? BERNARD CAZENEUVE Il y a une personne qui a été interpellée et qui est actuellement interrogée. JEAN-JACQUES BOURDIN Qui est interrogée. Dernière chose, je vois que Bruno LE ROUX est favorable à une réécriture de l'amendement modifiant la loi Evin. Vous êtes concerné puisque la loi Evin… BERNARD CAZENEUVE Il y a un équilibre dans la loi Evin qui n'a pas vocation à être remis en cause. Les parlementaires travaillent avec le gouvernement, j'espère que l'on trouvera le bon équilibre mais en tous les cas, l'équilibre de la loi Evin n'a pas vocation à être fondamentalement modifié. JEAN-JACQUES BOURDIN Doit être respecté. Merci Bernard CAZENEUVE d'être venu nous voir ce matin. BERNARD CAZENEUVE Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/151.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/151.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1ace70a78cd6eef2528f17fdd7b69c85ac47fee4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/151.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Député, Président de la Commission des Lois, Monsieur le Préfet, Directeur général de la Police nationale, Monsieur le Préfet de Police, Monsieur le Directeur régional de la Police judiciaire, Monsieur le Commissaire divisionnaire, chef de la Brigade de Recherche et d'Intervention, Mesdames et Messieurs, Nous vivons dans un monde dangereux, où la sécurité nationale et celle de nos concitoyens sont des exigences de chaque instant. Les menaces auxquelles nous sommes confrontés ne cessent en effet d'évoluer : parce que notre rôle est de protéger les Français contre chacune d'entre elles, nous avons l'impérieux devoir de constamment nous adapter et de nous préparer à faire face à toutes les situations. Si nous l'avions oublié, les attentats des 7, 8 et 9 janvier derniers nous l'ont tragiquement rappelé. Dix-sept de nos compatriotes, parmi lesquels trois policiers, ont été froidement assassinés par des terroristes : dans la partie mondiale qui se joue pour éradiquer la terreur, la France est en première ligne. Nous savons que l'instabilité et la violence que connaissent plusieurs régions du monde la Syrie, l'Irak, la Libye, le Sahel permettent à des groupes terroristes de monter de véritables centres d'entraînement avec le projet de frapper nos populations et celles de nos voisins européens, aussi bien que les intérêts français dans le reste du monde. Nous savons également que le risque terroriste que nous affrontons à l'intérieur de nos frontières est désormais d'une nature bien différente de celle à laquelle nous étions habitués. Aujourd'hui, la menace est diffuse, parce qu'elle implique des personnes qui sont nées ou qui ont grandi parmi nous et qui, au terme d'un processus de radicalisation, basculent dans le fanatisme et la violence armée. Dès lors, nous devons tenir compte de ces évolutions et adapter en conséquence nos dispositifs de riposte. Mais le terrorisme n'est pas la seule menace à laquelle notre pays doit faire face. Le grand banditisme, les mafias et les trafics en tous genres, les différentes formes d'économie souterraine qui gangrènent des quartiers entiers et peuvent miner la société de l'intérieur, constituent pour nous des adversaires tout aussi redoutables. La plupart du temps, ils revêtent d'ailleurs, eux aussi, une forte dimension internationale, ce qui bien sûr complique encore davantage notre tâche. J'ajoute que les événements tragiques de janvier ont achevé de mettre en lumière un phénomène récent dont nous avions commencé à prendre conscience lors de « l'affaire MERAH » je veux parler de la porosité qui existe entre la petite et la grande délinquance enkystée dans nos quartiers d'une part, et ce terrorisme « de proximité » que je décrivais à l'instant d'autre part. Depuis 50 ans, la Brigade de Recherche et d'Intervention est placée en première ligne pour lutter contre toutes ces menaces qui se multiplient, se transforment et nourrissent les angoisses contemporaines. Depuis 50 ans, la BRI paye le prix de la lutte contre la criminalité organisée et contre le terrorisme. Depuis 50 ans, elle répond présent, chaque fois que, pour protéger nos concitoyens et neutraliser les malfaiteurs les plus dangereux, il faut intervenir avec force, précision et rapidité à la fois. C'est la raison pour laquelle je suis très fier d'être à vos côtés aujourd'hui pour présider cette cérémonie d'anniversaire et célébrer avec vous les cinquante années écoulées depuis la création de la Brigade de Recherche et d'Intervention. A l'origine de celle-ci, il y a, au début des années 1960, la volonté d'un homme, le commissaire François LE MOEL. Face à l'augmentation du nombre de braquages et de prises d'otages en région parisienne, il décide en effet de créer une unité d'élite, chargée de lutter contre ces entreprises criminelles. C'est ainsi que, le 22 septembre 1964, naît la Section de Recherche et d'Intervention, soutenue par le Directeur de la Police judiciaire de l'époque, Max FERNET. Sa mission est inédite : il s'agit d'enquêter en amont sur les braqueurs présumés afin de les interpeller en fragrant délit, et non pas après qu'ils ont commis leur forfait. C'est donc la démarche classique de l'investigation qui est renversée : au lieu de prendre pour point de départ le crime déjà perpétré, les policiers partent du criminel pour empêcher le crime. Aux yeux du commissaire LE MOEL, l'anticipation et la prévention constituent en effet les plus sûrs moyens de neutralisation des équipes de malfaiteurs qui se livrent au grand banditisme et qui, souvent récidivistes, finissent par bien connaître les techniques d'enquête de la police, compliquant par là même le travail des enquêteurs. La capacité à s'adapter aux évolutions de la criminalité est encore aujourd'hui la marque de fabrique de la BRI. Depuis 1964, cette méthode a largement fait ses preuves. Au fil des années, la Section de Recherche et d'Intervention, devenue en 1966 la Brigade de Recherche et d'Intervention, a renforcé ses compétences et affiné son savoir-faire, passant ainsi maître dans l'art de la filature, de la surveillance et de l'interpellation des criminels les plus redoutables. Au point même que ses méthodes et son professionnalisme ont inspiré la création du RAID en 1985, renforçant ainsi les capacités de la police française à lutter contre toutes les formes de criminalité et de grand banditisme. Après 1972 et la tragique prise en otages des athlètes israéliens lors des Jeux Olympiques de Munich, la BRI s'est élargie et s'est également adaptée à l'apparition de nouvelles menaces, de type terroriste cette fois. La lutte antiterroriste est devenue l'une de ses spécialités, en plus des missions quotidiennes de surveillance et de filature qu'elle assure contre le crime organisé et la grande délinquance. A l'époque, en effet, il n'existait en France aucun groupe d'intervention capable de réagir dans l'urgence à une prise d'otages massive ayant lieu en pleine ville. Pour combler ce manque, la Préfecture de Police crée alors la Brigade Anti-Commando qui, en cas de crise, regroupe désormais autour du pivot que constitue la BRI plusieurs unités issues d'autres services parisiens. Le tout premier service français et même européen d'intervention d'urgence était né. Depuis cet événement, l'ennemi que nous combattons n'a bien sûr cessé de changer de visage, de technologie et de mode opératoire, de même qu'il n'a cessé de s'adapter aux nouveaux moyens de destruction et de communication. C'est la raison pour laquelle, face à des actes criminels de plus en plus sophistiqués, il vous faut sans cesse anticiper leurs évolutions, avoir toujours un coup d'avance. Quoi de commun, en effet, entre la prise d'otages de Munich en 1972 et les « tueries planifiées » d'aujourd'hui ? Nous affrontons des terroristes mieux renseignés et mieux préparés que jamais, qui font en sorte de profiter d'une exposition médiatique planétaire. A l'heure de la mondialisation de l'information, des réseaux sociaux et des chaînes d'information en continu, l'effet provoqué est terrible, et son écho, durable, aux quatre coins de la planète. Voilà pourquoi, depuis 2009, la BRI est l'une des composantes de la Force d'intervention de la Police nationale (FIPN), au côté du RAID. Ce regroupement des unités d'intervention de la police nous a ainsi permis de rationaliser et d'accroître l'efficacité de notre riposte. C'est ainsi que nous pourrons répondre toujours plus rapidement aux attaques. Au cours de l'assaut, comme vous le savez mieux que quiconque, la moindre seconde compte, le temps est une denrée précieuse pour sauver un maximum de vies. Grâce à vous, grâce aussi aux gendarmes du GIGN, nous sommes prêts à la riposte. Aujourd'hui, je veux rendre hommage aux femmes et aux hommes qui, depuis tant d'années, ont fait l'histoire de la BRI, à tous ceux qui, avec courage et abnégation, se sont engagés dans cette unité d'élite, au péril de leur vie pour sauver celle des autres, lutter contre le crime et veiller au respect de la loi républicaine. Je salue évidemment votre chef, le commissaire divisionnaire Christophe MOLMY, ainsi que le commissaire Georges SALINAS, qui le seconde. Je veux également saluer l'ensemble des directions qui, au côté de la BRI, coopèrent au sein de la Brigade Anti-Commando : la Police judiciaire, la Direction de l'Ordre public et de la Circulation (DOPC), la Direction de la Sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, le Laboratoire central de la Préfecture de Police, mais aussi la Brigade de Sapeurs-pompiers de Paris qui met à disposition ses médecins-urgentistes, ainsi que le Pr Denis SAFRAN, votre indéfectible et précieux compagnon de route. Car la BRI, notamment dans ses activités d'anti-commando et de contre-terrorisme, c'est d'abord le résultat d'une coordination étroite entre plusieurs équipes. Cette capacité à travailler ensemble pour être plus fort et pour gagner en efficacité doit continuer à nous inspirer. Et puis, bien sûr, je veux saluer la mémoire de vos collègues tombés en mission, au service de la France et des Français. Aujourd'hui, nous pensons à eux avec gratitude et respect. Nous pensons à leurs familles auxquelles j'adresse au nom de la Nation un message de compassion, d'amitié et de soutien. Jamais nous n'oublierons leur sacrifice. La République sera éternellement reconnaissante à ceux qui la servent jusqu'au sacrifice de leur vie. En cette journée d'anniversaire, je veux rendre à nouveau hommage à votre engagement et à votre courage, qui forcent le respect. Vos succès méritent notre admiration. En un demi-siècle, vous et ceux qui vous ont précédés ont neutralisé bien des criminels, et ont sauvé bien des Français. Car, la BRI, c'est une histoire. La BRI, c'est une exigence. La BRI, c'est une légende. La BRI, c'est aussi une suite de noms illustres, une succession de « grands flics » : Robert BROUSSARD, Lucien AIMÉ-BLANC, Michel FAURY et aujourd'hui Christophe MOLMY. Je pense bien sûr également à Christian LAMBERT, qui est lui aussi passé par la brigade, avant de poursuivre sa brillante carrière, notamment à la tête du RAID. Je ne vais pas procéder à l'énumération exhaustive des grandes heures qui ont scandé votre histoire. Mais quelques hauts faits, qui sont restés dans notre mémoire collective, nous ont tous marqués par le courage et l'efficacité dont votre unité a fait preuve. Je pense à l'interpellation, que l'on enseigne dans les écoles de police, de sept malfaiteurs qui s'apprêtaient à dérober, le 26 décembre 1967, la recette des magasins du Louvre. Je pense bien sûr à la libération du banquier Bernard MALLET, en août 1977, et du baron Edouard-Jean EMPAIN, en janvier 1978. Je pense évidemment à la poursuite épique de l' « ennemi public numéro un », Jacques MESRINE qui, le 8 mai 1978, s'était évadé de la prison de la Santé, avant d'être neutralisé, le 2 novembre 1979, par les policiers de l'Antigang, à la porte de Clignancourt. Comme chacun sait, cet épisode est entré dans la légende. Je pense à l'intervention conjointe, le 14 janvier 1986, de la BRI et de la BRB, pour intercepter les braqueurs du fameux « gang des postiches » qui venaient d'attaquer l'agence du Crédit Lyonnais de la rue du Docteur Blanche dans le 16e arrondissement. Malheureusement, l'un des vôtres trouvait la mort au cours de l'opération. Plus près de nous, je pense à la neutralisation, en janvier 2012, des frères LASCAR, retranchés à leur domicile à Pantin. Je pense bien sûr à votre parfaite intervention, le 25 novembre dernier, après que deux malfaiteurs eurent braqué une bijouterie Cartier à proximité des Champs-Elysées, avant de se retrancher chez un coiffeur qu'ils avaient pris en otage. Votre grand professionnalisme a alors permis la reddition sans heurts des deux criminels, et la libération sans dommage de leur prisonnier. Je pense également à l'arrestation, le 27 novembre, de Jean-Luc GERMANI, l'un des derniers parrains du milieu corse, alors en cavale depuis trois ans. Je pense enfin, je pense évidemment à l'assaut que vous avez mené, le 9 janvier dernier, contre le terroriste Amedy COULIBALY, retranché avec plusieurs otages dans l'épicerie « Hyper-Casher » de la porte de Vincennes, où quatre de nos concitoyens avaient malheureusement déjà trouvé la mort, au simple motif qu'ils étaient juifs. Une fois de plus, vous avez sauvé des vies. Et je sais que cette intervention a profondément marqué tous ceux qui y ont participé. Face aux nouvelles menaces que j'évoquais tout à l'heure et dont les attentats de janvier constituent un tragique exemple, le Gouvernement sait pouvoir compter sur votre unité d'élite. Le grand banditisme et les radicalismes meurtriers, d'où qu'ils viennent, doivent être combattus sans faiblesse. Dans les pires situations, les intérêts vitaux de la Nation sont entre vos mains, ainsi que la sécurité des Français. Mesdames et Messieurs, à vous tous comme à chacun de vous, je souhaite un très bel anniversaire et je vous apporte l'hommage de la Nation toute entière. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/152.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/152.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8bd9915aea805b6aea72f9575c272c5f337661e0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/152.txt @@ -0,0 +1 @@ +- Quel est le sens de votre visite en Colombie ? Pourquoi un Premier ministre français vient-il en Colombie ? En janvier dernier, lors de sa visite à Paris, le président SANTOS m'a invité à venir en Colombie. J'ai tout de suite accepté. Depuis près de deux cents ans, nos deux pays sont liés par une amitié forte, née avec la Révolution française et l'Indépendance colombienne. Je viens célébrer cet héritage. Je viens, aussi, naturellement, marquer l'appui de la France au processus de paix et de réconciliation nationale conduit par le gouvernement. Je veux aussi évoquer d'autres sujets importants : politique économique, sécurité intérieure, mais aussi éducation, culture, agriculture. Ils seront au cœur de mes échanges avec les autorités colombiennes. Je veux une visite qui renforce une relation déjà solide entre nos deux pays. A titre d'exemples : les entreprises françaises sont le premier employeur étranger en Colombie et la France est le 3ème pays d'accueil des Colombiens dans le monde. - Vous êtes né à Barcelone. Quel est votre regard sur le monde latino-américain et sur la Colombie en particulier ? Je suis pleinement français. La France m'a donné la chance et l'honneur d'occuper les fonctions qui m'amènent aujourd'hui ici. Mais je suis aussi un Européen du sud avec un intérêt particulier pour l'Amérique latine. J'ai grandi avec les livres de VARGAS LLOSA, CORTAZAR, FUENTES, CARPENTIER, et bien entendu GARCIA MARQUEZ. Je suis convaincu que la France doit être plus présente en Amérique du Sud, continent en pleine métamorphose qui s'affirme de plus en plus sur la scène internationale. La Colombie, qui connaît depuis quinze ans un essor économique formidable, prend toute sa part dans ce mouvement. Il était d'ailleurs logique de confirmer, le 10 juin dernier, à Bruxelles, avec les autorités colombiennes, la fin programmée de l'exigence de visas Schengen en 2015. C'est une excellente décision de l'Europe, que la France a toujours appuyée, je m'en réjouis. - La France a été un acteur clef dans le conflit colombien jusqu'à la libération d'Ingrid Betancourt en 2008. Quel rôle compte jouer votre gouvernement lors d'un éventuel post conflit dans notre pays ? Pensez-vous que le processus de paix colombien soit en bonne voie malgré les récentes tensions ? Comme tous les Européens, je sais que la paix est une chose fragile, qu'elle n'est jamais acquise. Elle demande une implication constante, pas seulement des Etats, mais aussi des peuples. Je suis impressionné par la détermination du président SANTOS et du gouvernement colombien pour parvenir à un accord de paix durable et juste. Je ne crois pas avoir de conseils à donner, mais il me paraît essentiel que les droits des victimes soient placés au cœur des discussions et que les différents protagonistes du conflit prennent leurs responsabilités vis-à-vis de leurs compatriotes. La France se trouve naturellement aux côtés de la Colombie pour la soutenir dans la période de post-conflit. Elle le fait à titre bilatéral et à travers l'Union européenne et l'ONU. - Les présidents SANTOS et HOLLANDE ont annoncé en janvier la constitution d´un Comité stratégique franco-colombien visant à stimuler la relation bilatérale. Cinq mois plus tard, où en est-on et qu´attendez-vous de ce Comité ? Cinq mois, c'est un peu court pour tirer un bilan. Ce qu'il faut c'est continuer à travailler sans relâche pour dynamiser la relation entre nos deux pays. Et je voudrais rendre hommage à un grand Colombien, Nicanor RESTREPO, qui nous a quittés brutalement en mars dernier. Il était le premier co-président colombien du Comité stratégique franco-colombien créé par les Présidents HOLLANDE et SANTOS en janvier dernier. Ses talents d'entrepreneur, son engagement social et pour la paix, son amitié pour la France, sont des sources d'inspiration pour le travail qui est devant nous. - Votre ministre de la Culture vous accompagne en Colombie. Y a-t-il des projets spécifiques que vous souhaitez développer ? Oui, et ils sont nombreux. En 2017, des Saisons croisées entre la France et la Colombie seront organisées. Lors du premier semestre, la Colombie accueillera la France, puis ce sera au tour de la France d'accueillir la Colombie pour six mois. Trop souvent, la Colombie se résume en France à quelques clichés dépassés. Nous voulons donc montrer à un large public aux Français, et à tous ceux qui visitent notre pays la richesse et le potentiel de la Colombie, sur les plans notamment artistique et culturel. Ce sera une grande fête dont je me réjouis d'avance ! - Pourquoi est-ce si difficile de réformer la France ? Les Français ont-ils peur et manquent-ils de confiance en eux, comme certains le pensent ? N'existe-t-il pas un projet commun qui unit les Français ? Je ne partage pas votre point de vue. Contrairement aux idées reçues, la France a entamé un programme très ambitieux de réformes : compétitivité des entreprises, souplesse du marché du travail, évolution de nos collectivités territoriales ou encore refondation de notre système éducatif. La France est donc en mouvement. Et les Français, dans leur très grande majorité, y sont favorables, car ils savent que la France doit s'adapter, se renforcer, pour conserver son rang de grande puissance. Je garde cependant les yeux ouverts. Je suis conscient des blocages, des doutes, des fractures, du pessimisme qui trop souvent traversent la société française, sur fond de crise économique. C'est pourquoi, je n'ai de cesse, avec d'autres, de défendre notre modèle républicain, nos valeurs de tolérance, de solidarité, de laïcité qui sont les ciments de notre nation, et nos meilleurs atouts pour aller de l'avant. - La France est-elle prête à faire face à un éventuel échec des négociations avec la Grèce et une possible sortie d'Athènes de la zone euro voire de l'Union européenne ? L'échec n'est pas une option. Il faut réussir. Pour la Grèce bien sûr, mais aussi pour préserver l'intégrité de la zone euro. Même si le temps presse, nous pouvons obtenir dans les prochains jours un accord, car le gouvernement grec a pris ses responsabilités. Tout doit désormais être fait pour conclure cette négociation. La France n'a pas d'autre objectif et continuera à œuvrer en ce sens sans relâche. - La France a connu de terribles attentats en janvier et il y a eu un sursaut du peuple français. Comment interprétez-vous ces attentats ? Y a-t-il un malaise français ? Y a-t-il vraiment un péril islamiste ? De façon plus générale, en France comme en Europe, on observe une montée des partis radicaux ou extrémistes. Est-ce un danger pour la démocratie ? L´Europe est riche : pourquoi ce phénomène ? En janvier dernier, la France a été durement frappée par le jihadisme. En trois jours, dix-sept personnes ont été assassinées parce qu'elles étaient journalistes, policiers ou juives. Cette folie meurtrière s'abat malheureusement sur de nombreux autres pays : récemment la Belgique, le Danemark, la Tunisie, l'Australie, le Kenya … C'est une menace globale sans précédent à laquelle nous devons faire face avec la plus grande détermination. Il n'y a pas de spécificité française même si la France est très exposée compte tenu des valeurs qu'elle incarne la démocratie, la liberté, la laïcité et de sa détermination à combattre le terrorisme. Nous agissons dans tous les domaines, non seulement en matière de sécurité, de renseignement, mais aussi de prévention, d'éducation, de lutte contre la radicalisation. Si nous faisons face à la menace du jihadisme, je veux rappeler que plusieurs millions de musulmans vivent en France et rejettent cette conception dévoyée de l'islam. Dans l'épreuve, les Français se sont rassemblés par millions, dans la dignité, pour dire « non » au terrorisme, à l'intolérance, à l'antisémitisme et au racisme, dont se nourrissent tous les extrêmes. Il nous appartient de prolonger cet esprit. Ce sera un combat long. Mais j'ai la conviction que les valeurs démocratiques seront toujours plus fortes que la haine et l'obscurantisme. - Le Pape vient de prendre des positions fortes sur la protection de l´environnement et la lutte contre les dérèglements climatiques. Quel est l´objectif de la France en décembre en accueillant la COP21 ? Quel rôle voyez-vous pour la Colombie ? Les prises de position du pape François contribuent à éveiller les consciences. Nous sommes face à un ultimatum environnemental. Il n'y a plus un instant à perdre. Le rendez-vous de décembre ne doit pas être manqué. C'est pour la France une immense responsabilité. Elle mettra tout en œuvre pour arriver à un accord ambitieux et juste, notamment pour les pays les plus pauvres. L'objectif est de maintenir le réchauffement mondial en dessous de 2°C. Nous savons que nous pouvons compter sur l'appui et l'engagement de la Colombie. Comme l'a rappelé le Président SANTOS lors de sa visite à Paris, le territoire colombien est un des plus exposés au monde aux dérèglements climatiques qui menacent sa population, les trésors de biodiversité du pays et la beauté stupéfiante de ses paysages. La voix que fera entendre la Colombie sera donc utile pour l'humanité entière. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/153.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/153.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2326ad8eff47fed42ef8cd4ec50737cdf322ff81 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/153.txt @@ -0,0 +1 @@ +Claire Chazal Bonsoir Bernard Cazeneuve. Bernard Cazeneuve Bonsoir. Claire Chazal Merci beaucoup d'être sur ce plateau ce soir. D'abord, est-ce que vous pouvez nous dire si d'autres suspects, on a vu qu'il y avait quatre gardes-à-vue actuellement dans cette affaire, est-ce que d'autres complices sont recherchés ? Est-ce que d'autres personnes ont été arrêtées déjà ? Bernard Cazeneuve D'abord, Claire Chazal, vous comprendrez que j'ai une pensée pour la victime, pour sa famille, une pensée aussi pour les 43 salariés qui étaient présents sur le site et dont j'ai pu constater lorsque je me suis rendu sur place à quel point ils étaient traumatisés et dans l'émotion, une pensée aussi pour le pompier qui a mis hors d'état de nuire ce terroriste et l'ensemble des forces de sécurité placées sous ma responsabilité qui sont mobilisées sous l'autorité du parquet antiterroriste pour faire aboutir l'enquête. Le procureur de la République, François Molins, s'est exprimé tout à l'heure avec un haut niveau de précision pour dire qu'il y avait quatre gardes-à-vue, que ces gardes-à-vue concernaient des membres de la famille de la personne suspectée, incriminée et des personnes éventuellement impliquées dans cette affaire. Je ne ferai pas d'autres commentaires parce que, comme l'a dit le procureur François Molins tout à l'heure, il faut être d'une extrême prudence et faire attention à ce qu'il n'y ait pas de déclaration qui puisse venir obérer l'efficacité de l'enquête. Claire Chazal Alors, monsieur le ministre, on a compris aussi que le suspect numéro 1 était connu de services de police pour radicalisation à un moment dans certaines années antérieures. Pourquoi n'était-il plus sous surveillance ou cette surveillance, pourquoi a-t-elle été relâchée ? Bernard Cazeneuve Il faut être extrêmement précis sur ce point. Il a été mis sous surveillance parce qu'il était suspectée dans les années 2005 et puis ensuite entre 2006 et 2008 d'être en lien non pas avec des groupes terroristes mais avec des groupes salafistes, radicalisés. Cette surveillance a eu lieu entre 2006 et 2008, il a fait l'objet d'une fiche S, il a été inscrit au fichier des personnes recherchées et puis en 2008, les services ont considéré qu'en l'absence d'éléments venant en appui de la suspicion dont il faisait l'objet, on levait la fiche S. Claire Chazal On ne sait pas s'il est parti en Syrie... Bernard Cazeneuve Ensuite, il y a eu d'autres éléments qui sont intervenus en 2014 qui ont fait l'objet d'une nouvelle mobilisation des services sur la base d'un témoignage d'une personne qui n'a pas confirmé son témoignage mais nous avons malgré tout continué les enquêtes d'entourage, procédé aux surveillances qui n'ont rien donné et il n'y a pas d'éléments entre les mains des services témoignant de l'engagement avant les événements de ce jour de ce personnage dans des activités …Il est évoqué dans des séjours à l'étranger qui n'ont pas été confirmés. Sur ce sujet, je veux dire ce que j'ai eu l'occasion de dire à plusieurs reprises lorsque des événements de ce type se sont déroulés. Premièrement, le ministère dont j'ai la charge est bien entendu désireux de la plus grande transparence, il l'a montré devant le Parlement, il l'a montré devant la presse et il continue à faire la transparence et la lumière aux côtés de la justice. Deuxièmement, nous sommes face à des actes d'une extrême barbarie et qui appellent la plus grande maîtrise à la fois dans les propos publics dans un contexte où il y a un traumatisme dans le public et la plus grande précision quant aux informations que l'on diffuse. Et enfin, troisièmement, j'en profite pour le dire, lorsqu'il y a des événements d'une telle ampleur qui suscitent un tel effroi et je l'ai vu ce matin sur le terrain, un tel chagrin, chacun qui est dans la responsabilité publique doit s'employer à assembler les forces du pays, à faire en sorte que le pays renforce la capacité de résilience par le rassemblement et la dignité des propos. Claire Chazal Alors, Bernard Cazeneuve, est-ce que vous estimez aujourd'hui que le risque terroriste qui existe en France on le voit depuis plusieurs mois, a changé de nature ? Bernard Cazeneuve Oui, il a changé de nature et nous n'avons cessé avec le président de la République et le Premier ministre de le dire : nous sommes face à un risque extrêmement élevé. Nous ne sommes plus face à des groupes terroristes qui venaient de l'extérieur, commettaient des actes et repartaient. Nous sommes face à ce que j'ai appelé un terrorisme en libre accès, c'est-à-dire par le biais de la fréquentation d'Internet, par le biais d'une propagande extraordinairement sophistiquée des groupes terroristes, un nombre de ressortissants des pays de l'Union européenne parmi les plus vulnérables basculent dans l'activité terroriste et c'est la raison pour laquelle nous n'avons cessé de nous adapter à cette menace pour être efficaces face à elle. En quelques mots... Claire Chazal Ça veut dire que les arrestations se multiplient ? Bernard Cazeneuve Non... Attendez... En quelques mots, là aussi je veux être extrêmement précis : beaucoup de postes ont été perdus dans les services de police et de renseignement ; nous en recréons et vous vous souvenez qu'au mois de janvier, le Président de la République et le Premier ministre ont pris la décision de créer 1.500 postes dont 1.000 dans les services de renseignement et de faire un effort de 233 millions d'euros sur trois ans pour moderniser nos services. Il y a deux lois antiterroristes qui ont été adoptées par le Parlement, une portée par le Premier ministre lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, une portée par moi-même ; et nous avons adopté il y a deux jours une loi sur le renseignement dont on expliquait qu'elle était un dispositif de surveillance généralisée qui est pour l'essentiel de ce dispositif, centré sur la lutte antiterroriste et qui doit nous permettre dans un contexte de menace très élevée, d'être plus efficaces en mobilisant des techniques qui permettent de faire de la prévention. Donc le gouvernement n'a cessé d'agir en créant des postes, en donnant des moyens, en prenant des dispositions législatives, en réorganisant les services et dans la responsabilité qui est la mienne, sous l'autorité du Président de la République et du Premier ministre, je continuerai en permanence à adapter nos services à la réalité de la menace. Claire Chazal Avec un plus grand nombre d'arrestations ? Bernard Cazeneuve Je vais vous donner là aussi des chiffres : la semaine dernière la semaine dernière avant cet attentat, la DGSI, placée sous ma responsabilité, a procédé à 14 arrestations. Depuis quelques mois, depuis que la menace augmente, nous avons 150 instructions judiciaires qui ont permis l'arrestation de plus de trois cents personnes. Nous avons à peu près 120 personnes qui ont été incarcérées, à peu près un soixantaine de contrôles judiciaires et 180 mises en examen ; c'est dire à quel point nous travaillons sans trêve ni pause ; et nous continuerons à le faire parce que nous devons aux Français la vérité : le niveau de menace est élevé et face à ce niveau de menace, nous devons nous adapter législativement nous le faisons donner à nos services de nouveaux moyens, améliorer la coopération européenne et internationale et il faut comprendre que nous sommes entrés dans un site de menaces qui nous impose de la vigilance, de la capacité d'adaptation et aussi du sang-froid, de la maîtrise et de la dignité. Claire Chazal Nous allons vous entendre encore dans un instant Bernard Cazeneuve. Reportage en Tunisie touchée par un attentat (…) Claire Chazal On parlait de cette menace, Monsieur le Ministre, tout à l'heure. Pour cet attentat de Sousse, est-ce qu'on est sûr que des Français ne figurent pas parmi les victimes ? Bernard Cazeneuve Je n'ai pas d'autres informations à communiquer que celles qui ont été communiquées par le Quai d'Orsay au journaliste qui s'exprimait tout à l'heure. 38 morts, 42 blessés, un drame absolu qui a conduit le ministre Laurent FABIUS et le Président de la République à exprimer la solidarité de la France à l'égard de la Tunisie ; une coopération dans la lutte antiterroriste entre les pays de l'Union européenne, la Tunisie et notamment la France, qui m'a conduit au moment de l'attentat du Bardo, à me rendre en Tunisie pour approfondir encore cette coopération ; d'autres pays de l'Union européenne coopèrent également parce que la lutte contre le terrorisme, c'est une affaire de mobilisation nationale, c'est aussi une affaire de mobilisation européenne et c'est une affaire de mobilisation de tous ceux qui aspirent à vivre dans la paix et dans la liberté. C'est la raison pour laquelle l'action de la France est également très forte en Europe : modification du dispositif Schengen pour faire en sorte qu'il puisse y avoir des contrôles systématiques et coordonnés aux frontières ; mise en place du PNR européen pour faire en sorte que nous soyons plus efficaces dans le rétablissement de la traçabilité du parcours des terroristes et que nous puissions judiciariser ceux qui reviennent sur le territoire européen après avoir franchi les frontières Schengen, coopération entre nos services de renseignement, renforcement d'EUROPOL, renforcement d'EUROJUST. C'est aussi cette action que nous conduisons au sein de l'Union européenne et qui nous mobilise, avec nos principaux partenaires, je pense aux Allemands notamment, aux Espagnols, aux Italiens, aux Britanniques. Claire Chazal Merci beaucoup Bernard Cazeneuve, d'être venu ce soir commenter cette double et triste actualité. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/154.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/154.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1817dec3bad21ff2a888a64930bb98e6a0d586c1 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/154.txt @@ -0,0 +1 @@ +Un crime à caractère terroriste est intervenu ce matin ici, dans l'Isère. Une personne a été assassinée, décapitée et le Parquet antiterroriste de Paris a immédiatement été saisi de l'enquête et cette enquête est en cours. L'identité du criminel est en cours de précision, mais nous savons d'ores et déjà qu'il pourrait s'agir de Yassine SALHI. Ce personnage avait fait l'objet d'une fiche S en 2006 pour radicalisation, qui n'a pas été renouvelée en 2008. Il n'avait aucun casier judiciaire et nous saurons dans le cadre de l'enquête en cours si d'autres éléments le concernant permettent d'avoir des éléments plus précis concernant son profil. Des instructions ont été données pour que l'enquête se poursuive et que d'éventuelles complicités soient identifiées, et que les auteurs soient mis hors d'état de nuire. Des personnes ayant pu participer à ce crime abject ont été mises en garde à vue après avoir été arrêtées, et l'enquête permettra là aussi d'établir s'ils sont impliqués dans cette affaire, de quelle manière ils l'ont été, il est encore trop tôt pour le dire. De la même manière, la victime est en cours d'identification. Tous les services qui sont sous ma responsabilité sont mobilisés sous l'autorité du Parquet antiterroriste de Paris, de manière à faire aboutir rapidement cette enquête. L'auteur supposé de ce crime a été neutralisé après que le crime a été perpétré par une personne du SDIS de l'Isère, qui s'est rendu sur place et qui avec beaucoup de courage et beaucoup de sang-froid a procédé à la mise hors d'état de nuire de cet individu. Je tiens à adresser à ce pompier et à l'ensemble de ses collègues qui sont intervenus sur site mes remerciements pour la promptitude et l'efficacité de leur intervention. De même que je tiens à adresser à l'ensemble des forces de sécurité du département de l'Isère et de la zone de défense mes remerciements également et ma gratitude, pour la rapidité avec laquelle ils sont intervenus sous l'autorité du Parquet, pour faire que ceux qui pourraient être impliqués dans cet acte odieux soient immédiatement neutralisés. Je veux également indiquer que depuis des mois, le gouvernement prend toutes les mesures pour assurer la protection des Français face à un risque dont je n'ai cessé de dire, avec le président de la République et le Premier ministre, qu'il demeurait à un niveau très élevé. C'est ainsi que deux lois renforçant les moyens de l'État dans la lutte contre le terrorisme ont été adoptées. Une troisième loi concernant l'activité et les moyens de nos services de renseignement a été adoptée par le Parlement avant-hier, de façon définitive, qui permettra à nos services dans le cadre de la lutte antiterroriste de disposer de moyens nouveaux qui, pour l'instant, leur faisaient cruellement défaut. Je veux également indiquer que sur l'ensemble du territoire national, sous ma responsabilité et celle des préfets, un dispositif puissant de protection des lieux de culte et des établissements sensibles est mis en œuvre, qui permet d'assurer la protection des Français qui sont plus particulièrement ciblés par des actes terroristes. Enfin, je veux indiquer aussi qu'après que notre pays a perdu de nombreux emplois et de nombreux moyens, dans ces services de renseignement mais pas simplement, au sein de l'ensemble des forces de sécurité, le Premier ministre et le président de la République ont pris la décision au mois de janvier dernier de rehausser très sensiblement les moyens dont disposent nos services. Qu'il s'agisse des moyens en personnel, 1.500 postes ont été créés, 233 millions d'euros ont été alloués aux services de renseignement, leur permettant d'accomplir leurs missions. Cet effort exceptionnel témoigne encore une fois de la volonté du gouvernement d'assurer, dans des circonstances particulièrement difficiles pour le pays, un haut niveau de protection des Français. Je veux dans les circonstances particulières de ce drame, qui est une nouvelle épreuve pour notre pays, appeler une fois de plus comme l'a fait le président de la République à l'instant à Bruxelles à la dignité, à la responsabilité et au rassemblement de tous ceux qui dans notre pays sont attachés aux valeurs de la République, et sont conscients de la mobilisation générale du pays pour faire face au risque terroriste. Je le fais aussi en ayant une pensée émue pour les victimes de ces actes, pour cette personne innocente qui a été assassinée et abjectement décapitée, pour les victimes des attentats aussi du mois de janvier. Dans les circonstances particulières que traverse notre pays et compte tenu de la violence de ces actes, de l'abjection barbare qui préside aux actions des terroristes, je tiens une fois encore à dire que notre pays sera plus fort, si chacun qui porte une parole publique est capable d'être dans la retenue et dans la dignité. Réponses aux journalistes Journaliste Qu'est-ce que vous pouvez nous dire de plus sur ce Yacine SALI ? Quel âge a-t-il ? D'où est-il ? Bernard CAZENEUVE C'est un individu qui résiderait dans la région lyonnaise, à Saint-Priest. Je dis résiderait? parce que nous sommes en train de procéder aux ultimes vérifications et qu'aussi longtemps que nous n'avons pas des éléments définitifs, il faut être extrêmement prudent, qui est un personnage qui a fait l'objet d'une fiche S en 2006 qui n'a pas été renouvelée en 2008, qui est un individu qui aurait été en lien avec la mouvance salafiste mais qui n'avait pas été identifié par les services comme ayant participé à des activités à caractère terroriste, qui n'avait pas de casier judiciaire contrairement à d'autres individus qui se sont trouvés impliqués dans de telles opérations et de tels crimes au cours des derniers mois. Journaliste Il n'était pas particulièrement surveillé ces derniers temps. Bernard CAZENEUVE Il ne faisait pas l'objet d'une fiche S depuis, encore une fois, 2008. Et donc, il faisait l'objet d'une attention depuis 2008-2010 pour sa radicalisation, son lien avec la mouvance salafiste mais il n'était pas connu pour être en lien avec des acteurs terroristes. Et il y a aujourd'hui un très grand nombre de services qui sont mobilisés dans tous les départements de France pour suivre sur la base des consignes que j'ai données ceux qui peuvent se radicaliser et on suit plus particulièrement ceux qui sont en lien avec des entreprises terroristes, ce qui n'était pas le cas de cet individu au regard des renseignements dont disposaient les services. Journaliste Des éléments liés à Daesh ont-ils été retrouvés sur les lieux de l'attentat ? Bernard CAZENEUVE Il y a des drapeaux qui vont faire l'objet d'une analyse. Pour l'instant, le texte de ces drapeaux n'a pas encore été traduit et nous sommes dans une enquête qui se déploie, qui est en cours, et c'est quand nous aurons les éléments de cette enquête bien entendu que le procureur de la République de Paris les commentera. Journaliste Combien y a-t-il d'interpellations ? Bernard CAZENEUVE Je ne peux pas pour l'instant donner d'informations précises sur ce point pour la bonne et simple raison qu'il peut y avoir encore des interpellations en cours et que je ne souhaite pas les… Journaliste Pourquoi cette entreprise était visée ? Pourquoi AIR PRODUCTS était visée ? Bernard CAZENEUVE Je ne peux pas répondre à cette question, l'enquête le dira, et je vous ai donné l'ensemble des informations dont je disposais. S'il y a dans le courant de l'après-midi d'autres informations qui nous sont communiquées, à ce moment-là bien entendu le procureur de la République de Paris, moi-même en lien avec lui, communiquerons ces informations à mesure qu'elles nous parviendront, mais je ne veux pas, comme toujours lorsqu'il s'agit de faits d'une grande gravité qui sont couverts par une instruction, donner des informations qui ne seraient pas absolument précises. L'enquête vient de commencer, cette enquête doit se déployer, elle se déploie dans le respect des procédures de droit et notamment sous l'autorité du parquet antiterroriste de Paris. Les informations que je donne là sont les premières informations dont nous disposons, nous sommes en train d'en récupérer d'autres. Une enquête est en cours et comme toujours lorsque des événements d'une telle gravité se produisent, nous communiquons les éléments de l'enquête en très étroite liaison avec le parquet antiterroriste et sous son autorité à mesure que ces éléments sont confirmés. On ne peut pas, sur des sujets de cette nature, être dans l'approximation. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/155.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/155.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..799f7ac41ad7b0d3285e027b4a32c444bab344ed --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/155.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Maire, Mon Général, Directeur général de la Gendarmerie nationale, Mon Général, Directeur de l'École des Officiers de la Gendarmerie nationale, Mesdames et Messieurs les officiers et les élèves-officiers de la Gendarmerie, C'est la deuxième fois que j'ai le plaisir et l'honneur de présider les cérémonies de fin de scolarité de l'École des Officiers de la Gendarmerie nationale, ici, à Melun. J'ai conscience que, pour vous et pour vos familles, il s'agit d'un moment fort et émouvant, qui marque une étape nouvelle dans votre engagement au service de l'État, après des semaines intenses de formation. C'est d'abord un moment important, bien sûr, pour les élèves-officiers de la 120e promotion « colonel DELMAS », puisque la prise d'arme symbolise leur départ pour leurs différentes affectations. Demain, chacun d'entre eux rejoindra son unité de sécurité générale, de maintien de l'ordre public, de lutte contre l'insécurité routière ou bien de police judiciaire, et se retrouvera ainsi confronté au premier grand défi de sa carrière d'officier. C'est également un moment très important pour les élèves-officiers de la 121e promotion, qui viennent de recevoir votre nom de baptême, celui du lieutenant Jean JAMET, héros de la Gendarmerie, arrêté et fusillé pendant la Seconde Guerre mondiale pour s'être engagé dans la Résistance. Elèves-officiers de la 121e promotion, puissent le courage, le dévouement et le patriotisme du lieutenant JAMET, son attachement indéfectible aux valeurs de la République, vous inspirer et vous guider durant toute votre future carrière d'officier. Sa mémoire nous oblige, et je vous félicite d'avoir fait le choix de la raviver en donnant son nom à votre promotion. Un tel choix vous honore. Il témoigne du sens de la République et de l'État qui vous anime, mais aussi de la profonde solidarité des membres de la Gendarmerie nationale, qui jamais n'oublie l'un des siens, tombés au service de la patrie. En cet instant solennel, pensez aux motivations profondes qui vous ont conduits à vous engager dans la Gendarmerie : la volonté de servir et de défendre notre pays, celle de défendre l'État de droit. On ne choisit pas la Gendarmerie par hasard. C'est une noble vocation que vous avez embrassée, celle du service de l'État et de la défense de la loi républicaine. Appartenir à la Gendarmerie, c'est aussi accepter l'exposition au danger. Les gendarmes, comme les policiers, les militaires et les sapeurs-pompiers, font en effet partie de cette aristocratie républicaine du courage et du risque librement assumés. Appartenir à la Gendarmerie, c'est enfin protéger nos concitoyens, en particulier les plus faibles d'entre eux et qui sont les premières victimes de la délinquance. La délinquance est en effet la première des injustices, l'inacceptable manifestation de la loi du plus fort, dans les quartiers ou les territoires où, souvent, se concentrent toutes les détresses. Gendarmes, vous serez ceux grâce auxquels il n'existe pas en France de zones de non-droit. Là réside votre devoir. Au terme de deux années de formation, vous êtes prêts à relever les défis opérationnels qui ne manqueront pas de se présenter à vous. La formation complète que vous avez reçue à l'EOGN vous a en effet permis d'acquérir des savoir-faire militaires, professionnels et techniques, une expertise de haut niveau dans les domaines de la sécurité et de la défense. Vous avez notamment appris l'art de la synthèse et l'ouverture d'esprit qui vous permettront d'aborder vos missions avec recul et sérénité. Ils vous permettront également de prendre toute votre place dans la conception et la conduite des politiques publiques de sécurité, au sein du ministère de l'Intérieur, en interministériel, en interarmées ou encore à l'international. Même si bien sûr vous ne cesserez d'enrichir votre expérience tout au long de votre carrière future, vous avez d'ores et déjà en main bien des outils qui vous permettront de pouvoir réagir aux situations de crise et de prendre dans l'urgence les décisions qui s'imposent, quelles que soient les circonstances dans lesquelles vous serez amenés à intervenir, y compris les plus incertaines ou les plus dramatiques. Je pense bien sûr aux attentats de janvier ou bien, en mars, au crash de l'avion de la « GermanWings » dans les Alpes-de-Haute-Provence. Ces deux tragédies ont ainsi montré, dans des registres certes différents, la grande réactivité et le professionnalisme à toute épreuve qui caractérisent nos forces de l'ordre. Vous êtes également prêts à vous engager sur tous les théâtres d'opérations, aux côtés de vos camarades des Armées, comme nombre de vos prédécesseurs ont su le faire avec courage, notamment en Afghanistan ou en Côte d'Ivoire, ou plus récemment en Centrafrique. A l'EOGN, vous vous êtes par ailleurs forgés de solides valeurs, au premier rang desquelles l'intégrité, l'exemplarité, la loyauté, le dépassement de soi, l'esprit de corps. Vous savez combien je suis exigeant en matière de déontologie et de transparence. Cette exigence n'est pas seulement mienne : c'est celle légitime - de tous les Français. C'est à cette condition qu'est possible la confiance entre les forces de l'ordre et les citoyens que celles-ci protègent. Mais vous n'êtes pas seulement des gendarmes. Vous êtes des officiers. Vous aurez donc à assumer des responsabilités au sein d'une chaîne de commandement. Commander, ce n'est pas seulement donner des ordres, ce n'est pas confondre l'autoritarisme et l'autorité. Commander, c'est d'abord analyser, comprendre, anticiper pour mieux décider. Et décider n'est pas chose facile. Car, décider, c'est arbitrer entre de nombreux paramètres, techniques, opérationnels, budgétaires et humains. Comme officier, chacun d'entre vous est une force de proposition. Votre action doit donc être tournée vers la recherche de solutions et la résolution des difficultés. Ne prenez pas des décisions par habitude, mais parce qu'elles ont du sens. En tant qu'officiers, vous assumerez un rôle de conception et de conduite de la manœuvre. Vous vous ferez obéir, d'abord en raison de vos compétences, de votre exemplarité et de votre capacité à fédérer autour d'objectifs clairs les femmes et les hommes placés sous votre autorité et dont vous assumerez la responsabilité. Cette responsabilité, justement, vous oblige. En toute occasion, soyez soucieux de la sécurité de ces femmes et de ces hommes. Soyez toujours à leur côté et à leur écoute. Nouez des relations de confiance réciproques. Soyez particulièrement attentifs aux situations de détresse et ne tolérez aucune discrimination, aucune forme de harcèlement. Consacrez du temps au dialogue interne. La concertation et la participation participent en effet de la richesse de la Gendarmerie. Je compte sur vous, tout particulièrement dans ce domaine. L'adaptation au temps présent, l'anticipation des enjeux à venir, voilà ce qui d'ailleurs motive la démarche de participation lancée depuis deux années par votre Directeur général pour renforcer l'action opérationnelle, alléger le fonctionnement et l'administration de la gendarmerie, et valoriser les femmes et les hommes qui y servent. Si la « feuille de route » est précieuse, c'est aussi bien en raison des 300 mesures concrètes qu'elle a déjà rendu possibles, que grâce à l'esprit de modernité et de renouveau qu'elle insuffle au sein de cette belle et noble institution qu'est la Gendarmerie nationale. Comme vous le savez déjà, en matière de sécurité, les défis sont très nombreux. Les menaces auxquelles nous faisons face se diversifient. Notre société se complexifie. Le droit se raffine, excessivement sans doute. Mais c'est un fait, propre aux démocraties soucieuses des libertés individuelles et, à ce titre, il faut s'en réjouir. Votre métier en sera donc d'autant plus exigeant. Il mobilisera des savoirs pluriels, juridiques, techniques, psychologiques, managériaux. Je le suggérais à l'instant, votre formation est en réalité loin d'être achevée ! Et vous l'enrichirez jour après jour. La Gendarmerie nationale vous offre ainsi une opportunité de fonctions et de missions d'une exceptionnelle richesse, et je ne doute pas que vous saurez en exploiter toutes les ressources, au gré d'une carrière passionnante qui fera de vous des femmes et des hommes accomplis. Plus que jamais, la République se doit de préserver notre cohésion nationale et d'assurer la sécurité de tous, en tout point du territoire. Cet ordre républicain, sans lequel aucune liberté n'est possible, aucune société, ce sont les forces de l'ordre gendarmerie et police nationales qui ont pour mission, chaque jour, de le garantir. Telle sera demain la noble et nécessaire mission à laquelle vous participerez. La menace terroriste, vous le savez, est présente dans les métropoles comme dans la profondeur des territoires. Les attentats de janvier, comme l'assassinat barbare et la tentative d'attentat-suicide commis il y a quelques jours à Saint-Quentin-Fallavier, dans l'Isère, sont venus nous rappeler l'ardente nécessité d'être vigilants et coordonnés dans notre action. Cette menace, nous l'affrontons avec la plus grande détermination, mais aussi avec lucidité, car il est absolument nécessaire de toujours veiller à maintenir l'indispensable équilibre, propre à toute démocratie, entre la sécurité des Français et la préservation de nos libertés publiques. C'est dans cet esprit que nous avons donné aux forces de gendarmerie et de police les moyens nécessaires à l'efficacité de notre action antiterroriste et de notre activité de recueil et d'analyse du renseignement, notamment territorial. Intervenant sur 95 % du territoire, la gendarmerie joue un rôle déterminant dans la détection des signaux faibles de radicalisation violente. C'est notamment grâce à la gendarmerie que nous avons par exemple pu démanteler la filière de recrutement djihadiste localisée à Lunel. Et c'est parce que je connais la très grande capacité d'analyse et d'intervention de la gendarmerie que j'ai souhaité la création, au sein de ses unités, d'antennes de renseignement territorial pour que nous puissions mieux détecter les signaux faibles. Ces antennes ont vocation à travailler en liaison constante avec les services de renseignement territorial et avec les services spécialisés. J'attends de vous que, demain, dans vos affectations respectives, vous portiez une attention toute particulière à cet enjeu. Face au terrorisme de proximité, au phénomène de la radicalisation violente, aux porosités entre terrorisme et délinquance, les forces de l'ordre doivent travailler ensemble, main dans la main. C'est absolument nécessaire : il s'agit de changer de culture, de tenir compte des nouvelles réalités que nous affrontons, de comprendre que le monde a changé. Quelles que soient vos affectations futures, vous devrez organiser l'échange d'informations entre vous et avec les différents services de la police et du renseignement. Parlez-vous, soyez à l'écoute les uns des autres, partagez vos informations, travaillez ensemble. Vous avez la responsabilité de protéger nos concitoyens. Une telle responsabilité ne laisse pas de place pour les querelles et les divisions. Nous devons donc en finir avec la culture du cloisonnement, qui ne correspond plus aux réalités d'aujourd'hui. L'autre grand enjeu que vous affronterez demain, c'est bien sûr la sécurité au quotidien, la prévention et la lutte contre la grande et la petite délinquance. Une délinquance qui évolue, s'adapte, utilise les moyens numériques, s'internationalise aussi, tout en s'enracinant dans nos territoires. La lutte contre ces phénomènes nécessite, en amont, de mettre en œuvre des dispositifs adaptés de prévention et de surveillance, à l'instar des plans anti-cambriolages qui conjuguent les forces territoriales et les renforts d'escadrons de gendarmerie mobile. En aval, elle exige l'utilisation de techniques de police judiciaire pointues, telles que la police technique et scientifique ou le recours systématique à l'analyse criminelle. Dans vos territoires, vous aurez à concevoir et apporter des réponses de proximité, tout en participant à la réponse globale sur le haut du spectre de la délinquance. Vous disposerez à cette fin d'unités spécialisées de haut niveau, telles que le pôle judiciaire de la gendarmerie nationale à Pontoise, que j'ai récemment inauguré, et qui offre au ministère un outil d'expertise en ce qui concerne la criminalistique, la lutte contre les criminalités numériques et le renseignement criminel. Pour répondre à ces différents enjeux de sécurité renseignement, protection du territoire, sécurité publique, police judiciaire auxquels j'ajoute la sécurité routière, la gendarmerie bénéficie d'un formidable atout : son implantation au cœur des territoires, au plus près de nos concitoyens. C'est un atout, car, aujourd'hui, l'exigence de proximité est forte parmi les Français. Nous devons constamment expliquer, rassurer, proposer une offre de sécurité adaptée aux évolutions de la société et à la réalité de chaque territoire. Aucune force de sécurité ne peut fonctionner en vase clos. Vous serez donc en première ligne pour garantir l'indispensable relation de confiance avec la population. Ces liens se nouent au quotidien, mais aussi par la capacité à équilibrer la prévention et l'application des lois. La proximité ne saurait se résumer à l'implantation d'une brigade. La proximité, c'est un contact quotidien avec l'ensemble des acteurs de sécurité et avec la population. Ce contact quotidien prend aujourd'hui des formes nouvelles, il se diversifie : je pense aux services en ligne, aux conseils et informations relayés par les médias sociaux, aux permanences d'accueil au sein des maisons de service public. Avant de conclure, je veux rendre hommage au général Jean-Marc LOUBÈS, qui quittera cet été ses fonctions de directeur de l'EOGN. Son action à la tête de l'École a été en tout point exemplaire. Et je veux saluer l'arrivée, pour lui succéder, de la générale Isabelle GUION de MÉRITENS : sa nomination récompense ses grandes compétences humaines et professionnelles. J'y vois aussi un signe fort et une fierté pour les officiers féminins de la gendarmerie, à l'instar des 61 jeunes femmes des promotions « colonel DELMAS » et « lieutenant JAMET ». Je me réjouis d'ailleurs que les deux grandes écoles de la police l'ENSP de Saint-Cyr-au-Mont d'Or et de la gendarmerie soient, à la rentrée, dirigées par deux femmes de haut rang. Je souhaite, à chacun d'entre vous le meilleur, une carrière à la hauteur de vos espérances et de vos mérites. J'adresse à vos familles présentes un salut amical, en m'associant à la fierté qu'elles ressentent en ces moments forts. Elles sont aussi pour beaucoup dans ce que vous êtes aujourd'hui. Par votre engagement, votre exemplarité, votre sens du devoir, votre incarnation des valeurs de la République, cette fierté demeurera intacte. Demain, dans vos unités respectives, vous exercerez pleinement vos responsabilités. Je sais pouvoir compter sur vous tous comme sur l'ensemble des personnels de la Gendarmerie nationale, pour assurer, dans le respect de l'ordre républicain et des libertés publiques, la sécurité de nos compatriotes et la protection de nos institutions. Ma confiance est totale. Soyez en dignes, restez la fierté de vos maîtres et de vos professeurs, apportez à vos services les vertus de l'oeil neuf sans jamais vous départir de l'humilité de ceux qui ont encore à apprendre, n'oubliez jamais de tisser un lien confiant avec la population que vous protégez. Vous pourrez toujours compter sur mon soutien sans faille dans l'accomplissement de vos missions. Vive la Gendarmerie nationale ! Vive la République ! Vive la France ! Dès demain, dans vos unités, vous allez vivre une aventure humaine et professionnelle des plus passionnantes, mais également des plus exigeantes. Engagez-vous sans compter dans vos missions au service des Français. Vous pouvez compter sur moi, comme je sais pouvoir compter sur vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/156.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/156.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fef8d02990a6c92d9d6c95372e6262125ced7789 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/156.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, vendredi dernier, le terrorisme a une nouvelle fois frappé durement, aveuglément au Koweït, en Tunisie, mais aussi de manière particulièrement abjecte en France. À mon tour, j'ai une pensée pour Hervé Cornara et j'exprime toute ma solidarité à ses proches, à sa famille, ainsi qu'à toutes les familles des victimes de ce vendredi sanglant, comme vous l'avez appelé. Je leur adresse avec émotion les condoléances et l'entier soutien du gouvernement français. Ces nouveaux actes de folie meurtrière confirment - nous l'avons dit ici à de maintes reprises avec le ministre de l'intérieur - le niveau extrêmement élevé de la menace terroriste islamiste dans notre pays, en Europe, dans de nombreux pays dans le monde - États-Unis, Australie, Canada -, mais également dans les pays musulmans qui sont les premiers, je veux le rappeler, à souffrir de ce terrorisme djihadiste. Face à cette menace terroriste dont le niveau est inédit, insidieuse, protéiforme, je veux le répéter une nouvelle fois, calmement et avec beaucoup de détermination, tout est mis en œuvre pour assurer la sécurité des Français, même si le risque zéro n'existera jamais car nous sommes confrontés à un phénomène de radicalisation de masse sans précédent : 1.800 personnes sont recensées pour la seule mouvance des filières irako-syriennes. Ce phénomène s'inscrit dans la durée. C'est une guerre de longue haleine que nous menons contre le terrorisme et le djihadisme en France comme à l'extérieur. Nous devons cette lucidité et ce devoir de vérité à la représentation nationale, qui en est bien sûr informée, et qui elle-même a beaucoup travaillé sur ces questions. Je pense au travail réalisé par Éric Ciotti, Patrick Mennucci et ceux qui les accompagnés. Nous le savons donc, c'est un phénomène de longue durée. Sur le plan répressif, ce sont actuellement 145 dossiers judiciaires qui sont ouverts ; 306 personnes ont été interpellées dans le cadre de ces filières djihadistes syro-irakienne et 179 d'entre elles ont fait l'objet de poursuites. Lorsque les poursuites judiciaires ne sont pas possibles, le gouvernement a recours à toutes les mesures administratives susceptibles de prévenir la menace terroriste. Je veux les rappeler : Expulsion du territoire des étrangers qui prêchent la haine et la violence - ils sont quarante à avoir été expulsés depuis 2012, dont une quinzaine d'imams ; . Lancement de procédures de déchéance de la nationalité française dès lors que les conditions de droit sont réunies - plusieurs dossiers dont déjà engagés, comme le rappelait le ministre de l'intérieur ce matin ; Interdiction d'entrée et de sortie du territoire ; gel des avoirs financiers ; blocage des sites internet faisant l'apologie du terrorisme ; suppression des prestations sociales aux djihadistes ayant quitté la France. Toutes les solutions sont explorées, mises en œuvre pour entraver l'action des terroristes. En outre, il faut empêcher d'agir les associations qui encouragent ou diffusent les appels à la violence. S'il faut les dissoudre, nous le ferons. Des questions ont été posées concernant la mouvance salafiste. J'ai eu l'occasion ici même, à l'Assemblée nationale, et avec le ministre de l'intérieur devant les 150 représentants de l'islam de France de dire notre inquiétude s'agissant de la profusion des messages, notamment des Frères musulmans en France et dans le monde. J'ai rappelé notre profonde inquiétude et la nécessité d'agir contre le salafisme le plus radical. Monsieur le Président, j'étais devant votre groupe ce matin. Olivier Falorni a, en parlant du salafisme le plus radical, utilisé l'expression de « véritable carburant du radicalisme », cette radicalité qui ensuite peut entraîner vers le terrorisme. Nous savons à qui nous avons affaire. Le ministre de l'intérieur agit et agira avec les armes du droit, car l'État de droit est indispensable pour lutter contre le terrorisme, en faisant un travail de longue haleine, dans la discrétion pour fermer les mosquées quand il le faut, pour s'attaquer aux commerces qui alimentent financièrement le terrorisme, tout en sachant - le ministre de l'intérieur l'a rappelé ce matin devant les présidents des assemblées et les présidents des groupes - que ce travail doit être mené d'abord sur internet, car c'est là où la radicalisation se développe, ainsi que dans les prisons. Tout cela a été dit et rappelé depuis plusieurs mois. Nous n'allons pas inventer de nouvelles mesures car nous savons qu'il faut agir dans la durée. C'est là où l'ennemi ou l'adversaire ou ceux qui veulent abattre nos valeurs sont. Nous devons donc agir. Depuis 2012, les moyens légaux ont été renforcés. Deux lois antiterroristes ont été votées par une très large majorité de l'Assemblée et du Sénat. La loi sur le renseignement, vous l'avez rappelé, Monsieur le Président, a également été votée et est aujourd'hui devant le Conseil constitutionnel. Le gouvernement a également accru les moyens des services en charge de lutter contre le terrorisme. Le plan Vigipirate a été déployé, ce sont 30.000 policiers, militaires, gendarmes qui sont sur le terrain. Dans le cadre de l'opération Sentinelle, 7.000 soldats sont présents partout pour protéger 5 000 lieux de culte ou des écoles confessionnelles. Cela veut dire que nous avons pris les uns et les autres la mesure de ce qu'il faut mettre en œuvre pour lutter contre le terrorisme. Ce matin, le ministre de l'intérieur a, devant la représentation nationale - Assemblée et Sénat - réunie autour du président de la République, diffusé un document précis sur tout ce qui a été mis en œuvre. Ce document sera diffusé à l'ensemble de la représentation parlementaire. Face au terrorisme, face à ceux qui s'attaquent à nos valeurs, pas uniquement en France, pas uniquement en Europe, mais partout dans le monde - je pense aussi à nos amis égyptiens, car le procureur général d'Égypte a été assassiné hier -, il faut opposer une coopération sans faille au niveau international et européen ainsi que l'unité et le rassemblement autour de nos valeurs. Au-delà des questionnements légitimes, nous serons en effet beaucoup plus forts pour lutter contre le terrorisme lorsque nous serons unis, rassemblés sur les moyens, sur les actions et sur les valeurs./. Je vous remercie de votre question. Il est vrai, en effet, comme nous l'avons tous dit ici d'une manière ou d'une autre, que nous sommes confrontés à ce qui est sans doute la plus grande menace de ces dernières décennies : celle de ce terrorisme, de cet adversaire à la fois extérieur et intérieur - c'est le même, ce sont les mêmes terroristes qui agissent à l'extérieur, ici ou dans d'autres pays. J'ai rappelé tout à l'heure les chiffres, au nom de ce devoir de vérité et de lucidité. Je rappelle une nouvelle fois que d'autres pays sont concernés par ces phénomènes - la plupart en Europe. Un chiffre effrayant doit nous amener à mesurer l'ampleur de ce phénomène : celui des 5.000 Européens - je ne parle que des Européens - qui sont présents aujourd'hui en Irak ou en Syrie. Pour la fin de l'année, les projections prévoient un chiffre de 10.000 Européens, outre tous ceux, Tunisiens, Marocains ou Algériens, qui sont déjà là-bas. Chacun doit donc comprendre que, comme je l'ai rappelé à la tribune de cette assemblée le 13 janvier dernier et, déjà, dès la fin de l'année 2012, lorsque nous avons voté ensemble la première loi antiterroriste, qui tirait aussi les leçons des crimes de Merah à Toulouse et à Montauban, nous sommes engagés dans une guerre contre le terrorisme - un guerre que mène le terrorisme, celle que mène notamment Daech, et qui est nouvelle par rapport aux phénomènes de terrorisme que nous avons connus. Pour cela, il faut évidemment des moyens nouveaux et considérables. Notre arsenal juridique est là, je l'ai rappelé : ce sont les deux lois antiterroristes, avec des mesures concrètes et efficaces qu'il faut appliquer tous les jours, et la loi sur le renseignement, qui est aujourd'hui devant le Conseil constitutionnel et qui nous donne des moyens supplémentaires. C'est difficile à dire, en pensant à la famille de notre compatriote, mais je reste convaincu, comme le ministre de l'intérieur, que les moyens que nous donne cette loi auraient peut-être - je le dis avec prudence - permis de savoir ce que préparait cet individu. Nous avons donc besoin de ces moyens et, bien sûr, d'une coopération européenne, qui est indispensable, majeure, pour adopter au plus vite le « Passenger Name Record » - le PNR -, ce fichier recensant les passagers des vols. Il faut que chaque parlementaire européen se rende bien compte que, dans tous les pays d'Europe, les citoyens ont aujourd'hui, à juste titre, peur du terrorisme, que chaque parlementaire européen prenne ses responsabilités et que le Parlement européen puisse enfin voter le PNR, qui est aussi l'un de ces instruments. Nous avons besoin de cette coopération avec les pays d'Europe - nous l'avons engagée avec Bernard Cazeneuve - et tous les pays concernés. Il faut que l'Europe - la France, elle, prend ses responsabilités - aide la Tunisie, qui est un pays ami, un pays frère, victime du terrorisme. C'est ce pays qui a enclenché le processus démocratique. C'est un pays qui porte haut les valeurs de la démocratie et de la laïcité. C'est aussi pour cela que ce pays frère a été attaqué par les terroristes. Nous avons un devoir de soutien, comme l'a manifesté hier le ministre de l'intérieur en se rendant en Tunisie avec ses homologues allemand et britannique. Nous avons mis les moyens. On peut certes toujours faire plus : comme nous l'avons montré à l'occasion de la réunion de ce matin à l'Élysée, autour du chef de l'État, nous sommes toujours disponibles pour examiner vos propositions et aller plus loin. J'ai rappelé le nombre de policiers, de gendarmes et de militaires mobilisés. Je peux rappeler aussi les 1.830 policiers et gendarmes supplémentaires dédiés à la lutte contre le terrorisme qui ont été créé en trois ans, dont 930 au sein du renseignement intérieur, les 250 millions d'euros engagés et les 950 emplois qui se mettent en œuvre. On peut toujours aller plus vite, mais il faut des hommes et des femmes formés dans les juridictions spécialisées, dans la lutte contre le terrorisme et dans le milieu pénitentiaire, car il faut poursuivre sans relâche cette action. Tous les jours - je dis bien tous les jours -, des individus sont arrêtés et des filières démantelées. Six attentats majeurs ont été évités depuis 2013. Des filières ont été démantelées. Ces derniers jours, quatorze personnes ont été interpellées. Nous continuerons les expulsions - c'est, bien sûr, indispensable - de prêcheurs de haine et de terroristes en fin de peine, dont des imams, je l'ai rappelé. La déchéance de la nationalité, dans des conditions de respect du droit, nous y sommes prêts. Cela n'avait jamais été fait à ce niveau. Nous continuerons. Mais, Monsieur le Président, la lucidité - et je sais que, sur ces questions, nous pouvons nous retrouver - nous amène aussi à voir que, comme c'est également le cas dans de nombreux pays, certains de nos compatriotes concernés, dans certains quartiers, ne sont pas des binationaux, mais des convertis, notamment au salafisme. Nous devons donc agir sur tous les paramètres, en rassemblant la société française - la laïcité, l'école, la manière dont on vit, les quartiers - car, au fond, c'est ce qui se joue. Si je suis inquiet, comme vous l'êtes et comme, évidemment, le sont aujourd'hui les Français, qui se disent qu'aujourd'hui leur voisin peut être un terroriste, c'est à cause de ce changement qui est train de s'opérer. Après l'émotion du mois de janvier, c'est aujourd'hui la peur qui s'est emparée de nos compatriotes. Si nous ne voulons pas que la peur s'impose dans notre société, nous devons être forts. Monsieur le Président, je vous donne rendez-vous pour examiner ensemble les solutions que nous pouvons mettre en œuvre, dans le strict respect de l'État de droit, avec les moyens nécessaires. Avec le ministre de l'intérieur et la garde des sceaux, nous sommes ouverts au dialogue, car j'ai la conviction profonde que l'unité, le rassemblement des Français autour des valeurs est plus que jamais indispensable face à ce qui est une véritable guerre. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/157.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/157.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e8b8e7b6e4085931acd7a2a3f3657d9f40381eeb --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/157.txt @@ -0,0 +1 @@ +Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale : La parole est à Madame Joëlle Huillier. Joëlle Huillier, députée PS de l'Isère : Merci Monsieur le président. Monsieur le ministre de l'Intérieur, vendredi matin, la barbarie a de nouveau endeuillé la France sur le site de l'usine AIR PRODUCTS de Saint-Quentin-Fallavier, dans le Nord-Isère. Au nom de la représentation nationale, je veux d'abord honorer la mémoire d'Hervé CORNARA, père de famille, chef d'entreprise, homme engagé, et assurer sa famille, ses collègues et ses voisins de Fontaines-sur-Saône de notre soutien et de notre solidarité. Mes pensées vont aussi aux personnes blessées dans l'attaque et aux salariés de l'usine très choqués par un acte d'une sauvagerie inouïe perpétré sur leur lieu de travail. Je veux également remercier et saluer le courage, le dévouement et le professionnalisme des pompiers de l'Isère qui ont rapidement neutralisé le criminel, des forces de sécurité mobilisées pour faire aboutir l'enquête et des personnels soignants et psychologues qui assistent les victimes et leurs proches. Depuis plusieurs mois et même plusieurs années, vous dites la vérité aux Français : notre pays est soumis à une menace terroriste très élevée. Les attentats de janvier, ceux de vendredi à Saint-Quentin-Fallavier mais aussi en Tunisie et au Koweït le démontrent, la folie terroriste peut frapper n'importe qui, n'importe quand, n'importe où. Pour prévenir au maximum le passage à l'acte, le gouvernement et la majorité ont pris des mesures fortes depuis trois ans : deux lois antiterroristes, une loi sur le renseignement, un plan d'action contre les filières jihadistes et la radicalisation, des centaines de postes supplémentaires dans la gendarmerie, la police, la justice, des militaires pour protéger les sites sensibles et des moyens financiers et humains supplémentaires affectés à la lutte contre le terrorisme. Jamais autant de forces n'ont été déployées dans notre pays pour assurer la sécurité des Français. Mais face à des ennemis déterminés, parfois isolés et au comportement souvent irrationnel, le risque zéro n'existe malheureusement pas. Monsieur le ministre, pouvez-vous nous dire où en est l'enquête après l'attaque de vendredi et les initiatives que le gouvernement entend prendre ? Claude Bartolone Merci. La parole est à Monsieur le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur : Madame la députée, nous étions ensemble quelques quarts d'heure après que le drame s'est produit à Saint-Quentin-Fallavier vendredi avec des élus de toutes sensibilités qui étaient dans l'émotion et dans l'effroi de cet acte barbare qui venait de se produire. Je voudrais comme vous avoir une pensée pour la famille d'Hervé Cornara, pour tous ces salariés qui aimaient ce patron qui était impliqué dans la vie associative et qui était un homme généreux et droit et avoir une pensée aussi pour les pompiers, pour l'ensemble des forces de sécurité qui se sont mobilisées pendant cet événement et qui font depuis des mois un travail absolument remarquable en exposant leur vie pour sauver celle des autres. Et comme ministre de l'Intérieur, j'ai pour ces forces de sécurité un incommensurable respect et une immense gratitude comme l'ensemble de la représentation nationale. Mais il ne s'agit pas simplement d'être dans le respect et dans le soutien verbal, il faut donner aux forces de sécurité les moyens de travailler. C'est la raison pour laquelle le Premier ministre vient de le rappeler nous avons créé des postes supplémentaires près de 1 800 dans les services de renseignement et les services de police judiciaire. Sur ces 1 800 postes décidés, il y en a près de 500 qui ont d'ores et déjà été recrutés. Et sur les 250 millions d'euros dont parlait le Premier ministre qui viennent en appui de ces efforts de recrutement, il y en a près d'une centaine qui sont d'ores et déjà dépensés pour assurer le financement de la modernisation de nos infrastructures numériques et de nos infrastructures de communication. Et puis il y a les dispositifs législatifs qui doivent permettre, face à un risque absolument inédit, de mobiliser aussi les moyens de la technologie pour mieux prévenir. Ça été l'objet de la loi renseignement. Elle a été largement débattue. Je veux redire, maintenant que cette loi est votée, avec la plus grande sincérité que si nous avons mis en place de nouveaux dispositifs, c'est précisément pour prévenir des risques face à des acteurs qui utilisent Internet et les moyens de communication pour dissimuler leurs actes. Alors je veux conclure en vous disant notre détermination. Il n'y a qu'un mot d'ordre face au terrorisme, la fermeté. Claude Bartolone Merci. Olivier Marleix, député Les Républicains Eure-et-Loir : Monsieur le Président. Monsieur le Premier Ministre, c'est l'honneur de la France d'avoir proclamé en 1789 que nul ne pouvait être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public. C'est l'honneur de la France d'avoir bâti la Grande Mosquée de Paris en hommage à nos compatriotes musulmans morts pour la France durant la Grande Guerre. C'est l'honneur de la France et des Français d'avoir accepté depuis trente ans que se normalise l'exercice d'un culte musulman, qui est celui de plusieurs millions de nos compatriotes. Mais Monsieur le Premier Ministre, la République peut-elle tolérer aujourd'hui que des petits groupes extrémistes véhiculent une idéologie de rupture avec nos valeurs, de rejet de notre civilisation. Comment la République peut-elle relever le défi de l'intégration, si elle laisse se propager au coeur même de nos quartiers un discours de rejet de cette idée même d'intégration à la communauté nationale ? En France, il n'y a pas d'autorité musulmane suprême pour défendre cette conception apaisée de l'islam, qui est celle de tant de pays amis, Maroc, Algérie, Turquie, Tunisie. C'est donc aux autorités de la République qu'il revient d'agir et de dire ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas sur le sol de notre République. Il ne s'agit pas de diviser. Il s'agit, au contraire, de rassembler tous les Français. Nos compatriotes musulmans attendent aussi cela de nous, parce que les musulmans sont les premières victimes de cette radicalité, hier au Koweït, mais aussi au quotidien dans notre pays, parce qu'en tolérant tout, en n'osant jamais rien distinguer, nous laissons la place à tous les amalgames. Alors, Monsieur le Premier Ministre, la Tunisie vient de prendre une mesure extrêmement forte, la fermeture de 80 mosquées salafistes. Elle pourrait vous inspirer. Au-delà des grands mots, quels actes votre Gouvernement va-t-il enfin poser pour défendre cette valeur, qui est aussi notre devise, la fraternité et ne plus laisser en paix ceux qui la combattent ? Vous nous parlez de guerre et vous avez raison, mais agissez en conséquence et cessez de vous battre seulement avec des mots. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur : Monsieur le Député Marleix. Votre question appelle des réponses très précises. D'abord, pour ce qui concerne l'expulsion des imams, des prêcheurs de haine, qu'en-est-il ? Je vais vous donner les chiffres. Nous avons, depuis 2012, procédé à l'expulsion de 40 prêcheurs de haine ou imams autoproclamés, qui appelaient et provoquaient au terrorisme. Voilà ce que nous avons fait. Il n'y a pas un département, pas un, au sein duquel nos services ou les préfets nous apportent des éléments témoignant de ces dérives où nous n'agissons pas. Je tiens d'ailleurs à vous dire que pour la même période précédente, entre 2007 et 2012, ce sont 15 expulsions qui sont intervenues en cinq ans, là où en l'espace de trois ans, nous en avons fait 40. On peut toujours demander plus, monsieur Marleix, mais je vous donne une réponse extrêmement précise. Par département, je suis prêt, parce que je rends toujours compte devant la représentation nationale de ce qu'est l'action des services du ministère de l'Intérieur, à vous faire un bilan extrêmement précis et vous constatez que le Gouvernement n'a sur ce sujet qu'une démarche et une seule, c'est la fermeté. Deuxième point, vous parlez des mosquées, pour ce qui concerne les mosquées, nous sommes dans un Etat de droit et je pense que nul ici ne considère qu'il faut revenir sur nos principes constitutionnels, ni sur nos principes qui nous lient à l'Union européenne. Le droit nous dicte un comportement. Les imams autoproclamés, qui profèrent la haine, doivent être expulsés. Ils le sont. Deux, ceux qui commettent des infractions pénales doivent être poursuivis, ils sont systématiquement poursuivis, parce que les préfets portent plainte au titre de l'article 40 du Code de procédure pénale. Trois, lorsque des associations qui gèrent des mosquées salafistes, dans la globalité de leurs membres, appellent à la haine, ces associations ont vocation à être dissoutes, dans la maitrise et le respect du droit. C'est ce que fait le ministère de l'Intérieur. Nous sommes actuellement, alors que cela n'a jamais été fait en France, à procéder à l'examen des cas qui nous sont signalés, pour pouvoir, avec la plus grande fermeté, procéder à la dissolution. Donc, ne faisons pas sur ce sujet de polémique. Respectons le droit et témoignons ensemble de la fermeté nécessaire. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/158.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/158.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fb2da0a9834504fbd830d75a22a5b0ebdfdcf239 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/158.txt @@ -0,0 +1 @@ +Cette réunion du comité de pilotage intervient alors que nous venons à nouveau d'être frappés par le terrorisme, que nous devrons apprendre à vivre désormais avec cette menace permanente, sans rien perdre de notre exigence et de notre capacité de réponse collective. À nouveau, la France a été frappée au cœur. Ainsi qu'un pays ami, dont le peuple entretient un lien très fort avec le peuple français, la Tunisie, presqu'au même moment. Je veux ici affirmer avec force que face à cette volonté de destruction qu'est le terrorisme, nous devons restés unis et mobilisés. À cette barbarie, nous devons répondre par la fermeté, mais aussi par la fraternité et par l'intelligence. Pour ces ignobles attentats sur notre sol, comme pour ceux de janvier ou ceux de Tunisie, c'est le mécanisme de l'embrigadement, sur les réseaux sociaux notamment, qui a trouvé un terrain favorable chez des personnes mal armées pour y faire face. L'éducation aux médias et à l'information, dont la semaine de la presse et des médias dans l'école est un moment phare, a été élevée au rang de priorité du ministère en devenant un élément à part entière du parcours citoyen. Elle doit l'être également, tout au long de l'année, pour les acteurs des médias et de la société, dont vous, les partenaires du Clemi, êtes les représentants. C'est une urgence à laquelle nous répondons collectivement. Soyez-en remerciés. Notre mobilisation ne doit pas fléchir. Telle est la mission principale de la presse, cette invention magnifique de l'humanité : faire s'épanouir toujours davantage la liberté. Son exercice plein et entier est indissociable de notre démocratie. Avec l'éducation aux mécanismes de la presse et des médias, à leur manière d'aborder le monde quand ils sont au meilleur niveau d'eux-mêmes, chaque élève doit pouvoir se faire l'acteur et l'émissaire de leur liberté de penser et d'expression. Nos élèves doivent comprendre qu'il n'y a rien de plus cher que la liberté de critiquer, de blâmer, de remettre en question et d'accueillir avec circonspection tout ce qui nous arrive : indissociable de la pratique de la prise de distance et même de l'impertinence, la liberté de penser est, en France, en même temps qu'une valeur universelle, une véritable tradition. Je ne suis pas inquiète quant à l'avenir de cette belle tradition de l'humour et de l'ironie : lors de mes déplacements, je constate qu'elle trouve une relève chez les jeunes générations. Mais les jeunes doivent aussi être équipés pour ne pas être emportés dans le flux de l'information et surtout de la désinformation en libre service sur le net. Décrypter, mettre à distance, replacer l'intelligence au centre du rapport au monde, en chasser la peur et la haine : le défi est de taille. Si seule une infime minorité tombe dans la radicalisation ou la violence, il faut penser au beaucoup plus grand nombre de jeunes qui adhèrent à des thèses complotistes, qui rejettent en bloc ce qui vient de ce qu'ils appellent le système, et qui, surtout, s'en sentent rejetés. C'est aussi à eux qu'il faut s'adresser lorsque nous développons l'éducation aux médias. Car c'est par l'intelligence également que l'on prévient et défait les amalgames, que l'on peut contribuer à résoudre les fractures de la société. Contre les simplifications funestes, nous devons être des professeurs de nuances, de distinctions fines. Nous avons beaucoup avancé depuis la dernière réunion du conseil d'orientation et de perfectionnement du Clemi, que j'ai réuni juste après les attentats de janvier. Tout d'abord, le choix de faire porter la semaine de la presse sur « La liberté d'expression, ça s'apprend ! » en référence aux tragiques événements, a fait de l'édition 2015 de la semaine de la presse un événement exceptionnel. La mobilisation des enseignants a atteint des records et je les en remercie : ils étaient 210 000 à y participer cette année. J'ai eu l'occasion de me déplacer dans un collège exemplaire en la matière, le collège Guy Flavien dans le XIIème à Paris. J'ai pu constater l'excellente qualité des projets interdisciplinaires, associant les professeurs et les professeurs documentalistes à l'animation d'un atelier autour de la presse. Je souhaite que l'édition 2016 se prépare avec la même ambition et la même mobilisation que celle de 2015, très marquée par les attentats contre Charlie Hebdo. Je souhaite que, comme il est habituel, le thème retenu le soit sur deux années consécutives, et que le thème de la liberté d'expression puisse à nouveau être au coeur de la semaine de la presse 2016. Au-delà, nous avons voulu que l'esprit de la semaine de la presse, semaine portée par une dynamique exemplaire générée et accumulée au fil des années, et reposant sur l'engagement personnel des uns et des autres, puisse se continuer tout au long de l'année. C'est pourquoi nous avons développé de nouveaux partenariats avec vous, les acteurs des médias, et avancé sur trois grands objectifs communs : Premièrement, le renforcement des ressources et de la formation des enseignants à l'EMI. Cela passe notamment par la création d'outils audiovisuels de formation (type MOOC) dans le cadre de la convention que nous avons signée avec France télévisions ainsi que par les conventions passées avec Arte et la BBC, qui entrent dans le portail de ressources Eduthèque. Nous travaillons aussi avec Le Monde et le Centre de Formation des Journalistes (CFJ) à une offre de formation sur l'EMI pour les enseignants. Il y a ensuite, le développement des interventions de journalistes dans les classes. Ces interventions sont favorisées par la réserve citoyenne, mais également par la convention signée avec Radio France, ainsi que par « Inter class’ », le partenariat avec France Inter, qui débute à la rentrée, par la convention que nous avons passé avec France télévisions pour le développement de masterclasses, ou encore par la convention que nous préparons avec France Médias monde. Enfin, dans le cadre du parcours citoyen, nous travaillons ensemble à la présence, dans chaque établissement, de médias collégiens et lycéens. Là aussi, nous comptons pleinement sur nos partenaires associatifs, comme le Syndicat national des Radios libres, avec qui nous préparons une convention. Mais nous comptons également sur le Clemi, dont nous souhaitons renforcer les capacités d'action. Comme je l'ai annoncé lors de la réunion des recteurs et des Dracdu 9 juin dernier, un coordinateur du Clemi sera désormais présent à temps plein dans chaque académie à cette fin, de même qu'un référent pour l'éducation aux médias et à l'information pour ce qui est du primaire. Nous devons ainsi mettre un accent tout particulier sur le renforcement de ces partenariats dont la semaine de la presse est la plus belle concrétisation. Une convention sur l'EMI sera signée entre le ministère de l'Éducation nationale, le ministère de la Culture et Canopé avant la fin de l'année pour décliner tous ces objectifs qui doivent être partagés. Ces partenariats doivent également se déployer à l'international. La signature d'une convention est en préparation avec France médias monde. Le réseau de l'enseignement français à l'étranger sera également pleinement mobilisé à travers l'AEFE. Nous devons mettre toutes nos énergies au service d'une véritable mobilisation collective pour la transmission d'une culture de la presse et de la liberté d'expression. Je tiens à cette occasion à saluer Evelyne Bevort ici présente qui a fait énormément pour la semaine de la presse depuis plus de vingt ans et dont l'expertise sur l'éducation aux médias est extrêmement précieuse pour nous. La semaine de la presse doit en constituer un moment privilégié dont l'esprit doit porter ses effets sur l'ensemble de l'année. Je sais que je peux compter sur vous et sur l'ensemble de nos partenaires pour faire progresser la liberté de penser et de s'exprimer dans l'École et dans l'ensemble de notre société. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/159.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/159.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a9a20bd0e01b23608eb3993f751ab3c6588e4004 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/159.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le retour de la formation initiale des professeurs, après sa suppression inconsidérée par la majorité précédente, constitue l'une des mesures emblématiques du quinquennat. Je tenais d'abord à vous remercier pour lui donner vie et forme au quotidien. C'était une réforme nécessaire, tant il est vrai que le métier de professeur s'apprend, tant il est évident qu'il n'y a pas de transmission des savoirs et des valeurs sans pédagogie adaptée, tant il est évident que la maîtrise d'un corpus de connaissances disciplinaires est essentielle mais non suffisante pour appréhender la réalité complexe des élèves, tant il est certain que nos professeurs doivent entrer progressivement dans le métier magnifique mais difficile qui est le leur. Cette réforme contribue à concrétiser la priorité à la jeunesse et à l'Éducation, un axe fort de la politique menée depuis trois ans par le Président de la République. En réinstaurant une formation initiale de qualité et en créant 60 000 postes supplémentaires d'ici à 2017, nous travaillons ensemble à redonner toute sa place à la fonction de professeur dans une société où le besoin d'Ecole se fait ressentir avec une force sans précédent. Ils sont ainsi de plus en plus nombreux à pouvoir bénéficier des formations dispensés dans les ESPE : 57 160 étudiants cette année, avec une progression de 4% par rapport à l'année dernière en première année du master MEEF, qui se perçoit fortement pour le second degré notamment. Cette réforme était nécessaire parce que nous savons que l'Ecole a besoin d'évoluer au rythme de la constitution des savoirs. Que ses professeurs, à quelque niveau qu'ils enseignent, doivent pouvoir bénéficier, dès le début de leur formation, des dernières avancées de la recherche, de ses innovations permanentes, tant disciplinaires que pédagogiques. Elle était nécessaire aussi parce que les matières doivent dialoguer pour faire pleinement sens aux yeux de nos élèves, parce que les cloisons doivent tomber entre tous les pans du savoir. Ce décloisonnement des savoirs, qui est au cœur de vos principes, cette volonté de rapprocher les enseignements et les professionnels, inspire également la réforme du collège et ses enseignements pratiques interdisciplinaires. En permettant aux élèves de nouer des liens entre les matières, en adossant les savoirs les uns aux autres, la réforme rend plus solide l'acquisition de chacun d'entre eux, en renforce la transmission. Les ESPE ont donc un rôle fort à jouer pour que cette interdisciplinarité, pour que cette capacité de dialogue, soient inscrites dans l'ADN même de nos professeurs afin de se déployer ensuite, naturellement, dans les classes. C'est pourquoi un effort exceptionnel de formation continue sera fait tout au long de l'année 2015-2016 pour assurer la mise en oeuvre de la réforme du collège. Mais la formation initiale a également tout son rôle à jouer pour que la nouvelle organisation des enseignements au collège se mette en place dans les meilleures conditions à partir de la rentrée 2016. Au-delà des modifications de programmes, les ESPE doivent en effet s'associer à la diffusion des nouvelles pratiques d'enseignement : interdisciplinarité, je viens de le rappeler, mais également accompagnement pédagogique, différenciation pédagogique ou encore pédagogie de projet. Vous devez donc jouer un rôle majeur pour que cette réforme, si nécessaire, si urgente, apporte tout ce qu'elle doit à nos élèves et permette à notre Ecole de tenir toujours davantage sa promesse. Car, dans le contexte que nous savons, où la République et ses valeurs sont mises à si rude épreuve, les attentes vis-à-vis de l'Ecole sont plus fortes que jamais. Le Premier Ministre l'a rappelé : dans la tourmente, dans ce combat qui va malheureusement durer, nous devons garder notre sang-froid. C'est une œuvre longue, difficile, courageuse qu'il nous faut entreprendre pour consolider les bases mêmes de notre République, pour en renforcer les valeurs chez chacun des citoyens en devenir dont l'Ecole a en charge l'accomplissement. Cette œuvre est nécessairement collective. Je n'avais pas hésité à parler devant vous de « famille » en janvier dernier pour évoquer le travail qui devait être le nôtre en faveur de la République. Et je le redis aujourd'hui : les enseignants ne doivent pas être laissés seuls face aux défis qui se dressent face à eux, en termes de développement de l'esprit critique des élèves comme de transmission des valeurs. Chacun d'entre eux doit se savoir épaulé, soutenu, écouté dans ces lieux que sont les ESPE, où l'ensemble des personnels d'encadrement sont formés avec eux. Chacun doit surtout être bien formé, pour répondre aux exigences du terrain en matière de citoyenneté, et notamment de laïcité. Pour être transmises, ces valeurs doivent faire l'objet d'une pédagogie adaptée. C'est ainsi qu'elles deviendront une seconde nature pour nos élèves. Inscrits dans le tronc commun de la formation de tous les éducateurs et de tous les professeurs, nourris par de nombreuses ressources en ligne mobilisables à tout moment par l'ensemble des professionnels, la pédagogie de la laïcité, faite de dialogue, de développement de l'esprit critique et de temps forts, l'enseignement moral et civique plus largement, doivent constituer les leviers d'une citoyenneté durable. Ces leviers, nos professeurs doivent être en mesure de les actionner au mieux. C'est à cette fin, comme vous le savez, que 300.000 enseignants doivent être formés à cette pédagogie de la laïcité d'ici fin 2015 par les experts qui ont rapidement été mobilisés, conformément à ce que j'avais annoncé au lendemain des attentats de janvier. Internet joue souvent un rôle central dans les processus de radicalisation de tous ordres. Internet est capable du pire comme du meilleur : il peut être un outil de liberté, de rapprochement et de fraternité comme un outil d'asservissement et de diffusion de la haine. Nous devons donner à nos élèves les moyens d'en faire le meilleur usage possible. Cette question sera un des points importants du colloque du 8 juillet qu'organise l'ESPE de Lyon, que je remercie pour son invitation. Nous devons continuer, et vous devez continuer de renforcer notre offre de formation aux usages des nouvelles technologies en direction des professionnels de l'éducation, en lien avec les référents « laïcité » et « mémoire et citoyenneté » que nous avons instaurés dans chaque établissement. Bien entendu, les enjeux portés par le numérique dans l'éducation dépassent de loin la question de la prévention de la radicalisation ou de la seule éducation aux usages, si importantes soient-elles. Ces enjeux sont majeurs et nous devons oeuvrer pour que notre école puisse prendre toute la mesure de la révolution qui se joue aujourd'hui, qu'elle en tire le meilleur, pour nos élèves. Pour l'ensemble de notre société. Vous le savez, le Président de la République a annoncé un plan très ambitieux en faveur du développement du numérique, pour faire évoluer le système éducatif, en améliorer l'efficacité et l'équité, tout en l'adaptant aux besoins de la société d'aujourd'hui. C'est dans cette perspective que s'inscrit également le prochain appel à projet sur les « territoires éducatifs d'innovation numérique », dont je vous fais l'annonce ce matin. Destiné à éclairer la mise en oeuvre du Plan numérique, il permettra de soutenir des « démonstrateurs d'innovation numérique » au sein du système scolaire, en lien avec les ESPE et des équipes de recherche. Le lancement de cet appel à projet est une preuve, s'il en faut, que nous avons pris la mesure de l'importance du numérique pour l'éducation. Jean-Marc Monteil vous en parlera plus en détail cet après-midi. Nous avons d'ores et déjà bien des sujets de satisfaction. Mais c'est dans le temps que cette réforme que nous menons portera ses fruits. Tous ses acteurs, ainsi que mon Cabinet, sont à vos côtés pour permettre la réussite de cette réforme dans laquelle je sais que vous êtes totalement investi, ESPE mais aussi services académiques et universités. Nous sommes à vos côtés pour vous aider à accomplir cette mission essentielle qui est la vôtre. Cela passe par la mise au jour de ce qui marche, mais aussi de ce qui ne fonctionne pas encore bien, comme nous allons le faire ce matin. C'est également à cette fin que nous avons mis en place un dispositif de suivi s'appuyant sur le comité piloté par le Recteur Filatre, sur le travail des inspections générales ainsi que sur celui des directions générales, réunies au sein du comité de pilotage coordonné par Claude Fabre et François Louveaux. Qu'ils soient d'ores et déjà tous remerciés pour la qualité remarquable de leur engagement. Contenus des formations, gouvernance, profils des candidats et des lauréats, pédagogie : c'est grâce à des réglages permanents sur toutes ces questions et sur d'autres encore, alimentés par des remontées de terrain formulées en toute franchise que nous donnerons toute son ampleur à notre action pour la formation de nos professeurs et pour l'Ecole de la République. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/160.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/160.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5e5bd0224d294960cdf5492c20f8fdfd327b4fa4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/160.txt @@ -0,0 +1 @@ +Messieurs les présidents, cher Dalil Boubakeur, cher Anouar Kbibech, Messieurs les membres du Conseil français du culte musulman, Mesdames les députées, Messieurs les ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, Chers amis, C'est avec le même plaisir que l'an passé que j'ai répondu à votre invitation, monsieur le Recteur, pour partager ce moment de la rupture du jeûne du mois du Ramadan, symbole de partage et de compassion à l'égard des plus pauvres. Le Ramadan est un mois de recherche de la quiétude et de la sérénité, pendant lequel les musulmans s'efforcent de s'éloigner des préoccupations quotidiennes pour se recentrer sur ce qui leur semble essentiel. Un mois où ils cultivent l'effort sur soi afin de se conformer aux préceptes d'exigence et de tolérance de l'islam. Et cette démarche personnelle suscite naturellement le respect. Bien entendu, quelques jours après que notre pays a été une nouvelle fois confronté à la barbarie terroriste, il nous faut évoquer lucidement l'épreuve à laquelle ces actes nous soumettent. Dans le contexte d'inquiétude où se trouve plongé notre pays, cet iftar est pour nous l'occasion d'affirmer l'unité de la communauté nationale face au terrorisme djihadiste. Vous savez mieux que personne que l'obscurantisme nihiliste qui lui sert de prétexte n'a rien à voir avec ce que vous êtes, des républicains épris de paix, de concorde, de fraternité et de respect. Vous avez condamné publiquement et avec force, comme l'ont fait dans leur cœur tous leurs musulmans de France, la folie meurtrière qui a frappé notre pays au mois de janvier et, à nouveau, vendredi dernier. Face à l'attentat abject que la France a subi, face à la barbarie, nous devons donc nous montrer unis. Vous pouvez être certains de ma détermination à lutter implacablement contre cet ennemi commun, comme vous pouvez être certains de ma détermination à protéger les musulmans de France contre ceux qui voudraient tirer prétexte de cette crise pour les atteindre par la violence et par la haine. Car, au fond, tel est le noir dessein des terroristes de DAESH : tenter d'intimider les démocraties qui les combattent, mais aussi semer la division en dressant les Français les uns contre les autres. La recrudescence des actes anti-musulmans comme des actes antisémites ou anti-chrétiens témoigne du risque dans lequel se trouve notre pays de voir la haine répondre à la haine. C'est un piège mortifère, qui appelle de la part de chacun une parole mesurée et une détermination implacable. C'est cette détermination partagée qui nous conduit nous dresser ensemble contre la menace terroriste. Notre pays est marqué dans sa chair par le départ de nos jeunes en Syrie ou en Irak, où 500 combattent et plus de 110 ont perdu la vie sur une terre étrangère et dans un combat funeste, sans issue, sans espoir et sans autre perspective que la mort par les armes les plus abjectes de la barbarie. Que cet iftar soit donc la manifestation de notre unité et de notre détermination communes. Le combat que nous devons mener n'est du reste pas entièrement nouveau. Vous le disiez déjà en 2002, Monsieur le recteur, en des termes éloquents : « Le message fanatique intégriste est « l'antimessage » spirituel de l'Islam ; il n'a d'autre fin que la conquête d'un pouvoir temporel. La pensée religieuse de l'Islam a un million de fois mieux à faire que se fourvoyer dans de telles impasses. N'oublions jamais que les peuples musulmans sont les premiers à payer le prix de cette violence ». Les attentats du Koweït et de Tunisie sont venus, après tant d'autres crimes commis contre des musulmans, nous rappeler cette vérité. Pour autant, comme vous l'avez dit, cher Anouar Kbibech, « il ne faut pas être dans le déni ». Les individus radicalisés ne représentent qu'une infime minorité des musulmans de France, mais la propagande de DAESH les attire en détournant, dévoyant et instrumentalisant leur foi. Les responsables religieux ont donc une responsabilité très particulière pour aider à prévenir les phénomènes de radicalisation qui les touchent. Je sais le sentiment d'indignation et d'horreur qui est le vôtre lorsque vous constatez que c'est au nom de l'Islam, en s'appuyant de façon dévoyée sur ses textes, que les terroristes commettent leurs atrocités. Il vous revient donc - car vous seuls pouvez le faire avec la légitimité et l'autorité des savants de dénoncer sans trêve l'imposture de ces discours, de les critiquer sur le plan religieux et de ne pas laisser le terrain aux radicalités de la haine. Je veux donc saluer les efforts que vous déployez afin de faire prévaloir un Islam de lumière et de paix. Je veux saluer l'initiative des responsables musulmans de la région Rhône-Alpes, qui se sont rassemblés près de la mosquée de Villefontaine ce dimanche pour condamner un acte horrible et manifester leur rejet unanime de toute forme de violence. Je veux saluer les fédérations et les mosquées qui ont organisé, tout au long de l'année écoulée, des rencontres pour alerter et mobiliser la communauté musulmane contre la radicalisation. Mais vous ne devez pas baisser la garde car la menace est multiforme. Ainsi, internet est trop souvent le lieu d'expression de la haine propagée par des sites extrémistes, contre laquelle vous vous devez de mener une bataille des idées et des discours. De mon côté, je m'engage à vous apporter le soutien de l'Etat, qui combat l'apologie du terrorisme sur Internet comme il combat les discours de haine. J'ai personnellement engagé un dialogue à ce sujet avec les grands opérateurs d'internet pour leur rappeler leur responsabilité. Je suis tout aussi résolu à combattre avec vous l'islam radical lorsqu'il se manifeste dans les mosquées françaises. Dans la République laïque, il ne revient pas à l'Etat de se prononcer sur les questions théologiques. Il ne lui appartient pas davantage, de donner son agrément, en dehors du cas particulier des aumôniers, aux ministres du culte, pas plus aux imams qu'aux rabbins, aux curés ou aux pasteurs. Mais personne n'a le droit d'appeler à la violence contre nos institutions, de susciter la haine contre telle ou telle catégorie de nos concitoyens, ni de tenter de convaincre de jeunes Français de prendre les armes dans les rangs des ennemis de la patrie. Le Gouvernement est déterminé à empêcher les prêcheurs de haine de distiller leur message délétère, et nous utilisons toutes les armes du droit contre leurs activités et leurs financements, par exemple par des gels d'avoirs. Les discours incitant à la haine et à la violence constituent des délits dont nous saisissons systématiquement la Justice. Je n'hésiterai jamais à expulser les prêcheurs de haine et les apprentis terroristes, comme cela a été le cas pour 40 d'entre eux depuis 2012. Je n'hésiterai pas davantage à dissoudre les associations dont il serait démontré qu'elles servent de base à la diffusion de discours de haine et, a fortiori, au recrutement des filières djihadistes. La République doit se protéger, et je sais que je peux compter sur vous pour m'aider à débarrasser notre pays de ceux qui tentent de dissimuler leur programme de violence et de haine sous les oripeaux de la religion. Car, en définitive, le meilleur rempart contre le djihadisme, ce sont les musulmans de France eux-mêmes et la République, rassemblée autour de ses forces de sécurité, de ses juges, de ses institutions démocratiques, rassemblée autour de ses valeurs. La gravité de la menace à laquelle notre pays fait face doit être qualifiée. Elle doit nous conduire à agir résolument ensemble. Au-delà de la prévention de la radicalisation, au-delà de la mise hors d'état de nuire de ceux qui cherchent à dresser la religion contre la République et à faire prospérer la haine qu'ils ont de ses valeurs, l'enjeu est pour nous tous d'accompagner un mouvement irréversible : « l'enracinement de l'islam en France et dans la République », comme l'a dit le Premier ministre le 15 juin dernier à l'occasion de la première instance de dialogue avec l'Islam de France. Nous avons travaillé main dans la main pour préparer cette belle journée de travail qui a été salué par l'ensemble des participants. J'ai été particulièrement ému de me trouver, avec le Premier Ministre et les autres membres du gouvernement, côte à côte avec 150 français de confession musulmane rassemblés avec le CFCM, dans l'un des hauts lieux de la République, pour évoquer les dossiers de l'Islam de France. Avant même cette journée, les consultations menées par les préfets auprès de 5000 fidèles, imams, responsables de mosquées et responsables associatifs, avaient montré les attentes et les préoccupations des musulmans de France. J'ai pour ma part été frappé en premier lieu par le climat de respect, d'écoute et d'attachement aux principes de la République qui a inspiré l'ensemble des représentants de la communauté musulmane. Ceux-ci ont également exprimé des attentes fortes à l'égard de l'Etat, dont ils espèrent qu'ils parviennent à traiter au mieux les diverses questions, souvent très concrètes, que pose l'exercice du culte. Les différentes tables rondes ont permis de dégager quelques grandes priorités. La construction des lieux de cultes a été longuement évoquée. Je vous propose de poursuivre cette réflexion dans le cadre d'un groupe de travail associant les représentants du culte, l'administration et l'Association des maires de France. Les pratiques rituelles ont été abordées à travers notamment les questions des carrés confessionnels dans les cimetières, de l'organisation de l'abattage rituel lors de l'Aïd et de l'encadrement des agences organisant le pèlerinage à la Mecque. Autant de questions fondamentales en cette période sacrée du ramadan. La sécurité des édifices du culte musulmans est également, à l'évidence, un sujet de préoccupation depuis le mois de janvier. J'ai dit que je serai absolument implacable dans ma volonté d'assurer aux musulmans de France, comme à tous les Français, la sécurité à laquelle ils ont droit. C'est pourquoi l'Etat a mis en place un dispositif de protection par la police, la gendarmerie et l'armée de plus de 1000 mosquées dans la France entière. J'ai également décidé d'allouer des crédits à hauteur de 9 M pour financer des équipements de vidéo-protection et de sécurité dans les mosquées. J'ai également entendu s'exprimer le malaise que ressentent bien des musulmans concernant l'image de l'Islam dans la société française, les caricatures et les préjugés qui le défigurent et qui sont souvent le fruit de l'ignorance, plus encore que de la malveillance ou de la volonté polémique. Changer cette image, combattre cette ignorance est pour partie la responsabilité de l'Etat, à travers l'école, l'université, les grandes institutions culturelles, les chaînes publiques de radio et de télévision. Mais elle est également de la responsabilité des musulmans eux-mêmes, qui se doivent de travailler à mieux faire connaître leur religion en se dotant des institutions appropriées. Cela sera notamment le rôle de la nouvelle Fondation de l'Islam de France. Enfin, la formation profane des cadres religieux et des aumôniers est également une priorité. Il faut en particulier que les aumôniers et que les imams étrangers « détachés » en France par leurs pays disposent d'une formation appropriée sur les règles du culte et de la laïcité en France. L'Etat va déployer des efforts pour augmenter le nombre des universités où de telles formations sont possibles. Mais je veux saluer la volonté de l'Institut Ghazali de la Grande Mosquée de Paris d'œuvrer dans ce sens et dénouer des partenariats pour ce faire, notamment avec l'université Paris-Sud. Bien du travail reste à accomplir ensemble à la suite des échanges qui ont eu lieu lors de cette première Instance de dialogue. Du moins le chemin est-il tracé. Lorsque nous nous réunirons à nouveau en 2016 dans ce format, nous pourrons mesurer les progrès accomplis. Il s'agira donc pour vous, cher Anouar Kbibech, dans les mois qui viennent, de rassembler, de fédérer les énergies afin que les nombreux chantiers qui ont été lancés bénéficient de cet élan. Et je me permets de m'adresser aussi à vous, monsieur le Président du CFCM, puisque cet iftar intervient à un moment particulier de l'histoire du CFCM avec ce changement de président. Le CFCM est le signe fort d'une communauté de destin des différentes sensibilités de l'islam de France. Il doit donc être un symbole d'unité et chercher, toujours, à rassembler. C'est ce que vous vous êtes attaché à faire, monsieur le Recteur et ce que vous continuerez de faire, j'en suis sûr, aux côtés d'Anouar Kbibech, pour faire vivre votre institution. Je tiens ici à souligner le grand plaisir que j'ai eu à collaborer avec vous, cher Dalil Boubakeur. Le médecin que vous êtes s'est attaché à prendre soin de l'Islam de France. Je tiens rendre hommage à votre engagement, dans un contexte difficile pour les musulmans de France. Dans votre récente « Lettre Ouverte aux Français » que je me suis procurée, vous soulignez que « l'islam est un dans sa doctrine et multiple par ses expériences ». Vous êtes en quelque sorte, par votre grande culture et votre ouverture d'esprit, l'incarnation d'un islam apaisé, ouvert, en dialogue avec les autres composantes de la société. Vous êtes aussi, je le sais, un patriote, comme en a témoigné votre combat pour que le sacrifice des musulmans morts pour la France soit célébré dignement. Parmi vos nombreuses réalisations à la tête du CFCM, je retiendrai en particulier la Convention citoyenne des musulmans de France pour le vivre ensemble. Vous passez le témoin avec confiance à votre vice-président Anouar Kbibech. Vous êtes, vous aussi, cher Anouar, un homme de dialogue et je tenais à saluer ce soir votre engagement au profit du dialogue interreligieux. Le dialogue interreligieux ne relève pas en effet seulement de la théologie. J'en veux pour preuve l'audience qu'a accordée ce matin le Président de la République aux représentants des principaux cultes en vue de la préparation de la conférence sur le climat. Le dialogue interreligieux concourt au renforcement du lien social et à la fraternité républicaine. Vous avez récemment déclaré vouloir insuffler la « culture du résultat », au sein du CFCM et indiqué votre intention de constituer au sein de cette institution des collèges pour les jeunes, les associations, les femmes et les convertis, afin de toucher les musulmans dans toute leur diversité. Voilà un beau début de programme. Je vous souhaite beaucoup de succès à la tête du CFCM. En conclusion, je voudrais vous faire part d'une réflexion plus générale. On le sait peu, ou plutôt on l'oublie trop souvent, mais c'est une vieille histoire que celle de la présence des musulmans en France. Une histoire qui remonte très loin dans le temps, jusqu'au Moyen Age, notamment dans les régions du sud de notre pays. Entre Bordeaux et Narbonne, dans l'ancienne Septimanie, mais aussi en Provence, des communautés musulmanes certes minoritaires, mais qui n'en étaient pas pour autant négligeables ont ainsi vécu jusqu'au XIIe siècle. Je crois que nous devons tous prendre enfin conscience de cette part de notre histoire commune, dont l'islam de France est aujourd'hui l'héritier. Souvenons aussi des raisons qui ont présidé à l'édification, dans les années 1920, de la Grande Mosquée de Paris. Ce symbole magnifique au cœur de la capitale fut en effet alors conçu comme un témoignage de reconnaissance à l'égard des dizaines de milliers de soldats musulmans morts pour la France entre 1914 et 1918. Dois-je également rappeler l'héroïsme des soldats musulmans qui participèrent, entre 1940 et 1945, au combat national contre le nazisme et à la Libération du territoire national ? Enfin, aurions-nous oublié combien fut décisive la part prise par les immigrés venus d'Afrique du Nord, puis d'Afrique noire, dans la reconstruction du pays après la guerre et dans son développement économique au cours des « Trente Glorieuses » ? Par le sang qu'ils ont versé, par leur labeur, par leurs talents, les Français de confession musulmane ont façonné et continuent à façonner la France la France qui est notre bien commun. Il est vrai que les défis à relever sont aujourd'hui nombreux, pour les Musulmans de France, comme pour tous les Français. Mais j'ai personnellement confiance dans notre capacité collective à les relever, pourvu que nous voulions le faire ensemble, dans un esprit de concorde républicaine et avec l'ambition de contribuer au bien commun. Je sais que les musulmans de France sont inspirés par cette ambition et je veux donc leur adresser ce soir, à travers vous et au nom de la République, un message d'estime et de fraternité. Je vous souhaite à toutes et à tous un bon Ramadan et une belle rupture du jeûne. Ramadan Karim. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/161.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/161.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b31d845ca76111ce34acd42273043f5b598cff48 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/161.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le ministre de l’intérieur a présenté une communication relative à la lutte contre le terrorisme. La menace terroriste à laquelle fait face la France a profondément changé de nature et se déploie sur plusieurs fronts hors des frontières où la France la combat, comme au Mali ou en Irak, dans le cadre de la coalition internationale. Ce front se ramifie sur les rives de la méditerranée à la faveur de l’effondrement de l’État libyen ou des attaques déstabilisatrices répétées contre les pays du Maghreb, comme le montrent les récents événements de Tunisie. La France est d’autant plus concernée que de nombreux ressortissants des pays de l’Union européenne y sont directement impliqués, parmi lesquels près de 500 français (119 y ont trouvé la mort) en Syrie et en Irak. La terreur que font régner les groupes terroristes alimente par ailleurs une part importante des flux migratoires qui connaissent, depuis plusieurs mois, une forte hausse. Au sein même du pays, ce sont près de 2 000 personnes, Français ou étrangers résidents habituels en France, qui sont de près ou de loin impliqués dans des phénomènes de radicalisation religieuse violente ou dans des filières de recrutements djihadistes. La diversité de leurs parcours, de leurs profils ou de leurs motivations, la porosité entre radicalisation et délinquance, le rôle central que joue la sphère numérique pour la diffusion de messages haineux, d’appels à la commission d’actes terroristes ou pour l’échange d’informations avec des donneurs d’ordre criminels sont autant d’éléments caractérisant la complexité du phénomène. C’est donc sur l’ensemble de ces facettes que le Gouvernement conduit une action résolue, en complétant le cadre juridique, en renforçant les ressources des services, en adaptant leurs méthodes de travail et de coopération, en enrichissant les politiques de prévention et de soutien aux familles et en prenant, aux plans européen et international, des initiatives. Ainsi, depuis 2013, trois lois ont permis d’adapter le cadre législatif de la France aux nouvelles formes de menace. Elles ont tout à la fois aggravé les mesures répressives, étendu l’application du code pénal aux infractions de nature terroriste commises à l’étranger par les ressortissants français ou par des étrangers résidant habituellement en France, introduit dans le droit français des mesures de police administrative novatrices en matière d’accès ou de sortie du territoire ou sur les contenus illicites des sites Internet. Par ailleurs, la loi relative au renseignement, aujourd’hui adoptée par le Parlement et actuellement soumise à l’examen du Conseil constitutionnel, vise à autoriser le recours à différentes techniques de renseignement et à encadrer strictement l’action des services en les soumettant à un contrôle administratif et juridictionnel accru qui garantira le respect des libertés individuelles. Face à une menace diffuse et complexe, les moyens des services devaient absolument être renforcés : la création de la Direction générale de la sécurité intérieure, le 30 avril 2014, s’est accompagnée de deux plans de renforcement de ses effectifs (+ 932 jusqu’en 2018) et de ses budgets. Cet effort lui permet de renforcer significativement ses compétences d’analyse par un recrutement spécialisé et de densifier son implantation territoriale. Au-delà, le plan de lutte anti-terroriste adopté le 21 janvier dernier permet la création nette, sur le budget triennal 2015-2017, de 904 emplois supplémentaires dans les services concourant à la lutte anti-terroriste (DGPN, DGGN, préfecture de police) et dans les directions juridiques et informatiques contribuant à leur soutien. Le Fonds interministériel de prévention de la délinquance, qui finance les actions de prévention et d’accompagnement des familles confrontées au phénomène de radicalisation, mais aussi les mesures de protections de certains sites sensibles et les équipements spécifiques destinées aux polices municipales bénéficiera, sur la même durée, de 60 M€ de crédits supplémentaires. Au total, ce sont donc 1 836 postes qui sont spécifiquement créés pour les services au titre de la lutte anti-terroriste, et près de 270 M€ de crédits de fonctionnement et d’équipement qui seront mobilisés jusqu’en 2017. Cet effort permet, en particulier, de réinvestir massivement le champ du renseignement territorial qui, en matière de prévention du terrorisme, avait été particulièrement fragilisé par la réforme des Renseignements généraux de 2008. Les nouvelles formes de menaces auxquelles la France est confrontée imposaient par ailleurs une profonde adaptation des méthodes de travail des services spécialisés et leur complémentarité avec les services de police générale. Deux axes de réformes sont mis en œuvre, le premier portant sur la coordination et la fluidité de l’information entre les services, le second instaurant une supervision qualitative du suivi et du traitement des « objectifs ». Outre la coopération renforcée entre les services de la communauté du renseignement, la coordination entre services de renseignement spécialisés et services généralistes concourant à la mission de renseignement s’est considérablement développée par la mise en place de bureaux de coordination et de liaison aux niveaux central et territorial. L’échelon zonal du Service central du renseignement territorial a été structuré en cohérence avec les implantations zonales de la DGSI, et son encadrement renforcé. Par ailleurs, la complexité des phénomènes de radicalisation violente rend désormais indispensable une supervision opérationnelle constante de la collaboration des services pour gagner en performance, en qualité et en exhaustivité du suivi des individus à risque. Organisée à l’échelon départemental et zonal sous l’autorité des préfets, elle sera pilotée au niveau central par un état-major dédié associant des cadres spécialisés de la DGSI, de la DGPN, de la DGGN et de la préfecture de police. Cet état-major s’assurera, dans le détail et pour chaque cas, que toutes les diligences sont faites par le ou les services pertinents, et que toutes les conséquences sont tirées des résultats partagés, aux plans judiciaire, opérationnel et administratif. Un comité spécialisé des préfets de zone de défense et de sécurité se réunira chaque mois, présidé par le ministre de l’intérieur, pour s’assurer de la performance du dispositif et en orienter l’action. Enfin, la France est particulièrement active sur la scène internationale, au sein de l’Union européenne et au-delà. Outre les actions de coopération opérationnelle bilatérales ou multilatérales qu’elle conduit, elle mène un travail approfondi sur trois dossiers essentiels à la lutte contre le terrorisme : la création d’un PNR (Passenger Name record) européen efficace, qui viendra compléter le PNR français ; l’adaptation du code frontières Schengen ; la coopération avec les majors de l’Internet avec lesquels il a été convenu d’une « plateforme de bonne conduite », d’un programme de formation de nos personnels et de la création d’un groupe de contact permanent. L’action entreprise par le Gouvernement a permis aux services de développer une action remarquable, qu’il convient d’améliorer en permanence en anticipant tous les aspects d’un phénomène complexe et mouvant. Depuis 2012, 145 dossiers ont été judiciarisés par les services du ministère de l’intérieur concernant 760 individus. 179 d’entre eux ont été mis en examen et 121 écroués. 97 interdictions de sortie du territoire ont été prononcées et 27 interdictions d’accès ont été délivrées. 24 expulsions sont en cours et 6 demandes de déchéance de nationalité ont été instruites. C’est par une approche globale, concernant tous les secteurs de la vie économique et sociale, en ne cédant ni à l’angélisme, ni à l’ostracisme, que la France remportera ce combat, celui des valeurs universelles d’humanité et de tolérance contre l’obscurantisme et la barbarie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/162.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/162.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..20fba4e2385351632a6b4f2ab3d7bb52cff4b49f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/162.txt @@ -0,0 +1 @@ +Françoise LABORDE, sénatrice RDSE Haute-Garonne Merci Monsieur le Président, ma question s'adresse à Monsieur le Ministre de l'Intérieur. Il y a moins d'une semaine notre pays a une nouvelle fois été frappé par le terrorisme djihadiste et la barbarie la plus ignoble, à la différence de 2012 à Montauban et Toulouse ou de janvier dernier à Paris la décapitation d'un chef d'entreprise dans le Rhône et l'attaque contre usine de l'Isère ont été commis sur des territoires que l'on pouvait jusque-là qualifier de tranquilles, où ce type de violence extrême n'avait encore jamais frappé, aujourd'hui nous savons qu'aucune partie du territoire nationale n'est à l'abri du terrorisme, la seule protection est donc le renseignement. Or, Monsieur le Ministre, comme vous le savez, ces attentats ont un point commun, leurs auteurs avaient tous été repérés un jour par le Renseignement français mais tous sont pourtant sortis des radars avant de passer à l'acte. L'auteur présumé de l'attentat de Saint-Quentin-Fallavier, pour ne citer que le dernier en date, avait bien été fiché entre 2006 et 2008 par les Renseignements généraux, mais ensuite il n'a plus retenu nous dit-on l'attention de la direction centrale du Renseignement intérieur. Pourquoi tous ces profils, une fois entrés en phase de sommeil, ne font-ils plus l'objet d'un suivi ? Est-ce juste par manque de moyens humains ? Comme vous, Monsieur le Ministre, nous connaissons l'excellence de nos Services de renseignement, la qualité et l'engagement des policiers qui y travaillent - et j'en profite pour leur rendre hommage - chacun connait ici votre souci permanent de la rigueur et de l'efficacité, pour vous comme pour les services que vous dirigez et il ne serait en être autrement quand il s'agit de la sécurité des Français. Nous sommes apparemment face à un problème plus structurel d'organisation de services et plus particulièrement de coordination de la lutte antiterroriste. C'est la raison pour laquelle vous avez annoncé hier la création d'un Etat-major opérationnel pour la prévention du tourisme, pouvez-vous nous en dire plus sur ce nouveau dispositif ? Cette structure permettra-t-elle une meilleure circulation de l'information entre les différents services, notamment entre le terrain et la prise de décision au plus haut niveau ? Je vous remercie. Bernard CAZENEUVE, ministre de l'Intérieur Monsieur le Président, Madame la Sénatrice, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, je voudrais tout d'abord rendre un hommage à Hervé CORNARA, dire notre tristesse, dire nos pensées à sa famille et à ses proches, je serai demain dans l'Isère à l'occasion de ses obsèques aux côtés de sa famille et j'ai senti dans l'Isère au moment où je m'y suis rendu une considérable émotion de la part des élus, de la part des pompiers qui sont intervenus courageusement et auxquels je veux rendre hommage et, également, de la part de l'ensemble des forces de sécurité dont vous avez eu raison de dire, qu'il s'agisse de la sécurité publique, de la sécurité intérieure, à quel point ces forces sont mobilisées dans la lutte contre le terrorisme. Nous sommes confrontés à un phénomène d'un type nouveau, je n'ai cessé de le dire à l'occasion de la loi sur le renseignement, ce phénomène d'un type nouveau conduit à des profils très différents - soit parce qu'ils ont des fragilités psychologiques ou psychiatriques, soit parce qu'ils ont été endoctrinés, soit parce qu'ils ont rencontré à un moment donné des ruptures, des échecs qui les ont conduit à basculer à être à l'origine d'actes terroristes d'une extrême gravité ; et le profil dont il est question, celui que vous avez évoqué, est un profil très particulier par rapport à ceux qui jusqu'à présent ont frappé : il n'était pas dans la délinquance, il n'avait pas de casier judiciaire, il avait été indiqué comme radicalisé - mais aucun élément en provenance des services de Renseignement depuis 2006 n'avait témoigné d'un risque de passage à l'acte et, par conséquent, nous sommes face à une réalité nouvelle, parce que ce terrorisme est en libre accès sur Internet, parce que les profils qui peuvent basculer sont multiples et parce qu'il y a une tentative de plus en plus forte de dissimulation de ces actes de la part de leurs auteurs - ils sont conseillés dans cela d'ailleurs par les groupes terroristes - par l'utilisation d'Arcnet, de la cryptologie ou de moyens de communication téléphonique sophistiqués. C'est la raison pour laquelle nous avons renforcé les moyens des services de Renseignement : 1.500 emplois créés depuis le mois de janvier, s'ajoutant aux 500 emplois créés chaque année depuis le début du quinquennat ; 250 millions d'euros pour assurer la modernisation de nos infrastructures numériques et informatiques ; la loi sur le Renseignement, qui est centrée sur la lutte contre le terrorisme et qui doit permettre par la mobilisation de techniques nouvelles d'avoir accès aux intentions de ceux qui se dissimulent. Je veux bien entendu parfaire tout ça en décloisonnant les services parce qu'il faut que l'information soit échangée, c'est la raison pour laquelle j'ai donné mission aux préfets de zone de réunir l'ensemble des services autour d'eux et j'ai mis en place cet état-major qui mettra à l'information de circuler entre tous les services. Franck MONTAUGE, sénateur PS du Gers Monsieur le Président, chers collègues, ma question s'adresse à Monsieur le Ministre de l'Intérieur. Monsieur le Ministre, le meurtre de monsieur Hervé CORNARA d'une barbarie absolue s'ajoute aux évènements tragiques que notre pays a subis en début d'année, concomitamment d'autres pays - comme la Tunisie étaient aussi confrontés à des assassinats de masse relevant de motifs et de logiques pouvant être apparentés. Ces évènements affectent profondément la communauté nationale et je voudrais à cet instant et avec vous tous mes chers collègues saluer la mémoire des victimes et dire notre compassion à l'égard de leurs proches. A l'émotion des derniers mois succède aujourd'hui de manière insidieuse l'inquiétude, l'inquiétude d'une sûreté, droit fondamental du citoyen, qui ne serait pas, ou plus, ou moins bien garantie par les pouvoirs publics. Par l'instrumentalisation et le dévoiement profond de la religion musulmane ces attentats nous disent que leur visée est exclusivement politique, il s'agit de mettre à bas les démocraties et les valeurs qui les fondent, pour leur substituer des formes de terreur et de totalitarisme dont certains pays sont déjà le théâtre et leurs peuples les victimes. Dans ce contexte sur son territoire national, comme dans les pays sources de menaces, je pense à l'Afrique subsaharienne, la France et ses dirigeants ont pris leurs responsabilités et je veux ici saluer l'engagement de nos soldats et des fonctionnaires d'Etat ou territoriaux qui sont en première ligne. Depuis 2015, organisation et meilleure coordination des services de sécurité et de renseignement, loi contre le terrorisme et pour améliorer l'efficacité du renseignement, lutte contre la radicalisation, augmentation des moyens opérationnels des services, communication directe et de fond en direction des Français, tous ces leviers ont été actionnés dans la cohérence et ont donné un sens concret pour nos concitoyens à la parole du président de la République et du gouvernement. Pour autant beaucoup reste à faire pour que la confiance dans notre dispositif national de sécurité soit ressenti par chacun de nos concitoyens, c'est bien une guerre au long cours qu'il nous faut mener contre la barbarie et pour les civilisations, une guerre dont l'enjeu central est de préserver la confiance dans nos valeurs démocratiques et républicaines, la laïcité n'étant pas le moindre des principes à faire vivre au quotidien partout dans l'espace public et pour la liberté de chacun. Je vous sais, Monsieur le Ministre de l'Intérieur, profondément investi des missions régaliennes qui sont les vôtres, je tiens ici à vous remercier pour votre engagement personnel remarquable… Dans un contexte extrêmement difficile. Monsieur le Ministre, au-delà des orientations fortes que vous avez prises au cours des derniers mois, pouvez-vous nous dire quelles mesures complémentaires vous envisagez de mettre en œuvre pour rassurer nos concitoyens ? Bernard CAZENEUVE, ministre de l'Intérieur Monsieur le Sénateur, la lutte contre le terrorisme est un phénomène que nous avons déjà connu mais qui prend un visage nouveau, je l'ai indiqué à l'occasion de la réponse à Madame la Sénatrice LABORDE, ce phénomène est un phénomène nouveau, il faut nous armer pour y faire face et tous les gouvernements successifs depuis le début des années 2010 ont essayé de faire au mieux pour affronter cette difficulté. Je sais que lorsqu'il y a des drames parfois il y a une tendance à préempter ces drames pour faire de la politique et diviser, je pense que la résilience d'un pays et des institutions face à un risque terroriste suppose le rassemblement, suppose aussi le respect à l'égard du travail des forces de l'ordre qui s'exposent pour sauver la vie des autres, et moi je souhaite que dans le contexte extrêmement grave auquel l'ensemble des pays de l'Union européenne et la communauté internationale se trouve confronté nous soyons dans la responsabilité, dans le rassemblement de toutes nos forces, autour de nos institutions, pour assurer la résilience de notre pays. Deuxième point sur lequel je voudrais insister, c'est sur le fait que nous faisons tout pour protéger les Français, nous avons augmenté les effectifs de nos services de renseignement je l'ai indiqué tout à l'heure 1.500 recrutements, 500 dans les services du renseignement territorial, 500 au sein de la sécurité intérieure, 126 au sein de la direction centrale de la police judiciaire, plusieurs dizaines d'emploi au sein de la direction centrale de la police de l'air et des frontières parce qu'elle contrôle nos frontières au sein du service de protection des personnalités et nous allons abonder ces recrutements d'un effort de près de 233 millions d'euros pour moderniser nos services. Il faut aussi par-delà cet effort que nous faisons qu'il y ait davantage de coordination, nous avons été organisés pour faire face à un terrorisme d'un certain type, nous avons à faire face à un terrorisme d'un type nouveau, il faut décloisonner le fonctionnement des services, c'est la décision que j'ai prise en donnant une responsabilité aux préfets de zone et en créant cet état-major qui a pour rôle d'assurer la circulation des informations. Troisièmement, il faut de la coopération internationale, ce que nous faisons avec les pays de la bande sahélienne, ce que nous faisons avec la Tunisie, pour renforcer les contrôles aux frontières, pour développer la lutte contre la fraude documentaire, pour renforcer la lutte contre les organisations du crime organisé va dans la même direction : assurer un haut niveau de protection des Français. Enfin, je veux insister sur le fait que la loi sur le renseignement va permettre de mobiliser pour tous les services des techniques dont ils ne disposaient pas et cela nous permettra de prévenir davantage le risque terroriste. Jean-Pierre VIAL, sénateur Les Républicains Savoie Monsieur le Président. Mesdames et Messieurs les Ministres. Ma question est à l'intention de Monsieur le Ministre de l'Intérieur. En qualité d'élu de la région Rhône-Alpes et plus particulièrement d'un des trois départements considérés comme sensibles au sein de notre région, nous sommes bien évidemment et tout particulièrement interpellés par les récents évènements de Saint-Quentin-Fallavier et je m'associe bien évidemment aux propos tenus à l'instant par notre collègue MONTAUGE. Face à une situation dont les actes montrent tous les jours un peu plus la gravité et l'ampleur, nous ne pouvons qu'adhérer et soutenir le discours volontariste du président de la République et de vous-même, Monsieur le Ministre. Nous ne pouvons qu'adhérer également à la déclaration du Premier ministre concernant son engagement total contre le salafisme et les Frères musulmans. Mais derrière cette déclaration d'intention, permettez-moi de vous interroger concrètement sur certains aspects de la politique du Gouvernement, au moment où le Parlement vient de débattre du texte de la sécurité, en sachant le rôle de première importance joué par Internet et les réseaux sociaux. Concernant les salafistes, le Gouvernement tunisien vient de réagir fermement, à la suite des derniers évènements, en décidant la fermeture de 80 mosquées salafistes. Or, nous avons en France un nombre équivalent d'établissements et de lieux de prière. Concernant les Frères musulmans, nous connaissons les mesures prises et envisagées à leur égard par plusieurs pays de la Méditerranée pour sortir de la radicalité de leur discours. Or, non seulement aucune position semblable n'est affichée en France à l'égard d'organismes ou d'établissements qui relèvent clairement de la doctrine des Frères musulmans. Mais au même moment, la position du Quai d'Orsay semble bien différente des propos du Premier ministre dans les alliances et stratégies déployées au Moyen-Orient. En un mot, la position du président de la République, de vous-même, Monsieur le Ministre de l'Intérieur, du Premier ministre ne peut qu'obtenir notre soutien total. Mais encore convient-il que le Gouvernement nous précise sa politique face aux décisions à prendre et aux contradictions constatées entre la politique intérieure affichée et certaines orientations de la politique étrangère du Gouvernement. Bernard CAZENEUVE, ministre de l'Intérieur Monsieur le Sénateur. Votre question est pour moi l'occasion de faire un point extrêmement précis sur un certain nombre de sujets que vous avez évoqués, qui relèvent d'ailleurs pour beaucoup de questions de politique intérieure, de lutte contre le terrorisme à l'intérieur de nos frontières. Je veux parler de la lutte contre toutes les formes de radicalité et contre notamment les radicalités violentes qui peuvent s'exprimer en appelant à la haine, en provoquant le terrorisme dans un certain nombre d'espace numérique ou dans les mosquées. Que faisons-nous ? D'abord, vous avez des inquiétudes sur la détermination qui est la nôtre à procéder à l'expulsion de ceux qui profèrent ces propos. Il y a non seulement une fermeté totale, mais tous ceux qui, d'après les services de renseignement ou les services de police, se livrent à la propagation de propos appelant à la haine ou provoquant le terrorisme, sont systématiquement expulsés. Je veux d'ailleurs pour vous rassurer vous donner des chiffres. Depuis 2012, ce sont 40 expulsions de prêcheurs de haine qui sont intervenues. Depuis le début de l'année 2015, c'est dix dossiers d'expulsion qui sont quasiment aboutis, six expulsions sont déjà prononcées et 22 dossiers en instance. Pendant la même période du quinquennat précédent, alors que le risque était très élevé, comme en témoignent l'affaire MERAH ou d'autres affaires, c'est 15 expulsions qui sont intervenues en cinq ans, là où nous en avons fait 40 en trois ans. Je ne cèderai pas face à ceux qui sont des propagateurs de haine dans le pays. Ils n'ont pas, s'ils sont étrangers, leur place en France. Ils seront expulsés. Premier point. La déchéance de la nationalité, vous en parlez souvent, la déchéance de la nationalité, il y a eu six déchéances c'est une procédure juridique très complexe depuis 2012. Il y en aura d'autres pour tous ceux qui ont la double nationalité et qui se livrent à la propagation de discours de haine dans le pays. Il y a aujourd'hui aussi des dossiers en instance d'examen, ils iront à leur terme. Troisièmement, les mosquées salafistes, il y a des règles de droit, elles sont dans notre Constitution et elles nous viennent de l'Union européenne. S'il y a des associations, qui, dans leur entièreté, dans les mosquées, contribuent à la diffusion de pensées de haine, elles seront dissoutes. J'ai indiqué qu'il y avait des dossiers en cours d'examen au sein du ministère de l'Intérieur. Mais elles le seront dans le respect des règles du droit constitutionnel et du droit européen. Parce que ne pas le faire reviendrait à lutter contre le terrorisme dans l'abandon des valeurs de la République. Donc, je vous le redis, la fermeté du Gouvernement est totale. Prétendre le contraire ne correspond pas à la réalité de ce que nous faisons. Cette fermeté, je l'exprimerai à chaque instant, sans trêve et pause, face au risque terroriste. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/163.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/163.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2dc29f153ca12b7a9238ede094ee9db61d60ad19 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/163.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et messieurs, Lors des cérémonies du 14 juillet, le Président de la République a rappelé que, « toutes les semaines, nous arrêtons, nous empêchons, nous prévenons des actes terroristes ». Comme il l'a indiqué aujourd'hui à Marseille, ce fut encore le cas cette semaine. En effet, lundi 13 juillet à l'aube, quatre individus, âgés de 16 à 23 ans, dont un ancien militaire réformé de la marine nationale, ont été interpellés en quatre points différents du territoire par des agents de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure, sous l'autorité de la Justice. Ces individus, actuellement en garde à vue, projetaient de commettre une action terroriste contre des installations militaires françaises. L'ouverture dès le 23 juin dernier, par la section anti-terroriste du parquet de Paris, d'une enquête préliminaire pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme, a été précédée d'un très minutieux travail de renseignement. Ainsi, le principal instigateur avait été repéré pour son activisme sur les réseaux sociaux et dans le relationnel de djihadistes français aujourd'hui incarcérés. Il avait également été signalé aux autorités du fait de ses velléités de départ en Syrie, dans le cadre des mesures de prévention mises en œuvre par le Gouvernement pour prévenir les filières djihadistes, et avait fait l'objet d'un entretien administratif. L'attention des services est demeurée très soutenue depuis. Les développements judiciaires de cette affaire ont ensuite permis d'identifier les individus en contact avec cette personne, et de cerner la nature de leurs relations exactes. L'enquête se poursuit et il appartiendra à l'autorité judiciaire de donner le cas échéant des informations complémentaires. Je félicite nos services de renseignement pour ce nouveau coup porté aux terroristes, et ce nouveau projet d'attentat déjoué. Il convient de préciser qu'aucun lien ne peut être établi à ce stade avec les faits qui se sont récemment déroulés dans les Bouches-du-Rhône. Je rappelle que ce sont désormais 1850 Français ou résidents habituellement en France qui sont aujourd'hui impliqués dans des filières djihadistes, dont près de 500 présents en Syrie ou en Irak. Pour les mettre hors d'état de nuire, la détermination du Gouvernement est totale et notre action se déploie en prévention comme en répression. En prévention, plus de 2500 signalements de radicalisation ont été portés à notre connaissance depuis la création du numéro vert il y a près d'un an et demi. Ils font tous l'objet d'un suivi spécifique et extrêmement attentif. En application de la loi anti-terroriste du 13 novembre dernier, 118 interdictions de sortie administrative du territoire ont déjà été prononcées, représentant autant de départs vers la Syrie et vers l'Irak empêchés. Dans le même temps, 29 interdictions administratives d'entrée du territoire ont été délivrées à l'encontre de ressortissants étrangers impliqués dans ces mêmes filières djihadistes. 6 déchéances de nationalité sont en cours d'instruction, et nous avons déjà procédé à 40 expulsions du territoire national de prêcheurs de haine, dont de pseudos Imams auto-proclamés. En répression, l'opération de lundi matin porte à 326 le nombre d'individus impliqués dans des filières djihadistes interpellés depuis 2012. Parmi eux, 188 ont été mis en examen, 126 sont écroués et 61 font l'objet d'un contrôle judiciaire. Cela donne une idée précise du nombre d'individus liés à des projets terroristes, susceptibles de passer à l'acte, et désormais hors d'état de nuire. Je rappelle enfin, comme l'a dit avec force le Président de la République le 14 juillet, que face à la menace terroriste élevée, rien ne sera relâché pour ce qui relève de la sécurité des Français au cours des prochains mois. Dans le cadre du plan Vigipirate, 30 000 policiers, gendarmes et militaires sont affectés à la protection de 5 000 sites sensibles. Je rappelle également qu'au niveau européen et international, notre action résolue et inlassable pour un renforcement de la coopération anti-terroriste porte ses fruits : ainsi cet après-midi, la Commission Libertés civiles, justice et affaires intérieures du Parlement du Parlement européen a adopté un premier texte en faveur du PNR européen, ce nécessaire outil recensant les données des passagers des compagnies aériennes, qui permettra de mieux détecter les mouvements des djihadistes en Europe, ainsi qu'en provenance ou à destination des théâtres des opérations terroristes. Ce travail avec le Parlement européen devra se poursuivre, pour permettre l'adoption d'un PNR européen véritablement opérationnel, dans le plein respect des libertés individuelles et des droits fondamentaux. Tous les moyens sont donc engagés pour protéger nos concitoyens. Rien ni personne n'empêchera les Français de vivre comme ils l'entendent, c'est-à-dire debout, et libres. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/164.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/164.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8e79c9fa8f178304fbf7bf93bdab6d2f279bb44c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/164.txt @@ -0,0 +1 @@ +ALEXANDRE KARA Bonjour François REBSAMEN. FRANÇOIS REBSAMEN Bonjour Alexandre KARA. ALEXANDRE KARA Merci d'être avec nous ce matin. On l'a vu Caen est toujours bloqué, dans le grand Ouest les barrages se multiplient. On a entendu la détresse des agriculteurs dans le journal de 8 heures : on n'est pas là pour mourir. C'est aussi ce que dit Xavier BEULIN, le patron de la FNSEA, il réclame autre chose que des mesurettes. François REBSAMEN est-ce que le président de la République peut annoncer autre chose que des mesurettes aujourd'hui en conseil des ministres ? FRANÇOIS REBSAMEN Oui, il y aura des annonces du ministre de l'Agriculture au cours du conseil des ministres et les réunions vont se poursuivre y compris cet après-midi. Moi je voudrais saluer d'abord l'action menée par Stéphane LE FOLL parce que ça fait longtemps qu'il a dépeint ce qui est en train de se passer à savoir une triple crise en réalité dans la crise agricole elle-même, c'est-à-dire une crise de la viande bovine, une crise de la viande porcine et une crise laitière. Et donc on comprend, on partage la détresse des agriculteurs. Les causes en sont multiples et plutôt que d'avoir la droite qui aujourd'hui jette de l'huile sur le feu, on devrait essayer tous d'apporter notre pierre au soutien pour comprendre la détresse des agriculteurs, essayer de trouver des solutions, proposer des solutions. Le gouvernement a commencé à agir déjà, a agi, il a agi, on pourrait dire il a agi et la droite s'agite, parce qu'il agit comment, d'abord en permettant une remontée des prix qui sont ceux qui rémunèrent le travail des agriculteurs que ce soit dans la viande porcine où je crois que l'objectif était presque atteint par rapport à ce qui a été demandé, ça a été présenté hier. Ce n'est pas encore le cas dans la viande bovine et donc on voit que l'action a porté ses fruits, a commencé à porter ses fruits. Le médiateur va rendre ses conclusions aujourd'hui, il ne s'agit pas de savoir qui est responsable, il s'agit de faire en sorte que les agriculteurs puissent vivre de produits de leur travail. ALEXANDRE KARA Pourtant les agriculteurs disent que les accords du 17 juin n'ont pas été respectés et aujourd'hui Stéphane LE FOLL dresse un tableau catastrophique, il dit qu'il y a près de 10 % des exploitations qui sont menacées là immédiatement de faillite. FRANÇOIS REBSAMEN Oui, il a dit ça avant-hier, c'est vrai et hier soir il y a eu une longue réunion, le travail du médiateur a commencé à être présenté, il va être poursuivi, le travail va se poursuivre aujourd'hui et Stéphane LE FOLL est sur le terrain. Il avait pris conscience de la chose, il y a eu 23 millions d'aide d'urgence qui avaient été confiés aux Préfets pour répondre aux mesures les plus urgentes. Il y aura surement d'autres annonces aujourd'hui. Ce n'est pas à moi de les faire à quelques heures du Conseil des… ALEXANDRE KARA François REBSAMEN vous rendez hommage à Stéphane LE FOLL et en même temps on a l'impression que dans cette affaire le ministre de l'Agriculture a été un peu dépassé, qu'il y a eu un retard à l'allumage et d'ailleurs le président de la République reprend le dossier en main. Est-ce que ce n'est pas un signe ? FRANÇOIS REBSAMEN Non, non le président de la République c'est normal il s'intéresse aux sujets qui touchent les Français et les agriculteurs tout le monde le sait c'est un sujet majeur pour notre pays, très important. On a une agriculture qui doit tendre vers plus de qualité, il y a des problèmes d'exportation qui se posent, on sait très bien que l'embargo russe pèse aujourd'hui sur nos exportations, qu'il y a des problèmes qui sont liés en Chine à des surproductions, à l'Union européenne, il n'y a pas que la France qui a des problèmes aujourd'hui dans l'Union européenne sur les sujets agricoles donc il faut prendre le sujet avec sérieux, calmement comme l'a fait le ministre de l'Agriculture, continuer les concertations, faire en sorte que les prix remontent, parce que c'est ça. Pas les prix à la vente automatiquement mais les prix qui concernent le produit des agriculteurs, ce qu'ils vendent eux ne leur permettent pas de vivre donc il faut…de se rémunérer, surtout pour les jeunes agriculteurs qui ont investi, donc il y aura surement des aides financières qui vont être apportées. ALEXANDRE KARA Oui mais on a entendu les appels de François HOLLANDE, de Manuel VALLS, la responsabilité des acteurs, mais est-ce que ça peut suffire d'être incantatoire comme ça ? Est-ce qu'il ne faut pas aller plus loin ? Est-ce qu'aujourd'hui il ne faut pas serrer la vis peut-être de la grande distribution ou des intermédiaires ? FRANÇOIS REBSAMEN Vous avez vu que le ministre de l'Agriculture s'est refusé à chercher des coupables, on ne va pas montrer des coupables. Il faut que chacun agisse en responsabilité, chacun à sa place, que ça soit les industriels, que ça soit la grande distribution, que ça soit les coopératives donc on a une nécessité aujourd'hui c'est de répondre à cette crise qui est une crise grave de l'agriculture française et c'est ce que fait le ministre de l'Agriculture, c'est ce que fait le gouvernement ? ALEXANDRE KARA Mais finalement face à la baisse des cours et à la concurrence mondiale est-ce qu'on peut encore espérer quelque chose pour le secteur de l'élevage en France ou est-ce que ce n'est pas un secteur qui de toute façon quoi qu'il arrive est en danger et risque en partie une mort lente ? FRANÇOIS REBSAMEN Non je ne le crois pas mais il faut peut-être, et ce n'est pas à moi d'apporter des réflexions comme ça, mais je peux y participer. Il faut se poser la question de la qualité de la production, peut-être ne pas être que dans une gamme moyenne, on voit que par exemple on consomme beaucoup de viande irlandaise dans notre pays, parce qu'il y a une spécificité qui a été mise en avant, alors que la viande française, moi je peux en parler dans ma région charolaise, c'est une belle viande mais on consomme moins de viande, donc il faut peut-être prendre ça en compte aussi, et donc il faut peut-être réguler mieux au niveau européen. ALEXANDRE KARA Hier la FNSEA saluait le dialogue, ce matin on voit bien qu'il y a un peu une radicalisation, Xavier BEULIN dit il faudra autre chose que des mesurettes et réclame le maintien des barrages. Est-ce que la FNSE joue un jeu politique dans cette affaire ? FRANÇOIS REBSAMEN Je ne me permettrais pas de dire ça mais vous savez souvent les organisations syndicales sont menacées d'être débordées parce qu'il y a une vraie détresse qu'il faut comprendre des agriculteurs, de ceux qui voient leur travail qui n'est pas assez rémunéré, de voir leurs exploitations qui sont menacées alors qu'ils ont l'attachement à ce qu'ils font, et donc tout le monde participe je le crois aujourd'hui de la compréhension de ce phénomène de détresse et même peut-être on peut comprendre leur colère. ALEXANDRE KARA François REBSAMEN c'est la dernière ligne droite pour votre loi sur le dialogue social, la lecture définitive du texte est prévue demain, à l'Assemblée, c'était une loi très attendue par le patronat qui finalement au bout du compte déplore un texte qui a l'arrivée ne ressemblerait plus du tout à ses intentions initiales. FRANÇOIS REBSAMEN Oui il y a des postures dans les réponses aujourd'hui qui sont données. Le texte que j'ai présenté c'est un texte de progrès social. Ce sont des progrès sociaux qui sont réalisés dans ce texte qui vont maintenant se traduire concrètement pour les salariés et c'est plus de souplesse pour les entreprises. Moi je voulais tenir les deux bouts de la chaine, à savoir ne pas diminuer bien au contraire les droits aux salariés, 4,6 millions de salariés qui n'avaient pas de représentation en auront une demain. ALEXANDRE KARA C'est justement là où ça bloque, les très petites entreprises disent il ne faut pas de créations de ces commissions régionales qui vont alourdir encore nos charges. FRANÇOIS REBSAMEN Pas toutes les petites entreprises, j'ai reçu hier la CGPME ; la CGPME effectivement critiquait cette disposition. Mais par contre l'UPA, c'est-à-dire les artisans ont exactement le même dispositif, alors les artisans c'est vraiment des petites entreprises, c'est même la première entreprise de France l'entreprise artisanale, donc vous voyez il n'y a pas là j'allais dire d'atteinte aux droits des petits entrepreneurs. Au contraire je leur donne de la souplesse, des facilités, je lisse les seuils, le seuil de 50, vous savez ce passage de 50 salariés à 300, maintenant il y a des dispositions qui diminuent le nombre de réunions obligatoires pour avoir des réunions plus stratégiques, plus intéressantes pour revivifier le dialogue social, on donne la place aux partenaires sociaux et donc il y a beaucoup de dispositions, il y a la prime d'activité aussi et puis il y a tout ce qui concerne les intermittents. Bref, il y a beaucoup de choses qui sont des acquis pour les salariés qui vont être demain du progrès social et de l'autre côté de la souplesse pour les entreprises ; c'était les deux bouts de la chaine qu'il fallait tenir. ALEXANDRE KARA Un amendement a introduit la possibilité de reconnaitre le burn-out comme maladie professionnelle, est-ce que ce n'est pas un peu dangereux, est-ce que ça ne peut pas entrainer des excès d'interprétation ? FRANÇOIS REBSAMEN Non le burn-out c'est un début de reconnaissance et c'est normal ça peut exister mais ce n'est pas une maladie qui peut figurer au tableau des maladies professionnelles parce qu'elle n'est pas uniquement liée au poste de travail et donc j'ai renvoyé à des commissions régionales qui pourront quand il y a des cas très précis y répondre. ALEXANDRE KARA Et ça ne sera pas systématique ? FRANÇOIS REBSAMEN Non ce n'est pas systématique, on ne peut pas faire, j'allais dire, comme si cela était uniquement du au travail, des fois c'est du au travail, des fois il y a des causes personnelles ; mais c'est une maladie, c'est un phénomène je pourrais dire, c'est ce syndrome d'épuisement professionnel, un nouveau phénomène qu'il faut prendre en compte, augmentation de la productivité souvent, épuisement, voilà. ALEXANDRE KARA François REBSAMEN vous êtes ministre du travail, le président de la République l'a redit lors de son interview du 14 juillet, il ne se représentera pas sans inversion de la courbe du chômage, vous êtes en quelque sorte son dernier espoir ? FRANÇOIS REBSAMEN Non, non parce qu'il ne s'agit pas d'inverser la courbe du chômage, il faut faire diminuer le nombre de chômeurs, c'est ça qui pèse sur le moral des Français. Là j'ai des bonnes annonces ce matin, des bonnes nouvelles j'allais dire qui vont être publiées dans la journée puisque vous savez le régime central de la Sécurité sociale des URSSAF recense les déclarations d'embauche. Or, au deuxième trimestre ces déclarations d'embauche ont augmenté de 1,2 %, elles avaient augmenté de 1,9 % au premier trimestre et elles augmentent les déclarations d'embauche, il y a un dynamisme de déclaration d'embauche en CDI donc il y a des bonnes nouvelles. On crée de l'emploi dans ce pays, il ne faut pas qu'on croit qu'on détruit de l'emploi, on crée de l'emploi. ALEXANDRE KARA Mais pourquoi le chômage augmente alors ? FRANÇOIS REBSAMEN Parce qu'on a un tel dynamisme démographique qu'il faut créer suffisamment d'emploi pour faire reculer le chômage. Or, on crée de l'emploi mais on n'en crée pas encore assez pour faire reculer le chômage. A la fin de l'année, à la fin de l'année sur la base des prévisions, moi je suis obligé de me baser sur les prévisions à cet instant, sur la base des prévisions de croissance à 1,2 % on aura stabilisé le nombre de demandeurs d'emploi et il baissera début de l'année prochaine, fin de l'année. ALEXANDRE KARA Les chiffres du chômage tomberont la semaine prochaine, vous attendez de bonnes nouvelles ? FRANÇOIS REBSAMEN Cet outil statistique est donc composé des chiffres qui sont publiés suite à Pôle emploi, au recensement de Pôle emploi ne constitue pas pour moi un outil statistique le plus fiable et je préfère les statistiques du BIT de l'INSEE qui sont publiées trimestriellement. ALEXANDRE KARA Si je vous entends bien vous n'êtes pas optimiste ? FRANÇOIS REBSAMEN Non, non mais je ne fais pas de pari sur les chiffres du chômage, j'agis pour qu'ils baissent. ALEXANDRE KARA François REBSAMEN merci d'avoir été avec nous ce matin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/165.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/165.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9488ffbdb315470434e584c60fe1a21a45674686 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/165.txt @@ -0,0 +1 @@ +J'espère tout d'abord que vos vacances ont été excellentes. Elles étaient en tout cas bien méritées au regard de votre travail de l'an passé, et, jusqu'à la veille des vacances, pour préparer une rentrée qui s'annonce, comme les trois précédentes, d'une densité et d'une richesse exceptionnelles. En cette rentrée 2015, la refondation de l'école de la République entre dans sa troisième année. C'est dire que nous entrons dans une phase de consolidation au cours de laquelle l'enjeu pour notre ministère va être de soutenir la mise en œuvre sur le terrain et de donner à voir les pratiques qui changent. Et nous le savons ce sont ces changements de pratiques qui produiront les changements dans les résultats de notre système éducatif. Ces trois dernières années ont été celles de réformes menées dans le dialogue et l'efficacité, dans la concertation et la conscience de l'urgence qu'il y avait à refonder, avec patience et détermination, tous les niveaux de notre système d'enseignement. Trois ans qui ont vu le budget de l'École, cette année de 65 milliards d'euros pour le primaire et le secondaire et de 23 milliards d'euros pour le supérieur, élevé au niveau des exigences de la Nation, ainsi que des réponses à apporter pour que l'École soit plus efficace et plus juste. L'année 2015 aura été aussi celle qui, du fait du drame qui nous a touchés en janvier, a renforcé légitimement l'exigence de nos concitoyens d'une école porteuse des valeurs de la République. Cet attachement des Français à leur école et à ses missions républicaines est au fondement de la grande mobilisation lancée en janvier dernier dont vous avez porté le souffle, notamment lors des Assises du printemps, et doit plus que jamais rester au cœur de nos préoccupations. L'École a besoin de vous. Elle ne peut se passer de la mobilisation de chacun d'entre vous sur le terrain pour que les nécessaires réformes entreprises deviennent des réalités concrètes, visibles par tous et permettent d'améliorer nos résultats. Je veux donc que vous mesuriez bien, en ce début d'année, tout ce qui est attendu de vous pour que la refondation de l'École réussisse et s'inscrive dans les pratiques quotidiennes et dans la durée. Notre première priorité, c'est de faire réussir tous les élèves et de leur faire acquérir les connaissances et compétences fondamentales. Nous ne pouvons pas accepter que l'école fasse le choix de trier les élèves très tôt au risque d'en abandonner une partie à l'échec et au décrochage. Aucune société moderne ne peut faire le choix de laisser de côté une partie de sa jeunesse ou se résigner à voir le niveau d'ensemble des élèves se dégrader alors que l'économie de la connaissance dans laquelle ils grandissent impose d'élever sans cesse le niveau de qualification des nouvelles générations. C'est évidemment un choix politique. Mais c'est aussi un choix d'efficacité. Nous ne sommes pas les seuls à le dire, l'OCDE a d'ailleurs cet été souligné que nos réformes allaient dans le bon sens. Pour n'oublier personne en chemin, la refondation de l'école a débuté par le premier degré. La priorité au premier degré est la priorité du gouvernement. Des moyens importants y sont consacrés et ils seront encore plus importants pour la rentrée scolaire 2016. Je vous demande de les concentrer sur les dispositifs pédagogiques qui permettent aux élèves de surmonter leurs difficultés, je pense notamment à la scolarisation des moins de trois ans dans les secteurs les plus défavorisés socialement et au plus de maîtres que de classe. Ce sont deux dispositifs que nous devons valoriser partout car ils font sens pour nos concitoyens. Mais il ne faut pas seulement implanter des moyens supplémentaires ; je vous demande aussi de mobiliser les équipes de circonscriptions pour que chaque dispositif soit pertinent et fasse l'objet d'une véritable réflexion pédagogique. C'est la même exigence que nous devons avoir avec la réforme des rythmes scolaires. Au moment où cette réforme difficile s'inscrit dans la durée et où les PEDT, grâce à votre mobilisation, deviennent un instrument de travail avec les collectivités territoriales, nous devons désormais concentrer notre effort sur l'organisation des contenus pédagogiques de la semaine scolaire. La remise en place de cinq matinées n'aura de sens que si un vrai travail se fait dans chaque école pour que les enseignements soient organisés de façon à ce que les temps d'apprentissage soient les plus efficaces. Cette réforme ne doit pas être mise en œuvre indépendamment de la réforme des programmes. La réflexion doit être globale et je vous demande de l'encourager partout et de faire remonter les initiatives que vous prenez pour valoriser l'efficacité pédagogique de la cinquième matinée. L'étape suivante est maintenant de transformer le collège pour donner aux équipes les moyens de répondre aux besoins de leurs élèves. Vous avez compris que cette réforme s'appuie sur deux axes majeurs : donner une véritable marge d'autonomie aux équipes pédagogiques (et j'insiste sur le terme d'équipe pédagogique car cette transformation ne pourra réussir que collectivement) et faire évoluer les pratiques d'enseignement avec l'introduction de plus de temps pour l'accompagnement personnalisé et l'interdisciplinarité. Mais vous avez pu le constater, les enseignants ont besoin d'être rassurés. Ils sont convaincus que le collège doit évoluer et en même temps, la réforme proposée suscite interrogations et craintes chez certains. Il faut donc les accompagner dans la démarche. Ce sera mon exigence pour l'année scolaire qui vient : je vous demande une implication totale dans la mise en place du plan de formation des personnels. Je vous demande de voir régulièrement les inspecteurs et les principaux, d'aller dans les collèges pour rencontrer les équipes. A nous d'expliquer, de former et de créer de l'adhésion. Cette adhésion, nous devons aussi la rechercher chez les parents parce que nous savons tous que lorsque les adultes, professionnels et parents, partagent les mêmes objectifs, cela participe fortement à la réussite scolaire et à l'épanouissement des élèves. Pour que le rôle des parents soit pleinement reconnu, je vous demande de sensibiliser l'ensemble des personnels sur l'importance de faire des élections de parents d'élèves un temps fort de la vie démocratique des écoles et établissements. Il est indispensable que les élèves dès leur plus jeune âge soient associés à l'organisation et au déroulé de ces élections des 9 et 10 octobre pour qu'ils puissent vivre pleinement ce temps d'apprentissage citoyen et qu'ils puissent créer du lien entre leurs parents et l'école quand celui-ci est trop ténu voire inexistant. Je souhaite que tous les parents et notamment les parents les plus éloignés de l'école puissent trouver leur place au sein des établissements scolaires : les espaces parents, les temps d'accueil qui leur sont réservés, les dispositions règlementaires de 2006 vous demandant de simplifier la participation des parents aux instances de l'établissement doivent être respectés si nous voulons que la coéducation, base de l'alliance éducative qu'il faut créer, soit réelle et incarnée. Ma deuxième priorité, et elle est indissociable de la première, est de rendre notre école plus juste. Je ne vous réciterai pas les résultats de PISA ou d'autres enquêtes nationales, mais il faut vraiment avoir conscience que notre école est sur ce point en grave difficulté. Et ce que je vous demande n'est pas facile car la tentation est toujours pour notre société de préférer le statu quo. Donner plus à ceux qui en ont le plus besoin, est toujours l'option la plus difficile mais elle est indispensable pour que toute notre jeunesse se sente accompagnée et respectée. Etre inégalitaire en moyens pour être égalitaire en réussite, c'est une clé de l'efficacité même de notre système éducatif. La réforme emblématique de cette politique est la réforme de l'éducation prioritaire. Elle est généralisée à cette rentrée et je vous demande de la suivre, de veiller à ce que les formations des équipes soient mises en place, que les réseaux soient animés par les corps d'inspection. Vous devez faire en sorte que cette réforme ne soit pas celle d'une cartographie mais celle de véritables avancées pédagogiques et d'une organisation toute entière dédiée à l'accompagnement des élèves. Je veux être sûre que les moyens consacrés à ces réseaux, 300 millions d'euros, conduisent à de vrais projets pédagogiques et à attirer des personnels plus expérimentés. Après 30 ans de politique d'éducation prioritaire, c'est un enjeu essentiel. D'autres mesures vont également prendre forme à cette rentrée et dans les mois qui viennent. Je vous demande là aussi tout votre engagement pour qu'elles se mettent en place dans les meilleures conditions possibles. Je pense à la mobilisation pour vaincre le décrochage scolaire ; la priorité pour répondre à la demande du président la République, c'est la prévention, au sein de nos établissements, par des pratiques pédagogiques nouvelles. C'est la culture de la persévérance scolaire que nous devons inscrire dans nos pratiques, pour employer un terme emprunté à nos cousins d'outre-Atlantique. De même, la mise en œuvre du droit au retour en formation initiale constitue une mesure essentielle pour permettre à des jeunes qui sont sortis sans qualification de notre système scolaire de bénéficier d'une véritable nouvelle chance d'acquérir une certification qui leur permettra de trouver un emploi. Nos professionnels ont un rôle essentiel à jouer et des compétences à faire valoir. Je sais que l'année scolaire sera marquée par de profondes réorganisations de nos partenaires des Conseils régionaux. Saisissons cette chance, préparez-vous pour faire de la réforme territoriale une opportunité pour une action plus efficace contre le décrochage. Enfin, nos efforts à destination des publics les plus fragiles devront être poursuivis. Vous savez et vivez dans vos territoires les ravages de l'exclusion sociale et les risques qu'elle représente pour la réussite scolaire des enfants. Le rapport sur la grande pauvreté de Jean-Paul Delahaye l'a rappelé avec beaucoup de force et des propositions concrètes, dont certaines sont mises en œuvre sans délai. J'ai ainsi décidé d'abonder les crédits dédiés aux fonds sociaux de 20% supplémentaires cette année et cet effort sera prolongé en 2016. Nous devons aussi endiguer le non-recours aux bourses sociales en mobilisant nos équipes dans les établissements pour que toutes les familles qui peuvent y prétendre déposent leurs demandes. Une circulaire de la DGESCO sera prochainement diffusée à cet effet. Quant aux emplois, la priorité dans l'allocation des moyens restera donnée aux écoles et établissements les plus défavorisés. Le plan pour la Seine-Saint-Denis a montré que de vrais succès pouvaient être remportés si on se donnait les moyens d'y parvenir. Je pourrais aussi citer la mobilisation en faveur de territoires ultramarins tels que Mayotte et La Guyane. Je veux aussi cette année ouvrir le sujet de la mixité sociale au collège. Nous aurons une approche pragmatique tant il est vrai que ce sujet a moins besoin de grands discours que d'actes. Nous définirons des territoires volontaires pour mettre en œuvre les dispositions du décret du 15 juillet 2014 permettant la création de secteurs multi-collèges. Cette démarche fera l'objet d'un accompagnement scientifique permettant de généraliser les pratiques territoriales vertueuses. Ma troisième priorité, c'est de réussir la grande mobilisation de l'École pour les valeurs de la République. Les évènements de janvier, aussi terribles soient-ils, risquent de s'estomper de la mémoire collective avec le temps. Pour ma part, je sais que c'est votre engagement total qui fera que l'École restera engagée dans ce formidable défi de remettre en son sein les valeurs de la République et que les leçons du passé seront retenues. Les mesures de la Grande mobilisation sont nombreuses et aucune ne doit être négligée car c'est la démarche d'ensemble qui fait la force de notre mobilisation et qui a retenu l'attention. Ce ministère s'est montré, comme les enseignants sur le terrain, à la hauteur de la situation et nous devons l'être dans la durée. Je voudrais insister sur certaines mesures. Il y a d'abord la mise en place du parcours citoyen en cette rentrée, constituée notamment du nouvel enseignement moral et civique. Nous avons un devoir de crédibilité sur cet enseignement pour lequel j'ai demandé à la DGESCO de mettre à disposition des ressources pour vos équipes. Vous connaissez les enjeux de la transmission du sens de la laïcité. Enjeu d'autant plus important que l'instrumentalisation en ce domaine n'est jamais bien loin comme on l'a vu encore cet été avec cette question des menus des cantines scolaires. La formation de nos équipes je vous rappelle que 300 000 personnes doivent être formées d'ici la fin de l'année 2015 - est indispensable, de même que votre vigilance et celle des référents académiques face à tout signalement d'atteinte au principe de laïcité ou toute dérive liée à la radicalisation. Aucune équipe pédagogique ne doit se sentir isolée ou démunie sur les enjeux liés à la laïcité. Un livret dédié sera prochainement diffusé dans tous les établissements scolaires à cet effet. L'école doit être porteuse d'une pédagogie de la laïcité auprès des élèves, à laquelle les parents doivent être associés. C'est pourquoi ils devront désormais signer la Charte de la laïcité à l'école. Enfin, je voudrais vous dire mon attachement à la mise en œuvre concrète sur le terrain de la réserve citoyenne. Cette réserve peut être le symbole du lien que l'école entretient avec les citoyens en confiance. Il y a un effort de pédagogie à faire à l'égard des enseignants et je vous demande de le faire dès la pré-rentrée. Il y a aussi un effort de communication à l'égard de nos partenaires que vous devrez mobiliser autour de cette question. Dans le même esprit, je souhaite que vous portiez une attention particulière au recrutement et à l'accueil dès cet automne des 5 000 jeunes volontaires en service civique. C'est un enjeu important pour renforcer les actions pédagogiques et citoyennes au sein de nos établissements et concourir à la réussite du service civique universel voulu par le Président de la République. Votre détermination, vous l'avez compris, doit être un moteur pour les équipes pédagogiques, qui, sur place, quelques fois, je le sais, sont en proie au doute. Je veux vous dire toute ma confiance en vous en ce début d'année. Je veux vous dire le plaisir que j'ai à travailler avec vous pour l'École, à laquelle les Français ont un attachement si fort. Je vous sais motivés et capables de le faire à mes côtés. Votre action volontaire et optimiste est le meilleur remède contre les tentations de l'égoïsme mais surtout du découragement qui peuvent gagner les parents comme les professionnels face à l'ampleur de la tâche qu'il nous reste encore à accomplir. Je sais que vous aurez à cœur de mener à bien, dans chaque territoire, dans chaque établissement, dans chaque classe, cette refondation à laquelle nous consacrons tous nos efforts et toute notre conviction depuis trois ans. Il faut redire que l'injustice sociale n'est pas une fatalité, que l'École n'est pas condamnée à ajouter sempiternellement ses propres inégalités à celle que transmet la naissance, que chacun peut contribuer, à son échelle, à condition d'y croire et d'agir en conséquence, au combat qui nous mobilise tous depuis trois ans pour une École toujours plus digne de l'estime infinie placée en elle. Avec vous, nous permettrons aux uns et aux autres de ne jamais perdre l'essentiel de vue : le succès de chacun de nos élèves, l'égalité dans l'excellence, l'avènement toujours plus affirmé d'une École juste, apaisée, républicaine, qui apaise à son tour l'ensemble de notre société. Votre rôle est crucial pour insuffler dans l'ensemble de notre système cet optimisme de la volonté sans lequel rien de grand n'est possible. Parce que nous croyons en ce que nous faisons, parce que nous sommes forts de ce que nous avons déjà accompli ensemble et de la certitude de ce que nous allons faire encore, je le sais, nous plaçons l'École et la République dans la voie sûre du progrès vers toujours plus d'égalité. Je ne voudrais pas terminer mon intervention sans adresser un mot de remerciements à Claire Lovisi qui a souhaité arrêter sa mission cet été. Elle a réalisé un travail remarquable dans une académie où les réformes étaient souvent difficiles à mettre en place, je pense plus particulièrement aux rythmes scolaires. Je tenais vraiment à la remercier pour son engagement. J'en profite aussi pour souhaiter la bienvenue à son successeur Emmanuel Ethis. Bonne journée de travail à tous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/166.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/166.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2609ce0021d1116fae01408a61ec0deff1383368 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/166.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le ministre des Affaires étrangères et du Développement international, cher Laurent FABIUS, Mesdames Messieurs les Ministres, Mesdames, Messieurs les Parlementaires, Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames, Messieurs, Je suis très heureux de vous retrouver une nouvelle fois et de m'adresser à vous pour cette Semaine des ambassadeurs. Il y a encore peu, on parlait d'une Conférence… Comme quoi il faut savoir être ambitieux ! Je ne pourrai malheureusement pas être avec vous vendredi midi, qui est quand même le clou, le rendez-vous de cette Semaine je suis à Châlons. Mais ce sera une belle manière, je n'en doute pas, de conclure vos travaux. Le président de la République s'est adressé à vous hier matin. Il a tracé les orientations de notre diplomatie et détaillé les initiatives que prend la France dans un monde en pleine ébullition, fait d'instabilité, de menaces, mais aussi, vous le savez aussi bien que moi, de tant d'opportunités. Tout au long de l'été, au Proche-Orient, en Méditerranée, en Ukraine, de nouveaux drames, de nouvelles tensions, de nouvelles sources d'inquiétude pour notre sécurité nous ont, vous ont mobilisés. Les accidents industriels, les problèmes de sécheresse, les inondations ont, quant à eux, rappelé à l'attention de tous, de manière toujours plus aiguë, l'urgence environnementale et donc l'impératif de réussir la Conférence Paris Climat 2015 en fin d'année. Enfin, l'instabilité financière, notamment en Asie, la volatilité des marchés, des bourses, ont souligné une fois de plus, si c'était nécessaire, l'interdépendance de nos économies. Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs, Représenter la France à l'étranger, faire entendre sa voix, défendre ses intérêts, promouvoir nos entreprises, nos savoir-faire, telle est votre mission. J'en connais l'exigence pour avoir rencontré beaucoup d'entre vous dans vos pays respectifs. J'en sais aussi toute l'utilité, toute l'importance. Nous avons besoin d'une diplomatie forte, capable d'intervenir, de peser. Une diplomatie, sous l'autorité de Laurent FABIUS, qui affirme notre ouverture sur le monde au moment où les populismes avancent leurs mauvaises solutions, veulent fermer les frontières, nous barricader, organiser le grand repli sur nous-mêmes. Une diplomatie forte, donc, au service d'une France forte. Voilà, en quelques mots, le message que je veux vous délivrer aujourd'hui. Et la France se doit d'être forte, d'abord le président de la République le rappelait hier, face à la menace terroriste mondiale, au jihadisme radical. Cet ennemi protéiforme, intérieur et extérieur, aux modes opératoires qui évoluent sans cesse les événements dans le Thalys Amsterdam-Paris il y a quelques jours l'ont encore montré, nous impose la plus grande vigilance, la plus grande fermeté et la plus grande mobilisation. Il faut surtout savoir nommer les choses pour ce qu'elles sont. Nous sommes en guerre contre un totalitarisme nouveau, mais tout aussi sanguinaire, sinon encore plus sanguinaire. Un totalitarisme qui veut abattre la civilisation, ici, en Europe, en Afrique, dans le monde arabo-musulman, pour y substituer la terreur, la tyrannie. Combattre cette menace terroriste prendra du temps. C'est un combat de longue haleine. Nous devons à nos concitoyens, à nos compatriotes, un langage de vérité. Mais nous ne sommes pas désarmés ni démunis face à cette menace qui peut frapper à tout instant. Notre force, c'est une conviction, c'est d'abord la République, une République déterminée à se donner tous les moyens, dans le respect du droit c'est l'arme et l'honneur des démocraties pour lutter de manière implacable. Ici, en France, bien sûr, mais aussi au Sahel ou au Moyen-Orient, où nous armées sont déployées. Après les attentats de janvier à Paris, le Gouvernement a pris les décisions qui s'imposaient. Nous avons renforcé les effectifs et les moyens de nos services de renseignement : nous avons fait adopter, il y a quelques semaines, une loi très importante sur le renseignement, qui donne un cadre légal à nos services et leur confère les moyens juridiques pour traquer plus efficacement les terroristes. Et je vous demande d'aller expliquer auprès de vos interlocuteurs les mesures prises par la France dans son combat contre le terrorisme. Mais nous ne pouvons lutter seuls. La coopération internationale contre le terrorisme est plus que jamais une nécessité. Elle est même d'ailleurs une condition de son efficacité. Il nous faut aussi suivre de près les initiatives prises en matière de lutte contre la radicalisation. Notre priorité absolue, c'est bien sûr d'interpeller les individus qui pourraient passer à l'acte. C'est aussi de détecter suffisamment tôt ceux qui, notamment, par le biais d'Internet, des réseaux sociaux, sont sur le point de basculer dans le jihadisme. Nombre de nos partenaires ont mis en place des projets impliquant les familles, les acteurs sociaux, les collectivités locales, qui pourraient inspirer ce que nous mettons nous-mêmes en place en France, et je vous demande une nouvelle fois d'être particulièrement attentifs aux initiatives prises dans vos pays respectifs et d'en informer vos autorités. Lutter contre le terrorisme, c'est aussi protéger nos intérêts à l'étranger ; parce qu'ils sont menacés, parce que vous-mêmes pouvez être menacés. Je tiens à vous le dire : jamais nous ne transigerons avec la sécurité des Français de l'étranger et avec la protection des représentants de l'Etat et de nos ambassades. Laurent FABIUS en a fait à juste titre une priorité pour le budget du ministère des Affaires étrangères. Et à chaque fois qu'il sera nécessaire, les moyens affectés à la sécurité de l'Etat à l'étranger seront adaptés. Une France forte, c'est ensuite une France qui pèse en Europe. L'Europe est confrontée à des défis considérables. Il y a bien sûr, et c'est l'urgence, le défi migratoire, avec ses tragédies quotidiennes. Il y a aussi le défi de la croissance et de l'emploi. Il y a enfin cette contestation croissante d'un projet européen qui ne parle plus au cœur des peuples, qui ne parle plus aux jeunes générations. Chacun de ces défis est en lui-même immense. Leur conjonction fait peser sur les dirigeants européens, sur les responsables publics, une responsabilité historique. Bien sûr, on pourra dire que l'Europe a toujours fait face, depuis ses débuts, à des défis, et qu'il n'y a là au fond rien de très nouveau. Après tout, n'était-ce pas un défi d'avoir ce rêve fou, dans les années 1950, d'installer durablement la paix sur un continent ravagé par les guerres ? Un défi de vouloir concilier l'Histoire et la Géographie à travers l'élargissement ? Un défi de se lancer dans la création d'une monnaie unique ? Les défis ont toujours été là, bien sûr. Mais aujourd'hui, il y a quelque chose de plus quelque chose de plus grave. Le projet européen ne s'impose plus avec évidence. Nous devons pleinement mesurer cette situation, et il appartient à la France, pays fondateur, de réaffirmer cette aspiration qu'est la construction européenne. Bien sûr, pas toute seule ! Avec les autres, à commencer par l'Allemagne. Mais je suis frappé de constater, dans tous les échanges que j'ai avec des responsables européens, que la parole de notre pays sur l'Europe est irremplaçable. Ceci nous honore. Ceci, surtout, nous oblige. L'Europe doit résister à la tentation, qui existe toujours, d'affronter les difficultés dans le repli sur ses intérêts nationaux, dans la remise en cause de ce qui a été si patiemment construit par des générations de dirigeants visionnaires. L'ambition, ce doit être d'aller plus loin, de tirer les leçons des crises à répétition que nous vivons. Car quand je vois que les négociations du 3ème Programme d'assistance financière à la Grèce se sont au fond bien déroulées au mois d'août, que désormais, elle a la possibilité d'ouvrir une nouvelle page de son histoire, avec de nouveaux moyens financiers et économiques, je ne peux m'empêcher de penser que nous avons eu mille fois raison de mettre toute la force politique de notre pays, à l'initiative du président de la République, pour maintenir la Grèce dans la zone euro. Quelque chose de fondamental s'est joué au mois de juillet, qui n'est pas sans conséquence dans les débats européens, comme dans les débats en France. Aller plus loin pour l'Europe, c'est d'abord mettre au cœur de nos politiques la croissance, l'investissement et l'emploi. C'est le pré-requis. Le plan Juncker, pour lequel la France s'est beaucoup impliquée, se met en place. Les premiers financements sont disponibles, les premiers projets, y compris en France, commencent à se réaliser. Par exemple, dans le domaine de la production d'énergie renouvelable, ou pour soutenir les PME innovantes. Mais ce n'est qu'une première étape. Les besoins d'investissements en Europe sont considérables. Et comme nous l'avons voulu, ce sujet est désormais inscrit au cœur de la stratégie économique de l'Union européenne, à côté des réformes structurelles et du redressement nécessaire des comptes publics. L'Europe doit aussi préparer l'avenir, investir massivement dans ses capacités de recherche, dans le capital humain, dans les nouvelles technologies si elle ne veut pas se laisser distancer par les grands blocs américain et asiatique. Aller plus loin pour l'Europe, c'est préparer la prochaine étape : celle de l'intégration croissante de la zone euro pour la rendre plus efficace et surtout plus légitime. Il faut enfin cela a encore été rappelé par le chef de l'Etat hier doter l'euro d'un gouvernement économique. Il faut que la zone euro bâtisse une véritable politique de convergence économique, financière, fiscale et sociale. Et comme l'a annoncé le président de la République, la France formulera, dans les prochaines semaines, des propositions concrètes sur tous ces sujets. Enfin, aller plus loin pour l'Europe, c'est ne jamais hésiter à encourager les solutions européennes partout où elles sont nécessaires. L'Europe n'est pas la solution à tous nos maux. Elle ne peut pas tout, et les Etats doivent pleinement assumer leur responsabilité dans la conduite des politiques publiques. Mais ne pas s'engager pleinement au plan européen et ne faire les choses qu'à moitié au motif que politiquement, ce serait sensible ou que les opinions publiques ne comprendraient pas, ce n'est pas non plus la solution. La timidité ne paie jamais au plan européen. Seule l'audace permettra d'avancer. C'est pourquoi il est indispensable de combler les lacunes qui finissent par se retourner contre le projet européen lui-même. Je ne prendrai qu'un exemple, celui qui évidemment nous vient à l'esprit : celui des migrations. C'est ensemble, avec un esprit de solidarité, avec fermeté, mais aussi de responsabilité, que nous devons avancer. Il faut notamment créer un système de garde-frontières européen, un système qui, disons-le directement, est essentiel à la survie et la crédibilité même de l'espace Schengen. Et dans ce même esprit, il faut que l'Union européenne se dote d'une politique de l'asile pleinement conforme aux valeurs que l'Europe porte aux yeux du monde. C'est ainsi, en continuant à faire progresser la construction européenne, que l'Union pourra affirmer sa position de grande puissance commerciale, industrielle et culturelle. Ceci demande de l'énergie, de la conviction, de la détermination et vous êtes en première ligne pour cela. Une France forte, c'est aussi une France qui continue de se réformer pour amplifier la croissance, créer davantage d'emplois et préparer l'avenir. Une France qui se réforme et retrouve confiance en elle-même. L'an dernier, ici même, je vous avais présenté l'agenda des réformes ; des réformes qui se poursuivent avec constance, sans dévier du chemin tracé, et qui produisent de premiers résultats. D'abord, en matière de croissance. Elle a été de 0,7 % au premier semestre, elle sera donc au moins à 1 %, voire un peu plus, pour l'année 2015. L'an prochain, nous devrions atteindre 1,5 %. C'est encourageant, mais c'est encore insuffisant pour faire baisser le chômage, même si les chiffres qui viennent d'être publiés ce soir vont dans le bon sens. Nous devons donc persévérer. Et je l'ai dit cette semaine, dans une tribune publiée par le journal Les Echos : changer maintenant de ligne de conduite, ce serait tout perdre. Nous obtenons également des résultats en matière de déficit budgétaire. Il était de 5,1 % en 2011, il a été de 4 % en 2014. Et nous poursuivrons nos efforts pour ramener notre déficit sous la barre des 3 % d'ici 2017. Nos objectifs de redressement de nos comptes publics seront donc tenus. Pas parce qu'on nous le demanderait, à Bruxelles ou à Berlin, mais tout simplement parce que c'est indispensable pour le pays. La dette, le déficit, la dérive des comptes publics, c'est la spirale du déclin, c'est le déclassement assuré. Et jusqu'au bout, nous respecterons la parole de la France : restaurer nos comptes pour retrouver pleinement notre souveraineté financière et budgétaire. Nous obtenons enfin des résultats en matière de compétitivité de nos entreprises. Grâce au CICE, au Pacte de responsabilité et de solidarité, le coût du travail dans l'industrie est désormais moins élevé en France qu'en Allemagne il ne faut pas hésiter à le dire. Les marges des entreprises se redressent. Les entreprises étrangères font, quant à elles, de nouveau confiance à la France, avec une augmentation de 8 % des investissements étrangers. L'image de la France change, elle s'améliore. Il y avait encore très récemment un sport à la mode : le « French bashing ». Or, je le constate à l'occasion de mes déplacements en Europe une quinzaine depuis ma nomination comme chef du gouvernement, nombre d'entre eux effectués avec Harlem DESIR, que je salue : la France n'est plus décriée comme elle a pu l'être, et les regards se tournent à nouveau vers elle. Pas seulement parce qu'elle compte, grâce à sa diplomatie, à ses armées. Mais aussi parce que notre image sur le plan économique et commercial a changé au cours de ces derniers mois. Je reste lucide, cependant. Il y a encore beaucoup à faire pour redonner tout son souffle à notre économie. Il faut donc aller plus loin et intensifier nos réformes. A la rentrée, nous allons ouvrir plusieurs grands chantiers. Enfin … « à la rentrée » … j'ai le sentiment d'y être déjà pleinement ! D'abord, avec le projet de loi de finances pour 2016. Il permettra de poursuivre notre trajectoire en termes d'économies budgétaires, de poursuivre également les allégements de charges pour les entreprises, de réduire encore l'impôt des ménages et ce pour la troisième année consécutive. Nous allons aussi présenter cet automne un projet de loi sur l'économie numérique. Dans ce domaine, nous devons saisir toutes les opportunités, stimuler la création d'activités, car c'est là un formidable relais de croissance. La France doit être à la pointe de l'innovation européenne et mondiale ; elle a tous les atouts, tous les talents pour cela. Notre économie présente encore trop de blocages, trop de complexité, trop d'obstacles à l'esprit d'initiative. D'ici début 2016, le ministre de l'Economie présentera donc de nouvelles mesures pour compléter, pour approfondir la loi croissance et activité promulguée au début du mois d'août. Certaines de ses dispositions, d'ailleurs, sont d'ores et déjà entrées en vigueur. Je pense en particulier à l'ouverture des commerces le dimanche dans les zones touristiques. C'est une grande avancée, pour laquelle Laurent FABIUS s'est fortement mobilisé, et qui, là aussi, participera je n'en doute pas un seul instant du changement nécessaire de l'image de la France, à travers sa capitale, Paris. Réformer, c'est aussi continuer notre action en matière de marché du travail. Il faut plus de souplesse, moins de complexité ce qui ne veut pas dire moins de droits pour les salariés. Il faut aussi donner plus de place à l'accord collectif : la loi fixe le cadre, mais nous laisserons plus de latitude aux entreprises et à leurs salariés pour décider de leurs politiques de formation, d'apprentissage, d'organisation du travail. J'attends beaucoup du rapport qui nous sera fourni dans quelques semaines par Jean-Denis COMBREXELLE. C'est notre devoir de tout tenter pour enrayer ce fléau du chômage qui abîme notre pacte social depuis des décennies. Sortons donc des caricatures, des faux débats. Soyons au contraire audacieux, parce que la situation du pays l'exige et parce que tout simplement notre jeunesse nous le réclame. Nous agissons enfin pour soutenir, encourager, développer notre industrie, notre agriculture, qui exportent des produits français et donc beaucoup de l'image de la France partout dans le monde. Je veux vous parler ce soir de notre agriculture et de notre élevage. Nous avons un devoir : prendre des mesures fortes pour aider les éleveurs à s'adapter à l'évolution de la demande, à une concurrence qui s'est exacerbée, les aider à rebâtir une filière française qui soit à nouveau conquérante sur les marchés d'exportation. J'ai ainsi présenté en juillet, avec Stéphane LE FOLL, un plan de soutien à l'élevage français. Matthias FEKL a la responsabilité d'en animer le volet export. Et là encore, nous avons besoin de tout votre concours. Je vous demande de mobiliser vos équipes en particulier sur trois dossiers prioritaires : - en premier lieu, obtenir la levée des embargos sur les importations de viande bovine française dans les pays où ils existent encore, en dépit du classement de la France en « risque négligeable » au regard l'ESB ; - ensuite, être en contact régulier avec les filières professionnelles françaises pour les alerter sur toutes les opportunités d'exportation ; - enfin, bien sûr, promouvoir inlassablement l'excellence des produits français dans toutes les manifestations que vous organisez. Il y va de l'avenir et de la renaissance d'une filière qui compte beaucoup sur vous. C'est important pour notre économie, c'est important pour cette industrie, c'est important pour notre pays, pour sa culture, pour ses paysages. Soutenir notre industrie, c'est promouvoir nos filières d'excellence, nos filières d'avenir, et notamment le nucléaire. Nous réorganisons le paysage de notre industrie nucléaire pour rendre l'équipe de France du nucléaire plus forte, plus soudée, plus cohérente ; pour mieux préparer aussi le rééquilibrage de notre mix énergétique, dans lequel le nucléaire conservera toute son importance 50 % à terme ; pour mieux exporter enfin nos technologies et nos savoir-faire en matière de sûreté, alors que le monde se tournera, immanquablement, de plus en plus vers l'énergie nucléaire. Et notre industrie d'armement, voilà encore une belle filière d'excellence française ! Soyons fiers de nos succès récents, ceux bien sûr avant tout de nos industriels, de nos ingénieurs, mais aussi ne boudons pas notre plaisir de notre diplomatie. Parce que l'État sait se mobiliser sans faille, intelligemment, en soutien de notre industrie. Nous agissons donc pour que les entreprises françaises exportent, mais aussi pour que les entreprises étrangères viennent s'installer en France. Et dans un monde globalisé, une économie forte, c'est une économie qui mise sur l'attractivité. Beaucoup a été fait grâce à votre mobilisation, sous la conduite de Laurent FABIUS, particulièrement conscient de cet enjeu vital. Les investisseurs bénéficient depuis le début de l'année d'un point d'entrée unique, vous le savez, BUSINESS FRANCE, pour les accompagner dans leurs projets d'implantation. Et pour plus de cohérence, à partir du 1er janvier 2016, les activités publiques de la SOPEXA, l'opérateur de promotion de la filière agroalimentaire française, seront transférées à BUSINESS FRANCE. Une campagne mondiale, « Creative France », sera également diffusée à l'automne pour montrer aux investisseurs internationaux tous les atouts de la France. Je vous livre d'ailleurs un scoop, je la lancerai moi-même au Japon début octobre. Et je compte sur votre mobilisation pour assurer le succès de cette opération ambitieuse de promotion de notre pays. Enfin, une France forte, c'est une France qui prépare l'avenir. Je pense bien sûr à la conférence Paris Climat 2015. Le président de la République a longuement évoqué ce sujet avec vous et il vous a donné ses instructions pour préparer ce grand rendez-vous. C'est l'affaire de la Nation tout entière et chacun doit y prendre sa place : l'État et le gouvernement sont bien sûr totalement mobilisés, sous le pilotage de Laurent FABIUS et de Ségolène ROYAL, mais aussi la société civile, les collectivités territoriales, les entreprises. Réussir ce rendez-vous, c'est coaliser derrière notre ambition 195 pays. C'est aussi savoir aider les pays du sud à financer leur transition énergétique. Coopération et développement, tels sont les deux autres grands défis de ce rendez-vous ; et je sais l'énergie qui anime Annick GIRARDIN. Préparer l'avenir, c'est aussi savoir donner une ambition collective à notre pays, notamment en accueillant de grands événements de portée mondiale. L'an prochain, la France accueillera l'Euro 2016, et nous portons avec le mouvement sportif la candidature de Paris pour les Jeux olympiques de 2024. La France est également sur les rangs pour accueillir l'Exposition universelle de 2025. Ce sont trois grandes échéances, trois occasions de démontrer tout le savoir-faire français. Je sais que vous venez de consacrer je viens de les croiser une table ronde à nos candidatures pour les JO et pour l'Exposition universelle, avec Bernard LAPASSET et Pascal LAMY. Je vous demande là aussi de vous impliquer personnellement dans la promotion de nos candidatures, car elles ne l'emporteront qu'avec le concours de l'ensemble de notre réseau diplomatique, qu'en réunissant tout ce que notre pays comporte de professionnalisme et d'excellence. Plus généralement, nous devons faire rayonner partout notre langue, notre culture, nos médias. Notre influence dans le monde, c'est aussi, je dirais presque surtout, là qu'elle se joue. Faire rayonner notre langue, notre culture, c'est bien sûr nous appuyer sur vous, sur notre réseau diplomatique. Il est aujourd'hui l'un des meilleurs au monde et nous voulons qu'il le reste. C'est l'ambition du Plan « Quai d'Orsay, ministère du XXIème siècle », qui est au coeur de vos échanges cette semaine. Il place votre administration à l'avant-garde des services publics en termes d'innovation et de qualité. Il vous place aussi, là où vous exercez vos fonctions, à la tête de l'équipe de France soudée, solidaire et combative. Tous les services de l'Etat et tous les opérateurs publics sont, en effet, désormais placés sous votre autorité. J'ai demandé à votre ministre de présenter ce plan en Conseil des ministres début septembre. Nous veillerons à ce que les moyens nécessaires à sa mise en œuvre soient garantis. Mesdames, Messieurs les ambassadeurs, Permettez-moi en conclusion d'exprimer plus fortement encore ma conviction. La France est sur le bon chemin. Elle est en ordre de marche. Nous devons donc faire preuve de ténacité, de constance, de cohérence ; c'est comme cela que nous réussirons. Et moi, j'en suis convaincu : nous allons réussir. Car la France est avant tout un grand pays. Il faut le dire, le répéter. Face à cette facilité, à cet esprit du temps présent qui consiste à tout dénigrer et qui explique en grande partie le niveau parfois médiocre des débats publics et politiques en France, nous oublions ce que nous sommes. Non seulement notre Histoire, notre culture, mais le poids qui est le nôtre dans le monde. Vous toutes et vous tous, sur les différents continents, sentez parfois ce vent d'optimisme qui porte les pays où vous êtes. Eh bien moi, j'aimerais aussi que l'on soit plus optimistes, plus conscients de nos atouts, que cet optimisme devienne à nouveau un symbole de la France, qu'il fasse partie à nouveau de notre étendard. A chaque fois que je me déplace et j'ai en mémoire le déplacement écourté, malheureusement, pour des raisons dramatiques en France, en Colombie, en Equateur, quand on rencontre ces Français, ces compatriotes, ces familles binationales, ces concitoyens profondément intégrés dans chacun de ces pays, quand on lève les couleurs dans une école, quand on entend la Marseillaise résonner, quand on entend parler de la France dans ces pays, de son action diplomatique, de la bravoure de ses soldats au Mali, de sa culture et de sa langue, de la force du peuple français, démontrée à la face du monde le 11 janvier dernier, on a de quoi être fiers. Et cette fierté que vous vivez à l'étranger, nous devons, nous, être capables de la produire ici, en France. Je compte sur vous, avec l'équipe des ministres à la tête de notre diplomatie Laurent FABIUS, bien sûr, mais aussi Harlem DESIR, Annick GIRARDIN et Matthias FEKL, pour porter ce message, pour porter au plus haut les couleurs de notre pays, pour faire en sorte que la France soit toujours ce pays dont les prises de position comptent, ce pays dont la voix est écoutée et respectée, ce pays qui avance. Bon retour et bon courage dans vos pays d'affectation respectifs. Et merci de représenter et d'incarner la France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/167.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/167.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3185c52b9cb341393c56b29b276faf1b1586e1e0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/167.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-JACQUES BOURDIN Jean-Marie LE GUEN, bonjour. JEAN-MARIE LE GUEN Bonjour Jean-Jacques BOURDIN. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous êtes déjà allé à Léognan. JEAN-MARIE LE GUEN Absolument je suis à Bordeaux pour l'instant mais nous allons bientôt commencer notre rassemblement des pôles des réformateurs. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors les réformateurs au sein du Parti socialiste, vous êtes avec Emmanuel MACRON, autre ministre qui est concerné, on est bien d'accord Jean-Marie LE GUEN ? JEAN-MARIE LE GUEN Nous sommes 250, 300 participants, majoritairement, très largement du Parti socialiste, mais aussi des personnalités de la société civile, d'autres formations politiques qui viennent entendre un petit peu et réfléchir avec nous surtout. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien, François de RUGY n'est pas parmi vous, non ? JEAN-MARIE LE GUEN Non, mais je serais heureux qu'il puisse bientôt nous rejoindre, c'est un homme de talent. JEAN-JACQUES BOURDIN Il va vous rejoindre Jean-Marie LE GUEN ? JEAN-MARIE LE GUEN Ecoutez, je vais le laisser s'exprimer, en tout cas son départ… JEAN-JACQUES BOURDIN Il quitte Europe Ecologie Les Verts. JEAN-MARIE LE GUEN Exactement, c'est une pierre de plus sur le processus de la radicalisation des Verts qui deviennent malheureusement de plus en plus une formation de la gauche radicale et de moins en moins un pôle à la fois écologiste, mais aussi une force politique responsable capable d'influer sur la société. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous l'accueillez avec plaisir. JEAN-MARIE LE GUEN Oui absolument c'est un parlementaire de talent, voilà qui est quelqu'un d'important, je pense avec des convictions écologistes. Nous serions très heureux de travailler avec lui effectivement. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien vous êtes donc un réformateur, réformateur, ça veut dire, on vous classe à droite du Parti socialiste, mais ça ne veut pas dire grand-chose. JEAN-MARIE LE GUEN Non, je crois franchement… JEAN-JACQUES BOURDIN Non, mais je suis d'accord Jean-Marie LE GUEN… C'est pour ça… Mais vous êtes quand même très proche de Manuel VALLS, des idées défendues par le Premier ministre, très proche d'Emmanuel MACRON, qui est assez indésirable à la Rochelle. Je sais qu'il n'est pas membre du Parti socialiste mais d'autres ministres qui ne sont pas membres du Parti socialiste sont invités à la Rochelle, pas lui. JEAN-MARIE LE GUEN Oui, j'y suis d'ailleurs moi-même, mais bon, je crois que c'est l'occasion qui était faite, vous savez, La Rochelle va se tourner essentiellement autour justement des relations entre les socialistes et l'écologie, notamment dans la perspective de la COP 21. Emmanuel MACRON, lui-même, il est ministre de l'Economie, il est tout petit peu plus éloigné de ces sujets que d'autres ministres, voilà, c'est une question de circonstance, il a été très longtemps membre du Parti socialiste, depuis trois, quatre ans, il n'en était plus. Et de toute façon, c'est aussi quelque chose qui était à l'ordre du jour, c'est que le Parti socialiste doit se dépasser lui-même, c'est ce que souhaite Jean-Christophe CAMBADELIS, rassembler autour de lui, on parlait de François de RUGY, on peut parler d'Emmanuel MACRON, on peut parler surtout de beaucoup de Français qui sont des Républicains, qui veulent une France juste, qui veulent une France progressiste, mais qui ne se reconnaissent pas dans la manière dont le Parti socialiste travaille, et parfois, on peut les comprendre. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, Jean-Marie LE GUEN, justement, nous allons en parler. Emmanuel MACRON, ministre du Travail ? JEAN-MARIE LE GUEN Ah écoutez… JEAN-JACQUES BOURDIN En plus ? JEAN-MARIE LE GUEN Je n'ai pas d'information sur le sujet. Et vous comprenez bien que… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous le souhaitez ? JEAN-MARIE LE GUEN Non, je souhaite qu'il y ait véritablement en matière de travail une continuité, peut-être une accélération, même, par rapport au travail qui était celui de François REBSAMEN, qui a fait une très belle loi, la loi de modernisation sociale. Aujourd'hui, le pole réformateur justement signe une tribune avec des propositions sur la réforme du marché du travail pour aller plus loin. C'est ce que nous propose le projet vous l'avez lu de monsieur BADINTER et monsieur LYON-CAEN, qui sont des personnalités d'une connaissance et d'une compétence et d'un engagement reconnus, qui nous disent : il faut simplifier le code du travail. Je pense qu'il faut aller dans cette direction… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc il faut réformer le code du travail, c'est l'un des prochains projets de Manuel VALLS ? JEAN-MARIE LE GUEN Eh bien, nous le souhaitons, nous souhaitons faire des propositions. Il ne s'agit pas du tout d'abord d'abattre le droit du travail… JEAN-JACQUES BOURDIN Il ne s'agit pas d'abattre, mais vous allez… Je m'arrête-là, pardon, Jean-Marie LE GUEN… JEAN-MARIE LE GUEN Je vous en prie. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous allez proposer une réforme du code du travail ? JEAN-MARIE LE GUEN Nous allons proposer, sur le marché du travail, c'est-à-dire qu'il n'y a pas que le code du travail, je prends un exemple, vous avez vu que le Conseil constitutionnel a rejeté une réforme importante qui était la barémisation, excusez-moi de ce terme un peu techno, mais encadrer en quelque sorte les indemnités prudhommales, et ça a été refusé parce que nous, nous pensions qu'il fallait traiter les PME différemment des grandes entreprises du CAC 40. Le Conseil constitutionnel nous dit : ah, ce n'est pas possible. Eh bien, nous sommes là, et nous disons : l'économie de demain, c'est traiter les PME de façon différente du CAC 40, c'est, on le sait bien, c'est ça la réalité… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc ça veut dire traiter… JEAN-MARIE LE GUEN Donc s'il faut réformer la Constitution pour donner une priorité et un rôle particulier aux PME, nous le ferons, voilà une deuxième proposition... JEAN-JACQUES BOURDIN Vous êtes prêt à réformer la Constitution pour donner un rôle particulier aux PME ? JEAN-MARIE LE GUEN Absolument, absolument. Et nous voulons aussi faire en sorte que lorsqu'il y a des branches industrielles, je pense par exemple à l'agroalimentaire aujourd'hui, qui sont soumises à une compétition internationale, que nous savons parfois un peu négligées par le passé, parce que nous pensions que, finalement, l'agroalimentaire est là juste pour nourrir les Français. En réalité, et nous devons évidemment, nous, nous appuyer sur notre industrie agroalimentaire, mais celle-ci, pour exister, doit se développer à l'international. Il y a un moment de crise peut-être, mais il serait bien d'avoir un accord de branche, comme on dit, pour avoir une plus grande compétitivité de notre agroalimentaire. Voilà encore une proposition que nous faisons. JEAN-JACQUES BOURDIN Je résume, bon, je résume, vous proposez donc une réforme du code du travail, vous proposez peut-être une réforme de la Constitution pour donner plus de souplesse aux PME, on est bien d'accord, Jean-Marie LE GUEN ? JEAN-MARIE LE GUEN C'est cela. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est cela ? JEAN-MARIE LE GUEN Et leur permettre d'avoir leur rôle économique et social particulier reconnu, on ne peut pas traiter une petite entreprise comme une grosse. Voilà. Evidemment, la PME est dans notre écologie, en quelque sorte, un autre environnement économique et social que la grande entreprise multinationale… JEAN-JACQUES BOURDIN Voilà, vous dissociez les PME des autres. Avec un projet de loi ? JEAN-MARIE LE GUEN Nous verrons, mais nous sommes une force de propositions, il appartient au gouvernement aujourd'hui de faire le choix à travers ces propositions… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais Manuel VALLS est sur votre ligne ? JEAN-MARIE LE GUEN Eh bien, je pense que tout le monde sait, et il l'a dit encore récemment dans un texte qu'il a proposé au journal Les Echos, qu'il était favorable pour avancer sur la question du code du travail, du marché du travail. Il y a on le voit bien plus de transparence, plus de simplification, plus de souplesse, la fameuse flexi-sécurité, qui nous vient des pays nordiques, et qui nous dit que l'on peut avoir à la fois plus de souplesse, plus de protection pour les chômeurs, plus d'action aussi pour les chômeurs de longue durée, on voit bien que dans notre pays, on traite tout le monde de la même façon, alors que certains ont une qualification et ont retrouvé un emploi très rapidement, au bout de quelques semaines, de quelques mois, et que d'autres n'ont aucune qualification, on parle d'un million et demi de chômeurs longue durée qui n'ont pas vraiment de qualification, donc pas de possibilité de retour vers l'emploi. Il faut mobiliser des moyens pour leur permettre de revenir vers l'emploi. JEAN-JACQUES BOURDIN Dans tous les cas, c'est très intéressant cette proposition, enfin, ça va être très commenté, dissocier les PME des très grandes entreprises, proposer peut-être de changer la Constitution, et peut-être un projet de loi pour apporter un peu plus de souplesse dans le code du travail. Merci Jean-Marie LE GUEN. JEAN-MARIE LE GUEN Merci Jean-Jacques BOURDIN JEAN-JACQUES BOURDIN Merci d'être avec nous, ça va faire jaser, je peux vous le dire, au sein du Parti socialiste, surtout parmi les frondeurs. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/168.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/168.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a3b1f69a0e3c5c4a90206dcd550166ad0c487553 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/168.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet, Monsieur le Maire, Monsieur le président du Conseil national du Culte musulman, cher Anouar KBIBECH, Monsieur le recteur de la Mosquée de Paris, cher Dalil BOUBAKEUR, Monsieur le président de l'Union des Mosquées de France, cher Mohammed MOUSSAOUI, Monsieur le Président de l'Association cultuelle des Musulmans du Gers, Monseigneur, Monsieur le Grand Rabbin de Toulouse, Mesdames et Messieurs, Je suis venu à Auch pour vous faire part de mon indignation face à l'incendie d'origine criminelle dont a fait l'objet la mosquée de cette ville. Je souhaite exprimer ma sympathie et mon soutien aux responsables de cette mosquée et aux fidèles musulmans, dont je sais qu'ils se sont sentis profondément atteints par cet acte odieux. L'enquête est en cours et devra établir l'identité et les motivations de ses auteurs mais je suis venu pour vous assurer solennellement que tout sera mis en œuvre par les services de sécurité pour qu'ils soient identifiés, interpellés, traduits en justice et punis. Car il n'est pas tolérable, en aucune circonstance, que l'on puisse en France, en 2015, incendier une mosquée, ou tout autre lieu de culte. Mais j'ai également tenu à ce que ce moment de recueillement et de solidarité se tienne ici, dans les salons de la Préfecture du Gers, symbole de l'Etat républicain, parce que cet acte criminel ne vise pas les seuls fidèles musulmans de cette ville. Il vous concerne tous, habitants d'Auch, quelle que soient vos croyances et vos convictions. Et il nous concerne tous, en tant que Français et en tant que républicains. Comme à chaque fois qu'un lieu de culte est attaqué qu'il s'agisse d'une mosquée, d'une synagogue, d'une église, d'un temple, comme à chaque fois qu'une personne est agressée en raison de son origine ou de ses convictions, c'est notre liberté qui est mise en cause de façon insupportable et ce sont les valeurs de la République laïque qui sont attaquées. Parce que la République, c'est la laïcité, qui garantit à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire et qui assure à tous les croyants le droit de pratiquer leur culte dans des conditions dignes et paisibles. N'écoutez pas ceux qui vous disent que la laïcité est une arme contre la religion, pas plus que ceux qui tentent d'en faire un instrument d'exclusion contre les musulmans de France. Ni les uns, ni les autres, ne comprennent ce qu'est la République laïque. La laïcité, c'est tout simplement la neutralité de l'Etat. La question religieuse est en France une purement affaire privée, que les citoyens abordent de façon d'autant plus libre que l'Etat les assure de sa neutralité à cet égard. La laïcité, c'est ce principe juridique qui organise et permet l'exercice de la liberté religieuse. Ce n'est pas la police des mœurs, des vêtements, ni de l'alimentation. Et c'est pourquoi je m'insurge absolument à l'idée que l'on utilise cette belle valeur républicaine pour tenter de supprimer les menus de substitution dans les cantines scolaires ou d'interdire l'accès des plages aux jeunes femmes qui portent le foulard. La République, c'est l'égalité des droits et c'est donc la tolérance. Lorsque la République a été rétablie en 1944, pour bien marquer le rejet de ce qu'avaient été le régime de Vichy et la barbarie nazie, les constituants de la IVème République ont écrit à l'article 1er du Préambule de la Constitution, qui sera repris sous la Vème République : « Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d'asservir et de dégrader la personne humaine, le Peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion, ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. » La France a connu, c'est vrai, bien avant la seconde guerre mondiale, les désastres nés de l'intolérance et de l'oubli de l'égale dignité des hommes. Elle a connu les guerres de religion. Elle a connu l'esclavage et le colonialisme. En leurs temps, de grands esprits, de grands Français, se sont dressés pour dénoncer ces crimes, de Montaigne à Voltaire, de Victor Hugo à Aimé Césaire. Mais la France s'est finalement construite autour d'une conception de la Nation ouverte à tous les hommes et à toutes les femmes qui veulent la rejoindre, quelle que soit leur origine, leur religion ou leur couleur de peau. Ouverte à tous ceux qui, comme le disait le général de Gaulle, « veulent que la France continue ». Pour rassembler des Français aussi divers autour d'un projet commun, la République a crucialement besoin du principe de tolérance et de l'égalité de tous devant la loi. Enfin, la République, c'est aussi la fraternité, qui veut que chacun se sente solidaire du sort réservé aux autres citoyens et qu'il soit prêt à se mobiliser pour défendre ses droits, comme s'ils étaient les siens. Nous pouvons bien être les uns et les autres musulmans, chrétiens, juifs, athées ou agnostiques. Au nom de la Fraternité, nous nous dressons collectivement lorsque l'on attaque une mosquée, une église, une synagogue. Comme nous nous sommes dressés fraternellement ensemble le 11 janvier pour défendre la liberté d'expression, odieusement attaquée par les terroristes. Comme nous avons pleuré ensemble leurs victimes. Je veux saluer aujourd'hui les autorités religieuses, en particulier la Conférence des évêques de France et le Consistoire central israélite, qui ont immédiatement réagi à l'incendie de la mosquée d'Auch, qui ont exprimé leur solidarité à l'égard de leurs frères musulmans et qui sont représentés ce soir parmi nous par l'évêque d'Auch et par le Grand Rabbin de Toulouse. Je me souviens avec émotion avoir vu, de façon réciproque, l'imam de la mosquée de Créteil et l'évêque de Créteil exprimer leur compassion, par un triste matin de décembre, lorsque nous nous sommes réunis autour d'une famille de cette ville victime d'un horrible crime antisémite. La Fraternité est une vertu républicaine. Elle est aussi au cœur du message des trois religions monothéistes. L'incendie de la mosquée d'Auch n'est donc pas seulement un acte criminel, stupide et lâche. C'est un crime commis contre ces valeurs qui nous définissent en tant que Français et en tant que républicains : la laïcité, la tolérance, la fraternité. Et c'est pourquoi, derrière ce crime, qu'elle qu'en soit l'origine, qu'il s'agisse d'un acte antimusulman, d'un règlement de compte, d'une manifestation gratuite de violence, je vois des maux qui minent la République. Il y a eu au mois de janvier dernier une flambée d'actes et de menaces dirigés contre les musulmans de France et cette hausse sans précédent s'est malheureusement poursuivie, bien qu'à des niveaux moins élevés, depuis lors. Il y a également eu depuis deux ans une hausse continue des actes antisémites, dont le nombre a doublé l'an passé et risque de doubler encore cette année, au vu des dernières statistiques. Il y a une croissance continue du nombre des profanations dans les cimetières, qui frappent sans discrimination les sépultures de toutes confessions. En raison de la place qu'occupe le christianisme dans l'histoire de notre pays, ces profanations touchent dans leur grande majorité des tombes chrétiennes. Il n'y a rien de plus sacré que le respect dû aux morts et que je ne me résous pas au spectacle de ces croix renversées. Il y a aussi les lâches agressions contre les femmes qui portent le foulard et contre les hommes qui portent la kippa. Il y a les inscriptions haineuses tracées à la craie sur les murs des mosquées et des synagogues. Il y a les profanations d'églises, crapuleuses ou satanistes. Il y a, dans certains quartiers de Paris, les pierres que l'on jette par-dessus les murs des écoles juives pour blesser les enfants qui jouent dans la cour de récréation. Il y a les morceaux de viande de porc que l'on dépose devant les portes des mosquées, en signe de haine et de mépris, pour blesser autrui dans ses convictions les plus intimes. Et puis, il y a les insultes, les provocations, les appels à la haine et les menaces de mort qui sont lancées, sous le couvert d'un lâche anonymat heureusement illusoire, du reste -, sur Internet et sur les réseaux sociaux. Il y a toute cette boue. Il y a aussi, avouons-le, de la part de trop d'hommes politiques l'oubli de ce respect qui devrait être au cœur de notre éthique collective. Respect des faits. Refus des approximations et des amalgames, par respect des citoyens auxquels on s'adresse. Respect de son interlocuteur, de son adversaire politique, qu'il n'est pas nécessaire de blesser, dans son honneur ou dans ses convictions, pour faire prospérer la cause que l'on défend. Respect de la loi, enfin, et des institutions qui sont chargées de la défendre et de l'appliquer. Le respect d'autrui, qui devrait s'imposer à toute autorité comme à tout citoyen, est la condition pour que nous puissions tous vivre ensemble dans une société libre et apaisée. Force est de constater que cette condition n'est malheureusement pas toujours remplie aujourd'hui. Alors, c'est dans ce contexte délétère, dangereux, profondément contraire aux valeurs de la République, profondément contraire à ce qui fait la beauté et la grandeur de notre pays, que se situe l'incendie criminel qui a frappé la mosquée d'Auch, votre mosquée. Et ce contexte m'amène d'abord à vous faire une promesse, au nom de la République. La République vous défendra. Elle protégera votre liberté et votre droit à pratiquer votre religion, dans le respect de l'ordre public. Comme elle protège la liberté de culte des croyants de toutes les confessions et comme elle protège la liberté de ne pas croire. Parce que la République protège tous ses enfants. Par ce que sans cela, elle ne serait plus la République. C'est pourquoi, face à la recrudescence des actes frappant les musulmans depuis le mois de janvier, face aux menaces pesant sur la sécurité des mosquées, le Gouvernement n'a pas attendu l'incendie de la mosquée d'Auch pour réagir. D'abord, nous veillons à ce que les forces de l'ordre assurent la protection de plus de 1000 mosquées en France, particulièrement à l'heure de la prière. En outre, nous avons prévu de consacrer 9 millions d'euros sur les trois prochaines années au financement d'équipements de sécurité, comme des caméras de vidéo-protection, dans les lieux de culte où le besoin s'en fait sentir. Et cela vaut pour tous les lieux de cultes. Par ailleurs, j'ai donné instruction dès l'an dernier aux préfets de signaler systématiquement aux procureurs de la République tous les actes anti-musulmans, mais aussi racistes et antisémites, dont ils auraient connaissance. Le préfet Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, qui est parmi nous ce soir et que je salue, a élaboré à la demande du Gouvernement un plan extrêmement ambitieux et cohérent, doté de 100 millions d'euros, pour lutter contre ces fléaux. Il faut absolument que les victimes d'actes anti-musulmans, mais aussi bien entendu d'actes racistes et antisémites, soient davantage incitées à porter plainte et que ces plaintes fassent l'objet d'un suivi : nous y travaillons avec la Garde des Sceaux. Comme je l'ai déjà dit, je ne peux pas m'engager à ce que chaque auteur d'un tel acte soit identifié, mais je m'engage à ce que chaque plainte sérieuse soit instruite. Je sais que je peux compter dans cette perspective sur le soutien et la coopération des institutions qui représentent les musulmans de France. Nous agissons également pour mieux sanctionner la diffusion des discours de haine sur Internet, qu'ils soient dirigés contre les musulmans ou contre d'autres catégories de citoyens. Internet ne doit pas être un espace de non-droit. C'est pourquoi j'ai engagé un dialogue avec les multinationales de l'internet, afin de mieux prévenir et sanctionner les abus sur Internet. C'est également pourquoi j'ai décidé de renforcer nos moyens affectés à cette mission en créant bientôt une unité spécifiquement dédiée à la lutte contre la haine sur la toile. Vous pouvez donc être assurés de ma détermination, qui est celle du Gouvernement, à poursuivre sans relâche les auteurs d'actes racistes, anti-musulmans ou antisémites, et à assurer la protection de ceux qui en sont les victimes. Et parce que vous avez cette assurance, je vous demande de combattre à votre tour cette idée fausse, injuste et pernicieuse, selon laquelle il y aurait « deux poids, deux mesures » dans la réaction de l'Etat face aux attaques dont est victime telle ou telle religion, telle ou telle communauté. Je ne permettrai jamais qu'il en soit ainsi. Et il me semblerait particulièrement dangereux et triste de laisser s'établir une sorte de concurrence entre les diverses victimes de l'intolérance et du racisme. Nous devrions au contraire établir un front commun contre les actes et les discours de haine. De nombreux exemples existent dans l'histoire de cette solidarité qui devrait être naturelle entre tous ceux qui connaissent le prix de l'injustice et des discriminations. Il y a eu ainsi, dès 1933, le discours prononcé par Gaston MONNERVILLE alors député de la Guyane en faveur des Juifs persécutés par les nazis : « Me tournant vers les persécutés d'Allemagne, je leur apporte mon fraternel salut et je leur dis : Nous, les Fils de la Race Noire, nous ressentons profondément votre détresse. Nous sommes à vos côtés et vous nous trouverez toujours à vos côtés, chaque fois qu'il s'agira de lutter contre une mesure ou contre un régime qui tendrait à détruire la justice entre les hommes, ou à abolir leur liberté. » Il y a eu, pendant la guerre, des filières d'évacuation des familles juives persécutées au sein de l'hôpital franco-musulmans de Bobigny et de la Grande mosquée de Paris. Il y a eu aux Etats-Unis, l'engagement massif de la communauté juive en faveur de Martin Luther KING et du mouvement des droits civiques. Comme tout acte raciste et antisémite ou comme toute expression criminelle, l'incendie de la mosquée d'Auch est ainsi une violence qui nous concerne tous, quelles que soient nos croyances et nos origines. La violence antimusulmane, comme la violence raciste ou antisémite, est une offense portée à la République et à tous les Français. Et c'est ce sentiment d'indignation et de révolte collective, qui va bien au-delà de la solidarité communautaire ou religieuse, qui doit nous inspirer. Enfin, je ne serais pas complet si je ne situais pas également l'incendie de la mosquée d'Auch dans le contexte de la lutte que nous menons contre le terrorisme. Permettez-moi de rappeler à cet égard quelques faits. La menace terroriste à laquelle notre pays est confronté présente un caractère inédit et d'une exceptionnelle gravité. Elle prend racine, comme vous le savez, dans les projets criminels de DAESH au Moyen-Orient et dans la capacité de cette organisation à attirer dans ses rangs, par la propagande et le mensonge, des « combattants étrangers », dont environ 5000 jeunes européens. Les jeunes Français qui s'enrôlent ou souhaitent rejoindre ces filières irako-syriennes sont au nombre d'environ 1800 aujourd'hui et ils sont susceptibles de commettre des attentats sur notre sol, comme nous l'avons vu en janvier dernier, à Paris et à Vincennes, puis à Saint-Quentin Fallavier, dans l'Isère. La tentative d'attentat intervenue vendredi dernier dans le train Thalys reliant Amsterdam à Paris nous a montré en outre que nous étions exposés à des actions commises par des terroristes venus de l'étranger. Face à cette menace de grande ampleur, le Gouvernement a constamment renforcé nos moyens de prévention et de répression anti-terroristes. Nous avons mis en place dès avril 2014 un dispositif de signalement à l'intention des familles redoutant la radicalisation de l'un des leurs, qui a déjà été utilisé à 3000 reprises. Nous avons adopté en novembre 2014 une loi renforçant nos moyens de lutte anti-terroriste, à travers notamment le blocage administratif des sites internet qui assurent la propagande de DAESH et à travers la création d'une mesure d'interdiction administrative de sortie du territoire. Nous avons ensuite considérablement accru les moyens matériels et humains des services de renseignement et de lutte anti-terroriste. Dans le plein respect de l'état de droit, nous avons fait adopter avant l'été une loi sur le renseignement qui dote nos services d'outils adaptés à leurs missions. Enfin, des progrès considérables ont été accomplis en termes de coopération anti-terroriste, aussi bien au niveau européen qu'avec nos partenaires autour de la Méditerranée. A aucun moment de notre histoire récente, me semble-t-il, un gouvernement n'a donc adopté dans des délais aussi courts un ensemble aussi complet de mesures pour protéger nos concitoyens et lutter contre une menace terroriste. Des attentats ont cependant été commis sur notre sol, car le risque zéro n'existe pas dans ce domaine. Mais leurs auteurs ont été arrêtés ou mis hors d'état de nuire. D'autres attentats ont été empêchés, des filières entières ont été démantelées, de nombreux départs ont été empêchés, sauvant ainsi la vie de jeunes Françaises et Françaises victimes de la propagande de DAESH. Parce que nous sommes réellement implacables dans la lutte contre le terrorisme djihadiste, nous sommes donc bien placés pour répondre à ceux qui critiquent notre dispositif en dénonçant sa faiblesse et qui voudraient s'en prendre directement aux musulmans de France, qu'ils accusent plus ou moins ouvertement de complicité avec les terroristes. Ainsi, ceux-là même qui se sont généralement opposés à toutes les mesures prises pour lutter avec efficacité contre le terroriste, se livrent à une surenchère dans l'exigence de mesures discriminatoires ou contraires aux valeurs républicaines. Leurs recettes pour lutter contre DAESH ? Laisser partir les jeunes Français rejoindre cette organisation en Syrie, dans l'espoir qu'ils se fassent tuer sur place en oubliant que s'ils survivent, ils risquent de revenir en France, détruits psychologiquement et prêts à commettre des attentats. Ou bien, interdire aux jeunes Français de rentrer en France après un séjour en Syrie ou en Irak, au mépris de tous les traités internationaux plutôt que de procéder comme nous le faisons à leur judiciarisation. Ou encore, fermer les mosquées et expulser tous les imams, au mépris du principe de laïcité et de la liberté de culte alors que nous savons fort bien que, sauf exception, les parcours de radicalisation passent d'abord par Internet et parfois par la prison, et dans une moindre mesure par les mosquées. Ce que je dois demander au contraire aux Musulmans de France, c'est de continuer à nous aider. En dénonçant avec force comme vous l'avez fait à la suite de chaque attentat commis par DAESH, les exactions de cette organisation criminelle. En proclamant, comme vous le faites chaque jour, votre attachement à la France et à la République. En participant aux programmes de déradicalisation des jeunes passés par les filières syro-irakiennes ou tentés de le faire, et y apportant toute la force de conviction que recèlent l'érudition et la sagesse des véritables religieux. En veillant, chaque fois que cela peut se produire, à ce que les prêcheurs de haine, ceux qui détestent la République et la France, ceux qui voudraient entraîner les jeunes dans un parcours sans espoir, soient interdits de parole dans les mosquées et les écoles. Je serai pour ma part intraitable à leur égard et n'hésiterai pas, dans le respect du droit, à les poursuivre et à les expulser s'il y a lieu. Mais je vous demande de m'aider à faire en sorte qu'ils n'aient pas droit de cité là où vous vous trouvez tous, unis comme vous l'êtes dans une pratique ouverte et tolérante de votre religion, et dans l'attachement profond aux valeurs de la République. Je sais pouvoir compter sur votre engagement, aux côté de la République, contre le crime, la haine et le mensonge. Parce que vous savez que les exactions commises par DAESH et pas leurs affidés ne sauraient en aucun cas être commises au nom de l'Islam, qu'elles vont radicalement à l'encontre du message de votre religion de paix. Parce que vous savez qu'aucun vrai croyant, de quelque confession que ce soit, ne peut légitimement invoquer la religion pour se transformer en tueur prêt à abattre froidement des innocents au hasard. Parce que vous savez que les musulmans qui tombent sous leurs balles sont les premières victimes de DAESH, en Syrie, en Irak, en Libye, en Tunisie, en Arabie Saoudite. Parce que les Musulmans de France sont dans la République, qui accueille tous ses enfants. Face à la nouvelle menace terroriste, notre responsabilité est de faire preuve de retenue et de repousser fermement toutes ces tentatives d'amalgame. Le piège qu'il nous faut éviter à tout prix est celui-là même que nous tendent les djihadistes, lesquels cherchent à nous dresser les uns contre les autres. J'ai évoqué les fortes tensions qui traversent aujourd'hui notre société comme ces germes de violence intolérable et gratuite auxquels on aurait grand tort de s'accoutumer, et dont l'incendie de la mosquée d'Auch constitue malheureusement une nouvelle manifestation. Nos concitoyens de confession juive sont légitimement effrayés par la résurgence de l'antisémitisme et par les menaces meurtrières qui pèsent sur les synagogues et les écoles confessionnelles. Nos concitoyens chrétiens se sentent solidaires de leurs frères d'Orient soumis aux terribles persécutions de DAESH et attendent du Gouvernement qu'il leur porte secours et les accueille. Je sais que nos concitoyens musulmans, eux aussi victimes de violences, craignent d'être assimilés aux terroristes qui osent invoquer leur religion pour commettre leurs crimes, alors que l'immense majorité d'entre eux a immédiatement et fermement condamné les attentats perpétrés sur notre sol, tout comme les exactions commises par DAESH. Comment ne pas évoquer ici l'image héroïque d'un Ahmed MERABET gardien de la paix d'origine franco-algérienne et de confession musulmane, froidement assassinés par les tueurs dont il tentait d'empêcher la fuite ? En réalité, les groupes terroristes actifs au Moyen-Orient privilégient une « stratégie de la tension », qui vise à creuser les fractures sociales, idéologiques, religieuses, communautaires au sein des sociétés qu'ils ciblent. La spirale infernale de la violence réciproque et de la répression aveugle, tel est l'objectif que poursuivent nos ennemis. Voilà pourquoi, plus que jamais, nous devons tenir bon sur les principes de la République au premier rang desquels figure la laïcité ces principes qui nous permettent de vivre en paix et autour desquels nous avons le devoir de rassembler tous les Français. Quelles que soient nos origines, quelles que soient nos convictions ou nos croyances, nous formons un seul et unique peuple. En République, il n'y a qu'une seule communauté : c'est la communauté nationale. En République, il n'y a qu'une seule loi, qui s'applique à tous et que nul n'est censé ignorer. La lutte contre le terrorisme constitue désormais un enjeu sécuritaire au niveau mondial. Mais elle constitue également une mise à l'épreuve pour la cohésion de nos sociétés démocratiques. La situation à laquelle nous sommes confrontés est un test : un test pour la société française, pour la République, pour la cohésion de la Nation. Celle-ci s'est manifestée avec éclat le 11 janvier, lorsque des millions de Français sont descendus dans les rues des villes de France en brandissant les panneaux : « Je suis Charlie », « Je suis policier », « Je suis Juif », « Je suis Ahmed ». C'était pour moi, qui voyait avec bonheur les Français fraterniser avec les policiers et les gendarmes dans les rues de Paris, une manière de dire : « Nous sommes la France ». La France qu'on aime. La France que l'on ne parvient jamais à atteindre. La France qui dans l'épreuve rassemble tous ses enfants pour demeurer debout. Vive la liberté, vive l'égalité, vive la fraternité, vive la République et vive la France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/169.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/169.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d56d3d98773915a30b168419b2ace80128130116 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/169.txt @@ -0,0 +1 @@ +Réunis le 29 août 2015 à Paris à l'invitation de la France, plusieurs Ministres et hauts représentants de l'Allemagne, Thomas de Maizière et Alexander Dobrindt, de la Belgique, Jan Jambon et Jacqueline Galant, du Luxembourg (présents également au titre de Présidents en exercice des formations Justice Affaires Intérieures et Transports du Conseil de l'Union européenne), Félix Braz et François Bausch, de l'Espagne, Jorge Fernandez Diaz et Ana Pastor, de l'Italie, Filippo Bubbico et Graziano Delrio, des Pays-Bas, Ard van der Steur, et du Royaume-Uni, Theresa May et Patrick McLoughlin, ainsi que la représentante du gouvernement suisse, Mme Nicoletta della Valle, Directrice générale de l'Office fédéral de la police, ont adopté la déclaration suivante, en présence du Commissaire européen à la migration, aux Affaires intérieures et à la citoyenneté, Dimitris Avramopoulos, du Commissaire européen chargé des transports, Violetta Bulc, et du coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove. Nous sommes déterminés à poursuivre notre coopération avec l'ensemble des acteurs de la sécurité et des transports afin de prévenir, détecter et mieux lutter contre les actions violentes que des individus radicalisés pourraient vouloir commettre sur le sol de l'Union européennne. Nous marquons aujourd'hui le besoin de renforcer encore davantage la coopération opérationnelle entre nos différents services, qu'ils soient publics ou privés, tant aux niveaux national qu'européen. Les principes de l'espace Schengen, dont certains d'entre nous font partie, ont été constitués pour assurer le droit à la libre circulation des citoyens européens et un haut niveau de sécurité, notamment grâce aux outils de coopération policière et judiciaire mis en place au sein de l'Union européenne. Nous sommes déterminés à faire plein usage de ces outils et à intensifier les échanges d'information entre nos services, notamment en utilisant toutes les possibilités du Système d'Information Schengen. Pour en accroître l'efficacité et renforcer notre capacité à détecter et prévenir les mouvements d'individus représentant une menace pour la sécurité de nos citoyens, il est indispensable de mettre en œuvre des opérations coordonnées et simultanées de contrôles sur certains trajets ciblés, et pouvant faire l'objet d'adaptations en fonction de l'état de la menace. 1/ Nous condamnons de manière la plus ferme l'acte terroriste perpétré par un individu le 21 août après-midi dans le train THALYS qui transportait 554 passagers entre Amsterdam et Paris. Nous adressons nos profonds sentiments de soutien et de sympathie aux blessés, à leurs familles et à l'ensemble des passagers présents ce jour-là. Nous saluons le dévouement, en toutes circonstances, de ces citoyens dont l'action a contribué de manière décisive à éviter un nouveau drame, ainsi que celui des membres des forces de l'ordre, des services de secours et de l'opérateur ferroviaire qui ont été engagés. Nous réitérons notre attachement indéfectible aux droits de l'homme, à la tolérance, à la liberté, à la garantie de la sécurité partout et pour tous, et à l'Etat de droit. Ces valeurs sont le socle même de nos démocraties, cimentant les relations entre chaque Etat membre de l'Union européenne. En s'attaquant à des passagers innocents dans un transport en commun, ce sont ces valeurs universelles que ce terroriste a tenté de détruire. 2/ Nous sommes confrontés à une menace terroriste diffuse qui essaie de s'en prendre à nos valeurs. Nous réaffirmons aujourd'hui notre solidarité sans faille et notre détermination à lutter collectivement contre toutes les formes de terrorisme. Nous soulignons ainsi qu'il est indispensable que soient engagés et que coopèrent plus étroitement, chacun à leur niveau respectif, l'ensemble des acteurs œuvrant pour la sécurité des biens, des personnes, et plus que jamais des transports. Nous nous engageons à soutenir, au niveau national, les efforts des différents services de sécurité, civils et militaires, publics et privés, afin d'exploiter de manière coordonnée l'ensemble des ressources disponibles, et à améliorer la sensibilisation des populations au risque terroriste. Le plan Vigipirate, déjà existant en France, et d'autres plan nationaux, s'inscrivent dans cette perspective. Nous appelons aujourd'hui à une coopération renforcée et plus précise au sein de et entre les entreprises de transport et les réseaux européens déjà existants (association des polices ferroviaires, association des transporteurs ferroviaires, réseau ATLAS des forces spéciales d'intervention de police et de gendarmerie) afin que leurs travaux puissent alimenter et enrichir les réflexions des groupes de travail compétents au sein de l'Union européenne. Sous notre impulsion, des efforts substantiels ont déjà été fournis au niveau européen. Ainsi, aux côtés de la Commission européenne, nous nous sommes engagés à renforcer les dispositifs opérationnels et juridiques permettant d'identifier et de surveiller les mouvements des personnes représentant une menace pour la sécurité de nos Etats et de nos concitoyens, et qui traversent ou ont traversé les frontières extérieures de l'Union européenne. En gardant cet objectif à l'esprit, le Code des frontières Schengen doit être pleinement appliqué, en particulier aux frontières extérieures. Nous continuerons d'appliquer de manière systématique j'insiste sur ce point - et coordonnée des contrôles sur les personnes jouissants de la libre circulation au regard des bases de données pertinentes sur la base d'indicateurs de risque communs, dans le respect de la fluidité des passages frontaliers, des libertés fondamentales et des exigences de sécurité. Nous invitons la Commission, conformément à la déclaration du Conseil européen du 12 février 2015, à examiner une modification ciblée des règles du code frontières Schengen permettant des contrôles permanents là et seulement là où cela est nécessaire. Des solutions techniques devront être recherchées pour préserver en parallèle, la fluidité de la circulation aux points de passages frontaliers. Nous appelons également les Etats membres à insérer de manière systématique dans le SIS le nom des personnes suspectées d'être djihadistes, conformément aux dispositions de l'article 36.3. Dans un cadre plus global, nous sommes convaincus du besoin urgent d'établir le cadre d'un « Passenger Name Record » (PNR) européen, correspondant à l'orientation générale du Conseil de l'Union européenne, et permettant d'assurer une solide protection des données, afin de pouvoir détecter rapidement les individus dangereux qui pénètrent ou transitent sur nos territoires. Nous sommes déterminés à travailler plus étroitement encore avec le Parlement européen pour y parvenir. 3/ Dans un contexte de menace terroriste qui se nourrit de haine et qui est en constante évolution, nous nous engageons à renforcer notre coopération pour assurer la sécurité de nos concitoyens afin de contrer toute tentative d'extrémisme violent. Notre action doit être nationale, bilatérale et européenne. L'utilisation d'Internet à des fins de haine et de violence doit être résolument combattue, dans le respect de la libre expression et en s'assurant du respect des garanties fondamentales. Les travaux entamés pour dialoguer de manière plus opérationnelle avec les grands opérateurs d'Internet doivent déboucher rapidement sur des engagements et des résultats concrets. Un tel partenariat est essentiel pour déceler et retirer au plus tôt tout contenu incitant à la haine ou au terrorisme. Les travaux en cours sur la mise en place de stratégies de communication destinées à élaborer des messages visant à contrecarrer les idéologies terroristes, doivent être poursuivis, et nous avons besoin d'améliorer les efforts que nous entreprenons pour contrer le phénomène de radicalisation. Il en est de même pour l'ensemble des actions visant à promouvoir la tolérance, la non-discrimination, les libertés fondamentales et la solidarité dans toute l'UE. Nous saluons la tenue à Bruxelles, le 19 octobre 2015, à l'initiative de la Commission et de la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l'UE, d'une conférence ministérielle de haut niveau consacrée à « la réponse de la Justice pénale à la radicalisation ». Conformément aux déclarations du Conseil européen du 12 février et du Conseil JAI du 13 juin 2015, il est urgent que la Commission européenne fasse les propositions incluses à l'Agenda européen sur la sécurité, et nécessaires au renforcement dans le périmètre de compétence de l'UE en la matière - de la législation existante en matière d'armes à feu. Elle devrait le faire d'ici le début de l'année 2016 au plus tard, pour améliorer le partage de l'information, renforcer la traçabilité, s'assurer de normes communes de neutralisation, et lutter contre les trafics sur internet. 4/ Dans le domaine du transport ferroviaire, nous avons donc décidé de de renforcer plusieurs mesures fortes et d'en créer de nouvelles, en tenant compte des législations nationales, afin de renforcer la sûreté du transport frontalier de voyageurs aux endroits où cela sera nécessaire. Cela inclut les mesures suivantes : - Le contrôle de l'identité des passagers, ainsi que l'inspection visuelle et le contrôle des bagages, seront renforcés tant dans les gares qu'à bord des vecteurs de transport, lorsque cela est nécessaire. - Les patrouilles mixtes, composées d'agents des forces de l'ordre de plusieurs pays sur le parcours des trains internationaux, existent déjà et ont prouvé leurs savoir-faire à maintes reprises. Nous avons décidé d'améliorer encore davantage leur efficacité et d'y recourir beaucoup plus largement. Nous prendrons toutes les mesures permettant de faciliter et de développer de telles patrouilles. - Nous allons aussi travailler à l'évaluation des conséquences d'une généralisation des billets nominatifs pour les trains internationaux de longue distance. - Afin de garantir aux citoyens une sécurité optimale lors de leurs déplacements, nous appelons à évaluer la possibilité de permettre aux agents habilités des polices ferroviaires de consulter les bases de données pertinentes au cours de leurs missions dans les transports. - Notre objectif est que des mesures de sûreté et de sécurité concrètes et ambitieuses, tout en sécurisant dans le même temps un système de transport international efficace, soient prises par les différents acteurs au niveau européen, tout en garantissant un système de transports transfrontaliers efficace. La coopération entre les acteurs européens concernés doit être intensifiée à cette fin, l'expérience de chaque secteur concerné devant être prise en compte. Ainsi, nous demandons la tenue d'une réunion de l'unique instance de dialogue européenne existant dans ce domaine, qui associe les autorités publiques compétentes en matière de transport et celles compétentes en matière de sécurité sur les réseaux, notamment les services de police, et en y associant les opérateurs de transport ferroviaire. - Nous sommes déterminés à exploiter autant que possible la complémentarité entre les différentes administrations compétentes en matière de sécurité des transports, en particulier les Services des Douanes. Par ailleurs, la collaboration déjà développée dans le cadre des centres de coopération policière et douanière (CCPD), véritables chevilles ouvrières de la lutte contre la criminalité transfrontalière, sera renforcée. - Nous invitons la Commission européenne à considérer les options envisageables pour une coopération plus grande et concrète entre les Etats-membres, ainsi qu'une étude d'impact visant à analyser l'intérêt d'une éventuelle initiative dédiée spécifiquement à la sûreté dans le transport ferroviaire, ce qui peut être fait avec le soutien du groupe d'experts LANDSEC. - Nous appelons à nous appuyer sur les travaux réalisés dans le domaine de la sureté de l'aviation, pour rechercher des synergies avec le ferroviaire. - Nous comptons par ailleurs sur les nouvelles technologies pour renforcer la sécurité des transports ferroviaires, tout en renforçant la cybersécurité dans les infrastructures de transports ferroviaires. - Nous sommes déterminés à mettre en œuvre toutes les mesures utiles visant au partage de l'information sur les différentes formes que prend aujourd'hui la menace terroriste. A cette fin, nous rappelons notre détermination à utiliser pleinement les ressources des agences européennes judiciaires et policières (telles qu'Europol, Eurojust et Frontex), conformément aux engagements pris lors du Conseil européen du 12 février 2015. Nous devons renforcer l'utilisation effective et, si nécessaire, la poursuite du développement du système d'information sur les casiers judiciaires au niveau européen (ECRIS). - En matière de renseignement, tout en reconnaissant que la sécurité nationale relève de la seule responsabilité de chaque Etat membre, nous réaffirmons notre engagement à coopérer étroitement, afin de répondre là aussi au large spectre du terrorisme. 5/ Sur un tout autre plan, dans le prolongement des coopérations étroites que nous avons établies dans le cadre du contrôle de nos frontières communes, nous réitérons notre détermination à procéder, conformément au droit de l'Union européenne et aux accords bilatéraux que nous avons conclus, aux éloignements et réadmissions des étrangers qui représentent une menace pour l'ordre public et pour nos concitoyens Nous réaffirmons notre ferme volonté d'aller de l'avant sur ces mesures, afin de renforcer encore la sécurité au sein de l'Union européenne. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/170.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/170.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..eedec8c9c99d7c3ae8f17ac89f6e6e8b34b1914d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/170.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - Un an après la constitution d'une coalition internationale contre Daech en Irak et en Syrie, le groupe terroriste semble toujours aussi actif sur le terrain. Comment lutter plus efficacement ? R - Pour éradiquer ces terroristes, il faut notamment redonner aux Syriens une perspective politique. Il est donc prioritaire d'accélérer les négociations pour installer à Damas un gouvernement de transition, composé à la fois d'éléments du régime et d'éléments de l'opposition modérée, sans la domination de Bachar. Ce qui alimente Daech, c'est le chaos et le désespoir dont Bachar al-Assad porte la responsabilité en Syrie. Tant que la transition ne sera pas en marche, les efforts nécessaires de la coalition ne seront pas suffisants. Q - François Hollande a annoncé que la France pourrait désormais frapper en Syrie... R - Oui. Car en même temps, il faut être militairement actif, puisque Daech nous menace gravement. Depuis des mois, nous nous mobilisons pour lutter contre la radicalisation, pour remonter les filières terroristes qui nous menacent, pour identifier et surveiller les individus qui, depuis la Syrie ou sur notre territoire, voudraient perpétrer des attentats en France. Nous devons amplifier cet effort. C'est le sens des décisions annoncées hier par le président de la République : nous renforçons notre capacité de renseignement par des vols de reconnaissance, pour nous mettre en mesure de frapper, si la situation le justifiait. Q - Selon notre sondage publié dimanche, 61% des Français sont favorables à une intervention militaire au sol. N'est-ce pas la seule solution pour se débarrasser de l'EI ? R - Pour mener une telle opération il faudrait plusieurs dizaines de milliers d'hommes, avec probablement de lourdes pertes. Et pour quel résultat ? Pensons aux précédents de l'Irak ou d'Afghanistan ! Les déploiements militaires au sol ont-ils permis dans ces deux cas de venir à bout du terrorisme ? Dans ces deux pays, les opérations n'ont commencé à produire des résultats, tardivement, qu'une fois la dynamique politique enclenchée. C'est cet objectif que nous devons poursuivre en priorité. Alors, ce sont les Syriens eux-mêmes, avec notre appui s'ils le sollicitent, qui pourront vaincre Daech. De toutes les façons, ce sera un effort de longue haleine. Q - Certains reprochent à Paris de refuser tout dialogue avec Bachar al-Assad... R - N'oubliez pas que la famille du petit Aylan, retrouvé mort sur les côtes de Turquie, fuyait la menace non seulement de Daech mais aussi d'Assad. Que pouvons-nous attendre d'un homme à l'origine même du chaos syrien, que le secrétaire général des Nations unies a qualifié de criminel contre l'humanité et qui continue de bombarder son propre peuple ? J'ajoute que la complaisance et les liens souterrains qui existent entre Bachar al-Assad et Daech sont connus. Dans le même temps, nous savons que nous aurons certainement besoin d'éléments stables du régime syrien pour lutter contre Daech et rétablir, si c'est encore possible, une Syrie où chaque communauté pourra voir respecter ses droits. C'est pourquoi nous devons travailler au plan international à une transition politique, dans laquelle Bachar ne détiendra pas le pouvoir. Sinon, Daech continuera de prospérer. Q - La France va accueillir 24.000 migrants syriens supplémentaires. Est-ce suffisant ? R - Quatre millions de réfugiés, trente millions de personnes déplacées par la guerre : la France et l'Union européenne ont un devoir d'assistance devant l'ampleur du drame syrien. Depuis le début du conflit, 6.268 Syriens ont obtenu le statut de réfugié en France. Le président s'est engagé à faire davantage. Mais la France et l'Allemagne ne peuvent agir seules. Tous les pays de l'Union européenne doivent prendre leur part, équitablement. Face à ce drame d'une ampleur inédite, l'Europe doit être fidèle à ses valeurs. La solidarité, c'est aussi soutenir le Liban, la Jordanie, la Turquie ou l'Irak qui supportent bien plus largement que nous le poids des réfugiés. Deux millions de Syriens sont aujourd'hui en Turquie ; plus d'un million au Liban, c'est-à-dire entre un cinquième et un quart de la population. La France y a consacré près de 100 M euros. J'annoncerai aujourd'hui un nouvel effort financier en ce sens. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/171.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/171.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..949ebd02e4b2dc9c7ad05a662e1a4045e09eb7fb --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/171.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le président de l'Assemblée nationale, Monsieur le ministre de l'Intérieur, Mesdames, messieurs les ministres, Madame l'ambassadrice, Mesdames, messieurs les parlementaires, Monsieur le maire du 3ème arrondissement, Mesdames, messieurs les élus, Monsieur le président du consistoire central, Monsieur le grand rabbin de France, Monsieur le grand rabbin de Paris, Messieurs les présidents du consistoire et messieurs les rabbins, Mesdames et messieurs, Dans quelques jours, les Juifs de France et du monde entier entreront dans la nouvelle année. C'est un moment important, un temps de recueillement, de réconciliation avec soi. C'est aussi une grande fête de partage et de joie. Aussi, à tous les Français juifs, je veux adresser au nom du gouvernement un chaleureux et républicain : « Shana Tova » ! Que l'année à venir soit plus encore et nous en sentons tous le besoin, au-delà de nos convictions marquée par la concorde et la solidarité. Qu'elle apporte également à notre pays cette force collective, qui elle seule peut assoir notre détermination et dissiper les peurs. Car les peurs sont là. Comment les nier ? Comment ne pas les entendre ? Comment ne pas le comprendre ? Les Juifs de France sont traversés par les doutes et le mot est faible. Ils se demandent si ce pays, la France, qu'ils aiment plus que tout, le pays de leurs aïeux, est encore leur pays, s'il est encore celui qui verra grandir et s'épanouir leurs enfants. Cette interrogation est un déchirement pour vous, pour nous, pour moi. Je veux y répondre une fois encore et de la manière la plus forte. Je sais, les mots ne suffisent pas, mais je le dis et je le redirai, car pour beaucoup d'entre nous, c'est le combat d'une vie : sans les Français juifs, la France perdrait une part essentielle d'elle-même ! Les Juifs de France, depuis des siècles et des siècles, ont contribué à faire de la France ce qu'elle est aujourd'hui. Le judaïsme est enraciné au plus profond de la terre, au plus profond de l'âme de notre pays et rien, personne ayons cette conviction, partageons la, jamais ne pourra l'y ôter. C'est pour cela, vous avez eu raison de le rappeler, cher Joël Mergui, que nos policiers, nos gendarmes, nos soldats, portant sur eux notre drapeau, sont déployés en nombre devant les écoles et les institutions juives, les synagogues. Ils protègent, ils font rempart. Avec force, ils affirment en notre nom à tous, que s'en prendre aux Juifs de France, c'est s'en prendre à chacun d'entre nous. Et ils affirment que la France met tout en œuvre pour protéger ses enfants. Avec vous, à mon tour, je veux saluer ces femmes, ces hommes en uniforme ou en civil qui sont engagés pour protéger les Juifs de France, pour protéger tous les Français et lutter partout sur le territoire contre la menace terroriste. Oui, mes chers compatriotes, la République, le gouvernement, sont là à vos côtés. Nous ne pouvons tolérer aucune parole, aucun geste, aucun acte qui viendrait contester ce droit inaltérable qu'ont tous les citoyens de croire ou de ne pas croire ; qu'ont les Juifs, les Catholiques, les Musulmans, les Protestants, tous les fidèles, de croire et de pratiquer librement, sereinement. Car c'est cela, la laïcité. C'est cela qui fait la France, sa richesse, et c'est pour cela qu'elle continue de briller dans le monde et qu'elle reste une référence. Aujourd'hui, le combat est à reprendre. La France doit avoir plus conscience de ce que l'on ne doit jamais oublier. Car, soyons lucides, nous avons oublié. Nous avons oublié qu'après Dreryfus, dont le combat, celui des grands Républicains, a façonné la France telle que nous l'aimons ; nous avons oublié qu'après les lois scélérates de Vichy, le Vel'd'Hiv', il fallait continuer de s'indigner et de combattre. Nous avons oublié qu'après les attentats de la rue Copernic, de la rue des Rosiers, qu'après Carpentras et Ilan HALIMI, il ne fallait jamais baisser la garde. La France a fait comme si tout cela était derrière nous, comme si l'antisémitisme n'était qu'un mauvais souvenir, comme si l'on pouvait en rire dans des spectacles infâmes. Nous avons fait comme si l'antisémitisme ne nous concernait plus. Pire, comme s'il n'était que le seul problème des Juifs. Quelle erreur ! Quelle faute ! Et puis, il y a eu les crimes de Toulouse et de Montauban qui ont marqué les consciences. Mais pas encore suffisamment. Je l'ai dit à plusieurs reprises : nous n'étions pas assez nombreux, ce soir-là, place de la République. Et puis, il y a eu les cris dans Paris, notre capitale, les cris de « mort aux Juifs », et puis il y a eu Créteil, et puis il y a eu Vincennes. Cataclysme après cataclysme. Cette synagogue, comme toutes les synagogues de France, a alors, à nouveau, porté le deuil. Le plus lourd qui soit. Monsieur le président du consistoire, Messieurs les grands rabbins, Cette synagogue Nazareth n'est pas une synagogue comme les autres. Elle est pour la communauté juive de Paris et de France un symbole. Depuis deux siècles, ici, au cœur du vieux Paris, les Juifs peuvent exercer librement leur culte. Cette synagogue fut aussi, pendant quelques années, le lieu où officiait le grand rabbin de France, le siège d'un consistoire encore jeune. Cette synagogue si belle, c'est le symbole de la liberté et de l'émancipation. C'est un symbole de foi en l'avenir. C'est aussi le symbole de ce que nous partageons tous : des valeurs, un destin, une espérance. Et pour les Juifs de France, c'est un des symboles de ces liens indéfectibles qui les unissent à la République. Ce sont ces liens, ces valeurs, ce destin commun, cette espérance que nous étions venus défendre ici même, un soir terrible de mars 2012, avec le Président de la République d'alors, Nicolas Sarkozy, et avec celui qui allait lui succéder, François Hollande. Trois ans plus tard, à deux pas d'ici, alors qu'on avait tué une nouvelle fois des Juifs parce qu'ils étaient Juifs, tué des policiers, symboles de l'ordre républicain, des journalistes et des dessinateurs, symbole de la liberté d'expression, nous étions dans la rue. Des millions, à Paris et dans toute la France. Ce 11 janvier, comme la veille au soir, porte de Vincennes, devant l'hyper casher nous y étions, avec Claude Bartolone, Bernard Cazeneuve et beaucoup d'entre vous, il y a eu les mots pour condamner. Les Juifs de France doutaient, criaient leur peur, leur indignation. Les mots que nous avons dû trouver pour nous retrouver, pour nous rassembler, je ne les oublierai pas. J'ai dit que la place des Juifs de France était ici. Bien sûr, je connais ceux qui veulent partir en Israël, personne ne peut les condamner. Mais leur place est ici. Il y a eu beaucoup de mots depuis. Les mots de compassion, ils étaient attendus. Il y a eu les mots pour défendre la laïcité, la tolérance, pour refuser tous les amalgames, ces mots étaient partagés. Il y a eu enfin les mots pour qualifier, pointer les failles, les fractures, pour faire ce constat que quelque chose s'était cassé dans notre société. Il y a la violence, l'intolérance, la haine de l'autre, le racisme. Il y a cette négation rampante de la Shoah, cher Claude Lanzmann, cette haine des Juifs qui a grandi dans nos quartiers populaires, s'est propagée sur Internet et a contaminé les esprits d'une partie de notre jeunesse. Cette haine, ce sont les tombes que l'on profane, les œuvres d'art, comme celle d'Anish Kapoor, que l'on dégrade. Et il y a aussi cet antisionisme de façade, cet antisémitisme qui ne dit pas son nom. Et c'est pour cela qu'il fallait résister, comme l'a fait la maire de Paris, à cette polémique insensée qui, derrière une condamnation sans fondement de la ville de Tel Aviv, cachait mal, pour certains en tout cas, une détestation de l'Etat d'Israël et du peuple juif. Et moi, je mets en garde ceux et celles qui soufflent sur des braises et allument des feux qu'ils sont bien incapables d'éteindre. Après Ilan HALIMI, après Toulouse, après la porte de Vincennes, quand on est un responsable politique, quand on est un élu de la République, on doit toujours mesurer la portée de ses déclarations. Ne pas le faire, c'est se rendre responsable d'une faute morale, d'une atteinte au cœur même de l'esprit républicain et donc de notre patrie. On ne peut pas l'accepter ! Le 11 janvier, dont l'esprit doit rester, l'esprit concret, c'est-à-dire la capacité du peuple français à se surpasser, il y eut donc les mots. Il fallait que suivent les actes, des actes forts. D'abord, à l'Ecole, car c'est là que tout se joue, dès le plus jeune âge. Le plan d'action annoncé en janvier par la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, dont vous connaissez l'engagement, prévoit une formation renforcée des personnels enseignants et une meilleure transmission aux élèves de nos valeurs républicaines. Depuis cette rentrée scolaire, des cours de morale civique, dans le cadre d'un parcours citoyen, sont dispensés dans toutes nos classes. Il n'est pas pensable un seul instant que l'on ne puisse pas enseigner l'histoire des religions. Il n'est pas pensable un seul instant que l'on ne puisse pas prononcer des mots dans une classe d'Ecole de la République. Il n'est pas pensable un seul instant qu'un enfant de l'une de nos écoles dise que son ennemi, c'est le Juif. Et c'est l'Ecole et les enseignants qui sont en première ligne d'un combat essentiel, non seulement pour la République, mais pour ce que nous pensons être l'humanité et la civilisation. Il y a trois mois, nous avons présenté, avec le nouveau délégué interministériel, Gilles Clavreul, un plan gouvernemental de mobilisation contre le racisme et l'antisémitisme. Il fallait sonner la mobilisation générale de tous les pouvoirs publics, de toute la société, car c'est à chacun de prendre ses responsabilités. Cet automne, une vaste campagne de communication gouvernementale sera lancée. Chaque préfet, chaque procureur de la République, a été chargé d'en mettre en œuvre le volet territorial, et en particulier sa dimension répressive, pour punir les délits avec la sévérité de nos lois. La mise en réseau des grands acteurs culturels a débuté, c'est le cas par exemple, dès cette rentrée, pour les lieux de mémoire. Cette mobilisation, nous souhaitons qu'elle soit permanente, pour l'Etat, pour les collectivités, pour tous ceux qui exercent un mandat public. Il faut également que toute la société civile je pense notamment aux associations se saisisse pleinement de ces enjeux. Bien sûr, j'en suis conscient, ces actes, à eux seuls, ne suffisent pas. L'action de la France, c'est aussi lutter sans relâche contre le djihadisme, contre cet ennemi qui vise notre démocratie et veut répandre la mort. La France agit, sous l'autorité du Président de la République, sur son territoire et à l'étranger, au Sahel, en Irak, et aujourd'hui en Syrie, pour frapper l'islamisme radical à la racine, dans ses bastions. Cela sera un combat long, difficile. Vous savez et nous connaissons la menace qui pèse sur nous depuis janvier. Nous avons encore renforcé nos moyens humains et matériels de lutte antiterroriste. La loi relative au renseignement, adoptée à une très large majorité, donne à nos services un cadre juridique et des moyens de surveillance renouvelés pour prévenir la radicalisation et empêcher que d'autres attentats ne soient commis. En permanence, je veux le rappeler, des cellules sont démantelées, des attentats empêchés, grâce au travail patient et discret qu'accomplissent nos services de renseignement, en coopération avec nos alliés. Grâce, parfois aussi, nous l'avons vu, à l'héroïsme d'hommes, ces Américains et ces Français, dans le Thalys, entre Amsterdam et Paris. A aucun moment, avec le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve dont je salue l'action, l'engagement, la précision du verbe, la ténacité et la capacité d'être toujours à la hauteur des événements nous ne relâchons notre vigilance. Et même s'il faudra du temps, même si nous connaîtrons encore des épreuves, même si nous devons vivre avec ce danger et cette menace que représente le terrorisme, nous mènerons ce combat contre le djihadisme, et je n'ai aucun doute nous le gagnerons. Monsieur le président du consistoire central, Monsieur le grand rabbin de France, Mesdames, messieurs, Notre pays, notre beau pays, fait face à de nombreux défis, et c'est pour cela que la gravité ne me quittera jamais : la menace terroriste je l'ai dit, le redressement, bien sûr, de notre économie, pour lutter contre le chômage, le rendez-vous climatique, il est urgent, la crise des réfugiés, qui nous rappelle à notre devoir… Dans ces moments, la France a plus que jamais besoin d'unité, de se rassembler, de se retrouver, pour que chacun soit à la hauteur de ses responsabilités. Dans ces moments difficiles et périlleux pour la Nation, la France a besoin de tous ses enfants et de tous ses talents. Elle a besoin aussi, comme cela a toujours été le cas, d'une voix juive qui, avec d'autres, bien sûr, se fait entendre. Vous êtes nombreux à être intervenus, car c'est une part de votre histoire, pour dire votre solidarité avec les réfugiés qui arrivent en Europe. Le grand rabbin Korsia l'a fait, dimanche dernier, à la synagogue de la Victoire, et il y a encore un instant. Ce droit d'asile, qui dit les valeurs de la France, vous le faites vivre. Nous devons accueillir, avec des règles bien sûr, avec une organisation sérieuse qui s'impose, ceux qui demandent la protection quelle que soit leur origine. On ne trie pas en fonction de la religion. On accueille les Chrétiens, les Musulmans, les Yézidis. On ne trie pas, dans le droit d'asile. C'est un droit universel. C'est un droit inscrit dans la conscience humaine. C'est un droit qui doit s'imposer. C'est notre rôle, avec l'Europe, et grâce aux initiatives du Président de la République et de la chancelière Merkel. Et la France, c'est à ce moment-là, même si elle est traversée par des vents mauvais, par des discours insupportables, qu'elle est capable d'être la France, c'est-à-dire forte, généreuse et capable d'accueillir. Oui, vous, par les mots que vous utilisez, par votre mobilisation, vous honorez notre pays, votre pays. La France a besoin de cette voix juive, exigeante, tellement républicaine, qui ne cède pas à l'égarement, à la facilité de la confusion morale, qui ne cède pas non plus à la résignation. Vous savez que répondre à la peur par le repli, c'est servir les objectifs de nos ennemis. La solidarité, l'ouverture, c'est la plus belle preuve de courage que la République puisse affirmer. Je sais donc que les doutes sont là, ils sont nombreux. Nous savons les inquiétudes. Mais je sais aussi combien la communauté juive de France, si forte dans la diaspora, porte en elle d'énergie et d'enthousiasme. Ma responsabilité, avec le Président de la République, avec le gouvernement, avec les parlementaires, quel que soit leur engagement politique, et je les salue tous, parce que je sais qu'ils sont tous et toutes à la hauteur du moment, c'est d'être lucides sur les risques. Et nous voulons dire que nous sommes là, que notre vigilance est absolue. Mais la lucidité, cela n'a rien à voir avec le déclinisme, et notre devoir, c'est donc aussi de rester optimistes quant à l'avenir. La peur, vous la refusez. Le pessimisme, il est là, parce que l'histoire est passée. Mais vous faites briller aussi la joie et l'optimisme, malgré les épreuves. Oui, notre devoir, c'est donc aussi de rester optimistes quant à l'avenir. C'est la meilleure, la plus forte, la plus belle des réponses que nous puissions, tous, ensemble, apporter. Soyez certains de cet engagement et de mon engagement. « Shana Tova » ! Très bonne année à tous ! Et à tous, mesdames et messieurs, chers amis, chers compatriotes, vive la République et vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/172.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/172.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..30696a01e2286a9d88fc6506e1faa45d8fbe6c30 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/172.txt @@ -0,0 +1 @@ +1 La conférence, qui a réuni 56 États et 11 organisations régionales et internationales, a débattu des moyens à mettre en œuvre pour soutenir les membres des communautés qui sont visés par Daech et d'autres organisations terroristes pour des raisons ethniques ou religieuses, et les communautés qui sont menacées en tant que telles en Irak et en Syrie. Orientations politiques générales 2 Les participants ont souligné que la diversité culturelle, religieuse et ethnique du Moyen Orient constituait pour la région et pour l'humanité un patrimoine inestimable, que la communauté internationale avait le devoir de protéger. Ils ont exprimé leur volonté d'agir sans délai pour préserver cette diversité et pour protéger les membres des communautés menacées, qui sont particulièrement vulnérables. 3 Face à l'ampleur des violences qui déchirent la région, les participants ont exprimé leur détermination à redoubler d'efforts pour rétablir la paix et pour soutenir tous les réfugiés et déplacés, ainsi que les États et les communautés qui les accueillent, dont les contributions ont été saluées. 4 Ils sont convenus qu'un objectif prioritaire de la communauté internationale et des États concernés est de faciliter le retour des personnes réfugiées et déplacées qui le souhaitent dans leur foyer, en créant un environnement propice à leur retour. Les efforts menés en ce sens par la Coalition anti-Daech ont été salués. 5 Trois tables rondes ont travaillé à des recommandations en matière humanitaire, judiciaire et politique. Un plan d'action, annexé aux présentes conclusions, reprend les principes et actions discutés lors de la conférence. Ce « Plan d'action de Paris » constituera une feuille de route pour contribuer à apporter des réponses au drame qui se joue dans la région. Humanitaire 6 Les participants ont exprimé leur détermination à accroître le soutien aux populations affectées, afin de leur permettre de vivre dignement, tout en préservant leur identité, ainsi qu'aux communautés et pays d'accueil. Ils ont affirmé qu'il était urgent de créer l'environnement propice nécessaire à un retour volontaire, durable et en toute sécurité des personnes réfugiées et déplacées. 7 Parmi les mesures envisagées à cette fin dans le plan d'action, figurent notamment : - Le soutien aux autorités nationales et locales, et aux communautés qui accueillent des réfugiés et des populations déplacées au moyen de programmes de développement, visant à alléger une partie de leur charge et à renforcer leurs capacités ; - Une meilleure information sur les déplacements de population et sur les risques relatifs à leur sécurité, ainsi que le renforcement des mesures visant à rétablir les liens familiaux entre les familles séparées ; - L'amélioration de l'accès à la santé et à l'éducation, y compris dans la langue des populations concernées; - La prise en charge des victimes de violences, notamment sexuelles, au moyen d'actions de suivi psychologique et médico-social ; - Des actions de déminage et de réhabilitation d'infrastructures et de services publics, notamment les hôpitaux et les écoles, pour favoriser la réintégration des communautés ; - La mise en œuvre de programmes de développement économique et social dans les régions de retour des populations ; - Une meilleure prise en compte des personnes les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants ; - Une attention soutenue à la restitution des biens fonciers appartenant aux populations déplacées. 8 Les participants ont souligné l'obligation pour toutes les parties de respecter le droit international humanitaire, et la nécessité de promouvoir le respect de celui-ci auprès des forces armées sur le terrain, notamment à travers le renforcement des actions de formation. 9 Les participants sont convenus de renforcer leurs efforts en matière d'aide humanitaire, y compris le soutien aux pays de la région et aux communautés d'accueil. Ils ont appelé à renforcer les contributions notamment au fonds fiduciaire du PNUD, destiné à faciliter la stabilisation immédiate des zones libérées de Daech, et au fonds Madad de l'UE pour la Syrie. 10 Les participants ont réaffirmé leur engagement à soutenir les États les plus touchés de la région (Jordanie, Turquie, Liban et Irak), qui accueillent des réfugiés et des populations déplacées et leur portent secours, ainsi que les efforts des sociétés civiles, des institutions régionales et des communautés d'accueil de ces pays. 11 Les participants ont réaffirmé leur détermination à soutenir l'action des Nations unies en Irak, qui œuvrent notamment pour la reconstruction des infrastructures et le retour des déplacés, lorsque les conditions de sécurité le permettront. L'action du groupe de travail Stabilisation de la Coalition a également été saluée. Judiciaire 12 Les participants ont condamné avec la plus grande fermeté les crimes odieux commis notamment par Daech et les groupes qui lui sont affiliés à l'encontre des populations civiles de toutes origines ethniques, religieuses ou autres. Ils ont exprimé leur préoccupation particulière au sujet des exactions commises sur des fondements ethniques, religieux ou sectaires. Les atrocités commises en Irak et en Syrie, qui constituent des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité, voire des crimes de génocide s'agissant de certaines communautés, sont une préoccupation pour l'ensemble de la communauté internationale et ne sauraient rester impunies. 13 Les participants ont souligné la nécessité de développer et d'utiliser des moyens d'alerte rapide pour prévenir les violations des droits de l'Homme et pour protéger les personnes menacées avant que des atrocités ne se produisent, comme le prévoit l'initiative «Les droits de l'Homme avant tout» du Secrétaire général des Nations unies. 14 Les participants ont exprimé leur détermination à renforcer leurs efforts pour faire en sorte que les auteurs de ces crimes soient tenus pour responsables et punis. Ces auteurs devront rendre des comptes devant la justice, qu'elle soit nationale ou internationale. 15 Les participants ont souligné la nécessité de renforcer le soutien aux travaux de documentation des crimes et de collecte des témoignages, y compris sur la traite d'êtres humains, effectués par la commission d'enquête indépendante des Nations unies sur la Syrie, le Haut-commissariat aux droits de l'Homme en Irak et d'autres mécanismes des Nations unies, de même qu'aux initiatives locales ou régionales de documentation. 16 La Cour pénale internationale (CPI) a un rôle important à jouer, notamment pour juger des crimes commis par Daech et d'autres organisations terroristes. Le Conseil de sécurité des Nations unies a été encouragé à étudier la possibilité de déférer ces crimes à la Cour pénale internationale. Les États qui ne l'ont pas encore fait ont été invités à accepter la juridiction de la Cour afin qu'elle puisse juger ces crimes. 17 Parmi les actions envisagées à titre national pour renforcer la lutte contre l'impunité, figurent notamment : - l'incrimination de ces crimes en droit national, ainsi que la poursuite de leurs auteurs par les juridictions compétentes ; - la mise en place d'unités spécialisées dans les crimes internationaux au sein des juridictions nationales ; - le renforcement de la coopération judiciaire concernant ces crimes, avec par exemple la mise en place de réseaux de points de contacts et d'équipes d'enquête conjointes ; - le renforcement de la sécurité des témoins concernés. 18 Les participants ont souligné l'importance de la construction, dans les pays concernés, d'un État de droit et d'une justice impartiale garantissant les droits fondamentaux, ainsi que du soutien à la justice transitionnelle et à la réconciliation de la société. Ils ont exprimé leur volonté de soutenir les efforts en ce sens. Politique 19 Les participants ont souligné qu'au-delà de l'action militaire légitime contre Daech, le règlement de la crise devait être politique et reposer sur une approche inclusive intégrant toutes les composantes de la société, indépendamment des origines ethniques ou religieuses, dans le cadre de l'État de droit et du respect des droits de l'Homme qui constituent la pierre angulaire pour protéger et garantir les droits de tous les individus, y compris le droit d'exercer sa liberté de religion ou de conviction, sans discrimination. 20 Les participants ont souligné qu'il importait que tous les États mettent pleinement en œuvre, et de manière effective, les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies visant à lutter contre le terrorisme et à prévenir la radicalisation. Le Secrétaire général des Nations unies présentera un «Plan d'action pour prévenir l'extrémisme violent» à l'Assemblée générale en novembre. Il sera essentiel de pouvoir compter sur le soutien des États membres. 21 Les États qui ne l'ont pas encore fait ont été encouragés à ratifier les instruments de protection des droits de l'Homme, y compris de lutte contre la traite d'êtres humains. Des projets seront développés afin de former au respect des droits de l'Homme dans la lutte contre le terrorisme. 22 Les participants ont réaffirmé leur plein attachement à la souveraineté et à l'unité de l'Irak, dans le cadre de ses institutions fédérales. Ils ont apporté leur entier soutien à l'action du gouvernement irakien en faveur de la réconciliation et visant à conforter l'état de droit et à assurer la représentation de tous les citoyens irakiens, dans le cadre d'un processus politique inclusif, indépendamment de leur origine ethnique ou religieuse. 23 Les participants ont rappelé leur volonté de préserver l'unité et la souveraineté de la Syrie. Ils ont marqué que la seule solution durable à la crise que traverse la Syrie passe par une véritable transition politique, fondée sur le communiqué de Genève du 30 juin 2012, répondant aux aspirations légitimes du peuple syrien, qui lui permette de décider en toute indépendance et de manière démocratique de son propre avenir, y compris par la mise en place d'un gouvernement de transition inclusif et doté des pleins pouvoirs exécutifs, formé sur la base du consentement mutuel et assurant la continuité des institutions de l'État. Ils ont rappelé leur soutien aux efforts de l'envoyé spécial des Nations unies en Syrie en ce sens. 24 Parmi les mesures évoquées dans le plan d'action figurent notamment : développer l'apprentissage de la diversité et de la tolérance dans l'éducation, notamment dans les manuels scolaires ; favoriser le dialogue entre les cultures et le dialogue interreligieux ; favoriser les initiatives et les efforts importants déployés par des institutions et des chefs religieux modérés ; soutenir les efforts visant à mieux intégrer et à donner plus de pouvoir aux jeunes ; développer la coopération administrative et parlementaire pour renforcer l'État de droit ; et préserver les registres d'état civil et du cadastre. L'Autriche a annoncé qu'elle accueillera une conférence de haut niveau sur le dialogue interreligieux en juin 2016. 25 Les participants ont exprimé leur volonté de renforcer leur soutien à l'action de l'UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel en Syrie et en Irak. Ils sont convenus de mettre en oeuvre des actions concrètes pour inventorier, préserver, restaurer, valoriser et enseigner le patrimoine, qu'il s'agisse du patrimoine archéologique, architectural, mobilier, écrit ou immatériel, telles que : développement de cartographies et inventaires des sites en péril ou détruits, restauration de monuments et de manuscrits, recueil du patrimoine immatériel, renforcement des mécanismes internationaux de surveillance. 26 Les participants ont réaffirmé leur soutien au rôle des Nations unies dans la région à l'appui des processus politiques, de la coordination et la facilitation de l'aide humanitaire internationale, de l'aide aux réfugiés et aux personnes déplacées, et de la protection du patrimoine culturel. Ils se sont félicités de la proposition du Secrétaire général des Nations unies de créer un groupe de dirigeants respectés pour aider à faire avancer les objectifs de la conférence. 27 Les participants ont exprimé leur détermination à agir concrètement en soutien des objectifs de la conférence, pour protéger les communautés menacées au Moyen-Orient et préserver la diversité de la région. Ils sont invités à s'inspirer du Plan d'action de Paris, annexé aux présentes conclusions, pour mettre en œuvre des actions concrètes dans la perspective de la conférence de suivi, dont le gouvernement espagnol a annoncé la tenue en 2016. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/173.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/173.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8619bf168c0d4d9d1ea1f6bba1df484e2631d11b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/173.txt @@ -0,0 +1 @@ +Iran (...) D'abord, je voudrais dire quelques mots d'un dossier qui m'a beaucoup occupé et qui est celui du nucléaire iranien. Pendant douze années cette question a occupé et préoccupé la communauté internationale. Un Iran doté de la bombe atomique, non seulement aurait constitué un danger considérable en soi mais, ce qu'on ne voit pas toujours, cela aurait provoqué une course mortifère à l'arme nucléaire dans toute la région, qui est déjà extrêmement éruptive. Et, face à ce risque qui était considérable, nous avons adopté, nous, la France, une position, que j'ai appelé « de fermeté constructive », qui signifiait quoi ? Oui, à un accord mais à condition que l'accord écarte de manière certaine, c'est-à-dire vérifiable, l'accès de l'Iran à l'arme nucléaire. Je pense que cette fermeté, qui compte tenu des enjeux était légitime, a largement contribué à nous permettre de parvenir à l'accord du 14 juillet dernier. Si cet accord est approuvé, et il est de plus en plus probable qu'il va l'être, puis respecté - et nous nous sommes donnés les moyens de vérifier qu'il le soit -, il peut, j'insiste sur le mot « peut », faciliter davantage de paix et de stabilité au Moyen-Orient. Mais rien n'est acquis et encore moins l'horizon. C'est le message que j'ai porté lors de ma visite à Téhéran fin juillet et pour une fois le terme d'accord historique n'était pas galvaudé. Or, cet accord date d'il y a quelques semaines. (...). Terrorisme - Syrie - Irak - Libye - Daech (...) Je commence bien sûr par le drame syrien. Le président de la République s'est exprimé sur ce sujet lundi dernier et notre analyse, contrairement à ce que je lis ici ou là, n'a fondamentalement pas varié. D'une part, nous considérons - là il n'y a pas de révélation - que la lutte contre Daech et les groupes terroristes est une nécessité absolue. D'autre part, nous estimons qu'en Syrie la solution est d'ordre politique. À ceux qui voudraient voir en M. Bachar Al-Assad un partenaire, le partenaire, je voudrais rappeler une vérité qui est cruelle : il est malheureusement le premier responsable du chaos actuel. Et cela rend très difficile, pour ne pas dire impossible, qu'il soit présenté comme l'avenir de son peuple. Enrico, tu faisais allusion à cette photo terrible du petit enfant syrien retrouvé face contre le sable mort sur les rivages turcs. Mais j'ai lu l'histoire de son père, et avant d'être persécuté par Daech, il est passé par les prisons de Damas et de Bachar Al-Assad. Et considérer, comme je l'entends entre deux mots, qu'il faut choisir le moindre mal, les choses sont évidemment beaucoup plus complexes. La priorité doit aller à une accélération des négociations pour installer à Damas un gouvernement de transition, qui, nécessairement, et nous l'avons dit dès le premier jour, sera composé d'éléments du régime, que cela nous plaise ou non, et d'éléments de l'opposition non terroriste, sans la domination de M. Assad. Si l'on n'a pas cette transition, les efforts nécessaires de la coalition internationale resteront insuffisants. Et si l'on n'a pas cette transition, qui devra respecter les droits de toutes les communautés et de tous les habitants, la Syrie risque de demeurer enfermée dans le chaos. C'est pourquoi nous agissons avec d'autres, sans relâche, avec des conversations qui ne sont pas toujours publiques, avec les partenaires arabes, avec les Américains, avec les Russes, avec les Iraniens, pour faciliter cette évolution nécessaire. Nous en avons discuté, j'en discute avec tous ces peuples et aussi bien sûr avec l'envoyé des Nations unies, M. Staffan de Mistura. Et l'Assemblée générale des Nations unies, fin septembre, pourrait être une occasion de discussion même si le contexte - et il y aura probablement des questions là-dessus - est extrêmement complexe, rendu plus complexe encore par les informations qui nous sont données sur le fait que les Russes auraient envoyé récemment des forces nouvelles surtout près de Tartous et de Lattaquié. La France, c'est sa mission, va redoubler d'efforts diplomatiques pour essayer, même si c'est très compliqué, de mettre un terme à ce drame syrien qui est l'une des plus grandes tragédies de ce début de siècle. Cette crise syrienne doit être résolue pour sauver les Syriens, mais aussi pour vaincre Daech car Daech se nourrit du chaos et du désespoir en Syrie. En plus des efforts diplomatiques, que je viens de rappeler, nous devons être militairement actif puisque Daech - qui décapite à la fois les hommes, les femmes et les monuments, tout ce qui ne lui est pas inféodé- nous menace gravement nous Français, Européens jusque sur nos propres sols. Depuis des mois nous nous mobilisons pour lutter contre la radicalisation, pour remonter les filières djihadistes, pour identifier et surveiller les individus qui, depuis la Syrie ou sur notre territoire, voudraient perpétrer des attentats en France. Nous avons décidé d'amplifier cet effort à partir d'éléments précis qui nous étaient donnés sur la menace qui, depuis la Syrie et à cause de Daech, menaçait la France. Et c'est le sens des décisions annoncées lundi par le président de la République : nous renforçons notre capacité de renseignement par des vols de reconnaissance en Syrie - certains ont eu lieu hier et aujourd'hui - pour nous mettre en mesure d'en tirer les conséquences si la situation le justifie. Nous devons donc mieux surveiller pour mieux lutter, et mieux nous renseigner pour mieux nous protéger. En Irak - pas loin de la Syrie, et désormais les frontières sont quasiment ouvertes -, nos forces armées, comme vous le savez, participent aux frappes aériennes de la coalition internationale. C'est une action militaire indispensable, de même qu'elle doit être renforcée sur le plan politique, avec ce qu'on appelle des gestes inclusifs du gouvernement irakien de M. al Abadi, afin de rassembler non seulement les populations chiites mais aussi les populations sunnites et kurdes. Car l'une des convictions que nous nous sommes faites, à partir d'un certain nombre d'expériences - comparaison n'est pas raison, mais il faut tirer des leçons, qu'il s'agisse de l'Irak ou de l'Afghanistan - c'est que, bien évidemment, le soutien de forces extérieures - je pense à des forces aéronavales ou aéroportées - peut être utile, mais le combat doit être porté par les populations elles-mêmes. Et, en Irak ce sont les Irakiens, dans leur formation composite, et il faut que des gestes soient faits pour que les sunnites et les kurdes puissent être aux côtés des chiites pour lutter contre Daech sunnite. Sinon ce ne sont pas des forces extérieures qui pourront remplacer celles-là. En juin dernier, lors d'une réunion de la coalition internationale à Paris, nous avons placé chacun devant ses responsabilités. Nous avons été clairs lors du débat que nous avons fait au Conseil de sécurité sur les minorités persécutées par Daech, en particulier les chrétiens d'Orient. Et hier même, à Paris, comme peut-être vous l'avez vu dans les journaux, en présence du président de la République et avec mon collègue jordanien, j'ai présidé une conférence internationale consacrée à ces victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient. Il ne s'agissait pas seulement de lancer un cri d'alarme mais de définir une feuille de route pour la communauté internationale en décidant d'agir sur trois leviers au moins : le levier humanitaire, le levier judiciaire et le levier politique. Et nos amis espagnols, très opportunément, ont proposé que l'an prochain, en 2016, une conférence de suivi identique ait lieu chez eux, ce qui permettra à cette feuille de route d'être vérifiée. Nous avons maintenant, j'allais dire, l'appareil de toutes les décisions qu'on peut prendre pour aller en ce sens, et il y a aussi le suivi international. (...) Q - Le mot « terrorisme » a été extrêmement utilisé cette dernière décennie dans la terminologie des relations internationales et je me posais justement la question : est-ce qu'il y a un intérêt urgent aujourd'hui à complètement reconceptualiser le concept de terrorisme pour mieux couvrir la variété des situations que l'on vit aujourd'hui ? Ou au contraire, y a-t-il un certain intérêt dans certaines situations, de conserver justement ce flou épistémologique parfois pour justifier des choix politiques ? R - Sur le sujet, sur le terrorisme, je ne vais pas faire un cours long, mais il est vrai que c'est un mot qui est employé d'une façon parfois très large. Quand je discute avec tel ou tel représentant de pays, lorsqu'on parle de Daech, ce sont des terroristes. Il n'y a absolument aucun doute d'aucune sorte ! Ce sont des gens, au fond, dont le but est de tuer tous ceux qui ne sont pas inféodés à ce qu'ils représentent. Mais lorsque, dans d'autres circonstances, on qualifie de « terroristes » des gens qui peut-être ont des méthodes discutables mais qui sont surtout des opposants au régime, c'est un autre problème ! Donc faisons attention, lorsqu'on nous propose par exemple une guerre générale contre le terrorisme. Si c'est une guerre générale, une alliance contre Daech, parfait ! Mais si c'est une alliance contre tous ceux qui ne sont pas d'accord avec les gouvernements en place, c'est un autre problème. Donc voilà le seul commentaire que je ferai par rapport à votre question. (...) Q - Sur la légalité des interventions éventuelles décidées par le président de la République, après les reconnaissances, ce sera évidemment des frappes dans le but de tuer des terroristes et des terroristes français, de nationalité française, ou qui sont reconnus comme tels, et qui sont susceptibles donc d'être éliminés. Quelles sont les bases légales pour autoriser ce fait dans un pays qui n'est pas couvert normalement par notre intervention ? R - Sur la légalité de ce que nous faisons en Syrie, pour le moment, nous ne sommes pas intervenus. Nous avons survolé le territoire syrien, enfin en tous les cas une partie, et nous devons notifier cela - c'est le droit international qui veut cela - aux Nations unies. Nous le faisons, nous le ferons - je ne sais pas si nous l'avons fait aujourd'hui ou si nous le ferons demain - sur la base de l'article 51, c'est-à-dire la légitime défense. À partir du fait que, dès lors qu'il est avéré qu'à partir du territoire syrien, qui n'est pas entièrement contrôlé par le gouvernement syrien - c'est le moins qu'on puisse dire -, les forces de Daech menacent des intérêts français à la fois à l'extérieur et en France, nous sommes parfaitement légitimes à nous défendre. Et c'est sur cette base-là que cela peut se faire. Actuellement, ce sont des prises de photos par avion et, peut-être, si le président de la République en décide, y aura-t-il d'autres conséquences. Mais c'est sur la base de l'article 51. (...) Q - (en anglais - sur ISIS) R - Il y a une troisième question : « what about the strategy about Daesh ? ». Je pense que la stratégie que nous avons utilisée, même si elle n'a pas actuellement encore donné tous les résultats - il n'y en a pas beaucoup d'autres -, consiste à la fois à déployer des moyens militaires, des moyens de force. Les gens de Daech ne sont pas des gens avec lesquels vous allez faire une conférence à La Sorbonne ! Ce n'est pas le sujet. Vous avez vu comment ils pratiquent : la terreur, ce n'est pas seulement un modus operandi, c'est leur marque de fabrique ! Il faut donc s'organiser militairement mais nous considérons que, pour ce qui est des troupes au sol, à partir des expériences précédentes - je pense à l'Afghanistan, je pense à l'Irak - il faut qu'il y ait un engagement des populations elles-mêmes. Cet engagement des populations elles-mêmes n'est possible que s'il y a une situation politique que j'ai appelée « inclusive ». Et c'est la même chose en ce qui concerne Daech. (...) Q - Vous avez évoqué la question des chrétiens d'Orient et des problèmes auxquelles ils ont à faire face en Syrie et en Irak, et vous avez réaffirmé votre orientation politique envers Bachar Al-Assad. Je pense pouvoir affirmer qu'une majorité des chrétiens en Syrie continuent de soutenir le régime de Bachar Al-Assad et sont très pessimistes sur leur avenir, si le régime venait à tomber. Quelles sont vos réponses à leurs inquiétudes ? R - Concernant les chrétiens et Bachar, ce que vous avez dit est juste, il y a pas mal de chrétiens ou de minorités qui pensent que Bachar les protège ! Même s'ils n'ont pas d'amour particulier pour Bachar et même s'ils savent - gardons cela présent à l'esprit - qu'à l'origine de tout cela - aujourd'hui, vous avez 240.000 morts en Syrie et beaucoup de millions de déplacés et de réfugiés - c'est une révolte d'une dizaine de jeunes dans un coin de la Syrie qui a été traitée de telle manière qu'aujourd'hui nous aboutissons à ce chaos. Lorsque nous avons tenu la première conférence de Genève en juin 2012, je me rappelle très bien, c'était au début où j'arrivais au Quai d'Orsay, Daech n'existait pas ! Tous ces gens-là n'existaient pas ! Et c'est simplement parce que, pour des raisons complexes, sur lesquelles je ne vais pas revenir, énormément de temps a été perdu que, petit à petit, le terrorisme s'est installé avec, au départ, une complicité, avérée, entre Bachar et les terroristes. Maintenant, prenons les situations telles qu'elles sont. Quel objectif faut-il poursuivre ? L'objectif à poursuivre, c'est d'essayer, si c'est encore possible, d'avoir une Syrie unie où chaque communauté soit respectée, où chaque droit soit respecté. Eh bien, évidemment, il y a des transitions à opérer mais je crois que personne de sensé ne peut penser que c'est M. Bachar Al-Assad qui va pendant quinze ans dominer la Syrie et arriver à cela ! Non ! Donc il faut opérer des transitions avec, je l'ai dit, des éléments du régime, qui ne seront pas toutes des saintes personnes, et avec des éléments non-terroristes de l'opposition. Pour cela, on a besoin de travailler avec les Arabes, avec les Turcs, avec les Russes, avec les Iraniens, avec les Américains, et c'est diablement compliqué aujourd'hui ! Et néanmoins il faut continuer. (...). Turquie - Daech - Populations kurdes (...) Q - Par rapport à la Turquie, je voulais savoir ce que vous pensez de la politique actuelle de M. Erdogan, par rapport notamment aux Kurdes et à ce que j'appellerais un double jeu en finançant des mouvements islamistes et terroristes, comme Al-Nosra en Syrie, pour jouer ce type de mouvement contre les populations kurdes ? Je vous remercie. R - Enfin, dernier élément : vous m'interrogez sur la politique turque. Là aussi, il faut faire attention. La Turquie est réellement engagée dans la lutte contre Daech. Il lui avait été reproché, à certains moments, de ne pas être assez engagée mais, pour avoir conversé pas plus tard qu'hier avec mon collègue turc qui était à Paris, cet engagement est réel. Après, il y a la question kurde. Nous, nous disons simplement que nous souhaitons, dans ce conflit comme dans d'autres, que ce soit par la discussion et la négociation que l'on trouve des solutions à un problème qui, d'ailleurs, n'est pas simplement en Turquie mais qui est beaucoup plus large. Je sais bien que l'on dit beaucoup de choses sur la période électorale, sur ceci, sur cela, mais je ne veux pas entrer dans ces considérations. Je pense que, dès lors que la Turquie est engagée vraiment dans la lutte contre Daech, c'est quelque chose de positif. Par ailleurs, s'il y a des conflits internes en Turquie, il faut essayer de les résoudre par la négociation. Enfin, dernier point qui n'est pas un mystère, je me rappelle que mon collègue Davutoglu, qui aujourd'hui est Premier ministre mais qui, à l'époque, était ministre des affaires étrangères, m'avait dit, quand il y avait 100.000 Syriens en Turquie : « Ce n'est pas possible que ce soit au-dessus » ; aujourd'hui, ils sont 1,8 million. Vous voyez donc la difficulté pour les Turcs. Ce qu'ils ont à l'esprit, c'est ce qu'ils appelaient autrefois les « safe zone » ou « No fly zone », c'est-à-dire, au nord de la Syrie, de pouvoir avoir une zone qui soit « safe », « secure » et où les Syriens pourraient être sans être menacés ni par les bombes de Bachar ni par les bombes de Daech. C'est la base des discussions qu'ils ont eues, notamment avec les Américains. Ceci n'est pas encore fait, mais c'est l'idée, si j'ai bien compris, qu'ils ont à l'esprit. Voilà ce que je peux dire sur la politique turque. La Turquie est un pays avec lequel nous discutons et qui va bientôt être soumis au jeu électoral. (...). Migrations (...) Chaos en Syrie, persécution des minorités au Moyen-Orient, ces drames, pour une part importante, même si d'autres tragédies sont en cause, sont largement à l'origine de la grave crise migratoire à laquelle l'Europe doit faire face. J'ai dit qu'il ne fallait pas oublier la genèse de l'échouage sans vie, sur les côtes de Turquie, du petit Syrien Aylan. Ces images ont bouleversé le monde. Un mécanisme permanent et obligatoire d'accueil des réfugiés va être mis en place au plan européen. La Commission européenne a articulé ces chiffres, des réunions auront lieu prochainement, chaque pays devra prendre sa part. Nous y reviendrons sans doute dans les questions. Pour notre part, nous considérons qu'il faut faire preuve de solidarité. Le devoir d'accueil vis-à-vis des réfugiés, de l'asile, est un devoir qui ne peut pas être contourné et qui - je donne mon sentiment - ne peut pas être échangé contre des avancées monétaires, même s'il y a des aspects financiers. Quand on doit remplir un devoir d'accueil vis-à-vis de femmes et d'hommes pourchassés on ne peut pas s'en exonérer en disant « voilà l'amende que je vais payer », ce n'est pas du même ordre, chacun peut le comprendre. Mais tout cela est très difficile à mettre en œuvre. Et il y a aussi bien sûr la distinction à opérer entre le devoir d'asile, qui est absolu, et en même temps l'attitude qu'il faut adopter vis-à-vis des migrations qu'on appelle de type économique, qui évidemment lorsqu'elles sont massives, demandent un autre traitement. Et puis il y a l'attitude à adopter vis-à-vis des pays de transit. Et puis il faut à aller à la source, que cette source soit la pauvreté dans un certain nombre de pays - je pense notamment à l'Afrique - ou que la source soit les conflits. On pourrait parler bien sûr, et on devrait le faire, on le fera si cela vous intéresse dans les questions, de la Libye. (...) Q - Les nations les plus riches du monde se réuniront mi-novembre pour le sommet du G20 en Turquie. La France est-elle prête à travailler avec ses partenaires dans le cadre de ce sommet, pour que la crise des réfugiés, la crise humanitaire dans la région soit à l'ordre du jour officiel de ce sommet ? R - Le G20 a lieu en Turquie à la mi-novembre et je suis sûr qu'au-delà des questions économiques qui sont traditionnellement abordées, au-delà des questions climatiques qui seront aussi abordées, la question des migrations sera nécessairement abordée. Elle ne va pas être résolue, comme cela, d'un trait de plume ! Mais il est évident que c'est une grande question qui se pose et, bien sûr, elle ne pourra pas être éludée. (...) Q - Est-ce que la France a une stratégie pour concilier la nécessité d'accueillir des immigrés ? Enfin des réfugiés, plutôt ? Et l'hostilité de l'opinion française, de la majorité de l'opinion française ? R - Sur la deuxième question, l'accueil des réfugiés, les choses sont évidemment complexes. Je crois qu'il est très tôt et qu'il serait hasardeux de dire que l'opinion française est pour ou contre tel élément. Je pourrais vous répondre que quand nous décidons une politique, nous le faisons en fonction de ce que nous jugeons être l'intérêt national et non pas en fonction de tel ou tel sondage. C'est vrai, même s'il faut évidemment tenir compte aussi de ce qu'est l'opinion publique. Je crois que sur ce sujet, beaucoup de gens sont partagés et, d'ailleurs, peut-être l'êtes-vous vous-même ! Enrico disait que la photo du petit Aylan, a certainement bouleversé beaucoup de choses et que les gens, avant, n'étaient pas nécessairement sensibles à ce qui se passait. Beaucoup de gens disaient : « En Syrie, c'est loin, ils se disputent, qu'est-ce qu'on a à faire là-bas ? » J'ai entendu cela. Et puis voilà, vous avez tout d'un coup le choc d'une fragilité, d'une tendreté, avec cette monstruosité ! Et vous dites : « on est des êtres humains ! On ne peut pas rester sans réagir ! » Donc, nous-mêmes, nous sommes dans une contradiction ; je ne parle pas des responsables politiques mais de la population. Si vous interrogez les Français - mais cela dépend beaucoup de la question ! - en leur demandant : « est-ce que vous pensez qu'il y a beaucoup de gens étrangers qui doivent venir en France ? » Je ne suis pas sûr que la réponse soit très positive. Mais si vous dites : « écoutez, voilà, les gens qui sont pourchassés par Daech, par ceci, par cela, est-ce qu'on peut les laisser mourir, est-ce qu'on peut les laisser crever, est-ce qu'on peut les laisser se noyer en mer Méditerranée ? Ou bien même si c'est difficile, est-ce qu'il faut faire quelque chose ? » La réponse sera différente. Cela dit, je ne dissimule pas le fait - et c'est ça, le sens profond de votre question - que si les nombres en cause devaient être durablement très forts, il peut y avoir une réaction négative de l'opinion ! Déjà, vous avez vu - je ne veux pas faire de cas particuliers - que les pays d'Europe ne sont pas tous à l'unisson : il y a la réaction des Allemands qui est d'une certaine façon, il y a la réaction d'autres pays, et puis il y a des histoires nationales qui sont différentes. Sur un sujet comme celui-ci, je pense qu'il faut éviter la démagogie. Il faut se poser les questions sérieusement. Il faut à la fois dire que le droit d'asile existe, qu'il faut donc l'appliquer et, qu'en même temps - je crois que c'était Michel Rocard qui disait cela - on doit prendre une part de la misère du monde mais on ne peut pas prendre toute la misère du monde, sur le plan économique. Il faut s'adresser aux causes, le développement, le sous-développement, la pauvreté, agir sur les pays de transit, mais savoir que, de toutes les manières, la population sera très partagée. (...). Ukraine - Russie (...) Et puis, dernier élément que je veux citer : la crise ukrainienne. Vous savez qu'avec l'Allemagne, la France ne ménage pas ses efforts pour permettre la mise en œuvre des accords de Minsk 2, avec un retrait définitif des armes, des élections à l'automne, y compris dans le Donbass, et un retour au plein contrôle par les Ukrainiens de leur frontière avec la Russie. Mais, autant sur le plan des armements il semble dans ces derniers jours y avoir eu des avancées, autant malheureusement il n'y a pas encore de certitudes sur le vote par la Rada des textes nécessaires aux élections. Et il faut que ces élections aient eu lieu pour que les accords de Minsk puissent être respectés et qu'on puisse enfin espérer la levée des sanctions. Et donc j'aurai probablement l'occasion après-demain sans doute de me rendre chez un de nos trois autres partenaires pour ce format « Normandie » qui joue un rôle utile pour faire avancer la solution de ce sujet très difficile. (...). Libye (...) Q - Ma question porte sur le conflit en Libye. Étant donné le fait que la France est en partie responsable de la situation actuelle en Libye, j'aimerais savoir si, selon vous, elle a un rôle à jouer dans la résolution du conflit actuel ? R - Concernant la Libye, vous avez affirmé avec force que la France portait une responsabilité dans la situation et qu'est-ce qu'on allait faire pour sortir de cette situation ? Je réponds sans me défiler. Au moment où il y a eu une intervention française en Libye, je me trouvais, avec ma formation, dans l'opposition mais nous avions soutenu cette intervention. Je ne vais donc pas faire semblant de ne pas l'avoir soutenue. Simplement, je crois, sans donner de leçon rétrospective - ce qui n'a aucun intérêt - que l'erreur qui a été commise a été de ne pas assurer le suivi de tout cela. Vous pouvez - j'allais dire : vous devez - dans certaines circonstances utiliser votre aviation, vos moyens militaires pour modifier telle ou telle situation, mais l'idée que dans un pays comme la Libye, qui n'est pas un État, qui est une collection de tribus, avec beaucoup de richesses et beaucoup d'armes, parce que M. Kadhafi n'était plus là on trouvait une solution immédiatement démocratique, c'est une illusion totale ! Il y a donc eu une période assez longue de vacuité. La nature, comme la politique, a horreur du vide, et cela a été rempli par des conflits entre tribus et peu à peu des oppositions, Tobrouk, Misrata, enfin vous connaissez tout cela. Et puis, des villes qui étaient irrédentistes, comme Dera, se sont données à Daech ; et puis comme il y avait, au Sahel, des montées de terrorisme et personne ne contrôlait rien, des terroristes se sont installés au sud. Et vous avez la situation actuelle. Quelle est la situation actuelle ? Il y a un envoyé des Nations unies, un homme tout à fait remarquable, Bernardino Leon, qui fait un travail en ce moment et qui a proposé plusieurs plans, notamment un dernier plan qui, espère-t-il, va permettre d'avoir l'accord, là encore, pour obtenir un gouvernement d'union ! Si vous voulez qu'il y ait une action contre les terroristes, il faut d'abord que vous ayez un gouvernement d'union ! Vous ne pouvez pas avoir deux gouvernements, deux parlements. Donc, ce travail est difficile, d'autant qu'il y a toute une série de pressions extérieures. Quelle est la position de la France ? C'est de soutenir l'action de l'ONU et de Bernardino Leon. C'est ce que nous faisons, de même que nos amis espagnols, italiens, etc. Nous sommes bien évidemment engagés en ce sens. (...). Mali (...) Une autre avancée internationale, moins commentée, mais elle aussi importante, c'est l'accord de réconciliation et de paix au Mali. Il ne faut pas oublier, même si nous avons tous la mémoire courte, la situation qui existait il y a moins de trois années. Il y avait au Mali des autorités de transition qui étaient menacées de mort, il y avait des terroristes qui dans ce grand pays circulaient sans entrave et étaient à quelques heures de faire main-basse sur l'ensemble du Mali. Et, c'est l'intervention française de janvier 2013 qui a porté un coup d'arrêt. Nous n'avons pas alors commis l'erreur, qui peut exister, de considérer que la solution serait seulement militaire et que le suivi de ces opérations ne nous concernait pas. Nous avons accompagné le Mali, sur les plans politique, militaire et économique et nous avons rassemblé des Européens, des Africains, des membres de la communauté internationale. Enfin, nous avons soutenu les efforts de paix entre le gouvernement légitime du Mali et les groupes du nord qui ont abouti, avec l'appui de nos amis algériens, à un accord en juin 2015. Cela ne veut pas dire que tout soit réglé, et des exactions parfois graves continuent, qu'il faut combattre, mais au Mali, comme d'ailleurs en Centrafrique où des élections doivent avoir lieu d'ici quelques semaines, la France, sa diplomatie, sa force armée, a rempli ses devoirs de puissance de sécurité et de paix et on peut dire - tout en restant prudent - que c'est un succès. (...). Sénégal - Casamance (...) Q - (en anglais - sur le Sénégal et la Casamance) R - Sur la première question qui porte sur le Sénégal et la Casamance. Pour des raisons évidentes, je ne vais pas m'ingérer dans ce qui est la politique intérieure du gouvernement sénégalais qui est un gouvernement ami. Disons que la situation est différente de ce que nous avons fait au Mali. Au Mali, il y avait des terroristes qui menaçaient de prendre le contrôle de tout le Mali ; les autorités de transition nous ont demandé d'intervenir, nous sommes intervenus. Là, c'est tout à fait autre chose, c'est une rébellion qui existe depuis très longtemps, qui est liée à différents facteurs, ethniques, économiques, etc., et il serait tout à fait déplacé de la part de la France de vouloir intervenir. Simplement, ce que nous devons souhaiter, bien sûr, c'est qu'on trouve des solutions pacifiques à cette difficulté qui existe d'ailleurs depuis très longtemps. (...). Économie - Union européenne - Partenariat transatlantique - Grèce (...) Q - Les deux prochaines années seront deux années dans lesquelles les étudiants qui sont ici seront très attentifs à la question de « quel sera le futur et le rôle des commerces internationaux dans le monde ? ». Quel sera le rôle et quelle sera la possibilité, dans le commerce international, de trouver des accords ? L'Europe vient de trouver un accord avec le Vietnam. Il y a d'autres grands sujets qui sont devant nous. Naturellement, il y a le grand sujet du TTIP et d'autres... Qu'est-ce que tu en penses, si tu as une prévision à faire et si tu as, naturellement, une idée de comment l'Union européenne va entamer, pendant les prochaines deux années, ce dossier ? R - Sur le commerce international, l'approche générale, pour des raisons évidentes, c'est d'essayer de le développer car c'est évidemment un outil majeur pour développer la croissance et nous avons tous besoin de croissance. Et je pense qu'il y aura - tu prenais l'exemple de l'Europe - un certain nombre d'accords qui seront passés. Sur la question la plus difficile, celle du TTIP, sur le plan des principes, nous n'avons évidemment pas d'obstacles, mais quand je vois le contenu concret et l'état des négociations, je me pose quand même des questions. Je vais faire état de trois séries de problèmes. Première série de problèmes : la question dite des marchés publics. On peut passer un accord entre l'Europe et les États-Unis si c'est un accord d'intérêt réciproque. Or, jusqu'à présent, il y a une différence sensible entre l'ouverture aux Américains des marchés publics européens et l'ouverture des marchés publics américains, y compris des marchés régionaux, aux Européens. Les chiffres sont très différents puisqu'on doit être, dans un cas - vous me corrigerez si je me trompe -, de l'ordre de 75 à 80% et, dans l'autre cas, de l'ordre de 30%. Évidemment, c'est une affaire décisive ! Or, pour en avoir discuté avec le négociateur américain, je ne suis pas sûr, au moment où l'on parle, qu'il y ait une disponibilité de nos amis américains à ouvrir, au niveau local, les marchés publics. Si cela ne pouvait pas être le cas, évidemment, ce serait une difficulté considérable. C'est le premier point. Le deuxième point, c'est tout ce qui concerne le secteur agricole et les préférences collectives. Je crois qu'il faut que chacun comprenne bien qu'il y a, en Europe - ce n'est pas uniquement le cas de la France - un certain nombre d'habitudes, de respects en matière de santé, en matière d'environnement dont il faut tenir compte. Et puis le troisième point, celui-là bien connu, c'est la question des panels de jugement. Après, il faut projeter tout cela dans le calendrier politique américain qui est un peu compliqué, puisqu'il va y avoir une élection l'année prochaine ; évidemment, tout va devenir extrêmement politisé. J'ai donc toujours dit, quand on m'a posé la question de principe : « Écoutez, nous sommes tout à fait ouverts à cet accord. Je pense que c'est une bonne chose de pouvoir développer le commerce international, mais il n'y a pas d'accord possible si les deux parties n'y trouvent pas leur avantage. » Je ne suis pas sûr que pour le moment, les négociations aient suffisamment avancé. (...) Dans un tout autre contexte - et Enrico y faisait allusion -, dans la crise grecque nous avons su au cours des derniers mois amener, petit à petit, les États de la zone euro à prendre avec la Grèce les décisions difficiles nécessaires conformément au principe de solidarité et de responsabilité qui, selon nous, doivent gouverner l'Europe. Nous étions conscients des risques considérables non seulement, Mesdames et Messieurs, économiques, mais j'allais dire surtout géopolitiques qu'aurait présenté ce qu'on appelle un « grexit ». Nous avons fait partager cette analyse à nos partenaires, notamment à nos partenaires allemands puis à d'autres, et, même si nous restons très vigilants puisqu'il y a encore des incertitudes qui demeurent, nous avons, je crois, contribué à l'élaboration d'un compromis européen. Et d'ailleurs, nous en tirons aujourd'hui des leçons plus générale, en proposant, là aussi avec nos amis allemands et d'autres, les voies nécessaires à la consolidation de la zone euro. (...)./. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/174.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/174.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4f8f82af9d8e5f812d80ce5ed239739f3e693858 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/174.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet de région, Monsieur le Préfet, Monsieur le député-maire, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Président du Conseil départemental, Mesdames et Messieurs les élus, Votre excellence, Monsieur le Nonce apostolique, Votre éminence, Monsieur le Cardinal, Monseigneur, Mesdames et Messieurs, C'est une très grande joie pour moi que d'être présent parmi vous aujourd'hui à l'occasion de l'inauguration de cette « cathédrale déployée » et de son espace culturel. Cette occasion est d'abord placée à mes yeux sous le signe de l'amitié et de l'estime que je porte à l'évêque de votre diocèse, Mgr SANTIER, qui se trouve à l'origine de ce projet exceptionnel et auquel me lient nos communes attaches normandes. Je ne doute pas que les tours si belles de Notre-Dame de Coutances, chères à mon cœur, soient demeurées présentes à son esprit tout au long du chemin qu'il aura fallu parcourir avant d'aboutir à cette inauguration. Je sais aussi qu'il aura entrepris ce grand projet avec l'ambition de faire de ce lieu magnifique un espace d'échange et de rencontres, ouvert à tous les habitants de Créteil et du Val-de-Marne, quelles que soient leurs origines ou leurs croyances. Mais comme le montre la composition de notre assemblée, l'inauguration d'une cathédrale ne peut pas être en France une circonstance exclusivement religieuse. Ce projet, comme le geste architectural qui l'exprime, s'inscrit en effet dans l'histoire longue de notre pays, dans ce qu'elle a de plus précieux. Il prolonge certaines des aspirations les plus élevées de notre peuple, certaines de ses prouesses les plus abouties, qui sont le patrimoine de la Nation toute entière. Il est aussi pour moi l'occasion de témoigner, de façon authentiquement laïque, le respect de la République pour toutes les familles spirituelles qui façonnent notre société et de souligner la contribution qu'elles apportent à la France d'aujourd'hui. C'est du reste dans le même esprit que je me rendrai mercredi prochain à la synagogue partager la journée de Yom Kippour avec nos concitoyens de confession juive, puis jeudi à la Mosquée de Cherbourg où m'ont invité nos concitoyens musulmans à l'occasion de la fête de l'Aïd-El-Kebir. Certains se demandent de bonne foi si un ministre de la République laïque peut aller ainsi à la rencontre des fidèles de diverses confessions. Pourtant, comme vous le savez, la loi de 1905 prévoit seulement que l'Etat s'abstient de reconnaître, de salarier ou de subventionner les cultes. Elle ne lui interdit nullement de dialoguer avec leurs représentants et elle lui fait obligation de protéger la liberté de conscience. La laïcité, c'est donc la neutralité religieuse de l'Etat. C'est la liberté de croire ou de ne pas croire et c'est, pour le croyant, le droit d'exercer son culte dans des conditions dignes et paisibles. Ce n'est pas la volonté de rejeter le fait religieux hors de l'espace public, toujours plus largement défini ; ni a fortiori la condamnation de toute recherche spirituelle, de tout besoin d'élévation ou de transcendance. Marc BLOCH écrivait autrefois qu'il y avait deux catégories de Français qui ne comprendraient jamais l'histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. C'est en quelque sorte la même pensée qui m'amène aujourd'hui au sein de cette cathédrale. Aux yeux des Français, qu'ils soient croyants ou non et quelle que soit leur confession, les cathédrales ne sont pas seulement en effet des édifices où s'exerce un culte particulier. Elles sont d'authentiques lieux de mémoire où s'exprime le génie de notre peuple et où se lit notre histoire, nationale et locale. Elles sont ainsi à la fois un conservatoire du sacré et la mémoire incarnée des villes où elles furent bâties. Représentatives de la sensibilité artistique des hommes, les cathédrales, comme tous les lieux de culte, sont d'abord conçues comme des signes visibles de l'invisible. La cathédrale déployée de Créteil ne fait pas exception à cette règle. Mais comme l'écrivait déjà VIOLLET-LEDUC au milieu du XIXème siècle : « Certes les cathédrales sont des monuments religieux, mais elles sont surtout des édifices nationaux… Le symbole de la nationalité française, la première et la plus puissante tentative vers l'unité. » Rien de plus significatif à cet égard que la façon dont les diverses familles spirituelles, littéraires et même politiques de notre pays, se sont emparées de la cathédrale au fil du temps et ont voulu voir dans ces monuments grandioses l'incarnation d'une histoire de France conforme à leurs préférences. Les écrivains catholiques, de CHATEAUBRIAND à PEGUY, ont vu en elles l'expression la plus pure des prouesses que peut inspirer la foi chrétienne. D'autres, dans une perspective plus laïque, ont vu dans leur édification une protestation contre la féodalité. D'autres encore ont salué à travers elle la mémoire de leurs humbles bâtisseurs, terrassiers ou maçons. Comment ne pas citer MICHELET, exaltant les artistes anonymes qui ont produit ces chefs d'œuvre : « Avec quel soin ils ont travaillé, obscurs qu'ils étaient et perdus dans l'association, mais avec quelle abnégation d'eux-mêmes ! ». La cathédrale est ainsi le patrimoine de tous les Français. Ses évocations artistiques sont innombrables, depuis la « Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres » jusqu'à la « Cathédrale engloutie » de Debussy. Il est donc heureux que la création des villes nouvelles ait été l'occasion de renouveler, dans la fidélité au passé, ce patrimoine, à Evry et à Créteil. Les créateurs de ces cathédrales modernes ont ainsi apporté la preuve que notre société contemporaine était capable de bâtir d'autres temples que ceux voués à la production, à la consommation ou au divertissement. A la fois insérée dans le tissu urbain et ouverte sur son environnement, la Cathédrale de Créteil s'inscrit dans cette histoire, la poursuit et la renouvelle. Le premier bâtiment, cela a été rappelé, dans sa modestie délibérée était caractéristique du mouvement « d'enfouissement » des années qui ont suivi le Concile et de la volonté pour l'Eglise de se fondre dans le paysage urbain. Mais cette modestie allait déjà de pair avec l'engagement citoyen. La « cathédrale déployée » d'aujourd'hui me semble être à l'image d'une Eglise tournée vers le monde qui l'entoure, comme l'y exhorte le pape FRANCOIS. Au-delà de son projet architectural, de la recherche d'une beauté qui donne du sens, à travers l'évocation de mains jointes par la prière, c'est encore et toujours un édifice placé dans la Cité. Un édifice sacré, construit par des hommes et ouvert à tous, croyants et incroyants, catholiques ou non catholiques, un lieu vivant à l'image de la population du diocèse. La cathédrale de Créteil est ainsi l'expression contemporaine d'une de ces multiples familles spirituelles qui constituent la réalité humaine du Val-de-Marne. Un territoire qui a rapidement pris son essor et qui a fait de sa diversité et de sa jeunesse une richesse grâce à la volonté des femmes et des hommes qui y vivent. La Mairie et le Conseil départemental ne s'y sont pas trompés en soutenant, pour sa partie culturelle, ce projet de cathédrale comme ils ont pu soutenir par le passé d'autres lieux de culte. Dans une ville et un département où cohabitent en paix et fraternité chrétiens, juifs et musulmans, le dialogue inter-religieux constitue une évidence. Chacun connaît à ce titre le rôle de l'évêque, qui fut lui-même plusieurs années président du conseil pour les relations interreligieuses et les nouveaux mouvements religieux au sein de la Conférence épiscopale. Je sais que son engagement en faveur du « vivre-ensemble » est le fruit d'une conviction personnelle profondément ancrée et qu'il se situe dans la continuité des trois précédents évêques. Un tel engagement me semble particulièrement nécessaire aujourd'hui. Dans la période de graves tensions que connaît notre société, il est de notre responsabilité commune de faire vivre les valeurs de laïcité, de tolérance, de fraternité et de respect. Je n'oublie pas, en ce jour solennel mais joyeux, que je suis venu une première fois à Créteil en tant que ministre de l'Intérieur l'an passé dans d'autres circonstances, par un triste et froid matin de décembre. Nous nous étions réunis, vous vous en souvenez, pour condamner un odieux crime antisémite qui avait frappé l'une des familles de cette ville et exprimer aux victimes, profondément traumatisées, notre compassion et notre solidarité. Derrière cet acte lâche et crapuleux, nous savions déjà en décembre 2014 qu'il y avait des maux qui minent la République : l'antisémitisme, le racisme, l'intolérance, la violence, les discriminations, le fanatisme. Et c'est pourquoi nous sommes revenus quelques mois plus tard à la Préfecture du Val-de-Marne, autour du Premier Ministre, pour annoncer le lancement d'un vaste plan de lutte contre le racisme et l'antisémitisme, faite grande cause nationale. Le Gouvernement, comme vous le savez, est résolu à mener sans faiblesse le combat qu'il livre contre toutes les formes de violence perpétrées contre nos concitoyens en raison de leurs origines, de leurs confessions ou de leurs croyances. La République doit protéger tous ses enfants ; sinon, elle ne serait plus la République. Ce besoin de protection s'étend naturellement aux chrétiens. Le projet d'attentat qui a été déjoué voici peu dans ce département, à Villejuif, visait précisément des églises, démontrant que celles-ci pouvaient être la cible de DAESH en Europe, et non pas seulement en Syrie et en Irak, où les chrétiens subissent un effroyable martyre. Je voudrais que nous ayons en cet instant une pensée pour ces chrétiens d'Orient, comme pour toutes les minorités religieuses persécutées au Proche-Orient. La communauté internationale doit continuer à se mobiliser pour les défendre et préserver leurs droits, conformément aux orientations prises la semaine passée à Paris, à l'initiative de notre pays. De notre côté, nous devons continuer à accueillir avec la plus grande sollicitude ceux d'entre eux qui cherchent un asile sur notre sol, comme je sais que vous tentez de le faire au sein de ce diocèse. L'Etat doit donc assurer la protection de tous. A travers l'école, il doit savoir éduquer pour prévenir, car personne ne naît spontanément raciste ni hostile à telle ou telle religion. Mais les familles spirituelles ont, de leur côté, un rôle majeur à jouer dans la promotion de la connaissance et du respect de l'autre et de ses croyances. Il me semble que les actes de haine et d'intolérance, comme les parcours de radicalisation violente, résultent souvent d'une ignorance du fait religieux qui rend certains de nos jeunes réceptifs aux discours des faux-prophètes, comme elle peut les rendre sourds aux appels à la tolérance. Mais la contribution des Eglises au vivre-ensemble ne s'arrête pas à cette capacité à faire dialoguer les citoyens de croyances diverses. Face aux fragilités de la société, face aux tragédies contemporaines dont nous subissons les contrecoups, je sais que les fidèles catholiques constituent une communauté au service de leur prochain. Leur action, celle de l'Eglise et des associations qu'elle inspire - comme du reste celle des organisations caritatives liées à d'autres confessions -, est animée depuis toujours par le souci de secourir les plus faibles et les plus pauvres, d'aller à la rencontre des « périphéries existentielles » comme le demande le pape FRANCOIS. Je veux à ce titre leur rendre un hommage sincère. S'il revient avant tout à l'Etat de lutter contre la misère, les églises s'emploient au quotidien à prendre leur part de cette mission, comme le succès des campagnes en faveur de l'accueil des réfugiés le démontre ces jours-ci avec force. Comme tout édifice religieux, la cathédrale de Créteil est à la fois le produit d'un élan spirituel, d'une recherche artistique et d'une ambition sociale au profit de la communauté. Je m'aperçois, parvenu au terme de ce propos, que je n'ai sans doute pas rendu suffisamment justice à la beauté de cet édifice, à l'impression de paix et de sérénité qu'il procure. Permettez-moi donc de conclure en citant Auguste RODIN : « La Cathédrale, écrivait-il, est la synthèse du pays. Roches, forêts, jardins, soleil du Nord, tout cela est en raccourci dans ce corps gigantesque, comme toute la Grèce est en raccourci dans le Parthénon. C'est l'air à la fois léger et doux de notre ciel qui a donné aux artistes leur grâce et affiné leurs goûts. » Le bassin parisien a certes beaucoup changé depuis la construction des premières cathédrales. Mais il est agréable de penser que des clochers continuent à s'élever dans le ciel d'Ile-de-France et que chacun, selon ses préférences, peut continuer à voir dans leurs silhouettes élancées un geste artistique qui ajoute à la beauté de nos paysages, aussi bien qu'un appel à la prière et à la spiritualité. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/175.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/175.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fd4ba880611f4d6bba04f24e0f39a7b36e992986 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/175.txt @@ -0,0 +1 @@ +Dans l'intitulé même du thème de votre congrès, il est révélateur que vous ne parliez pas d'élèves, mais d'enfant. Révélateur car cela témoigne de la spécificité de votre regard. Non que nous ignorions qu'il y a derrière chaque élève, un enfant ou un jeune, mais parce que les mots ont parfois pu avoir tendance à masquer cette réalité : derrière l'élève, il y a une personne. Si je reviens sur ce point, c'est qu'au fond, certaines situations passées peuvent laisser songeurs, voire rêveurs, puisque tel est l'un des thèmes de votre congrès. L'École dans son ensemble a paru oublier, parfois, cette évidence : nous ne sommes pas ou rationnels ou émotionnels. Nous ne sommes pas engoncés dans une dimension, mais nous sommes tous des êtres complexes, avec notre histoire, nos origines, nos difficultés, nos richesses. Qui n'a pas fait cette expérience étrange de l'influence de notre état émotionnel sur nos jugements et nos raisonnements. Face à un mur soigneusement recouvert de peintures pariétales enfantines, je n'ai pas la même réaction, selon l'heure, selon le moment : suis-je pressée, troublée, et voici que ces feutres appliqués à même le mur donnent lieu de ma part à une colère intense. Suis-je détendue, reposée, et voici que, pour le même acte, je propose à l'enfant de réparer lui-même sa bêtise d'un coup d'éponge. Oui, nous sommes, profondément, inévitablement, essentiellement humains. Alors, évidemment, en disant cela, je ne prétends nullement vous livrer une information nouvelle. Mais elle est essentielle à prendre en compte dans le cadre de l'école. Ne pas le faire, c'est refuser d'affronter la complexité de la réalité humaine, qui se manifeste à l'école avec une acuité particulière, avec des tensions, des conflits, pour lesquels l'apport de la psychologie est décisif. Oui, il est sans doute plus facile de rêver l'école, d'envisager les élèves comme des entités neutres, aisées à saisir, sans méandres et sans difficultés. Cela, avouons-le, simplifie grandement les enjeux. Un enfant échoue : « c'est qu'il ne veut pas. C'est de sa faute, pas de la nôtre ». Un jeune sort du système scolaire sans qualification. « Ah, mais, ce n'est plus de notre ressort. Qu'y pouvons-nous ? Cela ne nous concerne pas ». Oui, une telle posture est aisée. Confortable même. Ce n'est clairement pas la mienne, et je sais aussi que ce n'est sûrement pas la vôtre. Comment ne pas admettre que ces émotions, qui tissent dans notre vie un filet si complexes de réactions et d'attentions, jouent également, dans l'apprentissage, dans la vie des élèves, un rôle fondamental ? Oui, il y a au-delà des méthodes, des facteurs profondément humains qui viennent influencer aussi bien la réussite d'un professeur à transmettre et à enseigner que celle de l'élève à apprendre et à acquérir une autonomie. Non, l'école n'est pas un lieu abstrait, isolé, hors du monde. C'est un lieu de vie, un lieu vivant, un lieu vécu. C'est un endroit qui peut être celui d'un bonheur intense. Combien de personnes ont-elles, des années après, des souvenirs vivaces de tel professeur, de telle rencontre, de tel cours, qui ont, je cite, changé leur vie ? Mais c'est aussi un endroit qui peut être celui de l'ennui, de la souffrance, d'une incompréhension qui, des années après, marquent encore une personne. D'ailleurs, si l'École, en tant que sujet, soulève autant de débats, autant d'échanges, souvent vifs, parfois féconds, n'est-ce pas parce que nous avons tous, avec l'École, un rapport profondément vivant, que ce soit par notre passé d'élèves, notre présent de parents ou de professeurs, ou par l'avenir commun qui se dessine au sein même de l'École d'aujourd'hui ? Ne pas tenir compte de cette dimension humaine, au cœur de l'École, est une grave erreur. L'école, les élèves, les enseignants, l'ensemble de notre système éducatif, ont besoin, face aux défis qui sont les nôtres aujourd'hui, de solutions complexes, différenciées, et d'une multiplicité de regards complémentaires. En tant que ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, il était donc de mon devoir d'appuyer l'École sur l'aide précieuse que constituent les apports de la psychologie. Justement car ce qui est en jeu dans chaque établissement scolaire, c'est le devenir de millions de personnes. Oui, nous avons besoin que la pédagogie et la psychologie aillent de pair, si nous voulons pouvoir réellement, comme je le souhaite, agir contre les inégalités, agir contre le décrochage scolaire, agir contre toutes les formes de désaffiliation scolaire, mais aussi, plus généralement agir pour le bien-être de l'ensemble des élèves et de la communauté éducative. C'est donc à un manquement grave que j'ai souhaité remédier en créant un corps unique de psychologues de l'Éducation nationale, de la maternelle jusqu'au lycée, dès le premier semestre 2016. Ce changement permet d'abord de donner une cohérence d'ensemble à votre métier, en rompant avec la variété et la diversité des statuts passés. Ce faisant, vous acquérez, aux yeux de l'ensemble de la communauté éducative une meilleure visibilité. Cette cohérence s'établit en effet non seulement en unissant psychologues et conseillers d'orientation-psychologues, mais aussi en établissant entre l'exercice de la profession dans les écoles et dans les collèges, les lycées et les lycées professionnels, une meilleure complémentarité et une plus grande continuité. C'est d'ailleurs avec le souci de mettre en évidence ce qui vous rapproche qu'ont été établies les appellations des deux spécialités. Débutant de la même façon par « éducation » et « développement », elles mettent en valeur ce tronc commun qui constitue votre cœur de métier. Pour cette raison, nous avons mise en place une formation continue qui permettra de créer, entre les spécialités, des passerelles. Vous pourrez ainsi passer de la spécialité « Éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle » à celle d' « Éducation, développement et apprentissages » et inversement. C'est donc la fin d'une situation pour le moins étrange, où ce qui vous définissait était moins la nature même de votre action, son essence, mais l'endroit où vous l'exerciez, avec parfois, selon que vous étiez dans le premier ou le second degré, des disparités importantes. Celles-ci sont aujourd'hui révolues. Dans ce corps unique, les perspectives d'accès aux promotions seront identiques pour l'ensemble des psychologues de l'Éducation nationale. Je n'irai pas jusqu'à prétendre que, ce faisant, j'ai permis à votre rêve de devenir une réalité. Ce serait pousser trop loin la relation avec le thème de votre colloque. Mais j'ai tenu compte de vos souhaits et de vos revendications légitimes, trop longtemps restées sans réponse. La création de ce corps répond en effet à une attente, celle d'une reconnaissance statutaire, qui remonte à loin. Vos prédécesseurs y aspiraient déjà en 1946, date à laquelle le plan Langevin-Wallon, de façon très claire, avait souligné l'importance de la psychologie dans l'École de la République. Je cite d'ailleurs ce plan, car près de 70 après, la justesse de cette phrase demeure : « La réforme de notre enseignement doit être l'affirmation dans nos institutions du droit des jeunes à un développement complet ». Un développement complet, c'est-à-dire un développement qui ne se résume ni à des notes, ni à des moyennes, ni à un parcours académique, mais qui intègre en son sein toutes les dimensions et toutes les facettes du devenir humain. Ce corps unique de psychologues de l'Éducation nationale a donc vocation à intervenir dans de nombreuses situations, souvent délicates, auxquelles notre époque est confrontée. Vous interviendrez ainsi dans la prévention des difficultés scolaires, mais aussi dans leur remédiation, dans le dispositif mis en place pour vaincre le décrochage, dans notre combat constant contre tous les phénomènes de radicalisation et contre le repli identitaire dont souffre nos établissements, dans la facilitation de la transition école-collège, dans l'incitation à un dialogue approfondi entre l'école et les familles, dans l'accompagnement des élèves, dans la promotion de l'égalité filles-garçons, vous constituez aussi des interlocuteurs de choix non seulement pour les jeunes, mais pour leurs familles et leurs enseignants. Et je pourrais ainsi continuer longtemps, mais je risquerai de tomber dans un inventaire à la Prévert. Alors, plutôt que de poursuivre cette énumération, dont l'ampleur montre à quel point nous avons besoin de vous, je souhaite m'attarder un instant sur deux enjeux particuliers qui résument l'étendue et l'importance de vos missions : le lien, et le sens. Si j'aborde le lien, c'est qu'à la lecture de l'intitulé de votre congrès, il est un autre terme que je trouve particulièrement révélateur. Ce n'est pas celui que l'on perçoit en premier, mais il est pourtant très significatif : c'est la préposition « entre ». Vos deux spécialités, en dépit de leurs singularités, se caractérisent par l'importance qu'elles donnent à l'établissement de liens : ces liens, ce sont à la fois ceux qui se nouent au fil du devenir d'un individu, mais ce sont aussi des liens qui s'établissent entre des personnes, des institutions et des lieux. Vous êtes donc, très souvent, dans l'entre-deux. Cet entre-deux vous évitez qu'il ne devienne un « no man's land », pour en faire un passage. À une époque où, très souvent, les élèves ont le sentiment d'être étiquetés, enfermés dans des cases, voués à un parcours unique, voire condamnés à l'échec, l'existence d'un passage, d'une autre voie, est essentielle. Vous êtes au cœur des échanges qui fondent la trajectoire de chacun. Vous établissez, par exemple, un lien entre l'école et les familles, évitant ainsi que ne se creuse un fossé entre ces deux cadres de vie qui sont pourtant ceux dans lesquels les enfants et les jeunes passent une part conséquente de leur temps. En les accueillant, en les informant, en les conseillant, vous permettez à bien des parents de comprendre ce qui se joue durant une scolarité qui demeure, pour certains, opaque. Vous favorisez alors l'élaboration de véritables alliances éducatives, et une meilleur connaissance et reconnaissance de l'univers familial par l'école et inversement. Ce lien, vous l'établissez dans les moments où il risquerait de se fragiliser, dans ces transitions essentielles qu'effectuent les élèves, de l'école primaire au collège, et du collège au lycée et ensuite vers le supérieur ou le monde professionnel. Vous les accompagnez, vous les soutenez et évitez ainsi que des jeunes ne se sentent perdus par les changements importants que constituent ces étapes. Vous élaborez aussi des suivis psychologiques et psychopédagogiques, qui permettent à nombre d'enfants et de jeunes de s'en sortir et de renouer, avec l'École une relation apaisée. Je songe aussi au rôle que vous jouez dans les projets de scolarisation des élèves en situation de handicap, à qui vous permettez de franchir le seuil des salles de classe dont ils ont pendant longtemps été tenus écartés. Entre tous ces domaines, entre tous ces champs et toutes nos contradictions internes, votre place est bien celle d'un passeur, d'un créateur de liens. Établir des liens multiples, c'est, au fond, mettre un terme à l'ambiguïté engendrée par le singulier de certains termes : ni la réussite scolaire, ni l'échec, j'ai encore eu l'occasion de le souligner ces derniers jours, ne sont réductibles à un processus unique. Ils sont au contraire complexes. Pour permettre à chacun de prendre conscience qu'il n'y a pas une réussite, mais des réussites, singulières, comme il n'y a pas un choix unique mais bien des opportunités diverses, vous êtes essentiels. Mais votre rôle va bien au-delà, car ce n'est pas le moindre des enjeux de la psychologie, que de donner du sens. Lorsque vous vous entretenez longuement avec un élève, avec ses parents, ses enseignants, lorsque vous proposez des moyens de résoudre les situations les plus délicates, lorsque vous prenez en charge des jeunes après un événement traumatisant dans l'enceinte de l'école, c'est au parcours singulier de chacun de nos élèves et à l'école dans son ensemble que vous donnez du sens. Et très souvent, vous savez aussi conférer aux savoirs et aux compétences acquises à l'école un sens qui va bien au-delà de la perspective scolaire, pour montrer à un jeune que ce qui se joue, c'est bien son avenir, et surtout son devenir. Nous avons, avec une acuité particulière besoin de sens. C'est un point qui transparaît dans de nombreuses études, dans de nombreux témoignages. Et ce sens, nous ne pourrons l'établir que si nous savons aussi donner un sens aux missions de l'École de la République, et ce sens est celui de l'inclusion, et de la volonté de ne pas réserver la réussite à quelques-uns, mais de favoriser les réussites de tous. À un moment où la mobilisation pour les valeurs de la République est un enjeu important, à un moment où nous avons besoin d'établir du commun, nous avons besoin d'une École qui soit celle de l'inclusion, et qui relève ce défi. Et pour ce faire, parce que nous devons aussi prendre en compte la singularité des différentes situations et la spécificité du devenir de chacun de nos élèves, nous avons besoin de réseaux. Non pas ce réseau que l'on cherche frénétiquement dès que l'on s'aventure dans des endroits moins fréquentés, et qui offre au passant l'étrange image des gens juchés sur un banc le bras tendu dans l'espoir de voir apparaître une minuscule barre sur l'écran d'un portable, mais ce réseau qui unit tous nos établissements, toutes les écoles, à travers l'ensemble de notre territoire, et par lequel s'affirme l'unité de cette institution Républicaine qu'est l'École, sans pour autant nier la diversité des situations rencontrées. C'est cette conviction qui nous a amené, alors que des milliers de postes avaient été supprimés dans Réseaux d'Aides Spécialisés aux Elèves en Difficulté entre 2007 et 2012, à mettre un terme à ces suppressions. Nous avons recommencé à créer des postes dans les RASED, nous avons recommencé à envoyer en formation des enseignants afin de reconstituer un vivier d'enseignants spécialisés, et nous avons, lors des chantiers métiers en 2013 et 2014, conforté les missions des RASED. Vous êtes des conseillers et des relais précieux pour les équipes pédagogiques, notamment face aux difficultés scolaires que rencontrent certains enfants. Car vous posez sur eux un regard empreint de connaissances qui vous permettent non seulement de détecter des signes avant-coureurs de possibles problèmes, mais vous savez, face à leurs comportements, les interpréter. Pour constater qu'un enfant tape, insulte ou refuse d'obéir, une bonne vue suffit. Pour comprendre les raisons, les motivations, multiples et complexes qui innervent ces comportements, il faut votre regard. Un regard qui va au-delà des apparences, un regard qui comprend que dans l'épaisseur du vécu de chacun, des tensions importantes se manifestent, et celle à laquelle vous consacrez votre congrès n'est pas la moindre, entre rêve et réalité. Oui, entre rêve et réalité, l'équilibre est délicat, pour ne pas dire périlleux. Pour le maintenir, l'École a profondément besoin de vous, et je suis heureuse d'avoir pu vous en donner une preuve concrète -réelle- avec la création de ce nouveau statut. Oui, il était temps, grand temps de mettre fin à l'ambiguïté de votre statut passé ! Oui, je l'affirme avec force, votre appartenance à la communauté éducative est totale, évidente, et nécessaire ! Alors que la plupart des systèmes éducatifs étrangers performants on fait depuis longtemps le choix de s'appuyer sur les compétences des psychologues de l'éducation, Alors que la psychologie est reconnue comme la discipline ayant le mieux intégré les avancées des sciences cognitives et des neurosciences, Alors que vos connaissances vous offre une compréhension très fine des mécanismes d'apprentissage et du développement personnel vocationnel, La France ne pouvait pas continuer à méconnaître votre rôle et véhiculer une image obsolète de votre fonction ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/176.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/176.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9be9a414014b315e28a11544a4fa2069e14ea2c1 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/176.txt @@ -0,0 +1 @@ +Nous, gouvernements de France, d'Allemagne, du Qatar, d'Arabie saoudite, de Turquie, du Royaume-Uni et des États-Unis d'Amérique faisons la déclaration suivante à la suite des récentes offensives militaires de la Fédération de Russie en Syrie : Nous exprimons notre vive inquiétude devant le renforcement de l'engagement militaire russe en Syrie et, en particulier les frappes de l'armée de l'air russe sur Hama et Homs hier qui ont tué des civils et ne visaient pas Daech. Ces opérations militaires constituent une nouvelle escalade et ne feront qu'attiser l'extrémisme et la radicalisation. Nous demandons instamment à la Fédération de Russie de mettre immédiatement fin à ses attaques contre l'opposition et la population civile syriennes et de concentrer ses efforts sur le combat contre Daech. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/177.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/177.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..83b67311a2d7204b510d354e6f9de55ac821fe85 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/177.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - Quelles leçons tirez-vous des premières frappes russes en Syrie ? R - La déclaration initiale de la Russie, dans laquelle il s'agissait de tous se mobiliser contre les terroristes de Daech, était intéressante et positive. Le problème, c'est que jusqu'ici, les Russes ont plutôt concentré leurs frappes sur l'opposition modérée que sur Daech et Al-Qaida. Les renseignements dont nous disposons l'attestent. D'où la question légitime : le déploiement russe ne vise-t-il pas, surtout, à consolider le régime Assad ? Ces frappes ont fait des victimes civiles. On ne fait pas la guerre au terrorisme en bombardant des femmes et des enfants. C'est au contraire une façon de l'alimenter. J'espère que les frappes russes viseront désormais vraiment et uniquement Daech et les groupes proches d'Al-Qaïda. Q - Si les prochaines frappes russes visent surtout les opposants soutenus par la France et les États-Unis, que ferez-vous ? R - J'ai précisé devant le Conseil de sécurité, mercredi 30 septembre, ce que sont, pour nous, les trois conditions d'une action concertée avec la Russie : des frappes dirigées effectivement contre Daech et les autres groupes terroristes - mais pas contre l'opposition modérée ou les civils -, l'arrêt des bombardements aux barils d'explosifs sur les populations civiles, et une transition politique de sortie. La lutte contre le terrorisme ne doit pas servir de prétexte pour remettre en selle Assad, ce serait contradictoire avec l'objectif que nous poursuivons, celui d'une Syrie libre et unie. Q - Cela fait cinq ans que la France appelle au départ de Bachar al-Assad, sans résultat : faut-il changer de stratégie ? R - J'entends bien le raisonnement, parfois tenu et simple en apparence : Bachar et Daech sont condamnables, mais Daech est pire ; il faut donc s'allier avec Bachar. Au-delà de l'aspect moral - n'oublions pas que Bachar al-Assad est responsable de 80 % des morts et des réfugiés -, cette perspective serait une impasse et le départ d'Assad est au contraire une nécessité au nom même de l'efficacité. Le chaos et le désespoir provoqués par Assad sont en effet les aliments les plus puissants de Daech. Il n'y aura pas de stabilisation durable de la Syrie ni de lutte efficace contre la menace terroriste sans réconciliation du peuple syrien. Or, le dictateur syrien fait précisément obstacle à cette perspective. S'allier avec lui, comme le suggèrent certains, ce serait perpétuer la guerre civile, nourrir la radicalisation d'une population qu'il a martyrisée et précipiter sur les routes et sur les mers un nombre toujours croissant de réfugiés. Le président Hollande l'a bien résumé : l'avenir du peuple syrien ne peut pas être incarné par son bourreau. Q - Pourquoi en cinq ans n'a-t-il pas été possible de trouver quelqu'un pour remplacer Assad ; où sont les échecs des Occidentaux ? R - Les tentatives ont été nombreuses, mais l'aggravation de la crise syrienne est un échec évident pour la communauté internationale. Les alliés de Bachar ont théoriquement accepté à Genève le principe d'un changement politique, mais ils ont continué, en réalité, de lui apporter leur soutien. Quant aux pays occidentaux, surtout ceux qui, à l'été 2013, ont fait le choix de ne pas intervenir contre Bachar à un moment où l'avenir de la Syrie pouvait basculer, ils ont aussi leur part. Depuis juin 2012 et le communiqué de Genève, nous connaissons les paramètres d'une transition de sortie : la constitution d'un gouvernement transitoire doté des pleins pouvoirs exécutifs, composé à la fois d'éléments du régime et d'éléments de l'opposition modérée qui refuse le terrorisme. Les acteurs de cette transition sont également connus. Nous avons travaillé et continuons de travailler dans la discrétion absolue sur des noms. Il faut maintenant enclencher le processus, qui passe, selon nous, par une négociation large autour de l'envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, avec le soutien de tous les pays concernés, à commencer par les membres permanents du conseil de sécurité. Nous en discutons avec les Américains, les pays de la région, les Russes, les Chinois, les Iraniens. Nous sommes passés d'une crise intérieure, puis régionale, à une véritable crise internationale. C'est un danger, mais c'est paradoxalement peut-être aussi un espoir pour avancer. La catastrophe serait que le conflit syrien se prolonge et cristallise en plus une guerre de religions entre sunnites et chiites. Ce serait la porte ouverte à un embrasement sans précédent. Q - Le président Hollande et vous-même avez apporté votre soutien à une zone d'exclusion aérienne en Syrie, cela ne revient-il pas, de facto, à entrer en conflit direct avec la Syrie ? R - Nous voulons que cessent les bombardements indifférenciés opérés par le régime, en particulier l'utilisation des barils d'explosif, et de chlorine, qui sont à l'origine d'une large part des victimes civiles et des exils massifs. Nous examinons de près la question de savoir si l'on peut et doit interdire à l'aviation syrienne de survoler certaines zones où la population civile est particulièrement visée. La protection des civils est une priorité. Q - Peut-on instaurer de telles zones sans un déploiement de troupes au sol ? R - Plusieurs options sont envisageables, mais soyons clairs : l'intention de la France n'est absolument pas de déployer des troupes au sol en Syrie. D'ailleurs, aucun pays occidental ne l'envisage ni ne le propose. Ce ne sont pas des puissances extérieures qui pourront rétablir la sécurité en Syrie. Cela relève du peuple syrien lui-même, voire de forces régionales. Q - Lors de l'Assemblée générale de l'ONU, les Russes et les Occidentaux ont continué de s'affronter sur la Syrie et le sort d'Assad, le blocage diplomatique paraît total ? R - Pour l'instant, oui, mais nous continuons - c'est le rôle de la diplomatie et la tradition de la France - à discuter avec tous, Russie et Iran compris. Nous ne baissons pas les bras. À l'issue de l'Assemblée générale des Nations unies, il est désormais clair que la solution passe par une double approche, combinant la lutte anti-terroriste et une transition politique de sortie. C'est sur cette base que nous cherchons à avancer. Q - La frange de l'opposition syrienne soutenue par la France est aujourd'hui marginalisée, comment peut-elle incarner une relève ? R - Le président Hollande a rencontré à New York le président de la Coalition nationale syrienne, Khaled Khodja. Malgré des difficultés énormes, il cherche courageusement à fédérer ceux qui partagent une vision de la Syrie qui est aussi la nôtre : une Syrie unie, démocratique, respectueuse de toutes les communautés. Il faut élargir ce mouvement. Sur le terrain, cette opposition modérée est prise en tenaille entre les bombardements de Bachar et les attaques des groupes terroristes. Depuis quelques jours, elle est aussi bombardée par l'aviation russe. Et il peut y avoir d'autres développements terrestres. Faudrait-il que nous l'abandonnions alors qu'elle est une alternative à la terreur ? Ce n'est pas la position de la France. Q - Allez-vous voter contre la résolution russe déposée au conseil de sécurité appelant à une coalition élargie pour combattre l'État islamique ? R - Dans son état actuel, ce texte ne répond pas aux trois conditions du rassemblement que j'ai exposées plus haut. Nous allons voir s'il peut être amendé en ce sens, ce que je souhaite. Mais il n'est bien sûr pas question de couvrir juridiquement une opération qui, sous prétexte de lutter contre le terrorisme, chercherait en réalité le sauvetage désespéré d'un dictateur discrédité. Nous n'avons pas d'agenda caché. Notre objectif est clair : la France, puissance indépendante et qui a tant de liens avec cette région, recherche avant tout la sécurité et la paix. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/178.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/178.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b7de56beda7a6b902dca0772c860933c0a52313f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/178.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame et messieurs les ministres, Mesdames, messieurs les parlementaires et élus, Monsieur le chef d'état-major des armées, Messieurs les officiers généraux, Mesdames, messieurs, Comme l'an dernier, à la même époque, je tenais à être parmi vous, pour l'ouverture de vos sessions nationales. Elles sont importantes pour notre pays. Vous êtes toutes et tous, en effet, des responsables de haut niveau dans vos domaines respectifs liés aux enjeux de défense et de sécurité. Vos thèmes de réflexions sont donc au cœur des priorités du gouvernement pour protéger nos concitoyens, dans un monde, en pleine ébullition, marqué par la gravité. L'année 2015 a constitué un tournant : les crises ont changé de nature et de dimension. Leur concomitance, dans un monde globalisé, a accru leur complexité. Je crois qu'il s'agit là d'une caractéristique structurante pour l'avenir. Nous devons, vous devez y consacrer un effort de réflexion et de prospective, pour que la France tienne son rang de grande puissance. Une grande puissance, membre permanent du conseil de sécurité et qui, à ce titre, assume toutes ses responsabilités. Les sujets que nous évoquons, ensemble, ce matin, sont lourds. Ils génèrent nécessairement de l'inquiétude parmi nos concitoyens. Et notre devoir collectif, c'est de faire preuve de la plus grande maîtrise, de plus grand sang-froid. D'être, tout simplement, à la hauteur du moment. Chaque Nation- c'est une loi historique fait face régulièrement à son destin. Il y a alors deux alternatives : tenir bon ou lâcher prise. Seule la première possibilité est recevable. Nous devons tenir, affronter collectivement les défis qui sont devant nous. C'est cette conviction qu'en tant que chef du gouvernement je veux partager avec vous ce matin. 1. Les enjeux des crises ont changé de nature et de dimension en 2015 a. La menace du terrorisme Les 7,8 et 9 janvier derniers, la France a été frappée au cœur. Elle a été contestée pour ce qu'elle est, pour ses valeurs : la démocratie, la liberté d'expression, la laïcité, la tolérance. Après les drames de Toulouse et de Montauban, cette nouvelle irruption d'une violence radicale, du djihadisme, qui va jusqu'à embrigader des enfants de la République, nous a mis devant une réalité qu'il faut savoir regarder avec une très grande lucidité. Certes, la menace terroriste n'est pas nouvelle. La France a payé un lourd tribut au cours des 30 dernières années. Mais elle a brutalement changé de nature et de dimension, s'alimentant notamment des failles de notre société, de l'enfermement d'une partie de notre jeunesse, qui se détourne de notre modèle républicain. Le terrorisme djihadiste s'est transformé. Les groupes terroristes ne cherchent plus seulement à déstabiliser les états par des actions ponctuelles, ils veulent asseoir leur emprise sur des territoires entiers, pour en capter les richesses, pour en asservir les populations. C'est le cas dans la bande sahélo-saharienne et au Moyen-Orient. La France est en guerre. Nous sommes en guerre contre un ennemi global intérieur et extérieur aux modes opératoires évoluant sans cesse et qui, en particulier à l'aide d'Internet et des réseaux sociaux, se joue des frontières. Cette guerre, nous la menons et nous le mènerons sans relâche, sur notre sol et sur tous les théâtres d'opération où nos armées sont engagées. C'est pourquoi, à la suite de la décision du Chef de l'état, nous frappons les bastions de Daech en Syrie, là où se préparent les attaques contre notre pays. Et nous frapperons, dans le cadre de la légitime défense, à chaque fois que notre sécurité nationale sera en jeu. Ce combat sera de longue haleine. Il implique de toujours renforcer les liens avec nos alliés, et nos partenaires. Je pense notamment aux pays arabes et africains. b. Les tensions sur notre environnement Il y a la menace terroriste globale. Il y aussi toutes les autres tensions qui pèsent sur notre environnement, proche et lointain. Elles ont pris, cette année, une nouvelle dimension. D'abord c'est l'urgence le défi migratoire avec ses tragédies quotidiennes. La crise des réfugiés a mis à rude épreuve la solidarité européenne. Pourtant, nous le savons, c'est au niveau européen que nous devons et que nous pouvons trouver les bonnes réponses : accueil, asile, meilleur contrôle de nos frontières extérieures, soutien aux pays voisins. Et soyons assurés d'une chose : ces mouvements de réfugiés ne cesseront pas du jour au lendemain. L'impératif, c'est donc d'avancer vers une solution politique en Syrie, incluant des éléments modérés du régime et de l'opposition. Sans stabilisation de la Syrie, sans mise en place d'une transition politique viable et la diplomatie française ne ménage pas ses efforts la décomposition du pays, avec ses effets de déstabilisation sur les pays aux alentours, se poursuivra. Plus globalement, nous devons arrêter l'engrenage fatal de la dislocation du Moyen-Orient. Nous le voyons bien : les fractures régionales réapparaissent, la tectonique des rivalités ancestrales, celles en particulier entre chiites et sunnites, se réveille. Au même moment, la crise ukrainienne repose d'une façon inédite- en tout cas pour la première fois depuis longtemps - la question de la sécurité internationale et de la stabilité des frontières sur le continent européen lui-même. De l'autre côté de la Méditerranée, nous devons continuer à agir pour faire cesser ces trafics d'êtres humains, qui alimentent les rivalités en Libye, où Daech en profite pour s'implanter. En Afrique, enfin, nous devons consolider la synergie que nous avons initiée, grâce aux opérations Serval puis Barkhane, au sein du G5 Sahel. A ces éléments géopolitiques s'ajoutent les éléments économiques : une crise qui entrave les économies développées et une instabilité financière mondiale sur fond d'interpénétration des marchés. S'ajoute, aussi la liste n'est pas exhaustive ... L'urgence climatique, avec un ultimatum lancé à l'humanité entière. Le réchauffement de la planète, s'il n'est pas enrayé, conduira à des catastrophes humanitaires et sécuritaires sans précédent. Mesdames, messieurs les auditeurs, La durée et l'intensité croissante de ces crises, avec des conflits étroitement liés les uns aux autres, dans un continuum entre menace intérieure et extérieure, sont la caractéristique du contexte géostratégique. Et les défis du temps long seront au moins aussi complexes. c. Les défis du temps long Nous avons la conviction, avec les ministres des Affaires étrangères, de la Défense, de l'Intérieur, avec la garde des Sceaux que nous devons faire un effort supplémentaire en matière de prospective. Il nous faut anticiper le monde qui vient, et non pas le subir. C'est cela, être une grande puissance. A quoi ressemblera notre planète dans dix, vingt, trente ans ? De quoi sommes-nous certains ? D'abord, que le monde à venir sera davantage contraint. Sur le plan démographique : nous sommes aujourd'hui plus de 7 milliards d'êtres humains. Nous serons plus de 11 milliards à la fin du siècle. Davantage contraint, aussi, sur le plan des ressources naturelles. Le monde à venir sera aussi plus compétitif. Les pays dits « émergents » même s'ils ont déjà largement franchi ce stade ... Seront au cœur des rapports mondiaux. L'Asie, quelles que soient les turbulences actuelles, confirmera sa place centrale. Poussée par son essor économique et démographique, l'Afrique jouera un rôle croissant. Et la compétition concernera tous les secteurs : le commerce, l'investissement, les technologies, mais aussi la formation, les normes juridiques. Le monde sera aussi, bien sûr, plus connecté, avec les aspects positifs et négatifs que cela implique. Mais il sera sans doute également plus risqué. Il appartient à l'IHEDN de porter son regard sur ces éléments, autour du thème d'étude « puissance et sécurité ». 2. La France fait face : la décision, l'action a. Des décisions majeures en 2015 Face à tous ces défis, face à ce monde en pleine transformation, nous devons nous doter des moyens et des dispositifs adaptés. La loi portant actualisation de la programmation militaire de juillet 2015 a amorcé, pour la première fois en cours de cycle, un renforcement en termes d'effectifs, d'équipements et de financements. C'est un effort nécessaire et c'est un effort considérable : hausse de 3,8 milliards d'euros du budget de la Défense sur la période 2015-2019. L'augmentation des effectifs de la Force opérationnelle terrestre permet ainsi de soutenir, dans la durée c'est essentiel ! L'engagement de nos armées sur le territoire national. Dans le même temps, elle permet de garantir nos capacités en termes d'interventions extérieures. Avec bien sûr en complément un effort dans le domaine des équipements : avions de transport tactiques et de ravitaillement en vol, hélicoptères, cyberdéfense, ou encore entretien des matériels. Les moyens et les dispositifs adaptés doivent aussi concerner nos opérations de renseignement et de lutte anti-terroriste. La loi sur le renseignement, ou je devrais plutôt dire les lois puisqu'une proposition de loi sur la surveillance internationale, complétant la loi du mois de juillet, est en cours de discussion à l'Assemblée sortent les services de renseignement du « no man's land » juridique. Il était temps ! Protéger efficacement implique en effet d'avoir les moyens juridiques, techniques et humains pour surveiller les individus dangereux et déceler au plus vite toute volonté ou tous préparatifs de passage à l'acte. Certaines dispositions de cette loi ont fait débat... mais je le redis : cette loi est une grande avancée qui créée des mécanismes de contrôle indépendants très puissants. Y compris juridictionnels, ce qui est une nouveauté et traduit le souci constant du gouvernement de préserver l'équilibre entre sécurité et justice. Quelle que soit la menace et son intensité, le vrai défi auquel les démocraties sont confrontées, c'est la sauvegarde de l'état de Droit. C'est cela, aussi, l'esprit du 11 janvier, auquel nous devons tous rester fidèles. Ainsi, la CNCTR et les formations de jugement du Conseil d'état ont été constituées et à compter de demain, il n'y aura plus une seule opération menée sur le territoire national par les services de renseignement qui ne sera pas contrôlée. Pour la première fois en France, des magistrats, à l'initiative de citoyens, auront accès à des documents classifiés pour évaluer la régularité des pratiques. Et j'ai veillé à ce qu'après les mots, viennent les actes. Ainsi, des décrets d'application de cette loi ont déjà été pris, dans des délais très brefs, et les autres sont en préparation. Consolidation du cadre juridique, d'une part, mais aussi, d'autre part, renforcement des effectifs. Le 21 janvier dernier, j'ai annoncé la création de 2 680 emplois supplémentaires sur 3 ans : 1 400 au ministère de l'Intérieur, 950 au ministère de la Justice, 250 au ministère de la Défense et 80 au ministère des Finances (dont 70 pour les Douanes). En réponse à la crise migratoire, 900 policiers et gendarmes supplémentaires vont également être recrutés. Tous les moyens et les dispositifs nous permettent de maintenir l'équilibre entre les trois priorités stratégiques fixées par le livre blanc : la protection, la dissuasion et l'intervention. En d'autres termes : d'agir sur tous les fronts. b. Agir sur tous les fronts Nos armées sur le terrain extérieur, dans nos territoires et dans nos villes, pour la protection de nos approches maritimes, l'action de l'état en mer, pour la sécurité aérienne du pays, pour la dissuasion nucléaire connaissent un très fort engagement opérationnel, sous l'autorité du chef d'état-major des armées. J'aurai l'occasion, dans quelques jours, de rencontrer les hommes et les femmes engagés au Levant dans le cadre de l'opération Chammal, comme j'avais rencontré les effectifs déployés en Afrique dans le cadre de l'opération Barkhane. Sur notre territoire, nos services de renseignements agissent, démantèlent en permanence des filières. Leur action est par définition discrète. Mais je veux profiter d'être devant vous pour saluer ce travail méticuleux. Militaires, gendarmes, policiers Vigipirate et Sentinelle en sont l'exemple agissent côte à côte, avec les magistrats, pour la sécurité de nos concitoyens. Et d'autres fronts sont ouverts, comme l'espace cybernétique. La France s'est dotée et l'attaque contre TV5 monde n'a fait que renforcer notre détermination de capacités défensives, mais aussi offensives en cyberdéfense. Nous avons œuvré au développement conjoint des capacités du centre d'analyse de lutte informatique défensive et de l'agence nationale de la sécurité des systèmes d'information. Une véritable stratégie pour la sécurité du numérique a été élaborée par le SGDSN. Elle sera présentée d'ici 15 jours. Aujourd'hui, notre pays compte plusieurs milliers de personnes radicalisées, dont près de 1 900 pour les seules filières djihadistes syra-irakiennes. Depuis 3 ans, nous avons perfectionné notre dispositif de détection de la radicalisation (travail coopératif des services, plateforme de signalements). Mais la détection ne suffit pas. Il faut là aussi être à l'offensive. Je crois à l'efficacité du contre-discours. Nous devons donc être plus présents et performants sur la toile et les réseaux sociaux, mais aussi plus créatifs. L'offensive, c'est aussi exploiter les vulnérabilités de ses adversaires, c'est toute la philosophie qui sous-tend la saisie et la confiscation des avoirs criminels. L'agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC), en liaison avec les forces de sécurité et les douanes, obtient des résultats remarquables. Mais il faut aller plus loin dans l'organisation des services et des administrations, y compris en faisant évoluer l'AGRASC pour la doter des capacités d'identification, d'aide à la saisie, de suivi des procédures de confiscation, d'exécution de ces procédures et de recouvrement. Je sais que les groupes de travail, dans vos sessions nationales, analysent en profondeur les enjeux de sécurité et de justice portés par les évolutions en cours. Les organisations mafieuses exploitent sans vergogne les nouvelles vulnérabilités de nos sociétés. L'INHESJ s'est parfaitement adapté à cette approche plus globale de la sécurité, où la justice joue un rôle fondamental. J'ai donc demandé à la garde des Sceaux d'ouvrir ce chantier de la réforme de la procédure pénale dans une triple perspective : simplification et allègement, demandés tant par les enquêteurs que par les magistrats du parquet, qui doivent pouvoir se concentrer sur la recherche efficace de la preuve ; intégration de la norme européenne au sein de notre modèle procédural qui doit ainsi être consolidé sans perdre de sa lisibilité ; enfin, raccourcissement des délais de jugement et renforcement des prises en charges des condamnés. 3. Préparer l'avenir Nous le voyons, sur tous les fronts, intérieur et extérieur, la France tient son rang. Demain, elle continuera de le faire grâce aux choix que nous faisons aujourd'hui et grâce à une réflexion large, pluridisciplinaire, à laquelle vos instituts prennent toute leur part. S'agissant des questions militaires et d'industrie de défense, faire des choix courageux qui préparent l'avenir, c'est considérer que nous devrons tenir sur le temps long l'effort consacré à la défense de notre pays. à cet égard, il faudra assumer un effort particulier pour la dissuasion nucléaire dans les années à venir, enjeu majeur de la prochaine loi de programmation militaire. Je souhaite, également, que nous répondions rapidement à la question de la place des armées dans la Nation, plus de 15 ans après leur professionnalisation. D'abord, dans le domaine de l'emploi pour la protection de nos concitoyens et c'est dans cette perspective, sous l'autorité du Président de la République, que j'ai confié un mandat au SGDSN mais aussi dans le domaine de la cohésion nationale. Je salue, à ce titre, l'initiative prise par le ministère de la Défense avec la création du service militaire volontaire. La France tiendra demain son rang en maintenant également un haut niveau de compréhension des crises, d'agilité et d'adaptation dans la planification et la conduite des opérations, face aux formes nouvelles de guerre. C'est un facteur déterminant du succès de nos armées au combat. Et je sais qu'elles constituent une référence pour nos alliés et nos partenaires. Préparer l'avenir, c'est aussi aller plus loin et progresser dans la construction européenne. En premier lieu, la construction de l'Europe de la défense. Plus que jamais, ce projet est nécessaire pour rassembler nos moyens, pour nous permettre d'agir plus efficacement alors que l'Europe devra de plus en plus intervenir collectivement dans la gestion de crises. L'Europe doit aussi avancer dans la mise en place d'une véritable politique de l'immigration ; pour donner à Schengen toute son efficacité ; pour permettre à l'Europe de mieux anticiper les crises migratoires qu'elle connaîtra nécessairement dans les années à venir. Pour la France, l'urgence, c'est de mettre en place un système européen de gardes-frontières. L'Europe doit résister à la tentation qui existe toujours d'affronter les difficultés par le repli. La force de l'Europe, c'est l'unité. C'est ce qui permet et permettra à nos pays, dans une économie de plus en plus globalisée, de peser. Les menaces sont mondiales. Nous devons renforcer la coopération internationale en matière de renseignement, aussi bien policière que judiciaire. Je veux saluer ici l'initiative de la garde des Sceaux qui a permis, le 29 avril dernier, avec la collaboration de l'INHESJ, des rencontres internationales inédites et fructueuses de magistrats antiterroristes originaires d'une quarantaine de pays. Préparer l'avenir, c'est agir aussi sur le plan intérieur. Je fais de la résilience un axe essentiel de la politique gouvernementale. Les évolutions de nos dispositifs de protection et de sécurité sont permanentes, mais force est de constater qu'il nous faut pousser plus avant nos réflexions afin de nous préparer au pire, comme par exemple, renforcer la protection des sites sensibles civils et militaires. Dans ce domaine, je souhaite que le travail, déjà bien engagé, aboutisse rapidement. Le plan Vigipirate participe également de notre résilience. Il mérite d'être réactualisé afin d'établir une meilleure progressivité face à la réalité de la menace. Enfin, préparer l'avenir en matière de sécurité intérieure, c'est garantir une réponse juste, efficace, mise en œuvre par des professionnels de la sécurité aguerris. Je parle donc de statistiques et de formation. L'ONDRP doit poursuivre sa démarche d'analyse en s'appuyant sur les deux services statistiques ministériels de l'Intérieur et de la Justice, couvrant ainsi toute la filière pénale. Nous devons rendre compte à nos concitoyens du traitement de la délinquance et de la criminalité et j'invite l'ONDRP à poursuivre son travail de modernisation de ses publications. Nous devons disposer des outils scientifiques pour arrêter des stratégies de sécurité efficaces. Je suis donc heureux que l'INHESJ, à travers l'ONDRP, ait pu bénéficier de subventions européennes dans le cadre du programme de recherche Horizon 2020. Il va ainsi pouvoir coopérer avec des universités aussi prestigieuses que celles de Barcelone, Londres et Milan, dans le cadre d'une recherche sur les causes du sentiment d'insécurité. Mais je souhaite également que l'ONDRP puisse nous aider à réaliser des études sur une thématique encore peu traitée, à savoir le profil des personnes suivies et mises en cause dans des affaires de terrorisme. L'étude en cours réalisée par l'INHESJ sur les mécanismes de la radicalisation violente ouvre la voie. Il faut des outils statistiques performants, mais aussi une formation de haut niveau pour répondre à la complexité de la menace criminelle contemporaine. C'est le sens, je le sais, de l'action de l'INHESJ et c'est aussi le sens de son positionnement auprès du Premier ministre, pour s'inscrire résolument dans une action interministérielle. C'est comme cela que nous pourrons aborder des sujets aussi variés que la police connectée, l'implication des citoyens dans le processus de sécurité, le renforcement des armes de nos démocraties pour lutter contre la corruption, le trafic d'influence, la concussion, le sens de la peine et l'évolution du modèle carcéral au XXIe siècle, ou encore les réponses à apporter aux défis migratoires. Autant de questions déterminantes. Mesdames, messieurs, Je voudrais en conclusion saluer ici le travail accompli par vos deux instituts, dont l'ambition est portée par vos directeurs à qui je renouvelle ma confiance. Servir son pays est une très belle mission, l'une des plus nobles qui soit. C'est le choix que vous avez fait en plaçant votre expérience et votre intelligence au service de notre réflexion sur la défense et la sécurité nationale. Les défis sont immenses mais, une fois encore, nous devons tenir bon. C'est la grandeur de la France et de son peuple de se rassembler pour faire face. Soyez donc les ambassadeurs de cette unité, de cet esprit de défense ! Bon travail à vous toutes et à vous tous ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/179.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/179.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5a7c30a139c8fcccc255510aa4d30d6e8341bcca --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/179.txt @@ -0,0 +1 @@ +OLIVIER MAZEROLLE Bonjour Manuel VALLS. MANUEL VALLS Bonjour Olivier MAZEROLLE. OLIVIER MAZEROLLE D'abord, une nouvelle d'hier soir, votre majorité propose l'augmentation d'une taxe de 2 centimes par litre sur le diesel pour rapprocher la taxation du diesel de celle de l'essence. MANUEL VALLS Rapprocher la taxation sur le diesel et l'essence est un débat légitime, je réunirai d'ailleurs cette semaine plusieurs ministres pour évoquer les solutions que nous pourrions proposer, sans que cela représente un coût supplémentaire pour les usagers, pour les conducteurs, et sans que cela puisse représenter non plus un danger, une mise en cause des emplois dans l'industrie automobile. OLIVIER MAZEROLLE Donc compliqué, ce n'est pas fait ? MANUEL VALLS Non, je crois que c'est possible, mais ça veut dire qu'il faut le faire intelligemment en prenant le temps et sur plusieurs années. OLIVIER MAZEROLLE AIR FRANCE, nous avons donné une information ce matin selon laquelle plusieurs des agresseurs ont été identifiés, parmi lesquels il y aurait des détenteurs de mandats syndicaux, ça veut dire que ce seraient des salariés protégés, donc qui ne pourraient pas être lourdement sanctionnés, comme vous le souhaitez. MANUEL VALLS Oui, les faits qui ont créé un véritable choc au sein d'AIR FRANCE dans notre pays, et partout dans le monde, ces images d'agressions, volonté d'humilier deux cadres, Xavier BROSETA et Pierre PLISSONNIER, mais aussi à l'égard des vigiles et d'autres salariés d'AIR FRANCE relèvent d'abord du pénal, agresser… OLIVIER MAZEROLLE Même pour des salariés protégés ? MANUEL VALLS Bien évidemment, et il y a des plaintes qui ont été déposées. S'en prendre à des hommes, les frapper, les humilier, et je veux saluer d'ailleurs la dignité de Xavier BROSETA et de Pierre PLISSONNIER, des cadres d'AIR FRANCE, qui étaient là quand je me suis rendu au siège d'AIR FRANCE, relève tout simplement du pénal. Et des sanctions devront suivre, et la justice devra sans aucun doute, elle aussi, prononcer des sanctions. Mais laissons faire à ce stade les enquêteurs, et la justice. OLIVIER MAZEROLLE Dans le passé, la justice n'a jamais été très sévère à l'encontre de ceux qui avaient séquestré par exemple des cadres de leur entreprise. MANUEL VALLS Je ne peux qu'espérer la plus grande sévérité, AIR FRANCE est une grande compagnie, la cinquième du monde, porte nos couleurs, est confrontée à des défis considérables, d'abord celui de la concurrence par rapport aux grandes compagnies, pas seulement celles du Golfe, aux low cost bien évidemment, il faut des réformes. Je crois que les salariés sont prêts à ces réformes, et à une condition, d'abord, qu'il y ait un dialogue social, mais surtout que les pilotes prennent pleinement leurs responsabilités. OLIVIER MAZEROLLE Alors, pour le dialogue, ça ne paraît pas très bien parti, parce que la direction dit : c'est la faute des pilotes, et les syndicats disent : c'est la faute de la direction qui a mené des négociations catégorielles, en cherchant à diviser les salariés. Est-ce que, véritablement, on peut imaginer que l'Etat, qui est actionnaire, ne se mêle pas des conversations, des négociations au risque de voir apparaître des licenciements en masse, et peut-être même la mort d'AIR FRANCE ? MANUEL VALLS Mais vous le dites bien, le défi, c'est celui de la survie d'AIR FRANCE à terme, et l'Etat actionnaire, qui représente 17 % du capital, joue pleinement son rôle en soutenant la direction, et en soutenant en tout cas la nécessité de véritables réformes pour AIR FRANCE, pour éviter des licenciements, et pour éviter surtout des pertes financières. Donc cela passe d'abord par un effort que doivent assumer les pilotes, sans l'effort des pilotes, sans la lucidité des pilotes, sans la responsabilité que doivent assumer les pilotes, il ne peut pas y avoir de bonnes réformes, puisque sinon, ce seront les autres salariés qui paieront l'absence de responsabilité d'implication des pilotes. Il reste encore plusieurs semaines, je suis convaincu que tout le monde peut revenir autour de la table, il reste plusieurs semaines avant que l'on ne soit obligé d'appliquer ce qu'on a appelé le plan B, à partir de janvier 2016, qui prévoit de nombreux départs à AIR FRANCE, pas des licenciements secs, mais de nombreux départs… OLIVIER MAZEROLLE D'accord. Vous estimez que la direction a mené convenablement les négociations ? MANUEL VALLS Nous soutenons, et je l'ai soutenue, il y a déjà un an, quand il y a eu une longue grève des pilotes, la direction. Dans ces moments-là, vous savez, il faut faire simple, l'Etat soutient la direction, nos représentants ont voté d'ailleurs comme l'ensemble des membres du conseil d'administration, y compris le représentant des pilotes, y compris le représentant des salariés, le plan de réformes qui a été présenté par les présidents d'AIR FRANCE KLM et d'AIR FRANCE. Cela doit se faire dans le dialogue social, et tout le monde doit revenir autour de la table pour discuter. OLIVIER MAZEROLLE Des rumeurs circulent disant que vous pourriez envoyer à AIR FRANCE plus tôt qu'il n'était prévu votre conseiller actuel aux Affaires sociales, qui doit, au mois de janvier, normalement, gagner AIR FRANCE. Est-ce que vous pourriez l'envoyer avant, comme pompier, comme médiateur ? MANUEL VALLS Non, il n'y a pas de rumeurs, Gilles GATEAU, qui est mon directeur de cabinet adjoint, qui est un grand spécialiste des questions sociales, qui a été pendant 11 ans le DRH d'EDF, qui connaît parfaitement ces questions, a été pressenti par la direction d'AIR FRANCE pour devenir le responsable des relations humaines, pour remplacer à terme Xavier BROSETA, il partira de Matignon, de mon cabinet dans les prochaines semaines, après que la Commission de déontologie se soit réunie cette semaine, ait donné le feu vert, mais il n'y va pas comme pompier, il y va tout simplement, et c'est un choix difficile, c'est un choix courageux, pour assumer cette responsabilité, mais ça n'est pas lié aux événements actuels. OLIVIER MAZEROLLE Pour l'instant, vous soulignez une forme de blocage syndical de la part des pilotes. Dans la Fonction publique, vous-même, vous êtes passé outre un blocage syndical, finalement, est-ce que la droite n'a pas raison de poser cette question du blocage syndical et de la manière de le surmonter ? MANUEL VALLS Mais d'abord, faisons attention à ne pas créer de la confusion, et amalgamer chacun, il y a des syndicats particulièrement responsables, qui signent des accords, qui étaient favorables par exemple à l'accord dans la Fonction publique, la CFDT, la FSU, l'UNSA, la CFTC, qui ont signé ces accords, qui savent que notre pays a besoin de réformes, de changer, c'est le cas aussi des syndicats des salariés à AIR FRANCE. Je veux le rappeler. Et nous avons besoin dans notre pays de syndicats, d'élus, de juges, de policiers… OLIVIER MAZEROLLE Oui, mais il n'empêche que vous, vous avez frappé fort… MANUEL VALLS Pourquoi je dis ça ? OLIVIER MAZEROLLE Quand il l'a fallu… MANUEL VALLS Pourquoi ? Mais parce que j'assume mes responsabilités, c'est ça être chef du gouvernement, c'est ça assumer une autorité, parce que le pays a besoin de réformes, mais il n'a pas besoin de rupture, et il est là, je crois, le débat au fond le plus intéressant, et prenons de ce point de vue-là Nicolas SARKOZY au mot, quand il parle de chienlit, et la chienlit de Nicolas SARKOZY, c'est, alors qu'il réclame de l'autorité, c'est tout le paradoxe, c'est l'affaissement de l'Etat généralisé, c'est l'hystérisation du débat public, en cherchant en permanence des bouc émissaires pour dire, pour souligner ce qui ne marcherait pas dans notre société… OLIVIER MAZEROLLE Il dit : il faut agir, il faut agir… MANUEL VALLS Oui, mais, il faut agir et réformer, mais en respectant la société, en respectant tous les acteurs, le patronat, les syndicats, les élus, ceux qui représentent l'autorité au quotidien, c'est-à-dire aussi bien les magistrats que les policiers, les enseignants, les fonctionnaires ; comment peut-on expliquer qu'il faut plus d'autorité et que l'Etat exerce ses responsabilités tout en demandant cent milliards d'économies et au fond, parce que c'est ça avec Nicolas SARKOZY, moins de policiers, moins de magistrats, moins de ceux et de celles qui exercent l'autorité. Et donc il y a, je crois, deux visions différentes qui s'affirment aujourd'hui dans notre société, et c'est tant mieux pour le débat public, la réforme, respectueuse de l'ordre public et de l'ordre social, et la rupture, et une rupture qui mettrait à bas le modèle social français. Et c'est ainsi, je crois, que les Français doivent faire dans les mois qui viennent des choix pour l'avenir du pays. OLIVIER MAZEROLLE L'appel à l'autorité, il vous a été lancé hier par Claude BARTOLONE, président de l'Assemblée nationale, après l'événement qui a vu un policier grièvement blessé par un multi récidiviste en cavale, après qu'il avait bénéficié d'une permission de sortie. Claude BARTOLONE vous dit : un gouvernement digne de ce nom, digne de ce nom, a la responsabilité de tirer les leçons de cet événement. Quelles leçons en tirez-vous ? MANUEL VALLS Je viens de parler d'autorité, de confiance, parce que notre société doit être basée sur l'autorité, sur la confiance, sur le dialogue, mais aussi sur la lucidité et la vérité. Et Claude BARTOLONE a raison, il faut tirer, bien sûr, les leçons de ce qui s'est passé il y a 48h. Je me suis rendu hier à l'hôpital Beaujon, à Clichy, pour rencontrer la famille de Yann SAILLOUR, ce brigadier de police de 36 ans, qui aujourd'hui lutte pour la vie, qui a été grièvement blessé par cet individu. J'ai rencontré la famille, des Français particulièrement dignes, remarquables, le père, un ancien policier, le frère, un policier, la sœur qui est une avocate, une famille qui est vouée au service de l'Etat, du service public et du droit, mais qui me posait, avec les collègues aussi de la BAC de Saint-Denis de ce jeune fonctionnaire de police, qui me posait des questions légitimes, comment cela se fait-il qu'un individu aussi dangereux ait pu bénéficier d'une sortie, d'une permission… OLIVIER MAZEROLLE Alors, est-ce qu'il faut restreindre les possibilités de sortie ? Là, il est sorti parce qu'il devait remplir des papiers pour des problèmes d'héritage, ça paraît surréaliste. MANUEL VALLS Oui, et c'est l'application de la loi qui n'a pas été modifiée depuis 2004… OLIVIER MAZEROLLE Donc il faut réformer la loi… MANUEL VALLS Sans doute, et moi, je veux pour ces individus rigueur absolue et vigilance maximale. OLIVIER MAZEROLLE Restriction des possibilités de sortie ? MANUEL VALLS En fonction des leçons que nous allons tirer rapidement de ce drame, oui, et la Garde des sceaux l'a dit… OLIVIER MAZEROLLE Oui, mais enfin, elle dit, elle : on va les escorter davantage… MANUEL VALLS Ça existe déjà, et attention… OLIVIER MAZEROLLE Oui, mais… MANUEL VALLS Attention aux caricatures, autoriser la sortie d'un détenu sous escorte policière pour se rendre aux obsèques d'un parent est une procédure qui a été régulièrement utilisée depuis des années. Mais je crois qu'il faut revoir la législation, nous devrons sans doute revoir la législation, il y a des textes qui seront portés par la Garde des sceaux dans les semaines et dans les mois qui viennent, c'est sans doute la possibilité, mais en le faisant avec sérieux, professionnalisme. Et puis, cela soulève une autre question, Olivier MAZEROLLE, parce que, il y a la loi, il y a la politique pénale, et celle que nous menons… OLIVIER MAZEROLLE Et l'application… MANUEL VALLS Et celle que nous menons applique cette volonté d'autorité que je viens de rappeler, et il y a l'application. Et donc il y a aussi la responsabilité de chacun. Je respecte profondément l'indépendance… OLIVIER MAZEROLLE Vous trouvez que la justice ne fait pas le job et ne soutient pas suffisamment l'action des policiers ? MANUEL VALLS Je respecte profondément l'indépendance de la justice, je viens de le rappeler. Mais dans l'application, au cas par cas, quand il s'agit d'individus dangereux, il y a aussi, dans une société de confiance, la responsabilité du juge face à un tel dossier. Et comme moi, je ne veux pas de cette césure, de cette rupture entre policiers et magistrats, puisque, c'est ensemble, dans une même chaîne pénale, qu'ils travaillent, là aussi, il faut que chacun assume pleinement ses responsabilités. C'est vrai pour les policiers, c'est vrai pour ceux qui gouvernent, et donc c'est vrai aussi pour les magistrats. OLIVIER MAZEROLLE Une dernière question qui vous concerne directement, vous avez beau dire, vous avez beau faire, parce que vous agissez, on peut en être témoin, vous êtes tous les jours, là, les mains dans le cambouis à recevoir un flot d'affaires qui vous tombe dessus, le FN et ses idées gagnent du terrain, est-ce que ça ne vient pas du fait tout simplement que vous ne pouvez plus à Matignon, parce qu'il y a plein de contraintes, être celui qui mettait les sujets sur la table, qui brisait les tabous, qui brisait le sectarisme, est-ce que, un Premier ministre à Matignon est prisonnier ? MANUEL VALLS Je ne le crois pas, je pense que, avec François HOLLANDE, avec le gouvernement, avec la majorité, nous agissons, et nous allons continuer à agir, à réformer, je pense par exemple bien sûr au droit du travail, mais également à une loi sur l'économie, qui ouvre d'abord des possibilités… OLIVIER MAZEROLLE Non, ça ne marche pas, ça n'imprime pas… MANUEL VALLS Ça marchera, moi, je suis convaincu que cela donnera des résultats, nous le voyons bien avec la réussite de la rentrée scolaire, nous le voyons bien avec la baisse des impôts pour les classes moyennes et populaires. J'en suis convaincu, même s'il y a des perspectives de croissance mondiale qui sont aujourd'hui plus inquiétantes… OLIVIER MAZEROLLE D'accord, mais, pardon, Manuel VALLS… MANUEL VALLS Baisser le chômage… OLIVIER MAZEROLLE Mais vous ne pouvez plus parler comme avant ? MANUEL VALLS Mais je parle… Vous venez de m'interroger, est-ce que vous avez constaté des différences quand je parle d'autorité, de confiance, mais aussi de la défense d'un modèle, et la défense du modèle, face à Nicolas SARKOZY, mais aussi, bien sûr, face à l'extrême droite, me paraît plus que jamais nécessaire. Je ne veux pas qu'il y ait des régions qui basculent vers le Front national. Je ne veux pas que l'image de mon pays soit écornée, salie par une victoire du Front national dans une région comme le Nord-Pas-de-Calais Picardie par exemple. Donc plus que jamais, il faut être fier de ce que nous faisons, nous mobiliser, présenter les résultats de notre action, et puis réformer, réformer et réformer, parce que le pays a besoin d'être plus fort, à condition aussi d'être plus juste, c'est ce que nous demandent les Français, et la lutte contre les inégalités est plus que jamais ma priorité. OLIVIER MAZEROLLE Merci Manuel VALLS. MANUEL VALLS Merci Olivier MAZEROLLE. YVES CALVI Manuel VALLS, juste une précision, le gouvernement lance une campagne pour lutter contre les départs en Syrie, avez-vous les derniers chiffres des départs de jeunes français pour le djihad ? Et êtes-vous tenu au courant ? MANUEL VALLS Je suis tenu au courant régulièrement par Bernard CAZENEUVE, par le ministre de l'Intérieur, dont je veux saluer aussi l'action, le sérieux, la précision, l'écoute notamment aux côtés des policiers, et il était lui aussi avant-hier auprès des policiers touchés par ce drame, et bien sûr, nous sommes tous mobilisés contre ce défi permanent que représente le terrorisme… YVES CALVI On a des chiffres ? On connaît les proportions ? MANUEL VALLS Nous sommes autour de 1.300 individus concernés par ces filières djihadistes, plus de 500 Français ou résidant en France se trouvent aujourd'hui en Syrie ou en Irak, c'est considérable, mais derrière cela aussi, il y a ce que le rapport parlementaire de Malek BOUTIH a révélé, c'est-à-dire des centaines, voire des milliers de jeunes qui peuvent être concernés par la radicalisation, c'est un défi considérable par la société, qui nécessite évidemment qu'on mobilise les familles, que l'école soit bien sûr la priorité, mais qu'on soit impitoyable à l'égard de ceux qui basculent dans la radicalisation, dans le djihadisme, dans l'islamisme radical, et pour cela, il faut davantage de confiance dans la société, de respect de soi, il faut lutter contre ces fractures qui touchent notre société, c'est tout le débat que nous avons eu au mois de janvier, c'est l'esprit du 11 janvier. Et c'est cet esprit du 11 janvier qui doit prévaloir face à ceux qui veulent casser, au fond, ce qu'est tout simplement la France, c'est-à-dire une République qui croit dans des valeurs universelles. YVES CALVI Merci Manuel VALLS d'être venu répondre aux questions d'Olivier MAZEROLLE, sur RTL \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/180.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/180.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..61bd8aaaad5ed946377877d41278c23c4a843d53 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/180.txt @@ -0,0 +1 @@ +FABIENNE SINTES Votre invité, donc, Jean-François ACHILLI, ce matin, est secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Bonjour Jean-Marie LE GUEN. JEAN-MARIE LE GUEN Bonjour Jean-François ACHILLI. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Une formule magique, le top pas le flop, deux chiffres : 250 000 votants, 89 % de oui à ce référendum sur l'Union de la gauche face au FN, des chiffres invérifiables, il faut quand même le rappeler, Jean-Marie LE GUEN. JEAN-MARIE LE GUEN Il y a un comité très transparent de vérification, mais allons au-delà des chiffres, pour dire que c'est une réussite par rapport à ce qui était attendu, et deuxièmement cela a un sens, c'est surtout le sens, plus que les chiffres, qu'il faut regarder. C'est une volonté de mettre l'union au cœur de la réflexion de des femmes et des hommes de gauche, aujourd'hui. La division, elle est un peu partout, elle rode et elle nous mine, et donc l'idée de se rassembler pour faire face au Front national, c'est quelque chose de tout à fait essentiel. Voilà, revenons aux fondamentaux. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Alors ça c'est dit, mais les Verts et les Communistes vous ont déjà dit non, non au pacte de fraternité proposé par Jean-Christophe CAMBADELIS, ça c'est plutôt flop, hein. JEAN-MARIE LE GUEN Eh bien écoutez, on n'avait pas l'intention ou l'objectif, avec simplement ce référendum, de… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI De les faire plier, de les faire revenir en arrière. JEAN-MARIE LE GUEN Oui, voilà, de… On le voit bien, il y a toute une gauche aujourd'hui, c'est d'ailleurs un problème général dans la société, dans la représentation. Il y a un certain nombre de gens qui sont pris dans des logiques d'appareil, où le système de jeu avec les médias, d'ailleurs, compte beaucoup, et où on oublie finalement la tâche fondamentale qui est la sienne, faire avancer ses idées, au profit de chacun sa petite boutique, sa petite polémique. Et donc, voilà, on est dans cette situation-là, mais je pense que les Français, au-delà de leurs opinions personnelles, sont assez sceptiques devant ce type d'attitude, et donc l'union ça reste quelque chose de très fort, d'ailleurs, est-ce que ce n'est pas le cas à droite ? Est-ce qu'à droite, pour gagner, ils ne se donnent pas les moyens d'être unis ? JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Ah, ils sont unis, oui. JEAN-MARIE LE GUEN Voilà. Si la gauche ne comprend pas, eh bien elle aura de grandes désillusions. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Jean-Marie LE GUEN, Pierre LAURENT, pour le Parti communiste, a expliqué hier soir, sur France Info, d'ailleurs, qu'il ne changerait rien, que c'était une affaire interne au PS. « Un coup politique dont les Français se foutent », a déclaré la patronne des Verts, Emmanuelle COSSE. JEAN-MARIE LE GUEN Oh, essayons de garder un vocabulaire qui correspond… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Oui, mais elle n'a pas tort. JEAN-MARIE LE GUEN Non, je ne crois pas, je crois que les Français, de gauche, qui sont interpelés par l'action qu'a menée le Parti socialiste, Jean-Christophe CAMBADELIS, ils s'interrogent. Au-delà de ceux qui ont voté, il y a des gens qui se disent : mais, finalement, est-ce qu'ils n'ont pas tort ? Est-ce que le moment n'est pas venu de laisser tomber les polémiques secondaires et de se rassembler sur l'essentiel ? Est-ce dans telle ou telle région, ce n'est pas le Front national qui risque de l'emporter ? Voilà. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Justement, vous avez vu ce qui se passe en Provence-Alpes-Côte-d'Azur, le Front national donné en tête pour les élections régionales, selon ce sondage, choc, ODOXA BFM TV, publié par Le Parisien dimanche, je vous la fais courte : 35 % pour Marion MARECHAL LE PEN, 30 pour Christian ESTROSI, 18 % seulement pour le socialiste Christophe CASTANER. Comment est-ce qu'on en est arrivé là ? JEAN-MARIE LE GUEN S'agissant de la gauche, c'est d'abord la division. C'est une région où justement nous appelons plus qu'ailleurs à la nécessité du rassemblement, mais c'est une région… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Le Parti socialiste n'a jamais réglé le problème de Jean-Noël GUERINI à Marseille, dans les Bouches-du-Rhône. JEAN-MARIE LE GUEN Mais le problème est d'autant moins réglé, je suis désolé de le constater, que ça fait des années qu'il yi a des procédures judiciaires qui apparemment ne sont pas là. Mais le problème n'est pas, en l'occurrence Jean-Noël GUERINI, c'est… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI C'est un problème de justice. JEAN-MARIE LE GUEN La gauche est faible dans cette région, on le sait bien, hein, dans la région PACA, c'est une gauche qui n'a pas su se renouveler suffisamment, et le cas GUERINI dont vous parlez, en témoigne, et donc la gauche est plutôt faible. Bien. La gauche en général, ce n'est pas le Parti socialiste, encore que ça soit le Parti socialiste, et Christophe CASTANER qui reprend le drapeau de l'unité et du combat. Maintenant… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI GUERINI, c'est un problème de justice. JEAN-MARIE LE GUEN Non non non non, c'est un problème politique au-delà des problèmes de justice, c'est un problème politique, nous n'avons pas su nous renouveler. Il n'est pas normal que dans des départements comme ceux de Provence et notamment de la Côte d'Azur, la gauche n'ait pas une représentation plus forte, mais ça c'est une réflexion que nous devrions avoir eue déjà et en tout cas j'espère que nous l'aurons bientôt. En tout état de cause, CASTANER reprend les choses en mains et redresse, en quelque sorte… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Avec un déficit d'image, hein. JEAN-MARIE LE GUEN Non, mais dans une situation qui était extrêmement difficile, donc il continue à progresser. Mais c'est vrai, moi ce que je note dans votre sondage, outre le score prêté à madame Marion MARECHAL LE PEN, qui je le rappelle, cette fois-ci on oublie tous les habillages « ah ben le père c'était autre chose », non, là c'est bien Jean-Marie LE PEN, c'est bien Jean-Marie LE PEN, avec Marion MARECHAL LE PEN, qui revient. Et donc on voit bien que derrière tout ça, il y a une droitisation extrême et ce que je constate, c'est que monsieur ESTROSI, dans une région où l'UMP, l'ex-UMP dominait très largement, il est aujourd'hui battu, et ça sanctionne sa campagne, qui est de faire du Front national, sans le Front national. Voilà. C'est ça, c'est la sanction d'une certaine logique, sarkozyste, estrosiste, qui aboutit à ce que la droite soit incapable de résister au Front national, et la politique qu'elle défend, qu'elle met en œuvre, finalement, ne fait qu'apporter de l'eau au moulin du Front national. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Jean-Marie LE GUEN, sanction également pour la gauche au pouvoir qui se coupe de ses classes populaires. Regardez la CGT qui boycotte la Conférence sociale ce matin, la CGT c'est quand même le syndicat qui défie le président sur le terrain. JEAN-MARIE LE GUEN Mais la CGT est une organisation qui connait les difficultés que l'on sait… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI On l'a vu à Saint-Nazaire, hein. JEAN-MARIE LE GUEN Oui, mais vous savez très bien qu'à Saint Nazaire, c'était une personne qui par ailleurs, une entreprise d'abord, ce qu'il faut dire, qui va gagner des centaines d'emplois, grâce à l'action résolue du gouvernement. Alors j'ai été un peu étonné de voir comment quelqu'un pouvait quelque part porter une parole aussi critique sur l'état de l'économie et du social, quand cette entreprise a été sauvée et qu'elle va gagner plusieurs centaines d'emplois grâce à l'action du gouvernement. Alors, après, on apprend que c'est… Le militant en question est un militant politique, on n'est pas totalement étonné… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Quelle formation JEAN-MARIE LE GUEN Peu importe, vous regarderez vous-même, ce n'est pas secret ce que je dis là. Et donc on se dit : oui, il y a une politisation, une radicalisation de certains syndicats, notamment de la CGT, qui la met un peu en dehors du dialogue social, qui tourne un peu le dos au syndicalisme tel qu'il existe, c'est-à-dire un syndicalisme où non pose des questions, on a un rapport de force, on négocie. Là, la politique de la chaise vide qui est adoptée, et de la contestation systématique et spectaculaire, de la CGT, me semble-t-il traduit aussi les problèmes à la fois internes de cette organisation, et deuxièmement, une certaine forme de marginalisation, et moi je le regrette, parce que la CGT est une marque, est une organisation… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Marginalisation ou radicalisation ? JEAN-MARIE LE GUEN Marginalisation et radicalisation vont souvent ensemble, voilà, et c'est quand même bien dommage qu'une organisation sociale, aussi importante dans l'histoire de notre vie sociale de ce pays, se laisse aller à ne plus siéger. Ce qui est important, quoi que, quels que soient les désaccords, parce qu'il peut y avoir des désaccords, mais quand j'entends monsieur MARTINEZ dire « aujourd'hui, c'est les 32 heures qui sont à l'ordre du jour », on se dit : mais dans quel monde sont-ils ? Est-ce que vraiment c'est sérieux de considérer ça ? Est-ce qu'on peut faire du cas d'AIR FRANCE qui a des difficultés, mais enfin celles qui ont été accrues, me semble-t-il, et celles qui ont marqué tous les Français, c'est aussi une certaine forme de revendication par la violence, qui avait été dénoncée d'ailleurs par la CGT locale, parce que la CGT d'AIR FRANCE n'était pas d'accord avec la manière dont les incidents sont survenus. Mais on a vu la CGT nationale, monsieur MARTINEZ, dire : « Ah ben non, mais nous on est d'accord, on y va, on soutient les gens qui viennent interrompre les lieux de dialogue syndical », parce que comité d'entreprise, c'est un lieu de dialogue syndical. Alors, moi je suis très étonné de ces attitudes. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Jean-Marie LE GUEN, François HOLLANDE, le président, lance cette conférence sociale ce matin, on le voit partout, il est tous azimuts, on l'a même vu aller féliciter les douaniers pour leur saisie record de cannabis à Paris. Pourquoi cette omni, j'allais dire présidence, cette omniprésence sur le terrain ? C'est à cause des sondages en berne ? JEAN-MARIE LE GUEN Non, pas du tout, ne reliez pas ça à une action simplement, j'allais dire sondagière. Le problème… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Vous êtes d'accord qu'il occupe tout l'espace. JEAN-MARIE LE GUEN … le président sent bien, soyons très honnêtes et il n'y a pas de difficultés à reconnaitre qu'il y a de grandes interrogations dans le pays, il y a des tensions multiples, il y a des inquiétudes, et donc le rôle du président de la République c'est d'aller partout, pour écouter bien sûr, mais aussi pour porter la parole, pour dire : « Regardez, la France est en train de se réformer, les choses vont aller mieux ». La France ce n'est pas le spectacle qu'en donnent en permanence un certain nombre d'esprits qui sont toujours sur le déclin, sur la critique. Il y a des réussites dans ce pays, il y a des talents extraordinaires, et le rôle du président de la République c'est de montrer que, au-delà des difficultés, il y a aussi des espoirs. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Et un plan de campagne. JEAN-MARIE LE GUEN Mais, campagne, quand on fait de l'action politique, et de l'action pédagogique, on est campagne en permanence, ce n'est pas le problème de rattacher ça à un objectif politique. Son objectif aujourd'hui, c'est de redonner confiance aux Français, de les mobiliser. Il y a des difficultés, mais c'est pas au milieu de ces difficultés, c'est pas en se battant la coulpe de façon exagérée, ce n'est pas en dénigrant tout le temps notre pays, qu'on avancera. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Jean-Marie LE GUEN, Najat VALLAUD-BELKACEM qui veut réformer la carte scolaire, c'est la Une de Libération, pour expérimenter un nouveau mode de répartition des élèves dans une dizaine de départements, dans les collèges. Réforme nécessaire ? Nous sommes quand même à sept semaines des régionales, quand même. JEAN-MARIE LE GUEN Mais quel rapport ? Ecoutez, si on ne peut plus respirer, sous prétexte qu'on est à sept semaines des régionales, il faut nous le dire, on va se mettre en apnée et puis je ne viendrai plus vous voir, Jean-François ACHILLI. Donc moi j'essaie d'expliquer la position du gouvernement, et puis partout ça réforme, partout ça réforme. On n'en parle pas, par exemple, mais il y a eu un accord la semaine dernière, tout à fait fondamental sur les retraites complémentaires, cette France du dialogue social voulue par le gouvernement, les choses se font, elles avancent, au milieu des difficultés, il faut modifier les comportements. Si on reste comme hier, les choses ne se feront pas. Il faut bouger, c'est ce que fait ce gouvernement avec courage, et en matière d'éducation, aussi bien qu'en matière sociale. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Voilà, vous pouvez respirer, Jean-Marie LE GUEN. JEAN-MARIE LE GUEN Voilà. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/181.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/181.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a47cf8047602972a6c24aa0e3772ccecda05cf3a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/181.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, messieurs les ministres, Madame et messieurs les présidents et secrétaires généraux, Monsieur le président du Conseil économique, social et environnemental, Mesdames, messieurs les élus, Mesdames, messieurs, La conférence sociale – chacun l'a bien compris – est ce moment important où tous les acteurs sociaux se retrouvent sur l'essentiel : renforcer notre économie, développer l'emploi, garantir les droits des Français, faire avancer notre pays. Faire avancer notre pays, c'est-à-dire réformer. Tous ceux qui partagent ces objectifs, au-delà des différences légitimes dans une démocratie, sont ici. Je veux remercier à mon tour le Conseil économique, social et environnemental et son président, Jean-Paul DELEVOYE, pour leur accueil. Votre assemblée, monsieur le président, est l'incarnation même du dialogue entre les forces vives du pays – représentants syndicaux, représentants patronaux, associations, personnalités. Et je salue la qualité de vos travaux. Je salue aussi les "facilitateurs", comme on dit, pour leur contribution de qualité à nos travaux – Yves BAROU, Jean-Marie MARX, Isabelle KOCHER – et la préparation menée ces dernières semaines par la ministre Myriam EL KHOMRI. Permettez-moi un mot plus personnel pour deux personnalités. Je ne doute pas que nous les retrouverons, dans les mois, dans les années qui viennent, à d'autres étapes. Mais puisqu'ils vont choisir dans les prochains jours ou dans les prochaines semaines un autre parcours, je voudrais les saluer : il s'agit de Jean-François PILLIARD et de Gilles GATEAU. Le climat de cette conférence sociale est très différent de celui des dernières années et – le président de la République l'a dit ce matin avec force – nous sommes à un moment décisif. Un moment où le rapport de notre pays au dialogue social pourrait changer radicalement. Chacun doit le mesurer, en prendre conscience et agir en conséquence. Les derniers événements qui se sont produits au sein d'AIR FRANCE ont choqué. Il peut y avoir des divergences, de la véhémence, de la colère même, et c'est normal quand il y a de l'inquiétude de la part des salariés à propos de leur emploi ou de l'avenir de leur entreprise. Mais rien, jamais rien ne justifie la violence, les menaces et l'humiliation, et toutes les violences ne se valent pas. Le dialogue, ce n'est pas la violence. Le dialogue, c'est le respect. Ces événements sont une négation de la vision que tous ici, je crois, nous portons. Ils sont la négation même du dialogue qui existe et qui doit exister dans nos entreprises et ils sont la négation même du syndicalisme. Je l'ai rappelé moi-même en me rendant au siège d'AIR FRANCE le 6 octobre, en rencontrant tous les salariés qui avaient fait l'objet de violences et en en discutant notamment avec les secrétaires des instances représentatives. Et d'ailleurs, comme l'ont souligné le président de la République et la ministre du Travail, le dialogue social, ce sont 35 000 accords d'entreprise tous les ans, 60 % des plans sociaux qui font l'objet d'un accord et un nombre de jours de grève, pour différentes raisons bien sûr, en constante diminution. Nous le voyons bien : il y a différentes manières de saper et de mettre en cause les fondements de la démocratie sociale. L'une, idéologique, assumée aujourd'hui par certains, qui dénonce tous les corps intermédiaires, tous les représentants, qui met en cause la légitimité même des partenaires sociaux en général et des syndicats en particulier. Cette approche a le mérite de la clarté. Elle est fondamentalement dangereuse pour la cohésion sociale dans notre pays et pour la cohésion interne des entreprises. Elle peut conduire à l'affrontement. Mais elle s'appuie aussi indéniablement sur une partie de l'opinion. Ayons la lucidité de le voir. Et puis il y a une autre façon d'abîmer le dialogue social, différente, peut-être d'une certaine manière plus insidieuse. C'est lorsqu'on s'enferme dans les postures, lorsque les enjeux internes l'emportent sur l'intérêt général, lorsqu'on refuse d'entendre ses interlocuteurs. Aujourd'hui, certains donnent des arguments, des armes aux adversaires du dialogue social. Alors, l'alternative est simple : soit nous donnons raison à ceux qui parient sur l'échec de tout dialogue, qui veulent au fond tirer un trait sur ce qui constitue notre modèle de relation entre les partenaires sociaux – à cela, je m'y refuse ; soit nous faisons la démonstration que le dialogue social permet de transformer notre pays, d'agir pour la justice sociale ; permet d'anticiper et d'accompagner les changements indispensables. Et à cela, nous devons nous employer d'arrache-pied. Soyons conscients que l'immobilisme ne fait que nous affaiblir collectivement et qu'à terme, il peut condamner notre modèle social. Nous tous savons que c'est justement en le réformant que nous pourrons le préserver et concilier la compétitivité retrouvée de notre économie et les droits nouveaux qu'il faut construire pour les actifs, pour les salariés de demain. C'est donc avec vous, qui faites le choix du mouvement, du dialogue – ce qui ne veut pas dire être d'accord avec tout ce que fait le gouvernement, bien évidemment –, du progrès, que mon gouvernement continuera d'avancer et d'assumer toutes ses responsabilités. J'entends certains parler "d'autoritarisme social", je voudrais leur répondre : quand, au terme du dialogue, au terme d'une négociation, il faut prendre ses responsabilités, je le fais – chacun a eu l'occasion de le faire ici. Je ne donnerai aucune leçon dans ce domaine-là. Mais confondre mouvement et autoritarisme, c'est ne plus laisser qu'une option : le conservatisme. Alors, oui, nous assumons d'avoir pris l'initiative d'une loi après l'échec de la négociation sur le dialogue social dans l'entreprise au printemps dernier, parce que c'est précisément la responsabilité du gouvernement de le faire lorsque les partenaires sociaux n'ont pu aboutir. Et nous avons simplifié profondément le fonctionnement des instances de dialogue dans la loi défendue par François REBSAMEN. Nous assumons d'avoir permis, grâce à la loi croissance et activité portée par Emmanuel MACRON, de nouvelles possibilités d'ouverture des commerces le dimanche, y compris là où les exécutifs communaux ne parvenaient pas eux-mêmes à privilégier la création d'emplois sur d'autres considérations. Nous assumons pleinement d'avoir décidé l'application de l'accord qui réforme en profondeur – et je sais que cela fait débat, et je le comprends – les classifications dans la fonction publique, parce que nous étions convaincus, avec Marylise LEBRANCHU, que c'était un bon accord pour les fonctionnaires et pour l'efficacité même de nos services publics – donc du pays. Nous assumons, enfin, de nous être félicités, vendredi, avec Marisol TOURAINE, de l'accord de principe trouvé entre le patronat et trois organisations syndicales pour sauver l'avenir des retraites complémentaires, parce que cet accord était nécessaire et parce qu'il est juste, se référant non à l'âge du départ à la retraite – contrairement à ce que je lis ici ou là – mais à la durée de la carrière. Et nous assumons aussi, enfin, de lutter avec acharnement contre les fraudes au détachement qui sapent le fondement même de notre modèle social, au détriment tant des salariés que des employeurs. Mesdames, messieurs, Le monde du travail se transforme – vous le savez, cela a été rappelé encore ce matin et cet après-midi – sous l'effet de mutations sociales, technologiques, industrielles, écologiques. Beaucoup l'annoncent depuis des années, et aujourd'hui, nous sommes au cœur de cette transformation. Un modèle disparaît, un monde aussi : celui de salariés évoluant toute leur carrière au sein d'une même entreprise. De nouvelles formes d'activité, de pluriactivité se développent, et je pense aussi à l'économie collaborative. Des aspirations plus individuelles progressent dans les rapports sociaux comme dans la société, au détriment parfois de la dimension collective – et c'est là tout l'enjeu pour les acteurs publics : concilier cette aspiration individuelle avec une aspiration collective. Toutes ces transformations n'ont pas été suffisamment anticipées. Les différents acteurs se sont trop souvent contentés d'ajustements à la marge de notre modèle social, là où il faut parfois le reconstruire. Voilà la démarche que nous avons engagée. L'objectif, c'est bien d'anticiper les transformations de notre économie et construire le modèle social du XXIe siècle, ce qui implique bien évidemment d'agir sans relâche – car sinon rien n'est possible – pour faire baisser le chômage et répondre à l'urgence sociale. Réinventer notre modèle social, c'est créer de nouveaux droits qui suivent les salariés tout au long de leur carrière, indépendamment de leur statut et de leurs évolutions professionnelles. C'est encourager la mobilité, la prise de risques. C'est donner à chacun la possibilité de rebondir sans craindre le chômage, le déclassement, l'exclusion. Le président de la République a rappelé ce matin le cap ambitieux qu'il a fixé en avril dernier et qui est inscrit désormais dans la loi : le compte personnel d'activité entrera en vigueur le 1er janvier 2017. Il est l'aboutissement d'étapes franchies depuis 2012. Je pense à l'accord national interprofessionnel du 11 janvier 2013 – un bel exemple de ce qu'on peut accomplir par le dialogue social – qui a permis de créer le compte personnel de formation et les droits rechargeables à l'assurance chômage. Je pense aussi au compte personnel de prévention de la pénibilité. Il faut désormais franchir une nouvelle étape. Vous y avez travaillé cet après-midi, en vous appuyant notamment sur les travaux menés par France Stratégie et animés par Jean PISANI-FERRY. Vous vous êtes tous retrouvés sur l'intérêt de cet outil pour apporter une réponse aux nouveaux défis du marché du travail : instabilité des parcours, ou encore diversité des statuts. De vos échanges, je retiens quatre orientations, que le gouvernement fait siennes : - le compte doit d'abord permettre aux actifs de mieux connaître leurs droits pour mieux les mobiliser ; - il faut aussi avancer par étapes pour construire une réforme ambitieuse ; - troisième orientation : l'outil ne suffit pas, il faudra accompagner les actifs dans son utilisation. Il faut pour cela mobiliser tous les partenaires, et au premier chef, les missions locales et Pôle emploi. Je m'y engage ici : si des besoins complémentaires se faisaient sentir, nous serons prêts à les déployer. Et je suis certain, dans ce domaine, que l'AFPA, qui doit jouer un rôle essentiel, pourra être un outil important ; - le compte personnel d'activité doit enfin être un outil de lutte contre les inégalités. Plusieurs d'entre vous ont avancé l'idée que le compte personnel d'activité doit être abondé pour les personnes moins qualifiées. C'est également la proposition du Collectif ALERTE. Il peut être mis à profit également pour les personnes qui maîtrisent mal le français – un grand facteur de discrimination dans l'entreprise. La langue de la République est le français, et donc l'apprentissage de notre langue doit être un devoir, mais aussi un droit pour tous. Ce compte doit en être l'outil principal. Nous ferons des propositions précises dans ce domaine dans les semaines à venir. Je souhaite que vous puissiez engager rapidement des discussions interprofessionnelles pour définir le calendrier et la méthode de mise en place de ce compte, ainsi que des mesures pour sécuriser mieux encore les parcours professionnels. Il est souhaitable, en effet, que vous exprimiez sur ce sujet vos orientations : elles nourriront le projet de loi que Myriam EL KHOMRI présentera au début de l'année 2016. Un document d'orientation vous sera envoyé d'ici la fin du mois. Mieux sécuriser les parcours professionnels, ce sera aussi l'objectif de la négociation sur l'assurance chômage qui s'ouvrira début 2016, en vue d'une nouvelle convention au 1er juillet prochain. L'accord de principe sur l'AGIRC et l'ARRCO lève l'épée de Damoclès qui pouvait peser sur cette négociation. Un autre enjeu sera bien sûr d'assurer la viabilité financière de l'UNEDIC. Et, là aussi, chacun devra assumer ses responsabilités. Je pense également à la réforme d'Action logement pour faciliter l'accès au logement des actifs, notamment des salariés des TPE et PME. Vous avez souhaité cette réforme et elle fera l'objet d'un projet de loi examiné et voté début 2016. Elle se traduira ensuite par des ordonnances qui seront adoptées d'ici à l'été. Et Action logement financera une nouvelle garantie de loyers. Les jeunes de moins de 30 ans, les demandeurs d'emploi et les salariés en situation de précarité en bénéficieront dès le 1er janvier prochain. Nous lèverons donc un frein important à la mobilité géographique. Votre première table ronde a ainsi permis des avancées quant à l'accompagnement de l'évolution des carrières. La deuxième transformation majeure qu'il faut anticiper, et dont vous vous êtes saisis : c'est celle de la transition énergétique. L'objectif est simple, il est vital : limiter la hausse des températures liée à l'activité humaine à deux degrés maximum d'ici la fin du siècle. Sans cela, l'humanité sera menacée. Il faut une mobilisation de chacun : le gouvernement, bien sûr, mais aussi les collectivités, les élus, les associations, les chercheurs, les scientifiques, les industriels, et bien évidemment les citoyens eux-mêmes. Aussi le dialogue social, les partenaires sociaux, ont-ils un très grand rôle à jouer. Il faut donc une mobilisation de tous, mais aussi une prise de conscience générale : le changement climatique n'est pas une entrave au développement, mais au contraire, une opportunité pour plus de croissance, pour plus d'emplois, pour innover, inventer de nouvelles technologies, permettre à l'industrie française d'être à la pointe. Notre responsabilité est d'anticiper, de forger une vision de long terme, de provoquer les ruptures technologiques, d'organiser les mutations dans les emplois et les compétences. 60 % des métiers et carrières de demain n'existent pas aujourd'hui – c'est une estimation du ministère du Travail américain. Et ce qui est vrai aux États-Unis l'est sans aucun doute en France. La transition énergétique, associée au développement du numérique, portera une partie de ces nouveaux métiers. Ce sont les métiers des énergies renouvelables, de l'efficacité énergétique – « ville durable », « maison intelligente », « réseaux intelligents » – qui permettent à chaque consommateur d'être aussi producteur d'énergie. Nos filières de construction évolueront également – nos artisans du bâtiment se forment ainsi dès aujourd'hui pour acquérir le label de l'entreprise "reconnue garante de l'environnement". Ces transformations, à condition que la mobilisation soit pleine et entière, seront créatrices d'emplois – elles le sont déjà – ; d'emplois, pour l'essentiel, non délocalisables. L'objectif que nous avons fixé de 500 000 rénovations énergétiques par an y concourt. Tout comme celui des 100 gigawatts d'énergies renouvelables à installer en France, grâce au photovoltaïque et à l'éolien surtout, mais aussi aux énergies marines, et à l'hydroélectricité. Pour toutes ces filières, les acteurs français avancent leurs pions et exportent leurs savoir-faire partout dans le monde – même si on peut encore améliorer nos performances. Les exemples sont nombreux, avec nos grands groupes – EDF, Areva, Engie, Alstom – mais aussi avec des PME comme Akuo – je l'ai rencontrée il y a quelques jours au Japon. Nous aurons également et durablement besoin de l'énergie nucléaire. C'est cela le « mix énergétique » prévu par loi de transition énergétique portée par Ségolène ROYAL. Il y aura là aussi des besoins très importants de l'ordre de 100 000 emplois d'ici 2020 pour accompagner EDF dans la modernisation de son parc historique. Soyons lucides : l'image du nucléaire est abîmée dans le monde depuis 2011. Mais la France est dans la meilleure position pour en relancer la dynamique avec, à la clé, des contrats pour notre commerce extérieur. Je veux le dire très clairement : ce parc a rendu d'incomparables services à notre pays. La filière nucléaire reste une filière d'avenir, et elle va continuer à rendre ces services à notre pays. Il faut désormais, ensemble, prolonger et amplifier ce mouvement, décloisonner les actions, partager les objectifs. Vos travaux de cet après-midi ont permis de dessiner les grands axes d'une politique de l'emploi et de la formation qui réponde aux besoins de la transition énergétique. C'est essentiel car, comme le disait l'un d'entre vous ce matin : l'environnement sans le social, c'est la décroissance ; le social sans l'environnement, c'est le productivisme. Le social avec l'environnement, c'est la croissance et l'emploi de demain ! Le gouvernement adressera avant la fin du mois de novembre une lettre de mission au président du Conseil national Emploi, Formation et Orientation professionnelle pour qu'il se saisisse de ces problématiques. Un point d'étape sera ensuite organisé à la fin du 1er semestre 2016. Notre économie a également besoin d'entreprises qui s'engagent pour le développement durable. C'est un enjeu, bien sûr, environnemental, mais aussi, je le répète, un enjeu de compétitivité et d'attractivité. La plateforme « responsabilité sociétale des entreprises » que nous avons mise en place il y a deux ans au sein de France stratégie constitue déjà un levier efficace. Je souhaite m'appuyer sur elle pour assurer le suivi de la Conférence Paris Climat dans les entreprises et préparer la Conférence internationale du travail de juin 2016, et notamment le renforcement des responsabilités des donneurs d'ordres à l'égard de leurs sous-traitants. Enfin, mesdames et messieurs, vous avez travaillé sur la révolution du numérique, sur la manière de l'accompagner et d'adapter notre droit. Vos travaux ont été particulièrement intéressants. Le rapport que Bruno METTLING a remis à la ministre du Travail il y a quelques semaines dresse un diagnostic passionnant, précis, de l'impact de cette transformation sur le monde du travail, sur la réalité quotidienne de millions de salariés, avec notamment la limite rendue plus floue entre vie professionnelle et vie personnelle. La concertation en cours sur la réforme du droit du travail sera ouverte à ce thème. Les grands principes seront inscrits dans la loi portée par Myriam EL KHOMRI. Mais puisque c'est désormais notre approche nous ferons confiance aux acteurs de l'entreprise pour définir les mesures qui leur conviennent le mieux. Cette transformation est aussi un vivier de développement, de créations d'emplois, tant pour les salariés qualifiés que pour les moins qualifiés. Et nous n'avons pas encore mesuré toute l'étendue des possibles ! Je pense au phénomène il est dans toutes les têtes qu'on appelle « l'uberisation » de notre économie, avec des impacts considérables dans les domaines pour ne citer qu'eux des transports et du tourisme. Cette transformation est à l'œuvre. Il ne faut pas la voir seulement comme une menace mais aussi comme une chance pour notre économie. Chacun doit être capable de s'en saisir. Il faut pour cela lever les freins et les barrières, permettre à chacun de développer sa propre activité, faciliter la mobilité et la prise de risque. Et plus de modernité, ce ne sera pas plus de précarité ! Les actifs doivent bénéficier d'une meilleure protection sociale c'est d'ailleurs un des enjeux du compte personnel d'activité. La France chacun le reconnaît dans le monde est pionnière dans le domaine du numérique. Nous avons les technologies, les ingénieurs, l'imagination, les talents. Ce doit être une brique essentielle de la Nouvelle France industrielle que nous voulons construire avec Emmanuel MACRON. Car l'enjeu, c'est de bâtir une industrie qui soit plus connectée, qui propose aussi de meilleurs produits, de meilleurs services bref, de meilleures solutions. Une industrie qui crée des emplois et gagne des parts de marché. Des entreprises innovantes qui deviennent les champions de demain ! Faire réussir la Nouvelle France industrielle : vous y avez travaillé cette après-midi. Il est indispensable de placer les enjeux du capital humain au cœur du projet. Et donc notamment de faire évoluer notre appareil de formation. Il faudra également structurer une politique d'emploi et de formation commune. Il faudra sans doute être plus imaginatif dans ce domaine que nous ne l'avons été par le passé. Et je retiens la proposition faite ce matin d'établir une cartographie de l'évolution des métiers qui permettrait de mieux anticiper les mutations de notre industrie. L'État, le gouvernement seront à vos côtés pour y travailler. Le ministre de l'Économie proposera d'ici la fin de l'année une stratégie nationale pour que l'économie française tire pleinement parti des potentiels du numérique. Elle alimentera le projet de loi qu'il présentera au 1er semestre 2016. L'agenda social des réformes ne s'arrête pas là. Un autre chantier est ouvert que je veux à mon tour aborder : la refonte du code du travail. J'ai lancé la réflexion devant vous, partenaires sociaux, en février dernier, en présentant la mission confiée à Jean-Denis COMBREXELLE : tout d'abord, repenser la façon dont nous concevons, dans notre pays, les normes sociales, en donnant plus de liberté à l'accord d'entreprise et de branche ; également mieux prendre en compte les réalités propres aux différents secteurs d'activité et aux diverses tailles d'entreprises. Mais cela suppose aussi d'assurer une meilleure reconnaissance du fait syndical dans l'entreprise, y compris des moyens qui lui sont donnés. On ne peut pas se plaindre de l'absence de participation à certaines élections, du trop peu d'adhérents dans les syndicats et ne pas donner les moyens aux syndicats de pouvoir accomplir pleinement leur mission je pense, par exemple, au chèque syndical. Les propositions de Jean-Denis COMBREXELLE sont maintenant connues. Le gouvernement, vous le savez, y souscrit. D'autres propositions sont venues nourrir notre réflexion, certaines éminentes je pense au travail de Robert BADINTER et d'Antoine LYON-CAEN. Notre droit du travail est devenu trop complexe et donc illisible. Les petites entreprises ne peuvent pas en maîtriser toutes les règles et les salariés ne connaissent pas leurs droits. On est donc face à ce paradoxe où les entreprises sont dissuadées d'embaucher par des protections qui sont bien souvent virtuelles. Notre objectif doit être un droit du travail appliqué par les entreprises et des droits effectifs pour les salariés. Nous voulons pour cela donner plus de souplesse aux acteurs de terrain dans les entreprises et dans les branches pour s'adapter à leur environnement par la négociation, avec un code du travail articulé autour de trois niveaux : - Le socle des droits et principes fondamentaux garantis par la loi et auxquels il ne peut être dérogé. - Les dispositions relevant des accords collectifs. - Les règles qui viennent suppléer l'absence d'accord. Alors, pas de temps à perdre : il faut engager ce chantier dès maintenant ! Je souhaite que nous mettions en œuvre cette nouvelle architecture dès la loi de 2016 dans certains domaines essentiels, bien identifiés, de notre code du travail. C'est ambitieux, mais c'est possible ! Le chantier se poursuivra et il prendra du temps, mais il faut avancer de manière significative dans les prochains mois. Myriam EL KHOMRI a engagé une concertation avec vous depuis plusieurs semaines. La plupart d'entre vous lui avez adressé des contributions. Le 28 octobre prochain, elle me remettra ses propositions et nous indiquerons alors les orientations du projet de loi. Une seconde phase de concertation s'engagera à partir de là sur le projet de loi lui-même, jusqu'à la fin de l'année. Nous avancerons dans les réformes le chef de l'État le rappelait ce matin jusqu'au bout du quinquennat. Mesdames et messieurs, Ces différentes réformes structurelles concourent au même objectif : permettre à notre économie d'être plus compétitive et de créer davantage d'emplois. D'autres leviers sont mobilisés pour répondre à cet objectif. Nous devons encore les amplifier. Le premier, c'est bien sûr le Pacte de responsabilité et de solidarité : la Nation consent un effort sans précédent 40 milliards d'euros pour faire baisser les cotisations et la fiscalité des entreprises et leur permettre d'embaucher. Car il n'y a pas d'emplois sans employeurs, et donc pas d'emplois sans les entreprises et toutes celles et tous ceux qui les font vivre, sans les entrepreneurs qui prennent les initiatives pour s'étendre, aller à la conquête de nouveaux marchés, exporter. Les entreprises, ce sont nos grands groupes, avec leurs salariés, leurs cadres, leurs ingénieurs, leurs techniciens, leurs ouvriers. Ce sont aussi bien sûr nos plus de trois millions de TPE et PME, nos trois millions d'artisans, qui créent 100 000 emplois chaque année, nos commerçants, nos indépendants, qu'il faut peut-être davantage considérer. Notre engagement est tenu. Aux entreprises de tenir le leur ! Je voudrais commencer par saluer les branches qui jouent le jeu : la filière des industries agroalimentaires est sur le point de signer un accord très large qui permettra de couvrir plus de 700 000 salariés. Mais je veux le rappeler aux représentants des entreprises, qui d'ailleurs le savent : il ne suffit pas d'engager les négociations trois branches seulement ne l'ont pas encore fait. Il faut désormais les faire aboutir ! Seules 14 des 50 branches qui emploient le plus ont conclu un accord elles étaient 11 en mai 2015. C'est trop peu. Je l'ai déjà dit plusieurs fois. On ne peut pas en rester là. Le mouvement des réformes passe aussi par là ! C'est l'intérêt de tous, y compris celui des branches patronales concernées. Lutter contre le chômage, c'est ensuite permettre aux demandeurs d'emploi de saisir toutes les opportunités offertes sur le marché du travail. Vous connaissez le paradoxe : malgré le niveau du chômage, près de 300 000 postes sont aujourd'hui non pourvus faute de candidats qualifiés. Un exemple : les chaudronniers, les forgerons n'arrivent pas à recruter ! 220 000 postes d'infirmiers seront à pourvoir d'ici 2022, 310 000 postes d'aides à domicile. De nouveaux métiers seront inventés, je l'ai dit, dans les domaines du numérique ou de l'énergie. Il faut donc faire se rencontrer l'offre et la demande en permettant aux demandeurs d'emploi d'avoir davantage accès à la formation, en particulier à celles donnant accès aux métiers qui recrutent. C'était tout l'objectif du programme de 100 000 formations prioritaires en 2014 et 2015. Un programme efficace : à l'issue de ces formations, 6 bénéficiaires sur 10 ont trouvé un emploi. Nous souhaitons donc porter à 150 000 le nombre de formations financées dans ce cadre. Nous engagerons dès le mois de novembre les discussions avec les partenaires sociaux et les régions pour concrétiser cet objectif. La réussite de la réforme de la formation professionnelle que nous avons engagée fin 2013 passe aussi par là. Nous avons enfin pris des mesures spécifiques pour les catégories les plus touchées par le chômage. Parmi les demandeurs d'emploi, certains rencontrent des difficultés particulièrement lourdes et méritent une attention plus soutenue. L'an dernier, lors de la conférence sociale, j'avais pris l'engagement d'élaborer un plan de lutte contre le chômage de longue durée. Ce plan a été construit avec vous et présenté le 9 février dernier. Nous avons tous reçu un courrier du Collectif ALERTE qui se félicite des conditions d'élaboration de ce plan, mais qui insiste sur la nécessité de poursuivre sa mise en œuvre et d'aller plus loin sur certains points. Je partage cet objectif, et je sais qu'il en est de même pour vous tous. Je propose donc que nous travaillions ensemble à la concrétisation de cette demande : en abondant le compte personnel de formation des demandeurs d'emploi longue durée au-delà des 100 heures mobilisables aujourd'hui ; en pérennisant en 2016 la nouvelle prestation de "suivi dans l'emploi" mise en œuvre par Pôle emploi pour ce public. D'autres propositions émergent. Nous pourrons ainsi nous appuyer sur la proposition de loi présentée par le député Laurent GRANDGUILLAUME. Et nous continuerons à mener avec détermination notre combat pour l'emploi des jeunes. Grâce aux politiques mises en œuvre depuis 2012, le chômage des moins de 25 ans s'est stabilisé dès 2013. Il a commencé à baisser au début de cette année, même s'il est évidemment à un niveau trop élevé. Nous agissons pour encourager l'apprentissage, dont on sait qu'il est un moyen efficace d'entrer dans la vie active. Le nombre d'apprentis a connu ces dernières années un recul significatif, faute d'aides mais c'est aussi un problème culturel qui touche notre pays, et notamment les familles. Face à ce constat, nous avons engagé ensemble un plan de relance très ambitieux, il y a un an. Cette politique porte ses fruits. D'après les premières données disponibles, le nombre de contrats d'apprentissage conclus est en hausse de 6,5 % sur les trois premiers mois de la rentrée. Je vois dans ces premiers résultats un encouragement à poursuivre : statut de l'apprenti, relations entre les entreprises et les écoles … Autant de sujets pour les prochaines semaines. Et je voudrais être très clair aujourd'hui : toutes les énergies devront se mobiliser. Je pense bien sûr au service public, à l'État nous en avions pris l'engagement. Mais je pense aussi aux entreprises, qui doivent aller plus loin, ouvrir plus grand leurs portes aux apprentis. Il y a de beaux exemples de réussite, il faut s'en inspirer. Nous devons également mieux accompagner les jeunes dans leur insertion professionnelle. C'est l'objectif de la « garantie jeunes », un parcours intensif d'accès à la formation et à l'emploi expérimenté dans plusieurs territoires. L'an dernier, nous avons étendu ce dispositif pour qu'il bénéficie à 50 000 jeunes en 2015 et 100 000 en 2016. Tous les acteurs impliqués saluent sa pertinence et son efficacité. Nous irons donc encore plus loin : mi-2016, tous les territoires volontaires pourront y avoir accès. Nous avons également créé, en 2013, un droit à la deuxième chance pour tous les jeunes sortis sans qualification du système scolaire, avec des outils complémentaires pour qu'ils puissent tous être pris en charge. Aujourd'hui, là aussi, nous pouvons aller plus loin. Le compte personnel d'activité sera abondé afin de permettre à ces jeunes d'accéder à un premier niveau de qualification. Nous pourrons définir les modalités de ce dispositif dans le dialogue avec les partenaires sociaux et avec les régions. Mesdames, messieurs, Cette quatrième conférence sociale s'achève... Mais le mouvement des réformes, lui, se poursuit. La situation de notre pays nous commande même de l'accélérer. C'est ce qu'attendent les salariés, les chômeurs, les entreprises. C'est ce qu'attendent tous les Français. La réforme, bien sûr, ce n'est pas un but en soi. Nous réformons pour faire vivre nos valeurs, c'est-à-dire le travail, l'émancipation des individus, l'égalité, et la protection. La réforme, ce n'est pas non plus la rupture. C'est s'adapter pour faire avancer la solidarité, la cohésion et la justice sociale. Et pour cela, il y a une méthode : le dialogue. Ce dialogue social qui, pour paraphraser CHURCHILL, est « le pire des systèmes, à l'exception de... Tous les autres ». Oui, il n'y a pas de meilleure voie que le dialogue social. C'est même la seule voie possible. Car les voies alternatives que certains proposent, c'est toujours moins d'écoute, moins de prise en compte de la réalité du terrain, moins de droits pour les salariés. Et c'est finalement une mise en cause totale de ce que, patiemment, nous avons construit au fil du temps et qui fait la spécificité et la force de notre modèle social, basé sur la confiance réciproque et le respect mutuel. CHURCHILL parlait de la démocratie. Il en va de même, donc, du dialogue social. Et ce n'est pas, par conséquent, un hasard si démocratie et dialogue social sont intimement liés. Et pour que la social-démocratie vive, il faut la réformer. C'est le sens du social-réformisme que je veux incarner. Oui, démocratie et dialogue sociale sont intimement liés. Et chaque fois que l'on remet en cause les représentants, tous les représentants, c'est-à-dire ceux et celles qui portent et font entendre la voix des Français, on met en danger la démocratie, on fait le jeu des populismes, des extrêmes qui se nourrissent de la crise économique, du chômage de longue durée, mais aussi des doutes et du scepticisme pour avancer les pires solutions pour notre pays. Aujourd'hui et nous continuerons à le faire nous avons fait confiance aux acteurs que vous êtes, dans le respect de votre diversité, sans méconnaître les désaccords. La feuille de route sociale que je viens de vous présenter en est le résultat : elle est résolument tournée vers l'avenir. Nous la conduirons avec ceux qui sont prêts à s'engager pleinement pour notre pays, en écoutant et en respectant tous les autres. La France est riche de ses nombreux atouts : sa jeunesse, sa démographie, ses technologies, ses ingénieurs, mais aussi ses services publics, dans le domaine de l'éducation, de la santé, des transports, de la sécurité et je pense à tous les agents de nos services publics. Je n'oublie jamais que c'est l'État qui a construit la Nation française. Et même si cet État doit se réformer, il constitue une colonne vertébrale majeure, non pas pour l'identité de notre pays mais pour l'âme de la France. Le monde attend la France, ses produits et ses services. Il suffit de se déplacer à l'extérieur, de rencontrer l'ensemble de nos interlocuteurs étrangers de tous les continents pour s'en rendre compte. Le regard qui est porté sur notre pays est bien plus positif que celui, parfois, que nous portons sur nous-mêmes. Alors j'appelle chacun, modestement car cette injonction, elle est également pour le gouvernement, à la responsabilité. La période que nous traversons, les défis que nous affrontons le défi terroriste, le défi des réfugiés, le défi écologique, le défi de la croissance et de l'emploi exigent que chacun fasse preuve d'exigence avec, comme seul objectif, une France qui se renforce, dans l'intérêt de chacun, et qui donne confiance à une jeunesse qui doute souvent de son avenir. Le 11 janvier, toute la France s'est levée pour dire non à la barbarie et défendre les valeurs que nous partageons tous. Face à la menace, vous, les premiers, avez su vous élever au-dessus des divergences. En Tunisie Laurent BERGER le rappelait ceux qui viennent de recevoir le prix Nobel de la paix ont eux aussi montré comment les acteurs sociaux pouvaient, sur un combat essentiel, se retrouver. Moi, les membres du gouvernement, nous vivons avec cette gravité qui pèse sur nos épaules depuis le début de l'année. Et dans les défis, je n'oublie pas les défis qui menacent plus profondément notre démocratie : la montée en puissance de l'extrême droite et du Front national, pas seulement en France mais partout en Europe, une part de notre jeunesse qui est aujourd'hui tentée par la radicalisation dans nos quartiers populaires. Ignorer ces défis, faire comme s'ils n'existaient pas serait une faute. Alors, nous avons tous une responsabilité : à chacun de nous d'être à la hauteur. C'est ce que nous vous proposons. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/182.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/182.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d5338ca2a5ae67f90b7b881081650f9da8d76311 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/182.txt @@ -0,0 +1 @@ +FRANCE. Ministre de la ville, de la jeunesse et des sports Vous pouvez constater par ces interventions qu'il existe un lien manifeste entre la ville, la jeunesse et les sports. Dix ans auparavant, à Clichy-sous-Bois, deux jeunes, dont on ne prononce jamais le patronyme, ont trouvé la mort. Il s'agit de Zyed Benna et Bouna Traoré et pas uniquement Zyed et Bouna. J'ai connu cette tragédie en tant qu'élu lillois, et conseiller général. Les émeutes qui se sont produites dans une partie de mon canton m'ont beaucoup marqué. En effet, j'ai vu tomber des cocktails Molotov à quelques mètres de moi à Béthune. Cette tragédie a été l'élément déclencheur d'une vague d'affrontements dans les banlieues et cités françaises, qui a duré plus de trois semaines, avec les configurations que vous connaissez. Ces affrontements doivent-ils être qualifiés d'émeutes ? De révoltes urbaines ? Il s'agissait d'un mouvement politique, de lutte pour la reconnaissance. La vidéo que nous venons de voir présente des témoignages parfois jubilatoires et parfois inquiétants, et montre une sorte d'héroïsme sur fond de « guérilla urbaine ». Je ressens qu'elle traduit le sentiment d'être enfin reconnu de ces jeunes. L'affrontement a été très long. Il a toujours pour origine une tension entre la population et un grand service public régalien. Cet événement marquant de notre histoire récente mérite d'être décortiqué, analysé et compris. Je vous remercie pour le travail que vous accomplirez pendant ce colloque et les lumières que vous nous apporterez en tant que chercheurs et acteurs de terrain. Le regard de chercheurs étrangers, notamment américains, est également très important. La question des émeutes et des relations entre la police et les populations est critique et a connu des épisodes récents d'une grande violence. Derrière les émeutes se trouve, en France, l'enjeu de la cohésion urbaine, de la politique de la ville et des quartiers. J'aborde cet enjeu avec une position différente et je m'inscris dans une temporalité plus longue que la vôtre celle de la politique de la ville, qui s'inscrit dans une période de près 40 ans, mais aussi plus courte celle qui me lie au mandat du président Hollande. Il n'est pas question de prétendre que la gauche a résolu le problème des ghettos. Le premier ministre a même affirmé le contraire. Pourtant, je me refuse à assumer le bilan de l'approche d'une majorité précédente, qui a souvent stigmatisé les pauvres, les étrangers et les quartiers et a ôté les moyens du secteur associatif, en le privant de dizaines de millions d'euros. Aucun acteur du gouvernement auquel j'ai l'honneur d'appartenir n'a parlé de racaille ou de Kärcher, même si je n'ignore pas les dérives qui peuvent exister dans les quartiers prioritaires de la ville, mais qui n'en sont pas l'apanage exclusif. La politique de la ville est intervenue en réponse au délabrement des grands ensembles. Nous avons souhaité donner un nouveau tour à cette politique à partir de 2012. Contrairement à la présentation qui en est faite par de nombreux médias, je ne crois pas que cette politique soit inefficace. La politique de la ville, qui existe depuis une trentaine d'années, ne suffit pas à contrecarrer les effets lourds du chômage de masse et de la compétition scolaire et ses effets territoriaux. Certes, certaines personnes qui habitent dans les quartiers s'en sortent aussi, mais pas toutes, et les personnes qui s'en sortent quittent le quartier. Il est donc paradoxal que des personnes s'en sortent grâce à la politique de la ville, puis qu'elles partent. Elles sont souvent remplacées par des plus pauvres. A titre individuel, on constate donc des trajectoires ascendantes, mais la situation est plus compliquée à l'échelle du quartier. La mixité sociale n'est en effet pas un mouvement naturel. Nous devons le constater et en faire une priorité politique. J'ai cependant observé que des quartiers prioritaires étaient parfois transfigurés par le renouvellement urbain, et qu'il arrivait même qu'ils sortent de la politique de la ville. Certains quartiers connaissent donc une amélioration, mais d'autres quartiers ne parviennent pas à s'en sortir. En outre, dans certains quartiers, la moitié de la population active est au chômage, et il arrive que le chômage des jeunes atteigne 60 %, ce qui est insupportable au regard des équilibres qui doivent être ceux d'un quartier. Dans ces quartiers, la défiance est palpable. Parfois, on observe une résignation, ce qui est encore pire. Pour donner plus pour l'emploi, l'école, la culture, les services publics, la présence associative, il est nécessaire de resserrer les mailles du vivre ensemble et du faire ensemble, dans la concertation et à la bonne échelle territoriale. La difficulté de la politique de la ville réside dans le fait qu'elle concerne de nombreux sujets (peut-être trop) et implique de nombreux acteurs (en nombre peut-être insuffisant). La politique menée par notre gouvernement consiste à refonder la géographie prioritaire sur la base d'un critère unique et juste : le niveau de revenu. Grâce aux progrès de l'outil statistique, nous avons été capables de dessiner la nouvelle carte des quartiers prioritaires de la ville (environ 1 500 quartiers, dont 1 300 en métropole et plus de 200 en outremer). Avec ce critère, nous avons été capables de bâtir une définition à caractère contractuel de la politique de la ville à l'échelle des agglomérations, qui nous semble pertinente. Mon expérience de signature de contrats de ville me prouve que l'échelle intercommunale est manifestement une bonne échelle pour travailler. Les contrats de ville sont signés avec un grand nombre de partenaires publics, institutionnels, élus, grandes structures et grands services de l'Etat, partenaires économiques (bailleurs sociaux) et partenaires du monde associatif. 380 contrats de ville ont été signés à ce jour sur les 437 que nous devrons atteindre. Sur la période 2014-2024, il est prévu un investissement conséquent. Je salue à ce titre Jean-Louis Borloo, qui a imaginé à l'époque ce dispositif impressionnant, consistant à injecter 40 milliards d'euros de travaux réalisés en dix ans. Nous continuons ce travail. L'investissement de l'ANRU représentera environ 5 milliards d'euros, financés avec le concours d'Action logement. Cette somme devrait avoir un effet levier d'au moins 20 milliards de travaux sur la période 2014-2024, avec le maintien d'un dispositif fiscal important impliquant un taux de TVA de 5,5 % pour l'accession sociale à la propriété pour favoriser le parcours résidentiel de locataires qui souhaitent rester dans leur quartier. En effet, le maintien dans les quartiers de populations en ascension sociale passe par la capacité de ces personnes à devenir propriétaire. Par ailleurs, il est nécessaire d'y attirer une population nouvelle de jeunes pour donner du sens à la notion de mixité sociale. Toutefois, le doute s'est installé quant à la vérité du discours et sa capacité à changer la vie des populations de ces quartiers. J'ai une conscience aiguë de notre responsabilité. La puissance publique doit manifester sa présence par le renforcement des services publics, notamment le transport, dans ces quartiers prioritaires. Selon la Cour des comptes, les quartiers recevraient l'argent de la politique de la ville, mais ils sont sous notés par rapport au droit commun. En premier lieu, chaque ministère doit se montrer vigilant à ne pas participer à la relégation territoriale par une inégalité de traitement. Je ne souhaite pas être la bonne conscience du gouvernement, qui permettrait aux autres ministres de s'exonérer de leurs responsabilités dans le domaine de l'action républicaine. Par exemple, l'Education nationale accomplit désormais de grands efforts pour réparer cette aberration. Outre le renforcement de la présence publique, nous misons également sur le renforcement de la présence associative. Nous avons notamment décidé en mars dernier de restaurer les crédits de 100 millions d'euros qui avaient été supprimés aux associations entre 2009 et 2012. Les associations sont souvent les derniers interlocuteurs des jeunes dans ces quartiers. Ce sont également des structures qui peuvent faire parfois l'objet d'une mainmise de certains groupes. A ce titre, je signale le rapport qui a été remis au Premier ministre et au Président sur la présence de mouvements salafistes dans les clubs sportifs. Nous nous montrer très vigilants à ce sujet. Les jeunes dans ces clubs sportifs se trouvent face à des personnes aux intentions qui ne sont pas républicaines. Le ministre de la Ville doit se montrer attentif à cette situation nouvelle. Le rôle du mouvement associatif est social et éducatif. Il est primordial et il justifie l'effort budgétaire que nous avons évoqué, y compris dans la perspective de la lutte contre la radicalisation, qui ne peut pas être le monopole du ministère de l'Intérieur. Cela signifierait que nous renonçons à toute politique préventive et éducative. Nous devons fonder notre action d'une part sur la répression, qui relève du ministère de l'Intérieur et des fonctions régaliennes de l'Etat, et d'autre part sur la prévention, qui relève du ministère de la Ville. Cette politique est organisée selon trois axes. Le premier axe est la participation du collectif. L'aspiration des habitants à être entendus et considérés est en effet profonde. Nous avons donc inscrit dans la loi la création des conseils citoyens, dont chaque quartier prioritaire de la ville devra se doter. Ces conseils ont pour mission de suivre et discuter de la réalisation des contrats de ville. Ce jour, 300 conseils sont déjà installés et un millier de conseils sont en voie d'installation. Toutefois, ces conseils citoyens ne doivent pas être des outils démagogiques. Ils ne sont pas synonymes de démocratie participative. Ils doivent être accompagnés par des modules de formation qui peuvent paraître anecdotiques. J'ai rencontré des conseils citoyens qui se voyaient offrir une formation sur la prise de parole en public. En effet, ce qui peut sembler naturel à certains n'est pas évident pour des personnes qui ont un faible niveau scolaire. J'ai donc décidé que chaque conseil citoyen serait accompagné d'une personne en service civique. J'installerai l'année prochaine le Conseil national des villes, présidé par le Premier ministre, qui comprendra pour la première fois un collège des habitants des quartiers prioritaires. C'est un phénomène nouveau dans les instances décisionnaires de la France. D'autres formes de participation restent à imaginer ou développer : la bourse d'expérimentation a été dotée d'un budget de 1,2 million d'euros, maisons du projet. La puissance publique ne doit pas craindre d'être critiquée ou interpellée, car le dialogue est crucial. Cela participe à une exigence démocratique et une volonté de requalification sociale. Le deuxième axe que nous poursuivons concerne les relations entre la police et la population, qui doivent être apaisées. Il convient de redonner à la police sa place et ses lettres de noblesse ; les habitants doivent retrouver la confiance en la police. Une expérimentation de dispositifs de caméras piétons les agents portent une caméra sur leur uniforme permet de rendre transparente l'interaction. Les délégués à la cohésion, les référents sociaux ou les services civiques seront également les outils du rétablissement de la confiance. Le troisième axe est celui du développement économique, qui était absent du précédent programme de la politique de la ville. Il nous semble indispensable de miser sur la capacité de développement endogène des quartiers. La Caisse des Dépôts consacrera notamment 400 millions d'euros, ce qui peut certes sembler peu à l'échelle des quartiers, dont 100 millions d'euros pour l'ingénierie, 250 millions d'euros pour les projets immobiliers et 50 millions d'euros pour des soutiens aux dispositifs de détection des porteurs de projets ou du retour à l'emploi. L'objectif consiste à créer la richesse endogène dans les quartiers. On a en effet trop voulu apporter de la richesse dans les quartiers, sans tenir compte de la richesse existante au sein de ces quartiers. Nous créerons par ailleurs une agence régionale du développement économique et du territoire dédiée à ces enjeux, qui permettra d'orienter les financements. Le Président de la République l'inaugurera demain. L'axe de la culture dans les quartiers est un levier de cohésion, mais notre soutien à cet aspect est actuellement faible. Il est nécessaire de soutenir les médias de proximité, les cultures urbaines. Il est primordial d'amener la culture dans la ville et de s'ouvrir à la culture urbaine. Je signale notamment le projet ambitieux de villa Médicis à Clichy-Montfermeil qui a pour objectif de réintroduire la culture dans les quartiers, tout en tenant compte de la richesse culturelle des quartiers, dans une interaction indispensable. Vos travaux sont précieux à l'action publique. Je souhaite parler également de la place des femmes, qui semble étonnamment occultée dans les quartiers. Ce sujet est déterminant aujourd'hui pour la politique que je souhaite mettre en oeuvre. Le pouvoir de la religion et le concept de laïcité sont également cruciaux. La montée des intolérances, du racisme de l'antisémitisme et la force des théories du complot sont des sujets à surveiller. Je n'ai que quelques convictions et une seule certitude : les habitants des quartiers prioritaires attendent du respect et de la reconnaissance et non une forme de compassion. Je m'efforce d'agir au quotidien avec respect pour ces habitants, qui ne veulent pas être considérés comme une charge pour la société, mais représentent un défi pour la République, chargée de mettre en oeuvre l'égalité des chances pour tous. Le Président de la République a déclaré récemment au camp des Milles : « Nous sortons à peine d'une grave crise économique, qui peut laisser un sentiment d'abandon et de déclassement. Certains utilisent ces angoisses pour séparer, diviser, et parfois détester. La république, elle, ne connaît pas de race ou de couleur de peau. Elle ne reconnaît pas de communautés. Elle ne reconnaît que des citoyens libres et égaux en droits, et cela n'est pas négociable. » Si la place de six millions de Français vivant dans les quartiers prioritaires n'est pas négociable, elle se coconstruit dans la clarté, l'exigence, la fierté et dans le respect des valeurs républicaines. Merci pour vos contributions et cette capacité d'interpellation, qui nous seront utiles dans la politique de la ville, qui est un chemin souvent semé d'embûches, mais toujours avec le profond souhait que chacun ait sa place dans une société qui exclut plus qu'elle ne rassemble. Sachons nous rassembler pour mieux nous ressembler. Martial FOUCAULT \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/183.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/183.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c59d3cf272a6dc7d67929e541624f5af62dbb1f4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/183.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - Considérez-vous les djihadistes français comme des terroristes ou des combattants ? R - La guerre des mots est intrinsèque aux situations de conflit, à leur dimension psychologique qui, par la communication, permet d'obtenir l'adhésion ou de provoquer la démoralisation. Ceux qui se livrent à des actes de terreur - et comment appeler autrement les attentats, les décapitations, les tortures, les viols, l'exode massif de civils - sont des terroristes. Q - Si ce sont des terroristes, les frappes françaises en Syrie qui s'appuient sur « la légitime défense » prévue par la Charte des Nations unies en cas « d'agression armée » sont-elles conformes au droit international ? R - L'idéal est de pouvoir traduire en justice les auteurs d'actes terroristes. Nous nous sommes donné les moyens procéduraux, par la loi du 21 décembre 2012, de poursuivre devant les juridictions françaises ceux qui commettent ces actes à l'étranger. Plusieurs procédures sont en cours, notamment au pôle antiterroriste de Paris. Mais il y a les individus épars et il y a l'organisation de l'agression. Concernant la « légitime défense », la Charte des Nations unies visait au sortir de la seconde guerre mondiale le péril ultime de la guerre déclarée par un État à un autre. Aujourd'hui, nous sommes confrontés à ceux qui étaient au début des hordes de terroristes. Ils ont conquis de vastes territoires, pris le contrôle de ressources, disposent de solides moyens logistiques et financiers, affichent sur Internet des discours de propagande et d'endoctrinement, une stratégie militaire et des objectifs de destruction. Ils proclament la mise en péril de pays qu'ils désignent eux-mêmes ; et la France est en première ligne. Il ne fait pas de doute, aux termes de la résolution 2170 de l'ONU - adoptée par le conseil de sécurité le 15 août 2014, elle condamne les actes terroristes commis par Al-Qaïda et l'État islamique en Irak et en Syrie -, que la sécurité de la France fait l'objet de menaces. Q - La France a, semble-t-il, décidé de tuer Salim Benghalem et ses proches le 8 octobre. La radicalisation des djihadistes français relève-t-elle désormais du domaine militaire ? R - Si une coopération pénale était possible avec des autorités syriennes, les dirigeants, responsables, auteurs d'actes de terrorisme pourraient faire l'objet d'extradition ou d'autres procédures judiciaires. Il ne s'agit pas de « décider de tuer untel », il s'agit de ne pas se laisser neutraliser par la présence éventuelle de ressortissants français qui auraient choisi de se rendre sur des théâtres de guerre et d'y jouer un rôle actif. Le droit de la guerre instauré par l'Europe puis les Nations unies, concerne les prisonniers, les combattants, les réfugiés. Ce droit prévoit un régime de sanctions et d'imprescriptibilité pour les crimes de guerre et crimes contre l'humanité. La justice ne perd pas ses droits et obligations, mais la riposte à ce terrorisme, telle qu'organisée, répond à une nécessité militaire que l'on ne peut ignorer. Q - La connaissance fine qu'a la justice antiterroriste des djihadistes est-elle de quelque secours dans l'entreprise de « déradicalisation » mise en place dans les centres de détention ? R - L'expertise du parquet antiterroriste est extrêmement précieuse. Les enseignements tirés des enquêtes et procédures et les éléments collectés par nos administrations complètent les connaissances accumulées par les universitaires et les praticiens. Nous faisons le meilleur usage de tous ces matériaux pour suivre les détenus radicalisés et prévenir la radicalisation. Nous sommes confrontés à l'un des défis les plus complexes pour les démocraties attachées aux libertés. J'ai organisé fin avril à Paris les premières rencontres internationales de magistrats antiterroristes, où cinquante pays étaient représentés. Ce lundi, je participe à Bruxelles à la conférence ministérielle sur les réponses pénales et la prévention de la radicalisation. Nous travaillons beaucoup avec le Royaume-Uni, l'Espagne, l'Allemagne, la Belgique, et des pays tiers comme les États-Unis et la Turquie. Et nous comparons les résultats des modes de suivi des détenus. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/184.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/184.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0ab08dd8aac40cf277c5eaa3d4dfe0230d4e8ad2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/184.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, messieurs les ministres, Monsieur le préfet de région, Madame la sénatrice et vice-présidente du CNV, chère Valérie LÉTARD, Monsieur le maire et vice-président, cher Olivier KLEIN, Monsieur le maire des Mureaux qui nous accueille, cher François GARAY, Monsieur le délégué interministériel à la mixité sociale dans l'habitat, Madame la commissaire générale à l'égalité des territoires, Mesdames, messieurs les élus, Mesdames, messieurs, Il doit être assez rare, monsieur le maire, de voir arriver dans sa ville autant de monde … 64 nouveaux membres du Conseil national des villes, les responsables des administrations, les membres du corps préfectoral … Auquel s'ajoute … Une bonne part du Gouvernement … Signe d'une mobilisation exceptionnelle. Le moment est, il est vrai, important. A plusieurs titres. D'abord, parce que, ce matin, s'est tenu le deuxième Comité interministériel à l'égalité et à la citoyenneté. Il marque notre volonté d'amplifier l'action menée. Important, ensuite, parce que nous installons un Conseil national des villes. Un conseil totalement rénové, avec des missions précisées, une composition repensée, une ambition réaffirmée. Important, enfin, par le contexte. Nous l'avons tous à l'esprit. Il y a dix ans, très précisément, notre pays a été secoué par plusieurs semaines de troubles, d'émeutes, qui n'ont laissé personne indemne. La douleur comment ne pas penser à ces deux adolescents, Zyed et Bouna, à leurs familles, à leurs proches les images, les cicatrices sont encore là. Comment, aussi, ne pas avoir une pensée pour Claude DILAIN. Avec lui, avec d'autres maires, nous étions en première ligne. Difficile d'oublier ces moments. Dix ans après, nous sommes, ici, aux Mureaux. Pas pour annoncer un nouveau « Plan Marshall », injecter de nouveaux milliards pour « acheter la paix sociale » comme certains l'écrivent avec mépris, ou chercher je ne sais quelle excuse. Nous sommes ici pour agir. Pourquoi donc aux Mureaux, plutôt que dans le cadre plus habituel de Matignon ? Il y a une première réponse. Simple. Evidente. Celle de l'élu de la banlieue parisienne que je suis. Comme vous tous ici, je sais combien, il n'y a rien de mieux que d'être sur le terrain, pour parler du terrain ; qu'il n'y a rien de mieux que d'aller à la rencontre des hommes et des femmes de ces quartiers, de les écouter, comme nous l'avons fait ce matin, pour agir efficacement sur leur quotidien : emploi, sécurité, logement, santé, cadre de vie, rénovation des espaces publics, transports … Il y a une seconde réponse. Nous étions, le 14 septembre, avec le Président de la République, et tout le gouvernement, à Vesoul c'est une autre réalité pour un comité sur les ruralités. Le fait d'être, pour ces deux moments, sur le terrain, dit beaucoup. Il dit notre volonté d'agir partout, sur tous les territoires, avec la même volonté, la même exigence : répondre concrètement aux attentes de nos concitoyens. C'est cela, la République en actes ! 1. Des territoires relégués dans une société fragmentée Je sais combien elle est attendue, parce que, même si nous agissons depuis longtemps 30 ans de politique de la ville, dans une continuité républicaine qu'il faut assumer pleinement !, même si nous avons mis des moyens mérités, nécessaires, les résultats, tout le monde le sait, ne sont pas encore à la hauteur. a. Etat de la société Pourquoi ? Simplement, parce que la politique de la ville est une des politiques publiques les plus difficiles, une des plus complexes. Elle ne fonctionne pas en vase clos. Elle est une caisse de résonnance de la société : ses forces, ses faiblesses, ses aspirations, ses désenchantements. Les quartiers populaires ne sont pas tous semblables Evry, les Mureaux, Clichy, Mulhouse, Valenciennes, Avignon mais ils subissent tous les conséquences des différentes crises qui frappent notre pays, notamment la crise économique qui affaiblit les solidarités, rend les êtres plus fragiles, plus inquiets face à l'avenir, et donc plus enclins au repli et à l'entre soi. Cet entre soi s'opère, d'abord, par le logement, avec la recherche d'un voisinage qui nous ressemble, dans une zone dite « sans histoire », loin de ceux que l'on désigne comme « les pauvres », qui eux ne peuvent pas choisir. Il s'opère, ensuite, par le choix de l'école, en contournant la carte scolaire pour inscrire ses enfants dans l'établissement que l'on sait être « mieux réputé », « mieux fréquenté ». Il y a également les loisirs, culturels en particulier. Les lieux que l'on fréquente, les sports que l'on pratique, les musiques que l'on écoute : tout doit marquer une appartenance. Marquer et donc distinguer. Et qui peut blâmer ceux et celles qui font ce choix, pour eux et leurs familles. Des logiques de séparation, des logiques profondes sont à l'œuvre. Elles fabriquent « par le haut » de la ségrégation ET elles produisent « par le bas » de l'exclusion, d'où ce sentiment d'abandon. Politiques de peuplement absurdes, immigration pauvre concentrée dans les mêmes villes, les mêmes quartiers, fuite des classes moyennes : appelons-le comme l'on veut, mais l'apartheid dont j'ai parlé, c'est cela ! b. La politique de la ville : ce qu'elle a apporté et ce que nous voulons changer. Laissez-faire, c'est prendre le risque d'une explosion de notre société. Ce constat, Hubert DUBEDOUT le faisait déjà, en 1983, dans un rapport au titre qui sonnait comme un programme : « refaire la ville ». Et c'est sur ce constat qu'est née la politique du même nom. Déjà, à l'époque, son objectif était clair : recoudre un tissu social qui se déchirait. On ne compte plus les plans qui se sont succédé pour améliorer le cadre de vie, renforcer les dispositifs d'accompagnement social. Encore une fois : il faut assumer ce qui a été fait. Parce que l'intention était bonne, sincère. Assumer, car il y a des réussites. La création de l'ANRU, grâce à la volonté de Jean-Louis BORLOO a été un véritable tournant en 2004. Nous en avons eu, ce matin, une belle illustration dans le quartier de la Vigne blanche. C'est beau. Et il faut du beau dans les quartiers populaires ! Les logements sont agréables, les matériaux de qualité. C'est ouvert. Il y a des respirations, avec une vraie vision d'ensemble. Des réussites de cette nature, il y en a beaucoup, sur l'ensemble du territoire, dans de nombreux quartiers. Mais, elles ne doivent pas cacher la réalité à laquelle font face les quartiers en politique de la ville. Au-delà de l'amélioration du cadre de vie, la réalité économique et sociale est dure : un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne nationale ; chez les jeunes, c'est plus de 40%. C'est dans ces quartiers que sont concentrées les familles les plus défavorisées vivant sur les seules prestations sociales. C'est aussi dans ces quartiers que l'échec scolaire et son corollaire, le décrochage font des ravages. C'est également là que les nuisances quotidiennes, la délinquance, les trafics prospèrent ; là que la loi du plus fort tente, en permanence, de s'imposer. Ce qui s'est produit, hier, à Marseille montre, à nouveau mais qui pouvait croire le contraire ? que nous sommes face à des phénomènes lourds, d'hyper-violence, celle le plus souvent de très jeunes individus, des phénomènes liés aux trafics de stupéfiants, qui enkystent les quartiers en posant une véritable chape de plomb sous laquelle prospèrent des systèmes mafieux. Y faire face, prend nécessairement du temps. Et je ne laisserai pas dire que nous n'obtenons pas déjà des premiers résultats : actions coordonnées des services de police, méthode globale, reconquête des territoires, chantiers de rénovation urbaine ! Nous agissons, alors que pendant des années, Marseille a été abandonnée ! Cette concentration des difficultés est le résultat direct des processus de ségrégation que je viens d'évoquer. Car c'est là, dans ces mêmes quartiers, que se concentrent, encore le plus souvent, les logements sociaux et le parc privé le plus dégradé. Disons les choses clairement : au fil du temps, plutôt que de s'améliorer, la situation s'est dégradée, dans un climat qui s'est lui-même fortement tendu tendu, dans les quartiers, mais aussi, dans l'ensemble du pays par des violences verbales, des stigmatisations venues d'en haut. En 2012, bien conscients de cette situation, du malaise ambiant, de la désagrégation en cours, nous avons agi. Notamment avec la loi défendue par François LAMY, adoptée à la quasi-unanimité au Parlement. Nous avons simplifié les procédures, repensé la géographie prioritaire. Nous avons créé les contrats de ville, des contrats pensés à l'échelle des intercommunalités, impliquant les habitants et mobilisant toutes les politiques de droit commun. Nous avons poursuivi les efforts en matière de rénovation urbaine, par un engagement de l'Etat de 5 milliards d'euros qui permettra de mobiliser 20 milliards d'investissements dans les prochaines années. Nous avons renforcé les exonérations d'impôts pour les commerces de proximité ; créé un abattement de 30% de la taxe foncière sur le bâti. Et je reste très attentif aux effets de la péréquation, de la baisse des dotations ou de la réforme de la DGF pour les villes les plus en difficulté. En matière de sécurité, nous avons mis en place les ZSP, avec Christiane TAUBIRA, pour s'attaquer aux problèmes quotidiens que rencontrent les habitants. Et je veux saluer l'action des forces de l'ordre qui, chaque jour, dans des conditions difficiles, garantissent la sécurité des habitants. Nous savions qu'il fallait donner un nouveau souffle. Et puis, des événements tragiques, paroxystiques sont venus ébranler le pays tout entier. Les attentats de janvier ont montré combien la déroute morale, dans notre pays, était grande. Bien plus qu'on ne l'imaginait. Cette déroute n'existe pas seulement dans nos quartiers ! Mais, ne nous racontons pas d'histoire : elle est beaucoup à l'œuvre dans nos quartiers. 2. Le comité interministériel à l'égalité et à la citoyenneté. La première exigence, c'est cette lucidité pour nommer les dérives : nuisances, violences, trafics, je l'ai dit, mais aussi et ce sont des phénomènes plus récents, qu'on n'a pas vus, ou qu'on n'a pas voulu voir : antisémitisme, radicalisation, sexisme. Le rapport homme/femme, fille/garçon s'est profondément dégradé. Il se vit sur le mode de la domination des hommes et des garçons qui imposent leur prétendu « système de valeurs ». Sur le mode, aussi, du communautarisme. Tout cela s'est développé sous nos yeux. Insidieusement, au cœur de la République, un poison s'est répandu : celui d'un contre modèle de société, un modèle contre la République et ses valeurs. Dire cela, ce n'est pas stigmatiser. C'est faire justice à toutes celles et ceux qui sont victimes de cet ordre que certains font régner. a. Le CIEC du 6 mars Nommer, c'est essentiel. C'est la condition pour agir. La deuxième exigence, c'est d'éviter toute généralisation et reconnaître, aussi, les obstacles auxquels sont confrontées les populations de ces quartiers. Des obstacles de plusieurs natures : difficultés sociales qui persistent ; discriminations qui font des dégâts considérables sur les destins individuels, scolaires, professionnels ; racisme qui ronge notre société ; stigmatisation à l'endroit de l'Islam, alors que la deuxième religion de France cherche sa place dans notre société. Les Musulmans de France qui contribuent à ce chemin doivent avoir notre soutien. Eviter toute généralisation, c'est se mettre du côté de toutes celles et tous ceux qui ne veulent qu'une seule chose : vivre le mieux possible dans la République. Cette double exigence de lucidité et de refus de toute généralisation, nous a menés, en mars dernier, à prendre 60 mesures, lors du premier Comité interministériel à l'égalité et à la citoyenneté. 60 mesures pour redonner à l'école sa mission de transmission des valeurs en particulier la laïcité, sa mission de transmission des connaissances, de la langue ; pour casser les ghettos et aller, enfin, vers plus de mixité sociale, et d'abord dans le logement. Des mesures d'égalité dans l'accès à l'emploi et à la culture ; pour la promotion de la citoyenneté. b. Le CIEC du 26 octobre Nous sommes huit mois après. Huit mois, c'est court, à l'échelle de l'action publique, mais c'est long quand il y a une attente, quand il y a une urgence. Il y a une telle défiance vis-à-vis des institutions, des pouvoirs publics, de l'Etat, que j'ai voulu, dès maintenant faire, en toute transparence, un premier point d'étape. Je le ferai régulièrement. Sur ces 60 mesures, 20 sont déjà mises en œuvre. Sur la mixité sociale, le délégué interministériel Thierry REPENTIN a déjà identifié une première liste de 36 communes ne respectant pas leur engagement de construction de logements sociaux. Je rends cette première liste publique aujourd'hui. Dans l'école, qui a été mobilisée à la hauteur du choc que la société française a connu, plus de 15 000 personnels ont été formés à la laïcité. L'apprentissage du Français a été renforcé dès la maternelle. La scolarisation des moins de trois ans commence à se développer sur l'ensemble des territoires fragiles. Il faut aller plus vite. Les actions en faveur de l'emploi comme les contrats Starter ou la garantie-jeunes sont déjà plébiscités. Le soutien au développement associatif a été renforcé avec une enveloppe de 100 millions d'euros supplémentaires. La grande école du numérique a été créée. L'agence pour le développement économique dans les territoires France entrepreneur a été lancée par le Président de la République, la semaine dernière. C'est une très bonne chose, parce que très souvent au problème de chômage massif dans les quartiers on a seulement répondu par du traitement social. Mais si créer une entreprise est difficile, quand on est issu des quartiers ça l'est plus encore. Nous devons lever les obstacles, concevoir des outils adaptés, pour faire des territoires fragiles des acteurs économiques à part entière. C'est la mission de cette agence. Sur les 40 mesures restantes, 25 sont en cours de déploiement. Et 15 vont l'être très prochainement. Ce bilan, nous l'avons fait, ce matin, avec les ministres qui m'entourent. Il montre qu'une dynamique est lancée. Nous devons l'amplifier ! En suivant trois mots d'ordre. Premier mot d'ordre : casser les logiques de ségrégation. J'ai parlé de politique de peuplement. Elle passe d'abord par la politique du logement, avec un principe fondamental : ne pas ajouter des difficultés aux difficultés, de la détresse, à la détresse. C'est pour cela qu'il ne fallait pas et qu'il ne faut pas laisser s'installer, en lisière des quartiers en difficultés des campements illicites. Ne pas ajouter des difficultés aux difficultés, c'est aussi le principe qui nous guide pour l'organisation de l'accueil des réfugiés, qui doit se faire sur l'ensemble du territoire. Si la France est fière de respecter ses engagements en matière d'asile, en accueillant les femmes, les hommes, les enfants qui fuient les persécutions et les guerres, elle se doit aussi d'être réaliste, en affirmant une politique de maitrise et de régulation de l'immigration, en combattant l'immigration irrégulière. En matière de logement, nous allons nous donner les moyens d'honorer nos engagements. Un projet de loi sera présenté courant 2016. Il fixera de nouvelles règles : - imposer au niveau des intercommunalités une part incompressible d'attributions de logements hors quartier politique de la ville aux demandeurs de logements très sociaux ; - permettre l'accès à des logements dans des territoires où les loyers sont trop chers à des foyers modestes et favoriser l'arrivée de ménages plus aisés dans les quartiers politiques de la ville ; - enfin, renforcer les sanctions contre les maires refusant de construire des logements sociaux en transférant aux Préfets leur contingent municipal d'attribution. Il faut que les choses bougent ! L'Etat emploiera tous les moyens nécessaires. Il prendra la main s'il le faut, comme la loi l'y autorise. Pour casser les logiques de ségrégation sociale au collège, la carte scolaire sera revue en élargissant les secteurs de recrutement. La ministre de l'Education national a engagé ce chantier, et 10 départements expérimenteront cette démarche à la rentrée 2016. Casser les logiques de ségrégation nécessite enfin d'amplifier une action culturelle de qualité dans les quartiers. Cela passe notamment par des politiques d'encouragement à la pratique des arts. Fleur PELLERIN mobilisera le réseau des Conservatoires pour que, dans les quartiers, la pratique de la musique, toutes les musiques, puisse être accessible. Avec Patrick KANNER, ils veilleront à une meilleure valorisation des cultures urbaines, trop souvent en marge des institutions culturelles. Le deuxième mot d'ordre, c'est la lutte contre les discriminations. Toutes les discriminations. Celles qui portent sur l'origine et il ne faut pas voir peur de les traiter celles qui touchent les femmes, parce qu'elles sont femmes, la religion, l'apparence physique, le handicap. Dans ces domaines, tant de choses ont été annoncées, et si peu ont été suivies d'effets. Le projet de loi « Justice du 21e siècle », présenté par garde des Sceaux, et qui sera examiné en première lecture au Sénat dans les prochains jours, prévoit la création d'une action de groupe. C'est une nouvelle avancée. Mais, face aux discriminations, le droit seul ne suffit pas, il faut aussi une vraie prise de conscience de l'ensemble de la société. Dès la fin 2015, une campagne nationale de testing sur les discriminations à l'embauche et dans le monde du travail sera lancée. Elle se conclura par une synthèse rendue publique à la mi-2016. J'engagerai alors un dialogue c'est inédit ! Avec les entreprises dont le testing aura révélé des pratiques discriminatoires. Et nous accompagnerons ce testing par une campagne de sensibilisation. Pour ce qui est de la fonction publique, les 75 écoles de formation devront s'engager au premier semestre 2016 sur un plan permettant de renouveler les origines sociales des leurs étudiants pour mise en œuvre à la rentrée 2016. Il n'y a pas assez de hauts fonctionnaires issus des milieux populaires. Ce n'est pas normal ! Le décalage entre les élites et la société est trop important. Soyons clairs : il ne s'agit pas de faire de la diversité un objet exotique, ni de promouvoir la discrimination positive. Il s'agit de donner sa chance à chacun. Vraiment à chacun. Ce n'est pas le cas, lorsque, comme aujourd'hui, les enfants d'ouvriers sont 5% en cursus de doctorat, 6% seulement dans les classes préparatoires aux grandes écoles et moins de 3% dans les écoles normales supérieures et autres grandes écoles. Parce que l'information, l'orientation et la poursuite d'études supérieures n'ont rien d'évidents dans les quartiers où les modèles de réussite peuvent manquer, la ministre de l'Education nationale construira pour la rentrée prochaine des « parcours d'excellence » destinés aux collégiens des réseaux d'éducation prioritaire. Ils leur permettront d'être systématiquement accompagnés vers la réussite grâce au tutorat d'établissement d'enseignement supérieur, d'enseignants volontaires, de bénévoles et d’entreprises. Ces interventions souvent expérimentés ces dernières années, seront donc généralisées dans les territoires les plus difficiles et formalisées au sein de l'Education nationale. Enfin, troisième mot d'ordre : prévenir la radicalisation. Comme l'a souligné Malek BOUTIH, les phénomènes de radicalisation, pas seulement islamistes, ont pris une ampleur alarmante. Cela touche une part importante de notre jeunesse filles et garçons qui disons-le, sont en mal de repères, sont dans une forme d'errance morale. Ils trouvent alors, sur les réseaux sociaux, dans les contre-discours complotistes, dans le radicalisme, dans la violence extrême, une sorte de dépassement qui les fascine. Ils sont 1800 dans les filières djihadistes. C'est nous tous qui sommes interpellés sur ce que nous proposons à notre jeunesse, sur la place que nous lui réservons, dans la société que nous fabriquons. Dire cela, ce n'est pas chercher la moindre excuse, mais être lucide, pour agir. Le plan d'intervention annoncé par le ministre de l'Intérieur sera complété d'un plan de prévention qui interviendra bien en amont pour éviter à tant de jeunes ils sont des milliers de sombrer. Ce plan mobilisera le Ministère de l'Education nationale, les ministères sociaux et le Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. Il s'appuiera, aussi, sur les forces vives de la société civile. C'est une condition pour agir efficacement au plus près du terrain, là où les phénomènes de radicalisation se répandent. Là encore, il faudra du temps : c'est l'affaire d'une génération. Mesdames, messieurs, Ces nouvelles mesures sont un pas de plus pour l'égalité, pour la citoyenneté. Mais rien ne pourra se faire sans apaisement, sans lever les incompréhensions qui existent encore trop souvent entre nos forces de l'ordre et une partie de notre jeunesse. Ministre de l'intérieur, j'avais annoncé un dispositif global comprenant une refonte du code de déontologie des policiers et gendarmes, la généralisation du port du matricule, la possibilité de saisir l'inspection générale de la police nationale, un plan de formation de tous les personnels, et une expérimentation des caméras piétons. Elle a été concluante. Ces caméras piétons feront donc partie de l'équipement classique des forces de l'ordre sur le terrain. Je l'ai souvent dit : le cloisonnement, l'intervention en silo, la surenchère bureaucratique sont des obstacles à l'efficacité de notre action ; ils sont, aussi, des sources de démobilisation, des personnels, tout comme des citoyens. C'est alors le sentiment d'impuissance publique qui prend le pas. Comment, dès lors, mieux casser les logiques de ségrégation, lutter contre les discriminations et prévenir la radicalisation si on n'améliore pas nos méthodes de travail ? Nous avons donc décidé sur dix villes concernant 17 quartiers de nommer dix délégués du gouvernement rattachés aux préfets. Leurs missions, en lien avec le maire : redonner force et cohérence à l'action publique locale. Il aura l'autonomie nécessaire, notamment budgétaire, pour mobiliser les ressources du territoire administration comme associations afin de bâtir de manière réactive et créative ! Des solutions sur mesure pour obtenir des résultats tangibles pour les habitants. Dès à présent, les villes de Mulhouse, Illzach, Trappes, et Avignon ont accepté de prendre part à cette expérimentation, à laquelle je crois beaucoup. Mesdames, messieurs, Vous le voyez, l'Etat est là. Il agit. Il sait renouveler son action. Une action d'autant plus efficace si elle est complétée par des instances comme la vôtre. Et je veux donc conclure, en vous disant ce que j'attends de vous. Ce nouveau Conseil national des villes a été totalement repensé pour être plus représentatif de la société civile, mais aussi du dynamisme qu'il y a dans les quartiers. Il voit ses capacités d'analyse renforcées grâce à la fusion de l'observatoire des zones urbaines sensibles avec le comité d'évaluation de l'ANRU. Votre composition nouvelle, c'est l'affirmation que les politiques publiques ont besoin d'être éclairées par différents points de vue et travaux de recherche, par différentes analyses, et expertises. Depuis trop longtemps, l'Etat a fonctionné en sous-estimant l'utilité de ce regard extérieur. Les 60 mesures, comme celles que nous avons décidées aujourd'hui, c'est aussi à vous d'en faire le suivi, en donnant votre avis, en faisant des propositions. « Refaire la ville », ce beau programme que j'évoquais, invite à l'enthousiasme, mais aussi à la modestie. On ne sait jamais tout, tout seul. Moi, je crois à une société qui se construit par le dialogue, par la confiance, le respect et la responsabilité. Le choix qui est devant nous et que nous traduisons en actes, ici, aujourd'hui c'est un VRAI CHOIX DE SOCIETE. Il s'agit de savoir ce que nous faisons ensemble, ce qui nous lie, et le chemin que nous voulons parcourir. Etre une Nation, c'est n'oublier personne. C'est tout faire pour que chacun se sente respecté et pris en considération, quelle que soit son origine ou celle de ses parents. C'est accepter la diversité et vivre en même temps ensemble, avec des règles, des droits et devoirs, des valeurs. La République, c'est d'abord des citoyens qui peuvent être fiers d'être Français, qu'ils soient issus de l'immigration, ou pas, qu'ils soient nés en France ou naturalisés dont le nombre d'ailleurs est en hausse. La République, c'est aussi des valeurs : égalité, solidarité, laïcité, ce principe d'organisation de notre société qui émancipe, apaise et surtout protège. Oui, il protège car mettant toutes les religions sur le même pied, régulant leurs manifestions dans l'espace public, ils évitent aux fidèles les stigmatisations. La laïcité est donc un principe concret. Mais soyons clairs : nos compatriotes, nos concitoyens de confession ou de culture musulmane sont tous des enfants de la République. Les femmes et les hommes qui vivent dans les quartiers populaires ne sont pas des citoyens de seconde zone. Ils participent au dynamisme, à la vitalité, à la créativité de notre pays. Et ça, on ne le dit pas assez ! C'est souvent un discours de paternalisme qui prime. Nous devons passer à un discours de respect et de responsabilité mutuels. Sans se mentir sur les difficultés ! Sans se mentir sur les dérives ! Car c'est ensemble qu'on les surmontera ! Et les femmes ont notamment un rôle majeur à jouer. Surmonter les difficultés, mais en sachant toujours saluer et soutenir les réussites individuelles et collectives, quand il y en a. Et il y en a ! Ce choix de société, j'invite chacune et chacun à le considérer avec gravité. Le chemin que je vous propose, c'est une société où chaque citoyen a sa place, sa chance, la possibilité de se construire un destin. C'est ce que je suis venu porter devant vous aujourd'hui. Nous pouvons faire le pari de la confiance, du dialogue, de l'engagement citoyen. Nous pouvons aussi céder certains le proposent au repli, à la stigmatisation, à la défiance, à une forme de rupture avec ce qui fait notre modèle, avec les valeurs qui le portent. Bien sûr, il faut du courage, de l'optimisme, pour faire à nouveau confiance, pour reprendre en main notre destin collectif. Mais ce courage, cette envie de réussir, cette obstination je sais que vous l'avez. Je sais que les Français et les Françaises l'ont, dans tous les territoires. Il y a de l'énergie de notre pays. De la créativité. L'envie d'aller de l'avant. A nous de faire vivre cela. A nous de faire vivre la République. De la traduire en actes ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/185.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/185.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..303ae04467517cedb6999cd0ffd6859eb244eda5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/185.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la maire de Paris, chère Anne HIDALGO, Messieurs les présidents, chers Patrick KESSEL et Philippe FOUSSIER, Madame la présidente du jury, chère Zineb El RHAZOUI, Chers Samuel MAYOL et Fazil SAY, vous qui venez de recevoir ces prix, Mesdames, messieurs, C'était il y a bientôt 110 ans. Des responsables éclairés, des hommes libres donnaient à la République l'une de ses plus grandes lois, l'une de ses fondations. En avaient-ils conscience d'ailleurs, ces Ferdinand BUISSON, Aristide BRIAND, Jean JAURES, Georges CLEMENCEAU, et d'autres encore ? Savaient-ils que cette année 1905 resterait comme un jalon dans l'histoire de notre pays ? Je le crois. Je le crois, parce que chacun voulait bâtir cette République, ce régime que la France, après tant de luttes, s'était choisi. Tout s'est joué, au fond, en quelques années : DREYFUS, l'école, les grandes libertés, la laïcité. La République a alors pris une voie singulière, une voie que nulle autre Nation n'avait alors empruntée. C'était une voie vers la modernité, vers l'émancipation de tous. C'était un coup d'arrêt aux querelles dévastatrices qui ont tant déchiré la France. Et la querelle religieuse, au premier rang. Nous devons beaucoup à la laïcité. Elle doit être et nous le disons tous ici un talisman. Car, dans ce pays qui a "le génie de la guerre civile", pour reprendre les mots de Michel WINOCK, nous lui devons l'apaisement. Oui, l'apaisement. Apaisement, d'abord, dans nos institutions. La loi du 9 décembre 1905 a mis la religion à sa place, à sa juste place. Apaisement, aussi, dans la société. Car la loi garantit cette liberté fondamentale de croire ou de ne pas croire. Elle dit que toutes les convictions religieuses méritent le même respect et la même considération. Les croyants n'ont pas à imposer leur croyance. Et ceux qui ne croient pas ne doivent pas empêcher les autres de pratiquer leur foi. Soyons concrets ; on ne l'est pas assez. Ce n'est pas parce que certains enfants, dans nos cantines, du fait de leur religion, ne mangent pas de porc qu'ils doivent être montrés du doigt, pire, privés de nourriture ! Là, on marche sur la tête ! Mais ce n'est pas parce que certains enfants ne mangent pas de porc que tous les enfants d'une même cantine, d'une même restauration scolaire ne devraient pas en manger. C'est un principe de bon sens, de respect mutuel. Tout de même ! Je nous crois capables d'avoir cette intelligence collective et d'ailleurs, dans l'immense majorité des cas, nous l'avons. Il n'y a ni exclusion, ni haine, ni violence dans la laïcité. C'est, au contraire, un cadre de sécurité et de paix pour chacun. La laïcité, c'est non pas « co-exister », mais vraiment « vivre ensemble », sans se renier, mais sans s'imposer. Et c'est ce que la République a rappelé, en 2004, en interdisant les signes religieux, tous les signes religieux, dans le milieu scolaire ; ou en 2010, quand la République, par la loi, a interdit le voile intégral dans l'espace public, négation de l'identité de l'être humain et de la femme. La laïcité fait partie intégrante de nos valeurs. Elle est au cœur de notre identité, de notre identité républicaine, de notre âme. Pourtant, elle est aujourd'hui attaquée de toutes parts, contestée, critiquée. On connaît les slogans : « laïcité positive », « laïcité ouverte » … Comme si la laïcité avait besoin d'être qualifiée. Comme si elle n'était pas, en elle-même, un principe suffisamment clair. Qualifier la laïcité, c'est la circonscrire, c'est en circonscrire le périmètre, en affaiblir la portée. C'est donc vouloir l'ébrécher, la faire vaciller. D'autres n'agitent la laïcité que pour mieux la trahir, en faisant d'elle une arme pour cibler une religion, toujours la même l'islam. Ces partisans du rejet, du repli, n'ont rien compris à ce qu'est la France, son message universel. Ces esprits rabougris, dangereux, englués dans la naphtaline de l'histoire, sont incapables de voir ce qu'est la réalité de notre pays, combien il peut être riche de sa diversité je le rappelais ce matin à l'occasion d'un comité interministériel aux Mureaux, dans les Yvelines une diversité qui doit, bien sûr, souscrire à un idéal commun, à des règles, nos valeurs, notre langue, notre histoire, l'égalité, l'égalité entre les femmes et les hommes, la fraternité. D'autres, enfin, défient ouvertement, violemment la laïcité. Lorsqu'en septembre 2012 des individus, en nombre, se sont rassemblés place de la Concorde rendons-nous compte, place de la "Concorde" ! Pour hurler leur haine de la démocratie, pour crier leur rage contre ce qu'ils tenaient pour du blasphème, nous avons bien vu que des verrous avaient sauté ; comme en 2014, quand, dans les rues de Paris, notre belle capitale, synonyme de liberté, on a de nouveau crié « mort aux Juifs ! ». Vous tous, rassemblés ici pour ce bel hommage rendu à Charlie Hebdo, le savez mieux que quiconque : il y a des ennemis de la République, déterminés à s'en prendre à ce que nous sommes. Déterminés à contester la liberté d'expression, l'ordre républicain, notre esprit de tolérance. CHARB vous l'avez cité le savait, il l'avait parfaitement identifié, parfaitement décrit et parfaitement dénoncé dans sa Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes. Il y a des extrêmes, nous le savons, qui se rejoignent et qui, au fond, partagent le même projet : détruire ce que nous sommes. Le 11 janvier, la France s'est levée dans un sursaut, dans un mouvement. Ce que l'on entendait dans les rues, c'était notre hymne, notre devise. Et combien avons-nous vu, aussi, de pancartes pour dire notre attachement à la laïcité ! Car au fond, c'est le mot qui revenait dans les bouches de chacun, qui était le plus simple pour dire ce que nous voulions. Notre exigence est là. Elle est immense : faire vivre la laïcité au quotidien, sans détournement, sans l'instrumentaliser. Soyons lucides. Regardons en face l'état de notre société. Il y a une forme de vide moral, de vide civique, sur fond de montée des égoïsmes, de peur, de perte du sentiment d'appartenance à une même Nation. Il y a la montée de l'entre soi, c'est-à-dire cette préférence pour ses semblables ; la montée alarmante des fondamentalismes, notamment islamistes, dont nous savons qu'ils sont un terreau pour le radicalisme, pour la radicalisation, une voie qui conduit tant de nos jeunes pas quelques-uns, pas quelques centaines : des milliers ! Lisez le rapport de Malek BOUTIH à basculer dans le djihadisme et prendre les armes contre leur propre pays. Cela, les attentats de janvier et il y a eu d'autres attentats après, à Copenhague, jusqu'à Ankara, il y a quelques jours nous l'ont renvoyé avec une violence inouïe. Que s'est-il passé dans notre société, dans ce pays que nous aimons, pour que des individus, enfants de l'école de la République, basculent dans le terrorisme, tuent des journalistes, des dessinateurs parce qu'ils incarnaient la liberté d'expression, des policiers parce qu'ils symbolisaient l'autorité de l'Etat, des juifs parce qu'ils étaient juifs ? Se poser cette question, ce n'est pas justifier, ce n'est pas excuser, c'est au contraire ouvrir les yeux sur ce qui se passe, sur ce qui gangrène certains esprits et ronge certains territoires de la République. Car enfin, combien de prêcheurs de haine en prison, sur la toile, dans les quartiers, qui exaltent le communautarisme, la soumission à un ordre antirépublicain : séparation des femmes, rejet de la culture et des arts, de la musique, qui sont regardés comme un péché, une offense. Et c'est cette vision rétrograde que certains veulent répandre ! Elle n'a rien à voir avec la France, elle n'a rien à voir avec des valeurs universelles qui sont celles des combattants de la liberté et de la laïcité, en Tunisie ou en Turquie. Cher Fazil SAY, merci pour votre présence, et merci aussi pour ce moment d'émotion, parce que la musique parle mieux que les discours. Notre société fait face au retour mortel de l'antisémitisme, de la haine des Juifs, qui se conjugue à la haine d'Israël, à une recrudescence insoutenable du racisme, de la xénophobie, de l'homophobie, des actes contre les églises, contre les synagogues, contre les mosquées les paroles et les actes le montrent au quotidien. Bien sûr, il y a la crise économique, la crise sociale, ce sentiment d'angoisse, la peur du déclassement. Il y a ces inégalités sociales et territoriales qui fracturent chaque jour davantage notre pacte républicain et nous luttons contre ces fractures avec la plus grande détermination. Mais je crois, surtout, qu'il y a eu une forme d'abandon, de renoncement généralisé. Parce que l'on n'a pas assez affirmé nos valeurs et nos règles de vie en commun, on a laissé des interstices, puis des brèches dans lesquels toutes les contestations de notre idéal de vie en société se sont engouffrées. C'est pour cela qu'il fallait défendre Baby Loup. Nous le savions tous : ce qui se jouait alors, ce n'était pas un conflit banal. C'était un pied de nez, non seulement à la laïcité, mais au-delà, à la vision que nous nous faisons de la place des femmes dans notre société. Parce que, trop souvent, on a abdiqué dans le combat intellectuel, on a laissé la confusion s'installer. Si bien que dans le pays des lumières, des encyclopédistes, de l'ironie de MONTESQUIEU, on ne sait plus, face aux propagandistes de la haine, aux négationnistes, faire la différence entre ce qui relève de l'humour et ce qui tient du délit. Enfin, parce que l'on n'a pas su tirer assez tôt la sonnette d'alarme, on en vient, dans notre pays, celui de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, celui aussi des errements de l'Occupation et de la faute de la France, à ficher les élèves en fonction de leur religion supposée ou à parler de « race blanche ». Les digues sautent. La surenchère décliniste est partout, comme si sous couvert d'une prétendue « lucidité » et d'un prétendu « discours de vérité », on pouvait s'autoriser toutes les outrances : grand remplacement, envahissement, islam incompatible avec la démocratie… Pas un jour ne passe sans son flot de paroles indignes. Dans ce moment où les repères se brouillent, nous avons besoin de clarté, et donc nous avons besoin de laïcité. Car pas d'unité, pas d'apaisement, pas de progrès sans laïcité ! Mais être uni, ce n'est pas être uniforme. Ne nous y trompons pas : la laïcité, ce n'est pas nier les différences. C'est refuser de les glorifier, c'est refuser d'en faire un principe d'organisation de nos sociétés. C'est refuser que chaque communauté cherche à imposer sa propre loi, au-dessus de la loi de la République, et de la démocratie. La laïcité, c'est la réponse construite par la République pour respecter et dépasser nos appartenances personnelles. Elle est un élément fondamental de la « construction du commun », selon cette belle expression d'Abdennour BIDAR. Et je dirais qu'elle est ce dialogue, cette « dialectique » entre l'individu et le collectif, entre le singulier et l'unité. Dans un moment où, nous le voyons bien, nos concitoyens ne trouvent plus dans le collectif un avenir désirable, où les extrêmes prospèrent, sur fond de rejet de l'autre, où notre jeunesse manque de repères, nous avons besoin d'un idéal, et donc nous avons besoin de laïcité. Il faut donc reprendre l'initiative, le combat. Ce qui implique nécessairement de faire œuvre de pédagogie. C'est la responsabilité des pouvoirs publics. C'est la responsabilité de la société dans son ensemble, parce que chaque citoyen a aussi sa part de responsabilité. Le Comité Laïcité République a toujours été je le sais, vous le savez en pointe sur ce sujet, quitte à déplaire, quitte à faire des vagues … Vous êtes des militants, et la laïcité a besoin de tous ses militants. Elle a besoin aussi de dispositifs adaptés. Et d'abord, bien sûr, à l'école. Car c'est à l'école que tout se joue. C'est à l'école que se fait l'apprentissage des règles de vie en commun, des valeurs, de l'esprit critique. Nous en avons donc fait une action prioritaire. Cela prend du temps, je le sais, mais la direction est là : la charte de la laïcité est affichée dans tous les établissements, c'est ce que voulait Vincent PEILLON. Elle pose le cadre de la vie collective dans l'espace scolaire. Elle pose donc pour tous nos enfants le cadre de leur future vie de citoyen. Pour permettre aux élèves de mieux connaître, de mieux comprendre l'histoire des religions et leur évolution, pour leur permettre de développer un regard républicain sur les croyances, un module d'enseignement des faits religieux est intégré depuis septembre au programme scolaire. Ne nous trompons pas : la tâche est immense. C'est l'affaire d'une génération. La mobilisation de l'école pour les valeurs de la République, lancée, en janvier dernier, par la ministre de l'Education nationale, Najat VALLAUD-BELKACEM, ce ne sont pas que des mots. Ce sont des milliers de formateurs qui interviennent face aux jeunes générations d'enseignants. C'est un effort considérable qui ne se fait pas sans conflit et qui va se démultiplier au fil des années. Et cette mobilisation, cher Samuel MAYOL, elle doit aussi concerner l'université, l'école, l'école à tous les niveaux. Les « chartes de la laïcité et de la diversité » arrivent aussi dans nos entreprises, et c'est une initiative que je salue. En tout lieu, il faut rappeler la laïcité. Car la laïcité, c'est une somme de situations concrètes. C'est un principe qui ne s'applique pas de la même manière selon que l'on est dans un service public, un espace public ou un espace privé ; mais un principe qui doit nous permettre de vivre ensemble partout. C'est une multitude de questions très simples, et qu'il ne faut pas laisser sans réponse. Chacun doit s'en emparer : les institutions, les collectivités territoriales, mais aussi les partenaires sociaux, les associations. Tous ceux qui agissent dans la société doivent avoir à cœur de porter la laïcité. Et ils doivent en avoir les moyens. La laïcité, c'est aussi l'autorité. Car sans autorité, c'est la loi de la jungle qui s'impose, et les plus modestes et les plus fragiles de la société qui en sont les victimes. Mesdames, messieurs, Chaque mot a une origine, une étymologie. Comme vous le savez, le mot laïcité vient du grec « laos », qui veut dire le peuple. Et au fond tout est dit. Tout est résumé. La laïcité, c'est un principe d'organisation du peuple, notre principe républicain d'organisation de la société. Ce principe il faut le dire maintenant, car après, il est trop tard ! Pourrait très bien tomber entre de mauvaises mains. Les mains de ceux qui rêvent d'une société où l'on hiérarchise, où l'on pense que certains sont plus français que d'autres. Je ne veux pas que l'extrême droite entre par effraction dans le destin de notre Nation. Elle est aux portes du pouvoir de certaines régions et elle est aux portes du pouvoir tout simplement. Il faut s'en rendre compte, et face à cela, il ne faut pas abdiquer, courber l'échine, avoir peur. Il faut aller de l'avant et combattre. Je ne veux pas que l'extrême droite entre par effraction dans le destin de la France elle qui se dit maintenant républicaine, allons bon ! Alors que toute son histoire, de père en fils, ou de grand-père en petite-fille, montre le contraire, elle qui a toujours combattu la République. Je ne veux pas que l'extrême droite vienne saccager ce que nous ont laissé les CLEMENCEAU, les JAURES, mais aussi De GAULLE. Alors, oui, il y a un combat à mener. Pas seulement par les mots, pas seulement dans les discours, mais par les actes, pour emporter les cœurs, pour rallumer cet espoir qui fait souvent défaut ! Ici, deux hommes ont été récompensés par votre prix, parce que, à leur manière, chacun porte cet espoir. Et ils méritent respect, considération, soutien, solidarité. A la tribune de l'Assemblée nationale, le 13 janvier dernier au lendemain de l'horreur, au lendemain aussi de ce formidable sursaut, quelques heures après les obsèques des trois membres des forces de l'ordre, deux policiers nationaux, une policière municipale, qui, à travers leurs origines, incarnaient, tous les trois, les couleurs de la République j'ai voulu dire quelle était notre exigence. Et moi, je sais, comme beaucoup d'entre vous, que depuis ce mois de janvier, cette gravité, cette exigence, cette nécessité de mener ce combat ne nous quitteront plus. Et que l'extrême droite comme le fondamentalisme, qui se nourrissent et qui veulent nous imposer leur logique d'exclusion, sont des forces qui veulent briser la République et que nous devons plus que jamais combattre. Dans la force du moment, je me souviens avoir répété trois fois, telle une seconde devise de notre République : laïcité, laïcité, laïcité ! Eh bien je le redis, ici, devant vous. L'exigence n'a rien perdu de son intensité ; au contraire, les combats qui viennent désormais nous l'imposent. Laïcité maintenant, laïcité encore, et laïcité toujours ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/186.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/186.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9b2662bd83b6eada736d9c318b9d9b34412e9fdd --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/186.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Ministre, Monsieur le Préfet, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Directeur général de la Police nationale, Mon Général, Directeur général de la Gendarmerie nationale, Monsieur le Directeur central de la Sécurité publique, Monsieur le Directeur départemental de la Sécurité publique, Mon colonel, commandant la région et le groupement de gendarmerie, Mesdames et Messieurs, Depuis le mois de janvier, l'ensemble des forces de l'ordre sont mobilisées sur plusieurs fronts. Aux exigences habituelles de leur cœur de métier la lutte contre le crime organisé et contre la délinquance s'ajoute désormais, avec une intensité inédite, la gestion de crises majeures qui les sollicitent de façon exceptionnelle : d'abord, la menace terroriste, protéiforme, diffuse, et qui n'est d'ailleurs pas sans lien avec les phénomènes délinquants, nous le savons bien ; ensuite, la crise migratoire, qui concentre les efforts des services bien au-delà de la seule Direction centrale de la police aux frontières et fait appel à toutes les compétences des forces de sécurité, du renseignement à la sécurité publique, de l'investigation à la gestion de l'ordre public. Qui plus est, ces crises nous le savons aussi s'inscrivent dans un temps long car elles ne seront pas réduites en quelques mois. Et nous devrons, dans le même temps, garantir la sécurité d'événements majeurs : - Demain, la COP 21, cette conférence internationale sur les changements climatiques qui drainera à Paris plus de 40.000 personnes parmi lesquelles des délégations étrangères sensibles ; - et à l'été 2016, l'Euro 2016 qui se déroulera dans 10 de nos villes, mais qui aura des répercussions sur l'ensemble du territoire. Nous y travaillons depuis plusieurs mois. Cette activité plus que soutenue intervient dans un contexte particulièrement contraint. Doublement contraint, même. - Au plan opérationnel tout d'abord. La destruction de plus de 13.000 emplois entre 2007 et 2012 pèse énormément sur nos capacités, comme pèse également l'effondrement des crédits de fonctionnement et d'équipement décidé dans le cadre de la RGPP, politique comptable de court terme qui ne s'est pas projeté dans l'avenir et a fragilisé nos moyens ; - Par ailleurs, la contrainte pèse aussi sur le plan budgétaire, compte tenu des efforts qu'il nous faut accomplir pour redresser nos finances publiques et favoriser l'emploi et la croissance. Ces deux contraintes sont autant de défis. Et nous les relevons : Les forces de police et de gendarmerie, tout d'abord, les relèvent au quotidien par l'engagement que je rappelais tout à l'heure. Malgré les tensions opérationnelles que je viens de rappeler, policiers et gendarmes ont redoublé d'efforts pour lutter contre le crime, les trafics, la délinquance sous toutes ses formes, dans le cadre des zones de sécurité prioritaires comme sur l'ensemble du territoire. Et ce n'est pas qu'un sentiment. Les chiffres produits désormais par le service statistique ministériel, indépendant et labellisé par l'autorité de la statistique publique rendent compte de vos efforts et de vos succès, car ce sont bien les vôtres. Ainsi, sur les 12 derniers mois, au plan national, les homicides sont orientés à la baisse, de -7,3%. On constate également une baisse des vols violents, qu'ils soient commis avec armes (-15,8%) ou sans arme (-9,6%). Les vols sans violence contre les personnes sont en léger recul (-0,2%), alors que les cambriolages sont favorablement orientés avec une diminution de -4,4%. Les vols de véhicules (-1,5%) et les vols d'accessoires (-8,8%) connaissent eux aussi une tendance annuelle favorable. Ici, à Rouen, les mêmes efforts, le même engagement a produit des résultats tout aussi éloquents : les violences physiques crapuleuses ont ici diminué de 9% au cours de l'année 2014, et de 12% depuis le début de l'année 2015. De même, les atteintes aux biens ont baissé de 12% l'année dernière et les vols avec violence ont reculé de près de 9,8% en 2014, et de 13,1% au cours des neuf derniers mois. Le second défi que nous relevons, est celui des moyens, car il fallait remonter une pente dangereuse, qu'il s'agisse des effectifs ou des crédits de fonctionnement et d'équipement, indispensables à la marche des services, à l'action des policiers et des gendarmes comme à leur propre sécurité. C'est d'abord ma responsabilité, mon engagement et je l'exerce pleinement, avec l'appui du Président de la République et du Premier ministre. [LES EFFECTIFS] L'effort budgétaire consenti bénéficie en premier lieu aux forces sécurité. Alors que 13.000 emplois avaient été détruits jusqu'en 2012, nous en avons recréé 3 900 dans la mission « sécurités ». Pour mémoire, en 2015, les créations prévues dans la police et la gendarmerie par le plan pluriannuel antiterroriste décidé en janvier dernier concerneront 538 nouveaux postes. J'ai voulu que ce plan soit appliqué avec célérité et efficacité. A ce jour, et alors que l'exercice n'est pas achevé, 94 % de ces postes sont d'ores et déjà pourvus. Ce sont 505 renforts de police et de gendarmerie qui sont arrivés dans les services nationaux et territoriaux dans le cadre de ce plan : direction générale de la sécurité intérieure, police judiciaire, préfecture de police, renseignement territorial, gendarmerie, mais aussi secrétariat général, notamment sur les fonctions informatiques qui sont consubstantielles à toute police moderne. Cet effort, je ne le relâcherai pas en 2016. Ainsi, 445 effectifs supplémentaires rejoindront les forces dédiées à la lutte antiterroriste, dont 390 postes dans la police nationale et 55 postes dans la gendarmerie nationale. L'effort de mobilisation des réservistes de la gendarmerie sera poursuivi à hauteur de 100 000 jours. Au-delà de la lutte antiterroriste, j'ai également veillé à répondre aux besoins structurels des forces de sécurité. Le renforcement des effectifs de police et de gendarmerie, sur le terrain quotidien de la lutte contre la délinquance et la criminalité, de l'ordre public, se poursuit également. Cet engagement du Président de la République, tenu depuis 2012, le sera à nouveau en 2016. Il sera amplifié par la décision annoncée par le Premier ministre de doter les forces mobiles, la police aux frontières et la préfecture de police de 900 effectifs supplémentaires. Au total, en 2016, se seront 1 632 effectifs supplémentaires qui viendront renforcer les forces de sécurité, dont 1 078 postes créés dans la police et 554 dans la gendarmerie. [LE FONCTIONNEMENT ET L'ÉQUIPEMENT] L'effort consenti va bien au-delà des effectifs : En ce qui concerne les forces de sécurité, après une augmentation de +1,6% des crédits de fonctionnement et d'investissement entre 2014 et 2015, ces crédits continueront de croître en 2016 de +1,4% en CP. Là encore, il convient de rappeler que les moyens de fonctionnement et d'investissement de la mission « Sécurités » ont diminué de -15% entre 2008 et 2012, tandis qu'ils augmentent entre 2012 et 2016 de +1,7%. Pour la police comme pour la gendarmerie, nous continuerons de renouveler le parc automobile. Ainsi, chaque force bénéficiera de 40 M qui permettront l'acquisition de 2 000 véhicules neufs. Dans la police, la modernisation technologique sera accélérée : 27,2 M seront consacrés en 2016 à l'unification des plateformes de réception des appels d'urgence, au renforcement des infrastructures et des applications fondamentales, comme la plateforme de signalement PHAROS ou encore le portail CHEOPS d'accès à différents fichiers. En outre, le Fonds interministériel de prévention de la délinquance recevra 17,7 M supplémentaires pour poursuivre ses actions de lutte contre la radicalisation, de vidéo-protection et de sécurisation des sites sensibles ainsi que pour contribuer à l'équipement des communes en terminaux portatifs de radiocommunication, en gilets pare-balles et en armement des polices municipales. Concernant la gendarmerie, j'ai également souhaité inscrire l'effort de réhabilitation immobilière dans la durée. Le plan triennal de réhabilitation du parc domanial de la gendarmerie sera poursuivi à hauteur de 70 M supplémentaires permettant de réhabiliter près de 5 000 logements. Par ailleurs, le déploiement du projet NEOGEND permettra également de doter les gendarmes d'outils mobiles d'accès aux systèmes d'information, dans une logique de proximité et de souplesse dans l'emploi des forces, en particulier en milieu rural. A ce plan centré sur la mobilité, s'ajoutera le volet 2016 du plan de modernisation technologique de la gendarmerie qui permettra de développer des dispositifs de pré-plaintes en ligne ou encore d'aide à la décision s'appuyant sur les données de masse (Big Data). [LA RECONNAISSANCE] La police et la gendarmerie ont besoin d'effectifs et de moyens. Elles ont aussi besoin de femmes et d'hommes pleinement engagés, confiants dans l'avenir, épanouis dans le métier qu'ils ont choisi car on ne s'engage pas par hasard au service de la sécurité des autres, malgré les risques et les contraintes. C'est le sens de la feuille de route dont le Président de la République a fixé les grandes orientations, le 22 octobre, en recevant à l'Elysée les organisations syndicales de la police et les représentants du Conseil de la fonction militaire de la gendarmerie. Elle est dense, concernant tout à la fois l'allégement de nos process internes, la simplification de la procédure pénale, les parcours professionnels, les carrières et les rémunérations, mais aussi les conditions de travail, qu'il s'agisse des cycles horaires ou de l'accélération des achats d'équipement. Le cap est tracé. Le calendrier est fixé. Il est court, le Chef de l'Etat ayant demandé que le cycle de concertations à engager dès la fin novembre s'achève à la fin du mois de mars prochain. Il concrétise, là encore, la volonté forte du Gouvernement, sous l'autorité du Chef de l'Etat et du Premier ministre, de donner corps à la priorité donnée à la sécurité du pays, à votre action, à votre propre protection. Pas par des discours, des polémiques stériles, mais par des actes, des recrutements, des crédits et des priorités. Ces priorités ne concernent pas seulement la lutte contre le terrorisme ou l'immigration clandestine. Les écoles de police sont pleines et, aujourd'hui même, ce sont 962 élèves gardiens de la paix qui sortent des écoles au titre de la 234ème promotion pour venir grossir les rangs des services, pour une très grande partie d'entre eux dans les services de sécurité publique. Au total en 2015, nos écoles auront formé et mis à la disposition des services de police 3.479 gardiens de la paix. Dans la gendarmerie, cette année, ce sont 2.873 sous-officiers qui, au terme de leur formation, auront rejoint leurs unités. La police du quotidien, dans les commissariats, les brigades, les compagnies républicaines de sécurité ou les escadrons de gendarmerie mobile sont les premiers bénéficiaires de ces recrutements massifs. [LE CADRE JURIDIQUE] Et que l'on ne se méprenne pas d'avantage. Les lois récemment adoptées, en particulier la loi sur le renseignement, qui modernise considérablement notre droit et protège juridiquement policiers et gendarmes, ne concerne pas, loin sans faut les seuls services spécialisés de renseignement pour les seules finalités de la lutte contre le terrorisme ou le contre-espionnage. La Direction centrale de la sécurité publique, la Direction centrale de la police aux frontières, la Direction centrale de la police judiciaire et les services miroirs de la gendarmerie nationale auront, eux aussi, dans des conditions strictes qui seront fixées par un décret à paraître prochainement, accès aux techniques de renseignement pour la lutte contre la criminalité organisée ou les formes les plus violentes de contestation qui menacent gravement la paix publique. Et je continuerai à enrichir le cadre juridique de votre action au quotidien, notamment en défendant, dans les prochains mois, les dispositions législatives qui vous permettront d'utiliser, en toute sécurité juridique, les caméras-piétons qui, au terme de l'expérimentation en cours, permettront de faire baisser les tensions lors des contrôles ou des interpellations et de vous protéger contre les mises en causes indues. Nous travaillons aussi à une évolution de la doctrine de l'usage des armes, pour tirer tous les enseignements des faits récents, notamment des attentats de janvier dernier. Ce chantier est difficile, car les principes d'absolue nécessité et de proportionnalité, heureusement fixés par la jurisprudence de la CEDH ou de la Cour de Cassation, contraignent la réflexion. Mais une voie existe et nous l'explorons. Je m'attacherai aussi, vous vous en doutez, à peser de tout mon poids dans les travaux de rédaction des textes qui permettront la simplification de la procédure pénale, en pensant aux policiers et aux gendarmes qui, au quotidien, voient leur activité pénalisée par un formalisme inefficace et d'un autre âge. Je m'attacherai aussi, résolument, à faire en sorte que le dispositif de transaction pénale dont vous disposez juridiquement désormais soit pleinement et largement appliqué. Il en va de la crédibilité de votre action, de l'efficacité de la réponse pénale et, pour tout dire, de l'autorité de l'Etat. Sous mon autorité, enfin, mes services travaillent à la finalisation du plan de lutte contre les armes. Il comportera, bien entendu, un volet opérationnel fourni, mais il nécessitera également, pour être pleinement efficace, des adaptations de notre droit et des initiatives conduites au plan européen et international, tant les trafics sont aujourd'hui mondialisés et qu'une Nation seule ne peut agir isolément. Vous le voyez, la tâche ne manque pas, ni pour vous, ni pour moi. Je sais le prix de vos efforts. Ne doutez pas de ma volonté. Mesdames, Messieurs, vos efforts sont reconnus. Le Gouvernement s'attache, quelles que soient les contraintes ou la conjoncture budgétaire, à vous doter des moyens et les outils qui vous sont dus. Vos attentes sont entendues, au plus haut niveau de l'Etat, pour traduire dans les faits et dans les actes cette reconnaissance. [LE PLAN BAC / PSIG 2016] Et c'est précisément cette volonté, cette priorité affirmée, ce souci de concrétiser sur le terrain les décisions prises par le Gouvernement et par le Parlement, qui me permet aujourd'hui de vous annoncer la mise en œuvre, dès l'année 2016, d'un plan ambitieux de renforcement des équipements des Brigades Anti-criminalité (BAC) de la Police nationale et des Pelotons de Surveillance et d'Intervention de la Gendarmerie (PSIG). Un effort massif va être engagé afin que ces unités, fortement exposées dans la lutte contre la délinquance et indispensables à la protection de leurs collègues, puissent disposer des moyens qui leur sont nécessaires. Les BAC et les PSIG forment en effet un échelon d'intervention décisif, déployé en complément de l'action conduite par les patrouilles des commissariats de police ou des brigades territoriales de gendarmerie. Ils jouent donc un rôle majeur pour stabiliser les situations dégradées comme pour pérenniser les résultats obtenus dans la lutte contre la délinquance. Je suis moi-même allé aujourd'hui à la rencontre des femmes et des hommes qui composent la BAC de la circonscription de sécurité publique de Rouen et les unités d'intervention du groupement de gendarmerie de la Seine Maritime. Notre action, VOTRE action porte ses fruits je l'ai rappelé au début de mon propos ici comme dans bien d'autres villes et d'autres régions de France, et je tenais donc absolument à saluer les policiers et les gendarmes qui sont à l'origine de ces résultats. Il faut les conforter et si je ne doute pas de l'engagement des femmes et des hommes de la police et de la gendarmerie, je leur dois des moyens d'agir à la hauteur de leur remarquable engagement : Le plan de renforcement que nous allons mettre en œuvre le plan « BAC-PSIG 2016 » repose sur trois axes fondamentaux qu'il appartiendra aux directeurs généraux de la police nationale et de la gendarmerie nationale, mais aussi au préfet de police, de décliner selon les caractéristiques propres à chaque territoire et selon l'organisation des forces dont ils ont la responsabilité. Notre objectif consiste donc à apporter des moyens supplémentaires à des personnels mieux formés, dans le cadre d'une doctrine d'intervention spécifique. Il s'agit, tout d'abord, de renforcer la formation des personnels pour accroître, davantage encore, la professionnalisation des BAC et des PSIG et mieux sécuriser leurs interventions. Pour la gendarmerie nationale, nous concentrerons notre effort sur les recrutements et sur les capacités des personnels des 150 PSIG implantés dans les zones les plus sujettes aux troubles à l'ordre public. Par ailleurs, la mise en place d'un processus de sélection spécifique, la limitation de l'accès à ces unités aux gendarmes-adjoints volontaires, la reconnaissance de savoirs particuliers et l'édiction de règles propres en matière de gestion de la ressource humaine permettront de rehausser de manière significative le niveau de compétences de ces unités. Dans le cadre de la formation continue décentralisée, nous créons un module d'enseignement à distance, obligatoire pour les militaires affectés dans les PSIG, et la formation de formateurs relais régionaux et départementaux permettra le développement d'une instruction spécifique régulière. Afin de s'adapter aux différentes formes de délinquance, l'offre de formation de ces unités sera densifiée avec la mise en place d'un référentiel de formation spécifique. Pour la police nationale, les programmes des écoles de formation initiale seront complétés. En termes de formation continue, l'offre de stage sera augmentée. Un stage permettra notamment, à partir de nombreuses mises en situations inspirées de faits réels, de travailler les stratégies d'intervention quel que soit le milieu, comme les techniques de tir à l'arme de poing et à l'arme d'épaule. Pour la gendarmerie nationale, la formation initiale comportera des modules de sensibilisation aux situations les plus critiques. Une attention toute particulière sera évidemment portée à la permanence des habilitations pour l'usage des différentes armes qui les nécessitent. Enfin, parce que les situations gérées par les BAC et les PSIG sont délicates, stressantes, parce qu'elles exigent un sang-froid à toute épreuve, quelles que soient les provocations, les outrages, les rébellions parfois, un module spécifique de formation consacré à la déontologie de l'interpellation sera mis en place. C'est un devoir d'éthique républicaine, comme c'est une nécessité de protection des policiers et des gendarmes eux-mêmes. Ensuite, c'est le deuxième axe du plan, nous donnons aux BAC et aux PSIG des moyens supplémentaires pour qu'ils puissent accomplir au mieux leurs missions. Ainsi, près de 10 Millions d'euros seront consacrés au renforcement du parc automobile des PSIG et des BAC. La Police nationale bénéficiera pour ces seules brigades de 340 véhicules supplémentaires, et les pelotons de la gendarmerie de 150. Concernant l'armement et les équipements de protection, 6,6 Millions d'euros seront dédiés à l'optimisation décisive les équipements des PSIG et des BAC : - Ces unités bénéficieront désormais d'une protection individuelle et balistique renforcée (protège-épaules, protège-tibias, gilets porte plaques balistiques, casque pare-balles) ; - Des armes plus modernes seront mises à leur disposition : nous parachevons le déploiement des bâtons de protection télescopique et des pistolets à impulsion électrique, et nous doterons les PSIG et les BAC d'armes longues disposant d'une aide à la visée ; - Des dispositifs de transmissions opérationnelles plus efficaces et plus modernes, notamment grâce à la mise en place de dispositifs de bulle tactique seront déployés ; - Enfin, toutes les BAC bénéficieront d'un dispositif de géolocalisation pour assurer la sécurité des policiers. Le troisième axe du plan concerne la mise en place d'une nouvelle doctrine d'action et d'intervention pour que les BAC et les PSIG puissent gagner en efficacité face aux nouvelles formes de délinquance, notamment les plus violentes, qu'il s'agisse de délinquance de droit commun ou bien de cette forme spécifique de criminalité organisée qu'est le terrorisme. En cas de situation de crise, les BAC et les PSIG doivent en effet pouvoir intervenir le plus rapidement possible en renfort des premières patrouilles engagées. Nous moderniserons ainsi nos dispositifs d'échanges opérationnels via les centres de commandements. L'échelon départemental constitue la pierre angulaire du dispositif de conduite opérationnelle, décisive pour la bonne coordination de l'action des BAC, des PSIG et de l'ensemble des patrouilles engagées, mais aussi pour le renseignement des autorités, l'intégration des services partenaires et l'intervention des unités spécialisées. La mise en œuvre du plan devra également permettre de conduire une réflexion globale permettant d'anticiper les situations les plus graves. Il s'agit ainsi de développer au sein des directions générales et de la préfecture de police des réflexions permanentes, nourries par des retours d'expérience et un travail prospectif, pour prendre en compte le plus globalement possible l'environnement d'intervention des BAC et des PSIG, anticiper le développement de nouveaux moyens ou encore l'évolution du cadre juridique d'emploi. La création de 150 PSIG renforcés dits « Sabre » s'intègrent par ailleurs pleinement dans le cadre du Plan et de la doctrine spécifique d'intervention qu'a développée la gendarmerie pour faire face à tout type de crise. Ces unités seront disposées dans les zones les plus exposées aux troubles graves à l'ordre public, en cohérence avec l'implantation des autres unités d'intervention, les brigades territoriales, mais aussi les unités d'intervention spécialisée. [CONCLUSION] Mesdames, Messieurs, je connais votre engagement. Je sais votre amour du métier. Je me dois de faire en sorte que cette vocation reste vivace, qu'elle ne laisse jamais place au doute. Pour cela, vous avez besoin d'équipements modernes, certes, mais vous avez aussi besoin d'un soutien permanent, celui de vos chefs, celui des élus qui représentent la population que vous protégez, celui de population elle-même qu'il ne faut jamais décevoir. Vous avez besoin aussi de la confiance de votre ministre. Je suis venu vous dire aujourd'hui, à Rouen, qu'elle vous était acquise. Je suis venu vous dire que la police de terrain, la police du quotidien, celle des commissariats et des brigades était à mes yeux la pierre angulaire de notre sécurité collective et qu'elle a droit à la même considération, aux mêmes attentions que les services et unités spécialisées, volontiers médiatisées. La sécurité publique constitue le socle de l'édifice et, à cet égard, je continuerai à concentrer toute mon énergie pour obtenir, dans un contexte budgétaire pourtant difficile, toutes les avancées nécessaires à l'amélioration de vos conditions de travail. Vous le méritez et la République vous le doit, pour que vous soyez en situation, en son nom, d'asseoir l'autorité de l'Etat, de donner toute leur force à nos lois, pour que ceux qui minent la vie des autres, qui s'attaquent aux forces de l'ordre soient mis hors d'état de nuire. Les drames que nous avons récemment vécus sur l'Ile-Saint-Denis en banlieue parisienne, ou à Roye dans la Somme sont absolument intolérables. Je n'ignore pas que les forces de l'ordre sont la cible quotidienne de violences et d'outrages. Les rapports et les notes que je lis chaque jour à cet égard me révoltent, comme la douleur des familles brisées que je rencontre à chaque fois qu'un tel drame survient. Et c'est en effet cette violence qui, le 25 août dernier, a provoqué la mort du major de gendarmerie Laurent PRUVOST, assassiné à Roye, alors qu'il intervenait aux côtés de ses camarades pour neutraliser un forcené qui venait de décimer une famille. Et c'est cette même violence insupportable qui a frappé, au tout début du mois, le 5 octobre, à l'Ile-Saint-Denis, le brigadier Yann SAILLOUR, très grièvement blessé alors qu'il cherchait, avec ses collègues de la BAC de Saint-Denis, à neutraliser deux braqueurs en fuite qui venaient de dévaliser un entrepôt de bijouterie à Saint-Ouen. Notre détermination à combattre le crime, la délinquance, les exactions, partout en France, ne faiblira jamais : tel est le message que je suis venu vous adresser, à vous qui êtes en première ligne. La République, en effet, est partout chez elle : nous ne tolérons, et nous ne tolèrerons jamais, aucune zone de non-droit. Personne je dis bien : personne ne peut s'affranchir impunément de la loi commune. Car, il n'y a qu'une seule loi, celle de la République. Et il n'y a qu'une seule autorité légitime, celle de la puissance publique, celle de l'Etat ou celle des collectivités territoriales, car je n'oublie pas non plus les polices municipales. Là où cette autorité est contestée, dans les quartiers et les territoires où elle a pu sembler en recul, la République reprend ses droits. Voilà l'objectif et le sens de notre action. Je pense par exemple aux événements survenus à Moirans, le 20 octobre. Et c'est parce que rien, jamais, ne peut justifier que la violence imbécile ne s'empare d'un village, d'un quartier, d'un territoire, que des unités de forces mobiles ont été immédiatement dépêchées sur place et que l'ordre a pu être rétabli en deux heures. Sous l'autorité du Parquet, une enquête est en cours. La gendarmerie y apporte son concours actif et la force du Droit ne tardera pas à punir ceux qui ont pensé pouvoir s'y soustraire. A Moirans, donc, les délinquants seront identifiés, interpellés pour être livrés à la justice. Voilà, Mesdames, Messieurs ce que je suis venu vous dire aujourd'hui : un message de fermeté, un message d'efforts partagés, un message de reconnaissance et de confiance, un message de foi inébranlable dans les valeurs de la République que vous incarnez, dans la primauté du Droit dont vous êtes le bras armé. Vive la République, et vive la France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/187.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/187.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..476d5d124e4fab5371f02b7d59bcac7fc48c8406 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/187.txt @@ -0,0 +1 @@ +Aujourd'hui est un moment important. Un moment singulier. Pour la première fois sont réunis les référents laïcité du ministère de l'Éducation Nationale et les correspondants laïcité du ministère de l'intérieur. C'est donc pour moi un réel plaisir et une grande fierté d'être ici parmi vous, avec vous, monsieur le ministre, cher Bernard. Nous nous donnons ainsi les moyens d'élaborer une culture commune de la laïcité dans les services publics dont nous avons la responsabilité, et d'initier une dynamique collective. Ce qui nous rassemble ici ? Une même volonté : faire de la laïcité un enjeu irréductible à un périmètre ministériel, et forger des réflexes institutionnels communs. Devant l'instrumentalisation que certains cherchent à en faire, devant les distorsions qu'elle subit, l'État doit parler clair, d'une seule voix, cohérente et ferme pour garantir et promouvoir la laïcité. La laïcité ne peut être soumise aux évolutions des discours et des motivations politiques. Il n'y a pas des laïcités diverses : il n'y en a qu'une, intangible, comme principe de liberté de conscience, qui permet la cohabitation deux qui ont des convictions religieuses différentes et également de ceux qui n'en ont pas. Au-delà d'un principe politique et philosophique, la laïcité, est un cadre juridique dont la construction a débuté il y a plus d'un siècle, fruit d'une lente évolution, façonnée par l'histoire et la sagesse du législateur. C'est l'équilibre ainsi patiemment construit dont nous sommes aujourd'hui dépositaires, avec la pleine conscience que le péril de l'intangibilité, du refus de toute évolution, est aussi attentatoire à l'essence même de la laïcité que la tentation de l'adaptation ou du mouvement permanent. La laïcité qui s'est établie en France tient sa spécificité, de s'être élaborée sur un triple refus. Le refus d'une laïcité antireligieuse, qui était celle prônée par Maurice Allard. La proposition qu'il soumet lors des débats parlementaires sur la loi de 1905 était, non pas la séparation de l'église et de l'état, mais la suppression des églises par l'État. Le second refus a été celui de la laïcité autoritaire d'Emile Combes, qui souhaitait voir l'État contrôler les institutions religieuses, et qui ne proposait pas tant une séparation, qu'une subordination de l'église à l'État. Enfin le troisième refus, a été celui de la laïcité libérale, qui considérait que l'organisation même de la religion devait s'inscrire sur le modèle des associations de 1901, et mettait fin à la singularité de l'organisation des institutions religieuses. Ces trois refus, dessinent ce qu'aurait pu être la laïcité. Ils nous rappellent surtout aujourd'hui ce qu'elle n'est pas. Notre laïcité, est donc celle soutenue par Aristide Briand et Jean Jaurès, celle qui ne se confond pas avec la neutralité du corps social tout entier ou de l'espace public : c'est la laïcité inscrite dans la constitution de notre République, cette laïcité instaurée dans l'école dès les années 1880, et qui distingue la croyance et le savoir, l'État et le citoyen, le service public et ses usagers. Elle donne à notre République une assise solide, autour de valeurs communes. Ces valeurs, il est de notre devoir de les partager et de les enseigner. Parce qu'au sein d'un établissement, ce ne sont pas seulement des individus que l'on forme, mais des citoyens. J'ai voulu, avant même les attentats, et de manière accrue depuis, que l'école remplisse de nouveau sa mission de transmission des valeurs et de creuset de la citoyenneté. C'est un axe essentiel de la Refondation de l'École, et un effort exceptionnel a été mis en œuvre pour déployer, à tous les niveaux, une véritable pédagogie de la laïcité. Le ministère a conduit, entre mars et avril, un vaste programme de formation de 1 200 formateurs sur le thème de la laïcité, à travers huit séminaires inter-académiques. Ceux-ci doivent former, à leur tour, 300 000 enseignants d'ici à la fin de l'année, et vous êtes les garants de l'aboutissement de ce plan. Cette formation, c'est aussi celle des élèves des ESPE. La capacité des candidats à "expliquer et à faire partager les valeurs de la République" a été inscrite dans le tronc commun des enseignements, et fera l'objet d'une évaluation systématique dans les concours de recrutement. Enfin, parce que je veux que la laïcité s'inscrive dans la culture professionnelle de l'ensemble des professeurs, des modules de formation à la laïcité et à l'enseignement laïc des faits religieux ont été élaborés par la DGESCO sur la plate-forme M@gistère, à laquelle l'ensemble des professeurs peuvent avoir accès. Les enseignants se font alors les relais de cette pédagogie de la laïcité auprès de leurs élèves. Ils la transmettent naturellement dans des enseignements dédiés, comme l'enseignement moral et civique, mais aussi dans leurs différentes disciplines. Bien sûr, la laïcité ne s'aborde pas de la même façon en histoire ou en mathématiques. Mais tous ces savoirs sont unis par l'objectivité, le raisonnement, l'argumentation ou la démonstration. Tout ce qui concourt à établir dans tous les domaines, cette distinction cardinale entre le savoir et la croyance. Et parce que ce savoir doit se prolonger dans un savoir-faire qui est aussi un savoir-être, la pédagogie de la laïcité convoque souvent, notamment dans l'EMC, des projets collectifs, dont les élèves sont les acteurs. Ainsi se réalise une appropriation par l'élève des valeurs de la République, qui s'inscrivent non seulement dans les enseignements, mais plus généralement dans la vie quotidienne des établissements. Nous retrouvons ainsi cette relation entre laïcité, faits religieux et « vivre ensemble » sur laquelle vous allez travailler au cours de votre troisième atelier. C'est un enjeu important, qui interroge notre relation aux autres. Parce que les valeurs de la République ne se vivent pas solitairement, mais à travers une collectivité, qui implique l'ouverture aux autres. J'ai donc souhaité que la mobilisation pour les valeurs de la République s'élabore à travers des partenariats avec les associations, les collectivités, la réserve citoyenne et les missions de service civique. Car nos élèves attendent de nous des repères. Nous leur en donnons en parlant d'une même voix, et en présentant un discours cohérent, sans que le changement d'interlocuteur n'entraîne de variations ou de glissements dans le propos. Cette cohérence a besoin de s'établir sur une référence commune, une assise stable. Tel a été le sens de l'élaboration de documents à la fois pédagogiques et juridiques. Car si nul n'est censé ignorer la loi, il nous appartient de nous assurer que tous nos concitoyens la connaissent. J'ai ainsi tenu à ce que soit rappelée la place centrale de la laïcité dans nos écoles, en affichant la charte de la laïcité et en la faisant signer par les parents d'élèves. Cette charte rappelle que la laïcité est un cadre juridique, défini par plusieurs textes successifs. Surtout, à travers les différents articles de la charte, la laïcité se trouve transcrite très concrètement pour l'ensemble de la communauté éducative en termes de droits et de devoirs. Cette charte nous rappelle ainsi que si l'école de la République accueille tous les enfants, sans distinction, c'est parce qu'en franchissant le seuil d'un établissement, ils deviennent des élèves. La laïcité fonde la singularité de l'école de la République. L'école est un lieu de savoir, et non de croyance. Cette distinction essentielle, nous n'avons eu de cesse de la rappeler et de l'enseigner. Aussi, si certains ont cru lire l'inverse dans le livret laïcité, je ne sais pas ce qu'ils ont cru lire, mais je sais très bien qu'à aucun moment cette distinction du savoir scientifique et du discours religieux n'est oubliée. Si nous refusons que nos enseignants établissent des comparaisons entre les deux, ce n'est pas par démission ou crainte d'assumer la mission de l'école, mais bien pour rappeler que l'autorité du maître est fondée sur celle du savoir, un savoir qui ne peut être remis en cause dans l'enceinte scolaire, sans relativisme ni comparaison infondée. Avec la charte et le livret laïcité, c'est un corpus commun, fondé sur la pérennité et la robustesse du droit et non sur la seule orientation politique, qui a été mis à disposition des équipes et des chefs d'établissement. A l'école, ce sont souvent les enseignants qui doivent répondre aux interrogations mais aussi aux revendications et aux provocations qui peuvent se faire jour, d'ordre identitaire, culturel, voire religieux ou spirituel. J'ai donc tenu à ce qu'ils soient soutenus et accompagnés dans cette démarche. Aucune équipe éducative ne doit être laissée isolée ou démunie, c'est l'engagement que j'ai pris en janvier dernier. Vous êtes, en tant que référents laïcités, des acteurs essentiels de cet accompagnement. Vous intervenez ainsi, en amont, dans la formation des enseignants au sein des ESPE pour les préparer sur ces sujets, mais également dans les différents plans de formation mis en place au niveau académique, et toutes les fois que des enseignants ou des équipes pédagogiques font appel à vous. Il n'y a rien de pire, pour un enseignant, que de se sentir isolé face aux difficultés rencontrées dans une salle de classe. Avoir un référent laïcité, c'est avoir un interlocuteur privilégié vers lequel se tourner, pour que toute atteinte au principe de laïcité fasse l'objet de réponses adéquates, que guide une double exigence : celle du dialogue et de la fermeté. La laïcité ne se discute pas, ne se négocie pas. Elle s'apprend, se comprend, se vit. Et il nous appartient de la faire respecter. C'est pourquoi j'ai posé ce principe simple : aucune atteinte au principe de laïcité ne doit jamais plus être laissée sans suite. Au "ne pas faire de vague", souvent bien intentionné, a succédé dorénavant une culture de l'exigence. Mais cette fermeté n'empêche pas pour autant le dialogue. Dialoguer, en effet, n'est pas transiger. C'est se donner les moyens d'apporter une réponse adaptée aux situations rencontrées, et de remplir la mission pédagogique de l'école. Par le dialogue, nous rappelons à chacun que la laïcité est d'abord un principe protecteur des libertés. Nous sommes aussi plus à même d'évaluer le comportement de l'élève et de le sanctionner de manière proportionnée, le cas échéant. Cette fermeté s'étend à un autre sujet qui nous est commun, et que vous allez aborder : la prévention de la radicalisation. Celle-ci est un processus complexe, et j'ai tenu à ce que l'école puisse y apporter des réponses diversifiées, qui prennent en compte toutes les dimensions du phénomène. La prévention et la détection de la radicalisation passent autant par la formation des enseignants et des personnels pour repérer les signes avant-coureurs, avec notamment le livret diffusé en février 2015 sur le site internet du Ministère, que par les enseignements, comme l'histoire-géographie, l'histoire des faits religieux, ou l'Enseignement Moral et Civique et l'Éducation aux Médias et à l'Information. Cette dernière est particulièrement adaptée aux nouvelles formes de radicalisation. Nous devons en tenir compte : si les modalités d'endoctrinement restent les mêmes, la diffusion est beaucoup plus vaste, et s'effectue individuellement. L'élève se retrouve seul face aux images, seul face aux vidéos, seul face aux forums qui prétendent lui livrer la vérité. Ainsi s'instaure une fascination, qui nécessite, pour être rompue, un certain nombre de compétences et de connaissances. Cela suppose qu'il fasse l'acquisition, à l'école, d'un esprit critique et d'un recul qui ne sont pas innés, mais qui s'apprennent. Dans chaque discipline, dans chaque matière, les élèves font l'acquisition de réflexes salutaires, et citoyens, parce qu'ils apprennent à poser sur le monde qui les entoure un regard lucide. L'école a donc un rôle à jouer dans la détection en amont des signes avant-coureurs d'un processus de radicalisation et elle entend l'assumer pleinement. Les signalements, la circulation des informations entre les différents services sont essentiels pour empêcher l'issue fatale que recèle toute radicalisation. Mais en même temps, l'école ne s'exonère pas de son rôle social, et doit donc porter assistance aux enfants en perdition et aux familles désemparées. L'École, sur tous ces sujets, joue son rôle et assume ses responsabilités. Elle peut beaucoup, mais elle ne peut pas tout. Nous avons en effet besoin d'une coopération et d'une unité entre les différents ministères, à l'œuvre dans cette réunion. Près d'un an après les attentats, notre mobilisation ne doit pas faiblir. L'urgence commande, dans l'intérêt de la jeunesse et de notre pays, d'amplifier nos efforts pour concilier fermeté, aucun incident ne doit être laissé sans suite, et bienveillance pédagogique, ce qui constitue la mission de l'école. J'attends de vous de la cohérence, de l'engagement, de l'initiative avec nos partenaires. Nous vivons avec la refondation un moment historique de notre école : rarement autant d'actions concrètes n'avaient été engagées pour promouvoir la laïcité. Et aujourd'hui, avec le cadre interministériel, nous franchissons une nouvelle étape. Celle-ci doit nous permettre de faire progresser la culture commune, de promouvoir une laïcité qui participe du sentiment d'appartenance à la République, et d'être plus efficaces dans la prévention de la radicalisation et le contrôle des établissements hors-contrat. Je crois en notre coopération, parce que celle-ci a déjà fait la preuve de son efficacité. Je tiens, par exemple, à souligner la qualité de la circulaire du 17 juillet 2015 sur le Régime juridique applicable à l'ouverture et au fonctionnement des établissements d'enseignement scolaire privés hors contrat, rédigée en coopération avec le ministère de l'Intérieur. Il y aura d'ailleurs prochainement une nouvelle circulaire sur les modalités du passage sous contrat d'association et les contrôles pédagogiques. A travers nos deux ministères, ce sont deux piliers de notre République qui se mobilisent conjointement. Une mobilisation qui s'accompagne d'un changement radical de culture. Oui, nous avons rompu avec la culture de l'excuse, avec la tentation de regarder ailleurs ou de masquer la situation difficile dans laquelle nous nous trouvons. Nous ne sommes plus au temps où le rapport Obin était enterré. Pour autant, l'école de la République ne cèdera aucun de ses principes pédagogiques aux Cassandre qui la peignent en citadelle assiégée, ployant sous les coups de boutoirs des communautarismes ou du repli identitaire. La laïcité doit être la force tranquille qui tient les passions éloignées du sanctuaire éducatif scolaire, pour reprendre dans ce lycée la belle formule de Jean Zay. Vous êtes la preuve vivante de cette force, par votre mobilisation et de votre détermination. C'est à travers vous que la laïcité prend pleinement sa place sur le terrain, auprès des directeurs et des équipes pédagogiques, auprès des familles et des élèves, des élèves des ESPE, et dans les plans académiques de formations. Dans tous ces lieux où se vit et se transmet la laïcité, depuis un collège de banlieue jusqu'à une préfecture régionale. Correspondants et référents laïcité, vous avez fait la preuve de votre capacité à créer des liens, à agir en réseau, partout où vos interventions étaient nécessaires. Je suis donc persuadée de votre capacité à agir ensemble, dans une dynamique commune, parce que l'écoute, le respect, et la médiation sont au cœur de vos missions respectives. Aujourd'hui est décidément un moment important. Deux ministères unissent leurs forces au service de la laïcité. C'est à la fois un motif d'espoir, et une exigence. Nous devons être à la hauteur. À la hauteur de nos missions, à la hauteur de l'importance de nos ministères respectifs, à la hauteur enfin de la laïcité. Inscrite dans notre constitution, ferment de notre République, la laïcité nous a été léguée par nos devanciers, et nous la transmettrons à notre tour à nos successeurs. C'est un bien précieux. Peut-être avons-nous pu, parfois, par le passé, justement parce qu'elle nous était familière, oublier à quel point elle est essentielle dans la vie de notre République. Gardons-nous de réitérer de pareilles erreurs. Restons mobilisés. Et, ensemble, donnons-nous les moyens d'élaborer une véritable culture commune de la laïcité, qui assure ainsi sa pérennité pour et par les générations futures. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/188.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/188.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a0c81393a91e84f7259881a58dd55456d4fe8bda --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/188.txt @@ -0,0 +1 @@ +Messieurs les ministres, chers Bernard CAZENEUVE et André VALLINI, Monsieur le préfet, Monsieur le procureur général, Monsieur le procureur, Mesdames, messieurs les parlementaires, Monsieur le président du Conseil régional, Monsieur le maire, Mesdames et messieurs les élus, Mesdames, messieurs les policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers, Mesdames, messieurs, Nous tenions à venir, ici, devant vous, dans cette préfecture dans ce lieu qui symbolise aux yeux des habitants de ce département de l'Isère, aux yeux de nos compatriotes, la continuité et l'autorité de l'Etat. Cette autorité, vous l'incarnez, monsieur le préfet, mesdames et messieurs, dans vos missions quotidiennes, à travers l'uniforme que vous portez. Nous savons, avec le ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE, combien ces missions quotidiennes sont exigeantes, difficiles, dangereuses. Et nous voulons saluer c'est le sens de notre présence ici le sang-froid, le courage, le très grand professionnalisme dont vous avez fait preuve, il y a quinze jours, à Moirans. Saluer votre sang froid ! Celui de vous tous ici présents : - gendarmes, qui êtes les premiers à être intervenus ; - membres des unités des forces mobiles, rapidement dépêchées sur les lieux afin de reconquérir le terrain ; - policiers, venus en renfort de vos camarades gendarmes ; - sapeurs-pompiers, déployés pour éteindre, dans des conditions particulièrement difficiles, les nombreux foyers d'incendies. Nous voulons saluer, aussi, les agents de la SNCF, vous qui n'avez pas relâché vos efforts pour rétablir au plus vite le trafic ferroviaire, pour assurer la continuité du service public. Et je veux aussi saluer les élus et les agents communaux qui, au quotidien, ont géré depuis quinze jours la suite de ces événements. Ce qui s'est passé à Moirans, à Voreppe, c'est une émeute, un déchaînement de violence. Avec un but : faire plier, par la menace, une décision de justice. Brûler des véhicules, les jeter sur les voies ferrées. Incendier. Saccager. Détruire. Bloquer des routes. Prendre en otages une ville, une population. S'attaquer aux forces de l'ordre. Semer la terreur et le chaos. Tous ces faits faut-il le rappeler encore sont d'une extrême gravité. Ils ne peuvent pas rester impunis. Les forces de l'ordre et la justice le ministre de l'Intérieur l'a rappelé quelques heures après ces événements ont réagi comme il se devait : les forces de sécurité en reprenant le terrain, la justice en rendant ses décisions en toute indépendance, sans céder ni au chantage, ni à la peur, ni à la colère ; simplement en appliquant le droit. Alors que la situation était très complexe, instable, vous avez assuré un retour au calme sans qu'il y ait de blessé. Et le bilan aurait pu être bien plus grave. L'Etat a donc répondu présent. Il a affirmé, vous avez affirmé parce que vous l'incarnez son autorité. Cette autorité, nous le savons et vous le savez mieux que quiconque est contestée. Ce n'est pas nouveau. Cela ne date pas des dernières semaines, ni des derniers mois, comme certains voudraient le laisser entendre. C'est une tendance lourde, profonde de nos sociétés modernes. Dire cela, ce n'est pas justifier, expliquer. Ce n'est pas se dédouaner. C'est dire les choses telles qu'elles sont. Il y a les petites incivilités, les délits, les violences, la loi des trafics. Il y a ces tentatives de montée des communautarismes, des fondamentalismes qui essaient de substituer un autre ordre à celui de la République. Il y a, enfin, toutes ces bravades lancées aux forces de l'ordre, aux magistrats, aux enseignants, aux agents des services publics, à toutes celles et tous ceux qui incarnent l'Etat et la puissance publique, la loi. Et nous avons une pensée toute particulière pour votre collègue Yann SAILLOUR, très grièvement blessé à L'Ile-Saint-Denis, voilà un mois. Heureusement, après tant de douleurs, après s'être tant battu, il est à présent hors de danger, même si sa rééducation va être longue. Nous parlons, aujourd'hui, de Moirans, dans l'Isère. Nous pourrions parler de Villiers-le-Bel en novembre 2007 80 policiers blessés, certains visés par des tirs à balle réelle. Il a fallu plusieurs nuits pour rétablir l'ordre. Nous pourrions parler des Mureaux, en mars 2009 ; de Clermont-Ferrand, la nuit de la Saint- Sylvestre, en 2011. Nous pourrions, aussi, parler de Saint-Aignan, un dimanche de juillet 2010, où se sont déroulés des faits semblables à ceux de Moirans. Le procès s'est déroulé en 2012 oui, deux ans plus tard, et pas 48 heures après, comme on voudrait le faire croire ! A-t-on alors accusé l'État de manquer d'autorité ? Non. Nous pourrions, aussi, remonter plus loin en arrière : il y a dix ans précisément, en 2005, la France connaissait des émeutes très graves. En trois semaines : 224 policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers ont été blessés en intervention. Plus de 300 bâtiments incendiés, détruits ou endommagés. 10 000 voitures brûlées. Au plus fort des émeutes, entre le 6 et le 8 novembre, 1 000 voitures ont brulé chaque nuit et j'ai ces images en tête, j'étais alors maire d'Evry dans l'Essonne. Il a fallu prendre des mesures d'exception, l'état d'urgence, en Conseil des ministres, avant de parvenir à rétablir l'ordre républicain. C'était, là aussi, une contestation de l'autorité de l'Etat. Et je ne dis pas cela pour entrer dans je ne sais quelle polémique, mais pour appeler chacun à la hauteur de vue, à la responsabilité, à la décence parfois. Car face à la contestation de l'autorité, il y a deux voies possibles. Celle de l'agitation, des déclarations à l'emporte-pièce, des engagements sans lendemain. Tout cela allant de pair avec une critique permanente de la justice, une remise en cause quotidienne de son indépendance. Et en filigrane, il y a des accusations insupportables qui voudraient que les magistrats soient, selon les cas, « aux ordres » ou au contraire, « imprévisibles », « trop sévères » ou bien « pas assez » ; qui voudraient que les policiers, les gendarmes soient entravés dans leur action. Je le dis : c'est cette démagogie coupable, cette surenchère malsaine qui affaiblissent l'autorité de l'Etat. On ne peut pas laisser accréditer l'idée d'une justice inefficace parce qu'elle prendrait le temps de respecter les règles du procès pénal, plutôt que de condamner dans l'instant, c'est-à-dire dans l'émotion. On ne peut pas jouer avec la sécurité publique, avec la sécurité des Français. L'enjeu est trop important. Il y a une seconde voie. Celle que nous appliquons, celle que suit ce Gouvernement, qui consiste à agir avec constance pour renforcer l'autorité ; qui vise à renforcer en même temps justice et sécurité, qui sont les deux faces d'une même pièce ; à renforcer en même temps ordre et respect des droits, fermeté et bienveillance, efficacité et appréhension de la complexité des situations. Il ne s'agit pas de faire des coups d'éclat. Les Français n'attendent qu'une chose : l'action mais une action déterminée et juste. Ils attendent que les pouvoirs publics fassent preuve d'efficacité, de fermeté, qu'ils fassent preuve d'autorité, mais une autorité forte et réfléchie. Forte parce que réfléchie. Cette autorité a besoin de moyens, de moyens humains et matériels, face à tous les défis ceux du terrorisme, ceux de la délinquance au quotidien, des trafics. Nous créons donc 5 300 postes supplémentaires de policiers et de gendarmes en cinq ans, dont c'est un pic historique 1 632 en 2016. Les moyens de fonctionnement et d'investissement ont été augmentés. Je rappelle que les budgets avaient été réduits de 17 % entre 2007 et 2012. Nous créons également 4 345 postes de magistrats, greffiers, surveillants et conseillers pénitentiaires, personnels de la Protection judiciaire de la jeunesse. Une autorité forte et réfléchie a aussi besoin de moyens juridiques, d'un cadre légal renforcé. La reconstitution du renseignement territorial permet de lutter plus efficacement contre la radicalisation et la menace terroriste. Elle permet, aussi, de mieux lutter contre les bandes violentes, contre l'économie souterraine, contre les violences urbaines. La loi sur le renseignement renforce aussi nos capacités anti-terroristes. Elle donne aux services des moyens opérationnels pour agir avant que des délits ou des crimes ne soient commis. Mais elle ne concerne pas que le terrorisme : elle concerne aussi le hooliganisme, les bandes violentes, l'économie souterraine, c'est-à-dire l'ensemble des violences collectives de nature à troubler gravement la paix publique. La création des zones de sécurité prioritaires dans les territoires, urbains ou ruraux, où l'autorité républicaine est la plus contestée, la refondation du renseignement au cours des trois dernières années sont des chantiers de longue haleine qui visent à affermir l'autorité de l'Etat. Je rappelle aussi que d'importants chantiers de simplification de la procédure pénale ont été ouverts ; ils sont attendus par les policiers et par les gendarmes. J'ai annoncé les dix premières mesures le 14 octobre. Ce chantier devra également être l'occasion de poser la question de l'adoption d'un numéro unique de procédure. L'autorité a besoin, enfin, de transparence sur les résultats des politiques publiques. La sécurité et la justice ne font pas exception. Mais ces résultats doivent être sincères, et non la conséquence de manipulations statistiques réalisées à coup de pression hiérarchique ou de nettoyage des systèmes d'enregistrement. Pour la première fois dans notre pays, l'INSEE et l'Autorité de la statistique publique sont compétentes pour faire appliquer leurs principes en toute indépendance à la statistique de la délinquance. C'est le rôle du service ministériel créé en septembre 2014. Et il faudra aller plus loin encore. Police, gendarmerie, justice et administration pénitentiaire sont les maillons d'une même chaîne pénale. La prochaine étape, c'est l'intégration de leurs systèmes statistiques respectifs. Il est indispensable que la réflexion criminologique dans notre pays puisse se fonder sur des chiffres fiables et cohérents. Et il est indispensable qu'il y ait des faits avérés, attestés, recoupés, sur lesquels tous police, gendarmerie, justice, administration pénitentiaire s'accordent. C'est la condition pour que l'on cesse enfin d'opposer à tout bout de champ forces de sécurité et justice ; pour que le débat public il est légitime puisse se fonder non plus sur des approximations, mais sur la réalité des chiffres et des faits. Des chiffres qui sont le résultat de votre action, ici et partout sur le territoire. Le nombre de cambriolages dans les résidences principales a baissé de 1,9 % entre 2012 et 2014, alors qu'il avait augmenté de 45 % entre 2007 et 2012 ; et nous savons que ces cambriolages jouent un rôle majeur dans le sentiment d'insécurité que peuvent éprouver nos concitoyens. Le nombre de vols à main armée n'a jamais été aussi bas dans notre pays : il a baissé de près de 14 % en trois ans. Le nombre de vols avec violence sans arme à feu a lui aussi baissé d'environ 8 % depuis 2012, après une augmentation de 10 % en cinq ans. Le nombre d'homicides se situe à des niveaux historiquement faibles. Les résultats, ce sont aussi les procédures judiciaires qui, menées avec sérieux, se traduisent par des condamnations. La réponse de l'Etat a été ferme, lorsqu'au cours des dernières années des phénomènes d'émeutes violentes, comme ceux de Moirans, se sont produits. A Amiens-nord ou à Mulhouse, à l'été 2012 j'étais sur le terrain vos collègues ont mené des enquêtes longues et minutieuses, et elles ont abouti à des peines d'emprisonnement ferme de deux à cinq ans. L'autorité de l'Etat, c'est aussi là qu'elle se renforce : dans sa capacité à apporter des résultats pour nos concitoyens. L'Etat doit apporter des réponses. Des réponses, bien entendu, justes, adaptées aux difficultés des situations. Et l'Etat, c'est notre bien commun, ce que nous avons construit pour protéger l'intérêt général, protéger notamment les plus faibles, garantir un avenir pour chacun. Et nous en sommes tous les dépositaires. Chacun a ses droits, mais chacun a aussi ses devoirs. Chacun fait face à sa responsabilité individuelle. Quand on défie l'Etat, quand on le conteste, on s'expose donc à une réponse de la plus grande fermeté. Cet après-midi, dans les rues de Moirans, en compagnie de Bernard CAZENEUVE et d'André VALLINI, en compagnie du maire et des élus, nous avons rencontré les victimes, et nous avons vu l'incompréhension, parfois la colère des habitants. Je le dis et je le répète : les fauteurs de troubles seront poursuivis sans relâche, parce que la justice doit passer. C'est vrai : cela peut prendre du temps. Le procureur de la République a eu la sagesse de le rappeler. Mais avec rigueur, ténacité, détermination, tout sera fait pour que les auteurs de ces dégradations soient identifiés, interpellés, jugés, condamnés et pour que leur peine soit exécutée. Les victimes ont droit à la vérité. Hier, elles ont été conviées au palais de justice pour connaître un premier bilan de l'enquête. Par ailleurs, le nécessaire a été fait, et sera renforcé autant que nécessaire, pour que les procédures d'indemnisation auxquelles les victimes ont droit soient mises en œuvre rapidement, dans un souci de proximité, d'écoute vis-à-vis des victimes, qui ont droit à notre soutien et à notre solidarité. Voilà ce qu'est notre Etat de droit : des forces de l'ordre qui ramènent le calme en quelques heures, une justice qui dirige une enquête avec rigueur, en imposant son temps et ses principes, un parquet qui rend compte de son action aux victimes. Faire croire que l'on peut en un instant désigner les coupables, qu'on peut boucler en trois jours une procédure et un procès, c'est faire preuve d'irresponsabilité. Et c'est, là encore, vouloir affaiblir l'autorité de l'Etat. Mesdames et messieurs, Nous revenons de Moirans. Nous avons parlé aux victimes des violences, et nous avons vu que malgré les jours qui se sont écoulés, le choc, la peur, l'indignation, la colère, les larmes, étaient encore présents dans les yeux des habitants. Quand nous sommes sortis de l'Hôtel de Ville, l'Hôtel de Ville de la République, la maison commune, la population était rassemblée. Il y avait plusieurs centaines de personnes et, parmi elles, quelques individus excités, quelques provocateurs. Je suis allé devant eux pour leur dire simplement que la République ne plie pas. Et puis je suis retourné voir les autres, l'immense majorité des habitants de Moirans, pour leur serrer la main, pour les entendre, et, au fond, leur dire que la République est là, que l'Etat est là. Quand on est un représentant de l'autorité publique et vous l'êtes il faut aller au contact, affronter le réel, affronter la difficulté, avec une grande force, une grande sérénité qui nous anime. Et c'est ce que vous faites tous les jours. La République ne pliera jamais. Elle fera toujours respecter le droit, sans stigmatisation, sans dresser les uns contre les autres. Rien ne justifie jamais les violences rien. Et tous ceux qui les commettent doivent savoir qu'ils seront sanctionnés. Et donc la justice passera à Moirans. Car il s'est passé quelque chose d'important et de grave dans cette ville : on a essayé de substituer la colère, la violence, au respect de la loi ; on a essayé de tordre le bras à la justice, on s'en est pris aux forces de l'ordre, on a donc défié la République. Il ne s'agit pas ici, comme cela a pu être le cas dans un autre discours prononcé à Grenoble, d'opposer les uns aux autres, de stigmatiser, de cibler. Il s'agit de refuser les amalgames ; de dire que la République, son autorité, ce sont les mêmes droits et les mêmes devoirs pour tous, quels que soient l'origine, la religion, le lieu où l'on vit. Et il s'agit de dire ici, simplement, pour que mes compatriotes le comprennent, que la République est généreuse avec tous les citoyens, avec ceux qui souffrent, et qu'elle sera toujours intraitable avec ceux qui la défient, qui ne respectent pas les règles, qui veulent la faire plier par la menace. La République ne plie pas. Et c'est parce qu'elle ne plie pas qu'elle reste ce repère, cet idéal qui nous unit. Nous avons plus que jamais besoin de la force de la République, des valeurs de la Nation et de la France. Nous avons plus que jamais besoin de l'autorité que vous incarnez. Nous avons plus que jamais besoin de l'ordre républicain, qui permet la liberté, la fraternité, l'égalité. Alors, mesdames, messieurs, je compte sur votre engagement, dans ces temps troubles, difficiles pour la France, pour l'Europe et pour le monde avec les grands défis qui sont devant nous, avec les atouts de notre pays, avec les difficultés qui sont les nôtres. Nous avons plus que jamais besoin de dépasser nos querelles, nos divisions, de nous rassembler sur l'essentiel. Et l'essentiel, aujourd'hui, c'est l'autorité et l'ordre républicain qui permettent cette liberté que nous chérissons tous. Alors vive la République ! Vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/189.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/189.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3d06a7e47c8c10fcc45cc1ba832854c78ff8228f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/189.txt @@ -0,0 +1 @@ +Face à un phénomène inédit, nous devons être capables d'une mobilisation inédite. Une mobilisation proprement nationale dans la mesure où l'État y joue le premier rôle mais que les collectivités, les associations, les citoyens eux-mêmes y sont indispensables. Cette mobilisation doit permettre d'intervenir tout au long du processus que constitue la radicalisation. Plus le processus est engagé, et plus la réponse sera régalienne. Plus nous intervenons en amont, et plus il s'agira d'éduquer et de convaincre. C'est à ce titre que mon ministère peut être utile dans cette ambition globale de lutte contre la radicalisation et de promotion des valeurs républicaines. En refusant les raccourcis qui sont souvent des impasses, il faut avoir la lucidité de dire que les quartiers prioritaires sont concernés par ces problématiques de radicalisation. C'est d'ailleurs le sens du comité interministériel égalité citoyenneté qui s'est déjà réuni deux fois. Parce qu'il faut s'adresser en priorité à la jeunesse, parce que les associations et les clubs sportifs sont des relais privilégiés, le Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports se doit d'être en première ligne dans le travail de prévention. Ce travail est nécessairement un travail fin, étayé, et de ce point de vue, je remercie M. le Préfet, Adolphe Colrat, pour la restitution de cet atelier sur l'enjeu que constitue la coordination d'une approche globale. Cette coordination incombera au préfet qui par conséquent conserve une position centrale. Mais la mission évolue quelque peu et consiste à fédérer et outiller les acteurs locaux autour de l'objectif de prévention. Les délégués du préfet vont être mobilisés pour jouer un rôle d'interface entre le niveau local et les cellules de suivi départementales. Ils sont 317 qui interviennent au cœur des quartiers, 180 d'entre eux ont d'ores et déjà été formés à la prévention de la radicalisation, les autres le seront prochainement. L'efficacité de cette prévention repose sur notre capacité à réussir la mobilisation dont je parlais au début de mon propos, c'est-à-dire à multiplier les relais territoriaux et à leur permettre de jouer un double rôle de récepteurs et d'émetteurs, de repérage et d'éducation entendue au sens large. A ce titre, il faut favoriser l'implication des collectivités locales, et en particulier des communes. Nous avons un outil pour le faire : les contrats de ville. Il nous faut aussi davantage solliciter les différents réseaux de la politique de la ville : les médiateurs, les éducateurs, les animateurs, notamment. Les dispositifs de la politique de la ville n'ont certes pas pour vocation première de prévenir la radicalisation mais peuvent utilement y concourir. C'est tout l'objet de l'instruction aux préfets que je vais cosigner aujourd'hui avec le ministre de l'Intérieur. Les préfets doivent en effet pouvoir s'appuyer sur un réseau de professionnels intervenant pour l'accompagnement des jeunes et des parents. Pour résumer, nous devons resserrer les mailles de la République. Cela passe, vous l'avez compris, par davantage d'acteurs concernés, impliqués, mais aussi par une présence étendue dans le temps. Il faut davantage investir nos quartiers dans les moments où les services publics sont en retrait, en soirée et le week-end, afin de ne pas laisser la place aux organisations communautaristes et aux militants de la radicalisation. Je vous remercie par avance pour la mobilisation de chacun dans cette politique de prévention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/190.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/190.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..247d220f7cb0f92430d0c30d8b108067383093f3 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/190.txt @@ -0,0 +1 @@ +C'est un plaisir de vous retrouver aujourd'hui puisque cela fait un an que nous travaillons ensemble sur l'aide à la parentalité et sur la question de la radicalisation. Nous l'avons dit et c'est là un point crucial sur lequel je souhaite insister : rien ne peut se faire sans les familles, qui sont en première ligne, à la fois pour le repérage et également pour la prévention de l'endoctrinement, de l'embrigadement. Elles sont d'ailleurs le partenaire privilégié lors des prises en charge. Parce qu'elle va à l'opposé de ce que fait Daesh, c'est-à-dire la déshumanisation, la famille est le lieu où l'on réhumanise l'individu, où on lui rend son identité propre, sa place, sa singularité. Lorsque le jeune quitte son nom d'état civil pour recourir à un nom d'emprunt, il y a toujours un endroit où on continuera à l'appeler Léa, Benjamin, Medhi ou Sabrina. Cet endroit, c'est sa famille. Les parents dressent une limite à la déshumanisation, à la perte d'identité qui est une des caractéristiques de cet endoctrinement. Nous avons identifié plusieurs types de familles avec à la fois des besoins et des ressources différentes. Les jeunes qui sont accompagnés et font l'objet d'une prise en charge, les jeunes qui ne sont pas pris en charge car ils n'ont pas rencontré les professionnels des structures adaptées, les jeunes qui ne sont pas pris en charge car ils sont déjà en Syrie. Il est urgent d'identifier nos outils pour soutenir ces familles. Il est urgent de renforcer le travail avec les familles et de les rendre acteurs de la prévention. En effet, je tiens absolument à attirer l'attention de tous sur le fait que ces familles connaissent très bien les processus d'embrigadement ; elles sont devenues expertes en ce domaine car elles ont passé des nuits sur internet à essayer de comprendre ce qui est arrivé à leur enfant. Que s'est-il passé pour que ce processus qui avait commencé par une plus stricte observance des règles religieuses ou par une conversion à l'Islam aboutisse à ce que le jeune échappe totalement aux valeurs qui lui ont été transmises ? C'est à partir de l'identification de ces différentes familles que nous avons mis en place nos outils : Premier outil : les Caisses d'Allocations Familiale (CAF) et ses 7 500 agents travailleurs sociaux qui sont en contact avec ces familles. La CNAF a formé et désigné dans chaque caisse un référent radicalisation qui sert de personne ressource pour les autres travailleurs sociaux de leur caisse Deuxième outil : l'importance des aides à la parentalité mises en œuvre par les CAF, les mouvements familiaux, les centres sociaux, toutes les structures que les familles sont amenées à fréquenter. Il faut se servir des connaissances que nous possédons déjà sur les familles qui sont totalement réadaptables pour aider les familles dans la prévention de la radicalisation Troisième outil : la prévention par les pairs. Lorsque les parents ont repéré le problème et sont dans une situation de vigilance, ils n'appellent pas forcément pour autant le numéro vert. Pour encourager les familles à solliciter le numéro vert, nous avons identifié un besoin intermédiaire entre les familles et le numéro vert. Nous œuvrons ainsi à mettre en place une prévention communautaire, une prévention par les pairs, en s'appuyant sur les familles victimes qui deviennent acteurs de la prévention. Nous soutenons la constitution d'une association nationale des familles victimes de radicalisation. Cette association a vocation à promouvoir les groupes de parole, l'échange d'expérience, le travail sur les fratries. Ces familles se sentent coupables. Il faut lever cette culpabilité, pour les aider et parce qu'elles peuvent nous aider, il faut qu'elles soient utiles, il faut qu'elles soient associées aux dispositifs. Il existe un réel besoin chez ces familles de réparer ce que leur enfant a brisé. Nous soutenons la création d'une telle association, en lui donnant des moyens et en encourageant sa mise en réseau. Enfin, en parallèle, il est indispensable de créer de l'expertise, du savoir, de la recherche sur ce processus de radicalisation et son impact sur les familles, les fratries... Il faut que les sciences humaines de manière pluridisciplinaires se mobilisent. Nous en avons besoin car c'est à la fois une course de vitesse et une course de fond. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/191.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/191.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..82d7470b1ef35e5f8e4e82a8fc8a56d45b309cf6 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/191.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le ministre, Mesdames les ministres, Mesdames, Messieurs, Je sais que la salle est remplie d'abord d'éminences et ensuite de personnes très spécialistes et je salue chacun en vos grades et qualités. Je souhaite d'abord saluer l'initiative de cette journée qui vous a permis de croiser vos expériences, de croiser des cultures professionnelles différentes et de se poser sur le sujet de façon différente car c'est un défi colossal qui nous est lancé. La réaction immédiate et logique est évidemment de voir comment sanctionner, mais il nous faut aller au-delà et nous l'avons compris très vite. Face à cette radicalisation violente à laquelle nous sommes confrontés, nous avons pris la mesure des choses. Nous avions déjà pris des initiatives avant le premier plan gouvernemental interministériel d'avril 2014, chacun d'entre nous dans nos champs de compétences respectives, puis le plan de renforcement de cette mobilisation gouvernementale qui a été présenté par le premier ministre en janvier 2015. Nous avions pris des initiatives dans nos domaines respectifs parce que nous avions pris la mesure de ce défi. Notre responsabilité est bien évidemment de protéger la société, de la protéger contre toutes les violences et celle-là en particulier. Lorsque la violence, lorsque la menace vient de l'extérieur, la société fait bloc, elle s'organise, elle prend sa défense et elle construit une politique de réaction et de contre-offensive. Lorsque la menace éclot en son sein cela est plus compliqué, d'une part parce qu'elle interroge la société sur la part d'elle-même qui a fini par se transformer en menace, ensuite elle fragilise la société puisqu'elle l'installe dans un certain doute, le doute sur elle-même d'une part, mais le doute aussi sur ce qui peut advenir d'elle-même à partir de chez elle. Nous sommes donc collectivement dans une situation de plus grande vulnérabilité que si nous avions à faire face en bloc à une menace extérieure. Il nous faut donc une méthode, qui soit une méthode bien construite, bien élaborée, une méthode qui a fait ses preuves et qui puisse faire ses preuves. Pour ce qui concerne la justice, nous avons choisi de nous fixer comme objectif de vraiment gagner la bataille sur le terrain du recrutement. Il y a les réponses répressives évidemment, il y a toutes les dispositions préventives à faire mais cet objectif de gagner la bataille sur le terrain du recrutement est un objectif essentiel parce que c'est lui qui peut nous donner des résultats durables, des résultats pérennes. Nous avons vraiment pensé la méthode de contre-offensive. Cette méthode repose sur des principes, le premier est de comprendre, de savoir, de façon à analyser. Au ministère de la justice nous avons choisi d'agir ainsi puisque, notamment pour d'autres grandes politiques publiques comme la politique pénale de lutte contre la récidive ou la politique sur la justice des mineurs, nous avons mis en place une méthode rigoureuse. La première démarche est de mesurer les choses, de connaître les faits et les données de la façon la plus précise et rigoureuse possible. C'est ce qui permet après de concevoir des outils performants que l'on peut mettre à la disposition des professionnels, de celles et de ceux qui non seulement vont déployer sur le territoire leur capacité de prise en charge, d'intervention et de détection, mais surtout, qui, à partir de ces éléments solides et établis, à partir de ces éléments et des outils performants mis à leur disposition, peuvent eux-mêmes innover, avoir la souplesse intellectuelle suffisante pour que sur cette assise solide ils puissent réagir aux situations auxquelles ils sont confrontés. C'est ainsi que nous avons fortement mobilisé la recherche comme nous le faisons dans d'autres domaines. Nous avons un groupement d'intérêt public et une mission de recherche « Droit et Justice » qui travaille étroitement avec Xavier Crettiez, professeur de sciences politiques, en partenariat avec l'Institut National des Hautes Études sur la Sécurité et la Justice (INHESJ). Cette mobilisation de la recherche nous permet d'être sûrs des éléments tangibles concrets sur lesquels nous travaillons. La question des profils est primordiale. Il y a 18 mois encore, certains pensaient qu'il y avait un profil type composé de jeunes désocialisés, avec des parcours chaotiques, ayant fait un passage en prison. Nous savons maintenant que les profils sont beaucoup plus diversifiés que cela. Cela rend l'emprise sur le phénomène plus complexe, en effet ces jeunes ne sont pas tous désocialisés, certains d'entre eux ont eu des parcours d'études exemplaires, ils n'ont pas tous été incarcérés. Nous savons, et le chiffre est stable depuis 2 ans, que 15 % des personnes impliquées dans des activités terroristes ont eu un antécédent carcéral ce qui signifie que 85 % d'entre eux ont été radicalisés en-dehors de la prison. Nous constatons également une grande disparité au niveau des milieux sociaux, que le rapport familial à la religion est divers puisque nous savons qu'il y a des familles athées, des familles catholiques, des familles protestantes, où des jeunes sont rapidement convertis et passent rapidement à l'acte ou passent rapidement dans le processus actif de départ et d'action. Les derniers chiffres montrent que près de la moitié des individus signalés au centre national d'assistance sont des personnes converties. Cela nous interroge évidemment sur le rapport à la religion, le rapport familial, le rapport personnel, mais aussi l'esbroufe qui consiste à nous faire croire que c'est un projet religieux, que le ressort est confessionnel alors que c'est incontestablement un projet politique, un projet politique de destruction et de dévastation, mais bien un projet politique. Le pôle antiterroriste de Paris, créé en 1986, a accumulé à travers le temps de l'expérience, qui a pris du recul par rapport à cette expérience et qui a une maîtrise de la connaissance. Nous sommes devant une entreprise nouvelle, d'un type nouveau. Il y a vraiment une autorité extérieure qui donne des ordres, qui a une stratégie, qui a une force de frappe incontestable, des moyens d'actions, des portions de territoires maîtrisées, des ressources, des capacités financières, une logique logistique, des moyens militaires. Nous sommes donc face à un véritable projet de destruction avec des consignes, avec une utilisation technologique des nouvelles technologies, du réseau internet qui est également très importante et très créative ; c'est une intimidation de masse. L'expérience des Juridictions Inter-Régionales Spécialisées (JIRS) nous est également précieuse parce que nous connaissons la porosité entre criminalité organisée et action terroriste organisée. Par ailleurs, nous avons mis en place un réseau de magistrats référents antiterroristes qui existe dans tous les Tribunaux de Grande Instance et que nous avons installés en décembre 2014. Composés de magistrats formés, ils partagent et mutualisent les informations, sont les correspondants réguliers du pôle antiterroriste de Paris, interviennent au niveau départemental, ils sont des coordonnateurs. Sur la jeunesse, les jeunes qui sont identifiés sont pris en charge, placés sur décision du juge des enfants. Soit ils sont suivis au pénal dans le cadre de l'ordonnance de 1945, soit ils font l'objet d'une décision d'assistance éducative, puisque les juges des enfants ont cette double compétence civile et pénale. Pour ces jeunes évidemment il faut une prise en charge spécifique. Nous avons mis en place au sein de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) une mission nationale de veille et d'information. Cette mission permet d'apporter une assistance au réseau de professionnels et de faire remonter les informations. Cette remontée d'informations montre que 218 jeunes ont été identifiés soit comme radicalisés, soit en voie de l'être, soit exposés à la radicalisation du fait, par exemple, de la radicalisation de leurs parents. Une centaine de ces jeunes sont suivis dans le cadre pénal, 52, dont 31 filles, font l'objet d'assistance éducative, 64 sont exposés du fait de la radicalisation de leurs parents. Quelles actions avons-nous mises en place pour ces jeunes ? Des actions à caractère pédagogique, collectives. Il est important d'arriver à déconstruire le discours de la radicalisation pour le détruire. Le déconstruire, c'est le remonter de façon à en percevoir les ressorts et montrer à ces jeunes sur quoi repose cette emprise sectaire à laquelle ils sont exposés. Ce travail se fait évidemment sur le pouvoir de l'image, sur l'utilisation d'internet, sur tout ce qui est utilisé de façon à les absorber. Nous avons également des actions qui visent une prise en charge individuelle de ces jeunes. La PJJ qui travaille avec le pôle antiterroriste de Paris est en train de finaliser un protocole notamment pour ajuster le suivi dans le cadre du contrôle judiciaire. Nous travaillons également sur des stages de déradicalisation. Nous avons décidé un vaste plan de formation pour tous les personnels de la PJJ et pour tous les personnels du secteur associatif habilité. D'ici à la fin de l'année nous aurons formé 4 500 personnes, l'objectif est de former 11 000 personnes d'ici à 3 ans. D'autre part, la formation se déploie aussi au quotidien dans la pratique professionnelle, je pense ici aux journées d'études, aux conférences, aux colloques, qui se tiennent avec d'autres institutions, avec d'autres partenaires. Une douzaine a déjà eu lieu. Dans certaines régions, tous les psychologues et les associations du secteur habilités se retrouvent toutes les six semaines et font remonter leur expérience, mutualisent, partagent et construisent ensemble des modèles de prise en charge. Enfin, nous conduisons ces jeunes vers des activités qui leur permettent de saisir ce ressort y compris en milieu ouvert. Nous avons donc procédé à un recrutement important au niveau de la PJJ et nous avons mis en place sur l'ensemble du territoire un réseau de référents laïcité et citoyenneté, qui intervient sur les questions de laïcité, de citoyenneté, des institutions de la République, de l'emprise sectaire, de l'enseignement des religions et qui intervient aussi bien auprès des encadrants, des professionnels, qu'auprès de ces jeunes. Le défi est immense, il est colossal, nous sommes engagés dans une course de vitesse, dans une course contre la montre. Parce que nous sommes engagés dans un État de droit, nous avons des règles, des procédures, nous respectons des principes, nous travaillons sur la base d'une éthique, et en même temps nous devons être efficaces, en même temps nous devons aller plus vite, en même temps nous devons avoir une action à la fois massive, et extrêmement fine. C'est ce défi colossal que nous avons devant nous, et je sais que la qualité du travail que vous accomplissez au quotidien, la qualité de la réflexion que vous conduisez, constitue la ressource la plus précieuse qui nous permettra de répondre à ce défi d'une part, mais surtout de gagner, et de gagner notamment la bataille sur le terrain du recrutement. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/192.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/192.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d697850f1d9c6046014213c2cee9ad175978041b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/192.txt @@ -0,0 +1 @@ +La radicalisation, c'est un phénomène de marginalisation au sein de notre société. Elle concerne des individus qui ne se retrouvent plus dans le fonctionnement du vivre-ensemble et qui refusent de s'investir dans un travail, à l'école, dans des associations. Ma conviction profonde est que la radicalisation est un processus qui trouve pour partie sa source dans l'environnement de la personne concernée. Cet environnement la fragilise, la plonge dans une spirale où seule la pensée extrémiste, facilement accessible sur internet, apparaît comme une réponse. La radicalisation, c'est donc aussi l'absence d'opportunités et d'avenir. Et c'est ce qui peut pousser de nombreux jeunes français, déboussolés, à rejoindre des groupes ou à quitter le territoire pour des zones de combats. Face au repli sur soi et à la désespérance, le ministère du Travail et ses réseaux - Pôle Emploi et les missions locales tout particulièrement - offrent des possibilités d'accompagnement et de prévention. Ils sont une des clés pour répondre à l'isolement des personnes et les ramener sur le chemin de l'insertion sociale et professionnelle. Le service public de l'emploi doit prendre toute sa part dans la politique de prévention contre la radicalisation. Parce qu'il est au contact d'une grande partie de la population qui se trouve en difficulté, le service public de l'emploi doit jouer un rôle actif pour prévenir la radicalisation. Cela passe par identifier, alerter, recueillir des informations sur les situations sensibles qui doivent ensuite être prises en compte par les services compétents. Depuis le milieu de l'année 2014, Pôle Emploi est représenté aux réunions des comités départementaux de prévention et de suivi dans le cadre du plan de lutte contre la radicalisation violente et les filières djihadistes. Cette instance est un lieu d'échanges informels sur des cas individuels qui nécessitent une vigilance particulière. Par ailleurs, les missions locales sont elles aussi engagées dans une démarche de prévention. Une convention sera prochainement signée avec les structures qui représentent les missions locales (CNML et UNML), pour organiser la formation de leurs responsables dans les territoires, le signalement et la prévention des risques de radicalisation. Cette coopération du service public de l'emploi, avec les Préfets notamment, est essentielle. Elle permet de faire remonter l'information et de définir une prise en charge spécifique des jeunes identifiés. L'État a une immense responsabilité : redonner une place dans la société à ceux qui s'en sont écartés et favoriser leur insertion. Vous l'avez rappelé dans vos interventions : l'ensemble des compétences locales sont mobilisées, aux côtés des services de l'État (l'Éducation nationale, la police, la gendarmerie, la PJJ mais aussi le service public de l'emploi). Entreprendre des actions concrètes, repérer et proposer aux jeunes des parcours de réinsertion, c'est éloigner le risque de radicalisation. Car les jeunes en voie de radicalisation sont souvent des jeunes décrocheurs qui ont quitté le système scolaire sans atteindre un réel niveau de qualification, qui n'ont pas réussi leur insertion sur le marché du travail et qui n'ont pas bénéficié d'un accompagnement pour résoudre leurs difficultés. C'est pourquoi il est essentiel que ces personnes aient accès à nos dispositifs d'insertion professionnelle. Il faut de l'agilité, des solutions « cousues main », une offre adaptée à la situation de chaque personne, parmi lesquels on trouve : L'accompagnement individualisé : au cœur des quartiers prioritaires de la politique de la ville, nous avons créé 700 postes de conseillers « Accompagnement Intensif des jeunes ». Ils sont des interlocuteurs indispensables pour concevoir une réponse globale qui prenne en compte toutes les facettes d'une situation individuelle difficile ; •La garantie jeunes : lors de la conférence sociale du 19 octobre 2015, nous avons proposé la généralisation du dispositif à tous les territoires volontaires. D'ici à 2017, ce sont 100 000 jeunes qui bénéficieront du dispositif ; L'Etablissement Public d'Insertion de la Défense (EPIDE) : 18 centres en France assurent l'insertion sociale et professionnelle durable des jeunes en difficulté scolaire, sans qualification et emploi et en risque de marginalisation ; L'école de la deuxième chance : près de 15 000 jeunes sans qualification y sont accueillis ; Et pour les jeunes qui reviennent des zones de conflit : nous devons mettre en place une structure travaillant à la réinsertion et à la citoyenneté. Les services du ministère et l'EPIDE y travaillent d'arrache-pied, en liaison avec le SG-CIPD, pour qu'un centre dédié puisse ouvrir en 2016. Lorsqu'un jeune se sent perdu, nous ne pouvons rester sans rien faire. Car c'est justement lorsqu'il remet en cause sa place dans la société qu'il risque d'entrer dans la radicalisation. Chacun a un droit à la nouvelle chance. C'est le sens des dispositifs que je viens d'évoquer. Ils permettent d'abord de s'insérer professionnellement mais aussi, de retrouver les valeurs de la vie en communauté. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/193.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/193.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..750849f09d0503222b524f9513d2dd3a6547268a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/193.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs les Préfets, Monsieur le Préfet, Secrétaire général du Comité interministériel de Prévention de la radicalisation, Mesdames et Messieurs les directeurs et représentants des services de l'Etat, Mesdames et Messieurs les représentants des associations, Mesdames et Messieurs, Je veux tout d'abord vous souhaiter la bienvenue au ministère de l'Intérieur et vous remercier d'avoir accepté de participer à cette grande journée de réflexion consacrée à la prévention de la radicalisation. C'est en effet la première réunion de ce type que nous organisons Place Beauvau, avec l'ensemble des acteurs concernés, les acteurs publics comme les acteurs associatifs. Comme vous le savez, le Gouvernement a très tôt pris la mesure du phénomène inédit que constitue la radicalisation violente de centaines de nos concitoyens sur fond d'engagement djihadiste, et il s'est efforcé de lui apporter un ensemble de réponses coordonnées. L'événement qui nous rassemble aujourd'hui est donc d'abord l'occasion de dresser un premier bilan de ce qui a été accompli au cours des derniers mois, alors que la menace terroriste qui pèse sur notre pays demeure à un niveau très élevé. Si nous agissons sans relâche pour entraver les actions terroristes et traquer leurs commanditaires, il est également nécessaire que nous intervenions en amont pour prévenir les phénomènes d'endoctrinement et de radicalisation qui peuvent conduire à un passage à l'acte violent. Car nous le savons bien : l'indispensable réponse sécuritaire n'est pas à elle seule suffisante. Face à la menace que représentent les filières djihadistes, la prévention de la radicalisation constitue cependant un domaine d'intervention relativement récent du moins en France. Il n'existait pas à l'époque où nous luttions contre les premières générations de terroristes djihadistes, liés au GIA et à al-Qaïda, qui présentaient des caractéristiques très différentes. Ce n'est que progressivement qu'est apparue la nécessité de comprendre le processus qui amène des groupes et des personnes à basculer dans l'action terroriste, afin de pouvoir agir en amont de ce basculement fatal. La France n'est pas, du reste, le seul pays concerné. Le même phénomène se rencontre en effet dans la plupart des pays européens, mais aussi aux Etats-Unis, au Canada et en Australie, ce qui explique que, parmi les quelques 20 000 combattants étrangers présents aujourd'hui en Irak et en Syrie, l'on dénombre environ 5 000 Européens venus de France, d'Allemagne, de Belgique, du Royaume-Uni, du Suède ou d'Espagne. Chacun de ces pays a ainsi mis en place ses propres dispositifs de prévention de la radicalisation, et une approche comparatiste nous montre que nous ne sommes pas les moins avancés, loin de là, dans la réflexion sur le sujet, même si, bien entendu beaucoup reste à faire. Dès le mois d'avril 2014, le Gouvernement a ainsi mis en place un plan de lutte contre la radicalisation violente et contre les filières djihadistes qui comprenait non seulement un renforcement de notre dispositif antiterroriste que vous connaissez et sur lequel je ne reviens donc pas mais aussi un important volet préventif. Cette action constitue une priorité absolue, non seulement parce que la sécurité des Français est en jeu, mais aussi parce que c'est le destin de nombreuses familles qui bascule lorsqu'elles sont frappées par la radicalisation d'un enfant ou d'un parent. Une famille dont un enfant part en Syrie est une famille brisée, rongée par la crainte, la culpabilité et le désarroi. N'oublions pas qu'à ce jour 141 personnes, souvent jeunes, ont perdu la vie après avoir rejoint les organisations terroristes sur le front irako-syrien. Nous devons donc tout faire pour aider et accompagner ces familles désespérées, comme nous avons le devoir de tout entreprendre pour prévenir de telles dérives mortifères et pour sauver celles et ceux qui ont sombré dans le fanatisme et la radicalisation. Les retours d'expérience des acteurs de terrain que vous êtes sont donc particulièrement précieux et doivent nous aider à améliorer l'efficacité globale de notre dispositif. C'est là l'objectif de cette journée qui nous rassemble au ministère de l'Intérieur. Pour lutter efficacement contre le phénomène de la radicalisation violente, nous devons d'abord faire en sorte d'en connaître les ressorts et les motivations, les étapes et les processus qui y conduisent certains de nos concitoyens. Nous savons désormais que la menace à laquelle nous sommes confrontés a changé de nature. Longtemps, nous avons dû faire face à des cellules terroristes étanches qui le plus souvent venaient de l'étranger pour commettre des attentats sur notre sol avant de s'en retourner dans leur pays d'origine. Or, aujourd'hui, nous constatons que le risque provient de personnes qui sont nées ou qui ont grandi parmi nous et qui, au terme d'un processus de radicalisation, tombent dans le fanatisme et la violence armée. Parmi elles, beaucoup rejoignent les organisations terroristes présentes en Syrie et en Irak 571 de nos concitoyens sont ainsi actuellement dans cette situation. Une fois endoctrinés et entraînés à tuer par DAESH et le Front al-Nosra, branche locale d'al-Qaïda, la plupart d'entre eux représenteront un risque sécuritaire majeur à leur retour. Pas moins de 246 personnes parties sur le théâtre des opérations sont d'ores et déjà revenues en France. Il est donc essentiel que nous connaissions de façon aussi précise que possible la composition et les évolutions de cette population, ce qui ne va pas sans difficultés en raison de la grande variété des profils des personnes radicalisées ou en voie de radicalisation. Que constatons-nous ? Certaines de ces personnes sont des délinquants de droit commun qui ont notamment pu se radicaliser au cours d'un séjour en prison ou au contact d'activistes islamistes aguerris. D'autres sont des jeunes issus des milieux populaires qui se trouvent en situation d'échec social et de fragilité psychologique, animés par un sentiment de frustration et parfois de haine à l'égard de la société où ils ont grandi et dont ils se sentent rejetés en raison de leurs origines. Un goût pour les théories du complot véhiculées sur Internet, mais aussi le sentiment que les musulmans, où qu'ils se trouvent, sont menacés ou maltraités, peuvent également jouer un rôle dans le processus de radicalisation. Mais d'autres encore, qui ne semblent pas du moins en apparence en butte à des problèmes d'insertion dans la société et qui sont souvent issus des classes dites moyennes ou supérieures, se disent « en quête de sens » et pensent trouver une réponse et une issue à leur malaise identitaire dans un islam dévoyé. Leur engagement peut dès lors traduire, d'une façon extrême, une ambition de participer à un changement radical du monde dans lequel ils vivent et qui ne les satisfait pas. Certains d'entre eux développent ainsi une conception fantasmée de la « révolution islamiste », nourrie par la propagande habile que DAESH diffuse sur Internet et sur les réseaux sociaux. C'est dans cette troisième catégorie que l'on rencontre le plus grand nombre de convertis de fraîche date qui d'une manière générale sont nombreux parmi les personnes radicalisées. Leur culture religieuse est sommaire et même, la plupart du temps, inexistante. Les filières djihadistes cherchent tout particulièrement à recruter ces convertis parce qu'ils connaissent la culture occidentale de l'intérieur et qu'ils permettent de nourrir leur propagande. C'est notamment ainsi qu'il faut comprendre la mise en scène de criminels à visage découvert, soigneusement choisis parmi toutes les nationalités présentes sur le théâtre des opérations, pour figurer dans certaines vidéos macabres d'exécutions de masse. Nous constatons également que, parmi les personnes radicalisées, nombreux sont les mineurs, des adolescents parfois en rupture avec leur milieu familial, parfois au contraire ne laissant rien soupçonner à leur entourage de la crise qu'ils traversent. Il s'agit là d'un véritable changement par rapport aux djihadistes des générations précédentes. Parmi les personnes radicalisées que nous avons identifiées, 16 % ont en effet moins de 18 ans, et 85 de ces mineurs ont même rejoint les organisations terroristes en Irak ou en Syrie. Enfin, un quart des personnes radicalisées identifiées sont des femmes, et 199 d'entre elles sont actuellement présentes dans la zone irako-syrienne. Certaines sont attirées par un argumentaire humanitaire fallacieux mettant en avant la nécessité d'aider les enfants victimes des crimes hélas bien réels du régime de Bachar EL-ASSAD. D'autres accompagnent ou cherchent à rejoindre leur compagnon engagé aux côtés des djihadistes, quand elles ne sont pas virtuellement mariées à distance, puis attirées sur place pour finir enfermées et maltraitées, parfois même réduites en esclavage sexuel. Aux motivations d'ordre social (le ressentiment, la quête de l'aventure) ou bien idéologique, il faut également ajouter des facteurs d'ordre psychologique, voire psychiatrique, que nous ne saurions non plus négliger. A ce jour, en effet, 103 personnes que nous avons identifiées comme radicalisées ou étant sur la voie de la radicalisation font l'objet d'un suivi médical, 62 ayant même dû être hospitalisées. En définitive et quelles que soient leurs motivations propres, toutes les personnes concernées sont la proie de prosélytes d'autant plus actifs qu'ils décèlent des fragilités chez celles et ceux qu'ils manipulent. Elles se retrouvent ainsi victimes d'un véritable embrigadement qui n'a d'autre objectif que de réduire autant que faire se peut la part d'humanité et d'individualité qui leur est propre pour mieux obtenir d'elles une obéissance totale au groupe auquel elles adhèrent. Il est donc important que, pour chaque personne considérée, nous ne nous trompions point de diagnostic. Cette population d'environ 2 000 individus, dont le nombre va croissant, représente globalement, comme je l'ai dit, un risque sécuritaire majeur. Pour autant, elle ne constitue pas à proprement parler un phénomène « de société » et encore moins un courant, même marginal, de l'islam de France, dont je rappelle que tous les responsables ont au contraire condamné avec la plus grande fermeté les crimes de DAESH, soulignant que les musulmans en sont les premières victimes. Nous connaissons donc aujourd'hui beaucoup mieux qu'auparavant le phénomène de la radicalisation violente dans toute sa complexité. Nous sommes également capables d'en identifier plus aisément les symptômes et de détecter une trajectoire de radicalisation. Depuis le mois d'avril 2014, nous avons ainsi mis en place plusieurs outils qui nous permettent de gagner en efficacité dans le travail de repérage des personnes concernées. Nous avons d'abord élaboré une grille d'indicateurs du basculement dans le fanatisme et la radicalisation violente. Ce référentiel est le fruit d'un travail scientifique particulièrement rigoureux, conduit notamment par le Secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délinquance (CIPD), l'Unité de coordination de la lutte anti-terroriste (UCLAT), la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), la Direction de l'administration pénitentiaire, l'Education nationale, en étroite collaboration avec la Fédération française de psychiatrie. A cet égard, je veux saluer la grande qualité du travail réalisé par les uns et les autres, et remercier chaleureusement le préfet Pierre N'GAHANE, qui l'a coordonné, ainsi que l'ensemble des équipes du Secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délinquance, qui ont largement contribué à concevoir et à mettre en œuvre notre politique de prévention de la radicalisation violente. Adressée dès le 17 septembre dernier aux services déconcentrés de l'Etat sur l'ensemble du territoire national, notre grille d'indicateurs de basculement permet d'identifier aussi bien les « signaux forts » que les « signaux faibles » révélant une dérive fanatique, de telle sorte que nous pouvons établir un diagnostic et proposer une prise en charge adaptée à chaque cas. Il est donc absolument indispensable que toute personne dont on est certain, ou bien dont on craint qu'elle n'ait basculé dans la radicalité, soit signalée aux structures compétentes. L'ensemble des acteurs publics et des acteurs associatifs qui travaillent auprès des jeunes doivent participer à cette tâche d'identification et de prise en charge des personnes concernées. En effet, tout phénomène de radicalisation qui ne serait pas repéré ni suivi par un service spécialisé, quel qu'il soit renseignement, services sociaux, aide psychologique, constitue une menace pour la personne concernée et pour la société, une menace susceptible de préfigurer un basculement dans une violence extrême. Pour renforcer nos procédures de signalement, nous avons ainsi créé un dispositif reposant sur une architecture claire. Tout d'abord, voici plus d'un an et demi, nous avons mis en place une structure spécifique, le Centre national d'assistance et de prévention de la radicalisation. Avec l'aide de l'UCLAT, qui a mobilisé toute son expertise, nous lui avons adossé une plateforme téléphonique nationale regroupant une équipe de professionnels formés à écouter, rassurer et orienter les familles confrontées au phénomène de la radicalisation. Ces dernières bénéficient ainsi d'un soutien précieux et peuvent signaler les risques de départ en Syrie ou en Irak quand l'un de leurs proches est sur le point de quitter le territoire. Cette plateforme a désormais atteint sa pleine maturité opérationnelle. A ce jour, 3 800 signalements pertinents, très exactement, ont été ainsi recensés par le Centre national. Ce dispositif, à la fois simple et inédit, s'est donc révélé particulièrement efficace. Ensuite, chaque signalement est communiqué au préfet concerné en fonction du lieu de résidence de la personne signalée afin que nous puissions la prendre en charge. Dans chaque département, nous avons en effet mis en place une « cellule de suivi et de prévention de la radicalisation », pilotée par le préfet et le procureur de la République. Ces cellules réunissent l'ensemble des services de l'Etat concernés protection judiciaire de la jeunesse, Education nationale, services sociaux, autres services, ainsi que leurs partenaires, parmi lesquels les collectivités locales et les acteurs associatifs jouent un rôle déterminant. Elles prennent en charge les personnes radicalisées ou en cours de radicalisation, leur proposant des protocoles de désengagement et des dispositifs de réinsertion individualisée. La pleine coopération de tous les acteurs mobilisés est évidemment la clé de l'efficacité. L'objectif poursuivi par ces cellules de suivi est de collecter l'ensemble des signalements qui concernent leur département. Par là même, chacune d'entre elles constitue, sur son ressort territorial, la seule et unique structure qui soit en mesure de dresser un diagnostic de radicalisation et de désigner le service compétent censé intervenir. Enfin, en juin dernier, nous avons créé un Etat-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT) dont le rôle est de coordonner, d'animer et de contrôler à l'échelon central le suivi des personnes radicalisées pour s'assurer que celui-ci est bien effectif. Pour ce faire, l'EMOPT réunit désormais des représentants de tous les services impliqués dans la lutte contre le terrorisme, qui organisent le partage de l'information et le travail en commun. Son rôle est donc complémentaire de celui de l'UCLAT, qui participe à cet état-major, et qui développe par ailleurs l'expertise indispensable à la compréhension de la radicalisation. De son côté, l'EMOPT, dont j'ai confié le pilotage au préfet Olivier DE MAZIÈRES et qui est directement rattaché à mon cabinet, centralise les informations collectées, s'assurant ainsi de leur fiabilité et de leur exhaustivité. Les préfets disposent ainsi, avec l'EMOPT, d'un interlocuteur vers lequel ils peuvent se tourner pour orienter leur propre action sur le terrain. Je n'entends donc pas vous l'aurez compris que l'on se limite à une approche purement chiffrée et statistique de la radicalisation. Compte tenu des menaces qui pèsent sur notre pays, nous devons sans cesse actualiser nos connaissances des phénomènes en question. Avec le CIPD, le Centre national d'assistance et de prévention de la radicalisation, avec l'UCLAT, avec les cellules départementales de suivi et avec l'EMOPT, nous disposons d'un dispositif qui est à mes yeux clairement structuré autour de correspondants bien identifiés et d'une feuille de route partagée par tous les services concernés, au plan national comme à l'échelon territorial. Bien entendu, aussi nécessaire soit-il, le suivi des cas de radicalisation par les services spécialisés de l'Etat ne constitue pas la totalité de notre réponse. Au titre du Fonds interministériel de prévention de la délinquance, 6 millions d'euros sont ainsi actuellement consacrés au suivi de 1 213 jeunes radicalisés et à l'accompagnement de 620 autres. Par ailleurs, nous avons mis en place, en mai dernier, une équipe mobile d'intervention. Pilotée par Dounia BOUZAR, que je salue, cette équipe intervient directement sur le terrain à la demande des préfets pour traiter les situations individuelles les plus difficiles. Partout où elle est mobilisée, elle prépare et assure un transfert de compétences aux acteurs locaux pour qu'après son départ l'action entreprise puisse se poursuivre. A ce jour, grâce à une méthode innovante, elle a déjà pris en charge une cinquantaine de personnes dont elle continue d'assurer le suivi attentif après les avoir détournées de la logique de radicalisation dans laquelle elles s'étaient enfermées. Parallèlement, nous nous efforçons d'élaborer un contre-discours efficace qui insiste sur la réalité des actes barbares commis par DAESH pour contrer les mensonges de la propagande diffusée par ce type d'organisation terroriste. C'est l'objet du travail entrepris par le Service d'information du gouvernement, en coordination avec différents acteurs scientifiques et spécialisés. Le rôle et les capacités de chacun sont donc parfaitement identifiés, ainsi que les complémentarités et les relais existant entre les différents acteurs de l'Etat, les collectivités territoriales et les acteurs du milieu associatif. Face au phénomène de la radicalisation, nous avons donc agi sans tarder et nous avons collectivement mobilisé des moyens importants pour faire obstacle à la politique de recrutement criminelle engagée par DAESH. Nous avons ainsi collectivement pu empêcher de nombreux départs vers la Syrie et l'Irak, puisque près de 200 interdictions de sorties du territoire ont été prononcées et que bien d'autres candidats potentiels au départ ont pu être détournés de leurs projets après avoir été pris en charge dans le cadre de notre dispositif. La tâche est lourde et complexe. Elle appelle pour chacun d'entre nous l'obligation de maintenir notre effort, d'examiner lucidement ses résultats et de chercher ensemble toutes les voies de progression. Deux rapports parlementaires, conduits par les députés Sébastien PIETRASANTA et Malek BOUTIH, sont venus nourrir ce premier bilan. Une mission associant les inspections des ministères de la Justice, de l'Education nationale et de l'Intérieur rendra par ailleurs ses observations au mois de décembre. Dresser le bilan, dégager des marges de progression : c'est là l'objet de cette journée de réflexion à laquelle vous avez accepté de prêter votre concours. J'attends beaucoup de ses résultats et je me félicite de pouvoir écouter en fin de journée la restitution des travaux des différents ateliers auxquels vous participerez. Ceux-ci vous amèneront en effet à aborder les aspects cruciaux d'une politique de prévention, qu'il s'agisse du travail si important que vous poursuivez avec les familles, des aspects psychologiques et cliniques du désengagement de la personne radicalisée, ou encore de l'implication des travailleurs sociaux dans l'accompagnement de ceux qui renoncent à leur projet et souhaitent retrouver une place dans la société. Chacun de ces aspects est essentiel et doit faire appel à des expertises différentes. Mais il n'est pas moins essentiel de parvenir à réunir ceux qui possèdent de telles expertise et à les faire travailler ensemble, afin d'assurer de façon cohérente un suivi efficace des personnes radicalisées. C'est là l'objet d'un quatrième atelier et il me semble particulièrement important. Je suis en effet convaincu, comme les autres membres du Gouvernement, que la lutte contre la radicalisation, en raison de sa complexité, doit être menée en rassemblant les expertises et les expériences de nombreux départements ministériels, ainsi que celles des associations et des collectivités locales. Cette exigence résulte des caractéristiques intrinsèques de ce phénomène, de la diversité des individus qui y succombent comme des causes qui les font succomber. C'est pourquoi je me félicite de ce que cinq ministres aient tenu à se trouver à nos côtés, à la fin de cette journée, pour assister à la restitution de vos travaux : la Garde des Sceaux, ministre de la Justice, la ministre de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur, la ministre du Travail et de la Formation professionnelle, le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports et la secrétaire d'Etat en charge de la Famille. J'aurai l'occasion de les remercier personnellement ce soir de leur présence, mais je voudrais d'ores et déjà souligner qu'elle témoigne du caractère global de la démarche que nous avons décidé d'adopter face au phénomène de radicalisation. Je sais donc pouvoir compter sur votre concours, votre énergie, vos compétences, vos expériences et votre réflexion. Car, en définitive, la prévention de la radicalisation est un combat qui nous oblige tous. C'est le combat par excellence de la République qui défend ses valeurs tout en protégeant ses enfants. C'est un combat légitime, parce qu'il n'est pas tourné contre une religion, ni contre une catégorie de citoyens, mais qui vise au contraire à protéger tous les citoyens, quelles que soient leurs origines ou leurs croyances. C'est un combat que nous devons à tout prix livrer parce qu'il a pour seul et unique but d'empêcher qu'une violence folle, mise au service d'une idéologie barbare, porte atteinte à notre sécurité et à nos libertés. Je veux donc vous dire aujourd'hui l'importance de votre rôle et de votre engagement, ainsi que la grande estime que je vous porte. Parce que je sais que vous vous êtes pleinement engagés dans ce combat contre la radicalisation, parce que vous avez répondu présents lorsque les préfets vous ont demandé votre concours, parce que vous êtes résolus à poursuivre votre tâche, de manière toujours plus efficace, quelles que soient les difficultés rencontrées. Cette journée de réflexion ne constitue sans doute qu'une étape dans le long chemin que nous aurons encore à parcourir ensemble pour gagner ce combat. Je vous demande de ne pas sous-estimer pourtant l'importance de cette rencontre et de contribuer à faire en sorte que nous nous rapprochions aujourd'hui de notre objectif. Et je vous donne rendez-vous ce soir pour écouter le compte-rendu de vos travaux. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/194.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/194.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a75f2e6e3103211012cdf95fc6dc14730bb9dad5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/194.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, Messieurs, Je remercie les rapporteurs pour leur synthèse de l'atelier sur « la resocialisation et l'accompagnement », exercice difficile tant les discussions furent riches aujourd'hui dans vos groupes de travail. Je tiens aussi à remercier le ministère de l'Intérieur d'avoir convié des représentants des services de l'Éducation nationale pour cette journée sur la prévention de la radicalisation. L'Éducation nationale a effectivement un rôle important à jouer, aux côtés de l'ensemble des services de l'État, des associations concernées et des collectivités dans la prévention de la radicalisation : pour prévenir bien sûr ce phénomène dans le cadre de nos actions socio-éducatives et de l'apprentissage de la citoyenneté, mais aussi pour le repérer. Le rôle de l'école est fondamental dans la construction d'un élève citoyen, apte à appréhender le monde qui l'entoure dans sa diversité et à prendre des décisions qui préservent son bien-être mental et physique tout en respectant celui des autres pour vivre en société. L'école doit être le garant de l'émancipation du jeune pour qu'il soit en mesure de discerner les dangers, pour lui-même et pour les autres, de discours extrémistes. C'est le sens du nouvel Enseignement Moral et Civique (EMC), créé par la Loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République, et mis en œuvre depuis la rentrée 2015, de l'école au lycée. L'EMC pose progressivement les fondements pour les élèves d'une appropriation personnelle des règles de vie dans un État de droit avec, en particulier, le respect du pluralisme des opinions, des convictions. L'Education aux Médias et à l'Information (EMI) a pour objectif de permettre aux élèves de renforcer leur résilience face à toute forme de manipulation et d'emprise mentale, afin qu'ils développent leur sens critique, en particulier dans l'usage des réseaux sociaux et d'internet. L'EMI initie les élèves à l'usage raisonné des différents types de médias et les sensibilise aux enjeux sociétaux et de connaissance qui sont liés à cet usage. La lecture critique et distanciée, la capacité à publier, à produire de l'information et à s'informer constituent un ensemble de pratiques pédagogiques et éducatives, destiné à former les « cybercitoyens » actifs, éclairés et responsables de demain. Cette éducation aux médias est d'autant plus essentielle que nous connaissons l'usage intensif fait par les groupes terroristes des réseaux sociaux. L'embrigadement passe par Internet. Il est de notre rôle, dès le plus jeune âge, d'éduquer les enfants à une lecture critique de l'information qu'ils y trouvent. Après les attentats de janvier 2015, j'ai impulsé une grande mobilisation de l'école et de ses partenaires pour les valeurs de la République à l'école. Parmi les onze mesures du plan que j'ai annoncé, le parcours citoyen prend en compte l'EMI et l'EMC comme composantes essentielles de la construction de la citoyenneté de l'élève, mais vise également à valoriser l'engagement des jeunes afin de permettre de favoriser un sentiment d'appartenance à une société. Engagement au sein des établissements qui est essentiel car il évite la rupture. Nous le savons, les discours de propagande terroriste ont un contenu idéologique totalitaire et totalisant qui offre une vision simpliste et globalisante du monde. C'est par un processus progressif que des jeunes vont adhérer à cette idéologie radicalisée. L'isolement joue un rôle clé dans ce processus. En permettant chaque jour à nos jeunes de se socialiser au sein de leur établissement scolaire, en ayant des équipes attentives aux signaux faibles qui peuvent nous alerter sur un mal être éventuel, en étudiant avec attention les indicateurs de basculement vers la radicalisation et en mettant en œuvre des stratégies collectives de prise en charge, nous pouvons participer, peut- être, à éviter ce basculement vers la radicalité. Au-delà de nos actions socio-éducatives, j'ai souhaité que l'ensemble de nos personnels aient à leur disposition des outils nécessaires pour repérer les élèves en déshérence et éventuellement en voie de radicalisation. Nous avons créé un livret simple pour les y aider. Une fois ce repérage effectué, les équipes éducatives signalent via l'Inspecteur d'Académie - Directeur académique des services de l'éducation nationale (IA-Dasen) à la cellule de suivi préfectorale les situations qui les préoccupent. Ces cellules peuvent avec leur expertise juger de l'opportunité de suivre ou non ce jeune et éventuellement sa famille. J'ai également souhaité structurer notre politique en nommant dans chaque département et dans chaque académie un référent « radicalisation ». Régulièrement formés dans le cadre de notre plan national de formation, ces derniers sont ensuite en mesure de construire localement, en lien avec les services déconcentrés des autres ministères, des formations pour nos personnels. Beaucoup reste à faire mais ces formations témoignent de notre volonté de répondre aux mieux aux interrogations de nos personnels. Enfin, j'ai élargi cet été les prérogatives de la mission de prévention des phénomènes sectaires qui peut appuyer les recteurs pour structurer leur politique académique mais aussi aider au contrôle de l'instruction à domicile ou d'établissement privés hors contrat sur lesquels nous aurions des doutes éventuels. Au-delà de ces actions, la question posée aujourd'hui concerne notre rôle pour accompagner un élève en voie de radicalisation suivi par les cellules préfectorales. Quand cette situation existe, nos personnels, en lien étroit avec les services de l'État et les associations d'aide à la parentalité, de prévention des dérives sectaires, ou encore de prévention spécialisée, mettent en place, dans le cadre d'une cellule de veille interne à l'établissement un suivi éducatif de qualité pour l'élève concerné. L'établissement offre aussi un soutien à la famille qui en a besoin en lien étroit avec les associations mobilisées et spécialisées pour soutenir ces parents souvent désoeuvrés et inquiets devant la déshérence et l'emprise dans lesquelles se trouve leur enfant. Cette cellule de veille, à laquelle participent le conseiller principal d'éducation, l'assistant de service social, l'infirmier, le médecin, sous le pilotage du chef d'établissement, va être à la fois attentive aux indicateurs habituels : appétence scolaire, capacité de concentration en classe et d'investissement dans le travail personnel, absentéisme, rupture avec les modalités antérieures de comportement, troubles de la sociabilité, perte d'estime de soi, repli sur soi mais aussi analyser les problématiques individuelles et collectives des élèves repérés, préconiser des typologies de prise en charge pédagogique et éducative, proposer un accompagnement personnalisé, aider à l'élaboration des projets scolaires et personnels des élèves, suivre, évaluer et ajuster les accompagnements mis en place. Le chef d'établissement en lien avec le référent radicalisation rend compte à la cellule de suivi de l'évolution scolaire de l'élève et reçoit de la part de la cellule de suivi les informations nécessaires à une prise en charge éducative de qualité. Je souhaite aussi rappeler la possibilité pour les jeunes de 16 à 25 ans de bénéficier du droit au retour en formation développée dans le cadre du service public régional d'orientation. La mise en œuvre effective de ce droit s'appuie sur chacun d'entre vous. Il me semble que cela constitue une possibilité intéressante pour certains de ces jeunes en déshérence. L'intervention de Laurence Rossignol sur le nécessaire accompagnement des familles et les témoignages vidéo récents, très poignants des familles de jeunes qui sont partis en Syrie, me font penser au rôle que pourrait jouer notre réserve citoyenne. Cela pourrait être un moyen pour que ces familles puissent venir témoigner dans certaines écoles ou devant d'autres parents d'élèves à la demande de nos établissements scolaires. Nous allons étudier cette possibilité. Voici en quelques mots un aperçu de la contribution de l'éducation nationale à la prévention de la radicalisation et plus précisément à la resocialisation de jeunes en voie de radicalisation. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/195.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/195.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e149408d00c021703a5afd48016f304b7d6d1379 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/195.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président du Congrès, Monsieur le Président du Sénat, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et messieurs les membres du gouvernement, Mesdames et messieurs les parlementaires, La France est en guerre. Les actes commis vendredi soir à Paris et près du Stade de France, sont des actes de guerre. Ils ont fait au moins 129 morts et de nombreux blessés. Ils constituent une agression contre notre pays, contre ses valeurs, contre sa jeunesse, contre son mode de vie. Ils sont le fait d'une armée djihadiste, le groupe Daech qui nous combat parce que la France est un pays de liberté, parce que nous sommes la patrie des Droits de l'Homme. Dans une période d'une exceptionnelle gravité, j'ai tenu à m'adresser devant le Parlement réuni en Congrès pour marquer l'unité nationale face à une telle abomination et pour répondre avec la détermination froide qui convient à l'attaque ignoble dont notre pays a été la cible. Notre démocratie a triomphé d'adversaires bien plus redoutables, en vérité, que ces lâches assassins. Notre République n'est pas à la portée de méprisables tueurs. Ma volonté est de mettre toute la puissance de l'Etat au service de la protection de nos concitoyens. Je sais pouvoir compter sur le dévouement des policiers, des gendarmes, des militaires, de vous-mêmes représentants de la nation. Vous connaissez le sens du devoir et, lorsque les circonstances l'exigent, l'esprit de sacrifice. Les terroristes croient que les peuples libres se laisseraient impressionner par l'horreur. Il n'en est rien et la République française a surmonté bien d'autres épreuves. Elle est toujours là, bien vivante. Et ceux qui ont entendu la défier ont toujours été les perdants de l'histoire. Il en sera de même cette fois encore. Le peuple français est un peuple ardent, vaillant, courageux qui ne se résigne pas et qui se met debout chaque fois qu'un de ses enfants est à terre. Ceux qui ont voulu le meurtrir en frappant délibérément des innocents sont des lâches qui ont tiré sur une foule désarmée, si bien que nous ne sommes pas engagés dans une guerre de civilisation, parce que ces assassins n'en représentent aucune. Nous sommes dans une guerre contre le terrorisme djihadiste qui menace le monde entier et pas seulement la France. Dans cette guerre qui a commencé depuis plusieurs années, nous avons bien conscience les uns et les autres qu'il faudra du temps et que la patience est aussi exigeante que la durée et la dureté avec laquelle nous devons combattre. L'ennemi use des moyens les plus vils pour essayer de tuer. Mais il n'est pas insaisissable. Je serai même plus précis encore : il n'est pas hors d'atteinte. Donc, dans cette période si difficile, si lourde, où nos concitoyens ont ressenti l'effroi, ils doivent garder leur sang-froid. J'appelle une nouvelle fois tous nos compatriotes à faire preuve de ces vertus qui font l'honneur de notre pays : la persévérance, l'unité, la lucidité, la dignité. Aujourd'hui, notre pays est en deuil. Nous pensons à ces innocents qui sont morts fauchés par les armes de tueurs dans les rues de Paris et de la banlieue. Nous pensons à leurs familles qui connaissent la peine la plus inconsolable. Nous pensons à ces centaines de jeunes gens, jeunes filles, jeunes garçons qui ont été touchés, blessés, traumatisés par cette terrible attaque. Certains, au moment où je parle devant vous, luttent encore pour leur vie. Je salue l'action des services de secours et de soins qui se sont mobilisés depuis vendredi. Notre système de santé s'était préparé à une telle situation d'urgence. Et une fois encore, il a fait face pour accomplir parfaitement la mission. Je veux également rendre hommage aux forces de l'ordre, pleinement engagées pour assurer la sécurité des Français, comme une fois encore en a témoigné le courage de ces policiers qui, au moment de donner l'assaut pour libérer les otages du Bataclan qui étaient condamnés à une mort certaine sans leur intervention, ont une fois encore montré de la détermination et du dépassement d'eux-mêmes. Vendredi, c'est la France tout entière qui était la cible des terroristes. La France qui aime la vie, la culture, le sport, la fête. La France sans distinction de couleur, d'origine, de parcours, de religion. La France que les assassins voulaient tuer, c'était la jeunesse dans toute sa diversité. La plupart des morts n'avaient pas 30 ans. Ils s'appelaient Mathias, Quentin, Nick, Nohemi, Djamila, Hélène, Elodie, Valentin et j'en oublie tellement d'autres ! Quel était leur seul crime ? C'était d'être vivant. Ce qui a été visé par les terroristes, c'était la France ouverte au monde. Plusieurs dizaines d'amis étrangers font partie des victimes, représentant 19 nationalités différentes. Depuis vendredi soir, je reçois des messages de solidarité de chefs d'Etat ou de gouvernements de toute la planète. Partout, les trois couleurs du drapeau français ont habillé les sites les plus célèbres rappelant ainsi que la France est toujours une lumière pour l'humanité. Et quand elle est atteinte, c'est le monde qui se retrouve un temps dans la pénombre. Les actes de guerre de vendredi ont été décidés, planifiés en Syrie, préparés ; ils ont été organisés en Belgique, perpétrés sur notre sol avec des complicités françaises. Ces attentats poursuivent un objectif bien précis : semer la peur pour nous diviser ici et faire pression pour nous empêcher là-bas au Moyen-Orient de lutter contre le terrorisme. Nous faisons face à une organisation, Daech, disposant d'une assise territoriale, de ressources financières et de capacités militaires. Depuis le début de l'année, l'armée terroriste de Daech a notamment frappé à Paris, au Danemark, en Tunisie, en Egypte, au Liban, au Koweït, en Arabie saoudite, en Turquie, en Libye. Elle massacre chaque jour et opprime des populations. C'est la raison pour laquelle la nécessité de détruire Daech constitue un sujet qui concerne toute la communauté internationale. J'ai donc demandé au Conseil de sécurité de se réunir dans les meilleurs délais pour adopter une résolution marquant cette volonté commune de lutter contre le terrorisme. D'ici là, la France intensifiera ses opérations en Syrie. Hier soir, j'ai donné l'ordre à dix chasseurs-bombardiers français de larguer leurs bombes sur le fief de Daech à Raqqa. Ils ont détruit un centre de commandement et un camp d'entraînement. J'adresse toutes mes félicitations aux pilotes français qui ont réussi cette mission. Je remercie également nos alliés américains, qui ont utilement prêté leur concours à cette opération. Et je l'annonce ici devant le Congrès : nous poursuivrons ces frappes au cours des semaines à venir. Le porte-avion Charles de Gaulle appareillera jeudi pour se rendre en Méditerranée orientale, ce qui triplera nos capacités d'action. Et il n'y aura dans cette action aucun répit et aucune trêve. Les commanditaires des attentats de Paris doivent savoir que leurs crimes, loin de faire vaciller la résolution de la France, renforcent encore notre détermination à les détruire. Le terrorisme, nous le combattons partout là où des Etats sont menacés pour leur survie même. C'est ce qui a justifié la décision que j'avais prise d'intervenir au Mali et encore en ce moment même la présence de nos militaires au Sahel là où Boko Haram massacre, enlève, viole, tue. Le terrorisme, nous le combattons en Irak pour permettre aux autorités de ce pays de restaurer leur souveraineté sur l'ensemble du territoire et en Syrie nous cherchons résolument, inlassablement une solution politique dans laquelle Bachar AL ASSAD ne peut constituer l'issue mais notre ennemi, notre ennemi en Syrie, c'est Daech. Il ne s'agit donc pas de contenir, mais de détruire cette organisation à la fois pour sauver des populations, celles de Syrie, celles d'Irak mais je pourrais ajouter celles du Liban, de Jordanie, de Turquie, tous les pays voisins. C'est aussi de nous protéger, pour éviter que viennent sur notre territoire comme ce fut le cas vendredi des combattants étrangers pour mener des actes terroristes. Mais il faut faire davantage. La Syrie est devenue la plus grande fabrique de terroristes que le monde ait connu et la communauté internationale et j'en ai fait plusieurs fois le constat est divisée et incohérente. La France a demandé dès le début du conflit qu'il puisse y avoir cette unité si nécessaire pour agir. Aujourd'hui, il faut plus de frappes nous en faisons, plus de soutien à tous ceux qui se battent contre Daech nous l'apportons, nous la France, mais il faut un rassemblement de tous ceux qui peuvent réellement lutter contre cette armée terroriste dans le cadre d'une grande et unique coalition c'est ce à quoi nous travaillons. C'est dans cet esprit que je rencontrerai dans les prochains jours le Président OBAMA et le Président POUTINE pour unir nos forces et atteindre un résultat qui pour l'instant est encore renvoyé à trop longtemps. La France parle à tous, à l'Iran, à la Turquie, aux pays du Golfe. Et les attentats de Paris se sont produits au moment même où se tenait à Vienne avec ces pays-là une réunion pour chercher une solution politique en Syrie. Alors, chacun est désormais face à ses responsabilités : les pays voisins, les puissances, mais aussi l'Europe. J'ai demandé au ministre de la Défense de saisir dès demain ses homologues européens au titre de l'article 42-7 du traité de l'Union qui prévoit que lorsqu'un Etat est agressé, tous les Etats membres doivent lui apporter solidarité face à cette agression car l'ennemi n'est pas un ennemi de la France, c'est un ennemi de l'Europe. L'Europe, elle ne peut pas vivre dans l'idée que les crises qui l'entourent n'ont pas d'effet sur elle. La question des réfugiés est directement liée à la guerre en Syrie et en Irak. Les habitants de ces pays-là, notamment ceux des territoires contrôlés par Daech sont martyrisés et fuient ; ils sont les victimes de ce même système terroriste. Voilà pourquoi il est vital que l'Europe accueille dans la dignité ceux qui relèvent du droit d'asile mais renvoie dans leurs pays ceux qui n'en relèvent pas, ce qui exige - ce qui n'est pas le cas encore aujourd'hui- une protection effective des frontières extérieures. La France y travaille, elle a été la première à mettre en garde, et la France avec l'Allemagne aujourd'hui fait en sorte que les pays qui sont confrontés à l'afflux des réfugiés puissent être aidés. Les premiers à devoir l'être sont les pays de la région : Turquie, Jordanie, Liban. Et si l'Europe ne contrôle pas ses frontières extérieures, alors et nous le voyons aujourd'hui sous nos yeux c'est le retour aux frontières nationales, quand ce ne sont pas les murs, les barbelés qui sont annoncés. Ce sera alors la déconstruction de l'Union européenne. Il est également impératif que les demandes que la France a exprimées depuis longtemps trouvent en Europe une traduction rapide ; je pense à la lutte contre le trafic d'armes, à la mise en place des contrôles coordonnés et systématiques aux frontières et à l'approbation, avant la fin de l'année 2015, de ce qu'on appelle le PNR européen, tout simplement pour assurer la traçabilité du retour des djihadistes et les interpeller. Voilà les exigences que portera la France une nouvelle fois par le ministre de l'Intérieur à la réunion qui se tiendra, à notre demande, dès vendredi. Face aux actes de guerre qui ont été commis sur notre sol - et qui viennent après les attentats du 7, 8 et 9 janvier, et tant d'autres crimes commis ces dernières années au nom de cette même idéologie djihadiste - nous devons être impitoyables. Nous le savons, et c'est cruel que de le dire, ce sont des Français qui ont tué vendredi d'autres Français. Il y a, vivant sur notre sol, des individus qui, de la délinquance passent à la radicalisation puis à la criminalité terroriste. Parfois, ils sont allés combattre en Syrie ou en Irak. Parfois ils forment des réseaux qui s'entraînent en fonction des circonstances, ou qui s'entraident pour mener à un moment que leurs commanditaires ont choisi des actes terroristes. Nous en avions déjoués plusieurs ces derniers mois et nous savons maintenant, que dis-je, depuis hélas plusieurs mois, ce qu'est cet engrenage, ce qu'est cette organisation, ce qu'est cette préparation. Nous devons donc nous défendre dans l'urgence et dans la durée. Il en va de la protection de nos concitoyens et de notre capacité de vivre ensemble. Dans la nuit de vendredi, lorsque les fusillades ont fait connaitre leur terrible bilan, j'ai réuni le Conseil des ministres, j'ai ordonné le rétablissement immédiat des contrôles aux frontières et j'ai proclamé l'état d'urgence, sur proposition du Premier ministre. Il est désormais effectif sur tout le territoire et j'ai élargi la possibilité de procéder à des perquisitions administratives dans tous les départements métropolitains. Il y a eu cette nuit plus de 104 assignations à résidence et 168 perquisitions. Et il y en aura d'autres. Cependant, avec les actes de guerre du 13 novembre, l'ennemi a franchi une nouvelle étape. La démocratie a la capacité de réagir. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen affirme dans son article 2 que la sûreté et la résistance à l'oppression sont des droits fondamentaux. Alors nous devons les exercer. Conformément à ces principes, nous allons donner les moyens de garantir encore une fois la sécurité de nos concitoyens. J'ai décidé que le Parlement serait saisi dès mercredi d'un projet de loi prolongeant l'état d'urgence pour trois mois et adaptant son contenu à l'évolution des technologies et des menaces. En effet, la loi qui régit l'état d'urgence, la loi du 3 avril 1955 ne pouvait pas être conforme à l'état des technologies et des menaces que nous rencontrons aujourd'hui. Mais elle comporte deux mesures exceptionnelles : l'assignation à résidence et les perquisitions administratives. Ces deux mesures offrent des moyens utiles pour prévenir la commission de nouveaux actes terroristes. Je veux leur donner immédiatement toute leur portée et les consolider. Le Premier ministre proposera donc au Parlement d'adopter un régime juridique complet pour chacune de ces dispositions. Et mesdames, messieurs les parlementaires, je vous invite à le voter d'ici la fin de la semaine. Mais nous devons aller au-delà de l'urgence. Et j'ai beaucoup réfléchi à cette question. J'estime en conscience que nous devons faire évoluer notre Constitution pour permettre aux pouvoirs publics d'agir, conformément à l'état de droit, contre le terrorisme de guerre. Aujourd'hui, notre texte comprend deux régimes particuliers qui ne sont pas adaptés à la situation que nous rencontrons. Premier régime, c'est le recours à l'article 16 de la Constitution. Il implique que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics soit interrompu. Le Président de la République prend alors les mesures exigées par les circonstances en dérogeant à la répartition des compétences constitutionnelles. Et puis il y a l'article 36 de la Constitution qui porte sur l'état de siège. Il n'est pas non plus approprié. L'état de siège, il est décrété en cas de péril imminent résultant d'une guerre étrangère ou d'une insurrection à main armée. Dans ce cas, différentes compétences sont transférées de l'autorité civile à l'autorité militaire. Chacun voit ici qu'aucun de ces deux régimes n'est adapté à la situation que nous rencontrons. Le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et nous le prouvons aujourd'hui n'est pas interrompu et il n'est pas concevable de transférer à l'autorité militaire des pouvoirs. Pourtant nous sommes en guerre. Mais cette guerre d'un autre type face à un adversaire nouveau appelle un régime constitutionnel permettant de gérer l'état de crise. C'est ce qu'avait proposé en 2007, le comité présidé par Edouard BALLADUR qui réfléchissait sur l'évolution de notre Constitution. Il suggérait de modifier l'article 36 de notre Constitution pour y faire figurer l'état de siège ainsi que l'état d'urgence et sa proposition renvoyait à une loi organique, le soin de préciser les conditions d'utilisation de ces régimes. Je considère que cette orientation doit être reprise. Il s'agit de pouvoir disposer d'un outil approprié pour fonder la prise de mesures exceptionnelles pour une certaine durée, sans recourir à l'état de siège et sans compromettre l'exercice des libertés publiques. Cette révision de la Constitution doit s'accompagner d'autres mesures. Il en va de la déchéance de nationalité. La déchéance de nationalité ne doit pas avoir pour résultat de rendre quelqu'un apatride, mais nous devons pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou un acte de terrorisme, même s'il est né français, je dis bien « même s'il est né français » dès lors qu'il bénéficie d'une autre nationalité. De même, nous devons pouvoir interdire à un binational de revenir sur notre territoire, s'il représente un risque terroriste, sauf à ce qu'il se soumette, comme le font d'ailleurs nos amis britanniques, à un dispositif de contrôle draconien. Nous devons pouvoir expulser plus rapidement les étrangers qui représentent une menace d'une particulière gravité pour l'ordre public et la sécurité de la Nation, mais nous devons le faire dans le respect de nos engagements internationaux. Je sais que d'autres propositions ont été formulées pour accroitre la surveillance de certains individus, fichés notamment. Le Gouvernement, dans un esprit d'unité nationale, va saisir pour avis le Conseil d'Etat pour vérifier la conformité de ces propositions à nos règles fondamentales et à nos engagements internationaux. Cet avis sera rendu public et j'en tirerai toutes les conséquences. Réfléchissons bien à cette décision. Notre Constitution est notre pacte collectif, elle unit tous les citoyens, elle est la règle commune, elle porte des principes, elle est précédée d'un préambule qui montre que la France est un pays de droit. La Constitution, c'est la charte commune, c'est le contrat qui unit tous les citoyens d'un même pays. Dès lors que la Constitution est le pacte collectif indispensable pour vivre ensemble, il est légitime que la Constitution comporte les réponses pour lutter contre ceux qui voudraient y porter atteinte, de la même manière que sont voués à la dissolution les associations ou les groupements de fait qui provoquent la haine ou incitent à la commission d'actes terroristes. Mesdames, Messieurs les parlementaires, je vous demande de réfléchir à la décision que j'ai prise et je demande au Premier Ministre de préparer cette révision avec vous afin qu'elle puisse être adoptée dans les meilleurs délais. Car nous avons prolongé, vous allez prolonger l'état d'urgence au-delà des 12 jours pour trois mois mais après l'état d'urgence, nous devons être pleinement dans un état de droit pour lutter contre le terrorisme. Enfin, puisque la menace va durablement peser et que la lutte contre Daech va nous mobiliser encore longtemps sur le front extérieur comme sur le terrain intérieur, j'ai également décidé de renforcer substantiellement les moyens dont disposent la justice et les forces de sécurité. D'abord, les services d'enquête et les magistrats antiterroristes doivent pouvoir recourir, dans le cadre de la procédure judiciaire, à tout l'éventail des techniques de renseignement qu'offrent les nouvelles technologies et dont l'utilisation est autorisée, dans un cadre administratif, par la loi sur le renseignement. La procédure pénale doit également prendre en compte, de la manière la plus étroite possible, la spécificité de la menace terroriste. Ensuite, les magistrats doivent avoir plus largement accès aux moyens d'enquêtes les plus sophistiqués, pour lutter notamment contre les trafics d'armes car ce sont avec les armes du banditisme que les actes terroristes sont commis. Les peines seront significativement alourdies. Enfin, face à la violence du terrorisme, la question de la légitime défense des policiers et des conditions dans lesquelles ils peuvent faire usage de leurs armes devra être traitée toujours dans le cadre de l'Etat de droit. Ces différents sujets constitueront la matière d'un important chantier législatif que je demande au Premier ministre de conduire et d'engager sans délai avec les ministres concernés, Garde des Sceaux, ministre de l'Intérieur, de manière à ce que nous ne perdions aucune minute dans l'action engagée. Ce dispositif, ces dispositifs complèteront toutes les mesures qui ont été adoptées depuis 2012, deux lois antiterroristes, une loi sur le renseignement, un renforcement considérable des moyens mais j'ai également conscience qu'il nous faut augmenter encore les moyens parce que si nous sommes en guerre, nous ne pouvons pas l'être avec ce que nous avions il y a quelques années dans des lois de programmation militaire ou dans d'autres textes imaginés pour assurer la sécurité de nos concitoyens. Alors, 5 000 emplois supplémentaires de policiers et de gendarmes seront créés d'ici 2 ans afin de porter le total des créations d'emploi de sécurité à 10 000 sur le quinquennat. Cet effort qui est considérable et qu'assume le gouvernement dans le contexte budgétaire que chacun connait permettra simplement de restaurer le potentiel des forces de sécurité intérieure au niveau qu'elles connaissaient en 2007. Ces créations de postes bénéficieront aux services de lutte contre le terrorisme, à la police aux frontières et plus généralement, à la sécurisation générale du pays. Elles s'accompagneront des moyens d'équipement et d'investissement nécessaires à l'accomplissement des missions. De même, le ministère de la Justice disposera de 2 500 postes supplémentaires pour l'administration pénitentiaire, pour les services judiciaires. Et je n'oublie pas l'administration des douanes qui devra être renforcée de 1 000 postes pour que nous puissions assurer le contrôle aux frontières dès lors qu'il sera utilisé. Quant à nos armées qui sont de plus en plus sollicitées par les opérations extérieures que nous allons poursuivre, par la sécurité de nos compatriotes qui est demandée, j'ai donc là encore décidé qu'il n'y aurait aucune diminution d'effectifs dans la défense jusqu'en 2019. Et cette réorganisation de nos armées se fera au bénéfice des unités opérationnelles, de la cyberdéfense et du renseignement. Le gouvernement me présentera donc sans attendre une planification nouvelle de l'évolution des effectifs de la défense jusqu'en 2019. Je souhaite également que l'on tire mieux parti des possibilités des réserves de la défense, encore insuffisamment exploitées dans notre pays alors que nous avons justement ce gisement. Les réservistes sont un élément fort du lien entre l'armée et la Nation. Ils constituent les éléments qui peuvent, demain, former une garde nationale encadrée et disponible. Toutes ces décisions budgétaires seront prises dans le cadre de la loi de finances qui est en ce moment même en discussion pour 2016. Elles se traduiront nécessairement, et je l'assume devant vous, par un surcroît de dépenses mais dans ces circonstances, je considère que le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité. Mesdames, Messieurs les Parlementaires, le visage des morts, celui des blessés, celui des familles endeuillées ne quittent pas mon esprit. Ce souvenir nourrit une résolution sans faille qui, je le sais, est également la vôtre. Dans ma détermination à combattre le terrorisme, je veux que la France puisse rester elle-même. Les barbares qui l'attaquent voudraient la défigurer ? Ils ne parviendront pas à la faire changer de visage ; jamais ils ne doivent réussir à abimer l'âme française. Jamais ils ne nous empêcheront de vivre, de vivre comme nous en avons décidé, de vivre pleinement, de vivre librement et nous devons en faire la démonstration avec sang-froid. Et je pense à la jeunesse, je pense à celle qui se sent blessée à travers toutes ces victimes et qui s'interroge sur sa capacité à pouvoir vivre dans un Etat de droit. Nous devons continuer, continuer à travailler, continuer à sortir, continuer à vivre, continuer à influencer le monde et c'est pourquoi le grand événement international de la Conférence sur le Climat sera non seulement maintenu mais sera un moment d'espérance et de solidarité. D'espérance parce qu'il s'agit tout simplement de l'avenir de la planète et de solidarité parce qu'il y aura sans doute plus de cent chefs d'Etat et de gouvernement qui viendront là pour négocier un accord durable, un accord contraignant, un accord différencié pour que nous puissions vivre et que nos enfants, petits-enfants puissent continuer à avoir la planète qu'ils auront reçue en héritage. Mais ils viendront aussi dire à la France, pays de liberté, combien le monde entier est solidaire, combien le monde entier doit également se mobiliser pour lutter contre le terrorisme. De la même manière, les rythmes de notre démocratie ne sont pas soumis au chantage des terroristes. Les élections régionales se dérouleront aux dates prévues et la vie politique elle-même doit retrouver ses droits ; c'est notre devoir. Monsieur le Président du Congrès, Monsieur le Président du Sénat, Mesdames, Messieurs les Parlementaires, vous qui représentez la Nation toute entière, vous la représentez dans toutes ses sensibilités, dans toute sa diversité mais aussi dans son unité. Vous êtes les représentants d'un peuple libre qui est invincible quand il est uni et rassemblé. C'est notre bien le plus précieux et nous devons éviter surenchères et dérives, c'est aussi notre devoir de républicain. C'est en renonçant au combat que la République devait mener qu'elle a pu s'éloigner d'elle-même dans certaines circonstances ; nous devons veiller qu'il n'en soit pas aujourd'hui le cadre. La République, nous voulons l'investir de toute la force nécessaire qu'appelle ce contexte nouveau de guerre, pour lui permettre d'éradiquer dans le respect de nos valeurs le terrorisme et sans rien perdre de ce que garantit l'Etat de droit. Nous éradiquerons le terrorisme parce que les Français veulent continuer à vivre ensemble sans rien craindre de leurs semblables. Nous éradiquerons le terrorisme parce que nous sommes attachés à la liberté et au rayonnement de la France dans le monde. Nous éradiquerons le terrorisme pour que la circulation des personnes, le brassage des cultures demeurent possibles et que la civilisation humaine s'en trouve enrichie. Nous éradiquerons le terrorisme pour que la France continue à montrer le chemin. Le terrorisme ne détruira pas la République car c'est la République qui le détruira. Vive la République et vive la France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/196.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/196.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..53099aa8f697c574ce73c9ebf81976f1070580e8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/196.txt @@ -0,0 +1 @@ +YVES CALVI Le Premier ministre Manuel VALLS, invité exceptionnel de notre matinale, il répondra à vos questions, je vous le rappelle, à partir de 08h10. Olivier MAZEROLLE, c'est à vous. OLIVIER MAZEROLLE Bonjour Manuel VALLS. MANUEL VALLS Bonjour Olivier MAZEROLLE. OLIVIER MAZEROLLE La France est en deuil, j'ai envie de dire d'ailleurs, le monde est en deuil. Beaucoup des victimes n'ont pas encore été identifiées, il y aura à midi, dans toute la France, une minute de silence. Mais la France est toujours en état d'alerte maximum. Vous redoutez qu'il y ait encore un autre attentat ? MANUEL VALLS Vous avez raison de souligner que la France est en deuil et que nous devons aujourd'hui, demain, longtemps, penser aux victimes, à leurs proches, à leur famille, qui vivent des moments effrayants. Les Français vont se recueillir, dans toutes les capitales européennes aussi, chacun pourra se recueillir. Et le monde – vous l'avez dit, les uns et les autres, depuis vendredi soir – se reconnaît une nouvelle fois dans la France, on chante la Marseillaise dans les stades, dans les spectacles. Des monuments dans le monde entier portent nos couleurs tricolores, parce que les terroristes, une nouvelle fois, ont voulu s'attaquer à la France, au peuple français, à la jeunesse, beaucoup de jeunes sont morts ; on parle, assez justement, au fond, d'une génération Bataclan, oui, on s'est attaqué à la France parce que c'est un peuple libre, et qui parle au monde à travers ses valeurs universelles. Mais la vérité et la lucidité nous obligent à dire – nous le disons, je le dis depuis des mois – que nous sommes en guerre face au terrorisme, et que le terrorisme peut frapper, a frappé, même si nous avons évité de nombreux attentats, peut frapper, et peut frapper de nouveau... OLIVIER MAZEROLLE Ces jours-ci ? MANUEL VALLS Ces jours-ci, dans les jours qui viennent, dans les semaines qui viennent, je ne dis pas cela pour faire peur, mais pour que chacun soit pleinement conscient aujourd'hui, les Français reprennent le travail après ces jours terribles, les enfants retournent à l'école, la vie doit reprendre, bien évidemment, mais nous vivons et nous allons vivre longtemps avec cette menace terroriste et avec sans doute – il faut s'y préparer – de nouvelles répliques. OLIVIER MAZEROLLE Cette nuit, des opérations très importantes ont été menées dans plusieurs villes de France, des perquisitions parfois de façon très vigoureuse, puisque les policiers ont parfois enfoncé les portes à coup de béliers, les portes des appartements. Qui était visé par cette grande opération ? MANUEL VALLS Nous utilisons les possibilités que nous donne l'état d'urgence, c'est-à-dire des perquisitions administratives 24h sur 24, et cela permet à nos services de police et de gendarmerie d'interpeller tous ceux et toutes celles qui sont dans la mouvance radicalisée et dans la mouvance djihadiste. Nous montrons ainsi, mais c'est le cas déjà depuis des mois, notre volonté, non seulement de combattre le terrorisme, mais tous ceux qui sont en lien avec le terrorisme, l'islamisme radical, des groupes salafistes, tous ceux qui prônent la haine de la République. OLIVIER MAZEROLLE Est-ce que ça veut dire que ceux qui sont fichés S, qu'on retrouve régulièrement parmi les terroristes, vont être traités différemment désormais ? Nicolas SARKOZY demande qu'ils soient équipés d'un... MANUEL VALLS Bracelet électronique... OLIVIER MAZEROLLE D'un bracelet électronique, d'autres demandent qu'ils soient internés. MANUEL VALLS Les fiches S sont un outil de surveillance, absolument indispensable pour les services de renseignements, de police, de gendarmerie et de douanes, c'est un dispositif qui existe dans notre pays, qui existe aussi dans d'autres pays. Elles sont créées sans juge, sur une base purement administrative ; il y en a 10.500. Ce qui signifie que certaines d'entre elles peuvent être créées sur la base d'un simple renseignement, non recoupé d'une première suspicion, c'est un élément, c'est un outil de travail pour les services de renseignements. Face à la guerre contre le terrorisme, face à la guerre que nous mène le terrorisme, il ne faut balayer d'emblée aucune réflexion, aucun outil pour protéger les Français. Nous avons déjà des outils par rapport à ceux qui sont sur ce fichier S, puisque je veux rappeler que dans le cadre de la loi sur le renseignement, qui a été adoptée il y a encore quelques jours, et malgré d'ailleurs certaines contestations, nous avons décidé de rendre possible la filature électronique permanente des personnes dont la dangerosité est avérée, et peuvent être contrôlées par un juge. Donc nous allons examiner toutes les possibilités, nous n'écartons aucune solution, le président de la République évoquera l'ensemble de ces sujets cet après-midi, devant le Parlement réuni en congrès. OLIVIER MAZEROLLE Ceux qui ont été interpellés cette nuit pourraient être internés ? MANUEL VALLS Il ne faut écarter aucune possibilité. Nous agissons avec la volonté de protéger les Français. OLIVIER MAZEROLLE Les avions français ont bombardé, de manière intensive, les bases de Daesh à Rakka, que cette organisation présente comme étant sa capitale en Syrie. On connaît le bilan de l'opération ? MANUEL VALLS Non, je veux être prudent, la force Chammal a frappé des infrastructures opérationnelles, tenues en effet par Daesh à Rakka, en Syrie. Et les deux objectifs visés par nos frappes ont été détruits, dix avions de chasse ont été engagés, le ministère de la Défense l'a rappelé hier soir. C'est la suite de l'intervention du président de la République, vendredi et samedi, qui a bien indiqué que notre riposte serait à la hauteur de l'attaque que nous avons subie, et cela va se poursuivre. Nous allons agir sur tous les fronts, pour détruire Daesh, sans répit. OLIVIER MAZEROLLE Détruire Daesh, Monsieur le Premier ministre, mais on savait que des attentats allaient être commis, d'ailleurs, plusieurs ont été déjoués, d'autres ont été avortés, comme dans le THALYS par exemple. On se demande ce matin pourquoi la réplique impitoyable ou les opérations impitoyables n'ont pas été déclenchées avant. MANUEL VALLS Cet attentat a été organisé, pensé, planifié depuis la Syrie, la France est engagée depuis 2014 dans une coalition contre Daesh, dont l'épicentre n'est pas en Syrie seulement, est d'abord – je veux le rappeler – en Irak, et c'est là où se joue beaucoup de l'avenir, puisque c'est en Irak que nous combattons avec d'autres, et bien d'autres, contre Daesh, avec le régime irakien, avec l'Iran, avec les Américains, avec tous ceux qui sont dans cette coalition, pays européens ou pays du Golfe. Et donc cette action, nous la poursuivons. Nous avons décidé, dans une situation que vous savez particulièrement complexe, d'engager nos Mirage et nos Rafale en Syrie. Donc nous allons poursuivre cette action. OLIVIER MAZEROLLE C'est vrai, on montre qu'on n'est pas abattu après ces attentats, on montre que la France est vivante, qu'elle n'est pas vacillante, on ne pourrait pas agir avant ? MANUEL VALLS Mais la France est souvent à l'avant-garde pour agir contre le terrorisme, Olivier MAZEROLLE, nous l'avons fait au Mali contre ces terroristes qui voulaient s'emparer d'un pays ami, et cela représentait aussi une menace pour nos intérêts, et nous agissons toujours – je veux le rappeler – il y a toujours une menace terroriste au Sahel, et nos troupes sont engagées, et nous agissons pour nous-mêmes, mais aussi souvent pour l'Europe, en Irak et en Syrie, nous sommes engagés contre Daesh. Qui aujourd'hui bombarde Daesh ? Les Russes ? Non. Les Français, les Américains, nous sommes donc pleinement engagés, et le président de la République ne manquera pas de le rappeler cet après-midi, c'est aujourd'hui toute la communauté internationale qui doit se mobiliser contre cette menace terroriste. Puis-je rappeler que Daesh ne menace pas seulement la France, a commis des attentats ces dernières semaines sans doute en Turquie, incontestablement au Liban, chacun sait bien que cet avion de cette compagnie russe qui a été abattu a été revendiqué, cet attentat a été revendiqué par Daesh. Donc cela veut bien dire que chacun doit prendre conscience du danger majeur que représente cette armée terroriste, ça n'est pas un groupe, c'est une armée terroriste, qui s'appuie en plus sur des infrastructures, sur des moyens financiers particulièrement importants. OLIVIER MAZEROLLE Philippe CORBE, notre correspondant aux Etats-Unis, nous indique qu'il y a des informations circulant disant que peut-être les Américains avaient été informés que des attentats étaient en préparation contre la France. Est-ce que vous aviez été alertés par les Américains ? MANUEL VALLS Mais nous le savons depuis des mois, vous m'avez entendu, Olivier MAZEROLLE, y compris le 13 janvier dernier à l'Assemblée nationale, le président de la République, le ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE, moi-même, alertons, agissons surtout pour empêcher ces attentats… OLIVIER MAZEROLLE Mais les Américains vous avaient prévenus ou pas ? MANUEL VALLS Tous les services d'informations (sic), tous les services de renseignements, pardon, sont coordonnés, et cela nous permet de déjouer, cinq attentats déjoués depuis cet été, et donc nous savons qu'il y a des opérations qui se préparaient et qui se préparent encore, pas seulement contre la France, mais contre d'autres pays européens, le communiqué de revendication de l'Etat Islamique, de Daesh, de samedi, indique très clairement quelles sont les cibles possibles. Donc les Français qui sont debout, qui font face à cet acte terroriste, à cette barbarie, et encore une fois, je pense aux victimes, et à cette jeunesse, qui a été frappée, doivent rester debout, avec leurs valeurs, avec un Etat de droit qui doit se défendre sur la base de la liberté, de la démocratie, mais doivent savoir aussi que nous allons vivre avec cette menace terroriste. Il y a quelques mois, devant des lycéens en Seine-et-Marne, j'avais dit à cette génération qu'elle devait vivre longtemps avec cette menace terroriste, cela m'avait d'ailleurs été un moment reproché, comme si je voulais faire peur. Non, nous devons vivre, vivre pleinement, vivre, mais vivre avec cette menace terroriste pour la combattre ensemble, parce qu'il faut à la fois des moyens, il faut intervenir sur le terrain national et bien sûr en Syrie et en Irak, comme nous le faisons, mais nous devons aussi nous mobiliser, le peuple français doit plus que jamais se mobiliser et se rassembler contre le terrorisme. OLIVIER MAZEROLLE Se mobiliser, mais précisément, depuis la seconde guerre mondiale, la France, et plus généralement, l'Europe, ont été gagnées par le pacifisme, par l'idée que la paix était éternelle, on peut se mobiliser contre la guerre comme ça, subitement, c'est un renversement culturel énorme ? MANUEL VALLS C'est très juste ce que vous dites, nous sommes un peuple qui vit en paix, même si dans les années 80 notamment, nous avons connu sur notre sol des actes terroristes qui ont tué, depuis la guerre d'Algérie, nous n'avons pas connu au fond ce qu'est la guerre, même si nous nous sommes engagés, et que nous avons perdu des hommes sur différents terrains, en Irak ou en Afghanistan ou au Mali, aujourd'hui, nous intervenons en Centrafrique... OLIVIER MAZEROLLE Ça paraissait extérieur pour beaucoup de Français… MANUEL VALLS Bien sûr, et maintenant, on voit bien quelles sont les conséquences de cette guerre. Daesh ne peut pas gagner cette guerre contre nous. Mais cette organisation terroriste cherche à nous affaiblir, à nous diviser, à faire en sorte que les Français se retournent les uns contre les autres. Donc cet état de guerre, cet acte de guerre, cet état de guerre, cette nouvelle guerre, car elle est évidemment différente, ça n'est pas en France une guerre conventionnelle, nous oblige à des moyens, à une attitude, à une hauteur de vue, à une mobilisation… OLIVIER MAZEROLLE A une participation de la population ? Il faut prévenir, il faut… MANUEL VALLS A une très grande vigilance, à une très grande maîtrise, à du sang-froid et je profite d'ailleurs de ce micro pour alerter mes compatriotes : attention à un certain nombre de rassemblements, nous l'avons vu hier devant le Bataclan, à Paris, place de la République également, comment des mouvements de panique peuvent représenter un danger pour la population sur la base… OLIVIER MAZEROLLE C'est l'envie de manifester une unité ? MANUEL VALLS Elle est normale, cette unité doit se rassembler, et aujourd'hui, les Français vont se recueillir, mais j'invite chacun à la maîtrise, à la prudence, et à la vigilance. Oui, le comportement de chacun va se modifier par rapport à cette menace terroriste. OLIVIER MAZEROLLE Mais les kamikazes identifiés, les trois, sont Français, éduqués en France. En juin dernier, dans le rapport qu'il vous a remis, Malek BOUTIH, député socialiste, dénonçait la République momifiée, l'envie dans plusieurs villes et quartiers d'éviter les incidents, donc de fermer les yeux sur les activités salafistes, il n'y a pas quelque chose à faire à la base, à la source ? MANUEL VALLS Tout le diagnostic que nous avons porté au mois de janvier, et je m'en suis fait, avec d'autres bien sûr, le porte-voix à l’Assemblée nationale, la menace que représente l'islamisme radical, le rôle des Frères musulmans, le salafisme, ce que Malek BOUTIH a dit, je crois que je l'ai dit sur ce même micro très justement, sur les fractures, les violences, la radialisation d'une partie de notre jeunesse, ces analyses elles sont toujours justes, les réponses nous les apportons : la lutte contre l'apartheid social, le rôle de l'école, le rôle des familles… OLIVIER MAZEROLLE Pardon ! MANUEL VALLS Mais, Olivier MAZEROLLE… OLIVIER MAZEROLLE Pardon ! Est-ce qu'on les apporte vraiment ? Je voudrais vous parler simplement de l'expérience que vivent beaucoup de professeurs de lycées professionnels qui m'ont raconté, ils m'ont dit : « mais qu'est-ce que vous voulez que l'on fasse ? Il y a des salafistes qui vont frapper aux portes des appartements, qui vont dire : « on a vu ta fille qui fait ceci, on a vu ton fils qui faisait cela »… YVES CALVI Et nous avons un auditeur qui vient de nous appeler pour nous dire qu'il avait deux élèves fichés qu'il allait retrouver ce matin dans sa classe. OLIVIER MAZEROLLE Voilà ! Et Michel SERFATI, le rabbin de Ris-Orangis que vous connaissez bien et qui va souvent dans les quartiers me disait : « mais les difficultés que j'ai ce n'est pas de rencontrer ces jeunes, c'est simplement l'obstacle que dressent des élus locaux, des représentants de l'Etat qui ont peur des incidents. YVES CALVI Avant que vous répondiez, Monsieur le Premier ministre, je pense qu'il est important que vous entendiez Eric qui vient de nous appeler à ce sujet. Eric ! ERIC, AUDITEUR Oui, bonjour Monsieur. YVES CALVI Manuel VALLS vous écoute, dites-nous-en quelques mots. ERIC Bonjour Monsieur le Ministre. MANUEL VALLS Bonjour Eric. ERIC Voilà je vous contacte parce que j'ai réagi hier donc sur RTL suite aux évènements, donc je suis enseignant et je vous avoue que là ce matin j'ai une appréhension de prendre le travail parce que nous avons appris que des élèves faisaient l'objet d'une enquête R.G, donc ce matin je me demande comment je vais réagir en fait devant ces jeunes si jamais ils dérapent ? OLIVIER MAZEROLLE Mais est-ce qu'il ne faut pas agir à la base ? Vous dites : « la mobilisation des Français oui » mais est-ce que tous les services, les représentants de l'Etat, les élus locaux sont mobilisés pour aller à la racine ? YVES CALVI Et Manuel VALLS vous répond, Eric. MANUEL VALLS Olivier MAZEROLLE, les attentats ont eu lieu vendredi, il y a aujourd'hui des familles qui n'ont pas encore de nouvelles de leurs proches, des corps qui n'ont pas identifiés, l'enquête est en cours, l'émotion est immense, les Français ont peur et en même temps font face. Nous avons apporté encore une fois depuis des mois le diagnostic sur l'état de la société française et je l'ai fait toujours depuis des années, parce que je suis l'élu de ces quartiers populaires, j'ai toujours manifesté la plus grande détermination pour que non seulement on fasse vivre les valeurs de la République mais pas de manière désincarnée mais pour combattre tous ceux qui s'en prennent à nos valeurs, cet islamisme radical qui existe dans nos quartiers, cette jeunesse une partie d'entre elle qui a basculé et qui peut être à l'origine ou au cœur de ces attentats qui ont tué des jeunes, qui ont frappé nos enfants, une jeunesse libre qui aime la vie active, qui aime flirter, qui faisait la fête, qui se retrouvait dans un moment de bonheur sur des terrasses de Paris ou au Bataclan et ça s'est terminé dans l'horreur. Donc tout ce que nous avons dit sur la lutte contre non seulement l'apartheid, le rôle de l'école, la radicalisation, la lutte contre l'islamisme radical, tout cela reste profondément d'actualité, mais la vérité parce qu'il faut de la vérité Olivier MAZEROLLE c'est que cela va mettre du temps, c'est un engagement massif de l'Etat et de la société.… OLIVIER MAZEROLLE Et ce professeur qui retrouve ce matin des élèves fichés ? MANUEL VALLS Non ! J'ai bien entendu ce professeur, il dit : « il y a des élèves qui seraient fichés par les Renseignements Généraux, en tout cas par nos services de renseignements, je ne peux pas répondre sur une information que je n'ai pas. Mais c'est vrai et vous l'avez rappelé tout à l'heure qu'il y a dans notre pays une partie des jeunes qui se sont radicalisés, entre ceux qui étaient dans un parcours de délinquance qui se radicalisent, qui peuvent ensuite passer au terrorisme, c'est d'ailleurs une nouvelle fois le parcours de l'un de ces individus, de ces criminels abattus ou qui s'est fait exploser au Bataclan, originaire de la circonscription dont d'ailleurs je suis le député à Courcouronnes et je veux rappeler que cette équipe est le fruit d'une planification depuis la Syrie, basée essentiellement en Belgique, d'où une coopération particulièrement active avec nos amis et nos voisins Belges qui ont subi déjà des attentats, qui ont réussi à démanteler à Verviers il y a quelques mois une cellule terroriste particulièrement dangereuse, donc cela veut bien dire que c'est un phénomène ancré profondément et durablement dans la société française et, face cela, nous devons mobiliser la société, l'Etat, et combattre, combattre à tous les niveaux. Et c'est cette détermination… Parfois on me dit, on me reproche de trop parler de la République, de la Nation, c'est quoi être Français ? Eh bien, plus que jamais, ces valeurs sont indispensables et chacun peut compter sur la détermination du président de la République il l'exprimera encore cet après-midi sur celle du gouvernement, mais plus que jamais l'union sacrée, pas l'effacement des différences politiques, la démocratie est là, ces missions régionales auront lieu dans quelques mois… OLIVIER MAZEROLLE … Cette union sacrée ? MANUEL VALLS Cette union sacrée, elle est indispensable, pas uniquement entre les responsables politiques, mais entre tous les Français. YVES CALVI Cette édition spéciale se poursuit, merci Monsieur le Premier ministre, merci Olivier MAZEROLLE, dans quelques instants, vous répondez à nos auditeurs au 32.10. On fait le point sur l'actualité maintenant avec Jérôme FLORIN. 08:03:58 FIN 2ème partie de l'interview à 8h16 YVES CALVI L'invité exceptionnel de RTL aujourd'hui à 8H16 est notre Premier ministre Manuel VALLS, merci d'être resté avec nous Manuel VALLS. On va tout de suite donner la parole aux auditeurs, à commencer par Catherine qui nous appelle de Vincennes dans le Val-de-Marne. Bonjour Catherine, le Premier ministre vous écoute. CATHERINE Bonjour Monsieur le Premier ministre. MANUEL VALLS Bonjour madame. CATHERINE Bonjour Monsieur CALVI. Ma question est la suivante, allez-vous sécuriser et protéger nos écoles ? MANUEL VALLS Cette question est tout à fait légitime, avons-nous la possibilité, les moyens de sécuriser toutes les écoles ? Les parents, les enseignants, se posent sans aucun doute cette question ce matin. Nous en avons parlé avec la ministre de l'Education, avec le ministre de l'Intérieur, il faut en tout cas que la police et la gendarmerie soient particulièrement vigilantes, partout en France, pas seulement pour nos écoles, mais pour l'ensemble des établissements. YVES CALVI On se demande ce que l'on peut faire de plus, parce que pratiquement toutes les écoles de France ont devant elles aujourd'hui des barrières, la mobilisation est générale et on se dit il y a un moment où ça va devoir s'arrêter. Je veux dire, est-ce qu'on peut encore aller un peu plus loin dans la protection de nos écoles ? Je pense que c'était le sous-entendu de la question de Catherine. MANUEL VALLS Bien sûr, il faut une mobilisation des forces de l'ordre, des policiers, des gendarmes, des polices municipales, des douaniers, soutenus par nos forces militaires, avec une occupation du terrain. Mais, cette guerre contre Daesh, elle doit se mener d'abord en Syrie et en Irak. Il y a, vous le savez, aussi ce qui se passe en Libye, puisque Daesh, cette organisation terroriste, cette armée terroriste, est implantée, et s'y implante, là-bas, c'est pour cela que j'ai dit que c'est une guerre qui va être longue et difficile. Pour ce qui concerne le territoire national tout doit être fait pour protéger les Français, et je comprends leur peur, leur angoisse, et leurs questions, il n'y a pas de risque zéro, mais tout doit être fait, et toutes les questions qui sont posées aujourd'hui par les Français devront être traitées. YVES CALVI Merci de nous avoir appelés Catherine. Gilles, vous nous téléphonez, vous, de Villemoisson-sur-Orge, c'est dans le département de l'Essonne, le Premier ministre vous écoute. GILLES Bonjour Monsieur le Premier ministre et bonjour Monsieur CALVI. Dans le cadre de ce que vous venez de dire sur la protection des gens, moi j'ai bien senti que la population qui avait porté secours, les premiers secours, était complètement démunie. S'agissant des premiers secours à porter, est-ce qu'il ne serait pas souhaitable, maintenant, que dans les écoles et dans les entreprises on forme enfin les gens aux premiers secours ? MANUEL VALLS Il y a déjà beaucoup de formations aux premiers secours, et d'ailleurs sur les trottoirs de Paris, comme au Bataclan, il y a eu des actes héroïques, des Français qui ont aussi déchiré leur chemise, pardon de rentrer dans ces détails, pour faire des garrots, pour sauver des gens. YVES CALVI Beaucoup nous ont dit aussi leur incapacité d'agir et leur grande souffrance de ne pas savoir quoi faire. MANUEL VALLS Et puis avec quel choc, enfin, les images que vous avez rapportées, en tout cas les scènes que vous avez décrites, montrent que pour les gens qui étaient choqués, parfois blessés, c'était particulièrement difficile d'intervenir. Mais, vous avez raison Monsieur, c'est de manière générale, autour de la Sécurité civile, des secours, de la mobilisation des Français, nous devons sans doute aller encore plus loin dans ce qu'un peuple peut acquérir pour se mobiliser. Il y a des pays qui vivent avec cette menace terroriste permanente, nous devons intégrer ces éléments pour chacun puisse réagir en termes de vigilance, mais aussi de secours. YVES CALVI Ça se passe à l'école ? MANUEL VALLS Ça se passe à l'école, il y a beaucoup de choses qui se font à l'école, il faut sans doute aller encore plus loin. YVES CALVI Mais vous pensez prendre des mesures, en tout cas y réfléchir ? MANUEL VALLS Je ne veux pas inventer là… YVES CALVI C'est honnête. MANUEL VALLS Nous sommes mobilisés face à cet événement, l'enquête est en cours. Parfois vous, et nous, nous allons plus vite, bien sûr, parce que nous commentons, nous agissons, que nos compatriotes qui sont encore sous le choc. YVES CALVI Bonjour Pascal, vous nous appelez, vous, de Royan, merci d'écouter RTL, le Premier ministre vous écoute. PASCAL Bonjour Monsieur le Premier ministre, bonjour Monsieur CALVI. On est en état de guerre, en état d'urgence, pourquoi est-ce qu'on ne ferme pas nos frontières, ne serait-ce que pour un moment donné, pour une période bien définie, mais au moins pour que tout le monde soit rassuré en France, et faire en sorte qu'on puisse se préparer ? YVES CALVI Je précise, Monsieur le Premier ministre, que beaucoup de questions nous sont parvenues, allant dans ce sens. MANUEL VALLS Le contrôle aux frontières, ce qui est permis d'ailleurs dans le cadre de Schengen, a été activé, il avait d'ailleurs été activé dès vendredi matin pour la préparation du rendez-vous climat. Fermer les frontières, c'est empêcher les gens de passer, ça ne concerne pas que les frontières terrestres, ça concerne aussi les frontières aériennes. Le contrôle, les contrôles, à nos frontières, ont été rétablis, et c'est ce contrôle qui doit bien sûr être le plus efficace possible. Il y a ces contrôles, il y a les perquisitions administratives que nous sommes en train de mener, qui ont été menées cette nuit, plus de 150 perquisitions administratives ont été menées, et ça va continuer. Donc, sur nos frontières, comme sur le territoire national, nous agissons. YVES CALVI Pascal, merci beaucoup de nous avoir appelés. C'est Jean-Pierre maintenant qui vous interroge Monsieur le Premier ministre, il nous appelle des Pyrénées-Orientales, bonjour Jean-Pierre, nous vous écoutons. JEAN-PIERRE Bonjour Monsieur le Premier ministre, bonjour Monsieur CALVI. Monsieur le Premier ministre, la France est en alerte maximum, la France est en guerre, et je me pose la question de savoir s'il est bien judicieux de continuer la COP21 comme elle est prévue ? Les policiers, enfin, les services d'ordre sont fatigués, à cran, est-ce que vous ne pensez pas qu'il serait judicieux de la reporter au moins d'un mois ? YVES CALVI Le sommet climat peut-il avoir lieu Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Les forces de l'ordre sont peut-être fatiguées mais elles sont d'abord mobilisées, et avec un engagement considérable, je l'ai encore vu hier avec les ministres de l'Intérieur et de la Défense, et cette mobilisation va se poursuivre. La COP21 est un rendez-vous essentiel pour l'avenir de la planète, pour l'Humanité. A la fin du mois, le 29 novembre, tous les chefs d'Etat et de gouvernement de la planète seront ici, à Paris, et apporteront un message au monde entier, de soutien et de solidarité à la France, pas uniquement sur le rendez-vous climat, que nous devons réussir, mais par rapport aux événements que nous venons de subir. Aucun chef d'Etat, aucun chef de gouvernement, au contraire, nous a demandé de reporter ce rendez-vous, tous veulent être là. Je crois que ça serait, au contraire abdiquer face au terrorisme. Alors, bien sûr, les conditions d'organisation, toute une série de manifestations qui étaient prévues, n'auront pas lieu, elle sera sans doute réduit à la négociation… YVES CALVI Lesquelles ? MANUEL VALLS Nous sommes en train de regarder ça, mais tout ce qui est extérieur à la COP, toute une série de concerts, de manifestations, d'ailleurs plutôt festives, seront sans aucun doute annulées. Vous savez qu'il y a une grande manifestation qui était prévue le 29, les organisateurs se réunissent aujourd'hui, je ne veux pas aller trop vite, mais la question de l'organisation de cette manifestation, d'une manière ou d'une autre, sera posée. YVES CALVI Vous leur demandez d'annuler cette manifestation ? Votre sentiment, Manuel VALLS. MANUEL VALLS Mon sentiment c'est que nous devons réfléchir à agir ensemble, mais… YVES CALVI J'ai l'impression que vous pensez oui, mais que vous ne voulez pas le dire. MANUEL VALLS Non, non, je suis prudent et sincère, ici, avec vous. Rien ne doit être fait qui puisse mettre en danger, en péril, y compris par rapport à des mouvements de foule, des gens qui manifesteraient dans Paris. Et si nous devons organiser ce grand rendez-vous climat, en même temps, et c'était la remarque judicieuse de votre auditeur, les forces de sécurité doivent se concentrer sur l'essentiel. Mais ce rendez-vous sera un message majeur de la planète entière, ça sera aussi l'occasion de marquer se volonté de lutter contre le radicalisme, contre le fanatisme, donc, au contraire, ce rendez-vous est important, et la France sera la capitale du monde. Paris est la capitale du monde, et c'est pour cela que ce rendez-vous doit être maintenu. YVES CALVI Merci beaucoup Jean-Pierre de cette question. Bonjour Eric, vous nous appelez du département de la Moselle, je crois que vous voulez discuter avec le Premier ministre de nos forces de l'ordre et des moyens que l'on doit leur donner. Nous vous écoutons. ERIC Bonjour Monsieur le Premier ministre, bonjour à tous. Ce week-end je suis passé, comme tout le monde, par beaucoup beaucoup d'émotion, et je me disais mais qu'est-ce que nous, petits Français, on peut faire ? Ce que l'on peut faire c'est vous aider, vous, à faire ce que vous avez à faire, c'est-à-dire vous donner les moyens. Est-ce qu'il n'y aurait pas possibilité de mettre en place une espèce de souscription, comme jadis ça se faisait quand les Etats partaient en guerre, pas une nouvelle taxe, pas un nouvel impôt, quelque chose de volontaire, où on pourrait faire des dons pour aider notre police et notre armée, aider les services de renseignement, pour avoir ce financement ? YVES CALVI Votre question est assez émouvante, je vous interromps Eric, en fait vous nous proposez, et vous suggérez au Premier ministre, à Manuel VALLS, peut-être que les Français puissent faire des dons pour soutenir l'activité de notre police. Est-ce que c'est concevable ? MANUEL VALLS J'aime ces Français, qui s'impliquent, pensent à leur pays, aux forces de l'ordre. YVES CALVI Des dons, pas d'impôt en plus, vous avez bien entendu. MANUEL VALLS J'ai bien compris. Plus de 100.000 gendarmes et policiers sont aujourd'hui mobilisés, auxquels vont se rajouter, et se rajoutent déjà, les militaires, et nous avons prévu des déploiements supplémentaires de militaires sur l'ensemble du territoire, et 5000 étaient déployés hier sur Paris. Mais, monsieur va plus loin. Examinons toutes les possibilités. Je pense que, je ne veux pas en dire plus, mais le président de la République, le chef de l'Etat, cet après-midi, abordera aussi, parmi bien d'autres sujets, la question de la mobilisation, nous l'évoquions tout à l'heure avec Olivier MAZEROLLE, et comment les Français peuvent se sentir impliqués. Nous parlions des secours il y a un instant, le soutien aux forces de l'ordre il y a quelques minutes… YVES CALVI La Garde nationale avec les réservistes, proposé par François BAYROU, c'est une bonne idée ? MANUEL VALLS L'idée de la Réserve elle existe déjà, nous l'avions évoquée, elle se met en place progressivement, laissons au chef de l'Etat le soin de formuler ses propres analyses et ses propositions. YVES CALVI Mais peut-être, juste une question Manuel VALLS. On comprend bien, et vous nous le dites régulièrement, nous vivons avec des moyens finis compliqués, la France a des difficultés, j'allais dire pour boucler ses fins de mois, est-ce qu'il va falloir, à un moment, peut-être renoncer à un certain nombre de mesures, je ne sais pas, à caractère social, pour renforcer la lutte contre le terrorisme ? Est-ce qu'on peut imaginer que demain, je ne sais pas, les indemnités des chômeurs soient moins longues, pour soutenir la lutte contre le terrorisme ? MANUEL VALLS Pourquoi opposer les uns aux autres ? Le ministère de l'Intérieur, le ministère de la Défense, les forces de sécurité sont prioritaires. Depuis 2012, nous augmentons et nous allons continuer à augmenter les moyens des policiers, des gendarmes. Il faudra sans doute aller plus loin encore, je l'avais dit à ce micro, face à la guerre, face au terrorisme, face aux trafics. Il faut donner tous les moyens aux policiers, aux gendarmes, à la justice pour faire face à ce danger, à cette menace permanente et ça doit être, vous avez raison de ce point de vue-là, une priorité. Mais la priorité c'est la sécurité, la priorité c'est l'école, la priorité c'est lutter contre les fractures béantes de la société française. Donc il n'y a pas qu'une seule priorité, même si la préoccupation sécuritaire est la première et nous l'incarnons, cette priorité sécuritaire, donc tous les moyens doivent être mis pour la sécurité de notre pays mais encore une fois, François HOLLANDE aura l'occasion d'évoquer ce sujet cet après-midi. YVES CALVI On ne peut pas tout faire. On va donner la parole maintenant à Kevin qui nous appelle de Montpellier, dans le département de l'Hérault. Bonjour Kevin, merci d'appeler RTL. Le Premier ministre vous écoute. KEVIN Bonjour messieurs, bonjour monsieur CALVI, bonjour monsieur VALLS. J'ai une question brève, parce que j'en ai des dizaines. On parle de deuil national aujourd'hui mais je ne vois pas de pays en deuil. Je vois des gens qui vont travailler, il y a une vie tout à fait normale. On a quand même vécu un drame horrible et je crois que dans le monde entier on est touché, et voilà. Qu'est-ce que signifie le deuil national, s'il-vous-plaît ? YVES CALVI Je crois que la remarque de Kevin, c'est de dire il y a des gens qui boulonnent aujourd'hui, les magasins sont ouverts. Est-ce qu'on pouvait en faire plus pour se mettre en quelque sorte entre parenthèses pour vivre notre deuil national. MANUEL VALLS Trois jours de deuil, les drapeaux en berne, ce moment de recueillement partout à midi en France, en Europe et dans le monde, et des Français qui, je crois, ont envie de se retrouver au boulot bien sûr, entre eux, pour parler, pour évoquer, pour délivrer la parole. Donc cette parole, elle est nécessaire. Si chacun reste chez soi, n'exprime pas ce qu'il ressent, n'évoque pas ce qui s'est passé, alors devenons une société qui se ferme sur elle-même, morte. Non, au contraire, il y a la vie. Nous allons vivre avec cette menace terroriste mais la meilleure c'est la vie, la démocratie, la vie entre les Français. Au contraire, je crois que c'est de ces discussions – on en a beaucoup parlé en famille ce week-end -, là les Français vont en parler entre eux et c'est important. Nous devons être à l'écoute parce que bien évidemment, moi j'entends, je parle avec mes proches, avec mes enfants, avec les élus que je connais, nous voyons bien que la société française est profondément touchée, commotionnée par ce qui s'est passé et nous devons être à l'écoute de ce que les Français pensent de leur colère, de leur questionnement, de leur incompréhension, de leur attente vis-à-vis de l'exécutif puisque c'est à nous de prendre un certain nombre de décisions tout en étant à la hauteur des enjeux. Donc, il faut que les Français parlent et se parlent et nous parlent, c'est ça une grande démocratie. C'est ça la France. YVES CALVI En dépit des opérations de police qui continuent puisque vous nous avez annoncé il y a quelques instants cent cinquante perquisitions qui ont lieu ou doivent avoir lieu aujourd'hui. La vie doit continuer vient de nous dire le Premier ministre. Manuel VALLS, vous restez avec nous, on se retrouve dans quelques instants pour répondre à nouveau aux questions de nos auditeurs au 32 10. Merci à tous d'écouter RTL. (…) Publicités YVES CALVI Merci ce continuer à appeler le Premier ministre, pour répondre à vos questions. Juste une chose avant de donner la parole à Marie, Manuel VALLS, on a tous été surpris par l'expression utilisée hier par le ministre de l'Intérieur, qui évoque la dissolution possible des mosquées de notre pays. Alors, je vous pose la question plus simplement, c'est : doit-on et va-t-on fermer des mosquées ? Je remarque les mosquées radicales, bien entendu et je remarque que certains responsables musulmans y sont favorables, ils s'expriment en ce sens, ce matin, dans la presse. MANUEL VALLS Il faut, je l'ai rappelé, depuis des mois, je l'ai encore rappelé samedi soir, expulser tous les étrangers qui tiennent des propos insupportables, radicalisés, contre nos valeurs, contre la République. Il faut fermer les mosquées, les associations, qui aujourd'hui s'en prennent aux valeurs de la République. C'est cette action que nous menons. Il y a déjà eu beaucoup d'expulsions de prêcheurs de haine, il y a eu des déchéances de la nationalité, aussi, six, depuis 2012, ça n'avait jamais été fait auparavant. Nous allons donc poursuivre. Aucun élément, dans le cadre de notre Etat de droit, aucun élément, aucune action ne sera mise de côté, nous agirons encore une fois, sur tous les fronts, avec la plus grande des déterminations. YVES CALVI Et par exemple la fermeture de lieux de culte, quand ils sont désignés comme étant dangereux. MANUEL VALLS Pas uniquement fermer des lieux de culte, il faut poursuivre ceux qui prônent la haine, bien évidemment. YVES CALVI Bonjour Marie. MARIE Oui, bonjour. YVES CALVI Vous nous appelez du XVIIème arrondissement de Paris, vous êtes étudiante, le Premier ministre vous écoute MARIE Bonjour Monsieur le Premier ministre, bonjour à tous. MANUEL VALLS Bonjour. MARIE Alors, Monsieur le Premier ministre, ne pensez-vous pas que répliquer aussi violemment en Syrie, ne va pas rajouter dans l'horreur et engendrer une forme d'escalade de la violence ? On sait ce que les précédentes interventions militaires dans ces zones ont donné, c'était contre-productif, ne retient-on donc rien de l'histoire, et ne faut-il pas faire comme monsieur MELENCHON l'a rappelé il y a dix jours, s'attaquer aux moyens de financement de Daesh et faire le clair dans le double-jeu de certaines de nos alliés ? MANUEL VALLS Mais ça n'est pas incompatible, ça n'est pas contradictoire. Il faut s'attaquer bien sûr aux réseaux financiers, qui sont importants, vous le rappeliez d'ailleurs ce matin sur votre antenne. Il faut agir sur le plan diplomatique et mobiliser la communauté internationale, et afin que chacun assume pleinement ses responsabilités, comme le fait la France, mais la France, elle n'est pas attaquée uniquement parce que nous intervenons à l'extérieur, parce que nous frappons Daesh, nous sommes attaqués parce que nous sommes la France, parce que nous portons des valeurs universelles, parce qu'il y a une jeunesse qui vit librement, parce que nous avons une certaine conception de l'égalité, notamment entre les femmes et les hommes, parce que nous défendons la laïcité. C'est ça la France. Baisser la garde, ne pas répliquer, ne pas combattre ne pas mener cette guerre, ça serait au contraire reculer et donner cette victoire à cette organisation terroriste, qui ne vise pas uniquement notre pays, parce que nous sommes engagés, qui s'attaque par exemple à la Belgique. Si elle s'attaque à la Belgique, c'est pas parce que la Belgique est forcément engagée dans les opérations extérieures, mais parce que c'est un pays européen, parce que c'est Bruxelles la capitale européenne, donc c'est un combat de valeurs, c'est un combat de civilisations. OLIVIER MAZEROLLE Est-ce qu'on n'est pas particulièrement visé, parce que nous voulons un islam compatible avec la laïcité ? Ce qui est l'horreur absolue pour ces fanatiques qui viennent nous détruire. YVES CALVI Je vous demande une réponse rapide, puisque nous prendrons ensuite la dernière question d'auditeurs. MANUEL VALLS Oui, nous sommes visés, parce que nous sommes le pays des Lumières, des Droits de l'homme, de l'égalité, de la possibilité de croire ou de ne pas croire. Il est là le message universel de la France. On peut être chrétien, juif, musulman, dans ce pays, mais en respectant ce rassemblement autour de nos valeurs, qui sont des valeurs communes, croire et ne pas croire. Et c'est ça qu'on veut détruire, c'est pour ça qu'il faut être fort entre nous, unis et en même temps il faut combattre, avec nos armées, avec nos soldats, il faut que nos services de renseignements, notre police et notre gendarmerie, mais tous les Français, il faut combattre le terrorisme, parce que nous sommes un peuple fort, et solidaire, et qui est debout. C'est parfois une certaine idée, au fond, du pacifisme, qui a conduit au désastre au XXème siècle. Au contraire, il faut être engagé, engagé jusqu'au bout, et nous le sommes. YVES CALVI Bonjour Christophe ! CHRISTOPHE, CHAUFFEUR ROUTIER Bonjour. YVES CALVI Merci d'écouter RTL. Vous nous appelez, vous êtes chauffeur routier, vous venez de passer la frontière belge c'est ça ? CHRISTOPHE Oui ! Voilà, j'habite à côté de Molenbeek et je suis passé ce matin, donc j'ai démarré à 5h juste à côté de Molenbeek, j'ai passé la frontière à 6h20 6h30, il n'y avait strictement aucun contrôle, il y avait bien une présence policière oui, on était rétrécis sur une seule bande, mais il n'y a pas de contrôle. YVES CALVI Alors, comment est-ce possible ? Je signale qu'on a eu de nombreux témoignages, moi j'ai tout simplement une amie qui m'a appelée hier revenant d'Italie, en me disant : « aucun contrôle à Roissy à l'arrivée vers 22h ». MANUEL VALLS Laissons, monsieur CALVI, laissons les services de police, les douaniers faire le travail avec leur professionnalisme. J'entends beaucoup de choses, ce qui compte pour moi c'est l'efficacité, si vous fermez les frontières ça ne changera rien, ce qu'il faut ce sont ces contrôles permanents qui existent et qui permettent avec le professionnalisme, l'oeil de ces policiers, d'évaluer… YVES CALVI Mais ils évaluent ou ils subissent une situation où parfois on le fait et parfois on ne le fait pas, vous comprenez, c'est ça finalement, on comprend très bien qu'on ne peut pas être partout au même moment ? MANUEL VALLS Ils évaluent ! Ils évaluent bien sûr cette situation bien évidemment. YVES CALVI Vous en êtes sûr ? MANUEL VALLS Moi j'en suis convaincu de leur professionnalisme, oui bien sûr, mais vous dire qu'il n'y a aucun risque je ne vous le dirais pas non plus. YVES CALVI Merci beaucoup Manuel VALLS d'être venu répondre aux auditeurs de RTL… MANUEL VALLS Merci. YVES CALVI Pendant cette longue plage horaire. Bien entendu cette spéciale se poursuit je vous le rappelle aujourd'hui jusqu'à 10 h du matin, nous aurons un débat à partir de 9 h consacré à la question de la restriction de nos libertés individuelles pour lutter contre le terrorisme là aussi vous pouvez continuer à nous appeler et de réagir à l'actualité et dans quelques instants on retrouve Nicolas DOMENACH pour « On n'est pas forcément d'accord » en ce lundi matin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/197.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/197.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4326e75958fa4d50965b8382f6ee319210b76d54 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/197.txt @@ -0,0 +1 @@ +BRUCE TOUSSAINT Bonjour Ségolène ROYAL… SÉGOLÈNE ROYAL Bonjour. BRUCE TOUSSAINT Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Je voudrais qu'on commence avec cette image qui est d'ores et déjà dans l'histoire, vous y étiez, c'était hier au Congrès de Versailles, « La Marseillaise », alors moi ce que je vous propose c'est qu'on l'écoute presque en entier, regardons ensemble. //extrait des parlementaires entonnant « La Marseillaise » // BRUCE TOUSSAINT Y a-t-il ce matin encore de l'émotion en regardant ces images, Ségolène ROYAL ? SÉGOLÈNE ROYAL Il y a deux sentiments que l'on ressent dans ces moments-là, un sentiment d'émotion bien sûr mais aussi un sentiment de force, il y a un sentiment d'unité nationale et je voudrais saluer d'ailleurs l'attitude de l'opposition dans ces moments-là parce que c'est à la fois un impact international cette image de rassemblement des clivages politiques et puis c'est un impact en France parce qu'il faut que les Français se sentent en sécurité et ils se sentent en sécurité lorsque leurs responsables politiques sont rassemblés autour d'un même objectif : combattre tout ce qui peut agresser la tranquillité des Français. BRUCE TOUSSAINT Justement hier François HOLLANDE a annoncé des mesures qui ont pu surprendre par leur fermeté, leur sévérité, mais est-ce qu'au fond ce n'est pas un programme de droite ultra-sécuritaire qui a été présenté hier par le président de la République ? SÉGOLÈNE ROYAL La sécurité n'est ni de droite, ni de gauche, la sécurité c'est un droit fondamental qui est inscrit dans la Constitution - dans la Constitution le droit à la sécurité s'appelle d'ailleurs le droit à la sûreté - c'est aussi le droit inscrit dans la Constitution le droit d'aller et de venir, c'est la liberté fondamentale, et d'ailleurs ce qu'ont voulu frapper les terroristes c'est vraiment l'âme française, c'est-à-dire c'est la joie de vivre, c'est la liberté et c'est la fraternité et donc c'est bien à cela qu'il faut s'atteler pour pouvoir rétablir ce droit à la sûreté. BRUCE TOUSSAINT Vous êtes donc d'accord avec toutes les propositions, si on les reprend un petit peu dans l'ordre : déchéance de nationalité, fiche S, reconduite à la frontière, les nouveaux postes pour gendarmes et policiers ? SÉGOLÈNE ROYAL Mais bien évidemment ! Il y a trois types de propositions, comme vous l'avez vu : il y a d'une part la prolongation de l'état d'urgence qui permet à la fois les perquisitions et les assignations à résidence ; il y a ensuite la réforme de la Constitution pour inscrite précisément cet état d'urgence dans les règles constitutionnelles, qui sont aujourd'hui un peu inappliquées puisqu'elles ont été formulées et écrites avant ces phénomènes de terrorisme et de cybercriminalité ; et puis, troisièmement, il y a les moyens matériels supplémentaires qui sont donnés à la justice et à la police, et à la défense, pour pouvoir éradiquer le terrorisme. BRUCE TOUSSAINT Alors vous entendez j'imagine depuis hier les critiques de l'opposition, pourquoi ne pas avoir fait cela après les attentats de janvier, pourquoi avoir attendu ? SÉGOLÈNE ROYAL J'entends ces critiques ! J'observe d'ailleurs que l'opposition a peu de prise sur ce qui est fait, puisque c'est finalement la seule critique, c'est une critique de tempo si j'ose dire… BRUCE TOUSSAINT Oui ! C'est ça. SÉGOLÈNE ROYAL Mais écoutez c’est aujourd'hui, nous sommes aujourd'hui, nous devons agir là pour les jours qui viennent et les semaines qui viennent et les années qui viennent, donc je crois que l'opposition finalement ce qu'on attend d'elle aussi c'est un rassemblement nationale comme je le disais tout à l'heure et c'est vraiment - puisque le chef de l'État l'a dit - un appel aux propositions de l'opposition puisqu'il a été clairement dit hier que le Conseil d'État serait saisi de toutes les propositions, donc, si l'opposition a des propositions à faire, elles sont bienvenues, elles seront soumises par le gouvernement au Conseil d'État et elles seront intégrées à la réforme législative et à la réforme constitutionnelle. BRUCE TOUSSAINT Pardon ! Mais c'est une posture ou c'est… C'est tactique cette façon de vouloir englober l'opposition, comme pour lui dire : « eh bien vous voyez on travaille vraiment ensemble » ou c'est un peu, voilà, une façon de museler l'opposition ? C'est de la politique aussi, même en temps de guerre ? SÉGOLÈNE ROYAL Je ne crois pas ! Franchement, je ne crois pas. D'abord, ce n'est pas tous les sujets de la politique : la politique économique, la politique sociale… que l'opposition ne se gêne pas pour critiquer - et elle est dans son rôle - en revanche sur ce qui concerne vraiment l'autorité de l'Etat, la protection de la Nation, je crois que tout le monde peut s'y retrouver et, d'ailleurs, vous savez les Français ne font jamais de confusion, on n'a jamais vu un drame national et une unité nationale se transformer en vote, donc on sait parfaitement que les Français sont très intelligents, ils regardent les choses, ils regardent le comportement de leurs responsables politiques et ils ne mélangent pas leur vote avec leur volonté d'union nationale dans les moments d'extrême gravité comme celui que nous vivons. BRUCE TOUSSAINT Donc tout pour la sécurité et tant pis pour les déficits, le pacte de stabilité ? SÉGOLÈNE ROYAL Mais, comme l'a dit le chef de l'Etat… BRUCE TOUSSAINT On verra ça après ? SÉGOLÈNE ROYAL Le pacte de sécurité est plus important que le pacte de stabilité. BRUCE TOUSSAINT Il y a quelques années vous aviez conceptualisé l'ordre juste… SÉGOLÈNE ROYAL Oui ! BRUCE TOUSSAINT On y est là ou pas ? SÉGOLÈNE ROYAL Et « La Marseillaise » d'ailleurs ! BRUCE TOUSSAINT Et « La Marseillaise » ! SÉGOLÈNE ROYAL Que la gauche s'était réhabilitée, la gauche à cette époque-là n'osait pas même plus chanter « La Marseillaise »… BRUCE TOUSSAINT Oui ! Alors lorsque… SÉGOLÈNE ROYAL Vous voyez quel chemin parcouru avec les images que l'on vient de voir, mais bien évidemment l’ordre juste est plus que jamais d'actualité et, d'ailleurs, c'est ce qui a été fait, c'est ce qui est fait en ce moment. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ca veut dire que d'un côté il y a la sécurité qui doit être extrêmement ferme avec des règles extrêmement rigoureuses mais que ces règles extrêmement rigoureuses ne doivent jamais mettre en défaut à la fois la justice et les libertés publiques, et c'est bien ce qui est en train d'être fait puisqu'on a une Constitution où il y a deux articles qui ne sont pas adaptés, soit l'article 16 qui met fin au fonctionnement régulier des pouvoirs publics - on voit bien que ça ne doit pas être le cas, la preuve la réunion du Congrès à Versailles - ou l'article 36 qui est l'état de siège, c'est-à-dire le transfert à l'autorité militaire de l'autorité politique, ce qui est bien évidemment inconcevable, donc il faut bien rétablir cet ordre juste, c'est-à-dire des bases juridiques qui permettent d'intervenir rapidement, comme les perquisitions, les assignations à résidence, la déchéance de la nationalité lorsqu'il y a une double nationalité, l’interdiction aussi de prêches sur Internet, là on manque de base juridique et là-dessus il faut vraiment légiférer extrêmement rapidement pour qu'il puisse y avoir une répression de ces prêches qui sont diffusées non seulement dans certaines mosquées mais aussi sur Internet, cela ça doit être radicalement interdit et réprimé, ce qui n'est pas encore le cas, donc il faut bien une base juridique, et en même temps il y a l'état de droit qui doit toujours triompher parce que la France est aussi une référence en termes d'état de droit. BRUCE TOUSSAINT Vous étiez où vendredi soir Ségolène ROYAL et qu'est-ce que vous avez ressenti en apprenant ce qui venait de se passer ? SÉGOLÈNE ROYAL Vendredi soir je faisais le… D'abord, en fin d'après-midi, toute fin d'après-midi, l'interview avec ALGOR sous le Dôme du climat au pied de la Tour Eiffel… BRUCE TOUSSAINT Vous deviez faire cette grande émission de 24 heures… SÉGOLÈNE ROYAL Je faisais cette grande émission… BRUCE TOUSSAINT Qui a été interrompue d'ailleurs. SÉGOLÈNE ROYAL Qui a été interrompue, donc j'ai fait ce direct pour expliquer les enjeux du dérèglement climatique et la raison pour laquelle nous devions nous mobiliser pour la conférence climat et, ensuite, je suis rentrée donc à mon bureau, j'étais au travail à ce moment-là. BRUCE TOUSSAINT On connait un peu mieux maintenant le profil de ces kamikazes, de ces djihadistes, qu'est-ce que ça vous inspire ? On voit quoi ? On voit que ce sont des jeunes, des Français pour la plupart, certains ont grandi à Courcouronnes dans l'Essonne, à Drancy en Seine-Saint-Denis, qu'est-ce que ça vous inspire ? Est-ce que vous avez le sentiment que la société a une responsabilité dans cela ? SÉGOLÈNE ROYAL C'est une question récurrente que vous me posez ! C'est-à-dire quel est le juste équilibre entre la responsabilité individuelle, qui reste quand même le repère fondamental, parce que si on tombe dans une excuse sociétale ce n'est pas ma façon de penser, je pense qu'il y a une responsabilité individuelle et, en même temps, c'est très douloureux, c'est très douloureux de voir des Français qui ne sont pas issus de catégories miséreuses s'engager - c'est quand même de la petite délinquance à la radicalisation et ensuite de la radicalisation au terrorisme - donc il faut être quand même très déstructuré ou très déraciné pour connaître ce mécanisme-là, très, très en rupture d'une communauté de proximité qui peut le moment venu vous remettre dans le droit chemin. BRUCE TOUSSAINT Ca remet en cause certaines de vos convictions ? SÉGOLÈNE ROYAL Sur quel plan ? BRUCE TOUSSAINT Le fait que des Français tuent des Français, que des kamikazes se soient infiltrés dans cette salle de spectacles ou aient tenté de rentrer dans le stade de France, des kamikazes français, est-ce que ça remet en cause certaines de vos convictions sur les bases de notre République, sur l'école, sur… SÉGOLÈNE ROYAL Non je pense que la principale question c'est de savoir comment améliorer le repérage beaucoup plus précoce de ces basculements ? Comment venir en soutien à des parents désorientés qui ont perdu tout pouvoir éducatif sur leurs enfants et qui tirent la sonnette d'alarme ? Je voyais un de ces jeunes, une déclaration d'un de ces terroristes dire, écrire à ses parents, vous vouliez que je sois avocat et que je fasse des études supérieures, eh bien vous voyez j'ai trouvé mieux. Donc comment se fait-il que des enfants dont les parents pourtant nourrissaient un objectif de réussite scolaire, arrivent comme ça à être déstructurés et à connaitre une emprise de quelque chose d'autres qu'ils n'ont pas trouvé dans leur environnement immédiat pour pouvoir penser qu'ils avaient de la valeur, qu'ils pouvaient réussir, qu'ils pouvaient faire quelque chose de leur vie, que la société avait besoin d'eux et pour qu'ils puissent ainsi basculer dans l'horreur. BRUCE TOUSSAINT Ségolène ROYAL, vous travaillez depuis des mois sur la COP21. SÉGOLÈNE ROYAL Oui. BRUCE TOUSSAINT Est-ce que vous avez envisagé d'annuler ? SÉGOLÈNE ROYAL Absolument pas. BRUCE TOUSSAINT Elle aura lieu quoi qu'il arrive ? SÉGOLÈNE ROYAL Elle aura lieu quoi qu'il arrive et je vais vous dire, ce qui est très réconfortant dans ce temps, c'est que les chefs d'État et de gouvernement ont immédiatement lorsqu'ils ont marqué leur solidarité avec la France, immédiatement dit, vous pouvez compter sur nous, nous viendrons à la conférence sur le climat au Bourget. BRUCE TOUSSAINT On a le sentiment malgré tout que ce sera une conférence à minima, c'est-à-dire que beaucoup de choses vont devoir être annulées pour des raisons de sécurité, que tout le monde comprendra. SÉGOLÈNE ROYAL Alors nous sommes en train de faire l'inventaire de tous les événements, et il y a trois natures d'événements. Il y a d'abord le lieu même des Nations Unies qui est protégé, dans lequel on entre bien évidemment avec un badge qui est le lieu de la négociation et le lieu des délégations officielles. Moi-même je dirigerai la délégation française en tant que ministre de l'Environnement et du Climat, donc je suis en train de constituer cette délégation française. Donc il y a ce lieu, ensuite il y a ce qu'on appelle l'espace des générations climat, c'est-à-dire le foisonnement des initiatives d'entreprises, de territoires, d'associations, des ONG. BRUCE TOUSSAINT Ca c'est maintenu ? SÉGOLÈNE ROYAL Il y a plus de 300 événements, là nous sommes en train de réfléchir sur la façon dont nous pouvons renforcer les accès, et sans doute que les visites de classes ne seront pas maintenues parce que ça va supposer, il devait y avoir 300 élèves tous les jours dans cet espace, ce qui suppose aussi en amont des déplacements scolaires, je souhaite que ces déplacements et la présence des enfants ne soient pas maintenues. Par exemple voilà… BRUCE TOUSSAINT Les concerts qui étaient prévus. SÉGOLÈNE ROYAL Alors voilà ça, c'est la troisième nature d'événements, ce sont tout ce qui se passe sur la voie publique, les concerts, les mobilisations, les manifestations, et là ça pose un problème particulier, donc nous sommes en train de voir avec les organisateurs ce à quoi ils tiennent vraiment, quels moyens, ils ont mis en place pour assurer la sécurité de ces événements dont ils ont pris l'initiative et auxquels j'ai donné le label COP21. Donc ils sont tout à fait légitimes, mais ces événements peuvent mobiliser des forces de l'ordre qui sont mobilisées ailleurs et je ne veux pas que la COP21 affaiblisse la protection de la sécurité des Français ailleurs, sur tous les autres lieux en dehors de la conférence sur le climat. Donc ça, on est en train de regarder le juste équilibre et de voir avec le ministère de l'Intérieur ce qu'il est judicieux de faire. BRUCE TOUSSAINT Vous l'avez évoqué brièvement, les chefs d'Etat des grandes puissances seront là, Barack OBAMA, par exemple avait annoncé sa présence, il sera là ? SÉGOLÈNE ROYAL Il a annoncé, il a confirmé sa présence. Et du coup c'est vrai que cette conférence climat va prendre aussi une nouvelle dimension. Je crois aussi qu'ils viennent par solidarité avec la France et parce qu'aussi la question climatique n'est pas une question secondaire. Vous savez la question climatique, elle est aussi liée à la question de la sécurité… BRUCE TOUSSAINT C'est-à-dire ? SÉGOLÈNE ROYAL C'est-à-dire que plusieurs exemples peuvent être donnés à l'échelle de la planète, nous étions récemment réunis avec le ministre de la Défense, avec tous les ministres de la Défense du monde entier, sur la question climatique. J'ai eu l'occasion de donner deux exemples de l'impact du réchauffement climatique sur la sécurité. L'exemple de la Syrie, par exemple, il y a eu des sécheresses très importantes en Syrie en 2011, qui ont entrainé un effondrement de l'agriculture, des déplacements massifs de populations, un million et demi d'agriculteurs ont été déplacés, sur une population de 22 millions d'habitants, ils sont venus grossir les villes, qui étaient déjà surchargées à cause des réfugiés, et ça a entrainé une déstabilisation, des émeutes dans les quartiers, etc. Le deuxième exemple qui est flagrant à l'échelle planétaire, c'est ce qui s'est passé en Chine, où il y a eu pendant les années 2010/2011, des tempêtes de sable, une sécheresse terrible, effondrement de la production de blé, importations massives de blé en Chine, et du coup, comme l'Egypte est le premier importateur mondial de blé, le prix du blé en Egypte a triplé et ça a déclenché les émeutes de la faim. Et récemment nous étions réunis à Malte, lors du sommet des chefs d'Etat africains, des chefs d'Etat européens, et les pays africains, qui sont les moins responsables du dérèglement climatique et qui en sont le plus victimes par la sécheresse, ont tiré la sonnette d'alarme, en disant : faites attention, parce que ce dessèchement climatique, c'est appauvrissement, cet effondrement de nos équilibres agricoles, conduisent en effet les jeunes à s'engager n'importe où, à aller chez Boko Haram, et l'exemple de l'assèchement du lac Tchad, sur lequel d'ailleurs je suis en train de travailler pour que des décisions soient prises lors de la Conférence de Paris sur le climat, voilà un lac qui est en train de disparaitre, à partir duquel toutes les communautés villageoises des pays limitrophes vivaient, par rapport à l'irrigation de l'agriculture, et aujourd'hui, des villages basculent dans la misère, et des jeunes, qui sont en complète déshérence, en complète rupture, s'engagent dans n'importe quoi. Et donc il faut bien comprendre que le dérèglement climatique n'est pas un sujet marginal, que c'est un sujet central d'équilibre de la planète. BRUCE TOUSSAINT Alors, vous avez évoqué à l'instant la Syrie, il y a eu un deuxième raid aérien depuis le début de la semaine, donc, sur Raqqa, le fief de Daesh, cette nuit. Ça va continuer, comme ça, et j'allais dire, presque tous les jours ? SÉGOLÈNE ROYAL Écoutez, ça, ça relève du chef de l'État et du ministre de la Défense, ce n'est pas de ma responsabilité, mais ce qui est clair et ce qui a été dit hier, et là aussi, qu'il y a une unité nationale sur ce sujet, c'est qu'il faut maintenant éradiquer les choses et aller jusqu'au bout. Et le soutien d'ailleurs des États-Unis d'Amérique et d'autres pays, le fait aussi que le Conseil de sécurité de l'ONU va être saisi, il faut vraiment que cette responsabilité-là soit prise en charge par l'ensemble des pays du Conseil de sécurité de l'ONU. BRUCE TOUSSAINT Encore une question importante. Vous avez dans votre périmètre, j'allais dire, la question des transports. Est-ce que les conditions de sécurité dans les transports en commun, doivent être renforcées à la suite de ces attentats ? Je pense aux Parisiens qui prennent le métro ou le RER, depuis quelques jours et qui ont peut-être une sorte d'anxiété au moment d'entrer dans les bouches de métro. SÉGOLÈNE ROYAL Il y a au ministère des Transport, et c'est aussi parce que je suis en charge du ministère qui est chargé de tous les lieux sensibles, notamment sur la sécurité énergétique, sur la question des sites Seveso, une cellule de crise qui observe nuit et jour, donc qui a été réactivée et qui est extrêmement mobilisée sur ce sujet. Ce que je peux vous dire, c'est que les conditions de sécurité ont déjà été considérablement renforcées dans les transports, et il faut effectivement peut-être imaginer, notamment pour l'accès aux trains, en particulier, comme cela se passe dans d'autres pays… BRUCE TOUSSAINT Les gares, oui. SÉGOLÈNE ROYAL … J'ai déjà eu l'occasion de le dire, je crois que j'ai demandé à la SNCF d'examiner cette action à mettre rapidement en place, qu'il y ait le même type de contrôle que pour l'accès aux avions. BRUCE TOUSSAINT C'est-à-dire que pour montrer dans un train, il faudrait effectivement passer une sorte de portique, avec… SÉGOLÈNE ROYAL Voilà. Ça se fait pour les trains internationaux, et je pense que ça doit se faire aussi pour les trains en France. BRUCE TOUSSAINT Ce qui effectivement serait une condition de sécurité supplémentaire… SÉGOLÈNE ROYAL Supplémentaire, absolument. BRUCE TOUSSAINT Ça c'est quelque chose dont… C'est une idée que vous lancez ce matin et qui est un projet… SEGOLÈNE ROYAL Ce n'est pas lancé ce matin, mais j'ai demandé effectivement à la SNCF d'examiner et de me faire un rapport sur la façon dont on peut renforcer la sécurité, tout simplement. Et de toute façon, je crois que les voyageurs trouveraient cela tout à fait adapté et conforme à ce qui se passe dans d'autres pays. BRUCE TOUSSAINT Dernière question Ségolène ROYAL. Est-ce qu'on peut dire une phrase du genre : « Plus rien ne sera comme avant ? ». Est-ce que le quinquennat de François HOLLANDE, cette période que nous vivons, cette décennie, au fond change, à l'occasion de ces actes terroristes ? SÉGOLÈNE ROYAL Ça dépend de quoi on parle, j'aurais plutôt tendance à dire le contraire. Tout doit redevenir comme avant, la France doit devenir un pays qui rayonne, un pays paisible, un pays de la joie de vivre, comme je le disais tout à l'heure, un pays de la liberté, et le pays de la fraternité, le pays de la sécurité, et ça, je crois que c'est important, et d'ailleurs quand on voit tous les monuments du monde entier se mettre à la lumière des couleurs du drapeau tricolore, ça fait vraiment chaud au cœur, et on se dit que la France a encore un message universel à diffuser au reste du monde et c'est pour ça que cette solidarité est tellement importante. BRUCE TOUSSAINT Merci beaucoup, Ségolène ROYAL, bonne journée à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/198.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/198.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1bb58369324fd54a56e9c8e29925c3bd3f93aef5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/198.txt @@ -0,0 +1 @@ +PATRICK COHEN Bonjour Manuel VALLS. MANUEL VALLS Bonjour Patrick COHEN. PATRICK COHEN Merci de venir à ce micro pour préciser ou expliquer la politique et les mesures annoncées hier par le président de la République. Mais d'abord, quelques mots sur cette enquête qui progresse, mais qui révèle aussi les failles de notre système antiterroriste. On a appris hier qu'un des suspects, AMIMOUR, est parvenu à rentrer en France incognito, malgré le mandat d'arrêt international lancé contre lui après sa mise en examen en France, et son départ pour la Syrie. Est-ce que vous convenez, Manuel VALLS, qu'il y a, là, un problème de renseignements et ou de contrôles aux frontières Schengen ? MANUEL VALLS Il y a une enquête qui est menée, là, les attentats viennent d'avoir lieu, les familles, les proches pleurent les victimes, des corps n'ont pas été identifiés, il n'y a eu, pour le moment vous le savez aucune obsèques. Et en même temps, il y a une enquête et une traque. Et au moment où nous parlons, vous n'entendrez jamais dans ma bouche ou de celle des responsables du gouvernement la moindre mise en cause du travail qui a été fait ou qui est engagé, l'objectif, c'est de faire en sorte, non seulement, bien sûr de détruire Daesh, nous allons en parler, mais de pouvoir interpeller, arrêter, comprendre ce qui s'est réellement passé. PATRICK COHEN De prévenir d'autres attentats, mais aussi de tirer les leçons de l'échec, car c'est bien un échec ? MANUEL VALLS Il faut toujours tirer les leçons, et notamment d'un tel drame. C'est nécessaire, bien sûr, pour notre propre sécurité, et cette vérité, nous la devons bien sûr aux victimes, à leur famille, aux proches, et d'abord aux Français. Mais dans ce moment-là, parce qu'il y a des menaces, ces menaces, nous les connaissons depuis déjà des mois, je suis venu ici souvent, vous dire que nous pouvions subir une attaque particulièrement puissante, elle a eu lieu, parce qu'au moment où nous parlons, nous ne savons pas s'il y a des complices de ceux qui ont tué, de ceux qui ont commis cette horreur sur Paris, il y a peut-être, il y a en France, en Belgique, des complices, des individus qui ont été associés à cette tuerie. Donc nous devons aujourd'hui nous concentrer sur l'enquête, qui se déroule sous l'autorité par ailleurs du procureur, et je vous demande, d'une manière générale d'ailleurs, d'être particulièrement prudent à l'égard de toutes les informations qui aujourd'hui sortent, nous n'avons pas encore toute la réalité, toute la vision de la réalité, et notamment du nombre de personnes impliquées dans les attentats de vendredi soir. Y a-t-il deux ou trois équipes… PATRICK COHEN Il est beaucoup trop tôt… MANUEL VALLS Comment ont-ils opéré, qu'est-ce qui s'est passé exactement au Stade de France ? L'enquête progresse, mais avec la discrétion nécessaire. Et moi, je m'en tiens uniquement à cela. PATRICK COHEN Il est donc trop tôt, Manuel VALLS, pour essayer de comprendre pourquoi tant de monde est passé sous les radars des services de renseignements, des services de renseignements français et belges, puisque certains des suspects étaient connus de la police belge. MANUEL VALLS Patrick COHEN, quand il y a eu les attentats du mois de janvier, à la tribune de l'Assemblée nationale, le 13 janvier, mais souvent, évidemment devant les Français, sur une radio comme la vôtre, j'ai toujours dit que nous étions en guerre, que nous faisions face à une menace toute particulière, que nous faisions face, c'est les mots que j'ai prononcés dès décembre 2012, quand j'ai présenté comme ministre de l'Intérieur la première loi antiterroriste, que nous faisions face à un ennemi extérieur, et un ennemi intérieur, que le terrorisme avait changé de visage, et que nous allions subir d'autres attaques. Nous sommes en guerre, nous venons de subir un acte de guerre, le chef de l'Etat l'a dit avec des mots particulièrement forts. Nous pouvons et nous allons sans doute vivre longtemps avec cette menace. Nous pouvons à tout moment subir d'autres attentats, pourquoi ? Parce que, en face de nous, nous avons une armée terroriste particulièrement déterminée, avec des individus qui n'hésiteront pas, non seulement à donner la mort, mais à se donner eux-mêmes la mort. Une démocratie avec les moyens qui sont les siens, renforcés, comme vous le savez, pour lutter contre ce terrorisme doit dire aussi la vérité à ses concitoyens, et donc chacun doit savoir aujourd'hui que nous sommes menacés et que nous pouvons subir de nouvelles attaques. PATRICK COHEN Le président de la République a donc annoncé des moyens supplémentaires, des milliers de créations de postes dans la police, la gendarmerie, la justice, pas de réductions d'effectifs dans l'armée, on comprend que pour la sécurité, vous allez dépenser sans compter, le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité. C'est la phrase du président de la République. Est-ce que ça veut dire que c'est la fin de la rigueur, que la France va s'affranchir de ses engagements européens en matière de réduction du déficit ? MANUEL VALLS Il faut bien sûr maîtriser nos déficits, et nous avons des priorités d'ailleurs depuis 2012, l'Éducation bien sûr, l'emploi, la Culture, c'est essentiel pour le pacte républicain et pour l'avenir de notre pays. Et nous avons fait aussi de la sécurité et de la justice une priorité. Mais face aux événements que nous connaissons déjà depuis plusieurs mois, nous avions renforcé nos services de renseignements, les services de police et de gendarmerie, nous allons continuer, pourquoi ? Parce que les services de police et de gendarmerie sont confrontés à la délinquance quotidienne, à la lutte contre le trafic de drogues, à la violence qui existe dans notre société. Les services de police et de gendarmerie sont confrontés, bien sûr, au défi des migrants, même si nous le maîtrisons en France, contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays, et bien sûr au défi terroriste, à l'ordre public. Donc nous devons donner tous les moyens, tous les moyens, comme ça n'a jamais été fait dans notre pays, à la police et à la gendarmerie, ainsi qu'aux services de renseignements, moyens… PATRICK COHEN Quitte à laisser déraper le budget, Manuel VALLS… MANUEL VALLS Moyens en hommes, bien évidemment, moyens aussi d'investissements, nous nous sommes vus hier soir, tard, avec le ministre de l'Intérieur, nous avons convenu qu'il me fasse dans la journée des propositions très précises pour permettre, dans les meilleurs délais, dans les meilleurs délais, je veux parler de jours et de semaines, pour que les policiers et les gendarmes puissent avoir tous les moyens en termes de véhicules, de protections pour eux-mêmes, mais aussi d'armes, le président de la République l'a rappelé hier, adaptées aujourd'hui au conflit… PATRICK COHEN … Ça ne sera pas instantané, il faudra les former, et les recrutements vont s'étaler sur plusieurs années, j'imagine… MANUEL VALLS En deux ans, il y aura eu 10.000 postes créés dans la police et dans la gendarmerie. Ces moyens sont nécessaires, ces moyens en termes de créations de postes, comme ces moyens pour le travail quotidien de la police et de la gendarmerie seront inscrits par amendement dans la Loi de Finances, dans le budget 2016, qui est en discussion, et le Parlement sera saisi. Nous voulons faire la démonstration, et nous voulons dire aux Français, non seulement, nous qualifions ce qui est arrivé, mais nous engageons très concrètement ce que le président de la République a annoncé avec, et quelle force, hier, à la tribune du congrès… PATRICK COHEN Vous ne m'avez pas répondu sur le budget, les engagements européens de la France seront tenus ou ils seront légèrement dépassés ou… MANUEL VALLS Ils seront forcément dépassés, puisque ces moyens, que nous allons mettre au service des forces de sécurité, ne se feront pas au détriment des autres budgets, nous devons l'assumer, et l'Europe doit le comprendre, il est temps aussi que l'Union européenne, que la Commission comprenne aujourd'hui que c'est un combat qui concerne la France, mais qui concerne aussi l'Europe, nous sommes intervenus au Mali, pas seulement pour le Mali, pas seulement pour la France, mais aussi pour l'Europe. Je l'avais dit d'ailleurs au collège de la Commission il y a quelques mois. C'est là où l'Europe doit être attentive à ce qui se passe en France, et nous aider. C'est en nous écoutant et en comprenant ce que nous sommes en train de faire et de proposer qu'elle participera à cette nécessaire solidarité. PATRICK COHEN Autre annonce du chef de l'État, François HOLLANDE veut faire rentrer dans la Constitution l'état d'urgence, qui est régi aujourd'hui par une loi ordinaire. Pour quoi faire ? Quel est l'intérêt ? Quelle est l'urgence d'engager une procédure politique aussi lourde alors que l'outil existe déjà ? Il est appliqué actuellement. MANUEL VALLS Non, il faut aller… L'état d'urgence va être appliqué pendant trois mois, c'est une loi qui date de 55, elle va être toilettée déjà pour qu'elle puisse passer au Conseil des ministres demain, transmise au Parlement demain après-midi, je la défendrai jeudi matin à l'Assemblée nationale, et vendredi au Sénat. Et j'espère qu'elle sera adoptée avant la fin de la semaine. Mais il faut modifier la Constitution pour permettre, dans le cadre de notre Etat de droit, d'avoir des moyens hors état d'urgence de toute façon les moyens nécessaires en termes, je pense notamment de perquisitions, mais aussi de déchéance de la nationalité pour les binationaux, donc il faut cette réforme de la Constitution. Nous faisons face à un ennemi extérieur, et nous le combattons en Syrie et en Irak. Mais nous avons aussi un ennemi intérieur, ce que les Français nous demandent, c'est aussi de combattre cet islamisme radical, ce djihadisme qui est né aussi dans nos quartiers, dans les quartiers populaires, vous le savez, je partage l'analyse qui était celle de Malek BOUTIH, hier encore, à votre micro, et dans le rapport qu'il m'a remis avant l'été, le rapport aussi qui a été élaboré par un autre parlementaire, Sébastien PIETRASANTA, nous devons lutter avec la dernière des énergies, je l'avais dit encore il y a quelques mois à la tribune, je n'avais pas toujours été compris, l'islamisme radical, ce qu'on trouve dans un certain nombre de quartiers, l'islamisme radical, et le djihadisme qui séduit des centaines de milliers de jeunes dans le monde, des dizaines de milliers sans doute dans le monde au Maghreb et en Europe, des milliers en France. Ce sont ces chiffres que nous connaissons. Donc pour s'attaquer à cet ennemi intérieur, pour s'attaquer à ce phénomène, à ce djihadisme, il faut des moyens, des moyens policiers, des moyens pour la justice, mais il faut aussi un engagement de toute la société. On doit lutter contre la radicalisation, on doit lutter contre l'islamisme, qui est une pathologie de l'islam, et qui nécessite que l'islam, lui-même, se rebelle face à ce qui, aujourd'hui, le salit, mais qui est aussi une pathologie de cet islam… PATRICK COHEN C'est une bataille culturelle et idéologique… MANUEL VALLS Et donc c'est une bataille culturelle et idéologique… PATRICK COHEN Dont François HOLLANDE n'a pas parlé dans son discours hier. Et il n'a pas utilisé les termes que vous employez ce matin, Manuel VALLS… MANUEL VALLS C'est une bataille culturelle et idéologique… PATRICK COHEN L'islamisme radical, il n'en a pas parlé. Il a parlé de djihadisme… MANUEL VALLS Qui nécessite une mobilisation permanente, le chef de l'Etat, hier, s'est concentré, et à juste titre, sur l'ensemble des mesures et des annonces qui étaient attendues par les Français, c'est-à-dire les initiatives diplomatiques, les moyens pour les forces de sécurité, la révision constitutionnelle, parce que les Français attendent de nous, et notamment de ceux qui gouvernent, qu'on leur donne tous les moyens pour combattre le terrorisme parce qu'ils savent que c'est un combat de longue durée, il y a le combat contre les groupes terroristes, mais il y a aussi le combat contre le terreau qui fabrique ce terrorisme à l'extérieur, en Syrie, en Irak, demain en Libye, mais aussi sur le sol national, ça n'est pas d'ailleurs qu'un phénomène français, vous le savez, c'est un phénomène européen, mais qu'on trouve aussi dans d'autres pays, dans le monde, au Maghreb, dans les pays arabes, mais aussi avec des phénomènes, en Australie, aux Etats-Unis, au Canada ; c'est une bataille mondiale. Mais pour ce qui concerne nos responsabilités, nous ne devons rien céder. Je vous renvoie à ce que j'ai dit… PATRICK COHEN Chacun son vocabulaire… MANUEL VALLS Je vous renvoie à ce que j'ai dit le 13 janvier dernier à l'Assemblée nationale, il n'y a pas un mot à redire sur le diagnostic, et nous partageons avec le président de la République, surtout dans ces moments, mais d'une manière générale, la même analyse, la même volonté, la même volonté d'être au service des Français, pour gagner cette guerre contre le terrorisme… PATRICK COHEN Même si vous ne partagez pas tout à fait le même vocabulaire. MANUEL VALLS Je crois que nous partageons le même vocabulaire, croyez-moi. Vous savez, encore ces dernières heures, avec le président de la République, avec Bernard CAZENEUVE, avec Christiane TAUBIRA, Jean-Yves LE DRIAN, Laurent FABIUS, nous avons partagé ces moments, été touchés par la même émotion, mais nous partageons la même détermination. Et nous savons que nous avons un ennemi, et cet ennemi, c'est le terrorisme, il faut le combattre partout, avec les armes de la République, mais avec une détermination sans faille, c'est ça la République. PATRICK COHEN Manuel VALLS, Premier ministre, invité de France Inter ce matin. On vous retrouve dans quelques minutes avec les questions, forcément nombreuses, des auditeurs de France Inter. Partie « INTER-ACTIV », à 8h34 HÉLÈNE JOUAN Manuel VALLS, Laurent WAUQUIEZ tout à l'heure au micro de Léa SALAME vous interpellait pour savoir si vous étiez prêt à répondre à sa demande de pouvoir enfermer tous ceux qui font l'objet d'une fiche S. Est-ce qu'au minimum, au minimum, les services publics, comme la RATP, ne pourraient pas être informés d'employés qui sont aujourd'hui surveillés ? MANUEL VALLS Hier le président de la République a indiqué qu'il allait transmettre les propositions qui sont sur la table, et donc de la part de l'opposition, concernant le fichage d'un certain nombre de personnes, pour que ces propositions soient examinées par le Conseil d'Etat, et que nous puissions, pour certaines d'entre elles, pourquoi pas nous sommes dans un moment d'union nationale – les intégrer dans la réforme constitutionnelle. Ce sont évidemment des sujets délicats, il y a 10.500 personnes concernées par ces fiches S, tous ne connaissent pas le même niveau de dangerosité, c'est un outil pour les services de renseignements, et les services de renseignement sont, bien sûr, comme tous les services de police, au service des grandes administrations publiques. Les phénomènes que vous venez de rappeler, Hélène JOUAN, nous les connaissons, c'est cette gangrène qui existe dans la société, pas uniquement dans un certain nombre d'entreprises publiques, ceux qui remettent en cause les fondements de la République, de la laïcité, donc il faut qu'on les combatte par tous les outils, y compris les outils comme ceux que vous avez évoqués. La réforme constitutionnelle, Patrick COHEN m'interrogeait là-dessus, elle doit servir à nous donner tous les outils, dans le cadre de l'Etat de droit, dans le respect des libertés, des personnes, mais tous les outils pour lutter contre le terrorisme, mais contre les phénomènes de radicalisation qui, sur Internet, en prison, dans un certain nombre de mosquées, dans des services publics, dans la société. Je l'avais dit il y a quelques mois, on a trop cédé à cette puissance de ceux qui veulent nous imposer leurs lois, leur mode de vie. Le djihadisme c'est une pensée totalitaire, qui nie l'égalité entre les femmes et les hommes, notre culture, qui la détruit, en Syrie, en Irak ou en Afghanistan, ou hier au Mali, mais veut aussi détruire notre culture. C'est d'ailleurs l'objectif des attentats de vendredi, s'attaquer à notre jeunesse, à la culture, à ce Paris qui aime la fête, qui est vivant. Il y a aujourd'hui cette génération, de ces 10e et 11e arrondissements, c'est le quartier où je vis, c'est le quartier de ma femme, le 11e arrondissement, vous avez fait un magnifique reportage sur votre antenne ce matin sur « Le café des Anges », c'est tout un quartier, c'est toute une ville qui est touchée. Donc, tous les moyens doivent être donnés. Tous les moyens qui sont conformes au droit et surtout qui sont efficaces, nous devrons les utiliser. PATRICK COHEN Et donc les fiches S ? MANUEL VALLS Et donc, s'il faut aller plus loin, réformer ces fiches S comme sans doute le souhaite le ministre de l'Intérieur, sans mélanger, encore une fois, tous les individus, parce qu'il y a des individus qui sont fichés mais parce qu'ils ont eu un contact avec telle ou telle personne, d'autres qui peuvent s'avérer dangereux et qui sont suivis par les services de renseignements. La nouvelle loi sur le renseignement... PATRICK COHEN C'est secret ou ce n'est pas secret, pour qu'on comprenne bien, ces fiches S, comme des écoutes téléphoniques… MANUEL VALLS Bien évidemment. PATRICK COHEN C'est-à-dire on ne dit pas aux intéressés qu'on les écoute, donc… MANUEL VALLS Je prends un exemple. Il y a une nouvelle loi sur le renseignement, parce qu'il y a une décision du Conseil constitutionnel qui nous a obligés à compléter celle qui a été votée cet été, elle est aujourd'hui examinée par le Conseil constitutionnelle. Elle va permettre, aux services de renseignements, de suivre de manière électronique ceux qui sont, par exemple, fichés, et donc ceux qui font l'objet de cette fiche S. (…) Suite de la revue de presse d'Hélène JOUAN. PATRICK COHEN Sauf que si la droite continue de dire non, ça ne peut pas passer. Est-ce que ça pourrait prendre une autre voie la réforme constitutionnelle, c'est-à-dire le référendum après vote de chacune des Assemblées, Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Moi je ne peux pas penser un seul instant qu'après les événements que nous avons connus des logiques politiciennes l'emportent et je fais confiance… PATRICK COHEN Elles peuvent être des deux côtés les logiques politiciennes. MANUEL VALLS Oui, mais vous savez, je peux exprimer un regret presque personnel ? PATRICK COHEN Je vous en prie. MANUEL VALLS Après les événements du mois de janvier, nous nous étions tous dit qu'il fallait rester à la hauteur de l'exigence des Français, pas seulement de l'esprit du 11 janvier et de la manifestation, et la gravité de ce moment-là ne m'a jamais quitté, et s'il y a des éléments qui m'ont empêché parfois de dormir, c'est parce que je redoutais un attentat comme celui que nous avons connu malgré tous les moyens que nous avons déjà mis en œuvre. Mais ce que j'ai regretté c'est que nous n'ayons pas réussi, ensemble, et c'est normal, la vie démocratique elle reprend ses droits, à rester à ce niveau-là. Eh bien, moi c'est un serment que je me fais à moi-même, c'est-à-dire il faut rester à ce niveau-là. Bien sûr qu'il y a la vie politique, démocratique, il y aura des élections régionales, chacun a les échéances en tête, mais moi je fais confiance, à la majorité bien entendu, il y a eu des discours de très grande qualité, je pense notamment à ceux de Bruno LE ROUX, Didier GUILLAUME ou Cécile DUFLOT, qui ont été des discours de belle qualité, sur le fond comme sur la forme. Mais je fais aussi confiance à l'opposition pour agir avec esprit de responsabilités, et nous souhaitons, nous, que la réforme de la Constitution se fasse par la voie du Congrès. (…) Suite revue de presse/ Publicités PATRICK COHEN Vous intervenez au 01.45.24.7000. Fayez est au standard, bonjour Fayez. FAYEZ Oui, bonjour Patrick, bonjour Monsieur le Premier ministre. Je vous prie de me pardonner pour ma franchise et ma sincérité pour cette question. Les immergés qui ont coulé le sang à Paris, on appelle dans la rue comme ça « les immergés » parce qu'ils sont doublement reformatés, ils tirent d'abord et ils explosent leurs ceintures. Ces gens-là inspirent leurs pensées du salafisme, c'est-à-dire la nouvelle vitrine du wahhabisme. Avez-vous l'occasion, et les yeux dans les yeux, de demander aux responsables politiques, au Qatar et en Arabie Saoudite, leur rôle, et de mettre terme aux instituts qui enseignent cette pensée dangereuse pour eux, et pour l'Humanité, et pour tous les pays du monde ? PATRICK COHEN Merci Fayez. MANUEL VALLS Vous avez raison de souligner que le wahhabisme, certaines de ses dérives, ont changé progressivement, au cours de ces dernières décennies, la face de l'Islam, en Europe, en Afrique, en Asie. Et vous avez raison aussi de souligner, j'ai eu l'occasion de le faire il y a encore quelques mois à l'Assemblée nationale, combien le salafisme représente notamment celui qui s'inspire directement du djihadisme radical combien le salafisme représente un vrai danger, et qu'il faut combattre, d'où notre volonté de dissoudre un certain nombre d'associations, de fermer des mosquées, d'expulser des imams prêcheurs, nous l'avons déjà fait, nous continuerons, bien sûr, à le faire. Il se trouve c'est le hasard qui fait les choses que je rencontre aujourd'hui le Premier ministre du Qatar, qui est également ministre de l'Intérieur, que je connais bien, et qui est particulièrement déterminé à lutter contre le terrorisme. Donc nous aurons cette discussion pour voir comment nous pouvons, les uns et les autres, être beaucoup plus efficaces, contre le terrorisme, bien évidemment, mais aussi pour lutter contre tout ce qui aujourd'hui, depuis des années, fonde la progression de cet islamisme radical. PATRICK COHEN C'est un partenaire loyal, c'est un partenaire auquel la France peut avoir confiance aujourd'hui ? vous savez bien, vous entendez le débat public, pas seulement ces derniers jours et ces derniers mois, qui met en cause assez vivement et assez directement ces deux pays, notamment, que sont l'Arabie Saoudite et le Qatar, deux pays avec lesquels la France entretient des liens privilégiés et très rapprochés. MANUEL VALLS Et depuis des années. Le pouvoir en Arabie Saoudite, comme au Qatar, lutte contre Daesh, ça c'est incontestable… PATRICK COHEN Vous êtes certain ? MANUEL VALLS Et moi je n'ai pas de raison de douter aujourd'hui de l'engagement de ces deux gouvernements. JOURNALISTE Et des grandes fortunes de ces deux pays… MANUEL VALLS Reste, reste… JOURNALISTE Et le pouvoir lutte-t-il assez contre ces grandes fortunes ? MANUEL VALLS Reste la question de l'ensemble de ces financements, mais dans le Proche et dans le Moyen-Orient les choses sont toujours très compliquées, et vous savez aussi les liens qui existent, par exemple, entre le régime de Bachar et Daesh, vous savez les liens qui existent entre le régime de Bachar et l'Iran. Vous savez qu'il y a la confrontation entre le monde sunnite et le monde chiite, et donc il faut avoir en permanence en tête ces questions. Mais, pour nous, l'essentiel, chacun l'a bien compris, c'est la lutte contre le terrorisme et contre Daesh, et donc nous ne pourrions accepter aucun élément qui participe du financement de ce terrorisme contre nous. PATRICK COHEN Isabelle nous appelle de la Champagne, bonjour Isabelle. ISABELLE Bonjour. Nos responsables politiques disent que la France est en guerre, or les terroristes sont Français, donc si on parle de guerre, ne serait-ce pas plus juste de parler de guerre civile ? PATRICK COHEN Merci Isabelle. MANUEL VALLS Il y a des terroristes qui sont Français, qui sont nés en France, il y a des terroristes qui viennent de l'extérieur, et c'est cette jonction entre cet ennemi extérieur et cet ennemi intérieur, que j'avais qualifiée, encore une fois à l'automne 2012, qui doit être parfaitement, cette jonction qui doit être parfaitement comprise. Non, nous ne sommes pas en guerre civile, il y a une guerre qui nous est menée par l'État islamique, par Daesh, par ce terrorisme, par ces groupes qui s'appuient sur des complicités, bien sûr dans notre pays. Il y a, je l'ai dit, des centaines, peut-être des milliers, de jeunes qui peuvent être tentés par cette radicalisation, par cette radicalité qui passe par la délinquance, le décrochage avec la famille, avec la société, qui peuvent basculer, ça a été le cas, nous le savons, dans la radicalité, dans la radicalisation, dans le terrorisme. Mais j'ai une conviction, c'est que les Français sont plus que jamais unis, ensemble, le peuple français, qui a été touché, en janvier, et bien sûr vendredi soir, parce que c'est ça le message des terroristes, c'est semer la terreur. Pour quoi faire ? Pas pour gagner la guerre de manière conventionnelle sur notre sol, mais pour désorganiser, pour diviser, pour jeter les Français les uns contre les autres. Non, nous ne sommes pas en guerre civile, nous sommes en guerre contre un ennemi qui s'appuie sur un certain nombre de personnes sur notre territoire, et si nous parlions de guerre civile, alors, d'une certaine manière, nous donnerions raison aux terroristes. PATRICK COHEN Bruno nous appelle de Montreuil, bonjour Bruno. BRUNO Bonjour Monsieur le Premier ministre. MANUEL VALLS Bonjour monsieur. BRUNO Il semble qu'il y ait incidence pudique, voire coupable, de voir les frontières être comme des passoires, quand on pense que les kalachnikovs ne sont pas fabriquées à Saint-Etienne, certes, mais qu'elles desservent aussi bien les terroristes que le grand banditisme, voire même des armes moindres d'un adolescent dont on évoquait ce matin l'agression qu'il a pu avoir vis-à-vis d'un autre. Alors, où on est-on du contrôle, de la maîtrise et de la suppression du trafic des armes en France ? PATRICK COHEN Merci pour cette question Bruno. MANUEL VALLS C'est une lutte de tous les instants, et encore une fois, dans les perquisitions qui ont eu lieu depuis 2 jours, 168 dans la nuit dernière, 128 cette nuit, Bernard CAZENEUVE le rappelait il y a un instant sur France Info. Nous découvrons, bien sûr, des armes, notamment des armes de guerre. La France, comme l'ensemble de l'Europe, a été envahie par ces armes, notamment depuis la guerre dans l'ex-Yougoslavie, et donc monsieur pose une question tout à fait fondamentale. Si nous voulons que l'Europe fasse face à ces menaces, et à ces menaces terroristes, ou liées au banditisme international, il faut qu'elle se dote de moyens supplémentaires, et qu'elle protège d'abord ses frontières extérieures. Pour donner du sens à Schengen, c'est-à-dire aux frontières extérieures, et pour permettre la libre circulation des personnes au sein même de l'Union européenne, il faut des frontières sûres et protégées, pour lutter contre le terrorisme, contre les trafics, contre l'immigration clandestine. C'est essentiel. Sinon, c'est Schengen qui s'effondre, et c'est l'Europe qui s'effondre. Vous le savez, nous avons rétabli le contrôle aux frontières, nous l'avions prévu pour le grand rendez-vous climat de la fin de ce mois, c'est renforcé, chacun peut le comprendre, pour lutter contre le terrorisme, mais monsieur a parfaitement raison, le plan qui a été présenté, d'ailleurs vendredi matin quel hasard ! Par Bernard CAZENEUVE, pour lutter contre le trafic d'armes, doit être prolongé au niveau européen, et à l'occasion de la réunion des ministres de l'Intérieur Bernard CAZENEUVE, au niveau européen, fera aussi des propositions dans ce domaine. PATRICK COHEN Philippe, depuis l'Ardèche ; bonjour. PHILIPPE, AUDITEUR DE L'ARDÈCHE Oui, bonjour. PATRICK COHEN Bienvenu, nous vous écoutons. PHILIPPE Mes respects, Monsieur le Premier ministre. En fait, ma question : moi je fais partie d'un corps de police de l'État, j'ai donc une arme de service avec un port d'armes qui m'a été délivré par l'État et je suis surpris que compte tenu des circonstances, on ne nous autorise pas à conserver nos armes de service en dehors des heures de service. On a vu ce qui s'est passé vendredi ; les compatriotes qui ont été tués dans ces attentats finalement vivaient une vie tout à fait normale, des actes de la vie normale, de la vie courante et je crois que si dans les gens qui s'étaient trouvés au Bataclan ou dans les bistrots qui ont été attaqués il y avait eu des fonctionnaires de police avec leurs armes, ils auraient au moins pu tenter quelque chose pour finalement limiter le massacre. PATRICK COHEN Merci pour cette question. Manuel VALLS ? MANUEL VALLS D'abord, je veux rendre hommage à l'engagement des policiers, des gendarmes, des militaires français qui protègent les Français. Vous savez aussi que le président de la République a annoncé hier, sur proposition du ministre de l'Intérieur, des modifications qui vont concerner la légitime défense. Et puis enfin aussi, mais soyons précis, il me semble qu'il y avait des fonctionnaires de police à proximité, qui sont rentrés. PATRICK COHEN On sait qu'il y a un commissaire qui est intervenu et qui a neutralisé l'un des terroristes. MANUEL VALLS Commissaire dont je veux saluer le courage, qui a tué l'un des terroristes, mais il s'est trouvé sous le feu et il a fallu attendre dans des conditions effrayantes chacun a bien ça en tête, ç'a été décrit – l'intervention des professionnels, des unités d'élite : la BRI, ils sont intervenus avec un courage incroyable, et qui ont permis d'ailleurs de sauver des vies humaines. Mais là aussi, face à de telles opérations, des opérations de guerre, il faut en face des hommes, des femmes, des troupes d'élite aguerries mais il faut que les policiers et les gendarmes de France, je le rappelais tout à l'heure, aient tous les moyens pour pouvoir exercer pleinement leur mission pour leur propre sécurité et pour assurer la sécurité de nos compatriotes. JOURNALISTE La question c'était peuvent-ils garder leurs armes en dehors des horaires de service ? MANUEL VALLS Mais moi je ne doute pas que ce type de discussion peut avoir lieu avec le ministre de l'Intérieur. Peut-être dans ces moments-là, ce sont des suggestions qu'il faut avoir mais ne laissons pas croire que c'est ça qui aurait permis par exemple de traiter autrement l'attaque de vendredi soir au Bataclan notamment. PATRICK COHEN Ça peut être discuté. Des questions sur les réseaux sociaux, Hélène ROUSSEL ? HÉLÈNE ROUSSEL Oui, beaucoup. On va en prendre une parmi d'autres : « Si les outils pour lutter contre le terrorisme, Monsieur le Premier ministre, sont en contradiction avec nos libertés, quel sera votre choix ? » MANUEL VALLS Nous avons beaucoup d'outils, vous le savez, et je veux quand même rappeler à ceux qui nous écoutent que le terrorisme se combat ici en France et qu'il se combat à l'extérieur, ne l'oublions pas, et notamment en Syrie. Vous savez que cette nuit, il y a eu de nouvelles frappes de notre aviation à Raqqa pour détruire un QG et un camp de combattants de Daesh, et nous allons poursuivre, le chef de l'Etat l'a annoncé, en mobilisant la communauté internationale. C'est le sens d'ailleurs du déplacement du président de la République la semaine prochaine à Washington et à Moscou pour rencontrer Barack OBAMA et Vladimir POUTINE. Mais pour ce qui concerne la France, nous devons aussi nous donner des outils et dans ces moments-là tout particulièrement, il peut y avoir en effet un certain nombre de restrictions de libertés pour gagner en termes d'efficacité. C'est le cas pour ce qui concerne les perquisitions administratives qui ne se font pas sous l'autorité d'un juge et qui peuvent être effectuées 24 heures sur 24 dans le cadre de notre état de droit, c'est pour ça que nous voulons l'inscrire dans la constitution sous le contrôle puisque la loi que je présenterai au Parlement jeudi va être, se mettre en œuvre sous contrôle du Parlement. Nous respectons notre droit, nous respectons nos libertés fondamentales, les institutions de la démocratie, et je crois que les Français attendent de nous, oui, que pour assurer la sécurité des Français parfois on doit restreindre un certain nombre de nos libertés. PATRICK COHEN On va marquer une pause, Manuel VALLS, avant d'accueillir Augustin TRAPENARD et d'accueillir Alex VIZOREK. INTER-ACTIV Suite et fin, à 8h56 PATRICK COHEN Bonjour Augustin TRAPENARD. AUGUSTIN TRAPENARD Salut Patrick. PATRICK COHEN Vous avez une question pour notre invité. AUGUSTIN TRAPENARD Oui, bonjour monsieur le Premier ministre. Hier mon invité était Joann SFAR et il nous disait que la réponse au terrorisme passait nécessairement par la culture et par les arts, que tant qu'on n'élèverait pas les consciences par la culture, toute tentative de lutte contre la radicalisation serait un échec. C'est intéressant parce que quelques minutes plus tôt, Malek BOUTIH à votre place faisait référence à la nécessité d'un plan Malraux pour la culture. Or, il se trouve que dans le discours du président de la République hier, qui était évidemment un discours de chef des Armées, deux fois je crois le mot « culture » a été prononcé devant la représentation nationale, deux fois seulement en près d'une heure d'intervention. Je vous pose la question, monsieur le Premier ministre : quelle est la place de la culture dans ce combat contre le fondamentalisme contre le terrorisme, contre la barbarie ? MANUEL VALLS, PREMIER MINISTRE Elle est fondamentale. La place de l'école, la transmission des savoirs, la place de la culture sont essentielles. Le président de la République voulait se concentrer hier non pas sur l'essentiel mais sur les mesures qui étaient attendues. Mais nous savons que le combat pour faire face aux fractures de nos sociétés, à la montée de cet islamisme radical, pour défendre nos valeurs et la laïcité passe par l'école et passe par la culture. C'est pour ça que ce sont des priorités dans le budget, c'est pour ça que nous renforçons les moyens pour l'école et pour la culture mais la culture ce ne sont pas uniquement des moyens, ce sont des artistes. C'est la culture qu'on a atteint, c'est la jeunesse qu'on a voulu briser, cette France, cette jeunesse, qui ont soif de vies diverses, car il y avait toutes les cultures, toutes les nationalités, toutes les couches sociales, qui se sont retrouvées dans cette même salle du Bataclan face à la terreur ou sur les terrasses de Paris. J'étais hier dans une école du Xème arrondissement avec la ministre de l'Education nationale. Là aussi j'ai vu la mobilisation des enseignants, des psychologues, des parents parce qu'il faut aussi que les enfants comprennent ce qui s'est passé mais avec des mots qu'on leur transmet. Donc oui, c'est un combat qui va durer plusieurs années. Je l'avais dit, c'est l'affaire d'une génération donc la culture au coeur, et c'est aussi la réponse face à ce qui se passe. ? Le billet d'humeur d'Alex Vizorek PATRICK COHEN Merci Alex VIZOREK et Charline VANHOENACKER. Merci Manuel VALLS d'être venu ce matin au micro de France Inter. MANUEL VALLS Merci. Merci pour la France, très beau message. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/199.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/199.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c538e58854fe103a122db59814616f75dc589edb --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/199.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Député, dans un instant, Bernard Cazeneuve aura l'occasion de revenir devant la représentation nationale sur ce qui s'est passé ce matin. À mon tour, comme nous le faisons beaucoup, depuis des mois sinon des années, mais plus encore depuis ce matin, je ne peux qu'exprimer la profonde reconnaissance du gouvernement vis-à-vis de toutes les forces de l'ordre - je l'ai également fait hier - qui sont intervenues ce matin dans des conditions d'une violence incroyable. Oui, Monsieur le Député, vous avez raison : bravo à nos forces de l'ordre ! Nous sommes fiers d'elles. Pour lutter contre le terrorisme dans cette guerre impitoyable que nous lui livrons, nous devons être présents sur tous les champs. Bien sûr - Laurent Fabius y reviendra -, sur le champ diplomatique mais aussi dans l'action militaire afin d'établir une coalition la plus large possible. Nous voyons bien que les événements que nous avons vécus le vendredi 13 ici, à Paris, ont changé beaucoup de choses, dont l'attitude des Américains et des Russes. Cela permettra au président de la République de prendre des initiatives dès la semaine prochaine - adoption d'une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU, rencontre des présidents Poutine et Obama - afin de permettre la constitution, dans la plus grande détermination, de cette coalition contre notre ennemi, c'est-à-dire Daech, c'est-à-dire l'État islamique. Cette détermination, c'est celle de la France, c'est elle qui se manifeste dans les choix qui ont été faits depuis déjà plus d'un an de bombarder les sites de Daech en Irak et, depuis déjà plusieurs semaines, en Syrie. Je rends là aussi hommage à nos pilotes qui, depuis plusieurs jours, bombardent les sites de Daech - quartiers généraux, camps d'entraînement. Bien sûr, nous poursuivrons sur la même voie. En outre, Monsieur le Député, vous avez raison, il faut toujours poser les mots sur le mal. Nous avons un ennemi extérieur : le terrorisme, Daech, l'État islamique, et nous devons agir tous ensemble dans le cadre d'une grande coalition, avec nos armées, je viens de le rappeler, contre cet ennemi afin de l'abattre et de l'anéantir. Mais cet ennemi existe également chez nous : ce sont les mots que j'avais utilisés dès 2012 - je n'étais pas le seul, bien sûr -, dès la tentative d'attentat de Sarcelles contre un magasin cacher. Nous avions pris conscience à ce moment-là, le 19 septembre 2012, du danger de cette cellule. L'enquête qui vient de se terminer montrait la puissance montante de ces réseaux, de ces filières. Nous étions alors très loin des 1.900 individus concernés aujourd'hui, mais c'était le début. D'où la première loi anti-terroriste adoptée en 2012. J'avais utilisé ces mots parce que nos quartiers populaires, comme nous l'avons dit voilà quelques mois après les attentats contre Charlie Hebdo, comprennent des dizaines, des centaines, peut-être des milliers de jeunes qui, comme ailleurs dans le monde, sont attirés par le djihadisme, par l'islamisme radical, par cette idéologie totalitaire. Je vous renvoie aux travaux de l'Assemblée nationale ou du Sénat, ainsi qu'au rapport de Malek Boutih, parce que nous devons être lucides sur ce qui se passe dans notre société. Oui, nous devons combattre ce phénomène en prison, parce que c'est là que se déroulent ces processus de radicalisation, mais aussi sur internet - nous avons déjà beaucoup avancé en la matière mais il faudra sans aucun doute aller plus loin - et dans les mosquées, en fermant certaines d'entre elles et en procédant à la dissolution de certaines associations. Le texte de loi que je présenterai demain comprend d'ailleurs un outil afin d'être plus rapides et efficaces en la matière. Oui, nous avons un ennemi et il faut le nommer : c'est l'islamisme radical et l'un des éléments de l'islamisme radical est le salafisme, monsieur le député. J'avais eu déjà l'occasion de le dire ici, à l'Assemblée nationale. Nous ne devons pas uniquement nommer les choses ni faire des discours, comme nous le verrons demain avec le projet de loi permettant de prolonger l'état d'urgence. Nous pouvons également, sans doute, améliorer un certain nombre de dispositifs. Je suis sûr qu'avec le président Jean-Jacques Urvoas à l'Assemblée et le président Philippe Bas au Sénat, nous allons converger pour faire en sorte que ce texte soit le plus efficace possible pendant les trois prochains mois. Quant à la réforme constitutionnelle, je le répète, Monsieur le Député : le gouvernement a la volonté d'aboutir évidemment à l'accord le plus large possible - de toute façon nécessaire - afin de démontrer aux Français la réalité de cette union nationale qu'ils attendent de nous, de cette union sacrée, parce que nous sommes engagés dans une guerre. Alors, oui, posons les bons mots, sachons qui sont nos ennemis et c'est ensemble que nous les détruirons, parce que les Français le demandent ! Nous le ferons avec nos valeurs, avec le souci de la concorde nationale, avec la volonté de rassembler tous les Français, quelles que soient leurs origines, diverses, comme celles des victimes des attentats vendredi dernier au Bataclan et dans les rues de Paris. Oui, nous avons besoin de cette unité pour dire aux Français qui aiment nos valeurs, qui aiment la liberté, qui aiment la possibilité de fraterniser mais qui aujourd'hui ont peur, qui sont marqués par ce qui s'est passé, que nous sommes un peuple debout ! Je suis sûr que nous en ferons tous la démonstration ! Politique internationale Monsieur le Député, vous avez raison : c'est l'efficacité qui s'impose. La France, et c'est sa tradition depuis toujours, lutte contre le terrorisme, contre les différentes formes de djihadisme ou d'islamisme radical. Vous avez rappelé un certain nombre de faits qui ont concerné très directement notre pays, qui a été visé à plusieurs reprises ; à chaque fois, nous nous sommes retrouvés ensemble, non seulement pour condamner mais pour agir contre ces actes terroristes. Ce terrorisme touche d'abord, vous le rappeliez, les pays de la région : Israël, bien sûr, mais aussi les pays de la région, du Proche et du Moyen-Orient. Les premières victimes du terrorisme, ce sont les musulmans eux-mêmes. Nous devons donc combattre au nom de valeurs universelles ce terrorisme. Nous l'avons combattu - et de quelle manière ! - au Mali, quand le président de la République a décidé d'engager nos troupes pour aider le Mali, mais aussi pour lutter contre le terrorisme qui menaçait de s'emparer de ce pays et qui est très présent dans le Sahel. Contre qui luttons-nous dans le Sahel, où nous sommes toujours présents ? À travers nos opérations, nous luttons contre le terrorisme. Pour lutter contre le terrorisme, il faut être fort au niveau mondial, d'où l'initiative que nous n'avons cessé de prôner. Un changement majeur a été opéré. Il l'a été, malheureusement, par les conséquences des attentats du 13 novembre dernier. Enfin, il y a une prise de conscience de la communauté internationale : l'Europe avait des exigences, que nous avons rappelées ; la Russie, parce qu'elle a elle-même été directement touchée par un attentat revendiqué par Daech ; les États-Unis d'Amérique, qui sont présents dans la coalition et en sont bien sûr les leaders, avec qui nous travaillons de manière encore plus étroite. Tel est le sens des initiatives du Président de la République pour une résolution du Conseil de sécurité, le sens de ses initiatives, à travers des rencontres la semaine prochaine avec Barack Obama puis Vladimir Poutine, pour constituer cette coalition internationale. Cette coalition internationale pour abattre le terrorisme - nous espérons qu'elle puisse se mettre en place le plus rapidement possible pour venir en soutien de ceux qui, comme la France, frappent Daech - devra aussi permettre des solutions politiques, notamment en Syrie. Oui, nous devons évidemment combattre tous les terrorismes, toutes les organisations, car c'est bien sûr la même matrice : al-Qaïda, les groupes qui lui sont affiliés, et bien sûr Daech. Mais notre ennemi - nous le savons et chacun le dit aujourd'hui parce qu'il nous a attaqués directement, parce qu'il nous a déclaré la guerre -, c'est Daech. Il y a deux principes : il faudra trouver, à chaque fois, les solutions politiques et diplomatiques, sinon nous connaîtrons les mêmes sorts funestes qu'en Irak ou en Libye, où les interventions n'ont pas été suivies des règlements politiques nécessaires. Deuxième principe : éviter toute guerre de religion. Si nous intervenons là-bas, ce n'est pas pour faire une guerre de religion, mais tout simplement au nom des valeurs universelles de la paix, de la démocratie et du respect de l'égalité entre les hommes et les femmes. Mesures de sécurité Monsieur le Député, ces interrogations, ces cris, cette colère, nous les entendons tous, bien sûr. Nous avons été frappés une nouvelle fois au cœur. Vous rappeliez justement, comme Fleur Pellerin il y a un instant, que c'est la jeunesse qui a été touchée. Je suis frappé, comme vous, par les témoignages indirects ou directs, par les portraits dans la presse de ceux et de celles qui sont tombés, des jeunes très souvent, venus de toute la France, venus du monde entier. Nous leur devons une réponse. La première réponse, c'est bien sûr agir, agir pour être efficace, parce que s'il y a la peur, il y a en même temps la révolte. Ce peuple se tient debout ; vous en avez tous reçu les témoignages dans vos circonscriptions. C'est frapper d'abord là où se trouve le cœur : en Syrie et en Irak, où se trouve le cœur de Daech. Nous intervenons dans une coalition, même si c'est long et difficile, à la demande du gouvernement irakien. Nous soutenons les troupes du gouvernement irakien mais aussi, je le rappelais hier au Sénat, les Kurdes, qui obtiennent des résultats tout à fait extraordinaires. Je veux d'ailleurs saluer la vaillance et l'engagement des peshmergas kurdes, qui ont obtenu des résultats, repris des villes, coupé la route entre Mossoul et Rafa. Nous intervenons, nos Mirages et nos Rafales interviennent en Syrie et en Irak. Nous n'avons pas attendu ces événements pour frapper en Irak ; nous n'avons pas attendu ces événements terribles pour frapper également en Syrie. Mais nous savons que seuls, nous ne pouvons pas gagner cette guerre là-bas et qu'il faut entraîner une coalition. Je rappelais il y a un instant en répondant à Meyer Habib, et le ministre des affaires étrangères également en répondant à la présidente Élisabeth Guigou, la nécessité de cette coalition contre l'ennemi, contre Daech - Daech qui a frappé la Russie : celle-ci a enfin reconnu hier, admis, considéré qu'un avion d'une compagnie russe avait subi un attentat revendiqué par Daech. C'est toute la communauté internationale qui doit se mobiliser. Pour ce qui nous concerne, en France, nous devons poursuivre, amplifier, approfondir la lutte contre le terrorisme : deux lois antiterroristes, la loi sur le renseignement, une nouvelle loi sur le renseignement actuellement examinée par le Conseil constitutionnel ; des moyens en hommes pour la police, la gendarmerie, nos services de renseignement, nos militaires, les douanes, les services pénitentiaires ; des moyens en investissement, car il est essentiel que nous puissions investir encore davantage pour les forces de l'ordre, en armes, en protections, en véhicules, en équipements, en nouvelles technologies. C'est un changement : ce changement, nous le portons. Chacun en est convaincu : comme tout pays confronté au terrorisme, l'effort que la France devra faire en matière de sécurité et de défense dans les cinq à dix ans qui viennent sera considérable, ce qui change d'ailleurs notre vision budgétaire. C'est pour cela qu'il fallait augmenter et donner de nouveau des moyens aux forces de l'ordre. C'est ainsi, avec la loi que nous voterons demain, avec la possible révision constitutionnelle - si nous trouvons le moyen de nous mettre d'accord, ce dont je suis convaincu -, c'est ainsi que nous avancerons et que nous répondrons à toutes ces questions légitimes que vous posent nos compatriotes. Notre devoir, devoir impérieux, devoir sacré, c'est de répondre à nos compatriotes, en ayant en mémoire toutes les victimes qui sont tombées à cause du terrorisme. État d'urgence Ayant présenté le texte relatif à l'état d'urgence ce matin au Conseil des ministres, permettez-moi de vous répondre personnellement, Monsieur le Député. Mais je veux, en tant que chef du gouvernement, et alors que nous avons rendu hommage aux forces de l'ordre, saluer tout particulièrement une nouvelle fois l'engagement et la qualité de l'engagement de Bernard Cazeneuve, sa précision, son professionnalisme et son sens de l'État. Monsieur le Député, vous l'avez dit, la loi de 1955 prévoit que l'état d'urgence ne peut être prolongé que par la loi. Nous allons le faire, parce que la menace - et je vous réponds très directement - reste très élevée. Elle n'a jamais été aussi élevée. Nous considérons qu'elle l'est déjà depuis plusieurs mois, avant les attentats de janvier dernier, mais qu'elle est aujourd'hui - nous en voyons malheureusement la démonstration depuis vendredi - à un niveau particulièrement élevé. Nous ne devons rien écarter quant au type de menace. Parce que nous faisons toujours face à une situation exceptionnelle, nous proposerons au Parlement de prolonger l'état d'urgence pour trois mois, conformément à l'annonce du président de la République. Plus que jamais, notre objectif est l'efficacité. Pour être plus efficace, la loi de 1955 doit être modernisée sur certains points, qui répondent d'ailleurs à vos interrogations. C'est une nécessité si nous voulons pouvoir, dans les trois prochains mois, répondre à l'urgence de la situation, à l'urgence de la menace, au-delà de la mobilisation des forces de l'ordre. Au moment où nous parlons, après que le ministre de l'intérieur l'a décidé, la mobilisation est absolue et totale après ce qui s'est passé ce matin. Cette loi de 1955, prise dans le contexte bien spécifique de la guerre d'Algérie, n'a jamais fait l'objet d'aucune modification substantielle. Elle doit être adaptée à notre temps et à la réalité des menaces, particulièrement grandes. Le texte que je vous présenterai demain proposera plusieurs améliorations. Je pense aux assignations à résidence, qui sont un outil puissant pour surveiller, contrôler, isoler les individus radicaux. Nous examinerons des amendements sur ce sujet. Je pense aussi aux perquisitions administratives. À cet égard, je citerai un exemple simple. Il n'y avait pas d'ordinateurs en 1955. Aujourd'hui, internet, les téléphones portables sont les outils de communication quotidiens des terroristes. Il faut être en mesure de perquisitionner ces données. Je pense aussi, troisième amélioration et je réponds ainsi à votre question et fais écho à celle de Bruno Le Maire il y a un instant, qu'il faut lutter très concrètement contre le radicalisme, l'extrémisme, les associations salafistes. Cela suppose de s'attaquer aux mosquées radicales, aux mosquées salafistes, et de pouvoir dissoudre les associations ou groupements de fait qui les constituent. Nous poursuivrons bien sûr les expulsions d'imams étrangers qui se livrent à des prêches insupportables par rapport aux valeurs de la République, qui représentent une véritable incitation à l'action violente. Nous espérons, sans doute dans le cadre de la réforme constitutionnelle, pouvoir améliorer les moyens qui donneront à l'État la possibilité d'expulser encore plus rapidement ces prêcheurs de haine. Enfin, moderniser l'état d'urgence, c'est aussi l'adapter aux exigences modernes en matière de droit au recours. C'est ce que nous vous proposerons, sans oublier - et je sais que vous y êtes particulièrement attachés, notamment dans cette période - le rôle du Parlement, qui doit remplir sa mission de contrôle de la mise en œuvre de l'état d'urgence. Ce chantier législatif extrêmement urgent vous sera proposé demain. Nous sommes convaincus, mais nous en discuterons, qu'il faudra le compléter par d'autres dispositions, notamment par la réforme constitutionnelle, mais ainsi, nous nous donnons des moyens supplémentaires pour lutter contre la violence et contre le terrorisme. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/200.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/200.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..985bf6c0f74d105b24f0db61c738ca5f5d0eca73 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/200.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie, Chère Michaëlle Jean, Monsieur le Secrétaire général du Conseil de l'Europe, Cher Thorbjørn Jagland, Madame la Présidente de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, Chère Anne Brasseur, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Maire de Strasbourg, Cher Roland Ries, Madame la Vice-présidente du Conseil régional d'Alsace, Chère Lilla Merabet, Mesdames, Messieurs les Élus, Mesdames, Messieurs, Vous êtes venus du monde entier ici à Strasbourg pour une idée, la démocratie. Vous êtes de toutes les nationalités, de toutes les cultures, mais vous incarnez un même mouvement universel de l'humanité pour la liberté. Et c'est ici, à Strasbourg, capitale européenne de la démocratie, au Conseil de l'Europe, que vous êtes venus vous rencontrer, vous allier, vous conforter. Vous voir ici, c'est une inspiration, c'est un réconfort, c'est aussi un renfort. Vendredi dernier, la barbarie a frappé Paris. Une fois encore. Avec une ampleur sans précédent. Vendredi soir, à Paris et Saint-Denis, 129 personnes sont mortes, 352 ont été blessées, plusieurs sont encore dans une situation d'urgence médicale. Ils étaient venus assister à un match de football, ils étaient allés à un concert de rock, ils étaient à la terrasse d'un café, entre amis, entre collègues, en famille, ils étaient jeunes pour beaucoup, ce sont nos enfants, leurs amis, ils étaient français, mais aussi de 18 nationalités d'Europe et du monde entier. Ils respiraient l'air libre d'une ville libre, l'air de la liberté qu'on respire en Europe et dans les démocraties, et ils ont été fauchés par la haine fanatique des terroristes. Fauchés par ce même terrorisme qui a tué à Copenhague, à Bruxelles, et encore ces dernières semaines à Beyrouth, à Ankara, en Égypte ou en Tunisie. Ce terrorisme qui avait tué déjà à Madrid et à Londres. La France a été attaquée, l'Europe entière est touchée. Et partout dans le monde, les amis de la liberté sont en deuil. Partout se sont affichés sur les monuments des grandes villes le bleu, le blanc, le rouge, partout a retenti la Marseillaise chantée en chœur. Pour dire la solidarité, pour résister, pour que l'emportent la liberté et la fraternité contre la haine et la mort. Merci à vous tous, à vous Monsieur le Secrétaire général, à vous Madame la Présidente de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, pour ces témoignages de solidarité venus du monde entier. Face à cette barbarie meurtrière qui fanatise des jeunes pour tuer d'autres jeunes, qui se réclame d'une religion, mais qui en réalité tue sans distinction, là-bas, en Syrie, en Irak, les minorités parce qu'elles sont yezidis ou chrétiennes, mais aussi les musulmans, les chiites parce qu'ils sont chiites, les sunnites quand ils ne se soumettent pas à son interprétation de l'islam, et ici ceux qui dessinent parce qu'ils veulent continuer à dessiner librement, les juifs parce qu'ils sont juifs, les jeunes parce qu'ils écoutent de la musique, les amoureux parce qu'ils sont au café, face à ce totalitarisme absolu et meurtrier qui ne représente aucune civilisation puisqu'il veut toutes les détruire, y compris les traces de celles du passé comme il l'a montré à Palmyre, nous devons nous dresser avec force. Les terroristes veulent nous intimider et nous diviser. Nous devons faire le contraire : les combattre et nous rassembler. Les détruire et nous unir. Refuser les amalgames. Répondre avec la force de la démocratie et de l'État de droit. C'est pourquoi ce Forum mondial de la démocratie, le Conseil de l'Europe et la Cour européenne des droits de l'Homme sont si importants pour nous. C'est pour préserver cet acquis, vivre dans des pays et sur un continent fondés sur le droit et la liberté de chaque citoyen sans distinction d'origine ou de religion que nous nous battons. Et nous mènerons ce combat en coordination avec toute la communauté internationale en y mettant toute la force du droit. Nous devons répondre à l'échelle internationale car le mal est international. Votre solidarité n'a pas de prix. Notre cohésion est essentielle. Notre unité est vitale. Notre coordination est décisive. Car nous ne devons laisser aucun répit à ces ennemis de l'Humanité. Notre responsabilité aujourd'hui, c'est que chaque pays et toute la communauté internationale se mobilisent. C'était déjà le message du 11 janvier à Paris : se tenir ensemble, unis contre la haine et la barbarie, pour combattre le fanatisme et le djihadisme, pour défendre la fraternité, la liberté d'expression, la liberté de croyance. Cette action résolue, nous devons également la mener de façon particulièrement coordonnée à l'échelle de l'Europe : - Pour renforcer la coopération policière, judiciaire et entre les services de renseignements. Et je veux rendre hommage aux forces de sécurité et de police qui ce matin encore sont intervenues avec courage pour mettre hors d'état de nuire un commando de terroristes à Saint-Denis. - Pour adopter la directive PNR sur les dossiers de passagers européens. - Pour réviser la directive sur le contrôle des armes à feu. - Pour lutter contre le financement du terrorisme. - Pour renforcer notre action vis-à-vis des acteurs de l'Internet. L'Internet est un formidable espace de liberté et de communication qu'il faut protéger, mais il ne peut pas devenir une école de formation de la haine et du meurtre, l'espace de la radicalisation, du fanatisme où se répand une rhétorique belliqueuse, antisémite et mortifère. C'est pourquoi en France, la loi du 13 novembre 2014 renforce la répression de l'apologie du terrorisme et de la provocation à des actes de terrorisme, en ouvrant la possibilité de bloquer les sites faisant l'apologie du terrorisme ou y provoquant, en autorisant leur déréférencement, et en facilitant la recherche par l'autorité judiciaire des données dans des serveurs informatiques situés à l'étranger. Mesdames, Messieurs, Chers Amis, La démocratie est toujours une conquête. Un combat contre l'oppression, contre l'arbitraire, contre les ennemis de la liberté, contre le droit du plus fort. À tout cela elle oppose la force du droit, un cadre constitutionnel et international fondé sur des institutions légitimes et garantissant les droits de chaque personne. Ce combat, il se mène aussi par l'éducation, par la culture, la création, la liberté de créer et de rire. Il se gagne grâce à ceux qui défendent la démocratie par la plume, par le dessin - vous leur rendez hommage lors de ce forum, à ceux que les terroristes détestent car ils sont libres. Dans ce combat, la culture est une arme. C'est aussi un bien précieux à préserver. C'est pourquoi le président de la République a proposé hier, à l'UNESCO, d'instaurer un droit d'asile pour ces œuvres de l'esprit que les terroristes de Daech souillent ou détruisent. Je veux saluer ici ces combattants de la liberté, de la paix, des droits de l'Homme dans le monde, ce que votre Forum mondial met à l'honneur. Saluer ceux qui sont ici, comme Tawakkol Karman, Prix Nobel de la Paix de 2011 pour son action dans la défense des droits des femmes au Yémen. Saluer ceux qui ont obtenu le Prix Nobel de la paix en 2015 : le quartet du dialogue national en Tunisie, pays qui connaît aussi le prix du sang pour défendre certaines valeurs. Saluer le message que n'a cessé de tenir, envers et contre tout, Aung San Suu Kyi en Birmanie, un message de liberté, de tolérance, de pluralisme, qui commence à porter ses fruits alors que l'espoir n'existait plus. Ces combattants, ils nous montrent le cap. Ne pas avoir peur, c'était aussi l'appel essentiel du maire de Strasbourg. Ce sera un des thèmes que vous développerez lors de ce Forum. Nous le devons aux citoyens français et européens, mais aussi aux futurs citoyens, ceux qui se réuniront pour le Forum des enfants, vendredi matin. Nous devons leur dire que ce combat sera long, difficile, mais que notre société est forte, qu'elle ne cèdera pas face à la terreur. Nous devons leur dire que le terrorisme a toujours échoué, et qu'il échouera encore. Nous devons leur dire que dans tous les combats, contre les totalitarismes, contre l'oppression, la démocratie a toujours triomphé. Vous qui êtes la jeunesse du monde, nous ne vous promettons pas que ce sera un combat facile. Il sera long, il demandera du courage, de la détermination. Mais nous vous promettons que nous le mènerons avec vous. Nous sommes frappés ensemble, nous répondrons ensemble, nous vaincrons ensemble ce mal absolu, ce terrorisme qui veut nous détruire. Vive le Forum mondial de la démocratie, vive l'Europe, vive la République, vive la France. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/201.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/201.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..51492b7791e0c0e67ed8777e0b6df811af0143c7 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/201.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président du Sénat, Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs les ministres, Monsieur le Président de l'Association des Maires de France, cher François BAROIN, Monsieur le Vice-président, cher André LAIGNEL, Madame la Maire de Paris, ville martyre, mais ville lumière, nous sommes à vos côtés. Mesdames et Messieurs les maires, à travers vous, c'est la France qui est rassemblée, soudée dans l'épreuve, unie dans la même résolution, être capable de faire face aux circonstances ; elles sont aujourd'hui exceptionnelles. Au moment où je m'exprime devant vous, une opération policière particulièrement périlleuse et lourde vient de s'achever. Elle visait à neutraliser cette nuit des terroristes logés à Saint-Denis, qui sont en lien avec les auteurs des attentats et des crimes odieux de vendredi soir. Deux de ces terroristes sont morts dans l'assaut. Et il y a eu des interpellations. J'imagine l'angoisse qui a saisi au petit matin les habitants de Saint-Denis, et je salue leur sang-froid. Je veux également dire toute ma solidarité à l'égard du maire de Saint-Denis, qui avait déjà connu l'attentat près du Stade de France vendredi, et qui, une fois encore, était là, auprès des forces de l'ordre au moment où l'assaut a été donné. Je veux enfin exprimer toute notre gratitude, notre admiration à l'égard des forces de l'ordre, des policiers, qui ont lancé l'opération. Ils connaissaient le danger, ils sous-estimaient sans doute encore la violence qu'ils allaient rencontrer, et ils ont été jusqu'au bout de leur mission. Plusieurs ont été blessés, et je pense aussi à ces policiers, les mêmes et d'autres, qui sont allés au Bataclan, dans des conditions terrifiantes, pour aller chercher les terroristes, et là encore, les neutraliser. Mesdames et Messieurs les maires, la France est fière de disposer de forces de cette qualité pour protéger nos concitoyens. Ces actions nous confirment une fois encore que nous sommes dans la guerre, une guerre contre un terrorisme qui lui-même a décidé de nous mener la guerre, c'est l'organisation djihadiste Daech. Elle dispose d'une armée, de ressources financières, pétrolières, elle occupe un territoire. Elle a des complicités en Europe et dans notre propre pays avec des jeunes islamistes radicalisés. Elle commet des massacres là-bas et veut tuer ici ; elle a tué. Au cours de la nuit du 13 novembre, au moins 129 personnes ont perdu la vie. Nous pensons à elles, à ces femmes, à ces hommes qui ont été lâchement assassinés, blessés, traumatisés. Nous pensons à leurs familles, plongées dans un indicible chagrin. Ces attentats ont ensanglanté Paris et sa banlieue. Mais ils concernent tous les Français, où qu'ils vivent sur le territoire. Parce que c'est le pays tout entier qui a été attaqué, en raison de ce qu'il représente, des valeurs qu'il porte, du combat qu'il mène pour éradiquer le terrorisme, et tout simplement pour ce que nous sommes. Ce qu'ont voulu viser les terroristes, c'est l'idée même de la France, ce qu'elle représente, ce qu'elle est au travers des générations successives, de la liberté qu'elle proclame, des droits universels qu'elle défend, voilà ce qui a été attaqué dans la nuit du 13 novembre. Parce que ces barbares, dans leur violence aveugle, ont visé le peuple français dans sa diversité, sans considération d'origine, de parcours, de couleur ou de religion. C'est la jeunesse de France qui était la cible, parce qu'elle représente la vitalité, la générosité, la liberté, tout simplement la vie. L'émotion est immense. La colère l'est tout autant. Chacune, chacun d'entre nous éprouve un sentiment intense de compassion pour les victimes des attentats, et en même temps, une exigence d'action pour voir mis hors d'état de nuire les auteurs et les commanditaires de ces crimes. Le dessein des terroristes est de plonger notre pays dans l'effroi et dans la division. Nous devons donc veiller à préserver, au sein de chaque commune de France, l'unité qui fait notre force et le sang froid qui fait notre dignité. Vous êtes des élus de la République, vous représentez la diversité de nos territoires, mais également la multiplicité des sensibilités de notre pays. Mais face à la menace terroriste, il n'y a pas de différences entre les territoires, il n'y a plus de clivages partisans qui tiennent, il n'y a plus que des femmes et des hommes de devoir, des élus du suffrage universel conscients de leurs responsabilités dans la République. Et je sais que vous avez à cœur de faire prévaloir cette démarche et cette volonté. J'ai exposé lundi, devant le Parlement réuni en Congrès, les réponses que j'entendais apporter pour lutter contre le groupe terroriste qui nous a agressés. D'abord, au plan international : les opérations en Syrie ont été intensifiées, le porte-avion Charles de Gaulle vient d'appareiller, il nous permettra en Méditerranée orientale de multiplier par trois notre capacité à mener des frappes. J'ai appelé la communauté internationale à prendre sa part à ce qui ne pourra être qu'une œuvre commune : anéantir Daech. Je me rendrai mardi prochain à Washington et jeudi prochain à Moscou, pour évoquer avec Barack OBAMA, puis avec Vladimir POUTINE, la nécessaire coordination de nos actions, pour travailler de manière décisive, dans les meilleurs délais, pour atteindre cet objectif. Nous devons former une large coalition, une coalition pour porter des coups décisifs, mais sur Daech, parce que c'est Daech qui est en cause. Nous devons le faire avec l'esprit, là encore, de rassemblement de la communauté internationale. Je sais bien que tous les pays n'ont pas les mêmes intérêts, n'ont pas les mêmes conceptions, n'ont pas nécessairement les mêmes alliés, mais ce qui est en cause, c'est mettre un terme, anéantir une armée qui menace le monde entier, et pas simplement certains pays par rapport à d'autres. Alors, cette mission, je la mènerai, et la France aura, par son armée, à jouer un rôle majeur dans la résolution de ce conflit, au plan militaire, mais également par sa diplomatie, au plan politique. Au niveau de notre pays, j'ai décidé, dès la nuit du drame, de la tragédie, le rétablissement du contrôle aux frontières, dans le respect, d'ailleurs, de nos engagements européens. J'ai décrété l'état d'urgence sur l'ensemble du territoire. Je l'ai élargi, sur proposition du Premier ministre, aux départements d'Outre-mer, pour que l'état d'urgence puisse valoir partout où il y a une menace. Un projet de loi sera présenté devant le Parlement ce soir, permettant la prolongation pendant trois mois de l'état d'urgence - ce texte clarifiera également et précisera cette procédure exceptionnelle. L'état d'urgence, c'est vrai, justifie certaines restrictions temporaires aux libertés, mais y recourir c'est nous donner tous les moyens de les rétablir ces libertés, pleinement. Des perquisitions administratives sont donc conduites et des assignations à résidence prononcées. Ces mesures poursuivent des objectifs clairs : identifier les éventuels complices, démanteler les réseaux, isoler les éléments radicalisés, porter un coup d'arrêt aux trafics en tout genre qui pourraient fournir aux terroristes la logistique et l'argent nécessaires à leurs crimes odieux. Voilà ce qui relève de l'urgence. Mais nous devrons aller au-delà. Cette guerre a en fait commencé depuis plusieurs années, et il nous faudra encore du temps pour en venir à bout, et donc nous armer de patience et de dureté. J'ai donc pris les décisions nécessaires pour donner au pays les moyens de mener lucidement ce combat dans le respect de l'état de droit et des conventions internationales. Notre arsenal administratif et judiciaire a été considérablement renforcé depuis 2012 - deux lois antiterroristes ont été votées, une loi sur le renseignement - mais nous avons encore à tirer les enseignements que nous fournit l'activité quotidienne des services, et faciliter le travail de l'autorité judiciaire, améliorer l'efficacité de nos policiers et de nos gendarmes, créer de nouveaux outils pour qu'aucune situation à risque ne soit laissée sans réponse. J'ai également, après réflexion, proposé une révision de la Constitution. On ne change pas un texte fondamental sans qu'il y ait des raisons et des justifications. Nous devons disposer d'un cadre juridique robuste pour faire face à des circonstances exceptionnelles qui n'appellent ni la mise en œuvre de l'état de siège - qui est le transfert de pouvoirs civils à l'autorité militaire - ni l'application des pleins pouvoirs au titre de l'article 16, pour étudier toutes les propositions, parce que dans cet esprit d'unité je n'en n'ai a priori récusée aucune, même si je sais que certaines sont contraires à nos conventions internationales et à nos engagements européens. J'ai voulu, avec le Premier ministre, que le Conseil d'Etat puisse être saisi et nous donner toutes les réponses qui peuvent être utiles pour agir. Le gouvernement travaillera en étroite concertation avec le Parlement, et j'y veillerai, avec le Premier ministre. Enfin, j'ai décidé d'amplifier l'effort de recrutement pour les forces de sécurité, la justice, les douanes. Plus de 8000 postes seront créés dans ces administrations civiles, et plus aucun poste ne sera supprimé dans les armées. Cela veut dire concrètement davantage de policiers, de gendarmes, déployés dans les communes de France, avec des personnels mieux équipés et mieux armés. Il y aura aussi, sûrement -et le président BAROIN m'en a fait la proposition- à réfléchir sur ce que nous pouvons faire avec les collectivités locales pour assurer la vigilance. Et l'Etat, qui a, vous le savez, des engagements européens, et qui entend les respecter, autant qu'il est possible, doit également pouvoir assurer sa sécurité. Dans cette perspective, qui va être longue, je veux que toute la puissance de l'Etat soit mise au service de la sécurité de nos concitoyens, mais je sais également pouvoir compter sur votre concours et sur celui des 3900 polices municipales de France. Je tiens à saluer le rôle qu'elles jouent, complémentaire, de celui de la police nationale et de la gendarmerie. Je sais qu'elles sont exposées également au risque, je n'oublie pas la mort de Clarissa JEAN-PHILIPPE, cette jeune policière municipale lâchement abattue à Montrouge le 8 janvier dernier. Le gouvernement entend donc vous aider à mieux protéger nos compatriotes mais également à mieux protéger nos policiers municipaux en finançant leur équipement et en apportant aux maires qui le souhaitent les armes qui seront prélevées sur les stocks de la police nationale. Les contrats locaux de sécurité seront également renforcés par des moyens supplémentaires pour que nous puissions agir dans le même esprit et avec la même force. J'attache une grande importance à la participation des maires de France aux actions que nous allons engager, notamment dans le cadre de l'état d'urgence. Je pense par exemple à l'interdiction de circulation des personnes et des véhicules dans des lieux donnés, seuls les maires peuvent nous donner ces précisions. Je pense également à la protection des bâtiments publics ou des édifices privés qui pourraient constituer des cibles potentielles pour les terroristes ; là encore nous avons besoin de votre concours. C'est dans cet esprit que le ministre de l'Intérieur a demandé aux préfets d'organiser dans tous les départements des réunions avec les maires afin de les informer de façon précise sur l'état de la menace terroriste, sur la présence des individus dangereux, et sur les mesures de sécurité que l'Etat est amené à prendre. Je sais aussi que les maires et leurs équipes, dans certaines villes, sont également impliqués dans les dispositifs mis en place dans les zones de sécurité prioritaires ; là encore nous pourrons agir pour lutter encore davantage contre les trafics dans certains quartiers, avec des moyens appropriés. Vous êtes également partie prenante des cellules de suivi et de prévention de la radicalisation, qui ont été créées par l'Etat dans chaque département. Il s'agit là d'une mission essentielle, et on en voit aujourd'hui, hélas, la pertinence, pour éviter que de jeunes Français ne deviennent un danger pour eux-mêmes, mais surtout pour le pays où ils ont grandi, et auquel ils appartiennent. Tous les jours, mesdames messieurs les maires, vous vous battez pour que nos différences ne deviennent pas des divergences et des séparations. Par la terreur, Daech veut instiller, par ses propres tueries, le poison de la suspicion, de la stigmatisation, de la division. Ne cédons pas aux tentations de repli. Ne cédons pas non plus à la peur, aux excès et à la surenchère. Notre cohésion sociale est la meilleure réponse et notre union nationale en est l'expression. Nous devons être implacables contre toute forme de haine. Aucun acte xénophobe, antisémite, antimusulman, ne doit être toléré, et si certains individus se livrent à l'apologie du terrorisme dans certains lieux, dans des associations, dans des groupements de fait, le projet de loi présenté ce matin en conseil des ministres prévoit qu'ils pourront être dissous. Ils le seront immédiatement. J'en appelle aussi à votre vigilance, parce que vous, les maires de France, vous connaissez mieux que personne votre territoire, votre population. Vous avez exprimé, Monsieur le président, une position de principe et elle vous honore, qui est, même dans cette circonstance, de parler des réfugiés. Certains ont voulu établir un lien entre l'afflux de réfugiés venus du Moyen-Orient et la menace terroriste. La vérité est que ce lien existe, parce que les habitants des zones d'Irak et de Syrie qui fuient, parce qu'ils sont martyrisés par ceux-là même qui nous attaquent aujourd'hui, dans leur très grande majorité, ces réfugiés s'orientent vers l'Allemagne, l'Europe du Nord et le Royaume-Uni. La France, souverainement, a accepté de prendre sa part à la solidarité à l'égard de ces réfugiés et à l'égard de l'Europe. Trente mille seront accueillis au cours des deux prochaines années. J'ai souhaité que cette politique soit conduite en étroite coopération avec les maires. Le ministre de l'Intérieur a réuni ceux qui voulaient s'engager dans cet accueil, c'était le 12 septembre dernier. Je relève que vous avez été nombreux à avoir répondu présent et que certains aujourd'hui même accueillent des migrants venant de Calais. Je tiens ici à vous en exprimer ma gratitude. Le gouvernement, pour vous aider, mettra en place un dispositif de soutien aux communes qui auront créé ces places d'hébergement. Cependant, notre devoir d'humanité à l'égard des réfugiés va de pair avec le devoir de protection des Français. Je connais les inquiétudes, parfois avivées par certains, que les événements tragiques de ces derniers jours ont pu susciter. Aussi, là encore la France doit répondre. Elle est aux côtés des pays où se trouvent les réfugiés et je pense notamment à la Turquie, à la Jordanie, au Liban. Elle doit aussi vérifier avant que des personnes rentrent sur le territoire européen, eta fortioriviennent sur le territoire français, qu'il n'y a aucun risque pour notre pays. Nous aurons donc à faire les vérifications nécessaires avant d'accepter des réfugiés sur notre sol. C'est ce que nous avons fait et c'est ce que nous continuerons à faire. De la même manière, la réforme portant sur le droit d'asile permet de refuser ou de retirer la qualité de réfugié à toute personne dont la présence en France constituerait une menace. C'est ainsi que nous assurerons la sécurité des Français avec un contrôle renforcé des frontières tout en restant fidèles à nos valeurs. Mesdames et Messieurs les maires, je vous connais. Je sais que ce que vous faites chaque jour pour vos communes, pour la vie de vos concitoyens, pour leur bien-être, pour leur sécurité. Je sais quelle est votre conception de la République. Vous voulez que vos concitoyens fassent corps avec la Nation et vous voulez qu'ils partagent l'idéal républicain. Je vous connais. Je sais que vous êtes passionnément attachés à la laïcité. La République, c'est une société où chacun a le droit de croire ou de ne pas croire, où l'Etat ne reconnaît aucun culte mais permet à chacun de pratiquer le sien de façon paisible. La laïcité, ce sont des règles de droit qui valent pour les services publics, les écoles, les lieux de culte et qui protège l'espace privé. La laïcité, c'est une République qui fait sa place à tous, mais n'autorise rien qui puisse la menacer. C'est cette confiance dans nos principes communs, dans le projet et l'idéal que nous portons, au-delà de nos différences qui fait que nous sommes tous français, et fiers d'être français. Les terroristes volent la vie des innocents, mais veulent aussi suspendre la nôtre, alors, je le dis fermement : la France restera un pays de liberté, de mouvement, de culture, un pays actif, vaillant, dynamique, qui ne cède jamais à la peur. La vie doit reprendre pleinement, et que serait notre pays sans ses terrasses de café, sans ses concerts, sans ses compétitions sportives, sans ses musées ? Que seraient nos villes sans le bruit de nos activités multiples ? Que seraient nos villages sans la fraternité de nos fêtes ? Le monde qui nous a, une fois encore, témoigné de sa solidarité, pavoisé les plus grands monuments aux couleurs du drapeau français, le monde qui regarde la France parce que c'est toujours là qu'il y a plus de liberté qu'ailleurs, la France doit être toujours elle-même, notre devoir, c'est de continuer la vie, de permettre que les entreprises puissent travailler, que nos établissements culturels puissent ouvrir, que nos touristes puissent être accueillis, que les Français circulent, que les Français voyagent, que les Français soient confiants dans leur propre pays. Notre devoir, c'est d'assurer la sécurité et de garantir la liberté, c'est de protéger et de poursuivre la vie. Je sais pouvoir compter sur la mobilisation des maires de France, sur les 500.000 élus locaux, cette belle et grande avant-garde nationale. Je sais pouvoir compter sur l'union de toutes les forces de la Nation, pour que dans cette guerre, oui, dans cette guerre, vive la République et vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/202.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/202.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e48d1de72e6b7582d960cafaa882a862c056bf33 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/202.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - La question du jour : pourquoi cet homme, Abdelhamid Abaaoud, commanditaire présumé des attentats de Paris, pourquoi cet homme a-t-il pu circuler librement entre la Syrie, la Belgique et la France sans que nous en soyons informés ? Bonsoir Harlem Désir, secrétaire d'État aux affaires européennes. Apparemment l'Europe est plus efficace pour faire respecter les lois du marché que pour coordonner le renseignement. R - Aujourd'hui, en tout cas, c'est absolument indispensable de franchir une étape en matière de coordination du renseignement, de contrôle des frontières, de lutte contre le terrorisme... Q - Qu'est-ce qui bloque ? R - Ce qui bloque, c'est qu'il y a un certain nombre de mesures que nous demandons depuis des mois, qu'il est urgent maintenant de mettre en œuvre. Après le choc qu'a représenté cette attaque, à Paris et à Saint-Denis, qui a touché toute l'Europe, il y a eu des manifestations d'émotion, on a vu les couleurs bleu-blanc-rouge sur tous les monuments des grandes capitales européennes, on a vu chanter la Marseillaise... Q - Donc vous lui dites : banco, maintenant, on y va ? R - Et la solidarité est sincère. Je l'ai mesuré car j'étais à Bruxelles lundi et mardi pour des réunions avec les collègues des autres États membres et au Parlement européen. Il faut qu'on passe de la solidarité dans l'émotion à la solidarité dans l'action. C'est pourquoi Bernard Cazeneuve a demandé une réunion extraordinaire du Conseil justice et affaires intérieures et de la justice, c'est-à-dire les ministres de l'intérieur et de la justice, demain... Q - Demain... R - Elle aura lieu à Bruxelles, il s'y rendra avec Christiane Taubira... Q - Concrètement, il demande quoi demain ? R - Nous demandons, en particulier, trois choses. La première, c'est que maintenant soit adopté, immédiatement, avant la fin de l'année, le programme PNR, de contrôle des dossiers des passagers du transport aérien, qui est bloqué en particulier au Parlement européen. Q - Je vous arrête sur ce point parce qu'il est bloqué au Parlement européen, pourquoi ? Notamment parce que le groupe socialiste, il n'est pas sûr de vouloir... R - Parce que des membres de plusieurs groupes, pas seulement du groupe socialiste... Q - Oui, dont la vice-présidente française au Parlement européen, ce n'est pas personne, Sylvie Guillaume, socialiste, elle a voté contre la dernière fois... R - Non, non, non, depuis les positions ont évolué... Q - La dernière fois, non, non, non... R - Mais non, donc dans d'autres... Q - Non, non, c'est son vote, c'est son vote, on a vérifié sur le site du Parlement. R - Oui, mais depuis, il y a une négociation... Q - Alors pourquoi ? Pourquoi ? R - Parce qu'il y a encore un certain nombre de parlementaires de différentes formations politiques, et je ne veux pas... Q - En l'occurrence du groupe socialiste européen, non, mais c'est le cas ! R - Oui, mais en l'occurrence, pas seulement... Q - C'est le cas ! R - Non, aussi de groupes de droite, aussi de groupes libéraux, aussi le groupe écologiste, qui sont soucieux de l'équilibre, avec la protection des données personnelles, des libertés. Mais aujourd'hui, et ce n'est pas simplement aujourd'hui - nous l'avons demandé depuis des mois -, il est absolument indispensable de disposer de cette mesure, et que les fichiers des passagers soient interconnectés sur le plan européen, et que, à chaque fois qu'une réservation est faite pour un vol, pour rentrer dans l'Union européenne ou pour en sortir, donc ça peut concerner aussi bien quelqu'un qui essaye de se rendre en Syrie, que quelqu'un qui en revient peut-être en passant par la Turquie... Q - Harlem Désir, oui, on saura s'il est dans l'avion... R - Qu'on sache qu'il a réservé un billet d'avion ! Q - Harlem Désir, si mon souvenir est bon, je vous ai reçu après les attentats de Charlie. Vous m'avez dit exactement la même chose... R - Exactement. Q - Il faut que le PNR se fasse... R - Absolument... Q - Vous me redites la même chose après les attentats, là, de vendredi dernier... R - Et trop de temps a été perdu, cela n'est pas supportable. Deuxièmement... Q - Donc c'est quoi le délai ? Pardon, c'est quoi le délai ? Quand Manuel Valls dit par exemple : si l'Europe ne contrôle pas ses frontières Schengen alors on arrête Schengen, c'est quoi le délai ? R - Non, d'abord, le Premier ministre n'a pas dit : alors, on arrête Schengen, il a dit : si nous ne sommes pas capables d'assurer le contrôle aux frontières extérieures communes de Schengen, alors Schengen sera remis en cause... Q - Schengen sera remis en cause, eh bien, ça veut dire quoi ? Ça veut dire quoi ? R - Oui, c'est un fait, c'est un fait parce que nous avons constitué... Q - Ah, il constate, c'est tout ? R - Oui, c'est un constat et c'est aussi une alerte. Nous avons constitué un espace de libre circulation, et donc nous devons contrôler nos frontières extérieures communes. Deuxièmement, Schengen est un espace de coopération aussi judiciaire, policière, il y a des bases de données informatiques, il faut absolument que toutes les informations sur les personnes qui représentent un danger soient rentrées dans ces bases de données. Nous demandons également que soit renforcée l'utilisation d'Europol, que soit renforcée l'utilisation du casier judiciaire européen... Q - Le délai que vous leur donnez, demain, il y a la énième réunion, vous allez encore demander toujours les mêmes choses, le délai ; vous leur dites demain, si ce n'est pas fait, à partir de quand on s'arrête ? Vous leur dites quoi ? R - Mais c'est très clair. La France demande que demain, à l'unanimité, l'ensemble des États membres adopte la décision que désormais, soit mis en place le PNR européen, que soient mis en place les contrôles systématiques aux frontières extérieures de Schengen, ce que nous demandons depuis des mois, parce qu'il n'est pas possible qu'on rentre dans cet espace qui nous est commun sans que les titres d'identité et les passeports ou les pièces d'identité soient contrôlés, que soit renforcée la coopération entre les services de renseignement, que soit renforcée l'utilisation des dispositions qui existent aujourd'hui dans Europol, et que nous puissions donc être en mesure d'assurer, par tous les moyens de coopération judiciaire, policière et de services de renseignements, la lutte contre le terrorisme. De même, nous avons demandé à l'ensemble des pays, mardi, à Bruxelles, c'est Jean-Yves Le Drian qui était à cette réunion et qui a invoqué l'article 42-7 du traité, c'était la première fois, de mettre à disposition des renforts pour lutter contre Daech en Irak et en Syrie et pour renforcer nos actions militaires dans le Sahel et en Centrafrique... Q - Ils ont tous dit : formidable, on est d'accord pour vous aider, et pour l'instant, concrètement ? Concrètement ? R - Et maintenant, nous sommes entrés dans une discussion concrète avec chacun des États membres, et certains sont en train d'examiner comment, par exemple, ils vont pouvoir non seulement intervenir en Irak, comme ils le faisaient déjà, mais aussi en Syrie contre Daech ou nous appuyer dans nos opérations au Sahel. Donc il faut que l'Europe franchisse cette étape. Q - Oui, j'ai compris. La question des migrants, elle n'est pas liée à la question de la sécurité, avait dit votre majorité. Manuel Valls, ce soir, annonce que certains des auteurs de l'attentat ont profité de la crise des réfugiés pour se glisser en France. Est-ce qu'il y a eu trop de naïveté sur cette question-là ? R - Jamais, de notre part, jamais. C'est pourquoi nous avons toujours dit, y compris dans l'affaire des migrants, qu'il ne faut évidemment pas faire d'amalgame entre les réfugiés qui fuient souvent d'ailleurs Daech et/ou la dictature de Bachar al-Assad, et le terrorisme, mais qu'il faut être extrêmement vigilant, et qu'il n'est pas possible que des migrants ou des réfugiés entrent en Europe sans qu'il y ait un contrôle de leur identité, qu'il y ait un enregistrement et qu'il y ait une vérification que ces personnes ne sont pas liées à des réseaux terroristes. Donc il n'y a pas d'amalgame dans le sens où il ne s'agit pas de jeter une suspicion sur des gens qui sont eux-mêmes victimes de la crise et de la guerre civile en Syrie, mais il y a à faire une vérification à chaque fois que quelqu'un rentre dans l'espace européen, et s'il le faut, effectivement, à refuser l'entrée de gens qui représenteraient un risque. Q - On va parler de la loi en France maintenant, il y a eu une belle unanimité aujourd'hui à l'Assemblée pour voter la prolongation de l'état d'urgence, 551 voix pour, 6 contre, la loi qui va permettre notamment de dissoudre plus facilement les groupes radicaux. Est-ce que pour vous, Harlem Désir, les mosquées salafistes, par exemple, ça fait partie de ces groupes radicaux qu'il faut dissoudre ? R - Eh bien, si une association, qui dirige une de ces mosquées, dans laquelle par exemple un imam fait une propagande de radicalisation extrémiste, pousse à la haine, à des actes de violence et peut être effectivement liée à une organisation terroriste, alors il faut pouvoir la dissoudre, il faut pouvoir expulser l'imam. Il faut pouvoir prendre des mesures. Nous l'avons fait d'ailleurs. Vous savez que plusieurs d'entre eux ont été expulsés... Q - Il n'y a pas que les actes de violence, Harlem Désir, parce que parfois... R - Et il faut que les pouvoirs soient donnés aux préfets de procéder à ces interdictions... Q - Non, mais on imagine bien que si quelqu'un appelle à poser une bombe, on va l'arrêter... R - Non, non, non, mais si c'est de la propagande... Q - Mais il n'y a pas que ce point, mais je vais être très concret... R - Oui, bien sûr... Q - Il y a quelque chose qui a fait le buzz, vous avez dû en entendre parler, l'imam de Brest, vous savez, qui éduque les enfants d'une certaine manière, qui viennent le voir à la mosquée, et il leur a dit : ben, la musique, si vous l'écoutez, vous allez vous transformer en cochon ou en je ne sais plus quel animal. Est-ce que ça, par exemple, que la loi ne peut pas punir, parce que ce n'est pas un appel à la haine, est-ce que ça, avec la nouvelle loi aujourd'hui, on peut dire à ce monsieur : dehors, vous n'avez pas à parler aux enfants, à les éduquer comme ça, qu'est-ce que vous en pensez, vous ? R - Oui, je ne veux pas ici prendre une décision à la place d'un préfet ou à la place d'un juge sur un cas d'espèce... Q - Mais pour vous ? R - Mais très clairement... Q - C'est important... R - Nous avons tous entendu parler de ce cas, qui est un cas de propagande qui pousse à la radicalisation, en tout cas à une forme de haine des valeurs de tolérance et d'ouverture de la société française, oui, cela relève évidemment de ce qui est prévu par cette nouvelle loi. Q - Je voudrais vous soumettre un témoignage, c'est dans Marianne de cette semaine : Saint-Denis, ma ville à l'heure islamiste, on en a beaucoup parlé évidemment de Saint-Denis hier, c'est Fewzi Benhabib, un universitaire algérien menacé de mort par le FIS en Algérie, et il raconte : il a fui les islamistes donc en 94, il retrouve leurs techniques aujourd'hui, dit-il, d'entrisme dans la société à Saint-Denis. On refuse de voir qu'un projet de société alternatif, obscurantiste et communautaristes ronge le ciment démocratique, moi, je le vois parce que je l'ai vécu à l'époque, et j'ai vu comment cela a évolué en Algérie ; il faut l'entendre ce monsieur ou pas ? R - Bien sûr, il faut entendre tous ceux qui portent témoignage de cette propagande de la haine, de cette propagande antidémocratique, de cette propagande souvent aussi antisémite, qui est véhiculée par des gens au nom de la religion, qui dévoient la religion, d'ailleurs, ce djihadisme islamiste radical, celui en particulier de Daech. La plupart de ses victimes sont des musulmans, ce sont des musulmans chiites. Par exemple en Irak et en Syrie, parce qu'ils sont chiites, on les tue. Q - On n'a pas été trop aveugle... R - Ou d'autres sunnites parce qu'ils n'appliquent pas la même interprétation des textes. Q - On n'a pas été trop aveugle, c'est ce qu'il dit. Il dit, par exemple : il y a eu de la cécité, notamment à l'époque de l'affaire du voile, on s'en souvient, à l'époque, vous, vous disiez sur cette interdiction du voile pour les mineurs à l'école, c'est une humiliation qui fait le lit de l'intégrisme, du Front national, il dit que tout ça, cela fait qu'on en est arrivé là aujourd'hui ; est-ce que vous ne vous dites pas, avec le recul, on s'est complètement planté sur ces histoires, on est passé à côté, on n'a pas vu finalement qu'il y avait des tentatives parfois, ici et là... R - Mais on a voté la loi sur l'interdiction du voile... Q - Non, mais vos propos à vous, interdire le voile pour les mineurs à l'époque, vous disiez : c'est une humiliation qui fait le lit de l'intégrisme et du Front national, est-ce qu'avec le recul, vous vous dites... R - Franchement, je ne sais pas... Q - J'ai été aveugle, voilà, je n'ai pas vu, j'ai mal vu... R - Franchement, je ne sais pas de quel contexte vous sortez cette déclaration... Q - C'est une citation... R - Non, absolument pas... Q - À l'époque... R - Je suis... Q - Si, si, vous étiez président de SOS Racisme... R - Mais oui, d'accord, mais moi, je vous dis que je suis, et que j'ai été en faveur de la loi sur l'interdiction du voile... Sans aucune ambigüité, j'ai toujours soutenu cette disposition... Q - Vous ne faites pas un examen de conscience en vous disant : on n'a peut-être, à un moment donné, pas voulu voir certaines choses, ou peut-être pour des bonnes raisons, on a apporté des mauvaises solutions... R - Je ne crois pas, franchement, je ne crois pas que ce soit le débat aujourd'hui, je me souviens tout à fait qu'on m'a reproché à moi... Q - C'en est un... R - Précisément, de combattre le communautarisme, de mener ce combat au nom de l'intégration, au nom de l'adhésion aux valeurs républicaines. Ce qui se passe me confirme dans le fait que c'est autour des valeurs de la République et sans concessions vis-à-vis de quelque communautarisme que ce soit, que la société française résistera. Mais je veux dire aussi qu'il ne faut pas jeter l'opprobre sur une ville, par exemple, Saint-Denis. Les habitants de cette ville ont été sidérés par ce qui s'est passé et ont réagi avec beaucoup de sang-froid. Ils ont coopéré avec les forces de police, qui ont mené cette intervention. Le maire de cette ville et les élus ont exprimé le sentiment de cette population, qui est évidemment de refuser ce djihadisme. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/203.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/203.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5d1e5c57fff2896b75f91b111162da6284b14050 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/203.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le président du Sénat, Messieurs les Premier ministres, Mesdames, Messieurs les ministres, Madame Bernadette CHIRAC, Madame Claude CHIRAC, Mesdames, Messieurs les membres du jury, Monsieur le président du Musée du Quai Branly, Mesdames, Messieurs, Nous nous retrouvons aujourd'hui pour exprimer notre attachement aux principes que la fondation Jacques Chirac porte et qui dans le contexte tragique que nous connaissons prennent un relief particulier ; le dialogue entre les cultures, la défense du droit, la protection des plus faibles, la résistance à l'oppression. J'ai une pensée pour Jacques CHIRAC qui ne peut pas être là aujourd'hui mais qui a toujours été présent lorsqu'il s'est agi de défendre les valeurs de la République. Durant sa présidence, il a été lui aussi confronté au terrorisme, je pense aux attentats qui ont endeuillé notre pays en 1995. Alain JUPPE était Premier ministre. C'était déjà l'islamisme radical qui frappait. Aujourd'hui, c'est Daech qui nous fait la guerre parce que nous sommes la France, parce que nous sommes un pays de liberté, de démocratie, de culture, parce que nous avons été le premier peuple au monde à proclamer que les hommes naissent libres et égaux et que la libre circulation des idées, des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme. Daech fait la guerre à notre mode de vie, à notre art de vivre, à la vie, à la vie en France. La France mène cette guerre, avec ses forces armées, ses militaires dont je salue le courage. Elle conduira cette guerre avec ses alliés, avec ses partenaires, en nous donnant tous les moyens de l'emporter comme nous l'avons fait au Mali, comme nous avons continué en Irak et comme nous poursuivons en Syrie. La France mène cette guerre avec ses forces de sécurité, policiers et gendarmes qui viennent encore une fois d'intervenir hier à Saint-Denis, de faire la démonstration de leur dévouement, de leur courage. Ils méritent l'admiration, la reconnaissance de la Nation toute entière qui doit se rassembler. La France mène cette guerre avec les Françaises et les Français, sans distinction, parce qu'ils sont tous concernés, avec les élus de la République qui étaient rassemblés autour du président de l'association des maires de France hier, tous soudés dans la même résolution. La France mène cette guerre avec l'arme du droit, car elle veut agir dans le respect des garanties fondamentales. Nous ne renoncerons jamais à ce que nous sommes, c'est le sens même des deux prix que la fondation Jacques Chirac a remis ce matin. D'abord le Prix pour la prévention des conflits. Madame Latifa Ibn ZIATEN, nous mesurons combien cette récompense a du sens dans ces circonstances, une portée particulière, une résonance. Depuis le 11 mars 2012, ce jour terrible où Imad votre fils a été lâchement assassiné par MERAH, parce qu'il portait l'uniforme de l'armée française, parce qu'il voulait être debout et ne rien céder. Depuis ce jour-là, Madame, vous incarnez aux yeux de tous nos compatriotes, quelle que soit sa confession, quelle que soit son origine, quel que soit le parcours qu'ils ont pu accomplir, l'amour maternel dans ce qu'il a de plus fort, de plus poignant. Vous incarnez la souffrance du deuil, mais aussi la possibilité de puiser dans le chagrin, les ressources pour aller vers la dignité et vers la tolérance. Je me souviens encore - je n'étais pas Président de la République- de votre présence dans la cour de la caserne de Montauban, lors de la cérémonie d'hommage national qui était présidée par Nicolas SARKOZY, Président de la République, pour les trois soldats parachutistes tombés sous les balles du terrorisme. Vous étiez comme vous l'êtes aujourd'hui, digne, fière de votre fils, attachée aux valeurs de la République, consciente de vos devoirs et en même temps submergée par une peine indicible. Je vous ai retrouvée, j'étais Président de la République, c'était le 19 septembre 2012 à l'occasion de la journée d'hommage national aux victimes du terrorisme. Vous avez pris la parole la première, parmi les représentants des familles pour exprimer une conviction qui paraissait inébranlable et qui l'est toujours, celle de l'indispensable dialogue pour ouvrir les esprits. Puis comme vous l'avez fait aujourd'hui, vous avez lancé un appel à l'aide, pour accompagner les jeunes et particulièrement ceux qui se sentent abandonnés, ou qui doutent de la promesse de la République. Vous m'avez dit ces mots simples : « Si vous ne m'aidez pas, si on ne les aide pas, alors ils sont perdus » et c'est ce qui vous a décidé à créer l'association Imad pour la Jeunesse et la Paix. Depuis 3 ans et dans des conditions particulièrement difficiles, vous sillonnez la France à la rencontre des jeunes, qui sont là, vous les avez aussi invités pour cette cérémonie. Vous allez les voir, vous allez surtout leur parler dans les établissements scolaires, dans les centres sociaux, dans les maisons de jeunes, mais aussi dans les prisons. Vous leur parlez avec la sincérité d'une mère qui a appris à ses enfants le respect, le respect des autres, le respect des différences, le respect de la République. Vous leur dites que la France est leur patrie et qu'en l'aimant, en la chérissant, ils seront pleinement eux-mêmes, sans avoir à renoncer à leurs origines ou à leur foi. Vous leur parlez de la chance que représente l'école, vous qui regrettez si fort de n'avoir pas eu la possibilité de faire des études. Vous leur rappelez qu'ils vivent dans une société, la société française, où la femme est l'égale de l'homme, que le voile que vous portez est une marque, mais aussi le symbole visible de votre deuil. Vous leur expliquez que la laïcité à laquelle vous êtes profondément attachée est l'expression de la liberté qu'à chacun, dans notre pays, de croire ou de ne pas croire, à la condition que chacune et chacun puisse être respecté dans son culte, mais puisse aussi respecter les autres. Vous êtes également engagée en faveur du dialogue interreligieux, parce que la haine, qu'elle soit dirigée contre les juifs, contre les musulmans, contre les chrétiens, ou contre tout autre être humain, vous est insupportable. Vous avez été vous-même victime de discriminations, y compris dans les jours terribles qui ont suivi l'assassinat de votre fils. Alors, vous avez décidé de lutter contre la suspicion, ce mal terrible qui peut encore nous frapper aujourd'hui, la stigmatisation. Vous redoutez que les crimes commis par quelques-uns, au nom d'une conception dévoyée de l'Islam, n'aboutissent à jeter la confusion et les amalgames sur une partie de la France. C'est bien le but, s'il faut en chercher un, de ceux qui nous attaquent aujourd'hui. Ils veulent provoquer la division, ils veulent susciter dans notre propre pays le doute à l'égard des autres. Alors, rassemblons-nous. Ils veulent semer l'effroi, alors unissons-nous. Ils veulent voir la vie s'arrêter, alors vivons, vivons pleinement et librement. La menace du terrorisme est une menace globale. La semaine dernière Daech a frappé Paris et Saint-Denis, mais aussi Beyrouth, l'Irak et je n'oublie pas l'attentat contre un avion russe. Boko Haram continue de massacrer au Nigeria, au Cameroun, au Tchad, tandis qu'au Maghreb des fanatiques continuent de répandre la mort. Ils veulent anéantir jusqu'au patrimoine même de l'Humanité, du temple de Baal à Palmyre, au musée de Mossoul, jusqu'à Tombouctou, ou Gao - à Tombouctou où ils avaient ravagé les mausolées de la Cité des 333 saints. Voilà pourquoi il faut faire ce combat contre le terrorisme, mener cette lutte, la vôtre, pour la jeunesse, écarter tous les risques de séparation dans notre pays, aller vers la mixité pour que nos écoles puissent être des écoles ouvertes à tous les jeunes enfants de la République, lutter contre la radicalisation. C'est la raison pour laquelle, en plus des crédits que j'ai annoncés pour nos forces armées, pour nos gendarmes, pour nos policiers, il y aura également des concours financiers pour toutes les associations qui luttent contre la radicalisation. Soyez sûre, Madame, qu'au-delà des difficultés que vous rencontrez, vous aurez le soutien nécessaire, indispensable, de la République. De la même manière, nous n'autoriserons rien qui puisse laisser penser qu'il y aura un seul individu, un seul citoyen, dans notre pays, qui puisse être agressé, parce qu'il aurait une confession. Encore hier, un enseignant juif a été attaqué sauvagement ; il y a eu aussi un musulman qui a été agressé. Nous devons être d'une terrible, impitoyable même, réaction, parce que c'est l'ensemble de la communauté nationale qui est concerné. Puis il y a la culture, parce que les terroristes font la guerre à la culture. Tel est aussi le symbole du Prix culture pour la paix. Je remercie encore le président de la fondation Culture et Diversité pour s'être associé au Prix Jacques CHIRAC. Cette année, le symbole est fort, le prix est remis à Aldiouma YATTARA, au réseau des banques culturelles du Mali. Des banques de la culture, je n'y avais pas pensé. Elles ont été créées à Fombori, dans le centre du Mali. Leurs fondateurs faisaient alors le constat que le patrimoine culturel malien était en danger, car il était menacé, puisque les terroristes veulent effacer toutes les traces de l'Histoire, tout le patrimoine, justement celui de ce musée, comme si rien n'avait existé avant eux, alors que c'est eux qui n'existeront plus d'ici quelques années. Oui, ce patrimoine était menacé par les pillages, par le commerce illégal et aussi par une maladie plus insidieuse, l'indifférence. Pour le protéger, les banques culturelles ont ouvert des musées locaux, pour conserver en sécurité les objets de haute valeur. Pour inciter les communautés villageoises à y placer leurs objets en dépôt, elles ont introduit le microcrédit, -quelle formidable idée- c'est-à-dire faire que chaque bien culturel qui puisse être mis en garantie, puisse permettre l'obtention d'un prêt à taux d'intérêt très faible, permettant ainsi une initiative économique. La culture, grâce à vous -et c'est en ce sens que le mot banque prend toute sa signification- devient un moyen de financer le développement. En 2012, quand ils ont occupé le nord du Mali, les terroristes se sont acharnés contre le patrimoine, contre la culture malienne, contre la culture en général, la musique, la sculpture, la peinture. Tout cela était pourchassé, détruit, interdit, en même temps que les femmes étaient soumises et les hommes humiliés. Il a fallu, et vous l'avez rappelé, que la France prenne ses responsabilités, lance l'opération Serval -c'était le 11 janvier 2013- et libère, avec le concours des forces maliennes et des forces africaines, sous mandat de l'ONU, le nord du Mali pour lui restaurer sa dignité, et son intégrité avec le Mali. Ce fut une victoire, les Maliens le savent, et je sais combien ils sont reconnaissants à la France de leur avoir permis d'échapper au pire - ils l'ont connu le pire. Les terroristes aussi le savent, et c'est pourquoi ils ont fait de la France leur ennemi. Après les combats de 2013, il fallait aussi une réponse culturelle, et vous y avez largement contribué ; rassembler tous ces biens, montrer la richesse de la culture africaine, être capable de la proposer en dépôt ailleurs, y compris dans ce musée, faire en sorte que la culture unisse. Alors ce prix récompense votre action originale de protection du patrimoine, votre contribution au développement économique, votre engagement pour la diversité culturelle. Voilà deux beaux prix, je comprends que Jacques CHIRAC en ait été ému, parce qu'ils viennent comme pour nous envoyer des messages, des messages forts, qui correspondent précisément à la vocation de la fondation CHIRAC, la volonté de vivre en paix. Mais nous sommes dans la guerre, et dans cette période nous devons être attentifs à rester nous-mêmes, car c'est ça qui est finalement en cause. La France ne doit pas se perdre pour gagner la guerre. La France répondra à la haine par la fraternité, la France répondra à la terreur par la force du droit, la France répondra au fanatisme par l'espérance que constitue la vie elle-même, la France répondra tout simplement en étant la France. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/204.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/204.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..561a10b691740af863d577b1904bcbacd22849eb --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/204.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Madame, Messieurs les Ministres, Mesdames, Messieurs les Députés, nous avons devant nous des temps particulièrement difficiles. Vendredi, la France - Paris, sa capitale, et Saint-Denis - a été frappée comme jamais. L'opération était minutieusement préparée. Elle a été méthodiquement exécutée. Conçue depuis l'étranger, la Syrie et la Belgique, elle a été réalisée avec des complicités françaises. Aux portes du Stade de France : trois kamikazes se font exploser. Dans cinq bars, cafés ou restaurants des 10e et 11e arrondissements : des mises à mort à l'arme automatique et avec une bombe. Enfin, dans la salle de concert du Bataclan : un massacre. Cent vingt-neuf existences ont été balayées, sans aucune pitié. À cette heure, des hommes, des femmes, se battent pour la vie, et souffrent dans leur chair. En prenant la parole devant vous, c'est à eux, aux familles, aux proches, que vont toutes nos pensées. Nous sommes en guerre. Pas une guerre à laquelle l'Histoire nous a tragiquement habitués. Non, une guerre nouvelle, extérieure et intérieure, où la terreur est le premier but et la première arme. C'est une guerre dont le front se déplace constamment et se retrouve au cœur même de notre vie quotidienne. En janvier, la rédaction de Charlie Hebdo et un supermarché casher. En juin, un site sensible et un acte atroce à Saint-Quentin-Fallavier. À présent, un grand stade, un café, une salle de spectacle. Et avant, il y a eu les tentatives manquées visant des églises de Villejuif - même si, ne l'oublions jamais, une jeune femme a perdu la vie - ou le Thalys. Cette guerre nouvelle reste une guerre planifiée, menée par une armée de criminels. Ce qui est nouveau, ce sont les modes opératoires : les façons de frapper, de tuer évoluent sans cesse. L'imagination macabre des donneurs d'ordre est sans limite : fusils d'assaut, décapitation, bombes humaines, armes blanches, ou tout à la fois, perpétrés par des individus, ou cette fois-ci des commandos, particulièrement organisés. Il ne faut aujourd'hui rien exclure. Nous l'évoquions hier, et je le dis avec les précautions qui s'imposent, mais nous le savons : le risque d'armes chimiques ou bactériologiques existe. Guerre nouvelle, enfin, car elle se défie des frontières. À distance, sur les réseaux, Daech - l'État islamique -, tout comme al-Qaïda, embrigade, recrute, forme, met en lien, transmet ses consignes, organise, avec un seul mot d'ordre : le chaos. Semer le chaos. Vendredi, les terroristes n'ont pas choisi leurs cibles au hasard. Ils ont frappé une jeunesse éprise de vie, aspirant à l'émancipation, par le savoir, le goût des différences, la culture, la musique, l'élan vers les autres. Ne nous y trompons pas : le terrorisme a frappé la France, non pas pour ce qu'elle fait en Irak, en Syrie ou au Sahel, mais pour ce qu'elle est. Ce totalitarisme veut nous soumettre, nous faire renoncer, nous faire céder à la peur. Mais la France, parce qu'elle est la France, parce qu'elle a derrière elle tout un peuple, ne se soumet pas, ne renonce pas, ne cède pas. La France se bat. Sous l'autorité du chef de l'État, elle se bat avec ses armées en Afrique, au Levant. Depuis deux jours, nos avions Mirage et Rafale ont intensifié leurs frappes sur des centres d'entraînement et de commandement à Raqqa. Le porte-avions Charles-de-Gaulle a appareillé, hier. Il permettra de tripler nos capacités d'action. La France se bat sur son sol. Hier encore, une opération de police sans précédent s'est déroulée dans le centre de Saint-Denis, afin d'interpeller et de neutraliser des terroristes liés aux attentats du 13 novembre. La France se bat. Elle a besoin pour cela d'unité et de rassemblement. Pas parce qu'il faut faire taire les clivages, mais parce que l'unité est, dans ces temps difficiles, la condition de l'efficacité. Nous devons être unis, et parce que nous sommes une grande démocratie, nous appuyer sur la force de notre droit. Or, la force de notre droit, c'est notamment l'état d'urgence. Vendredi, face à une attaque d'une telle gravité, il fallait une réponse à la hauteur, immédiate et puissante. Ce dispositif, prévu par la loi du 3 avril 1955, et institué en moins de deux heures par décret signé du chef de l'État, a permis aux pouvoirs publics de mettre en œuvre, sans attendre, des moyens et des procédures exceptionnels pour protéger nos concitoyens et assurer leur sécurité. La sécurité est la première des libertés. C'est pour cette raison que d'autres libertés ont été ou peuvent être temporairement limitées, dans une mesure strictement nécessaire. En région parisienne, les grands rassemblements ont ainsi été interdits, jusqu'à ce dimanche. L'état d'urgence a également conduit, en l'espace de six jours, à notifier 118 assignations à résidence. Il a permis de procéder à plus de 400 perquisitions administratives, de jour comme de nuit, sur tout le territoire, et de saisir quatre-vingt-sept armes, dont onze armes de guerre. Ces perquisitions viseront toutes les personnes connues pour leur engagement ou leur soutien à la mouvance djihadiste. Toute arme découverte, toute documentation faisant l'apologie du terrorisme, tout élément faisant état d'une activité terroriste seront immédiatement judiciarisés et donneront lieu à des poursuites. Assignations et perquisitions ont permis d'aller vite pour démanteler des groupes susceptibles d'agir et pour neutraliser des individus aux comportements menaçants. En plus de ces mesures découlant directement de l'état d'urgence, d'autres dispositions ont été prises. Trois mille militaires supplémentaires patrouillent pour assurer la sécurité de nos concitoyens. En tout, ils sont 10.000 déployés sur l'ensemble du territoire, s'ajoutant aux 100.000 policiers et gendarmes. À nos frontières, les contrôles ont également été rétablis. 132 points de passages autorisés sont contrôlés en permanence : 61 par la police aux frontières et 71 par les douanes. Les contrôles ont été renforcés dans les transports ferroviaires et aériens. À ce titre, il est plus que temps que l'Europe adopte le texte relatif au PNR - Passenger name record - afin de garantir la traçabilité des déplacements, y compris au sein de l'Union. C'est une condition de notre sécurité collective. Dès le conseil « Justice et affaires intérieures » de demain, qui se tiendra à notre demande, Bernard Cazeneuve insistera sur la nécessité de procéder à des contrôles systématiques à toutes les frontières de l'Union pour les bénéficiaires de la libre circulation. Si on ne le fait pas, c'est la survie de Schengen qui est en jeu. Mesdames, Messieurs les Députés, parce que la menace terroriste est là, parce que nos concitoyens nous demandent de tout mettre en œuvre pour les protéger, parce que nous devons continuer à agir avec efficacité, l'état d'urgence doit être prolongé sur tout le territoire, en métropole comme en outre-mer. La durée soumise à votre décision est de trois mois. Elle permettra d'accélérer la mise hors d'état de nuire des réseaux terroristes, dans le respect de l'action juridictionnelle qui reste la seule réponse à moyen et long termes pour neutraliser ces réseaux. Cette prolongation doit se doubler d'une modernisation des dispositions de la loi de 1955, car lorsque celle-ci a été adoptée, le contexte était bien différent. La loi de 1955 a été conçue pour gérer des troubles civils. Pas pour affronter le terrorisme du XXIe siècle ! Il fallait donc tenir compte d'un environnement juridique, mais aussi technologique, qui n'a plus rien à voir : les terroristes le savent très bien. Le projet de loi qui vous est soumis précise, tout d'abord, les contours de l'assignation à résidence, pour en libérer tout le potentiel. Cette mesure est peu utilisée alors qu'elle est particulièrement adaptée au risque terroriste. Nous élargissons la possibilité de recourir à l'assignation à résidence. Elle ne doit pas viser uniquement les activités dangereuses avérées, c'est-à-dire quand il est trop tard, mais aussi les menaces fondées sur des présomptions sérieuses. Nous prévoyons également une action coercitive pour conduire manu militari les individus concernés sur le lieu de leur résidence assignée, et les priver de leur passeport ou titre de voyage. Ils seront aussi tenus de pointer et de respecter des horaires de couvre-feu obligatoires. Dernier élément, particulièrement important : il est prévu une interdiction de tout contact, direct ou indirect, aussi bien physique que par téléphone ou internet, entre les individus assignés à résidence et d'autres qui représentent une menace. Deuxième objectif de ce projet de loi : rendre les perquisitions plus efficaces, en permettant aux forces de sécurité d'accéder, lorsque la situation le justifie, au contenu des téléphones et ordinateurs et de le dupliquer pour une exploitation ultérieure. C'est nécessaire au regard des nouvelles techniques d'organisation et de communication des filières terroristes, qui peuvent avoir recours à des logiciels cryptés. La loi respecte bien entendu un équilibre procédural protecteur des libertés publiques. Elle rend ainsi en contrepartie impossible la perquisition administrative dans les locaux des personnes protégées - journalistes, magistrats... - et prévoit un droit de recours conforme au droit commun. Ce projet de loi vise également à fermer plus rapidement, c'est-à-dire en quelques jours, des mosquées salafistes radicales. Il s'agit de dissoudre les associations ou groupements de fait portant une atteinte grave à l'ordre public en créant un régime plus souple que le régime de droit commun. Il faut intervenir avec la plus grande fermeté contre ces prétendus lieux de culte. L'islamisme radical, le djihadisme, sont de véritables gangrènes pour l'islam. Ils séduisent et détournent des individus par centaines. Il faut les combattre avec la plus grande fermeté. Nous agissons enfin pour supprimer certaines dispositions devenues obsolètes, comme le contrôle de la presse ou des publications. Je sais que nous allons en débattre et nous serons à l'écoute du Parlement. Toutes ces mesures, assignations à résidence, perquisitions, dissolutions d'associations, s'inscrivent, bien sûr dans le cadre de la législation internationale, notamment celle relative aux droits de l'Homme. Je vous rappelle que l'article 15 de la convention européenne des droits de l'Homme - la CEDH - nous autorise à prendre des mesures dérogatoires en cas - je cite - de « guerre » ou d' « autre danger public menaçant la vie de la nation ». Ce texte que nous vous avons présenté hier, vous avez su l'enrichir dans des délais très courts, et je tiens à vous remercier du travail accompli ; je remercie particulièrement les présidents des commissions des lois de l'Assemblée nationale et du Sénat. À l'initiative de votre rapporteur, le président Jean-Jacques Urvoas, vous avez adopté, en commission, plusieurs amendements qui apportent des précisions au texte et assurent sa coordination avec le droit en vigueur. Je sais que ce travail nécessite une coopération étroite avec la commission des lois du Sénat et son président, Philippe Bas. Et je sais qu'elle a déjà été fructueuse. Sur plusieurs points, vous avez complété ce travail indispensable de modernisation de la loi de 1955, en supprimant notamment des dispositions obsolètes ou surannées : je pense aux dispositions concernant les juridictions militaires. Moderniser la loi de 1955, c'est aussi mieux informer le Parlement. Depuis ce week-end, celui-ci est associé très étroitement. Dimanche, le président de la République a reçu les présidents des assemblées, les présidents de tous les groupes parlementaires et les présidents des commissions concernées. Lundi, le chef de l'État s'est exprimé devant le Parlement réuni en Congrès. À l'initiative de Jean-Jacques Urvoas, avec le soutien de tous les groupes, un amendement important a été adopté prévoyant l'information du Parlement s'agissant des mesures prises pendant l'état d'urgence. Le gouvernement y est bien évidemment favorable, et je vous proposerai par ailleurs des rendez-vous réguliers pour faire le point sur sa mise en oeuvre et, avec les ministres concernés, vous fournir toutes les informations nécessaires et possibles, sur la lutte antiterroriste sur notre sol et nos opérations militaires au Levant. Dans cette épreuve pour toute la nation, il est aussi important d'écouter. Cela a été le cas, hier, en commission. Concernant la dissolution des associations ou groupements de fait, vous avez choisi d'adopter un amendement de Guillaume Larrivé et Jean-Frédéric Poisson supprimant la condition liant la possibilité de dissolution à l'assignation à résidence de certains membres. En cela, vous avez choisi de suivre l'avis du Conseil d'État. Je sais que, sur d'autres points, les discussions restent ouvertes. Je pense aux propositions du groupe Les Républicains sur le placement sous bracelet électronique de personnes assignées à résidence, ou encore sur les modalités de cette assignation. Nous aurons ces débats, avec le souci d'avancer ensemble, même si je vous rappelle que nous légiférons à ce stade dans des limites constitutionnelles très strictes. Mesdames, Messieurs les Députés, l'état d'urgence est une réponse à court terme, de court terme, adaptée à la situation à laquelle nous faisons face. Nous le modernisons, nous lui assurons des bases juridiques solides. Mais tout cela doit s'inscrire dans le cadre d'une politique de long terme, qui implique, d'abord, de se doter des moyens nécessaires. Depuis 2012, nous avons agi, en créant la direction générale de la sécurité intérieure, en faisant adopter, à chaque fois à une très large majorité, deux lois antiterroristes et une loi sur le renseignement, dont la plupart des dispositions sont entrées en vigueur en octobre. Les évolutions législatives, qui ont d'ailleurs intégré de nombreuses propositions parlementaires, émanant de la majorité comme de l'opposition, ont considérablement renforcé les dispositifs d'action de nos services : meilleure efficacité de la surveillance internationale, recours aux techniques de recherche telles que les algorithmes, surveillance continue, en temps réel, des djihadistes. Par ailleurs, nous allons poursuivre - les Français nous le demandent - le renforcement massif des effectifs des services qui contribuent à la lutte contre le terrorisme, avec 8.500 postes supplémentaires : 5.000 dans la police et la gendarmerie, 2.500 pour la justice et 1.000 pour les douanes. Ces renforts s'accompagneront des équipements nécessaires. Le ministre des finances aura l'occasion, en fin de matinée, au Sénat, de détailler ces éléments. Les effectifs de la défense seront quant à eux, comme le président de la République l'a annoncé lundi, confortés jusqu'en 2019. Apporter une réponse de long terme, c'est ensuite réviser notre Constitution. L'article 16 prévoit que le Président de la République prenne les mesures exigées par les circonstances seulement si «le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu». Vendredi, ce n'était pas le cas. Cette disposition ne correspond pas au type de crise que nous traversons. Celle de l'article 36, relatif à l'état de siège, non plus. En effet, l'état de siège ne peut être déclaré qu'en cas de péril imminent, résultant d'une guerre étrangère ou d'une insurrection à main armée. Il est donc impératif d'inscrire l'état d'urgence dans notre Constitution, et de lui procurer ainsi l'assise solide indispensable. La révision constitutionnelle que nous vous proposerons traitera aussi de la situation des Français qui, par leurs actes, rompent leur lien avec la République. Là aussi, et j'insiste sur ce point, un contrôle juridictionnel devra être instauré pour empêcher toute dérive. Ces dispositions devront être précisées, mais il est d'ores et déjà envisagé, le président de la République l'a dit, d'étendre les possibilités de déchéance de la nationalité française aux personnes nées françaises, disposant de la double nationalité et condamnées pour des faits de terrorisme. Nous voulons également encadrer très strictement - je profite de cette tribune pour y revenir - le retour en France de ceux partis faire le djihad. Ils constituent en effet, s'ils reviennent sur le sol national, une menace de sécurité très grave. Je rappelle que 966 individus sont signalés comme étant allés en Syrie ou en Irak. Si 142 d'entre eux y sont morts - je dis bien : 142 -, 588 y sont toujours et 247 en sont repartis. Ces chiffres donnent la dimension de la menace. Certains de ces individus font régulièrement des allers-retours. Certains sont des repentis du djihad, dont il est difficile de mesurer la sincérité. Nous voulons interdire à ces Français ou résidents en France de revenir dans notre pays sans y être expressément autorisés. Ce dispositif, qui complète ce que nous avons mis en place depuis 2012 - interdiction de sortie du territoire, interdiction de retour des résidents étrangers - suppose de franchir une étape supplémentaire, en révisant la Constitution. Nous construisons ainsi, avec lucidité et rigueur, un appareil sécuritaire performant, doté d'un fondement constitutionnel, assorti aussi, j'insiste sur ce point, des mécanismes de contrôle nécessaires. Ce chantier va être engagé sans délai, mais la résolution n'est pas la précipitation. Nous devrons l'engager avec un grand sens des responsabilités, de l'écoute et du débat et avec la volonté d'avancer ensemble. Apporter une réponse de long terme au terrorisme islamiste, c'est enfin s'attaquer une bonne fois pour toutes aux racines, ici, en France, de ce mal. Il n'y a pas, dans notre pays, de génération spontanément vouée à la radicalisation. Il y a un processus, c'est-à-dire une construction dans le temps, avec ses lieux - le milieu carcéral, notamment - et ses espaces virtuels - les réseaux sociaux. Voilà ce qui doit tous, collectivement - élus, pouvoirs publics, associations, syndicats, entreprises, responsables religieux, médias - nous mobiliser. Lutter contre la radicalisation, ce n'est chercher ni excuses, ni justifications. Ce n'est pas tomber dans l'autoflagellation. C'est, au contraire, être à la hauteur d'une exigence considérable de lucidité. C'est ce travail que nous menons, en permettant aux professionnels de mieux détecter les signes de radicalisation grâce à des formations spécifiques, en assurant dans chaque département un suivi rapproché des jeunes radicalisés et de leurs familles, par tous les acteurs concernés - police, enseignants, travailleurs sociaux -, en menant, enfin, une action ciblée, en bâtissant un contre-discours, à la fois sur les réseaux sociaux et dans les prisons. La tâche est considérable : nous devons intensifier notre action en ce sens, l'approfondir, aller plus loin. Une première structure pour jeunes radicalisés va ainsi être créée. Les financements sont prêts, le cadre juridique et le projet pédagogique en voie de finalisation. Le site sera choisi d'ici à la fin de l'année. Les premiers admis pourront être des repentis, que nous mettrons à l'épreuve afin de mesurer leur volonté de réinsertion dans la durée. La création d'un tel centre - qui ne correspond pas nécessairement à notre culture, du moins jusqu'à présent - s'appuyant sur un suivi individualisé et pluridisciplinaire est indispensable. Mais, comme le souligne votre collègue Sébastien Pietrasanta, les individus qui y seront admis doivent l'être à la suite d'une décision judiciaire et ne peuvent en aucun cas être des djihadistes de retour de Syrie ou d'Irak, dont la place est en prison. Un centre de déradicalisation ne peut pas être une alternative à l'enfermement carcéral. Mesdames, Messieurs les Députés, vendredi, la France a été attaquée. Les Français, nos compatriotes, nos concitoyens sont - comment pourrait-il en être autrement ? - sous le choc. Ils attendent de nous tous des réponses fortes, rapides et efficaces. Ils attendent de nous tous que nous soyons à la hauteur de ce choc, de cette attaque. Pour chacun, ici, sur ces bancs, je mesure combien le moment est fort, combien il est inédit, aussi. Mais dans ce moment, nous devons répondre présent. Ce projet de loi, c'est la réponse d'une France forte, qui ne plie pas et qui ne pliera jamais. C'est la réponse rapide d'une démocratie face à la barbarie. C'est la réponse efficace du droit d'un pays libre, d'une démocratie, face à une idéologie du chaos. C'est cette exigence qu'ensemble nous devons porter. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/205.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/205.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..62616b83b5bf8c4a8d1b8fcbd648e0066193e8b0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/205.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le président de la République a reçu aujourd'hui Sa Majesté Mohammed VI, Roi du Maroc. Le président de la République a remercié le Roi pour l'assistance efficace apportée par le Maroc à la suite des attentats de vendredi dernier. Les deux chefs d'Etat ont marqué la détermination partagée de la France et du Maroc à mener ensemble le combat contre le terrorisme et la radicalisation et à œuvrer à la résolution des crises régionales et internationales. Deux mois après l'appel de Tanger signé lors de la visite de travail et d'amitié du Président de la République au Maroc, les deux Chefs d'Etat ont réaffirmé leur pleine mobilisation pour la préservation de la planète et la réussite de la COP21 à Paris et de la COP22 au Maroc en 2016. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/206.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/206.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..edb8ee7e5afd6bccdfa128caa7b2d63a06a011f4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/206.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le président, Mesdames, messieurs les ministres, Mesdames, messieurs les sénateurs, Vendredi soir dernier, le Chef de l'Etat a décrété l'état d'urgence. L'extrême gravité du moment l'imposait. En moins de deux heures, des terroristes lourdement armés, minutieusement préparés, véritables commandos kamikazes, ont frappé à sept reprises dans Paris et à Saint-Denis. Ils ont tué sans pitié, anéantissant 130 vies, et faisant plusieurs centaines de blessés. L'état d'urgence a été une réponse immédiate, puissante, efficace, pour protéger nos concitoyens, pour stopper les individus fanatisés, les criminels qui veulent s'en prendre à notre pays, à ses valeurs ; s'en prendre à notre démocratie. La menace est sans précédent, une menace globale, intérieure et extérieure. Une menace globale. Ce matin, Bamako, le Mali, pays qui résiste avec tant de courage au djihadisme, ont été frappés : une prise d'otage est en cours. J'exprime le soutien total de la France à nos amis maliens. Nous sommes à leurs côtés. Hier, aujourd'hui, et toujours. La France ne plie pas. La France se bat. Sur tous les fronts. Au Sahel et au Levant, où nos armées sont déployées. Ces derniers jours, sous l'autorité du Président de la République, nos Rafales et nos Mirages ont intensifié leurs frappes. Ils ont bombardé et atteint des sites stratégiques où l'ennemi planifie et ordonne les attaques sur notre sol. Notre porte-avions, le Charles de Gaulle, bientôt sur zone, multipliera par trois notre force de frappe. Et nous frapperons Daech sans relâche. Pour détruire ses bastions. Pour anéantir ses capacités d'action. C'est là-bas que se joue une part de notre sécurité ici. Nous agissons à l'extérieur. Nous intensifions, aussi, nos actions sur notre sol. Les policiers, gendarmes, services de renseignement, l'autorité judiciaire en coopération étroite avec nos partenaires traquent sans relâche les individus, démantèlent les cellules, les réseaux, frappent durement ceux qui ont pour projet de nous frapper. Je veux, à nouveau, devant vous, saluer l'action des enquêteurs, l'engagement des policiers du RAID et de la BRI. Il y a deux jours, à Saint-Denis, ils ont permis de localiser et de neutraliser Abdelhamid ABAAOUD qui, de toute évidence, a joué un rôle déterminant dans les attaques de vendredi ; un rôle déterminant dans différentes tentatives d'attentats contre la France, celle de Villejuif et au moins trois autres qui ont pu être déjouées au cours des derniers mois. Plus que jamais, dans les circonstances actuelles, les forces de l'ordre font l'honneur de notre Nation. Leur courage, leur professionnalisme font notre fierté. Chaque jour, chaque instant, ils agissent avec une obsession : empêcher que des individus ne passent à l'acte ; ne passent à l'acte selon des modes opératoires qui évoluent sans cesse. Nous devons avoir les yeux ouverts face au risque d'une surenchère de la terreur. Dire cela, ce n'est pas alimenter la peur. C'est se préparer à toute éventualité. Pour y parer ! Nous avons changé d'époque. Nous sommes entrés, avec une dureté absolue, dans un moment nouveau. La guerre a changé de forme. Nous devons en prendre la pleine mesure et agir en conséquence. En nous adaptant en permanence aux évolutions, notamment technologiques. En étant réactifs, mais en ayant une seule ligne de conduite : le respect de ce que nous sommes, de nos grands principes. Ceux de l'Etat de droit. Nous avons changé d'époque et nous devons apprendre à vivre avec. Résister, ce n'est pas se figer. Et moi je dis aux Français qui se demandent ce qu'ils peuvent faire, qui se demandent comment être utile : résister, c'est continuer de vivre, de sortir, de nous déplacer, de nous rencontrer, de partager des moments de culture et d'émotion, de rester dans le mouvement. La France est une grande Nation. Elle fait face. Et parce qu'elle est la France, parce qu'elle est regardée, parce que l'on espère beaucoup d'elle, parce qu'elle a cette ténacité, cette abnégation forgée dans les épreuves du passé, elle doit continuer sa route. Sans dévier. Je rencontrerai d'ailleurs, en fin de journée, l'ensemble des partenaires sociaux. Depuis vendredi, ils témoignent leur solidarité. Toute la société civile doit continuer à se mobiliser : c'est ce message que je leur délivrerai. Chacun de nous a son rôle à jouer. Notre économie doit continuer de se développer, notre territoire continuer d'attirer les touristes, nos magasins d'ouvrir, les initiatives locales, associatives, d'animer notre quotidien. Face aux projets de morts. Nous envoyons un message de vie ! Et dans le même temps, il nous faut de la maîtrise, du sang froid, un esprit de responsabilité collective. C'est comme cela que notre société mènera cette guerre. Mesdames, messieurs les sénateurs, Hier, dans un mouvement d'union nationale, les députés ont voté massivement la prolongation de l'état d'urgence. Après la réunion du Parlement réuni en Congrès pour entendre le Président de la République, ils ont de nouveau envoyé un message très fort. Ils ont dit notre détermination collective, implacable, dans la lutte contre le terrorisme. Je suis, aujourd'hui, devant vous pour vous demander de voter, à votre tour, cette prolongation. Pour trois mois. J'ai suivi les travaux de votre commission des lois. Je sais que le Sénat, hier, a su dire toute sa détermination, tout son engagement et je ne doute pas un instant de la force du message qu'il enverra, lui aussi. Je tiens à saluer votre commission des lois et son président Philippe BAS, que nous avons tenu à associer étroitement, en lien avec le rapporteur à l'Assemblée nationale, le président de la commission des lois, Jean-Jacques URVOAS. Vous avez travaillé dans des délais exceptionnels ; pour répondre à une situation d'exception. A chaque étape, le Gouvernement a eu le souci de vous consulter sur les évolutions suggérées, et lorsque cela a été possible, d'intégrer vos propositions. 1. Prolonger l'état d'urgence pour trois mois Ne l'oublions jamais : sans sécurité, il n'y a pas de grandes libertés possibles, pas de grandes libertés publiques. La sécurité, c'est un principe fondamental à l'organisation de notre société démocratique. Depuis vendredi, dans le cadre prévu par la loi du 3 avril 1955, les pouvoirs publics ont ainsi mis en œuvre, sans attendre, des moyens et des procédures à la hauteur de la situation. - En région parisienne, les grands rassemblements ont été interdits, jusqu'à ce dimanche. - En sept jours, 793 perquisitions administratives ont été menées partout en France, de jour comme de nuit. Elles ont permis de saisir 174 armes, dont 18 armes de guerre. - En sept jours, 164 personnes dangereuses ont été assignées à résidence. Le but de ces assignations et perquisitions : aller vite contre les groupes susceptibles d'agir ; intervenir face à des individus au comportement menaçant. Dans le contexte d'état d'urgence, les policiers pourront, sur décision du ministre de l'Intérieur, conserver leur arme de service même pendant les périodes de repos : tout agent des forces de l'ordre, même hors service, a le devoir d'intervenir face à une situation grave ou dangereuse. Cette mesure sera bien sûr encadrée, et elle ne concerne, pour le moment, que l'état d'urgence. Aux dispositions prévues par cette procédure se sont ajoutées d'autres dispositions pour la sécurité de nos concitoyens. Nous avons déployé, sur tout le territoire, 3 000 militaires supplémentaires, pour atteindre un total de 10 000. Ils s'ajoutent aux 100 000 policiers et gendarmes et 5 500 douaniers également sur le qui-vive. Nous avons accru les contrôles dans les gares, les aéroports, les transports ; rétabli les contrôles aux frontières intérieures comme le permet Schengen avec 132 points de passage autorisés contrôlés en permanence : 61 par la police aux frontières, 71 par les douanes. Ces actions doivent, bien évidemment, se prolonger à l'échelle de l'Europe. Ce qui veut dire passer à la vitesse supérieure, sur au moins deux priorités. D'abord, adopter enfin ! Le partage des données des passagers aériens ou PNR européen. Ceci nous permettra de disposer d'un fichier garantissant la traçabilité des déplacements, y compris à l'intérieur de l'Union. C'est une condition de notre sécurité collective. Deuxième priorité : prendre toutes les mesures pour assurer une protection effective de nos frontières. Cela suppose au moins deux choses : mettre en place des contrôles systématiques à toutes les frontières extérieures de l'Union, y compris pour les bénéficiaires de la libre circulation, ce qui passe par une révision ciblée des règles de l'espace Schengen. Et créer un système de gardes-frontières européen. Ce matin même, à Bruxelles, la garde des Sceaux et le ministre de l'Intérieur ont porté ces sujets dans le cadre du Conseil Justice Affaires intérieures, convoqué à la demande de la France. Notre position est très claire : si nous n'avançons pas de manière décisive, Schengen ne survivra pas et on assistera au repli sur soi généralisé de chaque Etat. Au cours de nos débats, Bernard CAZENEUVE reviendra sur les résultats précis de cette réunion. Mais je peux, d'ores et déjà, vous dire que le Conseil a montré que les idées que nous portons sont très largement soutenues. Un texte politique a été adopté au consensus. Chacun se rend compte qu'il est crucial, dans l'intérêt même de l'Europe, d'avancer désormais très vite. 2. Adapter et moderniser la loi de 1955 Mesdames, messieurs les sénateurs, Un état d'urgence efficace, c'est aussi un état d'urgence repensé, modernisé. Le projet de loi soumis à votre vote propose donc de faire évoluer la loi de 1955. C'est nécessaire : le contexte général, juridique, technologique, a bien changé depuis que cette loi a été adoptée, il y a 60 ans. L'état d'urgence doit, aujourd'hui, être doté d'instruments plus performants, mieux adaptés à une dure réalité. a) Les assignations à résidence Le premier dispositif, c'est celui de l'assignation à résidence, qui immobilise les individus radicalisés et les empêche d'agir. Cette disposition est particulièrement adaptée à la menace actuelle. Nous allons donc la préciser pour qu'elle s'applique, non seulement aux individus dont les activités dangereuses sont avérées, mais aussi aux plus radicalisés, aux terroristes potentiels, dès lors qu'il y a des raisons sérieuses de penser qu'ils sont une menace pour notre sécurité. Ils pourront être conduits à leur lieu de résidence par une action coercitive, être privés de leurs passeports et documents d'identité. Ils seront soumis à des obligations strictes de pointage trois fois par jour, et de respect d'horaires de couvre-feux, portées à 12 heures par un amendement du député Éric CIOTTI, adopté par l'Assemblée nationale. Ils auront, enfin, l'interdiction d'entrer en contact par quelque moyen que ce soit avec d'autres individus dangereux. L'Assemblée nationale a tenu à préciser, hier, que cette interdiction pourra être maintenue même en cas de levée de l'assignation à résidence. Les peines encourues en cas de non-respect de cette assignation seront également accrues. Enfin, vous le savez, nous avons eu un débat, avec vos collègues députés, notamment à l'initiative du groupe Les Républicains, sur le placement sous surveillance électronique mobile de certains individus assignés à résidence. Le Gouvernement a entendu cette préoccupation. Il a proposé un amendement ouvrant cette possibilité dans les limites très étroites que nous fixe la jurisprudence constitutionnelle. b) Les perquisitions administratives Le deuxième dispositif, c'est celui des perquisitions administratives, qui permettent de relever des preuves au domicile des perquisitionnés. Désormais, les forces de sécurité toujours en présence d'un officier de police judiciaire pourront faire une copie des données stockées dans les téléphones et ordinateurs trouvés sur place. Pour que ces perquisitions administratives soient les plus utiles, les plus efficaces possible, elles doivent évidemment pouvoir déboucher sur des suites judiciaires immédiates. C'est l'objectif d'un amendement du président de votre commission des lois, que le Gouvernement a présenté à l'Assemblée nationale et qui a été adopté. Les perquisitions sont aussi mieux encadrées : le projet de loi dont nous débattons aujourd'hui précise qu'elles ne pourront pas viser les magistrats, les journalistes, ni d'ailleurs … Les locaux affectés à l'exercice d'un mandat parlementaire. Elle prévoit également un droit de recours, conforme au droit commun. c) Dissolution des associations Moderniser la loi de 1955, c'est aussi se doter de nouveaux outils juridiques, particulièrement nécessaires face aux phénomènes d'embrigadement. Je pense, bien sûr, à la dissolution des associations et des groupements de fait portant une atteinte grave à l'ordre public. Je pense donc à ces mosquées salafistes radicales où l'on prône la haine de nos valeurs, le rejet violent des principes de la République. Si les moyens juridiques existent déjà, ce projet de loi va permettre d'accélérer les procédures, de fermer ces lieux en l'espace de quelques jours seulement. Nous n'hésiterons pas à agir avec la plus grande fermeté, la plus grande détermination. L'embrigadement se fait aussi, nous le savons très bien, par les réseaux sociaux. Le Gouvernement a entendu, hier, la préoccupation de l'Assemblée nationale qui a adopté un amendement permettant au ministre de l'Intérieur de prendre, je cite, « toute mesure pour assurer l'interruption de tout service de communication au public en ligne provoquant à la commission d'actes de terrorisme ou en faisant l'apologie ». d) Retirer les mesures obsolètes Moderniser l'état d'urgence, c'est aussi enlever les dispositions devenues pas seulement obsolètes, mais tout simplement en décalage avec notre époque. Ce projet de loi supprime donc la possibilité de contrôler la presse, la radio, le cinéma ou le théâtre une disposition prévue par la loi de 1955 mais jamais utilisée. Dans le même esprit, les juridictions militaires ayant disparu, les dispositions qui les concernent dans la loi de 1955 étaient devenues inutiles. e) Informer le Parlement Nous dotons la procédure d'état d'urgence d'outils plus efficaces, adaptés à notre temps. Nous la dotons, aussi, des instruments nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie. Un amendement important a ainsi été adopté à l'Assemblée nationale qui inscrit dans la loi l'obligation de tenir le Parlement informé des mesures prises pendant toute la durée d'application de l'état d'urgence. Le gouvernement était favorable à cette initiative parlementaire, soutenue sur tous les bancs de l'hémicycle. Des points réguliers, sur la mise en œuvre de l'état d'urgence vous seront faits. Et toutes les informations nécessaires et possibles sur la lutte anti-terroriste et nos opérations militaires au Levant vous seront données. 3. Agir sur tous les fronts contre le terrorisme Mesdames, messieurs les sénateurs, Nous devons adapter, moderniser l'état d'urgence. Nous devons, aussi, parce que le menace est là pour durer, nous donner tous les moyens d'agir efficacement sur le long terme. Nous devons mobiliser les moyens humains, matériels, législatifs nécessaires. a) Nouveaux effectifs Nous avons ainsi créé des postes supplémentaires de policiers, de gendarmes, des postes dans la justice. Nous allons en créer davantage : 8 500 en tout, 5 000 pour les forces de l'ordre, 2 500 pour la justice, 1 000 pour les douanes. D'autre part et quoi de plus logique quand la guerre est là il n'y aura aucune diminution des effectifs de la Défense jusqu'en 2019. b) Nouvelles mesures pour suivre les personnes radicalisées Nous donner tous les moyens d'agir, c'est ensuite lutter mieux encore contre la radicalisation pour attaquer le mal à la racine. Nous avons mis en place, dans chaque département, des dispositifs dédiés regroupant tous les acteurs : police, enseignants, travailleurs sociaux. Nous avons commencé à former les professionnels pouvant être en contact avec des jeunes radicalisés pour qu'ils aient les bons réflexes. Nous agissons en particulier dans les prisons, sur les réseaux sociaux. L'objectif : détecter les signes avant-coureurs, contrer les discours de manipulation là où ils se propagent, suivre les individus au plus près. Nous devons aujourd'hui aller plus loin. Dans les prochaines semaines, nous ouvrirons un centre de prise en charge d'individus radicalisés. L'objectif : sortir les individus de l'impasse mortifère dans laquelle ils se trouvent. Ce qui implique un suivi psycho-clinique, un travail individuel, avec nécessairement une grande vigilance quant à la motivation réelle du radicalisé. Cette première expérience, si elle réussit, pourra être généralisée sur tout le territoire. c) Des lois pour faire évoluer notre droit Nous donner tous les moyens d'agir, c'est enfin continuer d'adapter notre droit. Depuis 2012, deux lois anti-terroristes ont été adoptées la plupart des mesures sont entrées en vigueur. La loi renseignement elle inclut de nombreuses propositions de l'opposition renforce quant à elle les moyens de nos services de renseignement, pour leur permettre de mieux détecter les menaces et de surveiller les djihadistes en temps réel. Cet arsenal législatif sera, je l'espère, bientôt complété par la loi sur les mesures de surveillance des communications internationales, dont le Conseil constitutionnel a été saisi. Je tiens à cette occasion à remercier la Délégation parlementaire au renseignement, présidée par Jean-Pierre RAFFARIN, pour ses propositions et son travail toujours constructif. d) Une révision de notre constitution Nous devrons, là aussi, aller plus loin en révisant notre Constitution. Ses dispositions ne correspondent plus au type de crises que nous pouvons vivre aujourd'hui. Soyons très précis. L'article 16 ne pouvait pas être activé vendredi : il n'y a pas eu d'interruption du « fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels ». L'article 36, qui définit l'état de siège, non plus. Car il n'y a pas eu de « péril imminent, résultant d'une guerre étrangère ou d'une insurrection à main armée ». Nous proposerons donc d'inscrire l'état d'urgence en toutes lettres dans la Constitution. Les procédures exceptionnelles qui en découlent doivent bénéficier de ce fondement juridique inattaquable. Cette révision constitutionnelle nous permettra d'avancer sur deux autres mesures pour traiter du cas des Français qui se retournent contre leur propre pays. D'abord, l'élargissement de la déchéance de la nationalité aux binationaux nés en France et condamnés pour des faits de terrorisme. Ensuite, l'encadrement rigoureux du retour sur notre sol de ceux partis faire le djihad : nous voulons faire en sorte qu'ils ne puissent pas revenir sans y être expressément autorisés, et sans être soumis, à leur retour, à un suivi très rapproché. 966 Français sont déjà partis en Irak ou en Syrie. 142 y ont laissé la vie, 588 y sont toujours. Mais 247 en sont revenus : certains sont de retour en France, certains sont allés dans d'autres pays d'Europe, certains circulent. Mais tous représentent une très grande menace. Ces deux révisions constitutionnelles que nous proposons devront bien sûr être encadrées par un contrôle juridictionnel très strict. Mesdames, messieurs les sénateurs, Il y a une semaine, la France a été attaquée. Notre responsabilité à tous, gouvernement, représentation nationale, c'est d'apporter une réponse à la hauteur. L'Assemblée nationale l'a fait hier. Je ne doute pas que, dans un même mouvement, le Sénat le fera cet après-midi. Je voudrais saluer l'engagement du président LARCHER, celui de tous les sénateurs. Saluer plus largement le rôle des élus locaux, des maires, qui sont sur le terrain, qui doivent répondre aux inquiétudes de la population, rassurer, trouver les mots, dire que la puissance publique est là. Je voudrais saluer l'engagement de l'association des maires de France, derrière François BAROIN, qui a pris la décision courageuse de tenir cette semaine une réunion exceptionnelle pour témoigner de l'engagement des maires au service des valeurs de la République. C'est ce message d'union, d'union sacrée, c'est-à-dire de très grande force qu'attendent nos concitoyens. L'union fait la force. La force mène à la victoire. Et parce que nous sommes unis, parce que nous portons dans notre coeur notre patrie, parce que nous sommes tous blessés, je sais que nous irons chercher au plus profond de nous-mêmes ces ressources pour nous dépasser, dépasser nos clivages, pour nous retrouver dans un même combat. Ce combat, ce combat de la démocratie contre le chaos, nous le mènerons. Et nous le gagnerons. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/207.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/207.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4f8b3734c857caf7c51523110fd96fdef7f43952 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/207.txt @@ -0,0 +1 @@ +Merci beaucoup, Bonjour à toutes et à tous, D'abord, merci cher Claude et merci cher Tibor de m'accueillir parmi vous, je sais que ce n'est pas la tradition, pour cette conférence de presse mais je suis sensible à l'attention que vous portez ainsi une fois de plus à la France. Et je voudrais commencer ce propos en rappelant ici qu'après les attentats de janvier dernier, contre Charlie Hebdo, contre l'Hyper Casher, contre des policiers, la France avait très vite ressenti le besoin de réunir ses homologues européens, sous différentes formes bien sûr, dans différents conseils européens qui traitaient de sécurité, de défense, mais très vite aussi d'éducation. Et c'est ce qui m'a poussé, le 17 mars dernier, à réunir 26 ministres européens de l'éducation à Paris pour que nous puissions échanger sur la nécessité pour l'éducation, aussi d'être au rendez-vous et de faire en sorte, non pas d'éviter à elle toute seule que de tels drames se reproduisent- on est tous d'accord pour dire que ce n'est pas à l'école seule de porter le poids de cette responsabilité là-, mais en tout cas de faire son maximum, cette éducation, pour prévenir la tentation de la radicalisation, et puis pour faire en sorte aussi pour le plus grand nombre de jeunes qui n'auraient jamais été tentés par la radicalisation, que le vivre ensemble, les valeurs de liberté, d'égalité, de fraternité signifient encore quelque chose, et qu'on ne se retrouve pas dans cette situation à laquelle on aurait pu s'attendre après les attentats d'une telle violence de repli sur soi communautaire où chacun se méfie de son voisin et où on cherche le bouc-émissaire. Donc, nous nous sommes retrouvés le 17 mars dernier à Paris et nous avons adopté la Déclaration de Paris. L'un des sujets à l'ordre du jour de ce conseil européen de l'éducation, qui était bien sûr programmé de longue date, c'était notamment de nous faire avancer sur la mise en œuvre des principaux points de cette déclaration de Paris. Je remercie vraiment à cet égard la Présidence luxembourgeoise et le Commissaire qui ont beaucoup travaillé sur ce sujet et qui auront des annonces fortes à nous faire sur ce point. Je n'aurai pas cru que, venant à ce Conseil européen, on se retrouve à nouveau dans une situation où, quelques jours avant, un nouvel attentat a frappé Paris dans les conditions que vous savez, absolument abominables, qui une fois de plus s'est attaqué, on dit en France, à un des points de notre devise républicaine : la Fraternité. Mais tous les pays européens pourront se reconnaître dans ce que l'on dit par-là, c'est-à-dire à ce qui fait la marque de l'Europe, d'une Europe qui vit en paix, qui vit dans sa diversité, d'une Europe qui est capable de faire cohabiter, comme on le voit aujourd'hui d'ailleurs à travers l'accueil des réfugiés, des populations de différentes origines et d'espérer leur offrir le meilleur à toutes, et notamment grâce à l'éducation. Donc, ce qui a été attaqué, vendredi 13 novembre à Paris, c'est cette capacité, tout simplement, à cohabiter, à coexister pacifiquement. Et, aujourd'hui, dans ce Conseil européen, une fois de plus, ce que nous voulons dire, nous, Ministres de l'Education, c'est que l'éducation et la formation doivent être un rempart contre le fanatisme et un vecteur d'ouverture, de respect mutuel, de fraternité. Il faut l'affirmer haut et fort, il faut nous en donner les moyens. Il faut faire en sorte que l'école, dans nos différents pays, soit bien sûr, d'abord, un vecteur de connaissance, de savoir, mais aussi un vecteur de citoyenneté, un lieu où on apprend à vivre ensemble puisque le constat que nous faisons tous, dans nos différents pays, c'est que c'est bien le seul lieu où toute une génération, toute une classe d'âge, se croise, véritablement, rares sont les lieux sociaux qui offrent cette possibilité. Un lieu donc où on doit apprendre les valeurs qui nous sont si chères sur le sol européen et que la jeune génération vient d'apprendre, de façon sanguinaire, qu'elle aura malheureusement à devoir les défendre. Les défendre ces valeurs, car elle ne sont pas acquises. Et donc, pour pouvoir les défendre, il faut d'abord les comprendre, en acquérir la conviction, les partager, le plus largement possible, se sentir appartenir à une communauté nationale, à une communauté européenne. C'est à tout cela que les Etats européens et les Ministres de l'Education, en particulier, veulent contribuer. Voilà ce que je pouvais dire en quelques mots, Messieurs, en vous remerciant de m'avoir donné la parole. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/208.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/208.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e4e1bc9980a943759a84f7cf71c74b96a0163ded --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/208.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Député, comme vous l'avez souligné, nous sommes déterminés à éradiquer Daech et nous mettons tout en œuvre, sur le plan intérieur comme sur le plan international, pour y parvenir. Vous m'interrogez plus particulièrement sur ce qui relève des compétences du ministère de l'intérieur. Depuis le 13 novembre, dans le cadre de l'état d'urgence, un ensemble de mesures ont été mises en œuvre. Elles ont été déclenchées sur l'ensemble du territoire national quelques heures après le vote de la prorogation de l'état d'urgence. Quelles sont ces mesures ? Des perquisitions, des assignations à résidence - 1.233 perquisitions ont abouti à 165 interpellations et 124 mises en examen - et la volonté de récupérer des armes - près de 230 armes ont été récupérées, dont la moitié sont des armes longues et des armes de guerre. Cela témoigne de l'efficacité des perquisitions qui ont été conduites pour mettre hors d'état de nuire des individus qui ont été interpellés et placés en garde à vue, comme je viens de l'indiquer à l'instant. Par ailleurs, nous avons engagé une action européenne très forte et ce, dès le dimanche suivant les attentats, lors d'une rencontre avec la présidence luxembourgeoise et les commissaires européens compétents afin d'obtenir des résultats très concrets : le PNR européen, qui doit être adopté avant la fin de l'année, doit prendre en compte les vols intra-européens et aussi prévoir une durée assez longue de conservation des données avant masquage, afin d'être véritablement efficace dans la lutte antiterroriste. De plus, il ne doit pas prendre en compte seulement les crimes transnationaux, mais également les crimes nationaux. Enfin, nous voulons la mise en place d'une véritable stratégie de lutte contre le trafic d'armes, avec un contrôle aux frontières, au travers d'une réforme du code Schengen de manière à ce que l'on puisse interroger le SIS - système d'information Schengen - pour ceux qui traversent les frontières extérieures de l'Union européenne, notamment en Grèce. Monsieur le Député, je veux vous apporter quelques éléments précis de réponse à la question que vous venez de poser. S'agissant tout d'abord du bilan de la mise en œuvre de l'état d'urgence, je répète que la mobilisation de l'ensemble des forces de sécurité, notamment des préfets qui déterminent les objectifs des perquisitions, a permis de mener 1.233 perquisitions, qui ont entraîné plus de 160 interpellations et près de 120 gardes à vue. Par ailleurs, 230 armes ont été récupérées, dont la moitié sont des armes longues et des armes de guerre. À l'heure actuelle, des opérations sont encore en cours. Je tiens à préciser devant la représentation nationale que les mesures prises dans le cadre de l'état d'urgence doivent être mises en œuvre dans le strict respect des principes de l'État de droit. Je n'accepterai aucun manquement à ces principes. J'ai rappelé aujourd'hui à l'ensemble des préfets, dans une circulaire, l'extrême rigueur qui doit s'attacher à la mise en œuvre des mesures prises dans le cadre de l'état d'urgence. En outre, les maires doivent être mobilisés. C'est la raison pour laquelle le président de la République, le Premier ministre et moi-même avons adressé mardi dernier aux préfets un message extrêmement clair, leur demandant d'assurer l'information en continu des maires. Avant la fin de la semaine dernière, l'ensemble des maires de France ont été réunis par les préfets, qui leur ont expliqué les conditions dans lesquelles nous mettons en place l'état d'urgence, ainsi que les modalités d'association des maires aux mesures de sécurité et de lutte contre le terrorisme. Cette association doit se faire dans trois domaines. Premièrement : l'articulation entre les polices municipales et la police nationale. Je l'ai dit la semaine dernière en répondant à une question de M. Estrosi : il faut que nos forces de sécurité travaillent ensemble. Deuxièmement : la lutte contre la radicalisation. Dans ce domaine, les maires sont mobilisés, depuis la circulaire que la garde des sceaux et moi-même avons prise à la fin du mois d'avril 2014. Troisièmement, les maires sont mobilisés dans la relation des pouvoirs publics avec la population, dans un objectif d'unité nationale. Le dialogue avec les cultes et avec l'ensemble des forces de notre pays doit permettre de renforcer notre unité pour lutter efficacement contre le terrorisme. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/209.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/209.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..13ea93d26b063fbc72d2ea4696e08d05c48b4b41 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/209.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président Jacob, au fond, à travers votre question, vous avez rappelé que nous nous battons sur plusieurs fronts, même si l'ennemi est partout le même, Daech que nous voulons détruire parce que nous sommes dans une guerre, ainsi que nous l'avons rappelé les uns et les autres. Tout d'abord, sur le front intérieur, la mobilisation de nos forces de l'ordre et les moyens que vous nous avez donnés en prorogeant l'état d'urgence prévu par la loi de 1955, que nous avons complétée, permettent des perquisitions nombreuses - avec des résultats sur lesquels, je n'en doute pas, le ministre de l'intérieur reviendra, des assignations à résidence - plusieurs dizaines d'individus ont été assignés à résidence - , la dissolution si c'est nécessaire, et ce le sera, de groupements ou groupements de fait liés à l'islamisme radical et au salafisme. Et puis, il y a la mobilisation du peuple français dans un moment de recueillement : comme vous le savez, un hommage national sera rendu vendredi aux victimes et à leurs proches, auquel le Parlement sera associé. Ce sera un moment fort pour les Français, car c'est aussi la réponse que nous devons aux Français. Il y a ensuite la mobilisation sur le plan européen : Bernard Cazeneuve reviendra dans un instant sur les positions concernant le PNR, qui est indispensable. J'ai déjà eu l'occasion de dire ici même qu'il appartient au Parlement européen et à tous les groupes de prendre pleinement leurs responsabilités : chacun doit le faire, et je parle de ma propre famille politique car c'est là un combat que nous menons depuis trois ans. Chacun doit prendre ses responsabilités. Ce PNR doit être effectif et fonctionner vraiment : c'est ce que nous avons obtenu avec Bernard Cazeneuve lors du Conseil « Justice et affaires intérieures ». Il y a également les contrôles aux frontières, comme ceux que nous effectuons, des deux côtés, et évidemment la lutte contre le trafic d'armes, qui est pour nous une priorité. Derrière cela, parce que nous devons aux Français vérité et transparence sur ce point aussi, l'Europe est face à son destin. Confrontée à la crise des réfugiés et à la menace terroriste, l'Union européenne doit pleinement prendre ses responsabilités. Nous, en tout cas, nous avons déjà pris nos responsabilités, et nous n'hésiterons pas à prendre nos responsabilités. Tous les pays, et nous le voyons bien aujourd'hui avec la Belgique, doivent faire en sorte de protéger les frontières de l'Union européenne, sinon il n'y aura pas d'autre choix que de protéger pleinement nos propres frontières, comme nous sommes en train de le faire. Il faudra poursuivre ce travail parce que nous devons la sécurité aux Français. Et puis, évidemment, il y a un troisième front. Jean-Yves Le Drian qui, avec Laurent Fabius, accompagne aujourd'hui le président de la République à Washington pour cet entretien avec le président Obama, l'a dit avec d'autres mots, très justes : nous combattons une hydre à deux têtes. En France, il est nécessaire de renforcer la lutte contre la radicalisation, contre l'islamisme né dans notre sein, et il faut le faire également à l'extérieur. C'est le sens tant des initiatives diplomatiques que, bien sûr, des frappes menées depuis plusieurs semaines - nous y reviendrons demain - et visant des cibles bien particulières, bien précises, de cette organisation, Daech - l'État islamique : des QG, des centres d'entraînement, des raffineries, des camions qui acheminent le pétrole, bref, ce qui fait la force financière de cette organisation. C'est la volonté de créer une coordination, sinon une coalition, pour lutter contre Daech. Pour conclure, car je ne veux pas être trop long, le débat de demain sera l'occasion de rappeler que les attentats du 13 novembre à Paris ont profondément modifié la donne. Nous n'avons pas changé de position : notre ennemi, c'est Daech. Nous constatons qu'au lendemain de ces attentats, la Russie, touchée par un attentat particulièrement grave - l'explosion, la destruction d'un avion de l'une de ses compagnies - a reconnu que c'était un attentat. Nous constatons, depuis le vendredi 13, que les informations entre les États-Unis d'Amérique et la France sont d'une autre nature. Nous allons poursuivre : tel est le sens des initiatives du président de la République, qui se trouve aujourd'hui à Washington, qui rencontre demain la chancelière Merkel et jeudi le président du conseil italien Matteo Renzi, avant de se rendre jeudi soir à Moscou pour une rencontre importante avec le président Poutine. Il aura également l'occasion d'aller au sommet du Commonwealth vendredi, après avoir rencontré le Premier ministre Cameron hier. Enfin, la COP21, le rendez-vous sur le climat, sera également l'occasion de nombreuses rencontres. C'est toute la communauté internationale qui doit se rassembler, en levant toutes les ambiguïtés car nous, nous ne sommes pas ambigus. Nous avons un adversaire : c'est Daech, et tous les pays, notamment ceux de la région, doivent dire, ainsi que tous ceux qui sont concernés par ce conflit, que leur adversaire, c'est Daech. Ne doutez pas un seul instant que le président de la République a la volonté de faire en sorte que demain, grâce à cette coalition, grâce à cette action, grâce à la clarification des positions de chacun, cet ennemi - l'organisation terroriste Daech - sera annihilé. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/210.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/210.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..620cbd2ae8da7df3bffdcdf017d81358b5dd5a37 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/210.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Député, je me réjouis que vous vous soyez rendu dans un établissement pénitentiaire et j'invite une fois de plus, comme je le fais depuis deux ans, tous les parlementaires à s'y rendre. Vous savez bien entendu que la radicalisation violente n'est malheureusement pas confinée dans nos prisons, et cela montre bien la complexité de la situation à laquelle nous sommes confrontés. Néanmoins, nous prenons très au sérieux la radicalisation survenue dans nos prisons en appliquant un régime d'isolement infligé aux détenus les plus radicalisés. Cet isolement est complété par des contrôles fréquents et des transfèrements d'un établissement à un autre aussi souvent que nécessaire. S'agissant du régime de surveillance des détenus radicalisés ou en cours de radicalisation, nous avons conforté très substantiellement le renseignement pénitentiaire : il était composé de 70 agents, il en compte aujourd'hui 159 et à l'année prochaine 185. Une quarantaine d'officiers de renseignement ont été déployés dans les établissements pénitentiaires. Concernant les brouilleurs, nous en avons 628 en service dans quatre-vingt-quinze établissements. Mais ces brouilleurs créent des contraintes très lourdes liées à l'architecture de l'établissement - qui peut perturber l'émission des signaux - et à la technologie, qui évolue très vite. Ils soulèvent aussi une problématique de santé sur les personnels, sur les détenus et sur le voisinage selon leur puissance d'émission. Néanmoins, nous avons conduit cette année une expérimentation sur des brouilleurs de dernière génération, de très haute technologie, et ils seront déployés dès janvier 2016. Nous disposons aussi de détecteurs de téléphones portables : il y en a 289 et il y en aura 346 d'ici à la fin de l'année, ce qui couvrira 80% des établissements pénitentiaires. Par ailleurs, 140 agents ont été recrutés spécifiquement pour effectuer des fouilles sectorielles, celles-ci étant plus légères et pouvant ainsi être plus fréquentes. Voilà, Monsieur le Député, l'essentiel des dispositions techniques mises en place. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/211.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/211.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a253214c20e9c02ff84cccf2ff1faf4ac528b29c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/211.txt @@ -0,0 +1 @@ +En ce lieu, en ce moment, à vos côtés, un mot me vient immédiatement à l'esprit. Un mot qui résume ce qui nous unit. Un mot qui résume ce qui a été atteint au soir du 13 novembre. Un mot pour lequel il vaut la peine de se battre. Ce mot, c'est celui d'humanisme. Oui, au sein de cette université, aux côtés du président du conseil italien, en votre compagnie à toutes et à tous, voici, je crois, un mot qui fait sens et qui nous rassemble : l'humanisme. Pourquoi ? Parce qu'il est né justement de la confiance en l'homme, de la promotion et de la diffusion des savoirs. Et je n'ignore pas le rôle joué par l'Italie, et, en particulier, cher Matteo Renzi, de Florence dans cette naissance. Oui, l'Italie fut, pour la France de cette époque, à la fois une source d'inspiration, et en même temps, une rivale. Mais ce fut une rivalité généreuse, qui a pour nom émulation, et qui voit la Brigade menée par Du Bellay, qui deviendra ensuite la Pléiade, suivre le chemin tracé par Dante et Pétrarque. C'est un combat pour davantage d'humanité. Pour comprendre la richesse et la complexité de l'être humain. Humain. Oui. Humain, comme le fait d'apprécier un concert. D'apprécier d'être en terrasse avec des amis. D'apprécier tout simplement de prendre un peu de temps, un vendredi soir, parce que la semaine n'est pas encore complètement achevée mais qu'il flotte déjà dans l'air un parfum de week-end. Humains, comme l'étaient toutes ces victimes d'une violence aveugle, et je tiens à saluer ici les étudiants et les enseignants-chercheurs qui ont payé, ce soir-là, un lourd tribut. Ils étaient français, roumains, portugais. Italiens aussi. Des victimes de 19 nationalités qui, par leur diversité même, nous disent ce qu'est l'humanisme. Cette idée merveilleuse d'une République des lettres, et d'une communauté forgée autour d'un amour du savoir, de la connaissance, et de la culture. Et parce que l'université, dans son nom même, convoque l'universel, elle est, profondément, un lieu qui nous unit. Cette union, nous la retrouvons dans une salle de concert, sur des terrasses : dans ces endroits où il fait bon vivre ensemble, mais aussi réfléchir ensemble. En effet, les terrasses ne sont pas uniquement des lieux de détente. Ce sont aussi, à bien des égards, des lieux d'échange, et même, de savoir. Les enseignants-chercheurs, les chercheurs et les étudiants le ressentent avec une acuité particulière : le savoir n'est pas un métier qui s'exercerait à heures fixes. C'est une vocation propre à chacune et à chacun d'entre nous. C'est pour cela que le savoir unit bien au-delà des lieux qui lui sont spécifiquement dédiés : les universités, les écoles, les laboratoires. Oui, le savoir s'élabore, se discute, se renouvelle aussi sur des terrasses. Ce n'est donc pas un hasard si les portes de la Sorbonne ouvrent sur une place, où les bars et les brasseries sont nombreux. Oui, étudiants et enseignants-chercheurs savent qu'autour d'un café, leurs recherches avancent parfois davantage que dans la solitude de leur bureau. Combien d'articles nés de la remarque d'un confrère adossé au bar par un soir de printemps ? Combien de plans de thèse enfin achevé grâce à une discussion avec un condisciple qui s'est terminée au cœur de la nuit, au milieu des tables et des chaises rangées, sous l'oeil à la fois compréhensif et fatigué du serveur ? Voilà ce qu'est aussi l'humanisme : cette conviction que le savoir, l'art et la culture se vivent quotidiennement, et que l'on ne s'arrête jamais, au fond, de s'y consacrer. Alors, si nous sommes, depuis ce 13 novembre, bouleversés, atteints et émus, ne laissons pas ce déluge de haine et de violence obscurcir nos esprits. Au contraire, au cœur des événements douloureux que nous vivons, l'exigence, la rigueur et la lucidité sont d'autant plus nécessaires que nous sommes profondément choqués. Soyons fermes. Fermes sur nos principes. Fermes sur nos convictions. Fermes sur nos valeurs. Cette fermeté n'est ni l'insensibilité ni la froideur. Nous la puisons dans le sanglot qui monte en chacune et en chacun d'entre nous. Du dégoût et de la révolte, nous tirons notre force. Oui, notre colère est grande devant ces actes. Mais cette colère ne nous conduira pas à transiger sur les valeurs qui sont les nôtres, et sur cet humanisme qui nous unit. Elle ne nous aveuglera pas. Elle nous conduit au contraire à relever les défis qui sont les nôtres, en affrontant cette vérité dérangeante : le vendredi 13 novembre au soir, ce sont des humains qui ont tué d'autres humains. Ce sont des jeunes qui ont assassiné d'autres jeunes. Le défi qui nous attend aujourd'hui est donc militaire et sécuritaire, mais c'est aussi un défi de la pensée. Nous avons la charge des esprits. Nous avons le devoir de donner à nos élèves, à nos étudiants, les connaissances, les savoirs et les compétences nécessaires pour élaborer du sens. C'est en donnant du sens que nous vaincrons, parce que le terrorisme et la radicalisation s'enracinent dans l'absence de sens. Si la radicalisation peut s'opérer si rapidement par internet, il nous appartient de puiser dans les savoirs et les humanités les moyens de briser cette fascination morbide. Il nous appartient de donner à nos élèves et à nos étudiants la culture nécessaire pour déchiffrer ces images, comprendre les techniques de montage et de manipulation qui font leur force. Il nous appartient de puiser dans les pratiques des historiens, notamment l'identification des sources et l'analyse des documents, pour permettre aux élèves de ne pas succomber aux théories du complot. Ainsi, devant un phénomène aussi complexe que la radicalisation, l'Ecole n'a pas de remède miracle. Mais elle peut y opposer la rigueur, le savoir, la réflexion et l'esprit critique. A la propagande, elle oppose l'humanisme et nos valeurs républicaines. Et ces valeurs, il ne s'agit pas simplement de les enseigner. Il faut les vivre, les incarner, et nous montrer à leur hauteur. La devise républicaine, liberté, égalité, fraternité, doit nous appeler à agir. C'est cela une devise : l'horizon de notre action présente. Et une devise dépérit dès que l'on oublie à quel point elle s'énonce à l'impératif. Comment dire liberté quand les territoires les plus en difficultés soumettent les élèves, leurs enseignants et l'ensemble de la communauté éducative à des contraintes et des pesanteurs qui les empêchent d'exercer dans des conditions normales ? Comment dire égalité à un enfant qui avant même d'avoir franchi le seuil de l'école est condamné, par le poids des inégalités économiques et sociales, à échouer ? Comment dire fraternité si nous laissons chaque année 100 000 élèves sortir de l'école sans diplômes, et si nous estimons qu'une fois hors des établissements ils ne sont plus de notre responsabilité ? Voilà pourquoi l'Ecole et l'Enseignement Supérieur peuvent agir : parce qu'ils peuvent donner à ces trois mots, un contenu véritable. Du sens. En libérant, par le biais des bourses, les étudiants, pour leur assurer des conditions de vie et d'étude décentes. En donnant aux élèves les moyens d'élaborer une orientation qui leur offre ce qui est si nécessaire à chacune et à chacun d'entre nous : un avenir. En diversifiant le recrutement de l'enseignement supérieur et en instaurant une véritable mixité économique et sociale, pour que la fraternité ne soit pas celle, illusoire, de l'entre soi, mais celle, réelle, de l'ouverture. En luttant contre le décrochage, qui est souvent une première rupture, qui en entraîne bien d'autres : avec la famille, les amis, et, en définitive, avec notre société et notre pays. En donnant plus à ceux qui ont moins, pour que l'on cesse de considérer les inégalités économiques et sociales comme des fatalités contre lesquelles tout combat serait vain. En agissant ainsi, pour la liberté, l'égalité et la fraternité, montrons que notre pays ne se contente pas d'une devise ambitieuse, mais qu'il fait le choix d'une ambition véritable : celle de mettre en pratique ses valeurs. En nous appuyant sur les recherches, les études et les réflexions de nos chercheurs, apportons à cette crise une solution pérenne. L'humanisme n'est pas la nostalgie des siècles d'antan. C'est aussi une réponse à la situation présente. Nos valeurs ne sont pas que des mots. Ce sont aussi des actes. Notre force, dans les moments de douleur et de recueillement qui nous rassemblent, nous la puisons dans ce qui nous unit. Nous sommes humains. Nous sommes humanistes. Et notre plus grand défi, à travers ces épreuves, sera de le rester. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/212.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/212.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9a647bf35f1b3764c9e3935bb363ab15d4a79c56 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/212.txt @@ -0,0 +1 @@ +Coopération internationale - Daech - Syrie Monsieur le Sénateur, toutes les questions sont légitimes, qu'elles soient posées par les observateurs et commentateurs, par la représentation nationale ou, surtout, par les familles des victimes. Tous les Français, ces familles les premières, nous interrogent chaque fois que survient un événement de ce type. Ce n'est pas, malheureusement, la première fois. Comme beaucoup d'entre vous, sans doute, j'ai assisté à des obsèques, ce matin, en compagnie de parlementaires de Paris ; le fils d'amis avait été tué sur la terrasse d'un café parisien. L'émotion, la dignité, l'incompréhension et la colère y dominaient ; tels sont les sentiments de nos compatriotes. Aujourd'hui - je vous réponds le plus franchement possible, Monsieur le Sénateur -, l'action du gouvernement est tournée résolument vers un seul but : en finir avec Daech. Cela doit se faire, tout d'abord, en Syrie et en Irak ; le Parlement en discutait hier et Laurent Fabius a présenté ici même la position du gouvernement. Je veux d'ailleurs saluer le vote plus que large du Sénat comme de l'Assemblée nationale en faveur de la poursuite de notre intervention en Syrie, car il représente un signe important. Le deuxième volet de notre action est la traque des terroristes, en France, mais aussi par une coopération très étroite avec les autres pays européens, notamment la Belgique. Nous avons la volonté très forte de développer encore davantage cette coopération tant policière que dans le domaine du renseignement. Bernard Cazeneuve a pu rendre compte ici même, la semaine dernière, des avancées qui doivent encore être concrétisées par le Conseil Justice et affaires intérieures dans plusieurs domaines : le PNR, le contrôle aux frontières et la lutte acharnée contre le trafic d'armes. Je veux en outre saluer l'ensemble des initiatives du président de la République, qui rencontre ce soir le président Poutine à Moscou. Ces initiatives ont pour objectif non seulement de créer cette coalition internationale, mais aussi d'accroître les moyens de lutte contre le terrorisme. Par ailleurs, en ces moments, vous n'entendrez de ma part aucune parole qui puisse mettre en cause l'action des forces de l'ordre - police comme gendarmerie -, qui se sont comportées d'une manière tout à fait extraordinaire au Bataclan ou, voici quelques jours, à Saint-Denis. Je ne mettrai pas en cause non plus les services de renseignement, qui sont engagés - les Français le savent - dans une tâche extrêmement difficile. En effet, nous faisons face depuis des mois à près de 1.800 individus déterminés à nous faire la guerre. Et je ne compte que les Français ou les résidents en France, et non ceux qui frappent ailleurs en Europe ou en Afrique du Nord. Ce phénomène est inédit : nous devons combattre une hydre à deux têtes, qui sévit tant à l'extérieur - en Syrie et en Irak, mais aussi en Libye, ne l'oublions pas - que sur notre territoire. Ces individus sont déterminés et n'ont aucun sens de la vie : ils veulent frapper les Français, notre jeunesse, notre art de vivre et notre culture. Ils nous font la guerre. C'est pourquoi nous la leur faisons. Toutes les questions qui ont été posées, parmi lesquelles les vôtres, Monsieur le Sénateur, trouveront sans nul doute une réponse dans le travail que le Parlement sera amené à faire ; c'est à lui d'en décider. Par ailleurs, M. François Molins, procureur de la République de Paris, rend régulièrement compte des avancées de l'enquête. Dès lors, avant de parler de failles ou d'erreurs, attendons de connaître tous les éléments. Je vous ai trouvé bien trop catégorique, Monsieur le Sénateur. Aujourd'hui - je vous le dis clairement -, la tâche du gouvernement et de l'État est de rendre coup pour coup, de répondre à l'attaque que nous avons connue, d'écraser Daech et de mettre hors d'état de nuire les terroristes. Pour autant, je n'ai cessé de dire depuis le mois de janvier que nous courions un risque, et la vérité oblige à dire aux Français que ce risque est durable. En effet, quand on mène une guerre, il faut s'attendre à ce que l'ennemi cherche de nouveau à nous atteindre. Je vous adresse donc, Mesdames, Messieurs les Sénateurs, un appel au rassemblement, à la vigilance, au sérieux, au sang-froid et à la dignité. Au-delà, je l'adresse aux Français, qui doivent pouvoir compter non seulement sur la détermination du gouvernement, mais aussi sur l'engagement de la représentation nationale dans ce qui est une guerre. Cette guerre, ensemble, nous la gagnerons ! Monsieur le Sénateur, vous avez eu ce débat hier, et je ne doute pas que nous le poursuivrons. M. le président de la République aura bien sûr l'occasion d'en rendre compte et d'établir un bilan, dont nous espérons tous qu'il sera positif, après ses nombreuses initiatives. Je veux insister ce qu'a rappelé M. le ministre des affaires étrangères ici même ou moi-même à l'Assemblée nationale à l'occasion de ce débat important. La donne a changé, malheureusement, le 13 novembre dernier, avec les attentats de Paris, et depuis la constatation par les Russes, au lendemain des attentats qui nous ont frappés, que l'explosion d'un avion d'une compagnie russe au-dessus du Sinaï était bien due à un attentat, d'ailleurs revendiqué par Daech. Nous avons toujours adopté une attitude très solidaire, mais en matière de coopération et d'échange d'informations, nous sommes enfin allés plus loin avec les Américains pour nos frappes en Syrie comme en Irak. Les choses ont changé pour ce qui concerne les Russes, mais laissons le président de la République et Vladimir Poutine en parler ce soir à Moscou, puisqu'une résolution voulue par la France a été votée à l'unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies. Il faut maintenant des actes. L'objectif du président de la République est, comme auparavant, de détruire Daech. La France n'a jamais frappé le régime syrien au cours de ces deux dernières années, particulièrement au cours de ces derniers mois. Nous n'avons fait que frapper Daech depuis un an dans le cadre d'une coalition engagée en Irak, et depuis quelques semaines en Syrie, où nous avons intensifié ces frappes ces derniers jours. Il faut réunir une coalition sans exclusive, sans réanimer les fractures, déjà bien vivantes, entre chiites et sunnites, car c'est l'une des clefs de compréhension du problème. Il serait extrêmement dommageable que de nous appuyer uniquement sur un axe chiite ou sur un axe Moscou-Bagdad-Téhéran. Ce n'est pas du tout ce que vous proposez, mais ce serait une erreur fondamentale pour la suite. Quant à l'idée, que vous n'avez pas évoquée, de combattre au sol ou de s'allier par exemple au Hezbollah, elle mérite, me semble-t-il, une certaine réflexion... Il faut que tout le monde clarifie ses objectifs, et sur ce point vous avez parfaitement raison. C'est pourquoi dans cette coalition, comme c'est le cas en Irak, où les Russes ne sont pas présents, nous obtenons des résultats, même si c'est très difficile et que cela le restera. Des frappes ont lieu et des troupes agissent au sol - les troupes irakiennes, les milices chiites et les valeureux combattants kurdes, qui ont repris certaines villes, coupant ainsi des axes stratégiques entre Mossoul et Raqqa. Il faut continuer et agir de même en Syrie. Si nous voulons être efficaces, il faut en effet, de la part de l'opposition modérée, des Kurdes, de tous ceux qui s'engageront, mais sans que nous reproduisions les mêmes erreurs qu'en Libye ou en Irak, éviter toute ambiguïté. Autrement dit, tous les pays, y compris la Turquie, doivent dire bien que l'objectif, c'est Daech. La condition sine qua non, pour réussir cette guerre, est de sortir des ambiguïtés, d'entrer dans une coalition, dans une coordination, avec ce seul objectif : détruire Daech ! Monsieur le Sénateur, vous avez eu ce débat hier, et je ne doute pas que nous le poursuivrons. M. le président de la République aura bien sûr l'occasion d'en rendre compte et d'établir un bilan, dont nous espérons tous qu'il sera positif, après ses nombreuses initiatives. Je veux insister ce qu'a rappelé M. le ministre des affaires étrangères ici même ou moi-même à l'Assemblée nationale à l'occasion de ce débat important. La donne a changé, malheureusement, le 13 novembre dernier, avec les attentats de Paris, et depuis la constatation par les Russes, au lendemain des attentats qui nous ont frappés, que l'explosion d'un avion d'une compagnie russe au-dessus du Sinaï était bien due à un attentat, d'ailleurs revendiqué par Daech. Nous avons toujours adopté une attitude très solidaire, mais en matière de coopération et d'échange d'informations, nous sommes enfin allés plus loin avec les Américains pour nos frappes en Syrie comme en Irak. Les choses ont changé pour ce qui concerne les Russes, mais laissons le président de la République et Vladimir Poutine en parler ce soir à Moscou, puisqu'une résolution voulue par la France a été votée à l'unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies. Il faut maintenant des actes. L'objectif du président de la République est, comme auparavant, de détruire Daech. La France n'a jamais frappé le régime syrien au cours de ces deux dernières années, particulièrement au cours de ces derniers mois. Nous n'avons fait que frapper Daech depuis un an dans le cadre d'une coalition engagée en Irak, et depuis quelques semaines en Syrie, où nous avons intensifié ces frappes ces derniers jours. Il faut réunir une coalition sans exclusive, sans réanimer les fractures, déjà bien vivantes, entre chiites et sunnites, car c'est l'une des clefs de compréhension du problème. Il serait extrêmement dommageable que de nous appuyer uniquement sur un axe chiite ou sur un axe Moscou-Bagdad-Téhéran. Ce n'est pas du tout ce que vous proposez, mais ce serait une erreur fondamentale pour la suite. Quant à l'idée, que vous n'avez pas évoquée, de combattre au sol ou de s'allier par exemple au Hezbollah, elle mérite, me semble-t-il, une certaine réflexion... Il faut que tout le monde clarifie ses objectifs, et sur ce point vous avez parfaitement raison. C'est pourquoi dans cette coalition, comme c'est le cas en Irak, où les Russes ne sont pas présents, nous obtenons des résultats, même si c'est très difficile et que cela le restera. Des frappes ont lieu et des troupes agissent au sol - les troupes irakiennes, les milices chiites et les valeureux combattants Kurdes, qui ont repris certaines villes, coupant ainsi des axes stratégiques entre Mossoul et Raqqa. Il faut continuer et agir de même en Syrie. Si nous voulons être efficaces, il faut en effet, de la part de l'opposition modérée, des Kurdes, de tous ceux qui s'engageront, mais sans que nous reproduisions les mêmes erreurs qu'en Libye ou en Irak, éviter toute ambiguïté. Autrement dit, tous les pays, y compris la Turquie, doivent dire bien que l'objectif, c'est Daech. La condition sine qua non, pour réussir cette guerre, est de sortir des ambiguïtés, d'entrer dans une coalition, dans une coordination, avec ce seul objectif : détruire Daech ! Monsieur le Sénateur, vous avez eu ce débat hier, et je ne doute pas que nous le poursuivrons. M. le président de la République aura bien sûr l'occasion d'en rendre compte et d'établir un bilan, dont nous espérons tous qu'il sera positif, après ses nombreuses initiatives. Je veux insister ce qu'a rappelé M. le ministre des affaires étrangères ici même ou moi-même à l'Assemblée nationale à l'occasion de ce débat important. La donne a changé, malheureusement, le 13 novembre dernier, avec les attentats de Paris, et depuis la constatation par les Russes, au lendemain des attentats qui nous ont frappés, que l'explosion d'un avion d'une compagnie russe au-dessus du Sinaï était bien due à un attentat, d'ailleurs revendiqué par Daech. Nous avons toujours adopté une attitude très solidaire, mais en matière de coopération et d'échange d'informations, nous sommes enfin allés plus loin avec les Américains pour nos frappes en Syrie comme en Irak. Les choses ont changé pour ce qui concerne les Russes, mais laissons le président de la République et Vladimir Poutine en parler ce soir à Moscou, puisqu'une résolution voulue par la France a été votée à l'unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies. Il faut maintenant des actes. L'objectif du président de la République est, comme auparavant, de détruire Daech. La France n'a jamais frappé le régime syrien au cours de ces deux dernières années, particulièrement au cours de ces derniers mois. Nous n'avons fait que frapper Daech depuis un an dans le cadre d'une coalition engagée en Irak, et depuis quelques semaines en Syrie, où nous avons intensifié ces frappes ces derniers jours. Il faut réunir une coalition sans exclusive, sans réanimer les fractures, déjà bien vivantes, entre chiites et sunnites, car c'est l'une des clefs de compréhension du problème. Il serait extrêmement dommageable que de nous appuyer uniquement sur un axe chiite ou sur un axe Moscou-Bagdad-Téhéran. Ce n'est pas du tout ce que vous proposez, mais ce serait une erreur fondamentale pour la suite. Quant à l'idée, que vous n'avez pas évoquée, de combattre au sol ou de s'allier par exemple au Hezbollah, elle mérite, me semble-t-il, une certaine réflexion... Il faut que tout le monde clarifie ses objectifs, et sur ce point vous avez parfaitement raison. C'est pourquoi dans cette coalition, comme c'est le cas en Irak, où les Russes ne sont pas présents, nous obtenons des résultats, même si c'est très difficile et que cela le restera. Des frappes ont lieu et des troupes agissent au sol - les troupes irakiennes, les milices chiites et les valeureux combattants Kurdes, qui ont repris certaines villes, coupant ainsi des axes stratégiques entre Mossoul et Raqqa. Il faut continuer et agir de même en Syrie. Si nous voulons être efficaces, il faut en effet, de la part de l'opposition modérée, des Kurdes, de tous ceux qui s'engageront, mais sans que nous reproduisions les mêmes erreurs qu'en Libye ou en Irak, éviter toute ambiguïté. Autrement dit, tous les pays, y compris la Turquie, doivent dire bien que l'objectif, c'est Daech. La condition sine qua non, pour réussir cette guerre, est de sortir des ambiguïtés, d'entrer dans une coalition, dans une coordination, avec ce seul objectif : détruire Daech ! Lutte contre la radicalisation Vous tenez des propos parfaitement justes, lorsque vous évoquez, de manière générale, la nécessité de faire de l'éducation une priorité, de s'engager en faveur de la formation, de donner un avenir à la jeunesse au travers de l'école, de l'accès à l'emploi, de la culture, des loisirs. En un mot, de donner du sens, tout simplement, à la notion d'engagement ! Il existe une demande très forte d'engagement de la part de la jeunesse, cette jeunesse qui, précisément - c'est probablement ce qui motive votre question -, a été visée par les terroristes. Ces derniers s'en sont pris à son mode de vie, à son envie de s'amuser, de partager un spectacle ou un moment de convivialité, à son souhait de pouvoir vivre librement. Le terrorisme s'attaque à la France parce que nous sommes un peuple libre et que la jeunesse française veut vivre dans la liberté, et avec exigence ! Pour vous répondre le plus franchement possible, oui, Monsieur le Sénateur, bien sûr, il ne faut faire aucun amalgame. Toutefois, j'ai dans la tête les mots d'un jeune garçon, que j'ai rencontré deux jours après les attentats. Il avait reçu une balle dans le bras et avait vu son ami mourir sur la terrasse du restaurant où ils se trouvaient. Il m'a dit : « Arrêtez avec les discours sur les amalgames. Nous, nous n'en faisons pas ! » Pour ma part, je réitère les propos que j'ai tenus, hier, à l'Assemblée nationale : nous avons des priorités à traiter pour le bien de notre jeunesse, vous avez raison de le souligner, mais ce n'est parce qu'il y aurait des difficultés dans nos quartiers populaires et que notre jeunesse n'aurait pas d'avenir - ce n'est évidemment pas ce que vous avez dit - que l'on pourrait trouver la moindre excuse ou justification aux événements survenus. Ou alors, cela signifierait qu'un jeune en difficulté, ayant connu l'échec scolaire, un jeune d'origine étrangère, de confession ou de culture musulmane, voire ayant été converti - il ne faut pas oublier le poids de l'islamisme et du salafisme dans les quartiers - se radicaliserait automatiquement, du fait de ces difficultés ? Non ! Il faut bien sûr mener une lutte implacable contre la radicalisation, mais, je vous le dis, Mesdames, Messieurs les Sénateurs, j'en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses et des explications culturelles ou sociologiques aux événements qui se sont produits ! Bien entendu, notre priorité doit aller à la jeunesse, et c'est la préoccupation du gouvernement. Toutefois, il ne faut rien excuser, et aucun d'entre nous, ici, ne fait le moindre amalgame ! Dans le même temps, nous estimons qu'il appartient à l'islam de France de se lever et d'affirmer que l'islamisme et le salafisme doivent être combattus, par les armes, bien sûr dans le cadre de l'État de droit, mais également sur les plans théologique, idéologique et culturel. Donc, oui, Monsieur le Sénateur, priorité à la jeunesse, mais aussi, aujourd'hui, priorité à cette démarche qui vise à remettre, partout, la République debout ! Renseignement Le président de la République et moi-même avons effectivement pris des engagements forts, dans le sens de la poursuite du renforcement des effectifs et moyens matériels de l'ensemble des services participant à la sécurité dans notre pays, et pas seulement de la police et de la gendarmerie. La question des services de renseignement est évidemment cruciale dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Grâce au travail du Parlement, Assemblée nationale et Sénat, nous avions tiré les enseignements des événements de Toulouse et Montauban : la Direction générale de la sécurité intérieure a été créée et nous avons voulu remettre sur pied un véritable renseignement territorial. Il est effectivement essentiel, dans les moments que nous connaissons, de pouvoir capter les « signaux faibles » dans notre société. C'est le travail des services territoriaux de police et de gendarmerie. À la suite des attentats du mois de janvier dernier, nous avions déjà décidé de renforcer notre dispositif de lutte contre le terrorisme. D'importantes créations de postes ont été actées : quelque 2 680 entre 2015 et 2017, au bénéfice de nos forces de sécurité - 1.400 postes -, mais aussi de nos services de justice, de défense ou de douane. À cela s'est ajoutée une augmentation des moyens des renseignements, car les policiers ne suffisent pas à eux seuls. Il faut aussi des « hackers » et des spécialistes des nouvelles technologies de la communication, notamment des réseaux sociaux, qui peuvent faire face aux nouvelles formes prises par les attaques terroristes. Ces créations d'effectifs ont été accompagnées de moyens supplémentaires en investissement et en équipement, à hauteur, je veux le rappeler, de 425 millions d'euros de crédits. À la suite des attentats du 13 novembre, conformément aux décisions du président de la République, les services dont je viens de parler, à savoir la police, la gendarmerie, la justice et les douanes seront encore renforcés de 8 500 nouveaux postes en 2016 et 2017. Concernant le renforcement de nos forces de sécurité et de justice, le gouvernement a d'ores et déjà déposé ce matin deux amendements devant votre assemblée. Il en déposera un troisième pour les douanes d'ici à la fin de la semaine. Sans entrer dans le détail, nous réunirons tous les quinze jours à Matignon, vous le savez, les présidents des deux assemblées, les présidents des commissions concernées et les présidents des groupes pour donner des informations précises concernant la lutte contre le terrorisme sur le territoire national, ainsi que nos interventions extérieures. En outre, tous les quinze jours, en alternance avec cette réunion, le ministre de l'intérieur rencontrera les responsables des groupes qui suivent plus particulièrement les questions de sécurité. Il pourra donc répondre plus précisément à votre question. Et bien sûr, le Parlement exerce son contrôle sur la mise en oeuvre de l'état d'urgence. Sans entrer dans le détail, ces renforts iront bien sûr en priorité aux forces de sécurité intérieure - police, gendarmerie, sécurité civile -, qui bénéficieront de 5.000 créations de postes sur deux ans et de moyens nouveaux - ce point est tout à fait essentiel - en équipement et en investissement. La justice, je veux le souligner, bénéficiera de 2.500 postes, ce qui portera à plus de 6.100 le nombre de créations nettes d'emplois depuis 2012. La consolidation du pôle antiterroriste de Paris est pour nous une priorité, comme celle de l'administration pénitentiaire et la lutte contre la radicalisation en prison. Mesdames, Messieurs les Sénateurs, vous aurez donc à discuter ces trois amendements dans le cadre des débats sur le projet de loi de finances pour 2016. Je le redis, nous assurerons les moyens nécessaires et adaptés à nos services de renseignement et à nos forces armées. Le gouvernement devrait déposer deux amendements en ce sens d'ici à la fin de la semaine. Je sais, Monsieur le Sénateur, que, en tant que membre de la délégation parlementaire au renseignement que préside avec efficacité et discrétion M. Jean-Pierre Raffarin, vous serez particulièrement attentif à cette décision et à cet effort. Le gouvernement associera pleinement le Parlement, notamment la délégation, car nous savons que, sur ces questions, il faut faire front ensemble. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/213.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/213.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ccde3e37ef2b312140a1dab728360119175b1d9f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/213.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président de l'Institut du Monde arabe, Monsieur le Président du Conseil français du Culte Musulman, Messieurs les Présidents de Fédérations, Messieurs les recteurs, Messieurs les imams, Mesdames et Messieurs, Je tenais tout d'abord à vous remercier de m'avoir convié à cette rencontre inédite qui rassemble les principales fédérations, grandes mosquées et responsables de l'Islam de France. Les débats qui ont eu lieu cette après-midi ont su se situer à la hauteur des enjeux et de la gravité des moments que nous vivons. Qu'il me soit permis de saluer, à travers votre assemblée, l'ensemble des musulmans de France pour la condamnation unanime, sans une ombre, sans une hésitation, de la violence terroriste qui nous a frappée. Tous, responsables religieux, mosquées, fédérations, à l'unisson de la communauté nationale vous avez su trouver les mots pour dire notre horreur, pour dénoncer la barbarie qui a frappé notre pays. Le « Manifeste citoyen des musulmans de France » que vous avez adopté aujourd'hui exprime avec force la même condamnation sans appel et traduit un attachement sans faille à la République et à ses valeurs, qui répond, je le sais, aux conceptions et aux vœux de tous nos compatriotes de confession musulmane. C'est une déclaration d'amour à la République et à la France. Enfin, la tenue de cette rencontre et la proclamation de ce manifeste revêtent une portée particulière au sein de l'Institut du Monde arabe, cette institution qui, au cœur de Paris a pour mission de donner à voir tout ce que la civilisation arabo-musulmane a apporté à l'humanité. En effet, comme l'a déjà dit le Président de la République, « les meilleures armes pour lutter contre le fanatisme qui se réclame de l'islam, se trouvent dans l'islam lui-même ». La culture musulmane, dans ce qu'elle a de plus noble, compte au nombre de ces armes si nécessaires au combat que nous livrons contre l'idéologie de haine qui inspire les terroristes. Le défi que nous devons relever ensemble est aujourd'hui, comme vous le comprenez tous, d'une exceptionnelle gravité. Les attentats qui ont frappé notre pays ont atteint un nouveau degré dans l'abjection. Ils ont visé des innocents, au même titre que ceux qui avaient été perpétrés au mois de janvier. Mais l'ampleur du massacre est inédit, tout comme sa cible : des jeunes, de toutes origines et de toutes confession, qui incarnaient l'avenir de notre pays. Ils s'appelaient Elsa, Jean-Jacques, Véronique, ou encore Mohamed, Asta, Elif. Que nous croyons au ciel, ou que nous n'y croyons pas, les victimes du 13 novembre, auxquelles la Nation a rendu un hommage solennel vendredi dans la cour de l'hôtel des Invalides, sont bien vivantes dans tous nos cœurs. Comme l'a dit le Président de la République, ils étaient le visage de la France. Nous continuerons à porter leur deuil. Le pays est blessé, le pays a du chagrin et il est en colère. Il redoute que le crime se répète. Mais il ne cèdera pas aux penchants mauvais de la division que les terroristes voudraient provoquer par leurs crimes. Dans les temps qui s'ouvrent, nous avons besoin de fraternité et de concorde. Face à la haine, nous ne pouvons opposer que la fraternité. C'est ce sentiment qui m'habite en venant à votre rencontre aujourd'hui, comme c'est le cas à l'occasion de toutes les visites que je m'efforce de faire, dès que je le peux, dans les mosquées de France. L'heure est encore au recueillement, mais elle est également à l'action. Comme je l'ai déjà dit ces jours derniers, la menace est élevée et des attentats peuvent à nouveau viser notre pays, comme d'autres pays en Europe. Au-delà du contingent des 600 Français qui combattent dans les rangs de DAESH, plusieurs milliers de personnes font l'objet sur le territoire national de la vigilance de nos services de sécurité. Des réseaux de complicités existent sur notre territoire, il faut avoir la lucidité de le reconnaître. Cette situation appelait des mesures fortes, afin de combattre les terroristes et de prévenir de nouveaux attentats. Ces mesures, nous avions commencé à les prendre avant même les attentats du mois de janvier dernier. C'est la raison pour laquelle nous avons créé chaque année depuis 2012, des postes supplémentaires dans la police et dans la gendarmerie. Avant la fin 2017, près de 2 000 emplois nouveaux seront en outre venus renforcer nos services de renseignement. C'est également pourquoi le Gouvernement a fait adopter trois lois depuis 2012 pour renforcer nos moyens de lutte contre le terroriste. Par l'effet de ces lois, près de 200 interdictions de sortie du territoire ont été signifiées à des ressortissants français soupçonnés de vouloir rejoindre les organisations actives au Moyen-Orient. Près de 60 interdictions d'entrée et de séjour sur le territoire français ont été prononcées à l'encontre de ressortissants étrangers soupçonnés d'être liés à des activités terroristes. 87 sites Internet se livrant à l'apologie ou à la provocation au terrorisme ont fait l'objet d'un blocage administratif. Six personnes ont été déchues de leur nationalité française, et 45 ressortissants étrangers liés à la mouvance irako-syrienne ont été expulsés. Depuis le 13 novembre, dans le cadre de l'état d'urgence et à la demande du Président de la République, le gouvernement et le parlement ont adopté des mesures nouvelles, qu'il s'agisse du rétablissement du contrôle aux frontières ou de la mise en œuvre de perquisitions administratives ou d'assignations à résidence. Comme vous le savez, certaines de ces mesures ont visé des lieux de culte ou des personnes de confession musulmane. Deux mosquées ont déjà fait l'objet d'une mesure de fermeture administrative. Une vingtaine de mosquées ou des salles de prière ont également fait l'objet d'une perquisition. Certains ministres du culte ont fait l'objet d'assignations à résidence et des lieux de prières clandestins ont été fermés. Je vous dis solennellement que l'Etat continuera à poursuivre sans faiblesse ceux qui se serviraient de vos lieux de culte, parfois à l'insu des fidèles, pour menacer l'ordre républicain et la sécurité publique. C'est pourquoi j'ai également annoncé que nous dissoudrons des associations et groupements de fait qui représentent une menace pour la République. Certaines de ces associations gèrent des lieux de cultes et elles ne seront pas épargnées s'ils s'avèrent qu'elles menacent l'ordre public, appellent à la haine, ou tentent d'enrôler des jeunes dans les filières irako-syriennes. Naturellement, ces mesures seront mises en œuvre dans le strict respect de l'état de droit. L'état d'urgence ne justifie aucun abus, aucune approximation et les actions que nous menons sont soumises au contrôle du juge. J'ai ainsi donné des instructions très fermes aux préfets pour que les perquisitions soient conduites de façon appropriée et je veux qu'elles respectent le caractère sacré que revêt pour les fidèles un lieu de culte. Une autre forme d'intransigeance doit s'appliquer à l'égard de ceux qui, sans appeler ouvertement à la violence, tiennent des propos et exaltent des valeurs contraires à la République. Certains discours obscurantistes sont en effet clairement incompatibles avec les valeurs de la République, avec le respect de l'autre, avec la laïcité, comme avec le principe de l'égalité de l'homme et de la femme. Il est ainsi insupportable d'entendre certains prédicateurs soutenir que le fait, pour une femme, de se promener tête nue l'expose à des violences sexuelles. Or ce sont de tels propos, comme vous le savez, qui sont tenus dans certaines mosquées, heureusement très rares, et qui sont surtout diffusés de manière virale sur internet et les réseaux sociaux. Il n'est pas admissible que des jeunes Français, à l'âge où se forme le jugement, soient exposés à cette bêtise, à cette forme d'ignorance et d'aliénation, plutôt qu'au message d'émancipation de la République. Car la République, c'est la promesse faite à chacun de pouvoir accéder à la connaissance, grâce à l'école, de former son propre jugement, d'exercer librement sa raison, de s'élever au-dessus des préjugés, d'être le maître éclairé de sa propre conscience. Cette promesse laïque n'est nullement contradictoire avec la recherche d'une transcendance et elle reconnaît l'apport de toutes les religions à la civilisation humaine. Mais c'est par d'authentiques savants, qu'ils soient laïcs ou religieux, et non par des ignorants et des fanatiques, que notre jeunesse doit être guidée sur ce chemin du savoir qui est celui de la sagesse. Nous devons la protéger contre la prolifération de la bêtise, particulièrement lorsque celle-ci s'abrite derrière une théologie frelatée. Dans les circonstances que connaît le pays, chacun de nous doit donc prendre ses responsabilités. Je prendrai les miennes avec la plus grande fermeté, avec une détermination sans faille et en conformité avec les principes du droit qui fondent la République. Nous devons vouloir ensemble, musulmans de France et autorités publiques, que les prêcheurs de haine et les complices des terroristes, qui jettent l'opprobre sur votre religion, soient arrêtés et punis. Comme l'écrivait déjà Molière : « Il est de faux dévots, ainsi que de faux braves ». Nous devons débusquer ces prédicateurs funestes pour les empêcher de nuire. Je sais que vous avez également à cœur de lutter contre les dérives obscurantistes que j'évoquais et que c'est à ce titre que vous réfléchissez à un statut de l'imam, qui garantisse la qualité de sa formation théologique et profane aussi bien que son adhésion aux valeurs de la République. Je sais que c'est également votre souhait que d'empêcher les départs de jeunes Françaises et de jeunes Français radicalisés vers la Syrie et l'Irak, en considération du sort fatal qui les attend, du risque qu'ils feront courir à notre pays à leur retour. J'aurai sur ce terrain des propositions concrètes à vous faire. C'est tout l'Islam de France qui doit se mobiliser, et qui est mobilisé aujourd'hui, pour lutter contre ceux qui s'en prennent à notre pays et à ses valeurs, en invoquant une conception funeste de la religion. Je vois votre rassemblement de ce jour comme un moment fondateur de cette magnifique mobilisation. En effet, le projet criminel porté par DAECH a des résonances religieuses, faites d'un littéralisme extrémiste, d'une négation obstinée de la liberté de conscience, d'une vision totalitaire de la vie en société, d'une disqualification de tout musulman qui refuserait d'adhérer à ces visées. Il s'agit donc, pour reprendre les mots de l'un d'entre vous, d'une « prise d'otage » de l'islam, dont les premières cibles sont les musulmans eux-mêmes. Il s'agit d'un totalitarisme que nous devons éradiquer, par amour de la liberté, de la fraternité et de l'humanité. Par amour aussi de la vie, source d'espérance, parce que la fascination de la mort ne peut que semer partout le malheur et la désolation. Vous tous, responsables musulmans, imams, présidents de mosquées, savants de l'Islam êtes les plus légitimes à combattre ces idées mortifères. Vous devez parler pour rappeler que la tradition qui compte Avicennes, Averroes, Ibn Battuta, Ibn Khaldun, Ibn Nafis, Al Kindi, Omar Khayyam et tant d'autres humanistes, savants, et guides spirituels, ne peut pas être défigurée par des criminels. Vous réfléchissez aux moyens de combattre efficacement leur message perverti. Les réponses se trouvent dans la lettre et dans l'esprit de votre belle religion. Jacques Berque appelait en 1999 à « des Andalousies toujours recommencées, dont nous portons en nous à la fois les décombres amoncelés et l'inlassable espérance ». C'est votre responsabilité que de faire vivre et entendre aujourd'hui cet Islam de lumière pour dénoncer l'imposture spirituelle des terroristes et de ceux qui les appuient. Cela, personne ne peut le faire à votre place. Nos jeunes ont besoin en effet d'écouter d'autres voix que celles, funestes, d'un certain islam de rupture, trop présent sur internet. Ils ont besoin que des imams au fait des réalités de notre pays puissent prêcher et répondre à leurs attentes profondes. Vos enfants, nos enfants, doivent pouvoir apprendre ce qu'est l'islam dans vos mosquées de la bouche de professeurs compétents et exigeants. Et l'enseignement des sciences islamiques doit être confié à des théologiens d'un niveau académique incontestable. J'ai dit que l'Etat se montrerait impitoyable, avec votre concours, dans la lutte qu'il mène contre ceux qui se rendent complices du terrorisme ou en font l'apologie. Mais l'Etat sera tout aussi impitoyable à l'égard de ceux qui pourraient, dans le contexte d'inquiétude où se trouve notre pays, s'en prendre à nos compatriotes de confession musulmane. Je prends en effet très au sérieux la hausse du nombre d'actes anti-musulmans observés ces derniers jours, même si ceux-ci sont heureusement moins nombreux qu'au mois de janvier dernier : il y a eu 35 actes antimusulmans rapportés dans les dix jours qui ont suivi les attentats du 13 novembre, contre 116 dans les 10 jours qui ont suivi les attentats de janvier. En tout état de cause, il n'est pas tolérable que des jeunes femmes se fassent agresser dans la rue parce qu'elles portent un simple foulard, ni que des mosquées soient profanées. Je prendrai toutes les mesures pour que les auteurs de tels actes soient arrêtés et traduits en justice. D'ores et déjà, plus de 1000 mosquées font l'objet d'une protection par les services de sécurité et par les forces armées dans le cadre de l'opération « Sentinelle ». Et j'ai veillé à ce que des crédits soient prévus pour financer des équipements de sécurité dans les mosquées où cela serait nécessaire, comme dans les synagogues et les églises. Je prends également au sérieux, dans un autre ordre d'idées, les attaques irresponsables lancées par certaines personnalités politiques contre les musulmans de France pris dans leur masse. Nous savons que DAESH veut détruire la cohésion de notre société en instillant le poison de la haine, en dressant les Français les uns contre les autres. Certains semblent malheureusement apprécier ce poison au point qu'ils s'efforcent de le répandre, parce qu'ils espèrent peut-être en tirer un bénéfice politique immédiat. C'est pourquoi ils dénoncent en vous des coupables, des complices des terroristes, une « cinquième colonne » tapie au cœur de nos villes. Le bénéfice qu'ils escomptent en retirer les intéresse bien plus que la lutte que le pays doit mener contre le terrorisme. Que leur importe de faire ainsi le jeu de DAESH, de l'ennemi, en creusant parmi nous les fractures et en suscitant les haines ? Ces responsables politiques soutiennent ainsi que « les musulmans ne peuvent pas avoir exactement les mêmes droits que les chrétiens » dans notre pays. Ce sont les mêmes qui réclament la fermeture massive des mosquées, l'expulsion massive des ministres du culte musulman, comme si cela constituait une réponse adéquate à la menace terroriste et comme si cela était compatible avec notre état de droit. Ce sont les mêmes, du reste, qui ont voté contre toutes les lois que ce gouvernement a fait adopter pour lutter contre le terrorisme, comme ils s'efforcent de bloquer au Parlement européen l'adoption de mesures indispensables comme le PNR européen. Face au terrorisme, il n'y a en réalité que deux attitudes possibles. La première consiste à le combattre avec une extrême fermeté, comme je souhaite que nous le fassions ensemble, mais dans le respect des principes de la République ; dans le respect du droit et avec le souci de mobiliser tous les Français, quelles que soient leurs origines ou leurs croyances, dans ce combat qui nous engage tous. La seconde consiste à tirer prétexte de la menace terroriste pour renoncer peu à peu à la République, pour abdiquer notre liberté, pour créer des catégories différentes entre les Français, selon qu'ils professent une bonne ou une mauvaise religion, pour sortir de l'Europe et abandonner les principes énoncés par ses pères fondateurs, pour renoncer à faire entendre la voix et le message de la France dans le monde. Nous ne voulons pas de cette France affaiblie, isolée, déchirée, livrée à l'arbitraire. Ce n'est pas cela, la France que nous aimons, la France généreuse qui accueille tous ses enfants sans faire de distinction entre eux, qui leur assure l'exercice des libertés qu'elle a données au monde. Face au terrorisme, la République est notre force et c'est en lui demeurant fidèles absolument que nous détruirons, tous ensemble, le terrorisme. Le moment est venu donc de rassembler tous les Français autour des valeurs de la République, et en particulier de cette grande valeur qu'est la laïcité. Une laïcité qui permette à chacun de faire le choix de croire ou de ne pas croire et qui permette au croyant de pratiquer son culte de façon digne et paisible. C'est dans cet esprit que nous avions décidé de réunir la première instance de dialogue avec l'Islam de France, place Beauvau le 15 juin dernier. De nombreux chantier concernant l'exercice du culte avaient été lancés. D'autres nous attendent. Comme je m'y étais engagé au début de l'année, le nombre de diplômes universitaires de formation républicaine, qui s'adressent notamment aux cadres religieux de votre culte, aura doublé en un an. Ils sont accessibles dans la quasi-totalité des régions. Nous parachèverons la couverture du territoire en 2016 et un DU à distance sera créé. Le décret rendant ces DU obligatoires pour les aumôniers paraîtra au premier trimestre. A partir de 2016, je souhaite que tous les imams étrangers détachés en suivent les enseignements, avec une mise à niveau en langue française avant leur départ et à leur arrivée sur le territoire national. Les groupes de travail sur l'aïd et sur les édifices du culte se sont déjà réunis plusieurs fois et leurs travaux s'annoncent, de l'avis général de leurs participants extrêmement utiles. La mission de l'inspection générale de l'administration sur le funéraire et notamment les carrés confessionnels a débuté il y a un mois et devrait rendre ses conclusions en début d'année prochaine. S'agissant de la relance de la fondation pour les œuvres de l'Islam de France, j'ai décidé de nommer un haut fonctionnaire du ministère de l'intérieur, Christian PONCET, qui est présent aujourd'hui parmi nous, pour travailler sur la préfiguration de la nouvelle fondation. L'objectif doit être de mettre en place, dans les meilleurs délais, une institution qui recueille des financements privés dans la transparence pour soutenir les projets liés à l'exercice du culte construction de mosquées ou formation de cadres religieux -, mais aussi pour permettre la promotion de la culture musulmane. Nous devons ensemble aboutir. Enfin, il me semble qu'il ressort de vos débats et de votre intervention à l'instant, cher Anouar KBIBECH, que la radicalisation de jeunes Françaises et Françaises constitue désormais un sujet absolument central, pour l'Etat, pour les musulmans et pour la société française. Certes, le processus de radicalisation est complexe et fait intervenir de nombreux facteurs, qui ne sont pas tous religieux. Mais l'implication des responsables religieux dans la lutte contre ce phénomène mortifère n'en doit pas moins, à mon sens, être renforcée de façon urgente. Je vous propose d'avance la date de la prochaine instance de dialogue avec l'islam de France, qui pourrait se réunir dès le début de l'année 2016 et non pas en juin prochain comme nous l'avions prévu, et de lui donner pour principal objet la lutte contre la radicalisation des jeunes. La gravité de la situation nous engage et confère un caractère d'urgence aux travaux que vous avez mis en chantier depuis plusieurs années déjà, sous des formes diverses, pour faire émerger un Islam de France. Au fond, il s'agit toujours de réaliser le vœu que formulait Jacques Berque peu avant sa mort : « Supposez qu'il se crée en France non pas un islam français, mais un islam de France, disons pour simplifier, un islam gallican, c'est-à-dire un islam qui soit au fait des préoccupations d'une société moderne, qui résolve les problèmes qu'il n'a jamais eu à résoudre dans ses sociétés d'origine (...). Figurez-vous le retentissement qu'aurait cet islam de progrès sur le reste de la zone islamique ». Une telle ambition doit constituer l'horizon du mouvement que vous avez engagé aujourd'hui. Je vous renouvelle donc mes félicitations pour l'initiative citoyenne que vous avez prise et peux vous assurer que vous trouverez dans cette démarche républicaine, et dans le respect du principe de laïcité, le soutien total des pouvoirs publics. En vous assurant de mon amitié, de mon estime et de ma confiance, je vous donne rendez-vous au début de l'année prochaine pour une nouvelle réunion de l'Instance de dialogue avec l'Islam de France. Vive la République ! Vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/214.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/214.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a4c7727034c157fadbd9d8a7a5dcc71b4322a0e0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/214.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, cher Alain Bauer, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Monsieur le Secrétaire général à la défense et à la sécurité nationale, cher Louis Gautier, Mesdames et Messieurs, Je suis heureux d'être avec vous ce matin, pour ouvrir les Assises nationales 2015 de la Recherche stratégique, organisées par le CSFRS. La question qui nous est posée aujourd'hui, « Qui est l'ennemi ? », est d'une pertinence et d'une actualité dramatiques. Au lendemain de l'hommage national aux victimes des attaques du 13 novembre, cette question s'impose à nous par l'évidence d'une réponse et en même temps par le vertige que cette réponse appelle. Aux journalistes qui m'interrogent, à la suite du Président de la République, qui a le premier désigné notre ennemi, je réponds sans hésiter : aujourd'hui, Daech. Mais au début de cette journée de réflexions et de débats, je voudrais moi aussi prendre du recul. Puisque vous y invitez, je voudrais me risquer moi aussi dans le vertige de cette notion, au-delà de son évidence sans jamais perdre de vue que mon point de vue n'est pas celui d'un chercheur, mais celui d'un ministre de la Défense d'un pays qui est maintenant en guerre. « Qui est l'ennemi ? » Chacun conviendra d'abord qu'il ne faut pas galvauder les notions d'ennemi, de guerre ou encore de stratégie. Si je m'en réfère aux grands fondamentaux, Sun Tzu balise le terrain de cette réflexion. « L'art de la guerre, écrit-il, est d'une importance vitale pour l'Etat. La vie et la mort des sujets en dépendent. (…) Ne pas y réfléchir profondément, ne pas y travailler consciencieusement, c'est faire preuve d'une coupable indifférence pour la possession ou la perte de ce que l'on a de plus cher. C'est ce que l'on ne doit pas trouver parmi nous. » C'est dire que la guerre est une réalité trop grave pour ne pas être considérée, toujours, avec le sérieux le plus extrême. De ce point de vue, toute réflexion sur l'ennemi comporte un devoir de mémoire, mais aussi un devoir de vigilance. Dès qu'il s'agit de guerre, nous ne parlons jamais hors-sol. C'est dans cet esprit, avec cette exigence, que je voudrais exposer quelques vues aujourd'hui. L'ennemi dans l'Histoire Comment désigner l'ennemi ? Faut-il seulement le faire ? C'est un problème ancien, à la fois diplomatique, politique et stratégique, mais aussi militaire : quelle est la cible ? Ici, la position de la France a toujours consisté à rechercher des positions nuancées, en évitant de confondre par exemple menaces et risques, ennemis et rivaux. C'est d'abord l'Histoire qui nous a inculqué la complexité stratégique de la notion d'ennemi. Notre pays, en Europe, a longtemps eu des rivaux, toujours susceptibles de se muer en adversaires directs. Ce fut vrai de la longue rivalité entre les rois de France et les Habsbourg ; ce fut vrai également du long duel franco-anglais, qui s'est achevé il y a deux siècles seulement ; ce fut vrai, d'ailleurs, de presque tous nos voisins jusqu'au milieu du XIXe siècle. Le « concert européen », alors, n'était pas autre chose qu'une compétition vaguement régulée entre des ennemis en puissance. La théorie bascule dans la pratique avec la guerre de 1870 et l'annexion de l'Alsace-Lorraine, qui conduit à deux guerres totales et une inimitié d'un siècle avec l'Allemagne qui est alors ouvertement, réellement, « l'ennemi héréditaire ». Pour la France, la désignation d'un ennemi n'aura jamais été aussi claire, jamais aussi funeste non plus. Après 1945, l'ennemi change de figure mais aussi de posture. L'URSS est désormais l'ennemi, mais elle n'est pas toujours nommément désignée. Dans les années 1970 et 1980 en particulier, dans la préparation des lois de programmation militaire par exemple, le débat est fort certains s'en souviennent pour savoir s'il convient ou non nommer explicitement l'URSS comme la source principale de menaces directes pour la France. C'est tout l'enjeu de la dissuasion, et de ce qui demeure, un quart de siècle après la fin de la guerre froide, comme l'une des grandes questions de notre politique de défense. Pour dissuader, il faut en effet savoir entretenir une relative incertitude à l'égard des adversaires actuels ou potentiels, à l'égard de l'ennemi déclaré ou non. Or il est désormais plus rare, avec les progrès du droit international, qu'un Etat se déclare comme tel. Depuis de nombreuses années, dans notre stratégie de dissuasion, l'ennemi n'est plus explicitement désigné, mais nous continuons bien de définir nos forces stratégiques à l'aune de la force dissuasive que nous souhaitons exercer sur un ennemi potentiel. Dans ce jeu d'ombres stratégiques, il y a une certitude : cet ennemi potentiel qu'il s'agit de dissuader est forcément de nature étatique, comme le Président de la République l'a encore récemment confirmé. Ce sont surtout les opérations extérieures, et notamment les opérations de maintien de la paix, qui ont brouillé voire dissipé la notion d'ennemi, en faisant émerger un nouvel usage de la force. Jusque-là, nos armées étaient conçues la plupart du temps pour affronter un ennemi, qu'il s'agissait de vaincre. La problématique de la désignation de l'ennemi était, en ce sens, le point alpha de l'art militaire. Au tournant des années 1980 et 1990, la fin de la guerre froide et la multiplication des crises dans lesquelles le Conseil de sécurité moins paralysé par le droit de veto que durant la guerre froide intervient fréquemment, inaugurent une nouvelle ère : la gestion de crise oriente de plus en plus les appareils de défense, de nombreux déploiements s'effectuent sous casques bleus, les règles d'engagement, en particulier pour l'ouverture du feu, s'adaptent. Si les armées ont su s'adapter à ces missions essentielles, au cœur de situations d'urgence dépourvues d'ennemis désignés, en tout cas en tant que tels, elles n'ont jamais cessé de discerner des menaces susceptibles de se constituer en ennemis. La guerre au terrorisme à distinguer de la guerre contre une organisation terroriste donnée, ou bien, dans un autre ordre, la notion de guerre préventive notion mise en application il y a douze ans par l'administration américaine de l'époque, et dont nous mesurons aujourd'hui tous les effets déstabilisants, sont deux exemples de désignation de l'ennemi dont la France s'est toujours gardée. Il est clair que l'obsession absolue de la sécurité, qui conduit à intervenir par anticipation, et qui fonde l'idée de guerre préventive, s'est avérée lourde de conséquences. Il faut rappeler ici qu'il existe des normes pour gérer l'ennemi : le droit international public établit en particulier le droit à la légitime défense (que la France a invoqué contre Daech, je vais y revenir) ; c'est pour cette raison qu'attaquer préventivement un adversaire en le qualifiant d'ennemi alors qu'il ne vous porte pas atteinte, constitue une difficulté certaine. La culture stratégique française n'a pas cette obsession ; au contraire, elle a intégré qu'il n'existait pas de sécurité absolue, et qu'il fallait donc, toujours, définir l'ennemi au plus juste et en réaction, pour fonder une stratégie militaire par essence défensive et dissuasive. Où en sommes-nous aujourd'hui ? Depuis le début des années 2000, nous observons une montée progressive, continue, des tensions stratégiques et des risques sécuritaires. Les deux derniers livres blancs s'en sont fait l'écho. L'illusion selon laquelle nous toucherions à la « fin de l'Histoire », l'illusion selon laquelle il nous suffirait de « gérer des problèmes » et conduire des opérations de police internationale, l'illusion selon laquelle en un mot nous n'aurions plus d'ennemi, cette illusion s'est brisée contre la double réalité décrite par le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale : les « menaces de la force », c'est-à-dire la résurgence de menaces de type étatique, et les « risques de la faiblesse », soit les zones de chaos sur lesquelles, notamment, prospèrent des mouvements radicaux. Aujourd'hui, la résurgence d'un ennemi majeur de type étatique, est une possibilité que nous ne pouvons négliger, en tant que responsables de la défense et d'une planification de l'effort de défense de la nation à long terme. Conformément au livre blanc de 2013, notre politique de défense intègre cette possibilité de trois manières. - C'est d'abord le maintien d'une posture de défense militaire sur tout le spectre des capacités, y compris dans les segments les plus exigeants, notamment ceux du combat de haute intensité et de l'entrée en premier des forces sur un théâtre de guerre. - Ce sont ensuite nos alliances militaires, car l'ennemi peut être collectif ; je pense à l'Alliance atlantique, où c'est bien l'agression par un ennemi qui fonde la défense collective, au sens de l'article 5 du Traité de Washington ; je pense aussi à l'Union européenne, et notamment à l'article 42.7 du Traité, qui prévoit une clause de solidarité en cas d'agression d'un des pays-membres, clause qu'il m'est revenu d'invoquer récemment, pour la première fois dans l'histoire de notre Union, au nom de la France. - Enfin, bien sûr, la dissuasion nucléaire intègre par définition la possibilité de résurgence d'un ennemi majeur de type étatique. Elle est la clé de voûte de notre défense dans un tel cas. Elle demeure donc, pour garantir en dernier ressort la protection de nos intérêts vitaux, l'une des trois missions fondamentales de nos armées. Comme dans toutes les grandes démocraties, notre identité nationale ne se définit cependant plus par rapport à un autre diabolisé. Quelle que soit la possibilité de résurgence d'un ennemi majeur, ce dernier resterait donc conjoncturel. La France n'a plus d'« ennemi héréditaire », ce que Hannah Arendt appelle « l'ennemi objectif », désigné indépendamment des circonstances. C'est à l'aune de cette complexité historique de la notion d'ennemi, bien ancrée dans la pensée stratégique française, qu'il convient d'apprécier la désignation de Daech comme ennemi aujourd'hui. Faire face à l'ennemi aujourd'hui Je viens de le suggérer : en Syrie et en Irak, nous ne combattons pas le terrorisme en général, pas plus que nous ne menons de guerre préventive. Avec l'opération CHAMMAL, nous sommes engagés contre un mouvement terroriste précis, et nous le sommes dans un cadre de légitime défense, désormais individuelle, reconnu par la résolution 2249 du Conseil de Sécurité des Nations unies. « Qui est l'ennemi ? » Dans son histoire récente, la France ne s'est donc jamais posée la question en premier. En l'occurrence, c'est bien Daech qui nous a déclaré la guerre, en nous désignant comme son ennemi, en paroles et en actes. La question, ce n'est pas de savoir qui aurait commencé le premier l'escalade de la violence ce qui supposerait d'ailleurs, déjà, deux adversaires de même nature. Le débat, ce n'est pas de savoir si la France jette ou non de l'huile sur le feu en intervenant en Syrie c'est de fait le discours, la propagande et les campagnes de recrutement des djihadistes, que vous me permettrez de ne pas reprendre à mon compte. Si toute guerre oppose deux ennemis, l'enjeu, c'est de voir que cette guerre met aux prises deux conceptions de l'« ennemi » qui sont bien différentes. Pour nous, dans le cadre politique que j'ai rappelé, celui de la démocratie, Daech constitue un ennemi conjoncturel, intrinsèquement lié à la menace qu'il fait peser sur nous. Mais pour Daech, il est clair que nous faisons partie des ennemis structurels, des ennemis objectifs. Il nous désigne comme tel dans son idéologie, sous le vocable de « judéo-croisés ». Il inscrit ce combat dans une vision eschatologique pseudo-islamique qui fanatise ses membres. Quel que soit ce que nous faisons, nous sommes ciblés d'abord pour ce que nous sommes et pour ce que nous représentons. Autrement dit, nous n'attaquons que lorsque nous sommes attaqués : c'est une position éthique, politique ; c'est aussi une obligation juridique ; et lorsque les démocraties s'éloignent de ce principe, cela donne le désastre de 2003 que j'ai évoqué il y a quelques instants. Avec Daech, la désignation de l'ennemi ne fait donc pas de doute. Sa caractérisation, et partant la définition de la stratégie à adopter face à lui, soulèvent en revanche d'autres difficultés, car nous avons affaire à un ennemi profondément hybride. Il me semble que nous pouvons et devons le caractériser de trois façons. - 1° Daech n'est certes pas un Etat au sens juridique du terme ; on ne peut donc, par exemple, lui déclarer formellement la guerre. D'un point de vue stratégique, en revanche, nous avons bien affaire à un « proto-Etat », qui a soumis un territoire vaste comme la Grande Bretagne et une population d'environ 10 millions d'habitants, qui dispose de capacités militaires et financières que de nombreux Etats n'ont pas, qui tente d'exercer des pouvoirs régaliens traditionnels (notamment celui, hautement symbolique, de frapper monnaie) ainsi que certaines attributions de l'Etat-providence (en matière d'éducation d'action sociale en particulier). Bien sûr, c'est un « proto-Etat » incomplet. Du fait de son histoire récente et de ses effectifs relativement limités (estimés entre 20 000 et 30 000 combattants), du caractère aléatoire de ses alliances, Daech n'exerce pleinement son autorité politique et idéologique que sur une fraction assez modeste du territoire et de la population qu'il revendique, à la manière de certains Etats faibles ou fragiles. Surtout, Daech se distingue fondamentalement d'un Etat au sens juridique par le fait que l'articulation entre une population, un territoire et un Gouvernement n'est pas clairement établie, et qu'il n'est pas reconnu par la communauté internationale. Mais force est de constater qu'il compense cette incomplétude par la violence extrême et désinhibée qu'il exerce sur les populations soumises et qui tient lieu de système de gouvernement. - 2° A côté de ce proto-Etat terroriste, il y a une armée terroriste, celle du djihadisme transnational, sur lequel Daech est en train de prendre l'ascendant, au rythme d'une dangereuse compétition avec Al Qaida. Le djihadisme, c'est une nébuleuse de mouvements de taille et d'efficacité diverses, qui opère par-delà les frontières, jusque sur notre sol. La dangerosité de l'ennemi, ici, est liée à sa plasticité. Au sein de cette armée, se distinguent des « foreign fighters » en nombre encore croissant à l'heure où je vous parle, notamment des citoyens français qui se radicalisent jusqu'à devenir des ennemis entraînés là-bas et renvoyés ici avec un projet de mort. Ici, je l'ai dit à de nombreuses reprises ces derniers mois, il y a une continuité de la menace, sur les fronts extérieur et intérieur, qui appelle en retour une cohérence de notre action militaire. Intervenir en Syrie pour frapper Daech en ses repaires, c'est du même coup protéger notre territoire et notre population. Prenons garde cependant, derrière cette continuité opérationnelle avérée, à ne pas faire le jeu de l'ennemi en voyant un continuum politique de la menace. Pour ma part, je ne parlerai jamais d'« ennemi de l'intérieur » : si le combattant de Daech en Syrie et en Irak est un ennemi, et doit être traité comme tel, le terroriste sur le territoire national est un criminel, et doit être traité comme tel. Du reste, parler d’« ennemi de l'intérieur » est la porte ouverte à une stigmatisation infondée et dangereuse, qui est justement ce que certains théoriciens ennemis recherchent. - 3° Daech, c'est enfin une idéologie particulièrement dangereuse. C'est celle du takfirisme (cette version du salafisme qui prône la violence). C'est aussi celle du « Califat » proclamé par Abou Bakr al-Baghdadi en juin 2014. En voulant renouer avec la geste conquérante des premiers califes et de la dynastie des Omeyyades qui, entre 661 et 750, assurèrent l'expansion fulgurante et immense de l'islam, jusqu'en Espagne et aux confins du Pakistan, Daech exerce ainsi la puissante attraction d'une utopie en construction. Mais cette idéologie, millénariste et simpliste, martèle que cette construction se fera dans le sang et dans la guerre, contre ceux qu'ils appellent les « déviants » (les musulmans sunnites modérés), les « hérétiques » (les musulmans chiites), les « païens » (les Yézidis notamment) ou encore les « judéo-croisés » (en l'espèce les Occidentaux). L'objectif de cette idéologie, c'est bien un projet de construction d'une société nouvelle et d'un homme nouveau. La destruction des vestiges du passé préislamique, l'endoctrinement et l'apprentissage de la violence dès le plus jeune âge, le lavage de cerveau particulièrement violent dont font l'objet les « foreign fighters » à leur arrivée en Syrie, concourent à cet objectif. Je me suis permis d'insister sur la dimension idéologique, parce que c'est malheureusement la plus difficile et la plus importante à réduire. En définitive, on peut neutraliser les combattants de l'ennemi, on peut endommager ses structures, mais il est autrement plus complexe de détruire une idée. De ce point de vue, il y a fort à parier que l'idéologie djihadiste, qui existait avant Daech, lui survivra probablement. Nous devons aussi nous y préparer. Il résulte en tout cas de ces trois dimensions (un proto-Etat, une armée terroriste, une idéologie extrémiste) que nous faisons face, aujourd'hui, à un ennemi profondément hybride et particulièrement dangereux. Plusieurs des traits que j'ai brièvement décrits évoquent le totalitarisme. De fait, si l'on se réfère aux cinq éléments qui caractérisent le totalitarisme selon Raymond Aron, force est de constater que Daech les cumule tous, de façon ou plus moins prononcée : - un « chef charismatique » (Abou Bakr al-Baghdadi, auto-proclamé « Calife »), appuyé sur un « parti unique » (en l'occurrence le « Conseil de la charia », démultiplié au niveau local par les « instituts de la charia ») ; - une idéologie, le salafisme takfiri, érigée en vérité officielle et divine ; - le monopole des moyens de violence et de persuasion ; - l'absorption de la plupart des activités économiques et leur soumission à l'idéologie ; - enfin, une terreur à la fois policière, militarisée et idéologique. Pour plusieurs raisons, ce modèle ne fonctionne heureusement pas complètement. Je l'ai dit, Daech n'a pas encore les moyens de soumettre complètement les populations ou les territoires déjà sous son contrôle ; il ne dispose pas non plus des capacités industrielles et techniques des grands totalitarismes du XXe siècle, qui lui permettrait de développer son effort de guerre, voire de commettre des crimes de type génocidaire (encore que le sort tragique réservé aux Yézidis laisse percevoir l'ampleur des crimes de Daech) ; par ailleurs, il convient de voir que Daech n'a pas réussi (pour l'instant) à modifier la société qu'il domine, comme d'autres ont pu le faire au XXe siècle. Je ne suis bien sûr pas le premier à analyser Daech à travers le prisme du totalitarisme. C'est un débat de fond, qui sera peut-être d'ailleurs poursuivi aujourd'hui. Je voudrais pour ma part ajouter que cette imperfection du totalitarisme djihadiste, que je viens d'évoquer, me semble en partie compensée par des traits spécifiques, particulièrement préoccupants : - la qualité et le volume de la propagande de Daech, qui reprend de façon systématique tous les vecteurs et tous les codes culturels de ses cibles, afin de les convertir à son idéologie avec une inquiétante rapidité ; - la complète désinhibition de Daech dans l'exercice, la mise en scène et la médiatisation de la violence la plus barbare, hors de tout code d'humanité et cet exercice de la violence désinhibée est pratiqué comme un système ; - enfin, le fait que l'idéologie de Daech s'appuie sur une base religieuse - avec une lecture certes dévoyée du Coran, mais qui ne lui confère pas moins, à travers le prestige d'un livre saint, une audience et une résilience potentiellement bien supérieures à celles des totalitarismes séculiers du XXe siècle. Voilà donc l'ennemi déclaré d'aujourd'hui. Sa volonté de constitution étatique, son projet idéologique totalitaire et son ambition califale impéraliste lui confèrent un pouvoir de nuisance à l'échelle mondiale (l'Asie n'est par exemple pas épargnée, comme mes collègues de ce continent le rappellent) mais aussi une très forte résilience. Un tel ensemble n'a pas pas beaucoup de précédent. Répondre à l'ennemi Face à lui, il nous faut suivre une stratégie globale, qui puisse associer tous ceux et ils sont nombreux qui se retrouvent désignés par Daech comme ses ennemis. Nous devons en particulier répondre à quatre niveaux : - un niveau militaire, pour détruire ce proto-Etat djihadiste qui nous menace directement ; - un niveau policier et judiciaire, pour protéger au plus près nos concitoyens et neutraliser cette menace sur le territoire national ; les forces armées concourent désormais à une protection au plus près, à raison notamment de la militarisation de l'adversaire et de la nécessité de recourir à l'ensemble des spécificités de l'armée professionnelle adaptées à cette lutte sur le territoire ; - un niveau politique et idéologique, qui n'est pas le moins important, on l'a vu. On ne fait pas la guerre, au sens militaire, à une idéologie ; en revanche, il faut mettre en œuvre tous les moyens de lutte possibles pour contrer son influence, notamment sur le terrain de l'information. Ici nous devons faire davantage encore : à ce stade, pour une vidéo que nous faisons contre la radicalisation, Daech en met en ligne 25, rien qu'en langue française. La scène politique, par ailleurs, avec la question sunnite au Moyen-Orient, ou celle des peuples du Nord au Sahel, doit être prise à bras le corps, sauf à échouer ; - un niveau économique car, dans de nombreux cas, l'assèchement du recrutement djihadiste passe par le développement de l'économie et la juste répartition des fruits de la croissance : on le voit là encore au Sahel, et la situation des pays meurtris par le djihadisme militaire montre des enjeux comparables. A l'évidence, Daech se présente à nous comme un ennemi d'un type nouveau. Il nous confronte à deux défis en particulier. Le premier, c'est le défi de la pluralité de la menace, car il nous faut penser un ennemi présent sur de multiples fronts, avec plusieurs modes d'action. Non seulement il n'obéit pas aux catégories habituelles, mais il fonde même son agilité et son efficacité stratégiques sur sa capacité à nier ou effacer les limites qui structuraient jusque-là l'ordre international et l'art de la guerre moderne. Le second défi, c'est celui de la liberté que cet ennemi s'arroge. Là où nos armées sont engagées avec un ensemble de contraintes que nous revendiquons, car elles fondent la démocratie et l'ordre international -, l'ennemi s'affranchit d'emblée de toutes obligations, qu'elles soient juridiques, doctrinales ou éthiques. Enfin, cette guerre dans laquelle nous sommes désormais engagés, nous confronte à un dernier défi, d'un ordre bien différent : celui de ne pas oublier que l'action de notre Défense ne doit pas se limiter à la lutte contre Daech, aussi importante cette dernière soit-elle. Il est vrai que nos armées ont connu un tournant majeur avec l'opération Serval : désormais, leur première mission relève du contre-terrorisme militaire. Ce n'est cependant pas la seule. Aller au-delà de l'ennemi présent Si l'ennemi, selon le point de vue français que j'ai décrit, renvoie à une menace qui se concrétise de manière dramatique, il convient de rappeler que notre appareil de défense est conçu pour répondre à un plus large spectre de menaces ; autrement dit, pour faire face à des ennemis « en devenir », mais aussi pour traiter de situations qui ne relèvent pas du modèle stratégique de l'ennemi. En cela nous devons et c'est aussi le sens de cette journée aller au-delà de l'ennemi présent. Nous pouvons le faire d'au moins deux façons, et je finirai par là. D'abord, il nous faut garder les yeux ouverts sur l'ensemble du spectre des menaces qui se présentent à nous. Il nous faut voir que les problèmes soulevés par la guerre hybride ne s'arrêtent évidemment pas à Daech, qu'une autre crise par exemple, au sein même du continent européen, en a donné récemment une saisissante illustration. Il nous faut envisager, par ailleurs, la possibilité de résurgence d'ennemis majeurs de type étatique j'en ai dit quelques mots. Il nous faut encore explorer à fond des champs nouveaux mais déjà majeurs, comme celui de la cyberdéfense. Ce champ-là introduit d'ailleurs une figure radicalement nouvelle de l'ennemi, celle d'un ennemi invisible, anonyme et parfois intraçable. Devant l'ensemble de ces menaces, plus que jamais, il nous faut concevoir et mettre en œuvre une politique de défense ambitieuse et adaptable, qui ne se définisse pas seulement en fonction du court-terme, c'est-à-dire de l'ennemi en présence, mais bien d'une analyse stratégique qui intègre l'ensemble des menaces auxquels nous sommes ou pouvons être confrontés. Notre diplomatie et notre politique de défense doivent aussi contribuer à faire barrage à l'émergence de nouveaux ennemis. J'ai parlé de la dissuasion : c'est elle qui permet de maintenir nos ennemis aux rangs d'adversaires, en leur interdisant d'envisager d'étendre le champ de la compétition stratégique à celui d'une guerre ouverte. J'ai parlé également des opérations de maintien de la paix : elles visent en effet à stabiliser des zones où pourraient s'installer de nouveaux ennemis. Au-delà de la lutte contre Daech, il y a donc une cohérence globale de notre action de défense, sur laquelle nous devons veiller plus que jamais. Aller au-delà de l'ennemi présent, c'est aussi, enfin, imaginer l'ennemi de demain. La recherche stratégique concourt à cet objectif. Elle fait l'objet d'une action forte de mon ministère avec un plan ambitieux au profit du monde académique. Elle est aussi la raison d'être du Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégique. En quelques années, cher Alain Bauer, le CSFRS est devenu un acteur majeur de la recherche stratégique française, qui est lui-même innovant, comme en témoigne la volonté de faire travailler ensemble organismes publics et privés à une même définition de besoins, ou encore le MOOC dédié aux questions stratégiques qui a rencontré un très grand succès. Je veux vous en féliciter et vous encourager à poursuivre dans cette voie. J'ai ouvert avec Sun Tzu. Vous me permettrez de conclure avec Trotski, lorsqu'il nous dit : « vous ne vous intéressez pas à la guerre, mais la guerre, elle, s'intéresse à vous ». Cette mise en garde me semble d'une grande actualité : on peut ignorer ses ennemis certains le font très bien, jusqu'au jour cependant où eux-mêmes ont décidé de ne plus vous ignorer. Ce jour-là s'est malheureusement produit. C'était pour la France le 13 novembre dernier. Ma priorité absolue, celle des armées, aux côtés du Président de la République, du Gouvernement et de l'ensemble des services de l'Etat concernés, c'est de tout mettre en œuvre pour que ceux qui ont fomenté ces agressions et qui poursuivent encore leur dessein en soient empêchés, et soient vaincus. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/215.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/215.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2bb8184914ad1045036992bf4ee80442ea257b96 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/215.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire général, Monsieur le Président de l'Assemblée parlementaire, Mesdames et Messieurs les Ministres, Chers Collègues, Je veux tout d'abord exprimer mes condoléances à John Kerry, au peuple américain et aux familles des personnes qui ont perdu la vie à San Bernardino en Californie. Je remercie également chacun d'entre vous pour les nombreux témoignages de solidarité après les attaques terroristes qui ont frappé Paris le 13 novembre. Notre réunion aujourd'hui est particulièrement importante, en cette année qui marque le quarantième anniversaire de l'Acte final d'Helsinki. Elle intervient pourtant dans un contexte marqué par un ébranlement de la confiance et de la sécurité en Europe, qui doit nous conduire à rappeler avec force notre attachement aux principes fondateurs de l'OSCE. Rien ne peut justifier le recours à l'agression armée, la modification des frontières par la force et l'annexion d'une partie du territoire d'un État souverain. Seuls le dialogue, la coopération et le respect du droit international permettront de retrouver la confiance et l'entente indispensables pour assurer durablement la sécurité et la coopération sur notre continent. C'est dans cet esprit que la France se mobilise pour contribuer au règlement de la crise en Ukraine qui ne pourra passer que par la pleine mise en œuvre des accords de Minsk. Le dernier sommet des chefs d'État et de gouvernement en Format Normandie à Paris, le 2 octobre dernier, a permis d'agréer une feuille de route sur le volet politique de ces accords qui doit conduire à l'organisation d'élections locales dans les régions de Donetsk et Louhansk selon la législation ukrainienne, les standards de l'OSCE, et sous l'observation du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'Homme, le BIDDH, puis à l'entrée en vigueur d'un statut particulier pour ces territoires. Mais le volet politique du règlement de la crise ne pourra progresser que si les conditions de sécurité sont réunies sur le terrain. L'observation stricte du cessez-le-feu est indispensable. Le rôle de la Mission spéciale d'observation de l'OSCE en Ukraine est donc primordial, notamment dans le cadre des nouvelles tâches de vérification et d'assistance au déminage que permet son mandat. Au-delà de la crise en Ukraine, il est également nécessaire d'intensifier nos efforts pour le règlement des autres conflits prolongés dans l'espace de l'OSCE. La France reste pleinement engagée, aux côtés des États-Unis et de la Russie, pour la recherche d'une solution de paix durable au Haut-Karabagh. Elle appelle à la mise en œuvre immédiate, et au financement par les États participants à l'OSCE, du projet du Comité international de la Croix-Rouge de recherche des personnes disparues pendant ce conflit et continuera par ailleurs d'apporter son soutien à l'intégrité territoriale de la Géorgie et de la Moldavie dans le cadre de leurs frontières internationalement reconnues. Monsieur le Président, Chers Collègues, la France a été visée, le 13 novembre, par la barbarie de Daech. Cette même violence lâche et aveugle qui a frappé à Copenhague, à Bruxelles, à Ankara, contre un avion russe en Égypte, à Tunis, à Beyrouth. Ce terrorisme fanatique qui dévoie la religion avait tué, déjà, à Madrid, à Londres et à New York. Nous le savons, seule notre unité permettra de faire face à ce fléau qui nous menace tous. Car au travers des personnes visées, lâchement assassinées, ce sont aussi nos valeurs qui étaient visées, ce que nous représentons : des sociétés ouvertes, tolérantes, démocratiques, fondées sur l'état de droit et le droit des personnes. En un mot, c'est ce que nous sommes. C'est pourquoi nous devons condamner sans distinction toutes les formes de discriminations, d'idéologie, de racisme, d'antisémitisme. Notre unité dans ce combat est vitale. Pour éradiquer Daech, nous devons plus que jamais lui opposer une réponse ferme et unie. C'est le sens de la résolution 2249 du Conseil de sécurité des Nations unies, proposée par la France et adoptée à l'unanimité par ses États membres. Nous sommes en guerre contre Daech et sa barbarie. Nous continuerons à travailler avec l'ensemble de nos partenaires pour coordonner tous les efforts nécessaires sur le terrain pour détruire Daech et pour une transition politique dans le cadre du processus de Vienne, qui permette de parvenir à un cessez-le-feu et de prévoir le départ de Bachar al-Assad, parce que c'est la condition pour une paix durable. L'OSCE peut y contribuer, et je salue les initiatives concrètes et opérationnelles qui ont été engagées en son sein, que ce soit pour appuyer la mise en œuvre de la récente résolution 2249 du Conseil de sécurité des Nations unies ou pour renforcer nos engagements collectifs dans la lutte contre la radicalisation et l'extrémisme violent. La coopération accrue avec nos partenaires méditerranéens dans ce domaine est une dimension cruciale que je veux également saluer. Au moment où les terroristes cherchent à diviser nos sociétés en instrumentalisant la religion, la communauté internationale doit plus que jamais rester unie et rappeler les principes universels des droits de l'Homme. Nous ne devons pas distinguer les discriminations et manifestations d'intolérance selon les religions, car toutes sont condamnables. Il est de notre responsabilité commune d'apaiser les tensions entre croyants, non-croyants, musulmans, chrétiens, juifs et autres confessions, en rappelant fermement l'universalité des droits de l'Homme, en condamnant systématiquement et sans hiérarchie toutes les formes de discriminations et d'intolérance à l'encontre des personnes, sur la base de leur religion ou de leur conviction, et en refusant tous les amalgames. L'OSCE peut également jouer un rôle pour aider nos pays à relever le défi que constitue l'afflux sans précédent de migrants et de réfugiés provoqué, entre autres, par la prolongation du conflit syrien et de la tragédie humanitaire qu'il représente. Les principes de l'OSCE fixent des repères indispensables pour répondre à cette situation complexe qui touche tant aux droits fondamentaux qu'à la sécurité. Pour cette raison, nous pensons que l'approche de la sécurité coopérative de l'OSCE offre également un cadre unique pour promouvoir une meilleure coopération de police et de justice entre États d'origine, de transit et d'accueil dans la lutte contre l'impunité des trafiquants et des passeurs dont sont victimes migrants et réfugiés. Là encore, le dialogue avec nos partenaires méditerranéens, mais également entre tous les États participants de l'organisation, est crucial. L'OSCE a su s'imposer comme un acteur essentiel pour répondre aux principaux défis auxquels l'Europe est aujourd'hui confrontée. Enceinte de coopération et de dialogue unique à l'échelle du continent, elle joue un rôle majeur pour favoriser l'état de droit et le respect des libertés fondamentales sans lesquels il ne peut y avoir de stabilité. Elle a également démontré son utilité sur le terrain en Ukraine par sa capacité de médiation, son rôle dans le groupe de contact trilatéral et sa mission d'observation à la frontière avec la Russie. Ses instruments politico-militaires sont cruciaux pour favoriser la sécurité et réduire les tensions, mais ils doivent être adaptés à ce qui constitue la nouvelle réalité des menaces sécuritaires en Europe. C'est pourquoi la révision du Document de Vienne doit être menée à bien en 2016. Le temps est aussi venu de doter l'OSCE d'un dispositif de financement durable avec un barème unique fondé sur les réalités économiques et budgétaires ainsi que sur la capacité à contribuer des États participants. Je souhaite, pour conclure, féliciter la Serbie pour sa présidence remarquable au cours d'une année particulièrement exigeante, et tiens à assurer la prochaine présidence allemande du plein soutien de la France pour contribuer à la coopération et à la sécurité en Europe. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/216.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/216.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..711fa2c5a917c9b31ac8dfaf1035d4813660b4fc --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/216.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, Cher Jean-Louis Bianco, Cher Alain Bergougnioux, Mesdames, Messieurs les Recteurs, Mesdames, Messieurs les Inspecteurs, Mesdames, Messieurs les Enseignants, Mesdames, Messieurs, Chers Collégiens et Lycéens, Je vous remercie pour cette invitation ... Elle nous permet de nous retrouver dans cette grande bibliothèque, magnifique lieu de savoir, de découverte, d'ouverture. Au milieu de tant de connaissances accumulées - écrites pour être transmises de générations en générations - comment ne pas se sentir portés ? Il y a un vrai plaisir à être dans ces lieux ... D'autant plus qu'aujourd'hui, 9 décembre, nous célébrons l'anniversaire d'une grande loi de la République : la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État. C'est l'occasion d'en rappeler toute l'importance, toute la pertinence pour le temps présent. Il y a une urgence : renouer avec le sens de la laïcité. La laïcité, c'est notre socle commun. Et c'est parce qu'il est ce socle ferme, non négociable qu'il permet d'accueillir toutes les différences, qu'il permet d'apaiser, de rassembler. Je ne vais pas vous faire un cours d'histoire ... d'autres ici sont bien mieux qualifiés que moi pour cela. Je noterai simplement que le génie de la loi de 1905, voulue par des grands républicains visionnaires - Ferdinand Buisson, Aristide Briand, Jean Jaurès, George Clemenceau - réside dans un paradoxe apparent : séparer pour rassembler ; séparer le politique du religieux ; séparer pour que, ni les religions, ni l'État, ne puissent imposer à quiconque une quelconque croyance ; séparer le spirituel du temporel pour que tout le monde, tous les citoyens puissent se rassembler autour de valeurs communes et d'un projet commun. Cet anniversaire, ce bel anniversaire dit beaucoup de ce que nous sommes, parle d'une singularité bien française. Des associations, des organisations, des militants de la laïcité - et je rends hommage à leur détermination - le célèbrent depuis de nombreuses années. Nous poursuivons, aujourd'hui, ce mouvement qui doit désormais s'inscrire plus encore dans notre calendrier républicain. J'y serai particulièrement vigilant, comme Premier ministre, comme élu de la République - élu d'une ville populaire et diverse - et parce que la laïcité a toujours été au cœur de mon engagement politique. Cet engagement pour la laïcité est intact. Il est aujourd'hui encore plus fort qu'hier. 1. Pourquoi réaffirmer la laïcité ? La laïcité a été proclamée, il y a 110 ans ... et depuis 25 ans - précisément en 1989 avec la première affaire du foulard dans un collège de Creil - elle est régulièrement au cœur de l'actualité. Elle l'a été dans ma ville d'Évry, en 2002. Il était inacceptable que dans un supermarché, seul point de vente où les habitants d'un quartier viennent faire leurs courses, on ne puisse trouver que des produits « halal ». Elle l'a été en 2004, sur l'interdiction des signes religieux à l'école, au collège et au lycée. Elle l'a été, de nouveau, avec la loi de 2010 sur l'interdiction du voile intégral. Avec d'autres militants, ces combats, je les ai menés, je les ai portés. Ils ont abouti. La loi de 2004 fait aujourd'hui consensus. Elle est plébiscitée. Celle sur le voile intégral doit être fermement appliquée. Et selon moi, dans notre société ouverte sur le monde, où les Hommes et les idées circulent, où les influences se télescopent, ces deux textes de 2004 et 2010 ont enrichi la loi de 1905. Ils l'ont adaptée à nos réalités contemporaines. Mais depuis 25 ans, la laïcité a aussi été brouillée dans son message. On l'évoque, on l'invoque, on la convoque même. Tout cela dans une immense confusion sur ce qu'elle recouvre vraiment, donnant lieu alors à des débats stériles. Trop souvent, alors même qu'elle est un pilier de notre Nation, la laïcité est mal comprise, détournée, pire instrumentalisée. Mal comprise, oui ! Et il ne faut pas laisser dire n'importe quoi ! La laïcité ce n'est pas la négation du fait religieux. Au contraire : la laïcité, c'est la religion, toutes les religions remises à leur juste place, à bonne distance de l'État. Je le disais souvent lorsque j'étais ministre de l'intérieur et Bernard Cazeneuve partage cet avis : il n'y a qu'en France, dans cette France laïque, qu'un ministre de la République peut - parfois même en l'espace de quelques jours - visiter une cathédrale, rompre le jeûne pendant le Ramadan, assister aux offices de Yom Kippour ou prendre la parole devant les protestants à l'assemblée du désert. La laïcité ce n'est pas non plus une «arme de stigmatisation» que la France brandirait contre les musulmans en particulier. Certains intégristes islamistes expliquent que la laïcité empêche la pratique de l'islam et stigmatise nos compatriotes musulmans. Quel mensonge ! La laïcité c'est un principe de liberté ! C'est même le principe de protection des libertés les plus fondamentales : de pratiquer son culte en toute liberté, de croire, de ne pas croire, de penser, de critiquer, de caricaturer, et même de blasphémer ! Au fond la laïcité, c'est ce principe extraordinaire qui permet de rassembler toutes les différences. Trahie, bafouée, la laïcité l'est aussi quand l'extrême droite la détourne, l'instrumentalise pour s'attaquer violemment aux musulmans de France, aux protestants de France, pour exclure, rejeter, semer la haine et la division. La plus grande imposture de l'extrême droite consiste à brandir la laïcité non pas pour rassembler mais pour diviser. Elle veut s'en octroyer le monopole, revisiter notre histoire, nier les luttes pour la conquête des libertés. La plus grande imposture de l'extrême droite c'est de cibler l'islam, les musulmans - de culture ou de confession, pratiquants ou pas -, en faisant d'eux des Français de second rang. La plus grande imposture de l'extrême droite c'est, sans le dire, de préparer un grand retour en arrière. Ils veulent retourner avant 1905, retourner vers ces guerres de religions qui sont autant de cicatrices profondes dans l'histoire de notre Nation. La laïcité, c'est tout le contraire de la division. La laïcité, ce sont des règles qui organisent la tolérance, le respect des croyances et de la dignité de chacun. Comme vous tous, ici, je ne veux plus que la laïcité soit dévoyée, défigurée. Je ne veux plus qu'elle soit abandonnée - elle l'a trop été - à des mains partisanes qui n'ont qu'un seul but : l'affaiblir pour affaiblir la République ! Face à cela, notre réponse, nous devons la dire haut et fort, sans tergiverser, sans ambiguïté : la République, toute la République, rien que la République ! Et il y a en effet une urgence ! Les attentats de janvier, et plus encore ceux du 13 novembre, ont montré avec une violence absolue à quel point notre modèle républicain, fondé sur la liberté, l'égalité, la fraternité, et évidemment la laïcité, était précisément ciblé. C'est ce modèle de société, de femmes et d'hommes libres et égaux, ce modèle que nous nous voulons universel, qui est insupportable pour les obscurantistes, eux qui veulent soumettre les femmes, soumettre les hommes au dictat d'une idéologie intégriste religieuse ; soumettre les consciences, et soumettre les corps, à leur projet criminel. Et ce qui est encore plus grave, c'est que cet obscurantisme trouve à recruter dans notre jeunesse, parmi ceux qui sont allés à l'école de la République, et qui, malgré cela, ont perdu tout libre arbitre et cèdent aux sirènes du djihadisme, de la radicalisation - qui monte dans notre société - jusqu'à devenir des terroristes, des Français qui tuent des Français. Et ce n'est pas un hasard si notre école de la République, notre école laïque est dans la ligne de mire de l'islamisme radical. 2. Plus que jamais, faire vivre la laïcité Dans ce nouveau contexte, alors que plus de 80% des Français estiment que la laïcité est en danger, il n'y a selon moi qu'une attitude possible : la reprise en main, l'affirmation, l'application, l'explication, bref la pédagogie, encore et toujours, de ce qu'est la laïcité, de ce qu'elle permet. D'abord, à l'école. Et la ministre de l'éducation nationale y veille chaque jour. Déjà en 2004, l'excellent rapport Obin sur la laïcité nous appelait collectivement à faire vivre la laïcité et les valeurs de la République dans notre école. Son propos demeure, 11 ans plus tard, toujours d'actualité. Car c'est à l'école que la République a confié la mission de transmettre les savoirs, les connaissances, mais aussi les valeurs. Oui, c'est à l'école que l'on éveille les consciences, que l'on aiguise l'esprit critique, que l'on forme des citoyens libres. L'école a besoin d'apaisement. Cet apaisement est indispensable à la connaissance, à l'apprentissage, au bon fonctionnement du système éducatif. Cet apaisement est utile pour vous tous, élèves. Il est nécessaire pour vos enseignants. Il est déterminant pour échanger, dialoguer avec écoute et respect. C'est à travers des situations très concrètes et même banales, quotidiennes, que l'on comprend le sens et le message de l'école et de la laïcité. Par exemple, nous nous posons tous ici des questions sur le sens de la vie. Il y a des grandes interrogations sur ce qui fait l'humanité. Certains ont des convictions, une spiritualité, croient à un dieu. D'autres n'y croient pas. Et alors ! Nous sommes tous là. Nous ne sommes pas en conflit. Nous dialoguons, nous nous respectons ! Et cet apaisement, cette liberté que chacun ressent pour soi-même, reconnaît à l'autre, c'est aussi la laïcité. Pouvoir être ensemble au-delà de toutes nos différences, sans se renier, mais sans imposer nos croyances, c'est le message de l'école et c'est le sens de la laïcité. C'est cette volonté pédagogique qui a présidé à l'installation de la charte de la laïcité dans tous les établissements. Elle crée de nouvelles opportunités pour des échanges constructifs avec les élèves et leurs familles. Mesdames, Messieurs, Après les attentats de janvier, des actes qui n'auraient jamais dû se produire ont eu lieu dans nos écoles. Ils nous ont tous interpellés. Nous avons tous compris qu'il fallait réagir. Et réagir vite. Qu'il fallait passer à une vitesse supérieure. À une exigence supérieure. Depuis cette rentrée, grâce à la mobilisation de l'École pour les valeurs de la République, c'est tout le dispositif d'enseignement de nos valeurs - tant dans les programmes que dans les pratiques - qui a été refondé : formation des enseignants, enseignement moral et civique, enseignement laïque des faits religieux dont Régis Debray a montré la nécessité, mobilisation d'une réserve citoyenne, installation de référents académiques sur la laïcité. Tout ce dispositif a été complété par la prise en compte d'un fléau qui ronge une partie de notre jeunesse : l'adhésion aux thèses complotistes. Face à cela, il faut développer un contre-discours, argumenté, charpenté, qui implique les jeunes eux-mêmes. Il faut le reconnaître : il y avait beaucoup à faire. Et beaucoup a déjà été fait en un an, grâce à la mobilisation exceptionnelle de toute la communauté éducative, que je salue. Il y a l'école. Mais soyons lucides : nous assistons partout à une montée des revendications religieuses et communautaires : à l'université, ou encore dans les services d'accueil de la petite enfance. Et c'est pour cela qu'il fallait se mobiliser, comme je l'ai fait pour la crèche Baby Loup. Et c'est pour cela qu'il faut continuer de se mobiliser, continuer d'être vigilant. C'est dans presque tous les domaines de la vie sociale et professionnelle que la question de la laïcité se pose. La demande de nos concitoyens en la matière est particulièrement forte et nous devons l'entendre, apporter des réponses concrètes. Des outils existent : des chartes de la laïcité et de la diversité arrivent dans nos entreprises. C'est une bonne chose. Je souhaite en particulier saluer les initiatives prises dans le secteur des transports, qui connaît des cas de violations flagrantes du principe de laïcité. La création à la RATP d'une délégation générale à l'éthique est une excellente idée pour apporter une aide concrète aux cadres, confrontés parfois à des problèmes très concrets, mais également pour mieux recenser et comprendre les phénomènes de radicalisation qui sont à l'oeuvre dans ces entreprises. Le rôle de l'État est d'apporter à tous les acteurs de la société civile le soutien de la puissance publique, dans chacune des situations difficiles de contestation de la laïcité. Nous ne devons pas laisser tomber tous ceux qui, sur le terrain, se sentent souvent trop démunis, trop isolés. Il s'agit de rappeler l'autorité de l'État, la fermeté de la règle. Car ce sont les petites contestations quotidiennes, quand elles sont répétées, qui ouvrent une brèche dans notre pacte social. L'ensemble de la fonction publique bénéficie ainsi, à compter de cette année, de formations aux principes de laïcité et de neutralité, compris comme des éléments essentiels des droits et obligations des fonctionnaires. Le projet de loi relatif à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires consacre ces principes comme des valeurs fondamentales de la fonction publique. Un réseau territorial accompagne les administrations avec la désignation de référents laïcité dans différents services déconcentrés de l'État territorial : préfectures, agences régionales de santé, rectorats ou protection judiciaire de la jeunesse. Son développement se poursuivra en 2016. Enfin, dans le cadre de la mise en oeuvre des mesures du comité interministériel pour l'égalité et la citoyenneté, le Commissariat général à l'égalité des territoires a élaboré un programme de formation spécifique destiné aux professionnels de l'éducation spécialisée, de l'animation socio-culturelle et plus généralement de l'accompagnement de la jeunesse des quartiers populaires. Le ministère du travail a également engagé la semaine dernière, avec les partenaires sociaux, l'élaboration d'un guide pratique sur la gestion du fait religieux en entreprise pour préciser les conditions dans lesquelles le principe de laïcité s'applique. C'est aussi, Cher Jean-Louis Bianco, à l'Observatoire de la laïcité de remplir sa belle mission avec toujours plus d'ambition et un souci constant - et vous l'avez je le sais - d'être concret, compréhensible et donc utile pour l'ensemble de nos concitoyens. Mesdames, Messieurs, La loi de 1905 a 110 ans. Plus d'un siècle déjà ! Elle a permis à des générations et des générations de Français, au-delà de leurs appartenances et de leurs croyances, de vivre ensemble. De porter et partager une manière de vivre ensemble. Je veux vous parler d'une laïcité du quotidien. Il y a 10 ans, dans ma ville d'Évry, nous avons célébré le centenaire de la loi de 1905. Et ce soir-là, je m'en souviens comme si c'était hier, l'hôtel de ville était rempli. Dans cette ville d'Évry où il y a une cathédrale, une mosquée, une synagogue, un temple, il y avait, et il y a encore, un attachement profond à cette valeur qui rassemble toutes les différences. Et je me souviens de cette foule, avec tous ces visages, symboles de la diversité, symboles de cette France, ces visages qui montraient leur attachement à ce qui fonde la France. Plus d'un siècle, et pourtant la laïcité est toujours d'actualité, toujours aussi moderne, aussi vivante. C'est sa force : celle de l'évidence ! Notre défi aujourd'hui est simple, et je veux le formuler simplement : si tous les républicains réussissent à faire ensemble « vivre la laïcité », en étant fidèle à son histoire, c'est-à-dire à son esprit de rassemblement, de protection des libertés fondamentales, alors la République en sortira grandie, plus forte et plus sereine. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/217.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/217.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..598d09fbbda94524b4c2ed09822c5b1051183ee3 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/217.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Député, le ministre de l'intérieur aurait pu répondre à votre question, mais il se trouve cet après-midi à Londres où il participe à une rencontre avec d'autres ministres de l'intérieur, afin de joindre tous les efforts pour lutter contre le terrorisme, contre l'État islamique qui s'attaque non seulement à la France, mais aussi à d'autres cibles en Europe et dans le monde. Un certain nombre d'éléments nous ont conduits à réaliser, le 2 décembre dernier, une perquisition à la mosquée de Lagny-sur-Marne, ainsi que dix perquisitions administratives individuelles visant des personnes participant directement à sa gestion ou à son organisation. Cette mosquée, qui était déjà dans le collimateur de nos services - une procédure de fermeture avait déjà été engagée mais devait encore être approuvée en conseil des ministres -, a été fermée en vertu de la loi du 3 avril 1955. Les opérations menées ont permis de découvrir une structure scolaire totalement dissimulée, parfaitement illégale. L'État était donc fondé à invoquer cette disposition de la loi relative à l'état d'urgence. Au-delà de ce seul motif, il est clairement établi que cette mosquée était un élément structurant d'une filière de recrutement djihadiste où l'on trouve un certain nombre de personnes dont un prêcheur de la haine faisant l'apologie du djihad et de la mort en martyr. Cet homme a joué un rôle majeur dans l'endoctrinement de personnes qui se sont, par la suite, portées volontaires pour le djihad en Syrie, aussi bien pour le compte de l'État islamique que du Jabhat al-Nosra. Cette personne avait déjà fait l'objet d'un gel administratif de ses avoirs, en qualité de gestionnaire de la mosquée. De nombreux éléments démontrent que cette filière était pérennisée. Qu'il s'agisse de la mosquée de Lagny-sur-Marne ou d'autres mosquées, nous allons poursuivre, dans le cadre de l'État de droit et de l'état d'urgence, ces perquisitions et cette traque de l'islamisme radical, du salafisme qui corrompt une partie de notre jeunesse. Nous devons agir et être intraitables. Vous l'avez dit, Monsieur le Député, les perquisitions du 2 décembre à la mosquée de Lagny-sur-Marne ont permis de saisir des documents relatifs au djihad, un disque dur dissimulé, plusieurs ordinateurs, ainsi qu'une arme et des munitions qui justifient des poursuites judiciaires. C'est vrai à Lagny-sur-Marne, mais cela peut aussi être le cas dans d'autres mosquées, dans d'autres lieux de culte, même si nous savons que la radicalisation s'opère aussi sur internet ou en prison. Pour conclure, Monsieur le Député, je veux rappeler que les musulmans de France sont les premières victimes de l'islamisme radical. Un certain nombre d'établissements, de mosquées, sont noyautés ou déstabilisés par des éléments qui cherchent à en prendre le contrôle. S'il n'est pas du ressort de l'État d'organiser la religion, il est de son devoir de veiller à éviter cette déstabilisation et d'agir efficacement, par la voie administrative ou judiciaire, chaque fois que c'est nécessaire. Oui, notre adversaire, notre ennemi, c'est l'islamisme radical. Il doit savoir que l'État, fort du soutien de la représentation parlementaire, sera intransigeant et déterminé. En même temps, je veux encore une fois envoyer un message de soutien à nos compatriotes musulmans. L'État se doit d'agir contre l'islamisme radical, mais il a aussi le devoir de protéger nos compatriotes et nos concitoyens musulmans pour éviter les amalgames qu'on entend de l'autre côté de l'Atlantique, mais aussi dans notre pays. C'est cela, la République ! Je voulais le dire, en ce jour d'anniversaire de la loi de 1905. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/218.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/218.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ab8cc7fc96d56caee27f365ee4c6f39014f3d9fc --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/218.txt @@ -0,0 +1 @@ +Question : Jean-Marc Todeschini bonjour. Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre français de la Défense, chargé des anciens combattants. À l'heure où le groupe de l'État islamique gagne du terrain en Libye, comment évaluez-vous la menace régionale ? Réponse : Écoutez, la Libye est une préoccupation non pas seulement de la France mais de tous les États qui sont concernés par le terrorisme. J'ai rencontré dans une réunion bilatérale des représentants de la Libye et j'ai, au nom de la France, dit que la France avait pour seul objectif de soutenir aujourd'hui le travail qui est fait par M. Kobler, dans le cadre des Nations unies, pour aboutir à la mise en place d'un Conseil des présidents qui débouchera ensuite très rapidement sur la mise en place d'un gouvernement d'union nationale. Il n'est pas possible d'attendre. C'est urgent. Nous souhaitons que cela se fasse très rapidement et non pas au bout d'un dialogue encore interminable. C'est la condition prioritaire et sine qua non pour permettre à la communauté internationale d'agir légalement à la demande du gouvernement libyen et d'apporter toute l'aide possible, l'aide politique, l'aide humanitaire mais aussi, bien sûr, l'aide sécuritaire, si nous voulons qu'un gouvernement d'union nationale puisse se réinstaller à Tripoli. Question : La formation d'un gouvernement d'union nationale en Libye est-elle un préalable à une intervention internationale dans le pays ? Réponse : Dans l'état actuel des choses, oui. Dans le cadre de la légalité, je viens de vous le dire, nous souhaitons vraiment que cela débouche mais pas en quelques mois : en quelques jours. Question : Il y a urgence ? Réponse : Il y a urgence, bien sûr. Question : Et ce serait pour préparer une intervention internationale, éventuellement ? Réponse : Je ne vous ai pas dit cela non plus. Je vous ai dit que seul un gouvernement d'union nationale peut recevoir le soutien politique, économique et sécuritaire de la communauté internationale. Mais la sécurité, la sécurisation de la Libye passent d'abord par les Libyens eux-mêmes. Question : La France a mené des vols de reconnaissance au-dessus de la Libye, dans quel but exactement ? Réponse : Vous permettrez que je ne réponde pas sur cette question. C'est sorti dans la presse, apparemment, des vols de renseignement peuvent avoir lieu. Question : L'option militaire serait-elle écartée en Libye, s'il y avait un gouvernement d'union nationale. Est-ce une chose à laquelle vous songez ? Réponse : Un gouvernement d'union nationale peut ensuite exprimer des demandes et les interventions ne peuvent être faites que dans un cadre légal. Donc, la première étape c'est d'abord la mise en place de ce gouvernement d'union nationale. Il faut que toutes les parties libyennes participent à cela. Nous souhaitons, nous en tout cas, que des sanctions puissent être prises si certains individus ou certains groupes s'y opposent. Ce gouvernement doit s'installer et ensuite, bien sûr, il n'est pas possible de laisser proliférer Daech en Libye. Question : Quelle importance accordez-vous à la Tunisie dans ce contexte et comment l'aider à renforcer sa sécurité tout en s'assurant que cette aide soit utilisée à bon escient ? Réponse : La Tunisie est confrontée à un problème de terrorisme aussi, d'attentats comme nous connaissons nous et que nous avons connus tout récemment à Paris. Ici, c'était le 24 novembre. La Tunisie est sur la voie d'une transition démocratique. Nous devons lui apporter tout le soutien politique possible pour lui permettre d'avancer. Question : Sur le plan sécuritaire, on parle de débloquer des fonds, encore, pour aider. Comment s'assurer que ces aides financières soient bien utilisées sur le terrain ? Réponse : Écoutez, la lettre d'intention qui a été signée avec Jean-Yves Le Drian à la demande du président de la République François Hollande prévoit, en tout cas, deux priorités : c'est la coopération au niveau des forces spéciales et puis au niveau du renseignement. Les clauses sont mises en place et, rassurez-vous, la France est vigilante à l'action et aux priorités qu'elle se donne. Question : Et concrètement, c'est davantage de formation, plutôt que d'injecter des fonds dans du matériel, etc. ? C'est venir former les Tunisiens ici ? Réponse : Tout passe à la fois par les équipements et par la formation. C'est aussi l'affaire des Tunisiens. Donc, la coopération que nous avons au niveau de la formation est quelque chose de prioritaire. Question : Les pays voisins de la Libye appellent à une coordination des efforts face au terrorisme. Comment faire en sorte que le renseignement et les autres actions soient davantage coordonnés dans la région ? Réponse : Écoutez, la France souhaite développer avec des pays du secteur des efforts de coopération au niveau du renseignement et nous y travaillons. Question : Comment penser la lutte antiterroriste et contre la radicalisation dans la région au-delà de cette réponse sécuritaire ? Est-ce que cela fait partie aussi de vos discussions ? Réponse : Je suis intervenu à la fin de la signature du texte d'aujourd'hui pour dire que la France souhaitait que l'an prochain, en 2016, le comité directeur de l'initiative 5+5 défense puisse faire des propositions sur la lutte contre la radicalisation qui touche tous les pays de la région. Question : Quelques pistes de réflexion ? Réponse : Non. Chacun y travaille. Bien sûr, la France y travaille aussi, mais nous avons là à conduire un gros travail de réflexion en commun. Question : Jean-Marc Todeschini, merci. Réponse : Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/219.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/219.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..682a6c7809b1b6c5008f23a0fccfa3ff09fb8200 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/219.txt @@ -0,0 +1 @@ +Question : Est-ce vous pourriez nous donner un aperçu du programme précis que vous avez aujourd'hui, des interlocuteurs que vous avez déjà rencontrés ou que vous devez rencontrer ? Réponse : Dans le cadre de mon déplacement ici pour l'initiative 5+5 défense, j'ai répondu aux sollicitations de rencontres bilatérales. J'ai donc rencontré la partie libyenne hier, j'ai rencontré le ministre de la Défense tunisien et je rencontrerai le ministre marocain tout à l'heure. L'objectif de ce voyage est d'exprimer d'abord la solidarité avec la Tunisie qui, comme nous, a été lourdement frappée. La lutte contre le terrorisme ne concerne pas que la Tunisie, la Libye, la Syrie et les pays environnants ; elle concerne aussi tous les pays représentés ce matin. Lutter contre le terrorisme et contre le djihadisme, c'est protéger nos populations, protéger nos pays. Ce dialogue, qui est un dialogue interne, n'est pas quelque chose qui aboutit à une action précise mais il permet tout simplement d'échanger, de dialoguer sur ce que nous souhaitons. Nous avons examiné le texte de la déclaration finale et je suis intervenu pour dire ce que la France pensait de la situation notamment en Libye. Je l'ai dit hier aussi aux représentants de la Libye, une partie du moins. L'urgence pour nous, le seul soutien qu'apporte la France aujourd'hui, c'est le soutien au travail de M. Kobler, représentant des Nations unies, pour aboutir très rapidement, dans les jours prochains, à un gouvernement d'union nationale en Libye. C'est la seule façon pour la communauté internationale d'apporter rapidement, dans la légalité, un soutien à la fois politique, humanitaire mais aussi sécuritaire aux Libyens. La mise en place d'un gouvernement central d'union nationale nous parait indispensable ; on ne peut plus attendre. C'est ce que nous avons dit à plusieurs, après l'intervention du représentant libyen. Question : Est-ce qu'il y a des décisions concrètes qui ont été prises dans le cadre de cette réunion à 10 pays ? Vous parlez d'une déclaration commune de ces 10 pays, qu'est-ce qu'il y dedans exactement ? Que peut cette instance qui regroupe les dix pays de Méditerranée occidentale dans la lutte contre le terrorisme ? Réponse : C'est simplement une instance de dialogue et de réflexion. J'ai demandé que pour 2016, le comité directeur nous fasse des propositions de lutte contre la radicalisation. Le président du Sénégal est intervenu au Sommet de la francophonie sur la radicalisation qui touche tous les pays africains et il est temps que nous ayons une réflexion commune sur ce sujet. Question : Sur l'aspect bilatéral, on sait que la Tunisie a un certain nombre de défis sécuritaires à relever et qu'elle a une coopération qui a plutôt tendance à s'accroitre avec ses alliés en Europe. Le ministre français de la Défense est venu il y a quelques semaines annoncer une enveloppe de 20 millions d'euros sur les deux prochaines années, notamment pour la formation mais aussi pour du matériel. Est-ce qu'il y a des choses qui ont été faites au cours des dernières semaines pour aider la Tunisie à renforcer sa sécurité, que ce soit de la surveillance des frontières, de l'armement ou de l'équipement ? Réponse : À la demande du président de la République François Hollande, le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian est effectivement venu début octobre et cela a donné lieu à une lettre d'intention avec deux priorités en matière de lutte contre le terrorisme qui passe par une coopération au niveau des forces spéciales et au niveau du renseignement. Sur les 20 millions que vous évoquez - un effort supplémentaire que la France s'engage à prendre sur les deux années qui viennent - 4 millions d'euros sont déjà engagés en fourniture de matériel. Question : Vous avez commencé à fournir du matériel, vous pouvez nous donner des exemples ? Réponse : Non. Question : 4 millions engagés depuis le mois d'octobre ? Réponse : Depuis la venue de Jean-Yves le Drian. Question : Volet coopération avec la Tunisie, vous avez mis en place une feuille de route. Quelles sont exactement les priorités de cette coopération ? Réponse : Je viens de vous le dire, c'est d'abord la formation des forces spéciales et ensuite c'est au niveau du renseignement. Il est important d'avancer sur ces deux terrains là en priorité mais d'autres pistes peuvent être envisagées. Question : Ce sont par exemple des gendarmes ou des policiers français qui viendront faire de la formation en Tunisie ? C'est déjà commencé ? Réponse : La coopération avec les forces spéciales c'est bien sûr une formation. Nous accueillons actuellement en France un officier au niveau du renseignement à Creil. Toute cette démarche, c'est l'encadrement, l'aide à la formation et nous répondons aux souhaits du gouvernement tunisien. Question : On sait que deux ressortissants français ont été expulsés vers la France alors qu'ils cherchaient à rejoindre la Libye et qu'il y a de plus en plus de djihadistes en Libye. Est-ce que vous avez évoqué cela dans votre entretien bilatéral ? Réponse : Vous me permettrez de ne pas répondre en détail sur les entretiens bilatéraux que je peux avoir avec les collègues ministres de la Défense mais nous évoquons les sujets qui concernent leu terrorisme, la radicalisation et le djihadisme. Bien sûr tous les sujets nous concernent et nous échangeons tout ce que nous pouvons échanger dans le cadre de nos discussions. Question : Est-ce que vous êtes inquiets que la Tunisie devienne un point de passage de djihadistes français pour rejoindre la Libye, comme c'est plus compliqué en ce moment de passer par la Turquie ? Réponse : Nous sommes inquiets que des Français puissent venir au nom du djihad combattre en Libye, comme ils l'ont fait en Syrie. Toutes les pistes sont surveillées et nous regardons de près par où ces personnes peuvent passer. Bien sûr, l'idéal serait de les interrompre avant. Question : Vous avez l'impression qu'un nouveau chemin s'ouvre par la Tunisie ? Réponse : Je ne vous ai dit pas cela. Question : En octobre dernier, le ministre français de la Défense a appelé la Tunisie à tenir une réunion sur la Libye avec les pays du voisinage. Est-ce que vous pouvez nous éclairer davantage sur cette question ? Réponse : Tout simplement, la lutte contre le terrorisme concerne bien entendu tous les pays de la zone. Des attentats peuvent avoir lieu en Tunisie mais la France n'est pas épargnée. Effectivement, il faut d'abord qu'il y ait un dialogue entre les États de la région et ensuite une coopération avec les pays européens. C'est le cas. Ces discussions nous permettent en tous cas de confronter notre travail, nos opinions et d'avancer ensuite dans des cadres de discussion et de coopération bilatérales. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/220.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/220.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9ba777dfb85ebe38bc7c47e6ddc369db8a82b9a1 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/220.txt @@ -0,0 +1 @@ +FRANCE. Premier ministre LEA SALAME Bonjour Manuel VALLS. MANUEL VALLS Bonjour Léa SALAME. LEA SALAME Lundi matin, il va se passer quoi ? MANUEL VALLS Tirons d'abord les leçons du scrutin, c'est normal, pour un lundi matin après un deuxième tour d'élections régionales, et puis nous poursuivrons le travail. Le travail est immense. D'abord, la lutte contre le terrorisme, parce que la menace est toujours présente, et ensuite, ça vient d'être dit, la priorité des priorités, la lutte pour l'emploi, la lutte pour la compétitivité de notre économie. LEA SALAME Nous tirons les enseignements de ce qui s'est passé, le FN va peut-être gagner une ou deux ou trois régions, peut-être pas du tout, et puis en fait tout reprendra son cours, c'est ce que vous nous dites, on oubliera que Marion MARECHAL LE PEN et que Marine LE PEN ont fait 40 %, on oubliera que le Front national était en tête au premier tour. Rien ne changera, comme après les européennes, comme après les municipales. On dit séisme, on dit choc, et puis rien ne change, ça sera le même Premier ministre qui fera la même politique. C'est ça ? MANUEL VALLS Je ne dirais pas les choses ainsi, ça c'est votre avis, c'est votre analyse, mais c'est tout le contraire, je crois, qu'il faut faire. LEA SALAME Vous allez changer de politique ? MANUEL VALLS Je n'ai cessé de le dire depuis des mois, notamment après les attentats du mois de janvier, il faut s'adresser aux Français différemment, les pratiques politiques doivent changer, les débats doivent être différents, il faut être en tout cas, pour résumer les choses d'une phrase, être à la hauteur des enjeux, bien sûr les enjeux économiques, et les choses sont difficiles, mais notre politique paie et paiera, parce qu'il faut redonner de la force et de la compétitivité à notre économie, et puis surtout parce que nous vivons avec cette menace terroriste, parce que nous sommes en guerre, parce que nous avons un ennemi, Daesh, l'Etat islamique, que nous devons combattre, et écraser, en Irak, en Syrie, et demain sans doute en Libye, parce que nous avons aujourd'hui des centaines, des milliers de jeunes, qui ont succombé dans cette radicalisation, nous devons être à la hauteur, encore une fois, des enjeux historiques que nous sommes en train de connaitre. Donc non, après une élection, une nouvelle fois, après les évènements que nous sommes en train de connaitre et de subir, il faut être à la hauteur de l'exigence et de l'attente des Français. LEA SALAME Donc, on n'entend pas les messages d'exaspération et de colère, et on garde la même politique. MANUEL VALLS J'entends depuis des années, les messages des Français. Il y a à la fois de la colère, beaucoup, de l'exaspération, parce que nous vivons avec un chômage de masse, pas depuis trois ans, depuis 30 ans. Parce qu'il y a… LEA SALAME Oui, mais en l'occurrence, depuis trois ans, 700 000 chômeurs de plus. MANUEL VALLS Parce qu'il y a de la misère et de la précarité, mais nous devons répondre aussi à une autre attente et une autre demande, qui me parait être toute aussi importante aujourd'hui, puisque dans le vote pour l'extrême droite, il y a aussi, souvent, cette demande. C'est quoi aujourd'hui être Français ? Quel est le projet pour la France ? Est-ce que nous devons succomber au déclinisme ambiant ? Aux peurs qu'agite l'extrême droite, peur face au terrorisme, peur face à l'islam, peur face à l'immigration, peu face aux réfugiés ? Ou au contraire, est-ce que nous pouvons être fiers de notre pays ? Est-ce que nous pouvons, au fond, nous dire que la France est un grand pays ? Cinquième puissance économique mondiale, deuxième puissance économique de l'Union européenne, qui compte dans le monde… LEA SALAME Oui, mais ça, ils ne l'entendent pas, les électeurs du Front national ils entendent pas votre message. MANUEL VALLS Qui compte dans le monde par ses armées et par sa diplomatie, sa langue et sa culture. Mais moi, j'ai envie aussi… LEA SALAME Ils voient les 40 000 chômeurs de plus le mois dernier... MANUEL VALLS Mais moi aussi… LEA SALAME … Les 700 000 chômeurs de plus depuis que vous êtes au pouvoir… MANUEL VALLS Moi aussi j'ai envie… LEA SALAME Et ils se disent, la France, cinquième puissance, elle n'est pas capable d'inverser la courbe du chômage. MANUEL VALLS Moi aussi j'ai envie de dire que je suis fier d'être Français et fier de mon pays et que nous pouvons ensemble nous en sortir. Pourquoi nous sommes à un moment historique ? Parce qu'au fond il y a deux options pour notre pays. Il y a une option qui est celle de l'Extrême droite, qui au fond prône la division, et cette division elle peut conduire à la guerre civile, et il y a une autre vision qui est celle de la République est des valeurs, qui est le rassemblement, pour sortir des difficultés que nous pouvons avoir. Nous avons de grandes entreprises, des PME qui réussissent, un secteur de l'innovation et de la recherche qui est reconnu partout, des Prix Nobel dans différents secteurs. Donc je n'ignore rien, Léa SALAME, rien, des difficultés de mes compatriotes, je suis moi-même élu d'une circonscription populaire, je connais la souffrance de beaucoup de nos compatriotes, mais ça n'est pas uniquement, en parlant de ses souffrances, que nous pourrons avancer, en les exploitant, mais c'est en apportant des réponses, et ces réponses, nous devons les apporter, pas lundi, d'abord, mais d'ici dimanche, notamment dans les régions où la gauche peut l'emporter, et il y a neuf régions sur douze dans l'Hexagone, quatre régions dans les Outremers, plus la Corse, où la gauche rassemblée et unie peut l'emporter. On n'en parle pas assez, mais c'est ça aussi qui se joue dimanche, parce que je souhaite qu'entre l'Etat et la région, et les régions, nous pouvons, nous puissions travailler ensemble, sur la formation, l'apprentissage, les transports. LEA SALAME Manuel VALLS, je vous ai entendu dire à l'instant « les pratiques politiques doivent changer ». Claude BARTOLONE, quand il dit que Valérie PECRESSE « défend la race blanche », est-ce que c'est une pratique politique qui a changé ou est-ce que c'est de la vieille politique, des vieilles ficelles ? MANUEL VALLS Les pratiques politiques doivent changer, donc moi je ne réponds plus à ce genre de question. LEA SALAME Eh bien pourtant je vous la pose la question, parce qu'elle fait la Une de tous les journaux aujourd'hui. MANUEL VALLS Oui, mais précisément, le buzz, comme vous dites ou comme on dit… LEA SALAME C'est pas le buzz. MANUEL VALLS … C'est en permanence là. Donc, écoutez, Claude BARTOLONE a un projet pour l'Ile-de-France, pour les transports, pour les lycées, pour la jeunesse, pour les quartiers, pour l'environnement, pour la culture, et c'est ça qui m'intéresse, et c'est ça… LEA SALAME Tous les coups sont permis en politique ? MANUEL VALLS … Et c'est ça qui doit intéresser. Claude BARTOLONE a été, depuis des mois, attaqué par ses adversaires. Il a un projet, et ce projet, en plus, vise à ressembler cette région Ile-de-France et non pas à la diviser. Il a rassemblé la gauche, il doit aujourd'hui rassembler Les Républicains, les démocrates de progrès, les centristes qui sont bien perdus aujourd'hui, dans une droite qui malheureusement court trop souvent derrière l'extrême droite, donc moi je fais confiance, et c'est ça qui m'intéresse, à Claude BARTOLONE, pour porter un beau projet pour l'Ile-de-France. LEA SALAME Valérie PECRESSE défend la race blanche ? MANUEL VALLS Mais non, mais c'est… LEA SALAME Alors, pourquoi il le dit ? MANUEL VALLS Franchement, mais encore une fois, si je rentre moi dans ce débat, qui suis chef de la majorité, dans un moment important pour notre pays, dans un moment historique, parce que je suis moi-même élu francilien, élu d'Evry, parce que je sais combien ça compte par exemple, le Passe Navigo, c'est-à-dire le fait qu'on soit au centre de Paris, ou au fin-fond de la région Ile-de-France, notamment dans l'Essonne, on a exactement… LEA SALAME Mais vous, pour qui les mots sont importants… MANUEL VALLS On a exactement le même prix, et que la droite veut défaire. Moi c'est ça qui m'intéresse et pas être toujours dans le commentaire d'une petite phrase, donc je ne commenterai pas. LEA SALAME Qu'est-ce que vous dites à l'électeur de gauche qui dit « Moi je ne peux pas aller voter ESTROSI, RICHERT, ou BERTRAND, je ne peux pas, j'y arriverai pas, je resterai chez moi dimanche » ? MANUEL VALLS Je suis convaincu qu'il y arrivera. Moi, je comprends que les élus, les militants et les sympathisants ont pris un choix difficile, que ça soit donc compliqué, pour eux, mais, Pierre de SAINTIGNON, ou Christophe CASTANER, c'est-à-dire nos chefs de file en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, ou dans la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, ont pris des choix courageux dimanche soir, et au fond, ce qui se joue, c'est quand même une certaine idée de la France, c'est quand même l'avenir de la République dans ces régions, mais pas seulement, c'est l'avenir aussi économique de ces régions. Si l'extrême droite l'emportait dans le Nord-Pas-de-Calais, dans le Grand-est ou en PACA, mais aussi, ne l'oublions pas, en Franche-Comté-Bourgogne, et là c'est Marie-Guite DUFAY, la présidente sortante de Franche-Comté… LEA SALAME Qu'est-ce qui se passerait si elle l'emportait ? MANUEL VALLS … Qui rassemble la gauche et qui est la seule qui puisse battre l'extrême droite dans cette région. N'oublions pas cette région, et j'en appelle, moi, à tous les électeurs, venez voter et venez voter pour la République. LEA SALAME Qu'est-ce qui se passerait s'il m'emportait ? MANUEL VALLS Si l'extrême droite l'emportait ? LEA SALAME Oui. MANUEL VALLS Mais enfin, écoutez, l'image de ces régions serait détruite. Beaucoup d'entreprises partiraient, on supprimerait en plus des projets et des programmes, là pour les femmes, je pense au planning familial, là le soutien à un certain nombre de projets pour le lycée, puisque c'est la compétence des lycées, donc c'est ça aussi ce que cela voudrait dire. Et pour tous ceux qui aujourd'hui sont tentés par le vote extrême, parce qu'ils en ont assez, je leur dis que, pour ces petits retraités, ces ouvriers, ces citoyens qui sont dans la précarité, cette jeunesse qui ne voit pas l'avenir, mais ça serait un désastre, ça serait pire. Le programme du Front national c'est la division et en plus il ne s'adresse pas à eux. LEA SALAME Marine LE PEN vous a nommément mis en cause hier, à plusieurs reprises, dans son dernier meeting, vous accusant d'orchestrer une campagne de diffamation d'Etat, « Manuel VALLS qui s'est auto-promu au rang de directeur de campagne de l'UMP ». MANUEL VALLS Mais, l'extrême droite, qui au fond est dans l'arnaque, parce que son projet c'est une arnaque, trompe les gens, qui est toujours dans l'outrance, qui tient des propos insupportables. Regardez cette vidéo qui a tourné, sur Christian ESTROSI, commencée par Jean-Marie LE PEN. Le clan LE PEN, qui en plus est poursuivi par la justice, un parti qui est mis en examen, des leaders qui sont mis en examen et qui voudraient… LEA SALAME 40 % des Français votent pour une arnaque ? MANUEL VALLS Oui. LEA SALAME Oui ? MANUEL VALLS Oui, oui, il faut leur dire… LEA SALAME Ils volent pour une arnaque ? MANUEL VALLS Les Français qui font ce choix, bien sûr, je les respecte. Parce que quand il y a un vote de colère, il faut l'entendre, mais ils votent pour un parti, antisémite, raciste, qui n'aime pas la République, qui n'aime pas l'histoire de notre pays, en tout cas son histoire la plus belle, la grandeur, qui puise son fonds idéologique dans les pires moments de notre histoire, et qui en plus trompe les Français, qui ruinerait le pays, la sortie de l'euro, la sortie… LEA SALAME La diabolisation, ça marche encore ? MANUEL VALLS La sortie… Mais les valeurs, chère madame, jusqu'au bout… LEA SALAME Parti antisémite, raciste, tout ça… MANUEL VALLS Et ben c'est le cas… LEA SALAME Les fachos… MANUEL VALLS Et on ne le dirait pas, parce que, madame, on ne l'a pas dit, parce qu'on ne s'est pas occupé de monsieur Dieudonné, parce qu'on a laissé passer les paroles antisémites et racistes, il faudrait aujourd'hui laisser passer les paroles contre les musulmans de France ? Moi je veux que l'Etat et la République… LEA SALAME Pourquoi vous ne l'interdisez pas ? Pourquoi vous ne saisissez par l'article L 212 du code de la sécurité intérieure et vous interdisez le Front national ? MANUEL VALLS Mais je me permets de vous dire que les dirigeants du Front national ont été souvent poursuivis et condamnés pour des propos. Mais moi, ce que je souhaite, c'est convaincre d'abord les électeurs, à la fois de voter contre le Front national, mais de voter pour la République et pour la gauche qui représente le progrès. LEA SALAME Merci Manuel VALLS. PATRICK COHEN Merci à vous, Léa SALAME, et Manuel VALLS on vous retrouve tout à l'heure, 08h20, avec d'autres questions, d'autres sujets, on va parler de l'application de l'état d'urgence, des assignations à résidence, et puis les questions des auditeurs de France Inter, juste après la Revue de presse. PATRICK COHEN Le Premier ministre avec nous ce matin, Manuel VALLS. D'abord dernière nouvelle du Bourget, l'accord sur le climat est-il à portée de main, pourquoi avoir repoussé l'échéance à demain matin ? MANUEL VALLS Parce qu'il faut arriver à un compromise et à un compromise exigeant, ce qui se joue c'est tout de même l'avenir de la planète, l'avenir de l'humanité. PATRICK COHEN Mais il sera exigeant ? MANUEL VALLS Il sera exigeant, je n'en doute pas, notamment sur les objectifs que nous nous donnons, les 2 % - voire moins pour éviter ce réchauffement climatique. PATRICK COHEN Les financements, c'est compliqué ? MANUEL VALLS Mais c'est forcément compliqué, puisqu'il y a beaucoup d'exigences et qu'il faut à la fois que les pays riches, les pays développés, s'engagent, mais il faut trouver aussi les financements, les transferts de technologies, le soutien aux pays du sud et notamment à l'Afrique. Mais je pense que grâce au travail de la diplomatie française, grâce à l'engagement du président de la République, de Laurent FABIUS et de Ségolène ROYAL, nous trouverons un bon compromis. PATRICK COHEN Vous êtes confiant, les nouvelles sont bonnes ? MANUEL VALLS Je suis confiant bien sûr. PATRICK COHEN Près d'un mois après les attentats de Paris la France vit toujours dans un régime d'exception, un état d'urgence qui a facilité le travail de la police, qui a permis des perquisitions, des saisies d'armes à feu, mais aussi des assignations à résidence qui posent questions, le Conseil d'Etat aura à se prononcer aujourd'hui sur certaines d'entre elles - celles de sept militants écologistes enfermées chez eux jusqu'à la fin de la COP21 comment justifiez de telles mesures, Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Il y a eu 2.575 perquisitions administratives depuis le 14 novembre qui ont donné lieu, je veux le rappeler tout de même, à 311 interpellations, 273 gardes à vue, 453 procédures judiciaires, la saisie de 403 armes - dont 39 armes de guerre et 202 découvertes de produits stupéfiants, parce qu'il y a vous le savez un lien entre la criminalité organisée et le terrorisme ; Et puis il y a eu, oui, 354 assignations à résidence, parce que c'est aussi un moyen de mettre de côté des individus qui peuvent être dangereux pour l'Etat et pour l'intérêt général… PATRICK COHEN Dangereux peut-être, enfin on ne sait pas, mais sans aucun rapport avec les actes terroristes de Paris et donc avec l'instauration l'état d'urgence ? MANUEL VALLS Mais jusqu'à maintenant le tribunal administratif, qui avait été saisi pour sept personnes sur 354, sept personnes sur 354… PATRICK COHEN Oui c'est bien de celles-là dont je vous parle, oui. MANUEL VALLS J'ai bien compris, le tribunal administratif a débouté ces demandes, le Conseil d'Etat… PATRICK COHEN Sans les examiner au fond ? MANUEL VALLS Le Conseil d'Etat a été saisi, attendons sereinement la décision du Conseil d'Etat. PATRICK COHEN Bon ! Donc des militants, pas des terroristes, des militants enfermés chez eux avec obligation de pointer trois fois par jour au commissariat ça ne vous choque pas, ce n'est pas une forme d'arbitraire ? MANUEL VALLS Non ce n'était pas des militants écologistes, le ministre de l'Intérieur Bernard CAZENEUVE a déjà eu l’occasion de l'expliquer à de maintes reprises, ce sont… PATRICK COHEN En tout cas ce n'est pas des terroristes ? MANUEL VALLS Ce sont des militants qui pouvaient représenter un vrai problème par rapport à l'ordre public. Dans ces moments-là il n'y a pas que la question de la lutte contre le terrorisme qui est posée mais il y a aussi la question du maintien de l'ordre public, attendons sereinement la décision du Conseil d'Etat. PATRICK COHEN La réforme constitutionnelle que vous avez présentée, dans cette réforme les mesures d'exception, ces mesures d'exception, pourraient être prolongées jusqu'à six mois après la fin de l'état d'urgence, pour quelles raisons ? MANUEL VALLS Nous vivons avec une menace terroriste et nous allons vivre avec cette menace terroriste, c'est lié au contexte géopolitique, à ce qui se passe en Syrie, en Irak, en Libye - et pas seulement je pense aussi à l'Afghanistan ou au Pakistan, les turbulences, les mouvements au sein du monde arabo-musulman, les questions qui sont posées au sein de l'Islam dans le monde entier, la force et la puissance malheureusement de ces organisations terroristes je pense aux puissances financières et militaires le fait que dans ces régions du Levant le conflit, la confrontation entre Chiites et Sunnites soit aussi forte, tout cela m'amène et nous amène à penser que nous allons vivre avec cette menace terroriste. Le fait, je le disais tout à l'heure à Léa SALAME, qu'il y ait plusieurs centaines voire plusieurs milliers - d'individus qui ont succombé dans cette radicalisation, dans cette islamisme radical, représente aussi un véritable danger, donc nous allons vivre avec cette menace terroriste. Je le dis… PATRICK COHEN Mais Prolonger cet état d'urgence et prolonger les mesures d'exception ça veut dire que l'état de droit n'est pas assez fort, n'est pas assez solide pour répondre à cette menace terroriste ? MANUEL VALLS Je le dis depuis des mois et je le dis à mes compatriotes, il faut vivre et en même temps apprendre à vivre avec cette menace terroriste. Mais l'état d'urgence c'est l'état de droit, c'est un principe, c'est un principe de droit que nous voulons d'ailleurs constitutionnaliser pour faire en sorte que précisément que précisément l'état d'urgence mesure d'exception soit davantage encadré par notre droit… PATRICK COHEN Ah, c'est l’état de droit ou c'est l'état d'exception ? MANUEL VALLS C'est l'état de droit et l'état d'urgence, l'état d'urgence n'est pas contraire au droit, l'état d'urgence n'est pas contraire au droit… PATRICK COHEN Certes. MANUEL VALLS Et parce que nous voulons le consolider, face à cette menace, face à l'attaque surtout que nous avons subie il y a un peu plus de trois semaines 130 morts, des centaines et des milliers de blessés que je ne veux pas oublier, une menace constante nous voulons consolider dans notre droit fondamental dans la Constitution l'état d'urgence. Le texte est aujourd'hui au Conseil d'Etat pour examen, il pourrait être vous le savez examiner et adopter par le conseil des ministres dans quelques jours, nous attendons… PATRICK COHEN Le 23 décembre ? MANUEL VALLS Le 23 décembre, nous attendons l'avis du Conseil d'Etat avant de transmettre ce texte pour débat pour bien sûr à l'Assemblée et au Sénat. PATRICK COHEN Dans ce projet de réforme il y a un point très contesté, à gauche et au PS, c'est la déchéance de nationalité pour les binationaux, nés Français, condamnés pour terrorisme. Alors, il y a une question de principe, mais il y a aussi, d'abord, une question d'efficacité. A quoi ça sert ? Quel peut être l'effet dissuasif ou répressif d'une déchéance de nationalité sur des djihadistes décidés à passer à l'acte ? MANUEL VALLS Je rappelle qu'il y a eu déjà un certain nombre de déchéances de nationalité pour les Français bionationaux qui ne sont pas nés français, et qui peuvent être ainsi expulsés. Ça c'est la mesure d'efficacité. Le président de la République, ou moi-même, nous n'avons jamais dit que c'était l'arme absolue pour lutter contre le terrorisme, ça, c'est l'Etat de droit, c'est l'engagement de la police, c'est l'engagement aussi de la justice, et nous préparons aussi des dispositifs, avec Christiane TAUBIRA, pour donner plus de pouvoirs au Parquet antiterroriste, et aux juges antiterroristes, parce qu'il faut là aussi gagner à chaque fois en efficacité, mais là, oui, c'est une mesure symbolique. Mais attendons également, mesure symbolique… PATRICK COHEN Mais ça peut décourager qui que ce soit ? MANUEL VALLS Mais, ce n'est pas une question de découragement… PATRICK COHEN Si. MANUEL VALLS Non, c'est une mesure symbolique. Quand des Français… PATRICK COHEN Justement. MANUEL VALLS Quand des Français prennent les armes contre d'autres Français, prônant la haine de la France, brûlant, d'ailleurs, le passeport, reniant tout ce que nous sommes, l'Etat, la République, peuvent être amenés à prendre un certain nombre de mesures, qui sont à la fois symboliques et concrètes. Nous le faisons bien pour des Français qui ont la double nationalité mais qui ne sont pas nés Français, cela pourrait s'appliquer aussi à ceux qui sont nés Français, le texte est aujourd'hui, là également pour examen, au Conseil d'Etat, et en fonction de l'avis du Conseil d'Etat, nous serons amenés à prendre un certain nombre de décisions. PATRICK COHEN C'est une mesure symbolique qui pourrait avoir un avoir concret, c'est-à-dire empêcher le retour de certains individus, et donc le fait qu'ils soient en liberté au Proche-Orient plutôt qu'enfermés en prison en France. MANUEL VALLS Mais nous prendrons aussi des dispositifs, mais qui là ne seront pas d'ordre constitutionnel, pour ceux, en effet, qui veulent revenir en France, en nous appuyant sur des dispositifs qui ont été mis en place, par exemple en Grande-Bretagne. Il faut utiliser, Patrick COHEN, tous les moyens qui sont à notre disposition, sous contrôle du Parlement, pour l'état d'urgence, je veux le rappeler, il n'y a jamais eu un contrôle aussi précis du Sénat et de l'Assemblée sur l'action de l'Exécutif, et ça me paraît être une bonne chose, parce que, la démocratie, l'Etat de droit, sont aussi des armes contre le terrorisme et contre le totalitarisme qui s'en prend à la démocratie et à nos libertés. PATRICK COHEN Sur les déchéances de nationalité, en tout cas, vous entendez les protestations de la gauche, et même des leaders de gauche. Jean-Christophe CAMBADELIS qui dit lui-même que ce n'est pas une idée de gauche mais qu'elle a été annoncée par François HOLLANDE pour faire plaisir à la droite, pour être dans l'esprit de l'unité nationale après les attentats de Paris, du 13 novembre. MANUEL VALLS Je ne le crois pas, et moi je regarde aussi ce qu'en pensent mes compatriotes, quel que soit leur vote, quelle que soit leur pensée politique. Que la question qui soit posée, c'est que des Français qui tuent d'autres Français, qui s'en prennent à leurs propres compatriotes, Français, qui sont nés Français, ou qui ont acquis la nationalité française, décident ces actes odieux, par des actes terroristes, et au nom d'une idéologie totalitaire, que la question de la déchéance de nationalité se pose, moi ça le paraît tout à fait légitime. PATRICK COHEN Manuel VALLS invité de France Inter, on vous retrouve dans quelques minutes avec les questions des auditeurs de France Inter HELENE JOUAN Ce matin, reportage dans La Croix sur l'inquiétude des musulmans américains après les dernières saillies de TRUMP qui veut interdire l'entrée des musulmans aux Etats-Unis. Il pourrait être le candidat du Parti républicain et pourquoi pas être élu président. « Quand je l'ai entendu, raconte James YEE, ex-capitaine dans l'armée et musulmans, je me suis immédiatement demandé comment ça allait affecter des gens comme moi. PATRICK COHEN Vous commencez à prendre l'histoire au sérieux Manuel VALLS ? MANUEL VALLS L'histoire, il faut toujours la prendre au sérieux… PATRICK COHEN Non mais l'histoire… MANUEL VALLS D'abord celle avec un grand H parce qu'elle peut être tragique et nous la prenons. Mais il faut faire évidemment très attention parce que les sondages le donnent gagnant, en tout cas dans le camp républicain… HELENE JOUAN 35 % aujourd'hui disent-ils. MANUEL VALLS Et parce que le rejet de l'islam, le rejet des musulmans, la stigmatisation des musulmans, nous la retrouvons aux Etats-Unis de manière outrancière, scandaleuse, insupportable, mais nous la retrouvons aussi en Europe. C'est une grande explication de la montée des populismes et bien sûr en France, les propos de l'extrême-droite en France ne sont pas… Sont peut-être plus policés mais ils ne sont pas très éloignés de ceux de Donald TRUMP. Quand on considère que les musulmans, comme le fait madame Marion MARECHAL LE PEN, sont des citoyens de seconde zone. (…) HELENE JOUAN Alors vous avez refusé tout à l'heure Manuel VALLS de commenter et de condamner les propos de Claude BARTOLONE. Le Figaro rappelle que vous disiez pourtant, il y a quelques jours à Evry : il faut une force morale nouvelle, il faut être capable de nous sublimer, de nous dépasser sur le plan politique, on ne peut plus être dans le buzz, le dégommage. Pour sûr pour le coup que vous ayez été entendu au moins par Claude BARTOLONE. PATRICK COHEN Oui, Claude BARTOLONE qui à l'instant indique sur iTélé qu'il n'enlève aucun des mots prononcés à l'égard de Valérie PECRESSE. (…) HELENE JOUAN On ne parle pas du tout de cela mais de la fameuse TVA sur les tampons et les serviettes hygiéniques qui, après moults débats, devrait être ramenée à 5,5 % contre 20. Le Parisien qui nous raconte comment ce combat pour la reconnaissance de ces produits d'hygiène féminine comme produits de première nécessité est devenu un combat mondial en 2015, de Montréal à Londres et bientôt à Berlin et à Rome. PATRICK COHEN Manuel VALLS, vous nous confirmez cet arbitrage ? MANUEL VALLS Oui, absolument, le Parlement souhaite baisser ce taux, le gouvernement ne s'y opposera pas, c'est une mesure de bon sens. PATRICK COHEN Ne s'y oppose plus parce que vous vous y êtes opposé, on s'en souvient… MANUEL VALLS Ne s'y opposera pas, ne s'y opposera plus, c'est une mesure de bon sens, ça fait partie du dialogue avec le Parlement. J'ai bien compris que c'était un problème… HELENE JOUAN Et avec les femmes. MANUEL VALLS Mondial. PATRICK COHEN Et qui coûte de l'argent. MANUEL VALLS 50 millions d'euros, je vous le confirme. PATRICK COHEN Donc vous avez trouvé l'argent pour financer la mesure ! MANUEL VALLS Nous avons trouvé cet argent pour financer cette mesure. (…) PATRICK COHEN Vous intervenez au 01.45.24.7000. Anne-Sophie nous appelle des Bouches-du-Rhône, bonjour. ANNE-SOPHIE Oui, bonjour, bonjour monsieur le Premier ministre. PATRICK COHEN Nous vous écoutons. MANUEL VALLS Bonjour madame. ANNE-SOPHIE Monsieur le Premier ministre, bonjour à Patrick COHEN. Voilà ! Monsieur le Premier ministre un constat, je suis électrice de gauche depuis toujours, j'ai bientôt 37 ans, j'habite donc les Bouches-du-Rhône et là dimanche, je vais aller voter Christian ESTROSI, ça ne m'enthousiasme pas mais je le ferai sans trop d'état d'âme parce que je suis foncièrement antiraciste et je le serai toujours. Simplement, force est de constater qu'en 2002 j'ai voté Jacques CHIRAC, voilà, à peu près pour les mêmes raisons. Très sincèrement aujourd'hui j'ai un peu comme beaucoup d'électeurs de gauche je crois le sentiment d'être un peu le dindon de la farce électorale, puisque nous on fait appel à notre civisme, à notre bon sens électoral et on va voter contre le FN. Simplement depuis quelques années, déjà en 2002 comme je le disais, on est de plus en plus amené à voter contre le FN, nous électeurs de gauche. Or on a bien entendu les électeurs du FN, ils ont vote contestataire, ils votent contre le gouvernement, contre le système, etc. Moi j'ai l'impression que les choses s'inversent, que le vote FN est un vote d'adhésion et que le vote des électeurs de gauche est de plus en plus un vote contre le FN. Ca ne suffit plus si vous voulez, ça ne me satisfait pas et ma question c'est : qu'est-ce qu'on peut faire, qu'est-ce que vous, je dis vous élus de gauche, pouvez faire pour contrer ce Front national, pas simplement en faisant appel au front républicain, mais aussi… on aimerait une vraie politique de gauche sur le thème de l'éducation, de la santé, du respect d'autrui et du respect d'autrui sous toutes ses formes, parce que ça c'est aussi ce que le FN rejette puisque pour eux il y a des citoyens de seconde zone, etc. Et par ailleurs, j'aurai aussi voulu avoir votre sentiment même si j'ai une idée de la réponse sur le fameux « ni ni », encore une fois prôné par Nicolas SARKOZY et qui moi évidemment en tant que citoyenne me choque énormément, puisqu'on revoit un petit peu l'extrême-droite et la gauche pas tout à fait sur le même niveau mais quasiment, parce qu'on n'appelle jamais du côté de la droite à voter contre le Front national, c'est-à-dire du côté des élus de gauche quand la situation se présente. Voilà, je vous remercie. PATRICK COHEN Merci, merci beaucoup Anne-Sophie pour cette question. Manuel VALLS. MANUEL VALLS Merci madame pour votre émotion, pour votre sincérité, pour votre engagement. Je rappelle simplement que sur les 13 régions métropolitaines, cette question est posée uniquement même si c'est beaucoup et je vois l'enjeu dans 3 régions. Dans les 10 autres régions, en Corse et dans 9 autres régions dans l'Hexagone, la gauche est présente, elle porte un projet pour les régions : gratuité des transports scolaires, garantie de formation pour les chômeurs et les salariés en reconversion, gratuité… PATRICK COHEN Manuel VALLS, c'est la première fois depuis 2002 que dans un scrutin de cette ampleur, des électeurs auront le choix partout de voter pour le Front national… MANUEL VALLS Oui… PATRICK COHEN Et pas pour la gauche. MANUEL VALLS Oui mais parfois quand on entend les débats, on a le sentiment qu'il n'y a que 3 régions et que ce seul choix est posé aux électeurs de gauche. Dans 10 régions, et je ne parle pas des régions d'outre-mer, dans 10 régions, en Corse et dans 9 régions dans notre Hexagone, la question c'est entre la droite qui ne choisit pas, j'y reviendrai, l'extrême-droite qui peut l'emporter par exemple (et j'y reviens) en Franche-Comté-Bourgogne et la gauche qui est unie et qui porte ce projet de progrès avec comme priorité parce que les régions ont un rôle important à jouer l'éducation dans les lycées et la formation. Donc là les électeurs de gauche, ils peuvent choisir et notamment ils peuvent choisir vis-à-vis d'une droite, je pense par exemple à monsieur WAUQUIEZ en Rhône-Alpes Auvergne qui court derrière l'extrême-droite. Ils peuvent choisir par rapport à une droite, celle de Nicolas SARKOZY qui est incapable de choisir. L'honneur de la politique, c'est de pouvoir choisir. Moi, j'aurai rêvé que Nicolas SARKOZY soit à la hauteur du nom de son parti, Les Républicains. En renvoyant votre auditrice, je viens de le rappeler, dos à dos la gauche et l'extrême-droite, il se trompe. Et nous, nous assumons nos choix comme cette électrice, qui n'hésite pas même si c’est difficile à voter pour la République dans le Sud, et ça sera pareil dans le Nord et dans l'Est. Et c'est comme ça qu'on donne aussi ses lettres de noblesse à la vie politique. En politique il faut choisir… PATRICK COHEN Vous venez de fustiger… MANUEL VALLS Nicolas SARKOZY n'est pas à la hauteur des enjeux en ne choisissant pas. Et moi, j'appelle tous les électeurs de gauche à voter dimanche prochain, mais tous les électeurs républicains, tous ceux qui aiment la France, ses valeurs, la République. Parce que dans ces régions se joue une grande partie de l'avenir de notre pays et dans l'immense majorité des régions, c'est la gauche rassemblée qui porte cette idée de la République. PATRICK COHEN Vous venez de fustiger Laurent WAUQUIEZ en Rhône-Alpes Auvergne, son discours est si différent de celui de Christian ESTROSI en PACA Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Il n'est pas confronté à l'extrême-droite. Si la question s'était posée en Rhône-Alpes Auvergne, nous n'aurions pas hésité non plus parce que je fais… PATRICK COHEN Voter pour Laurent WAUQUIEZ ! MANUEL VALLS Je fais une différence entre la droite et l'extrême-droite. Mais si l'extrême-droite progresse aussi et pas seulement, parce que j'entends bien encore une fois toutes les analyses sur l'exaspération, la souffrance des Français sur les crises identitaires que nous connaissons. Mais oui ! Une grande partie de la droite, pas toute, court derrière l'extrême-droite sur ces propositions et c'est ça qui entretient de la confusion. Et quand il y a cette confusion, on choisit toujours l'original, en l'occurrence l'extrême-droite. Mais en Rhône-Alpes Auvergne, c'est Jean-Jack QUEYRANNE, le président sortant de la région Rhône-Alpes avec toute la gauche rassemblée qui porte les valeurs de la République et de progrès. PATRICK COHEN Alain nous appelle de Lorraine je crois, de Lorraine ou d'Alsace Alain, bonjour ! ALAIN Bonjour, non, non, j'appelle de la Marine… PATRICK COHEN Ah ! La Marne. ALAIN Je suis maire PS d'une ville à côté de Reims, de Bétheny, une ville de 6.500 habitants. Et comme tout maire, j'ai reçu les bulletins de vote pour dimanche et à mon grand étonnement, j'ai vu que sur la liste de monsieur MASSERET, il y avait encore le logo PS, que sur les affiches le logo PS est toujours utilisé. Et pas mal de militants de gauche viennent me voir en me disant : mais on ne comprend pas, d'un côté on nous dit « surtout il faut avoir ce front républicain et j'en suis tout à fait d'accord pour que le Front national ne passe pas ; et d'un autre côté le PS continue à soutenir monsieur MASSERET. Donc qu'est-ce que l'on fait dimanche, pour nous ce n'est pas clair, il y a deux discours du PS. Donc j'aurai aimé avoir un éclaircissement de notre Premier ministre pour savoir exactement quelle était la position du PS, est-ce qu'on était bien d'accord pour faire barrage au Front national et dans ces cas-là, pourquoi y a-t-il des bulletins de vote et des affiches de monsieur MASSERET avec toujours le sigle du Parti socialiste. Voilà. PATRICK COHEN Merci Alain, Manuel VALLS. MANUEL VALLS Tous les maires, tous les élus, je pense aux maires de Strasbourg, de Metz, de Verdun, le maire que nous venons d'entendre, quelle que soit la taille de la ville sont rassemblés, ils l'ont dit encore hier soir pour que la République, ses valeurs l'emportent dans cette région face à l'extrême droite. Le Parti socialiste par la voix de Jean-Christophe CAMBADELIS a été très clair, le Parti socialiste ne soutient pas Jean-Pierre MASSERET et ceux qui l'ont suivi dans cette aventure. Il utilise malheureusement le logo du Parti socialiste mais le logo du Parti socialiste, les valeurs du Parti socialiste, on ne les met pas sur une affiche, on les porte dans son coeur. Et quand on est face à l'extrême-droite, on n'hésite pas. PATRICK COHEN Les réseaux sociaux, Hélène ROUSSEL. HELENE ROUSSEL Beaucoup de réactions à propos de l'état d'urgence, autre sujet les assignations à résidence, un moyen de mettre de côté des gens qui peuvent être dangereux, avez-vous dit. Comme les écolos par exemple, tweete Mara, évoque des envies de lancer des tomates pourries, leur prendrait ; ou alors j'ai du mal à voir en quoi des maraichers bios en Dordogne représentent un trouble à l'ordre public, tweete Drimar 87 ; et Julien VAUDEL (lui) voudrait revenir sur le fait que Marine LE PEN fait des musulmans des Français de seconde zone, ok ! Mais la déchéance de la nationalité pour les binationaux ne fait-elle pas d'eux des secondes zones également. MANUEL VALLS C'est insupportable comme propos. Comment peut-on comparer ainsi l'action de l'Etat, le travail de la police et de la gendarmerie pour mettre de côté, mettre hors d'état de nuire ceux qui peuvent représenter un danger pour l'Etat de droit et pour l'ordre public. Vous oubliez qu'il y a eu 130 morts, vous oubliez qu'il y a eu des blessés qui aujourd'hui souffrent encore dans leur chair, et l'Etat resterait passif, n'agirait pas, non. Si le président de la République a décidé de l'état d'urgence, et cet état d'urgence il dure 3 mois et nous verrons – c'était la question que vous me posiez tout à l'heure – nous verrons dans quelles conditions il devra être prolongé en fonction de la menace. Et la réforme de la Constitution que nous préparons permettra, je l'espère, une sortie de cet état d'urgence si cela s'impose. Mais face à la menace terroriste, il ne faut pas hésiter. Nous le faisons dans le cadre de l'état de droit, sous contrôle du Parlement et avec les recours possibles. Et je n'admettrai jamais, mais jamais je vous le dis qu'on puisse comparer les propos stigmatisants de monsieur TRUMP ou de madame LE PEN à l'égard des musulmans et ce que nous pensons, ce qu'il faut faire en matière de déchéance de la nationalité. C'est précisément ce genre de confusion et de propos qui abaisse le débat politique et qui permet à l'extrême-droite de prospérer. PATRICK COHEN Pour bien comprendre Manuel VALLS, l'état d'urgence tel qu'il est instauré aujourd'hui, il court jusqu'en février ! MANUEL VALLS Fin février, absolument. PATRICK COHEN Et vous envisagez de le prolonger ensuite ! MANUEL VALLS Nous verrons, nous discutons tous les 15 jours avec l'ensemble des responsables des groupes parlementaires de l'Assemblée et du Sénat, les présidents des commissions concernées, les présidents de deux assemblées Claude BARTOLONE et Gérard LARCHER. Et en fonction de la menace, nous verrons s'il faut ou pas lever l'état d'urgence. Mais à partir du moment… PATRICK COHEN Mais vous avez dit que tant que le Proche-Orient serait agité… MANUEL VALLS Non, non… PATRICK COHEN De soubresauts… MANUEL VALLS Non, j'ai dit que tant que nous, nous aurons cette menace terroriste en France, en Europe, dans le monde, regardez ce qui s'est passé en Californie, aux Etats-Unis il y a quelques jours, dans le monde arabo-musulmans parce que les musulmans sont les premières victimes de ce terrorisme, nous vivrons avec cette menace. Mais il est évident qu'une société peut difficilement vivre en permanence avec un Etat d'exception et un Etat d'urgence… THOMAS LEGRAND Vous savez bien, Monsieur le Premier ministre, que dans trois mois, on sera toujours sous la menace, dans six mois aussi, le Proche-Orient… MANUEL VALLS Absolument. THOMAS LEGRAND Donc on risque de vivre sous cet état d'exception, jusqu'au moins… Jusqu'aux présidentielles. MANUEL VALLS Si la menace… THOMAS LEGRAND Qui aura le courage de dire « ah non, là on peut lever le… MANUEL VALLS Mais si la menace terroriste était immédiate, parce que c'est ça l'état d'urgence, quand elle est immédiate, avec des projets étayés, qui peuvent toucher la France, si l'état d'urgence doit être prolongé, vous comprendrez bien que nous assumerons, avec le président de la République, avec le ministre de l'Intérieur, ces décisions, et en lien avec le Parlement, parce que c'est le Parlement qui vote l'état d'urgence. Si en revanche on peut considérer qu'on peut sortir de cet état d'urgence, il faut voir comment l'état se donne des moyens, notamment pour ce qui concerne les perquisitions administratives, un certain nombre de fouilles, notamment des véhicules, des assignations à résidence, comment sous l'autorité du juge… THOMAS LEGRAND Le droit à manifester, par exemple, le droit à manifester ? MANUEL VALLS Mais, aujourd'hui, est-ce que vous avez des manifestations interdites ? Vous en avez dans certains cas, dans d'autres non, je pense par exemple aux salariés de la CGT qui, il y a quelques jours, sont allés manifester devant le siège d'AIR FRANCE. Est-ce que cette manifestation a été interdite ? Non. THOMAS LEGRAND Est-ce que vous admettez, au moins, qu'il y a eu des perquisitions un petit peu abusives ? Ce tweetos parle de la ferme en Dordogne. MANUEL VALLS Le ministre de l'Intérieur, lui-même, a rappelé aux préfets, l'exigence de respect du droit, et il y a eu sans doute deux ou trois cas qui ne sont pas admissibles, et nous l'avons dit, c'est ça une démocratie, c'est ça la transparence. Mais moi, je ne voudrais pas oublier que l'immense majorité des perquisitions administratives, sinon la totalité des assignations à résidence, sont aujourd'hui efficaces pour lutter contre le terrorisme, pour mettre de côté un certain nombre d'individus dangereux, pour notre Etat de droit et pour l'ordre public. PATRICK COHEN Sur un autre plan, Manuel VALLS, vous avez célébré cette semaine les 110 ans de la loi 1905, la loi de séparation de l'église et de l'Etat, on a eu un sondage qui montrait que 81 % des Français estimaient cette laïcité en danger, vous avez dit qu'il y avait urgence à retrouver le sens de cette loi, car elle est parfois mal comprise, est-ce que, comme… certains ont compris que ça laissait présager de nouvelles mesures, peut-être une nouvelle loi, de votre côté, de votre part ? MANUEL VALLS Non, il faut appliquer, faire vivre les valeurs et les règles que représente la laïcité. Tout ce qui a été engagé après les attentats du mois de janvier, les grands débats qui ont eu lieu sur l'attitude d'un certain nombre d'élèves à l'école, engagés par la ministre de l'Education nationale, Najat VALLAUD-BELKACEM, notamment pour que les enseignants eux-mêmes transmettent ces valeurs de la laïcité, la formation, ce sont des dizaines de milliers d'enseignants qui sont aujourd'hui formés à ces valeurs, mais c'est aussi l'application des règles, de la loi qui interdit les signes religieux ostentatoires à l'école, c'est l'application stricte de la loi qui interdit le voile intégral dans l'espace public, c'est la séparation nette entre l'Etat et les églises, c'est aussi la possibilité de croire ou de ne pas croire, donc c'est le respect également de tous ceux qui pratiquent calmement et tranquillement leur religion, et je pense bien sûr aux musulmans de France que nous devons protéger. C'est ça la laïcité, c'est la tolérance, l'apaisement, et une certaine idée du vivre ensemble. C'est pleinement ce qu'il faut revendiquer, parce que c'est la France, mais il faut l'appliquer fermement, et tout le monde doit la respecter, cette belle valeur qu'est la laïcité. PATRICK COHEN Dans 50 secondes, on va accueillir Augustin TRAPENARD et puis on va retrouver François MOREL. Pause publicitaire PATRICK COHEN Bonjour Augustin TRAPENARD. AUGUSTIN TRAPENARD Salut Patrick. PATRICK COHEN Vous avez une question pour le Premier ministre. AUGUSTIN TRAPENARD Oui, bonjour Manuel VALLS. Peut-être une question un peu plus personnelle. Vous avez sans doute entendu parler du concert improvisé que Madonna a donné avant-hier place de la République, bravant au passage votre état d'urgence, elle a chanté trois chansons, « Imagine » de John LENNON, « Like a prayer », je ne vous fais pas la traduction, comme une prière, et « Ghost town », ça veut dire ville fantôme. Je me suis demandé, pour vous, lequel de ces trois titres vous parait être le plus approprié, à vous, aujourd'hui, « Imagine », « Comme une prière » et « Ville fantôme » ? MANUEL VALLS D'abord elle a eu le droit et elle a bien fait de chanter Place de la République, qui est devenue le symbole, le mémorial, au fond, de toutes les victimes du terrorisme du 13 novembre dernier. Peut-être « Imagine », de John LENNON, parce que c'est cette chanson qu'on a beaucoup entendue toutes ces dernières semaines, et je me rappelle qu'elle a aussi chanté, il y a quelques semaines, juste après les attentats, en Suède, je crois… AUGUSTIN TRAPENARD A Stockholm. MANUEL VALLS A Stockholm, « La vie en rose », donc c'est aussi cet hommage à ce qu'est la culture française, à ce qu'elle représente partout dans le monde. Et si le monde a brandi nos couleurs, nos chansons, si le monde a chanté La Marseillaise, c'est parce que c'était la France qui était touchée mais pas seulement notre pays, mais les valeurs, qui sont des valeurs universelles, un art de vivre, la culture aussi qu'on a voulu atteindre, parce que le terrorisme, Daesh, l'état islamique, s'en prennent, c'est ça aussi le fond du salafisme, s'en prennent directement, frontalement, à ce que nous sommes, à notre culture, à la possibilité d'écouter de la musique, de lire, de s'amuser, à l'égalité entre les femmes et les hommes, et c'est ça qu'il faut défendre aussi. (…) FRANÇOIS MOREL Voyez-vous, Manuel VALLS, quand on se à côté de vous, on n'a pas spécialement envie de vous froisser, parce qu'on se dit que pour le moment, vous n'avez pas une vie si facile que ça. Donc, moi, comme j'ai un bon fond… si j'ai un bon fond… MANUEL VALLS Je vous crois. FRANÇOIS MOREL Tout le monde vous le dira, c'est moi qui briffe Bernard GUETTA quand il a des incertitudes sur la situation politique un peu compliquée entre l'Ingouchie et la Tchétchénie, par exemple, c'est moi qui corrige les fautes d'orthographe de Thomas LEGRAND. (...) Quand même, parce que j'ai bon fond, j'ai décidé de ne pas vous parler d'Emmanuel MACRON, c'est déjà ça. MANUEL VALLS Pourtant c'est le vrai sujet. FRANÇOIS MOREL Oui, évidemment. Vous vous souvenez de la réplique de Robert DALBAN, dans un film dialogué par Michel AUDIARD. (...) on peut se demander si en l'occurrence les qualités d'ancien combattant et de bistrot ne sont pas superflues. (…) PATRICK COHEN François MOREL, merci beaucoup, merci à vous Manuel VALLS d'être venu ce matin au micro de France Inter. On vous a beaucoup entendu en cette semaine électorale, mais pas le président de la République, il est passé où François HOLLANDE ? MANUEL VALLS Le président de la République est là, je vous rassure, et notamment… PATRICK COHEN Je sais qu'il est là, mais dans cette période que chacun juge assez grave, quand même, sur le plan politique, assez importante… MANUEL VALLS Le président de la République, plus que jamais, incarne la Nation, l'Etat debout face à l'extrême droite. Il sort d'une période, et cela va continuer, de mobilisation de la communauté internationale, pour créer cette coalition, cette coordination, contre le terrorisme, contre l'état islamique, contre Daesh, et il est très impliqué, comme vous pouvez l'imaginer, surtout dans les heures qui viennent, dans la négociation pour réussir la COP21. PATRICK COHEN Mais vous vous souvenez, et vous vous en souvenez parce que vous étiez à ce moment-là à Matignon auprès de Lionel JOSPIN, qu'en 98, après les régionales, et ces régionales qui avaient vu des alliances entre la droite et l'extrême droite, Jacques CHIRAC, président de la République, avait pris la parole, solennellement. MANUEL VALLS Mais nous ne sommes pas après les régionales, nous sommes entre les deux tours, et le président de la République respecte le choix et le vote des Français. PATRICK COHEN Merci à vous, Manuel VALLS \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/221.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/221.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..55fe53e794158d13363558c9006b7a8a0c90dc4c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/221.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la ministre, monsieur le ministre, Mesdames, messieurs les parlementaires, Mesdames, messieurs les membres du Conseil stratégique de la recherche, Monsieur l'administrateur du Collège de France, Messieurs les présidents d'organismes de recherche, Madame, messieurs les présidents des conférences des présidents d'établissements d'enseignement supérieur, Mesdames, messieurs les professeurs, Monsieur le Commissaire général à l'investissement, Monsieur le Président du musée du quai Branly, Mesdames, messieurs, Chers étudiants, J'ai l'habitude de dire non pas par incantation … Mais parce que c'est vérifié empiriquement, j'oserai dire « prouvé scientifiquement »… Que la France est un grand pays. Grand pays, notamment, par sa recherche : ses scientifiques, ses professeurs, ses étudiants. La France est au 5e rang des pays de l'OCDE pour l'effort de recherche ! Au 4e rang pour le nombre de publications scientifiques ! Au 3e rang des destinations les plus attractives pour les étudiants étrangers ! 41 % de nos docteurs viennent, d'ailleurs, d'autres pays. La France compte également vous le savez, et je salue ceux qui sont avec nous de nombreux lauréats du prix Nobel et de la médaille Fields. La France est grande par sa recherche ; elle l'est aussi par ses musées. Et quel plus beau lieu pour parler de transmission des savoirs, d'échanges entre les disciplines, les talents, que ce Musée du quai Branly un espace de culture, mais aussi un centre de formation et de recherche. Comment, ici, ne pas affirmer que la seule voie que la France peut prendre, c'est la voie de l'intelligence, de l'ouverture au monde ; pas celle du repli, du retour en arrière, que certains proposent ? Non, la France, c'est une ambition, un idéal de progrès scientifique, technologique, mais aussi de progrès humain et social. C'est à cet idéal que la recherche française a toujours apporté sa pierre. Aujourd'hui, dans un monde en pleine mutation, il faut poursuivre et accentuer nos efforts pour que la recherche française soit toujours à la pointe. C'est l'objectif de cette conférence. Elle est ce moment où nous nous disons les choses, où nous fixons les grandes échéances, où nous faisons, ensemble, des choix pour l'avenir. I. Le Gouvernement agit pour la recherche Je suis conscient des difficultés que le monde de la recherche peut connaître. Il y a ce sentiment qu'ont les laboratoires, les centres de recherche, les universités, de manquer de moyens, d'équipements. Il y a les obligations administratives qui s'ajoutent au travail de recherche. Votre carrière vous occupe à temps plein … Mais aussi le soir, le weekend ! Une carrière-passion, qui exige de ceux qui l'épousent enthousiasme… Engagement… Abnégation. Et il y a parfois, malgré cela, le manque de reconnaissance. Il y a aussi le doctorat trop peu valorisé. Depuis trois ans, des choix ont été faits pour permettre à notre recherche d'être à la hauteur des attentes que nous plaçons en elle. A nouveau, cette année, le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche sera conforté et les moyens de fonctionnement des opérateurs et des agences comme l'Agence nationale de la recherche maintenus. Et nous veillons à ce que l'emploi scientifique soit préservé. Nous apportons aussi d'autres financements à la recherche grâce aux investissements d'avenir j'y reviendrai, grâce aux contrats de plan Etat-région, mais aussi aux fonds européens car vous êtes les fers de lance d'une Europe de la recherche qui se construit. Et je voudrais saluer les initiatives qui y contribuent : dans deux jours, Najat VALLAUD-BELKACEM et Thierry MANDON remettront ainsi les prix « Etoiles de l'Europe » aux auteurs des projets les plus innovants. Il y a les financements… Il y a aussi notre ambition pour la recherche. Cette ambition, vous la connaissez : liberté, bien sûr, pour les chercheurs, de mener leur recherche comme ils l'entendent, de lancer des pistes, de prendre des risques. Plus de la moitié des financements publics pour la recherche sont ainsi directement consacrés à la recherche fondamentale. Mais, notre ambition, c'est aussi la meilleure diffusion des résultats de cette recherche, qui doit plus encore irriguer nos industries, nos entreprises. C'est, bien sûr, déjà le cas. Je pense, par exemple, au partenariat entre le CNRS, cher Alain FUCHS, et Saint-Gobain, qui a permis des avancées importantes sur les vitres intelligentes. Je l'ai vu à Tokyo, sur votre stand à l'exposition de l'année franco-japonaise de l'innovation ! La recherche doit, aussi, éclairer l'élaboration de nos politiques publiques ; je pense notamment au rôle qu'elle doit jouer à sa responsabilité immense pour mieux comprendre les phénomènes de radicalisation ; le président d'Athéna y travaille depuis le mois de janvier. C'est ainsi que, tous, nous pourrons avancer. Il fallait aller plus loin et se doter comme d'autres grandes puissances scientifiques d'une stratégie nationale de recherche. L'élan a été donné par la loi FIORASO de juillet 2013, qui a débouché à la fois sur une Stratégie nationale de recherche et sur une Stratégie nationale pour l'enseignement supérieur : elles se complètent et doivent agir de concert. J'ai présenté ces orientations à Besançon il y a un an, devant les étudiants, les chercheurs et toute la communauté universitaire. La Stratégie nationale de recherche, présentée par le Conseil stratégique de la recherche, est le fruit d'un travail patient qui a rassemblé tous les acteurs, publics et privés, les partenaires économiques et sociaux, les représentants du monde associatif et de la société civile. Cette Stratégie a un objectif clair : se doter d'une vision d'ensemble sur la manière dont la recherche répond ou non aux enjeux globaux auxquels nous faisons face : transition énergétique, numérique, santé, mobilité … Et agir en conséquence. Le programme consacré à « l'analyse et la gestion du risque climatique » permet ainsi de faire le lien entre la recherche et la décision publique : la conférence Paris Climat a montré à quel point ce lien est nécessaire. Les scientifiques sont aux avant-postes : ils éclairent, alertent les pouvoirs publics 72 prix Nobel viennent de le faire. C'est essentiel pour préparer l'avenir de notre planète … Pour préparer, aussi, celui de notre industrie, pour faire que les nouvelles technologies vertes voient le jour en France ! Et donc pour réussir sur le terrain de la croissance et de l'emploi. Car dans un contexte de concurrence toujours accrue notre pays doit pouvoir avancer ses pions. Nous agissons également pour gagner en attractivité, en rayonnement international, tout en accompagnant tous les étudiants vers la réussite. Les établissements d'enseignement supérieur ont pour cela commencé à se regrouper comme le prévoit la loi FIORASO au sein de grands pôles, dans lesquels les organismes de recherche ont toute leur place. Notre pays va ainsi se doter d'universités de recherche de rang mondial ; nous avons besoin de grands champions nationaux, mieux identifiables, mieux reconnus, plus attractifs. II. Nous devons poursuivre sur cette voie Beaucoup a été fait … Mais, soyons lucides, beaucoup reste à faire. Et donc nous devons poursuivre, ne pas hésiter, ne pas relâcher nos efforts. Trois mots d'ordre guident notre action. Le premier : investir. Le programme d'investissements d'avenir permet d'accompagner l'évolution du paysage de l'enseignement supérieur et de la recherche, en particulier l'exigence de regroupement des établissements pour en faire de grandes universités de recherche de rang mondial - c'est tout l'enjeu des « initiatives d'excellence ». L'Etat maintiendra cette exigence lors des évaluations à venir. En plus de soutenir ces grands pôles, les investissements d'avenir doivent aussi accompagner des projets de recherche et de formation sur tout le territoire. L'objectif : valoriser le meilleur de chaque site, en fonction de standards d'excellence internationaux. Le programme d'investissements d'avenir permettra aussi de soutenir les échanges accrus entre les disciplines grâce à l'action « Instituts Convergences » que nous avons voulu lancer : des centres qui intègreront les sciences dites « dures », le numérique, les sciences humaines et sociales, le monde socio-économique, et développeront des formations d'excellence. Je souhaite que les premiers centres voient le jour dès juillet 2016. Le programme d'investissements d'avenir doit en effet être l'occasion d'une grande mobilisation pour soutenir les initiatives qui regroupent programmes de recherche et formations innovantes. Il doit plus généralement permettre de prendre y compris en adaptant les cadres réglementaires de nouvelles initiatives, de tester des démarches innovantes, d'expérimenter ! C'est après tout au coeur de votre ADN ! La prochaine vague du Programme d'investissements d'avenir sera ainsi dotée le Président de la République l'a annoncé de 10 milliards d'euros. Je souhaite que l'enseignement supérieur et la recherchent puissent s'emparer de toutes les opportunités ainsi créées. Le deuxième mot d'ordre : simplifier. Simplifier les procédures, les démarches administratives qui entravent votre travail. Simplifier l'organisation de notre dispositif d'enseignement supérieur et de recherche, qui doit devenir plus lisible. Simplifier et faire évoluer, aussi, le dialogue entre l'Etat et les universités. Thierry MANDON … Qui connaît bien ces questions de simplification … y veille. Une consultation en ligne sera ainsi lancée dans les prochains jours pour faire émerger des réponses concrètes aux difficultés et contraintes que vous rencontrez dans votre travail quotidien. Le troisième mot d'ordre, c'est ouvrir : ouvrir des opportunités, élargir les horizons. Cela veut dire, d'abord, donner accès à l'enseignement supérieur au plus grand nombre. Le président de la République l'a rappelé : d'ici 2023, 60 % des jeunes d'une classe d'âge doivent obtenir un diplôme universitaire. Ce qui implique d'agir dès le lycée pour mieux orienter les élèves c'est ce que j'ai rappelé à Avignon à la rentrée. Et il faut également mieux accompagner les docteurs en augmentant les débouchés, en leur permettant de diversifier leur carrière, dans le public, mais aussi dans le privé, où ils peuvent devenir des « passeurs de recherche ». Mesdames, messieurs, La France a besoin de la recherche. Nous avons besoin de vous qui croyez en la très grande liberté de l'esprit humain ; qui travaillez, chaque jour, pour le progrès, avec les outils qui sont les vôtres : la lucidité, la rigueur, l'exigence, l'esprit critique ; de vous qui bâtissez, patiemment, minutieusement, courageusement, la France de demain. Vous toutes et vous tous faites la fierté de notre pays ! Et c'est ce message que nous voulions vous délivrer aujourd'hui : vive la recherche française ! Elle a tant d'atouts, tant de talents ! Et en même temps qu'elle invente, la recherche doit pouvoir se réinventer. Soyez-en assurés : nous serons toujours là pour y travailler avec vous. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/222.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/222.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..dbd71700ed514ad2a774e666ccb2b2928cdc0607 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/222.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, Messieurs les Préfets, Nous nous voyons dans une situation exceptionnelle, mais une situation exceptionnelle que l'on doit malheureusement considérer comme notre nouveau cadre d'action, car il est possible que l'exceptionnel dure… Notre nation a été durement, violemment, éprouvée à deux reprises cette année. Vous avez été extrêmement sollicités pour apporter la réponse immédiate que nos concitoyens attendaient en termes de sécurité. Vous avez apporté en quelque sorte le traitement de choc. Je suis venu vous demander de vous préoccuper également du traitement de fond. Car il n'y aura pas de victoire durable sans un traitement de fond, c'est-à-dire sans un traitement qui vise à saper les ressorts de la radicalisation dans notre pays, et plus généralement de la défiance à la République. Pour cela, nous devons nous adresser en priorité à la jeunesse. Non que cette jeunesse soit coupable, ni même suspecte, mais tout simplement parce que c'est à cet âge, à l'adolescence, qu'il est temps de donner le cadre et les repères qui leur permettront de venir des individus complets et confiants. Aux Invalides, le Président de la République a eu ces mots : Les actes terroristes que nous avons subis sont pour la jeunesse « une initiation terrible à la dureté du monde, mais aussi comme une invitation à l'affronter en inventant un nouvel engagement. » Nous devons permettre cet engagement, entendu au sens le plus large. L'outil que nous avons souhaité privilégier dans ce domaine, c'est le service civique. Un palier a été franchi en 2015 en matière de montée en puissance du service civique, et je tenais sincèrement à vous en remercier. Nous aurons, d'ici la fin de l'année, accueilli 58 000 jeunes en service civique, soit une augmentation de deux tiers par rapport à l'année 2014. Il s'agit là d'un réel saut quantitatif, qui repose pour beaucoup sur votre mobilisation : vous avez en effet atteint 110% de vos objectifs. 15 préfectures de région ont demandé des enveloppes complémentaires. Cependant, si nous voulons faire en sorte que l'année 2016 nous permette d'accueillir 110 000 volontaires, nous avons besoin de redoubler d'efforts et de diversifier le vivier des organismes d'accueil. Au premier trimestre, un séminaire de présentation du service civique aura lieu dans chaque région, à destination des collectivités et j'écrirai à la fin de l'année, avec François Baroin, Président de l'AMF et Charles-Eric Lemaignen, Président de l'AdCF, à l'ensemble des maires et présidents d'intercommunalités de plus de 10 000 habitants pour les inciter à se mobiliser dans l'accueil de volontaires. Deux nouvelles procédures vont venir faciliter votre quotidien dans le cadre de cette montée en charge: les préfets de département se verront désormais attribuer par les préfets de région une partie de l'enveloppe d'agréments régionaux afin qu'ils puissent agréer directement les organismes locaux et départementaux. Nous allons ainsi gagner en réactivité. Ensuite, nous passons, en ce qui concerne les agréments délivrés aux organismes d'accueil de volontaires, sur une modalité de « silence vaut accord » (SVA) sous 3 mois : désormais, lorsqu'un organisme, éligible bien sûr à l'accueil de jeunes en service civique, aura déposé son dossier et que ce dernier sera considéré comme complet, les services instructeurs disposeront d'un délai maximum de 3 mois après lequel sa demande sera considérée comme acceptée. Afin de faciliter la mise en place du SVA, une télé-procédure verra le jour au premier semestre 2016. Nous ne devons pas laisser notre jeunesse désemparée ou désœuvrée. Car elle devient alors une proie pour des forces malveillantes. L'enjeu n°1, c'est d'occuper le terrain, c'est-à-dire de densifier l'offre proposée aux adolescents et plus fondamentalement encore : renforcer la présence adulte dans tous les domaines. C'est dans cette logique que nous avons rétabli les crédits à la vie associative et que nous voulons formaliser avec ce secteur une sorte de « new deal ». Cette nouvelle donne doit servir concrètement et là où c'est le plus nécessaire les valeurs républicaines. Soyez d'une grande vigilance sur la qualité des projets et leur conformité avec nos principes communs. De ce point de vue, je vous demande d'avoir une attention particulière à l'égard des clubs sportifs. Il serait judicieux que chaque cellule de repérage et de prévention intègre un référant « radicalisation dans le sport » issu des DDCSPP. Les relais de la République doivent se déployer partout et tout le temps. J'entends par là la nécessité pour le secteur associatif, pour les centres sociaux, de pouvoir apporter des réponses aussi soirs et week-ends. Il faut resserrer les mailles, qu'il y ait plus d'adultes sur le terrain vers qui les jeunes peuvent se tourner. Plus d'adultes et des adultes mieux formés. C'est une demande collective, nous apportons un début de réponse avec le plan de formation aux valeurs républicaines que nous lançons. Il concernera tous les éducateurs entendus au sens large, c'est-à-dire tous les adultes qui ont une mission éducative auprès de nos enfants. Vous avez un rôle central de coordination de ces adultes. Je compte sur vous pour que vous le jouiez à plein. Vous avez un outil qui peut vous aider dans ce travail, en tout cas dans les quartiers prioritaires : c'est le contrat de ville. Au final, il faut plus d'éducateurs, plus de médiateurs, plus de délégués du Préfet, plus de bénévoles associatifs, et surtout que toutes ces personnes travaillent davantage de concert. Voilà, j'insiste sur ce point, je ne reviendrai pas sur l'ensemble du CIEC 1, du CIEC 2, ou sur les perspectives du CIEC 3 je pourrai en dire un mot dans l'échange que nous aurons ensuite mais je vous demande de mettre l'essentiel de votre énergie sur cette question de la présence adulte et de sa coordination. A propos d'énergie, je tenais à vous remercier, et à travers vous vos équipes, pour le travail fourni lors de la clôture budgétaire 2015 qui coïncide avec la fin de l'Acsé. Vous avez réussi à engager au bénéfice de l'ensemble des partenaires de la politique de la ville, en particulier les associations, la quasi intégralité des crédits qui ont été mis à votre disposition. En 2016, l'enveloppe qui sera mise à disposition de nos partenaires est en progression de 4 % par rapport à la loi de finances initiales de 2015 qui elle-même était en augmentation par rapport à 2014. La consolidation des crédits du CIEC n'a donc pas été totalement incluse dans le projet de loi de finances pour 2016 ; il est prévu que des dégels interviennent en cours d'exercice comme en 2015. Je profite de ce moment où nous évoquons les questions budgétaires pour vous dire que pour le Ministre de la ville que je suis, le pilotage national de cette politique doit être conservé dans une relation directe avec les préfets de département qui sont au plus près du terrain, qui connaissent l'environnement et qui sont à même d'apprécier les modalités précises d'engagement des crédits et des actions à conduire. Je sais qu'un certain nombre de Préfets de région souhaiteraient que cette politique soit banalisée comme les autres politiques publiques et que le pilotage en soit confié aux Préfets de région. Ma conviction est que la politique de la ville est quasiment aussi sensible que la politique de sécurité. Si vous me permettez l'expression, lorsqu'il y a « le feu dans un quartier », le Ministre de l'intérieur se déplace dans la journée et dès le lendemain, on interpelle le ministre de la Ville. Je fais donc confiance aux préfets de département, aux PDEC, aux sous-préfets ville et aux délégués du préfet qui animent au quotidien cette politique particulière. La création des grandes régions me conforte d'ailleurs dans cette option. Le rôle des préfets de région est de mobiliser le droit commun et d'orienter les autres grandes politiques vers les habitants des quartiers prioritaires. Ils sont, pour cette politique particulière qu'est la politique de la ville, en appui des préfets de département, et non l'inverse. Mesdames, Messieurs les Préfets, Je ne veux pas préjuger de vos opinions politiques. Mais j'ai peine à croire que ceux qui se dévouent corps et âmes à la République, puissent se satisfaire de la progression de discours haineux, sécessionnistes, d'où qu'ils viennent. Beaucoup se joue autour de l'avenir de la jeunesse, et de notre capacité à faire l'unité nationale. J'ai absolument besoin de vous pour relever ce double et immense défi. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/223.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/223.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..97728e4570467ffb002f1f553e40b1172e6a01fa --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/223.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mme la présidente. L'ordre du jour appelle la discussion, après engagement de la procédure accélérée, de la proposition de loi de MM. Bruno Le Roux et Gilles Savary, et plusieurs de leurs collègues, relative à la prévention et à la lutte contre les atteintes graves à la sécurité publique, contre le terrorisme et contre la fraude dans les transports collectifs de voyageurs (nos 3109 rectifié, 3314, 3307). (…) Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de l'intérieur. M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur. Monsieur le président, monsieur le rapporteur, mesdames et messieurs les députés, chaque jour, sur l'ensemble du territoire national, des millions de Français et de visiteurs étrangers empruntent les transports en commun. Ces derniers constituent un élément central dans la vie quotidienne de nos concitoyens, qui les utilisent pour leurs déplacements privés ou professionnels. Qu'il s'agisse du bus, du métro, du tramway ou encore du train, ils sont à la fois une condition de notre liberté de circulation, un facteur de développement et de dynamisme économiques, enfin un atout pour notre industrie touristique. C'est la raison pour laquelle le Gouvernement fera toujours preuve de la plus grande détermination pour garantir partout en France la sécurité des transports publics. Chaque Français doit en effet pouvoir jouir de ce droit fondamental lors de ses déplacements. Je pense notamment aux 8,3 millions de Franciliens qui utilisent chaque jour les transports en commun pour se rendre sur leur lieu de travail le matin, puis pour rentrer chez eux le soir. Le nombre de ces trajets a augmenté de 20 % en dix ans, tandis que celui des déplacements automobiles stagnait. Il est de notre responsabilité de faire en sorte que nos concitoyens qui utilisent les transports en commun puissent le faire en toute tranquillité, sans craindre d'être victimes de la délinquance ou a fortiori d'une entreprise terroriste. Comme vous le savez, les transports publics peuvent constituer une cible pour les terroristes. En raison de leur caractère confiné et du grand nombre de passagers qui les empruntent, ils représentent des espaces malheureusement propices à la commission d'attentats de masse. Le 21 août dernier, un carnage a ainsi pu être évité de justesse dans le train Thalys reliant Amsterdam à Paris, grâce à l'héroïsme dont ont fait preuve plusieurs passagers et personnels. Malheureusement, par le passé, d'autres attentats se sont révélés particulièrement meurtriers : à la station Saint-Michel du RER B en juillet 1995, à la gare d'Atocha, à Madrid, en mars 2004, dans le métro et dans un bus londoniens en juillet 2005, aux stations de métro Loubianka et Park Koultoury à Moscou, en mars 2010. L'expérience nous enseigne que les transports sont vulnérables et que nous devons tenter de les protéger de la façon la plus efficace. Cependant, si la prévention des attaques terroristes est notre priorité, nous devons continuer à mener une lutte inflexible contre les agressions et les violences du quotidien. En effet, le nombre d'agressions commises aussi bien contre les voyageurs que contre les personnels a nettement augmenté. Des décisions s'imposent pour inverser cette tendance en luttant sans relâche contre toutes les formes de délinquance susceptibles d'empoisonner la vie des voyageurs. Nous devons empêcher de nuire les personnes qui se rendent coupables, dans les transports, de vols ou d'agressions de toutes sortes. Je pense notamment aux bandes qui pratiquent le racket sur certaines rames du RER. C'est aussi sans relâche que nous devons lutter contre les violences sexistes dont bien des femmes sont victimes dans les transports en commun. À cet égard, une récente étude réalisée par le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes a montré que la totalité des femmes interrogées avaient déjà été harcelées au moins une fois sur les lignes du réseau francilien. C'est sans relâche enfin que nous devons lutter contre la fraude et poursuivre les fraudeurs de toutes sortes, qui pénalisent gravement les transporteurs et contribuent à nourrir le sentiment d'insécurité et d'injustice parmi les usagers des transports en commun. Alors que ce phénomène de fraude dite d'habitude ou de comportement, qui relève d'un choix délibéré et pleinement assumé par le fraudeur, est en forte augmentation depuis quelques années, notre droit manque d'outils pour l'entraver. La Cour des comptes a pourtant évalué son coût pour les transporteurs à plus de 500 millions d'euros par an. Rien que pour la SNCF, le manque à gagner s'élève à 300 millions d'euros par an, alors que celle-ci ne recouvre qu'un très faible pourcentage des amendes infligées aux resquilleurs 9 % seulement en 2013. Pour la RATP, la fraude coûte environ cent millions d'euros, tout comme pour les entreprises de transport public en province. Le Gouvernement soutient donc pleinement la proposition de loi relative à la prévention et à la lutte contre les atteintes graves à la sécurité publique, contre le terrorisme et contre la fraude dans les transports publics de voyageurs, présentée par le rapporteur Gilles Savary et l'ensemble du groupe socialiste, républicain et citoyen et apparentés. Rappelons à cet égard que ce texte est d'abord le résultat de nombreux échanges particulièrement riches et fructueux, conduits durant plusieurs mois entre l'État, les représentants des transporteurs et le député Gilles Savary, reconnu au sein de cette Assemblée pour sa connaissance des questions ferroviaires. M. Jean Launay. C'est vrai. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Je salue aujourd'hui l'engagement inlassable dont il a fait preuve pour que nous aboutissions à un texte solide. Nous avons véritablement travaillé de concert, dans une confiance mutuelle qui nous a permis d'apporter, dans un laps de temps relativement bref eu égard à l'importance des enjeux, plusieurs solutions juridiques susceptibles de nous aider à lutter plus efficacement contre tous les types de phénomènes criminels et délinquants, dans les transports en commun. Cette proposition de loi concrétise ainsi une ambition forte portée depuis longtemps par le Gouvernement et par Gilles Savary. Dès le 16 décembre 2014, le Comité national de la sécurité dans les transports en commun, le CNSTC, après un long travail en amont, a proposé un premier train de mesures contre la fraude, que reprend la proposition de loi. Celle-ci a donc largement bénéficié du dialogue que le Gouvernement a su renouer avec l'ensemble des transporteurs. Dès juin 2014, j'avais en effet souhaité réactiver le CNSTC, qui ne s'était réuni qu'une seule fois depuis sa création en 2008, en décembre 2011, et n'avait depuis lors plus jamais été sollicité. En lien avec les opérateurs de transports, nous avons ainsi pu évaluer avec précision les besoins en matière de sécurité, avant d'identifier les évolutions juridiques qui apparaissaient nécessaires pour que l'action des forces de l'ordre et celle des services de sécurité internes, la SUGE pour la SNCF ; et le GPSR pour la RATP, puissent gagner en efficacité. Par ailleurs, ce texte tient compte des évolutions que connaît la situation sécuritaire globale de notre pays. L'attentat évité dans le Thalys nous a rappelé les enjeux fondamentaux de sûreté propres aux transports collectifs, et plus particulièrement aux transports ferroviaires, en mettant en évidence des modes opératoires terroristes inédits sur notre sol. Certes, cet événement nous a contraints à différer quelque peu l'examen de la proposition de loi pour y intégrer des mesures adaptées à la menace terroriste, mais je crois que personne, dans le contexte actuel, ne pourra nous en faire le reproche. Je remercie Gilles Savary d'avoir bien voulu accepter que nous prenions ce temps supplémentaire pour réfléchir et élaborer des mesures adaptées à cet enjeu. Dès le 19 octobre, le CNSTC a ainsi pu présenter les principales mesures contenues dans le texte de la proposition de loi. Ce texte s'articule donc autour de deux axes majeurs : d'une part la lutte contre la fraude et d'autre part le renforcement de la lutte contre le risque terroriste et les atteintes graves à la sécurité publique dans les transports. Concernant la lutte contre la fraude, trois mesures principales sont prévues. Le texte propose d'abord, pour caractériser le délit de « fraude d'habitude », d'abaisser de dix à cinq le nombre nécessaire de contraventions reçues en cas de défaut de titre de transport valable. Cinq infractions suffiront donc désormais pour constituer le délit. Il prévoit ensuite de permettre aux personnels des transporteurs de constater eux-mêmes les ventes à la sauvette dans les gares. Les agents de contrôle et de sécurité ferroviaire pourront donc constater un tel délit par procès-verbal. Enfin, est reconnu un droit de communication entre les transporteurs et les administrations publiques – les administrations financières et les organismes de Sécurité sociale notamment – afin de faciliter la recherche et la vérification des état-civils et des adresses communiqués par les fraudeurs, et par là même d'améliorer le recouvrement des amendes. Avec Gilles Savary, nous avons bien sûr veillé à ce que cette mesure soit préalablement soumise à l'avis du Conseil d'État. De surcroît, à la demande du président de la commission des lois, Jean-Jacques Urvoas, le texte d'application sera, quant à lui, soumis à l'avis de la Commission nationale de l'informatique et des libertés. Nous entendons nous conformer au droit de la façon la plus stricte et la plus précautionneuse possible, afin que cette mesure nécessaire ne puisse souffrir aucune contestation. Par ailleurs, les commissions des lois et du développement durable ont introduit des mesures supplémentaires qui renforcent encore davantage notre dispositif. Ainsi, obligation sera faite aux passagers, lorsqu'ils ne disposent pas d'un titre de transport valable ou qu'ils ne régularisent pas immédiatement leur situation, de présenter un document attestant de leur identité, sous peine de se voir éventuellement contraints de quitter les lieux où ils sont contrôlés. En outre, une disposition supplémentaire, qui enrichit la palette des mesures auxquelles il sera dès lors possible de recourir lors d'un contrôle, prévoit que le manquement à l'obligation de demeurer à la disposition du contrôleur le temps que celui-ci rende compte à un officier de police judiciaire, constitue un délit. Enfin, le texte prévoit de créer un nouveau délit pour lutter contre les « mutuelles de fraudeurs » dont les incitations se multiplient sur Internet. Ces organisations voudraient imposer la gratuité des transports pour les usagers, en échange d'une cotisation mensuelle auprès d'une « mutuelle » qui prend en charge le paiement des amendes dressées en cas d'infraction. Désormais, une amende sanctionnera lourdement ces pratiques particulièrement pernicieuses et contraires au civisme le plus élémentaire. L'ensemble de ces mesures vise donc à changer l'état d'esprit des voyageurs qui pratiquent la fraude dans les transports en commun, de façon régulière ou même épisodique. J'en viens à présent aux mesures de sûreté prises pour lutter contre le risque terroriste et les atteintes les plus graves à la sécurité publique dans les transports. En la matière, nous renforçons considérablement nos dispositifs de lutte et de vigilance. En premier lieu, les agents de sécurité internes de la SNCF et de la RATP seront autorisés, au même titre que les agents de sécurité privée, à procéder à l'inspection visuelle et à la fouille des bagages, et, en cas de circonstances graves constatées par le préfet, à des palpations de sécurité. Bien évidemment, toute inspection de bagage comme toute palpation de sécurité ne pourra être réalisée qu'avec le consentement des intéressés. Le dispositif prévu sera donc le même que celui qui existe déjà dans les grands magasins et que personne ne songe à contester. Nos concitoyens ont pleinement compris sa nécessité, et je suis convaincu qu'il en ira de même dans les transports collectifs. Toute personne qui refusera de se soumettre à ces contrôles sera empêchée d'accéder aux transports publics. En contrepartie de cette extension des prérogatives des agents de la SUGE et du GPSR, la commission du développement durable a souhaité que les procédures de contrôle auxquelles ces derniers sont soumis soient nettement renforcées. Un amendement prévoit donc que le contenu de leur formation sera désormais défini conjointement par le ministère de l'intérieur et le ministère des transports. Par ailleurs, le contrôle des agents de la SUGE et du GPSR sera désormais effectué par les forces de l'ordre. Je veillerai, en tant que ministre de l'intérieur, à ce qu'il soit rigoureux. Grâce à un amendement porté par Marie Le Vern et le groupe SRC, ces mêmes agents seront désormais sensibilisés, lors de leur formation, à la lutte contre les violences faites aux femmes dans les transports en commun. En second lieu, le texte prévoit d'élargir les possibilités, pour les agents de la SUGE et du GPSR, d'exercer leurs missions en tenue civile afin de renforcer l'efficacité des opérations de constatation d'infractions. Néanmoins, il reviendra aux préfets dans le département de désigner par arrêté les agents concernés, de fixer la durée de leur dispense d'uniforme, ou encore la catégorie de lieux où ils pourront intervenir en civil. Des instructions strictes seront délivrées pour encadrer l'application de cette mesure, car notre volonté n'est certainement pas de la généraliser. Enfin, la proposition de loi prévoit que les officiers de police judiciaire, les agents de police judiciaire, ainsi que certaines catégories d'agents de police judiciaire adjoints, soient désormais autorisés à procéder à l'inspection visuelle et à la fouille des bagages afin de prévenir toute atteinte grave à la sécurité des personnes ou des biens, notamment les actes terroristes, y compris sans l'accord des passagers concernés. Je veux pour finir dire quelques mots de deux amendements qui ont été adoptés en commission et qui présentent une importance toute particulière. Tout d'abord, le rapporteur Gilles Savary a souhaité, à juste titre, que la proposition de loi ne concerne pas seulement les services de sécurité internes de la SNCF et de la RATP, et par là même qu'elle ne concerne pas seulement l'Île-de-France. Il a ainsi proposé, proposition que le Gouvernement soutient, que soit introduite une obligation, pour tous les opérateurs de transports urbains, d'assurer la sûreté de leur réseau, où qu'il se trouve sur le territoire national. Il est en effet indispensable que tout usager des transports collectifs puisse bénéficier, dans l'ensemble du pays, de solides garanties de sûreté. Par conséquent, les transporteurs devront, soit mettre en place un service de sécurité privée placé sous le contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité, le CNAPS, soit signer une convention avec les communes concernées pour que les polices municipales, qui sont en mesure de constater les infractions au code des transports, puissent assurer la sûreté des réseaux. J'insiste sur ce point très important : cette proposition de loi ne regarde pas seulement les Franciliens, mais bien tous nos concitoyens, où qu'ils vivent sur notre territoire. Enfin, une autre question, particulièrement délicate, devra être tranchée : celle du « criblage » des personnels de la SNCF et de la RATP. Un amendement prévoyant une telle mesure a été adopté en commission. Il prévoit que le recrutement ou l'affectation des personnels au sein de la SNCF et de la RATP peut être précédé d'enquêtes administratives destinées à vérifier que leur comportement n'est pas incompatible avec l'accomplissement de leur mission. Le Gouvernement, vous le savez, est depuis longtemps sensible à ce sujet puisque nous avions envisagé, voici plusieurs mois, d'introduire une mesure équivalente dans le projet de loi relatif au renseignement, qui prévoyait qu'à l'occasion de grands événements, les personnels ayant accès à des lieux dits sensibles seraient criblés. C'est donc un enjeu qui dépasse de loin les seuls opérateurs franciliens de transports publics. Il doit être traité avec rigueur et responsabilité. De même, une telle mesure de criblage ne saurait exonérer les entreprises concernées de leur devoir de vigilance lors du recrutement de leurs personnels et de gestion de leurs ressources humaines. Pour sa part, le Gouvernement souhaite que le dispositif proposé soit précisé dans le cadre de la navette parlementaire. Puisque l'amendement adopté en commission des lois et repris par la commission du développement durable renvoie la définition de son contenu à un décret en Conseil d'État, nous aurons justement toute latitude pour réaliser ce travail de précision au cours de la navette. Je propose bien sûr aux rapporteurs de la proposition de loi de les informer régulièrement de l'évolution de nos réflexions en la matière. Je rappelle qu'une mission d'inspection, dont j'ai moi-même, avec la ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, demandé la création après le drame survenu en juin dernier à Saint-Quentin-Fallavier, nous remettra dans les jours à venir un rapport dont j'espère qu'il nous proposera des solutions satisfaisantes permettant de garantir à la fois l'efficacité des mesures prises et la protection des libertés individuelles. Le Gouvernement soutient donc pleinement la proposition de loi présentée par Gilles Savary et le groupe SRC, dans la mesure où elle nous permettra de renforcer la sécurité des usagers des transports publics sur l'ensemble du territoire national, dans un contexte de menace terroriste particulièrement élevée. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen.) (…) Mme la présidente. La discussion générale est close. La parole est à M. le ministre. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Beaucoup de choses ont été dites, qui méritent sans doute des approfondissements : nous y reviendrons en débattant des amendements. Je veux seulement, à ce stade, apporter quelques précisions sur la position du Gouvernement et rappeler un certain nombre de vérités. Tout d'abord, si nous proposons aujourd'hui ces mesures sur les transports en commun, c'est, chacun en conviendra, parce qu'elles n'ont pas été prises jusqu'à présent. Pourtant, des dispositions législatives auraient pu voir le jour, mais il n'en a rien été pour la bonne et simple raison que le Comité national de sécurité dans les transports en commun, créé en 2011, ne s'est jamais réuni. Le présent texte n'arrive pas en raison de la crise terroriste, les dispositions proposées ayant été préparées par ce comité national bien avant celle-ci, en très étroite liaison avec les opérateurs de transport et les parlementaires, au terme d'un travail de près de dix-huit mois. Le texte qui en résulte, je le dis à l'attention de Mme Auroi, n'est donc absolument pas un texte de circonstance. L'opposition a fait des propositions auxquelles j'attache beaucoup de prix, car la lutte antiterroriste justifie un travail commun. Dans la loi du 13 novembre 2014 comme dans celle relative au renseignement, nous avons d'ailleurs accepté des amendements de l'opposition, et il n'y a aucune volonté du Gouvernement de ne pas le faire de nouveau en cette occasion. Je profite de cette observation pour faire une mise au point. S'agissant d'Internet, nous avons repris à notre compte 90 % de la proposition de loi de M. Larrivé ; la seule mesure que nous n'ayons pas reprise, relative à la consultation des sites on y a fait référence tout à l'heure, avait été jugée inconstitutionnelle par le Conseil d'État, saisi dans le cadre de la loi sur la pédopornographie. En d'autres termes, les seules dispositions de l'opposition que nous n'avons pas reprises sont des dispositions que nous estimons incompatibles avec notre loi fondamentale, et qui seraient à ce titre censurée par le Conseil constitutionnel s'il était saisi, y compris dans le cadre d'une question prioritaire de constitutionnalité. Le même Conseil constitutionnel s'est aussi prononcé sur ce que vous proposez au sujet des contrôles d'identité. Ainsi, la proposition de Mme Pécresse d'autoriser les agents de la SUGE et du GPSR à procéder à des contrôles généraux, sans objet particulier et rendant donc obligatoire la détention d'un titre d'identité, tombe sous le coup de la jurisprudence du Conseil constitutionnel, lequel avait censuré une telle mesure pour les policiers municipaux… M. Gérald Darmanin. C'est dommage ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. …au motif qu'elle demeurait l'apanage exclusif des policiers nationaux et des gendarmes. Donc les dispositions que vous proposez ne sont pas envisageables pour des raisons constitutionnelles. Si nous voulions les adopter, il faudrait procéder à une révision constitutionnelle : cet amendement n'est donc pas recevable car il est contraire à la Constitution. Je m'empresse de dire à l'opposition que tous les amendements qu'elle a déposés et qui étaient susceptibles d'être retenus dans le cadre de la lutte contre le terrorisme l'ont été, comme en témoignent les débats relatifs à la loi du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme comme ceux relatifs à la loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement. Les seules dispositions que n'avons pas retenues sont celles qui ne sont pas constitutionnelles. S'agissant des deux sujets que vous avez évoqués, le Conseil d'État s'est prononcé sur la loi relative à la pédopornographie, sur la possibilité d'instaurer une obligation de détention d'un titre d'identité ainsi que sur les contrôles généraux d'identité concernant les policiers municipaux et ce de façon extrêmement nette. De ce point de vue, sa jurisprudence est incontestable. Je voudrais insister sur quelques autres points : d'abord, on ne mélange bien entendu pas les fraudeurs et les terroristes. Mais il serait tout de même fort dommage qu'à l'occasion d'une proposition de loi relative à la sécurité dans les transports en commun, on ne s'autorise pas à traiter de la fraude et du terrorisme, dès lors qu'il s'agit de deux sujets d'actualité. Nous avons tout intérêt à en débattre ensemble : on ne présente en effet pas une proposition ou un projet de loi ayant trait à la sécurité dans les transports en commun tous les jours. À partir du moment où un texte vient en discussion, autant en profiter pour y insérer des dispositions relatives à tous les sujets qui doivent être traités. M. Carvalho s'est inquiété du fait que j'avais, lors de son intervention, le nez plongé dans des notes stockées dans mon I-Pad. Mais on peut à la fois lire des notes et écouter avec attention le député de son département natal. M. Patrice Carvalho. Napoléon le faisait aussi. Mme Catherine Quéré. Sur son I-Pad ? (Sourires.) M. Bernard Cazeneuve, ministre. Si Napoléon en possédait un, alors beaucoup de choses nous ont échappé. (Sourires.) Quoi qu'il en soit, lorsque vous évoquez le manque de policiers ou de gendarmes aux frontières, ou à Senlis, il faut que vous ayez en tête que la France en compte, au total, 257 000. Or il existe, par ailleurs, plus de 1 200 points de contact le long de notre frontière septentrionale. M. Patrice Carvalho. Et l'autoroute A1 ? M. Bernard Cazeneuve, ministre. Mais cette autoroute est également longue de plusieurs centaines de kilomètres ! Si vous ne mesurez la présence des forces de l'ordre qu'à l'aune de celle des policiers et des gendarmes à chaque point de passage de cette frontière septentrionale, ou tout au long de l'autoroute A1, vous serez éternellement insatisfait. En effet, avec au total 257 000 policiers et gendarmes, dont 120 000 sont affectés à la lutte contre le terrorisme, nous ne sommes pas en situation de poster deux policiers ou deux gendarmes devant les 77 000 écoles de France, sur l'ensemble des axes routiers ou des points de contrôles aux frontières. La vérité m'oblige à le dire. Je ne suis d'ailleurs pas certain qu'un tel déploiement de forces garantirait l'efficacité des forces de l'ordre : il faut simplement qu'elles se trouvent là où cela est nécessaire, et qu'un travail de renseignement réalisé en amont leur permette d'atteindre leurs objectifs. Pour autant, monsieur Carvalho, vous savez très bien que, parce que nous avons conscience du fait que la ressource humaine est un gage d'efficacité dans la lutte contre le terrorisme, nous aurons, d'ici la fin du quinquennat, créé 10 000 emplois au sein des forces de police et de gendarmerie, dont une partie dans les services de renseignement. En effet, la création de près de 1 500 emplois a été décidée dans le cadre du plan de lutte contre le terrorisme, dont près de 1 100 au sein de ces mêmes services. Les agents concernés seront affectés à des missions de renseignement territorial ou intérieur, ou à la préfecture de police de Paris. Les 5 000 emplois supplémentaires dont la création a été décidée par le Président de la République manifestent également notre volonté d'envoyer des policiers et des gendarmes partout où cela s'avère nécessaire afin d'accroître l'efficacité de la lutte contre le terrorisme. Enfin, je veux revenir sur le criblage. Madame Valérie Lacroute, vous avez insisté sur le fait que les fiches « S » devaient être communiquées aux employeurs. Nous ne le ferons jamais, car procéder ainsi reviendrait à tuer le renseignement en France. La fiche « S » est une source d'information qui a une dimension de classification et qui contient des éléments de nature secrète qui n'ont, bien entendu, pas vocation à être rendus publics. Et contrairement à ce que vous avez dit, même dans les centrales nucléaires, les employeurs n'ont pas connaissance des fiches « S » portant sur leurs salariés, ni de leur contenu. Nous procédons en réalité à un criblage des salariés amenés à pénétrer dans les centrales nucléaires. J'ai d'ailleurs proposé, concernant la SNCF et la RATP, que nous puissions utiliser le fichier mis en place au moment de la création de l'état-major opérationnel de prévention du terrorisme, l'EMOP, pour procéder au signalement de salariés de ces entreprises. C'est la bonne méthode, car les entreprises de transport comptent des dizaines de milliers de salariés. Le criblage est actuellement réalisé par les services des préfectures. Si nous devions cribler des dizaines ou des centaines de milliers de professionnels à risque, je vous laisse imaginer quel déploiement de fonctionnaires et de bureaucratie cela impliquerait ! En revanche, nous disposons d'un outil, qui est le fichier de données à caractère personnel dénommé FSPRT, à partir duquel nous pouvons opérer un signalement auprès des employeurs et faire en sorte qu'aucune personne dont nous serions amenés à apprendre la radicalisation ne puisse nuire dans les entreprises pour lesquelles elle pourrait représenter un risque. Cette méthode répond à votre préoccupation et nous permet d'éviter l'embolie bureaucratique dont je viens de parler. Tels sont les éléments que je souhaitais donner en réponse à la discussion générale. Bien entendu, je ne doute pas que le débat sur les amendements permettra d'aller au fond de l'ensemble de ces sujets. Mme la présidente. La discussion générale est close. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/224.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/224.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..91790b3653b45bd101d83c818b516e66fa568f98 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/224.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Directeur général de la Gendarmerie nationale, Mon Général, Madame le Commandant de l'Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale, Générale, Mesdames et Messieurs les officiers et les élèves-officiers de la Gendarmerie, Ce soir, c'est pour moi une très grande fierté que de m'adresser à vous sur cette place de l'Ecole des Officiers de la Gendarmerie nationale. Je sais que la cérémonie de remise des sabres, qui nous réunit aujourd'hui, constitue un moment particulièrement fort pour les élèves-officiers de 1ère année, une étape éminemment symbolique pour eux qui se trouvent aujourd'hui à l'aube d'une carrière au service du pays au sein de l'une de ses institutions les plus prestigieuses. Derrière vous, sur la façade de votre Ecole, s'élèvent les Trois couleurs de notre drapeau, celles de la République et celles de nos gloires. Celles-là mêmes au nom desquelles tant de vos camarades, à l'intérieur comme à l'extérieur de nos frontières, se sont battus et parfois sont tombés. Ce soir, c'est à votre tour d'entrer dans la carrière et de mettre vos pas dans ceux des femmes et des hommes qui vous ont précédés. Ces Trois couleurs vous rappellent et nous rappellent à tous la signification profonde de votre engagement : en entrant dans la Gendarmerie nationale, vous avez fait le choix de servir votre pays, avec fierté et dévouement ; de servir la République, avec rigueur et détermination. Sachez que l'émotion que vous ressentez en cet instant, je la ressens moi aussi, comme à chaque fois que j'assiste à une cérémonie par laquelle des jeunes gens confirment leur volonté de servir la France. En consacrant l'égalité des droits, la République nous enseigne que l'honneur est le fruit des vertus et des talents, le résultat des choix que chacun d'entre nous assume, à la place qui est la sienne. Car la grandeur ne s'hérite pas : elle se mérite. En entrant dans la Gendarmerie nationale, vous faites désormais partie de l'élite de la République. Cette noblesse du courage, c'est elle que symbolise le sabre que les élèves de seconde année vous ont aujourd'hui remis solennellement. Par cette cérémonie, vous signez un contrat avec la France et avec les Français. Sur l'ensemble du territoire national, vous vous engagez à les protéger et à garantir leur sécurité contre toutes les menaces et toutes les violences qui sont susceptibles de les affecter. Ce pacte, vous le réalisez aujourd'hui dans des circonstances particulièrement dramatiques pour le pays. Votre engagement n'en est rendu que plus fort et plus nécessaire. Voici près d'un an que le terrorisme de DAESH a frappé pour la première fois sur le sol de notre pays. Les terroristes ont frappé des journalistes et des dessinateurs parce qu'ils représentaient la liberté d'expression, des policiers qui incarnaient la loi de la République, des Français de confession juive parce qu'ils étaient juifs. Et tout en pleurant les victimes, nous demeurons profondément reconnaissants aux gendarmes du GIGN qui ont mis hors d'état de nuire les auteurs de ces crimes à Dammartin-en-Goële, comme les policiers du RAID et de la BRI le faisaient porte de Vincennes. A nouveau, voici maintenant un peu plus d'un mois, les actes barbares commis à Paris et à Saint-Denis par des terroristes djihadistes ont entraîné la mort de 130 victimes, frappées au hasard, et en ont blessé, souvent grièvement, des centaines d'autres. Jamais avant cette année, nous n'avions eu à affronter sur notre sol une série d'attaques terroristes de cette. La situation à laquelle nous sommes confrontés est tout simplement sans précédent dans notre histoire récente. Si, en janvier comme en novembre, nous avons pu faire face et tenir bon dans l'épreuve, si notre pays est demeuré debout alors que la tragédie s'abattait sur lui et malgré les coups que ses ennemis lui ont portés, c'est d'abord grâce à la mobilisation exceptionnelle de l'ensemble des forces de sécurité et des unités de secours. Comme à chaque fois que survient la crise, l'Etat a réagi avec force, efficacité et promptitude. Je pense bien sûr au dispositif opérationnel mis en place à Paris, mais aussi aux mesures prises partout en France pour être en mesure de parer à tout risque de réplique et assurer la sécurité des Français. En France, nous avons la chance de pouvoir compter sur des femmes et des hommes gendarmes, policiers, sapeurs-pompiers, militaires de nos forces armées, membres des unités de la sécurité civile et des équipes de secours qui possèdent un sens élevé du devoir et de l'intérêt général, et qui par conséquent n'hésitent pas, quelle que soit la situation, à mettre leur vie en péril pour protéger celle de leurs concitoyens. Tout simplement parce que c'est leur mission, celle qu'ils ont choisie d'accomplir. Depuis le début de cette campagne d'attentats, c'est leur mobilisation sans faille et je pense bien sûr aujourd'hui tout particulièrement à celle des femmes et des hommes de la Gendarmerie nationale qui constitue la première réponse de la France face à la terreur et à la barbarie. Demain, vous interviendrez vous aussi à leurs côtés pour garantir nos libertés fondamentales contre tout ce qui menace notre communauté nationale. Sachez que nos concitoyens attendent beaucoup de vous. Ils attendent bien sûr des résultats concrets en matière de lutte contre la criminalité et la délinquance. Mais ils vous demandent aussi d'être une présence visible, qui les écoute et les rassure, de jour comme de nuit. Dans les territoires ruraux, en particulier, vous serez l'incarnation de l'Etat. Lors de vos patrouilles ou de vos interventions, vous serez souvent confrontés à des situations d'urgence, parfois dangereuses. Face à la violence et à la délinquance du quotidien, face aux trafics en tous genres et à la criminalité, vous serez en première ligne. Vous devrez faire preuve de discernement et de droiture morale. Vous devrez être exemplaires et rigoureux, et d'abord à l'égard des femmes et des hommes que vous aurez sous votre commandement. Car de votre comportement et de vos capacités de décision dépendra la sécurité, et parfois la vie même, de ceux qui vous entourent, qui travaillent avec vous ou sous vos ordres, de ceux aussi pour qui vous vous engagez. N'oubliez jamais que la seule autorité qui vaille repose sur la valeur de celles et ceux qui l'exercent. Car l'élévation d'une femme ou d'un homme au-dessus des autres ne se justifie que s'il apporte à l'effort commun l'impulsion et la rigueur que celui-ci exige. C'est à ce prix, celui de la responsabilité, que l'on obtient le droit de commander à autrui. C'est là un honneur, mais c'est aussi, comme l'écrivait le général de GAULLE, un sacerdoce : « Réserve, caractère, grandeur, ces conditions du prestige imposent à ceux qui veulent les remplir un effort qui rebute le plus grand nombre. Cette contrainte incessante, ce risque constamment couru éprouvent la personnalité jusqu'aux fibres les plus secrètes. » Vous pouvez être assurés de mon ferme soutien dans l'exercice exigeant de vos missions et de ma totale détermination à vos côtés pour lutter contre toutes les formes d'insécurité. Si je suis là aujourd'hui, c'est aussi pour vous délivrer ce message de confiance et vous exprimer ma gratitude, ainsi que celle du Gouvernement, pour l'engagement que vous prenez. Car je sais le prix trop souvent payé par les gendarmes et par les policiers lorsqu'ils accomplissent leur devoir. Ce soir, j'ai bien sûr aussi une pensée émue pour tous ceux qui ont été blessés en service, ou, pire, qui sont tombés en mission. Je pense tout particulièrement aux majors Philippe LALLEMAND et Laurent PRUVOT qui ont perdu la vie cette année dans l'exercice de leurs fonctions. Ils ont droit à la reconnaissance de la Nation tout entière. L'action des forces de l'ordre a pour objectif de protéger les personnes et les biens, en faisant appliquer la loi de la République. Parce qu'elle est particulièrement exigeante, une telle mission doit être menée avec sérénité et confiance. La Gendarmerie a toujours su s'adapter aux attentes de la population et aux nouveaux enjeux de sécurité. L'institution à laquelle vous appartenez désormais est parfaitement armée pour relever les nombreux défis auxquels nous devons faire face collectivement. Cette mission et ces défis seront très bientôt les vôtres. Vous participerez ainsi pleinement à la lutte que nous menons contre le terrorisme et contre le phénomène de la radicalisation violente. Face à la menace, plus que jamais le ministère de l'Intérieur a le devoir d'anticiper les nouveaux modes d'action des terroristes, de rassurer la population et d'affirmer l'autorité de l'État. Depuis trois ans, le Gouvernement a ainsi élaboré une stratégie cohérente de riposte et de prévention des actes terroristes. Les décisions prises depuis le 7 janvier s'inscrivent dans la droite ligne des options que nous avons adoptées dès 2012. Outre le renforcement des moyens humains et matériels, je pense bien sûr aux nouveaux moyens juridiques et administratifs dont dispose désormais l'Etat grâce d'une part à la loi antiterroriste de novembre 2014 et d'autre part à la loi sur le renseignement adoptée en juillet dernier, qui donne un cadre légal moderne à l'activité de nos services de renseignement. Je pense bien sûr également à la création d'un Etat-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT) qui contrôle le suivi effectif des individus signalés pour radicalisation, et pour ce faire regroupe des représentants de l'ensemble des forces et des services concernés. A l'autre bout de la chaîne opérationnelle, les préfets pilotent dans chaque département, en lien avec les procureurs de la République, des cellules de suivi des phénomènes de radicalisation. Dans chacun des maillons de ce dispositif global, progressivement consolidé au cours de ces derniers mois, la Gendarmerie, acteur majeur de la sécurité nationale, joue donc un rôle de tout premier plan. Les précieux atouts de cette dernière sont ainsi pleinement valorisés, qu'il s'agisse de son maillage territorial, de ses capacités de recueil et d'analyse du renseignement, de ses capacités judiciaires et d'intervention, de son organisation favorisant la montée en puissance rapide sous un commandement unique. Ces atouts, nous continuerons de les mobiliser pleinement dans les mois qui viennent afin que le ministère de l'Intérieur assure au mieux, avec le concours des Armées, la protection de l'ensemble du territoire. Votre implication dans les missions de renseignement, notamment, sera déterminante. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé d'implanter des antennes du renseignement territorial au sein d'unités de gendarmerie, pour enraciner au cœur des territoires le renseignement ciblé sur la lutte contre la radicalisation violente. Je n'oublie pas que la Gendarmerie a joué cette année, par exemple un rôle absolument décisif dans l'identification, et par là même dans le démantèlement de la filière de recrutement djihadiste de Lunel, dans l'Hérault. A cet égard, la coopération entre les différents acteurs et les échanges d'informations doivent faire partie de vos habitudes de travail. Les différentes composantes des forces de l'ordre doivent se parler, être à l'écoute les unes des autres, partager entre elles leurs informations bref, travailler ensemble. C'est aussi ce que l'Etat exigera de vous, une fois que vous aurez achevé votre scolarité et que vous aurez pris vos fonctions dans vos unités respectives. Il en va tout simplement de la sécurité et de la protection de nos concitoyens, en tout point du territoire national. Une telle responsabilité ne laisse pas de place pour les querelles et les divisions. Car c'est ensemble que nous parviendrons à obtenir des résultats efficaces et durables. En second lieu, vous lutterez contre toutes les formes de délinquance qui sont susceptibles d'affecter la vie quotidienne des Français. En cette matière aussi, les attentes sont très fortes. Les futurs commandants territoriaux de gendarmerie que vous êtes devront faire preuve de réactivité et d'esprit de décision. Car l'autorité de l'Etat doit s'exercer avec fermeté en tout point du territoire national : c'est ainsi que nous protégerons nos concitoyens face à toutes les formes d'insécurité. La politique de sécurité que le Gouvernement conduit est ambitieuse et attentive aux préoccupations des Français. Elle décline dans chaque territoire les grandes orientations nationales que nous avons déterminées et qu'il s'agit d'adapter aux réalités locales. Telle est notamment la logique qui a présidé à la mise en place, dans les zones où se concentrent les faits de délinquance, des Zones de Sécurité prioritaires (ZSP), dotées de moyens renforcés et où interviennent tous les services de l'Etat. Pour remplir votre mission, vous devrez apprendre à connaître votre zone de compétence, les attentes de la population qui y réside, les difficultés qu'on y rencontre, les enjeux qui s'y attachent, la délinquance qui s'y développe. Ce travail d'analyse vous permettra d'établir des diagnostics précis, de participer à l'élaboration des priorités et des réponses opérationnelles que nous opposons à la délinquance, en proposant des actions concrètes et adaptées. Bien entendu, dans l'accomplissement de leurs missions essentielles, les forces de sécurité intérieure n'agissent pas seules. Sous l'égide des autorités administratives et judiciaires, vous travaillerez avec l'ensemble des acteurs qui concourent à la sécurité du territoire. Vous devrez nouer et cultiver un dialogue fructueux avec les élus, les associations, les bailleurs, les transporteurs, la communauté éducative et bien évidemment l'autorité judiciaire. J'attends également de vous que vous établissiez un lien de confiance solide avec la population, qui devra reposer sur l'exemplarité de votre action et sur un respect mutuel. C'est là une condition indispensable de la réussite de vos missions. Car, plus que jamais, la sécurité au quotidien est l'affaire de tous. Enfin, vous devrez relever un troisième et dernier défi : celui de la modernisation de l'action publique. C'est là un autre objectif majeur du Gouvernement, qui doit nous permettre de mieux utiliser nos ressources et d'en développer de nouvelles pour gagner en efficacité, au profit de nos concitoyens. Tous les cadres publics vous en ferez partie doivent s'engager résolument dans cette démarche, qui commande que nous agissions avec pragmatisme. C'est tout le sens de la « feuille de route » participative lancée en juin 2013 par votre Directeur général, qui nous permet d'évaluer de façon constructive le fonctionnement opérationnel et administratif de la Gendarmerie. Grâce à elle, c'est toute une institution qui montre qu'elle est capable, collectivement, d'adopter un regard critique sur elle-même et de se réformer pour le bien de celles et ceux qui la font vivre au quotidien, et par extension pour le bien de tous les Français. Par ailleurs, j'attends de vous que vous participiez au mouvement de modernisation technologique des forces de sécurité, qui doivent sans cesse s'adapter à la transformation numérique de notre société. De nouveaux modes d'action pour les gendarmes et les policiers rendent ainsi possibles de nouvelles formes de proximité. C'est ainsi l'ambition portée par le nouvel équipement numérique du gendarme NéoGend expérimenté depuis septembre dans le département du Nord. Je pense également au Pôle Judiciaire de la Gendarmerie nationale inauguré cette année à Pontoise. La création du PJGN constitue ainsi une étape décisive dans la modernisation de l'institution à laquelle vous appartenez désormais, lui permettant de mieux articuler expertise et proximité dans les domaines de la criminalistique, du renseignement criminel et de la lutte contre les criminalités numériques. Elèves-officiers de l'Ecole des Officiers de la Gendarmerie nationale, vous avez choisi de servir une institution présente sur tous les fronts, comme l'a encore démontré l'année qui s'achève. Pour assurer les missions qui demain seront les vôtres et relever les défis que j'ai rappelés, vous allez bénéficier, à l'EOGN, pendant deux années, d'une formation complète qui vous préparera pleinement à prendre, le temps venu, toute votre place à la tête d'un commandement opérationnel, dans la préparation et la conduite des politiques publiques, au sein du ministère de l'Intérieur ou en interarmées, mais aussi dans un cadre interministériel ou dans un contexte international. Car demain, c'est vous qui, aux côtés de vos camarades, veillerez sur la République et sur la sécurité des Français. C'est vous qui, en toute circonstance, défendrez nos valeurs communes : l'égalité devant la loi, la liberté de conscience et d'expression, la laïcité, le droit à la sécurité, l'Etat de droit – ces valeurs mêmes qui font de nous un grand peuple, uni et solidaire dans l'adversité. Un peuple généreux, capable de se mobiliser pour défendre les principes de la République. Un peuple, enfin, qui a en lui d'infinies ressources de courage et de patriotisme. Officiers et élèves-officiers de la Gendarmerie, je veux vous dire ce soir à nouveau que la Nation compte sur vous, sur les compétences que vous allez acquérir au sein de cette école et sur l'engagement qui vous inspire. Je veux vous dire ce soir toute ma confiance et l'estime que je vous porte, ainsi qu'à vos camarades et à vos chefs. Vive la Gendarmerie nationale ! Vive la République ! Vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/225.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/225.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..71326549f179b5e7f116d3ab9cf0114ff0c97d02 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/225.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame, messieurs les ministres, Mesdames, messieurs, Les attentats qui ont frappé la France en 2015 et les dix tentatives déjouées, notamment à Orléans, comme l'a annoncé, hier, le ministre de l'Intérieur soulignent combien la menace terroriste pèse lourdement sur notre pays. Elle nous saisit tous, comme vient de le rappeler le président de la République en concluant le Conseil des ministres. Un chiffre parle de lui-même : le seuil des 1000 individus ayant rejoint, depuis la France, les groupes djihadistes en Syrie ou en Irak vient d'être franchi. Environ 600 d'entre eux y sont toujours et on estime à 148 le nombre d'individus y ayant trouvé la mort. 250 sont revenus sur notre sol. Les individus radicalisés, en provenance de tous les continents, rejoignent Daech. Beaucoup d'entre eux viennent de nombreux pays d'Europe, pas seulement de France ou de Belgique. Il y a aussi de nombreux autres francophones. Et on sait que les combattants se regroupent souvent en fonction de leur langue, pour se former et préparer des actions sur notre sol. Le devoir de vérité, c'est de répéter que la menace n'a jamais été aussi élevée. Le devoir de vérité, c'est de dire que nous devons faire face à une guerre, une guerre contre le terrorisme, le djihadisme, l'islamisme radical. Dire cette vérité, c'est le préalable à une action maîtrisée, s'inscrivant nécessairement dans la durée. Car nous sommes confrontés à une situation inédite, à un combat sans précédent. Il réclame sang-froid, rigueur et détermination. Il réclame surtout de ne rien céder sur notre État de droit. Car c'est avec la force du droit toujours avec la force du droit ! Que se battent les démocraties. Depuis 2012, le président de la République et le Gouvernement ont pris, en responsabilité, les mesures à la hauteur de la situation, avec une seule ligne de conduite : l'efficacité pour protéger nos concitoyens. L'efficacité, la responsabilité, c'était, d'abord, renforcer notre cadre législatif, pour empêcher les départs d'individus et consolider nos dispositifs de renseignement. Nous avons, également, renforcé nos moyens humains et lutté plus efficacement contre la radicalisation sur internet, en milieu carcéral, et en étant intraitable contre les prêcheurs de haine. L'efficacité, la responsabilité, c'était aussi déclarer l'état d'urgence au soir du 13 novembre, puis le prolonger pour trois mois. Le Parlement l'a fait à la quasi-unanimité, le 20 novembre. Cet état d'urgence s'inscrit pleinement dans l'Etat de droit. L'accroissement des moyens d'action des préfets et des services polices ne diminue en effet en rien les prérogatives du juge : la détection, la recherche et le démantèlement des associations de malfaiteurs à caractère terroriste, sous la conduite de l'autorité judiciaire, demeurent et demeureront toujours le pivot de notre stratégie anti-terroriste. Mais, les mesures administratives exceptionnelles que nous avons prises permettent d'aller plus vite pour vérifier l'implication éventuelle de personnes dans des filières terroristes. C'est vrai également pour les individus liés aux mouvements partageant et propageant discrètement ou publiquement la même idéologie. Derrière les personnes engagées dans les filières irako-syriennes, ils sont en effet plusieurs milliers à les soutenir, à les encourager, notamment sur les réseaux sociaux. Certains peuvent alors décider de passer à l'acte, même peu préparés ou sans être allés sur place. Il y a aussi les très nombreux signalements recueillis qu'il faut évaluer et vérifier. Aujourd'hui, 10 500 personnes ont une fiche S au titre de l'islamisme radical, à des degrés d'implication très différents. Certains font l'objet d'une procédure judiciaire ; pour d'autres, les éléments recueillis ne le permettent pas… Chacun le comprend donc aisément : c'est l'ampleur de la tâche et le risque de nouveaux attentats qui ont justifié le déclenchement de l'état d'urgence. Bien évidemment, toute mesure administrative est susceptible d'un recours. Et il y a des recours ! Toute perquisition s'exerce sous le contrôle d'un officier de police judiciaire. Toute découverte d'infraction entraîne la saisine du juge. Le ciblage des mesures s'exerce sous l'autorité des préfets et en selon des instructions très strictes édictées par le ministre de l'Intérieur. S'il y a eu des personnes visées à tort sur la base de renseignements erronés ou imprécis, elles seront indemnisées. Et il est normal que la presse, qui joue pleinement son rôle de contre-pouvoir, s'en saisisse et accomplisse sa mission d'information. Et une information complète nécessite aussi de présenter les résultats obtenus. Ainsi, en 40 jours, 2900 perquisitions administratives ont permis de saisir 443 armes dont 40 armes de guerre. C'est trois fois le nombre de saisies en temps normal dans l'ensemble des opérations de police et de gendarmerie. Bien sûr, après les premiers jours où il a fallu agir vite pour désorganiser les filières –, l'effet de surprise n'a plus joué. Le rythme des perquisitions s'est donc ralenti au profit d'un ciblage plus fin. De même, la majorité des décisions d'assignations à résidence ont été prises au cours des deux premières semaines. En tout : 312. Depuis, leur nombre s'est réduit avec 73 mesures nouvelles. Par ailleurs, 15 d'entre elles ont été levées, dont seulement 4 à la suite d'une décision de justice. Il faut, bien évidemment, en permanence prendre de nouvelles mesures, en fonction des nouveaux renseignements recueillis. Mais ces mesures ne sont pas décidées au hasard ou pour servir d'exemples. D'ailleurs, sur les 50 référés-libertés déjà jugés, seuls 4 ont entraîné une suspension de la décision administrative. Les résultats obtenus, ce sont également 298 personnes placées en garde à vue ; 500 procédures judiciaires ouvertes dont certaines pour des faits de terrorisme. Et tous les éléments n'ont pas encore été exploités. 1. Pourquoi constitutionnaliser l'Etat d'urgence ? L'Etat d'urgence, c'est donc une mesure d'efficacité, qu'il faut néanmoins adapter à notre époque. C'est ce que le Gouvernement a fait, dès le 20 novembre, en rétablissant un plein accès au juge par les procédures d'urgence ; en supprimant toute censure de la presse ; en précisant et en encadrant les mesures de perquisitions administratives et d'assignation à résidence. Grâce aux modifications apportées, le Conseil Constitutionnel a validé, hier soir, le régime légal de l'assignation à résidence. De plus, le Gouvernement participe quotidiennement à la mission de contrôle de la mise en œuvre de l'état d'urgence assurée par l'Assemblée nationale et le Sénat, selon des procédures d'investigation inédites. L'état d'urgence tel que nous l'avons bâti, n'est pas un régime d'opacité ; c'est un régime transparent et contrôlé démocratiquement. La loi sur l'état d'urgence remonte toutefois à 1955, soit avant la Ve République et la mise en œuvre d'un contrôle de constitutionnalité complet. L'avis du Conseil d'Etat, rendu le 11 décembre, établit l'intérêt et la nécessité de donner une base constitutionnelle à ce régime civil de crise. C'est donc le premier point du projet de loi constitutionnelle adopté en Conseil des ministres, ce matin. Trois raisons motivent ce choix. L'Etat de droit, c'est d'abord le respect de la hiérarchie des normes. Et c'est une garantie fondamentale qu'un régime de crise dérogatoire soit prévu par la norme la plus haute. Cela n'entraînera en rien le basculement vers un régime d'exception permanent : l'état d'urgence prendra fin dans quelques mois. Il est prématuré, aujourd'hui, de dire s'il sera renouvelé et, dans ce cas, pour combien de temps. Mais l'appréciation portée par le Gouvernement et le Parlement à la fin de cette période de trois mois devra être strictement proportionnée à la situation et à la menace. Cette appréciation ne peut être décidée par avance. La Constitution, c'est aussi la défense de nos grandes libertés. Borner les critères de déclenchement de l'état d'urgence et encadrer les procédures de prolongation dans la Constitution, c'est les mettre définitivement au-dessus de tout risque de dérive partisane. Désormais, elles ne pourront plus être élargies qu'avec la rigueur et la solennité de la procédure de révision constitutionnelle. Ceux qui affirment le contraire se trompent, et d'ailleurs, ne poursuivent pas l'objectif qu'ils se sont donné : assurer davantage notre démocratie et notre Etat de droit. C'est en constitutionnalisant l'état d'urgence qu'on donne plus de force à l'Etat de droit. Cette révision est enfin un gage d'efficacité. Elle permettra d'achever la définition du régime de l'état d'urgence et d'inscrire dans la loi des mesures qui n'ont pu l'être jusqu'ici en raison de ce défaut de base constitutionnelle. Conformément à l'avis du Conseil d'Etat que le gouvernement a décidé de suivre, les mesures administratives décidées au titre de l'état d'urgence s'interrompront toutes, en même temps que l'Etat d'urgence prendra fin. Nous ne retenons donc pas la sortie progressive de l'état d'urgence suivant ainsi l'avis du Conseil d'Etat. Les personnes qui continueraient de faire peser une menace spécifique pour l'ordre public pourront continuer de faire l'objet de surveillances ou de contrôles dans les conditions du droit commun, administratif ou judiciaire. 2. La déchéance de nationalité. Le second point de cette réforme constitutionnelle concerne la déchéance de nationalité. C'est aussi un engagement du président de la République devant le Parlement réuni en congrès. L'efficacité, ici, et tout le monde l'aura compris n'est pas l'enjeu premier. C'est une mesure je l'ai déjà dit à caractère hautement symbolique. C'est une sanction lourde que la Nation est légitimement en droit d'infliger à celui qui la trahit au plus haut point. Tuer aveuglément des compatriotes au nom d'une idéologie, c'est exprimer un reniement sanglant, total et définitif de toute volonté de vivre ensemble sans distinction d'origine ou de religion. C'est donc renier l'âme de notre Nation. Aujourd'hui c'est un fait consacré dans notre droit ! La déchéance de nationalité en cas d'acte terroriste existe et s'applique déjà. Mais elle ne concerne, parmi les Français binationaux, que ceux nés étrangers. Il y a, de fait, une atteinte au principe d'égalité. Dans l'absolu, certains peuvent penser qu'il faudrait pouvoir déchoir tout auteur d'un crime terroriste de la nationalité française. Mais les principes internationaux que la France a reconnus interdisent de rendre une personne apatride. Nous devons respecter ces engagements. C'est pourquoi, comme l'a annoncé le président de la République devant le Congrès, le Gouvernement a décidé de soumettre au Parlement l'extension de la déchéance de nationalité à tous les binationaux. Le président de la République et le Gouvernement ont décidé, en conscience, de suivre point par point l'avis du Conseil d'Etat sur ce sujet également. Le champ de cette disposition sera strictement limité : il ne s'appliquera qu'à des personnes définitivement condamnées par la justice pour un crime contre la vie de la Nation, dont les crimes terroristes. Aucun arbitraire administratif sous aucun régime ne pourra leur retirer la nationalité. Seule une condamnation définitive édictée par un tribunal indépendant, et pour un crime grave, le rendra possible. En aucun cas, cette déchéance ne permettra aux auteurs d'un crime terroriste d'échapper à la justice : ils seront poursuivis et condamnés en France. Et c'est seulement à l'expiration de leur peine que, ayant été déchus de la nationalité, ils pourront faire l'objet d'une expulsion du territoire national. 3. L'avis du Conseil d'Etat sur autres mesures privatives ou restrictives de liberté Mesdames, messieurs, Comme vous le savez, le président de la République s'était engagé à saisir le Conseil d'Etat, notamment à la suite de propositions faites par des membres de l'opposition. L'avis du Conseil d'Etat sur les possibilités d'édicter des mesures administratives contraignantes supplémentaires y compris en dehors de l'état d'urgence, est désormais public. - Il est très clair sur le fait que seul un juge judiciaire peut décider d'une mesure de privation de liberté. Aucun internement administratif ne peut être décidé à l'encontre d'une personne sur la seule base d'une fiche de renseignement. Au-delà de la Constitution, les grands traités internationaux relatifs aux droits de l'Homme l'interdisent. La seule hypothèse possible serait la création d'une rétention de sûreté à l'issue d'une condamnation judiciaire exécutée, mais dans des conditions très strictes. - En revanche, le Conseil d'Etat admet la possibilité de mesures administratives restrictives en dehors de l'état d'urgence. Mais il insiste sur des conditions particulièrement strictes concernant uniquement des personnes dont le niveau de dangerosité est élevé. - S'agissant plus particulièrement du bracelet électronique, la jurisprudence constitutionnelle doit être rappelée, à savoir l'obligation de recueillir l'accord de l'intéressé, ce qui réduit son intérêt pratique en matière de prévention de la radicalisation. Comme annoncé, le Gouvernement fera donc des propositions pour renforcer la surveillance des personnes radicalisées sur la base de l'avis du Conseil d'Etat. Il le fera en premier lieu s'agissant des personnes de retour des sanctuaires terroristes. Le Gouvernement maintiendra le dialogue avec le Parlement sur ces enjeux pendant toute la procédure législative à venir pour intégrer ces propositions. 4. Le projet de loi renforçant la lutte contre le crime organisé et le terrorisme Enfin, il faut, dès à présent, anticiper la fin de l'état d'urgence. C'est pourquoi, le Gouvernement a prévu d'insérer des dispositions supplémentaires dans le projet de loi préparé, depuis un an, par la garde des Sceaux, Christiane TAUBIRA. Le Conseil d'Etat sera saisi, dès aujourd'hui, de ce projet. Et le Conseil des ministres en délibérera en février. Il intègrera des mesures proposées par les ministres de l'Intérieur et des Finances, Michel SAPIN. Même s'il ne sera officiellement détaillé qu'à l'issue de la consultation du Conseil d'Etat, je peux dès à présent vous indiquer qu'il comprendra des mesures fortes en matière de lutte contre le crime organisé et son financement. Elles s'appliqueront bien sûr en matière terroriste. Par exemple, les mesures d'investigation ouvertes au parquet seront renforcées en matière de communications électroniques. L'extension des dispositifs de protection des témoins et du recours au huis clos dans les procès sera prévue. Les directives européennes en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux seront transposées. Les dispositions récemment annoncées sur les trafics d'armes y seront intégrées. Une incrimination nouvelle pour réprimer le trafic des biens culturels sera créée, car il n'est pas question que les groupes terroristes syriens ou libyens puissent recycler sur notre sol le fruit du pillage du patrimoine de l'humanité. Les dispositions relatives aux contrôles d'identité seront renforcées afin de permettre l'inspection visuelle et la fouille des bagages. Comme annoncé, le Gouvernement présentera une disposition législative pour mieux définir les conditions d'usage des armes face à un périple meurtrier ; le régime de la légitime défense ne permet pas, en effet, de régler tous les cas de figure et est plus strict que les possibilités ouvertes par la Convention européenne des droits de l'Homme. Enfin, le volet législatif des mesures de simplification de la procédure pénale, annoncé le 14 octobre, en direction des policiers, gendarmes et magistrats enquêteurs sera inclus dans ce projet de loi. Ce projet de loi sera équilibré, car les mesures d'investigations supplémentaires seront accompagnées d'un renforcement de certaines garanties procédurales, notamment prévues par deux directives européennes devant être prochainement transposées. Mesdames, messieurs, La lutte contre le terrorisme réclame d'agir sans relâche, en mettant en oeuvre tous les dispositifs qui s'imposent. Une réforme constitutionnelle et un projet de loi s'annoncent. Ils nous donneront de nouveaux moyens d'agir. L'exigence nous ordonne comme ce fut le cas en janvier et en novembre derniers de nous rassembler, de faire preuve d'unité. C'est le sens du message que le président de République a voulu délivrer devant le Congrès ; c'est le message qu'il a tenu devant les représentants de la Nation, c'est-à-dire aussi devant les Français. Il a pris, à cette occasion, des engagements. Ces engagements sont respectés. Ils ont été adoptés par le Conseil des ministres. Dans ces moments si particuliers, la parole publique compte plus que jamais, et plus particulièrement celle du chef de l'Etat, dont je veux saluer et souligner la cohérence et la hauteur de vue. La parole publique, celle du gouvernement, compte aussi, bien sûr, dans ces moments si graves. Un message d'unité doit en permanence nous guider. Car dans de tels moments, nos compatriotes ne comprendraient pas que les divisions l'emportent sur l'intérêt supérieur de notre Nation. Nous sommes à présent disponibles pour répondre à vos questions. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/226.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/226.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c95f0cb73ac771c5f1c1f7abc51a7541477a631d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/226.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEFF WITTENBERG Bonjour à tous, bonjour à vous Laurence ROSSIGNOL. LAURENCE ROSSIGNOL Bonjour. JEFF WITTENBERG Avant d'évoquer les dossiers dont vous avez la charge, une question d'actualité bien entendu. Vous êtes membre du gouvernement, comprenez-vous l'émotion suscitée notamment à gauche, dans les associations, par finalement le maintien de cette déchéance de nationalité par le gouvernement à la surprise générale hier et qui a provoqué notamment une question autour de madame TAUBIRA ? Comprenez-vous l'émotion ? LAURENCE ROSSIGNOL Bien sûr je la comprends, d'autant plus que cette mesure a une dimension symbolique forte, bien davantage qu'une dimension pratique, concrète. Donc c'est le symbolique qui fait le débat aujourd'hui. Peut-être c'est l'occasion de préciser pour ceux qui nous écoutent que les milliers de binationaux qui vivent tranquillement en France, ou même qui sont contrevenants à la loi, qui seraient même un peu délinquants, ne seront pas concernés par cette mesure puisqu'elle ne visera que ceux qui ont été définitivement condamnés pour un crime contre la vie de la nation. JEFF WITTENBERG Mais la gauche n'avait jamais défendu une telle mesure. LAURENCE ROSSIGNOL La gauche n'avait jamais défendu une telle mesure, mais la gauche n'avait pas non plus prévu qu'elle aurait affaire à la situation que nous connaissons aujourd'hui : des actes terroristes extrêmement violents et une menace terroriste qui perdure aujourd'hui et qui met le gouvernement dans une obligation aujourd'hui à la fois de faire face, de lutter contre le terrorisme, mais aussi de dire aux Français que le gouvernement fait tout pour que ça ne se reproduise pas. JEFF WITTENBERG Manuel VALLS dans son intervention hier a aussi évoqué un chiffre, celui de mille personnes, mille Français, qui seraient partis faire le jihad en Syrie et en Irak. Vous qui avez en charge les familles, on le disait, est-ce que vous constatez ce phénomène aujourd'hui, cette accélération du nombre de jeunes qui partent faire le jihad ? LAURENCE ROSSIGNOL Oui. Ce qu'on constate, c'est une accélération de la radicalisation qui d'ailleurs va très vite dans un processus individuel. Au moment où les jeunes, ou les femmes, ou les hommes même plus âgés se convertissent ou se radicalisent, les processus sont extrêmement rapides et laissent les familles très désemparées. JEFF WITTENBERG Alors que fait le gouvernement très concrètement ? LAURENCE ROSSIGNOL Aujourd'hui ce que nous faisons, c'est que nous accompagnons les familles qui ont été victimes elles aussi du djihadisme parce que leurs enfants sont partis, se sont radicalisés, souvent d'ailleurs nombreux sont morts là-bas. Ces familles-là, nous les aidons aujourd'hui à se constituer en collectifs, en associations. C'est bon pour elles, ça leur permet de réparer une partie de leurs souffrances mais surtout, c'est bon pour nous tous parce que ces familles ont acquis un savoir expérientiel extrêmement important et elles vont être utiles à d'autres familles. Elles savent repérer les petits signes de radicalisation. Quand une jeune fille cesse de prendre soin de son apparence physique, quand les habitudes alimentaires se mettent à changer très vite, elles sont en situation de dire aux parents, aux autres : « Attention, là il faut réagir ». JEFF WITTENBERG Madame ROSSIGNOL, on a vu récemment, les téléspectateurs ont vu notamment des petits films où des mères de famille ou des familles parlaient de leur enfant, racontaient leur expérience dans un grand bouleversement, mais est-ce que cela a eu une quelconque conséquence ? Est-ce que finalement cela a fait réfléchir d'autres familles et empêché d'autres départs pour le jihad ? LAURENCE ROSSIGNOL Ça a alerté les familles et ça leur a permis en plus de savoir qu'elles n'étaient pas seules, qu'elles n'étaient pas isolées dans leurs interrogations et dans leur besoin d'intervenir, d'agir pour ramener leurs enfants dans la famille. Ça a déjà cette vertu-là. Ça leur permet aussi d'identifier ce que je disais à l'instant : les signes de radicalisation. Parce que souvent, ce dont on s'aperçoit quand on discute avec les familles qui ont connu cette souffrance, c'est qu'elles sont passées à côté de signes. Elles ont mis ça sur le compte d'une crise d'adolescence. JEFF WITTENBERG Est-ce que les familles sont assez informées du problème justement ? LAURENCE ROSSIGNOL Il y a l'information qui vient par les canaux gouvernementaux, par la parole publique et puis il y a l'information que diffusent les autres familles. Il y a tout ce savoir que l'on partage et qui permet aujourd'hui de créer un grand réseau qui va justement être utile pour toutes ces familles, pour qu'elles sachent à quel moment elles doivent appeler le numéro vert, faire intervenir les préfectures, la police mais aussi l'accompagnement auprès de ces familles. Qu'est-ce qu'il faut faire, comment je maintiens le lien avec mes enfants. Parce qu'en fait, quand ce sont des adolescents, ce que l'on sait d'un adolescent en crise ou en dérive, qu'il faut toujours maintenir le lien, jamais perdre le contact, ça marche pour un jeune toxicomane, ça marche pour un jeune qui est dans l'embrigadement sectaire et ça marche aussi pour un jeune qui se radicalise. JEFF WITTENBERG Un tout autre sujet, beaucoup plus joyeux évidemment. Nous sommes la veille de Noël, ce soir c'est la fête des enfants qui, on l'espère pour la plupart d'entre eux, vont recevoir des cadeaux. Il y a un débat qui monte d'année en année, c'est finalement la différenciation selon le sexe des jouets que l'on doit offrir. Vous n'avez sans doute pas échappé à une campagne de publicité que fait un grand distributeur sur le fait qu'il ne fait plus de distinction entre les jouets pour les filles, les jouets pour les garçons au grand dam d'associations comme La Manif pour Tous qui y voit encore une progression de la théorie du genre. Quelle est, vous, votre position en tant que secrétaire d'Etat à la famille ? LAURENCE ROSSIGNOL Je ne vois pas pourquoi ça heurte des associations. On peut être attaché à la famille et à ses valeurs et constater pour autant que dans la famille la répartition des rôles n'est toujours pas égalitaire. Donc que l'on montre qu'un bon marketing, un marketing qui est plein de bonnes intentions montre un petit garçon en train de faire la dînette ou une petite fille en train de conduire un train, c'est parfait parce qu'un jour, quand ils seront grands, ce sera bien que le petit garçon fasse la cuisine à la maison, et la petite fille pourra accéder à des métiers qui ont été traditionnellement des métiers de garçon. Donc il n'y a pas de quoi relancer une polémique. On est tous pour l'égalité entre les filles et les garçons et ça se construit dès l'enfance. JEFF WITTENBERG Mais l'égalité n'induit pas tout de même des différences aussi ? N'est-il pas normal après tout que les garçons préfèrent jouer comme vous le disiez, mais aussi peut-être à des jeux qui ressemblent plus à la guerre ? Que les filles jouent plus à la poupée ? Si on mélange tout, vous ne pensez pas que ça peut éventuellement aussi tout mélanger dans la tête des parents ? LAURENCE ROSSIGNOL Mais la différence n'induit pas non plus les inégalités, parce que ces petits jeux d'enfant, ces petits conditionnements des filles ou des garçons, quand ils seront grands, ça amènera des grosses inégalités : les inégalités de salaires, les inégalités professionnelles, les inégalités… JEFF WITTENBERG Ça se décide dès la petite enfance ? LAURENCE ROSSIGNOL Ça se construit et beaucoup de parents d'ailleurs élèvent leurs enfants, filles et garçons, dans l'égalité des rôles. Je connais peu de familles qui aujourd'hui disent à leurs enfants : « Débarrasser la table c'est pour les filles, et pendant ce temps-là les garçons peuvent aller jouer ». Tous les parents disent : « Débarrasser la table, contribuer aux tâches ménagères à la maison, c'est pour les filles et également pour les garçons », parce que les parents veulent pour leurs enfants, pour leurs filles comme pour leurs garçons, la meilleure vie quand ils seront grands, donc l'égalité professionnelle et l'égalité dans la famille du partage des tâches parce que c'est très lourd pour les femmes de devoir travailler et continuer de porter toute seule à la maison le quotidien de la matérialité domestique. JEFF WITTENBERG Très bien, on a entendu votre discours. Merci beaucoup, Laurence ROSSIGNOL. LAURENCE ROSSIGNOL Et bon Noël et bonnes fêtes à tous. JEFF WITTENBERG Bonne journée à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/227.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/227.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..de1d883c6250f8ebcea150f454b40adcffc71339 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/227.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président de la République, Mesdames et Messieurs les Membres du gouvernement, Une année marquée par les épreuves et les souffrances vient de s'achever, une année terrible, vous l'avez dit Monsieur le Président de la République en présentant vos vœux aux Français. Ce que les Français ont vécu en 2015, la force, la dignité et le courage dont ils ont fait preuve nous ordonnent plus que jamais d'être à la hauteur de leur exigence. L'histoire des nations est faite de ces moments où il faut tenir bon, ne rien céder sur l'essentiel, ne jamais céder sur l'essentiel. Et nous savons tous ici combien nous pouvons compter, Monsieur le Président de la République, sur votre volonté, votre détermination à protéger nos compatriotes et faire avancer le pays. Ce matin, une nouvelle année du travail gouvernemental s'ouvre. Et les regards des Français et des Françaises se tournent - vers nous aussi. Ils attendent de notre équipe, une cohésion de chaque instant, un engagement sans faille et bien évidemment des résultats ; des résultats concrets dans leur vie de tous les jours. De la cohésion, d'abord. Dans un pays en proie aux doutes et aux peurs, notre devoir, c'est de redonner confiance dans la parole et dans l'action publique. Il nous faut toujours veiller à travailler en équipe, à communiquer en équipe. C'est la marque d'une action lisible et cohérente, et donc d'une action qui convainc et redonne de la confiance. C'est cette intelligence collective que vous évoquiez il y a un instant. La cohésion, c'est aussi la cohésion des ministres et de leur administration, vous l'avez rappelé Monsieur le Président lors du séminaire du 19 décembre : chaque membre du gouvernement doit exercer pleinement ses responsabilités pour que les décisions prises aient une traduction concrète et effective sur le terrain. Il nous faut ensuite de l'engagement. J'entends dire parfois qu'il faudrait, dès à présent, cesser de réformer, ne plus décider que dans le consensus ou chercher l'apaisement, notamment au Parlement... Et aussi qu'une nouvelle période commencerait à l'automne, où nous devrions nous consacrer entièrement à la préparation de l'élection présidentielle. Ce serait une erreur que les Français ne nous pardonneraient pas. Le gouvernement, sous votre autorité Monsieur le Président de la République, restera engagé jusqu'au bout, en apaisant, en rassemblant, en évitant la polémique, mais en agissant et en réformant. Nous ne serons forts pour affronter l'échéance de l'année prochaine que si nous pouvons être fiers de notre professionnalisme, de notre bilan, de notre action, de ce que nous aurons accompli pour notre pays. De la cohésion, de l'engagement au service de résultats. Et d'abord bien sûr en matière de lutte contre le terrorisme, c'est le grand défi. Dire que la menace est là, à un niveau jamais égalé, ce n'est pas décider de s'y soumettre ou de s'y plier, c'est au contraire décider de s'y confronter en citoyens libres. Lutter contre le terrorisme, c'est donc poursuivre - puisque nous sommes en guerre - l'action militaire au Sahel et au Levant pour faire reculer et détruire les groupes djihadistes. C'est aussi trouver une issue diplomatique, assurant la paix et l'ordre en Syrie ou en Libye. Lutter contre le terrorisme, c'est améliorer encore la coordination et l'action de nos services de renseignement, partager des informations avec nos alliés et mettre en oeuvre sur le territoire national notre stratégie, renforcée avec des moyens supplémentaires, de nos forces de sécurité. C'est aussi engager de manière particulièrement volontariste une action contre les phénomènes de radicalisation. Lutter contre le terrorisme, ce sera en 2016 préparer la sortie de l'état d'urgence, sans rien relâcher de notre mobilisation. C'est pourquoi, nous allons proposer au vote du Parlement une révision constitutionnelle et un projet de loi de procédure pénale. Monsieur le Président de la République, des débats difficiles traversent aujourd'hui les formations politiques sur le texte de la révision constitutionnelle. Plus d'ailleurs sans doute qu'ils ne traversent nos concitoyens. Vous avez pris une décision : soumettre un texte complet et cohérent et respecter l'engagement que vous aviez pris devant le Congrès, le 16 novembre dernier, c'est-à-dire 3 jours après les actes de guerre qui ont frappé Paris et Saint-Denis. Il appartient désormais au Parlement de prendre ses responsabilités, vous l'avez dit, ce qui ne veut pas dire cesser notre effort de pédagogie pour expliquer ce que recouvre cette révision constitutionnelle. Chaque membre du gouvernement doit y contribuer. Être Français, c'est partager avec nos concitoyens l'amour de la patrie et la volonté de servir la France. Être Français, c'est partager une même espérance. Comment dès lors, ceux qui refusent définitivement nos valeurs, qui les combattent, en s'engageant dans une armée de terroristes pour nous briser, peuvent-ils rester Français ? La gauche doit être capable Monsieur le Président de la République, vous l'évoquez souvent, de porter l'idée de Nation et, donc, les piliers qui la fondent : la nationalité, le patriotisme, nos frontières. Une frontière, même si elle doit être contrôlée avec fermeté, n'est pas une barricade, le patriotisme n'est pas le nationalisme, la nationalité n'est pas un enfermement. Notre vision de la Nation, celle qui doit rassembler tous les républicains, c'est une volonté d'ouverture sur les autres et sur le monde, autant que le sentiment d'appartenir à une même communauté de valeurs qui fonde notre contrat républicain. J'évoquais les frontières et j'ajouterai - suite aux propos que vous avez tenus il y a un instant au Conseil des ministres qu'il nous faudra obtenir aussi beaucoup de l'Europe, et plus particulièrement de la Grèce et de l'Italie la mise en oeuvre des décisions prises lors des Conseils Justice Affaires Intérieures et des Conseils européens, et déployer un corps de gardes-frontières européens. De 5.000 à 6.000 migrants continuent à entrer, par exemple, tous les jours en Allemagne. Les frontières extérieures de l'Europe doivent être rétablies et les flux contrôlés. Le droit d'asile doit être pleinement appliqué, mais nous devons le faire de façon ordonnée et maitrisée. Si nous n'y parvenons pas, la menace terroriste et les craintes en matière d'immigration vont se fondre dans l'esprit des peuples européens, et notamment des Français et hystériser le débat politique et, ce, bien au-delà du discours bien connu de l'extrême-droite. La France sous votre autorité aura une nouvelle fois un rôle majeur à jouer dans ce domaine. Les résultats, nous devons également les obtenir en matière de cohésion et d'unité de notre Nation. Nous devons continuer à construire cette République ferme et bienveillante, forte et généreuse, et porter haut ses valeurs et ses couleurs. Cela commence à l'école, et la rentrée scolaire 2016 sera un moment essentiel, avec le déploiement de la réforme du collège qui offrira aux équipes enseignantes plus de liberté, avec de nouveaux programmes centrés sur la formation de la personne et du citoyen, avec une sectorisation différente pour plus de mixité sociale dans certains départements volontaires. C'est aussi l'année du déploiement du plan numérique à l'école. Construire une République forte et généreuse, cela veut dire aussi poursuivre notre action en profondeur - c'est un chantier qui prendra du temps - pour les habitants des territoires ruraux et des quartiers populaires, qui peuvent se sentir abandonnés par l'État en déployant partout l'accès aux soins de santé, aux services publics, aux réseaux Internet et mobile. Cela veut dire permettre à chacun de comprendre et de s'approprier les règles de notre vie en commun et, donc, défendre toujours la laïcité, faire en sorte que chacun soit à l'aise avec la langue française, promouvoir l'engagement civique. Et vous avez annoncé l'élargissement du service civique. Cela veut dire aussi permettre à chacun de nos concitoyens de croire de nouveau à la promesse Républicaine, et donc lutter sans relâche contre les discriminations et casser toutes les logiques de ségrégation qui sont à l'oeuvre. Ces sujets sont au cœur, nous venons de l'aborder, du texte de loi égalité citoyenneté que nous présenterons dans quelques semaines. Ils sont surtout le coeur de nos convictions, de notre identité de gauche, une gauche ambitieuse et réformiste. Les résultats, nous devons enfin les obtenir - et c'est notre priorité à tous - dans le domaine de l'emploi. Car la difficulté de notre économie à créer suffisamment d'emplois fabrique du doute, de l'exclusion et du renoncement sur lesquels là aussi prospèrent les populismes. L'année 2016 doit être décisive, nous poursuivrons notre réforme du marché du travail en engageant la refonte en profondeur de notre code, pour que les entreprises et leurs salariés puissent décider eux-mêmes au plus près du terrain des politiques qui les concernent. Car ce n'est pas seulement l'État mais tous les acteurs - entreprises, partenaires sociaux, régions - qui doivent chacun à leur place et en dépassant les égoïsmes de chapelle, se mobiliser pour l'emploi. Les nouvelles régions doivent, encore plus que par le passé s'engager dans le domaine de la formation et de l'apprentissage. Les partenaires sociaux devront prendre leurs responsabilités dans les prochaines semaines, et parvenir eux-mêmes à un accord sur l'assurance-chômage, sans attendre que l'État le fasse à leur place. Les entreprises, enfin, devront respecter les engagements qu'elles ont pris pour l'emploi. Nous devons aussi nous mobiliser ensemble pour les secteurs d'avenir qui, rapidement, peuvent créer des emplois : le numérique, la transition énergétique dans la lignée du succès de la COP21. Le Plan que vous avez annoncé, Monsieur le Président et que nous présenterons plus en détail dans les jours qui viennent, permettra d'organiser cette mobilisation. D'autres chantiers nous attendent. Je pense à celui du prélèvement à la source, la loi de finances 2016 a déjà balisé l'agenda. Je veux rappeler - et il faut aussi le rappeler à nos compatriotes - que 8 millions de contribuables profiteront également de la baisse de l'impôt pour la 3ème année consécutive. Et puis il nous faut aussi préparer la généralisation du tiers-payant. Vous voyez Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les Ministres, que les chantiers sont nombreux. Je rajouterai un rendez-vous qui est particulièrement important pour la fête, le sport, pour la mobilisation du pays même s'il nous faudra aussi être vigilant particulièrement, c'est bien sûr l'organisation de l'Euro 2016. Monsieur le Président de la République, Mesdames, Messieurs les Ministres, l'année 2016 - je le disais tout à l'heure place Beauvau - sera également celle des commémorations une nouvelle fois du premier conflit mondial. Le 29 mai, vous vous retrouverez à Douaumont avec la Chancelière d'Allemagne, pour se souvenir de Verdun, des horreurs de la guerre ; et célébrer aussi la réconciliation franco-allemande. Aujourd'hui, nous sommes en guerre, bien sûr elle est différente de celles que la France a connues il y a un siècle. Mais les événements de 2015 nous rappellent que l'histoire peut être tragique, et la description du monde faite en Conseil des ministres il y a un instant, est une démonstration de son instabilité, de son désordre et des menaces qui existent. Pour affronter l'épreuve comme il y a un siècle, comme en 2005, la Nation doit être rassemblée et soudée. Et c'est vous qui incarnez cette unité. Monsieur le Président de la République, vous avez dit aux Français que vous étiez fiers d'eux. Permettez-moi de vous dire à mon tour, au nom de l'ensemble des membres du gouvernement, que nous sommes fiers de travailler sous votre autorité. Dans cette année difficile, nous n'avons pas dévié et soyez-en assuré, nous continuerons, fermement, à tenir le cap. Au nom du gouvernement, je vous présente nos voeux les plus sincères pour vous-même, pour vos proches et bien sûr pour la France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/228.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/228.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6c2f8a19abb8410f97df6ee413e7dcde4a5719b7 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/228.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Premier ministre, Monsieur le ministre, Monseigneur, Monsieur le Métropolite, Monsieur le Grand Rabbin de France, Monsieur le Président du Consistoire, Monsieur le Président du Conseil français du Culte musulman, Monsieur le Président de la Fédération protestante de France, Monsieur le Président de l’Union bouddhiste de France, Je vous adresse tous mes vœux. Je suis attaché à cette cérémonie. Elle manifeste la relation harmonieuse que la République entretient avec les religions. Elle est aussi une marque de considération pour ce que vous représentez au sein de notre société. Et un symbole d’attention au regard que vous portez sur les grands problèmes de notre temps. Mais cette rencontre prend cette année une signification particulière, alors que le pays est encore sous l’emprise du deuil et qu’il doit se rassembler pour affronter une menace redoutable. Celle du terrorisme islamiste. En janvier comme en novembre, vous avez su, conformément à vos traditions et à vos rites, trouver les mots et les gestes pour exprimer votre compassion à l’égard de toutes les victimes, de leurs familles et de leurs proches. Vous avez aussi appelé à la cohésion afin que personne ne se laisse gagner « par l’affolement et par la haine » comme l’a dit très justement Mgr André Vingt-Trois. Ainsi, le Cardinal archevêque de Paris a célébré une messe solennelle à Notre-Dame le dimanche 15 novembre, au cours de laquelle les grandes orgues de la cathédrale ont interprété de façon particulièrement émouvante notre hymne national. Les Juifs de France, ont payé un lourd tribut à la barbarie djihadiste avec l’attaque de l’Hyper Cacher où je me suis rendu ce matin, ont voulu manifester leur chagrin le 11 janvier dernier à la Grande synagogue de la Victoire. J’y étais présent avec le chef du Gouvernement israélien, Benjamin Netanyahou. Vous y avez dit, Monsieur le Grand Rabbin de France, que notre pays avait retrouvé ce jour-là les valeurs qui avaient fait de lui le phare du monde. Nous nous souviendrons longtemps des 17 bougies allumées tour à tour en mémoire des victimes des attentats, dont la dernière fut allumée conjointement par deux figures emblématiques du courage et de l’amour maternel blessé que sont Latifa Ibn Ziaten et Eva Sandler. Une autre cérémonie a été organisée en ce même lieu le 15 novembre pour porter le deuil de 130 nouvelles victimes. Dans ce contexte dramatique, il était particulièrement nécessaire d’écarter d’emblée tout amalgame entre la religion de paix que pratiquent les Musulmans de France et les utilisations odieuses de l’islam par les assassins commandités par Daech. C’est ainsi que le Conseil français du Culte musulman, après avoir condamné avec force les attentats du mois de janvier, a appelé à prononcer le vendredi 20 novembre, dans toutes les mosquées de France, un prêche pour « dire et de redire haut et fort que l’islam authentique se trouve à des années-lumière de l’idéologie de haine des criminels terroristes ». Et quelques jours plus tard, ce sont la quasi-totalité des institutions représentant les Musulmans de France qui ont adopté à l’Institut du monde arabe un « Manifeste citoyen » pour dire leur attachement à la République. Je tiens à vous dire à mon tour aussi haut et aussi fort que vous l’avez fait que les Français de confession musulmane, par le sang qu’ils ont versé pour la défense de la patrie, par leur travail au service du pays, par leurs talents, font pleinement partie de notre histoire et de notre nation. Jamais la République ne tolérera que l’on s’en prenne à eux dans le combat que nous livrons, avec eux, contre le terrorisme. Je veux aussi signaler d’autres gestes. La Fédération protestante de France a appelé l’ensemble de ses membres à s’unir dans la prière, ainsi « qu’à cultiver inlassablement la fraternité et la solidarité au coeur de la société française ». Au nom de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, vous avez invité, Monseigneur Emmanuel, tous vos fidèles à prier pour les victimes et pour tous les pays touchés par le terrorisme. Je veux rappeler ici que les chrétiens d’Orient qui sont présents dans cette région depuis des siècles et des siècles contribuent à l’équilibre et à la diversité si nécessaire et à l’harmonie entre les hommes. Enfin, l’Union bouddhiste de France, fidèle à son message de non-violence, a invité tous ses membres à dédier leurs pratiques quotidiennes aux victimes et à la paix. Tous ces gestes ont été une source de réconfort pour tous les Français. Qu’ils soient croyants ou non, ils y ont vu le signe de l’unité nationale qui doit nous rassembler dans les temps d’épreuves. J’ai également voulu avec le Premier ministre que l’ensemble des lieux de culte qui pourraient faire l’objet d’attaques soient protégés par les forces de sécurité, dans le cadre d’un dispositif concerté avec toutes les autorités religieuses. Il a démontré son efficacité à l’occasion des fêtes de Noël. Mais nous avons vu à Valence qu’il y avait eu aussi une tentative pour attaquer nos soldats auprès d’une mosquée. Mais la concorde nationale et les règles de sécurité ne nous dispensent pas de procéder à un examen de conscience. L’invocation de la religion comme prétexte aux massacres d’innocents, le fait même que les assassins soient prêts à sacrifier leur propre vie pour accomplir leur projet criminel et augmenter le nombre de leurs victimes, nous ramène à des temps les plus obscurs et les plus lointains de notre histoire et pourtant, pour plusieurs d’entre eux, les assassins qui ont commis ces abominations ont grandi ici. Ce sont de jeunes Français qui rejoignent les groupes terroristes en Syrie et en Irak. Ceux-là mêmes qui ont été élevés dans les écoles de la République. Ce qui exige de redoubler d’efforts pour la transmission, l’Education et l’accompagnement. Il nous faut aussi faire preuve de la plus grande vigilance face à la radicalisation qu’elle soit produite sur internet ou entretenue par les prêcheurs de haine. Je le confirme ici : leurs auteurs seront implacablement poursuivis. Nous ne pouvons pas accepter non plus que des enfants soient déscolarisés, ni davantage tolérer que certains établissements puissent délivrer des enseignements contraires à nos lois. C’est pourquoi j’ai demandé avec le Premier ministre à la ministre de l’Education nationale de renforcer les procédures de contrôle des établissements d’enseignement hors contrat, et de mobiliser l’administration et les collectivités pour éviter que des enfants ne soient soustraits à l’obligation scolaire au nom de raisons incompatibles avec les valeurs de la République. Je n’accepte pas non plus que la belle notion de laïcité soit instrumentalisée par certains, en vue de combattre l’expression publique d’un culte ou pour stigmatiser tel ou tel groupe de croyants. La laïcité est un principe juridique de neutralité, qui s’impose à l’Etat et à ses représentants. Ce principe garantit à chacun le droit de croire ou de ne pas croire, ainsi que le droit d’exercer son culte dans des conditions dignes et paisibles. « La Laïcité, comme l’a dit Emile POULAT, c’est une société qui donne place à tous. » Et c’est faire un bien mauvais usage de la laïcité que de tenter de rendre impossible l’exercice de la pratique religieuse en s’opposant par exemple à la construction de lieux de prière dès lors que ce qui s’y produit ne trouble pas l’ordre public et que les règles de financement sont claires. J’ai voulu que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme soit érigée en grande cause nationale. Auprès du Premier ministre, un plan de lutte interministériel, coordonné par le préfet Gilles Clavreul, a été adopté et doté de moyens significatifs, publics et également privés de façon à mobiliser autant qu’il est possible les ressources pour agir, pour informer, pour dissuader mais aussi pour lutter contre tout ce qui entretient le racisme et l’antisémitisme. Lamartine avait eu cette belle phrase : « Je suis de la couleur de ceux qu’on persécute ». Cette phrase n’a rien perdu de son actualité. Les agressions racistes, antisémites, ne concernent pas simplement leurs victimes et les proches, mais la communauté nationale dans son ensemble. Je sais ce qu’est votre engagement et notamment le dialogue que vous avez entre vous pour lutter contre toutes les formes de racisme et d’antisémitisme. Je sais aussi ce que vous faites pour favoriser la concorde et la fraternité. Les organisations d’inspiration religieuse apportent à notre société une solidarité à l’égard des plus démunis et également envers les migrants qui parviennent sur notre sol après avoir survécu à de terribles épreuves. Et dans l’accueil des réfugiés, comme dans la lutte contre la pauvreté, c’est vrai que les pouvoirs publics sont les premiers concernés. Mais vous, je le sais, vous êtes les premiers mobilisés avec des milliers de bénévoles qui agissent auprès des personnes en détresse d’où qu’elles viennent et quelle que soit leur foi. C’est ensemble que nous devons agir en faisant en sorte de faire respecter les lois, c’est notre devoir, notamment par rapport à cette question majeure qu’est celle des réfugiés et que vous puissiez également apporter votre concours pour soulager la détresse des plus démunis. Je veux enfin saluer ce qu’a été la contribution des autorités religieuses au succès de la Conférence sur le climat qui s’est tenue à Paris à la fin de l’année dernière. J’avais réuni, à l’initiative de Nicolas Hulot, un Sommet des consciences et vous vous y êtes tous associés ; je vous remercie parce que cela a été un moment rare où, venant du monde entier, toutes les forces spirituelles ont pu exprimer leur attente, leur exigence mais également leur mobilisation. Et vous avez à cette occasion-là exprimé que l’être humain peut faire son bonheur, mais aussi participer à son propre malheur. Il construit et il détruit en même temps. Vous savez aussi mieux que d’autres que l’envie du présent n’est pas toujours fidèle à l’obligation d’avenir, même si nous savons que la planète est unique et qu’il faut donc la préserver. Nous en sommes les dépositaires non pour la consommer, mais pour l’humaniser. Ainsi, s’il appartient aux responsables politiques de prendre les décisions qui relèvent des Etats, il revient à toutes les forces spirituelles de concourir à élever les nations et les peuples au-delà de leurs seuls intérêts matériels et à agir pour la paix et pour la tolérance. Tel était le sens des vœux que je voulais vous adresser aujourd’hui. De la gratitude pour ce que vous faites pour favoriser la compréhension entre nos concitoyens et pour dissuader tous ceux qui veulent entretenir un message de haine. Et en même temps je vous appelle à vous exprimer autant qu’il est possible pour faire en sorte que ceux qui doutent parfois, ceux qui s’interrogent souvent, ceux qui craignent d’être victimes puissent trouver espoir et confiance. Si nous voulons écarter les surenchères, les amalgames, les stigmatisations qui peuvent produire des discriminations, nous devons aussi rappeler à chaque fois que la religion est un message de paix et qu’elle doit contribuer à unir les hommes et non pas à entretenir la haine de l’autre. Voilà pourquoi la République entretient cette relation avec les religions. Nous sommes chacun à notre place mais, tout en ayant des démarches différentes, nous participons au même objectif : unir notre pays et concourir à la paix. Meilleurs vœux à vous, à tous vos proches et à vos fidèles. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/229.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/229.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8a68987b235b4e02c9703a86149e7df3dd1f13d4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/229.txt @@ -0,0 +1 @@ +FABIENNE SINTES Fleur PELLERIN, ministre de la Culture et de la communication avec nous ce matin, sur France Info avec Jean-François ACHILLI et Guy BIRENBAUM. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Bonjour Fleur PELLERIN. FLEUR PELLERIN Bonjour. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Cela fera demain un an l'attaque contre Charlie Hebdo, attaque meurtrière, puis, il y a eu Montrouge, puis, il y a eu Hyper Casher. Un an après les attentats, vous êtes toujours Charlie ? FLEUR PELLERIN Oui, ce qu'on appelle être Charlie, je crois que c'est un sursaut, le fait de se lever et de défendre ce qui fait la nation française, ce qui fait ses valeurs, ce qui fait ce contrat par lequel les Français décident de constituer une nation, c'est ça l'esprit Charlie. Et moi, je pense qu'il est plus que jamais vivace, je pense qu'il est plus que jamais aujourd'hui d'actualité de défendre la liberté d'expression, la liberté de création, de défendre la liberté d'impertinence… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI C'est ce que vous disiez hier, l'année dernière, après les attentats, vous disiez : la liberté d'offenser, je vous pose la question, parce que l'union nationale avait été très vite oubliée à l'époque, souvenez-vous, il y avait eu la grande manifestation du dimanche, et puis ensuite, ça s'était délité. FLEUR PELLERIN Mais l'union nationale… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Et tout le monde n'était pas dans la rue, vous vous rappelez… FLEUR PELLERIN On ne manifeste pas tous les jours pour signifier l'union nationale, moi, je ne crois pas du tout à ce que j'entends lorsque certains disent : l'esprit Charlie a vécu une quinzaine de jours, et après, s'est tu. Je crois, au contraire, que cet esprit, il est aujourd'hui plus que jamais vivace, qu'il est manifeste à travers beaucoup d'aspects du débat politique, je crois qu'il est encore indispensable de se défendre et de défendre nos valeurs, et de se battre pour la liberté d'expression, et la liberté de création. Quand je vois les débats qu'a suscités par exemple cette nouvelle Une de Charlie, je me dis, eh bien, oui, l'esprit Charlie, il est encore très vivace… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Oui, vous écrivez dedans, dans ce numéro, vous êtes dedans. Guy BIRENBAUM le brandit devant les caméras de France Info, sur le live France Info, vous avez signé une tribune à l‘intérieur, un billet ? FLEUR PELLERIN Oui, pas une tribune… GUY BIRENBAUM En dernière page… FLEUR PELLERIN Pas une tribune, quelques mots pour dire l'attachement que j'ai à la pérennité de ce journal, à son esprit. GUY BIRENBAUM Vous me permettez cette question : encore la religion à la Une, encore la religion ? FLEUR PELLERIN Oui, et alors ? L'esprit Charlie, c'est ça, moi, je souhaite que Charlie reste Charlie, qu'il puisse avoir encore cette impertinence, puisse avoir envie de parler de religion, de se moquer, de se moquer, non pas de la religion et de la liberté de conscience, mais voilà, du clergé, de ceux qui utilisent la religion à des fins politiques. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Alors, Fleur PELLERIN, nous avons senti une forme de frustration, d'agacement, de détresse parfois même dans les mots, de certains des acteurs de ce drame. Prenez Maryse WOLINSKI, je ne vous parle pas du « Y », l'erreur sur la plaque d'inauguration hier, de commémoration, mais les mots qu'elle a pu dire, l'épouse de Georges WOLINSKI, sur les failles de la sécurité, c'était également le propos d'Ingrid BRINSOLARO, l'épouse du policier qui a été tué avec les membres de Charlie, des questions demeurent sans réponses, on a l'impression qu'un an après, quelque chose n'est pas terminé dans cette histoire… FLEUR PELLERIN Mais bien sûr, beaucoup de questions demeurent sans réponses, des questions, probablement que se posent les proches des victimes, c'est bien normal, et d'ailleurs, Bernard CAZENEUVE a indiqué le ministre de l'Intérieur hier que c'était naturel de se poser ces questions, et que toutes les réponses possibles devaient être trouvées et apportées à ceux qui se les posent bien naturellement. D'autres questions, beaucoup plus vastes, restent sans réponses, le sens de tout cela. Moi, j'ai vu ce très beau documentaire « Du côté des vivants », qui passait hier à la télévision, le sens des actes de ceux qui ont commis ces crimes, tout ça n'a pas de réponse simple, et donc c'est normal que des questions restent, et qu'elles soient posées notamment par ceux qui sont les plus proches des victimes. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Que dit la ministre de la Culture sur la déchéance de nationalité désormais qui serait étendue, ça reste en discussion à venir, pour tous les auteurs des attentats, c'est voulu par le chef de l'Etat, et la France va produire désormais des apatrides ? FLEUR PELLERIN Ecoutez, je crois vraiment qu'on se trompe de débat, on pose un débat juridique là où il n'y a qu'un débat politique. Le débat juridique, il est à mon avis très simple, et je suis assez surprise de voir d'ailleurs tous ceux qui s'improvisent ces derniers temps professeurs de droit international public ou experts en droit constitutionnel… GUY BIRENBAUM Ah, c'est normal que tout le monde se documente sur un sujet pareil ! FLEUR PELLERIN Oui, mais justement, je pense qu'il y a beaucoup de choses fausses qui sont dites, et que si on faisait la chose très simple que d'aller voir sur Internet ce que sont ces textes, on ne se tromperait pas autant. Donc ce débat, il n'est pas juridique, pourquoi ? Parce que, en réalité, aucun des textes qui sont cités ces derniers jours n'interdit de produire des apatrides… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Oui, d'accord, mais il est symbolique le débat… FLEUR PELLERIN Aucun, justement, il n'est pas juridique. Donc aucun de ces textes, que ce soit la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 48, que ce soit les deux conventions de l'ONU, qui définissent le statut des apatrides ou qui visent à réduire le nombre de cas d'apatridie, de 54 et de 61… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI La France n'a pas ratifié à l'époque, en 61, d'accord, mais… FLEUR PELLERIN Mais peu importe, la France est un pays des Droits de l'Homme, elle respecte des instruments internationaux, même si elle ne les a pas ratifiés formellement ou signés. Mais ce qui est important, c'est que, aucun de ces textes n'empêche de produire des apatrides. Et la raison d'ailleurs, c'est que la convention de 1954 prévoit le statut des apatrides. Donc c'est qu'elle prévoit bien que cette situation est possible. Donc le débat, il n'est pas juridique. Quand vous regardez la convention de 61 par exemple, elle dit, dans un article 8, que l'Etat, les Etats ne fabriquent pas d'apatrides, mais il existe un certain nombre de circonstances dans lesquelles ils le peuvent, et par exemple, lorsque des individus portent un préjudice grave aux intérêts essentiels de l'Etat. Est-ce que, un acte de terrorisme, est-ce que prendre les armes contre ses concitoyens, ce n'est pas porter un préjudice grave aux intérêts essentiels de l'Etat, je crois que si. Donc ce débat, il n'est pas juridique, il est politique seulement, il est politique seulement… GUY BIRENBAUM Pour vous, c'est politique pure… FLEUR PELLERIN Il n'y a que deux questions qui vaillent, les deux questions qui vaillent, c'est qu'est-ce que la nation ? Qu'est-ce que c'est faire nation ? Qu'est-ce que c'est vouloir vivre ensemble ? Et la conception qu'a la France de la nation, c'est une conception politique, ce n'est pas seulement une conception organique ou biologique ou ethnique, c'est une conception politique, depuis RENAN et Fustel de COULANGES, c'est le fait de vouloir vivre ensemble, de savoir où on va, de regarder dans la même direction. Donc c'est ça… GUY BIRENBAUM Sans insulter les terroristes, je ne me permettrais pas, je ne pense pas qu'ils aient lu RENAN ou Fustel de COULANGES, et je pense qu'ils se moquent comme de l'an 40 qu'on les déchoit de leur nationalité… FLEUR PELLERIN Absolument, mais c'est pour ça que la vraie question qui se pose, c'est qu'est-ce qui fait une nation et est-ce que des individus qui prennent les armes contre la liberté d'expression, qui tuent des journalistes, parce qu'ils sont journalistes, qui tuent des juifs parce qu'ils sont juifs, qui tuent des Français… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Des policiers… FLEUR PELLERIN Des policiers… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Parce qu'ils sont policiers… FLEUR PELLERIN Parce qu'ils portent l'uniforme des forces de l'ordre… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Et des militaires… FLEUR PELLERIN Qui tuent des gens qui sont à une terrasse de café ou à un concert, parce qu'ils représentent la liberté de vivre et d'un mode de vie qui fait la nation française, est-ce que des personnes qui font cela, qui sont Françaises, quelle que soit la manière dont ils ont acquis la nationalité française, ne sont pas des gens qui se placent en dehors de la nation, eh bien, moi, je crois que si ! Alors, c'est ça le débat politique qui est posé, c'est ça le débat politique qui a été posé par le président de la République, et par le Premier ministre. Le reste, c'est des arguties juridiques, tout ça, ce n'est qu'un écran de fumées pour masquer le vrai débat qui est un débat politique. Est-ce qu'on est d'accord sur la conception de la nation, une conception qui n'est pas encore une fois organique, biologique ou ethnique, mais qui est une conception politique, c'est vouloir vivre ensemble, c'est choisir tous les jours d'avoir un destin commun… FABIENNE SINTES Mais Fleur PELLERIN, pardonnez-moi… FLEUR PELLERIN Et est-ce que certaines personnes qui prennent les armes contre les valeurs qui incarnent la France, contre les valeurs qui fondent la République française et la nation française, ne doivent pas être considérées comme étant en dehors de la nation, moi, je crois que si, je comprends qu'on pense le contraire, mais qu'on ne se réfugie pas derrière des arguties juridiques pour défendre un point de vue contraire. FABIENNE SINTES Mais l'autre question derrière, c'est qu'est-ce qui fait le droit, et est-ce que c'est le symbole qui fait le droit ? Et vous le disiez, effectivement, ces lois, et tout le monde dit d'ailleurs, ne serviront pas à grand-chose en soi, puisque, apatride ou pas, peu importe, si cette personne est en prison, de toute façon, est en prison probablement jusqu'à la fin de sa vie… FLEUR PELLERIN Mais, on pourrait dire la même chose… FABIENNE SINTES Donc qu'est-ce qui fait le droit, est-ce que c'est le symbole ? FLEUR PELLERIN Proclamer le fait que les Français naissent et demeurent libres et égaux en droit, est-ce que c'est utile ? C'est beau, c'est du symbole, mais ces symboles-là, ils sont aussi utiles… FABIENNE SINTES Mais c'est un droit fondamental, ça s'appelle le droit fondamental… FLEUR PELLERIN Mais moi, je crois que ce n'est pas utile pratiquement pour un policier qui va lutter contre le terrorisme dans la rue, et dans le quotidien, mais c'est utile pour savoir pourquoi les Français sont ensemble et forment un peuple et forment une nation ; moi, je crois que ces symboles-là, ils sont extrêmement importants. Et je pense que c'est pour ça d'ailleurs que le président a posé ce débat devant le Congrès, parce que c'est important qu'on sache aujourd'hui, alors que les terroristes veulent s'en prendre justement à ce qui fait l'unité nationale, veulent créer de la fragmentation et de la guerre civile dans notre société, c'est important de rappeler ce qui fait nation, ce qui fait qu'on est un peuple et une nation, c'est très important. GUY BIRENBAUM Alors justement, sur ce sujet, ce matin, dans Le Figaro, l'académicien français, Alain FINKIELKRAUT, écrit, et je le cite, parce que je ne veux pas travestir sa pensée : cette guerre civile, les djihadistes la veulent, et ils ne sont pas les seuls, les harangues de certains rappeurs y invitent expressément, il cite sa liste : Ministère Amer, Monsieur R, BOOBA, etc. Que dit la ministre de la Culture sur cette remarque d'Alain FINKIELKRAUT ? FLEUR PELLERIN Je dis qu'il y a une différence entre des gens qui prennent des kalachnikovs et qui vont tuer une centaine de personnes au Bataclan, et des chanteurs qui peuvent exprimer des choses dans un texte ou à la Une d'un journal. Je pense qu'il y a une différence de degrés, il me semble, dans l'atteinte aux principes et aux valeurs fondamentales de la République. Mais là où je rejoins complètement Alain FINKIELKRAUT, c'est que, il a raison de dire que les terroristes veulent créer la guerre civile, ou en tout cas, de la fragmentation, dans notre société. Et c'est bien à cela qu'il faut répondre, et moi, je ne suis pas du tout d'accord avec ceux qui disent ou qui invoquent les Droits de l'Homme ou qui invoquent l'héritage révolutionnaire de notre pays pour dire : ce débat sur la déchéance de nationalité, encore une fois, pas sur l'apatridie, ce débat sur la déchéance de nationalité n'est pas digne de la France des Droits de l'Homme, c'est au contraire complètement dans la lignée de notre histoire. Je pense que c'est une réflexion sur la nation. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Pour rebondir sur ce que vient de dire Guy BIRENBAUM, Fleur PELLERIN, il n'est pas question d'excuser des crimes aussi odieux, mais le président HOLLANDE a fait de la jeunesse l'une de ses priorités aujourd'hui, et les jeunes sont confrontés à un chômage massif, et dans les cités, dans les quartiers, il y a des jeunes qui sont complètement hors de la République, personne ne s'en occupe ; est-ce que ce sont les oubliés du quinquennat ? FLEUR PELLERI Ecoutez, ce ne sont pas les oubliés du quinquennat, puisque, vous l'avez dit, le président de la République… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Pas question d'excuser des crimes, attention, on est bien d'accord… FLEUR PELLERIN Ah non, non, le président de la République a fait de la jeunesse sa priorité, c'est la raison pour laquelle nous travaillons sur la généralisation du service civique, c'est la raison pour laquelle chacun, dans notre domaine, chacun, à notre place, nous, membres du gouvernement, nous travaillons pour apporter des solutions, mais on l'a dit tout à l'heure, aucune solution n'est simple parce que le problème lui-même n'est pas simple, s'il y avait une seule solution à la radicalisation, à la dérive, au fait, pour certains quartiers, pour certains membres de la communauté nationale de se sentir relégués ou exclus, s'il n'y avait que des réponses simples à cela, eh bien, évidemment, elles seraient apportées, mais ces questions sont extrêmement complexes, qu'est-ce qui fait que, aujourd'hui, certains Français se sentent en dehors de la communauté nationale, ne se sentent pas avoir les mêmes chances à l'école, ne se sentent pas avoir le même accès à la culture, ne se sentent pas avoir la même capacité à trouver un emploi, c'est à ceux-là que nous sommes en train d'apporter des réponses. Et nous y travaillons, donc il ne faut pas dire que rien n'est fait, mais ce ne sont pas des réponses simples, ce ne sont pas des réponses simples, et ce sont des choses qui prennent du temps, vous voyez bien que par exemple sur le chômage des jeunes, il y a beaucoup de progrès qui ont été faits, que la tendance est meilleure, voilà, donc, tout est fait, mais les effets sont parfois longs à se manifester. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Alors, sur les progrès en cours, dans un tout autre sujet, je me tourne vers Guy BIRENBAUM, on parle de parité ce matin. GUY BIRENBAUM Oui, eh bien, il y a Riad SATTOUF, le dessinateur, qui refuse sa nomination au Grand Prix d'Angoulême parce que, il n'y a aucune femme nommée, je pense que ça vous touche ? FLEUR PELLERIN Oui, en tant que femme, ça me touche, en tant que ministre de la Culture, ça me touche aussi. Moi, je… GUY BIRENBAUM Alors, on parle de bande dessinée, bien sûr… FLEUR PELLERIN Oui, enfin, on parle de bande dessinée comme on pourrait parler de musique classique, de direction d'orchestre, de beaucoup de choses, moi, c'est vrai que je suis très préoccupée par cela, pas par militantisme, mais parce que je considère que la culture doit être exemplaire en matière de parité, de représentation de la diversité aussi, et que le compte n'y est pas tout à fait. Donc quand je vois, c'est vrai, un grand prix qui récompense toute une carrière ou qui récompense une trajectoire, je me dis que c'est quand même un peu étonnant, même si, probablement, les femmes sont sous représentées parmi les auteurs de bandes dessinées, qu'on n'ait pas trouvé sur trente noms un seul nom de femme à honorer, dont la carrière sera honorée… GUY BIRENBAUM Donc vous soutenez SATTOUF ? FLEUR PELLERIN Donc moi aussi, je suis un peu perturbée par le fait que, voilà, sur trente nominés, on n'ait pas une seule femme, je trouve ça assez anormal. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Vous avez eu à gérer le dossier Agnès SAAL, on en a beaucoup parlé, l'ancienne patronne de l'Ina… FLEUR PELLERIN Oui, on en a suffisamment parlé, je crois… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Donc six mois d'exclusion, vous la reprenez ensuite au ministère de la Culture, c'est ça l'histoire ? FLEUR PELLERIN Elle sera réintégrée à la Fonction publique, c'est ça la sanction, il y a eu une faute grave, grave, il y a des procédures pénales qui sont actuellement en cours, dont on verra ce qu'elles vont donner, il y a eu une procédure qui a été respectée pour déterminer une sanction. Cette sanction a été déterminée, voilà. JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Bon, c'est dit. Fleur PELLERIN, 2016, année de bouleversements dans le Paf, vous savez, le Paysage Audiovisuel Français, une vieille expression… FLEUR PELLERIN Ça fait longtemps qu'on n'avait pas entendu cette… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Je l'ai fait exprès parce qu'en fait... GUY BIRENBAUM C'est vintage… FLEUR PELLERIN Oui… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Oui, c'est bien ça. Ce qui change, c'est l'arrivée de nouvelles chaînes d'information continue, ou du moins, l'accession de LCI en clair, et puis, et puis, il y a le mariage France Télévisions-Radio France, ici-même, France Info, chaînes d'information continue, dites-nous quelque chose là-dessus, vous avez le regard de ministre de la Culture sur ce dossier ou vous laissez faire ? FLEUR PELLERIN Eh bien, non seulement, j'ai le regard, mais vous savez que avant la désignation de la nouvelle présidente de France Télévisions j'avais déterminé ce que je souhaitais être les grandes missions de l'audiovisuel public… JEAN-FRANÇOIS ACHILLI Delphine ERNOTTE… FLEUR PELLERIN A horizon cinq ou dix ans, à moyen terme. Et j'avais dit que l'information, le décryptage de l'information étaient une priorité pour moi, et que je trouvais essentiel que le service public ait une place singulière dans le paysage audiovisuel français, en matière d'information et de décryptage de l'information. Donc j'y suis extrêmement favorable. Et donc c'est bien dans cette… GUY BIRENBAUM Une chaîne indépendante du pouvoir économique ! FLEUR PELLERIN Oui, c'est bien dans cette... une chaîne du service public qui fasse de l'information, je trouvais que c'était une idée à explorer, donc c'est bien dans ce cadre-là que la réflexion a été lancée, d'ailleurs, je rencontrerai demain France Télévisions, enfin, les dirigeants de France Télévisions, de Radio France, mais aussi d'autres entreprises du service public, France 24, pour voir, faire un point d'étape, pour voir où on en est sur cette question. Donc moi, j'y suis extrêmement favorable, et je pense que, il y a un besoin, il y a une place pour la singularité du service public, indépendante, d'intérêt économique, pour le traitement de l'information. GUY BIRENBAUM Voilà, eh bien, si vous avez un point d'étape, on sera ravis d'être au courant nous aussi, merci beaucoup ! FLEUR PELLERIN Je vous en informerai évidemment ! FABIENNE SINTES Merci Fleur PELLERIN. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/230.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/230.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2213f239521bf4fe5258da8ad18e382a5dd0404f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/230.txt @@ -0,0 +1 @@ +ARLETTE CHABOT Bonjour Najat VALLAUD-BELKACEM. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Bonjour. ARLETTE CHABOT Alors, oui, il y a 1 an, l'attentat, Charlie Hebdo, et puis ceux qui ont suivi les attentats, et le 22 janvier le président de la République, vous étiez à côté de lui, a annoncé une grande mobilisation de l'école pour les valeurs de la République. Alors, 1 an après, est-ce qu'effectivement on peut parler de liberté d'expression, de laïcité, de tolérance, voire de terrorisme, sereinement dans les écoles ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM On peut dire en tout cas clairement que l'école s'est mobilisée depuis 1 an sur ces sujets, comme elle ne s'était, sans doute, jamais mobilisée. Pourquoi est-ce qu'elle l'a fait ? Parce qu'au lendemain des attentats de janvier tous les regards se sont tournés vers elle. Ça pouvait paraître pesant à certains moments, notamment pour les enseignants en première ligne, et en même temps moi j'ai trouvé ça très vertueux parce que c'était une façon de dire que finalement les terroristes avaient cherché à nous faire peur, eh bien nous on mettait nos espoirs dans l'école pour faire en sorte que ça ne puisse plus se reproduire. ARLETTE CHABOT Et ces terroristes étaient passés aussi par l'école française et la formation, donc il y avait quelque chose qui n'allait pas, dans le système. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Bien sûr, mais j'allais dire l'école, à ce titre, était interrogée comme beaucoup d'autres institutions, l'aide sociale à l'enfance, enfin nos politiques sociales de manière générale, donc oui, la société française, dans son ensemble, est interrogée quand c'est en son sein que naissent des terroristes. Mais pour en revenir à l'école, ce qui s'est passé en janvier a été très fort puisque finalement tellement d'espoirs se sont tournés vers cette école, qu'il a fallu que l'on réagisse. On a réagi de deux façons. D'abord en se demandant si nos enseignants étaient suffisamment armés pour parler avec les élèves de tous ces sujets, liberté d'expression, règles, droits et devoirs dans la société, vivre ensemble de manière générale, ou pas, la réponse a été non. C'est pour ça que l'enseignement moral et civique a vu le jour en cette rentrée scolaire, de la classe de CP jusqu'à la classe de terminale, pour tous les élèves. A raison de quelque 300 heures, sur une scolarité entière, les élèves sont amenés à avoir des débats où ils s'interrogent justement sur ce que c'est que la liberté d'expression, sur ce que c'est que le vivre ensemble, sur ce que c'est les limites qui s'imposent à chacun d'entre nous pour permettre la liberté des autres, et ça je crois que c'est une vraie nouveauté et que c'est très important. ARLETTE CHABOT Débats sans conflit ? Dans des écoles on se souvient qu'il y avait à peu près 200 cas signalés où la minute de silence n'avait pas été respectée après Charlie hebdo, on peut aujourd'hui débattre sans que ça crée des chocs terribles à l'intérieur des classes ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM D'abord sur les 200 cas signalés de contestation de la minute de silence de Charlie Hebdo il faut dire les choses clairement, chacun de ces cas a été suivi. Je crois que c'est aussi ça qui est assez nouveau dans l'Education nationale, c'est pour ça que moi j'accepte quand on nous dit que tout n'est pas parfait, que les choses sont encore mitigées, mais sachons aussi reconnaître les progrès considérables qui ont été accomplis depuis janvier, précisément parce que le choc a été si grand. Et donc, depuis, des consignes très claires ont été passées aux chefs d'établissement, pour que plus rien ne soit minimisé, mis sous le tapis, banalisé, et que chacun de ces incidents, qu'il s'agisse des plus graves type apologie du terrorisme, ou qu'il s'agisse simplement d'incident révélant un malaise d'un élève par rapport à ces règles de vie en société que j'évoquais tout à l'heure, puisse être traité, suivi en profondeur. Quand les personnels de l'établissement n'y suffisent pas nous faisons intervenir dans l'établissement scolaire des référents laïcité qui viennent en professionnels aguerris pour apporter des réponses, et donc rien n'est plus minimisé de ce point de vue. Et puis il y a la question de la laïcité, vous l'avez dit vous-même, la laïcité, parce qu'il est vite apparu que justement dans les incompréhensions des élèves, au fond, il y avait beaucoup de choses qui avaient trait à cette laïcité, qui peut paraître comme, parfois, comme une laïcité agressive, qu'ils sentent comme en conflit avec, par ailleurs, un système de valeurs qui est le leur. ARLETTE CHABOT Pour eux c'est une interdiction de pratiquer la religion. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Absolument. ARLETTE CHABOT Pour certains en tout cas, c'est comme ça qu'ils le traduisent, qu'ils le perçoivent. NAJAT VALLAUD-BELKACEM C'est comme ça qu'ils l'aperçoivent, et donc il nous est apparu essentiel de remettre de l'ordre dans ce qu'est la laïcité, pour qu'ils la comprennent mieux, et qu'ils y adhérent, et qu'ils l'aiment, parce que la laïcité est une chose aimable pardon pour l'expression mais quand on comprend qu'elle est là pour nous protéger et pour permettre à chacun d'avoir la confession, ou l'absence de confession, de son choix, oui on aime la laïcité. J'ai eu mille fois l'occasion de m'en rendre compte dans des établissements scolaires, quand ce travail est fait, les jeunes, quel que soit leur âge, arrivent à comprendre à quel point c'est une chose précieuse. C'est pour cela que les enseignants sont désormais formés à ces questions de laïcité, pour pouvoir les porter à leur tour auprès des élèves. ARLETTE CHABOT Najat VALLAUD-BELKACEM, il y a aussi les parents. Les parents on leur a demandé de signer une charte de laïcité. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Et les parents sont associés. ARLETTE CHABOT Tous l'ont acceptée, tous signée ? Et ceux qui ne la signent pas ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Alors, cette question de la signature de la charte de la laïcité, d'abord c'est une nouveauté que de dire, à la rentrée scolaire, désormais on présente la charte de la laïcité aux parents, pour qu'ils sachent ce qu'il y a dedans, les règles sur lesquelles ils doivent eux aussi s'engager, qu'ils portent le même discours que les enseignants auprès de leurs enfants, et on leur demande de la signer. Ce n'est pas une obligation, entendons-nous bien, nous n'avons pas créé une obligation au terme de laquelle, si la charte n'était pas signée, l'enfant serait exclu, ce n'est pas comme ça que ça marche. C'est une démarche proactive d'information pour créer finalement une communauté de réflexions sur ce sujet, donc dans l'immense majorité des cas… ARLETTE CHABOT Mais les parents sont reçus… ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Dans l'immense majorité des cas les parents signent la charte sans aucune difficulté, lorsqu'il y a des interrogations de leur part ils sont reçus par les chefs d'établissement, qui peuvent leur expliciter certains points, en effet. Et je crois que c'est très vertueux, là encore, parce que ça permet de ne pas avoir de malentendu sur ce qu'est la laïcité, parce qu'il n'y a rien de pire pour un enfant que d'entendre une version portée par son enseignant en classe, puis le contraire quand il rentre chez lui le soir. ARLETTE CHABOT Alors, il y a un deuxième point, c'est celui de la détection d'éventuelle évolution des élèves, la radicalisation de certains. Est-ce que ça marche, est-ce que les profs n'ont pas le sentiment de dénoncer, d'être des balances, quand ils regardent un peu des élèves, comme ça, et trouvent que le comportement change ? Ils le font ou pas ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM D'abord vous posez une question très juste, c'est que, en effet, le rôle d'un professeur est d'enseigner, d'éduquer, enfin d'enseigner plus exactement, et donc il faut toujours faire attention à ne pas demander aux enseignants de faire le travail qui est celui qui relève des forces de l'ordre ou de la justice, ou des services sociaux. Mais, dans un cas aussi grave que les mécanismes de radicalisation, et considérant que l'école a la chance de voir passer toute une classe d'âge, nous avons considéré que c'était un lieu où on pouvait détecter en effet des signes avant-coureurs qui doivent absolument être transmis en temps utile au ministère de l'Intérieur, en l'occurrence, pour qu'elles puissent être traitées à temps, ces situations. Et donc, nous avons adressé à tous les chefs d'établissement, là encore, des livrets de détection de la radicalisation, à partir d'un certain nombre de signaux, de repli sur soi de l'élève, de comportements qui permettent au chef d'établissement, et aux professionnels de l'établissement, de faire la part des choses entre ce qui est de l'ordre de la recherche de soi au moment de l'adolescence, on connaît tous cela, et puis ce qui est plus grave, pour avoir ensuite un référent au ministère de l'Intérieur, auquel s'adresser, prévenir à temps et puis faire le suivi. ARLETTE CHABOT On dit 857 cas détectés, c'est ça, c'est le chiffre ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM 857 cas, en effet, ce sont les derniers chiffres, mais qui sont réactualisés régulièrement, qui ont été remontés, donc qui ont été considérés comme suffisamment graves. Ça ne veut pas dire, pardonnez-moi, que chacun de ces jeunes se seraient radicalisés au point de partir en Syrie ou de devenir terroristes, mais ça veut dire que ça a été des situations suffisamment préoccupantes pour les chefs d'établissement. ARLETTE CHABOT Alors, tout ça se met en route, il faudra à peu près quoi, 10 ans, 15 ans, 20 ans, pour que les choses changent vraiment à l'école ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, l'école c'est toujours un temps long, et en même temps on voit, franchement, on voit des résultats aussi, soyons un peu optimistes, assez rapides. Par exemple sur la question de l'éducation aux médias et à l'information, parce qu'on parlait de liberté d'expression tout à l'heure, on voit bien comment en quelques séances, en quelques interventions, par exemple de journalistes dans les classes, c'est ce que nous avons voulu permettre avec la Réserve citoyenne… ARLETTE CHABOT Ça ne marche pas justement la Réserve citoyenne… NAJAT VALLAUD-BELKACEM Si ça marche. ARLETTE CHABOT Il y a 5000 candidatures, il y en a très peu qui vont vraiment dans les classes parce que, au fond, les profs ils n'aiment pas toujours que des « étrangers » viennent à l'école. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non. Moi, vraiment sur ces sujets, il faut toujours avoir de la mesure quand on juge ce qui se passe à l'école, parce que l'école il ne faut jamais oublier, d'abord qu'il y a une grande diversité à l'école. On parle d'1 million de fonctionnaires, d'accord, donc c'est massif, on parle de 12 millions d'élèves, donc il y a des choses qui se passent dans l'école, certaines qui vont très bien, d'autres qui peuvent être améliorées, mais on ne peut pas porter un jugement rapide sur ce qui s'y passe. S'agissant de la Réserve citoyenne par exemple, le fait d'avoir pu, en quelques mois seulement, mobiliser en effet plus de 5000 de nos concitoyens… ARLETTE CHABOT Ça c'est la bonne volonté, il faut les utiliser les bonnes volontés. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, absolument. Mais attendez, les mobiliser, mais aussi créer sur le territoire, dans chaque académie, un maillage qui permette de recourir à ces réservistes citoyens et puis de connaître les besoins des établissements. Parce que, ce qu'il faut comprendre, c'est que ces réservistes seront amenés à intervenir dans les établissements en fonction des besoins des établissements, c'est important de laisser les enseignants, en effet, exprimer le manque qui peut être le leur. Et donc, ce qui se passe aujourd'hui, c'est que vous avez eu tout simplement, la Réserve citoyenne a commencé à fonctionner à partir de la rentrée scolaire, septembre la rentrée scolaire, les enseignants vous comprenez bien qu'ils sont un petit peu occupés par cette rentrée. Novembre il y a eu les attentats… ARLETTE CHABOT Donc ça va marcher ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Donc c'est en train de se mettre en place, il faut être patient, mais des réservistes sont déjà intervenus, et notamment au moment de la Journée de la laïcité du 9 décembre dernier, que nous avons instaurée, précisément pour parler de ce sujet. ARLETTE CHABOT Deux choses rapidement. Les territoires perdus de la République ne sont plus perdus, ils sont retrouvés, là où il y avait intolérance, antisémitisme et racisme, oui, non, à quel horizon ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Je crois que… ARLETTE CHABOT On parle depuis 2002 de ces territoires perdus. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, oui, absolument. Je pense qu'avec les mesures que nous avons mises en place depuis 1 an, et que nous allons continuer à amplifier, qu'il faudra amplifier avec le temps, nous avons en effet toutes les chances de reconquérir les territoires perdus de la République, parce que nous n'acceptons plus aucune entorse à la République. ARLETTE CHABOT Débat sur la déchéance de nationalité, vous avez aussi, vous, une binationalité, vous êtes née au Maroc, vous êtes aussi française. Il n'y aura pas de déchéance pour tous les Français, est-ce que vous acceptez cette différence, parce qu'on ne veut pas créer d'apatrides, comme dit le Premier ministre, ou vous trouvez qu'il y a discrimination à l'égard des binationaux ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, moi je veux être claire sur ce sujet. D'abord, il ne fait aucun doute pour moi que le président de la République a raison parce qu'il considère la nationalité comme une chose si précieuse, que lorsqu'on commet des choses aussi abjectes que du terrorisme, eh bien on puisse la perdre. Vraiment, ça ne fait aucun doute pour moi. Ensuite, je vais peut-être vous surprendre, mais je trouve que le débat public du moment, notamment venant de la gauche qui demande à ce que le texte qu'on s'apprête à adopter soit exemplaire, est bénéfique, vraiment, ce débat public est bénéfique. Parce que, au fond, ces voix à gauche qu'est-ce qu'elles disent ? Elles ne s'opposent pas à la perte de nationalité sur le motif du terrorisme, comme je viens de le dire, elles comprennent ça, elles disent simplement que cette conséquence-là doit pouvoir être tirée pour tous les individus et pas simplement pour ceux qui auraient une binationalité ou ceux qui auraient acquis la nationalité par le droit du sol et pas par le droit du sang. Eh bien moi je trouve que cette parole-là, rappeler cette valeur-là qui est que finalement la nationalité doit revêtir la même force quelle que soit la façon dont elle a été acquise, je trouve que c'est quelque chose d'important, je suis heureuse de l'entendre dans le débat public. Et c'est rappelé aussi sous la plume du Premier ministre lorsqu'il signe ses tribunes. ARLETTE CHABOT Et vous, vous ne vous sentez pas, ou vous ne pensez pas que les binationaux peuvent se sentir particulièrement exclus de la société avec cette disposition. Oui, non ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ah non, parce que, vous savez, c'est une disposition qui s'adresse aux terroristes, ce n'est pas parce qu'on est binational qu'on est terroriste. ARLETTE CHABOT Donc ça ce n'est pas un argument. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Enfin, vraiment, si je peux faire un témoignage en ma qualité de binationale, je ne me sens pas concernée quand on me parle de terrorisme, non. ARLETTE CHABOT Merci Najat VALLAUD-BELKACEM. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/231.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/231.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..306a3ad061d35f24c0db8eb6f014a321e36746aa --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/231.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président du Sénat, Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs les Ministres, Madame la Maire de Paris, Mesdames, Messieurs parlementaires et élus, Mesdames, Messieurs, Nous voici à nouveau réunis dans cette cour, la cour de la préfecture de Police. Ce lieu marqué par l'histoire, là où ont débuté, il y a plus de 70 ans, les combats pour la libération de notre capitale. Là où nous étions rassemblés il y a un an, pour rendre hommage aux policiers abattus par les terroristes, ceux-là même qui avaient commis les lâches attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher. Nous nous retrouvons aujourd'hui deux mois après les actes de guerre perpétrés à Saint-Denis, à Paris, qui ont provoqué la mort de 130 personnes et meurtri dans leur chair de nombreux blessés. A chaque fois, ce sont des policiers, des gendarmes, qui ont fait face pour neutraliser les assassins, protéger nos compatriotes et secourir grâce aux sapeurs-pompiers les victimes. C'est pourquoi cette cérémonie est d'abord placée sous le signe de la gratitude et du souvenir. Elle s'adresse en premier lieu aux policiers tombés les 7 et 8 janvier de l'année dernière. Le brigadier Clarissa JEAN-PHILIPPE, frappée mortellement à Montrouge à l'âge de 26 ans, le lieutenant Franck BRINSOLARO assassiné à l'âge de 48 ans alors qu'il tentait de protéger l'équipe de Charlie Hebdo, le lieutenant Ahmed MERABET tué à l'âge de 40 ans, alors qu'il s'efforçait d'empêcher les terroristes de fuir. Trois policiers qui représentaient la diversité des origines des parcours, des métiers, des missions, des forces de sécurité de notre pays. Je l'affirme une nouvelle fois ici, nous ne les oublierons jamais. Ils sont morts pour que nous puissions vivre libres. Aujourd'hui, je veux exprimer la reconnaissance de la Nation à ceux qui ont pris en janvier, comme en novembre tous les risques pour affronter des ennemis déterminés à tuer et à tuer par tous moyens. Gendarmes du GIGN, qui ont mis un terme à la cavale des frères KOUACHI, le 9 janvier à Dammartin-en-Goële, policiers du RAID et de la BRI qui ont mis hors d'état de nuire le terroriste qui retenait 40 personnes en otage dans l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes et qui encore en novembre ont mené l'assaut à Saint-Denis pour empêcher que de nouveaux attentats soient commis. Je pense aux policiers qui se sont portés au devant du danger au Bataclan, munis de leur seule arme de poing, avant d'être rejoints par les unités spécialisées, lesquelles sont parvenues à libérer les 12 otages et à neutraliser les deux derniers terroristes qui les retenaient. Je veux évoquer les sapeurs-pompiers, les services d'urgence, la protection civile qui cette nuit-là ont sauvé des vies, soulagé la souffrance des blessés et apporté aux survivants traumatisés l'écoute et le soutien dont ils avaient besoin. Mais au-delà de ces actes de bravoure, dans ces circonstances tragiques, je tiens à saluer les policiers, les gendarmes, les militaires qui chaque jour, chaque nuit, patrouillent dans nos rues, assurent la surveillance des bâtiments publics, des lieux de culte, des écoles, des gares, des aéroports. Un travail admirable, patient, obstiné, indispensable, comme celui des spécialistes du renseignement qui préviennent de possibles attentats. Comme l'activité des officiers de police judiciaire qui procèdent aux interpellations des individus suspects sous le contrôle du juge. Je n'oublie pas les douaniers qui luttent sans relâche contre les trafics. Mesdames et Messieurs, vous qui les représentez ici, dans cette cour, je vous exprime ma confiance. Vous connaissez celle des français, parce que vous les protégez, ils vous l'ont témoigné tout au long des cortèges le 11 janvier à Paris et dans toutes les villes de France. Vous avez reçu les marques de sympathie à la hauteur de votre dévouement. Mesdames et Messieurs, vous protégez les Français, vous protégez aussi leur mode de vie, leur liberté. Ce mode de vie, c'est à lui que les terroristes ont voulu s'attaquer parce que la joie, le partage, la culture leur inspire de la haine. Jamais, sans doute depuis des décennies et j'en ai la responsabilité, votre mission n'a été plus nécessaire, plus exigeante, car le terrorisme n'a pas fini de faire peser sur notre pays une menace redoutable. A l'extérieur, nous y répondons par nos forces armées, qui luttent aux côtés de nos alliés contre la barbarie de Daesh Là aussi, nous obtenons des résultats. Ce groupe terroriste est en recul. A l'intérieur, nous faisons face en traquant les terroristes, en démantelant les réseaux, en tarissant les sources de financement, en contrant les propagandes de radicalisation. Pour relever ce défi, vous devez être dotés des moyens nécessaires. Je l'ai considéré en révisant la loi de programmation militaire pour notre défense. Je l'ai également voulu dès 2012 pour, avec le gouvernement, apporter les ressources qui vous sont indispensables. Chaque année, depuis le début de mon mandat, 500 postes supplémentaires sont créés dans la police et la gendarmerie. 2.000 emplois ont été créés dans les services du renseignement. La gravité de la menace exige cependant de porter à un niveau encore plus haut notre engagement, en dépit des contraintes budgétaires que chacun connaît ici. J'ai donc annoncé devant le Parlement, réuni en Congrès, l'ouverture de 5.000 emplois supplémentaires de policiers et de gendarmes d'ici 2017. Au total, plus de 9.000 postes auront été créés en cinq ans dans la police et dans la gendarmerie, quand 12.000 avaient été supprimés précédemment. Nous avons encore des efforts à faire. J'y ai ajouté parce que c'était également non pas simplement réclamé, mais exigé par notre pays des postes de magistrats, de personnels pénitentiaires et de douaniers et aussi un effort sans précédent pour l'équipement et le fonctionnement du ministère de l'Intérieur. Ce plan permettra de doter vos forces, le ministre de l'Intérieur y veillera, de 4.000 véhicules neufs, de réhabiliter de nombreux immeubles, commissariats et gendarmeries, ainsi que moderniser vos moyens de communication. Je sais aussi les efforts que font les communes, à travers les polices municipales. Ces polices seront donc équipées en armes prélevées sur les stocks de la police nationale. Depuis 2012, parce que nous étions déjà conscients des menaces, trois lois ont été adoptées pour renforcer les moyens de la lutte antiterroriste et le renseignement et faciliter ainsi le travail difficile car obscur des fonctionnaires, dans le respect scrupuleux du droit, parce que c'est notre garantie à tous. Depuis un an, près de 200 interdictions de sortie du territoire ont pu être prononcées à l'encontre d'individus soupçonnés de vouloir rejoindre les groupes terroristes en Syrie et en Irak. Plus de 50 étrangers se sont vu interdire le territoire. Mais il fallait là aussi que nous puissions prendre de nouvelles mesures après ce qui s'était produit, après ces actes de guerre le 13 novembre. J'ai donc dû prendre des dispositions exceptionnelles sur la proposition du Premier ministre et instaurer l'état d'urgence. Il a été prolongé par le Parlement jusqu'en mars prochain. Sa mise en œuvre a permis d'effectuer des perquisitions administratives qui ont mis à jour 25 infractions en lien direct avec le terrorisme, donné lieu à la saisie de 400 armes, dont 40 de guerre. Nous n'avons pas encore exploité tout ce qui nous a été finalement permis de saisir et nous démantèlerons, j'en suis sûr, de nouvelles filières. L'état d'urgence dans une démocratie qui veut se défendre, mais qui veut aussi défendre ses libertés n'a cependant pas vocation à durer. Il obéit à des conditions déterminées et son régime juridique repose sur une loi, d'ailleurs ancienne, de 1955, qui ne pouvait pas prévoir les actes qui sont indispensables face à la situation d'aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle j'ai proposé d'inscrire l'état d'urgence dans notre Constitution pour préciser les moyens qui pourraient être utilisés dans ce cadre et définir les raisons qui pourraient justifier son déclenchement. Nos libertés doivent être garanties, la lutte contre ceux qui veulent attaquer ces libertés ne saurait justifier de les amoindrir. La France sait ce qu'elle perdrait à négliger les valeurs qui la fondent. Pour sortir de l'état d'urgence sans nous affaiblir, le gouvernement a souhaité que de nouvelles mesures législatives puissent être soumises au Parlement. Un projet de loi renforçant à la fois la lutte contre le crime organisé et réformant la procédure pénale a été préparé par la garde des Sceaux, le ministre de l'Intérieur et le ministre des Finances. Ce texte répond aux défis que nous rencontrons. Je pense à certaines questions, que nous devons traiter, ainsi les retours de Syrie et d'Irak, de jeunes radicalisés dans notre pays. Aujourd'hui, la plupart de ces individus, qui regagnent le territoire, sont immédiatement placés sous le contrôle de la justice, mais ce n'est pas le cas de tous. Alors nous devons pouvoir astreindre ceux-là, et seulement ceux-là, à certaines obligations, et envisager, si nécessaire, une assignation à résidence, pour une durée limitée, car ils sont, par définition, dangereux, et doivent être suivis avec vigilance. De la même manière, nous devons contrôler davantage les individus signalés, fichés, et disposer des moyens de les retenir le temps de vérifier leur situation, et de décider des décisions à prendre à leur égard. Le gouvernement a également considéré nécessaire de prévoir la possibilité de contrôles d'identités, ainsi que la fouille des bagages et des véhicules à proximité des sites les plus sensibles. Chacun a en mémoire ce qui s'est passé sur un certain nombre de sites industriels, tout cela, simplement, et seulement, en cas de menaces terroristes et pour une courte durée. Toutes ces mesures seront placées sous le contrôle du juge, car c'est une garantie pour la régularité et la légitimité de ces actes, qui sont forcément limités dans le temps et dans la lutte contre le terrorisme. Je sais aussi ce que représentent les trafics d'armes, et nous devons donc agir, agir pour que ceux qui s'y livrent soient poursuivis, et donc avant identifiés, que ces armes ne puissent pas servir, et on le sait maintenant, à des actes de criminalité organisée, et donc, à un moment, au terrorisme. De la même manière, la surveillance des flux financiers n'est pas simplement un acte de moralisation, nécessaire, mais c'est aussi indispensable pour tarir les sources de financements, parce que les terroristes, leurs organisations, utilisent les défaillances de la finance pour capter des ressources et les mettre au service de leur lâche et odieux but de guerre. La procédure pénale sera également simplifiée, de façon à ce que les services de police judiciaire, sous l'autorité des magistrats, puissent se consacrer pleinement aux enquêtes, c'est ce qu'ils veulent et c'est ce que les Français également veulent, que les services puissent accomplir. Les capacités d'investigation des Parquets et des juges d'instruction seront accrues, notamment pour certaines opérations, afin de prévenir un risque d'atteinte à la vie. Le projet de loi renforcera et garantira nos procédures conformément aux exigences constitutionnelles et européennes, c'est l'intérêt de tous. Enfin, les conditions d'emploi des armes, par les policiers et les gendarmes, seront précisées, pour leur permettre d'intervenir en cas de périple meurtrier, lorsqu'ils font face à des individus qui ont tué, et qui s'apprêtent à tuer encore, c'est l'état de nécessité. Au-delà de ces évolutions législatives, c'est la doctrine même des forces de sécurité qui doit être adaptée à ce que nous rencontrons, cette menace terroriste, et aux formes qu'elle revêt aujourd'hui. Nous avons désormais affaire à des combattants aguerris, habitués à une violence extrême, décidés à tuer, fusse au prix de leur propre vie, et dont l'action est coordonnée depuis l'étranger, puisqu'ils y sont formés, notamment par le groupe Daesh, et c'est cette organisation qui commandite, pas simplement en France, les crimes terroristes, ceux que nous avons connus ici. C'est pourquoi j'ai dit que nous sommes en guerre. De même, de nombreux réseaux criminels tirent parti des nouveaux moyens de communication, disposent souvent d'armes lourdes pour commettre leurs forfaits. Alors face à de tels adversaires il est essentiel que chaque service, police, gendarmerie, renseignements, militaires, travaillent en pleine concertation, dans la plus grande transparence, et qu'ils mettent en commun toutes les informations dont ils disposent. Nous devons aussi mobiliser, dans cette politique de sécurité, tous les acteurs publics/privés, les collectivités locales, les bailleurs sociaux, les entreprises de transport. Tout doit être coordonné, mis au service du même objectif : la sécurité de nos compatriotes. Le combat contre le terrorisme, si nous voulons le gagner – et nous voulons le gagner – nous ne pouvons pas le mener seul, appelle le concours de nos partenaires européens. Depuis un an, la France a pris de nombreuses initiatives. Je dois dire qu'elle a souvent bataillé seule, mais aujourd'hui toutes les capitales ont pris conscience du danger. La directive autorisant la création d'un fichier de passagers circulant dans l'espace aérien, ce qu'on appelle le PNR, sera définitivement adopté par le Parlement européen à la fin de ce mois. Le code Schengen va être réformé pour procéder à des contrôles systématiques des ressortissants européens. Enfin, la France a obtenu la création d'une véritable agence européenne de garde-côtes pour surveiller les frontières extérieures de l'Union. C'est nécessaire. Y compris pour assurer, dans de bonnes conditions, l'asile. Mesdames, messieurs, la sécurité des Français ne réside pas seulement dans la prévention du terrorisme. Elle doit être assurée en tout lieu et en toute circonstance, et vous le faites : policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers, vous prenez votre service chaque matin en acceptant de croiser sur votre chemin la violence, le danger, parfois dans des formes extrêmes. Je le sais. Plusieurs de ces policiers, de ces gendarmes, de ces sapeurs-pompiers, l'an passé ont trouvé la mort dans l'exercice de leur mission. Et je veux ici devant vous les saluer. Le major Laurent PRUVOT, tombé alors qu'il s'efforçait d'interpeller un individu, auquel était déjà imputé le meurtre de trois personnes d'une même famille dont un bébé de 6 mois. L'adjudant Philippe LALLEMAND, victime d'un accident mortel alors qu'il était lancé à la recherche d'une petite fille de 7 ans, enlevée par un inconnu. Le policier Philippe VAUTRIN, mortellement percuté par un véhicule au cours d'un contrôle routier auquel un automobiliste voulait se soustraire. Le policier Samuel GALLET, décédé, suite à une intervention pour résoudre un différend familial au cours duquel il avait été lui-même blessé. Christophe BOUISSOU, policier municipal à Cavalaire, qui a essuyé les coups de feu d'un individu qu'il poursuivait. Pascal ROBINSON, chef d'équipe à la Direction des opérations douanières de Marseille qui a trouvé la mort lors d'une opération visant un trafiquant d'armes. Aurélie SALEL et Florian DUMONT, décédés alors qu'ils s'efforçaient d'éteindre l'incendie d'un pavillon à Livry-Gargan avec leur brigade des sapeurs-pompiers de Paris ou pour arrêter un feu de forêt, comme Fanny SIMON, pompier volontaire au CIS du Doubs. Quant à Iris ERHMANN et Sylvain BROCHARD ils ont péri dans les mêmes conditions en Nouvelle Calédonie. Je voulais citer tous ces drames pour que les Français comprennent bien, sachent bien ce qu'est le danger du métier que vous exercez, pour suivre les délinquants, lutter contre les trafics, intervenir pour régler les litiges du quotidien, veiller à la sécurité de la route, agir pour le secours à personnes. Votre dévouement exige le respect. Aussi je n'accepterai jamais qu'un policier, un gendarme, un sapeur-pompier soit pris à parti dans le cadre de sa mission. De telles agressions ne sont pas seulement des actes de délinquance, elles constituent une mise en cause de l'Etat et une atteinte à la République. Et c'est pourquoi leurs auteurs doivent savoir qu'ils seront inlassablement recherchés puis interpellés et punis comme il convient. Face aux menaces qui pèsent sur notre pays, elles ne se résument pas au terrorisme, même si aujourd'hui c'est ce que nous avons à relever comme défi principal. Oui, face à ces menaces trois principes doivent nous guider. Le principe de fermeté à l'égard de tous ceux qui, français ou étrangers, s'en prennent au principe même de la République. Le principe de réactivité face au danger qui est là, qui peut surgir et qui suppose sang-froid et respect du droit. Enfin, un principe d'unité - c'est sans doute celui qui est le plus essentiel et qui est le plus difficile à préserver quand les menaces paraissent se dissiper. Nous devons chercher le rassemblement de tous face aux épreuves. Nous sommes la France, ce pays qui comme l'a dit le Général De GAULLE a vécu tantôt dans la douleur et tantôt dans la gloire. Et qui a durement surmonté les vicissitudes du dedans et du dehors, ce que nous faisons aujourd'hui. Nous sommes la République, cette promesse faite à chaque citoyen de pouvoir vivre libre, quelle que soit son origine, sa religion, sa couleur de peau, ses opinions, ses croyances. Libre, libre comme un Français sûr de ce qu'il a hérité des générations précédentes, certain de ce qu'il veut faire de sa vie et de sa vie avec les autres. Nous sommes l'Etat, nous qui avons cette responsabilité, qui assure à chaque citoyen la sécurité à laquelle il a droit, et la liberté qui est son bien le plus sacré. Policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers et fonctionnaires ici représentés, vous assurez avec dévouement la mise en œuvre de ces principes en étroite liaison avec les magistrats, dont l'indépendance est une garantie dans la démocratie, car l'Etat de droit n'est pas une faiblesse mais une force. Au cours de l'année qui vient de s'écouler, année terrible, année tragique, année aussi où nous avons trouvé des forces au fond de nous-mêmes, la tragédie nous a marqués, comme elle a bouleversé les Français, comme elle vous a touchés, vous-mêmes, personnellement et professionnellement. Mais cette tragédie, ces drames, ces épreuves nous ont rendus encore plus résolus pour défendre notre patrie et l'idéal qu'elle incarne aux yeux du monde. L'élan qui nous a saisis en dit long sur notre capacité de rassemblement. Les Français ont fait bloc dans l'adversité, ils ont été fiers d'appartenir à un même ensemble. La patrie que nous chérissons est ouverte sur les autres et sur le monde. Elle sait se protéger sans se replier, se défendre sans se renier, se définir sans exclure. Policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers, vous servez la France, vous lui permettez, dans toutes les circonstances, de demeurer une nation fière, libre et solidaire et qui se tient debout parce que c'est son histoire mais aussi parce que c'est son destin. Tel était le sens du message d'estime et de confiance que je voulais délivrer aujourd'hui dans cette cour devant vous. Et des voeux de soutien et de solidarité que je vous adresse en fidélité au sacrifice de vos camarades dont nous honorons aujourd'hui la mémoire. Vive la République et vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/232.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/232.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..87ec2408baeff85b5be314cf613de6623cbcaece --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/232.txt @@ -0,0 +1 @@ +YVES CALVI Olivier MAZEROLLE, vous recevez ce matin Najat VALLAUD-BELKACEM, ministre de l'Education nationale. OLIVIER MAZEROLLE Bonjour Najat VALLAUD-BELKACEM. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Bonjour. OLIVIER MAZEROLLE Ce soir, vous serez avec le président de la République pour sa présentation des vœux à la jeunesse. Et vous avez amené avec vous Louane qui va chanter « Un automne à Paris », musique du trompettiste Ibrahim MAALOUF, paroles de son oncle, l'écrivain membre de l'Académie française Amin MAALOUF. (…) Extrait chanson OLIVIER MAZEROLLE Quel message voulez-vous adresser à la jeunesse française ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM D'abord c'est une superbe chanson, vraiment merci d'en avoir passé un morceau. L'idée est née justement après les attentats de janvier, vous vous souvenez que l'école a été très mobilisée, qu'on a demandé beaucoup de choses aux enseignants, d'expliquer aux élèves, de lever leurs angoisses, qu'on a mis à leur disposition des ressources pédagogiques qui étaient souvent très sérieuses, très lourdes. Et pour l'anniversaire des 1 an de Charlie, on s'est dit : on va essayer de leur procurer à ces enseignants et à ces élèves un autre type de ressource, quelque chose de beau, une création musicale artistique faite exprès pour eux. Et Ibrahim MAALOUF, le trompettiste vraiment de talent, son oncle Amin MAALOUF, c'est la première fois qu'ils collaborent ensemble, un grand écrivain, grand académicien comme vous l'avez dit. Amin MAALOUF a écrit donc le texte, Ibrahim l'a mis en musique et Louane a accepté de le chanter. Et ça vous fait une chanson qui est pleine de sens sur ce qu'est la France, les valeurs de la France, sur ce qu'est l'avenir aussi parce que quand on en est à l'étape de l'anniversaire de la commémoration, il faut savoir se tourner vers l'avenir aussi avec l'envie de se battre. Et c'est ce message-là qu'on passe aux jeunes et on leur dit : sur cette chanson, toutes les classes pourront se la réapproprier parce qu'il y a un quatrain sans paroles sur laquelle elles pourront venir rajouter leurs propres paroles, et puis la faire chanter dans les chorales, l'étudier en classe. OLIVIER MAZEROLLE Alors j'avais raison, c'est une très belle chanson mais qui touche effectivement aux sentiments. Et on attend aussi du concret de la part de l'exécutif, on attend la suite. Je voudrais vous faire entendre ce que disait Daniel BALAVOINE à François MITTERRAND il y a 36 ans, ce sont des paroles qui semblent prémonitoires. (…) OLIVIER MAZEROLLE Alors à l'époque le terrorisme était gauchiste, aujourd'hui il est islamiste et il n'embrigade pas seulement des jeunes d'origine musulmane. Que fait l'école pour convaincre nos jeunes de résister à cet appel de l'intégrisme islamique et montrer que notre société vaut la peine d'être défendue ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM D'abord, j'ai envie de vous dire que c'est la mission première de l'école d'une certaine façon, que de donner un sens pour les élèves à ce que nous avons à faire ensemble dans cette société. Et c'est la raison pour laquelle l'école vous le savez, nous avons cette chance en France c'est une école laïque, gratuite, obligatoire dans laquelle toute une classe d'âges passe et donc toute une classe d'âges fait l'expérience du vivre ensemble. Et donc que fait l'école aujourd'hui confrontée à ce défi considérable qu'est la radicalisation et le terrorisme ? Elle veille à transmettre des valeurs, c'est la raison pour laquelle notamment depuis un an on insiste tellement sur l'enseignement moral et civique. Vous avez vu qu'en cette rentrée 2015, il est entré en vigueur de toutes les classes, de la classe de CP jusqu'à la classe de terminale, tous les élèves ont des temps d'enseignement moral et civique qui n'est pas un enseignement théorique mais des temps de débat pour justement parler de valeurs, pour confronter des opinions diverses et pour comprendre qu'on peut vivre ensemble même si on n'est pas d'accord. C'est 300 heures sur l'ensemble d'une scolarité pour un élève, donc ça c'est une nouveauté importante. OLIVIER MAZEROLLE Est-ce qu'on sait donner aux élèves français une sorte de fierté d'être dans la continuité de l'histoire de ce pays, par exemple on a exhumé hier un texte de Victor HUGO pour la commémoration place de la République, pourquoi on n'en débat pas, pourquoi on ne se sait pas de ce texte pour dire que Victor HUGO pouvait dire « sauver Paris c'est sauver le monde » et expliquer pourquoi il pouvait le dire et en débattre ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Tout à fait, mais c'est à ça que sert l'enseignement moral et civique. En fait cet enseignement, comment il se passe concrètement… OLIVIER MAZEROLLE L'enseignement moral et civique, c'est des préceptes. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, non, pas du tout justement, comment… ce n'est pas de l'instruction civique telle qu'on la connaissait autrefois. Si on a changé les choses, c'est qu'on considérait que ça ne répondait pas à notre demande. Comment se passe un enseignement moral et civique ? On entre en classe, on est installé d'abord non pas comme dans un cours magistral, le professeur devant les élèves mais on est installé en groupe pour pouvoir se parler, se regarder droit dans les yeux. On part d'un outil qui peut être aussi bien un texte, celui de Victor HUGO pourquoi pas qu'à quelque chose d'actualité, un événement qui s'est passé dans l'actualité. Et on commence à commenter, à essayer de comprendre, à analyser, à lever toutes les théories du complot qui circulent tellement parmi la jeunesse, avec l'aide d'un enseignant qui a été formé pour cela et qui a des ressources pédagogique pour l'aider, qui soit là pour développer l'esprit critique des élèves. Donc c'est vraiment cette nouveauté, j'insiste parce que vous savez, on est blasé de tout mais enfin depuis septembre 2015 il y a quelque chose de nouveau dans nos établissements, c'est cet enseignement moral et civique dans lequel on apprend des choses qu'on n'apprenait pas auparavant, notamment l'éducation aux médias et à l'information pour apprendre à se méfier de certaines images, pour apprendre à se méfier de ce qui passe sur internet. OLIVIER MAZEROLLE Alors nous avons des jeunes qui sont d'origine étrangère, pourquoi on ne parvient pas à enseigner l'histoire commune de la France et du Maghreb, montrer comment elles se sont mêlées ces deux histoires et qu'il n'y a pas forcément uniquement du bien d'un côté, du mal de l'autre, que c'est beaucoup plus complexe que cela et montrer que finalement les jeunes, qu'ils soient d'origine maghrébine ou qu'ils soient d'origine hexagonale finalement peuvent partager une même histoire. NAJAT VALLAUD-BELKACEM C'est très important l'histoire, vous vous souvenez que c'est toujours un sujet passionnel. Récemment lorsqu'on a réformé les programmes de la scolarité obligatoire, il a beaucoup été question d'histoire. On est fort heureusement arrivé à une réforme, à une révision de ces programmes d'histoire qui va dans le bon sens, c'est-à-dire qu'on parle de toute l'histoire désormais. Je vous invite à consulter les nouveaux programmes qui, eux, rentreront en vigueur à la rentrée prochaine, qui n'occultent aucune période de l'histoire et qui font en sorte en effet que chaque élève puisse se reconnaître dans l'histoire qu'on lui raconte. Je pense que c'est ça en effet qui permet à chacun de se sentir citoyen ensemble de ce pays. OLIVIER MAZEROLLE La laïcité, on veut la défendre mais il y a des professeurs qui disent être perdus, par exemple ils disent : on ne sait pas ce que veut le gouvernement, Najat VALLAUD-BELKACEM elle est d'accord pour que les femmes portant un foulard participent aux sorties scolaires et d'autres sont contre, alors qu'est-ce qu'on doit faire. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Alors la laïcité d'abord, c'est un sujet sur lequel on a considérablement progressé depuis le début du quinquennat, depuis 2012 la laïcité à l'école. Si je devais résumer les choses, je dirai que ce dont on a beaucoup pâti ces dernières années, c'est que le thème même de la laïcité a été dévoyé dans le débat public, il a trop souvent servi à certains partis politiques d'instrumentalisation, d'outil contre l'islam. Et c'est ainsi qu'il a été présenté dans le débat public et ce faisant, beaucoup de jeunes dans nos écoles ont fini par considérer la laïcité comme une atteinte intolérable à ce… OLIVIER MAZEROLLE Moi j'ai entendu « à bas la calotte» aussi, ce n'est pas l'islam en l'occurrence ! NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, enfin soyons honnêtes, ces dernières années dans le débat public c'est essentiellement contre l'islam que la laïcité a pu être présentée par certains, je ne dis pas par tous, il y a des gens qui défendent honnêtement la laïcité mais beaucoup l'ont utilisée à ce dessein-là. Et beaucoup de jeunes du coup ont fini par être convaincus que la laïcité s'opposait à ce qu'ils étaient, à ce qu'étaient leurs familles, à ce qu'étaient leurs convictions religieuses. Et donc, l'école a dû depuis 2012 faire un travail considérable pour réexpliquer de façon beaucoup plus pédagogique ce qu'est la laïcité… OLIVIER MAZEROLLE Vous vous rendez compte, vous avez formé 1.200 formateurs qui vont à leur tour former les enseignants un an et demi après Charlie Hebdo. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non mais je crois que… Pardon, c'est vous qui ne vous rendez pas compte de ce que ça signifie dans l'école que de reprendre à zéro ce sujet de la laïcité, que de former en effet les enseignants. 1.200 formateurs, comprenons-nous bien, ça veut dire 1.200 formateurs qui ensuite sillonnent toute la France pour former à leur tour des enseignants. C'est 300.000 enseignants qui seront formés sur les questions de laïcité, il y en a déjà plusieurs dizaines de milliers qui l'ont été ces derniers mois et ça va continuer. Mais c'est aussi la Journée nationale laïcité qui a lieu le 9 décembre pendant laquelle dans toutes les classes, dans tous les établissements les élèves comprennent le sens de la laïcité parce qu'ils y travaillent. C'est ce que nous avons fait… le Livret laïcité que nous avons adressé aux chefs d'établissement pour qu'ils puissent répondre à des questions basiques qui se posent : comment je réagis quand tel élève me parle de créationnisme par exemple ou quand un élève refuse d'aller faire un cours de sport, avec des questions auxquelles on rapporte des réponses simples et juridiques leur permettant de ne pas se sentir seuls. Donc oui, sur ce champ de la laïcité, nous avons beaucoup avancé mais il faut continuer le travail, ce n'est pas fini. OLIVIER MAZEROLLE Merci Najat VALLAUD-BELKACEM. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Merci. YVES CALVI Merci à tous les deux. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/233.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/233.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..24fb2bbcbb95af9bce4ede56cc3fcf4cc204af8a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/233.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Directeur général de la Gendarmerie nationale, mon Général, Mesdames et Messieurs, Voici un an, le terrorisme de DAESH nous frappait pour la première fois sur notre sol. Voici un an, le pays sortait à peine de trois longues journées au cours desquelles dix-sept de nos compatriotes venaient de perdre la vie, à Paris et à Montrouge. Le 13 novembre dernier, les terroristes ont frappé à nouveau. 130 de nos compatriotes ont été assassinés, et des centaines d'autres ont été blessés, souvent très grièvement. Le Président de la République a alors pris les mesures exceptionnelles qui s'imposaient, en conformité avec nos lois et nos engagements internationaux. Nous avons ainsi rétabli les contrôles à nos frontières, et l'état d'urgence a été décrété sur l'ensemble du territoire national afin de donner aux autorités, dans un tel contexte, les moyens de préserver l'ordre public et de prévenir la commission de nouveaux attentats. Face à la terreur, la première réponse de la France s'est traduite par la mobilisation exceptionnelle de l'ensemble des forces de sécurité et des services de secours, renforcés par les effectifs de nos Armées. A ce titre, les gendarmes ont été alors bien sûr mobilisés partout dans le pays pour garantir la sécurité des Français et traquer les terroristes. Si elle fut une année tragique au cours de laquelle nous avons perdu bien des nôtres, l'année 2015 restera aussi dans nos mémoires comme une année héroïque, durant laquelle beaucoup d'entre vous n'auront pas hésité à mettre leur vie en péril pour protéger celle de leurs concitoyens. Je pense ainsi à vos deux camarades auxquels le Président de la République a remis, il y a cinq jours, les insignes de Chevalier de la Légion d'Honneur pour avoir, à Dammartin-en-Goële, fait face aux deux terroristes de « Charlie Hebdo », qu'ils ont contraints à se retrancher dans le bâtiment d'une imprimerie jusqu'à l'arrivée et l'intervention des hommes du GIGN, lesquels, après avoir essuyé leurs tirs, sont parvenus à les neutraliser. En 2015, les crises se seront succédé sans jamais nous laisser un instant de répit et je sais à quel point vous avez été engagés sur tous les fronts à la fois, sans pourtant jamais cesser de lutter contre les formes plus quotidiennes de délinquance. Il y aura eu les attaques terroristes bien sûr, et d'une manière générale la lutte contre la menace djihadiste. Mais il y aura eu aussi les exigences du maintien de l'ordre public dans un contexte de risque accru, lors de la COP 21 et à l'occasion des fêtes de fin d'année. Il y aura eu également l'aggravation de la crise migratoire et ses conséquences en matière de lutte contre l'immigration irrégulière et contre les filières qui l'alimentent, mais aussi en matière d'ordre public je pense bien sûr à Calais et à sa région. Il y aura eu enfin, sur un autre plan, des catastrophes auxquelles nous avons dû faire face dans l'urgence. Je pense au crash de l'Airbus de la GermanWings et à la série de graves catastrophes naturelles qui aura scandé l'année passée. Je pense encore au terrible accident routier de Puisseguin en Gironde. A chaque fois, l'Etat a réagi avec force, efficacité et promptitude. A chaque fois, la Gendarmerie a mobilisé les compétences et les talents des femmes et des hommes qui la composent et lui confèrent toute sa force. Avec vous tous, j'ai une pensée très émue pour vos camarades qui sont tombés au cours de l'année écoulée dans l'accomplissement de leur devoir : le major Laurent PRUVOT, tué le 25 août alors qu'il cherchait à neutraliser un forcené qui venait de décimer une famille à Roye, dans la Somme ; le major Philippe LALLEMAND, percuté par une voiture, le 23 avril, en Meurthe-et-Moselle, alors qu'il participait aux opérations de recherche pour retrouver une petite fille kidnappée. Je veux dire à leurs familles, à leurs proches et à leurs camarades que jamais nous ne les oublierons comme nous n'oublions aucun des gendarmes blessés cette année en opération. Samedi dernier, encore, à Trèbes, dans l'Aude, deux de vos camarades ont été blessés lors d'un contrôle routier, le gendarme Véronique ARENALES et l'adjudant Jean-Marc DECOU, plus gravement atteint. Je forme des vœux ardents pour que l'un et l'autre se rétablissent rapidement et complètement, grâce aux soins qui leur sont prodigués, à l'affection des leurs et au soutien attentif de leurs camarades. Je connais la force de votre engagement. Je sais la difficulté de votre métier. Je mesure le prix des sacrifices que vous consentez au service du bien commun. Aussi, je tenais à venir vous présenter, à tous, mes plus sincères et mes plus chaleureux remerciements pour le courage et l'exemplarité sans faille ni faiblesse dont vous avez fait preuve au service des Français, tout au long de cette année terrible. Pour défendre la République et l'Etat de droit, vous êtes, avec vos camarades policiers, en première ligne. Face à la criminalité et à la délinquance, contre toutes les violences, vous constituez ensemble notre plus solide rempart. L'insécurité n'est en effet acceptable nulle part, à quelque degré que ce soit. Jamais nous ne tolèrerons l'existence de zones de non-droit dans notre pays. Jamais la République n'acceptera qu'il puisse y avoir en son sein des « territoires perdus ». Où qu'ils vivent, tous les Français ont droit à la même tranquillité et à la même sécurité. Sans l'Etat de droit, auquel nous sommes tous ici attachés et que nous avons pour mission de défendre, c'est en effet la société tout entière qui risquerait de se déliter. Sans ordre républicain, il n'est pas de liberté, d'égalité ni de fraternité possibles. Contre tout ce qui risquerait de miner la communauté nationale, gendarmes et policiers sont les gardiens de nos libertés fondamentales, les garants de la paix civile et du respect de la loi devant laquelle tous les citoyens sont égaux. Plus que jamais, l'autorité de l'Etat que vous incarnez est une condition de la cohésion nationale. Elle garantit la force du droit contre la loi du plus fort. Elle fait prévaloir le bien commun sur les intérêts particuliers, et, pour ce faire, s'appuie sur nos lois, sous le contrôle des juges, administratifs et judiciaires, pour qu'il n'y ait jamais de confusion entre « autorité de l'Etat » et « Etat autoritaire », comme voudraient le faire croire certains commentateurs dont la rigueur intellectuelle cède à la facilité des slogans, jusqu'à justifier parfois qu'il puisse y avoir une violence légitime exercée contre les forces de l'ordre. Je m'élèverai toujours contre ces discours frelatés qui sont l'exact contraire des valeurs de la République. De la même manière, je vous défendrai toujours contre ceux qui se permettent de mettre en cause l'action des forces de l'ordre, après de graves incidents, au motif que les enquêtes ne progressent pas assez vite à leurs yeux. Confortablement installés sur les plateaux de chaînes de télévision, ils ignorent ou font mine d'ignorer les règles de l'enquête dans le cadre de l'Etat de droit, comme les exigences de rigueur qui sont celles de la police scientifique et technique. Ils réclament des interpellations au moment même où vous vous livrez au travail minutieux qui rendra ces interpellations possibles. Nous l'avons bien vu, ces derniers mois, après les violences survenues à Roye, dans la Somme : 12 individus ont bien été interpellés, dans le respect du droit et grâce au professionnalisme des enquêteurs de la Gendarmerie. Ils sont du reste convoqués demain par la justice. C'est votre honneur de procéder ainsi, car l'autorité de l'Etat, que vous incarnez, repose sur le respect du droit et de la loi par ceux qui sont chargés de la faire appliquer. En 2016 comme en 2015, nous le savons bien, nombreux seront les défis qu'il nous faudra relever. En 2016 comme en 2015, nous lutterons de toutes nos forces, avec la même détermination et la même fermeté, contre la menace terroriste. Cette menace est plus élevée que jamais. Car elle résulte à la fois de la volonté de DAESH de riposter sur notre sol aux coups très durs que nos forces armées, avec nos alliés, lui portent sur le terrain, en Syrie et en Irak ; de l'existence de cellules disséminées dans plusieurs pays européens et susceptibles de planifier un attentat de façon concertée ; et du risque lié à des comportements mimétiques, de la part d'individus qui répondent aux mots d'ordre de DAESH en attaquant nos concitoyens, sans nécessairement s'inscrire dans un réseau formel. Face à un ennemi susceptible de nous frapper à tout moment, nous devons faire preuve d'une vigilance extrême et être résolus à mener, jusqu'à l'éradication de la menace, un combat de chaque instant, sans faire ni accepter la moindre concession. C'est pourquoi, comme je l'ai souvent répété au cours de l'année qui vient de s'achever, la nature et l'ampleur de ce nouveau djihadisme doivent nous conduire, pour gagner en efficacité dans la lutte que nous menons, non seulement à renforcer considérablement les moyens humains, matériels et technologiques dont disposent les forces de l'ordre, mais aussi, de façon peut-être plus décisive, à adapter sans cesse nos doctrines, nos méthodes et nos coopérations pour contrer une menace protéiforme. Comme en 2015, cet effort et cette vigilance permanente devront donc nous guider au cours de l'année 2016. Parce que la sécurité des Français est l'une des priorités absolues de l'action conduite par le Gouvernement et que notre responsabilité est de vous donner tous les moyens nécessaires pour que vous puissiez travailler efficacement et dans les meilleures conditions qui soient, nous avons tout d'abord consenti un effort sans précédent sur le plan des effectifs et des moyens matériels. En effet, dans un tel contexte, la Gendarmerie se verra renforcée, au cours de la seule année 2016, de 2 317 emplois supplémentaires au total : - 129 postes créés dans le cadre de la relance globale des recrutements que nous avons initiée dès 2012, conformément aux engagements pris par le Président de la République ; - 55 postes créés dans le cadre du plan de lutte contre le terrorisme décidé voici maintenant un an ; - 370 postes créés dans le cadre du plan mis en œuvre en juin dernier pour faire face aux conséquences de la crise migratoire ; - et enfin 1 763 postes créés dans le cadre du « Pacte de Sécurité » présenté solennellement, le 16 novembre, par le Président de la République devant le Parlement réuni en Congrès. En second lieu, il nous fallait adapter et renforcer notre arsenal législatif et juridique. C'est ce que nous avons continué de faire au cours de l'année écoulée, dans le droit fil des réformes lancées dès le début du quinquennat. A ce jour, grâce aux mesures qui sont désormais à notre disposition depuis l'adoption de la loi antiterroriste de novembre 2014, pas moins de 264 interdictions de sortie du territoire ont notamment été prononcées contre des ressortissants français soupçonnés de vouloir rejoindre les organisations terroristes actives au Moyen-Orient, tandis que 75 interdictions d'entrée et de séjour sur le territoire national ont été délivrées contre des ressortissants étrangers soupçonnés d'être liés à des filières djihadistes. En outre, nous n'hésitons pas à recourir à toute la palette des mesures administratives prévues par notre droit : je pense notamment aux expulsions 10 ont d'ores et déjà été réalisées depuis un an. Enfin, la loi de juillet 2015, qui restera comme une date majeure dans l'histoire du renseignement français, a clairement défini les règles d'emploi des techniques et des méthodes de renseignement auxquelles ont recours les services concernés. Désormais, ces derniers travaillent dans un cadre juridique adapté à la fois aux évolutions des menaces dont nous pouvons être la cible et aux mutations technologiques les plus récentes. Mais, pour indispensable qu'il soit, le renforcement des moyens humains et de l'arsenal juridique resterait insuffisant si nous ne réformions pas en parallèle la façon dont les forces de sécurité travaillent et coordonnent leur action. Car le caractère diffus de la menace nous commande de mieux partager l'information entre les unités et les services qui concourent à la lutte contre le terrorisme. Plus que jamais, les différentes composantes des forces de sécurité doivent travailler main dans la main. Parce que c'est ensemble que nous parviendrons à obtenir des résultats durables. Et parce que la responsabilité qui est la nôtre est beaucoup trop importante pour que nous laissions les vaines querelles et les petites concurrences parasiter la poursuite des objectifs qui nous sont communs. En 2015, nous avons réalisé des progrès significatifs en ce sens. Je pense par exemple à la mise en place, l'été dernier, de l'Etat-Major opérationnel de Prévention du terrorisme (EMOPT) qui, pour assurer le suivi effectif et rigoureux des personnes signalées pour radicalisation, rassemble des représentants de l'ensemble des forces et des services concernés dans une logique de transversalité et de décloisonnement. Dans le même esprit, à l'autre bout de la chaîne opérationnelle, nous avons créé dans chaque département des cellules de suivi et de prévention de la radicalisation qui, sous l'autorité du préfet et en lien avec le procureur de la République, garantissent au plus près du terrain le partage de l'information et coordonnent l'action des différents acteurs concernés. Dans ce combat que nous menons contre le terrorisme, la Gendarmerie joue bien sûr un rôle fondamental grâce à son maillage territorial, grâce à ses capacités de recueil et d'analyse du renseignement, à ses compétences en matière judiciaire et d'intervention, grâce aussi à son organisation spécifique placée sous un commandement unique qui lui permet de monter rapidement en puissance en cas d'attaque terroriste. A cet égard, elle n'est pas seulement en charge de la sécurité publique dans sa zone de compétence, elle est aussi un acteur majeur de la sécurité nationale. La Gendarmerie apporte une contribution déterminante aux missions de renseignement territorial. Je pense notamment à la mise en place d'antennes du Service central du renseignement territorial (SCRT) au sein d'unités de gendarmerie pour enraciner au cœur des territoires le renseignement ciblé sur la lutte contre la radicalisation violente. Je n'oublie pas, par exemple, que la Gendarmerie a joué, il y a un an, un rôle décisif dans l'identification et le démantèlement de la filière de recrutement djihadiste de Lunel, dans l'Hérault. Cette opération est exemplaire de ce que j'attends de vous, et c'est la raison pour laquelle vos moyens d'action dans la lutte contre le terrorisme ont été consolidés par la loi sur le renseignement. Dans le même esprit, vous pouvez désormais accéder, jusqu'au niveau départemental, au Fichier de Traitement des Signalements, de la Prévention de la Radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Ce fichier essentiel, qui concerne l'ensemble du territoire national depuis le 5 octobre, garantit le partage d'information entre les unités et les services. Parallèlement, grâce aux moyens et aux effectifs supplémentaires dont elle dispose désormais, la Gendarmerie a engagé une profonde rénovation de sa doctrine d'emploi et de ses capacités d'intervention. Cette année, elle bénéficiera ainsi de la création de 150 PSIG (Pelotons de Surveillance et d'Intervention de la Gendarmerie) de type Sabre qui fourniront localement une capacité de riposte immédiate, ainsi que de 22 pelotons de Gendarmerie mobile, de 3 pelotons d'intervention inter-régionaux et d'un groupe de pelotons d'intervention outre-mer à Mayotte. Sur le plan de la doctrine, un schéma national d'intervention des unités spécialisées, conçu avec la Direction générale de la Police Nationale et la Préfecture de Police, permettra à l'ensemble de nos forces de gagner ensemble en efficacité. La Gendarmerie va également renforcer ses capacités d'observation et de surveillance grâce à la création de cellules départementales dédiées, et augmenter ses effectifs placés sur les nœuds de communication et à proximité des zones frontalières. Nous allons par ailleurs réformer nos moyens de surveillance et de contrôle des flux de véhicules grâce à la mise en place d'un système de traitement centralisé qui nous permettra de tirer un meilleur profit de la Lecture Automatisée des Plaques d'Immatriculation (LAPI). En 2016, nous poursuivrons également les initiatives entreprises pour adapter le cadre juridique de vos interventions. Un projet de loi, actuellement soumis au Conseil d'Etat, sera débattu dans quelques semaines au Parlement. Non seulement il simplifiera la procédure pénale pour ne pas obérer vos capacités opérationnelles, mais il créera en outre un régime de contrôle administratif des retours sur le territoire national, un régime de retenue pour vérification de la situation administratif d'un individu signalé, ainsi qu'un nouveau cadre de contrôle administratif des flux de personnes et de véhicules. Ce texte prévoit également une nouvelle exonération de responsabilité pénale dans le cas très particulier d'usage des armes lors de périples meurtriers. Il organisera enfin le cadre juridique de l'emploi des caméras-piétons. L'année qui s'ouvre s'annonce donc intense et exigeante : vous serez à nouveau en première ligne pour assurer la sécurité quotidienne des Français et lutter contre toutes les formes de délinquance. Vous devez occuper le terrain de la façon la plus dense et la plus adaptée possible dans l'ensemble des territoires. Les gendarmes départementaux pourront ainsi compter sur une présence renforcée de réservistes et sur des renforts ciblés d'unités de gendarmerie mobile. En effet, le renforcement de la gendarmerie mobile prévu par le Pacte de Sécurité et la réforme de l'Unité de Coordination des Forces Mobiles (UCFM) devraient nous permettre de mieux tenir compte des besoins et de mieux les répartir sur le territoire, qu'il s'agisse des renforts nécessaires en sécurité publique, de la présence des effectifs dans les Zones de Sécurité Prioritaires (ZSP) ou encore du service d'ordre qu'il nous faudra mettre en place à l'occasion de l'Euro 2016. Vous devez également veiller à préserver les liens de confiance établis avec la population et les différents acteurs des territoires sur lesquels vous intervenez, aussi bien les élus que les acteurs économiques et sociaux, et d'une manière générale l'ensemble de vos concitoyens. Cette proximité passe bien sûr par les contacts directs, mais aussi par les applications numériques d'alerte et d'information. Elle passe enfin par le renforcement de nos dispositifs de participation citoyenne. Plus que jamais, la sécurité quotidienne est l'affaire de tous. Parmi nos concitoyens, beaucoup souhaitent aujourd'hui participer, d'une façon ou d'une autre, à la défense de notre pays. Ce civisme, ce patriotisme, cet esprit de fraternité doivent être encouragés. Depuis le mois de novembre dernier, le nombre de candidatures dans les forces d'active et de réserve de la police et de la gendarmerie a nettement augmenté, ce qui témoigne d'une forte prise de conscience collective. A cet égard, je veux souligner la richesse des réserves de la Gendarmerie nationale, qui constituent une véritable force d'appoint au profit des unités. Cette force participe ainsi du lien que nous devons entretenir entre la population et les forces de sécurité qui la protègent. Vous devez ensuite mener une action rigoureuse en matière de police judiciaire. Pour ce faire, vous devrez poursuivre les importants efforts que nous avons déjà engagés pour systématiser, quelle que soit l'infraction commise, le recours aux mesures de criminalistique (police technique et scientifique), mais aussi intensifier votre travail de saisie des avoirs criminels, qui doit devenir un moyen ordinaire de procédure contre la délinquance quotidienne, et non plus une modalité d'action réservée au seul crime organisé. Vous devrez également faire en sorte, pour identifier en amont les nouvelles formes de criminalité, d'améliorer encore davantage l'alimentation des bases de données judiciaires sur lesquelles repose le travail de renseignement criminel. Enfin, vous devrez poursuivre la lutte que vous menez contre la délinquance routière pour que diminue le nombre de tués et de blessés sur les routes. Pour que vous puissiez accomplir avec une efficacité accrue l'ensemble de ces missions, nous allons continuer, en 2016, d'innover et de moderniser les outils dont vous disposez. Je pense bien sûr au plan de modernisation technologique des forces de sécurité et au développement de nos compétences numériques qui est en train de révolutionner nos modes d'action et d'investigation. A cet égard, le Pôle Judiciaire de la Gendarmerie nationale, que nous avons inauguré en mai dernier à Pontoise, représente un formidable atout technologique de pointe en matière de criminalistique, de lutte contre les cyber-menaces et de renseignement criminel. L'expérimentation « NéoGend » conduite depuis septembre dernier dans le département du Nord illustre également la révolution des modes d'action en permettant une plus grande proximité avec la population. Dans les mois qui viennent, nous élargirons cette expérimentation. Sur un autre plan, nous devons également faire évoluer l'articulation des zones de compétence propres à la Gendarmerie et à la Police nationale. Le sujet est sensible, j'en ai bien conscience, et les difficultés sont nombreuses. Pour autant, il est essentiel que notre schéma territorial gagne en cohérence, et par là même en efficacité, de telle sorte que nous puissions mieux garantir la sécurité des Français. De nouvelles opérations seront conduites en 2016, au cas par cas, après que nous aurons réalisé des études fines, dans la sérénité et la concertation. C'est là un enjeu important où doivent primer l'intérêt général et le pragmatisme. D'une manière générale, nous devons exploiter tous les gisements de simplification et d'innovation. Le projet de loi que j'évoquais à l'instant y contribuera puissamment, mais je veux également saluer le travail participatif interne, absolument inédit, entrepris depuis juin 2013 pour alléger et moderniser le fonctionnement de la Gendarmerie. La « feuille de route » mise en oeuvre à l'initiative du général FAVIER constitue d'ores et déjà un grand succès : grâce à elle, c'est toute une institution qui montre qu'elle est capable, collectivement, d'adopter un regard critique sur elle-même et de se réformer pour le bien de celles et ceux qui la font vivre au quotidien, et par extension pour le bien de tous les Français. Ces deux objectifs qui en réalité n'en font qu'un, le Président de la République les a d'ailleurs réaffirmés en lançant en octobre dernier une feuille de route sociale ambitieuse. Des travaux sont en cours, dont les conclusions seront rendues en mars prochain. Mesdames et Messieurs, vous avez choisi de servir une institution présente sur tous les fronts, comme l'a encore démontré l'année qui s'achève. Avec les policiers, vous veillez sur la République et sur les Français. C'est vous qui, en toute circonstance, défendez nos valeurs communes : l'égalité devant la loi, la liberté de conscience et d'expression, la laïcité, le droit à la sécurité, l'Etat de droit. Aujourd'hui, je veux vous dire à nouveau que la Nation compte sur vous, sur vos compétences et votre engagement. A travers vous, militaires et civils affectés dans les unités opérationnelles et de soutien de la région parisienne présents aujourd'hui à Satory, je veux dire toute ma gratitude et mon profond respect pour les femmes et les hommes qui font vivre au quotidien la Gendarmerie nationale, dans toute l'étendue de ses spécialités, sur le territoire national comme à l'étranger ou sur les théâtres d'opérations extérieures. A l'aube de cette nouvelle année, je souhaite, à chacune et à chacun d'entre vous, les succès professionnels auxquels vous aspirez. A travers vous, j'adresse aussi mes voeux à vos familles, qui vous soutiennent au quotidien, qui s'inquiètent parfois et qui font pleinement corps, dans la tradition de la gendarmerie, à cette « force humaine » qui nous est chère. Bonne et heureuse année 2016. Vive la Gendarmerie nationale, Vive la République, \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/234.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/234.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..400f70aa00e811d526406baf9786c271dc70b741 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/234.txt @@ -0,0 +1 @@ +YVES CALVI Bonjour Patrick KANNER. PATRICK KANNER Bonjour. YVES CALVI Je rappelle que vous êtes ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. François HOLLANDE l'a donc annoncé hier, le budget du service civique va augmenter, passant de 300 millions à 1 milliard d'euros, où va-t-on trouver l'argent Monsieur le ministre ? PATRICK KANNER Déjà aujourd'hui, dans cette culture de l'engagement que nous voulons développer, mon budget pour 2016 a été doublé, je suis passé de 150 millions d'euros à 300 millions d'euros. C'est un choix politique, nous l'assumons, et à l'aune de 2019, trouver aujourd'hui 1 milliard d'euros pour permettre à 350.000 jeunes de pouvoir offrir à la Nation, de donner à la Nation, et recevoir aussi de la Nation, ne me semble pas impossible. Ce sont des arbitrages. Vous savez, diriger, gouverner c'est choisir, et donc si le choix et la priorité c'est celle-là, comme l'annonce le président de la République, eh bien nous trouverons les moyens de le faire. YVES CALVI Sauf que tous les jours on nous explique qu'on doit faire des efforts, des économies, et là on se pose des questions, d'autant plus que parfois certains chiffrages laissent entendre que ça pourrait en fait coûter 2 milliards, donc… PATRICK KANNER Non. YVES CALVI Non, mais franchement, vous avez clairement évalué la question budgétaire ? PATRICK KANNER Bien sûr, évidemment, c'est donc 300 millions, et il faut y rajouter 1 milliard, donc ce n'est pas 1 milliard globalement, c'est 1,3 milliard d'euros pour arriver à l'objectif fixé par le président de la République. Trouver de l'argent, pour permettre à des jeunes de s'engager, d'être utiles à la société, alors que d'autres les considèrent comme étant des charges pour la société, et qui coûtent finalement, moi je préfère un jeune utile à la société, justement rémunéré, même si ce n'est pas un emploi, pour aboutir à une mobilisation totale d'une génération, c'est ça l'objectif du président, une génération, à terme, après 2020, qui aura envie de s'engager. Finalement l'idée c'est quoi ? C'est que le service civique, aujourd'hui il faut dire ce que c'est le service civique, être auprès de personnes âgées isolées, être dans un établissement d'accueil pour personnes handicapées, permettre un accompagnement scolaire pour des enfants en difficulté dans les communes, tout cela c'est utile pour la société. C'est aussi, dans le cadre actuel, et ce n'est neutre si le président a choisi de le faire le 11 janvier, 11 janvier, « esprit du 11 janvier es-tu là ? » diraient certains, eh bien il était là hier soir, aux vœux à la jeunesse et aux forces de l'engagement. YVES CALVI On va revenir quand même sur les questions d'argent et les questions de… Mais là vous venez de nous donner les missions, qui sont absolument incontestables, et qui sont à caractère social, et je dirais tout simplement de très saine solidarité notamment entre les générations. Sauf que François LENGLET il est allé sur le site ce matin du Service, et on découvre des choses ahurissantes comme berger de moutons et des abeilles dans le Rhône, promouvoir le sport boules auprès des nouveaux publics, ou sensibilisation artistique à l'environnement à travers le développement d'un jardin de sons. Excusez-moi, ça existe, on peut trouver ça ridicule, et en revanche je crois que tout le monde peut être mobilisé sur un vrai service. PATRICK KANNER Vous trouvez ça ridicule, mais peut-être pas pour les promoteurs du projet. En montagne, la mission qui a été évoquée sur les moutons, c'est vrai qu'à Paris c'est difficile de le concevoir, mais là-bas c'est tout à fait possible. Mais moi j'ai été sortir une autre fiche, accompagnement des personnes âgées dans le Morbihan dans le cadre d'un établissement d'hébergement de personnes âgées dépendantes. Voilà. Il faut de tout pour tout le monde. Moi je n'ai pas peur de la diversification. Un jeune qui peut s'épanouir dans une mission utile, pour son environnement, ça ne me choque pas. YVES CALVI Est-ce que vous êtes sûr que ce n'est pas une façon de faire, on va dire de parquer des jeunes gens avant qu'ils se retrouvent sur les listes du chômage ? PATRICK KANNER Sûrement pas. Aujourd'hui le chômage est fort chez les jeunes, double pourcentage chez les jeunes, et je préfère, moi, un jeune utile à la société, sachant qu'il y a des jeunes chômeurs qui prennent des services civiques, qui font faire du service civique, mais il y a aussi des étudiants, qui dans le cas d'une césure se disent je vais consacrer un peu de temps, un peu de ma vie, aux autres. Donc ce développement, cette culture de l'engagement, comme je l'évoquais tout à l'heure, me semble utile dans une société où le repli sur soi est malheureusement l'alpha et l'oméga pour beaucoup de nos concitoyens. YVES CALVI Vous m'avez répondu sur l'esprit de la chose, pas sur la façon qu'on aurait de dissimuler le chômage des jeunes. PATRICK KANNER Le chômage des jeunes il se traite par l'emploi, il ne se traite pas par le service civique. Je vous rappelle qu'un jeune en service civique reste inscrit, quand il est demandeur d'emploi naturellement, reste inscrit aux agences Pôle emploi, en catégorie C, mais il reste inscrit, donc il n'y a pas de camouflage, pour être très clair, lié au service civique. YVES CALVI La catégorie C, on en parle peu, mais ce n'est pas le problème, votre réponse est très claire. Vous avez cité le chiffre, l'objectif est d'accueillir 350.000 jeunes par an, c'est très ambitieux, surtout quand on voit qu'aujourd'hui à peine 70.000 jeunes ont été, on va dire séduits spontanément par le service civique, depuis 5 ans. Alors, comment mieux mobiliser, c'est la vraie question, et surtout pourquoi, tout simplement, ne pas le rendre obligatoire ? Quand on croit qu'on a une bonne idée, j'ai envie de vous dire on l'assume jusqu'au bout. Je crois que vous êtes un homme d'enthousiasme, est-ce que vous comprenez ma question ? PATRICK KANNER Tout à fait, vous comprendrez aussi ma réponse, à savoir qu'il peut y avoir une contradiction certaine entre engagement et obligation. L'engagement repose sur le volontariat, sur le fait qu'on décide, à un moment donné, de consacrer du temps aux autres, c'est ça l'esprit souhaité par le président de la République, c'est une sorte de nouveau contrat social finalement, par l'engagement, que nous voulons instaurer dans notre République. Le rendre obligatoire c'est revenir à de vieilles lubies, le service militaire peut-être, pour certains. Moi je considère que, aujourd'hui, un jeune engagé, un jeune qui est volontaire, répond à une préoccupation collective qui est celle de voir des jeunes qui ne se considèrent pas comme étant des relégués de la société, des discriminés de la société. C'est une digue aussi, anti-radicalisation, le service civique… YVES CALVI Vous voulez dire que vous allez lutter contre le terrorisme, intramuros si je puis dire, avec le service civique ? PATRICK KANNER C'est une digue. Un jeune qui se sent utile, qui est respecté, qui a trouvé sa place dans la société par le biais du service civique, pas que par le biais du service civique, est un jeune qui sera sûrement moins soumis aux tentations venant de prédateurs qui l'auraient repéré dans sa faiblesse. YVES CALVI Mais vous iriez, d'une façon ou d'une autre, jusqu'à vérifier qu'ils ne seraient pas d'éventuels apprentis terroristes, si je vous ai bien compris. PATRICK KANNER Ah mais, quoi qu'il arrive, il y a des entretiens, nous vérifions, dans les missions de service civique, que le jeune qui est là est un jeune qui ne présente pas de difficultés, mais en même temps un jeune qui est candidat à un service civique, il peut être, peut-être, aussi repéré, accompagné, s'il présente des difficultés personnelles, voire même psychologiques. YVES CALVI Les offres sont-elles suffisantes et pourquoi ne pas les ouvrir tout simplement aux entreprises ? PATRICK KANNER Alors les offres, aujourd'hui, ne sont pas suffisantes, c'est pour cela que le président de la République a dit qu'il imposerait aux administrations pour l'instant les administrations publiques sont volontaires elles auront, demain, une obligation de remplir des objectifs en fonction du nombre de salariés qui composent ces administrations. YVES CALVI Qui ne fait pas les efforts nécessaires dans cette histoire ? PATRICK KANNER Globalement aujourd'hui vous avez 82 % des missions de service civique portées par le secteur associatif, moi je souhaite qu'on arrive à 50/50, 50 % associations, 50 % secteur public, c'est-à-dire, très concrètement, Etat, au travers de ses administrations, de l'hôpital, mais aussi les collectivités locales. YVES CALVI Donc l'Administration ne fait pas son boulot en ce moment ! PATRICK KANNER L'Administration n'est pas encore suffisamment sensibilisée. Moi je passe des conventions, et je vais en signer une prochainement avec Najat VALLAUD-BELKACEM pour 35.000 services civiques, mais on doit aller plus loin, sinon l'objectif du président ne sera pas rempli. Donc ma vocation, en tant que ministre, animateur de ce dispositif aujourd'hui, c'est de montrer à tous qu'il faut aller vers la généralisation du service civique. YVES CALVI Vous savez que de nombreux élus, de droite comme de gauche d'ailleurs, aimeraient revoir, une forme on va dire, de service militaire obligatoire, par exemple de 3 mois, il y a un sondage IFOP intéressant, l'an dernier, qui expliquait que 80 % des Français étaient favorables à un retour de ce service militaire. Est-ce que vous y réfléchissez, et si non, pourquoi ? PATRICK KANNER Il y a aujourd'hui la journée Défense citoyenne, la fameuse JDC, moi je suis favorable, et le président, d'ailleurs, a évoqué hier cela dans ses vœux, à l'extension de cette JDC à une semaine, avec une journée sur l'appropriation des éléments de défense, une journée sur les premiers secours, une journée sur une instruction civique, tout ceci s'inscrivant dans ce que moi j'appelle une fusée à quatre étages. Premier étage, l'enseignement moral et civique, 300 heures à partir de l'école. Deuxième étage, la journée Défense citoyenne, qui pourrait devenir une semaine citoyenne. Troisième étage, le service civique généralisé. Quatrième étage, la Réserve citoyenne. En fait, quand le président dit je voudrais qu'à partir de l'année prochaine chaque jeune, à 16 ans, ait un Livret citoyen, il est dans cette logique de dire « ne pensez pas toujours ce que l'Etat peut vous apporter, pensez aussi à apporter à l'Etat, à la Nation, au pays. » YVES CALVI Alors là ça devient du KENNEDY. PATRICK KANNER Oui, et je revendique. YVES CALVI Je reste au deuxième étage… PATRICK KANNER Je revendique. YVES CALVI Mais ce sont des valeurs et de belles idées. Je reste au deuxième étage, si on passe à 350.000, on pourra les héberger pendant une semaine nos gamins ? PATRICK KANNER Non, là vous confondez, excusez-moi, la journée Défense citoyenne avec le service, 350.000 c'est pour… YVES CALVI Mais la semaine c'est obligatoire. PATRICK KANNER La semaine ce serait obligatoire, pour toute une génération, donc 800.000 jeunes. YVES CALVI Alors je vous repose d'autant plus ma question, comment on fait pour les accueillir, 800.000 pendant une semaine ? PATRICK KANNER Ce n'est pas 800.000 en même temps… YVES CALVI Même si vous les lissez sur l'année ça fait du monde ! PATRICK KANNER Bien sûr, mais ça permet, si vous voulez, de mobiliser par exemple tous les internats qui existent dans les lycées, qui sont disponibles pendant les petites vacances scolaires ou pendant les grandes vacances scolaires, nous avons encore des biens militaires qui existent aujourd'hui, donc techniquement nous avons regardé, cela est possible. Mais cela mérite un arbitrage. L'arbitrage n'est pas donné, et j'insiste là-dessus, le président a ouvert la porte hier dans son discours de vœux, il s'est interrogé sur l'opportunité, il n'a pas arbitré à ce stade, en tout cas moi j'y suis personnellement favorable, mais je suis un ministre discipliné. YVES CALVI On a compris que vous y étiez favorable, et par ailleurs discipliné. J'ai une dernière question à vous poser. François HOLLANDE avait fait de la jeunesse sa priorité pendant la campagne de 2012, vous êtes le ministre de la Jeunesse, Patrick KANNER, les jeunes Français vivent-ils mieux aujourd'hui qu'ils ne vivaient en 2012 ? PATRICK KANNER La situation reste très difficile pour beaucoup de jeunes, il y a une jeunesse qui va bien, une jeunesse qui va mal, moi je n'ai pas à rougir de l'acte 1 de la jeunesse portée par le président de la République, que j'ai accompagné depuis septembre 2014, à savoir le développement des emplois d'avenir, la garantie jeune, la caution pour les étudiants… YVES CALVI Ce qui n'empêche pas le chômage d'augmenter et la jeunesse française de se tourner majoritairement vers le Front national. PATRICK KANNER Aujourd'hui le chômage des jeunes diminue, permettez-moi de le rappeler, en 2015, 25.000 chômeurs de moins chez les jeunes, ce n'est pas suffisant, je vous le concède, et le vote Front national est le vote premier, aujourd'hui, chez les jeunes qui se sont exprimés aux dernières élections régionales. Trois quarts des jeunes n'ont pas été voter aux élections régionales, c'est ça l'enjeu, les remobiliser vers les partis républicains. YVES CALVI Merci beaucoup Patrick KANNER d'être venu faire le point avec nous sur ce dossier, qui est intéressant, qu'on va suivre, le président de la République se veut ambitieux et on espère que son ministre pourra porter ce dossier à terme. Très bonne journée à vous. PATRICK KANNER Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/235.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/235.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..08d551291e0fdce21baae1671afb3e139a2734e0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/235.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle les questions sur l'état d'urgence et la politique pénale. Je vous rappelle que la conférence des présidents a fixé à deux minutes la durée maximale de chaque question et de chaque réponse, sans droit de réplique. Nous commençons par des questions du groupe Les Républicains. La parole est à M. Georges Fenech. M. Georges Fenech. Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, madame la garde des sceaux, monsieur le ministre de l'intérieur, le 12 décembre 2015 s'est tenue la Conférence nationale des procureurs, qui a lancé un cri d'alarme. Elle a appelé à ne plus rédiger les rapports administratifs et à ne plus participer aux instances ne présentant pas un caractère opérationnel. C'est vous dire l'inquiétude des procureurs quant à la surcharge de travail ! Qu'avez-vous à leur répondre, madame la ministre de la justice ? D'autre part, une très vive inquiétude monte aujourd'hui dans la magistrature au sujet de la réforme pénale que vous préparez et qui conduirait, si elle devait voir le jour, à une dépossession de la justice au profit d'autorités administratives. Nous nous retrouverions dans une sorte d'état d'urgence permanent : puisque le préfet remplacerait le procureur et le juge, il pourrait ordonner toute sorte de mesures attentatoires aux libertés – fouilles, perquisitions, assignations – sous le seul contrôle, a posteriori, du juge administratif. Allez-vous, madame la ministre, abandonner l'état de droit au profit d'un état policier ? Je vois du reste un symbole dans le fait que vous soyez aujourd'hui assise à côté du ministre de l'intérieur. Mme Martine Lignières-Cassou. Oh ! M. Georges Fenech. Pourquoi vous obstinez-vous par ailleurs, madame la ministre, à faire bénéficier les délinquants les plus dangereux et les plus susceptibles de verser dans le terrorisme de traitements pénaux de faveur ? Suppression des peines plancher, contrainte pénale en lieu et place de la prison, réduction de peine automatique, libération conditionnelle sans contrôle : il est temps de revoir toute votre politique pénale à cet égard ! Après l'agression d'un enseignant juif marseillais par un jeune qui n'est même pas âgé de seize ans, persisterez-vous à vouloir supprimer les tribunaux correctionnels pour mineurs et à étendre les mesures éducatives jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans ? Enfin, madame la ministre, selon des informations qui me sont parvenues, et qui sont à mettre au conditionnel, des détenus radicalisés continueraient, par l'intermédiaire de Skype, à dialoguer depuis leur cellule de prison avec l'État islamique, peut-être pour préparer de nouveaux attentats. Avez-vous reçu les mêmes informations ? Et quelles mesures pourriez-vous prendre pour lutter contre cet état de fait, s'il était avéré ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, monsieur le député, je ferai de mon mieux pour répondre à la batterie de questions que vous m'avez posées sur des sujets très différents, et qui appellent des réponses très précises. Et, sur les questions que je n'aurai pas le temps d'approfondir, j'irai jusqu'à vous envoyer une réponse écrite. Nous avons installé et continuons d'installer des brouilleurs de haute technologie dans les établissements pénitentiaires. J'ai déjà eu l'occasion de dire ici que ces brouilleurs posent un certain nombre de problèmes, notamment celui du brouillage des communications dans l'environnement immédiat de l'établissement, ainsi qu'un certain nombre de problèmes de santé. C'est la raison pour laquelle nous avons dû prendre des précautions – et cela fait dix-huit mois que nous y travaillons. Nous disposons déjà de 658 brouilleurs et allons en installer de nouveaux, de dernière génération. Nous sommes soucieux d'être efficaces sur ces questions et avons déjà posé 300 détecteurs de téléphones portables. J'en viens maintenant à vos propos sur le mécontentement des procureurs. Je rappelle que leurs missions sont définies, principalement, par le code de procédure pénale. Or, participer à des réunions relatives à la prévention de la délinquance fait partie de ces missions. Je rappelle également que nous avons donné à la magistrature des moyens, notamment en termes d'effectifs. En effet, depuis que nous sommes aux responsabilités, nous avons plus de 300 élèves magistrats par promotion. Pour compenser les 300 départs à la retraite qui ont lieu chaque année, la précédente majorité aurait dû faire des promotions de plus de 300 élèves, or elles ne comptaient que 100 à 120 élèves en moyenne. Depuis que nous sommes aux responsabilités, les promotions ont compté successivement 350, 368, puis 382 élèves magistrats. Et nous en aurons 560 cette année, au lieu des 482 initialement prévus, grâce au plan de lutte antiterroriste, qui nous permettra de renforcer notre école. Nous donnons des moyens à la magistrature et assurons l'arrivée dans les juridictions de nouveaux magistrats. Et vous savez par ailleurs que nous avons simplifié les procédures. M. le président. Merci de conclure, madame la garde des sceaux. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Dans le projet de loi portant réforme de la procédure pénale, nous simplifierons encore les procédures. Sur les deux autres questions que vous m'avez posées, monsieur le député, je vous enverrai une réponse écrite. M. le président. La parole est à M. Jean-Frédéric Poisson. Je rappelle que la durée maximale de chaque question et de chaque réponse est de deux minutes. M. Jean-Frédéric Poisson. Madame la garde des sceaux, j'aimerais vous poser deux questions, dans le prolongement de celle de notre collègue Georges Fenech. Dans le cadre du contrôle de l'état d'urgence, nous avons souvent entendu avec Jean-Jacques Urvoas que, si la coopération entre les services de renseignement et l'administration pénitentiaire est satisfaisante en matière de surveillance des activités à caractère terroriste dans le monde carcéral, certains éléments dangereux, qui sont surveillés ou punis comme tels, continuent néanmoins de communiquer avec l'extérieur, grâce à leur téléphone, mais aussi par d'autres moyens, et poursuivent ainsi leur activité. Au-delà, donc, de l'installation de brouilleurs, il semble tout à fait nécessaire d'inventer d'autres moyens d'action – fouilles, surveillance, contrôle – et même un contrôle de l'isolement. En effet, comme je l'ai dit ce matin en commission des lois, un détenu condamné pour des faits de terrorisme dans une maison de détention de province, et qui est à l'isolement, a réussi à donner une interview à un organe de presse étranger – ce qui montre que cet isolement est tout relatif ! Il convient donc de prendre des mesures extrêmement sévères pour mettre fin à ce qui relève d'une poursuite de la menace terroriste. Dans ces circonstances, que comptez-vous faire, madame la ministre, au-delà de ce que vous avez exposé tout à l'heure ? Ma deuxième question porte sur la fin de l'état d'urgence, qui arrivera bien un jour, et le retour à l'état de droit commun. Elle porte plus particulièrement sur la transition qu'il conviendra d'organiser entre la justice administrative – et les mesures qu'elle prend aujourd'hui – et la poursuite d'un certain nombre de ces mesures sur le plan judiciaire. Il convient de réfléchir à la transition, ou à la passerelle, entre ces deux manières d'exercer la justice. Madame le garde des sceaux, cette question fait-elle actuellement partie du champ d'action et de réflexion de vos services ? Où en sont vos réflexions pour assurer, ne serait-ce que la sécurisation des procédures entamées et leur poursuite dans le cadre de la justice judiciaire de droit commun ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Je vais, cette fois encore, tenter de faire de mon mieux et d'appuyer sur l'accélérateur, tout en essayant, par respect pour vous, d'être compréhensible. J'apprécie que vous n'ayez pas repris la formule de M. le député Georges Fenech, qui a parlé d'État policier, par opposition à l'État de justice : nous n'en sommes pas là. Respectons notre démocratie et reconnaissons que, s'il nous a été nécessaire, pour faire face au défi du terrorisme, de donner aux enquêteurs et aux magistrats les moyens d'investigation dont ils ont besoin, nous avons aussi pris toutes les précautions nécessaires pour rester dans l'État de droit. Le Président de la République a toujours dit très clairement que toutes les avancées que nous ferions, aussi bien en matière d'encadrement des activités des services administratifs de renseignement, que dans l'octroi de nouvelles mesures d'investigation, devraient se faire dans la logique de l'État de droit. L'État de droit, c'est tout simplement le contrôle : cela signifie que, lorsque de nouvelles mesures d'investigation sont octroyées, le juge des libertés et de la détention est là pour autoriser et contrôler. Je vous informe par ailleurs – mais vous le savez sans doute, pour travailler sur ces sujets depuis longtemps – que dans notre réforme J21, il est prévu un statut spécialisé du juge des libertés et de la détention. Le contenu de la loi de procédure pénale vous sera bientôt présenté. S'agissant des terroristes détenus dans des établissements pénitentiaires, ceux qui se rendent coupables de prosélytisme et qui sont très radicalisés font l'objet d'un isolement et d'un contrôle régulier. Des dispositifs de fouilles ont été mis en place. Je rappelle que la loi pénitentiaire de 2009 a prévu la réglementation des fouilles selon les règles pénitentiaires européennes, mais n'a pas mis en place de moyens de substitution. Depuis que nous sommes là, nous avons installé des portiques de détection à ondes millimétriques et à masse métallique, et des contrôles sont faits régulièrement. Vous avez raison : les moyens technologiques et, en l'occurrence, les brouilleurs, ne suffisent pas. C'est pour cette raison que nous avons développé le renseignement pénitentiaire. Lorsque nous sommes arrivés au pouvoir, le renseignement pénitentiaire était composé de 72 agents. Aujourd'hui, il en compte 159, et ils seront 185 l'année prochaine. Nous avons redéployé le renseignement pénitentiaire et placé 144 officiers pénitentiaires dans nos établissements. Nous avons par ailleurs développé nos relations avec l'unité de lutte contre le terrorisme et nous avons actuellement un directeur pénitentiaire qui siège au sein de l'unité de coordination de lutte antiterroriste – UCLAT. M. le président. Nous en venons aux questions du groupe de l'Union des démocrates et indépendants. La parole est à M. Jean-Christophe Lagarde. M. Jean-Christophe Lagarde. Monsieur le Premier ministre, monsieur le ministre de l'intérieur, si, dès les drames du mois de novembre, nous avons approuvé l'état de d'urgence, reconnaissant qu'il correspondait à un besoin, et le fait de donner au Gouvernement des moyens exceptionnels, qui ont été prolongés par le Parlement, nous avons également affirmé la nécessité d'inclure dans le droit commun des dispositifs juridiques qui paraissent nécessaires non seulement aujourd'hui, dans la crise que nous traversons, mais, cette crise n'étant pas limitée dans le temps, le resteront également demain, que l'état d'urgence soit ou non prolongé dans quelques semaines. C'est pourquoi il convient à nos yeux d'adapter notre législation – le Gouvernement semble s'orienter dans cette direction – ainsi que les moyens de contrôle de l'action de l'État. En effet, à des moyens exceptionnels on doit pouvoir opposer à la fois des contrôles parlementaires exceptionnels – certes, nous n'en avons pas la culture mais le président de la commission des lois a d'ores et déjà entrepris de la modifier sur ce point –, et des contrôles d'ordre juridictionnel effectués par le juge administratif. Pour pouvoir procéder à cette adaptation législative qui, je le répète, nous a paru nécessaire dès le début, et vers laquelle le Gouvernement semble aujourd'hui s'orienter, les parlementaires devraient disposer d'un bilan plus précis et plus détaillé de l'utilité des mesures prises dans le cadre de l'état d'urgence. Quels sont, par exemple, les fruits réels des assignations à résidence ou, par-delà le nombre des armes saisies, dont la plupart n'ont sans doute pas grand-chose à voir avec le terrorisme, ceux des perquisitions administratives ? Quelles informations les services de l'État, notamment les services de renseignement et ceux qui garantissent la sécurité des Français ces mesures ont-ils pu obtenir grâce à ces mesures ? Il serait utile que le Gouvernement en fasse bénéficier le Parlement en vue de l'éclairer lorsqu'il s'agira d'adapter notre législation. M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur. M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur. Monsieur le député, vous avez raison de rappeler que les prérogatives données à l'administration dans le cadre de l'état d'urgence en vue de prévenir des risques terroristes justifient un contrôle puissant du Parlement. Ces prérogatives, en effet, ne relèvent pas du droit commun même si elles sont toutes inscrites dans le droit : je pense aux mesures de police administrative que sont les perquisitions administratives, l'assignation à résidence, la possibilité d'interdire des manifestations dans des circonstances particulières ou la sécurisation de différents lieux, notamment des sites Seveso. Le Parlement a souhaité exercer ce contrôle et l'exerce effectivement à travers le travail très pugnace du président Urvoas et de M. Jean-Frédéric Poisson, dans le cadre, notamment, de contrôles permanents sur pièces et sur place au sein des préfectures. M. Jean-Frédéric Poisson. C'est vrai. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Vous y passez du temps. Les préfets et les directeurs départementaux de la sécurité publique sont à votre disposition. De même, vous avez pu rencontrer l'ensemble des collaborateurs du ministère de l'intérieur que vous souhaitiez rencontrer et leur poser toutes les questions que vous vouliez. De plus, lorsqu'une lettre a été adressée par les deux rapporteurs au ministère de l'intérieur, j'ai donné instruction, et mis en place une équipe à cette fin, pour que, dans les quarante-huit heures, la réponse la plus détaillée possible soit apportée. Le président Urvoas et Jean-Frédéric Poisson ont rendu ce matin un rapport d'étape... M. Jean-Yves Le Bouillonnec. En commission des lois. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Dont l'AFP a rendu compte et qui témoigne de l'efficacité du contrôle qui est exercé. Par ailleurs le Premier ministre réunit deux fois par mois l'ensemble des groupes parlementaires pour leur rendre compte point par point des conditions dans lesquelles l'état d'urgence est mis en œuvre. Je fais de même place Beauvau. C'est dire à quel point les vœux que vous exprimez ont été exaucés. Nous avons l'intention de continuer à le faire. Du reste, si tel n'était pas le cas, vos deux rapporteurs se rappelleraient à notre bon souvenir. M. le président. La parole est à M. Michel Zumkeller. M. Michel Zumkeller. Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, madame la garde des sceaux, monsieur le ministre de l'intérieur, mes chers collègues, comme cela a été rappelé, grâce à l'amendement du président de la commission des lois, M. Urvoas, les parlementaires reçoivent une information très importante, comme ce matin en commission des lois, ce qui permet au Parlement de remplir sa fonction de contrôle. Même si quelques préfets ne jouent pas encore pleinement le jeu, il faut reconnaître que, globalement, l'information que nous recevons est intéressante. Je tiens à évoquer celle des élus locaux, principalement des maires qui peuvent, eux aussi, en raison de leur connaissance du terrain, jouer un rôle très important. Il convient donc de le valoriser. D'ailleurs, dans votre réponse à une question sur le sujet qui vous avait été posée le 16 décembre dernier, vous sembliez favorable à ce que les maires soient informés. Il serait en effet déplaisant que ceux-ci apprennent le lendemain par la presse les perquisitions qui ont eu lieu dans leur ville, alors que, je le répète, leur connaissance du territoire leur permettrait de vous apporter une aide concrète. Avez-vous donné instruction aux préfets et aux différents acteurs pour informer les maires ? Si tel n'est pas le cas, quelles sont vos intentions en la matière ? M. le président. La parole est à M. le ministre. M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur. Monsieur le député, j'ai, le 23 novembre dernier, dans le cadre d'une circulaire que j'ai communiquée aux rapporteurs, donné instruction aux préfets de réunir une fois par mois les maires et les parlementaires du ressort de leur territoire pour les tenir informés des conditions dans lesquelles l'état d'urgence est mis en œuvre. Des préfets, si j'en crois les comptes rendus qu'ils m'ont envoyés, ont engagé cette action de manière très forte, notamment en Bretagne, en région Rhône-Alpes ou en région PACA. Vous m'indiquez que, alors même que je leur en ai donné l'instruction, des préfets n'ont pas fait ce travail : ils ont eu tort et ils s'en rendront compte très vite. Je le répète : des instructions ont été données en ce sens et il est souhaitable que ces contacts aient lieu. Afin que l'instruction des élus soit complète, j'ai également rencontré à plusieurs reprises les présidents des grandes associations, notamment le président de l'Association des maires de France. Nous sommes convenus d'échanger régulièrement sur les conditions dans lesquelles l'état d'urgence est mis en place et sur le niveau de la menace. Au-delà, nous avons même souhaité que l'État et les maires puissent véritablement collaborer sur différents sujets. C'est ainsi que, sans remettre en cause le principe de la libre administration des collectivités locales, j'ai souhaité offrir aux maires qui le voulaient l'armement de leur police municipale : 400 pistolets de type Glock ont été ainsi remis aux polices municipales lorsque les maires en ont exprimé le besoin. Ce fut le cas à Marseille. Nous finançons également, dans le cadre du Fonds interministériel de prévention de la délinquance – FIPD –, des moyens de protection des polices municipales, notamment des boucliers. C'est dire combien, sur ces questions, est étroite la relation entre l'administration de l'État et les collectivités locales. M. le président. Nous en venons aux questions du groupe écologiste. La parole est à M. Sergio Coronado. M. Sergio Coronado. Un bilan chiffré des résultats de l'état d'urgence nous a été communiqué par le ministère de l'intérieur et, ce matin, par le président de la commission des lois dans le cadre du contrôle parlementaire. Au 7 janvier 2016, 3 021 perquisitions administratives ont été effectuées, 464 infractions ont été constatées, et il a été procédé à 366 interpellations, 316 gardes à vue et 381 assignations à résidence. Or, seules quatre procédures seraient confiées à la section antiterroriste et un seul dossier entraînerait la mise en examen d'un homme – un seul : je souhaite qu'on retienne ce chiffre. En somme, si un grand nombre d'infractions a été constaté, une faible partie d'entre elles est en lien avec le terrorisme. Comme l'a souligné le président Urvoas en commission des lois, l'essentiel de l'intérêt des mesures exceptionnelles est derrière nous, ce qui est normal puisque l'effet de surprise s'est estompé rapidement. Dans ces conditions, quelle est la position du Gouvernement sur la proposition d'une partie de l'opposition qui vise à prolonger l'état d'urgence ? Mon deuxième point concerne les arrêtés d'assignation à résidence. Je n'ignore pas que le Conseil constitutionnel, qui avait été saisi le 11 décembre dernier à la suite du recours déposé par un des sept militants écologistes visés préventivement avant la tenue de la conférence sur le climat de Paris, a conforté les assignations à résidence. Ces militants étaient tenus, je le rappelle, de pointer trois fois par jour au commissariat sur la seule base de notes blanches des services de renseignement non datées et non signées. Je rappelle également que les arrêtés d'assignation à résidence étaient bâtis sur le même modèle, sans précision de durée. Est-il normal que l'état d'urgence ait servi à régler des questions d'ordre public plutôt qu'à déployer nos efforts uniquement sur les affaires liées au terrorisme ? Enfin, les effets de l'état d'urgence ne se limitent pas aux opérations de police administrative. Des mesures administratives ont été prises contre des fonctionnaires. Serait-il possible de disposer d'une évaluation de ces mesures qui sont des conséquences non pas directes, mais indirectes, de l'état d'urgence ? M. le président. La parole est à M. le ministre. M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur. Nous avons, monsieur Coronado, un désaccord sur ces sujets depuis plusieurs semaines. M. Sergio Coronado. Pas sur les chiffres. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Nous l'avons non pas sur les chiffres mais sur votre affirmation selon laquelle les perquisitions n'ont servi que marginalement à suivre la radicalisation éventuelle d'individus susceptibles de se livrer à des activités terroristes. La réponse très simple que je vous apporterai correspond à la réalité du phénomène : lorsqu'on va perquisitionner chez un individu, on ignore ce qu'on y trouvera. Si on le savait, on ne procéderait pas à une perquisition administrative mais on ouvrirait une procédure judiciaire. En effet, lorsqu'on sait que les individus chez lesquels on se rend sont susceptibles d'être coupables d'activités terroristes, on est en situation de déclencher l'action publique et de se rendre chez eux en raison des actes qu'ils ont commis puisqu'on en a la preuve. Je réfute donc le propos que je vois se déployer, y compris dans la presse, selon lequel nous avons procédé à des perquisitions chez des individus qui ne sont pas des terroristes, puisque nous n'avons pu le savoir qu'après nous être rendus chez eux. Je le répète, si nous avions connu auparavant la nature de leurs activités, nous n'aurions pas eu besoin de recourir à des perquisitions administratives. Cet argument a l'apparence de la cohérence, alors qu'il est, en réalité, totalement incongru. De plus, ce n'est pas parce qu'une perquisition ne permet pas de trouver des armes ou des papiers qui témoignent d'un engagement dans des activités terroristes, que les suites judiciaires qui seront données à cette perquisition ou que les expertises numériques sur les éléments qui auront été trouvés n'apporteront pas la preuve du caractère terroriste des activités auxquelles les individus perquisitionnés ont pu contribuer. Nous ne pouvons pas connaître à cette heure le véritable résultat, en matière de lutte antiterroriste, des perquisitions auxquelles il a été procédé. Les enquêtes récentes témoignent enfin d'une véritable fongibilité ou porosité entre la question de la délinquance et des trafics en tous genres et celle du terrorisme. Rentrer par le droit commun dans les perquisitions est également une manière de prévenir des activités à caractère terroriste. M. le président. La parole est à M. François de Rugy. M. François de Rugy. Madame la garde des sceaux, je tiens à rappeler mon soutien, ainsi que celui des députés écologistes de ma sensibilité, aux mesures prises par le Président de la République, le Gouvernement et le Parlement, non seulement depuis les attentats mais depuis le début du mandat, en matière de lutte contre le terrorisme, de renseignement, de sécurité et de justice. Je pense notamment aux mesures prises sur la base des travaux de M. Jean-Jacques Urvoas, comme la recréation du renseignement territorial. Toutefois, en matière de lutte antiterroriste, les dispositions mises en œuvre ne constituent jamais un arsenal judiciaire et policier parfait ou immuable. L'évolution des menaces, des moyens technologiques et des modes d'action appelle des adaptations continues de notre législation. Si notre majorité a déjà engagé de nombreuses rénovations de celle-ci, le chantier n'en est pas pour autant achevé. Je tiens à saluer le travail de fond engagé par la chancellerie depuis plusieurs mois pour « renforcer de façon pérenne les outils et moyens mis à disposition des autorités administratives et judiciaires, en dehors du cadre temporaire de l'état d'urgence ». En effet, en plus de garantir de nouveaux moyens, de nouveaux cadres et de nouveaux contrôles pour l'institution policière, ce projet de loi que le ministre de l'intérieur et vous-même avez présenté en conseil des ministres, prévoit plusieurs adaptations de la procédure pénale aux défis de la lutte antiterroriste : élargissement des possibilités de perquisition de nuit sur décision du juge des libertés et de la détention, possibilité d'utilisation des instruments de détection pour les magistrats de l'instruction et du parquet et, surtout, ce qui représente une avancée considérable, introduction d'un débat contradictoire dans les enquêtes préliminaires de plus d'un an. Madame la garde des sceaux, pourriez-vous détailler ces nouvelles dispositions et nous indiquer comment elles garantiront tout à la fois la protection de droits des personnes mises en cause et une action plus efficace en matière de lutte antiterroriste ? (M. Marc Le Fur remplace M. Claude Bartolone au fauteuil de la présidence.) Présidence de M. Marc Le Fur vice-président M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Vous avez raison, monsieur le député, ce projet de loi de réforme de la procédure pénale est un travail de longue haleine. Nous en avons engagé le chantier il y a presque un an. L'examen de différents textes relatifs à la justice m'a déjà plusieurs fois donné l'occasion de vous indiquer que nous répondrons à vos préoccupations, sur la base des deux rapports que j'ai commandés : le rapport de Jean-Louis Nadal, procureur général honoraire, qui a conduit, à ma demande, une mission visant à refonder le ministère public, et celui du procureur général Jacques Beaume sur la réforme de la procédure pénale, laquelle a été quelque peu bousculée par la transposition de plusieurs directives qui ont produit des lourdeurs, des difficultés et des complications. Ma démarche vise à retrouver de la cohérence. Nous y travaillons depuis un an avec le ministère de l'intérieur. Nous avons abouti à un texte qui améliore les moyens d'investigation du parquet et des juges d'instruction tout en renforçant les contrôles. Compte tenu de la situation à laquelle nous sommes confrontés, de la nécessité de lutter contre le terrorisme et de renforcer nos moyens en matière de prévention, il faut effectivement améliorer nos capacités de détection. C'est le rôle des services administratifs, dont les prérogatives seront accrues, mais toujours dans le cadre de l'État de droit, comme je l'expliquais tout à l'heure. Ainsi, cette augmentation des prérogatives s'accompagnera d'un renforcement des contrôles. Si les enquêteurs auront effectivement davantage de possibilités de mener des investigations, ils seront soumis au contrôle de la juridiction administrative qui, dans notre droit et selon l'usage, contrôle les activités des services administratifs. Par ailleurs, le procureur ne sera jamais loin, puisqu'il doit obligatoirement être informé d'un certain nombre d'actes pris par les services administratifs. Il est difficile de vous présenter le contenu de ce texte en deux minutes, mais je peux vous assurer que nous avons veillé à ce que toutes les augmentations de moyens consenties aux enquêteurs et aux magistrats du parquet ou du siège soient encadrées par l'ensemble des garanties de l'État de droit. M. le président. Nous en venons aux questions du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste. La parole est à M. Jean-Pierre Maggi. M. Jean-Pierre Maggi. Depuis les attentats de novembre à Paris et Saint-Denis, notre pays vit sous le régime de l'état d'urgence, ce qui se justifie pleinement au vu de l'ampleur de la menace. En deux mois, les forces de l'ordre ont démantelé plusieurs réseaux djihadistes sur le territoire national et saisi quantité d'armes, de munitions et d'explosifs. Aussi, je leur adresse mes félicitations et mes encouragements car elles font preuve, dans ces circonstances difficiles, d'un courage et d'un dévouement remarquables. À moins de six semaines de l'extinction prévue de l'état d'urgence, nous entrons dans une nouvelle phase de notre mobilisation collective contre le terrorisme. Daech continue de menacer la France. Notre pays doit donc continuer de mobiliser toutes ses forces pour se prémunir de nouvelles attaques. C'est l'objet du projet de loi portant réforme du code pénal, qui devrait être discuté au Parlement en février. Ce texte prévoit de renforcer substantiellement les moyens d'enquête des forces de police, des préfets et du parquet en intégrant au droit pénal des techniques et outils auxquels il n'est aujourd'hui possible de recourir que dans le cadre de l'état d'urgence, par définition temporaire. Parmi les nouvelles possibilités qu'il est prévu d'octroyer à l'administration figurent, entre autres, les perquisitions de nuit, les fouilles de véhicules, l'assouplissement des conditions d'engagement du tir pour les policiers, ou encore les assignations à résidence et les contrôles administratifs pour les personnes revenant des territoires contrôlés par Daech ou simplement soupçonnées de vouloir s'y rendre. Aussi, ma question sera double. Pour contrebalancer les pouvoirs prochainement étendus des autorités administratives et du parquet, quelles mesures sont envisagées pour protéger les libertés publiques et individuelles ? Par ailleurs, puisqu'il n'est pas prévu que ce projet de loi soit adopté avant le terme de la période d'état d'urgence, pouvez-vous nous indiquer si le Gouvernement entend ou non solliciter le Parlement pour proroger ce régime d'exception au-delà du 26 février prochain ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Monsieur le député, je viens d'indiquer que nous avons veillé à inscrire toutes les garanties dans le projet de loi. Ce texte sera évidemment soumis à la discussion et à l'adoption du Parlement : il vous reviendra donc de l'améliorer, de l'amender, comme vous le faites très régulièrement. Nous avons veillé à accompagner ces nouvelles mesures de toutes les garanties nécessaires. Permettez-moi d'insister sur le rôle du juge des libertés et de la détention, que j'ai déjà évoqué tout à l'heure, d'une phrase, en répondant à M. le député Jean-Frédéric Poisson. Il est important pour nous qu'un juge du siège indépendant soit en situation d'autoriser ou non un certain nombre d'investigations. En effet, il est essentiel de protéger non seulement les Français, mais aussi leurs libertés. C'est pourquoi j'ai veillé à faire du juge des libertés et de la détention un juge spécialisé – dans le cadre du projet de loi portant application des mesures relatives à la justice du XXIe siècle, j'ai fait cette proposition au Sénat, qui ne l'a pas retenue, mais le sujet doit encore être débattu par les députés. Le juge des libertés et de la détention doit avoir un statut protégé et bénéficier d'une formation spécialisée : il sera nommé par décret et assumera la mission importante de veiller au respect de la loi, c'est-à-dire au respect des dispositions que vous, législateurs, aurez introduites dans la loi. En clair, les mesures administratives contenues dans le projet de loi renforçant la lutte contre le crime organisé sont très encadrées. Ainsi, il est très précisément prévu que la possibilité de perquisitionner la nuit ne doit s'appliquer qu'aux cas de terrorisme et aux situations où il y a un risque d'atteinte à la vie, à l'environnement physique et personnel. Il appartiendra au juge des libertés et de la détention de s'assurer que ces conditions sont remplies pour autoriser ces perquisitions de nuit. Il ne s'agira donc pas de procéder à des perquisitions de nuit à tout bout de champ ; en revanche, si un terroriste, dont on sait qu'il est armé, se réfugie dans un immeuble et met en péril la vie des personnes qui l'entourent, alors le juge des libertés et de la détention pourra autoriser une perquisition. Les conditions d'encadrement de ces possibilités supplémentaires d'investigation sont énumérées dans le projet de loi que nous soumettrons au législateur : il appartiendra alors au juge du siège de veiller à leur respect. M. le président. La parole est à M. Alain Tourret. M. Alain Tourret. Madame la garde des sceaux, monsieur le ministre, l'état d'urgence ne figure pas dans la Constitution. Pour légitimer les mesures prises de manière exceptionnelle – des assignations à domicile et des perquisitions, pour l'essentiel –, il a donc fallu se référer à la loi de 1955. La Constitution de 1958 comporte en revanche un article relatif à l'état de siège et un autre relatif aux insurrections armées. Ce sont les articles 36 et 16. Au moment où le Président de la République compte convoquer le Parlement pour insérer dans la Constitution un article 36-1 relatif à l'état d'urgence, ne faudrait-il pas légiférer plus globalement sur l'état de nécessité, c'est-à-dire sur une période qui n'est pas insérée dans un délai prédéterminé ? Il n'est pas contestable que l'article 16, dans sa nouvelle rédaction, doit être maintenu, en dépit des abus qui l'ont accompagné en 1961, lors de la prise du pouvoir à Alger, au mois d'avril, par un pronunciamiento de quatre généraux. Ces abus furent sanctionnés en leur temps par le Conseil d'État. L'article 16 institue en effet une dictature de l'exécutif, qui doit de ce fait être contrôlé avec la plus grande rigueur par le pouvoir législatif. En revanche, on peut s'interroger sur le maintien de l'article 36 relatif à l'état de siège, qui permet le transfert de certaines compétences des autorités civiles aux autorités militaires. Un tel article doit à l'évidence être supprimé ! Sinon, envisagerait-on de recréer des juridictions militaires ? Le Président de la République et le Gouvernement accepteraient-ils de légiférer sur l'état de nécessité et non sur l'état d'urgence ? Accepteraient-ils de supprimer toutes les références à l'état de siège ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. M. Jean-Frédéric Poisson. Bonne chance ! (Sourires.) Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Monsieur le député, j'ai écouté attentivement votre question, qui est en fait une pétition : vous exprimez le désir qu'à l'occasion de la prochaine révision de la Constitution, certaines dispositions soient introduites ou supprimées. Nous avons entendu votre préoccupation. Je vais peut-être apporter quelques nuances à vos propos – vous avez notamment parlé de « dictature de l'exécutif ». Les institutions de la Ve République ont un certain nombre de vertus. Je ne cache pas le fait que j'ai milité, pendant des années, pour une VIe République – mon combat était public –, mais il se trouve que notre Constitution est celle de la Ve République. Ses institutions ont des vertus, mais aussi un certain nombre de défauts, notamment celui d'un manque d'espace pour l'expression des citoyens. En 1958, en effet, lorsque la Constitution a été conçue, le dynamisme et la vitalité de la société civile n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui. Mais ce n'est pas l'objet de notre débat. Est-ce le moment de supprimer de la Constitution l'article 16, qui donne les pleins pouvoirs au Président de la République dans des circonstances particulières, ou l'article 36, qui permet la mise en œuvre de l'état de siège ? Il est vrai qu'à la lecture de ces deux articles, on se demande quel usage on peut en avoir. Il est souhaitable que nous n'en ayons aucun usage ! Cela étant, ces articles figurent dans la Constitution. Dans le projet de loi constitutionnelle soumis au Conseil d'État, qui vous sera présenté dans quelques semaines, il n'est pas prévu de modifier ces deux articles. Il vous appartiendra éventuellement, en tant que législateurs, de déposer des amendements tendant à les supprimer. M. le président. Nous poursuivons avec les questions du groupe de la Gauche démocrate et républicaine. La parole est à M. Jean-Jacques Candelier. M. Jean-Jacques Candelier. Monsieur le président, madame la garde des sceaux, monsieur le ministre, mes chers collègues, depuis l'instauration de l'état d'urgence, les témoignages dénonçant dérives, erreurs et abus se multiplient. Le 22 décembre dernier, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, nous a alertés en ces termes : « au fur et à mesure, on va s'apercevoir qu'il y a un certain nombre de cas dans lesquels les mesures qui ont été prises ont été excessives ». M. Olivier Marleix. Pas du tout ! Pour l'instant, c'est l'inverse ! M. Jean-Jacques Candelier. Plusieurs cas en témoignent déjà. Monsieur le ministre, je veux vous interroger sur deux problèmes spécifiques relatifs aux mesures d'assignation à résidence. Le premier concerne l'obligation de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. D'une part, monsieur le ministre, pourquoi prescrire à certaines personnes l'obligation de se signaler plus de trois fois par jour, alors que la loi de 1955 prévoit expressément une limite de trois présentations par jour ? D'autre part, pourquoi contraindre certaines personnes assignées à résidence à se présenter dans des commissariats éloignés de leur domicile, ce qui les oblige à effectuer de nombreuses heures de transport et les empêche notamment de trouver un emploi ou de le conserver ? Pourquoi ne pas leur prescrire l'obligation de se présenter aux services les plus proches de leur domicile ? Le second problème sur lequel je souhaiterais avoir des explications concerne l'absence de mention de durée d'application des mesures d'assignation à résidence. Il y a quelques jours, le 30 décembre 2015, le tribunal administratif de Pau, saisi en référé par une personne assignée à résidence, a constaté que l'arrêté du ministre de l'intérieur ne comportait « aucune précision formelle, conditionnelle ou implicite quant à son application dans le temps », alors qu'« être informé, dès la notification d'une mesure portant restriction de la liberté d'aller et venir, de la durée pendant laquelle cette mesure est susceptible d'être mise en œuvre » est un droit. Cette illégalité semble être généralisée, puisque la plupart des arrêtés d'assignation à résidence, rédigés suivant le même modèle, ne comportent pas de date de fin de la mesure. M. Olivier Marleix. Pauvres choux ! M. Jean-Jacques Candelier. Monsieur le ministre, avez-vous des explications à nous fournir sur ces faits précis, qui ressemblent fort à des abus de pouvoirs contraires aux libertés individuelles ? M. le président. La parole est à M. le ministre. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Comme vous le savez, monsieur le député, la loi du 3 avril 1955 modifiée prévoit la faculté pour l'autorité administrative d'assortir l'assignation à résidence d'une obligation de présentation périodique aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite de trois présentations quotidiennes. La périodicité et les horaires de pointage sont fixés au cas par cas, d'une part, au regard des nécessités de l'ordre public, d'autre part, sans compromettre la finalité de la mesure, en fonction de la situation de l'intéressé. Sont pris en compte, par exemple, la durée du trajet entre le domicile et le lieu de pointage, ainsi que l'exercice d'un emploi : dans ce cas, mes services ont veillé systématiquement à la cohérence des horaires de pointage avec les horaires de travail de la personne assignée à résidence. Si aucun motif d'ordre public ne s'y oppose, les modalités de pointage auxquelles vous faites référence peuvent bien entendu être aménagées, afin de prendre en compte des contraintes particulières de l'intéressé – des problèmes de santé, des problèmes familiaux, des démarches administratives –, ou pour des raisons plus pérennes tenant à l'exercice d'une activité professionnelle. Le Conseil d'État exerce d'ailleurs, en référé, un contrôle étroit sur ce point. M. Pascal Popelin. Eh oui ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Il a notamment rappelé qu'il revenait à l'autorité administrative de donner suite aux demandes d'aménagement ponctuel ou pérenne, afin de concilier l'assignation à résidence avec la vie privée et familiale, l'activité professionnelle ou d'autres éléments. Dans ce cadre, une dizaine d'arrêtés d'assignation à résidence ont été modifiés. Bien entendu, nous tenons compte des contraintes de l'intéressé : l'aménagement n'est refusé que lorsqu'il compromet la finalité de la mesure. Le Conseil d'État et les tribunaux administratifs se sont exprimés et prononcés à plusieurs reprises sur le contenu des mesures que nous avons prises et qui ont fait l'objet de recours, en référé-liberté ou sur le fond. Dans le cadre de ces recours portant sur des perquisitions ou des assignations à résidence, l'État n'a quasiment jamais été condamné : sur 3 400 assignations à résidence et perquisitions administratives, nous avons été, la plupart du temps, soutenus par les tribunaux. Il y a donc loin de la réalité à votre dénonciation d'une remise en cause des principes de notre droit. M. Jean-Frédéric Poisson. Exactement ! M. le président. La parole est à M. Jean-Jacques Candelier, pour une seconde question. M. Jean-Jacques Candelier. Madame la garde des sceaux, monsieur le ministre, dans l'exposé des motifs du projet de loi visant à renforcer la lutte contre la criminalité organisée et son financement, l'efficacité et les garanties de la procédure pénale, vous indiquez vouloir « renforcer de façon pérenne les outils et moyens mis à disposition des autorités administratives et judiciaires, en dehors du cadre juridique temporaire mis en œuvre dans le cadre de l'état d'urgence ». Si, à l'origine, cette réforme devait porter sur la procédure pénale, de nombreuses mesures du projet de loi visent désormais à donner plus de pouvoirs aux policiers et aux préfets, au détriment des procureurs, mais aussi à confier à ces mêmes procureurs des décisions qui relevaient jusque-là de juges statutairement indépendants. Plusieurs mesures d' « exception » figurent ainsi dans ce projet de réforme. Sur simple autorisation du préfet, bagages et véhicules pourront être fouillés s'ils se trouvent à proximité « d'établissements, d'installations ou d'ouvrages sensibles ». Le recours aux contrôles d'identité sera élargi. La police pourra retenir une personne quatre heures au poste pour vérification de sa situation administrative même si cette personne a ses papiers sur elle. Pour les personnes revenant d'Irak ou de Syrie ou soupçonnées d'avoir « tenté de se rendre sur un théâtre de groupements terroristes », et sous certaines conditions, le projet crée un contrôle administratif des retours, hors état d'urgence. Le ministre de l'intérieur peut ainsi assigner ces personnes à résidence et les soumettre à une série d'obligations administratives : signalement des déplacements, interdiction d'être en relation avec certaines personnes, etc. Autrement dit, plusieurs mesures de l'état d'urgence devraient être intégrées dans le code pénal. Confirmez-vous que certaines mesures d'exception deviendraient ainsi des mesures de droit commun ? En d'autres termes, cette réforme ne vise-t-elle pas à se rapprocher d'une forme d'état d'urgence permanent ? M. le président. La parole est à M. le ministre. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Monsieur le député Candelier, je voudrais, si vous en êtes d'accord, profiter de votre question pour cheminer avec vous dans votre raisonnement en prenant des exemples concrets. Vous considérez comme étant une atteinte aux droits le fait d'autoriser, dans le cadre de mesures de police administrative, les services qui sont sous mon autorité à contrôler des véhicules et à procéder à des fouilles lorsque ces véhicules, dans le seul cas de risque terroriste, sont à proximité d'un site sensible, notamment d'un site Seveso. Que proposez-vous donc ? Que l'on laisse ces véhicules pénétrer dans les sites – et généralement, ils y pénètrent rapidement – avec tous les risques qui s'y rattachent car le temps de la procédure judiciaire n'est pas celui de la police administrative ? Si c'est cela que vous proposez, vous comprendrez aisément que, en charge de la lutte contre le terrorisme, je n'y suis pas favorable. Deuxième exemple : lorsque nous arrêtons une personne titulaire d'une fiche S13, S14 ou S15, et que nous savons pour des raisons qui tiennent aux informations détenues par les services de renseignement qu'elle peut se livrer à la commission d'un acte terroriste, que proposez-vous ? Qu'on la laisse partir ? Ou qu'au titre d'une mesure de police administrative, nous puissions la retenir jusqu'à ce qu'il ait été procédé à toutes les vérifications, permettant ainsi d'éviter qu'elle ne commette un acte terroriste grave ? Si vous proposez qu'on la laisse partir, je pense pour ma part qu'il est beaucoup plus raisonnable dans un contexte de menace terroriste élevée, au titre d'une mesure de police administrative de procéder à sa rétention jusqu'à ce nous ayons levé le doute. Il est en effet responsable de raisonner ainsi. Dans votre troisième exemple, vous affirmez que les techniques de renseignement dont dispose le procureur ne sont pas convenables pour leur permettre de lutter contre le terrorisme. Je rappelle que votre groupe, au moment de l'examen de la loi relative au renseignement, s'est indigné du fait que ces techniques de renseignement ne puissent être utilisées que par les services de renseignement et non par les juges, du siège ou du parquet, considérant le fait que les juges ne puissent pas mobiliser ces techniques était une manière d'entrave au principe de l'État de droit dont vous vous réclamez dans votre intervention. Une fois que l'on confère ces pouvoirs aux magistrats du parquet, vous considérez qu'il n'est pas convenable non plus de les donner. M. Pascal Popelin. C'est compliqué ! (Sourires.) M. Bernard Cazeneuve, ministre. Au fond, vous considérez, comme souvent dans vos prises de position, que l'État est toujours suspect lorsqu'il se propose par des mesures de police administrative sous le contrôle du juge administratif de prévenir la commission d'actes terroristes. J'ai même vu récemment des prises de position qui consistaient à affirmer que lorsque le juge administratif assure le contrôle de mesures de police, il n'y a pas de juge. Comme si le juge administratif n'était pas un juge ! Nous ne lutterons pas contre le terrorisme sans donner à l'État, sous le contrôle du juge administratif ou judiciaire, les moyens de protéger les Français. M. Gérard Bapt. Très bien. M. Bernard Debré. En effet. M. le président. Nous en venons aux questions du groupe socialiste, républicain et citoyen. La parole est à M. Pascal Popelin. M. Pascal Popelin. La loi du 20 novembre 2015 prorogeant l'état d'urgence pour une durée de trois mois a renforcé et modernisé le dispositif des assignations à résidence, afin de le rendre plus efficace et plus opérationnel. Elle en a notamment élargi l'application à « toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l'ordre public. » Les assignations à résidence décidées dans le cadre de l'état d'urgence prendront fin, de droit, lorsque ce régime juridique d'exception arrivera à son terme, soit pour le moment, le 26 février prochain. Le risque que peuvent présenter les personnes concernées par ces mesures pour la sûreté de l'État et pour l'intégrité de nos concitoyens ne s'évanouira pas pour autant. Quelles sont, à ce titre, les intentions du Gouvernement à l'égard des intéressés ? Pourriez-vous préciser à la représentation nationale, la proportion de mesures d'assignation à résidence qui pourraient faire l'objet d'une judiciarisation et se poursuivre de ce fait dans le cadre d'une décision de justice et la part de celles prononcées en prévention d'une menace pour la sécurité publique ? Pour ces dernières, pourriez-vous nous indiquer les conditions dans lesquelles elles prendront fin et à quelle échéance ? Enfin, les travaux réalisés dans le cadre du suivi parlementaire de la mise en œuvre de l'état d'urgence ont laissé apparaître l'émergence d'effets pervers pouvant découler de l'exécution des décisions d'assignations à résidence. À titre d'exemple, le pointage au commissariat est devenu, par endroits, un moment d'échange et donc de mise en relation entre assignés à résidence, alors que ces individus, potentiellement à risque, ne se côtoyaient pas nécessairement auparavant. Quels moyens pourraient être mis en œuvre pour éviter ces phénomènes ? M. le président. La parole est à M. le ministre. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Monsieur le député, votre question me permet de faire le bilan chiffré des assignations à résidence. À la date du 12 janvier 2016, aujourd'hui, 382 mesures d'assignation à résidence ont été prononcées ; 17 d'entre elles ont été prises dans l'urgence après le 13 novembre et ont été abrogées après une réévaluation de la situation ; 27 autres mesures avaient été prononcées pour une durée plus courte, limitée au contexte de la COP21, et ont pris fin le 12 décembre. J'en profite, car je n'ai pas répondu à Sergio Coronado sur ce point, pour dire que les assignations à résidence dans le cadre de la COP21 étaient destinées non à assigner à résidence des militants écologistes, mais des individus violents dont la violence dans les manifestations aurait mobilisé des forces mobiles dont j'avais besoin qu'elles soient mobilisées dans la lutte antiterroriste. Il y avait donc par conséquent un lien entre ce que j'ai décidé à ce moment-là et la lutte antiterroriste. Vous avez raison de souligner que ces mesures cesseront de s'appliquer à la fin de la période de l'état d'urgence, ce qui est légitime s'il est considéré que les circonstances ne justifient pas une nouvelle prorogation de l'état d'urgence. S'agissant de la question de la judiciarisation, les choses doivent être claires. Il s'agit de mesures de prévention de menaces à l'ordre public qui permettent également de recueillir des informations sur les individus ciblés lorsque la mise en œuvre de ces mesures de police administrative conduit à constater des infractions. Celles-ci sont poursuivies pénalement sous la responsabilité de l'autorité judiciaire. L'assignation à résidence en particulier est une mesure qui permet de prévenir de possibles troubles à l'ordre public, y compris lorsque les informations disponibles ne sont pas encore suffisantes pour engager une procédure judiciaire. Mais les dispositions sont prises pour assurer le lien entre ces mesures et une possible phase judiciaire ultérieure ; les parquets sont informés de chacune de ces décisions et, comme l'a indiqué le président Urvoas dans son rapport, une parfaite coopération entre autorité administrative et parquet dans le cadre de l'état d'urgence a eu lieu. Un lien peut être aussi fait entre la mesure d'assignation à résidence et d'autres décisions de police administrative. Je pense notamment aux perquisitions, dont l'application peut ne pas se limiter à la période de l'état d'urgence. Enfin, vous évoquez le risque de l'obligation de pointage qui peut provoquer des occasions de rencontre, pas convenables, entre les personnes assignées à résidence qui ne se connaissaient pas auparavant. Soyez rassuré, les commissariats de police et les brigades de gendarmerie sont des lieux surveillés ; ce ne sont pas des lieux de rencontre entre des gens dont nous ne souhaitons pas qu'ils se rencontrent. M. Jean-Frédéric Poisson. Cela s'est déjà produit, monsieur le ministre. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Et nous organisons les passages, les horaires afin que cette connexion ne puisse pas avoir lieu. M. le président. La parole est à Mme Anne-Yvonne Le Dain. Mme Anne-Yvonne Le Dain. À l'occasion de la prolongation de l'état d'urgence, nous avons réformé un certain nombre de points de la loi de 1955. Cette réforme avait plusieurs objectifs : adapter l'existant aux exigences de l'état de droit ; apporter des mesures nouvelles en lien avec les nouvelles technologies qui ont changé la vie des gens – la vôtre, la nôtre, celle de l'ensemble de nos concitoyens – et, hélas, facilité l'organisation des méthodes terroristes, leurs méthodes de communication, leur influence et leur capacité de nuire. À cet égard, nous avons notamment modifié le régime des perquisitions administratives afin de pouvoir accéder aux données informatiques présentes sur tout support informatique se trouvant sur le lieu perquisitionné – ordinateur, téléphone, console de jeux – avec la possibilité de copier les données en présence d'un officier de police judiciaire. C'est un élément clé de la lutte antiterroriste. Le renforcement du dispositif des perquisitions administratives est bienvenu, car il permet aux services de police de réunir les éléments qui, croisés avec d'autres, sont de nature à prévenir les troubles à l'ordre public sans pour autant déclencher une procédure judiciaire. Si les services de police se sont emparés de ce nouvel outil qui a été mis à leur disposition, ils n'ont pas manqué d'en souligner les limites en indiquant que la copie des données informatiques n'est pas totalement satisfaisante puisque les fichiers effacés ne peuvent être récupérés sur une copie alors que cela est possible sur les fichiers sources des disques durs initiaux. La récupération des données sur copie est souvent longue, entre cinq heures et douze heures, et en tout état de cause, elle ne permet pas d'accéder aux effacements. La saisie semble être, à nos yeux, une option plus efficace. Qu'en pensez-vous ? Mais la saisie ne peut être effectuée sans le contrôle du juge judiciaire. D'autres mesures ont été adoptées telles que la possibilité de bloquer les contenus informatiques, la dissolution d'associations et de nouvelles mesures pour renforcer les liens entre les opérations de police administrative et leur traduction judiciaire. Aujourd'hui, nous en sommes à l'évaluation des mesures prises pour lutter contre le terrorisme. Pouvez-vous nous faire part des résultats obtenus s'agissant de l'exploitation des données informatiques captées ? Pouvez-vous nous indiquer si vous vous êtes saisis des nouvelles mesures introduites par la réforme de la loi de 1955 relative à l'état d'urgence ? Cela a-t-il permis la constatation d'infractions pénales et entraîné des procédures judiciaires ? Cela a-t-il abouti à des mesures de police administrative telles que des interdictions de sortie du territoire, des dissolutions d'associations ou des blocages de sites internet ? M. le président. La parole est à M. le ministre. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Madame la députée, vous avez parlé très vite et, en deux minutes, vous avez posé beaucoup de questions. Je ne pourrai y répondre en totalité car je parle plus lentement (Sourires) et qu'elles appelleraient des développements exhaustifs. J'irai donc à l'essentiel. La loi du 21 novembre 2015 a précisé, complété, encadré le régime des perquisitions administratives. Elle a introduit plusieurs garanties : définition d'un critère de menace pour l'ordre public, exclusion de certains lieux protégés, information immédiate du procureur. Elle a apporté beaucoup d'améliorations opérationnelles comme la possibilité, vous l'avez souligné, d'accéder à des données stockées dans un équipement informatique présent sur le lieu ; cette mesure est régulièrement utilisée. Elle est très importante car lorsque nous procédons à des perquisitions administratives, nous pouvons trouver des armes, de l'argent liquide. Nous pouvons également récupérer des documents, cela a notamment conduit le Gouvernement, ce matin en conseil des ministres, à prendre la décision de dissoudre certaines associations à Lagny. Les éléments récupérés par copie ne peuvent être exploités instantanément. Lorsque vous récupérez des éléments informatiques stockés sur des supports numériques, il faut que le travail d'investigation puisse aller à son terme, que les enseignements issus de la collecte de ces éléments puissent être optimisés afin de pouvoir aller au-delà de la perquisition en procédant, éventuellement, à l'interpellation d'autres individus, car les éléments récupérés peuvent justifier de relations entre des individus qui sont à l'origine d'actes de radicalisation ou susceptibles de passer à l'acte et d'éventuels complices. Le dispositif que nous avons mis en place permet de récupérer et d'exploiter ces données. C'est la raison pour laquelle il est trop tôt pour faire le bilan de ce que nous avons pu identifier comme éléments à caractère terroriste – car il faut prendre le temps de l'exploitation des données. D'ores et déjà, par-delà les perquisitions de moyens numériques – je peux indiquer qu'en l'espace de deux mois, nous avons récupéré 500 armes. Sur ces 500 armes, il y avait une cinquantaine d'armes de guerre. Autrement dit, en deux mois, nous avons récupéré la moitié du volume d'armes de guerre récupéré en un an. M. le président. Nous en revenons aux questions du groupe Les Républicains. La parole est à M. Philippe Goujon. M. Philippe Goujon. Madame la garde des sceaux, depuis sa mise en œuvre, l'état d'urgence a facilité l'interpellation d'individus suspectés de terrorisme. Quelles en ont été les suites judiciaires ? Quelles condamnations ont été, éventuellement, prononcées ? Il va sans dire que l'opposition ne peut être que favorable à l'adoption de mesures qu'elle a inspirées depuis déjà longtemps. Encore faut-il que la ligne du Gouvernement soit claire, ce qui n'est pas toujours le cas. Nous sommes en guerre et d'autres mesures sont indispensables. Alors que le Conseil d'État déconseille de pérenniser les procédures de police administrative en état d'urgence, sur quels éléments vous fonderez-vous pour, éventuellement, prolonger cet état d'urgence ? Choisirez-vous d'édicter des ordonnances avant la fin du mois de février ? Pendant l'état d'urgence, les réductions et aménagements de peine continuent à concerner sans restriction des personnes condamnées pour terrorisme. Quel suivi prévoyez-vous pour les 100, 150 ou 200 terroristes qui seront libérés dans les trois ans qui viennent, dont une cinquantaine, nous dit-on, sont déjà relâchés ? Ne faut-il pas, du reste, les exclure à l'avenir des réductions et aménagements de peine ? Il vous faut clarifier la position du Gouvernement sur l'application de la rétention de sûreté aux terroristes dès aujourd'hui et, pour ce qui concerne les suspects, ou du moins certains d'entre eux, sur le placement sous bracelet électronique, l'assignation à résidence, le placement en centre de déradicalisation et l'incrimination de la consultation de sites terroristes, vecteur essentiel de radicalisation, comme ce fut le cas pour le jeune terroriste marseillais. Enfin, alors que la loi renseignement ne le permettait malheureusement pas, la démonstration n'a-t-elle, hélas, pas été apportée qu'il est urgent d'intégrer, comme le souhaitait le président de notre commission des lois, le renseignement pénitentiaire à la communauté du renseignement et de lui ouvrir les techniques spécialisées, ainsi que d'isoler électroniquement les détenus radicalisés, comme préconisé dans ma proposition de loi malheureusement rejetée ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Monsieur le député, ce n'est pas une question que vous me posez, mais plusieurs, et je m'efforcerai donc de répondre aussi vite que possible à quelques-unes d'entre elles, en m'efforçant de bien mesurer celles qui correspondent à vos priorités. Tout d'abord, 20 % environ des perquisitions ont donné lieu à des procédures judiciaires, 62 condamnations ont été prononcées et 54 personnes ont été écrouées sur cette base. Deux de ces procédures ont fait l'objet de saisines de la section antiterroriste de Paris. Pour le reste, comme l'a dit le ministre de l'intérieur, l'essentiel des résultats des perquisitions a concerné des infractions à la législation sur les armes et sur les stupéfiants. Pour ce qui concerne le traitement des détenus, je rappelle que le régime des permissions de sortie, puisque vous l'évoquez en citant un chiffre que nous avons entendu à la radio ce matin, date de 2004 – ou plutôt de 2005, lorsque vous vous êtes rendu compte que la loi de 2004 était assez mal rédigée et l'avez modifiée. C'est donc ce régime qui s'applique aujourd'hui encore. En termes de résultats, on a recensé quinze libérations conditionnelles en 2011 et quatorze en 2015 : la situation actuelle ne représente donc pas une rupture par rapport à ce qui se faisait précédemment. Je vous rappelle en outre que ce sont des magistrats spécialisés qui prononcent ces décisions de libération conditionnelle. Il existe en effet à Paris un pôle spécialisé, où siègent des magistrats spécialisés dans l'application des peines. Il s'agit donc de magistrats qui connaissent bien à la fois la matière et les personnes concernées. Dans les établissements pénitentiaires, je rappelle – et j'aurai sans doute l'occasion d'y revenir – que nous prenons des décisions concernant une population captive : lorsque nous décidons de l'isolement, c'est l'isolement ; lorsque nous décidons de la fouille, c'est la fouille et lorsque nous décidons, par exemple, d'un programme de détection des processus de radicalisation, nous l'imposons sur place. Or, comme je le dis depuis février 2013, environ 15 % des personnes concernées par des actes terroristes – 11,5 % selon les derniers chiffres – ont été incarcérées préalablement : la proportion de personnes qui ont pu se radicaliser en prison est donc d'environ 11,5 % à 15 %, ce qui nous renvoie à la question de ce qui se passe au sein de la société. Les attentats de novembre nous ont en effet appris, malheureusement, que certaines personnes qui n'ont aucun antécédent judiciaire peuvent faire des dégâts terrifiants. M. le président. La parole est à M. Olivier Marleix. M. Olivier Marleix. Madame la garde des sceaux, je regrette que vous n'ayez pas eu l'occasion de me répondre hier lors de la séance de questions d'actualité et je réitère donc ma question, très simple : quelle politique pénale appliquez-vous aujourd'hui aux djihadistes de retour en France ? Cette question, contrairement à ce que le ministre l'intérieur a exprimé posément hier, est légitime. Pour la sécurité de nos compatriotes, il nous faut nous assurer que ces 250 djihadistes de retour sont tous incarcérés et qu'ils le sont pour une période longue, mais cela dépend évidemment de la qualification pénale des faits pour lesquels ils sont poursuivis à leur retour. Pour l'heure, les quelques décisions de justice connues à l'encontre de ces individus sont pour le moins troublantes. Plusieurs remises en liberté ont en effet été ordonnées par des juges à l'endroit de djihadistes de retour de Syrie dans le courant de l'année 2015, au motif qu'ils avaient un emploi, qu'ils étaient mariés ou qu'ils avaient déjà été trop longtemps séparés de leurs enfants ! Je n'invente rien : ces décisions ont été relayées notamment par un article de Mme Vincent dans Le Monde du 19 juin 2015. Plus récemment, deux tribunaux ont condamné des djihadistes français à des peines d'emprisonnement assez légères, refusant la période de sûreté demandée par le Parquet, au motif qu'il était nécessaire de « trouver un équilibre entre répression et volonté de réinsertion ». Il est pourtant avéré que, sur les théâtres d'opération sur lesquels se rendent ces individus, se commettent des crimes de guerre, qu'il y existe une volonté de génocide à l'encontre de certaines populations, chrétiennes, musulmanes et yézidies, avec une cruauté tout à fait insoutenable. Les Français qui se rendent là-bas sont donc coupables au minimum, aux termes du code pénal, de complicité de ces atrocités. Or, l'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, qui est aujourd'hui le socle – je suis tenté de dire : l'alpha et l'oméga – de votre politique de répression, n'est à l'évidence pas à la hauteur de la gravité de ces atrocités. Notre code pénal contient des dispositions relatives aux crimes de guerre et au génocide, ainsi qu'aux complicités de ces atrocités, qui prévoient des peines très lourdes. Pourquoi ne faites-vous pas appliquer ces dispositions, qui auraient au moins le mérite de dissuader ces individus de revenir dans notre pays, ce qui serait plus efficace que toutes les déchéances de nationalité ? Enfin, madame la ministre pourquoi ne pas vous donner le temps d'investiguer sur les agissements réels de ces criminels de retour en créant, comme nous le demandons depuis un an, une vraie rétention administrative de sûreté ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Monsieur le député, je vous réponds très volontiers. Votre affirmation que le génocide doit être puni ne souffre aucune contestation. Nous sommes dans un État de droit, dans une démocratie, et appliquons en outre ce qu'on appelle le droit continental, c'est-à-dire que notre droit est codifié, écrit, prévisible. C'est sur ce droit que s'appuient les magistrats. Vous voudrez bien convenir que des magistrats n'élargissent pas des personnes pour lesquelles ils disposent d'éléments de caractérisation d'infractions ou de crimes relevant du génocide ou du crime. Dans notre droit pénal, l'association de malfaiteurs est une infraction couvrant un champ relativement large. Il s'agit du reste d'une disposition remontant à la loi de 1986, qui permet aux magistrats de caractériser des pratiques très diverses. Lorsque ces pratiques ont un caractère délictuel, les décisions de la justice relèvent de ce que le code a prévu pour les délits. Lorsqu'elles ont un caractère criminel, c'est la cour d'assises qui juge. Dans un État de droit, il s'agit donc de caractériser les faits, et non pas de se contenter de dire ce qu'ont pu faire les personnes qui sont parties. Notre droit prévoit donc des dispositions applicables au retour. Dans le projet de réforme de la procédure pénale, nous ajoutons des dispositions encadrées pour les décisions qui doivent être prises à l'égard des personnes revenant de zones de guerre. Ce que je peux vous dire, c'est qu'on a dénombré huit aménagements de peine sur toute l'année 2015 et que 243 procédures ont été ouvertes pour infractions terroristes. Dans le cadre de ces procédures, c'est-à-dire avant jugement, les magistrats ont pris une décision de détention provisoire à l'encontre de 65 % des personnes concernées et de contrôle judiciaire pour les 35 % restantes. Je m'étonne donc que, malgré ces décisions prises par des magistrats spécialisés à partir d'éléments tout à fait objectifs et vérifiables, vous parveniez à dire que des personnes susceptibles d'être impliquées sont lâchées dans la nature. Arithmétiquement, il ne reste en effet aucun espace pour ce que vous dénoncez. M. le président. La parole est à M. Alain Chrétien. M. Alain Chrétien. Monsieur le ministre de l'intérieur, lors de l'examen de la loi sur l'état d'urgence, en novembre dernier, j'avais déposé un amendement tendant à permettre la saisie du matériel informatique plutôt que la copie des données qui s'y trouvent. Il apparaît en effet qu'il est parfois plus simple pour les forces de police de saisir un ordinateur que de consulter les données, d'autant plus que cet ordinateur est parfois endommagé ou bloqué par des mots de passe. Cet amendement a été refusé – manu militari, si je puis dire –, par le président de la commission des lois et par le Premier ministre. Entre-temps, toutefois, M. Jean-Jacques Urvoas, qui est malheureusement déjà parti, m'a avoué que cet amendement aurait été fort utile – ou plutôt, qu'il était fort utile – et que, plutôt que d'attendre une éventuelle évaluation, il était urgent de permettre aux forces de police de saisir le matériel et d'en exploiter les données dans des laboratoires appropriés, quitte à le rendre à son propriétaire s'il appert qu'il ne contient pas de données délictueuses. Je déposerai dans les prochains jours une proposition de loi visant à modifier cette loi sur l'état d'urgence, afin de donner aux forces de l'ordre les moyens de saisir physiquement les données, et non pas seulement de les copier, afin de donner plus d'efficacité à ce dispositif. Le Gouvernement est-il favorable à cette proposition de loi simple qui se justifie pour les raisons que je viens d'évoquer ? M. le président. La parole est à M. le ministre. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Nous ne sommes pas opposés au fond à la proposition que vous avez faite par amendement. Je n'ai en effet, pour ma part, aucune raison de m'opposer sur le fond à une mesure dont je vois bien la pertinence et l'intérêt pour lutter contre le terrorisme dans un contexte de risque élevé. Ce qui a présidé au refus de votre amendement par le Gouvernement lorsque vous l'avez présenté, c'est la conviction que nous avions, sur la base d'une analyse juridique que je crois assez fine, de son inconstitutionnalité. Si nous proposons de modifier la Constitution pour constitutionnaliser l'état d'urgence, c'est précisément aussi pour pouvoir recevoir un jour de tels amendements que nous n'avons pas reçus pour des raisons d'inconstitutionnalité. C'est du reste la raison pour laquelle vous voterez la réforme de la Constitution. M. le président. Nous en revenons aux questions du groupe socialiste, républicain et citoyen. La parole est à Mme Cécile Untermaier. Mme Cécile Untermaier. Monsieur le ministre de l'intérieur, depuis le 29 avril 2014, le Gouvernement a mis en place un dispositif national d'assistance aux familles et aux proches des personnes embrigadées dans la radicalisation, au moyen d'un centre national d'assistance et de prévention de la radicalisation doté d'un numéro vert, complété d'un formulaire accessible en ligne. Cette plate-forme de signalement est pilotée par l'unité de coordination de la lutte antiterroriste. Les signalements ainsi collectés viennent nourrir le fichier de sécurité nationale de lutte contre le terrorisme. Une telle structure préexistait à l'état d'urgence. Elle permet, outre un soutien à l'entourage des personnes radicalisées, l'identification des situations problématiques et la mise au jour de cas de radicalisation. Pouvez-vous préciser comment fonctionne ce dispositif dans les circonstances particulières de l'état d'urgence ? Pouvez-vous indiquer en particulier s'il y a eu une augmentation sensible du nombre d'appels et préciser le taux d'appels téléphoniques et de signalements par la voie d'internet ? Je souhaiterais également connaître leur pertinence et l'importance des appels de délation – de dénonciation –, ainsi que la suite qui leur est réservée. Enfin, quelle évolution pensez-vous utile de donner à cette plate-forme à partir des enseignements tirés de cet outil, avant et pendant l'état d'urgence ? M. le président. La parole est à M. le ministre. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Madame la députée, merci pour votre question, qui me permet de faire un bilan précis du fonctionnement de cette plate-forme que nous avons mise en place pour prévenir la radicalisation. Du 29 avril 2014 au 7 janvier 2016, le centre national d'assistance et de prévention de la radicalisation a pris en compte, et ce n'est pas un faible bilan, 4 456 signalements, dont 4 122 sont avérés, ce qui dénote un très faible taux de signalements sans rapport avec la radicalisation – de l'ordre de 8 %. Ceux qui signalent le font à 65 % au moyen du numéro vert et à 13 % via le formulaire accessible sur le site internet du ministère de l'intérieur, tandis que 22 % des signalements sont aussi le fait des services du renseignement territorial, après que les signalants se sont manifestés dans un commissariat de police ou une brigade de gendarmerie. Il y a bel et bien, à la suite des attentats du 13 novembre dernier, une nette augmentation du nombre d'appels via le numéro vert ainsi que du nombre de formulaires internet. Ils ont atteint un niveau très élevé : 420 signalements au mois de novembre 2015, qui a été un niveau record, ce niveau élevé persistant au mois de décembre 2015, mais à un moindre degré, avec 289 signalements. Il faut mettre ces chiffres en rapport avec la moyenne des signalements mensuels, qui s'établit à 180 environ, et indiquer que les signalements ont également crû de manière importante au lendemain des attentats de janvier avec 324 et 326 cas en janvier et février 2015. J'en tire la conclusion que le dispositif préventif qui s'adosse à cette plate-forme a toute sa pertinence. Il apparaît clairement que celle-ci apporte une réponse concrète à tous nos concitoyens, qui peuvent faire ainsi part de situations préoccupantes de rupture constatées chez leurs proches ou dans leur environnement. Les perspectives pour la plate-forme consistent tout d'abord à conforter son fonctionnement et les moyens qui lui sont alloués. Il s'agit ensuite de développer les partenariats avec les acteurs publics, voire privés, pour inciter à la mise en avant de la possibilité de signaler à travers elle, de manière sécurisée, des situations de radicalisation. Par ailleurs, les connaissances acquises par la plate-forme pourront faire l'objet d'une étude qualitative des situations des personnes radicalisées, le but étant de mieux identifier les profils, de mieux comprendre le phénomène de radicalisation, de mieux aider les administrations mobilisées autour des préfets et des procureurs dans les territoires, de manière à ce que l'action de déradicalisation soit plus efficace. M. le président. La parole est à M. Yves Goasdoué. M. Yves Goasdoué. Je profite de l'occasion qui m'est donnée pour remercier le président de la commission des lois, Jean-Jacques Urvoas, et notre collègue Jean-Frédéric Poisson pour la communication qu'ils nous ont faite ce matin en commission des lois : cela nous a permis d'être pleinement rassurés et de constater que la mise en œuvre de l'état d'urgence ne nous éloignait en rien de l'application stricte de l'État de droit. M. Jean-Yves Le Bouillonnec. Très bien ! M. Jean-Frédéric Poisson. Merci ! M. Yves Goasdoué. Je veux interroger le Gouvernement sur la lutte contre le trafic d'armes. Le Gouvernement peut-il nous indiquer le nombre d'armes saisies lors des perquisitions menées depuis le 14 novembre 2015, tout en nous précisant leur classification au regard du code de la sécurité intérieure ? Les saisies d'armes recouvrent en effet des réalités extrêmement différentes : armes de guerre, armes soumises à autorisation, à déclaration ou à simple enregistrement. Ces résultats devront être comparés au nombre de saisies annuelles recensées par les services de renseignement militaires ou policiers, les douanes ou la police judiciaire, afin que nous puissions comparer les chiffres et ainsi appréhender l'impact réel de l'état d'urgence sur la mise hors circulation d'armes, en particulier d'armes d'assaut. Sur le long terme, vous avez annoncé, monsieur le ministre, un plan de lutte contre le trafic d'armes. Je souhaiterais savoir quelles mesures législatives vous envisagez pour endiguer cette prolifération ? On sait que les armes viennent, pour partie, de pays de l'Est de l'Europe et sont transmises aux terroristes par des filières, mais aussi par internet après avoir été prétendument neutralisées. Cette question me paraît fondamentale. M. Jean-Yves Le Bouillonnec. Très belle question ! M. le président. La parole est à M. le ministre. M. Bernard Cazeneuve, ministre. Monsieur le député, vous posez une question qui est vraiment au cœur des préoccupations du ministère de l'intérieur et au cœur de l'action que j'ai engagée au plan européen. Quelques éléments, tout d'abord, sur le résultat des perquisitions administratives : je le disais en répondant à la question de Mme Le Dain, nous avons prélevé, récupéré, 500 armes, dont 41 armes de guerre, 184 armes longues ce n'est pas rien ! Et 141 armes de poing, le tout donnant lieu à 376 interpellations et 325 gardes à vue. Pour les seules armes de guerre, ces saisies représentent un tiers du nombre de saisies que nous effectuons en une année. Par ailleurs, comme vous l'indiquiez, les saisies d'armes débouchent sur des procédures judiciaires. Sur les 542 procédures judiciaires engagées dans le cadre de l'état d'urgence depuis le 14 novembre, 34 % relèvent de la législation sur les armes et ont, à elles seules, donné lieu à 30 incarcérations. Vous avez là quelques chiffres sur l'état d'urgence qui montrent, s'il en était besoin, que les choses sont, en termes de résultats, assez claires. Nous avons engagé une action très forte au plan européen. À ma demande, la Commission et les États membres ont adopté, le 18 novembre enfin ! Je demandais cela depuis dix-huit mois ! Mais notre combat et notre insistance ont porté leurs fruits, le projet de révision de la directive 91/477/CEE sur les armes à feu. Ce projet contient des propositions intéressantes que la France avait demandées : l'extension du champ d'application de la directive aux armes blanches et neutralisées, l'adoption d'un système commun de marquage ou encore l'encadrement plus rigoureux de la vente des armes sur internet. Par ailleurs, le futur projet de loi renforçant la lutte contre la criminalité organisée, porté par Mme la garde des sceaux, contiendra des mesures puissantes pour lutter contre le trafic d'armes : les peines encourues en cas d'acquisition, de cession, de détention non autorisée d'armes ou d'éléments d'armes de catégories A et B seront aggravées ; l'effectivité des interdictions judiciaires ou administratives d'acquérir ou de détenir une arme sera accrue. Dans le cadre de procédures judiciaires, le recours aux techniques spéciales d'enquête sera élargi : la technique du « coup d'achat » sera par exemple autorisée pour les policiers et les gendarmes. Ainsi, nous avons, à travers l'action européenne, les dispositions législatives nouvelles et l'état d'urgence, engagé une action extrêmement déterminée contre le trafic d'armes : c'est un élément essentiel de la lutte contre le terrorisme. M. le président. La parole est à Mme Sylviane Alaux. Mme Sylviane Alaux. Bien avant la mise en place de l'état d'urgence, nous savions déjà que la radicalisation posait un problème crucial dans notre société, et plus particulièrement dans le monde carcéral. Après les attentats de janvier 2015 et ceux du 13 novembre, il s'avère essentiel de prendre en charge les personnes radicalisées ou en voie de radicalisation, notamment dans les prisons. La situation est effectivement inquiétante, d'autant plus que ce phénomène ne touche plus une seule catégorie de population. La promiscuité dans les prisons permet à certains détenus déjà radicalisés d'exercer une pression et une influence sur des personnes fragiles afin de les emmener sur la voie de la radicalisation. Alors que le manque de places dans les établissements pénitentiaires est avéré, quel système pensez-vous instaurer afin que cette prise en charge soit réelle et efficace ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Madame la députée, pour répondre très précisément à votre question, nous avons mis en place, fin 2012, un dispositif particulier de détection et de suivi des personnes radicalisées et violentes dans les établissements pénitentiaires. Ainsi, après la circulaire sur les « détenus particulièrement signalés » les DPS, que j'ai diffusée en novembre 2012 et actualisée en novembre 2013, j'ai décidé en juin 2013 d'un plan de sécurisation des établissements pénitentiaires. De plus, dès début 2014, j'ai décidé de revoir les critères de détection des personnes radicalisées dans nos établissements. Pour cette raison, j'ai renforcé dès 2012 le renseignement pénitentiaire : en effet, pour détecter les personnes radicalisées, il faut d'abord que notre renseignement pénitentiaire soit performant. Nous avons augmenté les effectifs : lorsque nous sommes arrivés, ils étaient 72 ; ils sont aujourd'hui 159 et seront bientôt 185. Nous les avons déployés, restructurés dans l'ensemble du territoire ; nous avons placé des agents spécialisés dans les établissements pénitentiaires. Nous avons constaté, grâce aux informations que le renseignement pénitentiaire nous a très vite remontées, qu'il y a désormais des stratégies de dissimulation. Il existait un guide qui, à partir de trois critères, permettait de repérer les personnes radicalisées : le premier critère portait sur la vie quotidienne et l'activité, le deuxième sur la pratique éventuelle d'une activité religieuse et le troisième sur le rapport à l'institution et à l'autorité. Nous nous sommes rendu compte qu'il y avait des stratégies de dissimulation ; par conséquent, nous partons maintenant à la chasse aux « signaux faibles », c'est-à-dire aux premiers signes nous permettant de repérer une personne qui pratique de l'endoctrinement ou un détenu exposé à cet endoctrinement. Nous nous sommes donné les moyens de cette détection et avons consacré un million d'euros à des « recherches actions » que j'ai lancées depuis 2014, qui nous permettent d'identifier ces signaux faibles. Par ailleurs, nous avons engagé la prise en charge de ces personnes. Les personnes très radicalisées, celles qui sont en capacité de faire de l'endoctrinement, font l'objet d'isolement, de fouilles, de contrôles réguliers, fréquents et, souvent, de transfèrements dans d'autres établissements pénitentiaires. Les personnes en situation intermédiaire font partie de cette catégorie de détenus que l'on place dans des unités dédiées. Nous expérimentons, depuis octobre 2014, une unité dédiée ; nous allons en créer cinq, dont une qui sera étanche la séparation sera double : séparation de la population carcérale et séparation entre eux puisqu'ils seront en cellule individuelle. Nous avons un programme ambitieux de formation des personnels. Nous avons déjà formé 1 500 personnels de surveillance à l'emprise sectaire et à la pratique des religions. Nous recrutons des aumôniers musulmans, dont nous avons doublé les effectifs. Tous ces moyens de détection et de prise en charge sont actualisés, notamment avec la contribution de la préfecture de police de Paris et des organismes universitaires que nous avons fortement mobilisés dans ces recherches. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/236.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/236.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fac755057b3f0a55a495f5469fa83ce76c37e692 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/236.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président du Sénat, Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, Monsieur le Président du Conseil économique social et environnemental, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, Madame la Maire de Paris, Monsieur le Vice-président du Conseil d'Etat, Monsieur le Défenseur des Droits, Monsieur le Premier Président, Monsieur le Procureur général, Monsieur le Premier Président, Monsieur le Procureur, Je ne vais pas continuer ainsi, vous êtes parlementaires, élus, fonctionnaires, magistrats, et vous incarnez la République. Vous la faites vivre dans vos différentes responsabilités et dans toutes les circonstances. Durant les événements tragiques de janvier et de novembre de l'année dernière, nos institutions ont montré leur solidité. Nous avons pu opposer la force de la démocratie à l'horreur du fanatisme et nous devons continuer à faire face ensemble. Après les attentats de janvier, le Parlement a approuvé à une très grande majorité la loi sur le Renseignement, que le Conseil constitutionnel a validée et nous avons ainsi donné les moyens aux services de travailler sans altérer la sauvegarde de la vie privée. Parallèlement, le plan Vigipirate a été porté à un niveau maximal, avec une mobilisation exceptionnelle de nos policiers, de nos gendarmes et de nos militaires, ce qui a justifié la révision de la Loi de Programmation militaire, la définition d'une nouvelle doctrine dans les opérations intérieures, et le recrutement de nouveaux personnels dans le respect de nos contraintes budgétaires. Après les actes de guerre de novembre, l'état d'urgence, sur proposition du Premier ministre, a été instauré. C'était la première fois depuis dix ans et dans un tout autre contexte. Le Parlement, là aussi, l'a prolongé pour trois mois en modifiant les dispositions de la Loi de 1955 et en écartant, à juste raison, les dispositions concernant la presse et les moyens d'expression. Le Parlement a mis en place un contrôle des actes auquel l'Autorité administrative procède dans la période de l'état d'urgence. C'est une bonne initiative qui contribue, là aussi, à donner une garantie supplémentaire pour nos libertés. Dans le même esprit, il m'est apparu nécessaire de constitutionnaliser l'état d'urgence afin de préciser les conditions de son recours face à un péril imminent et d'en définir l'étendue face à une menace terroriste. Mais l'état d'urgence n'a pas vocation à durer. L'exception ne peut pas devenir la règle et donc nous devons agir dans le droit commun. Aussi le gouvernement a-t-il enrichi le projet de loi réformant la procédure pénale et renforçant la lutte contre le crime organisé. C'est ce texte qui sera soumis dans les prochains jours au Parlement. Il donnera au parquet des moyens d'agir dans le cadre des enquêtes ouvertes sous leur responsabilité. Le procureur verra son rôle précisé, la spécialisation du juge des libertés et de la détention sera reconnue. Ce texte permettra aussi, dans des cas précis, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge administratif, de contrôler des individus qui rentrent de Syrie ou d'Irak, qui ne font pas l'objet de procédures judiciaires. Il contribuera à la protection de certains sites sensibles et réprimera les trafics d'armes et le blanchiment qui alimentent le terrorisme. Car notre démocratie doit se défendre sans s'abîmer. En outre, tout ne passe pas par la loi. C'est toujours une tentation à laquelle il ne faut pas à chaque instant céder que de demander de nouvelles mesures législatives alors même que nous pouvons utiliser des textes existants et que nous pouvons faire travailler les services, les administrations concernées, avec plus d'efficacité et plus de rigueur dans ces circonstances. D'où la nécessité d'exercer la vigilance nécessaire, de prévenir les comportements qui conduisent à la radicalisation, d'identifier les ruptures et d'accompagner les plus vulnérables. Ce sont là des exigences qui concernent tous les services publics et pas seulement les ministères régaliens. De même, la lutte contre le racisme et l'antisémitisme appelle de la part des administrations et des fonctionnaires concernés une très grande fermeté, qui doit conduire à saisir les tribunaux chaque fois qu'un appel à la haine est prononcé. Il est insupportable dans notre pays que des citoyens se voient inquiétés, agressés, frappés en raison de leurs choix religieux. Il est insupportable qu'ils puissent en tirer la conclusion qu'il faudrait se cacher. La laïcité, c'est le droit pour chacun et chacune d'exercer son culte, quand il en a choisi un, dans des conditions dignes et paisibles. La laïcité, c'est aussi de pouvoir circuler librement dans les limites fixées par la loi, en toute sécurité dans l'espace public. La laïcité, c'est enfin l'obligation pour l'Etat et ses représentants de faire respecter le principe de neutralité. Les services publics doivent donc veiller à faire une bonne application des règles de la laïcité. C'est la condition de l'égalité entre les citoyens. Face aux défis que nous rencontrons, aux épreuves que nous avons encore connues ces dernières heures, la meilleure réponse, c'est la République, ses principes, ses valeurs, ses devoirs. L'Etat doit montrer l'exemple. Quant aux collectivités locales, leur libre administration ne doit pas conduire à des excès qui priveraient une partie de nos concitoyens des droits qui sont les leurs. Et d'ailleurs, le juge administratif assure, par sa jurisprudence, le contrôle de leurs décisions. Mais si le rôle de l'Etat est de protéger les Français, il ne peut pas s'arrêter là ! L'Etat doit assurer la solidarité indispensable, aussi bien entre les citoyens qu'entre les territoires, doit soutenir l'économie et donc l'emploi, il doit permettre un accès de tous aux services essentiels, l'Education, la Santé, la Culture. Il doit préparer l'avenir, l'écologie, les grandes infrastructures, la Recherche ; bref, l'Etat et vous le représentez ici doit être présent partout et pour tous. Mais pour demeurer présent, il doit changer. Changer son organisation, changer ses méthodes et changer ses procédures. La France s'est dotée d'une nouvelle organisation territoriale. Cela a été un long processus ; il a fallu plusieurs lois pour y parvenir. Mais aujourd'hui, nous avons l'émergence de 13 grandes métropoles et je n'ai pas noté que des élus s'en plaignaient, notamment ceux qui, justement, ont été élus. Nous avons clarifié les compétences des départements et je ne vois pas, là non plus, de contestation sur cette nouvelle structure, même si elle a changé de nom. Les nouvelles régions sont en place depuis le 1er janvier de cette année, 12 dans l'hexagone, la Corse, et quatre en Outre-mer. Je recevrai leurs présidents prochainement et d'ici là, le Premier ministre rencontre chacun d'entre eux. Notre volonté, celle du gouvernement, c'est de coopérer pleinement avec les nouveaux exécutifs pour favoriser l'effort de formation, pour traduire dans les meilleurs délais les engagements des contrats de Plan et pour stimuler la transition énergétique et écologique. Nous avons besoin de ce Pacte territorial. Puisque nous en appelons à l'unité, la première des conclusions que nous devons en tirer, c'est que les élus doivent travailler ensemble, quand ils ont été appelés à agir dans l'intérêt général, au niveau de l'Etat, au niveau des assemblées et au niveau aussi des collectivités. Nous voyons bien comment les sentiments d'abandon ou d'isolement, ajoutés au déclin industriel ou à la crise agricole, peuvent nourrir des votes extrêmes. C'est notre responsabilité d'y répondre. Mais cette peur du changement, qui existe, qui existe partout, ne doit pas nous conduire à renoncer à la modernisation de notre pays, aux réformes qui sont indispensables. Les travaux pour l'élaboration de la nouvelle carte intercommunale se poursuivront donc, dans les mois qui viennent, à l'initiative des préfets, en concertation étroite avec les élus, pour une mise en œuvre au 1er janvier 2017. A ce stade et selon les informations qui m'ont été transmises, les projets présentés aboutissent à une réduction de 40 % des ensembles intercommunaux, 1.200 au lieu de 2.200 et je n'y vois pas un recul de la démocratie, au contraire. Je pense même que cette organisation permettra et l'efficacité et la proximité et favorisera les projets d'investissement. J'ai également relevé que les fusions de communes là aussi vieux processus lancé au début des années 1970 connaissaient un nouvel engouement et qu'il y avait des nouvelles communes qui se créaient je demande d'ailleurs au gouvernement que l'on puisse prolonger les incitations financières qui étaient prévues pour que ce processus se poursuive. Cet effort de rationalisation sans précédent préservera les services essentiels et donnera une plus grande lisibilité à l'action publique. Les services de l'Etat seront eux aussi simplifiés, puisque leur nombre par région, sera réduit de près de moitié. Une Charte de la déconcentration a été publiée et tous les ministères ont été invités à revoir leur organisation, repenser leurs procédures et bousculer leurs habitudes. Avec des régions plus grandes, davantage de décisions doivent se prendre à l'échelle locale ; l'échelon départemental pour l'administration d'Etat doit être renforcé, et il doit y avoir davantage d'autonomie pour qu'il y ait un meilleur service public. L'objectif, c'est de répondre aux besoins de tous ceux qui se sentent isolés, négligés, oubliés, abandonnés, à tort ou à raison et qui pensent que l'administration comme l'Etat, n'est pas faite pour elles et pour eux. Donc nous devons faire en sorte d'utiliser tout le maillage qui existe, et notamment dans le cadre de nos services publics. A cet égard, le réseau des bureaux de Poste, 17 000 points, peut être la base de nouvelles maisons de service public. Mais la modernisation ne peut pas s'arrêter là. L'Etat doit être plus rapide. Les Français n'attendent pas davantage de lois, ils veulent des actes concrets qui puissent améliorer leur vie ; ce qui est en cause, ce n'est pas la volonté de faire des réformes elle est là ! C'est la capacité de les traduire dans la réalité. A quoi sert de faire des lois si elles ne sont que peu appliquées ? Je m'étais donc inquiété l'année dernière des retards dans la production des décrets. Aujourd'hui, grâce à l'effort qui a été engagé et j'en remercie le Premier ministre je constate que le taux d'application des lois promulguées depuis plus de six mois, qui était de 60 % à la fin de l'année 2014, s'est élevé à 87 % à la fin 2015. C'est le meilleur résultat depuis 2008 ! Mais arrivent de nouvelles lois, qui ont été votées et qui devront être appliquées ! La loi Croissance et Activité, la Loi sur la transition écologique, les mesures pour le logement, la prise en charge du vieillissement, la loi Santé. Et donc là encore, il va falloir prendre rapidement les décrets d'application. Et parfois même des arrêtés ! Et parfois, rien du tout ! Tout simplement appliquer la loi. L'ardente obligation de notre temps, c'est la simplification. Dans une formule forcément imagée, j'avais parlé de « choc ». J'avais été trop retenu dans mon expression. J'aurais dû dire « tempête », ou « tsunami », mais nous sommes au temps des catastrophes, mieux vaut se garder de ce type de métaphore. Ce que j'ai voulu, à travers ce chantier, c'est qu'il puisse être mené à bien par les usagers eux-mêmes, les représentants des entreprises comme des citoyens. Et je remercie donc les personnalités qui ont porté cette volonté aux côtés du gouvernement. Le bilan est consistant, insuffisant mais consistant. Depuis mars 2013, 460 mesures de simplification ont été annoncées, 325 pour les entreprises, 133 pour les particuliers. En 2016, nous devons porter ce bilan à 600 mesures et nous ne devons donc pas relâcher la pression. Parfois, je m'inquiète parce que la simplification peut être aussi un facteur de complexité supplémentaire. Certains dans les administrations, pour faire simple, parviennent à être compliqués. C'est leur but. Car parfois pour être important, il faut créer de l'obstacle, de l'aspérité et à ce moment-là, implorer l'usager de venir voir celui qui est responsable pour qu'il donne son autorisation. C'est pour cela que j'ai voulu qu'il y ait aussi cette règle simple, que lorsque l'administration ne répond pas, c'est qu'elle consent. Dès que j'avais affirmé ce principe, il m'a été dit qu'il y avait des dérogations qui devaient être apportées. Les dérogations ont été nombreuses, à mes yeux, trop nombreuses. Parfois aussi pour de bonnes raisons ; lorsque c'est pour la sécurité de l'Etat, je m'incline. Mais il est nécessaire que nous allions plus loin et que lorsque l'administration ne dit rien, c'est qu'elle dit oui. Nous voulons aussi qu'il y ait une simplification dans tous les domaines, du droit, de l'immobilier, la législation sociale, l'environnement et même les impôts, puisque nous allons engager le prélèvement à la source. Je veux également que ce mouvement se prolonge pour les collectivités locales, qui, elles aussi, souffrent d'un excès de normes et de contraintes. Le Parlement nous y aidera. Le numérique peut également faciliter la tâche, à condition de bien l'utiliser et de le mettre à portée des citoyens. Cette année, le Journal officiel ne sera plus qu'en ligne. En 2015, il y a eu 110 millions de consultations pour accéder au Journal officiel. Je ne me rappelle pas qu'il y ait eu autant de curiosité lorsqu'il était sur papier. Ce chiffre illustre néanmoins une volonté, celle des Français de mieux connaitre les textes qui conditionnent leur vie et leur activité. De la même manière, la saisine par la voie électronique de l'administration a été généralisée depuis novembre dernier pour tous les ministères et pour tous les établissements publics. Sur 7 000 procédures, 95 % peuvent désormais être effectuées par Internet. Les collectivités locales se sont également engagées dans ce mouvement et je salue notamment l'effort de la ville de Paris, qui améliore considérablement la vie quotidienne des habitants grâce au numérique. L'ouverture des données, c'est-à-dire la volonté de l'Etat de mettre à la disposition des utilisateurs, y compris des entreprises, ses propres informations, cette ouverture a permis de créer de nouveaux services. Par exemple, grâce à ce processus, nous avons pu développer des calculateurs d'itinéraires pour les personnes handicapées, agrégeant tous les comportements et les mettant à disposition. L'objectif n'est donc pas simplement de dématérialiser les procédures. C'est d'établir de nouvelles relations entre les Français et leur administration. Maintenant, chacun aura un identifiant unique je parle sous le contrôle de la CNIL qui permettra les contacts auprès de toutes les administrations. C'est le projet France Connect, il est désormais testé en partenariat avec les collectivités locales qui ont accepté d'être pionnières et sa généralisation sera effective au printemps 2016. Un site a été créé pour simuler en ligne toutes les aides auxquelles les assurés sociaux peuvent prétendre. Nous avons fait un test avec la prime d'activité, qui doit être délivrée à partir du mois de février. Il y a déjà 4,5 millions de connexions de personnes qui veulent savoir si elles rentrent dans les conditions d'obtention de cette prime. Jusqu'à présent, elles ne pouvaient pas forcément le vérifier. Donc, l'accès aux droits est facilité par le numérique. Le numérique n'éloigne pas le citoyen de l'administration. Il décharge l'administration de tâches répétitives et lui donne les moyens de davantage personnaliser les réponses qui sont attendues d'elle. Je pense, notamment pour aller dans le sens de l'accessibilité à tous égards, aux personnes handicapées, puisque désormais un référentiel d'accessibilité a été élaboré pour tous les sites de l'administration. La modernisation va au-delà du numérique. Elle appelle aussi, pour des raisons d'économie sans doute, d'efficacité sûrement, à de nouvelles méthodes. Réforme de la commande publique, il a fallu attendre ces derniers mois pour que l'on songe que l'Etat était le premier acheteur en France et qu'il était donc utile d'avoir une direction des achats à l'échelle de l'Etat tout entier, pour faire des économies et faire en sorte que l'on puisse également contrôler la commande. De la même manière, je veux que le Gouvernement puisse avoir une politique immobilière, car l'Etat est aussi le premier propriétaire immobilier du pays. Donc, il doit savoir gérer ce patrimoine dans l'intérêt des contribuables, mais aussi dans l'intérêt des constructeurs, pour mettre le plus de foncier public possible à la disposition des aménageurs. D'ailleurs, avec la Caisse des dépôts, il y aura une nouvelle société qui pourra organiser l'ensemble de la gestion des bâtiments publics. Michel SAPIN et Christian ECKERT présenteront en Conseil des ministres cette nouvelle ambition. Une nouvelle méthode, c'est aussi un Etat exemplaire en matière de gestion de ses personnels. Car, l'Etat et les collectivités locales sont aussi le premier employeur de France, 5 millions d'agents publics, fonctionnaires, magistrats, militaires, contractuels. Ces personnels sont aujourd'hui en première ligne. Sans leur dévouement, sans leur professionnalisme, je crois que notre cohésion nationale n'aurait pas été ce qu'elle a été durant ces événements. Je veux leur exprimer toute ma reconnaissance. Après l'accord sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la négociation sur la prévention des risques psychosociaux, Marylise LEBRANCHU a mené des négociations pour un protocole qui contient de nouvelles avancées pour les agents de catégorie C et pour l'entrée dans la carrière des jeunes fonctionnaires de toutes catégories car si l'État cela vaut aussi pour les collectivités locales veut avoir des serviteurs de haut niveau, il faut aussi qu'il puisse y avoir une attractivité pour ces métiers. Enfin la modernisation de l'État doit concerner aussi la modernisation de toutes les structures qui contribuent et de toutes les procédures qui permettent à l'État, à la Nation d'agir. Le Parlement a aussi sa responsabilité. Je salue les initiatives prises par les deux Assemblées pour rationaliser les débats, améliorer l'écriture de la loi, développer les fonctions de contrôle et je ne doute pas que cela sera poursuivi sans que les nécessaires controverses je ne les appelle pas, elles viennent toutes seules soient entravées ou que l'expression des sensibilités soit limitée. Mais nous devons être conscients et je le dis avec gravité que mettre six mois pour voter une loi, parfois davantage, et quand c'est une proposition de loi je pense notamment à l'une d'entre elles sur la fin de vie, qu'il faille encore davantage de temps pour voir adopté un texte qui est attendu depuis longtemps, alors il ne faut pas s'étonner que la défiance de nos concitoyens à l'égard de la législation sans doute, des législateurs c'est possible, de l'État en général, s'accentue. Le risque est que les citoyens, faute de comprendre, s'éloignent des institutions et que la démocratie soit contestée en raison non pas de ceux qui la servent mais des lourdeurs et que les retards soient regardés comme des formes d'impuissance. Le Gouvernement a sans doute aussi sa responsabilité les textes sont souvent trop longs mais les parlementaires que je salue ont les leurs. Le Conseil constitutionnel nous a d'ailleurs rappelé qu'il pouvait y avoir un excès du droit d'amendement quand il dénature le texte ou quand il lui fait perdre sa cohérence. Je demande donc, je prie les présidents des deux Assemblées de réfléchir à réduire le temps législatif sans lui faire perdre sa qualité et nous connaissons les pistes possibles : renforcement du rôle des commissions, raccourcissement de la discussion générale et également meilleur usage des navettes. Je pense que c'est un sujet très important qui relève d'ailleurs pour partie du règlement intérieur des Assemblées et aussi de la Constitution. Des propositions m'avaient été d'ailleurs faites par les présidents des Assemblées. Je pense aussi que nous devons mieux associer les citoyens à l'amélioration du travail législatif. L'exemple du débat sur le projet de loi sur la République numérique est tout à fait clair : en trois semaines, 22 000 internautes ont participé à la consultation, 8 000 contributions ont alimenté la plupart des dispositions du texte initial et cinq nouveaux articles ont même été ajoutés grâce à cette intervention des citoyens eux-mêmes. Nous devons, donc dans un souci de revivifier notre démocratie sans rien faire perdre à la légitimité de celles et ceux qui ont été élus et donc qui procèdent du suffrage universel associer encore davantage par toutes formes de procédures les citoyens. Je veux terminer sur l'indépendance de l'autorité judiciaire. J'ai souhaité, depuis plusieurs mois que le Parlement adopte un projet de loi constitutionnelle sur le Conseil supérieur de la magistrature et aussi sur le parquet. Il s'agit de lui donner un véritable statut et c'est encore plus nécessaire alors que nous nous apprêtons à renforcer ses pouvoirs. Il me paraît essentiel que dans les circonstances que nous traversons, cette réforme puisse aboutir. Nous ne sommes pas loin d'un compromis entre les deux Assemblées. La révision constitutionnelle offre une nouvelle opportunité pour cette réforme mais c'est le Parlement qui peut en décider. Parallèlement, l'accès de tous à la justice doit être facilité. C'est l'ambition des deux projets de lois sur la justice du XXIe siècle que porte la garde des Sceaux avec l'organisation des juridictions sociales qui sera simplifiée, ce qui soulagera la situation des plus vulnérables, avec l'action de groupe qui pourra être ainsi introduite et disposera d'un cadre précis et avec l'accompagnement des justiciables qui sera organisé. La Justice est un service public, elle doit donc disposer des moyens nécessaires. Son budget a été amélioré depuis 2012 et il le sera encore davantage, j'en ai pris l'engagement devant le Parlement réuni en Congrès. En même temps que j'annonçais le renforcement des effectifs pour la police, la gendarmerie, les douanes, j'ai également voulu que la Justice puisse avoir les moyens de travailler. D'ailleurs, la promotion qui entre à l'Ecole Nationale de la Magistrature cette année sera la plus nombreuse de l'histoire de la Ve République avec 366 élèves magistrats. Autant de juges qui viendront renforcer nos tribunaux. Mesdames et Messieurs, L'administration, l'État ne sont pas différents du reste de la société. Lorsque l'administration est saisie par le doute, lorsqu'elle s'interroge sur elle-même, elle a tendance à se méfier et notamment des changements qui sont pourtant nécessaires. Alors, rappelons le message essentiel, celui de la confiance. La France a la chance de disposer de services publics de qualité, de grande qualité. La gestion des tragédies récentes en a hélas fait la démonstration. Je pense aux attentats mais aussi à la catastrophe aérienne de la Germanwings. Il s'est trouvé que je suis allé avec la chancelière Angela MERKEL et le Premier ministre Mariano RAJOY dans les Alpes-de-Haute-Provence au moment où il fallait assurer les secours ils avaient été diligentés dans un délai rapide et surtout accueillir les familles des victimes. J'ai vu tous ces fonctionnaires qui étaient rassemblés : fonctionnaires de l'État, fonctionnaires du département, agents communaux. Tous unis, tous efficaces. Il y a des moments où, malgré le malheur, on peut avoir une fierté intérieure. J'ai vu ce que la Chancelière avait pensé elle me l'a dit ou le Premier ministre espagnol sur la qualité, l'efficacité des services. Et je ne parle pas des bénévoles qui se sont ajoutés et ces collaborateurs occasionnels du service public, ces volontaires. Il y a là une chance pour la France, un atout considérable que vous représentez, cette administration, cette fonction publique qui est capable de donner bien au-delà de ses heures de travail. La réforme de l'État ne doit donc pas être une mise en accusation de ceux qui le servent parce qu'ils seraient trop nombreux ou parce qu'ils seraient trop coûteux. Ce que nous devons faire, c'est leur donner les moyens d'être rapides, efficaces et de donner une réponse personnelle et simple aux sollicitations de nos concitoyens. Mesdames et Messieurs, Vous êtes les corps constitués, ceux qui ont la responsabilité de la République, ceux à qui l'on demande beaucoup et qui doivent être exemplaires. C'est la raison qui a justifié la création de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Elle a déjà fait preuve de son utilité et les recommandations de son président, Jean-Louis NADAL, ont largement inspiré le projet de loi sur la déontologie et les droits et obligations des fonctionnaires qui est en cours d'examen au Parlement. Dans ce même esprit de transparence, j'avais demandé au vice-président du Conseil d'État et au premier président de la Cour des comptes un rapport sur la situation des présidents de la République au terme de leur mandat. Il m'a été remis et je le rendrai public dans les prochains jours. Avec cette même exigence, le ministre des Finances présentera une nouvelle loi sur les activités de conseil qu'en français, on appelle lobbying. Et il est légitime que les citoyens aient le droit de savoir comment les décisions publiques sont prises, comment elles s'élaborent, avec quels experts et selon quelles procédures. Mesdames, Messieurs, La transparence n'est pas faite pour suspecter, n'est pas faite pour insuffler un esprit de doute. La transparence, c'est de donner confiance et de faire respecter nos institutions, c'est de leur donner l'autorité et la légitimité nécessaires pour agir, c'est conforter le lien entre les citoyens et les élus qui les représentent, mais aussi les fonctionnaires qui les servent, c'est encore faire respecter le droit, le droit qui protège, le droit qui libère et le droit qui apaise. L'enjeu, c'est de préserver la séparation des pouvoirs qui est la condition du plein exercice de la responsabilité. L'enjeu, c'est de rassembler les Français, d'écarter les tentations de repli, de rejet, d'exclusion. L'enjeu, c'est la République. Et c'est dans cet esprit que je vous adresse mes meilleurs vœux pour l'année qui vient. Nous avons eu des épreuves en 2015, et elles peuvent resurgir. Nous devons faire face à des menaces nous les connaissons mais nous devons aussi vivre et c'est vous qui faites vivre la République. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/237.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/237.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fe558e08c483756ba3cebf11247af18d1d7229f5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/237.txt @@ -0,0 +1 @@ +BRUCE TOUSSAINT Stéphane LE FOLL est l'invité d'I TELE ce matin, bonjour… STEPHANE LE FOLL Et merci d'être avec nous. STEPHANE LE FOLL Bonjour. BRUCE TOUSSAINT Les juifs de Marseille ont-ils raison d'avoir peur ? STEPHANE LE FOLL Les juifs de Marseille et d'ailleurs ont des raisons aujourd'hui de considérer qu'ils sont les victimes de ce qu'on appelle l'antisémitisme, et ça dure depuis longtemps, et c'est insupportable. Alors, ensuite, je ne rentrerai pas dans le débat qui a été engagé au sein de la communauté juive sur les questions posées par la kippa… BRUCE TOUSSAINT Pourquoi vous ne voulez pas rentrer dans le débat ? STEPHANE LE FOLL Mais parce que ce n'est pas à moi d'aller faire dans ce débat des choix ou d'autres choix, ils ont un débat entre eux j'ai compris, un certain nombre de responsables, mais ce que je voulais rappeler c'est que l'Etat doit à tous ses concitoyens et aux juifs la protection, le Premier ministre s'est exprimé de manière extrêmement claire et à plusieurs reprises sur ce sujet. C'est vrai que l'antisémitisme, quand on regarde un peu l'histoire, est souvent quelque chose qui anticipe des moments où les tensions racistes sont importantes et on ne l'a pas assez anticipé, il le dit de manière très forte et c'est une conviction personnelle mais c'est une vérité sur laquelle il faut être d'une vigilance totale et on doit la protection aux juifs de France comme à tous les concitoyens, mais aux juifs de France car l'antisémitisme est un sujet extrêmement douloureux et qui dure malheureusement depuis trop longtemps, et qui a pris des nouvelles formes aujourd'hui. BRUCE TOUSSAINT Vous l'avez rappelé il y a effectivement une position, une division au sein de la communauté juive, on va écouter ensemble justement deux positions sur la question du port de la kippa. REPRESENTANT DE LA COMMUNAUTE JUIVE A MARSEILLE Je conseille à la communauté juive de Marseille de ne pas porter la kippa à l'extérieur, dans la rue, provisoirement, très provisoirement, le temps que les choses s'apaisent. PRESIDENT DU CONSISTOIRE AU NIVEAU NATIONAL Ce serait un signal gravissime pour notre pays de renoncer à notre identité, aujourd'hui le problème en France ce n'est pas… ce n'est la kippa qu'on doit enlever c'est le terrorisme qu'on doit enlever. BRUCE TOUSSAINT Voilà donc le représentant de la communauté à Marseille et le président du consistoire, ça c'est au niveau national bien sûr. Vous êtes d'accord d'ailleurs avec la fin de cette déclaration ? STEPHANE LE FOLL Oui, la question du terrorisme elle est posée et elle est posée… Et je voudrais quand même rappeler ce qui s'est passé à la fin de l'année, il y a des agressions qui se multiplient de jeunes ou de moins jeunes malheureusement qui d'un seul coup passent à l'acte, on a vu ce qui s'est passé au commissariat du 18ème… BRUCE TOUSSAINT Oui. STEPHANE LE FOLL On a vu ce qui vient de se passer à Marseille, on sait ce qui s'est passé au mois de novembre, on s'est ce qui s'est passé en début juillet, en début janvier plutôt de l'année 2015, on est là dans une bataille et une guerre contre le terrorisme. Mais aussi derrière le terrorisme il y a les terroristes, il y a aussi une idéologie, le califat et Daesh s'est aussi un projet politique qui est orthogonal, orthogonal, avec les valeurs de la République et donc cette bataille c'est une guerre avec un ennemi qui a un projet qui est complètement à l'opposé de toutes les valeurs de la République : la liberté, par définition ils ont par leurs actes montré qu'ils s'attaquaient à la liberté, l'égalité bien sûr, la fraternité, la laïcité, tout ça ce sont des choses qu'ils combattent, donc nous les combattons aussi parce que c'est une idéologie. BRUCE TOUSSAINT Encore un mot important sur ce sujet ! Que dit ce matin le porte-parole du gouvernement aux juifs de Marseille et d'ailleurs, qui sont chez eux, qui nous regardent, qui veulent sortir de chez eux, qui se disent : est-ce que je porte la kippa ou pas ? STEPHANE LE FOLL Non, écoutez monsieur TOUSSAINT je vois bien là où vous voulez m'emmenez, ce n'est pas moi alors qu'il y a un débat au sein de la communauté juive sur la question de la kippa avec… BRUCE TOUSSAINT Mais le gouvernement n'a pas une position là-dessus ? STEPHANE LE FOLL Mais écoutez franchement sur ce sujet le gouvernement a une responsabilité, il n'a pas à avoir une position, il y a une responsabilité d'assurer la protection et d'être là pour protéger et dénoncer les actes antisémites, ça c'est sa responsabilité. Pour le reste, après, c'est un sujet et un débat que j'ai bien vu et que j'ai bien entendu. BRUCE TOUSSAINT C'est dommage qu'on n'est pas entendu le ministre des Cultes d'ailleurs sur cette question… STEPHANE LE FOLL Ce n'est pas vrai, le ministre des Cultes s'est exprimé… BRUCE TOUSSAINT Bernard CAZENEUVE. STEPHANE LE FOLL Pourquoi vous dites ça ? J'ai cru comprendre que monsieur BARBIER s'est exprimé ce matin avec un carton rouge, écoutez sur ces sujets je voudrais quand même rappeler à tout le monde un petit peu aussi d'objectivité. Le ministre des Cultes s'est exprimé à de nombreuses reprises sur tous les cultes, dimanche… BRUCE TOUSSAINT Depuis hier, c'est ma question. STEPHANE LE FOLL Depuis hier, eh bien je ne sais pas si vous avez regardé la séance des Questions d'actualité monsieur TOUSSAINT, mais je vous la rappelle, il s'est exprimé sur ce sujet, et il était dimanche je crois avec ce qui s'était passé dans une église qui avait brûlé, il y est allé, depuis le départ le ministre des Cultes qui est le ministre de l'Intérieur il a une mission : effectivement assurer dans le cadre de la laïcité l'exercice libre des cultes pour tout le monde… BRUCE TOUSSAINT Oui. STEPHANE LE FOLL Et en même temps assurer la sécurité et, à chaque fois, il a été présent pour rappeler et les règles qui sont celles de la République et de la laïcité et aussi la fermeté qui doit être aujourd'hui à l'ordre du jour par rapport à ce que nous vivons et aux menaces nous sommes confrontés et en particulier l'antisémitisme. BRUCE TOUSSAINT Je ne disais pas qu'il ne s'était pas exprimé sur ce qui s'est passé à Marseille, je disais qu'il ne s'était pas exprimer depuis hier soir sur cette question précise du port de la kippa. STEPHANE LE FOLL Mais par définition, monsieur TOUSSAINT… BRUCE TOUSSAINT Non, mais justement... STEPHANE LE FOLL Mais est-ce que dans un pays laïc il reviendrait, parce qu'alors là on va aller jusqu'au bout… BRUCE TOUSSAINT Eh bien Christiane TAUBIRA l'a fait, la ministre de la Justice. STEPHANE LE FOLL Sur ? BRUCE TOUSSAINT Elle a dit hier soir : « Oui, les juifs doivent porter la kippa à Marseille ». STEPHANE LE FOLL Oui, mais je pense que là… BRUCE TOUSSAINT Voilà, bon, c'est tout. STEPHANE LE FOLL Oui mais là je dis simplement le ministre des Cultes il est parfaitement dans son rôle et que sur ce sujet-là il a à défendre une communauté, à laisser la liberté de l'exercice de chacune des régions, l'identité ça été évoqué c'est une responsabilité, elle est de la protection absolue des juifs en France et de tous ceux qui sont menacés et, en même temps, enfin moi je vous le dis - porte-parole du gouvernement mais Stéphane LE FOLL je ne vais pas non plus me mettre à faire des commentaires sur un débat qui est né au sein de la communauté juive. Voilà ! BRUCE TOUSSAINT Mais c'est important, Stéphane LE FOLL, et c'est en effet une position qui n’est pas la même que celle de la garde des Sceaux qui hier soir s'est exprimée en disant le contraire. Bien ! Je voudrais avoir un mot sur le profil de l'agresseur qui a été transféré à Levallois, à la direction antiterroriste. Il n'a pas 16 ans, on le sait depuis lundi ça bien sûr, ses premiers mots - d'après ce qu'on sait des interrogatoires - ont stupéfié les enquêteurs, qu'est-ce qu'on peut faire face à ce mode de radicalisation parce que visiblement il s'était radicalisé seul face à son ordinateur comment est-ce qu'on peut lutter contre ça, ça parait difficile et presque indétectable ? STEPHANE LE FOLL D'abord, premièrement et vous avez fait de le rappeler c'est extrêmement difficile puisque la preuve c'est que ce jeune homme n'avait été repéré par personne, même pas d'ailleurs semble-t-il par ses propres parents et dans l'école où il était considéré comme un élève qui avait des bons résultats, qui était plutôt un bon élève - donc ce qui pouvait être visible était parfaitement acceptable et puis derrière cette image il y avait, qui sommeillait ou qui était en train de s'activer ce futur assassin, et c'est bien la difficulté à laquelle nous sommes confrontés. Alors après on a pris des décisions sur ces sites qui sont en fait à la source de cette radicalisation, de cet enfermement et qui disparaissent, et l'école et les institutions sont aujourd'hui désarmées, dans le cadre du débat qu'on a organisé dans l'enseignement agricole après les attentats de Charlie j'ai parfaitement compris qu'Internet était à la fois une espèce d'ouverture sur le monde mais surtout, au même moment où on ouvrait la totalité du monde et que chacun pouvait se connecter à l'échelle du monde, on avait ce processus d'enfermement au travers de ces sites djihadistes. Donc lutte contre les sites djihadistes, fermeture de ces sites, surveillance de ces sites. Je me souviens d'ailleurs qu'un certain nombre contestait ce fait qu'on puisse s'introduire dans cette liberté, eh bien plus que jamais avec ce qui s'est passé on a besoin de renforcer nos moyens et je pense aussi de se donner dans les institutions des capacités à pouvoir discuter de ces sujets - ce n'est pas facile – mais à pouvoir discuter, Internet ne doit pas être ce qui est en dehors du monde institutionnel, parce qu'à ce moment-là il s'y passe des choses qu'on découvre ensuite et qui peuvent avoir des conséquences dramatiques. Ce jeune fait partie de ces jeunes qui d'un seul coup se radicalise et le font, comment dirais-je, sans aucun contact et sans aucun signal extérieur, ce qui est le plus dur et qui doit demander encore une vigilance supplémentaire. BRUCE TOUSSAINT Alors on verra effectivement s'il est mis en examen et avec quel chef d'accusation dans les prochaines heures ou dans les prochains jours. J'aimerais qu'on parle maintenant de la réforme constitutionnelle qui se profile, on sait depuis hier que c'est Manuel VALLS qui va porter ce projet, ce texte, est-ce que le problème Taubira est réglé du coup ? STEPHANE LE FOLL D'abord Manuel VALLS va porter ce projet de réforme constitutionnelle, je le rappelle - et dans l'histoire je ne sais plus exactement à combien de reprises - mais des Premiers ministres ont porté des projets de réformes constitutionnelles, donc il faudrait… BRUCE TOUSSAINT Ce n'est pas pour régler le problème Taubira ? STEPHANE LE FOLL Non, et il faudra regarder exactement, mais il y en a plusieurs et à plusieurs reprises sur des sujets et en particulier sur cette question, avec la question de l'état d'urgence qui a été le soir du 13 novembre le sujet qui a été présenté, proposé par le Premier ministre, c'est le Premier ministre qui présentera la réforme constitutionnelle et la garde des Sceaux bien sûr la loi pénale qui va accompagner aussi l'ensemble des dispositions pour lutter là encore contre le terrorisme et améliorer et donner de l'efficacité aux procédures judiciaires. BRUCE TOUSSAINT Bien ! C'est pratique ? STEPHANE LE FOLL C'est aussi logique compte tenu de l'enjeu, c'est une réforme constitutionnelle sur la grande question posée par la lutte contre le terrorisme. BRUCE TOUSSAINT Cette question elle continue de cristalliser les débats et les tensions, je voudrais qu'on regarde ensemble un échange qui a eu lieu hier à l'Assemblée entre Manuel VALLS et quelqu'un qui est quand même plutôt dans votre camp on va dire, dans votre famille, dans la grande famille… STEPHANE LE FOLL Ah oui ! J'en ai entendu parler, parce que moi j'étais parti, j'avais un débat au Sénat. BRUCE TOUSSAINT Allez ! Noël MAMERE. Eh bien on va vous montrer... STEPHANE LE FOLL Sur la forêt. BRUCE TOUSSAINT Comment ça s'est passé. STEPHANE LE FOLL Oui, donc je n'ai pas vu. NOËL MAMERE, EXTRAIT « LES QUESTIONS AU GOUVERNEMENT » Après le tournant social libéral, les aventures militaires, vous êtes en train d'enfoncer aujourd'hui un clou de plus sur le cercueil de la gauche, avec un cynisme sidérant vous êtes en train de recycler une obsession de l'extrême droite et vous légitimez sa logique xénophobe en la faisant rentrer par la grande porte. MANUEL VALLS, EXTRAIT « LES QUESTIONS AU GOUVERNEMENT » Monsieur MAMERE vous ne ratez rien, vous êtes toujours en dehors de la réalité, vous ne comprenez rien, ni à la France, ni à la gauche, moi mon rôle c'est d'être chef du gouvernement et d'assurer la protection des Français. BRUCE TOUSSAINT L'attaque était frontale de Noël MAMERE mais alors la réponse elle est tout aussi… STEPHANE LE FOLL Frontale ! BRUCE TOUSSAINT Ferme et violente ? STEPHANE LE FOLL Non ! Elle est ferme, mais l'attaque… Je rappelle quand même que Noël MAMERE… BRUCE TOUSSAINT Je l'ai dit elle est frontale ! STEPHANE LE FOLL Oui, elle est frontale, elle est même… BRUCE TOUSSAINT Elle est dure ! STEPHANE LE FOLL Il y a cynisme, il y a aventures militaires, sous-entendu ce qui a été fait que ce soit en Irak, en Syrie, que ce se soit au Mali, sur toute la bande sub-sahélienne aujourd'hui, dans les engagements de la France et vous allez peut-être me poser des questions sur la Libye - ça serait des aventures, c'est vrai que d'entendre de la part d'un parlementaire dont il est supposé être dans la majorité… BRUCE TOUSSAINT Oui ! Bon. STEPHANE LE FOLL Dont on sait qu'il a à chaque fois été - et d'une manière extrêmement provocante - parce que dans le débat politique il y a des idées et il y a une sincérité, mais la provocation et c'est encore le cas hier puisque je découvre ces images la nécessité aussi d'une réponse à la hauteur, il ne faut pas se laisser non plus… BRUCE TOUSSAINT Non, mais de toute façon vous n'allez pas me dire ce matin que vous regrettez cette décision, mais vous la payez cher quand même ? STEPHANE LE FOLL Laquelle ? BRUCE TOUSSAINT Cette déchéance de nationalité, elle a un prix politique. Alors, vous l'assumez ? STEPHANE LE FOLL Mais attendez, monsieur TOUSSAINT, est-ce que vous savez que la France… BRUCE TOUSSAINT Parce qu'il y a ça et puis il y a aussi la primaire qui est maintenant réclamée par une partie de... STEPHANE LE FOLL Oui, on pourra y revenir. BRUCE TOUSSAINT C'est une des conséquences ! STEPHANE LE FOLL Est-ce que la France n'a pas payé cher ce qui s'est passé en 2015 et ce qui risque peut-être… BRUCE TOUSSAINT Extrêmement cher ! STEPHANE LE FOLL D'être extrêmement cher ? Donc, moi je ne vais pas… BRUCE TOUSSAINT Donc vous assumez, c'est ça ma question ? STEPHANE LE FOLL Mais bien sûr, mais totalement, ce n'est pas un problème de payer cher politiquement, c'est de se poser la question, mais attendez, c'est de se poser la question face aux Français, face à ce qu'on vient de vivre en 2015 et ce qu'on risque toujours de vivre peut-être et je ne l'espère pas, on fera tout pour l'éviter, mais il n'y a pas de risque zéro. On fait quoi ? On se dit politiquement, peut-être que si je fais comme ça, ou si… Non, on prend des décisions qui semblent être nécessaires et en tout cas en rapport avec la menace. Voilà c'est tout. Après ça a un coût politique, mais il faut que chacun assume ses responsabilités. BRUCE TOUSSAINT Dans les conséquences politiques, on peut imaginer que c'est parce qu'il y a eu cette décision prise que le débat sur la primaire est relancé. Alors qu'est-ce que ça vous inspire ? Vous avez vu cet appel lancé notamment par Daniel COHN-BENDIT. Ça vous concerne ? Ça vous intéresse ? Ça vous fait rire ? STEPHANE LE FOLL Non, ça ne me fait rire. Moi ça ne me concerne pas parce que je vois bien que ceux qui se sont exprimés il y a, je vais le dire comme ça, chez eux une absence de mesure de ce qu'est l'exercice du pouvoir. Et je dirais même qu'ils se sont toujours construits politiquement sans avoir à penser à assumer vraiment le pouvoir, la responsabilité. Et donc ils sont toujours dans des constructions politiques qui sont intéressantes et légitimes les débats sont nécessaires mais… BRUCE TOUSSAINT Ils ne sont pas irresponsables ? STEPHANE LE FOLL Ils ne sont pas irresponsables mais je pense que dans leur conception j'ai bien vu, je connais bien Daniel COHN-BENDIT, je connais bien Yannick JADOT ils ne mesurent pas que quand on est à la tête d'un pays, dans un contexte comme celui dans lequel on est, avec toute une Méditerranée et des enjeux de déstabilisation complets, avec le terrorisme bien sûr et Daesh, on l'a évoqué. Avec une crise en Europe qui n'est pas finie, après ce qui s'est passé avec la Grèce qui aurait pu quitter la zone euro. On va avoir le débat sur la sortie de la Grande-Bretagne ou pas et dans une Europe qui est confrontée à une crise migratoire sans précédent. Dans ce moment-là, la responsabilité et l'exercice du pouvoir est extrêmement difficile. On peut après discuter des choix ; c'est l'objet du débat démocratique donc moi, ça ne me dérange pas. BRUCE TOUSSAINT Ça, c'est sur l'appel mais la primaire, oui ou non ? STEPHANE LE FOLL Mais moi, je vous l'ai dit, ça ne me concerne pas. Je ne cherche même pas. BRUCE TOUSSAINT Vous savez que c'est dans les statuts de votre parti. STEPHANE LE FOLL Oui, j'en suis parfaitement conscient, j'y étais. Mais dans les statuts du parti, c'est toujours pareil. Quand on était dans l'opposition, on voulait conquérir le pouvoir. BRUCE TOUSSAINT Oui, donc c'est quand ça vous arrange. STEPHANE LE FOLL Mais ce n'est pas quand ça nous arrange. Mais est-ce que vous imaginez deux secondes qu'on organise, parce que c'est dans les statuts du parti, il faut mettre en place une grande primaire et puis bien sûr, comme c'est un grand débat démocratique, le président de la République il est président de la République la journée, puis le soir il fait des grands débats toutes les soirées. BRUCE TOUSSAINT Il sera sûrement en campagne un jour. STEPHANE LE FOLL Même vous, même vous, vous le critiqueriez et vous en rigoleriez, d'ailleurs vous le faites. BRUCE TOUSSAINT Il sera en campagne un jour ! Il sera en campagne dans un peu plus d'un an. STEPHANE LE FOLL Ce n'est même pas le sujet d'aujourd'hui. Le sujet d'aujourd'hui, on est en début janvier… BRUCE TOUSSAINT OK, on a compris. On a compris que ce n'était pas votre truc. Bien, j'aimerais avoir votre sentiment sur l'aéroport Notre-Dame-des-Landes. C'est une journée importante puisqu'on sait aujourd'hui qu'on va avoir une décision de justice pour contester une procédure d'expulsion de quatre fermes historiques. Il y a onze familles qui sont sur zone. Christophe BARBIER vous disait avec malice tout à l'heure à la fin de son édito : est-ce qu'il y aura un jour un avion qui décollera de Notre-Dame-des-Landes ? STEPHANE LE FOLL Ecoutez, je ne vais pas rentrer dans ce débat et me poser à moi la question. Je vous indique quand même que je suis un élu de la Sarthe qui est dans les pays de la Loire, pays de la Loire avec la Loire-Atlantique et le fameux débat. Si ça ne fait pas vingt ans que j'entends parler de Notre-Dame-des-Landes, je n'en ai jamais entendu parler. BRUCE TOUSSAINT Ça va encore durer vingt ans ou pas ? STEPHANE LE FOLL Je ne sais pas. Je ne suis pas là pour faire des pronostics. Je sais une chose, c'est qu'aujourd'hui il y a une décision de justice. Je sais une chose, qu'il y a des opposants radicaux à cet aéroport mais qu'il y a aussi des gens – ça je le sais – qui, dans Nantes et ailleurs, voient des avions passer au-dessus de leurs têtes et auraient envie que ça change. Donc ce débat je le connais, il faut faire respecter les règles, respecter la démocratie. On a fait des travaux, d'ailleurs je m'en souviens quand il y a eu les premiers problèmes, on avait discuté pour revoir une partie des compensations environnementales et puis surtout des surfaces, en particulier pour les parkings. On avait fait ce travail d'ailleurs avec le ministère de l'Agriculture. On a essayé de répondre aux questions qui sont posées en termes environnemental. Après il y a une question qui est celle d'un nouvel aéroport sachant que celui de Nantes aujourd'hui, je le rappelle, quoi qu'on en dise, et ceux qui s'y opposent à ce nouvel aéroport l'oublient, de temps en temps il y a des avions qui passent au-dessus de la tête des Nantais. Voilà, ça c'est la vérité et ça je le sais puisque je suis bien placé pour en avoir entendu parler aussi. BRUCE TOUSSAINT J'ai une dernière question. On est au terme de cette interview, complètement anecdotique, mais j'aimerais avoir votre sentiment. Le Parisien dit ce matin que Manuel VALLS va participer à l'émission de Laurent RUQUIER sur France 2 « On n'est pas couché », ce serait samedi prochain. Je crois que ce serait une première d'ailleurs pour un Premier ministre en exercice. Vous êtes déjà allé dans cette émission ? STEPHANE LE FOLL Oui, j'y suis déjà allé. La dernière fois d'ailleurs j'ai eu droit à une salve concentrée de plusieurs intervieweuses et interviewers qui a donné à une heure de passe d'armes et de questions-réponses. Je m'en souviens d'ailleurs parce que le lendemain de la diffusion, ça m'avait frappé, j'étais sur le marché au Mans et c'est là que je me disais qu'il y avait des gens qui regardaient parce que combien sont venus me voir pour me dire : « Eh bien dites donc, vous avez du courage ! » BRUCE TOUSSAINT Pourquoi ? Ce n'était pas un bon souvenir ? STEPHANE LE FOLL Ce n'est pas que ce n'est pas un bon souvenir, c'est que c'était… Je me souviens puisque c'étaient des anciens présentateurs et commentateurs politiques de l'émission, anciennes en plus, Natacha POLONY, Audrey PULVAR… BRUCE TOUSSAINT En effet STEPHANE LE FOLL NAULLEAU, Yann MOIX, donc vous aviez un plateau qui était tout à fait favorable au ministre et au porte-parole et qui n'avaient que des questions sympathiques à lui poser. Ça a duré une heure, donc ça a été long. Si c'est le cas, je souhaite simplement… BRUCE TOUSSAINT Attendez, un conseil à donner à Manuel VALLS. STEPHANE LE FOLL Je ne vais pas lui donner de conseils ! BRUCE TOUSSAINT Si, pour « On n'est pas couché » vous pouvez le faire. Sur ce sujet-là, vous pouvez bien lui donner un petit conseil. STEPHANE LE FOLL Oui, de se méfier de tout le monde. BRUCE TOUSSAINT Merci beaucoup Stéphane LE FOLL. Merci d'avoir été avec nous ce matin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/238.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/238.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..04a0442bec0c4e34bbe1f31a2307f5cc1bac1c6e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/238.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président du Conseil Régional, cher Alain ROUSSET, Merci donc de m'accueillir chez moi, ici à Tulle, en Corrèze. C'est vrai que maintenant la Région a pris une place considérable parce que c'est la plus grande Région de France quant à la surface qu'elle occupe. Il vous a fait lui-même la démonstration que c'était une Région d'excellence. Je n'avais pas imaginé un jour que la Corrèze puisse être dans l'Aquitaine mais elle n'est pas dans l'Aquitaine puisque c'est l'Aquitaine qui est venue jusqu'en Corrèze. Monsieur le Président du Conseil départemental, cher Pascal COSTE, Est-ce que vous mesurez la chance d'être Président du Conseil départemental de la Corrèze ? La responsabilité, je n'en doute pas, mais la chance ! Vous avez même dit qu'il y avait comme une tradition pour devenir Président de la République… J'ai même pensé que vous en aviez inventé un de plus, c'était pour préparer le prochain… Mais c'est vrai que c'est un département qui ne ressemble à aucun autre ; j'imagine que dans tous les départements de France, on doit penser la même chose, mais c'est un département qui a sa tradition mais qui a surtout son avenir. Monsieur le maire de Tulle, c'est un beau mandat que d'être maire de Tulle, parce que c'est le chef-lieu, parce que c'est effectivement un lieu où il y a eu des combats, ceux de la Résistance, comme partout en Corrèze et puis c'est une ville laborieuse, solide, affectueuse et elle me le montre à chaque fois qu'elle m'accueille en son sein. Je salue les parlementaires qui sont ici et qui se dévouent pour le pays et leur département. Je veux également avoir une pensée pour les présidents des départements voisins car en Corrèze, nous sommes même capables d'attirer des présidents de conseils départementaux qui ne sont pas de la grande Région Aquitaine ; on a même emmené le Puy-de-Dôme avec nous ! Mesdames, Messieurs, qui représentez les forces vives de la Corrèze, je vous salue parce que vous savez combien, chaque année, je prends plaisir à être ici avec vous. Cérémonie de vœux aux Corréziens, longue tradition. J'y retrouve une terre qui m'a accueillie et qui m'a fait confiance et puis je retrouve tant de visages connus. Mais, je viens en ce début d'année, après des événements terribles qui ont frappé notre pays, en janvier 2015 et en novembre 2015. Nous les avons à l'esprit, nous ne les oublierons jamais. Nous avons fait face avec dignité, avec responsabilité, avec unité et j'ai salué autant que j'ai pu toutes les forces qui y ont contribué forces de sécurité, forces militaires aussi et tous ces sapeurs-pompiers professionnels et volontaires qui se sont également engagés lorsqu'il y a eu ces drames. Le terrorisme est un terrible fléau qui a frappé la France et qui nous menace en France et qui frappe aussi des pays amis dans le monde. Cette nuit, au Burkina Faso, pays qui est lié à la Région autrefois Limousin, à Ouagadougou, dans cette capitale de l'Afrique de l'Ouest, des terroristes ont assassiné lâchement 27 personnes dont 7 femmes et 1 enfant. Ces terroristes voulaient une fois encore créer l'horreur. Ils sont allés dans plusieurs établissements, hôtels et restaurants et il a fallu que les forces armées du Burkina Faso, appuyées par les forces spéciales françaises et je veux ici saluer leur courage- que ces éléments militaires puissent intervenir pour libérer 120 otages qui sans doute auraient connu un sort cruel. Il y a des victimes, je n'ai pas encore le bilan exact, une victime serait française et il y a encore d'autres identifications en cours. Je veux dire, devant vous, que notre détermination à lutter contre le terrorisme ne date pas, hélas, de ces événements. Dès le début de mon mandat, j'ai eu à intervenir au Mali, un pays proche du Burkina Faso ; puis, après les épreuves que nous avons traversées, renforcé encore l'intervention de nos armées, de nos aviateurs en Syrie et en Irak. Nous devons lutter contre le terrorisme partout où il saccage, massacre, viole, pille, tue, sans distinction. Nous devons lutter contre le terrorisme tout en restant nous-mêmes, en appelant à des solutions exceptionnelles l'état d'urgence, je l'ai moi-même instauré sur proposition du Premier ministre- mais en faisant en sorte que même dans ces situations exceptionnelles, nous puissions rester dans le respect du droit, de la liberté, de ce qui fait que nous sommes la France. Alors, je m'adresse à vous, une fois encore, après des drames -puisque l'année dernière, j'étais là- et nous étions quelques jours après les attaques contre Charlie-Hebdo, les assassinats de policiers, puis ces agressions odieuses, antisémites, à l'Hyper Cacher et aujourd'hui encore je suis là devant vous, pour prendre les responsabilités qui sont les miennes, pour protéger les Français et aussi pour vous dire d'avancer, de continuer à vivre, parce que les terroristes veulent s'en prendre à ce que nous sommes et aussi à l'esprit qui est le nôtre, à la vie, à la confiance que nous avons dans l'avenir, à l'espoir que nous formons pour être une société démocratique et juste. Nous devons donc continuer. Continuer à vivre, continuer à agir, continuer à lever de l'espoir et notamment pour les générations futures. Je viens ici pour ces vœux pour, au-delà des Corréziens, m'adresser à tous les territoires de France, et notamment aux territoires ruraux. Je connais ici leur atout, il est immense : un environnement préservé, une agriculture de qualité, un artisanat dynamique, des PME innovantes, une qualité de vie, celle que vous connaissez, une solidarité humaine. C'est ce qui explique l'attractivité des territoires ruraux et notamment cette volonté de beaucoup de citadins de vouloir rejoindre ces espaces. Je connais aussi les interrogations de nos compatriotes qui vivent sur ces territoires et qui peuvent parfois éprouver des angoisses. Elles se sont exprimées lors des consultations électorales de l'année dernière. Elles sont exacerbées quand la crise agricole elle-même frappe des exploitants qui se dévouent pour leur production ou lorsque des mutations industrielles viennent supprimer des emplois. Alors, il y a des questions qui se posent : sommes-nous du bon côté de l'Histoire ? Le progrès passera-t-il encore de notre côté ou allons-nous rester au bord du chemin ? Avec cette crainte d'être délaissés, abandonnés, oubliés, en pensant que tout se concentre dans les métropoles, dans les grandes villes et qu'il y aurait comme une fatalité qui pèserait sur ces territoires, qui verraient des jeunes partir, qui verraient les services publics s'éloigner et jamais venir les nouvelles technologies. Alors, je dois répondre à ces inquiétudes, ces interrogations, ces angoisses, qu'elles soient fondées ou non, puisqu'elles sont éprouvées. Il ne peut pas y avoir de territoires oubliés de la République, que ce soient des espaces que l'on dit ruraux ou que ce soient des banlieues. C'est la responsabilité de l'Etat de garantir l'égalité dans l'accès à tous les services la sécurité, la santé, l'éducation, l'emploi, la culture, le numérique. L'égalité, ce n'est pas l'uniformité et on ne peut pas adopter partout les mêmes solutions sans prise en compte des spécificités locales ; ce serait d'ailleurs nous condamner à rendre partout un service dégradé. Ne rien toucher, ce serait passer à côté des évolutions qui sont nécessaires. Pire encore, opposer les territoires entre eux, les grandes villes aux départements, les grandes régions aux communes, ce serait fragmenter la France alors que nous avons besoin d'unité. La France a toujours été diverse. Elle a besoin d'agglomérations puissantes, des métropoles attractives à l'échelle de l'Europe, elle a besoin aussi de départements qui assurent la proximité et la solidarité. Elle a besoin de communes fortes regroupées dans des intercommunalités pour faire vivre la démocratie. C'est cette complémentarité qui nous permet d'assurer le développement local dans la cohésion nationale. C'est le sens de la réforme territoriale que j'ai engagée il y a trois ans. Personne ne pensait que nous irions au bout. Nous y sommes ! Les régions, les grandes régions, les treize régions de métropoles sont là depuis le 1er janvier ; elles ont la taille nécessaire, la capacité d'investissement. Les départements se sont renouvelés avec un nouveau mode de scrutin permettant d'ailleurs la parité et ces départements assurent leur rôle. Puis il y a les intercommunalités. Grand sujet, l'intercommunalité : regrouper celles et ceux qui le veulent et celles et ceux qui ne le veulent pas ou qui ne veulent pas être avec les autres et préfèrent toujours être avec ceux qui sont un peu plus loin pour être sûr que cela ne se fera jamais. Le mouvement est inéluctable et en Corrèze, d'ici 2017, je crois que nous pouvons réduire de moitié le nombre des intercommunalités, tout en respectant la volonté des élus. A l'échelle de la France, il en sera de même : nous arrivons à baisser le nombre d'intercommunalités, de plus de 2.000 à plus de 1.000. J'ai même noté qu'il y avait maintenant des communes qui voulaient unir encore davantage leurs destins et fusionner, ce qui paraissait jusqu'alors presque irréalisable. C'est à la demande des maires que ce processus a pu s'amplifier. Nous allons d'ailleurs continuer à donner, en 2016, des incitations financières pour qu'il en soit ainsi. Cela prouve que les territoires ruraux sont capables de s'ouvrir, sont capables de participer à tous les grands mouvements. La réforme territoriale mais aussi ceux qui ont été évoqués ici et sur lesquels je serai très bref : la révolution numérique, la transition écologique, la démocratie. Il faut d'abord réduire la fracture numérique. C'était l'un de mes prédécesseurs, Jacques CHIRAC, qui avait parlé de fracture sociale et aujourd'hui, cette fracture qui n'a d'ailleurs pas disparu, vient s'ajouter à une autre fracture qui est celle d'avoir des territoires qui n'ont pas accès aux nouvelles technologies. J'ai d'ailleurs fixé un objectif : que la moitié de la population soit être couverte en très haut débit en 2017. L'Etat a investi 3 milliards d'euros dans le cadre de ce plan et cet objectif sera tenu. J'ai également décidé de donner une nouvelle impulsion parce que cela va encore trop lentement : des dispositions simplifieront les déploiements. En 2016, tous les départements seront concernés. On va utiliser l'offre par satellite pour apporter aux foyers il y en a 150.000 qui ne sont pas aujourd'hui en capacité d'être desservis, notamment ceux qui sont en zone de montagnes - mais j'ai bien entendu ce qui se dit aussi sur les fameuses zones blanches, c'est-à-dire les endroits où l'on ne peut pas passer le moindre coup de téléphone. En 2016, plus de 30 millions d'euros seront mobilisés pour réaliser l'équipement de 300 communes très rurales. Plusieurs sont concernées en Corrèze, au moins six, et il y en aura plus de vingt supplémentaires d'ici 2017. Car je ne veux pas qu'il y ait l'idée sur un territoire, que des citoyens pourraient être pleinement dans la mondialisation, pleinement dans l'échange, dans l'information et d'autres qui seraient relégués parce qu'ils habitent dans des endroits où cela ne passerait pas parce que cela coûterait trop cher. Cette inégalité serait insupportable. Le deuxième chantier est celui de la santé. J'avais promis de mettre les Français à moins de 30 minutes d'une prise en charge en cas d'urgence médicale. Deux millions en étaient privés en 2012. Nous avons déjà réduit ce nombre par deux et nous ferons en sorte de continuer. 700 médecins généralistes sont formés cette année à l'aide médicale d'urgence, les transports médicaux sont facilités. Il y avait 170 Maisons de santé en 2012, il y en aura plus de 1000 en 2017. En Corrèze, il y en avait 3 en 2012, il y en a 10 aujourd'hui et d'autres encore ouvriront, notamment à Tulle. De même, j'ai voulu que nous puissions multiplier l'installation de jeunes médecins pour justement lutter contre les déserts médicaux. 1.700 médecins pourront être accompagnés pour une installation dans les territoires ruraux ou dans certaines banlieues de nos villes. Vous avez évoqué, Monsieur le Président du Conseil départemental, le vieillissement. C'est un sujet, parce que cela peut être à la fois une question de dignité - comment accompagner les plus anciens - et aussi une question de modernité - comment mettre les nouvelles technologies à leur disposition - et même une question de création d'emplois et d'activités à travers ce que nous pouvons proposer comme formations et donc comme nouveaux emplois. L'APA sera revalorisée cette année pour la dépendance lourde et il y aura une baisse du ticket modérateur pour les plus modestes. L'accès à l'aide à domicile sera ainsi facilité et l'Etat compensera intégralement cette revalorisation des plans d'aide. J'appelle aussi les collectivités à maîtriser la dépense et à accompagner l'effort de l'Etat. L'égalité, c'est aussi d'avoir des services publics présents partout mais pas dans n'importe quelles conditions. Lorsque plus personne ne fréquente un bureau de poste, lorsqu'il n'y a plus d'élèves à mettre dans l'école, il est trop tard ! C'est avant qu'il faut agir. Nous allons donc créer ces Maisons de services publics, il y en a en Corrèze. Nous allons pouvoir utiliser le réseau des bureaux de poste pour faire que toutes les administrations - et les technologies nous y aideront - puissent fournir aux usagers toutes les informations pour assurer leurs démarches. Le service public le plus essentiel est l'école. Il existe - je l'ai voulu ainsi - des conventions ruralité, pour permettre justement d'anticiper les regroupements pédagogiques et maintenir les écoles pendant qu'il en est temps et qui permet aussi d'accompagner la réforme des rythmes scolaires. Cette réforme a pu à un moment susciter de nombreux débats : fallait-il que les élèves travaillent 4 jours, 4 jours et demi et quand ? Le mercredi, le samedi ? Aujourd'hui, qui remet en cause cette réforme ? Nous avons pu, grâce aux élus, grâce aux maires et je veux ici les en remercier, réaliser cette étape absolument indispensable pour améliorer le travail scolaire et le rythme de l'enfant. L'Etat a créé un fonds de soutien, il le pérennisera pour justement favoriser le succès de cette réforme. Je veux également insister sur le numérique à l'école. J'avais lancé comme Président du Conseil général, ce plan pour les collèges : l'ordinateur pour tous, la tablette pour tous et je pense que c'est une orientation qui était tellement bonne pour la Corrèze que j'ai voulu la faire appliquer pour la France. Il est vrai que maintenant, l'Etat va accompagner les départements pour mettre à disposition de tous les élèves en collège cet outil informatique qui est indispensable pour la réussite. Il faudra qu'il y ait effectivement et ce sera le cas ici - ce complément venu des conseils départementaux. C'est un grand projet pour notre pays, être l'un des premiers à faire que cette technologie, ce numérique puisse être à la disposition de tous. Il faudra former les enseignants, ils le sont d'ailleurs, pour qu'ils puissent utiliser pleinement ce qui existe déjà dans beaucoup d'écoles j'en ai inauguré un certain nombre ici - les tableaux interactifs, tableaux blancs, qui permettent maintenant de réaliser de grandes choses sur le plan pédagogique. Nous le ferons partout en France ! Vous m'avez interrogé sur un autre sujet : le désenclavement du territoire. C'est un sujet que je connais depuis trente ans au moins. Il y a eu des progrès, convenons-en : autoroutes, aéroport mais il y a encore ce problème du ferroviaire. Alain ROUSSET a dit qu'il y était attentif, que le maillage régional répondra au mieux aux besoins de mobilité. Il est à la tête de la plus grande région de France, il aura donc à gérer un réseau de transport important - mais l'Etat doit également faire son devoir. La ligne à grande vitesse entre Poitiers et Limoges est inscrite, la déclaration d'utilité publique a été prise il y a un an, je l'ai moi-même décidée. Il y a des recours. Vous connaissez une décision où il n'y a pas de recours ? Il faut que la justice tranche car nous sommes dans un Etat de droit, mais parallèlement, nous devons préparer le financement et c'est ce qu'a proposé le Président ROUSSET. Une fois que les autorisations auront été données, que les études puisqu'elles sont inscrites dans le contrat de plan pour 42 millions d'euros auront été faites, les travaux pourront démarrer s'il y a les financements. Dans l'attente, il y a la modernisation des réseaux existants, qui est une priorité et pas simplement pour cette grande région. Ici, cela s'appelle le POLT. Brive aurait pu être citée mais sans doute que cela ne faisait pas une bonne agrégation. Un milliard et demi d'euros ont été inscrits sur dix ans pour renouveler la ligne, pour la rendre plus sûre, pour améliorer le confort du voyageur et donc la qualité du service. Ces sommes sont inscrites et je veillerai à ce que la SNCF puisse effectivement les utiliser pour que cela aille le plus vite possible. Je ne parle pas du train, je parle des travaux pour améliorer le confort. Les territoires ruraux sont un atout pour la France et elle doit en être pleinement consciente. Ce n'est pas une charge, ce n'est pas un fardeau, d'ailleurs pas plus que les quartiers de nos villes seraient une difficulté ou un handicap. Nous avons besoin de tous nos concitoyens, nous avons besoin de tous nos territoires, nous avons besoin de toutes les forces de la France et nous n'avons à faire aucune distinction. Chacun doit avoir ses droits et ses devoirs, chacun doit pouvoir participer à la vie collective. Alors ici, dans un territoire rural, c'est l'agriculture qui doit être soutenue, parce que c'est elle, non pas qui fait vivre toute la population mais qui permet d'avoir des paysages, qui permet d'avoir aussi une production agricole qui fait le succès de nos exportations et qui permet d'avoir la qualité de notre alimentation. Il y a une crise majeure de l'élevage. L'Etat a mis en place en étroite concertation avec la profession, un plan de soutien. C'est ce que l'on appelle une année blanche l'année, une année pendant laquelle nous allégeons les charges, nous allégeons les remboursements pour que les agriculteurs les plus endettés puissent passer ce cap. En Corrèze, 550 dossiers sont éligibles au titre des mesures d'allégement de charges, 1 600 demandes ont été reçues à titre de mesures fiscales et sociales, c'est dire l'importance de la crise aussi ici, même si là où elle frappe le plus, c'est en Bretagne avec les éleveurs de porcs. S'ils disparaissent, c'est toute une production qui risque également de s'effacer et avec toutes les entreprises de transformation qui vont avec. Il faut alors prendre des mesures, un plan, des allégements de charges, un effacement pour partie de la dette. Nous connaissons non seulement une crise de production, une crise des prix mais aussi une crise climatique. Des mesures doivent être prises par rapport à la sécheresse qui a frappé aussi vos Régions et je veille donc à ce qu'il puisse y avoir une prise en compte la plus correcte possible, la plus juste possible. Comme si cela ne suffisait pas, il y a aussi des crises sanitaires : la fièvre catarrhale ovine, puis maintenant la grippe aviaire. Là aussi, le ministre de l'Agriculture, Stéphane LE FOLL, a annoncé des mesures d'accompagnement qui seront proposées prochainement pour que l'on puisse compenser les pertes de marge nette et les pertes de revenus des agriculteurs concernés. Je suis sûr que les collectivités accompagneront ce processus car nous avons besoin de l'agriculture. Il n'y a pas de ruralité sans agriculture mais il n'y a pas non plus de ruralité sans toutes les forces qui permettent de faire vivre ce territoire. Ici en Corrèze, vous êtes les forces qui y contribuent et je veux ici saluer le réseau irremplaçable des élus, 500 000 dans notre pays pour l'essentiel bénévoles qui se dévouent pour la citoyenneté. C'est une chance considérable pour la France d'avoir cette capacité républicaine à laquelle j'espère, s'ajouteront aussi les militants associatifs, ils sont nombreux. Nous allons développer encore le Service Civique parce que nous avons besoin de cette mobilisation, surtout dans cette période. Je sais que les communes font des efforts pour investir alors même que leurs ressources sont limitées et l'étendue de leur territoire est parfois importante. Je mesure les contraintes, notamment avec les dotations de l'Etat qui diminuent et je veux ici vous dire la vérité : si nous voulons faire des économies dans le budget de l'Etat pour financer des dépenses essentielles, il faudra faire des économies aussi dans les collectivités et c'est largement engagé, si l'on veut ne pas augmenter les prélèvements. Connaissez-vous des citoyens qui veulent que leurs prélèvements augmentent ? Nous avons donc intérêt à maîtriser la dépense et j'y veille particulièrement. Néanmoins, j'ai voulu que puissent être dégagés des financements supplémentaires qui soient en partie réservés aux communes rurales : 500 millions d'euros en 2016 pour les investissements de ces communes et notamment pour les bourgs centres qui jouent un rôle très important dans la ruralité et 500 autres millions pour accompagner la transition énergétique, le numérique et le bâtiment. Pour que cela aille vite, les crédits ont été délégués aux préfets qui sont ici, pour qu'ils puissent engager très rapidement ces opérations avec les élus. De même, avec la COP 21 et je remercie le Président de la région d'avoir rappelé combien cette négociation a été menée avec succès à son terme, nous avons donc le devoir de développer des investissements dans le numérique, dans l'énergie, dans le renouvelable, ce que l''on appelle le développement durable. Le Directeur général de la Caisse des Dépôts est là, nous allons donc mettre à la disposition des prêts à des taux quasi-nuls pour qu'il y ait ces investissements. Ici en Corrèze, du renouvelable s'est installé, notamment des centrales solaires ont été mises en place. Il y a des territoires à énergie positive qui aujourd'hui sont bénéficiaires de crédits venant du ministère de l'Ecologie. Les territoires ruraux peuvent être des terrains favorables à ce que l'on appelle la croissance verte. Utilisons ces capacités nouvelles pour faire de l'innovation sur vos territoires. Il y a enfin le tourisme, je veux insister là-dessus. Le tourisme est un gisement considérable. Nous avons parlé de la mondialisation avec ce qu'elle charriait de crises, d'inquiétudes mais il y a aussi toutes ces populations qui accèdent à un niveau de vie et qui veulent découvrir nos paysages, nos territoires. A nous d'être prêts à le faire. Lundi, je présenterai aux partenaires sociaux un plan d'urgence pour lutter contre le chômage. J'annoncerai des mesures sur l'apprentissage, sur la formation professionnelle, sur l'aide à l'embauche dans les PME et également sur l'investissement. Ces mesures seront particulièrement adaptées à l'économie de vos territoires. Ce qui compte, c'est moins l'effet d'annonce que la mobilisation de l'ensemble des acteurs, les entreprises d'abord puisque ce sont elles qui créent les emplois, mais aussi des collectivités locales qui doivent accompagner ce processus. Je pense à l'apprentissage, à la formation, à l'aide aux PME, à la transition énergétique. Nous sommes dans une situation où il faut aller de plus en plus vite, où l'économie va de plus en plus vite et où les règles de la vie politique ou de la vie administrative, elles, n'ont pas changé depuis des décennies. Si nous ne nous adaptons pas rapidement à cette nécessité de l'action, nous serons dépassés. Il ne s'agit pas de changer nos règles institutionnelles, il s'agit de comprendre que nous ne pouvons pas attendre et qu'il faut parfois même anticiper par rapport à des lois qui ne sont pas encore votées. Ce sera d'ailleurs le cas pour les aides à l'embauche. Je vous demande donc de vous saisir de tous ces instruments. Mesdames et Messieurs, nous avons traversé l'année dernière, je le disais, des épreuves. Nous aurions pu nous replier sur nous-mêmes pour panser nos blessures et sécher nos larmes, nous aurions pu aussi nous déchirer dans la haine, nous diviser et nous perdre. Au contraire, nous avons fait bloc, nous nous sommes unis, rassemblés. Le pays a montré son attachement à la liberté, à ses valeurs mais aussi à ses institutions. La France a veillé - j'ai voulu aussi vous en remercier - à éviter les amalgames, les surenchères, les stigmatisations mais nous ne sommes pas à l'abri. Le racisme, l'antisémitisme sont là et on en voit, hélas, quelques manifestations honteuses. La radicalisation prend des chemins parfois imprévus et touche des jeunes, de plus en plus jeunes, qui se tournent, hélas, vers des lieux de combats où ils n'ont rien à faire et nous devons y veiller. Il y a également le terrorisme, qui peut encore frapper, d'où notre vigilance. La plus grande menace qui pourrait atteindre notre pays, ce serait de perdre notre identité, j'allais dire notre âme. C'est-à-dire l'idée que nous nous faisons de nous-mêmes, ce dont nous avons hérité et que nous devons porter pour l'avenir. Ce que nous devons conjurer a un nom, cela s'appelle la peur : la peur de l'invasion, la peur du déclin, la peur de l'autre. La France n'a pas à avoir peur parce qu'elle est la France et un pays comme le nôtre ne peut pas céder à cette tentation. Ce serait nous renier ! Alors la meilleure réponse, je voulais vous l'annoncer ici, est de nous unir, c'est de nous rassembler et c'est surtout d'avancer, de montrer notre vitalité, notre force d'âme et la grandeur de notre mode de vie. C'est tout simplement garder notre esprit de résistance, l'esprit de résistance ici en Corrèze, c'est le progrès et c'est la République. Je vous souhaite tous mes vœux de bonheur pour l'année qui vient. Je vous souhaite d'être mobilisés comme vous l'avez été. Je vous souhaite d'être pleinement Français. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/239.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/239.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2eafd0a7a6b6a7d081d2ef167af56aa0acb5163f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/239.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, cher Philippe BOUTRY, Monsieur le Secrétaire général, et directeur de la Chaire, cher Louis GAUTIER, Mesdames et Messieurs, Chers étudiants, C'est pour moi un plaisir et un honneur d'avoir été invité à prononcer la leçon inaugurale de la Chaire « Grands enjeux stratégiques contemporains », pour le cycle de l'année 2016, et je dois dire que je suis très heureux d'être avec vous ce soir. Je le suis d'autant plus que l'université Paris-1 est l'un des grands partenaires académiques du ministère de la Défense. De nombreux liens nous unissent. Et je sais qu'un nouveau partenariat vient d'être conclu avec l'enseignement militaire supérieur, pour créer, à l'Ecole militaire, un poste de maître de conférences en histoire, et offrir, aux officiers-élèves, la possibilité de faire un doctorat en formation continue. Ce sont là deux très belles initiatives. Je ne doute pas que d'autres suivront dans les prochains mois et je fais pleine confiance à la DGRIS pour œuvrer en ce sens. Je voudrais profiter de cette occasion pour saluer le président Philippe BOUTRY qui nous accueille ce soir. Je n'ose pas dire que je suis historien comme lui, car mon parcours, au moment de la thèse, m'a mené vers d'autres chemins que ceux qu'il a suivis avec plus de persévérance ! Je veux en tout cas le remercier, avec ses équipes, pour leur action au profit du rapprochement entre le monde universitaire et celui de la défense. Ce dialogue entre nous est plus important que jamais. Je veux également exprimer ma gratitude à Louis GAUTIER, qui a joué un rôle pionnier dans ce dialogue, et continue de le faire en animant cette Chaire, à côté de ses fonctions de SGDSN. Le programme de cette année, avec Hubert VEDRINE dès la semaine prochaine, et plusieurs grands noms de la recherche stratégique, s'annonce tout à fait passionnant. Dans le domaine stratégique, je pense que la France est à un tournant, et c'est l'analyse que je voudrais partager avec vous ce soir. On est tenté de dire qu'une première période qui s'était ouverte avec la fin de la guerre froide vient de se refermer. C'est en tout cas en prenant pleinement la mesure, à la fois de la nature des menaces qui pèsent sur notre pays, et des évolutions majeures qui transforment le monde sous nos yeux, que nous pourrons y faire face, préparer l'avenir, et permettre ainsi à la France de conserver la place qui doit être la sienne. I. Des menaces majeures Je commencerai par les menaces. Le Président de la République a rappelé que la France avait un seul ennemi au Moyen Orient, Daech. Pour autant, nous ne devons pas perdre de vue les autres facteurs de rupture qui menacent potentiellement la sécurité de l'Europe, à court terme comme dans la durée. C'est pourquoi, après Daech et l'irruption du terrorisme militarisé, je parlerai également de la Russie, mais aussi d'un danger plus abstrait et trop souvent sous-estimé, la diffusion des capacités militaires avancées. 1er tournant : l'irruption du terrorisme militarisé Au cours de l'année 2015, les Français ont, dans leur immense majorité, compris qu'ils avaient un ennemi, malgré eux. Cet ennemi, ce sont bien entendu les groupes terroristes d'inspiration djihadiste, qui nous attaquent, non pas pour ce que nous faisons comme d'aucuns le laissent croire, mais bien pour ce que nous sommes, et plus simplement aussi parce qu'ils ne peuvent, eux, exister sans se désigner sans cesse des ennemis : les « croisés », les Juifs, les chiites, les apostats, les hérétiques… Le terrorisme qu'incarne Daech et ses émules au Moyen Orient, et d'autres mouvements peut-être demain, a profondément changé. Ce terrorisme nouveau se caractérise d'abord par une virulence idéologique sans équivalent, du moins dans notre histoire récente. Virulence idéologique L'idéologie djihadiste prend bien entendu racine dans un terreau religieux, politique et socioéconomique favorable. Ce n'est ainsi pas un hasard si Daech a émergé entre l'Irak sunnite marginalisé par le gouvernement chiite de M. Maliki, et la Syrie sunnite, majoritaire celle-là, mais martyrisée par le régime Assad. Ce poison est activement répandu par la machine de propagande de Daech, qui fonctionne 24h/24 et 7j/7, en arabe, en anglais, en français, ou encore en russe. Propagande qui produit textes et vidéos tous les jours, se diffuse via Internet et les réseaux sociaux, qu'on élimine régulièrement de la Toile mais qui se reconstitue tout aussi vite. Cette propagande produit en moyenne 15 fois plus de contenus en français que l'administration française ne parvient à en faire pour mettre à nu le message djihadiste. Et ces contenus se diffusent dans le monde entier, en Europe en particulier. La diffusion de l'idéologie radicale intervient de multiples manières, y compris en France : lieux de sociabilité, programmes télévisés venus d'ailleurs, mais la virulence idéologique du phénomène djihadiste a été démultipliée par Internet et les réseaux sociaux. C'est cela qui produit directement de la radicalisation au sein de notre jeunesse. Même lorsque les premières dérives ont lieu au sein d'un groupe d'amis ou d'une famille, ces réseaux permettent de prendre des contacts, d'organiser un voyage, de trouver des méthodes bref, ils accélèrent des processus plus lents et expliquent un phénomène de radicalisation en masse et de la banalisation du passage à l'acte violent, notamment parce qu'ils permettent l'accès sans limitation à des contenus ultra-violents, que Daech s'évertue d'ailleurs à produire et à diffuser, en reprenant les codes graphiques auxquels sont habitués nos jeunes, ceux des blockbusters ou des jeux vidéo. Des modes d'actions militaires Deuxième caractéristique de Daech : nous avons affaire à un ennemi extrêmement violent, barbare, mais également très organisé, qui planifie froidement. Daech théorise l'utilisation tactique de la sauvagerie. Il dispose de modes d'actions et de capacités militaires significatives c'est pourquoi nous avons parlé, avec le Président de la République, « d'armée terroriste ». En outre, son ancrage territorial, ses ressources et son projet totalitaire lui confèrent des capacités de nuisance équivalentes à celle d'un Etat. Ces caractéristiques sont celles de Daech en Irak et en Syrie, qui peut compter sur 30 000 à 40 000 combattants, dont certains très aguerris, et de nombreuses armes lourdes. Mais c'est également vrai, dans une mesure moindre, de plusieurs capacités djihadistes hors du territoire moyen-oriental. Qu'il s'agisse de l'entraînement reçu, des armes de guerre utilisées, y compris des armes chimiques, ou des procédures de planification et de commandement de l'ennemi, nous sommes ainsi confrontés sur notre sol à de véritables commandos terroristes. Et comme l'attaque du 13 novembre l'a tragiquement montré, ils ne viennent pas prendre des otages, ou négocier quelque chose ; ils recherchent délibérément le plus grand carnage possible. L'irruption d'un terrorisme purement destructif dans ses buts, et militarisé dans ses moyens, comme le caractère constant de la menace : voilà la rupture majeure à laquelle nous sommes confrontés. Au passage, c'est l'intensité proprement militaire de cette menace qui justifie le déploiement permanent de 7 000 militaires sur le territoire national, pouvant monter, comme c'est le cas actuellement, jusqu'à 10 000, dans le cadre de l'opération Sentinelle. Diffusion globale La troisième caractéristique de Daech, c'est bien entendu la diffusion mondiale du phénomène. On savait depuis Al Qaïda que le terrorisme d'inspiration djihadiste était susceptible de recruter et de frapper pratiquement n'importe où, avec des opérations inspirées et parfois montées depuis les repaires de l'organisation. On découvre avec Daech un mouvement suffisamment riche et attractif pour susciter non seulement les ralliements individuels, mais encore les affiliations collectives de mouvements nationaux ou régionaux aussi divers que Boko Haram au Nigeria, ou Ansar Beit Al-Makdis dans le Sinaï. De la région « AfPak » à l'Afrique, en passant par le Golfe et le Levant, « l'arc de crise » identifié il y a presque 15 ans ne s'est pas résorbé. Au contraire, il touche désormais l'Europe et le territoire national, et aussi l'Asie. La mondialisation du terrorisme djihadiste n'est donc pas uniquement informationnelle. Elle engendre des métastases, qui menacent directement la vie de nos ressortissants, et parfois la stabilité de certains Etats comme le Liban ou la Tunisie, et même de sous-régions entières comme l'ensemble Libye-Tunisie ou la région du Lac Tchad. Voilà donc le 1er tournant. Al Qaïda, Daech et leurs affiliés représentent une menace grave, une menace répandue, une menace durable. Même si la coalition réduit le pseudo-Etat islamique au Levant, comme nous sommes en train de le faire, non sans difficultés mais avec beaucoup de détermination, il ne fait guère de doute qu'une nouvelle tête de l'hydre djihadiste puisse repousser après ailleurs. 2ème tournant : la sécurité en Europe Pour autant, on aurait tort de penser que le djihadisme est le seul phénomène susceptible d'engendrer des risques sérieux pour notre pays. Le contexte stratégique de l'Union européenne a changé. A l'Est, en Ukraine, une tension géopolitique grave est née de la violation des principes du droit international et de l'intégrité territoriale ; au Sud, l'instabilité et les flux massifs de réfugiés, sont principalement l'effet de conflits, de violations des droits de l'Homme et de l'absence de développement socioéconomique. L'Europe est donc elle-même à un tournant, doublement ébranlée par la crise des réfugiés comme par la remise en cause des frontières et des principes qui ont régi sa sécurité depuis bien plus de 25 ans. Crise des frontières Il est clair que l'afflux de demandeurs d'asile provoqué par l'instabilité croissante aux frontières de l'Europe, mais aussi les actes terroristes commis sur son territoire, ou encore la multiplication des menaces globales, nourrissent, chez les citoyens européens, la demande que leurs Etats assurent leur obligation essentielle, assurer la sécurité, la stabilité et la préservation de leurs modes de vie. L'année 2015 a ainsi été celle du retour des murs et des barbelés, mettant en lumière l'insuffisance de notre dispositif de contrôle de nos frontières extérieures, de la coopération avec nos partenaires et donc globalement une insuffisance des instruments de l'espace Schengen. Les pays européens en sont venus, les uns après les autres, en plus dans le désordre, à rétablir les frontières nationales et à mettre entre parenthèses la belle idée d'un espace européen à la fois uni et ouvert. Les tensions avec la Russie L'Europe est également ébranlée en sens inverse, en quelque sorte, par l'effacement par la force de frontières pourtant agréées en commun. En annexant illégalement la Crimée, en soutenant militairement les rebelles du Donbass, c'est un fait que la Russie a remis en cause non seulement la souveraineté de l'Ukraine, et donc son intégrité mais aussi les fondements de l'ordre de sécurité sur tout le continent. Les militaires russes ont par exemple développé un modèle dangereux, ce qu'ils appellent les « opérations non linéaires », explicitement mis en application en Crimée, qui consiste entre autres à effacer la distinction entre temps de paix, temps de crise et temps de guerre. Plus généralement, l'attitude de la Russie ne peut laisser la France indifférente. D'un côté, je note avec satisfaction la participation russe au processus de négociation de Minsk et les offres de coopération contre Daech au Levant je me suis d'ailleurs rendu à Moscou il y a peu de jours, pour explorer des pistes de coordination avec mon homologue russe et l'inciter à une action résolue contre Daech, qui est notre ennemi commun. De l'autre, c'est avec inquiétude que je constate que la méfiance traditionnelle de la Russie à l'égard de l'OTAN comme parfois de l'Union européenne s'est muée depuis deux ans en une forme d'hostilité déclarée. La France continue naturellement d'appeler au dialogue avec la Russie. Elle montre la voie en ce sens. Cependant, nous ne pouvons pas négliger le retour en Europe des « menaces de la force », autrement dit la posture ambiguë d'une grande puissance nucléaire qui se réarme significativement. 3e tournant : la fin de la domination techno-militaire sans partage de l'Occident Je voudrais, pour terminer ce rapide tour d'horizon des dangers, évoquer une menace certes plus diffuse, mais qui n'en est pas moins prégnante aujourd'hui, et qui sera certainement structurante demain. Le tournant technologique et stratégique que nous vivons marque sans doute la fin de la domination militaire occidentale sans partage que nous avons connue depuis 1991. Cette année-là avait été marquée par deux événements en miroir : la guerre du Golfe, qui consacrait le retour des opérations militaires décisives et l'avantage écrasant des Occidentaux emmenés par les Américains ; et la désintégration de l'URSS, c'est-à-dire la disparition d'un rival de rang équivalent. Depuis lors, nous avons toujours été engagées dans des opérations « asymétriques », c'est-à-dire caractérisées par un net avantage technologique et militaire du côté occidental. Avantage contrebalancé, il est vrai, par la détermination souvent plus grande de nos adversaires militairement plus faibles. A mon sens, cette longue parenthèse est en train de se fermer. Rattrapage conventionnel et diffusion des capacités avancées Permettez-moi de faire ici quelques constats simples dans le domaine conventionnel. Au niveau tactique, nombreux sont les acteurs, y compris non étatiques, capables d'utiliser des technologies dites « nivelantes », ce qui signifie pas nécessairement perfectionnées, mais suffisamment efficaces pour mettre en question, remettre en cause, l'avantage technologique occidental. Les IED (engins explosifs improvisés), tristement célèbres depuis l'Afghanistan mais qui se sont répandus sur d'autres théâtres, illustrent bien ce point. Au-delà de ces capacités « nivelantes », j'observe également une diffusion, beaucoup plus rapide qu'autrefois, des capacités avancées. Plus d'une vingtaine de pays possèdent ou sont en train de développer des missiles de croisière en 1991, les Etats-Unis étaient les seuls. Il en va de même pour les missiles balistiques. Ces derniers ont été, pendant longtemps, l'apanage des seules puissances nucléaires ; aujourd'hui, même les rebelles Houthis au Yémen peuvent les mettre en œuvre. Dans le domaine de ce qu'on appelle le « C4-ISR », l'avance occidentale demeure considérable. Et cependant, de plus en plus de pays et même de proto-Etats savent élaborer des réseaux informatiques sophistiqués, utiliser des mini-drones low-cost, achetés par exemple en Chine, à des fins d'observation, ou même guider des munitions à partir de technologies commerciales. Comme chacun peut l'observer avec les derniers modèles de téléphone portable, il n'est plus nécessaire de disposer de connaissances poussées, ou d'une lourde infrastructure de soutien, pour bénéficier d'une puissance de calcul et de possibilités multimédias qui, hier encore, étaient inimaginables sur le terrain. Il en va de même pour les groupes et les Etats qui veulent s'équiper : ils peuvent désormais, sans industrie nationale, acquérir presque tout le spectre des capacités militaires, en passant par quelques Etats fournisseurs bien connus pour leurs capacités de haut de spectre, et ayant recours au marché privé pour le reste, y compris les armes lourdes « rustiques » comme l'artillerie. On peut également louer de l'expertise militaire auprès de sociétés militaires privées, pour former ses soldats voire pour mettre en œuvre les matériels. Le déni d'accès Je voudrais vous donner un exemple qui me semble particulièrement préoccupant, car il se vérifie dès aujourd'hui et pourrait se répandre plus encore demain, sur des théâtres où notre liberté d'action est aujourd'hui incontestée. Il s'agit de la posture militaire dite de « déni d'accès », c'est-à-dire l'utilisation d'une combinaison de moyens défensifs et offensifs visant à interdire l'accès à une zone ou le mouvement à l'intérieur de celle-ci. Imaginez des bulles antiaériennes et antinavires et dont l'étendue ne cesse de s'allonger au fur et à mesure que s'accroît la portée de ces systèmes (on parle de 200 à 350 km pour l'antiaérien). Ainsi, la Russie dans la Baltique et la Chine dans la mer qui porte son nom, déploient et mettent en réseau des systèmes très sophistiqués, afin de rendre prohibitif le coût d'un éventuel déploiement occidental en cas de crise – prohibitif au point de dissuader les puissances extérieures d'intervenir dans la région est-il en tout cas espéré. Or, les capacités qui rendent possible de telles stratégies, et d'ailleurs les postures elles-mêmes, commencent à se diffuser j'en veux pour preuve la prolifération des systèmes antinavires et antiaériens avancés, russes et chinois. Aujourd'hui en Baltique, en mer Noire ou en mer de Chine, demain peut-être dans tout le Golfe ou même en Méditerranée, il va devenir de plus en plus difficile de se déployer et donc d'opérer. La banalisation des ADM Le même phénomène de diffusion est malheureusement à l'œuvre dans le domaine non conventionnel. Je pense naturellement au dernier essai nucléaire nord-coréen, qui illustre que la possession d'armes nucléaires, même peu avancées et peu nombreuses, permet de conduire dans la durée une stratégie de chantage à l'égard de la communauté internationale. Je pense plus généralement au danger que représenterait une banalisation des armes de destruction massive, les ADM. Nous n'y sommes pas encore, mais nous nous en rapprochons, puisque le régime de Damas a pu impunément utiliser des armes chimiques, imité aujourd'hui par Daech. Bref, en tendance, les capacités d'agression et de destruction d'acteurs de second et même de troisième rang, y compris infra-étatiques, vont en augmentant, qu'il s'agisse de systèmes sophistiqués et ciblés ou de moyens non discriminants. Le cyber Je veux enfin, pour achever ce tour des menaces auxquelles nous sommes confrontés, évoquer la menace cybernétique. Souvent, elle provient de groupes d'activistes non étatiques, dont les liens éventuels avec un Etat sont parfois difficiles à établir. Toutefois, les plus performants d'entre eux agissent rarement sans une forme de soutien étatique. Pour les grandes puissances comme pour les acteurs non étatiques, le cyber constitue désormais une « 5e dimension » (avec les milieux terrestre, maritime et aérien, et l'espace exo-atmosphérique). Nous devons donc, et c'est une de mes préoccupations majeures, considérer le cyberespace comme un espace de confrontation à part entière, dans lequel sont conduites des opérations cyber, souvent combinées avec des interventions dans les autres milieux. Les dommages potentiels d'une attaque cyber sont colossaux comme en témoigne le cas récent, pour la première fois, de paralysie d'une centrale électrique ukrainienne ou celui, plus ancien, plus connu, d'action contre le programme nucléaire iranien. Les moyens conventionnels à utiliser pour atteindre le même résultat auraient été considérables. Et le cyber permet en outre un plus grand anonymat. C'est donc une menace majeure d'aujourd'hui et de demain, un milieu à part entière. C'est bien la perspective du ministère dont j'ai la charge, sachant que le défi pour les armées est de réussir non seulement à combattre dans ce nouvel espace, mais aussi et en même temps d'intégrer le combat numérique dans les opérations conventionnelles dans le cadre d'une manœuvre intégrée. Et, sur le territoire national, la cyberdéfense s'ajoute depuis peu aux postures de défense terrestre, maritime et aérienne. L'intensité de la menace djihadiste, autant que la montée de périls et de risques distincts mais concomitants, indiquent assez que la première période de l'après-guerre froide est derrière nous. De même, les analyses un peu faciles de l'époque, qui diluaient défense et guerre dans une conception molle de la sécurité. Je le répète donc, la France est à mon sens à un tournant stratégique, ce que les services de la Défense savent depuis quelque temps, et ce que plus un Français ne doit ignorer depuis l'ignoble agression du 13 novembre 2015. II. Notre environnement large Si maintenant nous dépassons les seules questions de défense, pour considérer plus généralement le monde comme il va, il faut, là encore, constater que le système international lui-même est à un tournant, qu'il connaît des évolutions aussi rapides que profondes, mais que malheureusement l'Europe n'a pas su s'organiser et s'unir suffisamment en retour. 1 - Un environnement bouleversé Je prendrai trois exemples de cet environnement bouleversé : le Moyen-Orient, les « émergents » et l'Occident. Le Moyen-Orient en péril Depuis des décennies, le Moyen-Orient nous a malheureusement habitués aux crises. Certains, d'ailleurs, en ont cyniquement pris leur parti. Je crois qu'il faut dire d'emblée que c'est désormais tout le Moyen-Orient qui est en crise et peut-être en péril : chaos durable ou embrasement plus général, les hypothèses les plus noires, si elles demeurent improbables, ne peuvent plus, désormais, être complètement écartées. On compte en effet quatre Etats en situation de guerre civile : l'Irak, la Syrie, le Yémen, à quoi j'ajoute la Libye. Il faut également prendre en compte les tensions qui travaillent le Liban, la Jordanie, Bahreïn, l'Egypte ou la Tunisie, pour des raisons à la fois internes ou pour des raisons de voisinage immédiat de zones de guerre. S'y déploient notamment la poussée de l'extrémisme et du terrorisme djihadiste, les tensions interconfessionnelles, en particulier sunnites-chiites, et à un autre niveau la rivalité entre l'Arabie saoudite, leader du monde arabe et sunnite, et l'Iran perse et chiite. Et l'ombre portée d'un conflit entre Israéliens et Palestiniens où, dans les faits, la perspective de solution à deux Etats semble s'éloigner chaque jour. Se surajoutent par ailleurs des facteurs plus structurels, comme le boom démographique de la région et, en sens inverse, sa relative stagnation économique ; enfin les frustrations politiques qui s'accumulent en l'absence de démocratie et parce que les droits fondamentaux des individus sont trop souvent bafoués. Tout cela crée une situation de crise majeure. Chacun connaît la formule du général de Gaulle, dont on retient aujourd'hui qu'il vaut mieux éviter d'aborder « l'Orient compliqué » avec des « idées simples ». Permettez-moi tout de même d'en partager trois avec vous, fruit de mon expérience et notamment de mes nombreuses rencontres dans la région : - 1ère idée : les déchirements du Moyen-Orient, sans doute ne sont pas les nôtres, mais ils nous touchent de très près, et l'illusion selon laquelle une politique d'isolement nous permettrait d'échapper à notre géographie, à notre histoire et aux liens humains, matériels et immatériels qui nous unissent à cette région ne serait qu'illusion. A court terme, on peut, peut-être, parvenir à moins s'exposer, mais la crise des réfugiés, comme la mondialisation du terrorisme djihadiste ont montré l'inanité d'un quelconque « repli protecteur ». Cette leçon devrait être entendue partout en Europe. - 2ème idée : nous devons nous impliquer avec prudence et modestie, en soutenant nos partenaires de sécurité régionaux, et en favorisant systématiquement les réponses et les acteurs locaux, si imparfaits qu'ils soient parfois, et si tentante que paraisse l'idée d'un « plan » imposé de l'extérieur par l'entente des grandes puissances. Après 15 ans en Afghanistan, nous devrions savoir qu'on ne construit rien de durable sans l'aval et la participation active des sociétés locales. Nos militaires et diplomates créent les conditions permettant d'éteindre le conflit ouvert et d'en revenir à des oppositions politiques mais ils ne peuvent pas tout. - 3e idée à laquelle je crois : nous devons agir en faisant preuve de « patience stratégique ». Cela veut dire trouver un juste milieu entre l'inertie naturelle des machines administratives (nationales et internationales) et l'impatience bien légitime des opinions publiques. « Patience stratégique » : en l'occurrence, l'adjectif importe autant que le substantif, car il s'agit bien d'établir une stratégie dans la durée, d'anticiper d'éventuels réactions adverses ou des développements négatifs. Pour le dire autrement, nous n'allons pas « résoudre » les problèmes de la région, mais nous pouvons aider à les circonscrire et ainsi permettre aux acteurs locaux de progressivement les résorber. Telle est ma conviction profonde. J'y insiste, parce que ce à quoi nous assistons aujourd'hui au Moyen-Orient, c'est une tentative systématique de destruction des Etats. Au Liban, certains groupes armés sapent l'autorité d'un gouvernement affaibli, tandis que la vacance présidentielle accroît de jour en jour la paralysie du système institutionnel. En Irak, les milices confessionnelles concurrences les forces de sécurité de l'Etat. En Libye, le pouvoir central n'existe plus et nous cherchons à soutenir son retour sous la forme d'un gouvernement d'union nationale. Face à ce combat entre Etats et réseaux communautaires, tribaux, religieux, notre rôle ne doit pas et ne peut pas être d'intervenir partout. Mais nous pouvons assumer d'aider ceux de ces Etats qui cherchent à préserver leur stabilité et leurs institutions. Et dans mon champ de compétence, cela signifie apporter un appui dans le domaine de la sécurité. C'est ainsi que la France a triplé son aide, dans le domaine militaire, à la jeune démocratie tunisienne, attaquée de toutes parts ; nous agissons diplomatiquement en soutien d'un gouvernement d'union en Libye ; le DONAS permettra de renforcer la principale institution multiconfessionnelle du Liban qu'est son armée ; enfin, nous avons développé notre coopération avec les forces armées d'Irak depuis que le Premier ministre Abadi a affiché son intention de rompre avec les excès de son prédécesseur. La montée en puissance des grands compétiteurs Parallèlement aux déchirements tragiques du Moyen-Orient, il est une autre évolution déterminante, qui a aussi des implications majeures pour l'Europe : des puissances mondiales sont nées ou ont ressuscité au XXe siècle, en Chine, en Inde, sur le continent africain ou latino-américain, avec lesquelles nous partageons des valeurs mais qui sont également en rivalité avec nous ou entre elles sur la définition des normes internationales. Pour notre réflexion présente, ou pour la réflexion future des personnalités qui seront amenées à me succéder, sans m'y attarder, je retiendrai un chiffre, parmi cent autres : en 2012, l'Asie a dépassé l'Europe en termes de dépenses militaires cumulées, c'est la première fois. En 2014, les dépenses militaires de l'Asie atteignaient déjà 344 milliards de dollars pour l'Asie, contre 286 milliards pour l'Europe. Voilà un élément de réflexion pour l'avenir. Le difficile repositionnement des puissances dites occidentales Et les crises révèlent une érosion de l'influence des acteurs dits occidentaux. C'est le cas au Moyen-Orient, où les Etats-Unis notamment ne se réinvestissent que progressivement, via la lutte contre Daech, et s'efforcent de mobiliser, au sein de la coalition internationale, leurs alliés régionaux et européens, dans un contexte de montée en puissance d'acteurs de plus en plus sûrs d'eux-mêmes voire agressifs. Il en va de même en Asie, où nous devons compter bien sûr avec la montée en puissance de la Chine, mais aussi avec l'affirmation croissante de puissances et d'organisation régionales de plein exercice. Nos partenaires asiatiques, avec lesquels se multiplient les relations stratégiques, sont attentifs à ne pas s'engager dans une dynamique crisogène avec Pékin. La Chine s'affirme quant à elle comme tenant de nombreux leviers en Asie du Sud et on peut l'espérer de façon plus positive en Corée du Nord. 2 - L'insuffisante unité de l'Europe Au sein de ce monde bouleversé, il y a l'Europe. Mais faute de pouvoir garantir aux Européens une réelle sécurité, le fonctionnement de l'Union européenne risque de briser un projet politique déjà soumis à rude épreuve. Robert Schuman écrivait que « Les Européens seront sauvés dans la mesure où ils seront conscients de leur solidarité devant un même danger ». Je crois qu'il faut le dire sans ciller : cette conscience n'existe actuellement pas. Dans l'immédiat, l'Europe a moins besoin d'une « armée fédérale » imaginaire, développée par certains comme une fuite en avant, que de solidarité concrète entre ses membres, y compris sur le plan militaire. A l'extérieur, cette unité est également cruciale. Le chiffre global est peu connu : 7 millions d'Européens vivent au-delà de nos frontières. A ces concitoyens, nous n'avons pas le droit d'offrir une protection dispersée. L'Union, avec ses 28 Etats membres, n'est certes pas parfaite, mais elle offre des instruments essentiels pour répondre aux problèmes qui se posent actuellement : elle doit avoir la force, simplement, de les utiliser et de les améliorer. Cette Union, c'est notre Union, elle repose sur la volonté politique collective. Il nous faut donc faire face collectivement, il nous faut unir nos efforts pour donner à l'Union européenne les moyens d'être à la hauteur de cette ambition mais aussi à la hauteur des menaces et des risques que j'ai évoqués tout à l'heure. La remontée en demi-teinte des budgets de défense en Europe Dans l'urgence, et au regard des impératifs de sécurité, l'Union européenne doit faire un saut qualitatif et quantitatif majeur, pour répondre aux nécessités. Pour cela, l'augmentation des dépenses de défense devrait être une claire priorité. Les Européens ont pensé, bien avant la crise économique et budgétaire, que la paix sur notre continent s'étendrait au reste du monde par une espèce de porosité vertueuse. Or, ce sont désormais de nos frontières que s'approchent les conflits. Il nous faut en tirer le plus rapidement possible la leçon. Plusieurs Etats membres se sont déjà engagés en ce sens. Les Etats baltes, l'Estonie, la Pologne, la Roumanie ont accru significativement leurs budgets de défense ; la France a mis un terme aux réductions, de budget comme d'effectifs, et a consolidé tout ce qui devait l'être, j'y reviendrai ; le Royaume-Uni, après des coupes sévères, a engagé lui-même l'augmentation de ses crédits de défense et l'Allemagne suit la même voie. Je note d'ailleurs que cette évolution, pour certains, s'est faite dans le contexte d'une proximité directe avec l'agressivité de la Russie, dans le contexte de la crise russo-ukrainienne. D'autres cependant se sont engagés dans une difficile restructuration de leurs forces qui ne leur permet pas de participer à la remontée en puissance européenne. Ainsi, malgré les augmentations budgétaires enregistrées dans 17 Etats européens et les décisions allemandes, britanniques et françaises de 2015, la remontée en puissance budgétaire européenne a certes inversé la tendance des années précédentes, mais elle reste très limitée (0,54 %). Elle ne permettra pas à une très large majorité d'Etats de rejoindre l'objectif fixé au Sommet de l'OTAN en 2014 des 2 % du PIB consacrés aux dépenses de défense à horizon 2025. L'Europe face au risque de « régionalisation » des politiques de sécurité Je souligne un dernier risque, celui de participer et de nourrir une vision divergente de nos intérêts de sécurité, entre Européens. Nous devons à cet égard éviter une « régionalisation » des politiques de sécurité. Tandis que certains Alliés ont le regard tourné vers l'Est, d'autres se concentrent au Sud, où l'instabilité et le terrorisme ne cessent de croître. C'est compréhensible. Mais dans cet environnement stratégique incertain et changeant, il est essentiel d'encourager une posture flexible, adaptée à toutes les menaces, quelle qu'en soit l'origine et quelle que soit leur nature. La France, devant les menaces que j'ai décrites, dans le contexte que je viens de rappeler, est déterminée à poursuivre la mise en œuvre de l'approche « à 360 degrés » que nous avons retenue dans nos politiques de défense, comme dans les enceintes internationales où nous sommes présents. En 2016, cette exigence est pleinement confirmée, et son application constitue un enjeu majeur de cohésion et d'efficacité. Je continuerai, pour ma part, à convaincre mes partenaires de l'UE et de l'OTAN de la nécessité d'une prise en compte partagée de toutes les menaces. Ce sera notamment un des objectifs à atteindre ensemble dans la rédaction de la Stratégie globale de politique étrangère et de sécurité de l'UE comme lors du Sommet de l'OTAN à Varsovie au printemps prochain. III. Nos réponses Faire le constat des menaces et des bouleversements ne suffit pas. Il faut aussi proposer des réponses. A cet égard, je voudrais partager avec vous une conviction : ces réponses doivent être à la fois nationales et européennes. Autre conviction pour moi inébranlable : c'est aux Etats qu'il appartient en premier d'entretenir une défense forte, et c'est aux plus importants d'entre eux de montrer la voie en Europe. 1 - Les réponses de la France Validation de nos choix de 2008-13 et au-delà Permettez-moi de le dire d'emblée : nous ne nous étions pas trompés. Les crises qui ont bouleversé l'actualité de ces derniers mois ont en effet confirmé totalement l'analyse stratégique du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013. La typologie des « menaces de la force » et des « risques de la faiblesse », maximisés par la mondialisation, s'est avérée malheureusement très exacte. Même si leur soudaineté, leur intensité et surtout leur simultanéité ont pu nous prendre de court, les crises récentes ne constituent donc pas à proprement parler des surprises, et le modèle retenu pour notre système de défense les avait anticipées. En effet, la menace djihadiste dans ses récents développements a rappelé comment la faiblesse des Etats peut engendrer des menaces qui se nourrissent des effets de la mondialisation. Elle a aussi souligné l'imbrication croissante entre la défense à l'extérieur de nos frontières et la sécurité de nos concitoyens sur notre propre sol. Au même moment, la nouvelle stratégie russe, concrétisée par la crise ukrainienne, ravivait le spectre des menaces de la force, voire de la guerre entre Etats, aux portes mêmes de l'Europe. Ces crises ont donc validé la consolidation des fonctions stratégiques, ainsi que le choix d'un modèle d'armée complet, choix qui est celui du Livre blanc puis de la loi de programmation militaire, maintenant actualisée. J'y insiste, parce que ce modèle complet fait aujourd'hui ses preuves face à la variété et à la multiplicité des menaces auxquelles nos armées se trouvent confrontées au Sahel, au Levant, sur le territoire national, mais aussi dans le cadre de notre contribution aux mesures d'assurance et de réactivité au profit de nos Alliés orientaux. L'adaptation des budgets, des doctrines et des effectifs en 2015 En 2015, les contrats opérationnels fixés par le Livre blanc ont été atteints voire dépassés dans plusieurs domaines et des ajustements ont dû être faits, notamment lors de l'actualisation de la Loi de programmation militaire, en raison du très haut niveau d'engagement des forces françaises. L'actualisation de 2015 consolide ainsi l'effort de défense de la France dans un contexte international dégradé et face à une menace terroriste militarisée croissante. L'actualisation, votée par le Parlement, tire les conséquences des crises récentes, notamment en renforçant les moyens de la cyberdéfense et de la fonction Renseignement, mais aussi en confortant nos capacités aéromobiles et de projection, pour agir sur des théâtres d'opération toujours plus étendus. Elle soulage également la charge de la déflation des effectifs, en particulier, pour renforcer de 11 000 hommes une force opérationnelle terrestre particulièrement sollicitée tant à l'extérieur que sur le territoire national. A la suite des attentats du 13 novembre 2015, le Président de la République a conforté cette dynamique, en décidant d'annuler toutes les déflations qui étaient encore prévues jusqu'en 2019, soit 10 000 postes, et en consentant les efforts nécessaires qui y concourent. C'est un engagement majeur, à la mesure de la mobilisation sans précédent de nos armées, à la hauteur de la situation exceptionnelle à laquelle nous sommes confrontés. 2 - Les réponses partagées Bien sûr, la France n'agit pas isolément, et nombre de nos alliés et partenaires, notamment européens, commencent à vouloir prendre de plus grandes responsabilités dans le maintien de la sécurité. Le développement de l'Europe de la Défense doit rester l'une de nos priorités politiques. Les instruments de l'Union ont prouvé une certaine efficacité opérationnelle dans des actions d'ampleur limitée, notamment en Afrique (missions de stabilisation, de formation et de conseil dans le cadre de la réforme des systèmes de sécurité). Mais les Etats membres de l'UE ont toujours des réserves à s'engager militairement dans le haut du spectre. La France doit donc à la fois montrer l'exemple et continuer de disposer d'une gamme complète et autonome de capacités, de manière à pouvoir agir seule et rapidement, le cas échéant. Notre autonomie de renseignement, de décision et d'action doit demeurer au centre de notre stratégie. Pour autant, les mutualisations continueront à être recherchées de façon pragmatique chaque fois que les conditions seront réunies. A cet égard, la décision du Président de la République de me demander de saisir nos partenaires européens au titre de l'article 42.7 du traité de l'Union européenne, a suscité un soutien unanime des Etats membres acte politique inédit et de grande ampleur. C'est une marque concrète de solidarité, qui se décline dès à présent sur les différents théâtres de crise, au Levant et en Afrique. C'est également un encouragement pour tous ceux qui, comme nous, sont convaincus de la capacité des Européens à faire davantage sur la scène internationale. Mon engagement est de tout faire pour approfondir cette dynamique. La construction de l'Europe de la Défense se poursuit ainsi. En Afrique, enfin, la France fait l'expérience d'un partenariat innovant, en rénovant son dispositif de coopération, mais surtout en favorisant l'appropriation par les Etats africains de leur propre sécurité, y compris à travers des initiatives de dialogue informel comme celle du Forum de Dakar qui a tenu sa deuxième édition en 2015. Le combat contre le terrorisme au Sahel a également contribué à l'émergence d'une nouvelle dynamique de partenariat spécifique autour du G5 Sahel qui regroupe les cinq Etats africains de la région (Burkina Faso, Mauritanie, Mali, Niger et Tchad), avec le soutien de la France. Il faudra aller plus loin pour conforter la capacité de ces Etats, parmi les plus pauvres du monde, à assurer eux-mêmes leur sécurité intérieure face à la menace du terrorisme militarisé transnational que j'évoquais en commençant. Les attaques subies à Bamako il y a peu et à Ouagadougou ce week-end le démontrent, si cela était encore nécessaire. Ce nouveau type de partenariat transfrontalier à caractère opérationnel et pragmatique inaugure, je veux le croire, une véritable prise de conscience africaine de la nécessité de la coopération militaire et sécuritaire régionale pour contrer efficacement des menaces aussi graves. Mesdames et Messieurs, chers étudiants, La guerre change non pas dans sa nature, immuable, d'affrontement collectif violent mais dans son caractère, en perpétuelle mutation, dans ses moyens techniques, dans ses modalités tactiques. A certains moments de notre Histoire, l'apparence de la guerre se transforme ainsi plus qu'à d'autres époques, et de la même manière, le système international peut évoluer très brutalement. Nous en sommes là aujourd'hui. Comme j'ai essayé de vous l'expliquer, avec l'irruption du terrorisme militarisé mais aussi, à un autre niveau, avec l'émergence de nouvelles puissances et d'un nouveau milieu pour les armées, celui du cyberespace, nous sommes au cœur d'un grand bouleversement stratégique. Cette analyse, que je tenais à partager avec vous, ne doit pas nous conduire au renoncement, bien au contraire. Que devons-nous faire ? Que pouvez-vous faire ? Je m'adresse ici plus particulièrement aux étudiants, car vous serez les témoins mais aussi les acteurs de ce monde nouveau, qui sera né de ces bouleversements, et en engendrera d'autres. La réponse est complexe. Elle est de longue haleine. J'ai essayer d'en poser quelques jalons aujourd'hui, mais c'est une réflexion qui doit se poursuivre. C'est aussi, monsieur le président, le grand mérite de cette Chaire. Je voudrais conclure en revenant à l'Histoire, qui nous enseigne justement la longue durée. La langue française a ici une belle expression, lorsqu'elle nous incite à nous « armer de patience ». Cela ne veut pas dire attendre passivement des jours meilleurs, mais bien les préparer, ardemment, en gardant les yeux ouverts sur tout ce qui les menace, nous menace. Singulièrement en matière stratégique, l'action et la réflexion sont intimement mêlées. Dans le même temps que nos soldats sont déployés dans les rues de France, par exemple pour protéger les lieux de culte, les écoles, dans ce même temps, nous redéfinissons la doctrine d'emploi des forces armées sur le territoire national. Dans le même temps que nos aviateurs ou encore le groupe aéronaval frappent Daech en Syrie et en Irak, nous réfléchissons, ici, en Sorbonne, aux enjeux stratégiques d'un Moyen-Orient où se joue désormais une part importante de notre avenir commun. L'Histoire nous parle au présent. Souvenons-nous ainsi de Périclès, qui rappelait à ses concitoyens que les murs ne valent rien s'il n'est personne pour les défendre. Souvenons-nous aussi de Verdun, dont nous célébrons cette année le centenaire. Quel meilleur exemple de patience dans l'épreuve, de détermination individuelle et collective, d'unité de la Nation ? 362 000 Français, 337 000 Allemands, ont laissé la vie dans ce qui reste à ce jour la plus meurtrière des batailles de notre Histoire. Cent ans après, alors que l'Union européenne interroge sa politique de défense et de sécurité communes, la France et l'Allemagne, désormais unies par une solidarité indéfectible, viennent de réunir leurs industries de défense terrestres, avec le projet KANT, et mènent en parallèle plusieurs projets capacitaires ambitieux dans les drones en particulier. Leurs armées françaises et allemandes, surtout, se retrouvent au Sahel et au Levant, sous une même bannière, celle de la paix, de la stabilité, de la sécurité. Verdun est donc aussi un puissant symbole de réconciliation. Honorer la mémoire de nos morts partagés, en cette année de centenaire, c'est transmettre un espoir intact aux générations qui viennent. C'est apporter la preuve, à tous ceux qui traversent des bouleversements graves, que la paix demeure gagnable, et que malgré tout le meilleur reste possible. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/240.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/240.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..092b16deb89e13aa5a43820787a4bbcbe41fbb3b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/240.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je suis à vos côtés aujourd'hui pour installer l'Observatoire national de la politique de la ville qui a un rôle majeur dans la connaissance de l'évolution de nos quartiers et dans l'évaluation de notre action publique. Je tiens à remercier l'ensemble des 47 membres du comité d'orientation de cet observatoire et tout particulièrement Jean Daubigny pour avoir accepté de le présider. Monsieur le Président, vous avez été préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de la région Bretagne, préfet de la Loire-Atlantique, préfet de la région Midi-Pyrénées, de la Marne, de la Réunion, de la Loire, du Vaucluse… Bref ! Autant dire que vous connaissez bien la France, ses territoires, sa population et nos quartiers. D'autant plus que vous avez également été délégué interministériel à la ville. Votre riche expérience sera précieuse pour animer cet observatoire dont la composition a été très largement renouvelée, en particulier avec de nouvelles personnalités qualifiées, qui sont des chercheurs réputés. Une autre nouveauté tient à la participation des membres du bureau du nouveau Conseil national des Villes. Cela témoigne de notre volonté d'associer les habitants tant que possible à la politique de la ville. Les élus sont bien évidemment représentés au sein de cet observatoire, la politique de la ville étant par essence partenariale. Par ailleurs, les membres du comité d'orientation pourront compter sur l'appui du CGET qui en assure le secrétariat et en particulier sur l'équipe très compétente de Valérie DARRIAU. L'observatoire national de la politique de la ville change de forme, change de nom et aussi voit ses attributions enrichies puisque désormais il assurera une fonction d'évaluation. Cet Observatoire intègre donc le comité d'évaluation et de suivi de l'ANRU, ce qui constitue une avancée pour avoir une approche globale de la situation des quartiers prioritaires, de leur évolution. On entend parler dans les médias de la politique de la ville, de nos quartiers ; chacun y va de son commentaire sans que les propos tenus ne soient toujours vérifiés, documentés, argumentés. On omet d'ailleurs le plus souvent d'évoquer les progrès, les réussites, ce qui nuit fortement à l'image de ces quartiers. Or, nous avons un devoir de vérité sur la réalité de la situation, sur l'évolution économique et sociale, sur les conditions de vie des habitants. A vous de nous éclairer par vos travaux, à nous d'agir de manière avisée. La nouvelle géographie prioritaire, telle qu'elle a été a été redéfinie par le Gouvernement, est plus claire, plus juste. Elle se fonde sur un critère unique et objectif : la concentration de la pauvreté. Plus de 100 communes sont entrées dans la politique de la ville, 300 en sont sorties car leur situation s'était améliorée. Votre rapport annuel pour 2015 sera le premier à traiter de cette nouvelle géographie prioritaire. Il sera regardé de très près, je n'en doute pas. J'accorderai une attention particulière à l'évolution des nouveaux territoires de la politique de la ville, ceux dont la population s'est trop longtemps sentie délaissée, abandonnée par les pouvoirs publics et dont une partie d'entre elle a pu être tentée par le vote extrême. Je souhaite regarder de près le déploiement des contrats de ville puisque désormais tous sont signés. J'ai prévu de nombreux déplacements tout au long de l'année pour vérifier un an après leur signature que les engagements des différents partenaires sont tenus, que les orientations fixées se traduisent concrètement sur le terrain. Evidemment, votre propre analyse sera précieuse et nous aurons besoin que vous élaboriez une méthodologie nationale pour évaluer ces contrats de ville. Votre mission d'évaluation dépasse le cadre de mon seul ministère. La mobilisation des moyens de droit commun, on l'oublie, c'est aussi la collecte de données, la mise à profit de statistiques, d'outils d'évaluation. Je compte sur l'ensemble des administrations, des services représentés au sein de ce comité d'orientation pour faciliter le travail en la matière. Je tiens à ce que vous travailliez dans une grande autonomie et que vous ayez les moyens de mener à bien vos missions. Je vous indique ce que sera ma propre feuille de route en 2016 et que j'ai adressée sous la forme d'une circulaire aux Préfets : Premier axe : renforcer la présence des adultes et du lien social dans les quartiers grâce au soutien des associations de proximité, en particulier. Il faut aussi investir les quartiers dans les moments où les services publics sont en retrait, en soirée et le week-end. Le deuxième axe d'intervention consiste à construire une solution pour chaque jeune en difficulté pour permettre leur insertion sociale et professionnelle et pour prévenir les dérives de la marginalisation, de la délinquance, de la radicalisation. Troisième axe : amplifier et accélérer la dynamique du renouvellement urbain qui doit favoriser la mixité sociale, j'y suis très attaché. Quatrième axe enfin : « faire ensemble », le partenariat est au cœur de notre action qui suppose d'associer pleinement les habitants des quartiers prioritaires. Vous allez arrêter votre programme de travail qui doit vous permettre dans un premier temps d'établir le rapport annuel de la politique de la ville pour 2015, j'y serai très attentif. Je tiens à ce que vous conserviez la qualité scientifique des travaux tels qu'ils ont été menés jusqu'ici. Si je ne devais m'autoriser qu'un conseil, ce serait de veiller à ce que le plus grand nombre puisse en profiter. En tout état de cause, je vous remercie pour votre engagement en faveur de la population des quartiers en difficulté. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/241.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/241.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2dff915a0c8f98a6f2059581019b9f209d9cf8dd --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/241.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Secrétaire d'État, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le chef d'état-major des armées, Monsieur le délégué général pour l'armement, Monsieur le secrétaire général pour l'administration, Mesdames et Messieurs, Au début de cette semaine, personne, au sein du ministère, ne pensait à Valfréjus comme à un défi de plus qu'il nous faudrait relever – pas même les 51 légionnaires du 2e Régiment étranger de génie, qui s'apprêtaient à effectuer là un nouvel entraînement. Lundi après-midi, cinq d'entre eux ont pourtant trouvé la mort dans ce massif des Alpes, emportés par une coulée de neige. Plusieurs autres ont été blessés. Nos pensées réunies vont bien sûr aux familles des victimes, comme à leurs camarades durement éprouvés par ce drame. J'étais hier à leurs côtés. Dans ces instants de recueillement, la Défense vérifie qu'elle est bien une communauté : c'est tout entière qu'elle souffre lorsque plusieurs des siens se trouvent frappés, dans le cadre de leur mission. Cet accident tragique renvoie la Nation à la réalité de l'engagement de ses armées. Celle d'un métier unique et grave, où le risque est réel, où l'enjeu aussi est grand, car il s'agit toujours de l'essentiel : s'entraîner pour mieux protéger nos concitoyens ; intervenir pour garantir la sécurité de la Nation ; mettre sa vie en jeu pour défendre celle des autres. L'engagement de ces hommes est d'autant plus digne d'admiration qu'ils étaient légionnaires. C'est-à-dire qu'ils avaient fait le choix, pour certains, de servir un pays qui n'était pas le leur. Le choix de protéger des hommes et des femmes auxquels les unissait seulement une communauté de vues et de valeurs. C'est bien sûr l'essentiel. Ils ont rejoint les trois soldats morts pour la France en 2015, au cours d'opérations extérieures, ainsi que les neuf militaires qui ont perdu la vie dans le drame d'Albacete, alors qu'ils réalisaient eux-mêmes un entraînement exigeant, qui les préparait à des missions difficiles mais essentielles pour la Nation. En ce début d'année, dans l'hommage que nous rendons à nos morts, je forme le vœu que nous puisions l'exemple et la force d'un engagement qu'il nous appartient de faire vivre dans tous les défis qui nous attendent. Mesdames et Messieurs, La Défense est un ministère où l'on compose toujours avec l'imprévisible, et où l'on n'abandonne jamais la gravité. C'est du reste le choix que nous avons fait, les uns et les autres ; celui qui nous rassemble dans une même aventure, par-delà nos fonctions et parcours respectifs ; celui qui nous place, collectivement, au plus près de la dureté d'un monde en crise, pour en préserver autant que possible notre pays. A cet égard, l'année 2015 a marqué un véritable tournant, tant dans la gravité des menaces qui se sont exercées à notre encontre, que dans les réponses, elles-mêmes exceptionnelles, que nous avons apportées à des situations en grande part inédites. Nous avons vu l'irruption, sur notre propre sol, d'un terrorisme militarisé d'inspiration djihadiste. Les attentats de janvier, puis ceux de novembre, ont touché notre pays en son cœur. Ils ont atteint, à travers les trop nombreuses victimes, notre communauté nationale dans ce qu'elle a de plus précieux : ses valeurs, qui font de la France un grand pays, son attachement à la liberté, une certaine joie de vivre aussi. Mais ces actes, inqualifiables, inspirés par une idéologie haineuse et barbare, ont aussi eu pour effet de rassembler les Français, qui ont répondu au chaos par la solidarité, à l'ignominie par la fraternité. Une fois de plus, notre Défense a montré l'exemple. Sentinelle de la Nation, à la demande du Président de la République, elle s'est portée partout où les circonstances l'appelaient. Dans les rues de France, pour protéger nos concitoyens à travers les lieux les plus sensibles. Au Levant, où notre engagement au sein de la coalition internationale contre Daech a été significativement renforcé, avec l'extension des frappes à la Syrie. Au Sahel, où l'opération Barkhane porte des coups décisifs à des groupes terroristes qui restent cependant agissants, comme l'attaque récente à Ouagadougou l'a tragiquement rappelé. Mais aussi en Centrafrique, où notre action de stabilisation porte ses fruits. Au Liban, où nos forces contribuent également à la stabilité d'un pays fragilisé par le gouffre géopolitique qui se trouve à ses frontières. Et partout ailleurs dans le monde où nos armées sont déployées, en faisant toujours honneur au drapeau qu'elles servent. Je n'oublie pas, à leurs côtés, toutes les forces vives du ministère, militaires et civiles, qui rendent possibles et accompagnent si bien les engagements de défense de la France. Qu'il me soit permis d'adresser ici un hommage particulier aux personnels du service de santé des armées, qui nous accueille ce soir au Val-de-Grâce. Que ce soit dans le quotidien de leurs missions, ou dans la gestion d'urgence de crises sanitaires, comme l'épidémie EBOLA ou les attentats de novembre 2015, à chaque fois, ils ont démontré leur excellence professionnelle et ce faisant leur très grande valeur. A tous les personnels du ministère, présents ce soir à travers vous, je veux donc exprimer ma reconnaissance personnelle, pour la réactivité, le dévouement, le professionnalisme, mais aussi le sang-froid et le courage dont ils ont fait preuve cette année encore. Plus que jamais, cette fierté qui est la mienne, est partagée par toute la Nation. Cette reconnaissance et cette fierté, cette intime conscience de l'importance cruciale des missions de nos armées, se sont concrétisées à plusieurs reprises en 2015. Dès le printemps, le Président de la République a ainsi pris une décision historique d'augmenter le budget de la Défense, validée par le Parlement à travers la LPM actualisée. Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, il a encore renforcé cette dynamique, avec l'annulation de toutes les déflations qui étaient encore prévues jusqu'en 2019, au profit des forces opérationnelles, de la cyberdéfense et du renseignement. 2015, enfin, restera dans les annales du ministère pour des raisons plus positives. Je pense en particulier aux résultats que nous avons obtenus à l'export. 16 milliards d'euros, avec notamment les premières ventes du Rafale. 16 milliards d'euros : c'est deux fois plus qu'en 2014 ; quatre fois plus qu'en 2012 ; autant dire que nous sommes sur une belle lancée... Au-delà du chiffre, qui est un record historique, il faut se réjouir de l'excellence de l'industrie française et des retombées sur notre économie, avec plusieurs dizaines de milliers d'emplois qui vont être non seulement sauvegardés mais créés. C'est, enfin, la validation d'une méthode, et la reconnaissance de l'excellence de nos armées, qui mettent en œuvre ces matériels sur tous les théâtres où elles sont engagées. 2015, bien sûr, restera comme une année terrible. Mais ma responsabilité, c'est de préparer l'avenir de notre Défense. C'est pourquoi, ce soir, je voudrais partager avec vous la vision que j'ai des grandes innovations qui nous attendent, et la manière dont je souhaite que nous y travaillions, tous ensemble. Lorsque nous évoluons dans un environnement stratégique et dans un contexte sécuritaire qui changent eux-mêmes à grande vitesse, lorsque nous sommes confrontés à un ennemi qui est lui-même mobile, inventif dans ses modes d'action, notre devoir est non seulement de nous adapter en permanence, mais de devancer ces évolutions, et pour cela de sortir des schémas convenus, de bousculer les habitudes établies. En un mot, de nous montrer novateurs, dans tous les domaines qui sont les nôtres. Réactifs et novateurs, il nous faut plus que jamais l'être sur le front de la lutte contre le terrorisme djihadiste. En opérations extérieures, notre posture s'adapte en permanence. Sur le territoire national même, nous devons tirer les leçons des premiers mois de l'opération Sentinelle. C'est le sens du rapport que je présenterai dans quelques jours au Parlement. Pour la première fois de manière explicite, nous nous attachons à définir une doctrine d'emploi des forces armées sur le territoire national. Innovation doctrinale. Innovation, bien sûr, dans le domaine industriel et capacitaire. Notre ministère se donne tous les moyens de préparer l'avenir. Grâce notamment à la qualité et à la capacité à innover des personnels de la DGA, il investit ainsi 3,6 milliards d'euros dans la R& D. Il finance des écoles qui forment les ingénieurs et les chercheurs de demain. C'est une nécessité assumée, car l'autonomie stratégique de la France est inséparable d'une excellence technologique, dont nous sommes les garants. Mais je crois que nous pouvons aller plus loin encore, et l'enjeu n'est pas ici quantitatif. L'excellence, surtout en matière d'innovation, ne se décrète pas. Elle peut même se perdre très vite. C'est le sens des choix que j'ai faits en décembre dernier, en accord avec mes collègues Emmanuel Macron et Thierry Mandon, concernant l'Ecole Polytechnique. C'est le sens du Pacte défense PME. C'est le sens de toutes les initiatives que nous sommes en train de prendre, pour préparer la Défense du futur, et je voudrais vous donner un aperçu de la manière dont de nouveaux enjeux technologiques, dont nous nous sommes saisis, vont transformer en profondeur nos concepts d'emploi opérationnel. Ainsi : - Dans le milieu aéronautique, les drones d'observation décuplent nos capacités de renseignement et d'action – mais nous n'en sommes qu'au début. Les théâtres d'opérations nous confrontent à des situations nouvelles – je pense en particulier à la question du « déni d'accès », qui peut remettre en cause notre liberté d'action aux endroits mêmes où nous sommes engagés. Dans ce cadre-là, certains de nos alliés ont déjà eu recours à des drones de combat, en faisant la preuve de leur efficacité. - Dans le milieu terrestre, la numérisation de l'espace de bataille est en marche, et le programme SCORPION que nous venons de lancer y prend toute sa part : les soldats, les véhicules, les capteurs, les effecteurs, seront tous connectés entre eux, avec des gains spectaculaires de rapidité et d'efficacité d'action. Nos soldats eux-mêmes seront mieux équipés, c'est-à-dire mieux protégés mais aussi augmentés dans leurs capacités physiques (grâce à la miniaturisation, à la robotisation ou encore aux exosquelettes). - Dans le milieu maritime, nous amorçons une modernisation majeure de la flotte navale : les sous-marins Barracuda sont attendus d'ici deux ans ; nous lançons les premiers travaux pour les SNLE de 3èmegénération ; nous travaillons à une nouvelle génération de frégates avec la FTI, alors même que les premières FREMM entrent en service. J'ajoute que la Marine n'est pas en reste en matière de connectivité de ses plateformes, ou de drones, notamment dans le domaine sous-marin. - Permettez-moi d'ajouter un quatrième milieu, celui du cyber, car il faut désormais le considérer comme tel. C'est un milieu à part entière, d'une complexité extrême, et qui voit actuellement des combats d'une ampleur, je dirais même d'une violence inouïe. « Matrix » n'est plus un film de science-fiction, nous y sommes. Nous devons à la fois sécuriser nos réseaux et nos données, trop souvent vulnérables. Mais nous devons aussi monter en puissance dans notre capacité à riposter dans l'espace numérique. Il y a quelques semaines encore, quelques personnes, avec peu de moyens, ont réussi à éteindre un réseau électrique dans un pays entier ! Combien d'armes conventionnelles faudrait-il mettre en œuvre pour obtenir un tel effet ? Que peut-on imaginer à l'horizon de dix ans ? Vous connaissez ma mobilisation personnelle sur ce sujet. Au cours de cette année, nous allons poursuivre notre effort financier, notre politique de recrutement, mais nous allons aussi renouveler notre doctrine. Cette année sera celle d'une nouvelle stratégie Cyber. Innovations, aussi, dans le domaine de la politique sociale du ministère. C'est le sens de la rénovation de la concertation, qui nous fait entrer dans un monde nouveau, qu'il convient d'aborder avec souplesse mais détermination, pour tirer toutes les opportunités des évolutions en cours. Evolutions liées à la mise en place d'un CSFM rénové, plus réactif et plus efficace. Evolutions liées à la création d'associations professionnelles nationales de militaires, qui seront de nouveaux acteurs du dialogue interne. Ces différentes évolutions sont majeures. Je continuerai de les suivre personnellement. S'agissant d'une autre innovation sociale, je veux parler du droit des militaires à se présenter à des élections locales, je souhaite que l'année 2016 permette de lancer, en lien étroit avec le Parlement, les travaux qui mettront en œuvre les décisions prises par le Conseil constitutionnel. La réserve militaire est un autre chantier majeur. Elle constitue déjà un renfort indispensable aux forces armées. Mais dans le contexte sécuritaire de 2016, nous devons relever un grand défi, celui de développer, considérablement, la capacité d'action de notre réserve opérationnelle. Au cours de cette année, c'est plus de 3500 jeunes réservistes supplémentaires qui vont être recrutés. L'objectif est clair : il est de déployer 1.000 réservistes en permanence pour la protection de nos concitoyens. Je souhaite, à cet égard, que notre ministère soit exemplaire, et qu'il favorise l'engagement de ses propres agents civils au sein de la réserve. A chacun de voir comment il peut s'engager ! Plus largement, nous devons améliorer le maillage territorial de la réserve, pour qu'elle intervienne au plus près des populations, et puisse devenir à terme une véritable Garde nationale. Et je voudrais saluer avec vous le rôle essentiel des personnels civils, mobilisés avec un engagement exceptionnel en soutien de nos armées. Il nous faut garantir la pérennité de leurs compétences, et valoriser au sein du ministère leur rôle indispensable et complémentaire de celui des militaires, au-delà du seul mot de « rééquilibrage » auquel il faut maintenant donner du sens. Innovations, encore, pour le Service de santé des armées. Dans le cadre de son projet de service, le SSA innove en faisant de la médecine des forces son nouveau centre de gravité, à côté d'une composante hospitalière adaptée aux justes besoins des armées, mais aussi plus ouverte sur son environnement civil. Le Service connaît par ailleurs une révolution numérique, avec par exemple ici, au Val de Grâce, une plateforme pédagogique numérique, pour diffuser l'enseignement autrement, et améliorer toujours la qualité du soutien médical dispensé à nos forces. Dans le domaine international, je souhaite que nous soyons dans une même démarche novatrice. C'est par exemple ce que nous avons fait, le 17 novembre dernier, en saisissant nos partenaires européens au titre de l'article 42.7 du Traité de l'Union européenne. L'Europe de la Défense peut avancer ainsi, concrètement, à travers l'ambition d'une autonomie stratégique européenne. C'est aussi de cette manière que nous pouvons répondre à la demande croissante de sécurité que les citoyens européens nous adressent. Dans un environnement bouleversé, où les enjeux de coopération sont plus importants que jamais devant des menaces graves qui peuvent être communes, les chantiers sont nombreux. Et c'est aussi pour mieux les aborder que le ministère peut désormais s'appuyer sur une direction générale des relations internationales et de la stratégie. Nous devons notamment travailler à faire évoluer l'opération EU NAVFOR MED Sophia, qui montre actuellement ses limites en agissant uniquement dans les eaux internationales. Il lui faut pourtant agir dans les eaux territoriales libyennes, dès que ce sera possible. Nous devrons par ailleurs continuer d'accompagner les pays qui comptent sur la force de stabilité que représente la France. C'est le cas de la Centrafrique, où la transition avance avec des élections en cours. C'est le cas du Sahel. Face aux attaques djihadistes et à la radicalisation dans de nombreux pays ouest-africains, nous devons rester mobilisés et inventifs pour proposer à nos partenaires des solutions à leur mesure, pour répondre à leurs besoins sécuritaires. Cela a été l'une des thématiques les plus riches de la deuxième édition du Forum de Dakar en 2015, que nous comptons alimenter avec nos partenaires sénégalais en vue du prochain forum, en 2016, mais aussi l'un des objectifs du sommet de Lomé dont nous espérons qu'il pourra se tenir en mars prochain. Nous devons plus largement rénover notre politique de coopération militaire, afin de renforcer encore l'impact de nos actions destinées à soutenir des pays amis, comme la Tunisie ou le Liban, contre le terrorisme. La lutte contre le terrorisme extrémiste en Syrie et en Irak se poursuivra en 2016 en vue de priver Daech et les autres groupes radicaux de leurs bases et de leurs ressources. C'était l'objet de la réunion aujourd'hui même, à Paris, avec Ashton Carter et mes principaux homologues européens ainsi qu'avec mon homologue australienne. En Libye, le chantier est également vaste, face aux errements des milices et des groupes radicaux qui doivent renoncer à la lutte armée pour accepter l'autorité d'un gouvernement d'union nationale. Ce sont là, parmi de nombreux autres, quelques-uns des chantiers que nous trouverons en 2016, dans un monde renouvelé, mais qui ne doit pas nous faire peur. Si, dans ces temps troublés, devant tous ces enjeux, l'esprit d'innovation est bien l'une des clés de nos réussites futures, le sens du collectif en est, plus que jamais, la condition première. En un sens, l'unité du ministère n'a jamais été aussi assumée. Désormais regroupés à Balard, les états-majors et les services centraux du ministère expérimentent de nouvelles manières de travailler ensemble, dans le sens d'un décloisonnement et d'une plus grande efficacité collective. Dans le même temps, la réalité de la menace, qui cible la France au plus loin de ses frontières comme au plus près de nos foyers, nous oblige à penser, plus que jamais dans un même mouvement, l'action de nos forces partout où elles sont engagées. En n'oubliant jamais que les réussites de la Défense mobilisent toutes les énergies, et en saluant à nouveau l'engagement exceptionnel des hommes et des femmes de la Défense, qu'ils soient civils ou militaires, d'active ou de réserve, je forme le vœu que cette année encore nous trouve unis autour des grands enjeux de notre Défense. Et ce sentiment d'unité, je veux aussi le construire sur du concret. Veiller au bien-être de nos armées, c'est aussi ma préoccupation personnelle et je le revendique. Lors de ses vœux aux armées, le Président de la République m'a demandé de préparer un plan d'amélioration de la condition du personnel militaire à la hauteur de notre niveau d'engagement en opérations, intérieures comme extérieures. L'enjeu, c'est de répondre à certaines situations difficiles rencontrées par nos soldats. Mais il est aussi de valoriser leur engagement, de renforcer l'attractivité de nos armées, tout en garantissant leur efficacité opérationnelle, car la condition militaire y concourt directement. Les travaux sont d'ores et déjà engagés. Les propositions qui me seront remises pourront concerner des compensations financières ciblées ; elles devront bien sûr poursuivre l'amélioration des conditions de vie et d'exercice de leur métier offertes aux militaires (je pense en particulier à ceux engagés dans l'opération Sentinelle) ; elles devront encore porter sur les dispositifs d'accompagnement des familles, ou bien la question des permissions accordées à nos personnels qui sont pour certains engagés sans relâche. Nous le devons à cet engagement. Notre force, je l'ai dit en commençant, est d'être une véritable communauté. Au sens large, et j'y associe les réservistes, les familles de nos militaires qui en partagent l'engagement, mais aussi nos partenaires industriels, les grands groupes comme les PME, et tous les amis de la Défense., J'ai l'habitude de parler d'équipe France des exportations de défense. Je crois que cette équipe-là a fait ses preuves, mais aussi que d'autres buts l'attendent. Ce soir, c'est une équipe un peu plus large que je voudrais évoquer. Chacun y a sa place. Chacun de nos concitoyens, d'ailleurs, peut se reconnaître dans la mission portée par notre Défense et y apporter toute sa contribution, par la réserve notamment. Ce rassemblement qui est plus que jamais nécessaire celui de la Défense, celui des Français autour de ses armées, c'est enfin celui que nous concrétiserons à l'occasion de grandes commémorations, avec le centenaire des batailles de Verdun et de la Somme. Le Secrétaire d'Etat aux Anciens combattants et à la Mémoire, Jean-Marc TODESCHINI, y travaille ardemment, pour que la réunion, sur notre sol, de nos alliés et ennemis d'hier, qui sont nos partenaires aujourd'hui, soit porteuse d'espoirs au présent. En honorant le souvenir de ces millions de Français, d'Européens, nos aînés, dont les vies ont été à jamais bouleversées par la guerre, nous entendrons aussi leurs voix, les messages qu'elles portent au présent. Celui de la paix et de la sécurité, celui de la solidarité européenne, qui s'imposent plus que jamais à nous. Mesdames et Messieurs, Ce soir, nous avons une pensée pour chacun de nos soldats, engagés en opérations, dans les rues de France, dans le désert sahélien, dans le ciel syrien, dans le golfe arabo-persique, dans les abysses des océans ailleurs encore. Ils font la fierté de la France. Ils sont la raison de notre action. Tous ici, nous partageons leur combat. Leur vocation est la nôtre. Elle nous réunit ce soir, elle nous rassemblera encore tout au long de cette année : servir notre pays, protéger nos concitoyens, défendre nos intérêts de sécurité, porter haut les valeurs de la France. En formant le vœu que cette année illustre à nouveau la valeur de notre Défense, je vous souhaite, à vous ainsi qu'à tous vos proches, une excellente année 2016. Vive la République ! Vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/242.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/242.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3588fd83aa3b63a4905616d4cd36b30979148454 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/242.txt @@ -0,0 +1 @@ +En consacrant un colloque à la radicalisation, vous opposez la pensée à la terreur, et vous vous montrez dignes de notre héritage humaniste. Vous aviez déjà répondu présents avec un premier colloque sur ce thème en mai 2015, et vous répondez à nouveau présents, un an après ce mois de janvier 2015 qui a vu la France endeuillée, et deux mois à peine après les attentats de novembre. Car face à la violence et au chaos du monde, une double exigence s'impose à nous : celle de l'action et celle de la réflexion. Ces deux exigences ne s'opposent pas. Elles sont profondément liées. Penser, c'est s'arracher à la sidération de l'horreur, à la passivité. Penser, c'est se donner, comme vous le dites fort bien, les moyens d'agir. La recherche ouvre ainsi le champ d'une action possible. Chercheurs et enseignants-chercheurs, vous le savez mieux que personne : c'est l'élaboration d'une distance qui façonne vos objets d'études. Et l'une des premières questions que s'est attachée à résoudre la sociologie est précisément : "comment étudier une société dont on fait soi-même partie" ? La pensée est donc une exigence qui nous honore. Loin de détourner les yeux, vous vous confrontez aux défis d'aujourd'hui. Appuyés par une méthodologie rigoureuse, vous vous emparez du réel dans un effort de compréhension dont témoigne le colloque d'aujourd'hui. Les attentats de novembre, comme ceux de janvier, appellent donc autant une réponse ferme - celle de l'État - que des réponses - celles de la recherche. Car devant de tels actes, la tentation est grande de se dire : « Ce sont des monstres qui ont fait cela. » Pourtant, nous savons bien qu'en réalité, ce sont des êtres humains qui ont accompli des actes monstrueux. Ce qui n'est plus tout à fait la même chose. Et apparaît alors, dans cette contradiction, la nécessité de la pensée et de la recherche. Il faut alors se tourner vers ce processus qui conduit des humains à agir de la sorte : la radicalisation. En comprendre les modalités constitue une première étape vers une action efficace et durable. Car si toute politique doit tenir compte de la réalité, celle-ci ne se donne jamais simplement. L'histoire de la pensée est jalonnée de textes qui nous le rappellent : les choses sont toujours plus complexes qu'on ne le pense. Accepter cette complexité, l'appréhender par la recherche, c'est se donner les moyens d'apporter aux problèmes qui sont les nôtres des réponses pérennes. Voilà pourquoi la recherche est un appui essentiel pour les femmes et les hommes politiques : car l'action ne saurait s'envisager sans la pensée. Mais pour s'élaborer, la pensée a aussi besoin d'une action politique cohérente dans le domaine de la recherche. Avec la mesure n°10 du grand plan de mobilisation pour les valeurs de la République, Thierry Mandon et moi-même avons mis en place des actions favorisant une meilleure articulation entre les différentes recherches sur la radicalisation, une plus grande valorisation de celles-ci et surtout un renforcement des travaux qui lui sont consacrées. La complexité même du phénomène, la diversité de ses enjeux et de ses aspects, nécessitent d'ailleurs une démarche interdisciplinaire. J'évoquais hier, à l'occasion d'un déplacement sur la sécurité et le climat scolaire, l'importance de croiser les regards. Il en va de même dans la recherche d'aujourd'hui. Nous avons besoin des regards croisés des différentes disciplines ne serait-ce que par la diversité des voies par lesquelles s'opère la radicalisation, et je pense que sur ce point la table ronde que vous consacrez à la relation entre les trajectoires individuelles et collectives sera éclairante. En effet, on trouve aussi bien des cas de radicalisation par la prison, avec des logiques de groupes, mais aussi des radicalisations dans l'apparente solitude d'une chambre, devant l'écran d'un ordinateur. Et cela met en jeu d'autres processus. Une multiplicité de points de vue et de disciplines est donc nécessaire. Or dire "nous avons besoin d'interdisciplinarité" ne suffit pas : il convient de lui donner des outils, des lieux et des structures communes pour qu'elle puisse se concrétiser. Je salue donc les initiatives conduites dans ce domaine : à la fois la cartographie des forces de recherche par Athéna - l'Alliance thématique nationale des Sciences humaines et sociales - mais aussi le site Géo-confluences de l'ENS de Lyon, ou la Fondation de la Maison des Sciences de l'Homme qui a recensé ses initiatives sur le sujet. À notre demande, l'ANR a renforcé le soutien aux travaux relatifs à la radicalisation dans les sociétés contemporaines, avec, dès 2016, un axe dédié dans son appel à projets générique. Nous avons aussi agi à une échelle internationale : la radicalisation n'est pas un problème franco-français. Les récents événements nous l'ont suffisamment rappelé. Nous avons donc, au niveau européen, orienté les financements de la recherche vers ces thématiques, en favorisant la constitution de réseaux de chercheurs européens : je pense notamment à l'engagement français dans le consortium européen Radicalisation Awareness Network. Nous avons aussi demandé, en partenariat avec l'Allemagne, un appel à projets dédiés dans la programmation européenne H2020, demande qui a obtenu une réponse favorable. Agir pour la recherche, c'est aussi se donner les moyens de renforcer les domaines dans lesquels nous avons des manques. C'est le sens de l'annonce fort bienvenue du président de la République d'augmenter les moyens de l'ANR pour dynamiser notre potentiel de recherche. Je songe notamment à l'islamologie, qui joue pourtant un grand rôle dans certaines entreprises de déradicalisation, parce qu'elle favorise une connaissance rationnelle et scientifique de l'islam qui arrache la religion au seul discours religieux pour en faire un objet de connaissance. Enfin, il existe un dernier axe d'action qui est, à mes yeux, essentiel : éclairer le débat public. C'est d'ailleurs un point important de la mission que nous avons confiée à Alain Fuchs le 25 novembre dernier. Faire connaître vos travaux, c'est arracher la recherche à une invisibilité qui non seulement ne rend pas justice à l'extraordinaire travail que vous accomplissez jour après jour, mais qui en plus l'empêche d'avoir l'influence qu'il mériterait. Nous sommes en effet aujourd'hui face à un paradoxe : nombreux sont les travaux accessibles en ligne, que ce soit sur les sites de vos institutions ou dans les revues en ligne. Pourtant, tout ce savoir à portée de clic est rarement consulté au-delà des cercles universitaires. Certains me diront que l'on ne peut rien y faire. Qu'il en a toujours été ainsi. Et qu'au siècle des Lumières comme à la Renaissance, les best-sellers n'étaient certainement pas les œuvres auxquelles nous sommes tant attachés aujourd'hui, et qui ont fait de nos sociétés ce qu'elles sont. Sans doute. Je ne peux pourtant m'empêcher de penser qu'une autre voie est possible. Et davantage encore, qu'elle est nécessaire. Parce que le risque est grand, aujourd'hui, de voir les illusions des solutions simplistes l'emporter sur une approche réfléchie et rigoureuse, seule susceptible d'apporter, aux défis présents, des réponses durables. Dans une société où le temps s'est encore accéléré, le temps long, qui est celui de la recherche et de l'étude, est un bien précieux. La recherche n'est pas un luxe ! C'est un besoin. Mieux diffuser la recherche, mieux l'expliquer aussi, est donc un enjeu majeur : il nous faut agir dans ce domaine, en assumant nos responsabilités respectives, et c'est tout le sens de la mission d'Alain Fuchs que d'élaborer des propositions allant dans ce sens. Et en évoquant la responsabilité, je tiens à rappeler, devant vous, que l'École prend aussi les siennes devant la radicalisation. Au lendemain des attentats de janvier, comme au lendemain de ceux de novembre, les regards se sont assez rapidement tournés vers l'École. Certains étaient portés par la conviction que l'école avait un rôle à jouer, et pouvait être une partie de la solution. Mais d'autres étaient des regards de reproches : comment l'École a-t-elle pu laisser faire ça ? Dans les deux cas, ce qui animait ces regards, c'était le sentiment d'une responsabilité particulière de l'École. Ces regards se sont parfois avérés difficiles à supporter. Et si, en tant que ministre de l'Éducation Nationale, j'ai lancé une mobilisation de l'École pour la défense des valeurs de la République, j'ai aussi toujours tenu à ce que l'on ne fasse pas peser sur l'École, et en particulier sur les enseignants, une responsabilité démesurée. Je suis fermement convaincue que l'École peut beaucoup. Mais je crois aussi qu'il est important de rappeler que l'École ne peut pas tout. Il est humain de rechercher des causes, lorsque des événements traumatisants surviennent. Mais il est injuste de faire peser, sur l'École, des responsabilités qui ne sont pas les siennes. Tel a été le sens de l'action que j'ai menée s'agissant de la radicalisation. Agir, à notre échelle, dans le respect des compétences de chacun, sans jamais faire peser sur les personnels un rôle qui n'est pas le leur. Notre action dans ce domaine s'est déployée de différentes façons. Par la prévention, en faisant passer un certain nombre de messages au sein de nos établissements, et éveiller ainsi l'attention des personnels et des élèves. Dès janvier 2015, j'ai demandé à ce qu'un livret consacré à la radicalisation soit diffusé auprès des personnels. En février 2015, dans un courrier adressé aux recteurs, j'ai appelé les personnels à une attention particulière envers des élèves en risque de désaffiliation ou de déshérence. Il ne s'agit bien entendu pas de tomber dans la paranoïa. Ni dans une délation généralisée. Mais dans une vigilance, qui permet, au cas où, de signaler un élève en danger aux services concernés. Le repérage est une mission de l'ensemble des personnels de la communauté éducative, et je tiens à insister sur ce point. Les enseignants sont concernés, car ils connaissent les élèves, et peuvent observer des évolutions de comportement ou des prises de positions qui évoluent, et qui sont autant de signes possibles d'une dérive. Mais il y a aussi les CPE, qui voient les élèves en dehors des cours. Et les personnels sociaux, aussi, qui suivent les trajectoires des élèves en difficulté. Les directeurs d'établissements et les surveillants, tous ont un rôle à jouer. Pour les accompagner j'ai structuré un réseau de référents radicalisation dans chaque département et dans chaque académie. Aux côtés des préfets, des procureurs, des travailleurs sociaux, ils jouent pleinement leur rôle pour aider à la prise en charge de ces jeunes en voie de radicalisation. Ils accompagnent aussi les équipes qui, parfois, s'interrogent tant ces situations sont difficiles à cerner, à comprendre, à appréhender. Nous avons également développé des formations qui grâce à vous, à vos recherches, évoluent en fonction des éclairages nouveaux que vous apportez. Prévenir, repérer, prendre en charge, former, et rechercher : l'action du ministère dans ce domaine forme un ensemble cohérent, auquel chacun apporte sa contribution. Oui, à un phénomène aussi préoccupant que la radicalisation, il fallait apporter une réponse appropriée, et maintenir un juste équilibre entre l'aveuglement et la paranoïa. Mais je n'oublie pas que l'Ecole agit contre la radicalisation surtout par la poursuite de la mission qui lui est propre : former des citoyens autonomes, instruits et éduqués. Elle est aussi, c'est un thème que vous allez d'ailleurs aborder, un creuset de la citoyenneté, et un lieu important pour renforcer le sentiment d'appartenance à la République. A l'annonce de l'identité des terroristes, certains nous ont dit : regardez ce que sont devenus ceux qui sont passés par l'École ! Mais une telle réaction occulte un autre fait, qui, par définition, est incommensurable : le nombre de ceux, qui, sans l'École, se seraient radicalisés. L'École n'a ni remède miracle, ni formule magique. Si l'élève, au fil de son parcours, acquiert des savoirs, des compétences et des connaissances, ce n'est pas sous l'effet d'une métamorphose soudaine, mais grâce au travail quotidien des enseignants. Alors, oui, remplir une telle mission est plus lent, plus laborieux, plus difficile, plus décourageant parfois que les injonctions simplificatrices et les « il n'y a qu'à ». Mais cela est aussi plus galvanisant, plus libérateur et plus ambitieux. Plus humain, en somme. Voilà pourquoi nous avons tant besoin aujourd'hui de redonner toute leur place aux réponses qui sont celles du savoir, de la culture et de la connaissance, qui sont celles, à la fois, de l'École, de l'Enseignement Supérieur, et de la Recherche. Pour ces trois institutions, 2015 a été une année éprouvante. Une année de deuil, aussi. Les universités ont en effet payé un lourd tribut aux attaques de novembre dernier. Aussi, il n'est pas évident, dans un tel contexte, de vous adresser, à vous et à vos proches, mes meilleurs vœux pour 2016. Néanmoins, les crises que nous traversons ne doivent pas obscurcir nos esprits. Rappelons-nous de ce qui nous rassemble, et ce qui fait notre force. Dans les crises passées, la France et l'Europe ont su trouver les ressources pour innover, avancer, et défendre les savoirs, la culture, les connaissances. Elles ont su forger un humanisme « de combat », qui croit au progrès humain, à la recherche, et aux études. Dans le contexte douloureux qui est le nôtre, ne laissons pas les paroles de nos chercheurs résonner dans le vide. Que le silence n'occulte pas l'importance de vos travaux. Ce colloque leur offre une véritable caisse de résonnance. Mais son écho doit perdurer bien au-delà. La recherche et l'actualité sont parfois considérées comme contradictoires. Pourtant, votre regard sur les défis présents est essentiel. Voilà pourquoi je conclurai simplement en disant que, dans cette époque troublée, n'en déplaise à Hegel, nous n'avons pas le loisir d'attendre la tombée de la nuit, pour voir s'envoler l'Oiseau de Minerve. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/243.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/243.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8e687903d3d09de1164bd4ee2468eadfaf3cc3cd --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/243.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, Messieurs, « Les actes et menaces racistes, antisémites et anti-musulmans ont enregistré une hausse globale de 22% en 2015 par rapport à 2014, avec 2032 actes et menaces contre 1662 en 2014. » Ainsi commence le communiqué publié hier par le Délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. La possibilité de la co-existence pacifique d'individus qui croient et qui ne croient pas, qui sont de confessions diverses, est mise en cause à double titre : - de manière tragique, spectaculaire, radicale par l'action terroriste ; - de manière insidieuse, lente, redoutable, par la montée du racisme et de l'antisémitisme. Il s'agit là d'un poison lent auquel il est urgent d'apporter un antidote, une riposte républicaine. Cette remise en cause ne se traduit pas nécessairement par une idéologie structurée, une volonté farouche de faire du mal à l'autre, de le rejeter. Il peut s'agir aussi d'une déstructuration de la pensée et du savoir, une perte de confiance dans l'action publique. L'année 2015 aura été le révélateur de toutes les tensions qui traversent notre pays à propos de ce qui en fonde l'identité depuis plus de deux siècles : la République. Au cœur de ces tensions, il règne une grande confusion mentale et morale : Qu'est-ce qui est grave ? Que vaut la vie ? Quelle différence entre le racisme et le blasphème ? Entre la satire et l'incitation à la haine raciale ? Entre le premier et le second degré… Cette confusion se pose avec une acuité inédite. Elle est le terreau des idéologies réactionnaires, que le Gouvernement combat : stigmatisation de l'homosexualité, refus de l'égalité des sexes, xénophobie, dénonciation des droits de l'homme… 2015, c'est à la fois le bruit assourdissant des armes et le malaise profond causé par les silences. Bernard Cazeneuve et Jean-Yves le Drian s'occupent du bruit des armes ; je veux répondre aux silences. Je ne crois pas que les jeunes soient moins attachés à la République que leurs aînés. Les adultes d'aujourd'hui sont les jeunes d'hier… En revanche, il est vrai que beaucoup se joue dans la formation intellectuelle et morale des individus au moment de l'adolescence. Donc oui, la défense des valeurs républicaines et de la laïcité intéresse le Ministre de la jeunesse. Dire que l'intolérance et la radication seraient l'apanage des quartiers relève également d'un fantasme. Pour autant, il fait peu de doutes que ces quartiers concentrent comme nul autres, les difficultés sociales, urbaines, et que leurs habitants peuvent légitimement ressentir une forme d'abandon de la part de la République. Cette République dont la promesse suscite l'espoir et l'action bien trop souvent la déception. Dans ces conditions, on comprend que les discours de défiance trouvent prises. Alors oui, la défense des valeurs républicaines et de la laïcité intéresse le Ministre de la ville. Face à ce défi immense, le cœur de la réponse, c'est de renforcer la présence des adultes. Renforcer la présence adulte, c'est en augmenter le nombre. C'est l'objet de notre new deal avec les associations, l'augmentation de leurs crédits pour retrouver le niveau de 2008, le plan citoyens du sport et le recrutement de 400 éducateurs. Renforcer par la présence adulte, c'est en étendre les horaires. Quand le service public est en retrait, notamment le soir et le week-end, d'autres doivent prendre le relais pour que jamais ce ne soient les prédateurs qui s'imposent. Et renforcer la présence adulte, c'est en améliorer la formation. Le plan national de formation aux valeurs de la République et de la laïcité a été décidé par le Comité interministériel pour l'égalité et la citoyenneté du 6 mars 2015. Il vise à former 10 000 professionnels de terrain en 2016 et 2017 à ces questions essentielles. Ce kit de formation est le fruit d'un travail d'élaboration et de concertation associant nombre de partenaires. Je tiens à saluer tous ceux qui y ont contribué, les membres du groupe de travail, les membres du comité de rédaction, les experts, les personnes auditionnées et le CGET, Sylvie Roger qui en assuré la coordination. Ce kit de formation est très grande qualité, à la fois pédagogique et pratique ; j'ai particulièrement apprécié les quizz proposés sur la laïcité à partir d'exemples très concrets. A l'issue de cette formation, demain, vous serez en mesure de former des formateurs régionaux qui eux-mêmes formeront des formateurs territoriaux, lesquels formeront les professionnels de proximité au contact de la population. C'est une chaîne vertueuse qui permettra de promouvoir concrètement les valeurs de la République sur le terrain. Dans votre département, Monsieur le Préfet, ces formations s'inscrivent pleinement dans votre plan d'action de « diffusion des valeurs de la République » qui comprend deux autres axes sur le soutien aux initiatives locales en particulier associatives et sur la mobilisation de l'ensemble des formes d'engagement citoyen, je pense surtout au service civique. J'ai rencontré au centre social « La Clairière » juste avant de vous rejoindre deux jeunes en service civique et j'ai apprécié dialoguer avec eux. Rôle des adultes dans les quartiers, contact avec les jeunes Les valeurs de la République La laïcité est mal connue, parfois mal comprise. C'est le droit de croire ou de ne pas croire ; c'est la liberté de conscience, c'est la liberté de culte et c'est la neutralité de l'Etat, du service public. Les attentats de 2015 et réactions des jeunes et de la population La prévention de la radicalisation : autres formations, plan d'actions dans chaque contrat de ville Monsieur Jean-Jacques DUFFOURC, Directeur de l'INSET de Nancy, je tiens tout d'abord à vous remercier vivement d'accueillir depuis trois jours cette formation aux valeurs de la République et à la laïcité dans votre centre et de m'avoir permis de vous rendre visite, d'avoir participé même brièvement avec l'un des trois groupes à l'une session pédagogique. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/244.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/244.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7d4c3a338ce29645770301b3ac8e76774406388b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/244.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je ne suis pas sûr que l'on regrette beaucoup l'année 2015… Deux séries d'attentats d'une violence inouïe, inédite. 2015 a été une année douloureuse pour les Français et particulièrement pour ceux qui ont les valeurs républicaines chevillées au corps. Pour reprendre les très beaux mots du Président de la République aux Invalides, le 27 novembre 2015 : après avoir enterré nos morts, il faudra réparer les vivants. En même temps, face à l'horreur du terrorisme, face à la montée inquiétante de l'extrême-droite, il est des raisons d'espérer. Les Français se sont rassemblés nombreux en janvier 2015 pour manifester leur attachement à la liberté. Ils n'ont pas cédé aux stigmatisations haineuses. Il y a pu avoir des tensions ici ou là, mais les Français sont restés dignes dans l'épreuve. Et sur le terrain politique, quand l'extrême-droite a été en passe de l'emporter, ils se sont mobilisés, comme ils s'étaient mobilisés en 2002, pour dire : « non ». Il ne s'agit pas de nier les difficultés, de détourner le regard d'évolutions ô combien préoccupantes. Au contraire. Nous devons relever les défis qui sont devant nous, mais avec la conscience que nous en sommes capables. J'estime que ces défis sont au nombre de trois. Premier défi : le défi social. Il est le défi historique de la famille politique à laquelle j'appartiens et dont je revendique fièrement l'appartenance. Les victoires obtenues à chaque époque n'ont pas épuisé le besoin de justice. Depuis plusieurs années, la pauvreté gagne du terrain dans la jeunesse. Le chômage des moins de 25 sape l'idée de progrès, c'est-à-dire l'idée selon laquelle chaque génération vit mieux que la précédente. En 2015, une politique massive de soutien à l'emploi a permis de faire baisser de 25 000 le nombre de jeunes chômeurs. Mais l'ampleur du phénomène nous oblige à faire mieux encore en 2016. Si les bonnes prévisions économiques se confirment, les jeunes en profiteront, c'est certain. Mais pour ceux qui sont particulièrement démunis en termes de diplômes, d'expérience, de réseau, l'intervention de la puissance publique reste nécessaire. Nous travaillons donc à proposer 150 000 solutions de formation ou d'insertion aux 150 000 jeunes décrocheurs. Par ailleurs, je tenais à préciser l'annonce faite par le Président de la République il y a quelques jours, concernant l'aide à l'embauche dans les entreprises de moins de 250 salariés, à savoir une prime de 2000 euros par emploi créé : cette prime vaudra aussi pour les associations. C'est une bonne nouvelle pour la vie associative et c'est une bonne nouvelle pour les jeunes qui montrent un intérêt certain pour travailler dans l'économie sociale et solidaire, et tout particulièrement dans les associations. Je me réjouis aussi que, depuis le 1er janvier, une nouvelle aide aux travailleurs modestes ait vu le jour et qu'elle concerne les jeunes dès 18 ans. La prime d'activité va apporter un complément de revenu de l'ordre de 130 euros pour une personne seule à des gens qui en ont bien besoin. Faites-le savoir autour de vous : il faut que toutes les personnes, quel que soit leur statut, qui gagnent environ le SMIC se rapprochent de leur CAF pour bénéficier de cette aide. Le défi social, c'est aussi de mettre fin à la logique de ghetto. Aujourd'hui les inégalités territoriales sont criantes. Dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, le chômage est souvent le triple de la moyenne nationale. Contre la ghettoïsation, nous devons mener une action déterminée de mixité sociale. Cette mixité passe prioritairement par le logement et pour cela, nous disposons d'un outil : c'est la loi SRU qui impose la construction de logements sociaux dans toutes les communes. Trop d'élus se sont mis en faute par rapport à cette obligation. Alors depuis plusieurs mois, je fais le tour de France des communes qui présentent les carences les plus importantes et les moins justifiées en logements sociaux pour convaincre les élus d'agir, et pour donner les moyens aux Préfets d'intervenir le cas échéant. Contre la ghettoïsation, nous avons lancé un nouveau programme de renouvellement urbain. 20 milliards de travaux pour changer le visage des quartiers, embellir, rénover, dé-densifier, apporter les équipements manquants. Je veux voir les grues se multiplier en 2016. Nous avons pris des décisions importantes, mis des moyens, mobiliser les acteurs ; l'encre doit maintenant laisser la place au béton. De la même manière, nous avons désormais signé l'ensemble des contrats de ville. 435 contrats qui associent l'Etat, les collectivités locales à l'échelle intercommunale, et les principaux acteurs de la politique de la ville autour d'engagements communs. 2016 sera l'année de mise en œuvre de ces engagements. Ceux-là reposent sur trois piliers : la cohésion sociale, le renouvellement urbain et le développement économique. Cette dernière dimension a été trop négligée par le passé. Or, nous ne mettrons fin à la ghettoïsation que si les territoires concernés développent leur potentiel économique. Il ne se s'agit pas d'attirer des entreprises qui se moquent du territoire, mais de miser sur les forces en présence. Elles sont nombreuses. Dans les quartiers prioritaires, on crée deux fois plus d'entreprises qu'ailleurs. Mais on en ferme aussi deux fois plus. Nous mettons donc des moyens pour accompagner cet appétit d'entreprendre et faire en sorte qu'il débouche sur des activités pérennes. C'est notamment l'objet de l'agence France entrepreneurs qui a vu le jour fin 2015. Le défi social, c'est enfin de lutter contre les nouvelles formes de l'injustice. L'une de celles-ci est la discrimination. La discrimination est le nom que l'on a donné aux inégalités fondées sur l'origine. La couleur de peau, la consonance du nom, sont des éléments de votre identité qui peuvent vous coûter cher : les noms et les visages qui évoquent l'Afrique ont 6 fois moins de chance de trouver un travail. Le Gouvernement finance un testing de grande ampleur pour dévoiler ces inégalités de traitement dans le domaine de l'emploi. Le Premier Ministre lui-même recevra les entreprises testées à l'issue de la démarche. Nous allons en outre renforcer la loi dans ce domaine de la lutte contre les discriminations. Ce sera l'un des volets de la loi qui sera présentée au conseil des Ministre mi-mars. Deuxième défi : le défi démocratique. La défiance à l'égard des institutions s'est installée dans bien des esprits, et parfois pas sans fondement, il faut le reconnaître. Ces institutions qui sont censées nous tenir ensemble, garantir notre cohésion, sont aujourd'hui délégitimées. Parce que l'on doute de la parole et de l'action politiques. Parce que les politiques publiques semblent compliquées et faites pour d'autres. Parce que chacun, à des degrés divers, a eu affaire à une administration qui avait négligé l'humain du fait des procédures. Parce qu'on a l'impression que le monde politique fonctionne en vase clos, loin des préoccupations quotidiennes des citoyens. Ces situations et représentations banales rongent la société française. Nous devons nous attaquer à chacune, sans attendre. Contre le discrédit de la parole politique, nous devons poser des actes. Un seul exemple : la République. Elle est invoquée, convoquée, à chaque discours, chaque prise de parole, et quel que soit le camp qui parle. Au final de quoi parle-t-on ? Nos principes fondamentaux : liberté, égalité, fraternité, auxquels on pourrait ajouter laïcité, s'en trouvent-ils renforcés ? La République a besoin de contenu et de réalité. Il faut dire plus clairement quelle République nous voulons, ce que nous entendons par égalité, ce qu'implique la laïcité. Et cela doit se traduire concrètement. C'est ainsi qu'après les attentats de janvier, le Premier Ministre a réuni le Gouvernement sous le signe de l'égalité et de la citoyenneté avec pour exigence de se fixer un programme d'action. Ce programme d'action est évalué et nous faisons un point tous les 6 mois pour voir ce qui avance et ce qui coince. Les mesures qu'il comporte sont des mesures qui ont directement à voir avec la vie de nos concitoyens, en particulier ceux qui vivent dans les quartiers prioritaires : Moyens de l'éducation renforcés, crédits aux associations augmentés, soutien aux médias de proximité, aide à la maîtrise de la langue, encouragement à la pratique sportive des jeunes filles… Contre le sentiment que les politiques publiques ne s'adressent pas à nous, nous devons promouvoir leur universalité. Nous avons trop segmenté, trop sophistiqué, les dispositifs publics. Ils sont devenus pour une part illisibles. Je plaide pour rationaliser ces dispositifs, notamment pour ce qui relève de mes responsabilités, ceux qui s'adressent à la jeunesse. J'aimerais que sur quelques piliers essentiels pour bâtir sa vie je pense à l'emploi, au logement, à la santé, à la mobilité, à la citoyenneté, on puisse proposer à la jeunesse des réponses uniques, simples, efficaces. C'est le sens de la généralisation du service civique et de la mise en place d'une caution locative pour les étudiants. Faire simple… Oui, l'action publique en a besoin. Nous devons repenser les relations entre l'administration et les citoyens. Trop de procédures, trop de papier, ont fini par perdre les citoyens et par noyer les agents publics. Dans l'intérêt de tous, nous avons engagé un « choc de simplification » qui se poursuit et qui s'étend. Avec des règles simples comme celle qui consiste à dire que si l'administration ne répond pas, cela ne signifie plus un refus mais une acceptation. Ça change complètement la donne. Dans cette logique, nous faciliterons considérablement l'accès à l'information des jeunes en 2016, notamment avec la mise en place d'une "Boussole des droits", outil numérique unique dédié à la jeunesse et à ses problématiques. J'aimerais également que les différents réseaux coopèrent davantage pour informer et accompagner les jeunes dans leurs démarches. Autre enjeu démocratique : associer les citoyens aux décisions qui les concernent. C'est vrai dans tous les domaines. Pour la politique de la ville, les habitants sont désormais systématiquement impliqués par le biais des conseils citoyens et des maisons du projet. C'est une réponse concrète à l'interpellation légitime : « pas sans nous ». Alors que le Gouvernement s'apprête à déposer au Conseil d'Etat le projet de loi que j'évoquais précédemment à propos des discriminations, et qui comportera aussi un volet « jeunesse », je veux consulter cette jeunesse et lui offrir la possibilité de donner son avis et ses propositions. Aussi, je lancerai au mois de février une grande consultation numérique pour recueillir la parole citoyenne avant que le projet ne soit soumis au Parlement. Enfin, pour ce qui concerne le défi démocratique, nous devons faire le nécessaire pour que nos concitoyens n'aient pas le sentiment que les élus se préoccupent plus de leur propre sort que du leur. Une grande loi, déjà remise en cause par la Droite alors qu'elle n'est même pas encore entrée en vigueur, a été adoptée en début de quinquennat : le non-cumul des mandats. L'étape suivante est pour moi claire : il s'agit du non-cumul dans le temps. Nous devons envoyer ce signal que la politique, ce n'est pas un monde à part, et que les jeunes notamment y ont toute leur place. Parallèlement, et à la demande du Président, je travaille à susciter une véritable culture de l'engagement. Car la démocratie, ce n'est pas que le vote et les responsabilités politiques. Ce n'est pas Nadia Bellaoui, la Présidente du Mouvement associatif qui me contredira. 16 millions de bénévoles font vivre cette démocratie au quotidien et c'est une richesse exceptionnelle pour la France. Pour favoriser ce goût de l'engagement, nous construisons une fusée à 4 étages : - 300 heures d'éducation morale et civique tout au long de la scolarité - Une journée « défense citoyenneté » que nous pourrions rénover et étendre. J'aimerais à travers une semaine citoyenne offrir à chaque génération une grande expérience civique qui ouvre sur la majorité. - Troisième étage : le service civique. Il sera généralisé, c'est-à-dire que nous mettons les moyens en œuvre pour que 350 000 jeunes, une demi-génération puisse y accéder fin 2018. - Dernier étage : la réserve citoyenne, c'est-à-dire la possibilité donnée à chaque citoyen quel que soit son âge de mettre ses compétences et son énergie à disposition d'un service public, d'une administration, quelques heures dans l'année et en fonction des besoins sociaux. Nous valoriserons ce parcours grâce à un livret citoyen. Je suis certain que les employeurs y seront sensibles. La création de ce parcours en quatre étapes, notre soutien à la vie associative financier et en termes de simplification, la valorisation de l'innovation sociale avec la démarche présidentielle La France s'engage : tout cela dessine un projet global cohérent pour une société fraternelle. Je vous invite d'ailleurs ce week-end, de l'autre côté de la place de la République, je m'excuse auprès du Maire du 10è, Rémi Féraud dans le 3è arrondissement, au Carreau du temple, pour un grand forum de l'engagement. Le mouvement associatif, les lauréats de la France s'engage, l'agence du service civique, seront présents avec des artistes, des sportifs, des citoyens tout simplement. Quelques responsables politiques mais cela n'attire plus les foules… La plupart d'entre-vous sont déjà très engagés, je le sais, mais venez partager votre engagement et découvrir comment d'autres s'engagent. Troisième défi : le défi moral. Ce défi, je n'aurais jamais crû dans ma vie politique devoir le relever. L'histoire en a décidé autrement, comme quoi les conservateurs américains qui ont pronostiqué sa fin, se sont bien trompés… Ce défi, c'est le plus fondamental, le plus impérieux, c'est celui qui consiste à célébrer la vie. Oui, aujourd'hui, l'histoire du monde a pris un nouveau cours sous l'impulsion d'une idéologie morbide qui nous oblige à rappeler que la vie est précieuse, qu'elle doit être protégée, préservée, respectée. Je me suis rendu deux fois dans la cour des Invalides. La première, ce fut pour rendre hommage à un homme qui m'a tant appris : Pierre Mauroy. La seconde, ce fut pour pleurer la mort de cette jeunesse pleine de vie, que la folie de quelques hommes avait arraché à leur destin. La perte de Pierre Mauroy fut douloureuse, mais elle était dans l'ordre des choses. La mort de ces martyrs fut insupportable car elle n'avait aucun sens. Cette tristesse me donne de la force. De la force pour éviter à tout prix que dans la jeunesse de France, certains se fassent tuer parce que d'autres sont prêts à tuer. Je veux lutter de toute mon énergie contre la radicalisation des esprits. Je veux lutter de toute mon énergie pour que la jeunesse de France puisse continuer à faire la fête en toute quiétude au Point Ephémère qui nous accueille aujourd'hui. Il a fallu face à des actes terribles apporter une réponse sécuritaire. C'était l'urgence, c'était l'impératif. Mais après ce « traitement de choc », je veux pour ma part apporter un « traitement de fond », éducatif et social, pour ramener toute la jeunesse dans le giron de la vie et des principes de la République. Pour cela, je ne vois qu'une seule solution : ne laisser aucun enfant livré à lui-même. Il faut plus d'adultes bienveillants, à tous les moments de la semaine et de la journée, dans tous les espaces, physiques et numériques, pour que nos enfants ne tombent pas entre les mains de prédateurs. Nous finançons le recrutement d'éducateurs sportifs, nous restaurons les crédits aux associations qui avaient été supprimés entre 2008 et 2012, nous discutons avec le secteur associatif pour que dans les moments où le service public est en retrait, d'autres adultes puissent être là. Le secteur associatif, les réseaux de l'éducation populaire, les clubs sportifs, en renfort du service public, de l'école notamment, doivent être soutenus pour irriguer l'ensemble des territoires et apporter, par leur présence, un cadre et des repères aux enfants et aux adolescents. C'est cela que je vous propose pour 2016. Pas des vœux sympathiques mais souvent abstraits, pas des incantations ou de bonnes résolutions : un plan d'action. Car l'époque nous impose d'agir. Où que nous soyons, quelle que soient nos responsabilités, nous avons le devoir d'agir. J'ai fait la critique du monde politique. Mais je veux aussi dire que les élus, ce sont des personnes qui se donnent corps et âmes au service de l'intérêt général, souvent au détriment de leur vie privée, de leurs proches. Alors, se défausser sur eux, c'est à la fois une faute et une erreur. Une faute car c'est injuste. Une erreur car les élus seuls ne pourront pas relever les défis que j'ai évoqués. C'est une mobilisation générale de la société, une mobilisation citoyenne qui est indispensable. Alors que se développe le mépris, le mépris de la vie, le mépris de l'autre, le mépris de ceux d'en bas, chacun a sa part de responsabilité dans notre capacité à redéfinir ce qui nous est commun. Car au final, c'est bien cela l'enjeu : nous devons retrouver le sens commun et le sens du commun. Je suis convaincu que le sport peut être l'une des expériences partagées qui nous y aidera. Toute la France a encore en tête la coupe du monde de 98. Je vous donne un nouveau rendez-vous du 10 juin au 10 juillet pour un grand moment d'unité et de ferveur autour de l'Euro 2016. Je voudrais aussi que la nation se rassemble pour porter haut notre candidature aux Jeux Olympiques de 2024. C'est en 2017 que la décision sera rendue, et c'est donc en 2016 qu'il faut construire notre victoire commune. Et attendant, je souhaite une très bonne année à vous tous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/245.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/245.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..737046bc4d6cb63e235601a045a9a175fa541d22 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/245.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre, cher John HAYES (Secrétaire d'État à la Sécurité), Monsieur le Préfet, Madame la Maire de Lille, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Directeur général de la Gendarmerie nationale, mon Général, Mesdames et Messieurs, Je suis très heureux de pouvoir m'exprimer devant vous, à l'occasion de cette 8e édition du Forum international de la cybersécurité (FIC). Au fil des années, cette manifestation s'est en effet imposée comme un rendez-vous incontournable pour toutes celles et ceux qui travaillent dans le domaine hautement stratégique de la cybersécurité, et je veux commencer par saluer l'ensemble des organisateurs, la Gendarmerie nationale, bien sûr, qui, dès 2007, a été à l'origine de la création du FIC, ainsi que le conseil régional et les sociétés CEIS et Euratechnologies avec qui elle l'organise désormais en partenariat. L'intérêt du public ne faiblit pas, si j'en juge par le nombre de visiteurs, sensibles à la diversité et à la qualité des intervenants. Plus que jamais, le FIC propose aux experts et aux décideurs que vous êtes un espace d'échanges et de réflexions d'une très grande richesse. Je me réjouis également de la présence parmi nous aujourd'hui de M. John HAYES, Secrétaire d'État à la sécurité auprès de Mme Theresa MAY, ministre de l'Intérieur britannique. Je le disais déjà l'année dernière devant vous : nous sommes aujourd'hui confrontés à des défis de sécurité considérables qui exigent une riposte commune, à la fois européenne et internationale. Ainsi, face au terrorisme, il nous faut poursuivre les efforts communs que nous conduisons depuis plusieurs derniers mois, avec la plus grande détermination. En 2015, la France elle-même a été très durement touchée par la barbarie terroriste. Jamais, jusqu'alors, nous n'avions connu sur notre sol des attaques terroristes d'une telle nature et d'une telle ampleur. A cet égard, je veux à nouveau rendre hommage à l'ensemble des forces de sécurité qui, depuis de nombreux mois, se mobilisent, sans ménager leur temps ni leur énergie, pour protéger les Français et défendre nos libertés fondamentales. Nous savons qu'en 2016 la menace sera tout aussi élevée et qu'il nous faudra par là même continuer à faire preuve d'une vigilance et d'un engagement de chaque instant. Le combat contre le terrorisme se livre également dans le cyberespace. L'organisation DAESH se sert en effet d'Internet et des réseaux sociaux comme de puissants vecteurs de propagande et surtout de recrutement. Nous savons aujourd'hui que la plupart des néo-djihadistes qui ont rejoint ou qui cherchent à rejoindre la Syrie ou l'Irak se sont radicalisés sur Internet. Le caractère inédit et la force réticulaire de nos ennemis résident dans le croisement – certes fortuit, mais dont ils ont su tirer le meilleur parti entre deux phénomènes concomitants : une évolution stratégique d'une part l'avènement d'un terrorisme de proximité qui recrute ses activistes dans les sociétés mêmes qu'il entend frapper et une évolution technologique d'autre part, le développement à partir du milieu des années 2000 de l'Internet 2.0 qui permet la constitution de communautés numériques, lesquelles peuvent représenter autant de lieux où se structure l'identité des individus qui les fréquentent. Si vous me permettez de plagier une formule célèbre, je dirais, pour résumer, que le néo-djihadisme, c'est la ceinture d'explosifs plus les réseaux sociaux. Face à cela, notre objectif consiste à entraver l'action et la diffusion de la propagande terroriste. Car, si nous agissons sans relâche pour empêcher la commission d'actes terroristes, il est également nécessaire, au-delà de ce volet sécuritaire, que nous intervenions en amont, notamment sur Internet, pour briser les « continuums de radicalisation » qui peuvent conduire à un passage à l'acte violent. 1. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes dotés, depuis plus d'un an, avec l'adoption de la loi antiterroriste de novembre 2014, puis de la loi sur le renseignement de juillet 2015, des moyens juridiques nécessaires. Dès la publication, en février dernier, des décrets d'application de la loi du 13 novembre 2014, l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication a ainsi mis en œuvre les procédures de retrait et de déréférencement de contenus illicites par les moteurs de recherche sur Internet, et, le cas échéant, de blocage des sites qui n'avaient pas procédé au retrait. L'année dernière, nous avons traité plus de 1 000 demandes de retrait et de déréférencement, et 283 blocages de sites ont été réalisés. Par ailleurs, sur les 188 000 signalements reçus en 2015 par la plateforme PHAROS exploitée par les services de police et les unités de gendarmerie, près de 32 000 concernent des contenus de propagande ou d'apologie du terrorisme, dont une grande partie ont été reçus dans les jours qui ont suivi les attentats du mois de janvier. Si ce phénomène ne s'est pas reproduit avec une telle ampleur en novembre dernier, il n'en illustre pas moins l'influence et la malignité de nos ennemis. Les procédures que nous avons mises en place ont donc d'ores et déjà prouvé leur efficacité : c'est la raison pour laquelle nous devons les généraliser à l'échelle européenne. J'ai ainsi défendu la mise en œuvre par la Commission européenne, depuis le 1er juillet dernier, d'un dispositif analogue à celui que nous avons mis en place en France : « l'Unité européenne de référencement de l'Internet », susceptible de décupler considérablement notre force de frappe et faciliter ainsi notre travail de repérage, et le cas échéant de suppression, des contenus illicites sur Internet et sur les réseaux sociaux. 2. Plus largement, comme je l'ai répété en maintes occasions, j'ai la conviction que, pour vaincre la menace djihadiste, il ne faut pas seulement l'unité nationale et l'union des démocraties, il faut aussi la coopération des pouvoirs publics avec les acteurs de la société numérique dans laquelle nous vivons. A cet égard, je constate que, depuis le début de l'année 2015, près de 90 procédures judiciaires visant des activités terroristes ont pu être initiées sur la base de signalements PHAROS, grâce aux réponses transmises par les opérateurs aux réquisitions des services de police et des unités de gendarmerie. Les attentats du 13 novembre dernier ont été l'occasion de faire la démonstration de l'aide précieuse que les grands opérateurs de l'Internet pouvaient nous apporter en situation de crise majeure. Des services ont été mis en place spontanément sur les réseaux sociaux, qui ont permis à des millions de citoyens de se signaler auprès de leurs proches pour les rassurer. Dans les jours qui ont suivi, ils ont aussi constitué un puissant vecteur d'expression de la solidarité nationale, et même internationale. Je veux donc remercier aujourd'hui les opérateurs pour leur mobilisation à nos côtés en ces heures tragiques pour le pays. Je leur suis également reconnaissant de la promptitude et de la pertinence avec lesquelles ils répondent aux demandes que leur soumettent régulièrement les services du ministère de l'Intérieur. Nous avons donc su mettre en place une coopération vertueuse qu'il nous faut encourager, car, contre le terrorisme, nous avons besoin de tous les talents, de toutes les énergies et de toutes les responsabilités. C'est la raison pour laquelle, voici maintenant un peu moins d'un an, je me suis rendu outre-Atlantique, en Californie, pour y rencontrer les représentants des grands opérateurs du numérique afin d'explorer avec eux les voies d'une coopération renforcée face à la menace terroriste. Nous sommes ainsi parvenus, dans le respect du droit existant, à nous mettre d'accord sur une plateforme de bonnes pratiques, que nous avons collectivement adoptée, le 23 avril dernier, lors d'une réunion au ministère de l'Intérieur. Le principe en est simple. Notre premier objectif a consisté à améliorer le contenu des demandes que nous adressons aux opérateurs, qu'il s'agisse de demandes de retrait de contenus ou bien de demandes concernant des enquêtes en cours. Nous avons adapté nos logiciels et nos circuits de validation pour tenir compte des besoins exprimés par les opérateurs. Avec eux, nous avons formé au bon usage de ces nouvelles procédures les formateurs numériques de la police et de la gendarmerie. Réciproquement, au sein des grandes entreprises du Net, la tâche des services en charge des obligations légales a été simplifiée. Ces services sont désormais plus en mesure d'assurer un traitement spécifique de nos demandes ainsi « labellisées ». Cet accord a marqué le début d'un partenariat particulièrement fructueux, qui se développe à travers le « groupe de contact permanent », animé par le préfet Jean-Yves LATOURNERIE, à qui j'ai par ailleurs, comme vous le savez, confié la mission de piloter notre dispositif de lutte contre les cybermenaces. Je tiens à cet égard à saluer le travail important qu'il a d'ores et déjà réalisé pour mettre en œuvre le plan ministériel de lutte contre les cybermenaces que nous avons adopté dès 2014. Depuis un an, le préfet Jean-Yves LATOURNERIE, dont je salue l'action, conduit à ma demande une mission de préfiguration d'une délégation ministérielle à la lutte contre les cybermenaces. Son remarquable travail, sur lequel nous nous entretiendrons dans les prochains jours, me permettra de fixer les conditions dans lesquelles pourra être définitivement constituée cette délégation qui nous permettra de mieux coordonner l'action que nous menons contre toutes les cybermenaces. Le premier objectif assigné au « groupe de contact permanent », qui réunit régulièrement les opérateurs et les représentants du ministère de l'Intérieur, du ministère de la Justice et du secrétariat d'État au Numérique, est donc en passe d'être atteint : il constitue désormais une instance de dialogue libre et efficace, fondée sur la confiance mutuelle, entre l'État et les opérateurs. La France a donc été pionnière en la matière. Aujourd'hui, les États-Unis ont à leur tour affirmé vouloir travailler avec les opérateurs pour contrecarrer l'activité des terroristes sur Internet. Notre audace a payé, et aujourd'hui nous faisons école, ce dont je me réjouis, car c'est ainsi que nous pourrons contribuer à garantir au mieux la sécurité collective. 3. Enfin, outre le renforcement de notre arsenal juridique et la mise en œuvre de coopérations inédites, nous avons également renforcé, depuis l'adoption en janvier dernier du plan de lutte antiterroriste (PLAT), l'ensemble des moyens humains, matériels et technologiques dont dispose le ministère pour lutter contre toutes les cybermenaces. A titre d'exemple, la sous-direction de la lutte contre la cybercriminalité, qui intègre la plate-forme PHAROS et l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication, a vu ses effectifs augmenter de façon significative : elle compte désormais 100 personnels (depuis le 1er janvier), contre 70 voici un an. De même, au sein de la Gendarmerie nationale, le Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) et l'Institut de recherche criminelle (IRCGN) rassemblent 60 enquêteurs de haut niveau placés à la tête du réseau CYBERGEND qui regroupe désormais plus de 2 000 enquêteurs, répartis sur l'ensemble du territoire national. Cet effort de renforcement, qui se poursuivra dans les mois à venir, s'inscrit dans un cadre plus large : le plan de modernisation pour la sécurité dont j'ai souhaité la mise en œuvre pour le ministère de l'Intérieur. Ce plan vise à moderniser les moyens des forces de sécurité, mais aussi à proposer de nouveaux services numériques à nos concitoyens. Il représente un budget très conséquent : 108 millions d'euros investis sur trois ans, de 2015 à 2017. J'attache une extrême importance à ce que ces projets soient conçus dans une démarche collaborative impliquant tous les acteurs ministériels particulièrement les forces de police et de gendarmerie – voire interministériels. À l'heure de la révolution numérique, l'intégration numérique ne doit plus se heurter au cloisonnement des forces. Au moment où, face aux défis auxquels nous sommes confrontés, la coopération internationale et le partenariat avec les grands acteurs privés sont ô combien nécessaires, il est plus que temps de faire tomber, au sein même de notre maison, les cloisons internes qui n'ont plus lieu d'être. C'est dans cet esprit que travaille la délégation ministérielle aux industries de sécurité, confiée à Thierry DELVILLE, qui constitue pour ces dernières un point d'entrée unique et un interlocuteur bien identifié. Je souhaite à cet égard que les décisions annoncées lors de la réunion du Comité de la filière des industries de sécurité (COFIS), le 1er décembre dernier, trouvent rapidement une application concrète, notamment pour faciliter les coopérations entre l'État et les industriels en cas de crise. Par ailleurs, je peux vous garantir que la France soutiendra toute initiative de la Commission européenne et des acteurs concernés pour développer un marché européen de taille critique suffisante. S'agissant du plan de modernisation proprement dit, je veux citer en particulier deux défis majeurs d'ores et déjà engagés. Le premier concerne la mobilité des forces. Piloté par les directions générales de la police nationale et la gendarmerie nationale, et conduit techniquement par le service des technologies et des systèmes d'information de la sécurité intérieure, il a bénéficié également du concours technique de l'Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d'Information (ANSSI) pour la solution de transmission sécurisée. Il s'agit de doter les policiers et les gendarmes d'un outil sécurisé de mobilité opérationnelle, qui leur permette de disposer des informations nécessaires à l'accomplissement de leur mission et de conduire un certain nombre de procédures depuis le terrain. L'expérimentation NEOGEND menée par la gendarmerie dans le département du Nord depuis le mois de septembre 2015, avec 1 000 équipements individuels de ce type, démontre la pertinence et l'efficacité du système. Après une seconde phase d'expérimentation à plus large échelle dans le courant de cette année, plus de 60 000 équipements de mobilité opérationnelle auront été déployés, d'ici la fin 2017, sur l'ensemble du territoire. Le second défi concerne l'utilisation d'outils décisionnels. Il s'agit d'exploiter, dans le strict respect des libertés individuelles, les grands volumes de données disponibles et accessibles, dans le cadre de l'open data notamment ou bien dans les systèmes d'information propres au ministère. Ce projet est mené par le pôle judiciaire de la gendarmerie nationale, que j'ai inauguré en 2015 à Pontoise, et notamment par le service central du renseignement criminel. Si la lutte contre le terrorisme est une priorité absolue, le ministère de l'Intérieur ne s'en consacre pas moins à la lutte contre toutes les formes de criminalité numérique. Cet effort s'inscrit dans la « stratégie nationale de sécurité pour le numérique » présentée le 16 octobre dernier par le Premier ministre. J'ai souhaité que le ministère de l'intérieur y joue un rôle actif et soit force de proposition dans l'élaboration de cette nouvelle stratégie. J'ai tenu en particulier à ce que l'accueil des victimes de cyber malveillance notamment les particuliers et les petites et moyennes entreprises, qui ne disposent pas toujours des compétences et des moyens nécessaires soit significativement amélioré sur l'ensemble du territoire. En la matière, l'information des victimes est une véritable nécessité. Un groupe de travail présidé conjointement par le préfet LATOURNERIE et le directeur général de l'ANSSI a présenté un certain nombre de propositions. Je souhaite que plusieurs d'entre elles soient mises en œuvre avant la fin du mois de juin, dans au moins une région pilote. Elles porteront sur l'identification d'un réseau de partenaires locaux susceptibles d'accompagner concrètement les victimes. En particulier, les entreprises qui constituent des cibles récurrentes ou prioritaires d'actes de cyber-malveillance doivent bénéficier d'une meilleure information sur les interlocuteurs à leur disposition, notamment les services d'enquête spécialisés de la police et de la gendarmerie. En mobilisant, aux côtés des acteurs locaux, les réseaux territoriaux de l'Etat, je souhaite donc que nous gagnions en efficacité dans la transmission des messages de prévention et dans l'assistance aux victimes. Outre le renforcement de nos dispositifs d'information, l'autre priorité qui nous mobilise réside dans la modernisation et l'adaptation de notre cadre juridique et réglementaire. Une telle exigence, valable contre le terrorisme, l'est aussi contre les autres formes de cybercriminalité. L'évolution rapide et la diversification des menaces nous imposent en effet de donner aux enquêteurs de nouveaux moyens d'investigation. Je pense par exemple à la possibilité d'enquêter sous pseudonyme, récemment étendue aux infractions cyber. Nous devons également adapter nos procédures et nos outils juridiques traditionnels au caractère mondialisé et ubiquitaire de la cybercriminalité. Les procédures d'entraide judiciaire doivent ainsi être simplifiées afin de permettre aux enquêteurs de recueillir plus rapidement auprès des acteurs numériques étrangers les données nécessaires à la poursuite des investigations. Enfin, le projet de loi renforçant d'une part la lutte contre le crime organisé et son financement, et d'autre part l'efficacité et les garanties de la procédure pénale, qui sera présenté au Conseil des ministres le 3 février, intégrera des dispositions visant à faciliter le travail des enquêteurs, notamment dans le cas d'enquêtes complexes telles que celles qui concernent le cyberespace. En particulier, l'adoption d'un nouveau critère de compétence territoriale permettra désormais à la justice française de connaître des faits commis en dehors du territoire national, dès lors que la victime de cyber malveillance réside France. Mesdames et Messieurs, chacun d'entre nous sait qu'aujourd'hui le destin de notre pays se joue pour une large part dans la transition numérique. Parce que notre sécurité collective se défend aussi dans le cyberespace, je veux tous vous remercier, vous qui participez au Forum international de la cybersécurité, pour la contribution décisive que vous apportez à la lutte que nous menons collectivement contre toutes les cybermenaces. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/246.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/246.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5cc46676b71d7294354e40556717e86324387e1f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/246.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. Manuel Valls, Premier ministre. Monsieur le Président, monsieur le secrétaire d'État, mesdames, messieurs les députés, je suis heureux de revenir dans cette salle de la commission des Lois où j'ai siégé durant cinq ans en tant que député je retrouve des visages familiers et où je suis aussi intervenu en tant que ministre de l'Intérieur. Je salue l'action de M. Jean-Jacques Urvoas à la tête de votre Commission. Chacun connaît sa rigueur intellectuelle mais aussi son indépendance et sa cohérence. À mon tour, comme l'a fait ce matin le Président de la République, je veux également saluer l'action de Christiane Taubira. En janvier et en novembre 2015, notre pays a été frappé par le terrorisme islamiste, par des actes de guerre. Onze autres tentatives ont été évitées l'an dernier, dont deux au mois de décembre. La France est visée ; elle l'est au plus haut point. Elle n'est pas la seule. Si le bilan pour 2015 n'est pas encore connu, une étude internationale de référence établit qu'en 2014, le terrorisme a causé plus de 32 600 victimes dans quatre-vingt-treize pays, soit une augmentation de 81 % en un an. Onze pays ont enregistré plus de 500 morts. La moitié des victimes de ces actes terroristes dans le monde est le fait de Daech ou de Boko Haram. Depuis le début du phénomène, chiffre sans précédent, les filières terroristes syro-irakiennes ont impliqué, ou impliquent encore, près de 2 000 personnes. Plus de 1 000 individus ont fait le voyage : 600 sont encore sur place, 154 y ont été tués, et plus de 250 en sont repartis. Nous sommes entrés dans un nouveau monde, dans une réalité particulièrement dure qui vient faire basculer une forme d'insouciance dans des pays qui vivaient en paix. La France, parce qu'elle est la France et qu'elle porte en elle une vision du monde et des valeurs universelles, se situe en première ligne. Les terroristes contestent notre engagement diplomatique et militaire. Mais ce qu'ils contestent avant tout, c'est notre modèle démocratique, nos libertés, notre idéal de laïcité, notre art de vivre. Les terroristes cherchent à nous déstabiliser, et à s'engouffrer dans les failles qui traversent notre société. La gravité du moment nous oblige. Les Français attendent de nous que nous soyons, collectivement, quelles que soient nos sensibilités, à la hauteur des défis et de leur exigence. Une éthique de responsabilité collective s'impose. Être à la hauteur, c'est donner davantage de moyens à nos forces de l'ordre, à nos services de renseignement, à nos armées ; c'est ce qu'a décidé le Président de la République, et ce que le Parlement a souvent approuvé de manière très large, ce que je salue. Être à la hauteur, c'est poursuivre et intensifier notre action militaire pour frapper Daech et les groupes terroristes à la racine. La France assume son rôle de grande puissance. Être à la hauteur, enfin, c'est adapter notre loi fondamentale à cette guerre nouvelle. Cet engagement, le Président de la République l'a pris devant vous. Il l'a pris devant la représentation nationale réunie en Congrès à Versailles. Il l'a donc pris devant la France. Il a réuni ainsi, d'une certaine manière, les conditions du rassemblement de la Nation. Depuis le 13 novembre, le Parlement est étroitement associé aux réponses que nous apportons. Le 15 novembre, les groupes parlementaires et les formations politiques étaient reçus à l'Élysée. Le 16 novembre, vous étiez réunis en Congrès pour entendre le Président de la République. Le 19 novembre, vous votiez, à l'Assemblée nationale, l'état d'urgence, adopté le lendemain dans les mêmes termes par le Sénat et promulgué dès le 20. Le 25 novembre, vous autorisiez la prolongation de l'engagement des forces aériennes en Syrie. À chacune de ces dates, j'ai tenu à être devant vous. Il est donc naturel que je le sois à nouveau aujourd'hui pour ce projet de révision constitutionnelle, projet qui s'inscrit, je veux insister sur ce point, dans le fil de notre stratégie antiterroriste ; dans le fil du plan de lutte contre les filières terroristes, adopté par le Conseil national du renseignement en avril 2014 ; dans le fil, enfin, de la réforme du renseignement intérieur et territorial, des renforcements successifs des effectifs et des moyens, techniques et budgétaires accordés aux services de renseignement, d'investigation, et plus généralement de sécurité. Ce projet s'inscrit également dans le contexte d'une refonte globale du cadre juridique applicable aux services de renseignement. Elle a permis de conforter les moyens d'investigation dont ils disposent au service de la détection des terroristes et de leurs projets, avec une saisie aussi fréquente que possible de l'autorité judiciaire. J'en viens au premier élément du projet de loi constitutionnelle : l'inscription de l'état d'urgence dans la Constitution. Vous connaissez la succession des événements : dans les trois heures qui ont suivi les attentats, dès le 13 novembre au soir, le Conseil des ministres décidait le déclenchement de l'état d'urgence. Et, dès l'examen parlementaire du projet de loi de prorogation, le Gouvernement proposait au Parlement de moderniser la loi de 1955. Il était nécessaire d'aller plus loin en donnant un fondement constitutionnel incontestable au régime de l'état d'urgence. Les juristes que le Gouvernement avait consultés informellement le recommandaient, et le Conseil d'État l'a officiellement confirmé dans son avis du 11 décembre. Je veux exposer brièvement les trois motifs qui justifient d'inscrire l'état d'urgence dans la Constitution. Premièrement, le régime de l'état d'urgence est d'abord le régime de circonstances exceptionnelles le plus fréquemment utilisé sous la Ve République ; mais aussi le seul qui ne soit pas inscrit dans la norme juridique la plus haute. Cela pose un vrai problème au regard de la hiérarchie des normes. Le bloc de constitutionnalité s'est considérablement enrichi depuis les débuts de la Ve République. Il faut donc pouvoir justifier, au regard de la jurisprudence constitutionnelle, l'ensemble des pouvoirs temporaires et dérogatoires conférés aux autorités civiles dans le cadre de l'état d'urgence. Conférer une base constitutionnelle à l'état d'urgence, c'est consolider les mesures de police administrative définies par la loi de 1955. Deuxièmement, il convient de parachever la révision de la loi de 1955. Certaines mesures n'ont pu être inscrites dans la loi du 20 novembre en raison de contraintes jurisprudentielles. Un projet de loi ordinaire permettra de préciser les conditions de déroulement des perquisitions administratives et d'assignation à résidence. II créera une mesure de retenue de brève durée, permettant de garder sur place la personne visée pendant les opérations de perquisition, pour une durée maximale de quatre heures, durée maximale habituellement applicable à la vérification d'identité. Si la personne visée le demande, l'autorité judiciaire sera immédiatement prévenue et aura la possibilité de mettre fin à la mesure si elle l'estime non justifiée. En outre, lorsque des documents liés à l'objet de la perquisition ne peuvent être matériellement exploités pendant les opérations s'ils sont, par exemple rédigés dans une langue étrangère, un régime de saisie temporaire à durée limitée, de quinze jours, sera prévu. Il en ira de même lorsque l'exploitation ou la copie sur place des matériels informatiques ne sera pas techniquement possible. Enfin, si la perquisition permet de révéler un autre lieu fréquenté par la personne visée, un droit de suite permettra de réaliser une perquisition en urgence dans cet autre lieu. Troisièmement, il s'agit d'empêcher la banalisation de l'état d'urgence ou tout recours excessif. C'est le rôle de la norme la plus haute d'en encadrer les principes essentiels, c'est-à-dire la caractérisation des motifs de déclenchement, le fait de subordonner ce déclenchement à une décision prise en conseil des ministres, et le fait de confier au Parlement la prérogative de pouvoir, seul, le proroger au-delà de douze jours. L'état d'urgence s'inscrit pleinement au sein de l'État de droit. En 2016, il est grand temps d'en tirer les conséquences en l'inscrivant dans la Constitution, c'est-à-dire aussi d'en protéger les critères essentiels toute modification étant en effet conditionnée à une majorité de trois cinquièmes des parlementaires. Le Président de la République avait pris l'engagement que le Parlement serait informé très étroitement des conditions de mise en œuvre de l'état d'urgence, et que tout serait fait pour faciliter le contrôle parlementaire. Cet engagement a été tenu. Et je veux remercier tout particulièrement la commission des Lois et M. Jean-Jacques Urvoas, qui fut son président jusqu'à il y a quelques heures à peine, pour leur engagement remarqué dans ce domaine. Certains amendements proposent de constitutionnaliser l'existence et la nature de ce contrôle parlementaire au rang des principes essentiels. Le Gouvernement est très ouvert sur ce sujet et pourra se rallier à une formulation de cette nature. D'autres amendements proposent de constitutionnaliser un plafond temporel, par exemple, de quatre mois, à la prolongation de l'état d'urgence par les parlementaires. Cette limitation des prérogatives du Parlement ne présente pas que des avantages. Elle pourrait ne pas s'adapter à certaines crises civiles. Mais le Gouvernement souhaite écouter tous les arguments présentés à ce sujet pendant la discussion et poursuivre le dialogue, sans a priori. La constitutionnalisation du principe d'incompatibilité entre la procédure de dissolution parlementaire et la mise en œuvre de l'état d'urgence est plus délicate. Si l'état d'urgence avait été déclaré en mai et juin 1968, le Général de Gaulle aurait-il pu dissoudre l'Assemblée nationale ? Je ne doute pas que nous débattrons de ces questions en séance publique. Je ne reviens pas aujourd'hui en détail sur les conditions de mise en œuvre de l'état d'urgence. Nous en discuterons également très prochainement à l'occasion de l'examen du projet de loi portant nouvelle prorogation, qui sera délibéré mercredi prochain en conseil des ministres. Il a été inscrit à l'ordre du jour du Sénat du 9 février prochain. Je dirai simplement qu'il y a eu, sous l'autorité du ministre de l'Intérieur et des préfets, une application maîtrisée, contrôlée et encadrée. Elle s'est efforcée de tenir compte des observations faites au cours du contrôle parlementaire et de l'examen des recours juridictionnels. À ce jour, 3 234 mesures de perquisitions administratives ont été décidées. Mais cela reste ciblé sur des personnes particulièrement signalées au regard des milliers de personnes concernées par la radicalisation violente. Le nombre des mesures d'assignation à résidence, par nature restrictives de liberté, est resté beaucoup plus réduit. Il concerne ou a concerné 406 personnes. En outre, il faut souligner l'usage décroissant dans le temps depuis le début de l'état d'urgence du recours à ces mesures, et c'est normal. Ces dispositions demeurent toutefois très utiles, soit lorsqu'il faut traiter de nouveaux dossiers, soit lorsque des éléments inquiétants supplémentaires sont relevés à l'égard de personnes n'ayant pas justifié jusque-là une telle mesure. Cette mise en œuvre s'est accomplie dans l'entier respect des prérogatives de l'autorité judiciaire s'agissant des affaires sur lesquelles elle avait ouvert des enquêtes. Par ailleurs, toute nouvelle infraction constatée a été immédiatement portée à sa connaissance, entraînant un dessaisissement de l'autorité administrative. Ces mesures ont permis, et permettent encore, d'accélérer le travail de renseignement sur la mouvance islamiste radicale. Chacun, y compris les observateurs qui jouent leur rôle de contre-pouvoir, doit bien mesurer l'intérêt de ces mesures pour déstabiliser ceux qui soutiennent, encouragent ou participent aux filières du terrorisme, que ce soit directement ou indirectement. À l'inverse, tout ce qui est fait en matière d'antiterrorisme depuis le 13 novembre ne relève pas de l'état d'urgence. Le projet de loi renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, préparé par le ministère de la Justice, comprendra ainsi de nouvelles mesures, indépendantes de l'état d'urgence. J'ai eu l'occasion de dire, en répondant, hier, au président Roger-Gérard Schwartzenberg, lors des questions au Gouvernement, que nous examinerons aussi avec la plus grande attention les solutions avancées par le Sénat au travers de la « proposition de loi Bas-Mercier ». Personne ne peut préjuger des événements à venir. Avec la diffusion toute récente de la vidéo de Daech, nous voyons bien quel est l'état de la menace. Mais le régime d'état d'urgence est un régime d'exception nécessairement borné dans le temps. Le constitutionnaliser ne revient bien sûr en rien à instaurer un état d'urgence permanent. L'autre élément de cette révision constitutionnelle, le second article du texte, porte sur l'extension de la déchéance de la nationalité française à l'encontre de coupables condamnés pour des faits constitutifs d'atteintes graves à la vie de la Nation. Par cette expression, le projet du Gouvernement englobe des crimes de terrorisme, de trahison, d'espionnage, ou de gravité comparable pour la vie collective nationale. Le Gouvernement mesure l'intensité du débat sur ce sujet. Il respecte tous les points de vue qui se sont exprimés, et je me présente devant vous avec l'intention d'être fidèle aux engagements pris par le Président de la République devant le Congrès le 16 novembre dernier, et avec la volonté de répondre aux interrogations politiques, morales et juridiques qui ont pu s'exprimer. Je souhaite réaffirmer de manière très solennelle les valeurs et les objectifs poursuivis par le Gouvernement, et formuler certaines propositions permettant, je l'espère, le rassemblement le plus large possible. Rappelons que la déchéance de la nationalité a une histoire juridique et politique, étroitement liée à celle de la République. Cette mesure, originellement introduite pour combattre l'esclavagisme en 1848, a été élargie au XXe siècle comme moyen de sanction à l'encontre des citoyens ayant choisi de servir des puissances ennemies. Prévue initialement à titre temporaire par les lois de 1915 et 1917 à l'encontre des Français naturalisés, cette sanction a été consolidée par la loi du 10 août 1927. Notons d'ailleurs, que ce texte, voté sous le gouvernement d'Union nationale de Raymond Poincaré, attribue à l'autorité judiciaire la compétence pour prononcer cette sanction. Avec la montée des tensions en Europe à la fin des années 1930 et la perspective d'un nouveau conflit, la décision fut prise en 1938 par décret-loi de confier le prononcé de cette sanction à l'autorité administrative. Toutefois, ce texte subordonnait la déchéance à une condamnation pénale préalable, marquant à nouveau l'importance attachée à l'intervention de l'autorité judiciaire. Depuis, la déchéance de nationalité a toujours fait partie du droit républicain, pour sanctionner l'acte délibéré portant trahison des intérêts fondamentaux de notre pays avec la volonté de fragiliser ses institutions ou d'attenter à sa stabilité. La loi du 22 juillet 1996, qui la prévoit pour les actes terroristes, s'est inscrite dans cette filiation républicaine. Bien sûr, chacun ici éprouve la plus grande répulsion face aux déchéances collectives ordonnées par le régime de Vichy. En ce domaine comme dans bien d'autres, ce régime a subverti le droit républicain au service d'une politique inique, raciste et discriminatoire. Mais, gardons-nous des raccourcis et ne confondons pas des décisions prises après condamnation par des tribunaux libres et indépendants avec ce pan sombre de notre histoire ! Le souvenir de Vichy ne doit jamais effacer la longue histoire de la République. Au lendemain de ces heures terribles, le général de Gaulle a également pris des décisions pour rappeler cette histoire. Enfin, ayons à l'esprit une autre étape importante qu'a constituée la loi du 16 mars 1998, adoptée par le Parlement sur proposition du gouvernement de Lionel Jospin. Elle transcrit dans notre droit positif les accords internationaux humanitaires adoptés après-guerre, qui interdisent la création d'apatrides. Tout dans l'histoire républicaine rappelle donc que la déchéance de nationalité est un acte exceptionnel, rare, qui sanctionne des comportements graves de rupture avec la communauté nationale. De nombreuses déchéances ont été prononcées depuis plusieurs années. Depuis 2012, le ministre de l'Intérieur a engagé des déchéances de nationalité. Cette histoire républicaine, c'est bien celle dans laquelle a voulu s'inscrire le Président de la République après les attentats commis au cours de l'année 2015. La rupture et la déchirure avec la communauté nationale appellent une réponse de l'État. Dans son avis du 11 décembre 2015, le Conseil d'État, saisi par le Gouvernement, établit que l'extension du régime de la déchéance devait passer par une mention dans la Constitution, d'où ce projet d'article 2. Néanmoins, dans le souci d'avancer, et, je le répète, d'aboutir à un rassemblement le plus large possible, ou de lever des ambiguïtés, le Gouvernement a décidé, en accord avec le Président de la République, de proposer une nouvelle rédaction. Elle repose sur les principes qui suivent. Premièrement, aucune référence à la binationalité ne figurera dans le texte constitutionnel, ni a priori dans la loi ordinaire. Seuls les principes prévus par la Convention internationale de 1954 et par la loi du 16 mars 1998, qui proscrivent la création de nouveaux apatrides, devront continuer à figurer dans notre droit positif. La France s'engagera d'ailleurs dans la ratification de cet accord qu'elle a signé dès 1955. Deuxièmement, le principe d'égalité commande, aussi bien sur le plan moral que juridique, d'unifier les régimes applicables aux personnes condamnées encourant la déchéance, qu'elles soient naturalisées ou nées françaises. J'ai beaucoup entendu parler d'égalité devant la loi, mais je constate que personne n'a souligné qu'en l'état du droit, seuls peuvent être déchus de leur nationalité les Français naturalisés. Je n'ai pas entendu de nombreuses voix protester lorsque moi-même ou Bernard Cazeneuve avons engagé des déchéances de nationalité ce qui s'était déjà fait précédemment, notamment sous la présidence de Jacques Chirac marquée également par des actes terroristes en 1995. Troisièmement, seules des infractions d'un niveau de gravité très élevé pourront justifier la procédure de déchéance. Les crimes certes, mais sans doute aussi les délits les plus graves dans le texte transmis au Conseil d'État, les délits et les crimes étaient concernés tels que l'association de malfaiteurs à caractère terroriste, le financement direct du terrorisme ou l'entreprise terroriste individuelle, tous punis d'une peine de dix ans d'emprisonnement. Quatrièmement, le champ sera strictement limité au terrorisme et aux autres formes graves d'atteintes aux intérêts fondamentaux de la Nation, parmi lesquelles l'espionnage et la trahison. Depuis l'été 2015, le Conseil constitutionnel a clairement délimité cette notion. Cinquièmement, la loi ordinaire comprendra un article instaurant un régime global couvrant à la fois la déchéance de nationalité et la déchéance de tout ou partie des droits attachés à la nationalité, actuellement prévues par le code pénal. Ainsi, cet article aura une portée universelle puisqu'il concernera l'ensemble des personnes condamnées pour les atteintes graves aux intérêts fondamentaux de la Nation. Je confirme que l'engagement de l'exécutif sera tenu, qui prévoit que votre assemblée dispose le plus rapidement possible des deux avant-projets de loi d'application des articles 1er et 2 du projet de loi constitutionnelle soit bien avant la séance publique du 5 février prochain. Une communication sur ces sujets est prévue en conseil des ministres mercredi prochain. Les avant-projets pourront bien évidemment faire l'objet d'un débat avec les parlementaires. Un dernier débat mérite d'être conduit, puis tranché : il concerne, au regard de l'histoire juridique républicaine de la déchéance que je viens de rappeler, le régime juridique de cette sanction. Doit-il s'agir d'une décision administrative, subordonnée à l'avis conforme du Conseil d'État, qui lie les mains de l'exécutif, ou bien doit-on en revenir à un régime de peine complémentaire prononcée par le juge pénal, en l'occurrence la juridiction nationale spécialisée dans la lutte contre le terrorisme ? À ce stade, je me contente d'une remarque pour nourrir ce débat : le droit actuel, c'est-à-dire la déchéance de nationalité par l'autorité administrative sous contrôle du Conseil d'État, ne prévoit aucune automaticité de cette sanction. Qu'elle soit administrative ou judiciaire, une sanction d'une telle gravité gagne toujours à être individualisée. Ainsi, tout en laissant ouvert le sujet que je viens d'évoquer relatif au régime juridique de la sanction, le Gouvernement est conduit à proposer la rédaction suivante : « La loi fixe les conditions dans lesquelles une personne peut être déchue de la nationalité française ou des droits attachés à celle-ci lorsqu'elle est condamnée pour un crime ou un délit constituant une atteinte grave à la vie de la Nation. » Je ne doute pas que vos débats nourriront la réflexion sur le sujet. Le Gouvernement, qui souhaite installer un dialogue permanent avec l'ensemble des groupes à l'Assemblée et au Sénat, sera extrêmement ouvert à l'ensemble des amendements. Voilà, mesdames et messieurs, l'état de la réflexion du Gouvernement, après écoute et prise en compte du débat déjà très riche sur ce sujet qui est loin d'être terminé. (…) M. le Premier ministre. Je serai bref. Demain, vous examinerez les amendements et nous nous retrouverons en séance publique à partir du vendredi 5 février. Le Président de la République avait indiqué dans sa déclaration au Congrès qu'il me confiait la mission de défendre la réforme constitutionnelle devant vous ce n'est d'ailleurs pas la première fois dans l'histoire de la Ve République qu'un Premier ministre le fait. Mais, bien sûr, Jean-Jacques Urvoas sera utilement présent à mes côtés tout au long de ces discussions et de ces débats. Je ne veux pas entrer dans le fond de l'ensemble des éléments. Il y a deux grands thèmes. Il y a d'abord tout ce qui est lié à l'état d'urgence, à sa durée, à son contenu, au contrôle parlementaire qui s'exerce sur lui, mais aussi à celui qu'exerce le Conseil constitutionnel dans certaines limites, monsieur Lagarde, j'ai bien entendu vos remarques sur ce point. S'agissant de la dissolution de l'Assemblée nationale en régime d'état d'urgence, monsieur Houillon, le Gouvernement est ouvert ; c'est le Parlement qui décide. J'évoquais le précédent de 1968, alors que l'état d'urgence n'était pas en vigueur. Je rappellerai simplement que, sous l'état d'urgence, des élections ont bien eu lieu au début du mois de décembre, même si je reconnais qu'il ne s'agissait pas d'élections législatives faisant suite à une dissolution. Quoique les élections régionales aient été marquées par les faits terribles que notre pays a subis, elles se sont déroulées normalement, en termes de réunions publiques ou de possibilité d'aller voter. Il n'y eu aucune entrave à l'exercice du droit fondamental qu'est le droit de vote. Mais vous mènerez une discussion sur ce point. Nous restons ouverts. Ensuite, un autre débat se noue sur la différence qui ne doit pas s'opérer entre Français sur la base de la déchéance. C'est un des éléments que le Président de la République a voulu intégrer dans notre réflexion, depuis sa déclaration du 16 novembre. Nous avons donc préféré venir ici tirer les conclusions des divers débats, plutôt que d'attendre la séance publique. Sur la question de l'égalité, ne pas intégrer la problématique de la binationalité dans la Constitution me semble être une avancée. Monsieur Houillon, comme votre président de groupe Christian Jacob en avait fait la demande, vous disposerez des avant-projets de loi d'ici à la fin de la semaine, avec les imperfections inhérentes à des textes encore à ce stade d'élaboration. Je souhaite maintenir un lien permanent avec les responsables des groupes et la Commission, dans le respect bien sûr du rôle du Parlement. Je veux être le plus transparent possible. Je ne veux piéger personne : la proposition que nous venons de vous distribuer n'est ni enfumage, ni solution miracle pour sortir de je ne sais quelle difficulté. Je suis en désaccord avec vous, Monsieur Houillon, sur la réforme constitutionnelle. En effet, en général, une telle réforme se prépare. Celle de 2008 a été préparée par le comité présidé par l'ancien Premier ministre Édouard Balladur. Ses travaux ont donné lieu à beaucoup de débats et de discussions. Pourtant, même si le texte a recueilli au Congrès la majorité des trois cinquièmes, la révision n'a pas conduit à un rassemblement de la majorité et de l'opposition. On peut le regretter. Avec Jean-Marie Le Guen, nous avions, comme députés de l'opposition, défendu à l'époque certaines positions ; d'autres étaient favorables à la révision. En tout état de cause, même avec une longue préparation et avec un long travail, on ne réussit pas forcément le rassemblement auquel on aspire. Je comprends le débat sur l'opportunité d'une réforme constitutionnelle. Mais celle-ci comporte une différence avec les autres : elle intervient après un choc. Je crois profondément que nous avons changé d'époque depuis les attentats de l'année 2015 et dans le contexte géopolitique que je n'ai pas besoin de décrire. Mon objectif et ma volonté sont donc de rassembler et d'avancer. Nous devons tenir compte des sensibilités et des déclarations des uns et des autres. C'est ce que nous faisons depuis le 16 novembre, pour aboutir à l'Assemblée nationale, puis au Sénat, au texte le plus solide possible, sur le plan des principes comme sur le plan juridique, en étant accompagné des lois que vous évoquiez. Il y a bien sûr des différences entre nous, monsieur Coronado, et il faut complètement les assumer. Vous êtes opposé à la fois à l'état d'urgence et à la déchéance de la nationalité. Voilà qui est clair. Cela n'empêche pas que vous ayez initialement voté en faveur de l'état d'urgence, pour des raisons que votre collègue Cécile Duflot et d'autres orateurs de votre groupe ont bien expliquées devant le Congrès et dans la discussion, dans les circonstances particulières du moment. Mais vous vous opposez à sa prolongation ou à sa constitutionnalisation. En tenant compte tant des travaux du « comité Balladur » que des avis rendus par le Conseil constitutionnel, la constitutionnalisation de l'état d'urgence assoit pourtant davantage cette règle exceptionnelle, qui était la seule à n'être pas dans la Constitution. Aussi proposons-nous de la conforter dans notre droit en l'inscrivant dans le texte fondamental, avec tout le contrôle qui s'impose. Quant à la déchéance, je ne puis être d'accord avec vous quand vous dites que ce n'est pas une idée de gauche, car, à mes yeux, ce n'est pas le problème. Comme je l'ai rappelé il y a un instant, la déchéance de la nationalité s'inscrit dans notre histoire républicaine, qui a vu se succéder entre autres, depuis la Première Guerre mondiale, Raymond Poincaré, Édouard Daladier, le général de Gaulle et les autres présidents de la Ve République. Je n'oublie pas les débats qu'il peut y avoir sur la déchéance et sur ceux qu'elle doit frapper je ne veux entrer dans aucune polémique à ce stade. Doit-elle s'appliquer à des crimes contre des gendarmes ou des policiers, comme il a pu en être question à une époque, ou bien à ceux qui sont dirigés contre les intérêts fondamentaux de la nation ? Même si tout crime est terrible, horrible et insupportable, nous pensons que ce n'est pas la même chose de s'en prendre aux intérêts fondamentaux de la nation. Quand on déchire le pacte national, ce qui fonde le fait d'être Français, prendre une mesure de déchéance peut à ce moment-là s'expliquer parfaitement. Nous avons donc sur ce point un désaccord de fond. Je ne veux certes pas faire de différence entre les Français binationaux et les autres. Mais il en existe déjà quelques-unes. Il y a déjà eu des déchéances de nationalité de binationaux ayant acquis la binationalité française. Ils étaient aussi Français que les autres. Comme je l'ai déclaré dans l'émission qui a conduit M. Houillon à veiller bien tard et je l'en remercie, je ne me considère pas comme différent parce que je suis un Français naturalisé ; je considère avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs. Au-delà des sentiments des uns et des autres, ce débat ne me semble cependant pas être le bon. Je ne veux pas de différence entre les Français binationaux et les autres. Ce n'est pas l'objet de cet article de loi. Je veux faire la différence entre les terroristes et les autres. C'est celle que nous devons pleinement établir. Telle est la clarification que nous proposons : la vraie différence sépare ceux qui rompent avec le pacte national, avec ce que nous sommes et avec la France et ses valeurs, et l'immense majorité de nos compatriotes, sinon leur quasi-totalité, quelle que soit la manière dont ils ont acquis leur nationalité, par le droit du sol ou par le droit du sang, ou par naturalisation postérieure. Ce qui importe, c'est la manière dont ils font vivre ces valeurs qui les définissent comme profondément Français. C'est pourquoi cet article 2 est utile. Il n'est pas une arme contre le terrorisme, au sens où nous l'entendons quand nous donnons plus de moyens aux forces de l'ordre ou aux forces de sécurité. Mais je crois à la force concrète des symboles, inscrits dans la Constitution. Elle a incontestablement sa portée. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/247.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/247.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1d2d7adfbabd02e5c31fd6d8f4df2bd18c56e91d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/247.txt @@ -0,0 +1 @@ +1. Je suis extrêmement honorée de votre invitation et je tiens à vous exprimer le plaisir sincère que je ressens à me retrouver parmi vous. Je repère dans l'assemblée bien des visages familiers. Des visages qui me rappellent au bon souvenir de cette région qui est la mienne. De cette région où j'aime revenir autant que faire se peut –les contraintes d'un agenda ministériel ne m'en laissant pas toujours le loisir. Mais ce n'est pas pour le seul plaisir de revenir chez moi que j'ai tenu à répondre à l'invitation de la Présidente, première femme élue à ces responsabilités du Conseil représentatif des institutions juives de France de notre belle région lyonnaise. Madame la Présidente, Si je partage cette soirée à vos côtés, c'est pour des raisons qui ont résonné dans votre discours avec force et je connais celle de vos convictions et de votre engagement. Ils sont indéfectibles dès lors qu'il s'agit de combattre l'antisémitisme, le racisme et toutes les formes d'exclusion. Vous incarnez un militantisme de l'action qui doit inspirer très largement celles et ceux de nos compatriotes qui aiment rappeler à longueur de discours leur défense des valeurs de la République, mais qui dans les faits ne sont pas toujours au rendez-vous de cette belle promesse démocratique. Je suis, moi, de celles qui pensent que la République n'appartient à personne. Ou plutôt, que la République appartient à tout le monde : car nous en sommes tous responsables. La République est sans doute notre bien le plus précieux. Il n'y a jamais trop de volontaires pour en faire vivre les principes et les valeurs fondamentales de liberté, d'égalité, de fraternité. Ces valeurs, je sais qu'elles résonnent singulièrement en cette ville, à Lyon. Une ville où l'humanisme n'a rien d'un concept évanescent, bien au contraire. Et je saluer très amicalement Gérard COLLOMB qui a tant fait pour que prospère dans cette ville la concorde civile entre des familles de pensées différentes, certes, mais que rassemble une même exigence de progrès et de solidarité. Cette tradition, elle s'est forgée en partie dans l'histoire singulière d'une ville qui a été à la fois la capitale de la résistance et en même temps un centre névralgique de la répression nazie, après l'invasion de la Zone Sud. Je ne connais pas d'autre ville où l'idéal absolu de liberté s'est à ce point incarné dans un combat qui a été celui du bien contre le mal, de la civilisation contre la barbarie, des lumières contre les ténèbres. La Résistance a été ici un combat pour faire ressurgir, après le désastre, une démocratie puissante et que la France redevienne dans le concert des nations la patrie des Droits de l'homme. Ce combat avait un objectif : le retour d'une République une et indivisible, assurant l'égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d'origine, de race, de religion et respectant toutes les croyances. Ce combat, il édifiait un rempart contre le fascisme qu'engendrent toujours le racisme et l'antisémitisme. Nous sommes comptables devant l'Histoire des sacrifices consentis, du sang et des larmes versées, dans les grandes conquêtes républicaines pour la liberté, pour l'égalité, pour la fraternité, pour la laïcité, pour la recherche permanente du progrès et de la justice sociale. C'est l'histoire de notre pays et son identité profonde. Elle est incompréhensible si on ne la replace pas dans la suite des événements de son passé, comme nous le rappelle le grand historien Fernand BRAUDEL, lorsqu'il écrit : « le passé intervient dans le présent, il le brûle. » 2. Eh bien ce passé, oui, il rejaillit d'un éclat encore plus vif en ce lendemain de la journée du souvenir de l'Holocauste. Et peut-être ne le savez-vous pas, cette journée fut instaurée en 2002 par les ministres européens de l'éducation. Ils voulaient que le jour anniversaire de l'ouverture du complexe concentrationnaire d'Auschwitz-Birkenau, le 27 janvier 1945, soit l'occasion d'une mobilisation de tous les établissements scolaires de France et des pays de l'Union européenne. Et bien hier encore, nous avons veillé à ce que cette journée, hier encore, donne lieu partout en France à des actions éducatives pour engager nos élèves à être vigilants, à défendre les valeurs démocratiques, à combattre l'intolérance. Avec le Premier ministre, Manuel VALLS, nous avons choisi ce jour symbolique pour nouer un engagement sans précédent entre l'Etat et le Mémorial de la Shoah afin de renforcer considérablement notre politique éducative contre le racisme et l'antisémitisme aussi bien en direction des élèves que des enseignants. Je pense en vous parlant ce soir à Samuel PISAR qui a tant fait dans ce domaine de la transmission. Il y a un an, peu après les attentats contre Charlie Hebdo et contre l'hyper cacher, il livrait cette réflexion, à propos d'une étude révélant l'intérêt grandissant des jeunes Européens pour la mémoire des événements majeurs du XXe siècle. Il disait, je cite : « Le seul fait qu'ils veulent savoir et comprendre est une très bonne nouvelle. Sans doute ressentent-ils qu'il s'agit de leur vie et de leur avenir. Après tout, nous sommes ici pour honorer les morts mais aussi pour avertir les vivants contre le risque existentiel qui s'amoncelle à nouveau sur tous les horizons. C'est cela, avec le retour en force de l'intolérance, de l'antisémitisme, de la haine, de la barbarie, de la peur, qui explique l'immense émotion, l'immense mobilisation, et l'étonnante ampleur des commémorations en France, en Europe et dans le monde. » En pensant à tous ceux qui comme Samuel PISAR, comme Ginette KOLINKA que nous honorions hier au ministère, comme tous ces anciens déportés qui par leurs témoignages nous ont transmis la mémoire de l'holocauste, je veux rappeler ici le difficile combat mené, il y a soixante-dix ans, au cœur d'une République à la reconquête d'elle-même. Evoquer ce combat de la vie contre la mort, mené à l'ombre des regards, au sein de toute une communauté décimée, de familles détruites dans une entreprise de destruction d'une ampleur jusqu'alors inconnue. C'est dans cet effort incommensurable pour remettre sur pieds cette communauté d'âmes que votre organisation s'est forgée. D'abord pour sauver les Juifs des griffes de l'occupant et de ses zélés collaborateurs. Ensuite, pour aider les rescapés à revenir dans le monde des vivants et à y retrouver une place. Depuis soixante-dix ans, le CRIF a toujours été à l'avant-garde de cette défense des libertés humaines les plus fondamentales que sont la lutte contre le fanatisme, l'obscurantisme et le racisme. Dans le combat contre l'oubli, le CRIF se dresse comme une sentinelle face aux falsificateurs de l'Histoire qui par la négation ou la relativisation de la Shoah entendent propager leur haine des Juifs. Et je me réjouis que le Conseil constitutionnel ait validé le 8 janvier la loi réprimant la contestation des crimes contre l'Humanité commis pendant la Seconde Guerre mondiale. Ayons à l'esprit que cette décision venait en réponse à une question prioritaire de constitutionnalité qu'un négationniste, nostalgique du IIIe Reich, avait initiée. Il espérait ainsi remettre en cause l'incrimination de ses discours de haine et mieux pouvoir nier la réalité de la destruction de 6 millions de juifs d'Europe un crime sans équivalent dans l'histoire de l'humanité. 3. Vous savez, je suis régulièrement interrogée sur le développement de ces discours nauséabonds construits avec la volonté de nuire, sur la concurrence des mémoires et sur le supposé « deux-poids deux mesures ». A ces jeunes parfois tentés de succomber à la facilité de ces discours, je rappelle toujours, systématiquement, ce qu'a été la dure réalité de la reconstruction d'une vie juive dans l'Europe d'après Auschwitz. Que cette lente et difficile renaissance fut aussi une œuvre de mémoire, de justice et de vérité. Et que c'est la transmission même de notre culture républicaine qui est menacée à chaque fois que des voix s'élèvent pour contester, pour relativiser ou pour nier les tragédies du passé, qui ne font plus débat au sein de la communauté des historiens. On a décrit ces quinze dernières années, la montée des revendications d'ordre social, culturel, identitaire qui posent tant de défis à la communauté éducative. On a décrypté ce rapport de l'Inspection générale de 2004, le rapport de Jean-Pierre OBIN, décrivant déjà les refus de la mixité, des contestations d'enseignements ou encore des appels au boycott d'oeuvres jugées licencieuses. On a révélé l'existence d'un nouvel antisémitisme qui a fait sienne cette haine judéophobes et qui prétend que la mémoire de la Shoah étoufferait celles de l'esclavage, de la colonisation et de toutes les souffrances endurées depuis la nuit des temps. Eh bien discours, quelle que soit son ampleur, exige de chacun d'entre nous une réponse ferme. Car qu'est-ce qui fonde une nation, sinon une commune acceptation des épreuves qui en forgent l'unité ? Alors oui, je vous réponds Madame la Présidente, mon discours sur ce sujet ne souffre d'aucune ambigüité. Parce que l'école est un lieu viscéralement républicain, qui forme des citoyens, qui élève les consciences, un lieu de transformation sociale que l'Ecole ne doit pas faiblir et doit apporter sa réponse. Dès le lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo et contre l'hyper casher, toute l'institution scolaire – je pense en particulier aux directeurs et chefs d'établissement ainsi qu'à tous nos enseignants – s'est mobilisée pour faire face, pour accueillir les enfants, pour répondre à leurs interrogations, pour dépasser la peur, pour laisser les paroles s'exprimer sans laisser déraper car vous savez les incidents que l'on a pu connaître. Ça a été une mission très difficile pour nos enseignants. Avec l'aide des Préfets, nous avons organisé entre février et avril partout en France pas moins de 1300 débats pour examiner ensemble cet enjeu sur la transmission des valeurs de la République aux élèves, quand certains visiblement n'y croient plus et comment les partenaires de l'Ecole peuvent l'aider dans cette tâche. Car seule, l'Ecole ne peut pas tout. 1300 débats et le CRIF était présent comme il l'était au ministère au moment où je consultais l'ensemble des forces vives de la nation pour échanger, dialoguer, pour veiller aussi à ce que les décisions que nous prenions fassent consensus. C'est ainsi que nos mesures de Grande mobilisation de l'Ecole et de ses partenaires pour les valeurs de la République ont été lancées dès le 22 janvier dans un élan sans précédent dans l'histoire de l'institution scolaire depuis la Libération. D'abord, aux innombrables messages de soutiens venus de toutes parts j'ai voulu répondre en mettant corps à la Réserve citoyenne qui aujourd'hui compte plus de 6000 membres, avec des ambassadeurs aussi importants que Serge et Beate KLARSFELD mais aussi, depuis hier, le Mémorial de la Shoah. Cette Réserve citoyenne, je l'ai voulue pour ouvrir plus largement l'école, l'ouvrir aux citoyens pour à côté des enseignants, en complémentarité, porter une parole forte sur ces questions d'engagement, de valeurs, de citoyenneté, de laïcité. Nous avons fait cette expérience pendant ces années de tous ces anciens Résistants, ces anciens déportés, qui témoignaient face à ces élèves ce qu'avaient été la Seconde Guerre mondiale et la Shoah. On sait combien ces témoignages ont de force et incarnent mieux l'Histoire que des cours parfois trop théoriques pour des élèves. L'enjeu de la Réserve citoyenne est de poursuivre ce travail sur tous les enjeux liés aux valeurs de la République et à leur transmission. Et ce mouvement d'ouverture, nous le poursuivons au travers du renforcement des liens avec nos partenaires qui s'est traduite par le renouvellement de conventions comme nous l'avons fait il y a un tout juste un an avec la LICRA dont je salue ici le Président Alain JAKUBOWICZ. C'est une mobilisation essentielle pour replacer les valeurs de la République au centre de l'institution scolaire. Et si j'accorde tant d'importance à cette nécessaire ouverture de l'école sur son environnement, c'est qu'elle représente pour moi un acte de confiance : confiance des citoyens dans leur école et dans le rôle central qu'elle joue pour former les citoyens ; confiance de l'Ecole dans le partenariat avec la société civile. 4. En effet, nous vivons des événements qui nous engagent à ne jamais faiblir, et à accompagner, face aux défis qui sont les nôtres, l'ensemble des membres de la communauté éducative. Il s'agit dans ce contexte de nous épauler et non de rechercher quelle de telle ou telle institution aurait manqué à son devoir. Nous épauler pour venir en aide aux enseignants qui sont confrontés à des difficultés considérables. Ils sont, par leur rôle et par leur fonction, en première ligne. Ils le sont pour répondre aux revendications et parfois aux provocations de leurs élèves sur fond de débat identitaire. Ils le sont pour les aider à comprendre les valeurs de la République et si possible à y adhérer. Ils le sont pour prôner auprès de ces élèves le « vivre ensemble » quand souvent ils ont en même temps le sentiment que la société se fissure pour mieux se replier sur elle-même. Et croyez-moi, cette tâche est difficile pour les enseignants que de faire comprendre les valeurs de liberté, d'égalité, de fraternité quand parfois la plupart d'entre eux ne connaît pas même l'expérience de la mixité sociale. Les enseignants ont besoin, pour ce faire, d'être soutenu et d'être accompagné. Ce soutien passe à la fois par la formation avec des écoles dédiées qui avaient été supprimées ces dernières années. Formation initiale, avec une école dédiée à cela qui avait disparu ces dernières années, et avec l'instauration d'une question spécifique aux valeurs de la République pour les nouvelles recrues dans le cadre du concours et une formation sur ces questions et notamment sur la laïcité. Ce qui est nouveau depuis l'année dernière. Cet effort concerne aussi les enseignants déjà en poste, pour lesquels un plan de formation continue inédit est en cours de réalisation portant sur les questions de citoyenneté, de mémoire, de valeurs de la République. Pour les enseignants, soutenus veut dire également être « armés », c'est-à-dire dotés d'outils pédagogiques, disposer de ressources adaptées pour répondre aux élèves. Si possible avec des outils semblables par ailleurs à ceux que les élèves fréquentent aujourd'hui assidument sur internet notamment par le biais de vidéos : des contre-argumentaires, des ressources pertinentes, performantes que nous avons la charge de créer pour lutter contre les préjugés. J'ai mobilisé pour ce faire les plus éminents penseurs, historiens, chercheurs dont les travaux font école sur tous ces sujets si sensibles et dont on trouve les productions sur un portail dédié aux valeurs de la République. Jamais autant n'aura été fait pour donner aux enseignants les moyens adaptés aux réalités de notre société et apporter aux élèves les repères dont ils ont besoin. Car nos élèves ont besoin de repères. L'école a la charge de les faire réussir scolairement, bien sûr, mais elle est aussi là pour faire grandir les citoyens de demain, pour former les consciences, éveiller les élèves à eux-mêmes et aux autres, leur permettre de s'approprier les valeurs fondamentales que sont les libertés, le respect de la dignité, la tolérance, le dialogue. Ces repères-là me direz-vous, tous les enseignements délivrés à l'Ecole doivent permettre aux élèves de les acquérir. Mais nous avons voulu aller plus loin et y consacrer un enseignement à part entière : c'est l'Enseignement Moral et Civique entré en vigueur à la rentrée qui s'appuie non seulement sur la transmission de savoirs et de connaissances, mais aussi sur un savoir-faire, un engagement dans la pratique. Les valeurs ne sont pas que des mots. Alors autour de ce nouvel enseignement se déploie également un parcours citoyen que nous avons créé et qui concernera désormais chaque élève et qui par exemple, consistera pour lui à faire systématique la découverte d'un lieu de mémoire et nous construisons un outil de mise en réseau de tous ces lieux ressources sur le territoire national ; nous voulons que chaque élève puisse en faire l'expérience, être associé à un projet collectif à l'instar de ce que permet la participation au Concours National de la Résistance et de la Déportation. Comprendre et incarner ces valeurs sont deux aspects très importants de cet enseignement. Ils se prolongent aussi dans un volet essentiel : la pratique du débat, de l'échange, et de la réflexion. Pour réfuter, pour discréditer, il faut savoir argumenter. Pour apprendre à nos élèves à développer l'esprit critique, encore faut-il qu'ils sachent définir le sens même des mots auxquels ils sont confrontés. La lutte contre la radicalisation passe non seulement par notre capacité à mettre en place des dispositifs de prévention adaptés, mais aussi par le fait de donner à chaque élève la capacité de se défendre logiquement contre les discours simplistes qui l'assaillent. Le savoir. La connaissance. La pensée. Autant de réponses possibles aux crises que nous traversons. Voilà pourquoi la laïcité, qui, selon les mots de Ferdinand Buisson, permet « d'accueillir chaque enfant avec les croyances qu'il tient de sa famille », si elle assure une distinction essentielle entre le savoir et la croyance, n'implique pas pour autant un silence absolu de l'Ecole sur le religieux. Oui, l'Ecole a quelque chose à dire à ce sujet. Non pas pour prendre parti. Non pas pour condamner. Mais pour apporter justement de la connaissance. Voilà pourquoi j'ai tenu à ce que l'Ecole propose un enseignement laïc du fait religieux. Cela permet une appréhension dépassionnée, et d'apporter dans un domaine souvent méconnu, la force qui est celle du savoir. Ainsi, on redonnera à la laïcité le statut qui est le sien : celui d'une liberté. D'une liberté qui exige justement, pour être défendue, une très grande fermeté. Le temps de l'aveuglement et des compromis est terminé. Les enseignants sont formés. Ils ont des référents dans chaque académie. C'est-à-dire des professionnels aguerris qui sont là pour les épauler en cas de besoin. Des ressources pédagogiques nombreuses ont été créées. Un livret adressé à tous les établissements pour guider le dialogue éducatif, pour rappeler les règles de droit. Les familles sont désormais associées à ce principe de laïcité puisqu'il leur est demandé de signer la charte de la laïcité. C'est ainsi que nous ne laisserons prospérer aucune atteinte à la laïcité. Parce qu'ainsi, nous défendons non seulement une liberté, mais un principe fondateur de l'Ecole, qui, je le rappelle, fut laïque dès les années 1880, bien avant la loi de 1905. 5. Ainsi, l'école remplit son rôle, non seulement comme lieu Républicain, mais aussi comme lieu de savoir et de connaissance. Et je vais vous rassurez Madame BORNSTEIN ; non je ne considère pas que la mission première de l'école ce soit la réduction des inégalités. La mission première de l'école c'est la réussite. Mais je rajoute que la mission première de l'école c'est d'assurer la réussite de chacun et pas de quelques-uns au détriment des autres. Personne ne me contredira je l'espère dans cette salle lorsque je vous dirai que notre pays ne brille pas en matière de déterminisme social. Nous avons une vraie difficulté sur le terrain des inégalités socio-économiques qui conditionnent la réussite scolaire. Qui dit réussite scolaire, dit réussite dans la vie professionnelle et dans la vie tout court par la suite. Voilà pourquoi j'ai fait de la question de l'égalité de l'égalité des chances, c'est vrai, une priorité. Cela ne contredit aucunement le travail pour la réussite scolaire, bien au contraire. Ceux qui croient vraiment que le savoir ou l'excellence sont un gâteau dont les parts seraient d'autant plus petites que nous serions d'autant plus nombreux à les partager se trompent définitivement. Le savoir et l'excellence, c'est précisément le contraire. On fait fructifier savoir et excellence dès lors qu'on les ouvre au plus grand nombre possible, pas en se contentant d'avoir toujours la même élite, dynastique, rentière… Non, posons-nous chaque fois la question : ai-je vraiment permis à chaque élève de donner le meilleur de lui-même tant l'école qui est la nôtre aujourd'hui ne le garantit pas. Et non, puisque vous l'avez évoqué, non, les nouveaux programmes de la scolarité obligatoire que nous avons adoptés ne laissent absolument pas aux professeurs d'histoire le choix de leur période. C'est faux. La vérité, c'est que les programmes d'histoire sont identiques sur l'ensemble du territoire pour chaque élève, bien évidemment. Troisième point que vous évoquiez : non, les humanités ne vont pas souffrir de la réforme du collège. Je sais que le débat est tellement brouillé qu'on entend tout et son contraire. Mais prétendre que le Latin et le Grec, options si importantes pour la construction des élèves, y compris pour sur les sujets de citoyenneté dont nous venons de parler, ne soient réservées qu'à 20% des élèves et qu'il faut trouver un moyen de les ouvrir si possible à 100%, ça n'est pas nuire aux humanités et ça n'est sûrement pas nuire aux élèves concernés. La démocratisation des enseignements, qu'il s'agisse des langues vivantes ou des humanités, c'est bien évidemment un bénéfice pour notre société dans son ensemble. Car Mesdames et Messieurs, Voulons-nous véritablement vivre sur un calme précaire, construit sur des inégalités flagrantes, qui menace à tout instant de rompre une unité qui est illusoire, où ne préférerions-nous pas enfin construire ensemble une société dans laquelle chacun trouve sa place sans passer son temps à se demander avec qui il est en concurrence ? Moi je suis pour que nous construisions cette société avec une assise durable et c'est le sens des réformes que nous menons. 6. Mais revenons sur ma présence ce soir. Car elle doit aussi beaucoup à un événement, qui, lorsque je recevais votre invitation, venait de nous saisir d'effroi. Je veux parler de cette agression antisémite de novembre, lorsqu'un enseignant d'une école juive de Marseille a subi une attaque sauvage. Aussi, j'éprouve le besoin ce soir de vous dire de vive voix l'aversion totale qu'un tel acte suscite en moi. Car j'exècre l'antisémitisme. Je l'exècre. J'exècre cette injustice absolue qu'est la xénophobie qui partant du principe qu'il y aurait une essence première au comportement des hommes et des femmes justifie toutes les formes de discriminations en ouvrant la porte à toutes les intolérances, à toutes les haines. Rien ne m'est plus insupportable au monde que de voir une personne atteinte dans son intégrité au seul motif de sa naissance, de son milieu, de son origine, de son histoire, de ses croyances. Au seul motif de ce qui, au fond, fait justement la complexité, la singularité, l'unicité de chaque être. La justice de notre pays, en le condamnant à une peine de réclusion de deux ans et demi, a pleinement établi la responsabilité et le motif antisémite de l'auteur de cette attaque au couteau. Alors évidemment, la nouvelle agression d'un enseignant portant la kippa dans les rues de Marseille, a donné à cet événement une sinistre réplique. Un écho inquiétant. C'était une énième agression perpétrée contre un de nos concitoyens au seul motif de son appartenance au judaïsme. Si les actes antisémites ont enregistré en 2015 un recul de 5%, il n'en demeure pas moins vrai que les Juifs sont la cible d'agressions que rien ne peut justifier. L'année 2015 a, encore une fois, été marquée du sceau de l'infamie des assassinats antisémites. Voilà un an, les clients d'une épicerie casher étaient victimes de terroristes islamistes agissant au nom d'une idéologie dont l'exécration des Juifs n'est pas sans nous rappeler, soixante-dix ans après, la nuit noire du nazisme. Et savoir que dans la même période les actes antimusulmans ont triplé ne peut nous rappeler qu'une chose : la mobilisation de tous les citoyens dans un esprit de rassemblement républicain est plus que jamais nécessaire pour faire échec aux appels à la haine, à toutes les haines. Car dans la période de troubles profonds que nous traversons, ces violences terroristes sont lourdes de menace pour l'avenir de nos sociétés. Ces violences terroristes visent à défaire les nations et les liens d'appartenance qui nous rassemblent, par-delà nos différences d'origines, de conditions ou de croyances. Dans une période où l'Europe traverse une nouvelle fois, dans son histoire, la montée des nationalismes et des populismes, je vous le dis, c'est une profonde inquiétude de voir monter la force des préjugés et leur inéluctable corollaire : l'augmentation des actes et des menaces antisémites et racistes. A ce sujet, permettez-moi de vous rappeler la détermination sans faille du Président de la République et du Premier ministre pour lutter contre l'antisémitisme, contre le racisme, pour combattre le terrorisme islamiste, dont l'année 2015 nous a cruellement montré la réalité et la barbarie. Au fil de toutes ces épreuves, d'intenses débats se sont déroulés autour de l'école. Ce réflexe est bien légitime. Car l'école, c'est bien le creuset de l'identité nationale, là où se forge une appartenance commune. Et c'est cette appartenance qui a été mise à mal, fracassée, par les actes abjects qui se sont produits ces dernières années, par ces crimes antisémites perpétrés en France depuis celui d'Ilan Halimi, il y a dix ans. Et tant son inhumanité, au fond, a fait ressurgir des images que l'on pensait appartenir à des temps révolus, je dirais que le souvenir des attentats de Toulouse, le 19 mars 2012, ne m'a jamais quitté. Alors évidemment, je comprends vos interrogations. Quel est ce processus de radicalisation qui amène un jeune de 15 ans à se jeter sur un homme pour le massacrer à coups de machette ? Cela questionne jusqu'aux fondements de la raison et de la conscience. Voilà pourquoi je tiens à ce que l'école, ce lieu unique où l'on voit toute une classe d'âge, toute une génération passer, nous aide à repérer les failles et les dérives susceptibles de se transformer en radicalisation. Il ne s'agit pas et je sais que cela a pu faire débat aussi de faire des enseignants et des chefs d'établissement des substituts des forces de police ou de justice. Il s'agit simplement d'en faire des éclaireurs, des lanceurs d'alertes, capables de nous signaler, quand un processus de radicalisation est à l'œuvre. Car toutes les informations sont précieuses en la matière. Et on a pu s'en rendre compte pas plus tard qu'aujourd'hui au travers de la situation de ces jeunes, à Lunel, partis en Syrie. On a vu que le simple fait que l'Education nationale n'a pas signalé une absence prolongée de plusieurs mois n'a pas permis de déceler en temps utile du processus de radicalisation. Alors cela ne doit plus se produire. C'est la raison pour laquelle, désormais, tous les chefs d'établissement savent quel est leur rôle, savent qu'il leur est demandé de repérer, d'identifier les signes avant-coureurs qui leur ont été décrits. Ils disposent d'un réseau de « référents radicalisation » dans chaque département et dans chaque académie. Aux côtés des préfets, des procureurs, des travailleurs sociaux, ils jouent pleinement leur rôle pour alerter et aider à la prise en charge de ces jeunes en voie de radicalisation. Et parce qu'une école qui favoriserait une pensée en contradiction flagrante avec les valeurs de la République, une école qui répandrait la haine, l'antisémitisme, et le racisme, n'a pas sa place en France, ne mérite tout simplement pas ce beau nom d'Ecole, j'ai aussi souhaité que des inspections « sauvages » soient effectuées au sein des établissements de l'enseignement privé. L'Ecole est une chance. Elle mérite d'être défendue. D'être préservée. D'être, elle aussi, en sécurité. Je conduis donc, en partenariat avec le ministre de l'Intérieur Bernard CAZENEUVE, une action volontaire pour assurer la sécurité de nos écoles. Car si nous devons apprendre à vivre avec le danger, nous devons aussi apprendre à l'affronter. Il y a ainsi un travail de formation et d'accompagnement de nos équipes dans la gestion de crise. Il y a également des diagnostics de sécurité et de sûreté qui permettent de définir des mesures complémentaires de sécurité et de surveillance pour protéger les espaces particulièrement vulnérables. Des cellules académiques de gestion de crise ont été créées, pour permettre une prise de décisions rapide, qu'il s'agisse de la fermeture d'établissements ou du déploiement de nos équipes mobiles de sécurité en lien avec les forces de secours. Et les services de police, de gendarmerie et les municipalités renforcent la surveillance de voie publique à proximité des établissements et des écoles. De telles actions sont absolument nécessaires. Car la menace existe. Les terroristes de Daech exècrent l'école parce qu'elle est justement le lieu de l'éducation aux valeurs de la République. Et c'est la raison pour laquelle j'ai tenu à apporter, dans ce domaine, une réponse forte. Ce n'est naturellement pas la seule. Car face au terrorisme, face à la violence, au racisme et à l'antisémitisme, il y a aussi ces réponses qui ont toujours été celles de l'Ecole : à l'ignorance, l'Ecole oppose le savoir. A la propagande, l'esprit critique. A la barbarie, nos valeurs républicaines et humanistes. Voilà pourquoi, alors que notre jeunesse est confrontée, en particulier sur internet, à des théories du complot si nombreuses, à une propagande nauséabonde, à des discours populistes aux accents malheureusement bien reconnaissables, j'ai tenu à ce que soit instaurée une éducation aux médias et à l'information. Pour que nos élèves ne soient pas laissés dans un état de passivité devant l'immense flot d'informations et de contre-vérités qui circulent chaque jour, j'ai tenu à ce qu'ils aient une véritable connaissance du fonctionnement des médias, d'internet, une éducation aussi à l'image, à ses enjeux, à ses effets. Parce que trop souvent on confond l'usage régulier que nos élèves ont de l'informatique et du numérique avec une connaissance réelle. Mais trop souvent, ce n'est pas le cas. Ils ne se servent pas d'un outil : ils sont eux-mêmes utilisés. Ils ignorent que le fonctionnement du moteur de recherche tend à les renvoyer toujours vers le même type de site. S'il consulte une fois un site complotiste, s'il y passe du temps, l'algorithme le renverra prioritairement vers des contenus similaires. Dès lors, au lieu d'avoir des avis équilibrés, objectifs, nos élèves se retrouvent plongés dans une toile de vidéos complotistes qui loin d'élargir leur horizon, restreint leur monde à une sphère nauséeuse de théories immondes. A l'heure où la propagande est à portée de clic, le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture met l'accent sur cette dimension, en insistant sur l'utilisation « de façon réfléchie des outils de recherche, notamment sur internet » et sur le fait de savoir « confronter différentes sources et […] évaluer la validité des contenus ». A cet apprentissage, contribue l'éducation aux médias et à l'information. Ces compétences se façonnent aussi par la création de médias lycéens. C'est en produisant soi-même des images, en montant une vidéo, que l'on comprend les effets de cadrage, d'omission et de manipulations qui gouvernent les théories du complot et les sites de propagande. Faire, pour savoir. Agir, pour ne plus subir. La citoyenneté réelle s'élabore dans une relation active au monde qui nous entoure. Jaurès déclarait : « L'enseignement national dans une démocratie n'est pas une forme immobile et figée : ce n'est pas un mécanisme monté une fois pour toutes et qu'on abandonne ensuite à son fonctionnement : l'éducation est liée à toute l’éducation politique et sociale, et il faut qu'elle se renouvelle et s'élargisse à mesure que s'élargissent et se renouvellent les problèmes. » C'était un discours visionnaire, où il appelait à éclairer la France par l'éducation. L'école est une maison d'instruction et d'éducation à la citoyenneté. C'est en son sein que la nation peut le mieux forger son identité, et la démocratie se régénérer. Les épreuves récentes sont un appel à prendre notre part d'engagement. Et je conclurai donc en vous assurant que mon engagement, pour la défense de l'Ecole, contre le racisme, l'antisémitisme et la radicalisation est total. Et je sais que ce sont là des engagements forts, des engagements qui nous unissent, et c'est pourquoi je tiens à vous redire que c'est non seulement un honneur, mais un véritable plaisir, que d'être, ici, à vos côtés, pour aborder tous ces enjeux. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/248.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/248.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0ca77b2e317cdf0bbbdf62643de75562df11d351 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/248.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, Monsieur le Secrétaire général du Conseil de l'Europe, Messieurs les Rapporteurs Mesdames, Messieurs les Parlementaires, Je voulais avant toutes choses vous féliciter, Monsieur le Président, pour votre élection à la tête d'une institution qui porte haut les valeurs de la démocratie, des droits de l'Homme et de l'État de droit. Je tiens également à remercier votre prédécesseure, Madame Anne Brasseur, pour le précieux travail qu'elle a effectué au cours de son mandat. Pays hôte de l'Organisation, patrie de la déclaration des droits de l'Homme, la France est profondément attachée au Conseil de l'Europe. C'est donc bien volontiers que j'ai accepté de participer au débat de votre Assemblée sur la lutte contre le terrorisme international. Je vous remercie de cette invitation et je veux également remercier les deux rapporteurs, Tiny Kox et Dirk Van der Maelen, ainsi que les rapporteurs pour avis Pierre-Yves Le Borgn', Gülsün Bilgehan et Pieter Omtzigt pour la qualité de leur travail. Il y a un peu plus de deux mois, quelques jours seulement après les attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis, j'étais présent ici-même à l'ouverture du Forum mondial de la démocratie, à vos côtés Monsieur le Secrétaire général, pour souligner l'indispensable équilibre à maintenir entre l'impératif de sécurité et la protection des libertés fondamentales. Ces attaques contre une salle de concert, des terrasses de café, les abords d'un stade de football, contre notre jeunesse et des citoyens venus de nombreux pays, ont fait 130 morts et des centaines de blessés, certains encore hospitalisés. Elles étaient planifiées depuis la Syrie par Daech, l'État islamique, une organisation disposant à la fois d'un territoire et de ressources considérables ; elles étaient commises par des individus fanatisés, déterminés à tuer, jusqu'à leur propre mort, au nom du djihad, qui revenaient de zones de guerre où ils avaient été entraînés au meurtre ; elles étaient perpétrées avec des armes et des méthodes de guerre. C'est ce même terrorisme qui a frappé l'Europe et le monde à plusieurs reprises l'année dernière : à Paris en janvier contre Charlie, contre l'Hyper casher et des policiers, à Bruxelles contre le musée juif, à Copenhague lors d'un débat et contre une synagogue, mais aussi à Tunis, en Égypte contre un avion russe, à Bamako, et cette année encore à Istanbul, Djakarta et Ouagadougou. Vos rapporteurs ont malheureusement raison : la menace terroriste est toujours présente et élevée dans nos pays. Le Premier ministre Manuel Valls l'a redit après l'attentat d'Istanbul : cette menace « est constante et elle peut frapper à tout instant ». Le président de la République a donc pris, en France, des décisions fortes et exceptionnelles pour y répondre, avec trois impératifs : - l'efficacité, car il faut - c'est le devoir de l'État - protéger nos concitoyens ; - le respect de l'État de droit et des libertés fondamentales ; - le respect de nos engagements internationaux. Dès le 14 novembre 2015, l'état d'urgence a été instauré pour 12 jours sur l'ensemble du territoire national en raison de la gravité des attentats et de la permanence de la menace. Puis, conformément à la loi du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence, un projet de loi de prorogation de l'état d'urgence pour trois mois a été soumis au Parlement, et adopté à une large majorité, dépassant les clivages politiques, le 20 novembre 2015. En élargissant les pouvoirs de l'autorité administrative, pour une durée limitée et dans des circonstances clairement exceptionnelles, en autorisant notamment des perquisitions de jour et de nuit ou des assignations à résidence, l'état d'urgence est efficace. Entre le 14 novembre 2015 et le 26 janvier 2016, les forces de l'ordre ont ainsi procédé à 3.234 perquisitions administratives : 515 infractions ont été constatées ; il a été procédé à 388 interpellations, 338 gardes à vue et 406 assignations à résidence, dont 17 ont été abrogées après une réévaluation de la situation et une dizaine modifiées pour permettre de concilier l'assignation à résidence avec la vie privée et familiale ou une activité professionnelle. 559 armes ont également été trouvées, dont 42 armes de guerre, soit la moitié du volume d'armes de guerre saisi habituellement au cours d'une année pleine. Ces mesures, qui sont un des éléments de la lutte contre le terrorisme, aux côtés du travail des services de renseignement encadré par la loi relative au renseignement du 24 juillet 2015, de l'échange d'informations et de la coopération internationale, en particulier européenne, de la lutte contre Daech en Syrie et en Irak, de la lutte contre la radicalisation en France même, sont pleinement respectueuses de l'État de droit. Le Conseil d'État, dans son avis rendu public par le gouvernement, a estimé que cette loi était justifiée et proportionnée aux circonstances. Le législateur, quant à lui, suivant le projet du gouvernement, a écarté de la loi sur l'état d'urgence les dispositions relatives au contrôle de la presse. Il a toujours été clair pour la France que la liberté d'expression, attaquée précisément par les terroristes, devait être totalement protégée, y compris en assurant la protection physique des rédactions ainsi que des journalistes et des dessinateurs menacés, de même que sont protégés de nombreux lieux de culte, synagogues, mosquées, églises et de nombreuses réunions ou manifestations publiques. Ces mesures exceptionnelles, répondant à une situation exceptionnelle, sont conformes à la Constitution. Saisi par le Conseil d'État d'une question prioritaire de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel a notamment déclaré conformes les dispositions relatives aux assignations à résidence, dans une décision du 22 décembre dernier. Mais ces mesures exceptionnelles font également l'objet d'un contrôle politique et juridictionnel exceptionnel. Contrôle d'abord par les assemblées parlementaires. Les commissions des lois des deux assemblées sont dotées des pouvoirs d'une commission d'enquête, et donc d'une large capacité d'investigation, pour le suivi des mesures prises par le gouvernement dans le cadre de l'état d'urgence. Tous les moyens du contrôle parlementaire peuvent être utilisés : contrôles sur place, déplacements, questionnaires, auditions, demandes de transmission de pièces. Contrôle juridictionnel ensuite, qui se fait notamment par le juge administratif, qui a été saisi de 140 recours sur les assignations à résidence, dont 80 en référé, la plupart jugés en 48 heures. Dans l'immense majorité des cas, les juridictions saisies ont validé les mesures prises par l'administration. Sur ces 140 recours, le juge a prononcé six suspensions, une suspension partielle et une annulation. Un État de droit, c'est aussi une justice en mesure de se prononcer dans l'urgence, pour faire valoir les droits de ceux qui s'estiment lésés, et qui ont donc les moyens de se défendre. Il n'y a donc aucune suspension du contrôle des juges sur les décisions prises par l'administration pendant l'état d'urgence. L'état d'urgence permet d'agir fortement et rapidement, mais la justice a toujours le dernier mot. Enfin, je voudrais insister sur le fait qu'avec ces mesures, la France reste totalement fidèle à ses engagements internationaux. Confrontée à une menace d'une gravité exceptionnelle, la France a tout d'abord informé le Secrétaire général du Conseil de l'Europe et le Secrétaire général des Nations Unies qu'elle entendait recourir aux dérogations permises et encadrées par la Convention européenne des droits de l'Homme, dans son article 15, et par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dans son article 4. La France, profondément attachée à la Convention européenne des droits de l'Homme, respecte et respectera ses obligations internationales en matière de droits de l'Homme. Ce serait une grave erreur de vouloir opposer la lutte contre le terrorisme d'une part, et la défense des droits de l'Homme d'autre part ; de laisser entendre qu'il faudrait choisir l'une aux dépens de l'autre ; de laisser entendre que si l'on veut lutter contre le terrorisme, l'on devrait renoncer aux droits de l'Homme, aux libertés fondamentales, ou à l'inverse que pour défendre et préserver les droits de l'Homme, il faudrait renoncer à lutter pleinement contre le terrorisme. Ce serait évidemment une aberration. Car ce sont ces mêmes droits de l'Homme que les terroristes veulent anéantir, parce qu'ils sont au coeur même de nos démocraties. Notre devoir est donc de faire les deux. Lutter contre le terrorisme avec la plus grande détermination, avec tous les moyens nécessaires, mais toujours avec les armes du droit, dans le respect des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. C'est là le choix de la France. C'est pourquoi les dispositions prises dans le cadre de l'état d'urgence adaptent notre droit pour garantir dans la durée la sécurité et les libertés des citoyens et résidents français, pour défendre nos valeurs, notre modèle de société et la démocratie. Nous entendons désormais constitutionnaliser l'état d'urgence, pour préciser les moyens qui pourraient être utilisés dans ce cadre et définir les raisons qui pourraient justifier son déclenchement. C'est une garantie pour la défense de nos libertés. Le Conseil d'État, dans son avis préalable rendu public, a d'ailleurs estimé que la modification envisagée aurait un effet utile. C'est aussi pourquoi le gouvernement a enrichi le projet de loi réformant la procédure pénale et renforçant la lutte contre le crime organisé, qui sera soumis au Parlement dans les prochains jours. Il donnera au parquet des moyens d'agir dans le cadre des enquêtes ouvertes sous leur responsabilité. L'enquête du procureur deviendra contradictoire, les écoutes téléphoniques seront mieux encadrées, et la spécialisation du juge des libertés et de la détention sera reconnue. Ce texte permettra aussi, dans des cas précis, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge administratif, de contrôler des individus qui rentrent de Syrie ou d'Irak, et qui ne font pas l'objet de procédures judiciaires. Il contribuera à la protection de certains sites sensibles et réprimera les trafics d'armes et le blanchiment d'argent qui alimentent le terrorisme. Le président de la République l'a dit, l'état d'urgence n'a pas vocation à durer et, le Premier ministre l'a rappelé ce matin même, il est nécessairement borné dans le temps. Mais la menace reste élevée, et tant que notre droit ne s'est pas adapté, nous devons être à même de satisfaire aux exigences de sécurité et de liberté. C'est dans cette attente que le gouvernement présentera le 3 février un projet de loi prolongeant l'état d'urgence pour une durée de trois mois. La lutte contre le terrorisme se gagnera aussi - vos rapporteurs ont raison de le souligner - sur le terrain des valeurs, dans une approche globale. C'est pourquoi la France a engagé un combat de long terme, qui s'attaque aux racines profondes de ce mal : - à l'échelle nationale d'abord, avec un grand plan de lutte contre le racisme et les discriminations et en luttant contre les phénomènes de radicalisation et leur développement sur Internet ; - au niveau européen ensuite, en renforçant avec nos partenaires le contrôle de nos frontières extérieures communes, en échangeant mieux les informations, en mettant en place un PNR européen, en luttant contre le trafic d'armes et le financement du terrorisme ; - au niveau international enfin, en participant à la coalition internationale contre Daech dans le cadre de la résolution 2249 du Conseil de sécurité des Nations unies, tout en recherchant activement une solution politique durable aux crises qui sévissent depuis trop longtemps en Syrie, en Irak ou en Libye, et qui ont permis à Daech de renforcer ses positions. Mesdames, Messieurs les Parlementaires, Les terroristes ne veulent pas seulement tuer des femmes et des hommes. Ils veulent tuer la liberté, nos sociétés ouvertes, tolérantes, démocratiques. Ils veulent à la fois nous intimider et nous diviser, nous faire vivre dans la peur et la discorde. Nous devons faire l'inverse. Nous devons nous tenir debout et unis. Combattre la terreur avec la plus grande détermination, défendre nos valeurs, affirmer la fraternité et la liberté, fortifier l'État de droit et la démocratie. Dans cette mission, le Conseil de l'Europe a un rôle essentiel à jouer. C'est pourquoi la France a activement participé à l'élaboration du Protocole additionnel à la Convention du Conseil de l'Europe pour la prévention du terrorisme, qu'elle a signé le 22 octobre 2015. Le respect des droits de l'Homme et de l'État de droit, l'éducation, l'inclusion et la cohésion sociale sont au cœur de l'action du Conseil de l'Europe, et sont des facteurs clés pour la réussite de toute stratégie de prévention et de lutte contre l'extrémisme violent et le terrorisme. C'est la conviction de la France. Les terroristes qui ont attaqué la France ne la feront pas changer de visage. Elle est le pays de la Déclaration des droits de l'Homme et de la liberté, elle le restera, avec vous, ses partenaires au sein du Conseil de l'Europe. Et c'est ensemble que nous vaincrons le terrorisme. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/249.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/249.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2d4287071f68e31021e30c8ed4faa3c3060ac8f4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/249.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Mesdames et messieurs les journalistes Et je n'oublie pas, parce que je ne les salue pas toujours, les photographes. Bienvenue à vous toutes et vous tous pour ce rendez-vous, bien sûr, traditionnel. A vous entendre, cher président SPORTOUCH, puisque vous êtes en quelque sorte, ici, le président des journalistes, je vois que vous avez une qualité, parmi d'autres... la constance. La constance du journaliste, c'est de poser des questions - toutes les questions - avec une certaine... comment dire... une certaine constance. La constance du politique, c'est... D'y répondre avec, je dois l'avouer... Une même constance. Je vais m'y employer tout en dressant les grandes lignes de l'action gouvernementale pour l'année qui s'annonce. Qui s'annonce, pas seulement "compliquée", comme j'ai pu l'entendre ou le lire, mais - je le crois profondément – passionnante. Bien sûr, difficile, passionnante, mais ambitieuse pour la France et les Français. Deux principes doivent nous guider, deux principes guident mon action : la cohérence et l'efficacité. Cohérence d'une équipe gouvernementale rassemblée autour d'une seule ligne, celle qui est tracée par le président de la République. La cohérence, ce n'est pas étouffer les débats - c'est impossible, en France et encore davantage à gauche. Ce n'est pas étouffer les débats, la discussion, la confrontation ; la cohérence, c'est partager l'exigence et la solidarité. Je sais qu'hier, toutes les rédactions ont connu l'effervescence à l'annonce du départ de Christiane TAUBIRA et de l'arrivée de Jean-Jacques URVOAS. Je veux saluer ici l'opiniâtreté et le parcours de Christiane TAUBIRA. Elle a mené un combat pour cette grande avancée qui a été le mariage pour les couples de même sexe. Elle a su engager des réformes pour la justice, souvent attaquée, mise en cause, insultée même de manière insupportable. Elle est toujours restée digne, et a toujours reçu, bien sûr, naturellement, notre soutien, celui du président de la République, le mien et de l'ensemble du Gouvernement. Nous nous sommes vus, samedi dernier, elle et moi, et nous avons convenu que nous allions - contrairement à ce qui a souvent été dit -, bien travailler ensemble. Je connais les oppositions naturelles, classiques, entre par exemple le ministère de l'Intérieur et le ministère de la Justice ; mais nous avons bien travaillé ensemble. Et depuis que je suis Premier ministre, à chaque fois que j'ai rendu des arbitrages, nous l'avons fait en très bonne intelligence - avec elle, comme avec les autres ministres. Et puis, je partage avec elle le goût de la littérature, les concerts, l'opéra, le ballet ; et pour parler aussi tout simplement de la sève de la vie, c'est-à-dire la culture. Elle va manquer, bien sûr, au Gouvernement. Mais la cohérence exigeait qu'à partir du moment où il y a un désaccord sur une réforme, sur une révision constitutionnelle, chacun - je dis bien chacun - en tire les conséquences. Dans le débat qui s'ouvre sur la révision constitutionnelle, au Parlement, au moment où nous parlons, au sein de la Commission des lois de l'Assemblée nationale, je sais pouvoir compter sur le professionnalisme, la force de conviction, l'exigence, le caractère de Jean-Jacques URVOAS. Je le connais bien. Nous nous connaissons depuis très longtemps. Mais je sais qu'il est particulièrement soucieux et sourcilleux sur son indépendance, et sur l'idée qu'il se fait du rôle du ministère de la Justice - de son propre rôle comme Garde des sceaux. Et je sais compter également sur sa détermination pour poursuivre les réformes de la Justice ; mais aussi – cela me paraît important – redonner confiance à ce ministère, redonner confiance à la Justice de notre pays, redonner confiance aux magistrats, redonner confiance à tous ceux qui font vivre ce ministère régalien - indispensable pour que les règles, les lois soient mises en œuvre. La cohérence gouvernementale n'est pas une affaire de discipline, mais de responsabilité... De responsabilité, surtout dans ces moments difficiles pour le pays. C'est la condition même de l'efficacité. Et nous la devons, cette efficacité, aux Français pour leur avenir - c'est donc normal qu'ils nous questionnent sur les résultats de l'efficacité. Notre avenir à tous, même si j'ai cru comprendre, cher Benjamin SPORTOUCH, que vous vous préoccupiez surtout du mien... Notre avenir à tous, c'est ce qui me préoccupe. Je vous répondrai - n'y voyez pas là un réflexe politique... « primaire » -, en vous parlant d'abord de votre avenir... Pas au sein de la rédaction de RTL - ça ne dépend pas de moi - mais de votre avenir, et celui de tous vos confrères et consœurs journalistes. La France - plus que jamais - est attachée à la liberté de la presse. En un an, vous l'avez rappelé, 110 journalistes ont été tués dans le monde. Et avec Charlie Hebdo, notre pays a été parmi les trois pays les plus touchés. Ce qui marque - Reporters Sans Frontières l'a souligné - une inversion de tendance. La majorité des journalistes ont été tués dans des pays a priori en paix - et non plus, comme les années précédentes, dans des zones de conflits. Ceci souligne bien que nous avons changé d'époque, que nous avons changé de monde, que la menace du terrorisme, et du terrorisme islamiste notamment, qui nous a frappés si durement en janvier et novembre, est là pour durer. Face aux attaques, la France a tenu bon, une fois encore, la force de son peuple, son courage, son caractère, son âme se sont révélés dans l'épreuve. Et nous devons tous, ici, responsables politiques, journalistes, je le sais, dans nos comportements et dans nos commentaires, être à la hauteur de ce message que nous ont envoyé nos compatriotes. La France est attachée profondément à la liberté de la presse, et donc à l'indépendance des médias, dans un monde qui – là aussi – est bouleversé par la révolution numérique. Une proposition de loi sera discutée au Parlement dans les prochaines semaines pour mieux protéger les journalistes contre les pressions économiques. Nous soutenons cette initiative. Et je mesure votre impatience sur la réforme du secret des sources. J'y suis favorable, vous le savez, dès lors que l'équilibre entre liberté de la presse et sécurité de nos concitoyens est préservé. Cet équilibre, nous l'avons construit dans le cadre d'un projet de loi pour lequel beaucoup d'entre vous ont œuvré. Oui, et je le regrette, le calendrier parlementaire n'a pas été celui que nous avions prévu : l'actualité a bousculé l'agenda. Mais le gouvernement est prêt, et il poursuivra le débat entamé avec les parlementaires pour parvenir à une rédaction aboutie - et le plus rapidement possible. Quant à la directive européenne sur le secret des affaires, je sais le combat que vous avez mené - avec succès ! -, pour en infléchir la rédaction. Et je ne doute pas que vous exercerez la même vigilance et la même constance au moment de sa transposition dans notre droit... Sur l'état d'urgence, enfin : votre activité – j'en fais l'expérience en découvrant la presse chaque matin ou chaque après-midi, en vous écoutant, en vous regardant – montre bien que l'état d'urgence n'est pas un outil pour vous bâillonner. Et vous avez eu raison de rappeler que, en révisant la loi de 1955, nous avons supprimé les dispositions relatives à la censure. L'état d'urgence ne vise pas plus à empêcher nos concitoyens de manifester, comme cette semaine ou encore ces jours-ci, où nous avons entendu les taxis, les agriculteurs, les fonctionnaires... Qui, chacun, à leur manière, expriment des inquiétudes, des aspirations - notamment avec les changements que leurs professions subissent dans un monde ouvert, globalisé. Bien sûr, aucune violence n'est acceptable. Mais le Gouvernement est toujours là pour trouver les réponses qui s'imposent, des réponses sur des sujets qui sont particulièrement complexes. Vous êtes préoccupé, cher Benjamin SPORTOUCH, par mon avenir... Je vous en remercie. Vous pensez que les Français sont friands des coulisses du pouvoir. Soit. Mais je pense surtout, et très sérieusement, que l'année qui vient de s'écouler a marqué un profond basculement. Bien sûr, il y a des sujets, des analyses, des statistiques qui peuvent aussi nous donner de l'optimisme, et il faut de l'optimisme. Mais cette année a rappelé que l'histoire pouvait être de nouveau tragique. Les défis sont là, pas derrière nous, devant nous : l'urgence climatique - et je veux cependant saluer et rappeler le succès de la COP21, grâce à l'action de la France, du président de la République, du chef de notre diplomatie, Laurent FABIUS. Il y a la crise des réfugiés, la montée des intégrismes, le risque de délitement, d'implosion du projet européen sous les coups de boutoir des populismes et des égoïsmes. Sans doute l'Europe est confrontée à son rendez-vous le plus important depuis la dernière guerre mondiale, c'est-à-dire depuis ce qui a amené à la construction de cette Europe unie sur la base de la réconciliation entre la France et l'Allemagne - d'un projet profondément démocratique, qui a permis d'accueillir, d'abord, les pays du Sud, qui sortaient de la dictature, les pays de l'Est, ensuite, qui sortaient du joug stalinien ; qui a permis de créer un espace économique, une monnaie commune, une circulation des biens, mais surtout des citoyens dans l'Union européenne. Or, on voit bien que, avec la menace terroriste, la crise des réfugiés - et pas seulement en Allemagne -, les risques de séparatisme - on pense à la Catalogne ou à l'Ecosse -, aux tensions entre les pays du Nord ou de l'Est, avec les pays du Sud, l'Europe est confrontée à un défi majeur. Et de ce point de vue-là, vous le savez, la parole de la France sera tout à fait essentielle. Face à ces défis, je vous répondrai avec constance - comme je l'ai fait d'ailleurs l'an dernier : dans un tel contexte, plus que jamais, c'est l'avenir de la France qui me préoccupe. Pas l'avenir de la gauche, pas l'avenir des jeux de pouvoirs que je connais, bien sûr, et que vous devez, vous, analyser. Ce qui me préoccupe fondamentalement, c'est l'avenir de mon pays. Et préparer la France de demain, au-delà des échéances qui nous attendent, c'est assurer, dès aujourd'hui - c'est bien sûr notre priorité -, la sécurité des Français. En continuant de frapper Daesh dans ses bastions en Irak et en Syrie. Le rôle de la France, c'est d'employer la force jusqu'à l'anéantissement de ceux qui nous ont déclaré la guerre - parce que nous sommes dans une guerre. C'est aussi de parler à tous les acteurs de la région. Et la force de la diplomatie française, c'est l'engagement du président de la République, c'est d'être capable de parler à tous, de tenir le même langage à chacun - dans un Proche et en Moyen- Orient particulièrement instables, confrontés aux tensions entre sunnites et chiites, entre l'Arabie Saoudite et l'Iran. La France se bat au Levant. Elle se bat au Sahel. Elle se bat à l'échelle de l'Union européenne, pour la mise en place de contrôles systématiques aux frontières de Schengen - et la présence, hier, du ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE, au Conseil des ministres de la République fédérale allemande, était un beau symbole. Nous recevrons, aussi, Thomas de MAIZIERE dans notre Conseil des ministres. La France se bat sur son sol, sur son propre sol, contre toutes ces mécaniques de radicalisation, auxquelles des milliers de nos jeunes sont exposés. C'est un défi, là aussi, considérable : c'est l'affaire d'une génération. Et certains, vous le savez, par centaines, franchissant le pas, décidant de partir se battre, retournant les armes contre leurs propres compatriotes. La France se bat contre le djihadisme. L'état d'urgence a permis des résultats, mais il faut du temps pour faire pleinement aboutir le travail des services de sécurité. Un projet de loi sera donc soumis au Parlement, au Sénat : d'abord, le 9 février, afin de proroger l'état d'urgence pour trois mois. Mais cet état d'urgence n'a pas vocation à durer. Il est d'ailleurs placé sous un contrôle exceptionnel : pas seulement de la presse, pas seulement des contre-pouvoirs, mais, surtout, du Parlement. Nous voulons aussi agir pour adapter notre droit. Avec le projet de loi pénale, qui sera adopté par le Conseil des ministres mercredi prochain, qui a été préparé par Christiane TAUBIRA, pleinement, en lien, bien sûr, pour les parties qui les concernaient, avec Bernard CAZENEUVE et Michel SAPIN. Nous nous donnons des moyens qui renforcent nos autorités administratives et judiciaires : pour lutter contre le terrorisme et le crime organisé, avec la révision constitutionnelle que le ministre de la Justice et moi-même défendrons au Parlement, pour inscrire l'état d'urgence dans notre constitution, et pour donner à la déchéance de nationalité – le président de la République s'y est engagé solennellement – toute sa force symbolique. Oui, cette parole est d'or. Je veux vous dire quelque chose que je crois profondément : entre le 13 novembre et le 21 novembre, non seulement nous avons changé d'époque, mais nous aurions pu connaître un autre sort que celui qui, heureusement, s'est imposé. Après ces attentats – cent trente morts, des centaines de blessés – j'ai eu profondément le sentiment pendant le week-end du 14 et 15 novembre que le pays pouvait basculer. Pas seulement parce qu'il y avait des élections régionales trois semaines après, mais parce qu'on voyait bien que nous subissions ce choc que je redoutais - que nous étions nombreux à redouter. D'ailleurs, nous avions averti, alerté, parfois sans être entendus, que cela pouvait se reproduire, que nous pouvions connaître un attentat de masse. J'ai eu avec le président de la République, avec Bernard CAZENEUVE, avec Christiane TAUBIRA, le sentiment que tout pouvait basculer à ce moment-là. C'est pour ça que le président de la République a convoqué un Congrès, qu'il a reçu le dimanche l'ensemble des formations politiques, et qu'il a créé les conditions - qui n'étaient pas évidentes, qui n'allaient pas de soi – d'imposer cette union : par son discours ; par les moyens donnés, bien sûr, aux forces de l'ordre, aux forces de sécurité, à nos armées et à la justice ; mais aussi par ses propositions et par la révision constitutionnelle. Cette union n'allait pas de soi, à voir les déclarations d'un certain nombre de responsables politiques le dimanche même. Elle n'allait pas de soi - rappelez-vous de ce qui s'est passé à l'occasion de la séance de questions au Gouvernement le mardi suivant. Mais les Français ont imposé cette union, et cette union a été rendue possible par le serment – j'ai utilisé ce mot – que le président de la République a passé avec les représentants de la Nation, c'est-à-dire avec les Français eux-mêmes. Le mardi, le texte concernant la mise en oeuvre de l'état d'urgence, sa progression, a été adopté par le Conseil d'Etat, le mercredi par le Conseil des ministres, le jeudi par l'Assemblée nationale. Le Sénat, en des termes identiques, a également voté ce texte de loi que je présentais. Il a été promulgué le lendemain. En une semaine – en une semaine – le président de la République, le Gouvernement, les parlementaires dans leur immense majorité, ont trouvé les mots justes, les mots forts dont notre pays avait besoin pour son unité. Et cette unité, nous devons la préserver. Dans mon for intérieur, je pense qu'elle est préservée. Elle est préservée parce que les Français souhaitent qu'on la préserve. Il est important que chaque responsable politique – c'est vrai pour les ministres, c'est vrai pour les parlementaires – se rappelle les conditions de l'annonce de cette réforme constitutionnelle - ce qui ne veut pas dire qu'il ne peut pas y avoir des modifications. Dans une période qui met notre société à rude épreuve, il est urgent de redire ce qui fait la France, ce qui fait notre unité nationale. Etre Français, c'est adhérer aux valeurs qui fondent notre République. Ceux qui portent atteinte à ces valeurs, qui déchirent ce contrat qui nous lie tous, alors oui, ceux-là ne méritent pas d'appartenir à la communauté nationale. Les événements que nous avons connus en 2015 nous amènent à élargir cette possibilité de déchéance qui se situe - je le rappelais hier devant la Commission des lois de l'Assemblée nationale -, dans une tradition républicaine française. J'insiste sur cette idée d'unité nationale en soulignant que nous devons être attentifs à toute tentation de revenir avant. Nous sommes sortis d'une forme d'insouciance. J'avais dit à des lycéens de Seine-et-Marne en janvier dernier, il y a un an, que leur génération allait vivre longtemps avec le terrorisme. Cela m'avait été reproché. Nous sommes de nouveau dans une guerre. Nous vivons avec une guerre différente : une guerre dans notre vie quotidienne. C'est tout le paradoxe, et c'est ce qui change des autres conflits que nous avons connus au XXème siècle : nous sommes en paix et, en même temps, nous sommes en guerre. Le courage, la lucidité, le rôle - en tout cas si je veux être davantage modeste – d'un responsable politique c'est de le dire et d'affronter cette réalité ; même si chacun – les Français qui veulent consommer, qui veulent vivre, qui veulent se préoccuper d'abord de l'avenir, de leur emploi, de leurs enfants, de leurs petits-enfants, mais vous aussi, journalistes – chacun doit bien se rendre compte que nous avons changé d'époque. Et ce même si notre réponse, c'est la démocratie, la confrontation des idées et l'Etat de droit - à un niveau qui doit être exceptionnel par rapport à ce que nous connaissons. Une réforme constitutionnelle, monsieur le Président, c'est un moment important. C'est un moment de réflexion, toujours en cours. Il y a des débats à gauche et à droite. Et alors ? C'est le moment des clarifications - c'est normal et c'est un débat qui est digne. On dit : "Le débat dure trop longtemps, ça n'intéresse pas les Français". Mais enfin ! Ce sont des symboles. C'est la Constitution que l'on change. Donc ce sont des sujets qui méritent approfondissement et débat. Et donc, pas de faux débat : il ne s'agit pas de faire une différence entre Français. Il s'agit de sanctionner des terroristes qui s'en prennent à la communauté nationale, aux intérêts fondamentaux de la Nation. Nous travaillons à appliquer les mêmes sanctions aux personnes condamnées pour les atteintes graves à la vie de la Nation, qu'elles soient naturalisées ou nées Françaises, et à mettre en place un régime global de sanctions comprenant, à côté de la déchéance de la nationalité, la déchéance de droits pour les Français qui n'ont, par exemple, pas d'autre nationalité. Je n'ai qu'un objectif - d'où la proposition que j'ai faite hier, qui amène à un amendement du Gouvernement qui sera discuté en Commission des lois aujourd'hui à l'Assemblée. Cet objectif, c'est de rassembler le plus largement possible. Je suis convaincu que les Français se rassembleront autour de cet objectif, au-delà des clivages. Faisons vivre cette exigence d'unité. C'est aussi ce nouveau patriotisme - celui qui s'est exprimé si fortement dans les rues - qui ne doit plus jamais retomber : cet amour de la République qu'on a ressenti le 11 janvier 2015 ; cet amour de la Nation, de ces symboles, nos couleurs, l'hymne national, notre devise, chantés, proclamés, rappelés pas seulement à Paris ou en France, mais partout dans le monde. Ce que je retiens aussi de 2015 et des élections régionales – vous l'évoquiez –, c'est bien sûr l'alerte maximale quant à la montée de l'extrême droite. Mais tous les facteurs - le terreau, comme on dit -, sont là : pas seulement en France, mais partout. La confusion entre la menace terroriste et la crise des réfugiés crée des opportunités, malheureusement, pour l'extrême droite. C'est en effet le combat d'une vie ; en tout cas, c'est mon combat, parce que je veux convaincre mes compatriotes que ce n'est pas la voie qu'il faut choisir. Mais je sais aussi que c'est par l'efficacité de nos politiques publiques que nous pourrons convaincre nos concitoyens. Ce que je retiens aussi de cette année 2015 et du scrutin des élections régionales, c'est également ce formidable sursaut républicain, où chacun a pris sa place – chacun. La gauche - contrairement d'ailleurs à certains pronostics - a quand même gardé cinq régions dans l'Hexagone. Je le sais, nous avons perdu trois régions, parce que nous avons décidé de nous retirer dans deux d'entre elles, et d'appeler à voter aussi pour le candidat qui représentait le camp républicain dans la troisième. C'est tout à notre honneur. Je retiens ce sursaut, où chacun a pris sa place, y compris la presse. Je pense notamment aux choix qui sont été ceux de La Voix du Nord et de Nord Eclair. Préparer l'avenir de notre pays, c'est aussi retrouver le chemin de la croissance bien sûr, pour faire reculer ce chômage de masse auquel notre société a fini par s'habituer – même si on ne s'habitue jamais à cela – avec son lot de frustrations, d'amertume, de détresse, de précarité, de pauvreté. La cohérence du Pacte de responsabilité et de solidarité, de la loi Croissance, du crédit impôt recherche, qui stimule l'investissement, l'innovation industrielle, la croissance verte, qui soutient la révolution numérique, apporte des premiers résultats. Pour la première fois depuis 2011, nous créons à nouveau de la croissance – plus de 1 % en 2015, malgré un quatrième trimestre affecté par les attentats. La reprise va s'accélérer en 2016, malgré, reconnaissons-le, un contexte mondial qui est marqué aussi par un certain nombre d'inquiétudes. C'est encore insuffisant ; les chiffres du chômage publiés hier le soulignent une nouvelle fois. Et donc il faut continuer à réformer sans relâche, à débloquer, à déverrouiller tout ce qui peut entraver les initiatives. Pour réussir dans le domaine de l'emploi, il faut une mobilisation de tous : l'Etat, les entreprises, puisque ce sont les entreprises qui créent la richesse et donc l'emploi, les partenaires sociaux, qui doivent pleinement assumer leurs responsabilités, les nouveaux présidents de région, que j'ai rencontrés ce mois-ci. Nous devons démontrer ensemble que nous sommes capables de travailler en bonne intelligence, quelle que soit notre sensibilité politique. Nous nous réunirons encore mardi prochain, ici même, et puis nous rencontrerons, à l'heure du déjeuner, le président de la République. C'est aussi le sens du plan d'urgence présenté par le chef de l'Etat. Il vise à ce que chaque actif trouve sa place sur le marché du travail, grâce à l'apprentissage et à la formation. Il vise à encourager les TPE et les PME, c'est-à-dire celles qui créent de l'emploi dans notre pays, à embaucher. Continuer à déverrouiller, c'est aussi réécrire le Code du travail en suivant l'immense travail, de très grande qualité, de la Commission Badinter, pour plus de souplesse ; et d'abord – pas seulement, mais d'abord – dans le domaine du temps de travail. C'est dans l'entreprise que les accords doivent plus que jamais se négocier, au plus près de la réalité du terrain. Nous ne sommes pas déconnectés de la réalité ! Les Français le pensent, mais nous vivons avec cette réalité. Je suis moi-même un élu local – je vous disais tout à l'heure que souvent, en fin de semaine, je suis dans ma ville, dans la circonscription dont j'ai été le député. Nous parlons avec les citoyens. Mais le pays doit se réformer ; et je suis convaincu que les Français sont davantage favorables à la réforme que certaines élites ne le pensent. Il y a une durée légale du travail, et les heures effectuées au-delà sont payées au moins 10 % de plus. Ce sont des principes qui d'ailleurs ont été rappelés par Robert BADINTER et les experts de toutes sensibilités politiques et juridiques de sa Commission. Ce principe doit s'imposer à tous. Mais au-delà, les entreprises et leurs salariés sont entièrement libres, dans le dialogue, d'organiser le temps de travail de la manière qui leur convient le mieux. C'est pour cela qu'il faut déverrouiller les accords majoritaires des syndicats. Et l'idée d'inscrire le référendum des salariés, présentée par Myriam EL KHOMRI, est une idée forte, moderne et qu'il faudra aujourd'hui, dans une démocratie sociale, imposer. C'est pour vous rassurer, cher Benjamin SPORTOUCH, sur le fait que nous faisons preuve toujours d'audace et de modernité. Continuer à débloquer ce qui peut l'être, c'est enfin faire que nos entreprises soient à la pointe de ce qu'on appelle l'économie collaborative. Nous devons permettre aux jeunes pousses, aux entrepreneurs de mener leur projet à bien, en devenant indépendants plus facilement, puis en créant leur société, en embauchant leur premier salarié. Et nous développerons des sources de financement des nombreuses et talentueuses start-ups françaises. Face à ces évolutions du travail, aux aspirations à plus de mobilité, de liberté, les droits sociaux doivent s'adapter. Ce sera notamment le rôle du compte personnel d'activité, mais pas seulement. Moi je suis frappé, quand je rencontre les grands chefs d'entreprise du monde, et notamment les chefs d'entreprise américains, de voir à quel point ils saluent la qualité de nos ingénieurs, leur inventivité. Nous sommes, je crois, la deuxième communauté de la Silicon Valley ; et pourtant ces start-ups, ces jeunes pousses, n'arrivent pas ensuite à se développer suffisamment en France. Donc il faut faire évoluer et le droit du travail et la fiscalité pour que ces entreprises trouvent pleinement, dans un écosystème particulièrement favorable de notre pays, la possibilité de se développer. Vous m'interrogez toujours – pas vous seulement –, avec là aussi constance, sur Emmanuel MACRON. Et ma réponse, c'est l'efficacité, celle de tout mon Gouvernement. Car ces mesures que je viens d'évoquer seront bien portées par Emmanuel MACRON, qui a lui-même proposé – et franchement j'essaie de vous le dire le plus sincèrement possible, mais je sais qu'il y a des idées ancrées – que les dispositions de la loi qu'il préparait, nouvelles opportunités économiques, qu'il aura l'occasion de présenter, soient, pour des raisons d'efficacité, intégrées dans d'autres lois, pour qu'on aille beaucoup plus vite ; puisque le temps parlementaire nous est compté. Dans la loi qui vient d'être adoptée en première lecture à une large majorité, la République numérique, portée par Axelle LEMAIRE ; dans la loi qui porte différentes dispositions économiques, que portera Michel SAPIN. Et bien sûr dans cette loi fondamentale qui sera portée par Myriam EL KHOMRI, mais avec le soutien également d'Emmanuel MACRON. Vous savez, on n'est jamais "puni" quand on gouverne au service de la France. C'est une immense responsabilité que de gouverner la France. Et moi je me réjouis d'être à la tête d'un gouvernement fait de nombreux talents, tous complémentaires, avec des personnalités fortes qui ont la volonté de s'engager, de mettre notre pays en mouvement. Moi j'ai toujours aimé travailler avec des personnalités fortes, j'ai tellement appris de Michel ROCARD et de Lionel JOSPIN, ici, tous les jours. Nous travaillons ensemble dans une très grande fluidité avec le président de la République, conscients des enjeux, et nous pensons, lui et moi, que chacun, aujourd'hui, doit mettre son talent, sa force, ses qualités politiques, humaines, personnelles, professionnelles, au service de la France. Souvent, ce qui ne marche pas dans la vie politique, ce ne sont pas les sujets de fond ; c'est l'attitude personnelle de chacun. Il faut mettre de côté parfois un certain narcissisme, un certain égocentrisme – ça nous arrive à tous – pour se consacrer essentiellement à l'intérêt général. Mais d'une manière générale, et je partage cela profondément avec Emmanuel MACRON, comme avec d'autres, la gauche au pouvoir est confrontée au réel, à l'exercice du pouvoir. J'avais d'ailleurs consacré un livre à cette question du pouvoir. Et parce qu'elle gouverne dans une période particulièrement difficile, elle doit tenir. Il y a toujours la tentation de partir, il y a toujours la tentation de fuir ses responsabilités quand c'est difficile ; elle doit résister. Et résister au cours des choses pour tracer sa voie, résister, aujourd'hui, ce n'est pas proclamer, ce n'est pas faire des discours ; résister, c'est se confronter à la réalité du pays. Et je pense que dans ce moment-là, la gauche qui gouverne est utile au pays. Et je pense même que dans ce moment-là, et je le dis sans aucune forme de sectarisme, bien au contraire, la France a besoin de la gauche. Et d'une certaine manière, heureusement, face à ces crises, à ces tensions, heureusement que c'est la gauche qui gouverne la France, qu'on l'appelle sociale-libérale, sociale-réformiste. Moi je suis réformiste, je suis libéral, je suis social, je suis de gauche et je suis français et républicain. Au fond, peu importent les étiquettes ; confrontés à la réalité du pouvoir, nous faisons en sorte que le pays prépare davantage l'avenir. La fonction de Premier ministre est passionnante, exigeante. Il ne s'agit pas de savoir si on est, selon les jours "effacé", respectueux toujours des institutions, ou au contraire « omniprésent ». Ce qui compte, c'est d'agir, d'assumer la charge du moment. Les petits débats, les joutes politiciennes – même si j'aime la confrontation –, je le sais plus que jamais, avec cette année qui s'est écoulée, notamment depuis mon discours du 13 janvier : ces petits débats, je vous le dis très sincèrement, ce n'est pas mon sujet. Ma responsabilité, c'est la lucidité sur l'état de notre société, sur ses douleurs, ses colères, ses fractures, ses remises en cause, comme c'est le cas trop fréquemment de la laïcité. Vous le savez : je reste préoccupé par les remises en question fortes de la laïcité. Et face à cela, il n'y a qu'une voie : faire vivre ces valeurs qui nous rassemblent tous, qui font notre cohésion face à la montée des communautarismes et des demandes qui mettent en cause la République elle-même. L'année dernière, devant vous, j'avais utilisé un terme, "apartheid" - qui avait fait couler beaucoup d'encre. Je l'avais utilisé pour faire que nous nous attaquions de front aux inégalités, pas pour chercher la moindre excuse. Et je vous disais, il y a un instant, combien j'avais été passionné par la lecture de l'un de vos confrères, Jean BIRNBAUM, sur le rapport entre la religion et la gauche. Car nos sociétés – nous l'avons trop souvent oublié – ont besoin de sacré, ont besoin de mythes - et parfois malheureusement, nous le voyons bien avec ces jeunes djihadistes, de mythes de mort. Mais nous savons aussi qu'il y a des fractures dans la société française, qu'elles existent. Les inégalités subies, d'abord, par ceux qui ne peuvent pas choisir où ils veulent habiter. La concentration de la pauvreté dans le même territoire – et je le sais, comme élu d'Evry – même si elles peuvent nourrir la rage de vaincre et aussi l'envie de s'en sortir : parce qu'il y a également des talents incroyables, dans notre société – peut nourrir un sentiment d'abandon et de défiance, vous l'évoquiez. Alors il faut agir pour qu'il y ait plus de logements sociaux, pour qu'ils soient mieux répartis. C'est maintenant aux élus, aux professionnels de se saisir des outils disponibles ; l'Etat doit veiller, pour sa part, à appliquer l'ensemble des lois de la République, notamment la loi SRU, partout, y compris en contraignant les communes récalcitrantes. Je m'y engagerai personnellement. Le projet de loi « Egalité et Citoyenneté », qui sera débattu au printemps, nous donnera des moyens d'agir aussi pour favoriser l'engagement citoyen, suite aux propos du président de la République, il y a quelques jours. Et puis, l'égalité – ce beau mot que j'utilise souvent, qui a déjà fait l'objet d'ailleurs de discours de ma part, mais dans le fracas que nous avons connu en 2015, ils ont peut-être été oubliés – c'est également combattre les discriminations dans les entreprises, dans la fonction publique, pour enrayer les mécanismes de reproduction sociale. Les discriminations sont des délits qui doivent être sévèrement punis. Notre société dans son ensemble doit retrouver cette exigence collective d'ouverture, de bienveillance, qui est au coeur de notre idéal républicain. La presse, les médias ont bien évidemment – et je n'ai aucun conseil à vous donner – leur rôle à jouer. La lutte contre la discrimination et ce que l'on appelle improprement – c'est un mot qui a perdu de son sens – la mixité sociale, c'est pour moi l'engagement d'une vie. Et c'est l'affaire d'une génération. Depuis 2012, les inégalités ont baissé dans notre pays. De nouvelles mesures de progrès social sont entrées d'ailleurs en vigueur au 1er janvier, en matière de santé, avec une assurance maladie pleinement universelle, une mutuelle pour tous les salariés, et le compte pénibilité. Peut-être que les Français ne le voient pas assez, mais c'est aussi ça, la marque d'un gouvernement de gauche, et profondément républicain. Et nous devons poursuivre, en matière d'emploi, et en matière d'éducation, parce que ça reste plus que jamais la grande priorité de ce quinquennat. Mesdames et messieurs les journalistes, Dans de très belles pages, Alexis de TOCQUEVILLE - un libéral - disait que la presse a "hâté les progrès de l'égalité", et a été "l'instrument démocratique de la liberté". Cette formule résume parfaitement la mission qui est la vôtre : faire avancer les choses et les idées. Nos démocraties ont infiniment besoin de la presse. Elle nous interpelle, en pariant sur l'intelligence, en développant c'est peu de le dire le sens critique. Vous avez, me semble-t-il, aussi la mission et la volonté de parler de sujets positifs, des choses qui vont bien - et il y en a beaucoup ! J'ai encore vu à Davos, il y a quelques jours, combien les savoir-faire et les talents de la France étaient reconnus. Et c'est vrai : le regard du monde sur la France a changé, sans doute après la décision du président de la République d'intervenir au Mali, et, bien sûr, après la réponse que le peuple français, digne et mobilisé, a donnée après chaque attentat. Mais aussi parce qu'il y a des réformes importantes que nous menons, parce qu'il y a des personnalités qui incarnent cette volonté de changement. Et donc nous devons être fiers. Et je crois que cette question de la fierté, de notre unité, de l'appartenance à notre nation, a pris une importance particulière, je vous le disais, depuis un an. Etre Français, c'est moins partager un même passé - même s'il ne faut jamais l'oublier, et l'enseignement de ce passé, de cette mémoire sont bien sûr indispensables que, d'abord, se donner un avenir commun. Etre Français, c'est regarder dans la même direction, partager l'essentiel, retrouver un peu plus de confiance en nous-mêmes. Bien sûr qu'il y aura toujours une confrontation démocratique, bien sûr qu'il y a toujours ceux qui se réclament d'un camp conservateur ou d'un camp du progrès, qu'il y a une droite et une gauche ; mais beaucoup de ces étiquettes aujourd'hui évoluent, changent. Et on voit bien que dans chaque camp politique, il y a des confrontations particulières. On voit bien et je pense plus que jamais que le parti qui doit s'imposer, c'est celui qui rassemble les Français, au-delà des origines. Etre Français, ce n'est pas seulement un passeport, une carte d'identité - c'est au cœur du débat que nous avons -, ça n'a rien à voir d'ailleurs avec le droit du sol, avec le sang ou avec l'acquisition. Vous le savez, et je le rappelle souvent, je suis naturalisé. J'ai appris à aimer et à connaître ce pays grâce à mes parents, grâce à l'école de la République, grâce à l'engagement politique, et à mon rôle d'élu dans ces quartiers populaires. Etre Français, ça n'est pas une couleur de peau. Etre Français, ça n'est pas une religion : c'est un amour pour notre art de vivre, pour nos valeurs, de liberté, de tolérance, de progrès, de respect de la laïcité - l'égalité femme/homme devant être un élément fondamental. Etre Français, c'est la conviction qu'il nous faut affirmer ces valeurs, et les protéger coûte que coûte. C'est la certitude qu'il ne tient qu'à nous de remettre sur pied notre économie et notre modèle social. Et c'est une soif de plus de justice, de plus d'égalité pour tous, avec bien sûr, des instruments nouveaux. Je serai particulièrement heureux cet après-midi en étant à l'Académie française, en écoutant deux grands intellectuels qui font le débat dans notre pays : Alain FINKIELKRAUT et Pierre NORA. Nous avons besoin, aussi, de nous nourrir de la culture, des arts, de la musique - qui m'est chère, et vous savez bien pour quelle raison -, de la peinture, du théâtre, de la danse. C'est ça, la France, quelles que soient nos origines, et quel que soit notre niveau d'étude. C'est ça la France. Et cet amour pour notre pays - c'est le vœu que je veux formuler - il ne cessera jamais de nous inspirer, de nous animer, de nous porter de toute sa force, pour l'année qui vient, comme pour celles qui viennent après. Avec la même constance, avec la même liberté de ton, mais aussi, vous l'avez bien compris, avec le même amour et le même engagement pour la France, je vous donne rendez-vous l'année prochaine, et je vous souhaite à tous une très belle année 2016. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/250.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/250.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ffd0c43a7eb6c87413636a9d65de82e4716a9caf --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/250.txt @@ -0,0 +1 @@ + Conférence de presse sur les chiffres de la délinquance 2015 et les perspectives 2016 Paris, le 28 janvier 2016 Mesdames et Messieurs, Cette conférence de presse est pour moi l'occasion de rétablir une tradition : celle du commentaire des chiffres de la délinquance observée au cours de l'année écoulée. Cette tradition avait été interrompue l'an dernier pour des raisons tenant à la nécessaire rigueur qui doit présider à cet exercice. Manuel Valls avait voulu que le ministère de l'Intérieur se dote d'un instrument de collecte et d'analyse statistique de la délinquance moderne, fiable et précis. Il nous fallait faire en sorte que les chiffres de la délinquance soient aussi incontestables que ceux de l'inflation ou des comptes publics. Le gouvernement a donc pris ses responsabilités en mettant fin à ce qu'on a pu appeler la « politique du chiffre ». Comme l'ont démontré les missions menées par l'inspection générale de l'administration et l'INSEE, cette politique avait mené trop longtemps au dévoiement des outils de pilotage des services, à une déclassification massive des plaintes et à une instrumentalisation inopportune des statistiques de la délinquance dans le débat public. Dans ce contexte, le ministère de l'intérieur a engagé une réforme ambitieuse dont l'objectif principal est clair : rendre compte, fidèlement, en toute transparence, de la délinquance enregistrée par les services de police et de gendarmerie, et permettre par là-même d'orienter de façon pertinente leur activité pour la rendre plus efficace. Deux initiatives majeures ont donc été prises, sur lesquelles il ne sera plus possible de revenir, si ce n'est dans le sens d'une amélioration constante du dispositif. La gendarmerie d'abord, la police ensuite, ont été dotés de nouveaux logiciels de rédaction des plaintes, intégrant un module statistique performant. C'est une avancée technique essentielle, qui permet de produire des données de qualité, plus précises en terme de qualification pénale, et dont l'exploitation permettra, au fil du temps, des analyses plus fouillées Sans ces outils de base, toute volonté de transparence aurait été vaine. Mais cette première étape n'était pas suffisante. Il était nécessaire de créer en outre un véritable service statistique ministériel, confié à des professionnels de cette science exigeante. Ce service a été officiellement créé le 8 octobre 2014. Il est composé de statisticiens, dirigés par un inspecteur général de l'INSEE et a pour mission de garantir la sincérité et la fiabilité du dispositif de remontées statistiques et de production des données, conformément aux exigences de la statistique publique. Il est désormais le seul responsable des chiffres publiés, rendus publics chaque début de mois sur le site Interstats du ministère dont il a seul la maîtrise. Après une période d'interruption inhérente à la mise en service des nouveaux outils, le service de statistique ministériel (SSMSI) a donc démarré, depuis le mois d'octobre dernier, la diffusion mensuelle des chiffres constatés le mois précédent en décrivant précisément les traitements statistiques effectués. Il est par ailleurs l'interlocuteur privilégié de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), lequel effectue des enquêtes annuelles dites « de victimation » qui rendent compte du « sentiment » de la population à l'égard des problématiques de sécurité. La confrontation de ces deux sources de données sera pour l'avenir très riche d'enseignements, non seulement pour les chercheurs mais également pour les services de police et de gendarmerie. C'est donc sur la base de données statistiques robustes et fiables que je peux aujourd'hui vous livrer, de façon aussi rigoureuse et objective que possible, l'analyse que m'inspire l'évolution de la délinquance enregistrée en France au cours de l'année écoulée et les conséquences que j'en tire. A titre préalable, je veux souligner que le même souci de rigueur intellectuelle m'interdit d'évoquer, comme cela a pu être le cas par le passé, un « chiffre unique » de la délinquance pour vous annoncer que celle-ci a globalement augmenté ou diminué au cours de l'année écoulée. Ce chiffre unique, résultant de l'addition de données très disparates, allant des dégradations sur véhicules aux vols à main armée, n'avait en effet aucun sens. Ce qui a du sens, c'est d'étudier les faits de délinquance, catégorie par catégorie, et de nous employer à les faire régresser. Selon cette approche, trois grandes évolutions me semblent mériter d'être relevées dans les chiffres de l'année 2015. En premier lieu, la délinquance d'appropriation vols en tous genres et cambriolages a globalement diminué, parfois dans des proportions très importantes, l'an passé. Ainsi : - Les vols avec armes ont baissé de -13,7% ; - Les vols violents sans arme ont baissé de -9,4% ; - Les vols sans violence contre des personnes ont baissé de -1,4% ; - Les cambriolages de logement ont baissé plus légèrement, de -0,9%, mais ce coup d'arrêt intervient après une hausse continue de ce type d'actes, qui avaient notamment cru de + 18% entre 2007 et 2012 ; - Les vols dans les exploitations agricoles ont baissé de -10% ; - Les vols liés aux véhicules ont globalement baissé de -0,9%. Je tiens à remercier très sincèrement les forces de sécurité pour ces bons résultats qui traduisent leur engagement et résultent d'une stratégie mise en place avec constance dans le cadre d'enquêtes souvent longues et toujours minutieuses. Ces résultats sont d'autant plus appréciables qu'ils sont enregistrés au cours d'une année tout à fait particulière, durant laquelle le terrorisme, la crise migratoire ou encore l'organisation de la COP 21 ont concentré une part importante de l'activité des services. Pour autant, ils n'ont pas « lâché le terrain » et ont préservé le socle de leur mission, c'est-à-dire prévenir et réprimer la délinquance quotidienne. Ce point est à souligner et à mettre à leur crédit. Car les chiffres que j'ai cités recouvrent des réalités concrètes. A titre d'exemple, le travail réalisé par l'office central de lutte contre la délinquance itinérante et la section de recherches de Versailles a permis de démanteler une bande criminelle spécialisée dans le vol et le trafic international de véhicules et de pièces détachées en Île-de-France en avril dernier. Leurs investigations ont permis de mettre à jour plusieurs filières d'écoulement de pièces détachées, dont une en Pologne, et ont abouti à l'incarcération de 7 individus. Le travail réalisé par la sûreté départementale de l'Essonne qui a réalisé 542 interpellations en 2015 constitue un autre exemple intéressant. Elle a permis de mettre un terme à l'activité de 29 filières de trafiquants de stupéfiants. Elle a mis hors d'état de nuire 4 équipes de cambrioleurs qui avaient violé l'intimité de 148 domiciles. Enfin, 55 auteurs de vols à main armée, commis pour l'essentiel au préjudice de commerces de proximité ont été identifiés. Au final, grâce à l'action de ces policiers, ce sont 132 criminels qui auront été incarcérés pour s'être livrés à cette délinquance ordinaire qui peut toucher chacune et chacun des Français. Je pense aussi à toutes les affaires initiées par les unités de proximité, nos brigades territoriales, nos commissariats, nos PSIG et nos BAC, qui permettent de contrarier la délinquance au quotidien et de garantir nos libertés les plus fondamentales. Je pense, par exemple, à l'interpellation, il y a quelques jours à peine, par les gendarmes de Bourgoin-Jallieu, de cinq individus qui avaient dérobé trois véhicules de grosse cylindrée dans une société de location de véhicules de la région lyonnaise et qui se préparaient visiblement à les utiliser pour commettre d'autres méfaits. Il s'agit là d'une illustration parmi de nombreuses autres de la capacité de réaction de nos policiers et de nos gendarmes. En 2015 toujours, police et gendarmerie nationales ont résolu 14.704 affaires grâce au travail de police technique et scientifique et notamment grâce à l'exploitation aux empreintes digitales. Ce travail, essentiel à l'enquêteur, a ainsi permis à la police judiciaire d'identifier rapidement 7 des auteurs des tirs au fusil mitrailleur contre les forces de l'ordre le 9 février 2015 dans la cité de la Castellane à Marseille. Ces résultats s'inscrivent également dans le cadre des plans mis en place à l'échelon national pour lutter contre les cambriolages et les vols à main armée, les vols de véhicules et les vols dans les exploitations agricoles. Chacun de ces plans fait l'objet d'un pilotage fin et ciblé, dans chaque département et de partenariats noués avec les acteurs locaux concernés. Le plan contre les vols à main armée et contre les cambriolages s'est notamment traduit par une politique d'occupation de l'espace public et par des partenariats avec les associations de commerçants. Il a donné, comme je l'ai dit, des résultats tout à fait positifs que nous devons encore amplifier. Car ce type de délinquance est particulièrement intolérable pour nos concitoyens, dans la mesure où elle les frappe dans leur intimité (le domicile) ou bien dans leurs activités professionnelles (les commerces, les entreprises). De même, un plan national a été élaboré pour lutter contre les vols liés aux véhicules à moteur. Des diagnostics ont été élaborés dans chaque département pour lutter contre cette forme de délinquance, qui représente un quart des atteintes aux biens. Comme je l'ai dit, les résultats sont positifs mais, parallèlement, les vols à la roulotte ceux qui sont commis dans les véhicules en stationnement ont, eux, augmenté (+1,5%), signe que que nous ne devons pas relâcher notre effort. Enfin, un plan a été adopté en 2014 pour renforcer la sécurité des exploitations agricoles, lesquelles sont exposées de façon croissante à l'action de réseaux criminels opérant à l'échelle européenne. Ce plan national a donné lieu à 79 plans départementaux et 24 conventions ont été conclues en 2015 avec les chambres d'agriculture ou les fédérations agricoles, afin de mettre en place des actions de proximité particulièrement utiles. Il convient de maintenir cette proximité avec les acteurs du monde rural afin de conforter l'excellent résultat observé cette année (- 10%). Globalement, j'observe que les violences crapuleuses ont diminué de 8,6% à l'échelon national en 2015. Par contraste avec ces succès, certaines formes de délinquance, peut-être moins visibles, mais qui constituent de véritables pathologies sociales, ont continué à augmenter en 2015 : délinquance économique, violences non crapuleuses, actes racistes et antisémites. Ainsi, les agrégats constituant les escroqueries et les infractions économiques ont augmenté en 2015 et représentent des volumes dépassant le total des faits de vols violents ou de cambriolages. D'autres indicateurs rendent compte d'une violence qui n'est pas crapuleuse mais qui n'en est pas moins insupportable, commise la plupart du temps dans le cadre familial : l'évolution des coups et blessures volontaires (+2,2%) et des menaces (+13%), comme celle des atteintes sexuelles, constitue ainsi un sujet de préoccupation très sérieux. Les statisticiens estiment en effet que 40% des coups et blessures volontaires sont commis au sein de la sphère familiale et touchent donc des populations particulièrement vulnérables. Leur nombre reste en outre sous-évalué, une part importante des victimes ne portant pas plainte. A l'évidence, les réponses que nous pouvons apporter dans ce domaine ne sont pas celles qui concernent la délinquance de voie publique. Il n'est ni possible ni souhaitable de mettre un policier ou un gendarme dans chaque famille. Le ministère de l'Intérieur a donc prévu de longue date des dispositifs d'aides spécifiques pour les victimes de ces violences : les brigades des mineurs, les dispositifs de protection des familles, les intervenants sociaux dans les commissariats ou dans les unités de gendarmerie, sont autant d'outils que nous nous sommes employés à développer en 2015. J'ai souhaité que nous renforcions ces aides à travers la généralisation du dispositif « téléphone grave danger », mais aussi en demandant un traitement plus attentif des mains courantes et en prévoyant une formation renforcée pour les personnels concernés. Dans un autre ordre d'idées, l'augmentation des actes racistes, antisémites, anti-musulmans, ainsi que celle des atteintes aux lieux de culte, constitue également un sujet de très grande vigilance. Les chiffres ont été communiqués en détail la semaine passée par le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Je vous les rappelle : en 2015 il y a eu 806 actes antisémites commis en France, un nombre en légère diminution (- 5,3%) par rapport à une année 2014 déjà très préoccupante. Le nombre des actes anti-musulmans (429) est en très forte hausse (+ 223%) et celui des actes racistes (797) croît également, quoique de façon plus modérée mais qui reste significative (+ 17,5%). Le nombre des atteintes aux lieux de culte et aux cimetières a également cru de façon globale (+ 22, 8%). Dans la République, les violences commises contre les individus en raison de leurs origines ou de leurs croyances constituent une atteinte au pacte citoyen. C'est pourquoi en 2015 le Gouvernement a non seulement mis en place un dispositif très puissant de protection global des lieux de culte, mais lancé un plan de lutte contre le racisme et l'antisémitisme sans précédent, doté de 100 millions d'euros. Ses premiers résultats se font sentir, puisque la grande majorité des violences que j'ai évoquées ont été commises au cours du premier semestre 2015. Enfin, je souhaite appeler votre attention sur un chiffre frappant, celle du nombre des homicides qui augmenté de + 16,1% en 2015. En réalité, cette hausse 149 homicides supplémentaires - correspond presque exactement au nombre des victimes des attentats terroristes qui ont été commis sur notre sol en 2015. Mais ce constat ne saurait nous dispenser de continuer à lutter avec obstination, non seulement contre la menace terroriste, mais contre les formes les plus violentes de la criminalité. Celles-ci sont responsables d'un grand nombre des homicides constatés, notamment dans le cadre de règlements de compte. Ce combat contre le crime organisé s'est notamment traduit par l'adoption d'un plan de lutte contre le trafic des stupéfiants. Dans la continuité de la « méthode ZSP », nous avons retenu une « approche globale » qui consiste à identifier avec précision les lieux de trafics, les trafiquants et leurs pratiques, pour ensuite passer à la phase d'interpellations et d'éradication des réseaux. Dans un troisième temps, nous maintenons sur la voie publique de forces de police en nombre afin d'éviter la réimplantation du trafic. A Marseille, par exemple, nos efforts ont permis de saisi cette année près de 14 tonnes de cannabis, 260Kg de cocaïne et 8.3 millions d'euros d'avoirs criminels. A Saint-Ouen, au début du mois janvier, une vaste opération de police destinée à démanteler un réseau de trafic de cannabis a permis l'arrestation d'une dizaine de personnes. L'enquête a permis de mettre à jour l'existence d'un réseau structuré, qui alimentait plusieurs points de vente à Saint-Ouen où s'approvisionnaient plus de 100 clients par jour. La répression la grande criminalité passe également par la lutte que nous menons contre le trafic d'armes. C'est pour moi une priorité absolue. De nombreuses affaires nous montrent en effet que l'emploi de plus en plus fréquent des armes à feu nourrit la délinquance, élève le niveau de la violence constatée, alimente les réseaux terroristes et nourrit le sentiment d'insécurité. Pour lutter plus efficacement contre ce phénomène et déstabiliser les filières qui l'organisent, nous avons adopté toute une série de mesures nouvelles, passant notamment par le renforcement des contrôles, l'adoption de mesures de traçabilité et l'adaptation de la procédure pénale, ainsi que par le renforcement de la coopération européenne. J'observe par ailleurs que les perquisitions administratives conduites dans le cadre de l'état d'urgence ont permis de saisir 402 armes, dont 40 armes de guerre. Toujours au titre du bilan de l'année 2015, je voudrais enfin mentionner un chiffre, qui ne relève pas des statistiques de la délinquance, mais qui montre que, dans la lutte contre l'immigration irrégulière, les forces de sécurité font preuve de la même rigueur et obtiennent également des résultats. L'an passé, le chiffre des éloignements forcés de personnes étrangères en situation irrégulière s'est établi à 15 485, contre 15 161 en 2014 et seulement 12 034 en 2010. En 2015, ce sont également 251 filières d'immigration clandestine qui ont été démantelées par les forces de sécurité, un chiffre en hausse de 60% par rapport à 2014. Cette évolution est à rapprocher de l'augmentation parallèle du nombre des personnes auxquelles la France a accordé l'asile : 19 447 en 2015 contre 15 489 en 2014. Ce qui nous montre que la France sait se montrer, face à une crise migratoire sans précédent en Europe, à la fois plus généreuse à l'égard de ceux qui fuient les persécutions et peuvent prétendre à sa protection, et plus rigoureuse à l'égard des migrants économiques en situation irrégulière qui doivent être reconduits dans leur pays. Il s'agit en réalité des deux facettes de la même politique républicaine. Les résultats que je viens de rappeler, c'est d'abord à la force d'engagement des femmes et des hommes qui composent les forces de l'ordre que nous les devons. Pour exécuter les décisions que je prends, mettre en œuvre les plans que je fixe, je sais qu'il y a des policiers et des gendarmes qui, chaque jour, dans leurs services ou dans leurs brigades, travaillent d'arrache-pied pour les traduire au mieux sur le terrain et les adapter aux spécificités de chaque territoire. Je sais qu'ils patrouillent dans nos rues et veillent sur nos concitoyens, qu'ils poursuivent les délinquants et entravent les projets criminels. Je sais qu'ils s'exposent, se dévouent et s'engagent. Je veux remercier le Préfet de Police, le Directeur général de la Police nationale, le Directeur général de la Gendarmerie nationale, qui sont présents ce matin, pour l'engagement des femmes et des hommes qu'ils commandent. Sans les policiers et les gendarmes pour les appliquer nos décisions resteraient lettres mortes. J'aimerais que chacun en ait pleinement conscience et que chacun mesure le prix que, trop souvent, ils paient en remplissant leurs missions. Chaque année, des policiers et des gendarmes tombent, victimes du devoir. Je pense notamment au lieutenant de police Sandrine MORTAS, tué à Caen par un chauffard récidiviste voici maintenant un peu plus d'un an. Je pense aussi au major de gendarmerie Laurent PRUVOST, assassiné à Roye, dans la Somme, le 25 août dernier, alors qu'il intervenait aux côtés de ses camarades pour neutraliser un forcené qui venait de décimer une famille. Je pense enfin au brigadier Yann SAILLOUR, grièvement blessé en octobre dernier, sur l'Ile-Saint-Denis, alors qu'il cherchait, avec ses collègues de la BAC de Saint-Denis, à neutraliser deux braqueurs en fuite qui venaient de dévaliser un entrepôt de bijouterie à Saint-Ouen. Je pense bien entendu au lieutenant Ahmed MERABET, au lieutenant Franck BRINSOLARO et au brigadier Clarissa JEAN-PHILIPPE, tombés sous les balles des terroristes les 7 et 8 janvier 2015. Je pense au commissaire et au brigadier de la BAC qui ont manifesté un courage absolument hors du commun, le 13 novembre dernier, en pénétrant les premiers dans la salle du Bataclan où ils ont dû affronter l'horreur. Ils ont ainsi neutralisé l'un des trois terroristes, sauvant par là même de nombreuses vies. Par-delà les services et les unités spécialisés, ce sont les mêmes policiers et les mêmes gendarmes qui luttent au quotidien contre la délinquance et contre le terrorisme, car nous savons aujourd'hui qu'il existe des porosités entre ces deux milieux. Nous savons que le terrorisme se nourrit aussi des trafics qui empoisonnent la vie de certains quartiers. Nous savons bien que les activités de grande ou de petite délinquance constituent parfois, au gré des rencontres et des séjours en prison, des étapes sur un chemin de radicalisation violente susceptible de s'achever dans le passage à l'acte terroriste. C'est la raison pour laquelle le Gouvernement prend toutes les décisions qui s'imposent pour donner aux forces de l'ordre les moyens dont elles ont besoin pour accomplir au mieux leurs missions. Nous avons ainsi mis un terme à la politique du rabot conduite entre 2007 et 2012 et nous avons au contraire créé près de 500 postes par an depuis trois ans. A cette politique de fond, trois plans pluriannuels sont venus s'ajouter : - plus de 1 400 créations nettes d'emplois au titre du plan anti-terroriste décidé par le Premier ministre en janvier 2015 ; - 900 créations nettes d'emplois au titre du plan de lutte contre l'immigration clandestine de septembre dernier; - enfin, 5 000 emplois au titre du pacte de sécurité annoncé par le Président de la République devant le Congrès en novembre dernier. Alors que la police et la gendarmerie avaient perdu près de 13 500 emplois entre 2007 et 2012, nous en aurons donc recréé plus de 9000 durant ce quinquennat. C'est dans le même esprit que j'ai décidé de renforcer considérablement les équipements (armes, protections, véhicules) dont disposent les policiers des BAC et les gendarmes des PISG pour qu'ils puissent mieux se protéger contre les violences dont ils peuvent faire l'objet dans l'accomplissement de leurs missions. L'ambitieux Plan BAC/PSIG que j'ai présenté le 29 octobre à Rouen repose également sur deux autres aspects fondamentaux : une meilleure formation des personnels pour mieux sécuriser leurs interventions et l'élaboration d'une doctrine spécifique d'intervention. Enfin, c'est également pour donner aux policiers et gendarmes les moyens nécessaires à leur action que le projet de loi que défendra dans les toutes prochaines semaines le garde des Sceaux devant le Parlement comprendra un important volet de simplification de la procédure pénale. A cet égard, je veux rendre hommage devant vous à Christiane TAUBIRA, qui, pour des raisons qui lui appartiennent, a choisi de quitter le Gouvernement. Aux côtés du Président de la République et du Premier Ministre, nous avons traversé ensemble des épisodes extrêmement douloureux je pense bien sûr aux attentats de janvier et de novembre 2015, et je dois à la vérité de témoigner de la solidité et de la détermination de Christiane TAUBIRA dans l'épreuve. Jean-Jacques URVOAS lui succède et j'en suis heureux. Je lui adresse tous mes voeux de succès dans la difficile mission qui est la sienne. Je connais également ses très grandes qualités. Et je ne doute pas une seconde qu'ensemble, dans la complicité et la complémentarité, nous servirons les Français avec le même désir d'efficacité que celui qui nous a liés, Christiane TAUBIRA et moi, au cours de ces deux dernières années. Après les trois projets de loi adoptés en 2012, 2014 et 2015 sur le renforcement de la lutte antiterroriste et le renseignement, nous poursuivrons l'adaptation de nos outils législatifs pour doter les forces de l'ordre de moyens juridiques nouveaux et adaptés. Ainsi, le projet de loi relatif à la procédure pénale prévoit notamment une nouvelle exonération de responsabilité pénale des forces de l'ordre, pour mieux assurer la sécurité des personnels et des citoyens qu'ils protègent, dans le cas très particulier d'usage des armes lors de périples meurtriers. Il organisera également le cadre juridique de l'emploi des caméras-piétons, qui permettront tout à la fois de protéger les personnels, en conservant la trace objective de leurs actions et de faire baisser la tension lors de situations délicates. Toutes ces mesures visent à donner aux forces de l'ordre les moyens nécessaires pour qu'elles fassent respecter en toutes circonstances l'autorité légitime de l'Etat républicain. Quiconque conteste le droit des Français à vivre en sécurité, quiconque met en cause l'autorité de l'Etat et viole les lois de la République, doit savoir qu'il sera poursuivi et interpellé afin d'être traduit devant la justice et puni à la mesure de la gravité des actes qu'il a commis. Telle est notre conception de la justice et de l'ordre républicains, loin des gesticulations opportunistes, des commentaires approximatifs ou des propos de tribune proférés par ceux qui abaissent la politique en l'éloignant de la vérité. Car l'état de droit, ce n'est pas l'état d'agitation, ce n'est pas le vacarme, ni les déclarations à l'emporte-pièce, mais c'est au contraire ce qui nous permet d'agir avec efficacité face aux crises, de rétablir le calme en quelques heures sans aggraver les tensions, de conduire avec rigueur des investigations efficaces pour identifier formellement les auteurs des infractions commises. Il en a été ainsi à Roye, à Moirans, à Calais et très récemment à Grande-Synthe. Seule l'application stricte de la loi et des moyens de contrainte qu'elle confère préserve l'autorité de l'Etat aussi bien que les droits des citoyens. Il n'est pas besoin, pour défendre tous les jours l'autorité de l'Etat d'être tous les jours énervé. Enfin, je souhaite insister sur le fait que la lutte contre certaines formes de délinquance, comme contre le terrorisme, passe nécessairement par le renforcement de la coopération européenne et internationale. Du reste, les services ont dorénavant acquis le réflexe de recourir aux outils de la coopération policière européenne et internationale dans leur pratique quotidienne. En 2015, 15 000 officiers de police judiciaire, policiers et gendarmes, ont ainsi pu bénéficier de l'accès direct depuis leur poste de travail aux principales bases de données INTERPOL. C'est là une des raisons pour lesquelles je me suis réjoui des résultats de la réunion des ministres de l'Intérieur qui s'est tenue lundi dernier à Amsterdam. Je m'y étais rendu avec un agenda précis, qui sera mon agenda pour l'année 2016 en matière de coopération européenne. Au titre de la lutte contre le terrorisme, car nous y avons obtenu, au terme de mois d'efforts, une révision du code de procédure Schengen qui permettra de procéder à des contrôles approfondis de l'ensemble des ressortissants européens qui quittent le territoire de l'Union ou y reviennent. Nous avons également obtenu que le Parlement européen valide la proposition de directive sur le PNR européen, qui permettra d'établir la traçabilité de ceux qui franchissent les frontières de l'union européenne en utilisant des moyens aériens. Cette mesure nous aidera considérablement dans la lutte contre le terrorisme, mais aussi contre le crime organisé. Enfin, nous y avons obtenu une révision de la directive européenne relative aux armes à feu qui reprenne nos principales demandes : l'extension du champ d'application de la directive aux armes blanches et neutralisées, l'adoption d'un système commun de marquage, ou encore l'encadrement plus rigoureux de la vente d'armes sur internet. Mais je ne vous cache pas que beaucoup reste à faire pour mettre enfin les Européens en capacité de répondre aux périls qui les menacent. J'insiste sur ces points car les véritables enjeux sont là. Nous devons faire en sorte que nos partenaires alimentent systématiquement le système d'information Schengen en informations sur les individus présentant un risque terroriste. Nous devons mettre en place sans tarder une « task-force » européenne pour identifier les faux documents qu'utilisent les terroristes de Daesh, en mobilisant Interpol et nos services de police spécialisés. Nous devons enfin obtenir que l'interopérabilité du SIS et des autres fichiers criminels dont disposent les Etats membres soit considérablement améliorée. Voici très concrètement les mesures qui doivent être mises en place d'ici le prochain JAI du 25 février, comme nous en sommes convenus hier à Berlin avec mon homologue Thomas de MAIZIERE, où j'ai constaté que le couple franco-allemand demeurait sur ces sujets absolument déterminé et efficace. Si nous ne sommes pas capables de parvenir à des décisions sur ces sujets, nous n'aurons pas fini d'épiloguer sur les « trous dans la raquette » du renseignement européen. Mais n'oublions pas que ce combat engage des solidarités qui vont au-delà du périmètre européen. La lutte contre le terrorisme engage la Turquie, puissance régionale qui a été cruellement frappée à son tour par la barbarie de DAESH. Je m'y rendrai dès la semaine prochaine. La lutte contre le terrorisme engage nos alliés du Maghreb, qui combattent eux aussi contre la menace radicale, à l'image de l'Algérie où je me rendrai au mois d'avril, après y avoir accompagné le Premier Ministre dans quelques jours. La lutte contre le terrorisme engage bien évidemment les Etats-Unis où je prévois de me rendre au mois de mars pour poursuivre le travail que j'ai engagé avec les autorités de ce pays. Protéger les Français contre la menace terroriste, protéger les Français contre la délinquance. Cet objectif conduit le ministère de l'Intérieur à ne laisser aucun angle mort : à agir dans la proximité, au plus près des citoyens dont il doit conserver la confiance, aussi bien qu'à entraver les projets de ceux qui menacent leur sécurité en mobilisant ses partenaires européens et étrangers. Aucune politique de sécurité efficace ne peut aujourd'hui faire l'économie de ce double investissement. Protéger les Français est une mission qui exige beaucoup de rigueur et de lucidité. Le travail statistique sans concession effectué par le SSMSI constitue le socle de cette discipline, en nous montrant où sont les faiblesses à corriger, aussi bien que les tendances vertueuses à conforter. Ensuite, il nous faut savoir analyser les raisons de nos réussites et de nos échecs. Comme vous l'aurez remarqué, dans le cours de cet exposé, j'ai tenu à rendre compte de tous les chiffres de la délinquance, les mauvais comme les bons. Protéger les Français est une mission qui exige un fort engagement de la part de tous ceux qui participent à l'action de ce ministère. Il n'est ainsi qu'une doctrine au sein de cette maison : travailler, travailler et toujours travailler. Dans un contexte de menace terroriste très élevé, alors que nous procédons chaque jour, dans la discrétion que commande ce type d'enquête, à des interpellations, alors que des projets d'attentats sont régulièrement déjoués, la sécurité des Français nous commande de donner le meilleur de nous-mêmes, sans souci de gloriole, mais dans la conviction de servir les intérêts de notre pays. Je vous adresse tous mes vœux pour l'année 2016. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/251.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/251.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c8ec3899d2f35e9d19cd49a5af0fd6df409a39b4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/251.txt @@ -0,0 +1 @@ +L'Europe affronte une menace terroriste d'une ampleur sans précédent, face à laquelle le renforcement de la coopération européenne et internationale et l'approfondissement de la coordination entre les services de renseignement et de sécurité constituent une priorité absolue. Dans le prolongement et en complément des importantes coopérations déjà engagées par les Etats et de l'élan porté au niveau de l'Union européenne pour lutter contre cette menace, une réunion de responsables gouvernementaux européens s'est tenue à Paris le 1er février à l'initiative du Coordonnateur national du renseignement, sous l'égide du ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE. Le coordinateur de l'Union Européenne pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de KERCHOVE, a fait le point sur les outils existants ainsi que sur les propositions présentées par les Etats membres auprès de l'Union Européenne visant à renforcer la prévention du terrorisme et de la radicalisation. Les délégations ont convergé sur leur évaluation de la menace et ont convenu de la nécessité d'approfondir la coopération entre leurs services de renseignement et de sécurité. Les participants ont également discuté des mesures pouvant contribuer à la sécurisation de l'espace européen et de ses frontières extérieures, à la sécurité des transports aériens, à la prévention et à la lutte contre la propagande, le financement du terrorisme et le trafic d'armes. Ils ont convenu de l'intérêt de se réunir à nouveau et d'étudier les conditions d'un élargissement de leurs travaux à d'autres pays membres de l'Union. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/252.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/252.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8f97156a752b272fb5ccb379ec0b221bc56d864b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/252.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle la discussion du projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation (nos 3381, 3451). Présentation M. le président. La parole est à M. le Premier ministre. M. Manuel Valls, Premier ministre. Monsieur le président, monsieur le garde des sceaux, monsieur le secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement, monsieur le président de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la République, mesdames, messieurs les députés, je suis devant vous, à cette tribune, car, il y a près de trois mois, notre Nation a pris le deuil, frappée une fois de plus et frappée comme jamais – par le terrorisme islamiste, par le djihadisme, dont le but, le but de guerre, est de s'attaquer de la manière la plus radicale à nos valeurs, ces valeurs que la France incarne depuis si longtemps aux yeux du monde. La menace terroriste est là : inédite, globale, durable. Hors de nos frontières, au Sahel, au Levant, mais aussi, de plus en plus, tout près de nous, de l'autre côté de la Méditerranée, en Libye. Sur fond de chaos et de vide politique, les groupes djihadistes s'implantent et prospèrent. L'entrée du monde arabo-musulman dans une phase de convulsions, de tensions, dont la rivalité multiséculaire qui se réveille entre chiites et sunnites est une manifestation, est une donnée géopolitique structurante. Malgré les revers subis dans leurs sanctuaires, Daech l'État islamique et Al Qaïda continuent d'étendre leur influence. Nous venons juste de franchir le seuil de 2 000 Français, ou individus résidant en France, impliqués dans les seules filières syro-irakiennes. Parmi eux, 1 012 se sont rendus sur place depuis la France et 597 s'y trouvent toujours soit 57 % de plus que le 1er janvier 2015. Au moins 161 y ont trouvé la mort. Ce sont autant d'individus et de plus en plus de femmes près d'un tiers qui ont fait le choix de partir vers ces zones de combat. Autant de fanatiques embrigadés, prêts à frapper leur pays. La menace potentielle celle-là, ce sont aussi ces jeunes, filles et garçons, qui n'ont pas encore franchi le pas, mais qui se radicalisent, fascinés par cette idéologie de mort, magnifiant la violence, niant les consciences, et se nourrissant souvent d'un antisémitisme virulent. Vous êtes nombreux à avoir fait ce constat, sur tous les bancs, en particulier Malek Boutih, Éric Ciotti, Patrick Mennucci et Sébastien Pietrasanta, dans leurs travaux. La lutte contre cette radicalisation sera l'affaire d'une génération. Nous sommes entrés dans un nouveau monde, nous avons changé d'époque et les Français, sortis d'une certaine forme d'insouciance, savent que le terrorisme nous fait la guerre, et que nous sommes en guerre. La menace terroriste est là. Elle va durer. En décembre dernier, deux projets terroristes ont été déjoués, portant à onze le nombre de tentatives évitées en 2015. En janvier, l'action commise devant un commissariat de police, dans le 18éme arrondissement de Paris, et la tentative de meurtre contre un enseignant d'une école juive à Marseille ont montré, à nouveau, que les modes opératoires étaient imprévisibles. La France est une cible. Elle n'est pas la seule. À l'étranger, ces dernières semaines, plusieurs attentats ont été commis : à Bamako, à Istanbul, à Djakarta, à Ouagadougou. Face à cela, les Français nous réclament de tout faire pour les protéger. Ils nous demandent l'unité, une unité sans faille. Cette exigence d'unité, d'unité nationale, était au cœur des décisions prises dans la nuit même du 13 novembre : état d'urgence, rétablissement du contrôle aux frontières, mobilisation immédiate de nos forces de sécurité, de nos armées et de la justice. Puis, il y eut la réunion, à l'Élysée, des groupes parlementaires, des formations politiques, le dimanche 15, pour créer les conditions du rassemblement. Elles n'étaient pas évidentes, après ce choc. Mais les Français ont imposé l'union. Et elle a été rendue possible parce que le Président de la République a fait un serment devant le Parlement, réuni en congrès à Versailles, le 16 novembre. Et moi, je garde cette image qui restera gravée dans ma mémoire : ce moment où l'ensemble de la représentation nationale, l'ensemble des élus de la Nation, femmes et hommes, furent tous debout, applaudissant le Président de la République, le Président de tous les Français. M. Christian Jacob. Pas moi ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Mesdames, messieurs les députés, je crois que ce moment solennel nous engage. Cette sincérité de chacun, cette évidence, ne doit pas s'évanouir. C'est dans cet élan que, dès le mardi, le projet de loi prorogeant l'état d'urgence a été adopté par le Conseil d'État. Puis présenté, le mercredi, en conseil des ministres, le jour même où était donné l'assaut à Saint-Denis, pour neutraliser ceux qui voulaient probablement, à nouveau, frapper massivement à la Défense. Le texte a ensuite été adopté le jeudi par l'Assemblée nationale à la quasi-unanimité, enfin par le Sénat, en des termes identiques, et promulgué. En une semaine, nous tous, collectivement, avons su faire face. Ce serment, cet engagement du 16 novembre, c'est aussi cette révision constitutionnelle qui nous occupe aujourd'hui. Son but : adapter notre Constitution, le plus haut de nos textes de droit, celui qui s'impose à tous les autres, à la réalité de la menace. L'adapter en y inscrivant la possibilité de recourir à l'état d'urgence. Ce sera l'article 36 alinéa 1. Cette mesure, dont le Conseil d'État a dit toute l'utilité dans son avis du 11 décembre dernier, lui donnera un fondement incontestable, au plus haut de la hiérarchie des normes. Ce n'est pas le cas aujourd'hui ! Il faut inscrire dans notre bloc de constitutionnalité le régime de circonstances exceptionnelles le plus fréquemment utilisé sous la Vème République. Car les deux régimes particuliers envisagés par la Constitution pour faire face aux crises, qu'il s'agisse de l'article 16 ou de l'article 36 sur l'état de siège, ne prévoient pas le type de situation à laquelle la France a été confrontée, et peut l'être à nouveau ! Cet article ne modifie en aucun cas, j'y insiste, les conditions qui actuellement justifient la mise en œuvre de l'état d'urgence. Il encadrera au contraire strictement les motifs de son déclenchement et de sa prorogation. Ils ne pourront plus, comme c'est aujourd'hui le cas, être modifiés par une loi ordinaire. Nous graverons ainsi dans le marbre le caractère exceptionnel de l'état d'urgence. Il est sain, pour une démocratie, de réserver la possibilité d'édicter des normes aussi sensibles à une majorité qualifiée. Le régime juridique des perquisitions administratives et des assignations à résidence sera précisé et complété par un projet de loi ordinaire. Il a fait l'objet d'une communication lors du dernier conseil des ministres. Et il vous sera officiellement transmis à l'issue de la procédure de révision constitutionnelle. Il s'agira, d'une part, de créer des mesures individuelles de contrainte graduée et flexible, dans le respect des droits des personnes et, d'autre part, d'améliorer le régime juridique des perquisitions administratives. Nous achèverons ainsi la révision de la loi de 1955, engagée avec la loi du 20 novembre dernier. Sans cette base constitutionnelle, au regard des évolutions de la jurisprudence intervenue depuis 1958, il aurait été difficile, voire impossible, de prévoir le régime de saisie administrative et de retenue temporaire. Je le dis une nouvelle fois avec force : l'état d'urgence est un régime dérogatoire, aujourd'hui prévu par la loi et demain, si vous le décidez, par la Constitution. Inscrire l'état d'urgence dans la norme suprême, c'est subordonner son application au droit. C'est la définition même, essentielle, de l'État de droit. Vous avez présenté, mesdames, messieurs les députés, lors de l'examen du texte par la commission des lois, de nombreux amendements, notamment pour inscrire dans la Constitution le contrôle par le Parlement de la mise en œuvre de l'état d'urgence, contrôle que vous exercez d'ailleurs déjà par un engagement sans précédent de votre commission des lois, contrôle voulu par celui qui en fut le président, M. Jean-Jacques Urvoas. Le Gouvernement est favorable au renforcement de ce contrôle et à la volonté que vous avez exprimée. Le Gouvernement est également prêt à restreindre la durée de prorogation à une période maximale de quatre mois, renouvelable. C'est une avancée par rapport à la loi de 1955, qui ne prévoit aucune limite temporelle. Chaque prolongation devra donc faire l'objet d'un projet de loi, préalablement examiné par le Conseil d'État et, à chaque fois, ouvert à un recours éventuel devant le Conseil constitutionnel. Ce que nous mettons en place, ce sont des mécanismes de contrôle très stricts sur le plan politique, comme sur le plan juridictionnel. Mesdames, messieurs les députés, vous le savez, le 26 février, sans autre décision, l'état d'urgence prendrait fin. Aussi, parce que la situation l'exige, le Gouvernement a décidé de déposer, d'abord au Sénat, le 9 février prochain, le projet de loi prorogeant ce régime pour trois mois supplémentaires. J'entends dire que l'état d'urgence ne se justifie plus, qu'il n'y a plus de « péril imminent résultant d'atteintes graves à l'ordre public ». Ce n'est pas l'analyse du Gouvernement. Le ministre de l'intérieur le redit régulièrement aux groupes parlementaires qu'il reçoit place Beauvau, ou à l'occasion des réunions qui ont lieu tous les quinze jours à Matignon pour informer le Parlement à la fois de la menace terroriste, de la mise en œuvre de l'état d'urgence et des initiatives diplomatiques ou militaires de la France. Et ce n'est pas non plus l'avis du Conseil d'État, qui a considéré, au regard de la situation, que cette nouvelle prolongation était justifiée et conforme à notre État de droit. Oui l'état d'urgence est efficace, indispensable pour la sécurité de nos compatriotes. En trois mois, 3 289 perquisitions administratives ont permis la saisie de 560 armes, dont 42 armes de guerre ; 341 personnes ont été placées en garde à vue et 571 procédures judiciaires ont été ouvertes ; 407 personnes ont été assignées à résidence. Des mosquées radicales et des salles de prière ont été fermées. Des associations ont été dissoutes par le Conseil des ministres. Les filières sont déstabilisées. De nombreux individus sont identifiés et placés sous surveillance. D'ailleurs, un des projets terroristes déjoués a pu l'être grâce à une perquisition administrative, menée dans le cadre de l'état d'urgence. Et les tribunaux administratifs ont joué leur rôle, jusqu'à l'annulation et la réparation de certaines décisions. Mais le nombre d'annulations demeure très limité. Évitons également les caricatures : l'application de l'état d'urgence n'affecte en rien le débat démocratique. Tous les journalistes de ce pays peuvent exercer librement leur profession, et c'est heureux. Des élections régionales ont eu lieu, trois semaines après les attentats du 13 novembre. Le droit de manifester n'est en aucune manière entravé. L'état d'urgence est bien sûr un régime provisoire. Et si sa prolongation jusqu'au 26 mai est nécessaire, c'est aussi pour permettre au Gouvernement de prendre les mesures qui renforceront, dans la durée, les moyens des autorités judiciaires et administratives pour lutter contre le terrorisme. C'est le sens du projet de loi présenté, il y a deux jours, par le garde des sceaux et sur lequel vous aurez à vous prononcer à partir du 1er mars texte dont vous savez d'ailleurs qu'il est en préparation depuis plusieurs mois. J'en viens à l'article 2 de ce projet de loi constitutionnelle. Il modifie l'article 34 de la Constitution pour que les conditions dans lesquelles une personne, même née française, peut être déchue de sa nationalité dès lors qu'elle est condamnée pour atteinte grave à la vie de la Nation relèvent du domaine de la loi. Je crois qu'au moment où notre pays s'interroge, nous avons besoin d'actes qui rappellent ce qu'est la nation française, ce que cela veut dire, être français. Être français, c'est comment mieux le dire qu'avec les mots de Renan ? « Un plébiscite de tous les jours » ; c'est partager nos valeurs d'égalité, d'ouverture, de tolérance ; c'est une envie de construire l'avenir ensemble. Voilà ce qu'est l'idéal qui est au cœur de la République et de la construction nationale ! Comment, dès lors, ceux qui rejettent nos valeurs, qui déchirent avec rage et violence le pacte républicain, qui s'engagent dans une armée terroriste pour tuer leurs propres compatriotes, pourraient-ils rester français ? La déchéance de nationalité fait partie intégrante de la République. Tout a commencé en 1848, avec le décret combattant l'esclavagisme. La communauté nationale a dit alors clairement son refus. Elle a clairement exclu de son système de valeurs, de sa communauté nationale, ces Français esclavagistes, c'est-à-dire ces Français qui considéraient qu'un être humain pouvait être privé de sa liberté, devenir la propriété d'un autre, être exploité, échangé, négocié, humilié, mutilé et battu comme un vulgaire objet ou un animal. Les textes de 1915 et 1917, puis celui de 1927 adopté par le gouvernement d'union nationale de Raymond Poincaré, ont confirmé l'inscription de la déchéance dans la tradition juridique républicaine. Il y a aussi le décret-loi de 1938 et l'ordonnance de 1945, qui restaure un régime normalisé de la déchéance de nationalité. Il y a enfin, plus récemment, les lois de 1973 et 1993, qui instaurent le régime actuel de l'article 25 du code civil ; la loi de 1996, qui étend la sanction de la déchéance aux crimes et délits terroristes ; et les lois de 2003 et 2006, modifiant les limitations temporelles de cette sanction. M. Bernard Debré. Et voilà ! M. Philippe Gosselin. Tout est dit ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Tous ces textes ont un même objectif : combattre les ennemis de la République et de la France. M. Philippe Gosselin. Pourquoi réviser la Constitution, alors ? M. Manuel Valls, Premier ministre. Les combattre en marquant une limite irréductible, au-delà de laquelle nous ne pouvons plus cheminer ensemble au sein de la communauté nationale. Aujourd'hui, comme à ses origines, la déchéance de nationalité est la réponse collective des Français vis-à-vis d'autres Français qui ont choisi de porter gravement atteinte à la vie de la Nation. C'est un geste qui marque l'union de tous ceux qui respectent le pacte républicain contre tous ceux qui le brisent. Ce n'est pas une manière de distinguer ; c'est, au contraire, une manière d'affirmer ce qui nous unit. Il est donc logique, essentiel même, de consacrer ce principe à l'égard de tous les Français ; qu'il s'applique à tous avec la même exigence. Or aujourd'hui, seuls ceux qui ont acquis la nationalité française peuvent en être déchus, s'ils ont une autre nationalité. Le Conseil d'État a considéré, dans son avis du 11 décembre 2015, que pour ouvrir la possibilité de priver un Français de naissance de sa nationalité, il fallait une révision constitutionnelle. C'est pour cela qu'après de nombreux débats avec toutes les composantes de la représentation nationale, le Gouvernement a souhaité que soit inscrit ce principe d'égalité dans notre Constitution. Ce texte, garant de la légalité républicaine, ne fera ainsi aucune distinction fondée sur la naissance, sur le mode d'acquisition de la nationalité ou sur la détention d'une ou plusieurs nationalités. Pour affirmer ce principe le plus clairement possible, j'ai proposé, à votre commission des lois, le 27 janvier dernier, une évolution du texte présenté en Conseil des ministres. Je me félicite une nouvelle fois de la qualité du dialogue que nous avons eu, qui a conduit à une adoption large de cet amendement. Compte tenu de la procédure d'examen spécifique aux projets de loi constitutionnelle, cet amendement sera réexaminé en séance. Il s'agit désormais d'un amendement de votre commission ; mais le Gouvernement a souhaité, lui aussi, le présenter à nouveau, cette fois devant vous tous. Cette mesure de déchéance a aussi un objectif très concret : éloigner durablement de notre territoire les individus dangereux constituant une menace avérée. Avec le Président de la République, nous avons beaucoup écouté, beaucoup consulté. Nous avons eu le souci de construire une communauté de vues fondée sur des principes juridiques clairs, validés par le Conseil d'État, respectueux de nos engagements internationaux. L'amendement que présentera à nouveau le Gouvernement est le fruit de ce dialogue, dialogue qui se poursuivra tout au long du processus de révision. Nous touchons, avec la déchéance de la nationalité et nous avons entendu le débat public, l'avis des juristes, des intellectuels à un élément essentiel de la personne. La sanction proposée est grave. Elle nous oblige à regarder loin, à ne pas seulement considérer les quelques jours qui viennent, mais sans doute, je le disais, la décennie qui s'annonce. Cet amendement inscrit donc au cœur de la Constitution le principe de l'égalité de tous devant l'exigence républicaine. Il encadre également les condamnations pouvant entraîner une telle sanction. Seules sont retenues celles prononcées pour les actes les plus graves, constitutifs de crimes ou délits attentatoires à la vie de la Nation. En effet, le Gouvernement considère qu'il est nécessaire de retenir aussi les délits, car en matière de terrorisme, certains d'entre eux traduisent une intention criminelle redoutable, révélatrice là aussi d'une rupture avec la communauté nationale. Nous renouons ainsi avec l'intention initiale du Gouvernement d'inclure la sanction pour délit terroriste ou atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, une demande exprimée également par l'opposition, mais pas seulement. Troisième disposition de l'amendement : nous avons considéré, parce que c'est un principe essentiel de notre droit, que la sanction devait pouvoir être individualisée au maximum, c'est-à-dire ajustée au plus près de la dangerosité. C'est pourquoi déchéance complète de la nationalité et déchéance des droits qui y sont attachés sont présentées dans une même disposition. Dans un souci de transparence et de lisibilité, et en réponse à une demande tout à fait normale, le Gouvernement a adressé à la représentation nationale l'avant-projet de loi qu'autoriserait cet article 2 du projet de révision constitutionnelle. Le Conseil des ministres a adopté mercredi dernier les trois orientations fortes de ce texte. D'abord, l'unification juridique des régimes de déchéance de nationalité. La même peine sera applicable à toute personne condamnée, quelle que soit l'origine de son appartenance à la Nation. Ensuite, la délimitation des infractions d'atteinte à la vie de la Nation dont la condamnation peut entraîner une déchéance de la nationalité. S'agissant des délits, seuls ceux pour lesquels la peine encourue est de dix années d'emprisonnement sont concernés. Ce rappel est nécessaire, tant j'ai entendu d'éléments faux à ce sujet. Et je voudrais aussi rappeler qui s'en est ému alors ? Que six Français ont été déchus de leur nationalité ces deux dernières années, après avoir été condamnés pour le délit d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Troisième orientation de l'avant-projet de loi : la déchéance de nationalité, aujourd'hui prononcée par décret après avis conforme du Conseil d'État, deviendra une peine complémentaire prononcée par le juge pénal. Cette sanction sera ainsi prononcée plus rapidement, en une seule et même fois, contrairement à la procédure actuelle. Et, conformément au droit en vigueur, au principe d'individualisation des peines, il n'y aura aucune automaticité. Il s'agit d'une mesure lourde de sens, qui exige une réflexion au cas par cas. Enfin, il a été décidé au cours de ce même Conseil des ministres d'engager rapidement la ratification de la convention du 30 août 1961 sur la réduction des cas d'apatridie. Mesdames, messieurs les députés, cette révision constitutionnelle est un moment exceptionnel, qui se déroule dans un contexte lui-même exceptionnel. Je comprends, bien évidemment, qu'il puisse y avoir des débats. Sur un sujet aussi important, ils sont légitimes, et même indispensables à notre démocratie. Certains disent que ces débats prennent trop de temps. Mais enfin ! Toute révision de cette nature, parce qu'elle touche au fondement de ce que nous sommes, demande de lui consacrer la durée nécessaire. C'est d'ailleurs ce que prévoit la Constitution elle-même, même si, je le répète, cette révision s'inscrit dans des circonstances particulières, celles des attentats du 13 novembre qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés. Ce moment exceptionnel nous met tous face aux plus importantes responsabilités. Il exige de nous de la hauteur de vue. Par respect pour la parole donnée devant la représentation nationale par le chef de l'État trois jours après ces attentats. Par respect pour les Français. Leur courage, cette impressionnante force de caractère qu'ils ont démontrée, doivent être pour nous un commandement, une injonction à nous rassembler. Et quoi de mieux que notre texte constitutionnel, le socle même de notre démocratie, pour le faire ? Face à la menace, face à toutes ces déchirures de notre société je pense aux actes antisémites, antimusulmans, antichrétiens, face aux risques de tension, de division, nous devons être forts, donc unis, parce que nous sommes en guerre, parce que nos soldats sont engagés en Syrie et en Irak. Et ce qui fait notre unité, ce sont nos valeurs, notre État de droit, notre tradition républicaine, notre conception ouverte, bienveillante, mais aussi exigeante, de la Nation. La Nation qui doit rester cette adhésion volontaire à ce qui nous unit, cet ensemble de droits, cet ensemble de devoirs auxquels nul ne peut déroger. C'est aussi cela qu'avec la plus grande force, nous rappelons aujourd'hui. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen et sur quelques bancs du groupe écologiste et du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste.) \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/253.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/253.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c851d62763ba1d35a0799ded5651e0b531622662 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/253.txt @@ -0,0 +1 @@ +Les ministres des affaires étrangères de l'Allemagne, de la Belgique, de la France, de l'Italie, du Luxembourg et des Pays-Bas se sont réunis à Rome le 9 février 2016. Ils déclarent : À l'approche du 60ème anniversaire du Traité instituant la Communauté économique européenne le 25 mars 2017, nous sommes préoccupés par l'état du projet européen. Il semble en effet être confronté à une période très difficile. C'est en ce moment critique que nous, membres fondateurs, nous sentons particulièrement sollicités. Nous n'oublierons pas que l'Europe a dû traverser des conflits violents et un passé douloureux avant de s'engager sur la voie de l'intégration. Pour de nombreuses générations, l'Europe n'était qu'un rêve de paix et de compréhension, accompagné d'un espoir de dignité humaine, de liberté, de démocratie, d'un état de droit et de solidarité sur le continent. Ces principes, grâce au projet européen, sont devenus la base même de notre coexistence en Europe. Ils ont assuré les fondements de notre sécurité, de notre stabilité et de notre prospérité. Ils représentent aussi le capital de notre avenir commun. Nous sommes fermement convaincus que l'Union européenne demeure notre meilleure réponse face aux défis d'aujourd'hui et qu'elle permet différentes voies d'intégration. Nous restons déterminés à poursuivre la construction d'une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens. L'Europe est une réussite lorsque l'on surmonte les intérêts nationaux dans un esprit de solidarité. Nous devons être prêts à œuvrer en faveur de solutions européennes. L'UE représente bien plus que la somme de ses 28 États membres. Cela vaut également pour la crise des réfugiés, l'un des plus importants défis auxquels l'Union européenne fait face aujourd'hui. La priorité est de mettre en œuvre l'intégralité de nos décisions communes avec efficacité et humanité. Une meilleure gestion des frontières extérieures de l'Union est essentielle afin de renforcer leur sécurité sans entraver la fluidité de la circulation ni l'acquis de Schengen. L'Europe se doit d'adopter une approche globale et équilibrée géographiquement, fondée sur la solidarité et la responsabilité. Il est essentiel de renforcer la coopération générale avec les pays d'origine et de transit dans l'optique d'endiguer les flux de migration clandestine et d'agir sur leurs causes profondes. Les récents attentats terroristes ont pris pour cible les valeurs fondamentales et les principes des droits de l'Homme qui sont au cœur de l'Union européenne : la solidarité, la liberté, notamment la liberté d'expression, le pluralisme, la démocratie et la dignité humaine. Tout citoyen a le droit de vivre sans peur. Les valeurs communes doivent être préservées ; la violence et le racisme doivent être endigués. Il nous faut faire davantage pour lutter contre la radicalisation et pour élaborer notre contre-discours. Cela implique également un combat contre les ennemis de nos valeurs fondamentales. Nous avons confirmé le besoin de renforcer notre action contre la menace terroriste, dans le plein respect des droits de l'Homme et de l'état de droit. Nous avons discuté du rôle que l'Union, en tant qu'acteur global, est appelée à assurer. La nouvelle stratégie globale de l'UE sur la politique étrangère et de sécurité lui fournira une perspective actualisée et des outils efficaces pour fortifier son action. Elle mettra l'accent sur l'importance de la politique européenne de sécurité et de défense, qui est au cœur des engagements européens pour la paix et la stabilité dans le monde. Un voisinage démocratique, stable et prospère est une priorité stratégique, dans l'intérêt fondamental de l'UE. Nous déclarons et réaffirmons notre solide engagement envers l'Europe et le projet européen et invitons tous les autres États membres à faire de même. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/254.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/254.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e8cb2de1aed2ddf9d17e3ae2bd027d4beba111c5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/254.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Contrôleur général, chef du Service central du renseignement territorial, Monsieur le Directeur départemental de la Sécurité publique, Monsieur le Commandant de la région de gendarmerie, Mon Général Monsieur le Commandant du groupement de gendarmerie départementale, Mon Colonel, Mesdames et Messieurs, Depuis plus d'un an, notre pays est confronté à une menace terroriste d'une gravité sans précédent au cours de notre histoire. Après nous avoir frappés une première fois sur notre sol en janvier 2015, les djihadistes de DAESH ont à nouveau, voici à peine trois mois, ensanglanté les rues de Paris. Entre ces deux tragédies et depuis, d'autres crimes terroristes ont été commis, d'autres attentats ont été déjoués. Par conséquent, chacun doit avoir conscience que la menace est aujourd'hui plus élevée que jamais, et que c'est une lutte de longue haleine qu'il nous faut mener, à l'intérieur comme à l'extérieur de nos frontières, pour l'éradiquer définitivement. Face à un ennemi susceptible de nous frapper à tout moment, nous devons donc faire preuve d'une vigilance extrême. La guerre qui nous est imposée par les terroristes de DAESH, nous sommes résolus à la mener avec toute la force de la République, aussi longtemps qu'il le faudra et partout où cela sera nécessaire. A cet égard, je veux insister sur le fait que cette menace pèse sur l'ensemble du territoire national, et non seulement sur la région parisienne. En 2012, ce sont Toulouse et Montauban qui ont été prises pour cibles. En juin dernier, c'est à Saint-Quentin-Fallavier, dans l'Isère, que le malheureux Hervé CORNARA a été assassiné d'une façon abjecte. Au cours des dernières semaines, c'est notamment à Tours et à Orléans que nos services ont neutralisé des djihadistes dont tout porte à croire qu'ils s'apprêtaient à passer à l'acte. C'est la raison pour laquelle nous luttons partout en France contre la menace terroriste et la radicalisation violente. Je dis bien : partout en France. Car chaque Français doit pouvoir bénéficier du même niveau de sécurité où qu'il vive sur le territoire national. C'est là, depuis 2012, une des priorités absolues de l'action conduite par le Gouvernement : protéger nos concitoyens contre toutes les menaces, contre toutes les violences, qu'il s'agisse du terrorisme ou bien des formes plus quotidiennes de criminalité et de délinquance. De même, c'est sur l'ensemble du territoire national que doit s'exercer l'autorité de l'Etat. Jamais nous n'accepterons qu'existent en France des zones de non-droit. Dans notre démocratie et dans notre Etat de droit, la seule autorité qui vaille est en effet celle de la République. La République qui protège. La République qui garantit la force du droit contre la loi du plus fort. La République qui fait prévaloir le bien commun sur les intérêts particuliers. La République, enfin, qui constitue notre bien commun. Si je suis là parmi vous aujourd'hui, c'est donc pour vous exposer les décisions que nous prenons et pour vous annoncer les moyens que nous donnons aux forces de l'ordre, en France et plus particulièrement en Moselle, pour faire respecter l'autorité légitime de l'Etat en toutes circonstances et garantir la sécurité de nos concitoyens. Je veux par ailleurs profiter de l'occasion qui m'est offerte pour rendre hommage à la mobilisation exceptionnelle des policiers et des gendarmes qui, chaque jour, dans des conditions souvent très difficiles, réalisent un travail admirable pour assurer le respect de la loi et de l'ordre public, ici comme dans l'ensemble du pays. Si, en 2015, nous avons pu tenir bon dans les épreuves terribles que nous avons traversées, c'est largement grâce à ces femmes et à ces hommes qui sont prêts, dès lors que la situation l'exige, à mettre leur vie en péril pour sauver celle des autres. Je veux qu'ils sachent qu'ils auront toujours mon plus fidèle soutien, dans les missions délicates mais non moins indispensables dont ils s'acquittent au quotidien, au service de la France et de la République. A cet égard, le Gouvernement reste fidèle à son cap : donner aux forces de l'ordre les moyens humains, matériels et juridiques de travailler efficacement. C'est ainsi, et pas autrement, que l'on obtient des résultats. C'est la raison pour laquelle, depuis 2012, nous avons consenti un effort sans précédent sur le plan des recrutements au sein de la Police et de la Gendarmerie nationales. Vous le savez, la décision d'interrompre la RGPP a permis de mettre un terme aux coupes claires délibérées dans les effectifs, en remplaçant tous les départs à la retraite et en créant près de 500 emplois nouveaux par an dans les deux forces. A cette politique de fond, trois plans pluriannuels sont venus s'ajouter : - plus de 1 400 créations nettes d'emplois au titre du Plan anti-terroriste (PLAT) décidé par le Premier Ministre en janvier 2015 ; - 900 créations nettes d'emplois au titre du Plan de lutte contre l'immigration clandestine (PLIC) de septembre dernier ; - enfin, 5 000 emplois au titre du Pacte de sécurité annoncé par le Président de la République devant le Congrès en novembre dernier. Alors que la Police et la Gendarmerie avaient perdu plus de 13 000 emplois entre 2007 et 2012, nous en aurons recréé plus de 9 000 d'ici la fin du quinquennat. Ainsi, plus de 4 600 élèves gardiens de la paix sortiront de nos écoles chaque année en 2016 et en 2017. Ils n'étaient que 488 en 2012 ! Pour la gendarmerie, les écoles permettront de renforcer les unités de 3 970 sous-officiers en 2016 et de 3 560 en 2017. Je précise que, dans le cadre des différents plans de recrutement, nous n'affectons pas au hasard les policiers et les gendarmes supplémentaires, mais au contraire là où nous considérons qu'ils seront le plus utiles, en tenant compte des spécificités propres à chaque territoire. Car, derrière les chiffres que je viens de rappeler, il y a des arrivées concrètes de femmes et d'hommes dans les commissariats de police et dans les casernes de gendarmerie. Ainsi, je vous annonce que, cette année, 38 gendarmes au total viendront renforcer les différentes unités de gendarmerie implantées dans le département de la Moselle. 22 d'entre eux seront intégrés à l'escadron de gendarmerie mobile de Thionville afin de créer un 5ème peloton pour renforcer les unités en charge des missions de sécurité publique dans le département. 4 gendarmes vont également renforcer les unités de la communauté de brigades de Phalsbourg. Dans le cadre du plan « BAC-PSIG » que j'ai lancé dès le mois d'octobre dernier, le peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (PSIG) de Thionville sera, quant à lui, renforcé par l'arrivée de deux militaires pour répondre aux évolutions du contexte de sécurité publique. L'objectif est de professionnaliser ces unités d'intervention intermédiaire que sont les PSIG en les dotant de la capacité dite « Sabre » qui leur confère de nouveaux moyens d'intervention et de sécurisation de leur action. Enfin, grâce à l'effort important que nous réalisons à l'échelle du département, je vous annonce que nous allons créer, au sein du groupement de gendarmerie de Moselle, une cellule départementale d'observation et de surveillance (CDOS), composée de 5 gendarmes spécialisés. Je vous annonce d'ailleurs que, d'une manière générale, nous créons, en 2016, 29 cellules départementales de ce type sur l'ensemble du territoire national pour renforcer la lutte que nous menons contre le terrorisme et contre les différentes formes de délinquance et de criminalité. Par ailleurs, selon la même logique de montée en puissance et de répartition stratégique des forces, je vous annonce également que 21 gardiens de la paix et 22 adjoints de sécurité supplémentaires vont venir renforcer, au cours de l'année 2016, les effectifs du département. Ces arrivées font suite à celle, en 2015, de 25 policiers supplémentaires, dans le cadre du plan antiterroriste, qui ont permis la création du Service zonal de Recherches et d'Appui dont je vais vous parler dans quelques instants. Lutter contre le terrorisme et contre la délinquance, c'est aussi donner aux forces de l'ordre les moyens matériels dont elles ont besoin. Là encore, derrière les chiffres, il y a des réalités concrètes, des armes et des véhicules supplémentaires, des gilets pare-balles, qui permettent aux policiers et aux gendarmes de travailler dans de meilleures conditions d'efficacité et de sécurité. A cet égard, en 2015, nous avons tenu nos engagements, puisque, à l'échelle nationale, 2 269 véhicules ont été livrés, ainsi que l'ensemble des renforts en armements et en matériels de protection que nous avions annoncés je pense notamment aux 6 514 gilets pare-balles individuels. Dans le cadre du Plan anti-terroriste qui est venu amplifier notre effort, nous avons investi plus de 30 millions d'euros en armements et en matériels de protection. En 2016, cet effort massif sera bien évidemment poursuivi. Ainsi, l'année dernière, le groupement de gendarmerie de la Moselle a bénéficié d'un renfort important de 18 armements supplémentaires, de nombreux moyens radios et informatiques, ainsi que de 17 véhicules. 10 autres seront livrés dans les prochaines semaines. Les policiers ont, quant à eux, d'ores et déjà bénéficié de l'arrivée, à Metz, de 13 véhicules en 2015 (dans le cadre du PLAT). Je vous annonce que, cette année, l'ensemble de la zone Est profitera du renfort de 100 véhicules supplémentaires, dont 29 dans le cadre du Plan BAC. Lutter contre le terrorisme et contre la criminalité, c'est également donner aux forces de l'ordre les moyens juridiques adaptées à l'évolution des risques et des menaces. Comme le Gouvernement en a pris l'initiative avec les trois projets de loi adoptés en 2012, 2014 et 2015 sur le renforcement de la lutte anti-terroriste et le renseignement, nous poursuivons l'adaptation de nos outils législatifs pour vous doter de moyens d'action nouveaux et efficaces. A la faveur du projet de loi relatif à la procédure pénale, un important volet sera ainsi consacré à des mesures initiées par le ministère de l'intérieur. Je veux parler : - d'un régime de contrôle administratif des retours sur le territoire national après un séjour sur un théâtre d'opérations terroristes ; - d'un régime de retenue pour vérification de la situation administrative des individus signalés ; - d'un nouveau cadre de contrôle administratif des flux de personnes et de véhicules. Ce texte prévoira également une nouvelle exonération de responsabilité pénale des forces de l'ordre pour mieux assurer la sécurité des personnels et des citoyens qu'ils protègent, dans le cas très particulier d'usage des armes lors de périples meurtriers. Il organisera enfin le cadre juridique de l'emploi des caméras-piétons qui permettront tout à la fois de protéger les personnels en objectivant les situations et en faisant baisser la tension lors de situations délicates que vous rencontrez trop souvent. Enfin et c'est là un domaine d'intervention absolument décisif, lutter contre le terrorisme, c'est lutter en amont contre les dérives fanatiques, contre le phénomène de radicalisation qui précède le passage à l'acte meurtrier. En Moselle, cet effort s'est concrétisé par la création d'une unité spécifique, le Service zonal de Recherches et d'Appui (SZRA) de Metz, que je suis heureux et fier d'inaugurer aujourd'hui. Je veux d'ailleurs saluer l'ensemble des fonctionnaires de police qui composent le SZRA de Metz, dont le travail quotidien est particulièrement remarquable. Il s'agit là d'un modèle éprouvé que nous expérimentons depuis 2014 à Lille, Lyon, Marseille, puis, depuis 2015, à Rennes et à Bordeaux. L'objectif des SZRA est avant tout la recherche du renseignement, notamment contre les filières djihadistes. Ces services sont donc en première ligne dans notre lutte contre le terrorisme et contre le phénomène d'endoctrinement qui l'alimente, travaillant ainsi en lien direct avec les policiers et les gendarmes du renseignement territorial, à qui je veux également rendre un hommage appuyé pour la qualité de leur travail. Tous, au sein du SCRT comme au sein des SZRA, jouent en effet un rôle absolument fondamental dans le suivi des individus signalés et la surveillance des lieux de radicalisation. Leur action s'inscrit dans le dispositif global que nous avons progressivement renforcé depuis l'adoption du Plan de lutte contre la radicalisation et les filières djihadistes en avril 2014. J'ai ainsi créé en juin dernier, après le drame survenu à Saint-Quentin-Fallavier, un Etat-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT), qui contrôle le suivi effectif des individus signalés pour radicalisation. Pour ce faire, il regroupe des représentants de l'ensemble des forces et des services concernés dans une logique de transversalité, de décloisonnement et de partage de l'information. L'EMOPT s'appuie sur le Fichier de Traitement des Signalements, de la Prévention de la Radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), qu'utilisent également les Services zonaux de Recherches et d'Appui, notamment celui de Metz. A partir de ce fichier national, le travail de l'EMOPT nous permet ainsi d'opérer des retraits d'agréments je pense notamment à des personnes travaillant sur des sites sensibles, par exemple des aéroports tels que celui de Roissy où plusieurs dizaines d'individus se sont vus retirer leurs badges d'accès et contribue à la mise en place d'une fine cartographie des risques. L'EMPOT est venu couronner, si je puis dire, le dispositif de prévention que nous avons mis en place voici plus d'un an et demi. Je pense à la plateforme téléphonique nationale regroupant une équipe de professionnels formés à recueillir les signalements des familles confrontées au phénomène de la radicalisation et à les orienter. Chaque signalement est ensuite communiqué au préfet concerné en fonction du lieu de résidence de la personne signalée afin que nous puissions la prendre en charge. Dans chaque département c'est le cas en Moselle, nous avons en effet mis en place une « cellule de suivi et de prévention de la radicalisation », pilotée par le préfet et le procureur de la République. C'est l'ensemble de ce dispositif qui nous a notamment permis de cibler, de manière efficace, les mesures que nous avons prises, depuis le 13 novembre dernier, dans le cadre de l'état d'urgence. A ce jour, nous avons ainsi réalisé 3 340 perquisitions administratives, qui nous ont permis de saisir 578 armes. Ces perquisitions ont donné lieu à 344 gardes à vue. Par ailleurs, 285 assignations à résidence sont toujours en vigueur, dont 83% concernent des individus fichés au FSPRT et par là même surveillés par nos services de renseignement, ce qui suffit à démontrer que ces mesures n'ont pas été prises au hasard, de façon indiscriminée. J'ajoute que, depuis le début de l'année 2016, quarante personnes ont été interpellées pour leur implication présumée dans des filières terroristes, pour des menaces ou pour apologie du terrorisme. Grâce au à notre dispositif antiterroriste et grâce aux possibilités que nous offre le régime de l'état d'urgence, nous portons donc les coups les plus durs aux personnes et aux filières qui d'une façon ou d'une autre nourrissent le risque terroriste ou représentent un trouble pour l'ordre public. La lutte que nous menons contre la menace terroriste se poursuit donc sans trêve ni pause, et nous faisons en sorte d'adapter notre dispositif en continu, dans le respect rigoureux des principes constitutionnels. Car, si nous devons agir avec fermeté et détermination, nous devons aussi agir dans la pleine conscience de la responsabilité qui est la nôtre. Et c'est ce que nous faisons. Car l'état d'urgence n'est pas le contraire ni l'oubli de l'Etat de droit : il en est, dès lors que la situation l'exige, le bouclier. Pour conclure, je veux donc insister sur le fait que le Gouvernement prend toutes les décisions qui s'imposent pour garantir la sécurité des habitants de Metz et du département de la Moselle. Ainsi, contrairement aux craintes que je comprends exprimées par certains élus dans le cadre de la réforme territoriale, le Gouvernement a fait en sorte de consolider la position de Metz. C'est la raison pour laquelle nous avons créé ici le SZRA que venons d'inaugurer, et que nous avons dotés de renforts supplémentaires en effectifs de police et de gendarmerie. Oui, l'Etat a la volonté de rester durablement ancré à Metz, qui est d'ores et déjà la capitale régalienne de la région. Vive Metz ! Vive la Moselle ! Vive la République ! Et vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/255.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/255.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..594f99f4dde2b90310906cbfb2d4122e4948f7c6 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/255.txt @@ -0,0 +1 @@ +Merci, cher Wolfgang ISCHINGER, de m'avoir proposé d'intervenir ce matin et de débattre avec le Premier ministre de Russie. Je veux formuler, tout d'abord, trois constats puisque c'est le sujet sur lequel vous m'avez demandé d'intervenir sur la nature de la menace terroriste à laquelle nous faisons face. Le premier constat, c'est que nous sommes entrés nous tous le sentons bien dans une nouvelle époque, caractérisée par la présence durable de l'hyper-terrorisme. Un hyper-terrorisme qui se trouve à la confluence d'un pseudo-messianisme religieux et de l'usage de la terreur de masse ; et dont la base, aujourd'hui, est un pseudo-Etat, un proto-Etat, sur un territoire relativement vaste qu'il administre, avec le projet d'établir un califat qui attire par ailleurs des gens venant de différents pays. Nous devons en être pleinement conscients, et donc agir avec une très grande force et une très grande lucidité. Et je le redis devant vous, comme je le dis à mes concitoyens : nous avons changé d'époque, nous avons changé de monde. Au fond, en Europe et en France, après les attentats de janvier et de novembre, nous sommes sortis d'une forme d'insouciance pour entrer dans une époque marquée par le fait que nous sommes en guerre parce que le terrorisme nous fait la guerre. Nous devons cette vérité à nos peuples : il y aura d'autres attaques des attaques d'ampleur. C'est une certitude. Cet hyper-terrorisme est là pour durer, même si nous devons bien entendu le combattre avec la plus grande détermination. Sa force de fascination idéologique est redoutable. Et si nous avons changé d'époque, c'est aussi parce que cet hyper-terrorisme est au cœur même de nos sociétés. J'avais évoqué fin 2012, quand j'étais ministre de l'Intérieur, le fait que nous faisions face à un ennemi extérieur, que nous combattons, mais aussi, d'une certaine manière, à un ennemi intérieur. Il y a aujourd'hui plus de 1 000 Français ou résidant en France qui sont dans les filières djihadistes liées à l'Etat islamique. Il y a des milliers de jeunes en France qui n'ont pas succombé aujourd'hui au terrorisme mais qui sont radicalisés par cette idéologie. Il y a aujourd'hui de nombreuses femmes également dans ces réseaux, et il faut noter qu'en France, plus d'un tiers des départs vers la Syrie concerne des personnes converties sans aucun lien préalable avec l'islam. Le deuxième constat, c'est que cette menace est globale. La France a payé un très lourd tribut au cours de l'année écoulée, mais elle n'est bien sûr pas la seule visée. L'hyper-terrorisme djihadiste touche aussi bien les pays de culture, de confession musulmane qui sont d'ailleurs numériquement, on l'oublie trop souvent, les premières victimes du terrorisme que les sociétés occidentales, ou même les nouvelles économies émergentes. Les attaques de ces dernières semaines au Burkina Faso ou au Mali, à Istanbul, à Jakarta, à San Bernardino, la tragédie de l'Airbus russe dans le ciel égyptien ont rappelé cette évidence : aucun pays, aucun continent n'est à l'abri. Et le dernier bilan connu pour 2014 faisait état d'environ 40 000 morts liés au terrorisme dans 93 pays. Les groupes djihadistes s'attaquent aux structures étatiques fragiles, sur fond de chaos et de vide politique. Et à ce titre, l'entrée du monde arabo-musulman dans une phase de convulsions, de tensions, avec également la rivalité entre chiites et sunnites, est une donnée géopolitique très préoccupante. La France est également particulièrement soucieuse de la stabilité des Etats d'Afrique de l'Ouest, qui sont directement ciblés. Le troisième constat, c'est que c'est une guerre d'un nouveau type qui nous a été déclarée. Une guerre asymétrique. Une guerre contre un ennemi qui ne reconnaît ni Etats, ni frontières. Mais aussi un ennemi qui ne reconnaît aucune règle, avec lequel aucune discussion n'est envisageable. Avec le terrorisme djihadiste, notamment celui de Daech de l'Etat islamique, aucune diplomatie n'est possible. Nous avons face à nous un ennemi qu'il faut combattre sans relâche jusqu'à son éradication. Et le combat sera de longue haleine. Une fois ces trois constats rapidement, trop rapidement posés, quelles réponses devons-nous mettre en œuvre ? Il y a, bien sûr, une réponse immédiate : le combat militaire contre Daech et Al-Qaïda, pour les frapper au cœur de leurs bastions, là où se préparent les attaques dirigées contre nos pays. Cette guerre nous concerne tous, doit tous nous mobiliser et doit être dirigée contre tous les mouvements djihadistes. Jean-Yves Le DRIAN, le ministre de la Défense, le rappelait ici même hier. Quelques premiers commentaires, si vous le permettez, sur la situation de la Syrie, alors que les flots de migrants arrivant vers l'Europe soulignent l'urgence qu'il y a à agir. La solution ne peut pas être seulement militaire. Il nous faut organiser au plus vite la transition vers une paix durable, vers la réconciliation ; organiser parce que nous savons que ce processus sera particulièrement long sans attendre un cessez-le-feu réel ; et sans attendre, aussi, organiser le secours humanitaire aux populations assiégées. L'accord discuté hier, ici même à Munich, en vue d'une cessation des hostilités, est une étape qu'il faut saluer, mais qu'il faut maintenant d'urgence concrétiser. Seuls les faits pourront parler. Et je le dis aussi, sans aucune ambiguïté, et en confiance, à Dmitri MEDVEDEV : la France respecte la Russie et ses intérêts, et nos présidents dialoguent régulièrement. Mais pour retrouver la voie de la paix, de la discussion, les bombardements des populations civiles doivent cesser. La réponse immédiate, c'est aussi accroître nos efforts en matière de sécurité et de défense. C'est particulièrement vrai pour les pays européens, qui ont cru pouvoir engranger des dividendes de la paix c'était cela le projet européen : la paix. Il nous faut et c'est une évidence réinvestir dans les moyens humains et matériels de nos forces de sécurité, de nos services de renseignement, de nos moyens militaires, et mieux les coordonner. Nous avons pris en France, dès 2012, puis en 2013 avec notre intervention pour sauver le Mali de l'emprise terroriste et djihadiste avant même les attentats de janvier 2015 des décisions fortes en ce sens, et nous continuerons à le faire. Mais cette prise de conscience doit être européenne et je veux saluer de ce point de vue-là la coopération, le travail commun entre la France et l'Allemagne, et entre les deux ministres de la Défense ici présents. Au-delà, c'est une réponse de long terme que nous devons mettre en œuvre pour traiter les phénomènes de radicalisation au sein même de nos sociétés. Parce qu'il y a cette prétention perverse des groupes djihadistes à construire leurs racines intellectuelles dans l'islam des origines, nous devons et c'est difficile faire évoluer nos méthodes. C'est difficile, car nous ne disposons pas forcément de tous les outils immédiatement adaptés à cette prise en charge individuelle ou collective. Il n'y a rien de plus difficile que de chercher à desserrer l'emprise idéologique. Mais, petit à petit, dans le respect et il est là, le défi de nos valeurs pluralistes et démocratiques, dans un Etat de droit, dans le respect de neutralité de l'Etat face aux convictions religieuses, nous devons agir et nous devons progresser. Nous devons bâtir, notamment sur les réseaux sociaux, un contre-discours. Ma conviction, c'est que ce combat sera long c'est peut-être même l'affaire d'une génération. Chaque pays devra trouver ses propres solutions, mais la lutte sera mondiale. Et c'est avant tout au monde musulman et à l'islam dans nos pays respectifs qu'il appartiendra d'apporter des réponses contre le fanatisme. J'ai tendance à dire que le problème n'est pas entre la société et l'islam : il est au sein même de l'islam. Dernier point enfin : face à la menace, la réponse ne peut être que collective, en particulier pour les Européens. Cela suppose d'être beaucoup plus efficace, beaucoup plus rapide dans la mise en œuvre des décisions que nous avons prises je pense en particulier au PNR. Il n'y a plus de temps à perdre du côté du Parlement européen. Il faut aussi tourner nos regards vers la Libye les discussions auront lieu ici même, à Munich car nous savons que Daech, l'Etat islamique, y consolide un nouveau repaire, à 300 km des frontières sud de l'Europe. Un soutien aux futures autorités libyennes est indispensable, avant qu'il ne soit trop tard. Et nous devons aussi pleinement solidarité et soutien à la Tunisie, visée parce que c'est un pays démocratique, et qui a réussi sa révolution démocratique. J'ai proposé nous avons proposé un pacte de sécurité européen à la hauteur du défi auquel nous sommes confrontés. Face aux crises qui l'assaillent de toutes parts, l'Europe est à la croisée des chemins. L'Europe est de nouveau face à son histoire : le projet européen peut reculer, et peut même disparaître si nous n'y prenons garde. Nous avons impérativement besoin de plus d'Europe pour faire face. Et si l'Europe n'arrive pas à démontrer sa capacité à répondre aux défis du moment, pas seulement économiques, mais aussi sécuritaires, alors il en sera fini du projet européen, car les peuples n'en voudront plus. Je ne veux pas que ma génération, qui a grandi dans le projet européen de paix, de démocratie, de prospérité comme exemple, voie l'Europe et l'Union européenne s'effondrer parce qu'elle n'aurait pas réussi à relever ces défis. Il disparaitra, ce projet européen, derrière la montée des égoïsmes et des populismes. Et ce serait là, pour nous tous, un grand pas en arrière. Nous devons donc, chacun à notre niveau, faire que l'Europe se ressaisisse. Se ressaisisse pas seulement dans les discours, pas seulement dans les déclarations d'intention, mais dans les actes. Parce que nos concitoyens nous regardent. Et dans ce moment, ils ne comprendraient pas que nous ne soyons pas à la hauteur de nos responsabilités. Voilà très rapidement, trop rapidement, et dans le temps que vous m'avez imparti, cher Wolfgang ISCHINGER, quelques commentaires pour nourrir et provoquer notre discussion. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/256.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/256.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..28d677511fcea50e0e22a87b905567c41f079a51 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/256.txt @@ -0,0 +1 @@ +Nicolas DEMORAND : « Le 18/20 » donc avec le Président de la République, François HOLLANDE, il est notre invité jusqu'à 20 heures. Nous sommes venus faire cette émission à Bruxelles car le Conseil européen n'est pas parvenu à trancher les points de l'ordre du jour dans les délais qu'il s'était lui-même imparti. C'est le signe d'une crise profonde dont nous allons parler avec François HOLLANDE jusqu'à 19 heures. Journaliste : Nicolas DEMORAND, « Un jour dans le monde ». Nicolas DEMORAND : Re-bonsoir, Monsieur le Président. LE PRESIDENT : Bonsoir. Nicolas DEMORAND : Le timing même de ce Sommet, le fait qu'il dure si longtemps, souligne de manière brutale que l'Union européenne va mal, très mal. Est-elle en train d'imploser ? LE PRESIDENT : Non, mais le monde va mal, et quand le monde va mal, l'Europe ne va pas bien. Quand il y a des crises, quand il y a des guerres comme il s'en produit en Syrie, en Irak, il y a des conséquences sur l'Europe, les réfugiés. Quand les économies émergentes ont des difficultés, comme c'est le cas pour la Chine, l'Europe peut également être frappée pour sa croissance. Et quand l'Europe doute d'elle-même, quand elle n'est pas capable de prendre des décisions qui la mettent là où elle est attendue par les peuples, mais aussi par le monde, alors il y a du temps qui passe. Or, le temps ne peut pas être un soutien. Le temps est forcément le révélateur. Régler cette question britannique, il aurait été possible de le faire plus vite. Moi, j'avais fait ce qu'il fallait pour que le compromis puisse être trouvé, il sera trouvé, je l'espère. Nicolas DEMORAND : Vous en êtes certain ? LE PRESIDENT : Je fais, en tout cas, ce qu'il faut pour que nous puissions garder le Royaume-Uni dans l'Europe, mais aux conditions que l'Europe puisse avancer ! Je ne vais pas laisser un pays, en l'occurrence un pays ami, la Grande-Bretagne, dans la situation où il pourrait satisfaire son opinion publique elle-même traversée, divisée, au risque de ne pas faire avancer l'Europe, justement pour régler les problèmes qui sont les nôtres : la croissance, l'emploi, l'agriculture, les réfugiés, la cohésion, la politique extérieure, et donc je fais en sorte de trouver des propositions mais en même temps de fixer des conditions. Nicolas DEMORAND : Vous êtes d'accord que les forces centrifuges n'ont jamais été aussi nombreuses aujourd'hui au sein de l'Union ? LE PRESIDENT : Oui, parce que ce qui manque à l'Europe, c'est un projet. Et quand le projet n'est plus là, quand le projet n'est plus porté, n'est plus partagé, alors face à toutes situations difficiles – je l'avais vécu, concernant la Grèce où c'est la France qui a fini par convaincre d'autres et notamment l'Allemagne qui a permis que la Grèce puisse rester - j'ai vu un certain nombre de frilosités, de replis. Quand il y a des questions qui touchent aux réfugiés, je vois les divisions s'opérer. Et quand je vois aussi, sur les questions budgétaires, économiques, certains pensaient d'abord à eux, je ne les blâme pas… Nicolas DEMORAND : Et pourquoi vous ne les blâmez pas ? LE PRESIDENT : Je ne les blâme pas au sens où moi-même, en tant que Président de la République française, je pense à mon pays, mais je pense aussi à l'intérêt de l'Europe parce que c'est un grand projet. Parce que lorsque l'Europe n'est pas là, le monde peut connaître des crises supplémentaires. Nicolas DEMORAND : On va revenir au projet européen tel que vous l'entendez. Au sommet de l'ordre du jour de ce Conseil, il y a la crise des réfugiés en Europe. Ce qui apparaît des premières discussions, c'est que la décision est remise à plus tard, au mois de mars. Est-ce que c'est un signe supplémentaire de l'incapacité de l'Union européenne à gérer ce dossier ? LE PRESIDENT : Non, il y a eu des décisions qui ont été prises, tout au long de ces derniers mois. Le problème, c'est qu'elles ne sont pas suffisamment mises en œuvre. Nicolas DEMORAND : Mais pourquoi ? LE PRESIDENT : Parce qu'il y a, notamment pour la Grèce, la difficulté d'organiser ce qu'on appelle les « hotspots », j'y reviendrai ; il y a l'afflux des réfugiés qui a conduit certains pays à prendre des décisions unilatérales – vous avez vu l'Autriche qui ferme sa frontière ou qui n'accepte que 80 personnes au titre du droit d'asile par jour ; il y a des pays qui ne veulent plus accueillir un seul réfugié, n'en ont d'ailleurs jamais véritablement accueilli, les pays de l'Europe de l'Est. Face à cela, il fallait que l'Europe rappelle qu'il y a des décisions et qui doivent être exécutées. Et puis il y a un autre sujet qui est celui de la Turquie. La Turquie ne pouvait pas être représentée par son Premier ministre, compte tenu des attentats qui s'y sont produits, donc il était légitime que j'appuie madame MERKEL pour qu'on ait un Conseil européen au début du mois de mars. Mais je vais revenir au sujet... Nicolas DEMORAND : Mais sur quoi ça coince, Monsieur le Président ? LE PRESIDENT : Je vais revenir au sujet. Qu'est-ce qu'il se passe ? Il y a encore à peu près 80.000 réfugiés par mois qui arrivent en Europe, via la Turquie, dans des conditions parfois effroyables. Ca ne peut pas durer ainsi. Donc il nous faut mettre en œuvre ce que nous avons déjà décidé. Qu'est-ce qui est l'essentiel ? Que la Turquie puisse garder autant qu'il est possible, les réfugiés au plus près de leur pays d'origine, la Syrie, et que nous puissions aider la Turquie, financièrement, matériellement, sur le plan humanitaire. Nicolas DEMORAND : ça a été acté, ça ? LE PRESIDENT : C'est acté. Nicolas DEMORAND : Et acté à nouveau ? LE PRESIDENT : Et donc vérifié à nouveau. Mais il ne faut pas non plus que la Turquie se désengage par rapport à ce qu'elle a promis. Deuxièmement, il y a des passeurs, il y a des filières, il y a des organisations qui emmènent – d'ailleurs pas simplement des réfugiés, des hommes et des femmes qui viennent ou qui veulent venir en Europe pour des raisons économiques – et qui les emmènent vers les côtes grecques. Nous devons donc mettre en place, c'est fait – mais ça doit être vérifié – un système de garde-frontière, de garde-côte et l'OTAN, vous vous rendez compte maintenant, l'OTAN va mettre des bateaux sur la mer Egée pour justement empêcher qu'il y ait ces transports qui peuvent être extrêmement dangereux. Et puis enfin, il faut que la Grèce – et je vais y revenir parce que c'est le sujet majeur ce soir – puisse mettre ces centre « hotspots », qui accueillent ces réfugiés lorsqu'ils viennent, les enregistrent, et qu'ils puissent aussi les renvoyer lorsqu'ils ne peuvent pas bénéficier du droit d'asile, ou au contraire, lorsqu'ils ont cette caractéristique d'être des personnes qui fuient, les emmener là où des pays doivent les accueillir. La Grèce, il faut l'aider à mettre en place ces centres « hotspots ». Nicolas DEMORAND : Il faut quand même parler de la géographie de la Grèce, vous voyez bien dans quel état est ce pays aujourd'hui, Monsieur le Président ! LE PRESIDENT : Et si les frontières ferment les frontières intérieures, si Schengen n'est plus appliqué, c'est-à-dire s'il n'y a plus la frontière extérieure, qu'est-ce qu'il va se produire ? Et vous avez là, tout à fait raison ! Ces réfugiés qui viennent vont rester en Grèce ? Un pays qui a déjà des difficultés économiques considérables ? Qui va en faire quoi ? Qui va les renvoyer ? Et comment ? On a parlé certes du Royaume-Uni, on a parlé de ce sujet. Et qu'est-ce qu'Alexis TSIPRAS veut dire en disant : « Moi, je n'accepterai aucun accord si je n'ai pas la certitude » ... Nicolas DEMORAND : Aucun accord sur le Brexit... LE PRESIDENT : Oui, « si je n'ai pas la certitude que les frontières extérieures seront bien sûr sécurisées » – ça c'est son devoir aussi d'y contribuer – « si je n'ai pas la certitude que les frontières intérieures ne vont pas être rétablies ». Et ça, je pense que nous devons tous raisonner en européen. On ne peut pas renvoyer sur un pays la responsabilité qui est la nôtre. Nicolas DEMORAND : Mais qui raisonne aujourd'hui en européen, François HOLLANDE ? Qui ? LE PRESIDENT : La France, parce que c'est sa responsabilité, parce que c'est son devoir, parce que c'est son honneur. Je dois dire l'Allemagne qui a fait énormément - certains disent trop -mais a fait énormément pour l'accueil des réfugiés. Et l'Allemagne aujourd'hui se rend bien compte qu'elle ne peut plus en accepter autant qu'il en est arrivé ! Et je dois soutenir, de ce point de vue, la Chancelière face à cette réalité, parce que ce n'est pas soutenir simplement l'Allemagne, c'est soutenir l'Europe, il ne faut pas qu'il arrive des réfugiés en grand nombre. Il faut tarir ce flux dans des conditions dignes, que nous puissions justement avec la Turquie, avec le Liban, avec la Jordanie, maintenir ces personnes qui fuient les bombardements qui se passent en ce moment même en Syrie... Nicolas DEMORAND : Qui fuient la guerre ! LE PRESIDENT : Qui fuient la guerre, ou qui sont là depuis longtemps et qui cherchent à venir en Europe, il faut absolument que nous maintenions ces populations en Turquie, en Jordanie et au Liban et nous y travaillons. Nicolas DEMORAND : François HOLLANDE, une question sur l'espace Schengen, n'a-t-il pas d'ores et déjà explosé ? LE PRESIDENT : Beaucoup de nos compatriotes ne savent pas très bien ce qu'est Schengen. Ca veut dire quoi, Schengen ? Nicolas DEMORAND : Eh bien c'est un espace ouvert, sans frontières. LE PRESIDENT : Non, c'est un espace avec des frontières extérieures. Nicolas DEMORAND : Extérieures. Mais à l'intérieur... LE PRESIDENT : Mais ouvert à l'intérieur, c'est une grande qualité ! Nicolas DEMORAND : oui mais là, on voit des barrières... LE PRESIDENT : Exactement, donc Schengen... Nicolas DEMORAND : ... Se dresser à nouveau des barbelés. LE PRESIDENT : Donc Schengen, c'est ce qui nous protège, ce qui doit nous protéger. D'où l'importance des frontières extérieures. Qui représentent nos frontières extérieures ? La Grèce, l'Italie, l'Espagne, d'une certaine façon ; ça peut arriver aussi pour nous-mêmes. Donc il nous faut faire en sorte que ces frontières soient respectées. Si elles ne le sont plus, si tout le monde rentre dans l'espace européen, alors certains pays vont rétablir des frontières intérieures. C'est la... Nicolas DEMORAND : Ont rétabli. LE PRESIDENT : Ont déjà, pour certains. J'évoquais un pays notamment, mais d'autres l'ont déjà fait. Et à ce moment-là, c'est la fin de Schengen ! Et aussi... Nicolas DEMORAND : Mais de fait, est-ce qu'on n'y est pas ? LE PRESIDENT : Non, on n'y est pas encore et si on en arrivait là, comprenons bien l'enjeu, c'est la fin de l'Europe, au sens de l'Europe de la libre circulation entre Européens. Certains nous diraient « c'est bien, on va mettre des douaniers, on va pouvoir se protéger ». Mais ça voudrait dire que ce qui a fait notre qualité de pouvoir circuler entre Européens, ce qui permet des échanges plus faciles, une économie plus dynamique, disparaîtrait. Ça veut dire qu'à partir du moment où on a rétabli sa frontière intérieure, on peut aussi rétablir sa monnaie intérieure, puis sa loi intérieure et puis finalement, l'Europe se disloque. Donc qu'il faille... Nicolas DEMORAND : Le risque est sur la table, aujourd'hui, d'après vous ? LE PRESIDENT : Oui, bien sûr qu'il est là, ce risque, le risque d'une dislocation qui sera molle, vous voyez, qui ne sera pas franche, qui ne sera pas une séparation, même si aujourd'hui de quoi parle-t-on ? Du possible départ des Britanniques. Et imaginons que les Britanniques quittent l'Union européenne au mois de juin après un référendum, peut-être d'autres pays se diront « mais pourquoi pas ? Puisqu’eux l'ont fait, faisons-le ! ». Et pourquoi avons-nous fait l'Europe ? Parce que nous pensions que, non seulement il fallait faire la paix, mais il fallait aussi que nous soyons une puissance, que nous soyons ensemble, que nous soyons plus forts, que nous soyons solidaires ! Et donc s'il n'y a... Nicolas DEMORAND : mais ça, c'était avant ! ... C'était avant ! LE PRESIDENT : Oui, c'est pour cela que la responsabilité de la France - grand pays européen, qui a tout à gagner de l'Europe, parce que la France, elle a tout à gagner de l'Europe, elle est plus forte quand l'Europe peut aussi être derrière la France, ou la France avec l'Europe - est de tout faire pour que Schengen soit respecté. Il ne s'agit pas d'abandonner Schengen ou de casser Schengen. Il s'agit de renforcer nos frontières extérieures et de permettre qu'il n'y ait pas ce repli national qui finira par tout emporter. Nicolas DEMORAND : Mais il faut aussi regarder les choses en face et voir que l'espace Schengen, aujourd'hui, dans son esprit et dans ses formes concrètes, est un espace qui ne ressemble plus à ce qu'il était il y a encore deux ans. C'est un espace qui est cassé, fragmenté. LE PRESIDENT : Oui, parce qu'il s'est produit un phénomène considérable que nous n'avions jamais connu. Nous avions connu des migrations, des populations qui venaient pour des raisons économiques vers l'Europe. D'ailleurs, beaucoup de pays en ont accepté, notamment le Royaume-Uni qui a été un pays, ces dernières années, de très grande immigration ; j'entends « immigration extérieure ». Nous, la France, nous avions fait ce choix il y a plusieurs années : nous n'avons plus de courants migratoires à un niveau significatif, mais les migrations ont toujours existé. Là, il se produit un autre phénomène, ce qui finalement dans l'histoire, peut arriver, c'est-à-dire des courants de migration liés à des guerres. Vous êtes d'une génération qui n'a pas connu les « Boat People », mais cela a été un moment, pour l'Europe, pour d'autres pays, des milliers, des centaines de milliers de gens qui sont venus. Là, il en vient d'une guerre beaucoup plus proche de nous qui est celle de la Syrie et celle de l'Iraq. Nicolas DEMORAND : Le couple franco-allemand, Monsieur le Président... LE PRESIDENT : Ce qui m'amène à penser que la première condition pour qu'il n'y ait plus de réfugiés ou moins de réfugiés, c'est de régler les questions qui sont liées à la guerre en Syrie. Nicolas DEMORAND : Oui mais c'est encore plus difficile que de régler, j'imagine, des questions de FRONTEX et de douaniers aux frontières extérieures de l'Europe... LE PRESIDENT : Oui, mais il faut le faire FRONTEX, les frontières. On pourra mettre tous les moyens qu'il faudra - il faut en mettre beaucoup - il faut aussi faire la diplomatie nécessaire et le rapport de forces indispensable pour que cessent les bombardements, pour que puisse être apportée une aide humanitaire à la Syrie, c'est-à-dire aux populations civiles, et pour qu'enfin, nous puissions trouver une transition politique nous débarrassant et de Bachar EL ASSAD, à terme, et aussi des terroristes de Daech. Nicolas DEMORAND : Vous l'avez dit sur le dossier des réfugiés, la Turquie aura un rôle absolument majeur à jouer. Etes-vous inquiet de l'escalade militaire, verbale entre la Turquie et la Russie ? LE PRESIDENT : La Turquie accueille 2,5 millions de réfugiés sur son sol, donc elle fait un effort que je veux reconnaître et saluer. La Turquie est en même temps impliquée en Syrie, on le voit bien, et confrontée aussi à une contestation en son sein avec des actes terroristes... Nicolas DEMORAND : Mais sur la tension avec la Russie ? LE PRESIDENT : Mais là, il y a un risque de guerre. Et c'est pourquoi le Conseil de sécurité se réunit, en tout cas au niveau de ses représentants, en ce moment. Nicolas DEMORAND : Vous croyez à un risque de guerre entre la Turquie et la Russie ? LE PRESIDENT : Oui, qui ne sera pas une guerre directe, mais qui peut être une guerre indirecte. Quand il y a des avions qui bombardent les populations dans le nord de la Syrie, il faut tout faire pour éviter cette escalade. C'est vous qui avez employé le mot. Il y a une escalade. Il faut tout faire pour maintenant arriver à une solution politique. Les Turcs ne doivent pas s'engager là où ils ne doivent pas aller et les Russes ne doivent pas, au prétexte de lutter contre le terrorisme, protéger le régime de Bachar EL ASSAD et ne pas aller vers la négociation. Donc, puisque je suis à votre micro, je lance un appel ferme et solennel : il faut que les négociations reprennent vite, que les bombardements cessent, que l'aide humanitaire arrive et que nous puissions faire que cette transition politique puisse réussir. Sinon, qu'aurons-nous en Syrie ? Nous aurons le régime de Bachar EL- ASSAD qui occupera une partie, possiblement en conflit avec les Kurdes au nord de la Syrie, et Daech, troisième force qui se situera à l'Est. C'est-à-dire trois sources de conflit qui, à la fois, menaceront les populations, produiront des massacres – et notamment je pense à ceux de Daech mais aussi à ceux du régime – et qui conduiront à avoir toujours davantage de réfugiés ? Nicolas DEMORAND : Le couple franco-allemand a explosé, sur la question des réfugiés, François HOLLANDE. Comment laisser critiquer, voire moquer Angela MERKEL par votre Premier ministre, Manuel VALLS, qui plus est en Allemagne ? LE PRESIDENT : Ce n'est pas vrai que le couple franco-allemand a été mis en difficulté sur la question des réfugiés. Vous avez sans doute relevé que les relations que j'ai avec Angela MERKEL, notamment ces derniers mois, ont été, sur le plan des résultats, extrêmement fructueuses. Je pense à ce que nous avons pu faire en Ukraine, je pense à ce que nous avons fait sur la Grèce, je pense à ce que nous avons fait sur la zone euro. Nicolas DEMORAND : Enfin sur les réfugiés, vous êtes sur deux planètes différentes... LE PRESIDENT : Non, sur les réfugiés, nous sommes dans deux situations différentes. Madame MERKEL a accueilli près d'un million de réfugiés. Nous, quelques milliers, à peine. Il faut que chacun l'ait à l'esprit. Peut-être a-t-il été trop rapidement dit que l'Allemagne pouvait accueillir tous les réfugiés ! En tout cas, ils sont allés en Allemagne, ils ne sont pas allés plus loin. Nicolas DEMORAND : Mais moquer... LE PRESIDENT : Et moi je dois aider... Nicolas DEMORAND : Mais moquer cette position... LE PRESIDENT : Je n'ai pas moqué ! Non, je crois qu'il faut... Nicolas DEMORAND : ... Quand on est Premier ministre de la France, qui plus est en Allemagne... LE PRESIDENT : Non, je pense que ce qu'a rappelé Manuel VALLS, c'est la position de la France. La position de la France, c'est qu'il ne peut pas y avoir de mécanisme de répartition des réfugiés tant qu'on n'a pas la sécurité des frontières extérieures, et ce que j'ai expliqué, un tarissement de flux de réfugiés. Dès qu'on a cette garantie, alors la France comme les autres pays devront accepter cette répartition. C'est ce qu'on appelle le mécanisme de re-localisation ou de réinstallation de ces réfugiés, et j'ai donné moi-même – c'était au mois de septembre – avec madame MERKEL, en accord avec madame MERKEL, l'engagement de la France : 30.000 et nous le ferons. Nicolas NDEMORAND : Trente mille, un million, une chancelière de droite ouvre les portes aux réfugiés, de son pays ; un président de gauche les referme. LE PRESIDENT : Non ! Moi, j'ai pris un engagement sur 30.000. Après, qu'est-ce qui s'est passé ? Justement parce qu'il n'y a pas eu de contrôles aux frontières, parce que Schengen n'a pas été respecté, il y a eu des milliers de personnes qui sont allées en Allemagne. Et qui sont allées en Allemagne parce qu'elles pensaient, à tort ou à raison, que l'Allemagne pouvait leur fournir emploi, logement, prestations. Mais il... Nicolas DEMORAND : Mais il y a deux postures philosophiques et morales, aussi, Monsieur le Président. LE PRESIDENT : Non, je ne crois pas. Nicolas DEMORAND : Si ! LE PRESIDENT : Il y avait ce flux-là qui est arrivé en Allemagne. La France a dit : « Je prends la part qui est prévue pour la France, 30.000 » ; nous avons créé des capacités d'accueil... Nicolas DEMORAND : C'est ça la part de la France, aujourd'hui ? LE PRESIDENT : C'était la part qui nous était demandée. C'est la part que j'ai acceptée. C'est la part que je considérais comme possible. Ensuite, je pense qu'il n'était pas souhaitable qu'il y ait autant de personnes qui viennent dans le même pays, l'Allemagne en l'occurrence. Mais l'Allemagne a dit : « J'ai la capacité de le faire ». L'Allemagne a dit : « Je prends ma responsabilité ». Maintenant, l'Allemagne – et je veux la soutenir – dit : « Il faut absolument qu'on arrête ce mouvement et que nous puissions garder la sécurité de nos frontières extérieures », parce que l'Allemagne ne pourra pas – qu'on se le dise une fois pour toutes, et je le comprends – l'Allemagne ne pourra pas accueillir encore des dizaines de milliers de réfugiés. Ce n'est pas possible. Et je ne veux pas que l'Allemagne, un jour, nous dise : « Mais à ce moment-là, je rétablis ma frontière intérieure ». Donc nous devons tout faire avec l'Allemagne, avec l'Europe, pour qu'il y ait un mécanisme de protection des frontières extérieures, de soutien aux réfugiés, là où ils sont aujourd'hui installés, c'est-à-dire en Turquie, en Jordanie et au Liban, et faire en sorte que nous puissions bien sûr traiter le droit d'asile en France – vous me parliez de la responsabilité de la France – il y a 80.000 personnes qui sont arrivées l'année dernière au titre du droit d'asile. Nicolas DEMORAND : Mais vous comprenez et vous vous souvenez sans doute de cette phrase qu'on prête à Michel ROCARD « la France ne peut pas accueillir la misère du monde mais doit en prendre sa part », la part de la France est tout de même étonnamment étroite, quand on la compare à la part de ce que vous présentez vous-même comme l'allié le plus proche de la France en Europe, à savoir l'Allemagne ! Le pays avec lequel la relation doit être fusionnelle. C'est pour ça que je vous « re » pose la question, François HOLLANDE : pourquoi une telle différence ? Est-ce que vous êtes lié, les mains liées, par des considérations de politique intérieure sur le sujet ? LE PRESIDENT : non, mais nous n'avons pas la même histoire, la France et l'Allemagne. La France est un pays qui a connu une immigration importante, ces dernières années, ces dernières décennies, pas l'Allemagne. L'Allemagne a connu une réunification. L'Allemagne a eu des courants migratoires, il y a un certain nombre de personnes qui n'avaient pas cette histoire. Et donc l'Allemagne a considéré qu'elle pouvait, dans une circonstance particulière... Nicolas DEMORAND : Qu'elle devait, peut-être, au sens moral... LE PRESIDENT : Peut-être aussi par rapport à sa propre histoire, faire en sorte que l'Allemagne apparaisse généreuse et solidaire. Sauf qu'elle en voit maintenant les conséquences et les limites. Elle fait tout ce qu'elle peut, l'Allemagne, pour intégrer. Cela va être long et coûteux, sans doute, pour l'Allemagne, mais nous devons aussi en prendre notre part, au sens nous accueillons aussi des réfugiés, et faire aussi l'appui à l'Allemagne pour que le flot des réfugiés se tarisse. Nicolas DEMORAND : Il est 18h37, « 18-20 » spécial sur FRANCE INTER, nous sommes en compagnie du Président de la République François HOLLANDE jusqu'à 20 heures. Cette première partie d'émission va durer jusqu'à 19 heures et nous évoquons les grands sujets internationaux et notamment européens. Cette émission se déroule en direct de Bruxelles. Apres négociations, disiez-vous, Monsieur le Président, sur le Brexit. Pourquoi céder au chantage britannique ? LE PRESIDENT : Mais il ne faut pas céder à quelque chantage que ce soit... Nicolas DEMORAND : C'en est un tout de même. LE PRESIDENT : Non, c'est la Grande-Bretagne par la voix de David CAMERON qui nous dit : « Aidez-moi à rester dans l'Union européenne ». Moi je suis prêt à aider le Royaume-Uni à rester en Europe. Pourquoi ? Parce que géographiquement, politiquement, historiquement, la Grande-Bretagne est dans l'Union européenne, dans l'Europe, mais pas à n'importe quelles conditions ! Par exemple, sur quoi ça bloque en ce moment, puisque nous sommes là dans une suspension de séance ? Sur deux sujets, un qui est très compliqué mais qui peut être facile à éclairer : aujourd'hui, il y a des marchés financiers – la place de Londres, la place de Francfort... Nicolas DEMORAND : La City... Paris... LE PRESIDENT : Voilà, la place de Paris. La Grande-Bretagne voudrait avoir un statut un peu particulier, que les règles bien sûr, puissent s'appliquer, c'est le marché unique, mais pas forcément avec les mêmes organes, pas forcément avec la même supervision. Alors, je dis que je ne peux pas l'accepter parce que ça voudrait dire que les banques françaises ou les banques d'autres nationalités européennes, n'auraient pas forcément les mêmes contraintes ou les mêmes facilités que d'autres établissements financiers, au prétexte qu'ils sont à Londres. Donc c'est là-dessus que j'ai dit deux choses : premier point, la Grande-Bretagne ne peut pas avoir un droit de véto sur ce que nous faisons dans la zone euro. C'est acquis. Deuxième point : il faut que les règles justement de la supervision bancaire, du contrôle de certains établissements parce que s'il y a une crise bancaire - elle peut venir de Londres comme elle peut venir d'autres pays - c'est notre intérêt : il faut qu'on ait les mêmes règles et les mêmes organes de contrôles. Et si on a d'autres supervisions à faire, cela peut arriver, parce que la finance, faut-il aussi la maîtriser et la contrôler, il faut que la Grande-Bretagne puisse nous suivre. C'est là-dessus qu'il y a une tension. Deuxième exemple... Nicolas DEMORAND : Et la tension va se résoudre d'après vous ou c'est une ligne rouge de la part de David CAMERON que de dire « je veux un statut particulier pour la City à Londres » ? LE PRESIDENT : Je pense qu'il ne peut pas y avoir de statut particulier. Il peut y avoir une prise en compte de ce qu'est la City pour l'Europe parce que c'est une condition aussi de son développement économique, mais il ne peut pas y avoir de règles particulières pour la City. Le deuxième exemple que chacun peut plus facilement comprendre : le Royaume-Uni voudrait que les Européens qui viennent travailler à Londres ou en Angleterre, au Royaume-Uni, n'aient pas les mêmes prestations sociales, pas les mêmes allocations familiales. Alors là-dessus, je comprends qu'un certain nombre de pays n'acceptent pas qu'il y ait ce traitement différencié - la France peut être concernée d'ailleurs parce qu'il y a des Français qui travaillent en Grande-Bretagne, donc là, il faut que nous puissions dire qu'il y a des conditions et c'est là que ça bloque le plus. Nicolas DEMORAND : Vous restez confiant en dépit de ces points de blocage durs, sur le fait qu'un accord, un « deal » comme dit CAMERON, soit possible ? LE PRESIDENT : Oui mais je pense qu'il faut éviter la gesticulation, la dramatisation et la victoire. Je veux permettre à David CAMERON de pouvoir ressortir du Conseil en disant que les intérêts de la Grande-Bretagne ont été pris en compte mais qu'ils n'ont pas été pris en compte au détriment de l'Europe parce que moi, je suis attaché à ce que l'Europe avance. Il y a un autre point très important : je comprends que le Royaume-Uni ne veuille pas avancer aussi vite que d'autres pays dans l'Europe, ils veulent rester dans l'Europe mais pas aussi vite que nous : par exemple, ils ne sont pas dans la zone euro. Mais je ne veux pas que le Royaume-Uni empêche les pays d'aller plus vite... Nicolas DEMORAND : ait un pouvoir de nuisance... LE PRESIDENT : Exactement. Ou d'empêchement, ou de frein... Nicolas DEMORAND : Ce qui est le cas aujourd'hui... LE PRESIDENT : Ce qui peut être le cas… Nicolas DEMORAND : Ce qui est le cas... LE PRESIDENT : C'est pour ça que la négociation n'est pas facile... Nicolas DEMORAND : Ce qui est le cas, François HOLLANDE... LE PRESIDENT : ...Parce que je suis pour que la zone euro – et je vais avec la Chancelière justement et avec d'autres chefs de gouvernement, je pense à Matteo RENZI – je vais prendre des initiatives, que la Grande-Bretagne reste ou ne reste pas dans l'Europe, pour que la zone euro puisse être encore plus forte et plus dynamique. Nicolas DEMORAND : Alors la question du chantage, je vais vous la poser différemment : pourquoi pas un jour un « Franxit » ? On sait bien qu'il y a un certain nombre de dossiers – je pense au dossier agricole – qui sont des dossiers majeurs pour la France. Or la France n'a jamais eu vis-à-vis de l'Union Européenne sauf à quelques moments très précis de son histoire, d'attitude accrocheuse, d'attitude virulente consistant à dire « je renverse la table ». Pourquoi est-ce que ce privilège de négociations est réservé à tout le monde sauf à la France ? LE PRESIDENT : Mais non, la France, elle, n'a pas forcément à renverser la table pour obtenir un certain nombre de bénéfices de cette table autour de laquelle nous travaillons. Je vais prendre un exemple : le budget européen. J'étais Président de la République au moment où il a été négocié pour les cinq années. La politique agricole commune était menacée. J'ai dit : « Il n'est pas possible d'accepter un budget européen si la France ne garde pas l'essentiel de ce qu'elle reçoit au titre de la politique agricole commune et que nous pouvons même la conditionner pour un certain nombre de productions qui intéressent particulièrement la France, notamment l'élevage qui souffre en particulier ». Et là en ce moment, je leur dis : « Vous ne pouvez pas, vous l'Europe, penser que vous serez indifférents par rapport à ce que vivent les agriculteurs français – pas seulement les agriculteurs français – parce que quand il y a une crise comme celle-là, du porc, du lait, ce n'est pas simplement les agriculteurs français, ce sont tous les agriculteurs qui font ces productions parce que le cours est mondial. Ce qui s'est passé - je n'étais pas Président de la République à l'époque - c'est le démantèlement d'une politique agricole qui consistait à soutenir les prix agricoles et on a préféré une autre politique qui est une politique d'aides directes aux agriculteurs. Par exemple, les quotas laitiers, c'était quoi ? Les éleveurs qui m'entendent, le comprennent, les quotas laitiers, c'était justement de pouvoir peser sur les prix, d'avoir des prix qui puissent par un rationnement de la production, disons les mots, le quota, permettre des prix plus rémunérateurs. Donc nous avons gardé les mêmes enveloppes mais il y a eu une réorientation de la politique agricole dont on voit les effets. Mais je dis à tous les Européens : « Ce n'est pas la France qui vient ici vous demander des droits, c'est vous qui devez sauver tous vos agriculteurs, sinon ce seront les producteurs mondiaux qui vont venir saccager ce qu'est votre espace rural ». Nicolas DEMORAND : Il nous reste un quart d'heure jusqu'à 19 heures. On voit, on en a parlé, Monsieur le Président, on voit l'ampleur des divisions en Europe, mais je ne vois pas votre vision de l'Europe. La France n'a plus rien à dire sur le sujet ? LE PRESIDENT : Je crois vous avoir, depuis le début de cet entretien, dit un certain nombre de volontés françaises. La première volonté française, c'est que nous puissions garder l'Europe à 28 mais pouvoir constituer, appelons-le un “noyau dur”, une “avant-garde”, qu'importe, un “premier cercle” – les mots n'ont pas de ce point de vue-là d'intérêt. Ce qui compte, c'est que nous puissions avancer à moins nombreux, beaucoup plus vite et beaucoup plus fort. C'est la première vision française. Nicolas DEMORAND : Combien de pays environ ? Les pays fondateurs... LE PRESIDENT : Aujourd'hui, d'abord, il y a la zone euro, qui peut être un cadre. Si certains, dans la zone euro ne veulent pas aller aussi loin, on voit qu'il y a des pays fondateurs qui ont quand même un esprit et puis une volonté. Nicolas DEMORAND : Donc c'est acté... LE PRESIDENT : Puisque certains ne veulent pas venir aussi loin et aller aussi rapidement - la Grande-Bretagne mais pas simplement la Grande-Bretagne, on voit bien qu'il y a des pays aujourd'hui qui sont réticents, les pays scandinaves ou la Pologne. Prenons-en acte. Ce n'est pas si grave ! On peut avoir le même espace à 28 mais ne pas avoir forcément les... Nicolas DEMORAND : Les mêmes envies... LE PRESIDENT : Bon. La deuxième idée, c'est qu'il faut que l'Europe puisse avoir un projet qui l'élève. Or quel est ce projet, au-delà de la politique et de la défense, qui doivent être absolument un pilier de la construction européenne ? Nicolas DEMORAND : Politique... Vous voulez dire quoi ? Parce que la défense, c'est un serpent de mer, mais la politique... LE PRESIDENT : La politique extérieure. Nicolas DEMORAND : Ah oui ! D'accord... Oui, enfin ça aussi c'est un serpent de mer... LE PRESIDENT : Les serpents de mer, il faut essayer de leur couper la tête s'ils sont dangereux ou les faire vivre s'ils sont utiles. Nicolas DEMORAND : Au 21e siècle, il serait temps peut-être... LE PRESIDENT : Oui et puis je ne suis pas sûr que ça existe, donc essayons de faire en sorte que la France puisse emmener – pas seule – l'Europe, avec des objectifs de politique extérieure. Et je vois des évolutions. Je vois notamment l'Allemagne et on peut le voir aussi avec le Royaume-Uni, accepter que sur la question de la défense, nous puissions progresser mais il n'y a pas que cela qui fait un enjeu européen... Nicolas DEMORAND : Juste, permettez-moi, sur ce point : les choses fonctionnent déjà comme ça, vous le disiez tout à l'heure, il y a des pays qui veulent aller plus vite, d'autres plus lentement, d'autres qui veulent ceci et des troisièmes qui veulent cela. Donc il y a de toute façon, ces fameuses forces centrifuges qui sont à l'œuvre. Est-ce que ce que vous proposez est un basculement institutionnel vers cette Europe plus restreinte ? Une institutionnalisation des choses ? LE PRESIDENT : Oui, j'ai même fait une proposition de gouvernement de la zone euro, avec un Parlement de la zone euro - c'est-à-dire pas un nouveau Parlement, les pays qui sont membres de ce Parlement européen pourraient être membres du Parlement de la zone euro - et un budget de la zone euro pour que nous puissions investir dans un certain nombre de domaines. Quels domaines ? Cela fait partie de mon troisième pilier, après avoir évoqué la défense, l'intégration dans la zone euro, il y a ce troisième pilier qui sont les industries d'avenir, les industries numériques, les industries culturelles, les industries de la connaissance. On voit bien que c'est quand même un grand enjeu. Les Américains ont de ce point de vue-là, de grandes sociétés qui viennent jusqu'à nous et on voit bien que pour les pays émergents, c'est également une volonté. L'Europe doit avoir les meilleures industries sur la connaissance, sur la culture, sur le numérique. Et là, nous allons lancer - je l'espère, c'est ma volonté - avec tous ceux qui le voudront, justement ce projet qui nous fera basculer. Il faut y mettre des moyens financiers, il faut y mettre aussi nos entreprises en commun. On a été capable de faire AIRBUS, je l'ai évoqué, c'est une grande réussite, on a été capable de faire l'espace – on a une agence spatiale européenne qui est parmi les meilleures du monde – on va faire la même chose pour le numérique. Nicolas DEMORAND : La question de cette Europe à plusieurs vitesses, de cette Europe de différents cercles concentriques, est-ce qu'on peut la décrire avec le terme de « fédéralisme » ? Est-ce que ce petit groupe irait vers du fédéralisme ? Est-ce que c'est un mot que vous assumez aujourd'hui ? LE PRESIDENT : Alors les mots, Jacques DELORS en avait trouvé qui pouvaient paraître contradictoires, un oxymore disait-on : une fédération d'Etats Nations. Il y a forcément une dimension fédérale dans l'Europe – on évoquait un certain nombre d'institutions qui n'appartiennent qu'à l'Europe et qui s'imposent à nous – mais je pense qu'effectivement, à plusieurs pays, on doit rentrer dans plus de fédéralisme. Peut-être mettre sur le plan de la défense, plus de moyens en commun, c'est cela du fédéralisme : on met des moyens en commun. On a une autorité, un budget de la zone euro... Cela voudrait dire quoi, un gouvernement économique de la zone euro ? C'est un gouvernement qui prendrait des décisions bien sûr avec notre assentiment mais prendrait des décisions en tant que telles et c'est là-dessus que ce budget de la zone euro pourrait être une amorce aussi de fédéralisme budgétaire. Nicolas DEMORAND : Quand vous voyez le destin politique en ce moment de pays comme la Hongrie ou la Pologne, que vous voyez des démocraties qui sont en train de très sérieusement tanguer, au point qu'on invente des concepts, Monsieur le Président, pour essayer de les décrire – « démocrature », mélange de « démocratie » et de « dictature », démocratie autoritaire, démocratie illibérale – au cœur de l'Europe... Et l'Europe ne bouge pas. LE PRESIDENT : D'abord les extrêmes droites en Europe ont considérablement progressé. On connaît la nôtre, mais partout je vois autour de la table : chaque chef de gouvernement me parle de son extrême-droite. En Allemagne même, avec pourtant le poids de l'histoire, un parti d'extrême-droite a surgi, ce n'est pas le premier, mais celui-là à des niveaux, semble-t-il, élevés. Dans beaucoup de pays, l'extrême-droite est le premier parti. D'ailleurs cela doit nous amener à une conclusion : quand les démocraties se fragilisent, s'affaiblissent, doutent d'elles-mêmes, quand l'Europe n'est plus un projet, quand l'Europe est elle-même contestée, qui gagne ? Ceux qui sont pour le repli national. On évoquait cette tentation, ceux qui veulent des frontières, ceux qui ne veulent pas de pouvoir partagé, ce qui ne veulent pas de monnaie unique, ceux qui pensent qu'avec des barbelés, avec des barrières, avec du protectionnisme, on s'en sortira mieux, ceux qui pensent défendre les agriculteurs en leur laissant croire que c'est l'Europe la cause de leur malheur, que l'Europe ne prenne pas toujours les bonnes décisions. Mais c'est l'Europe qui leur permet d'avoir un certain nombre d'aides qui, si elles n'étaient plus là, feraient disparaître les exploitations agricoles. Donc, on voit bien ce poids de l'extrême-droite. Et il se trouve que dans certains pays, cette droite dure a pu prendre des responsabilités, pas forcément au premier plan mais quelquefois au premier plan. Alors l'Europe, qu'est-ce qu'elle peut faire ? Vous évoquiez cette question... Nicolas DEMORAND : Souvenez-vous Jörg HAIDER, souvenez-vous l'émoi, souvenez-vous la mise en quarantaine du pays... LE PRESIDENT : Mais bien sûr, et donc l'Europe a les moyens juridiques... Nicolas DEMORAND : A l'époque... Quel recul historique ! LE PRESIDENT : L'Europe a les moyens juridiques par des articles qui sont prévus par les traités, d'empêcher un pays de manquer, enfin, de froisser les principes démocratiques. Et donc nous avons les capacités de mettre en œuvre cette procédure. Et je l'ai plusieurs fois évoqué, avec le président de la Commission : lorsqu'il y a des atteintes pour les libertés des medias, ça arrive, lorsqu'il y a des atteintes aux Constitutions, aux droits de l'Homme, l'Europe ne doit pas être simplement une corde de rappel, elle doit mettre en place des procédures pour suspendre – éventuellement, ça peut aller jusque-là - ça n'a jamais été fait, parce que quand on évoque HAIDER, l'Autriche, ça n'avait jamais été fait... Nicolas DEMORAND : Ce n'était pas dans le même cadre... LE PRESIDENT : Non, ça a été des proclamations mais ça n'a pas été fait. Eh bien on peut suspendre un pays du droit de rester dans l'Union européenne. Nicolas DEMORAND : Vous y seriez favorable en ce qui concerne la Pologne et la Hongrie ? LE PRESIDENT : Non, je pense que pour l'instant, pour ces pays n'ont pas encore été sous cette procédure, il y a des contrôles qui peuvent être faits, notamment en ce moment pour la Pologne et si un parti d'extrême droite prenait le pouvoir, c'est possible aujourd'hui, dans l'Europe, hélas, telle qu'elle est, alors il y aurait des procédures qui s'appliqueraient. Nicolas DEMORAND : Vous qui avez, vous l'avez cité d'ailleurs, connu, bien connu Jacques DELORS, un grand Européen comme on dit, seriez-vous d'accord pour dire qu'aujourd'hui, une part de l'idéal européen tel qu'il a vécu jusqu'à présent, est mort ? LE PRESIDENT : C'était une autre Europe... Nicolas DEMORAND : C'était il n'y a pas si longtemps quand même... LE PRESIDENT : Non mais qu'est-ce qui s'est passé ? C'était une Europe qui était à douze, à quinze ; c'était une Europe qui commençait à se réunifier mais qui n'était pas à 28. C'était une Europe qui se construisait avec la perspective de l'euro mais l'euro n'était pas encore là. C'était une Europe qui faisait son marché au sens, créait son marché unique mais c'était une Europe - je ne veux pas tomber dans la nostalgie - qui ne correspond plus aujourd'hui à la réalité, parce que la réunification s'est faite, parce que nous sommes maintenant dans une mondialisation encore plus forte. Alors il ne faut pas essayer de copier, de répliquer, il faut avoir la volonté de créer une nouvelle ambition européenne. Et s'il n'y a pas l'ambition européenne, projet dont je parlais, ces trois piliers sur lesquels il faut rebâtir une espérance européenne, à ce moment-là, l'Europe sera emportée et on dira le regret que nous pourrions avoir. Je ne veux pas être dans le regret, je veux être dans le projet ; et je ne veux pas non plus être dans l'idée que c'était mieux avant. Non, ça a toujours été difficile. L'Europe qu'on connaissait dans les années 80, elle avait l'Union soviétique, elle avait les missiles - vous vous rappelez de ces événements où on disait que les pacifistes étaient à l'ouest et les missiles étaient à l'est ? Donc elle était aussi dans une confrontation, sauf qu'aujourd'hui, elle est dans le monde et si on ne prend pas le monde dans ce qu'il a à la fois parfois de plus dynamique, de plus heureux, enfin, aujourd'hui, il a aussi de ce qu'il y a de plus terrible – je ne parle pas de la compétition économique là je parle des conflits, je parle aussi du terrorisme, je parle de la radicalisation - alors l'Europe n'est plus capable d'être une protection. L'Europe, elle doit être à la fois un projet et une protection. Nicolas DEMORAND : Sur la question du terrorisme – et ça n'est pas qu'une question de politique intérieure – quel est l'état de la menace aujourd'hui, François HOLLANDE, contre notre pays et contre d'autres pays européens ? Pour le nôtre ? LE PRESIDENT : Elevée. Nicolas DEMORAND : Elevée... Toujours aussi élevée ? Très élevée ? LE PRESIDENT : Je crois qu'on ne peut pas faire comme cela de baromètre mais enfin quand nous savons qu'il y a des groupes qui sont installés en Syrie pour nous faire la guerre, avec cet objectif, pas d'ailleurs seulement à la France, à l'Europe, nous savons qu'il y a un certain nombre de réseaux en Europe et pas simplement arrivés avec le flot des réfugiés, quelquefois installés depuis des années, oui, la menace, elle existe. Je ne veux pas l'utiliser, cette menace, comme pour créer un sentiment d'effroi et justifier des mesures qui ne seraient pas nécessaires mais je ne peux pas non plus devant vous, la sous-estimer ou la nier, parce qu'on me le reprocherait et on aurait raison. Nous sommes toujours exposés à des actes terroristes. Nous sommes toujours en face d'individus qui partent vers la Syrie ou l'Irak ou qui reviennent. Et si nous faisons voter des textes, ce n'est pas pour simplement la satisfaction de les brandir, c'est parce qu'il y a un état d'urgence réel et parce qu'il y a des individus qu'il nous faut contrôler. Nicolas DEMORAND : Et quel est le poids réel de la France dans la lutte contre l'organisation Etat islamique ? LE PRESIDENT : La France est membre de la coalition contre l'Etat islamique, contre Daech, depuis déjà plusieurs mois pour l'Irak, plus récemment pour la Syrie et nous continuons – et je l'avais d'ailleurs déclaré au lendemain des attentats qui nous ont frappés l'année dernière – d'intensifier ces frappes autant qu'il est possible. Elles ont leur efficacité. Nous avons maintenant des résultats, pas simplement en nombre de victimes, mais également en perte de moyens matériels pour Daech : moyens financiers, moyens pétroliers, moyens matériels, moyens et capacités d'entraînement. Oui, il y a des résultats. Mais nous n'en avons pas terminé parce que s'il suffisait de frapper par des avions lâchant leurs bombes - même si nous faisons, nous, très attention pour ne pas toucher des populations civiles, à la différence d'autres, c'est ce que j'ai dit aux Russes : vous frappez d'abord, pas forcément au bon endroit, puisque vous ne frappez pas suffisamment Daech mais vous frappez l'opposition qui elle-même doit participer à la négociation et deuxièmement, vous frappez les populations civiles, ce qui est inacceptable... Nicolas DEMORAND : Et les Russes vous répondent quoi ? Ou le Russe, Vladimir POUTINE ? LE PRESIDENT : Ils disent qu'ils frappent les terroristes. Non, les oppositions ne sont pas des terroristes. Il y a une opposition modérée, celle qui doit être à la table de la négociation, demain associée à l'avenir de la Syrie et il y a le terrorisme de Daech, pas simplement de Daech, il y a d'autres groupes, AL NOSRA et autres. La France, elle, prend sa part. Et pourquoi vous pensez que la France est effectivement exposée ? C'est parce que nous avons cette volonté de lutter contre le terrorisme... Nicolas DEMORAND : Oui mais aujourd'hui, elle a réussi à la main... François HOLLANDE... LE PRESIDENT : A la main... Elle frappe des villes qui sont tenues souvent par l'opposition, pas par Daech. Nicolas DEMORAND : Oui, elle fait ce qu'elle veut ! LE PRESIDENT : Elle fait ce qu'elle veut. Elle est appelée par, hélas, le régime syrien. Et donc ce que je demande... Nicolas DEMORAND : Oui mais il y a la Russie au milieu du paysage là ! Ce n'est pas n'importe quel pays ! LE PRESIDENT : Mais je ne veux pas d'ailleurs écarter la Russie de la solution puisque je suis allé moi-même à Moscou pour dire à Vladimir POUTINE : « Nous devons être tous ensemble pour faire cette transition politique ». Nicolas DEMORAND : On voit le résultat... LE PRESIDENT : Oui, il y a des négociations qui ont été, hélas, suspendues... Nicolas DEMORAND : A coups de missiles... LE PRESIDENT : Oui parce que je ne pouvais pas accepter qu'on puisse, en même temps qu'on négociait, bombarder des populations civiles. Donc, maintenant, la pression doit s'exercer sur Moscou pour qu'il y ait cette négociation parce que la Russie ne s'en sortira pas en soutenant unilatéralement Bachar EL ASSAD, ce ne sera pas possible, on le voit bien, parce qu'il n'y aura pas de résultats sur le terrain, il n'y aura pas de négociations et il y aura toujours la guerre. Donc nous devons, là-dessus, convaincre Moscou - et je crois que nous pouvons le faire - à trouver une solution politique. Cela vaudra mieux aussi pour les intérêts russes. Nicolas DEMORAND : Une dernière question avant le journal de 19 heures : les Américains sont faibles en ce moment sur ce dossier ? LE PRESIDENT : Les Américains considèrent qu'ils n'ont plus à être partout présents dans le monde comme ils l'étaient auparavant. Et vous vous souvenez que parfois, on leur faisait la leçon, aux Américains, à juste raison d'ailleurs quand ils intervenaient et lorsqu'ils provoquaient des déstabilisations dans un certain nombre de pays. Donc les Etats-Unis se sont mis en retrait. Et ça veut dire quoi ? Bien sûr, je préfèrerais que les Etats-Unis soient encore davantage actifs – vous vous souvenez de ce qui s'était passé en 2013 lorsqu'il y a utilisation des armes chimiques en Syrie par Bachar EL ASSAD et combien je voulais qu'il y ait des frappes qui puissent se faire pour punir ce type de comportement inadmissible au titre des droits humains. Mais dès lors que les Etats-Unis se mettent en retrait – je ne sais pas qui sera le prochain Président – qui doit prendre le relai, qui doit agir ? Qui doit être présent ? Qui doit porter les valeurs et les idéaux de la démocratie ? L'Europe. Et la France en tout cas en fera la démonstration. Nicolas DEMORAND : Fin de la première partie de ce « 18/20 » spécial sur France INTER. Nous retournons à Paris pour le journal puis ce sera le « Téléphone sonne » à 19h15 – 01.45.24.7000, « franceinter.fr » et Twitter avec les mots clefs « telson » et « directpr », pour toutes vos questions donc au Président de la République, François HOLLANDE. Sébastien PAOUR : 19h15 sur Inter. Retour à Bruxelles avec vous, Nicolas DEMORAND, pour un « Téléphone sonne » spécial, toujours avec François HOLLANDE. Nicolas DEMORAND : Effectivement, Sébastien PAOUR. Il est tout juste 19h15 et c'est à vous, amis auditeurs de France Inter, de prendre la parole désormais pour ce « 18/20 » qui continue. « Le 18/20 » qui continue donc à Bruxelles car le Conseil européen dure plus longtemps que prévu. Suspension de séance pendant deux heures, jusqu'à 20h, jusqu'à la fin de cette émission – c'est un hasard heureux –, avant une longue nuit de négociations. Alors, que ce soit sur les sujets internationaux que nous avons abordés avec le Chef de l'État dans la première partie de l'émission ou sur tous ceux sur lesquels vous avez envie d'interroger François HOLLANDE, vous avez donc la parole, chers amis, jusqu'à 20h : 01.45.24.70.00, franceinter.fr et TWITTER avec les hashtags, les mots clés #TelSonne et #DirectPR. Vous êtes déjà extrêmement nombreux au standard à vouloir intervenir alors, amis auditeurs, essayez d'être concis dans vos questions afin que le maximum d'entre vous puisse avoir la parole. Mickaël THEBAULT qui est à mes côtés relaiera vos mails et vos tweets à l'antenne. Frédéric METEZEAU, chef du service politique de France Inter, est également des nôtres. Première question, Richard de Montpellier. Bonsoir, Monsieur et bienvenue. Richard : Bonsoir Monsieur le Président. LE PRESIDENT : Bonsoir Richard. Richard : Je m'appelle Richard Fahas, j'ai 17 ans et je suis lycéen au lycée Georges POMPIDOU de Castelnau-le-Lez, près de Montpellier. Je suis comme tout citoyen intéressé par la politique et l'actualité et en ce moment, l'actualité est dominée par la question du « Brexit ». Ma question est la suivante : ne devrait-on pas profiter des négociations sur le « Brexit » pour redéfinir un véritable projet politique européen, comme le préconisent les spécialistes des sujets internationaux tels qu'Hubert VEDRINE ou encore Nicole GNESOTTO ? Car les débats actuels montrent encore une fois que face aux difficultés, l'Europe préfère une gestion ponctuelle des crises au lieu de proposer une véritable vision pour les nations européennes. Enfin, ne craignez-vous pas que le « Brexit » ait un effet domino qui risquerait de crédibiliser l'ensemble des mouvements europhobes en Europe ? Nicolas DEMORAND : Merci Richard pour cette question diablement structurée pour un jeune citoyen de 17 ans visiblement très intéressé par la chose européenne. Le Président de la République vous répond, Richard, sur la gestion ponctuelle des crises peut-être pour commencer. LE PRESIDENT : D'abord, merci de vous intéresser à l'Europe, c'est-à-dire à vous, parce que vous êtes la génération qui fera ou ne fera pas l'Europe. Tout dépendra des décisions que nous aurons nous aussi à prendre. Mais je vais aller directement à votre interrogation. Que la Grande-Bretagne reste ou non dans l'Union européenne, l'Europe devra prendre des décisions au lendemain du référendum britannique et j'allais dire, presque même les décisions, c'est-à-dire ne pas être simplement tributaire d'un vote même s'il est important et c'est pour ça que nous le respectons, mais d'être capable de se dire : qu'est-ce que nous voulons faire ensemble ? Ceux qui seront encore à 28 si la Grande-Bretagne décide de rester ou qui ne seront plus qu'à 27. Et comme je l'ai dit, il y aura de toute manière à prendre des initiatives. Et j'ai proposé à un certain nombre de mes partenaires, notamment l'Allemagne forcément, que nous puissions déjà y réfléchir pour nous mettre justement dans la situation de ne pas attendre un événement – une rupture, un « Brexit –, mais être capables d'être à l'initiative. Et... Nicolas DEMORAND : Et ce sera quoi ? LE PRESIDENT : Justement, ce que je vous ai défini, c'est-à-dire cette Europe plus intégrée. Nicolas DEMORAND : Tout à l'heure, « l'Europe du petit groupe, fédéraliste » vous avez accepté de le dire... LE PRESIDENT : L'Europe qui est capable de mettre en commun un certain nombre de ses moyens, de ses ressources, y compris d'une fraction même de ses impôts, pour aller plus loin. Et je crois que c'est ce qui doit nous motiver. Frédéric METEZEAU : Monsieur le président de la République, Richard nous parlait de la résolution ponctuelle des crises mais sur le long terme, en quoi avez-vous réorienté l'Europe depuis mai 2012 ? Réorienter l'Europe, c'était un de vos engagements forts il y a bientôt cinq ans. LE PRESIDENT : Oui, il y a eu des résultats. Frédéric METEZEAU : Lesquels ? LE PRESIDENT : Et on peut d'ailleurs, trois ans après, les constater. Premièrement, il y a une politique budgétaire qui n'est pas la même. On nous demandait d'être en dessous de 3 %, vous vous rappelez, de ce pacte de stabilité. Nous avons apporté ce qu'on a appelé de la flexibilité. Nous avons permis à ce que des pays, le nôtre notamment, ne soient pas obligés d'aller vers l'austérité. Nous avons eu du temps pour justement mettre nos finances publiques en ordre. Deuxième réorientation, nous avons le Plan JUNCKER, c'est-à-dire la capacité qu'a l'Europe maintenant de mettre des moyens financiers, de lever des emprunts par un certain nombre d'institutions pour investir et nous en voyons déjà le résultat dans notre pays. Troisième réorientation, l'initiative qui a été prise pour les jeunes parce que le chômage des jeunes, c'est ce qui frappe l'Europe. Nous avons instauré en France, mais c'était une volonté européenne, la “Garantie jeunes”, c'est-à-dire permettre à des jeunes qui n'ont pas de formation, pas de qualification de pouvoir avoir un chemin. Et puis il y a la politique monétaire. Vous avez sans doute relevé que cette politique monétaire, qui était extrêmement contraignante il y a quelques années, aujourd'hui, est particulièrement accommodante. Le président de la Banque Centrale européenne y est pour beaucoup et on a des taux d'intérêt très faibles ce qui nous permet d'avoir un peu plus de croissance. C'était mon objectif : plus de croissance. Donc, l'Europe a été réorientée - pas suffisamment encore à mes yeux mais je ne suis pas le seul à décider - mais elle est réorientée. Mais elle arrive avec un nouveau problème : aujourd'hui, qu'est-ce qu'on fait ? Réfugiés, monde, guerres. Ce n'est pas simplement l'économie. Il ne faut pas avoir simplement une vision économique de l'Europe, c'est une vision politique. Nicolas DEMORAND : Jacques, bonsoir. Vous nous appelez du Finistère et nous vous écoutons ici, à Bruxelles. Jacques : Oui, bonsoir, bonsoir Monsieur le Président. LE PRESIDENT : Bonsoir. Jacques : Je voulais savoir pourquoi on traite la Grande-Bretagne avec tellement de déférence au sujet du « Brexit » alors que lorsque la Grèce a eu ses petits problèmes avec Monsieur TSIPRAS, ça n'a pas été du tout le cas. Nicolas DEMORAND : Merci Jacques pour cette très bonne question. Mickaël THEBAULT, les mails sont aussi sur le sujet, voilà. Mickaël THEBAULT : Énormément de mails sur le « Brexit ». Nicole notamment : « Les Anglais sont consultés pour rester ou non dans l'UE. La démocratie n'est pas à sens unique. Pourquoi ne pas consulter les Français, Monsieur le Président, pour savoir s'ils veulent garder les Anglais dans l'UE ? » LE PRESIDENT : D'abord, je réponds à Jacques qui m'interroge sur la Grèce parce qu'il y a eu un « Grexit » possible. Vous vous souvenez, il y avait certains pays qui voulaient mettre la Grèce dehors parce qu'elle avait trop de déficit, parce qu'elle avait trop de dette. Moi, j'ai dit non. Je ne pouvais concevoir l'Europe sans la Grèce et il fallait y passer le temps et j'y ai passé aussi toute une nuit et même davantage. Donc cela ne me coûte pas de passer des nuits quand c'est pour la bonne cause. Quand je suis rentré dans le Conseil européen, beaucoup de pays voulaient sortir la Grèce. Au petit matin, il y en avait encore qui voulaient que la Grèce se sépare, qu'elle soit toujours dans l'Union européenne mais plus dans la zone euro. Et j'ai continué. Madame MERKEL et moi - parce qu'il a fallu convaincre Madame MERKEL puis à un moment, elle a eu l'intérêt européen à l'esprit. Avec TSIPRAS, avec le président de la Banque Centrale européenne on a trouvé la solution. Nicolas DEMORAND : Mais enfin on ne parle pas aux Grecs sur le même ton qu'on parle aux Britanniques, vous le reconnaîtrez tout de même. LE PRESIDENT : Non, mais je considérais qu'il fallait faire aux Grecs ce qu'on ne va pas faire pour les Britanniques : on leur a prêté 70 milliards d'euros et donc c'est une forme de solidarité qu'on a apportée aux Grecs. On a mis en moyens, des moyens budgétaires pour la Grèce qu'on ne va pas donner pour le Royaume-Uni, je vous rassure. Le Royaume-Uni veut avoir un régime spécifique. Il n'est pas dans la zone euro. Moi, je l'ai suffisamment dit, je préfère que le Royaume-Uni reste dans l'Europe mais ce n'est pas mon sujet. C'est pour cela que je ne veux pas demander aux Français de savoir s'ils veulent garder... Il y a eu un référendum, je le rappelle... Frédéric METEZEAU : Ils ont été consultés pour l'entrée du Royaume-Uni. LE PRESIDENT : Absolument. Vous avez parfaitement raison. D'ailleurs, si les Britanniques sortaient de l'Union européenne, je ne vais pas faire un référendum : on constaterait, on prendrait acte. Moi, je le dis simplement, si les Britanniques veulent sortir, je le regretterai. Je le regretterai pour l'Europe, je le regretterai pour la Grande-Bretagne, je le regretterai pour la France parce qu'on a quand même une alliance avec les Britanniques, mais j'en prendrai acte. Ce sont eux qui décideront... Nicolas DEMORAND : Mais ce ne sera pas la mort de l'Europe. LE PRESIDENT : Il faudra, comme je vous l'ai dit, qu'on prenne des initiatives. Mais pour la Grèce, je considérais qu'il y avait quelque chose à la fois qui tenait à l'histoire parce que la Grèce, c'est notre histoire, c'est même notre civilisation, mais je pensais que c'était surtout un principe fondamental que les pays qui étaient dans la zone euro devaient y rester, notamment les pays qui étaient dans les situations les plus difficiles. Et aujourd'hui, si on avait jeté la Grèce de la zone euro, on ne pourrait pas lui demander de faire des efforts pour qu'il y ait une frontière extérieure. Et j'en ai parlé à TSIPRAS, il est d'ailleurs lui-même intervenu en disant : « Mais vous ne pouvez nous demander de faire des efforts pour protéger notre frontière puis quand on est dans la difficulté, ne pas accorder à la Grèce ce qu'elle attend. » Nicolas DEMORAND : Encore une question sur les réfugiés, Mickaël, par mail et on repart au standard de France Inter. Mickaël THEBAULT : Toujours sur franceinter.fr, effectivement, la question des réfugiés, Monsieur le Président, c'est le deuxième thème qui revient le plus dans les mails et dans les tweets. Monique de Normandie : « Nous, 6e puissance économique mondiale, savons faire la guerre loin de chez nous et y mettons le prix mais dans nos villes, sous nos ponts, des gens vivent dans le froid et l'indigence. Nous ne savons pas accueillir les réfugiés comme l'a fait l'Allemagne. Nous avons abandonné l'Allemagne. Quelle honte ! Que dites-vous de cette fraction de l'histoire, votre histoire, qui fera tache dans celle votre pays ? » LE PRESIDENT : Non, je ne crois pas que Monique puisse aller jusque-là. Il y a plein de communes qui se sont signalées pour accueillir des réfugiés. Il y a plein de citoyens, citoyennes qui se sont également mis en capacité d'accueillir des réfugiés. Il y a plein de centres, aujourd'hui, qui voudraient libérer des places pour des réfugiés. Et puis il y a Calais parce qu'elle pense sans doute à Calais. C'est Monique qui... Mickaël THEBAULT : C'est Monique. LE PRESIDENT : Elle pense à Calais. Calais, on dit à ces personnes qui sont là, à Calais, qui veulent passer de l'autre côté, qui veulent absolument rejoindre le Royaume-Uni justement, on leur dit : « Mais restez en France. Si vous avez le droit pour vous, le droit d'asile, vous pouvez rester en France. » Mais elles nous disent : « Mais moi, je veux aller de l'autre côté. » Donc nous faisons en sorte de leur proposer plein de solutions. D'ailleurs, Bernard CAZENEUVE le fait et fait en sorte qu'on puisse les répartir sur le territoire. Nous faisons notre devoir. Nicolas DEMORAND : Et le Royaume-Uni, pourquoi ne prend-il pas sa part ? LE PRESIDENT : Mais parce que le Royaume-Uni nous dit : « Moi, j'ai déjà accueilli des réfugiés et donc nous ne sommes pas dans... » Ils ne sont pas dans l'espace Schengen justement, ils disent : « Mais nous, écoutez... » C'est un accord qui avait été passé, pas par moi, ça s'appelait l'Accord du Touquet où la frontière n'est pas en Angleterre, elle est en France. Donc, nous faisons en sorte que ces personnes puissent aller pour certaines au Royaume-Uni. Quand elles ont de la famille, elles ont le droit à aller au Royaume-Uni. Puis pour d'autres, nous leur disons : « Vous ne pourrez pas passer. Donc, si vous voulez être accueillis, nous vous accueillons et vous accueillerons dignement parce que c'est notre devoir. » Mickaël THEBAULT : Mail sur franceinter.fr par rapport à Calais. François de Lille : « La jungle dite de Calais porte hélas bien son nom, c'est une verrue pour la France. » LE PRESIDENT : Alors c'est vrai que ça dure depuis trop longtemps et nous faisons en sorte qu'il y ait de moins en moins de personnes à Calais. Je citais le ministre de l'Intérieur avec le Premier ministre qui font en sorte qu'on puisse proposer des solutions et nous avons diminué le nombre de personnes à Calais. Nous allons réduire justement le domaine qu'on appelle la jungle. Certaines associations s'en émeuvent en disant : « Mais pourquoi vous le faites ? » Mickaël THEBAULT : Elles s'en émeuvent à juste titre. LE PRESIDENT : Oui, mais on préfère leur donner des conditions dignes, les loger plutôt que de les laisser comme cela dans des situations où il y a, pour les enfants ou pour les familles, un état sanitaire qui n'est pas acceptable dans un pays comme le nôtre. Donc, sur Calais, nous faisons en sorte qu'il y ait de moins en moins de personnes qui puissent y être. Et je comprends aussi, pour la population locale, ce que ça peut représenter. Alors nous avons une négociation avec les Britanniques mais les Britanniques nous disent : « Mais si nous ouvrons notre frontière, qu'est-ce qui va se passer ? Il y en aura d'autres qui viendront et qui seront toujours à Calais. » Donc nous devons dire à tous ces réfugiés : ne venez pas, ne soyez pas là, pas à Calais. Ailleurs, on a prévu des places pour vous mais nous avons le devoir et nous allons continuer à faire des travaux – c'est ce que nous devons faire et nous devons l'assumer – pour que les personnes qui sont à Calais pour quelque temps puissent être accueillies dignement. Nicolas DEMORAND : Bonsoir Jean-François. Soyez le bienvenu sur France Inter. Vous nous appelez du Puy-de-Dôme et le Président de la République vous écoute ici, à Bruxelles. Jean-François : Je vous remercie. Bonsoir Monsieur le Président. LE PRESIDENT : Bonsoir. Jean-François : Voilà, je voulais vous poser la question suivante : est-il normal qu'un Président de gauche s'attaque par une réforme du code du travail aux salariés en proposant des baisses de rémunération des heures supplémentaires – ce sont des baisses de salaire –, des limitations des indemnités prud'homales alors qu'elles ne font que rendre la justice, alors que le patronat bénéficie de réformes – pacte emploi de solidarité, beaucoup d'argent donné ? Le million d'emplois promis par Monsieur GATTAZ n'a jamais vu le jour et nous... Le patronat en veut, en demande toujours plus et les salariés sont de plus en plus dans la précarité et ne voient strictement rien venir. Voilà, c'est vraiment une colère. Nicolas DEMORAND : Merci, merci. J'entends, Jean-François, à la fois la question et le ton, la colère, vous l'avez dit vous-même. François HOLLANDE vous répond. LE PRESIDENT : Moi aussi, je vous entends, Jean-François, et je vais vous répondre à la fois sur les principes et aussi sur les modalités. Il n'est pas question de remettre en cause les principes fondamentaux de notre droit du travail. Mieux même, nous allons les intégrer dans la future loi portée par la ministre du Travail, Madame EL KHOMRI. Les principes fondamentaux : le contrat de travail, la durée légale du travail, le salaire minimum, les principes de liberté syndicale. Tout cela figurera dans le nouveau code du travail. Ensuite, qu'est-ce que nous ouvrons à la négociation collective ? Nous disons : « les règles ne changeront pas ». Les règles de majoration, par exemple, pour les heures supplémentaires, ne seront pas modifiées mais les entreprises pourront faire des accords avec les syndicats pour adapter, faire en sorte que ces mécanismes, ces règles d'horaires de travail puissent être plus en phase avec le type de production. Et il faudra, pour qu'il puisse y avoir ces modalités, qu'il y ait un accord majoritaire, c'est-à-dire que les organisations qui représentent la majorité des salariés pourront être les seules à engager le personnel. Et les organisations minoritaires qui pourraient signer un accord de cette nature ne pourront le faire que s'il y a un référendum des salariés, c'est-à-dire à l'initiative des syndicats et seulement des syndicats, et ce seront les salariés qui auront le dernier mot. Donc, aucun risque de pression patronale. Deuxièmement, sur les indemnités... Nicolas DEMORAND : Enfin vous entendez la colère. Vous entendez la colère. LE PRESIDENT : Oui, mais, parce qu'il y a un certain nombre de rumeurs qui, quelquefois, peuvent toucher au cœur et donc j'entends, en fait, Jean-François. Nicolas DEMORAND : Non, mais les Prud'hommes, c'est faux ? LE PRESIDENT : Mais on va parler des indemnités prud'homales. Qu'est-ce que je veux faire ? Nicolas DEMORAND : Ce ne sont pas des rumeurs. LE PRESIDENT : Qu'est-ce que je veux faire ? Aujourd'hui, il faut deux ans, trois ans pour qu'un salarié puisse éventuellement avoir une indemnité rendue par un tribunal des Prud'hommes. Vous trouvez que c'est acceptable dans un pays comme le nôtre ? Il ne sait pas exactement, quand il va faire une procédure, ce qu'il va avoir. Et l'employeur, de son côté, ne sait pas ce que ça va lui coûter. On est dans un système où il n'y a pas de sécurité pour le travailleur, pas de stabilité ou de visibilité pour l'employeur. Or, tout ce que je veux, c'est non pas mettre en cause des droits, les droits vont être respectés. Je veux qu'il y ait plus de négociations collectives, je veux qu'il y ait plus de souplesse, plus de sécurité, plus de visibilité. Donc, les indemnités prud'homales, il y aura un barème. Le Parlement va en discuter. Le barème est fonction de l'ancienneté. Le tribunal des Prud'hommes pourra d'ailleurs utiliser ce barème et quand il y a un licenciement avec des causes qui sont particulièrement inacceptables, il pourra même aller au-delà du barème. Nicolas DEMORAND : Mais toute votre politique, François HOLLANDE, donne le sentiment que les salariés ont trop de droits en France et qu'il faut détricoter cela. LE PRESIDENT : Vous pensez que c'est ce que dit le patronat qui, aujourd'hui... ? Nicolas DEMORAND : Ah ! Aujourd'hui, il applaudit ! Aujourd'hui, il applaudit ! LE PRESIDENT : Non, aujourd'hui, les salariés français ne verront aucun de leurs droits remis en cause puisque ces droits-là seront rappelés... Nicolas DEMORAND : Mais ça, ce sont les droits de base ! LE PRESIDENT : Mais pas simplement les droits de base puisque vous voyez qu'il y a, sur la durée du travail, les majorations d'heures supplémentaires, les indemnités prud'homales, la capacité aussi de pouvoir se protéger par rapport au licenciement économique où nous intégrons toute la jurisprudence de la Cour de cassation. Donc, ce que nous faisons – et c'est pour moi le projet essentiel, je suis à 14 mois de la fin de mon mandat, je ne suis pas là pour chercher je ne sais quelle complaisance- ce que je fais, c'est ce que je crois nécessaire et utile pour mon pays, dans le respect des droits fondamentaux parce que j'ai des valeurs et j'ai des principes. Mais ce que je fais, c'est pour permettre aux entreprises et aux organisations syndicales qui représentent les salariés dans ces entreprises d'avoir plus de souplesse. Ce que je fais, c'est que je donne à la négociation collective la place qu'elle n'a jamais eue dans notre pays. Je permets aux organisations syndicales d'être responsables et aux employeurs de prendre en compte à la fois la nécessité de la compétitivité... Nicolas DEMORAND : Les Français ne l'ont pas entendu... LE PRESIDENT : Ils ne vont pas... Nicolas DEMORAND : Les Français ne l'ont pas entendu ! Ils ne l'ont pas entendu ! LE PRESIDENT : Donc, à nous et à moi en particulier de le faire passer. Le texte vient d'être simplement envoyé au Conseil d'État et il va être débattu au Parlement dans un mois. Frédéric METEZEAU : Ce texte, Monsieur le Président de la République, quand Éric WOERTH, sur France Inter, qui s'y connaît en la matière, nous dit : « C'est une bonne loi de droite », quand ce projet de loi, ce pré-projet prévoit de fractionner les 11 heures de repos entre la fin d'une journée de travail et le début d'une autre journée de travail, ça ne vous met pas un doute, « une bonne loi de droite », « Éric WOERTH » ? LE PRESIDENT : Qu'il y ait des personnes de droite, on verra ce qu'elles feront au moment du vote parce que je les connais, elles font des commentaires parfois pour embarrasser le camp adverse. Moi, je ne suis pas dans cette situation, je suis Président de la République. Ce qui m'intéresse, c'est l'intérêt général. Ce qui compte, ce n'est pas d'avoir une loi de gauche ou une loi de droite. En l'occurrence, je l'ai dit, les principes fondamentaux sont respectés. Il y a des éléments de progrès : la médecine du travail, la capacité d'avoir un compte personnel d'activité, d'être sécurisé dans le développement de sa carrière professionnelle. Il y a plein d'éléments qui correspondent à ce que demandent depuis longtemps les organisations syndicales mais il y a aussi des éléments qui répondent à ce que demandent les entreprises. Ce n'est pas parce que les entreprises demandent un certain nombre d'assouplissements... Frédéric METEZEAU : MEDEF. LE PRESIDENT : Mais ce n'est pas parce que les entreprises demandent un certain nombre d'assouplissements que je ne vais pas leur en donner ! Qui crée les emplois dans notre pays ? Ce sont les entreprises ! Donc j'ai là aussi... Nicolas DEMORAND : Mais enfin, les ont-elles créés, Monsieur le Président ? LE PRESIDENT : Non, mais j'espère qu'elles vont les créer parce que j'ai quand même mis un certain nombre de moyens ! Nicolas DEMORAND : Mais vous espérez depuis 2012. Frédéric METEZEAU : Il y a eu le CICE, il y a eu le pacte de responsabilité, la loi ANI, la loi MACRON. LE PRESIDENT : Les emplois, ce n'est pas l'État qui les crée à la place des entreprises. Je crée les conditions. Nicolas DEMORAND : Ça, j'ai bien compris. LE PRESIDENT : Je crée les conditions avec le gouvernement. Je crée les conditions depuis 2012 justement à travers le pacte de responsabilité, le CICE, etc. dont chacun maintenant regarde l'efficacité. Je crée les conditions pour que les entreprises créent des emplois. Et lorsque nous faisons le bilan, je mets en cause – et le Premier ministre l'a fait à juste raison – les entreprises qui n'investissent pas ou qui n'embauchent pas. Mais je ne vais pas mettre plus de difficultés aux entreprises au prétexte que certaines n'ont pas fait leur devoir. Je fais en sorte que notre pays puisse être plus compétitif, qu'il y ait plus d'investissements, qu'il y ait plus d'embauches, qu'il y ait plus de souplesse et que lorsqu'on peut donner plus de souplesse aux entreprises et plus de sécurité aux salariés – ce que j'appelle la « flexisécurité » à la française –, on puisse le faire. Beaucoup de pays l'ont fait, l'Allemagne, notamment, la Suède ou la Finlande en particulier. Et moi je ne vais pas passer à côté de cette grande réforme. Parce que cette grande réforme permettra ce qui a toujours manqué à notre pays : d'avoir de la négociation. Mickaël THEBAULT : La tonalité générale, Monsieur le Président, justement, par rapport à toutes ces réformes engagées depuis 2012, c'est assez violent, ça ne marche pas. Pourquoi le Président, pourquoi le gouvernement s'obstine-t-il ? Guy, par exemple, sur franceinter.fr : « Au travers des réformes que vous mettez en œuvre concernant par exemple le Code du travail, les 35 heures, les licenciements facilités et autres reculs sur le social, n'avez-vous pas conscience de réaliser le programme de votre prédécesseur, monsieur SARKOZY ? Seule bonne nouvelle : ça ne marche pas. LE PRESIDENT : Nous n'avons d'abord rien fait de la sorte. Nous avons fait la politique qui consiste à donner aux entreprises les marges de manœuvre pour investir et pour embaucher. Moi je ne vais pas les écraser de charges. Personne ne peut penser, dans notre pays, même celui qui a les engagements et je peux les comprendre, les plus à gauche dans notre pays, personne ne peux comprendre que c'est en mettant plus de cotisations, plus de charges et plus d'impôts sur les entreprises qu'on va créer des emplois. En revanche... Nicolas DEMORAND : L'inverse ne fonctionne pas nécessairement. LE PRESIDENT : En revanche, il faut aussi qu'on mette de la demande, parce que s'il n'y a pas de demande dans le pays, s'il n'y a pas de salaires qui puissent être soutenus, s'il n'y a pas de pouvoir d'achat qui puisse être stimulé, il n'y aura pas de croissance non plus. Le CICE, le Crédit Impôt Compétitivité Emploi, on en a fait le bilan : cela a permis à beaucoup d'entreprises, pas forcément de créer autant d'emplois que j'en aurais espéré, mais d'augmenter les salaires des ouvriers et des salariés de notre pays. Et donc je considère que c'est une bonne politique. Et je veux, là aussi - dernier temps de ce que j'ai à faire - donner cette visibilité et cette liberté aux partenaires sociaux. Parce que moi j'y crois, à cette réforme. Ou on fait tout par la loi - là il faut une loi parce que cela va permettre, justement, d'ouvrir cette possibilité de négociation. Si l'on fait tout par la loi– j'entends la droite justement nous dire « on va supprimer les 35 heures » – c'est supprimer les 35 heures, ce n'est pas les adapter : « On va supprimer les 35 heures, on va repousser l'âge de la retraite, on va faire des contrats avec des clauses spécifiques pour mieux licencier », c'est ce que je refuse justement : mettre en cause les principes fondamentaux, les droits des salariés. Mais, ce que je veux, c'est ne pas tout faire par la loi : je veux qu'il y ait de la négociation. Je veux que les syndicats et le patronat puissent, entreprise par entreprise, définir ce qu'il y a de mieux pour l'économie et pour l'emploi. Nicolas DEMORAND : Allez, on repasse au standard de France Inter... Bonsoir, Frédéric ! Frédéric, auditeur : Oui, bonsoir à tous. Monsieur le Président, bonsoir ! LE PRESIDENT : Bonsoir. Frédéric : Je voudrais vous parler du chômage. Depuis une centaine d'années environ, les gains de productivité nous ont permis de diminuer par deux le temps de travail en gagnant environ dix fois plus. Par contre, depuis une quarantaine d'années, alors que nous avons fait des gains de productivité extraordinaires, ces gains de productivité n'ont pas été partagés et c'est la première cause du chômage puisque nous produisons à peu près trois fois plus qu'en 1970 avec trois milliards d'heures en moins ; ce qui fait que mathématiquement, nous sommes moins nombreux pour faire davantage de choses. Ma question, Monsieur le Président de la République : pourquoi s'acharner à augmenter le temps de travail en reculant l'âge de la retraite ou en promettant le détricotage des 35 heures, au lieu de prendre la marche en avant du progrès et de partager le temps de travail comme le propose par exemple Nouvelle Donne avec LARROUTUROU qui a eu l'occasion, je crois, de vous en parler ? Nicolas DEMORAND : Merci Frédéric ; vous nous appeliez de Pau, et le Président de la République vous répond depuis Bruxelles. LE PRESIDENT : Mais, je ne veux pas allonger le temps de travail ! Parce que vous avez raison, ce qui fait le progrès, c'est que l'on puisse avoir du temps pour prendre le repos, les loisirs, la culture, la famille et partager autant qu'il est possible les bonheurs de la vie personnelle. Mais je ne veux pas allonger le temps de travail : je veux que, dans les entreprises, on puisse adapter le temps de travail à la réalité économique, donc en l'occurrence, il va y avoir des négociations qui vont s'ouvrir, dans les entreprises qui le voudront, pour faire que, parfois on puisse travailler plus à certaines périodes, moins à d'autres, qu'on puisse s'organiser pour être plus compétitifs et parfois même plus heureux. Et les majorations ne seront pas changées. Mais ce qui est très important, c'est qu'on donne de la souplesse. Vous disiez vous-même, la productivité ne se fait pas simplement par des réglementations. Elle se fait parce qu'il y a une organisation du travail qui a été conçue par rapport à l'activité de telle ou telle entreprise. Et ce sera dans l'entreprise que ce sera négocié. Nicolas DEMORAND : Retour au standard d'Inter. Bonsoir, Guy, vous nous appelez d'Orléans. Vous êtes là ? Bonsoir, nous vous écoutons. Guy, auditeur d'Orléans : Tout à fait. Bonsoir, Ma question prolonge un peu celle qui a été posée précédemment. Donc je voulais vous demander, Monsieur HOLLANDE, jusqu'où va votre confiance dans les entreprises ? Est-ce que vous pensez qu'il suffit de leur donner toujours moins de... plus d'argent, moins de contraintes, plus de libertés pour qu'elles nous donnent, comme par miracle, des investissements, de l'emploi, de la croissance et qu'elles agissent donc pour le bien-être de la collectivité ? J'entends bien ce que vous dites, mais simplement, je ne sais pas si vous avez été mis au courant, mais il y a quand même plus de trois millions de chômeurs dans ce pays, il y a un taux de syndicalisation qui doit être quelque chose comme 8%, dans les PME c'est 5 %. Donc le dialogue entre les salariés et les patrons, moi je veux bien, mais je ne vois pas très bien avec commet ce dialogue pourrait être fructueux pour les salariés. Nicolas DEMORAND : Merci beaucoup, Guy, pour cette très bonne question. François HOLLANDE vous répond. LE PRESIDENT : Oui, Guy, je vous réponds parce que c'est très important, ce que vous avez dit. Pour qu'il y ait du dialogue et de la négociation, il faut qu'il y ait des partenaires et qu'ils puissent avoir les moyens de négocier et de conclure. Dans la loi telle qu'elle est proposée, le principe sera qu'il y aura des accords collectifs pour adapter le temps de travail ou pour mettre en œuvre un certain nombre d'organisations, y compris pour créer de l'emploi. Il ne peut y avoir de nouvelle donne que s'il y a un accord collectif signé par des syndicats qui représentent 50 % des salariés. Mais il y a des entreprises – et vous avez raison – où il n'y a pas de syndicat, et notamment des petites et des moyennes entreprises. Et la loi va donc permettre à ce qu'il y ait, dans ces petites et moyennes entreprises, pas forcément une organisation syndicale qui sera présente, mais au moins des délégués qui pourront engager et même quand il n'y a pas de délégué – ça peut arriver aussi – un mandatement qui sera prévu. Et donc il va y avoir justement ce dialogue social qui permettra d'avoir des progrès qui seront partagés. Mais en même temps, vous me dites « qu'est-ce qu'il faut faire pour les entreprises ? » Les entreprises, je ne leur fais pas une confiance, comme cela, absolue. Ce que je dis, c'est qu'il faut que nous puissions être un pays où la démocratie puisse trouver sa place, d'où d'ailleurs le référendum d'entreprise, où il puisse y avoir des partenaires qui aient des responsabilités, d'où l'enjeu de la représentation syndicale – cela vaut d'ailleurs pour les entreprises comme pour les salariés – et où il puisse y avoir du mouvement, que tout ne soit pas figé. Le pire... Nicolas DEMORAND : Mais là, le pire, c'est la hausse de la courbe du chômage, François HOLLANDE ! LE PRESIDENT : Non, mais, hélas, depuis sept ans, le chômage ne cesse d'augmenter. Nicolas DEMORAND : Vous n'imaginez pas la colère qu'il y a dans les mails... LE PRESIDENT : Mais elle est légitime, la colère... Nicolas DEMORAND : ... De nos auditeurs sur l'argent qui a été mis sur la table par l'Etat, et l'absence totale de résultats en matière d'emplois. LE PRESIDENT : Vous savez, pour qu'il y ait de l'emploi, il faut que nous créions les conditions, et je fais en sorte qu'elles soient là, y compris à travers le Pacte de responsabilité, c'est-à-dire la baisse des charges et la baisse des cotisations - parce que je considère que les entreprises doivent avoir les moyens d'investir et d'embaucher - mais deuxièmement, il faut qu'il y ait de la croissance, de la croissance. Donc je mène aussi une politique en Europe, on en parlait, en France, pour qu'il y ait plus de croissance, donc plus d'investissements, donc plus de demande de consommation. C'est cela qui va faire qu'il y ait de l'emploi. Pourquoi a-t-on créé des emplois en 2015, pas assez pour limiter le chômage, 50.000 environ ? Parce que nous avons eu enfin 1,1 % de croissance ! Et donc dans l'année 2016, nous devons faire plus de croissance. L'économie, ça ne vaut que s'il y a de la croissance, que s'il y a de la production, que s'il y a de la richesse. Mickaël THEBAULT : Pardonnez-moi de vous couper, mais les auditeurs réagissent instantanément à votre expression de vouloir créer des conditions de croissance. De croissance ou d'emploi. Un mail de Fabienne par exemple : « On ne vous reproche pas, Monsieur le Président, de vouloir créer des conditions pour doper l'emploi. On vous reproche de prendre des décisions sans effet sur l'emploi ». LE PRESIDENT : Je crée toutes les conditions, et je me suis engagé en plus là-dessus, sur cette question d'emploi. Je n'ai pas été dans l'indifférence ou dans la négligence ou dans une forme d'irresponsabilité. Je me suis engagé personnellement. J'ai dit que je serai jugé sur cette question-là. Je ne me déroberai pas, parce que je n'ai de ce point de vue-là qu'une seule parole : j'ai été candidat pour que nous créions les conditions pour qu'il y ait une baisse du chômage et il doit y avoir baisse du chômage. Et s'il n'y a pas baisse du chômage, vous savez quelle conclusion j'en tirerai. Donc je me bats, pas simplement pour moi-même, parce que ça n'a pas de sens, pas simplement pour être ou non candidat, loin de moi ce type de raisonnement. Je me bats parce que je considère que c'est le seul sujet, je dis bien : le seul sujet. Bien sûr, que la sécurité, la protection, c'est tout à fait nécessaire, tout ce que je peux faire aussi au plan international, mais le seul sujet qui d'ailleurs mobilise vos internautes comme mobilise les auditeurs, c'est le seul sujet, c'est : est-ce que l'on peut créer de l'emploi et de l'emploi durable ? Donc je prendrai toutes les décisions, j'en ai prises, de courageuses, qui me sont reprochées d'ailleurs, y compris par celles et ceux qui me font confiance, c'est-à-dire « pourquoi vous en donnez autant aux entreprises, pourquoi vous baissez les charges, pourquoi vous baissez les impôts de ceux qui sont dans l'impossibilité normalement d'employer... Journaliste : On ne vous le reprocherait pas si, donc ça marchait ! LE PRESIDENT : Et donc je dois avoir des résultats. Et les résultats, c'est une politique économique d'ensemble, y compris en donnant un peu plus de demande, c'est-à-dire un peu plus de consommation, pour que les Français puissent être aussi des acteurs de la croissance. Mais pour cette loi El Khomri, je pourrais dire : « Mais cela n'aura pas forcément d'effet tout de suite ! » Je pourrais me dire que cela pourra attendre, mais je prends quand même cette décision parce que je considère qu'elle est nécessaire pour l'économie française. Nicolas DEMORAND : Frédéric très rapidement, puis Laurent en Loire-Atlantique... Frédéric METEZEAU : Oui, Monsieur le Président, vous nous avez dit tout à l'heure : « le référendum dans l'entreprise, c'est plus de démocratie, c'est plus de mouvement ». Et en politique, le référendum pour consulter les Français sur la réforme constitutionnelle, sur la politique européenne, sur les grands choix structurants de notre pays ? Eh bien il n'y en a pas. LE PRESIDENT : D'abord, il y a le grand enjeu de la démocratie, c'est vrai, vous avez raison, de la participation sur les grands projets. Et on en a vécu parfois douloureusement, des projets qui n'aboutissent pas et qui n'ont pas donné la consultation qui était espérée par beaucoup. Notre-Dame-des-Landes, j'ai dit, justement, parce qu'il y avait ce blocage - depuis combien d'années ? Depuis des années : « Voilà, maintenant, on est arrivé au bout, toutes les procédures ont été menées », le périmètre... Frédéric METEZEAU : Il y a aussi les modalités... LE PRESIDENT : Les modalités seront fixées. Maintenant, je suis très content parce que tout le monde veut voter, donc avant, personne ne voulait et maintenant, tout le monde le veut, je ne me plains pas. Mais ce que je pense, c'est qu'il faut qu'il y ait une consultation qui soit fondée sur des bases sérieuses, qui puisse ensuite nous engager. Si les personnes consultées répondent « oui, il faut faire l'aéroport », il sera fait. Si elles répondent « non », il ne sera pas fait. Nicolas DEMORAND : Et quelle sera la question ? LE PRESIDENT : La question, c'est : « Voulez-vous ou ne voulez-vous pas l'aéroport Notre-Dame-des-Landes ? » Nicolas DEMORAND : Bonsoir Laurent. Soyez le bienvenu sur France Inter. Laurent : Oui, bonsoir Monsieur le Président, bonsoir Monsieur DEMORAND, bonsoir aux auditeurs. LE PRESIDENT : Bonsoir. Nicolas DEMORAND : Bonsoir. On vous écoute. Laurent : Alors les prix agricoles s'effondrent – je suis agriculteur, éleveur laitier –, la taille des exploitations ne cesse d'augmenter, les exploitations sont de plus en plus fragiles financièrement, l'emploi agricole diminue toujours. Par ailleurs, les terres agricoles sont de plus en plus accaparées par des projets d'aménagement demandés par les urbains qui, de notre point de vue, ne sont pas indispensables, voire inutiles, comme le projet de Notre-Dame-des-Landes, et donnent lieu à des expulsions. On a l'impression qu'on compte pour pas grand-chose. Alors, comment voyez-vous l'avenir d'un citoyen paysan ? Pouvez-vous nous rassurer ? Nicolas DEMORAND : Merci Laurent pour cette question. François HOLLANDE vous répond. LE PRESIDENT : D'abord, Laurent, je sais ce que vous vivez et ce que vous éprouvez avec la fin des quotas laitiers, cela a été une très grande difficulté qui a été, hélas, jetée sur un certain nombre d'éleveurs comme vous. Deuxièmement, je sais ce que réclame cette production. Je sais aussi quels sont les rôles de ceux qui achètent cette production, les intermédiaires, et aussi ce que peuvent représenter les concurrences étrangères, la compétition puisque nous sommes sur le marché mondial. Donc, pour moi, l'essentiel, c'est de pouvoir soutenir les prix et c'est aussi de pouvoir préserver un modèle agricole parce qu'il faut aussi le dire... Nicolas DEMORAND : Il est menacé ? Il est dépassé ? LE PRESIDENT : Non, il doit se transformer ce modèle agricole. On doit arriver à avoir plus de qualité, plus de reconnaissance. D'où l'étiquetage, d'où également la valorisation des filières de qualité et on doit avoir des prix qui doivent être davantage soutenus et une conception aussi respectueuse de l'environnement qui doit être valorisée. Voilà ce qu'est le nouveau modèle agricole. Et votre auditeur le pense sans doute : si on continue à produire, produire, produire, au niveau mondial et au niveau européen, on aura de très grandes difficultés à maintenir un élevage de qualité et des productions laitières comme les vôtres. Frédéric METEZEAU : Mais dans ce modèle agricole, ce nouveau modèle agricole, Monsieur le Président, il y a toujours le producteur, les transformateurs, les intermédiaires et en bout de chaîne, les grandes surfaces. Est-ce qu'il ne serait pas temps pour, en fait, sortir de ce système qui, en réalité, est pérennisé, est-ce qu'il ne serait pas temps de réfléchir à un système de filières courtes ou de filières intégrées, où les agriculteurs peuvent eux-mêmes être leurs intermédiaires ? Ça se fait dans certaines régions, ce sont des micro-initiatives, c'est au niveau du département mais ça existe. Là, le système actuel, finalement, il maintient toujours une longue chaîne qui commence dans la ferme et qui se termine en grande surface. LE PRESIDENT : Oui, alors il y a la responsabilité de la grande distribution. Frédéric METEZEAU : ...Les intermédiaires. LE PRESIDENT : Et puis après, il y a celle des intermédiaires. La grande distribution, elle ne peut pas simplement jouer sur les prix et attirer les consommateurs avec des appels à toujours moins de rémunération pour les producteurs, qu'ils soient agricoles ou qu'ils soient industriels. Donc, il y a une négociation qui est en cours, une pression qui est faite sur la grande distribution pour qu'elle mette, d'abord, l'origine des produits et qu'elle puisse rémunérer correctement les producteurs. Ensuite, il y a la chaîne de la transformation et aussi des intermédiaires. Pour beaucoup, ce sont des coopératives. Pour beaucoup, ce sont des agriculteurs qui s'étaient organisés et qui n'arrivent pas, justement, à restructurer la filière et notamment la filière porcine. Nous n'en avons pas parlé : vous savez, 60 % du porc en France sont produits en Bretagne donc c'est très important que nous restructurions – il faudra prendre un certain nombre de décisions justement avec les intermédiaires – cette filière pour que les agriculteurs, les éleveurs, puissent avoir des rémunérations qui soient dignes de leur travail. Nicolas DEMORAND : Allez, on repasse au standard. Bonsoir Élise. Élise : Bonsoir. Donc, bonjour Monsieur. Je m'appelle Élise, j'ai 12 ans. LE PRESIDENT : Bonjour Élise. Nicolas DEMORAND : Vous avez 12 ans ? Élise : Je voudrais vous poser une question concernant l'écologie : que comptez-vous faire après la COP21 pour garantir une écologie sur notre territoire ? Je pense aux gaz de schiste, utilisation de pesticides dans les champs et pêche en eaux profondes, voilà. Nicolas DEMORAND : Merci Élise. Parfaite question. Très jeune, très forte. François HOLLANDE vous répond. LE PRESIDENT : D'abord, je suis vraiment émerveillée par cette précocité et cette conscience déjà très tôt que l'environnement, c'est votre avenir. Même plus le mien, le vôtre. Et la COP21, ça a été vraiment une négociation essentielle pour les décennies qui vous attendent. Nous avons pris des engagements, tous les pays, bon, qui doivent maintenant nous obliger, pas simplement de réduire les émissions de gaz à effet de serre – donc, d'éviter le réchauffement – mais d'agir au quotidien. Vous avez d'ailleurs dit les choses. Le gaz de schiste : je ne suis pas favorable au gaz de schiste parce que d'ailleurs aujourd'hui, cela n'aurait aucune rentabilité et des conséquences qui seraient défavorables pour notre environnement. Les pesticides : nous avons réduit sérieusement – et le ministre de l'Agriculture y a veillé – la place des pesticides dans la production agricole, dans l'intérêt même des agriculteurs. Et je veux que la COP21 puisse être traduite en France, en Europe et dans le monde et ce sera le rôle qui est assigné à Ségolène ROYAL puisque c'est elle qui va poursuivre, non pas simplement la négociation, maintenant l'application de la COP21. Mais cela nous engage tous et je suis vraiment très heureux que vous qui avez 12 ans - et vos parents, j'imagine - vous puissiez vous comporter déjà en citoyens – citoyenne en l'occurrence – responsables parce que ça va être l'État, les collectivités, les entreprises, ça va être chacune et chacun d'entre nous qui doit mettre en œuvre la COP21 mais nous allons porter cet objectif. Nicolas DEMORAND : Allez, encore énormément d'appels au standard. Bonsoir Patrick. Vous nous appelez de Bordeaux. Patrick : Oui, bonsoir, bonsoir Monsieur le Président. LE PRESIDENT : Bonsoir. Patrick : En fait, on parle de citoyens, voilà ma question toute simple : que pensez-vous de ce collectif de citoyens qui souhaite avoir une primaire des gauches et de l'écologie donc en vue des élections de 2017 ? Nicolas DEMORAND : Merci Patrick pour cette très bonne question. François HOLLANDE, Président de la République, vous répond. LE PRESIDENT : Voilà, je suis Président de la République donc j'effectue ma mission. Je laisse les citoyens organiser comme ils l'entendent la démocratie. Je laisse les partis politiques faire ce qu'ils ont à faire mais moi, je ne me détourne pas de mon action. Et lorsque j'aurai à prendre une décision si j'ai une décision qui pourrait engager l'avenir, je la prendrai dans les conditions qui seront celles de la société française. Nicolas DEMORAND : Mais est-ce que vous pourriez ne pas vous représentez en 2017 ? LE PRESIDENT : Mais je l'ai dit, je suis Président de la République, je le suis pour la période qui va jusqu'en mai 2017. Je ne me détermine pas par rapport à la candidature, contrairement à ce que je lis parfois, en laissant penser que tout ce que je ferais serait lié à cette seule préoccupation. Je peux ne pas être candidat, je peux être candidat, je ne me déterminerai qu'au moment où je penserai que ça sera le temps d'y parvenir. Avant, je préfère être pleinement... Et tout ce que je fais, je ne le fais pas du tout, pas dans l'esprit d'être comme cela en prolongation, je le fais parce que c'est utile pour la France et rien que pour cela. Nicolas DEMORAND : Est-ce que vous pensez parfois au 21 avril 2002 ? LE PRESIDENT : Bien sûr que j'y pense parce que je l'ai vécu. J'étais chef d'un parti, premier secrétaire du Parti socialiste ce soir-là. J'ai appelé, après 20h, malgré le choc, à voter “pour”, en l'occurrence, Jacques CHIRAC puisque c'était celui qui était en face de Jean-Marie LE PEN. Je sais ce que ça représente la douleur, la souffrance de ne pas avoir le choix et d'être obligé, simplement, de ce qu'on appelle sauver la République. Donc je pense que, puisque vous m'interrogez, chacun doit y réfléchir, non pas pour essayer de trouver je ne sais quelle combinaison pour éviter cette éventualité mais se dire en responsabilité : qu'est-ce que l'on veut, qu'est-ce qu'on veut ? Nicolas DEMORAND : Les conditions sont réunies pour un 21 avril aujourd'hui, à nouveau ? LE PRESIDENT : Bien sûr qu'elles sont réunies, puisque nous avons une extrême-droite, on a parlé de l'extrême-droite en Europe, on peut parler de l'extrême-droite en France. Elles sont réunies. Donc, même si on peut avoir des doutes, même si on peut avoir – j'ai entendu les questions des auditeurs – des questions, des interrogations, des contestations, et même parfois de grandes déceptions, de la défiance, à un moment, le choix doit être fait : quelle société veut-on, quel pays veut-on. Moi, ce qui compte pour l'action que je mène, c'est que le pays puisse d'abord être protégé. J'ai voulu que, après ces attentats, il ne puisse pas se fissurer, se détruire, se défaire. Et puis je veux que le pays puisse avoir confiance dans son avenir, être fier de lui-même, capable de faire des mouvements, d'avancer et enfin, d'être aussi porteur d'une belle idée, de l'idée que l'on peut être utile, utile au-delà de soi-même, être capable de se dépasser. Frédéric METEZEAU : Pour reprendre la question de la primaire, si des citoyens communistes, écologistes, voire des socialistes vous appellent et vous demandent de vous présenter devant ce que vous appelez ces partis ou ces citoyens qui s'organisent, vous leur direz « non » ? Vous leur direz « je suis au-delà de tout ça » ? Ou au contraire, vous passerez, vous vous soumettrez à ce, certains parlent d'un « bain de jouvence démocratique » ? LE PRESIDENT : Je suis à Bruxelles, je suis en train de négocier à la fois la question des réfugiés, la présence de la Grande-Bretagne dans l'Union européenne, j'ai à me mettre pleinement dans ma tâche pour l'emploi, pour le chômage qui doit être absolument réduit d'ici la fin du quinquennat, j'ai à protéger mon pays. Je ne vais pas me préoccuper ce que peuvent faire - par ailleurs je le respecte – des citoyens ou des partis : c'est aux partis, aux citoyens de s'organiser. Moi, je ne dois, pendant tous ces mois où je suis en charge de l'essentiel, être seulement préoccupé par les Français... Frédéric METEZEAU : Donc pas de primaire pour vous ? LE PRESIDENT : Je n'ai pas dit ça, je dis : je ne suis pas dans cette situation. Je suis Président de la République. Frédéric METEZEAU : Il y a trop à faire, donc pas de primaire... LE PRESIDENT : Mais nous sommes à quatorze mois d'une élection et je vais rentrer dans ce type de réflexion, d'organisation ? Mais qu'est-ce que l'on penserait de moi ? Je ne suis pas à la tête d'un parti, je suis à la tête du pays. Nicolas DEMORAND : Mais êtes-vous encore de gauche, François HOLLANDE ? LE PRESIDENT : Je suis président de la République, je représente tous les Français et j'ai vocation... Nicolas DEMORAND : Mais êtes-vous de gauche ? LE PRESIDENT : Mon parcours, ma vie, mon engagement, mes choix sont toujours ceux qui permettent de respecter l'égalité, la dignité humaine et le progrès. Et même si je vous dis faire des choix... Frédéric METEZEAU : Mais vous n'êtes plus de gauche, aujourd'hui ? LE PRESIDENT : Toute ma vie est une vie d'un homme qui s'est engagé à gauche et qui le reste. Nicolas DEMORAND : Elle a changé, votre vie, en 2012 ! LE PRESIDENT : Je suis devenu Président de la République. Je suis toujours engagé comme je l'ai été, mais je ne suis plus un militant, je suis le Président de la République française qui doit agir en fonction de ses propres valeurs, de ses propres engagements, pour le bien du pays et en n'oubliant rien de ce que je suis, de ce que j'ai fait et de ce que je serai demain. Parce que mon engagement n'a pas changé. Nicolas DEMORAND : Il y a énormément de déception, on le lit dans les mails des auditeurs de France Inter. Chez vos électeurs de 2012 qui estiment pour beaucoup en tout cas, c'est l'échantillon peut-être qu'il n'est pas représentatif que vous les avez trahis... LE PRESIDENT : Non, je... Nicolas DEMORAND : Je vous le dis, je vous le dis... LE PRESIDENT : Non, certains de vos auditeurs peuvent le penser, mais... Nicolas DEMORAND : Beaucoup, beaucoup, beaucoup, François HOLLANDE. Mickaël THEBAULT : La trahison est un mot, sincèrement, est un mot, qui revient plusieurs centaines de fois. Nicolas DEMORAND : Est-ce que vous avez un mot à leur dire, pour leur donner une raison encore d'y croire, ou de vous croire ? LE PRESIDENT : Je vais leur dire que gouverner aujourd'hui, dans le monde que l'on connaît, avec les tensions que l'on sait, avec les menaces - qui ne sont pas virtuelles puisqu'il y a eu ce que l'on sait dans notre pays - des attentats, avec une compétition telle qu'elle est dans le monde, avec des pays qui nous font concurrence, avec des enjeux d'emplois et d'économie, je dois agir. Et le pire, ce serait de trahir mon pays. Trahir ce qui serait l'essentiel, l'intérêt du pays. Tout ce que je fais, je le fais en pensant uniquement à la France et aux Français. Uniquement à ce que je pense utile et nécessaire de faire. Et même si je peux froisser je le sais, je l'entends, je le vois ... Nicolas DEMORAND : Vous le sentez, vous le voyez... LE PRESIDENT : Mais bien sûr que je le vois. Parce que... Nicolas DEMORAND : Vous voyez les sondages. Enfin, bon... LE PRESIDENT : Mais je ne suis pas dans un monde idéal ! Je ne peux pas faire, en claquant des doigts, des miracles, chacun peut le comprendre. Mais la question, c'est de savoir : est-ce que l'on veut gouverner ou on ne veut pas gouverner. Si l'on ne veut pas gouverner, on reste là, on regarde, on laisse d'autres faire ce que l'on appelle « la sale besogne ». Moi, je ne fais pas la sale besogne. Je fais le travail, le plus beau plus des travaux qu'il est possible de faire pour mon pays. Et ce que je veux, c'est bien faire ; pas défaire, pas essayer de tout faire pour que rien ne change. Bien faire. Et je demande à être jugé là-dessus : est-ce que j'aurai bien fait ou est-ce que je n'aurai pas bien fait. Nicolas DEMORAND : Merci, François HOLLANDE, merci, Monsieur le Président de la République, d'avoir passé ces deux heures en notre compagnie sur France Inter. Merci infiniment aux auditeurs de nous avoir téléphoné, de nous avoir écrit, d'être intervenus sur les réseaux sociaux. Nous vous laissons partir, Monsieur le Président de la République... LE PRESIDENT : Merci de me laisser partir. Je ne sais pas combien de temps cela va prendre... Nicolas DEMORAND : Oui parce que les négociations traînent... LE PRESIDENT : ...Mais en tout cas merci à vous, merci aux auditeurs, et moi, je préfère toujours cette façon de dialoguer, même si c'est dur, dur à entendre, pour les uns comme pour les autres, je préfère que ce soit dur pendant une période et que ce soit plus harmonieux après, car ce qui compte, c'est l'harmonie dans notre pays. Nicolas DEMORAND : Merci en tout cas d'avoir accepté notre invitation. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/257.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/257.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..23d3012dd02f8df5420f2689160cd36668911e0f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/257.txt @@ -0,0 +1 @@ +THOMAS SOTTO Au lendemain de la charge de Martine AUBRY, Jean-Pierre ELKABBACH reçoit Jean-Marie LE GUEN, Secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement. Messieurs, c'est à vous. JEAN-PIERRE ELKABBACH La gauche où ce qu'il en reste. Bienvenu Jean-Marie LE GUEN, bonjour. JEAN-MARIE LE GUEN Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH. JEAN-PIERRE ELKABBACH Le chômage baisse. Est-ce que ça veut dire ce matin que François HOLLANDE peut être candidat en 2017 ? JEAN-MARIE LE GUEN Il peut sûrement être candidat en 2017 et je le souhaite. JEAN-PIERRE ELKABBACH J'ai dit ce matin, ce mois-ci, parce que se mettre soi-même dans une situation de dépendance à l'égard de la météo sociale, c'est plutôt une idée saugrenue de François HOLLANDE, non ? JEAN-MARIE LE GUEN Oui. Moi, je n'ai jamais adhéré à cette idée. Je pense que l'action de François HOLLANDE est un bilan global d'une action internationale sur tout un tas d'autres sujets, des sujets de société, qui est suffisamment importante pour qu'elle justifie la présentation d'un bilan devant les Français. Bien sûr, le chômage est une question très importante et je me félicite des résultats. JEAN-PIERRE ELKABBACH La seule question ? JEAN-MARIE LE GUEN Ça ne peut pas être la seule question dans un monde aussi difficile que celui que nous connaissons, quand on voit les tourments, les divisions de la France sur des questions touchant à la xénophobie, au racisme. Il faut qu'il y ait un mandat républicain et François HOLLANDE a porté cette valeur républicaine depuis quatre ans avec beaucoup de force, me semble-t-il. JEAN-PIERRE ELKABBACH Si le président de la République sait déjà qu'il ne relancera pas la croissance et l'emploi à 2017, pourquoi il crée dans le pays une sorte de suspense et d'incertitude qui sont à la fois dangereuses et inutiles ? JEAN-MARIE LE GUEN Ecoutez, vous le ressentez comme ça. Moi, je n'ai pas de doute sur l'idée qu'il sera en situation d'être candidat. Je me place donc complètement dans cette perspective, je ne me laisse pas évidemment aller à des spéculations politiques. Je ne dis pas qu'elles n'existent pas y compris à gauche, Jean-Pierre ELKABBACH. Vous l'avez vu ces derniers jours. JEAN-PIERRE ELKABBACH On l'a vu hier et même ce matin. Ce matin sur RTL, Martine AUBRY dit qu'en amie, elle vous alerte. Donc, elle veut votre bien à vous la gauche, à la gauche que vous représentez. JEAN-MARIE LE GUEN D'abord ce que j'ai lu, ce n'était pas très amical. C'est le moins qu'on puisse dire. C'est une charge d'une très grande virulence, très globale, très radicale. JEAN-PIERRE ELKABBACH Pourquoi ? Qui vient de loin ? JEAN-MARIE LE GUEN Je ne sais pas. Oui, j'ai l'impression qu'en fait, si vous voulez, c'est la primaire de 2011 qui n'a jamais été digérée après son échec. Je pense qu'il y a effectivement deux gauches. Celle que représente François HOLLANDE, c'est une gauche pragmatique, réaliste, et qui a su entraîner dans ces primaires et dans l'action aujourd'hui. Parce que quoi qu'on en dise, la contestation de la gauche de gouvernement est minoritaire à gauche, très minoritaire. Il faut donc que cette gauche de gouvernement puisse rassembler et je trouve dommage que Martine AUBRY donne un coup de canif en quelque sorte à ce rassemblement. JEAN-PIERRE ELKABBACH Seulement un coup de canif ou un coup de canon ? Parce qu'on voit qu'il y a la gauche qui veut gouverner, qui gouverne, et qui prétend réformer jusqu'au bout, et l'autre qui se sent peut-être mieux dans l'opposition. JEAN-MARIE LE GUEN Oui, je le crois. Il y a des gens devant la difficulté du monde, devant peut-être parfois sa cruauté, ils préfèrent être dans l'opposition, dans l'indignation et ils n'assument pas leurs responsabilités. Ni au plan de l'action gouvernementale, ni parfois d'ailleurs dans des engagements. Moi, je me pose un certain nombre de questions. La responsabilité par exemple, est-ce que oui ou non il faut pouvoir soutenir nos entreprises. La gauche de responsabilité, elle dit : « Oui, il faut soutenir les entreprises ». Est-ce qu'il faut réformer le Code du travail ? Oui, il faut réformer le Code du travail. Est-ce qu'on doit accepter la politique migratoire de madame MERKEL ? Non, je ne le crois pas. Il faut une politique plus équilibrée et je ne sens pas que madame AUBRY dans le Nord-Pas-de-Calais, à Calais notamment, ait une attitude qui… Est-ce qu'on la voit venir à Calais pour dire : « Il faut plusieurs milliers de migrants supplémentaires ? » Je ne crois pas que ce soit responsable, elle ne le fait pas, donc je ne comprends pas ces critiques. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous lui reprochez d'une certaine manière de ne s'être pas présentée dans les régionales. De ne pas avoir fait le combat politique qu'elle aurait dû faire. JEAN-MARIE LE GUEN Ecoutez, chacun est libre de ses engagements. Mais on ne peut pas donner des leçons de morale quand on voit notamment la situation dans laquelle est le Parti socialiste dans le Nord-Pas-de-Calais. Voilà. Et moi, je ne veux pas pour la gauche ce qui a été… Ce qui s'est passé l'année dernière dans le Nord-Pas-de-Calais, c'est qu'on soit condamné à voter pour un candidat de droite face à l'extrême droite. Parce que l'alternative, et c'est là où il y a… L'alternative à François HOLLANDE aujourd'hui, c'est la droite ou l'extrême droite. Ce n'est pas la gauche de Martine AUBRY. Et donc, il faut bien le comprendre. Les Français nous suivent parce que nous sommes face à ces responsabilités et parce que nous affrontons ces responsabilités et nous modernisons le socialisme. Voilà la réalité. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il faut encore voir qui vous suit parce que ce matin, vous n'êtes plus la majorité dans le pays. JEAN-MARIE LE GUEN Non, il y a aujourd'hui trois forces : l'extrême droite, la droite, la gauche. Bien sûr, c'est la réalité politique du pays. JEAN-PIERRE ELKABBACH Jean-Marie LE GUEN, pourquoi vous les appelez la gauche suicidaire ? JEAN-MARIE LE GUEN Parce que quelque part pour eux, la situation est trop difficile. Ils préfèrent rester dans l'indignation. Ils préfèrent avoir des postures morales sans assumer la morale et l'éthique de la responsabilité. Comme disait Jean-Paul SARTRE : ils ont les mains blanches, mais en fait ils n'ont pas de mains. La réalité, c'est que pour gouverner aujourd'hui, il faut s'engager, il faut de l'unité. J'appelle la gauche à l'unité. Et là, vraiment, cette attitude qui est une attitude d'une critique vraiment tout à fait radicalisée, qui n'est pas constructive malheureusement. Il n'y a aucune proposition dans ce qu'elle fait, il n'y a aucune stratégie politique. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ce matin, Martine AUBRY reste dure mais elle nuance. Elle dit qu'elle veut la victoire de la gauche et que cette victoire se joue aujourd'hui, mais c'est vrai que c'est une habitude chez elle. Un jour il y a les missiles, et le lendemain un pas en arrière, un pas en avant. C'est un peu le tango de la bande à Martine, mais elle le fait pour votre bien, encore une fois. Est-ce que vous pensez qu'elle vous fait du mal ? JEAN-MARIE LE GUEN Qui aime bien châtie bien, ça serait ça son slogan. Non, je ne le crois pas. Je crois véritablement que la gauche a besoin d'unité, elle a besoin de sérénité. Je n'ai pas apprécié la manière dont elle a parlé de Myriam EL KHOMRI, la manière dont elle a attaqué Emmanuel MACRON, la manière dont elle attaque Manuel VALLS. C'est la critique systématique, parfois ad hominem, contre les gens. JEAN-PIERRE ELKABBACH Elle dit : « Ras-le-bol toujours MACRON ». Elle dit : « La loi El Khomri, je ne crois pas que ce soit vraiment EL KHOMRI, c'est l'obsession de Manuel VALLS ». Vous trouvez ? JEAN-MARIE LE GUEN Quel mépris ! Est-ce qu'on pourrait accepter que je dise que ce n'est pas Martine AUBRY qui a écrit son texte ? Est-ce que véritablement on peut traiter les gens comme ça ? On voit bien qu'il y a effectivement une certaine gauche méprisante. D'ailleurs, c'est une gauche qui ne parle qu'à elle-même. Elle ne cherche pas à parler aux Français, elle s'adresse essentiellement à la gauche, comme si nous étions un monde clos : nous les gens de gauche, cette gauche militante qui se coupe malheureusement aussi beaucoup de l'électorat. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous ici qu'ils ne représentent pas une alternative. Mais on va prendre des exemples, très, très vite. Martine AUBRY et les siens ont-ils tort quand ils disent : « Le congrès de Versailles serait une fêlure pour la gauche, évitons d'y aller ». Question : François HOLLANDE, est-ce qu'il peut avoir sa révision de la constitution à Versailles ? Oui ou non ? JEAN-MARIE LE GUEN Oui. Il le peut sur des bases aujourd'hui qui ont été clarifiées à l'Assemblée nationale. Evidemment, c'est un gage d'union nationale. Est-ce que la gauche a peur de l'union nationale ? Nous devrions… Alors que l'extrême droite est aux portes du pouvoir, il faudrait toujours jouer la division, la polémique, l'affrontement ? C'est ça qu'on propose comme rassemblement aux Français ? JEAN-PIERRE ELKABBACH Les signataires, Jean-Marie LE PEN (sic), dénoncent votre projet de réforme du Code du travail : « Pas ça, pas nous, pas la gauche », et il demande à Manuel VALLS le retrait du texte. C'est oui, c'est non ? Il retire, il retire pas ? JEAN-MARIE LE GUEN Bien sûr que non. Je regrette d'ailleurs, cette tribune est apparue au moment où le dialogue est en train de se nouer avec les organisations syndicales réformistes. La manière dont Martine AUBRY par exemple attaque le Pacte de responsabilité, qui avait été soutenu par la CFDT, on voit bien que dans la radicalisation de ses critiques… JEAN-PIERRE ELKABBACH Attendez, attendez ! Elle dit : vous avez dépensé quarante et un milliards, mobilisé quarante et un milliards d'euros en trois ans pour rien. JEAN-MARIE LE GUEN Mais qu'est-ce qu'elle a fait elle-même quand elle a fait les 35 heures ? Ça a couté plus de dix milliards par an de cotisations remboursés au patronat. Est-ce qu'il peut y avoir des politiques sans qu'il y ait des politiques d'accompagnement des entreprises ? Est-ce que véritablement on peut tout simplement sans arrêt augmenter les impôts des Français et les charges sur les entreprises ? C'est ça ce qu'elle propose ? J'entendais ce matin ce qu'elle disait : elle propose de redonner de l'argent aux collectivités territoriales. C'est un projet politique pour les Français, ça ? JEAN-PIERRE ELKABBACH Très vite, très vite. On voit bien que vous dites qu'il y a deux gauches et peut-être qu'elle met en relief le réformisme de Manuel VALLS, de vous, de MACRON et cætera, mais montrez-le. Est-ce qu'il est vrai que Manuel VALLS ne croit plus en François HOLLANDE ? Qu'il est en train de s'émanciper et qu'il se prépare lui, déjà, pour 2017 ? JEAN-MARIE LE GUEN Non. Toutes ces spéculations font partie évidemment - surtout quand une ambiance se créée par ce type d'initiative. Evidemment, l'ambiance n'est pas excellente et les commentateurs et les spéculations ont lieu, mais la réalité c'est que sur tous ces points que nous avons évoqués, François HOLLANDE, Manuel VALLS et le gouvernement vont la main dans la main, sur la même orientation. Ces orientations sont décidées ensemble, elles sont assumées ensemble et elles permettent à la gauche d'avancer et à la France d'être gouvernée. JEAN-PIERRE ELKABBACH Merci. La colère de Jean-Marie LE GUEN. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/258.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/258.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..95ab91c96dbb1bd9edd97b87cb5dff43686008b8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/258.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - La France va prendre la présidence de la Commission de l'océan Indien vendredi. Quelles seront les priorités lors de ce mandat ? R - J'effectue à La Réunion mon premier déplacement, dans cette zone Sud de l'océan Indien, qui est un espace francophone, solidaire, un espace de paix où la France et les Français sont bien présents, qui a de belles perspectives et qui compte beaucoup pour notre pays. Durant sa présidence, la France donnera la priorité à trois sujets. D'abord la sécurité : le terrorisme djihadiste est devenu une menace globale, y compris dans cette zone. La France encouragera donc toutes les coopérations opérationnelles et concrètes au sein de la COI. Ensuite le climat et la protection de l'environnement : l'accord de Paris, adopté lors de la COP21 en décembre est un grand succès et un formidable élan, également pour les pays insulaires qui sont parmi les pays les plus vulnérables au changement climatique. La France veillera à ce que les engagements pris soient suivis d'effets. Nous sommes heureux que la COI, qui a toujours été à la pointe de la protection de l'environnement, y contribue. Enfin les connectivités et la croissance : les pays de la COI ont tout à gagner à se rapprocher pour constituer un marché plus grand, à intensifier leurs échanges. Le secrétaire général a fait du renforcement des connectivités une priorité, je l'approuve totalement. Nous nous félicitons des progrès accomplis depuis, notamment dans le domaine aérien et nous soutiendrons également les efforts engagés dans le domaine du tourisme et de l'économie bleue. Q - Alors que la France met régulièrement en avant ses territoires d'outre-mer, pourquoi ne pas avoir laissé la présidence de la COI à La Réunion ? R - Il était important que le gouvernement français soit représenté au moment où la présidence de la COI - qui est une organisation intergouvernementale - revienne à notre pays. D'autant plus que nous fêtons cette année le 30ème anniversaire de notre adhésion, qui permet à La Réunion de participer pleinement à la coopération régionale et le président du conseil régional M. Didier Robert et la présidente du conseil départemental, Mme Nassimah Dindar, sont d'ailleurs toujours invités à prendre place à la table du conseil et à s'y exprimer. Le gouvernement n'est pas opposé à ce qu'un élu de La Réunion conduise la délégation française à certaines réunions de la COI. C'est d'ailleurs déjà arrivé, cela ne peut être systématique, mais doit rester possible et je l'ai bien à l'esprit. Q - Il devrait être question, lors du conseil des ministres de la COI, du développement de la connexion entre les pays de la zone, à la fois numérique, aérienne et maritime. Comment rapprocher ces territoires ? R - Nous sommes partis du constat que la connectivité entre les îles qui composent la COI est trop limitée. C'est ainsi que trois chantiers de réflexion ont été ouverts sur la desserte maritime, la desserte aérienne et sur la connectivité numérique. Cette démarche est pertinente. Dans le domaine aérien, le sujet est délicat car il s'agit d'amener les compagnies de la zone, qui sont soumises aux lois de la concurrence et à l'obligation de rentabilité, à s'entendre pour le bien commun. La COI a montré que ce n'est pas impossible : des progrès réels ont été faits, comme en témoigne la création de « l'Alliance Vanille ». Q - Deux projets de création d'une compagnie régionale aérienne « low cost » sont actuellement étudiés, l'un par l'île Maurice et l'autre par La Réunion. L'État peut-il favoriser la fusion de ces deux projets ? R - A ce stade, aucun projet concret n'est sur la table. Il est important que la concertation se poursuive, afin que si demain un projet devait aboutir, il associe l'ensemble des partenaires régionaux concernés, publics comme privés. Q - Avec ses compétences en matière de développement durable, comment La Réunion peut-elle être au cœur de la lutte contre le réchauffement climatique ? R - La Réunion est en pointe sur le sujet des énergies nouvelles et renouvelables. Plusieurs expérimentations ont déjà eu lieu. Des sociétés réunionnaises sont bien positionnées sur ce créneau. Les capacités d'expertise et de formation de La Réunion dans ce domaine comme dans celui de la gestion durable des pêches, de la gestion des zones côtières, de la recherche scientifique et de l'innovation me paraissent devoir être exploitées au profit de l'ensemble de la Région COI. Q - Les relations entre la France et l'Union des Comores sont tendues sur la question de Mayotte comme nous avons pu le voir lors des derniers Jeux des îles de l'océan Indien. Quels axes de travail privilégier pour resserrer la coopération avec les Comores ? R - Les Jeux des îles sont une belle initiative, qui doit être encouragée. La Réunion a pu, de façon très professionnelle, organiser les derniers jeux et tous les sportifs de la France de l'océan Indien, réunionnais et mahorais, ont pu y participer. Certes, des incidents, que je regrette, ont terni les Jeux, mais on aurait tort de les résumer à cela. Maintenant, compte tenu des polémiques qui ont eu lieu, il nous faut travailler sereinement à trouver une solution pérenne pour permettre à toutes les populations de participer pleinement à ces jeux, sans aucune discrimination ou mise à l'écart. En ce qui concerne la coopération de la France avec les Comores, je veux souligner qu'elle est déjà très forte et que l'Union des Comores est l'un des pays qui bénéficie de la part de la France d'un des plus forts taux d'aide au développement par habitant, sans compter la coopération décentralisée et le soutien aux projets de développement initiés par la diaspora. Dans le cadre de la déclaration d'amitié et de coopération signée par le président de la République et par le président Ikililou Dhoinine en juin 2013, un dialogue renforcé est conduit dans le respect mutuel, dans l'intérêt des populations concernées, sur des mesures concrètes. C'est le travail du « Haut Conseil Paritaire » qui se réunit régulièrement depuis 2013. L'Union des Comores est aujourd'hui en période électorale. Le premier tour de l'élection présidentielle, organisé dimanche dernier, s'est déroulé sans incident et les électeurs se sont mobilisés. On ne peut que s'en féliciter. La France est naturellement disposée à poursuivre dès que possible avec le nouveau gouvernement comorien les chantiers engagés. (...) Q - Madagascar accueille en novembre prochain le sommet de l'Organisation internationale de la Francophonie. Quels seront les objectifs de cette rencontre internationale ? R - Dans un climat marqué par le terrorisme et les crises dans l'espace francophone, ce rendez-vous sera l'occasion de réaffirmer avec force les valeurs et principes de la francophonie : démocratie, droits de l'homme, dialogue des cultures. Un bilan de la mise en œuvre des stratégies-phare de la Francophonie sur l'économie et la jeunesse sera dressé : soutien à l'entreprenariat, aux femmes, lutte contre la radicalisation des jeunes, appui à l'éducation. Ce sommet consacrera aussi le retour sur la scène internationale de Madagascar et son ancrage dans la communauté francophone. L'Organisation internationale de la Francophonie ouvrira prochainement un bureau régional pour l'Océan indien à Tananarive. (...). \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/259.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/259.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ff2017e74e99a9d6dbfffa3049f483dde3fd8161 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/259.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Députée, la question que vous posez est absolument centrale dans la lutte antiterroriste. Nous avons pris un grand nombre de mesures s'agissant du renforcement des forces de sécurité, et des moyens supplémentaires ont été donnés à nos services de renseignement. Mais notre action en matière de sécurité n'aura pas l'impact attendu si nous n'engageons pas des actions structurelles dans le domaine de la déradicalisation. Vous me demandez d'être précis. Premier point : nombre de jeunes se radicalisent sur internet, comme nous l'avons vu à Marseille où un jeune lycéen s'en est pris à un enseignant d'une école juive suite à une auto-radicalisation sur le web. Afin de faire face à une telle situation, nous avons instauré le blocage administratif des sites, nous avons engagé une relation très étroite avec les grands opérateurs internet américains, avec lesquels nous définissons des modalités de retrait des contenus, vidéos, sites et blogs illicites. Nous avons également mis en place un site, Stop-djihadisme qui mobilise les familles - Mme la ministre Laurence Rossignol est très impliquée dans ce dossier - et vise à prévenir la radicalisation des jeunes. Deuxième point : avec le garde des Sceaux, nous avons envoyé il y a quelques mois une circulaire à l'ensemble des préfets et des procureurs de la République afin que, après que des jeunes ont été signalés sur la plateforme gérée par le ministère de l'intérieur, tous les services de l'État au sein des territoires puissent se mobiliser pour mettre en place des dispositifs individualisés de déradicalisation en fonction de chaque territoire et de chaque profil. Troisième point : il est absolument indispensable que nous mobilisions les musulmans eux-mêmes. La semaine prochaine, nous mettrons en place une instance de dialogue avec les représentants du culte musulman pour engager ces derniers dans cette action de déradicalisation. Ils sont très partant pour cela, ils ont signé une charte qui les engage, nous aurons de bons résultats. J'ajoute que l'installation de deux centres de déradicalisation est prévue, l'un pour des jeunes qui s'y rendraient volontairement, l'autre pour ceux qui rentreraient de Syrie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/260.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/260.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a118ef4e4e6c75ed046590e174b819b06292ebb1 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/260.txt @@ -0,0 +1 @@ +Coopération policière et en matière de renseignement 1. À la suite des attentats qui ont durement touché la France et le Royaume-Uni en 2015, nos deux pays réaffirment leur intention de poursuivre et d'intensifier leur coopération policière, en renforçant les échanges d'informations entre leurs forces de sécurité intérieure ainsi qu'entre leurs services de renseignement, et en faisant plein usage des outils bilatéraux, européens et internationaux existants. 2. Conscients de la nécessité de mieux utiliser les possibilités offertes par le Système d'Information Schengen (SIS II), nos deux pays prennent l'engagement réciproque de continuer d'alimenter systématiquement le SIS de toutes les données relatives aux personnes susceptibles de représenter une menace sécuritaire. La France et le Royaume-Uni militent en faveur d'une harmonisation des critères d'alimentation systématique concernant les combattants étrangers dans le cadre de l'article 36. 3 du SIS II prévu à cet effet. 3. Convaincus de la plus-value opérationnelle du point focal d'Europol sur les combattants terroristes étrangers (« FP Travellers »), la France et le Royaume-Uni poursuivront son alimentation de manière systématique. 4. Soulignant l'importance de détecter les détenteurs de documents de voyages falsifiés, contrefaits ou détournés, en particulier aux frontières extérieures de l'Union européenne, mais également ceux en possession de documents volés, nos deux pays s'accordent sur la nécessaire alimentation et consultation de la base SLTD d'Interpol relative aux documents de voyages perdus et volés. 5. La France et le Royaume-Uni encouragent leurs partenaires européens à alimenter et à utiliser pleinement l'ensemble de ces fichiers. 6. Soucieux de pouvoir améliorer et faciliter l'utilisation des données d'Eurodac dans le domaine sécuritaire, la France et le Royaume-Uni estiment nécessaire de modifier en ce sens le règlement Eurodac, tout en s'entourant des garanties nécessaires. 7. La France et le Royaume-Uni renforceront la coopération en matière de renseignement par des échanges techniques et humains encore plus fréquents entre les directions et services de nos pays respectifs. 8. Nos deux pays mèneront des opérations conjointes de contrôles de voyageurs dans les transports ferroviaire, maritime et aérien afin de pouvoir détecter et prévenir les mouvements d'individus qui représentent une menace pour la sécurité. Sécurité des frontières extérieures 9. La France et le Royaume-Uni appellent les États membres à effectuer de manière systématique et coordonnée des contrôles aux frontières extérieures, y compris des personnes jouissant de la liberté de circulation. 10. Nos deux pays saluent l'accord trouvé le 25 février lors du Conseil « Justice et affaires intérieures » concernant la consultation plus systématique des bases de données pertinentes lors des contrôles aux frontières extérieures. 11. Nos deux pays soulignent l'importance de l'échange d'informations entre les États membres, notamment, mais pas seulement, aux frontières extérieures, afin de faire face à des menaces de plus en plus diversifiées. Contrôle des armes 12. Dans le contexte sécuritaire dégradé qu'a connu l'Union européenne en 2015, la France et le Royaume-Uni affirment leur volonté d'aboutir à une révision ambitieuse de la directive 91/477 relative au contrôle de l'acquisition et de la détention d'armes. La révision de la directive est une priorité politique majeure. Nos deux pays sont convaincus que le marché licite sera ainsi mieux régulé et que la lutte contre le trafic illicite sera plus efficace. En conséquence, la France et le Royaume-Uni s'engagent à poursuivre leurs efforts conjoints en vue de mieux encadrer l'acquisition et la détention d'armes, de lutter contre le trafic d'armes et d'assurer ainsi plus de sécurité aux citoyens européens. 13. Conformément au règlement d'application du 15 décembre 2015 établissant des lignes directrices communes concernant les normes et techniques de neutralisation afin de garantir que les armes à feu neutralisées sont rendues irréversiblement inopérantes, la France et le Royaume-Uni s'engagent à mettre en œuvre sans délai les normes les plus exigeantes en matière de neutralisation des armes à feu, afin que ces dernières soient rendues inopérantes de manière irréversible. 14. Enfin le Royaume-Uni et la France s'engagent à renforcer la lutte contre les trafics d'armes illicites, y compris dans les pays des Balkans, et soumettront dans ce domaine des propositions communes à leurs partenaires européens. Lutte contre la radicalisation 15. Dans le souci permanent du respect de la liberté d'expression et des garanties fondamentales, la France et le Royaume-Uni s'engagent à combattre résolument l'utilisation abusive et détournée d'Internet à des fins de diffusion de messages de propagande terroriste et extrémiste. À cette fin, ils s'appuieront sur l'échange d'informations et la coopération avec les entreprises du secteur. 16. Dans le prolongement des travaux engagés aux plans national et européen, en particulier sur le dialogue avec les grands opérateurs d'Internet, nos deux pays appellent à des engagements plus fermes et à des résultats plus concrets en matière de détection et de retrait des messages de propagande terroriste et extrémiste. 17. La France et le Royaume-Uni s'engagent à travailler conjointement pour mettre en place des stratégies communes de communication visant à contrecarrer le discours terroriste et à renforcer la résistance de la société civile. Ils développeront conjointement leurs stratégies nationales de lutte contre les phénomènes de radicalisation, en particulier par les échanges et la coopération entre experts. Toutes les actions visant à promouvoir la tolérance, la non-discrimination, les libertés fondamentales et la solidarité seront recherchées. Directive relative à l'utilisation des données des dossiers passagers (PNR) 18. Un accord a été trouvé à la fin de l'année 2015 en vue d'une Directive relative à l'utilisation des données PNR. Elle permettra d'identifier et de surveiller les mouvements des personnes représentant une menace pour la sécurité de nos États et de nos concitoyens. Nos deux pays appellent à son adoption et à sa mise en œuvre sans délai par l'ensemble des États membres, avec la possibilité d'exploiter les données PNR des vols intra-européens et des vols charter. Lutte contre le financement du terrorisme 19. La France et le Royaume-Uni saluent la présentation par la Commission européenne d'un plan d'action ambitieux de renforcement de la lutte contre le financement du terrorisme, et l'appellent à accélérer ses travaux pour présenter rapidement des mesures législatives. En matière de gels d'avoirs, la France et le Royaume-Uni ont uni leurs efforts afin de porter une initiative renforçant les dispositifs européens existants de gel des avoirs terroristes pour cibler les combattants de Daech, notamment en application de la résolution 2253 du Conseil de sécurité des Nations Unies. 20. La France et le Royaume-Uni sont résolus à renforcer la coopération entre leurs cellules de renseignement financier pour accroitre l'efficacité de leur action. Ils prendront également des mesures afin d'améliorer l'encadrement des instruments de paiement utilisés hors des circuits bancarisés, notamment des espèces, en raison des risques qu'ils représentent du fait de l'anonymat des transactions. 21. La France et le Royaume-Uni sont déterminés à obtenir des résultats concrets dans le domaine de la lutte contre le financement du terrorisme dans les enceintes internationales comme le G7, le G20 et le Groupe d'action financière (GAFI), notamment à travers la mise en œuvre des standards internationaux et d'échange d'informations. Coopération internationale 22. La France et le Royaume-Uni poursuivront leur collaboration en vue de mener des actions fermes et décisives contre Daech en Syrie et en Irak. Reconnaissant la menace terroriste dont l'Europe et la cible, la France et le Royaume-Uni s'associeront pour renforcer les capacités des partenaires européens en matière de lutte contre le terrorisme, afin de réduire le niveau de danger qui pèse sur les nations européennes. La France et le Royaume-Uni sont résolus minimiser les risques pour l'aviation mondiale et à s'assurer que tous les États respectent pleinement les exigences internationales en matière de sûreté aérienne. Pour cela, nous renforcerons la coordination de la mise en place des capacités nécessaires grâce à une étroite collaboration au sein de l'Organisation de l'Aviation civile internationale et au-delà, mais aussi dans toutes les enceintes pertinentes, comme le G7 et le G20. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/261.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/261.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5abea0a5d5f60915199c079c8f02309241b009f8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/261.txt @@ -0,0 +1 @@ +À l'issue de la réunion du 34ème Sommet franco-britannique tenu aujourd'hui à Amiens, la France et le Royaume-Uni ont arrêté un ambitieux programme de coopération bilatérale visant à approfondir leur partenariat stratégique. Il y a cent ans, la France et le Royaume-Uni combattaient côte à côte durant la Première Guerre mondiale. En mémoire des sacrifices alors consentis pour défendre leurs valeurs communes, nos deux pays commémoreront ensemble la bataille de la Somme à Thiepval le 1er juillet. Cent ans après cette période tragique, la France et le Royaume-Uni restent alliés pour faire face à de nouveaux défis et à de nouvelles menaces, notamment le terrorisme. La France gardera en mémoire les expressions de solidarité manifestées par le peuple britannique après les attentats perpétrés sur son sol en janvier et en novembre 2015, soulignant ainsi le sens de l'amitié et les valeurs qui unissent nos deux pays. La France et le Royaume-Uni tirent une capacité d'autant plus grande à agir dans le monde en faveur de la paix et de la stabilité qu'ils sont membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, alliés au sein de l'OTAN et membres de l'Union européenne. Ce sont ces partenariats qui favorisent leur sécurité. Le rôle que jouent la France et le Royaume-Uni au sein de l'Union européenne renforce leur sécurité, la prospérité de leurs citoyens et la compétitivité de leurs économies. Cette Union a été créée pour apporter la paix et la stabilité à des pays qui étaient en guerre il y a 70 ans. Une telle réalisation ne devrait jamais être tenue pour définitivement acquise. Aujourd'hui, alors que l'Europe fait face à des menaces à ses frontières et au terrorisme sur son sol, nos deux pays sont convaincus que l'Union européenne leur confère une plus grande force de projection au niveau international. Le Président de la République française et le Premier Ministre du Royaume-Uni sont convenus de mettre en œuvre les mesures suivantes : 1/ UN PARTENARIAT SOLIDE POUR FAIRE FACE AUX CRISES INTERNATIONALES Notre environnement de sécurité a considérablement changé. Les crises extérieures frappent aux portes de l'Europe, tant à ses frontières orientales que méridionales. Elles ont des conséquences immédiates et tragiques sur le territoire européen et pour la sécurité de nos concitoyens. Dans ce contexte, la France et le Royaume-Uni sont résolus à agir ensemble et à mobiliser en tant que de besoin tous les instruments bilatéraux, européens et internationaux à leur disposition. Syrie La France et le Royaume-Uni : Intensifieront leur coordination sur tous les aspects de la crise syrienne afin de promouvoir une réponse internationale proportionnelle à la menace qui pèse sur le peuple syrien, la région et l'Europe ; Demandent instamment à toutes les parties de mettre en œuvre la cessation des hostilités telle que décidée par le Groupe international de soutien à la Syrie le 11 février, l'accord États-Unis-Russie du 22 février, et le Conseil de sécurité des Nations Unies dans sa résolution 2268 du 26 février, et de se conformer à leurs obligations en vertu du droit international ; Demandent à toutes les parties qui commettent des violations du droit international humanitaire, y compris la Russie et le régime syrien, de mettre fin immédiatement aux attaques contre les groupes de l'opposition modérée ; de cesser toute attaque contre des civils et en particulier contre les installations médicales et leur personnel ; de cesser leur marche vers Alep, qui compromet les perspectives de paix, menace d'aggraver de manière dramatique la crise des réfugiés et de profiter à Daech ; Appellent de leurs vœux la mise en œuvre immédiate des résolutions 2254 et 2258 du Conseil de sécurité des Nations Unies afin de permettre l'acheminement rapide, sûr et sans entrave de l'aide humanitaire jusqu'à toutes les zones de Syrie qui en ont besoin, y compris les zones assiégées et difficiles d'accès ; Réaffirment leur soutien à l'opposition syrienne et se félicitent de son attachement à un règlement politique au moyen d'une véritable négociation, tel qu'indiqué par le Haut-comité de négociation, notamment lors de sa réunion tenue à Riyad du 9 au 11 décembre 2015. Libye La France et le Royaume-Uni : Appellent la Chambre des représentants à approuver sans délai le Gouvernement libyen d'union nationale par un vote positif ; Expriment leur soutien aux efforts du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Martin Kobler ; Se réjouissent de la perspective de travailler avec le Gouvernement libyen d'union nationale pour l'aider à relever les graves défis qui l'attendent : rétablir l'unité, la stabilité et la sécurité pour tous les Libyens ; Soutiennent la dynamique de retour rapide du Gouvernement à Tripoli et du rétablissement d'institutions fonctionnant bien, dans le respect des dispositions de l'accord politique inter-libyen ; Réaffirment leur préoccupation face à la montée de Daech en Libye, la lutte conte cette organisation devant être une des grandes priorités des autorités libyennes, avec l'aide de la communauté internationale. Afrique La France et le Royaume-Uni réaffirment leur coopération en faveur de la paix et de la stabilité en Afrique et décident : D'intensifier leurs efforts dans la lutte contre Boko Haram, en liaison avec le Nigeria et les pays du bassin du Lac Tchad, en particulier par la formation de soldats et un soutien opérationnel aux institutions de sécurité ; D'encourager la mobilisation de l'UE, notamment par un soutien financier à la Force multinationale mixte de lutte contre Boko Haram ; D'œuvrer pour le renforcement des missions de stabilisation de la MINUSMA et de soutenir et élargir le mandat de EUTM Mali et EUCAP Sahel, en particulier dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée, y compris la traite des êtres humains ; Avec le soutien des institutions financières internationales, d'agir en faveur d'un changement à long terme et de soutenir les régions du Lac Tchad et du Sahel, de manière à réduire la pauvreté, à limiter la radicalisation et à prévenir les migrations forcées ; D'appeler la Commission européenne à mettre en œuvre rapidement le plan d'action décidé lors du Sommet de La Valette sur la migration, la sécurité et le développement, y compris grâce au fonds fiduciaire d'urgence de l'UE ; De réaffirmer leur disposition à soutenir la Force africaine en attente par des actions de formation et à contribuer à son financement en accord avec leurs partenaires européens ; De soutenir la proposition selon laquelle l'Union européenne formerait et équiperait désormais les forces armées des pays africains ; De réaffirmer leur attachement commun à la promotion de la démocratie par des institutions fortes et ainsi de rappeler leur conviction que les constitutions doivent être respectées pour préserver la paix et la stabilité. Post-Ébola Santé mondiale En s'appuyant sur leur expérience commune d'aide aux pays africains dans leur lutte contre Ébola, la France et le Royaume-Uni : S'engagent à concentrer leur action sur les domaines stratégiques qui permettraient une réponse internationale plus efficace et plus cohérente aux futures épidémies ; Cela comprendrait : - Un engagement franco-britannique à travailler ensemble pour améliorer l'échange international de données et d'informations durant les crises majeures ; - La poursuite de la collaboration et de l'action pour aider les pays à faible revenu à bâtir des systèmes de santé plus forts et à honorer leurs engagements au titre du Règlement sanitaire international ; - Un effort commun pour faire avancer la réforme de l'Organisation mondiale de la santé. Ukraine/Russie À quelques jours du deuxième anniversaire de l'annexion illégale de la Crimée à la Fédération de Russie et alors que la situation en Ukraine orientale n'est toujours pas stabilisée, nos deux pays : Rappellent leur soutien à l'intégrité territoriale, à la souveraineté et à l'indépendance de l'Ukraine ; Appellent à la pleine mise en œuvre, et ce dans les meilleurs délais, de l'Accord de Minsk, afin d'avancer vers la conclusion de la crise et rétablir les frontières entre l'Ukraine et la Russie. Rappellent l'engagement du Conseil européen sur le fait que la durée des sanctions infligées à la Russie sera subordonnée à la mise en œuvre totale des accords de Minsk ; Appellent également : - La Russie à user de toute son influence pour faire cesser les violences en Ukraine orientale ; - Les forces politiques ukrainiennes à unir leurs efforts pour mettre en œuvre toutes les réformes nécessaires. Non-prolifération et désarmement nucléaire La France et le Royaume-Uni : Se félicitent de la mise en œuvre du Plan d'action global et de son rôle dans la promotion de la paix et de la sécurité. Les deux pays réaffirment leur volonté, en tant que membres de la Commission mixte (E3+3 et Iran), d'honorer leurs engagements en vertu de l'accord et encouragent toutes les autres parties à en faire autant ; ils appellent par ailleurs l'Iran à s'engager de manière constructive pour contribuer au règlement politique des crises régionales ; Renforceront leur coordination dans la lutte contre la prolifération nucléaire et balistique. À cet égard, les deux pays condamnent dans les termes les plus vifs l'essai nucléaire du 6 janvier 2016 et le lancement d'un missile longue portée le 7 février 2016 par la Corée du Nord ; Continueront de travailler pour obtenir une réaction ferme et déterminée de la communauté internationale tant au Conseil de sécurité des Nations Unies qu'au niveau européen, y compris par une coordination et une coopération accrues dans la lutte contre les activités de prolifération de la Corée du Nord ; Coopéreront dans les enceintes multilatérales dans le cadre d'une approche progressive du désarmement nucléaire conformément à nos engagements dans le cadre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, et compte tenu du contexte stratégique ; Coopéreront pour renforcer le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et sa mise en œuvre en encourageant la négociation d'un traité interdisant la production de matières fissiles pour des armes nucléaires dans le cadre de la Conférence du Désarmement ainsi que l'entrée en vigueur d'un Traité d'interdiction complète des essais nucléaires. 2/ UNE CONTRIBUTION DETERMINEE EN FAVEUR DE LA PAIX, LA STABILITE ET LA SECURITE GRACE A UNE COOPERATION GLOBALE EN MATIERE DE DEFENSE La France et le Royaume-Uni sont les principaux garants de la sécurité de l'Europe et les plus grands investisseurs européens en matière de défense. Notre partenariat stratégique de défense est essentiel pour nous permettre d'atteindre nos objectifs communs partout dans le monde. Dans le prolongement du succès du Traité de Lancaster House signé en 2010, la France et le Royaume-Uni réaffirment leur volonté de maintenir et de renforcer les capacités de défense collectives, de sécurité et de gestion des crises en s'appuyant sur une base industrielle compétitive, à la pointe de la technologie. Dans ce contexte, la France et le Royaume-Uni adoptent une déclaration sur la sécurité et la défense qui définit les principaux objectifs suivants : Validation du concept de force expéditionnaire commune interarmées (CJEF) et échange de scenarios d'emploi de cette force à compter d'avril 2016 ; Approfondissement de la coopération sur les armements, notamment dans le domaine du système de combat aérien du futur (FCAS), des missiles et du programme de guerre des mines navales ; Poursuite de la coopération en matière de dissuasion nucléaire, dans le cadre du Traité Teutatès ; Mise en place d'un groupe de travail conjoint sur l'innovation pour échanger les expériences et identifier les nouveaux domaines de coopération potentielle ; Déploiement conjoint d'une action ferme et déterminée contre Daech en Syrie et en Irak ; Établissement d'une étroite liaison en amont du Sommet de l'OTAN en juillet 2016 et poursuite de l'adaptation de l'OTAN pour lui permettre de relever les défis stratégiques ; Dans le prolongement des opérations réussies de la Politique de sécurité et de défense commune, soutenir le développement d'une stratégie de l'Union européenne en matière de politique étrangère et de sécurité lors du Conseil européen de juin 2016. 3/ UN ENGAGEMENT INLASSABLE EN FAVEUR DE L'ERADICATION DU TERRORISME L'Europe n'est plus un havre de paix. La menace terroriste se développe à partir de zones en crise, en s'appuyant sur des réseaux complexes, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Europe. Cette menace représente un grave défi pour nos valeurs essentielles, notamment la démocratie, la primauté du droit, les libertés individuelles, l'égalité, ainsi que le respect mutuel et la tolérance envers les différentes religions et croyances. Considérant que ces principes sont le fondement même de leurs démocraties, la France et le Royaume-Uni réaffirment leur détermination inébranlable à les promouvoir et les défendre. Comme rappelé dans la déclaration en annexe, nos deux pays s'efforcent : D'intensifier leur lutte contre la radicalisation, notamment sur Internet : en renforçant la capacité de la société civile à élaborer des contre-messages préventifs et positifs, destinés aux personnes vulnérables à l'égard des influences extrémistes et radicales ; en encourageant l'échange de bonnes pratiques entre les experts de la prévention et de la déradicalisation ; D'appeler à un engagement plus fort et des résultats plus concrets en matière de détection et de suppression de la propagande extrémiste, dans le prolongement des travaux lancés aux niveaux national et européen, concernant notamment le dialogue avec les principaux opérateurs d'Internet ; De mettre en œuvre toutes les mesures utiles à l'échange de renseignements sur les diverses formes de menace, y compris les combattants étrangers ; D'encourager une meilleure utilisation des possibilités qu'offrent les mécanismes européens et internationaux, notamment le Système d'Information Schengen (SIS), Europol, Interpol et Eurodac ; De renforcer leur coopération dans la lutte contre le trafic d'armes (en particulier l'échange d'informations sur la traçabilité des armes et les comparaisons balistiques), notamment dans les Balkans occidentaux ; D'encourager l'UE à adopter et ses États membres à mettre en œuvre sans délai le système européen d'enregistrement des données des dossiers passagers (PNR) ; D'endiguer le financement du terrorisme, notamment : en renforçant les mécanismes européens existants de gel des avoirs terroristes ; en intensifiant la coopération entre les services de renseignement financier ; en accroissant l'échange d'informations avec le secteur bancaire ; en limitant l'anonymat des paiements, un accent particulier étant porté aux instruments de paiement en dehors des circuits bancaires, par exemple la monnaie électronique et les devises virtuelles ; De travailler ensemble pour coordonner les politiques nationales concernant les vols à l'arrivée, chaque fois que possible, en appelant tous les États à se conformer à leurs obligations en vertu de la Convention de Chicago et en s'engageant à inciter l'Organisation de l'Aviation civile internationale et ses États membres à améliorer notamment son système d'audit et à accroître la transparence ; De lutter contre le terrorisme à l'extérieur de l'Europe, notamment lorsque celui-ci menace les voyageurs français et britanniques et des intérêts plus larges, d'échanger des informations et de collaborer pour le renforcement des capacités dans les pays tiers ; De réaffirmer leur étroite coopération afin de renforcer la protection des frontières extérieures de l'UE. 4/ UNE COORDINATION RENFORCEE EN REPONSE A LA CRISE MIGRATOIRE Comme indiqué dans la déclaration ci-jointe et en gardant à l'esprit la déclaration des ministres de l'intérieur adoptée le 20 août 2015, la France et le Royaume-Uni sont convenus de : Intensifier encore les actions entreprises pour réduire les pressions migratoires à Calais en poursuivant la sécurisation du port et du Tunnel, en accentuant la lutte contre les routes d'immigration illégale et en améliorant l'accueil des migrants, en particulier grâce à un soutien financier substantiel du Royaume-Uni ; Soutenir une mise en œuvre plus déterminée de la réponse européenne pour contenir les flux et retrouver le contrôle des frontières extérieures, grâce notamment à une aide au déploiement et au fonctionnement efficace des centres d'accueil et d'enregistrement des migrants, en Grèce et en Italie ; à l'entière mise en œuvre du Plan d'action UE/Turquie afin de lutter contre les flux irréguliers ; à l'accélération de l'examen de la proposition de garde-frontières et garde-côtes européens, afin de rendre le nouveau système opérationnel d'ici l'été prochain ; Déployer de nouveaux efforts pour casser le mode opératoire des passeurs et des trafiquants et intensifier la coopération à tous les niveaux, bilatéral, européen et international, afin de démanteler les réseaux criminels ; Continuer à favoriser l'aide humanitaire au profit des réfugiés syriens et des pays voisins de la Syrie, et insister sur la mise en œuvre totale des engagements pris lors de la Conférence de haut niveau « Soutenir la Syrie et sa région » tenue à Londres le 4 février ; Accroître leur coordination avec les pays tiers, notamment en Afrique, dans le sous-continent indien, au Moyen-Orient et dans les Balkans, afin de contribuer à intensifier les retours et à réduire les flux en provenance de ces pays ; De définir des propositions concrètes et concertées qui seront adressées aux pays d'origine et de transit dans le cadre des décisions prises lors du Sommet de La Valette en novembre 2015. 5/ UNE VOLONTE COMMUNE DE MONTRER L'EXEMPLE EN MATIERE DE TRANSITION ENERGETIQUE VERS DES ECONOMIES SOBRES EN CARBONE L'adoption le 12 décembre 2015 de l'Accord de Paris a été un événement politique sans précédent et marque un tournant sur la voie de l'émergence d'un monde à faible intensité de carbone. Nous devons maintenant soutenir la dynamique enclenchée et réaliser des progrès immédiats et concertés. La France et le Royaume-Uni entendent : Soutenir la mise en œuvre rapide de l'accord dans quatre domaines clés : sa signature et sa ratification ; la préparation des décisions d'application ; le soutien à l'élaboration et à la mise en œuvre des contributions déterminées au niveau national des pays en développement ; la poursuite de la mobilisation de tous les acteurs étatiques et non étatiques dans le cadre du Plan d'actions Lima-Paris ; Avec d'autres pays développés, augmenter le niveau de leur soutien financier pour atteindre l'objectif commun de 100 milliards de dollars par an d'ici 2020, à partir d'une grande diversité de sources de financements, publiques et privées, et dans le cadre d'une action d'atténuation significative et transparente ; S'appuyer sur la décision de Paris, qui reconnaît le rôle important des incitations grâce y compris à des instruments comme la tarification carbone, pour poursuivre la promotion d'un environnement favorable aux activités de réduction des émissions de CO2 aux niveaux national, européen et international ; Soutenir les solutions africaines au changement climatique et l'établissement de systèmes d'alerte précoce pour les catastrophes naturelles, et encourager la réalisation des objectifs de l'Initiative africaine sur les énergies renouvelables. Activement engagés dans la diversification de leur bouquet énergétique, la France et le Royaume-Uni décident d'instaurer un partenariat général sur l'énergie nucléaire civile concernant tous les aspects du cycle de production. EDF consacre actuellement tous ses efforts à préparer les éléments nécessaires à l'annonce d'une décision finale d'investissement pour Hinkley Point C dans un proche avenir, avec le soutien total du gouvernement français. 6/ SOUTIEN A L'INNOVATION ET LA RECHERCHE : La France et le Royaume-Uni s'engagent à : Améliorer la collaboration sur l'ouverture des données publiques et l'utilisation des données pour stimuler la croissance économique et améliorer les services publics, sur la base du rapport à venir du groupe de travail franco-britannique sur l'économie de la donnée ; Approfondir encore la coopération en matière de recherche, concernant notamment les principaux sujets scientifiques tels que l'énergie, le climat et la santé, tout en reconnaissant le rôle important de la recherche et développement pour relever ces défis et échanger les bonnes pratiques sur les systèmes nationaux et régionaux d'appui à l'innovation ; Développer des initiatives concrètes pour que les technologies numériques contribuent à des mesures publiques plus transparentes et plus collaboratives, dans la perspective du sommet mondial du Partenariat pour un gouvernement ouvert qui se tiendra à Paris en décembre 2016 ; Travailler en coopération avec les institutions de l'UE pour accélérer la mise en œuvre de la stratégie du marché unique du numérique ; Coopérer activement avec les institutions de l'UE pour trouver et mettre en œuvre des solutions susceptibles de stabiliser le cadre juridique autorisant les transferts de données aux États-Unis et de garantir un haut niveau de protection des droits fondamentaux du citoyen européen ; Montrer le même niveau d'ambition en matière de politique spatiale. La France et le Royaume-Uni approfondiront leur coopération dans ce domaine, continueront de saisir les occasions de mener des missions communes d'observation de la Terre, notamment le projet MicroCarb consacré à la mesure du CO2. 7/ RAPPROCHEMENT DE NOS SOCIETES CIVILES : La France et le Royaume-Uni entendent : Lancer le programme d'échanges de haut niveau Young Leaders ; Encourager l'organisation de conférences dans le secteur de la coopération transfrontalière, en se réunissant alternativement en France et au Royaume-Uni, sur tous les sujets se rapportant à notre proche voisinage (migration, santé, tourisme, emploi). \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/262.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/262.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e80a41b51f0709619ac4c1036651f36032d732ca --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/262.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Monsieur le Rapporteur, Mesdames et Messieurs les Députés, Notre pays est aujourd'hui confronté à une menace terroriste d'une gravité sans précédent. En janvier et en novembre derniers, nous avons dû faire face à deux campagnes d'attentats perpétrés en plein cœur de Paris et dans sa proche banlieue. Entre ces deux événements et depuis lors, d'autres attaques à caractère terroriste ont été commises en différents points du territoire national, et d'autres attentats ont été déjoués par nos services. Jusqu'alors, jamais nous n'avions connu une menace d'une telle nature ni d'une telle ampleur sur notre sol. Au cours de l'année passée, 149 victimes innocentes, frappées par la barbarie djihadiste, ont en effet perdu la vie, tandis que des centaines d'autres resteront encore longtemps marquées dans leur chair, parfois même pour le restant de leurs jours, et que des familles entières ont été brisées à jamais. En janvier comme en novembre, je me suis moi-même rendu sur les lieux des attentats, et à chaque fois j'ai vu une horreur sans nom et une désolation que je n'oublierai jamais. Je sais que plusieurs victimes, ainsi que certains de leurs proches, ont d'ores et déjà apporté leur témoignage auprès de votre Commission d'enquête. Malgré le traumatisme qu'elles ont subi, malgré le chagrin et la douleur du deuil qui les habite, elles ont pris la parole avec dignité, et nous devons les écouter. Aussi, je souhaite tout d'abord leur exprimer, ainsi qu'à leurs familles, ma plus profonde compassion, comme je pense également avec une très forte émotion à toutes celles et ceux à qui les terroristes ont brutalement pris la vie. Je sais aussi qu'après moi, dans les jours et les semaines qui viennent, vous allez également, comme cela est normal, auditionner plusieurs responsables des forces de sécurité. Dès à présent, je veux souligner le sang-froid et la grande réactivité dont ils ont fait montre dans les épreuves exceptionnelles que nous avons traversées. Au cœur de la tragédie, ils ont accompli leur mission avec un professionnalisme et un sens du devoir qu'ils partagent avec les femmes et les hommes qui sont alors intervenus sous leur autorité, dans des circonstances que nul d'entre nous ne saurait imaginer. Il convient de ne point l'oublier. Entre 1996 et 2012, grâce à l'action de nos services, la France a été épargnée par la vague d'attentats qui a notamment frappé les États-Unis, l'Espagne puis le Royaume-Uni. Mais, depuis les crimes commis par Mohammed MERAH à Toulouse et à Montauban en mars 2012, nous sommes à notre tour confrontés sur notre sol à la menace djihadiste, laquelle a par ailleurs muté au cours de ces dix dernières années. En effet, nous faisons face aujourd'hui à des organisations au premier rang d'entre elles DAESH qui recrutent une partie de leurs activistes au sein même des sociétés occidentales qu'elles prennent pour cible et qui utilisent Internet et les réseaux sociaux pour diffuser leur propagande mortifère. Ce terrorisme de proximité, à la fois endogène et exogène, nous commande donc de prendre les précautions qui s'imposent sur l'ensemble du territoire national. Car chacun doit avoir bien conscience que, pour des organisations telles que DAESH ou bien AQMI, la France constitue une cible prioritaire. Face à l'existence d'une telle menace et après les traumatismes collectifs que nous avons vécus l'année dernière, je crois qu'il était à la fois normal, sain et nécessaire que le Parlement puisse examiner dans le détail l'action des pouvoirs publics lors des événements de 2015 et dans le temps long de la lutte antiterroriste. Aussi, je veux remercier les membres de la Commission d'enquête, et tout particulièrement son président, Georges FENECH, et son rapporteur, Sébastien PIETRASANTA, pour les travaux importants qu'ils conduisent. Je rappelle en effet qu'en matière de lutte antiterroriste, le Gouvernement s'est toujours efforcé de faire preuve de la plus grande transparence possible. Pour ma part, je n'ai jamais refusé de répondre aux sollicitations ni aux interrogations des parlementaires. Par trois fois depuis que je suis à la tête du ministère de l'Intérieur, j'ai ainsi été auditionné par des Commissions d'enquête portant sur la lutte que nous menons contre les réseaux djihadistes en France et en Europe. Par ailleurs, de nombreux débats ont eu lieu en séance et en Commission des Lois à l'occasion de l'examen des différentes lois proposées par le Gouvernement. Je pense tout particulièrement au grand débat qui a précédé l'adoption de la loi du 24 juillet 2015 relative à notre politique publique du renseignement, rompant ainsi avec ce qu'il faut bien appeler la « culture du secret » qui, sur ce sujet, avait longtemps prévalu en France. Enfin, après les attentats du 13 novembre, nous n'avons pas hésité à mettre en place des procédures de contrôle inédites et notamment de contrôle parlementaire des mesures que nous prenons dans le cadre de l'état d'urgence. A mes yeux, l'exercice qui nous réunit aujourd'hui s'inscrit donc dans cette même logique vertueuse. Je suis moi-même convaincu que la démocratie ne peut que sortir renforcée d'une telle démarche, dès lors que celle-ci est conduite avec toute la rigueur nécessaire. Je l'ai dit : jamais la menace n'a été aussi élevée qu'aujourd'hui. Mais, dans le même temps, jamais la réponse de l'Etat n'a été aussi forte. Tel est le sens du propos que je veux tenir aujourd'hui devant vous, sans pour autant ignorer que le risque zéro n'existe pas. Je commencerai ainsi par évoquer la réponse opérationnelle que nous avons opposée aux attentats de 2015, avant d'en venir à notre politique de lutte antiterroriste et aux moyens que nous mettons en œuvre sur le long terme pour empêcher la commission de nouvelles attaques. Parce que, comme je viens de le dire, le risque zéro n'existe pas face à la menace terroriste, les pouvoirs publics ont l'obligation de se préparer au pire, de prévoir à l'avance les moyens de réagir face à une séquence d'attentats de haute intensité. C'est dans cet esprit d'anticipation que les services du ministère de l'Intérieur ont travaillé au cours des dernières années. Et c'est pourquoi la qualité du retour d'expérience auquel nous avons procédé présente une grande importance. Comment les services du ministère de l'Intérieur, et plus largement l'appareil d'Etat, ont-ils réagi face aux deux vagues d'attentats de janvier et novembre 2015 ? Etaient-ils convenablement organisés et suffisamment préparés à cette mission ? Et quelles leçons doivent-elles en être tirées pour l'avenir ? Ces questions sont extraordinairement complexes, en raison du très grand nombre des services et des personnels qui ont été mobilisés dans les heures qui ont suivi les attentats, et de la multitude des tâches qu'il leur aura fallu accomplir dans l'urgence. Pour la clarté de l'exposé, je me propose donc de distinguer quatre sujets de réflexion principaux, tout en sachant que nous aurons l'occasion d'y revenir aussi longuement que vous le souhaiterez dans le cadre des questions qui suivront cet exposé liminaire. Ces quatre sujets principaux sont à mon sens : - la coordination générale des moyens engagés ; - la mobilisation des forces d'intervention ; - les procédures d'enquête ; - les opérations de secours aux victimes. (1) La coordination générale des moyens engagés Face à des événements exceptionnels, qui amènent à prendre des décisions dans l'urgence et à mobiliser des effectifs considérables, la question de la coordination générale des moyens de l'Etat est bien entendu cruciale. Toutefois, cette question me semble s'être posée de façon différente en janvier et en novembre. En janvier en effet, l'action des forces de sécurité s'est d'abord concentrée sur la traque des frères KOUACHI, après que ceux-ci ont réussi à quitter la capitale. Tous les services et toutes les forces de sécurité se sont donc trouvés mobilisés : Préfecture de Police, DGSI, DGPN, DGGN. Il est très vite apparu qu'il fallait renforcer leur coordination et assurer entre eux un partage plus fluide de l'information. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu que leurs responsables se réunissent en permanence dans le salon « fumoir » du ministère de l'Intérieur. Cet outil de pilotage opérationnel a fait la preuve de son efficacité toute au long de la gestion de la crise des 7-9 janvier. La situation était très différente le 13 novembre. En effet, la Préfecture de Police avait cette fois naturellement vocation à assurer le pilotage opérationnel du dispositif, à Paris comme à Saint-Denis. Mais il lui fallait coordonner des moyens bien plus nombreux pour répondre aux circonstances inédites de cet attentat : pluralité des sites, usage de ceintures d'explosifs par les terroristes, absence de ciblage et nombre élevé des victimes. En l'espace de quelques heures, nos services ont d'abord dû intervenir à la fois pour mettre hors d'état de nuire les terroristes demeurés sur place (au Bataclan), pour sécuriser les sites et prévenir le risque de sur-attentat, pour secourir les victimes et pour procéder au recueil des données utiles aux enquêtes. Dans un deuxième temps, il leur aura fallu réaliser l'enquête judiciaire et assurer le suivi des victimes, des familles et de leurs proches. Tout ceci sans oublier, ni les échanges d'information et la coordination avec les services étrangers, ni l'action de cyberdéfense, ni l'information du grand public. Globalement, le pilotage opérationnel par la Préfecture de Police de ces moyens et missions complexes peut être jugé satisfaisant. La réactivité des forces de sécurité a permis de mobiliser les personnels nécessaires à la sécurisation des sites, à la conduite des enquêtes et au secours des victimes dans des délais très brefs. Sur le plan opérationnel, nous devons cependant tirer certains enseignements, concernant l'organisation du commandement, la répartition des personnels sur les différents sites et l'intégration dans notre dispositif des personnes qui offrent spontanément leurs concours (militaires de la force « sentinelle », médecins civils et riverains). Enfin je rappelle qu'au-delà de la coordination opérationnelle, il existe un dispositif de coordination interministériel, la cellule interministérielle de crise (CIC), qui a été activée par le Premier Ministre en janvier comme en novembre 2015 et placée sous ma responsabilité. Elle a notamment joué un rôle très utile pour partager en continu les informations entre administrations, pour mobiliser au profit du préfet de police des renforts nationaux et, en novembre, pour assurer la mise en œuvre rapide des mesures prises au titre de l'état d'urgence et du rétablissement des contrôles aux frontières. (2) La mobilisation des forces d'intervention. La mobilisation des forces d'intervention (GIGN, RAID, BRI) constitue un deuxième aspect fondamental de notre dispositif en cas d'attaque terroriste, en particulier dès lors que nous sommes confrontés, comme c'est le cas avec les terroristes de DAESH, à un ennemi résolu à frapper au hasard et parfois à mourir pour faire le plus grand nombre possible de victimes. Après les crimes de Mohamed MERAH, le RAID et le GIGN ont ainsi dû faire évoluer leurs doctrines d'emploi, ainsi que leurs schémas tactiques et opérationnels d'intervention. Leurs hommes doivent être préparés à agir vite pour sauver des victimes, empêcher les agresseurs d'initier des charges explosives et ne pas leur laisser l'opportunité de communiquer sur les médias d'information continue et les réseaux sociaux. En juillet 2014, le RAID a ainsi présenté sa nouvelle stratégie d'intervention sur les individus radicalisés ayant déjà tué, basée sur l'abandon dans ce cas précis de la négociation pour privilégier, si possible, un contact maîtrisé par les forces de l'ordre. Elle est complétée par une tactique dite de « non réversibilité » c'est-à-dire un assaut rapide et continu, quelquefois doublé d'une technique consistant à offrir l'opérateur du RAID (protégé par un gilet lourd et un bouclier balistique) aux tirs ennemis, afin de détourner l'attention du tueur potentiel d'otages. Ces techniques ont été utilisées à Vincennes. De son côté, le GIGN a mis en place une cellule de veille du phénomène terroriste et sur les modes opératoires des « tueries planifiées ». Quatre exercices spécifiques ont été programmés en 2015 dans le cadre de la préparation opérationnelle de l'unité. Parallèlement, un travail de collaboration entre les chefs du RAID et du GIGN a abouti le 24 juillet 2014 à la rédaction d'une note commune organisant la collaboration des deux unités en cas de crise grave. Ce dispositif a été mis en place en janvier 2015. De même, une collaboration étroite a été engagée entre le RAID et la BRI dans le cadre de la Force d'intervention de la police nationale (FIPN). Le 9 janvier 2015, pour la première fois depuis sa création, j'ai décidé de déclencher la FIPN, donnant ainsi le commandement du dispositif composé des deux forces au chef du RAID. A la suite d'une autre de mes décisions, dans le courant de l'année 2015, le RAID a été doté de nouveaux équipements acquis sur financement anti-terroriste, dont des blindés urbains permettant de s'approcher des zones de feu y compris dans les centres commerciaux. Ces véhicules ont été engagés pour évacuer en toute sécurité des blessés et des otages du Bataclan. Une autre question essentielle, face à une menace terroriste qui n'est pas concentrée sur la région parisienne, porte sur les capacités de projection des forces d'intervention spécialisées. C'est pour répondre à ce défi que la décision a été prise en avril 2015 de faire des 7 groupes d'intervention de la police nationale situés à Lille, Strasbourg, Lyon, Nice, Marseille, Bordeaux et Rennes des antennes du RAID, mises en capacité d'effectuer les mêmes interventions que l'échelon central. Ces antennes permettent ainsi au RAID de se projeter plus rapidement sur tout point du territoire national. Face à la même nécessité, le GIGN a mis au point un « plan d'assaut immédiat » reposant sur un départ immédiat du premier échelon (au moins 4 équipes de 5 pour le GIGN) capable de quitter Satory entre 15 et 30 minutes, 24 heures sur 24 et 365 jours par an. Enfin, j'ai moi-même demandé aux directions générales de la police et de la gendarmerie nationales, ainsi qu'au préfet de police d'actualiser le schéma national d'intervention spécialisée afin d'adapter les conditions d'interventions d'urgence de ces unités en cas d'attentat. Ce schéma est en cours de finalisation et sera arrêté dans les prochains jours. (3) La conduite des enquêtes Je ne m'étendrai pas, comme vous le comprendrez, sur un sujet qui relève d'abord de l'autorité judiciaire, mais je voudrais souligner l'importance du travail d'enquête effectué par les services du ministère de l'Intérieur tout au long de ces crises. En janvier et plus encore en novembre, les services d'enquête ont dû faire face à un double défi, puisqu'il leur fallait à la fois procéder de manière coordonnée aux actes d'investigation sur plusieurs scènes d'attentats ayant fait un grand nombre de victimes, et identifier les auteurs survivants et leurs complices éventuels afin de prévenir la commission de nouveaux attentats. Dès le 13 novembre à 23H, le parquet de Paris a saisi conjointement la DGSI, la DRPJ de Paris et la DCPJ et a confié à la sous-direction anti-terroriste (SDAT) de cette dernière la coordination, la centralisation et la direction de l'enquête. A 23H45 la SDAT déclenchait le « plan attentat », comme en janvier, permettant notamment la mise en place d'un PC de crise, l'activation du numéro d'urgence « 197 » et du site internet dédié pour recueillir les témoignages de la population, l'activation de la « main courante attentats » et la mobilisation de renforts des services territoriaux de la DCPJ (Versailles, Lille, Orléans, Rennes, Bordeaux et Ajaccio). Ce sont ces renforts qui ont rapidement permis de répartir entre ces enquêteurs et ceux de la DRPJ de Paris les six scènes de crimes en vue d'établir les actes de constatation. Entre le 13 et le 24 novembre, les enquêteurs ont établi 5300 procès-verbaux et confectionné plus de 4000 scellés. Ce travail a notamment permis de réaliser les constations sur les six scènes de crimes, d'identifier les 9 terroristes abattus ou s'étant suicidés, de localiser 2 lieux conspiratifs en banlieue parisienne et 3 en Belgique, de procéder à 26 interpellations en France. L'activation du numéro d'appel à témoins « alerte attentat 197 » a notamment permis de recueillir 3 informations décisives, dont celle qui a permis de localiser 3 terroristes dans un appartement de Saint-Denis avant qu'ils ne puissent commettre de nouveaux attentats. Enfin je tiens à souligner l'importance de la coopération franco-belge, qui s'est notamment matérialisée par la mise en place d'une équipe commune d'enquêteurs ; ainsi que l'apport de la police technique et scientifique, à la fois pour l'identité judiciaire, pour la documentation criminelle et pour l'exploitation des traces informatiques et technologiques. Les supports exploités par la SDPTS à Ecully ont ainsi permis de démontrer la préparation préalable des attentats et de retracer une partie des déplacements effectués par les terroristes dans les jours précédant le 13 novembre. (4) Les secours aux victimes La prise en charge des victimes et de leurs proches a été pour l'État une préoccupation majeure, tout particulièrement en nombre compte tenu du nombre très élevé des victimes. Je rappelle qu'au matin du 14 novembre, le bilan provisoire était de 124 morts, 100 victimes en situation d'urgence absolue et 157 victimes en situation d'urgence relative. Dans les heures et les jours qui ont suivi cet attentat, il a donc fallu à la fois porter le plus rapidement possible secours aux victimes et procéder à leur évacuation vers les structures hospitalières adaptées, mais aussi donner aux familles des éléments d'information fiables sur la situation de leurs proches. Et il a fallu ensuite accompagner dans la durée les victimes au plan médical, psychologique, juridique et financier. Le soir du 13 novembre, les secours ont dû intervenir simultanément sur 6 sites, à Saint-Denis et à Paris. Ils l'ont fait avec une extrême réactivité, grâce notamment au maillage des centres de secours parisiens, en arrivant sur les lieux très rapidement. Pour la seule brigade des sapeurs-pompiers de Paris, ce sont 125 engins d'incendie et de secours, 450 sapeurs-pompiers, 200 secouristes des associations agréées de sécurité civile, 21 équipes médicales, qui se sont portés au secours des victimes sur les différents sites. Ce très haut niveau de réponse est le fruit d'un long travail de préparation interservices. Je m'étais rendu le 4 décembre 2014 à la caserne Champerret où m'avaient été présentées les modalités de réponse de la BSPP à un attentat multi sites. Et un exercice conjoint entre la Brigade et le SAMU avait été organisé le matin même des attentats du 13 novembre. Depuis novembre, j'ai donc souhaité que ce travail d'anticipation et d'entraînement se poursuive à l'échelle nationale, afin notamment de nous préparer aux enjeux de sécurité liés à l'EURO 2016. Le 16 mars, je réunirai les responsables de la sécurité et des secours de 16 grandes agglomérations et de villes accueillant l'EURO 2016, avec les pour évoquer les enjeux post attentats et l'adaptation des modes opératoires. Je me rendrai également à Nîmes le 17 mars pour un exercice simulant un attentat dans une « fan zone ». Mais si personne ne conteste la réactivité, le professionnalisme et le dévouement dont ont fait preuve les services de secours, je sais que l'accompagnement par l'État des familles a suscité davantage d'interrogations. Les attentats de 2015 ont suscité de ce point de vue une évolution importante de la réponse de l'État Lors des attentats de janvier, le Premier Ministre a en effet décidé de créer une structure ad hoc, placée directement sous sa responsabilité, pour assurer l'information et l'accompagnement des familles de victimes, abritée et armée par le centre de crise et de soutien du Quai d'Orsay, avec le concours des différents ministères. Cette cellule interministérielle d'aide aux victimes la CIAV - a évidemment été fortement mobilisée en novembre. Je veux souligner l'apport majeur qui est le sien en situation de crise : elle offre un accompagnement permanent, assuré par des professionnels formés pour ce faire et expérimentés, qui sont dans la durée de véritables référents pour les familles de victimes. Il reste que deux points ont concentré à juste titre les critiques. D'abord, de nombreuses familles ont indiqué avoir été dans l'incapacité de joindre le numéro vert mis en place par la préfecture de police, lequel a été destinataire de 93 000 appels en quelques heures, ce qui a entraîné sa saturation. Pareille situation ne doit plus se reproduire. Désormais, une nouvelle organisation sera mise en œuvre en cas de nouvel attentat, en lien avec la CIAV, pour s'assurer que les appels des familles et des proches soient traités. Ensuite, le nombre élevé de victimes décédées a très fortement mobilisé les équipes de police judiciaire et de l'institut médico-légal de Paris, en charge de leur identification. Celle-ci ne peut être déterminée que par une commission d'identification présidée par un magistrat, au terme d'une procédure rigoureuse cadrée par des protocoles INTERPOL. Cette procédure a entraîné des délais très longs, souvent même insupportables, avant que les familles plongées dans l'angoisse soient formellement informées. Le samedi 14 novembre au matin, plus de 1700 personnes étaient ainsi restées sans réponse après s'être manifestées comme étant à la recherche d'un proche à travers la plateforme téléphonique de la CIAV. A cet égard, je dois souligner que les services du ministère de l'Intérieur ont accompli, en novembre comme en janvier, un travail éprouvant afin de procéder à l'identification des victimes, avec un très haut niveau d'engagement. La DCPJ a utilement pu bénéficier à cette occasion de renforts de l'IRCGN. Leur professionnalisme ne saurait être mis en cause. Mais il reste que des mesures devront être prises pour accélérer ce processus d'identification afin d'éviter aux familles de demeurer longuement dans l'incertitude ; ceci naturellement sans remettre en cause l'exigence de rigueur, toute erreur pouvant entraîner des conséquences dramatiques. Enfin, l'État doit bien évidemment accompagner dans la durée les victimes et leurs proches, aux plans médical, psychologique, juridique et financier. Lorsque la CIAV, structure de l'urgence, a fini son œuvre, le relais est pris par un comité interministériel de suivi des victimes. La création du secrétariat d'Etat aux victimes devra permettre de s'assurer de la cohérence et de l'efficacité de ce suivi, mais je laisserai ma collègue Juliette MEADEL vous apporter plus de précisions sur ce sujet. J'en viens à présent aux dispositions que nous avons prises sur le long terme pour empêcher la commission de nouveaux attentats. A cet égard, je souhaite faire une précision liminaire sur un point qui revêt à mes yeux une grande importance et auquel nul ne semble pourtant prêter attention : aujourd'hui, nous ne parlerons pas des attentats qui n'ont pas eu lieu. Par définition, personne n'en parle jamais. Et par définition aussi, vous ne me poserez aucune question sur la façon dont nous les avons empêchés, alors que vous n'auriez pas manqué de m'interroger s'ils avaient eu lieu. En fait, personne ne sait même qu'ils n'ont pas eu lieu. Pour la simple raison que nous les avons entravés avant même qu'ils puissent être commis. Ainsi, depuis 2013, grâce au travail minutieux de nos services, pas moins de 11 projets d'attentats ont été déjoués dont six depuis janvier 2015 outre les deux tentatives qui ont échoué à Villejuif et à bord du Thalys reliant Amsterdam à Paris. J'ajoute qu'à ce jour, 325 individus impliqués d'une façon ou d'une autre dans des filières djihadistes ont été interpellés par la DGSI. Parmi eux, 201 ont été mis en examen, 155 ont été écroués et 46 ont été placés sous contrôle judiciaire. D'une manière générale, je rappelle que la DGSI est saisie, en propre ou avec la Police judiciaire, du suivi de 236 dossiers judiciaires, concernant 1 088 individus pour leur implication dans des activités liées au terrorisme djihadiste. Ces chiffres vous donnent ainsi une idée du nombre potentiel d'attaques ou d'attentats dont nous sommes jusqu'à présent parvenus à entraver la commission sur notre sol. Par là même, ils vous montrent à quel point l'action quotidienne des services, sous l'autorité de la justice, porte ses fruits. S'il est bien légitime que vous m'interrogiez sur les attentats de 2015, je considère en effet qu'il serait regrettable que nous passions sous silence les résultats importants que nous obtenons par ailleurs. Le Gouvernement a très tôt pris la mesure du caractère inédit et protéiforme de la menace. Depuis 2012 et l'adoption de la loi VALLS relative à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme, nous n'avons eu de cesse de renforcer notre dispositif antiterroriste et d'adapter notre arsenal juridique aux évolutions de la situation. Dès le mois d'avril 2014, nous avons ainsi mis en place un Plan de lutte contre la radicalisation violente et les filières djihadistes, lequel a constitué la matrice de notre stratégie globale de prévention, de sécurisation et de répression du terrorisme. Depuis lors, celle-ci n'a cessé de monter en puissance pour nous donner les moyens d'agir sur les différentes composantes de la menace. Car, s'il est avéré que les attentats du 13 novembre ont été planifiés depuis la Syrie et coordonnés en dehors de nos frontières, d'autres attaques ont, elles, été le fait de personnes radicalisées sur notre sol parfois dans un délai très court et au contact d'un milieu propice à une telle dérive et jusqu'alors connues des services de police pour de simples faits de délinquance. Le plus souvent, ces individus ou ces petits groupes ont bénéficié d'une formation accélérée au maniement des armes en Syrie ou en Irak, avant de revenir sur notre sol pour se fondre dans notre tissu social et, le cas échéant, passer à l'acte très rapidement. D'autres, enfin, entendent répondre à un « appel » général au djihad lancé par DAESH ou par toute autre organisation terroriste d'inspiration djihadiste, sans que l'on puisse parler, pour ce qui les concerne, d'une mission précise à remplir. Dans le même temps, les modes opératoires ont évolué : les exécutions isolées par arme de poing ou arme blanche se sont muées en attentats commis à l'arme de guerre et, pour la première fois le 13 novembre, au moyen de ceintures explosives. J'ajoute enfin que les cibles elles-mêmes des terroristes ont évolué. Si elles avaient été choisies, en janvier 2015, en raison de leur évidente portée symbolique (communauté juive, « blasphémateurs »), tel n'était plus le cas le 13 novembre, où les assassins ont cette fois délibérément frappé au hasard. A travers ces meurtres de masse indiscriminés, c'était donc une cible plus globale qui était visée : notre mode de vie, les solidarités qui nous unissent, bref le moral et l'unité de notre nation. A l'heure actuelle, nous savons qu'un peu plus de 1.850 Français ou résidents habituels sont impliqués, d'une façon ou d'une autre, dans les filières de recrutement djihadiste. 600 d'entre eux sont présents en Syrie et en Irak. 236 sont d'ores et déjà revenus sur le territoire français et nous faisons preuve à leur endroit de la plus grande vigilance. Parmi ces derniers, 143 font l'objet d'un suivi judiciaire : 74 ont été incarcérés après avoir été placés en garde à vue et 13 ont été placés sous contrôle judiciaire. Par ailleurs, 100 Français de retour de Syrie ou d'Irak sont actuellement surveillés par nos services de renseignement ; 67 d'entre eux ont d'ores et déjà fait l'objet d'entretiens administratifs avec la DGSI. Premier objectif : renforcer les services de renseignement. En raison du caractère diffus de la menace, le principal objectif que nous nous sommes fixés, dès 2012, a consisté à renforcer l'organisation, le cadre d'action et les moyens dont disposent nos services de renseignement, qu'ils soient chargés de la surveillance du haut du spectre (DGSI) ou bien de la détection des signaux faibles de radicalisation (SCRT). C'était là une nécessité absolue si nous voulions tirer les leçons des tueries de Toulouse et de Montauban et éviter que notre pays ne se retrouve dans une situation d'extrême vulnérabilité. Dès 2013, nous avons ainsi commencé à réformer en profondeur les services de renseignement intérieur. C'est la raison pour laquelle nous avons transformé la Direction centrale du Renseignement intérieur (DCRI) en Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), créée par le décret du 30 avril 2014 et directement placée sous l'autorité du ministre de l'Intérieur. Par ailleurs, dès 2013, nous avons programmé la création de 432 postes supplémentaires sur cinq ans pour renforcer les compétences de la DGSI et diversifier son recrutement. Après les attentats de janvier 2015, nous avons continué de faire monter notre dispositif en puissance. Des moyens humains supplémentaires ont tout d'abord été alloués aux services dans le cadre de la lutte antiterroriste. Dans le cadre du Plan de janvier, il a ainsi été décidé que 500 agents viendraient renforcer progressivement la DGSI, en plus des 432 déjà prévus, et ce jusqu'en 2017. Des analystes techniques, des informaticiens, des linguistes sont notamment recrutés pour renforcer ses capacités d'analyse, de détection et de prévention des risques terroristes. Par ailleurs, 500 effectifs supplémentaires 350 policiers et 150 gendarmes renforcent progressivement le Service central du Renseignement territorial (SCRT), tandis que 100 effectifs nouveaux ont été alloués à la Direction du renseignement de la Préfecture de Police. Enfin, les autres services contribuant d'une façon ou d'une autre à la lutte antiterroriste et appuyant l'action des services de renseignement ont quant à eux été renforcés par l'arrivée de plus de 300 agents. Un tel effort vient bien sûr s'ajouter à la mobilisation des forces de police, de gendarmerie et des militaires dans le cadre du plan Vigipirate. S'il est indispensable d'accorder davantage de moyens à nos services, pour autant un tel effort resterait insuffisant si nous ne réformions pas en parallèle la façon dont ils coordonnent leur action. Pour mieux prendre en compte le caractère diffus de la menace, ainsi que les phénomènes de porosité entre délinquance et terrorisme, priorité a ainsi été donnée à la coopération et au partage de l'information entre les différents services concernés. Nous avons consolidé l'articulation entre le « premier cercle » du renseignement (la DGSI et ses partenaires de la Communauté du renseignement) et le « deuxième cercle » (le SCRT et les services d'investigation). A cet égard, l'Unité de Coordination de la Lutte antiterroriste (UCLAT) joue bien sûr un rôle décisif. Des « cellules de coordination » ont été mises en place, qui rassemblent l'ensemble des services de renseignement dans une organisation réactive et fluide. Enfin, nous renforçons les liens entre les renseignements intérieur et extérieur : une équipe de la DGSE est désormais présente dans les locaux de la DGSI. Nous progressons donc, et je dois à la vérité de dire que ces rapprochements n'ont suscité aucune réserve, tant la menace est globale et que la réponse, pour être efficace, se doit d'être collective. Pour gagner en efficacité, nous avons également réformé et renforcé le positionnement du SCRT. Ses attributions ont été ainsi clairement élargies pour lui permettre de contribuer à la prévention du terrorisme, notamment par la détection en amont des signaux faibles de radicalisation. C'est la raison pour laquelle son maillage, en métropole comme outre-mer, a été renforcé pour mieux territorialiser son action et densifier le réseau de ses capteurs. De même, nous avons décidé de développer des relais du renseignement territorial dans les compagnies ou les brigades de gendarmerie, ainsi que dans les commissariats de police, à chaque fois que cela se révèle nécessaire. Une telle proximité est absolument indispensable. A Lunel, par exemple, dans l'Hérault où nous avons, le 27 janvier 2015, procédé à plusieurs interpellations et perquisitions dans les milieux islamistes locaux l'implantation de la Gendarmerie au plus près de la population a permis de recueillir les renseignements qui ont contribué au démantèlement d'une filière de recrutement djihadiste. Enfin, avec la loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement, nous avons élaboré, pour l'activité de nos services, un cadre légal moderne et cohérent, adapté aux nouvelles menaces, aux mutations technologiques les plus récentes et à l'évolution du droit national et international. Ce cadre fixe des règles d'emploi claires des techniques de renseignement afin de protéger les agents qui y ont recours tout en garantissant le respect des libertés individuelles. La loi renforce ainsi les indispensables dispositifs d'évaluation de l'action des services. Un triple niveau de contrôle a été instauré (administratif, juridictionnel et parlementaire). Bref, la loi du 24 juillet 2015 nous a permis de renforcer à la fois notre dispositif de protection des Français, de protection de notre souveraineté et de protection de nos agents. Je signale d'ailleurs à votre attention que l'ensemble des décrets d'application de la loi a été publié dans des délais très rapides, entre le 28 septembre 2015 et le 29 janvier 2016, nous permettant de commencer à mettre en œuvre des innovations aussi décisives que le Fichier des antécédents judiciaires terroristes (FIJAIT) ou, dans une logique de décloisonnement et de partage de l'information, d'élargir l'accès administratif au traitement des antécédents judiciaires ou aux données de connexion pour les services qui en avaient besoin et ne pouvaient jusqu'à présent y accéder. Deuxième objectif : des effectifs et des moyens renforcés pour les forces de l'ordre. La volonté de renforcer les effectifs et les moyens dont disposent les forces de sécurité n'a pas seulement concerné les services de renseignement. En raison de l'ampleur de la menace, il était en effet absolument indispensable qu'un tel mouvement affecte l'ensemble des forces de l'ordre. Je vous rappelle ainsi que, d'une manière générale, le Gouvernement a consenti, depuis 2012, un effort national sans précédent sur le plan des recrutements au sein de la Police et de la Gendarmerie nationales. Nous avons ainsi mis un terme aux coupes claires qui avaient considérablement réduit les effectifs des forces de sécurité entre 2007 et 2012. Nous avons remplacé tous les départs à la retraite, et nous avons créé près de 500 emplois nouveaux par an dans les deux forces. Cet effort a bien évidemment eu un impact positif sur notre dispositif antiterroriste : nous avons notamment pu le constater quand par exemple, après les attentats de janvier 2015, il a fallu déployer dans l'urgence 120.000 femmes et hommes, toutes unités et tous services confondus, pour assurer la protection de nos concitoyens et garantir l'efficacité du plan Vigipirate. A cette politique de fond, nous avons ajouté, après les attentats de 2015, deux plans pluriannuels d'une ampleur sans précédent : - plus de 1 400 créations nettes d'emplois au titre du Plan anti-terroriste (PLAT) décidé par le Premier Ministre en janvier 2015 ; - 5 000 emplois au titre du Pacte de sécurité annoncé par le Président de la République devant le Congrès le 16 novembre dernier, au lendemain des attentats de Paris et de Saint-Denis. D'ici la fin du quinquennat (et en ajoutant les 900 postes supplémentaires créés dans le cadre du Plan de lutte contre l'immigration clandestine), 9 000 emplois en tout auront donc été créés dans la Police et la Gendarmerie. Je précise qu'actuellement, aux côtés de nos forces armées de l'opération Sentinelle, de nombreux effectifs des forces de l'ordre sont mobilisés pour la surveillance et la protection de 5 700 lieux jugés sensibles, répartis sur l'ensemble du territoire national. Parmi eux, 882 font l'objet d'une garde statique, tandis que des dispositifs dynamiques sont mis en œuvre pour les 4 818 restants. Les sites surveillés sont principalement des sites religieux (3 713 sur 5 700, soit 65%), parmi lesquels 51% de sites chrétiens (1 919 sites), 27% de sites musulmans (1 007 sites) et 21% de sites juifs 21% (790 sites). Un tel dispositif de sécurisation implique lui aussi que nous disposions de forces de l'ordre en nombre suffisant. Par ailleurs, les créations de postes que je viens d'évoquer s'accompagnent d'un renforcement sans précédent des moyens d'équipement, d'investissement et de fonctionnement du ministère de l'Intérieur, à hauteur de 233 millions d'euros sur 5 ans. L'année dernière, 98 millions d'euros ont d'ores et déjà été progressivement alloués aux services concernés pour qu'ils puissent accomplir leurs missions de la façon la plus efficace possible. Un plan de modernisation des systèmes d'information et de communication au bénéfice des forces antiterroristes a également été lancé, à hauteur de 89 millions d'euros sur trois ans. Grâce à ces financements, nous modernisons le système CHEOPS pour la circulation des enregistrements de la police, ainsi que la plateforme PHAROS d'analyse, de recoupement et d'orientation des signalements. L'accent a également été mis sur la protection et sur les nouveaux équipements (véhicules et armements) des effectifs de police et de gendarmerie. En 2015, nous avons tenu nos engagements et, en 2016, cet effort massif sera poursuivi. D'ores et déjà, le Service de l'Achat, des Equipements et de la Logistique de la Sécurité Intérieure (SAELSI) a commandé des matériels pour un montant total de 55 millions d'euros. C'est dans le même esprit que j'ai annoncé, le 29 octobre dernier, la mise en œuvre, dès l'année 2016, d'un plan ambitieux et inédit de renforcement, sur l'ensemble du territoire national, des équipements des BAC de la Police nationale et des Pelotons de Surveillance et d'Intervention de la Gendarmerie (PSIG). Ces unités jouent en effet un rôle indispensable pour protéger nos concitoyens, notamment en cas de tueries de masse. L'objectif du « Plan BAC-PSIG 2016 » consiste donc à apporter des moyens supplémentaires à des personnels mieux formés, dans le cadre d'une doctrine d'intervention adaptée à la réalité des menaces auxquelles nous sommes aujourd'hui confrontés et notamment à l'usage de plus en plus fréquent dans les milieux terroristes et délinquants d'armes de guerre. Qu'il s'agisse des armements, des moyens de protection ou des véhicules, sachez qu'une partie des équipements prévus dans le cadre du « Plan BAC-PSIG 2016 » a d'ores et déjà été livrée ; d'ici à la fin du mois de juin, le reste arrivera progressivement dans les unités concernées. Troisième objectif : un arsenal juridique renforcé. Depuis 2012, nous avons également fait en sorte de renforcer et d'adapter notre arsenal juridique à la réalité de la menace terroriste. Tel fut d'abord l'enjeu de la loi du 21 décembre 2012 : grâce à elle, nous pouvons désormais poursuivre des Français ou des personnes résidant habituellement en France qui ont participé à des activités liées au terrorisme à l'extérieur de nos frontières, et non plus seulement sur notre sol. La loi du 13 novembre 2014 nous a ensuite permis de nous doter de moyens de police administrative nouveaux pour prévenir et empêcher la commission d'actes terroristes. Au cours de ces derniers mois, après l'adoption de l'ensemble des décrets d'applications, les innovations introduites dans notre législation ont été, comme vous le savez, appliquées avec la plus grande détermination. A ce jour, 294 interdictions de sortie du territoire, visant des ressortissants français soupçonnés de vouloir rejoindre les organisations actives au Moyen-Orient, ont été prononcées, et près de 80 sont en cours d'instruction. Par ailleurs, 97 interdictions d'entrée et de séjour ont été prononcées contre des ressortissants étrangers soupçonnés d'être liés aux réseaux djihadistes. 54 prêcheurs de haine ont également été expulsés du territoire français, car de tels individus je le dis avec force n'ont pas leur place dans notre pays. Depuis 2014, six individus qui s'étaient rendus coupables d'actes de nature terroriste ont également été déchus de la nationalité française. D'autre part, 83 adresses Internet ont fait l'objet d'une mesure de blocage administratif et 355 adresses ont été déréférencées pour avoir diffusé de la propagande terroriste. Enfin, j'ajoute que les autres dispositions prévues ou renforcées par la loi du 13 novembre 2014 sont tout aussi résolument appliquées, qu'il s'agisse du gel des avoirs terroristes ou encore des mesures spécifiques de sûreté imposées aux entreprises de transport aérien desservant le territoire national. Je pense également à l'extension de l'enquête sous pseudonyme ou à l'adaptation des modalités de perquisition informatique. Quatrième objectif : consolider une politique offensive de prévention et de suivi de la radicalisation. Si nous avons renforcé nos capacités de répression et d'intervention, si notre arsenal antiterroriste n'a cessé de monter en puissance, nous avons parallèlement développé un dispositif de prévention de la radicalisation violente qui nous permet d'intervenir en amont des dérives fanatiques susceptibles de déboucher sur un passage à l'acte terroriste. C'est dans cet esprit que j'ai créé en juin dernier, après le drame survenu à Saint-Quentin-Fallavier, un Etat-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT), qui contrôle le suivi effectif des individus signalés pour radicalisation. Pour ce faire, il regroupe des représentants de l'ensemble des forces et des services concernés dans une logique de transversalité, de décloisonnement et de partage de l'information. L'EMOPT s'appuie sur le Fichier de Traitement des Signalements, de la Prévention de la Radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Ce fichier, qui concerne l'ensemble du territoire national depuis le 5 octobre dernier, garantit le partage d'information entre les services, dont j'ai déjà dit à quel point il constituait un enjeu fondamental. A partir du FSPRT, le travail de l'EMOPT nous permet ainsi d'opérer des retraits d'agréments et contribue à la mise en place d'une cartographie fine des risques, et notamment des risques propres à l'exercice de certains métiers sensibles (transports, éducation, jeunesse, installations industrielles sensibles). L'EMOPT est venu couronner, si je puis dire, le dispositif de prévention que nous avons mis en place voici plus d'un an et demi. Je pense à la plateforme téléphonique nationale (numéro vert) regroupant une équipe de professionnels formés à écouter et orienter les familles confrontées au phénomène de la radicalisation. Ces dernières bénéficient ainsi d'un soutien précieux et peuvent signaler les risques de départ en Syrie ou en Irak quand l'un de leurs proches est sur le point de quitter le territoire. Cette plateforme a désormais atteint sa pleine maturité opérationnelle. A ce jour, 4 762 signalements pertinents ont été recensés par le Centre national. Ce dispositif, à la fois simple et inédit, s'est donc révélé particulièrement efficace, comme il a permis de mettre en lumière l'ampleur de ce phénomène complexe et hétérogène qu'est la radicalisation. Ensuite, chaque signalement est communiqué au préfet concerné en fonction du lieu de résidence de la personne signalée afin que nous puissions la prendre en charge. Dans chaque département, nous avons en effet mis en place une « cellule de suivi et de prévention de la radicalisation », pilotée par le préfet et le procureur de la République. Ces cellules réunissent l'ensemble des services de l'Etat concernés, ainsi que leurs partenaires, collectivités locales et acteurs associatifs. Elles prennent en charge les personnes radicalisées ou en cours de radicalisation, leur proposant des protocoles de désengagement et des dispositifs de réinsertion individualisée. Cinquième objectif : renforcer la coopération en Europe. Enfin, chacun sait et les attentats de novembre nous l'ont encore démontré que l'enjeu décisif du renforcement de notre protection face aux terroristes se joue sur le terrain européen. Pour mieux repérer les trajets des terroristes et les empêcher de frapper, il est en effet urgent de renforcer la coopération européenne. C'est la raison pour laquelle j'ai demandé et obtenu de l'Europe trois avancées majeures lors du conseil JAI du 20 novembre dernier : - une modification du code Schengen pour établir enfin des contrôles systématiques aux frontières extérieures de l'Union avec consultation systématique des bases de données SIS ; - l'adoption d'un PNR européen permettant d'accéder aux données des passagers aériens et ainsi de détecter des mouvements suspects dès la réservation des billets d'avion ; - enfin un plan de lutte contre le trafic d'armes à feu, notamment en provenance des Balkans, en cohérence avec le plan spécifique que j'ai moi-même lancé, le 12 novembre dernier. Ces avancées indispensables, la France les demandait non pas depuis le 13 novembre, non pas depuis le 7 janvier, mais bien depuis des mois et même des années. Désormais, nous devons nous atteler à les mettre en œuvre le plus rapidement possible. Sur le PNR, je précise que nous avions posé trois conditions strictes pour qu'il soit pleinement efficace. Ces trois conditions sont désormais remplies : la durée de conservation des données pendant 5 ans ; une simplification de la procédure de consultation, notamment après le masquage des données au bout de six mois ; enfin, l'engagement de tous les Etats membres pour que les vols intra-européens et les vols charters soient également inclus dans le PNR. J'ai par ailleurs fait des propositions très concrètes à la Commission européenne et à la présidence néerlandaise de l'UE pour lutter contre le grave problème du trafic de faux passeports syriens, qui est un sujet de préoccupation majeur. On sait que plusieurs terroristes du 13 novembre ont vraisemblablement utilisé de fausses identités. Là aussi, soyez certains que le Gouvernement est totalement déterminé à défendre les mesures qui s'imposent auprès de nos partenaires et des instances de l'Union européenne. Mesdames et Messieurs les Députés, Je vous remercie pour votre attention et me tiens naturellement prêt à répondre à toutes les questions que vous voudrez bien me poser. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/263.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/263.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..41eb1b652d713ed72207308992c24e74fd4de4e5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/263.txt @@ -0,0 +1 @@ +ARLETTE CHABOT Bonjour Thierry MANDON. THIERRY MANDON Bonjour. ARLETTE CHABOT Alors secrétaire d'Etat chargé de l'Enseignement supérieur et de la recherche. Alors, oui, il y a des syndicats lycéens et un syndicat, l'UNEF, qui appellent à manifester mercredi contre le projet de loi modifiant le code du travail. Ils ont raison de se mobiliser les jeunes ? THIERRY MANDON C'est plutôt l'expression, me semble-t-il, d'un malaise qu'on sent depuis des années, malaise de la jeunesse, et ce texte est l'occasion pour eux de dire un certain nombre de choses sur le monde dans lequel ils veulent vivre. Voilà. ARLETTE CHABOT Oui, parce que le Premier ministre disait en même temps dans le Journal du Dimanche hier : ce sont les jeunes qui doivent être les premiers gagnants de ce projet de loi ; vous êtes d'accord avec cette affirmation ? THIERRY MANDON Alors, le projet est fait au nom du travail, de ce qu'est en train de devenir le travail et des possibilités pour les entreprises d'embaucher plus qu'elles ne le font aujourd'hui. Et si ça marchait, alors, à l'évidence, c'est les jeunes notamment qui en bénéficieraient. ARLETTE CHABOT Alors visiblement, ils ne comprennent pas, ils comprennent plutôt que dans ce projet de loi, c'est plus de précarité pour eux demain. THIERRY MANDON Non, mais il y a deux choses, il y a d'abord un projet de loi qui continue à devoir être amélioré, et c'est un peu le type de travail qui s'engage aujourd'hui à Matignon avec les partenaires sociaux, et puis, un projet de loi qui doit être beaucoup mieux expliqué qu'il ne l'est aujourd'hui. Donc il faut faire et l'amélioration et l'explication, et si on fait les deux, je pense que la jeunesse comprendra le sens de ce projet. ARLETTE CHABOT Pour l'instant, à votre avis, elle manifeste parce qu'elle ne comprend pas, c'est ça… THIERRY MANDON Non, non… ARLETTE CHABOT Ce n'est pas qu'elle est vraiment hostile sur le fond, c'est qu'elle ne comprend pas ? THIERRY MANDON Non, mais il faut être lucide et juste, ce projet tel qu'il est, cet avant-projet peut être amélioré, pourquoi ? D'abord, parce que, il y a un souci de cohérence qui doit entrer en ligne de compte, ce texte est un texte sur le dialogue social, quand on fait du dialogue social, on donne des repères aux entreprises et aux salariés. Et il faut faire attention aux messages contradictoires, je prends des exemples, on élargit, à partir de ce que les tribunaux font déjà, la définition du licenciement économique, c'est d'une certaine manière logique, ce n'est pas aux tribunaux de dire ce qui doit être dans la loi, que le licenciement économique soit plus lisible pour les salariés, pour les entreprises, c'est une bonne chose. Mais si c'est ça, alors, on fait attention pour les licenciements abusifs, là, on est implacable, or, dans l'avant-projet, on pouvait avoir le sentiment qu'à la fois, on élargissait le licenciement économique, et qu'à la fois, on assouplissait les règles du licenciement abusif. Ça, ça ne va pas, et donc c'est typiquement des défauts de fabrique qui vont être améliorés, je n'en doute pas, dans les jours qui viennent, et qui rendront le projet plus lisible. Autre exemple, c'est un texte sur le dialogue social en entreprise, et on permet à une petite entreprise toute seule, par accord avec son salarié, de faire ce qu'on appelle le forfait jour, c'est-à-dire de dire à quelqu'un : vous avez travaillé douze heures, ça ne compte qu'une journée, et pas plus aujourd'hui. Là encore, c'est contradictoire. Donc il y a de l'amélioration, et si on améliore pour rendre le texte plus cohérent, plus lisible, alors, on l'expliquera beaucoup plus facilement. ARLETTE CHABOT Vous êtes en train de me dire que ce projet de loi est mal ficelé ? THIERRY MANDON Non, je suis en train de dire que, d'une certaine manière… ARLETTE CHABOT C'est contradictoire… THIERRY MANDON Non, oui, il y a des défauts de cohérence… ARLETTE CHABOT Il y a des défauts de cohérence… THIERRY MANDON Il y a des défauts de cohérence qui sont pris en compte par le gouvernement, puisque, on a repoussé le passage en Conseil des ministres pour auditionner les acteurs sociaux là-dessus. Et d'ailleurs, au passage, on est en train de parler d'un projet qui n'existe pas ou plus exactement, d'un avant-projet, c'est-à-dire quelque chose qui n'existera, qui sera projet du gouvernement, qui engagera le gouvernement, le jour où il passera au Conseil des ministres. ARLETTE CHABOT Le plafonnement des indemnités prudhommales, à votre avis, ce n'est pas une bonne idée ? THIERRY MANDON Mais, de mon point de vue, c'est une mauvaise idée, encore une fois, pourquoi ? Parce que si vous recadrez et d'une certaine manière facilitez la définition de ce qu'est un licenciement économique, un licenciement abusif, c'est de ça dont on parle, quand on dit : indemnités prudhommales, on veut dire un licenciement abusif, c'est un abus de droit, et un abus de droit, ça doit être sanctionné ! Voilà. Et il n'y a pas de dialogue social qui marche, il n'y a pas de bons comportements vertueux de la part des entreprises et donc au bénéfice des salariés, si quelqu'un qui est en contradiction avec la loi a, d'une certaine manière, un régime amélioré par rapport à aujourd'hui. Donc il faut que les choses soient lisibles, claires, les choses qui doivent être claires, c'est : les motifs de licenciement, ça, ça doit être vraiment très lisible, par tout le monde, et ça marchera mieux comme ça pour les entreprises et pour les salariés, et si on fraude, on est sanctionné durement. ARLETTE CHABOT D'une manière générale, vous êtes totalement solidaire du gouvernement, bien entendu, en tant que membre du gouvernement, totalement d'accord avec l'idée de la loi, mais pas avec le texte tel qu'il est, si je comprends bien, pour faire simple ? THIERRY MANDON Eh bien, le Premier ministre lui-même l'a expliqué hier que, il souhaitait que le texte soit amélioré, il a même indiqué des pistes pour l'améliorer. Donc tout le monde considère qu'il y a une sorte de « work in progress », comme on dit dans les entreprises, c'est-à-dire que, voilà, à l'écoute des syndicats, à l'écoute de ceux et de celles dans la société qui ont les compétences nécessaires, on peut améliorer ce texte, c'est ce qui va être fait dans les quinze jours qui viennent. ARLETTE CHABOT Vous qui avez été en charge pendant longtemps de la simplification administrative en général, la simplification des procédures, c'est un bon exemple, il faut le faire, mais qu'est-ce que c'est compliqué à faire ! THIERRY MANDON Oui, mais alors, ça, je crois que, en France, on a vraiment des progrès à faire de manière générale, la gauche, la droite, la démocratie, sur la façon dont on fabrique la loi. Si je résume les choses très simplement, on confie à des gens super intelligents la préparation des textes de loi, enfin, super intelligents, qui considèrent qu'ils le sont et qu'ils savent tout… ARLETTE CHABOT Vous avez un doute, vous, non ? THIERRY MANDON Qui écrivent les articles, qui s'apprêtent à passer le texte en Conseil des ministres et au Parlement, qui, alors, là, précipitamment, font une étude d'impacts sur ce qu'ils ont écrit, et puis, ensuite, on vote, on considère que le Parlement ne peut jamais se tromper, donc une fois que c'est voté, c'est bon, l'affaire est réglée. Et dans toutes les démocraties européennes aujourd'hui, on fabrique la loi différemment, d'abord, on écoute la société, ensuite, on commence par faire une étude d'impacts des décisions qu'on envisage de prendre. Puis, on rédige le texte de loi, puis, on le vote, puis, on l'évalue, puis, on le corrige. Voilà, c'est ce mode-là de gouvernance de nouvelle fabrique de la loi qui, à mon avis, doit maintenant être mis sur la table pour les années qui viennent. ARLETTE CHABOT Oui, parce que pour l'instant, visiblement, il n'est pas mis sur la table, et vos propositions et votre réflexion ne sont pas partagées par Matignon par exemple, pour faire simple ? THIERRY MANDON Eh bien, écoutez, chacun se rend bien compte qu'il y a quand même un sujet, ces dernières années, le nombre de textes de loi qui, avant même de devoir s'appliquer, ont dû être modifiés, est quand même très grand dans ce quinquennat, comme dans celui qui l'a précédé. Et donc on voit bien qu'on est au bout d'un système. Et pourquoi on est au bout d'un système ? Pour trois choses, d'abord, parce que l'expertise aujourd'hui, elle n'est plus dans telle ou telle grande école qui prépare les dirigeants du pays, qu'ils soient politiques ou administratifs… ARLETTE CHABOT Genre ENA… THIERRY MANDON Elle est dans toute par exemple elle est dans toute la société, voilà, et particulièrement dans les laboratoires de recherche, l'université, dans les grandes écoles, là, il y a des compétences qui doivent être plus sollicitées en amont. Deuxièmement, vous avez un outil qui s'appelle le numérique, qui permet d'organiser, si vous le souhaitez, des concertations, des évolutions, qui rendent meilleurs les textes qui sont adoptés. Et puis, troisièmement, personne au monde ne peut prétendre que ce qu'il décide, c'est vraiment l'alpha et l'oméga de ce qu'il fallait faire. Il faut observer la transcription des textes dans la société dans la réalité, et ne pas hésiter à corriger un an ou deux ans après ce que vous avez voté, voilà. Et donc, il y a une mutation culturelle et technique à mettre en place. ARLETTE CHABOT Alors, je reviens à la mobilisation de mercredi, des jeunes dans la rue, ça inquiète tous les gouvernements, je dirais même que c'est la première inquiétude d'un gouvernement, c'est de voir des lycéens ou des étudiants dans la rue. Vous êtes inquiet, vous ? THIERRY MANDON Inquiet, non, j'observe la mobilisation, et j'observerai mercredi ses résultats. En revanche, ce n'est jamais bon que les jeunes soient dans la rue, parce que ça veut dire une chose, ça veut dire un niveau d'angoisse et d'inquiétude pour leur avenir qui est réel. Ils ne se mobilisent pas par plaisir, il ne faut pas croire que leur objectif dans la vie, c'est d'aller faire des manifestations, ils le font parce que, ils estiment que c'est nécessaire. Et donc il faut prendre au sérieux ce signe de défiance que sont des manifestations. ARLETTE CHABOT Oui, ce qui est bizarre, c'est quand même avec l'UNEF, une partie de la gauche qui est contre la gauche, Caroline de HAAS, qui a lancé cette pétition : un million de signataires, elle a été responsable de l'UNEF entre 2006 et 2009, il y a des responsables de l'UNEF au cabinet de la ministre de l'Education aujourd'hui, on est gauche contre gauche aujourd'hui ? THIERRY MANDON Eh bien, on est dans un débat de société qui prend tout le monde un peu en oblique, la question du travail aujourd'hui, la question du travail demain, la question des nouvelles régulations et du droit des salariés, ça concerne toute la société, il ne faut donc pas s'étonner que ça traverse tous les camps. ARLETTE CHABOT Oui, vous n'êtes pas quelqu'un qui pense que c'est la gauche du Parti socialiste qui est en train de régler ses comptes avec le gouvernement, encore une fois, via l'UNEF et les organisations étudiantes ? THIERRY MANDON Non, parce que… ARLETTE CHABOT Vous n'êtes pas parano, vous ? THIERRY MANDON Non, mais parce que ça ne marche plus comme ça dans la société, si même il y avait ce projet fou d'une partie de la gauche, de réveiller, je ne sais pas quelle catégorie sociale pour la faire manifester contre le gouvernement, si ça marche, c'est que, il y a un écho dans la société, sinon, ça reste un petit truc de chapelle et de « combinasionne », donc ce n'est pas comme ça que ça marche aujourd'hui ; les mouvements sociaux, ils expriment des choses, et nous, responsables politiques, on doit entendre le besoin de clarification, voire le besoin d'amélioration. ARLETTE CHABOT Quel échec pour François HOLLANDE, qui faisait de la jeunesse sa priorité en 2012. THIERRY MANDON Quand on fera le bilan, on se rendra compte que la jeunesse a quand même en termes par exemple de vie étudiante énormément eu d'acquis dans ce quinquennat, qu'il s'agisse des bourses… ARLETTE CHABOT C'est l'emploi qui ne marche pas, quoi… THIERRY MANDON Voilà, c'est la question économique qui ne marche pas, et le nouveau contrat, entre les acteurs économiques et la jeunesse, moi, par exemple, je pense que, on aurait dû ou on pourrait imaginer une obligation de négocier, ça existe dans le code du travail, comme contrepartie d'aide donnée au patronat, obligation de négocier sur la place des jeunes dans l'entreprise, leur statut, la reconnaissance des qualifications, c'est une cause nationale, l'emploi des jeunes, et ça devrait être traité par les entreprises et par tous les acteurs de la société comme telle. ARLETTE CHABOT D'un mot, vous avez reçu un rapport sur la radicalisation, l'islamisme, et le risque de violences, c'était jeudi dernier, vous allez prendre des décisions, on voit à quel point c'est nécessaire, il y a deux gamines lycéennes qui ont failli partir pour la Syrie. Qu'est-ce que vous allez faire pour l'université ou dans l'université ? THIERRY MANDON Alors, d'abord, on voulait avoir l'état exact des recherches pour comprendre ce processus de radicalisation, de montée de la fascination vers l'islam violent, et donc on a fait un inventaire complet de toutes les recherches. Et ça, c'est très important, parce que, on veut maintenant que ça pèse sur les politiques publiques, que les acquis de la recherche pèsent sur les politiques publiques. Ça veut dire très concrètement que, on organise toute la recherche pour qu'elle transfère systématiquement ce qu'elle découvre, ce qu'elle apprend, ce qu'elle comprend aux décideurs publics, et on fait changer, dans les administrations, les décideurs publics, notamment en recrutant des gens qui connaissent bien la recherche, pour que la définition des politiques publiques soit différente de ce qu'elle est aujourd'hui. ARLETTE CHABOT Ça veut dire des créations de postes ? THIERRY MANDON Ça veut dire quelques créations de postes, mais surtout, des profils différents, il ne faut pas qu'il y ait que des énarques, des gens qui savent, dans les administrations, il doit y avoir des gens qui se posent des questions, et c'est comme ça, parce qu'on se pose des questions, qu'on rend la décision publique meilleure. ARLETTE CHABOT Voilà, ça voudrait ou ça sous-entendrait que les énarques ne se posent pas toujours des questions. Merci Thierry MANDON. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/264.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/264.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7aa5dd3d1fb49f4b8fa204f481ff99cfc0b31557 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/264.txt @@ -0,0 +1 @@ + M. Philippe Bas, président. - Je salue M. le Premier ministre et M. le garde des sceaux et vous propose de nous exposer les raisons qui ont conduit le Président de la République à prendre l'initiative de cette révision constitutionnelle ainsi que son contenu. M. Manuel Valls, Premier ministre. - Notre pays fait face à une menace terroriste d'une ampleur sans précédent, plus forte encore qu'en janvier et novembre derniers. Il n'est pas le seul - la Tunisie, ce pays si proche de nous, vient encore d'être frappée. En attaquant la Tunisie, les terroristes s'en prennent à la transition démocratique unique dans le monde arabe ; ils s'attaquent aux valeurs de liberté et d'ouverture que porte ce peuple ami. Nous avons un devoir : ne jamais laisser tomber la Tunisie et combattre, ensemble, le terrorisme. Face à cela, au djihadisme, à l'islamisme radical, à cette contestation totale de ce qui fait notre humanité, la France ne doit à aucun moment baisser la garde. Faiblir serait faillir. Notre responsabilité à tous est donc immense. Nous sommes entrés dans une nouvelle époque. Nous avons changé de monde. Face à nous se dresse une armée, avec ses bastions au Levant et au Sahel. Elle contrôle des territoires, se structure comme un État. Elle a sa stratégie d'embrigadement, d'expansion, d'asservissement des peuples, et ses sources de financement. Face à nous, il y a aussi des individus isolés, qui basculent dans la radicalisation, agissant de manière plus ou moins autonome, avec la volonté de frapper au cœur même de nos sociétés, de retourner les armes contre leur propre pays. Daech, comme les succursales les plus actives d'Al Qaida, dispose de cellules de planification d'attentats chargées de sélectionner et de préparer les terroristes. L'implantation de plus en plus forte de l'État islamique au Maghreb et en Libye, la dégradation sérieuse de la situation dans ce pays et l'enracinement djihadiste à Syrte constituent une source de très grande préoccupation. Face à ce totalitarisme nouveau, nous devons renforcer nos moyens d'action et veiller à l'unité de notre Nation. N'ayons pas la mémoire courte ! Nous avons une propension à oublier les événements et les propos qu'ils nous ont fait tenir. Renforcer notre efficacité, garantir notre unité : c'est le but de cette réforme constitutionnelle, annoncée le 16 novembre dernier par le Président de la République devant le Congrès. Une réforme qui arrive devant le Sénat après son adoption, à plus des trois cinquièmes, par l'Assemblée nationale. Alors que vos travaux en commission débutent, je veux insister sur l'exigence qui s'impose à nous. Dans un monde où l'événement a trop tendance à chasser l'événement, nos compatriotes n'ont rien oublié de l'horreur, des 149 vies qui ont été volées, ni des centaines de blessés, qui le seront à jamais. Nos compatriotes attendent de nous que nous soyons, collectivement, à la hauteur, que nous n'hésitions pas dans les réponses que nous apportons. L'article 1er de ce projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation vise à inscrire l'état d'urgence dans notre Constitution. Il s'agit d'une mesure à l'effet juridique utile, selon l'avis du Conseil d'État du 11 décembre dernier, et j'ajouterais même nécessaire. Le comité de réflexion constitutionnelle présidé en 2007 par Édouard Balladur l'avait déjà proposée, car les deux régimes particuliers destinés à faire face aux situations les plus graves - l'article 16 et l'article 36 sur l'état de siège - ne correspondent pas au type de crises que la France a traversées - et peut traverser à nouveau. Oui, le régime de circonstances exceptionnelles le plus fréquemment utilisé sous la Vème République doit figurer dans notre Constitution. Inscrire l'état d'urgence dans la norme suprême permettra également d'encadrer davantage son application, de la subordonner au droit et à la proportionnalité. En gravant dans le marbre le caractère exceptionnel de l'état d'urgence - c'est la définition même de l'État de droit - nous garantissons que ses conditions de déclenchement et de contrôle ne pourront être allégées, demain, sans l'accord d'une majorité qualifiée au Parlement. Le débat parlementaire a permis d'enrichir ce projet de révision constitutionnelle sur plusieurs points. Plusieurs garanties fondamentales ont ainsi été introduites à l'Assemblée nationale, avec l'avis favorable du Gouvernement : la limitation à quatre mois maximum de toute autorisation législative de prorogation, l'obligation pour le Gouvernement d'informer le Parlement sans délai des mesures prises, la constitutionnalisation des pouvoirs de contrôle du Parlement et la possibilité pour le Parlement de siéger de plein droit pendant toute la durée de l'état d'urgence. Chaque prolongation devra se traduire par un projet de loi, examiné au préalable par le Conseil d'État et pouvant faire l'objet d'un recours devant le Conseil constitutionnel. Ce projet de révision met donc en place des mécanismes de contrôle très stricts, sur le plan politique comme sur le plan juridictionnel. La loi de 1955 sur l'état d'urgence pourra elle aussi être précisée. Nous l'avons déjà améliorée ensemble, en l'adaptant à la menace terroriste tout en préservant la liberté de la presse et du débat public. Vous avez, le 20 novembre dernier, adopté ce texte de modernisation à l'unanimité et les décisions récentes, intervenues par le biais de questions prioritaires de constitutionnalité (QPC), ont enrichi encore la jurisprudence. Mais il était difficile de fonder un régime de saisie administrative sans mention préalable de l'état d'urgence dans la Constitution. La décision de censure partielle prise par le Conseil constitutionnelle le 19 février, suite à une QPC, étaye notre position. Le Gouvernement a donc préparé un avant-projet de loi pour compléter notre texte sur l'état d'urgence, qu'il a rendu public par souci de transparence. Il comportera une disposition supplémentaire pour répondre au cas précis de la copie de données informatiques. Le Conseil constitutionnel a en effet décidé d'étendre à ces copies le régime protecteur applicable aux saisies - et le Gouvernement se conformera pleinement à cette décision -, alors même qu'il n'est pas toujours matériellement possible d'exploiter certains documents dans le temps très réduit d'une perquisition, surtout lorsqu'ils sont écrits dans une langue étrangère. Le projet vous sera transmis officiellement à l'issue de la procédure de révision constitutionnelle. Un tel sujet doit nous réunir. C'est dans cet esprit de rassemblement que le Gouvernement a accueilli la proposition de loi tendant à renforcer l'efficacité de la lutte antiterroriste, déposée par le président Bas et les sénateurs Retailleau, Mercier et Zocchetto. Nous continuerons le dialogue dans le cadre du projet de loi renforçant la lutte contre le crime organisé et le terrorisme, qui devrait être adopté par l'Assemblée nationale cet après-midi. Le 10 février dernier, l'Assemblée nationale a également voté l'article 2 du projet de loi de révision constitutionnelle, tel qu'amendé par le Gouvernement. L'article 34 de la Constitution ainsi modifié permettra à la loi d'organiser les conditions dans lesquelles une personne française peut être déchue de sa nationalité ou des droits qui y sont attachés, lorsqu'elle a été condamnée pour crime ou délit portant gravement atteinte à la vie de la Nation. Le Gouvernement vous invite, dans le respect de la parole donnée par le Président de la République, à adopter l'article 2 de cette révision constitutionnelle dans les mêmes termes. L'enjeu est d'inscrire au cœur de notre Constitution une garantie nécessaire. Face à la barbarie des 7, 8 et 9 janvier et du 13 novembre, face à la menace, omniprésente, durable, face au risque que la France soit à nouveau frappée, nous devons faire preuve de la plus grande fermeté et de la plus grande détermination. Alors que des Français frappent d'autres Français et déchirent le pacte républicain, l'État doit rappeler ce que signifie être une Nation, être français : non pas une origine mais une exigence, celle de défendre l'égalité, la liberté, la fraternité, la laïcité. Être citoyen français, c'est partager les mêmes valeurs, les mêmes droits et les mêmes devoirs. Partager une même envie de construire l'avenir ensemble, un même destin, un même amour de la patrie. L'État, en ces temps difficiles, doit réaffirmer ce qui nous rassemble. C'est pour cela que ceux qui résident sur le sol français et se comportent comme des Français doivent pouvoir devenir français - et j'ai œuvré, comme ministre de l'intérieur, à ce que l'accès à la naturalisation soit garanti à tous ceux qui, durablement installés sur notre sol, remplissent les conditions. Ces décisions ont bénéficié à des milliers de personnes, devenues nos compatriotes, pour beaucoup binationales. Mais c'est aussi pour réaffirmer ce qui fait notre communauté nationale que des terroristes condamnés, tentant de briser notre destin commun, doivent être déchus de leur nationalité. Nous savons qui nous visons. Le débat sur cet article a été riche, et le Gouvernement - qui avait respecté l'avis du Conseil d'État - a fait évoluer son projet pour en tenir compte, avec l'accord du Président de la République. Parce que la Constitution a une force solennelle, le Gouvernement s'est rallié à une écriture qui ne distingue aucune catégorie de Français par rapport à une autre. Pour que la déchéance de nationalité rassemble la communauté nationale contre les terroristes, il fallait qu'elle s'applique à tous les Français. Pour qu'il y ait responsabilité égale de chacun, il doit y avoir égalité devant la sanction. L'exigence républicaine ne peut être à géométrie variable. Or notre droit ne répond pas pleinement à cette exigence républicaine d'égale responsabilité. L'article 25 du code civil fait ainsi une distinction entre les Français selon qu'ils sont nés français ou ont acquis la nationalité française : seuls ceux qui ont été naturalisés peuvent être déchus de leur nationalité. Pour pouvoir en déchoir, aussi, une personne née française, le Conseil d'État a indiqué clairement, dans son avis du 11 décembre 2015, qu'il fallait une loi constitutionnelle. Il est légitime qu'une mesure d'une telle gravité relève de notre premier texte juridique. J'entends qu'il s'agirait d'une remise en cause du droit du sol... Balivernes ! C'est une erreur. Remettre en cause le droit d'un Français de naissance à conserver sa nationalité s'il prend les armes contre son propre pays n'est pas une remise en cause du droit du sol. C'est une remise en cause du droit du sang, et cela, je l'assume. Car notre Nation n'est fondée ni sur le droit du sol, ni sur celui du sang : elle est fondée sur un pacte citoyen de valeurs républicaines. L'article 25 du code civil fait aussi une distinction entre ceux qui disposent d'une autre nationalité et ceux qui n'en disposent pas, seuls les premiers pouvant être déchus. Pallier ces manques de notre droit, c'est le sens de la rédaction de l'article 2 que le Gouvernement vous propose d'adopter. Je sais qu'elle suscite des interrogations, en raison du risque d'apatridie qui sera, en conséquence, encouru. Mais face à une menace en constante évolution, il faut constamment faire évoluer nos réponses - avec sang-froid, dans le respect de nos valeurs et de l'État de droit. La formulation adoptée par l'Assemblée nationale, avec l'accord du Gouvernement, est, en tous points, compatible avec la position historique de votre assemblée. Les débats tenus aussi bien dans votre commission en décembre 1997 que dans l'hémicycle en janvier 1998 en témoignent. Ce doit être un gage de sérénité de nos débats collectifs, et, je l'espère, de convergence presque complète. Priver un individu de sa nationalité, élément constitutif de la personne, consacrant son appartenance à la communauté nationale, est par essence une décision grave. C'est pour cela que cette rédaction exige une condamnation pénale préalable : pas de déchéance de nationalité sans l'intervention préalable du juge pénal et un procès équitable. C'est aussi pour cela que l'article 2 limite la déchéance aux seuls crimes et délits constitutifs d'une atteinte à la vie de la Nation - atteinte qualifiée, de surcroît, de grave. C'est pour cela, enfin, que nous proposons la possibilité de déchoir non seulement de la nationalité, mais aussi des droits qui y sont attachés. Nous agissons, ce faisant, dans le strict respect de nos engagements internationaux comme des libertés fondamentales garanties par la convention européenne des droits de l'homme. L'avant-projet de loi ordinaire définit, d'abord, ce qui constitue une atteinte à la vie de la Nation, c'est-à-dire les crimes et délits constitutifs d'actes terroristes ou attentatoires aux intérêts fondamentaux de la Nation, prévus au livre 4 du code pénal. Seuls ont été retenus les délits les plus graves, qui encourent une peine de dix ans d'emprisonnement. C'est cohérent avec les six déchéances prononcées depuis 2014, pour des délits d'association de malfaiteurs à visée terroriste - déchéances qui n'ont pas suscité de protestations, d'ailleurs. Elles ne concernaient que des binationaux ayant acquis la nationalité française. Pourquoi cette inégalité ? Ces binationaux sont aussi français que les autres. Certains peuvent même devenir Premier ministre ! Le texte d'application modifie, ensuite, le régime de la déchéance. Nous proposons ainsi que la compétence de prononcer cette sanction, qui revient aujourd'hui à l'autorité administrative après avis conforme du Conseil d'État, revienne à l'autorité judiciaire. Plusieurs raisons à ce choix, qui renoue avec notre tradition républicaine. D'abord, un souci d'efficacité : cette peine sera prononcée immédiatement, au moment de la condamnation. Deuxième raison, le respect de l'exigence d'individualisation de la peine : la déchéance de nationalité est une peine lourde de conséquences, qui nécessite un examen rigoureux et approfondi, au cas par cas. Il n'y aura, comme dans le droit actuel, aucune automaticité. La dernière raison, c'est la volonté de construire une sanction globale, prononcée en même temps que la peine principale, par des juges disposant de tous les éléments de fait et de droit. Lorsque la déchéance de la nationalité ne sera pas souhaitable, le juge pénal pourra déchoir la personne condamnée des droits attachés à la nationalité. Si ces privations de droits existent déjà dans le code pénal, mais souvent avec des durées limitées, nous proposons de leur conférer un caractère définitif - avec une possibilité de relèvement au terme d'un délai de dix ans. Contrairement à la déchéance de nationalité, cette sanction ne privera pas les personnes concernées du droit d'entrer et de séjourner en France. Cette révision constitutionnelle nous permet, en un mot, de réaffirmer des principes simples mais essentiels à la définition de ce que nous sommes. Être français est une exigence républicaine : défendre les valeurs de notre devise nationale. C'est l'inscription assumée dans un destin commun. Et être français est une exigence, un devoir auquel rien, pas même le droit du sang, pas même la naissance, ne doit permettre de se soustraire. Voilà, au terme de débats qui ont été très riches à l'Assemblée nationale, l'état de la réflexion du Gouvernement. Je ne doute pas que les débats ne soient aussi particulièrement riches au Sénat, dont je connais l'attachement aux libertés, et qu'ils aboutiront à un accord. C'est l'exigence des Français. M. Philippe Bas, président. - Merci. Je crois pouvoir dire que, pour l'essentiel, vos conceptions et vos convictions sont voisines des nôtres. Le Sénat a su marquer son émotion et son désir de rassemblement après les actes de barbarie que nous avons subis en 2015. Nous n'oublions pas. Le Sénat a constamment manifesté sa volonté de renforcer les instruments de lutte contre le terrorisme. Il a répondu présent pour adopter la loi de novembre 2014 et a assumé ses responsabilités lors du débat sur celle relative au renseignement. En novembre 2015, le Sénat a prorogé l'état d'urgence et étendu les pouvoirs du ministre de l'intérieur et des préfets dans sa mise en oeuvre. Dès février 2015, je vous ai fait des propositions écrites, qui ont donné lieu à la proposition de loi que j'ai déposée avec MM. Retailleau, Zocchetto et Mercier. Nous avons travaillé avec le garde des sceaux dans d'excellentes conditions, et je me réjouis d'en voir les dispositions largement reprises dans le texte qui vient d'être délibéré par l'Assemblée nationale. L'essentiel pour nous est de fournir à l'État, dans le respect de l'État de droit, des instruments d'action supplémentaires lorsqu'ils sont nécessaires. Vous nous demandez d'être à la hauteur : nous n'avons pas l'habitude de nous dérober. L'efficacité de la lutte contre le terrorisme nous préoccupera tout autant que la défense des droits et libertés, vocation du Sénat. Nous ne souhaitons pas donner au législateur de demain des pouvoirs que nous pourrions nous reprocher d'avoir inscrits dans la Constitution s'ils devaient lui permettre de limiter certaines garanties fondamentales. Dans une révision constitutionnelle, aucune des deux chambres n'a à se conformer au vote de l'autre. Nous ferons notre travail dans un esprit constructif, en nous inscrivant dans la volonté exprimée par le Président de la République de nouer un pacte national dans la lutte contre le terrorisme, et sans nous écarter de la ligne tracée le 16 novembre. Mme Éliane Assassi. - Merci de votre présence. Nous sommes tous attachés à la protection de notre pays et de son peuple, et convaincus de la nécessité de prendre les mesures adaptées pour l'assurer de façon constante. Pour autant, je ne peux adhérer à ce projet de loi constitutionnelle. Il ne s'agit nullement de posture ou de positionnement moral, mais bien d'un désaccord politique de fond. D'ailleurs, je n'ai pas voté la prolongation de l'état d'urgence. Son inscription dans la Constitution comme celle de la déchéance de nationalité ne sont pas des idées de gauche. L'une des mesures de ce texte a été proposée en son temps par le Front national ! Il y a eu, dans notre histoire, des individus pour résister, pour dire non. Avec mes camarades, je dis non à ce texte. Nombre de juristes, de constitutionnalistes, d'historiens, de sociologues et de simples citoyens partagent notre avis. Inscrire l'état d'urgence dans la Constitution est dangereux, car cela crée une possibilité large de déroger au fonctionnement normal des pouvoirs dans la durée, hors du contrôle du juge judiciaire. Le cas de « péril imminent résultant d'atteintes graves à l'ordre public » traduit une volonté d'instaurer un régime permanent d'exception. Pourtant, en janvier 2015, vous aviez affirmé que l'État ne plierait jamais, qu'il prendrait des mesures exceptionnelles mais pas des mesures d'exception. Pourquoi n'avoir pas remplacé le cas de péril imminent par celui d'attaque contre le sol français ou de danger clair et présent, comme cela vous a été proposé par des juristes ? Ces conditions seraient plus objectives. Quant à la déchéance de nationalité, M. Badinter a tout dit en demandant : « Comment la France, qui s'était honorée en supprimant la peine de mort, peut-elle aujourd'hui créer une mort civile avec la déchéance de nationalité ? » La déchéance de nationalité a été appliquée avant ou pendant des conflits - même des communistes en ont fait les frais. Vous proposez la déchéance pour tous, au risque de créer des cas d'apatridie. Certes, la France n'a pas ratifié la convention de 1961 ni celle de 1997, mais l'article 15 de la Déclaration universelle des droits de l'homme dispose que « tout individu a droit à une nationalité » et que « nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité ». Cette déclaration n'a pas de valeur juridique, certes, mais elle a une portée internationale que vous ne retenez pas. Enfin, la déchéance de nationalité est une sanction qui s'ajoute à celles déjà prévues dans le code civil et dans le code pénal à l'encontre des terroristes. Pourquoi inscrire une sanction dans la Constitution ? M. Jean-Yves Leconte. - Dans la mesure où la menace contre la Nation est urgente et importante, nous ne pouvons pas nous disperser. Comment, dans ces conditions, l'article 2 nous protège-t-il ? Comment sert-il la coopération internationale en matière de terrorisme ? Il s'inscrit en complète contradiction avec les principes et fondements du droit que nous avons construit en Europe et dans le monde depuis la deuxième guerre mondiale, pour ne plus avoir d'apatrides et pour constituer des droits pour tous. Comment appeler à la coopération internationale en matière de terrorisme si nous renvoyons aux pays avec lesquels nous coopérons les binationaux que nous aurons déchus ? Bref, comment coopérer si le reste du monde devient la poubelle de la France ? La force d'une nation est d'assumer ses criminels plutôt que de les renvoyer dans la nature. Vous présentez la déchéance de nationalité comme une peine complémentaire. Or l'article 2 ne prévoit que la possibilité de cette déchéance. La manière dont la peine s'appliquera sera fixée par la loi ordinaire : rien ne garantit qu'elle sera prononcée par le juge judiciaire. En ajoutant les délits - champ bien plus large que les actes de terrorisme, et qui dépendra, qui plus est, du législateur ordinaire ! -, l'Assemblée nationale a affaibli le lien entre les citoyens et la Nation. C'est dangereux dans les circonstances actuelles. Le Conseil constitutionnel n'a pas considéré comme une inégalité la différence de statut entre les Français naturalisés et les autres : une naturalisation n'est pas un constat d'assimilation, mais un pari sur l'intégration. Enfin, l'article 23-7 du code civil rend déjà possible la déchéance de nationalité : vous ne l'avez pas évoqué. M. Jacques Mézard. - Je ne voterai pas ce texte, pas plus celui du Gouvernement que celui qui résulterait des amendements proposés par la commission. Je ne veux ni hurler avec les loups, ni bêler avec les moutons. Monsieur le Premier ministre, je respecte votre position. Ce texte porte un message politique pour rassurer les Français et pour les rassembler, ce qui est légitime de la part du Gouvernement, même s'il n'a pas choisi le meilleur moyen. Je souhaiterais que l'on respecte aussi la position de ceux qui ne sont pas d'accord. J'ai été rapporteur de votre premier texte sur le terrorisme, quand vous étiez ministre de l'intérieur, et je ne le regrette pas. Toutes les nations doivent se donner les moyens de combattre le terrorisme et ce qui menace leur sécurité, y compris les moyens financiers et humains, à condition que cela se fasse dans le respect des libertés. Quant à l'état d'urgence, s'il est constitutionnalisé, on pourra y recourir à chaque fois que les services de sécurité considéreront que la situation relève du péril imminent. Cela pose problème, comme l'ont montré un certain nombre d'universitaires et de juristes. Enfin, sur la déchéance de nationalité, la position de Robert Badinter est parfaite, c'est la voix de la sagesse. M. Michel Mercier. - Merci, Monsieur le Premier ministre, de nous avoir expliqué votre choix de la voie constitutionnelle, après les attentats que notre pays a subis. Le Sénat a toujours veillé à aider l'exécutif à s'armer contre le péril terroriste. Faut-il aller jusqu'à une révision constitutionnelle ? Le droit constitutionnel est aussi un droit politique. Il y a deux façons d'organiser notre vie en commun : en donnant des signes et en prévoyant des dispositions juridiques. Le Conseil constitutionnel vient de répondre aux questions sur la constitutionnalité des mesures liées à la mise en œuvre de l'état d'urgence. Inscrire l'état d'urgence dans la Constitution n'ajoute donc pas grand-chose, mais je reconnais que l'état de siège n'est plus que symbolique et que l'article 16 est peu pratique pour lutter contre la guérilla terroriste. Il ne serait par conséquent pas anormal d'inscrire l'état d'urgence dans la Constitution. Nous avons eu l'occasion d'entendre à plusieurs reprises le premier président de la Cour de cassation rappeler son interprétation de l'article 66 de la Constitution. Je sais que le juge administratif est le juge des libertés publiques, depuis longtemps, mais il n'en reste pas moins nécessaire de réaffirmer le rôle de l'autorité judiciaire comme gardienne de la liberté individuelle. C'est ainsi que l'on retrouvera l'unité de la Nation. La déchéance de nationalité existe depuis longtemps dans notre droit. Depuis la première guerre mondiale, il y a toujours eu des textes relatifs à la déchéance ou à la perte de la nationalité ; pour le Conseil d'État, l'une comme l'autre est une sanction. Il est normal de priver de la protection de l'État un Français qui lui manquerait de loyauté. L'article 25 du code civil vise uniquement la catégorie des binationaux qui ont acquis la nationalité française. Je partage votre souci de ne pas distinguer entre binationaux, car nos principes juridiques impliquent que nous traitions tous les citoyens de la même manière. Le texte issu de l'Assemblée nationale n'est pas d'une clarté extrême sur ce point. Il ne mentionne pas la possibilité de déchoir de leur nationalité ceux qui n'ont que la nationalité française. Vous avez habilement renvoyé ce point à la ratification d'un texte international. En effet, en matière d'apatridie, la France n'a pas d'obligation juridique internationale ; il n'existe qu'une mesure de droit interne. Selon l'article 34 de la Constitution, le Parlement fixe les règles en matière de nationalité. Si la réforme est votée, le Parlement verra son rôle limité, puisque l'article 34 précisera les circonstances dans lesquelles la déchéance de nationalité pourra s'appliquer. Si vous ne prévoyez pas explicitement la possibilité de l'apatridie, vous imposerez au Parlement un contrôle de conventionalité qui s'ajoutera au contrôle de constitutionnalité. Cela fait beaucoup. La nationalité est une manifestation de l'État, qui décide des conditions de son attribution ou de son retrait. C'est pourquoi l'idée de faire de la déchéance une peine complémentaire ne me convainc pas. Une fois prononcée la condamnation définitive, il appartient au pouvoir exécutif de prononcer la déchéance de nationalité, après avis conforme du Conseil d'État, car cela relève des attributions de l'État. Il n'est pas souhaitable d'inscrire dans la Constitution une peine complémentaire qui s'apparente à une diminutio capitis et qui met en cause la puissance et l'imperium de l'État. M. Alain Richard. - J'ai écouté avec intérêt et respect mes collègues exprimer leur désaccord avec le texte du Gouvernement. En ce qui concerne l'état d'urgence, il est vrai que nous pourrions conserver la loi de 1955 avec tout ce qu'elle comporte de souvenirs et d'effets de circonstances. Elle a déjà été modifiée pour effacer les séquelles liées à une situation de guerre interne où la censure, par exemple, était autorisée. Cette loi continuera à évoluer, car elle constitue une réponse efficace aux menaces. L'enserrer dans un cadre constitutionnel pour en alourdir les effets, quand bien même cela limiterait la marge d'initiative du législateur, me paraît être un acte favorable aux libertés. On peut y introduire des dispositions limitatives, à l'image de ce qu'a fait l'Assemblée nationale. Quant aux conditions d'ouverture de l'état d'urgence, faut-il substituer une expression plus précise à celle de « péril imminent » ? Le débat mérite d'être poursuivi. Pour l'instant, les expressions proposées n'apportent pas un cadre juridique plus contraignant. La notion de « péril grave imminent » a le mérite d'être claire. On peut introduire des mesures supplémentaires d'encadrement du législateur. Fixer des bornes à l'action de l'exécutif pendant l'état d'urgence, telle est la mission première de la Constitution. Qu'une loi ordinaire traite des pouvoirs de contrôle du Parlement sur l'exécutif, comme nous l'avons fait avec la loi du 20 novembre 2015, est d'ailleurs une anomalie ! Je reste préoccupé par les conséquences qui pourraient être tirées des positions de la conférence des premiers présidents de cours d'appel, portées par la voix du premier président de la Cour de cassation : on pourrait aller jusqu'à faire disparaître la notion de police administrative ! Si l'on place la protection des correspondances sous l'autorité du juge judiciaire, il n'y aura plus d'écoutes administratives possibles autrement que par l'autorisation d'un juge. J'invite mes collègues à se montrer conséquents. Enfin, la déchéance de nationalité est une mission de l'État souverain. Je diverge de la position de Michel Mercier en ce que, de mon point de vue, l'autorité judiciaire s'exprime aussi au nom de l'État. M. Michel Mercier. - Si je suis parvenu à vous le faire dire, c'est parfait ! M. Alain Richard. - L'État peut-il prendre la décision de priver ses ressortissants de leur nationalité ? Certains d'entre nous sont convaincus que oui. La nationalité n'est pas seulement un support administratif, mais l'adhésion à des valeurs et à des exigences. Peut-on aller jusqu'à créer un cas d'apatridie ? Au premier alinéa de l'article 15 la Déclaration universelle des droits de l'homme, il est indiqué que tout homme doit avoir une nationalité. Le deuxième alinéa précise qu'on ne peut priver arbitrairement quelqu'un de sa nationalité - c'est reconnaître, implicitement, qu'une procédure légitime le peut. La convention de l'ONU dit qu'un État peut conserver la faculté de priver un individu de sa nationalité en cas de manque de loyalisme ou de comportement portant préjudice grave aux intérêts de l'État. Une autre convention des Nations unies prévoit un socle de droits pour les apatrides. Il est par conséquent inexact de prétendre que nous créerions des êtres sans droits, comme l'a dit Patrick Weil la semaine dernière. Peut-être serait-il bon de préciser la situation des apatrides en droit français. Dans les moments les plus dramatiques de notre histoire, il a toujours paru légitime de priver un citoyen de sa nationalité en cas de préjudice grave contre l'État. Reste évidemment le débat sur crime ou délit... Mme Éliane Assassi. - Eh oui ! M. Alain Richard. - En tout cas, aucun texte des Nations unies n'exige que l'on s'abstienne de créer des cas d'apatridie. Preuve en est la convention de 1961 qui porte sur la « réduction » des cas d'apatridie. À l'époque, il s'agissait d'un fait collectif, qui résultait des changements de territoires. Le débat actuel concerne une sanction individuelle contre des gens que l'on souhaite mettre au ban d'une société démocratique. M. Jean-Jacques Urvoas, garde des sceaux, ministre de la justice. - Je remercie les parlementaires pour la qualité de ces échanges. M. Mercier a évoqué la place de l'autorité judiciaire. Un certain nombre de magistrats ont pris part aux échanges, j'entends les inquiétudes. Les articles 64 et 66 de la Constitution ne sont pas anodins : pour la première fois dans l'histoire de la Constitution française, on a inscrit l'indépendance de l'ordre judiciaire au rang le plus haut. C'est le 4° de la loi constitutionnelle du 3 juin 1958 qui dote l'autorité judiciaire d'une mission - protéger la liberté individuelle - assise sur une garantie - l'indépendance de l'autorité judiciaire. C'est l'Habeas corpus à la française. Le Gouvernement propose de conforter l'indépendance de l'autorité judiciaire en inscrivant à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale, le 6 avril prochain, le texte adopté par le Sénat pour la révision constitutionnelle relative au Conseil supérieur de la magistrature, et le Président de la République a affirmé, lors de sa visite à l'École nationale de la magistrature, qu'il souhaitait un vote conforme de l'Assemblée. Cela manifeste tout son respect pour l'autorité judiciaire. Notre histoire juridique voit les deux ordres de juridiction cheminer parallèlement. On n'est jamais trop nombreux pour préserver les libertés ! Je crois au dialogue des juges plus qu'à leur affrontement. Personne n'envisage de réviser l'article 66 de la Constitution. L'autorité judiciaire est bien la gardienne des libertés - même si l'on peut toujours avoir des débats byzantins pour savoir s'il faut mettre le mot « liberté » au singulier ou au pluriel. Le Sénat organise prochainement un débat sur la place des juges, avec le premier président de la Cour de cassation. Le Gouvernement sera ravi d'y contribuer. M. Manuel Valls, Premier ministre. - En effet, monsieur le président Bas, le Sénat a toujours pris ses responsabilités : qu'il s'agisse des deux lois antiterroristes, de la mise en oeuvre de l'état d'urgence ou de vos propositions - que l'on retrouve dans le texte défendu à l'Assemblée nationale par M. Urvoas -, le Sénat s'est toujours montré un défenseur intransigeant des droits et des libertés fondamentales. Les textes que j'ai défendus en matière de sécurité ou d'immigration en ont également donné la preuve. Une révision constitutionnelle implique que toute modification votée par le Sénat, aussi légitime soit-elle, puisse être approuvée par l'Assemblée nationale. Traçons ce chemin ensemble. Madame Assassi, je sais que vous n'exprimez pas une posture mais une conviction. Dire que la déchéance de nationalité n'est pas une mesure de gauche est inexact au regard de l'histoire. Il suffit de rappeler 1848 et toute la première partie du XXème siècle, l'ordonnance de 1945 qui instaure un régime républicain de déchéance de nationalité, les lois de 1973 et de 1993 qui définissent le régime actuel, celles de 1996, de 2003 et de 2006 qui le modifient. Toutes sont des lois de la République et la République transcende le clivage entre gauche et droite. Vous avez fait allusion à la proposition de M. Sarkozy de déchoir de leur nationalité les auteurs de crimes contre des policiers et gendarmes. La déchéance de nationalité est une arme à utiliser avec précaution. Si elle est employée contre ceux qui rompent avec la Nation, elle ne peut plus sanctionner d'autres crimes, aussi atroces soient-ils. Lorsqu'elle s'applique contre les terroristes, la mesure n'est ni de gauche, ni de droite. La gauche se confond aussi avec l'histoire de la République ! La déchéance de nationalité n'est pas une « mort écrite » : c'est une mise à l'écart de la République, à titre de peine complémentaire, qui peut être levée au bout de dix ans. Malgré tout le respect que j'ai pour M. Badinter, elle n'a rien à voir avec la peine de mort. L'avis du Conseil d'État du 11 décembre 2015 est clair : pour pouvoir prononcer la déchéance de nationalité contre des personnes nées françaises, il faut l'inscrire dans la Constitution. La notion de « péril imminent » vous paraît floue. Les juristes du Conseil d'État ont rappelé qu'il était préférable de conserver des notions stabilisées, dotées d'une valeur sémantique et juridique forte. Je fais confiance au Conseil constitutionnel pour enrichir et préciser sa jurisprudence. Monsieur Leconte, la déchéance de nationalité a un objectif de principe, celui du droit de la Nation à sanctionner celui qui se retourne contre elle. Elle n'est pas pour autant dépourvue d'efficacité en matière de lutte contre le terrorisme international. La coopération internationale, les lois que nous votons, les moyens donnés aux armées, à la justice, à nos services de renseignement, à la pénitentiaire restent essentiels. Il n'en reste pas moins que la Nation a symboliquement le droit de se défendre. Une nationalité est un droit inconditionnel à voyager, à entrer ou à sortir de France. La privation de nationalité ne fait pas obstacle à l'intégralité du parcours pénal et pénitentiaire. Nous combinons le régime de la déchéance avec les exigences de la Cour européenne des droits de l'homme. Nous assumons parfaitement nos criminels. La coopération judiciaire et policière internationale nous aide à les combattre. La déchéance de nationalité est une sanction qui intervient au terme d'un processus de coopération qu'elle ne compromet pas. Quant à la notion de peine complémentaire, il faudra en débattre. L'article 2 ne la mentionne pas, mais elle apparaît dans l'avant-projet de loi. Je ne vois pas d'inconvénient à ce que l'on précise les choses, dans le cadre d'un débat transparent. Le Conseil d'État nous a proposé de retirer les délits, qui figuraient dans le texte initial, inspiré du code civil, créant ainsi des régimes différents entre crimes et délits. À l'Assemblée nationale, le Gouvernement a accepté un amendement qui les réintroduit pour satisfaire une demande de l'opposition. Je comprends vos interrogations, et nous pourrons avancer ensemble sur cette question. Depuis 2012, la déchéance de nationalité a été prononcée sur la base de délits terroristes. MM. Mercier et Richard ont mentionné la convention du 30 août 1961, dont l'article 8 ter autorise un État à se réserver le droit de créer des apatrides, notamment en cas d'atteinte à ses intérêts essentiels ou d'allégeance à un autre État. L'apatridie a été au coeur du débat ; nous avons évolué collectivement pour sortir d'une contradiction : soit nous visions expressément les binationaux, soit nous interdisions toute possibilité d'apatridie, avec le même résultat implicite. Si l'on souhaite que la déchéance de nationalité puisse s'appliquer à tout terroriste, qu'il soit plurinational ou non, cela implique que nous acceptions de créer des apatrides, dans la limite des traités internationaux. Toute la question consiste à savoir si l'État réitérera ou pas les réserves permises par l'article 8 ter, en ratifiant la convention de 1961. C'est la question que vous m'avez posée, Monsieur Bas, dans le courrier que vous m'avez adressé - et à laquelle je n'ai toujours pas répondu. M. Philippe Bas, président. - En effet... M. Manuel Valls, Premier ministre. - Première solution : nous indiquons que la France ne réitérera pas la déclaration de 1962 en ratifiant la convention de 1961, ce qui serait contradictoire avec le compromis voté à l'Assemblée nationale. On consacrerait ainsi le refus de l'apatridie au prix de l'égalité devant la sanction. Deuxième solution : nous indiquons que la France réitérera la déclaration de 1962, en ratifiant la convention de 1961. Nous assumerons alors de créer des apatrides dans certains cas très limitativement énumérés et avec les garanties apportées par le transfert de compétence à l'autorité judiciaire comme prévu par l'avant-projet de loi ordinaire. C'est notre ligne actuelle. Vous pourriez objecter que la Cour de justice de l'Union européenne accepte que le retrait de nationalité ait pour conséquence l'apatridie, dès lors que les juges ont respecté l'exigence de proportionnalité : c'est l'arrêt Rottmann. Parmi les 65 États qui ont ratifié la convention de 1961, beaucoup l'ont accompagnée de déclarations. La Belgique, en juillet 2014, s'est réservé la possibilité de créer des apatrides quand la personne a été condamnée pour certains crimes et délits allant de l'attentat contre la famille royale jusqu'aux actes terroristes en passant par la violation du droit humanitaire, les vols en matière nucléaire, la traite des êtres humains, etc. C'est aller beaucoup plus loin que nous ! En exigeant une condamnation pénale préalable, la France ajoute une garantie au texte de 1961, qui se contente de mentionner un « comportement ». M. Jean-Jacques Urvoas, garde des sceaux, ministre de la justice. - J'insiste sur ce point. Le compromis adopté à l'Assemblée nationale est beaucoup plus restrictif que le texte préalable : alors qu'un comportement suffisait à justifier l'apatridie dans le texte de 1961, il faudrait désormais une condamnation. M. Manuel Valls, Premier ministre. - Troisième solution : nous indiquons que la France, en ratifiant la convention de 1961, réitère cette déclaration, et nous proposons de constitutionnaliser l'intervention judiciaire pour prononcer la déchéance de nationalité. Voilà où nous en sommes dans notre réflexion. Je comprends vos interrogations sur l'article 2. MM. Mercier et Richard ont rappelé l'essentiel sur l'article 1er. En constitutionnalisant l'état d'urgence, nous apportons une garantie supplémentaire. Je ne comprends pas que l'on puisse rejeter cette idée au nom des libertés publiques. Le Gouvernement vient devant vous avec la volonté de trouver le bon chemin. M. Philippe Bas, président. - Monsieur le Premier ministre, monsieur le garde des sceaux, nous vous remercions. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/265.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/265.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0bd1005dd103195c2add2bb8b9f171cd12d2dc7a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/265.txt @@ -0,0 +1 @@ +A l'issue du Sommet de cette année, le Président de la République française, François Hollande et le Président du Conseil des Ministres de la République italienne, Matteo Renzi, souhaitent souligner le sens et les perspectives ouvertes par la profonde entente entre nos deux Gouvernements. L'Europe doit apporter une solution rapide au défi que représentent les flux de réfugiés et de migrants qui continuent d'arriver à ses frontières. Elle doit en même temps se préparer pour l'avenir à faire face à un enjeu migratoire qui est global. Dans ce contexte, des réponses unilatérales de chaque Etat membre ou l'érection de barrières ou de murs entre eux ne contribuent pas à une solution durable. A l'inverse, cette question appelle une gestion commune et coordonnée, conforme à nos valeurs et à la hauteur de l'enjeu. L'application des mesures déjà décidées par le Conseil Européen est indispensable pour permettre un tarissement des flux irréguliers, à commencer par la pleine mise en œuvre du dispositif des centres d'accueil (hotspots) dans toutes ses dimensions (enregistrement systématique des migrants, contrôles sécuritaires à travers les fichiers européens et Interpol, détermination du statut), les engagements pris pour les relocalisations de demandeurs d'asile et la mise en place de retours systématiques pour les migrants irréguliers. La France et l'Italie sont favorables au renforcement de la protection des frontières extérieures de l'Union, dans le respect des impératifs de sécurité et de protection des populations au sein de l'espace Schengen et des droits fondamentaux des personnes. Elles se réjouissent de l'adoption de la révision du Code Schengen permettant la mise en place de contrôles systématiques sur toutes les personnes entrant dans l'espace Schengen. Elles soutiennent également la création d'une Agence européenne des garde-côtes et des gardes-frontières européens, dans l'objectif d'engager son déploiement dès l'été prochain. La France et l'Italie sont engagées dans la lutte contre les organisations criminelles de trafiquants de migrants, ainsi que dans la lutte contre les causes de ces mouvements migratoires, comme les crises en Syrie et en Libye. Dans cette optique, nos deux pays rappellent la nécessité de faire évoluer l'opération EU NAVFOR Sophia dans la lutte contre les réseaux actifs en Libye, dès que les conditions politiques le permettront. L'adoption d'un système européen plus convergent et efficace en matière de droit d'asile (incluant la révision du règlement de Dublin) et le renforcement de nos politiques de retours (impliquant la pleine mise en œuvre de la directive « retour » par les Etats membres, la conclusion d'accords européens de réadmission avec les principaux pays d'immigration irrégulière, le dialogue régional dans le cadre des processus de Rabat et de Khartoum, et la création d'un bureau spécial des retours au sein de Frontex) constituent des éléments-clés pour définir une stratégie adéquate pour l'avenir. La France et l'Italie soulignent la nécessité de renforcer les politiques en faveur de la croissance et de l'emploi. Des mesures plus efficaces et plus courageuses sont nécessaires pour relancer l'économie européenne, renforcer son potentiel ainsi que sa capacité de résistance aux crises. Afin d'assurer une reprise économique durable, la France et l'Italie sont ainsi engagées à promouvoir en Europe les collaborations industrielles et des stratégies coordonnées pour la transition énergétique et climatique, la modernisation numérique et le soutien à la recherche et à l'innovation. Elles soutiennent à cet égard le plan d'investissement pour l'Europe, qui doit s'appuyer sur la réussite du Fonds européen d'investissement stratégique (dit Juncker), ainsi que sur la mise en place d'une Union de financement et d'investissement assurant un meilleur accès des entreprises au financement, en particulier pour les petites et moyennes entreprises, et des conditions attractives pour les investisseurs en Europe. C'est dans ce contexte que la Cassa Depositi e Prestiti, la Caisse des Dépôts et Consignations et la Banque Publique d'Investissement ont renforcé leur collaboration. De manière générale, il est important que les institutions financières publiques nationales puissent jouer un rôle plus actif et contribuent au plein succès du Plan d'investissement pour l'Europe, avec la Banque Européenne d'Investissement. L'Europe doit accompagner cet effort d'innovation et mettre en place les conditions nécessaires à la transformation de nos économies. Elle doit en particulier assurer que la politique commerciale européenne permette un accès plus important aux marchés des pays tiers tout en garantissant l'équité des échanges et la régulation des marchés, en particulier lorsqu'ils sont confrontés à des crises. Ainsi, la France et l'Italie appellent à un meilleur usage et au renforcement des instruments de défense commerciale, notamment pour faire face à la crise de la sidérurgie. Nos deux pays sont également convaincus de la nécessité de renforcer les instruments de gestion des crises pour faire face aux difficultés persistantes des marchés agricoles, en particulier dans les secteurs du lait, de la viande, et des fruits et légumes. La France et l'Italie considèrent qu'une union économique et monétaire plus forte et plus efficace sera bénéfique à l'ensemble de l'Union européenne. L'Union économique et monétaire est une conquête et un projet politique, dont il faut consolider l'architecture et améliorer le fonctionnement, dans un esprit de solidarité et de responsabilité, en se fondant sur des institutions fortes et démocratiques ainsi que de nouveaux instruments communs, qui pourraient prendre la forme d'un budget de la zone euro. Face aux incertitudes et aux risques d'instabilité au niveau global, ils devront contribuer à renforcer la croissance, la convergence et la stabilité dans la zone euro. Il est en particulier nécessaire de compléter l'union bancaire ; de mettre en œuvre une politique budgétaire adaptée au niveau agrégé, en assurant une coordination plus forte au sein de la zone euro permettant de réduire les déséquilibres, ainsi qu'une application plus intelligente des règles budgétaires , en cohérence avec les réformes structurelles conduites par les Etats membres et favorable à la croissance ; de renforcer le soutien aux politiques d'investissement ; d'assurer la convergence fiscale et sociale nécessaire à la préservation de notre modèle social. La France et l'Italie rappellent leur engagement dans la lutte contre l'évasion fiscale internationale et leur soutien à l'initiative BEPS (Base Erosion and Profit Shifting), dont elles souhaitent qu'elle soit mise en œuvre de manière rapide, cohérente et partagée. La France et l'Italie travaillent en parfaite harmonie s'agissant du suivi du respect du calendrier de mise en œuvre de l'échange automatique d'informations financières à des fins fiscales. La France et l'Italie ont signé aujourd'hui le protocole additionnel à l'accord bilatéral du 24 février 2015 relatif à la ligne ferroviaire Lyon-Turin, qui permet le lancement des travaux de ce projet qui constitue un trait d'union structurant entre nos deux pays. La France et l'Italie, nations sœurs intimement liées par leur histoire et leur culture, sont aujourd'hui déterminées à combattre ensemble le terrorisme international et les organisations criminelles transnationales. Conscientes du fait qu'il s'agit là d'un engagement à long terme, Rome et Paris continueront à oeuvrer ensemble dans le cadre de la Coalition internationale contre Daech, sur la base des résultats déjà obtenus, aussi bien sur le terrain que dans la lutte contre ses sources de financement. Dans ce dernier domaine, il est fondamental de poursuivre nos efforts en promouvant des mesures opérationnelles et ambitieuses, au sein des enceintes pertinentes comme le GAFI, le G20 et le G7 et au niveau européen. Nos deux pays soulignent l'importance de poursuivre leur engagement respectif en Irak en soutien aux autorités irakiennes dans la lutte contre Daech, à travers des actions opérationnelles et de formation. Mettant l'accent sur la nécessité d'une stratégie multidimensionnelle de lutte contre le terrorisme, la France et l'Italie soulignent l'importance de protéger les jeunes du prosélytisme en ligne, et l'urgence d'affronter de manière structurée le thème de la radicalisation et la lutte contre l'extrémisme violent. Face aux menaces en matière de sécurité de plus en plus multiformes et imprévisibles, la France et l'Italie restent pleinement mobilisées en faveur de l'Europe de la défense. Elles coopèrent aussi étroitement pour faire avancer le processus de stabilisation des zones de crises qui concernent la Méditerranée. Nous continuons à travailler en particulier pour consolider le cessez-le-feu en Syrie, faire arriver l'aide humanitaire à la population civile et relancer les négociations politiques sous l'égide de l'envoyé spécial de l'ONU, Staffan De Mistura, avec l'objectif d'assurer un processus de transition qui soit crédible et inclusif. La France et l'Italie coopèrent également sur la Libye. Afin de lutter contre la tentative de Daech de s'enraciner dans le pays, de rétablir la stabilité et de répondre à dégradation de la situation humanitaire, il est de plus en plus urgent de pouvoir s'appuyer sur un Gouvernement d'union nationale disposant des pouvoirs nécessaires et s'installant à Tripoli le plus vite possible. Ceux qui s'opposent à ce processus doivent être tenus responsables. Rome et Paris soutiennent une mission internationale, qui sera déployée sur demande du gouvernement légitime et dans un cadre juridique international adéquat, afin d'appuyer par des actions d'assistance et de formation les forces de sécurité libyennes. La France et l'Italie réaffirment leur détermination à œuvrer ensemble, notamment dans le cadre de l'Union pour la Méditerranée et du 5+5, pour que la Méditerranée devienne un espace de paix et de prospérité partagée. La mise en œuvre du « Southern Mediterranean Investment Coordination Initiative » (AMICI) peut également être une contribution précieuse, en permettant d'optimiser les ressources financières mises à disposition pour assurer le développement économique et l'emploi. De manière analogue, l'initiative « Partnership for Research and Innovation in the Mediterranean Area » (PRIMA) pour un programme européen conjoint au titre de l'article 185 TFUE pour la recherche dans les domaines de l'alimentation et de l'eau, joue un rôle stratégique. Cet engagement nous concerne tous et doit s'appuyer sur une stratégie ambitieuse et de long terme, intéressant le continent africain dans son ensemble, avec l'objectif de favoriser la stabilité et le développement économique et social. La France et l'Italie sont en première ligne dans la protection du patrimoine archéologique, artistique et culturel, risquant d'être détruit du fait des attaques de Daech, et soutiennent réciproquement l'initiative italienne des « casques bleus de la culture » lancée le 16 février dernier et l'initiative française de reconstruction du patrimoine détruit dans les zones de conflit. S'inspirant de nos deux capitales, symboles des valeurs civiles, sociales et culturelles, et alors que vient d'être célébré le 60ème anniversaire du jumelage « exclusif » entre Rome et Paris, nous renouvelons aujourd'hui notre engagement à garantir la sécurité et la liberté de nos peuples et de nos enfants. Les menaces provenant de l'extérieur profitent souvent de l'ouverture de nos sociétés et les rendent vulnérables. Dans cette optique, nous entendons promouvoir un espace franco-italien de participation et d'inclusion sociale des jeunes. La France et l'Italie ont, dans ce contexte, signé un protocole d'entente sur un projet pilote pour la mobilité des jeunes dans le cadre du service civique, qui peut devenir un modèle au plan européen. Nous souhaitons également ensemble saluer la mémoire des victimes de toutes les formes de terrorisme, avec une pensée particulière à l'égard de Valeria Solesin et de sa famille. Notre décision de dédier à la mémoire de Valeria des bourses d'étude destinées à soutenir les recherches de jeunes étudiants italiens et français sur les thématiques du genre représente un geste concret de notre stratégie de réponse à la violence et à la terreur, grâce à la culture et au savoir. Nous restons mobilisés pour promouvoir d'autres politiques en faveur des jeunes, en s'inspirant des meilleures réformes de ces dernières années dans nos deux pays, et souhaitons que les politiques en faveur de la jeunesse et du marché de l'emploi figurent de manière constante sur l'agenda européen, en particulier avec le refinancement du programme Initiative pour l'emploi des jeunes à hauteur de 20 milliards d'euros jusqu'en 2020. Les jeunes représentent une véritable ressource, un véritable patrimoine sur lequel miser pour l'avenir. Pour eux, il faut investir dans la culture et dans la formation et faciliter leur entrée sur le marché du travail. La France et l'Italie soulignent le sens et les perspectives ouvertes par la COP 21 et l'importance de la cérémonie de signature de l'Accord de Paris sur le climat le 22 avril prochain à New York. Nous encouragerons nos partenaires européens à mener à bien rapidement sa ratification. Nous promouvons également l'instauration d'une tarification internationale du carbone. Nous amplifierons le mouvement initié par le Plan d'action de Lima à Paris, notamment l'initiative africaine des énergies renouvelables et l'Alliance géothermie. Résolus à continuer à approfondir les liens déjà solides existants entre nos deux pays, nous repartons de Venise avec un agenda commun riche d'engagements bilatéraux et européens, et certains que la relation spéciale qui lie nos deux pays nous permettra d'affronter avec succès tous les défis. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/266.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/266.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ce0a60a96b277e597795d63260434b0d6b2bd545 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/266.txt @@ -0,0 +1 @@ +La ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes a présenté une communication relative au bilan de la journée internationale des droits des femmes. En 2016, la journée internationale des droits des femmes a été placée sous le signe de la mobilisation citoyenne, avec plus de 1 000 initiatives dans les territoires. Cette journée a également été l'occasion, pour le Président de la République, d'installer le nouveau Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes (HCEfh), qui devra poursuivre son travail éclairant de concertation avec la société civile et d'animation du débat public. Cette journée internationale est aussi le point d'orgue de l'action interministérielle menée avec volontarisme tout au long de l'année. La richesse des feuilles de route déclinant le bilan et les perspectives de chaque ministère en est la preuve. Le Gouvernement a engagé une mobilisation constante depuis 2012 en faveur des droits des femmes, avec un objectif fort : l'accès à l'égalité réelle entre les femmes et les hommes. Le travail fourni porte ses fruits et les avancées sont désormais tangibles : généralisation du téléphone grand danger, interdiction d'accès aux marchés publics et délégations de service public pour les entreprises ne respectant pas la loi sur l'égalité professionnelle, amélioration de l'accès à l'interruption volontaire de grossesse, réforme du congé parental, généralisation de la garantie contre les impayés de pensions alimentaires. Toutes ces mesures font désormais partie du quotidien des Françaises et des Français. Le Gouvernement va continuer à agir pour faciliter l'articulation entre vie professionnelle et vie familiale et aider les familles monoparentales à sortir des situations de précarité dans lesquelles elles peuvent se trouver. Pour cela, les crèches à vocation d'insertion professionnelle seront développées, une réflexion sera ouverte, en lien avec le ministre de la justice, sur une simplification des procédures de fixation et de recouvrement des pensions alimentaires, et des solutions de répit en faveur des familles monoparentales seront expérimentées. La lutte contre les violences faites aux femmes sera bien sûr poursuivie. Grâce à une proposition de loi sur le point d'aboutir, la prostitution sera reconnue comme une violence faite aux femmes. Des nouveaux chantiers pourraient être ouverts pour une lutte contre les violences effectives dans l'ensemble des territoires, pour renforcer la lutte contre les violences sexuelles, et pour mieux prendre en compte l'antériorité de violences dans le couple dans l'exercice de la coparentalité. La prévention de la radicalisation sera aussi renforcée. La lutte contre le sexisme doit enfin être renforcée. Dans l'espace public, le plan national de lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun fera l'objet d'une mise en œuvre volontariste. Dans le même sens, un travail partenarial sera initié pour faire reculer le sexisme dans la publicité. La mise en œuvre des lois sur la parité fera l'objet d'un suivi renforcé. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/267.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/267.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2c144eabaf0c12cec4af8172c0b2edb9bcfb340f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/267.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Directeur du Center for Cyber & Homeland Security (CCHS) (Frank Cilluffo), Monsieur l'Ambassadeur, Mesdames et Messieurs, chers amis, Je veux tout d'abord vous remercier pour votre accueil et vous dire à quel point je suis honoré de m'exprimer aujourd'hui devant vous, au sein de la prestigieuse George Washington University, où se sont formés tant de grands noms de la politique américaine. Je pense notamment à vos anciens Secrétaires d'État John FOSTER DULLES et Colin POWELL, ou encore à l'ancienne First Lady Jackie KENNEDY, laquelle avait d'ailleurs, comme vous le savez, de lointaines origines françaises. Je veux également bien sûr remercier les membres du Center for Cyber & Homeland Security (CCHS), et notamment son directeur, Franck CILLUFFO, qui ont eu la gentillesse de m'inviter à donner cette conférence sur la France et la menace terroriste. Entre la France et les États-Unis, c'est une très vieille histoire. Il y a toujours eu, entre nos deux pays, un lien passionnel. En dépit des brouilles passagères, une très forte amitié nous lie, je dirais même : une amitié unique. Dans les coups durs, nous nous serrons les coudes. Peut-être parce que nos deux nations partagent le sens de l'Universel et la volonté de porter un message qui serait valable pour tous les hommes, quelles que soient leurs origines et leurs croyances. Après les attentats dont la France a été victime l'année dernière, j'ai ainsi été touché de lire, sous la plume de votre grand philosophe Michael WALZER, qu'à vos yeux les Français n'étaient pas tout à fait des étrangers comme les autres et que c'était la raison pour laquelle vous aviez ressenti une émotion particulière en apprenant les drames qui venaient de nous frapper. La réciproque est également vraie : pour nous Français, les Américains ne sont pas tout à fait des étrangers. Car ils sont avant tout des amis. C'est cette même émotion que nous avons ressentie après le massacre atroce perpétré à San Bernardino, le 2 décembre dernier. A cet égard, je souhaite adresser mes plus sincères condoléances aux familles des victimes, qui sont aujourd'hui plongées dans la peine et le chagrin. Du fond du cœur, je veux vous remercier, au nom de la France et des Français, pour les marques de solidarité que vous nous avez adressées dans les terribles épreuves que nous avons traversées. Le président OBAMA et le peuple américain nous ont manifesté un soutien indéfectible qui nous est allé droit au cœur. Nous n'oublierons jamais. La France n'oubliera jamais. Comme nous n'oublierons jamais l'héroïsme dont ont fait preuve, le 21 août 2015, vos trois compatriotes, Spencer STONE, Anthony SADLER et Alek SKARLATOS, qui ont contribué de façon décisive à empêcher qu'un attentat aux conséquences tragiques ne se produise dans le train Thalys où voyageaient plus de cinq cents passagers entre Amsterdam et Paris. Pour cet acte de grand courage, le Président François HOLLANDE les a décorés de la Légion d'Honneur, la plus haute décoration française. En 2015, mon pays a dû faire face à des attaques terroristes d'une nature et d'une ampleur inédites dans son histoire. En tout, 149 victimes innocentes ont perdu la vie, tandis que des centaines d'autres ont été grièvement blessées. En janvier, les cibles choisies par les terroristes présentaient une évidente portée symbolique : la rédaction du journal « Charlie Hebdo », des policiers et des Français juifs. Ce qui était visé, c'était la liberté de conscience et la liberté d'expression, la démocratie et le pluralisme, la laïcité et les valeurs de la République. Le 13 novembre, les assassins ont délibérément frappé au hasard, en plein cœur de Paris, dans nos rues, dans la salle de concert du Bataclan et aux abords du Stade de France. Cette fois, ils s'en sont pris à des lieux de divertissement. Ils s'en sont pris à notre jeunesse. Ils s'en sont pris à notre mode de vie. Parmi les victimes du Bataclan, se trouvait d'ailleurs une jeune étudiante américaine, Nohemi GONZALEZ, qui était venue elle aussi partager un moment de culture, de joie et d'amitié. Mes pensées vont bien sûr à sa famille, à ses proches, à ses amis, à toutes celles et ceux qui portent désormais son deuil. Avant de vous exposer les principaux axes de l'action que nous menons contre les réseaux terroristes en France et en Europe, je souhaite vous livrer mon analyse de la menace à laquelle nous sommes confrontés. Je crois en effet qu'il nous faut la comprendre pour mieux nous en protéger. Au cours de ces dix dernières années, la menace djihadiste a considérablement muté. Si les attentats du 13 novembre ont été planifiés depuis la Syrie et coordonnés en dehors de nos frontières, d'autres attaques ont, elles, été le fait de personnes radicalisées sur le sol français, parfois dans un délai très court. Aujourd'hui, la menace est diffuse, dans la mesure où nous faisons face à des organisations qui recrutent une partie de leurs activistes au sein même des sociétés qu'elles prennent pour cible. D'un point de vue opérationnel, la menace prend désormais deux formes principales. D'une part, elle implique des individus ou de petits groupes qui ont bénéficié d'une formation accélérée au maniement des armes en Syrie ou en Irak. De retour sur le sol européen, ces groupes constituent des cellules dormantes susceptibles, comme le 13 novembre, de passer à l'action en lien avec la base syrienne de DAESH. D'autre part, nous sommes confrontés à des individus dont la radicalisation s'opère progressivement au contact d'un milieu propice au développement d'une telle dérive, mais dont le passage à l'acte est parfois solitaire ou réalisé grâce à des réseaux très informels, et par là même plus difficiles à repérer. De tels individus entendent répondre à un « appel » général au djihad lancé par DAESH ou par toute autre organisation terroriste d'inspiration djihadiste, sans que l'on puisse parler ici d'une mission précise à remplir. Le profil sociologique et psychologique des djihadistes et des candidats au djihad s'est diversifié. Certains sont des délinquants ou des anciens délinquants de droit commun, qui ont pu se radicaliser en prison ou au contact d'activistes islamistes aguerris. C'est par exemple le cas d'Amedy COULIBALY, l'un des terroristes de janvier 2015. D'autres sont des jeunes issus des milieux populaires qui se trouvent en situation d'échec social et de fragilité psychologique, et qui ont, pour différentes raisons, développé un sentiment de haine à l'égard de la société où ils ont grandi. D'autres, enfin, se disent « en quête de sens » et pensent trouver une réponse à leur malaise identitaire dans un islam dévoyé. Certains d'entre eux développent une conception fantasmée de la « révolution islamiste », nourrie par la propagande que les organisations djihadistes diffusent sur Internet et sur les réseaux sociaux. D'une manière générale, ces organisations s'appuient sur une propagande élaborée qui vise à recruter des activistes de toutes origines et de toutes confessions, notamment des convertis. Je pense bien sûr aux vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, ainsi qu'aux médias en ligne de DAESH, par exemple Dabiq, sa publication en anglais, ou bien Dar-al-islam, qui est son équivalent en français. Le combat contre le terrorisme se livre donc également sur Internet où plusieurs djihadistes qui ont rejoint ou qui cherchent aujourd'hui à rejoindre la Syrie ou l'Irak se sont radicalisés. Au fond, on pourrait résumer le néo-djihadisme de la façon suivante : la ceinture d'explosifs plus les réseaux sociaux. C'est la raison pour laquelle, à mes yeux, la coopération des pouvoirs publics avec les acteurs de la société numérique est nécessaire. A cet égard, les attentats du 13 novembre dernier ont été l'occasion de faire la démonstration de l'aide précieuse que les opérateurs de l'Internet pouvaient nous apporter en situation de crise majeure. Voici un peu moins d'un an, je m'étais rendu en Californie pour y rencontrer les représentants des grands opérateurs du numérique afin d'explorer avec eux les voies d'une coopération renforcée face à la menace terroriste. Depuis cette visite, nous sommes parvenus, dans le respect du droit, à nous mettre d'accord sur une plateforme de bonnes pratiques que nous avons collectivement adoptée le 23 avril 2015. Nous mettons ainsi en place une coopération vertueuse qu'il nous faut encourager : contre le terrorisme, nous avons besoin de tous les talents, de toutes les énergies et de toutes les responsabilités. Mes services et les opérateurs se réunissent régulièrement dans le cadre d'une instance de dialogue libre et efficace, fondée sur la confiance mutuelle. En la matière, la France a donc été pionnière. Que visent les terroristes ? Frapper une société au cœur. C'est-à-dire non pas seulement tuer, mais aussi susciter la terreur : que personne ne puisse plus se sentir en sécurité nulle part, que règne la défiance générale, que les citoyens se dressent les uns contre les autres, que les institutions vacillent ou au contraire oublient les principes fondamentaux sur lesquels repose leur légitimité. En cherchant à instaurer un état de guerre permanent dans la société, le terrorisme vise ainsi l'effacement des frontières entre le proche et le lointain, entre l'intérieur et l'extérieur, entre le combattant et le non-combattant, et, finalement, entre le civil et le militaire. C'est ce que nous devons éviter à tout prix, comme nous devons éviter à tout prix de tomber dans la spirale infernale de la répression aveugle. La réponse au terrorisme, ce n'est certainement pas l'État policier. La réponse au terrorisme, c'est l'État de droit. La France a très tôt pris la mesure du caractère inédit et protéiforme de la menace. Depuis 2012, nous n'avons eu de cesse de renforcer notre dispositif antiterroriste et d'adapter notre arsenal juridique aux évolutions de la situation. Depuis lors, notre stratégie globale de prévention et de répression du terrorisme n'a cessé de monter en puissance, dans le respect du droit et des libertés fondamentales, pour nous donner les moyens d'agir sur les différentes composantes de la menace. Je souhaite développer devant vous quelques axes de cette riposte, en France, en Europe et, bien évidemment, en lien avec les États-Unis. Sur le plan national tout d'abord, afin d'entraver l'action et la propagande des terroristes, nous nous sommes dotés de moyens juridiques nouveaux, adaptés à la nature inédite de la menace. Depuis 2012, une première loi antiterroriste nous permet désormais de poursuivre des citoyens français pour leur participation à des crimes terroristes commis à l'étranger, ce qui n'était pas le cas auparavant. C'est indispensable pour juger les returnees qui sont passés par la Syrie ou l'Irak. Ensuite, une seconde loi antiterroriste, adoptée à la fin de l'année 2014, a introduit dans notre législation quatre innovations majeures : - l'interdiction de sortie du territoire pour les ressortissants français soupçonnés de vouloir rejoindre les groupes terroristes actifs au Moyen-Orient ; - l'interdiction d'entrée et de séjour sur le territoire national pour les étrangers qui ne résident pas en France et représentent un danger pour la sécurité nationale ; - la création du délit d'entreprise terroriste individuelle ; - enfin, le blocage administratif et le déréférencement des sites Internet qui appellent au terrorisme ou en font l'apologie. Ces mesures sont appliquées avec la plus grande fermeté et portent leurs fruits. Nous avons également adopté, en juillet 2015, une grande loi relative au renseignement. Désormais, l'activité de nos services bénéficie d'un cadre légal moderne et cohérent, adapté aux nouvelles menaces, aux mutations technologiques les plus récentes et à l'évolution du droit national et international. Parallèlement, nous avons renforcé l'action de nos services de sécurité et de renseignement intérieur en leur donnant des moyens humains et matériels supplémentaires. J'ai également créé en juin dernier un État-major spécifique de prévention du terrorisme, qui contrôle le suivi des individus signalés et nous permet d'établir et d'actualiser une cartographie fine des risques, notamment dans certains domaines sensibles (les transports, l'éducation, les installations industrielles). Ainsi, alors que jamais la menace n'a été aussi élevée, dans le même temps, jamais la réponse de la France n'a été aussi forte. La preuve : 11 attentats ont été déjoués sur notre sol depuis 2013, dont six depuis janvier 2015. Si nous avons renforcé nos moyens de répression, nous avons également développé une action novatrice en matière de prévention de la radicalisation. La plateforme téléphonique de signalements, mise en place dès le mois d'avril 2014, nous a permis de recueillir plus de 4 700 signalements pertinents. Nous avons ainsi pu orienter de nombreuses familles, qui bénéficient d'un soutien précieux et peuvent signaler les risques de départ en Syrie ou en Irak quand l'un de leurs proches est sur le point de quitter le territoire. Ce dispositif nous a d'ores et déjà permis d'empêcher de nombreux départs et d'agir avant que de jeunes Français ne basculent dans la radicalisation violente. Deuxièmement les attentats de novembre nous l'ont encore démontré l'enjeu décisif du renforcement de notre protection face aux terroristes se joue aussi sur le terrain européen. C'est la raison pour laquelle, après les attentats de novembre, j'ai enfin obtenu de l'Europe plusieurs avancées majeures. Nous renforçons les contrôles aux frontières extérieures de l'UE à travers une modification du code frontières Schengen. Toute personne entrant ou sortant de l'espace Schengen, y compris les citoyens européens, fera l'objet d'un contrôle systématique aux frontières extérieures de l'Union. Ainsi, nous pourrons consulter de façon tout aussi systématique les fichiers européens (tels que le Système d'information Schengen) et internationaux (comme le fichier des passeports perdus et volés d'Interpol). Afin que ces contrôles soient efficaces, les fichiers européens doivent bien sûr être systématiquement alimentés par les États membres. C'est également une revendication forte que j'ai défendue au niveau européen. Il est en effet crucial que les combattants étrangers identifiés comme tels par chaque État membre soient signalés dans les fichiers européens, ce qui n'était malheureusement pas le cas encore récemment. J'ai par ailleurs fait des propositions très concrètes pour lutter contre le trafic de faux passeports syriens. On sait que plusieurs terroristes du 13 novembre ont utilisé de fausses identités pour pénétrer sur le territoire de l'Union européenne. J'ai ainsi demandé la mise en place d'experts spécialisés dans la lutte contre la fraude documentaire aux frontières extérieures de l'Union, et notamment dans les fameux hotspots en Grèce et en Italie, ces centres d'accueil et d'enregistrement des migrants. De même, j'ai insisté avec force pour que tous les migrants passant dans les hotspots soient identifiés, enregistrés et contrôlés à travers les fichiers européens. Afin de permettre à nos services de mieux détecter et surveiller les déplacements aériens de personnes dangereuses, nous avons enfin, après 10 ans de négociations, trouvé un accord sur le PNR (Passenger Name Record) européen ; le Parlement européen, qui n'a hélas toujours pas inscrit ce texte à son ordre du jour, doit désormais l'adopter rapidement, afin qu'il puisse entrer en vigueur. Enfin j'ai obtenu une révision de la directive européenne sur les armes à feu, permettant de renforcer le contrôle des armes à feu détenues légalement, ainsi qu'un plan de lutte contre le trafic illégal d'armes à feu, notamment en provenance des Balkans. Ces avancées indispensables, la France les demandait depuis plus d'un an et demi. Désormais, nous devons les mettre en œuvre le plus rapidement possible. Enfin, je veux souligner l'importance d'une coopération toujours renforcée avec les États-Unis dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée. Si nous avons décidé ensemble, après novembre, d'intensifier nos frappes en Syrie et en Irak, nous travaillons également à renforcer, entre nos services, les échanges de renseignement sur nos ennemis communs. A cet égard, la France et les États-Unis sont des partenaires privilégiés. Le Parlement français a récemment ratifié l'accord « Prüm transatlantique » qui permettra de renforcer la coopération entre nos deux pays en matière d'enquêtes judiciaires, notamment à travers les échanges de données et d'informations permettant d'identifier des personnes recherchées. Vous pouvez compter sur ma détermination et mon engagement pour intensifier, autant que possible, la coopération entre nos deux pays en matière de lutte antiterroriste. Mes entretiens avec Jeh JOHNSON et Lisa MONACO, aujourd'hui, ainsi qu'avec Loretta LYNCH, la semaine prochaine à Paris, s'inscrivent naturellement pleinement dans cet objectif. Face à la nouvelle menace terroriste, nous ne devons surtout pas nous tromper de diagnostic. Le piège qu'il nous faut éviter à tout prix est celui-là même que nous tendent les djihadistes, qui cherchent à dresser les citoyens les uns contre les autres. Comme le dit Michael WALZER avec beaucoup de lucidité, le combat contre la djihadisme est une lutte idéologique, et non pas une guerre des civilisations. Si elle représente une menace sécuritaire importante, qui justifie les mesures de fermeté que nous prenons, la radicalisation violente demeure heureusement un phénomène très minoritaire dans les sociétés occidentales. Il n'y a pas en France d' « armée de réserve » du djihadisme terroriste. La lutte contre le terrorisme est un enjeu mondial et une mise à l'épreuve pour la cohésion de nos sociétés démocratiques. J'ai confiance en la capacité de résilience du peuple français. Celle-ci s'est manifestée avec éclat le 11 janvier 2015, lorsque, dans un esprit de fraternité, mes compatriotes sont descendus par millions dans les rues de France pour dire qu'ils n'avaient pas peur des terroristes et qu'ils étaient prêts à se battre pour la défense de nos libertés. Une fois de plus, ensemble, comme nous l'avons fait tant de fois par le passé, nous nous battrons et nous vaincrons. Je vous remercie pour votre attention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/268.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/268.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5bb7d557fb02c72715e025580ab97b0dcf34a539 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/268.txt @@ -0,0 +1 @@ +Vous m'interrogez, Monsieur le Député, sur les moyens qui sont à notre disposition pour lutter contre le terrorisme et la radicalisation. Je livrerai quelques éléments sur ce que nous faisons au plan national et d'autres sur ce qui est fait au plan européen, car votre question porte sur la poursuite au niveau de l'Europe de ce que nous faisons au plan national. Au plan national, nous avons mis en place la plateforme de signalement qui traite les cas de ceux dont nous savons qu'ils sont radicalisés. Le garde des Sceaux et moi-même avons décidé d'adresser une circulaire commune aux préfets et aux procureurs afin que toutes les administrations situées sur le ressort de résidence de ceux qui ont été signalés engagent ensemble des opérations de déradicalisation individualisées. Deuxièmement, nous avons conclu un accord avec les grandes compagnies de l'internet par lesquels celles-ci s'engagent à retirer les contenus qui provoquent et appellent au terrorisme, à faciliter les enquêtes judiciaires et à développer le contre-discours qui, sur internet, constitue l'un des éléments de lutte efficace contre la radicalisation. Nous avons également décidé de mettre en place un dispositif de formation de nos fonctionnaires. Enfin, comme l'a annoncé le Premier ministre, deux centres de déradicalisation seront créés pour ceux qui sont engagés dans les opérations en Irak et en Syrie. Par ailleurs, nous avons la volonté de prolonger cette action par une coopération renforcée avec les pays de l'Union européenne. Cela consiste à informer systématiquement le Système d'information Schengen des éléments dont nous disposons sur les activités de nature terroriste des individus appartenant à des réseaux criminels, à connecter le fichier Schengen à l'ensemble des fichiers criminels, à mettre en place une task force européenne de lutte contre les faux documents et à renforcer le contrôle aux frontières extérieures de l'Union européenne. Voilà ce que nous défendons au plan européen tout en travaillant en très étroite liaison avec le coordinateur de l'Union européenne pour la lutte antiterroriste afin que ce que nous faisons sur internet au plan français puisse être décliné au niveau européen. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/269.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/269.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1c73aec4e99f138d0d0d91202b2728be9cbc0714 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/269.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle la discussion du projet de loi constitutionnelle, adopté par l'Assemblée nationale, de protection de la Nation (projet n° 395, rapport n° 447). Dans la discussion générale, la parole est à M. le Premier ministre. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain.) M. Manuel Valls, Premier ministre. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, il y a quatre mois, notre pays a été frappé par le terrorisme islamiste, frappé dans sa chair, frappé une nouvelle fois, moins d'un an après la tuerie de Charlie Hebdo, l'assassinat d'une policière municipale à Montrouge et l'attaque de l'Hyper Cacher. Notre pays a été frappé sur son sol. Il est frappé à l'étranger. Mes pensées vont vers tous ceux lâchement abattus, il y a quelques semaines, à Ouagadougou et, dimanche, en Côte d'Ivoire. Ce pays ami, comme la Tunisie, le Mali, le Burkina Faso, est visé parce qu'il est un symbole de la démocratie et de la réconciliation en Afrique. La France est pleinement, totalement, aux côtés de ses amis ivoiriens ! Notre pays a été frappé, mais c'est toute l'Europe qui vit sous la menace. L'intervention, hier, des forces de l'ordre belges et la traque en cours, liées directement aux attentats de Paris, nous le rappellent. La cible des terroristes est chaque fois la même : les valeurs démocratiques, la liberté, l'idéal de tolérance, de respect, notre cohésion nationale et, donc, le principe de laïcité. La cible, c'est ce que nous sommes. Je pense en particulier à notre jeunesse. Il y a quatre mois, jour pour jour, le chef de l'État, au lendemain de l'horreur, s'adressait à Versailles à tous les représentants de la Nation réunis en Congrès. Ce jour-là, jour d'unité, chacun s'est levé et a applaudi pour dire notre engagement commun à assurer la sécurité de nos compatriotes, à mener cette guerre qui nous a été déclarée. C'est cette même unité qui a présidé à l'adoption, dès le 20 novembre, de la prorogation de l'état d'urgence – un texte adopté dans cette chambre à l'unanimité. Et le 9 février, à une large majorité, vous avez voté une nouvelle prolongation, jusqu'au 26 mai. Cette même unité, les députés de la majorité et de l'opposition l'ont démontrée lorsqu'ils ont adopté ensemble, à plus de trois cinquièmes des voix, le projet de loi constitutionnelle qui vous est soumis à présent. Oui, dans l'hémicycle, droite et gauche, malgré les débats en leur sein – tout le monde les connaît –, ont su dépasser les clivages et se rassembler ! C'est ce même chemin que nous devons prendre ici. Mesdames, messieurs les sénateurs, l'exigence d'aujourd'hui est exactement la même que celle qui prévalait il y a quatre mois. Rien ne serait pire que d'avoir la mémoire courte, de céder à cette fâcheuse tendance de notre époque, celle qui veut qu'un événement chasse l'autre. N'oublions pas l'état d'esprit de novembre. Ne laissons jamais retomber – nos compatriotes ne le comprendraient pas – cette exigence d'efficacité contre la menace terroriste et cette exigence d'unité, une unité sans faille. Car la menace est plus forte que jamais. Depuis leurs bastions de Syrie, d'Irak ou du Yémen, depuis certaines zones de repli au Maghreb ou au Sahel, Daech – l'État islamique –, Al-Qaïda ou AQMI et leurs succursales sont à l'offensive, embrigadant de jeunes combattants, asservissant les peuples, détournant des richesses, spoliant les populations, pratiquant la contrebande pour se financer. Leur volonté, c'est d'étendre leur emprise territoriale et de déstabiliser les États. C'était le but de l'attaque menée, la semaine dernière, depuis la Libye, contre la ville tunisienne de Ben Gardane ou encore, je l'ai évoquée, de la fusillade de Bassam en Côte d'Ivoire. L'ennemi, ce sont ceux qui pillent, violent, tuent, réduisent en esclavage ; ceux qui, là-bas, commettent des attentats et en planifient d'autres sur notre sol. L'ennemi, ce sont aussi ces individus embrigadés, ces cellules plus ou moins autonomes, plus ou moins organisées, qui peuvent agir ici, en France, au cœur de notre société. Ce sont ces ressortissants français, radicalisés, imbibés de propagande, prêts à prendre les armes pour frapper d'autres Français, prêts à retourner les armes contre leur propre pays. À ce jour – le ministre de l'intérieur cite régulièrement ces chiffres –, plus de 2 000 Français ou individus résidant en France ont été recensés pour leur implication dans les filières djihadistes syro-irakiennes. Depuis le début de l'insurrection en Syrie, plus d'un millier d'entre eux ont rejoint cette zone de combat. Plus de 600 s'y trouvent toujours, dont environ un tiers de femmes ainsi que de nombreux mineurs, et 167 y ont trouvé la mort. La justice et les services de police agissent sans relâche : depuis le début de l'année – Bernard Cazeneuve rappelait ce chiffre ce matin en conseil des ministres –, 74 personnes ont été interpellées au titre de leur implication dans la mouvance djihadiste ; 28 d'entre elles ont été placées en détention provisoire. Face au terrorisme islamiste, nous devons agir à la racine, en frappant militairement au Sahel et au Levant. Nous agissons en renforçant les moyens, les effectifs de nos forces de l'ordre, de nos services de renseignement et de justice, en mobilisant nos soldats dans le cadre de l'opération Sentinelle, en luttant, bien sûr, contre la radicalisation et en adaptant notre droit. Nous l'avons fait, ensemble, au Parlement, en votant des dispositions renforçant l'efficacité de la lutte antiterroriste et en donnant – enfin ! – un véritable statut légal aux techniques de renseignement, assorti du contrôle nécessaire. Nous continuons de le faire, notamment à travers le projet de loi porté par le garde des sceaux, lui aussi adopté par une large majorité à l'Assemblée nationale, et que vous examinerez très prochainement. Je ne doute pas, là encore, que le Sénat prendra toute sa part, comme il l'a déjà fait. Je pense aux dispositions contenues dans la proposition de loi portée par Philippe Bas et Michel Mercier. Adapter notre droit, c'est aussi adapter notre Constitution. Le projet de loi qui vous est soumis prévoit, dans son article 1er, l'insertion dans la Constitution d'un nouvel article, l'article 36-1, concernant l'état d'urgence. Il s'agit de donner à ce régime de crise un fondement incontestable. Je rappelle que le Conseil d'État a lui-même souligné, en décembre dernier, l'intérêt juridique de cette modification constitutionnelle. L'état d'urgence est le régime de crise le plus fréquemment utilisé sous la Ve République. Vous l'aviez justement constaté dans un rapport produit par votre assemblée au mois de février. Il serait incohérent de ne pas l'inscrire dans notre loi fondamentale, au même titre que les régimes prévus aux articles 16 et 36 de la Constitution. Ce n'est pas qu'une question de cohérence formelle. La Constitution, cette règle que nous nous fixons souverainement, ce texte qui garantit les droits des individus et qui fonde la démocratie, pouvait-elle rester muette sur l'état d'urgence ? Non ! Cette inscription, qui avait déjà été souhaitée voilà quelques années par le comité présidé par Édouard Balladur, apportera davantage de garanties. Les dispositions relatives à l'état d'urgence ne pourront plus être modifiées par la loi ordinaire. Désormais, ses motifs et ses conditions de déclaration, sa durée initiale et les modalités de sa prorogation seront fixés dans la Constitution, de même que les conditions dans lesquelles le Parlement contrôlera sa mise en œuvre. Je le dis ici, comme je l'ai dit devant l'Assemblée nationale, l'état d'urgence n'est pas contraire à l'État de droit, à nos libertés fondamentales. C'est une modalité d'application de l'État de droit. Inscrire dans la Constitution ce régime dérogatoire et provisoire, aujourd'hui prévu par la loi, c'est conforter notre démocratie. La semaine dernière, votre commission des lois a examiné le texte tel qu'il a été adopté par l'Assemblée nationale. Elle s'est prononcée en faveur de plusieurs amendements, qui seront présentés en séance publique par le président-rapporteur Philippe Bas ; nous en débattrons. Ces amendements visent à modifier le projet existant sur plusieurs points. Tout d'abord, ils rappellent les prérogatives de l'autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, même si je tiens à souligner le contrôle strict exercé par la justice administrative sur les mesures mises en œuvre depuis le 14 novembre dernier. Ensuite, ils prévoient la possibilité pour le Parlement de débattre, à tout moment, en séance publique, de l'état d'urgence, le cas échéant en examinant une proposition de loi visant à y mettre fin. En outre, ils limitent à trois mois la durée maximale de prorogation, contre quatre mois dans la version adoptée par l'Assemblée nationale. Enfin, ils prévoient que les mesures prises en application de l'état d'urgence seront définies par une loi organique, et non par une loi ordinaire. Je rappelle d'ailleurs que ces mesures, en particulier les perquisitions administratives et les assignations à résidence, seront précisées et mieux encadrées par un projet de loi – un avant-projet a déjà été rendu public – qui vous sera soumis à l'issue de cette procédure de révision constitutionnelle. Nous poursuivrons ainsi la modernisation de la loi de 1955, initiée avec le projet de loi adopté le 20 novembre dernier. Cette modernisation est nécessaire, en particulier au regard de la mise en œuvre actuelle de l'état d'urgence. Il faut l'adapter à la menace et au monde actuels. Ces nouvelles dispositions créeront des mesures de contrainte individualisées et amélioreront le régime juridique des perquisitions administratives. Elles prendront bien évidemment en compte les exigences que le Conseil constitutionnel a fixées dans sa décision du 19 février dernier à propos des copies de données informatiques réalisées lors des perquisitions administratives. Cette décision, par ailleurs, lève définitivement, me semble-t-il, l'interrogation sur la nécessité de la constitutionnalisation de l'état d'urgence. Nous examinerons, Jean-Jacques Urvoas et moi-même, tous ces amendements dans un esprit constructif, dès lors qu'ils seront conformes aux principes qui ont guidé notre travail sur cette révision constitutionnelle. Mesdames, messieurs les sénateurs, mardi dernier, avec le garde des sceaux, j'ai également exposé devant votre commission des lois la position du Gouvernement concernant l'article 2 de ce projet de loi. Nous abordons ces débats dans le même esprit que lors des discussions à l'Assemblée nationale : celui du rassemblement autour des valeurs qui fondent notre vie en société, celui aussi de l'unité nationale. C'est en gage de cette unité nationale que le Président de la République a proposé la déchéance de nationalité, qui était demandée, faut-il le rappeler, dans les rangs de l'opposition. Le texte qui vous est soumis est le fruit de débats très riches, passionnés, ce qui est bien normal dès lors qu'on aborde ces sujets. Des débats qui, en fin de compte, ont répondu à cette question : qu'est-ce pour nous, dans notre héritage, dans notre tradition, une nation ? La réponse, ce n'est pas seulement le droit du sang ou du sol ; c'est d'abord une exigence permanente qui vaut pour chacun d'entre nous. Être français, appartenir à la communauté nationale, ce n'est pas seulement partager une langue – même si c'est beaucoup – ou un territoire : c'est avoir une histoire et un destin communs ; c'est partager un même amour de la patrie ; c'est un serment sans cesse renouvelé au pacte républicain, aux valeurs qui le fondent – Liberté, Égalité, Fraternité –, qui doivent bien sûr s'incarner dans les faits et dans les politiques publiques. Notre conception de la Nation ne peut pas être à géométrie variable. Elle s'applique de la même manière que l'on soit mononational ou plurinational, né français ou naturalisé. C'est cela, le sens de l'article 2, un sens que le Gouvernement assume, en étant pleinement conscient de la gravité attachée à toute privation de nationalité – en la matière, il n'y a pas de place pour la légèreté. Car écarter de la communauté nationale un individu sans autre nationalité, c'est prendre le risque de l'apatridie ! Je veux aborder ce sujet très directement, sans détour, avec franchise. Le Gouvernement a d'abord voulu exclure ce risque en limitant la déchéance de nationalité aux seuls binationaux – c'était le sens de l'intervention du Président de la République le 16 novembre –, comme le proposent, à nouveau, par amendements, certains d'entre vous. Mais, vous le savez, il y a eu un débat, des voix se sont fait entendre, sur divers bancs de l'Assemblée nationale et, bien au-delà, dans le débat public. Certains ont même dit que ce débat durait trop, mais c'est l'agenda de toute réforme constitutionnelle. En outre, ces questions sont graves : comment la France ne pourrait-elle pas aborder ces questions franchement, lucidement, alors que les Français, au mois de janvier 2015, se sont plus que jamais emparés de ces valeurs de la République et que, au lendemain des attentats du 13 novembre, ils se sont de nouveau emparés pleinement de ce qu'est la Nation ? Des voix se sont élevées pour contester la distinction faite entre les Français commettant des actes terroristes, selon qu'ils aient ou non une seconde nationalité. Face à la violence de l'attaque, face à la barbarie des attentats qui ont frappé notre pays, tous considèrent, à raison, que le risque d'apatridie ne peut en aucune manière affranchir de cette sanction ceux qui, avec les armes, ont déchiré, ont rompu le pacte républicain. C'est d'ailleurs ce que le Sénat avait considéré comme sage en 1998, à un moment où la menace terroriste n'était pourtant pas ce qu'elle est aujourd'hui. C'est pourquoi, après ces débats, le Gouvernement a proposé non plus d'exclure, mais de limiter ce risque d'apatridie. Le limiter, d'abord, par les conditions posées par l'article 2 pour prononcer la déchéance de nationalité : condamnation pénale préalable, ce que n'exige pas la convention de 1961 sur la réduction des cas d'apatridie, convention que nous souhaitons ratifier ; limitation aux crimes et délits – c'est ce que prévoyait le texte initial proposé par le Gouvernement, et non pas la version du Conseil d'État, et l'Assemblée nationale a modifié celui-ci, sur proposition de l'opposition – constitutifs d'atteinte à la vie de la Nation ; ajout de la possibilité pour le juge de prononcer la déchéance des droits attachés à la nationalité afin de proportionner la réponse de l'État à la dangerosité des individus concernés. Limiter le risque d'apatridie, ensuite, dans l'avant-projet de loi rendu public : je l'ai indiqué à votre commission des lois, la semaine dernière, ce texte d'application opère deux choix très importants. En premier lieu, il définit ce qui constitue une atteinte à la vie de la Nation : ce sont les crimes et délits constitutifs d'actes terroristes ou attentatoires aux intérêts fondamentaux de la Nation, prévus au livre IV du code pénal. Pour les délits, seuls les plus graves ont été retenus, ceux qui sont passibles d'une peine de dix ans d'emprisonnement. C'est d'ailleurs cohérent – et il faut de la cohérence sur ces sujets – avec les six déchéances prononcées depuis 2014 – à la suite d'actions engagées par moi, lorsque j'étais ministre de l'intérieur, puis par Bernard Cazeneuve –, toutes pour des délits d'association de malfaiteurs à visée terroriste. Ces mesures de déchéance de la nationalité concernaient des binationaux et n'avaient soulevé alors aucune remarque ou contestation particulière. En second lieu, le texte d'application modifie le régime de la déchéance, pour en faire une peine complémentaire. Nous proposons ainsi que la compétence pour prononcer une sanction qui aujourd'hui revient à l'autorité administrative, toujours après avis conforme du Conseil d'État, ressortisse à l'autorité judiciaire. Mesdames, messieurs les sénateurs, le Gouvernement a bien noté les amendements déposés par Philippe Bas et Michel Mercier, qui proposent, au contraire, de figer l'état du droit actuel jusque dans la Constitution. Je respecte le bicaméralisme, je respecte profondément le Sénat (Marques de satisfaction sur les travées du groupe Les Républicains.) et je connais son indépendance. Il est libre, faut-il le rappeler – et encore davantage dans le cadre d'une révision constitutionnelle, qui, pour aboutir, nécessite un vote conforme des deux chambres, puis une majorité des trois cinquièmes au Congrès – de proposer, d'amender, d'enrichir tout texte. Aucun texte n'est à prendre ou à laisser. Mais nous sommes au début de ce débat, ici, au Sénat, et je veux vous poser directement ces questions : quelles sont les intentions de la majorité sénatoriale ? Quel message est ici envoyé aux Français ? (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.) M. Hubert Falco. C'est le débat qui le dira ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Souhaitez-vous vraiment remettre en cause une décision qui a su rassembler, à l'Assemblée nationale, les deux grandes familles politiques ? Dans quel but ? Ces questions, je vous les pose, et je ne doute pas un seul instant que vous y répondrez. Je le dis ici très tranquillement, très sereinement : c'est une très lourde responsabilité ! Monsieur le président Bas, monsieur le ministre Mercier, mesdames, messieurs les sénateurs, j'ai entendu la remarque : il ne sert à rien – évitons les sophismes – d'abriter cette posture derrière les propos du Président de la République devant le Congrès. (Exclamations ironiques sur les travées du groupe Les Républicains.) Mme Catherine Troendlé, vice-présidente de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du règlement et d'administration générale. Ce n'est pas une posture ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Ces propos, tous ici, nous les avons entendus et, tous ici, nous savons que le chef de l'État a confié au Parlement – c'est son rôle de constituant... M. Michel Mercier. Tout à fait ! M. Manuel Valls, Premier ministre. ... Et c'est l'honneur et la responsabilité de la démocratie – la tâche d'élaborer un consensus. Ce consensus, à défaut duquel il ne saurait y avoir de révision, nous l'avons construit à l'Assemblée nationale : Gouvernement, majorité, mais aussi une très large part de l'opposition. Mme Catherine Troendlé, vice-présidente de la commission des lois. Ah bon ? M. Manuel Valls, Premier ministre. Ce n'est pas un « compromis entre députés de gauche à l'intérieur du groupe socialiste de l'Assemblée nationale », comme j'ai pu l'entendre ce matin sur une radio. (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.) M. Jean-Baptiste Lemoyne. Quand même un peu ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Le texte qui vous est soumis aujourd'hui, ce n'est plus celui du Gouvernement, ce n'est pas celui du groupe majoritaire de l'Assemblée nationale, ce n'est pas la victoire d'un camp sur un autre ; ce texte est le fruit d'un consensus responsable, méticuleux et exigeant. Et c'est le résultat – en tout cas pour ce qui concerne l'Assemblée nationale – d'un pas que chaque camp a su faire vers l'autre ! Vous le savez, ce consensus a été difficile, parfois douloureux, dans ma propre famille politique, comme dans les groupes d'opposition. Je m'y suis profondément et personnellement engagé, parce que je pense qu'il est important de construire ce type de consensus. Et plus des trois cinquièmes des députés l'ont adopté... M. Philippe Dallier. Ceux qui ont voté ! M. Manuel Valls, Premier ministre. ...de la majorité comme de l'opposition, avec, bien sûr, des différences, des divisions au sein de chaque famille. Tous ont su se dépasser. Alors, je regrette profondément, à ce stade, que cette construction collective ne puisse pas être confortée au Sénat. À l'Assemblée nationale, nous avons cherché et construit un accord ; au Sénat, encore une fois à ce stade, vous ne l'avez pas cherché. Avec personne ! Et je m'en étonne. Vous refusez ainsi, à ce stade, sur la base de ce qu'elle a voté, un accord avec l'Assemblée nationale. Or, vous le savez parfaitement – parlons-nous directement –, votre proposition ne sera jamais adoptée par une majorité de députés. (Exclamations ironiques sur les travées du groupe Les Républicains.) Je serai très direct : l'amendement adopté par votre commission des lois prend le contre-pied du consensus. Je ne vois pas là de respect de la parole du Président de la République... (Rires sur les travées du groupe Les Républicains.) M. Roger Karoutchi. Pourtant, on fait tout ce qu'on peut... M. Manuel Valls, Premier ministre. Je vous remercie de vous faire le meilleur porte-parole du Président de la République, monsieur Karoutchi, mais laissez-moi en sourire un tout petit peu. Je croyais que vous portiez ici la parole d'un ancien Président de la République. (Protestations sur les travées du groupe Les Républicains.) M. Hubert Falco. Votre remarque est déplacée dans ce débat ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Je dis cela en souriant... Face à cette position, je veux exposer les raisons qui ont justifié le choix du Gouvernement, en accord avec les trois cinquièmes des députés, car je veux vous convaincre de participer à la construction de ce consensus. M. Bruno Retailleau. C'est bien parti... M. Manuel Valls, Premier ministre. C'est bien parti, force est de le reconnaître... M. Bruno Retailleau. C'est un problème de méthode ! M. Manuel Valls, Premier ministre. La première raison, c'est le souci d'efficacité. La peine de déchéance sera prononcée immédiatement, au moment même de la condamnation, par des juges spécialisés dans la lutte antiterroriste, notamment par la Cour d'assises spéciale. La deuxième raison, c'est le respect de l'exigence d'individualisation de la peine. Je l'ai dit, la déchéance de nationalité est une peine lourde de conséquences, qui nécessite un examen au cas par cas. C'est l'essence même de la justice pénale d'individualiser la sanction. Bien évidemment, la déchéance, comme dans le droit actuel, sera donc dépourvue d'automaticité. Enfin, la troisième raison, c'est la volonté de construire, au sein d'un régime unifié, une sanction globale, prononcée en même temps que la peine principale par les mêmes juges – et non plus tard, par une autorité administrative différente – disposant de tous les éléments de fait et de droit. Ainsi, lorsque le juge écartera la déchéance de la nationalité, parce qu'il considérera cette sanction comme disproportionnée, il disposera encore de la déchéance des droits attachés à la nationalité pour compléter la peine principale d'emprisonnement avec toute la fermeté nécessaire. Certes, ces privations de droits existent déjà dans le code pénal, mais pour certaines avec des durées limitées. Nous proposons ainsi d'ajouter aux peines complémentaires une nouvelle peine – la déchéance de nationalité – et de leur conférer à toutes un caractère définitif. Le Conseil constitutionnel l'autorise, compte tenu de la gravité des infractions visées, sous réserve bien entendu d'ouvrir une possibilité de relèvement, ce que nous proposons au terme d'un délai de dix ans à compter de la condamnation. Mesdames, messieurs les sénateurs, la solution proposée par le Gouvernement est respectueuse de l'État de droit, puisqu'elle place au centre du dispositif l'autorité judiciaire, qui seule pourra prononcer la sanction de déchéance, au terme d'un procès équitable, respectueux des droits de la défense et garant de l'individualisation de la sanction. Cette solution est également respectueuse de la tradition républicaine, qui a fait de la déchéance une peine prononcée par le juge pénal, notamment en 1927, sous le gouvernement d'union nationale de Raymond Poincaré. Cette solution est respectueuse, enfin, des droits fondamentaux de la personne. L'apatridie, ce n'est pas, comme je l'ai entendu, une mort civile, une éternelle errance. Il faut ici rappeler que la France, en ratifiant le 8 mars 1960 la convention de New York du 28 septembre 1954, a reconnu un statut protecteur aux apatrides. C'est au nom d'une certaine idée de la Nation que le Gouvernement a abouti à la rédaction de l'article 2. Je ne peux donc imaginer que la majorité sénatoriale ne soit pas au rendez-vous. Ne nous trompons pas de combat ! Prenons garde de construire des oppositions inutiles, voire factices. En particulier, il ne faut pas construire d'opposition inutile sur la question du rôle de l'autorité judiciaire. Je sais que, sur toutes les travées, s'exprime le souci de préserver l'État de droit et de ne pas céder sur le terrain de la protection des libertés et des droits fondamentaux – c'est d'ailleurs la tradition du Sénat. Mais, alors, comment expliquer le choix d'une déchéance de nationalité prononcée seulement contre certains terroristes, par l'autorité administrative – le ministre de l'intérieur –, et seulement pour des crimes, et non plus pour les délits terroristes graves ? Comment expliquer que nous préférons cela à une déchéance de nationalité, prononcée par un juge pénal, avec possibilité de relèvement, avec toutes les garanties du droit, en toute transparence, y compris pour les délits d'association de malfaiteurs à visée terroriste qui abritent les organisateurs des actes terroristes ? Aujourd'hui, devant vous, je réitère la proposition faite mardi dernier à votre commission des lois : inscrire dans la Constitution la compétence de l'autorité judiciaire pour prononcer la déchéance de nationalité. Réfléchissons bien ensemble : fermer cette porte, c'est, au fond, renoncer au seul compromis possible entre l'exigence d'égalité et le refus de l'apatridie, l'exigence de sécurité et de liberté, l'exigence d'efficacité et de respect des droits. Le Gouvernement est prêt à cette réaffirmation du rôle de l'autorité judiciaire, parce c'est ainsi que doit répondre une Nation sûre de ses valeurs à ceux qui sont déterminés jusqu'à la mort à répandre la terreur. Mesdames, messieurs les sénateurs, cette révision constitutionnelle, c'est une des réponses que notre nation a voulu apporter aux attaques qui lui ont été portées. Je comprends, bien sûr, qu'il puisse y avoir des débats. Sur un sujet aussi important, qui touche à notre texte suprême, ils sont légitimes, ils honorent même notre démocratie. Mais, dans un tel moment, face à la menace qui pèse sur notre pays, face aux ferments de la division que certains veulent instiller, il ne faut pas perdre l'essentiel de vue : l'unité des Français. Les Français attendent de nous que nous sachions rester rassemblés, que nous parvenions, ensemble, à trouver un chemin commun. Ce dont les Français ne veulent plus, ce sont les postures, qui ne font que diviser. Après l'Assemblée nationale, c'est à vous, mesdames, messieurs les sénateurs, d'envoyer ce message qui dit quelles sont nos valeurs, quel est notre État de droit, quelle est notre conception de la Nation. Le Gouvernement est toujours disponible pour trouver le consensus nécessaire, loyalement et franchement, sans jouer et sans nous perdre. À vous, donc, à votre tour, de rappeler ce qui fait notre force. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain, ainsi que sur quelques travées du RDSE. – M. Philippe Bonnecarrère applaudit également.) (…) Mme la présidente. Quel est l'avis du Gouvernement ? M. Manuel Valls, Premier ministre. Monsieur le sénateur Pierre Laurent, j'ai entendu vos propos : je les respecte. J'ai également perçu votre passion et votre émotion. Nous faisons face à une menace et à des attaques sans précédent. En 2015, plus de 140 de nos compatriotes ont été tués dans différents attentats. Quatre ont encore perdu leur vie en Côte d'Ivoire. Je sais que, sur toutes les travées du Sénat comme sur tous les bancs de l'Assemblée nationale, comme, de manière générale, l'immense majorité des Français, vous, les élus, êtes rassemblés pour faire face à cette menace. Et le rôle du Gouvernement, sous l'autorité de Président de la République, est, bien sûr, de tout faire pour assurer la protection de nos concitoyens – je vais y revenir. Le Président de la République a considéré, au lendemain des attentats du 13 novembre, qu'il fallait créer les conditions de cette unité. C'était le sens d'ailleurs de son adresse, devant le Congrès réuni le 16 novembre à Versailles, aux représentants de la Nation et, à travers eux, à tous nos compatriotes. J'ai déjà eu l'occasion de le dire ici, après le 13 novembre, dans les quarante-huit heures qui ont suivi, nous ne savions pas comment les choses allaient se passer dans notre pays. Personne ne le savait. C'était la deuxième attaque que nous subissions, et elle était bien plus violente que celle que nous avions subie en janvier. Il y avait un choc, un choc terrible. Nous étions à quelques semaines des élections régionales. Nous sentions bien que la réaction ne pouvait pas être la même que celle que nous avions eue, collectivement, au mois de janvier, après les attentats contre Charlie Hebdo, contre cette policière municipale de Montrouge ou contre l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes. Je pense que le Président de la République, par son intervention, par ses propositions – même si, bien sûr, chacun n'adhérait pas forcément à telle ou telle –, a créé ce 16 novembre les conditions de l'unité nationale. D'ailleurs, les parlementaires, presque tous, ont ressenti cela en se levant et en applaudissant le chef de l'État, qui, à ce moment-là, incarnait la nécessaire réponse face à l'attaque terroriste. Mme Catherine Procaccia. « Incarnait » ? Il ne l'incarne plus ? M. Manuel Valls, Premier ministre. Il y a plusieurs manières de répondre à une telle attaque, parmi lesquelles, bien sûr, les mesures de sécurité, mais le chef de l'État a estimé, et cela me paraissait aussi indispensable, qu'il fallait inscrire une partie de cette réponse dans la Constitution. La constitutionnalisation de l'état d'urgence est un sujet majeur, plusieurs fois débattu, vous le savez. Elle a été demandée par le comité Vedel en 1993 et, je le rappelais il y a un instant, par le comité présidé par Édouard Balladur en 2008, sans qu'à l'époque cette proposition soit retenue. Dois-je ici à nouveau rappeler, comme je l'ai fait en d'autres lieux, le constat formulé par le comité Balladur ? Le comité s'étonnait que deux états de crise, celui de l'article 16 et l'état de siège, figurent dans la Constitution, tandis que le troisième, amené à être utilisé plus fréquemment sous la Ve République – ça a été le cas – ne l'est pas. Constitutionnaliser l'état d'urgence pour mieux garantir son encadrement par la loi fondamentale, dans le cadre de notre État de droit, oui, monsieur Laurent, c'est assurer davantage nos libertés ! Vient ensuite la question de la déchéance de la nationalité. Je rappellerai uniquement que la déchéance de nationalité est une sanction républicaine. Créée en 1848, d'abord contre les esclavagistes, elle a été chaque fois utilisée ensuite avec le souci impérieux de punir les ennemis de la République : en 1915, en 1917, en 1927, en 1938, en 1945 ; plus récemment, en 1973, en 1993, en 1996, en 2006. Je vous vois sourire, monsieur Laurent, parce que vous pensez à une autre période, mais cette période n'était pas la République. C'était Vichy, et, précisément, quand le général de Gaulle, en 1945, rétablit ces dispositions, il le fait au nom de la République. Puis il y a eu les lois de 2003 et de 2006. Ce qu'affirme cette sanction, en négatif, c'est que le fondement de la République est le serment qui lui est chaque fois renouvelé. C'est cela, d'une certaine manière, la fraternité, car, la République en partage, ce n'est pas seulement le sang ni seulement le sol. Quand ce serment est brisé, cassé, parce que les armes ont été retournées contre la France, alors, oui, le lien est rompu, et il y a une logique à ce que l'on soit déchu de la nationalité. Il ne s'agit pas de chercher des boucs émissaires, de mettre en cause tel ou tel. Un tel objectif peut, évidemment, exister dans l'esprit de certains, mais il n'est en aucun cas dans l'esprit des républicains. C'est une décision très grave, et c'est la raison pour laquelle le Conseil d'État a estimé que la Constitution devait l'encadrer. Voilà le sens de ces mesures – même si elles soulèvent, bien sûr, beaucoup de questions. L'autre réponse, monsieur Laurent, et c'est là qu'il y a, je vous le dis avec le plus grand respect, un manque de cohérence de votre part, est que ce n'est pas une nouvelle doctrine sécuritaire, un Patriot Act… Mme Éliane Assassi. Je ne suis pas américaine ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Moi non plus, mais je veux rappeler, sans chercher la moindre excuse, que les Américains, quand ils ont adopté cette loi, qui a été critiquée et là-bas et en Europe, l'ont fait quelques jours, quelques semaines après les attentats du 11 septembre 2001. Nous avons toujours, notamment quand il s'agit des Américains, une grande propension à juger rapidement. Les États-Unis n'en restent pas moins une très grande démocratie. Je ne défendrai jamais cette loi, mais je veux le rappeler : elle est intervenue après les attentats du 11 septembre. Eh bien, nous, nous avons fait un choix différent. Vous parlez de nouvelle doctrine sécuritaire : non ! Par respect de la Constitution et de l'État de droit, chaque fois, ce choix, nous l'avons fait devant le Parlement. Je me permets de rappeler que j'ai présenté la première des deux lois antiterroristes ici, au Sénat, tirant d'ailleurs les leçons de Toulouse et de Montauban – je ne prononce jamais le nom des terroristes –, sur la base du travail qui avait déjà été engagé par le précédent gouvernement. M. Michel Mercier. C'est vrai ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Ont ainsi été adoptées en 2012, par mes soins et avec le soutien de l'immense majorité des sénateurs comme des députés, la loi relative à la sécurité et à la lutte antiterroriste, puis, en 2014, avec Bernard Cazeneuve, la loi renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme, parce que nous devons être capables d'évoluer, face, par exemple, à la place qu'internet a prise dans les attaques contre la France et d'autres pays. Nous avons fait adopter une loi relative au renseignement, pour lequel nous n'avions pas de cadre juridique. Comme la plupart de vos amis, pas plus que les autres de ces lois, vous n'avez voté celle-ci, alors qu'elle garantit, elle aussi, les droits fondamentaux et a, bien sûr, reçu l'aval du Conseil constitutionnel. Sur le seul point qui avait été censuré, une autre loi sur le renseignement, rédigée sur la base d'une proposition de loi, a été adoptée. Vous avez cité la loi sur la procédure pénale, mais soyez complet : entamé par l'ancienne garde des sceaux, le travail sur ce texte se poursuit aujourd'hui avec Jean-Jacques Urvoas. Adoptée elle aussi par l'Assemblée nationale à une très large majorité, cette loi va venir ici au Sénat. Elle rejoint de nombreuses propositions qui ont été formulées par les sénateurs Philippe Bas et Michel Mercier. C'est en effet dans le consensus ou en tentant de rassembler le plus largement possible qu'il faut avancer au fil des compromis, et ce dans le respect du droit des libertés par le juge, qu'il soit judiciaire ou administratif. Sur ces questions-là, je pense que nous pouvons cheminer ensemble sans nous accuser mutuellement de mettre en cause la République. Vous avez raison sur un point : nous devons être très attentifs. Mais, je vous le dis franchement, en rappelant les mots des uns et des autres, c'est à tort, me semble-t-il, que vous renvoyez en permanence la responsabilité de la situation vers l'islam, comme si cette religion en portait la seule responsabilité. Oui, l'islam a une responsabilité importante, celle de marquer le plus clairement et le plus nettement possible la différence entre l'islam, tel qu'il est pratiqué en France par l'immense majorité de nos concitoyens, et celui qui est pratiqué par ceux qui s'en réclament pour commettre ces attentats et ces actes particulièrement odieux. Moi, je ne présente pas, au nom du Gouvernement, une loi de révision constitutionnelle qui contiendrait des moyens variables en fonction de la religion de tel ou tel. Cette loi, je la défends pour protéger tous les Français, parce que ceux qui ont été attaqués, ceux qui ont été tués à Paris le 13 novembre étaient de toutes les confessions. Ils pratiquaient toutes les religions, ils appartenaient à toutes les générations et ils étaient de toutes les couleurs ! Monsieur Pierre Laurent, je suis aussi républicain que vous ! Je suis aussi attaché que vous à la République, à la démocratie, aux droits fondamentaux de mon pays ! Je suis aussi attaché à la gauche que vous et je suis autant de gauche que vous ! (Exclamations ironiques sur les travées du groupe CRC.) Mme Laurence Cohen. Ça... M. Manuel Valls, Premier ministre. Je n'accepterai donc aucune leçon dans ce domaine-là ! (Applaudissements sur plusieurs travées du groupe socialiste et républicain.) Je n'accepterai aucune leçon, parce qu'il est trop facile de monter à la tribune du Sénat pour y délivrer des leçons sur la sécurité des Français sans voter aucune loi destinée à protéger nos compatriotes ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain.) (…) M. le président. La parole est à M. le Premier ministre. M. Manuel Valls, Premier ministre. Madame la présidente, mesdames, messieurs les sénateurs, je salue la qualité des interventions des différents orateurs – mais ce n'est pas étonnant de la part du Sénat, ni d'ailleurs de l'Assemblée nationale – et le niveau auquel chacun a voulu situer son propos. Je n'ai aucun doute sur la volonté de l'ensemble des membres de la Haute Assemblée et de toutes les formations politiques de notre pays de faire face au terrorisme ; du reste, il n'y a eu presque aucun propos en sens contraire. Au cours des dernières décennies, la France a déjà connu des moments particulièrement graves. Pour la plupart d'entre nous, nous ne les avons pas vécus. Le moment, sans doute, de basculement s'est produit à la sortie de la guerre d'Algérie. Plus tard, d'autres tensions ont pu sembler mettre en cause le destin du régime politique, comme en 1968. Nous avons aussi déjà été confrontés au terrorisme, dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, sous les présidences de François Mitterrand et Jacques Chirac ; on l'oublie parfois, mais ces périodes furent particulièrement éprouvantes Mais la situation actuelle est, je le crois, d'une autre nature – en ce sens, elle nous oblige à une réflexion toute particulière –, du fait même du terrorisme auquel nous devons faire face. Au mois de novembre 2012, lors de la présentation du projet de loi relatif à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme, j'avais évoqué ici un ennemi « intérieur et extérieur », non pas pour désigner telle ou telle catégorie de nos concitoyens, mais pour décrire une réalité, avec les mots que l'on utilise dans d'autres pays. De fait, la menace terroriste vient de l'extérieur, sous une forme organisée et planifiée – nous l'avons malheureusement subie – depuis la Syrie, ce qui a justifié l'intervention de la France au Levant. Mais le terrorisme se nourrit aussi de la radicalisation, qui concerne non pas quelques individus, mais des centaines, voire des milliers. Madame Assassi, je n'ai jamais refusé d'expliquer les causes ; nous les connaissons. Comme vous, je suis un élu de territoire populaire de la banlieue parisienne. Mais de tels phénomènes ne sont pas dus uniquement à la situation économique et sociale ou au sentiment d'exclusion. Les racines sont beaucoup plus profondes. Elles touchent au cœur même de notre nation, à ce que nous sommes ; M. Retailleau l'a également dit. Il ne s'agit pas d'un terrorisme venu de l'extérieur avec des motifs éminemment politiques, comme, chez nous, celui d'Action directe et, ailleurs, celui de la bande à Baader ou des Brigades rouges. Ce terrorisme-là s'est ancré dans une relation, ou dans une non-relation avec ce que nous sommes, au nom d'un islam totalement dévoyé. L'objectif n'est pas de mettre en cause l'État, de changer le régime ou d'exprimer une revendication territoriale, contrairement à ce que nous avons connu en Irlande ou au Pays basque espagnol. Il s'agit de détruire ce que nous, Français, sommes la France est un pays, non pas différent des autres, mais dont l'histoire singulière a suscité un sentiment d'appartenance à la Nation qui remonte très loin, au-delà même de la République, avec une volonté d'attaquer nos valeurs, qui sont universelles. Ces groupes terroristes s'attaquent donc aussi à des pays qui, avec beaucoup de courage, empruntent ou ont décidé d'emprunter le chemin de la démocratie, de la liberté et de la laïcité. Je pense à la Tunisie et à plusieurs autres pays d'Afrique dont les situations sont parfois très difficiles, comme le Mali, le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire, qui a réussi un processus de réconciliation, même s'il est fragile. Voilà le terrorisme auquel nous devons faire face ! C'est celui d'un pseudo-état, un proto-État, installé en Syrie et en Irak : l'État islamique. Cela nous oblige à nous demander comment répondre à ce terrorisme qui s'attaque à ce que nous sommes. Bien sûr qu'il faut répondre avec les moyens de l'État ! Nous le faisons en permanence. Sans doute même n'avons-nous jamais autant légiféré et donné de moyens à nos forces de sécurité et à nos armées que depuis 2012, en raison de la nature de la menace extérieure et intérieure. Il faut aussi mobiliser la société. Toutefois, parce que l'on s'attaque au cœur même de ce que nous sommes, il faut une réponse à la hauteur. Aucun d'entre nous n'a prétendu que la déchéance de la nationalité ferait renoncer un terroriste ! D'ailleurs, ni la peine de mort, qui n'existe plus dans notre pays, ni la prison à vie, ni n'importe quel article du code pénal n'empêchent les terroristes d'agir, puisqu'ils veulent mourir en tuant des Français. Il s'agit bien d'un acte symbolique, mais qui a aussi son efficacité. Parce que nous sommes Français, nous connaissons la force des symboles ! M. Didier Guillaume. Eh oui ! M. Manuel Valls, Premier ministre. On ne peut pas nier cette évidence : nous avons besoin de ces symboles ! Utilisons-les ! Nous avons presque tous salué la réponse des Français aux attentats de janvier 2015, notamment lors de la manifestation du 11 janvier, lorsqu'ils ont brandi le drapeau tricolore, se sont réapproprié la devise de la République et ont chanté La Marseillaise. Nous avons aussi vu leur réaction aux attentats du 13 novembre dernier. Nous ne pouvons pas dire que nous n'avons pas besoin des symboles et de leur force ! D'ailleurs, la déchéance de la nationalité, qui, contrairement à certaines affirmations, est bien dans notre tradition républicaine, a déjà été utilisée pendant la Première Guerre mondiale, au lendemain de celle-ci et lors de périodes où notre pays faisait face à certaines menaces. Mesdames, messieurs les sénateurs, comme Alain Richard l'a rappelé, ce débat concerne seulement des terroristes. (Mme Nicole Bricq acquiesce.) D'ailleurs, j'ai une véritable incompréhension intellectuelle. Je le dis à mes amis politiques : en menant une telle bataille au nom de grands principes, c'est vous qui confondez binationaux et terroristes ! C'est vous qui commettez cette confusion mentale et intellectuelle particulièrement dangereuse ! Seuls les terroristes sont concernés ! (Applaudissements sur quelques travées du groupe socialiste et républicain et sur plusieurs travées de l'UDI-UC et du groupe Les Républicains. Exclamations sur de nombreuses travées du groupe socialiste et républicain. Vives protestations sur les travées du groupe CRC.) Mme Éliane Assassi. Voilà qui n'est pas très rassembleur ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Laissez-moi m'exprimer avec les convictions et les passions qui sont les miennes, celles d'un républicain, comme chacun d'entre vous ! Essayez plutôt d'argumenter ! Mme Éliane Assassi. Et vous de rassembler ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Depuis le début, je cherche le rassemblement ! Depuis que j'ai soumis cette proposition au Président de la République, comme la Constitution m'y invitait, ma mission est de mettre en œuvre ce qu'il a décidé en son âme et conscience et qu'il a annoncé le 16 novembre dernier, deux jours après les attentats. M. Karoutchi a eu raison de le souligner, ce projet de révision constitutionnelle n'a rien à voir avec une révision constitutionnelle préparée par un comité, comme celle de 2008, qui est intervenue dans des conditions très différentes. Cette fois, il s'est agi de répondre deux jours après ! Comme je l'ai rappelé dans mon intervention liminaire, le Président de la République a considéré qu'il fallait créer les conditions de l'unité et du rassemblement, alors que nous étions en état de choc. Nombre d'entre vous ont participé le dimanche aux réunions à l'Élysée avec le Président de la République. Chacun était en état de choc. Personne ne savait très bien de quelle manière les choses pouvaient basculer ; la division pouvait l'emporter. Or, j'en ai la conviction, le discours prononcé par le Président de la République devant le Congrès a créé les conditions de l'unité, que les Français ont imposée. Lorsque, le mardi, au cours d'une séance de questions au Gouvernement à l'Assemblée nationale, de vieilles pratiques ont réapparu, les Français qui suivaient la retransmission sur France 3 les ont immédiatement condamnées. Cela a suffi pour que l'unité s'impose à l'Assemblée nationale dès le lendemain et au Sénat le surlendemain. Cette unité était indispensable, d'autant que l'assaut contre le groupe des terroristes qui avaient organisé les attentats et qui se préparaient sans aucun doute à en commettre d'autres avait lieu au même moment à Saint-Denis. Depuis ces premiers jours, je cherche à réaliser l'unité, ce qui n'est jamais une tâche aisée. Mais je crois à la force des symboles. J'ai essayé de vous le dire avec le plus de conviction possible. Je comprends tous les débats qui peuvent surgir. D'ailleurs, depuis le début de cette discussion, qui a commencé au mois de décembre dernier, nous nous trouvons face à une difficulté et à une contradiction. Comme ne pas cibler uniquement des binationaux ? J'ai entendu cette question, même si je considère qu'il s'agit non des « binationaux » dans leur ensemble, mais de terroristes ayant une autre nationalité. Et comment éviter de créer des apatrides ? C'est tout le débat. Mesdames, messieurs les sénateurs de la majorité sénatoriale, je souhaite que nous trouvions un chemin au cours de cette discussion, comme dans la discussion qu'il y aura nécessairement ensuite entre le Sénat, l'Assemblée nationale et le Gouvernement. Je rejoins M. Guillaume. Contrairement à ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale, je n'ai pas eu le sentiment au Sénat d'une vraie discussion entre majorité et opposition. Je n'ai jamais demandé au Sénat de s'aligner. (Si ! sur de nombreuses travées du groupe Les Républicains.) Mais non ! Essayons d'avoir un débat qui ne soit pas convenu ! C'est ce à quoi je m'efforce ! À l'Assemblée nationale, nous avons essayé de trouver un chemin. Oui, il y avait un débat, et même une fracture chez les socialistes sur la déchéance de la nationalité ; cela n'a échappé à personne. Cela étant, un débat, d'une autre nature certes, mais d'une intensité équivalente, agitait aussi les députés Les Républicains. Je suis évidemment convaincu qu'il portait sur le fond des enjeux, et qu'il n'y avait pas forcément d'éléments extérieurs… Nous avons cheminé ensemble pour réunir non seulement une majorité dans les deux camps politiques, mais aussi une majorité des trois cinquièmes de l'Assemblée nationale ! Le Sénat est libre, indépendant. Aucun d'entre nous n'a imaginé un seul instant qu'il voterait le projet de loi constitutionnelle dans les mêmes termes que l'Assemblée nationale. Avec les présidents Bartolone et Larcher, nous avons toujours prévu qu'il y aurait nécessairement des rendez-vous. Seulement, comme je vous l'ai indiqué tout à l'heure je pense que mon propos était suffisamment clair, si la rédaction du Sénat s'éloigne trop de celle des députés, notamment sur la binationalité, je ne vois pas comment nous pourrons trouver les voies d'un accord avec l'Assemblée nationale. M. Didier Guillaume. C'est évident ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Le texte du Gouvernement a évolué. Sur tous les sujets qui ont été évoqués, par exemple le rôle du juge judiciaire, la binationalité ou l'apatridie, les points de vue, s'ils ne sont pas irréconciliables, sont particulièrement difficiles à rapprocher. À plusieurs reprises, M. le ministre de l'intérieur et moi-même lorsque j'étais ministre de l'intérieur je ne doute pas que M. le garde des sceaux fera de même avons travaillé avec le Sénat sur des textes pour lesquelles la Constitution n'impose pourtant pas un vote conforme. M. Bruno Retailleau. Parce que nos propositions étaient bonnes ! (Sourires.) M. Manuel Valls, Premier ministre. Elles sont toujours excellentes, monsieur Retailleau ! (Nouveaux sourires.) Nous avons toujours eu le souci d'avancer ensemble, majorité et opposition, notamment sur les questions touchant à la sécurité du pays. Le projet de loi renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l'efficacité et les garanties de la procédure pénale, que l'Assemblée nationale a examiné voilà quelques jours, est un bel exemple. Je ne doute pas qu'il sera enrichi par le Sénat. Je suis convaincu que nous allons devoir vivre plusieurs années avec cette menace terroriste d'un genre nouveau. Cela nous obligera à des efforts particulièrement massifs pour soutenir nos forces de sécurité, nos forces armées et la justice de notre pays. Nous devrons consacrer des moyens considérables à l'éducation nationale et à l'ensemble des processus de lutte contre la radicalisation. Quels que soient les choix des Français l'année prochaine, j'espère que cheminerons ensemble, car c'est un combat de longue haleine ; l'état du monde nous le montre tous les jours. De surcroît, il faudra dégager aux échelons français et européen des moyens considérables pour aider certains pays, au Levant comme en Afrique. Face à ce défi, je n'ai qu'une passion, une conviction : l'unité. Non pas l'unité factice, qui consisterait à dire : « Tous derrière la même idée ». L'unité. Les Français sont peut-être las de ce débat, mais ils sont intéressés ! J'entends les reproches que M. Laurent et les membres de son groupe m'adressent. Mais eux-mêmes n'ont voté pratiquement aucune des mesures que nous avons proposées pour améliorer la sécurité des Français. M. Pierre Laurent. Parce que vous n'écoutez aucun de nos arguments ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Vous n'avez voté aucune des lois antiterroristes ou sur le renseignement ! C'est ce qui m'inquiète dans votre position. Face aux défis du monde et de la France, je pense que, sur la question de la sécurité de notre pays et sur notre conception de la Nation, nous devons nous unir. Le Président de la République, en reprenant, il est vrai, une idée défendue plutôt par l'opposition ces dernières années, mais adaptée à la menace terroriste, a fait un geste particulièrement important au service de l'unité, marquant ainsi notre volonté de rassemblement. Pour ma part, malgré ce qui sépare aujourd'hui le texte adopté par l'Assemblée nationale et la position de la commission des lois du Sénat, je souhaite que nous essayions d'avancer. Je respecterai les choix du Sénat, mais je veux que tout se passe dans une transparence totale et que l'Assemblée nationale, le Sénat et le Gouvernement puissent ensuite cheminer ensemble. Mais attention à ce que les prises de position des uns et des autres ne finissent pas par nous empêcher d'emprunter cette voie ! Je pense très sincèrement que les Français ne nous le pardonneraient pas. Cela vaut pour le Gouvernement comme pour Parlement ! C'est ensemble que nous devons avancer. Voilà ce que je tenais à dire à tous les orateurs qui se sont exprimés au cours de cette discussion générale tout à fait passionnante. C'est ce message qui me paraît le plus important : soyons à la hauteur de l'attente et de l'exigence des Français, et maintenons une unité forte face au terrorisme ! C'est un combat qui va durer. Nous avons besoin de toutes les forces, aussi bien des forces de sécurité comme des symboles. Qu'est-ce qu'être Français aujourd'hui ? Par ce débat, nous avons prouvé que nous sommes un grand peuple ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain, ainsi que sur quelques travées de l'UDI-UC.) \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/270.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/270.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1cb4143f299ea5bc3c42724233e966104598bb90 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/270.txt @@ -0,0 +1 @@ +Chers Amis, En ouvrant vos travaux aujourd'hui, je voudrais souligner ma détermination à porter une parole politique claire sur ce sujet, une parole de responsabilité. L'interrogation qui nous réunit est d'une brûlante actualité : comment parler de la science, de la culture, des croyances ? Je le dis dans ce musée de l'Homme où, hommes et femmes, nous savons qu'est représenté l'idéal même des sciences et des cultures : Ici se trouve interrogé ce qui fait l'humanité de l'Homme : sa capacité à progresser par l'esprit scientifique, à explorer inlassablement les formes et les causes de la matière, du temps, de la vie et des sociétés humaines. Lorsque nous avons célébré la réouverture de ce musée il y a 6 mois, le Président de la République a salué un lieu qui affirme l'unité et la diversité de l'espèce humaine. C'est ici également que se sont réunis des résistants parisiens, organisés en réseau, pour agir contre la barbarie et défendre l'humanisme. Chacun de vous le reconnaîtra aisément : tous, dans vos fonctions, de scientifiques ou de responsables d'établissements publics, vous rencontrez des difficultés pour partager le savoir, pour faire reconnaître non seulement ses résultats, mais la légitimité même de sa démarche. Vos échanges d'aujourd'hui chercheront comment parler de la science, de la croyance, de la culture, vous me permettrez en préambule de dire pourquoi il faut en parler. La parole scientifique fascine, toujours, mais rencontre aussi, aujourd'hui, de plus en plus souvent le doute, la défiance, l'animosité. Nous sommes dans une période où le partage de la science est entravé. Entravé par les dogmatismes religieux, Entravé par le mépris du savoir, Entravé par le règne insidieux du relativisme, qui tend à mettre tous les points de vue sur le même plan, et ainsi à dénier aux résultats scientifiques leur caractère de vérité. Or la science est non seulement l'un des trésors de la République, - la sœur jumelle de la laïcité républicaine, elle en est aussi l'une des conditions. L'idée même de République est adossée à la science, et inversement, puisque le projet scientifique présuppose que les hommes et les femmes sont libres, autant qu'il contribue à les rendre libres. Inscrite au cœur du projet républicain, la science en est également l'une des principales protections : En 1890, Jean Jaurès écrivait, dans un article de La Dépêche consacré aux universités régionales : « Le peuple sent le prix de la science, à laquelle il ne participera pas directement. Il sent qu'au fond il est appelé à en avoir sa part. La science, même la moins accessible, est la chose de tous : elle est utile à tous par des applications bienfaisantes ; elle ajoute à la gloire du pays, qui est le patrimoine commun. Elle amène peu à peu ses conceptions à ce degré de clarté et d'ampleur où elles peuvent émouvoir toutes les intelligences. » Ce savoir démocratique décrit par Jaurès, c'est notre espace de vie et de culture commun, parce que la science établit un cadre de règles, qui confère aux résultats scientifiques un statut de vérité indépendant des croyances, - comme l'ont montré de nombreux savants, de Claude Bernard à Karl Popper, dont je ne vais pas vous imposer ici les démonstrations. Elle nous permet ainsi de vivre ensemble, et donc d'accorder, mais aussi de confronter nos idées, indépendamment des origines et de la culture de chacun. Voilà pourquoi l'Etat doit garantir la liberté de la science : la liberté de faire progresser le savoir, la liberté d'enseigner la lente accumulation des connaissances qui fait la richesse de la civilisation humaine, et surtout la liberté d'exercer cette curiosité, cette soif d'expliquer et de connaître qui est l'une des plus belles qualités de l'homme. Aujourd'hui, plusieurs dangers menacent la liberté de la science, et le progrès qu'elle nourrit. Le premier, c'est le retour d'un obscurantisme aux multiples faces. Nous devons lutter contre le mysticisme religieux, mais aussi contre la réaction qu'il entraine en face de lui. Nous devons résister avec une égale force d'âme au dogmatisme et au raidissement qui éloigne les cultures, divise l'humanité, rigidifie les croyances au point de rendre tout partage de la parole impossible. C'est dans cet esprit de détermination que nous avons engagé, avec Najat Vallaud-Belkacem, un grand programme pour contrer la radicalisation, en associant les appels à projet A.N.R. et C.N.R.S. avec la mise en œuvre des mesures proposées par le rapport que nous a remis Alain Fuchs au début du mois. A côté des attaques contre la liberté et la laïcité du savoir, un deuxième danger menace aujourd'hui nos sociétés : l'hyper relativisme, l'idée finalement que tout se vaut. On dit que la France est un pays cartésien, où le primat de la raison s'accompagne de l'exercice perpétuel du doute. Mais il y a doute et doute. Il y a le doute qui suspend les croyances et les représentations héritées, celles qui n'ont pas été mises à l'épreuve, pour chercher les certitudes sur lesquelles bâtir une vérité incontestable et partageable. C'est le doute inscrit au cœur de la démarche scientifique, celui qui guide l'exigence de vérité. Et il y a le doute qui met en péril la construction du savoir parce qu'il récuse toute possibilité d'atteindre le Vrai. Ce deuxième doute représente un grand danger pour la recherche et l'enseignement aujourd'hui, parce qu'il mine l'esprit scientifique et l'exercice de la raison. Ce doute, c'est celui qui veut mettre sur le même plan science et croyance. En exploitant la sincérité de la démarche scientifique, en retournant le doute scientifique contre la science elle-même, nombreux sont ceux qui combattent l'enseignement de la science. Ils donnent l'illusion de s'appuyer sur l'histoire des sciences, sur les évolutions de la méthode scientifique et des paradigmes scientifiques, pour faire croire que les résultats scientifiques sont de même nature que leurs croyances, puisque toute vérité scientifique ne serait que provisoire. Nous devons être très vigilants sur la manière insidieuse dont cela peut être utilisé, par ceux qui veulent imposer leurs croyances. Bien entendu, le débat sur le cadre de la science, sur le concept de vérité scientifique et les conditions de sa production, est légitime, mais il ne doit pas masquer la validation empirique des résultats scientifiques et l'immense accomplissement qu'ils représentent. Je pense notamment aux délires des créationnistes, qui depuis plusieurs décennies ont obtenu dans certaines parties du monde, y compris en Europe, que la théorie de l'évolution ne soit pas enseignée, ou qu'elle soit mise sur le même plan que le récit de la Genèse. Je pense aussi à d'autres formes, tout aussi insidieuses, présentes sur Internet et les réseaux sociaux, tous ces outils de diffusion qui sont censés ouvrir le monde, mais qui, dans les faits, favorisent aussi la propagation des rumeurs. Une véritable nébuleuse réunit dans le monde virtuel tout ce qui se fait en matière de complotisme, de buzz, de charlatanisme, de théories amalgamant pseudos sciences et fausses vérités, dans des intentions évidemment nocives. Paradoxe ultime : c'est bien sous les atours de la science que se présentent ces faux raisonnements. Ils empruntent la forme de la démonstration logique et souscrivent en apparence aux exigences de l'explication rationnelle pour étayer leur logique folle et donner force de science aux préjugés les plus irrationnels, on parle d'ailleurs de théorie du complot. Nous devons agir avec détermination et sagesse face à ces attaques contre la science. C'est en ce point d'équilibre et de vigilance que s'ancre la responsabilité de mon ministère : comment protéger le savoir, ses acquis, son exercice, sa transmission, quand la défiance envers la science progresse et que la crédulité prend des formes nouvelles ? En défendant la science sans trahir son idéal, en conservant une éthique de la prudence qui nous engage à ne pas voir dans la science la panacée universelle. Penser que la science va résoudre tous les problèmes de l'humanité, c'est aussi mensonger que périlleux, puisque c'est faire de la science une puissance infinie échappant à l'interrogation sur le sens du progrès et les valeurs qu'elle implique. La question du progrès est chère au cœur des Français. Mais il faut rappeler que cette idée de progrès est profondément politique : elle n'a de sens que si l'on fixe un horizon de société vers lequel on souhaite tendre. Il n'y a pas de progrès en soi et pour soi. Le sociologue Georg Simmel écrivait ainsi en 1907 : « interpréter tel changement historique comme un progrès ou non dépend d'un idéal ». Il est temps pour notre société d'entrer dans un idéal de la maîtrise intelligente du progrès, dans l'idéal du progrès choisi et décidé. Parler du progrès, ou peut-être des progrès, c'est fixer le cap, dire dans quel monde nous voulons vivre. Et cette décision n'appartient pas, en dernier ressort, aux scientifiques, mais aux citoyens. Voilà pourquoi il faut s'interroger sur le lien qu'entretiennent les citoyens avec la science : ont-ils le sentiment qu'elle les concerne ? Pensent-ils au contraire qu'elle est trop loin d'eux, au risque d'être non plus un outil de libération mais un instrument de domination ? Il me semble qu'aujourd'hui encore, on met trop en avant le personnage du génie, au détriment du travail collectif. Or, la science actuelle est bien plus souvent le fait d'équipes, de métiers, d'élans concertés et mûrement organisés. Faire reconnaître ce primat de la co-élaboration dans les résultats de la science, c'est aussi une façon de souligner la dimension démocratique de la science. Vous l'aurez compris : j'estime qu'il ne faut pas négliger la dimension politique au sens noble- de la science, et qu'il faut multiplier toutes les occasions où les citoyens peuvent se sentir partie prenante de la démarche scientifique. Tel est le sens de mon engagement pour la Recherche. J'ai ainsi mis en œuvre une action qui répond à 3 enjeux principaux : Garantir et accroitre la liberté de la recherche. C'est la mission première de notre ministère. Garantir cette liberté, c'est en particulier soutenir la recherche fondamentale en sanctuarisant voire augmentant ses crédits. Tel est le sens des annonces faites par le Président de la République lundi dernier. Tel est aussi l'un des objectifs de la Loi "pour une République Numérique" qui a été adoptée à l'Assemblée nationale et qui va être examinée au Sénat : elle comporte des mesures visant à favoriser la circulation des écrits scientifiques et à faciliter la fouille des données par les chercheurs. Car il aurait été injuste, et dommageable pour la Recherche, que seuls les grands opérateurs du Net bénéficient de l'immense potentiel du big data et du « data mining ». Les scientifiques disposeront donc de nouveaux outils pour conduire leurs recherches. Protéger la liberté scientifique, c'est aussi s'assurer des conditions de son exercice, en garantissant notamment le respect de l'intégrité scientifique. J'ai confié une mission sur ce sujet à Pierre Corvol, afin qu'il propose des mesures concrètes susceptibles de renforcer l'intégrité de la science, car chaque manquement, - même s'ils sont rares dans notre pays- , porte un grand préjudice à l'ensemble de la communauté et de l'édifice scientifique. Notre deuxième objectif est de rapprocher le grand public de la Recherche. Cela suppose que les résultats scientifiques soient accessibles à tous, et pas seulement aux membres des laboratoires abonnés aux revues scientifiques. Sur ce point également, la loi "pour une République Numérique" marque une avancée considérable, qui a été plébiscitée par les participants à la grande consultation organisée par Axelle Lemaire : l'open access permettra de favoriser une diffusion des résultats scientifiques qui soit plus large et plus rapide. Il s'agit de réduire les délais d'embargo pour la publication des articles, tout en ouvrant aux chercheurs la possibilité d'exercer ce droit. Bien entendu, nous avons accompagné cette mesure de garanties pour les éditeurs scientifiques, qui bénéficieront d'un plan d'accompagnement dans cette transition. Ensuite, il faut que ceux qui veulent apporter une contribution à la recherche, même quand ils ne sont pas des chercheurs professionnels, puissent trouver des programmes scientifiquement validés auxquels participer. François Houllier, président de l'INRA, nous a remis, à Najat Vallaud-Belkacem et moi-même, un rapport sur les sciences participatives qui formule des propositions très pertinentes sur ce sujet. Le but est de faire participer à des projets scientifiques le plus grand nombre de citoyens, et aussi les enfants, tout en en posant les conditions de la validité scientifique d'une telle démarche. J'y vois une belle manière de réduire la distance entre les chercheurs et les citoyens, et d'encourager la pratique de la science par le plus grand nombre. Je veux rendre la démarche scientifique plus accessible, en soutenant des institutions comme celle qui nous réunit, l'Association des musées et centres pour le développement de la culture scientifique, technique et industrielle (AMCSTI), dont je veux saluer le travail. Aujourd'hui, le savoir a de moins en moins de passeurs identifiables, à nous de les faire exister, et de renforcer la confiance qui leur est accordée. Il ne s'agit pas seulement de mettre des résultats scientifiques à disposition du public, mais de populariser la démarche scientifique elle-même, en soulignant notamment ce qui la distingue des croyances. En la matière, les arguments d'autorité sont souvent contre-productifs, et il faut faire preuve de créativité. Je souhaite que le Conseil national de la culture scientifique, technique et industrielle, présidé par la sénatrice Dominique GILLOT, nous aide à relever ce défi. Cela implique notamment d'accorder plus d'attention aux nouvelles formes et aux nouveaux canaux de la culture, par exemple les chaînes YouTube dédiées à la vulgarisation scientifique, qui rencontrent un écho important chez les jeunes. Permettre à la science de jouer pleinement son rôle dans nos sociétés. Voilà l'ambition ultime pour la science : qu'elle se réinscrive au cœur de la société, qu'elle retrouve une place centrale pour nos concitoyens. Elle dispose déjà d'une certaine visibilité comme objet de débat - sur les questions de bioéthique par exemple -, mais il faut qu'elle retrouve son pouvoir d'éclairer, de guider la réflexion collective, et l'action politique. Parallèlement, il faut aussi agir pour diffuser la culture de la recherche au sein de l'Etat. Voilà pourquoi je souhaite favoriser l'accès des Docteurs à la haute fonction publique. Comme le souligne Alain Fuchs dans le rapport de l'Alliance Athena, ces jeunes scientifiques doivent être des "passeurs de recherche" dans les administrations. L'Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technologie, qui fête cette année ses 10 ans, doit aussi jouer un rôle plus grand pour diffuser la culture de la recherche parmi les cadres et les dirigeants du secteur public comme du secteur privé. Enfin, et c'est un enjeu fondamental, il faut former les enseignants aux pratiques et aux enjeux de la science. Les ESPE, ou les Maisons pour la Science, doivent permettre aux enseignants de savoir comment agir face à des élèves qui mettent en cause les résultats scientifiques. Au-delà du respect qu'elle mérite, nous devons faire aimer la tournure d'esprit scientifique pour elle-même, donc faire aimer les qualités qu'elle recouvre : l'humilité de reconnaître ses erreurs et d'en tirer des enseignements, l'audace de penser au-delà de ce qui est déjà connu et reconnu, la patience, le goût du travail en équipe. Nous devons œuvrer pour transmettre cet état d'esprit aux citoyens, leur faire découvrir la force et les vertus de son exercice. Faire vivre la science et l'esprit scientifique au plus près de nos concitoyens, telle est enfin l'ambition de la nouvelle formule que nous avons préparée pour la Fête de la Science. Nous avons voulu que les activités proposées dans les laboratoires de recherche s'accompagnent d'animations dans les librairies, où se tiendra la journée du Livre scientifique. C'est ainsi que nous pourrons toucher un public plus large, plus divers et le mobiliser de façon plus profonde, faisant entrer les laboratoires et librairies dans la ville ou le quartier. Cette mobilisation dépend aussi de votre soutien, vous, scientifiques et passeurs de la science. Car la démarche politique que je viens de vous présenter n'aura de succès que si vous en partagez l'ambition. Je tiens à vous remercier pour vos efforts, à longueur d'années, et les interrogations que vous avez vous-même décidé de poser comme fil rouge de votre journée. Elles attestent de votre conviction que, pour vous, l'esprit scientifique est la garantie la plus concrète pour la liberté individuelle et le progrès collectif, il est aussi la plus belle aventure des temps modernes. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/271.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/271.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d7a1c9b9cb0b05e331c96150ce3044a63f9464a2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/271.txt @@ -0,0 +1 @@ +Cher Dominique BAERT, Chère Danielle CUCHÈRE, Chers Catherine OSSON et Henri GADAUT, Chers amis, Cette fois, si j'ose dire … C'est la bonne ! Après une première tentative … Il y a trois ans … Nous voici réunis … A l'occasion de cette traditionnelle fête de la Rose. C'est un beau moment ! Pour se retrouver. Se parler. Se donner de l'énergie. L'énergie pour porter nos idées, convaincre, avancer. Ces moments … Militants … Je les apprécie tout particulièrement et depuis longtemps. Ils sont notre force ! Ne l'oublions pas ! Venir dans le Nord, pour un socialiste, c'est un peu un retour aux sources … Dans cette terre ouvrière, où l'on connaît si bien le prix du travail, beaucoup a été fait pour le progrès social. Le Nord est une terre de solidarité ; celle qui naît de l'épreuve. Une terre de fraternité ; celle qui naît des grandes réalisations collectives. Une terre qui a donné à la gauche de grandes figures : Jules GUESDE, Roger SALENGRO, dont cette salle porte le nom, Léo LAGRANGE et bien sûr, bien sûr… Pierre MAUROY ! Occuper son bureau, à Matignon, est un honneur … Un encouragement de tous les instants. Pierre MAUROY, parce qu'il a su prendre les bonnes décisions ; parce qu'il a été un homme d'héritage et de modernité, est un exemple. Comme il a été et reste un exemple pour vous, chers amis, chers militants du Nord, chers Martine FILLEUL, Patrick KANNER, Bernard ROMAN et Yves DURAND, que je salue très amicalement. Merci, cher Dominique, pour ton invitation et pour tes mots. Merci à vous tous pour cet accueil chaleureux. Si nous nous retrouvons tous ici, si nous célébrons cette camaraderie, c'est que quelque chose nous prend aux tripes ; fait notre fierté et ne fait pour nous aucun doute : nous sommes des femmes et des hommes de gauche. Je n'ignore rien des doutes et des interrogations, des inquiétudes et des colères aussi. Je veux y répondre. Mais je ne suis pas là pour décerner je ne sais quel bon point … Pour dire qui est vraiment de gauche ou qui ne l'est pas … Pour dire qui trahirait l'idéal ou qui en serait le gardien. Ces débats ne m'intéressent pas. Ce qui m'intéresse, ma responsabilité de Premier ministre, c'est de tirer la France vers le haut. Elle a tant de cartes en main. Cette région, à elle seule, en témoigne. Et parce que notre monde est riche d'opportunités mais aussi traversé par les menaces … Parce qu'il y a ces difficultés économiques et sociales … Parce qu'il y a aussi cette interrogation sur notre identité, sur ce qui fait la France … Je sais, je suis convaincu, que la gauche a plus que jamais un rôle déterminant à jouer. Etre de gauche, vous le savez mieux que personne, c'est savoir faire des choix difficiles. Ils sont parfois le seul moyen de ne pas trahir nos convictions. Ce fut le cas, en décembre, lors des Régionales. Il n'y avait pas à hésiter un seul instant ! L'extrême droite, c'est la ruine de la France. Ce sont des souffrances en plus, pour ceux qui souffrent déjà. Face à cela, nous choisirons toujours le camp de la République ! Soyons, soyez fiers de cela ! De cette réponse très claire même si elle a été douloureuse, très douloureuse : accepter de n'avoir aucun conseiller régional pendant six ans que vous avez apportée ! Etre de gauche, c'est ne rien céder sur l'essentiel. C'est avoir aussi, chevillée au corps, la passion de l'égalité, pour que chacun ait les mêmes chances de réussir dans la vie. Alors, nous investissons à l'école, dans nos universités, pour la formation de nos jeunes. N'oublions jamais que nos prédécesseurs ont voulu faire croire aux Français que nos écoles iraient « mieux » avec « moins » beaucoup moins de professeurs et de moyens pour l'éducation nationale. Nous investissons pour les territoires. Pour qu'il n'y ait pas d'un côté ceux qui ont tous les atouts : transports, équipements, développement, santé, culture … Et de l'autre, ceux qui cumulent toutes les difficultés. Tu le sais bien, cher Dominique, qui suis de près la réforme de la dotation globale de fonctionnement ! Qui suis de près, aussi, la modernisation du centre hospitalier et l'Etat sera au rendez-vous. Etre de gauche c'est agir pour la solidarité. La vie est dure pour nombre de nos compatriotes, pour ceux qu'on appelle trop rapidement « les petites gens ». Avec la prime d'activité, la hausse du RSA, des petites retraites, la généralisation du tiers- payant, la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt … Nous agissons pour notre cohésion ! Etre de gauche, c'est vouloir des citoyens libres de leurs choix, de ce en quoi ils croient ; c'est lutter contre les logiques d'enfermement, de ségrégation sociale ou territoriale ; c'est être viscéralement républicains et viscéralement attachés à la laïcité, à l'égalité entre les femmes et les hommes. Nous ne devons jamais cesser de les défendre ! Etre de gauche, c'est et je veux insister devant vous sur ces deux points : tout faire pour la sécurité. Et tout faire pour le travail et l'emploi. 1. Etre de gauche, c'est tout faire pour la sécurité des Français Sur cette question de la sécurité, la gauche n'a pas toujours eu les idées claires… Elle a longtemps privilégié les débats sur les causes de la délinquance … Plutôt que d'apporter des solutions. Cette époque est derrière nous ! Je me félicite d'avoir avec d'autres élus de terrain, comme toi cher Dominique, affirmé que la sécurité était un besoin et une valeur. La sécurité est la première des libertés ! Sans elle, les victimes, ce sont d'abord les plus fragiles, les « sans défense », les salariés dans les quartiers populaires, les femmes qui élèvent seules leurs enfants, les jeunes qui subissent le racket, les personnes âgées. Se faire cambrioler, quand on a peu et que l'on a travaillé dur pour l'avoir est une blessure. Subir la loi des petits trafiquants, rentrer chez soi la peur au ventre, vivre dans l'angoisse pour ses enfants, c'est insupportable. Chaque incivilité subie est une souffrance. Je n'ai jamais compris ceux qui disent qu'en s'occupant de sécurité, la gauche s'écarte de ce qu'elle est. Non ! Il y a cette attente d'autorité, d'autorité républicaine. Nous y répondons. Nous assumons nos responsabilités, en nous donnant tous les moyens. En cinq ans, nous aurons créé 10 300 postes supplémentaires de policiers et de gendarmes. Nous aurons donné à nos forces de l'ordre, à la Justice, des dispositifs pour agir plus efficacement comme les zones de sécurité prioritaires. Celle de Roubaix-Tourcoing-Wattrelos, où je m'étais rendu comme ministre de l'Intérieur, apporte des résultats : 10 % de cambriolages en moins en un an ! Plus d'une tonne de cannabis saisie en 2015, contre 65 kilos en 2014 ! Ces résultats, c'est la réponse de la puissance publique. C'est la réponse du Gouvernement. Alors, quand j'entends cette petite musique qui revient, demandant sans cesse « moins » de fonctionnaires, « moins » d'agents publics, « moins » d'Etat … Je dis : attention ! Bien sûr, il faut maîtriser la dépense publique. Nous la diminuons ! L'efficacité, ce n'est pas dépenser toujours plus ! Il s'agit de l'argent des Français, et nous savons combien il est durement gagné. Mais nous avons besoin d'un Etat capable d'agir. Pour protéger ! Soigner ! Sauver des vies ! Pour défendre les plus fragiles ! Le vrai débat entre la gauche et la droite, il est là. Il faut le mener jusqu'au bout, projet contre projet. Ce sont deux visions différentes de la France. Je refuse que dans ce débat, on mette en cause les fonctionnaires ! Bien sûr, leurs missions doivent reposer sur des droits et des devoirs. Nos services publics doivent se moderniser, se décentraliser, gagner en efficacité, mais je le dis : il est normal qu'ils soient considérés, que leur travail soit reconnu ! Nous avons décidé de réévaluer le point d'indice de 1,2% d'ici février 2017. C'est la première fois depuis 2010. Pour un infirmier avec dix ans d'ancienneté, c'est 280 euros bruts en plus par an. 230 euros pour un policier. 310 euros pour un enseignant ! Certains nous accusent d'électoralisme, quel mépris ! Renvoyons-leur leurs contradictions. Ils disent vouloir un Etat fort, ils proposent de supprimer 300 000 agents publics, mais un Etat sans forces vives, qu'est-ce que c'est ? Tout faire pour la sécurité des Français, c'est aussi lutter sans relâche contre le terrorisme islamiste. La menace est là, comme jamais. L'attentat à Abidjan ou l'attaque à Ben Gardane, en Tunisie, l'ont montré une fois de plus. Tout comme la traque en Belgique, cette semaine, juste de l'autre côté de la frontière, qui a permis de capturer Salah ABDESLAM et ses complices. Et je veux saluer l'action des autorités belges, saluer la parfaite coopération qui existe entre nos services. C'est cela l'Europe de la sécurité que nous appelons de nos vœux ! Avec le Président de la République, nous savons qu'il ne faut baisser la garde à aucun moment ! N'oublions rien des attaques de janvier et de novembre. L'exigence est la même. Une guerre nous a été déclarée. Cette guerre, nous la menons, en Syrie, en Irak, au Sahel, contre les bastions de Daech et d'Al Qaida. Nous menons le combat sur notre sol. Chaque jour, sous l'autorité du ministre de l'Intérieur et du garde des Sceaux, nos services de renseignement, la Justice, remontent les filières, localisent les cellules, interceptent les individus. Aujourd'hui, 2029 français ou résidents français sont impliqués dans les filières djihadistes. Nous luttons aussi contre la radicalisation. Des milliers de jeunes sont concernés il faut être lucide. Nous luttons contre le djihadisme partout, dans ces soi-disant lieux de prière, sur Internet, où il étend sa toile, embrigade et pousse des Français à retourner les armes contre leur propre pays. Nous devons cette vérité aux Français : ce combat sera de longue haleine. C'est le plus grand défi de notre époque. Le défi d'une génération. Le défi de la gauche aussi. Jamais un gouvernement n'a autant fait pour protéger les Français ! 2. Etre de gauche, c'est tout faire pour l'emploi Mes chers amis, Nous faisons tout pour protéger les Français … Et nous faisons tout pour l'autre urgence : l'emploi. Créer de l'emploi, c'était d'abord remettre en marche une économie qui, quand nous sommes arrivés aux responsabilités, était à l'arrêt. Nous avons agi sur le coût du travail, avec le Pacte de responsabilité et de solidarité : 40 milliards d'euros de baisses des charges pour que nos entreprises retrouvent la compétitivité. Nous avons ciblé d'abord les PME et TPE, qui en ont le plus besoin, avec une prime pour toute embauche réalisée en 2016. Nous avons réarmé notre industrie en misant sur l'innovation. La France est une grande puissance industrielle. Elle doit le rester. Nous ne renoncerons pas à produire en France ! Nous avons aussi voulu faire bouger l'Europe. La France a été entendue : l'euro a baissé c'est bon pour nos entreprises et le plan JUNCKER 315 milliards pour doper l'investissement est mis en œuvre. Nous avons, aussi, incité fiscalement les entreprises à investir dans leur outil de production. Au début du mois, le feu vert a été donné pour 10 milliards d'euros d'investissements supplémentaires, dans des secteurs d'avenir. Nous avons, enfin, baissé l'impôt sur le revenu en 2014, en 2015, et à nouveau en 2016 ! En tout : 12 millions de ménages modestes et de classe moyenne en bénéficient ! Les impôts ont trop augmenté entre 2010 et 2014. Je ne veux pas que la gauche soit synonyme d'augmentation des impôts. Les résultats sont là. La croissance est revenue : 1,1 % en 2015. Les prévisions sont de 1,5 % pour 2016. Les investissements des entreprises s'accélèrent. Les exportations sont très dynamiques. La consommation des ménages est en nette progression. Ces chiffres ceux de l'INSEE sont la preuve d'une France qui, petit à petit, retrouve le chemin de la confiance, qui petit à petit se renforce. Pas d'une France qui s'affaiblit ! Bien sûr, beaucoup de Français ne le perçoivent pas encore dans leur quotidien. Bien sûr, on peut toujours et on doit toujours faire mieux... Pas d'autosatisfaction ! Mais je mets en garde contre cette tentation mortelle de tirer contre son propre camp. La situation est bien trop grave. Nous l'avons encore vu dimanche dernier : les populismes rôdent, progressent à grande vitesse dans les urnes. Ils parlent moins, mais ils se font toujours entendre. Nous diviser, fracturer la gauche, c'est ouvrir un boulevard à l'extrême droite. Et c'est préparer le retour de la droite. Non plus la réforme, mais la rupture. A chacun d'en être bien conscient ! Aujourd'hui, nos entreprises créent, à nouveau, des emplois ... 80 000 en 2015. C'est encore insuffisant, pour faire entrer plus de monde, nos jeunes, sur le marché du travail. Si nous ne voulons pas d'une reprise sans emplois, ou avec des emplois précaires, il faut aller plus loin. En réformant notre marché du travail. La gauche de la même manière qu'elle a évolué sur la sécurité doit évoluer sur le travail et la protection des salariés. Car quelle est la situation ? - Un chômage de masse depuis trente ans. Entre 7 et 10% de la population active. - 3,5 millions de personnes sans emploi. - Un jeune actif sur quatre de moins de 25 ans est sans emploi. - Un marché du travail à deux vitesses où certains, en CDI, sont relativement protégés de l'incertitude économique, là où d'autres enchaînent les contrats précaires. Ne nous y trompons pas : les rigidités de notre marché ne « protègent » pas. Elles excluent. - Le temps où l'on passait toute sa carrière dans une même entreprise est révolu ; les jeunes aspirent à plus d'autonomie, à des carrières moins linéaires. De nouvelles formes de travail se développent, avec l'essor de l'économie collaborative. La gauche doit donc protéger, mais aussi faciliter la mobilité, la prise de risque. Chacun doit bénéficier d'un même socle de protections, d'une même possibilité de construire sa vie. C'est cela qui se joue avec la loi Travail portée par Myriam EL KHOMRI. En créant le compte personnel d'activité, elle protège chaque actif tout au long de sa carrière. Il pourra se former, qu'il soit salarié, indépendant, ou à la recherche d'un emploi. En dotant tous les jeunes d'un capital formation, elle leur permettra d'apprendre un métier. Ce que nous créons, ainsi, c'est un droit personnel et universel à la formation. Un droit universel, aussi, à la « garantie jeunes ». Elle sera généralisée pour qu'aucun jeune sans diplôme ne soit laissé sur le bord de la route, pour qu'il soit accompagné vers la formation et vers l'emploi. C'est un très grand progrès social ! En donnant aux employeurs plus de visibilité, cette loi lève les réticences à l'embauche à l'embauche en CDI. Certains disent que nous remettons en cause le CDI, créons de la précarité. C'est faux ! Bien au contraire, cette loi va augmenter le nombre d'embauches en CDI, sans bien sûr remettre en cause la durée légale du travail ni la majoration des heures supplémentaires Nous donnons enfin à nos entreprises la souplesse dont elles ont besoin pour être plus réactives, plus compétitives, en faisant confiance au dialogue entre employeurs et employés dans l'entreprise. C'est bien une différence de philosophie quant à la place et à la nature du dialogue social. Cessons de faire croire qu'on va livrer le salarié au bon vouloir des patrons ! Les syndicats réformistes démontrent qu'il peut y avoir dans notre société autre chose que des rapports de force et des blocages ! Aucune naïveté vis-à-vis du patronat. Il faut être exigeant à son égard. Nous le sommes. Pas non plus d'esprit belliqueux à l'égard de ceux qui embauchent, créent de la richesse ! J'entends des interrogations : pourquoi une réforme aussi difficile à un an de la prochaine échéance ? Je réponds : simplement parce que nous sommes là pour faire avec audace et justice ce que l'opposition souvent prête à donner des leçons n'a jamais fait. Nous sommes là pour changer les choses. Et Pierre MAUROY le savait bien : la réforme ne se décrète pas. Elle se bâtit, dans le dialogue et l'écoute. Lundi, avec Myriam EL KHOMRI, avec Emmanuel MACRON, avec les partenaires sociaux, les organisations de jeunesse, nous avons donné un nouveau départ au projet de loi Travail. Sans « édulcorer », « dénaturer », « renoncer », « reculer ». Nous nous sommes donné les moyens d'une grande réforme dont notre pays a besoin. D'une grande réforme pour l'intérêt général. Chers amis, Nous sommes de gauche et nous sommes aux responsabilités dans un moment de grande instabilité. Il y a les crises, migratoire et écologique. Il y a ce risque de dislocation de l'Europe, d'un grand retour en arrière pour nos pays. Votre région frontalière tellement européenne, qui porte les stigmates du XXe siècle le sait très bien : moins d'Europe, c'est peser moins dans le monde. Nous connaissons les critiques : il y a ceux qui disent « la gauche n'a pas été élue pour baisser les charges des entreprises » ; ceux qui disent que la gauche au pouvoir ne fait pas tout ce que notre cœur nous dicte. Nous n'opposons pas la raison au cœur. La politique à la morale. Nous faisons simplement face à la réalité. La réalité, à Calais, c'est une crise migratoire difficile. Difficile pour ceux qui, déracinés, vivent dans des camps dans l'espoir de traverser la Manche ; difficile, aussi, pour les habitants. L'Etat, à Calais, apporte des solutions pragmatiques, sans fermer les yeux sur les trafics, sans nier les difficultés, en répartissant mieux les réfugiés partout en France. C'est comme cela que nous avons pu évacuer une partie de la Lande. Cette crise touche toute l'Europe, et donc tous les pays européens doivent se mobiliser. Nous avons le devoir d'accueillir tous ceux qui fuient les guerres, les persécutions, la torture ; et la France honore cette responsabilité. Mais il faut le dire aussi : nous ne pourrons pas accueillir tous les migrants dans de bonnes conditions d'installation et d'insertion. Ce ne serait pas tenable sur le long terme. C'est ce que j'ai dit à nos amis allemands, il y a quelques semaines à Munich. Et je tiens à saluer leur mobilisation et leur courage. Mes chers amis, n'écoutez pas ceux qui disent que la gauche au pouvoir a perdu son âme ! Refusez la tentation si répandue dans notre histoire de se réfugier dans le confort de l'opposition. Tous les jours, je le disais, je suis dans le bureau qu'occupait Pierre MAUROY, et je m'attelle à cette mission passionnante : conduire le Gouvernement de la France. Puisque nous sommes entre nous, permettez-moi cette confidence : je suis heureux à Matignon. Grave, car le poids du monde autour de nous interdit toute forme de légèreté. Mais heureux de servir mon pays, de savoir que nous œuvrons pour améliorer la vie des Français. Je veux que la gauche réussisse. Je veux vous rendre fier de ce que nous faisons. Vous donner l'envie de gagner. De faire voter pour. Et non pas contre. D'avoir le choix de voter pour la gauche, et non pas d'avoir comme seule alternative la droite ou l'extrême droite. Nous préparons mal la conquête du pouvoir. Confrontés à son exercice, nous ne l'expliquons pas. Certains ensuite nous accusent de trahir C'est toujours la même rengaine. Alors expliquons ! Assumons ! Si l'idéal ne change pas, les solutions, elles, changent. Les manières de s'engager également. Alors, pour réussir, la gauche doit « évoluer », « se réinventer », « se dépasser » peu importent les termes ! Mais le cycle du parti d'Epinay est derrière nous. Il faut bâtir cette grande alliance, cette maison commune de tous les progressistes qui donne toute sa force à la gauche réformatrice. Et je sais qu'ici, dans le Nord, vous avez aussi cette ambition pour une gauche qui soit de nouveau fière, une gauche qui se rassemble. Les deux sont liés : il ne peut pas y avoir de fierté sans ce rassemblement. Sans unité. Sans respect. Je ressens, dans cette salle, autour de toi, cher Dominique, cette envie de bâtir. Toi, le député investi, loyal, sur qui j'ai toujours pu compter. Toi, l'élu qui défends ton territoire, qui as su gagner la confiance des habitants de Wattrelos et du Nord. Toi le militant avec un sens aigu de l'engagement et du parti qui ne te l'a pas toujours rendu … Mais les électeurs ne s'y sont pas trompés. Je sais, nous savons tous quelle est ta force. C'est toujours ta force de caractère, ta combativité, face aux épreuves de la vie … Et ton sens de l'humour qui l'ont emporté. Ensemble, nous devons faire réussir la gauche. Pour faire réussir la France. Elle le mérite. Car la France, c'est ce pays magnifique, un pays de passion, de courage, capable des plus grandes réussites et des plus beaux exploits. Elle a mené les premiers combats pour la liberté ; remporté les plus belles victoires pour l'égalité. Elle s'est battue, toujours, pour la fraternité. La France, c'est cette république ferme et généreuse. Qui tend la main à tous. Et qui sait aussi montrer le poing quand on la défie. La République, c'est notre plus grande conquête. Elle doit s'incarner partout. Elle doit accompagner chacun. La France, c'est ce pays que j'aime, que nous aimons plus que tout. Je suis fier de le représenter, fier de le servir, et, avec le président, le Gouvernement, la majorité, et avec vous, chers militants, fier de le faire avancer ! La gauche est belle quand elle confond son destin avec celui de la France. Vive la gauche ! Vive la République ! Vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/272.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/272.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f4636939aad678f8c9f8cdade65469df06b3a2c2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/272.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président du CFCM, Messieurs les recteurs, Messieurs les imams, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs, Je suis particulièrement heureux, à divers titres, de vous retrouver dans les locaux du ministère de l'Intérieur à l'issue des travaux de cette deuxième Instance de dialogue avec l'islam de France. D'abord parce que je retrouve dans cette assemblée bien des visages amis. Ceux des responsables nationaux des musulmans de France, actifs au sein du CFCM et des diverses fédérations, que je tiens à rencontrer régulièrement en raison de leur expérience et de la parole dont ils sont porteurs en votre nom. Nous évoquons ensemble des sujets concernant directement l'exercice du culte musulman, bien entendu, mais aussi ceux qui intéressent tous les Français qui, comme vous, sont soucieux du destin de notre pays. Et chacun de ces échanges est pour moi une source d'enrichissement. Et puis, je vois aussi certains d'entre vous dont j'ai fait la connaissance en me rendant à la rencontre des musulmans de France dans les mosquées, à l'occasion de mes déplacements en province. Parfois dans des circonstances marquées par l'inquiétude, lorsque je me rends à Auch après l'incendie criminel qui a visé sa mosquée. Parfois dans un climat d'optimisme, de sérénité et d'ouverture à l'autre, lorsque je participe au « thé de la fraternité », cette belle initiative du CFCM, à Saint-Ouen l'Aumône, puis à la Grande Mosquée de Paris avec le Président de la République. Toutes ces rencontres sont pour moi des moments précieux, des moments d'échange et de partage. Des moments marqués par la ferveur républicaine, parce que les musulmans que je rencontre à ces occasions me disent leur amour de la République et leur volonté de la défendre contre ses ennemis, qui sont aussi les leurs. Aux musulmans de France, je veux dire en retour que la République a vocation à les prendre dans ses bras, à leur donner la place qui est la leur en son sein. Je veux leur dire que la République les protègera toujours contre ceux qui voudraient les atteindre et qu'elle leur garantira toujours le droit constitutionnel d'exercer leur culte dans des conditions dignes et paisibles. Car ces droits sont ceux précisément que la République doit garantir à tous les citoyens, par-delà leurs confessions et leurs convictions. C'est là aussi que se situent mon engagement et mon devoir à l'égard de chaque citoyen, dans ma responsabilité de ministre de l'Intérieur. Je suis donc heureux de vous retrouver tous aujourd'hui dans cet état d'esprit de concorde, de respect et de paix. Et je suis heureux de constater que cette « Instance de dialogue », dont j'ai conçu le projet avec vous l'an dernier, répond à ses objectifs et est déjà consacrée comme lieu d'échange et de proposition, dont chacun reconnaît l'utilité. L'an dernier, je m'en souviens, cette initiative avait suscité des interrogations. N'allait-on pas fragiliser le CFCM, cette instance élue de l'islam de France, en proposant une méthode de dialogue élargi ? L'Etat ne sortait-il pas de son rôle en choisissant, en quelque sorte, ses interlocuteurs musulmans ? Et ne risquions-nous pas de nous contenter de célébrer une réunion artificielle et sans lendemain ? Or, en réalité, l'expérience de juin 2015 a montré, me semble-t-il, que le CFCM pouvait trouver une place centrale et dynamique dans cet exercice. Je veux remercier à cet égard ses présidents successifs, Dalil BOUBAKEUR et Anouar KBIBECH, et bien sûr également Mohammed MOUSSAOUI, qui ont pleinement joué leur rôle et se sont emparés de cette initiative pour faire avancer les sujets qui leur tenaient à cœur et dont les avaient saisis les fidèles. Tout comme je veux remercier les responsables des fédérations et des mosquées qui se sont impliquées dans cet exercice et qui ont toutes apporté leur contribution à la réflexion commune. Cette initiative a également révélé, grâce aux débats qui ont eu lieu, par deux fois, dans tous les départements de France, l'immense soif de dialogue et la volonté d'engagement qui animent les musulmans de France. Ces aspirations fortes s'expriment de façon riche, exigeante et lucide dès lors que l'on veut bien les solliciter. Vous avez ainsi été aujourd'hui les porte-paroles de tous ceux qui se sont exprimés par milliers, lors de ces débats préparatoires en préfecture sur le thème de la prévention de la radicalisation, et qui se sentent mobilisés par cette cause d'intérêt public. Enfin, comme cela a été dit ce matin, l'engagement à agir que nous avions pris en juin 2015 n'est pas resté lettre morte. Des groupes de travail ont été mis en place, des décisions ont été prises, des moyens ont été dégagés par l'administration pour répondre aux questions que nous avions identifiées lors de la première réunion de l'Instance de dialogue. Un processus irréversible a été enclenché. Ainsi, l'objectif consistant à doubler le nombre des formations « civiles et civique » de façon à permettre aux aumôniers et aux imams de les suivre facilement partout sur le territoire a été atteint et même dépassé. Ces formations sont rendues obligatoires pour les aumôniers ainsi que pour les imams étrangers détachés. Ainsi, l'organisation de l'aïd et la construction et la gestion des lieux de culte, à l'issue de travaux élaborés, feront l'objet de guides utiles aux élus aussi bien qu'aux imams et aux responsables du culte. Ainsi, la volonté de lutter contre les menaces et les agressions dont les musulmans sont l'objet s'est traduite par un dispositif de protection couvrant plus de 1 000 mosquées et par une mobilisation sans faille de la justice et des services d'enquête. Il me semble essentiel que les auteurs de tels actes insupportables sachent qu'ils seront inlassablement recherchés, arrêtés et punis par la justice de France. Je vois du reste dans la baisse très sensible des actes anti-musulmans observée depuis le début de l'année 2016 (33 actes en janvier-février 2016 contre 196 actes en janvier-février 2015) une conséquence de cette attitude de très grande fermeté. En l'espace de quelques mois, cette Instance de dialogue s'est donc imposée. Elle a démontré son utilité. Et je suis également heureux de constater qu'elle nous aura permis d'échanger aujourd'hui sur un sujet particulièrement grave, celui de la prévention de la radicalisation, comme je vous l'avais proposé le 29 novembre dernier à l'Institut du monde arabe lors du Rassemblement citoyen des musulmans de France. Je sais que le choix de ce thème a suscité certaines interrogations. Les événements de ces derniers mois doivent pourtant nous conduire à regarder ensemble, lucidement, les défis que présente à notre société la radicalisation de jeunes citoyens. Les attentats de novembre, faisant suite à une longue série de crimes et de tentatives empêchées, ont en effet révélé aux Français l'importance de la menace terroriste à laquelle ils sont confrontés. La part qu'ont prise à ces crimes des jeunes Français et Françaises radicalisées, passés par la Syrie ou directement mobilisés sur notre territoire, ainsi que l'invocation de la religion à l'appui de leurs forfaits, ont profondément horrifié les Français de confession musulmane, comme tous les Français. Lors de votre rassemblement citoyen du 29 novembre, vous avez exprimé avec force ce sentiment et votre volonté de combattre ce fléau. De son côté, l'Etat doit prendre toutes les dispositions pour prévenir la radicalisation violente de celles et ceux qui pourraient rejoindre les groupes terroristes et commettre des attentats sur notre sol. Au cours des dix dernières années, la menace terroriste s'est considérablement transformée. Si les attentats du 13 novembre ont été planifiés depuis la Syrie et coordonnés en dehors de nos frontières, d'autres attaques ont, elles, été le fait de personnes ayant basculé, sur notre sol, dans le fanatisme et la violence armée, parfois dans un délai très court. Nous savons qu'environ 600 Français ont aujourd'hui rejoint les organisations terroristes actives en Syrie et en Irak. Mais le nombre de nos concitoyens impliqués dans les filières djihadistes, en comptant également ceux qui sont en transit, ceux qui sont revenus et ceux qui ont manifesté la volonté de partir, est sensiblement plus élevé : près de 2 000. Et ce nombre a cru fortement depuis janvier 2014 : le nombre des personnes impliquées est passée depuis lors de 555 à 1 858, tandis que le nombre des combattants sur place passait de 224 à 606. L'effort de prévention constitue donc une priorité absolue, parce que la sécurité de tous les Français est en jeu. Une fois endoctrinés et entraînés à tuer par DAESH et le Front al-Nosra, les personnes concernées présenteront en effet, pour la plupart d'entre elles, un risque sécuritaire majeur à leur retour en France. Il s'agit en outre d'épargner à de nombreuses familles la crainte et la souffrance qui les frappent lorsqu'un enfant ou un proche radicalisé décide de partir pour la Syrie. Je vous rappelle qu'à ce jour 168 jeunes Français ont perdu la vie après avoir rejoint les organisations terroristes sur le front irako-syrien. Une autre nouveauté du phénomène auquel nous faisons face réside dans la grande variété des profils sociologiques et psychologiques des personnes radicalisées ou en voie de radicalisation. Certains sont des délinquants de droit commun. D'autres sont des jeunes en situation d'échec social et de fragilité psychologique, qu'anime un sentiment de haine à l'égard de la société où ils ont grandi. D'autres encore, apparemment « sans problème », souvent issus des classes moyennes, pensent trouver une réponse à leur malaise identitaire dans une forme d'islam radical et violent. Quelles que soient leurs motivations propres, toutes les personnes concernées sont la proie de prosélytes d'autant plus actifs qu'ils décèlent des fragilités chez celles et ceux qu'ils manipulent. Pourtant, de cette pluralité des causes, nous ne saurions déduire que la religion ne tient qu'une part marginale dans ce processus. A l'évidence, la dimension religieuse de la radicalisation, si elle n'est pas le seul facteur de ce phénomène, constitue le cadre de mobilisation proposé aux djihadistes à travers une lecture littéraliste dévoyée de la religion, transformée en idéologie totalitaire. Cette dernière prône le combat contre les non-musulmans, mais aussi contre les musulmans eux-mêmes, qualifiés de « faux musulmans » quand ils n'adhérent pas à ce dogmatisme de la haine. C'est à ce titre que DAESH désigne nommément comme des cibles un certain nombre de responsables religieux français de toutes tendances et s'efforce de répondre sur un plan religieux, dans sa revue de propagande en français « Dar al Islam », aux textes par lesquels les responsables religieux de l'islam de France ont nettement condamné leurs projets criminels et dénoncé leur imposture. Il s'agit donc d'agir avec discernement. Nous ne devons tomber ni dans les amalgames destructeurs, ni dans le déni de réalité. Il est vraisemblable que les jeunes qui projettent de rejoindre DAESH en Syrie ne se radicalisent pas, sauf à de très rares exceptions, dans les mosquées. Lorsque cela se produit, vous pouvez compter sur moi pour prendre, dans le respect rigoureux du droit, toutes les mesures destinées à fermer ces lieux où se prêche la haine. Mais les mosquées et leurs responsables n'en ont pas moins une responsabilité éminente à l'égard des jeunes qui les fréquentent et qui pourraient se trouver en voie de radicalisation sous l'effet d'autres influences. Il en va de même dans les prisons ou sur Internet : au discours de mort de DAESH, les responsables de l'islam de France doivent être en mesure d'opposer un exemple, une sagesse, une autorité morale et théologique qui permette de dénoncer les mensonges et les impostures au nom de la connaissance, du savoir, au nom de l'islam des Lumières que vous chérissez. C'est à ce titre que nous devons travailler ensemble, réfléchir ensemble, agir ensemble, afin de combattre un fléau qui concerne tous les Français. J'en viens donc aux travaux qui se sont déroulés au cours de cette journée et aux perspectives qu'ils nous ouvrent. Comme cela a été rappelé, le plan gouvernemental du 23 avril 2014 a confié au Secrétariat Général Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance (SG-CIPD) la mission de concevoir une réponse publique préventive aux phénomènes de radicalisation. J'ai confié aux préfets un rôle pivot en la matière au niveau départemental, et chaque préfecture dispose désormais d'une cellule de suivi et d'accompagnement des personnes radicalisées et de leur famille. Ce sont donc 101 structures de premier niveau qui existent et qui ont permis la prise en charge effective de près de 1 600 personnes. Dans le cadre de ce plan, une enveloppe de 20 millions d'euros a été ouverte au niveau national, et 6 millions servent à financer les associations qui aident les préfectures à intervenir auprès des personnes en situation de radicalisation pour aider à leur insertion sociale dans le respect des règles de la République. Les méthodes appliquées sont évidemment variables en fonction des situations locales et je crois que nous devons conserver cet élément de pragmatisme. L'implication des responsables religieux est ainsi, comme cela a été relevé, très variable d'un département à l'autre, avec des solutions distinctes par exemple dans le Rhône, en Gironde où a été constitué le Centre d'action et de prévention de la radicalisation des individus (CAPRI), dans les Hauts-de-Seine ou dans les Alpes-Maritimes. Cependant, partout où cela est possible, il me semble souhaitable que les préfectures cherchent à s'appuyer sur des « référents religieux » pour aider à la prise en charge de certains individus radicalisés et de leur famille. Ce faisant, il ne s'agit pas pour l'Etat de dire quel est le « bon islam », mais de permettre à de jeunes esprits imprégnés de la propagande de DAESH d'avoir accès, dans le dialogue avec une personne de confiance, à une compréhension plus large des questions théologiques. Dans le même esprit, je souhaite bien entendu que l'Etat facilite les initiatives prises par les CRCM et les fédérations de mosquées afin de mieux former les responsables du culte musulman à la prévention de la radicalisation et que des représentants des préfectures puissent leur présenter le dispositif public et les outils dont nous disposons. La prévention de la radicalisation dans les prisons constitue un autre objectif fondamental pour les pouvoirs publics. Nous savons en effet que des imams auto-proclamés tentent d'y enrôler certains détenus, souvent choisis parmi les plus isolés et les plus vulnérables, pour les mettre au service des projets criminels de DAESH et d'autres organisations terroristes. Les aumôniers pénitentiaires musulmans, de leur côté, ont d'abord pour rôle de permettre l'exercice du culte en détention, comme le prévoit la loi de 1905. Mais, ce faisant, ils peuvent aussi répondre aux questionnements des détenus, démonter les discours de violence et empêcher certains de basculer dans la radicalisation. Pour remplir efficacement ce rôle, les aumôniers doivent toutefois disposer du temps et de la formation nécessaires. C'est pourquoi je me félicite des mesures déjà prises par la Chancellerie pour augmenter le nombre des aumôniers musulmans, ainsi que le taux de leurs indemnités. D'ores et déjà, l'aumônerie pénitentiaire musulmane est devenue celle qui bénéficie des subventions publiques les plus significatives. Nous avons également insisté pour que tous les aumôniers bénéficiant d'indemnités soient à l'avenir astreints à posséder ou à passer un diplôme universitaire de formation civile et civique. Enfin, je sais que la Chancellerie est disposée à accompagner la création d'une association de l'aumônerie pénitentiaire musulmane, dotée d'une Charte et prenant en charge certains aspects de la formation des aumôniers. Je m'en félicite, tant il est vrai que les aumôniers pénitentiaires, dont je salue le dévouement, doivent être accompagnés et guidés dans la prise en charge des risques de radicalisation. Des pistes ont été évoquées à cet égard lors de l'atelier qui était consacré à ce thème : élaboration d'un contre-discours, réflexion sur un thème commun aux prêches du vendredi, évaluation des ouvrages porteurs d'une idéologie radicale, indentification de bonnes pratiques dans la relation qu'entretiennent les aumôniers et l'administration pénitentiaire. Toutes ces pistes me semblent prometteuses. Un troisième atelier était consacré à la question des discours, si importante lorsque l'on constate l'efficacité redoutable dont font preuve les organisations terroristes pour mettre au point des outils de propagande destinés à séduire puis à enrôler les jeunes Français. Comme l'a rappelé le chef du Service d'information du Gouvernement, l'Etat ne peut agir pour sa part que sur un registre strictement laïque, en démasquant les impostures et les mensonges de DAESH, en s'efforçant de révéler la réalité de la situation qui prévaut en Syrie et en Irak. Cependant la parole de l'Etat est frappée a priori de suspicion pour celles et ceux qui sont en voie de radicalisation et qui ont cédé aux théories du complot. D'autres démarches indispensables concernent, il est vrai, l'interdiction des sites et des vecteurs faisant l'apologie du terrorisme, dans le cadre de la loi que j'ai fait voter en 2014 et en coopération avec les opérateurs de l'Internet. Je suis en contact régulier avec eux à ce sujet, en France comme aux Etats-Unis, et je remercie les représentants de Google et de Facebook qui ont bien voulu participer de façon active à cet atelier. Il reste que, face au discours de DAESH, qui se revendique comme inspiré par la religion, ce sont d'abord les théologiens et les responsables religieux qui ont la légitimité pour opposer un contre-discours sur le plan théologique. Ce travail commence naturellement dans les mosquées, comme l'a rappelé ce matin le président du CFCM et comme l'avaient dit nombre d'entre vous lors des réunions qui se sont tenues dans les préfectures. Je me félicite donc de l'initiative que vous avez annoncé, consistant à créer un « Conseil religieux » de l'islam de France, qui aurait vocation à nourrir la réflexion sur la contextualisation de la pratique religieuse dans notre pays, ainsi qu'à élaborer un contre-discours fondé sur un argumentaire théologique solide, afin d'apporter une réponse aux thèses djihadistes qui prolifèrent sur les réseaux sociaux. A l'échelon local, les imams sont les acteurs naturels de cette « politique de la sagesse », et c'est pourquoi toutes les mesures prises en vue de s'assurer de la qualité de leur formation, ainsi que de leur maîtrise de la langue française, me paraissent très importantes, y compris pour la prévention de la radicalisation. L'Etat continuera à soutenir leur formation profane, à travers le développement continu des DU de formation civile et civique sur tout le territoire, complété par la création d'un DU qu'il sera possible de suivre à distance. Il me semble également très sage de prévoir au sein des mosquées, comme vous l'avez annoncé, des programmes d'accueil et d'éducation destinés aux convertis, de façon à leur donner rapidement les bases d'une culture religieuse leur permettant de faire preuve de discernement à l'égard des discours qui se trouvent sur internet. A l'égard de ces musulmans disposant d'une faible culture religieuse, comme à l'égard des non-musulmans qui s'intéressent à l'islam, les efforts que prévoit de réaliser l'émission « Vivre l'Islam » afin de gagner en accessibilité, notamment à travers son site Internet, méritent également d'être salués. Je sais que la direction de France Télévision a prévu des moyens à cet effet et je veux l'en remercier. Nombre des initiatives que je viens d'évoquer concernent en particulier les jeunes, qui constituent des cibles naturelles pour les recruteurs de DAESH. Comment mieux les armer contre ces tentatives d'enrôlement et faire d'eux des acteurs de la prévention de la radicalisation ? L'Etat peut bien entendu leur proposer des modèles alternatifs d'engagement au service de la communauté, à travers notamment le service civique, mais aussi dans le cadre du volontariat au sein des sapeurs-pompiers ou des cadets de la République. L'Etat doit également lutter contre le sentiment de relégation et de discrimination dont se sentent victimes nombre des jeunes tentés par des engagements radicaux et violents. Car sa première mission est bien entendu de montrer que les jeunes Français ont tous rigoureusement les mêmes droits, quelles que soient leurs origines, leurs convictions ou leur confession. Quant aux responsables du culte musulman, je relève avec intérêt qu'ils ont la volonté de répondre aux besoins religieux des jeunes en créant des « cellules d'écoute » à leur intention au sein des mosquées et des associations. Je note également votre volonté de proposer un programme partagé entre toutes les mosquées pour l'apprentissage de la langue arabe et de la religion, là où ces enseignements se font aujourd'hui sans lignes directrices particulières. Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Lors de la première réunion de l'Instance de dialogue, je vous avais dit que je comprenais votre exaspération à devoir sans cesse rappeler que les musulmans de France n'avaient rien à voir avec les attentats perpétrés au nom de DAESH. « Mettre en relation les exactions de quelques individus avec les comportements et les valeurs de 5 millions de musulmans français relève, vous disais-je alors, soit d'une coupable ignorance, soit d'une malhonnêteté inacceptable. » Ces propos, que je continue à revendiquer, m'ont été parfois reprochés. Du moins peuvent-ils vous convaincre que je suis viscéralement rétif aux raccourcis et aux instrumentalisations par lesquels certains s'efforcent de faire peser sur les Français musulmans la responsabilité de la menace si grave qui pèse sur notre pays. A l'issue de cette réunion, je souhaite donc vous inviter, aux côtés de l'Etat, mais aussi d'autres acteurs de la société civile élus, enseignants, responsables associatifs, à vous engager dans la lutte que nous menons contre la menace terroriste et à prévenir la dérive radicale de certains de jeunes Français. Je sais que c'est là votre souhait en tant que Français, en tant que citoyens, en tant que musulmans, en tant qu'adeptes d'une conception élevée, ouverte et exigeante de la religion. Cette conception qui faisait écrire autrefois à Abdelwahab MEDDEB : « Au lieu de distinguer le bon islam du mauvais, il vaut mieux que l'islam retrouve le débat et la discussion, qu'il redécouvre la pluralité des opinions, qu'il aménage une place au désaccord et à la différence ; qu'il accepte que le voisin ait la liberté de penser autrement ; que le débat intellectuel retrouve ses droits et qu'il s'adapte aux conditions qu'offre la polyphonie ; que les brèches se multiplient. » Je sais que c'est dans cet esprit que vous avez participé aux travaux de cette journée. Et c'est pour cette raison que je suis confiant dans notre capacité collective à faire face au péril et à lutter contre ceux qui voudraient nous affaiblir en corrompant notre jeunesse, à faire entendre la voix de la sagesse et de la raison contre les appels à la haine et à l'ignorance. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/273.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/273.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d38097d1fb61230ff0d9ce2b3b0426fa96fe6467 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/273.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Comme le président Larcher a eu, voilà un instant, l'occasion de le dire, mes premiers mots et mes premières pensées vont naturellement vers Bruxelles, qui a été lâchement frappée ce matin par des attaques terroristes. Je pense, nous pensons aux victimes, à leurs familles. Même si le Président de la République, les ministres des affaires étrangères et de l'intérieur, ainsi que moi-même, l'avons bien évidemment déjà fait, je veux de nouveau, ici au Sénat, assurer les autorités belges de notre soutien, de notre solidarité et, bien sûr, de notre amitié indéfectible. Ces événements nous rappellent une fois encore tragiquement que nous sommes face à une menace globale. Nous sommes en guerre, comme je le dis depuis janvier 2015, en guerre contre l'islamisme radical, contre le djihadisme, contre le terrorisme, contre le fanatisme, et nous devons continuer à mener cette guerre avec détermination, et avec les armes de l'état de droit, de la démocratie, c'est-à-dire les lois que l'immense majorité des sénateurs et des députés ont votées. Il y a eu deux lois antiterroristes, dont une dès l'automne 2012, que j'avais présentée ici même. Nous avions ensemble déjà détecté ce qui faisait la particularité de cette menace terroriste et de ce terrorisme, à savoir l'existence concomitante d'un ennemi extérieur et d'un ennemi intérieur. Par ailleurs, nous avons fait voter deux lois sur le renseignement et apporté des moyens accrus à cette action. Jamais un gouvernement et un parlement n'avaient donné autant de moyens à nos forces de l'ordre et à nos armées pour lutter contre le terrorisme, mais il faudra aller encore plus loin dans la lutte contre la radicalisation, pour la justice et la sécurité de nos concitoyens, et accorder bien sûr des moyens encore plus importants. C'est l'affaire d'une génération que d'engager une lutte de très longue haleine, très difficile - je le dis avec gravité et je vous remercie d'ailleurs, monsieur Longuet, du ton et des mots que vous avez employés - contre ces phénomènes de radicalisation, qui concernent aujourd'hui des milliers de jeunes en France. C'est l'affaire d'une génération, qui devra faire l'effort de cette prise de conscience. Cette lutte nécessitera l'engagement de l'ensemble de nos services publics, mais aussi de la société. Nous vivons une situation caractérisée par un niveau de menace jamais égalé, comme le ministre de l'intérieur le rappelait encore ce matin. Il faut une réponse à ce terrorisme qui nous frappe en France et en Europe, et celle-ci doit être européenne. Ce terrorisme frappe les pays libres, les démocraties, les symboles, comme la Tunisie, le Mali, le Burkina Faso, la Côte-d'Ivoire. Face à ce terrorisme, il y a bien sûr nos valeurs, notre démocratie à opposer, et il n'y a qu'une réponse possible : l'unité. Il s'agit bien sûr de l'unité avec nos amis belges, mais aussi de l'unité de tous les États de l'Union européenne face au terrorisme. Il faut que l'Union prenne toute sa dimension sur ce sujet, car une Europe de la liberté doit s'accompagner d'une Europe de la sécurité. À cet égard, comme nous avons eu l'occasion de le dire voilà un instant à l'Assemblée nationale, il est temps que le Parlement européen vote, par exemple, le dispositif de sécurité pour les passagers de compagnies aériennes, c'est-à-dire le PNR, car nous avons assez perdu de temps. Il s'agit enfin de l'unité de la nation française, telle qu'elle s'est manifestée en janvier et en novembre autour des symboles de la Nation, comme je le disais ici mercredi et jeudi derniers. Cette unité et ces valeurs, nous les défendons en poursuivant le débat démocratique. Le Sénat vient d'adopter à son tour le projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation, avec des modifications intéressantes pour ce qui concerne l'article 1er, et des changements substantiels pour ce qui concerne l'article 2. C'est la preuve que la démocratie suit son cours, dans le respect du bicamérisme. Nous avons eu des débats et des discussions, qui ont révélé d'incontestables désaccords. Il faut chercher à rapprocher les points de vue, car ma conviction personnelle, que rien ni personne ne fera changer, est que, face au terrorisme, il faut non seulement des réponses en matière de sécurité et de protection des Français, donc en termes de moyens, mais également des réponses symboliques. Comme vous l'avez dit, monsieur le sénateur, ce débat a divisé, ou tout du moins a eu lieu dans les deux camps politiques, pour reprendre une terminologie trop guerrière. En même temps, il s'agit d'un débat passionnant et passionné, qui, contrairement à ce que j'entends, intéresse nos concitoyens, car nous nous posons ces questions que nous ne nous étions pas posées depuis des décennies : qu'est-ce qu'être Français dans ce moment-là ? Comment faire vivre la Nation, ce « plébiscite de tous les jours » ? En ce qui me concerne, je considère qu'il faut continuer à avancer et à discuter, mais, monsieur le sénateur, il s'agit d'un débat non pas seulement entre le Gouvernement et le Sénat, ou entre la gauche et la droite, mais aussi entre le Sénat et l'Assemblée nationale. Aussi, le gouvernement, avec les présidents des assemblées, sous l'autorité du Président de la République, ne manquera pas de prendre des initiatives, à condition de savoir où nous allons pour trouver le chemin du rassemblement, question que je posais ici même voilà quelques jours. Les Français attendent de nous le rassemblement et - je ne le dis ici en aucun cas comme une menace, mais comme une exigence - ils ne comprendraient pas, très sincèrement, que l'Assemblée nationale et le Sénat, la majorité et l'opposition, ne puissent se mettre d'accord sur ce qui fonde notre pacte républicain et national. Mesdames, Messieurs les Sénateurs, c'est à cette construction commune que je vous appelle. Bernard Cazeneuve et moi-même, quand j'occupais la fonction de ministre de l'intérieur, avons proposé au Parlement des lois de lutte contre le terrorisme, en 2012, puis en 2014. Dans les deux cas, alors que rien dans la Constitution ne nous y obligeait, puisque le vote conforme des deux assemblées n'était pas requis, nous avons ensemble tenu à rassembler autour de ces textes une très large majorité de députés comme de sénateurs. La première de ces lois avait d'ailleurs été examinée d'abord par le Sénat. De même, le Sénat a apporté son regard propre et ses propositions, respectueuses du droit, sur la loi relative au renseignement. Enfin, on peut mentionner la loi portant adaptation de la procédure pénale au droit de l'Union européenne, qui donne plus de pouvoir aux forces de sécurité, mais aussi aux magistrats, là encore dans le respect de l'état de droit et de nos libertés. Une très large majorité a été trouvée à l'Assemblée nationale pour soutenir ce texte. En outre, les propositions adoptées en première lecture par le Sénat, notamment à l'initiative de M. Philippe Bas, ont trouvé à l'Assemblée nationale un écho plus que positif. Oui, nous pouvons travailler ensemble, et ce tout particulièrement lorsqu'il s'agit de la lutte contre le terrorisme et de la protection de nos concitoyens. Par conséquent, sur tous ces sujets, le gouvernement se montre disponible pour travailler avec le Sénat et, plus largement, avec la majorité comme avec l'opposition des deux assemblées. Il reste évidemment la révision constitutionnelle ; j'ai répondu tout à l'heure à votre collègue sénateur sur ce sujet. Encore une fois, monsieur le sénateur, j'ai pour ma part la conviction que les Français attendent que nous soyons capables de nous rassembler. Ce rassemblement s'impose, à la suite non seulement du discours du président de la République du 16 novembre, mais aussi du vote de l'Assemblée nationale sur la révision constitutionnelle. Ce vote a vu les familles politiques se diviser, mais il a aussi vu une majorité des trois cinquièmes se constituer sur une proposition. Vous venez de vous prononcer sur un texte. Sur l'article 2 de ce projet de loi constitutionnelle, même si je crois qu'il existe des possibilités d'accord sur les grands objectifs, il reste incontestablement du chemin à faire. Pour trouver un accord, il faut que chacun veuille bien avancer. Le gouvernement est prêt à le faire, l'Assemblée nationale le devra aussi. Quant au Sénat, même si son vote est tout frais, je ne doute pas qu'il voudra avancer. Selon moi, nos compatriotes attendent que nous disions clairement si nous considérons que celui qui prend les armes contre ses propres compatriotes et nos valeurs partagées peut rester français ou non, selon des procédures prévues par la Constitution et par la loi. Voilà la réponse qu'ils attendent ! Par cette réponse, nous ferons ensemble la démonstration non seulement de notre volonté de travailler de concert, mais surtout de la volonté d'union qui nous rassemble, Monsieur le Sénateur. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/274.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/274.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..76cb9e0aa2d91f8fe16474156e99bd0cf0b1f0bb --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/274.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, ce matin, Bruxelles, le cœur de l'Europe, le siège de nos institutions européennes, ont été frappés par le terrorisme islamiste, par le déferlement de l'idéologie de mort qui s'est abattue sur notre pays en janvier et novembre 2015. Chacun comprend bien que ce qui se passe depuis plusieurs jours à Bruxelles est directement lié à ce que nous avons connu il y a quelques semaines. L'Europe, qui a déjà été frappée, est à nouveau en deuil. Toutes nos pensées vont aux très nombreuses victimes et à leurs familles. J'adresse tout le soutien de la France au peuple belge, ce peuple ami et voisin. Nous sommes à ses côtés, solidaires dans la souffrance et face aux actes de guerre qui viennent de se produire, car nous sommes en guerre. L'Europe est en guerre, car l'État islamiste, Daech, lui a déclaré la guerre. L'arrestation d'un individu et de ses complices ne saurait être un motif de soulagement, comme le président de la République, moi-même et les ministres des affaires étrangères, de l'intérieur et de la défense l'avons dit samedi. Nous savons qu'il s'agit d'une étape et que la guerre se poursuit. Nous faisons face à une organisation terroriste dont la force de frappe est sans précédent et l'organisation logistique d'une ampleur inédite - chacun doit bien avoir à l'esprit le nombre d'individus impliqués dans l'organisation de ces attentats. Elle a ses bastions, ses financements, ses réseaux et ses cellules. Elle recrute, mobilise et embrigade au cœur même de nos sociétés. Au nom de l'islam radical et d'une idéologie totalitaire, Daech mais aussi des succursales d'Al-Qaïda, qui se livrent à une forme de concurrence dans la violence terroriste, ont en commun la haine de la démocratie. C'est pour cela qu'ils frappent sur notre sol. C'est pour cela qu'ils frappent en Europe, aujourd'hui en Belgique, hier en Tunisie, au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire et encore hier soir au Mali. La France, l'Europe, l'Afrique, le Proche-Orient et le Moyen-Orient seront à nouveau visés et frappés. Cette certitude ne doit jamais quitter notre esprit. Nous devons répondre ensemble avec la plus grande force, la plus grande détermination et le plus grand sang-froid. Nous répondons militairement avec nos armées déployées en Irak, en Syrie et au Sahel. Nous protégeons les Français sur le territoire national. Nous vivons sous le régime de l'état d'urgence et avons adopté des textes visant à le renforcer. Vous venez d'adopter ici à l'Assemblée nationale, Mesdames, Messieurs les Députés, un texte présenté par le garde des sceaux visant à renforcer les pouvoirs d'action des policiers, des gendarmes et des magistrats. Aujourd'hui même, le ministre de l'intérieur a adressé aux préfets, compte tenu de la situation, une circulaire visant à renforcer les mesures de sécurité déjà en vigueur. Tout cela s'ajoute au déploiement de policiers, de gendarmes et de militaires annoncé ce matin par Bernard Cazeneuve afin de renforcer tous les dispositifs déjà déployés sur notre sol depuis des mois tels que le contrôle aux frontières. Tout cela, nous le faisons ensemble. C'est une force de notre démocratie que la majorité et l'opposition puissent faire face ensemble à la menace terroriste. Il faut, par ailleurs, agir au niveau européen, comme vous-même, Monsieur le Président et le ministre de l'intérieur, l'avez rappelé. L'Europe est attaquée. Contrairement à ce que l'on entend parfois, la réponse doit donc être aussi européenne. Notre espace de liberté doit également être un espace de sécurité. La France continuera de peser de tout son poids, car il y a urgence, comme le président de la République, moi-même et le ministre de l'intérieur ne cessons de le répéter. Quant au PNR, il doit être débattu conjointement avec un autre sujet en avril au Parlement européen. À mon tour, je dis qu'il est temps de l'adopter. Je le dis notamment aux groupes socialistes et écologistes du Parlement européen. Chacun doit prendre ses responsabilités. Le gouvernement de la France a besoin du soutien de tous, notamment du Parlement européen. Nous avons assez perdu de temps sur cette question. Nous devons agir en matière de renforcement des contrôles aux frontières. Enfin, agir contre la menace terroriste et éradiquer le djihadisme sera un combat de longue haleine, un combat contre la radicalisation d'abord. Nous avons mis en place un dispositif inédit de détection, de suivi et de prise en charge au niveau départemental. Mais il faudra du temps pour l'étoffer et le développer afin d'empêcher les individus de basculer. C'est sans doute l'affaire de plusieurs années, sinon d'une génération. Le ministre de l'intérieur et moi-même travaillons depuis de nombreuses semaines à l'évolution du plan de lutte contre le terrorisme et la radicalisation adopté en avril 2004. Ce plan sera révisé d'ici à un mois et entrera en vigueur avant la fin de l'application, s'il y a application, de l'état d'urgence. Mesdames, Messieurs les Députés, une guerre nous a été déclarée contre ce que nous sommes, contre nos valeurs. Dans l'unité et le respect de notre droit, avec la plus grande fermeté et la fierté d'être Français, porteurs de ces valeurs universelles, nous devons gagner cette guerre et nous nous en donnons tous les moyens. Monsieur le Député, avec le ministre de l'intérieur nous avons déjà eu l'occasion de répondre à trois questions portant sur ce sujet. Bernard Cazeneuve a, ce matin, détaillé les mesures que nous avons prises pour continuer de renforcer notre action face à la menace et suite aux événements survenus ce matin en Belgique. Nous avons tenu une réunion autour du président de la République, à laquelle ont participé les ministres de l'intérieur, de la défense, et des affaires étrangères, afin de garantir la sécurisation de nos frontières et de nos infrastructures de transport. À ce jour, 5.000 policiers et gendarmes sont mobilisés pour contrôler nos frontières, et en premier lieu celles du Nord. Sur ces 220 points de contrôle, dont 42 sont permanents, 6 millions de contrôles individuels ont été mis en œuvre. Ces contrôles ont déjà permis - et cela illustre l'action de nos forces de l'ordre - d'empêcher 10.000 individus d'entrer dans notre pays. Ce dispositif sera immédiatement étoffé par 1.600 policiers et gendarmes supplémentaires répartis entre les différents points de passage aux frontières ainsi que dans les infrastructures de transport aérien, ferroviaire et maritime. Comme je l'ai dit - et Bernard Cazeneuve l'a également souligné -, nous poursuivrons notre lutte contre le terrorisme au niveau européen, puisque l'Europe, celle des libertés et de l'espace Schengen, doit également être, pour nos compatriotes, celle de la sécurité. Monsieur le Député, je veux souligner deux éléments. Tout d'abord, avec le soutien de l'immense majorité des députés et des sénateurs, qui ne s'est jamais exprimée de façon aussi générale - mais il est vrai que nous n'avons jamais eu à faire face à une menace aussi importante -, nous n'en avons jamais fait autant pour protéger nos compatriotes. Je pense notamment au vote de deux lois antiterroristes, de deux lois portant sur le renseignement, à l'examen - vous y avez fait allusion, Monsieur le Député - du projet de loi relatif à la procédure pénale ainsi qu'aux moyens supplémentaires accordés aux forces de sécurité, notamment à nos forces armées. Cette démarche devra se poursuivre dans le temps : elle n'est en effet pas que l'affaire de ce seul quinquennat. Face à une menace qui va durer, cet effort national en faveur de nos forces de sécurité, de la justice et de la lutte contre la radicalisation devra être mené sur le long terme. Enfin, il s'agit d'un combat pour la démocratie, et non d'un combat de l'Occident contre l'Orient, ou encore des chrétiens contre les musulmans, lesquels sont aujourd'hui les premières victimes du terrorisme dans le monde. Les victimes anonymes de Bruxelles ou de Paris sont de toutes les religions, de toutes les couleurs et de toutes les origines. C'est donc un combat pour la démocratie. Et le terrorisme qui frappe en Afrique, au Proche et au Moyen-Orient - y compris nos amis israéliens - comme nous-mêmes, nous devons le combattre avec les armes de la démocratie, avec la force de l'État de droit ainsi qu'avec la puissance et la conviction qui sont les nôtres. Nous sommes entrés dans une guerre que nous devons gagner car il y va, tout simplement, de ce que nous sommes profondément. Madame la Députée, depuis 2012, en tant que ministre de l'intérieur, et aujourd'hui en tant que Premier ministre, avec Bernard Cazeneuve, nous sommes mobilisés avec un seul objectif : la lutte contre le terrorisme. Dès l'été 2012, je me suis exprimé devant le Sénat et l'Assemblée nationale à l'occasion de la présentation du premier projet de loi antiterroriste. Nous avions tous, déjà, détecté le phénomène de filières syriennes et irakiennes qui nous ont progressivement démontré le mal profond dont nous sommes atteints : des jeunes, Français ou résidant en France, des individus qui partent en Syrie ou en Irak et reviennent en France pour tuer leurs compatriotes. Pour faire face à cette menace, nous avons, ce qui est sans précédent, mobilisé l'État, nos forces de sécurité et nos forces armées, et nous devons continuer. Pour protéger les Français, nous avons ensemble voté deux lois antiterroristes, deux lois relatives au renseignement, mis en marche la loi relative à la procédure pénale, qui renforce encore les moyens des forces de sécurité et de la justice, et décrété l'État d'urgence. Dans ces moments-là, et alors que nous ne connaissons pas encore le nombre de victimes et de blessés, que nous ne savons pas si des compatriotes sont concernés par ces attentats, je souhaite que nous avancions, ensemble, aujourd'hui comme demain, y compris s'agissant de mesures comme celle que vous proposez. Nous sommes prêts à examiner toutes les mesures qui seraient efficaces, dans le cadre de notre État de droit et dans le respect de nos valeurs. Nous avons d'ailleurs montré que nous avancions ensemble sur les lois antiterroristes ou sur celle réformant le code de procédure pénale alors même qu'il n'y avait au fond pas de raison constitutionnelle - il n'était pas nécessaire d'obtenir une majorité qualifiée ou un vote identique. Nous avons considéré, avec le garde des sceaux, que la proposition de loi des sénateurs Mercier et Bas correspondait en grande partie à ce que le gouvernement proposait et qui a été enrichi par l'Assemblée nationale. Nous pouvons dès lors avancer et étudier de près cette proposition de loi. Cet après-midi, comme nous le faisons tous les quinze jours, plusieurs membres du gouvernement et moi-même recevrons les présidents des assemblées, les présidents des commissions concernées et les présidents des groupes parlementaires pour faire un point très précis sur l'état de la menace, et encore plus précis après les terribles attentats de Bruxelles. Le gouvernement est ouvert à toutes les propositions pour avancer ensemble, et nous l'avons démontré. Mais dans ces moments-là, au-delà de l'efficacité de nos forces de sécurité, de nos armées, de la justice et de la lutte contre la radicalisation, les symboles ont leur importance. Face à la menace que représentent plus de 2.000 individus concernés par les filières irako-syriennes, des milliers d'individus et de jeunes pouvant succomber à la radicalisation qui, d'une certaine manière, déchire le pacte républicain, face à cette menace, dont nous avons débattu hier avec les représentants de l'islam, dans le monde, en Europe et dans notre pays, dans nos quartiers, quelle est la réponse ? C'est une réponse de longue haleine, qui passe par cette belle question : qu'est-ce qu'être français ? Comment pouvons-nous accepter un seul instant que certains de nos compatriotes se retournent contre nous et, au nom d'une idéologie, tuent nos compatriotes et nos valeurs ? Cette question se pose à chacun d'entre nous. Avançons ensemble sur toutes ces questions et pas uniquement sur une ou deux d'entre elles. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/275.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/275.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..60be74b7d20df1e0d09fd438bad6b2debe363313 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/275.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-PIERRE ELKABBACH Manuel VALLS, bienvenue, Monsieur le Premier ministre, bonjour ! MANUEL VALLS Bonjour ! JEAN-PIERRE ELKABBACH Merci d'être en direct sur Europe 1 dans un moment aussi dramatique et toute l'Europe est inquiète. Ce matin, on le voit, elle cherche à se protéger, peut-être à réagir. Est-ce que nous allons vivre longtemps dans un tel climat de terreur et de peur ? MANUEL VALLS Nous allons vivre longtemps avec cette menace terroriste. Le président de la République, le ministre de l'Intérieur, moi-même nous ne cessons de le dire, pas pour faire peur à nos compatriotes. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous ne cherchez pas à vous alarmer ? MANUEL VALLS Pas pour faire peur aux Européens, non, pour dire tout simplement qu'il faut être lucide, mobilisé face à cette menace, face au terrorisme. C'est une guerre que le terrorisme nous a déclarée, pas seulement à la France, pas seulement à l'Europe mais à des valeurs universelles, au monde. Le terrorisme frappe le Levant, en Syrie, en Irak, en Egypte, en Israël, il frappe en Afrique de l'Ouest, il frappe aussi en Europe et donc c'est le monde entier qui doit réagir face à ce terrorisme, c'est ce que nous faisons. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est ce que l'on doit comprendre quand vous dites « nous sommes en guerre » mais en guerre contre l'Etat islamique ? Parce que le terrorisme, c'est l'Etat islamique, c'est les islamistes radicaux ? Qu'est-ce qu'ils veulent ? Est-ce qu'on sait ce qu'ils veulent quand ils nous combattent ? MANUEL VALLS L'Etat islamique, Daesh ou AL-QAIDA, ses succursales en Afrique, comme AQMI nous font la guerre, organisent depuis la Syrie des actes de guerre, en Europe nous l'avons bien vu à Paris en 2015 et malheureusement encore hier en Belgique à Bruxelles, ils nous font la guerre mais nous devons aussi être capables de réagir face à l'extension de l'islamisme radical, au salafisme qui se propage dans un certain nombre de nos quartiers, qui pervertit une partie de notre jeunesse, donc là, c'est un combat de longue haleine, j'ai déjà eu l'occasion de dire … JEAN-PIERRE ELKABBACH A l'intérieur, à l'extérieur. MANUEL VALLS A l'intérieur, à l'extérieur. J'avais déjà parlé en 2012 d'un « ennemi extérieur et d'un ennemi intérieur », c'est une guerre de longue haleine, c'est même, il faut le dire à nos concitoyens une affaire d'une génération parce que quand on a des milliers d'individus qui se sont radicalisés qui épousent les thèses salafistes, qui au fond refusent le modèle de société qui est le nôtre fait de tolérance, de laïcité, d'égalité entre les femmes et les hommes, la démocratie, qui peuvent propager un moment cette idéologie de mort, ça veut dire que c'est en effet un combat de très longue haleine avec les armes de l'état de droit, de la liberté mais avec une très grande détermination. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous dites « ça va durer, c'est une génération », à la fin d'une guerre, il y a un vainqueur, un vaincu, comment ça va se terminer ? Qui gagnera le moment où il faudra gagner en utilisant tous les moyens ? MANUEL VALLS Votre question est intéressante parce que précisément, ce n'est pas une guerre comme les autres, ce n'est pas une guerre comme celle que nous avons connue au XXe siècle, ça n'est même pas le type de terrorisme que nous avons connu en Europe ou au Proche et Moyen-Orient dans les années 70 ou 80 ; c'est une autre guerre parce que le terrorisme, ce terrorisme, l'Etat islamique veut nous détruire, veut détruire des hommes, des femmes, nous l'avons vu, veut détruire ce que nous sommes, notre mode de vie, les attaques à Paris comme à Bruxelles, s'attaquent tout simplement de manière anonyme à ce que nous sommes, à des gens qui sont à des terrasses de café, qui prennent l'avion, qui prennent le métro et c'est pour cela qu'il faut réagir encore une fois en mobilisant tous les moyens, ce que nous faisons, il n'y a pas de risque zéro mais il faut continuer cette mobilisation. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc il y a une vigilance dans les écoles, devant les écoles, les transports, les métros, les gares, tous les endroits où il faut protéger les citoyens ; qui a commis les attentats d'hier à Bruxelles ? Est-ce qu'on le sait ? Est-ce que les auteurs font partie du reste du réseau des attentats de Paris ? MANUEL VALLS D'abord, nous n'avons jamais connu une telle menace terroriste à un tel niveau et Bernard CAZENEUVE, le ministre de l'Intérieur, rappelait hier à juste titre que sans doute la menace aujourd'hui est équivalente et peut-être même encore plus élevée que celle que nous connaissions avant le 13 novembre à Paris. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire que vous avez des preuves, vous avez des signes que, ici dans toute l'Europe et ici en France, il y a cette menace qui croît plus que le 13 novembre ? Vous vous rendez compte ! MANUEL VALLS Nous savons que Daesh, que l'Etat islamique mobilise un certain nombre de ses groupes d'individus qui viennent depuis la Syrie, qui ont passé les frontières, cela avait été démontré après les attentats du 13 novembre, organisent des commandos pour frapper en Europe parce qu'encore une fois, il n'y a pas que la France qui est visée par ces attentats. Et nous n'avons jamais fait autant, je veux le dire, pour protéger les Français en termes de moyens pour la police, la gendarmerie, les forces armées, les services de renseignement pour mobiliser, pour protéger, pour nous donner aussi les moyens technologiques dans lendemain du renseignement, et il faut continuer bien sûr cette mobilisation. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais hier, c'était une cellule clandestine qui avait déjà programmé ces crimes ? MANUEL VALLS L'enquête va sans doute le démontrer, je ne peux pas à ce stade faire le moindre commentaire … JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais il y a une tendance, une indication ? MANUEL VALLS Non, je ne veux pas donner à ce stade … JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce qu'on sait si c'est une vengeance après l'arrestation de Salah ABDESLAM ? MANUEL VALLS Je n'en sais rien, il y a évidemment des coïncidences qui sont frappantes mais à ce stade, je veux faire en sorte que le commentaire politique ne vienne pas gêner le travail de l'enquête et en l'occurrence, de nos amis belges. JEAN-PIERRE ELKABBACH Monsieur le Premier ministre, deux frères, Khalid et Brahim EL-BAKRAOUI ont été identifiés à l'instant par les services de police en Belgique comme les kamikazes de l'aéroport de Bruxelles, on sait qu'il y en avait trois, il y a un suspect qui est en fuite et les deux sont connus parait-il des services de police comme des grands bandits. Est-ce que ce sont des Français ? Est-ce qu'on sait si ce sont des Français ? MANUEL VALLS Je veux uniquement rappeler qu'à ce jour, plus d'une trentaine de personnes ont été identifiées comme liées aux attentats de Paris, 11 sont décédées, 12 sont sous les verrous, d'autres sont recherchées. Certaines figuraient-elles parmi les attentats de Bruxelles ? Nous le verrons, l'enquête en fera la démonstration. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc en France, il y avait plus de 30 qui ont attaqué pour le Bataclan le 13 novembre ? Donc ce sont des groupes importants de 30 à 40 ? MANUEL VALLS Ces attentats … JEAN-PIERRE ELKABBACH En l'occurrence … MANUEL VALLS …organisés depuis la Syrie, planifiés depuis la Syrie avec une base, c'est évident, à la fois en Belgique mais bien sûr aussi en France, programmée au moment des attentats pour les attentats du 13 novembre, est-ce que ce sont les mêmes équipes ? Laissons encore une fois les services de police judiciaire et la justice faire toute la lumière sur ce qui s'est passé. JEAN-PIERRE ELKABBACH Monsieur le Premier ministre, avec la crise des migrants, il est désormais prouvé que des jihadistes sont rentrés en Grèce, ont traversé toute l'Europe et y sont un peu partout. Avant de mourir, ABAOUD aurait même confié le chiffre d'une centaine. Est-ce qu'il est vrai qu'il y en a 40 qui sont identifiés, 20 localisés et on se demande où est le reste ? MANUEL VALLS Nous faisons face à un pseudo Etat, proto-Etat, Etat islamique particulièrement organisé, avec des moyens, avec des individus qui peuvent agir de manière solitaire pour semer la panique et nous l'avons vu avec ce qui s'est passé par exemple à Marseille, cet enseignant juif qui a été attaqué à coups de couteau et puis, il peut y avoir des commandos, des groupes particulièrement organisés, c'est ce qui s'est passé à Paris, à Saint-Denis, incontestablement hier à Bruxelles. JEAN-PIERRE ELKABBACH Alors, on voit bien qu'ils agissent en nombre. MANUEL VALLS Ils sont en nombre, c'est pour cela que la menace devant laquelle nous sommes est d'une ampleur inégalée et c'est pour cela que les moyens et la réponse que nous devons apporter au niveau français, au niveau national comme au niveau européen doit être à la hauteur de cette menace, d'où cette mobilisation encore une fois sans précédent et dans la durée parce que les moyens que les Etats européens mais pas seulement et la France en particulier les moyens que nous devons mettre pour notre sécurité, pour soutenir les forces de police, de gendarmerie, nos forces armées, le renseignement sont des moyens dans la durée qu'il faudra conforter quelle que soit la majorité, quel que soit le gouvernement. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il faut réveiller et secouer toute l'Europe, mais je prends par exemple deux, trois cas. Vous-même et Bernard CAZENEUVE vous réclamez avec insistance que les députés européens adoptent, enfin, au bout de 5 ans, le fichier des passagers européens, et ce sont la gauche vous l'avez dit vous-même les écologistes, les libéraux et l'extrême droite, qui n'en veulent pas. Est-ce que de ce fait ils ne se rendent pas complices des terroristes ? Il faut dire les vérités. MANUEL VALLS Non, il faut être responsable surtout. JEAN-PIERRE ELKABBACH Eh bien eux, qu'ils le soient. MANUEL VALLS Il faut regarder avec beaucoup de lucidité cette menace dont nous parlons depuis plusieurs minutes. Il y a bien sûr urgence à adopter le PNR européen, parce que c'est un fichier de données qui permet de suivre le déplacement des passagers aériens, et le Parlement européen a trop tardé à adopter ce texte, il doit l'examiner et le voter en avril, il est temps, il faut aller vite, personne ne… JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous demandez à la gauche européenne de le voter… MANUEL VALLS Mais de prendre pleinement ses responsabilités… JEAN-PIERRE ELKABBACH Enfin. MANUEL VALLS Et d'accompagner l'action des gouvernements et de la Commission. Il y a aussi urgence à renforcer le contrôle des frontières extérieures de l'Union, ce sont les propositions françaises depuis des mois. Il y a enfin urgence à ce que plus personne ne puisse passer avec des faux papiers, là aussi, parce que nous savons que Daesh a volé de grandes quantités de passeports en Syrie, cela suppose que les fichiers soient parfaitement vérifiés, recoupés. Là aussi la France a pris ses responsabilités et fait des propositions. Donc, il faut avancer, pas uniquement sur le PNR, mais sur l'ensemble des moyens pour lutter contre le terrorisme. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que vous continuerez à surveiller les imams dits salafistes ? Par exemple on nous dit qu'il y a un prédicateur salafiste actuellement à Auch dans le Gers, est-ce que vous l'expulsez ? Au moins, en voilà un en tout cas. MANUEL VALLS Dans cette guerre qu'on nous mène, la France n'a jamais fait le choix de la guerre, la guerre s'est imposée à elle, par la violence inouïe de ceux qui nous frappent, et qui ne reculent devant rien, mais aussi à travers un discours de haine, je l'évoquais il y a un instant. Donc, il faut, là aussi, mener une action très forte contre tous ceux qui prônent ce discours de haine. C'est vrai sur Internet, c'est vrai dans un certain nombre de lieux de culte, et ceux qui prônent, qui portent ce discours de haine, doivent être poursuivis par la justice, condamnés, et ceux qui ne sont pas Français doivent être expulsés. Nous avons depuis 2012… JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc il le sera celui-là ? MANUEL VALLS Depuis 2012 nous avons expulsé une quarantaine de ces prédicateurs de haine, donc il faut poursuivre ce travail, il n'y a pas de place en France, et dans la République, pour ce discours de haine. De même que nous mobilisons la société contre l'antisémitisme et le racisme, il faut la mobiliser contre ces discours, c'est de la responsabilité de l'Etat, de la société, et je l'ai dit aussi devant les représentants de l'Islam de France lundi matin au ministère de l'Intérieur, c'est aussi de la responsabilité de tous les musulmans de France. JEAN-PIERRE ELKABBACH On voit l'ampleur du problème. A midi vous serez à Bruxelles, Manuel VALLS, vous irez peut-être sur les lieux des attentats qui ont meurtri la Belgique, qu'est-ce que vous allez dire aux Belges, qui sont si proches de nous ? MANUEL VALLS Je vais dire d'abord bien sûr toute ma solidarité, totale, pleine et entière, à ce peuple ami, cousin, frère, tellement de choses nous rattachent à la Belgique, et donc je leur dirai pour amitié et mon affection. Leur dire que nos pensées vont vers eux. Vous savez, ils ont une belle devise, « l'union vers la force, c'est la devise de la Belgique », donc c'est une devise… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais elle ne le montre pas toujours. MANUEL VALLS Oui, mais vous, les Belges ont été déjà frappés par les attentats… JEAN-PIERRE ELKABBACH La Belgique, voyons les problèmes… MANUEL VALLS Je veux rappeler l'attentat aussi du musée juif de Bruxelles, ils ont eux-mêmes déjoué, grâce à l'action de leurs services de justice et de police, des attentats. Ils font face, comme nous, à une situation très difficile, et à ce défi du terrorisme. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais la Belgique dépend du renseignement français, parce qu'elle n'en n'avait pas elle-même assez développé. Pourquoi pendant tant d'années on n'a pas découvert à Molenbeek, où on a laissé faire et développé, un foyer communautariste et islamiste, pourquoi ? MANUEL VALLS Mais moi je ne veux pas donner des leçons à nos amis Belges. Nous aussi, en France, nous avons des quartiers qui sont sous l'emprise, à la fois des trafiquants de drogue et des réseaux islamistes et salafistes, et nous luttons… JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça vous le rappelez à Michel SAPIN qui a dit hier, et ça a un peu choqué les Belges, qu'on avait laissé faire avec une forme de naïveté. Mais est-ce que ce n'est pas lui qui avait raison ? On a fermé les yeux. MANUEL VALLS On a fermé les yeux, mais partout en Europe, et aussi en France, sur la progression des idées extrémistes, du salafisme, des quartiers qui, à travers ce mélange de trafics de drogue et d'islamisme radical, ont perverti je reprends ce mot une partie de la jeunesse. Mais c'est cette action que nous devons mener, et moi je ne suis pas là pour donner des leçons aux Belges qui sont, je crois, pleinement conscients… JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc Michel SAPIN a eu tort, il a eu tort, il est allé trop vite ? MANUEL VALLS Faisons attention, dans ces moments-là, nous devons tout faire pour faire la démonstration que les Européens, que les gouvernements européens, mais que les peuples européens je suis sur la radio Europe 1… JEAN-PIERRE ELKABBACH Et on a un sentiment européen ici. MANUEL VALLS C'est un sentiment européen. L'Europe existe, l'Europe elle est là, elle a été attaquée parce que c'est l'Europe, donc la réponse elle doit être européenne. Aujourd'hui la Belgique et la France sont plus que jamais unies face au terrorisme, mais j'aurai l'occasion de le dire, et à Jean-Claude JUNCKER, le président de la Commission européenne, et bien sûr à Charles MICHEL le Premier ministre belge. JEAN-PIERRE ELKABBACH Que vous rencontrez également dans la matinée. MANUEL VALLS Aujourd'hui, vous savez, c'est la liberté de la démocratie qui est remise en cause. JEAN-PIERRE ELKABBACH On vient d'apprendre que les deux frères, dont on a parlé tout à l'heure, EL BAKRAOUI, étaient en liaison avec Salah ABDESLAM, on va avoir au fur et à mesure, sans doute, beaucoup plus de précisions, mais au stade actuel des procédures, Monsieur le Premier ministre, Salah ABDESLAM, est-ce qu'il sera extradé, vous le demandez, est-ce qu'il sera remis à la France et quand ? MANUEL VALLS C'est ce que nous attendons, et j'ai confiance dans le travail que la justice belge et la justice française… JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous le voulez vite ? MANUEL VALLS Vous savez, les procédures permettent que ça se fasse dans les 3 mois qui viennent, mais laissons la procédure… Les procédures judiciaires permettent en effet cette remise que nous attendons, c'est important. C'est important pour comprendre ce qui s'est passé à Paris, et c'est important pour les familles des victimes, pour les victimes, pour les blessés, qui doivent, aujourd'hui je pense à elles, qui depuis vendredi avec bien sûr l'interpellation, l'arrestation de ABDESLAM et de ses complices, et encore davantage avec ce qui s'est passé à Bruxelles, voient, je n'en doute pas un seul instant, de nouveau les images, la terreur qu'ils ont connu le 13 novembre, de nouveau s'imposer. JEAN-PIERRE ELKABBACH Très bien, mais ils ont tous besoin de son procès ici. MANUEL VALLS Bien sûr, c'est très important. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il sera donc jugé en France. A quel moment sera-t-il déchu de la nationalité française, lui ? MANUEL VALLS Il est français, il n'a qu'une seule nationalité, donc il ne peut être déchu de la nationalité française, si le juge prononce cette déchéance, mais d'abord il faut une révision de la Constitution pour cela. JEAN-PIERRE ELKABBACH En 2050, que feront vos successeurs, Manuel VALLS, quand Salah ABDESLAM pourra sortir de prison à l'âge de 50 ans, qu'est-ce qu'on en fera ? MANUEL VALLS Je ne peux pas me projeter moi, demain, parce que, d'abord, il faut qu'il y ait un procès, il faut qu'il y ait une condamnation, et cette condamnation elle sera forcément lourde. Il faut sans doute, d'ailleurs, que ces condamnations soient encore plus lourdes. Nous agissons… JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous avez dit hier, à une demande de Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, qui proposait pour les auteurs d'actes terroristes la perpétuité effective et irrévocable, vous lui avez dit « pourquoi pas non. » MANUEL VALLS Moi je suis prêt à examiner avec le Parlement, avec la majorité, l'opposition, le garde des Sceaux, nous avons déjà durci un certain nombre de dispositifs, agir contre le terrorisme c'est agir sur tous les paramètres, le paramètre policier, celui de la justice pour la condamnation, mais aussi des actes symboliques. Est-ce qu'un Français, qui tue d'autres Français, qui s'en prend à ses compatriotes, qui s'en prend à nos valeurs, à notre mode de vie, peut rester Français ? Ma réponse est non, et je suis convaincu que c'est aussi celle des Français. C'est pour ça que j'ai… JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que vous pensez que vous arriverez à un compromis sur la révision constitutionnelle avec le Sénat puisque vous, et surtout le président de la République, vous allez recevoir Gérard LARCHER, Claude BARTOLONE, pour essayer d'avancer ? MANUEL VALLS 3/5e des députés. Pourquoi 3/5e ? Parce que les 3/5e sont… JEAN-PIERRE ELKABBACH Non, mais vous pensez que vous les aurez ? MANUEL VALLS Les 3/5e sont nécessaires pour modifier la Constitution. Il faut une modification de la Constitution pour déchoir de sa nationalité un Français qui n'est que Français, qui n'a pas une autre nationalité, je le dis pour vos auditeurs. 3/5e des députés, de droite et de gauche, se sont déjà mis d'accord. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous y arriverez ? MANUEL VALLS Comment… Mais, je me mets à la place d'un de nos auditeurs, un Français, qui pense que cette mesure est, sur le plan symbolique, particulièrement utile, parce que nous devons nous protéger. Qu'est-ce qui s'est passé à 2015 ? Nous nous sommes tous rendu compte, enfin nous nous sommes tous posé cette belle question, qu'est-ce que c'est être Français ? C'est appartenir à des valeurs, on n'est pas Français en fonction… JEAN-PIERRE ELKABBACH Je suis sûr que vous le direz aux auditeurs tout à l'heure. MANUEL VALLS Oui, mais on n'est pas Français en fonction de la couleur de sa peau, de son origine, de son lieu de naissance, on est Français parce qu'on partage des valeurs. Et ce Français qui nous écoutent va dire « mais, les responsables politiques ne peuvent même pas se mettre d'accord là-dessus, alors qu'à l'Assemblée nationale ils l'ont déjà votée », eh bien moi j'espère que le Sénat votera aussi cette mesure, il faut que chacun assume ses responsabilités face au terrorisme. JEAN-PIERRE ELKABBACH La vraie question aussi, dans les semaines qui viennent… THOMAS SOTTO Rapidement, car les auditeurs s'impatientent Jean-Pierre. JEAN-PIERRE ELKABBACH L'Euro 2016 du foot prévu au mois de juin, est-ce qu'il peut avoir lieu, en France, dans ces conditions de menaces, et deuxièmement est-ce que vous demandez, vous demanderez la prolongation de l'état d'urgence ? MANUEL VALLS Nous verrons sur l'état d'urgence, et on voit bien qu'il est utile, à travers ses mesures d'assignations à résidence, de perquisitions administratives. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est ça, le foot et le tour de France ? MANUEL VALLS Mais, les grands événements sportifs, les grands événements culturels, les grands événements populaires, ils sont indispensables, pour montrer que nous sommes un peuple libre, debout, que nous n'avons pas peur, que nous savons que nous faisons face à une menace terroriste. Donc, oui, l'Euro de foot 2016, comme le tour de France, comme d'autres grandes manifestations, auront lieu, et le ministre de l'Intérieur, évidemment, avec l'ensemble des forces de sécurité, veillera et veille à la sécurité de nos compatriotes à l'occasion de cette belle et utile manifestation sportive. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ma dernière remarque. Tous les Français vous observent, vous le tandem HOLLANDE/ VALLS, quels sont les effets de ce que nous vivons sur les relations entre vous et le président de la République ? MANUEL VALLS Nous faisons face non seulement à une menace terrible, mais à un moment historique indéniable, et depuis notamment janvier 2015. C'est ensemble, mais avec le ministre de l'Intérieur aussi, que nous faisons face, mais avec la certitude que nous sommes un grand pays, que les Français doivent être fiers de ce que nous sommes capables de faire ensemble, de notre réaction face au terrorisme. Je vis, moi, avec cette angoisse, depuis 2012, depuis que nous avons découvert, analysé, les premières filières syro-irakiennes, ces Français ils étaient une poignée en juillet 2012, aujourd'hui ils sont plus de 2000 concernés par ces filières, et je sais que c'est le combat d'une vie, et je le disais, d'une génération, pour notre pays. Et cette détermination, c'est celle du président de la République et la mienne, elle est intacte, et évidemment elle fait de nous un bloc. THOMAS SOTTO Merci beaucoup Manuel VALLS. Vous restez avec nous puisqu'à présent vous allez répondre aux questions des auditeurs d'Europe 1 qui vous interrogent en appelant tout de suite le 39.21 ou en tweetant avec le #e1matin. A tout de suite. THOMAS SOTTO La parole aux auditeurs d'Europe 1 à présent avec vous Manuel VALLS et le premier d'entre eux, c'est Clément qui nous appelle de Berzieux dans le Tarn, il a 30 ans il est chauffeur routier, bonjour Clément ! CLEMENT Bonjour à vous. THOMAS SOTTO Posez votre question au Premier ministre. CLEMENT Bonjour Monsieur VALLS. Je voudrais savoir suite à l'arrestation de Salah ABDESLAM et par la suite qui a été extradé en France, je voudrais savoir si la France n'a pas de crainte à avoir par rapport au fait de son extradition et d'éventuelles représailles par la suite ? MANUEL VALLS Bonjour Clément. Salah ABDESLAM a fait connaitre son refus d'être remis à la France, c'est son droit mais cela ne change rien heureusement. Il ne lui appartient pas à lui de décider de son sort et c'est à la justice belge en concertation avec la justice française d'en décider, je fais, je le disais à l'instant à Jean-Pierre ELKABBACH, confiance à tous ces magistrats qui travaillent en très étroite collaboration depuis des mois et qui ont fait la preuve de leur efficacité, ils connaissent le besoin légitime de la justice, de la vérité pour les victimes et leurs proches comme pour l'ensemble de la communauté nationale. Nous avons déjà été attaqués, nous subissons cette menace, la France, les pays européens, donc nous savons que de toute façon, nous sommes avec d'autres pays européens une des cibles du terrorisme. C'est pour cela que nous combattons avec beaucoup de détermination et je pense que nous n'avons rien à craindre dans le sens où la justice, la réparation pour les victimes sont indispensables. THOMAS SOTTO Le 19 novembre à l'Assemblée, Manuel VALLS, vous n'excluiez pas le risque d'une attaque chimique et bactériologique. Est-ce qu'aujourd'hui, vous maintenez que cette menace existe en France ? MANUEL VALLS Moi, je considère que face à ce terrorisme qui agit avec une violence une cruauté, une barbarie absolue, il ne faut rien exclure. Nous savons qu'en Syrie, cette organisation terroriste comme d'ailleurs le régime syrien a pu utiliser un certain nombre de ce type … THOMAS SOTTO Mais c'est une crainte ou vous avez des informations ? MANUEL VALLS C'est une crainte, face à la menace terroriste à ce type de menace terroriste, il ne faut jamais rien exclure. THOMAS SOTTO Nous sommes avec Doriane à présent qui nous appelle d'Epinay-sur-Orge dans l'Essonne, Doriane a 36 ans, elle est commerciale. Bonjour Doriane ! DORIANE Bonjour ! THOMAS SOTTO Posez votre question. DORIANE Je suis commerciale et le but de mon travail, c'est d'aller dans les collèges et les lycées pour aller en cuisine et il y a quinze jours, je suis allée dans une cuisine, je suis passée par l'arrière, enfin par la porte arrière, tout était grand ouvert, c'était un grand lycée parisien qui, je crois, fait partie des lycées … THOMAS SOTTO Qui ont été menacés, oui. DORIANE Voilà, c'est ça et en fait, voilà, je … surprends que encore aujourd'hui à Paris en plein état d'urgence, on puisse rentrer dans un lycée un peu comme on en a envie. THOMAS SOTTO Est-ce qu'il y a un problème de sécurité ? Est-ce qu'il faut renforcer encore la sécurité dans les établissements scolaires notamment ? MANUEL VALLS Il y a 77 000 établissements scolaires, et donc il faut le dire, nous ne pouvons pas avoir devant chaque établissement scolaire plusieurs policiers ou gendarmes. En même temps, les patrouilles de la police, de la gendarmerie, de l'armée de terre, nous permettent de quadriller le territoire, pas seulement Paris, mais toutes les grandes villes, pas seulement les grandes villes, tout le territoire. Il faut cette présence, cette vigilance, il faut que les responsables des établissements publics ou privés, des entreprises soient évidemment vigilants. Moi, j'en appelle tout simplement à cette vigilance, à cette responsabilité face à cette menace. THOMAS SOTTO Mais l'Etat est au maximum de ce qu'il peut faire pour la sécurité des établissements scolaires ? MANUEL VALLS Mais il faut bien se rendre compte de la mobilisation qui est la nôtre, les forces de sécurité, je veux leur rendre hommage, doivent lutter contre la délinquance au quotidien, assurer la sécurité des Français, gérer les grandes manifestations, traiter le défi migratoire, bien sûr répondre à la menace terroriste et ce sont ces policiers, ces gendarmes, ces policiers municipaux, nos forces armées qui sont pleinement mobilisées et depuis 2012 et nous continuions à le faire, nous augmentons les effectifs de la police et de la gendarmerie et à la fin du quinquennat de François HOLLANDE, ce seront 9 000 postes de plus de policiers, de gendarmes qui auront été créés alors que 13 000 avaient été supprimés dans les années précédentes, donc ça veut dire que nous avons pris pleinement la mesure des moyens humains, techniques, technologiques mais aussi pour protéger nos policiers et nos gendarmes, pour avoir des équipements, des voitures, des armes, des gilets pare-balles qui soient à la hauteur encore une fois de l'attaque de ces criminels. THOMAS SOTTO La sécurité qui inquiète nos auditeurs, on va à Gradignan en Gironde avec Pascal qui a 42 ans et qui est agent technique. Bonjour Pascal. PASCAL Oui bonjour, bonjour Monsieur VALLS. MANUEL VALLS Bonjour. THOMAS SOTTO Le Premier ministre vous écoute. PASCAL Donc voilà dans dix jours, je participe au marathon de Paris comme 50 000 autres personnes et plus de cent nationalités représentées quand même. Alors comment pouvez-vous assurer la sécurité de tous ces coureurs qui vont parcourir 42 kilomètres dans les rues de la capitale, donc on sera des cibles faciles ? MANUEL VALLS Pascal, si je vous suis, il faudrait à ce moment-là qu'il n'y ait plus aucune manifestation dans Paris ; je vous rappelle que nous sommes dans l'état d'urgence mais parce que nous sommes aussi un pays de liberté, il y a des manifestations et des manifestations dans la rue pour protester contre tel ou tel texte du gouvernement, des manifestations d'étudiants, de lycéens, de salariés et c'est normal et c'est une force d'ailleurs pour notre démocratie. Il y a de grandes manifestations sportives, dans des stades, dans des salles et à l'extérieur également, il y a quelques jours, il y avait aussi un semi-marathon sur Paris. Au contraire, c'est la vie qui est là la plus belle des réponses face à cette idéologie de mort. Ce que je peux vous assurer en revanche, Pascal, c'est que tous les moyens sont déployés publics, discrets, les moyens de renseignement pour assurer la sécurité de nos compatriotes, de nos sportifs, de nos concitoyens. Encore une fois, il n'y a pas de risque zéro, nous le voyons bien face à des individus déterminés à mourir, à mourir eux-mêmes en tuant. THOMAS SOTTO Ça veut dire qu'il peut se passer à l'aéroport d'Orly demain ce qui s'est passé à l'aéroport de Bruxelles hier ? MANUEL VALLS Je ne peux pas répondre à ce type de question, vous vous rendez compte, je peux uniquement vous dire que nous mettons tous les moyens pour assurer la sécurité, c'est vrai dans les aéroports, c'est vrai dans les gares, ce sont des moyens de vidéo-protection, ce sont des moyens que l'on voit, en uniforme, ce sont aussi des moyens beaucoup plus discrets, les services de sécurité, les services privés aussi qui sont particulièrement mobilisés, c'est le cas à Orly, à Roissy mais sur toutes les plateformes aéroportuaires de notre pays, chacun est mobilisé. Ce matin à Toulouse, il y avait une alerte parce qu'on a découvert un colis, eh bien on prend les précautions nécessaires. Donc c'est une violence de tous les instants que nous devons exercer et que les Français aussi doivent exercer mais encore une fois, la réponse à cette idéologie de mort, à l'islamisme radical, c'est la vie et c'est pouvoir, oui, courir dans Paris parce que Paris a été attaqué, parce que Paris aujourd'hui porte les couleurs de la Belgique endeuillée et que nous devons être capables de nous rassembler et de vivre pour faire face, encore une fois, à cette menace terroriste. THOMAS SOTTO Beaucoup de questions sur l'Euro 2016 que vous avez évoqué tout à l'heure, un tweet d'Isabelle VICENTE qui nous demande et qui vous demande « peut-on vraiment maintenir l'Euro 2016 à tout prix ? Et là je vous rajoute une question que vous posait Dany COHN-BENDIT juste avant 8 heures sur Europe 1 : il duit « puisqu'on est en guerre, c'est le mot que vous avez réutilisé ce matin et hier à l'Assemblée, comment peut-on organiser l'Euro en état de guerre ? » MANUEL VALLS Mais ne jouons pas sur les mots ; on nous fait la guerre, ce sont des actes de guerre, enfin ! Il suffit encore de se souvenir de ce qui s'est passé à Paris en janvier et en novembre et puis, chacun a en tête et nous le voyons encore défiler les images terribles d'hier à Bruxelles ! Mais c'est une guerre qui n'a rien à voir avec ce que nous avons connu au XXe siècle, enfin je parle de ce qui se passe en Europe parce qu'en Syrie et en Irak, c'est une vraie guerre que les populations subissent. THOMAS SOTTO Vous avez dit tout à l'heure que l'Euro serait maintenu mais les fans zones qui réuniront 10 000, 50 000, parfois 100 000 personnes seront-elles maintenues coûte que coûte ? MANUEL VALLS Oui, hier il y a eu une réunion entre le ministre de l'Intérieur, les élus, Alain JUPPE d'ailleurs qui comme maire de Bordeaux préside l'association des élus, des villes qui préparent qui vont accueillir les matchs de l'Euro, c'est quand même extraordinaire, on dit parfois qu'il ne faut pas utiliser ce mot « guerre » et maintenant, on voudrait presque au fond interdire ou faire en sorte qu'il n'y ait pas l'Euro ! Non, ça serait une défaite, ça serait donner une victoire aux terroristes, il faut ces manifestations sportives. Evidemment la condition, c'est qu'elle puisse se tenir dans les meilleures conditions. Je me permets de rappeler à Dany COHN-BENDIT que nous avons accueilli à la fin de l'année la COP21 avec non seulement des dizaines de chefs d'Etat et de gouvernement mais aussi des milliers de personnes qui étaient là qui étaient présentes. Nous avons fait la démonstration non seulement du succès politique de la COP21 mais nous étions capables, la France, d'accueillir de grandes manifestations et nous allons continuer à faire cette démonstration. Moi, je crois en la capacité de la France à faire face à tous ces défis. Moi, je suis fier d'être Français, je suis fier d'être chef de ce gouvernement qui est capable d'assurer ainsi malgré toutes les difficultés le niveau de menace, la sécurité de mes compatriotes à l'occasion de ces grandes manifestations même s'il faut être prudent et mobilisé. THOMAS SOTTO Arnaud nous appelle de Vigneux-sur-Seine dans l'Essonne, il a 39 ans, il est commerçant, bonjour Arnaud. ARNAUD Bonjour Monsieur SOTTO ; bonjour Monsieur le Premier ministre. MANUEL VALLS Bonjour Arnaud, heureux de reparler de nouveau avec quelqu'un de l'Essonne, mon département ! ARNAUD Tout à fait. Voilà, écoutez, moi je vous appelle parce que j'ai deux questions. La première, qu'allez-vous faire concernant les mosquées qui sont en voie de radicalisation, déjà radicalisées ? Et second plan, qu'allez-vous faire s'il vous plait pour dénoncer les amalgames qui risquent de se faire dans la tête des Français malheureusement concernant nos amis musulmans qui sont avant tout des Français ? MANUEL VALLS Deux questions importantes. Il faut poursuivre la lutte contre ce message qui est celui d'un islamisme radical qui dévoie la réalité de l'Islam et qui se propage en prison et qui se propage dans un certain nombre de lieux de culte, donc il faut les fermer et nous l'avons déjà fait, je pense notamment à la mosquée de Lagny, nous avons pris une décision au conseil des ministres et nous poursuivrons cette action contre les prédicateurs de la haine mais aussi dans les lieux où ces discours se tiennent… THOMAS SOTTO Hier, le député Frédéric LEFEBVRE demandait la « fermeture immédiate de 70 salles de prière en France aux mains des salafistes ». Je cite son tweet. MANUEL VALLS Oui mais nous devons agir dans l'état de droit à travers des enquêtes, de manière sérieuse parce que rien ne serait pire que de se précipiter, de faire n'importe quoi. Là nous donnerions plutôt des armes à nos adversaires. Donc nous continuons cette action menée de manière sérieuse implacable en même temps. L'autre question, elle est très importante. THOMAS SOTTO D'où les amalgames. MANUEL VALLS C'est sur les amalgames. Nous avons lancé lundi, d'ailleurs, une très grande campagne, campagne choc, pour dénoncer les actes racistes, antisémites, antimusulmans, pour là aussi mobiliser la société française. Nous avons réuni avec Bernard CAZENEUVE, lundi, les représentants de, les instances de l'Islam de France, il y a un débat au sein de l'Islam, pas uniquement en France, mais dans le monde, car ceux qui tuent aujourd'hui le font au nom de l'Islam, donc c'est aux musulmans, avec notre soutien, de bien démontrer la différence qu'il y a entre l'immense majorité de ceux qui pratiquent l'Islam, en France et dans le monde. Je veux rappeler d'ailleurs que les musulmans sont les premières victimes du terrorisme, en Afrique, au Proche ou au Moyen-Orient, en Asie, et c'est cette poignée d'assassins qui pervertit le message de cette religion qui se veut un message de paix et de tolérance. Mais, il appartient aussi, à l'Islam, avec notre soutien, en France, de faire la démonstration, pleine et entière, que l'Islam est compatible avec la démocratie, ce que je crois, avec la laïcité, ce que je crois, avec l'égalité entre les femmes et les hommes, donc c'est un combat politique, théologique, idéologique même, si j'emploie des mots un peu compliqués, que nous devons mener. Et ce combat il est très important pour mettre fin à ces amalgames, mais il y a une responsabilité, aussi, pour l'Islam de France, de se doter de tous les moyens pour faire reculer cette idéologie, et notamment il faut combattre, avec beaucoup de détermination, le salafisme qui s'est étendu, en France, en Europe, et qui est à la source de cet islamisme radical. THOMAS SOTTO On reste dans la thématique avec une question de Karim qui nous appelle d'Hem dans le Nord, il a 47 ans, Karim, il est agent territorial. Bonjour Karim. KARIM Bonjour. Bonjour Monsieur VALLS. MANUEL VALLS Bonjour Karim. KARIM Moi je pense qu'il y a une contradiction dans vos propos sur le combat du terrorisme, parce que vous m'avez choqué, vous et le président de la République, quand vous avez donné la légion d'honneur au roi d'Arabie Saoudite qui, on le sait, subventionne le terrorisme. Et ça, franchement, moi j'ai été choqué, et beaucoup de familles victimes ont aussi été choquées, parce qu'on sait que l'Arabie Saoudite elle a à voir dans ses relations avec les réseaux terroristes au Moyen-Orient. Voilà, c'est ça ma question, elle est toute simple. MANUEL VALLS L'Arabie Saoudite est aussi victime du terrorisme, et je veux rappeler les attentats terribles qui ont eu lieu à la Mecque, aussi, ou dans d'autres sites, donc le gouvernement, l'Etat d'Arabie Saoudite, combat, avec nous, le terrorisme. Nous avons toujours, et j'ai toujours dit, quelles pouvaient être les ambigüités qui existent parfois dans un certain nombre de pays du Golfe, il faut que ces ambigüités soient levées. Nous nous sommes particulièrement clairs… THOMAS SOTTO Elles ne sont pas complètement levées sur l'Arabie Saoudite aujourd'hui, les ambigüités. MANUEL VALLS Mais il faut me démontrer, alors, quels sont les réseaux terroristes qui seraient financés par le gouvernement saoudien, d'Arabie Saoudite. Ce n'est pas le cas. Nous luttons ensemble contre le terrorisme, et donc il n'y a pas de contradiction. C'est, encore une fois, un combat que nous devons mener tous ensemble, sans la moindre ambiguïté. THOMAS SOTTO L'Arabie Saoudite qui condamne les opposants politiques, qui les lapide, qui les décapite, qui les laisse sécher au soleil ensuite, est-ce que ça mérite la légion d'honneur Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Mais c'est un autre débat. THOMAS SOTTO Pas complètement. MANUEL VALLS Non, mais, nous avons, avec l'Arabie Saoudite, un partenariat stratégique, et nous l'assumons, ça ne veut pas dire que nous approuvons, évidemment, ce qui se passe en Arabie Saoudite, et la nature du régime. THOMAS SOTTO La légion d'honneur c'est l'honneur de la France, c'est le pays des droits de l'Homme. MANUEL VALLS Quand nous recevons le président iranien, nous savons aussi ce qui se passe en Iran, et pourtant la France, c'est sa force, c'est la force de sa diplomatie, est capable de parler à tous les pays. Vous savez, dans ce Proche et Moyen-Orient, qui est en guerre, et marqué aussi par la confrontation séculaire entre les chiites et les sunnites, la France se doit de parler avec tout le monde et de permettre le rapprochement et le dialogue, entre notamment l'Iran et l'Arabie Saoudite. Nous avons un partenariat stratégique avec l'Arabie Saoudite, ça ne nous empêche pas d'être, bien sûr, clairs, nets. Et j'ai déjà eu l'occasion de dire combien le wahhabisme, il y a déjà plusieurs années, avait là aussi changé la face d'un Islam modéré en Asie ou en Afrique. C'est pour ça que les auditeurs posent, et qui sont passionnantes, vont nous concerner, pas uniquement là, parce qu'il y a eu ces attentats, mais sans doute pendant plusieurs années, parce que c'est, encore une fois, un sursaut, un combat, que nous devons mener au niveau national, et je pense beaucoup international, pardon je pense beaucoup à l'Afrique qui est confrontée aussi à ces phénomènes et bien sûr au terrorisme. THOMAS SOTTO Merci beaucoup Manuel VALLS d'être venu sur Europe 1 ce matin. MANUEL VALLS Merci à vous. THOMAS SOTTO Une dernière question rapidement concernant le nombre de Français blessés dans les attentats de Bruxelles hier, les derniers dont on dispose c'est 8 Français dont 3 grièvement ? MANUEL VALLS Oui, 8 Français, mais je suis prudent, je suis en Belgique tout à l'heure donc j'aurai plus d'éléments, le quai d'Orsay à travers sa cellule suit ça très attentivement, il y a 8 de nos compatriotes qui sont blessés, 2 gravement, et nous avons évidemment, pour l'un d'entre eux, beaucoup d'inquiétude. THOMAS SOTTO Merci Manuel VALLS d'être venu ce matin sur Europe 1 \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/276.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/276.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2d51724247f6a2c564d15cd39dd6abd215d267c8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/276.txt @@ -0,0 +1 @@ +FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche Après Bamako et Istanbul, le terrorisme a encore frappé. Hier, à Bruxelles des femmes, des hommes, et des enfants sont morts. Comme à Paris, en 2015, mais aussi comme à Toulouse, il y a 4 ans, ils sont morts, frappés par une violence aveugle, frappés par un déferlement de haine, frappés au cœur de leur vie, au cœur de leur existence, au nom d'une idéologie mortifère. Ces faits douloureux et dramatiques, nous rappellent malheureusement la justesse de la phrase qu'avait prononcée le Président de la République en novembre dernier, et que le premier ministre a reprise hier : nous sommes en guerre. Certes, une guerre d'un genre nouveau, mais dont le nihilisme, le racisme, l'antisémitisme de ces assaillants ramènent inéluctablement aux heures les plus sombres de l'histoire européenne. Oui, nos démocraties, nos valeurs, nos pays, sont frappés par le terrorisme islamiste, et dans ce déferlement de violence, c'est non seulement des vies qui sont brisées, mais la barbarie qui cherche à s'imposer, sur les décombres de valeurs si chèrement conquises et reconquises. Voilà pourquoi, dans des temps troublés, nous ne devons pas laisser le trouble envahir nos esprits. Nous ne cédons pas. Nous ne nous compromettons pas. Nous luttons, et nous luttons avec fermeté, avec toutes les ressources de l'Etat de droit, mais aussi avec toutes les ressources de notre République. Loin de nous fragiliser et de nous diviser, de tels actes doivent nous rassembler autour de nos valeurs communes. Nos démocraties sont attaquées, et ce fait seul nécessite une mobilisation de chacune et de chacun d'entre nous. Oui, face au terrorisme islamiste, je tiens à vous dire, et je sais à quel point c'est un enjeu qui nous rassemble, que nous ne laisserons pas la barbarie et l'inhumanité l'emporter sur l'humanisme. Je souhaite donc vous demander de vous joindre à moi, pour accomplir, ensemble, une minute de silence en hommage aux victimes de ces attentats. Je vous remercie. J'aurais, vous vous en doutez, aimé vous accueillir dans un contexte moins douloureux. Car c'est aujourd'hui une grande et belle initiative qui nous rassemble. Mais je crois aussi que les circonstances nous rappellent que nous avons aussi un besoin urgent de l'histoire et de la mémoire. Accueillir, au sein de ce ministère de l'Éducation Nationale, l'installation du réseau des lieux de la mémoire de la Shoah en France fait donc profondément sens. Cela fait sens d'abord parce que nous sommes au cœur de la semaine d'éducation et d'actions contre le racisme et l'antisémitisme que nous avons lancée avant-hier avec le Président de la République à la Cité de l'Histoire de l'immigration, et nous nous rendons bien compte des résonances funèbres qui existent entre les temps passés et le contexte présent. Ces échos renforcent notre détermination à vaincre ces fléaux que sont le racisme et l'antisémitisme. Parce que l'on ne sort de tels moments de crise, que par le haut : que par davantage de valeurs, que par l'affirmation répétée de notre refus de transiger, et par une exigence, celle du rassemblement de chacune et de chacun autour de notre humanité commune. Voilà pourquoi des centaines d'actions sont organisées sur tout le territoire au cours de cette semaine pour sensibiliser, prévenir et rassembler les jeunes autour des valeurs de la République. Et cela suppose aussi d'apprendre à vivre ensemble, à connaître l'autre et à respecter la dignité de chaque personne : mais cela exige aussi de ne jamais transiger, de ne jamais reculer sur nos principes fondamentaux. Enfin, parce que le rôle de l'École dans cette semaine est aussi essentiel, nous avons voulu accompagner nos enseignants, les former, pour ne pas les laisser seuls, dans leur salle de classe, mais qu'ils puissent avoir accès à des ressources solides pour les aider dans leur mission. Le combat contre la haine, est un combat qui nous concerne toutes et tous. C'est un combat universel. Et c'est un combat difficile. Non, le combat contre la haine n'est jamais gagné. Nous devons toujours être vigilants. Ne jamais perdre de vue à quel point la paix est une chose précieuse et rare, et nous devons nous battre pour elle. En relançant cette semaine contre le racisme et l'antisémitisme, en lui donnant une ampleur nouvelle, nous avons voulu prendre la mesure des défis auxquels notre société et notre école sont aujourd'hui confrontés. Je tiens, à cet égard, à saluer la mobilisation des institutions et de leurs partenaires, qui nous accompagnent et dont la mobilisation donne à cette semaine l'ampleur qu'elle mérite. Mais si une semaine spécifique est l'occasion de valoriser et de se sensibiliser, un tel combat s'inscrit dans un temps long. Celui de l'action de terrain. Celle de l'École, bien sûr, mais aussi des tous ses partenaires, et notamment des lieux liés à la mémoire et à l'histoire de la Shoah. Je connais votre implication et votre engagement. Ils se déploient notamment à travers votre participation active aux actions de citoyenneté et de formation, et cela, à destination des élèves comme de l'ensemble de la communauté éducative. Cet engagement va se déployer encore plus fortement à travers le réseau. Un réseau crée des liens. Un réseau unit. Un réseau vaut toujours plus que la somme de ses parties. Du réseau ainsi créé entre les lieux de mémoire de la Shoah, chacun de ces lieux va prendre une nouvelle dimension, au service de la mémoire, au service de l'histoire, au service du présent de notre pays, mais aussi de l'avenir de notre République et du parcours citoyen de nos élèves. Je tiens en particulier à saluer la façon dont vous avez inscrit dans la déclaration qui le fonde, je cite : « le réseau participe aux objectifs de la grande mobilisation de l'Ecole et de ses partenaires pour les valeurs de la république, en s'inscrivant dans le parcours citoyen de l'Education nationale, dans les programmes de l'enseignement moral et civique et dans le dispositif de la Réserve citoyenne ». J'y suis d'autant plus sensible que c'est par cet engagement non seulement de l'Ecole, mais de chacune et de chacun d'entre nous à ses côtés, que nous pourrons relever les défis de notre époque, et ils sont nombreux. D'ailleurs, votre déploiement de jeunes « ambassadeurs de la mémoire » témoigne de nos convictions communes, puisqu'elle rejoint pleinement la philosophie et l'action de la Réserve citoyenne. Et c'est justement cette philosophie partagée qui m'incite à inviter tous ces ambassadeurs de la mémoire à s'inscrire dans la Réserve Citoyenne de l'Éducation Nationale, pour que nos engagements s'enrichissent et se complètent mutuellement. Cette complémentarité existe déjà : plusieurs des membres fondateurs du réseau se sont inscrits dans cette Réserve citoyenne, et je sais que d'autres souhaitent la rejoindre. A titre personnel, je voudrais saluer Serge Klarsfeld ici présent qui, parmi les premiers, a répondu à cet appel de l'Ecole et dont nous connaissons la valeur de l'engagement et la valeur du témoignage. Je vous le dis, vous y serez tous les bienvenus, car nous avons besoin de toutes les énergies pour aider les enseignants dans leur difficile mission de transmettre les valeurs de la République. Nous avons besoin de votre engagement, et de votre existence qui témoigne à la fois de l'exigence et de la force des valeurs qui sont les nôtres ! Ces valeurs partagées nous portent aujourd'hui et nous permettent d'affronter l'avenir avec détermination et courage. Mais je n'oublie pas qu'elles se sont forgées aussi au fil de notre histoire, avec ses heures glorieuses et ses heures sombres. La citoyenneté ne peut faire l'économie du passé. Oui, nous avons non seulement un devoir de mémoire, mais aussi un devoir d'histoire. Ainsi, le parcours citoyen, dans l'école, permet, à chaque élève, d'engager, au cours de sa scolarité, une réflexion sur la mémoire de la Shoah au travers de la visite d'un lieu, d'un site mémoriel, d'un musée, d'une exposition, ou de l'étude d'une œuvre. Car le passé, ce n'est pas que le temps. C'est aussi l'espace. Et l'histoire a laissé au cœur de nos villes, au cœur de nos territoires, sur les toiles des peintres et dans les pages des livres, des traces qui sont à la fois des cicatrices, celles des douleurs qui ne passent jamais complètement, et qui en même temps sont des signes, à comprendre, à découvrir, à déchiffrer aussi. Oui, les lieux de mémoire, comme le rappelait Pierre Nora dans l'ouvrage collectif qu'il consacré à cette question, deviennent tels lorsqu'ils « échappent à l'oubli ». Et l'oubli ne menace pas uniquement le passé : il fragilise et met en péril notre présent. Dans ce travail, L'École, lieu de vie et lieu de savoir, a naturellement un rôle à jouer. Un rôle qui passe naturellement par des enseignements académiques, mais qui va aussi bien au-delà, à travers la force de l'expérience vécue. C'est le sens de notre soutien au projet de l'association « Convoi 77 », qui implique les élèves dans des travaux d'enquête, à la recherche des disparus partis dans les convois. Oui, nous savons que ces approches pédagogiques sont extrêmement performantes et passionnent les élèves quand il s'agit de redonner un visage, une identité, aux victimes juives de la Shoah. Parce que le vécu a une force inimitable, et c'est aussi la force du vécu qui s'exprime à travers les rencontres que font nos élèves avec des membres de la réserve citoyenne, et en particulier avec des résistants et des survivants des camps de la mort. Et la force de leurs paroles, nous la retrouvons dans celles prononcées le 15 avril 2007 par Samuel Pisar, qui nous a quittés l'an passé, et qui déclarait, au Mémorial de la Shoah, je le cite : « Aujourd'hui, devant les mutations vertigineuses des alliances, des politiques, des économies et des cultures, devant le retour du fanatisme, du nationalisme, de la xénophobie et de l'antisémitisme, il m'arrive de me demander si le passé ne redevient pas présent. Car personne ne peut vivre ce que j'ai vécu dans les bas-fonds de la condition humaine, puis sur quelques-uns de ses sommets, sans rechercher une vision cohérente de notre monde à nouveau déboussolé, sans ressentir un besoin viscéral d'alerter les nouvelles générations sur les dangers qui s'accumulent, et qui peuvent détruire leur univers comme ils ont jadis détruit le mien. » Oui, nous avons besoin de ces paroles, et nous avons besoin d'histoire et de mémoire. A cet égard, nous pouvons être fiers de la qualité de l'enseignement de l'histoire de la Shoah en France. Cette qualité est unanimement reconnue. Cependant nous devons aussi veiller à ce que l'histoire de la Shoah soit partout connue. Oui, nous devons nous mobiliser, pour qu'aucun territoire de la République ne soit en dehors du champ de sa connaissance. Parce que la connaissance est non seulement une force, non seulement l'assise solide sur laquelle s'élabore la citoyenneté et l'autonomie de l'élève, mais elle est aussi une chance. Une chance pour l'élève. Une chance pour la société. Une chance pour la République. S'assurer que les enseignements soient portés et reçus partout sur l'ensemble de notre territoire, c'est donc une exigence d'égalité. La connaissance du passé, loin de nous entraver, loin de nous freiner, au contraire, nous inspire, et nous donne les moyens de nous emparer de notre avenir, en le mettant au service de nos valeurs, de nos ambitions, et de notre unité, comme société, comme démocratie, et comme République. Et cette unité se façonnera toujours par les valeurs humanistes et républicaines qui ont tiré, des épreuves passées, une force renouvelée, et une importance toujours croissante. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/277.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/277.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2e41071de62ca4f98c347b0fd96ac58b1783138c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/277.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Députés, je vous prie d'abord d'excuser mon retard : je reviens d'un débat sur la politique du renseignement au Sénat qui, en raison du contexte, a pris plus de temps que prévu. Je suis très heureux de retrouver cette commission que je connais bien pour y avoir siégé dix ans. Avec vous tous, j'ai travaillé sur de nombreux sujets, y compris certains dont j'ai désormais la charge. Surtout, je sais le sérieux avec lequel votre commission mène ses travaux et l'esprit de consensus qui y règne lorsque l'essentiel est en jeu. Mais je reviens dans un contexte moins agréable. De nouveaux attentats terroristes viennent d'endeuiller un pays ami, nous confirmant que la France et ses partenaires, notamment d'autres pays européens, sont confrontés, comme nous avons eu l'occasion de dire à plusieurs reprises avec le président de la République et le Premier ministre, à un niveau de menace extrêmement élevé. Le gouvernement a, à plusieurs reprises, conforté le dispositif mis en place pour protéger notre pays contre le risque d'attentat. Hier, j'ai décidé de déployer 1.600 policiers et gendarmes supplémentaires en divers points du territoire national pour adapter notre posture préventive à la réalité des tout derniers événements. En Île-de-France, sur mes instructions, le préfet de police a d'ores et déjà affecté des effectifs supplémentaires dans le métro, dans les gares, sur les plateformes aéroportuaires de Roissy et d'Orly, dans les zones publiques comme dans les zones réservées. Jean-Yves Le Drian et moi-même avons procédé ce matin à une visite de la plateforme aéroportuaire de Roissy. Plus généralement, des mesures de sécurité adaptées ont été décidées dans les transports en commun en partenariat avec la SNCF, la RATP et les autres opérateurs de transport, des mesures de précaution que justifie le mode opératoire des terroristes qui ont frappé hier à Bruxelles. Ces efforts s'ajoutent bien entendu aux mesures considérables que le ministère de l'intérieur a prises depuis des mois pour renforcer nos dispositifs de prévention et de répression du terrorisme, qu'il s'agisse du rehaussement très significatif de nos services de renseignement, notamment de leurs effectifs, des matériels, des moyens juridiques ou de l'organisation de ces mêmes services, qui a été modifiée. Nous avons également considérablement amélioré l'armement, la protection, les capacités de projection de nos forces de l'ordre, notamment dans le cadre du plan BAC-PSIG (brigades anticriminalité et pelotons de surveillance et d'intervention de la gendarmerie) que j'ai présenté le 29 octobre dernier à Rouen. Désormais presque intégralement déployé sur le territoire de la préfecture de police de Paris, ce plan a vocation à être mis en œuvre sur l'ensemble du territoire national d'ici à la fin du premier semestre de cette année. Je me rendrai à Reims dans les prochains jours pour consacrer sa mise en œuvre. Bien entendu, lorsque nous procédons à ce rehaussement des moyens et des équipements, nous prenons en compte le rôle de chacune des entités amenées à intervenir, des primo-arrivants jusqu'aux forces spécialisées. Notre objectif est de faire en sorte que les forces spécialisées puissent intervenir dans les délais les plus brefs avec la plus grande efficacité en cas d'attentat ; je présenterai dans quelques jours, avec les directeurs généraux respectifs de la police nationale et de la gendarmerie nationale, la répartition des forces du GIGN, de la BRI et du RAID sur l'ensemble du territoire national. Le but est de permettre, en cas d'attaque de masse, d'intervenir dans des délais qui permettent de sauver le plus grand nombre de vies. Enfin, nous avons développé notre coopération avec nos partenaires européens, selon un agenda extrêmement précis. Je veux à ce propos être extrêmement clair et je le dis sans précautions : l'Europe prend beaucoup trop de temps pour décider, et, quand elle a décidé, elle prend beaucoup trop de temps pour appliquer. Et certains, qui ne prennent pas leurs responsabilités face au terrorisme, essaient de sortir de nouveaux sujets, des sujets pour après-demain, comme si le fait de les évoquer pouvait nous dispenser de traiter des sujets d'aujourd'hui... Soyons précis : nous n'avons aucune chance d'être efficaces dans la lutte contre le terrorisme sans un contrôle aux frontières extérieures de l'Union européenne digne de ce nom. Nous avons donc décidé de rehausser significativement les moyens de FRONTEX et de créer une agence de garde-côtes et de garde-frontières européens. La France et l'Allemagne sont les deux principaux pays de l'Union européenne à donner à la Grèce des moyens pour l'EASO (European Asylum Support Office, ou Bureau européen d'appui en matière d'asile) et pour FRONTEX qui permettent d'assurer l'effectivité de ce contrôle. Si nous n'avons pas, en Grèce comme en Italie, un contrôle qui permette d'assurer le retour de ceux qui relèvent non pas du statut de réfugiés mais de l'immigration économique irrégulière vers les pays dont ils proviennent, nous n'aurons aucune chance d'être efficaces dans la maîtrise du fait migratoire ni dans la lutte contre le terrorisme. Si ceux qui franchissent les frontières extérieures de l'Union européenne ne font pas l'objet d'une enquête administrative, avec l'interrogation du système d'information Schengen (SIS), nous aurons des difficultés. Pour que le SIS permette ce criblage, il faut que chaque pays de l'Union européenne le documente de façon identique et homogène. Nous sommes le pays de l'Union européenne qui donne le plus d'informations au SIS concernant l'activité potentiellement terroriste de ses ressortissants. Nous devons faire en sorte que le fichier Schengen soit connecté aux autres fichiers criminels. Sans un croisement des fichiers, notre capacité d'identifier ceux qui peuvent représenter un risque sécuritaire, au moment où ils franchissent les frontières extérieures de l'Union européenne, est considérablement affaiblie. Il faut donc que la banque des empreintes digitales au moment du franchissement des frontières, EURODAC, puisse être utilisée à des fins de sécurité, ce qui est pour l'heure impossible en l'état du règlement EURODAC. Il faudrait donc le modifier en conséquence au niveau européen. Enfin, une task force européenne de lutte contre les faux documents est absolument indispensable. Il s'agit de repérer la fraude documentaire dès le franchissement des frontières de l'Union. Les enseignements du 13 novembre doivent être tirés : parmi les onze terroristes qui nous ont attaqués le 13 novembre dernier et ont été neutralisés, il y avait deux Français arrivés de Syrie munis de faux documents, avec un certain nombre d'autres terroristes. Les deux kamikazes qui se sont fait exploser à Saint-Denis avaient de faux papiers d'identité. Pourtant, leurs empreintes digitales avaient été prises à Leros. EURODAC et le contrôle au moment du franchissement des frontières extérieures ne sont d'aucune utilité si, ceux que l'on contrôle, sont contrôlés sous de fausses identités. Il est donc impératif d'avoir des équipes spécialisées dans l'identification des faux documents. Ce matin, à Roissy, nous avons constaté, avec Jean-Yves Le Drian, la subtilité de la fraude documentaire : des individus ont ainsi de vrais passeports, qui correspondent à leurs véritables identités, mais avec de faux cachets administratifs, qui leur permettent de prolonger leur séjour dans un certain nombre de pays en contravention avec les règles qui s'y appliquent... Vous mesurerez la complexité de ces sujets : si nous ne parvenons pas à mettre cela en place au plan européen, nous serons confrontés à d'extrêmes difficultés. Évoquons aussi le PNR européen (pour Passenger Name Record). J'ai lu avec quelque consternation, dans Le Monde, la tribune d'un eurodéputé, M. Verhofstadt. Sans doute pour expliquer que son groupe n'a pas réussi à voter ce qui devait être voté, il nous explique maintenant qu'il faut un service de renseignement européen... Pour nous excuser d'avoir été incapables d'appliquer les décisions prises le 15 décembre dernier, il faudrait maintenant en prendre d'autres plus inapplicables encore ! Mettons en œuvre les décisions prises, n'entretenons pas des chimères comme celle du service européen de renseignement ! Il faut vraiment que ce PNR, qui a fait l'objet d'un accord entre le Parlement européen, le Conseil européen et la Commission européenne, soit inscrit à l'ordre du jour du Parlement européen et adopté. S'il ne l'est pas, c'est parce que des groupes politiques s'y opposent, notamment le groupe libéral, ou Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe -, le groupe des Verts et le groupe social-démocrate, pour dire les choses clairement. Ce n'est pas acceptable compte tenu des risques qui pèsent sur notre pays. Terminons sur ce volet européen par la révision de la directive 91/477/CEE sur le trafic d'armes. Elle doit être mise en œuvre extrêmement rapidement, conformément aux décisions que nous avons prises. À la suite des attentats du mois de janvier 2015, le président de la République a décidé d'activer le contrat opérationnel de protection, permettant le déploiement de près de 10.000 militaires sur le territoire national - un tel contrat est inédit, tout comme un déploiement d'une telle ampleur. Ce recours aux armées sur le territoire national s'est inscrit dans la durée en raison de la permanence de la menace à laquelle notre pays doit faire face. C'est pourquoi le président de la République a décidé, dans le cadre d'un conseil de défense et de sécurité nationale, de rénover complètement les termes de ce contrat de protection. La loi du 28 juillet 2015, actualisant la programmation militaire pour les années 2015 à 2019, prévoit une capacité permanente de 7.000 hommes à mobiliser dans la durée, et jusqu'à 10.000 hommes pendant une durée d'un mois après un événement extrêmement grave, comme un attentat. Ce niveau maximal a été de nouveau atteint dans le mois qui a suivi les attentats du 13 novembre. Depuis lors, les armées sont sollicitées toujours à un très haut niveau, en appui des forces de sécurité intérieure, elles-mêmes très fortement engagées. La présence visible des militaires aux côtés des forces de police et de gendarmerie dans le cadre de l'opération Sentinelle contribue à délivrer un message de fermeté compris absolument de tous : toutes les forces de la nation sont mobilisées contre le terrorisme. C'est ce que manifeste la présence de policiers, de gendarmes et de militaires côte à côte dans de grandes infrastructures, dans les rues de nos villes, pour assurer la protection des Français. La plus-value des armées dans le dispositif est cependant loin de se limiter à ce symbole et à ses seuls effets psychologiques, qu'il s'agisse de rassurer ou de dissuader. Du fait de leurs capacités opérationnelles et de leur équipement, les militaires sont en mesure d'apporter une valeur ajoutée plus grande encore. Ils renforcent la protection des sites sensibles et confortent les forces de sécurité intérieure - la police et la gendarmerie - par leur présence. Ils permettent d'assurer la sécurité des opérations de contrôle auxquelles se livrent aussi les policiers et les gendarmes. Lors des attentats de novembre, des unités des armées ont été rapidement sur place. Elles ont pu participer aux opérations avec les fonctionnaires de la préfecture de police. Elles ont été particulièrement utiles pour sécuriser le périmètre large des sites, mais sont également intervenues de leur propre initiative, dans l'urgence, y compris lorsqu'il s'est agi de faciliter la mise en place des secours pour les victimes de ces attentats. Au-delà, les militaires sont également déployés en appui des forces de sécurité intérieure dans leur mission de contrôle aux frontières. Une expérimentation intéressante de ce point de vue aura lieu en Isère dans quelques jours. Le ministre de la défense a eu l'occasion de présenter devant le Sénat et devant l'Assemblée nationale un rapport sur les conditions d'emploi des armées lorsqu'elles interviennent sur le territoire national pour assurer la protection de la population. Les Livres blancs de la défense et de la sécurité nationale de 2008 et de 2013 avaient déjà décrit ce qu'était le continuum sécurité-défense, c'est-à-dire la continuité de l'action entre les menaces extérieures et intérieures, par conséquent la continuité de l'action des forces armées et des forces de sécurité intérieure. Les conditions de déclenchement de l'opération Sentinelle ont conduit à une réflexion interministérielle beaucoup plus poussée sur les conditions d'emploi des armées sur le territoire national dans le respect scrupuleux des prérogatives du ministère de l'intérieur en matière de sécurité intérieure - je le dis pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté. En premier lieu, tout engagement des militaires sur le territoire national s'inscrit naturellement dans le cadre de l'architecture de sécurité intérieure en vigueur. À cet égard, les armées s'intègrent pleinement dans la manœuvre de sécurité intérieure placée sous l'autorité du ministre de l'intérieur en vertu, notamment, de l'article L. 1142-2 du code de la défense nationale : responsable de la préparation et de l'exécution des politiques de sécurité intérieure et de sécurité civile qui concourent à la défense et à la sécurité nationales, le ministre de l'Intérieur est en charge, sur le territoire de la République, de l'ordre public, de la protection des personnes et des biens, de la sauvegarde des installations et des ressources d'intérêt général. Localement, l'action du ministère au niveau déconcentré s'appuie naturellement sur le réseau préfectoral qui agit, dans ces circonstances, par voie de réquisition. En termes plus opérationnels, le déploiement des armées sur le territoire national se distingue naturellement d'une opération extérieure. Conformément aux dispositions du code de la défense, c'est au ministre de l'Intérieur qu'il appartient de faire les choix relatifs à l'engagement des forces armées, tant en ce qui concerne l'allocation de la ressource entre les zones qu'en ce qui concerne la nature des missions confiées - c'est au préfet, autorité requérante, de préciser ces missions. Bien entendu, ce travail doit s'effectuer dans le respect du droit et, notamment, des attributions respectives du ministre de la défense et du chef d'état-major des armées (le CEMA). Le ministre de la défense, cela va sans dire, reste naturellement responsable de la préparation et de la mise en œuvre de la politique de défense. Quant au chef d'état-major des armées, c'est à lui seul que revient le choix des capacités à engager pour satisfaire aux réquisitions de l'autorité civile, tout en maintenant au juste niveau l'engagement des armées dans l'ensemble des missions de défense. Le commandement opérationnel du CEMA s'exerce sans discontinuité sur toute la chaîne hiérarchique et ce, quelle que soit la durée des engagements. Cette organisation du commandement garantit le respect des fondements de l'action militaire, et est complémentaire de l'organisation territoriale du ministère de l'Intérieur. Au-delà de la lettre des textes, il s'agit aussi, bien entendu, de respecter leur esprit. Ainsi, chaque fois que c'est possible, les réquisitions doivent être rédigées en termes d'effets à obtenir, afin que la participation des armées au dispositif de sécurité intérieure ne soit pas ressentie comme un simple « droit de tirage » du ministère de l'intérieur sur les effectifs des armées, ce qui obérerait considérablement l'efficacité de notre action commune et serait extrêmement démotivant pour les militaires. Autrement dit, mon souci, que partage le ministre de la défense, avec qui nous agissons en parfaite symbiose et en coordination permanente, est de rechercher la plus grande efficacité possible dans l'emploi d'une ressource humaine que le ministre de la défense et moi-même savons rare et spécifique - cela vaut pour ses forces comme pour les miennes. Pour cette raison, je suis absolument convaincu que les patrouilles dynamiques doivent impérativement être privilégiées par rapport aux gardes statiques dans les zones définies par les autorités préfectorales. Bien entendu, compte tenu des conditions initiales de son déploiement, le dispositif Sentinelle a été conçu comme un dispositif d'abord statique, mais compte tenu du niveau de la menace auquel nous sommes confrontés - voyez, dans le dernier numéro de la publication de Daech, Dar Al-Islam, les menaces contre les centres sociaux, les écoles, les enseignants -, compte tenu de ce qui s'est passé à Bruxelles et des menaces qui pèsent donc aussi sur les infrastructures de transport, nous savons qu'il est absolument impossible d'assurer, avec les 10 000 militaires engagés dans le cadre du contrat opérationnel et les 240.000 policiers et gendarmes, d'assurer des gardes statiques partout, dès lors que tous les sites sont susceptibles d'être visés - telle est désormais la réalité. Si, me fondant sur les menaces formulées par Daech dans Dar Al-Islam, je voulais mettre en place une garde statique des 77 000 écoles, collèges et lycées de France, il me faudrait y consacrer la totalité des effectifs de la police et de la gendarmerie, ce qui est concrètement totalement impossible, et cela ne suffirait pas ! Dans un contexte où peuvent être frappés indistinctement et indifféremment de nombreuses institutions en de nombreux points du territoire national, le dispositif des gardes statiques n'a pas le niveau d'efficacité souhaité ; il est préférable d'y substituer des gardes dynamiques qui amèneront le terroriste, au moment où il veut frapper, à intégrer le fait qu'il peut, à tout moment, se trouver confronté à la présence de policiers, de gendarmes, de militaires qui mettront fin à sa course. C'est dans la dimension systématique de la patrouille dynamique, dans l'efficacité du cheminement de la patrouille dynamique sur le territoire où sa mise en œuvre est décidée et dans le caractère aléatoire de la rencontre entre l'unité de surveillance et le terroriste que réside l'efficacité des dispositifs que nous devons mettre en œuvre. C'est aussi une condition de la nécessaire motivation des policiers, des gendarmes et des militaires. Nous ne pourrons pas maintenir durablement un haut niveau de protection et de mobilisation de nos forces dans la lutte antiterroriste si le dispositif de manœuvre de nos policiers, nos gendarmes et nos militaires ne correspond pas aussi à une motivation opérationnelle. Notre première préoccupation, bien entendu, reste la protection et l'efficacité de la protection, mais celle-ci dépend aussi de la motivation de ceux qui y contribuent. En garantissant cette motivation par une bonne manœuvre, nous garantissons donc l'efficacité de ce que nous faisons ensemble. Au-delà de la répartition des compétences, nous devons aussi intégrer le fait que chaque force mobilisée a sa spécificité et ses conditions d'engagement. Par exemple, contrairement aux forces de sécurité intérieure, les armées ne peuvent pas mener des opérations judiciaires, elles ne peuvent pas participer à des investigations ni procéder à des perquisitions ou observer des objectifs, elles ne peuvent pas exercer de pouvoir de contrainte ni procéder à des fouilles ou des contrôles d'identité. Enfin, elles ne peuvent pas non plus mener de leur propre initiative des actions de renseignement sur le territoire national - ce n'est pas possible en dehors du cadre légal propre aux services spécialisés. En raison de toutes ces spécificités, nous devons en permanence veiller à la meilleure articulation de nos forces, et leur complémentarité doit permettre de mener, au plan national, l'action la plus efficace. Je suis tout à fait prêt, Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Députés, à répondre à vos questions sur l'opération Sentinelle ou l'articulation des forces de sécurité intérieure et des armées ; mais, bien entendu, je peux aussi répondre à toute autre question concernant la menace terroriste, l'organisation du renseignement, l'activité des services du ministère de l'Intérieur ou la déradicalisation. (Interventions des parlementaires) Vous m'interrogez, Monsieur le Député, sur le temps qu'il a fallu pour neutraliser ou mettre hors d'état de nuire ces terroristes situés en Belgique. Peut-être puis-je rappeler quelle est la réalité de ce réseau et vous indiquer de quelles informations nous disposons. Même s'ils ne disent pas tout, les chiffres disent beaucoup de l'importance du phénomène auquel nous devons faire face. Si je mets de côté ce qui s'est passé hier, qui appelle des informations complémentaires de la part des services de police et de renseignement, onze terroristes sont morts : dix en France et un en Belgique, Mohamed Belkaïd, dont on sait qu'il a joué un rôle particulièrement important de coordination. Ceux qui sont morts sont morts dans le cadre d'attentats-suicides ou neutralisés par les forces de l'ordre. Dans le cadre de l'équipe commune d'enquête avec les Belges, nous avons procédé à l'arrestation de treize personnes, dont onze ont été placées en détention et deux sous contrôle judiciaire. Jusqu'aux événements d'hier - dont nous verrons quelles connexions les relient au réseau du 13 novembre -, nous étions à la recherche de dix individus. Ainsi, trente-quatre personnes sont concernées par les attaques tragiques, meurtrières, barbares du 13 novembre dernier : onze morts, treize personnes écrouées ou sous contrôle judiciaire et dix recherchées. Il s'agit là de ceux que nous connaissons ; il est possible que d'autres viennent se greffer à ces effectifs lorsque l'enquête révélera d'autres connexions. J'ai lu beaucoup d'articles sur les failles des services de renseignement, parfois même des articles sur les failles des services de renseignement français. Faisons un point extrêmement précis sur ce sujet. Sur l'ensemble des terroristes qui nous ont frappés, deux étaient connus des services de renseignement français : Ismaël Omar Mostefaï et Samy Amimour. En 2012-2013, ils s'étaient soustraits au contrôle judiciaire dont ils étaient l'objet et avaient rejoint la Syrie. Ils sont vraisemblablement revenus de Syrie avec le commando organisé par Abdelhamid Abaaoud qui nous a frappés - l'enquête le confirmera, mais l'hypothèse est forte. Sur le nombre des individus concernés, il y avait donc deux Français, qui étaient ailleurs. Tous les autres étaient des Belgo-Marocains ou des Français résidant en Belgique, qui n'étaient pas connus des services de renseignement français. Ces attentats du 13 novembre sont commandités par un Belgo-Marocain résidant en Syrie puisqu'engagé dans les opérations terroristes de Daech ; ils sont préparés en Belgique, et ceux qui ont préparé cette opération arrivent en France à la dernière minute, autour du 12 novembre. Je veux aussi rappeler que ceux qui rejoignent le territoire de l'Union européenne le font avec de faux papiers et de faux documents : Daech a récupéré des milliers de passeports vierges et s'est doté d'une véritable usine de faux documents, qui permettent aux terroristes de se fondre en plus ou moins grand nombre dans le flot de leurs victimes, c'est-à-dire dans les flux migratoires. Ces faux documents leur permettent d'échapper à l'interrogation du SIS et du reste. Pas un service de renseignement des pays traversés par ces individus avant le 13 novembre n'a signalé leur présence à l'extérieur du territoire national, pas un ! Des éléments nous sont parvenus de services de renseignement étrangers pour la première fois le 15 novembre, c'est-à-dire deux jours après les attentats : ce sont les services marocains qui nous ont appris qu'une partie de ceux qui nous ont frappés se sont fait prendre leurs empreintes digitales sous de fausses identités à Leros. Avant le 15 novembre, nous n'avons eu aucune information d'aucun service de renseignement européen nous indiquant la présence de ces individus sur le sol de tel ou tel pays. Les informations communiquées il y a trois jours par le procureur fédéral belge et par le procureur Molins, ont montré qu'avant de nous frapper, ces individus ont circulé partout en Europe, notamment Salah Abdeslam, peut-être pour acquérir des armes, peut-être pour recruter des kamikazes : à Ulm, en Hongrie, en Autriche... Aucun service européen ne nous les a signalés, et les services américains non plus. Quant aux services belges, ils signalent ces personnes au système d'information Schengen comme délinquants et non pas comme terroristes. Et à la fin, tout cela se résume, dans un certain nombre de propos et d'articles, par « les failles du renseignement intérieur français » ! Je vous raconte tout cela dans le détail pour bien montrer que la réalité, sur ces sujets, est plus compliquée qu'on ne le croit. En ce qui concerne ce qui se passe en Syrie, avons-nous suffisamment de capteurs et sont-ils suffisamment bien orientés pour nous permettre de récolter des informations et d'anticiper ? La question doit être posée. Voilà qui permet, Monsieur le Député, d'expliquer le temps nécessaire à une mise hors d'état de nuire pourtant urgente. Je ne peux pas vous donner plus d'éléments, soit parce que je ne les ai pas, soit parce que je ne peux vraiment pas, mais ce que je vous ai dit retrace tout de même de manière assez complète la réalité à laquelle nous sommes confrontés. J'en viens à l'articulation des armées et des forces de sécurité intérieures. Encore une fois, soyons très clairs : en ce qui concerne la mise en œuvre du dispositif de garde et l'opération Sentinelle, les relations entre les ministères de l'intérieur et de la défense sont remarquables et pour tout dire excellentes. Pourquoi donc ? Tout d'abord, en pareilles circonstances, les relations que les deux ministres entretiennent personnellement ne sont pas neutres : quand les ministres parlent et se comprennent, cela va incontestablement beaucoup plus vite. Ensuite, les compétences sont clairement réparties : il n'y a pas de confusion dans le dispositif de commandement. C'est le ministère de l'intérieur qui définit l'objectif à atteindre, c'est le ministère de l'intérieur qui dit quel est le contenu du contrat opérationnel, mais le ministère de la défense et l'état-major des armées sont libres de déterminer les modalités qui permettront de remplir le contrat. Cela ne veut pas dire que nous ne nous parlons pas en vue de définir ces modalités ; cela veut dire que je ne demande pas au ministère de la défense de considérer que l'autorité exercée par le ministère de l'intérieur dans la définition des objectifs de sécurité intérieure contraint le ministère de la défense au point de lui imposer, pour atteindre ces objectifs, des modalités d'organisation qui relèvent de son administration. Non seulement je ne fais pas cela mais je tiens compte, dans l'organisation de nos gardes et de nos patrouilles, des spécificités de nos forces respectives pour parvenir à une sécurité optimale. C'est pour cela que je pense que des gardes dynamiques, qui ne soient pas des gardes en voiture - il peut y avoir des patrouilles automobiles mais il faut des gardes à pied, avec des gens en armes qui circulent dans des quartiers -, sont beaucoup plus efficaces que des gardes statiques. Du reste, celles-ci posent un problème : un certain nombre de représentants de cultes se sont habitués aux gardes statiques et considèrent qu'y mettre fin serait une manière de remettre en cause la sécurité qu'on leur a promise, ils ne comprennent donc pas que la substitution d'une garde dynamique à une garde statique leur offre plus de sécurité. Dans un contexte où la capacité de résilience du pays résulte du fait que chacun est convaincu qu'on lui offre la sécurité adéquate, il n'est pas possible de procéder à cette substitution partout sans un minimum de dialogue et de concertation associant ceux qui sont protégés, notamment les plus vulnérables, aux dispositifs que nous proposons de mettre en œuvre. J'ai donc donné un mandat au préfet de police de Paris pour discuter, avec le délégué interministériel à la sécurité Thierry Coudert, avec les représentants de la communauté juive et parvenir, dans un délai de quelques semaines, à la substitution sur le territoire de l'Île-de-France de gardes dynamiques aux gardes statiques. Il faut aussi rassurer nos compatriotes de confession juive, qui craignent que la fin des gardes statiques ne les expose à des risques accrus ? et compte tenu de ce qu'ils ont vécu à l'école Ozar Hatorah et à l'Hyper Cacher, je le comprends. Par ailleurs, la défense ne fait pas de renseignement sur le territoire national. Ce n'est pas dans son contrat, et elle ne le demande d'ailleurs pas. La direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) fait du renseignement dans le cadre de ses compétences particulières, mais la défense ne fait pas de renseignement sur le territoire national. Le contexte est cependant particulier, et le ministre de la défense et moi-même sommes prêts à envisager que les capacités spécifiques des armées puissent, sur réquisition seulement, être mises en œuvre sur le territoire national en vue d'accomplir des missions de surveillance ou de détection qui leur seraient confiées par l'autorité civile. Le problème de l'articulation ne se poserait alors pas, le travail se ferait en commun, dans le cadre d'un échange fluide d'informations entre les militaires et les civils ; mais le travail de surveillance et de détection, qui est une forme de renseignement, ne pourrait se faire que sur réquisition de l'autorité civile. Faute de quoi, la confusion serait considérable. (Interventions des parlementaires) Je vais essayer de répondre le plus précisément possible à l'ensemble de ces questions. Nous avons voulu un PNR européen qui prenne en compte un certain nombre d'éléments dont nous avons besoin pour assurer la traçabilité du retour des terroristes des théâtres d'opérations : les vols charter - il est rare que ces individus voyagent en première classe -, les vols intra-européens, les infractions nationales et internationales. Nous avons souhaité que la durée de conservation des données soit de cinq ans et la durée de masquage de six mois. Tout cela a abouti un intense dialogue entre la Commission européenne, le Conseil européen et le Parlement européen. Le trilogue s'est réuni et un accord a été trouvé entre les trois institutions au mois de décembre, au terme d'une longue négociation. Aujourd'hui, il s'agit de soumettre le texte au vote. Or le Parlement refuse de l'inscrire à l'ordre du jour de ses travaux ! Disons les choses clairement. Dans un contexte de menace terroriste extrêmement élevée, le refus de certains groupes - les Verts, les sociaux-démocrates et les libéraux - de soumettre le texte à la délibération est totalement irresponsable. Et voici que M. Verhofstadt, eurodéputé libéral, publie une tribune pour dire qu'il veut non pas d'un PNR croupion mais d'un PNR européen. Mais un PNR européen, c'est nécessairement la juxtaposition des PNR nationaux, l'interrogation par les États membres des PNR nationaux ! Sinon, il est impossible de mettre en place les plateformes nationales PNR qui garantiront, pour chaque PNR, la protection des données personnelles. On ne peut pas vouloir un PNR européen et refuser l'échange des données entre les PNR nationaux lorsqu'on est attaché à la protection des données ; cela n'a aucun sens. Il faut donc que le texte soit adopté rapidement. De même, en ce qui concerne la directive sur les armes, les décisions prises doivent être appliquées rapidement. Sur ces sujets, il n'y a plus de décisions à prendre : elles ont été prises, et il faut les appliquer. Si les institutions européennes ne comprennent pas que la non-application des décisions prises est une manière de ruiner la réputation de l'Europe dans sa capacité à protéger ses citoyens, alors elles seront responsables de la déréliction de l'Europe ! Il faut le dire très clairement : ce n'est pas responsable, ce n'est pas sérieux. Quand le risque est grand, on doit s'élever au-dessus d'un certain nombre de considérations partisanes et politiques et prendre ses responsabilités. Quant à l'idée d'un service de renseignements européen, je n'en dirai pas plus... La déterritorialisation de la BRI, du GIGN et du RAID est l'objet de deux démarches. Tout d'abord, avec le directeur général de la police nationale et le directeur général de la gendarmerie nationale, nous allons présenter, dans quelques semaines, un schéma d'implantation des antennes du RAID, de la BRI et du GIGN. Elles couvriront l'ensemble du territoire national et, en cas de tuerie de masse, la complémentarité des implantations permettra aux forces d'intervention rapide d'intervenir dans des conditions bien plus optimales. Ensuite, ce schéma permettra-t-il l'intervention du GIGN dans Paris ? Oui, car un inventaire de compétences est en cours, et le GIGN a des compétences que d'autres n'ont pas, de même que le RAID a des compétences que le GIGN n'a pas. Si nous avons besoin de recourir aux compétences spécifiques des uns ou des autres, je ne vois aucune raison de ne pas y faire appel. Le RAID pourra donc intervenir en zone gendarmerie si nécessaire. Je veux faire sauter ces cloisons, très réelles, à l'intérieur de la maison « intérieur » ; ce n'est pas facile, mais je le ferai, parce que l'intérêt de la lutte antiterroriste l'impose. Vous avez raison, la gendarmerie n'est pas dans le premier cercle du renseignement, mais elle n'en a pas moins sa place dans la sphère du renseignement. Elle contribue pleinement au renseignement territorial : j'ai même créé des antennes du renseignement territorial dans les unités de gendarmerie. Travaillant en étroite liaison les uns avec les autres, la gendarmerie est également très liée à la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Sur 2.000 Français concernés par les affaires terroristes, environ 640 sont actuellement sur le théâtre des opérations et 250 à 300 en sont revenus. Nous avons procédé à l'incarcération de 158 de ces 250 à 300 individus. Les autres sont sous contrôle judiciaire ou font l'objet d'une surveillance extrêmement fine de nos services, qui sont très mobilisés. Rappelons que 236 procédures judiciaires ont été ouvertes par les services, sous l'autorité des procureurs, qui concernent 1 086 personnes. Cela vous donne une petite idée de l'importance de la question. Le rapport du SGDSN sur Sentinelle est classifié, parce que si nous le rendons public, ceux qui veulent nous attaquer sauront très exactement quels dispositifs que nous mobilisons pour protéger nos institutions. Cela ne veut pas dire que ces éléments ne peuvent pas être déclassifiés pour être communiqués, notamment, aux parlementaires qui ont à connaître de ces questions ; mais je ne préconise pas de rendre publics les documents par lesquels sont arrêtées les modalités de protection du territoire national dans le détail. Ce serait une excellente manière d'aider ceux qui veulent nous attaquer à déjouer les dispositifs mobilisés. J'ai donné au directeur général de la gendarmerie nationale, au directeur général de la police nationale et au préfet de police des instructions extrêmement claires de suivi des personnels radicalisés. Ces individus sont identifiés et écartés de nos services. Ce sont des cas très résiduels, que nous parvenons à régler de façon efficace. Par ailleurs, dans le cadre de l'élaboration du projet de loi défendu par Jean-Jacques Urvoas et à la suite d'une proposition de loi du groupe dont vous êtes membre, Monsieur le Député, le ministère de l'intérieur a fait des propositions sur les conditions d'engagement du feu. Il ne s'agirait pas d'autoriser en toutes circonstances les forces de l'ordre à ouvrir le feu, il s'agirait de leur permettre, en cas de tuerie de masse, d'assurer leur propre protection et celle des populations qu'elles sont censées protéger. Actuellement examiné par le Parlement, ce texte me paraît équilibré, et son adoption marquera un progrès par rapport aux règles qui prévalent jusqu'à présent. Je suis assez confiant : sur ce sujet comme sur d'autres qui concernent la lutte antiterroriste, nous pourrons parvenir à un très large consensus. En ce qui concerne maintenant l'équipement, les crédits hors titre 2 de la police et de la gendarmerie augmentent de 17% - ils avaient diminué de 17% entre 2007 et 2012. Cela permettra d'acheter des équipements que nous n'avions, jusqu'à présent, pas pu acquérir, notamment près de 3.000 véhicules dans la police et la gendarmerie et des équipements nouveaux dans le cadre du plan BAC-PSIG que j'ai annoncé au mois d'octobre : des gilets de protection conçus par les BAC et les PSIG eux-mêmes, de nouveaux véhicules, de nouveaux fusils HK G36, des casques de protection. Tous ces équipements ont été livrés pour les BAC de Paris, et je devais me rendre demain après-midi à Reims - je ne sais pas si je pourrai le faire -, pour présenter les équipements qui doivent être livrés à toutes les BAC et à tous les PSIG de France ; ils seront équipés d'ici à la fin du premier semestre de l'année 2016. Dans le cadre de l'Euro 2016, dix « fan zones » sont prévues (...). Je ne suis pas très favorable à ce que l'on multiplie ces écrans dans les communes. Je ferai passer des instructions aux préfets, parce que je ne peux pas à la fois mobiliser des moyens pour les « fan zones » et assurer la sécurité de tous ces écrans dans toutes les villes de France. Je vais le faire savoir très vite. Le président du club des villes hôtes de l'Euro 2016, Alain Juppé, a souhaité, dans le cadre d'un dialogue étroit avec le gouvernement, que nous puissions assurer la protection de ces «fans zones». Nous avons pris des dispositions extrêmement rigoureuses : une fouille systématique de ceux qui y entrent, des dispositifs de sécurité privée, une présence significative de forces de sécurité intérieure et la mise en place d'un cahier des charges par «fan zone» incluant des ratios d'agents de sécurité privée par personne. Cela doit faire l'objet d'une analyse territoire par territoire, menée par les préfets dans le cadre de leurs relations avec les maires. Deux hypothèses sont envisageables. Si nous sommes assurés d'un bon niveau d'engagement de la sécurité privée, de la mobilisation de nos forces et d'un dialogue de qualité avec les maires, qui les conduise à mobiliser leur propre police municipale et à accepter les préconisations que nous leur adresserons, nous pouvons faire en sorte que ces «fans zones» soient mises en place, parce que les maires tiennent à ce qu'il y ait une animation dans leur ville. Si, en revanche, les informations communiquées par nos services de renseignement nous conduisent à considérer que ce n'est plus possible, ou que nos relations avec les maires fassent apparaître des défauts d'organisation qui ne nous permettent pas d'organiser ces « fans zones », nous prendrons très vite la décision de ne pas donner suite à la demande. Q - Est-ce tout ou rien ? Ferez-vous une analyse globale ou bien procéderez-vous au cas par cas en fonction des analyses des préfets et de vos services ? R - Je respecterai les engagements pris avec les maires. Nous en sommes convenus avec eux : il y a une volonté générale d'organiser ces «fan zones», mais des décisions peuvent être prises au cas par cas si nous considérons ensemble que les conditions ne sont pas réunies sur tel ou tel territoire. Cette démarche pragmatique et consensuelle est de nature à permettre l'organisation de la manifestation dans de bonnes conditions. Si un maire est défaillant, je n'ai pas de raisons d'interdire la manifestation partout ailleurs, mais je n'ai pas de raisons non plus de maintenir la manifestation dans toutes les «fan zones», quand bien même les maires ne seraient pas défaillants, si des informations précises me parviennent selon lesquelles un risque réel pèse sur ces manifestations. Je m'en tiens à une approche extrêmement rationnelle et pragmatique : principe de précaution maximal, coproduction de la sécurité avec les maires et 100% de précautions - même si 100% de précautions ne font jamais le risque zéro. Le PNR est-il suffisant ? Non. La lutte contre le terrorisme, c'est un ensemble d'outils dont nous avons tous besoin : PNR, dispositifs de dé-radicalisation, dialogue permanent avec les grandes compagnies internet, blocage administratif des sites, possibilité de développer des techniques de renseignement qui permettent de traiter des messages cryptés. Pour ce qui est des algorithmes, je vous rappelle que la loi sur le renseignement comporte des dispositions qui permettent le suivi en continu des terroristes et ce que l'on appelle la détection sur données anonymes. Or, la détection sur données anonymes consiste précisément à mobiliser des algorithmes pour repérer un certain nombre d'individus, en fonction des recherches qu'ils effectuent sur internet ou des traces qu'ils laissent sur internet... Q - Et vous en disposez aujourd'hui ? R - Cela figure dans la loi que vous avez votée. Q - Il y a le principe, et il y a l'application du principe, ce qui fonde d'ailleurs les reproches que vous adressez, à juste titre, à un certain nombre d'autres pays européens. Disposons-nous, en France, de ces dispositifs pour compléter un PNR qui, aujourd'hui, n'existe pas ? R - Monsieur le Député, contrairement à ce que j'ai lu ici ou là, nous avons pris entre le mois de juillet 2015 et le 1er janvier 2016, l'ensemble des décrets d'application, de la loi sur le renseignement - la commission peut le vérifier. Et tous les contacts avec ceux qui doivent être mobilisés pour permettre de recourir, sous le contrôle du juge administratif, à ces techniques de renseignement sont pris. Cette loi a été adoptée parce que nous avions besoin de la détection sur données anonymes et du suivi en continu des profils de nature terroriste. Si certains aspects techniques doivent être finalisés, tous les contacts sont pris et la mise en oeuvre des dispositions votées est en cours. L'expérimentation menée en Isère vise à permettre à la gendarmerie d'engager, avec l'appui des militaires, des actions multiples de sécurisation dans le cadre de la lutte antiterroriste, comme du contrôle de zone à risque, du contrôle de circulation dans des zones de flux, dans des zones qui posent problème. Il faudra en tirer toutes les leçons pour voir comment mieux articuler la relation entre les gendarmes, les forces de sécurité intérieure, et les militaires. Monsieur le Député, le nombre total de sites surveillés sur l'ensemble du territoire national s'élève à près de 12.000 ; 14% sont surveillés par les militaires, et 86 % par les forces de sécurité intérieure. Environ 26% sont des sites religieux. Parmi ceux-ci, nous comptons 40% de sites chrétiens, 34% de sites musulmans et 26% de sites juifs. La répartition des forces par site entre les forces de sécurité intérieure et les armées est la suivante : 65% des sites juifs sont surveillés par les armées et 35% par les forces de sécurité intérieure ; 8% des sites musulmans sont surveillés par les armées et 92% par la police et la gendarmerie ; 7% des sites chrétiens sont surveillés par les armées et 93% par les forces de sécurité intérieure. D'autres sites sont surveillés par les militaires de l'opération Sentinelle : des points d'importance vitale, des infrastructures sensibles, des lieux symboliques, des installations industrielles. Nous pouvons fournir à la commission de la défense des documents comportant tous les éléments afin qu'elle puisse mener à bien ses travaux de contrôle. Q - Combien de sites sont surveillés à un instant T par les militaires ? Une cinquantaine ? Une centaine ? R - Si 12.000 sites sont surveillés au plan national, dont 14% par des militaires, ce sont environ 1.700 sites surveillés par les militaires. Pourquoi n'avons-nous pas augmenté davantage les effectifs des services du ministère de l'intérieur, notamment de la gendarmerie ? La raison est très simple : nous avons augmenté les effectifs et du ministère de l'intérieur et du ministère de la défense. Ceux du ministère de l'intérieur ont progressé de façon significative, puisque, d'ici à la fin du quinquennat, nous aurons créé 9.200 emplois dans la police et la gendarmerie - je donnais tout à l'heure le détail des chiffres au Sénat. Nous avons également décidé de stopper la déflation des effectifs du ministère de la défense et de lui redonner des moyens. Pourquoi n'avons-nous pas consacré nos efforts au seul ministère de l'intérieur ? Tout simplement parce que les effectifs du ministère de la défense mobilisés pour la sécurité intérieure du pays peuvent l'être aussi sur le théâtre des opérations extérieures, dont nous ne sommes pas absents. Tout à l'heure, je constatais avec Jean-Yves Le Drian que les forces militaires mobilisées dans le cadre de l'opération Sentinelle à Roissy seraient la semaine prochaine sur des théâtres d'opérations extérieures. Les recrutements dont bénéficie le ministère de la défense doivent lui offrir la souplesse nécessaire pour être présent à la fois à l'intérieur et à l'extérieur du territoire national ; cela ne me choque pas. Sur ce sujet, nous avons raisonné à partir du contrat opérationnel des armées tel que prévu dans le cadre du Livre blanc : une capacité de mobilisation de 10.000 militaires dans le mois qui suit un événement, et de 7.000 militaires ensuite. Si nous voulons atteindre ces niveaux de mobilisation tout en assurant une fongibilité entre ceux qui sont en sécurité intérieure et ceux qui sont sur les théâtres d'opérations extérieures, il faut calibrer la diminution de la déflation à la hauteur de ce qui a été décidé par votre commission et par le Parlement au mois de juillet dernier. Vous avez alors, avec le ministre de la défense, reconsidéré la loi de programmation militaire pour atteindre l'objectif que je viens d'indiquer. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/278.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/278.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8801c247a09614df2e89746f742b0a913ed369aa --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/278.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Monsieur le Président de la Commission, Monsieur le Rapporteur, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Les tragiques attentats commis hier à Bruxelles, faisant suite à plusieurs attaques perpétrées au cours de ces derniers mois, nous l'ont une fois de plus démontré : nous sommes aujourd'hui confrontés à une menace terroriste d'une nature et d'une ampleur sans précédent. Récemment, la Côte d'Ivoire a elle aussi été prise pour cible, tandis que le Mali a dû faire face, il y a deux jours à peine, à une nouvelle attaque, heureusement déjouée. En Europe comme en Afrique et au Moyen-Orient, aucun pays n'est donc à l'abri. Aussi, il est indispensable que la Nation soit rassemblée face à une telle menace. Pour vaincre nos ennemis, nous avons besoin d'unité, de rigueur et de la mobilisation de tous. C'est la raison pour laquelle je veux vous remercier, et notamment les membres de la Commission des finances du Sénat, d'avoir suscité ce débat consacré aux moyens que le Gouvernement accorde aux services de renseignement intérieur. Je salue le travail réalisé par le rapporteur DOMINATI, dont les recommandations en la matière ont mobilisé toute mon attention. Vous avez rendu votre rapport le 7 octobre dernier, donc avant les attentats du 13 novembre. Par définition, depuis lors, la situation a considérablement évolué et, en conséquence, comme il était normal de le faire, le Gouvernement a pris plusieurs décisions importantes pour adapter et renforcer notre dispositif antiterroriste. Mon propos vous permettra donc, je n'en doute pas, de constater les efforts nécessaires que le Gouvernement a consentis depuis 2012 pour donner enfin à nos services de renseignement intérieur les moyens de lutter efficacement contre une menace d'une portée tout à fait inédite. Aujourd'hui, le terrorisme djihadiste, quel que soit le visage qu'il emprunte DAESH, Al-Qaïda, AQMI, etc., constitue de loin le principal défi auquel nos services de renseignement doivent répondre. Chacun doit bien comprendre que la France constitue l'une des cibles prioritaires des djihadistes. S'il est avéré que les attentats du 13 novembre ont été planifiés depuis la Syrie et coordonnés en dehors de nos frontières, d'autres attaques ont été le fait de personnes radicalisées sur notre sol parfois dans un délai très court et jusqu'alors connues des services de police pour de simples faits de délinquance. Dans ce contexte, notre objectif prioritaire consiste à prévenir et à empêcher la commission de nouveaux attentats. Et pour cela, chacun en conviendra, nous avons besoin de services de renseignement efficaces et extrêmement mobilisés. Leur rôle est absolument décisif. A cet égard, je tiens à leur rendre hommage pour l'opiniâtreté dont ils font preuve afin de garantir la sécurité de notre territoire et la protection de nos concitoyens. Je veux ainsi rappeler que, depuis 2013, grâce à leur travail minutieux, nous avons déjoué pas moins de 11 projets d'attentats, dont six depuis janvier 2015. Le Gouvernement accorde une extrême importance à l'activité de nos services de renseignement. C'est la raison pour laquelle, dès 2012, nous nous sommes employés à la fois à renforcer les moyens dont ils disposent, à améliorer leur organisation et à moderniser le cadre juridique de leur action. Il y avait là une urgence et une nécessité absolues pour tirer les leçons des tueries survenues à Toulouse et à Montauban entre le 11 et le 19 mars 2012 (que nous venons de commémorer) et éviter par là même que notre pays ne se retrouve dans une situation d'extrême vulnérabilité. Je veux donc revenir sur les principales décisions que nous avons prises depuis le début du quinquennat pour renforcer nos capacités de renseignement intérieur, qu'il s'agisse de la surveillance du haut du spectre (confiée à la DGSI) ou bien de la détection des signaux faibles de radicalisation (confiée au SCRT et aux autres acteurs du « deuxième cercle »). Je commencerai par les renforts en effectifs et en matériels dont ont bénéficié les services afin d'organiser leur « changement d'échelle » (recommandations 1, 4 et 5 du rapport). Puis, je reviendrai sur les réformes que nous avons conduites pour consolider leur architecture globale et leur cadre d'action afin de leur faire gagner en efficience (recommandations 2, 3 et 6). Enfin, j'aborderai les enjeux plus spécifiques liés aux ressources humaines : j'entends par là la diversification du recrutement et de la formation des agents (recommandations 7 et 8). Avant toute chose, je veux rappeler que notre politique de relance des recrutements ne concerne pas seulement les services de renseignement. Depuis 2012, c'est bien l'ensemble des forces de sécurité dont nous augmentons nettement les effectifs. En raison de l'ampleur de la menace, il était en effet indispensable qu'un tel mouvement affecte les forces de l'ordre dans leur intégralité. Vous me permettrez donc de rappeler quelques faits incontestables, accompagnés des chiffres précis qui les illustrent et les confortent. D'une manière générale, le Gouvernement a ainsi consenti un effort national sans précédent sur le plan des recrutements au sein de la Police et de la Gendarmerie. Nous avons ainsi mis un terme aux coupes claires qui avaient considérablement réduit et affaibli les effectifs des forces de sécurité entre 2007 et 2012. Au cours du précédent quinquennat, la Police nationale a perdu très exactement 6 276 postes, et la Gendarmerie nationale 6 243 postes, soit un total de 12 519 postes supprimés, tous services et toutes unités confondus. Dois-je préciser que ces 12 519 postes nous ont sans conteste manqué depuis 2012, alors que nous affrontons une menace terroriste sans précédent ? La destruction regrettable de tous ces emplois a constitué une lourde erreur. Pour combler un tel manque, nous avons donc pris la décision de remplacer tous les départs à la retraite, et nous avons recréé près de 500 emplois nouveaux par an dans les deux forces. Par ailleurs, dès après les attentats de janvier 2015, nous avons continué d'organiser la montée en puissance de notre dispositif grâce à différents plans de recrutements concernant la lutte contre le terrorisme, la lutte contre l'immigration clandestine ou encore le renfort de nos unités de forces mobiles et de sécurité publique. Au total, entre 2012 et 2017, les effectifs des services concourant à la sécurité des Français auront augmenté de 9 341 postes nouveaux, dont 5 744 dans la Police et 3 199 dans la Gendarmerie. Pour ne prendre que l'exemple de la Police, en 2016 comme en 2017, plus de 4.600 gardiens de la paix sortiront de nos écoles, pour chacune de ces deux années. Ils étaient seulement 488 en 2012. Bien entendu, nos services de renseignement intérieur ont bénéficié prioritairement de ces ressources nouvelles. Trois vagues successives de renforts ont ainsi été décidées. 1. Dès 2013, un premier plan spécifique a été initié pour renforcer les effectifs de la DGSI. Ce plan prévoit d'ici 2018 la création totale de 432 postes supplémentaires. 2. Le Plan de lutte anti-terroriste (PLAT) de janvier 2015 a prescrit sur le triennal 2015-2017 la création nette de 1 400 emplois, dont 1 100 viendront grossir les rangs du renseignement intérieur : - la DGSI : + 500 emplois pour renforcer sa présence de terrain et ses compétences en centrale, notamment sur les qualifications rares ; - le SCRT : + 500 emplois pour densifier son maillage national, y compris dans la profondeur des territoires. Ces renforts sont composés de 350 policiers et 150 gendarmes dédiés à la fonction de recherche et d'analyse du renseignement. 50 gendarmes ont d'ores et déjà été affectés dans les 25 premières antennes du RT mises en place dès le 1er juillet 2015. 50 autres antennes de ce type seront créées en 2016 et en 2017. - la DRPP : + 100 emplois. 3. Le Pacte de Sécurité, annoncé par le président de la République devant le Congrès réuni à Versailles le 16 novembre et qui porte sur un total de 5 000 créations nettes d'emplois prévoit, pour la DGSI, 225 effectifs supplémentaires, dont la création est répartie sur 2016 (112 postes) et 2017 (113 postes). En outre, 130 effectifs supplémentaires (policiers et gendarmes) viendront renforcer le SCRT. Si l'on fait preuve d'objectivité dans le bilan de ces différents plans de renforcement, que constate-t-on aujourd'hui ? Concernant tout d'abord la DGSI, les postes supplémentaires prévus entre 2013 et 2015 ont tous été pourvus, soit 389 postes. Par ailleurs, d'ici 2018, la DGSI aura gagné au total 1 157 effectifs supplémentaires, parmi lesquels, notamment, des analystes techniques, des informaticiens et des linguistes, pour renforcer ses capacités d'analyse, de détection et de prévention des risques terroristes. Ensuite, comme vous pouvez le constater, les services du « deuxième cercle », et notamment le SCRT, ne constituent certainement pas le « parent pauvre » du renseignement intérieur. En décembre 2013, le SCRT comptait 1 847 agents. Il en compte actuellement un peu plus de 2 160. Nous prévoyons d'atteindre en 2017 environ 2 490 agents (2 326 dès cette année). La progression est donc continue. En quatre ans, le SCRT aura au total gagné environ 640 effectifs supplémentaires, ce qui représente un effort particulièrement significatif. Voilà donc les faits. Voilà donc les chiffres. Par ailleurs, sur le plan des capacités technologiques de surveillance et de recueil de renseignements, nous avons également consenti un effort important, dans le cadre du plan de renforcement des moyens d'équipement, d'investissement et de fonctionnement du ministère de l'Intérieur. Au titre du Plan antiterroriste de janvier 2015, ce sont 233 millions d'euros sur trois ans qui ont été ouverts, dont 90 millions d'euros pour la modernisation et le renforcement des infrastructures et applications informatiques. En 2015, ce plan a permis un investissement de 98 millions d'euros, auxquels 67 millions d'euros viendront s'ajouter en 2016. Ces investissements ont d'ores et déjà été alloués aux services concernés pour qu'ils puissent accomplir leurs missions de la façon la plus efficace possible. Par ailleurs, le Pacte de sécurité prévoit pour 2016 un volume d'investissement de 245,8 millions d'euros supplémentaires, dont 116,4 millions pour les services de police et 93,4 millions pour ceux de la Gendarmerie. Ces moyens s'ajoutent au plan de janvier 2015. L'effort sera encore amplifié en 2017, avec 228 millions d'euros supplémentaires de moyens d'équipements, d'investissement et de fonctionnement pour les forces. Au total, alors qu'entre 2007 et 2012, ces moyens d'action ont diminué de 16% pour la Police et de 18% pour la Gendarmerie, ils auront augmenté entre 2012 et 2017 respectivement de 16% pour la Police et de 10% pour la Gendarmerie. Par ailleurs, d'un point de vue plus qualitatif, si l’exploitation des sources humaines demeure bien entendu indispensable, Internet et les réseaux sociaux doivent aussi faire l'objet d'une extrême vigilance. Je pense notamment aux usages criminels qui peuvent être faits des réseaux officieux de type darknet, ou encore, d'une manière générale, à la partie d'Internet qui n'est pas indexée par les moteurs de recherche classiques et où circulent une masse importante d'informations émises par des organisations criminelles, y compris djihadistes. Il est impératif que le renseignement intérieur accède à un niveau d'expertise et de parfaite maîtrise de ces canaux empruntés par nos ennemis. Ses ingénieurs et ses techniciens, mais aussi ses analystes, doivent être en mesure d'y détecter les prémisses des actions susceptibles d'être commises sur notre sol pour que les sources humaines puissent être sensibilisées quand cela est nécessaire. Nous mettons donc en œuvre des moyens exceptionnels, à la hauteur des enjeux, pour garantir la capacité opérationnelle de nos services de renseignement. Pour donner à nos services de renseignement intérieur une capacité pleine et entière d'action, il nous fallait aussi rationnaliser leur organisation et moderniser le cadre juridique de leur action. Dès 2013, nous avons ainsi commencé à les réformer en profondeur afin de clarifier l'architecture générale de notre dispositif reposant sur une articulation dynamique entre le « premier cercle » (la DGSI) et le « deuxième cercle » (le SCRT et la DRPP). Nous avons d'abord transformé la Direction centrale du Renseignement intérieur (DCRI) en Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), créée par le décret du 30 avril 2014 et directement placée sous l'autorité du ministre de l'Intérieur. Gagnant ainsi en autonomie, la DGSI a également gagné en efficacité. Surtout, dès 2012, le Gouvernement a recréé un véritable service de renseignement de proximité en milieu ouvert. Il y avait là en effet une urgence absolue. Car la réforme conduite en 2008 par la majorité précédente, en supprimant les Renseignements généraux sans pour autant leur substituer un nouveau modèle permettant la détection des signaux faibles, a nettement diminué nos capacités de renseignement et de détection des phénomènes de radicalisation. La réalité, c'est que la fusion de la DST et des RG pour constituer la DCRI a affaibli notre dispositif de renseignement intérieur en méconnaissant les spécificités de ces deux services complémentaires. En dehors de la DCRI ainsi constituée, et dont la vocation était exclusivement consacrée au « haut du spectre », le reste du renseignement intérieur a ainsi été réduit à un simple service d'information générale, en charge pour l'essentiel des phénomènes économiques et sociaux, ainsi que de la surveillance du hooliganisme. Ce service d'information générale n'avait aucune attribution en matière de terrorisme, pas même le bas du spectre ni la détection des signaux faibles. L'accès aux principaux fichiers de police lui était même interdit. Par souci de cohérence, nous avons par ailleurs renforcé le positionnement du SCRT par rapport aux anciens RG. Les attributions du RT ont été ainsi clairement élargies pour lui permettre de retrouver pleinement ses compétences d'appui à la prévention du terrorisme, notamment par la détection en amont des signaux faibles de radicalisation. C'est la raison pour laquelle son maillage, en métropole comme outre-mer, a été renforcé pour densifier le réseau de ses capteurs. De même, nous avons décidé de développer des relais du RT dans les compagnies ou les brigades de gendarmerie, ainsi que dans les commissariats de police, à chaque fois que cela se révèle nécessaire. Une telle proximité est absolument indispensable. Pour mieux prendre en compte le caractère diffus de la menace djihadiste, ainsi que les phénomènes de porosité entre délinquance et terrorisme, priorité a par ailleurs été donnée à la coopération et au partage de l'information entre les différents services. Nous avons consolidé l'articulation entre le « premier cercle » et le « deuxième cercle ». A cet égard, l'Unité de Coordination de la Lutte antiterroriste (UCLAT) joue bien sûr un rôle décisif. Des « cellules de coordination » ont été mises en place, qui rassemblent l'ensemble des services de renseignement dans une organisation réactive et fluide. A cet égard, je constate que vous vous interrogez sur l'articulation entre l'UCLAT et l'EMOPT. Permettez-moi de vous répondre précisément. C'est pour renforcer notre effort de coopération qu'en juin 2015, après le drame de Saint-Quentin-Fallavier, j'ai créé un Etat-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT), directement rattaché à mon cabinet. Son rôle est de coordonner, d'animer et de contrôler à l'échelon central le suivi des personnes radicalisées pour s'assurer que celui-ci est bien effectif. Pour ce faire, l'EMOPT réunit désormais des représentants de tous les services impliqués dans la lutte contre le terrorisme, dans une logique de décloisonnement et de transversalité. Son rôle est donc complémentaire de celui de l'UCLAT, qui, tout en participant à cet état-major, développe par ailleurs l'expertise indispensable à la compréhension du phénomène de la radicalisation violente. Je dirais donc que l'EMOPT, qui s'appuie sur le Fichier de Traitement des Signalements, de la Prévention de la Radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), est avant tout une méthode, laquelle nous permet de garantir la fiabilité de l'information afin de resserrer les mailles du filet de l'antiterrorisme. Avec l'EMOPT, les préfets disposent enfin d'un interlocuteur clairement identifié vers lequel ils peuvent se tourner pour orienter leur propre action sur le terrain. Par là même, le renseignement contribuant à la lutte contre la radicalisation est devenu une mission fondamentale des représentants de l'Etat dans les départements. Notre dispositif global repose donc sur une architecture claire et cohérente. C'est la raison pour laquelle je ne suis pas convaincu, Monsieur le Sénateur, par votre volonté de « regrouper je vous cite les services concourant au renseignement de proximité afin de permettre le passage de quatre à deux services de renseignement intérieur ». Je comprends qu'à la DGSI et au SCRT, vous associez la DRPP et la SDAO (Sous-direction de l'anticipation opérationnelle) de la Gendarmerie. Je vous le dis en toute sincérité : je ne crois pas à la pertinence d'une telle démarche. Pour une raison simple : votre proposition, par une forme de rétropédalage, reviendrait à procéder à nouveau à des fusions non justifiées dont on a pourtant constaté par le passé les effets négatifs qu'elles étaient susceptibles d'entraîner. J'ajoute que l'existence de la DRPP s'explique tout simplement par la nécessité de couvrir le ressort territorial de la Préfecture de Police à Paris et dans l'agglomération parisienne. Quant à la SDAO, dont vous semblez faire un service de renseignement à part entière, je veux être là aussi très précis. Il s'agit avant tout d'un service destiné aux chefs opérationnels de la Gendarmerie, auxquels il transmet chaque jour les informations nécessaires pour conduire leurs opérations dans des conditions optimales. Bien entendu, si les informations recueillies dans ce cadre intéressent le SCRT, elles lui sont immédiatement transmises. Fusionner la SDAO avec le SCRT reviendrait donc à priver la Gendarmerie d'un outil précieux et à la rendre en quelque sorte aveugle. Il est en effet évident que le SCRT ne pourrait en aucun cas assurer la diversité des missions de suivi opérationnel que remplit la SDAO. Je vous donne deux exemples récents : la traque des frères KOUACHI et la gestion des conséquences du crash de l'Airbus de la « GermanWings ». Jamais nous n'aurions pu agir avec autant d'efficacité si la Gendarmerie n'avait pu compter sur le soutien apporté par la SDAO. Votre proposition de fusion n'est donc tout simplement pas adaptée à la réalité opérationnelle des missions accomplies par la Gendarmerie. Par ailleurs, avec la loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement, nous avons élaboré, pour l'activité de nos services, un cadre légal moderne et cohérent, adapté aux nouvelles menaces, aux mutations technologiques les plus récentes et à l'évolution du droit national et international. Ce cadre fixe, pour la première fois dans l'histoire de la République, des règles d'emploi claires des techniques de renseignement afin de protéger les agents qui y ont recours tout en garantissant le respect des libertés individuelles. La loi renforce ainsi les indispensables dispositifs d'évaluation de l'action des services. Je signale d'ailleurs à votre attention que l'ensemble des décrets d'application a été publié dans des délais très rapides, entre le 28 septembre 2015 et le 29 janvier 2016, nous permettant de commencer à mettre en œuvre des innovations aussi décisives que le Fichier des antécédents judiciaires terroristes (FIJAIT) ou, dans une logique de décloisonnement et de partage de l'information, d'élargir l'accès administratif au traitement des antécédents judiciaires ou aux données de connexion pour les services qui en avaient besoin et ne pouvaient jusqu'à présent y accéder. Enfin, la question du renforcement des effectifs ne peut être seulement posée en termes quantitatifs. A mes yeux et je sais que vous en serez d'accord avec moi il est indispensable que nos services diversifient le recrutement et la formation de leurs agents, comme le recommande d'ailleurs le sénateur DOMINATI lui-même. C'est là une exigence d'autant plus importante que les menaces que nous affrontons sont en constante évolution. C'est la raison pour laquelle nous devons nous ouvrir davantage aux apports de la recherche universitaire notamment dans les sciences humaines et sociales si nous voulons renforcer nos capacités d'analyse et par là même d'anticipation. Je pense par exemple aux mutations qu'a connues le phénomène djihadiste au cours de ces dix dernières années et que des chercheurs tels que Gilles KEPEL ont su parfaitement décrire. Il me semble donc important de recruter davantage de personnels formés aux sciences sociales, maîtrisant les langues extra-européennes et les technologies les plus avancées. Qu'il y ait davantage de fluidité dans le passage d'un univers à l'autre. Nous nous y employons, et j'ai moi-même délivré un certain nombre de consignes allant en ce sens auprès des responsables du renseignement intérieur. Nous faisons ainsi en sorte d'assouplir les conditions de recrutement des contractuels, tandis que nous nous efforçons d'élaborer une stratégie adaptée pour attirer au sein des services les profils spécialisés dont ils ont besoin. Aujourd'hui, dès lors qu'il leur est impossible d'y entrer par concours dans la mesure où leur compétence serait par trop spécialisée pour être exercée par un corps existant de fonctionnaires, l'intégration de contractuels dans les services ne présente aucune véritable difficulté. Au cours de l'année 2015, nous avons ainsi procédé à plusieurs recrutements extérieurs. Le SCRT a notamment recruté plusieurs spécialistes de haut niveau, universitaires, informaticiens, linguiste et psychologue, lesquels, par leurs analyses croisées, lui ont d'ores et déjà permis d'affiner sa compréhension du phénomène de la radicalisation violente. De son côté, la DGSI n'hésite pas non plus à faire appel à des contractuels extérieurs pour intégrer les compétences ultraspécialisées dont elle a besoin. Depuis 2013, les trois plans successifs de recrutement en son sein ont tous permis d'intégrer des contractuels. Compte tenu des renforts programmés, le taux de contractuels au sein des services de la DGSI devrait être, à la fin de l'année 2018, de 14, 5%, contre 10,5% à l'heure actuelle, dans la mesure où je le répète – nous n'avons fixé aucun plafonnement de ces types d'emploi. Parallèlement, il est tout aussi indispensable que nous continuions de diversifier la formation initiale et continue de nos agents. A cet égard, l'Académie du Renseignement joue bien sûr un rôle crucial par les enseignements qu'elle dispense à des stagiaires de toutes générations, issus des différentes composantes de la communauté française du renseignement. J'ai moi-même participé, voici près de deux semaines, à l'ouverture de la 12e session de formation initiale de l'Académie, où j'ai pu insister sur l'importance de la mission que celle-ci remplissait pour permettre à nos agents non seulement d'acquérir une véritable connaissance de notre politique publique du renseignement, mais aussi de maîtriser les enjeux liés à l'évolution des menaces. Ainsi, un séminaire ad hoc a été consacré, en septembre dernier, à la lutte contre la radicalisation violente, tandis que certaines formations s'ouvrent désormais aux personnels du SCRT, de la DRPP et de la DAP (Direction de l'administration pénitentiaire). D'autres institutions de formation des agents ou des futurs agents œuvrent dans le même sens. Je pense notamment à l'Ecole Nationale Supérieure de la Police. Celle-ci tient en effet pleinement compte de l'importance du renseignement dans la formation initiale et continue qu'elle dispense aux commissaires et aux officiers de police, tout en faisant appel à des intervenants eux-mêmes issus des services de renseignement ou du monde universitaire. D'une manière générale, des liens étroits ont été noués avec l'Université. Un Master 2 sur la sécurité, en partenariat avec l'Université Lyon-III, est ainsi proposé aux futurs commissaires. Des conventions ont également été passées avec plusieurs écoles doctorales, ainsi qu'avec le CNRS. D'autres formations spécifiques existent, qui proposent des modules consacrés à la question du terrorisme et à la lutte antiterroriste. C'est par exemple le cas du master en droit et stratégies de la sécurité, fruit d'un partenariat entre l'Université Paris-2 Assas et l'Ecole des officiers de la gendarmerie nationale (EOGN). Bien sûr, pour renforcer les liens entre les mondes du renseignement et de la recherche, l'impulsion doit également venir de l'Université elle-même, laquelle doit accorder en son sein une plus grande place aux intelligence studies, sur le modèle de ce qui est proposé dans le monde anglo-saxon où les cursus de formation et de recherche dans le domaine du renseignement et de l'antiterrorisme se sont multipliés dès le début des années 1990 et surtout au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Des exemples intéressants existent, à l'IEP de Paris ou bien à l'Université de Bordeaux, qui doivent nous encourager à aller plus loin. Plusieurs réflexions ont été lancées sur ce sujet. Pour ma part, j'ai confié deux missions sur la fonction de prospective au sein du ministère de l'Intérieur : l'une au préfet DE BOUSQUET DE FLORIAN, ancien directeur de la DST, et l'autre au préfet BURG, visant à renforcer la coordination des travaux stratégiques et à rapprocher les mondes de la sécurité et de la recherche. Je tiens beaucoup à cette dimension prospective de notre action. Je crois en effet qu'elle est indispensable pour assurer sur le long terme la sécurité de notre pays, dont on sait que les menaces qu'il combat s'inscrivent malheureusement dans un temps long. Mesdames et Messieurs les Sénateurs, face à une menace terroriste d'une exceptionnelle gravité, les services de renseignement français jouent un rôle capital, aux côtés de l'ensemble des forces de sécurité. Et, comme vous avez pu le constater, le Gouvernement a fait en sorte, depuis 2012, de leur donner les moyens nécessaires pour assumer pleinement ce rôle. Ils sont en première ligne, et une grande partie de la sécurité de notre pays repose sur eux. C'est la raison pour laquelle il était urgent de réformer et de renforcer notre dispositif de renseignement intérieur. Ce que nous avons fait, au service de la République et de la France. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/279.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/279.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..64624893480d0ce2eefbb0933987bb99fb37c7f3 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/279.txt @@ -0,0 +1 @@ +INTERVENANT 7 h 50 à Paris ! Votre invitée Frédéric RIVIERE, vous recevez ce matin la ministre française de l'Education nationale Najat VALLAUD-BELKACEM. FRÉDÉRIC RIVIERE Bonjour Najat VALLAUD-BELKACEM. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Bonjour. FRÉDÉRIC RIVIERE Pour François HOLLANDE c'est l'Europe qui a été visée à travers les attentats de Bruxelles, est-ce que c'est aussi comme ça que vous voyez les choses ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui. J'ai été je pense comme tout le monde sous le choc hier de ces attentats, pas simplement parce qu'ils ont fait renaître des souvenirs très douloureux pour les Français que nous sommes mais aussi parce que ce qu'ils nous disent c'est que ça va se produire et ça va se reproduire sans aucune et qu'en effet c'est bien l'Europe qui est visée, c'est-à-dire un mode de vie européen, des valeurs, des libertés fondamentales que ces terroristes exècrent de tout leur être et donc je comprends tout à fait lorsque le président de la République exprime que, puisque c'est l'Europe qui est visée, l'Europe doit se donner les outils de sa sécurité et donc au niveau européen nous avons un certain nombre de mesures à adopter pour renforcer notre protection. FREDERIC RIVIERE Le ministre de l'Intérieur a annoncé hier un renforcement d'un certain nombre de mesures. Le Premier ministre disait lundi qu'il y a des « Molenbeek » en France, le secrétaire général de Synergie officiers Patrice RIBEIRO allait plus loin encore dans Le Figaro, selon lui il y a partout des « Molenbeek » en France, il citait notamment Roubaix dans le Nord, Le Mirail à Toulouse, Trappes en région parisienne, comment a-t-on pu laisser faire ça ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM En tout cas c'est une question que la société toute entière doit se poser ! Moi, en ma qualité de ministre de l'Education nationale, je me la pose tout particulièrement à l'école : comment en effet est-ce que nous avons pu voir passer dans nos établissements scolaires des jeunes gens à qui nous avons appris les valeurs de la France, que nous sommes censés en tout cas avoir appris les valeurs de la France, de la République, la liberté, la démocratie et qui peuvent s'engager dans des projets aussi terribles, aussi mortifères que ceux-là ? Donc, à cette question, la meilleure des réponses c'est précisément d'organiser un cadre pour l'avenir qui puisse prévenir le maximum possible la tentation de la radicalisation. Or la meilleure façon de préparer ce cadre c'est de faire en sorte déjà que chaque enfant en France puisse se sentir partie prenante de ce pays, avoir un rôle à y jouer, une place à y trouver et donc faire en sorte que finalement aucun sentiment d'être exclu ne vienne alimenter la haine des autres, or on voit bien que c'est souvent des choses qui ont joué, même si après comme le dit le Premier ministre lui-même - et il a raison - il ne faut pas forcément chercher à excuser les comportements avec ce type d'explication, mais je crois vraiment que nous avons une responsabilité désormais dans l'Education nationale comme dans les autres services publics et dans la société plus générale c'est de veiller à ce que nous n'organisions pas les ferments sur lesquels les gens peuvent se sentir exclus et donc nourrir de la haine à l'égard de leur pays. FREDERIC RIVIERE Pour mieux lutter contre ce que Manuel VALLS avait appelé « l'apartheid social » notamment ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Par exemple. Moi je le répète souvent, des enfants auxquels par exemple on passe notre temps à l'école à parler des valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité mais qui en même temps au quotidien n'en font pas l'expérience dans leur vie personnelle parce qu'ils sont dans des établissements ségrégés, dans des territoires ghettoïser, qu'ils ont l'impression de n'avoir aucune perspective de réussite, eh bien c'est des enfants qui non seulement ne vont pas adhérer spontanément aux valeurs de la République en question mais qui en plus même vont nourrir une défiance à l'égard des institutions et de ceux qui portent cette parole qui est terrible parce que c'est sur la défiance qu'ensuite naissent tous les rejets et les haines. Donc, je crois que c'est très important pour les responsables politiques de prendre à bras le corps le sujet de la mixité sociale, de la lutte contre la ségrégation, contre la ghettoïsation. FREDERIC RIVIERE Le gouvernement donc renforce les mesures de sécurité, le ministre de l'Intérieur l'a annoncé hier, de votre côté en effet l'Education nationale a un rôle à jouer très important dans l'éveil des consciences, dans la mise en garde, est-ce que vous allez prendre des mesures concrètes et rapides pour renforcer les dispositifs ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Nous, nous avons d'ores et déjà beaucoup travaillé sur cette question de la prévention de la radicalisation et puis la détection de la radicalisation dans nos établissements scolaires, pourquoi ? Parce que l'école c'est quand même un laboratoire d'une certaine façon où on voit passer toute une classe d'âges et donc c'est aussi le meilleur lieu pour repérer quand un enfant, un jeune, un adolescent est en train de tomber dans une certaine dérive. Donc pour ce faire, d'abord la prévention il n'y a rien de mieux, le fait que désormais à l'école vous ayez des cours d'enseignement moral et civique, des cours d'éducation média et à l'information où on va justement apprendre aux élèves à se méfier de ce qu'ils lisent sur Internet, à confronter des opinions diverses sans tomber dans la violence, etc., c'est très important parce que c'est la meilleure façon de prévenir cette tentation-là ; La deuxième chose, c'est l'identification des cas problématiques et nous avons adressé à nos chefs d'établissement en particulier un certain nombre d'outils, de guides pour savoir identifier ce qui relève de la radicalisation et ce qui peut relever du simple mal-être adolescent c'est pas simple parfois à repérer et, à partir du moment où ce type de comportement est repéré chez un élève, eh bien il y a tout un protocole d'actions qui se met en place avec un référent radicalisation qui a été installé dans chaque académie et qui devient l'interlocuteur du chef d'établissement pour qu'il puisse lui dire : « j'ai un problème avec tel ou tel élève », avec une cellule qui au niveau préfectoral se met en place pour suivre la situation de cet élève, pour voir quelle est la situation de sa famille - enfin allez vérifier qu'il n'y ait pas d'effets graves derrière - et en tout état de cause un suivi de sa scolarité qui est adaptée pour justement l'accompagner de beaucoup plus près pour éviter qu'il ne tombe dans la radicalisation. C'est l'occasion d'ailleurs pour nous de constater que cette radicalisation quand même la plupart du temps c'est sur Internet qu'elle se fait, j'insiste vraiment sur ce point, parce que finalement ça nous ramène à ce que je disais sur l'éducation média et à l'information. FRÉDÉRIC RIVIERE Absolument ! Et sur Internet se développent régulièrement des théories du complot, on l'a vu encore hier avec l'arrestation de Salah ABDESLAM, on a vu lors des images qu'un morceau de papier tombe de son pantalon, immédiatement tout un tas de théories se sont développées autour de ce petit détail, sur ce point-là il faut aller plus loin, plus fort, pour lutter contre ce qu'on pourrait appeler la « jihadosphère » (phon) ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, c'est un point absolument essentiel, moi je considère que c'est l'un des défis majeurs auxquels malheureusement l'école doit se confronter aujourd'hui. FREDERIC RIVIERE Et là les médias ont un rôle à jouer aussi d'ailleurs ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Et les médias ont un rôle à jouer. Pourquoi est-ce que c'est un des défis majeurs ? Parce qu'en fait on a changé d'époque, soyons clairs, je veux dire on n'est plus dans cette époque où le seul et unique vecteur d'information, de connaissance, de savoir était l'enseignant et les parents, non aujourd'hui les vecteurs sont absolument multiples, donc les enfants, les élèves trouvent des informations qu'ils croient être des informations qui sont en réalité de la désinformation massive sur Internet et leur retirer ça de l'esprit vraiment c'est une tâche monstrueuse qui est très, très difficile à faire au quotidien pour nos enseignants - c'est pour ça qu'il fallait outiller nos enseignants et en même les outiller en leur expliquant aussi ce que nous avons fait récemment dans une journée que j'organisais sur le sujet que quand les élèves sont persuadés qu'il y a eu un complot ou une conspiration sur tel ou tel sujet ça ne sert à rien de venir contre-argumenter pied à pied sur les éléments de ce « complot », par exemple le rétroviseur dans les attaques de Charlie hebdo ou ce que vous venez de dire du papier de Salah ABDESLAM. Ce qu'il faut faire avec ces élèves c'est leur démontrer comment est-ce qu'une théorie du complot nait pour qu'ils comprennent les mécanismes, qu'ils apprennent à les décrypter et qu'ils apprennent à se méfier systématiquement la fois suivante où ils sont confrontés à de telles histoires sur Internet et ça, pour le coup, ça passe beaucoup par l'enseignement moral et civique. FREDERIC RIVIERE Le président de la République reçoit ce matin le Premier ministre, le président de l'Assemblée nationale et celui du Sénat pour ce qui, selon toute vraisemblance, devrait être le dernier acte de la déchéance de nationalité puisqu'il n'est pas possible manifestement de mettre les deux chambres du Parlement d'accord, François HOLLANDE devrait enterrer cette disposition. Ça vous inspire quoi, du regret ou du soulagement ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ecoutez d'abord les choses ne sont pas figées à ma connaissance à cette heure-ci, il y a un travail qui est fait entre le Sénat et l'Assemblée nationale pour rapprocher les points de vue, et je crois vraiment que plus encore après les attentats bruxellois d'hier nous devons avoir à l'esprit cette unité nationale et cette capacité que nous avons tous à faire du lien, à faire en sorte que nous prenions ensemble nos responsabilités sans tomber dans les clivages politiciens auxquels nous nous sommes trop habitués ces dernières décennies, les Français nous regardent, nous attendent sur ces sujets celui-là comme sur d'autres- donc essayons le maximum possible de trouver un compromis entre les deux assemblées. FREDERIC RIVIERE Merci Najat VALLAUD-BELKACEM… NAJAT VALLAUD-BELKACEM Merci à vous. FRÉDÉRIC RIVIERE Bonne journée. INTERVENANT Najat VALLAUD-BELKACEM, la ministre française de l'Education nationale. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/280.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/280.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..36bfe9eb57e9a549c8e8f52f34c4b79ad0806583 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/280.txt @@ -0,0 +1 @@ +Libye (...) Q - Une question sur la Libye, est-ce que la France croit encore que la solution du dialogue est la plus porteuse pour la Libye ? R - S'agissant de la Libye, je pense, mais le ministre dira s'il partage mon analyse, qu'il n'y a pas d'autre solution que politique. Il faut tirer les leçons de 2011, soyons francs. Il ne s'agit pas de recommencer des initiatives qui n'apportent pas de solution durable et qui, au contraire, créent un état de chaos et de désordre qui est préjudiciable au peuple libyen d'abord, qui en est la première victime, et qui permet aussi la progression de groupes terroristes comme Daech et qui menace tous les États de la région. J'étais récemment en Tunisie, qui a subi des attentats à sa frontière, mais l'Algérie aussi est bien placée. Je me souviens des premiers échanges que j'avais eus avec M. Sellal en 2012 au moment d'In Amenas. Aussi nous avons là une situation extrêmement dangereuse, mais c'est par la voie politique que nous souhaitons l'aborder. C'est pourquoi nous soutenons la constitution d'un gouvernement d'unité nationale avec, à sa tête, M. Sarraj, que j'ai eu l'occasion de rencontrer lors de mon voyage en Tunisie il y a quelques jours, qui est prêt et qui souhaite installer son gouvernement à Tripoli, la capitale, et que sa sécurité soit assurée non pas vers l'extérieur mais par un accord qui doit être trouvé sur place. Et à partir de là, nous pourrons construire avec la Libye une relation, construire avec elle une solution qui permette à ce pays de se réconcilier mais aussi de se reconstruire et de maîtriser ce danger qui le guette et qui guette les puissances de la région, les pays de la région, c'est-à-dire la progression de Daech. Voilà l'état d'esprit qui est le nôtre. Il y a urgence à ce que ce gouvernement soit installé. Il y a vraiment urgence. Je le répète à chaque fois que je peux, je redis quelle est la ligne de la France, mais je crois que c'est aussi la ligne de l'Algérie. Donc cela fait que sur bien des sujets, nous avons des approches communes. (...). Algérie - Relations bilatérales - Lutte contre le terrorisme Merci beaucoup, Monsieur le Ministre d'État de votre accueil. C'est un accueil chaleureux dès mes premiers pas, ici en Algérie, mais ce n'est pas la première fois puisque je suis heureux de revenir ici à Alger, cette fois comme ministre des affaires étrangères, pour renouveler un message qui est celui de l'amitié et d'une coopération de plus en plus étroite et confiante, dans le cadre du partenariat d'exception qui a été décidé par le président Hollande et le président Bouteflika, et qu'il nous appartient de mettre en oeuvre. Je viens aussi à quelques jours de la réunion du comité intergouvernemental de haut niveau qui a été mis en place dans ce cadre. J'avais eu l'honneur de le coprésider avec mon collègue Sellal à l'époque comme Premier ministre. Nous allons nous revoir, dans quelques instants, et nous aborderons les questions bilatérales qui sont nombreuses tant du point de vue des projets économiques, des projets de développements et des projets dans les domaines de la jeunesse, de l'éducation et dans le domaine de la santé. Et puis nous aborderons toutes les questions régionales, qui concernent l'avenir de l'Afrique en général, et du Maghreb en particulier. Nous avons déjà commencé à aborder la question du Mali, la question de la Libye. Et puis nous partageons un même objectif, qui est celui de la stabilité de toute cette région avec la construction d'une paix durable et aussi la même préoccupation de lutter avec acharnement contre le terrorisme. Il nous faut présenter à la jeunesse de nos pays des perspectives d'avenir et d'espoir. Et c'est ce que nous voulons construire ensemble. Je viens ici en tant qu'ami de l'Algérie, en tant que partenaire de la relation franco-algérienne. Et je suis heureux d'être à nouveau ici à Alger, de rencontrer de nombreuses personnalités, des chefs d'entreprises français qui sont installés ici, qui investissent ici, qui veulent encore faire davantage. C'est un signe positif. Et puis ensuite, j'aurai l'occasion de rencontrer le Premier ministre et le président Bouteflika. Voilà un moment important dans la relation entre nos deux pays, et le plaisir encore une fois, je le répète, d'être accueilli par vous avec beaucoup de gentillesse, beaucoup d'amitié, et je vous en remercie Monsieur le Ministre. (...) Q - M. le ministre des affaires étrangères algérien, M. Lamamra, vient d'annoncer dans son petit discours la préparation de la prochaine visite du Premier ministre, et un ensemble d'accords, et on voudrait se renseigner. Qu'est-ce que cela va apporter à la coopération bilatérale ? Peut-on déjà savoir quels types d'accords feront l'objet de signature lors de la prochaine visite ? R - La réunion de haut niveau sera l'occasion d'aborder plusieurs dossiers économiques, dont les rôles de PSA, de Renault et d'Alstom. Et j'espère qu'à cette occasion seront annoncées d'importantes décisions qui seront utiles pour l'Algérie mais aussi pour la France, puisqu'il s'agit d'une véritable coopération économique dans les deux sens qui bénéficie à l'Algérie et qui bénéficie aussi à la France, puisqu'une partie de la production dans certaines usines se fait en France, de la création, de l'innovation et du développement. C'est dans ce sens qu'il faut aller et c'est dans ce sens que nous allons depuis plusieurs années, mais que nous pouvons parfaitement amplifier au moment où l'Algérie est engagée dans un processus important de diversification économique. Seront aussi signés sans doute des accords en matière de santé, en matière d'éducation. (...). Sahara occidental (...) Q - Ma question concerne le processus de décolonisation du Sahara occidental : comment expliquez-vous que vous, la France, soutenez encore le refus d'autonomie alors que les Nations unies s'appliquent à défendre (inaudible) ? R - Concernant le Sahara occidental, la position de la France est toujours la même. Nous sommes pour que la MINURSO puisse mettre en œuvre sa mission. C'est là tout le travail de dialogue que nous avons entrepris ces dernières semaines, pour que la relation entre tous les partenaires régionaux, notamment le Maroc et les Nations unies, s'apaisent, puisque nous avons assisté à des tensions que nous ne pouvons pas ignorer. C'est le travail que nous avons fait. Parfois, on nous a reproché d'entreprendre cette démarche, mais cette démarche avait un but d'apaisement. D'ailleurs, j'ai noté les déclarations du secrétaire général des Nations unies qui vont aussi dans ce sens et j'ai pu m'entretenir avec mon homologue marocain, comme j'ai pu m'entretenir avec le secrétaire général des Nations unies dans cet esprit. Bientôt va arriver une échéance qui est le renouvellement du mandat. Nous souhaitons que ce mandat soit renouvelé. Voilà la position de la France. Nous en avons parlé en toute franchise avec mon collègue algérien et nous souhaitons que cette question délicate, difficile, qui dure, comme vous le disiez Monsieur le Ministre, depuis 40 ans, ne soit pas une pierre d'achoppement dans l'amitié entre l'Algérie et la France. En tout cas, c'est l'état d'esprit qui est le mien et celui de tout le gouvernement, du président Hollande, et nous veillerons à ce qu'il en soit ainsi dans la durée. (...). Lutte contre le racisme (...) Q - Monsieur le Ministre, ma question concerne les musulmans de France. Qu'ont fait les autorités françaises pour protéger les musulmans de France concernant les actes d'islamophobie ? R - Vous avez posé une question concernant ce que vous avez appelé l'islamophobie en France. Qu'est-ce que nous faisons ? Nous sommes en France un pays qui est attaché à la liberté de conscience et à la liberté religieuse, à la liberté des cultes, et nous veillons à ce qu'il en soit ainsi pour tous les croyants comme pour les incroyants qui doivent aussi être respectés. C'est le rôle de l'État, c'est le rôle de la République d'y veiller. Et nous faisons en sorte que nous n'entrions pas dans une forme de spirale absurde qui consisterait, parce qu'il y a des attentats et que certains qui les pratiquent se réclament de l'islam, à ce que tous les musulmans soient mis dans cet opprobre. C'est pour cela que nous voulons, en permanence, rappeler que l'immense majorité des Français qui sont musulmans, croyants et pratiquants, n'adhèrent absolument pas à cette radicalité et qu'ils doivent être respectés. C'est pour cela, d'ailleurs, que le gouvernement et en particulier le ministère de l'intérieur a pris des mesures pour protéger les lieux de cultes. Il en va de même pour les lieux de cultes juifs ou les lieux de cultes chrétiens lorsqu'ils sont menacés. Il faut que chacun, dans la République française, puisse vivre en paix, dans la sérénité et ne se sente pas en permanence visé s'il n'a rien à se reprocher du point de vue du respect des lois. Mais c'est vrai que ce à quoi nous assistons aujourd'hui et pas seulement en France, partout dans le monde, c'est l'utilisation de l'islam pour tuer, assassiner et imposer un mode de vie que l'immense majorité des peuples n'accepte pas. Et c'est vrai encore ce week-end dans différents endroits de la planète. Qui sont souvent les premières victimes en nombre des attentats ? Ce sont souvent des personnes de confession musulmane, il ne faut pas l'oublier. Mais ceux qui sont visés, ce sont tous ceux qui adhèrent à un certain mode de vie. Et cela vaut pour les pays arabes et aussi pour les pays comme la France ou la Belgique encore récemment atteints en leur coeur. Nous devons nous défendre, nous défendre pour assurer la sécurité de nos compatriotes, chacun dans nos pays et, pour cela, coopérer. C'est ce que nous faisons pour lutter contre le terrorisme. Nous l'avons évoqué pour les dossiers régionaux, mais cela vaut aussi dans la coopération franco-algérienne, en matière de renseignement par exemple que nous pouvons renforcer, je pense, sur le plan militaire. Ce que nous pouvons faire aussi, c'est échanger nos expériences en matière de lutte contre la radicalisation d'une petite partie de la jeunesse qui est tentée par cette aventure et qui conduit à la pire des horreurs. Et c'est une tache commune que nous avons. En tout cas, je le dis ici à Alger, nous devons en permanence nous rappeler les valeurs fondamentales, celles du respect de l'Homme, celle du respect des individus, celle du respect de la liberté. Et sans cesse nous devons nous mobiliser pour que ces principes et ces valeurs soient une réalité. Voilà ce que je pouvais vous dire sur ce point. (...). Israël - Territoires palestiniens (...) Q - Sur le processus de paix au Proche Orient. R - Je redis ici que la France est engagée pour que nous n'acceptions pas le statu quo qui prévaut dans cette région et qui conduit à la désespérance et à la violence. On ne cesse de voir depuis quelque temps des violences en Palestine et des violences en Israël. Il ne faut pas sous-estimer le risque d'explosion qui existe dans cette région. Nous ne voulons pas nous résigner à ne rien faire. Puisqu'il n'y a plus d'initiative, il n'y a plus de dialogue ni de négociation. Il est donc important de reprendre ce chemin et la France ne pourra pas le faire seule bien entendu. Elle a eu cette initiative. Je me suis rendu au Caire pour rencontrer les responsables de la Ligue arabe qui ont approuvé la démarche. Ils sont prêts à s'y inscrire. Nous en avons parlé à nos amis algériens - ce que le ministre vient de dire va dans ce sens. J'étais à Tunis, j'ai eu le même accueil. La Conférence islamique qui s'est réuni à Jakarta a approuvé la démarche. Au niveau européen, j'ai défendu aussi cette proposition auprès des ministres des affaires étrangères de l'Union européenne et de la Haute représentante qui se sont inscrits aussi dans cette démarche, à laquelle nous allons associer tous les autres partenaires, les États-Unis notamment, et le Quartet. Nous avons besoin de toutes les forces qui seront prêtes à faire reculer cette situation dramatique et s'inscrire dans la perspective, qui est la seule possible, de deux États, Israël et la Palestine, vivant en sécurité. C'est cela notre mission. Et il ne faut pas y renoncer. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/281.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/281.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..57e7cbc67912b2cb452f9b98c13889150e3e4586 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/281.txt @@ -0,0 +1 @@ +CYRIL VIGUIER Bonjour à tous, et bienvenue dans notre matinale d'infos avec la presse quotidienne régionale, aujourd'hui, notre invité, c'est Jean-Vincent PLACE. Bonjour. JEAN-VINCENT PLACE Bonjour. CYRIL VIGUIER Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre chargé de la Réforme de l'Etat et de la simplification. Merci d'être notre invité ce matin. Pour vous interroger, à mes côtés, Gilles LECLERC, de Public Sénat, et Véronique JACQUIER, de Sud Radio. Bonjour à vous. VÉRONIQUE JACQUIER Bonjour. GILLES LECLERC Bonjour. CYRIL VIGUIER Jean-Vincent PLACE, la déchéance de la nationalité n'a pas été votée de la même manière par les deux Assemblées, le chef de l'Etat peut décider de présenter une version allégée du texte, ne conservant que les points sur lesquels les deux Assemblées sont tombées d'accord. Vous, qui êtes proche du chef de l'Etat, est-ce que vous pouvez nous éclairer un peu sur la décision qu'il doit prendre et que l'on dit imminente ? JEAN-VINCENT PLACE Moi, je ne suis pas son porte-parole, pour ma part, j'étais d'ailleurs, il y a quelques semaines sénateur, j'ai évidemment suivi cela avec attention, nous nous sommes tous levés pour applaudir le discours du chef de l'Etat au Congrès de Versailles en novembre. Alors moi, la question que je me pose, c'est : est-ce que tout le monde a bien écouté ce qu'il a dit, parce que quand il y a une telle unanimité pour faire une fameuse standing ovation au chef de l'Etat à un moment aussi difficile pour le pays, trois jours après les attentats du 13 novembre, on aurait pu s'attendre à une forme d'unité et de rassemblement des parlementaires, sinon d'unité ou de rassemblement national, du moins, celle des parlementaires dont on aurait pu espérer une forme de responsabilité par rapport aux enjeux, on voit que nous sommes évidemment dans une lutte permanente, incessante contre le terrorisme, qu'il soit d'ailleurs tant sur le plan militaire ou diplomatique, avec y compris les avancées qu'on peut saluer aujourd'hui en Syrie et en Irak, autant à Palmyre qu'à Mossoul, quand même, le débat s'est lourdement enlisé à l'Assemblée et au Sénat, à l'Assemblée, je le dis très clairement, la majorité de gauche a fait des efforts, y compris d'ailleurs en ayant un coup politique sur la gauche de notre majorité, on a fait un effort politique pour aller vers les arguments, y compris développés par les députés UMP, qui, pour la moitié du groupe UMP, ont voté à l'Assemblée nationale. Et là, on arrive, et je le dis avec le respect que je dois au président LARCHER, à Bruno RETAILLEAU, et à mes collègues ici de la droite républicaine, pour lesquels j'ai de l'estime, ce n'est pas un propos politicien, mais on a quand même un peu l'impression d'un jeu du chat et de la souris pour mettre le gouvernement dans l'embarras, et puis, très franchement, pas que le gouvernement, peut-être aussi Nicolas SARKOZY, qui est assez peu représenté à la Haute Assemblée dans le groupe des Républicains… VÉRONIQUE JACQUIER Mais comment ça va se terminer ? Comment ça va se terminer, Jean-Vincent PLACE, parce que Gérard LARCHER était à votre place jeudi dernier, il a dit : le Sénat ne se déjugera pas, qu'est-ce que ça veut dire, la balle est dans le camp de l'Assemblée, ça veut dire qu'on va vers un congrès à minima avec… JEAN-VINCENT PLACE Oui, je connais assez bien Gérard LARCHER, et je sais sa détermination, je sais qu'elle est réelle, à un moment, vous savez, il y a eu des précédents, il y a eu le président POMPIDOU qui avait fait d'ailleurs un aller-retour, si j'ose dire, à l'Assemblée et au Sénat, qui d'ailleurs, a même réussi à faire voter dans les deux chambres le fait qu'on fasse tout de suite le quinquennat. Donc ça s'est fait, mais vingt ans plus tard. Mais ça, c'est un autre problème. Et il avait acté le fait qu'il n'y avait pas les trois cinquièmes, voilà. Donc c'est d'ailleurs la vie parlementaire, vous savez, il y a une habitude à la 5ème République, où on se dit que si on ne passe pas à tout prix, c'est un échec, il n'y a pas un échec… GILLES LECLERC Mais par exemple… VÉRONIQUE JACQUIER Donc pour vous… GILLES LECLERC Un Congrès à Versailles avec uniquement l'article 1, c'est-à-dire la constitutionnalisation de l'état d'urgence, ça vous irait finalement, ça peut être une porte de sortie, on va dire, entre guillemets, honorable ? JEAN-VINCENT PLACE Ça peut être une porte de sortie honorable, comme vous dites… GILLES LECLERC Par le haut, comme on dit ? CYRIL VIGUIER Vous y croyez à ça ? JEAN-VINCENT PLACE Avec peut-être aussi le rajout du texte sur le Conseil supérieur de la magistrature… GILLES LECLERC Du Conseil supérieur de la magistrature… JEAN-VINCENT PLACE Mais bon, par ailleurs… GILLES LECLERC Ça, ça vous paraît plausible… JEAN-VINCENT PLACE Il n’est pas encore voté. Moi, pour ma part, je considère que la priorité, c'est la question de la lutte contre le terrorisme, s'il faut constitutionnaliser l'article 1, pourquoi pas, mais je le dis aussi, à un moment, il faut savoir acter le fait que les chambres ont des avis contradictoires, et c'est la démocratie parlementaire, c'est dommage, c'est dommage, parce que je pense que… GILLES LECLERC Mais vous avez des regrets ce matin quand même, plus que ça… JEAN-VINCENT PLACE Ah mais, je regrette très clairement que le Sénat n'ait pas eu le souci unitaire et de rassemblement de voter conforme. Mais je comprends qu'il l'ait fait, mais c'est pour ça aussi, il faut essayer de dépassionner, c'est ce que j'ai dit déjà aussi dans le processus de la loi El Khomri. C'est que dès qu'il y a un écueil de la démocratie française, et c'est un vrai problème, ce n'est pas d'ailleurs depuis, moi, qui le dis, c'est, je pense même depuis Valéry GISCARD D'ESTAING, qui, déjà, le disait dans un livre qui s'appelait « 2 Français sur 3 », alors, ça ne nous rajeunit pas, mais c'est… bon, il faut vraiment essayer de retrouver un souffle de la démocratie française, parce que je vous le dis, dès qu'il y a un écueil, il y a des cris d'orfraie, il y a une manifestation, il y a des hurlements, essayons d'apaiser le débat, vous savez, bon, moi, je ne suis pas content du vote du Sénat, mais enfin, j'en tiens compte, je suis membre du gouvernement, j'ai le plus profond des respects pour le vote des Assemblées parlementaires. VÉRONIQUE JACQUIER Les suites des attentats de Bruxelles, selon Patrick KANNER, le ministre de la Ville, il y aurait en France une centaine de villes qui présenteraient des similitudes avec Molenbeek, c'est-à-dire un risque de dérives islamiques, est-ce que vous partagez cet avis ? CYRIL VIGUIER Une déclaration qui a fait beaucoup de bruit. JEAN-VINCENT PLACE Alors Molenbeek, qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, aujourd'hui, symbolise l'extrême radicalisation d'une forme de territoire en Europe aujourd'hui, avec des services publics qui ont disparu, une forme de désespérance sociale, un taux de chômage extrêmement fort, un taux de criminalité aussi… VÉRONIQUE JACQUIER Mais selon vous, il y a des Molenbeek en France, ce n'est pas une question taboue ? JEAN-VINCENT PLACE Je ne reprends pas cette formule à mon compte. Elle appartient à Patrick KANNER, et je ne la commente pas non plus. Je dis juste qu'il faut faire attention quand on fait des comparaisons de ce type-là avec la médiatisation qui est celle d'aujourd'hui. Et moi, je ne veux stigmatiser aucun des quartiers, je suis… J'allais dire, je suis sénateur de l'Essonne, j'étais sénateur de l'Essonne, et je connais des quartiers dans des situations très difficiles, après, ces situations très difficiles, je ne veux pas qu'on dise que cela pourrait amener à la radicalisation et encore moins au terrorisme… GILLES LECLERC Donc vous nous dites ce matin que c'est des propos finalement pas très utiles, pas très efficaces… JEAN-VINCENT PLACE Non, non, mais… GILLES LECLERC Ce n'est pas ça ? JEAN-VINCENT PLACE Gilles LECLERC, ce sont les formules que j'ai utilisées, vous, je vous laisse les vôtres, c'est bien normal, vous faites votre travail depuis bien longtemps comme journaliste… CYRIL VIGUIER Vous voulez dire que vous êtes dans la solidarité gouvernementale, comme dit Gilles LECLERC ? JEAN-VINCENT PLACE Non, je ne suis pas dans la solidarité gouvernementale particulièrement sur les propos des uns et des autres, moi, je suis dans la solidarité gouvernementale sur les décisions prises par le président de la République et le Premier ministre. Donc après, je ne veux pas rentrer dans le jeu des commentaires. Et en revanche, j'essaie d'être dans l'analyse, et je le dis très clairement ici, nous, notre objectif, c'est d'être d'ailleurs, sans complaisance, et je le dis très clairement, dans la répression la plus maximale, et dans les sanctions les plus maximales lorsqu'on tombe sur des terroristes, et dans le combat contre les terroristes et les complices des terroristes, et y compris celles et ceux qui nourrissent financièrement le terrorisme, parce qu'on voit bien, avec ce qui s'est passé à Molenbeek qu'il y a toute une espèce d'économie parallèle, une société parallèle, qui entretient aussi les aides financières à celles et ceux, très minoritaires, très minoritaires, qui malheureusement tombent dans le terrorisme. Alors c'est pour cela qu'aujourd'hui, dans les quartiers, il y a un travail à faire qui, d'ailleurs, disons-le, n'a pas été fait depuis vingt, vingt-cinq ans, et celui qui a eu le mérite de prendre le problème à bras-le-corps, je suis désolé de le dire, c'est le Premier ministre de la République, Manuel VALLS, qui a été l'un des premiers, en particulier à gauche, dans la gauche républicaine, à dire : voilà les réalités de ces quartiers, lui, permettez-moi de vous dire… GILLES LECLERC Il avait même employé l'expression ghetto ! JEAN-VINCENT PLACE Apartheid social. GILLES LECLERC Apartheid social… JEAN-VINCENT PLACE Il avait dit apartheid social. A ce moment-là, tout le monde lui était tombé dessus, et au fond, c'est lui qui avait raison, on est dans une situation aujourd'hui où il n'y a plus de mixité sociale, et on a entassé dans des quartiers, parce que ça arrangeait bien tout le monde en réalité d'entasser dans ces quartiers des gens qui étaient dans la difficulté, et évidemment, tout cela s'est entretenu, et puis, l'économie parallèle s'est mise en place, et quand on disait ça, on était là à dire : on stigmatise. Non, personne ne stigmatise, nous, notre objectif dans la République d'aujourd'hui, et je considère que ça regroupe beaucoup de gens, les Républicains, le centre, la gauche, il y a des maires que je connais dans mon départements, qui sont des Républicains, qui se battent énormément sur la même ligne que nous, qui est la ligne de la République, pour essayer, je viens de vous le dire, de remettre des boulots, de remettre du service public, dans mon portefeuille, par exemple, j'ai la réforme de l'Etat, on essaie de créer cette année mille maisons de services au public pour remettre les services publics, aussi bien les gens de LA POSTE, de Pôle emploi, des assurances-maladies, des assurances-familles, dans les quartiers ruraux où il y a de moins en moins de personnes malheureusement, et aussi dans les quartiers en banlieue, dans les quartiers difficiles. Donc il faut réinvestir, et y compris la police, la gendarmerie. A un moment, disons-le, la police et la gendarmerie, on ne les voyait plus dans ces quartiers. Eh bien, il faut qu'on revienne en attaque, en dynamique sur ces quartiers pour appréhender, mais positivement, positivement. GILLES LECLERC A propos de police, il y a un autre outil pour combattre le terrorisme, c'est le renseignement, le fameux PNR au Parlement européen qui est bloqué, Manuel VALLS a désigné notamment des écologistes, mais aussi des socialistes au Parlement européen… JEAN-VINCENT PLACE Et les parlementaires socialistes. GILLES LECLERC Voilà. Est-ce que vous, vous avez une influence auprès de vos collègues écologistes ou députés européens pour qu'on avance ? JEAN-VINCENT PLACE Je sais que je parle avec eux depuis plusieurs mois, depuis notamment, notamment les attentats de janvier 2015 ; je sais que, aussi, même s'ils y mettent, comme toujours un peu de lenteur, quelques amendements, mais c'est aussi la vie parlementaire, il faut le respecter, je sais qu'ils progressent sur cette idée, parce que, aujourd'hui, au-delà de l'aspect « partidaire » ou « sensibilitaire » sur la question, moi, je suis aussi attaché que les parlementaires socialistes et écologistes sur la question des Droits de l'Homme, et à la question de la dangerosité peut-être de certains fichiers qui peuvent être trop ouverts, et je le dis d'autant plus que je suis en charge de l'Open Data au sein du gouvernement, et justement, ma politique est plutôt d'ouvrir les données ; mais sur ce sujet-là, il faut à un moment arrêter, on connaît à peu près tout de la vie de vos déplacements, des miens, on est enregistré partout, et à la fin, les seuls qui n'auront pas les renseignements consolidés, ça va être les services de renseignements européens, déjà, on devrait avoir, moi, je le dis, un FBI européen, on doit avoir au niveau des frontières Frontex, qui est renforcé, donc on doit contrôler davantage aux frontières, on doit pouvoir suivre les gens à l'intérieur, on doit pouvoir les suivre sur… Avec le PNR, le fameux Personal Name Record, et on doit pouvoir effectivement les traquer, enfin, c'est évident. C'est évident. Et là, on s'est trop posé de questions. L'Europe, pour le coup, est trop lente, il y a un sujet sur lequel, le ministre de l'Intérieur revient régulièrement dans les réunions, en disant que : même sur le trafic d'armes, il y a des grands spécialistes à Bruxelles qui nous disent : ah oui, mais attention, c'est le libre-échange, alors, on est chez les fous. On est chez les fous, il y a le libre échange sur les armes, donc on ne peut pas contrôler. Enfin, bon, il y a quand même une traçabilité des armes qu'on doit avoir aussi. CYRIL VIGUIER Jean-Vincent PLACE, on va parler un peu de votre département ministériel, donc vous êtes chargé de la Réforme de l'Etat et de la simplification dans ce gouvernement, auprès du Premier ministre. Il vous reste un an, qu'est-ce que vous allez faire de ce département ministériel ? JEAN-VINCENT PLACE Alors, c'est une tâche énorme qui me passionne, j'ai la chance d'avoir eu des prédécesseurs qui ont fait beaucoup déjà, donc Thierry MANDON et Clotilde VALTER, et je crois que, aujourd'hui, il y a, on vient d'en parler, un éloignement, c'est un euphémisme, des Françaises et des Français par rapport à nos responsables politiques, par rapport même au gouvernement, disons les choses telles qu'elles sont, mais aussi par rapport à l'administration, et donc moi, j'essaie de faire en sorte d'aider à réformer l'Etat, pour le rendre plus accessible, plus proche des citoyens, tant d'ailleurs humainement, parce qu'il faut un retour à l'humain… GILLES LECLERC Vous pouvez nous citer une mesure que vous laisseriez, je dirais… CYRIL VIGUIER Oui, une mesure PLACE… GILLES LECLERC Voilà, signée Jean-Vincent PLACE… JEAN-VINCENT PLACE Alors, une mesure très simple dans l'année, une mesure dans l'année, j'espère pouvoir réussir d'ici à la fin de l'année à accélérer tellement les procédures qu'on divise les délais par deux d'à peu près toutes les procédures administratives en les dématérialisant. Donc à partir de la fin de l'année prochaine, neuf de cette année neuf procédures administratives sur dix seront dématérialisées, et seront accélérées. Mais de la même manière, on essaiera, parce que justement, tout le monde n'est pas sur le numérique, d'aider les plus modestes qui sont par rapport à l'éloignement, par rapport au numérique, peut-être les plus anciens, enfin, vous voyez qu'il y a un type de public qui est plus éloigné que l'autre du numérique, même si, par exemple, chez les jeunes, ça devient très fréquent, eh bien, ça, c'est un de mes sujets, c'est dématérialisation, division par deux des procédures, et c'est valable aussi pour la vie des entreprises, et la vie des usagers. GILLES LECLERC Et vous êtes concerné par exemple par la simplification de la feuille de paie, là, c'est pour bientôt, et le prélèvement à la source, c'est plutôt Bercy, non, que vous ? JEAN-VINCENT PLACE Oui, ça, c'est Bercy qui va mettre en œuvre, mais en revanche, l'aspect opérationnel du prélèvement à la source passera par mon portefeuille ministériel, parce que nous, nous avons tout à la fois la modernisation de l'action publique, donc par exemple le bulletin de paie simplifié, ça vient directement de chez moi, il y avait 34 lignes sur le bulletin de paie d'aujourd'hui, il n'y en aura plus que 17, et ça sera extrêmement lisible, par rapport à ce qu'on paie et pourquoi. Et ça, c'est l'explication de ce qu'est l'administration centrale, je vous parlais rapidement des maisons de services au public, réattaquer, si j'ose dire, reconquérir les territoires ruraux, les banlieues difficiles, pour remettre du service public de proximité… CYRIL VIGUIER A un an de la présidentielle, c'est possible tout ça ? JEAN-VINCENT PLACE Oui, parce que, et ça, c'est des honneurs du gouvernement, qui continue à réformer, moi, je le dis souvent, je dis, effectivement, on a sur la loi El Khomri des difficultés à expliquer, on a au moins un mérite, c'est que même dans la situation difficile que nous avons aujourd'hui, parce que c'est quatre ans de présence au gouvernement, c'est vrai que généralement, les contestations se déploient, eh bien, on continue à réformer, et ça, moi, je peux vous dire que je le ferai jusqu'au bout, et je le dis jusqu'à dernière heure, je l'aurai dans mon portefeuille… VÉRONIQUE JACQUIER Jean-Vincent PLACE, vous parlez de réforme. Oui, Jean-Vincent PLACE, vous parlez de réforme, vous êtes entré dans ce gouvernement en tant qu'écologiste, est-ce que vous l'êtes toujours ? JEAN-VINCENT PLACE Oui, j'ai toujours été écologiste. VÉRONIQUE JACQUIER Vous êtes à la tête de l'Union des démocrates et des écologistes, mais il y a des tas de chapelles maintenant chez les Verts, puisque le 9 avril prochain, la ministre du Logement, Emmanuelle COSSE, va lancer le Club Refonder une écologie responsable. Alors, franchement, où sont passés les Verts ? JEAN-VINCENT PLACE Ecoutez, il y a eu, de facto, et c'est réel, une division, un éclatement des Verts, donc qui est devenu aujourd'hui plutôt… VÉRONIQUE JACQUIER Ah mais vous, vous êtes le poisson pilote pour ramener les Verts à François HOLLANDE pour 2017 ? Comment ça se passe ? JEAN-VINCENT PLACE Non, mais j'œuvre à cela, avec patience d'ailleurs, et puis, une forme de sérénité, avec mon ami François de RUGY, avec Jean-Luc BENNAHMIAS également, avec demain Denis BAUPIN et Emmanuelle COSSE, et à terme, nous voulons constituer, mais je le dis aussi, ça doit être clair sur le fond, ça ne doit pas être un énième appendice des Verts. Moi, je veux créer très clairement un parti écologiste de centre gauche y compris entrepreneurial et libéral, pro-européen, avec un positionnement qui est clair… GILLES LECLERC Avec un candidat en 2017 ou pas, là ? JEAN-VINCENT PLACE Non… GILLES LECLERC Non, pas forcément. JEAN-VINCENT PLACE Non, je l'ai dit très clairement, moi, je soutiens le président de la République, je ne suis pas son porte-parole… VÉRONIQUE JACQUIER Et un président de la République qui, selon le dernier sondage… JEAN-VINCENT PLACE Je souhaiterais qu'il soit candidat… VÉRONIQUE JACQUIER Attendez, Jean-Vincent PLACE, un président de la République qui, selon le dernier sondage ODOXA, est impopulaire pour 81 % des Français, il peut se représenter franchement ? JEAN-VINCENT PLACE Moi, je ne fais pas de la politique fiction, et je ne regarde… je regarde les sondages, je ne vais pas vous dire qu'on s'en moque, ce n'est pas vrai, donc on regarde les sondages évidemment avec attention, François HOLLANDE est le chef de l'Etat, c'est un bon président de la République, moi, je vois la situation dans laquelle nous sommes, je vois l'estime qui lui est portée, peut-être plus d'ailleurs, il y avait… On regardait cela tout à l'heure, un article, une Une, en disant : François HOLLANDE populaire, trois petits points, en Allemagne. Je sais aussi qu'il est très populaire dans le monde entier par rapport à son action diplomatique et militaire, par rapport aussi à la réussite de la COP21, il n'y a à peu près que les Verts, dans le monde, qui disent que ce n'est pas un succès, mais c'est un succès extraordinaire, partout où je vais, moi, on me dit : bravo pour la réussite de la COP21… VÉRONIQUE JACQUIER Ce n'est pas ce que vont regarder les Français… JEAN-VINCENT PLACE Eh bien, nous verrons l'année prochaine, Madame JACQUIER, parce que je vais vous dire une chose très simple, c'est que j'ai l'impression que monsieur CHIRAC, en 94 et en 2001, et même François HOLLANDE, en 2011, étaient plus en difficulté que ne l'est aujourd'hui le président de la République, à un an aujourd'hui de l'élection présidentielle, donc ça laisse tous les espoirs… CYRIL VIGUIER Jean-Vincent PLACE, vous ne vous en êtes jamais caché, vous êtes entré en politique pour exercer des responsabilités, vous êtes ministre maintenant… JEAN-VINCENT PLACE Oui, d'ailleurs, j'aimerais bien dire que tous ceux qui font de la politique souhaitent exercer des responsabilités, parce que la… CYRIL VIGUIER Voilà, on dit que c'était d'ailleurs votre souhait le plus cher… JEAN-VINCENT PLACE Non, non, mais la responsabilité… CYRIL VIGUIER Qu'est-ce que vous allez faire après ? JEAN-VINCENT PLACE Eh bien, je vais continuer, et je l'espère, auprès de François HOLLANDE. CYRIL VIGUIER Et vous voulez grimper dans la hiérarchie gouvernementale, c'est ça votre… JEAN-VINCENT PLACE Déjà, je vais vous dire, je suis très heureux de faire ce que je fais, c'est un grand honneur qui m'est donné, c'est épuisant, mais voilà. Vous savez, vendredi matin, j'étais à… Inaugurer, féliciter la nouvelle offre de proximité de la direction des titres et des séjours de la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Donc ça paraît un petit peu administratif ce que je viens de dire, non, parce que, à l'époque, il y avait des centaines de queues, des gens qui prenaient des tickets pour les revendre, parce que le fait d'être dans la queue, ça faisait gagner 20 à 30 euros. Aujourd'hui, on a rationalisé le service, on a mis des agents du service civique juste avant pour faire les dossiers, ensuite, on a des fonctionnaires remarquables derrière, maintenant, c'est fluidifié, il n'y a plus aucun problème. Donc les gens sont contents, tout à la fois, les gens qui attendent leur titre de séjour, et même les fonctionnaires qui étaient très heureux, et auxquels j'ai remis un joli prix sur la qualité de leur préfecture. CYRIL VIGUIER Merci Jean-Vincent PLACE, secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre chargé de la Réforme de l'Etat et de la simplification, qui était notre invité ce matin dans cette matinale d'info. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/282.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/282.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d129779ad6400769a58dea71213ac6d220ff77f9 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/282.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Madame la Présidente de la Commission, Mesdames, Messieurs les Députés, Je tiens tout d'abord à saluer l'initiative de la commission des affaires européennes d'inscrire ce débat à l'ordre du jour et à remercier toutes celles et tous ceux qui y participent et y prennent toute leur part, le sujet choisi étant en effet fondamental. Depuis un an et demi, l'Union européenne vit une crise migratoire historique, vous l'avez tous souligné. Nous faisons face collectivement à une situation exceptionnelle et à un défi sans précédent, du moins dans l'histoire récente. Si la France n'est pas dans la même situation que certains de ses voisins, notamment l'Allemagne, l'Autriche ou la Suède, elle a connu en 2015 une augmentation de 20% du nombre de demandeurs d'asile, qui est passé de 65.000 à 80.000. Aux réfugiés, principalement syriens et irakiens, qu'il est de notre devoir d'accueillir dans la dignité, s'ajoutent des migrants économiques, souvent leurrés par des marchands de rêves peu scrupuleux - vous avez insisté sur ce point, Monsieur le Député Gomes - et qui, tous, espèrent une vie meilleure en Europe. Il a été question dans l'intervention de M. le député Asensi du caractère rétrograde de la politique de l'asile de ce gouvernement. Je rappellerai à cet égard un certain nombre de faits. Tout d'abord, la majorité actuelle et le gouvernement actuel ont mené la réforme la plus ambitieuse du droit d'asile depuis longtemps. Mme la députée Mazetier était la rapporteure de ce texte, et plusieurs députés ici présents se sont beaucoup impliqués dans son examen. La loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile a apporté un certain nombre de précisions et traduit en droit un certain nombre de décisions qui étaient attendues. En particulier, 13.500 places supplémentaires ont été créées en 2015 et en 2016 dans les centres d'accueil pour demandeurs d'asile, les procédures d'instruction se sont accélérées et les droits fondamentaux sont mieux garantis. Près de 100 postes ont été créés à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides pour instruire les dossiers et réduire les délais de traitement. Toutes ces mesures sont des avancées concrètes et constituent le premier levier de garantie de ce droit fondamental auquel notre pays est tant attaché depuis longtemps et qui est aussi au coeur d'une certaine conception de l'Europe, l'Europe des droits et des libertés. L'Europe joue en effet son âme dans cette crise, et une part de son avenir. Elle doit faire face à ses responsabilités en conciliant le droit d'asile, l'hospitalité, qui sont au fondement même de nos valeurs, avec la nécessaire protection de son intégrité et de sa sécurité. C'est la réponse globale que l'Union européenne doit s'efforcer d'apporter à cette crise, et elle doit le faire en se réinventant, car elle n'a pas été conçue pour cela à l'origine. La première urgence est d'apporter toute notre aide à la Grèce, qui est confrontée à une situation humanitaire sans précédent, et de garantir le respect du droit d'asile et des droits de l'Homme. L'Union européenne a ainsi mis en place plusieurs mécanismes de solidarité pour apporter un soutien à la Grèce et à l'Italie, deux pays qui se trouvent en première ligne. Deux mécanismes de relocalisation d'urgence ont été mis en place en septembre dernier : ils visent à répartir entre les États membres 160.000 personnes en besoin manifeste de protection qui ont été enregistrées dans des zones d'attente - les fameux hot spots - en Italie et en Grèce. Par ailleurs, le conseil Justice et affaires intérieures du 20 juillet dernier a décidé la réinstallation, à partir de pays tiers, de plus de 22.000 migrants. Dans ce cadre, notre pays accueillera au titre de la solidarité 30.000 personnes pour la relocalisation et 2.375 personnes pour la réinstallation sur une période de deux ans. Le Premier ministre a encore récemment confirmé cet objectif. Ces mécanismes commencent à être opérationnels. À l'heure actuelle, 937 relocalisations ont été effectuées à l'échelle européenne, dont 242 relocalisations réalisées depuis la Grèce et 41 depuis l'Italie pour la France. Des progrès restent à faire, c'est le moins qu'on puisse dire, mais ces mécanismes commencent à fonctionner. Pour permettre à la Grèce d'examiner la recevabilité des demandes d'asile dans les hot spots mais aussi l'aider à mieux assurer la protection de ses frontières, la solidarité de l'Union européenne s'est manifestée par la mise à disposition d'experts, de spécialistes et de policiers. Un besoin de 4.000 experts a été identifié. À la demande du président de la République et de la chancelière fédérale allemande, Bernard Cazeneuve et son homologue allemand Thomas de Maizière ont indiqué dans un courrier adressé à la Commission européenne que la France contribuera au soutien de la Grèce en mobilisant 200 policiers affectés à l'agence Frontex et 100 experts issus notamment de l'OFPRA, affectés au Bureau européen d'appui en matière d'asile. L'Allemagne contribuera au même niveau et la France et l'Allemagne fourniront ensemble un soutien additionnel de 600 agents sur les 2.300 qui seront mobilisés par les États membres. La fermeture de la route des Balkans requiert d'apporter à la Grèce un soutien exceptionnel afin qu'elle accueille au mieux une population de plus de 50.000 personnes bloquées sur son territoire et prévienne le risque d'une dégradation rapide des conditions sanitaires. L'Union européenne a décidé la création d'un nouvel instrument d'aide humanitaire intra-européen, baptisé EURO-ECHO, doté de 700 millions d'euros pour la période 2016-2018. Pour aider la Grèce à faire face à cette situation exceptionnelle, la France s'engage à titre bilatéral auprès de ses amis grecs en leur fournissant une contribution matérielle comportant notamment des abris préfabriqués, des équipements de chauffage, des conteneurs sanitaires et des équipements destinés à la distribution d'eau potable, soit autant d'actes concrets qui changent la donne sur le terrain. Pour mettre fin au drame du trafic d'êtres humains en mer Égée, odieux mais très lucratif, dont profitent d'ignobles passeurs, un accord avec la Turquie s'imposait. Il suppose une coopération opérationnelle renforcée avec ce pays mais certainement pas le silence de la France sur le sort des minorités comme la minorité kurde ni sur l'évolution de la situation intérieure de ce pays au regard du respect de l'État de droit, des libertés fondamentales, des droits de l'Homme, de l'égalité entre les femmes et les hommes et plus généralement de tous les standards en matière de droits et de libertés garantis par la convention européenne des droits de l'Homme, dont la Turquie est signataire. L'honnêteté force d'ailleurs à dire que la Turquie est aussi l'un des pays les plus condamnés par la Cour européenne des droits de l'Homme. Nous ferons donc preuve d'une vigilance forte et permanente sur ce point. La Turquie étant le principal point de départ des migrants vers l'Europe, l'Union européenne a multiplié les efforts pour accroître la coopération avec elle depuis le sommet UE-Turquie du 29 novembre 2015, à l'issue duquel un plan d'action conjoint a été adopté en matière d'immigration. Ce plan d'action est articulé en deux volets, d'une part l'assistance à l'accueil et l'intégration des réfugiés et d'autre part le renforcement de la lutte contre les trafics, du contrôle des frontières et des réadmissions. Il ne résout évidemment pas tous les problèmes et sa mise en oeuvre suppose encore beaucoup de travail et d'ajustements. Pour réaliser ses engagements, l'Union a décidé de soutenir financièrement la Turquie à hauteur de 3 milliards d'euros. Ces moyens très conséquents permettront à l'Union de porter assistance aux réfugiés accueillis en Turquie en soutenant des projets en matière de santé, d'éducation ou encore d'aide alimentaire. Ces fonds seront progressivement mobilisés sous forme de partenariats associant des ONG et la Commission européenne en fonction des efforts concrètement déployés par la Turquie. À cette fin, nous attendons une évaluation précise des besoins. C'est uniquement sur cette base que seront financés des projets, sans jamais perdre de vue ce qui se passe réellement sur le terrain. Il ne s'agit donc en aucun cas d'un chèque en blanc donné à la Turquie - je comprends parfaitement les inquiétudes et les préoccupations qui ont été soulevées à ce sujet. Le plan d'action adopté en novembre dernier a été complété par l'adoption de mesures supplémentaires par les chefs d'État et de gouvernement lors du Conseil européen des 17 et 18 mars. La Turquie s'est engagée à réadmettre à partir du 20 mars toutes les personnes qui sont entrées irrégulièrement dans les îles grecques. Elle doit le faire, c'est la moindre des choses, en appliquant les standards internationaux du droit d'asile, en particulier le principe de non-refoulement. La France y a veillé et le Haut-commissariat aux réfugiés garantira le bon respect de ces principes. Vous avez, Madame la Présidente, soulevé cette question. Par ailleurs, il s'agit bien, Monsieur le Député, d'un accord européen. Il est vrai que l'Allemagne a joué un rôle important dans sa préparation mais c'est le président du Conseil européen qui l'a négocié et il engage tous les pays membres de l'Union européenne. Il met en place un système de renvoi des migrants arrivant irrégulièrement en Grèce depuis la Turquie et prévoit en contrepartie la réinstallation en Europe des réfugiés qui se trouvent déjà dans des camps en Turquie. Ce système est appelé « un pour un », soit un réfugié réinstallé pour un migrant renvoyé. Il vise à dissuader les départs qui mettent les migrants en danger. J'invite chacun d'entre vous à ne pas sous-estimer la dangerosité de certaines situations dans lesquelles sont placés les migrants par des passeurs sans scrupule. Face au trafic d'êtres humains et aux filières illégales, l'objectif de l'Union européenne est d'aménager une filière d'admission légale. Comme je l'ai indiqué, la France s'est engagée à accueillir 30.000 personnes relocalisées. Vous êtes nombreux à vous interroger sur la légalité de l'accord avec la Turquie au regard du droit international et du droit européen. Le gouvernement comprend ces interrogations. Il faut savoir que quiconque le souhaite pourra déposer une demande d'asile en Grèce et que chaque demande sera examinée de façon personnalisée, droit de recours inclus. Toutes les demandes d'asile introduites en Grèce feront l'objet d'un traitement individuel et seront susceptibles de recours selon les voies juridiques appropriées. Il ne saurait y avoir en aucun cas d'expulsions collectives ni de dossiers non examinés, comme le stipule clairement le texte de la déclaration conjointe UE-Turquie. Les engagements pris avec la Turquie respecteront également le cadre existant des négociations d'adhésion et de la feuille de route qui comprend soixante-dix critères conditionnant la libéralisation des visas. Notre partenariat avec la Turquie est important, mais il n'est pas question de transiger avec le respect de ces critères. La Turquie doit les satisfaire pour obtenir la libéralisation des visas ou faire avancer les procédures d'ouverture de nouveaux chapitres du processus d'adhésion. La décision d'ouvrir le chapitre 33 relatif aux dispositions budgétaires et financières est une décision pragmatique conciliant la demande de la Turquie d'une relance des négociations et la préservation des exigences légitimes de Chypre afin de ne pas obérer le processus de réunification en cours. Cette négociation sur de nouveaux chapitres ne préjuge en aucun cas d'une décision au sujet de l'adhésion de la Turquie. Sur les trente-cinq chapitres qui la conditionnent, quinze ont été ouverts depuis 2005 dont onze entre 2007 et 2012 et deux seulement depuis 2012. Comme l'a rappelé le président de la République, la conclusion éventuelle des discussions avec la Turquie n'est pas encore écrite et les Français seront consultés le jour venu à l'issue du processus, conformément à la Constitution. C'est d'ailleurs sous la présidence de Jacques Chirac que cette disposition a été introduite dans notre norme fondamentale. Les prochaines semaines seront déterminantes pour rendre ces dispositions opérationnelles et atteindre les objectifs fixés, mais les défis sont considérables. Il est essentiel de veiller à la légalité du dispositif, compte tenu des critiques fortes du HCR et de plusieurs ONG. Cette crise ne nous met pas seulement au défi d'être fidèles à nos valeurs, elle exacerbe aussi les forces centrifuges, parfois populistes, qui menacent l'idée même de projet européen. Dans ce contexte, l'Union européenne doit garantir son intégrité et sa sécurité. Nous sommes nombreux à nous émouvoir, en Européens, du repli auquel nous assistons. Il s'agit d'une régression à laquelle nous ne devons pas céder. Gilles Savary, comme beaucoup d'entre vous, l'a dit, avec une conviction européenne particulièrement forte. C'est pourquoi il est primordial d'assurer le contrôle des frontières extérieures de l'Union et de garantir le bon fonctionnement de l'espace Schengen. Après les attentats perpétrés l'an dernier, dans le contexte d'arrivées massives sur le territoire européen, il a été ainsi décidé de renforcer l'agence Frontex et de la transformer en agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures de l'UE. Elle formera un système européen de garde-frontières et de garde-côtes destiné à soutenir un État membre en difficulté et sera susceptible de proposer des mesures préventives aux frontières extérieures. Elle devrait être opérationnelle l'été prochain. Pour garantir la sécurité de nos concitoyens, le Conseil de l'UE a par ailleurs adopté une modification ciblée du code frontières Schengen prévoyant des contrôles systématiques et coordonnés aux frontières extérieures. Nous appelons à son adoption par le Parlement européen dans les plus brefs délais. En outre, la Commission européenne présentera le 4 avril prochain à titre d'instrument complémentaire un paquet « Frontières intelligentes » qui fournira des outils technologiques permettant des contrôles automatisés systématiques à l'entrée et à la sortie de l'Union tout en garantissant la fluidité des passages de voyageurs. Enfin, pour préserver l'intégrité de l'espace Schengen, tandis que plusieurs États membres, dont la France, ont rétabli des contrôles temporaires à leurs frontières, le Conseil a adopté le 12 février dernier des recommandations adressées à la Grèce, qui a connu au cours des derniers mois de grandes difficultés pour garantir le contrôle de ses frontières. Sur le fond, la Grèce doit bénéficier de toute l'assistance nécessaire pour exercer un contrôle effectif de ses frontières, et la France y contribue pleinement. Plusieurs questions ont porté sur l'application de cet accord sur le terrain. Madame la Députée, vous avez cité le camp de Mauzac, situé dans votre circonscription. Ce camp est l'un des 121 centres d'accueil et d'orientation créés pour offrir une solution d'accueil temporaire aux personnes qui se trouvent à Calais. Telle est la solution privilégiée par l'État, conformément à la stratégie qui a été indiquée, au détriment de la création de campements comme celui de Grande-Synthe. Monsieur le Député, vous avez appelé l'attention sur le travail mené sur le terrain, notamment par les municipalités. Je salue au nom du gouvernement l'implication des élus locaux dans l'accueil des réfugiés. Le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, a associé les maires dès le 12 septembre de l'année dernière à la stratégie d'accueil. Il a demandé aux maires et aux élus locaux leur appui. Lors de cette réunion comme toujours depuis, ils ont répondu présent, avec un grand sens des responsabilités. L'État a mis en place un dispositif d'accompagnement des communes, consacré en particulier au logement. Le ministère de l'intérieur reste bien entendu à la disposition des élus pour faire le point sur toutes les situations, y compris les situations problématiques ou conflictuelles comme celles qui ont été évoquées. Quant à l'OFPRA, il est pleinement engagé dans la mise en oeuvre de l'accord UE-Turquie. Comme je l'ai indiqué, il enverra dès lundi en Grèce des officiers de protection afin de relocaliser en France et ailleurs en Europe tous les migrants ayant besoin de protection actuellement bloqués en Grèce, en lien avec le Bureau européen d'appui en matière d'asile. L'OFPRA participe par ailleurs, dans le cadre du dispositif «un pour un», à des missions de réinstallation de migrants syriens vulnérables vivant en Turquie dans des conditions particulièrement difficiles. L'Office est donc pleinement partie prenante à la stratégie du gouvernement dans cette affaire. Il est vrai qu'il a refusé de participer aux missions de police, en précisant que tel n'est pas son rôle. Chacun est libre de penser ce qu'il veut de cette décision mais elle me semble, à titre personnel, recevable et défendable. Hormis cette réserve, l'OFPRA est pleinement impliqué dans notre stratégie, ce qui est d'ailleurs indispensable pour la garantie des droits. Par-delà l'urgence, nous devons traiter les causes profondes du phénomène en lien étroit avec les pays d'origine et de transit. L'Union européenne a renforcé le dialogue et les actions menés avec les pays d'origine et de transit afin d'y ouvrir des perspectives pour les migrants économiques qui cherchent à rejoindre l'Europe. La conférence de haut niveau sur la route des Balkans occidentaux et de la Méditerranée orientale tenue le 8 octobre dernier a défini une feuille de route axée sur l'aide aux réfugiés et aux communautés hôtes en Turquie, au Liban et en Jordanie mais aussi sur la lutte contre les filières de passeurs et la surveillance des frontières. La coopération entre les pays de la région et les États membres de l'Union européenne est indispensable. Pour venir en aide aux pays voisins du conflit syrien, une conférence des donateurs relative à la crise syrienne s'est tenue à Londres le 4 février dernier à l'initiative de l'Allemagne, du Royaume-Uni, de la Norvège, du Koweït et des Nations unies. Plus de 10 milliards de dollars ont été promis, dont plus de 3 par les États membres de l'Union européenne. La France a promis 200 millions d'euros de dons pour la période 2016-2018. La Jordanie et le Liban devraient ainsi bénéficier de mesures de soutien de la part de l'Union, en matière notamment d'assistance financière mais aussi de relations commerciales, de sécurité et de mobilité. Il s'agit par ailleurs de promouvoir une stratégie globale visant à offrir aux réfugiés syriens un minimum de stabilité par l'accès à l'emploi et la scolarisation des enfants. Par ailleurs, le Sommet UE-Afrique tenu à La Valette les 11 et 12 novembre 2015 a aussi jeté les bases d'un partenariat global avec les pays d'origine et de transit visant à trouver des solutions communes et durables face à l'enjeu migratoire. Dans ce cadre, une déclaration politique et un plan d'action comportant seize actions prioritaires à mettre en oeuvre avant la fin de cette année ont été agréés. À partir d'un fonds de 1,8 milliard d'euros, vingt projets viennent d'être approuvés, en décembre pour l'Afrique de l'Est et en janvier pour l'Afrique de l'Ouest. Toutefois, la Haute représentante souhaite lier la mise en oeuvre de ce fonds avec les dialogues politiques de haut niveau sur le retour et la réadmission. La coopération des États tiers, y compris en matière de retour et de réadmission, est bien sûr un enjeu clé. Des dialogues ont ainsi été initiés avec le Sénégal, l'Éthiopie et le Niger et les discussions sont en cours s'agissant des paquets incitatifs pour identifier les leviers concrets qui peuvent être mobilisés pour encourager une meilleure coopération de la part de ces pays en matière de migration légale, conformément aux engagements pris dans le plan d'action de La Valette. La lutte contre le trafic d'êtres humains et contre les réseaux fait partie intégrante de la réponse européenne. En Méditerranée centrale, depuis plus de neuf mois, l'opération navale au titre de la politique de sécurité et de défense commune appelée Sophia lutte contre les trafiquants de migrants et les réseaux de passeurs. Cette opération a pour objectif la neutralisation des navires de trafiquants et de passeurs avant même leur utilisation. La deuxième phase de l'opération, qui doit permettre l'arraisonnement et la saisie de navires uniquement en haute mer, a débuté le 7 octobre. Nous espérons fortement que Sophia pourra prochainement opérer dans les eaux territoriales libyennes, conformément à son mandat. Cela requiert toutefois un accord préalable du futur gouvernement libyen d'unité nationale ou le vote d'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité. Enfin, la France participe aux activités de l'OTAN visant à renforcer la surveillance et le suivi des flux de migrants en mer Égée. Comme l'a annoncé le président de la République le 4 mars, nous y avons déployé un patrouilleur de haute mer qui accomplit sa mission en coopération étroite avec les autres navires engagés dans ce cadre, envoyés par l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Turquie, le Canada, la Grèce et les Pays-Bas. Mesdames et Messieurs les Députés, les défis immenses que révèle ce débat, la situation à laquelle l'Europe est confrontée, ne justifient ni le renoncement ni le repli national, qui n'apportent aucune solution. L'Europe a les moyens d'y faire face. Elle en sera d'autant plus capable qu'elle sera fidèle aux principes de solidarité, de responsabilité et d'hospitalité. La France ne ménage pas et ne ménagera pas ses efforts pour y contribuer pleinement. (Intervention des parlementaires) Monsieur le Député, je vous remercie d'abord pour le ton que vous employez, et pour le grand humanisme et l'équilibre qui imprégnaient votre intervention de tout à l'heure. Dans le contexte actuel et la tonalité générale du débat, cela me semble fondamental. Le Premier ministre a effectivement indiqué que la France avait pour objectif d'accueillir 30.000 réfugiés, et cela a été confirmé encore récemment. S'agissant des chiffres, vous êtes dans les bons ordres de grandeur. Il n'existe pas de chiffrage précis, mais nous savons que la France a déjà accueilli 350 réfugiés et en accueillera 140 supplémentaires au titre de la relocalisation dans les jours qui viennent. Nous sommes effectivement bien loin de l'objectif final. Quant à la proposition du groupe de l'UDI, elle n'est pas recevable car elle contrevient à de nombreux engagements européens et internationaux de la France. L'unité de la famille du réfugié est un principe fondamental dans notre droit, garanti notamment par la Convention européenne des droits de l'Homme et par la jurisprudence de la Cour européenne. Lorsqu'une personne est persécutée dans son pays en raison de ses origines ou de sa lutte pour la liberté, elle et sa famille ont droit à l'asile en Europe. Ce droit est placé tout en haut de la hiérarchie des normes. Madame la Députée, le gouvernement partage vos préoccupations et est très attentif à la question du respect des droits de l'Homme et, en l'occurrence, du droit d'asile. L'accord UE-Turquie est très précis à cet égard : il n'y aura pas de renvoi de masse de migrants et chacun pourra, s'il le souhaite, déposer une demande d'asile. Chaque demande sera examinée de manière individuelle, le droit de recours sera garanti. Nous serons très attentifs à ce que l'effectivité des droits soit respectée, aussi bien dans le texte de l'accord que dans la réalité des faits - puisque c'est finalement la seule chose qui compte. La France se mobilise et assiste sur le terrain, avec des moyens humains supplémentaires, les services en charge du droit d'asile et du contrôle des frontières. Nous nous montrerons très attentifs à ce que, y compris en Turquie, un certain nombre d'adaptations législatives interviennent afin que les migrants soient effectivement protégés, conformément aux normes internationales applicables et dans le respect du principe de non-refoulement. Cela vaut aussi pour les Afghans, dont vous avez souligné la situation. Nous serons attentifs au principe, et à son respect effectif sur le terrain. À chaque fois que ce ne sera pas le cas, il y a aura des demandes très précises d'adaptation du droit et des pratiques constatées dans ces pays. Monsieur le Député, le gouvernement partage votre préoccupation concernant le sort des enfants. Vous avez rappelé un cas qui a particulièrement frappé l'opinion internationale ; malheureusement, il y en a beaucoup d'autres. L'Union européenne est engagée dans une stratégie globale sur la question des mineurs, qu'ils soient au sein de leur famille ou isolés. Plus de 200 millions d'euros sont mobilisés pour la période 2014-2020 afin de protéger les mineurs migrants, en Europe et dans les pays voisins. Par ailleurs, les paquets de soutien en faveur de la Jordanie et du Liban, auxquels travaille actuellement l'Union, seront consacrés principalement à la promotion d'une stratégie globale qui permettrait notamment la scolarisation généralisée des enfants syriens. L'Union se mobilise également pour lutter contre le trafic d'enfants. Nous le savons bien, les mineurs peuvent constituer des cibles privilégiées et particulièrement vulnérables des réseaux de trafiquants. Europol et Eurojust oeuvrent au démantèlement de réseaux de trafiquants et de traite des mineurs. C'est une des priorités de la Plateforme européenne pluridisciplinaire contre les menaces des réseaux criminels de trafic d'êtres humains. La Plateforme européenne de la société civile de lutte contre la traite des êtres humains est également très impliquée sur ces questions, en lien avec les ONG de défense des droits des mineurs. Enfin, la révision de l'article 8 du règlement Dublin II, proposée par la Commission européenne, en discussion avec le Parlement européen, vise à ce que les demandes d'asile des mineurs soient traitées dans l'État membre où elles ont été déposées, à moins que ce ne soit contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant. La France suit cette stratégie globale et veille à ce que la question des mineurs soit particulièrement intégrée dans tous les débats en cours. Monsieur le Député, je tiens tout d'abord à saluer votre implication au long cours dans ce sujet. Nous avons travaillé ensemble lorsque je siégeais sur vos bancs à la question de l'accueil des étrangers et, plus généralement, à celle des migrations et des réfugiés, toutes questions dans lesquelles vous êtes particulièrement impliqué. Vous avez rappelé les critiques très fortes, virulentes même de l'accord, qui ont été formulées par des organisations non gouvernementales et par le HCR. Il est vrai que ces critiques doivent être entendues. Mais nous sommes attentifs à ce que, sur le plan des principes, le respect des droits fondamentaux soit assuré en permanence et à ce que le droit turc soit adapté lorsque cela se révèle nécessaire, et ce l'est dans bien des cas, afin d'assurer le respect du droit international dans le principe et dans les pratiques. Quelques jours à peine après le début de l'entrée en vigueur de l'accord, il est un peu tôt pour dresser un bilan réaliste. Nous n'avons pas le recul suffisant. Nous attendons de cet accord l'amélioration de la situation trop souvent insupportable à laquelle des femmes et des hommes sont confrontés sur le terrain : progressivement, les choses doivent aller dans le bon sens. C'est également le sens de l'assistance très concrète qu'apporte la France, je l'ai déjà évoqué, avec l'acheminement de matériels ou d'eau potable par exemple, en vue d'améliorer la condition matérielle des réfugiés, une condition qui, dans bien des endroits, n'est pas digne d'une certaine idée de l'homme et de l'Europe. Nous portons donc une attention particulière à tous ces points, sur lesquels je salue l'implication du Parlement. Le contrôle parlementaire tout au long des différentes étapes du processus me paraît une des clés du succès, qui repose sur la vigilance permanente de chacun. Madame la Présidente, je salue votre travail sur ce thème. J'ai déjà évoqué votre travail de rapporteure sur le droit d'asile et la réforme très forte qui a été réalisée par la majorité sur ce thème fondamental, alors que la situation, il faut le reconnaître, s'était considérablement dégradée depuis des années. Grâce à la loi qui a été votée et aux différentes dispositions qui sont mises en oeuvre, notamment l'indépendance de l'OFPRA, la situation, sans être parfaite, est désormais bien encadrée au plan législatif. Je me joins à vous pour saluer le travail remarquable réalisé par les officiers de protection et toutes les équipes de l'OFPRA, qu'avec plusieurs parlementaires nous avons eu l'occasion, il y a quelques années, de rencontrer pour faire le point et juger concrètement de la situation. Vous m'interrogez aussi sur la situation des mineurs. J'ai déjà indiqué les éléments de stratégie de l'Union sur ce sujet en termes d'aide matérielle et de ciblage de cette population particulièrement vulnérable. Compte tenu du peu de temps qui m'est imparti, je concentrerai ma réponse sur Calais. Vous savez que le ministre de l'intérieur, qui est très impliqué sur ce sujet, a indiqué devant la commission des lois que la mise à l'abri des mineurs constitue une de ses priorités absolues. Le centre Jules Ferry permet d'accueillir les enfants accompagnés de leur mère. Quant aux mineurs isolés, particulièrement vulnérables, ils font l'objet d'un suivi spécifique. L'État a missionné l'association France terre d'asile pour le recensement et la mise à l'abri des mineurs isolés. Lors des maraudes, il leur est proposé de rejoindre un des deux centres qui leur sont dédiés : le centre de Saint-Omer pour les plus de 15 ans et le centre Georges-Brassens pour les plus jeunes. Pour les plus de 15 ans, cette orientation dépend de leur consentement, conformément au droit. En outre, le ministre de l'intérieur a décidé de renforcer considérablement notre dispositif d'accueil des mineurs. Des places leur sont réservées dans le centre d'accueil provisoire et dans les tentes de la sécurité civile. Enfin, j'ajoute que, lors du sommet franco-britannique d'Amiens, le 3 mars dernier, la France a obtenu du Royaume-Uni qu'il s'engage à accueillir sur son territoire les mineurs isolés présents à Calais ayant de la famille outre-Manche, dans le cadre de l'application rigoureuse du règlement européen de Dublin. C'est un sujet supplémentaire sur lequel notre coopération a permis d'avancer. En la matière, il est essentiel que le Royaume-Uni prenne toute sa part. Je vous remercie pour votre suivi attentif de ce sujet. Je tiens également à saluer votre implication, Madame la Députée, sur tous ces sujets. Vous êtes depuis longtemps impliquée sur la question des droits de l'Homme et en particulier des droits des femmes, y compris à l'ONU. Vous avez raison de rappeler que le droit international fonde un grand nombre des engagements de la France ainsi que notre rayonnement. C'est vrai de notre place de membre permanent au Conseil de sécurité, c'est vrai du message universel de la France, c'est vrai de l'éminente contribution de juristes français à la Déclaration universelle de droits de l'Homme - je pense à René Cassin. Sur tous ces sujets, le message de la France est celui des droits de l'Homme et du respect des libertés partout dans le monde. Vous avez parfaitement raison de le rappeler dans le contexte général dans lequel se situe le débat public français. Il est salutaire que ce type de voix s'exprime dans toutes les familles politiques. C'est vrai, le partenariat euro-méditerranéen, pour lequel vous vous impliquez, est d'une grande importance stratégique pour faire face aux défis communs aux deux rives de la Méditerranée. Si les problèmes ne sont pas réglés sur l'une des deux rives, ils rejailliront nécessairement sur l'autre à plus ou moins court terme, tant les choses sont désormais liées. C'est vrai tant sur le plan sécuritaire que sur les plans économique et social. Des outils existent, dont certains ont déjà fait leur preuve. Je pense à la politique européenne de voisinage, qui vient d'être révisée, au dialogue 5+5, dont la France assure actuellement la coprésidence, à l'Union pour la Méditerranée, qui est aujourd'hui la seule enceinte de coopération régionale euro-méditerranéenne, ou encore à la coopération entre l'Union européenne et la Ligue des États arabes, marquée notamment par le récent lancement d'un dialogue stratégique sur de nombreux sujets. Notre pays continuera d'oeuvrer en faveur du renforcement du partenariat euro-méditerranéen, en particulier autour de trois axes d'action : la jeunesse, le renforcement de l'intégration régionale, dans le souci que vous avez souligné de coopérer, et le dialogue sur les questions de sécurité, en particulier la lutte contre le terrorisme et la radicalisation. Nous partageons au moins sur ces points le diagnostic que rien ne peut se faire si l'ensemble du pourtour méditerranéen n'est pas impliqué pour travailler ensemble, conformément au message de Fernand Braudel sur l'identité méditerranéenne. Monsieur le Député, vous m'avez posé plusieurs questions. Qui va reconduire les réfugiés en Turquie ? C'est l'agence Frontex, dont c'est la mission, laquelle a d'ailleurs été récemment redéfinie et précisée. Quant au durcissement du regroupement familial, il serait en contradiction flagrante avec les normes internationales et les engagements internationaux de la France, que votre collègue vient de nous appeler à respecter. (...) Puisque vous avez posé des questions précises, je vous apporte des réponses précises. S'agissant de la connexion entre le contrôle des nouveaux migrants et le système d'information Schengen, elle est assurée par la base Eurodac, installée dans les hot spots. J'en viens à votre dernière question, là encore gravissime, qui est de savoir comment sera géré l'Euro, dont nous souhaitons la tenue et la réussite dans des conditions sécuritaires parfaites. Évidemment, le gouvernement étudiera de très près à la fois la question des frontières nationales et celle du maintien ou non de l'état d'urgence. Ces questions sont laissées à l'appréciation des plus hautes autorités de ce pays, qui prendront à l'évidence, en temps utile, les décisions qui s'imposent. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/283.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/283.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..94e462144c61389f4f0fe9053389cbbd09572198 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/283.txt @@ -0,0 +1 @@ +Quelle société voulons-nous ? C'est autour de cette question que vous vous réunissez. Une question fondamentale, la question politique par excellence. Votre congrès est fondamental en cette période, car nous avons besoin de l'énergie et de la créativité de tous. Ce n'est pas une flatterie, ce n'est pas une formule convenue, c'est une conviction ancrée dans une vision de ce que doit être notre démocratie. Nous vivons dans un monde complexe car les grandes idéologies qui le structuraient jusque dans les années 80 se sont délitées. Dans un monde complexe car il est ouvert et que nos économies sont imbriquées. Dans un monde complexe car la technologie a conduit à son accélération à bien des égards. A cette complexité, nous devons répondre par la pluralité. C'est par l'addition des expériences et des intelligences que nous pourrons dominer cette complexité et ainsi gagner en souveraineté. Car nous voulons une société démocratique, une société dans laquelle nous avons du pouvoir sur nos existences, une société dans laquelle nous pouvons choisir comment orienter nos vies. Alors, à cette vaste question quelle société voulons-nous ?, je réponds simplement : je veux une société de l'engagement. Le plus grand péril à mon sens, c'est l'indifférence, la résignation, le repli. Face à la radicalisation des esprits, il faut s'engager. Je reprends cette phrase du regretté Charb : « j'ai moins peur des intégristes religieux que des laïcs qui se taisent. » Avec leurs imperfections et leurs manquements, nos démocraties ont construit des sociétés tolérantes, laïques, où les femmes sont les égales des hommes ; où être chrétien, musulman ou juif n'entraine ni la peur ni la stigmatisation ; où l'homosexualité est considérée comme une sexualité normale ; où la culture et la liberté d'expression, et avec elles la vie, sont célébrées. Face à nous, une idéologie totalitaire, obscurantiste, s'oppose frontalement à tous ces principes fondamentaux. Nous devons être partout présents, auprès de notre jeunesse notamment, pour que celle-ci ne soit jamais la proie des prêcheurs de haine, de forces violemment réactionnaires. Il faut être là, le soir, le week-end, dans les territoires relégués et sur internet. Le rétablissement des crédits aux associations 50 millions au dernier semestre 2015, plus de 100 millions en 2016 doit aussi servir à cela. Face à la précarité, il faut s'engager. Nous avons une dette à l'égard de ceux dont la condition est indigne, ceux qui vivent dans la misère, ceux qui souffrent de trop de privations. Nous avons une dette à l'égard de ceux à qui la République a fait une promesse d'égalité qu'elle n'a pas tenue. La pauvreté n'est pas un choix personnel ; elle est la conséquence d'un dérèglement collectif. La pauvreté a le visage de ces femmes qui vivent seules avec leur enfant. Elle a pris le visage de ces enfants dont le destin semble scellé : la pauvreté s'hérite de génération en génération. La pauvreté a pris le visage de ces jeunes qui sont sortis trop tôt de l'école et qui galèrent pour trouver un emploi. Moi qui ai fait de la justice sociale le cœur de mon engagement depuis 40 ans, qui ai notamment présidé plusieurs années l'Union nationale des centres communaux d'action sociale, aucun de ces visages ne me laisse insensible Face à la relégation sociale, territoriale, symbolique, il faut s'engager. Que des territoires concentrent de tels niveaux de pauvreté, de chômage, d'habitats dégradés, de violence, c'est insupportable. Avec nos politiques de solidarité avec les territoires les plus en difficulté, la ville mais aussi le monde rural, nous intervenons massivement, et malheureusement sans doute encore insuffisamment… Mais tout de même : - Sur le plan social : 250 000 emplois d'avenir, 50 000 garanties jeunes en 2015, qui seront 100 000 en 2016 et 200 000 en 2017, 15 000 emplois starters. Le plan « 500 000 apprentis » profitera aussi aux jeunes des quartiers prioritaires, c'est certain. - Sur le plan économique : création de l'Agence France entrepreneurs pour soutenir les créateurs de issus des territoires, soutien de la Caisse des dépôts à hauteur de 400 millions d'euros, création de la Grande école du numérique pour donner de nouvelles opportunités de réussite à la jeunesse. - Sur le terrain de la sécurité : création de 80 zones de sécurité prioritaires. - Sur le terrain de l'éducation : création de 60 000 postes affectés là où il y en a le plus besoin, renforcement du réseau d'éducation prioritaire, rétablissement des 100 millions d'euros aux associations supprimés entre 2009 et 2012 je l'ai déjà évoqué, recrutement de 400 éducateurs sportifs. - Sur le plan démocratique : création systématique d'un conseil citoyen dans les quartiers de la politique de la ville, pour que les habitants eux-mêmes soient parties prenantes des projets. Face à l'invisibilité sociale qui frappe les personnes handicapées, il faut s'engager. Face au défi climatique et énergétique, il faut s'engager. Face à tous les désordres, il faut s'engager. L'engagement, c'est la condition pour relever les défis collectifs que je viens d'évoquer ; c'est aussi une manière de conduire sa vie, de lui donner de la valeur. Nous voulons dès le plus jeune âge susciter ce goût pour l'action généreuse, ce souci fondamental de l'autre. Cela passe à l'école par les 400 heures d'enseignement moral et civique. Cela passe par la journée défense citoyenneté qui a vocation à évoluer et à s'enrichir. Cela passe par le développement exponentiel du service civique. Il concernera une demi-génération, 350 000 jeunes chaque année, à partir de 2018. Cela passe par la création d'une réserve citoyenne pour ceux qui veulent intervenir auprès de la puissance publique. Et cela passe évidemment par la vitalité associative que nous soutenons, dans un contexte budgétaire que malgré tout vous connaissez. Un partenariat que nous avons voulu renouvelé avec la signature de la charte des engagements réciproques en février 2014. Des financements que nous avons voulu sécuriser par la définition légale de la subvention, la diffusion de la circulaire du Premier Ministre en septembre dernier et désormais la publication d'un guide d'usage de la subvention. Que nous essayons de libérer, avec la dématérialisation des principales démarches. C'est sous le signe de l'engagement que je porterai prochainement un projet de loi pour l'égalité et la citoyenneté. De nouvelles mesures de soutien à cet écosystème de l'engagement seront prises. Sans dévoiler plus qu'il ne convient ce projet, la reconnaissance de l'engagement sera effective, dans le domaine universitaire comme dans le domaine professionnel. L'engagement sera enfin considéré dans tout ce qu'il apporte à la personne en termes d'épanouissement et d'enrichissement. Ce projet de loi instaurera un congé pour engagement de 6 jours fractionnables pour tous ceux qui assument des responsabilités au sein du monde associatif. Une mesure qui vient compléter le Compte engagement citoyen, prévu dans le projet de loi Travail et qui permettra notamment aux bénévoles des instances dirigeantes, via le compte personnel d'activité, d'acquérir des heures de formation. Le projet de loi Egalité et Citoyenneté étendra encore les opportunités de volontariats en service civique. Et d'autres mesures encore, qui sont dans le texte du gouvernement ou qui auront vocation à le compléter dans le débat parlementaire. Mesdames, Messieurs, Se passionner pour les autres ; faire de l'altruisme, de la générosité, les moteurs de sa vie, je trouve ça admirable. Pour ma part, ce sont les valeurs de la République et du socialisme qui m'animent depuis que je suis adolescent. De manière moins partisane, je parlerais des valeurs de justice, de solidarité et de fraternité. On peut trouver cela un peu naïf, mais j'ai la conviction qu'elles font la grandeur de notre nation, et tout simplement la grandeur d'un être humain. Je crois les avoir en partage avec vous, et cela suffit à me réjouir. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/284.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/284.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..49fbe80a5bc9579f4f7caafc7fa947c0beca8120 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/284.txt @@ -0,0 +1 @@ +INTERVENANT 7h 50 à Paris ! Votre invité Frédéric RIVIERE, vous recevez ce matin Thierry MANDON, secrétaire d'Etat en charge de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. FRÉDÉRIC RIVIERE Bonjour Thierry MANDON. THIERRY MANDON Bonjour. FRÉDÉRIC RIVIERE Le Premier ministre a dit ce week-end, dans une interview à nos confrères du Journal Du Dimanche qu'il ne voyait pas d'alternative à François HOLLANDE à gauche pour la Présidentielle de 2017, est-ce que vous êtes aussi sur cette ligne ? THIERRY MANDON D'abord il y a des conditions qu'a posées le président de la République lui-même, il sera candidat - ce qui n'est pas le cas pour l'instant si le chômage baisse, donc voilà… Et, si le chômage baisse, la candidature du président est une candidature naturelle. FRÉDÉRIC RIVIERE Donc, il n'est pas en situation où il ne serait pas en situation aujourd’hui d'être candidat ? THIERRY MANDON Pour l'instant on est collectivement tous derrière lui en situation d'avoir des résultats qui, sur la question de l'emploi, nous manquent. FRÉDÉRIC RIVIERE Oui. Manuel VALLS estime toujours dans cet entretien qu'on ne gagne pas une Présidentielle sur un bilan, pas plus qu'on ne la perd sur un bilan, autrement dit peu importe ce qu'on a fait, ce qui compte c'est ce qu'on dit va qu'on va faire ? THIERRY MANDON Non. Il a raison sur le fait qu'une élection ne se gagne jamais sur un bilan, en revanche on peut en perdre sur un bilan, la dernière en date Présidentielle a probablement par SARKOZY été perdue par ce qu'il avait fait et donc la difficulté qu'on a dans l'élection qui vient quel que soit notre candidat c'est : premièrement, de rendre lisible le premier quinquennat ; deuxièmement, de dessiner pour l'éventuel second quinquennat si c'est le président de la République qui est candidat des perspectives qui soient autre chose que la simple prolongation du premier ; et puis, troisièmement, raccrocher les wagons avec une partie de l'opinion, notamment les couches populaires, qui aujourd'hui ont besoin d'être dans une situation de reconquête par nous, elles se sont un peu éloignées de nous, voire beaucoup éloignées de nous - les générations - et on a donc un gros travail de fond à faire, c'est ces trois choses-là : rendre lisible, dessiner une perspective autre que la simple reconduction ou prolongation de ce qu'on fait qui a l'évidence ne suffira et raccrocher aussi une partie de notre électorat. FRÉDÉRIC RIVIERE La gauche a besoin d'une primaire pour 2017 ? THIERRY MANDON Sur le troisième point, si on est d'accord avec cette grille en trois points, sur le troisième je pense qu'il faut un tour de chauffe si on veut expliquer mieux à la fois ce qu'on a fait et ce qu'on a l'intention de faire, montrer qu'il n'y a pas de contradiction entre les deux, qu'il peut y avoir des ambitions nouvelles, on a besoin de cette occasion qu'une primaire fournit d'expliquer les raisons d'une candidature et d'une nouvelle plateforme électorale. FRÉDÉRIC RIVIERE Donc, une primaire serait une bonne chose ? THIERRY MANDON Donc de ce point de vue-là une primaire est nécessaire, ce n'est même pas une bonne chose, c'est nécessaire. Je pense d'ailleurs que dans la crise démocratique dans laquelle on est, de toute la façon où la distance entre les gouvernants quels qu'ils soient et les citoyens est devenue abyssale, tout ce qui permet de réduire cette distance-là est bon et la primaire c’est vraiment la première fonction de la primaire que de réduire cette distance. FRÉDÉRIC RIVIERE Cette interview de Manuel VALLS c'est aussi une déclaration de loyauté, une façon de dire : « moi je ne suis pas candidat et je ne le serai pas » ? THIERRY MANDON Oui, je crois que c'est… D'ailleurs il le dit très, très clairement, c'est une déclaration de loyauté complète, enfin c'est le sens de l'interview. FRÉDÉRIC RIVIERE François HOLLANDE avait deux priorités lors de sa campagne en 2012 et lors de son arrivée à l'Elysée, le chômage - donc on en a parlé et la jeunesse, dont il avait aussi dit que c'était l'une de ses priorités absolues, on sait ce qu'il en est - pour l'instant en tout cas - de l'inversion de la courbe du chômage, quant à la jeunesse elle lui tourne très massivement le dos à cause du chômage sans doute et ponctuellement de la loi Travail. Qu'est-ce que vous avez envie de dire aux jeunes, puisque vous êtes ministre de l'Enseignement supérieur, aux jeunes qui aujourd'hui s'inquiètent tellement pour leur avenir ? THIERRY MANDON A eux il faut d'abord mieux expliquer le premier quinquennat c'est sûr, je prends mon domaine de l'université, on a fait un effort d'un demi-milliard sur les bourses pour accompagner le mouvement de démocratisation à l'accès à l'enseignement supérieur - il y a de plus en plus de jeunes qui vont dans l'enseignement supérieur et qui n'en ont pas forcément les moyens financiers donc, voilà, un effort considérable, les universités elles-mêmes n'ont pas eu cette somme-là. Donc, il y a des choses à mieux expliquer ; Et puis, deuxièmement, il manque quelque chose qui donne à la jeunesse la certitude absolue que le combat que nous menions notamment pour l'emploi - c'est pour eux. Je me rappelle dans le précédent quinquennat une obligation de négocier avait été mise en place pour les retraités, enfin pour les préretraités ou les gens qui avaient 55 60 ans, la place des séniors dans l'entreprise, mais moi je crois que dans les années qui viennent on devra lancer une obligation de négocier sur la place des jeunes dans l'entreprise large, de l'apprentissage en passant par les fonds d'alternance jusqu'à l'emploi, mais au moment où des aides vont devenir structurelles aux entreprises et à l'industrie française il faudra accompagner ces aides-là par l'exigence d'une grande négociation, d'une grande obligation de négocier pour la jeunesse pour que vraiment les jeunes, la société, les entreprises, tout le monde sache que c'est la priorité nationale que d'aider ceux qui sont de plus en plus qualifiés à intégrer le monde du travail. FRÉDÉRIC RIVIERE Il y a une grande peur de la précarité qui s'exprime, on ne veut pas être de la chair à patron par exemple, c'est l'un des mots d'ordre qu'on entend, ils ont raison de s'inquiéter de cette précarité où véritablement la sécurité dans les dispositifs qui sont envisagés aujourd'hui dans ce projet de loi sont prioritaires ? THIERRY MANDON Il y a deux choses ! Il y a dans ce projet de loi des renforcements d'un certain nombre de possibilités pour les salariés justement de collectivement mieux s'organiser dans les négociations avec le patronat et notamment dans les petites entreprises, le dialogue social au niveau de l'entreprise c'est la capacité donnée aux salariés de se regrouper pour décider plus concrètement de leurs conditions de travail, de leurs statuts dans l'entreprise, de leurs droits dans l'entreprise et donc, ça, c'est positif ; et il y a, en même temps, une évolution structurelle du marché du travail sur laquelle on ne réfléchit pas assez, il y a 24 millions de salariés dans le pays, il y a aujourd'hui, maintenant, 100 % de l'emploi non salarié 2,5 %, 2,5 millions - il y a à peu près le même montant de personnes qui cumulent des emplois et, si on prend ces chiffres-là il y a 10 ans, on se rend compte que c'est une progression fulgurante et, ça, tout le monde le sent pas seulement les jeunes tout le monde, tous les salariés sentent bien que l'emploi, le travail qu'on a connu et le travail de demain ce n'est pas les mêmes. FRÉDÉRIC RIVIERE C'est ce qu'on appelle l'ubérisation de la société, entre autres ? THIERRY MANDON C'est l'ubérisation, c'est le travail… et certains parlent de travail en miettes, enfin c'est des choses qui doivent être réfléchies d'ailleurs nous allons faire une journée de travail avec les meilleurs penseurs français et internationaux le 12 mai prochain sur ce sujet-là - parce qu'il faut rendre non seulement lisible cette évolution mais en mesurer les conséquences sur la protection sociale et, avec une protection sociale aujourd'hui qui est construite pour le monde des salariés et un développement de nouvelles formes d'emploi qui va aller progressant. Vous savez qu'aux Etats-Unis c'est près de 40 % des salariés qui sont dans des formes non CDI d'emploi, c'est considérable, on n'en est qu'à 10 % aujourd'hui en France mais 40 % à l'étranger et donc cette inquiétude-là pour le coup bien sûr ce n'est pas l'objet du projet El Khomri mais il faut y répondre, donc il faut être sur deux registres : des droits nouveaux pour les salariés pour un modèle négocié de modernisation de l'économie et une réflexion plus générale sur l'évolution du travail dans les années qui viennent. FRÉDÉRIC RIVIERE Une très vive polémique s'est développée depuis quelques jours à propos des grandes enseignes, des grands magasins, qui ont décidé de se lancer dans ce qu'on appelle la mode islamique, Laurence ROSSIGNOL - la ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes a vivement critiqué cette initiative dans des termes qui ont choqué, la philosophe Elisabeth BADINTER appelle au boycott des magasins en question, où vous situez-vous dans le débat ? THIERRY MANDON Moi je pense que ceux qui font du business n'ont pas besoin de venir à l'aide de ceux qui trop souvent font pression sur les femmes pour qu'elles mettent les burqas ou des vêtements à connotation religieuse marquée, donc je pense qu'ils n'ont pas besoin de ce soutien-là ceux qui font ce sale boulot-là, laissons les femmes libres de faire comme elles le souhaitent. FRÉDÉRIC RIVIERE Donc, vous êtes plutôt sur la ligne Rossignol Badinter ? THIERRY MANDON Eh bien oui total… En tout cas oui, Laurence ROSSIGNOL a eu le petit l'écart de langage qui lui a été reprochée mais sur le fond elle a absolument raison, c'est un combat qu'elle a raison de mener. FRÉDÉRIC RIVIERE Il y a quelques jours l'UNEF a protesté contre un professeur de l'université Paris II Panthéon-Assas parce qu'il a demandé à une étudiante de retirer le voile qu'elle portrait, le voile à l'université aujourd’hui c'est une question ou pas du tout ? THIERRY MANDON Il y a des voiles à l'université, puisqu'on reçoit des étudiants du monde entier il n'y a pas de raison qu'il n'y ait pas de voile à l'université, ce n'est pas un problème, c'est autorisé, ce n'est pas problème et on ne note pas aujourd'hui de cas inquiétants de tentative de radicalisation de jeunes qui vont à l'université. FRÉDÉRIC RIVIERE Un mot de cette affaire de ce qu'on appelle « les Panama papers-là », ces sociétés offshore, il reste on le voit du travail sur l'évasion fiscale. Vous vous attendez à ce que dans les prochains jours cette affaire puisse avoir un retentissement important en France, puisqu'on dit que des personnalités françaises sont impliquées dans cette affaire ? THIERRY MANDON Écoutez-moi j'ai vu comme vous la bande annonce, donc elle nous annonce un film à épisodes avec des séries tous les jours, donc en tout cas que ceux qui ont fauté soient sanctionnés très durement et même, et même ceux qui ont fauté et qui ont des mandats publics, doivent disparaître de la vie publique, je pense que les sanctions ne sont pas suffisantes aujourd'hui, on doit être non seulement condamnés mais on ne doit pas pouvoir se représenter, quand on a un mandat public on n'est pas là pour utiliser les paradis fiscaux. FRÉDÉRIC RIVIERE Merci Thierry MANDON, bonne journée. INTERVENANT Thierry MANDON, secrétaire d'Etat en charge de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, invité de Frédéric RIVIERE. Cet entretien, vous le retrouvez sur rfi.fr en audio et vidéo. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/285.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/285.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8bf5298648f00c9763f557b53e2a93053c7b642e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/285.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs, J’ai reçu aujourd'hui en visite officielle le Président Uhuru KENYATTA, Président du Kenya. Ce n’était d’ailleurs pas sa première venue en France car il était là lors de la Conférence sur le climat, mais c’est sa première visite officielle ici à Paris. Je l’accueille d’autant plus volontiers que nos deux pays ont des relations fortes dans plusieurs domaines. Le domaine économique, puisqu’il y a un niveau d’échanges que nous ne trouvons pas encore suffisant, mais qui est en forte croissance depuis plusieurs mois et même plusieurs années, avec des entreprises françaises qui investissent au Kenya. Nous avons également un partenariat sur le plan éducatif avec la formation professionnelle que nous voulons favoriser de manière à ce que nos entreprises puissent, lorsqu’elles s’installent au Kenya, disposer d’une main d’œuvre qualifiée et nous-mêmes accueillir des étudiants kenyans ici en France. Nous avons également une relation politique qui est à la fois ancienne, mais qui est marquée ces dernières années par la lutte commune contre le terrorisme. Je n’oublie pas qu’en 2013 et en 2015, des attaques extrêmement cruelles, horribles même, ont affecté le Kenya, d’abord dans un centre commercial - chacun a les images à l’esprit - et ensuite dans un campus universitaire. La France a elle aussi été victime de terrorisme et je ne reviens pas sur ce qui s’est produit en 2015. Nous devons donc coopérer car même si nous pouvons penser que ce ne sont pas les mêmes groupes qui ont commis ces actes, c’est la même aspiration et c’est la même volonté de porter atteinte à ce que nous représentons en tant que mode de vie. Nous devons donc agir ensemble. C’est ce que nous faisons aussi en Somalie puisque l’Europe participe à l’action qui a été décidée par la communauté internationale et le Président KENYATTA l’a rappelé, l’Europe doit rester présente en Somalie et la France y veillera. Il y a les échanges de renseignements, d’informations que nous devons partager. Il y a la lutte contre les filières et puis également des expériences que nous pouvons également échanger en matière de lutte contre la radicalisation ou pour la déradicalisation d’un certain nombre de jeunes. Nous avons aussi une responsabilité commune, le Kenya et la France, qui est d’agir pour éviter qu’un certain nombre de conflits ne perdurent. C’est notamment ce que nous faisons en Somalie, mais aussi ce que nous devons faire dans d’autres pays voisins du Kenya, je pense au Soudan du Sud, je pense surtout au Burundi où la France a fait adopter au Conseil de sécurité une résolution et nous souhaitons qu’elle puisse être mise en œuvre. Cette résolution prévoit que des policiers de l’ONU puissent être rapidement mis à la disposition pour éviter qu’il puisse y avoir des conflits et que nous puissions constater une fois encore que des affrontements qui pourraient être extrêmement dangereux puissent se faire dans les prochaines semaines. Nous avons aussi la volonté, je l’ai évoquée dès le début de cette déclaration à la presse, de mettre en œuvre les résolutions, les conclusions de l’Accord sur le climat. D’ailleurs, dans beaucoup des décisions que nous avons prises aujourd'hui à l’occasion de la visite du Président KENYATTA, dans beaucoup d’accords qui ont été signés encore tout à l’heure en ma présence et en la présence du Président kenyan, tout à l’heure avec le MEDEF aussi, beaucoup portent sur les énergies renouvelables, sur les efforts que nous devons faire en matière d’infrastructures, en matière de barrages hydrauliques. Nous avons donc défini une stratégie commune par rapport à la mise en œuvre de la Conférence sur le climat et le Kenya accueillera d’ailleurs bientôt une conférence importante par rapport à cet enjeu. Je veux terminer sur la politique africaine de la France parce que cette politique est cohérente depuis maintenant près de quatre ans, elle vise à avoir des rapports et des relations avec tous les pays d’Afrique. Au-delà même de l’histoire, au-delà même des langues, il n’y a pas pour nous une Afrique qui serait regardée comme francophone et une autre qui nous serait étrangère. Nous avons cette confiance dans l’Afrique comme continent d’avenir et nous voulons, bien sûr avec les pays qui nous sont historiquement liés, mais avec tous les pays africains - je pense donc au Kenya - qui connaissent des développements importants avec une volonté d’accès aux technologies - en l’occurrence le Kenya est un modèle en matière de numérique - nous voulons travailler avec l’ensemble du continent africain. Nous le faisons aussi avec des principes. Notre Agence Française de Développement s’est considérablement engagée - et la réforme qui est en cours en sera l’illustration - pour apporter les financements qui sont nécessaires pour que l’Afrique puisse pleinement accéder aux technologies. Nous le faisons aussi avec des principes liés à la Conférence sur le climat et nous le faisons enfin avec des principes politiques, pour que le pluralisme, la démocratie, la lutte contre la corruption puissent se faire avec les mêmes volontés que celles qui nous animent ici, en Europe et particulièrement en France, puisque nous en sommes responsables. La lutte contre la corruption, la lutte contre la finance illégale, la lutte contre des phénomènes de blanchiment d’argent, c’est ce que fait la France depuis quatre ans. Elle ne le fait pas seule, heureusement, des pays nous accompagnent, mais cela donne des résultats. Cela donne des résultats pour lutter contre la fraude fiscale, cela donne des résultats pour lutter contre ce qu’on appelle l’optimisation fiscale et surtout, cela donne des résultats en matière de transparence. Nous le voyons encore aujourd'hui avec les révélations qui sont faites. La loi que prépare le ministre des Finances Michel SAPIN, donnera encore d’autres instruments pour agir pour la transparence, pour la lutte contre le blanchiment et également pour protéger les lanceurs d’alerte. Sans ces lanceurs d’alerte, il n’y aurait pas forcément les informations que nous connaissons aujourd'hui et donc la France veut être exemplaire. Pas simplement pour être comme les autres, parce que nous devons mener ce combat ensemble, mais pour être encore mieux que les autres. Pour que nous soyons classés parmi les premiers en matière de lutte contre la corruption. Pour ce qui concerne les révélations qui peuvent être faites et qui peuvent mettre en cause des personnalités françaises, sachez bien que les contrôles se feront, les actions seront engagées et la justice sera saisie. Je veux une fois encore remercier le Président KENYATTA pour sa présence. Nous savons ce que représente le Kenya pour l’Afrique. Le Kenya a été l’un des premiers pays à s’émanciper et à montrer l’exemple à d’autres. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/286.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/286.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..07a11d726fa4ddbce28275bf6ed867abe01fb3dc --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/286.txt @@ -0,0 +1 @@ +BILD : Monsieur le Président, la crise des migrants, et avant le drame de la dette ? l'Europe est plongée de toute évidence dans la crise la plus grave depuis sa création il y a bientôt 60 ans. La communication entre de nombreux membres de l'UE est tendue. Est-ce que l'âge d'or est terminé pour l'Europe ? François Hollande : « Est-ce qu'il y a jamais eu un âge d'or pour l'Europe ? Regardez ce qu'a été son histoire durant les trente dernières années. Notre Union a traversé des crises monétaires, économiques, comme politiques. Et aussi relevé des défis majeurs, je pense notamment à l'élargissement de l'Europe. Mais soyons lucides et regardons les choses en face : l'afflux de réfugiés a réveillé les crispations et les replis. Et le terrorisme a fait ressurgir des peurs et des interrogations. Or décider à 28 est plus difficile qu'à 6, 12 ou même à 15, au temps où François Mitterrand et Helmut Kohl pouvaient régler en face à face les questions liées à la réunification allemande. Ce qui reste vrai, c'est que l'Europe ne peut avancer que si la France et l'Allemagne marchent d'un même pas. » BILD : Est-ce que les peuples en Europe croient encore au rêve européen ? En Grande-Bretagne, le débat d'un possible « Brexit » fait rage en ce moment. « Il y a beaucoup d'euroscepticisme, et pas seulement au Royaume Uni et le rêve européen pour les nouvelles générations s'est dissipé. Je souhaite que la Grande-Bretagne reste dans l'Union, c'est son intérêt, c'est celui de l'Europe. Mais seul le peuple britannique peut dire ce qu'il veut pour son avenir. Quelle que soit sa réponse, je suis favorable au lendemain de cette consultation à une initiative pour que les pays qui veulent aller plus vite et plus loin dans l'intégration, puissent le faire. Quant à ceux qui n'appartiennent pas à la zone euro et qui n'entendent pas la rejoindre, ils doivent être pleinement respectés comme membre de l'Union mais ils ne doivent pas freiner son évolution » BILD : Demain, le Conseil franco-allemand des ministres commence à Metz. Vous venez de mentionner la relation très proche entre la France et l'Allemagne. Le couple franco-allemand a toujours été le « moteur de l'unification européenne ». Avons-nous raison de penser que ce moteur a quelques ratés ? « Non ! Nous avons montré que, comme nos prédécesseurs, nous étions conscients de nos responsabilités. C'est ensemble que nous avons affronté et surmonté la crise financière et porté l'Union bancaire. C'est ensemble que nous avons fixé les grandes lignes du budget européen jusqu'en 2020. C'est ensemble que nous avons travaillé à maintenir la Grèce dans la zone euro. Et même aujourd'hui s'agissant du flux de réfugiés, Angela MERKEL et moi-même avons porté la même position permettant ainsi la conclusion de l'accord avec la Turquie. Ces crises nous ont rapprochés sur le plan personnel même si nous n'avons pas les mêmes sensibilités politiques. Aussi, c'est ensemble que nous avons dans le format Normandie travaillé pour faire cesser les hostilités en Ukraine. » BILD : Pendant la crise ukrainienne dont vous avez parlé, vous faisiez preuve avec la Chancelière d'une connivence sans faille. Par rapport aux réfugiés, l'impression prévaut qu'Angela Merkel souhaite régler le problème des migrants sans faire appel à la France. Est-ce que vous vous sentez mis à l'écart par le gouvernement allemand ? « Sur l'Ukraine, nous n'aurions pas réussi séparément. Nous avons passé un temps considérable pour chercher une solution, et pour ensuite mettre en œuvre les accords de Minsk. Sur les réfugiés, nous avons bâti ensemble une solution européenne. Mais nos situations étaient différentes. L'Allemagne accueille des centaines de milliers de réfugiés. Et fait preuve d'une grande générosité. Mais, pour l'Allemagne comme pour la France, cela ne pouvait se faire hors des règles européennes, c'est-à-dire de Schengen. J'ai donc bien compris ce que représentait pour l'Allemagne le règlement de cette question. Pour la France, l'essentiel était de retrouver la maîtrise complète de nos frontières extérieures. J'avais vu la Chancelière le vendredi 4 mars. Elle a rencontré le premier ministre Davutoglu le dimanche. Elle m'en a parlé le lundi. Et ce processus a permis de pouvoir aboutir, dix jours après, à l'accord de Bruxelles. J'ai veillé à ce que la France puisse être utile. Pour le respect des droits des réfugiés, pour le contrôle des visas concernant la Turquie et pour offrir un nouveau chapitre à la négociation. » BILD : Depuis ce pacte de Bruxelles le nombre de réfugiés, de migrants venant en Europe est effectivement en réduction de façon drastique. Est-ce que le pire est derrière nous ? « Nous sommes revenus aux procédures de Schengen et de ce que l'on appelle Dublin pour l'asile. Elles n'étaient plus effectives depuis plusieurs mois. Ce qui a conduit certains pays à des initiatives unilatérales. Maintenant nous devons mettre en œuvre l'accord réalisé au Conseil européen. Et d'abord aider la Grèce qui ne peut être laissée seule face à une réalité qui nous concerne tous. Aussi, la France et l'Allemagne vont envoyer – chacune 300 – des juges, des experts, des spécialistes du droit d'asile pour que nous puissions régler sur place les situations particulières et faire vivre l'accord de réadmission avec la Turquie. Là aussi, nous voulions ensemble montrer l'exemple. » BILD : Le problème clé du nouvel accord avec la Turquie est le consentement des États de l'UE de faire entrer en Europe des milliers de migrants en provenance de la Turquie. Êtes-vous optimiste sur ce fonctionnement dans toute l'Europe ? « Ce qui est prévu c'est que tous les migrants en situation irrégulière doivent être raccompagnés de Grèce vers la Turquie. L'Europe, avec Frontex, assurera ces retours dans des conditions dignes. Les règles relatives à l'asile devront être respectées. Les organisations humanitaires nous le demandent et elles ont raison. Pour éviter justement ces mouvements de réfugiés de la Turquie vers la Grèce au péril de leur vie, nous avons décidé de réinstaller en Europe des Syriens aujourd'hui dans des camps en Turquie, au Liban et en Jordanie. Ce mécanisme de répartition ne peut véritablement marcher que s'il y a un véritable contrôle de nos frontières extérieures. » BILD : Combien de réfugiés la France va-t-elle accueillir ? « L'engagement de la France, c'est d'accueillir 30.000 réfugiés, syriens et irakiens, d'ici deux ans et je tiendrai parole. Mais il y a des migrants qui viennent en France par d'autres moyens. En 2015 nous avons eu une augmentation par ailleurs du nombre de demandeurs d'asile, avec près de 80.000 personnes accueillies en France à ce titre. » BILD : Est-ce que vous partagez l'avis que la politique allemande des frontières ouvertes – la « Willkommenskultur » – a été en fait le déclencheur de la venue des migrants en Europe ? « Ce mouvement a commencé dès le printemps 2015, donc bien avant qu'il y ait cette ouverture affichée par l'Allemagne. Rappelons-nous ensuite l'émotion qui avait saisi en septembre l'opinion publique après la découverte du corps inanimé du petit Aylan Kurdi sur une plage. La cause de ces drames, c'est la situation en Syrie, les bombardements du régime, les atrocités de Daesh. Puis se sont ajoutés tous ceux qui espéraient une vie meilleure en l'Europe. Je pense à ces familles venant d'Afghanistan, du Pakistan et parfois de bien plus loin. C'est pourquoi il fallait mettre un terme à cet afflux tout en respectant le droit d'asile. L'Europe se serait déshonorée si elle avait confondu les migrants économiques et les personnes relevant de la solidarité internationale. Il était important d'envoyer ce message. Et c'est ce que le Conseil européen a fait en revenant aux règles de Schengen c'est-à-dire à l'enregistrement et à la vérification de la situation de chaque personne se présentant à nos frontières. » BILD : L'Allemagne a accueilli plus d'un million de réfugiés – la France, la grande nation seulement 30.000. Est-ce que c'est juste, est-ce que c'est ça, la solidarité européenne ? « Je vous ai déjà dit que nous avons accueilli, sur la seule année 2015, des migrants et des réfugiés bien au-delà de ce chiffre. Nous avons été également amenés à gérer la situation des personnes venant du Soudan, d'Erythrée, d'Afghanistan qui veulent se rendre au Royaume-Uni et qui ne sont pas autorisées à y entrer. Nous tentons de les retenir ici. Et nous avons ouvert des centres dans toute la France. Mais ils préfèrent, contre toute raison, attendre et passer par tout moyen au risque de leur vie en Angleterre. Je sais l'effort réalisé par l'Allemagne et je salue la solidarité dont elle fait preuve. Elle devra consacrer à l'accueil et à l'intégration des réfugiés des moyens importants. Mais il ne pouvait être question de reproduire en 2016 ce qui s'était passé en 2015. » BILD : Que voulez-vous dire ? « La réponse ne peut être qu'européenne. Sinon ce sera la fin de Schengen et le retour aux frontières nationales, c'est à dire une régression historique. Ce risque était réel jusqu'à ces derniers jours. Et plusieurs pays avaient déjà pris des décisions sous la pression. C'eut été la fin de l'Union européenne telle que la France et l'Allemagne la conçoivent, c'est à dire un espace de responsabilité et solidarité. Il y a partout des forces politiques qui veulent mettre en cause Schengen et qui jouent sur les peurs. Nous ne devons pas les laisser prospérer. Et si je regrette que l'Union européenne ait tardé, elle a fini par trouver, de façon unanime, une réponse globale. » BILD : Suite à l'accord avec la Turquie, l'Europe a mis son destin entre les mains du président Erdogan, qui a autorisé le départ des combattants de l'IS pour la Syrie, qui fait bombarder les Kurdes et qui foule aux pieds les droits de l'homme. Est-ce une faillite morale de l'Europe que de laisser faire aux Turcs le « sale boulot » pour l'UE ? comme l'a formulé Sigmar Gabriel, vice-chancelier allemand ? « La Turquie a fait un effort considérable ces dernières années en accueillant 2,5 millions de réfugiés syriens. En permettant à une partie d'entre eux de travailler, en éduquant les enfants, en assurant des conditions dignes. Ne pas aider la Turquie, ce serait finalement abandonner ces réfugiés. Ce serait ni l'intérêt de l'Europe, ni l'intérêt de ces populations qui, si la paix revient en Syrie, doivent pouvoir revenir dans leur famille et leur pays. Cet accord repose sur des conditions bien précises. Pour pouvoir solliciter l'exemption des visas de court-séjour pour les citoyens turcs, la Turquie devra respecter 72 critères. Ensuite, le versement des 3 milliards d'euros à la Turquie ne pourra intervenir qu'en contrepartie des actions qui seront engagées en faveur des réfugiés. Nous ferons les vérifications nécessaires. Nous serons également vigilants par rapport à la lutte que la Turquie mène contre les passeurs et les trafics. Enfin, nous ne renoncerons jamais à nous exprimer sur les droits de l'homme, la liberté de la presse et le respect des minorités. » BILD : Alors que la crise des réfugiés semble s'apaiser, la terreur islamiste frappe avec brutalité. Est-on obligé de s'habituer au fait que nous n'allons plus jamais vivre en sécurité en Europe ? Le monde doit comprendre que la terreur est présente partout. Après Paris, il y a eu Copenhague. Puis encore Paris. Ensuite Bruxelles. Et je n'oublie pas Bamako, Ouagadougou, Abidjan, Ankara et le Pakistan qui a été ensanglanté le dimanche de Pâques où des Chrétiens ont été délibérément visés. Les Etats-Unis ne sont pas à l'abri, on l'a vu avec l'attentat de San Bernardino. Le Canada a été attaqué il y a deux ans. C'est la même source, c'est à dire la barbarie islamiste, qui n'est pas l'islam. Et nous devons en tirer une conclusion : c'est que l'Europe ne peut pas attendre que d'autres règlent les problèmes à sa place. Elle doit assurer sa défense et s'organiser pour lutter contre le terrorisme. Mieux que nous ne l'avons fait jusqu'à présent. » BILD : Quelle serait la meilleure façon de lutter contre le terrorisme ? « D'abord par l'identification des personnes dangereuses et la centralisation des informations. Ensuite les contrôles systématiques aux frontières de l'Europe et l'échange des données des passagers aériens (PNR européen), enfin la lutte contre le trafic d'armes et le blanchiment. Mais allons plus loin. La lutte contre le terrorisme nous oblige à franchir des étapes. L'Europe de la Défense est une priorité. Je remercie l'Allemagne pour le concours militaire qu'elle nous a apporté, au Mali mais également en Syrie. Je sais que c'était une décision très difficile à prendre car c'était d'une certaine façon une évolution de sa politique. Mais je préfère le dire : nos deux pays doivent consentir un effort budgétaire à leur défense. Et agir à l'extérieur de l'Europe. Ne comptons pas sur une autre puissance même amie pour nous débarrasser du terrorisme. » BILD : En tant que Président, vous avez vécu en une seule année deux attaques cruelles dans votre pays ? Qu'est-ce que cela signifie pour vous personnellement ? « C'est d'abord un choc. Un choc terrible, des images effrayantes, des familles dévastées. Les journalistes de Charlie Hebdo, je les connaissais. Les policiers qui ont été lâchement abattus incarnent l'autorité de l'Etat. Et l'attaque contre l'Hyper Cacher nous rappelle combien l'antisémitisme, c'est-à-dire la haine des juifs, est un fléau qui n'a pas disparu. Puis il y a eu les attentats du 13 novembre, j'étais au Stade de France juste à côté de Frank-Walter Steinmeier. Dès que des bombes ont éclaté, j'ai appris dans le même instant que des massacres étaient perpétrés au cœur de Paris. Jamais il n'y a eu un attentat aussi meurtrier en France. Voilà le choc. Mais il y a un défi. Est-ce que nous cédons à la peur et nous nous replions sur nous-même ou est-ce que nous sommes capables dans l'épreuve d'être plus forts ensemble ? Regardez cette photo, celle de la manifestation de solidarité à Paris le 11 janvier 2015. Mme Merkel, au premier rang à côté de moi avec plus de 40 chefs d'Etat et de gouvernement. La solidarité européenne est essentielle. Pour défendre nos valeurs, notre liberté avec les moyens du droit notre sécurité. » BILD : Les terroristes de Paris et Bruxelles étaient « home grown terrorists » - ils avaient des origines françaises et belges. Comment se fait-il que ces individus aient attaqué de manière aussi radicale et brutale une société ouverte qui les a vus grandir ? « C'est sans doute l'interrogation la plus lourde, la plus terrible. Savoir que ce sont des Français, nés en France, qui ont pu commettre ces actes. Ils ont été élevés dans nos villes, scolarisés dans nos écoles, et dans un délai très court, ils sont passés de la délinquance à la radicalisation, puis à l'attaque terroriste. Il est nécessaire de lutter avec encore plus d'ampleur et de moyens contre les ghettos et la discrimination. Nous devons aussi prendre les mesures face au danger de la radicalisation. Que ce soit sur Internet, dans les mosquées ou dans les lieux publics. Nous sommes tous concernés. Les familles musulmanes sont les plus touchées, mais il y a aussi des convertis. Deux mille Français sont allés ou sont encore en Syrie pour faire le Djihad. A peu près un tiers sont des jeunes filles et des mineurs. Donc il faut avoir une vigilance absolue face à ces embrigadements, ces endoctrinements, ces envoûtements. » BILD : Avez-vous vraiment cru que le projet abandonné la semaine dernière de déchéance de la nationalité pour les terroristes serait utile ? « Il était un symbole. Comment admettre qu'un Français puisse tuer d'autres Français parce qu'ils sont français ? Mais ce n'est pas en enlevant la nationalité que l'on peut combattre le terrorisme. C'est en luttant contre les racines mêmes de la radicalisation et de la haine. Et c'est en menant des politiques coordonnées à l'échelle de l'Europe pour appréhender les individus qui veulent nous frapper. Le groupe qui a perpétré les attentats de Paris et de Bruxelles était composé d'individus venant de plusieurs pays d'Europe. Récemment un complice a été arrêté en Italie, d'autres aux Pays-Bas. Les terroristes ne connaissent pas de frontières. Donc, la guerre contre ce fléau ne peut être menée et gagnée dans un seul pays. » BILD : Les terroristes ne connaissent pas de frontières, au contraire malheureusement des services de sécurité nationaux en matière d'échanges d'informations. Pourquoi n'y a-t-il toujours pas de fichages européens des personnes dangereuses ? Parce qu'il y a du retard. Et c'est insupportable. BILD : … Un retard assez grand. C'est le problème majeur de l'Europe. Elle prend souvent trop de temps pour décider. A la fin, l'Europe arrive toujours à trouver une solution que ce soit sur les crises bancaires, les dettes souveraines, l'afflux de réfugiés ou même l'action contre le terrorisme. Mais le temps perdu est de plus en plus coûteux. Quelle est la conclusion qu'il faut en tirer ? Aller vite ! C'est ainsi que nous serons plus efficaces et que nous pourrons convaincre les Européens qu'ils sont réellement protégés. BILD : La crise des réfugiés, le terrorisme islamiste autant de motifs qui expliquent que les partis d'extrême droite et populistes aient vu significativement accroître le nombre de leurs adhérents. Vous avez une grande expérience avec le Front National. Quel est le conseil que vous donneriez à Madame Merkel quant à l'attitude à observer vis-à-vis de l'AfD ? « C'est une bien pénible expérience que la France peut offrir, l'extrême droite y existe au plan électoral depuis 30 ans. C'est en 1984, qu'elle a franchi le seuil de 10 %. Certains pensaient que c'était un mouvement de colère et qu'il ne durerait pas et en 2002, Jean-Marie Le Pen a été présent au second tour de l'élection présidentielle. Là aussi certains imaginaient que c'était lié à sa personne. Et voilà que sa fille et sa petite-fille font prospérer le mouvement qu'il a créé. Marine Le Pen fait tout pour banaliser le Front National en France, mais lorsqu'elle s'exprime au Parlement européen devant Mme Merkel et moi-même, elle reprend les vieux discours sur la rivalité franco-allemande. Elle appelle à un retour des frontières nationales et à la sortie de la France de l'euro, voire même de l'Union européenne. Ce qu'il y a de commun à toutes les extrêmes droites, c'est la peur. La peur de l'autre, la peur de l'Europe, la peur de la mondialisation. » BILD : Donc quel est votre conseil ? « Je n'ai pas de conseil à donner. Ce que je sais c'est que la banalisation comme la diabolisation sont les plus mauvaises réponses. Il faut dénoncer les fausses solutions et démonter les propositions fallacieuses, montrer que ce vote est contraire non seulement à nos valeurs mais à nos intérêts. On ne pourra gagner qu'en apportant des réponses aux peuples qui attendent de l'Union Européenne qu'elle les protège. » BILD : L'Europe prend trop de temps, mais aussi en France il y a du retard avec les réformes économiques et du marché de travail. Pour quelle raison les Français ont tant de mal à accepter ces réformes ? Depuis 4 ans les réformes se succèdent en France. Le déficit budgétaire s'est réduit au-delà même des objectifs prévus par la Commission européenne, les régimes de retraite sont quasiment à l'équilibre, la compétitivité s'est améliorée, les marges des entreprises sont revenues à leur niveau d'avant la crise, sans amputer le pouvoir d'achat des ménages. La réforme de l'organisation territoriale a été menée à bien. Quant au marché du travail, une première étape de modernisation a été accomplie en 2013, poursuivie en 2015 avec la loi Macron. Et une nouvelle est prévue par le dialogue social. Les Français et notamment les jeunes qui connaissent trop souvent la précarité veulent être rassurés sur leur avenir. A nous de les convaincre que la souplesse et la sécurité peuvent se conjuguer pour créer plus d'emplois durables. BILD : Une dernière question : Est-ce que vous serez à nouveau candidat à la présidence ? « Permettez que je réserve, le moment venu, ma réponse à la presse française. » \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/287.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/287.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..be8e3a3faf2c34ec7f7ae4c74795bd4e3d624468 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/287.txt @@ -0,0 +1 @@ +GUILLAUME DARET Bonjour à tous, merci d'être avec nous ce matin Najat VALLAUD-BELKACEM. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Bonjour. GUILLAUME DARET On a appris hier le suicide de l'ancien directeur de l'école de Villefontaine qui était accusé de plusieurs dizaines de viols, les parents sont évidemment extrêmement en colère, ce matin RTL affirme que cette nuit-là, à la prison de Corbas pour manque d'effectifs dit la radio RTL, la surveillance était relâchée, est-ce que ça veut dire qu'il y a eu des défaillances ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Il m'est impossible de vous répondre pour le moment, une enquête préliminaire a été ouverte, le Garde des Sceaux, Jean-Jacques URVOAS me l'a confirmé dès hier quand nous avons eu connaissance de ce suicide. La seule chose que je peux vous dire, c'est que j'ai vraiment, je pense aux familles de Villefontaine, parce que je pense que la situation qui était déjà insupportable est devenue encore plus difficile. Elles attendaient beaucoup du procès qui allait s'engager pour obtenir des réponses, pour comprendre ce qui s'était passé, pour pouvoir faire le deuil aussi de l'innocence perdue de leurs enfants et malheureusement elles ne pourront pas avoir accès à cela donc, voilà c'est terrible, ça n'aurait pas dû se produire, il y a une enquête qui est ouverte pour savoir comment ça a pu se produire. Il avait déjà fait une tentative de suicide, en attendant que cette enquête nous en dise plus, je peux moi vous informer de ce que cet après-midi au sénat nous allons définitivement adopter le texte de loi dit « Villefontaine » qui cette fois-ci garantira qu'à l'avenir la justice transmettra bien à l'Education nationale les condamnations des agents qui relèvent d'elle, pour fait de prédation sexuelle, pour lui permettre, eh bien tout simplement prendre les décisions qui s'imposent, c'est-à-dire la révocation de ce type de personnel. GUILLAUME DARET Vous allez recevoir aussi également aujourd'hui avec la ministre du Travail, ministre de la Jeunesse les syndicats, les représentants des jeunes, des étudiants qui demandent le retrait pour certains de la loi Travail et il y a plusieurs pistes sur la table, plusieurs propositions du côté des jeunes, est-ce que par exemple c'est vrai que vous envisagez de prolonger le versement des bourses après même la fin des études, pour quelques mois ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Il y a en effet plusieurs pistes de travail sur la table, mais juste un mot sur l'état d'esprit de ces réunions, parce que pour les avoir demandées, je veux vous dire… GUILLAUME DARET Dans quel état d'esprit vous êtes, confrontation ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM A quoi nous pensons quand nous faisons cela. Vous savez depuis maintenant quelques semaines autour de la loi Travail, mais la loi Travail n'est pas le seul sujet, j'insiste sur ce point, la jeunesse ou plus exactement des membres de la jeunesse car on ne peut pas parler de la jeunesse toute entière dans la rue, mais des membres de la jeunesse nous ont envoyé une alerte sociale, une alerte sociale qui dépasse largement la question de la loi Travail ou de la politique de ce gouvernement, car si on veut être honnête intellectuellement, la politique de ce gouvernement depuis 2012 a plutôt consisté à faciliter la vie de la jeunesse, que ce soit par le biais de bourse étudiante, 400 millions d'euros de plus pour ces bourses, que ce soit par le biais du logement pour les jeunes, pour les étudiants. GUILLAUME DARET Vous considérez que les jeunes vivent mieux aujourd'hui qu'il y a quatre ans ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Je considère que les mesures qui ont été adoptées depuis quatre ans, en effet vont toutes dans le bon sens s'agissant de la politique jeunesse. GUILLAUME DARET Parce que, eux, ce n'est pas leur sentiment, ils disent « François HOLLANDE nous a trahi », pour certains. On entendait cette nuit par exemple place de la République… NAJAT VALLAUD-BELKACEM Alors j'entends que pour certains ça ne va pas assez loin, mais déjà reconnaitre que nous avons déjà amélioré la donne par rapport à 2012, je trouve que c'est de l'honnêteté intellectuelle, vraiment. Y compris d'ailleurs sur le front de l'emploi puisque quand vous regardez la fameuse courbe du chômage, s'il y en a une qui se porte mieux que les autres, c'est celle du chômage des jeunes qui a, elle, été bien revue à la baisse. GUILLAUME DARET Parmi les choses que vous évoquez justement… NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ça ne veut pas dire que nous avons tout réglé… GUILLAUME DARET Parmi les pistes que vous souhaitez discuter, il y a également, circulait l'idée d'enseigner le code de la route dès le lycée, vous confirmez ou vous infirmez ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Alors j'ai vu dans la presse du matin beaucoup de spéculations. GUILLAUME DARET C'est vrai, c'est faux ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Je vous engage à oublier toutes ces spéculations et à simplement attendre la fin des discussions qui vont avoir lieu cet après-midi à la fois avec les organisations étudiantes, les organisations lycéennes et puis les organisations dites de jeunesse, donc avec des acteurs très divers. Pourquoi cette diversité d'acteurs, parce que le but du jeu, c'est aussi d'apporter des réponses à la jeunesse la plus précarisée. GUILLAUME DARET Est-ce que ça vous inquiète cette mobilisation, Madame la Ministre ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ce n'est pas toujours forcément celle qu'on entend le plus, mais moi je veux utiliser cette fenêtre de tir pour apporter des réponses aux jeunes qui ne sont pas forcément ceux qu'on entend le plus à nouveau, mais qui souffrent bel et bien de la précarité aujourd'hui. Et donc c'est ainsi que je conduirais les discussions de cet après-midi, c'est comment aider ceux-là à avoir des perspectives d'emploi, des perspectives de formation et des perspectives d'installation. GUILLAUME DARET Il y en a un qui n'est pas du tout d'accord avec vous, ça ne va pas vous étonner, c'est Nicolas SARKOZY qui publie une tribune dans le Figaro, il estime que vous avez fait de l'école, je cite, « un lieu d'expérimentation sociale dont les parents et les enfants sont les cobayes ». NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, j'ai pris connaissance de la tribune à laquelle vous faites référence, j'ai rarement vu une tribune avec autant d'énormités par ligne. J'espère que quelques observateurs vont prendre le temps de la décrypter pour nous en dire tout ce qu'il y a à en penser. Mais la seule chose que moi je vais reprendre, allez deux, trois exemples pour vous aider à y voir plus clair. GUILLAUME DARET Il dit que vous n'avez ni cap, ni vision depuis quatre ans à ce ministère. NAJAT VALLAUD-BELKACEM C'est cela, alors que c'est vrai que la politique de la droite au-delà même de son propre quinquennat, pendant dix ans, du début des années 2000 jusqu'à 2012, on sait où elle nous a conduite, dans le mur et l'état actuel de l'école, on en parlait encore récemment avec les fédérations de parents d'élèves du manque de remplaçant par exemple en cas d'absentéisme des profs, on sait que c'est la conséquence directe des politiques qui ont été menées notamment sous le quinquennat de Nicolas SARKOZY. Mais revenons simplement à ce qu'il écrit, ne parlons pas du bilan. GUILLAUME DARET Un exemple. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Eh bien deux exemples allez, il écrit par exemple, alors il remet en cause la réforme des rythmes scolaires et il dit… GUILLAUME DARET On supprimera la réforme du collège si on revient aux pouvoirs dit-il. NAJAT VALLAUD-BELKACEM La réforme des rythmes scolaires, commençons par cela, en disant c'est affreux de laisser des enfants avec des animateurs non formés en parlant du périscolaire. Nicolas SARKOZY c'est celui qui a supprimé la formation des enseignants, vous vous rappelez de cela, donc qui envoyait lui, il trouvait ça tout à fait normal des enseignants sans aucune formation dans les classes. Il dit c'est terrible parce que ces dernières années le nombre d'heures de Français à l'école primaire, là où on apprend les fondamentaux n'a cessé de se réduire, c'est scandaleux, nous, nous reviendrons dessus. Nicolas SARKOZY ; c'est celui qui a fait la semaine de quatre jours, c'est-à-dire qui a supprimé une matinée à l'école primaire, c'est-à-dire une demie journée où on apprenait justement du Français. Mais de qui se moque-t-on ? Et puis Nicolas SARKOZY, c'est celui qui annonce qu'il va supprimer 300 000 ou 500 000 postes de fonctionnaires, je veux dire, que de contradictions, vraiment que d'incohérences, soyons un peu sérieux, le sujet de l'école est un sujet sérieux, donc si on veut vraiment le traiter, on se met autour de la table, on s'intéresse à la fois en effet aux fondamentaux comme nous le faisons car nous sommes d'une très grande exigence dans tous les établissements scolaires. Regardez les nouveaux programmes notamment pour l'acquisition du langage, mais monsieur SARKOZY les a-t-il seulement regardés, il raconte des bêtises sans nom par exemple sur l'histoire, quand il dit que dans les nouveaux programmes, on a fait disparaitre la chronologie des cours d'histoire… GUILLAUME DARET C'est une vraie confrontation en tout cas en vue de la présidentielle en version des différents bilans… NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non seulement c'est faux, mais c'est ce qu'il avait fait lui et nous avons réparé cela. Donc voilà soyons sérieux. GUILLAUME DARET Dans le Figaro, le Figaro révèle ce matin que vous allez durcir le contrôle des écoles musulmanes notamment hors contrat, est-ce que c'est vrai, est-ce qu'il y a des établissements qui vous inquiètent ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Nous avons en effet depuis un certain nombre de mois procédé à des contrôles plus rigoureux, à des contrôles aussi plus inopinés, c'est-à-dire non attendus avec des brigades quasiment d'inspecteurs qui arrivent et qui regardent ces établissements en contrat. GUILLAUME DARET Vous avez pu chiffrer combien d'établissements vous inquiètent ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Eh bien nous en avons contrôlé une vingtaine, il faut savoir qu'il y en a à peu près… GUILLAUME DARET Sur les 20, il y en a combien qui pose problème ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM En France, nous avons à peu près 300 établissements confessionnels hors contrat, à ramener aux quelques 7 000 établissements sous contrat en France. GUILLAUME DARET Il y en avait combien qui pose problème ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Nous en avons contrôlé une vingtaine, c'est ceux qui semblaient nous poser des problèmes. Je veux juste terminer là-dessus en vous disant que je suis en train de réfléchir actuellement sur ce sujet car je me demande s'il n'est pas venu le temps, compte tenu des risques de radicalisation auxquels nous sommes confrontés de passer peut-être d'un système de simple déclaration au moment de créer un tel établissement contrat à un système de contrôle a priori, c'est-à-dire d'autorisation. Donc nous sommes en train de travailler sur ce chantier là aussi qui nous permettra de mieux cadrer les choses. GUILLAUME DARET Merci, juste un dernier mot, répondez moi, ça va être difficile par oui ou par non, est-ce que vous êtes favorable comme le Premier ministre au boycott des enseignes qui mettent en avant la mode islamique, oui ou non ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Je trouve que la démarche mercantiliste de ces enseignes qui tirent parti du caractère influençable d'un certain nombre de jeunes filles en jouant sur la mode des tenues religieuses est choquante, vraiment choquante. GUILLAUME DARET Donc pour le boycott de ces enseignes, merci beaucoup. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Choquante. GUILLAUME DARET Merci Madame la Ministre. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/288.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/288.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a943550140b004d8d514beb52a156e1b4b09047a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/288.txt @@ -0,0 +1 @@ +OLIVIER MAZEROLLE Bonjour Jean-Jacques URVOAS. JEAN-JACQUES URVOAS Bonjour Monsieur. OLIVIER MAZEROLLE On ne comprend pas comment le directeur de l'école de Villefontaine a pu se suicider dans sa cellule, à 07h30, un syndicaliste de l'administration pénitentiaire disait : manque d'effectifs, les rondes n'étaient pas effectuées. JEAN-JACQUES URVOAS J'ai entendu ça, il y a deux choses, d'abord, la justice a fait une enquête, parce qu'il faut qu'on sache, qu'on comprenne, pour que ça ne se reproduise pas. Et puis, comme j'ai la possibilité dorénavant, j'ai lancé une enquête administrative de la part de la direction de l'administration pénitentiaire pour qu'on puisse voir normalement, dans ce que je sais, il doit y avoir des rondes, il doit y avoir quatre rondes, est-ce qu'elles ont été effectuées, est-ce qu'il y avait effectivement un problème de personnels ? Il faut qu'on le tire au clair, parce que… OLIVIER MAZEROLLE C'est plausible ? JEAN-JACQUES URVOAS C'est plausible, bien sûr que c'est plausible, parce que, d'abord, on a des prisons qui sont sur-occupées, et on a des personnels qui sont en souffrance, il y a beaucoup de pression, et donc on est dans une logique de recrutement de personnels, je vais aller, à la fin avril, à l'Ecole nationale de l'administration pénitentiaire, il y a 868 surveillants de prison qui sont en formation, et en juillet, nous irons, avec une nouvelle promotion, qui est tout aussi nombreuse, donc nous faisons de vrais efforts en personnels, mais ils ne sont pour le moment pas dans les détentions. OLIVIER MAZEROLLE Alors, ce qu'on ne comprend pas quand même, c'est qu'un homme qui avait déjà tenté de se suicider l'année dernière, se trouvait dans une cellule avec un drap, ce qui lui a permis de se pendre. JEAN-JACQUES URVOAS C'est compliqué de vous répondre, Monsieur MAZEROLLE, parce que cela voudrait dire que j'ai des informations qui me sont établies, ce qui n'est pas le cas… OLIVIER MAZEROLLE Le drap, c'est évident… JEAN-JACQUES URVOAS Oui, mais mon rôle, ce n'est pas d'être un commentateur, je ne peux parler que quand les fais sont… OLIVIER MAZEROLLE Non, mais sur le plan du principe, est-il normal que quelqu'un qui se trouve dans un quartier de surveillance, qui est très surveillé parce que déjà sujet à une possibilité de suicide, on lui laisse un drap entre les mains ? JEAN-JACQUES URVOAS Ce que je peux vous dire, c'est ce que sont les moyens de lutte contre le suicide en prison, qui à lui seul est un fléau… OLIVIER MAZEROLLE 115 l'an dernier. JEAN-JACQUES URVOAS Oui, parce que l'étude, et on a une étude de l'INED, qui date de quelques années maintenant, mais qui établissait qu'on se suicidait en prison sept fois plus qu'en dehors des prisons. Donc un certain nombre de mesures ont été prises, le fait est par exemple qu'il y a aujourd'hui 144 cellules que l'on dit lisses, c'est-à-dire dans lesquelles il n'y a aucune aspérité, aucune capacité de se prendre, puisque la pendaison est le phénomène le plus utilisé, et qu'il y a effectivement des couvertures, des draps qui sont indéchirables, alors que les détenus, eux, sont habillés avec des vêtements de papier, de façon à ce que là aussi, on puisse être dans l'anticipation. Ils ont installé je dis « ils » en parlant de l'administration pénitentiaire un système qu'on appelle de codétenu, de façon à ce qu'il y ait une espèce, à la fois de capacité d'échanges, et en même temps, de surveillance, dans le cas d'espèce ici, nous avions une personne qui était détenue pour des faits qui n'amènent pas le fait qu'il puisse partager sa cellule avec un autre détenu. OLIVIER MAZEROLLE Oui, il aurait été rossé. JEAN-JACQUES URVOAS Il aurait probablement eu un péril, et moi, j'ai la responsabilité, comme ministre de la Justice, de garantir le droit à la vie, parce que cette personne devait rendre des comptes à la société et aux victimes auxquelles effectivement on a tous pensé quand on a appris ça hier. OLIVIER MAZEROLLE Les victimes qui vont vous attaquer pour faute lourde… JEAN-JACQUES URVOAS Eh bien, écoutez… OLIVIER MAZEROLLE Enfin, pas vous, mais l'administration… JEAN-JACQUES URVOAS L'Etat défendra ses positions, d'où l'intérêt de l'enquête administrative que j'ai demandée, qu'il y ait une enquête judiciaire que les magistrats vont conduire. OLIVIER MAZEROLLE Alors du coup, on se pose aussi des questions sur Salah ABDESLAM, comment va-t-il être surveillé, va-t-il être détenu ? JEAN-JACQUES URVOAS Bien sûr… OLIVIER MAZEROLLE Alors qu'en juin dernier, un autre terroriste, Yassin SALHI, qui avait coupé la tête de son patron, on s'en souvient, a pu se suicider à Fleury-Mérogis. JEAN-JACQUES URVOAS Oui, mais oui, j'ai exactement pensé à ça hier, l'inquiétude en apprenant cette nouvelle, bon, la situation n'est pas encore établie, monsieur ABDESLAM n'est pas là, nous prenons toutes les dispositions, parce que ce n'est pas… OLIVIER MAZEROLLE Il va arriver bientôt d'ailleurs ? JEAN-JACQUES URVOAS Ça ne dépend pas de moi, nous avons une collaboration entre le Parquet de Paris et puis le procureur de Paris et puis les enquêteurs belges. Les décisions juridiques qui amenaient à son transfert ont été prises, donc le principe est acquis, maintenant, ça dépend des enquêteurs belges, mais quand il arrivera en France, c'est le juge qui choisira l'établissement pénitentiaire où il doit être détenu. Mais évidemment, nous préparons cette arrivée avec la localisation potentielle, avec les mesures de protection et de surveillance qui seront mises sur cette personne, de façon à ce que, là encore, nous puissions prendre tous les moyens pour tenter de garantir le fait qu'il va rendre des comptes et que donc, il n'y ait pas, comme le disait le père d'une victime que nous avions reçu avec le président de la République, qu'il n'y ait pas de chaise vide au procès. OLIVIER MAZEROLLE Pas de drap, pas de cordon dans sa cellule ? JEAN-JACQUES URVOAS Encore une fois, je vais vous dire, à partir de ce qui s'est passé hier, il faut un bilan, vous savez, mon travail… OLIVIER MAZEROLLE Mais le drap, c'est évident, non ? JEAN-JACQUES URVOAS Mais l'évidence, je m'en méfie toujours, parce que quand quelqu'un veut se suicider, vous savez, vous pouvez prendre toutes les mesures, il pourra finir par le faire avec n'importe quels moyens. OLIVIER MAZEROLLE A propos des détenus qui sont radicalisés, liés de près ou de loin à des activités terroristes, je lisais que vous ne saviez pas encore très bien s'il fallait les regrouper ou au contraire les mélanger à d'autres détenus, l'expérimentation va durer encore longtemps avant qu'on… JEAN-JACQUES URVOAS Eh bien, c'est un échange que nous avons eu avec les ministres de la Justice de l'ensemble des pays de l'Union européenne, il y a quinze jours à Bruxelles, qu'est-ce que l'on fait des détenus radicalisés ? Les uns ont envie de les regrouper, les Britanniques nous disent par exemple qu'ils ont testé ça avec les détenus politiques de l'IRA, et que ça n'a pas eu des conséquences positives. D'autres pensent qu'il faut, au contraire, les disséminer avec le risque de contamination d'une certaine façon dans la détention. Donc en France, nous avons choisi de faire les deux, nous avons trois unités dédiées, dans trois établissements différents, il y a 117 places, donc nous observons, nous avons mis les moyens pour dé-radicaliser, en tout cas, pour tenter des process qui visent à cela. Et puis, nous avons aussi prévu des endroits de surveillance isolés avec des cours de promenade particulières, pour voir aussi si c'était la meilleure manière d'avoir cette action de dé-radicalisation… OLIVIER MAZEROLLE Et vous vous donnez combien de temps pour trancher ? JEAN-JACQUES URVOAS Je crois qu'il faut qu'on se donne d'ici au début de l'été, pour que ce qui est engagé, puisqu'il y a aujourd'hui une cinquantaine de détenus qui sont dans ces processus, on puisse voir les conséquences. OLIVIER MAZEROLLE Hier, vous avez présenté à l'Assemblée un projet de réforme constitutionnelle sur l'indépendance des magistrats, qui ne va pas aussi loin que ce que François HOLLANDE avait prévu durant la campagne présidentielle, et il y a deux ans, vous aviez constaté vous-même qu'en l'état, cette réforme n'était plus forcément nécessaire, et vous la représentez aujourd'hui ; pourquoi ? JEAN-JACQUES URVOAS Parce qu'il y a deux ans, le projet du président de la République était de modifier considérablement la composition de ce qu'on appelle donc le Conseil supérieur de la magistrature, c'est-à-dire cette instance qui, à côté du ministre de la Justice, donne des avis ou nomme un certain nombre de magistrats. Et c'est vrai que le Parlement en a discuté en 2013 et qu'ils ont vidé le texte de cette composition du Conseil supérieur de la magistrature, mais ce n'était pas le seul élément du texte. OLIVIER MAZEROLLE Non, mais vous trouviez que, à l'époque, il n'y avait plus ça, ce n'était plus la peine d'insister… JEAN-JACQUES URVOAS Oui, oui, parce que je considérais que la composition était essentielle, mais moi, mon travail, c'est de constater ce qui est possible, et le président de la République avait constaté que, il y avait un point qui n'était pas un point de compromis, qui était un point de consensus, et d'ailleurs, qui est très ancien, puisqu'en 2000 déjà, l'Assemblée nationale, à deux reprises, avait voté le fait que le Garde des sceaux ne puisse plus nommer qui il veut comme procureur, parce que la réalité aujourd'hui, c'est que je nomme qui je veux comme procureur, alors, naturellement, je ne le fais pas, comme Elisabeth GUIGOU ne le faisait pas, comme madame LEBRANCHU ne le faisait pas, et comme Rachida DATI le faisait. Rachida DATI a nommé dix fois… OLIVIER MAZEROLLE Mais pas monsieur MERCIER… JEAN-JACQUES URVOAS Pas monsieur MERCIER, pas madame ALLIOT-MARIE. Mais justement, à l'époque, Rachida DATI d'ailleurs se présentait comme étant le chef des procureurs. Donc il y a une nostalgie de la droite, et donc moi, je trouve que c'est dommage, à partir du moment où tout le monde a l'air d'accord, vous savez, lisez le livre d'Alain JUPPE, ce que j'ai fait, page 229, Alain JUPPE dit : il faut supprimer le lien qu'il y a entre… OLIVIER MAZEROLLE Oui, alors moi, j'ai regardé, ce n'était pas page 229, mais peu importe… JEAN-JACQUES URVOAS Si, si, si, il y a deux reprises… OLIVIER MAZEROLLE Alors, c'est à d'autres livres, alors, bon… JEAN-JACQUES URVOAS Il y a deux reprises, il y a 155 et 229 dans les résumés qu'il y a… OLIVIER MAZEROLLE Bon, d'accord… JEAN-JACQUES URVOAS Ah non, mais je lis avec attention. Et donc moi, ce que j'ai envie de demander aujourd'hui à monsieur JUPPE : est-ce que ce qu'il a écrit, il est prêt à le faire ? Parce que ses amis à l'Assemblée nationale, hier soir, avaient l'air d'être nostalgiques d'une justice aux ordres… OLIVIER MAZEROLLE Alors, mais les amis justement, ceux de droite, disent : attendez, indépendance des magistrats, d'accord, mais il faut aussi qu'ils soient absolument impartiaux, or, le mur des cons du syndicat de la magistrature a montré qu'ils ne sont pas impartiaux, donc il faut pouvoir continuer à surveiller ce qu'ils font. JEAN-JACQUES URVOAS La traduction de l'impartialité pour eux serait de leur interdire la syndicalisation. Il y a des juges qui, par définition, sont syndiqués, ce sont les juges des Prudhommes… OLIVIER MAZEROLLE Oui, mais le mur des cons, ce n'est pas la défense de la profession… JEAN-JACQUES URVOAS Non, mais soyons dans la cohérence de la pensée de ceux qui disent : il faut interdire la syndicalisation des magistrats, quand on est juge Prudhommes, on est juge syndiqué, ça ne remet pas en cause l'impartialité. Ce qui compte pour le justiciable, c'est que le juge, il se prononce sur le dossier et sur la règle de droit… OLIVIER MAZEROLLE Même quand il a un présupposé politique… ? JEAN-JACQUES URVOAS Mais les magistrats sont des citoyens, j'espère même qu'ils votent, le problème, c'est que le jour où ils deviennent juges, ils doivent être impartiaux, et moi, je fais confiance aux magistrats. Mes adversaires politiques les respectent, moi, je leur fais confiance aux magistrats. OLIVIER MAZEROLLE Bon, tout ça, ce n'est pas uniquement parce que François HOLLANDE veut absolument avoir sa réforme constitutionnelle ? JEAN-JACQUES URVOAS Non, tout ça, c'est conduit par une obsession, l'indépendance de la justice. OLIVIER MAZEROLLE Merci Jean-Jacques URVOAS. YVES CALVI Juste une question avant de nous séparer, Jean-Jacques URVOAS, l'actualité est marquée par les propos du Premier ministre sur les mouvements salafistes, comment la justice peut-elle intervenir pour contrer le salafisme en France s'il est dangereux ? JEAN-JACQUES URVOAS De deux manières, d'abord, nous pouvons, nous, intervenir dans les établissements pénitentiaires, où il y a évidemment des phénomènes de radicalisation, nous avons augmenté le nombre d'imams pour avoir la discussion avec ceux qui sont de confession musulmane de façon à ce qu'elle ne soit pas dévoyée. Et puis ensuite, il faut permettre l'ouverture, c'est-à-dire la confrontation, la discussion avec les détenus, qui peuvent être tentés parfois par des réflexes de protection, quand vous tombez dans des établissements où il y a beaucoup de prosélytisme, on se confond dans la masse. Et donc nous, il faut qu'on protège ceux qui veulent résister à ce type de tentation. YVES CALVI Merci Monsieur le Garde des sceaux. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/289.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/289.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..099077dbab73074f69a3287d3400a6c706a1f585 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/289.txt @@ -0,0 +1 @@ + Nous n'avons pas participé à tous vos travaux, mais l'idée que nous voulions promouvoir avec cette rencontre exceptionnelle, ici, la Chancelière et moi-même, c'était de montrer comment, face à des sujets comme la question de l'emploi ou la question de l'éducation, nous pouvions apporter des réponses. Surtout, dans le contexte des réfugiés, comment nous pouvions montrer que nos sociétés peuvent également intégrer et faire en sorte que, face aux risques qui existent de racisme, d'incompréhension, de peur, nous puissions conjurer ces menaces et conjuguer nos efforts. Nous avons besoin de vous, les jeunes, parce que c'est vous qui devez dire dans quelle société vous voulez vivre. Tout à l'heure, tu as toi-même avancée cette belle proposition, qui est que l'Europe doit être le cadre à la fois de protection et d'épanouissement. Cela suppose de mieux se connaître. Quand il y a eu l'office franco-allemand pour la jeunesse, c'était au moment du Traité d'amitié entre la France et l'Allemagne, dans un contexte où on voulait justement effacer les séquelles de la guerre. Aujourd'hui, il faut repenser complètement cette amitié qui n'est plus liée à la guerre, qui doit être liée à tous les défis que nous devons rencontrer, parce que la guerre est aussi à nos portes et donc nous devons faire en sorte d'apporter nous-mêmes une réponse commune, dans nos sociétés et dans nos politiques. C'est pourquoi nous vous remercions beaucoup pour vos fresques. Je crois que chacun doit apporter sa contribution et c'est vous, votre génération, qui doit maintenant prendre la parole pour dire ce que vous voulez. (Discussion) Il y a une aspiration très forte des jeunes à aller dans des écoles de culture artistique dans tous les domaines. Tu viens de faire acte de candidature, ou en Allemagne ou en France, et on va regarder comment on peut faire. Néanmoins, il y a heureusement des bourses qui permettent à certains étudiants de pouvoir aller vers ces filières mais pas assez. Je veux souligner une action que nous avons engagée avec la Chancelière, notamment dans le domaine culturel, pour faire en sorte que nous puissions ensemble défendre une même conception de la culture, de la création à l'échelle de l'Europe et dans les grandes négociations internationales. Notamment sur un sujet qui peut intéresser beaucoup de responsables culturels : les droits d'auteur et le numérique, pour justement permettre par le numérique qu'il y ait des créations culturelles. C'est un engagement que nous avons pris avec la Chancelière et que nous allons confirmer au cours de la rencontre d'aujourd'hui. Ta question était donc parfaitement dans le sujet. (Discussion) Je veux remercier Madame KRAMP-KARRENBAUER et Jean-Marc AYRAULT. Nous avions eu l'idée de ce rapport, Madame MERKEL et moi-même, lors de l'un de nos dîners, où nous nous interrogions sur une façon d'illustrer ce que nous pourrions faire ensemble, la France et l'Allemagne. C'était avant la crise des réfugiés et nous avions convenu que nous n'avions pas du tout les mêmes trajectoires migratoires, la France et l'Allemagne, compte tenu de l'histoire, mais que nous pouvions affronter les mêmes difficultés, pour intégrer les populations qui étaient issues de l'immigration et aussi pour lutter contre les discriminations, pour faire en sorte que l'égalité puisse être promue. Nous avons eu après, au cours de la rédaction de ce rapport, la crise des réfugiés, qui rend encore les préconisations que vous avez voulu faire, plus actuelles que jamais et notamment les politiques éducatives. Les politiques également de lutte contre la radicalisation, parce que c'est une menace qui existe et que nous devons regarder en face, mais nous devons aussi voir le caractère positif de ce que nos sociétés peuvent avoir en termes de diversité. Je pense que ce rapport vient au bon moment et peut illustrer que deux sociétés, apparemment différentes dans leur construction, peuvent porter les mêmes politiques et avoir les mêmes réponses face à de grandes questions qui, à la fois inquiètent nous savons l'état des opinions publiques - et en même temps, peuvent aussi constituer une source d'espoir. Cela tombait bien que nous puissions aujourd'hui présenter ce rapport avec les jeunes allemands et jeunes français. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/290.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/290.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6c69e8167cf582a8b0a08e5e7a19fa8bfa391443 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/290.txt @@ -0,0 +1 @@ +GERARD LECLERC Monsieur le ministre, on commence peut-être avec le mouvement Nuit debout, qui prend de l'ampleur, des rassemblements place de la République à Paris, à Toulouse, à Rennes, à Lyon. Il y a la contestation de la loi El-Khomri, mais il y a beaucoup plus que ça, il y a une révolte des jeunes. Qu'est-ce que vous en pensez, ça vous inquiète ? PATRICK KANNER Le mot de révolte est un petit peu, je crois, fort, au regard de ce que j'ai pu regarder, analyser. Je crois que c'est un mouvement intéressant, des jeunes, et des moins jeunes d'ailleurs, qui se retrouvent comme ça pour discuter de la loi EL-Khomri, mais aussi pour discuter de la société, de ce qui va, de ce qui ne va pas. C'est une démarche démocratique, moi, qui m'intéresse. J'ai toujours cru, et si vous reprenez mon passé de président du Conseil général du Nord, vous regarderez que la démocratie collaborative était quelque chose que j'avais instauré, y compris dans les politiques publiques du département du Nord, et c'était très positif. Je viens de lancer une consultation numérique pour préparer le comité interministériel qui aura lieu mercredi prochain, 4000 participants, beaucoup de contributions utiles. Je pense qu'il y a une aspiration aujourd'hui à prendre part à la vie publique, et je le regarde avec intérêt, sachant que, naturellement, ça a aussi ses limites. GERARD LECLERC Oui, vous le regardez avec intérêt. Il y a un sondage qui est sorti ce matin, ELABE, Radio Classique, Les Echos, qui est quand même très inquiétant, puisque, semble-t-il, les Français ils ne sont que 5 % à estimer que François HOLLANDE, la politique de François HOLLANDE, a produit des effets vis-à-vis des jeunes, c'est-à-dire que pour 95 % il n'y a pas eu d'effet alors que François HOLLANDE en avait fait sa priorité, des jeunes. C'est sévère, non ? PATRICK KANNER Très honnêtement je trouve cette approche, ou bien injuste, vis-à-vis du travail qui a été fait, ou bien c'est que nous n'avons pas assez communiqué, mais honnêtement je ne parlerai jamais… GERARD LECLERC Vous avez le sentiment que le sort des jeunes s'est amélioré sous François HOLLANDE ? PATRICK KANNER Ah oui, oui, tout à fait, moi je le dis très simplement, il n'y a pas de génération sacrifiée sous François HOLLANDE. Quand vous regardez ce qui a été réalisé, Garantie jeunes, qui va être développée, les Emplois d'Avenir, la prime d'activité ouverte aux jeunes, les mesures en direction de la prise en charge de la caution de loyer ou l'accès aux soins, très honnêtement… GERARD LECLERC Oui, mais en face il y a ces manifestations, ces rassemblements, il y a ce sondage, 95 % des Français qui ont le sentiment que ça ne s'est pas amélioré pour les jeunes. PATRICK KANNER Ça signifie qu'il nous faut encore convaincre et que les mesures qui seront annoncées la semaine prochaine, après les consultations que nous avons eues avec Najat VALLAUD-BELKACEM et Myriam EL-KHOMRI pas plus tard qu'il y a 48 heures, seront, je pense, des réponses. Mais il y a, manifestement aujourd'hui, une volonté de notre part de dire ce dialogue, montrons qu'il a été basé sur un bilan. Il y a un bilan en direction des jeunes, dans ce gouvernement, et il y aura un projet, à nous maintenant de savoir l'expliquer dans les meilleures conditions. GERARD LECLERC Oui, mais dans les faits les jeunes sont dans la rue contre la loi El-Khomri, est-ce qu'il n'y a pas… PATRICK KANNER Les jeunes, pas tous les jeunes Monsieur LECLERC, pas tous les jeunes. GERARD LECLERC Beaucoup de jeunes, c'est vrai… PATRICK KANNER Pas tous les jeunes. GERARD LECLERC Sont dans les rassemblements, est-ce qu'il n'y a pas… PATRICK KANNER Et d'autres ont accepté la démarche, je pense à la FAGE. GERARD LECLERC Mais est-ce qu'il n'y a pas, quand même, un divorce entre les jeunes, qui pendant des décennies étaient plutôt du côté de la gauche, et qui aujourd'hui, semble-t-il, n'y sont plus ? Là aussi, si on reprend les sondages, il y a une majorité… Le premier parti chez les jeunes, vous savez lequel c'est, c'est le Front national. PATRICK KANNER Enfin, le premier parti c'est d'abord l'abstention, je pense qu'il faut le reconnaître… GERARD LECLERC Et ensuite c'est le Front national, en tout cas ce n'est pas la gauche. PATRICK KANNER Ce n'est pas la gauche, et c'est une inquiétude, naturellement, donc il y a un esprit de reconquête à mettre en œuvre naturellement. A nous d'aller sur le terrain, à nous d'expliquer. La Garantie jeunes, je reviens sur celle-là, c'est une mesure d'une justice sociale extraordinaire vis-à-vis des jeunes qui n'avaient rien. GERARD LECLERC En un mot expliquez ce que c'est. PATRICK KANNER En deux mots, ou en un mot comme vous voulez, c'est permettre à des jeunes qui n'ont rien, qui ne sont pas en formation, qui sont décrocheurs, qui n'ont pas d'emploi, qui sont souvent en décohabitation avec leurs parents, d'avoir une prise en charge, un contrat qui leur donne une allocation financière, mais surtout qui les amène à retrouver un emploi directement, c'est ce qu'on appelle du circuit court, par les missions locales. Et d'ailleurs je serai tout à l'heure au congrès des missions locales à Marseille. Cela vous montre qu'il y a des mesures, il y a des mesures, alors c'est vrai qu'en France on dit souvent chose avalée n'a plus de goût, c'est-à-dire que, une fois que c'est acquis on considère que ça a toujours été acquis, non, c'est à mettre à l'acquis et à l'actif de la gauche dans ce pays. GERARD LECLERC Vous avez participé, vous le disiez tout à l'heure, mercredi, aux discussions, avec votre collègue Najat VALLAUD-BELKACEM, et des représentants des mouvements de jeunes… PATRICK KANNER Avec Myriam EL-KHOMRI. GERARD LECLERC Avec Myriam EL-KHOMRI également. Est-ce qu'il y a justement des mesures pour les jeunes, en préparation ? PATRICK KANNER Alors, tout d'abord le contexte. On n'a pas parlé que de la loi el-Khomri, on a parlé aussi des conditions de vie des jeunes… GERARD LECLERC Oui, d'ailleurs on a évoqué une aide pour la première embauche pour les étudiants. PATRICK KANNER Voilà, et c'était très constructif, quatre heures de rencontre, avec l'UNEF, avec la FAGE… GERARD LECLERC Qu'est-ce qui va en sortir ? PATRICK KANNER Donc il y aura des annonces dès la semaine prochaine. Nous avons fait, avec les deux autres ministres, des propositions au Premier ministre, qui est en train de les analyser, de les chiffrer aussi, et sur différents sujets, l'entrée dans la vie active, la prise en charge de la caution loyer peut-être plus largement qu'elle ne l'est aujourd'hui, ou encore des réflexions portant sur l'accès aux soins pour les jeunes les plus en difficulté. Des sujets qui touchent à la vie quotidienne des jeunes et qui dépassent le simple cadre de la loi Travail qui évoquée au Parlement. Donc, des mesures qui seront évoquées ce week-end, et annoncées en partie, je l'espère en tout cas, la semaine prochaine. GERARD LECLERC Justement, parmi ces mesures il y a celles qui vont figurer dans le projet de loi que vous allez défendre, projet de loi Egalité et Citoyenneté, qui sera présenté en Conseil des ministres mercredi prochain. Il y a notamment un droit, un congé de 6 jours pour favoriser l'engagement, c'est ça ? PATRICK KANNER Oui, un congé pour l'engagement, pour les acteurs associatifs, les dirigeants associatifs d'associations d'intérêt général… GERARD LECLERC Très concrètement, c'est un congé qui n'est pas rémunéré, mais ça concerne quoi ? PATRICK KANNER Voilà, c'est un congé qui est opposable, en termes de droit, et qui est négociable naturellement avec les employeurs, l'idée c'est de permettre à un président d'association de pouvoir dire « voilà, je dois consacrer du temps à mon association et j'ai le droit à 6 jours par an, fractionnables y compris jusqu'à une demi-journée, que je peux négocier avec mon employeur pour dire j'ai besoin d'une demi-journée pour aller, par exemple, présider mon assemblée générale d'association. » C'était quelque chose qui était revendiqué, ce n'est pas rémunéré, mais c'est un droit quand même qui existera, qui sera opposable au sens où il sera constatable en tant que tel, mais négocié naturellement avec l'employeur. GERARD LECLERC Disposition également pour la santé des jeunes avec des bilans de santé, c'est ça ? PATRICK KANNER Droit à un bilan de santé systématique pour les jeunes, parce qu'on s'aperçoit que malgré la médecine scolaire il y a beaucoup de jeunes aujourd'hui qui ne connaissent pas leurs difficultés sur le plan santé, notamment de milieux défavorisés, donc systématiquement, comme pour tout salarié, tous les jeunes auront droit à un bilan de santé. GERARD LECLERC Vous êtes ministre des Sports, l'Euro foot se déroulera bien en France au mois de juin, est-ce bien raisonnable, est-ce que ce n'est pas risqué dans un pays où vous avez dit « il y a une centaine de Molenbeek potentiels » ? PATRICK KANNER Alors, je n'ai jamais dit ça, j'ai parlé de similitudes potentielles, chaque mot a un sens, Monsieur LECLERC, vous le reconnaîtrez, avec Molenbeek, et d'ailleurs cela montre simplement que Molenbeek n'est pas seule au monde et que beaucoup de pays aujourd'hui, malheureusement, connaissent ces phénomènes de radicalisation. Je ferme la parenthèse. A partir de là, l'Euro 2016 sera ultra sécurisé, aucun événement sportif n'aura été plus sécurisé dans notre pays, dans l'histoire de notre pays. Il ne faut pas avoir peur, il faut y aller, ce sera une fête, une fête qui fera rayonner la France sur le plan international. Avec Bernard CAZENEUVE nous pilotons le comité de sécurité de cet événement, en lien avec Alain JUPPE en tant que président des villes hôtes. C'est 10 villes qui vont accueillir l'Euro 2016, 24 équipes, 51 matches, des millions de supporters, ou dans les fans-zones, ou dans les stades, avec une sécurisation sans précédent. 100 % de précautions, en espérant naturellement que tout se passera bien, mais il faut non seulement espérer… Vous savez, j'ai eu une discussion avec certains élus de la Mairie de Paris, de droite pour être très clair, qui voulaient supprimer les fans-zones, et notamment celle du Champ-de-Mars, et je leur ai dit mais est-ce qu'on va supprimer le marathon de Paris ? Il a eu lieu dimanche dernier, 42.000 participants… GERARD LECLERC Tout s'est bien passé. PATRICK KANNER Et tout s'est bien passé. GERARD LECLERC La politique un peu. Emmanuel MACRON qui lance sa formation « En marche ! », transpartisane, ni de droite, ni de gauche, et Manuel VALLS qui répond « il existe une gauche et une droite, ce serait absurde de les effacer. » Alors, vous êtes plutôt MACRON ou plutôt VALLS ? PATRICK KANNER Moi je suis membre du gouvernement. GERARD LECLERC Ça on le sait. PATRICK KANNER Soutient de François HOLLANDE, et ce qui est quand même très rassurant c'est que tant Emmanuel MACRON, que Manuel VALLS, considèrent qu'aujourd'hui la meilleure candidate, la candidature nécessaire, c'est François HOLLANDE. GERARD LECLERC Comment voyez-vous l'initiative d'Emmanuel MACRON, c'est une bonne idée ? PATRICK KANNER Emmanuel MACRON n'est pas membre du Parti socialiste, il l'a été, mais il ne l'est pas. Il crée un mouvement politique, qui peut-être a aspiration à devenir un parti politique au sens classique du terme, encore faudra-t-il avoir des candidats et des élus dans ces cas-là. Moi, tout ce qui peut contribuer au débat public et ramener à la politique des gens qui s'en éloignent parce qu'ils n'ont plus confiance, je crois que c'est utile, mais il faut que ce soit une valeur ajoutée dans un combat collectif que nous portons. Et c'est ce qu'a dit d'ailleurs Emmanuel MACRON, il est de gauche, il veut apporter sa contribution à ce débat collectif, donc nous nous en sommes très contents collectivement. Alors après il peut y avoir tel ou tel mot d'ironie, j'ai pu entendre tout à l'heure monsieur Guillaume TABARD, ce que je sais c'est qu'on jugera sur les actes. Si Emmanuel MACRON peut nous ramener, comme l'Alliance populaire de Jean-Christophe CAMBADELIS, aujourd'hui peut-être de nouvelles aspirations, mais aussi de nouveaux soutiens à l'action que nous menons, je crois que tout le monde en sortira gagnant. Ce doit être une opération gagnant/ gagnant, et je respecte cette opération à condition qu'elle s'inscrive dans la démarche du collectif. GERARD LECLERC Et quand Manuel VALLS dit « il existe bien une gauche, il existe bien une droite », il a raison ? PATRICK KANNER Oui, bien sûr. Si vous reprenez quelques mesures, tout à l'heure je vous parlais des Emplois d'Avenir, mais je pourrais vous parler du remboursement à 100 % de l'IVG, ou encore du mariage pour tous, ou de la prime d'activité qui a été créée il y a quelques temps, tout ça c'est des mesures de gauche, des mesures que n'auraient pas prises un gouvernement de droite. Et donc, ce gouvernement est de gauche, Emmanuel MACRON en fait partie, et donc je n'ai pas de doute sur sa volonté. GERARD LECLERC Le Parti socialiste doit se prononcer ce week-end, en conseil national, sur la primaire de gauche. Vous êtes partisan de cette primaire ou est-ce qu'elle est d'ores et déjà dépassée ? PATRICK KANNER Moi j'ai toujours pensé que c'était difficile pour un président en exercice, qui doit lutter contre le terrorisme, qui doit être au combat pour préserver l'Europe, qui doit lutter contre le chômage, de s'exposer dans une primaire interne. Ce sera le choix de François HOLLANDE… GERARD LECLERC Donc vous n'y êtes pas très favorable. PATRICK KANNER Moi à titre personnel, non. GERARD LECLERC Et vous êtes, en revanche, partisan d'une candidature de François HOLLANDE. PATRICK KANNER Oui, tout à fait, je l'ai toujours dit. GERARD LECLERC Malgré les sondages ? PATRICK KANNER Certains disent légitime, certains disent naturelle, moi je dis nécessaire, nécessaire pour la gauche parce que je crois qu'il est le seul, aujourd'hui, à pouvoir battre la droite et l'extrême droite dans ce pays. GERARD LECLERC Mais s'il est à 15 ou 18 % de popularité, même si… ? PATRICK KANNER Nous sommes à 15 mois de l'élection. Vous savez, quand vous regardez le score d'il y a 1 an avant l'élection de Nicolas SARKOZY, rien n'est joué d'avance, et j'espère que le temps du bilan montrera que François HOLLANDE a réformé ce pays en profondeur, mais il faut que les résultats soient là et c'est l'enjeu de l'année qui nous attend. GERARD LECLERC Mais le Parti socialiste est très divisé. J'ai une petite anecdote. Vous savez, on a dit que le jour de la dernière grande manifestation, contre la loi El-Khomri, il y a eu un tweet qui a été envoyé par Martine AUBRY à Jean-Claude MAILLY de Force Ouvrière… PATRICK KANNER Je vous vois venir. GERARD LECLERC Dans lequel elle disait « bonne manifestation. » Est-ce que c'est normal, est-ce que ce n'est pas choquant ? PATRICK KANNER Martine AUBRY c'est Martine AUBRY, elle s'exprime comme elle le souhaite y compris par tweet. En tout cas, si cela est confirmé… GERARD LECLERC Souhaiter bonne manifestation contre une loi du gouvernement ? PATRICK KANNER Si cela est confirmé, c'est tout d'abord maladroit, imprudent, et je ne partage pas le fond d'une telle démarche, mais elle c'est elle, moi c'est moi. GERARD LECLERC Merci Patrick KANNER, bonne journée. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/291.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/291.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..59a185868a5dc6270a11eac5b32541a97bb4c0e6 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/291.txt @@ -0,0 +1 @@ +Vous présiderez à Alger, avec le Premier ministre Abdelmalek Sellal, la troisième session du Comité intergouvernemental de haut niveau. Quel bilan faites-vous de la coopération bilatérale dans un tel cadre d'échange ? Des accords sanctionneront-ils cette session ? Les relations franco-algériennes ont beaucoup progressé depuis la visite d'Etat du président François Hollande, en décembre 2012. Je m'en réjouis. Nous développons un partenariat d'exception qui se décline dans de nombreux domaines : échanges politiques, économiques, culturels et humains bien sûr. Beaucoup a été fait lors des deux premiers Comités intergouvernementaux de haut niveau. Cette troisième édition se fixe pour objectif d'ouvrir de nouveaux horizons pour notre jeunesse. Nous agissons, en lien notamment avec les écoles françaises, pour l'éducation. Nous agissons aussi pour la formation professionnelle, la santé, l'emploi. Ce Comité sera également l'occasion de nouveaux partenariats économiques, de pactes d'actionnaires, d'accords sur des projets à long terme créateurs d'activité et d'emplois. La France dit ainsi sa confiance en l'avenir de l'Algérie. - Les entreprises françaises occupent une place de choix parmi les opérateurs étrangers installés en Algérie. On dit que le caractère commercial de cette présence prime sur le transfert de technologie. Qu'en pensez-vous ? En réalité, c'est tout le contraire ! La France s'honore de l'ancienneté et de la qualité de sa présence en Algérie. Elle ne se contente pas de « faire du commerce », elle crée des emplois, contribue à la formation professionnelle, investit, s'installe dans la durée. Les entreprises françaises transfèrent ici leur expertise, leur savoir-faire. C'est vrai tout particulièrement dans le domaine de l'automobile avec l'usine Renault, de la santé avec Sanofi, du ferroviaire avec Alstom, ou de l'assainissement des eaux avec le partenariat entre Suez Environnement et Seaal. 140 000 Algériens travaillent directement ou indirectement grâce à des entreprises françaises ! C'est pour cela que nos entreprises sont pionnières pour répondre aux priorités économiques algériennes actuelles diversification et promotion de la production nationale dans une logique de partenariat. - L'Algérie est affectée par la baisse des revenus pétroliers. Demeure-t-elle attractive aux yeux des investisseurs français ? Bien sûr ! Les 400 entreprises françaises présentes en Algérie continuent d'investir. La France, grâce à sa présence en Algérie, grâce à son opérateur de promotion économique Business France, continue d'accompagner ces entreprises, comme celles qui souhaitent développer leur activité dans votre pays. La France est d'ailleurs le premier investisseur hors hydrocarbures en Algérie à hauteur de plus de 2 milliards d'euros. Le Forum que j'aurai le plaisir d'ouvrir lors de ma visite à Alger, permettra d'aboutir à des partenariats productifs solides dans les domaines de la technologie, de la formation. Près d'une centaine d'entreprises françaises, grands groupes comme PME et ETI, y participeront. Nous souhaitons en revanche que les entreprises françaises puissent avoir de la visibilité, évoluer dans un environnement clair, sécurisé, en particulier sur le plan juridique. Il est important de leur offrir le cadre le plus adapté. - Les Français d'origine maghrébine font les frais de l'amalgame, par des politiques français, entre islam et violence. Les Algériens reçoivent avec beaucoup d'inquiétude les nouvelles d'agression que subissent des musulmans de France. Que fait l'Etat français pour garantir à ces citoyens protection et respect ? C'est un fait, le nombre d'actes antimusulmans a augmenté et c'est inacceptable. Nous y répondons avec une très grande fermeté. Des dispositifs ont été mis en place pour protéger les mosquées. La détermination du gouvernement à sanctionner les actes comme les paroles est totale. Cette détermination est la même pour lutter contre tous les amalgames. L'islam est la deuxième religion de France. L'immense majorité des musulmans de France aspirent à vivre leur appartenance spirituelle dans la sérénité, au cœur de la République. Ils n'ont bien sûr rien à voir avec ceux qui pervertissent le message de l'islam, commettent le pire, asservissent et tuent. Je rappelle d'ailleurs souvent que les musulmans sont, dans le monde, les premières victimes du terrorisme. - Le terrorisme continue de frapper dans plusieurs régions du monde sans distinction de cibles ou de victimes, en Europe notamment. Où en est la coopération bilatérale dans la lutte contre la menace terroriste ? La France et l'Algérie agissent côte à côte dans un partenariat de très grande qualité. Nos deux pays savent très bien que face à cet ennemi commun qu'est le terrorisme islamiste, il faut une coopération très étroite en matière de renseignement, mais aussi militaire. Cette coopération, nous souhaitons encore la renforcer. Dans le domaine de la lutte contre la radicalisation, l'expérience et l'expertise de l'Algérie, qui a payé un lourd tribut durant la décennie noire, sont précieuses. La visite du ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, en décembre 2014 a permis de mettre en place une coopération ambitieuse dans le domaine de la formation des imams algériens qui serviront en France. - L'instabilité qui frappe des pays comme la Syrie et la Libye a montré les limites de l'intervention militaire comme solution pour le règlement des conflits. La France pense-t-elle revenir aux vertus du dialogue et de la solution politique ? Les frappes aériennes en Irak et en Syrie contre les bastions de Daech ont permis de faire reculer l'ennemi. Tous les jours, nos forces armées progressent. Cette intervention militaire doit bien sûr s'accompagner de solutions politiques sur le long terme : c'est la position de la France. En Libye, notre priorité absolue est de conforter le gouvernement de M. El Sarraj pour qu'il se maintienne durablement à Tripoli. La France a, sur cette question, la même position que l'Algérie. Au Mali, la stabilisation du pays passe par la mise en œuvre de tous les volets de l'Accord d'Alger par toutes les parties concernées, le plus rapidement possible. Et je veux saluer, à nouveau, le rôle décisif que joue l'Algérie en faveur de la paix dans ce pays. Il y a eu ces derniers mois de nombreuses consultations entre nos deux pays sur ces questions. Car nous sommes, comme les autorités algériennes, très préoccupés par les risques que représenterait pour nous tous un Moyen-Orient plongé dans le chaos. - L'alignement français sur la position marocaine dans le conflit du Sahara occidental est la source d'un désaccord avec la politique extérieure algérienne. Le partenariat d'exception entre Alger et Paris n'est-il pas assez solide pour aboutir à une même vision sur l'issue à espérer pour ce conflit ? Nous soutenons le travail des Nations unies pour trouver une solution juste, durable et mutuellement acceptée, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité. Nous souhaitons que la Minurso puisse accomplir son mandat et que celui-ci soit prochainement renouvelé. C'est le sens du dialogue que nous avons entrepris ces dernières semaines et qui produit des résultats, afin notamment que la relation entre le Maroc et les Nations unies s'apaise. Notre politique à cet égard n'a pas changé. Nous pensons, par ailleurs, que le rapprochement entre Alger et Rabat est un élément important pour la stabilité du Maghreb. - La procédure d'octroi des visas pour la France demeure très lente malgré les promesses faites notamment par le chef de l'Etat français. L'espoir de voir cette procédure améliorée est-il possible ? Les efforts faits depuis deux ans sont considérables et la situation s'est nettement améliorée. En 2015, la France a ainsi traité plus de 560 000 dossiers de demande de visa et délivré plus de 422 000 visas aux demandeurs algériens, contre 330 000 en 2014 et 230 000 en 2013. 75% des demandes dans les trois consulats généraux français en Algérie reçoivent une réponse positive. Un certain nombre de professions, dont celles de médecin, architecte, journaliste ou d'avocat ainsi que les institutions et entreprises bénéficient de facilités de dépôt et d'un traitement personnalisé et accéléré. Le deuxième progrès important concerne les visas de court séjour. Nous accordons un nombre croissant de visas de circulation qui permettent de se rendre régulièrement en France et dans l'espace Schengen, sur une période de plusieurs années, sans être obligé de demander un nouveau visa. A Alger, ils représentent désormais près de 50% des visas attribués. Les étudiants bénéficient quant à eux d'un système leur évitant de subir les délais d'attente de la période estivale. En 2015, les visas d'études ont augmenté de 58% et plus de 5600 étudiants ont rejoint les établissements d'enseignement supérieur français. Une nouvelle hausse de 30% est attendue pour la campagne 2016. C'est dire combien le gouvernement est attaché à améliorer les échanges humains entre nos deux pays ! C'est cela, aussi, notre partenariat d'exception. N. B. : L'entretien a été réalisé antérieurement à la protestation par le ministre des Affaires étrangères, mercredi dernier, auprès de l'amabassadeur de France en Algérie dans le sillage de l'affaire des Panama Papers. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/292.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/292.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a6d7eaa61b2e40498ddbc9708a6a90c5eec3ff7c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/292.txt @@ -0,0 +1 @@ +« Monsieur le président, cher Martin, merci de m'avoir accueilli avec Harlem Désir, le Secrétaire d'Etat aux affaires européennes. Merci de ton accueil ici au Parlement européen, à Strasbourg, ville pour laquelle j'ai évidemment une grande affection et où je tenais à venir depuis plusieurs mois. Mais les attentats qui ont frappé la France en novembre dernier m'avaient obligé à reporter, vous l'avez compris, ce déplacement. Je tenais simplement à être là pour marquer mon attachement aux institutions européennes. Vous savez que je vais régulièrement à Bruxelles. J'ai eu l'occasion de dialoguer deux fois, en une année, avec l'ensemble du Collège des commissaires européens, que je reçois par ailleurs régulièrement à Paris. Je me suis rendu au siège de la Banque centrale européenne, à Francfort. Hier après-midi, j'étais à Luxembourg au siège de la Banque européenne d'investissement, pour marquer aussi l'intérêt pour cette institution, et l'engagement financier de la BEI et la réussite du plan Juncker. Nous avons signé pour plus de 2 milliards de financements sur des projets français dans différents domaines puisque c'est cette Europe du concret qui doit parler au peuple, que nous devons valoriser. Et donc c'est naturellement que je suis ici à Strasbourg aujourd'hui, là où bat le cœur de la démocratie européenne. Et puis je voulais être là parce que l'Europe est à un moment critique de son histoire. Nous savons bien, nous sentons bien que face à la multiplication des crises sans précédent -la crise grecque, la crise des réfugiés, la crise agricole, la menace terroriste-, nos concitoyens, les peuples, doutent. S'ils savent pourquoi l'Europe a été faite, ils ne comprennent pas toujours en quoi elle peut être utile dans leur quotidien. Et c'est sur ces défiances, sur cette désaffection croissante, que grandissent dangereusement les égoïsmes et les populismes. Et ma réponse a été claire : l'Europe n'est pas un problème, c'est la solution. Mais pour cela, il faut s'en donner les moyens dans tous les sujets que nous avons abordés, même économiques. Nous avons besoin d'investissements pour ne pas vivre avec une Europe qui ne serait que punitive à travers des politiques budgétaires. Nous avons besoin d'une Europe qui investisse sur la jeunesse, pour l'emploi, la formation, la transition numérique, la révolution écologique. Nous avons besoin d'une Europe qui applique les décisions qu'elle prend -l'Europe doit faire face à la menace terroriste ; c'est pour cela que je me réjouis du débat et de l'adoption du PNR cette semaine ; je sais quel a été le rôle du président du Parlement européen en ce qui concerne la crise des réfugiés- qui soit aussi capable de se projeter dans l'avenir, notamment en bâtissant je l'évoquais tout à l'heure- ce pont avec l'Afrique, qui est notre continent voisin mais qui représente incontestablement l'avenir. Voilà en quelques mots ce que je souhaitais dire avant de répondre à vos questions ». Q - Une question sur le PNR : en quoi le PNR permettra-t-il d'empêcher des attentats alors que la quarantaine de terroristes identifiés l'étaient déjà, qu'ils revenaient de Syrie, et que la plupart d'entre eux étaient fichés « S ». Deuxième question : normalement il devrait y avoir un PNR en France depuis 2006. La France a reçu 18 millions d'euros de la Commission pour le mettre en place. Où en est ce PNR français ? Il ne faut pas être réducteur et caricatural sur ces questions. Personne n'a jamais dit que le PNR pourrait éviter les attentats. Au plan national, nous avons ce PNR. Il y a des problématiques techniques qui sont en train d'être réglées. Si nous voulons un PNR national qui fonctionne, il doit aller de pair avec un PNR européen. Et nous devons donc nous doter de tous les moyens dans cet équilibre qu'il faut toujours articuler entre sécurité et libertés fondamentales. Nous devons nous doter de tous les moyens. C'est ce que nous faisons au plan national par la réforme de nos services de renseignement, par les moyens que nous leur donnons, par les moyens supplémentaires que nous donnons à la police et à la gendarmerie, mais aussi à nos forces armées, par la mobilisation de la société contre ce que l'on appelle la radicalisation d'une partie de notre jeunesse qui concerne des centaines, voire des milliers d'individus en France en et Europe, par la coopération bien sûr entre les pays et les services de renseignement, en essayant de s'adapter, de comprendre ce que font les terroristes, parce que eux-mêmes s'adaptent et changent. Mais pour ce qui concerne le contrôle des passagers aériens, nous avions besoin de cet outil. Sur la quarantaine de terroristes liés aux attentats à Bruxelles et Paris, vous n'en savez rien, il faut être extrêmement prudent : tous n'étaient pas fichés « S ». Il faut faire attention. D'ailleurs c'est comme si je disais que parce qu'ils sont passés pour certains d'entre eux à travers les flux de réfugiés que tous les réfugiés devraient être considérés comme des terroristes. Non, moi je considère que le PNR européen est un moyen supplémentaire dont nous nous dotons pour être efficaces dans la lutte contre le terrorisme. Mais la lutte contre le terrorisme, c'est le travail de renseignement, c'est le travail humain, ce sont de nouvelles technologies, et sans ces nouvelles technologies c'est pour cela que nous avons une loi de renseignement que je crois efficace en France- nous ne serons pas capables de favoriser un certain nombre d'interceptions, je n'en dis pas plus, qui sont utiles dans la lutte contre le terrorisme. Q - Sur les migrations, pensez-vous que l'accord que l'UE a signé avec la Turquie il y a trois semaines maintenant est en passe de résoudre la crise actuelle ? Deuxième question : la Commission européenne a mis sur la table une proposition de réforme du règlement de Dublin la semaine dernière, avec deux options. La première prévoit qu'on en reste au règlement actuel, avec des exceptions qui sont celles qu'on applique depuis à peu près 6 mois. La deuxième prévoit qu'on « renverse la table » et qu'on introduise des quotas permanents. La France est-elle pour la première ou la deuxième option ? Il fallait et il faut trouver des solutions avec la Turquie pour faire face à la crise des réfugiés. Le premier défi pour régler cette crise, c'est, je le rappelle, la fin de la guerre en Syrie et en Irak. Nous devons aussi aider la Jordanie et le Liban. Mais pour des raisons géographiques qui n'échappent à personne, c'est avec la Turquie qu'il fallait bâtir un accord. Tous ceux qui s'opposent à l'accord avec la Turquie ne disent pas quelle autre solution existe. J'ai donc redis à l'instant, à la conférence des présidents de groupe du Parlement européen, combien nous devions travailler ensemble, pour que dans le strict respect des droits -et chacun doit accomplir ses engagements- l'accord entre l'UE et la Turquie soit un succès. Je précise d'ailleurs que la France est pleinement engagée. C'est pour cela qu'elle a prévu de mettre à disposition des agences Frontex et EASO 300 agents supplémentaires. Et je veux aussi souligner que la solidarité, c'est aussi d'aider la Grèce à faire face à cet afflux de migrants qui arrivent sur le territoire européen. J'ai redit encore une fois que la France tiendrait ses engagements en la matière. Pour ce qui concerne Dublin, nous ne sommes pas opposés à des réformes, à des modifications du règlement de Dublin, mais nous pensons que les principes qui pré-existaient, qui ont conduit à créer Dublin, la responsabilité qui doit échoir aux pays qui accueillent les primo-arrivants -avec le soutien de l'UE bien sûr- que ces principes sont toujours importants. C'est donc plutôt vers la première solution qu'il faudrait s'orienter. Je suis toujours prudent lorsqu'il est question de « renverser la table ». Je crois plutôt au sillon long et aux réformes en profondeur ». Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/293.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/293.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d978a7ad807df3e02e317e26b1396e3c62e6d554 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/293.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, messieurs les ministres, Monsieur le préfet de Région, Monsieur le maire, cher Pierre DUSSURGEY, Monsieur le député, cher Renaud GAUQUELIN, Monsieur le délégué interministériel, cher Thierry REPENTIN, Monsieur le délégué interministériel pour la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, cher Gilles CLAVREUL, Monsieur le Haut-commissaire à l'engagement civique, cher François CHEREQUE, Mesdames, messieurs les élus, Mesdames, messieurs, Depuis plus de trente ans, la question des quartiers populaires est au cœur de nos débats. Des générations d'habitants se sont succédé ; des élus locaux, acteurs de terrain, se sont mobilisés ; sans compter les ministres qui ont œuvré au nom de cette grande ambition. Madame la ministre, chère Hélène GEOFFROY, Vous avez coutume de dire que votre ville, Vaulx-en-Velin, a mis en oeuvre tous les dispositifs issus de cette politique qui est née ici … ZUP, ZUS, ZEP, ZSP, ZFU, tous les contrats et les programmes visant à répondre aux enjeux spécifiques de ces territoires … Ces dispositifs ont parié, avant tout, sur la rénovation urbaine. Les grands ensembles ont été démolis pour reconstruire de la ville. Les transports en commun ont été amenés pour connecter ces quartiers au centre. Le cadre de vie a changé. Ce travail de titan il faut saluer l'œuvre de l'ANRU a porté ses fruits. 1. Vaulx-en-Velin trente ans de politique de la ville Vaulx-en-Velin, avec son planétarium, son tram, ses écoles, sa ligne de métro, son Ecole nationale d'architecture de Lyon, son Ecole nationale des Travaux publics de l'Etat en est un exemple abouti. Cette réussite, c'est le fruit d'une volonté collective et notamment celle de la métropole de Lyon, dont je veux saluer le Président, Gérard COLLOMB, qui a conduit ce grand chantier avec la détermination qu'on lui connaît. Depuis 2005, 237 millions d'euros de travaux ont été engagés pour accrocher Vaulx-En-Velin au Grand Lyon. Vaulx-en-Velin, aujourd'hui, ne vit plus refermée sur elle-même. Venir ici, c'est adresser un démenti cinglant à ceux qui prétendent que la politique n'aurait pas le pouvoir de changer les choses. La politique de la ville a apporté des résultats, grâce à l'engagement de la puissance publique : Etat et collectivités locales. Et chère Hélène GEOFFROY, aujourd'hui secrétaire d'Etat à la politique de la ville, vous incarnez cet engagement. Il y a des résultats, mais cela ne suffit pas. Si le cadre de vie a changé quartiers reconfigurés, écoles rénovées, espaces publics réaménagés, équipements la réintégration des quartiers ne s'est pas accompagnée d'une intégration de tous. La politique de la ville n'a pas donné, partout en France, les mêmes opportunités. Pour les habitants, le quotidien est encore fait de blocages, de préjugés, d'injustices, d'inégalités. Habiter dans un quartier en 2016, c'est bien souvent être condamné avant d'avoir eu sa chance, assigné à résidence, regardé avec suspicion par les employeurs potentiels. Quand on croit à la République, on ne peut pas accepter cette réalité : celle de l'inégalité des possibles entre deux enfants, selon la famille et l'endroit où il est né. Il faut donc se donner les moyens de changer les choses. L'enjeu, ce n'est pas seulement les quartiers populaires, mais notre cohésion nationale, qui n'a cessé de se fragmenter. Le chômage massif et structurel est un facteur. Le malaise des jeunes est un symptôme inquiétant. La défiance à l'égard des institutions, le refus de l'autorité sont un catalyseur. Beaucoup n'arrivent plus à se projeter dans un avenir commun ; demain leur semble devoir être toujours moins bien qu'hier ; le voisin est vu comme un concurrent, ou même une menace. Ce constat sur la fragmentation de notre société, je l'ai fait à de nombreuses reprises. Elle se traduit par des phénomènes massifs de repli sur soi, ou sur des intérêts communautaires. Il y a aussi ces manifestations de haine, la montée du racisme, de l'antisémitisme, des actes antimusulmans, toutes dévastatrices pour notre pays. Il existe, dans un certain nombre de nos quartiers, un mélange ravageur fait d'échecs scolaires, de difficultés sociales. C'est là, aussi, mais bien sûr pas seulement, que sur fond de trafics, de délinquance, d'une forme de désespoir, naissent et grandissent les phénomènes de radicalisation, alimentés par les fanatismes religieux, les prêcheurs de haine, le salafisme, qui veulent imposer leur ordre et distillent leur détestation de la République et de nos valeurs. Certains individus plus ou moins jeunes franchissent le pas et basculent alors dans le djihadisme. La fragmentation de notre société, le repli, ne touchent pas seulement les quartiers. Il y a aussi parfois la sécession de certains des plus riches, qui préfèrent l'entre soi, quand ce n'est pas l'évasion fiscale, pour se soustraire à leurs obligations envers la communauté. Il y a les stratégies d'évitement social, en contournant la carte scolaire, en se gardant d'aller dans certains quartiers. Disons-le : quand sur certains territoires on ne se croise plus, quand on ne se parle plus, c'est que l'on vit dans une société qui ne va pas bien. Quand on ne partage plus les mêmes règles et les mêmes valeurs, c'est le signe que la République se meurt. Je suis élu d'Evry, après avoir été dix ans à Argenteuil. J'aime ces quartiers populaires, parce qu'ils sont la France, dans sa force, dans son énergie, et ses difficultés, ses questionnements. Comme tous les élus de ces quartiers, j'ai vu plein d'habitants qui avaient la volonté de réussir. J'ai vu des mères se battre pour l'avenir de leurs enfants, des jeunes qui poursuivent leurs études dans des conditions héroïques. J'ai vu notre jeunesse qui a cette énergie, cette soif de reconnaissance. J'ai vu des nouveaux arrivants qui avaient déjà la République chevillée au corps, des Français pour qui notre pays représente encore ce qu'il y a de meilleur : l'espoir de l'ascension sociale, de l'égalité, de la solidarité. Donner à chaque habitant de ce pays la possibilité de transformer cet espoir, cette promesse républicaine, est devenu le combat d'une vie. Le combat de l'égalité, de la citoyenneté, c'est d'abord refuser toute hypocrisie, dire, même si les mots choquent quelquefois, les choses comme elles sont ; c'est-à-dire un apartheid social et territorial. Le combat de l'égalité, de la citoyenneté, c'est dénicher un à un chaque petit blocage, chaque frein, chaque préjugé, chaque injustice, et les lever méthodiquement. La politique, ce n'est pas de la magie. Mais pas non plus une résignation à la dure réalité. Nous portons donc une démarche qui complète la nécessaire logique des moyens par une logique de terrain, beaucoup plus fine. Nous assumons une gestion patiente du temps, une abnégation portant patiemment une vision. Une politique du « pas à pas », une politique de continuité. Une démarche qui s'adresse à tous les citoyens, ceux qui habitent en banlieue, comme en zone périurbaine ; en ville, comme à la campagne, et je réunirai un nouveau comité interministériel ruralités en mai. Une démarche qui rassemble, parce qu'elle est construite avec tous, pour tous. En mars et en octobre 2015, nous avions retenu 65 mesures concrètes. Ce 3ème comité interministériel à l'égalité et à la citoyenneté je me suis engagé à en réunir un tous les six mois permet de montrer que les choses ont avancé. Et nous ajoutons une vingtaine d'engagements nouveaux, construits avec vous élus, dirigeants d'entreprises, syndicalistes, militants associatifs. Car nous croyons au fait d'aller chercher les meilleures idées, d'où qu'elles viennent, et nous savons que nous ne réussirons que si tout le monde s'implique. Une dynamique est lancée. Il faut l'amplifier. C'est le sens aussi du projet de loi « Egalité citoyenneté », présenté ce matin en Conseil des ministres par Emmanuelle COSSE, Patrick KANNER et Ericka BAREIGTS. L'objectif : un maillage de mesures fines qui va retisser l'égalité, promouvoir la citoyenneté, renforcer ce que nous avons de commun, redonner à tous le goût de la République. 2. Retisser des liens : lutter contre tout ce qui divise Retisser des liens, c'est se retrouver autour de quatre principes. a) Etre ferme sur l'ordre républicain et le respect des règles D'abord, l'ordre républicain. La République ne peut tolérer aucune zone de non-droit. Les lois, les institutions et les fonctionnaires doivent être respectés. Nous agissons donc sans faiblir contre les incivilités, les violences c'est le travail conjoint de l'Etat et des collectivités, notamment dans le cadre des ZSP. Je le porte depuis 2012. Bernard CAZENEUVE a la même exigence. Et il y a des résultats. En 2015, dans les ZSP en zone police, les vols à main armée ont baissé de 10 %, les cambriolages de 7 %. Les interpellations liées au trafic de stupéfiants ont augmenté de 8 %. Nous agissons, aussi, contre le racisme et l'antisémitisme. L'arsenal pénal sera renforcé par la création d'une circonstance aggravante pour les crimes et délits commis avec un mobile raciste ou homophobe. Nous ouvrons également la possibilité pour les associations de se porter partie civile dans les délits d'apologie de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité. Nous agissons, enfin, pour empêcher que ne s'enracinent des idéologies violentes et totalitaires, pour empêcher le basculement dans la radicalisation. Toute une politique publique a vu le jour, pour mieux détecter les situations dangereuses, et pour éviter des départs vers des zones de guerre. Cette action doit se prolonger et s'amplifier ; elle doit emporter dans un même élan toute la société. Je présenterai dans quelques jours une nouvelle stratégie nationale de suivi et de prise en charge des phénomènes de radicalisation. Elle doit s'appuyer sur les recherches en sciences humaines et sociales. C'est le sens du rapport Alliance ATHENA présidé par Alain FUCHS, président du CNRS, qui fait un état des lieux et avance un certain nombre de propositions. b) Etre ferme sur la laïcité Le deuxième principe sur lequel nous devons être fermes, c'est la laïcité, qui fait que la France n'est pas une somme d'intérêts communautaires mais un projet collectif. Il fallait réexpliquer les droits et devoirs qui découlent de ce principe à tous les fonctionnaires, acteurs locaux, qui peuvent être confrontés à sa remise en cause. Depuis le premier comité interministériel, 10 000 formations ont été réalisées pour tous ces acteurs. Et je veux saluer l'initiative de la ministre de la Fonction publique : pour veiller au respect de ce principe, alerter quand il y a un problème, il faut réunir tous les acteurs, professionnels et usagers. C'est le rôle des commissions qu'elle va installer. c) Etre ferme sur l'égalité femme/homme Le troisième principe, c'est l'égalité entre les femmes et les hommes. C'est refuser ces logiques qui excluent de l'espace public, rabaissent la femme, l'enferment dans un rôle, que dicterait je ne sais quelle morale ou pudeur. S'habiller librement, travailler, s'épanouir, vivre en somme, ce n'est pas le droit des hommes. C'est le droit français. Il reste un long chemin à parcourir pour que les femmes soient considérées à égalité avec les hommes ... mais le mandat de François HOLLANDE a marqué des progrès considérables, avec notamment la loi du 4 août 2014. L'égalité doit, aujourd'hui, s'appliquer dans tous les territoires. Il ne peut y avoir dans ce domaine aucun compromis, qui serait un abandon. d) Etre ferme sur la langue française Dernier principe : la langue française. La manier, c'est entrer dans l'espace républicain commun. La première étape, c'est l'apprentissage du français à l'école, qui a été une priorité de la refondation de l'école, engagée par Vincent PEILLON et poursuivie aujourd'hui par Najat VALLAUD BELKACEM. Les nouveaux programmes de l'école maternelle et élémentaire renforcent la maîtrise des fondamentaux. Nous développons également la scolarisation des moins de 3 ans, un enjeu fondamental pour ceux dont la langue à la maison n'est pas le français. L'apprentissage du français, c'est aussi l'objectif des cours pour ceux qui arrivent en France, et la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers renforce le niveau de langue requis. Car il n'y a pas d'intégration possible sans compréhension des règles du pays dans lequel on s'installe. La réalité, au-delà des enfants et des primo-arrivants, c'est que 6 millions de nos compatriotes ne sont pas à l'aise avec notre langue. Comment, dans ce cas, trouver sa place, prendre part à la vie de la Cité ? Plus concrètement : comment accomplir des formalités administratives, accompagner ses enfants, participer à la vie sociale, travailler ? Ce comité interministériel tire les conséquences de la mission d'évaluation et de proposition lancée il y a un an, cher Thierry LEPAON, et crée une Agence de la Langue Française pour la Cohésion Sociale. Dans les cinq ans qui viennent, toutes celles et ceux qui éprouvent des difficultés dans le maniement de notre langue pourront ainsi trouver la formation ou le projet qui leur permettra de les dépasser. Le français est la langue de la République. C'est un droit. C'est aussi un devoir. Et c'est le seul chemin possible vers la citoyenneté. Mesdames, messieurs, Retisser du lien, c'est faire que les règles trop souvent bafouées soient respectés, c'est réaffirmer des valeurs parfois ignorées. C'est aussi ouvrir des opportunités pour chacun. 3. Retisser du lien : ouvrir des opportunités pour chacun a) Ecole, éducation. Nous le savons bien : tout se joue dès les premières années d'apprentissage. C'est pourquoi nous avons réinvesti massivement dans le système scolaire. La refondation de l'école se poursuivra à la rentrée prochaine, avec 6 600 nouveaux postes, le renouvellement des programmes, et le déploiement du dispositif « plus de maîtres que de classes » qui permet d'aider, d'abord, les élèves les plus en difficultés. Nous allons également, à la rentrée 2016, accompagner des jeunes de milieux modestes qui le souhaitent tout au long du lycée. Nous guiderons ainsi 8 000 élèves soit 20% des collégiens de troisième de REP+ vers l'enseignement supérieur. C'est le « parcours d'excellence ». Nous consacrerons, aussi je l'annonce ici, en lien avec les collectivités, les financements nécessaires à la rénovation des écoles, afin que chaque enfant soit accueilli dignement. Les situations les plus urgentes seront réglées dès la rentrée 2016. Demander le respect du savoir, de la République, à des enfants, c'est aussi agir pour qu'ils se sentent respectés. Et comme être parent, c'est essentiel dans la réussite d'un enfant, nous aiderons les parents qui le souhaitent à mieux surveiller les devoirs, à rencontrer les professeurs, à s'impliquer davantage dans la scolarité de leurs enfants. 5 000 services civiques seront mobilisés pour cela. b) L'accès à l'emploi Ouvrir des opportunités, c'est aussi faire sauter les verrous qui empêchent d'accéder à un emploi. Trop de jeunes jouent le jeu, vont à l'université, obtiennent un diplôme, et malgré cela ne trouvent pas de travail. C'est une souffrance, une énorme frustration. C'est aussi un message terrible envoyé aux plus jeunes. Les jeunes diplômés en recherche d'emploi 8 400 dans les quartiers, soit trois fois plus que la moyenne nationale bénéficieront donc, d'ici juin, d'un accompagnement personnalisé et seront mis en relation avec des clubs de parrains, mobilisant les réseaux RH, les chefs d'entreprise, la haute fonction publique. Faire que le travail soit toujours récompensé, c'est aussi cela : mieux accompagner les jeunes qui en veulent, leur donner les contacts qu'ils n'ont pas. Il faut également miser sur l'entrepreneuriat, alors que c'est dans les quartiers que se créent le plus d'entreprises en France Martine PINVILLE le sait bien. L'Agence France Entrepreneurs j'ai entendu son nouveau président, Mohed ALTRAD, en parler avec force accompagnera ceux qui veulent y lancer leur activité. Des convictions, des combats, des déterminations, il en est de toutes sortes et dans tous les domaines. Chacun doit être encouragé à mener ses projets, à se relever s'il échoue. Encourager le mérite, l'effort : voilà l'exigence. c) La lutte contre les discriminations Ouvrir des opportunités, faire sauter les verrous qui empêchent d'accéder à l'emploi, c'est aussi lutter avec la plus grande force contre les discriminations ; des discriminations sur lesquelles notre société détourne le regard depuis trop longtemps, et qui sont, je le rappelle, punies par la loi. Je veux que nous sortions de cette hypocrisie collective. Il faut renverser la table, faire respecter le droit. Il faut que l'élite de notre pays, dans les secteurs public comme privé, soit à l'image de notre société. La République, notre pays, en sortiront plus forts. J'ai demandé en juin 2015 à une équipe de chercheurs, pilotée par Yannick L'HORTY, d'évaluer les discriminations dans l'accès à fonction publique. Il me remettra ses conclusions, que je rendrai publiques, au mois de juin. De premiers testings ont été réalisés et les faits sont là : en France, selon que vous vous appelez « Laure BERNARD » ou « Anissa ALI », le traitement de votre candidature pour être infirmière ne sera pas le même. La jeune « Anissa ALI », même si elle a autant de compétences, recevra un tiers de réponses en moins. L'Etat et la fonction publique doivent être exemplaires, et ils ne le sont pas. Or l'exemplarité, c'est donner confiance ; c'est aussi la condition pour que chacun consente des efforts au service de la collectivité. Il faut tout changer, en commençant par le haut. L'Etat, lui-même, doit s'ouvrir davantage. Annick GIRARDIN y veille. Je l'ai annoncé en novembre, le travail est lancé : les 75 écoles permettant de devenir fonctionnaire (l'ENA, les IRA, les écoles de sécurité sociale …) mettront en œuvre, dès la rentrée 2016, un plan d'action pour diversifier les profils, en développant des classes préparatoires intégrées, en revisitant leurs concours. Je serai intransigeant, même si des résistances ne manqueront pas de se manifester. 10 000 contrats d'apprentis seront, en parallèle, ouverts dans la fonction publique de l'Etat contre 4 000 en 2015 pour permettre aux jeunes d'apprendre le métier, d'être plus à l'aise, de s'approprier, avant le concours, les codes que d'autres possèdent dès l'enfance. Le projet de loi permettra, plus généralement, d'ouvrir le recrutement dans la fonction publique à une plus grande diversité de parcours. Je souhaite aussi que l'on ouvre le débat sur la capacité des élus et ministres à cumuler durablement leur fonction élective avec un statut de haut fonctionnaire. Ouvrir la fonction publique, renouveler le personnel politique, c'est aussi sortir de l'asphyxie des élites. Nous agissons, également, pour combattre les discriminations dans le secteur privé. Pôle emploi accompagnera désormais les TPE et les PME qui le souhaitent à développer des méthodes de recrutement non discriminantes. Et nous avons souhaité lors du dernier CIEC qu'une campagne de « testing » soit lancée par l'Etat c'est la première fois sur une quarantaine d'entreprises de toutes tailles. Les résultats seront publiés en septembre ; Myriam El KHOMRI et moi-même en tirerons tous les enseignements. Nous avons également souhaité ouvrir les actions de groupe en matière de lutte contre les discriminations, dans le cadre du texte Justice du 21ème siècle. L'objectif : donner à chacun des recours simples et efficaces pour que l'injustice soit reconnue et réparée. Pour que la République apparaisse pour ce qu'elle est, diverse, confiante, généreuse… d) Casser l'apartheid social en matière de logement Ouvrir des opportunités, c'est également casser l'apartheid en matière de logement, en nous dotant d'outils à la hauteur. Un an après la création du poste de délégué interministériel à la mixité sociale dans l'habitat, les résultats de l'engagement de Thierry REPENTIN sont là. Les choses ont bougé, les mentalités ont évolué. Sur les 221 communes ne respectant pas leurs obligations en matière de logement social, plus de 11 000 logements ont été construits ces deux dernières années, grâce à 110 préemptions et 21 permis délivrés par les préfets. Plus de 200 Contrats de Mixité Sociale ont été ou sont en cours de négociation dans ces communes, pour les aider à accélérer la construction de logements sociaux. Par ailleurs, sur l'année 2015, l'Etat, et ses opérateurs ont cédé 80 terrains. A la clé : près de 9 000 logements, dont plus de 40 % de logements sociaux. Un débat va s'engager à l'Assemblée. Je sais votre mobilisation, madame la ministre, chère Emmanuelle COSSE, pour convaincre de l'utilité de mesures puissantes et d'application immédiate. Notre projet de loi renforce, ainsi, encore le pouvoir de l'Etat de se substituer aux communes défaillantes. Il prévoit, également pour que la pauvreté ne soit pas concentrée toujours au même endroit que les organismes de logements sociaux attribuent au moins 25 % des logements situés dans les quartiers les plus prisés aux ménages les plus pauvres, les loyers étant adaptés à leurs revenus. La richesse de la République, son avenir nous le portons tous : ce sont ces mondes qui se recroisent enfin… e) Promouvoir l'engagement. Nous voulons, également, rétablir le « pouvoir d'agir » des habitants et des citoyens. C'est l'antidote au repli. Je veux que chacun puisse se confronter à la réalité de faire, de participer, que chacun comprenne les exigences et ressente l'immense satisfaction de l'engagement. Ce besoin de s'engager, des millions de Français l'ont ressenti très profondément suite aux attentats de janvier et novembre. Dans les 1500 quartiers prioritaires de la Ville, nous avons misé sur la mobilisation des habitants des quartiers eux-mêmes. C'est le sens de la création des conseils citoyens, ce sera le sens également de la réforme du 1% culturel, chère Audrey AZOULAY, que nous allons engager. Nous agissons, aussi, pour encourager l'engagement civique. Dès l'école, dans le cadre d'un parcours reconnu lors du brevet des collèges. Pendant les études : chaque étudiant qui s'engage bénévolement pourra le valoriser dans son diplôme. Grâce au service civique, qui concernera, en 2018, 350 000 jeunes, soit la moitié d'une génération c'est une grande avancée portée par le Président de la République. Grâce à la réserve citoyenne, qui permettra de se mobiliser dès 18 ans et tout au long de sa vie. Le projet de loi égalité citoyenneté, comme le projet de loi travail, encouragent, enfin, l'engagement des actifs dans des associations culturelles, mais aussi sportives, chers Patrick KANNER et Thierry BRAILLARD et les associations constituent le principal lieu d'engagement des Français : 12 millions de bénévoles et plus de 20 millions d'adhérents. Un Haut-commissaire à l'engagement sera nommé avant la fin du mois et place auprès du Premier ministre, pour qu'il y ait une mobilisation de toute la société civile en faveur de l'engagement. C'est une belle mission, n'est-ce pas, François CHEREQUE ! Mesdames, messieurs, Ce comité interministériel, vos travaux d'aujourd'hui, sont autant d'espoirs pour faire changer la France. Nous sommes venus à Vaulx-en-Velin, chère Hélène GEOFFROY, pour dire que la France s'affaiblit quand elle accepte la discrimination, quand elle accepte l'injustice, quand elle succombe à l'entre soi. Nous sommes venus à Vaulx-en-Velin pour porter une conviction, un projet : celui de l'égalité, une égalité réelle, chère Ericka BAREIGTS, pas une égalité fantasmée, pas une incantation de bonne conscience, une égalité active et exigeante avec chacun, celle-là même qui doit être le défi et la grandeur de la France. C'est par l'égalité que nous construirons une société plus juste, plus respectueuse de chacun, plus forte face aux menaces. Une société plus humaine, tout simplement. Nous sommes venus ici exposer une méthode qui consiste, en partant de l'écoute des acteurs de terrain et des citoyens, en vous écoutant vous êtes là depuis ce matin, et il y a eu les contributions sur Internet : 4895 participants, 687 propositions, 10248 votes à mobiliser la société et à utiliser tous les leviers disponibles. La loi, quand c'est nécessaire, l'action résolue du Gouvernement, le contrat quand c'est suffisant. C'est ainsi que nous réussirons. Ici, la République se traduit en actes. C'est aussi comme cela que nous redonnerons l'espoir, l'optimisme et la fierté qui manquent trop souvent à notre pays. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/294.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/294.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..bc9f6d1254a33fb9acbd1ff412b1206d44ada861 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/294.txt @@ -0,0 +1 @@ +JULIE A 7 h 45 L'interview vérité d'Europe, Thomas vous recevez ce matin Hélène GEOFFROY, secrétaire d'Etat chargée de la Ville. THOMAS SOTTO Hélène GEOFFROY en poste depuis deux mois, juste avant elle était députée maire de Vaulx-en-Velin dans le Rhône et c'est d'ailleurs là-bas que se tiendra tout à l'heure un comité interministériel consacré au projet de loi Egalité et citoyenneté, bonjour Hélène GEOFFROY. HELENE GEOFFROY Bonjour. THOMAS SOTTO Est-ce que les cités ont besoin d'une belle photo dans un quartier où la plupart des ministres ne mettent jamais les pieds, vous qui avez été maire de Vaulx-en-Velin est-ce que ça ne vous agace pas ces opérations de communication ? HÉLÈNE GEOFFROY Mais ce n'est pas une opération de communication, c'est dire que les quartiers populaires sont au cœur des préoccupations du gouvernement, sinon on pourrait nous accuser justement de ne pas aller dans les quartiers populaires. J'en suis issue, puisque vous le disiez j'étais députée maire de Vaulx-en-Velin, je rappelle que le Premier ministre était maire d'Evry, donc vous voyez bien que ce gouvernement est composé aussi de personnes qui connaissent bien les quartiers populaires et qui en sont issus. THOMAS SOTTO La politique de la ville aujourd'hui c'est vraiment une priorité du gouvernement ? HÉLÈNE GEOFFROY C'est un sujet important ! Et la politique de la ville nous l'avons transformée, déjà avec une loi il y a deux ans, j'y ai participé en tant que députée, qui a dit : « aux côtés de la transformation physique des cités, nous le verrons à Vaulx-en-Velin cet après-midi, la ville s'est transformée physiquement, il faut aussi traiter d'autres questions, celle de l'humain, l'éducation, l'emploi… THOMAS SOTTO Mais est-ce que c'est une priorité à la hauteur des enjeux ou pas aujourd'hui, la politique de la ville ? HÉLÈNE GEOFFROY Oui. THOMAS SOTTO Je vais vous prendre un chiffre, le budget de la politique de la ville est passé de 618 millions d'euros en 2011 à 438 en 2016, le symbole est quand même fort-là ? HÉLÈNE GEOFFROY Nous avons augmenté le budget des associations ! Un ministère de la Ville sa particularité c'est de travailler avec tous les autres ministères et c'est faire revenir le droit commun, dans les quartiers populaires là où nous avions eu souvent des politiques exceptionnelles il faut des politiques normales et c'est le cas quand l'Education nationale revient avec les réseaux d'éducation Prioritaire, les questions de santé et les questions aujourd'hui celles dont nous allons parler d'accès à l'emploi, de bâti des écoles et de participation des citoyens. THOMAS SOTTO Juste un petit mot sur le rôle-clé des associations, l'Etat a augmenté selon ce que vous dites... HÉLÈNE GEOFFROY Tout à fait ! THOMAS SOTTO Mais en contrepartie les collectivités territoriales, elles, on retire leur subvention et globalement le solde est quand même largement négatif et elles s'en plaignent beaucoup ces associations de terrain ? HÉLÈNE GEOFFROY Ce qui est déterminant évidemment c'est que chaque collectivité locale fait ses choix, ce que l'on sait aujourd'hui, si l'on veut maintenir la… THOMAS SOTTO En fonction de l'enveloppe dont elle dispose ? HÉLÈNE GEOFFROY Si l'on veut maintenir la cohésion sociale, la question des associations est déterminante et dans les villes les plus populaires la baisse des dotations a été compensée par l'augmentation des dotations de solidarité, c'est que le gouvernement a proposé depuis maintenant quatre ans - elles n'ont cessé elles d'augmenter et nous sommes aujourd'hui en train de faire finalement la péréquation entre les villes les plus riches et les villes les plus pauvres. THOMAS SOTTO Après les attentats de janvier 2015 Manuel VALLS avait parlé d'un apartheid territorial, social et ethnique, ce projet de loi c'est la réponse à ce problème. Concrètement, concrètement, qu'est-ce qui va changer ? HÉLÈNE GEOFFROY Pour la première fois le Premier ministre, en disant apartheid social et territorial, a dit il faut en même temps mettre des moyens forts sur la question du logement et du peuplement. Lorsque l'on renforce les moyens de l'Etat pour que des logements sociaux pour les plus précaires soient construits partout sur notre territoire, on agit concrètement, on redonne la main aux préfets pour accompagner les villes, celles qui aujourd'hui sont les plus réticentes sur ces questions-là ; lorsqu'on va mettre des moyens… THOMAS SOTTO Vous avez déjà parait-il allongé la liste de dénonciations en quelque sorte des villes qui ne jouent pas le jeu, c'est ça ? HÉLÈNE GEOFFROY Ce n'est pas une liste, c'est ce qui permet de dire voilà où il faut encore faire des efforts et effectivement c'est la première fois qu'une telle liste - ou en tout cas qu'un tel accompagnement avec le délégué interministériel Thierry REPENTIN existe, il va voir tous les maires, il leur dit : « Voilà ! Maintenant il faut jouer le jeu de la mixité », c'est une urgence de tout le pays. Ce que nous avons vécu… THOMAS SOTTO Oui. Mais vous comprenez que des villes comme Séquedin près de Lille, Bandol, Grasse, etc. ? HELENE GEOFFROY Le Premier ministre redira quelles sont les villes concernées et dira aussi, parce que ça fonctionne, c'est important, aujourd'hui un an après des villes vont construire du logement social alors qu'elles ne le souhaitaient pas, la population l'a compris, les maires vont le faire ; et puis dans le même temps on va continuer à transformer les quartiers populaires mais on va aussi s'occuper d'éducation, c’est ce qu'on dira au comité interministériel en fin de journée, c'est que la question de l'école, des enseignants - mais du bâti - de l'implication des parents est déterminante, la question de la participation des citoyens aussi. THOMAS SOTTO On parle beaucoup du salafisme, de l'Islam dans certaines cités notamment, l'une des plaies de certains de nos quartiers c'est le salafisme, l'Islam radical disait Manuel VALLS la semaine dernière. Vous avez lu son interview dans Libération ce matin, le Premier ministre ? HÉLÈNE GEOFFROY Bien sûr ! THOMAS SOTTO « J'aimerais que nous soyons capables de faire la démonstration que l'Islam est fondamentalement compatible avec la République, la démocratie, nos valeurs, l'égalité entre les hommes et les femmes » dit le Premier ministre, qu'est-ce que vous pensez de cette déclaration, vous ? HÉLÈNE GEOFFROY Moi je pense qu'elle a le mérite d'être clair, elle dit finalement « nous avons une chance assez exceptionnelle en France… THOMAS SOTTO Vous la trouvez claire, vous ? HÉLÈNE GEOFFROY Oui, et puis l'ensemble de l'interview l'est ; et puis, alors si vous me permettez monsieur SOTTO, elle est claire parce qu'elle dit finalement qu'avec notre triptyque républicain : liberté, égalité, fraternité, la question de la laïcité, nous allons faire la démonstration, mais concrète - parce que c'est déjà la réalité - que l'Islam est compatible avec la démocratie. Ce n'est pas une question, c'est une… THOMAS SOTTO Mais cela ça peut se dire simplement : « Oui, l'Islam est compatible avec la démocratie »… HELENE GEOFFROY Oui ! Mais c'est ce qu'il dit… THOMAS SOTTO Là c'est quand même un peu alambiqué son truc-là ? HELENE GEOFFROY Non ! Mais c'est ce qu'il dit, c'est une affirmation qu'il porte ; et dans la suite de l'interview il dit même que « aujourd'hui il faut que nous protégions tous ceux qui sont de confession, de culture musulmane, des actes qui peuvent être antimusulmans et aussi que toute la société soit consciente que l'Islam évidemment est compatible avec la démocratie, mais plus que cela, que dans nos quartiers populaires aussi nous luttons contre ceux qui veulent du développement séparé parce que ça existe ce qu'ils prônent… THOMAS SOTTO Mais moi je serais musulman ce matin je me sentirais quand même très stigmatisé par mon Premier ministre, non ? HELENE GEOFFROY Ah ! Mais moi je ne crois pas, non je crois que c'est au contraire très clair lorsqu'il dit que l'Islam est compatible avec la démocratie, avec les valeurs de la République et que, mieux encore ce qui est encore plus important parce que je ne veux d'exégèse des religions - c'est que les citoyens de notre pays dans les quartiers populaires, les citoyens Français sont les premiers défenseurs des valeurs de la République et ceux qui les défendent parce qu'ils ont aussi à combattre ceux qui sont contre, ils sont dans les quartiers populaires. THOMAS SOTTO Comment vous allez vous attaquer aux centaines de Molenbeek à la française dénoncées par votre ministre de tutelle Patrick KANNER ? HELENE GEOFFROY Il peut y avoir dans nos quartiers, il y a des jeunes qui se radicalisent c'est vrai, moi je ne fais pas de comparaison, il y a des jeunes qui se radicalisent, ils ne sont pas que dans les quartiers populaires, moi je ne mets pas de signe égal entre les questions de radicalisation et les quartiers populaires… THOMAS SOTTO C'est maladroit de faire ces comparaisons ? HELENE GEOFFROY Ceux qui se radicalisent vous l'avez vu viennent d'un peu partout, d'un peu toutes les couches de la société. Il y a un sujet aussi dans les quartiers populaires évidemment, aujourd'hui ça appelle à la mobilisation de toute la société et c'est ce que nous faisons en travaillant avec le ministre de l'Intérieur sur les questions de prévention de la radicalisation, dans les quartiers populaires comme ailleurs, les acteurs qui interviennent dans l'éducation populaire, les centres sociaux, les MJC, les associations, les clubs sportifs sont formés, demandent à être formés pour détecter les signes. Vous savez ce qui est délicat aujourd'hui… THOMAS SOTTO Vous à Vaulx-en-Velin vous êtes confrontée à ça, vous avez été confrontée à ça ? HÉLÈNE GEOFFROY Moi j'ai eu des parents qui ont pu m'appeler en tant que maire, en me disant : « je ne comprends plus ce qui arrive à mon fils ou ma fille, je sens une dérive ». Aujourd'hui, avec ce qui a été mis en place, les cellules de prévention de radicalisation dans les préfectures, il y a des numéros, des personnes qui accompagnent qui disent s'il y a une réalité ou pas aussi et puis… THOMAS SOTTO Mais il y a des associations qui sont vraiment noyautées comme on l'entend ici ou là et qu'il faudrait - vous parliez des subventions tout à l'heure - il faudrait peut-être être plus exigent parfois ou… HÉLÈNE GEOFFROY Ah ! Eh bien de toute façon il faut être vigilant sur le fait que les associations que nous subventionnons prônent les valeurs de la République, je dis simplement qu'elles sont majoritaires aujourd'hui et que notre rôle pouvoirs publics c'est d'être aux côtés de ceux qui dans les quartiers populaires sont en train aussi de porter avec beaucoup de conviction ces valeurs et je pense aux femmes notamment qui sont aussi évidemment dans ces combats-là. En revanche, en revanche, quand le gouvernement s'attaque à la prévention de la radicalisation en formant les acteurs sur le terrain, il donne une réponse de proximité concrète aux côtés des questions de sécurité évidentes. THOMAS SOTTO Dernier point ! L'un de vos collègues, Jean-Marie LE GUEN, a tenté d'ouvrir le débat sur le cannabis on va en parler dans un instant avec Dany COHN-BENDIT- est-ce qu'aujourd'hui dans ces quartiers que vous connaissez vous dites vous oui c'est un problème aujourd'hui, il y a une économie du cannabis qui est un problème ? HÉLÈNE GEOFFROY Il y a un sujet du cannabis mais qui paradoxalement concerne plutôt ceux qui viendraient des quartiers plus favorisés pour le consommer, je crois que c'est plutôt ça où serait le sujet… THOMAS SOTTO Ce n'est pas ce que disent certains habitants des quartiers nord de Marseille qui se disent : « on n'ose plus sortir, on mt des barrières pour éviter les trafiquants dans les écoles ». HÉLÈNE GEOFFROY Ah ! Non, mais je n'ai pas dit qu'il n'y a pas de trafic, c'est d'ailleurs pour ça que les zones de sécurité prioritaires ont été mises en place et là où elles ont été mises en place le trafic diminue, mais la question de la délinquance reste évidemment. THOMAS SOTTO Bien sûr ! HÉLÈNE GEOFFROY Moi je parlais… THOMAS SOTTO Mais la dépénalisation… HÉLÈNE GEOFFROY J'étais sur la question de la consommation… THOMAS SOTTO La consommation, on a bien compris. HELENE GEOFFROY C'est pour ça que j'étais sur ce sujet. THOMAS SOTTO Mais la question de la dépénalisation, est-ce qu'il faut au moins ouvrir le débat, au moins se poser la question ? HÉLÈNE GEOFFROY Ah ! Mais tous les débats peuvent être ouverts. En tout cas en ce qui concerne le gouvernement, c'est assez clair, nous ne l'ouvrirons pas - on ne peut pas empêcher la société si elle a envie de l'ouvrir - et en tout cas en tant qu'ancienne députée maire de Vaulx-en-Velin j'avoue que je n'y suis pas favorable, je pense que pour nos quartiers populaires ce n'est pas une bonne idée du tout de dépénaliser le cannabis. Voilà ! THOMAS SOTTO Merci beaucoup Hélène GEOFFROY d'être venue en direct sur Europe 1 ce matin et bonne journée donc. HELENE GEOFFROY Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/295.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/295.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d59d4a2d782c7bebf8b5a72815e309bfbc52c181 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/295.txt @@ -0,0 +1 @@ +David PUJADAS : Bonsoir. Le Président face aux Français, en direct, ici, au Musée de l'Homme. « Dialogues Citoyens », c'est parti ! Bonsoir à tous. Bonsoir Monsieur le Président. LE PRESIDENT : Bonsoir David PUJADAS. Bonsoir Léa SALAME. David PUJADAS : Merci d'avoir accepté notre invitation, avec Léa SALAME. Nous sommes ici, au Musée de l'Homme, symbole par excellence d'un humanisme souvent pris pour cible en ce moment, pour une heure et demie de débat, une heure et demie de vérité, en tout cas, on l'espère, un moment avec les Français. Léa SALAME : Oui, les Français que l'on vient d'entendre, que nous avons choisis. Ils sont donc quatre à vous interroger, Monsieur le Président. Ils auront une totale liberté de parole. Bonsoir Karim RISSOULI. Vous nous les présenterez un à un ce soir. Karim RISSOULI : Bonsoir Monsieur le Président. Les Français qui sont ici et qui ont beaucoup de choses à vous dire, alors pas toujours très agréables à entendre. Puis, je vous poserai aussi des questions que se posent beaucoup d'autres citoyens qui nous regardent en ce moment sur France 2 et qui réagissent via francetvinfo sur les réseaux sociaux. David PUJADAS : Voilà pour le sommaire. D'abord, quelques questions. On est à un an de la fin de votre mandat, Monsieur le Président, presque jour pour jour. Lorsque l'on interroge les Français, huit sur dix, c'est inédit, estiment que ce mandat a été un échec. Ma question est simple : si l'on vous interrogeait, vous, François HOLLANDE, est-ce que vous exprimeriez de la déception ou de la satisfaction, quatre ans après ? LE PRESIDENT : Ce n'est pas à moi de délivrer les brevets de satisfaction. Qu'est-ce que l'on dirait ! Ou alors de mea culpa. Qu'est-ce que l'on penserait ! David PUJADAS : Vous avez sûrement un sentiment. LE PRESIDENT : Le sentiment que j'ai, c'est que j'ai affronté durant ce quinquennat des épreuves terribles. Bien sûr, celles que l'on connait, les attentats, le terrorisme, les guerres qui sont à nos frontières. Mais aussi une crise, une crise profonde. Quand je suis arrivé, la Zone Euro était en voie d'éclatement. On se posait la question de savoir quels seraient les pays qui quitteraient la Zone Euro, même la France était exposée. Quel a été le fil conducteur, qu'est-ce que j'ai fait depuis quatre ans ? Quel a été mon cap ? Cela a été de moderniser le pays, tout en protégeant son modèle social. Moderniser le pays et protéger le modèle social, l'un ne va pas sans l'autre. Cette modernisation, quelle est-elle ? C'est de pouvoir donner à la production, parce que c'est ce qui va permettre de créer des emplois, toutes les conditions pour repartir. C'est ce que j'ai fait à travers les aides aux entreprises, on en parlera. Les aides aux entreprises, ce n'est pas les aides aux patrons. Ce sont les aides aux salariés. Ce sont les aides à ceux qui attendent un emploi et qui espèrent le trouver. Voilà ce que j'ai fait. Il a fallu aussi redresser les comptes, les comptes publics, les déficits qui étaient amples et qui ne paraissaient jamais pouvoir être réduits. C'est fait. C'est pour cela que je veux insister aussi sur ce qui va mieux. Alors, c'est vrai que quand le Président dit que cela va mieux, quand il y a tant de difficultés, on se demande s'il voit bien, s'il écoute bien, s'il a bien pris conscience des réalités. Oui, cela va mieux. Cela va mieux, il y a plus de croissance, il y a moins de déficits, il y a moins d'impôts, il y a plus de compétitivité, c'est-à-dire de capacité pour produire, il y a plus de marges pour les entreprises, il y a aussi plus de pouvoir d'achat pour les salariés. Voilà ce que j'ai fait depuis quatre ans et voilà pourquoi je vais poursuivre jusqu'au bout. David PUJADAS : Mais quand vous dites « protéger le modèle social », par exemple, est-ce que l'on protège le modèle social quand il y a près de 700 000 chômeurs de plus, dont beaucoup sont, de ce fait, en fin de droits, pas les chômeurs qui sont inscrits depuis quatre ans forcément, mais les autres, quand il y a plus de 3,5 millions de chômeurs inscrits ? LE PRESIDENT : Le modèle social Français, c'est d'abord de protéger contre les aléas de la vie, la santé et on a pu même élargir les droits avec la Couverture maladie universelle, c'est-à-dire la complémentaire santé apportée à plus de 3 millions de nos compatriotes. La protection sociale, le modèle social, c'est la retraite. On a pu équilibrer les régimes de retraite et même faire en sorte que ceux qui avaient des métiers pénibles puissent partir avant, ils sont 500 000 depuis 2012. Il y a les familles qui ont été, là-encore, protégées, alors qu'il fallait faire des économies, je ne l'ai pas voulu. On a simplement modulé les allocations familiales selon le revenu. Puis, il y a effectivement l'aléa du chômage. Il m'a été souvent conseillé de remettre en cause les droits des chômeurs. On a fait plutôt mieux, puisqu'avec les partenaires sociaux, il y a eu ce que l'on appelle les droits rechargeables pour les chômeurs, pour que ceux qui reprennent une activité ne perdent pas pour autant leurs droits. Mais mon objectif, ce n'est pas de garantir les droits des chômeurs, c'est de faire en sorte qu'il y ait beaucoup plus de personnes dans l'emploi. Léa SALAME : Monsieur le Président, vous dites que cela va bien, que cela va mieux... LE PRESIDENT : Non. Je dis que cela va mieux. Ce n'est pas pareil. Léa SALAME : ...Monsieur le Président, si vous aviez 20 ans aujourd'hui, est-ce que vous seriez, tous les soirs, Place de la République à Paris, pour protester contre la politique du Gouvernement ? LE PRESIDENT : Madame Léa SALAME, je vais vous faire une confidence : j'ai eu 20 ans. Je me suis aussi, à un moment, mis dans le mouvement parce qu'il y avait des injustices, parce qu'il y avait des inégalités, parce que je pensais que le monde n'allait pas comme il devait aller. Donc, je trouve légitime que la jeunesse aujourd'hui, par rapport au monde tel qu'il est, mais même par rapport à la politique telle qu'elle est, veuille s'exprimer, veuille dire son mot. Alors, cela ne suffit pas de prendre la parole. Il y a d'ailleurs de nombreux débats. Mais moi, je ne vais pas me plaindre qu'il y ait une partie de la jeunesse qui préfère inventer le monde de demain plutôt que de regarder avec nostalgie le monde d'hier. Léa SALAME : La jeunesse, vous disiez : « Ma priorité, c'est la jeunesse. » Monsieur le Président, quatre ans après votre arrivée au pouvoir, les jeunes protestent dans la rue, ils protestent en votant le Front national ou parfois ils ont renoncé à protester, ils partent à l'étranger. Quatre ans après votre arrivée au pouvoir, est-ce que la jeunesse, votre priorité, n'est pas en train de devenir votre plus gros échec ? LE PRESIDENT : Non. Je vous l'ai dit, la jeunesse n'est pas satisfaite, elle n'est jamais satisfaite et elle a raison de ne pas l'être. Mais quand je regarde les quatre ans : priorité à l'éducation, parce que c'est d'abord pour la jeunesse l'essentiel : être formé, accompagné, pouvoir trouver une qualification, un diplôme, les 60 000 postes, même dans cette période de difficultés budgétaires, ont été ouverts. Aujourd'hui, il y a plus de professeurs devant les élèves. On peut s'interroger, l'université a été plus ouverte, il y a plus de jeunes qui sont à l'université, un étudiant sur trois est boursier, ce n'était pas le cas en 2012. Pour l'apprentissage, j'ai veillé à ce que l'on puisse donner davantage de droits aux apprentis, davantage de rémunération sur le compte de l'Etat... David PUJADAS : Leur nombre a baissé... Léa SALAME : Récemment, récemment... David PUJADAS : Leur nombre a baissé. LE PRESIDENT : ...Garantie Jeunes, qui n'existait pas, emplois d'avenir... Léa SALAME : Les apprentis, au début, vous avez commencé par réduire les aides aux apprentis. LE PRESIDENT : Non. Ce n'est pas vrai. Les apprentis ont toujours été rémunérés de la même manière. Il y a eu un certain nombre de primes qui a été plafonné pour les entreprises, que d'ailleurs nous avons ensuite libéré. Mais ce que je veux vous dire, c'est que l'on a pris, de l'éducation jusqu'à l'université, sans oublier l'insertion professionnelle. Mais il y a un problème, c'est que pour les jeunes aujourd'hui, quel est l'avenir ? Léa SALAME : C'est le chômage. LE PRESIDENT : Non. Pas le chômage. Pas seulement le chômage. Léa SALAME : C'est cela le problème... LE PRESIDENT : C'est la précarité. C'est de ne pas pouvoir trouver de contrat à durée indéterminée. Parce que 90 % des embauches, je dis bien 90 % des embauches aujourd'hui se font à travers des contrats à durée déterminée. Qu'est-ce que je veux faire au-delà d'aider les entreprises – ce que j'ai fait – au-delà de favoriser l'innovation et l'investissement ? Ce que je veux, avec ce projet de loi El KHOMRI, qui fait tant débat, y compris dans la jeunesse, ce que je veux, c'est que l'on puisse embaucher avec un contrat à durée indéterminée et que l'on puisse à ce moment-là clarifier les règles, clarifier les règles pour les salariés, clarifier les règles pour les employeurs. Léa SALAME : On va en parler avec le chef d'entreprise qui va vous interroger sur cela. Mais quand même, les chiffres sont têtus. Vous vouliez que les jeunes vivent mieux en 2017 qu'en 2012, à votre arrivée. Il se trouve que 25 % des jeunes Français aujourd'hui sont au chômage, c'est 5 points de plus que la moyenne européenne. LE PRESIDENT : Non. Ce n'est pas vrai. Le taux de chômage en France est dans la moyenne européenne. Celui des jeunes l'est moins que dans la moyenne européenne. Léa SALAME : Cinq points de plus que la moyenne européenne. LE PRESIDENT : Nous avons une réalité en France et il ne faut pas s'en plaindre, c'est que depuis trente ans, nous faisons plus d'enfants que nos voisins et que nous avons plus de jeunes qui attendent un emploi. Léa SALAME : C'est pour cela qu'il y a du chômage ? C'est parce que l'on fait des enfants ? LE PRESIDENT : Non. Cela, c'est plutôt bien qu'il y en ait. Donc, nous devons créer de l'emploi et de l'emploi durable. Mais comme vous m'interrogez sur la situation des jeunes, pour les étudiants, aujourd'hui, ils peuvent suivre plus longtemps leurs études et avoir une bourse. Pour ceux qui ne peuvent pas avoir une formation, j'ai créé la Garantie Jeunes avec le Gouvernement. Pour ceux qui sont dans l'insertion, on a les emplois d'avenir. Mais cela ne suffit pas, il faut créer des emplois et toute la politique que je mène, c'est pour que les entreprises créent davantage d'emplois, mais pas n'importe comment, de l'emploi durable. Léa SALAME : Vous pensez que cela fait rêver les jeunes, que cela réenchante leur rêve de vous entendre, là, parler... Il y a du sens ? LE PRESIDENT : Vous m'interrogez sur leur situation, sur leurs conditions, pas sur leur rêve. Ce qu'ils veulent, c'est une société différente. Ce qu'ils veulent, c'est une société beaucoup plus libre dans ses conditions d'autonomie. Parce que le problème pour les jeunes, c'est qu'ils sont obligés d'attendre 25 ans, 30 ans, pour avoir leur propre autonomie. Par ailleurs, il y a le monde et ce monde-là, ils ont envie de le changer et je le comprends et je le fais aussi à la fois par rapport à la finance, aux excès du capitalisme, à ce qu'est également la fraude fiscale. Les jeunes ont envie aussi d'un autre monde et je ne vais pas m'en plaindre. Mais moi, ma responsabilité, ce n'est pas simplement d'en parler, c'est d'agir là où je suis, en Europe, dans le monde, avec ce qu'est la France. Toute ma volonté, c'est que la France puisse être entendue, qu'elle puisse dire son mot. David PUJADAS : Justement, parlons du moment présent. Beaucoup se demande sans doute ce que va être cette dernière année du quinquennat. On sort d'un moment difficile, des réformes annulées auxquelles vous avez dû renoncer, d'autres qui ont été amputées, des Français dans la rue, une majorité fracturée, est-ce que vous avez encore la main, Monsieur le Président, est-ce que vous avez encore assez d'autorité, d'assise pour que cette dernière année ne soit pas une année pour rien, une année perdue ? LE PRESIDENT : Je poursuivrai jusqu'au bout... David PUJADAS : C'est-à-dire ? LE PRESIDENT : C'est-à-dire que nous avons trois grandes réformes à mener, vous les connaissez, d'abord celle sur le travail. David PUJADAS : Elle a été amputée, c'est celle-là dont je parlais. LE PRESIDENT : Elle a été discutée, elle a été concertée et elle va maintenant arriver au Parlement. David PUJADAS : Ce n'est pas celle que vous souhaitiez. LE PRESIDENT : Ce n'était pas celle qui avait été initialement préparée mais moi j'entends, moi je participe aussi au dialogue, je ne me fige pas dans des positions et j'essaye de trouver le bon équilibre, nous y reviendrons. David PUJADAS : Pour vous ce n'est pas une forme d'impuissance ? LE PRESIDENT : Discuter, concerter cela serait de l'impuissance ? David PUJADAS : Céder à la rue. LE PRESIDENT : Non mais où est-on, ce n'est pas céder à la rue. La rue considère, pour une partie de ceux qui manifestent, qu'il faut retirer la loi, elle ne sera pas retirée. Mais qu'il y ait des corrections, qu'il y ait des discussions avec les organisations syndicales, en tout cas celles qui maintenant comprennent le sens et même appuient cette réforme ; oui, parce que cette réforme, c'est plus de dialogue social dans l'entreprise, c'est également plus de clarté dans les règles pour que l'on sache bien dans quelles conditions on peut perdre éventuellement son emploi, où un employeur peut licencier, pour qu'il puisse embaucher, on y reviendra. David PUJADAS : Madame CONSTANZA, chef d'entreprise, en parlera. LE PRESIDENT : Et, enfin, ce sont des droits nouveaux pour les salariés avec le compte personnel d'activité, c'est cela la première grande réforme. La seconde grande réforme a été présentée hier au Conseil des ministres, c'est l'égalité et la citoyenneté, plus d'égalité, plus de capacités pour que dans les quartiers difficiles -nous y reviendrons- on puisse avoir un espoir. David PUJADAS : Peut-on vraiment parler de grandes réformes... LE PRESIDENT : Mais ce n'est pas une grande réforme ? David PUJADAS : On a l'impression que ce sont des mesures, un conglomérat de mesures, des ajustements, vous dîtes vraiment grandes réformes ? LE PRESIDENT : Mais chaque réforme : on dit « elle est grande ». Ce qui compte c'est qu'elle puisse se traduire dans la réalité, ce ne sont pas des réformes incantatoires. Mais dire que l'on va changer la vie dans les quartiers, que l'on va pouvoir éviter les ghettos, faire en sorte que le logement social puisse être sur l'ensemble du territoire et pas simplement dans les mêmes villes, faire en sorte qu'il puisse y avoir la réussite scolaire dans ces quartiers-là, faire en sorte qu'il puisse y avoir pour les jeunes -après ce qui s'est produit- une possibilité d'engagement. J'ai demandé, et cela sera fait dans cette loi, la généralisation du service civique, faire que tout jeune qui voudra accomplir son service civique pourra le faire d'une durée de 8 à 10 mois. Puis, il y a une troisième grande réforme qui est celle sur la transparence, sur la lutte contre la fraude fiscale, sur la lutte contre ce qui est des désordres des marchés, le blanchiment, et on voit que nous sommes en plein dans l'actualité avec ce qui s‘est passé dans ce que l'on appelle l'affaire Panama Papers, donc trois grandes réformes. Par ailleurs nous aurons à voter des lois de finances, des lois de financement de la Sécurité sociale. Il y aura le prélèvement à la source qui pourra trouver sa place en 2018 mais il faut le préparer dès à présent. Je réformerai tous les jours de mon mandat, je l'ai fait depuis le premier, je le ferai jusqu'au dernier jour de mon mandat. David PUJADAS : On ouvre maintenant le « dialogues citoyens », on accueille le premier Français, c'est une Française qui vient vous interpeller, Monsieur le Président. Karim RISSOULI, vous nous la présentez. Karim RISSOULI : Oui, Monsieur le Président, la première Française qui va venir dialoguer avec vous, on peut dire que vous avez tout donné pour la convaincre depuis le début du quinquennat quitte à vous mettre parfois à dos une bonne partie de la gauche, de votre électorat. Elle s'appelle Anne-Laure CONSTANZA, elle a 40 ans, c'est une patronne, une cheffe d'entreprise, sa boite s'appelle ENVIE DE FRAISES, pourquoi ENVIE DE FRAISES ? Parce qu'elle fabrique des vêtements de grossesse. C'est une PME de taille moyenne, près de 40 salariés. Anne-Laure CONSTANZA en préparant cette émission, on a parlé tous les deux du bilan économique de François HOLLANDE, vous le jugez assez sévèrement, on va y revenir, même s'il y a des paroles du Président et de ses ministres qui vous ont parfois fait plaisir. // Propos de François HOLLANDE, de Manuel VALLS, d'Emmanuel MACRON // Karim RISSOULI : En résumé, vous aimez l'entreprise, ça je crois que l'on a bien compris, mais pour le reste, Anne-Laure CONSTANZA, vous avez du mal vous à suivre la cohérence de François HOLLANDE, je vous laisse le rejoindre. Je termine sur un point, Monsieur le Président, l'actu de la semaine pour elle, c'est la sur-taxation des CDD, elle m'a confié que cela renforçait encore un peu plus sa peur d'embaucher. Léa SALAME : Bonsoir Anne-Laure CONSTANZA, vous êtes la première Française ce soir à vous confronter à François HOLLANDE, votre première question au Président de la République. LE PRESIDENT : Bonsoir. Anne-Laure CONSTANZA, Cheffe d'entreprise – 40 ans, Meudon (92) : Bonsoir Monsieur le Président. J'ai créé mon entreprise il y a 10 ans sur Internet. Nous produisons en France, j'ai créé 150 emplois, des emplois qualifiés, des emplois moins qualifiés. Aujourd'hui, mon rêve, c'est d'exporter et celui de mes salariés, c'est d'exporter nos robes partout dans le monde et si j'y arrive nous aurons triplé nos effectifs en France. Mais aujourd'hui, Monsieur le Président, j'ai des freins qui m'empêchent de grandir et de créer les emplois que je devrais créer soit parce que je ne peux pas, soit parce que c'est trop risqué, soit parce que je ne trouve pas les gens formés. Or, vous savez que ce sont dans les entreprises comme la mienne que se créent les emplois en France. Première question, Monsieur le Président, comment allez-vous faire pour me redonner confiance et faire que recruter ne soit plus un risque en France ? LE PRESIDENT : D'abord je veux vous exprimer ma gratitude d'avoir créé votre entreprise et donc d'avoir créé des emplois. Vous l'avez fait avec l'idée d'être innovante et donc vous avez d'une certaine façon défendu l'idée de la France, l'image de la France et notamment sur les marchés à l'exportation. Voilà d'abord ce que je veux vous dire et à travers vous aux nombreux chefs d'entreprise, pas simplement des start-up, mais qui se battent pour que la marque France, que le produit France puisse être promu. Vous me dîtes « nous avons encore des freins », j'ai fait en sorte depuis quatre ans avec les gouvernements successifs de pouvoir vous donner au moins sur le coût du travail toutes les conditions. Longtemps on a dit que le coût du travail en France était plus élevé, c'était le cas en 2012... Anne-Laure CONSTANZA : Ce n'est pas mon propos, le coût du travail ce n'est pas mon propos. LE PRESIDENT : Donc le coût du travail n'est pas un frein pour vous, il était donc très important que pour d'autres nous puissions éviter que ce soit au détriment des salariés. Il n'est pas question de baisser leur salaire, et donc que ce que soit l'Etat qui fasse l'effort de baisser les charges et d'alléger les prélèvements. Deuxième frein que vous indiquez, ce serait que l'on n'ait pas le personnel formé, cela est un vrai sujet et il y a beaucoup d'entreprises qui vous disent « aujourd'hui nous voudrions embaucher mais il n'y a pas la qualification nécessaire ». C'est la raison pour laquelle, j'ai fait en sorte que nous puissions former 500.000 personnes aux métiers de demain, pas aux métiers d'hier comme parfois cela a été le cas, non, pour les métiers, ceux que vous proposez dans votre entreprise. Troisième frein que vous évoquez, c'est en réalité les difficultés, les complexités qui pourraient empêcher que vous puissiez exporter. J'ai fait en sorte là-aussi de faire un choc de simplification. Il y a aussi la crainte de l'embauche... Anne-Laure CONSTANZA : Ce n'est pas ce que je dis, Monsieur le Président. LE PRESIDENT : ...en disant notamment pour les CDD ou pour les CDI « finalement je ne sais pas ce que sera la règle, je ne sais pas si je pourrais me séparer éventuellement de salariés et donc je ne veux pas embaucher ». David PUJADAS : C'est cela le sujet dont vous parlez. Léa SALAME : Mais c'est ce qu'elle dit ! Anne-Laure CONSTANZA : Aujourd'hui, on se retrouve... LE PRESIDENT : Oui, on va peut-être lui demander, est-ce que c'est cela que vous voulez exprimer ? Anne-Laure CONSTANZA : Vous me parlez d'aide, aujourd'hui je ne suis pas venue vous demander de l'aide, Monsieur le Président, je suis venue vous demander de libérer les freins. Aujourd'hui, je suis confrontée à des freins quotidiens, je vais vous donner des exemples, des exemples de l'aberration de certaines lois qui ont été faites depuis des années. Aujourd'hui, on vient de créer notre première boutique à Paris, je ne peux pas recruter un contrat de 20 heures, j'ai des centaines de candidatures et je ne peux pas recruter. Deuxième frein, aujourd'hui... David PUJADAS : Parce que c'est trop peu... Anne-Laure CONSTANZA : Non, parce qu'aujourd'hui on ne peut pas recruter des contrats de moins de 24 heures à des conditions très spécifiques, donc je ne peux pas. Deuxième frein, moi je recrute en CDI 70 % de mes stagiaires, aujourd'hui je ne peux plus parce que vous avez mis en place une loi il y a quelques mois qui fait que je ne peux pas embaucher de stagiaires. Donc, je suis freinée dans cette initiative-là alors qu'aujourd'hui il y a 25 % de chômage chez les jeunes, on bloque la première entrée dans l'entreprise, est-ce que vous trouvez cela normal ? Léa SALAME : Votre réponse. LE PRESIDENT : Allez-y si vous avez... Anne-Laure CONSTANZA : Oui, le troisième point, et là c'est vraiment le coup de massue de ces derniers jours, c'est la surtaxe des CDD. Moi, Monsieur le Président, j'ai besoin des CDD, j'ai besoin des CDD parce que je ne peux pas embaucher de stagiaires, je ne peux pas les former et donc j'ai besoin d'innover, j'ai besoin de prendre des risques sinon si je stagne je meurs, et donc j'ai besoin d'embaucher des gens sur des contrats très spécifiques, très courts que je vais évidemment recruter ensuite en CDI si cela marche. Aujourd'hui vous bloquez mon initiative, c'est-à-dire que vous surtaxez mon initiative, donc vous surtaxez l'initiative et la future création d'emplois. LE PRESIDENT : Vous m'avez posé trois questions et je vais essayer d'être le plus précis possible. Vous m'avez dit « je ne peux pas recruter de temps partiel parce que ce que je propose c'est 20 heures et le minimum c'est 24 heures ». Sauf que ce sont les organisations professionnelles, donc le MEDEF comme les organisations syndicales qui ont convenu de cette règle mais… Anne-Laure CONSTANZA : Oui mais ce n'est pas mon problème ! LE PRESIDENT : Mais attendez, attendez ! Mais, on peut être dispensé de ce seuil de 24 heures dès lors que vous êtes dans une branche professionnelle et c'est le cas je crois pour vous dans la confection, vous pouvez parfaitement... Anne-Laure CONSTANZA : Je ne suis pas dans la confection. LE PRESIDENT : Vous êtes dans... Anne-Laure CONSTANZA : La vente à distance. LE PRESIDENT : Même dans la vente à distance, votre branche peut parfaitement permettre que vous puissiez embaucher à temps partiel moins de 24 heures. David PUJADAS : C'est le cas pour vous ou pas, Madame CONSTANZA ? LE PRESIDENT : Mais en même temps vous comprenez bien que pour un certain nombre de personnes, c'est pour cela qu'on a fait cette règle parce que nous sommes dans une société qui doit avoir des règles, on ne peut pas prendre des jeunes ou des moins jeunes pour leur proposer des contrats de 10 heures, 12 heures. Léa SALAME : Mais le problème, Monsieur le Président, c'est qu'elle n'a pas confiance parce qu'elle a l'impression que les règles changent tous les trois mois. LE PRESIDENT : Attendez, non, non, elles ne changent pas là, ce sont des règles qui ont été établies depuis 2013. Mais vous voyez bien que dans une société on ne peut pas embaucher des personnes, et chacun le comprendra, pour quelques heures ! Anne-Laure CONSTANZA : Mais il y a des gens qui cherchent ces emplois-là ! Moi j'ai des centaines de candidatures de femmes qui rêveraient de travailler dans ma boutique ! LE PRESIDENT : Mais avoir du temps partiel c'est possible mais il était légitime que l'on fixe un certain nombre de règles et que vous puissiez les utiliser. Deuxième exemple, les stagiaires, nous n'avons pas empêché du tout l'embauche... Anne-Laure CONSTANZA : Aujourd'hui je ne peux plus. LE PRESIDENT : Non parce que vous avez dû avoir un certain nombre de stagiaires, vous avez combien de salariés ? Anne-Laure CONSTANZA : J'ai le droit à trois stagiaires. LE PRESIDENT : Oui, trois stagiaires parce que vous êtes dans une entreprise de moins de 50 salariés, c'est bien cela. Anne-Laure CONSTANZA : Oui, oui. LE PRESIDENT : Donc il a été fixé cette règle, pourquoi ? Anne-Laure CONSTANZA : Pourquoi ? LE PRESIDENT : Parce qu'il y avait, on le sait bien, il y avait des abus d'entreprises qui ont embauché des stagiaires pour ne pas embaucher, même pas en temps partiel, des CDD ou des CDI. Donc il était légitime… Anne-Laure CONSTANZA : Mais vous vous rendez compte que là vous bloquez la première porte d'entrée des jeunes dans l'entreprise ! Moi je les forme, je ne trouve pas de gens formés, donc je les forme dans l'entreprise, je ne peux pas les recruter ! LE PRESIDENT : Vous pouvez prendre trois stagiaires, trois stagiaires vous pouvez les prendre deux mois ou trois mois puisqu'aujourd'hui à partir de deux mois on doit payer un stagiaire. Vous pouvez prendre des stagiaires puis ensuite, vous les prenez en CDD, puis après, vous les prenez en CDI... Anne-Laure CONSTANZA : Ah non ! Je ne peux pas les prendre en CDD (...) Léa SALAME : (...) les CDD. LE PRESIDENT : Non ! J'en arrive au CDD. J'en arrive au CDD parce que le CDD, aujourd'hui, il est déjà surtaxé puisque cela a été là aussi convenu dans le cadre de la convention UNEDIC – aujourd'hui, je ne parle pas de demain –, il y a déjà une surtaxe pour les CDD. Là aussi, vous le savez. Anne-Laure CONSTANZA : Bien sûr ! LE PRESIDENT : Il est d'ailleurs assez compréhensible que lorsqu'on fait justement des contrats courts qui, souvent, sont renouvelés d'ailleurs, il y ait un coût supplémentaire. Donc il n'y aura rien de plus que la prolongation de ce qui existe aujourd'hui. Donc, si vous voulez embaucher – et je crois que c'est votre intention et je vous en remercie –, si vous voulez embaucher, vous pouvez prendre des CDD, vous aurez les mêmes règles qu'aujourd'hui et vous pouvez aussi les embaucher… Anne-Laure CONSTANZA : Ce n'est pas ce que j'ai entendu dire. J'ai entendu une surtaxe des CDD. Cela veut dire qu'on sera encore plus taxés. LE PRESIDENT : Elle existe. Cela veut dire que dans la nouvelle convention UNEDIC puisque actuellement, il y a une convention UNEDIC qui est en négociation, dans la nouvelle convention UNEDIC, il y en aura, comme aujourd'hui mais cela sera obligatoire d'en discuter parce que ce sont les partenaires sociaux qui fixeront le taux de la surtaxe des CDD. Anne-Laure CONSTANZA : Mais vous trouvez… Léa SALAME : Monsieur le Président, mais c'est la cohérence de votre vision. Elle s'interroge, c'est-à-dire que… Anne-Laure CONSTANZA : C'est la philosophie… Léa SALAME : La philosophie, exactement. À l'origine, vous voulez baisser les charges des chefs d'entreprise pour qu'ils puissent embaucher et cela se termine aujourd'hui, ils apprennent que vous allez continuer de surtaxer les CDD. Elle est où la cohérence ? Elle est où la cohérence ? LE PRESIDENT : Mais, écoutez, Léa SALAME, qu'est-ce que vous me diriez si on favorisait les CDD par rapport aux CDI ? Toute ma politique, c'est de vous donner un certain nombre de règles, c'est de favoriser l'embauche par des CDI. Je ne vais pas quand même stimuler l'embauche par CDD. 90 % des embauches se font en CDD. Donc, ce qu'il faut changer, c'est cette idée de la précarité. Vous ne pouvez pas à la fois dire : la jeunesse est dans la précarité et, en même temps, ne pas lui donner la possibilité d'être embauchée en CDI. Anne-Laure CONSTANZA : Mais moi, je recrute des CDD pour les recruter ensuite en CDI. LE PRESIDENT : Et qu'est-ce que c'est que la loi travail ? C'est de vous permettre, lorsque vous avez fait l'embauche en CDI, de connaître parfaitement les règles qui, si vous avez des difficultés économiques, vous permettront de vous séparer des salariés que vous avez embauchés. Quel est le risque ? Quel est le risque ? Anne-Laure CONSTANZA : Écoutez, sincèrement, la loi travail, aujourd'hui, moi, j'avais vraiment le sentiment qu'il y avait une vraie volonté de réforme. Au début, je l'ai prise avec beaucoup d'enthousiasme très sincèrement ; aujourd'hui, cette loi, elle vire au combat idéologique et j'ai vraiment le sentiment qu'en fait, on est oubliés. LE PRESIDENT : Non ! Anne-Laure CONSTANZA : C'est-à-dire que moi, mon problème aujourd'hui, c'est d'embaucher. Comment je peux créer plus d'emplois en France ? Et on n'est pas… C'est une loi qui est faite pour les grands groupes. Alors on parle des licenciements économiques, etc. mais moi, cela ne me concerne pas (…). Léa SALAME : Elle ne va pas vous aider à embaucher davantage cette loi EL KHOMRI ? Anne-Laure CONSTANZA : Exactement ! Cela ne m'encourage pas du tout à embaucher et cela n'encourage pas les entreprises qui recrutent puisqu'il faut aider les entreprises qui recrutent à embaucher, les entreprises en croissance. Elle n'est pas faite pour nous cette loi. LE PRESIDENT : Mais pour aider les entreprises en croissance, c'est-à-dire celles qui vont de toute façon avoir des embauches à faire, il faut former les salariés et il faut permettre aux chefs d'entreprise de trouver les salariés qui correspondent aux métiers de demain. C'est ce que nous faisons. Pour le reste, la loi, le projet de loi puisque la loi n'est pas encore votée, notamment pour les petites entreprises, la vôtre, vous permet d'avoir un accord d'entreprise, dans votre entreprise, pour adapter votre temps de travail, votre organisation de travail. Exactement ce dont vous m'avez parlé. C'est possible. Anne-Laure CONSTANZA : Ce n'est pas cela, je vous ai parlé de l'emploi. Comment je peux recruter davantage ? LE PRESIDENT : Non, mais… Et donc, même avec le temps de travail, vous pourrez, dans votre propre entreprise, avoir cet accord-là. Donc vous pourrez vous saisir de cette occasion. Il est absolument nécessaire de donner de la stabilité aux chefs d'entreprise, vous avez raison, mais il est aussi très important de donner de la stabilité aux salariés. Et donc il faut que les règles (…). Anne-Laure CONSTANZA : Alors, moi, j'ai envie de dire quelque chose. Monsieur le Président, s'il vous plaît… David PUJADAS : Rapidement, un dernier point… Anne-Laure CONSTANZA : S'il vous plaît, moi, je suis d'accord avec vous, il faut protéger les salariés. Mais la meilleure protection qu'on puisse donner à un salarié, c'est qu'il travaille dans une entreprise qui se développe. LE PRESIDENT : Oui, mais nous sommes bien d'accord. Le meilleur service qu'on peut rendre au salarié, c'est qu'il soit salarié (…). Léa SALAME : Mais vous n'avez pas l'impression, Monsieur le Président, de perdre sur tous les tableaux, en fait ? De perdre… Vous n'arrivez pas à convaincre les chefs d'entreprise et vous n'arrivez pas à convaincre les salariés, c'est perdant-perdant. LE PRESIDENT : Mais c'est toujours la difficulté d'une réforme ! D'abord… Léa SALAME : Non, parfois, il y en a qui sont contents. LE PRESIDENT : Mais ceux qui sont contents le sont souvent au détriment des autres. Moi, ce que je cherche, c'est l'équilibre, c'est qu'un chef d'entreprise puisse recruter dans les meilleures conditions et ce que je cherche, c'est que les salariés puissent être embauchés le plus possible en CDI. J'accepte qu'il y ait des stagiaires. Nous avons même fait en sorte qu'ils puissent être rémunérés. J'accepte qu'il puisse y avoir du temps partiel. Nous avons fait en sorte de fixer les règles. J'accepte qu'il puisse y avoir des CDD renouvelables. J'accepte de baisser les cotisations et les charges des entreprises. J'accepte qu'il y ait une simplification. Mais à un moment, il faut aussi qu'on puisse trouver les règles communes et que les entreprises, comme les salariés, trouvent leur compte. David PUJADAS : On arrive au terme de cet échange. Merci Madame CONSTANZA d'y avoir participé. Je crois que l'on a bien compris les deux points de vue si j'ose dire. Avant d'entendre un autre intervenant, deux questions là-dessus, Monsieur le Président, pour prendre le problème un peu de l'autre côté. Votre principal outil pour créer des emplois, vous l'avez dit, c'était le CICE qui est devenu le Pacte de responsabilité. Combien a-t-il créé d'emplois ? Est-ce que vous le savez ? LE PRESIDENT : Alors, d'abord, qu'est-ce que c'était et qu'est-ce que c'est le Pacte de responsabilité ? David PUJADAS : Je crois que tout le monde l'a un peu compris mais la baisse de charges massive… LE PRESIDENT : Non ! Mais permettez-moi de le préciser. Oui, c'est un allégement de cotisations et d'impôts pour les entreprises qui représente 34 milliards d'euros aujourd'hui donc sur le budget de l'État et alors même que nous avons réduit le déficit. Donc cela veut dire que l'on a fait un effort considérable d'économies… David PUJADAS : Qui venait aussi en compensation après des hausses en début de mandat mais, bon, 34 milliards. LE PRESIDENT : D'accord. Mais enfin nous avons fait ce choix. David PUJADAS : Combien a-t-il créé d'emplois ? LE PRESIDENT : Donc les entreprises devaient s'engager. Je ne serai pas cruel en rappelant un certain nombre de chiffres qui avaient été avancés par le Président du MEDEF, parlant de 1 million, mais je pense que cela ne se passe pas comme cela. Et donc, il n'y a pas d'obligation pour les entreprises. David PUJADAS : Non, mais il y a un chiffre qui a été donné. LE PRESIDENT : Il y avait un chiffre qui avait été donné. Aujourd'hui, je vais vous donner le chiffre qui est réel : en 2015, nous avons créé 100 000 emplois nets de plus, c'est-à-dire que pour la première depuis cinq ans, l'économie Française a créé davantage d'emplois qu'elle n'en a supprimés. David PUJADAS : Monsieur le Président… LE PRESIDENT : Et je pense que c'est largement dû à cette politique-là, aussi au fait que nous avons retrouvé de la croissance et que nous avons pu ainsi, avec les baisses d'impôts sur les ménages, favoriser la consommation. Nous sommes donc aujourd'hui sur un rythme de création nette d'emplois. Par exemple, en 2016, nous pensons que nous pourrons créer 150 000-160 000 emplois nets supplémentaires. David PUJADAS : L'OFCE, qui est un centre d'analyse, disons de centre gauche, en tout cas pas du tout libéral, chiffre, lui, ces créations à 120 000. 120 000 créations d'emplois, 34 milliards d'euros, vous l'avez dit, cela met le coût de l'emploi à 250 000 euros, un peu plus même. Est-ce que cela n'est pas cher payé ? Est-ce qu'il est bien calibré ce plan ? LE PRESIDENT : Mais ce sont des règles de trois qui n'ont aucun sens sur le plan économique parce que, qu'est-ce que font les entreprises avec ce qui a été apporté à travers ce Pacte de responsabilité ? Elles investissent. Investir, c'est permettre d'être plus compétitif demain, de créer des emplois après-demain. David PUJADAS : L'investissement ne se portait pas très bien en France. LE PRESIDENT : Si, mais là, il est reparti. David PUJADAS : Il commence à redémarrer, il ne se portait pas très bien jusque-là. LE PRESIDENT : Oui ! Et s'il est reparti, c'est bien parce qu'il y a eu ce soutien. Deuxièmement, cela a servi, ce Pacte de responsabilité, à mieux rémunérer les salariés. Et dans toutes les études qui ont été faites, on voit qu'il y a eu des distributions de salaire grâce à ces allégements de charges. C'était ce que je cherchais aussi ! C'était que l'on ne demande non seulement rien de plus aux salariés mais que l'on puisse leur restituer une partie de ce qu'allait être le bénéfice de l'entreprise, les marges qu'elles allaient pouvoir dégager. Enfin, il y a eu des embauches. Mais il faut qu'il y en ait encore davantage et c'est pourquoi l'année prochaine, en 2017, le Pacte de responsabilité va représenter 40 milliards d'euros. C'est bien légitime que l'on demande aux entreprises ce qu'elles vont faire de cette aide. Ce n'est pas une aide aux patrons, comme je l'ai dit, ce n'est pas une aide aux chefs d'entreprise, c'est une aide aux salariés, c'est une aide à l'embauche. David PUJADAS : On vous a entendu. LE PRESIDENT : Au début d'année, j'ai fait justement, même si cela ne correspondait pas forcément à la situation de Madame CONSTANZA, j'ai fait en sorte que pour les PME de moins de 250 salariés qui embaucheraient une personne en demande d'emploi un chômeur ou une chômeuse, il puisse y avoir zéro charge. Je dis bien zéro charge. Ce dispositif-là, il représente, rien que pour les trois mois qui viennent de s'écouler, 200 000 embauches. 200 000 embauches : voilà l'effet de ce que l'on a fait. David PUJADAS : Dernier point sur ce terrain économique et ensuite, on va avancer. Il y a un frémissement, on l'entend, c'est vrai. On vous entend aussi vanter votre bilan économique. Mais comment expliquez-vous qu'on soit dans le peloton de queue de la zone euro ? Ce frémissement, il est partout dans la zone euro mais nous, nous sommes derrière. LE PRESIDENT : Non, on a, sur le plan de la croissance, un niveau comparable à nos pays voisins. David PUJADAS : On était à 1,2 l'an dernier ; la zone euro, 1,5. LE PRESIDENT : 1,2 ; les Allemands doivent faire 1,5. Mais je vais revenir sur ce qui nous singularise. David PUJADAS : Sur la dynamique, j'entends. LE PRESIDENT : Oui oui, j'entends bien ! Ce qui nous singularise et moi, m'obsède, c'est qu'en France, nous créons moins d'emplois que dans certains pays. Alors, pourquoi ? Pourquoi il y a cette résistance ? Il y a trois raisons. La première raison, je l'indiquais, il se trouve que l'on a une population active qui augmente depuis ces dernières années. Tant mieux, c'est la natalité, c'est la jeunesse. Parfait ! Mais enfin il faut lui répondre. Il y a une deuxième raison qui est moins satisfaisante, qui est même déplorable quand on y songe, c'est que l'on a des chômeurs de longue durée, de très longue durée, qui restent deux ans, parfois davantage, c'est-à-dire ce que vous disiez au début de notre entretien. Je considère que c'est insupportable, notamment pour les seniors qui savent que l'on ne leur proposera rien et qu'ils sont inscrits dans les chiffres du chômage alors même qu'ils ne reçoivent aucune proposition. David PUJADAS : C'est un constat. LE PRESIDENT : Alors, qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai fait un plan pour 500 000 formations pour ces demandeurs d'emploi qui peuvent parfaitement… David PUJADAS : C'est réaliste ? LE PRESIDENT : Oui ! Et c'est ce qui est en train de se faire et je le fais en plus avec le Gouvernement de Manuel VALLS et les régions qui sont de toutes sensibilités politiques, ont accepté de s'investir dans ce plan. Puis, il y a une troisième raison qui fait qu'il y a une hésitation à l'embauche. On a bien vu tout à l'heure avec Madame CONSTANZA, c'est que l'on veut de la visibilité, on veut savoir quelle va être la règle pour demain. D'où la loi Travail et c'est pourquoi, j'ai fait en sorte qu'elle puisse être présentée, qu'elle puisse être corrigée parce que c'était nécessaire mais qu'elle donne cette stabilité aux employeurs comme aux salariés. Léa SALAME : Monsieur le Président, on va passer aux questions régaliennes à présent si vous le voulez bien. J'aurai quelques questions précises à vous poser dans quelques instants mais d'abord, Karim. Et avant d'accueillir la deuxième Française qui va vous poser des questions, Karim, quelques premières réactions ou questions sur les réseaux sociaux. Karim RISSOULI : Oui, des questions. On a beaucoup parlé des patrons et des chômeurs, il y a aussi beaucoup de salariés et notamment des salariés modestes qui nous regardent. Question sur le SMIC, sur le pouvoir d'achat. Au moment où l'Angleterre et la Californie augmentent le SMIC, cette question : « Monsieur le Président de la République, tous les pays augmentent le SMIC sauf la France. À quand un coup de pouce digne des socialistes ? » LE PRESIDENT : Le SMIC en France, ce sont, en net, à près 1 140 euros. C'est peu pour ceux qui ont ce revenu-là. Karim RISSOULI : Il n'y a pas eu de coup de pouce très fort depuis 10 ans. LE PRESIDENT : Et c'est la raison pour laquelle, j'ai voulu créer la prime d'activité, pour que cela ne pèse pas sur les entreprises puisque je ne veux pas les mettre en difficulté. Pour certaines, une augmentation du SMIC je pense aux PME serait extrêmement éprouvante, difficile à supporter dans la compétition. Donc, pour que cela ne pèse pas sur les entreprises et pour que cela puisse être bénéfique aux salariés et notamment ceux payés au SMIC, j'ai créé la prime d'activité. Il y a aujourd'hui plus de 2 millions de personnes qui ont accès à cette prime d'activité. Qu'est-ce que cela représente ? Sur un SMIC de 1 140 euros, 100 euros par mois supplémentaire. Donc, voilà non pas une proposition, voilà un acte qui a été posé, une réforme qui a été faite et une amélioration de pouvoir d'achat et cela vaut à partir du début de l'année 2016. David PUJADAS : Bien… Karim RISSOULI : On a compris. A priori, pas de nouveau coup de pouce au SMIC cette année. Léa SALAME : Une deuxième question ? Karim RISSOULI : Question qui interroge aussi votre cohérence et vos promesses, Monsieur le Président, pas sur l'économie mais sur le nucléaire. On s'en souvient, c'était l'une de vos promesses de campagne en 2012, réduire la part du nucléaire à 50 % en 2025. Ce matin, on apprend que les arbitrages sont repoussés à 2019. D'où cette question directe posée ce soir : « Pourquoi revenir en arrière sur l'arrêt du nucléaire ? » LE PRESIDENT : Non ! D'abord, je n'ai jamais proposé l'arrêt du nucléaire. Karim RISSOULI : Sur la réduction de la part en tout cas. LE PRESIDENT : Ce n'est pas la même chose. Donc, j'ai dit aux Français très clairement, lorsque je me suis présenté à eux : nous allons réduire la part dans la production d'électricité que représente le nucléaire. C'étaient 75 %, nous allons la réduire à 50 % en 2025. Pour cela, nous allons devoir faire monter les énergies renouvelables. Donc, dans le plan qui a été présenté par Madame ROYAL, il y a une volonté et un certain nombre de décisions qui permettra de doubler la capacité des éoliennes, tripler la capacité du solaire, et donc de faire en sorte que nous puissions avoir le plus haut niveau de renouvelable, et c'est ainsi que nous pourrons diminuer la part du nucléaire. Mais d'ores et déjà, j'avais fait cette promesse... Léa SALAME : Quand ? Quand, Monsieur le Président ? LE PRESIDENT : Nous allons fermer Fessenheim à partir de 2019 et ce sera à EDF, après, l'Autorité de Sûreté Nucléaire, de nous dire quelles sont les centrales qui devront être fermées et quelles sont au contraire les autres qui devront être prolongées. Permettez que l'on prenne étape par étape, mais ce n'est pas avant 2019 que cette question d'autres centrales à fermer sera posée. David PUJADAS : Bien. On enchaîne ; un deuxième intervenant souhaite vous interpeller, Monsieur le Président. Karim, quelques mots de présentation. Karim RISSOULI : Oui, une femme qui va vous rejoindre et qui aurait préférer clairement ne pas être ici ce soir, Monsieur le Président, mais elle a accepté de venir pour que son drame serve à d'autres parents et à d'autres familles. Elle s'appelle Véronique ROY, elle habite Sevran, en Seine-Saint-Denis, et son fils, Quentin, est mort en Syrie, où il avait rejoint les rangs de l'organisation Etat Islamique. Quentin aurait eu 24 ans demain, Monsieur le Président, et son histoire, c'est celle d'un jeune homme joyeux, passionné de sports et de musique qui va se convertir à l'Islam puis se radicaliser en France dans une mosquée de Sevran surnommée « la mosquée Daesh ». Aujourd'hui, Véronique ROY, vous menez un combat. Au-delà de la tentation djihadiste, vous reprochez aux pouvoirs publics de laisser des imams propager un discours de haine. Exemple récent, un imam de Brest, Monsieur le Président, dans les extraits que vous allez voir, parle de la musique et du Hijab, le voile islamique. // Reportage// Karim RISSOULI : Véronique ROY, je vous invite à retrouver le Président de la République. Je précise que cet imam salafiste n'a jamais appelé au Djihad, Monsieur le Président, mais pour Véronique ROY, ce genre de prêche, c'est déjà le début de la radicalisation. Léa SALAME : Bonsoir, Véronique ROY. Le djihadisme, Karim le disait, vous l'avez vécu dans votre famille, dans votre chair. Qu'est-ce que vous avez à dire au Président de la République ce soir ? Qu'est-ce que vous avez à lui demander ? Véronique ROY : Bonsoir, Monsieur le Président. LE PRESIDENT : Bonsoir. Véronique ROY : Je suis émue, bien sûr, ce soir, honorée aussi de pouvoir vous parler au nom de parents qui sont concernés comme moi. Mon combat aujourd'hui, c'est de rester debout pour que d'autres jeunes ne partent pas et ne meurent pas. Parce que partir aujourd'hui en Syrie, c'est mourir à coup sûr. Des gens recrutent des jeunes sur nos territoires pour cela. Et cela, ce n'est pas supportable. Je me demande ce qu'a fait la France pour en arriver là ? Parce qu'il faut toujours s'interroger en amont du terrorisme, enfin des risques de terrorisme, le Djihadisme ne conduisant pas forcément au terrorisme. Quels sont les causes et les actes qui ont produit, donc, les effets dont on parle ce soir ? La France est le premier pays occidental, en termes de contingent pour Daesh. Donc, je voulais vous interroger là-dessus particulièrement, avant d'aborder la deuxième question, parce que pour moi, on a une grande part de responsabilité dans ce qui arrive aujourd'hui. Nos enfants, ceux qui sont partis, ne naissent pas djihadistes, ils le deviennent. Donc qu'est-ce qui fait qu'un moment, cette jeunesse désillusionnée, part pour un combat qui est un combat de la mort ? LE PRESIDENT : Il y a eu 170 morts de jeunes Français partis en Syrie et en Irak dont votre fils. Il y a aujourd'hui et c'est le sens de votre appel, de votre cri à peu près 2.000 jeunes ou moins jeunes qui, à un moment, peuvent basculer. Puis il y a aussi ceux qui sont en Syrie et en Irak et qui sont dans le Djihad, mais qui peuvent aussi se retourner contre nous. Il y a, à peu près, 600 Français qui sont dans cette situation. On sait qu'un certain nombre est venu frapper jusqu'ici. Vous avez raison de poser cette question : pourquoi, depuis des années, n'a-t-on pas décelé les risques qui conduisaient à cette radicalisation ? Il y a le salafisme, il y a le djihadisme, c'est vrai que quand on entend ces prêches-là, on ne peut pas les accepter, et c'est la raison pour laquelle nous avons expulsé, à peu près, 80 prêcheurs de haine. Véronique ROY : Celui-là ne l'est pas en l'occurrence. Et je crois qu'il ouvre bientôt une école coranique, si j'ai bien lu ce... LE PRESIDENT : Celui-là est Français, il ne peut pas être expulsé, mais son lieu de prière, je ne veux même pas utiliser ce mot, ce lieu de haine, a été fermé. Léa SALAME : Mais est-ce normal, Monsieur le Président, qu'il ne soit pas inquiété ? Qu'un imam comme celui de l'imam de Brest, puisse prononcer une parole telle que celle qu'on vient d'entendre... LE PRESIDENT : Il est inquiété... Léa SALAME : ... Et qu'il ne soit pas condamné ? LE PRESIDENT : Attendez, condamné, ce n'est pas... Vous savez, ce n'est pas le Président de la République qui fixe les sentences et les condamnations.... Léa SALAME : J'entends bien ; qu'il ne soit pas inquiété... LE PRESIDENT : Il est inquiété, il est poursuivi, et il est dans une procédure judiciaire. Mais... Donc nous devons lutter contre ces prêcheurs, ces partisans de la haine qui induisent la radicalisation. La radicalisation peut aller très vite, et vous avez vu la rapidité avec laquelle un jeune, qui n'était pas forcément dans une famille musulmane, qui a pu se convertir, très vite peut basculer dans la radicalisation et partir. Nous avons donc pris des décisions très tôt. Je ne parle pas des décisions sur la lutte contre le terrorisme, les lois que nous avons prises pour interdire la sortie pour interdire la sortie ! Interdire le retour, poursuivre tous ceux qui se livrent à de la propagande ou qui sont des recruteurs, il y a eu deux lois antiterrorisme et aujourd'hui encore, on a des procédures pénales. Mais... Léa SALAME : Elle vous interroge sur les racines, les racines du mal... LE PRESIDENT : ... Mais nous avons absolument besoin d'aider les familles. Parce qu'il y a des signaux qui apparaissent. Donc, nous avons créé des centres, vous le savez, des centres d'information et de soutien... Véronique ROY : Ils ne sont pas annoncés ! LE PRESIDENT : Non, non, je ne parle pas des centres de lutte contre la radicalisation, pour les radicalisés, pour les « déradicaliser ». Je parle de toutes les familles, de toutes les familles qui, à un moment... Véronique ROY : Oui, il y a des structures, effectivement, j'en ai connu certaines qui n'ont pas, d'ailleurs, donné que de bons résultats, mais ce n'est peut-être pas le propos de ce soir, j'en suis déçue, mais il y a effectivement des initiatives, cela, je ne vous le reproche pas. Mais si vous me le permettez juste de... LE PRESIDENT : Allez-y, bien sûr. Véronique ROY : ... De vous interrompre là-dessus, c'est qu'il y a des moyens très simples qui existent aujourd'hui qui pourraient fléchir, fragiliser ces islamistes, qui ne sont, bien sûr, pas la majorité des Musulmans, mais on nous taxe souvent d'islamophobes quand on aborde ce sujet, ce n'est pas le cas. Moi, ce n'est pas l'Islam qui a pris mon enfant ; j'ai accueilli sa conversion avec mon mari, c'est l'Islam radical, ce n'est pas pareil. Et il y a une loi qui existe aujourd'hui, la loi de la laïcité, qui n'est pas respectée. On sait que les islamistes radicaux ont des propos politiques. Ce n'est pas que religieux. C'est-à-dire qu'ils veulent codifier la société, et ils veulent s'insinuer dans la vie politique. Ce n'est pas le religieux au sens du privé. Pourquoi on n'applique pas cette loi, tout simplement ? LE PRESIDENT : Nous appliquons la loi et nous faisons en sorte que, dès qu'il y a une expression qui enfreint le principe de la laïcité, il puisse y avoir une action. Parce que vous avez parfaitement décelé la manière de faire de ceux qui embrigadent. Ils commencent sur un terrain confessionnel, religieux ; très vite, ils arrivent à un terrain politique. Ensuite, ils mettent en cause nos principes, les filles qui se retrouvent couvertes de la tête aux pieds, des garçons qui ne serrent plus la main ou n'embrassent plus les jeunes filles. Nous voyons donc tous ces moyens-là, et donc nous devons agir très précocement. Véronique ROY : Oui, il faut agir précocement... LE PRESIDENT : Très précocement. Véronique ROY : ... Monsieur le Président, mais cela ne date pas d'hier ! Il y avait déjà des alerteurs il y a déjà des dizaines d'années ! Ce n'est pas né avec Daech ! LE PRESIDENT : C'est donc pour cela qu'il n'y a peut-être pas eu assez tôt, et avant même que je n'arrive aux responsabilités, la prise de conscience, mais nous nous, et pas parce qu'il y a eu des attentats ! Bien avant les attentats nous avons fait en sorte que les familles puissent être accompagnées, que les établissements scolaires puissent également signaler, parce qu'on peut avoir un certain nombre d'informations, et que tous les travailleurs sociaux tous les travailleurs sociaux seront formés par rapport à ces risques d'embrigadement et de djihadisme. Léa SALAME : Les maires, les maires de ces villes-là se disent démunis aujourd'hui. Ils disent qu'ils n'ont pas assez les moyens. Ils voient leurs quartiers parfois changer de manière extrêmement rapide, et des quartiers qui cumulent des difficultés économiques et sociales, et ils disent qu'ils n'ont pas les moyens. Qu'ils n'ont pas les moyens légaux et qu'ils n'ont pas les moyens financiers pour lutter contre cela. Vous ne donnez pas assez, Monsieur le Président. Ils en attendent plus de l'Etat. LE PRESIDENT : Non, il faut accompagner les maires ! Ce n'est pas qu'une question financière ! C'est aussi une question d'accumulation de problèmes dans un certain nombre de quartiers ! Mais comme vous l'avez dit : attention, ne laissons pas penser que ce serait la pauvreté qui induirait la radicalisation. Mais bien sûr ! L'utilisation d'un certain nombre de difficultés par les prêcheurs de haine, mais il y a aussi, à un moment, des jeunes qui se trouvent embrigadés, soit sur Internet, soit par des connaissances... Véronique ROY : Pas sur Internet, Monsieur le Président ! Quatre-vingt-quinze pour cent des jeunes sont radicalisés par quelqu'un de leur entourage proche qui peut être un ami ! C'est le cas de mon fils ! LE PRESIDENT : Oui, c'est vrai, absolument, mais Internet a joué un rôle que nous avons bien décelé et c'est pour cela que nous faisons le nettoyage d'un certain nombre de sites, et vous avez parfaitement raison ! C'est par le voisinage, c'est par la proximité, c'est par l'amitié ! Parmi les chiffres que je donnais tout à l'heure, sur les 600 Français qui sont en Syrie, il y a 200 jeunes filles. Deux cents jeunes filles. Véronique ROY : Oui, aujourd'hui, la part de jeunes qui partent est plus importante chez les filles. C'est très préoccupant. LE PRESIDENT : Exactement. Nous avons donc décelé ce point. Il y a des jeunes filles qui se laissent, si je puis dire, « entraîner » par des histoires qu'on leur raconte, y compris on leur dira qu'elles seront heureuses, qu'elles pourront avoir une famille... Véronique ROY : Pour les filles, c'est un peu particulier parce que cela se mêle à une espèce de romantisme, c'est différent... LE PRESIDENT : Exactement... Véronique ROY : ... Pour les garçons, c'est différent, mais il y a des similitudes. Excusez-moi, je vous coupe souvent la parole... LE PRESIDENT : Allez-y, allez-y parce que c'est très important que vous puissiez témoigner. Véronique ROY : ... Mais j'ai peur que le temps manque, mais quand vous parlez des réseaux sociaux, le Web, si vous voulez, confirme la radicalisation. Parce qu'effectivement, on va chercher des éléments qui rassurent, il y a de la propagande, qui est bien faite, d'ailleurs, beaucoup mieux que la nôtre, et en fait, il y aurait aussi un moyen très simple de le faire ! Moi, en tant que Véronique ROY, si je vais sur Facebook ou Twitter et je dis : « C'est un contenu indésirable, retirons-le », on me répond : « Ce n'est pas contraire à l'éthique de la communauté ». Prenons la décision en France, avec l'Europe on parle de l'Europe, mais c'est international, l'Etat Islamique ! Eh bien prenons la décision ferme auprès de You Tube, Facebook, etc., d'interdire ce qui est dangereux ! Parce que qu'est-ce qui est dangereux ? C'est déjà le terrorisme. Parce qu'on pervertit le cerveau. On dit à un jeune : « Il y a des bons et des mauvais musulmans. Tu veux être un bon musulman, tu dois partir. Les musulmans de France ne sont pas des musulmans ». On crée donc un rejet de la société, et c'est comme cela que ces jeunes, effectivement, au bout d'un moment, croyant servir la cause de Dieu, on va dire « oui, ils sont irresponsables, ils savent ce qu'ils font », non ! Ils ne savent pas ce qu'ils font ! Ils sont endoctrinés ! Quand on est endoctriné, et ils sont jeunes ! Ce sont des très jeunes ! Léa SALAME : Est-ce qu'il faut durcir, est-ce qu'il faut durcir la législation sur Facebook, sur les réseaux sociaux ? Véronique ROY : Mais oui ! Léa SALAME : C'est la question qu'elle vous pose. Véronique ROY : Ce n'est pas fait ! C'est trop faible aujourd'hui ! LE PRESIDENT : La législation en France l'a été, mais comme vous le dites très bien, Madame ROY, il faut le faire au niveau international, puisque ce sont les hébergeurs, ce sont ceux qui permettent à ces sites d'exister à l'échelle mondiale puisqu'en France, nous faisons très attention, il faut le faire, même si, vous l'avez-vous-même dit, ce n'est pas sur Internet qu'ils peuvent se radicaliser directement. Ils sont ensuite entraînés. Je veux parler de la déradicalisation. Parce que, sur tous ces centres que nous avons créés et je le dis parce que beaucoup nous écoutent et beaucoup de familles peuvent être concernées, et il y a eu déjà quand même 9.000 signalements cela ne veut pas dire qu'il y a 9.000 radicalisés, mais il y a 9.000 signalements. Il y a donc un site national, il y a un numéro vert, et puis dans toutes les préfectures, nous avons mis en place des équipes. Je sais que vous y contribuez et que vous y travaillez, et je veux une fois encore vous en remercier. Parce que votre témoignage est très important pour les mères ou pour les pères qui peuvent vivre cette situation. Nous devons aussi créer c'est ce que vous vouliez dire des centres de déradicalisation. Véronique ROY : Oui, cela est très important, effectivement... Pour donner de l'espoir à ceux qui sont en perdition de se reconstruire, de croire à un projet, voilà, digne, parce qu'aujourd'hui, je pense que, quand on est jeune, on a, une espèce de désillusion, il faut redonner un projet de société, et vous parliez… David PUJADAS : Madame ROY, on fait un tout dernier point, si vous souhaitez aborder une toute dernière question, assez rapide. Véronique ROY : Juste une chose, oui, un dernier point et je m'arrête après. Oui, je vous promets, je m'arrête après, vous avez parlé du numéro vert. C'est vrai que j'y crois assez, à ce numéro. Il ne va pas tout régler. Il a été mis en place au printemps 2014. Mon fils est parti fin 2014, j'ignorais l'existence de ce numéro. Il est dans ma commune, à Sevran, simplement affiché sur le site internet et dans le magazine de la ville depuis mars 2016. J'ai fait « des pieds et des mains » auprès de mon maire, que j'ai rencontré avec mon mari, donc début 2015, et il a fallu un peu de pression, etc., pour que ce numéro sorte ; il y a plein de gens qui ne sont pas au courant ; on fait cela un peu pour protéger... David PUJADAS : Vous demandez une plus grande publicité... Véronique ROY : Mais bien sûr ! Mais il faut l'imposer ! C'est un devoir ! Et auprès des professions aussi ! Si une mairie ne le fait pas... LE PRESIDENT : De ce point de vue-là, notre rencontre est très importante Véronique ROY : Voilà ! Et cela, ce n'est pas compliqué à faire, cela ne doit pas attendre 2017 ! LE PRESIDENT : Non. Il existe. Il y a maintenant des personnels qui sont formés pour prendre en compte tous les signalements, y compris ce qu'on appelle des signaux faibles – on commence à changer de vêtements, on commence à ne plus s'alimenter comme avant, on commence à ne plus aller dans les réunions – donc il est très important que, sans entrer dans une société de délation, il ne s'agit pas de cela, mais que les fonctionnaires, les établissements scolaires, les travailleurs sociaux, que les élus, bien sûr, et à l'évidence les familles, puissent non seulement signaler mais recevoir un accompagnement. Parce que ce que nous faisons, c'est aussi accompagner les familles pour éviter qu'il y ait cette rupture. David PUJADAS : Merci, Madame ROY. LE PRESIDENT : ... Mais nous allons y travailler encore, parce que vraiment, votre témoignage est très important. Ce qui vous est arrivé peut arriver à d'autres. Et c'est cela qu'il faut comprendre. A des familles qui n'étaient pas préparées à cette tragédie, que de voir un enfant partir. Véronique ROY : Nous n'avons pas de certificat de décès, je le précise au passage... On fait un deuil sans corps, sans date, sans sépulture... LE PRESIDENT : Sur ce point-là... Oui, exactement puisque... Véronique ROY : Je ne veux pas m'apitoyer sur mon sort, ce n'est pas l'objet de mon propos, mais on est plein de familles comme cela. LE PRESIDENT : Cette question m'a été bien sûr posée puisqu'il y a des jeunes qui meurent, des djihadistes, et on ne peut pas avoir la certitude de leur décès, d'où la difficulté pour les familles, et donc nous, nous savons qu'ils sont morts. Donc nous donnerons les certificats de décès, je vous l'assure. David PUJADAS : Merci, Madame ROY. Une toute dernière question sur ce sujet, Léa, rapidement... Léa SALAME : Oui, une toute dernière question puisque nous sommes sur le terrorisme, et que c'est une des propositions que vous aviez faite avant de l'abandonner, « ce n'est pas en enlevant la nationalité que l'on peut combattre le terrorisme », avez-vous déclaré, Monsieur le Président, la semaine dernière dans le journal allemand Bild. Si vous le pensez vraiment, si vous pensez qu'il ne faut pas déchoir les gens de leur nationalité, que cela ne servira à rien, pourquoi nous avoir infligé quatre mois d'un débat stérile, un débat qui a blessé, un débat qui a déchiré jusqu'à votre propre camp ? Et pour beaucoup dans votre camp, la déchéance de la nationalité que vous avez voulu constitutionnaliser, constitue et restera comme la tâche morale de votre quinquennat. LE PRESIDENT : Je vais m'en expliquer. Le 13 novembre, j'étais au Stade de France. J'ai entendu des bombes. Je me suis rendu ensuite le plus vite possible au ministère de l'Intérieur, à Paris, parce qu'il y avait des massacres, et notamment sur les terrasses et au Bataclan. Je me suis rendu sur les lieux, j'ai vu les corps, les blessés, j'ai vu les gens qui sortaient du Bataclan, hagards, j'ai vu aussi ceux qui me regardaient et qui m'interrogeaient de leurs yeux, « qu'est-ce que vous allez faire ? Qu'est-ce que vous comptez faire ? »... Léa SALAME : La déchéance de nationalité ? LE PRESIDENT : Non, j'y viens ! Ensuite... Léa SALAME : On a reconnu que vous aviez été à la hauteur, à ce moment-là. Mais très vite, vous avez convoqué le Congrès. LE PRESIDENT : J'ai reçu ensuite l'ensemble des familles politiques, je mesure bien ce qui peut se produire après ces attentats - qui viennent après ceux du mois de janvier - qui créent une colère, un besoin de réponse symbolique et forte. Forte, je l'ai donnée à travers l'état d'urgence et un certain nombre de dispositions pour renforcer encore notre vigilance. Mais j'ai ressenti aussi le besoin d'une mesure symbolique. Léa SALAME : Qui était de créer l'inégalité des citoyens devant la loi ! LE PRESIDENT : Attendez, et quand je me suis exprimé devant le Congrès à Versailles, pour dire que ceux qui, Français, avaient tué d'autres Français parce qu'ils étaient Français, ne méritaient pas la nationalité Française, tout le monde s'est levé. Je n'en ai pas vu un qui ne s'est pas levé au Congrès à Versailles. Parce qu'on sentait bien qu'à ce moment-là, le pays pouvait éclater, il pouvait y avoir une séparation, un affrontement, et je ne voulais pas qu'il y en ait. Léa SALAME : donc vous ne regrettez pas, vous ne regrettez pas de l'avoir prise... LE PRESIDENT : Si le texte avait été soumis au Parlement dans les semaines qui avaient suivi ce discours, ce texte aurait été adopté. Léa SALAME : Vous ne regrettez pas de l'avoir proposée, la déchéance de nationalité... LE PRESIDENT : Je l'ai proposée parce que c'était très important qu'à un moment, il y ait cette unité. Quand j'ai vu que l'unité, hélas, pour des raisons qui tiennent à des comportements politiques sur lesquels je n'ai pas besoin de revenir, ou à des doutes qui pouvaient s'exprimer, à ce moment-là, j'ai préféré que l'on renonce. David PUJADAS : Karim, on enchaine avec un autre intervenant que vous nous présentez. Karim RISSOULI : Celui qui va venir discuter avec vous, Monsieur le Président, il est aujourd'hui, comme environ 25 % des Français, selon les sondages, il a l'intention de voter Marine LE PEN en 2017. Il s'appelle Antoine DEMEYER, il a 36 ans, il est conducteur d'autocar dans ce qu'on appelle maintenant les Hauts-de-France, le Nord-Pas-de-Calais. Il vit à Anor, une petite ville frontalière avec la Belgique. Antoine DEMEYER est un ancien électeur de gauche, Monsieur le Président, il a voté JOSPIN en 2002, passé à droite, puis passé aujourd'hui à l'extrême droite. Lui, Monsieur le Président, s'il vote Marine LE PEN, c'est notamment pour cela… On est à Calais, Monsieur le Président, on voit des migrants qui cherchent par tous les moyens à monter dans des camions pour passer en Angleterre. Ces scènes, vous les avez vécues, Antoine DEMEYER, au volant de votre autocar. Au-delà de Calais, c'est finalement toute la question de l'immigration qui préoccupe Antoine DEMEYER. David PUJADAS : Bonsoir monsieur DEMEYER. Soyez le bienvenu. Quelles questions souhaitez-vous poser au Président de la République qui est en face de vous. Antoine DEMEYER : Bonsoir. D'abord, je voudrais savoir si l'immigration massive qu'on a vécue ces derniers mois n'était pas trop importante et si on n'aurait peut-être pas pu la contrôler. LE PRESIDENT : Monsieur, vous habitez une région qui a été longtemps une terre d'immigration et qui ne l'est plus depuis des années et qui connait, notamment à Calais et à Grande-Synthe, des camps – appelons les choses par leur nom – qui accueille des immigrés, des réfugiés qui veulent aller en Angleterre, qui ne veulent pas rester chez nous, qui veulent partir. Ils veulent partir. Nous, qu'est-ce que nous avons fait, nous, la France ? Parce que cela est la question que vous me posez. Nous, la France, nous avons dit - pour ces Syriens, Irakiens qui pouvaient avoir leur vie menacée - que nous étions prêts à les accueillir. A condition qu'il y ait une vérification et un contrôle. Parce que nous ne pouvions pas prendre le moindre risque. On a vu ce qui s'était produit. Puis, pour ceux qui étaient des migrants et qui venaient là pour chercher une vie meilleure, nous disions à ce moment-là, nous ne pouvons pas vous accepter. Antoine DEMEYER : Pourtant, il y en a quand même qui sont passés. LE PRESIDENT : C'est pour cela que nous avons notamment pris des mesures pour le contrôle de nos frontières. C'était particulièrement nécessaire après les attentats. Il y a eu 25 millions, 25 millions de contrôles aux frontières. Antoine DEMEYER : Est-ce qu'aujourd'hui, on peut me dire combien de personnes sont passées ? LE PRESIDENT : C'est très simple, je vais vous donner ces chiffres. Il y a aujourd'hui 80 000 demandeurs d'asile. En 2014, il y en avait 50 à 60 000. Nous pouvons considérer qu'il y a eu 20 à 30 000 personnes qui sont passées. Il y en a qui sont passés et qui ne sont pas restés. Il y en a qui sont passés et qui voudraient aller ailleurs et notamment au Royaume-Uni. Notre rôle, c'était à la fois de prendre ceux qui relevaient du droit d'asile et je pense que chacune et chacun en France, qui a des valeurs, pense qu'il y a des gens qu'on ne peut pas laisser tomber. Antoine DEMEYER : On est tous des êtres humains. Moi-même, je comprends leur détresse. Je suis père de famille, j'ai quatre enfants à la maison. Je sais qu'il y a des familles qui cherchaient à protéger leurs enfants en priorité. Aujourd'hui, on voit aussi beaucoup d'images où, malheureusement, ce n'est pas forcément des familles. Ce sont des jeunes de 20-25 ans, qui, certes, veulent peut-être une vie meilleure, pour partir en Angleterre, ils viennent dans notre pays, mais aujourd'hui, qui sont bloqués en France. Ils sont bloqués en France aujourd'hui, on leur donne des aides. Ces aides, c'est 11,45 euros par jour et par migrant. Aujourd'hui, nous, on vit dans une région, le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, où on a un taux de chômage qui est très haut et un budget Français qui est au plus bas. Aujourd'hui, je pense que nous aussi, on aurait peut-être besoin de ces aides. Est-ce qu'on ne pourrait peut-être pas baisser un petit peu leurs aides ? Aujourd'hui, ils ont 11,45 euros, ils ont aussi les frais de santé gratuits, chose que beaucoup de Français n'ont pas. Ils ont aussi des logements puisqu'ils ont eu des préfabriqués, il y en a encore en cours de fabrication, donc qui vont arriver. Aujourd'hui, il y a beaucoup de Français qui n'ont pas de logement. Aujourd'hui, il y a des travailleurs qui vivent dans leur voiture, qui n'ont même pas les moyens de se payer un logement. LE PRESIDENT : Seuls les demandeurs d'asile ont droit aux aides dont vous parlez. Pour ceux qui sont à Calais ou qui sont à Grande-Synthe et qui relèvent de la migration et qui ne demandent pas l'asile en France, puisqu'ils veulent aller en Angleterre, rien n'est de ce point de vue financièrement prévu pour eux. Sauf le logement, c'est-à-dire les camps que nous devons installer. Nous avons proposé à une partie de ceux qui n'iront jamais, ne pourront jamais aller en Angleterre, nous leur avons dit : retournez d'où vous venez, vous n'arriverez jamais à destination, ce n'est pas possible, maintenant, c'est hermétique. Vous avez vu, vous êtes un professionnel, vous voyez bien que ce n'est plus possible de passer. Si vous voulez et que vous avez des droits à faire valoir en France, parce que vous relevez de l'asile, nous, nous pourrons vous accueillir, pas à Calais ou à Dunkerque, pas dans le Nord-Pas-de-Calais, partout en France. Parce qu'il se trouve que partout en France, nous avons, avec des élus d'ailleurs, mis en place un certain nombre de centres pour accueillir ceux qui sont en détresse, ce que, je crois, vous pouvez comprendre. Maintenant, il y a ce qu'on doit faire pour les Français, c'est votre interrogation. On ne doit pas reprendre aux uns pour donner aux autres. Ce serait d'ailleurs la pire des façons, cela opposerait les Français et les réfugiés. Antoine DEMEYER : C'est justement le problème qui se pose. A Calais, vous avez quand même énormément de migrants qui veulent passer en Angleterre, mais qui aujourd'hui s'imposent dans la ville de Calais. C'est-à-dire que les gens de Calais ont peur, ont peur de sortir de chez eux, ont peur d'aller dans la rue, de peur de se faire agresser. Il y a eu des images choc quand même, il n'y a pas longtemps, où une famille essayait de se protéger. Aujourd'hui, cet homme-là a failli être trainé en justice. Je trouve cela inadmissible. David PUJADAS : Au fond, monsieur, si on résume un peu ce que vous dites, vous trouvez que finalement on fait la part trop belle aux immigrés par rapport aux Français. Qu'avez-vous à répondre là-dessus ? Antoine DEMEYER : C'est exactement cela, on fait la part trop belle. Aujourd'hui, on a des forces de l'ordre là-bas, ils n'en peuvent plus, ils ne savent plus où donner de la tête ! LE PRESIDENT : Mais là, nous ne faisons pas la part trop belle aux immigrés. Il ne s'agit pas d'immigrés. Il ne s'agit même pas de demandeurs d'asile. Antoine DEMEYER : … C'est les migrants… LE PRESIDENT : … C'est des gens qui veulent aller en Angleterre…. Antoine DEMEYER : Ils veulent passer, ce qu'ils veulent, c'est passer. Mais aujourd'hui, ils sont agressifs, cela devient agressif. LE PRESIDENT : … Mais pourquoi vous ne les laissez pas passer ? Pourquoi finalement vous ne les laissez pas aller en Angleterre ? Souvent, on me pose cette question : Mais pourquoi vous ne les laissez pas passer ? Antoine DEMEYER : On sait très bien que l'Angleterre refuse de les accueillir. LE PRESIDENT : On imagine bien que si on faisait ce choix, ils viendraient encore plus nombreux, dans l'espoir… Antoine DEMEYER : Je suis d'accord, je suis d'accord. LE PRESIDENT : Vous êtes d'accord avec moi. Donc, ce que nous devons faire, c'est les convaincre qu'ils ne passeront pas. C'est de pouvoir, ils sont combien, 3 500 à Calais, à peu près 1 500 à Dunkerque, c'est de leur dire ne restez pas là, nous allons pouvoir vous accueillir ailleurs, sans que cela pèse sur effectivement la commune de Calais ou les communes environnantes. Le ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE, a, si je puis dire, nettoyé ce qu'était la jungle, qui était inacceptable, inacceptable pour les riverains de Calais, inacceptable pour ces personnes qui étaient dans le dénuement le plus complet. Antoine DEMEYER : La jungle est toujours là. LE PRESIDENT : Nous avons considérablement réduit son emprise et nous allons continuer. Nous allons pouvoir permettre à ces personnes de rester dans des conditions dignes. Mais le moins longtemps possible, parce qu'il faut en finir, il faut arrêter, il faut que ce message soit bien compris. Donc, nous avons diminué le nombre de personnes qui sont à Calais et qui sont à Dunkerque et nous allons faire en sorte de pouvoir jouer ce qui est absolument le rôle de la France, c'est d'accueillir des réfugiés, que nous allons nous-mêmes aller chercher, je vais y aller très prochainement, dans quelques jours, au Liban, en Jordanie, en Turquie, pour faire en sorte que nous puissions jouer notre rôle humanitaire, sans pour autant les mettre en risque pour leur vie et sans pour autant créer une situation difficile. David PUJADAS : Monsieur DEMEYER, est-ce qu'il y a un autre point que vous vouliez aborder ? Antoine DEMEYER : Oui, le deuxième point que je voudrais aborder, c'est le budget moyen des Français. Aujourd'hui, je suis père de famille, je travaille, comme beaucoup de Français, on a énormément de mal à joindre les bouts. Vous avez dit tout à l'heure que le pouvoir d'achat avait augmenté. Malheureusement, nous, on voit beaucoup l'inverse. Vous avez parlé tout à l'heure de la prime. Aujourd'hui, je gagne un petit peu plus que le SMIC, je n'ai pas le droit à cette prime. David PUJADAS : Est-ce que c'est une des raisons de votre vote pour le Front national ? Antoine DEMEYER : Ce n'est pas forcément la première raison. Aujourd'hui, la raison pour laquelle je vote Front national, je vais l'évoquer après. Aujourd'hui, on est bloqués. Aujourd'hui, financièrement, on ne s'en sort plus et on est tous, que ce soit les ouvriers, les petits commerçants, les retraités, aujourd'hui, je ne trouve pas normal qu'une personne qui a travaillé, qui a commencé à travailler à l'âge de 14 ans, je vais prendre l'exemple de ma propre mère, ma mère a commencé à travailler à 14 ans, elle a arrêté de travailler à 62 ans, aujourd'hui, elle n'a quasiment rien pour vivre. Aujourd'hui, quand elle a payé son loyer, quand elle a payé ses factures, il ne lui reste plus rien. LE PRESIDENT : Je vais vous répondre parce qu'au-delà de votre vote, vous êtes un citoyen qui demande des comptes au Président de la République. Mon devoir, c'est ne pas essayer de vous convaincre seulement, c'est de vous donner des informations qui peuvent vous faire changer un moment le choix que vous avez fait. Je vais prendre l'exemple de votre mère… Antoine DEMEYER : Je vais peut-être juste détailler ce que vous venez de dire. Effectivement, je vous demande des comptes. Parce que même si je n'ai pas voté pour vous… LE PRESIDENT : Oui, vous êtes citoyen Français, je suis Président… Antoine DEMEYER : … Même s'il y a 50 % des gens qui ne votent pas pour vous, vous êtes quand même le Président des Français. Donc, aujourd'hui, oui, on a besoin de savoir ce que vous pensez de nous. LE PRESIDENT : Je suis votre Président et vous pouvez m'interpeller autant que vous le voudrez. C'est mon devoir et c'est votre droit. Donc, sur votre mère, qui a travaillé… Antoine DEMEYER : Qui n'est pas la seule, qui n'est pas la seule, il y a énormément de retraités qui sont dans ce cas. LE PRESIDENT : … J'en connais beaucoup et notamment dans votre région qui est une région laborieuse. Qui a travaillé 42 ans. La première décision que j'ai prise en 2012, la première, c'est de permettre à ces femmes et à ces hommes, qui avaient travaillé 42 ans et qui avaient 60 ans, de ne pas être obligés d'attendre jusqu'à 62 ans, ce qui a été le cas de votre mère… Antoine DEMEYER : Elle a travaillé jusqu'à 62 ans LE PRESIDENT : Dans les règles que j'ai posées, je ne sais pas quand est partie votre mère en retraite, elle avait la possibilité de partir à 60 ans… Antoine DEMEYER : Elle avait la possibilité, elle en avait la possibilité. Mais quand les calculs ont été faits, ce n'était pas possible. Elle n'aurait pas pu vivre. LE PRESIDENT : Parce qu'elle n'avait peut-être pas assez… Antoine DEMEYER : C'est ce qui m'interpelle, c'est ce que je ne trouve pas normal. LE PRESIDENT : … Ce que j'ai voulu faire aussi, on m'a interrogé tout à l'heure sur le SMIC, sur le minimum vieillesse je ne sais pas si elle est dans ce cas-là j'ai augmenté le minimum vieillesse. Pour le pouvoir d'achat, parce que c'est cela que vous me demandez, vous êtes père de famille, vous avez quatre enfants, vous avez un salaire, un peu plus que le SMIC… Antoine DEMEYER : J'ai un peu plus que le SMIC, je ne le cache pas. LE PRESIDENT : Bien sûr. Vous n'êtes donc pas, si je puis dire, bénéficiaire de la prime d'activité. Mon devoir, là encore, c'est de faire que pour les personnes qui travaillent, il puisse y avoir une incitation forte à travailler. Parce que je sais bien ce que vous pensez en disant il y en a d'autres qui ne travaillent pas et qui peuvent avoir des revenus de remplacement. La baisse d'impôt, la baisse d'impôt sur le revenu, je ne sais pas si vous avez été vous-même concerné, deux tiers des contribuables l'ont été, deux tiers des contribuables ont bénéficié de la baisse d'impôt en 2015 et en 2016. Je souhaiterais vraiment que cela puisse être le cas pour votre catégorie. David PUJADAS : Un dernier point peut-être… Antoine DEMEYER : Je vais aller assez vite. Aujourd'hui, vous avez parlé tout à l'heure du Nord-Pas-de-Calais, qui est une région très défavorisée. Effectivement, en 2012, vous êtes venu à Hirson, commune qui se trouve à cinq minutes en voiture d'Anor. Moi, je travaillais, je vous ai écouté à l'époque sur Echo FM, c'est la radio locale, vous étiez interviewé et vous avez dit : « J'ai compris la misère dans laquelle vous pouvez évoluer. » Vous aviez promis à l'époque – je dis bien vous aviez promis – de faire le nécessaire pour que cette région soit redorée. Aujourd'hui, nous avons des entreprises qui continuent à fermer, nous avons en ce moment la société AKERS qui est en train de fermer. Donc, il y a énormément d'emplois, malheureusement, c'est encore des gens qui vont se retrouver au chômage. La société VALLOUREC, qui était quand même un gros pilier, qui est obligée de fermer son site à Saint-Saulve. Pareil, encore énormément de gens au chômage. L'usine Sambre et Meuse, sur laquelle beaucoup de politiques se sont déplacés, ils ont fait des promesses en disant ne vous inquiétez pas, on s'occupe de tout. Résultat : l'usine vient de fermer. Il n'y a rien eu de fait. On s'est déplacé, on fait des promesses et les promesses n'ont pas été tenues. C'est pour cela aujourd'hui… David PUJADAS : Trop de promesses peut-être, Monsieur le Président... LE PRESIDENT : Je connais la situation de ces trois entreprises qui sont d'ailleurs différentes, AKERS, VALLOUREC... Antoine DEMEYER : Oui, c'est des situations différentes à chaque fois... LE PRESIDENT : Mais, à chaque fois, par exemple, pour le cas de VALLOUREC, ce que nous exigeons, ce sont des plans de réinstallation, de réindustrialisation et de réemploi. Lorsque nous sommes dans le cas plus terrible, c'est-à-dire la fermeture pure et simple, nous avons à ce moment-là, le devoir de créer de nouvelles activités. Je ne pourrais jamais promettre qu'il n'y aura jamais d'usines qui fermeront. Plus jamais. Vous m'écouteriez, je ne sais pas si vous écoutez d'autres responsables politiques qui vous annoncent de telles informations, de telles promesses. Elles sont fausses. Elles sont illusoires. Il y aura toujours, parce que c'est la vie économique, qui, à un moment, le justifie, il y aura toujours des entreprises qui fermeront. Ce qui compte, c'est de pouvoir éviter que ce soit sur la base de critères boursiers et que ce soit contraire à l'intérêt même du pays. Ce qui compte, c'est qu'on puisse créer de nouvelles activités. Il y a eu des investissements nouveaux qui sont arrivés aussi, notamment des annonces qui sont faites pour SAFRAN ou d'autres qui vont s'installer dans votre région et dans cette partie du territoire que je connais bien, Hirson, vous êtes de Fourmies, je crois... Antoine DEMEYER : Anor, juste à côté de Fourmies, effectivement... LE PRESIDENT : …Je connais bien. Donc, notre intention, ce n'est pas de sauvegarder, de protéger l'emploi comme si c'était immuable, il y aura toujours ces mutations. Mais c'est de faire que les salariés qui ne peuvent pas trouver encore un espoir d'emploi dans une entreprise puissent avoir une possibilité dans une autre. C'est ce que l'on va faire avec le compte personnel d'activité dans la loi El KHOMRI, qui permettra à chaque salarié, qui peut être victime d'un licenciement, d'avoir des droits qui lui appartiennent, droits pour se former, pour se qualifier et pour avoir un meilleur emploi. David PUJADAS : Merci, monsieur DEMEYER. Antoine DEMEYER : Juste un dernier point. Aujourd'hui, je vote Front national effectivement. C'est un vote de colère. Comme beaucoup d'électeurs du Front national, on n'est pas forcément racistes. Je veux revenir dessus, parce qu'aujourd'hui, si on dit je vote Front national, obligatoirement, derrière, nous sommes insultés de racistes, de fachos et de tout ce qu'on veut. Non. Les trois quarts des électeurs du Front national, ce sont des votes de colère. Parce qu'aujourd'hui, on a essayé la droite, on a essayé la gauche, on se rend compte que finalement on n'a pas l'impression d'avancer. Aujourd'hui, comme je le dis et je l'ai dit dans un journal local, je l'ai dit, pour moi, la France est malade, on va essayer plusieurs traitements. Aujourd'hui... LE PRESIDENT : Oui, mais il faut faire attention de ne pas prendre un médecin qui peut tuer le malade ou en tout cas, à un moment, lui faire perdre conscience. C'est très important, que nous pussions, même si nous sommes malades, de ne pas aller vers le remède, qui, si je puis dire, est pire que le mal. Cela, c'est notre responsabilité. Antoine DEMEYER : On peut souvent guérir le mal par le mal. Malgré qu'effectivement je ne sois pas forcément d'accord avec tout ce qui est dit. Parce qu'aujourd'hui, il y a beaucoup d'amalgames qui sont faits. On a parlé tout à l'heure de terroristes, malheureusement, tous les musulmans ne sont pas des terroristes. Tous les électeurs du Front national ne sont pas des racistes. LE PRESIDENT : ...Cette comparaison, Monsieur... Je ne pense pas qu'on puisse faire de comparaison entre des électeurs qui votent pour le parti pour lequel, pour le moment, vous dites voter et les musulmans, qui aujourd'hui peuvent voter d'ailleurs avec le pluralisme que l'on sait. Ce que je veux vous dire, c'est que la colère, je l'entends et je peux parfois même la comprendre. Mais il faut bien mesurer que ce que nous devons apporter, ce sont des solutions. La solution… Antoine DEMEYER : Malheureusement, ce que l'on vous reproche, c'est que l'on a l'impression que l'on n'a pas été écouté. LE PRESIDENT : Je vous écoute. La solution qui consisterait à fermer les frontières, à sortir de l'euro, à faire en sorte que nous ne puissions plus être dans la mondialisation, que nous soyons un pays qui n'ait plus d'image, d'idéal et de capacité à faire valoir ce qu'il pense, non. Je crois que c'est la plus mauvaise des solutions. Antoine DEMEYER : C'est ce que je disais dans le premier entretien que j'ai eu et que l'on a pu voir tout à l'heure. J'ai l'impression aujourd'hui que la France n'est plus la France, elle est dictée par les autres pays. J'ai l'impression que vous voulez prendre le modèle allemand, vous voulez prendre le modèle des Etats-Unis et j'ai l'impression que vous voulez prendre les modèles de tous les autres pays… LE PRESIDENT : Non. Antoine DEMEYER : ...Pour pouvoir essayer de restructurer une France, qui, malheureusement, n'est plus. LE PRESIDENT : Juste, j'entends ce que vous dites. Parfois, on dit que c'est l'Europe qui nous impose une politique. Moi, je ne dirai pas cela. Ce serait d'ailleurs une défausse... Antoine DEMEYER : C'est pourtant la sensation que l'on a. LE PRESIDENT : Mais ce serait une défausse de ma part de le dire. Ce n'est pas de ma faute, c'est la faute de l'Europe. Non. Je crois que j'ai fait ce que j'ai dit modernisation et protection du modèle social, c'est la France. La France, c'est un modèle social, qui ne ressemble à aucun autre. La France doit à la fois faire les modernisations qui sont indispensables, les réformes qui sont nécessaires, tout en gardant son modèle social. Ce dont vous m'avez parlé d'ailleurs, la retraite, la santé... Antoine DEMEYER : La santé que l'on n'a pas les moyens de s'offrir. LE PRESIDENT : ...Cela, c'est le modèle social Français, que l'on a amélioré d'ailleurs. Mais je vais prendre juste un exemple sur la capacité que l'on a en France de décider. En ce moment, il y a une négociation qui est ouverte entre l'Europe et les Etats-Unis pour le Traité commercial, savoir quelles vont être les règles entre l'Europe et les Etats-Unis. La France a fixé ses conditions. La France a dit s'il n'y a pas de réciprocité, s'il n'y a pas de transparence, si, pour les agriculteurs, il y a un danger, si l'on n'a pas l'accès aux marchés publics et si, en revanche, les Etats-Unis peuvent avoir accès à tout ce que l'on fait ici, je n'accepterais pas. Voilà ce que j'ai dit. La France peut toujours dire non. Sachez-le. David PUJADAS : Merci. Merci, Monsieur DEMEYER. Merci pour cet échange. J'ai juste un mot là-dessus, Monsieur le Président, cela fait des années que l'on entend votre discours sur le Front national et des personnes comme Monsieur DEMEYER qui ont voté FN aux dernières régionales, il y en a 7 millions, il n'y en a jamais eu autant. Est-ce qu'à un moment donné, cette montée du Front national pendant votre mandat, vous la considérez comme un échec ? LE PRESIDENT : Je considère que nous sommes et je suis donc responsable. Parce que la montée de l'extrémisme, bien sûr, c'est dans toute l'Europe, l'Allemagne, en Belgique, en Autriche, en Scandinavie, partout. David PUJADAS : Elle est plus forte en France. LE PRESIDENT : Elle était déjà forte en France. David PUJADAS : Elle l'est encore plus. LE PRESIDENT : Elle l'est encore davantage, pour les raisons qui ont été indiquées, cette espèce de renvoi de responsabilité... La droite, la gauche... David PUJADAS : Le sentiment que l'on n'a plus prise sur la réalité. LE PRESIDENT : ...Il est très important d'avoir ce dialogue justement pour dire quelle est la solution. La solution, c'est de s'enfermer, de se replier, de considérer qu'il faut sortir de l'Europe et du monde ? Il faut répondre, pas diaboliser, pas banaliser non plus... David PUJADAS : ...Cela ne marche pas. LE PRESIDENT : Cela ne marche pas, nous verrons ce qu'il y avait à faire ! Parce que ce Monsieur l'a très bien dit. Il a dit : « moi, je l'ai fait dans un vote de colère » ! Donc, ce qu'il attend, ce sont des réponses. Ce que je suis venu faire ici, c'est donner des réponses. Léa SALAME : Des questions à présent avec Karim RISSOULI, avant quelques questions internationales et quelques questions sur l'Europe. Karim RISSOULI : Assez rapidement, Monsieur le Président, une question d'actualité qui est revenue à plusieurs reprises ce soir sur l'islam, en particulier sur le voile. Votre Premier ministre pense qu'il faut interdire le voile à l'université. Quelle est votre position à vous, êtes-vous d'accord avec Manuel VALLS ? LE PRESIDENT : Non. Il n'y aura pas d'interdiction dans l'université. L'université est un lieu de liberté, avec des règles qui ont toujours été celles de la liberté politique, de la liberté syndicale, de la liberté religieuse. En revanche, ce qu'a dit le Premier ministre et qui est très juste : c'est que l'on ne peut pas, dans l'université cela peut arriver, il y a quelques cas avoir du prosélytisme, avoir de l'intrusion dans les cours, avoir de la pression sur un certain nombre d'enseignements ou de recherches. Karim RISSOULI : Cela n'a rien à voir, Monsieur le Président... LE PRESIDENT : Non. Mais cela relève des lois de la République et elles seront sévèrement appliquées. David PUJADAS : Mais pour le reste, vous recadrez votre Premier ministre ? LE PRESIDENT : Non. Je pense qu'il l'a dit lui-même... Léa SALAME : Il a dit qu'il souhaitait une loi sur le voile à l'université. LE PRESIDENT : Non. Il n'y aura pas de loi sur le voile et il n'y a aucune règle constitutionnelle qui, d'ailleurs, le permettrait. Karim RISSOULI : Monsieur le Président, puisqu'on parle de lui et puisqu'on parle du voile, Monsieur VALLS a dit la semaine dernière que c'était « un asservissement de la femme ». Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ? Est-ce qu'il est allé trop loin ? LE PRESIDENT : La façon dont un certain nombre d'islamistes veut imposer aux femmes, dans certains quartiers, des vêtements qui cachent l'essentiel de leur corps, oui, c'est une atteinte à l'égalité entre les femmes et les hommes. C'est une atteinte aux principes de la République. Donc, nous devons défendre cet idéal d'égalité entre les femmes et les hommes et dire aux femmes qu'elles peuvent avoir aussi la protection de la République. Karim RISSOULI : Mais c'est un peu ambigu, est-ce que le voile est forcément un asservissement de la femme ? LE PRESIDENT : Cela dépend comment il est porté dans l'espace public. Dans la rue, vous pouvez avoir un voile, il n'est pas autorisé pour un fonctionnaire, il n'est pas accepté dans un hôpital, j'entends par là pour les personnels qui doivent soigner. Il n'est pas acceptable non plus dans les établissements scolaires, la loi, de ce point de vue, est appliquée avec beaucoup de rigueur. David PUJADAS : Donc, il peut l'être, mais pas forcément ? Léa SALAME : Un asservissement de la femme. David PUJADAS : Il peut être aussi un asservissement, mais il ne l'est pas... LE PRESIDENT : Cela dépend de comment il est porté. On voit bien qu'entre une liberté religieuse qui doit être respectée, parce qu'en France, la laïcité, c'est le respect des croyances et le signe ostentatoire, le signe provocateur que peut avoir l'habit d'une femme, pas simplement d'ailleurs d'une femme, il y a aussi des hommes qui ont une attitude provocatrice, alors là, nous devons montrer la plus ferme résistance. Léa SALAME : Vous étiez député au moment du vote de la loi sur la burqa. Vous n'aviez pas pris part au vote à ce moment-là. Monsieur VALLS l'avait votée. Est-ce que vous regrettez de ne pas avoir voté cette loi ? LE PRESIDENT : Je ne m'y suis pas opposé. Elle était dans un certain contexte, mais oui, je le regrette. Parce que finalement cette loi n'a pas changé énormément, mais elle permet de verbaliser, il y a à peu près 140 verbalisations qui sont faites. Donc, je pense… Léa SALAME : Donc, aujourd'hui, vous l'auriez fait ? LE PRESIDENT : … Je ne m'y suis pas opposé, mais cela fait partie des textes qu'il faut appliquer avec beaucoup de scrupules et de respect. Léa SALAME : Monsieur le Président, comme on est sur votre Premier ministre, une petite question très simple. Comment avez-vous laissé votre Premier ministre, Manuel VALLS, aller faire la leçon à madame MERKEL à Munich ? David PUJADAS : Sur les migrants. Sur sa politique. LE PRESIDENT : Le Premier ministre a rappelé ce qu'était la position de la France. C'était ce que j'avais moi-même dit. Alors, il l'a fait… Léa SALAME : Dois-je vous rappeler ses mots ? LE PRESIDENT : Non, mais il l'a fait après un discours devant la presse et il s'en est expliqué. Léa SALAME : « Il y a quelques mois, les médias Français demandaient : Où est la MERKEL Française ? On voulait donner le Prix Nobel à la Chancelière. Aujourd'hui, je constate les résultats. » Vous imaginez qu'un ministre allemand, vienne en France, critiquer votre politique en France, à Paris ? LE PRESIDENT : Il ne vous a pas échappé que cela pouvait arriver et qu'il y avait eu quelques déclarations de ministres, parfois loin de la France, parfois en France, allemands, qui pouvaient mettre en cause la politique. Mais… Léa SALAME : Donc, Monsieur VALLS qui va parler à Madame MERKEL à Munich, il n'y a pas de souci ? LE PRESIDENT : Avec Madame MERKEL, nous avons une position identique. Léa SALAME : Sur les migrants ? LE PRESIDENT : Oui. Identique. Léa SALAME : C'est une plaisanterie ? LE PRESIDENT : Non. Je ne pense pas qu'il faille plaisanter sur ces sujets. Léa SALAME : Oui, mais on a du mal à comprendre… LE PRESIDENT : Madame MERKEL, elle l'a assuré. Elle a, à un moment, pensé que c'était son devoir. Il y avait cet afflux de réfugiés, de migrants, 1 million. Après, elle est venue vers moi et moi vers elle d'ailleurs pour dire : « Attention, il n'est pas possible que nous ne protégions pas notre frontière extérieure. » Donc, avec Madame MERKEL, nous avons… Léa SALAME : Elle en a pris 1 million, vous en avez pris, nous, la France, 6e puissance mondiale, nous en avons pris 30 000. LE PRESIDENT : Oui, pas encore d'ailleurs. Vous… Léa SALAME : Oui. LE PRESIDENT : Tout à l'heure, nous avons parlé du droit d'asile. Là, pour les 30 000, il s'agit des réfugiés… Léa SALAME : Vous avez le sentiment d'avoir eu la même philosophie que Madame MERKEL sur cette question-là ? LE PRESIDENT : Mais il s'est trouvé, c'est ainsi, que ces réfugiés ou ces migrants sont allés en Allemagne et ne sont pas allés en France. Léa SALAME : Cela veut dire qu'ils ne veulent pas venir chez nous ? LE PRESIDENT : Ils ont fait le choix, parce qu'ils sentaient qu'ils allaient être accueillis et ils l'ont été, ils ont fait le choix d'aller en Allemagne. Je n'ai pas eu à refuser, ils ont fait ce choix-là. Alors, à un moment, pour Madame MERKEL, comme pour l'ensemble des pays européens, il y avait un risque très sérieux, c'est-à-dire que l'on ne pouvait pas avoir cet afflux continu de réfugiés et de migrants. Donc, qu'est-ce que nous avons fait ensemble, Madame MERKEL et moi-même et tous les Européens qui nous ont suivis ? C'est de protéger notre frontière extérieure, de permettre néanmoins que ceux qui peuvent demander l'asile puissent être accueillis et que nous puissions avoir l'accord avec la Turquie et aider la Grèce. Léa SALAME : Et donc, un deal avec la Turquie, avec Monsieur ERDOGAN. LE PRESIDENT : Mais vous laissez entendre que la Turquie, qui accueille 2,5 millions de réfugiés doit être mise hors de toute discussion ? Mais qu'est-ce que serait ma responsabilité si je disais : voilà, parce que Monsieur ERDOGAN ne plaît pas et il y a des raisons pour ne pas plaire compte tenu de ce qui se produit notamment sur la liberté de la presse… Léa SALAME : Les Kurdes, les droits de l'homme, la liberté de la presse. LE PRESIDENT : Mais je dirais : je ne m'occupe pas de la Turquie et nous laissons la Turquie hors de la négociation ? Madame MERKEL et moi-même, avons voulu que la Turquie puisse lutter contre les passeurs et éviter qu'il y ait l'afflux de réfugiés. Mais il y a un autre pays et j'ai reçu hier Monsieur TSIPRAS que nous devons aider, c'est la Grèce parce que c'est ce pays-là qui assure la protection de notre frontière extérieure. Léa SALAME : Monsieur le Président, deux questions sur deux autres pays. La Syrie, cinq ans de guerre civile, 250 000 morts. Les Russes sont-ils en train de gagner là où les Occidentaux ont raté, où nous avons montré notre impuissance à arrêter les massacres depuis cinq ans ? Est-ce que vous dites merci à Monsieur POUTINE ? LE PRESIDENT : Vous pensez que conforter le régime, écraser l'opposition, ce sera la solution pour la Syrie ? Je l'ai dit à Monsieur POUTINE, cela ne pourra pas être la solution pour la Syrie. Pourquoi ceux qui se sont mis contre le régime, contre Bachar EL-ASSAD depuis cinq ans, qui ont été bombardés continuellement, qui ont été chassés de leur pays, pourraient trouver la solution avec celui qui a été leur bourreau, Monsieur Bachar EL-ASSAD ? Non. Donc, ce que nous faisons avec la Russie, c'est de chercher une solution politique… Léa SALAME : Sans Bachar EL-ASSAD ? LE PRESIDENT : Sans que Bachar EL-ASSAD soit la solution à la fin. Ça, c'est sûr. Et donc… Léa SALAME : Mais pour l'instant, il est une partie de la solution ? LE PRESIDENT : Non, il n'est pas la solution ! Il est en ce moment dans une partie du territoire qu'il contrôle un tiers du territoire et donc nous devons avoir une négociation. Et en ce moment, elle se fait. Mais puisque vous me parlez de la Syrie, la France - vous ne pouvez pas douter de ce qu'a été la position de la France - depuis 2012, la France est aux côtés des démocrates syriens ; la France a soutenu l'opposition syrienne ; la France a combattu Daesh et tous ceux qui étaient jihadistes. Léa SALAME : La France, elle a voulu intervenir. LE PRESIDENT : Et la France, elle a voulu intervenir… Léa SALAME : Elle a voulu intervenir et vous avez été lâché par Monsieur OBAMA. LE PRESDIENT : La France… Et c'est notre honneur. La France… Léa SALAME : D'avoir été lâchés par Monsieur OBAMA ? LE PRESIDENT : Non, d'avoir voulu intervenir après l'utilisation des armes chimiques. Et vous devriez dire : « Oui, c'est la France qui avait raison de vouloir punir le régime. » Parce qu'en 2013, puisqu'on n'a rien fait quand il y a eu l'utilisation des armes chimiques, ça a été au bénéfice de Daesh et de toutes ses alliances avec les djihadistes car une partie de la population a considéré que nous n'avions pas fait notre devoir. La France, a été exemplaire dans le dossier syrien et vous devriez, sur le plan de la politique internationale qui devrait tous nous unir, considérer que c'est la France qui a eu raison depuis 2012 et jusqu'à aujourd'hui parce qu'aujourd'hui, c'est la France qui, avec les autres partenaires, permet qu'il y ait une négociation politique. David PUJADAS : Bien, il est temps d'accueillir notre dernier intervenant. Karim, quelques mots de présentation. Karim RISSOULI : Oui, le dernier citoyen, Monsieur le Président, il incarne votre problème politique n° 1 en ce moment : il est jeune, il est de gauche et il est déçu. Marwen BELKAÏD, vous avez 22 ans, vous avez grandi dans les quartiers nord de Marseille. Aujourd'hui, vous êtes étudiant, étudiant en école de commerce. En 2012, Monsieur le Président, Marwen BELKAÏD, on l'a vu tout à l'heure, votait pour la première fois : il a voté pour vous aux deux tours et à l'époque, au Bourget, le candidat HOLLANDE disait ça. // Extrait du discours de François HOLLANDE en 2012 // Karim RISSOULI : Ce jour-là, Marwen BELKAÏD applaudissait ; aujourd'hui, je vous l'ai dit, il est déçu, il est même en colère. Il participe d'ailleurs au rassemblement Nuit Debout place de la République. Pendant que vous rejoignez François HOLLANDE, Marwen BELKAÏD, une citation de votre blog pour finir : pour vous, la politique du Président je cite « est une politique presque plus désastreuse que durant le quinquennat précédent ». David PUJADAS : Bonsoir et bienvenue Monsieur BELKAÏD. Marwen BELKAÏD : Bonsoir. David PUJADAS : Que souhaitez-vous dire ou demander au Président de la République ? LE PRESIDENT : Bonsoir. Marwen BELKAÏD : Bonsoir Monsieur le Président. Comme il a été rappelé, en 2012, c'était la première fois que je votais parce que j'avais 18 ans. J'ai voté pour vous aux deux tours et j'ai le sentiment que ces deux bulletins resteront marqués par la trahison car, à mon sens, du discours du Bourget qu'on a entendu et terminait dans l'exaltation de l'égalité à aujourd'hui, nous avons vécu quatre années de reniement, notamment sur la question de la jeunesse. Vous, candidat, vous affirmiez que la jeunesse était votre priorité et vous demandiez à être jugé sur cette question-là. Vous, Président de la République, j'ai le sentiment de subir de plein fouet la politique du micro-onde que vous menez actuellement entre augmentation et baisse de la température sociale. Si bien que beaucoup de jeunes ne se demandent plus s'ils vont être mangés mais à quelle sauce ils vont l'être. Vous, candidat, vous posiez une question : les jeunes vivront-ils mieux en 2017 qu'en 2012 ? Et j'ai le sentiment que j'appartiens à une génération qui ne souhaite plus vivre mieux que ses parents mais qui espère simplement vivre aussi bien. Et vous, candidat… David PUJADAS : Alors il vous répond peut-être là-dessus. LE PRESIDENT : Allez-y peut-être. Marwen BELKAÏD : Et vous, candidat, vous affirmiez aussi la prééminence de la question éducative dans l'amélioration des conditions de vie des jeunes. Vous, Président de la République, les inégalités scolaires sont au moins aussi grandes qu'auparavant. Alors, aujourd'hui, ce soir, à moins d'un an de la fin de votre mandat, est-ce que vous pouvez affirmer à moi et à tous ceux qui nous regardent que vous avez tenu votre promesse ? LE PRESIDENT : Je ne renie rien de ce que j'ai dit au Bourget, je serai jugé sur la place accordée à la jeunesse, sur les moyens que je lui aurai donnés et donc, sur cette exigence qu'a la jeunesse de vivre mieux que la génération précédente. Je ne sais pas ce que faisaient vos parents mais je veux que vous viviez mieux que vos parents et que vous puissiez avoir toutes les conditions pour réussir. L'école, j'ai accordé la priorité première à l'Éducation nationale en termes de budget, en termes de postes créés, en termes de lutte contre les inégalités scolaires, l'éducation prioritaire. Vous venez de Marseille, vous savez ce qu'il en est, vous avez vu l'état des écoles, vous avez vu ce que nous étions, nous, prêts à faire au niveau de l'État et vous avez vu le nombre d'enseignants que nous avons mis en place, vous avez vu le nombre d'équipes qui se sont mises au travail à Marseille comme d'ailleurs dans un certain nombre de villes où il y a des inégalités… David PUJADAS : Pardonnez-moi, mais il vous disait les inégalités à l'école n'ont pas reculé. LE PRESIDENT : Mais non, ce n'est pas vrai. Il y a un rapport qui vient de sortir. C'est ce à quoi vous faisiez sans doute référence. C'est un rapport de l'UNICEF qui date de… Marwen BELKAÏD : Oui… LE PRESIDENT : Qui porte sur l'année 2012. Marwen BELKAÏD : Oui. LE PRESIDENT : Nous sommes en 2016 et je ne sais pas où je serai quand le prochain rapport sera publié mais ce que j'ai, avec le gouvernement, mis en place permettra et permet déjà de lutter contre les inégalités scolaires parce que lorsque nous mettons plus de professeurs là où il y en a le plus besoins, nous atteignons notre résultat. Vous êtes étudiant. Je l'ai dit tout à l'heure, un étudiant sur trois est boursier, ce n'était pas le cas en 2012. Et même sur les bourses, nous les avons augmentées parce que je considérais qu'un étudiant devait être, autant qu'il était possible, autonome même si beaucoup d'étudiants travaillent. Et tout à l'heure, je parlais de la prime d'activité et elle n'est pas touchée par tous mais il y a 400 000 jeunes qui vont pouvoir accéder à la prime d'activité. Et là encore, ce sera un soutien à ceux qui travaillent et, quelquefois, avec des contrats à temps partiel ou des CDD. J'ai voulu aussi, pour ceux qui n'ont aucune formation et il y en a beaucoup qui n'ont pas de formation, qui sortent du système scolaire, ce qu'on appelait les décrocheurs, j'ai voulu qu'on puisse introduire la Garantie Jeunes. Alors, qu'est-ce que ça veut dire la Garantie Jeunes ? Ça veut dire un dispositif dans les missions locales où on va non seulement donner un revenu au jeune, d'ailleurs assez modeste à peu près 500 euros mais aussi une formation et un accompagnement pour son logement. Pour le logement, qui est vraiment l'exigence des jeunes comment être autonome si on n'a pas de logement ?, eh bien nous avons créé une garantie locative pour tous ceux qui ont moins de 30 ans et qui veulent une caution, qui ne peuvent pas l'avoir par leurs parents parce que leurs parents vivent justement difficilement, ils pourront accéder à cette garantie locative. Alors, c'est vrai, ce n'est pas le rêve, c'est ce que j'essaye de créer comme conditions et lorsqu'on prendra toutes les dispositions que nous avons pu faire voter ou prendre, j'espère pouvoir vous convaincre que vous vivrez mieux demain que vous ne le pensez aujourd'hui. David PUJADAS : Alors Marwen BELKAÏD… Marwen BELKAÏD : Vous dîtes que vous avez fait des choses, je ne suis pas là pour vous dire que vous n'avez rien fait mais quand on affirme que c'est notre priorité… LE PRESIDENT : Oui ! Marwen BELKAÏD : … Et quand on voit ce qui se passe actuellement, moi j'ai été dans un collège ZEP, j'ai ensuite été dans un des meilleurs lycées publics de Marseille, ce n'est pas pour jeter la pierre aux enseignants des collèges ZEP qui font un travail formidable mais la différence est criante et la différence n'a pas reculé aujourd'hui. LE PRESIDENT : Là vous n'êtes plus en collège ni au lycée. Marwen BELKAÏD : Non, non ! LE PRESIDENT : Donc on a fait en sorte que le collège ZEP justement devienne un collège de réseau d'éducation prioritaire avec plus de moyens, que vous puissiez passer, ça c'est très important, soyez-en fier, du collège ZEP au lycée le meilleur de Marseille pour ensuite aller dans une… Marwen BELKAÏD : Oui, je suis une exception, je ne suis pas la règle, et... LE PRESIDENT : Oui et il faut que vous soyez un exemple. Marwen BELKAÏD : Et vous dîtes que vous avez mis énormément de moyens… LE PRESIDENT : Oui. Marwen BELKAÏD : On en parlait au début de l'émission, la loi Citoyenneté arrive en 2016, quand on dit que c'est notre priorité. Un autre rapport est sorti sur les conditions de vie des jeunes qui montre que la génération Y, donc la génération à laquelle j'appartiens, vit moins bien que la moyenne et c'est une grande première depuis très longtemps. Donc vous vouliez être jugé sur le fait que les jeunes vivront mieux en 2017 qu'en 2012 et aujourd'hui force est de constater qu'au mieux ils vivent de la même manière et au pire ils vivent moins bien ! LE PRESIDENT : Non, ils ne vivent pas moins bien, ils sont dans la précarité trop souvent et nous revenons à un projet de loi que vous contestez mais que je veux essayer de vous faire comprendre. Marwen BELKAÏD : Je ne conteste pas, je dis qu'il arrive peut-être trop tard, si c'était la priorité de votre quinquennat pourquoi arrive-t-elle en 2016 ? LE PRESIDENT : Sur l'Egalité Citoyenneté ça sera des mesures qui viendront s'ajouter à d'autres, nous avons lancé la politique de la ville, les programmes ANRU, les programmes de réussite éducative depuis maintenant près de quatre ans, nous mettons en place quartier par quartier une politique pour soutenir les associations qui travaillent dans ces quartiers pour ne pas simplement rénover le bâti, pour suivre un certain nombre de jeunes qui sont en difficulté, qui peuvent éventuellement basculer pas simplement dans le djihadisme mais peut-être tout simplement dans la délinquance. On voit maintenant qu'il peut y avoir un cheminement aussi de la délinquance vers le djihadisme. Ce que nous voulons ce n'est pas inventer une loi de circonstance à la fin, c'est mettre en cohérence la politique que nous avons menée depuis quatre ans. Vous évoquez une question qui revient souvent, est-ce qu'on n'en fait pas plus pour les personnes âgées et pas assez pour les jeunes, c'était le rapport dont vous parliez, non, on doit absolument faire… Marwen BELKAÏD : Non, je n'ai pas parlé de ça, je…. LE PRESIDENT : Il faut absolument que les personnes qui ont accès à la retraite puissent avoir cette protection le plus longtemps possible et il faut que nous donnions aux jeunes toutes les conditions pour réussir. Et c'est pourquoi dans les choix budgétaires que j'ai fait c'est l'éducation, la formation, l'université et l'apprentissage qui sont les priorités. David PUJADAS : Un dernier point Marwen BELKAÏD… Marwen BELKAÏD : Si vous vous avez le sentiment que vous avez tenu votre promesse, ce n'est pas le mien, je pense que c'est beaucoup plus partagé puisque… LE PRESIDENT : C'est à vous après d'en juger. Marwen BELKAÏD : …Le mécontentement dépasse le simple cadre de la jeunesse et comme on le voit par exemple le mouvement Nuit debout auquel je participe, je reprécise que je ne suis pas un représentant, je parle en mon nom propre, ce mouvement c'est ce qui montre que les Français se réapproprient la notion même de politique puisque, qu'est-ce que ça veut dire ? C'est s'occuper de la vie de la cité et aujourd'hui les Français vous montrent qu'ils ne sont pas dépolitisés puisque c'est ce qu'on entend souvent et la dépolitisation mène à l'infantilisation, c'est-à-dire qu'on peut décider pour nous puisqu'on n'aurait aucun intérêt pour ce qui se passe à propos de notre vie. Et c'est précisément ce qui est en train d'être montré par le rassemblement Nuit debout, peu importe ce sur quoi il débouchera, le simple fait que des personnes se réunissent est signifiant lui-même. Et en face de ça… Léa SALAME : Est-ce que ce n'est pas aussi une forme d‘échec, il y a une forme de rejet des partis politiques en général et des institutions, ce qui se passe place de la République et un peu partout dans d'autres villes ? Marwen BELKAÏD : Et en face de ce mouvement citoyen qui semble se mettre en place partout en France et partout dans la société, j'ai l'impression que la classe politique est complètement sourde et qu'elle tente de verrouiller le système politique notamment avec la loi de modernisation de l'élection présidentielle, comment je peux vous croire quand vous me dîtes que vous écoutez, que vous nous entendez alors que vous scellez la fuite en avant d'un système dont beaucoup ne veulent plus il me semble ? David PUJADAS : Une conclusion rapide, s'il vous plaît. Léa SALAME : D'un mot. LE PRESIDENT : D'abord la politisation est une bonne chose et même si ce qui se dit sur ces places n'est pas toujours une somme de compliments à l'égard de la politique que je peux mener ou de ce que j'ai pu faire comme choix, je considère que c'est bien que la parole soit prise et que le débat s'organise et qu'on veuille aussi faire de la politique en dehors des partis, en dehors des institutions, en dehors de la représentation, même si à la fin quand même le meilleur des systèmes c'est le suffrage universel. Mais il ne suffit plus, il faut aussi que vous puissiez participer à l'élaboration de la loi, il faut aussi qu'il y ait des pétitions… Marwen BELKAÏD : C'est-à-dire que la notion a été préemptée par les partis alors que ce n'est pas sa définition originelle. LE PRESIDENT : Exactement et donc là-dessus nous pouvons nous retrouver. Léa SALAME : Merci. LE PRESIDENT : Moi je suis pour que nous puissions avoir des procédures nouvelles, pétitions, participation collaborative à des textes y compris ceux qui sont les plus contestés, je suis pour aussi qu'il y ait une liberté pour présenter des candidats parce que c'est la question que vous me posez pour la présidentielle mais ça sera toujours la même chose, il y aura toujours les 500 signatures pour avoir… Léa SALAME : Monsieur le Président… LE PRESIDENT : Il n'y a aucun changement par rapport à cette règle. Léa SALAME : Merci Monsieur le Président… Marwen BELKAÏD : Le passage à l'égalité, à l'équité qui n'est pas anodin. LE PRESIDENT : Dans la campagne. Marwen BELKAÏD : Oui, dans la campagne… Léa SALAME : Merci Monsieur le Président, on aura noté votre plaidoyer pour la démocratie participative, merci Marwen BELKAÏD d'avoir posé des questions au Président. LE PRESIDENT : Merci à vous. Léa SALAME : On se dirige vers la conclusion de cette émission, Karim, vous allez nous rejoindre à la table, comment l'émission a-t-elle été commentée par les internautes ? Qu'est-ce qui a fait réagir dans l'intervention du chef de l'Etat ce soir ? Karim RISSOULI : Beaucoup, beaucoup de réactions ce soir, vous vous en doutez, je crois qu'on est à plus de 80.000 tweets. Les réseaux sociaux c'est aussi parfois un média d'alerte, Monsieur le Président, donc il y a parfois des petites vérifications sur les propos que les hommes politiques tiennent en plateau. Vous avez dit en début d'émission que la France est dans la moyenne européenne en matière de chômage des jeunes, après vérification des équipes de Francetv info ce n'est pas le cas, le chômage des jeunes en France s'élevait à 25,9 % dans l'Hexagone en janvier et à 19,7 dans l'Union européenne selon les chiffres EUROSTAT. LE PRESIDENT : Oui, mais je vous redis que nous avons une population active beaucoup plus jeune. Par ailleurs nous avons beaucoup plus de jeunes qui sont en formation et dans l'université qui ne sont pas recensés. Karim RISSOULI : Au-delà de cela et rapidement, David, je crois que l'on a le sentiment beaucoup sur Twitter que vous avez ce soir cherché à rassurer votre gauche, vous avez beaucoup parlé de vos réformes sociales, le minimum vieillesse, la prime d'activité à de nombreuses reprises, les petites retraites. Et puis il y a aussi quelque chose qui est beaucoup revenu c'est votre phrase en début d'émission, vous dîtes « qu'est-ce qu'on dirait si je faisais un mea-culpa ? » Donc vous n'en faites pas. De cette remarque sur Twitter, « l'erreur est humaine, Monsieur le Président, mais reconnaître ses erreurs semble surhumain », vous n'avez vraiment rien à vous reprocher ? LE PRESIDENT : Bien sûr, forcément si je devais refaire je pourrais prendre notamment pour la préparation de la loi dite El Khomri une concertation supplémentaire. Bien sûr que parfois je me dis que nous aurions pu aller encore plus vite et notamment dans les premiers jours de la prise de responsabilités. Parfois je me dis que j'aurais dû alerter davantage les Français sur la gravité de la situation que j'ai trouvée même si je ne voulais pas là encore, la campagne était terminée, me défausser. Mais si j'étais venu ce soir pour dire « voilà tout ce que j'aurais pu faire et que je n'ai pas fait », les Français m'auraient dit « écoutez, c'est un peu tard pour le dire ». Donc ce qui compte c'est la ligne que j'ai fixée, le fil rouge de ce quinquennat et qui continuera parce que, je le rappelle, un quinquennat ce n'est pas quatre ans, c'est cinq ans. Léa SALAME : Alors justement… David PUJADAS : Quelques questions politiques, c'est aussi l'actualité, l'échiquier politique, Léa… Léa SALAME : « Si j'échoue à inverser la courbe du chômage je ne serai pas candidat », est-ce qu'on peut estimer qu'à l'heure où nous parlons, Monsieur le Président, vous n'êtes pas candidat à votre réélection ? LE PRESIDENT : Je reprends ma phrase, si le quinquennat ne durait que quatre ans, ça ne s'appellerait d'ailleurs pas un quinquennat, il y aurait des difficultés pour aller dans cette direction. Mais il se trouve qu'un quinquennat c'est cinq ans et que j'ai engagé une politique qui produit des résultats et qui en produira encore davantage mais, c'est vrai, je demanderai à être jugé sur la question du chômage. David PUJADAS : Quand prendrez-vous cette décision ? LE PRESIDENT : A la fin de l'année. David PUJADAS : Votre ministre Emmanuel MACRON a encore fait des déclarations aujourd'hui, il est revenu un peu dessus, sur le fait qu'il n'excluait pas une candidature forcément en 2017, on l'a vu lancer son mouvement, est-ce qu'il est sous votre contrôle ou est-ce qu'il fait cavalier seul pour ses intérêts ? LE PRESIDENT : Emmanuel MACRON a été mon conseiller même avant que je ne devienne Président de la République puis ensuite quand j'ai été élu par les Français. J'en connais le talent et c'est pourquoi j'ai voulu qu'il puisse entrer au gouvernement. Il est à sa tâche, il doit… David PUJADAS : Pas seulement. LE PRESIDENT : Il doit comme ministre de l'Economie, nous avons vu les enjeux, permettre qu'il puisse y avoir autant de développements d'entreprises que possible et autant d'investissements que nécessaire. Il est, d'ailleurs il le fait très bien, un promoteur de l'innovation technologique, c'est sa tâche. Ensuite qu'il veuille s'adresser aux Français, aller chercher des idées nouvelles, aller les convaincre, je ne vais pas l'en empêcher. Mais… Léa SALAME : Il serait un bon candidat, il serait un bon candidat ? LE PRESIDENT : Attendez, je termine, il doit être dans l'équipe sous mon autorité. David PUJADAS : Il l'est ? LE PRESIDENT : Oui, il est dans l'équipe et il est sous mon autorité. David PUJADAS : Vous en êtes sûr ? LE PRESIDENT : Mais j'en suis sûr parce que c'est, entre nous, non pas simplement une question de hiérarchie ! Il sait ce qu'il me doit ; c'est une question de loyauté personnelle et politique. Léa SALAME : Il sera un bon candidat si vous n'y allez pas ? LE PRESIDENT : Mais écoutez, je ne vais pas moi-même me projeter dans une situation que je ne veux pas, aujourd'hui évoquer. David PUJADAS : Dernière question : Léa. Léa SALAME : Toute dernière question : quand on a demandé à François MITTERRAND quelle était la plus grande qualité d'un chef d'Etat, savez-vous ce qu'il a répondu ? LE PRESIDENT : Non mais vous allez me le dire ! Léa SALAME : Il a répondu : « J'aimerais vous répondre le courage, mais non. La plus grande qualité d'un chef d'Etat, c'est l'indifférence ». Monsieur HOLLANDE, on a souvent l'impression que vous êtes indifférent. LE PRESIDENT : Non. Léa SALAME : Que vous êtes insensible, que tout glisse sur vous. Est-ce que c'est vrai ? Est-ce qu'il y a des choses qui vous touchent ? LE PRESIDENT : Je pense que la première qualité, c'est le courage. L'indifférence n'est pas une qualité. Moi, je ne suis pas indifférent. Jamais. Pas indifférent aux situations que nous avons évoquées ce soir ; pas indifférent à ce que peut être la souffrance d'une personne qui attend que je puisse répondre à la promesse que je lui ai faite. Comment pourrais-je être indifférent au malheur, à la tragédie ? Etre Président, c'est vivre avec la tragédie, et c'est peut-être cette confession que je vais vous faire, c'est vivre tout le temps avec la tragédie. Mercredi, j'ai appris la mort de trois soldats qui étaient au Mali, dans un véhicule blindé qui a sauté sur une mine. Un avait 19 ans, 19 ans, et il s'était engagé dans l'Armée juste après les attentats du mois de janvier, de Charlie Hebdo. Cela l'avait motivé. L'autre avait 20 ans, et le troisième avait 31 ans et il est père d'un garçon de quatre ans. Je vis avec la tragédie. J'ai vécu les attentats. J'ai connu beaucoup d'épreuves, et ce qui fait la force d'un Président, ce n'est pas d'être indifférent, insensible ! C'est au contraire de partager ces épreuves, mais en même temps, de montrer que je tiens bon, dans toutes ces difficultés, dans tous ces défis. Parce que si j'avais donné l'impression de faiblir, de douter, de m'interroger, pas simplement sur les questions économiques ! Sur ces questions-là, essentielles, le terrorisme... Léa SALAME : Enfin les questions économiques, vous avez donné l'impression de douter, Monsieur le Président. LE PRESIDENT : Non ! Jamais. J'ai pris cette ligne et j'ai... Léa SALAME : Vous avez douté ! Vous avez fait des pas en avant, des pas en arrière ! LE PRESIDENT : Mais on fait toujours... Léa SALAME : Ah bon ? Quand on est Président ? LE PRESIDENT : Mais vous pensez qu'on peut faire aussi facilement : on est Président, il n'y a pas de Parlement, il n'y a pas de partenaires sociaux, il n'y a pas de mouvement, il n'y a plus rien et on décide soi-même ? Non. Je vous assure... Léa SALAME : Gouverner, c'est choisir, Monsieur le Président. LE PRESIDENT : Mais ce n'est pas décider tout seul. Ça, je peux vous l'assurer. Il y a une société. Mais je ne suis pas indifférent. Et si parfois, il y a des critiques qui me blessent cela peut arriver – j'ai le devoir de ne pas le montrer, pour que les Français pensent que je n'ai pas de doute sur le cap que j'ai choisi, même si j'entends tout ce qui se dit. David PUJADAS : Ce sera le mot de la fin. Merci... LE PRESIDENT : Merci à vous. David PUJADAS : ... Monsieur le Président, d'avoir répondu à nos questions. Léa SALAME : Merci, Monsieur le Président... LE PRESIDENT : Merci à vous. Léa SALAME : ... Merci David, merci Karim, merci évidemment aux Français qui ont accepté de jouer le jeu et de vous poser des questions. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/296.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/296.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3b0416e1f2dd0db85142da0363fc2f33dd3d176d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/296.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet, Monsieur le Député-Maire, Madame et Messieurs les parlementaires, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Procureur de la République, Monsieur le Commandant de la région de gendarmerie Centre-Val de Loire et du groupement de Gendarmerie du Loiret, Monsieur le Directeur départemental de la Sécurité publique, Mesdames et Messieurs, Depuis maintenant plus d'un an, policiers et gendarmes sont mobilisés sur plusieurs fronts à la fois. Aux exigences habituelles de leur cœur de métier la lutte contre la criminalité et contre la délinquance s'ajoute désormais, avec une intensité inédite, la réponse que nous opposons à la menace terroriste, laquelle reste à un niveau extrêmement élevé. Pour les groupes djihadistes, la France constitue en effet une cible prioritaire. C'est donc un combat de longue haleine que nous devons mener, à l'extérieur comme à l'intérieur de nos frontières. Hier, nous avons accompli une avancée décisive dans la lutte contre le terrorisme en Europe : le Parlement européen, à une large majorité, a enfin adopté le PNR, lequel facilitera le repérage en amont des terroristes qui empruntent les transports aériens. Il s'agit là d'un outil très précieux qui va nous permettre de renforcer considérablement la sécurité des citoyens européens. C'est donc un progrès pour l'Union européenne, mais c'est aussi une victoire pour la France, qui a défendu d'arrache-pied, pendant des mois et des mois, l'adoption de ce dispositif inédit. Aussi bien sur notre sol qu'à l'échelle européenne et internationale, nous menons une lutte opiniâtre contre le terrorisme, une lutte qui porte ses fruits. Le 24 mars dernier, à Argenteuil, nous avons ainsi mis en échec un nouveau projet d'attentat. A ce jour et depuis 2013, nous avons déjoué pas moins de 12 projets d'attentats, dont sept depuis janvier 2015. Depuis la proclamation de l'état d'urgence en novembre dernier, plus de 3 500 perquisitions ont été menées par les forces de l'ordre, débouchant sur plus de 400 interpellations. Depuis le début même de cette année, pas moins de 93 individus en lien avec des filières terroristes ont été arrêtés sur notre sol. Enfin, grâce aux arrestations de ces dernières semaines en France, en Belgique et aux Pays-Bas, nous sommes tout simplement en train de démanteler le réseau terroriste qui a fomenté et exécuté les attentats de Paris et de Bruxelles. Par ailleurs, le terrorisme djihadiste, qui s'appuie sur des réseaux aux ramifications européennes, nous commande de prendre les précautions qui s'imposent sur l'ensemble du territoire national. Et c'est ce que nous faisons. Si la menace n'a jamais été aussi élevée, comme je l'ai dit, la réponse de l'Etat, elle, n'a jamais été aussi forte. 110 000 policiers, gendarmes et militaires sont ainsi actuellement mobilisés partout en France pour assurer la sécurité de nos concitoyens. Je dis bien : partout en France. Car c'est bien notre pays tout entier qui est pris pour cible, et non seulement Paris et son agglomération. N'oublions pas qu'en 2012, c'est à Toulouse et à Montauban que le djihadisme a frappé pour la première fois sur notre sol. N'oublions pas qu'à la fin du mois de janvier 2015, c'est dans la petite ville de Lunel, dans l'Hérault, que nous avons démantelé une redoutable filière de recrutement terroriste, laquelle avait auparavant envoyé dix jeunes Français rejoindre les rangs de DAESH en Syrie c'est-à-dire les avait envoyés à la mort. N'oublions pas non plus qu'en juin dernier, c'est à Saint-Quentin-Fallavier, dans l'Isère, que le malheureux Hervé CORNARA a été assassiné d'une façon abjecte au nom d'une conception dévoyée et mortifère de l'islam. N'oublions pas, enfin, qu'en décembre dernier, c'est notamment à Tours et ici même, à Orléans, que nos services ont neutralisé des djihadistes liés à DAESH, dont nous savons qu'ils étaient alors sur le point de passer à l'acte. Par ailleurs, depuis 2014, nous avons arrêté 18 individus impliqués dans une filière orléanaise de recrutement en liaison avec le Jabhat-al-Nosra, branche syrienne d'al-Qaïda. Partout, donc, nous luttons contre la menace terroriste et contre la radicalisation violente. Partout, nous renforçons les moyens dont disposent les forces de l'ordre. Car, où qu'ils vivent, les Français ont tous droit au même niveau de protection et de sécurité. Et c'est la même raison pour laquelle, partout en France, nous luttons avec la même détermination contre toutes les formes de délinquance et de criminalité. Car le combat contre le terrorisme ne saurait être mené au détriment de la lutte contre l'insécurité quotidienne. C'est aussi cela, la République. La République qui protège les Français ; La République qui fait prévaloir le bien commun sur les intérêts particuliers ; La République, enfin, qui, oppose la force du droit à la loi du plus fort. C'est ainsi que nous pouvons garantir la liberté de chacun d'entre nous. Aujourd'hui, j'ai eu l'occasion de constater et de saluer le travail remarquable que réalisent les forces de sécurité mobilisées ici, chacune dans son rôle, pour assurer la sécurité des habitants d'Orléans et du Loiret. Je pense bien sûr d'abord aux policiers et aux gendarmes des commissariats et des brigades territoriales, qui interviennent au plus près de nos concitoyens. Ils sont la République de proximité. Je pense aussi aux agents de la Police judiciaire, avec qui j'ai eu le plaisir de m'entretenir tout à l'heure. Je pense aux policiers et aux gendarmes des forces d'intervention de la BAC, de la BRI, du Peloton de Surveillance et d'Intervention de Gendarmerie (PSIG) d'Orléans et du Peloton spécialisé de Protection de la Gendarmerie (PSPG) de Dampierre-en-Burly. Je pense enfin aux agents du renseignement territorial et de la Sécurité intérieure, qui sont en première ligne contre le terrorisme et la radicalisation violente. A vous tous, je veux dire combien je suis reconnaissant pour la tâche difficile mais indispensable que vous accomplissez chaque jour au service de la République et de l'Etat de droit. Sachez que les Français sont fiers de vous, fiers des policiers et des gendarmes, fiers de l'ensemble des forces de sécurité. A plusieurs reprises au cours de l'année passée, ils ont été les témoins de ce que vous étiez prêts à accomplir en toutes circonstances pour les protéger. Parfois même au péril de votre vie. Aujourd'hui, j'ai bien sûr une pensée émue pour le major Sébastien CONARD, de la Brigade de Gendarmerie motorisée de Beaune, qui a trouvé la mort en opération dimanche dernier. Alors qu'il pourchassait un individu à moto en situation d'excès de vitesse, il a été percuté accidentellement par une voiture, à l'entrée de la ville de Beaune. Ses obsèques ont eu lieu ce matin, dans l'intimité familiale. Je souhaite profiter de l'occasion que vous m'offrez pour adresser à ses proches mes plus profondes condoléances et leur exprimer la solidarité de la Nation tout entière. Le ministère de l'Intérieur peut s'enorgueillir de compter dans ses rangs des professionnels tels que vous, en qui l'on peut avoir confiance pour faire respecter les lois de la République. C'est le cas partout en France, comme c'est bien sûr le cas ici, à Orléans et dans le département du Loiret. En témoignent non seulement les coups particulièrement importants que nous avons portés ici contre les filières djihadistes et que j'ai rappelés il y a quelques instants, mais également les résultats tout aussi encourageants que vous obtenez chaque jour dans la lutte contre la délinquance et la criminalité générales. Dans l'ensemble du département, les violences physiques crapuleuses ont sensiblement baissé au cours de l'année dernière (- 17%), tandis que les atteintes aux biens ont, quant à elles, diminué de 3%. On constate ainsi une légère baisse du nombre de cambriolages (-1%) qui doit nous encourager à amplifier notre action, mais aussi un recul des vols à main armée (-6%) et surtout une chute significative des vols commis avec violence (-18%). Les résultats du premier trimestre de l'année 2016 ont confirmé, et même accentué cette tendance positive. Depuis le début de l'année, les atteintes volontaires à l'intégrité physique ont en effet baissé de 6%, et les violences physiques crapuleuses de 29%. Quant aux vols avec violence, ils connaissent un recul de 25%, tandis que les vols à main armée ont, eux, chuté de 80%. Ces excellents résultats sont le fruit d'une action exemplaire, puissante et coordonnée, reposant sur une parfaite connaissance du territoire, de ses habitants et des réseaux criminels qui cherchent à y prospérer. Si je suis là parmi vous aujourd'hui, c'est précisément pour vous annoncer les moyens supplémentaires que nous donnons aux forces de l'ordre, en France et plus particulièrement dans le département du Loiret, pour accomplir leurs missions avec une efficacité toujours plus forte. Comme vous le savez, depuis 2012 le Gouvernement a consenti un effort national sans précédent sur le plan des recrutements au sein de la Police et de la Gendarmerie nationales. Nous avons ainsi mis un terme aux coupes claires qui avaient considérablement réduit les effectifs des forces de sécurité entre 2007 et 2012. Nous avons recommencé à remplacer tous les départs à la retraite, et nous avons créé près de 500 emplois nouveaux par an dans les deux forces. A cette politique de fond, nous avons également ajouté trois plans pluriannuels, d'une ampleur sans précédent : - plus de 1 400 créations nettes d'emplois au titre du Plan anti-terroriste (PLAT) décidé par le Premier Ministre en janvier 2015 pour augmenter les effectifs du renseignement intérieur : c'est ainsi que nous avons pu créer, en juillet dernier, une antenne du Renseignement territorial à Gien pour densifier notre maillage départemental et renforcer nos capacités de détection des signaux faibles de radicalisation ; - 900 créations nettes d'emplois au titre du Plan de lutte contre l'immigration clandestine (PLIC) lancé en septembre dernier pour faire face, sur notre sol, aux conséquences de la crise migratoire inédite qui touche aujourd'hui l'Union européenne ; - enfin, 5 000 emplois au titre du Pacte de sécurité annoncé par le Président de la République devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles le 16 novembre dernier, au lendemain des attentats de Paris et de Saint-Denis. D'ici la fin du quinquennat, ce sont donc près de 9 000 emplois qui auront été créés dans la Police et la Gendarmerie. Au-delà de la lutte antiterroriste, j'ai donc veillé à répondre aux besoins structurels que les policiers et les gendarmes rencontrent dans l'accomplissement de leurs missions les plus quotidiennes. En 2016, nous ne relâcherons pas nos efforts. Bien au contraire, nous allons continuer de monter en puissance. Cet engagement, nous vous le devons, nous le devons aux Français, nous le devons à la République. Derrière ces chiffres, il y a donc, partout en France, des arrivées concrètes de femmes et d'hommes dans les commissariats de police et dans les casernes de gendarmerie. Dans le cadre de cet effort global et des différents plans que nous avons mis en œuvre, je vous annonce ainsi que 16 militaires viendront renforcer, dès cette année, les différentes unités de gendarmerie implantées dans le département du Loiret. Parmi eux, 9 gendarmes vont être affectés au sein des brigades d'Artenay, de Briare, de Malesherbes et de Meung-sur-Loire. Cinq autres gendarmes viendront renforcer les capacités d'observation et de surveillance de la section de recherche d'Orléans. Enfin, deux militaires rejoindront le PSIG « Sabre » d'Orléans. En outre, 53 effectifs supplémentaires (38 gardiens de la paix et 15 adjoints de sécurité) vont venir renforcer, d'ici le mois de septembre, les services de police du département. Parmi eux, trois policiers rejoindront la BRI d'Orléans, laquelle sera désormais composée de 17 agents spécialisés dans les missions de filature, de surveillance et d'interpellations sur la voie publique, notamment dans les affaires de grand banditisme et de trafics de grande ampleur. Nous renforçons également la Division du Traitement de l'Information criminelle (DTIC), chargée, à Orléans, de l'analyse fine des phénomènes délinquants. Un effectif spécialisé viendra ainsi la renforcer dès cette année. En tout, je peux donc vous annoncer que ce sont 69 policiers et gendarmes supplémentaires qui vont, en 2016, arriver en renfort dans votre département. Il s'agit là d'un effort particulièrement significatif qui montre bien l'attention que nous portons à la sécurité des habitants d'Orléans et du Loiret. Lutter contre le terrorisme et contre la délinquance, c'est aussi donner aux forces de l'ordre les moyens matériels dont elles ont besoin. Là encore, derrière les chiffres, il y a des réalités concrètes. Il y a des armes et des véhicules supplémentaires, des gilets pare-balles et différents moyens de protection qui permettent aux policiers et aux gendarmes de travailler dans de meilleures conditions d'efficacité et de sécurité. A cet égard, en 2015, nous avons tenu nos engagements, puisque, à l'échelle nationale, 2 269 véhicules ont été livrés, ainsi que l'ensemble des renforts en armements et en matériels de protection que nous avions annoncés. Je pense notamment aux 6 514 gilets pare-balles individuels. Dans le cadre du Plan anti-terroriste qui est venu amplifier notre effort, nous avons par ailleurs investi plus de 30 millions d'euros en armements et en matériels de protection supplémentaires. En 2016, cet effort massif sera bien évidemment poursuivi. C'est dans ce même esprit que j'ai annoncé, le 29 octobre dernier, la mise en œuvre, dès l'année 2016, d'un plan ambitieux et inédit de renforcement des capacités des BAC et des PSIG. Les évolutions de criminalité et de la menace terroriste nous imposent en effet de mettre en œuvre des ripostes adaptées, en rupture avec les schémas d'intervention traditionnels que nous appliquions jusqu'à présent. Le Plan « BAC-PSIG 2016 » concerne ainsi l'ensemble des BAC du pays, ainsi que 150 PSIG baptisés « Sabre », que nous avons sélectionnés en fonction de leur répartition stratégique sur le territoire national et que nous renforçons en conséquence. Ce Plan repose sur trois axes fondamentaux qu'il s'agit de décliner selon les caractéristiques propres à chaque territoire : - tout d'abord, renforcer la formation initiale et continue des effectifs des BAC et des PSIG « Sabre » ; - ensuite, renforcer leurs moyens matériels pour qu'ils puissent accomplir leurs missions dans des conditions optimales de sécurité ; - enfin, mettre en œuvre une nouvelle doctrine d'action et d'intervention pour que les BAC et les PSIG puissent gagner en efficacité face aux nouvelles formes de délinquance, notamment les plus violentes, y compris cette forme spécifique de criminalité organisée qu'est le terrorisme. Dans le cadre du Plan, les BAC d'Orléans et de Montargis ont ainsi d'ores et déjà reçu les nouveaux matériels annoncés : les fusils mitrailleurs HK G36, dont 6 pour la BAC d'Orléans (les formations sont en cours), les pistolets à impulsion électrique (6 également pour Orléans), les boucliers balistiques, les casques pare-balles (32 pour Orléans), les gilets porte-plaques (29 pour Orléans), ainsi que les bâtons télescopiques de défense. Les nouveaux véhicules sont également livrés progressivement. Quant au PSIG « Sabre » d'Orléans, je vous annonce qu'il va lui aussi recevoir ses équipements supplémentaires d'ici l'été prochain : 2 fusils d'assaut HK G36 ; 4 pistolets à impulsion électrique ; 3 lanceurs de balle de défense 40mm à visée laser ; 1 bouclier balistique ; et 16 gilets pare-balles porte-plaques. A l'échelle nationale, nous aurons ainsi consacré en tout près de 17 millions d'euros à l'optimisation des équipements des BAC et des PSIG. Chacun doit être conscient qu'il s'agit là d'un investissement important, dont nous souhaitons qu'il soit à la mesure des nouveaux enjeux de sécurité et des risques que les policiers et les gendarmes de ces unités encourent dans leurs missions. Le plan « BAC-PSIG » participe bien sûr de la montée en puissance globale de notre dispositif d'intervention, unique en Europe. L'objectif est que les unités d'intervention intermédiaires (BAC et PSIG) et les forces spécialisées (GIGN, RAID et BRI) puissent se projeter le plus rapidement possible en renfort des premières patrouilles engagées, notamment en cas de tuerie de masse. Une telle exigence impose bien sûr un maillage resserré, ainsi qu'une articulation fine entre police et gendarmerie, afin de couvrir l'ensemble du territoire. C'est la raison pour laquelle, comme je l'ai dit, nous augmentons les effectifs de la BRI d'Orléans, laquelle, en plus de ses missions de lutte contre le banditisme, travaille en étroite liaison avec la BRI nationale et avec le RAID dont elle assure notamment la bulle tactique d'intervention. Depuis les attentats de janvier 2015, les policiers de la BRI d'Orléans ont ainsi participé à plusieurs opérations avec leurs collègues de la BRI nationale et du RAID, ainsi qu'à des entraînements réguliers aux techniques d'interpellation de tueurs de masse. C'est aussi la raison pour laquelle nous avons récemment créé une antenne du GIGN à Tours pour renforcer nos capacités d'intervention dans la région Centre et, plus largement, dans l'ensemble de la zone Ouest. Pour anticiper les situations les plus graves, j'ai demandé aux Directeurs généraux de la Police et de la Gendarmerie, ainsi qu'au Préfet de Police de Paris, de travailler ensemble à la mise en œuvre d'une doctrine partagée qui définit avec précision le rôle respectif joué par les différents échelons d'intervention. Dans cet objectif, l'Unité de coordination des forces d'intervention (l'UCOFI) a travaillé à l'élaboration d'un schéma national d'engagement des forces d'intervention GIGN, RAID et BRI. Et mardi prochain, je vais moi-même annoncer, lors d'une présentation publique, le nouveau schéma national d'intervention et de gestion de crise terroriste, lequel reposera sur un continuum extrêmement solide des différents niveaux de forces mobilisées. Je ne saurais trop insister sur l'importance d'un tel dispositif global pour que toute situation de crise, où qu'elle survienne sur le territoire nationale, fasse l'objet d'une riposte implacable, avec une réactivité et une efficacité maximales. Il en va tout simplement de la protection de la France et des Français. Mesdames et Messieurs, Je connais votre engagement au service de notre pays et la force de vos convictions républicaines. Votre vocation ne doit jamais laisser place au doute. Pour cela, vous avez besoin de moyens supplémentaires, certes, mais vous avez aussi besoin de recevoir le soutien permanent de vos chefs, des élus de la Nation et vos concitoyens. Vous avez également besoin de la confiance de votre ministre. Je veux vous redire qu'elle vous est acquise. Je veux donc vous dire, mon soutien, mon appui, ma grande gratitude. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/297.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/297.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1e8c5bb444f0197440904f6d27c525353d7e2e86 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/297.txt @@ -0,0 +1 @@ +CYRIL VIGUIER Bonjour à tous et bienvenue dans notre matinale d'infos avec la presse quotidienne régionale, aujourd'hui, au lendemain de l'intervention télévisée du chef de l'Etat, c'est une ministre du gouvernement que nous recevons, Hélène GEOFFROY bonjour… HELENE GEOFFROY Bonjour. CYRIL VIGUIER Vous êtes secrétaire d'Etat à la Ville et ancienne maire de Vaulx-en-Velin. Pour vous interroger ce matin, à mes côtés Christophe BORDET de Sud Radio… CHRISTOPHE BORDET Bonjour. CYRIL VIGUIER Bonjour Christophe et Michaël SZAMES de Public Sénat, bonjour Michaël. MICHAËL SZAMES Bonjour à tous. CYRIL VIGUIER Hélène GEOFFROY, il y a un problème : la une du Parisien c'est le mal de dos et Emmanuel MACRON pas de photo du président, le Figaro c'est le braxit, une photo du président mais décalée et Libération, pourtant assez proche de vous, même Libération pas de photo du président en une et une demi-page simplement en page huit traitant de l’intervention du président. Comment expliquez-vous cette indifférence ? C'est raté cette intervention ? HELENE GEOFFROY Ah ! Je ne crois pas que l'intervention était ratée, le président était déterminé dans ses réponses, pédagogue, convaincu, moi je crois qu'il a montré la capacité d'expliquer ce que nous fait depuis quatre ans. Il a reparlé… CYRIL VIGUIER Donc, on a assisté au bilan du président de la République quelque part ? HELENE GEOFFROY Et puis aux perspectives aussi, il y avait les deux aspects, c'est-à-dire à la fois rappeler ce que nous avons fait. Ce qui est frappant moi qui suis secrétaire d'Etat depuis deux mois dans mes déplacements, c'est que, même lorsque nous avons fait des choses et j'ai en tête un exemple qui me revient d'un jeune qui a bénéficié de la Garantie jeunes, qui en était très content, qui remerciait sa conseillère de mission locale, qui remerciait également le chef d'entreprise qui l'avait recruté alors que ça faisait deux ans qu’il était sans travail au bout de trois mois de Garantie jeunes il avait été remis en perspective et, que me dit-il ? : « Mais vous que faites-vous ? » Et je lui dis : « Mais justement la Garantie jeunes… CYRIL VIGUIER Mais vous n'avez pas répondu à ma question ! Comment vous expliquez cette indifférence, d'autant plus que c'est la même chose avec la presse quotidienne régionale, on le verra dans la deuxième partie de cette émission ? HELENE GEOFFROY Moi je ne peux pas commenter les choix des journalistes… CYRIL VIGUIER Non, mais ils sont généraux les choix. HELENE GEOFFROY Les choix des journalistes et des rédactions qu'ils ont faits, ils parlent beaucoup du président de la République depuis plusieurs jours, son intervention avant même qu'elle ne soit faite a été beaucoup annoncée et commentée. CHRISTOPHE BORDET Est-ce que c'est du Holland bashing ? HELENE GEOFFROY En tout cas moi ce que je pense c'est qu'il y a un moment où il faut qu'on puisse dire, l'action publique et la presse, et les journalistes que vous êtes, doivent contribuer à éclairer les choix pour une opinion et donc si l'on fait le choix de ne pas parler d'intervention ça veut dire qu'on fait le choix peut-être de ne pas contribuer ainsi à expliquer que l'on soit d'accord ou pas à expliquer ce qui est fait et je pense qu'une action publique a besoin effectivement de lisibilité pour pouvoir être comprise. MICHAËL SZAMES Hélène GEOFFROY la France va mieux, c'est ce qu'a dit François HOLLANDE, ce n'est pas vraiment ce que disent les Français, alors est-ce que c'est les Français qui sont déconnectés ou HOLLANDE qui a raison contre tout le monde ? HELENE GEOFFROY Personne… enfin on ne peut pas avoir raison contre tous quand on est président de la République ou lorsqu'on est au gouvernement, mais il a été objectif, il a expliqué pourquoi la France allait mieux, parce que l'économie allait mieux, parce que nous créons enfin de l'emploi ce qui n'était pas arrivé depuis plusieurs années c'est un fait, c'est objectif ; il a dit aussi qu'un certain nombre de jeunes avaient retrouvé le chemin de l'emploi par tous les dispositifs que nous avons mis en place ; il a dit que les déficits se réduisaient - donc c'est objectif quand il dit cela et il a dit en même temps : « il faut… CYRIL VIGUIER Oui, mais les chiffres qu'il a donnés hier soir ne sont pas les chiffres qu'on a récupérés ce matin. HELENE GEOFFROY Et en même temps ce qu'il dit, le président de la République, il a dit : « j'ai conscience au moment où je le dis que les gens qui ne vont pas mieux pourraient se dire est-ce que je suis déconnecté, mais j'ai conscience qu'il y a des gens qui ne vont pas mieux, c'est pour ça que notre action continue à être énergique ». CHRISTOPHE BORDET Ecoutez ! Vous dites, avec François HOLLANDE vous dites : « la France va mieux », je suis désolé mais quand on regarde par exemple hier, l'actualité d'hier, Manuel VALLS va à Mantes-la-Jolie pour présenter les grands axes du plan Pauvreté… Bon ! Le RSA augmentation de 2 %, annonce faite hier, deux millions de personnes qui sont concernées, est-ce que c'est la France qui va mieux, deux millions de personnes qui aujourd'hui sont au RSA et la seule solution que l'on trouve c'est augmenter ce RSA de 2 % ? HELENE GEOFFROY Mais enfin il ne faut pas être contradictoire dans ce qu'on dit ! On dit que l'économie se redresse, c'est une condition sine qua non pour créer de l'emploi, je crois que tout le monde le dit et le redit avec énergie, qu'aurions-nous dit si les déficits avaient continué à croître ? CHRISTOPHE BORDET Mais les chiffres du chômage sont en augmentation tous les mois, madame GEOFFROY. HELENE GEOFFROY Ce que nous disons aussi c'est que nous créons de l'emploi, c'est quand même important que le solde devienne enfin positif dans notre pays, que nous cessions d'en détruire. Ce qu'a dit le président de la République aussi c'est que nous avons une démographie dynamique, il n'y a pas longtemps c'était le sujet : est-ce que nous faisions des enfants… CHRISTOPHE BORDET On fait trop d'enfants, bon, d'accord. HELENE GEOFFROY Enfin nous continuons à en faire et c'est une chance pour notre pays, je crois qu'il l'a fort bien dit aussi - nous luttons contre la pauvreté - et pour les gens qui auront une augmentation du minimum social que nous avons lissée sur tout le quinquennat, ce n'est pas une annonce nouvelle, nous le faisons depuis le début du quinquennat, c'est bien aussi… Je ne vois pas ce qu'il y a de contradictoire… CHRISTOPHE BORDET Donc c'est mieux d'être au RSA plutôt que d'avoir du travail, c'est un peu ça qui se passe ? HELENE GEOFFROY Je crois que je n'ai jamais dit ça ! Et si nous avons une loi Travail, je vous rappelle après le pacte de responsabilité c'est bien pour permettre aux jeunes et aux moins jeunes de retrouver le chemin de l'emploi. MICHAËL SZAMES François HOLLANDE a bien dit hier soir qu'il ne retirerait pas la loi Travail, quand on voit quand même ce qui s'est passé hier il y a eu des évènements importants dans les rues, il y a eu de la casse quand même, notamment dans des manifestations est-ce qu'il n'attise pas là la colère ? HELENE GEOFFROY Non. En disant que la loi, enfin les choses sont quand même assez claires, nous il faut pouvoir permettre de faciliter l'accès au monde du travail, quand on est secrétaire d'Etat des Quartiers et de la Ville, on constate un taux de chômage bien plus élevé qu'ailleurs, tout doit être mis en œuvre pour rentrer sur le marché du travail, il y a deux sujets, il y a la protection de ceux qui travaillent évidemment et des salariés et puis il y a le fait d'arriver sur le monde du travail. Moi j'ai été députée, j'aurais voté la loi Macron sans difficulté, parce que qu'en tant que députée maire de Vaulx-en-Velin je ne peux pas me satisfaire qu'on fasse un débat autour du dimanche quand un certain nombre de jeunes n'arrive pas à travailler les autres jours de la semaine, il faut qu'on puisse quand même aujourd'hui se dire qu'il y a une difficulté à y rentrer ; et c'est pour ça qu'il faut continuer à avancer sur la loi Travail. , elle est modifiée vous l'avez vu, la discussion est en cours avec les parlementaires, donc… CHRISTOPHE BORDET Hélène GEOFFROY justement vous dites elle modifiée et elle va encore être modifiée, c'est donc que ça qu'a dit le chef de l'Etat… HELENE GEOFFROY C'est le travail des parlementaires ! CHRISTOPHE BORDET Donc on va voir ce que ça va donner. Quand on prend les choses simplement aujourd'hui dans les modifications qui ont été apportées récemment, il y a notamment le CDD qui sera donc bien surtaxé il l'était déjà alors moi je vais vous dire quelque chose d'assez simple Hélène GEOFFROY, je suis rédacteur en chef de Sud Radio, je souhaite embaucher en CDD, aujourd'hui je n'embauche pas en CDD parce que les CDD sont de plus en plus surtaxés, c'est une réalité… HELENE GEOFFROY Ce n'est pas vrai ! Ils ne sont pas de plus en plus surtaxés… CHRISTOPHE BORDET C'est une réalité ! HELENE GEOFFROY Pour l'instant c'est les partenaires sociaux… CYRIL VIGUIER C'est une réalité ! Et le CDD c'est l'ouverture vers le CDI vous le savez. Les stagiaires il faut les rémunérer, très bien, sauf que la plupart d'entre eux ne savent pas encore travailler, donc c'est quand même très compliqué. CYRIL VIGUIER On va laisser répondre Hélène GEOFFROY ! CHRISTOPHE BORDET Très concrètement, donc la politique du gouvernement, est-ce que dans ce domaine elle va dans le bon sens réellement ? HELENE GEOFFROY On n'empêche pas les entreprises d'avoir des stagiaires, on sait bien que c'est utile, tous les cursus de formation aujourd'hui ont des stagiaires, ce qu'on dit simplement c'est qu'il faut éviter les abus lorsque les stagiaires remplacent du travail régulier, parce que l'objectif c'est bien de les former et pas qu'ils travaillent à la place des salariés. Sur la question des CDD il n'y a pas de surtaxe supplémentaire aujourd'hui, au moment où nous en sommes nous disons que dans la loi va être introduite une possibilité de modulation qui va être laissée dans son appréciation aux partenaires sociaux, donc la discussion elle ne sera pas dans le texte de loi, elle sera chez les partenaires sociaux, je crois que le président de la République l'a rappelé très clairement. La surtaxe existe déjà aujourd'hui… CHRISTOPHE BORDET Absolument ! HELENE GEOFFROY Elle n'empêche pas d'embaucher des CDD puisqu'on l'a redit la plupart des embauches se font en CDD aujourd'hui en France. MICHAËL SZAMES On change un tout petit peu de sujet ! Pas de voile à l'université, il n'y aura pas de loi en tout cas, alors que Manuel VALLS avait dit un petit peu le contraire 24 heures ou 48 heures avant, ça s'appelle un recadrage ? HELENE GEOFFROY Je crois que les deux ont été très clairs, ils ont dit, et le président de la République et le Premier ministre : 1) que de toute façon les principes constitutionnels ne permettaient pas de loi, Manuel VALLS le dit aussi dans son interview… MICHAËL SZAMES Il était plutôt favorable à une loi ! HELENE GEOFFROY Tout en formulant le voeu, le président de la République a dit qu'il ne présenterait pas de texte qui de toute façon serait compliqué mais tous les deux ont dit que les principes de la laïcité devaient être très fermement appliqués dans tous les domaines à l'université comme ailleurs. Aujourd'hui je crois que ce que nous avons devant nous c'est-à-dire et à réexpliquer ce qu'est la laïcité pour qu'elle soit… MICHAËL SZAMES Est-ce qu'il y a un problème de voile à l'université ou pas ? HELENE GEOFFROY En tout cas les universitaires aujourd'hui ne le disent pas, ne présentent pas cela comme une question, il y a d'autres sujets qui les préoccupent c'est la réussite des étudiants aujourd'hui et leur accès sur le marché du travail et puis, en revanche, le sujet que nous avons tous et c'est ce qu'a rappelé le président de la République quels sont les moyens que nous donnons pour permettre et la liberté de choix des femmes et leur émancipation ? En tant que secrétaire d'Etat de la Ville, c'est cela mon sujet aujourd'hui, leur permettre une totale émancipation. CHRISTOPHE BORDET Hélène GEOFFROY les problèmes de radicalisation justement dans les quartiers, dans les villes, c'est un sujet que vous connaissez bien, 9.000 signalements de personnes radicalisées a dit le chef de l'Etat hier soir, sur la question des maires démunis face à la radicalisation ce n'est pas qu'une question financière a dit le président, ce n'est pas que la conséquence de la pauvreté, alors c'est quoi ? HELENE GEOFFROY Ce que nous avons observé aujourd'hui et ce sera le rôle des chercheurs de préciser les choses c'est que le phénomène de radicalisation s'observe sur tout le territoire national, il concerne à la fois des personnes qui ont pu grandir dans une tradition musulmane comme ça peut ne pas être le cas, donc je crois qu'il faut se hâter de raccourcis rapides et qu'en revanche… CHRISTOPHE BORDET Non ce n'est pas un raccourci rapide, c'est ce qu'a dit le chef de l'Etat hier. HELENE GEOFFROY Non, non, non, je parlais de… Je disais les choses de façon globale. Ce que nous avons en tout cas entamé dans l'ensemble de nos quartiers populaires c'est un travail sur la prévention de la radicalisation en formant tous les acteurs qui interviennent sur le terrain, c'est quelque chose d'immense de former les acteurs associatifs, les fonctionnaires qui interviennent sur les questions de la prévention. CHRISTOPHE BORDET Sur cette question les Français avaient besoin d'être rassurés hier soir ! HELENE GEOFFROY Eh bien je pense que quand on est… CHRISTOPHE BORDET Est-ce que le chef de l'Etat a rassuré les Français ? HELENE GEOFFROY Bien sûr ! Le chef de l'Etat a dit que l'action publique était en cours. Qu'est-ce qui est intéressant de savoir ? Qu'on est capables de détecter des signes de radicalisation, que quand des parents appellent des élus locaux on a une réponse à leur apporter, c'est le cas aujourd'hui avec les préfectures et avec tous les acteurs qui vont être formés tout au long de l'année. MICHAËL SZAMES Dans les collectivités locales il y a aussi un problème c'est qu'on a évidemment supprimé les subventions et les collectivités ont supprimé des subventions aux associations… HELENE GEOFFROY Mais pas l'Etat, l'Etat a rétabli les crédits aux associations. MICHAËL SZAMES A remis les crédits ! Est-ce que les collectivités-là, parce que là je parle à l'ancienne maire de Vaulx-en-Velin que vous êtes, ont laissé tomber ces associations ? HELENE GEOFFROY Après ce sont des choix politiques ! Dans les quartiers populaires en tout cas les élus locaux ne laissent pas tomber les associations, ils savent que c'est le sel si je puis dire de la cohésion sociale, une fois qu'on est rassurés bien entendu sur le fait qu'elles portent toutes les valeurs de la République en elles elles sont indispensables ; et l'Etat fait un effort important, de nouveau le Premier ministre a annoncé dans le cadre du… Des financements aux associations, elles sont un triptyque aux côtés des institutions, des citoyens, du monde économique, elles font partie de cette triptyque qui tient nos quartiers bien debout. CYRIL VIGUIER Hélène GEOFFROY, sur la politique intérieure et sur Emmanuel MACRON qui fait la une du Parisien aujourd'hui je le disais tout à l'heure François HOLLANDE dit : « il sait ce qu'il me doit, c'est une question de loyauté ». Doit-il rentrer dans le rang ? Comment vous jugez ce collègue de gouvernement ? HELENE GEOFFROY Ah ! Je n'ai pas la prétention de juger mes collègues du gouvernement. Ce dont je suis sûre c'est que… CYRIL VIGUIER Je parle de son action bien sûr et de son nouveau mouvement En marche. HELENE GEOFFROY Oui, oui, j'ai compris le sens de votre question. Moi je sais qu'on a besoin au moment où nous sommes de la solidarité entre nous, je vais vous dire pourquoi profondément. Très souvent ce qui rend l'action publique anxiogène ou illisible c'est le fait qu'on ait la pression, que chacun dit une parole différente ou juge la parole de l'autre - c'est pour ça que je ne veux pas rentrer dans ce débat-là la question essentielle c'est que nous soyons chacun dans notre fonction, notre ministère, en train de travailler, d'expliquer ce que nous avons fait et de continuer ce que nous avons à faire, les Français en ont besoin. CYRIL VIGUIER Vous avez eu des éléments de langage de la part de l'Elysée et de Matignon sur ça ? HELENE GEOFFROY Ah ! Non aucun, aucun là-dessus, ah sur Emmanuel MACRON je vous rassure je n'en ai eu aucun, ce n'est que ma conviction… CYRIL VIGUIER Et plus globalement, sur l'intervention du chef de l'Etat… HELENE GEOFFROY Sur ma conviction personnelle… CYRIL VIGUIER Vous avez reçu des éléments ? HELENE GEOFFROY Non, non, c'était… Votre matinale était peut-être trop matinale, je n'ai pas eu le temps de les recevoir, donc ce qui m'a permis de dire ce que je pensais. CHRISTOPHE BORDET Hélène GEOFFROY un problème très concret, Manuel VALLS reçoit le président de l'Association des grandes villes de France - le maire de Toulouse Jean-Luc MOUDENC - ce matin, car les maires n'en peuvent plus, ils ne supportent plus les baisses de dotations et demandent un lissage jusqu'en 2020. Est-ce que vous croyez que cette demande peut recevoir une réponse positive ? HELENE GEOFFROY Je ne sais pas quelle sera la réponse donnée ! Ce qui est sûr c'est que le débat est clairement sur la table, l'ensemble des maires et des représentants des collectivités le portent et le gouvernement a commencé à y répondre au travers de la réforme de la dotation globale de fonctionnement - vous savez qui est en débat depuis plusieurs mois maintenant – avec l'idée de pouvoir retravailler sur les critères d'attribution de cette dotation et puis pour les quartiers et les villes plus populaires permettre une meilleure péréquation dans les ressources, ce qui est indispensable pour plus de justice. CYRIL VIGIUER Michaël SZAMES, dernière question. MICHAËL SZAMES Question quand même sur 2017, parce que François HOLLANDE l'a clairement dit hier, il attendra la fin de l'année la fin de l'année ça veut dire fin décembre et les primaires de la gauche elles ont lieu peut-être début décembre, c'est un enterrement de première classe de cette primaire ? CYRIL VIGUIER Il ferme le jeu ? HELENE GEOFFROY Non, parce que le Parti socialiste a été très clair, il dit qu'il souhaite faire la primaire, je pense que… MICHAËL SZAMES Début décembre ! CHRISTOPHE BORDET Avec ou sans François HOLLANDE ! CHRISTOPHE BORDET Il a dit fin de l'année, je crois qu'il n'a pas donné… Enfin il n'a pas été aussi précis dans un calendrier le président de la République, donc évidemment ma famille politique fera les choses… MICHAËL SZAMES Vous souhaitez, vous, qu'il participe à cette primaire ? HELENE GEOFFROY Moi ce que je souhaite en tout cas c'est qu'il soit notre candidat l'année prochaine, parce que je pense qu'avec finalement les cinq années… MICHAËL SZAMES Dans le cadre des primaires ? HELENE GEOFFROY Les années que nous avons vécues doivent lui permettre … MICHAËL SZAMES Madame GEOFFROY, dans le cadre des primaires ? HELENE GEOFFROY Mais si les primaires existent et que le parti les porte évidemment dans le cadre des primaires, mais moi je vous dis ma conviction profonde c'est que François HOLLANDE soit notre candidat l'année prochaine. CYRIL VIGUIER Hélène GEOFFROY, on termine avec votre action au ministère de la Ville, vous placez l'école au centre et au cœur de vos préoccupations et l'UNICEF place la France elle à la 35ème place sur les inégalités de bien-être dans les pays européens. Ça va mieux-là ? HELENE GEOFFROY Ça va mieux, je vous rappelle que les études sont quand même antérieures à la majorité de ce que nous avons fait dans notre quinquennat, ça va mieux. Aujourd'hui nous avons de plus en plus d'enseignants dans classe, ils sont formés ce qui n’était plus le cas avec le précédent mandat, ce qui était quand même assez paradoxal et puis nous sommes en train de travailler avec notre jeunesse, outre la question de la refonte de l'école que vous connaissez bien, dans les quartiers populaires il y a aujourd'hui plus de moyens je le vois, nous allons avoir des écoles et le… annonce nous allons refaire le bâti, elles seront connectées, les enseignants seront devant les élèves, les parents d’élèves seront plus impliqués. Ce n'est pas la panacée, mais à mon avis c'est le début de quelque chose de fondamentalement important, redire que la promesse républicaine va être tenue par les écoles. CYRIL VIGUIER Voilà ! Hélène GEOFFROY merci d'avoir été l'invitée de cette matinale d'infos, je rappelle que vous êtes secrétaire d'Etat à la Ville, ancienne maire de Vaulx-en-Velin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/298.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/298.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9a334efaf0e503f00a93b639d6e303fe3d33ceed --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/298.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Mesdames, messieurs, C'est la deuxième visite que j'effectue en Egypte puisque l'année dernière, au mois d'août, j'étais présent ici dans votre pays lors de l'inauguration du doublement du canal de Suez. Monsieur le Président SISSI, vous m'y aviez invité pour une visite d'Etat. Je suis donc au Caire aujourd'hui. Dans les discussions que nous avons eues et qui vont se poursuivre encore demain, nous avons voulu donner à notre relation, celle de la France avec l'Egypte, toute l'intensité nécessaire et dans tous les domaines : dans le domaine politique, économique, culturel et même, vous l'avez évoqué, touristique. Nous avons abordé d'abord la situation de la région et les initiatives que nous devons prendre pour contribuer à la stabilité et à la paix. D'abord par rapport à la Libye. Le gouvernement de monsieur SARRAJ est pour nous le gouvernement légitime, qui peut préparer l'avenir de la Libye et le rassemblement de tous. Demain, il y aura une réunion de la chambre des représentants et nous souhaitons que ce gouvernement puisse avoir toute l'autorité nécessaire pour assurer la sécurité, pour préparer une nouvelle étape pour la Libye. L'armée libyenne doit être renforcée et elle contribuera aussi, avec le gouvernement et sous l'autorité du gouvernement, à cette solution. Nous avons attendu longtemps pour qu'il y ait un gouvernement, qu'il y ait une autorité. Nous y sommes, mais nous n'en avons pas terminé. Nous travaillerons ensemble, Egypte et France, pour qu'avec la communauté internationale, nous puissions en finir avec ce qui s'est trop longtemps produit en Libye, c'est-à-dire le chaos. Nous avons également voulu aborder l'avenir de la Syrie. Nous pouvons offrir une issue étape par étape, à condition que la négociation trouve effectivement sa place, que la trêve soit respectée et qu'il y ait de la part de l'ensemble des parties prenantes - je parle des pays voisins ou des pays extérieurs - la pression nécessaire pour qu'il y ait une Syrie qui retrouve la stabilité, la sécurité et surtout la paix. Et qu'elle en termine avec les massacres, les oppressions et le terrorisme. Nous avons aussi voulu parler d'autres sujets, le Yémen. Et là aussi, la solution qui s'esquisse. Je sais les conversations qui ont eu lieu ici même au Caire entre le président égyptien et le roi d'Arabie Saoudite. C'est ensemble que nous pouvons trouver, là encore, les réponses. J'ai également voulu que la France lance une initiative pour aborder le conflit israélo-palestinien. L'Egypte soutient l'initiative française qui est une initiative au service de la paix et d'une perspective pour en terminer avec ce conflit. C'est l'intérêt de tous. Voilà pourquoi il est très important que dans le cadre de cette visite que je vais prolonger ensuite - j'ai commencé par le Liban nous puissions tous converger vers des solutions. Néanmoins comment cacher que la situation au Moyen-Orient est grave et que le terrorisme y a des racines profondes et que nous devons lutter avec détermination par rapport à ce fléau ? C'est pourquoi nous avons entre l'Egypte et la France défini des accords pour la sécurité de la région et la sécurité de l'Egypte. Pour nous, la sécurité de l'Egypte, c'est la sécurité de la région et la sécurité de la région, c'est la sécurité aussi de l'Europe. Il y a eu, vous le savez, un certain nombre d'accords qui ont été passés, de moyens qui ont pu être mis à la disposition de l'Egypte et il y aura toujours cette coopération. Elle est nécessaire et elle est fondée sur la confiance. La lutte contre le terrorisme, l'Egypte sait de quoi hélas - ces fondamentalistes sont capables. Nous devons, là encore, coordonner nos efforts. Le terrorisme, ce n'est plus simplement des groupes, ce sont aussi des parties du territoire ici, au Moyen-Orient, qui sont contrôlés par eux. Il nous faut également nous convaincre que le terrorisme a des racines aussi en Europe et que nous devons lutter contre et les causes et les conséquences de ce terrorisme. Ce qui suppose de la fermeté mais ce qui suppose aussi - et je l'ai rappelé ici au Caire – qu'il y ait un Etat et un Etat de droit. C'est le sens de ce que la France évoque quand elle parle des droits de l'Homme. Les droits de l'Homme ne sont pas une contrainte. Les droits de l'Homme sont aussi une façon de lutter contre le terrorisme dès lors que la sécurité est assurée et que l'action déterminée est affirmée. Les droits de l'Homme, c'est à la fois la liberté de la presse, la liberté d'expression et c'est aussi avoir un système judiciaire qui puisse répondre à toutes les questions qui sont posées. Nous voulons avec l'Egypte intensifier nos relations économiques. De ce point de vue, là encore, des entreprises nombreuses sont venues mais elles ne pourront travailler que s'il y a la sécurité - c'est la condition du développement économique partout dans le monde. Et là encore, les entreprises françaises ont fait le choix de l'Egypte et continueront à y investir. Elles disposent aussi de la confiance des entreprises égyptiennes ou des partenaires égyptiens. Dans de nombreux domaines, il y aura des avancées - aussi bien dans le domaine des transports (le métro du Caire) que dans le domaine de l'énergie sous toutes ses formes, dans le domaine industriel, par exemple, l'assainissement, les stations d'épuration qui peuvent répondre là encore aux exigences qui sont posées pour que les technologies françaises puissent être la réponse. Les entreprises françaises sont prêtes. Et puis, nous avons une relation qui est pleinement culturelle parce que l'Egypte est un grand pays ; le grand pays de la région. Mais l'Egypte est aussi un pays héritier d'une très grande culture et d'une très grande civilisation. Nous voulons participer autant qu'il est possible à cette richesse patrimoniale comme à cette richesse en termes de création. Il y a aussi une francophonie qui se déploie en Egypte et pour nous, l'enseignement du français est très important. Alors là encore, il y aura un certain nombre d'accords qui seront passés dans ce domaine culturel, linguistique. Nous voulons aussi en matière de tourisme, pouvoir démontrer que la sécurité étant revenue, il est possible pour tous ceux qui aiment l'Egypte – et ils sont très nombreux - de venir comme touristes y passer le temps nécessaire. Nous voyons bien que ce que nous voulons établir entre la France et l'Egypte, ce n'est pas simplement une relation de circonstance parce que la région est frappée ou parce qu'il y a des réponses que nous devons apporter. Ce n'est pas simplement pour des questions économiques parce que l'Egypte a un développement très rapide et parce que les entreprises françaises ont des technologies à faire valoir. Non. Ce que nous voulons établir entre la France et l'Egypte, c'est une relation durable mais qui répond à certaines conditions, et qui aura à être enrichie dans les prochaines années. Ce que nous avons engagé avec le président SISSI, je pense, a ou aura des prolongements importants pour nos deux pays. Merci. Questions des journalistes Journaliste : Bonsoir Monsieur le Président, nous avons bien entendu ce qu'a dit le Président SISSI il y a quelques instants à propos des droits de l'Homme. Néanmoins, de nombreuses ONG s'inquiètent des violations des droits de l'Homme en Egypte, certaines parlent de dictature, évoquent les cas de torture, sans oublier le Français Éric LANG et l'Italien Giulio REGENI. Monsieur le Président, avez-vous saisi le président SISSI d'une liste précise de noms ? Avez-vous obtenu des avancées les concernant ? Considérez-vous que les droits de l'homme et les violations des droits de l'homme soient compatibles avec le commerce avec l'Égypte ? LE PRESIDENT : Nous avons évoqué - le président SISSI d'ailleurs l'a rappelé lui-même - les questions relatives aux droits de l'Homme, y compris les sujets les plus sensibles - le cas d'Eric LANG dont les conditions de la mort n'ont pas été données au moment où je parle, ou de Giulio REGENI, dont on sait également les questions qui se posent et qui n'ont pas trouvé encore de réponse. Chaque fois que je me déplace et surtout dans un pays qui nous est aussi proche de l'Egypte, je parle des sujets, de tous les sujets. Par exemple sur un certain nombre de dossiers personnels, je ne manquerai pas de dire au président SISSI ce que nous attendons. Mais en même temps que je le fais, dois-je écarter ce qui fait que nous sommes ensemble, la France et l'Egypte ? Toutes les grandes questions politiques que nous avons à traiter ? Les solutions que nous devons trouver ensemble à un certain nombre de situations qui ont des conséquences sur l'Europe et sur la région, le terrorisme ? Si nous n'étions pas ensemble pour assurer la sécurité la sécurité de l'Egypte, on a parlé de la Libye - ce serait manquer à mes propres devoirs par rapport à la sécurité en Europe et en France. De la même manière, il y a des relations économiques et culturelles. Elles doivent non seulement se poursuivre mais s'intensifier. Donc comme je l'ai dit, entre l'Egypte et la France, nous sommes suffisamment proches pour n'occulter aucun sujet et pour prendre tous les domaines comme un levier pour notre coopération. Mais je fournirai y compris une liste de cas personnels, je l'ai dit au président SISSI. Journaliste : Lors de chaque visite d'un responsable occidental en Egypte, pourquoi est-ce qu'il y a des questions qui sont posées pour entraver ces relations et ces visites comme cela a été le cas lors de la visite de responsables italiens, lors de votre visite aujourd'hui ? Le monde entier s'est indigné après les actes terroristes en France et en Belgique. L'Egypte est en train de lutter contre le terrorisme ici et parfois les médias occidentaux montrent un certain manque de transparence ou de franchise ou de sincérité lorsque vous parlez de ces sujets. Vous parlez du terrorisme, Monsieur le Président HOLLANDE, avec le Président égyptien. Que peut donner la France et que peut donner l'Europe comme aide à l'Egypte et comment est-ce qu'il est possible de corriger cette image déformée et erronée qui est donnée de l'Egypte alors que ce gouvernement est né par la volonté du peuple ? De même, comment évaluez-vous la politique de l'Iran à l'encontre d'un certain nombre de pays arabes ? LE PRESIDENT : Le terrorisme a frappé de nombreux pays, l'Egypte en particulier. Il y a eu encore récemment des attaques terroristes particulièrement graves. La France, vous le savez, a été également attaquée et nous sommes donc tous concernés par la lutte contre le terrorisme et nous devons tous nous mobiliser. Ce qui fait la force d'un pays, c'est d'être capable de répondre quand il est attaqué, y compris en utilisant les moyens de la force mais aussi les moyens du droit. Ce sont les deux qui permettent d'arriver aux résultats. Il ne faut pas voir dans une question, celle des droits de l'Homme, une attaque. Il faut y voir une attente et aussi une exigence. Et moi, je pense que c'est en parlant, c'est en faisant en sorte de converger dans la lutte contre le terrorisme que nous pourrons aussi apporter des réponses en matière de droits de l'Homme. Ce qui est très important dans cette période, c'est que l'Europe et l'Egypte puissent avoir de bonnes relations. Pour que ce résultat soit atteint, il faut apporter un certain nombre de réponses. Sur la question de la sécurité, la France a voulu que l'Egypte puisse disposer, si elle le souhaitait, des moyens pour assurer sa propre défense et pour agir contre un certain nombre d'éléments terroristes. En même temps, nous avons des principes que nous défendons toujours. Voilà pourquoi il ne faut pas prendre cette question comme une attaque contre l'Egypte. C'est parce que sans doute, on est très attaché à ce que l'Egypte représente, que cette question est légitime. Journaliste : Monsieur le Président HOLLANDE, Monsieur le Président AL SISSI. Monsieur le Président HOLLANDE, vous avez évoqué l'autorité du gouvernement libyen d'union nationale. Quelle action attendez-vous de l'Egypte pour que cette autorité soit affermie ? Faut-il que l'Egypte fasse pression directement sur le général HAFTAR ? Attendez-vous que ce gouvernement d'union nationale fasse appel à l'aide militaire de la communauté internationale pour lutter contre Daech, pour lutter contre ce que vous avez appelé « le chaos » et dans ce cas, y répondrez-vous favorablement ? LE PRESIDENT : Tout d'abord, s'il y a un pays qui est concerné par la situation en Libye, c'est l'Egypte. Il y en a un autre aussi, c'est la Tunisie de l'autre côté. Mais le Président SISSI le rappellerait mieux que moi : la frontière entre l'Egypte et la Libye est un sujet de très grave préoccupation. Pour la France et pour l'Egypte - mais je ne veux pas m'engager à la place du président SISSI, nous en avons discuté - il est essentiel que le gouvernement SARRAJ puisse être pleinement légitime et son autorité pleinement reconnue. Il est également majeur que l'armée libyenne puisse disposer de la force nécessaire pour rétablir la sécurité sous l'autorité du gouvernement. Ce que nous devons faire, c'est que l'ensemble des parties prenantes, extérieures, intérieures puissent converger. Notamment demain puisque la chambre des représentants aura à se prononcer. Et c'est vrai que l'Egypte a aussi son influence en Libye et qu'il y a effectivement des éléments - vous avez parlé du général HAFTAR - qui doivent être associés à la solution. Mais le plus important, c'est qu'il y ait un gouvernement en Libye. Et qu'il puisse effectivement appeler la communauté internationale s'il en décide. Il y a déjà une force européenne. Il a été décidé par le Conseil européen qu'il y ait une force navale qui puisse protéger nos frontières et qui puisse entrer dans les eaux de la Libye, si le gouvernement libyen fait appel. Donc nous attendons qu'il y ait cette demande ou en tout cas qu'il y ait cette possibilité qui nous soit offerte de manière à assurer une meilleure sécurité et notamment de lutter contre les passeurs. Ensuite, c'est au gouvernement libyen de faire des demandes. Ce sera à l'ONU, sans doute au Conseil de Sécurité, de savoir comment peut être traitée cette demande. Journaliste : Monsieur le Président HOLLANDE, la construction et le développement sont importants dans la lutte contre le terrorisme. Ma question est la suivante : la France en elle-même et en tant que grand pays européen, comment va-t-elle contribuer dans les projets, les grands projets égyptiens, économiques, et qui luttent aussi contre le terrorisme, les zones industrielles, le canal de Suez, etc. ? L'Egypte, deuxième question, a beaucoup combattu le terrorisme et a beaucoup appelé à combattre le terrorisme. Si vous aviez été à notre place, si la France souffrait de ce dont souffre l'Egypte aujourd'hui, comment est-ce que vous y auriez répondu et comment est-ce que vous auriez traité ce problème de droits de l'Homme dans ces circonstances ? Merci. LE PRESIDENT : Nous avons avec le président SISSI évoqué les perspectives qu'offre le canal de Suez maintenant qu'il a été si je puis dire dédoublé. Nous sommes tout à fait favorables à ce que les entreprises françaises viennent investir dans la zone dite du canal de Suez. La délégation qui m'accompagne, qui est composée de nombreux chefs d'entreprise, est parfaitement consciente de ce que peut représenter comme potentiel cette zone au-delà même des incitations fiscales qui peuvent exister. Nous considérons que le canal de Suez est un atout considérable non seulement pour l'Egypte mais pour toute la région et qu'il y aura là une zone qui aura une capacité de développement qui aura des conséquences sur bon nombre de pays. Vous avez raison, le développement économique est aussi une façon de lutter contre les causes du terrorisme puisqu'un certain nombre de ces groupes utilisent la misère, la pauvreté pour avoir un certain nombre de soutiens. Vous me posez une deuxième question. La France a été touchée par des attaques terroristes. Au mois de janvier 2015, nous avons été déjà agressés et au mois de novembre dernier, nous avons eu 130 morts et des centaines de blessés. La France a fait face. Elle a riposté comme il convenait d'abord en intensifiant ses frappes en Syrie et en Irak. Elle a mis en place à travers un certain nombre de lois des dispositions de lutte contre le terrorisme. Elle a fait en sorte que notre capacité de renseignement puisse être encore améliorée. Nous avions un certain nombre de dispositions qui ont été votées pour faire en sorte que notre procédure pénale puisse être adaptée. Nous avons même proclamé l'état d'urgence. Nous sommes encore avec un état d'urgence prolongé en France. Mais nous n'avons jamais rien concédé par rapport aux libertés parce que c'est ce que nous voulons démontrer, c'est ce qui doit faire la force d'un pays comme la France avec son histoire, avec ses traditions. Nous pouvons gagner la bataille contre le terrorisme tout en restant nous-mêmes et tout en donnant autant de place que possible à la liberté. La liberté, ce n'est pas la tolérance à l'égard de groupes qui professent la radicalisation. La liberté, ce n'est pas l'aveuglement par rapport à ce qui peut nous venir de l'extérieur. La liberté, ce n'est pas non plus d'ignorer les risques qu'un certain nombre de groupes nous font courir à l'intérieur comme à l'extérieur. Donc nous devons apporter des réponses mais ces réponses doivent toujours être compatibles avec l'Etat de droit. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/299.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/299.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..dabdb4624ba8b5b0c8d27f30b2053a74264d93f2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/299.txt @@ -0,0 +1 @@ +La ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes a présenté une communication relative à l'accompagnement à la parentalité. Depuis le 11 avril, un livret des parents est envoyé, par les caisses d'allocations familiales et de mutualité sociale agricole aux futurs parents d'un premier enfant entre le 4ème et le 5ème mois de la grossesse, soit plus de 500 000 personnes chaque année. Cet outil de prévention illustre la politique volontariste de soutien à la parentalité conduite par le Gouvernement, indispensable au bien-être et à l'épanouissement des enfants : accompagner tous les parents le plus en amont possible, notamment en matière d'éducation, et s'adapter à leurs attentes. La politique d'accompagnement à la parentalité s'adresse à tous les parents pour agir en amont des situations de vulnérabilité, en particulier au moment de la grossesse et de l'arrivée de l'enfant, étapes essentielles dans la construction puis l'évolution des liens intrafamiliaux. L'entrée à l'école, l'adolescence ou encore les séparations familiales mobilisent également fortement les acteurs du soutien à la parentalité. Ceux-ci proposent des actions qui répondent à plusieurs objectifs : la valorisation des compétences parentales (en s'appuyant notamment sur les réseaux d'écoute, d'appui, d'accompagnement des parents, les lieux d'accueil enfants-parents, les techniciens de l'intervention sociale et familiale, les acteurs du parrainage de proximité), le renforcement des liens entre les familles et l'école (contrats locaux d'accompagnement à la scolarité), la prévention des ruptures du lien familial (médiation familiale et espaces rencontre), l'information des familles (points info familles). Le Gouvernement prête une attention particulière aux familles monoparentales, qui représentent plus d'une famille sur cinq. Leur situation révèle une précarité économique accrue mais également une précarité plus diffuse liée à une véritable solitude parentale. En complément des mesures du plan gouvernemental contre la pauvreté, le Gouvernement a renforcé les instruments de la politique de soutien à la parentalité, en expérimentant des solutions d'entraide et de répit avec les associations. Les acteurs du soutien à la parentalité sont particulièrement impliqués dans la prévention de la radicalisation et l'accompagnement des familles. Les premières actions ont permis de former les acteurs de terrain et de mobiliser 4 millions d'euros en 2016 pour le financement d'actions ciblées, telles que le développement des « Promeneurs du Net » qui visent à renforcer la présence éducative sur Internet et les réseaux sociaux. Enfin, la politique d'accompagnement à la parentalité repose sur trois piliers : - une diversité d'acteurs situés au plus près des familles, ce qui leur permet de tisser des liens solides avec celles-ci. Les partenariats qu'ils nouent sur un territoire leur permettent d'agir avec efficacité pour répondre à leurs besoins ; - un soutien financier croissant de la branche famille de la sécurité sociale, dont les crédits consacrés au soutien à la parentalité doublent sur la période 2013-2017 (50 M par an en 2012 à 100 M en 2017). - un pilotage par l'Etat : en confiant aux préfets la responsabilité de coordonner l'élaboration des schémas des services aux familles, le cadre d'intervention de cette politique a été clairement défini et positionné de façon à répondre à l'ensemble des besoins des familles, en termes de modes d'accueil et de lieux de soutien à la parentalité. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/300.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/300.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..79298800f8c9731010ed735b4cd87ddb5fe1e78f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/300.txt @@ -0,0 +1 @@ +Encourager l'engagement et accompagner les jeunes dans leur parcours vers l'autonomie ; c'est bien la raison d'être de chacun d'entre vous. C'est la mienne également. Le projet de loi égalité et citoyenneté qui va être débattu dans les prochaines semaines au Parlement, dans son premier volet, porte cette ambition. La prévention spécialisée, c'est d'abord une mission éducative qui a vocation à s'inscrire en proximité dans les territoires au service de la population. Ses principes fondateurs doivent être garantis : la libre adhésion et son corollaire l'absence de mandat nominatif ; le respect de l'anonymat qui est incontournable mais qui n'est pas incompatible avec le travail partenarial dans une pratique éthique de la confidentialité. « Aller vers », « Faire avec » sont, en quelque sorte, les mots d'ordre de la prévention spécialisée. Quand j'étais président du Conseil général du Nord, j'ai mesuré l'importance et la spécificité de votre rôle. Votre savoir-faire dans la mise en place de chantiers éducatifs et de séjours de rupture est notamment reconnu de longue date. La prévention spécialisée connaît aujourd'hui une situation paradoxale ; alors que nous avons plus que jamais besoin du renforcement de professionnels qualifiés pour accompagner notre jeunesse, en particulier dans les quartiers de la politique de la ville, nombre de vos structures connaissent des baisses importantes de financement par les Conseils départementaux. La prévention spécialisée apparaît comme le parent pauvre de la protection de l'enfance, et est parfois considérée comme une variable d'ajustement, ce que je déplore. Elle est insuffisamment présente dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, seulement la moitié d'entre eux étant couverts. Je le regrette et ferai tout pour corriger cette situation. Je nomme les choses, ce qui m'est parfois reproché par certains. Mais ça ne suffit pas de nommer les choses, il faut assumer ses responsabilités et agir. Comment ? Que peut faire l'Etat ? L'Etat soutient les équipes de prévention spécialisée par les crédits de la politique de la ville et du Fonds interministériel de prévention de la délinquance, en particulier. Je veux aller au-delà. Nous allons élaborer dans les prochaines semaines avec les ministères concernés, le CNLAPS, l'Assemblée des départements de France, une convention nationale de partenariat. Une réunion sera organisée dans le courant du mois de mai à cet effet ; je souhaite que cette convention soit signée d'ici cet été. Elle aura vocation à être déclinée localement en particulier dans les territoires prioritaires à compter de la rentrée. Cette convention visera à mettre en lumière l'utilité sociale de la prévention spécialisée, à reconnaitre davantage les pratiques éducatives que vous développez, à prendre en compte les différents champs d'intervention qui sont désormais les vôtres. La question des moyens devra être abordée. Je veillerai à ce que ceux de l'Etat soient davantage mobilisés pour soutenir vos structures et les actions que vous menez. Je souhaite que les échanges que vous aurez au cours de ces deux journées permettent aussi de nourrir le contenu de cette convention. L'une des principales forces de la prévention spécialisée tient, à mon sens, à sa capacité d'adaptation, d'innovation. Face à l'évolution des réalités, vous êtes amenés à réinterroger vos pratiques professionnelles. Je salue à ce titre votre investissement dans la prévention de la radicalisation, votre engagement pour prévenir ce fléau. Vous n'avez bien sûr pas pour mission première de prévenir la radicalisation mais vous pouvez y concourir dans la mesure où vous êtes en contact direct avec ce phénomène. Les jeunes en rupture peuvent être des proies pour des prédateurs fanatisés. J'ai demandé que chaque contrat de ville soit complété en 2016 par un plan d'actions sur la prévention de la radicalisation, qui en constituera une annexe. Un cadre de référence visant à appuyer les acteurs de terrain dans l'élaboration et la mise en œuvre de ces plans locaux a été établi par mes services et sera prochainement diffusé. Je vous invite à vous associer à ces plans d'actions, votre mobilisation sera précieuse. Le principal enjeu est en effet d'entrer en contact avec des jeunes en situation de radicalisation, de susciter leur adhésion et de nouer avec eux une relation de confiance pour les accompagner dans la durée. Plusieurs d'entre vous sont d'ores déjà engagés dans de telles démarches, je tiens en particulier à saluer les équipes de l'ADAPP 13, pionnière à Marseille dans ce domaine. Vous avez accepté de participer pleinement à la stratégie nationale de prévention de la délinquance adoptée par ce Gouvernement en juillet 2013 parce qu'elle faisait de l'accompagnement individualisé des jeunes les plus exposés à la délinquance sa priorité ; c'est votre cœur de métier. Contrairement au plan précédent qui prônait le tout vidéo, le Gouvernement auquel j'appartiens privilégie la prévention sociale et éducative qui s'appuie sur le respect et la reconnaissance individuelle des jeunes par l'écoute et le dialogue. C'est la confiance en notre jeunesse qui doit collectivement guider notre action. Il y a un mois, j'étais déjà ici, cher Laurent Cathala, pour la clôture d'une réunion départementale des adultes-relais et pour promouvoir l'ouverture en soirée et le week-end des équipements à destination des jeunes, notamment votre extraordinaire médiathèque en plein cœur du quartier du Mont Mesly. J'ai lancé depuis le début de l'année une expérimentation dans cinq départements, le Val de Marne, le Val d'Oise, la Seine et Marne, les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, visant à renforcer la présence adulte à des horaires atypiques, pour ne pas laisser la place aux trafiquants de drogue, aux organisations communautaristes et aux militants de la radicalisation. Quinze villes sont parties prenantes à cette expérimentation ; j'ai dégagé un million d'euros, certaines de vos associations vont d'ailleurs en bénéficier. Je remercie Madame Fauvet pour son implication personnelle dans ce chantier. La recherche de complémentarité est indispensable pour dépasser les clivages institutionnels, pour participer à la création du lien social, pour contribuer à la résolution des situations individuelles, pour monter des actions collectives et pour faciliter les passages de relais. Faire ensemble est une nécessité. Je vous souhaite au cours de ces deux journées d'avoir des échanges constructifs. Je serai très attentif aux réflexions et aux propositions qui s'en dégageront. Vous pouvez compter sur moi. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/301.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/301.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c49bf8dc9d1726f1796f4714ba3918b9b4b524b9 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/301.txt @@ -0,0 +1 @@ +C'est un grand plaisir d'être ici cette après-midi et de participer à ces deux journées de réflexion et de débat de ce colloque international. Je le sais, le rôle primordial des familles a été souligné dans vos débats et c'est aussi pour moi l'occasion de vous exposer l'action que je mène pour elles et à leur côté et de réaffirmer l'engagement total du ministère dont j'ai la charge, dans le combat qui nous rassemble aujourd'hui. Familles, enfance, droits des femmes : les trois champs d'action dont j'ai la responsabilité sont tous également affectés par les phénomènes de radicalisation à l'œuvre dans notre pays et partout dans le monde. Les droits des femmes, parce que les plus jeunes d'entre elles sont particulièrement exposées à la menace des recruteurs qui en ont fait des cibles privilégiées, en mettant en place des stratégies d'embrigadement spécifiques. Leur particulière vulnérabilité exige une attention particulière des moyens adaptés pour empêcher les départs qui mèneront ces jeunes filles et ces femmes vers l'enfer d'une barbarie sans limite, sous le joug d'une oppression qui bafoue leur dignité, leur liberté et jusqu'aux plus élémentaires de leurs droits, notamment par la construction de contre discours spécifiques. Discours fondés sur l'inégalité entre les femmes et les hommes et la soumission des femmes auxquels des jeunes filles adhèrent. La protection de l'enfance est, aussi, un enjeu majeur puisqu'aujourd'hui, un quart des jeunes radicalisés sont mineurs et que l'on sait, par ailleurs, que les parcours de vie les plus difficiles dans l'enfance favorisent le basculement dans des processus de radicalisation. Leur fragilité, notamment à l'adolescence, mérite donc une attention particulière et leur protection exige des mesures efficaces. Mais aussi parce des mineurs sont enlevés par un parent et conduits en Syrie, parce que des enfants de parents français sont nés en Syrie et enfin parce que des enfants rentrent et rentreront de Syrie. Les familles, enfin. Tous les intervenants ont montré combien elles sont aujourd'hui en première ligne du fléau de l'engagement radical violent. En première ligne en tant que cibles, d'abord, puisque la radicalisation de jeunes ou d'adultes, c'est autant d'angoisse et de souffrance pour leurs proches. En première ligne, aussi, en tant qu'acteurs du combat contre la propagande djihadiste. Je veux souligner ici le travail de grande qualité réalisé par les cellules de suivi mises en place dans les préfectures pour l'accompagnement des familles. Les échanges que vous avez eus hier en évoquant les politiques conduites au Canada, au Royaume-Uni ou en Allemagne en sont une parfaite illustration : les familles sont les premières victimes de la radicalisation, et doivent naturellement faire l'objet d'un soutien et d'un accompagnement attentif et empathique. Elles sont aussi un précieux atout dans la prévention de la radicalisation. Comme principal lieu de transmission des valeurs mais aussi d'observation des comportements. Comme espace d'échange et de partage, moteurs de la refondation des relations. Comme source fondamentale de stabilité affective, essentielle pour retisser les liens que les recruteurs s'emploient à détruire. La famille est à la fois la première vigie et le dernier rempart contre la radicalisation. Elle est donc aujourd'hui le principal bénéficiaire et le principal partenaire de la politique que je mène au sein du Gouvernement pour prévenir et combattre la radicalisation. Construire et conduire une telle politique ne peut se faire qu'avec le concours de tous les acteurs : Ainsi, dès les attentats de janvier, j'ai immédiatement réuni l'ensemble des acteurs institutionnels et associatifs qui, chacun dans leur rôle, contribuent aujourd'hui à la mise en œuvre du plan gouvernemental de lutte contre la radicalisation, coordonné par le CIPD, avec lequel mon ministère travaille au quotidien en étroite collaboration. Très vite, la Caisse Nationale d'Allocations Familiales s'est mobilisée et a mobilisé son réseau. Les CAF sont les interlocuteurs naturels des familles, dans la proximité et la confiance et offrent, par ailleurs, un maillage territorial très important. Cette mobilisation a pris la forme d'un renforcement des actions déjà engagées de soutien à la parentalité pour agir le plus en amont possible. Je tiens à rappeler ici que le soutien financier de la branche famille est croissant dont les crédits consacrés au soutien à la parentalité doublent sur la période 2013-2017 (50M par an en 2012 à 100M en 2017). Par ailleurs des financements spécifiques à hauteur de 2 millions d'euros ont été dégagés pour le financement d'actions spécifiques liées à la prévention de la radicalisation. Un référent prévention de la radicalisation a été désigné dans les CAF et la CNAF a élaboré une charte de laïcité, pour ses agents et pour l'ensemble de ses partenaires. Par ailleurs, de plus en plus de CAF participent aux cellules de suivi mises en place dans les préfectures. Je voudrais maintenant évoquer avec vous le rôle déterminant dans la prévention de la radicalisation et de l'accompagnement des familles des acteurs et professionnels de terrain : acteurs de la prévention spécialisé, réseau d'écoute et d'accompagnement des parents, maison des adolescents, point accueil écoute jeune, école de parents, réseau des associations familiales, centres sociaux et je prie ceux que je n'ai pas cité de bien vouloir m'excuser. Tous se sont mobilisés très tôt et avec détermination. Beaucoup d'entre eux participent aux travaux des cellules de suivi. Nous sommes à l'écoute du terrain car une politique publique de prévention ne peut être efficace que si elle est construite à partir des observations, des expériences et des besoins de ceux qui sont au plus près de la réalité des situations. J'ai récemment découvert à Lille un formidable projet : « ensemble ont fait quoi ? » porté conjointement par le réseau de Prévention spécialisée du Nord, la fédération des centres sociaux et l'association « Laisse ton empreinte » spécialisée dans la production de supports pédagogiques. Ils ont réussi à fédérer tous les acteurs de l'action sociale et de la formation pour produire ensemble des outils à destination des professionnels, sur la base de repères communs. Le succès de leurs conférences, qui ont déjà réuni plusieurs centaines d'acteurs institutionnels et associatifs, atteste qu'il y a bien une demande de débat à laquelle nous devons répondre. Pour apporter des réponses et engager des actions adapter les acteurs nous ont fait remonter leur besoin de formation qui doit être assuré au plus près des attentes des acteurs et des spécificités des territoires. C'est ma priorité, avec l'appui du CIPD que je remercie ici j'ai organisé une session de formation à la prévention de la radicalisation à destination des acteurs de terrain le 18 mars dernier. Deux nouvelles sessions sont prévues en juin dont l'une spécifiquement destinée au réseau de l'Union nationale des associations familiales (UNAF). J'observe par ailleurs qu'alors que le travail social et le travail socio-éducatif souffrent d'un grand cloisonnement, la prévention de la radicalisation encourage les différents acteurs à travailler ensemble et fait évoluer les pratiques du travail social. Je sais que de nombreuses initiatives de ce genre sont en cours partout en France, et il nous appartient aussi d'aller à la rencontre des professionnels et des associations pour les faire émerger et les soutenir car elles ont vocation à nourrir notre réflexion et inspirer nos actions. C'est aussi le sens du soutien que nous apportons aux équipes de recherche qui travaillent sur la radicalisation. Je pense ici tout particulièrement au projet d'action-recherche mené par l'association « Entr'autres », qui s'appuie sur les travaux d'universitaires de Nice-Sophia-Antipolis et Paris 7 Diderot. Je suis certaine que la communication qu'a prononcée ce matin le professeur Fathi Benslama vous aura tous convaincus de la pertinence de cette démarche. Des dispositifs sont en place ; cependant l'ampleur du défi auquel nous sommes collectivement confrontés impose d'aller plus loin. D'innover. D'expérimenter. De proposer de nouvelles méthodes de travail et d'action élaborées et mises en œuvre pour et avec les familles. Je suis convaincue qu'elles peuvent et doivent jouer un rôle central dans ce combat contre la radicalisation. C'est pourquoi je souhaiterais voir se développer « l'accompagnement par les pairs », c'est-à-dire la mise en relation et en réseau des familles directement touchées par ce drame. Il me semble essentiel qu'elles puissent partager non seulement leur douleur, mais aussi leur expérience et même l'expertise qu'elles ont pu développer du processus de radicalisation. Cette possibilité d'échange est déterminante pour que les parents puissent se soutenir mutuellement : ceux qui s'interrogent sur les signes d'engagement dans une conduite radicale violente et cherchent des réponses pour reconstruire les liens avec leur enfant ; ceux qui l'ont vu partir et sont sans nouvelles ; ceux qui le voient revenir après un séjour en Irak ou en Syrie ; et bien sûr, ceux qui ont la douleur de l'avoir perdu mais qui gardent au cœur la force et l'espoir d'éviter à d'autres familles de connaître la même tragédie. Cette démarche peut également, je le crois, aider les parents à surmonter les craintes qui les empêchent parfois de bénéficier de l'aide qu'ils pourraient recevoir en signalant une conduite à risque. Sentiment de culpabilité, peur d'être stigmatisé, volonté de protéger leur enfant d'éventuelles mesures de représailles : c'est un véritable dilemme, auxquelles ces familles sont confrontées. En discuter avec des parents qui sont passés par cette épreuve est aussi une manière de retrouver le chemin de la confiance, en eux-mêmes et dans les institutions. De nombreuses initiatives d'accompagnement par les pairs ont déjà vu le jour, et elles méritent d'être encouragées et soutenues. Je souhaite aujourd'hui amplifier cette dynamique en soutenant l'émergence d'une association nationale de familles accompagnantes fédérant ces initiatives, coordonnant leurs démarches et à terme labellisant des antennes locales. Cette structure doit avoir vocation à travailler en étroite coopération avec les équipes qui gèrent le numéro vert, afin que chaque appel puisse donner lieu à un soutien effectif, assuré conjointement par les professionnels et les familles concernées. Le combat contre la radicalisation est une course de vitesse, qui nous impose d'aller toujours plus vite et encore plus loin. Pour cela, nous devrons encore progresser dans l'articulation et la coordination des dispositifs existants, qu'ils soient soutenus par les CAF ou mis en œuvre par les préfectures. La cohérence et la lisibilité des actions conduites par les pouvoirs publics est aussi l'une des conditions de leur efficacité. Nous travaillons donc à renforcer les synergies au service d'une dynamique qui requiert la mobilisation de tous : agents publics, professionnels, associations, familles… La richesse des échanges que vous avez eus durant ces deux journées est la preuve éclatante que les chercheurs apportent une contribution décisive à la lutte contre la radicalisation. Croiser les regards, partager les expériences, créer des synergies : voilà l'enjeu auquel nous devons collectivement répondre pour mieux comprendre et contrer cette menace globale, si lointaine et si proche. Enfin et pour conclure mon propos, je souhaiterais insister sur le périmètre de la radicalisation. Bien sûr, et c'est sa première exigence, il s'agit de prévenir et d'empêcher les passages à l'acte, actes de terrorisme et départs en Syrie et en Irak. Mais, à mon sens, la prévention de la radicalisation inclut également la résistance à l'extension du domaine de l'emprise intégriste dans les quartiers. Il est notre devoir Républicain, de protéger celles et ceux qui vivent en France d'un Islam politique et fondamentaliste, qui certes, n'est pas nécessairement lié au terrorisme, mais remet profondément en cause l'égalité femme/homme et la liberté des femmes. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/302.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/302.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9b0f0206b7b3cee981e7228b30eb0824885e1f75 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/302.txt @@ -0,0 +1 @@ +C'est avec grand plaisir que je vous retrouve aujourd'hui pour clôturer ces journées de réflexion et d'échanges autour de la prévention spécialisée. Ces deux jours ont été très riches et denses comme vient de l'expliquer Madame Isabelle SANTIAGO – Isabelle dont je tiens à saluer l'engagement en faveur de la protection de l'enfance et de l'innovation sociale. Le département du Val de Marne, comme le CNLAPS (Comité National de Liaison des Acteurs de la Prévention Spécialisée) et bon nombre d'entre vous ici présents, a largement participé à la grande concertation qui a permis l'élaboration de la feuille de route de la protection de l'enfance 2015-2017. Le volet législatif de cette réforme la loi du 14 mars 2016 relative à la protection de l'enfant a été promulgué il y a près d'un mois, concluant ainsi plus d'un an de débats parlementaires. Je suis fière que, pendant plusieurs mois, la protection de l'enfance ait été évoquée au Parlement dans tous ses aspects : de la prévention à l'adoption. La protection de l'enfance a retrouvé une place à part entière dans le débat public. Bien que la loi soit adoptée et que de nombreuses avancées aient déjà été réalisées, je sais qu'il reste encore du chemin à parcourir. Si la loi de 2007 a bien évidemment marqué un grand progrès dans la politique de protection enfance, son application a connu de nombreuses disparités au sein des différents départements. Ce sont entre autres ces différences, ces inégalités territoriales qui peuvent limiter les effets positifs de la réforme de 2007. C'est notamment le cas, et de façon criante, pour la prévention spécialisée. [I. La prévention spécialisée, un des piliers de la réforme de la protection de l'enfance] Une philosophie renouvelée J'ai donc pleinement conscience que la réforme de la protection de l'enfance que je propose ne peut prendre pleinement effet qu'avec le volontarisme des départements mais aussi l'action et le soutien des professionnels. C'est pourquoi, je souhaite poursuivre le dialogue entamé avec vous lors de la concertation. Vous, associations, travailleurs sociaux, qui travaillez quotidiennement sur le terrain à l'accompagnement des jeunes et de leur famille. Vous qui défendez chaque jour l'idée que rien n'est totalement joué d'avance pour un jeune et qu'avec de la prévention, une action éducative, il est possible d'échapper à ce que l'on appelle parfois la fatalité ou le déterminisme. J'ai conscience des nombreuses difficultés que vous pouvez rencontrer, du découragement qui peut parfois survenir mais surtout de la force dont vous faites preuve pour que ces difficultés n'entament pas votre engagement. Et au cœur de vos préoccupations et décisions quotidiennes, il y a, je le sais, une réflexion sur les besoins des jeunes. Et, c'est cette même préoccupation sur les besoins de l'enfant et du jeune qui constitue la pierre angulaire de la réforme de la protection de l'enfance contenue dans la feuille de route. C'est la convention des droits de l'enfant qui doit guider nos choix pour construire un environnement bienveillant qui protège et stimule chaque enfant, soutient son développement et son épanouissement. La ratification du 3ème protocole de la convention des droits de l'enfant l'année dernière, l'audition de la France par les Nations Unies en janvier dernier ou encore l'adoption de la loi de protection de l'enfant sont des avancées en ce sens qui nous ont donné l'occasion de défendre une vision politique des besoins des enfants et de leurs potentiels. Mieux protéger les enfants les plus vulnérables au travers de la réforme de la protection de l'enfance, trouver des réponses adaptées aux besoins des tout petits dans les dispositifs d'accueil du jeune enfant, permettre aux mères seules de souffler grâce à la création de solidarités de proximité... Toute l'action de mon ministère s'inscrit dans cette conviction qu'il est possible de soutenir les capacités de tous les enfants et de tous les jeunes, dans la pluralité de leurs besoins et dans l'aide aux familles. La valorisation de la prévention spécialisée La réforme de la protection de l'enfance s'est donc fixée trois objectifs principaux : Mieux prendre en compte les besoins de l'enfant, dans leur pluralité. Améliorer le repérage et le suivi des situations de maltraitance, de danger ou de risque de danger. Développer la prévention à tous les âges de l'enfance. Je vais me concentrer ici sur ce troisième aspect qui vous intéresse plus particulièrement, bien que l'action de la prévention spécialisée réponde aux différents objectifs que je viens de citer. En effet, au moment où s'intensifie la lutte contre toutes les formes de décrochage, où de nouvelles menaces pèsent sur les jeunes, les équipes de prévention spécialisée sont une ressource indispensable pour repérer les signes de mal être et répondre aux besoins des jeunes sur les territoires. J'ai souhaité que différentes mesures puissent réaffirmer et consolider le rôle de la prévention spécialisée en protection de l'enfance. Son cadre d'intervention a ainsi été clarifié par la loi du 14 mars 2016. La place de la prévention spécialisée dans le champ de la protection de l'enfance a été clairement réaffirmée dans le Code de l'action sociale et des familles (Article L221-1) ce qui s'exprime très bien dans le département du Val-de-Marne qui a fait le choix d'un financement exclusif par l'Aide sociale à l'enfance. De même, pour « valoriser l'action des équipes de protection de l'enfance sur les territoires dans la proximité des habitants » (action 62 de la feuille de route), le CNLAPS a par exemple été chargé de mener une étude sur la cartographie de la prévention spécialisée au plan national. Je sais que celle-ci est en cours et que vous rendrez vos conclusions d'ici la fin du mois de juin. Ce travail sera précieux et nourrira nos réflexions sur la prévention spécialisée. Il permettra tout d'abord d'actualiser des chiffres qui ne l'avaient pas été depuis plus de 11 ans. Mais aussi, d'analyser les besoins de chaque territoire, les différents profils des publics concernés ou encore la diversité des pratiques territoriales… Dans la même logique, la feuille de route a permis la mise en place d'un groupe de travail sur la prévention spécialisée. Il s'est déjà réuni à plusieurs reprises et je sais que les échanges que vous avez dans ce cadre sont très riches. Ils permettront la mise en place d'un référentiel commun adapté aux réalités des territoires et à vos pratiques professionnelles. Ce référentiel permettra de faire émerger de bonnes pratiques et de rendre plus lisibles les actions que vous menez sur le terrain. La diversification des modes d'intervention La valorisation de la prévention spécialisée s'inscrit aussi dans la diversification des réponses de protection proposée par la feuille de route. L'approche spécifique de la prévention spécialisée, sans mandat administratif ou judiciaire individualisé, est un mode d'action unique qui permet d'approcher certains jeunes et familles déjà en ruptures avec les institutions. Et il est certain que la politique de protection de l'enfance a besoin de ce type d'intervention, innovant et moins institutionnel ! Pour répondre au mieux à la diversité des situations vécues par les jeunes et leur famille, nous devons promouvoir la pluralité des réponses éducatives. C'est pourquoi la loi du 14 mars prévoit par exemple la sécurisation des conditions d'accueil chez un tiers, qu'il s'agisse de décisions administratives ou judiciaires. Des mesures d'accompagnement vers l'autonomie des jeunes Pour prévenir la marginalisation de certains jeunes, lutter contre des situations d'exclusion, j'ai aussi souhaité que des mesures soient consacrées, dans la feuille de route, à l'accompagnement vers l'autonomie des jeunes majeurs qui sortent du dispositif de l'aide sociale à l'enfance (ASE). Il est insupportable de savoir qu'aujourd'hui près de 40 % des jeunes vivant dans la rue ont eu un parcours en protection de l'enfance. C'est pourquoi maintenant, les jeunes seront accompagnés, dès leurs 17 ans, pour élaborer un projet d'accès à l'autonomie. L'accès aux dispositifs de droit commun sera aussi facilité grâce à une amélioration des coordinations entre les différents acteurs. Cela se traduira par la signature d'un protocole conclu par le président du conseil départemental, conjointement avec le préfet et le président du conseil régional. Ce protocole va permettre d'offrir aux jeunes de 16 à 21 ans une réponse globale en matière éducative, culturelle, sociale, de santé, de logement, de formation, d'emploi et de ressources. Enfin, mesure que j'ai tout particulièrement défendue, un pécule constitué par le versement de l'Allocation de Rentrée Scolaire (ARS) sur un compte bloqué sera désormais mis à la disposition de ces jeunes à leurs 18 ans pour adoucir le passage à la majorité. La sortie de l'ASE est souvent vécue comme une rupture importante dans un parcours de vie – une rupture qui s'accompagne bien souvent d'un dénuement. La feuille de route pour la protection de l'enfance de prévention met donc en place un ensemble de mesures de prévention de la marginalisation des jeunes, parmi lesquelles la prévention spécialisée joue une place centrale. [II. La prévention spécialisée, une action de proximité au service des jeunes et de leur famille] Lutte contre les phénomènes de radicalisation A ceux qui douteraient encore de l'utilité sociale de la prévention spécialisée, je voudrais rappeler le rôle déterminant que jouent les équipes éducatives pour prévenir notamment l'emprise radicale dont les jeunes les plus vulnérables peuvent être la cible. Nous le savons les situations de fragilité, de rupture, d'exclusion restent le terreau de la radicalisation. L'adolescence et l'entrée à l'âge adulte sont des périodes charnières, où la vulnérabilité est plus grande et le besoin de repères se fait plus fort. Les recruteurs de réseaux terroristes tentent de profiter de cette fragilité adolescente en se substituant aux familles, à l'entourage proche de ces jeunes, en leur proposant de nouveaux repères aux jeunes, une nouvelle grille de lecture du monde. De nombreux jeunes se disent en souffrance en France et c'est notamment le cas des jeunes filles qui constituent des cibles privilégiées pour les recruteurs. Les équipes de prévention spécialisée constatent par ailleurs une féminisation de plus en plus forte de leur public. Nous devons écouter cette souffrance, essayer de la comprendre pour mieux y répondre. C'est notamment ce que les équipes de prévention spécialisée font au quotidien en allant à la rencontre de ces jeunes dans leur milieu de vie. Très tôt, les associations de prévention spécialisées ont manifesté leur volonté de participer à la construction des dispositifs de prévention de la radicalisation. Face à cette problématique nouvelle nous avons plus que jamais besoin de nous appuyer sur l'expérience des acteurs qui connaissent le terrain pour trouver des solutions face à ce nouveau défi. Certaines associations de prévention spécialisée travaillent déjà avec les cellules de suivi mises en place par les préfectures pour l'accompagnement des familles et des jeunes signalés. Je me suis récemment rendue dans le Nord pour rencontrer l'association Itinéraires à qui a été confiée la cellule d'intervention mobile et qui fait un travail remarquable en coordination avec l'ensemble des acteurs. Cette coopération locale avec les acteurs de terrain est précieuse et doit être encore développée. Je tiens une nouvelle fois à saluer votre engagement et votre mobilisation en faveur des jeunes en voie de marginalisation. La présence d'équipe de rues, le maillage de certains quartiers… Tout ce travail de proximité effectué par les équipes de prévention spécialisée permet de prévenir les phénomènes de radicalisation et plus largement de soulager la souffrance, et les phénomènes d'exclusion dont souffrent certains jeunes. Agir avec les familles & avec les jeunes (accompagnement et prévention par les pairs) Ce travail d'insertion ne peut être fait sans l'implication des jeunes et de leur famille. Comme vous, je crois profondément en la prévention et l'accompagnement par les pairs. Dès son origine, la prévention spécialisée a adopté une logique de co-construction afin que les actions proposées correspondent au mieux aux besoins des jeunes et de leurs familles. Pour ce faire, les équipes éducatives les mobilisent pour construire ensemble différents projets. Le gouvernement a aussi décidé de soutenir les familles ou les jeunes agissant en matière de prévention de la marginalisation. Car il est par exemple évident que les familles exposées à la radicalisation de leurs enfants ont développé des savoirs et des compétences qui pourraient être utiles à d'autres familles. Soutien à la parentalité Considérant la prévention par les pairs comme un réel outil d'innovation sociale, c'est une méthode que j'ai également portée dans notre approche du soutien à la parentalité. Et plus précisément à la monoparentalité. Nous sommes en effet en train d'expérimenter dans cinq départements avec des associations pilotes et les familles elles-mêmes un réseau d'entraide aux familles monoparentales. Les études montrent en effet que les familles monoparentales sont bien plus que d'autres exposées à la précarité. Et cette vulnérabilité concerne en premier lieu les enfants, qui voient leur risque de pauvreté multiplié par deux en vivant dans une famille monoparentale. Pour prévenir des situations d'exclusion ou de fragilité, j'ai souhaité prendre différentes mesures en faveur de ces familles monoparentales. Car, accompagner les parents, c'est aussi aider et protéger les enfants. C'est pourquoi, la feuille de route pour la protection de l'enfance propose des actions de soutien à la parentalité. La loi du 14 mars 2016 favorise par exemple la prévention périnatale ou encore la création de centres parentaux pour la prise en charge des enfants avec leurs deux parents. La lutte contre les situations d'exclusion, notamment celle des jeunes, reste une priorité du gouvernement et tous les ministres sont mobilisés en ce sens, de la lutte contre le chômage des jeunes à leur réussite éducative. Le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Patrick KANNER a ainsi ouvert vos rencontres. Car c'est seulement en considérant la transversalité de cette politique publique, en décloisonnant les pratiques que nous pourrons avoir un réel impact sur la vie des enfants, des jeunes et de leur famille. [III. Réaffirmer le rôle de l'Etat dans le pilotage de la protection de l'enfance pour renforcer la prévention spécialisée] Un pilotage renouvelé L'aspect transversal et interministériel de la politique de protection de l'enfance est clairement souligné dans la feuille de route pour la protection de l'enfance. Lors de la concertation, les questions de gouvernance me sont en effet très vite apparues comme un levier majeur de cette réforme. Comme je l'ai dit en introduction, j'ai été très rapidement frappée par les inégalités territoriales, notamment en matière de prévention spécialisée. 84 départements (sur 101) mènent une politique de prévention spécialisée mais son champ et ses capacités varient profondément d'un département à l'autre. Les acteurs que j'ai entendus ont fait aussi état d'un besoin de cohérence et de repères. Ils m'ont dit les difficultés d'articulation des interventions liées aux différences des cultures et des approches professionnelles. Ces constats étaient certes pointés par les rapports qui se sont intéressés à cette politique publique. Mais ils étaient surtout soulignés par les professionnels eux-mêmes, signifiant ainsi leur volonté de voir se réformer la protection de l'enfance, d'en être acteur, au risque de mettre en question leurs propres pratiques. C'est pourquoi, la réforme propose un pilotage renouvelé de la protection de l'enfance. Cette question de gouvernance a pu susciter des craintes ou des incompréhensions dans le débat parlementaire car elle a posé la question de la place de l'Etat dans le pilotage d'une politique décentralisée. Il me semble, qu'au terme du parcours législatif, les craintes sont majoritairement levées, car la place que prend l'Etat en protection de l'enfance dans le cadre de cette réforme n'empiète pas sur celle des départements ; elle est simplement sa juste place : - Celle d'un Etat partenaire, respectueux de la décentralisation mais jouant son rôle protecteur. Comme je vous l'ai dit, je continue par ailleurs d'échanger régulièrement avec les représentants des départements sur la mise en œuvre de la feuille de route dont Madame Isabelle SANTIAGO. Je tiens à souligner que les Départements ont eux-mêmes appelé l'Etat à jouer un rôle dans l'évolution de cette politique publique, notamment sur la question des mineurs non accompagnés. - L'Etat est aussi à sa place en défendant l'égalité de traitement sur son territoire. Des réponses différentes ne peuvent pas être apportées aux mêmes situations en fonction du département dans lequel l'enfant est accompagné. L'Etat est garant de l'épanouissement des singularités locales dans le meilleur intérêt de l'enfant et du jeune. - Il est aussi garant d'une gouvernance renouvelée, facilitateur d'un décloisonnement appelé de l'ensemble des acteurs, et exemplaire dans son travail interministériel. Importance du décloisonnement : le rôle du CNPE & des commissions pluridisciplinaires La création du Conseil national de la protection de l'enfance (CNPE) permettra de donner un cadre national de pilotage à la protection de l'enfance. Cette instance de pilotage, placée auprès du Premier Ministre, à la fois opérationnelle et interministérielle, figure à l'article premier de la loi du 14 mars 2016 c'est dire l'importance que nous avons voulu lui accorder. Ce Conseil sera chargé d'impulser, de coordonner et d'évaluer la mise en œuvre de la politique de protection de l'enfance sur le territoire national. Sa composition est fixée par décret mais je peux déjà vous annoncer que les acteurs de protection de l'enfance seront représentés dans la diversité. Les départements seront présents aux côtés des différents acteurs étatiques, des professionnels et des associations. Le CNPE se réunira a minima une fois par an en plénière, afin que la protection de l'enfance demeure en mouvement. Les questions de gouvernance, et la mise en place de cette nouvelle instance, faciliteront les articulations entre les acteurs, et garantiront la cohérence de cette politique publique. Le CNLAPS aura bien évidemment toute sa place dans cette nouvelle instance. En étant représentée au sein du CNPE, la prévention spécialisée qui est une source d'observation territoriale sur l'évolution des publics en marge très précieuse, sera mieux entendue. Les missions du Conseil technique des clubs et équipes de prévention spécialisée (C.T.P.S) seront d'ailleurs intégrées au CNPE. Pour faciliter les approches pluri-institutionnelles et participer au décloisonnement des interventions, des mesures concrètes sont identifiées dans la feuille de route appuyées par des dispositions législatives pour soutenir le travail en réseau. Des commissions pluridisciplinaires sont ainsi en train d'être mises en place dans les départements pour mieux accompagner les situations dites complexes. Le rôle des observatoires : Enfin, le décloisonnement des interventions sera aussi facilité par le bon fonctionnement de nos observatoires. Les observatoires l'Observatoire national de protection de l'enfance (ONPE) comme les observatoires départementaux (ODPE) auront un rôle important à jouer dans le cadre de cette nouvelle gouvernance. Ils participeront à l'amélioration de la protection de l'enfance sous plusieurs angles. Ils permettront tout d'abord un meilleur suivi des besoins et des réponses apportées aux enfants à l'échelle nationale ; c'est un sujet sur lequel nous sommes aujourd'hui défaillants. C'est pourquoi des mesures sont prises dans la loi pour renforcer leurs missions. Les observatoires pourront s'appuyer sur les initiatives des acteurs, des initiatives comme celle de la cartographie de la prévention spécialisée. Les observatoires garantiront aussi la diffusion des savoirs sur les terrains au plus près de ceux qui en ont réellement besoin, les professionnels au contact des enfants et des jeunes qui manquent encore trop souvent de points d'appuis théoriques ou d'expérience actualisés. [Conclusion] Ce nouveau pilotage de la protection de l'enfance devrait donc garantir que le dialogue que nous avons entamé il y a plus d'un an se poursuive. Et cela à différents échelons : au local comme au national. Dans cet échange, la place et le rôle déterminants des équipes de prévention spécialisée a été rappelé et conforté. Bien que le cadre de discussion s'institutionnalise, je reste à votre écoute à la fois pour continuer d'entendre et de comprendre ce que vivent les jeunes les plus vulnérables de notre société mais aussi pour connaître vos besoins et vos difficultés. Mais n'hésitez pas également à me faire part de vos réussites et je sais qu'il y en a beaucoup. C'est en poursuivant ce dialogue que nous améliorerons le quotidien de ces jeunes qui se sentent oubliés et qui cherchent leur place. C'est par votre action que cette réforme de la protection de l'enfance se traduira concrètement dans le quotidien des jeunes et de leur famille. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/303.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/303.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ceeea3de15750bd7b2a2e1cd525653c1ac739c38 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/303.txt @@ -0,0 +1 @@ +En raison de la persistance de graves menaces terroristes susceptibles de nous frapper sur l'ensemble du territoire, le gouvernement soumet à votre examen une troisième loi de prorogation de l'état d'urgence pour une durée supplémentaire limitée à deux mois. Je la présenterai moi-même demain en conseil des ministres, avant qu'elle ne soit examinée le 10 mai devant le Sénat, puis, si elle est adoptée, le 18 mai devant l'Assemblée nationale. Je remercie le Sénat, votre commission et tout particulièrement son président, Philippe Bas qui, à nouveau, a accepté un examen dans des délais très brefs. Depuis six mois, votre commission, ainsi que la commission des lois de l'Assemblée nationale, contrôlent avec rigueur la mise en œuvre de l'état d'urgence, toujours dans l'exigence partagée du strict respect du droit. Si tout État démocratique peut prévoir un dispositif d'exception afin de faire face à une situation d'une gravité particulière, il doit le faire dans le respect scrupuleux des principes qui le fondent et en prévoyant les garanties pour s'assurer qu'il en sera fait un usage strictement nécessaire. Tel est l'état d'esprit qui n'a cessé de nous animer depuis le 14 novembre 2015 et qui a présidé à l'élaboration de chacune des trois lois de prorogation successives. Les craintes et inquiétudes qui s'étaient exprimées à ce sujet ces derniers mois me semblent avoir été dissipées. Chacun a pu constater que l'état d'urgence n'était pas synonyme d'arbitraire, que les actes et décisions pris sur son fondement étaient tous prévus et strictement encadrés par la loi, tout comme les raisons justifiant d'y avoir recours et de le prolonger. L'état d'urgence n'autorise pas n'importe quoi. Certains élus ont pu souhaiter que le gouvernement utilise le cadre de l'état d'urgence pour suspendre certains rassemblements urbains ou certaines manifestations. Que les choses soient claires : les mesures de police administrative que nous prenons en application de l'état d'urgence présentent un caractère exceptionnel. Elles doivent être strictement proportionnées à la nature de la menace et au contexte d'ordre public qui en découle. Le Conseil constitutionnel l'a rappelé le 19 février dernier : les mesures prises dans le cadre de l'état d'urgence doivent concilier la prévention des atteintes à l'ordre public avec le respect des droits et des libertés, parmi lesquels le droit et la liberté d'expression collective des idées et des opinions. L'État et les forces de l'ordre disposent des moyens juridiques et matériels pour réprimer avec la fermeté nécessaire les débordements survenus à l'occasion des récentes manifestations ou en marge du rassemblement Nuit debout, ainsi que pour interpeller systématiquement les casseurs qui se rendent coupables de ces agissements intolérables. J'en veux pour preuve le grand nombre d'interpellations depuis le début de ces événements il y a deux mois : près de mille, et encore 214 jeudi dernier. Enfin, vingt interpellations ont eu lieu le 1er mai, treize sur le ressort de la Préfecture de police de Paris et sept sur le reste du territoire. La justice passera pour chacun des auteurs de ces violences caractérisées. L'état d'urgence n'est pas un état de convenance politique et ne doit pas être détourné de son objet, qui consiste à prévenir de nouveaux attentats terroristes. Il en va de la solidité de notre démocratie. Si des manifestations faisaient l'objet d'une interdiction en contravention avec les principes de droit rappelés par le Conseil constitutionnel et que ces interdictions étaient ensuite annulées par le juge administratif, l'autorité de l'État serait gravement remise en cause. Je ne joue pas avec ces principes. J'ai envoyé aux présidents Bas et Raimbourg la totalité des télégrammes adressés aux préfets à la veille des manifestations. J'y donnais pour instructions d'isoler les casseurs des manifestants sincères et de les interpeller ; de travailler avec le procureur pour que la justice suive son cours en toute indépendance ; de respecter le principe de proportionnalité dans l'usage de la force ; de saisir immédiatement l'inspection générale en cas de manquement identifié aux règles de déontologie ; de garantir le respect des principes constitutionnels, à commencer par la liberté de manifestation. Je ne souhaite pas que l'on sorte de ces principes de droit, ni que l'on déroge à cette rigueur républicaine. Les tensions sont fortes, les commentaires non sans outrances : le rôle de mon ministère est d'y résister, et de faire en sorte que les principes républicains s'appliquent dans la plus grande rigueur. Beaucoup de représentants des forces de l'ordre ont été blessés. Encore à l'instant, à Nantes, un commandant de police a reçu un coup de barre de fer porté par un manifestant. J'appelle chacun à la responsabilité. Tout propos qui met en doute la nature des instructions que j'ai données est de nature à accroître les tensions, avec les incidents qui s'ensuivent. Par respect pour les policiers qui s'exposent mais aussi pour les manifestants sincères, on ne peut pas entretenir un climat d'antagonisme, de tension et d'excès. Les policiers et les gendarmes ressentent comme une immense blessure des accusations injustes, alors qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes dans un contexte très difficile pour assurer la protection des Français. Il est de ma responsabilité de ministre de ne pas les laisser mettre en cause au nom d'une théorie qui rendrait la violence consubstantielle à la police ou parce qu'on ferait du prétendu laxisme un argument pour faire prospérer certains discours politiques. Concernant l'intensité de la menace, le 22 mars dernier, Bruxelles a été victime d'un attentat multi-sites d'une extrême violence qui a provoqué la mort d'une trentaine de victimes. Le 24 mars, à Argenteuil, grâce à l'action de nos services, nous avons mis en échec un nouveau projet d'attentat, peut-être plusieurs. Si les investigations à l'échelle européenne ont permis d'arrêter, ces dernières semaines, la plupart des membres identifiés du réseau terroriste ayant fomenté et exécuté les attentats de Paris et de Bruxelles, nous savons que la menace demeure élevée. Nous savons aussi que les attentats de Bruxelles ont été commis faute, pour leurs auteurs, du temps nécessaire pour frapper à nouveau la France, car tel était leur projet. Depuis le début de l'année, les services de police spécialisés ont procédé à 101 interpellations en lien direct avec le terrorisme djihadiste, donnant lieu à 45 mises en examen et 33 écrous. Ces chiffres illustrent à eux seuls le niveau de la menace. L'organisation, cet été, de l'Euro 2016 et du Tour de France nous impose une vigilance redoublée, car ces événements populaires et d'ampleur internationale constituent des cibles potentielles. Je veux maintenant vous présenter un bilan précis des mesures mises en œuvre et des résultats obtenus dans le cadre de la deuxième phase de l'état d'urgence. Vous le savez, dans les premiers jours de l'état d'urgence, en novembre dernier, les forces de sécurité ont conduit plusieurs centaines de perquisitions administratives dans le but de déstabiliser les filières terroristes. Le risque d'une réplique immédiate des attentats était en effet très élevé, comme l'a démontré la neutralisation d'Abdelhamid Abaaoud, le 18 novembre, au cours d'une opération à Saint-Denis, alors qu'il projetait de commettre un nouvel attentat. Globalement, 3.427 perquisitions administratives ont été effectuées durant la première période de l'état d'urgence, jusqu'au 25 février. Une fois ce travail considérable accompli, le nombre de perquisitions a logiquement diminué pour s'établir à 132 entre le 26 février et le 25 avril. En dépit de cette baisse, 155 armes supplémentaires ont encore été saisies au cours de cette deuxième phase, attestant que des personnes particulièrement dangereuses avaient été ciblées. Au total, depuis le déclenchement de l'état d'urgence, 743 armes ont été neutralisées dont 75 armes de guerre. En outre, ces perquisitions ont permis d'effectuer un important travail de renseignement, de levée de doute et de mise à jour des fichiers, qui s'est poursuivi durant la deuxième phase de l'état d'urgence, avec 1.800 mises à jour de fichiers au cours de la semaine dernière. Pas moins de 592 perquisitions administratives ont donné lieu à l'ouverture d'une procédure judiciaire : 222 du chef d'infraction à la législation sur les armes, 206 du chef d'infraction à la législation sur les stupéfiants ; 28 informations judiciaires et 67 peines ont été prononcées et 56 personnes placées en détention. Là aussi, les résultats sont significatifs. Certains commentateurs se sont émus que les perquisitions administratives n'aient pas seulement visé des personnes convaincues d'être en lien direct avec le terrorisme. C'est qu'il y a une forte porosité entre les milieux du terrorisme et de la délinquance, en France comme ailleurs. Il y a tout un environnement logistique, alimenté notamment par les trafics d'armes et de stupéfiants, susceptible de soutenir et de financer le terrorisme. Enfin, 52% des perquisitions administratives ont concerné des personnes figurant déjà au fichier de traitement des signalements, de la prévention et de la radicalisation à caractère terroriste. Dans la plupart des autres cas, les individus concernés étaient au contact de personnes déjà fichées ou ont fait l'objet d'une inscription par la suite au titre de la radicalisation islamiste. Les renseignements recueillis à ces différentes occasions ont donc permis d'actualiser considérablement nos bases de données. Sur les 268 assignations à résidence en vigueur jusqu'au 26 février, 70 ont été renouvelées. Deux nouvelles assignations ont été décidées au cours de cette deuxième phase, ce qui porte à 72 les décisions d'assignations à résidence. Deux suspensions ont été prononcées par le juge administratif. Enfin, une assignation a été abrogée à l'initiative de l'administration car la personne concernée a été reconduite dans son pays d'origine. Depuis le début de l'état d'urgence, 210 recours en référé ont été engagés devant le juge administratif contre les mesures d'assignation à résidence. Seize suspensions ont été prononcées et douze mesures ont été annulées lors de leur examen au fond. Par ailleurs, neuf perquisitions ont fait l'objet d'une annulation contentieuse. Ces chiffres montrent que le contrôle exercé par le juge administratif a été rigoureux et que l'administration a agi avec discernement, puisque la très grande majorité des mesures prises a été validée. Enfin, bien que l'état d'urgence donne la possibilité aux pouvoirs publics de prendre des mesures de restriction de liberté de réunion, seule une fermeture d'un lieu de culte a été reconduite. Au-delà du bilan chiffré, les mesures que nous avons prises participent d'une stratégie cohérente et accélérée de détection et de déstabilisation des filières terroristes qui opèrent dans notre pays ou qui recrutent et acheminent des combattants vers les zones de conflit au Moyen-Orient. Nous avons pu empêcher ou retarder des projets de départ vers les théâtres d'opérations djihadistes, limiter les contacts entre les individus signalés comme appartenant à des groupes terroristes, entraver des actions de soutien à ces groupes. Depuis 2013, pas moins de douze attentats ont été déjoués, dont sept depuis janvier 2015. Je salue le travail réalisé par les services de renseignement, et notamment par la DGSI qui est saisie, en propre ou avec la police judiciaire, du suivi de 256 dossiers judiciaires concernant 1 148 individus pour leur implication dans des activités liées au terrorisme djihadiste. Parmi eux, 353 ont d'ores et déjà été interpellés et 13 font l'objet d'un mandat d'arrêt international ; 223 ont été mis en examen, 171 ont été écroués et 52 font l'objet d'un contrôle judiciaire. Preuve que l'action quotidienne des services, sous l'autorité de la justice, porte ses fruits, empêchant des actions violentes et des attentats sur notre sol. J'en viens à la prorogation de l'état d'urgence. Ces derniers mois, plusieurs attentats ont été commis à l'étranger visant nos intérêts et nos ressortissants. Les groupes djihadistes ont également visé des alliés directs de la France. Le 22 mars, la Belgique a été frappée par un attentat d'une extrême gravité, à l'aéroport de Zaventem et à la station de métro de Maelbeek : 32 personnes ont été tuées, plus de 300 autres ont été blessées, souvent très grièvement. Nous savons que les terroristes impliqués dans cet attentat appartenaient à la cellule qui a planifié et exécuté les attentats du 13 novembre à Paris et à Saint-Denis. Le parquet fédéral belge a confirmé que les attentats du 22 mars avaient initialement été programmés en France, avant que les terroristes, pris de cours par les investigations judiciaires menées en Belgique, soient contraints de précipiter leur action dans la capitale belge. Daech a donc toujours le projet et les capacités de conduire des opérations terroristes d'envergure sur le sol européen. En décembre dernier, l'organisation a explicitement appelé à cibler nos écoles. Les groupes djihadistes ont également démontré leur capacité à frapper de nombreuses villes en Afrique et au Moyen-Orient. La succession d'attaques frappant des métropoles d'Afrique de l'Ouest - je pense à l'attentat en Côte d'Ivoire, sur la plage du Grand Bassam, le 13 mars dernier - ainsi que la stratégie d'expansion territoriale de Daech et son implantation récente en Libye, doivent nous inciter à la plus grande vigilance. La menace terroriste demeure à un niveau très élevé. La France représente clairement une cible prioritaire, en raison du combat résolu qu'elle mène contre les djihadistes au Sahel, en Irak et en Syrie, mais aussi, plus profondément, en raison des principes universels de liberté, de laïcité et d'émancipation qui sont les nôtres depuis plus de deux siècles et qui font horreur aux terroristes djihadistes. La menace est d'autant plus élevée que les groupes djihadistes cherchent à recruter une partie de leurs activistes dans les sociétés qu'ils prennent pour cible. Ces « combattants étrangers » fanatisés, envoyés sur le théâtre des opérations se former au maniement des armes et des explosifs avant de revenir dans leur pays d'origine pour y passer à l'action, représentent un danger majeur. Il ne nous est donc pas permis de nous croire à l'abri, ou de considérer que le péril imminent qui a justifié, en novembre dernier, la déclaration de l'état d'urgence a disparu. Les enjeux de sécurité vont être d'autant plus complexes à gérer que nous nous apprêtons à accueillir quantité de visiteurs étrangers à l'occasion de l'Euro 2016, du 10 juin au 10 juillet prochain. Ce grand événement festif d'ampleur internationale représentera une cible particulière pour les terroristes. Nous ne renoncerons pas à vivre comme une grande nation capable d'accueillir sur son sol des ressortissants de tous pays venus participer à de grands événements culturels et sportifs. La France ne serait plus la France ! Il faut bien entendu prendre toutes les précautions qui s'imposent. Nous l'avons fait avec succès au moment de la COP21, nous le referons pour l'Euro 2016. Nous bénéficions pour cela du rétablissement des contrôles aux frontières, du déploiement de 110.000 policiers, gendarmes et militaires de l'opération Sentinelle. Notre dispositif de lutte antiterroriste est renforcé par la loi « Savary » et le projet de loi, en cours d'examen, renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l'efficacité et les garanties de la procédure pénale. D'ici son adoption définitive et la publication des textes d'application, nous devons disposer des mesures de l'état d'urgence pour garantir un niveau de sécurité le plus élevé possible. Quelques précisions concernant les mesures que nous comptons mobiliser dans le cadre de cette troisième prorogation. Comme l'autorise la loi du 3 avril 1955, le gouvernement envisage de ne pas activer, dans ce cadre, l'article 11 qui autorise les perquisitions administratives. Cette mesure, largement utilisée après les attentats du 13 novembre, ne présente plus aujourd'hui le même intérêt opérationnel, la plupart des lieux identifiés ayant déjà fait l'objet d'investigations poussées. Notre stratégie a consisté à jouer sur un effet de sidération. En revanche, les autres mesures continueront d'être mobilisées, dans le respect rigoureux des principes qui fondent l'état d'urgence. Je remercie une nouvelle fois le Sénat pour la qualité du contrôle qu'il a exercé. (Interventions des parlementaires) Avons-nous assez de troupes ? Sans vouloir faire de polémique, je signale que, face à la menace terroriste, à la crise migratoire et à la radicalisation violente, les 13.000 emplois et les treize unités de force mobiles supprimés ces dernières années manquent cruellement. Aussi nous sommes-nous mobilisés pour reconstituer ces forces, et d'abord les unités de force mobiles, avec 3 000 nouveaux postes sur les 9.000 qui ont été décidés. Voilà plus de quinze mois que ces menaces imposent aux gendarmes et aux policiers un très haut niveau de mobilisation : ils sont fatigués, et l'Euro 2016 approche. Il serait bon que tous comprennent que ce sont des fonctionnaires comme les autres et qu'ils doivent aussi pouvoir récupérer. S'il le faut, je prendrai donc des mesures de restriction sans hésiter. Je m'efforce en effet de respecter un équilibre de fermeté et de responsabilité. La Belgique aurait-elle pu éviter les attentats ? Je ne peux répondre à cette question. Dans ce pays, le déclenchement de l'état d'urgence ou le renforcement de l'équivalent du plan Vigipirate dépend de l'avis d'une autorité indépendante. Les mesures prises suffiront-elles après l'état d'urgence ? L'objectif du gouvernement est de sortir de l'état d'urgence, et les lois Savary, Urvoas et du 13 novembre 2014 y contribuent. D'ores et déjà, les mesures de police administrative ne sont pas toutes mobilisées. Celles qui concernent les rassemblements le sont, et elles sont parfaitement défendables devant le juge administratif car elles respectent le principe de proportionnalité. En matière de contentieux des perquisitions, nous avons reçu 70 requêtes en annulation, qui ont donné lieu à seize décisions, dont huit annulations ; 177 demandes d'indemnisation pour préjudices matériels et moraux, sur lesquels nous attendons toujours l'avis du Conseil d'État, mais dont 93 ont été rejetées, 69 sont en instance et 15 ont fait l'objet d'un accord - 141 portent sur des dégâts matériels, 23 sur des préjudices moraux et 13 sur d'autres motifs. Sécuriser l'Euro 2016 est un casse-tête. Notre coopération avec l'association des villes pour l'Euro 2016, présidée par M. Juppé, est très bonne. Nous sécuriserons les villes et l'entrée des fan zones, dont l'intérieur sera surveillé par les forces municipales. L'intérieur des stades relèvera de l'UEFA, et nous interviendrons à l'extérieur. Nous définissons, en liaison avec les municipalités, le nombre d'unités de forces mobiles qu'il faudra mobiliser dans chaque ville, et j'ai décidé d'une répartition des forces spécialisées - BRI, Raid et GIGN - qui optimisera la couverture du territoire national. Ce sont des principes de précaution maximale. Et je tais notre travail de renseignement - mais je suis prêt à recevoir une délégation de votre commission pour l'informer avec la confidentialité souhaitable. Pour autant, une sécurité maximale ne suffit pas à exclure qu'il arrive quelque chose : encore une fois, les policiers et les gendarmes seront en première ligne. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/304.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/304.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9a57fadebee8f8e18180bdc3c1b94c910902d720 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/304.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la ministre, chère Najat VALLAUD-BELKACEM, Madame la ministre des Outre-Mer, George PAU-LANGEVIN, Monsieur le ministre de l'Education nationale du Portugal, cher Tiago Brandao RODRIGUES, Mesdames, messieurs les parlementaires et élus, Mesdames, messieurs les recteurs, directeurs, inspecteurs et professeurs, Mesdames et messieurs les personnels de l'Education nationale, Mesdames, messieurs les représentants des organisations syndicales, Mesdames, messieurs les représentants des associations de parents d'élèves, Mesdames, messieurs, Depuis deux jours, vous êtes ici pour échanger sur notre bien commun, sans doute le plus précieux aujourd'hui : l'école. Et sur ce que nous avons initié ensemble, il y a quatre ans : sa refondation. "Refondation" est le mot de circonstance. Car l'école c'est comme cela que l'ont voulu les premiers grands républicains, mais aussi des hommes comme Jean ZAY, lors du Front populaire, il y a 80 ans, qu'on fête aujourd'hui, c'est le fondement de tout. C'est à partir de l'école et grâce aux enseignants que chaque enfant doit pouvoir se construire, se former, développer son libre arbitre, s'émanciper. C'est à partir de l'école, et grâce aux enseignants, que se bâtit la société de demain, sa cohésion, son intelligence, et donc sa place dans le monde. Et c'est à partir de l'école c'est une conviction profonde que nous partageons tous que se joue le destin de notre Nation. Or, trop souvent, il y a cette crise de confiance qui traverse notre société. Confiance dans l'avenir, dans notre capacité collective à aller de l'avant. Confiance, aussi, dans les institutions publiques, dans leur possibilité d'accompagner chacun. Et refonder notre école, redire avec la plus grande force qu'elle est au cœur des priorités, au cœur de notre projet de société, c'est rebâtir progressivement cette confiance érodée. C'est réaffirmer que si on joue le jeu de l'éducation, de l'implication, alors les mérites seront reconnus. Trop souvent et vous l'avez dit l'écart qui existe entre la belle promesse républicaine et la réalité concrète que vivent nos enfants est dévastateur. Il produit du renoncement, de la rancœur. Nous ne pouvions pas accepter, et nous ne pouvons pas accepter cet immense gâchis. Je mesure, donc, le travail accompli … mais je mesure aussi ce qui reste à faire. La refondation de l'école de la République se devait de réformer l'école primaire, le collège et le lycée, de réformer les programmes, la méthode et les moyens. Pourquoi ? Parce que notre système éducatif a trop longtemps été abordé de manière parcellaire, conduisant à une dilution des moyens, mais surtout à une perte de sens. Parce qu'aujourd'hui, l'école de la République et c'est là le problème essentiel, le défi essentiel ne permet pas de gommer les différences sociales. Pire, elle accroît le poids des inégalités, des déterminismes ! Entre 2002 et 2012, l'incidence de l'origine sociale des familles sur les performances des élèves a augmenté de 33 %. Toute réforme, pour être pérenne, doit se faire dans le dialogue. Nous avons donc débuté par une grande concertation, réunissant tous les acteurs de la communauté éducative : enseignants, élèves, parents, directeurs d'école et chefs d'établissement, administrateurs, élus, organisations représentatives, personnalités qualifiées, représentants des mondes économique, associatif, culturel, sportif et scientifique… Cette concertation a abouti à la Loi de refondation de l'école de juillet 2013, qui doit tant à l'engagement personnel de Vincent PEILLON. Elle s'est mise en œuvre progressivement, pas à pas, et il reste encore, bien sûr, beaucoup à faire. Des chantiers ont parcouru le quinquennat et ils se déploient bien au-delà… Il fallait commencer par le commencement : l'école primaire, car c'est là dès le départ que beaucoup, l'essentiel, se joue. Nous avons renforcé la scolarisation des enfants de moins de trois ans, notamment dans les quartiers populaires, là où on sait qu'il y a le plus de difficultés, là où nous devons lutter inlassablement contre les inégalités qui prospèrent et les ségrégations qui s'installent. Même si le taux de préscolarisation s'élève au niveau national à 11,7 % et atteint 20,6 % en éducation prioritaire, nous sommes encore loin des objectifs que nous nous sommes fixés en 2012 : scolariser 30 % des enfants de moins de trois ans dans les territoires défavorisés et jusqu'à 50 % dans les réseaux d'éducation prioritaire renforcés. Il faut donc poursuivre inlassablement cet effort. Car l'égalité est au cœur, précisément, de la promesse républicaine. Nous nous sommes aussi appuyés sur de nouveaux programmes, pour que les connaissances fondamentales lire, écrire, compter soient mieux acquises. Nous avons développé de nouvelles pratiques pédagogiques pour mieux accompagner les élèves, prévenir les difficultés scolaires en mettant plus d'enseignants que de classes dans les écoles des territoires les plus fragiles. Nous avons également engagé la réforme du temps scolaire. C'était nécessaire car notre pays, en 2008, a fait une grave erreur en réduisant le nombre de jours de classe, à rebours de toutes les grandes tendances internationales. Une cinquième matinée de cours a été restaurée, redonnant une continuité dans la semaine scolaire et dans l'organisation des apprentissages. Je reconnais que cela n'a pas été simple, que chacun a dû, d'une certaine manière, se remettre en question. Mais aujourd'hui, les enfants c'est un fait sont moins fatigués, plus disponibles pour les enseignements. C'est un acquis important de ce quinquennat. Nous avons enfin agi pour que les enfants du primaire accèdent à plus d'activités périscolaires, complémentaires de l'apprentissage et, elles aussi, réductrices d'inégalités. En deux ans, le nombre de places offertes a triplé. Je salue l'engagement des maires, des élus locaux qui se sont beaucoup investis dans ces nouveaux rythmes. Nous devons continuer à les accompagner. Françoise CARTRON, à qui j'ai confié une mission sur les activités périscolaires, y est particulièrement attachée. Et elle a raison ! Car il faut évaluer en permanence pour corriger, rectifier, approfondir. Il a fallu ensuite prendre à bout de bras la question du collège, car il ne permet pas d'accompagner tous les élèves vers la réussite et l'autonomie : le nombre d'élèves en difficulté à la fin de cette étape importante de la scolarité augmente fortement depuis 2 000. On estime qu'un élève sur quatre, à la fin de la 3e, ne maîtrise pas les compétences en français. L'école, ça ne peut pas être cela ! Ce que nous voulons, c'est agir pour tous les enfants, en accompagnant les plus fragiles vers la réussite tout en répondant, bien sûr, aux aspirations des meilleurs. C'est pour cela que nous voulons encourager la participation en classe, permettre à chaque élève de gagner en assurance, en confiance, mettre en valeur ses compétences autant que ses connaissances, avec plus d'enseignements pratiques, plus de travail en petits groupes, avec un accompagnement, bien sûr, personnalisé. Aujourd'hui, dans le secteur privé comme dans la fonction publique, il n'est plus de problème qui ne soit abordé collectivement, en croisant les expertises et les compétences. Nous marquons également notre confiance aux équipes pédagogiques, éducatives, qui auront plus de marges de manœuvre pour s'adapter aux niveaux et besoins différents des élèves. Accompagner les élèves vers la réussite, c'est aussi renforcer l'accès de tous aux langues vivantes. Nous avions, dans ce domaine, des marges de progression… L'apprentissage d'une seconde langue, qui débutera désormais dès la 5e, est une belle avancée. Des méthodes et des organisations plus efficaces sont ainsi mises en place. Elles s'accompagnent de nouveaux cycles d'enseignement, de nouveaux programmes et d'un nouveau système d'évaluation, qui doit mesurer les compétences acquises autant que le chemin restant à parcourir. Il doit être compréhensible par les élèves et par leurs familles. Tout, bien sûr, ne sera pas parfait à la rentrée, et je n'ignore rien des débats qui ont lieu autour de cette réforme ; j'y ai même participé. Mais je sais votre engagement à tous pour faire de la réforme du collège un succès. Et nous devons ce langage de vérité : c'est une réforme en profondeur, qui demandera du temps pour porter pleinement ses fruits. Nous avons, enfin, agi pour le lycée, notamment pour améliorer l'orientation post-bac des élèves. Trop de lycéens font encore des choix « par défaut ». Nous les rencontrons régulièrement. Najat VALLAUD-BELKACEM et Thierry MANDON veillent à ce que les choses changent. Les mesures en faveur de la jeunesse que j'ai annoncées en avril contribuent à ce meilleur accompagnement vers l'enseignement supérieur des bacheliers, et notamment les bacheliers professionnels et technologiques. A partir de la rentrée 2017, tous les ans et pendant cinq ans, 2 000 places supplémentaires seront ainsi créées en section de technicien supérieur. Nous luttons, aussi, contre le décrochage scolaire, en donnant à chacun un droit au retour à l'école ou en formation jusqu'à 25 ans ; en donnant à chacun une nouvelle chance. Résultat : alors qu'on comptait, il y a cinq ans, 620 000 jeunes sans diplômes, ils sont aujourd'hui moins de 500 000. Mais c'est encore trop. Nous devons poursuivre cette démarche pour que tous les jeunes décrocheurs puissent accéder à une qualification, s'insérer socialement et professionnellement, retrouver goût à la vie. C'est un des buts du Compte personnel d'activité figurant dans la loi Travail, portée par Myriam EL KHOMRI. A cette réforme globale s'ajoute une réforme ciblée : celle de l'éducation prioritaire. Trente ans après sa création, déjà, par Alain SAVARY, les dispositifs successifs avaient perdu de leur efficacité, entraînant une grande complexité et un saupoudrage des financements. Nous en avons gardé le principe fondateur : donner plus aux écoles et collèges qui concentrent les difficultés. Cette réforme, associée à celle, tout aussi courageuse, de l'allocation des moyens, vise à corriger, là aussi, les inégalités en concentrant les moyens humains et financiers vers les territoires qui en ont le plus besoin. Et dès la rentrée 2016, nous accompagnerons mieux les collégiens volontaires des milieux modestes vers l'enseignement supérieur, grâce aux "parcours d'excellence". Mesdames, messieurs, Nous refondons l'école je viens de le dire en quelques mots, le président de la République l'a souligné hier, et vous en parlez depuis 24 heures. Mais rien ne pourra se faire sans les enseignants, qui donnent tant à leurs élèves, qui sont là pour les aider, les encourager à aller plus loin, leur transmettre des savoirs et des valeurs. Je sais, d'expérience, combien faire le choix de ce beau métier est un choix exigeant, difficile. Il l'a toujours été et il l'est peut-être plus encore aujourd'hui. Les professeurs, les jeunes professeurs, ces nouveaux "hussards" de la République, rendent un immense service à la Nation. Chaque jour, consciencieusement, patiemment, ils en préparent l'avenir. Tous sont exposés à de nouveaux défis, qui font que la tâche n'a rien de facile : remise en cause de l'autorité, interpellation permanente de la société, multiplication des sources d'information. Parce que le métier d'enseignant ne s'apprend pas "sur le tas", vous l'évoquiez il y a un instant, nous avons rétabli la formation initiale qui avait été chose incompréhensible supprimée. Les jeunes professeurs doivent avoir une entrée progressive dans leur métier, grâce à la formation en alternance. De même, tous les professeurs doivent pouvoir bénéficier d'une formation continue tout au long de leur carrière. Pour réaffirmer l'importance de ce beau métier d'enseignant, sans doute le plus beau métier qui existe, nous avons ouvert en 2013 un travail important et il doit maintenant aboutir. L'enjeu, je le rappelle, est triple : répondre aux besoins d'accompagnement et de formation des équipes éducatives ; mieux reconnaître l'engagement de ceux qui exercent dans les établissements les plus difficiles ; et également revaloriser l'ensemble des carrières. La ministre détaillera ce nouveau parcours de carrière dans les semaines qui viennent. Enfin, pour que le travail des enseignants du premier degré soit mieux reconnu, nous avions en 2013 mis en place une nouvelle indemnité de suivi et d'accompagnement des élèves, de 400 euros par an. Nous avons décidé d'aligner, sur proposition de la ministre de l'Education nationale, cette indemnité sur celle des enseignants du second degré c'est-à-dire 1 200 euros par an dès la rentrée prochaine, dès 2016. Pourquoi ? Pour des raisons de justice, d'équité ? Sans doute. Mais parce que les enseignants demandent bien sûr, tous les enseignants, mais peut-être plus particulièrement encore dans le premier degré, dans ces écoles maternelles et élémentaires que leur travail soit pleinement reconnu. Ils demandent, vous le disiez, de la considération, du respect ; et il était temps que la République, par l'engagement du Gouvernement, traduise cette reconnaissance et ce respect que nous devons aux enseignants. Certains veulent et voudront alimenter des polémiques bien inutiles, affirmant qu'il ne s'agit là que de "clientélisme". Mais quelle étrange vision du service public ! Quelle drôle de considération pour les femmes et les hommes qui s'engagent pour notre jeunesse ! Quel manque, d'ailleurs, aussi, de cohérence ! Car je crois me souvenir qu'un ancien Premier ministre, dans un livre sur l'école, a parlé, lui aussi, il y a quelques mois et c'est tout à son honneur d'augmenter le traitement des professeurs, des enseignants. Et ce choix que nous faisons, nous l'assumons, et nous devons l'assumer pleinement devant la Nation. Dans un pays qui, comme d'autres, voit les rémunérations d'un certain nombre de patrons d'entreprise, de chefs d'entreprise exploser, augmenter la rémunération, les indemnités des enseignants, c'est la moindre des choses ; c'est cela, aussi, la France, et ce respect que nous devons aux enseignants. Mesdames, messieurs, L'école est le lieu de la transmission des savoirs. Elle a aussi la charge de former des citoyens éclairés et d'asseoir ce sentiment essentiel d'appartenance à la communauté nationale. Après les attentats qui ont frappé la France en janvier 2015 parce qu'il y a eu des gestes intolérables, révélateurs d'un malaise profond, et nous l'avions très bien ressenti, avec Najat VALLAUD-BELKACEM, quelques jours après les attentats, dans des visites d'école, notamment dans un collège en Seine-et-Marne, tout le monde s'est tourné vers l'école, marquant ainsi la considération qu'on a dans ce pays, dans notre pays, vis-à-vis de l'école. Mais certains l'ont montrée du doigt, aussi ! Et désignée comme responsable des fractures qui traversent notre pays. L'école n'est pas responsable ! Elle est d'abord cette caisse de résonance des forces et des faiblesses de la Nation. Elle souligne aussi notre difficulté à transmettre, à faire comprendre et à faire adhérer à nos valeurs républicaines. Dès janvier 2015, la communauté éducative s'est immédiatement investie, derrière la ministre, plus encore qu'elle ne le faisait déjà. Cette "grande mobilisation de l'école pour les valeurs de la République" est venue contribuer à la refondation de l'école, la justifiant totalement. La première valeur que l'école doit transmettre à ses élèves, c'est la laïcité, ce principe républicain d'organisation de la société. Or la laïcité, trop souvent, est peu défendue, trop souvent est mal comprise, et donc mal appliquée. Il faut le dire, parce que les choses manquaient de clarté : nous avons trop souvent relâché notre vigilance. Depuis la rentrée 2013 le président de la République le rappelait ce matin, dans tous les établissements, c'était dit aussi dans le film qui est passé il y a un instant, une Charte de la Laïcité est affichée pour expliquer aux enfants et aux parents ce que la laïcité veut dire concrètement, c'est-à-dire, tout simplement : vivre ensemble. Nous avons voulu aller plus loin, en formant davantage les enseignants et personnels d'éducation aux questions relatives à la citoyenneté, à la laïcité, à la lutte contre les préjugés, pour qu'ils ne soient plus démunis face à des questions parfois délicates, au questionnement des enfants, ce qu'ils entendent à l'école, dans les médias, sur les réseaux sociaux, ou chez eux. Pour que les agents publics ne soient pas laissés seuls, à devoir se débrouiller. La grande mobilisation de l'école pour les valeurs de la République rappelle que chaque élève doit apprendre le respect de soi et des autres, le respect de l'égalité entre les femmes et les hommes, le respect de l'autorité, c'est-à-dire le respect des règles, de ceux qui l'incarnent au quotidien, les enseignants, les parents. Nous avons voulu que le règlement intérieur des établissements, qui instaure un cadre clair, soit systématiquement expliqué aux élèves et signé par les parents. La grande mobilisation de l'école pour les valeurs de la République prévoit également la mise en place d'un parcours citoyen, de l'école élémentaire à la terminale, autour d'un enseignement moral et civique. Dès l'école primaire, il initie les élèves à l'argumentation, développe leur esprit critique, leur donne les outils et le recul nécessaire, notamment par rapport aux systèmes d'information. Car vous tous le savez : sur les réseaux sociaux mais pas seulement prospèrent les théories complotistes, l'antisémitisme, le racisme, les prêcheurs de haine, les embrigadements de toutes sortes. La propagande est redoutable et efficace, malheureusement. Nous devons donc armer intellectuellement notre jeunesse, développer sa capacité de jugement. Nous accompagnons également les professeurs qui peuvent être confrontés à des phénomènes de radicalisation. Depuis 2015, nous avons mis en place des formations, un accompagnement des équipes sur le terrain. Nous avons diffusé des livrets de sensibilisation à l'ensemble du personnel scolaire, pour que chaque adulte puisse déceler les signes de basculement et savoir comment réagir. Et la semaine prochaine, je réunirai plusieurs ministres, dont bien sûr celle de l'Education nationale, pour approfondir encore ces politiques ; car il y a beaucoup à faire. Pour mettre ces réformes en œuvre, pour transformer en profondeur le système éducatif, nous avons besoin de toutes les énergies ; les enseignants, bien sûr, je l'ai dit, mais aussi les partenaires de l'école : parents, familles, éducation populaire et collectivités, car c'est bien sûr sur le terrain que tout se joue au quotidien. Et je salue leur présence, votre présence ici aujourd'hui. De nouvelles alliances éducatives doivent donc se construire sur l'ensemble du territoire, avec des compétences partagées. C'est ainsi, collectivement, que nous pouvons aller vers plus de mixité sociale ce mot souvent répété, si galvaudé dans les établissements scolaires. Nous devions nous attaquer à cette ségrégation sociale et territoriale j'ai moi-même parlé d'apartheid territorial, social, ethnique, nous attaquer à ces logiques qui font que certaines écoles réunissent les élèves les plus modestes pendant que dans d'autres, dites "plus réputées" ou "mieux fréquentées", on cultive l'entre soi. Des expérimentations pilotes seront ainsi lancées dans une vingtaine de départements volontaires. Et l'objectif, c'est bien que d'autres territoires, urbains ou ruraux, s'engagent au plus vite dans cette voie. L'égalité est un engagement qui doit irriguer toutes nos politiques publiques. Et c'est aussi ensemble, Etat, collectivités, et bien sûr professeurs, que nous devons faire entrer pleinement les outils numériques à l'école. Parce que est-il besoin de le rappeler le numérique irrigue notre quotidien, parce qu'il permet de développer des pratiques adaptées à chaque élève, parce qu'il peut être un formidable outil au service de la réduction des inégalités, nous mobilisons tous les moyens d'action. D'abord, la formation, initiale et continue, des enseignants, grâce aux écoles supérieures du professorat et de l'éducation. Ensuite, des nouveaux programmes scolaires, qui introduisent la culture numérique et l'apprentissage du numérique, et la production de ressources pédagogiques. Enfin, pour que cet apprentissage puisse se faire dans de bonnes conditions, il faut la mise à disposition d'un matériel performant. Dès la prochaine rentrée, tous les départements et je veux, avec la ministre, saluer leur engagement auront ainsi des collèges numériques : 25 % des collèges, et plusieurs centaines d'écoles, seront connectés. Certaines collectivités ont, quant à elles, fait le choix d'équiper toutes leurs classes de 5e. En 2018, l'ensemble des collégiens disposeront d'équipements et contenus numériques adaptés. Le numérique peut contribuer à rendre l'école plus efficace, plus juste et plus inclusive. A vous de vous approprier ces outils ; de coordonner des actions qui sont encore parfois trop cloisonnées ; de valoriser, faire connaître les bonnes pratiques. C'est plus que jamais l'occasion de le faire. Car avec la réforme territoriale, une nouvelle organisation du service public d'éducation se met en place, qui voit l'émergence de recteurs de région académique pour plus de coopération et donc plus d'efficacité. Mesdames, messieurs, Si nous pouvons réformer notre système éducatif comme nous le faisons, c'est parce que nous nous appuyons sur ce réseau solide que vous faites vivre dans les territoires. Ce qui impliquait aussi de redonner des moyens. Des moyens financiers : le budget de l'enseignement scolaire a augmenté de 4,8 milliards d'euros depuis 2012. Et des moyens humains : 60 000 postes seront créés pendant le quinquennat, alors que les effectifs avaient subi des coupes drastiques : 80 000 suppressions de postes en cinq ans ! Je sais qu'il y a ceux qui demandent sans cesse moins de fonctionnaires, moins d'agents publics, moins d'Etat. Mais nous avons besoin d'un Etat, bien sûr, moderne, efficace, qui se réforme, mais capable d'agir ; d'un Etat qui gagne en efficacité et qui a aussi des forces vives pour protéger, soigner, sauver des vies, éduquer ! La France, c'est son histoire, c'est sa particularité, s'est construite avec cette colonne vertébrale, qui est l'Etat. La Nation repose sur les services publics qui, bien sûr, se sont déconcentrés, décentralisés, avec les grandes lois de 1982 et que nous poursuivons. Mais nous avons besoin d'un Etat et d'un Etat fort. Ces moyens supplémentaires sont la preuve que nous investissons dans l'école, que nous voulons lui redonner toute son ambition. Le temps de l'école, je le disais, est un temps long … Et pour réussir ces réformes et je sais quelle est l'exigence, y compris dans la mise en œuvre de ce que nous avons annoncé, voté depuis 2012, pour construire cette école du socle, qui reconnaît que tous les enfants partagent la même capacité d'apprendre et de progresser, il faut du temps. Et de la persévérance. Avec persévérance et détermination, donc, nous continuerons d'agir pour notre école, avec de nouvelles étapes : rendre plus fluide la transition vers l'enseignement supérieur, poursuivre la valorisation des parcours dans l'enseignement professionnel. Il y a donc de beaux chantiers encore devant vous. Comme certains d'entre vous, j'ai été et je reste un élu local… Et à chaque rentrée scolaire, comme maire ou aujourd'hui comme conseiller municipal, je fais, à Evry, ce que l'on appelle "la tournée des écoles", dans une des villes les plus populaires et les plus jeunes du pays. C'est un très beau moment, toujours. Les élèves découvrent leurs nouveaux professeurs… Et inversement. Il y a aussi les parents, parfois un peu inquiets. Mais ce que j'ai toujours ressenti, père aussi d'enfants, dont la mère est professeur des écoles, et ce que j'ai toujours ressenti comme élu, c'est précisément cette immense responsabilité : former notre jeunesse et lui donner tous les moyens d'avancer. Et je crois profondément qu'il n'y a pas de projet politique viable c'est vrai en France, c'est sans doute vrai aussi au Portugal qui ne soit fondé sur l'éducation. L'éducation qui transmet les savoirs et qui émancipe les individus. Notre rôle à tous, c'est de faire que cette éducation profite au plus grand nombre. Et c'est cela, le projet républicain, le projet qui a porté notre pays, ce projet qui est, comment vous dire, plus que jamais nécessaire et indispensable, après cette année terrible, l'année 2015, que nous avons connue. Parce qu'il y a ce pessimisme, cette crise de confiance, vis-à-vis des institutions, qui touche en profondeur notre société. C'est ce projet qu'incarne avec force, et avec quelle détermination, quel enthousiasme et quel optimisme, Najat VALLAUD-BELKACEM. C'est ce projet qu'ensemble, nous avons su refonder. Je sais les impatiences, et je sais qu'il y a encore beaucoup de travail, que rien n'est parfait. Mais c'est pour tout cela que je vous exprime, à nouveau, et du fond du cœur, à vous qui accomplissez cette si belle mission, ma et notre plus grande gratitude. La France, la République, l'école sont intimement liées. C'est la même histoire. La République a fait l'école, et comme le disait JAURES, "l'école inaugure et prépare la vie des sociétés". Défendre, promouvoir, refonder la République, réinventer la Nation, redonner ce sens que j'évoquais et qui s'est perdu une Nation ouverte et généreuse, réinventer, au fond, ce qu'est notre pays, inventer un nouveau patriotisme, adapté aux réalités du temps, ce n'est possible que grâce à l'école. Ce n'est possible que grâce aux enseignants. Et ce n'est possible que si nous exprimons, pas seulement dans les discours, dans les actes donc, dans les faits, respect et gratitude. Quand on essaie, comme responsable public, de regarder, à un moment, en modestie « modestie », c'est le mot que nous avons, chère George PAU-LANGEVIN, beaucoup entendu pendant trois jours en Nouvelle-Calédonie : respect et modestie, quand on regarde ce qui a été accompli, ce qui est fait, ce que nous essayons de réaliser, eh bien il y a un motif de fierté. Et cette fierté, je veux la faire partager à toutes celles et à tous ceux qui construisent l'école, mais d'abord à tous les Français, à mes compatriotes, à mes concitoyens ; qu'ils soient, comme moi, comme Najat VALLAUD-BELKACEM, fiers de l'école de la République, fiers de ceux et de celles qui la font vivre, fiers de ces professeurs, de ces enseignants, de ces maîtres qui font vivre la République et la France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/305.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/305.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..93b1ffded7f7bcc3c675e204ead4f3e43831eca6 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/305.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, messieurs les ministres, Mesdames, messieurs, Notre pays il n'est pas le seul est confronté à un phénomène massif : la radicalisation islamiste. Elle soutient, exalte le terrorisme. Bien souvent, elle en est l'antichambre. Une idéologie du chaos est à l'œuvre. Elle glorifie la mort ; répand une vision paranoïaque du monde dans laquelle les prétendus "oppresseurs" ou "mécréants doivent payer le prix du sang. Cette idéologie, qui nous a déclaré la guerre, corrompt les esprits au cœur même de nos sociétés. Elle transforme des individus qui ont grandi ici, ont fréquenté nos écoles, en ennemis prêts à frapper, à retourner les armes contre leurs propres concitoyens. Ces individus radicalisés, qui sont-ils ? Ils sont pour la plupart jeunes deux tiers ont moins de 25 ans. 40% sont des femmes. Près du quart des individus présents en Syrie sont des convertis à un islam revisité et rudimentaire, qui s'expose sur les réseaux sociaux. Les profils sont très diversifiés : toutes les catégories sociales, toutes les régions sont touchées, zones urbaines comme villes moyennes. Bien sûr, il y une réalité très lourde dans nos quartiers frappés par la ghettoïsation, la communautarisation, la désespérance sociale. Là, des logiques d'enfermement, sur fond de délinquance, d'un antisémitisme virulent, d'essor du salafisme, ont offert un boulevard aux prédicateurs de la haine. Mais ne prêtons pas le flanc à cette vraie stigmatisation qui voudrait que, parce que l'on habite dans un quartier avec des difficultés sociales, alors on devrait mécaniquement basculer dans la radicalisation ! C'est un prêt à penser insupportable. La réalité, c'est que la radicalisation, l'embrigadement frappent partout. Partout, des individus plus ou moins fragilisés, parce qu'il y a ce mélange de perte de sens, de frustration, de déficit de sentiment d'appartenance, deviennent les proies faciles des techniques de propagandes les plus sophistiquées. Et les plus redoutables. Chaque époque a ses défis. La lutte contre le djihadisme est le grand défi de notre génération. Avec les ministres qui m'entourent, nous venons de rappeler cette double exigence de lucidité et d'action. La lucidité, d'abord. Les attentats qui ont frappé notre pays en 2015 ont effacé les derniers aveuglements qui parfois, dans le débat public, ont amené certains à considérer qu'on dramatisait à tort, ou qu'on créait artificiellement de la peur. Les Français ont droit à la vérité. Dès 2012, lorsque je suis arrivé au ministère de l'Intérieur, quelques semaines après les attaques de Toulouse, et alors que la Syrie s'enfonçait dans la guerre civile, j'ai été frappé par la rapidité, la facilité avec laquelle les filières djihadistes se constituaient. Le nombre de combattants étrangers en Syrie ou en Irak a atteint 15 000, son plus haut niveau, en 2015. Il est aujourd'hui de 12 000, parce que la guerre que nous menons là-bas produit ses effets, parce que les mesures que nous prenons ici pour empêcher les départs portent leurs fruits. Sur ces 12 000 individus, plus de la moitié proviennent des pays du Moyen-Orient ou du Maghreb. On compte également 4 000 combattants russophones issus des pays du Caucase et d'Asie centrale. Depuis l'Europe, ce sont 5 000 individus qui sont partis depuis le début du conflit. Un bon nombre est resté sur place. 627 d'entre eux sont Français – soit le contingent le plus important, parmi les combattants européens. L'enrôlement direct dans ces filières djihadistes, incluant une arrivée sur zone, concerne ou a concerné plus d'un millier de personnes pour le seul territoire français. Parmi elles, 171 personnes au moins sont présumées y avoir trouvé la mort, et 244 personnes sont revenues sur le territoire national. Il faut ajouter à ce chiffre un millier de personnes ayant manifesté des velléités de départ, dont 216 ayant quitté probablement le territoire national, sans que leur présence ne soit attestée en Syrie ou en Irak. A ce décompte, s'ajoute ou se recoupe le signalement de près de 9 300 personnes pour radicalisation violente, dont 4 600 via la plateforme nationale de signalement et 4 900 via les états-majors de sécurité départementaux (dont 200 doubles signalements). 7 % des signalements ont trait à des départs effectifs, 30 % à des femmes, 20 % à des mineurs. La DGSI estime que, depuis 2013, trois tentatives d'attentat ont échoué, et 15 projets d'attentat ont été déjoués. Sur ces 15, six étaient portés par des individus de retour de la zone syro-irakienne. Lucidité, donc, mais aussi action. Dès 2012, j'ai voulu que l'Etat se mette en ordre de bataille pour lutter contre les filières djihadistes et la radicalisation. D'autres pays européens, je pense en particulier à nos voisins britanniques, avaient déjà engagé ce travail. Ces exemples ont alimenté les travaux confiés au Secrétariat général à la défense et à la sécurité nationale. En avril 2014, Bernard CAZENEUVE a proposé au Gouvernement un premier plan public d'action contre les filières djihadistes et la radicalisation violente. Je souhaite rendre hommage appuyé à son engagement de tous les jours sur ce dossier. Mais d'autres ministères aussi se sont mobilisés, qui sont présents aujourd'hui. Deux ans plus tard, les 22 mesures de ce plan demeurent d'actualité, en particulier en matière de détection, de surveillance et de limitation des déplacements. C'est toute une politique publique qui a été mise en place et mobilise un nombre considérable d'acteurs, à tous les niveaux. Je veux dire à tous les agents publics, aux membres des associations, à tous ceux qui prennent des initiatives mon soutien et ma reconnaissance. Le Pacte de sécurité annoncé par le Président de la République, le 16 novembre dernier, a donné une force accrue à la lutte contre le terrorisme et la radicalisation. Des moyens humains et budgétaires sans précédent ont été dégagés. Après deux ans et un bilan d'étape, nous avons voulu que les pouvoirs publics se donnent un nouveau cap et les moyens de progresser encore. C'est l'objet du document présenté aujourd'hui : 80 mesures, dont 50 nouvelles, pour donner une impulsion renouvelée. J'adresserai par ailleurs aujourd'hui même, à l'ensemble des services et opérateurs de l'Etat, une nouvelle circulaire de cadrage et d'objectifs, que vous trouverez jointe à votre dossier. Le plan d'action contre la radicalisation et le terrorisme (PART) établit une stratégie globale : elle agit à la fois en amont, pour prévenir, détecter, traquer la radicalisation, et en aval, pour la combattre. Elle agit, enfin, pour protéger les Français. 1. Prévenir et détecter la radicalisation D'abord, donc : prévenir la radicalisation. Un ensemble de mesures sectorielles permettra d'agir, ministère par ministère, chacun apportant sa culture professionnelle, ses réseaux et son savoir-faire. L'éducation nationale est bien entendu en première ligne. Le contrôle des établissements hors contrat et de l'enseignement à domicile sera poursuivi et intensifié. La culture joue également un rôle déterminant. La lutte contre la radicalisation, c'est avant tout une lutte contre l'obscurantisme, la manipulation des esprits. L'éducation aux médias doit prendre de l'ampleur ; elle est la meilleure arme contre le complotisme. Il faut aussi mentionner le renforcement des actions de traitement des problèmes de santé mentale, assez fréquents chez les personnes radicalisées, ou encore le renforcement sans précédent de la protection judiciaire de la jeunesse en milieu ouvert. Il faut prévenir la radicalisation… Et la détecter, le plus précocement possible. Repérer les cibles radicalisées, mesurer leur dangerosité, comprendre la manière dont les filières s'organisent sont des préalables pour les neutraliser. C'est aussi la condition d'une prise en charge adaptée des personnes sur le point de basculer. Le numéro vert national, activé en 2014, a permis le recueil et le traitement des signalements. Une grille d'analyse commune a été élaborée sur ce qu'est un signalement dangereux et ce qui ne l'est pas. Elle est désormais partagée par les écoutants de la plateforme, par les services de renseignement, par les cellules départementales de suivi. La détection, c'est aussi la détection des déplacements : il faut empêcher les terroristes de circuler, de trouver des armes, ou des financements. C'est l'objet du PNR français, qui entrera progressivement en action cet été. Ce sera le premier PNR mis en œuvre en Europe continentale, avant le développement des autres PNR européens que la France a vigoureusement défendu à Bruxelles. La radicalisation en prison doit faire l'objet d'un traitement spécifique. Nous avons décidé, avec le garde des Sceaux, de doter l'administration pénitentiaire d'un service de renseignement de plein exercice, après avoir déjà créé des unités dédiées de regroupement de détenus radicalisés je l'avais annoncé en janvier 2015. Aumôneries, programmes de formation, sécurisation des établissements pénitentiaires : rien ne doit être négligé pour contenir l'influence d'imams autoproclamés, qui recrutent dans le milieu carcéral. 2. Combattre la radicalisation Après avoir détecté les individus dangereux, les terroristes potentiels, il faut les empêcher d'agir, combattre la radicalisation. Action internationale et militaire contre les sanctuaires terroristes Ce qui veut dire d'abord : poursuivre notre action militaire. L'ennemi est parfaitement désigné : Daech, Al Qaïda et leurs succursales opèrent depuis leurs bastions, en Syrie, en Irak, au Sahel. C'est pourquoi la France engage ses forces armées en Afrique et au Levant. Les frappes de la coalition produisent leurs effets : l'Etat islamique recule. Mais nous savons combien la menace est mouvante, combien elle peut changer de front, adapter ses modes d'action. C'est tout le sens de l'engagement de la diplomatie française pour trouver un règlement aux conflits qui alimentent le terrorisme. Surveillance et lutte contre les filières terroristes Nous menons en parallèle, sur notre sol, une lutte opérationnelle contre les filières. La répression du terrorisme appartient à l'autorité judiciaire. Et le choix que nous avons fait de consolider les techniques de recueil de renseignement, ou de rendre les outils de la police administrative plus efficaces, n'est pas contradictoire avec une vérité intangible : un terroriste doit être traduit en justice, et condamné. Le parquet antiterroriste et le pôle instruction ont été renforcés. Je veux aussi insister sur les actions entreprises pour couper toute source de financements à ceux qui s'enrôlent dans les filières terroristes. Chaque départ donne lieu à un signalement de la DGSI aux caisses de sécurité sociales. Une enquête approfondie est alors menée, en application des règles propres aux organismes sociaux. Au mois de mars dernier, sur plus de 500 dossiers en cours de traitement, 350 ont déjà abouti à une situation de constat de fin de droits ou à une décision de suspension du versement des droits. La règle est systématique : quiconque s'engage dans les filières terroristes perd le bénéfice des droits sociaux. Pour sa part, le ministère du budget procède également au gel des avoirs financiers de groupes ou d'associations suspectés de financer le terrorisme. La prise en charge des personnes radicalisées Lorsque la justice ne dispose pas d'éléments suffisants pour engager des poursuites, le dispositif de contrôle et d'évaluation doit être très strict. Je pense notamment à ceux qui reviennent en France après être partis faire le djihad, posant une menace très grave. Certains font régulièrement le trajet aller-et-retour. D'autres sont des "repentis" dont il est difficile de mesurer la sincérité. J'avais annoncé en novembre dernier qu'une disposition législative serait adoptée pour encadrer très strictement le retour en France de ces individus. Grâce à la loi en passe d'être adoptée, nous pourrons commencer à le faire dès cet été. Et ce plan comporte de nombreuses mesures dans le champ encore nouveau qu'est la prise en charge des personnes radicalisées. Les trajectoires de radicalisation sont très différentes d'un individu à l'autre. De nombreux travaux parlementaires, ou issus de la recherche, ont apporté des éclaircissements utiles. Je veux citer les rapports parlementaires de Malek BOUTIH, Patrick MENNUCCI, Éric CIOTTI, et Sébastien PIETRASANTA, Jean-Pierre SUEUR et Nathalie GOULET. L'Etat s'est organisé en conséquence. 1 600 jeunes et 800 familles concernés par la radicalisation font aujourd'hui l'objet d'un accompagnement adapté par les cellules de suivi des préfectures de leur département. Police, enseignants, travailleurs sociaux ont appris à partager leurs informations, à mutualiser leurs actions. Le plan présenté ce matin se donne pour objectif de doubler, d'ici deux ans, les capacités de prise en charge des personnes radicalisées. Cela suppose que le pilotage national soit renforcé. Le Comité interministériel de prévention de la délinquance et à compter d'aujourd'hui de la radicalisation bénéficiera d'effectifs renforcés. Le FIPD avait été doté de 60 millions d'euros supplémentaire sur trois ans. Afin de financer certaines mesures nouvelles de ce plan, ce montant sera porté à 100 millions d'euros. Les autres seront financées dans le cadre des lois de finances, sur les budgets des ministères. Le premier centre de prise en charge des personnes radicalisées avec hébergement de longue durée, un Centre de citoyenneté et de réinsertion, sera mis en place cet été. Les premiers accueillis pourront être des repentis, dont nous éprouverons la sincérité et la volonté de réinsertion dans la durée. Parce que la radicalisation concerne tout le territoire national, je demande aux préfets que, d'ici à la fin 2017, un établissement de cette nature soit créé dans chaque région. Au moins la moitié accueilleront, à la demande de l'autorité judiciaire, des personnes qui ne peuvent être placées en détention. Et l'Etat souhaite nouer un partenariat beaucoup plus actif avec les collectivités territoriales. Face à la déstabilisation de certains quartiers, les maires et les conseils départementaux ne peuvent, bien sûr, rester seuls. Mais les services publics gérés par les collectivités ont un rôle fondamental à jouer dans la prise en charge de certaines personnes radicalisées. Le Gouvernement organisera donc, en marge du prochain Congrès des maires, une journée de mobilisation et d'échange avec les collectivités. Je m'y exprimerai personnellement. La construction d'une multitude de contre-discours, en mobilisant notamment l'Islam de France Combattre la radicalisation, c'est enfin construire de puissants contre-discours, contrecarrer la propagande djihadiste et salafiste, casser cette entreprise d'embrigadement à grande échelle. Il faut aller porter la contradiction sur les mêmes terrains. Cela passe par de l'audace, de l'innovation, et par une mobilisation de tous : pouvoirs publics, associations, acteurs privés société dans son ensemble. Il faut renforcer les partenariats avec les géants du Net, pour qu'ils nous aident à stopper la diffusion de propagande filmée. Et nous avons besoin des voix de l'Islam de France. Elles doivent se faire entendre, parler encore plus fort qu'elles ne le font aujourd'hui. Je l'ai dit : il y a un combat idéologique au sein de l'Islam. Et nous serons toujours aux côtés de ceux qui prônent l'apaisement et l'adhésion aux valeurs de la République. La structuration et le soutien aux actions de recherche sur le terrorisme et la radicalisation. Analyser l'ensemble des ressorts qui conduisent à l'enfermement dans la radicalisation est indispensable. Les champs d'analyse sont larges : social, sociologique, mais aussi psychologique. Mais encore une fois : analyser les mécanismes qui sont à l'œuvre, cela ne peut pas être dédouaner les individus, leur trouver je ne sais quelle circonstance atténuante. Comment le pourrait-on ? Ce sont des femmes et des hommes libres, qui choisissent de rejoindre les rangs, de se mettre au service d'une organisation terroriste. Personne, ceux qui tuent, projettent de tuer ou soutiennent les assassins, ne peut être exonéré de ses responsabilités. La mission de l'Etat est de fournir à la recherche publique les moyens d'investir ce terrain d'étude encore pionner, par des créations de postes, l'attribution de bourses de recherches, ou encore la création d'un Conseil scientifique. Mais l'Etat a aussi intérêt à tirer tout le parti des savoirs ainsi acquis pour concevoir, évaluer et améliorer les politiques de traitement de la radicalisation. Ce plan intègre donc de telles initiatives. 3. Protéger les Français Ce plan agit enfin pour protéger les Français. La protection des sites sensibles Dimension importante de notre stratégie, la protection des sites sensibles mobilise un nombre considérable d'agents de police et de militaires. 7 000 d'entre eux continuent à mener l'opération Sentinelle. Les attentats et les tentatives d'attentats en 2015 sont là pour le montrer : certains sites, certaines personnes sont plus particulièrement ciblés. Je pense aux lieux de grand passage, les gares, les aérogares, mais aussi aux sites SEVESO, aux sites militaires, aux commissariats de police ou casernes de gendarmerie. Le plan d'action présente l'ensemble des mesures activées pour prévenir l'accès de personnes radicalisées à ce type de sites. Les enquêtes administratives, ce que l'on appelle le criblage, seront renforcées et régulièrement réactualisées. Plusieurs de ces dispositifs renforcés entreront en œuvre dès cet été, avec une vigilance particulière pendant l'Euro 2016. Le soutien aux victimes Soutenir les victimes n'est pas seulement un devoir moral. C'est également une mission de prise en charge que les services publics doivent accomplir avec professionnalisme pendant toute la durée nécessaire. Car, au-delà de la stabilisation de leur état de santé physique, la reconstruction personnelle est souvent très longue. Sous l'impulsion de la secrétaire d'Etat aux victimes, ce plan comprend un volet très concret qui sera déployé avant la fin de l'année. La résilience de la population Protéger la population, c'est enfin la préparer à une menace qui, n'en doutons pas, frappera à nouveau. Nous sommes entrés dans une nouvelle époque, dans l'ère de l'hyper-terrorisme. Nous devons revoir nos doctrines d'engagements, nos plans de sécurité civile. Alerter la population, former les intervenants, être capable d'intervenir encore plus vite, prendre en charge les victimes : c'est toute la chaîne de la gestion de crise qui doit s'adapter. Je veux souligner à ce sujet l'action de Bernard CAZENEUVE, qui vient d'adopter un plan de pré-positionnement sur tout le territoire des unités d'intervention, pour réduire très fortement les délais d'engagement de ces forces d'élite. Résister : les Français en ont toujours été capables. Cette confiance en notre solidité, cette conviction absolue que notre société saura, toujours, faire front, offre, au fond, la meilleure riposte. Mesdames, messieurs, Le terrorisme islamiste, la radicalisation nous exposent à une menace sans précédent. Et c'est par une mobilisation sans précédent que nous devons répondre. La lutte contre la radicalisation est une politique publique à part entière, qui combat un des symptômes les plus graves des fractures qui abîment notre pacte républicain. Mais si nous ne menions pas aussi les autres politiques engagées je pense en particulier à l'ambitieuse refondation de l'Ecole, si nous n'intervenions pas pour retisser du lien, pour que notre société soit plus ouverte et plus juste, si nous n'avions pas adopté les mesures des comités interministériels à l'égalité et la citoyenneté, alors toute politique de lutte contre la radicalisation tournerait à vide, parce qu'elle passerait à côté des causes profondes. Ce plan, c'est une preuve supplémentaire de notre détermination à agir. C'est ainsi que nous gagnerons. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/306.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/306.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ff52a12b64f98ff83f6c26dca27e1e2404d93cab --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/306.txt @@ -0,0 +1 @@ +THOMAS SOTTO 10 mai, 10 juin, on sait ce que fera Patrick KANNER dans un mois, il passera sa soirée au Stade de France pour le match d'ouverture de l'Euro de foot entre la France et la Roumanie. Bonjour Patrick KANNER. PATRICK KANNER Bonjour. THOMAS SOTTO La fête se déroulera donc sans Michel PLATINI qui a vu sa suspension en partie confirmée et qui n'est plus le patron de l'UEFA, est-ce que vous le regrettez ? PATRICK KANNER Je suis triste pour l'homme, oui je le regrette. Je le regrette puisque je m'étais exprimé y compris à votre micro pour dire que pour moi Michel PLATINI était un homme incontournable dans l'organisation internationale du football. Voilà le TAS, Tribunal Arbitral du Sport en a décidé autrement, dont acte, je n'ai pas de commentaire à faire sur le fond de la décision, par contre c'est un immense gâchis et je le dis très simplement au regard de ce que pouvait apporter Michel PLATINI aux sports en général, au football en particulier et au niveau européen. THOMAS SOTTO Quand vous étiez venu ici même, vous aviez dit qu'on sentait une forme d'acharnement contre Michel PLATINI, lui a parlé hier d'une profonde injustice, vous partagez ce sentiment d'injustice ? PATRICK KANNER Vu de son côté bien sûr que c'est une injustice, et d'ailleurs il va utiliser d'autres moyens sur le plan judiciaire pour faire valoir son bon droit selon son expression, à partir de là les choses sont faites, il ne peut plus présider l'UEFA, il en a démissionner et il ne sera pas présent en tant que président de l'UEFA aux différentes manifestations liées à l'Euro 2016, peut-être viendra-t-il comme invité, mais ça ce sera à lui d'en décider. THOMAS SOTTO Est-ce que vous, vous allez l'inviter en tant que ministre des Sports à venir à des matchs ? PATRICK KANNER Moi, je n'ai pas à inviter, c'est l'UEFA qui organise, donc c'est Jacques LAMBERT qui peut l'inviter en tant que président de la SAS Euro 2016, ça peut être Noël LE GRAET qui l'invite… THOMAS SOTTO Vous en tant que ministre vous avez quelques invitations, non ? PATRICK KANNER Oui, j'ai les invitations entre guillemets, en tout cas c'est nous qui sommes invités, c'est le ministère qui est invité par l'UEFA. Est-ce que Michel PLATINI voudra venir ? Est-ce qu'il voudra, voilà, croiser le regard de ceux qui seront dans l'amitié, dans la compassion, voire dans l'inimitié ? Je n'en sais rien, ce sera à lui d'en décider. THOMAS SOTTO Vous préfériez le voir quand même, parce que c'est quand même lui qui, il y a 32 ans a soulevé pour la première fois cette coupe de champion d'Europe pour la France. THOMAS SOTTO Moi, à titre personnel je souhaiterais vraiment le croiser parce que je l'ai croisé dans le montage du dossier, vous savez j'ai été nommé fin août 2014 et très vite j'ai rencontré Michel PLATINI pour l'organisation de l'Euro et j'ai pu apprécier l'homme. Il est dur, vous savez c'est un homme d'affaires, difficile en affaires, mais en même temps voilà c'est un passionné de football, moi c'est l'individu aujourd'hui qui doit être dans une profonde tristesse, que je respecte profondément. Mais en même temps le ministre des Sports, voilà, prend acte de cette décision. THOMAS SOTTO Elle est trop sévère cette décision ou pas ? PATRICK KANNER Je n'ai pas de commentaire à faire sur le fond, elle est passée de 6 ans à 4 ans de suspension. THOMAS SOTTO Le résultat, c'est que ça tue sa carrière, sa fin de carrière. PATRICK KANNER Sa fin de carrière est aujourd'hui terminée, alors il n'est pas encore à un âge canonique, il pourrait revenir, mais je crois que quelque chose s'est cassée hier naturellement. THOMAS SOTTO Venons-en à l'Euro, Patrick KANNER, sur le terrain, est-ce que tout est prêt aujourd'hui à un mois ? PATRICK KANNER Tout est prêt, tout est prêt, les stades sont prêts, les recrutements ont été organisés, j'ai entendu ce matin avant d'arriver votre reportage sur une entreprise française qui va fournir les buts et tout ce qui va avec. Donc oui tout est prêt. THOMAS SOTTO C'est François COULON. PATRICK KANNER La sécurité était un point majeur depuis ces derniers mois, elle est sous contrôle aujourd'hui donc la fête populaire se prépare dans d'excellentes conditions, que le temps soit avec nous et que les résultats soient là aussi. THOMAS SOTTO Alors on a envie de vous croire sur la sécurité, mais il y a quelques jours quand même Bernard CAZENEUVE a reconnu devant la commission des lois du Sénat que cet évènement représentera un risque, est-il bien raisonnable dans ce cadre de maintenir les fans zones, sept millions de personnes attendues pendant l'Euro dans les fans zones ? PATRICK KANNER Tout évènement est un risque, vous savez j'ai lancé avec Anne HIDALGO, le 3 avril le marathon de Paris, il y avait 50 000 coureurs, c'est un risque. On peut arrêter aussi de vivre, non on continue. Votre prochain invité, Daniel COHN-BENDIT a dit qu'il fallait maintenir les fans zones et il a raison. Il a raison parce que tout d'abord c'est un élément de sécurité les fans zones, parce que comment voulez-vous accueillir sept, huit millions de personnes en dehors des stades si on n'organise pas les choses. Et donc les fans zones seront extrêmement sécurisés, du déminage, des drones, de la vidéo surveillance, de la palpation pour toutes les entrées. Quand on est dans la fan zone, on est en sécurité plus peut-être que dans un bar. THOMAS SOTTO Mais vous avez entendu, j'imagine, ce qu'a déclaré Frédéric PECHENARD, directeur général du parti Les Républicains et ancien directeur général de la police nationale, en parlant de la fan zone qui sera sous la Tour Eiffel et qui pourra accueillir jusqu'à 92 000 personnes, il a dit, c'est offrir aux terroristes une possibilité de faire un attentat massacre, vous êtes sûr qu'il n'a pas raison ? PATRICK KANNER Enfin moi j'aime bien les Cassandre qui prévoient toujours le pire, le pire est toujours possible, Bernard CAZENEUVE que vous avez cité évoque toujours 100 % de précautions, mais le zéro risque n'existe pas. THOMAS SOTTO Ca on est d'accord. PATRICK KANNER On est d'accord. A partir de là, comment voulez-vous organiser dans de bonnes conditions une fête populaire autour de l'évènement en dehors des fans zones ? Non, la fan zone est une réponse entre guillemets sécuritaire pour bien organiser l'événement. Donc monsieur PECHENARD pense ce qu'il veut, moi je considère qu'il est anxiogène et je me refuse, je me refuse à être dans une logique anxiogène par rapport à un événement qui doit rester une grande fête populaire. THOMAS SOTTO Est-ce que vous y enverriez vos enfants dans ces fans zones ? PATRICK KANNER Mes enfants sont grands… THOMAS SOTTO Vous comprenez le sens de ma question. PATRICK KANNER J'ai un petit gamin mais, il n'a qu'un an. THOMAS SOTTO Lui non, mais pour d'autres raisons. PATRICK KANNER Pour d'autres raisons, mais vous avez vu que 64 % des Français, sauf erreur de ma part, mais à quelques points près n'ont pas peur d'aller dans un match de l'Euro, c'est un sondage de l'Equipe, pour citer l'Equipe, grand journal sportif, donc moi je n'ai pas de crainte. Je n'ai pas peur. THOMAS SOTTO Vous comprenez, en fait on ne sait pas sur quel pied danser parce qu'on a tous envie que ce soit une belle fête, on a tous envie que ces fans zones, ça se passe bien, qu'il y ait une belle ambiance et que l'Equipe de France gagne l'Euro, mais il y a un double discours, d'un côté on nous dit c'est sûr, de l'autre côté on a un Premier ministre qui prolonge l'état d'urgence, qui nous dit, c'est compliqué, la menace est là, qui depuis six mois nous dit, on est en guerre etc… C'est compatible avec l'état d'urgence tout ça ou pas ? PATRICK KANNER Monsieur SOTTO, nous sommes sérieux, nous sommes déterminés, nous sommes concentrés, nous avons organisé la COP21, il y a eu quatre matchs sur le Stade de France depuis les événements du 13 novembre, trois pour le rugby, un pour le football, tout s'est bien passé, nous avons testé toutes nos organisations de sécurité. Après le vrai travail, c'est le renseignement, c'est la prévention, c'est démanteler les réseaux, c'est ce que fait en permanence le ministère de l'Intérieur en lien avec la justice, donc soyons rassérénés sur la mobilisation des moyens publics de notre pays, moyens publics de l'Etat, mais aussi des villes et aussi les moyens privés dans le cadre notamment des fans zones. THOMAS SOTTO Avec un budget sécurité qui a considérablement, qui a quasiment doublé. PATRICK KANNER Oui. Il fallait le faire, on a tiré les conséquences des événements du 13 novembre et nous avons été plus loin que ce qui avait été prévu, donc voilà on fait la fête. THOMAS SOTTO Manuel VALLS a présenté une série de mesures contre la radicalisation hier, la mesure 45 concerne le champ sportif, aujourd'hui certains clubs sont-ils des foyers d'embrigadement Patrick KANNER ? PATRICK KANNER Certains clubs sont soumis à des pressions, oui, je vous réponds très clairement oui et c'est pour cela que nous allons former 50 inspecteurs jeunesse et sport, spécifiquement pour assumer notre responsabilité qui est de vérifier que les règles de la République sont respectées partout dans les clubs de sports dans notre pays. THOMAS SOTTO On a une idée de l'ampleur du phénomène ou pas ? PATRICK KANNER C'est difficile à dire. THOMAS SOTTO C'est quoi, c'est des dizaines, des centaines, des milliers ? PATRICK KANNER Non, ça vous ne me ferez pas dire un chiffre, j'ai eu une expérience sur le sujet, il y a quelques semaines sur votre plateau. Non, je crois qu'il faut être extrêmement pragmatique, il faut être prudent, et il faut accepter le signalement. C'est clair vous savez, quand un club refuse la présence de femmes dans le club, c'est suspect. Quand un club pratique la religion pendant les temps de pause, c'est suspect. Voilà donc nous serons très vigilants. THOMAS SOTTO J'ai une toute dernière question sur… PATRICK KANNER Moi, j'ai un cadeau à vous faire. THOMAS SOTTO Avec plaisir, mais juste ma dernière question avant parce que peut-être vous n'aurez plus envie de me le faire après le cadeau, l'affaire Denis BAUPIN, qu'est-ce que ça vous inspire vous aujourd'hui ? PATRICK KANNER Si les faits sont avérés et l'expression de faisceau de présomption a été utilisée, mais moi je n'ai pas de commentaire à faire sur le sujet non plus, s'ils sont avérés, c'est totalement inacceptable. Mais voilà Denis BAUPIN a dit qu'il dénonçait ces propos contre lui, il y a eu d'autres témoignages qui l'accablent. THOMAS SOTTO Et puis il y a aussi, on l'a entendu ce matin, Yves CONTASSOT qui est Vert qui accuse Emmanuelle COSSE, l'épouse de Denis BAUPIN et patronne des Verts à l'époque d'avoir su et d'avoir couvert tout ça. Est-ce que si ça c'était avéré, ça poserait un problème pour son maintien au gouvernement à votre avis ? PATRICK KANNER Emmanuelle COSSE, surement pas, écoutez, c'est quand même, enfin ce serait quand même extraordinaire qu'il y ait une sorte de double peine si les choses étaient constatées. THOMAS SOTTO Si elle a caché les choses. PATRICK KANNER Non, non, moi je ne mélange pas les genres, aujourd'hui c'est Denis BAUPIN qui est mis en question, ce n'est pas Emmanuelle COSSE. Donc vraiment ne franchissons pas des lignes jaunes qui seraient totalement inacceptables. THOMAS SOTTO Merci beaucoup, ah mon cadeau… PATRICK KANNER Le cadeau, carton bleu, carton bleu pour Thomas SOTTO, c'est ce qu'on a donné aux enfants pendant un mois pour leur fairplay sur les matchs et voilà, et vous pourrez avec le flash mob, vous pourrez regarder ce que vous avez gagné, peut-être des places pour l'Euro. THOMAS SOTTO Je regarderai. PATRICK KANNER Vous avez été très fairplay, j'en donne un naturellement à mon ami Daniel COHN-BENDIT, voilà et j'en ai prévu alors c'est vraiment très machiste de ma part, je vais vous en donner un Julie plus tard, mais c'était pour Maxime SWITEK. THOMAS SOTTO Je lui transmettrais, qui sera là à midi, solidarité du Nord. Merci beaucoup Patrick KANNER d'être venu. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/307.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/307.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d808bfdebe6b3cc8e80b457e1fc2964c7220f85c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/307.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Député, vous l'avez rappelé, notre pays, comme beaucoup d'autres, fait face à une menace terroriste sans précédent. Mais, au-delà, il est confronté à un autre défi : celui de la radicalisation, même si ce mot embrasse sans doute trop de concepts. C'est un fléau, qui mène parfois directement à la violence et au terrorisme. L'État est mobilisé depuis plusieurs années pour lutter contre les filières djihadistes et contre cette radicalisation. Au cours des quatre dernières années, le gouvernement s'est donné les moyens juridiques et budgétaires de combattre le terrorisme. Depuis 2012, cinq lois majeures et structurantes pour la politique antiterroriste ont été adoptées par le Parlement et le projet de loi relatif à la procédure pénale devrait bientôt être également adopté - la commission mixte paritaire se réunira demain. Un plan ambitieux a été présenté par le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, qui se trouve actuellement au Sénat pour présenter la prolongation de l'état d'urgence. Dès 2014, des mesures concrètes ont été mises en œuvre - numéro vert pour le signalement des personnes radicalisées, lancement de la campagne « Stop djihadisme », interdiction de sortie du territoire et blocage administratif des sites internet faisant l'apologie du terrorisme - mais, face à l'ampleur des phénomènes auxquels nous sommes aujourd'hui confrontés, il est apparu nécessaire de consolider et d'amplifier notre réponse au terrorisme et à la radicalisation. Je veux rappeler une nouvelle fois que plus de 2 000 personnes sont impliquées dans les filières djihadistes syro-irakiennes et près de 9 300 signalées au titre de leur radicalisation. C'est la raison pour laquelle le comité interministériel pour la prévention de la délinquance et de la radicalisation s'est réuni pour la première fois, hier, à mon initiative. La lutte contre la radicalisation ne concerne pas que les ministères régaliens : elle doit devenir une politique publique à part entière, mobilisant tous les pans de l'action publique et associant l'ensemble des partenaires de l'État - je pense, bien sûr, aux collectivités territoriales, conseils départementaux et municipalités, qui sont en première ligne sur ce sujet et dont certains ont déjà pris des initiatives en la matière. Face à un phénomène qui s'annonce durable, le plan d'action contre la radicalisation et le terrorisme que j'ai présenté hier a l'ambition d'établir une stratégie globale et cohérente. Les ministres qui ont en charge cette stratégie sont à la disposition du Parlement pour exposer notamment, parmi les quatre-vingts mesures présentées hier, les cinquante mesures nouvelles qui ont été annoncées. Nous nous sommes, par ailleurs, appuyés aussi sur les travaux parlementaires. Voilà, Monsieur le Député, cette mobilisation qui concerne l'éducation, les travailleurs sociaux, les collectivités territoriales et la culture - car, au fond, il s'agit bien de valeurs qu'il faut défendre. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/308.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/308.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7f178bb4764216c9a772ee322682de688e579460 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/308.txt @@ -0,0 +1 @@ +L'affiche du 69ème festival de Cannes nous offre une montée des marches particulière : celle de Michel Piccoli qui gravit l'escalier en pyramide inversé de la villa Malaparte, sur l'île de Capri, dans Le Mépris de Jean-Luc Godard. Le Mépris, on s'en souvient, est un film sur une œuvre qui se fait, un couple qui se défait et une civilisation qui disparaît. C'est aussi un film « sur l'histoire du type qui voyage », comme le dit Brigitte Bardot, Ulysse, qui affronte les Sirènes. L'image du 69ème festival de Cannes n'est donc pas le visage d'une star mais un message d'alerte qui évoque le fascisme (avec Curzio Malaparte), l'après-guerre, l'Europe, la Méditerranée, Ulysse, les migrants voire le réchauffement climatique, tant la surexposition de l'affiche évoque le Soleil vert de Richard Fleischer. J'y vois une image solaire, aveuglante, une image évoquant le danger et donc la vigilance. Nous allons dans un an, en mai 2017 vivre un moment particulier... Les 70 ans du Festival de Cannes. C'est dire que 70 ans nous séparent de la fin de la Seconde guerre mondiale, alors que, vous le savez, le premier festival devait s'ouvrir en septembre 1939. Ce que l'Europe a produit et vécu durant cette période a radicalement changé notre histoire et aussi la façon de concevoir la politique du cinéma en France. Parce que la France s'est reconstruite en se fondant sur la solidarité, cette politique du cinéma s'est construite contre les échecs du passé et contre les divisions de la profession. Malgré la cruauté de cette guerre, les résistants avaient déjà en tête l'organisation du pays de l'après-guerre, comme en témoignent les écrits en captivité de Jean Zay. Je veux citer ses mots qui relient naturellement culture et Résistance : « la République repose avant tout sur le civisme et l'intelligence des citoyens, c'est-à-dire sur leur éducation intellectuelle et morale » et « la politique mais aussi bien le cinéma, ajouterais-je est ce mouvement par lequel l'humanité s'approfondit ». Nous avons reçu ces valeurs en héritage : solidarité, confiance en l'intelligence des citoyens, confiance en la puissance de la création. Qu'avons-nous repris de cet héritage, en quoi fait-il sens aujourd'hui ? L'impératif de solidarité de la profession d'abord qui doit s'unir pour l'intérêt général du secteur alors que la concurrence est structurelle et les rapports de force bien réels. Un pacte de confiance entre l'Etat et les professionnels, né avec une mutualisation d'une partie de la recette, et qui a porté notre cinéma là où il est aujourd'hui. La solidarité entre les films, entre les entreprises. L'adaptation permanente aux évolutions de la technologie, de la diffusion, de l'économie sans rien céder de ces valeurs. Un festival de Cannes qui nous dit avec force que le cinéma ne se comprend que les yeux grands ouverts sur le monde. Un festival qui accueille le monde entier, cher Pierre, cher Thierry, avec la qualité des œuvres comme unique sésame. La sélection montre aussi que la France est le « poumon du cinéma d'auteur mondial » grâce à un système de financement ouvert à tous les cinémas du monde, au rôle des producteurs et distributeurs, à un goût patiemment entretenu du public pour le cinéma. Le public est friand plus que nulle part ailleurs de films étrangers, de films iraniens quand l'Iran était terre fermée, de films israéliens nous qui avions adopté Ronit Elkabetz, de films roumains alors que la situation politique de certains pays d'Europe centrale nous inquiète. Ce sont ces valeurs diversité, solidarité, et j'ajoute, hospitalité envers les artistes du monde qui doivent nous porter et nous guider quand sans cesse nous sommes amenés à faire évoluer ce modèle unique pour garder un temps d'avance. A le défendre quand nous le sentons menacé. N'oublions pas les déchirements internes sur la convention collective du cinéma, les attaques répétées sur un système de soutien caricaturé, les pistes sérieusement envisagées en Europe de suppression du lien entre aides publiques et territoires, entre droit d'auteur et territoires. Le mandat qui était envisagé dans la négociation d'un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Je voudrais revenir sur ce qui a été fait, collectivement, avec l'engagement conjoint de la profession et des pouvoirs publics, pour relever les défis de notre époque. D'abord, dès 2012, en ramenant la TVA sur le prix des billets des salles de cinéma à son taux réduit alors qu'il allait être porté à 10%. La filière a su rendre cette TVA aux jeunes spectateurs dans une action tarifaire nationale. L'année dernière, 20 millions d'entrées ont été réalisées à 4 euros ou 4 euros 50, ce qui représente une progression de 20% par rapport à 2014. Il fallait le faire, car la salle de cinéma reste en France un lieu d'échange, d'émotions collectives, grâce à la diversité des salles et l'exceptionnel maillage du pays. Ensuite, nous avons pris des mesures déterminantes pour restaurer la compétitivité et l'attractivité des tournages en France. A partir de 2013, d'abord pour accompagner les films les plus fragiles dans la convention collective du cinéma. C'est tout le vivier des jeunes talents, des premiers réalisateurs, des auteurs les plus expérimentaux, qui ont les premiers bénéficié de cette mesure. Puis, après avoir amélioré le système par petites touches, l'Etat a fait en 2016 un choix sans précédent en investissant dans ce secteur d'excellence, de façon massive et ouverte, par un crédit d'impôt puissant. C'est le signe d'une confiance exceptionnelle des pouvoirs publics, pour donner aux créateurs les moyens de s'exprimer, pour soutenir et développer l'économie du cinéma qui entraîne avec elle tout un pays, développe des emplois et fait la fierté de la France dans le monde. Les résultats sont là ! Déjà, une trentaine de projets français et européens sont revenus en France, rapportant avec eux plus de 100 millions d'euros d'activité et des milliers d'emplois. On estime le double à venir, 10 000 emplois selon le CNC. Cette confiance des pouvoirs publics ne peut s'adresser qu'à des professionnels responsables et sachant faire l'unité sur les sujets d'intérêt général. C'est un autre gage de fidélité à cette mémoire des fondateurs, la négociation au sein de la profession plutôt que la loi du plus fort. En travaillant, sous l'égide du CNC, des heures durant, à des Assises du cinéma, vous avez pris le temps de l'écoute et du dialogue. Des mesures sur le contrôle des coûts, la transparence, le renforcement du soutien aux franges les plus fragiles de la production et de la distribution sont nées du premier volet de ces Assises. Vous avez été plus loin hier, dans le fil de ces travaux, en signant à l'unanimité un accord majeur, qui restera comme le Pacte de Cannes. Pour que les films aient plus leur chance en salles, les exploitants se sont engagés. Pour que les salles des zones rurales et des villes de moins de 50 000 habitants aient un meilleur accès aux films, les distributeurs se sont engagés et avec eux toute la filière du film. C'est une réponse fine et adaptée, que seuls les professionnels pouvaient élaborer, pour que puissent se rencontrer le public et les films dans toute leur diversité. Car cette diversité est rarement spontanée, il faut l'organiser et la protéger de façon volontariste. Et, dans une dynamique vertueuse, cette diversité forme le goût du public, éveille sa curiosité, permet à de nouvelles voix de s'exprimer. Elle tire vers le haut à la fois les esprits, la part de marché, et la fréquentation dans son ensemble. Je veux saluer l'esprit de responsabilité qui a été celui de vos organisations professionnelles. Il est à la hauteur de la confiance placée en vous par le Parlement, par le Gouvernement. Vos discussions vont reprendre, les sujets sont nombreux, et j'espère que vous saurez conserver l'esprit de ce Pacte de Cannes pour avancer avec le même équilibre et le même sens de l'intérêt général. La suite des Assises bien sûr, mais aussi la réforme de l'agrément, barème technique qui est en réalité la pierre de Rosette qui permet de déchiffrer le soutien financier du CNC. Ou bien encore, l'export, domaine dans lequel nous avons souvent essayé d'avancer et que vous relancez, chère Frédérique, ainsi que vous l'aviez annoncé dès votre prise de fonction. Je voudrais souligner aussi que c'est ce même esprit de concertation et de responsabilisation qui nous a guidé lors de la discussion sur l'indemnisation chômage des professions du spectacle. C'est en effet un accord historique que les partenaires sociaux du secteur, dont ceux du cinéma, ont trouvé il y a quinze jours. Il a été rendu possible grâce aussi à une méthode, celle qui a inscrit dans une loi de 2015 la pérennité des annexes consacrée à l'intermittence et a fait confiance aux professionnels du secteur pour négocier. De nouveaux droits sont issus de cet accord des droits qui étaient en déshérence depuis plus de 10 ans - mais aussi une contribution significative à l'équilibre général de l'assurance chômage, qui est en cours de chiffrage. Autre victoire que je voudrais rappeler, gagnée par la ténacité et l'union de la profession et de l'Etat, l'exclusion en 2013 du cinéma et de l'audiovisuel du mandat de négociations du projet d'accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Fidèles à nos valeurs, nous avons refusé de réduire la culture à sa dimension marchande quel que soit son poids économique, Il ne faut jamais transiger sur cela, au risque sinon de fragiliser et à terme détruire le socle de la légitimité de nos interventions. Nous avons ici même, à Cannes, vécu des moments qui ont marqué les esprits. Soumis à une pression politique forte, la France a tenu bon. De la profession au Parlement, nous avons tous été unis derrière le Président de la République. Et nous avons réussi à empêcher ce qui eût été un désastre en contradiction flagrante avec les valeurs qui nous définissent. En bien d'autres occasions, ces valeurs nous ont guidé. Je n'oublie pas la défense du droit d'auteur, la lutte contre le piratage en ciblant le nerf de la guerre, à savoir les gains que tirent ceux qui se prétendent adeptes de la gratuité. Droit d'auteur au fondement de la rémunération de la création et donc de sa capacité de renouvellement. Et ces principes ne sont pas solubles dans la technologie. C'est pourquoi nous organiserons demain un colloque consacré au rôle des acteurs du numérique dans la distribution et le financement de la création. Chers amis, Nous pouvons être fiers des réussites de ces dernières années, et je veux ici citer Aurélie Filippetti et Fleur Pellerin qui à vos côtés ont porté ces réussites. L'époque n'est plus celle de la guerre ou de l'après-guerre, n'est-ce pas ? Elle n'est pas celle du Mépris, non plus, bien entendu… Et pourtant les démocraties en Europe sont confrontées à la violence, à la montée de l'extrême droite. A la radicalisation d'une partie de ses enfants. A la radicalisation aussi du débat public. Hier encore, des voix déchaînées ont obtenu l'annulation d'un concert au nom d'un ordre moral nauséabond et décomplexé. N'acceptons jamais cela. Ce n'est pas la première fois que l'autocensure succède à ces coups de force inacceptables. C'est pourquoi il importe de réaffirmer nos valeurs et de défendre la liberté de création comme nous le faisons dans la loi que je porte en ce moment au Parlement. Il y a 6 mois, à Paris, des vies étaient arrachées, des familles meurtries par des attentats qui ont visé notre mode de vie, notre culture, tout ce qui nous rassemble, justement dans l'objectif de nous diviser. La bataille qui se joue porte d'abord sur nos valeurs et sur l'imaginaire. Or c'est justement à cet endroit que vous œuvrez : artistes, cinéastes, techniciens, toute la filière du cinéma, chaînes de télévision, tous ceux qui contribuent et diffusent la création jouent un rôle unique, qui est intrinsèque à vos métiers : faire naître des œuvres qui nous confrontent à la différence, à la beauté, à la complexité du monde, à la diversité ; construire ce lien collectif qui se délite ailleurs. Ce bref retour en arrière nous convainc je l'espère de tenir tout près de nous les valeurs de liberté, de création, de protection de la diversité, d'ouverture au monde qui ont été des valeurs de progrès et de réussite pour le cinéma depuis 70 ans. Contre toute attente, c'est Brigitte Bardot et l'histoire du « type qui voyage » qui disent la vérité de l'Europe aujourd'hui. Vive le festival de Cannes. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/309.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/309.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4e925530b5ac51df581e3f81b4a14079c050299f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/309.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle la discussion du projet de loi, adopté par le Sénat après engagement de la procédure accélérée, prorogeant l'application de la loi no 55-385 du 3 avril 1955 relative à l'État d'urgence (nos 3732, 3753). La parole est à M. le ministre de l'intérieur. M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur. Monsieur le président, monsieur le président de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la République, monsieur le rapporteur, mesdames et messieurs les députés, en raison de la persistance de graves menaces terroristes susceptibles de frapper l'ensemble du territoire national, le Gouvernement soumet à votre examen une troisième loi de prorogation de l'état d'urgence, pour une durée supplémentaire limitée à deux mois. Je tiens, tout d'abord, à remercier le président Raimbourg et le co-rapporteur Poisson pour le suivi très méticuleux de l'état d'urgence qu'ils ont conduit depuis plusieurs mois. En commission des lois, le président Raimbourg nous a présenté un compte rendu très exhaustif qui permet d'avoir une photographie précise des mesures que nous avons mises en œuvre : cela a été précieux pour la tenue des débats en commission. Le contrôle du Parlement a, vous le savez, permis de faire la transparence et de lever les craintes et les inquiétudes qui s'étaient exprimées, ici ou là, au sujet de la mise en œuvre de l'état d'urgence. Chacun a pu constater que l'état d'urgence n'est pas synonyme d'arbitraire et que les actes et les décisions pris sur son fondement étaient tous prévus et strictement encadrés par le droit, tout comme les raisons justifiant d'y avoir recours et de le prolonger. Je veux que les choses soient ici clairement dites : les mesures de police administrative que nous prenons en application de l'état d'urgence présentent un caractère exceptionnel. Elles sont, conformément aux principes constitutionnels et de droit, strictement proportionnées à la nature de la menace ainsi qu'au contexte d'ordre public qui en découle. Le Conseil constitutionnel l'a d'ailleurs très clairement rappelé dans sa décision du 19 février dernier : les mesures prises dans le cadre de l'état d'urgence doivent concilier la prévention des atteintes à l'ordre public avec le respect des droits et des libertés, parmi lesquels figurent le droit et la liberté d'expression des idées et des opinions. L'État et les forces de l'ordre disposent, du reste, des moyens juridiques et matériels nécessaires pour réprimer, avec la fermeté la plus grande, les débordements survenus à l'occasion des récentes manifestations, ainsi que pour interpeller, systématiquement, les casseurs qui se rendent coupables d'agissements intolérables. J'en veux pour preuve le très grand nombre d'interpellations réalisées depuis le début de ces événements il y a deux mois : plus de 1 400 individus ont en effet été interpellés pour des faits de violence commis lors des manifestations contre le projet de loi travail. J'ajoute que 885 d'entre eux ont été placés en garde à vue et que 61 ont d'ores et déjà été condamnés par la justice, en comparution immédiate. Quant aux manifestations qui se sont déroulées hier à Paris, et qui avaient été interdites, elles se sont traduites par six interpellations ayant donné lieu à six gardes à vues, dont trois pour participation à une manifestation interdite et détention de substances ou de produits incendiaires ou explosifs, deux pour participation à une manifestation interdite et une pour outrage à personne dépositaire de l'autorité publique. Je veux le redire ici, solennellement, devant la représentation nationale : ce qui s'est produit hier à Paris, c'est-à-dire l'agression de deux policiers et l'incendie de leur véhicule, constitue des actes criminels d'une extrême gravité pour lesquels le procureur de la République a enclenché l'action publique pour des motifs qualifiant les actes en question de tentative d'homicide à l'encontre de personnes détentrices de l'autorité publiques. Ces actes appellent la plus grande sévérité : c'est la raison pour laquelle de premières interpellations ont eu lieu dès hier. Elles permettront, à travers l'enquête et les auditions en cours, de déterminer la responsabilité exacte des interpellés dans les violences intervenues hier. Je ne m'attarderai pas sur l'enquête : il convient, en ces matières, de respecter rigoureusement la séparation des pouvoirs. Il appartiendra donc, bien entendu, au procureur de la République de Paris de communiquer sur les faits qui se sont produits ainsi que sur le résultat des gardes à vue. Je veux néanmoins d'ores et déjà dire que la police judiciaire, notamment la direction de la police judiciaire de la préfecture de police de Paris procède, sous l'autorité du procureur de la République, à l'exploitation de l'ensemble des éléments qui ont été rassemblés hier par les services, de manière à ce qu'il puisse être procédé à d'autres interpellations afin que tous ceux qui se trouvent à l'origine de ces actes en répondent devant la justice, de manière à ce que le droit passe rapidement et avec la plus grande sévérité. Je me suis rendu hier soir au chevet du policier qui, avec beaucoup de maîtrise et de sang-froid, a protégé sa collègue et s'est protégé lui-même face à des actes de haine que j'ai trouvés d'une extrême barbarie. J'ai aussi trouvé extrêmement choquant de voir des individus autour du véhicule récupérer des images au moyen de caméras, sans bouger, sans intervenir, comme si c'était l'ordre normal des choses. Alors que des policiers étaient agressés avec la violence que l'on a vue, il y avait autour d'eux des individus en nombre, qui filmaient et ne bougeaient pas. J'aurais énormément de difficulté à considérer qu'il y a chez ces hordes sauvages quelque chose qui ressemble à de l'humanité ou, a fortiori, à un début d'idéal. Il n'y a derrière tout cela que de la violence, de la brutalité, et cela traduit un abandon de tous les principes d'humanisme qui sont le fondement de notre civilisation et des valeurs républicaines. Je veux aussi dire très calmement à l'opposition et à ceux qui la représentent ici que des violences dans des manifestations, il y en a eu souvent. Lorsqu'il y a un tel niveau de tension, on peut préférer les charmes de la politique à l'exigence éthique de vérité, mais, dans la responsabilité qui est la mienne, il n'y a qu'une chose qui compte, c'est l'exercice de l'État, au nom des principes républicains, avec pour seule boussole le sens de l'État et l'application du droit dans sa plus grande rigueur. Laisser penser qu'il y aurait, au sein de l'administration ou, a fortiori, du Gouvernement une forme de mansuétude à l'égard de ceux qui commettent de tels actes est faux et très injuste à l'égard des préfets qui, placés sous mon autorité, travaillent quotidiennement à la sécurité des Français, à l'identification des casseurs et à la judiciarisation de leur situation. Si nous avons interpellé 1 400 personnes et procédé à des gardes à vue en nombre comme je viens de l'indiquer, si 71 personnes ont d'ores et déjà été lourdement condamnées, notamment dans les villes où les exactions ont été les plus nombreuses, c'est parce qu'il y a un travail inlassable de la police judiciaire, un travail inlassable des préfets, un travail d'investigation continu des services placés sous la responsabilité du ministère de l'intérieur. Je le dis amicalement à Éric Ciotti, à Guillaume Larrivé et à l'ensemble des parlementaires du groupe Les Républicains et à leurs leaders, y compris à un certain nombre de membres de leur organisation qui ont exercé des responsabilités au sein du ministère de l'intérieur, si l'on veut apprécier les consignes données par un ministre à son administration, il y a une manière très simple de le faire, c'est d'exercer le contrôle parlementaire, de récupérer les télégrammes adressés aux préfets, les ordres d'opération donnés par les préfets aux forces de l'ordre sur la base des consignes qui leur sont adressées. Alors, grâce à un effort de transparence et à la bonne foi, il sera possible d'établir très clairement ce qu'il en est. Mme Élisabeth Guigou. Très bien ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Je comprends que la passion de la politique, les échéances qui se préparent, la volonté de positionnement des uns et des autres puissent conduire à d'autres discours et à d'autres comportements mais moi, devant les Français, je ne veux m'assigner qu'un seul et unique devoir, protéger les Français contre les violences et rendre compte scrupuleusement devant la représentation nationale de l'action qui est conduite et de la fermeté qui est celle du Gouvernement sur ces questions. En même temps, ce qui fait la force, la fermeté, l'autorité de l'État lorsqu'il y a une situation difficile comme celle à laquelle nous sommes confrontés, c'est le respect rigoureux et scrupuleux de tous les principes de droit lorsque l'État agit car c'est dans la force du droit que l'État puise aussi son autorité. Je ne peux donc pas prendre de disposition qui ne soit pas en toute occasion conforme aux principes de droit, et je vais prendre un exemple extrêmement concret. Comme hier soir, j'avais donné avant-hier des instructions pour qu'une interdiction de paraître dans des manifestations soit notifiée à des individus violents… M. Christophe Caresche. Très bien ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. … Et pour que leur judiciarisation soit facilitée au cas où ils s'y présenteraient, afin de protéger aussi les manifestants sincères de la violence des casseurs. L'un de ceux qui ont été interpellés hier soir avait fait l'objet d'une décision cassée par le juge. Je ne commente pas la chose jugée, je la respecte. Je ne cherche pas à faire pression sur les juges, ce qui, dans la responsabilité qui est la mienne, serait totalement inconvenant et contraire au principe de la séparation des pouvoirs. Je cherche simplement à faire œuvre de pédagogie et à montrer la difficulté du problème à tous ceux qui, dans le vacarme, s'emploient à laisser penser, parfois avec la plus grande démagogie, que ce qui doit être fait ne l'est pas, ou que c'est une façon d'essayer d'être plus efficace. Non, notre détermination est totale, notre volonté d'acier, et le respect du droit doit être la modalité d'intervention. M. Pascal Popelin, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la République. Très bien ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Sinon, il n'y a plus de République, d'État de droit, de principes. Un ministre de l'intérieur qui veut faire en sorte que le droit passe ne peut pas s'éloigner des principes de droit en faisant preuve de démagogie. Face à un tel niveau de tension, il ne peut pas puiser son inspiration dans la pensée et les comportements de Donald Trump, même si ce dernier semble inspirer d'autres acteurs dans la classe politique française. Mme Élisabeth Guigou. Très bien ! M. Pascal Popelin, rapporteur. Il fallait le dire ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Je voudrais maintenant dire quelques mots du bilan de l'état d'urgence. L'état d'urgence, je le rappelle, s'est traduit par 594 suites judiciaires après des perquisitions administratives, 223 pour infraction à la législation sur les armes, 206 pour infraction à la législation sur les stupéfiants. En outre, 28 informations judiciaires ont été ouvertes, 67 peines ont été prononcées à l'issue de ces procédures, et 56 personnes ont été placées en détention, soit des résultats particulièrement significatifs. L'efficacité des mesures que nous avons prises va bien au-delà du bilan chiffré et des suites judiciaires. En effet, elles participent d'une stratégie cohérente et accélérée de détection et de déstabilisation des filières terroristes qui opèrent dans notre pays ou bien qui recrutent et acheminent des combattants vers les zones de conflit au Moyen-Orient. Nous avons ainsi pu empêcher ou retarder des projets de départ vers les théâtres d'opérations djihadistes, limiter les contacts entre les individus signalés comme appartenant à des groupes terroristes ou encore entraver des actions de soutien à ces mêmes groupes. Depuis 2013, pas moins de douze attentats ont été déjoués, dont sept depuis janvier 2015. Je veux par conséquent saluer le travail réalisé par les services de renseignement, notamment la Direction générale de la sécurité intérieure, qui est saisie en propre ou avec la police judiciaire du suivi de 261 dossiers judiciaires concernant 1 157 individus pour leur implication dans des activités liées au terrorisme djihadiste. Parmi eux, 353 ont d'ores et déjà été interpellés, 13 font l'objet d'un mandat d'arrêt international, 223 ont été mis en examen, 171 ont été écroués et 52 font l'objet d'un contrôle judiciaire. Ces chiffres montrent bien à quel point l'action quotidienne des services, sous l'autorité de la justice, porte ses fruits, permettant ainsi d'empêcher que des actions violentes et des attentats ne soient commis sur notre sol. J'en viens à présent à la prorogation de l'état d'urgence et aux raisons pour lesquelles nous le croyons à nouveau absolument nécessaire. Au cours des derniers mois, plusieurs attentats, qu'ils soient d'ampleur comparable ou bien inférieure à ceux du 13 novembre, ont été commis à l'étranger, visant les intérêts nationaux ou ceux de nos ressortissants. Les groupes djihadistes ont également visé des alliés directs de la France. Le 22 mars, la Belgique a été frappée par un attentat d'une extrême gravité perpétré à Bruxelles, à l'aéroport de Zaventem et à la station de métro de Maelbeek. Grâce aux investigations menées, nous savons que les terroristes impliqués dans cet attentat appartenaient à la cellule qui a planifié et exécuté les attentats du 13 novembre à Paris et à Saint-Denis. En outre, le parquet fédéral belge a confirmé que les attentats du 22 mars avaient initialement été envisagés et programmés pour la France, avant que les terroristes, pris de cours par les investigations judiciaires menées en Belgique, ne soient contraints de précipiter leur action dans la capitale belge. Daech a donc toujours le projet et les capacités de conduire des opérations terroristes d'envergure sur le sol européen, et a d'ailleurs, au mois de décembre dernier, explicitement appelé à cibler un certain nombre de sites. La menace terroriste demeure donc à un niveau élevé. La France, comme l'Union européenne, représente une cible, en raison du combat résolu qu'elle mène contre les djihadistes au Sahel, en Irak et en Syrie, mais aussi, plus profondément, en raison des principes universels de liberté, de laïcité et d'émancipation qui sont les nôtres depuis plus de deux siècles et qui font horreur aux terroristes djihadistes. Pour toutes ces raisons, et quelles que soient les précautions que nous prenons, il ne nous est pas permis de nous croire à l'abri, ni de considérer que le péril imminent qui a justifié en novembre dernier la proclamation de l'état d'urgence a disparu. J'ajoute que, dans les mois qui viennent, les enjeux de sécurité seront particulièrement importants pour des raisons qui tiennent à l'organisation de cette grande manifestation qu'est l'Euro 2016 et d'autres manifestations estivales, qui devront mobiliser toute notre vigilance et faire l'objet de notre part de toutes les précautions. C'est la raison pour laquelle nous avons souhaité que soit maintenu et poursuivi le contrôle aux frontières. C'est la raison pour laquelle nous maintenons le déploiement sur le territoire national de 110 000 policiers, gendarmes et militaires de nos armées dans le cadre de l'opération Sentinelle. C'est la raison pour laquelle a été adoptée la proposition de loi présentée par votre collègue Gilles Savary, qui va permettre à notre pays de se doter de moyens supplémentaires dans la lutte contre l'insécurité dans les transports. C'est la raison pour laquelle nous avons fait adopter le projet de loi de Jean-Jacques Urvoas renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme, son financement, texte qui améliore l'efficacité et les garanties de la procédure pénale. Je veux enfin vous apporter certaines précisions concernant les mesures que nous comptons mobiliser dans le cadre de cette troisième prorogation de l'état d'urgence. Comme l'autorise la loi du 3 avril 1955, le Gouvernement envisage de ne pas activer, dans ce cadre, l'article 11, qui permet de mettre en œuvre des perquisitions administratives dans des lieux que l'on pense fréquentés par des individus constituant une menace pour l'ordre et la sécurité publics. Cette mesure, que nous avons largement utilisée en essayant de jouer sur la stratégie de la sidération après les attentats du 13 novembre, ne présente plus le même intérêt opérationnel, la plupart des lieux identifiés ayant déjà fait l'objet d'investigations poussées. En outre, l'invalidation par le Conseil constitutionnel de la disposition permettant de réaliser la copie des données informatiques recueillies au cours des perquisitions administratives fait perdre une partie de son utilité à cette mesure. En revanche, les autres mesures continueront d'être mobilisées pour maintenir les individus assignés à résidence, interdire à ceux qui font l'objet d'une interdiction de sortie du territoire mais qui n'ont pas été assignés à résidence de se trouver à proximité de certains lieux jugés particulièrement sensibles, ou encore établir des périmètres de protection. Ces mesures de maintien de l'ordre public en situation de crise grave seront bien sûr activées si elles se révèlent nécessaires. Cette nouvelle prorogation de l'état d'urgence, dont nous sollicitons l'approbation par le Parlement, a de nouveau pour objet de concilier la protection de l'ordre et de la sécurité publics, dans le contexte d'une grave menace terroriste, avec ce à quoi nous tenons tous le plus ici, la protection des droits et des libertés garantis par notre Constitution. Si nous sommes si déterminés sur la sécurité, c'est parce que nous savons qu'elle est la condition de la protection de nos valeurs et de nos principes républicains et démocratiques. C'est pour permettre au Gouvernement d'atteindre ces objectifs que nous proposons la prolongation de l'état d'urgence. Je veux conclure mon propos en rendant une nouvelle fois un hommage vibrant aux forces de sécurité, qui, avec une énergie considérable et une grande dignité, je l'ai encore vu hier soir à l'hôpital Bégin où j'ai rendu visite au policier qui avait été agressé remplissent des missions dans un contexte extrêmement difficile et tendu. J'invite tous les théoriciens des violences policières à regarder les images d'hier… Mme Élisabeth Guigou. Des images honteuses ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. … A voir où était la violence et à voir aussi la manière très digne dont ce policier s'est protégé… M. Yves Goasdoué. Tout à fait ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. … Sans à aucun moment sortir son arme ou même y toucher. Lorsque je l'ai vu hier soir, il m'a dit l'avoir fait pour des raisons qui tenaient à la formation qui lui avait été donnée, aux principes républicains auxquels il est attaché et à la volonté d'exemplarité qui est la sienne, comme policier, face à des violences qui sont autant de provocations destinées à engendrer d'autres violences, dont la manipulation permet ensuite de théoriser les violences policières. Dans le contexte particulier dans lequel nous nous trouvons, il n'y a qu'une attitude à avoir et quel que soit le contexte, elle sera la mienne : la sagesse plutôt que l'outrance ; le respect du droit plutôt que la démagogie ; la protection des forces de l'ordre, exemplaires et magnifiques dans leurs missions, parce qu'on leur doit cette gratitude plutôt que la stigmatisation ; la fermeté et la détermination les plus grandes à l'égard de ces casseurs qui ne sont que des hordes violentes et barbares et qui doivent être punis par la loi avec la plus grande rigueur. Je veux, à ce propos, adresser également mes remerciements aux préfets, aux forces de l'ordre et aux procureurs de la République qui, par leur action, permettent l'application du droit. Enfin, je veux aussi souhaiter que, dans ce contexte particulier je n'ai aucune naïveté et je connais les échéances, nous puissions toujours privilégier par notre discours l'attachement, qui doit être à chaque instant le nôtre, aux valeurs et aux principes de la République, plutôt que de nous laisser aller à l'abaissement de la politique dans des polémiques qui n'ont pas lieu d'être. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen.) (…) La parole est à M. le ministre de l'intérieur. M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur. Comme à l'accoutumée, j'ai écouté avec beaucoup d'intérêt et d'attention les interventions ; des questions, en séance et en commission, ont été posées et appellent de la part du Gouvernement des réponses très circonstanciées. Monsieur Larrivé, vous critiquez le fait que 99 % des personnes figurant dans le fichier des signalés pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste FSPRT ne fassent pas l'objet d'une assignation à résidence. Vous êtes juriste et savez parfaitement qu'un gouvernement ne peut prendre des arrêtés d'assignation à résidence sans tenir compte de la jurisprudence du juge administratif. Toutes les personnes fichées au FSPRT ne relèvent pas de l'assignation à résidence ; certaines émettent des signaux faibles. Or l'assignation à résidence doit reposer sur le principe de proportionnalité. Nous avons tenu compte de ce principe pour assigner à résidence toutes les personnes qui devaient l'être en début de période. Lorsque ces décisions ont été attaquées, le juge administratif, notamment le Conseil d'État, a considéré que les éléments concourant à l'assignation devaient être beaucoup plus accusatoires, alors que les mesures initiales avaient un caractère préventif. Une assignation à résidence, dans le cadre d'une mesure de police administrative, n'est pas le résultat d'une condamnation. Il s'agit d'une mesure de prévention d'un risque, prise en raison d'informations dont on dispose. Récemment, le Conseil d'État a demandé que lui soient communiqués des éléments inclus dans des dossiers à caractère judiciaire ce que le procureur de la République a accepté de faire dans un cas et refusé dans un autre. S'il existe moins d'assignations à résidence que de personnes fichées au FSPRT, c'est que toutes ne relèvent pas de l'assignation à résidence et que nous devons tenir compte de la jurisprudence administrative. Je le redis à l'opposition, avec solennité ; je ne peux adhérer à ce raisonnement qui tend à faire croire que le Gouvernement est faible lorsqu'il respecte le droit voté par le législateur et interprété par le juge. La force de l'État, face à ceux qui se dressent contre son autorité, est de toujours être dans la conformité au droit ! Mme Marie-George Buffet. Exactement. M. Bernard Cazeneuve, ministre. J'appelle chacun à la responsabilité. Monsieur Ciotti, vous avez énoncé à la tribune un certain nombre de choses fausses. Vous m'avez demandé pourquoi la manifestation d'hier n'avait pas été interdite. Mais elle l'était, monsieur le député ! La manifestation d'hier, à laquelle un certain nombre d'organisations ont appelé, était interdite. M. Éric Ciotti, rapporteur. Je n'ai pas dit cela ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Vous m'avez demandé les raisons pour lesquelles nous ne profitons pas de l'état d'urgence pour procéder à l'interdiction des manifestations. Je vous réponds très clairement : nous avons interdit toutes les manifestations qui, en droit, pouvaient l'être. Lorsqu'une manifestation de casseurs est organisée à Rennes, nous l'interdisons. M. Éric Ciotti. C'est la première fois ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Nous avons interdit une manifestation à Nantes. M. Pierre Lellouche. Mais vous n'avez pas interdit Nuit debout ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Monsieur Lellouche, les raisons pour lesquelles nous ne l'avons pas fait tiennent à la décision du Conseil constitutionnel du 19 février, rendue au terme d'une question prioritaire de constitutionnalité, qui définit très clairement le cadre juridique dans lequel il peut être procédé à des interdictions. M. Éric Ciotti. Vous n'avez pas même essayé ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. La différence entre l'opposition et le Gouvernement, c'est que le Gouvernement entend faire tout ce qui doit être fait dans la plus grande fermeté, mais dans le respect rigoureux des principes de droit, et notamment des principes constitutionnels. M. Pierre Lellouche. Commencez par agir, vous vous interrogerez sur la conformité ensuite ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Nous estimons, avec raison, que si nous procédons à des interdictions en contravention avec les principes de droit définis par le législateur et rappelés par le Conseil constitutionnel, nous nous exposons à l'annulation des décisions. Dans le contexte actuel, annuler ces interdictions serait de nature à affaiblir l'autorité de l'État et à créer des tensions supplémentaires. Alors que la tension prévaut, nous considérons que nous devons veiller à ce que chaque décision soit rigoureusement conforme au droit. C'est là que réside la différence entre vous et nous ! On ne peut confondre le droit et le tordu : le droit doit s'appliquer pleinement. Préempter ces sujets en les instrumentalisant à des fins politiques, au risque de créer des tensions, est totalement irresponsable. Je le répète : laisser accroire qu'un gouvernement qui se conforme rigoureusement aux principes de droit, sans autres marges de manœuvre juridiques que celles dont il dispose, fait montre de faiblesse est de nature à créer dans le pays un climat délétère. Je vous appelle donc de nouveau à la responsabilité ! M. Pierre Lellouche. Vous êtes le Gouvernement, agissez ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. De la même manière, je considère qu'il est irresponsable d'affirmer, sur internet, dans la presse, ou dans des prises de position politique, que la violence est consubstantielle à la police. Lorsque l'on écrit à longueur d'éditoriaux que les policiers sont des individus par nature violents, il ne faut pas s'étonner ensuite des réactions auxquelles nous avons assisté hier ! Ce sont de véritables appels à la violence qui sont lancés, dans l'irresponsabilité la plus totale. M. Gérard Bapt et M. Jean-Luc Laurent. Très juste ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Je vous rappelle aussi, messieurs de l'opposition, que toute personne dans cet hémicycle peut être appelée à exercer des responsabilités gouvernementales. Des violences, à l'occasion d'autres manifestations, se sont déjà produites ! Je pense aux manifestations contre le CPE, qui ont donné naissance aux groupes radicaux qui agissent aujourd'hui. Je pense aussi aux émeutes urbaines qui ont duré trois semaines, en plein état d'urgence, et alors que des couvre-feux avaient été instaurés. Aucun d'entre vous, alors, n'était dans la théorisation de la chienlit ! M. Éric Ciotti. Et vous, que disiez-vous ? Je vais vous citer ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Dans l'opposition, je me suis bien gardé, sur tous les sujets que j'ai eus à traiter, de tomber dans la démagogie et les discours à l'emporte-pièce. M. Éric Ciotti. Ce n'était pas le cas de François Hollande ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Un jour ou l'autre, on se retrouve en situation de siéger au banc du Gouvernement, et les choses deviennent beaucoup moins simples. Vous avez été dans la majorité et un certain nombre d'entre vous au Gouvernement. Vous savez la complexité des choses, la difficulté de faire face à ces groupes, pour des raisons qui tiennent à leur organisation et à ce qui est l'état du droit. Pourtant, des responsables de l'opposition, dont certains ont exercé des responsabilités éminentes dans l'administration du ministère de l'intérieur, tiennent des propos irresponsables. Ils laissent à penser que les instructions n'ont pas été données de manière à ce qu'il y ait la plus grande fermeté à l'égard des casseurs. M. Éric Ciotti. Non ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Pour être clair, c'est ce que dit M. Péchenard ! C'est de la petite politique, monsieur Ciotti, mais je vais vous dire ce que j'ai fait : je viens de transmettre aux présidents des commissions des lois de l'Assemblée nationale et du Sénat la totalité des instructions signées par mes soins et qui font l'objet d'ordres d'opération donnés par les préfets aux forces de police. Vous exercerez ainsi votre contrôle parlementaire, et j'espère que le Parlement rétablira la vérité. M. Pascal Popelin, rapporteur. Très bien ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Les personnes qui s'expriment de la sorte devraient feraient preuve d'un esprit de responsabilité d'autant plus prononcé qu'elles ont exercé des fonctions importantes au sein du ministère de l'intérieur. Lorsqu'elles s'expriment ainsi, elles mettent en cause leurs anciens collègues, ce qui traduit d'ailleurs une culture de la confraternité assez curieuse. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen et du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste.) Je tenais à le dire. Il faut un minimum de déontologie lorsque l'on exerce des responsabilités politiques. Ce genre de choses ne se font pas, ne sont pas convenables. Afin de mettre fin à cette campagne de manipulation, je transmets ce matin la totalité des instructions qui ont été adressées, par mes soins, par télégramme, à l'ensemble des préfets de France. Mme Marie-Françoise Bechtel. Très bien ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Vous pourrez consulter les ordres d'opérations. Je pense que l'on pourra ainsi mettre fin à une polémique aussi irresponsable que totalement indigne (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen et du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste), je le dis à regret. On ne peut pas dire en permanence que les policiers sont formidables, qu'ils font preuve d'un grand professionnalisme, qu'ils font tout ce qu'ils doivent faire, mais que cela est le fruit du hasard. Mme Pascale Crozon et Mme Cécile Untermaier. Très juste ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. En d'autres termes, ils ne feraient pas tout cela parce qu'ils reçoivent des instructions, sont encadrés et appliquent une politique publique, mais par hasard. Eh bien, non : ils ne le font pas par hasard ! Ils le font parce qu'il y a des directeurs généraux dans cette maison, des préfets, que, pour ma part, je respecte. Je respecte les préfets, je respecte le directeur général de la police nationale, je respecte le directeur général de la gendarmerie nationale, je respecte les directeurs des services de renseignements. Ils travaillent quotidiennement avec moi, ils appliquent les instructions, ils sont dans la loyauté, et le discours que vous tenez, je le redis, ne correspond pas à la réalité on va l'établir et n'est pas responsable. J'appelle encore une fois chacun à la responsabilité. Mme Cécile Untermaier. Très bien ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Ensuite, vous dites qu'aucune mesure n'est prise pour éviter ces heurts : c'est faux ! Nous avons pris des arrêtés d'interdiction de paraître dans des manifestations qui concernaient des membres de groupes violents. M. Éric Ciotti. Oui, avant-hier ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Nous l'avons fait à l'occasion des manifestations qui se sont révélées les plus violentes, ce qui montre que nous avons eu raison. Nous avons ainsi pris, pour le 17 mai, cinquante-quatre interdictions de manifester, dont quarante et une pour Paris et treize pour les autres départements. Aujourd'hui, nous en avons pris quarante. M. Jacques Myard. Il faut dissoudre tous ces malfrats ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Je vous fais remarquer, messieurs les députés, que les interdictions de paraître que nous avons prises ont fait l'objet de recours et qu'un certain nombre d'entre elles ont été annulées. C'est bien la preuve qu'il faut veiller constamment à la conformité au droit des dispositions que l'on arrête et que l'on ne peut pas prendre de risque. Monsieur Larrivé, vous me reprochez de n'avoir pas fait appel. Mais il s'agissait de référés-liberté ! On n'était donc pas au fond, et le résultat de l'appel serait intervenu à une date où l'interdiction aurait perdu tout intérêt. M. Jean-Yves Le Bouillonnec. Bien sûr ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Voilà pourquoi nous n'avons pas fait appel non que nous ne souhaitions pas conduire la démarche à son terme, mais, dans le cadre de ce dispositif, nous n'avions pas la possibilité temporelle de le faire. À chaque fois que nous prenons des décisions de police administrative pour protéger le pays contre des casseurs et qu'il nous est possible d'interjeter appel, nous le faisons systématiquement. Je vous ferai d'ailleurs remarquer, monsieur Larrivé, que j'ai repris, concernant les mêmes individus que ceux qui ont fait l'objet d'arrêtés cassés par la justice, des interdictions de paraître les mêmes, ce qui atteste notre persévérance. Chacun doit prendre ses responsabilités ; je prends les miennes. Au moment où nous parlons, où vous êtes dans la polémique vis-à-vis du Gouvernement, le préfet de police de Paris, le procureur de la République de Paris, le directeur de la police judiciaire de Paris sont en train de conduire des investigations nuit et jour pour identifier les individus, les judiciariser et les mettre hors d'état de nuire. Eh bien, pour ma part, je leur rends hommage pour le travail qu'ils font sous la direction du procureur de la République et la mienne. Telle est la vérité, et la vérité doit être dite aux Français ! M. Pierre Lellouche. Elle n'est pas brillante ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Si nous laissons à penser aux Français que, face à des actes d'une telle violence, la fermeté la plus réelle ne s'applique pas, nous risquons de créer, dans le pays, un climat de violence renforcée, de susciter des réactions d'autodéfense, de provoquer des antagonismes encore plus violents, ce qui est le contraire de la République. C'est la raison pour laquelle, je veux dire, en toute sincérité, devant la représentation nationale, à quel point je suis indigné de ces campagnes qui ne correspondent pas à la réalité de ce que nous faisons. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen et sur plusieurs bancs du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste.) Madame Maréchal-Le Pen, vous m'interrogez, vous aussi, et je respecte tout à fait vos interrogations, auxquelles j'ai d'ailleurs répondu pour partie. Mais je voudrais à mon tour vous faire quelques remarques. En effet, vous appelez de vos vœux la plus grande fermeté mais, lorsque nous avons présenté les projets de loi antiterroristes, dans lesquels nous proposions de bloquer les sites qui appellent et provoquent au terrorisme, de combattre les terroristes en les identifiant sur internet, vous avez voté contre, au nom de la liberté d'expression, reprenant ici les propos de ceux qui sont les plus irresponsables face à la lutte contre le terrorisme. Mme Marion Maréchal-Le Pen. Vous me parlez sans daigner me regarder ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Lorsque je suis allé devant la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures LIBE du Parlement européen et que j'ai demandé le soutien des parlementaires pour le vote de la directive sur les données concernant les passagers aériens, dite PNR, de manière à établir la traçabilité de ceux qui rentrent des théâtres de combat terroriste, la présidente de votre parti s'est fait désigner rapporteure pour avis de ce texte, pour s'y opposer. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen et sur plusieurs bancs du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste.) Lors du vote sur la loi renseignement, qui permet, afin de prévenir les actes terroristes, de doter les services de renseignement des moyens nécessaires pour comprendre les messages cryptés que s'échangent les terroristes en vue de nous frapper, qui s'est opposé, dans cet hémicycle, à ce texte ? Vous, madame Maréchal-Le Pen, ainsi que le député Collard. Et vous venez aujourd'hui nous donner des leçons de fermeté et de sécurité ! (Mêmes mouvements.) M. Christophe Caresche. Démasquée ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Madame Maréchal-Le Pen, la présidente de votre parti a demandé hier ma démission. Mme Marion Maréchal-Le Pen. Vous persistez à ne pas vouloir me regarder ; je suis là, monsieur le ministre ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. Je lui dis aujourd'hui, compte tenu de ses actes, de ses propos, ainsi que des propos manipulateurs de toutes les organisations d'extrême-droite (Applaudissements sur quelques bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen et du groupe écologiste) que vous reprenez à votre compte, par exemple en laissant entendre, sur France Inter, en frelatant la réalité, que j'aurais indiqué, lors d'une émission de radio à laquelle je n'ai jamais participé, que prôner le djihad n'était pas un délit : non seulement je ne démissionnerai pas… Mme Marion Maréchal-Le Pen. Dommage ! M. Bernard Cazeneuve, ministre. … Mais je combattrai ce que vous faites et ce que vous dites, qui reposent sur la manipulation, le mensonge, l'extrémisme, le contraire de la République. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen et sur plusieurs bancs du groupe écologiste, du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.) Je vous le dis, dans cet hémicycle, avec la plus grande fermeté et la plus grande netteté : quand on prend des positions comme les vôtres, qui visent à créer des problèmes partout, en votant contre toutes les solutions, on ne donne aucune leçon de sécurité à ceux qui sont en charge de la sécurité des Français ! (Mêmes mouvements. - Les députés du groupe socialiste, républicain et citoyen et du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste se lèvent et applaudissent.) \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/310.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/310.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3918ede0fc2c973fb479522328628a2fcd849345 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/310.txt @@ -0,0 +1 @@ +ROLAND SICARD Bonjour à tous, bonjour Stéphane LE FOLL. STEPHANE LE FOLL Bonjour. ROLAND SICARD On va commencer par cet accident d'avion, on ne sait pas si c'est un accident ou un attentat, en tout cas il a disparu des écrans radars, est-ce que ce matin vous avez des informations précises sur ce qui s'est passé ? STEPHANE LE FOLL Non, je n'ai pas plus d'information que celles que vous avez donné ce matin, à la fois sur les faits, c'est-à-dire la disparition des écrans radars d'un avion à haute altitude, le fait qu'il y a une soixantaine de passagers, l'information qui vient d'être donnée sur la composition et l'origine des nationalités des passagers, vous l'avez donné et la mise en place par le quai d'Orsay et Jean-Marc AYRAULT d'une cellule de crise, bien entendu pour à la fois informer des familles qui peuvent légitimement être inquiètes, donner les renseignements que nous avons. Je n'ai pas beaucoup plus d'informations que celles-là. ROLAND SICARD Il faut attendre que l'enquête progresse ? STEPHANE LE FOLL Je pense qu'il faut attendre que l'enquête progresse pour arriver à déterminer ce qui s'est passé exactement, au moment où on parle, toutes les hypothèses sont sur la table, elles sont souvent évoquées et j'ai bien compris selon les experts que quand on est en haute altitude comme ça et qu'il n'y a pas de signe qui pouvait indiquer un problème pour l'avion, il se trouve qu'on est quand même dans une situation assez exceptionnelle. Donc à partir de là, on attendra d'avoir d'autres informations pour savoir ce qui s'est passé exactement. ROLAND SICARD Alors autre sujet, il y a ce matin 400 personnalités qui signent une pétition pour demander une loi sur le salaire des patrons, est-ce que ça, ça vous parait logique, possible, souhaitable ? STEPHANE LE FOLL Moi, je pense que dans ce débat, ça avait été indiqué à plusieurs reprises, on ne peut pas laisser penser qu'afficher des rémunérations qui correspondent à des milliers de SMIC ou des gens qui seraient payés au SMIC pendant des dizaines et des dizaines d'années, ça n'a pas un impact sur l'ensemble de la société. La question des inégalités qui existe et je voudrais rappeler qu'en France en 2013, on a réduit l'écart entre les plus hauts salaires et les plus bas, entre les Français les plus pauvres et les plus riches. Un des seuls pays d'ailleurs de l'OCDE à l'avoir fait. Ça doit être un enjeu, et donc moi je suis, on l'a dit, s'il n'y a pas de responsabilité du côté des patrons, s'ils pensent qu'on peut simplement parce que, et même quelquefois contre l'avis du conseil, des actionnaires du consol d'administration, s'augmenter sans aucune autre forme de limitation, ça ne pourra pas continuer, ça ne peut pas continuer. Donc s'il faut légiférer, on légiférera. ROLAND SICARD Autre sujet encore, les grèves continuent aujourd'hui, les manifestations et on parle dans certaines régions de pénurie d'essence, est-ce que le gouvernement va agir pour que cette pénurie soit évitée ? STEPHANE LE FOLL D'abord il y a possiblement si ces blocages perduraient, dans des zones de stockages de pétrole et d'essence, il pourrait y avoir des problèmes, on prendra les décisions au moment où il faudra les prendre. Moi, ce que je voudrais noter, c'est que dans ce mouvement avec des questions légitimes auxquelles le gouvernement a répondu, sur la première loi par rapport à celle qui a été adoptée à travers du 49.3, il y a des évolutions très significatives. Et qu'aujourd'hui ce mouvement se radicalise, ne cherche plus à porter un message, à apporter des corrections, c'est maintenant une forme de radicalisation avec quelques syndicats qui ont décidé de bloquer, de mettre en place des barrages et de radicaliser leurs positions. Est-ce qu'au fond par rapport aux grands enjeux qui sont devant nous, le fait de créer des emplois, d'aller plus vers le CDI, de protéger les salariés, est-ce que là, on n'est pas arrivé à un moment où ça ne sert à rien d'autres qu'à bloquer et pas à faire progresser et en particulier les salariés. Quand on est syndicat, il faut qu'on ait aussi cela à l'esprit, c'est est-ce que ce que je vais faire va être au profit des salariés ? Je pense qu'aujourd'hui il faut vraiment que chacun se pose cette question. ROLAND SICARD L'agriculture, hier il y a eu une réunion à Bruxelles sur les abattoirs, sur les scandales des abattoirs. STEPHANE LE FOLL Pas à Bruxelles, c'était à Paris, c'est une mission à Paris. ROLAND SICARD Est-ce que, en tout cas, des décisions vont être prises pour mettre un terme à ces pratiques dans les abattoirs ? STEPHANE LE FOLL Hier, donc il y avait une mission parlementaire, une mission d'enquête, où j'ai prêté serment pour présenter en particulier les premiers résultats de l'enquête que j'avais diligentée après les fameuses images de l'association L 214. Le constat a été fait qu'au deux tiers sur l'ensemble des sites que nous avons, qui ont été contrôlés, parce que tous les sites ont été contrôlés, 259 sur 263, parce qu'il y avait quatre abattoirs qui n'étaient pas en fonctionnement, et plus de 400 lignes d'abattage, il y a 5 % de ces lignes qui posent problème. 99 avertissements, 77 mises en demeure ont été données et deux lignes ont été arrêtées. Donc on est dans l'action. Et en même temps pour arriver à gérer ces problèmes sur le bien-être animal, il faut qu'on mette en place des mesures et des outils qui fassent que ceux qui sont sensés dénoncer ce qui se passe dans les abattoirs, puissent le faire en étant totalement protégés, c'est ce qu'on va faire et c'est ce que j'ai proposé hier dans le cadre de cette mission parlementaire. ROLAND SICARD Il y a aussi un sujet, là c'est à Bruxelles, une réunion sur les pesticides, la volonté de Bruxelles d'interdire certains pesticides, est-ce que la France va pousser pour que ce soit interdit ? STEPHANE LE FOLL Alors c'est sûr, en particulier à Bruxelles, le débat, vous l'avez présenté tout de suite, c'est sur le fameux Glyphosate, qui est un herbicide et là il y a un comité d'expertises et d'experts qui se rencontrent avec sur l'expertise scientifique, après dans le débat, sur le reste, je ne vais pas rentrer dans ce débat. Des experts qui ont des avis divergents, donc la décision n'est pas simple, la position de la France, c'était de dire qu'on ne renouvelle pas l'autorisation de mise en marché du Glyphosate, mais aujourd'hui du fait de ces expertises qui sont contradictoires, il y a une difficulté au fond à prendre une décision. Donc la position de la France a été présentée par Ségolène ROYAL, pour l'instant cette réunion ce matin, je ne sais pas si elle donnera, si elle aboutira à une décision compte tenu de l'indécision sur les expertises qu'il y a. ROLAND SICARD Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/311.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/311.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..58d013d1c568611831fd03c687aee502aaaf0251 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/311.txt @@ -0,0 +1 @@ +ARLETTE CHABOT Bonjour Jean-Marie LE GUEN. JEAN-MARIE LE GUEN Bonjour Arlette CHABOT. ARLETTE CHABOT Vingt-quatre heures après la disparition effectivement de l'avion d'EGYPTAIR, aucune piste, aucune hypothèse n'est privilégiée par le gouvernement français. JEAN-MARIE LE GUEN Non. Nous suivons l'enquête avec beaucoup évidemment d'attention et en toute transparence mais pour l'instant, il est impossible semble-t-il je ne suis pas au cœur directement de l'enquête mais il est absolument impossible de savoir les causes de cette horrible situation. Evidemment après, il faut être aux côtés des victimes, des familles, prendre les dispositions qui s'imposent mais il faut aussi prendre le temps de l'enquête. ARLETTE CHABOT Est-ce que vous pouvez nous dire ce matin qu'effectivement on saura toute la vérité ? Parce que cet avion venait de Paris, de Roissy, de l'aéroport. Ça veut dire que s'il y a eu défaillance dans un système de sécurité en France, on le saura. JEAN-MARIE LE GUEN En France ou ailleurs, puisque vous savez que cet avion avait d'autres étapes préalables. Il faut que la transparence totale soit faite, à la fois parce qu'on le doit vis-à-vis des victimes mais parce que c'est la meilleure façon de faire de la prévention. Et donc il faut réfléchir à toutes les situations, qu'elles soient mécaniques ou qu'elles soient humaines. Il faut absolument qu'on sache au mieux tout, et c'est d'ailleurs l'intérêt de ces fameuses boîtes noires, et cætera, de leur exploitation par des gens impartiaux. ARLETTE CHABOT Alors la menace terroriste, cet avion évidemment, l'histoire de cet avion vient nous la rappeler. Il y a beaucoup de gens qui s'interrogent surtout à la prolongation de l'état d'urgence. Est-ce bien raisonnable par exemple à propos de l'Euro ? De continuer ces fan-zones de supporters, qu'on mettra un peu partout en France, notamment à Paris autour de la Tour Eiffel. S'il y a une menace aussi forte, ce risque terroriste que vous assumez d'ailleurs, vous dites qu'il existe, vous en parlez, est-il raisonnable de continuer à organiser l'Euro de la même façon ? JEAN-MARIE LE GUEN Mais bien sûr, pour deux raisons. La première raison, c'est une raison de principe. Ces gens-là veulent attenter non seulement à nos vies mais aussi à notre mode de vie, et donc il est hors de question de céder. Deuxièmement, si on devait entendre certaines voix du repli, de la frilosité, en quoi ça nous protégerait ; en quoi il serait possible demain d'empêcher un attentat dans un métro, dans un centre commercial ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Donc il faut être fort, il faut être vigilant, il faut être mobilisé mais il ne faut en rien renoncer à ce que nous sommes. ARLETTE CHABOT Pas renoncer à ce que nous sommes, c'est une chose. Mais organiser l'Euro avec des zones où des fans vont se regrouper et deviennent des cibles, est-ce que c'est raisonnable ? JEAN-MARIE LE GUEN Mais il y a des regroupements de Français, de touristes tous les jours et nous allons continuer comme ça. Nous allons prendre toutes les précautions qu'il faut : exercer la vigilance, prendre les moyens mais ne renoncer en rien à ce que nous sommes. ARLETTE CHABOT Donc on continuera. Deuxième question sur l'application de l'état d'urgence, c'est bien sûr les manifestations contre la loi Travail. Est-ce que le gouvernement n'est pas pris entre deux positions ? D'un côté, la liberté de manifester, la liberté de contestation, et deuxièmement aussi la sécurité. Est-ce que vous n'allez pas devoir interdire toutes les manifestations au nom de l'état d'urgence ? Ce serait logique. JEAN-MARIE LE GUEN Au nom de l'état d'urgence, le gouvernement n'a pas et c'est très bien comme ça toutes les possibilités juridiques. C'est-à-dire que si une manifestation était interdite, ceux qui l'organisent pourraient aller devant la justice et la justice, le conseil constitutionnel, on dit des choses qui sont précises. Donc nous sommes dans un état de droit où les libertés de manifester sont respectées. Evidemment, on constate qu'autour de ces manifestations et je distingue évidemment la manifestation des casseurs il y a une frange d'extrême gauche pour dire les choses comme elles sont qui se saisit de ces manifestations pour faire de la violence. Et on a vu le caractère inouï et inacceptable de ce qui s'est passé avant-hier. Dans ces cadres-là, il faut évidemment et la police fait beaucoup d'efforts, d'ailleurs on demande beaucoup, beaucoup d'efforts à nos policiers mais en même temps, il faut que les organisateurs sachent ne pas multiplier les initiatives, sachent prendre aussi de façon responsable toutes les protections qu'il faut, qu'il y ait de la coordination et que donc on laisse le moins d'espace à ces gens-là, à ces gens-là qui ont de la violence. On laisse moins d'espace aussi aux mots qui justifient la violence. Et ça, moi je suis très attentif à cette question. Je trouve qu'il faut demander à tous ceux qui peuvent avoir des motifs de manifester d'avoir dans le vocabulaire et dans l'expression une condamnation explicite de ces violences. On ne peut pas dire : « Ça, ce n'est pas moi. C'est des gens de mon syndicat mais ce n'est pas moi qui fait des affiches contre la police ». On ne peut pas dire qu'on renvoie de façon égale, comme parfois d'ailleurs un certain nombre de vos confrères le font dans certains journaux, à égalité la violence de la police et celle des casseurs. Ça, ce sont des comportements qui sont inacceptables. ARLETTE CHABOT Ce qui est visé, c'est la CGT, on a bien compris. Le syndicat majoritaire, c'est la CGT. JEAN-MARIE LE GUEN Non, la CGT n'est pas visée. ARLETTE CHABOT Philippe MARTINEZ, allons-y, qui ne condamne pas à votre avis assez. JEAN-MARIE LE GUEN Monsieur MARTINEZ doit condamner… Il faut que les organisations qui prennent la responsabilité c'est vrai pour toutes ces organisations, il y en a plusieurs, y compris les organisations politiques qui parfois appellent à ces manifestations, soient extrêmement claires sur la question des violences, et que le vocabulaire des responsables politiques en général ne vienne pas quelque part enflammer. On ne peut pas décrire la France aujourd'hui, ce n'est pas sérieux, comme un Etat policier. Vous nous interrogez sur justement une supposée trop grande liberté de manifestation et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle existe. Vous nous interrogez – on ne peut pas non plus dire que ce gouvernement, cette politique et ce pays d'ailleurs d'une façon plus générale amène à un Etat antisocial. C'est le moins que l'on puisse dire. Donc il faut savoir raison garder, on a le droit de critiquer mais ne radicalisons pas notre discours qui après peut-être facilite trop des radicalisations dans les actes. ARLETTE CHABOT Il y a deux journées d'action qui ont été décidées hier par FO et la CGT qui sont en pointe dans la lutte contre la loi Travail. Vous trouvez que c'est raisonnable ou vous leur dites : « Stop ! Il faudrait arrêter quand même. Vous prenez des risques ». Il y a une journée de mobilisation d'ailleurs après le démarrage de l'Euro de foot. Ils font ce qu'ils veulent où prendre ses responsabilités, ça veut dire stopper ? JEAN-MARIE LE GUEN Non, leur liberté et leur responsabilité est importante. Ce que je constate, c'est que ces manifestations perdent de l'influence et de la représentativité. On a maintenant un mouvement qui est minoritaire, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas du débat autour de la loi. ARLETTE CHABOT Elle tient quand même, elle tient quand même. JEAN-MARIE LE GUEN Et puis il y a une forme de radicalisation de l'action. Là, il y a question. Il y a la question de l'ordre public mais ce n'est pas simplement la question de l'ordre. C'est où conduit-on les salariés dans cette affaire ? En tout cas, ceux qui font confiance encore à la CGT. Vers où tout cela va ? Est-ce que c'est raisonnable ? Est-ce que ça débouche sur quelque chose de positif ? Voilà, y compris du point de vue de ce qu'est théoriquement une organisation syndicale. ARLETTE CHABOT Vous dites entre parenthèses qu'on va dans une impasse selon vous. Ils vont dans une impasse, ils emmènent les salariés dans une impasse. JEAN-MARIE LE GUEN Regardez. Le premier communiqué qui avait réuni toutes les organisations syndicales au moment de la première mouture de la loi El Khomri qui a beaucoup évoluée, à aucun moment le contenu de l'article 2 de la loi, c'est-à-dire le dialogue social dans l'entreprise, n'a été dénoncé. Il y avait d'autres points. Sur tous ces points-là, on a avancé. Et par contre, sur l'article 2 qui est aujourd'hui le seul point qui reste principalement en discussion et en contestation, ce n'était pas le point initial avancé par les organisations syndicales. Voilà, je m'interroge. ARLETTE CHABOT Ça veut dire quoi selon vous ? JEAN-MARIE LE GUEN Ça veut dire qu'il y a une surenchère de la radicalisation et que je pense que si ce n'était pas les points principaux de contestation des organisations syndicales au début de la loi, je me demande pourquoi ça le devient à la fin. ARLETTE CHABOT Oui. Ce matin, le responsable CGT de raffineries annonce un blocage des raffineries. Etape supplémentaire pour faire plier le gouvernement sur la loi Travail. JEAN-MARIE LE GUEN C'est un peu la démonstration de ce que je vous disais. ARLETTE CHABOT Pour vous, ils sont dans la surenchère et ça ne mène nulle part. JEAN-MARIE LE GUEN Je pense qu'il y a des risques de surenchère et on ne peut pas bloquer un pays parce que tout d'un coup, à quelques-uns, on a décidé qu'on n'était pas d'accord. ARLETTE CHABOT Ça veut dire que vous allez faire évacuer les raffineries, les blocages, vous les empêcherez ? Peut-être pas le ministre de l'Intérieur mais il y a un gouvernement. JEAN-MARIE LE GUEN Le ministre de l'Intérieur ne laissera pas, et le gouvernement ne laissera pas bloquer le pays. Donc je pense qu'effectivement alors encore une fois, les manifestations, les droits de grève doivent être respectés mais je n'imagine pas que la France puisse être bloquée. ARLETTE CHABOT Oui, la France ne sera pas bloquée. En tout cas, le 49-3 que vous avez imposé… JEAN-MARIE LE GUEN Non, il nous a été imposé. ARLETTE CHABOT En tout cas, ça n'a servi à rien parce qu'au fond, la détermination politique des frondeurs existe, et dans le pays, la mobilisation sociale demeure. Donc, au fond, ça a servi à quoi ? Peut-être à envenimer les choses ? JEAN-MARIE LE GUEN Non, non, Arlette CHABOT. D'abord la loi avance et je pense que les Français ont un jugement depuis je sais qu'ils étaient très interrogatifs et très contestataires, opposés à la loi. Pas forcément sur les positions défendues par certains dont on vient de parler mais très opposés. Je pense que la prise de conscience est en train de se faire et quelque part un texte, j'allais dire, qui est critiqué à la fois par la CGT et par le MEDEF doit avoir quelques vertus. Bien. Deuxièmement, ce texte avance. Les organisations syndicales réformistes expliquent en quoi il y a des avancées positives donc ce texte avance. Il y a eu un blocage politique par des gens qui ont, pour des raisons essentiellement politiques… ARLETTE CHABOT Il va continuer le blocage politique. JEAN-MARIE LE GUEN Et alors ? ARLETTE CHABOT Alors nouveau 49-3, vous vous en fichez. JEAN-MARIE LE GUEN Mais absolument. ARLETTE CHABOT Vous ne serez pas obligés au bout du compte, comme l'espèrent les syndicats en bloquant, en faisant des grèves… JEAN-MARIE LE GUEN Non, pas les syndicats Arlette CHABOT. Certaines organisations syndicales particulières qui, dans un mouvement social aujourd'hui plutôt minoritaire et plutôt descendant, prennent des positions qui à mon avis, j'ai essayé de le démontrer il y a quelques instants, ont peu de choses à voir directement avec la nature du texte. Donc tout simplement, nous allons continuer à faire que ce pays avance. Ce n'est pas facile. D'ailleurs on voit pour tous ceux qui sont candidats à casser la baraque comme certains disent à droite, mais qui devraient prendre en compte que ce pays a besoin de beaucoup de pédagogie pour avancer, ce que nous faisons avec beaucoup de sérénité. ARLETTE CHABOT Alors beaucoup de sérénité. On parlait beaucoup hier d'une mesure, d'une loi pour encadrer les salaires des patrons. Manuel VALLS dit oui par exemple, bien entendu, et Emmanuel MACRON dit : « Ce n'est pas la bonne méthode, une loi, pour encadrer les salaires des patrons ». JEAN-MARIE LE GUEN Mais c'est ce que nous avions pensé, j'allais dire. Cette question existe depuis maintenant plusieurs années. On nous a dit au niveau du patronat : « Attendez, non, non ! Laissez-nous faire, on va mettre de la moralité dans tout ça ». ARLETTE CHABOT Vous, vous légiférez mais le ministre de l'Economie dit non. Qui a raison ? JEAN-MARIE LE GUEN Mais il y a un gouvernement. ARLETTE CHABOT Ah bon ? JEAN-MARIE LE GUEN Quand le président de la République et le Premier ministre s'expriment et que les parlementaires étaient majoritairement très majoritairement pour ne pas dire à l'unanimité dans ce sens, les choses se feront. Voyons un peu comment… Je vois aujourd'hui que le MEDEF a l'intention enfin de réagir. ARLETTE CHABOT Mais vous ne me répondez pas. Autant de réactions pour ne pas m'expliquer qu'Emmanuel MACRON n'est pas d'accord avec le Premier ministre et le président de la République. JEAN-MARIE LE GUEN Ecoutez, c'est son problème. ARLETTE CHABOT C'est son problème, ce n'est pas le vôtre. JEAN-MARIE LE GUEN Exactement. La politique du gouvernement est celle qui a été énoncée par le président de la République et par le Premier ministre. ARLETTE CHABOT D'un mot si j'ose dire, parce que « La gauche qui vient », c'est un petit livre que vous avez publié à la Fondation Jean-Jaurès. Il nous reste en gros une minute. « La gauche qui vient », c'est la gauche qui prend conscience des réalités du monde, la fin de l'innocence comme vous dites. C'est la gauche qui réfléchira quand elle sera à nouveau dans l'opposition, ce qu'elle n'a pas fait avant 2012. JEAN-MARIE LE GUEN Non. C'est une gauche au contraire qui pense que la gauche de responsabilité, c'est d'abord le travail d'une formation politique, c'est d'essayer d'assumer des responsabilités, pas de s'indigner, et c'est aussi une gauche qui est conquérante parce qu'elle prend les enjeux de l'époque, c'est-à-dire la République. Elle est capable de bouger, cette gauche, de muter comme on dit, mais aussi de se dépasser. C'est-à-dire pour faire vivre ses idéaux, elle est capable aussi de rassembler au-delà de la gauche et d'être dans une situation où elle assume les responsabilités, parce que nous avons besoin d'un camp républicain illuminé par les valeurs de la gauche qui aujourd'hui puisse conduire la mutation de ce pays. Ce pays doit bouger et la gauche, elle est là pour le faire bouger de façon la plus efficace possible mais, en même temps, la plus cohérente et avec le plus de cohésion et de respect de nos compatriotes. ARLETTE CHABOT Oui. Et vous ne perdrez pas en 2017 et vous ne réfléchirez pas dans l'opposition. C'est ça votre espoir toujours. JEAN-MARIE LE GUEN Absolument. ARLETTE CHABOT Absolument, voilà. On termine sur cet absolument. JEAN-MARIE LE GUEN Voilà, absolument. Ecoutez, on verra. On parle à juste titre assez souvent des divisions de la gauche parce qu'elle aime bien les étaler. On verra ce qu'il en est dans quelques semaines ou dans quelques mois, parce que les débats politiques d'aujourd'hui ne peuvent pas s'aligner sur ce que propose aujourd'hui les Français ne suivront pas les programmes les plus radicaux de la droite. ARLETTE CHABOT Merci Jean-Marie LE GUEN. JEAN-MARIE LE GUEN Merci beaucoup, au revoir. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/312.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/312.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..bc4bdfca54d32ccd7dbc0636503ec12d85889e10 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/312.txt @@ -0,0 +1 @@ +YAËL GOOSZ Bonjour monsieur VIDALIES. ALAIN VIDALIES Bonjour. YAËL GOOSZ 24 heures après le crash de l'A.320 d'EGYPTAIR, grande, grande confusion, vous-même vous disiez hier soir que les débris retrouvés au large de l'île grecque de Karpathos étaient ceux de l'avion, en fait non, il faut tout reprendre à zéro ? ALAIN VIDALIES Il faut rester sur la ligne de conduite d'être d'une extrême prudence ! Il est vrai qu'hier dans la journée les autorités égyptiennes et une partie des autorités grecques avaient indiqué que des débris avaient été repérés - ce qui est probablement vrai - et ils avaient aussi indiqué que ces débris étaient ceux de l'avion, ce qui s'est avéré erroné et ce qui doit nous amener je crois effectivement à être très prudents, pas simplement parce que c'est une règle, mais c'est la première règle du respect des familles, il faut toujours penser dans ces moments-là aux familles, des gens dont la vie a été bouleversée hier matin et qui écoutent normalement ces informations et je crois que vraiment une nouvelle fois la prudence doit être la seule règle. YAËL GOOSZ Qu'est-ce que fait la France, quels sont les moyens de recherche mis en place ? ALAIN VIDALIES Vous savez nous avons envoyé hier trois inspecteurs du BEA, qui sont arrivés Caire - parce que nous sommes le pays de conception de l'avion et c'est la règle - il y a d'autres experts aux côtés des experts Egyptiens qui pilotent l'enquête ; il y a aussi une enquête judiciaire qui a été ouverte en France par le Parquet, puisque l'avion est parti de Paris ; il y a un expert d'AIRBUS qui est sur place et la France a mis à disposition un avion qui participe, un Falcon, qui participe aux recherches. Il est vraisemblable que dans les heures ou les jours qui arrivent, dès lors qu'on aura pu localiser à peu près l'endroit où la zone où pourrait se trouver l'épave de cet avion, alors la France pourra mettre à disposition aussi ses capacités techniques, technologiques pour la recherche sous-marine où malheureusement nous avons acquis de l'expérience. YAËL GOOSZ Toujours aucune piste privilégiée, ce matin ? ALAIN VIDALIES Aucune piste privilégiée, ce qu'on a dit au début de notre entretien nous a menés à la plus grande prudence, personne aujourd'hui ne peut retenir telle hypothèse par rapport à une autre et donc je crois qu'il faut par respect pour les familles n'annoncer que lorsqu'on aura des certitudes. YAËL GOOSZ Pourtant les autorités égyptiennes prennent moins de précaution que vous et privilégient le terrorisme ? ALAIN VIDALIES Oui j'entends cette observation, j'ai relu ce qu'a dit le ministre Egyptien, très honnêtement il a aussi nuancé ses propos en indiquant que ça n'était qu'une hypothèse, je pense qu'il s'est rendu compte lui-même en les exprimant qu'il ne fallait pas aller si loin. YAËL GOOSZ Michel POLACCO évoquait le fait avec nous - et il l'a dit à l'antenne je crois que 75 % des zones au-dessus desquelles passent les avions ne sont pas couvertes par des systèmes permettant de les suivre en temps continu, quand va-t-on enfin se décider à organiser le suivi permanent des avions alors que la technologie pourrait le permettre ? ALAIN VIDALIES Oui, vous avez parfaitement raison et c'est une question qui est légitime. Il y a actuellement et la France y participe et l'industrie française y participe de près, notamment les grandes entreprises comme THALES il y a aujourd'hui un travail expérimental qui est en cours très avancé dans lequel c'est un système de satellites qui sont pour résumer positionnés différemment et qui permet de suivre en permanence les avions qui est expérimenté. Ce que je peux vous dire, c'est que ce système expérimental est en cours aujourd'hui et qu'on espère évidemment et la France est là-dessus très première pour essayer de l'imposer. YAËL GOOSZ Même sous état d'urgence est-ce que nos aéroports sont sûrs, monsieur VIDALIES, suffisamment protégés ? Chez ADP on dit qu'il y a 70 badges d'agents qui ont été retirés sur 85.000, mais 70 quand même, en raison de phénomène de radicalisation chez les employés ? ALAIN VIDALIES Oui, ça c'est le résultat de ce que l'on a fait après les évènements dramatiques qu'a connu la France, c'est-à-dire qu'on a réexaminé la situation de l'ensemble des personnels et, dès qu'il y avait une interrogation, même pas une suspicion mais une interrogation, ces badges ont été retirés, c'est je pense une exigence qui s'impose à tout le monde. Les expertises qui sont faites sur notre système de sécurité, à la fois par les institutions européennes et internationales, montrent que la France est dans le plus haut niveau aujourd'hui en matière de sécurité, même si je le dis la règle doit être à chaque fois au moins de tirer les enseignements des accidents ou des évènements graves qui peuvent se… YAËL GOOSZ On en vient à l'actualité sociale ! Nouvel appel à la grève, ce sera jeudi prochain, puis une manifestation nationale le 14 juin à Paris contre la loi Travail toujours et un risque de panne sèche dans les stations-service. La CGT met la pression, écoutez. EMMANUEL LEPINE, RESPONSABLE CGT DANS LA BRANCHE PETROLE On appelle à ce que les raffineries arrêtent leurs installations de production de produits pétroliers et donc là, en quelque sorte, on coupe la source. Le but ce n'est pas bien entendu de créer la pénurie, le but c'est d'obtenir le retrait de la loi Travail YAËL GOOSZ Emmanuel LEPINE, responsable CGT dans la branche pétrole. Est-ce que oui ou non il peut y avoir panne sèche, Chez TOTAL il y a 1 station sur 5 dans le Nord-ouest du pays qui est à sec ce matin ? ALAIN VIDALIES Oui. Je voudrais dire un mot d'abord sur l'appel à manifester, puisque vous l'avez rappelé la semaine prochaine et puis le 14 juin, alors je trouve que le 14 juin c'est extrêmement intéressant, parce qu'il va y avoir - la politique je pense que c'est d'abord de la pédagogie - c'est quoi ? C'est le jour où le texte va arriver au Sénat ! Mais au Sénat c'est la droite qui est majoritaire. Le texte, qui va arriver au Sénat, il va dire quoi ? C'est un texte qui va dire : « il faut passer de 35 heures à 39 heures et donc là la question des heures supplémentaires contre laquelle on manifeste sera réglée d'une manière tout à fait radicale ; c'est un texte qui va changer les seuls, c'est-à-dire qu'il y aura moins de représentants syndicaux dans les entreprises qu'aujourd'hui alors que nous on augmente les heures de délégation ; et c'est un texte qui va imaginer une sorte de CDD perpétuel, en tous les cas au moins de six ans… YAËL GOOSZ Donc vous dites à la CGT : « le 49.3 vous protège », c'est ça ? ALAIN VIDALIES Non, je leur dis : « vous pouvez garder les banderoles, vous pouvez les banderoles sur la remis en cause du droit du travail parce que là vous pourrez les opposer au programme de la droite, ce sera très intéressant de voir ce qui se passera à ce moment-là. YAËL GOOSZ Mais là l'urgence c'est les pompes, elles sont à sec ? ALAIN VIDALIES Sur les pompes, je crois que je l'ai dit il y a deux jours, nous ne sommes pas dans une situation de pénurie… YAËL GOOSZ C'était il y a deux jours ! ALAIN VIDALIES Oui, c'était il y a deux jours bien sûr. YAËL GOOSZ On entend des témoignages partout de gens qui n'arrivent pas à trouver de l'essence ? ALAIN VIDALIES Oui bien sûr, il y a 20 % des stations autour du Havre et de Rouen qui sont fermées, donc vous trouverez toujours sur les réseaux quelque centaine de gens qui diront : « eh bien oui c'est cette situation » ; en plus, je vais vous dire, on n'a jamais vendu autant d'essence dans ces zones-là que depuis le début de la semaine. YAËL GOOSZ Forcément ! ALAIN VIDALIES Pourquoi ? Parce que, en entendant cela… YAËL GOOSZ Tout le monde y va ! ALAIN VIDALIES Les gens y vont. Bon ! Je précise qu'en France il y a un système qui est organisé, on appelle ça les stocks stratégiques, nous ne l'avons pas utilisé pour l'instant, donc il n'y a pas de risque de pénurie à court terme - évidemment si ça durait des semaines la question se poserait - en plus il faut rappeler que c'est un mouvement social qui est minoritaire, le syndicat majoritaire chez les transports c'est la CFDT qui n'est pas dans le débat et ça pose d'ailleurs un petit problème. YAËL GOOSZ Est-ce que vous envoyez les forces de l'ordre pour débloquer ces dépôts pétroliers ? ALAIN VIDALIES Ah ! Si un jour on est devant une difficulté majeure qui remet en cause le fonctionnement de l'économie française, naturellement cette question pourra se poser et je pense que le Premier ministre a donné une indication forte dans son expression d'hier. YAËL GOOSZ Vous êtes aussi le ministre de la SNCF monsieur VIDALIES, des appels à la grève reconductible, des menaces sur le bon déroulement de l'Euro de football, cette grève est-ce que vous la comprenez à la SNCF ? ALAIN VIDALIES Ecoutez la SNCF, le secteur ferroviaire, aujourd'hui c'est autour de 165.000 salariés - 158.000 dans le public, donc la SNCF, 6 7.000 dans le privé - le fret s'est ouvert à la concurrence depuis 10 ans, on est passés de 20 % de l'activité à 10 11 % - ça remonte un peu, mais ce n'est pas remarquable - et puis les voyageurs où ce n'est pas ouverts à la concurrence. YAËL GOOSZ C'est pour 2020 ! Mais je vous pose la question, est-ce que cette grève est légitime ? ALAIN VIDALIES Non mais la grève c'est un droit, c'est un droit individuel, il est exercé et moi je ne remettrai jamais en cause l'exercice du droit de grève. YAËL GOOSZ On va le dire autrement, est-ce que lorsqu'un cheminot finit à 19 h le vendredi et qu'il ne reprend que le mardi est-ce que c'est normal ? ALAIN VIDALIES Mais c'est sa règle aujourd'hui, que les gens défendent leurs droits ça me parait normal, mais en même temps je veux dire aujourd'hui le débat à la SNCF ce n'est pas de remise en cause du statut donc ces gens ne peuvent pas être licenciés contrairement à beaucoup de Français qui sont dans la rue ce n'est pas de remise en cause du régime spécial de retraite, ce n'est pas de remise en cause de ce qui fait l'essentiel du statut des cheminots. Il y a des discussions qui sont légitimes et je soutiens ce que la direction demande pour essayer d'avoir un peu plus d'efficacité dans l'organisation et de ce point de vue-là, entre les enjeux et l'importance du mouvement qu'un certain nombre de syndicats veulent donner, je crois qu'il y a une disproportion, mais nous sommes dans une phase de discussions compliquée, elles ont lieu tous les jours, tous les soirs - je les suis très attentivement et j'espère, je le dis, j'espère que tout cela arrivera à une phase conclusive à la fin de la semaine prochaine. YAËL GOOSZ Avant l'Euro ? ALAIN VIDALIES Oui. YANN GOOSZ Avant l'Euro, c'était ma question, parce que ça s'approche dangereusement ? ALAIN VIDALIES Avant l'Euro naturellement - et c'est vrai pour la SNCF et pour d'autres moyens de transport - l'Euro c'est un enjeu pour la France et je pense que chacun doit avoir présent à l'esprit qu'aucun Français, quelles que soient ses convictions, ne comprendrait que pour des problèmes de ce type on remette en cause l'image de la France et ce rendez-vous important que la France donne au reste de l'Europe. FABIENNE SINTES Mais il y a un plan B, pardonnez-moi monsieur VIDALIES, il y a un plan B ? Si les trains sont bloqués au moment de l'Euro, ça va être un peu compliqué quand même ? ALAIN VIDALIES Eh bien, écoutez, je ne vais pas aujourd'hui exprimer comment fonctionnerait un plan B… YAËL GOOSZ Vous y réfléchissez, vous en avez préparé un ? ALAIN VIDALIES Cette question se pose ! Mais, franchement, je n'ose pas imaginer que pour ces raisons-là et pendant cette période très particulière les cheminots prennent le risque de bloquer la France. YAËL GOOSZ Dans une autre vie pas si lointaine vous étiez aussi ministre en charge des Relations avec le Parlement, vous connaissez très bien l'Assemblée nationale, comment vous réagissez à la mort du groupe écologiste à l'Assemblée puisque six députés ont claqué la porte et rejoint les socialistes, scission fatale parce qu'il faut être 15 pour faire un groupe donc disparition du groupe écolo, qu'est-ce que ça vous inspire ? ALAIN VIDALIES Ecoutez c'est une question politique, je pense qu'il y avait deux lignes, ils ont essayé de cohabiter si j'ai bien compris et puis cette cohabitation s'est révélée impossible parce que la coprésidence qui était la règle n'a pas été acceptée par l'une des parties et donc ceux qui… YAËL GOOSZ Ça vous fait sourire d'avoir réussi à mettre le bazar chez les écologistes ? ALAIN VIDALIES Pas du tout ! YAËL GOOSZ Non ? ALAIN VIDALIES Non ! Pas du tout, je pense que c'est un mouvement important dans la société, je regrette qu'un certain nombre d'entre eux soit aujourd'hui sur le terrain d'une radicalité dont je ne vois pas l'issue par rapport notamment aux échéances démocratiques de 2017, tout ça nous amène dans l'impasse et peut contribuer à la défaite globalement de la gauche - donc ma position est claire - et en même temps c'est un mouvement qui avait sa pertinence, qui a mené aussi je dirais une approche sur un certaine nombre de problèmes très, très intéressante, en même temps la totalité d'entre eux… YAËL GOOSZ C'est une clarification ou un affaiblissement de la gauche ? ALAIN VIDALIES C'est une clarifi… C'est les deux, c'est les deux, c'est une clarification, mais je préférais évidemment le paysage où il y avait tous les groupes. En même temps rappelons que chacun de ces députés-là a été élu en étant candidat au premier tour pour l'ensemble des partis et donc, de ce point de vue-là, bienvenue dans le groupe socialiste. YAËL GOOSZ Avec ces scissions, avec la disparition de ce groupe, vous croyez que vous tenez encore le bon bout pour faire une primaire des gauches ? ALAIN VIDALIES Moi ma position est claire, je pense qu'aujourd'hui dans le paysage politique français - et je crois que c'est une question qui s'adresse d'ailleurs à tous ceux qui y compris manifestent aujourd'hui il va se passer des choses ce week-end en Autriche qui doivent nous préoccuper tous… YAËL GOOSZ On va en parler ! ALAIN VIDALIES Voilà ! Mais ce n'est pas François HOLLANDE qui est président et l'extrême droite monte aussi, je veux dire ignorer aujourd'hui pour des gens de gauche, pour des républicains qu'on est, face à cette montée de l'extrême droite partout pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la politique française on le sait bien, c'est totalement irresponsable d'ignorer ça et d'organiser une espèce de bataille interne à la gauche permanente, je crois que la gauche c'est clair, il n'y a qu'une solution, il n'y a que le rassemblement qui peut permettre la victoire et moi je n'ai pas intégré la défaite et je pense que pour arriver à la victoire aujourd'hui autour de François HOLLANDE il faut qu'on se réunisse tous. YAËL GOOSZ Oui. Mais on a bien compris que, quand on a écouté le président l'autre jour, que l'épouvantail de l'extrême droite va servir de thème de campagne, mais vous comprenez bien que des gens ont le droit de contester et de ne pas accepter qu'on balance à la figure sans arrêt l'extrême droite quand ils ont envie d'être plus à gauche ? ALAIN VIDALIES Oui, ça c'est tout à fait logique. Sauf qu'il y a aussi des institutions et qu'à ceux-là, dont je comprends aujourd'hui qu'on dise : « je ne suis pas d'accord avec vous d'ailleurs », il y a des groupes qui le font à l'Assemblée nationale, mais les deux questions ce n'est pas un choix, c'est-à-dire on ne peut pas soit être en phase avec ses convictions profondes, soit être responsable, on peut faire les deux - et c'est aussi pour ça qu'il y a un premier tour – et il y a les institutions : comment on fait pour qu'il y ait un candidat de gauche au second tour de l'élection présidentielle ? Vous pouvez vous lever tous les matins, faire toutes les protestations que vous voudrez, personne ne peut s'exonérer de cette question. YAËL GOOSZ Est-ce que l'hypothèse que le gouvernement Valls tombe en juillet c'est quelque chose que vous avez intégré, que vous imaginez possible en juillet lorsqu'on reviendra le 49.3 à l'Assemblée ? ALAIN VIDALIES Pas du tout, pas du tout, parce que - si on en arrive à cette extrémité-là - quelles seront les conséquences ? Qu'est-ce qui va se passer ? Un autre gouvernement, une dissolution, l'arrivée de la droite au pouvoir ? Tout ça véritablement n'a aucun sens pour les raisons dont je vous ai parlées et, en plus, après l'épisode du passage de la loi au Sénat, parce que c'est ça qui va être intéressant parce que là après l'épisode de la loi Travail au Sénat alors on va voir ce que c'est un projet de droite et ce que c'est notre projet à nous. YAËL GOOSZ Merci Alain VIDALIES. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/313.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/313.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7e1a5843edefe6782a80f5fb11f8678295e478aa --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/313.txt @@ -0,0 +1 @@ +CYRIL VIGUIER Bonjour à tous et bienvenue dans notre matinale d'info avec la presse quotidienne régionale. Aujourd'hui, notre invité, c'est Patrick KANNER. Bonjour Monsieur le Ministre. PATRICK KANNER Bonjour. CYRIL VIGUIER Vous êtes ministre de la Ville, de la jeunesse et des sports, et des sports, bien entendu, de l'Euro, et donc tout à l'heure, Gilles LECLERC et Véronique JACQUIER, qui sont ce matin, ici, pour vous interviewer, à mes côtés, vous poseront des questions qui concernent les Français sur ce sujet sensible. Bonjour Véronique et bonjour Gilles. VÉRONIQUE JACQUIER Bonjour. GILLES LECLERC Bonjour. CYRIL VIGUIER Patrick KANNER, on démarre tout de suite avec les mouvements sociaux, les violences même, la CGT appelle à une grève illimitée pour le 2 juin, à 04h30 du matin, les forces de l'ordre ont débloqué la raffinerie de Fos-sur-Mer. Va-t-il falloir débloquer par la force les six raffineries qui sont bloquées sur huit ? Et en ce qui concerne les dépôts, que faut-il faire ? PATRICK KANNER Déjà, il faut faire une différence entre les blocages des raffineries, et là, il est clair que le gouvernement a décidé d'agir, on ne peut pas prendre en otage un pays complet, surtout un pays qui est en train de se redresser sur le plan économique, on ne peut pas arrêter ce mouvement qui est positif pour l'ensemble des Français. Il y a une radicalisation aujourd'hui de la CGT, moi, j'aimerais bien entendre de temps en temps d'autres syndicats qui, eux, soutiennent, en tout cas, valident le projet de loi Travail porté par Myriam El KHOMRI, en tout cas, la CGT aujourd'hui est sur le devant de la scène, une extrême minorité ne peut pas prendre en otage finalement un pays… CYRIL VIGUIER On va débloquer de force, le reste ? PATRICK KANNER Alors, ça a été le cas notamment sur Fos-sur-Mer, il y a un autre cas qui est beaucoup plus problématique, c'est la grève à l'intérieur de la raffinerie, donc de la production en tant que telle, c'est ce qui a commencé au Havre. Moi, j'en appelle à la responsabilité, nous avons une image à donner de notre pays, une image positive, notamment, puisque vous parliez de l'Euro, à l'approche de cet événement mondial, que représente l'Euro de football, donc tout est légitime, la manifestation est légitime, mais quand il s'agit de mettre le pays à genoux, parce que ça a été employé comme expression par des responsables CGT, quand il s'agit de provoquer la pénurie par une sorte de mouvement de panique chez les consommateurs, cela est très, très grave, et vraiment, je dis aux syndicalistes CGT : attention, nous risquons d'avoir vraiment, là, un dérapage qui peut être terrible pour notre pays. GILLES LECLERC Vous parlez de dérapage, de radicalisation de la CGT, comment vous expliquez ça ? Pourquoi cette radicalisation ? PATRICK KANNER Il y a une échéance électorale qui s'approche dans les entreprises, nous le savons bien, la CGT aujourd'hui, peut-être, veut présenter une image de syndicat du grand soir, ça fait bien longtemps que je ne crois plus au grand soir… VÉRONIQUE JACQUIER Mais Patrick KANNER, le responsable CGT pétrole dit ce matin, à propos de l'évacuation de Fos-sur-Mer : on est dans un climat de guerre, Manuel VALLS est un chef de guerre, et on n'accepte pas d'être évacué comme ça, sans sommation, bon, ce jusqu'au-boutisme, vous parlez de grève à l'intérieur des raffineries, comment vous allez pouvoir le contrer ? PATRICK KANNER Mais, d'abord, l'intervention forte de Manuel VALLS hier, et encore aujourd'hui, sûrement à l'occasion des questions d'actualité à l'Assemblée nationale, et je ne doute pas à celles du Sénat dans 48h, je pense qu'il faut de la fermeté aujourd'hui, cette loi Travail est en discussion au Parlement. Elle va bientôt… Elle est présentée actuellement au Sénat. Premièrement. Deuxièmement, il y a des syndicats qui la soutiennent, il y a une majorité de Français qui estiment que, on est en train de voir déborder le vase par des comportements que je qualifierais presque d'irresponsables au regard des enjeux qui sont sur notre pays, et donc le discours de la fermeté et l'agissement vis-à-vis de presque des frondeurs syndicaux, si vous me permettez cette comparaison un peu rapide, qui consiste à vouloir bloquer avec des pneus qui flambent, non, ça, cette image-là n'est pas acceptable. Et donc nous le disons à la CGT : nous sommes prêts au dialogue, nous ne sommes pas prêts à une confrontation qui est portée par une minorité contre la majorité des intérêts français. GILLES LECLERC Ça veut dire, Monsieur le Ministre, que dans la perspective de l'Euro, c'est dans à peu près quinze jours, ça veut dire que vous pouvez nous assurer ce matin que les trains vont rouler, que les métros vont rouler, qu'il y aura de l'essence partout, pour que, effectivement, la France présente une image, on va dire positive… PATRICK KANNER C'est notre objectif… GILLES LECLERC Quels que soient les moyens ? PATRICK KANNER La force du dialogue, et en aucun cas, une minorité, même très agissante, ne peut aujourd'hui mettre notre pays dans une difficulté qui serait insupportable, pas uniquement par rapport à l'Euro, mais par rapport aux enjeux économiques qui sont les nôtres. Encore une fois, notre pays se redresse, la croissance repart, le chômage et nous l'espérons, résultats cette semaine, pour le deuxième mois consécutif peut-être va continuer à baisser. Tout cela ne peut pas être mis en péril parce que certains ont décidé d'amener une contestation que je qualifierais de violente aujourd'hui par rapport aux intérêts du pays… VÉRONIQUE JACQUIER Il y a d'autres faits très violents depuis fin février, depuis le début de l'examen de la loi El Khomri, c'est qu'une trentaine de locaux du PS ou de permanences de députés socialistes… PATRICK KANNER Plus que trente, plus que trente… VÉRONIQUE JACQUIER Ont été vandalisés, ont été dégradés, parfois avec des insultes au nom de Manuel VALLS, alors qui en veut, comme ça, au PS, et qui en veut au Parti socialiste ? Est-ce qu'il n'y a que la CGT ? Non ? PATRICK KANNER Non, non, non, attendez, je ne fais pas d'amalgame, je n'ai pas dit à ce plateau que c'était la CGT qui avait mitraillé la fédération de l'Isère, il y a 48h, pas de malentendu en la matière. Il y a, voilà, sûrement des anarcho-syndicalistes ou des spontanéistes, diront certains, qui aujourd'hui veulent, voilà, marquer du fer rouge les socialistes ; c'est une drôle de manière d'ailleurs de concevoir la démocratie, parce qu'on peut ne pas être d'accord avec le Parti socialiste, avec ses représentants à l'Assemblée, mais en aucun cas, on ne dégrade des permanences qui sont l'expression finalement du débat démocratique normal dans un pays… VÉRONIQUE JACQUIER C'est une dérive qui vous inquiète, parce que vous dites : ça va mieux dans le pays, mais bon… PATRICK KANNER Bien sûr… VÉRONIQUE JACQUIER On n'a pas le sentiment quand même que ça aille mieux… PATRICK KANNER Nous disons que ça va mieux sur un plan économique et de plus en plus social, mais nous disons aussi que là, il y a une aggravation aujourd'hui portée par une extrême minorité du climat pacifique dans lequel la démocratie doit fonctionner, c'est une dégradation aujourd'hui de ce climat, qui est indispensable… VÉRONIQUE JACQUIER Vous pensez que les choses peuvent, entre guillemets, rentrer dans l'ordre quand la loi sera votée, si la loi est votée ? PATRICK KANNER Si la loi était votée dans les conditions que vous savez, en tout cas, adoptée dans les conditions que vous savez, en première lecture à l'Assemblée nationale, elle va continuer à suivre son chemin, vous avez entendu, tant le Premier ministre que le président, dire que cette loi était une loi de progrès, et donc nous allons aller jusqu'au bout. Certains, de l'autre côté, veulent aller aussi jusqu'au bout, simplement, nous, nous prenons les moyens légaux de l'adoption de cette loi. GILLES LECLERC Je reviens à l'Euro, Patrick KANNER, il y a une autre question qui est la question de la sécurité dans la préparation de l'Euro, on a vu des dysfonctionnements au Stade de France samedi dernier, avec l'introduction de fumigènes, de bouteilles en verre, on avait cru comprendre qu'il y avait un état d'urgence, comment vous expliquez ça ? Vous n'êtes pas inquiet de ce point de vue-là ? PATRICK KANNER Alors, sur le cas particulier de cette finale de la Coupe de France, tout d'abord, n'oublions jamais qu'il y avait eu cinq matchs précédemment, cinq matchs, trois de rugby, sans aucun problème, comme souvent d'ailleurs dans les matchs de rugby, mais deux matchs aussi de foot, dont une finale de la Coupe de la Ligue, entre le Paris Saint Germain… CYRIL VIGUIER Les images sont spectaculaires, elles passent derrière vous, on voit vraiment qu'il y a des fumigènes, Gilles LECLERC a raison… PATRICK KANNER Bien sûr, bien sûr, mais certains ont forcé les lignes de protection. Donc je reviens sur le match de la Coupe de la Ligue, Paris Saint Germain-Lille, permettez-moi aux Lillois de le rappeler, même s'ils ont été battus, aucun incident. Ce qui signifie que nous avons été face à une situation très particulière samedi, avec, allons-y, des phénomènes non pas de terrorisme, de Hooliganisme, très concrètement, portés notamment par les supporters marseillais qui ont une… GILLES LECLERC Mais ça veut dire qu'il y a une faille quand même ! CYRIL VIGUIER Oui, c'est une répétition ratée. PATRICK KANNER Alors, ce n'était pas une répétition, ce n'était pas un match test au sens classique du terme, on avait mis en place le dispositif prévu pour l'Euro, et nous avons vu des failles ou plutôt des dysfonctionnements, voire des fragilités, des fragilités, elles ont été repérées hier par Bernard CAZENEUVE toute la journée avec ses services, nous allons les corriger d'ici l'Euro. Et très concrètement, les supporters nationaux, qu'ils soient Roumains ou qu'ils soient Français, n'ont pas le profil des Marseillais qui ont effectivement eu, je dirais, une position inacceptable samedi soir dernier. VÉRONIQUE JACQUIER Mais dans ce contexte de menace maximale, est-ce qu'il est opportun de mettre en place des fan-zones notamment dans Paris ? CYRIL VIGUIER On attend sept millions de spectateurs… PATRICK KANNER Sept à huit millions de spectateurs dans les fan-zones, vous savez, je préfère avoir des… CYRIL VIGUIER 80.000 sous la Tour Eiffel, dit-on… PATRICK KANNER Oui, même comme 90.000 dans les grands moments. Moi, je préfère avoir des supporters qui sont dans des fan-zones totalement sécurisées, où ils ont fait l'objet de palpations avant de rentrer à l'intérieur que de voir des gens circuler n'importe où dans Paris ou ailleurs, il y aura des visiteurs qui ne seront pas dans les fan-zones, mais attention de ne pas créer des moules de supporters qui pourraient être des cibles potentielles, les fan-zones sont sécurisées, et j'ai envie de dire autant sécurisées que les stades, à condition que nous veillions… VÉRONIQUE JACQUIER Et la sécurisation à l'extérieur des stades, avec les files d'attente avant de rentrer, pour assister aux matchs… PATRICK KANNER C'est bien pour cela… Vous savez ce qui s'est passé d'ailleurs samedi, c'est que les supporters marseillais n'ont pas respecté les consignes de fluidité, ils sont arrivés en masse, comme cela, et donc nous disons aux supporters de l'Euro, y compris étranger : prenez votre temps, arrivez tranquillement vers le stade, c'est vrai que les contrôles créent des phénomènes de thrombose potentielle, il faudra savoir les gérer, et sûrement mieux fluidifier par de nombreux passages. CYRIL VIGUIER C'est Patrick KANNER, le ministre de la Ville, de la jeunesse et des sports, qui est l'invité de notre matinale d'info ce matin. On revient à la politique, Patrick KANNER, bon, tout ce contexte qu'on a décrit et que Gilles LECLERC et Véronique JACQUIER ont décrit tout à l'heure, c'est le moment où Emmanuel MACRON, dans Les Echos, ce matin, dit qu'il faut aller au-delà de la loi El Khomri, laisser avancer une France qui travaille, dit-il. Alors, vous êtes considéré comme un proche du Premier ministre, Manuel VALLS, ce n'est quand même pas la meilleure façon de l'aider cette déclaration ? PATRICK KANNER Emmanuel MACRON, on le sait bien, a toujours tendance à aller parfois plus vite que le vent, aujourd'hui, le vent, c'est l'adoption de la loi Travail, portée par Myriam El KHOMRI, dans les conditions qui ont été négociées avec la CFDT, avec les organisations de jeunesse, et j'étais dans ces négociations avec Manuel VALLS à l'époque. Et l'objectif, c'est peut-être de l'enrichir par quelques amendements supplémentaires, mais pour moi, aujourd'hui… CYRIL VIGUIER Mais ces déclarations, elles vous gênent, vous ? PATRICK KANNER Ecoutez… GILLES LECLERC C'est le choix du moment… CYRIL VIGUIER Oui, voilà, Les Echos ce matin… PATRICK KANNER Enfin, Emmanuel MACRON a l'habitude d'évoquer un peu un projet d'avenir, vous savez, entre le présent et l'avenir, il y a une étape qu'il faut savoir franchir au bon moment. Voilà, c'est tout mon commentaire sur ce sujet. Vous aurez sûrement d'autres encore déclarations d'Emmanuel MACRON… CYRIL VIGUIER Ah oui, vous nous annoncez des nouveautés ? PATRICK KANNER Vous savez, je ne vois pas pourquoi il s'arrêterait en cours de chemin, à un moment donné, tout le monde se rassemblera autour de ce que sera je l'espère la candidature de François HOLLANDE, et je ne doute pas un seul instant qu'à ce moment-là… CYRIL VIGUIER Qu'Emmanuel MACRON en fera partie… PATRICK KANNER Emmanuel MACRON fera partie de tous ses soutiens. GILLES LECLERC Patrick KANNER, en attendant, vous êtes aussi, Cyril VIGUIER le rappelait, le ministre de la Jeunesse, où en est le projet Egalité citoyenneté, que vous portez, le calendrier, vous pouvez bien nous le repréciser ce matin ? PATRICK KANNER Oui, c'est un projet de loi important, c'est l'un des derniers projets de loi du quinquennat, qui va, je crois, marquer les esprits, et marquer aussi le progrès social dans notre pays. C'est un projet de loi qui sera présenté à l'Assemblée nationale la dernière semaine du mois de juin, au Sénat à l'automne, plus de droits pour les jeunes, plus d'engagements potentiels, plus de mixité sociale au travers du logement social, une meilleure lutte contre les discriminations dans ce pays, c'est une loi qui sera je crois importante pour notre pays. GILLES LECLERC Mais tout ça coûte, et on a aussi bien compris que dans la perspective du budget 2017, il y avait deux milliards à trouver, est-ce que votre ministère est aussi concerné, comme celui de la recherche ou de l'environnement par exemple ? CYRIL VIGUIER Par les lettres de cadrage… PATRICK KANNER Les lettres de cadrage, on les a reçues… CYRIL VIGUIER … Premier ministre… GILLES LECLERC … Vous allez aussi mettre la main à la poche ? VÉRONIQUE JACQUIER Vous l'avez reçue la lettre de cadrage ? PATRICK KANNER Bien sûr. Mais je peux vous dire que, à notre niveau, nous avons des priorités qui sont considérées comme nationales, le développement du service civique ne sera pas touché par ces mesures de réduction budgétaire, et la politique de la ville sera sans nul doute sanctuarisée. Et j'espère même que d'autres mesures viendront enrichir mon budget… GILLES LECLERC On ne fait pas d'économies du coup ? PATRICK KANNER Je ferai partie de l'équilibrage général, mais avec, l'année dernière… CYRIL VIGUIER Dans votre secteur… PATRICK KANNER J'ai eu une augmentation de plus de 10 % de mon budget l'année dernière, notamment grâce au service civique, donc j'ai le sentiment que mon secteur ministériel est plutôt privilégié. CYRIL VIGUIER Dernière question, je crois. VÉRONIQUE JACQUIER Patrick KANNER, et on a le sentiment quand même qu'il y a des secteurs qui sont des variables d'ajustement, comme le budget de la Recherche, qui est amputé de 256 millions d'euros. Il y a sept Prix Nobel, il y a une médaille Fields, qui dénoncent un suicide scientifique et industriel, parce qu'ils disent que dans le même temps, les dépenses de la recherche augmentent de 75 % en Allemagne, et ce, depuis dix ans. PATRICK KANNER Ecoutez, ces questions de financement de la recherche sont récurrentes dans notre pays. La lettre de cadrage prévoit ces économies, il y aura un débat budgétaire, il y aura une négociation portée par les ministres, c'est le Parlement qui décide du budget, nous ne sommes qu'à la première phase de l'élaboration du budget 2017… VÉRONIQUE JACQUIER Non, mais dans la mesure où le budget de la Recherche est constamment amputé, et ce, depuis des années, est-ce qu'on n'est pas quand même dans une vision court-termiste dans la façon de faire de la politique, et de booster l'innovation… PATRICK KANNER Ce qui est certain, c'est que notre configuration française tient beaucoup compte du financement de la recherche par le secteur public. N'oublions pas aussi que le secteur privé peut porter aussi des financements de recherche. Il y a un équilibrage sûrement à mieux trouver dans notre pays en la matière. En tout cas, encore une fois, les propositions qui sont faites aujourd'hui ne sont pas celles qui seront peut-être votées demain dans le budget 2017. CYRIL VIGUIER Dernière question, Gilles LECLERC… GILLES LECLERC … Un tout petit mot des Jeux olympiques éventuels de Paris 2024, parce qu'on a vu que, aussi, la France s'est dotée d'un Comité de Sites et Territoires, qui regroupe une quarantaine d'élus. Comment vous allez faire pour que cette question intéresse, je dirais, toute la population et pas seulement Paris, dans la perspective de ces Jeux, ce n'est pas fait ? PATRICK KANNER D'abord, vous avez raison de souligner que Paris, en l'occurrence, ce n'est pas la France, simplement parce qu'il y a d'autres sites qu'à Paris, je pense par exemple à Marseille pour la base… Les épreuves nautiques. Donc il y a une appétence, je crois, des Français pour ces grands événements internationaux, représentés par le sport. Aujourd'hui, il y a déjà une majorité de Français qui sont favorables à l'organisation des Jeux olympiques. Il faut continuer à convaincre, cette candidature doit être portée par l'ensemble de la nation, ce n'est pas qu'une élite, entre guillemets, ou sportive ou parisienne, ça doit être une nation complète autour de ce projet. Nous n'avons pas eu les Jeux depuis 1924, d'été, ce n'est pas un droit, et il faudra aller conquérir jusqu'au bout, c'est une sorte de marathon qui se terminera par un 110 mètres-haies. Donc il faut aller jusqu'au bout. CYRIL VIGUIER Patrick KANNER, une dernière question, la montée de la droite extrême en Europe, on a vu le tout petit écart, je crois que c'est 31.000 voix entre les deux candidats en Autriche, celui de la droite extrême et l'écologiste. Est-ce que vous êtes inquiet alors que le Front national est autour de 25 % en France pour les élections l'année prochaine ? PATRICK KANNER Bien sûr que je suis inquiet, surtout quand je vois que ce vote du candidat de l'extrême droite s'est porté notamment dans les campagnes, chez les hommes en particulier, et surtout aussi chez les ouvriers. Donc c'est pour cela que, il faut mieux protéger les classes populaires, leur donner des perspectives, la loi Travail vraiment et j'insiste peut contribuer à cela, comme la prime d'activité par exemple qui a été délivrée depuis le mois de janvier, mieux protéger les petits, entre guillemets, c'est-à-dire ceux qui ont peu de ressources, qui ont besoin de reconnaissance, et aussi donner du sens à notre pays. Le vote de l'extrême droite, c'est le vote de repli, c'est le vote souvent des déçus, des inquiets, eh bien, il faut corriger tout cela, et je crois que nous sommes sur la bonne voie. CYRIL VIGUIER Merci Patrick KANNER. Vous êtes ministre de la Ville, de la jeunesse et des sports, d'avoir été l'invité de cette matinale d'info. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/314.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/314.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..db98fe0cb42bce3d15708f1d78b54c62c27380de --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/314.txt @@ -0,0 +1 @@ +Les ministres des affaires étrangères des pays participant au Sommet Paris-Balkans 2016 se sont réunis le 24 mai 2016. Cette réunion, à laquelle participait le commissaire européen Johannes Hahn et le service européen pour l'action extérieure, s'inscrit dans le prolongement de la réunion ministérielle qui s'est tenue en avril 2015 à Brdo dans le cadre du processus de Brdo-Brijuni et dans le cadre de la préparation du Sommet de Paris sur les Balkans, qui se tiendra le 4 juillet 2016, dans le prolongement des Sommets de Berlin en 2014 et de Vienne en 2015. À cette occasion, les ministres ont rappelé l'importance capitale de la perspective européenne des pays de la région et leur ancrage européen, pour les réformes politiques, socio-économiques et institutionnelles. Ils ont réaffirmé que l'UE et les pays des Balkans occidentaux partageaient des préoccupations communes s'agissant de leur voisinage et étaient confrontés aux mêmes défis globaux. Dans ce contexte, ils ont reconnu que le défi migratoire nécessitait une approche inclusive et globale. La coopération dans ce domaine doit être renforcée, sur la base de la déclaration du mini-sommet du 25 octobre 2015. Ils ont réaffirmé la nécessité de se concentrer en priorité sur la lutte contre les réseaux criminels impliqués dans le trafic de migrants, l'asile et le renforcement des capacités en matière de contrôle des frontières et d'échange d'informations, en particulier avec Europol. S'agissant de la lutte contre le terrorisme, et suite aux attentats de Paris et Bruxelles, les ministres ont souligné l'importance d'identifier des solutions collectives, seules à même de faire face à cette menace et de lutter contre la radicalisation religieuse. Les défis que constituent la radicalisation, le terrorisme et l'extrémisme violent, en particulier les combattants étrangers issus ou passant par l'Union européenne ou les Balkans occidentaux pour se rendre en Syrie et en Irak, nécessitent une coopération renforcée : échanges d'informations accrus, identification de bonnes pratiques en matière de formation, de valeurs communes, de prévention de la radicalisation, de déradicalisation et de réponse face aux activités terroristes. Dans ce contexte, la coopération entre les pays de la région et avec l'Union européenne revêt une importance croissante pour la stabilisation de la région. Le rapprochement européen des pays des Balkans occidentaux passe par un alignement sur l'acquis européen, mais doit également se manifester à travers des projets concrets dans les domaines de la connectivité des infrastructures et de nouvelles perspectives pour la jeunesse. S'appuyant sur ces principes, les ministres ont accueilli favorablement les progrès réalisés en matière de coopération régionale. Les participants ont souligné l'importance de la connectivité en matière de transports et d'énergie, qui représente un enjeu clé pour le développement et la croissance économique de la région. Ils ont reconnu que des efforts supplémentaires devaient être déployés par chaque pays pour accélérer la mise en œuvre des mesures d'accompagnement (« soft measures ») adoptées lors du Sommet de Vienne et ont accueilli positivement la récente présentation, par la Commission européenne, d'une feuille de route devant mener à la mise en place d'un marché régional de l'électricité. Les participants ont également salué la perspective de la signature prochaine du Traité sur la communauté des transports. Les participants ont réaffirmé leur engagement à poursuivre la mise en œuvre de l' « agenda positif pour la jeunesse des Balkans », lancé par les ministres des affaires étrangères à Brdo en avril 2015 et salué les progrès déjà réalisés pour traduire cet engagement en propositions concrètes. Les pays participants se sont par ailleurs engagés à encourager leurs universités à proposer un nombre croissant de places dans les programmes de coopération ainsi que de bourses au profit d'étudiants des Balkans occidentaux. À cet égard, ils ont réaffirmé, avec la Commission européenne, leur volonté de franchir de nouvelles étapes dans la mise en œuvre de l'Agenda positif lors du Sommet de Paris. Enfin, les participants ont accueilli positivement les progrès réalisés dans la mise en place de l'office régional pour la coopération des jeunes (RYCO) et souligné l'engagement des pays des Balkans dans cette perspective. Ils ont rappelé que cet office serait officiellement lancé lors du Sommet de Paris. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/315.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/315.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..23f3da28b7d107dae929ad48c80df1d364702fae --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/315.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-PIERRE ELKABBACH Du King David, l'hôtel historique de Jérusalem, Manuel VALLS je vous remercie d'être avec nous sur Europe 1, bonjour. MANUEL VALLS Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ce que vous obtenez en ce moment en Israël et en Palestine vaut-il vos trois jours d'absence de Paris ? MANUEL VALLS Oui, bien sûr, parce que, de quoi parlons-nous, de la paix, au Proche et au Moyen-Orient, et le destin de la France, le destin de l'Europe, se joue ici, d'abord dans cette région. Nous avons été attaqués par le terrorisme, nous subissons la crise des réfugiés, il y a eu encore des attentats terribles ces dernières heures en Syrie, sur la côte syrienne, là où le régime syrien est censé être protégé par les Russes, attentats revendiqués par Daesh, donc c'est ici que se joue l'avenir de la paix, et notamment à travers la paix indispensable entre Israéliens et Palestiniens. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais la France, qui a tant de chats à fouetter chez elle, vous pensez qu'elle est nécessaire ici à Jérusalem et à Ramallah ? MANUEL VALLS Bien sûr. Depuis 48 heures j'ai vu les responsables israéliens, je verrai tout à l'heure les responsables palestiniens, et tous, tous, je veux le dire à vos auditeurs, m'ont fait passer le message : la France a un rôle à jouer. La France est attendue. La France est écoutée. Il y a une grande attente à l'égard de l'initiative prise par notre diplomatie. JEAN-PIERRE ELKABBACH Alors justement, à l'initiative française de deux conférences internationales, l'une bientôt, le 3 juin, l'autre un sommet à l'automne, monsieur NETANYAHU a fait une contre-proposition, parler en tête-à-tête avec les Palestiniens, à Paris. Est-ce que vous avez le sentiment que vous allez rentrer ce soir bredouille ? MANUEL VALLS Non. D'abord, je rappelle que Jean-Marc AYRAULT, le ministre des Affaires étrangères, était là il y a une semaine, que cette conférence internationale est utile parce qu'elle doit créer les conditions, demain, d'un cadre dans lequel Palestiniens et Israéliens se parlent directement. Parce que, aujourd'hui, c'est le statu quo, aujourd'hui il y a des tensions terribles, il y a de la violence, le peuple palestinien se sent enfermé, est enfermé, il y a une jeunesse qui n'a plus d'espoir, la montée du fondamentalisme est une réalité que personne ne peut ignorer. Et de l'autre côté, du côté israélien, on a peur aussi, on a peur des Palestiniens, et, d'une certaine manière, on a peut-être même peur de la paix. Mais, pourtant… JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc vous dites que le statu quo est aujourd'hui une inquiétante bombe à retardement. MANUEL VALLS Le statu quo est une bombe à retardement, et parce que nous sommes amis d'Israël, et des Palestiniens, nous considérons qu'il faut la paix. Nous ne le faisons pas dans le dos des Israéliens, ou des Palestiniens, mais nous le faisons avec la volonté de rétablir un dialogue équilibré entre les deux autorités, entre les deux gouvernements, pour aboutir, parce que c'est ça au fond l'objectif qu'on cherche depuis des années, et nous le faisons modestement, avec humilité, parce que ce sera difficile, aboutir à la création de deux Etats, un Etat israélien, un Etat Palestinien, avec des frontières sûres et reconnues. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et NETANYAHU est d'accord avec cette idée maintenant, de deux Etats, etc., et est-ce que vous avez vu quelques progrès, est-ce que vous avez vu une certaine évolution du côté israélien, parce qu'il y a une sorte de fermeté et de fermeture même ? MANUEL VALLS Oui, mais les Israéliens savent que cette conférence internationale va voir lieu le 3 juin à Paris, savent que les Américains, par exemple, y seront présents avec le secrétaire d'Etat John KERRY, savent aussi qu'il faut à tout prix dialoguer avec les pays arabes, je pense à l'Egypte, à la Jordanie, mais aussi, demain, incontestablement, avec l'Arabie Saoudite. Parce que quel est, au fond, le grand projet ? Et la France peut y contribuer, puisque la force de la diplomatie française, sous l'autorité de François HOLLANDE, c'est sa capacité à parler avec tous, et nous avons de bonnes relations avec chacun. Le grand projet pour cette région, pour l'eau, pour l'énergie, pour les sciences, pour l'université, ici nous sommes dans une région jeune, où l'immense majorité des jeunes ont aussi des Smartphone, on peut communiquer… JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça fait des années qu'on le répète, ça fait des années qu'il y a les prophéties de Shimon PERES qui n'arrivent pas. Est-ce qu'aujourd'hui vous diriez que… MANUEL VALLS Oui, mais on a besoin de prophéties, surtout dans cette région, on a besoin d'un projet, on a besoin d'idéal, et peut-être, et peut-être, c'est possible cette fois-ci, que Israël, et les pays arabes, se rendent compte que c'est par la science, l'éducation, l'économie, qu'on construira la paix, et moi je sens qu'il y a un mouvement et que sur ce sujet-là chacun avance. JEAN-PIERRE ELKABBACH On a entendu que la nouveauté, du côté de NETANYAHU, même avec son nouveau ministre de la Défense, le nationaliste très dur LIBERMAN, qu'il prépare des alliances, et peut-être des rapprochements, avec les pays arabes modérés comme l'Egypte, la Jordanie et les pays du Golfe. Est-ce que la France l'encourage dans cette voie si elle peut aboutir à quelque chose de nouveau ? MANUEL VALLS Absolument, avec les pays modérés sunnites, parce que je veux rappeler que dans cette région il y a la guerre, en Irak, en Syrie, il y a le terrorisme, donc chacun, me semble-t-il, avance aujourd'hui et est mûr pour construire, au fond, ce projet commun pour le Proche et le Moyen-Orient, et, Jean-Pierre ELKABBACH, nous y avons intérêt, la France et l'Europe ont intérêt à cette stabilité car… JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, mais depuis des années on y a intérêt, mais ça ne bouge pas. MANUEL VALLS Parce que nous sommes dans la région, aujourd'hui, la plus marquée par les déséquilibres, par la guerre, avec des conséquences, réfugiés, terrorisme, je le répète, chez nous. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et puis l'Amérique qui s'est un peu désengagée. Mais avec insistance, Manuel VALLS, vous affirmez souvent, vous vous affirmez l'ami des Français juifs, l'ami d'Israël, l'ami des Israéliens, est-ce que demain, ou peut-être dès aujourd'hui, vous pouvez être aussi l'ami des Palestiniens ? MANUEL VALLS Je suis l'ami des Palestiniens. J'ai été maire d'une ville, Evry, jumelée avec le camp des réfugiés de Khan Younès, j'ai rencontré hier des intellectuels de la société civile… JEAN-PIERRE ELKABBACH Non, mais est-ce que la double amitié n'est pas contradictoire ? MANUEL VALLS Au contraire, elle est plus que jamais nécessaire, à condition, encore une fois, que nous nous battions pour deux Etats, viables, avec des frontières sûres et reconnues, qu'on arrête la colonisation, qui pose évidemment des problèmes majeurs pour pouvoir demain avancer sur la voie de la paix, qu'on aide les Palestiniens sur le plan économique… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais il faut aller vite… MANUEL VALLS Je signerai, avec le gouvernement palestinien, tout à l'heure, plusieurs accords de coopération pour concrétiser notre appui au service des populations, et notamment dans le domaine de l'eau, ici l'Agence française pour le développement fait un travail tout à fait considérable. J'ai, ici en Israël, été accompagné par une centaine d'entreprises, ce qui est bon aussi pour l'économie française. Donc, on peut œuvrer pour la paix, et on peut aussi œuvrer pour notre économie, notre industrie. JEAN-PIERRE ELKABBACH Les deux sont liées… MANUEL VALLS Les deux sont intimement liées. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et on peut même ajouter la culture, qui est tellement nécessaire. MANUEL VALLS Oui, parce que, Jean-Pierre ELKABBACH, je n'ai jamais eu tellement le sentiment, ici, dans cette ville extraordinaire, Jérusalem, la ville des trois religions issues du livre, les trois grands monothéismes, que la culture, le dialogue, étaient plus que jamais indispensables, or je sens en même temps que les deux sociétés sont bloquées, marquées évidemment par la montée, une forme de radicalisation, de violence, des extrémismes, du fondamentalisme religieux, donc c'est par la culture qu'il faut rétablir le dialogue. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc ce matin Jérusalem, et dans quelques minutes à Ramallah, vous pensez que l'initiative française ne finira pas dans l'eau ou dans les déserts et le sable ? MANUEL VALLS Ce serait dramatique, et, au contraire, encore une fois avec méthode et modestie, nous voulons avancer. Puisque Benjamin NETANYAHU souhaitait dialoguer directement avec les Palestiniens à Paris, j'en reparlerai bien sûr avec le président de la République, ça veut bien dire que le dialogue, grâce à un cadre international, peut favoriser, je l'espère, et je suis extrêmement lucide, je ne suis pas naïf, mais grâce à la France on peut avancer. Vous savez, la voix de la France compte dans le monde, elle est respectée, notre engagement en Afrique ou au Levant montre bien que nous sommes une grande Nation. JEAN-PIERRE ELKABBACH On va voir si c'est vrai. Alors, vous dites que vous avez discuté avec le président de la République, vous vous êtes beaucoup téléphoné, est-ce que vous avez parlé des désordres à Paris, de la tension de la France aujourd'hui, l'image qu'elle donne, et est-ce que, comme vous l'avez d'ailleurs reconnu pendant votre séjour, vous êtes inquiet par ce qui se passe en France ? MANUEL VALLS Oui, bien sûr, et d'ailleurs si je suis ici, on ne peut pas penser un seul instant que je ne suis pas en contact avec le président de la République, avec mon cabinet, avec les ministres, des Transports, de l'Energie, ou de l'Intérieur, et nous mettons tout en oeuvre, évidemment, pour trouver des solutions. Et d'ailleurs, ça peut se faire aussi d'ici, parce que nous vivons dans un monde moderne et connecté, que je rentre ce soir. Je suis conscient d'abord, Jean-Pierre ELKABBACH, que de nombreux Français, dans certaines régions, dans certains départements, souffrent de cette situation, il faut faire la queue longtemps, parfois 45 minutes pour faire le plein, ou faire des dizaines de kilomètres, pour trouver une station-service… JEAN-PIERRE ELKABBACH Il vous appartient d'empêcher que ça continue. MANUEL VALLS Oui. JEAN-PIERRE ELKABBACH La responsabilité c'est la vôtre. MANUEL VALLS Toujours, bien sûr. JEAN-PIERRE ELKABBACH Parce que quand vous dites la responsabilité je l'appelle du côté de la CGT, etc., elle vous répond en organisant méthodiquement la paralysie des transports. Le manque de carburants, une grève chaque semaine à la SNCF, une grève illimitée à partir du 2 juin à la RATP, est-ce que ces actions vous paraissent légales ? MANUEL VALLS Je veux d'abord dire que l'Etat fait preuve de la plus grande fermeté, et d'une très grande détermination. Je veux rappeler que les forces de l'ordre interviennent, depuis vendredi, pour évacuer des dépôts qui sont bloqués… JEAN-PIERRE ELKABBACH Ce matin Fos-sur-Mer… MANUEL VALLS En Bretagne, en Normandie, dans les Hauts-de-France ou en Auvergne. D'autres sites seront libérés, et vous comprendrez que, évidemment, je sois très déterminé. Et encore ce matin, en effet, à Fos-sur-Mer, le site d'ESSO, de Fos donc, a été libéré. Tous les accès ont été dégagés, la circulation a été rétablie et les points sont tenus par les forces de l'ordre qui ont fait preuve d'un grand sang-froid. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ce type d'opération continuera à chaque fois qu'il le faudra ? MANUEL VALLS Bien sûr, parce qu'il est hors de question que les Français se retrouvent dans cette situation de pénurie, de blocage, que notre économie soit bloquée. J'en appelle pas seulement à la responsabilité de la CGT, il y a un texte loi, le projet de loi Travail, qui a été adopté par l'Assemblée nationale, avec l'engagement, la responsabilité, du gouvernement, aucune motion de censure n'a été adoptée, ce texte de loi va poursuivre son cheminement, au Sénat et à l'Assemblée nationale. Nous sommes dans une démocratie, ce que des syndicats – parce que je veux rappeler que d'autres syndicats ont soutenu ce texte de loi, en tout cas ont bâti un compris avec le gouvernement… JEAN-PIERRE ELKABBACH On n'en n'est plus là. MANUEL VALLS Si, c'est important, parce que ce ne sont pas… JEAN-PIERRE ELKABBACH Non, parce que la CGT a choisi de durcir le conflit frontal contre vous. MANUEL VALLS Parce que ce ne sont pas tous les syndicats, et y compris l'idée d'un conflit frontal, c'est vieux, c'est ancien, c'est conservateur. Prendre ainsi en otages les consommateurs, notre économie, notre industrie, continuer des actions qui visent à faire retirer le texte, mais ce n'est pas démocratique. JEAN-PIERRE ELKABBACH Le texte, vous le changerez, vous le ferez évoluer, vous le retirerez comme le demande la CGT ? MANUEL VALLS Il n'y aura pas de retrait du texte, sinon dans ce pays on ne peut plus réformer, parce que certains, par des manifestations, par des blocages, voudraient, au fond, que la vie démocratique de notre pays… JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous ne m'avez dit, ces actions sont-elles légales, parce qu'on a l'impression que la CGT joue quelquefois avec le feu, est-ce que c'est légal ? MANUEL VALLS Parfois c'est légal, quand il s'agit de manifester, parfois ça pose évidemment des vrais problèmes de sécurité, et donc de légalité, quand il s'agit de bloquer un certain nombre de sites. Et donc, d'une certaine manière, ça suffit, Jean-Pierre ELKABBACH, c'est insupportable de voir les choses ainsi. Et je le dis à la fois sereinement, calmement, mais avec détermination, et c'est pour ça que la CGT trouvera une réponse extrêmement ferme, nette, de la part du gouvernement… JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire ? MANUEL VALLS Nous continuerons à évacuer les sites, les dépôts, qui sont aujourd'hui bloqués par cette organisation. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et est-ce que vous laisserez perturber la période de l'Euro 2016, si ça continue ? MANUEL VALLS Chacun peut bien se rendre compte de l'engagement extrêmement difficile, lourd, pour les forces de l'ordre. Quand on a un peu de sens de l'intérêt général, le patriotisme chevillé au corps, et l'histoire de la CGT se confond avec celle de notre pays, et avec celle de la Résistance, comment ne peut-on pas se rendre compte que les missions de la police et de la gendarmerie sont déjà très lourdes, le maintien de l'ordre, lutte contre la délinquance, faire face à la menace terroriste, assurer la protection des Français pendant l'Euro de football… JEAN-PIERRE ELKABBACH Et pourtant… MANUEL VALLS Et pourtant on continue. Donc, moi j'en appelle, encore une fois, à la responsabilité de chacun. Ces actions, aujourd'hui, ne servent à rien, perturbent le pays et font peser sur les forces de l'ordre une mission nouvelle, une charge, qui est tout à fait insupportable. Nous avons vu qu'en plus dans la société il y a aussi une montée de la violence, une forme de radicalisation, on s'attaque également aux policiers, on a vu cette voiture… qui brûlait…. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais est-ce que c'est de la part de la CGT une manière de démontrer sa force ou au contraire aujourd'hui sa faiblesse… MANUEL VALLS Non, je pense que la CGT est dans une impasse. JEAN-PIERRE ELKABBACH Son radicalisme ou sa radicalité ? MANUEL VALLS Je pense que la CGT est dans une impasse et que l'impasse n'est jamais le bon chemin qu'il faut prendre. Le seul chemin possible c'est celui de la responsabilité et du dialogue. JEAN-PIERRE ELKABBACH Un mot sur l'Autriche, l'écologiste a battu l'extrémiste de droite, le pire n'est jamais sûr, est-ce qu'il y a une leçon pour 2017 en France et en Europe ? MANUEL VALLS Il y a un soulagement, bien sûr, mais nous sommes passés à deux doigts, à 30.000 voix du pire, et un peuple d'Europe, et pas n'importe lequel, qui a son histoire, aurait pu se donner à l'extrême droite. Oui, donc nous assistons à une nouvelle poussée du populisme, de l'extrême droite, en Autriche, et donc en Europe, et cela veut bien dire qu'il faut prendre à bras-le-corps les problèmes, être capable de faire face, comme nous faisons, à la menace terroriste, maîtriser les flux migratoires. Moi je me rappelle d'une conversation avec le Chancelier FAYMANN, qui vient de partir, il y a quelques mois, où je m'étonnais, d'ailleurs, d'une position de l'Autriche qui consistait à ouvrir totalement les frontières… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais la leçon pour la France, est-ce qu'en 2017 on peut éviter l'extrême droite ? MANUEL VALLS La leçon pour la France, ça veut dire qu'il faut maîtriser, il faut être ferme sur les valeurs, sur les principes, maîtriser les flux migratoires, faire face au terrorisme, mener des réformes et rassembler. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça fait beaucoup ! MANUEL VALLS Oui, mais c'est ce qu'il faut faire, progrès, compromis et dialogue, pour apaiser, rassemblement autour de la République, je reste convaincu que c'est la meilleure voie, la meilleure manière, de faire face à l'extrême droite, et de redonner de l'envie, de redonner de l'espoir, de redonner une perspective aux Français autour d'un grand projet de société. JEAN-PIERRE ELKABBACH Merci Manuel VALLS. Vous passez la journée du côté palestinien, dans quelques instants, et vous rentrerez à l'heure prévue à Paris, c'est ça ? MANUEL VALLS Absolument, en fin d'après-midi, et que personne n'en doute, le gouvernement tient bien le cap. JEAN-PIERRE ELKABBACH Merci. MANUEL VALLS Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/316.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/316.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9721b32cf6a08959df4785059ab13bef7174f878 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/316.txt @@ -0,0 +1 @@ + [Monsieur le préfet, Mesdames et messieurs les élus], Madame la directrice générale, Mesdames et messieurs, Au moment de clôturer cette belle cérémonie de fin de scolarité pour de nouveaux agents des douanes, je veux vous dire combien je suis heureux d'être parmi vous aujourd'hui, parce que ce parcours de formation est l'illustration concrète de notre capacité collective à nous mobiliser pour préserver la sécurité de notre territoire et de nos concitoyens. Je suis donc venu saluer ces 250 agents des douanes qui vont prendre leurs fonctions dans quelques jours pour renforcer pour la quasi-totalité d'entre eux les services douaniers de surveillance qui, depuis de longs mois, se sont mobilisés sur les missions de renforcement des contrôles de nos frontières et de lutte contre le terrorisme. Ma venue au sein de cette école qui est encore en pleine rénovation est l'occasion de dire à ces nouveaux agents combien leurs missions sont importantes. Elle me permet aussi de rendre un hommage appuyé à l'ensemble des services douaniers pour leur mobilisation, aux côtés des autres services de l'Etat, pour assurer la sécurité des français. Chacun a en mémoire les attentats barbares qui ont frappé notre pays en janvier et en novembre 2015. Ces actes ont coûté la vie à un grand nombre de nos compatriotes, et il faut le rappeler encore une fois ici, ils ont également coûté la vie à deux agents des douanes frappés injustement. C'est aussi à la même période, 10 jours seulement après les attentats de Paris, qu'un autre agent des douanes a été mortellement touché alors qu'il était engagé dans une mission de lutte contre le trafic d'armes. Ces événements tragiques nous rappellent à quel type de menace extrêmement grave nous sommes confrontés. Ils nous rappellent aussi la nécessité de prendre des mesures proportionnées et adaptées. C'est donc dans ce cadre que le Président de la République a décidé de renforcer les moyens humains, matériels et juridiques de l'ensemble des administrations engagées dans la lutte contre le terrorisme. Avec Michel Sapin, nous avons mis en place, dès mars 2015, un plan de lutte contre le financement du terrorisme, et le ministre de l'Intérieur, le matin même du 13 novembre, a présenté un plan de lutte contre les trafics d'armes auquel la douane participe activement. Tous ces dispositifs ont été renforcés par la suite et de nouvelles dispositions sont en cours d'adoption notamment dans le cadre de la loi renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, qui est actuellement en débat au Parlement. Par ailleurs, de nouveaux moyens budgétaires, en emplois et en crédits, ont été votés en loi de finances pour 2016. Ces mesures concernent bien entendu la douane car cette administration développe son action au quotidien pour lutter contre le terrorisme et son financement. Ce sont ainsi les services douaniers qui ont intercepté, à Marseille, Mehdi Nemmouche, alors qu'il venait de perpétrer, quelques jours plus tôt, l'attentat du musée juif de Bruxelles. C'est encore la douane qui, en janvier 2015, juste après les attentats de Charlie hebdo et de l'Hyper Casher, a intercepté deux individus soupçonnés d'être impliqués dans les tentatives d'attentat venant de donner lieu, en Belgique, au démantèlement d'une cellule terroriste. Dans le mois qui a suivi les attentats du 13 novembre, les services douaniers ont réalisé plus de 140.000 contrôles et prononcé plus de 450 refus d'admission du territoire français. Depuis, le 1er janvier 2016, la douane a traité près de 600 signalements concernant plus de 1.000 personnes dont plus de 130 étaient fichés » S ». En 2015, la douane a aussi considérablement renforcé ses contrôles sur les trafics d'armes à feu. Les services douaniers ont saisi près de 1 200 armes, soit une augmentation de 40 % par rapport à 2014. La douane a également renforcé ses investigations contre le financement des activités criminelles et bien sûr terroristes. En 2015 encore, le nombre de constatations portant sur des faits de blanchiment mis à jour la douane a presque quadruplé. C'est pour développer encore ces résultats et lutter de façon toujours plus efficace contre une menace terroriste qui continue de peser sur notre pays, que le Président de la République a décidé, dans le cadre du Pacte de sécurité annoncé le 16 novembre dernier, que 1 000 agents supplémentaires seraient recrutés par la douane en 2016 et 2017. Aujourd'hui, nous venons célébrer la fin de la formation et l'affectation dans les jours prochains des 250 premiers agents des douanes qui ont été recrutés dans ce cadre. Je veux saluer ici la réactivité de la douane a qui a su, dès décembre 2015, mettre en place le dispositif qui a permis non seulement de recruter mais également de former ces agents dans des délais restreints. Ainsi, alors que ces agents vont quitter l'école de La Rochelle dès demain, 250 autres futurs agents de constatation des douanes débuteront leur formation initiale afin de renforcer les services à la fin du mois de juillet. Le même dispositif avec les mêmes volumes de stagiaires sera mis en œuvre en 2017. Il sera complété par un recrutement exceptionnel de plus de 300 contrôleurs des douanes qui seront affectés dans les services, dès février 2017. La douane mobilise ainsi tous ses moyens de formation, et cela au maximum de ses capacités grâce aux personnels de ses écoles dont je veux saluer ici le travail et l'implication. De nouveaux modules de formation ont été mis en place pour leur permettre de mieux appréhender les menaces auxquelles ils devront faire face. Un cursus spécifique a ainsi été intégré aux formations initiales autour de plusieurs séquences portant notamment sur le renseignement, l'apport des unités douanières à la lutte contre le terrorisme, les infractions financières qui peuvent masquer des faits de financement d'activités criminelles et terroristes ou encore le trafic d'armes. Un module spécifique a porté sur les signes de radicalisation que les agents devront détecter. Une partie de la formation a concerné l'emploi des techniques de sécurité et des moyens de protection. La formation de ces agents des douanes qui achèvent aujourd'hui leur scolarité a donc été adaptée aux missions de contrôle renforcé des frontières qu'ils devront assurer. A vous qui serez chargés du contrôle des flux de personnes et de marchandises, je veux dire combien vos missions sont essentielles pour la sécurité de nos concitoyens. C'est d'ailleurs en hommage à l'action de la douane toute entière que, avec Michel Sapin, nous avons proposé au Président de la République, que la douane défile, ce 14 juillet, sur les Champs-Elysées, aux côtés des autres forces de sécurité qui sont engagées dans la lutte contre le terrorisme et aux côtés de nos armées. Je vous annonce donc qu'un détachement d'agents issu en grande partie de cette promotion d'agents de constatation représentera la douane au cours de cet événement national. Cette présence illustrera l'engagement des agents des douanes dans la protection de notre territoire. Il est donc tout à fait légitime que, pour la première fois depuis 1919, la douane soit présente. C'est une nouvelle reconnaissance particulièrement importante. Je veux dire aux nouveaux agents qui intègrent cette belle administration que je sais pouvoir compter sur eux. Votre engagement au sein de la douane montre votre volonté de servir utilement votre pays. Je vous souhaite donc bonne chance dans les fonctions qui vous attendent et une très bonne installation dans vos prochains postes. Je vous remercie de votre attention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/317.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/317.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..20ceb10580e474a8cfd39b66314e9b9ccb1bfac5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/317.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le président de la République a reçu Son Eminence Cheikh Ahmed Al-Tayeb, Grand Imam de l’institution Al-Azhar du Caire, en présence du ministre des Affaires étrangères et du Développement international et du ministre de l’Intérieur.  Le Grand Imam a fait part de son action, à la tête de cette haute institution spirituelle de l’islam sunnite, pour lutter contre les dérives extrémistes. Les autorités françaises ont salué ces efforts et lui ont présenté les priorités françaises dans ce domaine. Le président de la République a évoqué la situation en France et salué les engagements pris par les représentants de l’Islam de France afin de contribuer à la prévention de la radicalisation. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/318.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/318.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..03230431c7bde6e9f6e6c4d74b3ebb690a34e9f3 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/318.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle les questions sur la politique du Gouvernement en matière d'éducation. Je vous rappelle que la conférence des présidents a fixé à deux minutes la durée maximale de chaque question et de chaque réponse, sans droit de réplique. Nous commençons par les questions du groupe Les Républicains. La parole est à M. Gilles Lurton. M. Gilles Lurton. Madame la ministre, je souhaite vous interroger sur les difficultés des conseils départementaux à concilier enseignement prioritaire et maintien des effectifs dans les établissements scolaires. Aujourd'hui, les conseils départementaux, qui assument la compétence des collèges, doivent parfois décider de fermer un établissement quand la baisse des effectifs est trop importante et de regrouper des enfants en situation difficile dans des établissements où leurs difficultés seront moins prises en considération. À titre d'exemple, dans ma commune de Saint-Malo, qui compte quatre collèges, le déficit d'effectifs avoisine les huit cents élèves, ce qui a conduit la collectivité départementale à décider la fermeture d'un collège. Parmi les collèges menacés de fermeture, l'un se situe en zone d'éducation prioritaire, dans un quartier essentiellement composé de logements locatifs sociaux, qui vient de bénéficier d'une opération de rénovation urbaine de qualité, l'autre se situe en zone de restructuration urbaine, appelée à connaître des évolutions importantes. Madame la ministre, je sais que ce genre de décision n'est pas de votre compétence mais vous ne pouvez vous en désintéresser. Le récent rapport de nos collègues Yves Durand et Rudy Salles considère la mixité sociale comme un objectif de rang législatif. Ils reconnaissent aussi que l'école ne saurait créer de mixité sociale lorsque celle-ci n'existe pas autour de l'établissement. Tout démontre dans ce rapport que la corrélation entre mixité sociale et réussite scolaire est peu claire. La réussite scolaire dépend surtout de la mobilisation des enseignants et des parents. Or un simple raisonnement comptable des collectivités responsables de la gestion des établissements peut casser ces efforts, au détriment de la réussite des enfants. Oui, madame la ministre, la jeunesse, l'éducation ont un coût pour l'État et les collectivités. Mais c'est un investissement pour l'avenir, dont la rentabilité, certes difficilement mesurable, est assurément certaine. Comment concilier ces baisses d'effectifs avec la nécessité d'assurer aux enfants qui en ont le plus besoin un enseignement adapté de qualité ? M. le président. La parole est à Mme la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche. Il est en effet nécessaire, monsieur le député Lurton, que l'éducation nationale et les collectivités locales compétentes agissent en faveur de la mixité sociale, entre établissements scolaires et au sein de ces établissements. Il est très difficile de remettre en cause cette nécessité, à moins de considérer que les inégalités de fait, le manque de mixité, l'absence de perspectives et, partant, des résultats scolaires insatisfaisants sont choses indifférentes. Parce que cet enjeu doit évidemment nous préoccuper, nous avons décidé de le prendre sous un angle inédit. Il ne s'agit plus d'imposer d'en haut une réforme uniforme de la carte scolaire à tout le monde, mais au contraire de travailler avec les collectivités locales – les départements s'agissant des collèges – à dessiner une carte scolaire adaptée aux territoires, soit pour créer des secteurs multi collège – ceux-ci, comptant plusieurs collèges, offrent un choix plus grand aux familles et permettent aux collectivités locales et à l'éducation nationale de mélanger davantage les populations scolaires –, soit pour tenir compte de leurs particularités, comme la présence d'une ligne de transports en commun, par exemple. Une vingtaine de départements, dont le vôtre, ont accepté de faire ce travail, et je les en remercie. Il est vrai que cela peut induire, comme dans d'autres territoires, des fermetures d'établissements, parce que l'on aura constaté par exemple une ségrégation territoriale si forte que la meilleure solution pour introduire plus de mixité est d'en construire ailleurs. Les collectivités locales doivent faire preuve de courage pour prendre des décisions aussi délicates. Le ministère doit les accompagner, sans se substituer à elles. C'est la raison pour laquelle je ne me prononcerai pas sur le cas précis que vous avez évoqué et qui est de la compétence du département. Mais je veux vous assurer que le ministère accompagnera ces décisions et veillera à ce qu'elles ne portent pas préjudice à quelque population que ce soit. Il s'agit au contraire de démontrer par a + b que l'on peut parvenir à revoir son aménagement territorial de façon à assurer une plus grande mixité. M. le président. La parole est à Mme Dominique Nachury. Mme Dominique Nachury. Monsieur le président, madame la ministre, chers collègues, beaucoup de questions attendent des réponses : celle, récurrente, de la rentrée 2016 dans les collèges, qui fait craindre une mise en œuvre chaotique de la réforme contestée ; celle, d'actualité, sur la baisse des crédits pour la recherche publique, qui a suscité le cri d'alerte des lauréats du prix Nobel et de la médaille Fields. Mais je veux vous interroger sur l'évaluation des nouveaux rythmes scolaires, mis en place dès septembre 2013 pour certaines communes et plus largement en septembre 2014. Il est désormais possible d'avoir un retour, sinon exhaustif, du moins utile, sur cette réforme qui a mobilisé enseignants et parents, communes et intercommunalités chargées de la mise en œuvre des activités périscolaires, pour un coût que certains évaluent à un milliard d'euros. La réforme des rythmes scolaires était présentée comme une condition nécessaire pour améliorer les apprentissages des enfants ; le matin était ainsi déclaré comme le moment le plus favorable à ces apprentissages. Trois ans après, quel est l'impact de la réforme sur les conditions d'enseignement et sur la réceptivité des élèves ? Quelle est sa traduction dans leurs résultats ? Il paraît qu'un rapport de l'inspection générale de l'éducation nationale sur le bilan de la réforme a été mis sous le boisseau. Deux rapports de l'inspection générale sont annoncés, l'un sur le bénéfice pédagogique de la réforme, l'autre sur les liens entre le temps scolaire et le temps périscolaire. Des études sont en cours sur la fatigue des enfants, l'évolution des résultats obtenus en mathématiques et en français par les élèves entrés en cours préparatoire en 2011, ou encore sur les performances des élèves issus de communes ayant fait des choix différents – on sait que les possibilités de choix sont considérables. Des communes, des intercommunalités dressent aussi des bilans, comme le font des associations d'élus, des caisses d'allocations familiales, avec des conclusions parfois contradictoires. Madame la ministre, vous devez à tous l'information sur les évaluations en cours et surtout un bilan consolidé de cette réforme, de ses bénéfices au regard des objectifs, de ses coûts et des ajustements nécessaires. M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Madame la députée Nachury, il y a déjà eu beaucoup de rapports d'évaluation de la réforme des rythmes scolaires et il y en aura beaucoup d'autres : c'est indispensable tant est grand l'impact de cette réforme sur de nombreux aspects de notre vie sociale. Par ailleurs un bon pilotage requiert un suivi régulier. À la fin de l'année scolaire 2014-2015, nous avons procédé à un point d'étape sur ces nouveaux rythmes. En novembre, nous avons publié le rapport du comité national de suivi de la réforme. À la même époque, la caisse nationale d'allocations familiales a elle aussi publié, en lien avec l'Association des maires de France, son propre bilan, qui faisait d'ailleurs état de la satisfaction des maires. La semaine dernière, la sénatrice Françoise Cartron a remis au Premier ministre un rapport d'évaluation sur les activités périscolaires et les améliorations à apporter afin de mieux accompagner les élus des petites communes et des communes rurales. Ce rapport, que je vous transmettrai si vous le souhaitez, confirme que cette réforme est désormais inscrite dans les territoires et portée par les élus. Il nous demande de renforcer le soutien de l'État, et c'est ce que nous avons décidé la semaine dernière. L'objectif de cette réforme est effectivement d'améliorer les apprentissages, et c'est pourquoi l'évaluation la plus importante sera sans doute celle qui permettra d'en mesurer scientifiquement les bénéfices pour les élèves. C'est la raison pour laquelle j'ai lancé, à la rentrée 2015, de vastes évaluations de ces bénéfices en français et en mathématiques. Elles portent sur des échantillons importants – plusieurs dizaines de milliers d'enfants – et elles produiront des résultats en 2017. Elles seront renouvelées tous les trois ans, ce qui permettra d'y voir plus clair quant aux effets pédagogiques de la réforme. D'ici là, comme nous l'avons fait les deux dernières années, nous ferons un nouveau point d'étape en juin, grâce aux rapports de l'inspection générale, que vous avez également évoqués, et aux autres éléments de suivi dont nous disposons pour piloter cette réforme. M. le président. La parole est à Mme Marie-Jo Zimmermann. Mme Marie-Jo Zimmermann. Madame la ministre, la mesure du taux d'apprentissage des langues étrangères par les jeunes Français permet d'apprécier la performance de notre système éducatif. Dans ce domaine, nous devons être ambitieux afin que la France puisse assumer son rôle de puissance de premier plan, influente et ouverte au dialogue avec le monde, car apprendre une langue c'est apprendre une culture. En 2015, le Gouvernement a annoncé la suppression des classes bilangues des collèges, mettant en cause par contrecoup les sections européennes et les sections Abibac. Cette décision a porté atteinte à des filières d'excellence : les sections Abibac donnent aux élèves une ouverture extraordinaire sur l'Allemagne, notamment dans nos départements frontaliers, et les élèves qui en sont diplômés réussissent encore mieux que ceux des sections européennes. La suppression des classes bilangues pénalise tout particulièrement la langue allemande, notamment dans notre département, ce qui a d'ailleurs amené le gouvernement allemand à protester auprès de la France. Un an plus tard, le Gouvernement, par votre voix, annonce que certaines classes bilangues seront maintenues. Dans l'académie de Nancy-Metz, ce sont les sections européennes qui ont été supprimées, tandis que les sections bilangues de continuité étaient maintenues. Le maintien des classes bilangues n'étant que très partiel, serait-il possible de donner la priorité aux départements frontaliers, qui ont, beaucoup plus que les autres départements, besoin d'assurer à leurs collégiens et à leurs lycéens une bonne connaissance de la langue du voisin, qu'il soit espagnol, italien ou allemand ? En Moselle, particulièrement à Metz, c'est toute la filière biculturelle franco-allemande qui est menacée par cette réforme. En effet, cette filière commence dès le primaire avec les sections trilingues, que vous avez d'ailleurs visitées lors de votre venue à Metz. Elles se poursuivent dans les collèges par les sections bilangues et les sections européennes, avec la possibilité d'accéder aux sections Abibac, que Claude Allègre, nous avait accordée, puis à l'Ecole nationale des arts et métiers, l'ENSAM, dont une caractéristique est de dispenser un double cursus avec les universités de Karlsruhe et de Dresde. Madame la ministre, pouvez-vous nous indiquer précisément les critères utilisés pour maintenir dans les départements frontaliers les classes bilangues de continuité et les classes bilangues de grands commençants ? M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Madame la députée Zimmermann, j'ai eu en effet le plaisir de me rendre en Moselle, où j'ai constaté que la proximité avec l'Allemagne conduit un certain nombre d'élèves à choisir l'allemand comme première ou seconde langue vivante, et je tiens à vous rassurer sur ce point : notre décision de favoriser les classes bilangues de continuité, par opposition aux classes bilangues de contournement, nous a permis de maintenir en Moselle 74 classes bilangues de continuité. Je veux vraiment insister sur le fait que nous n'hésiterons pas à développer ces classes car il est dans l'intérêt de tous que les élèves soient incités à apprendre, dès le primaire, d'autres langues que l'anglais. C'est bien ce que nous constatons dans votre territoire. On peut dire en effet que 100 % des collégiens de votre département peuvent avoir accès à l'apprentissage de l'allemand dès la classe de sixième, qu'ils soient scolarisés dans une classe bilangue de continuité ou qu'ils le choisissent comme première langue. Mes propos visent d'abord à vous rassurer sur le devenir de l'enseignement de l'allemand : il n'y a pas de raison que votre territoire soit moins bien servi que par le passé, pas plus qu'il n'y a de raison pour que notre réforme provoque l'assèchement de l'Abibac, contrairement à des affirmations entendues ici ou là. Pour prendre un autre exemple, j'ai signé très récemment avec mon homologue italien un accord pour mettre en place une section Esabac, l'équivalent de l'Abibac. L'accès à cette section ne passera pas par des classes bilangues de grands commençants puisque celles-ci n'existent plus, mais les élèves apprenant l'italien comme première ou comme deuxième langue vivante pourront obtenir un double bac français-italien. Eh bien il n'y a aucune raison que cette possibilité, pas plus que l'Abibac, soit remise en cause par la réforme. M. le président. Nous en venons aux questions du groupe de l'Union des démocrates et indépendants. La parole est à M. Yannick Favennec. M. Yannick Favennec. Madame la ministre, je souhaite appeler votre attention sur le problème des fermetures de classes dans les zones rurales et plus particulièrement dans les écoles situées en zones de revitalisation rurale, les ZRR. Dans les zones rurales, les enjeux de la scolarité dépassent la seule finalité éducative d'efficacité du service public de l'enseignement pour rejoindre ceux de l'aménagement du territoire. C'est pourquoi les élus locaux et les familles partagent un attachement viscéral au maintien en milieu rural d'une école à la fois de qualité et de proximité. Or les fermetures de classes vont à l'encontre des politiques locales que mènent les élus ruraux pour assurer, notamment grâce à des programmes d'habitat, l'accueil des familles et des jeunes enfants. Les efforts consentis par ces petites collectivités sont ruinés dès l'instant où la permanence de ce premier des services publics qu'est l'éducation n'est plus assurée. Dans ma circonscription du nord de la Mayenne, une classe est menacée de fermeture à la rentrée prochaine alors qu'elle se trouve en ZRR, tout simplement parce que l'inspection d'académie refuse de tenir compte des enfants de moins de trois ans. Or, dans un arrêt rendu le 14 août 2008 à propos de la décision du tribunal administratif de Pau concernant la fermeture de l'école maternelle de Luz-Saint-Sauveur, dans les Hautes-Pyrénées, le Conseil d'État a confirmé la priorité de la scolarisation des enfants de moins de trois ans dans les territoires classés en ZRR. Le tribunal administratif de Pau avait considéré que les critères socio-économiques des ZRR caractérisent un environnement social défavorable et qu'en conséquence la scolarisation des enfants de moins de trois ans constitue une priorité sociale. Les implantations scolaires de ces zones doivent donc intégrer l'ensemble des enfants scolarisés de moins de trois ans dans leurs effectifs et les prévisions d'effectifs pour les années à venir. Aussi, madame la ministre, je souhaiterais connaître votre avis sur les fermetures de classe en zone de revitalisation rurale, en particulier sur le cas concret de ma circonscription et de la commune d'Andouillé, où les parents et les enseignants sont inquiets pour la prochaine rentrée scolaire. M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Monsieur le député, vous évoquez les fermetures d'écoles en zones de revitalisation rurale. La spécificité de ces écoles est consacrée par un cadre juridique précis. L'article 29 de la loi du 4 février 1995 a institué un certain nombre de dispositions particulières pour les zones urbaines sensibles, les ZUS, et les zones de revitalisation rurale. Il appartient ainsi à l'inspecteur d'académie, pour tout projet de fermeture d'école dans ce type de zone, de réaliser une étude d'impact qui est transmise au préfet. En cas de cumul de projets de fermeture de services publics, des procédures particulières doivent être engagées et le préfet peut être amené, dans certains cas, à consulter la commission départementale d'organisation et de modernisation des services publics. On oublie parfois de mettre en œuvre ces dispositifs alors qu'ils sont importants et c'est pourquoi je voulais rappeler leur existence. Au-delà, vous avez raison, la question de l'école rurale est absolument primordiale, et je voudrais vous dire combien j'y suis attachée. Lorsque l'on évoque les difficultés sociales, c'est bien souvent aux quartiers dits prioritaires que l'on pense, notamment en ce qui concerne l'accès à l'éducation, mais il ne faut pas pour autant oublier les difficultés toutes particulières auxquelles sont confrontés les familles et les enfants qui vivent en zones rurales, du fait notamment de leur isolement géographique. On ne peut pas traiter les zones rurales comme les autres territoires. M. Yannick Favennec. Je suis d'accord. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. On ne peut pas se contenter d'appliquer une règle comptable, démographique et fermer une classe dès lors que l'on tombe sous un certain seuil. C'est pour en finir avec ce type de politique, qui était tout de même la norme jusqu'ici, que j'ai souhaité proposer à tous les départements ruraux de France de signer avec le ministère de l'éducation nationale des « conventions ruralité », qui sont des engagements réciproques : plutôt que de fermer une classe, voire une école, en raison de la baisse du nombre d'élèves, nous la maintenons pendant trois ans, à condition que, durant cette même période, les élus locaux de ce département rural réfléchissent ensemble au réaménagement du territoire, au travers d'un regroupement pédagogique intercommunal ou de toute autre solution. Avoir trois ans devant soi permet de travailler sans avoir le couteau sous la gorge. Ces « conventions ruralité », qui ont fait l'objet d'un rapport très intéressant du sénateur Alain Duran, répondent à un réel besoin. De plus en plus de départements les signent. Si ce n'est pas le cas du vôtre, je vous invite à vous rapprocher de nos services pour prendre connaissance du contenu de ces conventions. M. le président. La parole est à M. Francis Hillmeyer. M. Francis Hillmeyer. S'agissant de la politique éducative de la France, madame la ministre, les interrogations ne manquent pas ! Je vais les rappeler par ordre chronologique. Qu'en est-il du bilan de la réforme des rythmes scolaires ? Un rapport sénatorial présenté vendredi 13 mai fait l'éloge des résultats des nouveaux rythmes scolaires en milieu rural alors que des syndicats évoquent des « résultats accablants » et que des associations s'apprêtent à rendre publiques des études beaucoup plus critiques. Où est la vérité ? Le maire que je suis entend souvent les parents se plaindre de la fatigue de leurs enfants. Qu'en est-il de la réforme du collège ? Un an seulement après la publication sans concertation du décret « Collège 2016 », après quatre journées de grève et un congrès national de la Fédération des conseils de parents d'élèves, la FCPE, où le mécontentement s'est fait sentir malgré l'unité de façade, pouvez-vous, à quatre mois de la rentrée, expliquer clairement ce qu'il en est du maintien ou non des classes bilangues, qui étaient l'un des sujets de blocage ? Il semblerait en effet que, suite aux concessions que vous avez été amenée à faire, des inégalités soient apparues entre les territoires, des classes étant maintenues à Paris mais supprimées en province. Pouvez-vous me confirmer leur maintien en septembre 2016 dans les départements frontaliers comme l'Alsace, par nécessité culturelle et économique ? Le multilinguisme est en effet une richesse régionale et un bonus pour nos jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Qu'en est-il, enfin, de la sélection à l'université ? Suivrez-vous les préconisations de notre prix Nobel d'économie Jean Tirole, qui appelle à briser le mythe de l'uniformité en organisant des cursus de niveaux différents, certaines universités se spécialisant dans la recherche avancée, d'autres dans l'enseignement, toutes proposant plus de passerelles entre ces cursus pour donner une chance à tous les étudiants ? Madame la ministre, sur toutes ces questions primordiales pour l'avenir de notre jeunesse, nous avons besoin de vos éclaircissements. M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Je vais essayer de ne pas perdre de temps, étant donné le nombre de questions auxquelles vous me demandez de répondre en deux minutes ! Commençons par le plus simple. S'agissant des classes bilangues de votre département du Haut-Rhin, elles seront maintenues dans la totalité des cinquante-sept collèges, non pas par le fait du prince, mais parce qu'elles s'inscrivent dans des dispositifs de continuité, que nous voulons maintenir, voire développer. Puisque l'enseignement de l'allemand vous intéresse tout particulièrement, j'ajoute qu'il est assuré dans 100 % des écoles publiques de votre département. Il n'y a donc pas matière à polémiquer. Je vais essayer à nouveau de tordre le cou une fois pour toutes à ces rumeurs à propos de prétendues inégalités territoriales. Nous avons mis fin aux classes bilangues de grands commençants pour des raisons que je n'exposerai pas à nouveau en détail mais, dès lors que l'on propose à tous les collégiens de commencer un an plus tôt l'apprentissage d'une deuxième langue, il n'y avait plus de raison de réserver cette possibilité à quelques-uns. En revanche, nous avons maintenu tous les dispositifs de continuité, et nous souhaitons même les développer. Prétendre que nous avons mieux servi Paris que la province est tout bonnement faux. M. Patrick Bloche. En effet ! M. Stéphane Travert. C'est de la désinformation ! Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Je vais vous en donner un exemple. La Moselle, dont je parlais tout à l'heure, compte soixante-quatorze dispositifs bilangues de continuité ; votre département en compte cinquante-sept. Eh bien, figurez-vous qu'il y en a cent à Paris, mais deux cents à Amiens et encore bien davantage à Strasbourg ! Leur nombre dépend donc de la situation territoriale et de la préexistence des dispositifs de continuité, que nous maintenons et souhaitons développer à l'avenir. Tous les territoires y gagneront. J'en viens aux autres sujets que vous avez évoqués. Pour ce qui est des rythmes scolaires, je vous renvoie à la lecture du rapport de Françoise Cartron, où vous trouverez des informations intéressantes. Vous y trouverez en particulier ce chiffre, assez méconnu : le nombre de places ouvertes dans les accueils collectifs de mineurs qui proposent des activités périscolaires a augmenté de deux millions en deux ans. La réforme des rythmes scolaires a fait passer le nombre d'élèves s'adonnant à une activité périscolaire de 25 % à 85 %, essentiellement au sein des classes populaires. Je n'ai pas besoin de vous expliquer pourquoi c'est très important. M. Stéphane Travert. C'est clair. M. le président. Nous en venons aux questions du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste. La parole est à M. Gérard Charasse. M. Gérard Charasse. Madame la ministre, jeudi dernier, le 19 mai, dans le cadre de la Conférence nationale du handicap, le Président de la République a annoncé la pérennisation des emplois affectés à l'éducation nationale pour accompagner les élèves en situation de handicap. Ainsi, dans les cinq prochaines années, 56 000 contrats aidés seront progressivement transformés en 32 000 emplois d'accompagnants des élèves en situation de handicap AESH –, au rythme de 11 200 contrats aidés par an, soit 6 400 « équivalent temps plein ». Cette mesure était très attendue, à la fois par les AESH pour lesquels s'ouvre la perspective de sortir de la précarité, mais aussi par les équipes pédagogiques et les élèves, qui pourront ainsi bénéficier d'un accompagnement professionnel sur la durée. Aujourd'hui, près de 160 000 enfants handicapés sont scolarisés en milieu ordinaire dans le premier degré et près de 119 000 dans le second. Je voudrais par ailleurs souligner le travail remarquable accompli par les assistants d'éducation et les assistants pédagogiques, chargés d'encadrer et de surveiller les élèves, d'aider à accueillir et intégrer les élèves en situation de handicap, de les aider à utiliser les nouvelles technologies, pratiquer des activités éducatives, sportives, sociales ou culturelles, ou encore étudier. Ces personnels subissent la même précarité que celle qui prévalait avant l'annonce faite par le chef de l'État jeudi dernier pour les AESH. Les contrats des assistants d'éducation et des assistants pédagogiques sont en effet d'une durée de trois ans renouvelable, dans la limite d'un engagement maximal de six ans. Ma question est donc très simple. À l'instar des postes d'AESH, le Gouvernement envisage-t-il de pérenniser ceux des assistants d'éducation et des assistants pédagogiques ? M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Merci, monsieur le député, pour votre question, qui me permet d'insister sur des éléments qui ne font pas forcément partie des informations les plus relayées au monde alors qu'ils emportent des conséquences importantes sur le quotidien des personnes concernées. Nous avons, en seulement cinq ans, transformé les contrats aidés de l'ensemble des auxiliaires de vie scolaire, ou AVS, qui couraient sur deux ans, en véritables contrats pérennes d'accompagnants d'enfants en situation de handicap, ou AESH. Cette décision majeure se traduira dans les faits très rapidement puisque dès la rentrée prochaine ce sont 6 000 d'entre eux qui seront concernés. À terme, 32 000 auront été transformés au cours des cinq prochaines années. Cette décision est importante pour les enfants parce qu'un véritable statut va de pair avec une formation et donc un meilleur accompagnement, dans la durée de surcroît, et non plus pendant deux ans seulement. C'est une bonne nouvelle aussi pour les enseignants qui ont pris l'habitude de travailler avec un AVS et appris à l'apprécier : le voir partir au terme du contrat était terrible pour eux. Ils auront désormais de véritables collaborateurs qui seront là de façon pérenne. C'est enfin une bonne nouvelle pour les AVS eux-mêmes, qui vont enfin pouvoir se professionnaliser. Vous me demandez pourquoi nous ne prenons pas la même décision pour les assistants d'éducation, les AED, et les assistants pédagogiques, les AP, c'est-à-dire les surveillants. Il s'agit aujourd'hui de « jobs » d'étudiants pour l'essentiel, ce qui n'est pas forcément un mal puisque cela permet à des étudiants de bénéficier d'une expérience et aux élèves de rencontrer des étudiants. Simplement les enjeux sont différents puisque par définition, ces jobs ne s'inscrivent pas dans la durée. Il en va différemment des auxiliaires de vie scolaire, dont la mission, destinée à se pérenniser, devait être complètement internalisée par l'éducation nationale. Il s'agit là de perspectives de moyen terme qui justifient ce mode de recrutement. M. le président. Vous avez de nouveau la parole, monsieur Charasse, pour poser la question de Mme Jeanine Dubié. M. Gérard Charasse. « Ceux qui voudraient troubler [leur sérénité] n'ont pas leur place dans les écoles, qui doivent rester l'asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas. » Cette phrase est de Jean Zay, alors ministre radical de l'éducation nationale ; elle figure dans sa circulaire du 31 décembre 1936. Elle fait de l'école un sanctuaire, au fronton duquel est inscrit le principe fondamental qui préside à l'action de la politique éducative des gouvernements successifs de notre République, à savoir le principe de laïcité. En effet la laïcité permet, au sein de l'école, d'asseoir la sérénité, la quiétude, l'esprit de concorde. La laïcité permet d'accueillir sur les bancs de nos établissements scolaires tous les élèves, quelles que soient leurs convictions ou leur confession. La laïcité symbolise l'esprit de tolérance qui doit prévaloir au sein de l'éducation nationale. Aujourd'hui plus que jamais, les mots de Jean Zay ont une résonance toute particulière. À l'heure où les intégrismes s'emparent de nos jeunes, où des centaines de nos enfants partent en Syrie, en quête d'une reconnaissance qu'ils ne trouvent plus dans nos institutions et dans nos quartiers, les principes de la laïcité se doivent d'être placés au cœur de l'école. La loi du 8 juillet 2013 d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République a institué un enseignement moral et civique. Madame la ministre, pouvez-vous d'ores et déjà nous donner un bilan d'étape de la diffusion de cet enseignement dans les écoles et pouvez-vous nous préciser quelle place occupe la formation pédagogique à la laïcité dans la formation des professeurs au sein des écoles supérieures du professorat et de l'éducation ? Enfin, de quelle manière les professeurs sont-ils formés pour détecter les éventuelles radicalisations chez certains de leurs élèves ? M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Citer Jean Zay, monsieur le député, c'est me prendre par les sentiments ! (Sourires.) J'entends bien cette expression qui fut la sienne dans cette fameuse circulaire cet « asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas » que devait être l'école. Néanmoins, quelle que soit l'admiration que nous ayons pour le grand homme, la vérité nous oblige à admettre que les querelles des hommes pénètrent aujourd'hui dans l'école. Vous l'avez d'ailleurs illustré en évoquant la radicalisation, la délicate question de la laïcité, etc. Sur ces difficultés et ces enjeux, il convient d'abord et surtout de ne pas fermer les yeux. Il faut faire en sorte que les enseignants soient bien formés et bien accompagnés, notamment en ressources pédagogiques, pour évoquer ces sujets avec les élèves et pour y apporter des réponses. C'est la raison pour laquelle, notamment lors de la grande mobilisation de l'école pour les valeurs de la République qui a suivi les attentats contre Charlie Hebdo de janvier 2015, nous avons décidé de former 300 000 enseignants à la laïcité, mais aussi de prodiguer un enseignement moral et civique aux élèves. Cet enseignement a vu le jour à la rentrée de cette année scolaire. À raison d'une heure par semaine dans le primaire et d'une heure tous les quinze jours dans les collèges et les lycées, c'est un moment unique où les élèves peuvent débattre de certains sujets d'actualité que, jusqu'à présent, ils gardaient pour eux, souvent dans la plus totale désinformation de l'internet. Ils disposent aujourd'hui d'un cadre au sein duquel ils peuvent confronter des opinions et aiguiser leur esprit critique. C'est une vraie nouveauté et c'est extrêmement important que cet enseignement moral et civique. Pour en venir à la question de la radicalisation, je me réjouis tout d'abord que votre assemblée ait organisé aujourd'hui même, à l'initiative du député Guy Delcourt et en ma présence, une projection du très beau film Ne m'abandonne pas, sur la lutte contre la radicalisation, suivie d'une rencontre avec l'équipe du film. Au sein de l'école, nous avons amélioré substantiellement nos dispositifs de signalement. Il est important et c'est le sens du livret « Prévenir la radicalisation des jeunes » que nous avons édité que les chefs d'établissement, les conseillers principaux d'éducation et les enseignants aient un regard qui leur permette d'appréhender les changements de comportement et sachent qui informer, qui prévenir pour qu'une cellule de suivi se mette rapidement en place avec la préfecture et gère l'enfant et sa famille. Mais il convient également de prévenir de tels phénomènes, donc faire en sorte que nos élèves comprennent les valeurs de la République et comprennent pourquoi il faut y adhérer, et qu'ils apprennent à se méfier, notamment par l'éducation aux médias et à l'information, de tout ce qui peut les entraîner vers les dérives de la radicalisation, en particulier tous les éléments non sourcés et non fiables que l'on trouve sur l'internet. Telle est, en quelques mots, notre action. Il s'agit évidemment d'un travail qui mérite d'être poursuivi et amplifié. M. le président. Nous passons aux questions du groupe de la Gauche démocrate et républicaine. La parole est à M. Gabriel Serville. M. Gabriel Serville. J'associe à cette question les trois autres parlementaires de Guyane. Comme vous le savez, madame la ministre, la communauté éducative de Guyane est aujourd'hui fortement mobilisée après le revirement du rectorat sur les engagements écrits au sujet du réseau d'éducation prioritaire renforcé, dit REP+. En effet, l'ensemble des déclarations et documents officiels émanant de l'académie annoncent depuis deux ans le passage en 2016 de la totalité des collèges, à une exception près, en REP+. Aussi l'annonce du maintien du statu quo à la rentrée prochaine est-elle vécue, aussi bien par les professeurs que par les parents d'élèves, comme une véritable trahison. L'incompréhension est d'autant plus grande que l'ampleur des défis à relever en matière d'éducation fait l'objet d'un constat partagé par tous, y compris par notre gouvernement. Plusieurs collèges sont déjà bloqués et plus de cinq cents personnes, dont de nombreux élus, ont répondu à l'appel des syndicats à manifester devant le rectorat de Cayenne ce matin. Des rassemblements ont aussi eu lieu à Kourou et à Saint-Laurent-du-Maroni. Madame la ministre, parce qu'il s'agit de l'avenir de nos jeunes, et à travers eux de celui de notre territoire, parce que le sujet est vraiment grave, la Guyane attend de vous un signal fort susceptible de régler définitivement cette difficulté. Si vous me le permettez, je vous suggère vivement de dépêcher sur place et dans les meilleurs délais une délégation qui travaillerait à trouver des solutions pérennes et, surtout, concertées. D'avance, je vous en remercie. M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Les collaborateurs de mon cabinet, fort désireux de se rendre en Guyane, ont accueilli votre dernière proposition avec beaucoup de plaisir, monsieur le député ! (Sourires.) Plus sérieusement, monsieur le député, vous ne devez avoir aucun doute que, par « refondation de l'école », nous entendons bien et moi tout particulièrement la nécessité de lutter contre le déterminisme social, donc de donner plus de moyens aux établissements dont les élèves connaissent les plus grandes difficultés sociales. C'est bien pourquoi nous avons rénové en 2014 la carte de l'éducation prioritaire, qui était restée inchangée depuis des années. Cela nous a conduits, non seulement à repenser les dispositifs pédagogiques ou à mieux indemniser les enseignants, mais aussi à réviser la cartographie. Dans ce cadre, j'avais fait en sorte que tous les établissements scolaires de Guyane à l'exception d'un collège soient classés en éducation prioritaire, soit dix-neuf réseaux en REP et dix en REP+. Cet engagement, je l'ai tenu. Pour accompagner les efforts déployés sur place par les enseignants, j'ai ensuite pris la décision, sur la proposition du recteur de l'époque, M. Lacombe, d'accorder aux collèges classés en REP des moyens supplémentaires leur permettant d'être au même niveau que les REP+, afin de répondre aux difficultés de leurs élèves et d'améliorer durablement leur réussite scolaire. Mais, comme vous le dites très bien, cet engagement exceptionnel a créé une attente pour la rentrée 2016, à savoir le classement de tous les collèges du département en REP+, ce qui permettrait également d'aligner le régime indemnitaire et le régime de décharges des enseignants sur ceux des REP+. Il y a eu en effet de nombreux mouvements ces derniers jours. Le nouveau recteur a beaucoup écouté les membres de la communauté éducative. Pour ne rien vous cacher, je l'ai encore eu au téléphone aujourd'hui. Il m'a fait part de sa conviction que les attentes exprimées par les familles et l'implication des enseignants dans la préparation de la rentrée 2016 rendaient nécessaire le passage en REP+ des dix collèges actuellement en REP. Telle est sa position définitive, et je veux vous dire clairement que j'ai souhaité répondre positivement à cette demande. Je prendrai donc très prochainement un arrêté pour que les collèges en question passent de REP en REP+. C'est, je crois, une mesure de justice pour ce département, une mesure qui contribuera à donner décidément aux jeunes Guyanais toutes les chances de réussite. M. le président. Vous avez la parole, monsieur Serville, pour poser votre deuxième question. M. Gabriel Serville. Compte tenu de la réponse que vient d'apporter Mme la ministre, ce ne sera pas une question, monsieur le président. Je profiterai simplement du micro pour la remercier. Je pense que la Guyane lui sera profondément reconnaissante. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen.) M. le président. Nous en venons à trois questions du groupe socialiste, républicain et citoyen. La parole est à Mme Julie Sommaruga. Mme Julie Sommaruga. Madame la ministre, ma question porte sur le remplacement des enseignants absents. Le budget de l'éducation nationale est redevenu le premier budget de l'État et depuis 2012 plus de 47 000 postes ont été créés. L'engagement du Président de la République de créer 60 000 postes d'ici à 2017 sera donc tenu. Ce chiffre à lui seul témoigne de la priorité accordée à la jeunesse par le Gouvernement et souligne l'impérieuse nécessité qu'il y avait à réparer les dégâts commis par la destruction de 80 000 postes sous la droite. (Exclamations sur les bancs du groupe Les Républicains.) M. Patrick Hetzel. Ah ! Ça manquait ! M. Yves Durand. Chut ! M. Stéphane Travert. Écoutez donc, mes chers collègues ! Mme Julie Sommaruga. Ces moyens humains et financiers sans précédent ont pour objectif, comme nous nous y sommes engagés, d'améliorer les conditions d'apprentissage des élèves, mais aussi d'améliorer les conditions de travail des enseignants et de rétablir leur formation. Ces moyens supplémentaires ont par ailleurs vocation à répondre aux difficultés liées au remplacement des enseignants absents. Plus de 2 000 postes de remplaçants ont ainsi été créés depuis 2013, alors que durant les cinq années de présidence de Nicolas Sarkozy plus de 1 500 postes de remplaçants avaient été supprimés dans le premier degré. C'est ça le bilan de la droite et c'est ça aussi le projet de la droite ! (« Eh oui ! » sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen. Exclamations sur les bancs du groupe Les Républicains.) Néanmoins, des difficultés à trouver rapidement une solution de remplacement demeurent dans certains territoires et, lorsque c'est le cas, elles peuvent perturber les apprentissages, casser le rythme d'acquisition et rendre difficile les conditions de travail des équipes éducatives. Il est donc primordial, à la fois d'assurer au maximum les remplacements d'enseignants absents dans la durée et de faire en sorte, une fois ces remplacements mis en place, qu'ils soient stables et sans coupure. Connaissant votre attachement à pallier au mieux ces difficultés, madame la ministre, je souhaiterais que vous nous présentiez les mesures mises en place par le Gouvernement pour y remédier. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen.) M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Oui, madame la députée, les difficultés existent, et ce, comme vous l'avez rappelé fort justement, depuis quelques années. Les décisions que l'on prend ont toujours un impact, qu'elles soient positives ou négatives. Ce qui est assez terrible, dans l'éducation nationale, c'est que les décisions négatives font souvent sentir leurs effets des années durant, et qu'il faut attendre plusieurs années pour éprouver les effets des décisions positives ! En tout état de cause, c'est exactement ce qui s'est passé pour les brigades de remplacement : les décisions de réductions drastiques des moyens prises il y a quelques années nous ont mis dans une situation où je m'en souviens, c'était au début du quinquennat, dès le mois d'octobre, on constatait des tensions du fait d'absences d'enseignants non remplacés dans un grand nombre de départements. Lorsque l'on examine la situation actuelle, on voit que quelques départements continuent d'éprouver ces difficultés, dont le vôtre, madame la députée, et c'est pourquoi vous y faites allusion. Cela dit, même dans ces départements-là, les tensions se font sentir beaucoup plus tard dans l'année, aux alentours de janvier ou février, ce qui montre que l'on a réussi à passer une partie de l'année scolaire sans difficultés. Mais venons-en à ce que nous faisons, car c'est cela qui vous intéresse. Dans votre département des Hauts-de-Seine, par exemple, nous avons procédé cette année au recrutement de 59 personnes pour faire face aux besoins de remplacement dans le premier degré, et à la rentrée prochaine nous aurons 40 postes supplémentaires de titulaires sur zone de remplacement. Pourquoi apportons-nous des réponses aussi ambitieuses à la question des brigades de remplacement ? Parce qu'à la rentrée prochaine, grâce à nos engagements de création de postes, nous aurons quelque 4 000 postes supplémentaires dans le premier degré, au moment où, enfin, la démographie se stabilise alors qu'elle était à la hausse depuis plusieurs années. Concrètement, nous disposerons donc de marges de manœuvres beaucoup plus importantes pour alimenter ces brigades de remplacement. Mais au-delà de la question des postes et des moyens, le sujet a aussi une dimension qualitative : comment améliorer notre système de remplacement, comment le rendre plus fluide, notamment en permettant de recourir plus facilement aux remplaçants d'une autre circonscription lorsqu'on n'en trouve pas dans la sienne ? Tout cela est l'objet en ce moment même d'un groupe de travail qui rassemble toutes les parties prenantes y compris, je le précise, les fédérations de parents d'élèves, que j'ai tenu à associer à la réflexion afin que, dès la rentrée prochaine, nous disposions de mécanismes beaucoup plus fluides dans tous les départements. M. le président. La parole est à M. Yves Durand. (« Ah ! » sur les bancs du groupe Les Républicains.) M. Yves Durand. Je vous remercie de l'enthousiasme que vous manifestez, mes chers collègues de l'opposition, mais attendez au moins la question ! M. Patrick Hetzel. Avec vous, nous sommes sûrs de ne pas être déçus ! M. Yves Durand. Monsieur le président, madame la ministre, nous avons fêté il y a quelques jours le trentième anniversaire du baccalauréat professionnel. Cette grande avancée permet à beaucoup d'élèves, notamment issus de milieux populaires dans ma région, près de la moitié des lycéens sont scolarisés en lycée professionnel, de poursuivre des études qu'ils n'auraient pu poursuivre sans cela. Pourtant en France l'orientation vers les filières professionnelles se fait encore trop souvent par défaut, malheureusement. Je sais que vous êtes très sensible à ce problème et que vous commencez à travailler sur cette question même s'il faut bien reconnaître que les lois qui se sont succédé y compris celle de 2013, dont j'ai été le rapporteur n'ont pas principalement porté sur l'enseignement professionnel. Or faire de la filière professionnelle une voie d'excellence suppose deux éléments : une meilleure adéquation entre les métiers de l'avenir et la formation dispensée par les lycées professionnels et la capacité donnée aux jeunes scolarisés dans les lycées professionnels de s'adapter à des métiers qui n'existent pas encore et dont on ne sait pas s'ils existeront un jour. Nous avons commencé à refonder l'école en donnant la priorité à l'enseignement primaire nous avons eu raison puis en faisant du collège un outil de réussite pour tous là aussi nous avons eu raison. Madame la ministre, comment faire pour que la filière professionnelle devienne vraiment une filière d'excellence ? (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen.) M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Je vous remercie, monsieur le député Yves Durand. Vous avez évidemment raison (Rires sur les bancs du groupe Les Républicains) je me fais plaisir ! de rappeler que la refondation de l'école a été une démarche très différente de ce qui s'était fait jusqu'alors en matière de réforme de l'éducation. Au lieu de partir du haut et de commencer par l'enseignement supérieur et le lycée, nous avons préféré partir du bas, de l'amont, parce que nous avons considéré que les réussites ou les échecs se mettent en place très tôt malheureusement. C'est donc d'école primaire, à laquelle nous avons redonné la priorité, et de collège que nous avons beaucoup parlé pendant ce quinquennat. On ne peut pas dire pour autant que nous ayons laissé complètement de côté la question du lycée, notamment du lycée professionnel. Comme vous le dites, les urgences en la matière étaient réelles. Il était urgent de revaloriser le lycée professionnel : il n'est pas possible de laisser croire encore aujourd'hui, surtout lorsque l'on connaît la réalité de ce qu'est un lycée professionnel dans notre pays, qu'il s'agirait d'une filière de relégation, de seconde zone ou de second choix. Non ! Il s'agit d'une filière d'excellence dont notre pays a besoin et dans laquelle il faut donc investir. C'est ce que nous avons fait à travers la création de cinq cents nouvelles formations quelle plus belle preuve de confiance que de les créer dans les lycées professionnels ?, à des métiers d'avenir qui, selon France Stratégie, risquent de manquer de mains d'œuvre d'ici une dizaine d'années : hautes technologies, métiers de la sécurité, services à la personne, etc. La mise en place de ces formations s'accompagnera de la création de mille emplois et tout ceci sera effectif à la rentrée 2017. Nous sommes en train d'ajuster ces nouvelles formations en partenariat étroit avec les exécutifs régionaux de tous bords politiques, avec lesquels nous travaillons en bonne entente – à une exception près dont je ne ferai pas état ici (Sourires). Il s'agit de faire en sorte que ces formations soient le plus utiles possible aux territoires. La deuxième illustration de l'importance que nous accordons aux lycées professionnels et de notre volonté de redorer leur blason, c'est le fait de ne pas accepter qu'une telle orientation soit subie. Elle doit être choisie. C'est pourquoi, à partir de la rentrée prochaine, les élèves de seconde professionnelle auront jusqu'à la Toussaint pour décider s'ils se sentent bien dans cette voie et pour en changer s'ils ne s'y sentent pas à l'aise. C'est une vraie nouveauté puisque nous rouvrons une séquence d'AFFELNET à la Toussaint afin de permettre à ces élèves de choisir une autre filière professionnelle ou de revenir dans l'enseignement général. Il s'agira ainsi de choix réels et non de choix subis. M. le président. La parole est à Mme Martine Faure. Mme Martine Faure. Madame la ministre, la loi pour la refondation de l'école de la République a instauré un service public du numérique éducatif. Son objectif est de permettre d'utiliser le numérique dans les enseignements, de développer des pratiques pédagogiques diversifiées, de renforcer le plaisir d'apprendre et de réduire les inégalités sociales et territoriales. Les apprentissages fondamentaux sont la priorité de l'éducation nationale mais l'école doit désormais donner aussi à chaque enfant les clés pour réussir dans une société immergée dans le numérique. L'introduction du numérique à l'école primaire peut permettre de lutter efficacement contre l'échec scolaire et de répondre à la révolution numérique qui bouscule le modèle de l'école traditionnelle. Votre ministère s'est doté d'une stratégie très ambitieuse pour « faire entrer l'école dans l'ère du numérique ». La création de ce service public s'est rapidement concrétisée sur le terrain. Je me suis plus particulièrement penchée sur le cas des territoires ruraux, dont l'implication est vraiment prometteuse. Ceci est rassurant car la couverture de l'ensemble du territoire sera le gage que les nouvelles générations seront, où qu'elles vivent, formées et prêtes à affronter les nouveaux défis de la vie professionnelle et de la société. Aujourd'hui, les écoles et les collèges s'équipent ; la formation des enseignants s'organise pour leur permettre de maîtriser les outils numériques, de les mettre au service des apprentissages mais également de mieux impliquer les familles. Je souhaite toutefois relayer une inquiétude récurrente du terrain concernant la prise en charge des coûts de maintenance des matériels et des équipements. La circulaire de rentrée 2016 prévoit la généralisation du numérique afin que la jeunesse soit de plain-pied avec ce monde. Comment réussir pleinement le numérique éducatif ? Pouvez-vous nous donner des exemples précis des projets prévus pour la rentrée scolaire ? Enfin pourrions-nous envisager à terme que l'ambition développée en faveur du collège numérique permette à des centres de documentation et d'information entièrement numériques d'offrir aux collégiens la possibilité d'accéder en ligne à tous les ouvrages scientifiques, culturels et autres ? M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Je vous remercie pour votre question, madame la députée, qui nous permet de jeter un éclairage sur cette dimension très importante de l'école telle que nous la préparons, à savoir la dimension numérique. Non qu'il ne se soit rien passé dans ce domaine avant notre arrivée : fort heureusement les territoires s'étaient plus ou moins saisis de ce sujet, mais c'est bien la première fois qu'il existe un plan numérique, reposant sur trois piliers. Le premier est celui de la formation des enseignants car tout en procède : si leur formation ne leur permet pas de guider les élèves dans l'usage des outils numériques, ceux-ci risquent de n'être que des gadgets ludiques alors que nous voulons en faire des outils pédagogiques. La question des ressources est le deuxième pilier : si la tablette ou l'ordinateur servent simplement à scanner le manuel scolaire, la plus-value du numérique est négligeable. Il faut des ressources conçues par des éditeurs pour apporter de nouveaux exercices, de nouveaux logiciels permettant de mieux faire travailler les élèves, notamment dans le domaine des langues vivantes. Nous y travaillons actuellement ; nous avons notamment lancé un appel d'offres auprès des éditeurs français dans ce domaine. Je suis assez impressionnée par la qualité des ressources qui nous sont d'ores et déjà proposées et qui sont plus passionnantes les unes que les autres. Enfin les équipements constituent bien sûr le troisième pilier. Nous avons ainsi décidé d'équiper les collèges 25 % des collèges publics le seront dès la rentrée prochaine. Nous avons dit qu'ils devaient tous l'être dans trois ans ; le dispositif monte donc progressivement en charge. Des écoles ont également demandé à être équipées de matériels individuels que les élèves puissent emporter chez eux pour faire leurs devoirs et elles le seront. Au-delà de ce plan, votre question est pertinente quant à la mise en œuvre pratique de la numérisation puisque vous voulez savoir comment la maintenance sera prise en charge. Vous savez qu'aux termes de la loi de refondation de l'école, ce sujet relève de la responsabilité des collectivités territoriales. Cependant j'ai fait en sorte que nos rectorats et le ministère dialoguent constamment avec ces dernières ainsi qu'avec l'ensemble des industriels de la filière numérique afin de simplifier les dispositifs techniques liés à la maintenance des flottes d'équipements mobiles. La direction du numérique pour l'éducation s'organise pour offrir un service d'assistance aux utilisateurs sur l'ensemble du territoire. C'est dans cette démarche dynamique qui simplifie et facilite les choses que nous devons nous inscrire. Vous avez également évoqué la difficulté d'accès au numérique en milieu rural. J'ai annoncé il y a quelques jours, dans le cadre du comité interministériel aux ruralités mais cela est passé un peu inaperçu, qu'une enveloppe supplémentaire de cinquante millions serait mise à disposition des écoles primaires des territoires ruraux pour qu'elles disposent d'équipements et d'infrastructures numériques de qualité. M. le président. Je vous remercie, madame la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Cette enveloppe permettra de répondre de façon globale à la fois aux problématiques de raccordement et d'équipement. M. le président. Nous en revenons aux questions du groupe Les Républicains. La parole est à M. Patrick Hetzel. M. Patrick Hetzel. Madame la ministre, lors de la discussion du projet de loi de finances pour 2016, j'insistais déjà au nom du groupe Les Républicains sur l'opération de bonneteau réalisée par votre Gouvernement qui, au titre de l'exécution du budget de 2015, gelait des crédits de l'enseignement supérieur et de la recherche pourtant votés par le Parlement, ce qui remettait évidemment en cause la sincérité de votre budget. Aujourd'hui, vous allez encore plus loin en procédant à 250 millions d'annulations de crédits. Vous avez affirmé cet après-midi dans cet hémicycle qu'il n'y avait pas de problème et que cela n'avait aucune incidence sur le fonctionnement de l'enseignement supérieur et de la recherche. Sans doute prônez-vous vous aussi la fameuse maxime : « Cela va mieux ! » À qui pouvez-vous le faire croire ? Je me suis évidemment renseigné. À titre d'exemple, il n'y a de matelas budgétaire ou de crédits dormants ni au CNRS ni au CEA. C'est vraiment une blague que de l'affirmer ! Certes, le fonds de roulement est important mais ce sont des crédits actifs et fléchés vers des investissements et des dépenses d'avenir identifiés et votre ministère dispose de ces données. Le fonds de roulement de ces organismes correspond à un mois et demi de fonctionnement courant, ce qui n'est pas excessif : c'est même ce qui est préconisé par Bercy et par la Cour des comptes. Le compte de résultats synthétisant les recettes et les dépenses est voisin de zéro pour le CNRS. Madame la ministre, pouvez-vous nous indiquer comment vous allez enfin mettre vos actes en adéquation avec votre stratégie de communication, qui prétend que l'enseignement supérieur et la recherche sont votre priorité ainsi que celle de ce gouvernement ? M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Monsieur le député Hetzel, pardonnez-moi si je donne le sentiment de répéter les propos que j'ai tenus cet après-midi mais la question était identique. Je suis évidemment très attachée à la sanctuarisation du budget de la recherche ce n'est pas à moi que l'on pourra reprocher le contraire ! Nous avons souvent discuté de cette sanctuarisation à laquelle vous êtes visiblement attaché vous aussi si d'aventure vous revenez aux responsabilités, je vérifierai dans quelle mesure ce budget sera effectivement sanctuarisé. En tout état de cause, depuis le début du quinquennat, ce budget a été préservé, et il continuera à l'être. Le fameux décret d'avance dont nous parlons aujourd'hui est une mesure de régulation, habituelle en cours d'exécution budgétaire. C'est ainsi que cela se passe sous tous les gouvernements : en cours d'exécution, on recherche dans les trésoreries, les fonds de roulement des possibilités de recalibrages qui ne portent pas atteinte à l'exécution du budget en tant que tel. Je l'ai dit cet après-midi : concrètement, pas un des 135 millions d'euros dont nous parlons ne portera atteinte au fonctionnement des organismes de recherche, des laboratoires, à la politique de recrutement ou au travail des chercheurs ! M. Patrick Hetzel. Bien sûr que si ! Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Non, aucun. Je me suis engagée devant cette même assemblée à réabonder les crédits nécessaires si, contre toute rationalité, il s'avérait dans les mois qui viennent qu'un projet pouvait être mis en difficulté du fait d'une trésorerie ou d'un fond de roulement insuffisants. Il n'y a donc pas de sujet : il s'agit d'une mesure de régulation budgétaire dont l'État a besoin pour exécuter son budget et financer les priorités annoncées. Il est quand même intéressant de noter qu'on commente autant ces 135 millions, qui relèvent de la régulation budgétaire, et aussi peu les cinq milliards d'euros, au moins, dont le Président de la République a annoncé qu'ils seront mis à la disposition de l'enseignement supérieur et de la recherche dans le cadre du troisième Programme d'investissements d'avenir, ou qu'on commente aussi peu le fait qu'en juin, ce sont 65 millions supplémentaires qui vont être mis à la disposition de l'Agence nationale de la recherche pour que davantage de projets soient soutenus, et 120 millions supplémentaires l'année prochaine ! Vous voyez que lorsqu'on considère la réalité des budgets exécutables et des fonds dédiés à la recherche, on constate des niveaux d'augmentation tels qu'on en a rarement connus, alors que là il s'agit de régulation budgétaire. M. le président. La parole est à M. Bernard Debré. M. Bernard Debré. Madame la ministre, alors que l'idée du retour de l'uniforme à l'école refait surface, notamment par la voix de Jacques Attali, je tiens à vous rappeler que j'ai déposé en janvier 2015 une proposition de loi visant précisément à instaurer le port d'une tenue commune pour les élèves des premier et second degrés. En effet, l'école est un lieu sacré de la République, et force est de constater que, dans de trop nombreux établissements, les élèves n'ont plus l'impression d'être dans un sanctuaire républicain : l'école de Jules Ferry est devenue l'école des différences, de l'indiscipline et parfois du rejet des valeurs de notre République, comme en témoignent les réactions de certains élèves à la suite des attentats de Paris de janvier et novembre 2015. Je songe au slogan « Je ne suis pas Charlie ! », ou encore au soutien affiché aux actes de terrorisme perpétrés sur le territoire national. Quelle autre preuve faut-il apporter afin que le Gouvernement reconnaisse que les comportements communautaristes, les atteintes à l'autorité, les manifestations du rejet de la République se multiplient dans notre société, et plus particulièrement dans nos écoles ? L'école doit être le lieu où se forme le sentiment d'appartenance à notre communauté nationale et à la République française. En Guadeloupe, en Martinique et en Guyane, le port de l'uniforme est obligatoire, tout comme c'est le cas au Royaume-Uni, au Japon ou en Corée du Sud. Il me semble donc que le port de l'uniforme doit être étendu à la métropole, afin de préserver certains élèves des discriminations et des tensions sociales et de faire de l'école un véritable lieu d'égalité, de transmission et d'intégration. De plus, il serait particulièrement opportun d'afficher, dans toutes les classes, le drapeau tricolore et le texte de « La Marseillaise ». Ceci permettrait à chaque élève de France d'être confronté quotidiennement aux symboles de notre République. Cela se fait partout ailleurs dans le monde pour fédérer les jeunes autour de leur pays, mais pas chez nous. Aussi, madame la ministre, je souhaiterais connaître votre position sur ces propositions. M. Guillaume Chevrollier. Très bien ! M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Monsieur le député, votre question est intéressante, et ce serait se tromper que de la réduire à la question : « Êtes-vous pour ou contre le port de l'uniforme ? ». Vous l'avez dit à juste titre, dans un certain nombre de territoires d'outre-mer, il arrive encore que les élèves d'un même établissement portent tous, sinon un uniforme, du moins un tee-shirt identique. On peut comprendre le sens d'une telle pratique et trouver la chose intéressante, sans pour autant ressentir le besoin de l'imposer à tous les établissements en France. Mais, au fond, la vraie question que vous posez est celle du sentiment d'appartenance des élèves à leur établissement scolaire et, au-delà, à la société. La meilleure solution pour développer ce sentiment d'appartenance est-elle d'imposer un vêtement identique à tous les élèves et n'y a-t-il pas d'autres mesures à mettre en œuvre ? C'est ce que nous pensons, et c'est ce que nous faisons, si vous regardez bien. La décision de Vincent Peillon d'afficher la charte de la laïcité dans tous les établissements scolaires et ma décision de prolonger cette démarche, en demandant aux parents d'élèves de bien vouloir signer cette charte en début d'année scolaire, sont des mesures qui renforcent le sentiment d'appartenance à un même établissement et de respect à l'égard des règles du vivre-ensemble. Le fait de se battre, comme nous le faisons, pour la mixité sociale dans les collèges contribue lui aussi à forger un sentiment d'appartenance à une même société. Les élèves seront bien plus convaincus par ces efforts pour créer une véritable mixité sociale, s'ils aboutissent, par le fait de se sentir traités comme les autres et de sentir qu'ils ont les mêmes chances que les autres, notamment au collège, où l'on sait que ce n'est pas le cas aujourd'hui – d'où la réforme du collège. C'est tout cela qui provoquera un sentiment d'appartenance, à la fois à leur établissement et à notre société. En définitive, toutes les mesures qui ont été prises, qu'il s'agisse de mesures d'ordre pédagogique, visant à assurer la réussite de tous, ou de mesures qui concernent plutôt les valeurs, avec l'enseignement moral et civique et tout ce qui est fait pour promouvoir la laïcité, vont dans ce sens. S'agissant enfin de certains sujets que l'on ressort régulièrement, comme la question de « La Marseillaise », je répète ici que « La Marseillaise » fait d'ores et déjà partie de ce que les enfants apprennent à l'école. Je répète ici que, dans le cadre de la grande mobilisation pour les valeurs de la République, j'ai souhaité que tous les établissements scolaires intègrent dans leur projet d'école la participation de leurs élèves à des cérémonies commémoratives, que ces cérémonies soient préparées et qu'on y chante « La Marseillaise ». On constate donc que les choses avancent, si l'on veut bien prendre le temps de regarder. M. le président. Nous en revenons aux questions du groupe socialiste, républicain et citoyen. La parole est à M. Stéphane Travert. M. Stéphane Travert. Madame la ministre, la loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République permet une meilleure prise en compte des besoins spécifiques des élèves en situation de handicap. Par ailleurs, des dispositifs tels que le projet personnalisé de scolarisation, le guide d'évaluation en milieu scolaire ou le plan d'accompagnement personnalisé ont été mis en place pour assurer une prise en charge au plus près des besoins des élèves, mais aussi de leurs familles. Je veux souligner également le choix du Président de la République de transformer, sur les cinq ans à venir, les 56 000 contrats aidés de 20 heures par semaine en 32 000 emplois à temps complet de 35 heures par semaine d'accompagnants des élèves en situation de handicap AESH, et la sortie de la précarité des auxiliaires de vie scolaire, les AVS, qui sont un lien indispensable entre l'école, l'élève et les familles pour la réussite de l'école inclusive. C'est une bonne nouvelle pour les équipes pédagogiques, qui comptent sur la pérennité des personnels qui les assistent au quotidien et dont le rôle primordial est aujourd'hui reconnu. Madame la ministre, les progrès accomplis par l'éducation nationale sont considérables, avec près de 280 000 jeunes en situation de handicap désormais scolarisés en milieu ordinaire. Pourtant, il nous faut encore accentuer nos efforts, notamment en faveur du dépistage précoce du spectre autistique. Par ailleurs, l'accueil du handicap en milieu scolaire n'est pas égal sur l'ensemble du territoire national. Dans le département de la Manche, par exemple, les candidatures pour les ULIS-collèges qui accueillent des unités localisées pour l'inclusion scolaire sont deux fois plus nombreuses que le nombre de places disponibles : dans l'ULIS-collège Centre Manche, par exemple, on compte 56 demandes pour 20 places. De ce fait, faute d'une capacité d'accueil suffisante, un bon nombre d'élèves sont maintenus en ULIS-écoles qui, à leur tour, ne peuvent accueillir d'autres enfants, contraints à rester chez eux ou en situation difficile en milieu ordinaire. Face à ces difficultés d'accueil, auxquelles nous sommes confrontés en milieu rural, pouvez-vous nous exposer, madame la ministre, les mesures que vous comptez prendre pour répondre aux demandes des familles ? Comment répondre à notre ambition affirmée d'une école inclusive et à nos obligations de prise en charge de tous les enfants ? Comment afficher notre volonté d'une société plus juste, plus égalitaire, avec, au cœur du projet, celui de l'école de la République, garante de l'émancipation de chacun ? (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen.) M. Patrick Bloche. Très bien ! M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Monsieur le député, je vous remercie de votre question. Elle m'incite à aller regarder de très près ce qui se fait dans la Manche, car vous m'inquiétez en évoquant le cas d'ULIS-collèges qui, par manque de place, laisseraient les enfants en primaire. Il y a là un vrai problème, que nous allons regarder de près. M. Gilles Lurton. C'est le cas dans bien des endroits ! Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. D'une manière générale, s'il est vrai que la situation n'est pas homogène sur l'ensemble du territoire français, on peut néanmoins constater qu'en dix ans, depuis 2006, le nombre d'enfants en situation de handicap accueillis à l'école a plus que doublé Ils sont aujourd'hui environ 280 000. Or il ne suffit pas de leur ouvrir la porte de l'école ; il faut encore qu'ils y trouvent un accompagnement et les moyens de la réussite scolaire. C'est la raison pour laquelle il était si important et c'est une formidable nouvelle que nous a annoncée le Président de la République la semaine dernière de mettre fin à la précarité des AVS. C'est aussi la raison pour laquelle il est important que ces enfants trouvent l'accompagnement le plus adapté à leur situation personnelle. S'agissant des troubles autistiques, vous avez raison de dire qu'il faut que la détection et l'accueil soient le plus précoces possible. C'est dans ce but que nous avons développé les unités d'enseignement autiste en classe maternelle. Nous en avons créé soixante l'année dernière et nous en créerons encore cinquante l'année prochaine, ce qui portera leur nombre à cent dix. Il faudra poursuivre cet effort au-delà de ce quinquennat, car ce dispositif est plébiscité par les parents, et pour cause ! Ces enfants, qui sont accueillis en milieu ordinaire, se développent beaucoup mieux dans ces conditions. On pourrait aussi évoquer la décision que nous avons prise d'externaliser les unités d'enseignement qui, jusqu'à présent, se trouvaient dans des structures paramédicales. Nous avons fait en sorte qu'elles soient de plus en plus accueillies dans l'éducation nationale, ce qui est une très bonne nouvelle. Nous en avons externalisé cent au cours de l'année qui vient de s'écouler, et cent autres le seront à la rentrée prochaine. Je voudrais, pour finir, parler un peu des parents. Si l'on veut que les parents, dont certains souffrent aussi d'un handicap, accompagnent bien leurs enfants tout au long de leur scolarité, il faut que l'on pense à eux. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu que le ministère mette en ligne ce sera le cas début juillet un espace « Parents », qui proposera tous les textes dont on a besoin quand on est parent pour comprendre la scolarité de son enfant, sous des formats qui permettent de se les approprier : en version braille, en version audio, en version « français facile à lire », ou encore dans une traduction en langue des signes. C'est une autre nouveauté importante. M. le président. La parole est à M. Michel Vergnier. M. Michel Vergnier. Madame la ministre, ma question porte sur la situation de l'école en milieu rural. À la suite de l'amélioration de l'encadrement des enfants et de la formation des maîtres, personne ne peut nier que nous sommes dans un contexte plus favorable. Certains avaient défait ; nous, nous avons refait. Nous devons cependant, face à la baisse des effectifs, réfléchir collectivement à l'avenir. Tel est le sens des protocoles qui ont été signés avec les associations de maires et je suis heureux de l'avoir fait pour mon département, la Creuse. Ils regroupent, après une période d'analyse, l'ensemble de la communauté éducative : les services académiques, mais aussi les élus, les représentants des parents d'élèves et les enseignants. La méthode de concertation utilisée est particulièrement intéressante, car elle permet aux élus d'être acteurs de l'évolution de la carte scolaire, au lieu de la subir, comme c'était le cas jusqu'ici. Toutefois, les élus veulent avoir des garanties. Ils veulent notamment que ne soient pas remis en cause, au profit des regroupements pédagogiques intercommunaux RPI concentrés, les RPI déconcentrés, qui fonctionnent très bien sur le plan pédagogique, parce que leurs effectifs sont stables, leurs projets élaborés collectivement, et les classes géographiquement très proches les unes des autres. Je ne crois pas, madame la ministre, que votre volonté soit de tout concentrer, mais il faut le dire aux maires qui hésitent à se lancer dans ce type de projet, parce que cela suppose des investissements et des engagements. Nous souhaitons que les réunions de concertation, qui pour l'instant ont été interrompues dans mon département, reprennent, à l'initiative de vos services, et qu'elles se déroulent dans le meilleur esprit possible, dans l'intérêt des enfants. Certains élus sont prêts à ces échanges et à ce travail, mais ils veulent entendre clairement ce que propose la ministre même si M. le recteur s'est également engagé. Madame la ministre, on appréhende toujours l'innovation, mais je veux saluer votre initiative, et c'est pourquoi je suis impatient d'entendre votre réponse. M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Monsieur le député, votre question me permet d'illustrer un propos précédent. J'ignore si vous étiez déjà arrivé lorsque j'ai évoqué ces fameuses « conventions ruralité », dont je rappelais qu'un certain nombre de départements les avaient déjà signées. Pour être précise, ils sont quinze à avoir accepté de s'engager et vingt-cinq départements supplémentaires s'apprêtent à signer pour la rentrée qui vient. C'est donc un vrai succès. Pour l'année 2015-2016, la Creuse, qui a été parmi les premiers départements à s'engager, a ainsi pu récupérer cinq postes de plus que ceux qu'elle aurait dû obtenir compte tenu de sa démographie. Surtout, au-delà de ces cinq postes, ce dispositif a permis d'engager un travail qualitatif important pour réfléchir au déploiement du numérique éducatif, du dispositif « plus de maîtres que de classes », ou même de la préscolarisation des enfants de moins de trois ans. Sans vouloir leur faire une publicité excessive, ces conventions sont donc une excellente initiative, aussi bien pour les collectivités que pour nous. Pour répondre à votre question, qui était très concrète et qui portait sur les RPI concentrés et déconcentrés, je souhaite de la souplesse. C'est d'ailleurs à cela que servent ces conventions : à s'adapter aux territoires et à faire en sorte que les acteurs, les collectivités locales et les représentants du ministère dans le territoire puissent travailler ensemble. Comme vous le disiez très justement, il faut que tout le monde se mette autour de la table et que vous y travailliez. C'est la consigne que je donne à mes services académiques. En l'occurrence, ce qui est intéressant avec ces conventions, c'est justement que les choses ne sont pas figées : elles font l'objet d'un dialogue régulier et constructif, et parce que tous les territoires sont différents, ce dialogue est adapté à chaque territoire. N'hésitez pas, vous qui êtes élu de ce territoire, à saisir les services académiques, auxquels je donnerai par ailleurs l'instruction de poursuivre le dialogue. M. le président. La parole est à M. Julien Aubert. M. Julien Aubert. Madame la ministre, je voudrais parler de ce qu'on appelle dans l'éducation nationale les « postes à exigence particulière ». Tout à l'heure, nous avons évoqué les postes en milieu ordinaire dans les classes pour l'inclusion scolaire, notamment pour les enfants souffrant de troubles autistiques, mais ma question porte sur les instituteurs détachés dans les instituts médico-éducatifs les IME. Comme chacun sait, la loi du 30 juin 1975 a posé le principe d'intégration et la loi du 2 avril 2009 organise les coopérations avec les établissements ou services d'enseignement qui assurent, à titre principal, une éducation adaptée et un accompagnement social ou médico-social aux mineurs ou aux jeunes adultes handicapés qui ont une déficience intellectuelle, comme les jeunes autistes, les enfants dysphasiques ou ayant des troubles du comportement. Si je vous pose cette question, c'est que la France s'enorgueillit de la relative richesse de son système, qui repose notamment sur les classes ordinaires et les IME. Pour autant, dans mon département du Vaucluse, quatre IME ne disposent pas de personnels issus de l'Éducation nationale. Ce n'est pas un problème temporaire : dans certains instituts, les parents demandent depuis de nombreux mois que leurs enfants, dont certains ne souffrent que d'un simple retard et peuvent suivre des cours au sein de l'établissement, disposent d'un instituteur. En me renseignant, je me suis rendu compte que l'éducation nationale n'avait strictement aucune obligation de fournir des personnels. Madame la ministre, n'y a-t-il pas là matière à évolution ? On sait bien que le secteur est en tension et que des choix sont nécessaires : on a tout à l'heure évoqué les écoles rurales mais, en queue de comète, subsiste le problème des IME, alors que les enfants concernés sont dans une situation très compliquée sur le plan éducatif et que, compte tenu des pathologies et des handicaps, le nombre de places est insuffisant. Est-il possible d'avancer sur cette question et de trouver une solution pour ces quatre instituts du Vaucluse ? M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Je vous confirme d'abord que le détachement de personnels de l'Éducation nationale dans les établissements médico-sociaux comme les IME n'est pas automatique. C'est bien par le biais de conventions que les engagements réciproques de ces établissements et de l'éducation nationale sont définis. En réalité, ces conventions de détachement de personnels, qui sont des professeurs des écoles, sont établies dès lors que les personnes accueillies dans les IME passent du temps en classe ordinaire au sein des établissements scolaires. Il s'agit en quelque sorte d'un échange de bons procédés. Je ne connais pas bien le cas que vous évoquez mais si une convention de ce type n'a jamais été passée, c'est sans doute que les jeunes gens concernés ne sont pas accueillis en classe ordinaire pour une partie de leur temps. Cela dit, comme je ne connais pas précisément le dossier, je vous invite à me transmettre par écrit ces éléments pour que nous puissions les étudier. Je me permets simplement de faire le lien entre votre question et mon propos de tout à l'heure rappelant les mesures que nous avons prises pour accueillir à l'école le plus possible d'enfants en situation de handicap. L'une d'entre elles consiste à externaliser de plus en plus d'unités d'enseignement. Concrètement, et pour revenir au cas que vous évoquez, l'objectif est de permettre à de plus en plus de jeunes gens, qui normalement devraient être suivis dans des structures médico-sociales comme les IME, de passer tout ou partie de leur temps dans des écoles de l'éducation nationale. Cela suppose un effort d'ouverture de la part du ministère, qui permet aux infirmières, médecins et assistants qui suivent ces jeunes dans ces structures, de venir dans les écoles pour prodiguer les soins nécessaires. Nous avons créé cent places de ce type l'année dernière et nous en créerons cent autres l'année prochaine. C'est donc aussi une évolution intéressante. Mais je me tiens à votre disposition pour étudier le cas que vous avez évoqué. M. le président. La parole est à Mme Isabelle Le Callennec. Mme Isabelle Le Callennec. Madame la ministre, vous avez adressé aux près de 380 000 enseignants du primaire une lettre datée du 10 mai. J'ai été sollicitée pour me faire le porte-parole de certains d'entre eux, enseignant en Ille-et-Vilaine, qui aiment leur métier mais vivent des réalités tout autres que celles que vous décrivez dans votre courrier. Les programmes ont été repensés, à tel point que les « penseurs » n'ont pas souhaité proposer des programmations au sein de chaque cycle et que les enseignants passent des heures en réunion pour les construire. Le cycle 3 intègre désormais la première année de collège. Les professeurs des écoles passent, là encore, un temps infini à rencontrer tous les professeurs de sixième pour élaborer les programmations laissées en jachère, sans compter les temps de trajet en milieu rural. M. Yves Durand. C'est faux ! Mme Isabelle Le Callennec. Pour ce qui est de la formation des enseignants, le temps de travail des professeurs des écoles est peut-être de vingt-quatre heures devant les élèves, mais il est bien supérieur si l'on tient compte de toute cette complexité que vous leur imposez. Quand voulez-vous qu'ils accèdent à la formation continue, pourtant nécessaire ? Certains le font sur leur temps de vacances, d'autres sur leur temps de classe, mais sans remplacement. Concernant les rythmes scolaires, sachez que de plus en plus d'écoles privées sous contrat, qui avaient accepté l'expérience des quatre jours et demi, repassent à quatre jours. S'agissant des moyens de remplacement, dans le privé sous contrat, on compte en moyenne trois jours de carence sans remplaçant. Dans le public, des parents sont contraints de passer des annonces sur le Bon coin. M. Michel Vergnier. C'est honteux de dire ça ! Mme Isabelle Le Callennec. Enfin, la reconnaissance se traduit, selon vous, par une meilleure rémunération des professeurs des écoles et une convergence totale entre le premier et le second degré, grâce à l'indemnité de suivi et d'accompagnement des élèves. Elle sera portée de 400 à 1 200 euros. Cela revient simplement à harmoniser les primes, qui ne comptent pas dans le calcul des retraites, et j'ai ouï dire que les enseignants du premier degré exerçant dans les unités localisées pour l'inclusion scolaire les ULIS ne seraient pas concernés. Madame la ministre, sur quelle ligne budgétaire allez-vous dégager ces moyens supplémentaires, ainsi annoncés aux enseignants du primaire quelques mois avant l'élection présidentielle, comme par hasard ? M. Yves Durand. Elle n'est pas du tout polémique, cette question ! M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. J'espère que vous avez constaté que, depuis le début de ce débat, j'essaie d'être relativement constructive dans mes réponses et d'avoir un dialogue qui soit utile pour vous comme pour nous mais, face à ce type de questions, c'est difficile ! Franchement, de quelle mauvaise foi faut-il faire preuve pour oser reprocher au Gouvernement sa décision d'augmenter les indemnités des enseignants du premier degré, qui attendaient cela depuis des décennies et qui, pour des raisons obscures, étaient moins bien payés que ceux du second degré ? M. Patrick Hetzel. C'est une experte en mauvaise foi qui parle ! Mme Isabelle Le Callennec. Pourquoi ne l'avez-vous pas fait il y a quatre ans ? Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Pourquoi, pendant les dix ans de gouvernement de droite, ce problème n'a-t-il jamais été résolu ? Je l'ignore ! Sans doute parce que vous n'aviez pas donné la priorité à l'éducation, ce qui explique pourquoi vous avez supprimé 80 000 postes dans ce domaine et supprimé la formation des enseignants. Et aujourd'hui vous faites feu de tout ce bois pour nous reprocher de mal faire ! Est-ce mal faire que de rétablir une formation pour les enseignants ? Est-ce mal faire que de redéfinir le statut des enseignants en sorte que, je le rappelle, 108 heures annuelles doivent être consacrées notamment à la formation en plus des 24 heures de face-à-face pédagogique avec la classe ? Est-ce mal faire que de reconstruire, comme nous sommes en train de le faire, non seulement une formation initiale, mais aussi une formation continue en dégageant les ressources nécessaires pour ce faire ? Alors oui, madame la députée, nous agissons, et honnêtement, je ne vois pas ce qu'il y a à y redire. Je vais donc me concentrer sur les vraies questions, celles que se posent les enseignants. En effet, certains se demandent si les professeurs des écoles enseignant en ULIS ou en sections d'enseignement général et professionnel adapté SEGPA dans les collèges seront concernés par l'indemnité de 1 200 euros. Ils ne sont pas considérés comme des professeurs des écoles à part entière, donc ce n'est pas sous cette forme que leur traitement sera augmenté, mais il sera bien entendu augmenté d'un montant équivalent. Je vous rappelle en effet que nous négocions par ailleurs le PPCR parcours « professionnels, carrières et rémunérations » dans le cadre duquel, au risque que vous nous accusiez à nouveau de faire des cadeaux, l'ensemble des fonctionnaires de l'éducation nationale, personnels enseignants et non enseignants, vont connaître des améliorations de leur rémunération et de leur carrière, ce qu'ils attendent aussi depuis longtemps. (« Très bien ! » sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen.) Vous déplorez enfin que les programmes aient été repensés et que, en conséquence, des heures de réunions supplémentaires soient nécessaires. Là encore quel est notre objectif ? La réussite des élèves. Lorsque l'on constate que l'annualité des programmes est un motif de décrochage, parce que les élèves sont « lâchés » même s'ils n'ont pas compris certaines matières ou items, et que la lourdeur des programmes ne laisse pas aux enseignants le temps de se préoccuper des élèves n'ayant pas acquis les connaissances requises, on réforme ! Évidemment, la facilité pour un ministre de l'éducation, c'est de ne surtout toucher à rien : c'est beaucoup plus confortable. En revanche, il est beaucoup plus exigeant de réformer, de revoir l'ensemble des programmes de la scolarité obligatoire, de se fixer l'ambition de ne plus raisonner en année mais en cycles de trois ans pour permettre à chaque élève d'aller à son rythme tout en garantissant l'acquisition des connaissances requises à la fin du cycle et la maîtrise du socle de connaissance à la fin de la scolarité obligatoire. Ainsi, l'élève ne sera pas lâché dans la nature sans être outillé. Ce sont des réformes aussi ambitieuses que celles-là qui sont en train de se préparer, et cela suppose des réunions et du travail d'équipe. Je crois que les enseignants qui aiment leur métier comprennent que c'est indispensable. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen.) Mme Isabelle Le Callennec. Ce n'est pas ce qu'ils nous ont dit ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/319.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/319.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..93c2969c62f8180bdefc0e0cbad36f9965fd0b8d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/319.txt @@ -0,0 +1 @@ +Dans Notre Dame de Paris, Victor Hugo écrivait : « Jusqu'à Gutenberg, l'architecture est l'écriture principale, l'écriture universelle. » Alors, bien sûr, je ne souhaite pas commencer ce discours en contredisant Victor Hugo (j'ai bien assez de problèmes comme cela et puis j'en suis une admiratrice devant l'éternel). Et il a, en un sens, raison. Nous ne voyons plus guère, sur les édifices contemporains, les sculptures et les bas-reliefs qui ornent les tympans et les portails des cathédrales, à Paris comme à Orléans. Et sans doute seriez-vous les premiers surpris si, sur un bâtiment universitaire récemment construit, on représentait le président ou la présidente de l'université, ses faits et gestes remarquables, et que l'on retraçait ainsi l'histoire du lieu. Néanmoins, même après Gutenberg, l'architecture des universités et de leurs campus, nous disent beaucoup sur leur histoire, et sur les idées qui les ont gouvernées au fil des siècles. Oui, dans le quadrangle d'Oxford ou de Cambridge, s'affirme la volonté de former, entre étudiants et enseignants, une communauté autonome, à l'écart de la ville. Oui, l'article récemment paru sur le site de l'université de Bordeaux et qui retrace l'histoire de son campus nous le rappelle : l'université a développé, avec les territoires dans lesquels elle s'inscrit une histoire particulière, dont l'architecture porte la trace. L'histoire de l'enseignement supérieur et de la recherche est donc, par bien des aspects, inséparable des bâtiments et des espaces, qui, au fil des siècles, les ont accueillis. C'est dire l'importance du thème « campus en mouvement », que vous avez choisi cette année. Car de la forme que nous donnerons à nos campus, dépend aussi, en grande partie, l'avenir que nous voulons pour l'enseignement supérieur et la recherche. Pour cela, nous devons comme vous nous y invitez envisager le campus dans toutes ses dimensions : comme lieu de vie mais aussi comme lieu d'innovation pédagogique, scientifique, et entrepreneuriale. Que le campus soit un lieu de vie, il suffit d'en regarder un quelques instants pour s'en rendre compte. Et l'on voit d'ailleurs que la vie qu'il accueille n'est plus cette vie autonome, séparée de la ville, qui régissait les premières universités. Ce n'est pas non plus cette campagne verdoyante au cœur de la cité, qui forme le modèle de bien des universités américaines. C'est un campus ouvert sur la ville, et donc, plus largement, ouvert sur la société dans son ensemble. On y voit, vous l'avez évoqué au cours de vos travaux, aussi bien des clubs de sports, que des associations. Il y a là sans doute un héritage très français, qui fait de l'université un lieu en prise avec les grandes questions sociales et sociétales d'une époque. Mais cela doit aussi nous interroger, sur la place que nous donnons à l'engagement de nos étudiants au sein de notre système universitaire. C'est là une véritable question. Car ce lieu de socialisation qu'est le campus est aussi un lieu profondément citoyen. Le campus, très souvent, prend des airs de forum antique. C'est pour cela qu'une réflexion a été entamée sur la reconnaissance, par l'institution, de l'engagement. Mais c'est aussi pour cette raison, qu'à, une plus vaste échelle, nous avons mis en place un Plan National de Vie Etudiante. Parce que des conditions de vie que nous offrons à celles et ceux qui étudient, dépend aussi en grande partie leur réussite. Je pense à notre politique audacieuse en faveur des bourses, dans le contexte budgétaire que nous savons. Grâce à la mobilisation de près d'un demi-milliard d'euros supplémentaires, le taux de boursiers a été porté à 35,9 % en 2015-2016, soit +8,3 % en trois ans. En quatre ans, le Gouvernement a déjà investi 40 % de plus en moyens supplémentaires pour la vie étudiante que la totalité de ce qui avait été investi entre 2007 et 2012. Et cet effort sera poursuivi en 2017. Je pense aux efforts entrepris en faveur du logement des étudiants, qu'il s'agisse de construire 40 000 nouveaux logements à caractère social d'ici 2017, ou de permettre aux étudiants dépourvus de garants personnels d'accéder plus facilement à un logement en sollicitant la garantie de l'Etat par l'intermédiaire de la Caution Locative étudiante. Je pense, enfin, aux mesures de simplification qui ont été engagées : l'augmentation du nombre de guichets uniques d'accueil des étudiants internationaux et la mise en place d'un titre de séjour pluriannuel pour simplifier leurs démarches ; le développement des centres de santé universitaires ; la dématérialisation des démarches par la mise en place du portail étudiant.gouv.fr. Oui, en agissant pour l'amélioration des conditions de vie étudiantes, nous favorisons à la fois leur réussite et la vie au sein des campus. En effet, quand on évoque l'enseignement supérieur et la recherche, on en a parfois une vision réductrice. Ce sont, avant, tout, selon, la formule consacrée : « de grands esprits », ou des « esprits brillants ». Mais ces expressions occultent une chose essentielle : ces esprits ont aussi des corps. Ce sont des corps. Des corps qui se déploient dans un espace qu'il faut construire, élaborer, et penser. Et dans cet espace, nous connaissons l'importance des bibliothèques universitaires. Nous avons lancé, le 1er février dernier, le plan « bibliothèques ouvertes ». Son objectif est clair : étendre sur la période 2016-2019 les horaires d'ouvertures des bibliothèques universitaires, le soir, le weekend et pendant les principales périodes de révision d'examens, et améliorer la qualité du service rendu aux usagers. C'est là un facteur essentiel de la dynamisation de nos campus. Ces horaires, ne sont pas que des chiffres. Ce sont autant de possibilités de travail pour nos étudiants : autant d'opportunités pour, par leurs efforts, s'améliorer, et réussir davantage. Des bibliothèques plus ouvertes, ce n'est donc pas uniquement plus « pratique » : c'est un moyen concret d'œuvrer à la réussite de nos étudiants. Pour la mise en œuvre de ce plan, qui repose sur un appel à projet national auquel j'invite l'ensemble des universités à participer, le ministère dégagera une enveloppe budgétaire de 12,7 millions d'euros, et attribuera 25 emplois au sein des regroupements d'établissements dès 2017. Je crois utile d'indiquer que les projets d'ouverture des BU doivent évidemment partir du besoin tel qu'exprimé par les étudiants, les enseignants-chercheurs et les chercheurs ; qu'ils doivent associer les personnels à son élaboration, et ne pas négliger la continuité des services proposés aux usagers. Cela, aussi, fait partie du mouvement dans lequel il est nécessaire d'inscrire l'ensemble de nos campus. Mais le campus, lieu de vie universitaire, joue aussi un grand rôle en tant que lieu de recherche et d'enseignement. La vie intellectuelle, mesdames et messieurs, vous le savez bien, s'accompagne aussi d'un échange avec des collègues, des confrères, des amis, des camarades. D'un échange également entre les différents établissements de l'enseignement supérieur. Instaurer des synergies et des convergences, non seulement entre le campus et la ville, entre le campus et le territoire, mais entre les établissements, est un enjeu important. Car nous avons besoin, face aux défis qui sont les nôtres, de complémentarité, et cela passe aussi par la forme que nous donnerons à nos campus. Je vais prendre, sur ce point, un exemple précis. J'étais, en février dernier, sur le campus LyonTech La Doua. C'est un campus qui regroupe à la fois une université, des laboratoires, des entreprises et une école d'enseignement supérieur, et au sein duquel de nombreux aménagements ont été entrepris. Eh bien, en regroupant, par exemple, les différents laboratoires au sein d'un même bâtiment, c'est la nécessité de la pluridisciplinarité que nous mettons en évidence, en permettant à des chercheurs de différents domaines de cohabiter, et donc d'échanger. C'est aussi cette logique qui a amené à regrouper, au sein d'un bâtiment « Chimie-Bio », le Centre commun de Résonnance Mécanique Nucléaire, où s'effectuent les analyses, et l'Institut de Chimie et Biochimie Moléculaires et Supramoléculaires, qui est l'un des plus grands utilisateurs du centre. Auparavant, l'institut et le centre étaient dans des bâtiments séparés. Rapprocher ces deux lieux a donc répondu à une demande très forte des chercheurs. Ce qui leur a été offert ainsi ? Un bien précieux, en particulier dans la recherche : cela s'appelle du temps. De la même façon, nous devons opérer également une mise en relation, par les campus, de la recherche, de l'enseignement supérieur, et des entreprises locales implantées sur vos territoires. C'est la logique des Campus des Métiers et des Qualifications. Mais c'est aussi une logique qui doit s'étendre à l'ensemble de nos campus. Non seulement parce que cela est essentiel, par exemple, pour les stages et la formation en alternance. Non seulement parce que cela permet aussi de nouer des liens étroits entre la recherche, l'innovation, et le monde économique et professionnel. Mais plus fondamentalement encore, parce que dans la société qui se dessine aujourd'hui, dans l'accélération des évolutions techniques et technologiques que nous connaissons, nos établissements de l'enseignement supérieur occuperont une place de plus en plus importante, notamment avec le développement de la formation tout au long de la vie. Le campus ne sera donc plus uniquement le lieu de nos jeunes années : ce sera un lieu dans lequel nous reviendrons, au fil des ans, et qui nous accompagnera tout au long de notre existence. Voilà pourquoi nous devons, en un sens, mettre nos établissements d'enseignement supérieur et de recherche au cœur de nos villes, et au cœur de nos territoires ! La recherche a d'ailleurs un rôle essentiel à jouer dans ce domaine, non seulement sur le campus, mais pour le campus. En effet, c'est par la recherche et l'innovation que nous pourrons bâtir des campus qui tiennent compte des enjeux écologiques d'aujourd'hui, c'est par elles que nous pourrons penser d'autres modes de circulation, d'autres façons de lier, sur un même territoire, la recherche, l'enseignement, et l'ensemble de la société. Voilà pourquoi je tiens, très sincèrement, à saluer le choix que vous avez fait de vous emparer, à l'occasion de ce colloque, d'un tel sujet. Mais je sais aussi qu'il y a, aujourd'hui, bien d'autres sujets qui nous concernent. Des sujets parfois préoccupants. J'évoquais l'importance des échanges et des dialogues dans la vie intellectuelle. Ma venue à ce colloque est aussi pour moi un moment important, car il me permet d'échanger avec vous sur ces points. Je commencerai par celui qui a occupé, cette semaine, le devant de la scène : le financement de la recherche. C'est à mes yeux comme aux vôtres, une question centrale. La souffrance d'une recherche qui n'a plus les moyens de se mener, Claude Bernard l'évoquait déjà en son temps, lorsqu'il écrivait : « J'ai connu la douleur du savant qui, faute de moyens matériels, ne peut entreprendre de réaliser des expériences qu'il conçoit et est obligé de renoncer à certaines recherches, ou de laisser sa découverte à l'état d'une ébauche. » Si je le cite ici, c'est parce qu'il nous rappelle, comme l'on fait les prix Nobels en signant cette tribune, que la recherche nécessite, de la part de l'État, de la part du gouvernement, un soutien véritable. Car ce qui se prépare dans les recherches actuelles, ce sont, non seulement, les solutions aux défis de demain, mais les réponses aux questions d'aujourd'hui. Telle est ma conviction. C'est bien pour cela que j'ai souhaité que soient créés des postes pour soutenir l'enseignement et la recherche sur deux thèmes cette année : la radicalisation, d'une part, et l'islamologie, d'autre part. Parce que l'action, sans la pensée, n'a ni rigueur, ni profondeur, ni efficacité. Et vous êtes, toutes et tous, non seulement des travailleurs de la preuve, comme le disait Bachelard, mais des travailleurs de la pensée. Et c'est bien de sens dont nous avons besoin aujourd'hui. Alors je tiens à redire devant vous ce que j'ai eu l'occasion de rappeler il y a peu : Oui, je m'engage, si ces 134 M venaient à manquer aux organismes dans la conduite de leurs projets, à prendre les mesures nécessaires pour réabonder leurs crédits. Oui, dès le mois prochain, une enveloppe supplémentaire de 65 M€ permettra à l'ANR (Agence nationale de la recherche) de retenir davantage de projets en 2016. Oui, cet effort sera porté à 120 M l'année suivante ! Et oui, sur les 10 M du PIA 3, il y aura bien 5 milliards consacrés à la recherche, à l'enseignement supérieur et à la formation. Parce que je sais que vous ne pouvez pas vous payer de mots. Et parce que je suis convaincue de l'importance de la recherche dans le monde d'aujourd'hui. Aussi, je tiens à vous le dire, en tant que ministre de l'Éducation Nationale, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, je suis à vos côtés. Je suis avec vous. Et je me battrai, et je ferai absolument tout ce qui est en mon pouvoir pour que le budget de la recherche soit sanctuarisé et même augmenté. Car toucher à la recherche, ce n'est pas seulement mettre à mal le présent, c'est gravement compromettre l'avenir. Alors, bien sûr, il peut exister, entre nous des désaccords. Mais le monde de la recherche et de la science lui-même n'en est pas exempt. Le plus important, c'est de pouvoir dialoguer et avancer ensemble. Ainsi, sur la question des masters, la concertation est en cours. Et ce qui se joue, finalement, à travers, plus généralement, cette question de la bonne structuration de nos études supérieures, c'est notre capacité à opérer, dans les années qui viennent, une démocratisation de l'enseignement supérieur et de la recherche. Voilà l'enjeu qui est le nôtre. Dans leur tribune, les prix Nobels rappelaient, à juste titre, l'effort considérable d'investissement consenti par les autres pays. Et bien, il y a un autre phénomène qui est à l'œuvre, aujourd'hui, dans l'ensemble du monde : c'est l'augmentation du niveau de qualification. Partout où vous tournez votre regard, vers les puissances économiques actuelles comme vers les pays émergents, le niveau de qualification s'élève. La Chine comptait, en 1994, 7 % d'une classe d'âge qui accédait à l'Enseignement Supérieur. Ce pourcentage s'élève, aujourd'hui, à 17 %, et l'objectif fixé pour 2020 est de 50 %, soit 60 millions d'étudiants. La Corée du Sud compte 59 millions d'habitants. A peu près le même nombre qu'en France. Mais elle compte 40 % d'étudiants de plus que nous, soit 3,3 millions d'étudiants en tout. Cela est vrai en Corée du Sud et en Chine, mais aussi aux Etats-Unis, en Inde, ou au Brésil. Et ce n'est pas un hasard. C'est le résultat de politiques ambitieuses. Cela correspond à un choix, un choix que nous avons aussi fait, au sein de ce gouvernement, un choix voulu par le Président de la République. 43,5 % des jeunes accèdent aujourd'hui à un diplôme de l'enseignement supérieur. François Hollande a fixé l'objectif de 60 % d'une classe d'âge dans l'Enseignement Supérieur. Aux crises et aux défis que nous rencontrons, cet objectif apporte des réponses fortes. Des réponses qui prennent en compte les exigences du présent, les apports du passé, et les perspectives de l'avenir. Ces réponses sont celles de la connaissance, du savoir, et de la culture. Celles de notre enseignement supérieur et de notre recherche. Celles que vous portez, jour après jour, dans vos établissements. Nous avons aujourd'hui 2,4 millions d'étudiants, soit 8 fois plus qu'il y a 50 ans. Cette augmentation ne cesse de s'accroître : il y a en moyenne 30.000 étudiants supplémentaires par an dans nos universités. A la rentrée 2015, l'augmentation a été de 37 000 étudiants et même 63 000, si nous comptons les doubles inscriptions des élèves de CPGE, qui, je le sais, bénéficient aussi de votre appui dans le cadre des conventions que vous avez passées avec les lycées. Sans doute en ira-t-il de même pour la rentrée prochaine. C'est une excellente nouvelle. C'est même une chance, que nous devons saisir. Et cela nécessite, de notre part, un réel accompagnement, une réelle réflexion, une réelle ambition. Un accompagnement au plus près de nos territoires, d'où la nécessité, dans chaque académie, d'un travail précis des universités et du rectorat pour ajuster les capacités d'accueil. Une réflexion sur la bonne continuité entre les dernières années du lycée et les premières années dans le supérieur : c'est l'accueil des bacheliers techno en IUT, et l'accueil des bacheliers pro en STS. Parce que c'est là notamment qu'ils maximisent leurs chances de réussite et nous le leur devons. Une ambition pour les étudiants que nous accueillons. Oh non ne laissons jamais dire que nous souffririons d'un trop plein d'étudiants ! Quelle misère que ce propos malthusien. Nous souffrons au contraire d'un manque de diplômés pour relever les défis de l'avenir ! Voilà pourquoi nous devons absolument réussir à démocratiser l'enseignement supérieur. C'est un sujet sensible. J'en suis consciente. Mais, écoutez-moi bien, je suis également convaincue que les meilleures réponses à donner aux crises que nous rencontrons, la meilleure façon de donner, à notre avenir, des fondations solides, passe nécessairement par une véritable démocratisation de l'enseignement supérieur. Oui, cela demandera, de notre part, à toutes et à tous, des efforts considérables ! Oui, cela demande, à bien des égards, des évolutions conséquentes, y compris dans l'organisation de nos campus ! Oui, cela demande aussi une ambition budgétaire à la hauteur ! C'est pour cette raison, pour parler nettement, que je me bats, et Thierry aussi à mes côtés, pour que le budget 2017 soit en phase avec les engagements du Président de la République en faveur de la jeunesse, et soit en phase avec les exigences de la situation présente. Mais ces exigences ne sont ni ponctuelles ni conjoncturelles. Elles ne sont pas de celles que l'on satisfait par un simple arbitrage budgétaire d'un exercice. Elles nous engagent pour aujourd'hui, pour 2017 et au-delà, pour l'avenir de notre jeunesse car l'enseignement supérieur comme la recherche requièrent des engagements sur le moyen et le long terme. C'est pour cela que je prépare actuellement, avant de le présenter prochainement au premier ministre, un plan pluriannuel pour accompagner les universités et les établissements d'enseignement supérieur dans les objectifs que nous nous sommes fixés dans la stratégie nationale de l'enseignement supérieur. Nous ne pouvons pas faire comme si cette stratégie ambitieuse que nous avons actée, d'abord par le président de la république lui-même puis par la représentation nationale où nous l'avons présentée, pouvait se réaliser sans induire de nouveaux efforts conséquents de la part de notre pays. Ce serait évidemment factice alors. La démocratisation de l'enseignement supérieur est pour moi un sujet bien trop sérieux pour rester dans le factice et le superficiel. Alors oui, dans ce plan pluriannuel, il sera question de tous les sujets qui fâchent et auxquels nous devons planifier et apporter des solutions : constructions et rénovations universitaires, maillage territorial, ressources humaines, innovation et réingénierie des pratiques pédagogiques, notamment au travers du numérique, tout cela au profit de la réussite des jeunes. Oui mesdames et messieurs, si je tiens à démocratiser l'enseignement supérieur, ce n'est pas par je ne sais quelle lubie idéologique ! J'y tiens parce que je suis justement convaincue de votre importance ! Convaincue de l'importance de la recherche ! Et convaincue que les véritables solutions, pérennes, aux crises que nous traversons, viendront des lieux de pensées, des lieux de vie, d'études et de recherches ! Si je défends si vivement la démocratisation, vous auriez tort d'y voir une défiance ou une remise en cause à votre égard. Voyez-y tout au contraire le signe de mon profond respect et de ma vive reconnaissance à l'égard des institutions et des établissements que vous représentez. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/320.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/320.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f82e5e3acd5b6d419ee08a44b8f03500e49e8586 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/320.txt @@ -0,0 +1 @@ +OLIVIER MAZEROLLE Bonjour Jean-Marie LE GUEN. JEAN-MARIE LE GUEN Bonjour Olivier MAZEROLLE. OLIVIER MAZEROLLE Les forces de l'ordre interviennent, multiplient les interventions, mais les grèves s'amplifient, raffineries, dépôts de carburant, centrales nucléaires, transport, ça va durer encore longtemps ? JEAN-MARIE LE GUEN D'abord je veux avoir un mot pour tous nos compatriotes. Enfin, du moins un certain nombre d'entre eux qui sont aujourd'hui dans une vie compliquée, rendue plus difficile par un mouvement social que nous avons, pour partie, du mal à comprendre parce qu'il n'est pas toujours installé de façon légitime mais en tout cas je veux leur dire avec sérénité que nous sommes dans une démocratie, nous respectons le droit de grève. Mais en même temps il ne peut pas y avoir de blocage par une minorité. La démocratie ce n'est pas un régime de faiblesse, c'est un régime de respect, c'est un régime de la loi, et la loi permet et permettra tout simplement à ce qu'une minorité ne bloque pas l'économie… OLIVIER MAZEROLLE Les Français vont vous dire « écoutez tout ça maintenant on commence à en avoir marre, vous êtes tous responsables… », D'ailleurs il y a un sondage ce matin qui dit si vous n'avez pas utilisé le 49.3 on n'en serait pas là. JEAN-MARIE LE GUEN C'est inexact, vous le savez. Il y a une décision qui a été prise par une organisation syndicale de refuser et d'imposer quelque part sa lecture des relations sociales. Il y a un débat qui est respectable bien évidemment. Nous pensons nous que la négociation sociale doit faire sa propre révolution et aller plus proche de nos concitoyens, plus proche des entreprises parce que c'est bon pour les salariés, ça leur permet d'avoir des droits qui sont plus propres à eux-mêmes et pas simplement dans un carcan administratif qui, on le voit d'ailleurs, ne protège pas réellement ni de l'emploi, ni du chômage, ni de la précarité. Donc 1/ une révolution du dialogue social mais d'une façon positive où on considère les salariés comme des adultes et non pas soumis à un paternalisme des uns ou des autres. OLIVIER MAZEROLLE L'euro de football arrive, vous n'allez pas être contraints de céder pour ne pas avoir à offrir au monde entier l'image d'une France en désordre. JEAN-MARIE LE GUEN Non, il y a une volonté d'intimidation. Au-delà des faits, il y a aujourd'hui de la gêne, je vous en ai parlé, je pense notamment à ces automobilistes, et un certain nombre de professions peuvent être atteintes parce que bon. J'appelle d'ailleurs tous les automobilistes à bien croire que le gouvernement … Et vous le voyez aujourd'hui, il y a quand même des raffineries qui ont été débloquées, il y a des proclamations syndicales qui sont d'ailleurs reprises peut-être parfois un peu rapidement où on nous explique que si l'on veut on peut bloquer le pays. Je vous le redis, il n'est pas, dans la possibilité ni légale, ni même populaire, au sens où il y aurait une majorité de Français qui sont prêts à bloquer le pays, non, ce n'est pas exact. Nous sommes donc de façon tout à fait sereine. Il y a une gêne, indiscutablement, mais la légitimité démocratique se fera respectée et il n'y aura pas de blocage de notre société. OLIVIER MAZEROLLE L'affrontement avec les grévistes est parfois brutal, on l'a vu hier à Fos, le gouvernement est prêt à assumer le risque d'un blessé grave, voire d'un mort au cours de ces affrontements ? JEAN-MARIE LE GUEN Non. Bernard CAZENEUVE est extrêmement scrupuleux, et j'entends bien que certains, j'ai vu des déclarations ici ou là, où certains appellent à l'embrasement. Nous sommes nous dans la sérénité, nous savons que nous devons passer ce cap, ce cap est un peu difficile ; les réformes dans ce pays sont difficiles, il ne faut pas se le cacher. Quand j'entends certains, et je pense que tout le monde devrait avoir ça à l'oreille, ils veulent casser la baraque, certains candidats de droite, pour ne pas dire … OLIVIER MAZEROLLE François FILLON. JEAN-MARIE LE GUEN Pour ne pas dire les candidats de droite, veulent casser la baraque, on voit ce que cela couterait. Mais nous avançons, nous faisons une loi Travail qui va être positive et qui réforme. Il y a des gens qui croient qu'ils peuvent bloquer la société, pour des raisons qui sont essentiellement idéologiques… OLIVIER MAZEROLLE On va y venir. Mais vous êtes résolus, vous nous le dites, vous irez au bout… JEAN-MARIE LE GUEN Déterminés, sereins, et respectueux. OLIVIER MAZEROLLE Il est hors de question de retirer la loi, mais la CGT est toute aussi résolue. Donc vous êtes en train de nous dire ce matin que ça ne peut se terminer que par la défaite de la CGT ou par celle du gouvernement et la démission du Premier ministre ? JEAN-MARIE LE GUEN Non. Vous savez la CGT, moi j'appartiens à une histoire où la CGT est une organisation rugueuse et sérieuse. On l'a vu au congrès de Marseille, ça ne date pas du 49.3, comme on dit, au congrès de Marseille vous avez eu une inflammation gauchisante qui déborde les cadres traditionnels de la CGT, le parti communiste est balayé au profit de groupes plus gauchistes, monsieur VIANNET, leader historique de la CGT, comme monsieur THIBAULT qui en était quelque part le fils spirituel, ont été mis de côté, critiqués au profit de gens qui sont sur l'idée d'une grève généralisée et permanente ; c'est-à-dire une action idéologique et politique, plus qu'une action syndicale. Il y a eu beaucoup de désinformation autour de la loi Travail, à partir de là il y a une petite minorité qui essaye de radicaliser les choses. Nous ne tomberons pas dans la provocation, c'est-à-dire qu'avec sérénité, avec respect… OLIVIER MAZEROLLE Il n'y aura pas de réquisition ? JEAN-MARIE LE GUEN Ecoutez, on débloque les situations. Nous avons les moyens. La démocratie a les moyens juridiques de débloquer la situation, nous débloquerons la situation. OLIVIER MAZEROLLE Vous excluez la défaite du gouvernement ? Le retrait de la loi ? JEAN-MARIE LE GUEN Je ne parle pas en termes de défaite et de victoire. Je parle en termes de respect de la démocratie. Il y a eu un vote, il y a une décision, comme l'a dit Jean-Christophe CAMBADELIS, ce n'est pas une organisation syndicale et encore moins une organisation syndicale qui malheureusement est en train de s'enferrer dans une radicalité dangereuse qui peut gouverner ce pays. C'est ce qu'on essaye… il y a des gens qui se trompent, ils ne comprennent pas le monde dans lequel ils sont. C'est fini l'époque où avec un roulement d'épaules quelques militants radicalisés de la CGT pouvaient bloquer un pays. Ça ne fonctionne plus comme ça dans cette démocratie. OLIVIER MAZEROLLE Alors je voudrais vous demander, est-ce que François HOLLANDE et Manuel VALLS sont vraiment sur la même ligne ? Le Premier ministre est très ferme, comme vous l'êtes en ce moment à ce micro, il parle de prise d'otages, hier, par la CGT ; et de son côté, tout en disant de ne pas vouloir céder, le président de la République dit accorder une forme de respect à ceux qui ont des revendications légitimes. Est-ce qu'il n'est pas là en train de calculer, de se dire « bon ben je regarde un peu comment l'opinion publique va basculer et puis je déciderai ensuite ». JEAN-MARIE LE GUEN Non, je vous rassure… C'est le procès permanent. François HOLLANDE est dans une position de président de la République, son rôle n'est pas d'être intégré directement dans la gestion d'un conflit pénible, je pense à tous ces compatriotes qui aujourd'hui ont le sentiment d'être pris en otages. Et donc je leur dis soyez d'abord sereins, ne vous précipitez pas, et vous verrez. Le président de la République, par ailleurs, et le Premier ministre sont tout à fait sur la même ligne. Ceux qui spéculent, et j'entends bien que beaucoup aiment la spéculation, ici sur l'inflammation du dialogue social, là sur la division du gouvernement, ça n'existe pas. OLIVIER MAZEROLLE Vous avez récemment publié sur Internet un livre « la gauche qui vient », vous appelez à une sorte de clarification, qu'on en finisse avec la gauche qui est ancrée dans le passé, c'est l'occasion de clarifier définitivement les choses à gauche ? JEAN-MARIE LE GUEN Ce n'est pas de notre fait. La radicalisation. OLIVIER MAZEROLLE Est-ce que c'est l'occasion… JEAN-MARIE LE GUEN Je pense qu'il y a des gens qui prennent un risque considérable pour la gauche. Non seulement de la mettre en difficulté aujourd'hui au gouvernement mais ensuite de l'enfermer dans une radicalité qui n'a aucun sens par rapport au problème… OLIVIER MAZEROLLE C'est l'occasion d'en finir avec ce débat qui traine depuis 1983 ? JEAN-MARIE LE GUEN Je pense que depuis 2012 la gauche qui assume les responsabilités est en pleine mutation, en pleine transformation. Ça se fait parfois un peu dans la douleur et dans l'agitation, je le concède. Mais à la différence de la droite qui est restée sur les vieux schémas ultra-libéraux des années 80/90, nous, nous sommes capables de muter. Parfois on nous reproche effectivement le caractère un peu douloureux de cette mutation, je le comprends, mais nous sommes en train d'opérer une véritable transformation parce que la République elle est aujourd'hui confrontée à des défis considérables, elle a besoin de la gauche et la gauche a besoin du combat républicain. Retrouvons-nous sur ces grandes valeurs de la République, sur une véritable lutte pour l'égalité des chances qui aujourd'hui est mal menée dans notre pays depuis vingt ans, redressons notre industrie - et ce n'est pas les grèves que nous connaissons qui redressons notre industrie -, donc soyons à la hauteur des évènements, d'une époque qui est une époque difficile de transformations et de défis. Soyons à cette hauteur, c'est ce que nous appelons cette gauche réformiste qui assume le combat républicain. OLIVIER MAZEROLLE Merci Jean-Marie LE GUEN. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/321.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/321.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3096a3ec9cef23d0236e49e5d58f899f00ed13ae --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/321.txt @@ -0,0 +1 @@ +Axelle Lemaire : L'ordre du jour du Conseil européen télécommunications était plus vaste que les plateformes. D'ailleurs il a été question de la régulation des plateformes au moment de la réunion informelle, qui était élargie aux membres du Conseil compétitivité et donc aussi au ministre de l'Economie et de l'Industrie. Mais au moment du Conseil télécommunications nous avons parlé de l'importance de la connectivité en très haut débit sur tout le territoire européen. La France porte une ambition très forte sur ce sujet, considérant que l'accès au numérique est absolument essentiel pour permettre l'innovation, mais aussi pour servir l'ensemble de nos concitoyens et de nos administrations. J'ai aussi demandé que nous révisions la définition du service universel. Le service universel aujourd'hui, selon le droit communautaire, est composé d'obligations minimales en matière de téléphonie fixe le bon vieux téléphone de cabines téléphoniques, et d'annuaire téléphonique le bon vieux bottin. Le gouvernement français demande que soit désormais inclus dans cette définition du service universel l'accès au numérique, en téléphonie fixe comme mobile, à un niveau minimal de haut débit. C'est dans le même esprit que nous souhaitons que le maintien de la connexion à Internet pour les plus démunis figure aussi à l'agenda européen, comme je l'ai introduit comme principe dans le projet de loi pour une république numérique. La vision numérique que doit porter l'Europe c'est aussi celle-là, celle d'un numérique pour tous. Nous avons d'ailleurs avancé sur le sujet de l'accessibilité des sites internet publics aux personnes en situation de handicap, puisque le Conseil a pris acte du fait qu'un accord a été trouvé sur ce sujet. Un texte pourra donc bientôt entrer en vigueur, notamment du fait de l'impulsion et de l'engagement très actif de la France sur ce sujet. Concernant les plateformes, la Commission européenne a fait une communication hier sur le sujet, et le gouvernement français se réjouit de l'approche adoptée par la Commission, qui se veut une approche pragmatique, qui tiendra compte des conclusions de la consultation qui a été menée en ligne. Cela signifie très concrètement que tous les acteurs aujourd'hui concernés potentiellement par le rôle des plateformes dans l'économie numérique seront revus pour voir si une adaptation à l'ère numérique est nécessaire. C'est vrai des télécommunications, c'est aussi vrai de la cyber-sécurité par exemple, des médias et des contenus audiovisuels. L'idée étant à l'issu de ce processus, que j'espère rapide, et le plus opérant et efficace possible, déterminer s'il est besoin d'aller plus loin, et donc de poser des principes généraux qui seraient applicables de manière globale à l'ensemble des plateformes, notamment le principe de loyauté, le principe de transparence. Pendant la consultation menée par la Commission, 90% des entreprises ont noté le fait qu'elles subissaient des pratiques commerciales dans leur relation contractuelle avec les grandes plateformes, qui leur étaient dommageables. Le but poursuivi par le gouvernement français dans cet agenda concernant les plateformes c'est de s'assurer que les conditions de la concurrence, qui doit permettre l'innovation, soit équitable. C'est-à-dire que les mêmes règles s'appliquent dans tous les secteurs de la même manière à l'ensemble des acteurs économiques. Le gouvernement français considère que ce n'est pas le cas à l'heure actuelle. Mais il aurait été trop facile de sombrer dans la caricature dans laquelle certains autres États membres ou les États-Unis veulent nous pousser qui considèrerait à laisser penser que la France est un pays anti-innovation. Pas du tout, et toutes les mesures mises en place par le gouvernement démontrent exactement l'inverse. C'est au nom de la libre concurrence, et c'est au nom de la lutte contre les monopoles et les oligopoles, que la France souhaite avancer sur ce terrain. Question : Vous n'êtes pas déçue par le texte de la Commission ? Axelle Lemaire : Quand on voit le chemin parcouru en un an, du fait des demandes exercées conjointement par le gouvernement allemand et par le gouvernement français, pour qu'enfin ce sujet des plateformes entre dans l'agenda européen, et bien ce chemin parcouru est très important, comparé aux années précédentes. Cette communication c'est un coup d'envoi réussi, maintenant il faut le reproduire. Question : Vous avez quand même 14 Etats contre vous ? Axelle Lemaire : ça veut dire qu'il y en a 14 qui ne sont pas contre ! Cela veut surtout dire qu'il y a un travail de conviction et de pédagogie. Peut-être mieux faire connaître ce que fait le gouvernement en France pour soutenir les start-ups et pour soutenir l'économie numérique avec des résultats très concrets. 20% d'implantation de sièges sociaux d'entreprises étrangères en France l'année dernière sont liées à l'activité numérique alors même que le numérique pèse pour l'instant 5% dans le PIB de l'économie française. On voit bien que l'attractivité économique de la France se joue beaucoup sur ce sujet du numérique, et que nous avons des atouts formidables qui commencent à être reconnus. Une fois que cette première étape d'objectivation de la situation est passée, ensuite il faut expliquer les objectifs poursuivis, qui sont je crois très mal appréhendés par d'autres pays, et qui sont un objectif pro-innovation, pro-concurrence. C'est la concurrence dans le secteur des télécommunications par exemple qui a permis de faire baisser les prix au niveau que l'on connait à l'heure actuelle pour les consommateurs français. Dans l'Internet triple play par exemple, la France est classée troisième pour le niveau bas des prix à la consommation. L'objectif de régulation c'est un objectif de libre concurrence. C'est aussi un objectif de loyauté, pour que les grands acteurs aient des pratiques qui soient respectueuses et loyales vis-à-vis des plus petits. Question : Est-ce que vous pouvez être un peu plus précise sur ce que la France attendrait comme type de régulations ? Axelle Lemaire : Je vais vous donner deux exemples. Aujourd'hui dans le référencement opéré par un moteur de recherche comme Google, le taux de clics sur les deux premières pages est supérieur à 94%. Cela signifie que lorsqu'on fait une recherche, avec une idée précise, un objet que l'on recherche, un consommateur va cliquer en moyenne dans 95% des cas sur des liens situés sur la première et la deuxième page. Pour les pages suivantes, ce taux de clics tombe à 0,4%. Cela démontre l'importance économique du référencement. Or aujourd'hui, lorsqu'il y a des modifications de l'algorithme qui permettent d'obtenir les résultats de ce référencement, la notification qui est faite aux entreprises concernées et notamment aux entreprises qui payent pour être référencées, elle n'est pas suffisamment transparente, elle n'est pas suffisamment notifiée à l'avance, elle n'est pas suffisamment claire. Voilà un exemple de comportement loyal été transparent qui pourrait être attendu. C'est vrai aussi, sur un tout autre domaine, qui est la lutte contre les contenus illicites en ligne. Dans le contexte actuel de prévention du terrorisme et d'identification des potentiels auteurs d'actes terroristes, il est essentiel d'avoir une coopération de qualité entre les forces de l'ordre et les grandes plateformes qui ont aujourd'hui une responsabilité qui dépasse la seule sphère économique. C'est une responsabilité sociale et sociétale. Or nous avons observé un phénomène de radicalisation en ligne du fait de l'enfermement algorithmique. Une personne qui commence à rechercher un certain type de contenu en ligne, notamment sur un réseau social, va recevoir des notifications ou des recommandations, des suggestions, de lectures ou d'amis qui sont de plus en plus liées ce sujet, Ce qui démontre la responsabilité sociale et sociétale dans un environnement qui est aujourd'hui tendu. Or aujourd'hui, la régulation c'est de l'autorégulation. On pourrait demander aux plateformes d'avoir des obligations de coopération avec les autorités de police et de justice, qui soient plus formalisés. Aujourd'hui cela dépend de la qualité de cette coopération pays par pays. En l'occurrence pour la France elle n'est pas mauvaise, elle s'est beaucoup améliorée depuis les attaques terroristes à Paris, mais elle est insatisfaisante. D'ailleurs beaucoup d'associations de défense des libertés fondamentales et des droits de l'homme l'ont souligné tout récemment \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/322.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/322.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..adf1ba809bfae59268ae690ca849062a0b9c44b2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/322.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Chancelière d'Allemagne, chère Angela MERKEL, Monsieur le Président de la Commission européenne, Monsieur le Président du Parlement européen, Mesdames, messieurs les ministres, parlementaires, élus, représentants des Anciens combattants, jeunes de France et jeunes d'Allemagne, Mesdames, Messieurs, Nous sommes ici rassemblés à Verdun sur la terre du courage et du sacrifice. Il y a cent ans, l'endroit paisible où nous nous trouvons était l'antichambre de l'enfer. Au lieu de cette forêt, il n'y avait qu'un champ maculé de sang, qui ne cessait d'être retourné par les bombardements. Au lieu de ces prairies, une immense plaine où les restes humains se mêlaient à la boue. Au lieu de ce silence, le vacarme assourdissant des tirs d'artillerie, du sifflement des projectiles et les râles des blessés suppliant qu'on vienne les chercher. Et à votre place, il y avait des jeunes qui avaient dans la tête les rêves qu'on nourrit à vingt ans et qui livraient pourtant, sous une pluie d'acier, un interminable combat. La bataille de Verdun fut un déluge de feu et de fureur. Elle aura duré trois cents jours avec des avancées et des reculs, avec des assauts et des replis, avec des conquêtes valeureuses et des retraites courageuses. A Verdun, 60 millions d'obus ont été tirés, des tonnes d'explosifs, des produits toxiques qui ont souillé pour longtemps la terre de Meuse. A Verdun, neuf villages furent entièrement détruits, « morts pour la France ». Il n'en reste plus rien aujourd'hui qu'une empreinte sur le sol, comme si le village lui-même avait été enseveli. La bataille de Verdun, c'est un cimetière humain fait de plus de 300.000 tombeaux, autant d'Allemands que de Français, indistinctement unis dans ce charnier. Avec Angela MERKEL, je m'incline devant eux et je pense à tous les soldats qui sont venus ici, parfois de tout près, des deux côtés du Rhin, parfois de très loin du Maghreb, d'Afrique et même d'Extrême-Orient. Ils s'appelaient Gustave, Samuel, Heinrich, Mohamed. Ils étaient catholiques, protestants, juifs, musulmans ou ne croyaient en aucun dieu. Ils étaient des humains dans un monde qui ne l'était plus. Des monuments leur ont été dédiés, nombreux. Ils sont tout autour de Verdun des nécropoles, des stèles, des lieux de mémoire. Le dernier fut inauguré par le président CHIRAC il y a dix ans ; c'est le mémorial aux combattants musulmans. Mais aujourd'hui, cent ans après, les morts n'ont plus d'uniforme ni de religion. Nous ne distinguons plus les nationalités, les origines ou les lieux. Nous célébrons ceux qui sont tombés, pas simplement à Verdun mais lors de toutes les batailles de la Grande Guerre. C'est le sens de toute commémoration et c'est encore plus vrai à Douaumont, dans cette nécropole aux 16 000 croix, dans cet endroit de la mémoire nationale qui est devenue la mémoire européenne. Ici, c'est l'histoire qui nous parle et nous livre ses implacables leçons. La première de ces leçons, c'est de se souvenir de l'engrenage infernal qui a conduit l'Europe à sa perte à l'été 1914. Certains ont pu parler de suicide, car il y va des civilisations comme des individus : elles sont mortelles, comme l'avait dit Paul VALERY. Cet enchaînement n'était pas fatal ; c'est celui des nationalismes, des impérialismes, des rivalités et des peurs quand chacun croyant défendre ses intérêts travaille en définitive à la perte de tous. C'est pourquoi, dès la fin de la Grande guerre, après cette épouvantable saignée, des voix clairvoyantes s'étaient levées en Europe pour appeler à une sécurité collective. Deux hommes d'Etat, comme l'a rappelé Angela MERKEL, Aristide BRIAND et Gustav STRESEMANN, avaient signé un accord à Locarno par lequel la France et l'Allemagne renonçaient pour toujours pour toujours à se faire la guerre. Leur exemple inspira les anciens combattants de toutes les Nations qui s'étaient réunis ici même à Douaumont, au pied de l'ossuaire, le 12 juillet 1936 et ils avaient fait, au milieu des périls qui s'annonçaient, un serment, celui de sauvegarder la paix. Ils furent impuissants à empêcher une nouvelle guerre plus meurtrière encore, qui déchira le monde entier et qui produisit la Shoah. L'esprit du serment de Douaumont n'a cependant pas été oublié. Verdun est devenue la ville symbole de la réconciliation franco-allemande, d'abord. C'est autour du souvenir de la Grande Guerre que Konrad ADENAUER et Charles de GAULLE se sont retrouvés à Reims en 1962 et vous avez rappelé leur geste, chère Angela, en remettant tout à l'heure à la ville de Verdun, le prix qui porte leur nom. C'est ici même à Douaumont, il y a cinquante ans exactement, que le Général de GAULLE a conclu son discours pour le cinquantenaire de la bataille, en appelant à une nouvelle coopération entre la France et l'Allemagne je le cite « pour que l'Europe se réorganise comme le foyer capital de la civilisation et le guide principal d'un monde tourné vers le progrès ». C'est ici encore, à Verdun, que François MITTERRAND et Helmut KOHL se sont donné la main pour sceller cette amitié mais surtout pour la mettre au service de l'Europe et engager une nouvelle étape de sa construction autour d'un principe que je rappelle ici : la liberté de circulation, celle des personnes comme celle des biens. Aujourd'hui, chère Angela MERKEL, nous sommes ensemble, vous qui avez vécu les déchirures de la Guerre froide, puis la réunification de votre pays, moi qui ai grandi dans une Europe qui pensait que son destin n'était qu'à l'ouest, et nous sommes aujourd'hui au coude à coude pour affronter les défis du moment, et d'abord l'avenir de l'Europe. Car, nous le savons, au désenchantement a succédé le dépit et au doute la suspicion et pour certains, le rejet, voire la séparation. Les forces de la division, de la fermeture, du repli sont de nouveau à l'œuvre. Elles cultivent les peurs et instillent la haine, utilisant les faiblesses, les retards, les erreurs, les fautes sans doute. Elles dénoncent l'Europe comme la cause du mal, oubliant que c'est du malheur qu'est née l'Europe. Notre devoir sacré est inscrit dans le sol ravagé de Verdun ; il tient en quelques mots : aimons notre patrie mais protégeons notre maison commune, l'Europe, sans laquelle nous serions exposés aux tempêtes de l'histoire. Et nous savons parfaitement que le temps qu'il faudrait pour la détruire serait infiniment plus court, plus bref que celui, long, qu'il a fallu pour la bâtir. Rappelons ici, fièrement, à Verdun, que l'Union européenne est la plus vaste communauté des pays démocratiques, qu'elle demeure une référence pour tant de peuples qui rêvent eux aussi de paix ; mais reconnaissons aussi lucidement que ce grand espace est fragile ; que son projet se dilue à mesure qu'il se complique et qu'il se perd à force de n'agir que dans l'urgence. Alors, par leur histoire, par leur amitié, par la force de leurs relations, la France et l'Allemagne ont des responsabilités particulières. La responsabilité de porter une ambition européenne pour assurer plus de protection et de sécurité à nos peuples. La responsabilité d'assurer pleinement la défense de notre continent dans le cadre de nos alliances et de donner à l'Europe, les moyens d'agir dans le monde pour la solidarité et le développement. La responsabilité de mettre fin à des conflits qui sont à nos portes et c'est ce que nous avons fait ensemble, au coude à coude, chère Angela, pour l'Ukraine, dans le cadre du Format Normandie. La responsabilité aussi, de lutter dans le respect du droit et des libertés contre le terrorisme, le fanatisme, la radicalisation. La responsabilité aussi, d'accueillir les populations qui fuient les drames et les massacres et cherchent refuge là où elles pensent être reçues dignement et c'est ce que plusieurs pays, dont le vôtre, ont fait courageusement ces derniers mois. Aujourd'hui, c'est une réponse commune, avec des règles respectées qui est encore attendue. Ce que nous enseignent les événements de ces dernières années, peut-être même de ces derniers mois, c'est que l'Europe est capable de surmonter les plus grandes difficultés, à la condition de faire preuve de solidarité et de responsabilité. C'est ainsi que nous avons pu régler la crise de la zone euro : rien n'aurait été possible si la France et l'Allemagne n'avaient pas agi de concert. Et c'est ce que nous devons encore faire face au chômage et notamment celui des jeunes. Nous ne devons jamais oublier, ici surtout, que l'histoire peut être tragique, qu'elle est faite de bouleversements et d'accélérations qui tout à coup peuvent jeter un pays, une région on le voit au Moyen-Orient dans le chaos. Mais la France et l'Allemagne ont une conception de l'Europe qui va au-delà de la protection de ses frontières nécessaires et de la défense de sa population. Nos deux pays ont vocation à porter un projet qui retienne l'espérance et donne un sens au progrès. L'Europe est une culture, un mode de vie, un modèle social. Elle ne se résume pas à des institutions mais à des projets, à ce qu'elle permet de faire ensemble ce que séparément chacun serait trop à l'étroit pour réaliser. L'Europe, c'est un partage d'expériences, d'échanges, de connaissances qui démultiplient les talents nationaux mais c'est aussi une exigence de citoyenneté, de participation et de démocratie et c'est ce qui a paru le plus manquer aux peuples, au point de leur laisser croire que l'Union européenne entraverait leur souveraineté et leurs choix. Vous représentez, vous les jeunes qui sont rassemblés ici, l'avenir de nos deux pays. Vous êtes par vos visages la diversité de notre continent. Vous êtes le 21e siècle. A la différence de vos parents, de vos grands-parents et même de vos arrière-grands-parents dont vous nous avez montré les photos, vous n'avez connu l'Europe qu'unie et pacifique mais vous êtes aussi inquiets devant la persistance du chômage, la montée des violences, la résurgence des extrémismes. Alors vous voulez être à la fois libres et respectés, solidaires et responsables, ouverts au monde et protégés de lui. Vous êtes Français et Allemands, Allemands et Français, de naissance ou d'adoption mais vous êtes Européens par conviction, non pas parce que vous auriez peur simplement que reviennent les tragédies du passé, mais parce que vous voulez être les actrices et les acteurs du monde de demain avec nos valeurs, avec nos principes. Souvenons-nous, souvenez-vous des soldats innombrables tombés ici. A Verdun, il y a cent ans, l'enjeu pour ceux qui combattaient était d'échapper à la mort et de la donner. Aujourd'hui, c'est la puissance victorieuse de la vie qui fait entendre sa voix. Cette voix, c'est la vôtre. Cette voix, elle est européenne. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/323.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/323.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..124fff9d88b6097289538bd474a12979479b00e2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/323.txt @@ -0,0 +1 @@ +Devenir soi-même. Vaste chantier ! C'est celui de toute une vie, mais c'est durant la jeunesse que beaucoup se joue. Le rôle des pouvoirs publics est d'apporter les supports collectifs sur lesquels les jeunes peuvent s'appuyer pour se construire et faire en sorte que chacun dispose à peu près des mêmes opportunités. Quels sont ces supports ? En France, nous avons estimé qu'il s'agissait notamment de l'emploi, du logement, de la citoyenneté et de la mobilité internationale. La puissance publique agit de concert avec d'autres acteurs, essentiellement associatifs, pour mettre en place ces supports. Nous venons par ailleurs de décider de la création d'un conseil d'orientation des politiques de jeunesse, placé auprès du Premier ministre. Celui-ci a vocation à rassembler tous les acteurs concernés par les politiques de jeunesse : Etat, collectivités, associations de jeunes, de jeunesse, acteurs de l'insertion professionnelle, des politiques sociales, chercheurs. Dans le même souci d'une mise en œuvre transversale de politiques en faveur de la jeunesse, la France vient de mettre en place la Clause impact Jeunesse, qui figure d'ailleurs dans les recommandations conjointes sur la « responsabilisation des jeunes pour leur participation politique à la vie démocratique en Europe », adoptées par les représentants de la jeunesse et des Etats membres de l'Union européenne, réunis en septembre 2015 à Luxembourg. Ces politiques et programmes nationaux se renforcent grâce à l'action menée au niveau européen, tels le programme Erasmus + et le service volontaire européen. Aider les jeunes à se construire, c'est leur mettre à disposition des supports mais c'est aussi fixer un cadre. Je signerai en marge du Conseil avec mes homologues belges de la jeunesse une déclaration commune sur le thème de la prévention de la radicalisation et de l'extrémisme violents, afin de souligner la volonté commune de nos pays d'intensifier les efforts de coopération bilatéraux sur ce sujet. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/324.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/324.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8e7a041e7a2524631b829f9507f96bf78c75e450 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/324.txt @@ -0,0 +1 @@ +C'est avec plaisir que je réponds aujourd'hui à la demande d'audition que vous avez formulée. C'est pour moi l'occasion de dire, de répéter, que le ministère de la Justice est concerné au premier chef par la lutte contre la radicalisation et le terrorisme. L'action de mon ministère s'inscrit dans une histoire longue ; elle a été construite progressivement. Cette construction progressive, étalée dans le temps, fonde la spécificité du modèle français. Un modèle qui confie à l'autorité judiciaire le soin d'intervenir sur un large spectre : de la prévention à la répression. Ce modèle a été forgé par les nécessités de la répression et par les évolutions de la menace terroriste. Elle a, à ce titre, connu des balbutiements. Jusqu'au début des années 1980, la France ne s'était dotée d'aucun dispositif spécifique de lutte contre le terrorisme, même si certaines infractions, tel l'attentat par explosif, pouvaient relever de la Cour de Sûreté de l'Etat (CSE). Cette spécialisation ne pouvait cependant pas faire oublier la question de principe posée par cette juridiction, comme le remarquait justement Robert Badinter le 17 juillet 1981, lorsqu'il défendit sa suppression devant l'Assemblée nationale. Dérogatoire au droit commun, elle traduisait, selon ces termes, l' « intrusion intolérable du pouvoir exécutif dans le pouvoir judiciaire » et constituait une « justice politique permanente d'exception », dans laquelle « où des officiers jugent aux côtés de magistrats des accusés civils en temps de paix ». La suppression de la CSE n'a pas créé de vide juridique puisque 75% des procédures dont elle connaissait ont été transférées aux cours d'assises. Cependant, comme le reconnaît Robert Badinter, elle a révélé une carence du code pénal pour enquêter sur les actes de terrorisme et les réprimer [1]. C'est pourquoi, à partir de 1981 et avec le renforcement de la menace terroriste, le gouvernement a entrepris d'adapter l'arsenal répressif aux nécessités de la lutte contre le terrorisme. Ainsi, à la suite de menaces sur les jurés lors du procès de Carlos, la loi du 21 juillet 1982 a créé les assises spéciales. Puis, un premier tournant est opéré par la loi du 9 septembre 1986, inspirée par les juges Boulouque et Marsaud. Cette loi introduit l'association de malfaiteurs en matière terroriste (AMT), prévoit la centralisation des poursuites à Paris. Elle crée également des règles de procédure dérogatoires du droit commun (garde-à-vue, méthodes d'enquête, etc.). Car, plus que le droit pénal, c'est la procédure pénale qui se distingue en ce domaine très précis. De fait, la bascule se poursuit par l'adoption du nouveau code pénal, en 1994. Celui-ci construit un dispositif autour de l'AMT, avec des règles spéciales de poursuite, d'instruction et de jugement, applicables à la répression du terrorisme, mais aussi du trafic de stupéfiants et du proxénétisme. L'incrimination d'AMT permet précisément, grâce à sa souplesse, de prévenir la survenance d'un attentat, en permettant d'appréhender, en amont, l'entente établie en vue de la préparation d'un attentat. Depuis lors, les textes se sont multipliés pour renforcer cet arsenal. - Ils n'ont pas modifié les équilibres de base, à l'exception de la loi du 13 novembre 2014, qui a créé l'entreprise individuelle terroriste. - Ils ont en revanche précisé toujours plus avant les règles de procédures pénales applicables à la poursuite et à la répression de ces infractions (qu'il s'agisse des techniques d'enquête, de la poursuite, de l'instruction et du jugement des infractions en matière de terrorisme), avec le souci constant de moderniser et d'adapter l'arsenal répressif à l'évolution de la menace. La critique sur l'empilement de lois contre le terrorisme paraît dès lors infondée ! L'architecture globale du système n'a guère évolué depuis sa période de maturation entre 1982 et 1996. Le droit, dans ses aspects procéduraux, s'est adapté. Outre l'appareil juridique ainsi mis en place, il faut souligner la pertinence de la centralisation et de la spécialisation fonctionnelle parisienne. Elle profite nécessairement aux enquêtes en permettant une spécialisation des magistrats et une meilleure connaissance de la menace. Elle permet une grande souplesse pour mobiliser des effectifs supplémentaires en cas de crise, ce que ne permettrait pas un parquet national autonome et dédié. Le terrorisme se manifestant par des crises, une rigidification de la gestion des ressources humaines serait particulièrement préjudiciable. Parallèlement, le dispositif de sécurité, comme les services de renseignement, de police judiciaire et les forces de sécurité intérieure, a été structuré : L'objectif est de rechercher plus de cohérence et d'efficacité. La spécificité de la Direction de la Surveillance du territoire (DST) (ancêtre de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI)) en matière de lutte contre l'espionnage, a été transposée au terrorisme, puisque le service se distingue par sa double compétence administrative et judiciaire. Le dispositif de prévention et de répression du terrorisme paraît dès lors solidement établi. La lutte contre la radicalisation : une nouvelle politique publique La problématique de la lutte contre la radicalisation est apparue plus récemment. Cette lutte mobilise toute l'attention du Gouvernement depuis avril 2014, et elle mobilise des moyens toujours plus conséquents. Mais elle s'avère encore relativement nouvelle pour le ministère de la Justice et ses professionnels. Je réalise une incise pour signaler que le plan d'action de lutte contre le terrorisme (PLAT) 1 pour le ministère de la Justice a entraîné la création de 1050 emplois et 175 millions hors dépenses de personnels ; quant au PLAT 2, il emporte 2530 créations d'emplois et près de 390 millions de crédits. Le plan d'action contre la radicalisation et le terrorisme (PART) récemment annoncé par le Premier ministre aura des effets tout aussi positifs qui seront prochainement résumés en statistiques communicables. Grâce à ces moyens, le ministère a structuré des politiques de prise en charge des publics radicalisés ou en voie de radicalisation. Je veux ainsi évoquer l'action de la Protection Judiciaire de la Jeunesse qui contribue à la prise en charge des publics jeunes. Elle peut à ce titre jouer un rôle préventif déterminant. En conséquence, elle s'est vue dotée d'une Mission nationale de veille et d'information le 1er avril 2015. Cette mission se décline en un réseau de 69 référents présents sur l'ensemble du territoire qui ont pour fonction : - d'offrir aux professionnels une meilleure compréhension de ces questions, en particulier grâce à un vaste plan de formation ; - d'accompagner les établissements et les services dans la mise en œuvre des orientations nationales en matière de respect de la laïcité et la neutralité, notamment à travers l'élaboration des projets de fonctionnement ; - de donner aux professionnels les moyens d'exercer leurs missions de repérage, d'évaluation et de prise en charge des mineurs et d'accompagnement de leurs familles. L'hétérogénéité du public amène à privilégier l'individualisation de la prise en charge. Je veux également mentionner le dispositif des unités dédiées, mis en place depuis le 25 janvier dernier. Leur création ne concerne à ce jour que les maisons d'arrêt ou les quartiers maison d'arrêt dans des centres pénitentiaires, eu égard à la faible proportion de personnes détenues condamnées pour des faits de terrorisme. De même, l'affectation en unité dédiée est réservée aux hommes majeurs au regard du très faible nombre de femmes radicalisées aujourd'hui détenues. J'ajoute que les personnes détenues les plus dangereuses qui ont été condamnées pour ces faits sont d'ores et déjà affectées en maison centrale ou en quartier maison centrale. Les unités dédiées ont été instaurées au sein des maisons d'arrêt de Fleury-Mérogis, d'Osny, ainsi qu'au centre pénitentiaire de Lille Annoeullin. Au sein de Fleury-Mérogis se trouve également une unité consacrée à l'évaluation des détenus. Cela permet la spécialisation en matière d'évaluation des radicalisés et la gestion des interdictions de communiquer, - nombreuses dans les dossiers d'association de malfaiteurs. En plus de ce dispositif, depuis octobre 2014, la maison d'arrêt des hommes de Fresnes a déjà mis en place une unité de regroupement. Notons qu'il existe un centre national d'évaluation pour tout type de profil et notamment pour les personnes détenues radicalisées ou en voie de radicalisation. Une affectation implique automatiquement : - un encellulement individuel ; - évidemment, le principe de séparation des personnes prévenues et des personnes condamnées s'applique ; - toute personne détenue hébergée en unité dédiée est prise en charge dans le respect du régime ordinaire de détention, avec les droits et obligations afférents (maintien des liens familiaux, accès aux activités, etc.). La mise en œuvre de telles unités répond à la nécessité de proposer une prise en charge adaptée des personnes détenues radicalisées ou en voie de radicalisation, tout en veillant au respect du bon ordre au sein des établissements pénitentiaires concernés. Dans les faits, à la suite de l'évaluation, les personnes détenues sont orientées en fonction de leur profil et de leur degré d'adhésion au programme mis en place. Si elles ne peuvent s'y intégrer et qu'elles justifient des mesures de sécurité particulières, elles sont placées à l'isolement. Dans le premier cas, les personnes détenues sont affectées à la maison d'arrêt d'Osny ou à celle de Fleury-Mérogis et, dans le second cas, elles sont affectées au centre pénitentiaire de Lille Annoeullin. Par ailleurs, le personnel y est exclusivement consacré (ce qui est rendu possible par les renforcements permis par le PLAT) et éligible à des formations spécifiques. A ce jour, 66 détenus sont présents dans les unités dédiées. Néanmoins, la prise en charge des personnes détenues radicalisées ou en voie de radicalisation ne saurait être assurée exclusivement en unités dédiées. Elles demeurent, à ce jour, un dispositif expérimental. La direction de l'administration pénitentiaire s'attache donc à formaliser un cadre commun. Il s'agit de définir un ensemble d'outils, s'appuyant autant que possible sur le savoir-faire, les procédures et les pratiques professionnelles existantes, les retours d'expérience. Il importe de limiter l'influence des personnes dangereuses sur le reste de la population pénale et de prévenir les risques de troubles en détention. Dès lors, sont privilégiées les prises en charges individuelles, le placement au quartier d'isolement, l'affectation en maisons centrales ou les propositions d'inscription au répertoire des détenus particulièrement signalés. A côté de ces dispositifs, il faut aussi souligner le travail accompli par les services pénitentiaires d'insertion et de probation, tant en milieu fermé qu'en milieu ouvert. Leur connaissance de la population pénale, leur professionnalisme, leur rôle premier, traduisent les efforts déployés pour enrayer les phénomènes de radicalisation, pour raccompagner les individus dans la société. Toutefois, et en conformité avec les annonces réalisées dans le plan d'action contre la radicalisation et le terrorisme (PART), je souhaite qu'une évaluation du principe de ces unités dédiées et de leur fonctionnement soit conduite. C'est nécessaire avant d'envisager soit un repositionnement, soit une extension du dispositif à un plus large public. En effet, la question des effets bénéfiques du regroupement de ces détenus doit encore être posée. Si on comprend aisément la volonté d'enrayer une contagion, il faut aussi s'interroger sur d'éventuels effets pervers. De même, il nous faut nous interroger sur la nature et l'efficacité des actions conduites, sur leur capacité à ébranler les détenus concernés. D'une manière générale, le ministère se doit de réfléchir à une doctrine unifiée de l'évaluation et de la prise en charge des individus radicalisés. C'est dans cet objectif que je souhaite créer un comité scientifique au sein du ministère. Il réunirait des chercheurs, des praticiens, et des représentants des différentes directions du ministère. Ses missions se résument en 3 verbes : évaluer, coordonner, explorer. Evaluer les dispositifs de prise en charge, les coordonner pour les harmoniser et explorer de nouvelles pistes. Mais ces efforts d'évaluation et de détection seront vains si l'on ne détecte pas les détenus concernés. Dans cette perspective, j'entends développer le renseignement pénitentiaire (c'est d'ailleurs l'une des grandes orientations du PART). Nous disposons déjà d'une excellente base légale, grâce à la commission des Lois de l'Assemblée nationale. Dans le cadre du projet de loi procédure pénale, elle a introduit un amendement visant à intégrer le Bureau du renseignement pénitentiaire (BRP) dans le deuxième cercle de la communauté du renseignement. Puis le Sénat a également complété l'article 727-1 du code de procédure pénale et la commission mixte paritaire a lissé les éléments de discordance. Nous devons désormais réaliser un travail réglementaire, afin de préciser les finalités (la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée selon toute vraisemblance) et les techniques souhaitées. A cet égard, je veux dire ma détermination à construire rigoureusement ce service. Il nous faut donc œuvrer, avec tempérance, avant d'envisager de mettre en œuvre les techniques de renseignement. Ainsi, il faut avant tout : a) Poursuivre la structuration d'un échelon central d'animation, d'orientation, de synthèse et de transmission de l'information. Aujourd'hui, cet échelon est trop faible pour pouvoir qualifier le BRP de « service de renseignement ». En ma qualité de Garde des Sceaux, je n'ai par exemple jamais reçu de synthèse de renseignement en dehors des informations collectées dans un cadre judiciaire. Il faut dire, à ce sujet, que les effectifs consentis par le PLAT 1 en ce domaine (111 effectifs, portant les effectifs totaux à 186 personnels) sont dans leur grande majorité venus renforcer l'échelon interrégional et permettre qu'une grande partie des établissements dispose d'au moins un référent renseignement. Si je conçois la logique qui a prévalu, je veux maintenant créer une « tête », afin d'assumer les missions que tout service central assume en ce domaine. b) Conséquence logique de ce premier point, il faut continuer de recruter des personnels pour poursuivre la structuration les différents échelons (national, interrégional, dans les établissements). La qualité des personnels recrutés est déterminante. Nous devons aujourd'hui effectuer un bond qualitatif en matière de renseignement pénitentiaire que seuls des personnels triés sur le volet permettront de réaliser. En plus de la ressource propre au ministère, on pourrait notamment imaginer des recrutements de personnels venant des services de renseignement du premier ou deuxième cercle afin d'accélérer la transmission des savoirs. c) Car il nous faut aussi réfléchir à la formation des personnels en interne, en bilatéral et à l'Académie du renseignement. Toute la maquette d'enseignement est à construire à mes yeux. d) Et pour que cet investissement initial ait des effets sur la durée, il faut s'attacher à fidéliser les personnels (gageure au sein du ministère), mais aussi dans cette filière que nous allons créer. e) Nous devons aussi rédiger une doctrine d'emploi. Je crois nécessaire de mettre en place une mission de préfiguration dès la remise du rapport de l'inspection générale de la Justice attendu pour la fin juin. f) Nous sommes aussi dans la nécessité de structurer la gestion des informations protégées et, dans cette optique, de développer et installer un logiciel de traitement de l'information performant ; g) Cet acquis nous permettra de régir les relations avec les services de renseignement du premier et du deuxième cercle ; Cela nous permettra de renouveler les anciens protocoles et d'en signer d'autres. Le BRP partagera tous ses objectifs avec les services de sécurité intérieure, comme le pratique la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) avec la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI). D'une manière générale, il paraît crucial que les services spécialisés de renseignement demeurent investis en matière de renseignement pénitentiaire et nourrissent une collaboration étroite avec le BRP. h) Une fois tous ces préalables satisfaits, nous pourrons alors habiliter et former des personnels pour la mise en œuvre des techniques, ainsi que doter le service des moyens techniques (prioritairement le recueil de données techniques de connexion, les interceptions et le recours aux IMSI catchers ((International Mobile Subscriber Identity). Voilà les lignes de force que je souhaitais porter à votre attention. Je me tiens maintenant à votre disposition pour apporter les compléments d'information que vous jugerez utiles. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/325.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/325.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9453801bc282e386d6fa0112a236de604e2f36a8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/325.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le président du Sénat, cher Gérard LARCHER, Mesdames, Messieurs les ministres qui ont sûrement apprécié les compliments qui leur ont été adressés par François BAROIN pour leur silence et le respect de la parole présidentielle, Monsieur le président de l'Association des Maires de France, cher François BAROIN, que je remercie pour son invitation, Monsieur le président délégué, cher André LAIGNEL, dont je connais la ténacité depuis longtemps, Madame la maire de Paris, chère Anne HIDALGO, dont j'approuve l'essentiel des décisions, notamment pour les Jeux olympiques de 2024, Mesdames, Messieurs les plus hautes autorités ici représentées, Mesdames, Messieurs les maires et présidents d'intercommunalité, Je suis conscient que le congrès de l'Association des Maires de France est cette année à bien des égards exceptionnel. D'abord, par les circonstances dans lesquelles il se situe. Ensuite, par les attentes qu'il a suscitées légitimement. Enfin par la date qui n'est pas ordinaire. Il aurait dû, ce congrès, se dérouler en novembre dernier. Les attentats de Paris, de Saint-Denis ont conduit à juste raison à en décider le report. Néanmoins, Monsieur le président BAROIN a tenu –et il a eu raison– à organiser un rassemblement pour affirmer d'abord la compassion, la solidarité des maires de France à l'égard des victimes de ces atrocités mais aussi pour exprimer notre volonté commune : État, collectivités locales. La France rassemblée contre le terrorisme, le fanatisme, l'extrémisme. Je m'étais adressé à vous ce jour-là, au moment même –et chacun s'en souvient– où l'opération antiterroriste à Saint-Denis permettait de neutraliser les terroristes qui s'y étaient réfugiés. J'avais salué alors le courage des forces de sécurité, de ces policiers, de ces gendarmes, de ces militaires. Forces de sécurité qui avaient été saluées en janvier 2015. Forces de sécurité qui avaient donné l'assaut pour, notamment dans une commune, Dammartin-en-Goële, dans un magasin, l'HYPER CACHER, là-encore, neutraliser les terroristes. Ces forces de sécurité que des millions de Français avaient voulu également remercier pour leur courage. Ces forces de sécurité qui, encore aujourd'hui, nous protègent et dont personne n'acceptera qu'elles puissent être agressées de quelque manière que ce soit par ceux-là mêmes qui veulent atteindre à travers elles l'État lui-même et donc les valeurs de la République. J'avais remercié là-aussi les élus, les maires pour leur attitude face à cette épreuve, pour s'être portés auprès de leurs concitoyens pour les écouter, les éclairer, les réunir. Cet engagement ne m'avait pas surpris. Vous avez rappelé que j'avais pu - dans une vie qui n'est pas si lointaine, être maire d'une collectivité, président d'un Conseil que l'on appelait général. Je sais ce que les élus peuvent représenter dans ces moments-là, face à ces épreuves. Les maires de France sont toujours au rendez-vous. Je le constate chaque fois que je me rends –hélas trop souvent– sur les lieux d'un accident ou d'une catastrophe. Encore aujourd'hui avec les inondations et les intempéries qui concernent plusieurs milliers de nos concitoyens obligés de quitter leur maison, leur domicile et de vivre l'angoisse de ne pas savoir ce que vont devenir leurs biens et parfois même leurs proches. Oui, il y a dans le Loiret, en Seine-et-Marne, dans les Yvelines –Gérard LARCHER y était ce matin– des drames qui se jouent. Et qui trouve-t-on une nouvelle fois, encore une fois auprès de nos concitoyens en détresse ? Les services de secours, et toujours les élus, encore les élus. Je saisis d'ailleurs l'occasion qui m'est donnée, en venant à ce congrès, pour annoncer que l'état de catastrophe naturelle sera reconnu dans les territoires qui ont été les plus touchés par ces intempéries dès le prochain Conseil des ministres, et que le Fonds de soutien aux collectivités locales touchées par les événements climatiques sera immédiatement activé. J'ai pu aussi, après cette réunion du mois de novembre, apprécier et vérifier la disponibilité des maires, puisque vous avez travaillé étroitement avec les préfets dans la mise en œuvre des mesures de l'état d'urgence qui a été prolongé jusqu'au 26 juillet prochain. De même –et vous l'avez souligné, Monsieur le président BAROIN– vous participez à l'accueil des réfugiés pour lesquels nous devons identifier très précisément d'abord leurs origines, vérifier la réalité de leur situation mais ensuite, faire preuve d'humanité et d'accueil dans la dignité. Nous devons travailler ensemble. C'est vrai que c'est la responsabilité de l'État. C'est vrai que c'est l'État, que c'est même le chef de l'État qui a pris la décision d'accueillir un certain nombre de réfugiés dans le cadre de nos engagements européens et qu'il nous revient, avec vous, avec votre concours, de pouvoir trouver les logements nécessaires –12 000 sont attendus– et que nous ne pouvons pas laisser – même lorsqu'ils sont eux-mêmes désireux d'y rester –, nous ne pouvons pas laisser des femmes, des enfants, des hommes, vivre dans des camps avec un dénuement qui choquerait partout et qui devrait nous heurter dès lors que nous sommes en France. Je félicite les maires concernés et aussi le ministre de l'Intérieur, la ministre du Logement pour apporter les concours nécessaires et les financements indispensables. Cela fait partie de ce qu'est l'image de la France, l'idée de la France. Lorsque nous avons été attaqués au mois de novembre, comme nous l'avions été au mois de janvier, pourquoi le monde s'est-il levé pour nous apporter soutien, solidarité, compassion ? Pourquoi y a-t-il eu des drapeaux français partout dans le monde ? Pourquoi y a-t-il eu des monuments éclairés aux couleurs de la France ? Pourquoi la Marseillaise a-t-elle été entonnée là où on ne l'avait pas entendue depuis longtemps ? Parce que nous sommes porteurs d'une idée plus grande que celle que nous pouvons imaginer pour nous-mêmes : l'idée de la France, et nous ne pouvons pas décevoir lorsque nous sommes appelés à nos responsabilités. Je sais que vous, maires, même si vous avez des revendications –et je les ai entendues–, même si vous êtes d'abord –et c'est bien légitime– appelés par vos concitoyens à défendre votre commune, vous êtes d'abord de France, en France et vous travaillez pour la France sans distinction et sans savoir si celui-là reçoit plus que l'autre alors que nous devons être ensemble pour faire face aux défis que nous rencontrons. Je vous retrouve aujourd'hui et moi, je n'oublie rien de ce qui s'est passé l'année dernière, en janvier comme en novembre. La menace est toujours là et ce n'est pas parce qu'il ne se passe rien que tout n'aurait pu se produire. Nous devons prendre des précautions, mettre des moyens supplémentaires –ils ont été dégagés– pour porter au plus haut niveau la vigilance et assurer la sécurité de nos concitoyens partout. J'ai ainsi décidé –c'était au lendemain des drames de novembre– le recrutement de 9 000 policiers et gendarmes pour le quinquennat. Je ne rappellerai pas les emplois qui avaient été supprimés précédemment parce qu'il n'y a qu'un seul devoir lorsque nous sommes face à une épreuve ou une menace, c'est de mettre autant qu'il est possible la Nation ensemble pour qu'elle avance et pour qu'elle se dote aussi des ressources nécessaires. Alors c'est vrai, je vous l'avoue ici : nous donnons plus qu'il n'était prévu à nos forces de sécurité, à notre police, à notre gendarmerie. Ce que j'ai été obligé de décider également pour la loi de programmation militaire pour que nous arrêtions la déflation des effectifs, c'est-à-dire la diminution des postes de militaires, et bien oui, c'est autant de moins pour d'autres fonctions, pour d'autres priorités. Mais c'était mon devoir d'assurer non pas la protection simplement d'aujourd'hui mais de demain et de permettre que nos soldats puissent, à l'extérieur –en Afrique de l'Ouest, au Moyen-Orient– défendre bien plus que notre drapeau, défendre nos valeurs, notre liberté et notre sécurité contre le fanatisme islamiste, parce qu'il faut faire des choix et parce que je ne peux pas simplement accéder à toutes les demandes, même quand elles sont les plus légitimes, parce que ce serait ce qui me serait reproché : d'avoir voulu ici ou là arranger telle ou telle situation et oublier l'essentiel. L'essentiel aujourd'hui, c'est la protection de notre pays, sa sécurité, sa cohésion nationale et son modèle social. Le ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE, a mis en œuvre les moyens qui ont été dégagés très rapidement. Mais dans le cadre de l'état d'urgence, rien n'aurait été possible sans votre propre concours, c'est-à-dire les agents municipaux, les policiers municipaux. Nous avons d'ailleurs décidé de pouvoir leur fournir les équipements indispensables pour leur propre protection et également les armes qui seront prélevées sur les stocks de la police nationale. De la même manière, Monsieur le président BAROIN, vous avez évoqué avec André LAIGNEL le dispositif de lutte contre la radicalisation. Il a été mis en place. Il se traduit par la constitution de cellules départementales de suivi et de prévention. Là encore, la participation des maires à ces démarches est déterminante. La radicalisation – et je vous demande d'y veiller dans chacune de vos communes –, ce n'est pas un processus long, ce n'est pas simplement dans certaines familles plutôt que dans d'autres que l'on trouve ses manifestations. Cela peut aller très vite, cela touche des jeunes filles, très jeunes, cela touche des familles qui n'avaient jamais été concernées par une question religieuse et cela va très vite. Au point même parfois que l'on constate que certains jeunes de nos villages, de nos quartiers sont partis combattre en Syrie ou en Irak. Alors, ce que nous avons conclu ici, ce partenariat indispensable permettra non seulement d'éviter à certaines familles de vivre des drames, à des jeunes d'éviter de basculer dans l'horreur mais permettra aussi d'assurer grâce à vous la cohésion nationale de notre pays. Je l'ai dit, votre congrès est également exceptionnel parce qu'il se situe à un moment de la vie démocratique de notre pays : des échéances sont prévues l'année prochaine, le débat s'engage et c'est légitime. Il y a déjà des programmes qui sont énoncés. Il ne m'appartient pas ici de les commenter – même si je me retiens. Mais c'est un moment très important pour la vie démocratique aussi parce que ce que nous voyons, ce que nous ressentons, vous notamment, c'est que la démocratie ne va plus de soi. Ce que, dans ma génération, nous concevions comme irremplaçable, comme de l'ordre de l'évidence – les élections, des représentants de la population respectés, l'autorité républicaine, la forme même de nos débats –, tout cela ne va plus de soi et nous sommes tous comptables de ce que nous avons reçu des générations précédentes : la démocratie. Bien sûr qu'elle doit se réinventer ! Bien sûr qu'elle doit devenir plus participative, collaborative et qu'il y a aussi à tenir compte des nouvelles technologies pour nous faire comprendre un certain nombre de réalités ! Mais on ne m'empêchera jamais de penser qu'il n'y a rien de mieux que le suffrage universel et que la parole d'un élu mérite d'être respectée parce qu'il ou elle a été choisie pour exprimer ce que pense le peuple français à un moment ou à un autre. Le maire reste une référence d'autorité et d'humanité et c'est précieux dans les circonstances que nous connaissons. La commune a un rôle irremplaçable de solidarité et de proximité. Vous, Mesdames et Messieurs, vous incarnez la diversité et l'unité de la France : à la fois les espaces ruraux, les villes, les banlieues, les métropoles, l'Hexagone, l'outre-mer, la France, toute la France. Pas un bout de France, toute la France dans ce qu'elle a de plus belle et parfois de plus éprouvée par la crise. Mais la France dispose de cette force irremplaçable, incomparable que constituent les communes et les maires qui les représentent. On a beaucoup souri, notamment dans les instances européennes, de l'exception française. D'ailleurs, je vais faire cette confidence devant vous, la France est toujours regardée comme une exception. On peut s'en réjouir, on peut effectivement s'enorgueillir mais ce n'est pas toujours une qualité qui nous est reconnue. Donc, à nous de montrer que nous ne sommes pas simplement exceptionnels, comme nous le croyons trop souvent, nous sommes singuliers. Ce qui fait la singularité des Français, c'est précisément la diversité et la chance que nous avons d'avoir autant de communes -même si un mouvement est fait pour en rassembler quelques-unes- autant de communes qui veulent justement participer de la vitalité démocratique. C'est pourquoi j'estime que l'identité communale est la matrice de notre identité nationale. Alors, dans ce contexte et une fois les principes rappelés, je mesure les efforts qui vous ont été demandés ces dernières années, je n'ose pas dire ces dernières décennies pour ne pas m'exonérer de ma propre responsabilité : il y a les rythmes scolaires, la réforme territoriale, la généralisation de l'intercommunalité – et je sais que vous avez dû modifier votre organisation, changer vos pratiques, solliciter encore davantage vos agents – et puis il y a cette contribution au rétablissement des finances publiques de notre pays. Le déficit et la dette – chacun le sait ici pour, au moins pour ceux qui ont exercé des fonctions gouvernementales, avoir pris leur part dans cette dérive –, le déficit et la dette avaient fini par atteindre des proportions insoutenables, pas simplement par rapport à ce que nos partenaires européens attendent de nous dans le cadre d'une zone monétaire commune mais parce que nous étions en risque tout simplement face à des marchés qui peuvent faire payer, par des taux d'intérêt élevés, les dettes excessives. C'est vrai ce qu'a dit le président BAROIN, comme auraient pu le dire ses glorieux prédécesseurs que je salue : les collectivités locales n'étaient pas les plus responsables de cette dérive puisque contrairement à l'État, elles n'ont pas la possibilité de présenter un budget de fonctionnement en déficit et pas davantage la possibilité de financer par emprunt les dépenses courantes. Mais la participation de tous était indispensable si la France voulait tenir son rang, ne pas perdre sa souveraineté et respecter ses engagements européens. C'est la raison pour laquelle en 2014, j'ai fait adopter une trajectoire de réduction de nos dépenses publiques de 50 milliards. Je dis bien 50 milliards pour que chacun l'ait à l'esprit pour faire les comparaisons nécessaires. 50 milliards d'euros en trois ans. Les collectivités territoriales ont été sollicitées, c'est vrai, aux côtés de l'État et de la Sécurité sociale à proportion non pas de leur part dans la dette, c'est vrai, mais de leur part dans la dépense publique globale. Pour le bloc communal, cette contribution a pris la forme d'une réduction de la dotation globale de fonctionnement d'un peu plus de 2 milliards par an depuis 2015. Je sais ce que cela a pu représenter. Le gouvernement a fait en sorte que ce sacrifice puisse être justement réparti, en liant la baisse des dotations aux recettes réelles de fonctionnement. Il y a eu aussi la péréquation au bénéfice des communes les plus fragiles. Elle a été multipliée par cinq et atteint 1 milliard d'euros, ce qui est aussi une preuve de solidarité. Le taux de remboursement du Fonds de compensation de TVA, qui a été souvent évoqué dans les congrès, a été amélioré et son assiette élargie aux travaux d'entretien des bâtiments publics et de la voirie. Pour l'investissement -parce qu'à l'évidence et il y a ici des représentants des entreprises de travaux publics, ce qui compte, c'est l'investissement- l'investissement privé repart. Mais pour l'investissement public – dont vous représentez l'essentiel, puisque 75 % de l'investissement public, ce sont les communes et les intercommunalités, départements et régions faisant l'appoint – il y a eu un fonds exceptionnel d'un milliard d'euros qui a été dégagé en 2016, qui a permis d'augmenter la dotation d'équipements des territoires ruraux de 200 millions. J'ai veillé à ce que les collectivités qui avaient pu faire des emprunts toxiques puissent avoir un soutien de l'État, 3 milliards d'euros ont été apportés. Puis, il y a eu les normes comptables qui ont été assouplies, ce qui a amélioré –j'en conviens– davantage la présentation que la réalité. Dans cette situation, les communes – je suis venu ici l'exprimer – ont fait preuve de responsabilité. Les dépenses de fonctionnement ont été maîtrisées, sans augmenter les impôts locaux, puisque dans deux communes sur trois, la fiscalité n'a pas changé. Aujourd'hui – parfois, je comprends qu'on me le reproche – les résultats sont là. La dette publique est stabilisée. L'objectif de réduire le déficit sous les 3 % de la richesse nationale sera tenu l'année prochaine. Il y a une reprise de la croissance. Il y a aussi – c'est heureux – une forte accélération de l'investissement privé. Néanmoins, je vous dois cette vérité, parce que c'est ma responsabilité, la trajectoire de réduction des déficits publics doit être tenue. Je sais aussi –si je ne le savais pas, le président BAROIN et le président LAIGNEL me l'auraient rappelé à ce Congrès et vos applaudissements auraient sans doute créé un effet de choc– que la situation de vos collectivités est tendue et même insupportable pour certaines de nos communes. Je connais d'expérience l'importance des services publics locaux, pour savoir ce qu'ils représentent pour notre modèle territorial et notre modèle social. Je suis conscient du rôle de l'investissement public local. Alors, j'ai décidé de diminuer de moitié l'effort demandé aux communes et aux intercommunalités en 2017. J'en vois qui n'auraient sans doute pas voulu que je prenne cette décision et que j'en reste à la situation antérieure ! On peut juger que ce n'est pas assez. Certains diront que c'est trop. Mais j'ai considéré, dans l'état actuel des finances publiques, que ce que je pouvais faire était ce que je pouvais honorer, ce que je pouvais financer, ce que je pouvais faire supporter. Pas simplement pour l'année 2017, mais aussi pour ceux ou celles qui voudraient être mes successeurs. Ce serait tellement facile de tirer des traites ! Je ne l'ai pas voulu. En revanche, j'ai voulu, pour l'année qui est encore celle de mon mandat, faire en sorte qu'au lieu de 2 milliards d'euros en moins de dotations, il n'y en ait plus qu'un milliard pour le bloc communal. J'ajoute qu'une loi spécifique relative à la réforme de la dotation globale de fonctionnement sera présentée. Cette réforme sera visible parce qu'elle doit être juste et prendre en compte la nouvelle carte des intercommunalités. Je veux laisser au Parlement le temps de préparer les améliorations indispensables. C'était votre demande, celle de l'Association des Maires de France. J'y consens. Il ne s'agit pas de reporter trop loin. Il s'agit de bien faire et de faire juste et toutes les corrections nécessaires seront intégrées dans le projet qui sera présenté par Jean-Michel BAYLET et Estelle GRELIER. C'est dans ce même esprit de transparence et de vérité que sera mis en place, à l'automne, l'Observatoire des finances publiques et de la gestion locale – cher à André LAIGNEL. Le Comité des finances locales disposera de toutes les données indispensables pour travailler à l'établissement de cette réforme. Tout sera clair, tout sera transparent, pour que tout puisse être juste. Mais la réforme se fera. Mais je ne veux pas m'arrêter là. Le fonds exceptionnel d'un milliard d'euros pour l'investissement, qui a été créé cette année, sera non seulement reconduit l'année prochaine, mais également porté à 1,2 milliard. Parce que c'est maintenant qu'il faut investir. Je constate d'ailleurs que sur le fonds de 2016, en quelques mois, 60 % des crédits ont été engagés et 3 000 projets ont été retenus. Sur cette nouvelle enveloppe d'1,2 milliard, 600 millions seront consacrés aux priorités que l'État partage avec vous en matière d'investissements : transition énergétique, logement, accessibilité des bâtiments ; et 600 millions pour les petites villes et la ruralité. Cette enveloppe permettra de financer les contrats de ruralité qui ont été annoncés par Jean-Michel BAYLET, le 20 mai dernier, et d'abonder encore la DETR pour la porter à 1 milliard d'euros au lieu de 800 millions aujourd'hui, parce que je suis attaché à ce que les communes rurales, dans l'intercommunalité, puissent continuer à bâtir et à investir. Je n'ai jamais considéré la commune comme un héritage, dont nous aurions à assurer un legs, à l'entretenir, comme un récit de notre Histoire. J'ai toujours trouvé incongru que l'on puisse déplorer qu'il y ait trop de communes en France. Je sais que c'est à l'échelon communal qu'il y a les solutions les plus concrètes, les plus imaginatives, les plus innovantes. En même temps, je suis lucide, comme vous l'êtes, car j'ai été dans cette responsabilité. Des évolutions sont nécessaires. Des mutations doivent s'opérer. On ne peut pas nier l'évidence et tourner la tête. Pas davantage que l'on peut tout bouleverser en taillant largement dans les structures communales ou dans les budgets. Je propose que l'on puisse agir ensemble pour moderniser notre pays, dans le respect de ses équilibres et des libertés locales. C'est le sens de la réforme territoriale qui a été menée. Cette réforme territoriale, dont on parlait toujours, y compris dans vos congrès, et que l'on ne faisait jamais, aujourd'hui elle est là. Treize grandes régions –je salue le Président RICHERT– qui exercent des compétences stratégiques dans le domaine économique, de l'aménagement du territoire, de la formation professionnelle -puisque c'est avec ces régions que l'État contractualise- pour que l'on puisse sortir un certain nombre de demandeurs d'emploi de cette situation d'exclusion, pour leur redonner les qualifications indispensables et les remettre dans le mouvement de la croissance qui se confirme aujourd'hui. Quinze métropoles dont le dynamisme est essentiel à notre pays et qu'il ne faut surtout pas opposer à l'espace rural, parce que ces métropoles sont de taille européenne et elles nous permettent d'accueillir des entreprises encore davantage. Nous avons voulu clarifier les compétences des départements, les recentrer sur leur rôle de solidarité, avec des discussions qui sont encore poursuivies sur ce qui relève de l'État ou ce qui relève de la collectivité départementale - je salue Dominique BUSSEREAU. Et puis, nous avons fait cette nouvelle géographie des structures intercommunales. Les tailles ont pu varier selon les territoires et les densités. En même temps, il y a eu la volonté de créer un cadre qui puisse être stable, parce que vous avez besoin de cette visibilité dans le temps. Il n'y aurait pas de stabilité et de visibilité, si on était sur des tailles d'intercommunalités qui sans cesse changeraient. Nous respecterons donc l'échéance fixée pour l'achèvement de cette nouvelle carte. De nouveaux délais auraient ouvert une période d'incertitude. L'État restera à votre écoute pour faciliter sa mise en œuvre et apporter toute la souplesse nécessaire. Quand même, quand on regarde le chemin parcouru, au 1er janvier 2017, le nombre d'établissements de coopération intercommunale aura été diminué de moitié : d'un peu plus de 2 062 aujourd'hui, il n'y en aura plus que 1 245 demain. Je sais ce que cela a pu représenter pour vous : des habitudes qui ont changé, des tailles d'intercommunalités et de structures qui ont modifié les anciens découpages, quelquefois cantonaux. Et puis, il a fallu pour certains abandonner un mandat : président d'une Communauté de communes, syndicat mixte. Cela a été votre honneur. C'est la meilleure réponse que l'on peut faire au populisme, qui s'en prend toujours -dans notre Histoire, c'est une constante- aux élus de la République pour mieux revendiquer de prendre leur place le jour venu. La réforme territoriale, c'est un acte de confiance dans les communes de France, qui, je le rappelle, sont les seules à disposer désormais de la clause de compétence générale. Je salue aussi le mouvement qui s'est créé autour des communes nouvelles : 1 090 communes représentant 1 million d'habitants ont fait ce choix. Qui aurait pu d'ailleurs l'imaginer ? L'État a souhaité encourager ces initiatives locales par des incitations financières qui devaient prendre justement fin au mois de juin. Pour ne pas briser cet élan, ce délai sera prolongé jusqu'à la fin de l'année. Ce dont nous avons besoin maintenant, c'est d'une stabilité, dans les incitations, et dans les géographies. Vous voulez aussi je suis également partisan de ce choc simplifier, simplifier votre tâche, simplifier les normes. Quel travail ! Je ne voudrais pas qu'à la tutelle de l'État se substitue maintenant la tutelle des normes, sans que l'on sache exactement qui les a créées. Il arrive parfois, avec le cumul des mandats, que le législateur qui a créé les normes soit incompris par le maire ou l'élu, qui les conteste - et c'est parfois le même. Mais j'ai voulu que ce travail de simplification puisse être, là encore, une œuvre commune. À travers le Conseil national d'évaluation des normes, je pense que nous avons maîtrisé le flux. Reste le stock et il est lourd. C'est pourquoi je suis preneur de toutes les propositions qui peuvent venir pour supprimer, alléger- on en a fait beaucoup - pour l'urbanisme, les marchés publics, les équipements sportifs, le contrôle de légalité. Le Sénat, avec Gérard LARCHER, vient d'apporter sa propre contribution, votre association aussi. Qui mieux qu'un élu local peut évoquer les contraintes excessives, celles qui pénalisent l'initiative ? Alors l'État doit aussi montrer l'exemple. Je pense à la gestion du FCTVA. J'ai découvert que c'était une gestion entièrement manuelle qui mobilisait 3 000 fonctionnaires dans les collectivités. Leur temps serait sans doute mieux employé à bâtir des projets, voire même à dépenser l'argent que le FCTVA permet d'engager. Et bien, l'automatisation de ce processus sera mise en œuvre dès l'année prochaine et cela en sera terminé de cette complexité, avec ces tâches, avec cette lourdeur et avec ce coût. La France et je l'ai rappelé tout à l'heure, c'est une République une et indivisible. Et la loi du marché ne peut pas valoir sur notre territoire. André LAIGNEL a évoqué le traité commercial entre l'Union européenne et les États-Unis. Cela peut paraître loin par rapport à ce qu'est notre enjeu ici, le dialogue entre l'État et les collectivités et les communes en particulier. Et pourtant, dans le cadre de cette négociation, c'est l'ensemble des services publics locaux qui va être concerné. Cette négociation, c'est aussi l'accès aux marchés publics. Je l'ai rappelé plusieurs fois, la France sera particulièrement exigeante pour que les services publics locaux ne soient pas mis en cause dans le cadre de cet accord et pour qu'il n'y ait aucun risque non plus que la réciprocité ne soit pas établie de manière certaine. Je ne voudrais pas que nos entreprises soient empêchées, aux États-Unis, d'entrer dans un certain nombre d'États alors même que les entreprises américaines pourraient venir soumettre leurs propositions à l'ensemble de nos marchés locaux. La France sera ferme par rapport à cette nécessité. Mais je ne veux pas non plus l'inégalité sur le territoire. D'où l'enjeu de ce que l'on appelle la couverture intégrale en très haut débit. Vous savez que 20 milliards d'euros d'investissements y ont été consacrés - ou le seront dans les prochaines années. Près de 50 % du pays sont couverts. Sauf que c'est là où c'est le moins rentable, qu'il y a le moins de possibilités pour les entreprises - comme pour nos concitoyens - d'accéder à ces technologies. En matière de téléphonie mobile, l'effort sera donc renforcé. Il n'y aura plus aucune commune recensée en zone blanche d'ici la fin 2017. L'accès à l'Internet mobile 3G sera également disponible dans toutes les communes d'ici un an. Les opérateurs ont été mis devant leurs responsabilités. Je sais aussi combien vous êtes attachés aux services publics de l'État. Là encore, les Maisons de services publics ont été déployées. On en comptait 400 fin 2015, il y en aura 1 000 en 2016, en lien avec La Poste. La meilleure façon d'assurer la présence postale, c'est de confier à ce grand service public aussi d'autres tâches dans le cadre de ces maisons où nous pourrons mettre l'ensemble des services à disposition de la population. De la même manière, pour les déserts médicaux qui furent un de vos sujets pour le congrès. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 2017, nous aurons 1 200 maisons de santé, soit six fois plus qu'en 2012. Il y a des contrats spécifiques qui ont été passés avec des étudiants. Le numerus clausus a été modulé au plan régional pour favoriser une meilleure répartition. Je voyais les chiffres, ils sont impressionnants. Si nous ne faisons rien, nous manquerons de généralistes, pas de spécialistes mais de généralistes, et particulièrement dans les espaces ruraux et dans certains centres-villes, voire même dans certaines banlieues. Or, nous avons besoin de généralistes et c'est la raison pour laquelle nous mettrons en place - et nous avons déjà mis en place - ces incitations dès que les étudiants peuvent eux-mêmes faire ce choix. Enfin je veux terminer par l'école. L'école qui est pour nous le cœur même de la République, de la promesse qu'elle offre à chaque enfant de France, où qu'il vive, de pouvoir s'instruire et s'élever. L'école, c'est ce qui permet de transmettre aussi les valeurs, ces valeurs dont je parlais au début de mon propos. La République, c'est ce qui nous permet de faire comprendre à tous et à toutes que nous vivons dans le même ensemble. L'école, c'est ce qui nous unit, c'est ce qui va faire que tout au long de notre vie, nous aurons eu ces rencontres avec ces enseignants, avec ceux qui nous auront fait comprendre que nous pouvions réussir notre vie sans pour autant écraser l'autre, oublier le pays qui nous a formés. L'école, je sais que vous y êtes attachés comme maires. Quand il n'y a plus d'école dans un village, dans une commune, on essaie de la faire vivre par d'autres moyens : salle des fêtes ou équipements. Mais on sent bien que, quand il n'y a plus le cri des enfants, il s'est perdu quelque chose. Il a fallu aussi inciter au regroupement, là encore cela n'a pas été facile. J'en ai connus qui ont fait toutes les résistances jusqu'au jour où leur école a fermé. Alors qu'ai-je voulu faire depuis le début du quinquennat ? Créer autant de postes qu'il était nécessaire - 60.000 le seront ; donner la priorité au primaire - deux tiers des postes ont été créés dans les écoles primaires. Pourquoi ? Parce que c'est dans les communes que les écoles primaires sont présentes et parce que c'est là que tout se joue. C'est vrai qu'il y a eu la réforme des rythmes scolaires. J'entendais ce qu'elle a engendré comme coût. Et c'est vrai, ce qu'a fait l'État, pas suffisamment, près de 400 millions d'euros. Néanmoins, et nous allons ajouter ce qui doit l'être pour que vous puissiez accéder davantage aux crédits des CAF puisque c'est parfois difficile d'obtenir l'abondement. Tout sera abondé comme il a été prévu. Mais en même temps j'entendais le président BAROIN. Il avait raison. Cette réforme qui a fait l'objet de tant de débats ici même, aujourd'hui elle est irréversible. Elle est irrémédiable. Et bon courage à ceux qui voudraient la remettre en cause, pour la qualité de l'enseignement et pour les activités extrascolaires ! Alors si on peut améliorer les choses on le fera. Mais on le fera ensemble. Et ce sera une des fiertés que nous avons pu porter ensemble : permettre à ces enfants de France d'être davantage accompagnés et d'avoir un peu plus d'heures de classe parce que c'est comme cela qu'on peut élever et qualifier la jeunesse de France. Enfin, l'égalité. Je sais ici qu'il y a des élus de l'Outre-mer. Je sais ce que les Outremers supportent aujourd'hui, car les difficultés sont toujours plus grandes en Outre-mer. La départementalisation a été décidée il y a 70 ans et il y a encore beaucoup de chemin à faire pour atteindre l'égalité. Les travaux sont en cours, avec Victorin LUREL, Georges PATIENT- le président de l'intergroupe des parlementaires d'Outre-mer - pour que nous puissions avancer encore pour la péréquation de la DGF et mettre en place des dispositifs spécifiques pour l'Outre-mer. Je tiendrai le plus grand compte de leurs propositions. De la même manière, sur un autre territoire, la montagne. Il y aura un projet de loi Montagne qui permettra, là aussi, de tenir compte de la diversité de nos territoires, des paysages et aussi de la valeur irremplaçable de ce patrimoine, avec des règles qui devront être adaptées en conséquence. Mesdames, Messieurs les maires de France, d'abord merci pour votre invitation. À un an de la fin de mon mandat, je voulais être devant vous pour rendre compte parce que c'est le rôle de tout élu, quel que soit le niveau où il se situe, de venir devant ses concitoyens. Vous n'êtes pas des citoyens ordinaires. Vous êtes des citoyens élus, mais en même temps vous êtes ceux qui font la France. Je voulais rendre compte de ce que j'avais fait, y compris dans toutes les conséquences que cela avait pu avoir sur vos propres collectivités. Je voulais assumer ces choix. Je ne les ai pas faits pour moi-même ou pour une sensibilité politique. Je les ai faits pour la France, pour nous permettre aujourd'hui quand je vais devant nos amis européens de ne pas être questionné sur la question précisément de nos déficits, de voir que nous pouvons emprunter aujourd'hui à moins de 1 % sur les marchés, de faire en sorte que nous puissions ensemble maintenant nous dire - même s'il y a encore tant de choses à faire - que nous avons au moins rétabli les comptes publics et maîtrisé la dette. Nous l'avons fait ensemble ! Dans quelques jours, nous allons accueillir un autre événement ensemble : l'Euro de football. Il y aura 10 villes hôtes. Elles ont bien sûr une responsabilité importante. Il y a 24 sites qui vont accueillir les équipes nationales engagées. C'est le pays tout entier qui va participer à cet événement. Sept millions de personnes viendront de tout le continent et nous devons réussir. Nous avons bien été capables de réussir la COP21 après les attentats du mois de novembre. Nous devons montrer une organisation exemplaire pour soutenir la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2024. C'est la responsabilité de tous. Alors, je connais le contexte. Le débat public a sa place. C'est la légitimité qu'ont toutes les organisations représentatives dans une démocratie que de manifester. Le débat peut être vif. Il ne doit jamais être brutal ou violent. Les libertés sont des conquêtes, donc tous ceux qui les atteignent, ces libertés, ne peuvent pas recevoir ici quelque soutien que ce soit. C'est inadmissible dans un État de droit. Ce qui nous rassemble ce sont les valeurs de la République. Vous dites qu'il faut faire cause commune. Oui, cause commune pour la chose commune. Et la chose commune c'est la France. Je sais que vous comprenez ce message, parce que, comme il a été dit vous participez sans relâche au travail qui est le vôtre : fédérer les initiatives, faire fonctionner les services publics, investir, imaginer des projets. Je vous le dis aussi franchement que possible, il n'y a pas d'un côté l'État et de l'autre les collectivités locales. Chacun, chacune a sa responsabilité. Il y a la France. C'est notre devoir de travailler ensemble par-delà les appartenances partisanes, car nous sommes tous les serviteurs de la République et elle nous appelle plus que jamais, cette République, à la soutenir, à la défendre, à la promouvoir et à dire si fort, que la France est belle quand elle est unie. Vive les communes de France, vive la République et vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/326.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/326.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c72d474457aab27049241dc256936044e0912ec8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/326.txt @@ -0,0 +1 @@ +CYRIL VIGUIER Bonjour à tous et bienvenue dans notre matinale d'infos, celle de Public Sénat, de Sud Radio, avec la presse quotidienne régionale. Aujourd'hui, au lendemain de la venue de François HOLLANDE au Congrès des maires de France, notre invitée c'est Estelle GRELIER, secrétaire d'Etat chargée des Collectivités territoriales, bonjour Madame la Ministre, merci d'être avec nous ce matin. Pour vous interroger aujourd'hui Christophe BORDET, de Sud Radio, bonjour Christophe… CHRISTOPHE BORDET Bonjour. CYRIL VIGUIET Et Michael SZAMES, de Public Sénat, bonjour Michaël. MICHAEL SZAMES Bonjour à tous. CYRIL VIGUIER Estelle GRELIER la Seine va atteindre six mètres de haut aujourd'hui, vigilance orange à Paris, les musées du Louvre, d'Orsay sont fermés, 13 départements sont concernés au premier chef, quelles sont vos craintes voilà, qu'est-ce qui peut se passer encore aujourd'hui ? ESTELLE GRELIER Moi la première chose à laquelle je pense quand vous exposez ce qui se passe ce sont les victimes et les sinistrés, parce que pour avoir connu cela dans le territoire dans lequel je suis élue je sais la détresse des… CYRIL VIGUIER La Normandie ! ESTELLE GRELIER La Normandie, à Fécamp précisément dans les années 2000, je sais la détresse des gens quand ils voient leurs biens complètement envahis par l'eau et je sais aussi la grande mobilisation des maires, de leurs équipes municipales, des services municipaux aux côtés des services de secours. Donc, là, j'ai cru comprendre des prévisions météo mais je n'en suis pas une experte que les choses étaient plutôt maîtrisées de ce plan-là, mais vraiment une pensée pour ces territoires qui sont abimés par les évènements climatiques, en précisant que le président HOLLANDE quand il est hier venu s'exprimer devant le Congrès des maires a dit que dès le conseil des ministres prochain, dès mercredi prochain, l'état de catastrophe naturelle serait déclenché et que le fonds… MICHAEL SZAMES Pourquoi cet état de catastrophe naturelle, ça donne droit à quoi exactement ? ESTELLE GRELIER Ça donne droit à une indemnisation pour les communes les plus touchées, ça donne droit à une indemnisation des personnes qui sont victimes de ces intempéries beaucoup plus systématique et plus rapide, et en l'occurrence quand votre maison est inondée concrètement vous vous attendez à être indemnisé rapidement avec une bienveillance des assurances – ce qu'elles font – quand elles sont couvertes par l'état de catastrophe naturelle. CHRISTOPHE BORDET Justement, justement, il ne faut pas que l'Etat se substitue aux assurances - on sait bien que les assurances essaient toujours un petit peu de « gruger » si je puis dire - est-ce que vous appelez les assurances ce matin à faire leur boulot-là clairement ? ESTELLE GRELIER Moi j'appelle toujours chacun à faire son boulot, les assurances également, et j'ajoute sur ce point que vous savez que de manière classique il y a un fonds de soutien aux collectivités qui sont touchées par des évènements climatiques de grande ampleur et le président a indiqué que ce fonds serait réactivé parce qu'il y a aussi des biens publics qui sont abimés par les intempéries. CYRIL VIGUIER A hauteur de combien, on a déjà les chiffes, on peut chiffrer cela ? ESTELLE GRELIER Je crois qu'aujourd'hui on est plutôt à venir porter secours aux personnes qui sont en difficulté plutôt qu'à chiffrer les dégâts, mais cette étape va venir là maintenant rapidement. CHRISTOPHE BORDET Juste une chose, puisqu'on parle des aides à venir, les conséquences économiques vont être forcément importantes : des entreprises à l'arrêt, les bateaux-mouches à Paris par exemple qui ne peuvent plus fonctionner, certains restaurants en bord de Seine qui sont fermés, qui sont inondés et du chômage technique en vue, est-ce que le gouvernement doit faire un effort supplémentaire pour aider justement les entreprises concernées ? ESTELLE GRELIER Non mais je crois que de manière générale sur le terrain, autour des services de l'Etat - et notamment des préfectures les thématiques - les problématiques telles que celles que vous indiquez, remontent et qu'il y a des dispositifs… CHRISTOPHE BORDET Sont prises en compte ? ESTELLE GRELIER Franchement elles sont prises en compte et il y a un grand soutien, un accompagnement, donc à l'épreuve des faits peut-être nous reverrons-nous et vous m'expliquerez que ça n'est pas le cas, mais moi de ce qui me revient il y a une grande vigilance sur ces thématiques, notamment sur les fermetures d'entreprises, mais en plus des biens. CHRISTOPHE BORDET Est-ce que pour le moment le gouvernement est à la hauteur de ces inondations, de ces crues ? ESTELLE GRELIER Est-ce que le gouvernement est à la hauteur ? J'avoue avoir du mal à comprendre la question ! CHRISTOPHE BORDET Alors est-ce que le gouvernement tient son rôle, fait ce qu'il faut, etc. ? ESTELLE GRELIER Le gouvernement n'est pas responsable des intempéries et… CHRISTOPHE BORDET D'accord ! Est-ce qu'il fait ce qu'il faut pour aider les… ESTELLE GRELIER En tout cas il indique que, dès le prochain conseil des ministres, il va déclencher l'état de catastrophe naturelle et c'est une demande forte des territoires que les fonds de soutien vont être activés et les services de l'Etat sont tous mobilisés et notamment les forces de secours - enfin il ne faut pas oublier qu'il y a des gens sur le terrain - donc soyons dignes pour ne pas envisager une quelconque polémique autour de ces sujets. MICHAEL SZAMES François HOLLANDE hier devant les maires a annoncé une division par deux de la baisse des dotations aux collectivités, ça y est il a lâché François HOLLANDE face à la grogne des maires ? ESTELLE GRELIER Non, ce n'est pas une belle manière de présenter le sujet. MICHAEL SZAMES C'est une question ! ESTELLE GRELIER Non, mais les efforts des collectivités qui ont participé de manière importante au redressement des comptes publics de la Nation ne vous sont pas inconnues, vous savez que depuis 2014 l'intégralité des collectivités a contribué à hauteur de 8,3 milliards d'euros, ce que le président a dit c'est que des efforts ont été faits - par ailleurs sur le terrain on sait que chacun s'est organisé, les élus municipaux, les élus communautaires se sont organisés pour remettre en perspective leurs services, re-projeter au niveau par exemple des intercommunalités leur politique publique - ce qu'il a dit hier c'est que ça va mieux, des efforts ont été faits, on redistribue aussi vers les collectivités, ça n'est pas de la redistribution… MICHAEL SZAMES Mais ça ne va pas mieux pour les maires, c'est ce qu'ils vous disent également, ils sont pris à la gorge ? ESTELLE GRELIER Ce n'est pas de la redistribution, c'est juste d'abaisser à un milliard une contribution qui était prévue l'année prochaine à deux milliards d'euros pour le bloc communal, c'est-à-dire les communes et les intercommunalités. CHRISTOPHE BORDET Et cet argent il va falloir le trouver quelque part, on va le prendre où alors ? ESTELLE GRELIER Non, mais cet argent… Déjà il y a des débats parlementaires qui ne vous échappent pas dans le cadre du PLF 2017… CHRISTOPHE BORDET Oui ! Oui, oui. ESTELLE GRELIER On est vraiment dans des efforts qui ont été fournis… MICHAEL SZAMES Oui, il y a quatre milliards à trouver, madame GRELIER. ESTELLE GRELIER Oui, oui, mais ça c'est une présentation polémique du sujet. Le président a dit que l'objectif des 3 % des déficits publics serait tenu, la prévision pour… CHRISTOPHE BORDET Donc on va faire comment, ce 1,2 milliard on va faire comment pour le retrouver clairement ? ESTELLE GRELIER Eh bien vous savez qu'en France il y a des sénateurs et des députés qui discutent du projet de loi de finance pour 2017… CHRISTOPHE BORDET Oui, justement. ESTELLE GRELIER Et qui ont à convenir d'arbitrage sur ce sujet. MICHAEL SZAMES D'arbitrage, d'économies à trouver. Quand on donne de l'argent aux fonctionnaires, quand on donne de l'argent aux intermittents, quand on donne un petit peu, à un moment donné les comptes ils sont là, il y a quatre milliards à trouver ? ESTELLE GRELIER Très bien ! Mais je rappelle juste que ceux qui à côté de vous ou avec vous, où d'où vous relayez la polémique, sont les mêmes je le dis parce que l'association… MICHAEL SZAMES Valérie RABAULT, rapporteur du Budget à l'Assemblée nationale, est socialiste par exemple ? ESTELLE GRELIER Toutes les associations du bloc communal, qui représentent les élus communaux et communautaires, ont demandé à l'unanimité à ce qu'en2017 ce ne soit pas un milliard d'euros qui soit à payer par les communes et les intercommunalités mais zéro, vous m'entendez, y compris l'opposition de droite a demandé zéro - quand bien même elle présente pour les prochaines années un plan d'économies de 100 milliards d'euros - moi je trouve cette polémique pas vraiment à la hauteur, et il y a des débats parlementaires. MICHAEL SZAMES Sur les rythmes scolaires l'Etat demandait 650 millions, là il n'y a pas eu un euro. ESTELLE GRELIER Sur les rythmes scolaires… Non ! Mais attendez, ce n'est pas vrai, parce qu'il y a un fonds je vous rappelle à l'époque d'amorçage qui était à la hauteur de 440 millions d'euros dans mes souvenirs qui a été pérennisé par les parlementaires… MICHAEL SZAMES L'Association des maires demande 650 millions ! ESTELLE GRELIER Oui, mais l'Association des maires demande 640 millions, la réponse c'est aussi de dire qu'il y a des fonds notamment des Caisses d'Allocations Familiales - à hauteur de 500 millions d'euros qui peuvent être mobilisés, qui le sont trop peu, et donc il faut aussi faire appel aux dispositifs… MICHAEL SZAMES Donc, c'est la réponse. CYRIL VIGUIER Il faut aussi faire appel aux dispositifs qui sont existants ; et par ailleurs, sur un ton un peu plus humoristique - si vous me l'autorisez ce matin on ne peut pas d'un côté dire : « mais attendez, les maires demandent ça, comment ça vous n'avez pas répondu sur les travaux ou les temps d'activités périscolaires » et de l'autre côté nous expliquez qu'on ne sait pas le financer, tout ça mérite un peu de cohérence. CHRISTOPHE BORDET Dites-moi la méthode Hollande, à laquelle fait allusion Michael à l'instant, c'est-à-dire de redistribution on va dire, est-ce que ça tombe à pic-là avant 2017, auprès des maires par exemple ? Il ne s'agit pas de polémiquer, c'est une question. CYRIL VIGUIER On peut rappeler la phrase de François HOLLANDE hier : « J'ai considéré, dans l'état actuel de nos finances publiques, que ce que je pouvais faire était ce que je pouvais honorer », dit François HOLLANDE. ESTELLE GRELIER Tout à fait et, je crois, dans une intention qu'il a toujours indiquée. Il y a des efforts à faire, si les choses se rétablissent, si notamment la trajectoire des finances publiques se rétablit, c'est le cas ; si les choses s'améliorent et on entrevoit, vous le savez, un retour à la croissance une amélioration même si c'est suffisant sur le front du chômage, alors nous redistribuerons. Et on considère que les élus ont fait des efforts, des efforts de structure sur lesquels j'insiste, et sont totalement mobilisés notamment sur le front de l'emploi. Je souscris totalement d'ailleurs aux propositions qui ont été faites par le président et qui sont des propositions d'équilibre. MICHAEL SZAMES François HOLLANDE vous a confié avec Jean-Michel BAYLET la préparation d'une loi sur le financement des collectivités territoriales. Qu'est-ce qu'il va y avoir dans cette loi ? ESTELLE GRELIER Désolée, il faut être un peu précis sur ce point. MICHAEL SZAMES La dotation globale de fonctionnement. ESTELLE GRELIER Voilà, parce qu'il y a une demande qui est une demande ancienne aussi du monde territorial et qui traverse, je crois, les dernières décennies, d'une loi de financement spécifique des collectivités locales. Mais là, ça n'est pas de ça dont on parle : on parle d'une loi de réforme de la DGF. Vous savez que la dotation globale de fonctionnement, c'est le moyen le plus important de l'Etat pour aider les collectivités, qu'il y a eu des rapports qui ont indiqué que la manière dont elle était répartie sur le territoire n'était pas juste ni solidaire. Les parlementaires ont travaillé autour de ce sujet. Il y a eu un article de la réforme de la DGF qui a été voté dans le cadre du projet de loi de finances l'année passée dont l'application a été reportée d'une année pour notamment prendre en compte les périmètres des intercommunalités qui sont appelées à fusionner aujourd'hui. Un certain nombre de désaccords s'étaient fait jour, notamment autour de petits sujets techniques que je vais vous épargner ce matin sur lesquels nous retravaillons avec le comité des finances locales, les sénateurs et les députés. Dans la loi ce qu'il y aura, c'est un consensus pour obtenir une meilleure allocation des moyens de l'Etat dans les territoires. Ce qui n'est pas le cas puisqu'il y a par exemple sur une commune même taille, pas le même territoire et mêmes caractéristiques vous pouvez avoir une allocation des moyens de l'Etat qui varie entre un et cinq. C'est pour précisément lisser ces inégalités. CHRISTOPHE BORDET Donc aide aux communes, ça c'est la première chose. C'est aide aux communes, on a parlé hier avec le président, on en parle encore avec ce texte. Est-ce que ça va permettre aussi un coup de pouce aux départements qui sont eux aussi en grande difficulté aujourd'hui et pour beaucoup à droite ? ESTELLE GRELIER Oui. Enfin la dernière phrase, le dernier propos, n'est pas vraiment en relation avec les mesures. CHRISTOPHE BORDET Elles sont… ESTELLE GRELIER Non. Non, non, non. CHRISTOPHE BORDET On a aidé les communes hier, beaucoup sont à gauche. ESTELLE GRELIER Sur un certain nombre de dossiers, je le dis, sur la question de la lutte contre la radicalisation, la mise en œuvre des mesures de l'état d'urgence, les réfugiés et cætera, l'Etat et les collectivités sont extrêmement unis et font front commun, cause commune d'ailleurs comme c'était le slogan de l'AMF, donc il ne faut pas opposer ces territoires. CHRISTOPHE BORDET Donc est-ce que ça va vous permettre de donner un coup de pouce aux départements ? ESTELLE GRELIER Le coup de pouce aux départements, il a existé par le pacte de confiance en 2014 où il y a eu une possibilité pour les départements d'activer un certain nombre de financements qui leur a rapporté 1,4 milliard d'euros. La discussion, et vous avez raison de souligner ce point, la discussion aujourd'hui avec les départements, elle est sur la question de la recentralisation du financement du RSA qui est une allocation de solidarité qui pèse beaucoup dans les budgets. L'année dernière, le gouvernement a réglé cette question par un fonds d'urgence. Cette année, nous sommes en discussion pour voir s'il y a une possibilité de recentraliser ce financement et donc voilà. Nous sommes dans le cadre de groupe de travail, il y a une décision qui doit être prise pour le mois de juin sur les départements où nous avons une discussion. MICHAEL SZAMES La décision est arrêtée ou pas ? ESTELLE GRELIER Non. Nous sommes vraiment en plein groupe de travail. Le gouvernement a dit son intention de recentraliser le financement qui a été demandé par l'ADF. L'Association des départements de France demande la recentralisation du financement. Le gouvernement, par la voix de Manuel VALLS, a donné son accord. MICHAEL SZAMES Une précision : votre loi, c'est pour quand ? ESTELLE GRELIER C'est pour quand les conditions du débat seront réunies. MICHAEL SZAMES Ce qui veut dire ? ESTELLE GRELIER Le plus vite possible. Le président je l'ai bien noté et je l'ai entendu ainsi a dit qu'il ne fallait pas repousser à très loin cet exercice de justice… MICHAEL SZAMES La loi c'est quand ? A la rentrée ? ESTELLE GRELIER Les parlementaires travaillent depuis le début de l'année, franchement depuis le début de l'année sur ce sujet. On discute vraiment activement avec eux. Le comité des finances locales a déjà fait des propositions sur les questions de péréquation. MICHAEL SZAMES Donc la loi, ça peut être beaucoup plus tard. ESTELLE GRELIER Non. La loi, c'est quand on a la possibilité d'un consensus politique à l'Assemblée et au Sénat puisque, jusqu'à preuve du contraire, ce sont encore eux qui votent les lois. CYRIL VIGUIER Estelle GRELIER, vous êtes membre du gouvernement. Cent casseurs s'en sont pris aux commerçants rue de Vaugirard dans le XVème arrondissement de Paris hier, en plein après-midi. Cela fait des semaines que les violences ont lieu un peu partout à cause des casseurs. Où est l'autorité de l'Etat ? ESTELLE GRELIER Déjà sur les casseurs et ce que vous évoquiez est vraiment absolument inacceptable, notamment – voilà, moi je trouve ça profondément inacceptable et je veux le dire. Sur l'autorité de l'Etat, c'est une polémique à laquelle le gouvernement a le droit, je crois, à chacune des séances de questions au gouvernement. Bernard CAZENEUVE y répond avec Manuel VALLS à chaque fois en rappelant que nous avons renforcé en nombre de postes notamment les forces de l'ordre, que nous avons veillé à ce qu'elles soient mieux équipées et qu'à chaque fois, des interpellations ont lieu et que la police fait son travail. CYRIL VIGUIER Elles ont mis une heure à intervenir hier. ESTELLE GRELIER Oui, très bien, mais on peut toujours sur des sujets individuels pointer ici ou là la faute. La vérité, c'est que les services de police font leur travail. CHRISTOPHE BORDET Estelle GRELIER, Jean-Luc MELENCHON demande ce matin dans Le Parisien de renvoyer Manuel VALLS et d'enlever la loi Travail. Les yeux dans les yeux, vous lui répondez quoi ? ESTELLE GRELIER Déjà, je ne suis pas sûre de bien aimer cette expression « les yeux dans les yeux ». CHRISTOPHE BORDET Elle vous rappelle quelque chose, d'accord. ESTELLE GRELIER Elle rappelle à chacun beaucoup de choses. Mais je dis que c'est absolument caricatural, que c'est enfin moi, je n'aime pas cette ultra-personnalisation du sujet. La loi Travail, nous le savons, ne sera pas retirée parce qu'elle porte des nouveaux droits pour les entreprises, pour les salariés, et qu'elle met au cœur du Code du travail le dialogue social. On est dans une forme de surenchère que je vois bien mais à laquelle les yeux dans les yeux je redis qu'il y a des nouveaux droits dans cette loi. CHRISTOPHE BORDET Oui, justement : « Si nous cédions, il ne serait plus possible de réformer la France », c'est ce que dit le Premier ministre ce matin dans les journaux du groupe EBRA dont L'Est Républicain. Cette intransigeance, est-ce que vous la comprenez ? Est-ce que vous la soutenez ? ESTELLE GRELIER Je la soutiens totalement. Je considère qu'à un moment, il faut écouter ceux qui ne sont pas… CHRISTOPHE BORDET Elle coûte du dialogue quand même cette intransigeance. ESTELLE GRELIER Oui, mais les organisations syndicales, contrairement à ce qu'on peut entendre, elles ont été associées à ce texte. Je rappelle qu'il y a eu première version du texte et le texte dont nous parlons aujourd'hui n'a rien à voir avec la première version. Il y a eu la recherche d'un compromis, un certain nombre d'amendements ont été pris du côté des parlementaires sur le début de la discussion. Bien entendu, chacun ne peut pas obtenir à 100 % satisfaction dans ses revendications et je crois que Manuel VALLS… CHRISTOPHE BORDET Qui est le plus intransigeant ? VALLS ou la CGT ? ESTELLE GRELIER Non. Manuel VALLS a raison de dire que le pays doit se réformer. MICHAEL SZAMES Que la France n'est pas bloquée ? ESTELLE GRELIER Que la France n'est pas bloquée, que ce pays a beaucoup d'atouts et qu'il faut, notamment sur cette question, aller à la réforme. Moi, je soutiens vraiment, complètement… MICHAEL SZAMES 11 % dans les sondages pour François HOLLANDE, record d'impopularité, sondage pour Le Huffington Post. 36 % des sympathisants socialistes restent favorables à François HOLLANDE, c'est assez peu quand même. Vous croyez que ça va vraiment mieux pour le président ? ESTELLE GRELIER La question, c'est quoi ? Est-ce que ça va mieux pour le président ou est-ce que ça va mieux pour les territoires ? MICHAEL SZAMES Est-ce que ça va mieux pour lui ou pas ? ESTELLE GRELIER Il y a des indicateurs objectifs de retour à la croissance, je l'ai dit, d'un certain nombre de demandeurs d'emploi qui ont retrouvé le… MICHAEL SZAMES Mais je vous parle du président de la République. ESTELLE GRELIER D'accord, mais dans une personnalisation extrêmement forte. Qu'est-ce que vous voulez ? Que je commente des sondages ? CHRISTOPHE BORDET La croissance va mieux mais pas François HOLLANDE dans l'opinion. ESTELLE GRELIER Je ne suis pas sûre, franchement. Vous étiez hier au congrès des maires, il a fait un discours absolument remarquable. Oui, il a fait un discours remarquable. Il connaît les problématiques de ces territoires. Moi les sondages, j'avoue que ce n'est pas ce qui fait mon choix et je pense que François HOLLANDE est un bon président de la République et je le soutiens. CYRIL VIGUIER Estelle GRELIER, Secrétaire d'Etat chargée des Collectivités territoriales, était notre invitée ce matin. Ségolène ROYAL vient de déclarer qu'elle craignait qu'avec la décrue, on découvre des victimes. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/327.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/327.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f0f4e3284ab0e663ed6c3de158ee9bad01fa9c80 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/327.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président Vigier, hier soir, vous l'avez dit, deux policiers, deux courageux serviteurs de la nation ont été lâchement assassinés, victimes du terrorisme islamiste et, comme vous, une nouvelle fois, j'ai naturellement une pensée pour Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider. Cela suscite émotion - et cette émotion ne doit pas passer -, mais aussi effroi car, en matière d'horreur, un cap a été franchi : c'est le domicile, l'intimité même d'une famille, d'un couple de fonctionnaires de police, qui a été pris pour cible. Toutes nos pensées vont vers les victimes, leurs proches, vers ces enfants qui devront grandir sans leur père et sans leur mère. Nos pensées, Monsieur le Président, vont aussi - dans de tels moments, il faut le rappeler avec force - vers tous les policiers, tous les gendarmes de France, toutes les forces de l'ordre qui ont, une fois encore, payé le prix - en l'occurrence, celui de leur vie. Oui, nous leur devons la solidarité, et nous devons nous rassembler autour des membres des forces de sécurité. Nos policiers, nos gendarmes s'engagent pour défendre l'ordre républicain, pour nous défendre et pour nous protéger. Nous devons à ces femmes, à ces hommes, une infinie gratitude. Je n'accepte plus - je le dis avec force dans cet hémicycle - les mises en cause permanentes de ces hommes et de ces femmes qui risquent leur vie pour notre liberté. Nous devons être aux côtés de nos forces de l'ordre, particulièrement sollicitées aujourd'hui, et leur dire notre respect et notre affection. En deux jours, à Orlando - avec cette terrible attaque terroriste homophobe - et à Magnanville, une même idéologie de mort est passée à l'acte, certes de manière différente, mais avec les mêmes objectifs : tuer, semer la terreur, contester ce que nous sommes et nous empêcher de vivre librement. Nous nous trouvons face à une menace globale, et il faut bel et bien partir de là, Monsieur le Président Vigier. C'est pourquoi j'avais évoqué la fin d'une forme d'insouciance au sein de nos sociétés. Cette menace globale réclame de notre part de la maîtrise et du sang-froid. Le combat sera de longue haleine. Il se mène aussi bien dans les zones de guerre, en Syrie et en Irak - où, aujourd'hui, l'État islamique recule mais est toujours présent - que sur notre sol. De fait, la radicalisation est un phénomène massif : je veux rappeler que 2.116 de nos ressortissants sont impliqués dans les filières syro-irakiennes et que 180 ont trouvé la mort en Syrie ou en Irak. Dans notre seul pays, 9.500 individus ont été signalés à la plateforme nationale. C'est donc la société tout entière qui doit se mobiliser, et c'est le sens du plan d'action que j'ai présenté, avec le ministre de l'intérieur, il y a quelques semaines. Notre première arme est le droit pénal, et la légitimité de l'État de droit, qui nous permet de poursuivre, d'incarcérer et de mettre hors d'état de nuire tous ceux qui s'engagent dans ces filières. Mais, Monsieur le Président, il faut refuser toute tentation de recourir aux aventures extrajudiciaires - telles celles expérimentées dans certains pays au cours des années 2000 -, qui ont parfois mené à de véritables impasses. Il faut, en revanche, affecter tous les moyens à l'action répressive, et agir partout contre la radicalisation, y compris en milieu carcéral. Il faut aussi mobiliser les familles, les services publics sociaux et donc, je le répète, toute la société. Actuellement - il faut être précis -, 295 dossiers judiciaires, relatifs à 1.216 individus, sont ouverts à la direction générale de la sécurité intérieure. Au cours des quinze derniers jours - le ministre de l'intérieur aura l'occasion de le rappeler -, seize personnes soupçonnées d'activité terroriste ont été interpellées et présentées aux magistrats antiterroristes. Nous avons tiré les leçons des attentats de ces trois dernières années : beaucoup a été fait, qu'il s'agisse des moyens - je pense par exemple à ceux qui ont été affectés au renseignement -, de la législation antiterroriste ou, bien entendu, de la mise en œuvre de l'état d'urgence. Tout doit être fait, tous les éléments doivent être examinés avec la plus grande attention, en fonction de ce que nous dira l'enquête - le procureur Molins s'est exprimé il y a un instant. Mais c'est un combat dans la durée ; c'est sans doute l'affaire d'une génération. En outre, vous le savez parfaitement, il n'existe malheureusement pas de risque zéro. Le terrorisme veut imposer la peur, et notre réponse, c'est bien de résister. Combattre le terrorisme et résister aux peurs et aux violences - à toutes les formes de violence qui s'emparent de notre société. Avec nos forces armées, avec nos forces de sécurité, avec la force de l'État de droit et de la démocratie - c'est en effet ainsi que l'on impose l'autorité -, sans faiblir et avec sang-froid, nous mènerons ce combat. Monsieur le Président Le Roux, nous avons déjà eu l'occasion de le dire ici même, dans cet hémicycle, dans le respect des uns et des autres : nous faisons face à un défi considérable. Il est considérable non seulement parce que nous menons la guerre au terrorisme en Syrie et en Irak par l'action des coalitions auxquelles nous participons, mais aussi parce que nous faisons face à un ennemi intérieur, dont l'existence s'est révélée sans doute essentiellement au cours de l'année 2012. C'est pour cela que, au nom même de notre idéal démocratique, de la protection de nos libertés, nous nous sommes dotés des moyens d'agir : deux lois antiterroristes, une loi qui vient d'être promulguée pour mieux lutter contre le terrorisme et le crime organisé, deux lois sur le renseignement, des moyens supplémentaires pour nos forces de sécurité, nos forces armées et bien sûr pour le renseignement. Nous savons en effet que le suivi d'un nombre aussi important d'individus - je vous ai donné les chiffres à l'instant - nécessite des emplois, des moyens considérables, techniques, qualifiés. Bernard Cazeneuve, Jean-Yves Le Drian et moi-même nous y employons depuis quatre ans s'agissant de nos services de renseignement. Il faut donc poursuivre cet effort avec la plus grande détermination. Les éléments de l'enquête demeurent bien sûr parcellaires et je demande que nous respections le rythme décidé par le procureur de la République. Nous savons d'ores et déjà que le meurtrier était lié aux filières djihadistes. Interpellé en mai 2011, il a été incarcéré et condamné en 2013 pour participation à une association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes, sans avoir d'ailleurs lui-même quitté le territoire national. Depuis août 2015, il avait fait à nouveau l'objet d'une judiciarisation. Seule l'enquête judiciaire - je le répète : il faut laisser à la justice le temps de mener ce travail avec méthode et sans pression - pourra établir comment et quand l'assassin a conçu son projet, avec quel degré de planification, de complicité ou de soutien il a pu agir et, le cas échéant, avec quelle méthode de dissimulation il est parvenu à en cacher l'existence. La multiplication des appels au meurtre déversés par les organes de propagande des groupes terroristes, messages qui touchent une partie de notre jeunesse, la diffusion des messages racistes et antisémites, de haine de la France, de la démocratie et de notre mode de vie nous obligent, puisque nous avons été touchés comme l'ont été il y a quelques jours les États-Unis, puisque nous avons été touchés en 2015, à mobiliser non seulement toutes nos forces de sécurité, mais aussi la société. Monsieur le Président, je suis inquiet, comme vous, non seulement face à cette menace et à ses actes, mais aussi face à ce qui se passe parfois dans la société française, face aux actes de violence. Et rien ne peut être banalisé, surtout dans ces moments-là. La seule réponse possible, ce sont donc les moyens que nous mettons au service des forces de sécurité et de la justice, ce sont les moyens que nous mettons au service de l'autorité au nom même de la République et de l'État, mais toujours dans le respect de nos libertés fondamentales. Puisque le terrorisme entend s'en prendre à ces libertés fondamentales, les armes pour lutter contre le terrorisme sont la liberté, la démocratie et l'État de droit. Sur ce point aussi, vous pouvez compter sur ma détermination. Monsieur le Député, toutes les questions sont légitimes. À l'enfant, aux familles, aux collègues et camarades de ces deux fonctionnaires de police, nous devons bien sûr toute la vérité. Nous la devons en permanence à la nation tout entière, qui fait preuve de force et de courage face à ce qu'elle subit. Mais, Monsieur le Député, je vous le dis très franchement : je n'ai envie d'aucune polémique ! Bien sûr, c'est le rôle du Parlement que d'évoquer ce sujet et vous-même avez mené, avec Patrick Mennucci, un travail fort intéressant sur les filières djihadistes. Une commission d'enquête parlementaire sur les attentats du 13 novembre dernier est par ailleurs en cours. Le ministre de l'intérieur, le garde des sceaux et moi-même nous posons en permanence toute une série de questions afin de comprendre les faits, aidés en cela par le regard acéré, professionnel, de la justice et du procureur Molins. (...) Je vous le dis très clairement : nous sommes prêts à examiner toutes les propositions, mais pas celles qui mettent en cause l'État de droit. Moi, je ne veux ni de la peine de mort, ni de Guantánamo, ni de la vente des armes, car je sais ce que peut donner ce modèle. Le meilleur moyen de lutter contre le terrorisme, c'est la démocratie, c'est l'État de droit, c'est la détermination, c'est le sang-froid. Et quand on lutte contre le terrorisme, Monsieur le Député, quand on est en guerre, on ne dévie pas d'une ligne : on va jusqu'au bout et on combat le terrorisme, droit dans les yeux, parce que c'est ça qu'on attend d'une démocratie ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/328.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/328.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0b9f51e01d238dbb277d797f9ce22a723f50ea4d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/328.txt @@ -0,0 +1 @@ +PATRICK COHEN Bonjour Manuel VALLS. MANUEL VALLS Bonjour Patrick COHEN. PATRICK COHEN Encore une fois l'assassin de ce couple de policiers des Yvelines, Jessica SCHNEIDER et Jean-Baptiste SALVAING, était un repris de justice condamné dans un dossier terroriste, surveillé récemment. Je dis encore une fois parce que c'était le cas de certains des tueurs de janvier 2015, Chérif KOUACHI et Amedy COULIBALY. N'y a-t-il pas là un échec, un défaut de suivi ou d'analyse du renseignement, une défaillance du dispositif ? MANUEL VALLS Moi je ne laisserai pas dire, Patrick COHEN, qu'il y a eu, de la part de nos forces, chargées de la lutte contre le terrorisme, la moindre négligence, ni le moindre manque de discernement. PATRICK COHEN Au moins un échec ? MANUEL VALLS Je sais la difficulté de leur tâche ; mais il y a toujours un échec, quand il y a deux policiers, deux fonctionnaires, qui sont assassinés dans ces conditions atroces, et j'ai une pensée évidemment pour la famille, les proches, les collègues, de Jean-Baptiste SALVAING et de Jessica SCHNEIDER, je sais ce que la police aujourd'hui ressent profondément, mais je sais aussi la difficulté de leur tâche, et c'est pour ça qu'ils ont toute ma confiance et celle du gouvernement. Soyons précis, cet individu, ce criminel, Laroussi ABBALLA, qui avait purgé sa peine d'emprisonnement, puis sa mise à l'épreuve de 2 ans, a été de nouveau placé sous écoute téléphonique au début de cette année, ces interceptions n'ont pas permis de détecter un éventuel passage à l'acte, le passage à l'acte solitaire, comme cela a été le cas lundi soir, est en effet, disons-le, le plus difficile à déceler. PATRICK COHEN Donc ce sont des actes, sinon impossibles, du moins très difficiles à empêcher, à déjouer ? MANUEL VALLS Nous faisons face à une menace globale, à un ennemi extérieur, que nous combattons, en Irak et en Syrie principalement, et qui aujourd'hui recule, cela a été dit il y a un instant, et un ennemi intérieur, avec ces individus radicalisés, auto-radicalisés, en prison, sur Internet, et qui peuvent agir, avec très peu de moyens, nous l'avons vu. Au fond nous faisons face à deux types de risque, l'attentat organisé, comme nous les avons subis en 2015, ou comme à Bruxelles il y a encore quelques mois, où des individus, et ce n'est pas la première fois malheureusement, que cela arrive, peuvent agir, d'où, évidemment, le renforcement de nos moyens de sécurité, de renseignements, pour resserrer au plus près les mailles du filet. Mais plusieurs fois, et sans doute à votre antenne, j'ai dit que nous étions en guerre, que cette guerre allait être l'affaire d'une génération, que ça allait être long. Aujourd'hui l'un des meilleurs spécialistes de la radicalisation de notre pays, Farhad KHOSRKHAVAR, dit qu'il faudra 10 à 20 ans pour éradiquer cette menace permanente. PATRICK COHEN C'est dans les colonnes du Parisien ce matin. MANUEL VALLS D'autres innocents perdront leur vie. C'est très difficile à dire, c'est évidemment, on peut m'accuser, je comprends parfaitement, de rendre la société encore plus anxiogène qu'elle ne l'est aujourd'hui avec ces événements, mais malheureusement c'est cette réalité, c'est l'affaire d'une génération… PATRICK COHEN On va vivre longtemps… MANUEL VALLS Combattre ces centaines d'individus qui se sont radicalisés et qui représentent un vrai danger. PATRICK COHEN On va vivre longtemps avec cela Manuel VALLS. MANUEL VALLS Oui, je l'avais dit d'ailleurs à des jeunes, à des jeunes lycéens, au mois de janvier 2015, je me rappelle de cette discussion, en disant « votre génération va être concernée évidemment par cette menace terroriste. » Ça veut dire qu'il faut non seulement mettre tous les moyens, au service de la police, de la gendarmerie, de nos forces armées, de la justice, c'est ce que nous faisons, mais il faut une mobilisation de toute la société, il faut comprendre aussi tous ces phénomènes de radicalisation, il faut agir, c'est ce que fait le gouvernement. PATRICK COHEN Une partie de la droite réclame des mesures d'exception, est-ce que vous écartez totalement l'idée de centres de rétention pour les fichés ou les suspects de terrorisme ? MANUEL VALLS Dans tous les pays, qui luttent contre le terrorisme, on distingue les mesures de surveillance, ce sont les fiches S, qui peuvent être décidées d'ailleurs par un simple policier ou un agent de renseignements, et les mesures d'enfermement qui doivent être décidées par un juge, et vouloir confondre les mesures de surveillance et les mesures d'enfermement, est dangereux et affaiblirait la lutte antiterroriste. Et que cherchent ces responsables de l'opposition, et moi honnêtement, avec ce que nous venons de vivre, je n'ai pas envie de polémiquer, mais que cherchent ces responsables qui font ces propositions, veulent-ils priver les policiers ou les agents de renseignements de la possibilité de décider de mesures de surveillance, ou veulent-ils dépouiller les magistrats de la responsabilité de décider des mesures de privation de liberté qui sont, vous le savez, relèvent uniquement du juge ? Le Conseil d'Etat, d'ailleurs, qui a été interrogé par nos soins à la fin de l'année 2015, avait été très clair. Et je veux rappeler cependant que nous avons pris déjà un certain nombre de décisions, parce que nous avons voté deux lois antiterroristes, une autre loi qui vient d'être promulguée. Et dans cette loi, la loi du 3 janvier 2016, sur le crime organisé et le terrorisme, on institue la perpétuité réelle contre les auteurs de crime terroriste, elle permet le placement, sous bracelet électronique, et le suivi socio-judiciaire des condamnés, et elle crée le dispositif de contrôle administratif des individus de retour des théâtres d'opérations terroristes comprenant une période d'assignation à résidence et une possibilité d'intégrer un centre de déradicalisation, centre que nous sommes en train de créer. Mais tout ça se met en place… PATRICK COHEN Mais tout cela n'empêchera pas d'autres crimes terroristes. MANUEL VALLS Parce que nous avons tiré les enseignements de cette menace terroriste, mais il faut le faire, encore une fois, avec beaucoup de détermination, beaucoup de sang-froid, ne pas inventer à chaque fois une mesure, alors que nous venons de subir cette attaque terroriste, et ne pas nous diviser, c'est pour ça que je ne veux pas polémiquer. Ce que les terroristes cherchent c'est à fragmenter, c'est à fracturer, c'est à diviser la société française, et nous, au contraire, nous devons rassembler. Donc j'appelle chacun, au sang-froid, s'il y a de nouvelles propositions, il faut toujours bien sûr les examiner, c'est ça une vie démocratique. PATRICK COHEN Mais vous n'en n'avez pas entendues qui retiennent votre attention jusqu'à présent. MANUEL VALLS Je vois, y compris qu'au sein de l'opposition, beaucoup considèrent que ce n'est pas le moment de lancer, alors que les policiers sont sous le choc, les Français sont sous le choc ; à midi nous observerons tous, avec le président de la République, mais partout, dans tous les commissariats, une minute de silence. Ce que les Français attendent c'est du sang-froid, c'est la mobilisation, et c'est même de la résistance, de la résilience, comme le peuple français a su faire preuve au cours de ces derniers mois. PATRICK COHEN L'opposition à la loi Travail, Manuel VALLS, la mobilisation hier a été importante, on ne va pas entrer dans la querelle de chiffres, mais si l'on s'en tient au comptage de la police il n'y a jamais eu, depuis le début du mouvement, autant de monde dans les rues de Paris, 3 fois plus que le 31 mars. Que répondez-vous, non pas aux leaders syndicaux, mais à ceux qui sont mobilisés depuis des semaines contre cette loi ? MANUEL VALLS Je réponds que, en marge de ces manifestations, la violence a pris un tour tout à fait insupportable. PATRICK COHEN Ce n'était pas ma question, on va parler des violences après si vous voulez Manuel VALLS… MANUEL VALLS Oui, c'est une réalité aujourd'hui qui malheureusement s'impose. PATRICK COHEN Mais d'abord il y a la réalité d'une mobilisation sociale qui se poursuit, qui se prolonge, et qui s'est prolongée spectaculairement dans les rues de Paris hier. MANUEL VALLS Il y a eu hier, sur toute la France, moins de manifestants qu'à l'occasion des autres rendez-vous, et les chiffres donnés par la police, sur Paris et sur l'ensemble du pays, l'attestent. Nous sommes dans un pays où on a le droit de manifester, d'exprimer son opposition à un texte de loi, mais chacun doit savoir puisque c'est la question Patrick COHEN que vous me posez – que le gouvernement ne changera pas un texte qui est déjà le résultat d'un compromis avec les syndicats réformistes, il y a déjà plusieurs mois, c'est un texte qui est bion pour les entreprises et pour les salariés, et c'est un texte qui permet la négociation dans l'entreprise au plus près de l'entreprise, c'est l'article 2. PATRICK COHEN Il y a eu moins de monde hier, donc c'est le début de la fin du mouvement ? MANUEL VALLS Moi je ne suis pas là en train de commenter, vous me posez une question. La détermination… PATRICK COHEN Vous commentez les chiffres et la mobilisation. MANUEL VALLS La détermination du gouvernement à faire adopter ce texte qui est bon pour les entreprises, qui est bon pour les salariés, qui crée de nouveaux droits avec le Compte Personnel d'Activité, qui permet le dialogue social dans l'entreprise… PATRICK COHEN Mais qui dresse contre vous une partie de ceux qui ont voté pour vous en 2012, une partie de vos électeurs. MANUEL VALLS Mais il y a un vrai débat et en même temps une vraie clarification à la fois dans le syndicalisme - je l'observe - au sein de la gauche, sur ce qu'est au fond le dialogue social au sein de l'entreprise. C'est pour ça que ce texte est vraiment moderne et il donne d'ailleurs plus de moyens, plus de droits pour les syndicats au sein même de l'entreprise. Il décentralise le dialogue social ; et c'est un texte aussi, et c'est un débat qui permet une clarification sur l'idée du dialogue social dans la société française. Si nous échouions à faire adopter ce texte, si ce texte n'allait pas jusqu'au bout, au fond ça serait la victoire de ceux qui peuvent bloquer un texte dans la rue, par des manifestations, ou ceux qui demain voudraient faire passer en force leur vision ultra libérale de la société. PATRICK COHEN Vous avez dit « j'irai jusqu'au bout » Manuel VALLS, mais êtes-vous allé au bout des concessions à l'égard des organisations syndicales qui s'opposent à la loi Travail et notamment à l'article 2 du texte ? MANUEL VALLS Moi je ne parle pas de concessions, j'ai parlé de compromise. Un compromis a été…. PATRICK COHEN Il y a eu des concessions entre temps, à la SNCF notamment, la réforme préparée par Guillaume PEPY et que vous avez torpillée. MANUEL VALLS Non. Je refuse totalement cette analyse et cette vision des choses. Il y a eu un accord sur des bases qui avait été préparé depuis plusieurs mois par Alain VIDALIES, par la direction. Un dialogue avec les syndicats réformistes à l'occurrence l'UNSA et la CFDT au sein de la SNCF qui prépare la SNCF aux grands défis, et notamment de l'ouverture de la concurrence, tout en protégeant les garanties qui existent aujourd'hui pour les cheminots. Et j'ai constaté d'ailleurs que d'autres syndicats, la CGT et Sud continuaient leur mouvement. Et je l'ai regretté parce que ça se faisait au détriment des usagers. Non, le compromis il est indispensable. Mais sur l'article 2, comme sur les principaux articles de la loi, ces derniers articles aujourd'hui de mon point de vue ne peuvent pas bouger, et ils seront adoptés. Je crois que le message doit être très clair. PATRICK COHEN Les violences en marge des cortèges : « inacceptable, inadmissible, honteux », ça a été dit par tous les responsables. Une fois qu'on a dit ça vous faites quoi ? MANUEL VALLS Ces manifestations ne peuvent plus durer ainsi, et moi j'en appelle à la responsabilité d'un syndicat, la CGT, qui hier, à l'évidence, était débordée. Beaucoup plus d'ultra, de casseurs que d'habitude, 700 à 800, plus difficiles à encadrer et qui voulaient frapper, voulaient s'en prendre à la police, voulaient sans doute tuer. Un dispositif bien sur très important de policiers qui a permis beaucoup d'interpellations en flagrant délit, 73, et une attitude ambigüe du service d'ordre de la CGT qui n'assume plus ses responsabilités. Nous ne pouvons plus avoir dans les semaines qui viennent de telles manifestations sur Paris et sur la capitale avec son lot de casseurs, avec ces commerces qui ont été cassés, avec l'hôpital Necker qui a été dévasté ; c'est insupportable !! PATRICK COHEN Ça veut dire que vous pourriez interdire des manifestations? MANUEL VALLS D'abord je demande à la CGT de ne plus organiser ce type de manifestation sur Paris, et au cas par cas car vous savez on ne peut pas prononcer une interdiction générale nous prendrons nous nos responsabilités. On ne peut plus avoir ce spectacle désolant, cette fuite en avant, cette absence de contrôle du syndicat, des syndicats, des organisateurs de cette manifestation sur leurs propres manifestants. Donc ça suffit ! Il y a un besoin d'autorité, d'ordre exprimés par les Français. Nous sommes confrontés à une menace terroriste, nous avons des policiers qui sont confrontés à des missions de plus en plus lourdes, nous sommes en train d'organiser… Nous accueillons l'euro de foot dans des conditions vous le savez difficiles même si, et je le constate, c'est la fête dans la plupart des stades et les choses se passent bien dans les fan-zones. Mais dans cette atmosphère particulièrement lourde, particulièrement difficile, chacun doit assumer ses responsabilités. Le texte sur la loi Travail n'évoluera pas. Chacun l'a bien compris et à compris la détermination du gouvernement. Ça n'est pas une posture, c'est parce que nous pensons que c'est un texte qui encore une fois répond à l'intérêt général. D'autre part, on ne peut pas accepter ces violences. Et quand on n'est pas capable d'organiser une manifestation, quand on n'est pas capable de prendre ses responsabilités, quand on laisse 700 à 800 casseurs au sein même de la manifestation, qu'il y a une attitude ambigüe… PATRICK COHEN Ce sont les syndicats qui laissent faire ? MANUEL VALLS Mais il y a eu une attitude ambigüe hier incontestablement… PATRICK COHEN Ambigüe ? MANUEL VALLS Ambigüe vis-à-vis de ces casseurs. Et donc quand on n'arrive pas à assumer ses responsabilités et à faire le tri, eh bien alors on n'organise pas ce type de manifestation qui peut dégénérer, c'est le bon sens. PATRICK COHEN Manuel VALLS, Premier ministre, invité de France Inter ce matin. On vous retrouve dans quelques minutes avec les appels et les questions, les commentaires des auditeurs de France Inter. PATRICK COHEN Au 01.45.24.7000 avec, d'abord, Stéphane, qui nous appelle des Yvelines. Bonjour Stéphane. STEPHANE Oui, bonjour à France Inter, et bonjour au Premier ministre. MANUEL VALLS Bonjour Monsieur. STEPHANE Bonjour Monsieur VALLS. J'ai écouté votre intervention il y a dix minutes, et je trouve scandaleux que vous rejetiez la faute des casseurs, en marge des manifestations sur les services d'ordre, qui respectent la République, et sur la voie publique, ce n'est pas aux manifestants de faire respecter l'ordre, c'est à la force publique, dont vous êtes le représentant en tant que Premier ministre. Donc tous les casseurs, toutes les exactions sont de votre responsabilité, par votre inaction. Et je tiens à dire que je suis sympathisant socialiste, mais ça, c'était avant. Je le ne suis plus. PATRICK COHEN Merci Stéphane. Restez en ligne. Manuel VALLS. MANUEL VALLS La police, les gendarmes, en nombre hier encore, pour encadrer cette manifestation font leur travail. Et je veux rappeler que le policier qui a été tué dans les conditions que vous savez, Jean-Baptiste SALVAING, était un policier ça a été rappelé tout à l'heure – qui faisait son travail sur le terrain, qui combattait la délinquance tous les jours, et qui, évidemment, participait aux opérations dans le département des Yvelines, du maintien de l'ordre. Ce sont les mêmes policiers, ce sont ces mêmes policiers qui font face à des casseurs, qui se mélangent dans une manifestation, organisée notamment par un syndicat, qui a sorti un tract odieux, mettant en cause la police, qui tous les jours, met en cause le fait que la police fait ce travail… PATRICK COHEN Pourquoi vous n'avez pas porté plainte, vous demandait Frédéric PECHENARD, qui était à votre place tout à l'heure ? MANUEL VALLS Mais, à chacun de prendre ses responsabilités, un grand syndicat, que je respecte, comme la CGT, qui partageait l'histoire de France, au cours de ces dernières décennies, depuis un siècle, doit assumer ses responsabilités, condamner, bien sûr, les casseurs, mais faire en sorte que son service d'ordre, c'est ainsi que fonctionnent les manifestations dans ce pays, ne soit pas dans l'ambigüité quand il s'agit d'écarter 700 à 800 casseurs… PATRICK COHEN Manuel VALLS, un service d'ordre syndical ne peut pas empêcher des petits groupes mobiles, comme on le voit depuis des semaines et des mois, sur toutes les manifestations, et par ailleurs, quel est l'intérêt politique, vous voyez bien que les casseurs, l'image, les images qui sont diffusées depuis hier, desservent les organisateurs de manifestations, desservent les syndicats, et d'une certaine façon, ils vous servent plutôt dans les critiques que vous formulez à l'égard des opposants à la loi Travail… MANUEL VALLS Mais quand un syndicat sort un trac qui met en cause la police, qui serait « responsable », je mets des guillemets, de violences policières, demande d'ailleurs une enquête sur ces violences policières, donne le sentiment d'établir un parallèle entre le travail de la police et la violence des casseurs, il y a, bien sûr, une ambigüité. Il y a une ambigüité. Et à chaque fois, aujourd'hui, qu'on organise une manifestation, nous voyons bien, en marge ou à l'intérieur, dès le début de la manifestation, ces casseurs. Et les Français ne le comprennent pas, hier, il y avait 700 à 800 casseurs, qui, pour certains, viennent sans doute d'autres sites, je pense à Rennes ou à Nantes, avec sans aucun doute des étrangers européens qui étaient dans ces manifestations. Il y a eu je l'ai dit tout à l'heure de nombreuses interpellations. Le gouvernement est très déterminé à lutter contre cette violence, et nous l'entendions tout à l'heure, à l'occasion… PATRICK COHEN Et ces gens que vous décrivez, ils avaient un lien avec la CGT, c'est ça que vous insinuez, Manuel VALLS, parce que, ce n'est pas seulement les affiches, là, ce que vous nous expliquez, c'est qu'il y a… MANUEL VALLS Mais ils participent dans une manifestation, ils participent à cette manifestation. Et quand on organise aujourd'hui une manifestation, dans le climat que nous connaissons, avec les risques de violences, on prend une responsabilité. PATRICK COHEN Yves nous appelle de l'Oise. Bonjour Yves. YVES Oui, bonjour. Je vous appelle pour rappeler deux, trois petites choses à Monsieur VALLS, premièrement, c'est que monsieur HOLLANDE avait promis, et avait critiqué SARKOZY en disant que lui ne se servirait jamais du 49.3 sous SARKOZY, premièrement, que deuxièmement, quand on parle de minorité de blocage, il ne faut pas oublier que 74 % des Français étaient opposés à cette loi, que troisièmement, à un an des élections, c'est quand un gouvernement ne tient pas ses promesses qu'on fait le jeu du Front national dans l'inconscient collectif, parce que les gens ne croient plus à la politique, et c'est exactement ce qui se passe, parce que quand on veut s'attaquer à la finance, et que de fait, on ne sert que les patrons, eh bien, on voit ce que ça donne. Et c'est vous qui faites le jeu du FN. Et moi, j'ai l'impression que, en plus, quand vous parlez de la CFDT, qu'on invite dans tous les médias, il ne faut pas oublier qu'il y a cinq membres, des anciens responsables de la CFDT qui sont au gouvernement aujourd'hui, CHEREQUE, le fils, CHEREQUE, le père, étaient au gouvernement au PS, NOTAT dans les instances aussi, et tout ça, on sait très bien que de fait, la CFDT est devenue une courroie de transmission du PS, enfin, du moins ce qu'il en reste, et que moi, je voudrais poser une question : est-ce que vous n'avez pas l'impression actuellement, qu'en 2005, où au moment du CPE, on essayait de mettre les élections, aux élections, contre le CPE, et la gauche et la droite dans le même sac, on oubliait, alors que tous les médias déversaient leur haine, comme en ce moment, contre la CGT, de mettre tout le monde dans le même sac, alors que vous savez très bien que, à droite, à l'extrême droite et extrême gauche, on était contre l'Europe pour des raisons différentes, au FN, parce que, effectivement, ils étaient racistes, homophobes et compagnie, et puis complètement anti-européens, et à l'extrême gauche, parce que c'était une Europe libérale, et aujourd'hui… PATRICK COHEN Yves, ça fait beaucoup de sujets, là… YVES Oui, mais aujourd'hui, on pratique pareil, c'est-à-dire que, en fin de compte, dans les médias, on n'arrête pas de dégueuler et de vomir sur la CGT, et que de fait, vous allez le payer un jour, et je souhaite bon courage aux responsables du PS quand ils iront tenir des réunions publiques à l'approche des élections. PATRICK COHEN Merci Yves. Manuel VALLS. MANUEL VALLS Moi, c'est ça que je veux éviter à mon pays, c'est ce discours, c'est ce langage, et c'est ces affrontements. La loi Travail portée avec beaucoup d'engagement, beaucoup de courage par Myriam El KHOMRI, elle la défend, là, actuellement, au Sénat, notamment face aux propositions de la droite, et chacun peut ainsi comparer les projets des uns et des autres à l'approche de la grande échéance de 2017 vise au contraire à approfondir le dialogue social dans l'entreprise, donne des moyens supplémentaires aux syndicats, permet la représentation dans les petites et les moyennes entreprises, est là pour protéger les salariés, qui auront des droits supplémentaires avec le compte personnel d'activité. C'est ce discours, c'est ces actes que je dénonçais tout à l'heure, qui mettent en cause le syndicalisme ; et vous le savez, une partie de la droite, sinon, la droite tout entière, veut remettre en cause les corps intermédiaires et le rôle des syndicats, or, moi, je crois que dans une démocratie, il y a la place pour les syndicats, pour les corps intermédiaires, pour le dialogue, pour le compromis, c'est difficile à entendre aujourd'hui comme discours. Moi, je suis convaincu que, aujourd'hui, notre pays fait face à des choix évidemment particulièrement lourds, particulièrement importants. D'un côté, il y a les projets autoritaires, les projets de l'extrême droite et d'une partie de la droite, qui veut mettre en cause ce qui est parfois l'essence même de la démocratie, c'est-à-dire la démocratie sociale, et il y a une partie de la gauche, de l'ultragauche, qui, dans son discours, comme dans ses actes, pratique une forme de violence tout à fait inacceptable. Et donc il faut que les Français puissent se rassembler autour d'un projet, qui porte à la fois le progrès social, économique, éducatif, le compromis dans la société, et notamment dans l'entreprise, et les valeurs de la République, qui sont plus que jamais nécessaires, et la mise en cause, comme nous venons de l'entendre, d'un syndicat comme la CFDT, syndicat indépendant, je crois que quand on entend Laurent BERGER, y compris dans ses critiques à l'égard du gouvernement, et plus particulièrement sur la première mouture du texte de loi, chacun peut comprendre totalement son indépendance. Mais la CFDT, l'UNSA et la CFTC ont accepté, ont bâti un compris, ils sont tout aussi représentatifs des salariés, des travailleurs, des ouvriers de ce pays que les autres syndicats, et ils ont une conception qui est celle du compromis… PATRICK COHEN Convenez que le climat n'est pas au rassemblement en ce moment, Manuel VALLS… MANUEL VALLS Je le sais, c'est bien la difficulté… PATRICK COHEN Comment on peut sortir… MANUEL VALLS Et pourtant, il n'y a pas d'autre choix… PATRICK COHEN Comment on peut sortir d'un tel conflit sans que personne ne soit humilié, sans que personne ne soit humilié ? MANUEL VALLS Mais en acceptant le fait qu'il y a eu un compromis entre le gouvernement et les syndicats. Certes, des syndicats n'ont pas voulu de ce compromis, c'est leur droit. Mais le texte a été adopté… PATRICK COHEN Donc ils n'auront rien… MANUEL VALLS Et j'ai engagé la responsabilité du gouvernement, et c'est un article de la Constitution, et maintenant, il faut que le texte soit discuté au Sénat et adopté définitivement au mois de juillet. PATRICK COHEN Denis nous appelle de l'Oise également. Bonjour Denis. DENIS, AUDITEUR DE L'OISE Oui. Bonjour Patrick COHEN, bonjour Manuel VALLS. MANUEL VALLS Bonjour Monsieur. DENIS Ma question sera simple et aucunement polémique, mais je m'interroge quand même sur le meurtre affreux des deux policiers. Lors de la COP21, vous avez su assigner à résidence des militants écologistes qui ne représentaient somme toute aucun danger. Par contre, vous avez un individu qui aurait pu être assigné à résidence au vu de ses antécédents : deux ans de prison, mise sur écoute certes, mais sachant qu'il avait plusieurs portables, il était facile de dérouter justement la police ; il serait peut-être quand même possible de se poser la question de mettre vraiment en œuvre des moyens auprès des terroristes fichés afin qu'ils ne passent pas à l'acte. Parce que dans cette affaire, il y a quand même je ne suis pas du tout polémique il y a deux policiers dont vous vantez effectivement les mérites à juste raison, mais vous ne mettez pas un arsenal réel afin justement que les terroristes ne passent pas à l'acte. Je ne dis pas tous les terroristes mais en l'occurrence, il était fiché donc contrôlable. PATRICK COHEN Merci Denis. Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Denis, il y a quinze projets d'attentat qui ont été déjoués dans notre pays depuis août 2013 mais il n'y a pas de risque zéro en effet. Il y a 1 216 individus qui font l'objet d'enquêtes judiciaires de la direction général de la sécurité intérieure pour leur implication dans les filières syro-irakiennes. Il y a 133 personnes qui ont été interpellées depuis le début de l'année par la DGSI mais aussi par les services de la Police judiciaire dans le cadre du terrorisme islamiste, et 223 interpellations avaient déjà eu lieu en 2015. Il y a 352 interdictions de sortie de territoire. Il y a 123 interdictions administratives du territoire délivrées. Il y a 18 expulsions d'individus. PATRICK COHEN Des assignations à résidence. MANUEL VALLS Il y a eu des assignations à résidence. Nous agissons dans un Etat de droit et il y a des individus, nous l'avons malheureusement constaté, qui agissent de manière dissimulée. Il faut poursuivre ce travail, il faut resserrer les mailles du filet, il faut continuer à donner tous les moyens à la police, à la gendarmerie et à nos services de renseignement. Mais nous connaîtrons de nouveau des attaques parce que nous faisons face à une organisation terroriste qui recule en Syrie et en Irak, qui se projette dans nos pays sous des formes différentes, qui veut frapper, qui veut créer les conditions de la terreur, qui veut créer la peur, qui veut diviser. Et nous, nous sommes toujours aussi déterminés à agir mais, encore une fois, c'est très difficile mais il faut continuer au nom même de la mémoire que nous devons, de la solidarité que nous devons à ceux qui sont victimes de ces attentats atroces. C'est vrai en France, c'est vrai en Belgique, c'est vrai aux Etats-Unis et je ne veux pas oublier bien sûr, au moment où nous l'évoquons, cette tuerie terrible, cet acte terroriste et homophobe à Orlando. PATRICK COHEN On marque une petite pause avant d'accueillir Augustin TRAPENARD et de retrouver Nicole FERRONI. […] Bonjour Augustin TRAPENARD, vous avez une question pour notre invité. AUGUSTIN TRAPENARD Oui, bonjour Manuel VALLS. Comme vous le savez, ce matin c'est un jour important pour des centaines de milliers de lycéens : c'est le bac de philo. Les sujets, on les saura très bientôt mais il y a quelques élèves à l'étranger qui ont déjà passé cette épreuve il y a trois semaines. Vous me voyez venir, en vous écoutant ce matin, j'y ai pensé tout de suite, je vous donne le sujet de bac Terminale L à Washington. Vous avez moins d'une minute, monsieur le Premier ministre : peut-on être soi-même devant les autres ? MANUEL VALLS Belle question. Il faut toujours être soi-même devant les autres. Il faut garder sa personnalité, être fier de ses origines, de ce qu'on pense. Mais en même temps devant les autres, il faut toujours aller vers eux. Il faut toujours essayer de partager des valeurs, des idées, un projet, une conception de la société. C'est ça au fond ce qu'est la France. On pourrait terminer d'ailleurs ce devoir de philosophie en disant : « C'est ça la France. Etre soi-même et aller vers les autres ». C'est, je crois, plus que jamais indispensable dans le moment que nous vivons. PATRICK COHEN « Boomerang » dans dix minutes. Augustin ? AUGUSTIN TRAPENARD Je reçois, Patrick, Manuel VALLS, celle qui reste zen en toute circonstance. C'est Zazie, l'une des chanteuses et musiciennes préférées des Français, qui est en tournée pour le retour, parce que son disque s'appelle « Encore heureux ». Vous allez nous écouter dans le taxi sans doute, monsieur le Premier ministre. Zazie est dans « Boomerang » évidemment. PATRICK COHEN Très bien, à tout à l'heure. Et avant Zazie, FERRONI ! Nicole, c'est à vous. On me dit que vous êtes enthousiaste. - Chronique de Nicole FERRONI PATRICK COHEN Une bonne injection de globules, Manuel VALLS ? MANUEL VALLS Oui, mais elle a raison parce qu'il y a des ressources dans notre pays qui sont extraordinaires et les principales ressources, ce sont les citoyens engagés, actifs, bénévoles, tous ces services publics, ces associations qui œuvrent tous les jours. Mais je ne vais pas vous parler de la politique du gouvernement, sinon je risque de me reprendre une réplique. PATRICK COHEN Oui, oui, mais prenez quand même ; emportez les notes de Nicole FERRONI sur les points qu'elle a soulevés. Ça peut toujours servir. NICOLE FERRONI Je l'ai en double ma chronique, je vous l'offre. MANUEL VALLS Merci beaucoup. PATRICK COHEN Merci, Manuel VALLS, d'être venu ce matin au micro de France Inter. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/329.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/329.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7a938c1479a963cfbedf355c43126591034d0160 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/329.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Recteur, cher Dalil Boubakeur, Messieurs les ambassadeurs, Messieurs les préfets, Messieurs les membres du CFCM, Messieurs les représentants des cultes, Mesdames et Messieurs, Je vous remercie de cette invitation à venir partager votre Iftar, dans ce lieu hautement symbolique de l'histoire de l'islam en France au cœur de l'histoire de notre République. L'actualité tragique de ces derniers jours nous rappelle la nécessité de ces moments de partage et de fraternité. Ils nous permettent d'affirmer de façon résolue que rien ni personne ne parviendra à nous diviser, parce que nous formons tous la communauté nationale de citoyens français. En ce lieu de grande tradition spirituelle, je souhaite que la paix, l'apaisement des âmes, l'humilité et l'éthique du partage se réalisent pour vous et pour tous nos concitoyens Il y a pour moi, Monsieur le recteur, à chaque visite en ces lieux une réelle émotion d'ordre esthétique mais aussi le sens, profond, d'un devoir de mémoire. Cette mémoire, chaque personne ici le sait, est rattachée à la Grande guerre, au sacrifice des hommes des troupes coloniales, ces hommes qui ignoraient tout à leur arrivée de la Picardie, des Ardennes ou de la Lorraine. Plus de 100.000 sont morts dont les 592 stèles orientées vers la Mecque dans le cimetière de Fleury-sous-Douaumont ont longtemps été, avec la Grande mosquée de Paris, la seule marque jusqu'à l'inauguration en 2006 à Douaumont par le président Chirac d'un mémorial traduisant enfin la reconnaissance de la République. Je compte moi-même me rendre le 24 octobre à Verdun afin de me recueillir devant ces tombes et ce mémorial et je serais heureux que vous puissiez m'y accompagner, ainsi que le président et les membres du bureau du CFCM. Je voudrais que nous puissions ainsi rappeler ensemble, avec la solennité voulue, cette page si émouvante de notre histoire, écrite par des soldats qui professaient votre religion. Ce lieu de prière et de recueillement dans lequel vous nous faites ce soir l'honneur de nous accueillir, appartient lui aussi à cette histoire. C'est le 29 juin 1920, à l'invitation d'Edouard Herriot, que le Parlement décide de soutenir la création à Paris d'un Institut musulman et d'attribuer à cette fin une subvention exceptionnelle de 500.000 francs de l'époque, dans un vote, rappelons-le, unanime. Je cite les mots d'Herriot : « Si la guerre a scellé sur les champs de bataille la fraternité franco-musulmane, et si plus de 100 000 de nos sujets et protégés sont morts au service d'une patrie désormais commune, cette patrie doit tenir honneur de marquer au plus tôt et par des actes, sa reconnaissance et son souvenir. » Il nous faut ainsi toujours rappeler, en ces temps troublés, combien les liens entre la France et ses citoyens de confession musulmane sont anciens, solides et indéfectibles. Ces liens sont de ceux qui fondent notre communauté nationale, qui n'est pas une communauté de sang ou de religion mais bien une communauté de destin et de projet, inscrite dans l'histoire et les valeurs de la République. Cet Institut de la mosquée de Paris, voulu par le Parlement il y a 96 ans, reste aujourd'hui un précieux instrument dont nous avons besoin pour inscrire la religion que vous professez à l'intérieur de notre cadre commun, le cadre laïque et républicain. Il abrite l'institut de théologie qui porte le nom d'un éminent théologien, juriste et mystique médiéval : Al Ghazali. Le hasard veut que l'œuvre de cette grande une figure de l'Islam a fait l'objet de la thèse d'Emmanuel Pisani, qui a reçu voici quelques jours le premier prix Mohammed Arkoun de la thèse en islamologie. J'ai souhaité créer ce prix, avec Thierry Mandon, pour exprimer toute l'attention que le Gouvernement porte à la renaissance dans notre pays de cette discipline, dans laquelle il a longtemps constitué un pôle de référence international. Dans nos temps où le verbe belliqueux et haineux tente de s'emparer du débat public, nous avons plus que jamais besoin de figures d'esprit éclairés, érudits et critiques, de nouveaux Ghazali comme de nouveaux Mohamed Arkoun, dont je retiens cette ambition d'une préscience fulgurante, l'ambition d'abattre les « clôtures dogmatiques élevées et verrouillées par tous les gardiens des temples, des orthodoxies, des régimes totalitaires de vérité ». Les imams exerçant en France doivent avoir comme principal souci celui de l'excellence. C'est à mes yeux le premier chantier pour l'islam et les musulmans de France au cours des années à venir, dans lequel l'Institut Ghazali devra tenir toute sa place. Ainsi que je l'ai rappelé il y a deux jours lors de l'iftar du CFCM, la demande des jeunes Français de confession musulmane pour dialoguer avec des cadres religieux francophones, bons connaisseurs de la réalité sociale et culturelle de notre pays et disposant d'un bagage théologique suffisant, est toujours plus affirmée. C'est votre responsabilité car, je le sais, vous ne voulez pas laisser le champ libre à des versions idéologiques, extrêmes et indéniablement perverties de l'islam. De la position qui est la mienne, il ne m'appartient pas bien sûr de définir le cursus théologique des cadres religieux, musulmans ou autres, mais il ne faut pas ignorer que c'est là un chantier majeur dont le l'Institut Ghazali doit aussi s'emparer. Nous serons à vos côtés, pour réfléchir à la dimension profane de la formation des cadres religieux, ministres du culte ou aumôniers, comme nous l'avons fait, avec les universités volontaires pour construire des cursus de formation civile et civique sur l'ensemble du territoire. Ils offrent un socle commun de connaissances sur le principe de laïcité, les institutions, les faits religieux et le droit des cultes et je sais que vous avez commencé à travailler étroitement avec l'Université de Paris-sud en la matière. Je ne peux que vous encourager à poursuivre et approfondir cette coopération car, à côté de la formation théologique, la formation universitaire profane des cadres religieux est elle aussi un enjeu important. Face à notre responsabilité commune de ne jamais laisser se banaliser les paroles de haine et de mort, je constate votre mobilisation et votre détermination à prévenir la radicalisation, à lutter contre tout ce qui peut entacher votre religion. A aucun moment, M. le recteur, vous n'avez versé dans le déni. Vous avez toujours tenu avec courage à affronter ce problème et je veux saluer ici votre courage. Vous avez su dire publiquement que l'islam est aujourd'hui le théâtre d'un conflit entre ceux qui appellent à la violence au nom d'une idéologie totalitaire intolérante et dominatrice et les autres, l'immense majorité, qui prônent un islam du juste milieu', l'islam de Cordoue, une quête spirituelle et un comportement exemplaire dans lequel l'accueil, le compromis et la miséricorde sont les valeurs essentielles. A l'occasion de l'instance de dialogue, vous avez dit votre volonté de dénoncer et de vous opposer à cette minorité agissante, violente et déterminée qui développe un discours de rupture en s'appuyant sur des concepts dévoyés. Nous avons encore pu tragiquement constater ces derniers jours à Orlando comme à Magnanville, la lâcheté, la haine de l'autre et la violence aveugle qui est à l'opposé des valeurs que vous portez au quotidien. Je voudrais dire ici à nouveau mon immense tristesse devant ces événements inqualifiables et injustifiables. Je n'aurai de cesse dans les fonctions qui sont les miennes de combattre cette violence et tous les moyens nécessaires sont et seront mis en œuvre dans un combat qui nécessite la mobilisation de tous. Il ne pourra pas ainsi se faire sans vous. Il ne s'agit pas pour la République de dire le bon islam mais de dire que toute forme d'extrémisme religieux, qui prend en otage les mots des livres sacrés comme de trop d'esprits, n'a pas sa place dans notre République. Vous le voyez, l'histoire nous lie depuis bientôt un siècle, mais les défis à relever sont aujourd'hui nombreux, pour les Français de confession musulmane, comme pour tous les Français. Puisse l'Institut Ghazali, les éminentes personnes qui dirigent la Grande mosquée de Paris, contribuer le plus activement possible à dessiner cet horizon commun, cette inscription du clerc musulman français dans le contexte laïque et républicain de notre communauté nationale. Je n'ai pas de doute dans notre capacité à relever ces défis, pourvu que nous voulions le faire ensemble, dans un esprit de concorde républicaine et avec l'ambition de contribuer au bien commun. Je vous souhaite à toutes et à tous un bon Ramadan et une belle rupture du jeûne. Vive la République, vive la France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/330.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/330.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f916c2055664c213ed0e3e766295a319f1ed023b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/330.txt @@ -0,0 +1 @@ + Permettez-moi, au début de ce discours, d'emprunter, pour vous saluer, une phrase prononcée au XIXème siècle : « Chers bienfaiteurs obscurs, passionnés, infatigables, qui, à force de volonté, à force de ténacité, finissent par apporter à tout un peuple une dot magnifique d'intelligence et de lumière ». Celui qui salua ainsi vos prédécesseurs, s'appelait Léon Gambetta. Nous sommes en 1881, au Congrès de la Ligue de l'Enseignement, à Paris, salle du Trocadéro. Et si je reprends ses mots, à Strasbourg, 150 après, c'est pour une raison simple. Ils sont toujours aussi justes. Oui, vous êtes bien les dignes héritières et les dignes héritiers de celles et de ceux qui se sont levés pour répondre à l'appel publié par Jean Macé, le 25 octobre 1866, dans L'Opinion Nationale. Alors, naturellement, en 150 ans, la ligue a connu aussi, bien des évolutions, et bien des changements. Mais dans ces changements, une chose ne change pas : la fidélité à ce principe exposé par Jean Macé, présentant les articles de la ligue, je le cite : « Elle n'a qu'un article dans son programme philosophique, faire des hommes qui pensent, pour penser ensuite comme ils l'entendront ; qu'un article dans son programme politique, faire des citoyens, faire des électeurs, ce qui est plus important mille fois que faire des élections ». Alors, je ne vais pas, même si c'est tentant, citer tous les grands discours, toutes les grandes idées, et toutes les grandes figures de la Ligue de l'Enseignement, de Jean Macé à Joffre Dumazedier, en passant par Jean Zay et Léon Bourgeois. Si je devais résumer ce que représente, pour moi, la ligue de l'enseignement, je n'irais pas forcément chercher bien loin. Je ne remonterais pas le fil de votre longue histoire, riche de bien des expériences et de bien des réussites. Je remonterais plus modestement au 21 juin 2016. Vous voyez qu'en termes de voyage temporel, je reste mesurée. Ce jour-là avait lieu le concert des chorales lauréates de l'École en chœur. Les élèves venaient des quatre coins de la France. Ces élèves étaient non seulement fiers et heureux de leur réussite, mais c'était aussi, pour beaucoup d'entre eux, la première fois qu'ils venaient à Paris. Qu'ils sortaient, tout simplement, de leur environnement habituel. Le regard de ces élèves, leurs sourires, ainsi que celui de leurs familles, de leurs enseignants, de toutes celles et de tous ceux qui les ont accompagnés, voilà les images qu'éveillent en moi la ligue de l'enseignement. Elle a été, sur cette opération, comme sur bien d'autres, un partenaire exemplaire. Et cela depuis le début. La Ligue a 150 ans d'existence. L'École de la République, avec les lois Ferry de 1881, en a 135. Derrière cette constance et cette longévité il y a eu, pour chacune de nos institutions, des changements considérables. La Ligue, comme l'Ecole, en tenant compte de la singularité des temps dans lesquels elles s'inscrivent, ont évolué. Elles l'ont fait pour une seule raison : rester toujours fidèles à leurs missions et à leurs vocations premières, et à cette haute idée de l'émancipation par le savoir, la connaissance et la culture. Le plus récent des changements, et non le moindre, à l'Éducation Nationale, vous en avez sans doute entendu parler, et pas plus tard qu'hier : il s'agit de la Refondation. Elle répond à deux constats très simples : nos élèves maîtrisaient de moins en moins les savoirs, en particulier les fondamentaux. Et le poids des déterminismes économiques et sociaux n'a cessé de peser de plus en plus fortement sur leur scolarité. Nous avons donc agi, résolument, à tous les niveaux. D'abord, en accordant la priorité au primaire, parce que rien de durable ne peut s'édifier sans une base solide. Il fallait aussi faire évoluer, ensemble, les programmes et les façons d'apprendre, en ajoutant, aux cours disciplinaires, d'autres organisations, complémentaires. Ce sont les enseignements pratiques interdisciplinaires et l'accompagnement personnalisé au collège, mais aussi, dans le premier degré, le dispositif plus de maître que de classe, qui consiste à affecter un maître supplémentaire dans l'école pour renforcer l'encadrement des élèves. Mais faire en sorte que nos élèves apprennent mieux, c'est aussi regarder la réalité en face. L'Ecole est ouverte à toutes et à tous. Cependant celles et ceux qui en franchissent le seuil, n'ont pas tous les mêmes chances. Il ne suffit pas d'avoir une ligne d'arrivée commune pour que les élèves soient égaux. Ce qui compte, ce n'est pas seulement le point d'arrivée mais aussi l'endroit d'où l'on part. A ne regarder que la ligne d'arrivée, on en vient à considérer comme égaux un élève pour qui la scolarité est un 100 mètres, et l'autre pour qui c'est un marathon avec en plus des haies à franchir ! Il faut ne jamais les avoir subies, ces inégalités, pour penser qu'elles ne changent rien, et qu'il suffit d'un peu de volonté, de se forcer, et que tout se résout naturellement ! Oui, il y a des parcours de réussite scolaire en dépit des inégalités ; oui, il y a du mérite personnel dans certaines trajectoires au sein de notre système éducatif. Mais jamais ces quelques exemples ne sauraient justifier le sort de toutes celles et ceux qui sont massivement entravés dès les premières années de leur scolarité. Les inégalités n'attendent pas le nombre des années. Elles existent et se creusent, dès le plus jeune âge, dès l'école maternelle. Nous avons donc donné, à la maternelle, un programme à la hauteur de ses enjeux, et nous menons une politique volontaire de scolarisation des moins de trois ans, en particulier dans les REP et les REP+, car les progrès, lorsque l'on agit dès le début, sont absolument considérables ! Agir, véritablement, politiquement, pour davantage de justice, davantage d'égalité exige une autre chose : être inégalitaire en moyens, pour être égalitaire dans les faits. Oui, il est juste que les 1 089 collèges des REP et leurs 6 800 écoles de secteur voient leurs moyens augmentés, non seulement pour les dispositifs pédagogiques renforcés, mais aussi pour la rémunération des personnels et l'attractivité, donc la stabilité, des postes. Il est juste, dans l'allocation des moyens, de tenir compte de critères sociaux et territoriaux, en plus du critère démographique. Il est juste que les bourses soient distribués, non pas, à l'aveugle, sans tenir compte des conditions de ressources, mais en prenant en compte les situations de chacune et de chacun ! Et il est juste de conduire, enfin, contre le décrochage, une action déterminée, qui a déjà commencé à porter ses fruits ! Nous sommes passés, ces dernières années, de 140 000 décrocheurs par an à 110 000, soit 30 000 de moins. Ce sont 30 000 jeunes qui, en retrouvant le chemin de l'École, ont repris celui de l'émancipation. Ces quelques chiffres, derrière lesquels il y a des enfants de la République comptent plus pour moi, c'est vrai, que la bataille de mots, cette logomachie stérile, à laquelle certains voudraient se livrer en permanence en fustigeant je ne sais quel égalitarisme contre ce qu'ils croient être une incitation au mérite, et qui n'est que mascarade ! Regardons les faits en face, arrêtons de nous payer de mots, soyons honnêtes et courageux ! Il ne suffit pas, voyez-vous, d'appeler une bourse, « bourse au mérite » pour que cela fonctionne, et que le mérite en soit récompensé comme par magie ! Oui, j'assume de préférer l'action et la réforme pour plus d'égalité et plus d'efficacité plutôt que les effets de manche qui, depuis des décennies, ont si peu changé les choses tout en affaiblissant les principes et les valeurs auxquels nous croyons. Voilà pourquoi j'ai tenu également à mener une politique en faveur de la mixité sociale ! Mais décréter la mixité sociale, cela ne fonctionne pas. L'imposer, c'est, au fond, nourrir des oppositions. La mixité sociale doit se construire, en concertation avec l'ensemble des personnes concernées, depuis les personnels de l'éducation nationale jusqu'aux élèves et à leurs familles, naturellement, en passant par tous les acteurs susceptibles d'être mobilisés sur le terrain. Voilà pourquoi j'ai lancé une série d'expérimentations sur des territoires pilotes, qui nous permettront ensuite, par un accompagnement scientifique, de généraliser les bonnes pratiques, et de lier, comme vous le faites si souvent, la pensée à l'action, et l'action à la pensée. Et je vais juste préciser une chose : c'est qu'au-delà des postures de principe, on réalise, quand on va sur le terrain, qu'en réalité, beaucoup d'élus, de tous bords, sont mobilisés sur ce terrain. La preuve, nous avons aujourd'hui 25 territoires pilotes, 22 départements et 16 académies, soit plus du double du nombre que nous escomptions au départ. Pourquoi ? Pour une raison toute simple. C'est qu'ils savent, comme vous le savez, comme tous les acteurs de terrain le savent, que c'est un enjeu essentiel. Un enjeu républicain. Oui, les trois mots qui ornent le fronton de nos écoles sont pour moi, comme pour vous, non pas seulement un beau tableau à contempler, mais des injonctions, des impératifs. Et les élèves doivent savoir que nous les concevons ainsi et que nous nous battons pour eux. C'est ainsi qu'à nous regarder ils comprendront le sens de cette devise et le sens de la citoyenneté. Citoyenneté, citoyen, citoyenne ; quel beau mot. Au fil de notre Histoire, vous pouvez en témoigner, la citoyenneté a, pendant longtemps, été un mot d'ordre. Et de ce mot, nous pouvions dire, alors, ce que Musset écrit à propos de la République dans Lorenzaccio : « Et quand ce ne serait qu'un mot, c'est quelque chose, puisque les peuples se lèvent quand il traverse l'air ! ». Mais l'éclat de ce mot a pâli, encore une fois. A force de l'entendre, à force de le voir, à force d'être convaincus que nous étions, toutes et tous, citoyens de la République, peut-être avons-nous cru qu'il s'agissait là d'un titre acquis une fois pour toute, que rien ne pourrait remettre en cause. J'ai, pour ma part, tenu à rendre à l'École ce rôle essentiel : celui d'un creuset de la citoyenneté, par le parcours citoyen, qui envisage l'apprentissage de la citoyenneté comme un parcours cohérent : il se déploie à la fois dans le cadre des enseignements, dans le cadre de l'école, et se prolonge par une ouverture vers la société dans son ensemble. Il s'appuie sur des enseignements spécifiques, l'Enseignement Moral et Civique et l'Éducation aux Médias et à l'Information, mais aussi sur la vie scolaire en tant que telle. La réflexion menée par des élèves de primaire sur les règles de la classe, ou, dans les collèges et les lycées, les conseils de la vie collégienne sont autant d'occasions, pour nos élèves, de développer, au jour le jour, une pratique citoyenne. Car la citoyenneté est aussi un savoir-faire et un savoir-être. Vous le savez mieux que personne. Et c'est pourquoi l'apprentissage de la citoyenneté ne s'arrête pas aux murs de l'École. Voilà pourquoi j'ai aussi voulu permettre, à l'ensemble de nos concitoyens, de pouvoir s'engager au sein de l'École de la République. C'est, par exemple, s'inscrire dans la Réserve Citoyenne, pour venir à la rencontre de nos élèves et échanger avec eux : les réservistes citoyens sont déjà au nombre de 6000 dont, depuis hier, la Ville de Strasbourg. C'est aussi, pour les plus jeunes, les missions de service civique, qui vont connaître, ces prochaines années, une importance accrue au sein de nos établissements. L'Ecole n'est pas hors de la cité. Ce n'est pas une forteresse. C'est un lieu singulier, certes, précieux, assurément, mais au nom de quoi en fermerait-on les portes, quand des citoyens témoignent de leur envie de s'engager, à nos côtés, auprès de nos élèves, auprès de notre jeunesse ? Et il en va évidemment de même s'agissant des associations comme les vôtres, qui sont des partenaires essentiels, et qui participent pleinement à cette fabrique du citoyen qui a motivé, dès l'origine, la création de la Ligue. Oui, j'ai tenu à remettre l'École au cœur de la République, et la République au cœur de l'École. Et c'est également pour cette raison que j'ai redonné, à la laïcité, à cette liberté qui permet toutes les autres, et qui instaure, au sein de l'Ecole, une distinction cardinale, entre croire et savoir, une importance qu'elle n'aurait jamais dû perdre. Ces dernières décennies, la laïcité a souffert d'attaques nombreuses, d'instrumentalisations et souvent même d'une méconnaissance profonde, encore aggravées par un laisser-faire et un aveuglement coupables. J'ai voulu rompre avec ces compromis et refuser les accommodements, ces petits renoncements qui préparent les grands. J'ai donc tenu à ce que les cas d'atteintes au principe de la laïcité à l'école fassent l'objet de remontées immédiates et systématiques et que tout manquement donne lieu à une réaction, ferme et appropriée. Signaler et sanctionner, sans jamais détourner le regard, mais sans jamais s'interdire de penser, telle est aujourd'hui la règle au sein de nos établissements. J'ajouterai cependant à ces deux dimensions une troisième, qui les précède, dans les faits, et qui leur donne tout leur sens : c'est l'importance de la pédagogie. C'est ainsi que nous rendons possible une appréhension de la laïcité dans toute sa richesse. Le ministère a conduit, entre mars et avril 2015, un vaste programme de formation de 1200 formateurs sur le thème de la laïcité, à travers huit séminaires inter-académiques. Ceux-ci sont, à leur tour, en train de former près de 300 000 enseignants d'ici à la fin de l'année. Enfin, parce que je veux que la laïcité s'inscrive dans la culture professionnelle de tous les professeurs, des modules de formation à la laïcité et à l'enseignement laïc des faits religieux ont été élaborés par la DEGESCO sur la plate-forme M@gistère, à laquelle l'ensemble des enseignants peut avoir accès. Par leur formation, nous assurons aussi celle des élèves. J'ai également tenu à ce que soit rappelée la place centrale de la laïcité en affichant la charte de la laïcité et en la faisant signer par les parents d'élèves. Et c'est encore pour renforcer cette culture commune de la laïcité, qu'un livret laïcité a été transmis au personnel, pour qu'ils puissent se l'approprier et la faire respecter, avec, toujours, une connaissance et une conscience claire de ses enjeux. Enfin, faire vivre la laïcité à l'école suppose d'avoir le courage de la clarté sur des points qui font souvent débat ou même polémique. Ici, au cœur de l'Alsace, je mesure combien notre attachement commun à la laïcité résonne au regard du droit local et de ses particularités, notamment sur l'obligation faite à l'Etat d'assurer une offre d'enseignement religieux. Cette spécificité dans les trois départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle est héritée du Concordat français de 1801 et pérennisée par le droit local allemand (ordonnances de juillet 1873 et de novembre 1887). Elle relève, au titre du droit local, d'un principe fondamental de la République, reconnu par le Conseil constitutionnel le 5 août 2011. Je le dis donc clairement pour la sérénité de tous : il n'est pas question de revenir sur ce principe et je suis parfaitement respectueuse de cette dimension de l'identité des territoires concernés. Pour autant, les modalités de cet enseignement religieux interrogent légitimement beaucoup d'associations laïques. Si nous avons largement inversé les modalités du choix des familles, de la dispense vers l'inscription, l'observatoire de la laïcité a proposé de placer l'heure d'enseignement religieux en plus des 24 heures d'enseignement commun, et non plus en leur sein. Il ne s'agit en aucun cas-là de ré-ouvrir ou d'engager je ne sais quelle querelle avec les religions. Ou de remettre en cause le droit local. Non, ce qui est en jeu, c'est le principe d'égalité des élèves de ce pays. Alors que la refondation de l'école a fait du premier degré la priorité absolue pour la maitrise des apprentissages fondamentaux, devons-nous priver les élèves de ces 3 départements d'une heure d'enseignement hebdomadaire ? Alors que le temps scolaire s'est rétréci, tout au long du dernier siècle, alors que nous avons justement fait la réforme des rythmes scolaires pour offrir une matinée de plus d'apprentissage scolaire et libérer du temps pour d'autres formes éducatives, faut-il à tout prix maintenir l'heure d'enseignement religieux dans les 24 heures de la scolarité commune ? Ma conviction, c'est que le principe d'égalité justifie au minimum qu'une réflexion approfondie soit conduite. On ne peut pas détourner les yeux de ce problème ou le laisser sans solution. C'est pourquoi j'ai décidé d'engager un dialogue, à la seule échelle locale, sous l'égide des deux recteurs concernés. Je leur ai demandé d'examiner les possibilités d'évolution susceptibles de recueillir un large assentiment. Mais sans fragiliser des éléments du droit local qui font partie d'une identité historique qui doit être pleinement respectée. L'esprit de consensus et de respect des acteurs locaux doit en tout état de cause prévaloir, dans une recherche d'équilibre qui réponde aux enjeux de l'institution scolaire sans remettre en cause des spécificités locales auxquelles sont attachés tous les membres de la communauté éducative au sein des trois départements concernés. J'ai demandé aux recteurs de travailler pour me faire des propositions avant la fin de l'année 2016. Il ne s'agit ni de passer en force, ni de laisser en l'état, mais de construire ensemble des solutions susceptibles de faire progresser de concert, et c'est l'évidence, la laïcité et l'égalité. Car l'École est, pour chaque élève, une chance immense. Nous pouvons en être fiers. Nous pouvons être fiers du travail mené, jour après jour, par nos enseignants. Gambetta, à votre congrès, avait bien raison de s'exclamer qu'ils nous « arment pour la bataille de la vie » et « [qu'] il n'y a pas de fonction sociale plus éminemment utile pour la France ! » Et c'est bien parce que je reconnais la valeur de leur travail, et leur importance, que je n'ai pas voulu simplement me contenter de mots, mais accompagner cela d'une reconnaissance par la hausse de leur rémunération, notamment dans le primaire. Mais je sais également, nous savons, que l'École ne peut pas tout, toute seule. Elle a besoin de vous. Notre complémentarité est une force. Oui, je crois en l'éducation populaire. Le mot peut paraître ancien, voire suranné dans notre société de zapping médiatique. Mais il est plus qu'un mot. Son histoire, la vôtre, est celle d'un renouvellement permanent, d'un défi sans cesse relevé face à la désespérance civique. Eh bien, nous sommes, aujourd'hui, à un tournant de notre histoire commune. Un nouvel élan est en train d'être donné à l'éducation populaire, grâce à la réforme des rythmes scolaires, et à la généralisation des ateliers périscolaires. Oui, par ces ateliers, nous développons l'accès de tous nos élèves au sport, à la culture, aux sciences et à la citoyenneté. Dans ces temps offerts à l'ensemble des élèves, il y a là une chance à saisir, une chance historique pour repenser la complémentarité de tous les acteurs de l'éducation populaire, et lui conférer une universalité. Car à l'universalité du suffrage, doit bien répondre celle de l'éducation. Cela passe, notamment, par les PEDT, qui donnent un cadre à l'alliance éducative entre l'Ecole, les associations, les collectivités territoriales, et les familles. Vous êtes déjà nombreux à y prendre part. Mais nous devons amplifier encore le mouvement. Car c'est à ce prix que l'école combinera la réussite pour le plus grand nombre, et la transmission des valeurs, par le vécu, l'expérience, et non l'injonction. Car il ne suffit pas de dire citoyenneté, pour que celle-ci devienne une réalité vécue, et cet engagement admirable qui vous anime, jour après jour. La citoyenneté, cela se vit. Cela se ressent. Cela se traduit concrètement par des actes. C'est ainsi que de nouvelles utopies démocratiques, comme régénérer l'Europe et la citoyenneté européenne seront rendues possibles. Car vous savez, sans doute mieux que quiconque, que les utopies d'hier sont les réalités de demain. Vous en êtes la preuve vivante. Et Jean Macé, dans ses rêves les plus fous, n'aurait pu imaginer le moment que nous sommes en train de vivre aujourd'hui ! Voilà pourquoi notre action commune me donne, malgré le contexte actuel, malgré la radicalisation et le développement des théories complotistes, malgré la montée du populisme, un véritable espoir. Un espoir qui animait déjà Jean Macé au cœur d'un second empire hostile à la République. Un espoir qui a animé la ligue tout au long de son existence. Et un espoir qui nous inspire, nous guide et nous fait progresser encore aujourd'hui. Oui, de nombreux défis nous attendent, que nous devons relever, y compris au-delà de nos frontières nationales puisque nous vivons, ces jours-ci, une grave crise à l'échelle de l'Union européenne. J'ai eu l'occasion de le dire hier, ici à Strasbourg à l'école européenne : l'éducation, la culture, le savoir, l'intelligence mais aussi une nouvelle conception de la citoyenneté européenne seront nécessaires pour surmonter cette crise qui n'est pas seulement économique et institutionnelle, mais bel et bien politique, au sens le plus noble et le plus ambitieux du terme. Face à ces défis, je tiens à vous dire une chose, car nous aurons toutes et tous notre rôle à jouer: c'est un soutien précieux, pour la ministre de l'Éducation Nationale que je suis, que de pouvoir compter sur un allié fidèle, dont je partage les valeurs, et qui a pour nom : La ligue de l'Enseignement. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/331.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/331.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ddec43defd268e1012d868b8209cf680ee785a08 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/331.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Ministre, Madame et Messieurs les Préfets et les Hauts Commissaires, Monsieur le Directeur général de la Gendarmerie nationale, Mon Général, Monsieur le Directeur de la Police nationale, Mon Général, commandant de la Gendarmerie outre-mer, Messieurs les Directeurs départementaux de la police nationale, Messieurs les chefs des services de police judiciaire, Messieurs les colonels, commandant la gendarmerie dans les départements et les collectivités d'outre-mer, Messieurs les commandants des sections de recherches, Mesdames et Messieurs, Comme vient de le rappeler à l'instant la Ministre des Outre-Mer, les départements et collectivités d'outre-mer connaissent une augmentation continue des violences et des atteintes aux biens, ainsi que des incivilités. Certes, cette situation, qui s'est récemment aggravée, ne date pas d'hier. Elle résulte de phénomènes endémiques de délinquance qui se sont enkystés dans les territoires ultramarins depuis plus de quinze ans. Les raisons en sont à la fois exogènes et endogènes, et chaque territoire présente bien sûr ses propres spécificités ; George PAU-LANGEVIN les a évoquées avec précision. Ainsi, la proximité de certains de ces territoires avec des pays ou des régions marqués par une forte insécurité alimente différents types de trafics, notamment le trafic de stupéfiants, et les filières d'immigration clandestine. L'importance de la vente et de la consommation de drogues et d'alcool, contribue également à susciter des troubles à l'ordre public et à augmenter le nombre des agressions. Je pense notamment aux violences sexuelles et aux violences commises dans la sphère familiale. Enfin, la faiblesse des dispositifs et des structures de prévention, tout particulièrement à destination de la jeunesse, contribue à faciliter le passage à l'acte en matière d'atteintes aux biens ou de violences contre les forces de l'ordre. Il en résulte une banalisation insidieuse de la violence, notamment parmi les jeunes et chez les délinquants d'habitude, ainsi qu'une banalisation de l'usage des armes, y compris pour des motifs futiles ou bien pour la commission de petits larcins. Il était donc grand temps de remédier à une telle situation. Car les Français d'outre-mer attendent depuis trop longtemps une réponse cohérente des pouvoirs publics, qui engage l'Etat aussi bien que les collectivités territoriales. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de procéder à une montée en puissance sans précédent de notre dispositif de sécurité, dans le cadre du plan que nous allons déployer dans l'ensemble des départements et des collectivités d'outre-mer, et en l'adaptant bien sûr aux différents contextes locaux. Avant d'en venir aux nouvelles mesures qui font l'objet de ce plan global, je souhaite revenir en quelques mots sur le plan spécifique concernant Mayotte que nous avons rendu public, la ministre des Outre-Mer et moi-même, le 2 juin dernier. Tout d'abord, nous avons décidé de renforcer dans cette île les effectifs et les moyens dont disposent les forces de l'ordre. Dès cet été, 142 policiers et gendarmes vont ainsi y être affectés, tandis qu'une nouvelle antenne GIGN y sera créée. En outre, le Préfet et le Procureur de la République de Mayotte réunissent désormais conjointement, aussi souvent que cela est nécessaire, un état-major de sécurité rassemblant l'ensemble des services de l'Etat mobilisés dans la lutte contre la délinquance et l'immigration irrégulière. Cet état-major est chargé de définir des objectifs précis en matière de sécurité et de maintien de l'ordre public, puis de s'assurer de leur mise en œuvre. Enfin, nous avons également voulu renforcer les partenariats avec la société civile mahoraise. Une instance spécifique, coordonnée par la préfecture et par le parquet, vise à mobiliser à travers l'ensemble de l'île les élus et les associations contre la violence et pour la paix publique. J'en viens à présent au Plan « sécurité outre-mer » et aux 22 mesures qu'il contient. Celles-ci ont été élaborées conjointement par les services du ministère des Outre-Mer et ceux du ministère de l'Intérieur. Comme à Mayotte, il s'appuie sur trois grands axes complémentaires. Tout d'abord, nous renforçons considérablement les effectifs et les moyens des forces de l'ordre, en les adaptant aux enjeux sécuritaires locaux Dès cette année, et tous services confondus, 433 policiers et gendarmes (370 policiers et ADS, et 63 gendarmes) rejoindront les territoires d'outre-mer. Chaque année, la Direction générale de la Police nationale ouvrira de nouveaux postes en fonction des besoins opérationnels. De surcroît, entre 2017 et 2019, la gendarmerie d'outre-mer bénéficiera de 300 effectifs supplémentaires (dont 179 dès 2017). Ces créations de postes nous permettront de renforcer les unités d'intervention, les brigades territoriales qui sont en première ligne face à la délinquance, ainsi que certaines unités de recherche. Je veux à mon tour profiter de l'occasion qui nous réunit aujourd'hui pour rendre un hommage appuyé aux forces de police et de gendarmerie affectées dans les territoires d'outre-mer, car elles y réalisent un travail absolument indispensable, dans des conditions souvent difficiles et très dangereuses. Je pense par exemple au gendarme qui, il y a une semaine, n'a eu la vie sauve que grâce à son gilet pare-balles alors qu'il avait été la cible d'un tir en pleine poitrine à Kouaoua, en Nouvelle-Calédonie. D'autre part, nous allons mettre en place un « groupe tactique projetable » depuis la métropole, afin de faire face à des situations de troubles graves ou pour appuyer les services territoriaux dans le traitement de formes particulières de délinquance. La DGPN et la DGGN étudieront ainsi, d'ici octobre 2016, les modalités de constitution et de projection d'une telle force d'appui ponctuel, mobilisant des compétences multiples. Nous allons également renforcer les moyens dont disposent les forces de l'ordre sur place sans le cadre d'un plan d'équipement global, qui portera sur les moyens de communication, les équipements de protection balistiques individuels et les véhicules. Parallèlement, l'effort en matière de saisies des avoirs criminels sera lui aussi poursuivi, tandis que nous allons développer les demandes d'affectation de biens saisis. Enfin, nous souhaitons développer les coopérations opérationnelles avec les forces de sécurité des pays frontaliers de nos territoires ultra-marins. Ensuite, nous renforçons la gouvernance et la coordination des forces de l'ordre, entre elles et avec les autres acteurs locaux mobilisés dans la lutte contre la délinquance Face aux évolutions de la délinquance, l'heure est en effet à la mutualisation et la coopération entre les forces et, plus généralement, au partenariat avec la société civile. Nous allons créer à cet effet une Conférence nationale pour la sécurité outre-mer (CNSOM), qui se réunira deux fois par an autour de l'ensemble des acteurs concernés, y compris les élus, afin d'évaluer les actions menées sur le terrain en matière de prévention et de lutte contre la délinquance. L'objectif sera de partager et de diffuser les bonnes pratiques et les méthodes innovantes particulièrement adaptées aux contextes ultra-marins. Des missions de l'Inspection générale de la Police nationale et de l'Inspection générale de la Gendarmerie nationale seront conduites dans chacun de ces territoires, et leurs conclusions seront présentées lors des sessions de la CNSOM pour nourrir l'action collective. Par ailleurs, nous allons renforcer la Coordination opérationnelle entre les agglomérations et les territoires (CORAT). J'entends par là que des protocoles opérationnels spécifiques seront mis en place dans tous les départements et collectivités d'outre-mer afin de répondre aux phénomènes délinquants. Nous allons ainsi notamment créer des cellules anti-cambriolages départementales, placées sous la cotutelle des commandements de groupement de gendarmerie et des directeurs départementaux de la sécurité publique. La possibilité d'élargissement des six Zones de Sécurité prioritaires (ZSP) qui existent actuellement outre-mer, voire de création de nouvelles ZSP, sera également étudiée. En outre, pour renforcer les liens entre la population et les forces de sécurité, une cellule d'animation départementale ou territoriale dédiée sera créée dans chacun des départements et collectivités. Placée sous l'autorité du représentant de l'État, cette cellule rassemblera tous les services concernés, ainsi que les principaux acteurs territoriaux, notamment l'Education nationale, les services sociaux et les associations œuvrant à la prévention de la délinquance juvénile et du décrochage scolaire. Les partenariats avec les élus et les municipalités seront également encouragés, dans le but de généraliser les conventions de coordination avec les polices municipales et intercommunales. La même démarche sera conduite pour les dispositifs de participation citoyenne, tandis que nous renforcerons notre soutien en matière de développement de la vidéo-protection. Enfin, et c'est là notre troisième grand objectif, nous élargissons les champs de la lutte contre l'insécurité Nous allons ainsi rénover la coordination de la lutte contre les trafics de stupéfiants en intensifiant notre action de démantèlement des réseaux. Pour ce faire, les synergies entre les forces territoriales (services de la DDSP, unités territoriales de la gendarmerie) et les services d'enquête (offices centraux, police judiciaire, sections et brigades de recherches) seront renforcées. En Guyane, un détachement de l'antenne Caraïbe de l'Office Central de répression du Trafic international de stupéfiants (OCRTIS) sera créé d'ici la fin de l'année 2016. Par ailleurs, nous allons mener une action spécifique contre les trafics et la circulation des armes à feu, en cohérence avec le Plan national de lutte contre les armes illégalement détenues, adopté en novembre 2015. L'effort portera tout particulièrement sur le recours systématique aux examens balistiques, sur la déclinaison locale des opérations « Déposez les armes », enfin sur le renforcement des échanges entre les autorités administratives et judiciaires pour la délivrance et le suivi des autorisations de détention d'arme. La lutte contre la radicalisation violente sera, elle aussi, intensifiée, en application du grand Plan national lancé en avril 2014 et de sa deuxième étape, que le Premier ministre a présenté le 9 mai dernier. Parallèlement, nous allons faire en sorte de moderniser les procédures appliquées par les forces de l'ordre. Les dispositifs de transmission dématérialisée de procédures judiciaires feront ainsi l'objet d'une évaluation et seront développés, dès lors que cela s'avèrera nécessaire, afin d'alléger les charges administratives pesant sur les forces de sécurité. En outre, des équipements de visioconférence seront déployés dans les unités et les services d'enquête dans le but de réduire les charges résultant des procédures d'extraction et de présentation des personnes sous contrainte de justice. Enfin, nous allons accroître la coopération opérationnelle entre la gendarmerie et les forces armées du ministère de la Défense. Des opérations coordonnées ou conjointes seront ainsi progressivement mises en œuvre dans les territoires d'outre-mer, notamment pour contrôler les flux, lutter contre les trafics et contre l'immigration irrégulière. Face aux formes de délinquance et de criminalité particulièrement violentes qui frappent nos départements et nos collectivités d'outre-mer, nous avons besoin d'une mobilisation de l'Etat puissante, immédiate et soutenue dans le temps. Face à des phénomènes enracinés de longue date dans certains territoires, l'Etat pour la première fois prend des mesures d'ampleur, dans le cadre d'un plan cohérent, à l'échelle de l'outre-mer dans son ensemble. L'objectif est d'assurer une sécurité digne de ce nom à l'ensemble de nos compatriotes ultra-marins, lesquels y ont droit comme tous les citoyens de la République française. La solidité du pacte social qui nous lie, comme le développement économique local en dépendent. Cela suppose donc un engagement de chacun des acteurs concernés : aussi bien les services de l'État que les élus et les collectivités territoriales, la communauté éducative, les associations et, d'une manière générale, l'ensemble de la société civile, dans un objectif partagé de prévention et de lutte contre toutes les violences. Consolider l'autorité de l'Etat et assurer la protection des Français d'outre-mer : telle est la raison d'être de ce grand Plan « sécurité outre-mer ». C'est ainsi que nous renforcerons la République sur tous les continents. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/332.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/332.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..45c44e8614980d5b1f5d5f470e4438d47410e716 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/332.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président du Conseil français du culte musulman, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Messieurs les Responsables de l'islam de France, Mesdames et Messieurs, Chers Amis, C'est désormais une tradition pour beaucoup d'entre vous que de vous accueillir pour un Iftar au Quai d'Orsay. Je dois vous dire que je suis très heureux de vous rencontrer ce soir et de vous avoir invités pour cette soirée conviviale et fraternelle. Cette rencontre est d'abord l'occasion de renouveler toute la considération de la France envers le monde islamique, dont vous représentez ici toute la richesse et la diversité. Alors que des mouvements terroristes se livrent à des crimes abjects en invoquant l'islam, je souhaite être très clair et redire que le gouvernement français dénonce avec la plus grande force, non seulement ces crimes, comme vous le faites vous aussi, mais aussi cet amalgame aussi absurde que coupable. L'islam est une religion qui a toute sa place dans la société française. Vous savez que nous avons tous ce concept de laïcité auquel nous sommes attachés. La laïcité, c'est avant tout la liberté de croire ou de ne pas croire et, si l'on croit, la liberté de pratiquer librement et dignement sa religion. Cela vaut naturellement pour l'islam comme pour toutes les autres religions. C'est pourquoi je me réjouis que notre rencontre intervienne à un moment où s'intensifient les relations entre les pouvoirs publics et les musulmans de France, notamment à travers l'instance de dialogue mise en place par mon collègue le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve et auquel vous participez activement Monsieur le Président. La deuxième réunion de cette instance, qui s'est tenue il y a quelques semaines, a porté sur un sujet hélas capital pour nous tous : la lutte contre la radicalisation. Notre pays est attaqué par le terrorisme. C'est notre peuple tout entier dans sa diversité qui est touché ; il l'est, sans distinction d'âge, de statut social, de religion. C'est notre peuple tout entier qui doit s'élever contre ceux qui portent atteinte à nos valeurs, contre ceux qui veulent nous dresser les uns contre les autres. Je profite de cette soirée, car je veux vous rendre hommage, Monsieur le Président, et vous remercier, vous et le conseil du culte musulman, pour les efforts que vous entreprenez à la tête de ce conseil, vous personnellement, pour la mobilisation des musulmans de France contre le terrorisme, et pour défendre aussi les valeurs de la République française. Ces valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité qui fondent notre volonté de vivre ensemble, ces valeurs auxquelles l'immense majorité des musulmans de France sont attachés. De plus, vous avez pris vos fonctions dans des circonstances très difficiles mais vous avez aussi pris toutes vos responsabilités pour être ferme, clair et engagé. C'est aussi pour cela que je voulais vous remercier. Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, je n'oublie pas que la France n'est pas la seule à être confrontée à l'épreuve du terrorisme, et dans beaucoup de vos pays, la population est aussi victime de ces actes barbares. Vous le savez bien hélas. Je profite de cet instant pour exprimer à nouveau ma solidarité à tous ceux et à toutes celles qui en ont subi les conséquences. Cette lutte contre le terrorisme est d'ailleurs un sujet central de nos relations, notamment avec le monde musulman. Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, vous le savez bien, dans mes contacts avec vos pays, je mesure toute la volonté d'unir nos efforts - cet après-midi j'ai rencontré le représentant de l'Arabie saoudite, et nous avons évoqué ces questions comme nous les évoquerons avec d'autres représentants -, pour favoriser une meilleure compréhension mutuelle, c'est aussi de contrer les discours extrémistes, promouvoir la coopération entre nos peuples. Et votre rôle, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, je le sais, est essentiel. C'est le sens du dialogue que notre diplomatie entretient avec les autorités religieuses, y compris musulmanes à travers le monde. Nous nous sommes réjouis de recevoir avec le président de la République le mois dernier, le Grand Imam d'Al-Azhar, Cheikh Ahmed Al-Tayeb pour sa première visite officielle en France. Nous avons été marqués, j'ai été marqué par son message de tolérance, de sagesse et nous lui sommes très reconnaissants du geste symbolique qu'il a accompli en déposant une gerbe de fleurs devant le Bataclan. C'est dans le même esprit de dialogue que nous travaillons avec nos partenaires sur la formation des imams et des cadres religieux et que nous apportons notre soutien au développement des échanges universitaires et interreligieux. Je me réjouis aussi du renforcement de nos relations avec l'organisation de la coopération islamique. La désignation de notre consul général à Djeddah comme envoyé spécial auprès d'elle permet aujourd'hui des échanges étroits et permanents. Nos consultations du mois dernier ont confirmé tout l'intérêt que nous avons à les développer. Mais, lutter contre le terrorisme, c'est lutter pour la paix, défendre ceux qui souffrent et souvent des injustices, et c'est aussi chercher inlassablement à résoudre les crises qui déchirent le monde et dont se nourrissent les obscurantistes. Au Proche et Moyen-Orient, comme en Libye, la France est engagée, aux côtés de ses partenaires, dans ce combat, qui doit s'accompagner de la recherche de solutions politiques à tous les conflits. Notre diplomatie a un horizon fondamental : la recherche obstinée de la justice et de la paix. L'initiative française de relance d'un processus entre Palestiniens et Israéliens, dont la première étape a été un succès, en est l'illustration la plus récente. Le 3 juin à Paris, la communauté internationale s'est en effet remobilisée autour de la solution des deux États et a confirmé sa volonté de créer les conditions d'une reprise des négociations, en proposant aux parties un paquet global d'incitations et de garanties. Cette réunion était la première depuis le mois de novembre, certains finissaient par oublier que l'objectif était bien de créer les conditions de deux États et de permettre aux Palestiniens de disposer d'un État, vivant à côté d'Israël, dont la sécurité serait davantage garantie. Nous savons que c'est un chemin difficile. Je remercie les États membres de l'OCI, et son secrétaire général, Iyad Ameen Madani, pour leur soutien précieux dans cet effort collectif qui ne fait que commencer, et c'est d'ailleurs à Djakarta lors de la réunion de l'OCI que le premier soutien avait été exprimé par tous les participants et j'avais eu l'occasion d'exprimer toute ma gratitude. La justice et la paix, je l'ai dit, doivent aussi triompher pour le peuple syrien. La France souhaite que la trêve soit respectée, ou plutôt que l'on retrouve les conditions d'une trêve, et qu'un accès humanitaire sans entrave soit assuré et qu'une reprise des négociations politiques soit possible au plus vite. Car seule une transition politique pourra mettre fin à une tragédie qui a causé tant de souffrances et jeté tout un peuple sur les routes tragiques de l'exil. Au Sahel, la France inscrit son action en soutien à ses partenaires africains. C'est le cas au Mali, où toutes les parties signataires de l'accord de paix d'Alger se sont réunies il y a quelques jours, à l'occasion d'un Iftar pour marquer l'anniversaire de cette étape essentielle sur la voie de la réconciliation nationale. Cet anniversaire a coïncidé avec des avancées notables, et je m'en réjouis, m'étant rendu sur place avec mon collègue allemand, dans la mise en place des autorités intérimaires dans le nord du pays et des patrouilles mixtes entre les différentes forces. Dans le bassin du Lac Tchad, Boko Haram commet des actes barbares à l'encontre des populations civiles et des forces armées. La France est solidaire de tous les pays touchés, le Niger, le Tchad, le Cameroun et le Nigéria. Grâce à l'action coordonnée des forces africaines, cette barbarie recule. Nous sommes déterminés à aider ces pays pour qu'ils retrouvent la sécurité et reprennent leur chemin vers le développement. Nous sommes résolus à mobiliser nos partenaires, notamment européens, dans cette perspective. Je ne manque aucune occasion de rappeler la nécessaire solidarité de l'Europe avec l'Afrique. En République centrafricaine, les différences religieuses et communautaires avaient conduit le pays au bord du gouffre et même de la guerre civile. Aujourd'hui, après un processus électoral remarquable, le pays se réconcilie peu à peu, il redémarre même si c'est difficile et parfois tendu. Je souhaite que tous les amis de la Centrafrique continuent à s'impliquer dans la reconstruction et le retour de la sécurité. Enfin, j'étais, il y a quelques jours, en Birmanie, où j'ai eu l'occasion d'évoquer le sort de toutes les minorités et notamment celle des Rohingyas, qui subissent violence et discrimination. J'ai lancé un appel en faveur de l'amélioration de leur situation et constaté une écoute attentive des nouvelles autorités, je veux parler de Mme Aung San Suu kyi. Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, Chers Amis, Ce désir de paix, et ce soir, c'est vraiment un désir de paix que nous voulons partager ensemble. Ce désir de paix, c'est un engagement, c'est notre mission commune. C'est le lien qui nous unit ce soir, avec une exigence permanente qui est, sans cesse de rechercher la voie du dialogue et du respect mutuel. Cela ne vient pas spontanément, parfois on est tenté par la caricature, par le refus de l'autre, par le rejet, par le refus de faire un effort pour être à la portée de l'autre. Cette religion de paix qui nous réunit ce soir, nous devons continuer de la faire vivre ensemble, chacun à notre manière, puisque c'est la paix qui nous réunit. Merci de votre présence, merci d'avoir répondu à mon invitation et que ce mois de ramadan vous apporte, à vous et à vos proches, bonheur et santé. Je laisse maintenant la parole au président du conseil français du culte musulman pour procéder à la rupture du jeûne. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/333.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/333.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..bf96ebe4b15aacebb27672e803f776b51fe45436 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/333.txt @@ -0,0 +1 @@ +Chers amis, Alors que la saison des festivals s'ouvre aux quatre coins de la France, j'ai voulu vous réunir rue de Valois pour faire le point sur différents sujets, notamment la loi relative à la liberté de création, à l'architecture et au patrimoine et le régime de l'intermittence du spectacle. Nous pouvons être fiers de notre modèle français. Chacun a une relation particulière avec la France qui éclaire sa propre vie et sa vision du monde. Pensons à tous ceux qui ont choisi la France fuyant des tragédies, pensons à Jorge Semprun, à Romain Gary. Cette pluralité possible des liens à la France fait qu'en aucun cas notre attachement n'exige un enfermement dans une identité univoque. Cette pluralité de liens est au contraire au cœur de notre conception de la liberté. Paul Valéry écrivait en 1927 que la France lui apparaissait elle-même comme une forme, comme une œuvre. Une forme que l'on peut à notre tour dire composée de populations, de générations, de cultures, de mémoires, de territoires les plus divers dans un inventaire à la Prévert qui nourrit dans la liberté notre attachement à ce pays extraordinaire. Nous allons cet été retrouver cette diversité dans la saison des festivals. En Avignon ou Aix-en-Provence bien sûr, mais aussi grâce à des centaines de festivals moins médiatisés, aux moyens plus modestes, qui contribuent à la richesse et à la diversité de notre pays. Pour que les arts de la scène continuent de se déployer, pour les festivals aussi, et parce que les questions de sécurité publique se sont imposées à nous, nous venons de débloquer 7 millions d'euros qui permettent de doubler les moyens déjà engagés en début d'année pour soutenir les spectacles après le massacre au Bataclan. C'est un effort qu'il était nécessaire et important de faire, pour ne céder en rien sur les propositions culturelles, tout en traitant de façon responsable les enjeux de sécurité. Ce foisonnement artistique estival contraste avec une atmosphère qui pourrait être étouffante. En Europe, les témoignages à visage découvert de rejet de l'autre sont une réalité. De son côté, le peuple britannique choisit sciemment de se séparer de l'Union européenne, alors que sa jeunesse continue d'aspirer à l'ouverture. En France, la semaine passée, les murs du nouveau théâtre du château d'Hardelot, à Condette, qui célèbre justement l'entente cordiale entre artistes français et britanniques, ont été recouverts d'inscriptions barbares. Je voudrais d'ailleurs saluer la directrice du théâtre, Valérie Pinthiaux, mais aussi l'équipe d'architectes dirigée par Andrew Todd, à l'origine de ce magnifique théâtre élisabéthain en pleine nature. De l'autre côté de ce miroir où se lit le repli, il y a évidemment la menace que fait peser la violence, sourde ou explicite, du terrorisme encore hier à Istambul- et de la radicalisation partout dans le monde. Au Pulse, à Orlando, il y a deux semaines, comme au Bataclan, à Paris, l'an passé, c'est d'abord la culture, un mode de vie, la passion de la liberté, celle de rire et d'aimer librement aussi, qui ont été frappés. Dans un moment qui peut être un point de bascule pour la société française, la création reste ce lieu de dialogue puissant là où partout ailleurs, les mots se durcissent. Un lieu puissant car il nous rassemble là où l'on cherche à nous diviser, un lieu puissant aussi car il forme l'imaginaire de la société, c'est-à-dire l'endroit même qui est l'objet de toutes les prédations, de luttes de pouvoir, et où se nouent les valeurs qui définissent notre société. Je voudrais citer Azar Nafisi, auteure iranienne qui dans son livre « La République de l'imagination » nous dit que « la façon dont nous définissons la fiction reflète celle dont nous nous définissons en tant que nation ». Que « les œuvres d'imagination sont comme les canaris des mines de charbon, c'est à leur aune qu'on évalue la santé de toute une société. » C'est pour cela que le Gouvernement, à travers ce ministère - réaffirme et garantit la liberté de création et protège sa diversité ; - reconnaît et respecte le travail des artistes et de toute la filière de la création ; - rend accessible notre patrimoine commun au plus grand nombre, - et s'adresse à la jeunesse en lui proposant des clés pour bâtir son avenir. Le Parlement a adopté, cet après-midi même, la loi relative à la liberté de création, à l'architecture et au patrimoine, au terme d'une commission mixte paritaire conclusive, ce qui est tout à fait exceptionnel dans la période actuelle. Je veux y voir la relation spéciale que la France et sa représentation nationale entretiennent avec la culture. Je souhaite remercier le Parlement du dialogue constructif qui a été noué avec le Gouvernement, grâce aux présidents des commissions des affaires culturelles, Patrick Bloche à l'Assemblée et Catherine Morin-Desailly au Sénat, grâce aussi aux rapporteurs de ce texte et aux très nombreux parlementaires, cher David Assouline, chère… Qui ont apporté leur pierre à ce bel édifice. Je veux aussi saluer Aurélie Filippetti qui a initié cette loi, et Fleur Pellerin qui a engagé les travaux décisifs autour de la première lecture au Parlement. Promesse de campagne du Président de la République, cette loi était à juste titre très attendue, notamment dans le domaine du spectacle mais aussi dans celui de l'architecture ou du patrimoine. Elle affirme la place des artistes et de la création dans notre quotidien. Nous pouvons être fiers que le principe de la liberté de création, de liberté de diffusion et de programmation soient énoncés aux premiers articles de cette loi. Parfois, les artistes appuient où ça fait mal. Ils déclenchent la polémique. Ils s'exposent aux commentaires anonymes venus du tréfonds de la société, comme Anish Kapoor à Versailles. Le dénigrement de la culture se retrouve parfois dans les mots de personnalités publiques qui prennent je pense une terrible responsabilité en ouvrant ainsi la voie à des simplifications meurtrières. Tous les dessins de Charlie Hebdo ne me font pas rire, tous sont nécessaires pour exercer notre liberté de penser. Bien sûr, dans une République décentralisée, les collectivités locales ont un rôle majeur à jouer. Les désengagements insidieux, ici et là, peuvent constituer une fragilisation réelle de notre colonne vertébrale structurelle. Voilà pourquoi nous sommes aux côtés des élus qui font le choix de la culture, voilà pourquoi nous sommes aux côtés de ceux qui sont fragilisés par des collectivités qui les abandonnent comme à Quimper le centre d'art contemporain. Je salue Natalia Coline et Jean-Yves Crochemore qui sont parmi nous ce soir. La loi ne fait pas que poser des principes, elle donne des éléments tangibles et majeurs en faveur de la création. Je pense bien sûr à l'architecture. Pour reprendre les mots d'Alejandro Aravena, commissaire général de la Biennale de Venise, « l'architecture est beaucoup plus large que la seule dimension esthétique ou artistique. C'est du quotidien mais aussi de l'extraordinaire et la difficulté de l'architecture est de couvrir ce spectre dans toute sa largeur, du quotidien à l'extraordinaire ». Permettez-moi de saluer les avancées très importantes que porte cette loi, la première grande loi depuis 1977 sur l'architecture : le « permis de faire », c'est-à-dire le principe d'une expérimentation permettant de déroger à certaines règles en matière de construction, afin d'explorer de nouvelles voies architecturales ; le recours à l'architecte plus systématique et notamment pour le dépôt d'un permis d'aménager un lotissement. Ces dispositions vont améliorer structurellement le cadre de vie quotidien des Français car l'intervention de l'architecte est décisive, même et surtout pour les projets les plus courants, dans les petits espaces, pour les petites surfaces. Dans le secteur du spectacle vivant, encourager la vitalité de la création est plus que jamais une exigence démocratique. Le contexte économique est parfois utilisé pour dénigrer l'importance du spectacle vivant, dans une vision purement utilitariste de la culture. J'ai donc annoncé récemment des mesures nouvelles en faveur des compagnies, en accompagnement des résidences d'artistes, de la danse et du cirque, en faveur de l'art dans l'espace urbain, en faveur de la création en direction du jeune public, en faveur des arts de la rue aussi. Je pense aussi à la diversité en matière musicale S'agissant des quotas de chanson française, nous avons pris une mesure forte pour les rendre plus effectifs. Car la chanson française regorge de talents. Encore faut-il qu'ils puissent être entendus. La diversité à la radio n'est pas toujours spontanée. Il faut la protéger et la promouvoir. Aussi ai-je défendu, dans le respect des formats éditoriaux des radios, une proposition innovante parce qu'incitative, qui encourage la diversité des titres diffusés, objectif majeur pour la musique. Les quotas de chansons francophones ne pourront plus être remplis avec la diffusion de seulement quelques titres à succès. Ne soyons pas naïfs, ne cédons pas à la tentation du nivellement de la régulation par le bas : les quotas restent des instruments modernes et indispensables pour combattre l'uniformité. S'agissant de la création et la diversité toujours, je veux saluer deux accords récents majeurs, dans le domaine du cinéma et de l'audiovisuel. L'Etat avait fixé un cap, des objectifs de politique publique, dans ces deux secteurs, pour donner un espace redéfini à l'indépendance et garantir la diversité de la création audiovisuelle et cinématographique. Une fois ce cap fixé, ce sont les professionnels qui doivent s'organiser, trouver les moyens de dépasser leurs divergences. Passer de la réglementation à la régulation. Je revendique pleinement cette méthode pour que la puissance publique appréhende efficacement le monde mouvant des industries culturelles à l'ère numérique. C'est cette approche que nous avons privilégiée, plutôt qu'une intervention législative, pour la régulation de la diffusion des films dans les salles de cinéma, ou pour les rapports entre chaînes de télévision et producteurs. Dans ces deux cas, cette approche a été couronnée de succès, grâce à l'esprit de responsabilité des professionnels. Au cours du dernier festival de Cannes l'ensemble des professionnels du cinéma a trouvé un accord pour améliorer les conditions de diffusion des films indépendants et la distribution dans les petites villes et les zones rurales. Je les remercie et salue les engagements qu'ils ont ainsi tenus auprès de moi. Je me réjouis également qu'après France Télévisions, et après de trop longues années de querelles, TF1 et les producteurs audiovisuels soient parvenus à un accord, qui conforte l'engagement du groupe dans le financement de la création et fait converger diffuseur et producteurs dans une logique d'intérêt commun. Les effets extraordinaires du crédit d'impôt puissant en faveur des tournages décidé par le Président de la République et le Premier ministre donnent une force industrielle majeure au secteur du cinéma et de l'audiovisuel, que la régulation met au service de la diversité. La création, ce sont aussi les fonds régionaux pour l'art contemporain, les FRAC. La nouvelle loi reconnaît aussi le caractère public de leurs collections et renforce leurs missions. Les débats réguliers sur le caractère inaliénable ou non des œuvres d'art des collections des Fonds régionaux d'art contemporain sont désormais clos : c'est une garantie face aux tentations de revendre certaines œuvres, et une belle de reconnaissance de ce patrimoine contemporain. Enfin, je veux rattacher à cette thématique de liberté de création celle de liberté de l'information. Ce champ n'était pas abordé dans la loi relative à la création. Il est central dans la proposition de loi sur l'indépendance des médias portée par Patrick Bloche. Cette proposition de loi, qui va entamer une deuxième lecture vise à protéger l'indépendance des équipes de rédactions par rapport aux intérêts des annonceurs et des actionnaires. J'y ai porté deux amendements au nom du Gouvernement, l'un visant à protéger les fréquences hertziennes de la spéculation, l'autre renforçant le secret des sources des journalistes. Car ce qui se joue avec la protection des sources des journalistes, insuffisamment assurée par la loi Dati de 2010, c'est le degré de maturité de notre démocratie et sa capacité à défendre dans le sens de l'intérêt général le travail d'investigation des journalistes et les lanceurs d'alerte. Reconnaître, protéger, faire progresser la liberté de création. Reconnaître, protéger, faire progresser le dialogue au sein des différentes familles de la culture. Reconnaître aussi et protéger le travail des artistes et des techniciens : cet objectif ne m'a pas quitté non plus. Je veux bien sûr évoquer la reconnaissance du régime spécifique de l'assurance chômage des artistes et techniciens du spectacle. Jamais une telle méthode n'avait été suivie. Et jamais nous n'avons abouti à un tel accord, un accord historique, responsable, exemplaire et pérenne. Un accord historique car pour la première fois, grâce à une disposition de la loi travail de 2015, ce sont les organisations professionnelles du spectacle qui ont eu les clés de la négociation et non les confédérations. Ils n'ont pas manqué ce rendez-vous avec l'histoire et sont parvenus à signer, de façon unanime employeurs, artistes, techniciens, de la Fesac à la CGT en passant par la CFDT et la CGC- le 28 avril dernier, un accord qui correspond à la réalité de l'emploi des artistes et des techniciens du spectacle et répond à des revendications en déshérence depuis plus de 10 ans. Cet accord est historique, il est aussi responsable : il devrait permettre de réaliser de 84 à 93 M d'économies en année pleine, grâce à des contributions accrues des employeurs mais aussi des plafonnements nouveaux. La prise en charge par le Fonds de professionnalisation et de solidarité de deux mesures s'apparentant à la solidarité nationale pour un montant de 12 M permettra d'atteindre les 105 M€ d'économies demandées au secteur par le cadrage interprofessionnel initial. En ce sens, l'accord est aussi exemplaire, car on sait désormais que ce qui a été réussi par les employeurs et salariés du spectacle ne l'a pas été pour le régime général. L'accord est aussi pérenne : il entrera en vigueur dès le mois de juillet, grâce à un décret qui sera pris par le Gouvernement dans les jours qui viennent. C'est le choix que nous avons fait : prolonger le régime général où les négociations ont échoué mais faire entrer en vigueur par décret cet accord unanime pour les annexes 8 et 10. Par ailleurs, nous définissons actuellement avec les professionnels les contours d'un fonds en faveur de l'emploi dans le spectacle vivant et enregistré doté de 90 M qui sera mis en place à l'automne. Il nous faut collectivement mesurer que ce qui vient d'être fait est exceptionnel, à la fois inédit, juste et sécurisant pour ces artistes et techniciens qui font la richesse de la création en France. Il faut saluer cet accord décisif, bon pour la création, bon pour la France. Un accord qui fera date. Je voudrais aussi évoquer la question du patrimoine, qui nous rattache à notre histoire commune, et qui doit être accessible au plus grand nombre. Comprendre et connaître notre socle commun d'histoire, nos origines est essentiel pour que notre société conserve son sens. L'archéologie préventive a justement figuré parmi les articles de la loi les plus difficiles à écrire. Mais les députés et les sénateurs ont réussi à s'entendre et la loi dispose désormais que l'Etat exerce la « maîtrise scientifique » de l'ensemble des opérations d'archéologie, alors que la question se posait pour ce secteur ouvert à la concurrence en 2003. La loi rend également plus lisible et plus protecteur notre régime des espaces protégés, qui sera ainsi mieux compris par nos concitoyens avec la création des « sites patrimoniaux remarquables ». Le patrimoine protégé est source de fierté pour les habitants, créateur de lien social, souvent force de développement touristique. Pour chaque site, les collectivités auront le choix entre deux niveaux de protection. Ainsi, tous auront accès au « plan de sauvegarde et de mise en valeur », le plus haut degré de protection, qui ne sera plus réservé aux seuls secteurs sauvegardés, mais ouvert aux plus de 800 sites patrimoniaux remarquables. Par ailleurs, après les destructions à Mossoul, Nimroud ou Palmyre, la France renforce ses moyens de lutte contre les trafics de biens culturels qui, bien souvent, contribuent au financement des groupes terroristes. La loi ouvre désormais la possibilité d'accorder refuge aux œuvres menacées, offrant toutes les garanties de sécurité pendant un conflit. La destruction des vestiges et des œuvres d'art est l'une des formes de la barbarie contemporaine, destinée à réduire à néant des populations entières, en détruisant ce qui forme leur histoire et leur passé, ce qui les constitue en civilisation et en culture. C'est aussi ce qui s'est joué au Mali, quand l'intervention française a permis de sauver mausolées et manuscrits à Tombouctou, aux sources profondes de l'histoire des africains de l'Ouest. La loi, pour la première fois, fait également entrer le patrimoine mondial de l'Unesco dans le droit interne français, dans le code du patrimoine. Enfin, autre élément de notre politique du patrimoine, une réflexion vient d'être lancée sur ce que devront être les musées du XXIème siècle parce que nous devons tenir compte de l'évolution des attentes du public, des nouveaux modes de présentation des œuvres, des nouvelles perspectives de mise en réseau des collections et d'évolution des métiers. Et mettre à profit le potentiel exceptionnel que le réseau des musées de France pour l'éducation citoyenne de la jeunesse. Ces réflexions déboucheront dès la fin de l'année 2016. Notre responsabilité première et collective est celle que nous avons vis-à-vis des enfants, des adolescents, de la jeunesse qui héritera du monde que nous façonnons. Là aussi, la culture est puissante car elle détient les clés de l'émancipation, du rapport à l'autre, parfois aussi de la découverte de soi. L'enseignement supérieur artistique, qui est l'une de nos forces, se voit offrir de nouvelles perspectives par la loi, qu'il s'agisse du statut social des élèves ou des spécificités de l'enseignement de de la recherche qui y est développé. S'agissant de l'éducation artistique et culturelle, depuis quatre ans, les moyens financiers qui y sont consacrés par le ministère de la culture ont augmenté de 80%, passant de 30 M en 2012 à 54,6 M en 2016. Ces moyens nouveaux ont permis de prendre de nombreuses initiatives pour faciliter et élargir l'accès des plus jeunes à la culture. La manifestation Partir en livre, qui se déroulera cette année du 20 au 31 juillet 2016 partout en France en est une illustration ; dans toute la France, les jeunes et notamment ceux qui ne partent pas en vacances - verront les livres venir à eux ; L'ouverture des bibliothèques le dimanche : pour la première fois à partir d'avril dernier, l'Etat soutiendra financièrement les collectivités qui s'engagent dans cette voie. C'est une mesure majeure pour les familles et pour l'égalité des chances ; Autre initiative, l'extension du programme Démos, développé par la Philharmonie de Paris, qui repose sur la pratique orchestrale pour des enfants entre 7 et 12 ans dans les quartiers populaires et qui va s'étendre par étapes d'ici 2018. Je veux saluer Jean-Claude Casadesus, pionnier de la démocratisation de la musique orchestrale depuis Lille. Nous allons lancer avec Najat Vallaud-Belkacem à la rentrée prochaine une opération « artistes à l'école », des résidences d'artistes qui seront installées dans une centaine d'établissements scolaires. Il s'agit d'ouvrir aux élèves l'horizon le plus large et de leur permettre de rencontrer, dans la durée autour d'un projet de création, des architectes, des photographes, des plasticiens, des romanciers, des auteurs de BD, des réalisateurs, des musiciens, des comédiens, des marionnettistes, des metteurs en scène, des compositeurs, des circassiens, des vidéastes. Ce dispositif permettra de réaffirmer l'exigence de la présence de l'art et des artistes à l'école. Nous savons qu'en la matière, plus doit être fait, au cœur du temps scolaire, là où se joue l'égalité des chances, là où se joue l'émancipation, là nous devons mieux et plus être présents, à travers ce qui est proposé aux enfants, à travers la formation des enseignants, à travers les projets collectifs. Chers amis, pour conclure l'Europe enfin. Le référendum qui a conduit à la sortie du Royaume Uni de l'Union européenne est porteur d'un message dont nous sommes loin de mesurer encore la portée et les conséquences. Pour ceux qui ont en tête le tragique de l'histoire, cette nouvelle attriste et fait peur. Mais elle doit aussi nous rendre plus déterminés encore. L'approche qui fait de l'intégration du marché unique la priorité, quitte à considérer parfois les protections nationales du droit d'auteur ou du financement de la création comme des « entraves à la constitution d'un marché unique », est dépassée. Mais nous le savions au fond depuis fort longtemps. Nous qui avions à justifier toujours par dérogation le soutien au secteur culturel. A défendre la territorialité tout en étant des européens convaincus, parce qu'elle correspond tout simplement aux espaces culturels et linguistiques dans lesquels nous créons. A quantifier et peser l'impact économique de la culture alors que sa justification première n'est pas là. C'est la richesse de l'Europe. Depuis un an et demi, nous avons su mieux nous faire entendre, y compris de la Commission européenne. J'y vois la preuve que la détermination et l'ambition politique peuvent payer. Le combat mené avec succès par le Président de la République sur l'exception culturelle, avec le soutien des professionnels, au moment de négocier le mandat donné à la commission sur le traité transatlantique en était aussi la preuve. Le 25 mai dernier, la Commission européenne a adopté une proposition de révision de la directive sur les services de médias audiovisuels qui apporte des réponses encourageantes à des préoccupations fortes de la France. A l'automne, c'est le droit d'auteur et la régulation des plateformes dont nous discuterons, et la France sera comme toujours aux avant-postes de l'ambition culturelle car le droit des auteurs est la clé de voute de la création. Nous n'en démordrons pas et au contraire nous nous attacherons à défendre le droit et la rémunération des auteurs là où aujourd'hui les grandes plateformes captent l'essentiel de la valeur. Notre cap c'est la diversité culturelle et non l'uniformité : à nous de montrer que l'Europe de la création, la promotion de sa diversité culturelle et du dialogue entre ses peuples et ses cultures est notre avenir commun. J'en veux pour preuve le symbole qu'a été l'ouverture du Printemps des Comédiens à Montpellier il y a quelques jours par une pièce de Goldoni, dans la mise en scène mémorable de Georgio Strelher, « une certaine idée de l'Europe et du théâtre, ouverte et généreuse » pour reprendre les mots de Jean Varela. Chers amis, A travers une loi qui défend la liberté de création - alors que tout nous dit qu'elle n'est jamais acquise - qui garantit la diversité, qui renforce le beau et le durable dans le cadre de vie quotidien, qui protège notre patrimoine, à travers aussi la pérennisation, grâce à un accord responsable et historique, de l'intermittence, nous avons su collectivement trouver les moyens de donner à la création les moyens de nous défendre contre ce que nous ne voulons pas être et surtout de nous permettre d'aller vers ce que nous voulons être. C'est beaucoup lui demander, mais cet idéal qu'elle porte, elle le fait sans effort, en étant elle-même, exigeante et ambitieuse, mais aussi plurielle et tournée vers l'avenir -fidèle à ce que la France voit en elle, a toujours vu en elle. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/334.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/334.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ced44e5988a7c4c39df15832d646edaf256704a0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/334.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le ministre de l'Intérieur, Monsieur le préfet, Madame la sénatrice, Monsieur le député, Monsieur le maire, Monsieur le Directeur général de la Gendarmerie nationale, Mesdames, messieurs les officiers, Mesdames, messieurs les élèves-officiers, Mesdames, messieurs, Aujourd'hui est un moment particulier ; un moment important, pour chacune et chacun d'entre vous. C'est ce moment qui vient concrétiser un choix : servir la France, revêtir l'uniforme, assumer de prendre des risques pour la sécurité de nos concitoyens, pour la défense de notre pays. C'est un choix honorable, infiniment respectable. Un choix dont vous pouvez être fiers. Et dont vous devrez être dignes ! Il y a trois ans, à cette même place, dans d'autres fonctions, j'avais pu saluer vos aînés et leur dire, au nom de la Nation, toute ma confiance et toute ma reconnaissance. Je le fais à nouveau devant vous qui perpétuez la tradition en donnant ce si bel exemple de rigueur, de discipline, de courage ces valeurs qui font la grandeur de votre arme. Aujourd'hui est un moment important pour vous, les 137 officiers élèves de la 121e promotion "Lieutenant JAMET". À partir de demain c'est le sens de la prise d'armes, vous rejoindrez vos unités. Sécurité générale, maintien de l'ordre public, lutte contre l'insécurité routière, police judiciaire, telles sont les différentes missions qui vous attendent. Vous serez alors confrontés aux exigences de votre métier d'officier. Il y aura nécessairement des épreuves, des moments très difficiles, très durs, mais aussi, je le sais, des moments de grande satisfaction : celle de la camaraderie, celle du devoir accompli, celle des résultats obtenus. Moment important aussi pour vous, les 111 élèves officiers de la 122e promotion. L'année prochaine, vous continuerez votre formation entamée dans cette école avec ce même esprit d'engagement, ce même sens de l'État. C'est un beau symbole, c'est un bon choix que d'avoir choisi comme nom de baptême pour votre promotion celui du lieutenant-colonel Robert CARON, un grand résistant. Il y a toujours à apprendre de celles et ceux qui, au cœur d'une époque troublée, n'ont pas tremblé, n'ont pas dévié. Ils ont su garder au plus profond d'eux-mêmes, et quoi qu'il en coûte, cet idéal qu'ils nous ont transmis : servir et aimer la France. 121e, 122e, une même exigence vous unit : protéger les Français, les protéger à un moment où ils ont plus que jamais besoin de l'engagement total de nos forces de l'ordre. Engagement, d'abord, contre le terrorisme, qui nous mène une guerre. C'est la priorité du gouvernement c'est notre obsession, avec le ministre de l'Intérieur. C'est donc votre priorité. La menace n'a jamais été aussi élevée. Les terroristes peuvent frapper partout, n'importe quand, selon des modes opératoires en perpétuelle évolution. Depuis 17 mois et les attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015, le niveau « alerte attentat » du plan Vigipirate est instauré dans la capitale. Depuis sept mois, après les attentats de Paris et de Saint-Denis, l'état d'urgence a été décrété sur l'ensemble du territoire, en métropole et dans les outre-mer. C'était indispensable. Car nos valeurs, notre modèle de société, notre mode de vie, notre jeunesse sont durement mis à l'épreuve par un ennemi redoutable : l'islamisme radical. Redoutable quand il vise nos concitoyens, quand il vise nos forces de l'ordre. Et devant vous, je veux à nouveau rendre hommage à Jean-Baptiste SALVAING et Jessica SCHNEIDER, lâchement assassinés parce qu'ils nous protégeaient, parce qu'ils incarnaient la République et l'État. L'ennemi est redoutable, il est insidieux. Il corrompt les esprits, embrigade, amène des Français à retourner leurs armes contre leur propre pays. Insidieux, également, car il cherche à nous diviser. Face à cela, il nous faut serrer les rangs, travailler ensemble, davantage, mieux encore. Un effort sans précédent a été fait depuis 2012 en direction de nos forces de sécurité et nos services de renseignement pour accroître, avec la création de plus de 9 000 postes, leurs effectifs sur le terrain, pour moderniser les capacités d'intervention, prévenir la radicalisation et lutter contre le terrorisme. De même, depuis 2012 j'y ai pris ma part, comme aujourd'hui Bernard CAZENEUVE, trois lois antiterroristes et deux lois sur le renseignement ont été votées. Et sous l'impulsion du ministre de l'Intérieur, nos dispositifs antiterroristes ont également été repensés, avec notamment le plan de renforcement des PSIG et des BAC, avec, pour la gendarmerie, la création en trois ans de 150 PSIG-SABRE ; 50 seront créés dès cette année. Mieux équipées et mieux formées, les unités pourront être engagées dès les premiers instants sur une situation de crise terroriste. Et je n'oublie pas la création de l'état-major opérationnel de prévention du terrorisme, où la gendarmerie est partie prenante, ni l'attribution de capacités techniques supplémentaires dans le recueil du renseignement opérationnel. Nous renforçons, enfin, la coopération entre les unités d'intervention : GIGN, RAID et BRI. Pour cela, le ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE, a dévoilé le 19 avril un nouveau schéma national d'intervention. Respectant les zones de compétences et les capacités techniques respectives, il assure un parfait quadrillage du territoire en cas d'urgence. Engagement contre le terrorisme, engagement aussi c'est le cœur de vos missions pour assurer la sécurité quotidienne des Français en luttant contre la délinquance, les violences, les trafics, les incivilités. Les grands événements sportifs l'Euro de football en ce moment, le Tour de France dans trois jours entraînent également une mobilisation sans précédent des forces de l'ordre. Il y a aussi les manifestations à sécuriser et c'est l'honneur de la France, en plein état d'urgence, de garantir cette liberté d'exprimer son point de vue. Je veux ici saluer le grand professionnalisme de nos gendarmes et de nos policiers, qui font face à des groupes d'individus ultraviolents, ceux de l'ultragauche, qui n'ont qu'une chose en tête : semer les troubles, saccager, en découdre, s'en prendre physiquement aux forces de l'ordre. Plus de 550 d'entre vous ont été blessés lors des dernières manifestations. Avec le ministre de l'Intérieur, nous n'acceptons pas ces mises en cause méprisables, détestables, ces campagnes de dénigrement systématique qui vous visent. Parce que nous avons vu dans vos yeux la fierté de servir, parce que nous avons vu sur le terrain votre courage, parce que nous savons les larmes des familles quand l'épreuve s'abat, nous n'acceptons pas et nous n'accepterons jamais les diatribes et les accusations infamantes. Elles salissent ceux qui les énoncent. Les gendarmes, les policiers, sont plus que jamais les visages et les bras de l'autorité. Ils sont les gardiens assidus de nos libertés. Ils sont aujourd'hui plus que jamais la République, ils sont la France. Et nous voulons que la Nation, rassemblée dans ces moments difficiles, dans ces épreuves, ait à leur égard respect, gratitude, reconnaissance, et qu'elle leur fasse part de son soutien et de sa solidarité. Sans vous, pas d'ordre républicain. Et sans ordre républicain, pas de cohésion, ni de progrès, ni de liberté, ni de justice. Vous êtes, enfin, mobilisés dans le contrôle des flux migratoires et la maîtrise de nos frontières. Une mission essentielle, qui nécessite fermeté et humanité, et repose pour beaucoup, aujourd'hui, sur la gendarmerie. Pour cela, six escadrons sont engagés à plein temps, et la police et la gendarmerie fournissent un appui important à l'agence européenne FRONTEX en Grèce. 121e, 122e promotions, Dans quelques jours ou dans un an, vous deviendrez pleinement officiers de gendarmerie. Entrer dans cette carrière, c'est servir sous les drapeaux en tant que chefs militaires. Votre statut, votre culture professionnelle vous y préparent, tout comme la formation que vous avez reçue ici. Cette formation, d'ailleurs, s'enrichit. Elle permet aujourd'hui la délivrance d'un master 2 "droit et stratégie de la sécurité", ainsi qu'un MBA spécialisé en management de la sécurité, en partenariat avec l'université Paris II Panthéon-Assas et HEC. J'en profite pour saluer les représentants de Paris II présents sur cette ville de Melun, ainsi que le général Isabelle GUION de MÉRITENS, qui ont permis d'inscrire cette formation dans la durée et lui donner la visibilité qu'elle mérite. La prochaine étape, c'est la certification de cette formation, ce qui permettra d'ancrer votre école dans le cycle de formation de la haute fonction publique. Car entrer dans la carrière d'officier, c'est aussi faire le choix de devenir cadre supérieur de l'État. L'officier de gendarmerie a vocation à commander, concevoir. Mais l'évolution de votre carrière vous amènera également à être mobiles, détachés dans des administrations de l'État, et à occuper des postes territoriaux à hautes responsabilités. Pour toutes ces raisons, nous avons souhaité, avec Bernard CAZENEUVE, que les compétences d'encadrement des officiers supérieurs soient reconnues à l'identique de celles des commissaires de police ou des autres cadres de la fonction publique. Ainsi, désormais, tous les lieutenants-colonels relèveront de la catégorie de l'encadrement supérieur dite A+. De même, pour ceux des chefs d'escadron exerçant de telles responsabilités, nous avons décidé la création d'une classe fonctionnelle identifiée O+. C'était une décision attendue c'était une évolution nécessaire. Il n'y a pas que votre carrière ou vos missions qui évoluent. La gendarmerie doit également pouvoir s'adapter et répondre aux grands défis de notre temps. Le premier, c'est celui de la modernisation. La gendarmerie s'est déjà engagée avec volontarisme pour devenir une administration moteur, en prise avec son époque. C'est le cas avec la feuille de route qui a changé vos méthodes de travail et inspiré d'autres administrations. En trois ans, 369 mesures ont été prises. C'est le cas, aussi, avec votre présence sur les réseaux sociaux. La police et la gendarmerie ne doivent pas être silencieuses. Discrètes, oui ; mais silencieuses, non ! C'est essentiel pour entretenir le rapport entre citoyens et forces de l'ordre. Essentiel, aussi, d'un point de vue opérationnel, pour disposer d'une plus grande force de frappe dans le signalement des disparitions ou les appels à la vigilance. Il faut poursuivre sur cette voie. Je pense notamment à NEOGEND, ce projet d'importance stratégique qui consiste à doter chaque gendarme en unité opérationnelle d'un terminal numérique. L'expérience menée dans le Nord et en Bourgogne est très prometteuse. L'élargissement à tout le territoire métropolitain a été engagé cette année. Je vous encourage à vous approprier ce projet et faire en sorte que là où vous serez en poste, il soit pleinement appliqué. Le deuxième défi, c'est celui de la proximité. Parce qu'elle irrigue le territoire national, la gendarmerie est en contact avec la population et ses représentants, les élus. Mais ce maillage étroit ne doit pas être synonyme de dilution des effectifs, alors que les bassins démographiques évoluent et que la délinquance s'affranchit des découpages administratifs et judiciaires. C'est pourquoi, en année 2016, 2 317 postes supplémentaires de gendarmes seront créés. Ils viendront consolider les capacités opérationnelles des brigades, des PSIG ou des escadrons. Ces nouveaux postes nécessitent un effort considérable de formation, avec 5 300 élèves-gendarmes et 7 000 élèves-gendarmes adjoints volontaires qui passeront cette année par les écoles de gendarmerie ; ou encore 237 000 journées supplémentaires d'emploi de réservistes. Dernier défi : celui de l'exemplarité. La gendarmerie est un pilier de l'autorité de l'État. Les galons que vous venez de recevoir vous obligent, plus qu'ils ne vous permettent. Ils vous obligent à l'exemplarité personnelle et collective. Ils vous obligent également au respect dû à chacun des citoyens. Ils vous obligent, enfin, à la probité, au sang-froid, celui dont ont été capables ceux que nous venons de décorer vos camarades, avec le ministre de l'Intérieur. Ils vous obligent aussi à l'empathie, la rigueur, l'intelligence. C'est une belle et grande responsabilité qui vous incombe, et je sais et le gouvernement vous accompagnera toujours dans cette tâche, soyez-en certains que vous saurez vous montrer à la hauteur de cette responsabilité. Et puisqu'il est question d'exemplarité, je veux saluer celui qui est un exemple, pas seulement pour la gendarmerie, mais pour notre pays. La France, c'est ce courage, ce sang-froid, cette hauteur de vue que vous savez si bien incarner, mon général, cher Denis FAVIER. J'ai pu mesurer, d'abord comme ministre de l'Intérieur, puis comme Premier ministre, vos très grandes qualités professionnelles et humaines. Vous avez montré avec talent les vertus d'un commandement serein, sûr, éclairé, et je suis fier de vous avoir eu à mes côtés. Je veux saluer également le général Richard LIZUREY, appelé à vous succéder. Avec lui, Bernard CAZENEUVE et moi-même pouvons être confiants dans l'avenir de cette grande institution qu'il saura, je le sais, comme son prédécesseur, mener avec rigueur et efficacité. Chers officiers de la promotion « Lieutenant JAMET », Vos affectations détermineront les tâches qui seront les vôtres. Mais dans tous les cas, les femmes et les hommes que vous aurez sous vos ordres, tout comme les élus et les citoyens que vous serez amenés à rencontrer, attendront énormément de vous. Soyez à la hauteur de cette attente ; c'est la seule manière de bien remplir votre mission. Quant à vous, officiers-élèves et élèves-officiers de la promotion « Lieutenant-colonel CARON », vous entrez dans la dernière phase de votre formation. Soyez attentifs et curieux ; imaginatifs et studieux. Sachez, tout simplement, suivre l'exemple de vos aînés. Nous comptons sur vous. Notre pays vous attend, vous le savez. Dans ces moments difficiles, dans ces épreuves que je rappelais, le pays a plus que jamais besoin de savoir d'où il vient, de cette tradition incarnée ici, sur cette place d'armes. Elle a besoin aussi, la France, de modernité. Tradition et modernité, racines, valeurs et capacité en même temps de s'adapter … c'est tout cela, la gendarmerie. Et c'est pourquoi nous sommes fiers de nos gendarmes. Sachez donc, vous, mettre votre énergie, votre passion, votre talent, votre engagement, en suivant ce mot d'ordre : Vive la Gendarmerie nationale ! Vive la République ! Vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/335.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/335.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..77245dc2f74bda6febf278e31953dcfd811f0fbd --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/335.txt @@ -0,0 +1 @@ +Messieurs les Ministres, Madame l'Ambassadrice de France au Cameroun, Monsieur le directeur de l'AFD, Mesdames et Messieurs, Je suis très heureux de procéder cet après-midi, avec vous, Monsieur le Ministre de l'Economie, avec tous nos partenaires camerounais à la signature du troisième Contrat de Désendettement et de Développement entre la France et le Cameroun. En effet, près de dix ans jour pour jour, après la signature du premier C2D, le 22 juin 2006, nos deux pays sont à nouveau réunis pour poursuivre ensemble une grande entreprise au service du développement du Cameroun et ouvrir le troisième chapitre d'un partenariat fructueux dans l'histoire de l'aide française au développement. Les deux précédents C2D ont été un succès, chacun le reconnaît. Après les années difficiles dues aux ajustements dits structurels, dont tout le monde se souvient, ces deux C2D ont permis au Cameroun de relever le défi de son développement à travers des programmes ambitieux, au service de la professionnalisation de son agriculture, notamment familiale (je parle là sous le contrôle du Ministre de l'Agriculture et de celui de l'Elevage), de la gestion optimale de son patrimoine forestier, de l'adaptation de son système éducatif ou de la réalisation d'infrastructures essentielles à Yaoundé, à Douala, et dans trois autres capitales de région : Bafoussam dans l'Ouest, Bertoua dans l'Est et Garoua dans le Nord. Ce partenariat est sans égal en termes de durée et d'ampleur, car même si chaque camerounais ne voit pas immédiatement les effets concrets des programmes du C2D, c'est bien tout le pays qui est concerné par leur mise en œuvre. Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs, on se souvient que le Contrat de Désendettement et de Développement est né de la volonté de la France et du Cameroun de prolonger l'initiative « Pays Pauvres Très Endettés », et c'est aujourd'hui l'un des principaux instruments de la coopération entre nos deux pays. Ce contrat est établi sur la base d'un engagement entre nos deux Etats, et il est rigoureusement conforme aux priorités fixées par votre document de stratégie pour la croissance et l'emploi. Les montants concernés sont considérables ; je veux les rappeler : 863 millions d'euros, soit 566 milliards de Francs CFA, ont été mobilisés au titre des deux premiers C2D sur la période 2006-2016 et nous signons ce soir un nouveau contrat d'un montant de 611 millions d'euros, soit plus de 400 milliards de Francs CFA sur dix ans. A l'issue de ce troisième contrat, plus d’un milliard 400 millions d'euros, près de mille milliards de Francs CFA, auront ainsi été investis en vingt ans dans le développement du Cameroun. Ce troisième C2D que nous venons de signer est celui de la maturité, d'abord parce qu'il concrétise les priorités établies par les Présidents Biya et Hollande lors de leur rencontre à Yaoundé en juillet 2015 un C2D s'inscrivant dans la continuité des programmes déjà engagés, dont les ressources bénéficieront notamment aux régions périphériques du Cameroun et en particulier à celles qui sont victimes de la crise sécuritaire et humanitaire créée par les exactions de Boko Haram. L'approfondissement des programmes ruraux déjà engagés viendra accélérer la transition vers une agriculture professionnelle génératrice d'emplois et de revenus décents. Dans le même temps, la poursuite des projets urbains contribuera à renforcer plusieurs villes dans leur rôle de moteur économique local. Pris ensemble, ces deux volets donnent corps à une vision : celle de campagnes dynamiques connectées à des villes modernes par des chaînes de valeurs transformant les produits de la terre en produits commerciaux. C'est ce Cameroun de demain, le Cameroun des territoires émergents, que le troisième C2D se proposer d'appuyer. Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs, nous le savons : l'économie est affectée par la chute des cours des matières premières, par le conflit contre Boko Haram et par l'afflux des réfugiés dans l'Extrême-Nord et aux frontières de l'Est de votre pays. Nous avons donc ensemble décidé que ce troisième C2D serait plus flexible que les deux précédents. Nous avons aussi décidé de le calibrer afin d'assurer une réalisation rapide de ces programmes et d'accompagner le Cameroun de manière efficace dans la mise en œuvre de ses politiques publiques. C'est pourquoi des appuis budgétaires sectoriels, destinés notamment aux secteurs sociaux, seront au cœur de ce troisième C2D. Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs, nous avons bien travaillé ensemble ; nos services l'ont fait aussi, bien sûr, et nous allons continuer. Je tiens à saluer l'engagement des équipes, qui depuis dix ans, œuvrent à la réussite des C2D au Cameroun, en particulier celles du Comité technique bilatéral et du Secrétariat technique d'appui dédiées à l'exécution du C2D. Je tiens également à saluer le travail de Monsieur le directeur de l'Agence Française de Développement, qui assure, notamment depuis Yaoundé, l'accompagnement de la mise en œuvre des différents programmes du C2D. Je me félicite de l'excellence de la relation entre notre Ambassade, Madame l'Ambassadrice, et les autorités camerounaises, au premier rang desquelles vous, Messieurs les Ministres, en vos qualités de co-présidents du Conseil d'orientation et de suivi du C2D. En conclusion, Mesdames et Messieurs, je souhaite dire qu'au-delà de l'aide au développement, la France soutient le Cameroun dans de nombreux domaines et elle continuera à le faire dans les domaines de l'humanitaire, de l'économie, de la lutte contre le terrorisme et contre le changement climatique. La France, vous le savez, est aux côtés du Cameroun depuis longtemps, et pour longtemps encore, dans ses efforts en matière de développement durable, aux fruits équitablement partagés par toute la population. Il ressort du dernier rapport de l'OCDE que 48 % de l'aide publique au développement reçue par le Cameroun sont apportés par la France. D'autres partenaires, organisations internationales et régionales, Etats amis et entreprises privées, camerounaises comme étrangères, concourent, bien sûr, aussi à la croissance de l'économie de votre pays près de 5 % encore cette année. Nous encourageons les entreprises françaises à investir davantage encore, à nouer des partenariats avec le secteur privé camerounais et à lui transférer de l'expérience et de la technologie pour le renforcer. Une amélioration du climat des affaires et de la gouvernance doit, bien sûr, contribuer également à renforcer le rôle du secteur privé, qui, nous le savons tous, est essentiel au développement d'un pays. La France est aussi aux côtés du Cameroun dans sa lutte contre le terrorisme de Boko Haram. Elle apporte son soutien à la riposte sécuritaire des Etats de la région du lac Tchad. C'est un sujet difficile, brûlant, aujourd'hui notamment, et je viens de m'entretenir longuement avec le Président Paul Biya de divers sujets, mais notamment de ce sujet de la lutte contre Boko Haram. Je lui ai dit à quel point la France restait évidemment aux côtés des pays africains touchés par ce fléau. Nous sommes nous aussi touchés par le fléau du terrorisme, nous les Européens Bruxelles, Paris. Les Etats-Unis le sont aussi, le Moyen-Orient évidemment. C'est un combat qui prendra du temps mais que nous vaincrons ensemble. La France contribue à l'assistance humanitaire pour environ deux millions d'euros en 2016, dont ont cruellement besoin les populations réfugiées que vous accueillez ici au Cameroun, du Nigeria et de Centrafrique, les populations déplacées et celles qui les accueillent, notamment la population camerounaise, alors qu'elles connaissent elles-mêmes des conditions de vie souvent déjà précaires. Nous sommes tous parfaitement conscients qu'il ne peut y avoir de développement sans sécurité, mais il n'y aura pas de sécurité sans développement, et nous sommes tout aussi conscients, les uns et les autres, de la nécessité d'un continuum entre l'aide humanitaire d'urgence, qui est nécessaire, bien sûr, et le développement à moyen et long terme. Indispensable : renforcer la résistance des populations à la radicalisation violente. Je suis heureux que le contrat du troisième C2D que nous signons ce soir réserve une place particulière, comme l'a souhaité le Président Paul Biya, aux régions septentrionales du Cameroun où sont enregistrés de longue date des indicateurs de développement humain préoccupants et où, de surcroît, les populations sont aujourd'hui davantage fragilisées par la crise provoquée par Boko Haram. Je terminerai cette évocation du partenariat d'amitié, de confiance et de solidarité qui nous unit en mentionnant un autre combat que nous menons ensemble : celui du dérèglement climatique. Là aussi, nous travaillons côte à côte et je me réjouis que nos Parlements respectifs viennent d'adopter presque simultanément des lois autorisant la ratification de l'Accord de Paris sur le climat. Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs, cette signature vient symboliser une fois encore l'amitié profonde, fructueuse et chaleureuse qui unit le Cameroun à la France. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/336.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/336.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..817e6e34978b017d58ae9bf1d4f46ec129868af3 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/336.txt @@ -0,0 +1 @@ +Dans la continuité des sommets de Berlin (28 août 2014) et de Vienne (27 août 2015), la France a accueilli à Paris, le 4 juillet 2016, les chefs de Gouvernement, les ministres des Affaires étrangères et les ministres de l'Economie d'Albanie, de Bosnie-Herzégovine, du Kosovo, de l'ancienne République yougoslave de Macédoine, du Monténégro, de Serbie ainsi que de Croatie, de Slovénie, d'Autriche, d'Allemagne, d'Italie ainsi que des représentants de l'Union européenne et des institutions financières internationales. Les sommets de Berlin et de Vienne avaient enregistré des progrès dans les domaines de la coopération en faveur de la jeunesse et de la connectivité dans les secteurs des transports et de l'énergie. Les participants ont également constaté que la dynamique créée par ces réunions, de même que les diverses rencontres qui se sont tenues dans le cadre du processus de Brdo-Brijuni, ont fortement contribué à l'amélioration de la coopération et aux relations de bon voisinage dans la région. L'un des éléments essentiels du processus est l'accent clairement mis sur un nombre restreint de thématiques spécifiques destinées à renforcer la connectivité dans les domaines des transports, de l'énergie et des échanges entre les personnes. L'objectif du sommet de Paris est d'assurer une cohérence accrue entre les différentes initiatives régionales destinées à promouvoir la coopération parmi les pays des Balkans en prenant en compte leur perspective européenne. Ceci concerne en particulier le processus de Brdo-Brijuni. Le continent européen est exposé à des défis sécuritaires sans précédent, tels que les attentats terroristes de grande ampleur. Dans ce contexte, nous encourageons les pays des Balkans occidentaux à renforcer la coopération régionale qui demeure essentielle pour la stabilité de la région et de l'ensemble de l'Europe. I. L'avenir des Balkans occidentaux s'inscrit dans leur intégration européenne et la coopération régionale 1. Dans le contexte marqué par les résultats du référendum au Royaume-Uni, les participants des Balkans occidentaux ont réaffirmé que leur avenir réside au sein de l'Union européenne. Une perspective européenne claire a été octroyée à tous les pays de la région lors des Sommets de Zagreb et de Thessalonique en 2000 et en 2003 ; elle a été constamment et sans équivoque réitérée depuis, dans le respect des conditionnalités et des exigences agréées. Des progrès substantiels ont été réalisés par les pays de la région dans leur chemin vers l'Union européenne au cours des dernières années. Nous saluons les efforts déployés par les pays des Balkans occidentaux aux divers stades de leurs processus d'adhésion respectifs et les appelons à poursuivre ce travail pour progresser vers l'Union européenne. Plus que jamais, l'Etat de droit est au cœur du processus d'élargissement, notamment en ce qui concerne la réforme de la justice, la lutte contre la criminalité organisée et la corruption et le plein respect des droits fondamentaux. 2. La coopération régionale est une condition-clé de la perspective européenne des pays d'une région a été marquée par des conflits tragiques il y a moins de 25 ans. Depuis lors, des progrès considérables ont été accomplis par les Balkans occidentaux. Aujourd'hui, à Paris, nous avons salué le chemin parcouru et avons invité chaque pays à poursuivre ses efforts pour instaurer des relations de bon voisinage. Lors du sommet de Paris, nous avons rappelé l'importance de la coopération régionale pour le règlement des questions bilatérales encore en suspens, dans le prolongement du sommet de Vienne. La réconciliation est indispensable pour la stabilité d'une région sur la voie de l'adhésion à l'Union européenne. Les participants des Balkans occidentaux ont réaffirmé leur détermination à continuer de collaborer dans l'esprit de la déclaration de Vienne d'août 2015 et de la conférence de Vienne en avril 2016. Ils ont réaffirmé aujourd'hui leur engagement de s'abstenir d'instrumentaliser les questions bilatérales en suspens dans le cadre du processus d'adhésion à l'Union européenne. 3. Aujourd'hui, à Paris, avec la signature de l'accord portant création d'un Office régional pour la coopération des jeunes (RYCO), un grand pas a été accompli pour panser les blessures du passé dans la région. RYCO, s'appuyant sur l'expérience de l'Office franco-allemand pour la jeunesse depuis cinquante ans, aura pour mission de soutenir des activités destinées à promouvoir la réconciliation des peuples ainsi que des programmes portant sur la mémoire, la diversité, les échanges interculturels, la mobilité régionale, la participation citoyenne et la promotion des valeurs démocratiques. Tous les participants ont exprimé leur conviction que le RYCO apporterait une contribution majeure à la réconciliation et à l'avenir européen de la région en renforçant les échanges et la mobilité des jeunes de la région. 4. La coopération régionale constitue également un élément clé pour la croissance économique des Balkans occidentaux car elle conduit à des échanges renforcés entre les populations, à une multiplication des initiatives transfrontalières ou régionales ainsi que la création de coentreprises. Dans le contexte économique actuel, la coopération régionale constitue le seul et unique moyen d'affronter les défis communs. Des organisations régionales telles que le Conseil de Coopération régionale (CCR) joueront un rôle important à cet égard. II. Connectivité et échanges : une chance et un défi pour la région 5. Une croissance économique durable constitue le fondement d'un avenir prospère pour la région. Pour atteindre cet objectif, le sommet de Paris a axé ses efforts sur le renforcement de la connectivité et des opportunités pour aboutir à des échanges commerciaux mutuellement bénéfiques dans la région. 6. En matière de connectivité, le Sommet de Paris a permis de dresser le bilan de la mise en œuvre des projets lancés en août 2015, et d'appeler à de nouveaux progrès dans ce domaine. Les projets d'investissements agréés doivent être mis en œuvre sans tarder. A cet égard, les participants ont salué le fait que certains projets agréés en 2015 à Vienne pourront être inaugurés en 2016. Les participants sont également convenus d'une liste de trois nouveaux projets dans le domaine du transport ferroviaire qui bénéficieront d'un cofinancement de l'UE de près de 100 millions d'euros, en complément du financement apporté par les institutions financières internationales et les contributions nationales des participants des Balkans occidentaux. Tous les participants de la région devraient bénéficier du soutien financier s'agissant de leur programme de connectivité. Les projets continueront d'être examinés dans toute la région dès que les conditions politiques et techniques préalables auront été satisfaites. En s'appuyant sur l'assistance technique existante, la Commission étudiera les possibilités d'accroître son soutien aux pays de la région afin d'optimiser leur accès aux institutions financières internationales et de mieux bénéficier du soutien de ces dernières. Les Parties se sont félicitées du lancement d'une initiative destinée à accroître les investissements en matière d'efficacité énergétique pour ce qui concerne les bâtiments résidentiels et pour ce qui concerne le développement durable, grâce à un financement additionnel de l'Union européenne de 50 millions d'euros. Dans ce dernier cas, il s'agira d'un programme destiné à identifier les meilleurs moyens de développer le potentiel hydroélectrique de la région. En outre, l'Union européenne a passé commande d'une stratégie régionale sur l'électricité hydraulique pour les Balkans occidentaux qui aidera à définir les moyens de développer le potentiel hydroélectrique de la région d'une manière conciliant production d'énergie et préoccupations environnementales. Un rapport sur la mise en œuvre des mesures d'accompagnement décidées il y a un an pour favoriser la connectivité dans l'énergie et les transports a également été présenté. La mise en œuvre de ces mesures est essentielle pour le bon fonctionnement des réseaux intégrés d'énergie et de transports. Les pays des Balkans occidentaux devront maintenant intensifier leurs efforts. En effet des progrès en matière de mise en œuvre de ces mesures d'accompagnement amélioreront le cadre légal et réglementaire permettant l'élaboration des projets, créant ainsi un climat plus propice aux investissements. Pour atteindre cet objectif, ils continueront à bénéficier du soutien de la Commission européenne, de l'Observatoire des transports de l'Europe du Sud-Est et du secrétariat de la Communauté de l'énergie. Le plan d'action conjoint pour la facilitation du commerce et des transports dans les Balkans occidentaux, présenté ce jour par les Chefs de Gouvernement de la région, constitue une contribution au processus en cours qu'il convient de saluer. Il permettra également à la Banque mondiale d'apporter son soutien à la mise en œuvre dans les Balkans occidentaux de l'agenda de l'Union européenne pour la connectivité. Les Parties se sont engagées à continuer à travailler sur des projets d'investissement prioritaires arrivés à maturité figurant dans les réservoirs uniques de projets sectoriels établis par les Comités nationaux d'investissement de chacun des participants des Balkans occidentaux. En matière d'énergie, les Parties se sont mises d'accord sur une feuille de route pour la mise en place d'un marché régional de l'électricité dans les Balkans occidentaux afin de faciliter les échanges de ressources énergétiques, d'améliorer l'utilisation des systèmes électriques existants en intégrant la production d'énergies renouvelables et en connectant par la suite le marché régional à celui de l'Union européenne. La Commission européenne assurera le suivi de cette initiative, avec le soutien du secrétariat de la Communauté de l'énergie. Les décisions futures de l'UE en matière de financement tiendront compte des progrès réalisés dans la mise en œuvre de la feuille de route. En matière de transports, les Parties ont exprimé leur soutien à l'objectif de la signature d'un traité qui établirait une communauté des transports et ont salué la poursuite des négociations en vue de parvenir à un accord mutuellement bénéfique. En matière de commerce, les Parties ont pris acte avec satisfaction de l'approfondissement de l'intégration économique entre les pays des Balkans occidentaux et ont reconnu le rôle positif joué par l'Union européenne qui fournit l'expertise, les équipements et le soutien politique essentiels en la matière. Les Parties ont réaffirmé la nécessité de favoriser l'intégration régionale des marchés, en particulier par le biais de l'accord de libre-échange centre-européen (ALECE). Dans ce contexte, elles se sont félicitées de la conclusion des négociations concernant le Protocole additionnel 5 de l'ALECE relatif à la facilitation du commerce et ont souligné l'importance de conclure d'ici la fin 2016 un protocole additionnel sur le commerce des services. Le Secrétariat de l'ALECE coordonnera la préparation de cet accord. Il sera rendu compte des progrès réalisés dans la mise en œuvre du protocole additionnel sur le commerce des services lors du prochain sommet. III. Priorité à la jeunesse 7. L'amélioration des perspectives des jeunes générations revêt une importance primordiale pour assurer la stabilité, le développement durable et le progrès dans la région. Dans ce cadre, les Parties ont examiné les progrès réalisés dans la mise en œuvre de l'Agenda positif pour la jeunesse des Balkans occidentaux lancé le 23 avril 2015 lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du processus de Brdo. Erasmus + couvre les Balkans occidentaux, notamment en appuyant la mobilité des jeunes volontaires, des jeunes travailleurs, des étudiants et du personnel universitaire, en renforçant les capacités dans le domaine de la jeunesse et de l'enseignement supérieur et en encourageant le dialogue entre jeunes et responsables politiques. Les participants sont convenus de propositions concrètes menant à un accès accru des jeunes de la région au programme de bourses Erasmus+, tout en tenant compte de la promotion nécessaire de l'entrepreneuriat. Dans ce contexte, nous saluons l'idée d'un programme d'études et d'échanges destiné aux jeunes fonctionnaires de la région qui fera encore progresser les efforts de réconciliation dans la région et au-delà. Les Parties sont convenues qu'il était nécessaire d'agir plus énergiquement pour s'attaquer au fort taux de chômage des jeunes dans la région. Cette question occupe une place importante dans les Programmes de réforme économique et dans les orientations politiques figurant dans les conclusions conjointes du Dialogue économique et financier entre l'UE et les Balkans occidentaux ainsi que la Turquie, en date du 25 mai 2016. Accroître le taux de participation des jeunes au marché du travail est crucial pour améliorer les perspectives d'avenir des jeunes générations dans la région. Les Parties se sont félicitées des engagements en faveur d'actions concrètes pris lors de la Conférence sur la formation par le travail, qui s'est déroulée à Vienne le 18 mai 2016, entre des représentants d'organismes publics et privés. Elles ont souligné qu'un enseignement et des systèmes de formation professionnels de haute qualité contribuent à soutenir la croissance économique et à réduire le chômage des jeunes. Elles ont salué l'initiative de la France d'organiser la prochaine Conférence sur l'enseignement et la formation professionnels en mettant l'accent sur l'esprit d'entreprise. Les Parties ont salué les conférences scientifiques conjointes qui se sont tenues à Berlin en 2015 et à Vienne en 2016. Elles recommandent encore une fois d'allouer suffisamment de fonds à la recherche, avec un objectif de 3% du PIB national, et demandent aux académies nationales des sciences de proposer, d'ici leur prochaine conférence qui se tiendra en France en 2017, des mécanismes de financement pour de jeunes chercheurs de talent originaires des Balkans, afin de leur permettre d'acquérir de l'expérience à l'étranger et de créer, dans leurs pays respectifs, des laboratoires d'excellence. 8. Le lancement des activités du RYCO constitue une opportunité unique de favoriser et d'accélérer la réconciliation et la coopération régionale entre jeunes. Nous espérons que ce nouvel organisme les aidera à développer leur intérêt pour la citoyenneté active, le volontariat et les échanges au sein de la région, et leur fera prendre conscience qu'ils ont davantage de points communs que de raisons de se sentir différents. Les participants ont exprimé leur intention de faire coopérer pleinement leurs organisations de la jeunesse avec le RYCO. IV Relever les défis actuels : les migrations et la lutte contre le terrorisme et la radicalisation 9. Alors que de nouveaux efforts doivent être déployés pour renforcer la connectivité des infrastructures et soutenir les initiatives pour la jeunesse, les Balkans occidentaux et l'Union européenne sont confrontés à des défis communs liés à la migration et à la lutte contre le terrorisme. 10. L'Europe est actuellement confrontée à un problème d'immigration sans précédent. Les Balkans occidentaux ont été et restent des partenaires importants pour faire face à cette crise et réduire les flux illégaux de migrants vers l'Europe. L'Union européenne et ses Etats membres ont également entrepris des actions concrètes pour faire face à cette crise et à ses conséquences, notamment en fournissant une aide en nature et un soutien financier aux administrations et aux communautés d'accueil et en renforçant la coopération en matière de lutte contre les trafiquants d'êtres humains, le contrôle aux frontières extérieures constituant l'élément clé et la solution unique pour relever ce défi commun. Nous réitérons, dans ce cadre, notre soutien à l'initiative de la Banque européenne d'Investissement en faveur des Balkans occidentaux, destinée à favoriser l'investissement. Une telle initiative est en conformité avec la nouvelle approche sur les migrations endossées par le Conseil européen les 28 et 29 juin derniers. La mise en œuvre des engagements pris par l'UE et les Balkans occidentaux lors de la réunion de haut niveau organisée le 8 octobre 2015 et lors du mini-sommet qui a suivi le 25 octobre requiert des efforts durables. A Paris, les Parties ont défini les domaines où il convenait de renforcer encore la coopération régionale entre l'Union européenne et les Balkans occidentaux : retours et réadmissions, échange d'informations, coordination, opérations conjointes pour lutter contre les réseaux de trafiquants et contre la criminalité organisée, coopération renforcée entre polices des frontières. Les participants sont également convenus qu'il importait de surveiller en permanence le développement de nouvelles routes migratoires à travers le territoire de l'Union européenne. 11. Les participants ont exprimé leurs préoccupations face au terrorisme et à la radicalisation, notamment chez les jeunes. Ils ont également rappelé l'importance d'une coopération plus étroite entre les Etats membres de l'UE et les Balkans occidentaux, notamment en matière de lutte contre les trafics d'armes, de financement du terrorisme, de radicalisation et de sa prévention, et de contrôle des frontières. Les Parties ont confirmé leur soutien à l'initiative des Balkans occidentaux en matière de lutte contre le terrorisme et au Forum de Salzbourg. Les participants ont demandé un renforcement des mesures judiciaires et opérationnelles pour lutter contre le trafic d'armes, notamment en utilisant systématiquement les bases de données et les systèmes d'échanges d'informations existants. Afin de mieux contrer la menace terroriste et en matière de radicalisation, les participants sont également convenus de renforcer le rôle du Centre de maintien de l'ordre de l'Europe du Sud-Est dans la lutte contre ces phénomènes, notamment en intensifiant la coopération avec Europol. Les participants se sont en outre engagés à promouvoir une meilleure mise en œuvre de la déclaration conjointe du PCESE (processus de coopération pour l'Europe du Sud-Est) sur le terrorisme, adoptée à Tirana le 24 février 2015. Enfin, la Commission européenne a annoncé un financement additionnel par le biais de la facilité de soutien à la société civile en direction des ONG engagées dans la prévention et la lutte contre l'extrémisme violent. 12. Les Parties participantes se sont réjouis de la proposition de l'Italie d'accueillir le prochain sommet sur les Balkans occidentaux en 2017. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/337.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/337.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4fa13238d5b57a6057c90ede40e64afd8b7a943a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/337.txt @@ -0,0 +1 @@ + Monsieur le Commissaire européen, Mesdames et Messieurs les Ministres, Monsieur le Directeur général de la Commission européenne, Monsieur l'Ambassadeur Antoine Grassin, Monsieur le Président de la Cité internationale universitaire de Paris, Madame la Directrice générale, Madame et Monsieur les Secrétaires généraux de l'OFAJ, Mesdames et Messieurs, Chers Amis, Je suis particulièrement heureux d'être parmi vous ce matin pour ouvrir cette Conférence sur la jeunesse dans les Balkans qui constitue l'aboutissement d'un travail intense que nous avons conduit depuis plusieurs mois avec la Commission européenne et les six pays des Balkans occidentaux. Vous le savez, nous accueillerons dans quelques heures l'un des principaux évènements diplomatiques organisés en France cette année, le Sommet Paris-Balkans 2016. Les Premiers ministres, les ministres des affaires étrangères, les ministres de l'économie et les ministres de la jeunesse des six pays de la région sont aujourd'hui Paris pour y rencontrer leurs homologues européens. Ce sont au total huit événements qui se dérouleront aujourd'hui à Paris y compris un forum de la société civile et un forum d'affaires. Ces rencontres vont bien sûr nous permettre d'évoquer la situation politique de la région, les enjeux de sécurité globaux, les projets d'infrastructure. Mais c'est avant tout l'avenir européen des Balkans occidentaux que nous allons préparer ensemble. Et cet avenir ne peut se préparer uniquement entre responsables politiques. Avec la Commission européenne, nous tenions donc à ce que cette journée puisse également offrir à la jeunesse de la région toute la place qu'elle mérite. Nous tenions à ce que vous, représentants de la jeunesse des Balkans et de plusieurs pays de l'Union européenne, puissiez-vous réunir ici, à Paris, dans cette ville de diversité, d'échange et d'ouverture au monde. C'est une fierté de vous voir aussi nombreux ce matin, pour cette rencontre sur le thème « Connecter la jeunesse » Connecting youth. Je tiens également à remercier chaleureusement le président de la Cité internationale universitaire, Monsieur Marcel Pochard, de nous accueillir dans cet amphithéâtre Adenauer, au sein du magnifique pavillon international offert par Rockefeller en 1935. Les Balkans occidentaux sont une priorité pour la France et pour l'Europe. Dans la situation que connaît l'Europe aujourd'hui après le référendum britannique, les pays des Balkans qui, eux, souhaitent rejoindre l'Union européenne nous rappellent l'importance et le sens du projet européen, ce que l'on ne devrait jamais perdre de vue. Ce qu'il a apporté pour la paix et la réconciliation sur le continent, ce qu'il signifie comme solidarité, ce qu'il permet de promouvoir pour la démocratie. Je me suis rendu dans chacun de vos pays et j'ai pu mesurer les progrès réalisés par la région au cours des dernières années. Le dialogue entre Belgrade et Pristina, les visites croisées des Premiers ministres serbe et albanais, les échanges de jeunes entre ces deux pays : tout ceci était inimaginable il y a encore peu. Je pense aussi à la manière dont les pays des Balkans ont réagi à la crise des réfugiés qui a été bien plus conforme à l'esprit européen que celle de certains des États membres. Bien sûr, il reste encore des progrès à faire. Notre conviction est que c'est d'abord en rapprochant les peuples que l'on pourra poser les bases solides d'un avenir européen pour la région. C'est pourquoi ce Sommet Paris-Balkans se fixe deux grandes priorités. La première, c'est de répondre ensemble aux défis auxquels nous sommes confrontés collectivement. La crise migratoire, la menace terroriste, la lutte contre la radicalisation sont des enjeux que nous avons en partage et qui montrent qu'aujourd'hui encore, le destin de l'Europe entière reste lié à celui des Balkans occidentaux. La stabilité, la paix et la sécurité dans votre région sont des conditions de la paix, de la stabilité et de la sécurité en Europe. La seconde priorité, qui découle de la première, c'est de développer l'intégration régionale des Balkans occidentaux et leurs liens avec l'Union européenne. Nous devons développer les échanges entre les pays, les villes, les territoires pour permettre l'essor du commerce, l'intensification des communications, le développement du tourisme, et tout simplement de l'économie des Balkans. C'est la raison pour laquelle nous annoncerons aujourd'hui à Paris près de 150 millions d'euros de financements européens supplémentaires pour de nouveaux projets d'interconnexion dans les transports et l'énergie. Cette connectivité est une condition de la prospérité pour chacun des pays de la région. Mais il faut aussi développer les échanges humains entre les cultures, les sociétés, les peuples, pour poser les fondations dans les sociétés d'un avenir commun. Et c'est pourquoi nous avons souhaité, encore plus qu'à Berlin et à Vienne au cours des deux années précédentes, accorder une priorité à la jeunesse lors de ce Sommet. C'est à la fois une innovation importante et un message fort, qui marquera cette journée. Votre présence ici le prouve : on ne pourra pas connecter la région si on ne connecte pas sa jeunesse. Cette jeunesse qui écrira l'histoire des Balkans, et de l'Europe. Vous êtes près de 150 aujourd'hui, issus majoritairement des 6 pays des Balkans occidentaux. Et parmi vous se trouvent sans aucun doute je l'espère les futurs hommes et femmes d'État, les futurs journalistes, les futurs entrepreneurs, les futurs leaders de la région et de l'Europe de demain. Et c'est cet espoir immense pour toute une génération qu'il nous faut encourager, par tous les moyens. C'est la raison pour laquelle nous avons fixé deux priorités pour la jeunesse dans le cadre du Sommet de Paris. Deux priorités sur lesquelles vous allez débattre, réfléchir, proposer tout au long de cette matinée, dans différents ateliers, et sur lesquelles vous allez avoir une influence, puisqu'à l'issue de vos travaux, vous nous communiquerez vos recommandations, que nous restituerons ce soir aux chefs d'État et de gouvernement européens ainsi qu'aux six Premiers ministres de la région. Première priorité : favoriser les échanges culturels, réconcilier les peuples, encourager les coopérations. Avec une réalisation concrète : la signature par les six Premiers ministres de la région d'un accord établissant un Office régional de coopération pour la jeunesse dans les Balkans. Il s'agira d'un moment de cette journée. Cet office régional, qui soutiendra les échanges culturels, sportifs, pédagogiques entre tous les jeunes de la région s'inspire d'une grande réalisation européenne : l'Office franco-allemand pour la jeunesse, né au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Je veux saluer le remarquable travail de préparation réalisé par les 6 jeunes représentants des sociétés civiles avec les 6 représentants des ministères de la jeunesse. J'ai eu l'occasion de les rencontrer lors de leur réunion à Paris avec l'OFAJ, l'atmosphère était extraordinaire. Avec une idée force : il n'y a pas de fatalité à la guerre, à la haine, aux préjugés ; la réconciliation et la paix entre pays autrefois en guerre est toujours possible et doit toujours être recherchée. Deuxième priorité : l'intégration des jeunes par la formation et l'emploi, dans le cadre de l'agenda positif pour la jeunesse des Balkans adopté à Brdo en avril 2015. L'ambition de cet agenda positif pour la jeunesse, c'est d'apporter des solutions concrètes pour lutter contre le chômage des jeunes et prévenir la fuite des cerveaux en permettant aux jeunes d'acquérir des connaissances et une expérience professionnelle, le commissaire Navracsis vient de le présenter. Nous avons là plusieurs objectifs : améliorer l'accès des jeunes des Balkans à Erasmus+, pour les aider à se former dans des pays de l'Union européenne ; les aider à créer leur entreprise, car il sont le vrai capital d'avenir de la région ; favoriser l'accès des jeunes des Balkans au Service volontaire européen, car il faut encourager l'engagement au service du collectif ; et enfin former de jeunes journalistes, car c'est la base d'une démocratie vivante et d'un espace public de qualité comme l'a rappelé le directeur général Christian Danielson. Là encore, le Sommet Paris-Balkans débouchera sur une réalisation concrète : le lancement du projet pilote du programme « Jeunes administrateurs », qui permettra à 30 jeunes fonctionnaires des Balkans de bénéficier d'une formation à Sciences-Po Paris, suivie d'un stage dans une administration d'un pays de la région. Lors des ateliers de cette journée, vous élaborerez donc des recommandations que j'aurai le plaisir de recueillir cet après-midi, lors de notre dialogue de restitution, en compagnie des ministres de la jeunesse des 6 pays des Balkans occidentaux. Et là encore, comme pour l'office régional de coopération pour la jeunesse, vos recommandations seront transmises aux chefs d'États ou de gouvernement des Balkans et des pays partenaires, ce soir, à l'Élysée. Vous avez donc un rôle important à jouer aujourd'hui. Prenez la parole comme on prend le pouvoir ! Nous avons besoin de vos idées nouvelles, de vos intuitions, de vos attentes, de vos espoirs. C'est cela, la force de la jeunesse : oser, inventer, imaginer l'avenir. Et c'est pour cela qu'avec la Commission, nous avons tant voulu que se tienne cette conférence : pour permettre que se créent des liens entre vous et surtout pour vous donner les moyens de bâtir votre avenir ensemble. Alors bon travail à tous ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/338.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/338.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..67fb4e19b8ac67b584d7e63b80ff2ac0385a6a16 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/338.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Secrétaire général, Madame, Monsieur les Directeurs, Je vous remercie de votre présence. J'ai souhaité vous réunir aujourd'hui pour installer un Comité de pilotage d'évaluation et de prise en charge de la radicalisation violente. Vous le savez mieux que quiconque, le ministère de la Justice est concerné au premier chef par la lutte antiterroriste. Il est, en outre, mobilisé sur tous les fronts ouverts par le phénomène de la radicalisation violente. Avant les attentats, et avec une ampleur accrue à leur suite grâce aux plans de lutte contre antiterrorisme (PLAT 1 et 2), vous avez déployé de nombreuses initiatives pour élaborer une nouvelle politique publique aujourd'hui devenue l'une des priorités du Gouvernement. De nombreux projets ont été ainsi portés au sein de vos directions, à la fois pour comprendre, pour lutter, pour prendre en charge et pour accompagner. Mais, et c'est naturel au regard de l'urgence qui a servi de contexte, ces initiatives sont parfois morcelées. Leur coordination me paraît nécessaire pour accroître leur portée et leur efficacité ! Il m'a donc semblé essentiel de créer ce Comité de pilotage, vous réunissant et placé sous la présidence du Secrétaire général. Comme j'ai eu l'occasion de le développer dans la lettre que je vous ai adressée, l'objectif général sera : - D'évaluer les dispositifs de lutte contre la radicalisation violente déjà engagés par le Ministère. Non seulement, au sein de notre pays, il y a une demande particulière à l'égard de notre ministère ; mais à l'international aussi, - je le vois lors de mes déplacements -, il y a une curiosité à l'égard de ce que nous faisons, pour savoir ce qui marche et comment s'en inspirer éventuellement. - De coordonner et d'harmoniser ces dispositifs, y compris les travaux de recherche menés en partenariat avec les administrations. - De construire, à partir des différents travaux de recherche et des expériences déjà conduites, une doctrine d'évaluation et de prise en charge de la radicalisation violente. - D'explorer de nouvelles pistes et d'imaginer de nouveaux protocoles d'action. Pour répondre à cet objectif, le Comité de pilotage devra notamment savoir faire appel aux ressources et aux productions d'un Conseil scientifique que j'installerai très prochainement et dont un représentant participera aux travaux du comité. Je l'ai déjà évoqué par écrit, ce Conseil scientifique rassemblera des universitaires, les membres des directions du ministère que vous désignerez à cette fin ainsi que les praticiens qui, au sein de vos services, travaillent au plus près du terrain. J'insiste sur la complémentarité des deux organes. Pour moi, cette articulation féconde est une évidence. J'ai d'ailleurs construit ma vie autour de la recherche et de la pratique. La fécondité de la recherche, la proximité du terrain et les enseignements de la pratique doivent venir nourrir nos réflexions. Je serai donc très attentif aux productions de ce Conseil scientifique et à l'écho qu'elles pourront trouver au sein du comité et dans vos directions. Pour moi, c'est une nécessité absolue ! Ce Comité de pilotage a aussi pour objectif de mieux faire circuler les informations entre vos directions, afin que votre action conjointe soit un levier dans cette lutte. J'aimerais souligner le caractère inédit de cette politique publique : nous devons développer une culture de l'évaluation plus poussée, une culture de la coordination, une culture de l'hybridation, une culture de la recherche, aussi. L'essor du phénomène de radicalisation violente nous pousse dans nos retranchements ; il fait éclater nos catégories, nos concepts, nos habitudes. Le danger serait de l'appréhender avec des méthodes classiques. Il peut être, il doit être l'occasion pour nous, de porter un regard sur notre manière de travailler. Il doit être le levier qui nous pousse à nous rapprocher les uns des autres, administrations, praticiens, chercheurs, pour réfléchir ensemble, pour construire ensemble des solutions. Cette période terrible que nous traversons doit servir à cela ; sinon, quand elle sera terminée, elle n'aura eu aucun sens, aucune utilité. C'est cela, à mes yeux, apprendre de l'Histoire. Ne pas répéter les mêmes erreurs. Et avoir le courage de visiter d'autres chemins. Voilà l'ambition que j'ai et que je vous demande de partager. Nous avons l'obligation de réussir ! De manière très concrète, je souhaiterais que ce Comité de pilotage se réunisse mensuellement, tous les premiers lundis du mois. Monsieur le Secrétaire général, vous aurez soin de préparer ces réunions avec l'ensemble des directions. En outre, j'ai demandé à deux conseillers de mon cabinet de suivre tous vos travaux et de participer à leur animation. A chaque session, un thème spécifique et convenu à l'avance sera traité : chaque direction présentera alors ses dispositifs aux autres membres et une discussion collective s'ensuivra, dans un but très opérationnel. Vous disposez d'un calendrier prévisionnel qui précise les dates des prochaines réunions, ainsi que les thèmes que je souhaite, en l'état, voir abordés. Ce programme d'étude est évidemment amendable et je ne serai donc pas plus long, de manière à ce que nous puissions en discuter dès à présent. Je ne doute pas de votre plein investissement au sein de cette nouvelle structure car j'ai pu constater combien votre implication personnelle a pesé dans la réactivité du ministère de la Justice et dans la mise en place d'initiatives ambitieuses. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/339.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/339.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8c1940e57d39293351b8e05d426b886cb33f709f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/339.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le garde des Sceaux, Monsieur le maire, Monsieur le président du Conseil départemental, Mesdames, Messieurs les parlementaires, Madame la procureure générale, Monsieur le Premier président, Madame la présidente, Monsieur le procureur de la République, Mesdames et Messieurs les magistrats, Mesdames, messieurs. Je tenais à être parmi vous aujourd'hui pour inaugurer le Palais de justice de Bourg-en-Bresse, car ce n'est pas tous les jours qu'il est permis de passer directement du 19e siècle au 21e siècle, et donc je ne voulais pas manquer cet instant. Je voulais aussi saluer un Palais de justice qui s'inscrit effectivement dans la modernité. Modernité d'abord par le lieu, et je veux saluer le travail de l'architecte Christophe DAMIAN, ensuite par l'intention qui consiste à regrouper toutes les juridictions de premier degré, le tribunal de commerce, le tribunal d'instance, le tribunal de grande instance, le conseil de prud'hommes. Tout cela dans la ville chef-lieu, sur un seul site, dans le département, pour parfaire la réforme de la carte judiciaire qui avait été engagée il y a quelques années. Ce n'est jamais simple de refaire une carte, d'ailleurs quelle qu'elle soit, qu'elle soit administrative, qu'elle soit judiciaire, et je ne parle pas de la carte électorale. Donc, il y avait nécessité de regrouper sur, ici à Bourg-en-Bresse, l'ensemble des juridictions du département. Ce Palais est également pleinement dans le 21e siècle parce que le tribunal a été conçu autour des grands enjeux auxquels est confrontée l'institution judiciaire : la transparence je ne parle pas simplement ici du lieu transparence quant à la compréhension des décisions de justice, des procédures, ce qui fonde la confiance. L'accessibilité je ne parle pas simplement de l'accessibilité du lieu, même si elle a été également permise je parle de l'accessibilité au droit. Enfin le troisième principe, la sécurité juridique, qui est un fondement de l'Etat de droit. Cet investissement est important, il a représenté 35 millions d'euros, ce qui peut expliquer que, d'année en année, il ait été repoussé, même s'il y avait aussi des justifications liées au choix du terrain. Mais 35 millions d'euros c'est la volonté pour l'Etat de marquer une ambition pour la justice. Mais, nous ne pouvons pas avoir qu'une ambition qui tiendrait dans les chiffres. Nous devons avoir une ambition qui voudrait que nous puissions permettre au juge de trancher les litiges qui lui sont adressés dans un délai raisonnable. Une décision rapide est toujours mieux acceptée, et lorsque le délai écoulé est trop long, c'est le sens-même de la justice qui est remis en cause. Est-ce qu'il faut prendre des exemples ? Quand un jeune majeur est jugé pour des faits commis quand il était mineur, ou quand un salarié, dont la réintégration est prononcée, alors même qu'il a déjà retrouvé un emploi. Ou, pour un litige civil, lorsque les faits à l'origine du procès ont cessé. C'est tout cela, aussi, qu'il faut changer dans la justice, faire coïncider le temps de la société avec le temps de la justice. Ce que je viens de prononcer d'ailleurs pour la justice vaut également pour la confection, l'élaboration des lois. Il faut que, une fois annoncée une réforme puisse être non seulement adoptée dans un délai raisonnable, mais traduite dans les faits rapidement. Ensuite, quel est le deuxième enjeu de la justice, au-delà de sa rapidité, de son effectivité, de son impartialité ? C'est un enjeu de sécurité. Vous l'avez rappelé d'ailleurs, les chefs de cour, vous devez vous adapter à l'évolution de la délinquance, de la criminalité, et aujourd'hui, face à la menace terroriste, aussi à cette violence-là. Ce qui suppose qu'une prise en charge, rapide là encore, et efficace, des personnes placées sous main de justice, puisse se faire, que ces personnes fassent l'objet d'un suivi en milieu ouvert ou en milieu fermé, et singulièrement la prise en charge des personnes en voie de radicalisation, c'est un sujet sur lequel nous sommes de plus en plus mobilisés, de plus en plus vigilants. Il y a eu, à la suite des attentats de l'année dernière, des dispositions législatives nouvelles qui ont été votées. J'en remercie ici les représentants qui siègent dans nos deux Assemblées. La loi du 3 juin 2016 donne des prérogatives nouvelles aux magistrats, aux enquêteurs, tout en renforçant les garanties procédurales et assurant aussi le respect des libertés individuelles. Les perquisitions de nuit pourront donc être rendues possibles en matière d'infractions à caractère terroriste, ou lorsqu'il existe une atteinte à la vie ou à l'intégrité physique. Nous aurons également des outils nouveaux qui seront mis à la disposition du procureur de la République, sur autorisation du juge des libertés. Et puis il y aura un accès qui sera possible à des correspondances stockées - le mot quelquefois veut dire tout simplement un certain nombre d'écoutes - dès lors que nous avons des risques qui peuvent atteindre la population. Ce qui nous permettra de sortir de l'état d'urgence. C'est parce que cette loi a pu être adoptée que nous pourrons avoir les étapes suivantes qui donneront aux juges, qui donneront aux autorités chargées de la protection de nos concitoyens, les moyens d'agir en toutes circonstances. Ces décisions, que nous avons prises, ne peuvent dépendre de contraintes matérielles ou de fonctionnement. Il faut donc que la justice ait les ressources nécessaires. Le garde des Sceaux y est revenu à plusieurs reprises, ces temps derniers, décrivant même l'état de certains tribunaux avec pratiquement les accents de Zola. Mais il le faisait pour dire la vérité sur des situations, sur des conditions de travail, et il le faisait avec d'autant plus de conviction qu'il suit depuis longtemps les questions budgétaires liées à la justice, et je veux ici l'en remercier. Alors, depuis 2012, plus de 600 postes de magistrats ont été créés. C'est une augmentation de 75 % - je parle des créations de postes - par rapport à ce qui avait été fait dans la législature précédente. J'ai moi-même tenu à me rendre à Bordeaux, à l'Ecole nationale de la magistrature, c'était en février dernier, pour assister à la prestation de serment des 366 nouveaux auditeurs de justice. C'est la plus grande, grosse, je ne sais ce qu'il faut dire, ample, promotion des auditeurs de justice depuis la création-même de l'école. Voilà ce que signifie priorité donnée à la création d'emplois de magistrats. A côté de cet objectif, qu'il y ait plus de magistrats, parce que à quoi servirait-il qu'il y ait des palais de justice aussi modernes soient-ils, nous avons également la volonté de créer des emplois de fonctionnaires pour accompagner et assister les magistrats. Je veux particulièrement insister - ici il y en a - sur ces fonctionnaires, sur ces greffiers, vacataires, dans le fonctionnement de la juridiction. Sans eux pas de justice, ou alors des retards considérables, ou des actes rédigés avec des risques de vice de procédure. Alors, là encore, je veux dire tout ma gratitude aux greffiers, qui jouent un rôle social dans le rapport quotidien qu'ils nouent avec les avocats, le public, les justiciables, les familles, les victimes. Il faut aussi des moyens, ce qu'on appelle les frais de justice, sujet récurrent dans le débat, car s'il n'y a pas les possibilités de mener un certain nombre d'instructions, s'il n'y a pas la capacité de pouvoir traiter administrativement des affaires, alors il ne peut pas y avoir de justice. En mai 2016, 107 millions d'euros ont été dégelés afin notamment de payer ces frais de justice, car il y avait en plus du retard, et de recruter des personnels vacataires. L'enjeu c'est la prochaine loi de Finances pour l'année prochaine, et c'est vrai que nous devons, là encore, tenir nos engagements. J'avais souligné, en 2012, combien la justice devait être prioritaire. Le budget de la justice atteint 6,9 milliards d'euros, ou atteindra 6,9 milliards d'euros ; je donne un chiffre qui n'est pas encore public, puisqu'il faudra attendre la loi de Finances. Mais ce n'est pas tous les jours qu'on inaugure un Palais de justice aussi moderne que celui de Bourg-en-Bresse. Donc, 6,9 milliards d'euros, soit 300 millions d'euros de plus par rapport à la loi de Finances pour 2016. C'est une progression de 4,5 %, c'est la plus importante depuis 2012, ce qui va porter l'augmentation du budget de la justice sur le quinquennat, à 14 %. Je veux souligner, même à partir d'un budget qui n'est pas le plus important de l'Etat j'en conviens, l'effort qui a été consenti. C'est vrai aussi que nous avons fait, pour les forces de sécurité, également des choix, et des choix qui étaient nécessaires compte tenu de ce que nous avons vécu : les attentats, de ce que nous devons affronter : un certain nombre de criminalité, de délinquance, et puis également le contrôle de l'immigration, ce que nous avons à faire dans un certain nombre de missions essentielles. Donc les forces de police et de gendarmerie ont vu également leurs effectifs augmenter très sensiblement pour le quinquennat puisqu'il y aura eu 10.000 postes. J'en avais fait d'ailleurs l'annonce au Congrès à Versailles au lendemain des attentats du 13 novembre, il y aura donc 10.000 postes qui auront été créés pour les policiers et pour les gendarmes par rapport, hélas, à autant qui avaient été supprimés dans la législature précédente. Mais l'ambition pour la justice ne peut pas être simplement qu'une ambition budgétaire. Nous devons également donner des garanties. Je veux parler de l'indépendance de la justice. Sur le plan de l'éthique individuelle, l'indépendance c'est un état d'esprit, sur le plan collectif c'est une condition pour la démocratie, c'est le fondement-même de la séparation des pouvoirs. Il ne peut pas y avoir de suspicion à l'égard de la justice, qui serait en faveur des puissants, qui serait en faveur de ceux qui ont tout le capital culturel pour accéder au droit par rapport à d'autres qui n'en n'auraient pas la possibilité, donc nous devons faire en sorte que les magistrats eux-mêmes puissent avoir des garanties. Dans la loi du 25 juillet 2013 il a été prévu que le ministre de la Justice, le garde des Sceaux, ne puisse plus adresser aux magistrats du ministère public des instructions dans les affaires individuelles. Et c'est un bon principe qui a ainsi été posé par la loi. J'aurais souhaité qu'il puisse être conforté dans la révision constitutionnelle portant réforme du Conseil supérieur de la Magistrature. D'abord pour préciser la mission du Conseil supérieur de la Magistrature, qui est de concourir à garantir l'indépendance de l'autorité judiciaire, et non plus simplement, comme aujourd'hui, d'assister le président de la République, et surtout d'introduire ce principe que les magistrats du Parquet ne puissent être nommés qu'après avis conforme de la formation compétente du Conseil supérieur de la Magistrature. Vous savez que ce projet a été adopté, par les deux Assemblées, aussi bien au Sénat qu'à l'Assemblée nationale, dans les mêmes termes, mais qu'il n'a pas été possible, à ce stade, d'avoir l'assurance qu'une majorité des 3/5e puisse être réunie. Je le déplore, et le garde des Sceaux a fait tout ce qu'il pouvait pour convaincre, même s'il n'est pas trop tard, pour avoir encore les pressions nécessaires j'entends par là les pressions intellectuelles - pour avoir ce résultat. Parce que je ne comprends pas pourquoi les déclarations de principe, les incantations, ne soient pas suivies par un certain nombre d'actes qui permettraient, au-delà même de ce quinquennat, et pour un temps long - car on ne révise pas la Constitution simplement par convenance - d'avoir ces garanties posées dans la loi fondamentale. Bien sûr que les pratiques et les habitudes, maintenant, vont dans ce sens, mais il est toujours mieux d'avoir des principes dans la loi fondamentale plutôt que le respect simplement d'usage. Mais, qui dit indépendance, dit aussi responsabilité, et l'indépendance va avec les obligations de transparence et d'exemplarité. C'est le fondement du projet de loi organique relatif à l'indépendance et l'impartialité des magistrats qui a été adopté le 6 juillet dernier et qui définit, pour la première fois, la notion de conflit d'intérêts auquel tout magistrat peut se trouver confronté, et prévoit un mode opératoire spécifique pour prévenir et mettre fin à ce type de situation. Je sais que cette question a pu interroger parmi les magistrats, qui savent mieux que d'autres ce qu'est un conflit d'intérêts, et qui savent généralement prendre la bonne décision. Mais là encore évitons que ce soit simplement une pratique et un usage et faisons en sorte que ce qui vaut pour un certain nombre de responsables publics, puisse valoir également pour les magistrats. Le dispositif est conçu aussi comme étant protecteur, parce que la pire des attitudes serait d'éluder le conflit d'intérêts- il peut exister - ou de laisser le magistrat seul pour en régler exactement la conclusion. Je veux également, et le garde des Sceaux m'y a incité, faciliter les détachements de magistrats à l'extérieur du corps, pour qu'il puisse y avoir une diversification de mode de recrutement, dans la magistrature, mais également pour que les juges puissent servir l'Etat dans certaines circonstances, et pour un certain temps, de manière à ce qu'il y ait cet échange d'expérience. Je crois que ce sera un progrès pour la justice. Et puis il y a la mission du juge, celle que vous exercez, ici, dans ce Palais de justice. Vous avez ressenti ce besoin de justice, qui existe dans notre pays, et il est d'autant plus fort qu'il y a des situations nouvelles qui veulent être réglées par la justice, qu'il y a un recours au juge dès lors qu'il y a un élément de droit, et que nous sommes confrontés, donc, à un besoin de justice qui ne cesse de s'amplifier, et à des ressources publiques que nous devons dégager, qui elles, sont de plus en plus limitées. Alors nous devons réfléchir à la place du juge, ce qui doit relever du juge et de son intervention, et ce qui peut être renvoyé à d'autres procédures, d'autres mécanismes, voire même d'autres professions. Alors certains, je le sais, voudraient que le juge puisse être une forme de machine dont l'unique mission serait de distribuer des décisions selon une nomenclature unique, presque un barème, et le juge interviendrait pour en fixer exactement la modalité ou l'ampleur. Telle n'est pas ma conception. Le juge doit trancher des litiges, prononcer des peines, et le faire avec l'examen individuel de la situation, avec un pouvoir d'appréciation du magistrat, respecter pleinement la loi, car c'est la loi de la République, et avoir en même temps la possibilité d'individualiser la peine, et c'est aussi ce qui permet de renforcer l'efficacité des sanctions pénales. Cela a été le sens de la réforme qui a été menée par Christiane TAUBIRA sur la contrainte pénale, et aussi à la fin des peines plancher, les révocations de plein droit des peines prononcées avec sursis, de manière à ce que le juge, tout en étant sévère, tout en étant ferme, puisse disposer de ce pouvoir d'appréciation. Il y a aussi l'exécution de la décision de justice. C'est d'ailleurs ce qui vaut parfois une incompréhension entre une décision de justice qui peut être tardive et, de la part de la police ou de la gendarmerie, une action qui a pu être risquée pour appréhender le malfaiteur. Il peut y avoir aussi une autre incompréhension. Une fois que la décision de justice est intervenue, et aussi ferme soit-elle, que devient la personne qui a été condamnée, est-elle suivie, avec suffisamment de soins, en milieu ouvert, en milieu fermé ? Est-ce qu'il y a une façon de s'assurer qu'il n'y aura pas de récidive, qu'il n'y aura pas de liberté conditionnelle qui puisse être prononcée alors même qu'il n'y aura pas eu toutes les vérifications nécessaires ? Donc c'est là que nous avons le rôle du juge d'application des peines, mais aussi de l'Administration pénitentiaire. Je veux insister sur l'importance de l'Administration pénitentiaire, ces femmes et ces hommes qui ont une tâche difficile de faire exécuter la peine, de transmettre aussi des valeurs, de lutter contre la récidive et d'affronter des situations particulièrement périlleuses. C'est pourquoi là aussi, dans le cadre du budget pour la justice, l'Administration pénitentiaire a bénéficié de 3000 créations de postes entre 2012 et 2016, et une augmentation de ses crédits de 15 %. Ce sont essentiellement des postes de surveillants, mais un plan de création de 1000 emplois de conseillers d'insertion et de probation a été lancé, et il est sur le point d'être entièrement exécuté, et le garde des Sceaux y veillera. Nous avons aussi la nécessité de déployer un programme immobilier pour avancer vers l'objectif de 63.000 places à l'horizon 2019, de grandes rénovations ont eu lieu, aux Baumettes, à Fleury-Mérogis, à la Santé, et nous devons poursuivre ce programme. Nous devons également faire que les personnels des filières d'insertion et de probation puissent être revalorisés compte tenu de ce qu'est la difficulté de leur tâche. Voilà tout ce qu'il y a à faire. Mais je reviens à la mission du juge. Il doit intervenir là où il est attendu, mais il n'est pas forcement nécessaire qu'il le soit sur un certain nombre de litiges, je pense notamment au divorce par consentement mutuel, à l'homologation des plans de surendettement, et même pour un changement de nom ou de prénom. Ce texte, qui va bientôt être présenté, le projet de loi de Modernisation de la justice du 21e siècle - puisque nous n'en sommes qu'encore qu'à la première lecture, nous allons bientôt l'adopter définitivement, je l'espère le plus tôt possible - visera justement à ce que nous puissions avoir comme souci de mettre le juge devant ses compétences les plus essentielles et de pouvoir déjudiciariser un certain nombre de contentieux. Ce qui suppose, aussi, un programme de déploiement des services d'accueil unique du justiciable, vous avez insisté là-dessus Madame la présidente, le regroupement du contentieux social par la fusion des tribunaux des affaires de Sécurité sociale et des tribunaux de l'incapacité. Ces tribunaux-là sont à la fois très connus par certains et inconnus par d'autres, et ce sont des tribunaux qui peuvent concerner la vie personnelle de beaucoup de nos concitoyens, les plonger dans le désarroi ou au contraire leur apporter un soutien indispensable. Voilà pourquoi il est très important que nous puissions avoir cette organisation de notre contentieux. Je termine pour partager avec vous une réflexion. Nous sommes dans une société, hélas, qui est violente. Bien sûr qu'il y a des moments où la joie nous emporte, où le rassemblement nous est commun, il y a heureusement beaucoup de citoyens qui, eux, n'ont aucune agressivité pour leur entourage. Il y a, par bonheur, une capacité à vivre ensemble. Mais il y a aussi des ferments de violence, pas simplement ici dans notre société, c'est vrai partout, ai-je besoin de dire ce qui se passe aux Etats-Unis pour rester dans une société qui ne nous est pas si éloignée. Donc la violence que certains groupes exercent contre la société, la violence de la délinquance ordinaire, la violence de la criminalité, la violence matérielle et sociale contre les plus démunis, la violence aussi qu'on a pu trouver dans des rassemblements, dans des manifestations, des violences aussi au cœur-même des familles, des violences contre les femmes, des violences contre les enfants, voilà, nous sommes dans une société où la violence est présente. Alors, quelle est la réponse ? La réponse est éducative. La réponse est dans aussi la capacité que nous avons à avoir une prévention. La violence nous pouvons aussi y répondre par les moyens de l'action sociale, mais nous devons y répondre par le droit, par la justice, et donc par le juge qui doit prendre ses sanctions et ses décisions pour rendre possible la vie commune. C'est pourquoi il y a un tel appel au juge, et nous devons faire en sorte que le juge puisse être regardé comme protégeant les libertés, mais protégeant aussi les plus faibles, et sanctionnant tous ceux qui utilisent la violence. La place du juge est donc au cœur de la société, à l'image de ce Palais de justice, que vous avez-vous voulu, Monsieur le maire, placer au cœur de la cité, je n'ose pas dire au cœur du département, et qui en définitive, comme la justice, est au cœur de la République. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/340.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/340.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fb658fe7f34fc8698251e072cbd7bb42f1a0b2a5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/340.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je suis heureux de vous retrouver tous et toutes, Monsieur le Président de l'Institut français, Madame la Déléguée générale, Monsieur le Président de La Villette, Cher Didier Fusillier qui nous accueille pendant ces deux jours, Je suis également heureux de saluer le président de la Fondation des Alliances françaises, Jérôme Clément, et vous tous aussi, Mesdames et Messieurs, Chers Amis, Je pensais venir à la clôture de cette journée vers 17h, mais mon emploi du temps est bouleversé vous le comprenez bien. Je le dis, parce que nous avons tous une tâche, chaque membre du gouvernement, à accomplir. Le 14 juillet, c'est toute la France qui a été atteinte à nouveau, en son cœur, par la barbarie du terrorisme. Ce sont des enfants, des femmes, des hommes, français représentant la diversité de la société française, et aussi des étrangers, 27 nationalités, qui ont été tués, blessés, profondément choqués ce soir-là à Nice. Ils étaient réunis pour un moment de fête, de convivialité et de fraternité. Comme chaque fois que les Français se retrouvent pour la Fête nationale, ils étaient venus en famille pour célébrer, autour de ce feu d'artifice traditionnel qui est tiré dans les grandes villes, mais aussi jusque dans les plus petits villages, la fraternité, les valeurs de la République, celles qui nous réunissent. Ce sont ces valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité qui sont en cause. Notre réponse doit être de nous rassembler, au-delà de nos différences et de nos sensibilités, de nos débats légitimes, dans une société comme la France où l'on a toujours accepté le débat, le dialogue, la controverse qui fait partie de notre Histoire. Mais dans ces moments-là, quand on sait que ce qui est attaqué, c'est justement notre manière d'être, notre façon de vivre, l'adhésion que nous avons en commun, au-delà de ces différences à un certain art de vivre, c'est là qu'il faut réagir avec force, ne pas nous laisser faire. Le terrorisme ne mettra pas la terreur partout, il ne créera pas la peur. Notre réponse, c'est aussi celle que vous apportez, c'est celle de la culture. Merci pour tout ce que vous faites partout dans le monde, vous qui représentez la France dans les Instituts français, dans les alliances françaises. Il faut continuer, il faut tenir bon, il faut être offensif, merci à vous pour tout ce que vous faites. Quand on se retrouve, partout en France - la France est un pays d'une richesse incroyable - bien sûr nous sommes ici à La Villette. C'est un lieu formidable mais jamais dans les grandes villes, il y a eu autant de vitalité culturelle. En ce moment, c'est le festival d'Avignon et beaucoup d'autres, certains voudraient qu'on les arrête et peut-être que c'est ce que veulent les terroristes, je dis peut-être, mais c'est certainement, mais nous ne renoncerons pas. C'est vrai que, de ce point de vue, la France est particulière. Il y a à la fois l'action publique mais aussi l'action des artistes et celles des associations, dans les régions les plus diverses de la France, il y a une vitalité formidable. Elle n'est pas simplement liée au patrimoine, elle est liée à la capacité d'utiliser les technologies d'aujourd'hui, l'innovation. C'est l'un des défis qui sont les nôtres, nous devons continuer à nous battre partout. J'étais à Oulan-Bator il y a quelques jours pour le sommet Union européenne - Asie et j'ai appris la terrible nouvelle de ce nouvel attentat en arrivant après les sept heures de décalage horaire. J'étais profondément touché par l'accueil qui m'a été réservé. Non seulement le moment intense de la minute de silence demandée par le président de la Mongolie, pays qui vivait durant des années sous la dictature et qui aujourd'hui est en train de construire une démocratie, qui est en train de mettre en place des institutions démocratiques, qui a aboli la peine de mort et qui accueille une Alliance française. Partout la France est présente. Au moment où j'ai rencontré mes homologues, certains chefs d'État ou de gouvernement du monde entier, j'ai senti quelque chose qui vibrait parmi eux, quelque chose que nous partagions, parce qu'il y a toujours, à l'égard de la France, une attitude particulière. Au moment où chacun s'exprimait dans cette conférence internationale Europe - Asie, beaucoup d'entre eux qui représentaient leur pays ont tenu à présenter leurs condoléances en langue française même s'ils ne la parlaient pas. Car, lorsque la France est touchée, c'est aussi une certaine universalité de valeurs qui est touchée. C'est de cela dont nous devons être profondément conscients. Je sais que vous, de par votre métier, vous en êtes conscients mais, face à cette terreur, ou plutôt, à travers ces événements tragiques, puisons une force supplémentaire pour être encore plus offensifs, plus mobilisés, partout dans le monde, pour continuer à nous battre contre cette forme d'obscurantisme. Nous devons le faire par tous les moyens qui sont à notre disposition. Les États démocratiques doivent se protéger et se défendre, par la voie politique, la voie diplomatique, militaire, par l'organisation encore améliorée et coordonnée de nos systèmes de renseignements, par l'action de la police, par l'action de la justice, par l'action contre toutes les formes de radicalisation mais aussi avec notre art de vivre, avec notre message au monde, celui de la paix, celui du vivre-ensemble, celui de la fraternité entre les peuples. Dans ce contexte terrible, le besoin de défendre la culture est plus vital que jamais. Nous devons, vous devez, continuer à promouvoir ses valeurs d'humanisme, de tolérance, de respect des différences et de dialogue. Votre mission est essentielle : la culture contribue au rapprochement entre les peuples, au respect entre les nations. En quelque sorte, elle donne une chance, même lorsque la liberté est bafouée, aux forces les plus profondes de l'humanité de relever la tête, d'être le meilleur possible, sans céder à toutes les formes de violence et de peur. J'ai été frappé lorsque je me suis rendu récemment en Birmanie lors de la rencontre émouvante avec Aung San Suu Kyi qui a mené ce combat, comme vous le savez, dans des conditions extrêmement difficiles pour la liberté de son peuple. Le président que j'ai rencontré, qui est un monsieur d'une très grande dignité m'a remercié, il a remercié la France parce que, pendant les cinquante années de dictature, malgré les difficultés, l'Institut français, que l'on appelle là-bas l'Alliance française, n'a jamais fermé ses portes. Il a toujours été un lieu où, ceux qui étaient emprunts de liberté, qui voulaient continuer de se battre contre la dictature au détriment de leurs propres libertés. J'ai rencontré un jeune monsieur qui gouverne la ville de Rangoun qui est resté quinze ans en prison pour avoir manifesté comme étudiant, beaucoup étaient de ces hommes et de ces femmes qui n'acceptaient pas la dictature à l'Institut français. C'était une forme de résistance. C'est l'Institut français qui l'a fait et je puis vous dire que tous ceux qui veulent aujourd'hui une Birmanie nouvelle, sont extrêmement reconnaissants à la France. Ce que vous faites, chacune et chacun d'entre vous, dans vos différentes missions, peut-être le sous-estimez-vous, mais c'est particulièrement précieux. Je voulais encore une fois vous remercier de continuer à favoriser les échanges artistiques, intellectuels, éducatifs, de promouvoir l'enseignement de la langue française en sachant innover. Vous êtes ici à La Villette, je sais que vous en avez débattu : comment aller vers de nouveaux publics ? Comment toucher les jeunes qui sont parfois plus en avance que nous ? Je crois que nous le pouvons, grâce notamment au numérique, et vous l'avez évoqué il y a quelques instants, c'est une chance nouvelle, il faut s'en saisir, je sais que vous allez le faire. En tout cas, vous avez tout mon soutien, partout où je me rends, j'essaie de prendre un peu de temps pour aller visiter l'Alliance française, l'Institut français. J'étais l'autre jour à New York j'ai visité la librairie française installée là-bas comme une librairie comme il en existe dans nos villes, des petites librairies indépendantes qui résistent. Justement, il y a un certain modèle français qui est que la culture n'est pas seulement une affaire de marché comme les autres. Je me souviens de cette formule de l'ancien Premier ministre Lionel Jospin qui disait : « Nous sommes dans une économie de marché, mais nous ne voulons pas d'une société de marché ». Nous voulons une société qui soit capable de défendre des valeurs et une certaine idée d'être ensemble, une certaine idée de la création, de la gratuité, une certaine idée de donner et d'inventer. Je pense que c'est cela que le monde attend. Alors, n'ayons pas peur, soyons fiers de ce que nous sommes, non pas avec arrogance comme si nous avions raison sur tout et partout, mais parce que nous avons quelque chose en nous que nous voulons partager avec les autres. Alors, continuez à le faire, merci d'avance, merci pour la France, merci aussi pour la liberté, pour la fraternité. Merci pour la culture, pour l'humanité et ses valeurs. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/341.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/341.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..dbc1811af39e901cc8c033a57021dda36af953cf --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/341.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEROME CHAPUIS Bonjour Bernard CAZENEUVE. BERNARD CAZENEUVE Bonjour. JEROME CHAPUIS Merci d'être avec nous en ce lundi matin. Il y a le deuil, il y a l'effroi, la stupeur et il y a aussi beaucoup de questions. Peut-être d'abord, pour commencer, donnez-nous des nouvelles des victimes. Quel est le bilan au moment où on se parle ? BERNARD CAZENEUVE Le bilan est de 84 morts, de 58 personnes hospitalisées dont 29 sont en réanimation et 308 blessés. JEROME CHAPUIS Vous n'avez aucun doute désormais sur la préméditation, sur le caractère prémédité de l'acte du terroriste ? BERNARD CAZENEUVE C'est ce que semblent révéler les premiers éléments de l'enquête, mais encore une fois cette enquête se déploie. Il appartient au procureur de la République de communiquer sur les éléments de cette enquête dès lors que des certitudes sont suffisamment établies pour qu'on puisse les rendre publiques. Peut-être le fera-t-il dans les heures qui viennent. JEROME CHAPUIS Et sur les éventuelles complicités, là aussi est-ce que vous avez avancé ? BERNARD CAZENEUVE Il y a des personnes qui ont été mises en garde à vue, sept personnes ont été mises en garde à vue dans l'entourage ou parmi ceux qui ont pu, à un moment donné, être en contact avec le terroriste pour lui fournir des armes. Bien entendu sur ce sujet aussi, le procureur de la République aura à établir le profil de ceux qui ont été interpellés. Mais ce que je peux vous dire à l'heure qu'il est, c'est que l'enquête avance, que les interpellations ont lieu et que tous les moyens de la police judiciaire et des services antiterroristes sont mis à la disposition du procureur de la République dans une relation, comme à l'accoutumée exemplaire, pour que nous puissions très vite comprendre et savoir. JEROME CHAPUIS Vous nous confirmez que trois des gardés à vue sont désormais dans les locaux de l'antiterrorisme à Levallois ? BERNARD CAZENEUVE Je ne confirme rien de ce que je n'ai pas à rendre public compte tenu de ce que sont mes responsabilités. JEROME CHAPUIS Le fait que l'attentat ait été revendiqué par l'Etat islamique, que le mode opératoire soit un de ceux prônés par l'organisation, est-ce que tout cela signifie pour vous que c'est un attentat islamiste ? BERNARD CAZENEUVE Mais c'est un attentat qui a été revendiqué par l'Etat islamique. C'est un attentat à caractère terroriste et cela est apparu clairement dès les premiers instants. Maintenant ce qu'il faut savoir, c'est quels étaient les liens entre celui qui a commis cet attentat abject et les réseaux terroristes, et ces liens pour l'instant ne sont pas établis par l'enquête. Donc il faut toujours sur ces sujets-là être prudent et dire les choses à mesure que l'enquête se déploie mais, comme l'a indiqué le Premier ministre et comme j'ai pu le dire moi-même, le mode opératoire est un mode qui emprunte totalement à ce que sont les messages de Daesh qui appellent et provoquent au terrorisme en demandant à ce qu'on attaque des lieux symboliques, à des moments symboliques, en faisant le maximum de victimes. JEROME CHAPUIS Donc on ne peut pas exclure pour le moment qu'il s'agisse de l'acte d'un loup solitaire comme on dit. BERNARD CAZENEUVE Mais on ne peut pas exclure qu'un individu très équilibré et très violent et ça, il semble que sa psychologie témoigne de ces traits de caractère ait à un moment, dans une radicalisation rapide, été engagé dans ce crime absolument épouvantable. JEROME CHAPUIS Bernard CAZENEUVE, il faut parler des questions et aussi de la colère qui ont surgi après le drame de jeudi soir. Dix-huit mois se sont écoulés, Charlie Hebdo, l'Hyper Cacher, le 13 novembre, Magnanville, Nice, quatre ans aussi depuis Toulouse, est-ce que ça signifie qu'il faut tout changer, augmenter encore notre dispositif antiterroriste ? BERNARD CAZENEUVE Mais nous avons changé beaucoup de choses. JEROME CHAPUIS Est-ce qu'il faut encore changer ? BERNARD CAZENEUVE D'abord commençons par expliquer ce qui a été fait, parce que vous avez vu qu'il n'y a pas eu de respect par un certain nombre d'acteurs de la classe politique de la période de deuil. JEROME CHAPUIS On va en parler. BERNARD CAZENEUVE Et qu'immédiatement des polémiques sont survenues, qui personnellement m'ont beaucoup attristé et choqué, parce qu'il y a un drame, il y a une considérable souffrance et dans un drame et une souffrance nationale qui affecte des familles, il n'y a qu'un seul but que l'on doit atteindre : expliquer et dire rigoureusement la vérité. JEROME CHAPUIS Parlons de ce qui a été fait et ce qui doit être fait. BERNARD CAZENEUVE La vérité, monsieur CHAPUIS, est la suivante. C'est que nous avons depuis maintenant de nombreux mois pris un ensemble de mesures pour protéger les Français. Nous les avons prises dans l'urgence parce qu'il y avait beaucoup à faire. Quelles sont ces mesures ? D'abord, nous avons réhausser considérablement les effectifs des services de sécurité et des services de renseignement en engageant la création de 9 000 postes là où il en avait été supprimés 12 500. Nous avons engagé une réforme considérable du dispositif de suivi des terroristes et de nos services de renseignement. Comment nous l'avons fait ? En votant trois lois antiterroristes. Ces lois antiterroristes nous ont permis celles de 2012 portées par Manuel VALLS de pénaliser l'activité de nos ressortissants sur le théâtre d'opérations terroristes à l'étranger. La loi que j'ai portée en 2014 a permis de bloquer les sites Internet qui appellent et provoquent au terrorisme, de mettre en place l'infraction individuelle terroriste, de donner aux services d'enquête des moyens d'enquête notamment sur Internet permettant de détecter les terroristes. Nous venons d'adopter… JEROME CHAPUIS Tout cela a été fait. BERNARD CAZENEUVE Mais c'est important de l'expliquer et permettez-moi de le faire puisque le président SARKOZY, hier soir à la télévision, a dit qu'au cours des dix-huit mois rien n'avait été fait de ce qui devait l'être. Donc je pense qu'il est très important pour les Français… JEROME CHAPUIS « Tout n'a pas été fait » dit-il. BERNARD CAZENEUVE Mais je veux expliquer ce qui a été fait pour que les Français sachent ce que le gouvernement a fait et qu'ils comprennent que nous mobilisons tous les moyens de l'Etat pour assurer la protection du pays dans un contexte de menace terroriste très important. Nous avons… JEROME CHAPUIS Mais avant de parler des polémiques, les questions que peuvent se poser les Français… BERNARD CAZENEUVE Jérôme CHAPUIS, je ne vous parle pas des polémiques. Je ne fais pas de polémiques, je les trouve indignes dans le contexte. Je vous explique ce que nous avons fait. Et ensuite, nous avons adopté au mois de juin une nouvelle loi qui établit la perpétuité pour les crimes terroristes, qui durcit considérablement les conditions de la détention provisoire et met en place un système d'une très grande rigueur pour ce qui concerne l'aménagement des peines et qui permet aussi la mobilisation de techniques spéciales d'enquête pour les enquêtes préliminaires de manière à judiciariser plus vite ceux qui sont des terroristes. Nous avons aussi réformé de façon très puissante les services de renseignement : création de la direction générale de la sécurité intérieure… JEROME CHAPUIS Bernard CAZENEUVE, il n'y a pas besoin d'être candidat à l'élection présidentielle pour penser, pour comprendre que tout cela n'a pas suffi malheureusement à éviter de nombreux drames. Donc ma question est simple, c'est qu'allez-vous faire pour les jours qui viennent ? BERNARD CAZENEUVE Jérôme CHAPUIS, est-ce que vous imaginez que lorsque les services de police et de renseignement ont perdu 13 000 emplois, que le renseignement territorial a été réformé de telle sorte qu'il a perdu énormément de moyens, ce qui est très bien montré par le rapport parlementaire, on peut comme ça, en claquant des doigts, remettre en place des dispositifs qui immédiatement donnent les résultats qu'on pourrait attendre ? Par exemple, quand on recrute des policiers il faut les former, il faut les mettre dans des écoles, il faut qu'ils en sortent. Donc cette mise au point doit être faite parce qu'il faut ça correspond à la réalité, tout cela est vérifiable que les Français sachent qu'il y a une mobilisation exceptionnelle de moyens et une volonté absolue de protéger le pays face à la menace terroriste. Pourquoi ? Parce que la menace terroriste est extrêmement élevée. Alors que faisons-nous ? JEROME CHAPUIS Ça, c'est dit. Maintenant… BERNARD CAZENEUVE Que reste-t-il à faire ? Que reste-t-il à faire ? Il y a, bien entendu, des mesures que nous prenons en permanence pour faire en sorte que notre dispositif soit adapté à la réalité de la menace. Nous sommes en période estivale, nous avons la possibilité, parce que nous sommes en période estivale et que les réservistes ne sont pas aujourd'hui mobilisés par leur profession, de mobiliser la réserve de niveau 1 de la gendarmerie nationale. Nous le faisons avec une possibilité de mobilisation jusqu'à 9 000 réservistes. Je me rendrai d'ailleurs auprès de la gendarmerie nationale pour déterminer les conditions dans lesquelles nous allons mobiliser dans les territoires cette réserve et j'appelle tous les Français… JEROME CHAPUIS Mais ça, c'est pour les mois qui viennent ou c'est pour les jours qui viennent ? BERNARD CAZENEUVE Non, ce n'est pas pour les mois qui viennent. Ç'a été mis en œuvre immédiatement après les attentats. Nous avions fait d'ailleurs monter en puissance cette réserve au début de la saison estivale puisque c'est pendant la saison estivale qu'on peut mobiliser cette réserve et pas avant. J'ai aussi entendu des questionnements sur pourquoi ne la mobilise-t-on pas avant. C'est tout simplement parce que les gens travaillent et qu'on peut la mobiliser en période estivale. Nous allons la faire monter en puissance. J'ai lancé un appel pour que les Français s'engagent dans la réserve opérationnelle et sur les plages, sur les lieux des festivals, partout sur le territoire national où il y a des activités festivalières et estivales. Nous allons mobiliser ces moyens. JEROME CHAPUIS Encore plus depuis jeudi ? La question, c'est que faites-vous de plus depuis jeudi soir ? BERNARD CAZENEUVE Mais depuis jeudi soir, nous augmentons le niveau de mobilisation de la réserve. Nous augmentons le nombre des militaires qui sont engagés dans l'opération Sentinelle et dont nous avons besoin de la présence en articulation avec les forces de police et de gendarmerie. J'ai encore précisé par un télégramme ce week-end ce qui doit être fait en matière de patrouilles dynamiques, de mobilisation des forces spécialisées dont j'ai réformé l'implantation territoriale pour permettre une intervention rapide en cas d'attentat. Nous mobilisons tous ces moyens en permanence. JEROME CHAPUIS Et sur un plan budgétaire, est-ce qu'il faut s'attendre à des efforts pour le budget qui sera présenté cet automne ? BERNARD CAZENEUVE Nous avons, à travers la création des 9 000 emplois, l'augmentation de 17 % des crédits alloués aux forces de sécurité, là où ils avaient diminué d'autant dans une période qui n'est pas si lointaine, fait des efforts considérables. Et s'il y a des efforts supplémentaires qui doivent être faits, nous les ferons. Je vous parlais par exemple de la décision que nous avons prise de mobiliser la réserve de niveau 1, c'est un effort budgétaire que nous avons décidé de faire au début de la saison estivale et qui, bien entendu, a fait l'objet d'arbitrage de la part du président de la République et du Premier ministre. JEROME CHAPUIS De manière très concrète, dans les lieux où il va y avoir des foules dans les prochains jours on a été évidemment tous surpris de la possibilité pour un camion de pénétrer sur la promenade des Anglais est-ce qu'il y a des dispositifs qui vont être mis en œuvre, du type certains parlent de herses, de camions antiémeute, pour éviter un nouvel attentat de ce type ? BERNARD CAZENEUVE D'abord, revenons sur les événements de Nice parce que là aussi, j'ai entendu beaucoup de choses et je crois qu'il importe que l'on puisse dire la vérité de façon claire aux Français. Je redis très solennellement à votre antenne que l'ensemble des dispositifs qui étaient prévus pour le 14 juillet à Nice ont fait l'objet de réunions dont j'ai les compte-rendu avec la ville de Nice qui était l'organisateur de ce feu d'artifices de manière à ce que la sécurité soit assurée. Et les effectifs qui ont été indiqués par le préfet et le directeur départemental de la sécurité publique à Nice sont bien les bons et j'ai la liste précise des effectifs de l'ensemble… JEROME CHAPUIS Mais vous conviendrez que quelles que soient les responsabilités des uns ou des autres, il y a eu cet attentat et donc il y a des conclusions à en tirer. Ma question était est-ce que vous allez tirer des conclusions opérationnelles ? Est-ce qu'il faut s'habituer à voir des herses ou des camions antiémeute à l'entrée de ces manifestations ? BERNARD CAZENEUVE Monsieur CHAPUIS, d'abord ce que je voudrais c'est de pouvoir aller au bout d'une phrase pour l'efficacité de l'explication, et puis pour faire comprendre aux Français quelle est la situation, et ensuite, bien entendu, répondre à votre question. Est-ce que vous imaginez que l'on puisse, dès lors que les terroristes peuvent frapper à tout moment, en tout lieu du territoire national, mettre des herses partout, en tout lieu, en sachant de toutes les façons que même si nous le faisions, nous ne protégerions pas nécessairement les Français en garantissant le risque zéro, et même dans les pays qui sont très soumis à ces attentats, ce type de mesures ne sont pas mises en œuvre. Ce qu'il faut pour protéger les Français, et c'est toute la difficulté de la tâche à laquelle nous sommes confrontés, c'est d'abord permettre de mettre hors d'état de nuire ceux qui peuvent commettre ces attentats. C'est la raison pour laquelle toute la stratégie qui est la nôtre est de déjouer des attentats en menant des enquêtes et en judiciarisant le plus rapidement possible ceux qui peuvent les commettre. Depuis le début de l'année, nous avons procédé à l'arrestation de 160 individus et depuis le 1er mai, dans la perspective notamment de l'Euro 2016, de 40 individus qui étaient en lien avec des groupes terroristes et qui pouvaient frapper le territoire national. Donc ce qui garantit l'efficacité de la lutte antiterroriste - c'est la difficulté de la tâche mais c'est aussi le but que nous devons atteindre -, c'est de procéder à la judiciarisation le plus rapidement possible de ceux qui peuvent présenter une menace. La deuxième chose que nous devons faire, c'est déployer le maximum de nos moyens de façon la plus pertinente possible pour assurer la protection des Français. Ça veut dire des patrouilles dynamiques, des BAC Brigade Anti Criminalité et des PSIG de la gendarmerie susceptibles d'intervenir rapidement en étant bien armés et bien équipés. Je vous rappelle que nous avons fait des efforts considérables de rééquipement de ces forces qui étaient en déshérence. Et troisièmement, nous réimplantons sur le territoire national autrement les forces spécialisées, c'est-à-dire le GIGN, le RAID, la BRI, de manière à permettre une intervention extrêmement rapide de ces forces. Et j'ai demandé à chaque préfet de zone chaque préfet de zone site par site, en liaison avec les maires des villes où sont organisées des manifestations, de bien vouloir mobiliser tous les moyens, ceux de la police municipale et ceux de la police nationale, en définissant des dispositifs de patrouille dynamique, de présence en continu qui permettent d'assurer dans les meilleures conditions la protection des Français. JEROME CHAPUIS La présence des militaires en lien, évidemment, avec les forces de l'ordre, à quoi sert-elle ? Concrètement jeudi soir, il y avait sur place des militaires ; certains ici-même d'ailleurs sur RTL, se sont étonnés du fait qu'ils ne puissent pas intervenir. BERNARD CAZENEUVE Mais il y avait d'abord sur la promenade des Anglais des policiers, des policiers nationaux. JEROME CHAPUIS 64 policiers nationaux. BERNARD CAZENEUVE Et ces policiers sont intervenus immédiatement après que le camion est entré sur la promenade des Anglais, non pas en empruntant la promenade elle-même mais en forçant le dispositif pour essayer de mettre hors d'état de nuire… JEROME CHAPUIS A quoi servent les militaires qui sont présents ? BERNARD CAZENEUVE Est-ce que je peux terminer ? Et ils ont mis hors d'état de nuire en quelques minutes ce criminel épouvantable et abject. Les militaires sont là pour assurer la protection d'un certain nombre de lieux par leurs patrouilles aux côtés des forces de sécurité intérieure. Il y a des militaires devant des lieux de culte, il y a des militaires devant des institutions, il y a des militaires dans les infrastructures de transport, il y a des militaires désormais au contrôle aux frontières et donc dans un contexte où nous avons perdu beaucoup d'effectifs dans la police et dans la gendarmerie, où la reconstitution de ces effectifs implique le passage dans les écoles, et donc il y a un délai entre le moment où nous décidons de créer les postes et le moment où ils sont effectivement sur le terrain parce que des policiers et des gendarmes, ça se forme dans les écoles de la police nationale et la gendarmerie nationale, la mobilisation de Sentinelle permet d'avoir des militaires avec des policiers et des gendarmes qui assurent l'efficacité du contrôle aux frontières, qui assurent la sécurisation dans les infrastructures de transport, et ces effectifs-là nous en avons besoin bien entendu dans le contexte. JEROME CHAPUIS Alors il y a une polémique, on l'a entendue, notamment l'ancien maire de Nice Christian ESTROSI qui est aujourd'hui premier adjoint, qui vous fait le reproche de ne pas avoir mis en œuvre suffisamment d'effectifs jeudi soir. D'abord, est-ce que vous êtes prêt éventuellement à une enquête indépendante ou une enquête des services pour que toute la lumière soit faite sur ce qui s'est passé jeudi soir ? BERNARD CAZENEUVE D'abord je vais le dire comme je le pense, avec la plus grande sincérité. Ce qui s'est passé depuis jeudi soir m'a profondément choqué et, je crois, a choqué beaucoup de Français. Lorsqu'il y a un drame, une tragédie comme celle à laquelle le pays est confronté, laisser à penser qu'un gouvernement quel qu'il soit, un gouvernement républicain, puisse ne pas avoir mobilisé la totalité des moyens qui devait l'être pour assurer la protection des Français, c'est instiller dans l'esprit du pays qu'il pourrait y avoir dans ce pays un gouvernement qui ne mettrait pas tout en œuvre face à la menace terroriste pour assurer la protection des Français. JEROME CHAPUIS Ce sont les accusations de Marine LE PEN qui vous demande de démissionner. BERNARD CAZENEUVE Oui, mais c'est précisément parce qu'elle le demande que je ne le ferai pas, et je le ferai d'autant moins que Marine LE PEN n'a voté aucune loi antiterroriste. Il faut aussi que les Français comprennent que ceux qui parlent le plus fort sont généralement ceux qui sont le plus dans la manipulation et que l'outrance sert généralement des desseins politiques qui ne sont pas ceux que la république doit poursuivre dans l'affirmation de ses valeurs et de ses principes. JEROME CHAPUIS Il est hors de question pour vous de démissionner ? BERNARD CAZENEUVE Je veux dire à Marine LE PEN qui a proféré ces propos qu'elle a été contre le PNR ; elle a été contre toutes les lois antiterroristes ; elle a été contre l'interdiction des sites qui appellent et provoquent au terrorisme ; elle a été contre la loi renseignement. Elle a fait voter contre alors qu'elle savait pertinemment que face à la numérisation de la société et les progrès technologiques, nous avions besoin de ces moyens pour combattre le terrorisme. Et pourquoi Marine LE PEN a été contre toutes ces lois ? Parce que Marine LE PEN n'a qu'un discours : c'est de pointer les musulmans de France et de créer au sein de la société française des divisions, des antagonismes, des fractures insurmontables. C'est-à-dire que lorsque Daesh espère, à travers les attentats qu'il commet, créer des blessures et des fractures irréparables dans la société française, d'antagoniser la société française jusqu'à créer des tensions qui pourraient nous conduire au pire, nous avons une formation politique en France qui tend la main à la division. Ça, ce doit être dit et précisément, il y a dans ce pays une nécessité pour tous ceux qui sont ardemment républicains, qui sont attachés à l'état de droit et qui veulent combattre le terrorisme précisément pour ce qu'il demeure, de dire cela. JEROME CHAPUIS D'autres que Marine LE PEN - on a parlé d'Alain JUPPE, vous avez parlé de Nicolas SARKOZY posent la question de l'insuffisance du dispositif de sécurité. BERNARD CAZENEUVE Je vais, là aussi, dire des choses extrêmement claires. Quand Nicolas SARKOZY s'inquiète de l'insuffisance du dispositif de sécurité alors qu'il est le président de la République qui a supprimé 12 000 emplois et que nous en créons 9 000, je me pose la question de savoir jusqu'où peut aller le discours politique, même si je comprends qu'il y a une primaire qui ne favorise pas nécessairement les raisonnements secondaires, dans un contexte comme celui auquel nous sommes confrontés. Lorsque Nicolas SARKOZY dit : « Je demande à ce que l'on puisse mettre à l'isolement ceux qui sont l'auteur d'acte terroriste » alors que nous le faisons depuis 2015 ; lorsque Nicolas SARKOZY dit : « Je ne comprends pas que l'on ne sanctionne pas pénalement la consultation des sites terroristes » alors que c'est dans la loi de juin 2016 ; lorsque Nicolas SARKOZY dit : « Je ne comprends pas pourquoi nous n'équipons pas suffisamment nos forces » alors que nous venons de mettre en place un plan qui a mobilisé beaucoup de moyens budgétaires, précisément pour corriger l'état de défaillance absolu des équipements dont bénéficiaient notamment les primo-intervenants ; lorsque Nicolas SARKOZY dit : « Il faut mettre en rétention tous ceux qui ont une fiche ou certains d'entre eux » alors qu'il sait parfaitement que ce n'est pas conforme à la Constitution, que cela nous conduirait à être dans un autre système que celui dans lequel nous sommes au regard des principes de l'état de droit… JEROME CHAPUIS Mais précisément la question se posera pour certains, et elle se posera dans le cadre de la présidentielle qui arrive. BERNARD CAZENEUVE Et surtout lorsque l'on sait que, si l'on fait cela, on donne l'information à tous ceux qui font l'objet d'enquête, que nous les suivons et que nous mettons en cause l'efficacité de tous les services de renseignement dans un contexte où la menace terroriste est extrêmement élevée, je dis simplement aux Français que la lutte antiterroriste est extrêmement difficile. Que regarder la réalité en face lucidement en disant qu'il peut y avoir d'autres attentats, ce n'est pas se résigner c'est au contraire créer les conditions de la résilience et de la détermination face au risque terroriste en disant la vérité aux Français ; et que ce sujet de la lutte antiterroriste appelle la plus grande rigueur, appelle la plus grande détermination et appelle surtout à ce que l'on dise aux Français à chaque instant la vérité. Que l'on ne cède pas à la pente de la politique politicienne et que l'on n'obère pas l'essentiel, c'est-à-dire la capacité du pays à être dans la résilience sous prétexte qu'il y a des échéances électorales pour lesquelles on concourt. Voilà très profondément ce que je pense. Et je ne dérogerai pas dans ma responsabilité de ministre de l'Intérieur de cette attitude parce qu'elle est la seule qui corresponde à la dignité qu'on doit avoir dans un contexte où le pays est menacé. JEROME CHAPUIS Merci Bernard CAZENEUVE d'avoir été l'invité de RTL ce matin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/342.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/342.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7bd0ec2053866c934ce116a640bc00c4b6bf69d2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/342.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs, Chers Amis, Je sais que vous avez beaucoup travaillé et je voudrais d'abord vous remercier. Nous sommes réunis ce soir dans des circonstances particulièrement douloureuses pour notre pays dont l'onde de choc se ressent partout dans le monde. Beaucoup d'entre vous, qui êtes parfois loin dans les postes, vous le savez. La France a recueilli des messages de grande solidarité, beaucoup d'affection et on voit bien que, quand la France est touchée, c'est au-delà de la France. C'est ce que nous représentons dans le monde, nos valeurs, les idéaux et chacun tient à manifester, comme c'était le cas encore tout à l'heure à Bruxelles, au conseil européen des affaires étrangères. J'ai tenu, malgré tout, à m'adresser à vous, comme j'ai souhaité me rendre hier matin aux Ateliers de l'Institut français à la grande Halle de La Villette, car votre action est plus que jamais essentielle, j'en suis profondément convaincu. Vous effectuez un travail de terrain et vous le faites au service de la France, Dans le domaine du développement, des échanges culturels, de l'éducation et de la recherche, vous effectuez un travail de terrain, au service de notre pays, parfois difficile, toujours exigeant. Vous êtes les relais de notre influence et les acteurs du dialogue entre la France et le monde. Nous sommes engagés dans une lutte contre le terrorisme et l'obscurantisme, avec tous les moyens à notre disposition. Demain et jusqu'à la fin de la semaine, après l'adoption par le conseil des ministres du projet de loi de prorogation de l'état d'urgence, le parlement se prononcera sur des mesures complémentaires pour faire face. Nous le faisons aussi par notre action diplomatique et militaire, notre renseignement et nos efforts de lutte contre la radicalisation. Mais aussi, et c'est plus nécessaire que jamais, par notre politique d'influence en travaillant avec acharnement au rapprochement des cultures, au dialogue entre les cultures autant qu'il est possible. Et surtout, en mettant toute notre énergie, notre intelligence et notre cœur contre les stéréotypes, contre le repli sur soi ; tout cela nous guette. Je ne sais pas s'il est heureux d'employer cette expression, la « daechisation » des esprits, c'est-à-dire de faire reculer tous les idéaux des lumières, faire reculer tout ce qui permet aussi à des hommes et des femmes d'horizons et de religions divers ou de philosophies diverses de se retrouver, de vivre ensemble, de partager des idéaux. Vous êtes vous-mêmes aussi sur ces questions, même si vous pouvez avoir le sentiment que votre action est modeste. Vous êtes en première ligne. Cette journée avait pour objectif de permettre une réflexion entre nos enjeux politiques et notre action d'influence. Ce matin, Christian Masset et Anne-Marie Descôtes ont évoqué la modernisation du ministère et l'évolution de vos métiers. Ils ont abordé en détail les défis majeurs que notre diplomatie doit aujourd'hui sans cesse relever. Vous avez aussi participé à des ateliers, échangé avec les opérateurs et nos principaux partenaires. Je tenais à ce que cette journée vous donne l'occasion de partager vos expériences et de présenter vos projets. J'ai également souhaité que vous puissiez vous réunir par régions afin de vous permettre de vous coordonner. Vos discussions ont été, je crois, de grande qualité et quelques enseignements peuvent en être tirés - j'y reviendrai dans un instant. Mais ce soir je voudrais d'abord vous parler de l'Europe. L'Union européenne, il faut en être conscient, vit un moment difficile : le peuple britannique, par son vote, a décidé la sortie de l'Union européenne et cette décision met sévèrement l'Union à l'épreuve. La France le regrette, mais elle respecte le choix souverain du peuple britannique que nous devons respecter. Pour regrettable qu'elle soit, la crise née du référendum britannique doit nous obliger et ne pas nous laisser aller à baisser les bras par rapport à ce que représente l'Europe. Même si cela peut être l'occasion de faire preuve d'audace et d'initiative, alors faisons-le. Qu'est ce qui nous rassemble ? Qu'est ce qui nous a rassemblés ? Que voulons-nous que soit l'Europe de demain, cette Europe qui n'a jamais été une réalité intangible et définitive - elle est fragile - mais toujours un processus, une volonté, une ambition. Vous en avez parlé, je le sais, au cours de vos travaux : nous sommes dans un monde incertain, et vous qui travaillez dans le monde entier, vous observez évidemment et vous vivez cette incertitude. En même temps, ce qui est frappant, c'est que plus on s'éloigne - c'est souvent le cas vis-à-vis de la France ; je le dis souvent dans mes interventions lorsque je reçois la communauté française dans mes déplacements - plus on est loin et plus on va à l'essentiel de ce que représente notre pays. On relativise donc certaines choses et, parfois, certaines de nos querelles. C'est également vrai pour l'Europe. J'étais à Oulan Bator quand j'ai appris ce terrible drame de Nice, j'arrivais tout juste. Il y avait là-bas ce sommet Europe-Asie. L'Asie regarde l'Europe, souvent d'ailleurs avec envie, comme une construction intelligente de peuples qui se sont faits la guerre, qui se sont détruits et qui ont été aussi loin qu'il était imaginable au cours du XIXe mais aussi du XXe siècle, héritiers d'autres histoires passées. Nous avons été capables de construire, à partir des années 1950, en tirant toutes ces leçons, une construction politique unique au monde. Soyons conscients de cette force, de cette richesse, et de cette crise. Essayons de faire un bien pour l'avenir de l'Europe. Je disais que vous en aviez parlé, parce que l'Union européenne demeure le cadre indispensable pour assurer la liberté, la prospérité et la sécurité de notre continent et pour contribuer à la paix et à la stabilité dans le monde. C'est la raison pour laquelle le président de la République a proposé de donner une nouvelle impulsion au projet européen. Dans cet esprit, il nous faut travailler à ce que l'Union européenne apporte des réponses concrètes aux aspirations de nos concitoyens à la sécurité, à la prospérité, à l'emploi et à de nouveaux projets. Dans ce nouvel élan, la culture a un rôle majeur à jouer. C'est une conviction : l'avenir du continent et du projet européen passera en grande partie par sa capacité à mobiliser sa jeunesse, à promouvoir ses valeurs humanistes, son potentiel créatif, son potentiel d'enrichissement mutuel, en un mot sa culture. Il est donc urgent d'élaborer une stratégie en faveur d'une politique culturelle ambitieuse pour l'Europe. La Commission européenne et la Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ont récemment présenté - le 8 juin 2016 - les grandes lignes de ce que pourrait être une action culturelle européenne où les acteurs, les institutions, les moyens, seraient mieux coordonnés. Il nous faut enrichir ce projet, rendre concrète cette ambition à l'extérieur, mais également à l'intérieur de l'UE en nous donnant pour objectif de promouvoir l'échange et la participation de tous à la création, à la circulation et à l'accès à la culture. Une Europe unie dans sa diversité, attentive à sa jeunesse, capable de proposer un projet entraînant, fédérateur comme Erasmus. Pour beaucoup de jeunes étudiants, Erasmus est une incarnation concrète de l'Europe qui a su incarner, à un moment de son histoire, une certaine idée de l'Europe de l'éducation. Il faut aller plus loin, il faut que tous les jeunes puissent se sentir concernés par cette mobilité et par cette capacité à apprendre les uns des autres, notamment dans le milieu professionnel en apprenant la langue des autres et la façon de vivre des autres, en remarquant nos différences mais aussi que nous avons tant en commun. Oui, c'est une vraie ambition que nous devons mettre en œuvre. Vous me direz que dans les grandes politiques de l'Union européenne, la culture a une petite place. Mais là, on ne parle pas que de budget, on parle de politique, de stratégie, d'ambition, y compris dimanche matin. Je sais que les ateliers avaient à la manière d'aller vers de nouveaux publics, sans être dans la routine ou l'habitude. Comment ne pas être au second rang par rapport à une jeunesse qui souvent est en avant-garde par l'innovation culturelle qui est déjà imprégnée de la culture du numérique et qui est capable d'inventer et de créer des choses et des formes nouvelles. Il faut donc que nous soyons nous-mêmes en phase, dynamiques, ouverts, à l'écoute, innovants et audacieux. Vous devez également orienter les actions de nos opérateurs nationaux - l'AFD, Expertise France, mais aussi l'IRD et le CIRAD - et celles des bailleurs européens et multilatéraux. Enfin, comme ce fut le cas en amont de la COP21, vos analyses des enjeux et des positions de nos partenaires, vos initiatives pour faire émerger des partenariats constituent un appui déterminant à cette nouvelle ambition de la France pour le développement. Le second volet de votre action, c'est la promotion de l'influence de la France à travers sa langue, sa coopération universitaire et scientifique, sa culture. Je souhaite tout d'abord remercier l'Institut français, Monsieur le Président, Madame la Déléguée générale, pour l'organisation ce weekend, dans un contexte difficile, de ses Ateliers. Plus de 500 professionnels se sont retrouvés et ont permis d'aborder en détail les multiples facettes de notre diplomatie culturelle. Dans tous les champs de la culture, qu'il s'agisse de la danse ou du théâtre, de la littérature ou du débat d'idées, de la recherche ou de l'innovation, du cinéma ou de la langue française, notre pays est attendu. Cette attente, dont vous pouvez témoigner, vous qui partout dans le monde êtes au contact avec les sociétés civiles, nous n'avons pas le droit de la décevoir. Ce que l'on attend de la France aujourd'hui, ce n'est pas simplement qu'elle exporte ses artistes, ses intellectuels ou ses savoir-faire, mais c'est qu'elle inscrive son action dans le dialogue des cultures, qu'elle fasse entendre sa voix sur la scène internationale. Je ne prendrai que deux exemples, parmi les centaines d'initiatives qui fleurissent partout dans notre réseau et font honneur à notre pays. Parce que ce ministère est pleinement conscient des bouleversements du monde, la promotion du débat d'idées est devenue l'une des priorités de la diplomatie culturelle. Elle permet de faire entendre les voix françaises et francophones d'intellectuels, de chercheurs, d'artistes et de citoyens engagés. Les colloques et rencontres que vous avez organisés de Berlin à Buenos Aires, de Rabat à Tokyo, ont montré ce à quoi aspirent nos sociétés : mieux comprendre les enjeux du monde, partager des expériences, s'engager dans l'action collective. Je ne peux évidemment pas citer tous les événements dont vous avez été les initiateurs, je sais combien ils sont nombreux, mais je pense notamment au cycle régional de rencontres sur le thème « Migrations, frontières et identités en Europe » organisé par les ambassades à Prague, Vienne et Budapest. Par la valorisation du dialogue et de l'esprit critique, par la promotion constante des valeurs d'ouverture, de tolérance et d'humanisme, par la diffusion de la pensée et des savoirs et par les échanges artistiques, nous pouvons lutter contre radicalisation et obscurantisme. Une grande nuit des idées sera organisée, partout dans le monde, le 26 janvier prochain. Je vous invite à y participer activement d'ores et déjà, de préparer cet événement qui sera, j'en suis sûr, un bel événement après celui qui avait eu lieu à Paris, mais partout dans le monde. Il est également essentiel que nous soyons mobilisés aux côtés des pays qui subissent, comme nous, la violence du terrorisme. La culture permet d'amortir les conséquences dramatiques des crises les plus violentes. Je pense aux sociétés à reconstruire après les conflits ou à l'accueil et à l'insertion des réfugiés. Ce ministère, et tout son réseau, s'engage pour la poursuite de la coopération archéologique et la préservation du patrimoine de Syrie et d'Irak mais également de bien d'autres zones de conflit. Il s'agit de réagir aux crises, bien sûr, mais également de construire l'avenir : en se mobilisant par exemple pour l'accueil d'étudiants syriens afin de former la future génération de professionnels du patrimoine et de l'archéologie ; en soutenant la collecte des données sur des sites patrimoniaux et archéologiques en vue de leur sauvegarde ou du patrimoine culturel immatériel des populations réfugiées ayant fui les conflits ; en donnant aux missions archéologiques françaises les moyens de continuer leur travail dans des contextes difficiles. Le ministère est impliqué dans l'organisation de la conférence internationale sur le patrimoine culturel en péril voulue par le président de la République et qui se tiendra à Abou Dabi en décembre prochain. Cette conférence permettra de réunir les pays, les grands musées et institutions culturelles, les fondations et les mécènes en faveur d'une initiative qui, j'en suis sûr, fera date. Tout notre réseau sera mobilisé afin d'en faire un succès. Pour répondre plus efficacement à vos besoins dans les champs de l'influence et du développement, ce ministère a engagé depuis quelques années d'importantes réformes. Il s'est réorganisé pour s'adapter à son périmètre élargi. La Direction générale de la mondialisation, de la culture, de l'enseignement et du développement international a été remodelée au 1er janvier pour mieux définir et mettre en œuvre l'action de la France dans ces domaines. Cet organigramme est cohérent, je crois, avec le nouvel agenda du développement. Il reflète également la place importante de la culture dans notre politique d'influence et la volonté d'un travail plus étroit avec tout le réseau. Je profite de cette occasion pour remercier tous les agents de votre direction, Madame Descôtes, qui ont mené à bien cette réforme - et ce n'est pas facile de réformer, je le sais par expérience, il faut du temps, de la patience mais il faut aussi expliquer, il faut aussi beaucoup dialoguer et, après, décider et faire. C'est ce que vous faites. Donc, tous ceux qui y contribuent, qui ont conçu, qui ont mis en œuvre, mais aussi les acteurs, je les associe tous et je les remercie, parce que c'est comme cela que nous pourrons pérenniser notre action et la rendre toujours aussi efficace et attractive. Nos outils de coopération évoluent et nos opérateurs ont des objectifs clairs et qui correspondent à nos objectifs et à nos priorités. Là aussi, nous mettons ainsi en œuvre une réforme de l'expertise technique internationale avec Expertise France. Nous transférons les projets bilatéraux de coopération en matière de développement à l'Agence française de développement, tandis que le Fonds de solidarité prioritaire est simplifié et devient le Fonds de soutien aux projets innovants. Je voudrais à cet égard saluer la qualité de la coopération des opérateurs et des partenaires du ministère, dont la présence et l'action sur le terrain sont indispensables à l'influence de notre pays. Je les rencontre à chaque fois que je me déplace et je salue d'ailleurs la signature récente des contrats d'objectifs et de moyens de plusieurs de nos opérateurs, le dernier en date, l'AEFE, le 29 juin dernier. Je me réjouis également de la réforme de l'Agence française de développement qui a pour but de renforcer notre politique de solidarité internationale et les moyens que la France lui consacrera grâce à la mise en réseau de tous les acteurs du développement et le rapprochement avec la Caisse des dépôts. Un ministère organisé, des opérateurs aux missions clarifiées : je crois que nous avons bien avancé. Mais nous devons poursuivre ces efforts d'adaptation. Les travaux d'aujourd'hui ont permis d'explorer des pistes pour que notre réseau soit encore plus dynamique. Un mot d'abord sur la cartographie de ce réseau. Je sais qu'il a beaucoup été question ces derniers mois des fermetures d'Instituts dans le monde. Là aussi, soyons clairs : le réseau évolue, il s'adapte, il n'est pas statique mais il ne renonce pas et il ne disparaît pas, au contraire. Il suit les évolutions du monde. Nous devons parfois nous séparer de bâtiments symboliques, je le dis, je l'espère le plus rarement possible mais quand ils sont si inadaptés aux ambitions de notre diplomatie culturelle, alors il faut savoir le décider. Mais je comprends bien et j'y suis attentif - j'ai encore eu des échanges avec des postes et j'ai écouté leurs arguments, il n'était pas nécessaire d'avoir une politique systématique lorsque l'on peut trouver une autre solution et conserver, faisons-le. Parce que je connais la sensibilité, je connais l'attachement à des lieux symboliques, et cela compte, mais il s'agit de bien utiliser l'argent public et lorsqu'une décision est prise, il faut l'assumer courageusement et surtout être capable de l'expliquer. En tout cas, sachez qu'il n'y a aucune volonté - ce n'est pas mon état d'esprit du tout - de brader en quoi que ce soit notre patrimoine. Il faut raisonner, là aussi, avec intelligence, en transparence, dans les conditions contraintes que nous connaissons. Concernant les lieux, quels qu'ils soient, qu'ils soient anciens, du patrimoine, ou qu'ils soient plus récents, ces lieux doivent être vivants, habités, ouverts. Il faut inventer, en tenant compte des enjeux aussi de sécurité, les conditions d'une action culturelle et éducative renouvelée. Ce ministère est donc à vos côtés, où que vous soyez, pour réfléchir avec vous à la meilleure façon d'affirmer la présence de notre pays partout dans le monde. C'est une grande ambition de garder ce cap et j'y tiens. Le réseau évolue, donc, mais les métiers de la coopération culturelle eux-mêmes se sont transformés : ils sont sans doute peut-être plus politiques, plus diversifiés en fonction de l'importance sur place des enjeux de développement, de la mission culturelle et artistique et du volet de la diplomatie éducative. Tous les agents doivent être en mesure d'intégrer leur action dans la diplomatie globale que nous conduisons. Il est également important, dans le contexte budgétaire que nous connaissons, que le réseau se renforce, qu'il renforce sa capacité à mobiliser des co-financements français, européens - il y en a - et multilatéraux. Merci pour les efforts que vous faites dans cette direction. Nous avons fait beaucoup de progrès, nous en ferons encore d'autres. En revanche, notre participation à la coordination européenne - le plus en amont possible des appels à projets de la Commission, c'est une garantie d'obtenir des résultats - doit être renforcée. C'est indispensable pour capter ces ressources au profit de nos opérateurs tout en orientant l'action européenne vers les objectifs qui, pour nous, nous semblent les plus importants. Nous devons peser aussi, pas seulement pour nous mais aussi pour l'Europe. En même temps, il faut renforcer nos liens avec les bailleurs internationaux - les Nations unies, la Banque mondiale, les banques multilatérales de développement, les fonds verticaux en matière de santé ou encore les grandes fondations. Localement, votre action auprès de ces organismes peut être déterminante pour élargir nos sources de financement. Je sais que vous le faites déjà. Alors, ce que je vous demande c'est de redoubler encore d'efforts à cet égard. Merci d'avance. Face à la réduction de nos moyens - et c'est réel - comme participation à la maîtrise de la dépense publique, nous avons besoin de ce travail de diversification de nos sources de financement : chacun connaît les contraintes budgétaires, dans les postes comme à Paris, qui imposent des efforts et des arbitrages parfois douloureux. Je n'ignore pas les difficultés qui peuvent être les vôtres, ni celles des opérateurs. Mais à vos efforts pour faire face à la contrainte correspond une détermination de ma part à me battre pour la préservation de nos moyens. Les discussions préparatoires au projet de loi de finance 2017 ne sont pas complètement terminées. Mais, sachez que j'ai fait de la préservation des crédits du programme 185 une priorité. Je suis également convaincu qu'il faut défendre la spécificité du réseau des instituts français et la nécessité de lui conserver sa souplesse de gestion et de financement. C'est pourquoi il faut préserver son statut actuel en attendant une modification de la LOLF, à défaut de toute autre solution. Là, je crois, sur tous ces points, avoir convaincu, mais il faut se battre parce que parfois vous savez bien comment l'approche budgétaire est souvent cruelle. Il faut se battre et donner des arguments, je dirais, patriotiques. C'est en tout cas ce que je me suis efforcé de faire. Quelles que soient les difficultés, je suis convaincu que nous avons beaucoup d'atouts, et c'est sur ces atouts qu'il nous faut avancer tout en renouvelant, je le répète, nos méthodes et nos approches. Laissez-moi vous donner quelques exemples, en commençant par le projet d'école française numérique à l'étranger, qui sera lancé l'année prochaine. Contrairement aux idées reçues, l'attrait pour la langue française est réel et la demande de cours de français est importante. Il y a aussi une demande d'éducation « à la française », et je crois même pouvoir dire qu'elle n'a jamais été aussi forte. N'ayons pas de complexes, soyons fier de ce que nous sommes et de ce que nous représentons. Il est vrai que le numérique éducatif connaît une croissance de 23% par an, il nous faut répondre à ces demandes. Le moment est venu de mettre en place, en lien avec nos réseaux, une plateforme éducative en ligne qu'il vous appartiendra de valoriser auprès des publics étrangers. Votre action, là-aussi, sera déterminante pour la promotion des services éducatifs numériques français. Un vrai défi ! Quant à l'offre française d'enseignement supérieur et de recherche à l'étranger, il faut la développer. Il faut accueillir davantage d'étudiants et de chercheurs étrangers en France. À une époque, on avait peur, on voulait limiter l'arrivée d'étudiants étrangers en France, mais quand on fait le bilan pour eux et pour nous, ce bilan est extraordinaire. Qui peut le nier ? En tout cas, nous devons être une terre d'accueil pour les jeunes en mobilité. Notre objectif, avec Campus France, est de doubler d'ici 2020 le nombre de jeunes étudiants en France. J'y suis profondément attaché, car c'est à la jeunesse de nos pays partenaires que nous souhaitons en priorité nous adresser et c'est avec elle que nous voulons bâtir ce monde meilleur. C'est là que sont les forces, c'est là que sont les initiatives, c'est là que sont les générosités aussi. Il faut leur donner toutes leurs chances, leur tendre la main, les accueillir. Il faut qu'ils se sentent bien, ici, en France. Quand ils repartiront, ils auront alors au corps et à l'esprit ce souvenir de la France et je sais qu'ils seront reconnaissants aussi. Il est vrai qu'il y a beaucoup de transformations qui sont à l'œuvre en France dans ce domaine et les nouvelles formes de présence de nos universités à l'étranger sont remarquables. Elles doivent justement nous permettre de mieux identifier les opportunités de partenariats et d'attirer les étudiants et chercheurs de vos pays de résidence sur nos campus. Il faut également maintenir, une fois leur parcours en France achevé, le lien avec ces anciens étudiants. La plateforme France Alumni a été mise en place à cet effet. À vous de la décliner et de l'enrichir de contenus et de services. Je me réjouis de lancer France Alumni aux États-Unis en septembre prochain à New York, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York. Vous voyez cette action est une action en faveur de l'attractivité de la France dans tous les domaines et dans les domaines culturels et universitaires, mais également dans le domaine du tourisme, qui est inséparable de la diplomatie économique. Et vous savez bien qu'en ce moment le tourisme souffre. Le comité d'urgence que j'ai installé la semaine dernière avait pu observer une amélioration des chiffres après les attentats du 13 novembre dernier mais, malheureusement, ce qui s'est passé à Nice va, une nouvelle fois, impacté ce secteur. Il faudra donc redoubler d'efforts de conviction. J'ai noté d'ailleurs avec bonheur et émotion la déclaration du secrétaire général de l'Organisation mondiale du tourisme qui disait : « c'est maintenant qu'il faut venir en France, pour soutenir la France et dire non au terrorisme et au jihadisme. » Cela demande quand même un effort et cet effort nous allons le poursuivre. Il y a aussi le secteur de la santé qui a fait l'objet de l'un de vos ateliers aujourd'hui. Nos objectifs doivent être à la fois de mettre en avant l'expertise académique et clinique française et de contribuer à l'éclosion de structures hospitalières modernes et bien équipées dans les pays en développement. La nécessité de lier nos actions d'influence et d'attractivité économique prévaut également pour la promotion des industries culturelles qui doit être l'une de vos priorités. Enfin, vous avez aujourd'hui poursuivi votre réflexion sur la « diplomatie des territoires » et sur les moyens de mieux articuler votre travail avec l'action extérieure des collectivités territoriales, y compris bien sûr avec les collectivités françaises d'Outre-mer. Cette question est cruciale, à l'heure où se mettent en place les modifications institutionnelles récemment intervenues en France ; je pense à la loi MAPTAM sur la modernisation de l'action publique territoriale et sur l'affirmation des métropoles et la loi NOTRe, portant création d'une nouvelle organisation territoriale de la République, avec une nouvelle répartition des compétences. Tout cela se met en place peu à peu. Ce sont des changements qui auront un impact majeur sur l'action internationale des collectivités territoriales et sur les relations entre ces collectivités, le ministère et son réseau. Il faut y être très attentif si nous voulons démultiplier les capacités. Aujourd'hui, le fait de la décentralisation est inscrit dans notre organisation des pouvoirs publics, plus que jamais. Beaucoup de politiques publiques de l'État ne sont possibles qu'en co-production avec collectivités territoriales, que ce soit de la commune à la région, en passant par les grandes villes. Donc, sur cette diplomatie des territoires, il y a là un chantier qu'il faut mener avec beaucoup d'attention, de précision. Nous aurons d'ailleurs l'occasion d'en reparler pendant la semaine des ambassadeurs à la fin du mois d'août. Mesdames et Messieurs, J'ai été un peu long mais je crois qu'il était important de parler des principaux axes de travail pour les mois à venir. Il y aurait même encore plus à dire sur vos missions au service notre pays, mais je voudrais terminer par deux messages brefs. Le premier, à nouveau de vous dire toute ma reconnaissance, la plus profonde sur ce que vous faites pour la France, pour son image à travers le monde, pour son influence et son attractivité. Merci à toutes celles et tous ceux qui travaillent dans des contextes de sécurité parfois très difficiles. D'ailleurs, dans le cadre de la négociation budgétaire pour 2017 que j'évoquais il y a quelques instants, j'ai obtenu de nouveaux moyens pour le renforcement de la sécurité de notre réseau culturel et d'enseignement à l'étranger ; j'y tenais absolument. Votre sécurité, la sécurité de tous les ressortissants français à l'étranger est la première de mes priorités s'agissant des lieux où vous accueillez du public, de tous les publics qui fréquentent ces lieux. Mon second message, c'est encore une fois la confiance que nous devons avoir en nous-mêmes, dans les atouts de notre pays face aux défis auxquels le monde est confronté. Pensez à l'exceptionnelle saison des festivals que la France connait, comme chaque année, et que le monde nous envie, comme le disait un de mes homologues autour de la table du Conseil des ministres des affaires étrangères ce midi en parlant de Nice. Il évoquait aussi Avignon. Il évoquait aussi Cannes ; que des symboles de la vie culturelle et pas seulement touristique française et qui attirent le monde entier et qui sont connus du monde entier - ces symboles qui ont été touchés. Eh bien d'Aix à La Rochelle, en passant bien sûr par le Voyage à Nantes, notre pays accueille en ce moment des artistes et des intellectuels qui sont venus de partout, du monde entier, qui dialoguent avec des artistes français, qui échangent sur les bouleversements du monde, qui intègrent dans leur réflexion toutes ces questions et à travers leurs propositions artistiques qu'ils font, et souvent les plus audacieuses. C'est cette image de la France, un pays où l'on peut débattre librement, un pays accueillant et ouvert que nous devons, que vous devez porter partout dans le monde, un pays qui doit rester tel qu'il est et qui n'oublie pas que ce qui est en cause aujourd'hui c'est justement ces grands messages des lumières qu'on veut briser, qu'on veut casser, et qu'il nous appartient de défendre avec fierté et, souvent, quand c'est nécessaire, avec courage. Oui, il est vrai qu'il n'était pas question de prendre la décision, malgré les menaces, d'annuler tel ou tel évènement culturel. On nous avait d'ailleurs demandé, à un moment, puisque la peur était là - elle était compréhensible - de ne pas organiser la COP21 ; nous l'avons fait. D'autres ensuite se sont interrogés : faut-il maintenir l'Euro2016 de football ? Il est vrai que nous avons mis énormément de moyens. Nous avons réussi. Nous avons réussi pour ces deux évènements mondiaux, ainsi que pour beaucoup d'autres encore. Donc, il ne faut pas renoncer. Le combat n'est jamais fini, vous le savez, mais si nous renonçons, c'est la victoire de ceux qui veulent mettre en cause justement ce que nous sommes. Nous n'avons pas le droit. En tout cas, nous nous sommes la France. Nous devons résister, nous battre, nous mobiliser. Je sais que vous allez le faire, partout dans le monde. Déjà, merci pour ce que vous avez fait, merci pour ce que vous allez faire encore. Vive la République ! Vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/343.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/343.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..55b85219afe6732d51cdd41e034b7f8d015eb62b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/343.txt @@ -0,0 +1 @@ +Ce 14 juillet, Nice, ville des batailles de fleurs, a été ensanglantée. 300 hommes, femmes, enfants, ont perdu la vie ou ont été blessés dans des conditions atroces. Qu'elle soit commanditée ou « franchisée », quel qu'en soit le mode opératoire, la violence terroriste a encore frappé. Elle s'abat sur de nombreux pays dans le monde. La France n'est pas épargnée. Elle est même particulièrement visée parce qu'elle revendique fièrement son humanisme et ses valeurs républicaines. En cela, elle s'oppose radicalement à l'idéologie de ses assaillants. Le 14 juillet, nous célébrons précisément ce vent de liberté et d'égalité qui a soufflé sur notre pays. Une telle célébration est insupportable à ceux qui prônent une idéologie sectaire et mortifère. Le 14 juillet, nous nous réunissons en famille, pour un moment de joie devant le spectacle du feu d'artifice. Un tel rassemblement est insupportable à ceux qui détestent la vie. Ce 14 juillet, la violence terroriste a encore frappé. Nous ne nous y habituons pas mais nous vivons désormais avec cette réalité à laquelle personne n'était préparé. Supporter l'insupportable, vivre avec la menace, mais vivre comme réponse ultime aux semeurs de peurs. Résister. A vous qui servez l'Etat, nous voulions d'abord adresser un message fraternel, en espérant que vous et vos proches êtes sains et saufs. Nous voulions aussi vous dire le respect qui est le nôtre pour le travail que vous accomplissez au quotidien, un travail qui participe à redonner de la force à l'idée républicaine. Nous voulions enfin vous encourager à poursuivre l'action, dans un esprit d'unité nationale. Face à l'horreur à laquelle nous sommes confrontés, les polémiques n'ont pas leur place. Nous sommes indéfectiblement attachés au débat démocratique, mais il est des moments où l'honneur de la politique est de savoir dépasser les intérêts partisans pour protéger l'essentiel : en l'occurrence la vie de nos concitoyens, que l'on ne protège pas de la barbarie en affaiblissant l'Etat de droit. Nous dénonçons l'indécence et l'opportunisme qui ont marqué les expressions de certains responsables politiques depuis jeudi soir. Toutes ces prises de position ne font pas diminuer la menace, elles abîment l'unité nationale dont nous avons tant besoin en ce moment. Notre nation entière est attaquée, et notre nation entière doit réagir. Le Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports a un rôle éminent dans cette mobilisation nationale. Il nous revient de mettre en œuvre un triple pacte : Un pacte républicain, en cohérence avec les comités interministériels égalité citoyenneté. Il s'agit de promouvoir partout les valeurs républicaines, de lutter contre la radicalisation et contre les discriminations. Le projet de loi égalité citoyenneté voté en première lecture en est une pièce majeure. Un pacte démocratique, autour de la notion d'engagement. L'Etat continuera d'assumer pleinement ses responsabilités, mais de plus en plus la société civile a un rôle à jouer, tant en termes d'innovation que d'intervention sociale et éducative. Un pacte générationnel pour que la jeunesse de France soit convaincue que la nation lui fait confiance, et lui offre la possibilité de se construire un avenir plein de promesses. Le défi est gigantesque mais urgent. Nous devons nous mobiliser sans délai et sans répit. Nous savons pouvoir compter sur vous pour protéger « la maison France ». Nous vous le promettons : nous gagnerons. Vive la République, vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/344.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/344.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f28b6b1846fffb60064b38483198706944938d1b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/344.txt @@ -0,0 +1 @@ +HELENE ROUSSEL Notre invité ce matin le porte-parole du gouvernement, bonjour Stéphane LE FOLL. STEPHANE LE FOLL Bonjour. HELENE ROUSSEL Troisième jour de deuil national en France avec la minute de silence à midi tout à l'heure en hommage aux 84 victimes de Nice, d'abord est-ce que les liens entre le tueur et les réseaux terroristes sont établis ce matin ? STEPHANE LE FOLL Ecoutez il y a des informations qui ont été données au fur et à mesure que l'enquête avance, il semble qu'il y ait eu quelques liens qui aient été relevés, après je ne peux pas vous dire à l'heure où je parle c'est le procureur qui pourra en préciser les éléments s'il y a des liens ou pas, ce qu'on sait, qu'on peut comprendre, c'est qu'il y a eu comme l'a dit Bernard CAZENEUVE une radicalisation extrêmement rapide de cet homme qui a commis l'inacceptable. ELENE ROUSSEL Côté enquête trois personnes seraient actuellement transférées vers la DGSI, ça veut dire quoi ? STEPHANE LE FOLL Ça veut dire que l'enquête se poursuit et qu'on cherche à comprendre et à savoir s'il y a des liens entre cet individu et des possibles connexions avec des personnes au niveau de Nice et de ses alentours qui peuvent avoir eux des relations avec d'autres personnes, des réseaux peut-être islamistes, mais à l'heure où je parle je ne m'engagerai pas sur une conclusion définitive. Ce que l'on sait - et ça c'est très clair c'est que cet individu a voulu commettre un attentat, a commis un attentat, il l'a prémédité, qu'il a sûrement pu s'inspirer malheureusement de ce qui est sur des réseaux islamistes revendiqués comme tels pour commettre des attentats. Voilà où nous en sommes ! L'enquête va vite, elle doit aller vite, car il faut qu'on sache et qu'on puisse agir en conséquence ensuite. HELENE ROUSSEL De Charlie au carnage de Nice, en un an et demi les attentats en France ont fait 230 morts au moins, on fait quoi maintenant Stéphane LE FOLL ? STEPHANE LE FOLL On fait en sorte que toutes les lois que nous avons votées et tous les moyens nécessaires qui doivent être donnés à la police, à la gendarmerie et au service de renseignements, ce qui a été fait avec plusieurs lois et plusieurs décisions importantes de prises, se mettent en œuvre et que le filet que nous sommes en train de tisser soit de plus en plus fin pour pouvoir attraper et c'est déjà le cas ceux qui seraient tentés de pouvoir commettre des attentats. C'est ça l'objectif, c'est ça l'enjeu. J'ai été frappé hier soir d'entendre le président, l'ancien président de la République Nicolas SARKOZY... HELENE ROUSSEL Sur ce qui aurait dû être fait depuis 18 mois ne l'a pas été, a dit Nicolas SARKOZY. STEPHANE LE FOLL Oui, de dire : « et en tout cas c'est entre nous et eux », il n'y a pas de choix entre nous et eux, il n'y a qu'un seul choix c'est nous la France, les Français, il n'y en a pas d'autre. La bataille, la guerre est engagée, elle sera menée jusqu'au bout et ce que nous avons fait c''est que nous avons mis en place avec une loi que nous avons votée je l'ai dit - un filet qui resserre ses mailles et qui fait qu'au fur et à mesure on cherche à trouver et à anticiper tous ces attentats. Le ministre de l'Intérieur et le Premier ministre ont rappelé d'ailleurs que c'est plus de 160 personnes qui ont déjà arrêtées et des attentats ont été déjoués, on ne le dit pas, on ne le sait pas, puisque ce qui choque et c'est compréhensible ce qui rend les choses inacceptables c'est que quelqu'un comme cet individu qui a fait cet attentat à Nice ait pu passer au travers des mailles du filet et je rappelle d'ailleurs qu'il n'était pas fiché, la fameuse fiche S, qu'il n'avait pas été repéré par les services... HELENE ROUSSEL Pas un pied en Syrie, pas un pied en prison. STEPHANE LE FOLL Par les services de renseignement, et d'ailleurs il avait peu de casier qui aurait pu être des signaux qui auraient permis justement de le repérer (sic), donc voilà où nous en sommes. Mais... HELENE ROUSSEL Donc quand Nicolas SARKOZY propose effectivement de mettre tous ceux qui présentent un risque de radicalisation avec un bracelet électronique ou placés en rétention, vous répondez quoi ? STEPHANE LE FOLL Mais on répond que cette proposition avait déjà été faite, que ce qu'on a fait c'est qu'on a été jusqu'au bout du cadre constitutionnel dans lequel on est, on peut décider de priver de liberté quelqu'un que s'il a effectivement des signes... si nous avons bien entendu en justice des présomptions claires, on ne peut pas créer une loi des suspects, ça n'existe pas, ou alors on passe à autre chose, on n'est plus dans le cadre de la Constitution française. Mais je le dis, par rapport à ce que disait Nicolas SARKOZY, la plupart d'ailleurs des réflexions qui ont été les siennes c'est la correction de ce qui a été fait précédemment qui est engagée et c'est des moyens supplémentaires qui sont mis en oeuvre qui au fur et à mesure je le dis, et tout de suite, dès 2012, on prend une loi antiterroriste pour que ceux qui sont partis faire la guerre à l'extérieur de la France soient considérés comme terroristes - ce n'était pas le cas avant - dès 2012 on prend ces décisions et on avance au fur et à mesure ; et on va se battre jusqu'au bout, je vous l'ai dit, pour que ce filet et ses mailles soient les plus réduites possible. HELENE ROUSSEL La réserve, la prolongation de l'état d'urgence ou de sentinelle, est-ce que c'est ça la réponse uniquement sécuritaire ? STEPHANE LE FOLL C'est une réponse ! Elle doit être coordonnée avec les autres réponses, en particulier sur la question du renseignement et de l'organisation de la prévention de tous les risques... HELENE ROUSSEL Vous seriez prêts cette fois, du coup, à une agence nationale antiterroriste comme le conseillait la commission ? STEPHANE LE FOLL Mais il existe déjà une coordination, on a refait avec une loi du renseignement, la DGSI qui a été mise en place, on a complètement repensé le renseignement et il faut... HELENE ROUSSEL La commission parlait quand même de meilleure coordination ? STEPHANE LE FOLL Oui, mais on regardera ce qu'il y a dans cette commission. Mais je pense qu'il y a une chose aussi qu'il faut bien avoir en tête, je le dis aux Français, ce que nous avons remis en place, redressé, en particulier sur le renseignement, moins on y touche aujourd'hui, plus on donnera de l'efficacité, parce que si à chaque fois il faut refaire c'est autant de temps de perdu, nous ne pouvons pas perdre de temps, nous devons agir et ce que nous avons fait doit être mis – et c'est le cas – avec des moyens maintenant en oeuvre pur redresser l'ensemble du dispositif renseignement et action police-gendarmerie et action militaire avec l'opération Sentinelle. HELENE ROUSSEL Il n'y a pas d'autre réponse qu'effectivement sécuritaire, police, gendarme, renseignement ? STEPHANE LE FOLL Il y a une réponse sécuritaire absolue et, en même temps, il y a un travail qui doit être conduit. On voit bien que sur tous ces terroristes on a des caractéristiques sur lesquels il faut qu'on agisse, on doit lutter contre la radicalisation, c'est ce qui a été fait et c'est ce qui est fait depuis 2015, en particulier dans les prisons où les radicalisés sont mis en dehors du reste de la population carcérale, on commence tout ce travail et ce travail est un travail qui va prendre du temps. De la même manière sur ce qu'a dit Nicolas SARKOZY sur les imams qui prêchent la radicalisation, plusieurs dizaines d'imams ont été renvoyés, et ça depuis 2012 - avant ce n'était pas le cas - on a parfaitement conscience qu'on doit avoir aussi une action de prévention majeure pour la lutte contre la radicalisation. HELENE ROUSSEL Stéphane LE FOLL, au prochain attentat, puisqu'il y en aura un ce n'est pas moi qui le dit c'est Manuel VALLS - vous allez faire quoi et proposer quoi ? STEPHANE LE FOLL Mais je l'ai dit, ce que nous devons faire c'est une politique de cohérence, déterminée et continue, ce n'est pas... on doit tirer les expériences de chaque attentat pour voir ce qui s'est passé, on doit mener des enquêtes pour aller jusqu'au bout... HELENE ROUSSEL Là, en l'occurrence, un profil indétectable. STEPHANE LE FOLL On doit faire en sorte d'être vigilants, continument, renforcer les moyens et, en même temps, on est aussi - je l'ai dit dans la continuité d'une action qui est conduite, l'objectif c'est de faire en sorte que notre dispositif fasse que les mailles du filet soient de plus en plus fines, je le répète, et ce n'est pas à chaque attentat une nouvelle loi ou à chaque attentat une nouvelle mesure, c'est, au contraire, à chaque attentat renforcer, assurer avec détermination la mise en œuvre de l'ensemble des dispositions, quitte s'il le faut bien sûr à corriger et à faire en sorte de mettre encore en place des outils ou des moyens nouveaux. HELENE ROUSSEL Stéphane LE FOLL, porte-parole du gouvernement, vous restez avec nous sur France Inter, dans quelques minutes la parole et les questions des auditeurs au 01.45.24.7000. Mais d'abord, à 8 h 31, c'est la revue de presse sur France Inter. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/345.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/345.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..99b6a02bef48fc871185b63d362b5112b8fea9f6 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/345.txt @@ -0,0 +1 @@ +Face au terrorisme qui nous a frappés à nouveau le 14 juillet au soir à Nice, le Président de la République a rappelé la nécessité de l'unité nationale et la détermination de notre pays à vaincre la barbarie djihadiste. M. Manuel Valls, Premier ministre, et M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, souhaitent apporter les précisions suivantes sur l'action que mène le Gouvernement depuis 2012 pour lutter contre ce fléau. Contrairement à ce que le président du parti les Républicains a affirmé ce soir, aucun Gouvernement n'a fait autant jusqu'à présent pour lutter contre le terrorisme. Nous répondons d'abord par une mobilisation totale de nos forces, dont nous rehaussons les effectifs 9 000 emplois de policiers et de gendarmes recréés sur l'ensemble du quinquennat, dont 1900 pour renforcer le renseignement intérieur, quand 12 500 avaient été supprimés entre 2007 et 2012. Le Ministre de l'Intérieur a également mis en œuvre un nouveau schéma national d'intervention des forces sur l'ensemble du territoire et a modernisé l'équipement et l'armement des primo-intervenants, policiers des BAC et gendarmes des PSIG. Cela a été rendu possible par une augmentation de 17% des crédits de fonctionnement des forces de sécurité intérieure, là où ils avaient diminué d'autant lors du précédent quinquennat. Les services de renseignement ont été réformés par la création de la DGSI, du SCRT et d'un Etat-Major opérationnel de Prévention du Terrorisme qui coordonne la politique de prévention de la radicalisation et contrôle la qualité du suivi des individus radicalisés. Le Fichier de Signalement des Personnes Radicalisées à caractère Terroriste, créé en 2015, permet d'assurer un suivi permanent de 12 000 individus. Nous répondons ensuite par l'adaptation de nos outils juridiques. Trois lois antiterroristes et une loi renseignement ont été adoptées au cours du quinquennat. Une première loi antiterroriste adoptée dès décembre 2012 permet de juger des ressortissants Français pour leur participation à des infractions terroristes commises à l'étranger. Cette loi, conjuguée à l'action de nos services de police et de renseignement, a déjà permis d'ouvrir près de 300 procédures judiciaires à l'encontre de plus de 1200 de nos ressortissants impliqués dans des filières djihadistes. Une deuxième loi antiterroriste, adoptée le 13 novembre 2014, a créé l'interdiction de sortie du territoire (IST), l'interdiction d'accès au territoire (IAT), la fermeture et le déréférencement de sites faisant la propagande terroriste sur la toile. La loi du 3 juin 2016 renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement permet désormais l'utilisation, dès le stade de l'enquête préliminaire, de moyens spéciaux d'enquête jusqu'alors réservés à l'information judiciaire, comme la sonorisation de lieux privés, l'utilisation d'imsi-catcher, le recours élargi aux perquisitions de nuit. La loi instaure en outre la perpétuité réelle pour les auteurs de crimes terroristes et durcit les conditions de la détention provisoire et des aménagements de peine. Toutes ces dispositions sont applicables depuis la promulgation de la loi. Enfin, la loi Savary du 22 mars 2016 a également renforcé le niveau de sécurité dans les transports. Nous y répondons également par une action déterminée pour la prévention de la radicalisation. Dès avril 2014, un plan global de lutte contre les filières djihadistes a été lancé, avec notamment la création d'un numéro vert pour les familles qui a déjà permis de signaler plus de 5 000 individus, et d'empêcher de nombreux départs. La lutte contre la radicalisation est une priorité parfaitement identifiée et le Gouvernement a annoncé le 9 mai dernier un plan très complet de 80 mesures pour lutter contre la radicalisation et contre le terrorisme, avec notamment la création d'un centre de réinsertion et de citoyenneté par région d'ici fin 2017. Le premier Centre de réinsertion et de citoyenneté ouvrira le 1er septembre en Indre et Loire. Nous y répondons au plan européen. Sous l'impulsion de la France, les instances européennes ont adopté des mesures indispensables : une modification de l'article 7-2 du code Schengen permettant un renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l'Union, la création d'un corps de garde-frontières et de garde-côtes européen, la révision de la directive sur les armes à feu, et l'adoption du PNR. Contre le discours radical islamiste, le Gouvernement est extrêmement ferme : depuis 2012, 80 mesures d'expulsion ont été prononcées à l'encontre de prêcheurs de haine ou de pseudo-imams autoproclamés. Dix mosquées ou salles de prières radicalisées ont été fermées. Aucune ne l'avait été au cours du précédent quinquennat. Quant à la mosquée En Nour de Nice, son ouverture a été décidée non par le Préfet mais par la justice, sanctionnant les manquements de la municipalité de Nice au respect des règles de droit. Nous sommes, en effet, un Etat de droit. La question de la « rétention administrative » a été examinée avec la plus grande attention par le Gouvernement. Soit un individu isolé conçoit un projet de passage à l'acte dans un registre collectif ou individuel, et il ne relève pas d'une rétention administrative mais de la prison au titre des infractions pénales à caractère terroriste ; soit il n'existe pas d'éléments de preuve justifiant d'un risque terroriste (et la fiche S constitue un élément de mise en attention, un outil de renseignement mais pas un élément de preuve) et par conséquent la mesure de restriction de liberté au titre de l'article 66 de la Constitution ne peut être mise en œuvre, car elle est non conforme aux règles constitutionnelles et européennes. Du reste, le Conseil d'Etat, dans l'avis qu'il a rendu sur cette question le 17 décembre 2015, à la demande du Gouvernement, s'est exprimé sans appel : « en dehors de toute procédure pénale, la détention de personnes présentant des risques de radicalisation est exclue sur le plan constitutionnel et conventionnel. » Notre Constitution garantit les libertés publiques : l'arbitraire n'est pas constitutionnel. Surtout, il n'est ni acceptable, ni efficace. Par ailleurs, la consultation habituelle des sites djihadistes est un délit passible de deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende depuis le 3 juin dernier. Ces dispositions complètent la législation existante et sont d'ores et déjà applicables. Enfin, l'isolement des détenus radicalisés est testé depuis janvier 2015 dans cinq établissements pénitentiaires. Les détenus radicalisés sont séparés des autres et incarcérés individuellement. Ils suivent en outre un programme spécifique. Cette action résolue donne des résultats : 16 attentats ont été déjoués sur notre sol depuis 2013. 160 individus en lien avec des activités terroristes ont été arrêtés depuis le début de l'année en France, grâce à l'action de nos services. Depuis le rétablissement des contrôles aux frontières au soir du 13 novembre, 48 millions de personnes ont été contrôlées à l'ensemble de nos frontières terrestres, aériennes et maritimes, et 28 000 individus ont été empêchés d'entrer sur notre territoire. Le Gouvernement est totalement déterminé à poursuivre et à amplifier cette action, dans le respect de nos règles démocratiques, de la cohésion nationale, au seul service de la sécurité des Français et de la défense de la France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/346.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/346.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6fb20f64a2141d10a9435d15690b6871450cfe57 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/346.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle la discussion, après engagement de la procédure accélérée, du projet de loi prorogeant l'application de la loi no 55-385 du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence et modifiant certaines de ses dispositions (nos 3968, 3978). Présentation M. le président. La parole est à M. le Premier ministre. M. Manuel Valls, Premier ministre. Monsieur le président, messieurs les ministres, monsieur le rapporteur, mesdames, messieurs les députés, le carnage commis à Nice dit les objectifs du terrorisme islamiste : nous désunir et contester ce que nous sommes. Face à cela, nous devons plus que jamais faire bloc et continuer c'est notre responsabilité de prendre toutes les mesures qui s'imposent. C'est pour cela que je suis devant vous ce soir. Dans ces moments si difficiles, si éprouvants pour notre pays, mes pensées, vos pensées, vont d'abord à toutes les victimes qui sont tombées, à leurs proches, à leurs familles. Mes pensées, nos pensées vont vers tous les blessés qui, ce soir, se battent, parfois contre la mort. Au lendemain du drame, avec le Président de la République, nous nous sommes rendus à Nice, avec les membres du Gouvernement, Bernard Cazeneuve et Marisol Touraine. Nous avons vu l'immense souffrance, l'immense inquiétude des victimes et de leurs proches. J'étais encore hier, à Nice, aux côtés des Niçois car c'était ma place pour la minute de silence et l'hommage rendu. Il y avait ces visages lourds de tristesse, ces interrogations qui dévorent les esprits, la colère également. Il y avait la force, mais également l'attente immense de nos compatriotes. Elle est celle de tous nos compatriotes, ils l'ont exprimée hier, partout sur le territoire. Nous devons tout mettre en œuvre pour les protéger. Et, j'ai cette conviction, nous devons aussi être à la hauteur du moment, élever le niveau du débat public, fuir la démagogie. Bien sûr, nous devons répondre à toutes les questions : elles sont légitimes, notamment celles des victimes et de leurs familles. La vérité doit être faite, et c'est à l'enquête, sous la responsabilité de la justice, de la faire. Comme beaucoup, le ministre de l'intérieur et moi-même nous posons les mêmes questions : est-ce que tout a été fait ? Est-ce que nous pouvons répondre aux victimes en regardant ces hommes et ces femmes qui ont perdu leurs enfants ? Mais nous devons élever le débat et fuir la démagogie, car les populismes rôdent, prêts à saisir la moindre occasion pour souffler sur les braises de la discorde, attiser les divisions, alors que chaque division nouvelle nous rend un peu plus vulnérables. Nous devons être unis, concentrés sur l'objectif protéger les Français car nous devons être forts face à la menace. Cette menace, vous le savez nous l'avons souvent évoquée ici, à l'Assemblée nationale est extrêmement élevée. Elle a encore frappé, hier, en Allemagne. La Belgique, les États-Unis, le Bangladesh, le Cameroun, ou encore l'Arabie saoudite, l'Irak et la Turquie ont, ces dernières semaines, payé, eux aussi, un lourd tribut. Parce qu'il est affaibli, grâce aux actions militaires de la coalition en Irak et en Syrie, l'État islamique intensifie ses appels à passer à l'acte à l'étranger. Et, vous le savez, la France est désignée comme l'ennemi numéro un. Les modes d'action, les cibles, les processus, les parcours de radicalisation sont de natures diverses et en perpétuelle évolution. Les profils psychologiques des individus passant à l'acte entrent également en ligne de compte. Il y a le risque d'attaques coordonnées, mais aussi d'attaques menées par des individus autonomes, qui accèdent aux outils idéologiques, aux « kits » de Daech. Cette troisième génération du djihadisme rend l'action de nos services de renseignement et de nos forces de sécurité particulièrement difficile. Nous devons aussi cette vérité à nos concitoyens. Vérité également, une nouvelle fois, sur les chiffres. À ce jour, 2 147 ressortissants français, ou étrangers résidant en France, sont connus pour leur implication dans les filières syro-irakiennes. Parmi eux, 898 ont manifesté des velléités de départ et plus de 1 000 ont séjourné dans la zone ; 680 adultes y sont toujours présents, dont un tiers de femmes ; 187 sont morts au cours de combats. Il y a par ailleurs chiffre effrayant 420 mineurs, dont 18 combattants. Enfin, 179 individus sont en transit dans un pays tiers pour rejoindre la zone ou en revenir et 203 sont revenus sur le territoire français. Cette question du retour des individus depuis les zones de combat, et plus encore avec le recul de Daech, constitue et constituera un défi considérable, pour la France et pour tous les pays concernés, à commencer par l'Europe. Dans ce contexte, ceux qui promettent qu'on peut tout régler d'un coup de baguette magique mentent aux Français. Combattre le terrorisme est un combat de longue haleine, tous vos rapports parlementaires nombreux et de qualité l'ont démontré. Un combat qui demande des moyens, de l'obstination, de la maîtrise et beaucoup de courage. Je veux saluer une nouvelle fois l'engagement du ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, qui, avec nos policiers, nos gendarmes, si courageux (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain, du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine Mme Claudine Schmid, M. Laurent Degallaix et M. François Rochebloine applaudissent.), ne baisse à aucun moment la garde, dans une période particulièrement exigeante. Le drame de Nice rappelle aussi que l'ensemble du territoire est visé. Faire ce constat, ce n'est pas faire preuve de fatalisme, c'est être lucide. Et être lucide, c'est se donner les moyens de l'emporter. Lucides sur la menace, nous sommes également lucides sur les réponses à apporter. L'état d'urgence en fait partie. Ce n'est pas la seule des réponses, mais elle est adaptée à la situation que nous vivons. Car l'attentat commis à Nice, avec un mode opératoire inédit dans notre pays, pourrait inciter d'autres individus au même profil, inconnus de nos services de renseignement, à passer à l'acte, par effet de mimétisme. Il est donc impératif de renforcer et de mobiliser nos dispositifs de contrôle et d'enquête. Le projet de loi qui vous est soumis prévoit de proroger une nouvelle fois c'est la quatrième l'état d'urgence, pour le même périmètre géographique : territoire métropolitain et départements d'outre-mer. La durée de prorogation vient d'être portée à six mois par le travail que vous avez effectué en commission, ce qui me semble être une bonne chose. Lors de la dernière prorogation, nous n'avions pas retenu le recours aux perquisitions administratives car la plupart des lieux identifiés avaient déjà fait l'objet des investigations nécessaires. Au regard de la tragédie de Nice, parce que nous devons aussi démontrer la mobilisation de l'État, le projet de loi qui vous est soumis prévoit de les autoriser à nouveau. Outre les procédures judiciaires qu'elles permettront d'initier, ces perquisitions pourront, dans certains cas, avoir un effet dissuasif. Dans d'autres, elles aideront à lever les doutes qui pesaient sur certains individus, permettant ainsi à nos services de se concentrer sur les plus dangereux. Surtout, leur utilité et leur efficacité car c'est ce que nous demandent les Français seront accrues. Le projet de loi définit, en effet, un cadre autorisant la saisie et l'exploitation des données électroniques contenues dans les ordinateurs ou les téléphones découverts à l'occasion d'une perquisition. Cette adaptation de la loi de 1955 est nécessaire. Elle prend en compte la décision du Conseil constitutionnel du 19 février dernier, qui avait censuré la disposition de la loi relative à la copie de données informatiques, faute de garanties légales suffisantes. Le texte qui vous est soumis, validé hier par le Conseil d'État, prévoit ces garanties, aussi bien sur la nature des éléments saisis puis exploités, que sur la procédure permettant ces saisies et exploitations. Enfin, dans un même souci d'efficacité, le projet de loi prévoit que, si une perquisition révèle l'existence d'un autre lieu fréquenté par la personne visée, un droit de suite permettra de procéder immédiatement, par ricochet, à une perquisition dans cet autre lieu. L'état d'urgence, c'est de la réactivité et de l'efficacité dans le cadre de notre État de droit. Ce n'est pas l'abandon de l'État de droit. Jamais ! Toutes les mesures mises en œuvre continueront à faire l'objet d'un contrôle étroit de votre part, comme vous l'avez souhaité, et de celle de la justice administrative. Je veux rassurer : nous sommes dans un débat démocratique et le Gouvernement est disposé à débattre avec vous, comme il le fera demain avec vos collègues sénateurs de tout ce qui peut permettre de renforcer l'efficacité de nos dispositifs. Avec toujours cependant une ligne à ne jamais franchir : celle des principes de notre État de droit, celles des valeurs de la République. Car ce serait en quelque sorte tomber dans le piège de notre ennemi. C'est d'ailleurs ce qu'a tenu à rappeler votre rapporteur, Pascal Popelin, lors de l'examen du texte en commission des lois. Et je veux saluer son travail, comme celui de l'ensemble des députés présents et ils étaient nombreux. Ce travail accompli dans un temps très bref a déjà permis d'améliorer très concrètement l'efficacité des dispositifs de lutte contre le terrorisme. Je ne doute pas que nous continuerons à travailler en ce sens. Mesdames et messieurs les députés, l'état d'urgence est une réponse puissante contre le terrorisme. Depuis le 14 novembre 2015, il a démontré son utilité opérationnelle : je me suis attaché à le rappeler, notamment à l'occasion des réunions régulièrement organisées à Matignon avec les présidents des assemblées, les présidents des commissions concernées, et les présidents de groupes. Les assignations à résidence permettent la surveillance d'individus potentiellement dangereux. À ce jour, soixante-dix-sept personnes sont toujours concernées. Les 3 594 perquisitions administratives menées jusqu'au 25 mai 2016 ont permis l'ouverture de près de 600 procédures judiciaires et la saisie de 756 armes, dont 75 armes de guerre. L'état d'urgence est une réponse puissante, mais ce n'est pas la seule : elle doit s'inscrire dans une stratégie globale. Depuis quatre ans, nous avons en permanence adapté et renforcé nos dispositifs pour toujours mieux anticiper et déjouer les menaces, en tirant les leçons des terribles attentats de Montauban et de Toulouse. Ces textes ont souvent été adoptés à une très large majorité. Je suis par ailleurs convaincu que dans les cinq ou dix années à venir, compte tenu de l'état du monde et de ce que nous savons quant à la menace terroriste, l'effort en matière de défense à partager, bien sûr, avec l'Europe et en matière de sécurité et de justice devra être prolongé, ce que nous avons déjà fait, et même amplifié. Je connais comme vous les outrances qui pourrissent le débat public, mais je n'ai aucun mal à vous dire, aucun mal à dire à l'ensemble des Français, malgré les doutes, malgré les interrogations, malgré les colères ayant suivi le choc que nous avons subi, que jamais un gouvernement, appuyé sur une très large majorité au Parlement, n'a autant fait pour lutter contre le terrorisme. (Murmures sur les bancs du groupe Les Républicains. Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain.) Il est vrai que nous n'avions jamais connu une menace d'une telle ampleur. Il y a d'abord l'engagement de nos forces armées pour combattre les groupes djihadistes dans leurs sanctuaires. C'est le cas au Mali depuis 2013, en Irak depuis 2014 et en Syrie depuis septembre 2015. Je le dis à la représentation nationale : jamais la main du Président de la République que je côtoie tous les jours n'a tremblé lorsqu'il a fallu prendre des décisions essentielles pour notre pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain. Exclamations sur plusieurs bancs du groupe Les Républicains.) M. Pierre Lellouche. Et après l'usage d'armes chimiques en Syrie ? M. Manuel Valls, Premier ministre. Au Levant, nos chasseurs aériens interviennent quotidiennement. Il y a déjà eu près de 800 frappes depuis septembre 2014. Notre armée de terre et les forces spéciales, par la formation et l'appui qu'elles offrent aux Irakiens, contribuent aux opérations au sol. Le chef de l'État et le ministre de la défense l'ont annoncé : ces opérations vont s'intensifier. Nous allons soutenir davantage les Irakiens dans la perspective de la reconquête de Mossoul. Le groupe aéronaval, avec le porte-avions Charles de Gaulle, sera de nouveau déployé au sein de l'opération Chammal à l'automne. La mobilisation sans précédent contre le terrorisme se fait aussi sur le plan législatif. Depuis 2012, vous avez adopté cinq lois visant à renforcer les moyens légaux au profit des magistrats, des enquêteurs et des personnels des services de renseignement. Il s'agit d'abord de deux lois antiterroristes. J'ai présenté la première moi-même au Parlement ; elle a été promulguée le 21 décembre 2012. Elle permet de juger les Français partant faire le djihad à l'étranger. 300 procédures judiciaires, contre 1 200 de nos ressortissants, ont ainsi été ouvertes. La seconde a été présentée au Parlement par Bernard Cazeneuve puis promulguée le 13 novembre 2014 ; elle a notamment créé le délit d'entreprise terroriste à caractère individuel, et permis de procéder au blocage et au déréférencement des sites qui font de la propagande terroriste sur internet. À ces deux textes a été ajoutée en juin 2016 une loi visant à mieux lutter contre le terrorisme et la criminalité organisée, qui avait été annoncée par le Président de la République à l'occasion du Congrès de Versailles. Plusieurs mesures adoptées dans le cadre de cette loi sont déjà mises en œuvre. Enfin, deux lois sur le renseignement ont été adoptées en juillet et en novembre 2015, alors qu'aucun gouvernement n'avait osé légiférer sur ce sujet depuis plus de vingt ans. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe Les Républicains.) M. Jean-Luc Laurent. Bien sûr ! C'est tout à fait vrai ! Un député du groupe Les Républicains. Bien sûr, ça va mieux… M. Manuel Valls, Premier ministre. La loi du 22 mars 2016 relative à la prévention et à la lutte contre les incivilités, contre les atteintes à la sécurité publique et contre les actes terroristes dans les transports collectifs de voyageurs, dite « loi Savary », a également renforcé le niveau de sécurité dans les transports. La mobilisation vaut aussi pour les moyens matériels, technologiques et surtout humains. Depuis quatre ans, l'effort a été considérable. M. Pierre Lellouche. Un peu d'humilité ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Un plan pluriannuel de modernisation de 233 millions d'euros a été mis en œuvre. Nous avons également adopté un schéma d'intervention des forces rapides, et renforcé l'équipement des primo-intervenants, policiers des BAC brigades anti-criminalité et gendarmes des PSIG pelotons de surveillance et d'intervention de la gendarmerie. Dès 2013, comme ministre de l'intérieur, j'ai engagé une réforme ambitieuse du renseignement intérieur. Elle a abouti à la création, en 2014, de la DGSI direction générale de la sécurité intérieure et du service central du renseignement territorial. Il était indispensable de donner davantage d'autonomie et de moyens à la DGSI pour renforcer ses capacités d'analyse, ainsi que ses capacités techniques et linguistiques. Il était également indispensable je pense que nous pouvons tous partager ce constat de repositionner et de muscler notre dispositif de renseignement territorial il faut d'ailleurs poursuivre ce travail qui avait été injustement sacrifié en 2008, lorsque la DCRI avait été créée et les renseignements généraux supprimés. (Protestations sur les bancs du groupe Les Républicains.) Mme Marie-Françoise Bechtel et M. Patrick Mennucci. Exactement ! M. Alain Gest. C'est minable ! M. Thierry Solère. Prenez un peu de hauteur, monsieur le Premier ministre ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Et puisqu'il faut clarifier les choses, je rappelle une nouvelle fois, devant vous, qu'en l'espace de cinq ans, nous aurons créé 9 000 postes supplémentaires dans la police et la gendarmerie, dont plus de 3 000 entre la fin de l'année 2012 et la fin de l'année 2015. M. Éric Ciotti. C'est faux ! Un député du groupe Les Républicains. Et il y a eu 200 morts ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Valérie Rabault l'a rappelé hier dans cet hémicycle : sous le quinquennat précédent, les plafonds d'effectifs de la police et de la gendarmerie avaient diminué de plus de 12 500 emplois. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain.) M. Philippe Le Ray. Vous n'êtes pas à la hauteur ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Nous devons la vérité aux Français sur ce point : nous avons reconstruit ce qui avait été détruit, oui, nous avons réarmé pour mieux protéger. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain.) M. Claude Goasguen. Alors tout va bien ? M. Manuel Valls, Premier ministre. De même, 7 000 emplois auront été créés au ministère de la justice, et plus de 1 000 postes dans les douanes. À cela s'ajoutent les militaires déployés dans le cadre de l'opération Sentinelle. La Président de la République a décidé de maintenir leur engagement sur l'ensemble du territoire à hauteur de 10 000 hommes et femmes. Ils accompliront deux missions principales : le contrôle des flux aux frontières, dans les gares, les aéroports – et la sécurisation des grands rassemblements estivaux, avec un rééquilibrage du déploiement entre Paris et les régions. Par ailleurs, comme vous le savez, la gendarmerie et la police vont activer leur réserve opérationnelle de premier niveau. Ce sont 15 000 volontaires que les préfets pourront mobiliser pour soulager les forces de sécurité pendant ces mois d'été. Toutes ces mesures mises en place, tous ces effectifs déployés sont là, malgré les difficultés, malgré la menace, pour protéger les Français. Avec les ministres de l'intérieur, de la défense et de la justice, parce que nous connaissons l'engagement des fonctionnaires et des militaires sur le terrain, nous n'acceptons pas et refuserons toujours qu'on les mette en cause, directement ou indirectement. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain. Exclamations sur les bancs du groupe Les Républicains.) M. David Douillet. Provocation ! M. Manuel Valls, Premier ministre. À Nice, le soir de l'attentat, des effectifs importants étaient déployés : … (Exclamations persistantes sur les bancs du groupe Les Républicains.) M. le président. S'il vous plaît, chers collègues de l'opposition, M. le président Jacob interviendra après : nous écouterons alors tous vos arguments. M. Manuel Valls, Premier ministre. …185 policiers nationaux et vingt militaires de l'opération Sentinelle, aux côtés de la police municipale. Prétendre le contraire plus encore quand on est un élu de cette ville est une remise en cause inacceptable de l'action et de la parole publique. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain. Vives protestations sur les bancs du groupe Les Républicains.) M. Yves Fromion. Démagogue ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Je ne laisserai jamais dire qu'il y a des failles là où il n'y en a pas ! Je n'accepterai jamais les propos honteux qui insinuent que tout cela aurait pu être évité, car dire cela, c'est discréditer nos forces de sécurité qui se battent chaque jour et qui obtiennent des résultats. (Mêmes mouvements.) Mesdames et messieurs les députés, depuis 2012, seize attentats ont été déjoués ce qui apparaît à chaque fois, et cela se comprend, comme un non-événement. Je pense notamment à l'arrestation, en mars 2016 à Argenteuil, d'un individu disposant chez lui d'un véritable arsenal et d'explosifs de grande puissance, avec sûrement l'Euro de football en ligne de mire. Depuis quatre ans, la justice a multiplié les procédures antiterroristes. Dix procédures seulement avaient été ouvertes en 2012 cela se comprend contre 136 en 2015 et déjà 120 en 2016. Ainsi 315 dossiers sont en cours aujourd'hui, 285 individus sont mis en examen et plus de 264 sont détenus. En 2016, 58 personnes ont déjà été condamnées. Plus de 950 personnes font aujourd'hui l'objet d'investigations de la part de la juridiction antiterroriste, dont je veux saluer l'efficacité et le professionnalisme nous avons pu en être témoins encore une fois à Nice. Sur le plan répressif, le Gouvernement a recours à toutes les mesures administratives qui s'imposent : expulsion des étrangers qui prêchent la haine et la violence, interdiction d'entrée ou de sortie du territoire, gel des avoirs financiers. Depuis 2012, quatre-vingts arrêtés d'expulsion ont été pris à l'encontre d'individus affiliés à l'islamisme radical. Dix mosquées ou salles de prière ont été fermées. Plusieurs binationaux condamnés pour des faits de terrorisme ont été déchus de la nationalité française. Depuis le rétablissement des contrôles aux frontières, le 13 novembre dernier, 48 millions de personnes ont été contrôlées à nos frontières terrestres, aériennes et maritimes. 28 000 individus ont été empêchés d'entrer sur notre territoire. L'État ne fléchira pas : ces contrôles se poursuivront aussi longtemps que nécessaire. Lutter contre le terrorisme, c'est mener une action répressive, mais c'est aussi lutter en amont contre la radicalisation. C'est sans doute l'un des défis les plus considérables, les plus difficiles, auxquels nous sommes confrontés. Beaucoup a été fait au cours des dernières années, mais nous devons aller encore plus loin dans ce domaine : c'est le sens du plan d'action que j'ai présenté en mai dernier. Un député du groupe Les Républicains. Quelle modestie ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Il faut mobiliser tous les ministères et associer l'ensemble des partenaires de l'État, à commencer par les collectivités territoriales. Notre objectif est de détecter les cas de radicalisation le plus tôt possible. Les centres de réinsertion et de citoyenneté constituent l'une de ces réponses. M. Éric Ciotti. Combien y en a-t-il ? Aucun ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Il faut reconnaître que ces outils sont difficiles à mettre en œuvre ; ils doivent eux aussi obéir à des principes de droit. Le premier d'entre eux ouvrira dès septembre prochain en Indre-et-Loire. Enfin, nous savons tous que la lutte contre le terrorisme se joue pour une grande part au niveau européen. Nous avons obtenu plusieurs avancées décisives que nous réclamions depuis des mois, voire des années : contrôles systématiques à l'entrée de l'espace Schengen, y compris pour les ressortissants européens, et création d'un corps de gardes-frontières européens, qu'il faut à présent rendre effectif ; adoption définitive du Passenger name record européen ou PNR, c'est-à-dire le registre européen des données des passagers aériens ; renforcement des échanges d'informations au plan européen, par l'alimentation systématique des fichiers ; enfin, comme nous l'avions demandé, durcissement des mesures relatives aux armes, par une révision de la directive de 1991 et un plan de lutte contre le trafic d'armes à feu, notamment en provenance des pays de l'Est, qui sont la principale source de provenance des armes utilisées par les terroristes. Encore faut-il que toutes ces mesures soient concrétisées ! Mesdames, messieurs les députés, beaucoup a été fait, mais la menace est toujours présente et un attentat majeur a eu lieu. Pour lutter contre le terrorisme, il faut donc des moyens je les ai rappelés et de la méthode. Nous appliquons, depuis plus de quatre ans, une stratégie, dont l'unité nationale fait partie intégrante j'y insiste au même titre que le renforcement des dispositifs de lutte contre le terrorisme proprement dits. La France a été visée un 14-juillet parce qu'elle est la France, avec son message universel, parce que ses armées interviennent au Sahel, en Irak, en Syrie, pour l'équilibre du monde. Elle a été visée parce que des millions de nos compatriotes, de nos concitoyens, sont de confession ou de culture musulmane. M. Manuel Valls, Premier ministre. Et le projet de l'État Islamique, c'est de faire voler en éclats ce modèle de tolérance et de laïcité que nous avons su construire. Le combat contre le terrorisme sera long. Nous serons confrontés à d'autres attaques. Même si ces mots sont difficiles à prononcer, il est de mon devoir de le faire : il y d'autres attentats, d'autres innocents tués. Nous devons non pas nous habituer qui peut jamais s'habituer à l'horreur ? Mais apprendre à vivre avec cette menace (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe Les Républicains.)… Un député du groupe Les Républicains. C'est rassurant ! M. Manuel Valls, Premier ministre. … Et à la combattre. Mais, au-delà des débats que nous pouvons avoir sur les moyens, et que je me devais de rappeler, s'il y a quelqu'un ici, dans cet hémicycle, capable de dire, par démagogie, qu'il connaît les moyens et les procédures permettant d'arrêter le terrorisme en quelques jours, en quelques semaines ou en quelques mois, qu'il le dise ! Il ferait mieux de dire la vérité aux Français ! (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain et sur plusieurs bancs du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste.) Oui, nous devons apprendre à vivre avec cette menace, à y être confrontés, et ne pas le dire, se dérober à cette responsabilité, ce serait pour moi ne pas assumer les miennes comme chef du Gouvernement. Mais, disais-je, au-delà des débats sur les moyens, il faut toujours en revenir à cette dure réalité : l'idéologie de Daech, de l'État islamique, séduit (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe Les Républicains), corrompt les esprits. Je ne répondrai à aucune insulte, à aucun lazzi, à tout ce qui abaisse le débat public. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain.) M. Paul Giacobbi. Très bien ! M. Manuel Valls, Premier ministre. J'ai conscience de la responsabilité de tous ceux qui siègent dans cet hémicycle ou au Gouvernement. Les questions ou les critiques sont logiques dans une démocratie, et même dans les pires moments, même pendant la guerre de 14-18, le débat continuait, et c'est normal, mais jamais sous l'insulte, jamais par la désinformation, jamais avec démagogie ! (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain et sur plusieurs bancs du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste. Exclamations sur de nombreux bancs du groupe Les Républicains.) Car c'est la vérité que nous devons à nos compatriotes ! (Mêmes mouvements.) Et il faut toujours revenir à celle-ci : l'idéologie de Daech séduit, corrompt les esprits de centaines, voire de milliers d'individus, dans notre pays. C'est aussi là qu'il faut peut-être mener d'abord le combat pour la défense de notre bien commun en luttant contre les intégrismes, les communautarismes, ceux qui nient la place de la femme en l'enfermant derrière un voile intégral ; le salafisme, parce qu'il peut être un ferment du terrorisme et encourage ces ennemis de l'intérieur, doit être combattu, y compris au sein même de l'Islam car c'est de la responsabilité de la société française mais aussi de celle de l'Islam dans le monde, y compris en Europe et en France. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain. Exclamations sur les bancs du groupe Les Républicains.) Nous devons aussi refuser avec la même force toutes ces attaques racistes, antisémites, xénophobes, ces actes contre les lieux de culte, qu'ils soient chrétiens, musulmans ou juifs, lutter aussi contre toutes ces poussées de haine à la recherche en permanence de boucs émissaires, qu'il s'agisse des musulmans, de l'Islam, des immigrés. Je veux rappeler que parmi les victimes, au Bataclan comme sur la Promenade des Anglais, il y avait de nombreux étrangers et aussi des compatriotes musulmans parce que le terrorisme frappe de manière aveugle. Nous devons tous nous dresser contre ceux qui veulent dresser les Français les uns contre les autres en fonction de leur religion, de leurs croyances ou de leurs origines. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain et du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste M. Jean-Christophe Lagarde applaudit.) Mesdames, messieurs les députés, nos démocraties sont fragiles, peut-être à un niveau particulièrement important, jamais atteint depuis le dernier conflit mondial ; elles sont travaillées par des tensions, et il faut en permanence surveiller l'évolution de ces fractures qui, sans crier gare, peuvent apparaître au grand jour. Mme Claude Greff. La faute à qui ? (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain.) M. le président. Madame Greff ! M. Manuel Valls, Premier ministre. À cet égard, chacun a sa part de responsabilité, mais nous devons faire bloc autour de nos valeurs et toujours rassembler autour de ce qui fait la République. Faire bloc autour de nos valeurs, c'est également refuser toute tentation de recourir à des mesures arbitraires ou contraires à nos principes démocratiques et constitutionnels. La fuite en avant, des aventures extrajudiciaires que certains réclament, ont mené à des impasses dans d'autres pays : non seulement elles ne parviennent pas à enrayer le terrorisme, mais elles constituent de terribles renoncements. Le Gouvernement a toujours examiné attentivement les propositions formulées en matière de lutte contre le terrorisme, d'où qu'elles viennent, dès lors qu'elles respectent une double condition, toujours la même : être réellement efficaces et s'inscrire dans l'État de droit. J'ai entendu ces derniers jours certains dire que le Gouvernement aurait été sourd aux propositions de l'opposition. (« Eh oui ! » sur divers bancs du groupe Les Républicains.) Plusieurs députés du groupe socialiste, écologiste et républicain. Lesquelles ? M. Manuel Valls, Premier ministre. Je tiens à rétablir à cet égard certaines vérités : … M. Yves Nicolin. Tu parles ! M. Manuel Valls, Premier ministre. …tous les textes concernant la lutte contre le terrorisme, que je salue, qu'il s'agisse du renseignement, de l'état d'urgence ou encore de la récente réforme de la procédure pénale, ont fait l'objet d'un accord entre l'Assemblée nationale et le Sénat et ont intégré des dispositions proposées par l'opposition, je pense à quelques exemples récents : la possibilité de soumettre les condamnés pour faits de terrorisme à un suivi socio-judiciaire, à la peine de sûreté de trente ans sans aménagement de peine ou encore au nouveau régime d'autorisation de sortie du territoire pour les mineurs. Le Gouvernement examinera avec intérêt les propositions formulées par la commission d'enquête parlementaire Fenech-Pietrasanta (« Ah ! » sur les bancs du groupe Les Républicains)… M. Olivier Marleix. Il serait temps ! M. Manuel Valls, Premier ministre. … Sur les moyens mis en œuvre par l'État depuis les attentats de janvier 2015. Je tiens d'ailleurs à souligner la très grande convergence des constats entre le Gouvernement et cette commission. Ses travaux ont permis de décrire précisément l'enchaînement des événements, le rôle et la place de chacun, pendant la crise et après ; des suggestions utiles ont été faites sur l'organisation des secours, sur la prise en charge des victimes ou encore sur la vidéo-protection. Le ministre de l'intérieur a écrit aux membres de cette commission que toutes ses préconisations seront étudiées avec le plus grand soin certaines sont déjà mises en œuvre quand d'autres nécessitent débat ou appellent des réserves, c'est le jeu normal de la démocratie et de la discussion. Mesdames, messieurs les députés, au lendemain de cette terrible attaque, notre douleur est immense, les questions et les doutes présents. Il faut bien sûr agir avec humilité parce que devant le drame de ces compatriotes (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe Les Républicains),… M. le président. S'il vous plaît ! Mme Jacqueline Maquet. Un peu de décence, chers collègues ! M. Manuel Valls, Premier ministre. …Nous le leur devons parce que nous gouvernons, parce que vous légiférez. Mais notre détermination doit être totale. Nous devons et nous allons tenir, simplement parce que nous sommes la France. Avec sa ténacité et sa dignité. À Nice, il y avait des cris de colère, et je peux les entendre, mais pas les sifflets ! Pas les paroles racistes ! Pas les confrontations au sein même de la foule ! Tenir, tenir ensemble, mesdames, messieurs les députés, c'est toujours être à l'écoute du peuple, jamais à la traîne des injonctions de la foule ! C'est ainsi que nous répondrons aux attentes et à l'angoisse de nos concitoyens. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain et sur plusieurs bancs du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste.) Les terroristes nous ont déclaré la guerre. Mais la guerre contre la haine et l'obscurantisme, je vous le promets et je le promets aux Français : nous la gagnerons ! (Les députés du groupe socialiste, écologiste et républicain se lèvent et applaudissent. Applaudissements sur les bancs du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste.) \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/347.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/347.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..70bef0f1aa6ee305b675366991ea8c196e89b843 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/347.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le Premier ministre, la ministre des affaires sociales et de la santé, le ministre de la défense, le garde des sceaux, ministre de la justice, le ministre de l'intérieur et la secrétaire d'Etat chargée de l'aide aux victimes ont présenté un état de la situation, à la suite de l'attentat commis à Nice le 14 juillet dernier. 1) Une mobilisation de tous face à l'attentat commis à Nice. A ce jour, le bilan actualisé des victimes de ce nouvel acte de terrorisme est de 84 personnes décédées, dont 13 mineurs et 308 personnes blessées. 70 d'entre elles sont toujours hospitalisées et 19 ont un pronostic vital encore engagé. S'agissant des victimes décédées, les opérations de médecine légale, visant à déterminer avec certitude les causes de chaque décès, sont achevées. La réalisation d'autopsie judiciaire a été limitée à 12 cas dans lesquels la cause du décès a été jugée complexe par les médecins légistes, des examens externes et le recours à l'imagerie médicale ayant suffi dans les autres cas. Les certificats de décès et les permis d'inhumer peuvent donc être délivrés dès que l'identification des personnes décédées est établie par la commission d'identification, dont le rôle est d'établir de manière certaine l'identité des victimes décédées afin d'éviter tout risque d'erreur dans la restitution des corps. La mise en place d'une procédure accélérée et l'activation de l'Unité nationale d'identification des victimes de catastrophes (UNIVC) ont permis de mobiliser le laboratoire mobile d'analyses ADN de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale et d'obtenir ainsi un gain de temps important. Ainsi, 69 victimes décédées ont été formellement identifiées et 52 permis d'inhumer ont été délivrés. Le processus de présentation des corps aux familles qui l'ont sollicité est en cours, et les premiers corps ont été restitués hier matin. Cet acte confirme une nouvelle fois le niveau extrêmement élevé de la menace terroriste à laquelle la France est confrontée, ainsi que la nature protéiforme de cette menace : des actions d'ampleur, planifiées, telles que celles de Paris en 2015 ; des actes isolés, menés par des individus agissant de manière plus ou moins autonome comme cela semble avoir été le cas à Nice. Le drame de Nice rappelle que l'ensemble du territoire peut être visé. Il met aussi en lumière l'extrême rapidité des processus de radicalisation. Il confirme enfin l'efficacité de la propagande de Daesch, en particulier auprès de personnes psychologiquement fragiles, puisque le mode opératoire utilisé par l'auteur – le recours à un véhicule-bélier - est préconisé de longue date par la propagande djihadiste. Le Premier ministre a salué la mobilisation et le travail remarquable des personnels de l'Etat à la suite de cet attentat : policiers qui ont neutralisé l'auteur de cette barbarie avec courage et sang-froid ; personnels de secours et de santé qui ont accompli leurs missions dans des conditions particulièrement éprouvantes ; personnels de la préfecture des Alpes-Maritimes et de la Cellule interministérielle d'aide aux victimes (CIAV), magistrats et policiers en charge de l'enquête. Tous les services de l'Etat ont répondu avec sang-froid et grand professionnalisme à cet acte odieux, garantissant notamment une prise en charge des victimes immédiate et efficace. Les retours d'expérience opérés à la suite de chacun des drames que la France a connus au cours des derniers mois ont permis d'apporter une réponse à la hauteur de ce tragique événement. Il convient aussi de saluer la mobilisation des associations d'aide aux victimes du réseau INAVEM et des représentants des associations de victimes (FENVAC) qui ont également rejoint la cellule de crise ainsi que le centre d'accueil des familles. Le Premier ministre a rappelé que l'objectif des terroristes est de déstabiliser la démocratie et d'anéantir les valeurs de la République en usant sciemment de la barbarie. Il n'est d'autre réponse que l'exigence commune du refus des clivages partisans, pour servir avec dignité et raison l'Etat de droit. 2) L'enquête sur cet acte de terrorisme. Le ministre de la justice, garde des sceaux a indiqué que la section anti-terroriste du parquet de Paris s'est saisie des faits quelques heures après leur commission et a ouvert une enquête des chefs : - d'assassinats et tentatives d'assassinats en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste ; - tentatives d'assassinat sur personnes dépositaires de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste ; - association de malfaiteurs terroriste en vue de préparer des crimes d'atteintes aux personnes. S'agissant de l'enquête, le travail considérable réalisé depuis 4 jours par les enquêteurs sous l'autorité des magistrats du parquet de Nice, dans les premières heures, puis de la section anti-terroriste du parquet de Paris, a permis à l'enquête d'avancer à un rythme soutenu. Plusieurs gardes-à-vue sont toujours en cours, ainsi que de nombreuses investigations sur les SMS et les appels téléphoniques passés par le terroriste le jour des faits et les jours précédents. Les investigations permettent à ce stade d'établir le caractère prémédité de l'attentat. Quels que soient les liens de l'auteur des faits avec l'organisation terroriste Daesch, qui a revendiqué cet acte le 16 juillet, il est établi qu'il s'agit d'un acte terroriste, c'est-à-dire un acte qui, selon la définition du droit pénal français, a « pour but de troubler gravement l'ordre public par l'intimidation et la terreur ». 3) L'action des professionnels de santé et la prise en charge des victimes. La ministre des affaires sociales et de la santé a souligné l'extraordinaire travail des professionnels de santé. 330 patients au total ont été pris en charge dans les établissements de santé de Nice (CHU de Nice, hôpital Lenval, clinique du Parc Impérial, clinique Saint-Georges) et des villes proches : Antibes, Martigues, Cagnes-sur-Mer, Cannes, Grasse, Saint-Laurent-du-Var, ainsi que le HIA Ste-Anne à Toulon et le CH de Monaco qui ont accueilli des patients dans le wee-kend. L'excellence du système de santé a, encore une fois, été démontrée. Elle n'est pas le fruit du hasard : au-delà du professionnalisme reconnu de tous les acteurs, la formation des intervenants et les exercices d'entraînement qui se sont multipliés partout en France depuis le début de l'année 2016, ont notamment permis d'améliorer la capacité du système de santé à faire face à des évènements de nature exceptionnelle, en tenant compte des leçons des attentats de Paris en novembre 2015. Parce que l'accompagnement des victimes et de leurs proches ne s'arrête pas aux soins immédiats, une attention particulière est portée à la prise en charge médico-psychologique. Les professionnels du réseau des cellules d'urgence médico-psychologiques de la France entière se sont immédiatement mobilisés pour intervenir auprès de la population traumatisée. Ce sont plus de 60 professionnels psychiatres, pédo-psychiatres, psychologues et infirmiers spécialement formés à la psychiatrie de catastrophe, qui sont actuellement opérationnels en 6 différents lieux d'accueil pour les familles des victimes et pour toutes les personnes qui en ressentent le besoin. Ils ont d'ores et déjà pris en charge plus de 500 personnes. Ce dispositif s'intègre pleinement au réseau des professionnels des établissements de santé de la région niçoise. Enfin, le Gouvernement s'est engagé, et ce à effet immédiat, à ce que les victimes bénéficient d'une prise en charge totale des soins liés aux attentats, pour la durée nécessaire à leur rétablissement. L'Assurance maladie prendra désormais en charge l'intégralité des dépenses des victimes pour les soins liés aux attentats, c'est-à-dire y compris les dépassements d'honoraires. La secrétaire d'état chargé de l'aide aux victimes a indiqué que, dès la survenance du drame, la prise en charge des victimes a été organisée au sein de la CIAV dirigée par le directeur du centre de crise et de soutien en lien avec elle-même. A Nice, une CIAV déléguée a été mise en place au plus près des victimes et de leurs proches. Leur accès immédiat au Centre d'accueil des familles et au centre universitaire méditerranée a permis d'apporter un soutien adapté à leurs besoins d'information et d'écoute qualifiée. La force de l'entier dispositif a reposé dès le départ dans la capacité des acteurs à adapter les moyens et modes d'intervention en fonction des besoins des personnes. Ainsi, la prise en charge vient de se déployer à l'Institut médico légal de Nice. L'accompagnement doit se poursuivre à chaque étape. L'efficacité du dispositif nécessite l'anticipation, dès à présent, du suivi des victimes. Le secrétariat d'Etat est le garant d'une égalité de traitement des victimes et de la continuité de la prise en charge sur l'ensemble du territoire, en s'appuyant sur le réseau des associations d'aide aux victimes de l'INAVEM et sur la FENVAC, d'une part, et sur la plateforme Guichet unique et de déclaration (GUIDE) du secrétariat d'Etat, d'autre part. Au-delà de la considération due à l'ensemble des victimes, la solidarité de l'Etat implique également que le processus indemnitaire intervienne rapidement. Le Fonds de garantie des victimes des actes du terrorisme et d'autres infractions (FGTI) débutera l'octroi de premières provisions dans les jours à venir. Le comité interministériel de suivi des victimes sera très rapidement saisi afin de vérifier que la prise en charge est conforme aux besoins exprimés et d'en rendre compte aux citoyens. 4) La lutte contre le terrorisme. Le ministre de l'intérieur a rappelé, que depuis 2012, le Gouvernement mène une action complète et déterminée contre le terrorisme djihadiste pour protéger les Français de ce fléau. Il a indiqué que le Gouvernement a d'abord procédé à une mobilisation totale des forces, en rehaussant les effectifs : 9 000 emplois de policiers et de gendarmes recréés sur l'ensemble du quinquennat, dont 1 900 pour le renseignement intérieur. Un nouveau schéma national d'intervention des forces rapides (RAID, GIGN, BRI) sur l'ensemble du territoire a été mis en place, ainsi qu'un plan de modernisation de l'équipement et de l'armement des primo-intervenants, policiers des brigades anti-criminalité (BAC) et gendarmes des pelotons de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (PSIG). Cela a été rendu possible par une augmentation de 17 % des crédits de fonctionnement des forces de sécurité intérieure. Les services de renseignement ont été réformés par la création, en 2014, de la Direction générale de la sécurité intérieure et du Service central du renseignement territorial, et en 2015 de l'Etat-Major opérationnel de Prévention du terrorisme. Le fichier de signalement des personnes radicalisées à caractère terroriste, créé en 2015, permet d'assurer un suivi permanent de 12 000 individus. Les outils juridiques ont été adaptés en continu, par l'adoption de trois lois antiterroristes et d'une loi relative au renseignement. La loi de décembre 2012, conjuguée à l'action des services de police et de renseignement, a déjà permis d'ouvrir plus de 300 procédures judiciaires à l'encontre de plus de 1 200 Français impliqués dans des filières djihadistes. Celle de novembre 2014 a créé l'interdiction de sortie du territoire (366 interdictions de sortie du territoire (IST) déjà notifiées), l'interdiction d'accès au territoire (158 IAT déjà prononcées), la fermeture et le déréférencement de sites faisant la propagande terroriste sur la toile. Celle du 3 juin 2016 permet l'utilisation, dès le stade de l'enquête préliminaire, de moyens spéciaux d'enquête, comme la sonorisation de lieux privés, l'utilisation d'imsi-catcher, le recours élargi aux perquisitions de nuit. Dès avril 2014, un plan global de lutte contre les filières djihadistes a été lancé, avec un volet prévention conséquent comportant notamment la création d'un numéro vert pour les familles, qui a déjà permis de signaler plus de 5 000 individus, et d'empêcher de nombreux départs. Le Premier Ministre a annoncé le 9 mai 2016 un plan de 80 mesures pour lutter contre la radicalisation et contre le terrorisme, avec notamment la création d'un centre de réinsertion et de citoyenneté par région d'ici fin 2017. Le premier Centre de réinsertion et de citoyenneté ouvrira le 1er septembre en Indre et Loire. Contre le discours radical islamiste, 80 mesures d'expulsion ont été prononcées depuis 2012 à l'encontre de prêcheurs de haine ou de pseudo-imams autoproclamés. Dix mosquées ou salles de prières radicalisées ont été fermées. Au plan européen, sous l'impulsion de la France, des mesures indispensables ont été adoptées : une modification de l'article 7-2 du code Schengen permettant un renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l'Union, la création d'un corps de garde-frontières et de garde-côtes européen, la révision de la directive sur les armes à feu, et l'adoption du PNR. Cette action résolue donne des résultats : 16 attentats ont été déjoués sur le territoire national depuis 2013. 160 individus en lien avec des activités terroristes ont été arrêtés depuis le début de l'année en France, grâce à l'action des services. Depuis le rétablissement des contrôles aux frontières au soir du 13 novembre, 48 millions de personnes ont été contrôlées à l'ensemble des frontières terrestres, aériennes et maritimes de la France, et 28 000 individus ont été empêchés d'entrer sur le territoire. Le Gouvernement est déterminé à poursuivre et à amplifier cette action, dans le respect des règles démocratiques, de la cohésion nationale, au seul service de la sécurité des Français et de la défense de la France. Le ministre de la défense a rappelé l'engagement des forces armées dans les opérations Sentinelle et Chammal. Créée après les attaques terroristes de janvier 2015, l'opération Sentinelle, qui mobilise en permanence sur le territoire national de 7 000 à 10 000 soldats, sera portée à son niveau d'engagement maximal, soit 10 000 hommes. Cette mobilisation des forces armées va notamment contribuer à sécuriser les manifestations publiques estivales ainsi que les frontières, en coordination avec les forces de sécurité intérieure. Ces missions s'ajoutent aux multiples patrouilles protectrices et dissuasives que les militaires de l'opération Sentinelle mènent pour sécuriser l'ensemble du territoire. Les membres de la réserve opérationnelle des armées participeront également à l'opération Sentinelle en accomplissant une part significative de ces missions et de ces déploiements. Face à un niveau de menace exceptionnel, le ministre de la Défense salue l'engagement des forces armées pleinement mobilisées et les remercie pour leur professionnalisme et leur abnégation. En Irak et en Syrie, les militaires français de l'opération Chammal accomplissent une mission essentielle au sein de la coalition internationale pour lutter contre l'organisation terroriste Etat islamique. Chaque jour, les soldats agissent dans ces deux pays que ce soit par des actions de formation des forces locales, notamment à Bagdad et à Erbil en Irak, mais aussi par une participation active aux missions aériennes de reconnaissances et de frappes en appui des forces soutenues par la coalition. Le ministre de la défense se rendra à Washington les 20 et 21 juillet pour préparer, avec les membres de la coalition, les prochaines batailles contre Daesch en Irak et en Syrie. Cette action, qui vise à priver Daesch de ses bases arrières depuis lesquelles il planifie des attentats contre nous ou diffuse des directives générales pour des terroristes isolés, est un élément clé de notre stratégie d'affaiblissement de sa capacité de nuire sur notre territoire. Cette action entre dans une phase décisive qui doit permettre la reprise de Mossoul en Irak et de Raqqah en Syrie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/348.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/348.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..25c5e5d8316c97f0ea0bbae3a98058a96d33d20d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/348.txt @@ -0,0 +1 @@ +SAMUEL ETIENNE Bonjour Monsieur le garde des Sceaux. JEAN-JACQUES URVOAS Bonjour. SAMUEL ETIENNE D'abord cette affaire particulièrement inquiétante qu'Europe 1 révélait ce matin aux auditeurs, un chauffeur de VTC a donc été arrêté dimanche soir avec des images de Daesh sur son téléphone, et surtout des explosifs retrouvés ensuite chez lui. Vous pouvez nous en dire un peu plus ? JEAN-JACQUES URVOAS Non. Non, je ne peux pas, parce que par principe le garde des Sceaux ne se prononce pas sur des opérations qui relèvent de la police, et là, dans le cas d'espèce, c'est la police judiciaire. Qu'est-ce que cela nous dit ? D'abord cela nous dit qu'entre deux attentats il ne se passe pas rien, parce que, évidemment, cela est dramatiquement spectaculaire, mais au quotidien les services de police, de gendarmerie, la justice, travaillent pour nous prémunir contre les attentats. SAMUEL ETIENNE Et Manuel VALLS l'a récemment rappelé justement, que régulièrement des tentatives d'attentats sont déjouées. JEAN-JACQUES URVOAS Il y en a eu 14, et même il y a des condamnations, puisque le 8 juillet dernier, ce n'est pas vieux, le 8 juillet dernier 5 hommes, de la région de Lens, qui avaient forgé le projet de partir en Syrie l'année dernière, ont été condamnés à des peines allant jusqu'à 10 ans de prison. Et si je peux encore vous donner un petit chiffre, il y a en ce moment 285 personnes qui sont mises en examen, sur le théâtre syrien, sur cette question syrienne de départ ou pas. Donc l'activité est quotidienne, et la répression aussi. SAMUEL ETIENNE Un point sur l'enquête après l'attentat de Nice, cette enquête, est-ce qu'elle progresse, et si oui, dans quelle direction ? JEAN-JACQUES URVOAS A chaque minute elle progresse. Aujourd'hui il me semble que le Procureur a indiqué hier que l'essentiel de ces recherches visait à rechercher la façon dont l'arme avait été rentrée en possession du criminel. SAMUEL ETIENNE Ce mystérieux SMS qu'il a envoyé à un moment pour dire qu'il lui manquait des armes. JEAN-JACQUES URVOAS C'est cela. SAMUEL ETIENNE Les sifflets, les insultes, « salaud », « salopard », « dehors », « démission », qui ont accompagné la minute de silence de Manuel VALLS sur la Promenade des Anglais. Votre réaction. JEAN-JACQUES URVOAS De la tristesse. Vous savez, chaque jour, dans mon bureau à la Chancellerie, je reçois ce que le Parquet appelle « la liste unique des victimes », puisqu'aujourd'hui tous les corps n'ont pas été rendus aux familles, les dépouilles n'ont pas… Parce que c'est un processus qui est méticuleux, parce qu'il faut identifier, tous les corps viennent d'être identifiés. C'est-à-dire qu'il y a aujourd'hui des familles qui attendent encore les victimes, qui attendent les dépouilles de leurs proches, et de voir, si elles en ont eu le loisir, les images, je pense que ça les a heurtées, en tout cas moi ça m'a attristé, dans un moment qui appelle à la sobriété, au deuil. C'était un espace de souvenir hier, et je l'ai vu comme étant une manifestation d'intolérance. Ça m'a rappelé une image, le 17 juillet, ou le 16 juillet 1992, on fêtait la rafle du Vel d'Hiv, François MITTERRAND était venu à la rafle du Vel d'Hiv, et il avait été hué, et Robert BADINTER avait fait un discours incroyable en disant « vous me faites honte, les morts ont besoin du silence. » SAMUEL ETIENNE Mais les sifflets qui sont peut-être aussi l'écho de ce sondage IFOP publié lundi, 67 % des Français ne font pas confiance à votre gouvernement, et au président HOLLANDE, pour lutter contre le terrorisme. JEAN-JACQUES URVOAS Mais la question, me semble-t-il, n'est pas ce que pense l'opinion ou pas, c'est quelle est l'action qui est conduite, parce que chaque jour nous agissons… SAMUEL ETIENNE Une opinion, un pays qui a besoin d'être rassuré, tout de même, et ces temps extrêmement troublés. JEAN-JACQUES URVOAS Oui, eh bien la meilleure manière de le rassurer c'est que chacun fasse ce pour quoi il est là. Moi, comme garde des Sceaux, j'essaie de faire en sorte que la justice ait les moyens de travailler, et elle travaille bien. Les effectifs du Parquet antiterroriste de Paris sont là, les actions sont conduites, les enquêtes sont menées. Le ministre de l'Intérieur accomplit avec beaucoup de sobriété, c'est un exercice difficile, le président de la République incarne le rassemblement du pays. Vous savez, il faut avoir des repères. Le droit, chez nous, n'est pas une convenance, c'est une boussole, et donc il faut savoir garder cette forme de sobriété dans l'instant dramatique que nous vivons et ne pas se livrer à des espèces de courses à l'échalote qui ne me paraissent pas à la hauteur. SAMUEL ETIENNE Jean-Jacques URVOAS vous évoquiez à l'instant les familles endeuillées à Nice. Justement, certaines familles, nous en parlions dans nos journaux ce matin sur Europe 1, certaines familles de victimes de Mohamed BOUHLEL ont décidé de porter plainte parce qu'elles estiment que la sécurité n'était pas assez efficace jeudi soir. JEAN-JACQUES URVOAS On le verra. D'abord il faudra sans doute que des associations naissent, pour qu'elles puissent porter une parole collective. C'est un phénomène normal, ce sont des stratégies légitimes, qu'il y ait à rendre des comptes c'est une évidence, peut-être même le Parlement se saisira-t-il de ces affaires… SAMUEL ETIENNE Il y a une commission d'enquête ? JEAN-JACQUES URVOAS Peut-être, je ne sais pas ; il y a une commission d'enquête qui vient de travailler, qui a rendu déjà un travail, le Parlement en est à sa troisième commission d'enquête sur ce sujet, donc il a aujourd'hui un grand nombre d'expériences. Moi je pense qu'il faut toujours écouter ce qui se dit, analyser, faire… On le fait en permanence, vous savez, sur les textes que nous votons, nous faisons ce que nous appelons du « retex », c'est-à-dire du retour sur expérience. Et par exemple, sur le drame qui nous occupe, est-ce qu'il y a eu des failles dans notre organisme législatif, est-ce qu'il y a des trous qu'il faut combler ? La réponse est à ce stade « non », de l'avis-même des magistrats enquêteurs. SAMUEL ETIENNE On va en parler justement de ces éventuels trous législatifs. Vous êtes un homme discret Jean-Jacques URVOAS, peu enclin aux effets de manches, mais dimanche soir devant votre télévision, devant Nicolas SARKOZY, vous n'avez pas pu vous retenir. Je vous cite, je cite votre tweet : « regarder le JT de TF1 et se dire que le culot finit par remplacer ce qui fut une forme de talent. » JEAN-JACQUES URVOAS Oui, ça me faisait penser à une phrase qui disait que le triomphe de la démagogie est passager, mais les ruines qu'elle laisse sont éternelles. SAMUEL ETIENNE L'ancien président, Nicolas SARKOZY, il est démagogique aujourd'hui ? JEAN-JACQUES URVOAS Le président de la République que fut Nicolas SARKOZY n'a pas été à la hauteur, me semble-t-il, du moment. SAMUEL ETIENNE Nicolas SARKOZY toujours. Il demande, vous le savez sans doute, vous l'avez lu, que les personnes fichées S, présentant un risque de radicalisation, portent un bracelet électronique ou soient placées en centre de rétention. JEAN-JACQUES URVOAS Mais, nous avons déjà étudié plusieurs fois ce texte… SAMUEL ETIENNE Ce n'est pas possible ? JEAN-JACQUES URVOAS Les amendements ont été déposés. Je vous disais tout à l'heure que, si nous rejetons ces amendements, ce n'est pas simplement par foucade ou parce qu'on n'en veut pas, ou parce que ça serait présenté par Les Républicains, parce que tout simplement ce n'est pas compatible avec notre droit. Alors, Nicolas SARKOZY le reconnaît d'ailleurs, il dit « changeons le droit », mais le droit ce n'est pas un confort, le droit c'est une habitude, ce sont des règles, ce sont des références, ce sont des valeurs. Nous avons un Etat qui est balisé par le Conseil Constitutionnel, par la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen, on peut aussi choisir de basculer dans un autre système juridique, mais il ne me semble pas que ce soit, ni la tradition, ni la recherche de l'efficacité. SAMUEL ETIENNE Europe 1 a révélé hier matin la fascination du terroriste de Nice, Mohamed BOUHLEL, pour des images d'ultra violence, notamment les vidéos de Daesh. La loi de réforme pénale permet de punir la consultation des sites incitant à commettre des actes de terrorisme, encore faut-il que les moyens soient mis en place pour détecter les contrevenants, est-ce que vous avez ces moyens, est-ce que demain les Mohamed BOUHLEL pourront être détectés et surveillés ? JEAN-JACQUES URVOAS Il y a 5 mois et 22 jours que je suis garde des Sceaux et le jour où j'ai eu cette responsabilité j'ai dit que je ne serai pas un garde des Sceaux de droit de papier, que les mesures que je prenais sont des mesures qui seraient appliquées et efficaces, et la loi que vous évoquez, que j'ai portée, qui a été promulguée le 3 juin 2016, est une loi qui est accompagnée des moyens, et chaque mesure que nous avons prise est aujourd'hui appliquée. Je vous en donne une qui est en résonance avec l'actualité. Nous avons créé un fichier des personnes qui sont auteurs d'actes terroristes ou de projets terroristes, ça n'existait pas dans le pays, nous l'avons ouvert maintenant le 8 juillet, en une semaine il y a 57 inscriptions dues aux tribunaux. Donc nous travaillons. Quand nous décidons, nous appliquons, et si j'ai fait du budget le principal moteur de mon action c'est parce que je sais que la justice a besoin de personnels et aussi de manière de fonctionner pour pouvoir être utile. SAMUEL ETIENNE Mais je reviens à ces vidéos de Daesh sur Internet, un spécialiste de la cybercriminalité, que nous avons reçu ce matin à 6H45, nous a expliqué que c'était très très facile de se cacher sur Internet et très difficile de remonter jusqu'à ceux qui visionnent ces vidéos. JEAN-JACQUES URVOAS C'est vrai. Alors moi je ne suis pas un spécialiste, mais j'entends effectivement ça, ce qui montre d'ailleurs que l'immédiateté ne peut pas être balayée d'un coup de revers de manche, ce n'est pas parce que l'on constate que l'on arrive à investiguer, de chercher des responsabilités. Vous savez, c'est ce qui fait que la justice apparaît toujours beaucoup trop lente par rapport aux désirs ou par rapport aux besoins. La lenteur ce n'est pas la manifestation d'une impuissance, c'est la manifestation d'une méticulosité qui permet l'efficacité. Mais sur ce terrain médiatique, permettez-moi de vous dire qu'il y a quelque chose qui est différent aujourd'hui d'il y a quelques temps. Ceux qui commettent ces attentats recherchent une notoriété, une gloire, assis sur le sang, et, je ne sais pas à quoi c'est dû, mais je suis heureux que l'on ne voit pas le visage de cet individu, parce qu'il ne faut pas créer des stars, il ne faut « stariser » cela, et donc plus ils appartiendront au passé ou à l'obscur, plus ça sera leur place. Et moi je suis très soucieux du fait que la vitesse médiatique ne doit pas glorifier les actes de l'objection. SAMUEL ETIENNE Nous sommes bien d'accord sur ce point. La reconduction de l'état urgence examinée aujourd'hui à l'Assemblée, dites-nous, pour 3 mois, ou pour 6 mois ? JEAN-JACQUES URVOAS Le gouvernement va déposer un texte qui dit 3 mois, nous aurons le débat au Parlement a dit le Premier ministre. A titre personnel, dans la mesure où dans les 6 mois qui viennent il y aura le 13 novembre, il ne me paraîtrait pas incongru que l'état d'urgence englobe le 13 novembre parce que je crains que cette date anniversaire soit « célébrée » par des individus qui voudraient à nouveau porter des coups et donc autant utiliser les mesures de précaution. SAMUEL ETIENNE Un été chaud que nous sommes en train de connaître, pas seulement au niveau températures, dans les prisons françaises, beaucoup de tensions en ce moment en raison de la surpopulation carcérale. Depuis plusieurs mois le nombre de détenus frôle le record historique de 2014, près de 69.000 détenus pour un peu plus de 58.000 places. Que faites-vous, aujourd'hui ? JEAN-JACQUES URVOAS Malheureusement, d'abord alerter, parce que si les prisons sont pleines c'est pour beaucoup de raisons. SAMUEL ETIENNE Mais ça, l'alerte, on la connaît depuis longtemps et vous n'avez pas découvert ce dossier, je le sais. JEAN-JACQUES URVOAS Non… SAMUEL ETIENNE Est-ce qu'on va construire très rapidement de nouvelles places en prison ? JEAN-JACQUES URVOAS Mais, justement, ça serait tellement plus simple de vous dire oui, on va construire, et en même temps, en construisant, ce n'est pas en quelques mois, ni même en quelques semaines. J'ai été à Basse-Terre dans la prison, assez infâme, qu'il y a en Guadeloupe, à Baie-Mahault, à Ducos, j'étais le septième garde des Sceaux qui venait annoncer qu'on allait reconstruire. Donc je pense qu'en matière pénitentiaire le futur a toujours été mensonger, donc je mesure mes propos. Oui, il faut construire. Sur les maisons d'arrêt d'Ile-de-France il y en a 8, elles sont en état de saturation, 167 % de taux d'occupation, sur la seule Île-de-France il faudrait construire 4300 places. SAMUEL ETIENNE Il faudrait construire, vous ne pouvez pas nous dire, ce matin, nous annoncer un nombre de places qui vont être construites dans les prochaines années ? JEAN-JACQUES URVOAS Non. Je peux vous dire que dans les discussions budgétaires que nous avons, je suis en train de convaincre, mais je n'ai pas beaucoup de mal puisque le président de la République en est convaincu, et le Premier ministre aussi, qu'il faut inscrire dans le budget 2017 des crédits permettant de lancer des constructions. SAMUEL ETIENNE Un dernier petit mot. Vous êtes l'auteur d'un « Manuel de survie à l'Assemblée nationale. » Pour survivre en politique, d'une manière générale, je m'adresse au breton que vous êtes aussi, il faut avoir le pied marin ? JEAN-JACQUES URVOAS Il faut avoir beaucoup de constance, beaucoup de décence, beaucoup de sobriété, et ne pas se laisser emporter par les pulsions et tout ce qui peut être irraisonné. SAMUEL ETIENNE Merci Jean-Jacques URVOAS d'avoir été notre invité ce matin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/349.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/349.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..515ff2c623d280af14860ef949415143fde8dd04 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/349.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, Messieurs, Chers compatriotes, Je suis très sensible à la présence d'Antonio COSTA, le Premier ministre du Portugal, ici, à nos côtés, dans cette ambassade, dans cette circonstance. C'est le premier déplacement après l'attentat qui vient d'avoir lieu à Nice, sur la Promenade des Anglais. Cette visite, qui est celle de l'amitié, avait été annoncée le jour de la Fête nationale du Portugal. C'était à Paris et le Président de la République portugaise ainsi que le Premier ministre portugais étaient venus saluer la communauté portugaise de France et s'adresser à elle, en rappelant tout ce qui nous unissait. J'avais annoncé que j'irai, à mon tour, au Portugal, à Lisbonne, pour rencontrer les autorités portugaises, et aussi vous saluer, vous, communauté française ici, au Portugal. Puis, est arrivé cet acte terrible, monstrueux, sur la Promenade des Anglais, dans la nuit du 14 juillet, au moment où des familles entières, des femmes, des hommes, des enfants se pressaient pour assister au feu d'artifice et ont connu l'horreur. Un camion conduit par un terroriste qui fauche des dizaines de vies, 84 morts, plusieurs centaines de blessés et puis encore des hommes, des femmes et des enfants qui sont entre la vie et la mort. Nous sommes rassemblés ici, la communauté française, au Portugal, parce que le Portugal est un pays ami, un pays qui a été toujours à nos côtés, pour les joies, pour les épreuves. Un pays qui a voulu partager avec la France les mêmes valeurs, valeurs de liberté, de tolérance, de démocratie, qui a aussi lutté pour arracher sa liberté, ce n'était pas si loin. Un pays profondément européen, qui fait beaucoup d'efforts pour respecter les règles, les disciplines de l'Europe, mais qui attend de l'Europe davantage que des procédures. Un pays qui attend d'être porté, comme le nôtre, par un projet qui nous dépasse et par une protection que l'Europe doit apporter. Je veux m'associer à votre peine et à votre chagrin, parce que quand des compatriotes sont touchés, quand des touristes étrangers sont frappés, nous sommes tous, non seulement saisis d'effroi, mais tous concernés. Nous nous posons les mêmes questions légitimes. Pourquoi la France ? Pourquoi le 14 juillet ? Pourquoi cette ville de Nice ? Pourquoi cet individu, qui n'était pas jusque-là connu pour participer, de près ou de loin, à des activités liées au terrorisme, bascule d'un seul coup dans la radicalisation et dans la terreur ? Pourquoi la France ? Parce que c'est la France justement, parce qu'elle porte des valeurs, parce qu'elle a un idéal, un mode de vie, parce qu'elle est attachée pour toujours à la liberté, parce que cela fait partie du fondement même de son existence. Pourquoi le 14 juillet ? Parce que c'est non seulement la fête nationale, mais c'est la fête de tous les pays, de tous les peuples qui aspirent à la souveraineté, à l'indépendance, à la liberté, aux Droits de l'Homme. Pourquoi Nice ? Parce que c'est une ville parmi les plus belles du monde, parce qu'elle reçoit des dizaines de milliers, pour ne pas dire des centaines de milliers de touristes. Parmi les victimes, plus de 18 nationalités ont été recensées. Et pourquoi ? Pourquoi s'attaquer à la France ? Parce que la France lutte contre le terrorisme, contre le fondamentalisme, contre le fanatisme. C'est son honneur, autant que c'est son devoir. Nous le faisons pour notre propre sécurité. Nous le faisons aussi pour l'Europe. Nous le faisons pour le monde. Nous le faisons aussi pour les pays dans lesquels nous intervenons parce que nous avons été appelés. Dois-je dire que c'est au Mali que nous avons eu une opération, parce que ce pays risquait d'être entièrement occupé par les terroristes ? Ensuite, si nous sommes allés en Centrafrique, pour d'autres raisons, et si le Portugal nous a appuyés, c'est pour éviter qu'il puisse y avoir de la barbarie et des populations qui se déchirent entre elles. Si ensuite, nous sommes allés en Irak et en Syrie, si nous intensifions nos frappes aériennes c'est bien pour toucher Daesh parce que cette organisation a décidé de nous frapper ici. Nous frapper comme cela s'est produit au mois de janvier 2015 ou au mois de novembre. Nous frapper par des réseaux, par des organisations, par une préparation méticuleuse d'attentats. Mais nous frapper aussi en appelant à une forme d'action où un individu radicalisé peut utiliser une arme, y compris un camion, pour faire le plus de morts et ainsi participer à cet effroi que le groupe terroriste Daesh veut créer dans notre pays. Alors, dans ce contexte, où la solidarité européenne doit être appelée, comme elle l'avait été d'ailleurs le 13 novembre et les jours qui avaient suivi, je remercie tous les pays qui nous ont apporté leur concours, parce que l'Europe, ce n'est pas simplement un marché, une monnaie, l'Europe, c'est un esprit et c'est aussi une défense. Défense qui doit être d'ailleurs renforcée, ce sera une des leçons que nous aurons à tirer du Brexit et l'impulsion que nous aurons à donner. Mais mon rôle, ma responsabilité, mon devoir, c'est de protéger les Français. Vous êtes ici, au Portugal, mais vous êtes liés à la France parce que vous êtes citoyens français et vous avez de la famille qui aspire à être protégée dans sa vie quotidienne, comme vous l'êtes ici. Nous devons assurer, je dois assurer la protection du pays. Après le 13 novembre, j'avais pris la décision très lourde d'instaurer l'état d'urgence. Il a été prolongé jusqu'au 26 juillet et nous aurons encore à le prolonger. J'avais demandé qu'une loi puisse être votée nous donnant dans notre arsenal pénal tous les moyens d'agir pour des actions sous l'autorité des préfets, de l'autorité administrative mais également pour que les juges et les procureurs puissent intervenir ; pour que nous puissions fermer un certain nombre de sites propagandistes, ils l'ont été ; pour que des mosquées qui entretiennent la radicalisation puissent être fermées, elles l'ont été ; pour qu'un certain nombre d'individus puissent être renvoyés, ils l'ont été ; pour qu'il y ait des perquisitions, pour qu'il y ait des assignations à résidence, tout cela a été engagé, tout cela devra être poursuivi, pour protéger nos concitoyens. Nous avons voté deux lois antiterroristes et une loi sur le renseignement. Ce que je voulais, et j'espère que le Parlement va l'adopter dans les prochaines heures, c'est que l'état d'urgence puisse être prolongé et renforcé à un très haut niveau. Je voulais aussi maintenir l'opération Sentinelle. C'est-à-dire des milliers de militaires qui s'ajoutent à des policiers et à des gendarmes pour assurer, autant qu'il est possible, partout, la protection de nos concitoyens. Puis, nous allons faire appel à ce que l'on appelle la réserve opérationnelle, à tous ceux qui peuvent, par un acte de volontariat, parce qu'ils ont reçu la formation nécessaire, se joindre à ces forces-là. Nous avons déjà je veux saluer cet acte patriotique de nombreuses personnes qui se sont immédiatement signalées pour prendre leur part dans cette réserve opérationnelle. Avec la formation qu'ils ont déjà reçue ou qu'ils auraient à compléter, pouvoir les mettre à disposition de nos forces de sécurité. Je dois assurer cette protection même s'il y aura toujours des risques. Comment pourrait-il ne pas y en avoir ? Qui peut imaginer que malgré le déploiement d'autant de forces et de moyens, il n'y aura pas toujours une menace ? La menace, elle est là. C'est parce qu'il y a une menace et qui vient de l'extérieur que nous avons aussi à intensifier nos actions. J'avais, le 14 juillet -avant même que ne se produise cet acte monstrueux, sur la Promenade des Anglais- annoncé que nous allions renforcer notre appui aux Irakiens, pour la reconquête d'une ville, Mossoul, qui est un des repères des djihadistes de Daesh. Nous faisons aussi en sorte qu'en Syrie, notamment pour la prise de Raqqa, nous puissions appuyer, autant qu'il est possible. En Irak, nous ferons en sorte, et en ce moment même, le ministre des Affaires étrangères français et le ministre de la Défense sont à Washington avec leurs homologues, de déterminer quel va être l'appui que nous allons apporter pour porter autant de coups et, à un moment, un coup fatal aux terroristes de Daesh, à cet Etat islamique. Voilà ce que nous devons faire à l'intérieur et à l'extérieur. Mais nous sommes la France, la France avec ses principes, son organisation, son mode de vie, sa volonté de ne rien céder. Est-ce que nous allons abandonner les rassemblements ? Est-ce que nous allons cesser de faire en sorte que notamment, dans la période estivale, nous puissions avoir de la culture, du sport, du loisir ? Est-ce que nous allons empêcher nos compatriotes et tous les touristes qui viennent du monde entier visiter la France qui est la première destination touristique au monde ? Est-ce que nous allons fermer nos frontières complètement ? Empêcher de vivre ceux et celles qui aspirent aux loisirs, à la liberté, au repos ? Tout contrôler, tout surveiller ? Je salue ici les forces de sécurité : militaires, policiers, gendarmes et tous ceux qui viendront en renfort. Je salue les policiers municipaux qui vont faire un travail considérable, notamment dans les villes touristiques. Je fais appel à la vigilance de tous nos concitoyens. Et en même temps, parce que je suis chef de l'État, je dois dire aux Français qu'ils doivent vivre et montrer cette capacité de résistance, cette conviction que nous sommes la France et que nous ne mettons pas un genou à terre alors même que l'on veut nous frapper et qu'il y a du sens à défendre nos libertés. Nous nous protégeons et, en même temps, nous protégeons nos libertés. Que voudrait dire, que signifierait être la France si nous cédions à nos libertés, à nos principes, à notre ordre constitutionnel et à commencer par la Constitution française avec ses principes ? Certains nous disent : « Mieux vaudrait ne plus avoir d'État de droit et être en en sécurité. » Mais nous n'aurions alors ni la sécurité ni l'État de droit et nous aurions toujours le terrorisme. Que cherche le terrorisme ? Il cherche à nous diviser, à nous séparer, à nous opposer, à susciter la haine, la suspicion, la querelle, la vindicte. Nous savons que ce sont des ferments qui existent dans toute société humaine et notamment la nôtre, forcément la nôtre. Alors, ce qui doit être plus fort que tout, c'est la France, ce sont les Français malgré la douleur, malgré l'épreuve je pense aux familles malgré tout ce que nous ressentons, tout ce que nous rejetons, tout ce que nous devons faire, y compris pour assurer notre sécurité et les interventions à l'extérieur. C'est le sens aussi de la prolongation de l'état de l'urgence et du renforcement d'autres dispositions législatives, c'est le sens aussi de l'intervention de nos armées. Tout ce que nous devons faire, nous devons le faire pour la France, pour assurer la permanence de ce qu'elle représente aux yeux du monde. Je suis au Portugal, un pays avec lequel nous sommes liés, je l'ai dit, par l'Histoire, par la langue. Ici, avec le Président portugais tout à l'heure puis avec le Premier ministre, nous parlions en français. À croire que c'était la langue officielle. Je crois comprendre que ce n'est pas le cas et je ne demande pas que cela le soit, même en signe de l'amitié. Mais voilà, il s'agit d'un pays qui veut parler notre langue parce qu'il nous aime, parce qu'il regarde la France, parce qu'il attend la France aussi. Le Portugal a fait beaucoup d'efforts pour rester dans la zone euro, avait fait des efforts aussi pour venir dans l'Europe. Le Portugal attend de nous que nous soyons à ses côtés. Je vous l'assure, nous le serons. Vous l'êtes, vous, communauté française, et je voulais vous en remercier. C'est pourquoi je tenais à ce qu'il y ait cette rencontre, même pour cette visite qui a été écourtée compte tenu des circonstances, pour vous exprimer ma gratitude parce qu'ici, vous faites flotter bien plus que le drapeau français, vous faites en sorte que la France puisse être représentée. D'abord par l'éducation, je salue ici les personnels des lycées qui font beaucoup pour la langue, pour la culture, pour l'éducation, pas simplement pour nos compatriotes français mais pour tous ceux qui sont accueillis dans les établissements. Je salue toutes celles et tous ceux qui se dévouent pour la culture française, pour les arts, pour tout ce qui contribue aux modes de vie, y compris la gastronomie française qui est bien représentée ici, au Portugal. Je remercie tous ceux qui contribuent à ce que beaucoup de touristes français viennent ici, au Portugal, plus d'un million. Je salue aussi tous ceux qui favorisent les investissements de toutes sortes : économiques, parfois même immobiliers si j'ai bien compris. Je fais confiance à tous ces Français pour que, contribuant à l'activité au Portugal, ils contribuent eux aussi à l'activité en France, parce que nos sorts sont liés. Je vous remercie pour tout ce que vous faites au nom des entreprises françaises. Une entreprise française est installée depuis près de 100 ans, AIR LIQUIDE, ici, au Portugal. Il y en a maintenant 700. 30 % le sont depuis quelques années seulement. Merci à tous les salariés, tous les dirigeants, les cadres de ces entreprises que vous êtes, qui contribuent justement à ce que l'économie portugaise puisse se redresser et l'économie française puisse confirmer sa reprise. Merci à tous d'avoir été là dans les moments d'épreuve. Merci à tous d'avoir confiance, d'avoir confiance dans l'avenir, d'avoir confiance dans votre pays, d'avoir confiance dans ce que nous essayons de porter ensemble en Europe. C'est-à-dire un message de fermeté il le faut un message de solidarité elle est nécessaire mais aussi un message d'espérance parce que si nous avons hérité de la paix des générations qui nous ont précédés, nous sommes devant des défis. Celui du terrorisme est sans doute l'un des plus grands, il se nourrit de l'instabilité des crises autour de nous. Dans nos générations qui avaient pensé -peut-être trop rapidement- que nous ne pourrions connaître qu'un environnement de paix, de stabilité, de tranquillité, surtout après l'effondrement du Mur de Berlin, il nous faut regarder la réalité en face comme je la regarde depuis plusieurs années. Il y a une part de tragique dans l'Histoire. Il y a une part de défi qui s'adresse chaque fois à une génération. C'est la nôtre qui est concernée. Est-ce que nous serons capables d'être ensemble, unis, forts ou est-ce que nous allons connaître la discorde, la désunion et puis, finalement, la dislocation ? Cela vaut pour la France, cela vaut pour l'Europe. Le Royaume-Uni a décidé de partir. Nous essaierons d'avoir le meilleur rapport avec le Royaume-Uni dans le cadre des négociations qui vont s'ouvrir mais nous, Européens, nous devons continuer notre marche et donc nous devons faire en sorte que ce soit notre unité, unité ici pour l'Europe, unité en France. Merci d'être, en tant que citoyens français, partie prenante de l'unité indispensable en France et de l'union que nous voulons pour l'Europe. Vive la République, vive la France, vive l'amitié entre la France et le Portugal ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/350.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/350.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..58d6e58fd8c1483d4c4014a254a74e5a76c75605 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/350.txt @@ -0,0 +1 @@ +ALEXIS MOREL L'invité de France info est donc ministre de l'Agriculture, porte-parole du gouvernement. Bonjour Stéphane LE FOLL... STEPHANE LE FOLL Bonjour. ALEXIS MOREL L'Assemblée a donc voté cette nuit une quatrième prolongation de l'état d'urgence, six mois, est-ce qu'on en sortira un jour de cet état d'urgence ? STEPHANE LE FOLL Oui, un état d'urgence ce n'est pas un état permanent, c'est justement parce qu'il y a une menace qui est là, qui est exceptionnelle, qu'on essaie de trouver des parades, qu'on met en place des outils, qu'on donne des moyens pour lutter contre ce terrorisme qui nous frappe aujourd'hui, donc l'état d'urgence n'a pas vocation à être un état du quotidien. ALEXIS MOREL Mais on a quand même l'impression d'un piège, une fois qu'on y est entré dans cet état d'urgence c'est comme si on ne pouvait plus en sortir par crainte des réactions de l'opinion ? STEPHANE LE FOLL Par crainte des réactions de l'opinion, par les faits aussi, ce qui s'est passé à Nice nécessite qu'on prenne là aussi des mesures, il faut qu'on reste en même temps dans le cadre de la Constitution, des principes de la République et c'est pourquoi l'état d'urgence c'est une mesure spécifique, c'est un outil - et ce n'est pas le seul - pour lutter contre le terrorisme ça va de soi. Il faut que ce que nous avons mis en place, en particulier les services de renseignement et les postes qui se sont créés, la formation qui est en cours de tous ces hommes et femmes qui vont aller ensuite à la recherche des informations, tout ça se met en oeuvre. Je l'ai dit, c'est un filet dont les mailles se resserrent au fur et à mesure, on essaye d'être de plus en plus performants pour éviter de laisser passer ou de laisser échapper des terroristes qui, comme vous l'avez constaté, se déclarent en quelques semaines, quelques mois, sans qu'on ait pu les repérer. ALEXIS MOREL Six mois au lieu de trois c'est pour calmer la droite, calmer les critiques de l'opposition ? STEPHANE LE FOLL C'est une manière de dire que le gouvernement est tout à fait capable d'écouter ce que ce qui est proposé, il n'est pas là pour chercher le conflit ni le débat pour le débat, on est là pour essayer de trouver ensemble des solutions, de garder l'unité et la cohésion dans ce pays, donc s'il y avait des propositions qui venaient de l'opposition, des Républicains, qui cherchaient à trouver les bonnes formules et puis un accord qui soit large devant les Français. On a plus que jamais intérêt à montrer un minimum de cohésion et d'unité et, d'ailleurs, on ne peut que regretter et profondément regretter - un certain nombre de propos, je voyais que Christian ESTROSI continuait encore aujourd'hui à être dans la critique sans objet. ALEXIS MOREL Vous en parliez tout à l'heure, sur le cas de ce tueur de Nice, est-ce qu'il n'est pas allé un peu trop vite en besogne François HOLLANDE en parlant dès vendredi matin de terrorisme islamiste parce que depuis on se rend bien compte que le profil du tueur est un peu plus complexe que cela quand même ? STEPHANE LE FOLL Oui, le profil du tueur je l'ai dit tout à l'heure c'est quelqu'un qui va basculer en très peu de temps vers le terrorisme et ce basculement se fait sur quelles bases ? Sur les bases de ce que revendique Daesh, c'est ça qui fait à la fois la difficulté de pouvoir repérer ces moments et ce basculement, mais, en même temps, qui fait qu'il y a un lien entre cet individu dont on apprend bien sûr qu'il n'était ni pratiquant, ni musulman, qu'il était même avec... ALEXIS MOREL Radicalisation express on peut vraiment y croire, c'est crédible comme thèse ? STEPHANE LE FOLL Mais ce n'est pas radicalisation express c'est un moment de basculement qui se fait, oui, dans un temps qui a été extrêmement court. ALEXIS MOREL Toute autre chose, même si c'est lié avec Daesh, plusieurs médias affirment ce matin que deux soldats français des Forces Spéciales sont morts en Libye, vous pouvez nous le confirmer ? STEPHANE LE FOLL Oh ! J'ai vu cette information, je l'ai lue comme tout le monde, je ne confirme rien. Jean-Yves LE DRIAN est à Washington, il prépare avec les Américains une attaque coordonnée des forces de la coalition contre Mossoul... ALEXIS MOREL Mais la France mène des opérations secrètes en Libye ? STEPHANE LE FOLL Mais les Forces Spéciales sont là bien sûr pour aider et puis faire en sorte que la France soit présente partout pour lutter contre les terroristes. Alors après moi je ne confirme pas cette information, elle a été donnée ce matin, je n'ai pas à la confirmer puisque je n'ai pas pu appeler Jean-Yves LE DRIAN ni été prévenu de cette information que vous avez ce matin annoncée. ALEXIS MOREL La loi Travail, elle, elle repasse en dernière lecture à l'Assemblée cet après-midi, là encore très probable 49.3 pour la troisième fois, là encore on ne peut pas faire autrement ? STEPHANE LE FOLL Eh bien, écoutez, quel est le sujet ? Si on pouvait faire autrement, qu'est-ce qui se passe comme problème ? C'est qu'avec la droite une partie, une partie, des députés et en particulier socialistes - décident de s'opposer à un texte du gouvernement, donc la somme entre les députés de droite + une partie de socialistes peut faire une majorité alternative contre le texte du gouvernement, donc on est obligés d’utiliser le 49.3. Mais au fond, par rapport à cette est loi, je voudrais que ce matin chaque auditeur qui m'écoute réfléchisse bien à ce que je vais dire, je viens de me rendre compte que et tous les Français l'ont entendu - qu'un accord a été signé chez PSA PEUGEOT CITROEN, accord entre la direction et les syndicats, sur les aménagements du temps de travail, sur les objectifs d'investissement, sur le salaire, accord qui a été signé par pratiquement tous les syndicats - dont le syndicat FO - le même syndicat qui a fait campagne et manifestations pour le retrait du texte signe un accord d'entreprise. Qu'est-ce que c'est que le débat que nous avons eu depuis le début sur la loi Travail, si ce n'est le fameux débat sur l'article 2 entre la branche d'un côté et l'entreprise de l'autre, dans le même temps où dans la réalité tous les jours il y a des accords d'entreprise qui se signent et celui de PSA avec la signature de FO - et la CGT d'ailleurs en signe aussi 80 % - cette loi ça vise à donner un cadre à la négociation d'entreprise. ALEXIS MOREL Justement, une fois qu'elle sera adoptée cette loi, quel est le calendrier d'application, on le sait déjà ? STEPHANE LE FOLL Le plus rapide possible ! Le plus rapide possible, parce qu'on voit par exemple que dans l'accord de PSA sur à la fois l'ensemble des éléments de conditions de travail qui ont été négociés par les syndicats et les objectifs de l'entreprise c'est fait pour créer de l'emploi derrière et investir, c'est 100 millions d'euros derrière d'investissement. ALEXIS MOREL Stéphane LE FOLL, ministre de l'Agriculture, porte-parole du gouvernement et invité politique de France info ce matin, merci à vous. STEPHANE LE FOLL Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/351.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/351.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..595b2d6fc711c840fdf5428d9c371684a53520b5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/351.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle la discussion, après engagement de la procédure accélérée, du projet de loi, adopté par l'Assemblée nationale, prorogeant l'application de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence (projet n° 803, texte de la commission n° 805, rapport n° 804). Comme je l'ai annoncé en conférence des présidents, nous voterons, à ma demande, par scrutin public sur l'ensemble de ce projet de loi, conformément à l'article 60 de notre règlement. Dans la discussion générale, la parole est à M. le Premier ministre. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain, du groupe écologiste et du RDSE.) M. Manuel Valls, Premier ministre. Monsieur le président, monsieur le président de la commission des lois, monsieur le rapporteur, mesdames, messieurs les sénateurs, hier soir, ou plutôt de bonne heure ce matin, j'étais devant vos collègues députés. Et je suis, cette après-midi, devant vous, avec un même objectif : continuer de prendre toutes les mesures qui s'imposent face au terrorisme islamiste. Le 14 juillet dernier, il a frappé de nouveau la France. Il a frappé Nice. Bien sûr, nous pensons tous aux victimes, à leurs proches. Nous pensons aux blessés, à ceux qui luttent encore pour la vie. Sur place, au lendemain du drame, et lundi, lors de la minute de silence, j'ai vu des visages pleins de douleur, des yeux pleins d'une peine immense. J'ai entendu des interrogations. J'ai également entendu la colère. J'ai ressenti cette attente, partagée par tous nos compatriotes vous la connaissez et vous l'entendez également, une attente de protection face à cette menace si lourde qui pèse depuis plusieurs mois maintenant sur notre pays. La France est visée parce qu'elle est une grande démocratie, qui porte des valeurs universelles. Elle est visée parce que nous assumons nos responsabilités de grande puissance, en engageant nos forces armées au Sahel et au Levant pour anéantir les groupes djihadistes. Et je veux, monsieur le président du Sénat, rendre à mon tour hommage à nos trois militaires qui viennent de tomber en opération sur le sol libyen. La France est visée parce qu'elle est ce pays si particulier, laïc, certes, mais qui compte aussi des millions de citoyens de religion ou de culture musulmane. Et c'est précisément ce modèle républicain et laïc que les fanatiques ne supportent pas et qu'ils voudraient faire voler en éclats. Toutefois, la France, parce qu'elle est la France, parce qu'elle a un peuple courageux, ne peut pas et ne se laissera pas déstabiliser. Nous tiendrons ! Et nous mènerons jusqu'au bout la guerre qui nous a été déclarée, pour la gagner. C'est un fait : même s'il garde encore des positions fortes, l'État islamique perd du terrain en Irak et en Syrie grâce à l'offensive de la coalition ou des coalitions. Et c'est précisément parce qu'il est sur le reculoir que l'État islamique intensifie ses appels à répandre la mort. Nous l'avons vu il y a deux jours en Allemagne, avec cette attaque dans un train en Bavière. Nous l'avons vu, ces derniers temps, en Belgique, aux États-Unis, bien sûr, mais aussi au Bangladesh, au Cameroun, en Arabie Saoudite, en Irak, en Turquie, pour ne citer que les attentats les plus récents. Tous ces actes de barbarie soulignent combien la menace est élevée, plus élevée que jamais, car elle peut prendre des formes multiples, et c'est bien le grand défi. Il y a ces attaques coordonnées et planifiées par des donneurs d'ordres depuis les sanctuaires irakiens ou syriens, mais il y a aussi c'était le cas à Magnanville, comme ce fut le cas à Nice des attaques menées par des individus plus ou moins autonomes qui se radicalisent, parfois très rapidement, que nos services ne connaissent pas tel l'individu qui a agi à Nice, en ayant accès au matériel idéologique diffusé sur les réseaux sociaux par la machine de propagande djihadiste. Cette « troisième génération » du djihadisme est facile à mettre en œuvre, mais extrêmement difficile à combattre, car les individus sont particulièrement difficiles à identifier et à débusquer. Nos services de renseignement et nos forces de sécurité font face à un immense défi. Et ceux qui promettent des solutions miracles au terrorisme, ceux qui laissent entendre, ce qui est plus indécent encore, que tout n'a pas été fait, commettent une faute lourde. Ils mentent aux Français, exploitent les peurs, sèment les divisions au moment même où nous devons être unis, soudés et faire bloc ! Mesdames, messieurs les sénateurs, nous devons la vérité à nos concitoyens. La vérité, c'est que, à ce jour, quelque 2 147 ressortissants français ou étrangers résidant en France sont connus pour leur implication dans les filières syro-irakiennes. Quelque 680 adultes, dont un tiers de femmes, sont présents sur place ; 179 individus sont en transit dans un pays tiers pour rejoindre la zone des combats ou en revenir et 203 sont revenus sur le territoire français. Je l'ai dit hier encore à l'Assemblée nationale, cette question du retour des individus partis se battre au Proche-Orient constitue un défi considérable pour la France, pour l'Europe, bref, pour tous les pays concernés par ces terroristes. La vérité que nous devons à nos concitoyens, c'est également que le risque zéro n'existe pas et n'existera jamais. La vérité, la dure vérité à laquelle nous devons être préparés, c'est que le terrorisme islamiste essaiera à nouveau de frapper et qu'il y aura à nouveau cela me coûte de le dire ainsi des innocents tués. Bien sûr, et j'y reviendrai, tout est fait et tout doit être fait pour empêcher ces attentats. Néanmoins, c'est à cette réalité que nous sommes confrontés. Dire cela, c'est non pas céder au fatalisme, mais être lucides sur le combat qui est devant nous et que nous devons livrer, lucides également sur les moyens que nous devons mobiliser et les dispositifs que nous devons déployer. L'état d'urgence en est un. Il me paraît avoir montré son efficacité depuis le 14 novembre dernier. Au cours des derniers mois, 3 594 perquisitions administratives ont donné lieu à l'ouverture de près de 600 procédures judiciaires. Elles ont permis également, vous le savez ces chiffres ont déjà été donnés par le ministre de l'intérieur la saisie de 756 armes, dont 75 armes de guerre. Les assignations à résidence ont renforcé la vigilance autour d'individus potentiellement dangereux : 77 sont encore concernés à ce jour. Parce qu'il pourrait pousser d'autres individus, par simple mimétisme, à passer à l'acte, l'attentat de Nice, inédit par son ampleur et son mode opératoire, impose une nouvelle prorogation de l'état d'urgence, la quatrième. Vos collègues députés l'ont votée pour une durée de six mois à une très large majorité, conservant comme périmètre géographique le territoire métropolitain et les départements d'outre-mer. Il vous appartient à présent de faire de même je vous y invite, bien sûr et de voter cette prolongation, avec une ampleur semblable à celle qu'elle a recueillie hier. Les Français attendent ce message fort de leurs représentants. Lors de la dernière prolongation, nous n'avions pas inclus les perquisitions administratives, tout simplement parce que la plupart des lieux identifiés avaient déjà fait l'objet d'investigations. Au regard du terrible et abject attentat de Nice, le texte qui vous est présenté prévoit de les autoriser à nouveau. Ces perquisitions ont, en effet, un très grand intérêt opérationnel. Elles permettent, tout d'abord, d'engager des procédures judiciaires. Elles jouent, ensuite, un rôle dissuasif. Elles permettent, enfin, grâce à une levée de doutes, de concentrer l'attention et les moyens sur les individus les plus dangereux. Tout en rétablissant les perquisitions administratives, ce projet de loi entend accroître leur efficacité, d'abord grâce à la définition d'un cadre pour la saisie et l'exploitation de données contenues dans les ordinateurs ou les téléphones. Cette adaptation de la loi de 1955 vient après la décision du Conseil constitutionnel du 19 février dernier, lequel avait censuré, faute de garanties légales suffisantes, la disposition de la loi relative à la copie de données informatiques. Ces garanties sont aujourd'hui apportées, aussi bien sur la nature des éléments saisis, puis exploités, que sur la procédure permettant ces saisies et exploitations. L'efficacité accrue des perquisitions administratives, c'est également la possibilité qui est ouverte de procéder immédiatement à une perquisition dans un autre lieu fréquenté par la personne visée, ce que l'on appelle le « droit de suite ». L'état d'urgence, mesdames, messieurs les sénateurs, est un dispositif efficace pour lutter contre le terrorisme, désorganiser les filières, traquer les individus, les empêcher de passer à l'acte. C'est un dispositif qui s'inscrit pleinement dans notre État de droit, puisque la justice administrative et le Parlement continueront de contrôler étroitement toutes les mesures mises en œuvre. Ce matin, votre commission des lois a validé cette prorogation et votre rapporteur, Michel Mercier, a introduit de nombreuses modifications. Vous le savez, le Gouvernement est prêt à étudier toutes les mesures qui permettent de renforcer l'efficacité de notre lutte antiterroriste, dans le respect de l'État de droit. De mon point de vue, la rétention de sûreté sort évidemment de ce cadre. Il y a, de toute façon, une ligne infranchissable. Elle guidera le Gouvernement dans les échanges que nous allons avoir avec vous et dont je ne doute pas un seul instant qu'ils seront constructifs. L'état d'urgence vient renforcer la stratégie globale de lutte contre le terrorisme qui est mise en œuvre depuis quatre ans il nous fallait en effet tirer les leçons des attentats de Montauban et de Toulouse. Oui, je l'avoue avec humilité celle-ci s'impose à tous, notre dispositif est sans doute encore perfectible, parce que l'ennemi est redoutable, qu'il s'adapte en permanence, et qu'il est opportuniste. Toutefois, ce que je sais je le dis à chacun d'entre vous, c'est que beaucoup a été fait. Et avec le Président de la République, les ministres de l'intérieur, de la défense, de la justice, nous serons toujours là avec votre soutien, je n'en doute pas pour défendre le travail de nos policiers, de nos gendarmes, de nos militaires, de nos magistrats. Tous agissent sur le terrain, pour la sécurité de nos compatriotes, et avec quel engagement et quel courage ! Je l'ai encore constaté ces derniers jours à Nice, avec le ministre de l'intérieur. Bien sûr, il faut toujours aller au fond des choses, tirer les enseignements de nos échecs et répondre aux questions légitimes de nos concitoyens. Néanmoins, je veux le dire une bonne fois pour toutes, parce que je pense qu'il faut parler avec franchise, sans cacher la vérité : dans un tel moment, quand on est un élu de la République, on ne joue pas à mettre en cause la parole publique, on ne joue pas à jeter le discrédit sur nos forces de l'ordre, on ne joue pas à souffler sur les braises des populismes et de la discorde. Et cela moins encore quand on a été élu par un front républicain et pour la concorde entre les citoyens ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain et du groupe écologiste.) Le ministre de l'intérieur a répondu très clairement sur les effectifs mobilisés à Nice le soir du 14 juillet dernier. Ces réponses, nous les devons aux Niçois, aux familles des victimes et à leurs proches. Aux côtés des policiers municipaux, dont nous connaissons tous ici l'utilité pour la protection de nos concitoyens je veux bien sûr saluer ceux de Nice, il y avait 185 policiers nationaux et 20 militaires de l'opération Sentinelle. Sur la Promenade des Anglais, meurtrie, les policiers nationaux étaient entre 64 et 92 en fonction des créneaux horaires. Ces effectifs sont conformes à ce qui avait été annoncé et à ce qui avait été acté entre l'État et la ville. C'est la raison pour laquelle je pense qu'il faut dépasser ces polémiques. Une fois encore, nous avons besoin d'unité, non pour le plaisir des mots, non pour faire taire le débat ou mettre un terme au questionnement : l'unité doit être une partie intégrante de notre stratégie de lutte, précisément parce que le terrorisme cherche la discorde. Depuis quatre ans je l'ai souvent dit à cette tribune, comme ministre de l'intérieur, puis comme Premier ministre, nous menons une stratégie cohérente. Celle-ci est mise à l'épreuve et exposée au questionnement, notamment des parlementaires. Cette stratégie vise à agir sur notre sol, contre les « ennemis de l'intérieur » c'est ainsi que je les avais appelés en novembre 2012, lorsque je présentais le premier projet de loi du quinquennat contre le terrorisme. Elle vise à agir, aussi, contre l'ennemi extérieur, sur les théâtres extérieurs. Tout est lié. C'est un même et unique combat. C'est d'ailleurs pour cela que, sur un autre front, dès janvier 2013, le chef de l'État a décidé d'engager nos forces au Mali. Elles continuent leur mobilisation dans le cadre de l'opération Barkhane. C'est pour cela, aussi, que nous sommes engagés en Irak depuis 2014 et en Syrie depuis septembre 2015. Nos avions frappent quotidiennement les positions de l'État islamique, de Daech déjà près de 800 frappes depuis septembre 2014. Notre armée de terre et les forces spéciales soutiennent les opérations sur le sol irakien. Nous allons encore amplifier nos actions, en appuyant davantage les Irakiens pour la reconquête de Mossoul. Une réunion importante des membres de la coalition se tient d'ailleurs aujourd'hui mercredi et se prolongera demain à Washington. Les ministres de la défense et des affaires étrangères y participent. Nous allons amplifier nos actions en déployant de nouveau sur zone, à l'automne prochain, le groupe aéronaval, avec le porte-avions Charles-de-Gaulle. Notre stratégie a visé, de surcroît, au renforcement de notre cadre législatif. Je veux dire à ce propos que ce débat de la stratégie globale me paraît être l'un des plus pointus, des plus indispensables. Vous avez été amenés à voter cinq textes, qui ont donné à nos services tous les moyens d'agir. Une première loi antiterroriste, adoptée ici en première lecture à une très large majorité en décembre 2012, permet de juger des Français partant faire le djihad à l'étranger – ce sont quelque 300 procédures judiciaires contre 1 200 de nos ressortissants qui ont été ouvertes. Adoptée quelques semaines avant les attentats de janvier 2015, la deuxième loi antiterroriste de novembre 2014, portée par Bernard Cazeneuve, a notamment créé le « délit d'entreprise terroriste à caractère individuel », ainsi que la possibilité de procéder au blocage et au déréférencement des sites qui font de la propagande terroriste sur internet. À cela s'ajoute une loi de juin 2016, visant à mieux lutter contre le terrorisme et la criminalité organisée, qui a déjà pris effet et qui répondait à une proposition de loi portée par MM. Philippe Bas et Michel Mercier. Enfin, dans le domaine du renseignement, un sujet sur lequel aucun gouvernement n'avait osé légiférer depuis plus de vingt ans, deux lois ont été votées en juillet et en novembre 2015. La loi Savary de mars 2016 a par ailleurs renforcé le niveau de sécurité dans les transports. M. Alain Fouché. On attend toujours les décrets d'application ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Vous avez raison, monsieur le sénateur, il faut bien évidemment que les lois s'appliquent. M. Bruno Sido. Cela traîne ! M. Roger Karoutchi. Les Français s'impatientent ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Je prête, comme vous, une attention particulière à la mise en œuvre des décrets d'application. Nous reviendrons au cours du débat sur cette question des transports, qui est tout à fait essentielle. Notre stratégie de lutte contre le terrorisme consiste aussi à augmenter les moyens matériels, technologiques et humains. En l'espace de cinq ans, près de 9 000 postes supplémentaires auront été créés dans la police et la gendarmerie, dont 2 100 pour les services de renseignement. Nous aurons également créé 7 000 emplois dans la justice et 1 000 dans les douanes. Parce que la présence sur le terrain est essentielle, 10 000 militaires resteront déployés dans le cadre de l'opération Sentinelle. Ils rempliront deux missions principales : le contrôle des flux aux frontières, dans les gares, les aéroports et la sécurisation des grands rassemblements estivaux. Hier, à Avignon, Bernard Cazeneuve et Jean-Yves Le Drian ont eu l'occasion de le rappeler. Par ailleurs, la gendarmerie et la police vont activer leur réserve opérationnelle de premier niveau. Ce sont quelque 15 500 volontaires que les préfets pourront mobiliser pour soulager pendant ces mois d'été les forces de sécurité, dont nous connaissons l'engagement, mais aussi parfois la fatigue. Il y a, au-delà de la question des effectifs, le sujet des structures et des moyens. Dans ce cadre, nous avons créé la DGSI, la Direction générale de la sécurité intérieure, et renforcé son indispensable complémentarité avec le Service central de renseignement territorial, le SCRT. Nous savons, notamment après la suppression des Renseignements généraux, combien il est essentiel de pouvoir capter ce que l'on appelle les « signaux faibles » sur le terrain. Bien sûr, on peut toujours réfléchir aux moyens d'améliorer les dispositifs en place. Aucun débat, par principe, n'est interdit. Toutefois, comme le ministre de l'intérieur l'a très justement souligné, il faut éviter des restructurations à répétition, surtout dans les périodes où les services doivent faire face à une charge de travail et à une pression sans précédent. En matière de renseignement, il faut de la continuité dans les méthodes de travail et de la stabilité. Il faut, surtout, que les personnels des services se concentrent sur l'essentiel : la détection et le suivi des terroristes. Les structures et les moyens, ce sont aussi l'état-major opérationnel de prévention du terrorisme, pour coordonner le suivi des individus radicalisés, le schéma d'intervention des forces spécialisées, la modernisation du matériel des équipages qui interviennent les premiers sur les lieux d'un attentat, avec des armements et des protections adaptées, afin d'assurer leur propre sécurité et de pouvoir neutraliser les terroristes. Tous ces débats, nous les avons eus, et les décisions ont été prises, notamment après l'attentat du Bataclan. En tout, ce sont quelque 233 millions d'euros qui ont été affectés à nos services pour leur permettre de mieux faire face à la menace terroriste. Notre stratégie, c'est aussi bien sûr le renforcement de la lutte antiterroriste au niveau européen. Nous avons obtenu des avancées décisives : PNR ou Passenger Name Record européen, création d'un corps de garde-frontières, plan de lutte contre les armes à feu. Là encore – il y va d'ailleurs de la crédibilité de l'Europe, il faut que les décisions s'appliquent réellement et rapidement sur le terrain. Enfin, notre stratégie est de lutter contre la radicalisation, ce mal profond qui est à l'œuvre dans notre société. C'est incontestablement le principal défi et le plus difficile à relever. Le constat, j'ai déjà eu l'occasion de le dresser devant vous : l'idéologie mortifère de Daech séduit sur fond de rupture totale avec la République, de perte de sens de nos sociétés, mais aussi, bien sûr, de désespérance sociale. Sortons des clichés : toutes les franges de la population sont concernées. Bien sûr, nos quartiers populaires sont touchés. C'est là, en premier lieu, que les prêcheurs de haine mènent leur entreprise funeste d'embrigadement. C'est là, en premier lieu, que le salafisme fait le plus de ravages. C'est là, en premier lieu, qu'il doit être combattu. Et l'islam de France a ici un énorme rôle à jouer, avec notre soutien, mais en prenant aussi clairement ses responsabilités. Monsieur le ministre de l'intérieur, l'instance de dialogue que vous avez mise en place participe de ce travail, qui demande une mobilisation de tous. De ce point de vue, nous devons aussi protéger nos compatriotes musulmans, qui font aujourd'hui office de boucs émissaires et sont désignés comme les responsables de cette situation. Les mots haineux et racistes que l'on a entendus ces derniers jours sont inacceptables : nous devons donc les combattre avec la plus grande détermination. Cela dit, le djihadisme recrute partout, sur tous les territoires et dans toutes les couches sociales : il recrute parmi les Français de confession et de culture musulmanes comme parmi les jeunes convertis, parmi les hommes comme parmi les femmes. Voilà le défi immense que nous devons affronter, un défi qui dépasse la seule réponse sécuritaire. Nous devons ramener vers la République tous ceux qui s'en éloignent. Nous devons les faire adhérer à son projet et à ses valeurs en traduisant davantage la République dans les faits et en leur opposant, non pas un seul, mais bien plusieurs puissants contre-discours. Il faut porter la contradiction. Il faut inciter à l'autodéfense intellectuelle. Il faut déconstruire cette rhétorique. Il faut la démonter, avec audace et sens de l'innovation. Chacun, dans la société, doit s'en sentir responsable. C'est le rôle de l'État, bien sûr, et nous avons d'ailleurs pris des initiatives qui peuvent être encore approfondies, amplifiées et développées ; c'est aussi celui des collectivités. On sait toutefois combien les institutions sont elles-mêmes considérées comme étant de parti pris. C'est donc à toute la société civile qu'il revient de fabriquer les anticorps nécessaires contre le poison conspirationniste, qui se trouve, notamment, mais non exclusivement, sur les réseaux sociaux. Il se trouve aujourd'hui des volontaires pour mener ce combat. Nous les aiderons, nous les soutiendrons. Souvent, ils ont vu de près les ravages de la radicalisation sur les familles et sur les quartiers. Ce combat doit donc être mené partout : dans les mosquées, dans les quartiers, dans les familles, enfin dans la société tout entière : chacun doit assumer ses responsabilités ! En matière de radicalisation, beaucoup a été fait ou, du moins, beaucoup a été annoncé. Nous devons faire beaucoup plus. Tel est le sens du plan d'action que j'ai présenté en mai dernier. Il faut mobiliser tous les ministères et associer à l'effort l'ensemble des partenaires de l'État, jusqu'aux entreprises privées et aux fondations. Cette mobilisation de la société est nécessaire, parce que c'est le combat d'une génération. Cette guerre sera longue et se mènera, non pas seulement à l'extérieur, mais d'abord en France. Notre objectif est de détecter le plus tôt possible les individus susceptibles de basculer. Imaginez toutes les questions qui se posent autour de la radicalisation extrêmement rapide de l'individu qui a commis l'effrayant attentat de Nice ! Le numéro vert destiné aux familles a permis le signalement de plus de 5 000 individus on voit bien l'ampleur du défi et empêché de nombreux départs. Plus de 1 100 jeunes sont aujourd'hui suivis dans le cadre des structures mises en place au niveau de chaque préfecture. Près de 600 familles confrontées à des cas de radicalisation bénéficient par ailleurs d'un accompagnement. La réponse doit être plus forte encore ; elle doit être professionnalisée et individualisée. C'est aussi pourquoi nous avons mis en place des centres de réinsertion et de citoyenneté. Je reconnais que c'est difficile à mettre en œuvre, pour des questions légales, parce que nombre de territoires ne veulent pas accueillir ce type de centres. Le premier d'entre eux ouvrira néanmoins dès septembre prochain en Indre-et-Loire. Je veux à ce propos remercier ici les élus locaux, à commencer par la sénatrice Stéphanie Riocreux, du soutien qu'ils apportent à ce projet. J'ai bien conscience de la difficulté d'un tel projet et des inquiétudes que l'ouverture d'un tel centre peut susciter. Imaginez ce que ce sera quand il y en aura plusieurs ! Néanmoins, ce n'est qu'ensemble, collectivement, que nous pourrons venir à bout de ce fléau qu'est la radicalisation : il faut continuer de mener ce combat, notamment dans nos prisons. Mesdames, messieurs les sénateurs, dire la vérité aux Français, c'est aussi leur rappeler que notre stratégie de lutte contre le terrorisme apporte des résultats. Si nous le taisions, nous disqualifierions tout ce qui a été engagé. Il faut en revanche toujours conserver à cet égard une immense modestie. Depuis 2012, quelque 16 attentats ont été déjoués sur notre sol, notamment, au mois de mars dernier, celui que planifiait le réseau Kriket, qui s'apprêtait à frapper notre pays. Depuis le début de l'année 2016, quelque 161 personnes ont été interpellées pour leur implication dans la mouvance djihadiste. Au-delà de la réponse judiciaire, le Gouvernement a recours à toutes les mesures de police administrative autorisées, notamment, par les lois que vous avez adoptées au cours des dernières années : 158 interdictions administratives du territoire et 366 interdictions de sortie du territoire ont été prononcées. En outre, 80 arrêtés d'expulsion ont été pris à l'encontre de prêcheurs de haine ou d'imams autoproclamés. Dix mosquées ou salles de prières ont été fermées. Enfin, depuis le rétablissement du contrôle aux frontières consécutif aux attentats du 13 novembre dernier, 48 millions de personnes ont été contrôlées à nos frontières terrestres, aériennes et maritimes, et 28 000 individus ont été empêchés de pénétrer sur le territoire en raison de leur dangerosité. Ces résultats, qui ne doivent pas être masqués par les tragiques attentats auxquels notre pays a été confronté ces derniers mois, ont été obtenus grâce à des mesures, tant judiciaires qu'administratives, respectueuses de l'État de droit. Je l'ai dit cette nuit à l'Assemblée nationale et je le redis devant vous aujourd'hui, avec gravité et solennité, mais sans oublier la sagesse qui caractérise votre assemblée. Lutter contre le terrorisme ne doit pas nous conduire à renier notre histoire, à trahir ce que nous sommes, à abandonner les principes qui ont fondé notre République. Ce serait tomber dans le piège que nous tendent les terroristes. Ce gouvernement ne sera pas celui qui créera des Guantanamo à la française, dans lesquels des individus seraient enfermés pour une durée indéterminée sur la base de simples suspicions. Les réponses arbitraires ne parviennent pas à enrayer le terrorisme ; elles ne sont ni efficaces ni acceptables. Gardons aussi en tête ce qui s'est passé dans d'autres pays ! Nous devons résister à cette fuite en avant dans les idées, en dépit de ce que nous entendons, jusque parmi nos compatriotes. Nous tous, représentants du peuple et membres du Gouvernement, devons éviter de nous perdre dans ces surenchères, même si l'on peut comprendre le questionnement et la colère des Français. Comme en janvier et en novembre 2015, la France se trouve face à une épreuve terrible. Dans ces moments, nous devons être bien conscients des risques de dislocation de notre société. Ce que veulent les terroristes là est leur projet, c'est exacerber les tensions, nous diviser, nous fracturer. Ne tombons donc pas dans cet autre piège, dans lequel s'engouffrent déjà les populismes, en France comme ailleurs en Europe, qui consiste à dresser les Français les uns contre les autres, en pointant du doigt, en cherchant des boucs émissaires, en agitant les haines, que ce soit la haine des immigrés, le racisme, l'antisémitisme ou la haine des musulmans. Nous devons nous rassembler, tenir et faire tenir notre société, faire bloc et refuser de toutes nos forces tous ces courants destructeurs, qui au fond s'alimentent mutuellement. Nous devons aussi refuser, dans nos comportements de responsables publics, de céder à la moindre facilité ; en même temps, nous devons répondre à l'attente et à l'exigence des Français. Mesdames, messieurs les sénateurs, la France ai-je besoin de le rappeler ? Est un grand pays. Elle se trouve face à un immense défi. Nous connaissons aussi la fragilité de nos sociétés démocratiques. Parce que la France est attaquée, le monde, qui la regarde toujours avec admiration, attend sa réponse. Néanmoins, parce qu'elle est la France, elle fera face. Parce que nous sommes la France, nous vaincrons le terrorisme ! (Applaudissements prolongés sur les travées du groupe socialiste et républicain, du groupe écologiste et du RDSE, ainsi que sur certaines travées de l'UDI-UC.) \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/352.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/352.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5f3b847417020b27abb5990ae367f50a3efa2c13 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/352.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Ministre Nathalie Kosciusko-Morizet, avant de répondre à cette question opportune et intéressante, je voudrais rappeler une vérité. Le salafisme est une minorité de l'islam de France. On compte dans notre pays, ce n'est pas négligeable, un peu plus de 120 lieux de culte salafiste - sur plus de 2.300 mosquées -, et seulement quelques dizaines de milliers de fidèles. Par ailleurs, le fondamentalisme, l'intégrisme ne prospèrent pas uniquement sur le terreau du salafisme. C'est vrai, numériquement, le salafisme ne représente pas un courant fort, mais idéologiquement, c'est une minorité agissante qui gagne des batailles. Ses messages sont diffusés, des mosquées sont déstabilisées de son fait et il mène, notamment sur internet, une stratégie d'expansion. J'ai d'ailleurs peut-être été le premier - peu importe - à le dire ici, dans cette enceinte. J'ai été le premier en effet à dire que cette idéologie intégriste, qui rejette la démocratie, combat nos valeurs universelles et ne reconnaît aucune souveraineté autre que la religion - sa religion -, était une idéologie violente qu'il convient naturellement de combattre. Le salafisme, c'est la négation du vivre-ensemble. C'est une idéologie qui retranche la femme du monde et propage des idées dangereuses, perverses, rétrogrades. Oui, le salafisme, qui a détruit et perverti une partie du monde musulman, est un danger pour les musulmans eux-mêmes et un danger pour la France. Pour le combattre, vous avez évoqué la lutte contre les sectes. Nous poursuivrons le débat, mais je ne suis pas certain que cela soit le bon outil. D'une part, vous le savez, madame la députée, il n'existe pas, en droit, de définition des sectes ; d'autre part, ces organisations savent parfaitement échapper à la justice en dissimulant leur véritable nature, car vous n'ignorez pas que la liberté de conscience en France est une liberté fondamentale, consacrée par nos principes et nos textes. Je dis également attention, même si je reconnais qu'il y a lieu d'approfondir le débat, à tout signe qui laisserait à penser qu'il existe une déresponsabilisation, que ceux qui plongent dans le salafisme sont en quelque sorte les victimes d'une grande manipulation, comme c'est le cas concernant les sectes. Non, car il y a aussi une part de volonté personnelle qu'il ne faut jamais écarter, faute de quoi nous passons à côté de l'essentiel. C'est un combat contre le salafisme, contre le fondamentalisme, contre l'intégrisme qu'il faut engager, et je fais écho aux interventions de Bruno Le Maire sur l'islam politique et de Malek Boutih, hier soir, sur la radicalisation et le radicalisme. Le mouvement des Frères musulmans et le salafisme sont au cœur de ces idéologies qui prospèrent dans notre pays après avoir prospéré dans d'autres - regardons ce qui s'est objectivement passé en Égypte. L'islam de France a lui aussi tout son rôle à jouer. Les musulmans français ont leur part, nous devons les y aider et les encourager, dans la défense de la République. À eux aussi, avec notre soutien, de mener ce combat pour clairement séparer la réalité de l'islam de France et ces idéologies perverses. Ce combat doit être mené partout ? dans les mosquées, dans les quartiers, dans les familles - sans aucune complaisance, de la manière la plus claire et la plus nette. Nous savons ici, et cela relève de notre responsabilité, que nous devons protéger tous nos compatriotes, et bien sûr nos compatriotes et concitoyens musulmans ou de culture musulmane qui aujourd'hui ont peur, eux aussi. Ils se sentent montrés du doigt et voient les dégâts considérables causés par les attentats et ce que recherche Daech en fracturant la société française. À eux aussi, à cet islam de France, en Europe et dans le monde, de prendre toutes ses responsabilités. Nous sommes prêts, naturellement, à étudier tous les moyens qui existent pour réduire l'influence de l'islam politique, qu'il s'agisse du salafisme ou des Frères musulmans, avec la plus grande détermination. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/353.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/353.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b369fbd9f756d80018a44197ac7861c2aea5b94f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/353.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs, Merci Madame pour ces mots d'accueil. Je vous remercie d'être présents ce soir pour cette rencontre. Vous l'avez rappelé, il y a une semaine, le terrorisme frappait la France une fois encore, à Nice, le jour de la célébration de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. Mon collègue et ami John Kerry était le matin même à mes côtés pour partager, sur la place de la Concorde, un moment de communion autour des valeurs qui nous unissent. Quelques heures plus tard nous apprenions la terrible nouvelle. Ces attentats, qui ont fait tant de victimes de toutes les origines, nous rappellent que nous ne saurions tenir ces valeurs pour acquises, si nous ne les défendons pas nous-mêmes. Pour les défendre, la France compte d'abord sur ce qu'elle est : une société ouverte, une République qui a la volonté de permettre à ses concitoyens, d'où qu'ils viennent, de vivre ensemble. Ce modèle est mis à l'épreuve. Parmi ces épreuves, le terrorisme est sans doute, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la plus difficile. Mais croyez-le, notre détermination à préserver ce que nous sommes est entière. En dépit des efforts de Daech et d'Al Qaeda pour nous diviser, ce modèle résiste. La France restera une société ouverte, elle restera aussi un État de droit dans le combat qu'elle conduit contre ce fléau. Pour l'emporter, le combat a lieu dans nos pays, mais aussi à l'extérieur, où les foyers de radicalisation au Moyen Orient et en Afrique doivent être éradiqués. Il n'est pas possible de tolérer, qu'aux quatre coins du monde, les populations continuent à être martyrisées, que nos jeunes, en Amérique comme en Europe, subissent une propagande mortifère conduisant à des crimes de masse. La France se mobilise avec ses alliés et ses partenaires. Elle compte sur leur solidarité, car le défi du terrorisme nous concerne tous. Cette solidarité joue dans les deux sens. Elle se traduit, par exemple, par le soutien de la France aux efforts des pays africains contre Boko Haram ou contre les groupes djihadistes au Sahel, où nos soldats ont permis d'éviter, en 2013, le basculement d'un pays tout entier, le Mali, entre les mains du terrorisme. Elle nous conduit à intervenir contre Daech, avec les États-Unis et tous nos partenaires de la coalition, en Irak et en Syrie. C'est l'objet de ma présence aujourd'hui à Washington. Cette solidarité inspire aussi nos initiatives pour trouver une issue aux crises du Moyen-Orient, notamment la question israélo-palestinienne, pour laquelle la France s'efforce de remobiliser la communauté internationale mais, aussi et surtout, la tragédie syrienne. C'est de cette même solidarité dont nous bénéficions de la part des États-Unis, notre plus vieil allié, celui qui a toujours été à nos côtés dans les moments difficiles. Je dois dire que l'alliance franco-américaine n'a jamais été plus étroite, en Afrique, au Moyen-Orient, mais aussi à New York, au conseil de sécurité et, bien sûr, dans les échanges de renseignements qui sont si importants dans notre combat commun contre le terrorisme. L'accroissement de ces échanges est indispensable si nous voulons éviter que des drames, comme ceux de Nice, San Bernardino ou Orlando, se reproduisent. Cette solidarité vient aussi des États membres de l'Union européenne. Elle s'est exprimée sans ambiguïté, lorsqu'après les attaques du 13 novembre, la France a invoqué la clause de solidarité du traité sur l'Union européenne. C'était une première et nos partenaires européens ont été au rendez-vous en apportant soutien politique et militaire, qui se confirme encore aujourd'hui, à la suite de l'attentat de Nice. Pour faire face à la menace terroriste, nos pays ont besoin d'être forts. Ils ont besoin de coopérer davantage ensemble. De l'autre côté de l'Atlantique, l'Europe est pour la France un cadre essentiel à cette solidarité. La France a donc besoin d'une Europe forte. Soyons honnête, le résultat du référendum britannique donne à nouveau l'image d'une Europe en crise. Et, je ne vais pas minimiser le caractère historique de la décision du peuple britannique de quitter l'Union européenne. Je ne vous cacherai pas, non plus, mes doutes profonds sur les motivations qui ont conduit à organiser ce référendum et sur les raisons du vote du peuple britannique, dans un pays profondément marqué par des choix économiques qui ont affecté la cohésion sociale. J'ai évoqué la violence de la campagne et chacun a pu constater comment les partisans du Brexit ont, dès le 24 juin, oublié leurs promesses. L'issue de cette consultation laisse le sentiment amer d'un immense gâchis. Le Brexit ouvre, à l'évidence, une période difficile, une période d'incertitude, d'abord pour le Royaume-Uni, car ce sont les Britanniques qui seront les premiers à subir les conséquences de leur choix. Croyez bien que ce n'est pas un motif de réjouissance pour la France. Le Royaume-Uni est pour mon pays bien plus qu'un allié. C'est un frère d'armes, un ami. C'est un partenaire auquel nous sommes liés pour notre défense et notre sécurité, avec lequel nous partageons l'essentiel : un rôle similaire de membre permanent au Conseil de sécurité, un statut commun de puissance nucléaire, un attachement fort à une diplomatie à vocation mondiale, mais aussi une communauté d'intérêts qui nous lie dans la réponse aux grands enjeux planétaires. Aujourd'hui, il faut faire face : nos amis britanniques entendent mettre en oeuvre la volonté populaire qui s'est exprimée et l'Union européenne la procédure prévue, lorsqu'un État membre décide de la quitter - c'est l'article 50 du Traité sur l'Union européenne. Il n'y a aucun vide : le Royaume-Uni est toujours un État membre, avec ses droits et obligations, jusqu'à l'aboutissement de la procédure de retrait. Afin de réduire le plus possible l'incertitude, il appartient aux autorités britanniques d'activer la procédure pour que s'engage la négociation, qui permettra d'établir les modalités de retrait et, en parallèle, de fixer la relation future du Royaume-Uni, en tant que pays tiers, à l'Union européenne. Voilà la réalité dans laquelle nous sommes. Cette négociation, la France souhaite qu'elle ait lieu dans la clarté qui est due aux peuples européens, comme dans le respect des intérêts de chacun. C'est tout le sens de notre appel au respect de certains principes, notamment celui de l'équilibre entre droits et obligations. Les chefs d'État ou de gouvernement des 27 qui se sont réunis quelques jours après le vote britannique ont déjà rappelé que le marché intérieur comprend quatre libertés inséparables : la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes. L'un ne va pas sans l'autre et c'est cela l'Union européenne. Pour l'Union européenne, il est certain qu'une situation nouvelle a été créée, elle est sans précédent et nous n'avons pas d'expérience. À défaut d'avoir dès maintenant des réponses à toutes les questions, nous avons des règles et une méthode. En tout état de cause, d'une façon ou d'une autre, le Royaume-Uni conservera des liens étroits, et c'est souhaitable, avec ses partenaires européens : c'est le voeu du gouvernement de Theresa May qui fait écho au souhait de la France. Nous voulons que les choses se passent en bon ordre, intelligemment et de façon responsable. Je vous le dis, parce que cela peut être interprété ainsi, ce qui s'est passé en Grande-Bretagne peut avoir un effet de contagion. Souvent, «Bruxelles» est critiqué, tout comme Washington DC l'est aux États-Unis, mais l'Union européenne reste forte, n'en déplaise à tous les eurosceptiques, et vous savez qu'ils sont nombreux et pas seulement en Europe, qui s'efforcent d'exploiter le vote des électeurs britanniques, sans y parvenir, j'en suis convaincu. D'ailleurs, ce vote a provoqué un choc, non seulement en Grande-Bretagne, où ceux même qui préconisaient le Brexit n'y croyaient pas mais il s'est quand même produit, mais dans le reste de l'Europe. Les sondages montrent plutôt une progression du sentiment pro-européen, en tout cas jusqu'à aujourd'hui, dans les principaux États membres, notamment parce que les Européens ont bien vu que les partisans du Brexit ont été les premiers à fuir leurs responsabilités au lendemain du 23 juin. Au fond, après avoir fait une campagne en partie démagogique, ils n'avaient pas pensé aux jours d'après et à ce qu'ils devraient faire si le Brexit l'emportait. Les opinions publiques l'ont parfaitement ressenti, c'est un point important. C'est pour cela que maintenant, il ne faut pas commettre d'erreur dans la suite de ce qui va se faire et c'est pourquoi j'ai été aussi clair sur la manière dont il faut, à mon avis, appréhender la négociation en esprit de responsabilité et de clarté. La menace terroriste et le Brexit ne peuvent évidemment pas être mis sur le même plan. Mais, ils sont porteurs du même risque, celui du délitement, celui de la tentation du repli sur soi, celui d'une Europe introvertie, trop occupée à régler ses problèmes pour s'intéresser aux affaires du monde. C'est le risque pour nous : passer plusieurs années concentrés sur cette négociation du Brexit et de ne pas penser à ce que nous pouvons faire pour la suite, pour l'Europe, dans l'intérêt des Européens. Il faut combattre cette tentation, qui va à l'encontre des intérêts des Européens. La lutte contre le terrorisme exige une mobilisation internationale accrue. La protection de nos concitoyens est d'autant plus efficace qu'elle s'inscrit dans un effort collectif de la communauté internationale. Vous pouvez compter sur la France pour qu'elle veille à ce que l'Union européenne reste pleinement engagée, en particulier en liaison avec l'Allemagne. L'Allemagne est pour la France le partenaire avec lequel nous faisons avancer l'Europe. C'est une responsabilité historique et ma priorité, vous avez évoqué les débuts de ma prise de fonction, et c'est vrai que dès le début, j'ai voulu donner ce signe de la nécessité du renforcement de la relation entre nos deux pays. Il faut renforcer ce dynamisme et surtout le mettre au service du projet européen. C'est dans cet esprit, qu'avec mon collègue Frank-Walter Steinmeier, dès le lendemain du référendum britannique, nous avons présenté des propositions communes sur lesquelles nous travaillons depuis plusieurs mois, pour consolider et relancer l'Union européenne, avec des projets concrets dans le domaine de la sécurité, de l'économie, des migrations en particulier. Ces propositions sont une contribution, rien de plus, mais une contribution pour enrichir le débat qui est nécessaire avec nos 27 partenaires et qui a vocation à contribuer au débat avec nos partenaires des 27, afin que le 16 septembre prochain, à Bratislava, puisse être envoyé un message de confiance des chefs d'état et de gouvernements aux peuples européens, un message de confiance de l'Europe au monde. Par ailleurs, prenons un peu de recul. Regardons les choses avec objectivité et je dirais presque avec sérénité : l'Union européenne a fait face à d'autres crises et elle a toujours été capable de surmonter les crises, qui l'ont au final renforcée. C'est le souhait que je formule, c'est pour cela qu'il faut que les dirigeants politiques soient à la hauteur des circonstances historiques dans lesquelles nous sommes. Le Brexit nous oblige à renouveler notre ambition et à améliorer nos méthodes. Mais nous avons su faire face à d'autres défis. Souvenez-vous des innombrables prédictions sur la disparition de l'euro. Quand j'ai pris mes fonctions de Premier ministre en 2012, le premier déplacement que je fais est à Singapour. On me dit que l'euro va bientôt disparaître et il m'a fallu me battre pour convaincre. L'Histoire a montré que l'euro n'avait pas disparu et que l'Union européenne a été capable de déjouer les difficultés, comme elle a su faire face, même si la question est encore devant nous, à l'afflux massif de réfugiés, surtout ceux venant de Syrie et fuyant la guerre pour leur survie. Pour les Européens eux-mêmes, quand il y a des questions aussi difficiles, le sentiment est souvent celui d'une difficulté à décider, d'une lenteur à décider, ou, quand la décision est prise, d'une lenteur à mettre en oeuvre la décision prise. C'est vrai, c'est parfois difficile et je le vis moi-même lorsque je participe à la réunion du conseil des ministres des affaires étrangères où nous sommes 28 autour de la table, représentant chacun notre nation. Cela peut paraître lent et difficile, mais nous avançons quand même, à condition d'y mettre de l'énergie, de la passion et il en faut pour croire à l'Europe et la faire vivre. Les décisions peuvent paraître trop lentes ou insuffisantes, mais les choses s'améliorent, comme en témoigne la capacité qui a été la nôtre de décider, en 6 mois, l'Union européenne pour la première fois a décidé de mesures pour protéger ses frontières avec la création d'un corps européen de garde-frontières et de garde-côtes. Notre objectif est désormais de gagner en rapidité dans le processus décisionnel et en efficacité dans la mise en oeuvre. Et nous y parviendrons à force de volonté politique. Cela dépend de la volonté politique, cela ne dépend pas que de règles ou de lois, cela dépend des circonstances et de la capacité des hommes et des femmes qui dirigent à être à la hauteur des circonstances, comme je le disais. La crise née du référendum britannique doit nous permettre de nous réinventer. Qu'est ce qui nous rassemble ? Que voulons-nous que soit l'Europe demain, cette Europe qui a toujours été un processus, une volonté, une ambition ? S'il est toujours utile de rappeler l'intention initiale d'une Europe qui a signifié pour ses peuples paix et liberté, l'Union doit aujourd'hui remplir des fonctions plus larges : assurer la prospérité économique, dans le cadre d'un développement durable soucieux de l'environnement pour les générations futures ; protéger les populations des menaces, qui viennent notamment de l'extérieur ; redonner l'espoir aux jeunesses européennes en rendant perceptible et concret pour elles tout l'intérêt de tracer leur route ensemble. C'est à ces aspirations à la sécurité, à la prospérité, à l'emploi et à de nouveaux projets mobilisateurs que l'Europe doit répondre. L'avenir du projet européen passe aussi par sa capacité à promouvoir des valeurs, un potentiel créatif, une capacité d'enrichissement mutuel, en un mot, une culture. Le programme Erasmus est un exemple de succès qui a permis à des millions de jeunes de s'enrichir dans la connaissance des autres grâce à la mobilité étudiante. Il faut maintenant élargir cela à toute la jeunesse. C'est par des projets concrets de ce type qui rend l'Europe populaire alors qu'elle est souvent la cause des frustrations, la cause des difficultés que chacun peut rencontrer ou le manque de perspectives face à un monde incertain qui peut écraser. Enfin, l'Union européenne reste, indépendamment du Brexit, une puissance mondiale. Certes, ce n'est pas un État, Jacques Delors avait parlé de fédération d'États-nations. Les vieilles nations européennes existent et elles existeront longtemps. Il ne s'agit pas d'imaginer un système fédéral qui effacerait chacune de nos nations, mais c'est une construction originale et unique au monde qui met ensemble ces vieilles nations qui, pendant si longtemps, n'ont pas su faire autre chose que se faire la guerre. Aujourd'hui nous constituons toujours un ensemble cohérent de 450 millions d'habitants, la première puissance commerciale au monde, le premier pourvoyeur d'aide au développement. Demain comme aujourd'hui, l'Union européenne sera encore pour les États-Unis ce marché unique dans lequel les entreprises américaines saisiront les opportunités. Elle restera un espace de droits et de libertés, une référence en matière de régulation économique, avec l'objectif de créer pour toutes les entreprises les conditions équitables, ce fameux «level playing field». L'Union européenne restera aussi un acteur clé en matière de stabilisation et de développement dans un monde de plus en plus chaotique. Quant à l'OTAN, dans laquelle la France a repris toute sa place, elle n'est évidemment pas affectée par la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Sur les grandes questions du moment - la prolifération nucléaire, le changement climatique, le Moyen-Orient, le dialogue avec la Russie -, le partenariat transatlantique continuera à jouer un rôle essentiel. Nous avons pu le constater lors du dernier sommet de l'OTAN à Varsovie et les Européens comptent sur les États-Unis pour qu'ils restent pleinement engagés pour apporter leur soutien à l'unité de l'Europe. Certains s'interrogent parfois, c'est vrai, Les États-Unis ne s'intéressent-ils plus à l'Europe ? Non, je crois que l'on devrait lire et relire le discours du président Obama lorsqu'il s'est rendu en Europe et en particulier en Allemagne. C'est un très beau discours sur l'Europe un discours lyrique sur l'Europe. Je me disais en le lisant que si les Européens parlaient parfois de l'Europe, ce serait mieux. En tout cas, cela m'a rassuré. Pour finir, je pense que le référendum britannique doit aussi nous conduire à nous interroger sur la passe difficile que traversent nos démocraties représentatives. La montée du populisme en Europe, partout, l'évolution de la vie politique aux États-Unis, renvoient à des vraies questions que nous ne pouvons pas éluder. La contestation, du système politique, la contestation de ce que l'on appelle l'élitisme, c'est une question que l'on retrouve aux États-Unis et en Europe. Nul n'est à l'abri de ces difficultés. Il y a sans doute à chercher les explications, d'où l'importance de travailler avec des gens comme vous qui s'interrogent à travers leurs recherches et d'essayer de comprendre plutôt que de juger. Je pense qu'il y a un impact de la mondialisation sur nos modèles sociaux qui crée du stress et de l'angoisse. Il crée des perspectives mais aussi de l'inquiétude. Cet impact est tellement profond que, si nous n'y prenons garde, la tentation du repli sur soi deviendra irrépressible et entraînera une remise en cause de nos sociétés ouvertes, comme de l'ordre international que nous avons patiemment construit en particulier depuis la tragédie de la seconde guerre mondiale. C'est fragile, soyons-en conscients. Notre responsabilité en Europe, comme aux États-Unis, est d'être à la hauteur de l'enjeu. Comment ? En répondant aux préoccupations de nos concitoyens qui aspirent à être protégés des menaces, de celles qu'ils ressentent ou des menaces réelles, à bénéficier aussi, et c'est légitime, d'un meilleur partage des fruits de la croissance et d'un effort de réduction des inégalités. C'est à mon sens la seule façon d'éviter le triomphe des populistes qui mettent nos démocraties en danger. Dans ce domaine également, l'Europe et les États-Unis doivent agir ensemble. Ce défi, il nous est commun. Nos sociétés, nos cultures et nos modes de penser sont divers et les réponses viendront sous des formes différentes, y compris en terme d'organisation de la démocratie, mais respectueuses de nos traditions. Mais, les échanges intellectuels entre nous doivent générer les idées nouvelles, dont nous avons absolument besoin. Merci encore pour votre invitation. Je souhaite que les liens entre ce Centre et la communauté des chercheurs français prospèrent. Je crois que nous avons beaucoup à faire ensemble, nous ne serons jamais au bout de cette recherche, de cette compréhension du monde pour aider à la décision des dirigeants politiques. Nous sommes confrontés aux mêmes questions des deux côtés de l'Atlantique avec des systèmes politiques différents et nous avons des valeurs communes, c'est notre force. Il ne faut pas les oublier, il faut s'en servir comme d'un levier et aussi laisser la place à l'intelligence, au débat et à la recherche de solutions, face à la complexité du monde qui peut faire peur. C'est donc à nous d'aider à tracer la voie vers un avenir meilleur pour tous nos concitoyens et c'est ce qui fait la grandeur mais aussi la misère de la politique. Dans des circonstances comme celles que nous vivons aujourd'hui, il faut avoir conscience de la responsabilité qui est sur nos épaules, mais elle ne doit pas pour autant nous conduire, les hommes et les femmes politiques, à la petitesse des confrontations souvent un peu ridicule. Il faut essayer d''élever un peu le niveau et ce soir, cette rencontre que vous avez permise, j'espère qu'elle permettra de le faire. Merci encore de votre attention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/354.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/354.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a89865aea40086ce81d4cfd89e382d0eb91a0b55 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/354.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame, Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs les parlementaires, Mesdames, Messieurs les représentants de territoires, d'entreprises, d'organisations qui depuis longtemps sont engagés pour la transition énergétique, Je tenais à maintenir ce rendez-vous malgré les circonstances que nous connaissons. Notre planète affronte en effet plusieurs défis : le défi de la guerre qui hélas sévit non loin de nous : au Levant, au Moyen-Orient, en Afrique mais aussi à l'Est de l'Europe ; le terrorisme qui frappe beaucoup de pays et qui frappe le nôtre, qui l'a frappé durement ces dernières années et encore ces derniers jours à Nice sur la Promenade des Anglais. Ce défi du terrorisme, de la guerre, n'est pas sans lien avec le défi climatique, même si l'on pourrait se poser cette interrogation : pourquoi faire une relation ? Parce qu'hélas les guerres sont souvent produites par la question des migrations et du climat. Mais rien n'excuse le terrorisme. Le terrorisme à l'extérieur, qui s'est organisé avec des territoires qui sont occupés, le terrorisme à l'intérieur qui saisit des individus à travers des propagandes, une radicalisation et ensuite l'utilisation de ce qui peut être considéré comme un élément de la vie quotidienne : une voiture, un camion et qui devient une arme, une arme contre des innocents : 84 à Nice. Des enfants et puis aussi des familles meurtries, blessées dans leur chair ; blessées aussi dans leur tête par tant d'images atroces qui reviennent sans cesse. Mais nous avons à relever le défi. De la même manière qu'il y a une urgence à agir contre le terrorisme, à agir contre les groupes qui soumettent des populations à une loi qui n'a rien d'humaine, nous devons agir également par rapport à l'urgence climatique. L'année 2015 - et tous les chiffres le démontrent - a été une année de tous les records. Je ne parle pas simplement du record, hélas, de ceux qui sont morts en Syrie ou en Irak, je parle du record des températures, de la concentration de gaz à effet de serre, d'événements météorologiques catastrophiques, de territoires ensevelis par la mer, de glaciers qui fondent. Voilà aussi l'urgence qui appelle notre mobilisation. C'est par rapport à cet enjeu-là que l'Etat et la France doivent agir. La France agit dans la lutte contre le terrorisme - j'ai eu l'occasion ce matin de m'exprimer là-dessus après un conseil de défense. La France agit à l'extérieur avec des opérations qui sont menées par nos armées - que je veux saluer. La France agit pour se protéger à l'intérieur - et les forces de sécurité font un travail admirable et nous avons encore appelé des renforts venant des réserves opérationnelles. Mais la France doit agir aussi au nom de valeurs, au nom de principes, quel que soit le sujet. C'est ce que nous avons fait également par rapport à l'enjeu climatique. Ce fut la « loi sur la transition énergétique et la croissance verte » votée il y a un an, dont c'est l'anniversaire. Cette loi faisait partie des engagements que j'avais pris comme candidat à l'élection présidentielle - il ne suffit pas de tenir des engagements. Ce qui comptait, c'était le contenu de la loi et aussi la méthode qui avait été choisie pour son élaboration. Que voulions nous faire nous la France ? Nous voulions qu'à travers cette loi, nous puissions nous mettre en conformité avec notre propre responsabilité pour les générations qui viennent. Nous voulions aussi entraîner une dynamique écologique et économique. C'est pourquoi la loi prend le nom de « croissance verte » pour ouvrir d'autres perspectives pour les entreprises - que ce soient de grandes entreprises ou des start-ups. Nous voulions aussi - c'est peut-être ce qui fait toujours la singularité de la France - porter un message universel et faire que cette loi puisse être une inspiration pour d'autres, d'autant que nous avions ce rendez-vous qui était prévu en décembre 2015 : la conférence sur le climat, la COP 21. Hélas, coïncidence de l'histoire : des actes terroristes nous ont frappés en janvier 2015 puis en novembre 2015. Nous avons tenu la conférence sur le climat, parce que nous pensions que c'était notre responsabilité, notre devoir, de faire en sorte que nous puissions avoir un accord historique. Historique parce que c'était le premier. Historique par l'ambition qu'il portait. Historique aussi par les engagements qui étaient pris par les Etats. Et parce que c'était à Paris, parce qu'il y avait ce contexte tellement lourd, parce qu'il y avait ce défi, parce qu'il y avait cette loi que Ségolène ROYAL a portée, nous avons pu convaincre et emmener la communauté internationale vers l'Accord de Paris. Je reviens à la loi puisque c'est l'anniversaire de son adoption. Je veux d'abord remercier les parlementaires qui l'ont adoptée - et même ceux qui ne l'ont pas adoptée, qui au fond d'eux-mêmes avaient envie de le faire, mais pour des raisons toujours un peu mystérieuses de la vie politique n'ont pas pu aller jusqu'au bout de leurs intentions ; mais au fond d'eux-mêmes ils étaient très heureux ce jour-là que la loi ait pu être adoptée. De la même manière quand il y a eu le Grenelle de l'Environnement, sous une autre présidence, sous une autre majorité, c'était important que nous puissions nous rassembler. Cette loi avait une méthode, qui avait consisté à aller à la rencontre des Français, à faire des réunions publiques. Il y a un besoin de participation qu'on néglige trop souvent, que l'on traite parfois par le mépris en considérant que nous en savons suffisamment pour ne pas interroger les Français sur ce qu'ils vivent. Vous avez eu une démarche tout à fait différente puisque vous avez tenu avec tous ceux qui se sont engagés sur ce texte 1 000 réunions, et partagé des objectifs sur les différents volets de la transition énergétique. A partir de cette information, de ce recueil de témoignages, il y a eu la discussion à l'Assemblée nationale puis au Sénat. Une loi adoptée, c'est bien. Une loi appliquée, c'est mieux. Trop souvent, nous faisons ce constat que nous votons des lois - beaucoup de lois qui portent parfois le nom de ministres qui restent ainsi dans la postérité le temps qu'un de leurs successeurs vienne ajouter son nom pour effacer le précédent - mais ce qui compte, c'est que la vie de nos concitoyens soit changée. Madame la ministre, Vous avez fait en sorte que la totalité des textes d'application soient quasiment publiés - je dis bien quasiment : 80%. Il en reste encore 20%. Je n'imagine pas que l'été sera une contrainte pour vous, pour que nous puissions atteindre les 100%. La loi n'était pas simplement qu'une suite de dispositions qui devaient s'appliquer le plus rapidement possible. Il y avait aussi des engagements qui étaient contenus dans la loi : la programmation pluriannuelle de l'énergie pour fixer les priorités d'action pour la gestion de l'ensemble des formes d'énergie sur notre territoire. Elle était très attendue. A un moment, il était même redouté qu'elle ne vienne pas ou pas suffisamment tôt. Elle a été publiée le 1er juillet. Ce que cette programmation indique, c'est une capacité installée de nos énergies renouvelables qui va doubler d'ici 2023. Les premiers appels d'offres pour le développement de ces nouvelles technologies sont d'ores et déjà lancés et fixés jusqu'en 2019. Je sais qu'ici il y a plusieurs entreprises qui sont déjà engagées. A mesure que nous développons les énergies renouvelables, que nous fermons un certain nombre de centrales thermiques, il y a aussi le fait que le nucléaire doit garder une part importante mais voir cette part diminuer. C'est le sens de la fermeture de Fessenheim. Les engagements, là-aussi, seront tenus. La loi sur la transition énergétique soutient la croissance verte. Parfois, le mot « croissance » peut inquiéter ceux qui prônaient, ou prônent encore, la décroissance. Mais dès qu'on met « croissance verte » nous rassemblons tous les acteurs. Il faut qu'il y ait de la croissance, mais pas une croissance qui détruit des ressources, qui détruit la nature, qui détruit d'ailleurs des emplois parfois durables. Il faut que la croissance puisse être un facteur de progrès, de bien-être. C'est tout le sens de ce que cette loi – et je sais qu'ici beaucoup de rapporteurs sont présents –a voulu stimuler. On le voit dans l'énergie, dans l'eau, la construction, l'automobile, les transports collectifs, la mobilité - on en a encore eu une illustration- l'économie circulaire… Tout ce qui a pu être stimulé par ce texte. La progression d'ailleurs de l'emploi depuis 2012 est particulièrement marquée dans le secteur des énergies renouvelables, de l'assainissement, de la rénovation énergétique et notamment dans le bâtiment. Le bâtiment est pour nous un secteur très important et aujourd'hui connaît - et heureusement - un regain. Regain dans la construction, regain dans la rénovation et regain grâce à l'isolation thermique. C'est pour cela qu'il était important de baisser les taux de TVA sur les travaux de rénovation, de créer le crédit d'impôt transition énergétique qui a été simplifié - peut-être trop puisqu'un certain nombre de secteurs en ont été écartés. Nous veillerons à ce qu'ils puissent être réintégrés dans la loi de finances pour 2017, et tout ce qui est écoprêt pour que nous puissions favoriser les investissements économes d'énergie dans les logements sociaux, et dans le logement privé bien sûr. La réhabilitation - j'ai évoqué ce sujet - et notamment l'Anah qui est une institution qui permet notamment pour les ménages modestes de rénover des logements et de faire donc tomber la précarité énergétique. Nous avons voulu qu'il y ait 100 000 logements l'année prochaine qui puissent ainsi bénéficier de ces interventions. Point aussi très important qui n'était pas dans la loi, mais que vous avez pu accompagner les uns les autres grâce aux professionnels : c'est le fait que l'éco-conditionnalité ait pu labelliser un certain nombre de secteurs et de professionnels. Grâce à cela, 60 000 entreprises sont garantes que les travaux seront respectueux de l'environnement. Le chèque-énergie aussi - qui est en cours d'expérimentation - qui était prévu dans la loi, permettra d'accompagner les ménages qui sont en situation de difficulté, de précarité, pour leur consommation d'énergie. Il sera généralisé en 2018. L'initiative de la ministre de l'Environnement a été la création des territoires à énergie positive. Je sais qu'ici il y a plusieurs représentants de ces territoires. Au départ, il y avait des interrogations : est-ce que les territoires allaient eux-mêmes s'emparer de ce dispositif ? Toujours pour créer certaines incitations - en France c'est ainsi - il faut qu'il y ait des financements. On ne peut pas compter simplement sur la spontanéité ; ou plus exactement la spontanéité se découvre à mesure qu'un financement se révèle. Je crois que c'est bien qu'il en soit ainsi - non pas qu'il y aurait une nécessité toujours de monnayer la bonne intention - mais quand la bonne intention peut coûter moins cher que la mauvaise, elle est préférable, et elle préférée. Alors ces territoires, au départ, le ministère du Budget pensait qu'ils seraient une centaine, 200 peut-être et c'est ainsi que cela avait été présenté. Ils sont près de 400 ; avec un fonds de financement pour la transition énergétique qui a déjà été doté de 500 millions d'euros en deux ans. Nous allons être conduits à en rajouter 250 millions d'euros l'année prochaine tant le succès est grand et tant les projets qui ont été présentés sont sur l'ensemble de ce que la croissance verte peut faire, de ce que l'efficacité énergétique peut générer et de ce que l'économie circulaire peut laisser à interpréter. Il était très important qu'on puisse aussi dans cette loi mettre en œuvre de nouveaux outils pour le financement de la transition énergétique. Bien sûr, il y a ce qui relève de l'Etat, des collectivités publiques, des acteurs privés, des grandes entreprises, des plus petites. Nous avons eu l'idée de lancer des obligations vertes, des Green Bonds, puisque maintenant, en anglais, cela fait toujours - enfin jusqu'à nouvel ordre - plus moderne. Donc ces instruments sont à la disposition d'entreprises. Compte tenu de ce qu'est, en plus, le coût aujourd'hui de l'argent, il très important que l'Etat puisse donner des échéances très longues. Ce n'est pas tellement le taux d'intérêt qui va être déterminant pour ces financements, c'est la longueur, c'est la durée pour rentabiliser. On sait que cela sera rentable, mais à long terme et ainsi cela permettra le financement de la transition. Nous avons également voulu développer des investissements participatifs, c'est-à-dire tirés justement de la mobilisation citoyenne et nous avons pu grâce à cela générer un certain nombre de projets. Enfin il y a le PIA, c'est-à-dire le programme des investissements d'avenir. Tout à l'heure, on nous exposait un certain nombre d'innovations qui, grâce à l'ADEME, le plus souvent en accompagnement, n'ont pu être stimulées et développées que par le programme des investissements d'avenir. 50% du PIA2 - c'est-à-dire la deuxième génération des programmes d'investissements d'avenir - concernaient la transition énergétique et écologique. Dans le troisième programme que nous allons lancer à la fin de l'année, qui sera doté de 10 milliards d'euros, 60% des projets seront à contenu énergétique et écologique. Puis, il y a tout ce que nous devons faire pour améliorer encore un certain nombre de dispositifs fiscaux, de manière que la fiscalité écologique ne soit pas une fiscalité de plus, une fiscalité punitive - comme si d'ailleurs il y avait des fiscalités gratifiantes. Mais si l'on confondait - c'était souvent ce que nous rappelait Ségolène ROYAL - la fiscalité avec l'écologie, c'est un très mauvais service que l'on rendait à l'écologie et à l'environnement. L'idée - et c'est celle que nous avons d'ailleurs poursuivie avec le pacte de responsabilité et le crédit d'impôt compétitivité emploi - est de faire baisser le coût du travail pour l'ensemble des entreprises, et de faire contribuer davantage tout ce qui pollue ou tout ce qui détruit la nature. C'est en ce sens que nous devons continuer à agir. Cette idée-là a trouvé sa traduction dans la contribution climat énergie introduite en 2014 : 22 euros par tonne de CO2 cette année, qui va passer à 56 euros en 2020 et en 2030, pourrait atteindre 100 euros. Mais nous sommes conscients que certains secteurs industriels ne peuvent pas être soumis à cette contribution et relèvent d'autres mécanismes, notamment les quotas carbone. C'est pourquoi nous devons agir à l'échelle européenne. C'est ce que nous avons fait valoir dans la réunion Business Dialogue avec les entreprises, pour que nous puissions avoir un développement écologique et industriel qui puisse être compatible et que nous puissions, nous, la France, porter au niveau européen cet objectif. La France va unilatéralement donner un prix plancher au carbone. C'est ce que nous avions, là-aussi voulu acter lors de la conférence de Paris sur le climat. Nous voulons que ce prix plancher puisse avoir une visibilité pour tous les investisseurs ; et quand il s'agit pour une entreprise, grande ou petite, de s'engager pour l'avenir, qu'elle sache bien que l'investissement sera d'autant plus coûteux ou d'autant plus avantageux qu'il y aura justement l'intégration du prix du carbone. Voilà ce que nous avons à faire. Dans la conférence de Paris, nous avons lancé cette initiative carbone, nous avons lancé l'initiative sur l'air, nous avons lancé l'initiative également pour l'innovation. Je remercie toutes les entreprises qui y ont participé, tous ceux qui y ont concouru. C'est le début d'une grande aventure. Je veux terminer sur une autre loi qui, elle, n'a pas un an mais qui a quelques jours : c'est la loi sur la biodiversité. Pour la première fois, quarante ans après la loi du 10 juillet 1976 - il faut en reconnaître le mérite, c'était Michel d'ORNANO qui était ministre de l'Environnement, et qui avait eu le premier cette conscience qu'il fallait agir, nous avons pu réaffirmer dans un texte que la nature était le patrimoine commun de la nation. Avec des avancées très importantes sur l'introduction du préjudice écologique dans notre droit, sur la régulation de l'accès aux ressources énergétiques avec la traduction du protocole de Nagoya et l'interdiction des néonicotinoïdes - on l'a vu tout à l'heure avec les abeilles pour lesquels une solution réaliste a été trouvée, une année a été fixée : 2018, des dérogations ont été prévues ; je pense que c'était très important qu'il y ait ce signal-là. Puis, une agence, non pas une agence de plus pourquoi faire une administration de plus ? Mais une agence qui puisse rassembler ce qui existait : l'Agence française de la Biodiversité, Barbara POMPILI s'y est beaucoup engagée dans le débat parlementaire avec Ségolène ROYAL et elle sera opérationnelle dès le 1er janvier 2017 avec les moyens que Ségolène ROYAL a pu dégager 50 emplois pour travailler dans cette agence. La France est la deuxième puissance maritime du monde, nous n'en prenons pas suffisamment conscience. Grâce à nos territoires d'outre-mer, grâce aussi à notre situation géographique, nous avons ce patrimoine, nous avons cette ressource qui est pour nous à la fois une responsabilité et une formidable opportunité. La responsabilité, c'est que nous devons protéger les océans. L'opportunité, c'est que nous devons valoriser ce qu'il y a comme ressources dans la mer. La loi pour la reconquête de la biodiversité permettra une protection accrue des milieux marins avec l'objectif d'avoir 10 parcs naturels, ce qui là aussi est une innovation très importante et qui va générer plein d'activités au service de la protection de la nature et de l'environnement. Voilà pourquoi il était important, y compris dans ce contexte où nous cherchons de l'espoir, où nous voulons de l'unité, de la cohésion. Qu'est ce qui nous rassemble, qu'est ce qui fait qu'au-delà de nos différences de situations, de pensée, de convictions, de religion, pourquoi nous sommes ensemble la France d'abord, puis ensuite l'Europe pour ceux qui ont fait le choix de cette construction et pour la planète ? Pourquoi sommes-nous ainsi mobilisés ? Parce que nous avons conscience que nous pouvons porter une parole qui donne confiance dans l'avenir quand il y a tellement de risques, tellement de menaces, tellement de conflits, tellement de haines distillées, dispensées. Alors je pense que c'était finalement une bonne initiative de porter cet anniversaire de la loi sur la transition énergétique et la croissance verte aujourd'hui même, pour que nous montrions qu'il y a un modèle de développement possible, qu'il y a une capacité d'agir, que la planète peut être sauvée, sauvée de tous ses démons. Le premier démon, on le connaît, c'est l'être humain, c'est lui qui détruit, c'est lui qui crée le conflit ou la guerre. Mais il y a une espérance : c'est que celui qui peut sauver l'humanité, c'est l'être humain aussi et c'était important qu'il puisse, à travers cette loi sur la transition énergétique, trouver espoir pour la vie et pour les générations qui viennent. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/355.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/355.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0c352b5b5aa171004bf5d456a8d373bd0e54e002 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/355.txt @@ -0,0 +1 @@ +APOLLINE DE MALHERBE Bonjour Manuel VALLS. MANUEL VALLS Bonjour. APOLLINE DE MALHERBE Merci d'être avec nous. Vous êtes le Premier ministre d'un pays qui doute. Il y a eu l'horreur et maintenant il y a le doute. Il y a le doute sur vous, il y a le doute sur le gouvernement, il y a le doute sur le ministre de l'Intérieur, le doute sur l'efficacité du pays. On va tenter d'y voir un peu plus clair. Une policière municipale de Nice raconte avoir été soumise à la pression du ministère de l'Intérieur pour influencer son rapport sur la présence de policiers nationaux le soir du 14 juillet. Le ministre de l'Intérieur, lui, dit qu'aucune personne de son cabinet n'a été en contact avec la policière de Nice et il porte plainte pour diffamation. Qui ment ? MANUEL VALLS Il faut que tout cela cesse. Le doute n'est pas possible face au terrorisme. Que cherche le terrorisme ? Non seulement à tuer - 84 morts, il y a encore aujourd'hui des personnes qui luttent pour la vie, qui ont été blessées très gravement. Je pense aussi à toutes ces victimes qui seront blessées, handicapées à vie -, mais le terrorisme cherche aussi à nous diviser, à fracturer la société française, à faire en sorte qu'on remette en cause au fond les principes de la démocratie. APOLLINE DE MALHERBE Mais on peut quand même juste dire ça, Manuel VALLS : quelqu'un ment. MANUEL VALLS Il faut évidemment la vérité et qui demande la vérité ? D'abord les victimes, les familles, les proches. Et pour cela il faut laisser la justice aller jusqu'au bout, il faut que la justice puisse travailler dans la sérénité et qu'on laisse travailler les juges qui ont été nommés pour permettre d'établir toute la vérité sur ce qui s'est passé. APOLLINE DE MALHERBE Manuel VALLS, je me permets de vous reposer la question. Il y a deux versions différentes, quelqu'un ment. Qui ? MANUEL VALLS Mais là aussi, respectons les procédures. L'Inspection générale de la police nationale, à la demande de Bernard CAZENEUVE qui est un homme intègre, qui est un homme d'Etat, qui est un ministre de l'Intérieur formidable, qui est touché… APOLLINE DE MALHERBE Vous n'avez aucun doute là-dessus. MANUEL VALLS Moi, je n'ai aucun doute sur Bernard CAZENEUVE. APOLLINE DE MALHERBE A aucun moment vous ne vous êtes dit : « Peut-être que quelque chose n'a pas marché, peut-être que quelqu'un ment et pourquoi ce ne serait pas Bernard CAZENEUVE lui-même ? » MANUEL VALLS Mais pourquoi faudrait-il mentir ? Cette idée du complot, du mensonge, de la remise en cause, de ce que le préfet, les policiers, le ministre de l'Intérieur, le procureur qui travaille de manière totalement indépendante puisqu'il y a une séparation des pouvoirs dans notre pays ; cette idée au fond que l'Etat ment, a quelque chose à cacher, alimente le doute, fracture l'Etat de droit, met en cause la République. APOLLINE DE MALHERBE Mais est-ce que ce n'est pas simplement le doute qui alimente le fait qu'on se dit qu'il y a quelqu'un qui ment ? MANUEL VALLS Non. La réalité, Apolline de MALHERBE, c'est qu'il y a eu un attentat. C'est qu'il y a eu 84 morts. C'est qu'il y a eu des dizaines et des centaines de blessés. C'est que le pays est profondément touché puisque c'est le troisième attentat de masse que nous subissons en deux ans. APOLLINE DE MALHERBE C'est bien pour cela qu'on se dit qu'il y a quelque chose qui n'a pas fonctionné. MANUEL VALLS Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné en l'occurrence ? Nous ne sommes pas sur les causes de l'attentat. Nous ne sommes pas en train de débattre ces derniers jours sur l'individu qui a causé cet attentat. APOLLINE DE MALHERBE On va en parler de l'individu. MANUEL VALLS Sur les complicités, sur le rôle de Daesh et la manière dont il pousse aujourd'hui un certain nombre d'individus dans nos pays, en France ou en Allemagne - nous l'avons vu ces derniers jours – à commettre des attentats terribles. Non ! La polémique, et c'est là où nous sommes à côté de la plaque pour ceux qui mènent ces polémiques ; la polémique politique qui vise à déstabiliser le gouvernement, qui vise à… APOLLINE DE MALHERBE C'est une polémique politique ? MANUEL VALLS C'est une polémique purement politique. Depuis le premier jour, quand Bernard CAZENEUVE dans la nuit du 14 au 15 juillet a débarqué à Nice, au moment où il y avait encore des blessés sur la promenade des Anglais, il y avait les cadavres de ceux qui avaient été tués par ce terroriste, au moment où le pays était sous le choc, où on ne savait pas encore d'ailleurs s'il n'y avait pas des complices qui pouvaient commettre d'autres attentats, l'ancien maire de Nice Christian ESTROSI commençait cette polémique. Tout cela est indigne. APOLLINE DE MALHERBE Donc le responsable de cette polémique, c'est Christian ESTROSI. C'est de lui que ça part. MANUEL VALLS Mais moi je ne vais pas m'abaisser à ce niveau-là. Depuis dix jours, on abaisse le débat national au moment où le pays a besoin de faire bloc, a besoin d'unité, a besoin d'unité pour combattre ce terrorisme qui nous mène la guerre. APOLLINE DE MALHERBE Oui mais Manuel VALLS, vous comprenez, depuis le début vous dites : « Il y a les victimes, on a besoin d'unité. En gros, taisez-vous tous, il y a trop de solennité. Ce n'est pas possible ». MANUEL VALLS Est-ce que je dis : « Taisez-vous tous » ? APOLLINE DE MALHERBE Non mais Manuel VALLS, à chaque fois qu'on dit quelque chose, c'est : « Mais vous vous rendez compte ? Il y a 84 victimes, et cætera ». MANUEL VALLS Apolline de MALHERBE, ne mélangez pas tout et ne mettez pas tout au même niveau. Ça, moi je ne le supporte plus. Un ministre de l'Intérieur, une policière municipale… APOLLINE DE MALHERBE Quoi ? La policière municipale n'a pas le droit d'avoir de doutes sur le ministre de l'Intérieur ? MANUEL VALLS Dans ce pays, tout le monde a le droit de parler, tout le monde a le droit de s'exprimer mais en respectant la vérité, en respectant les faits. Il y a eu un débat au Parlement, oui ou non Apolline de MALHERBE ? APOLLINE DE MALHERBE Oui. MANUEL VALLS J'ai présenté moi-même comme Premier ministre la prolongation de l'état d'urgence qui a été renforcé. Il y a eu un débat. Dans ce débat, une partie de la droite et je ne mets pas toute la droite a mis en cause la Constitution, les principes, les valeurs, l'état de droit, la démocratie, nécessaire cette remise en cause pour combattre le terrorisme. C'est-à-dire exactement ce que cherche le terrorisme ; c'est-à-dire à nous diviser, à remettre en cause des démocraties qui évidemment sont toujours fragiles à ce moment-là. Donc la meilleure arme, ce n'est pas une arme pour le gouvernement. Le gouvernement ne demande pas l'unité pour lui-même, il demande l'unité pour le pays. La meilleure arme pour lutter contre le terrorisme, c'est de faire bloc. C'est de poser toujours toutes les questions. APOLLINE DE MALHERBE Mais ça sonne creux aujourd'hui de dire ça, Manuel VALLS. MANUEL VALLS Mais parce que vous l'entendez ainsi. Pour moi, ça ne sonne pas creux l'unité nationale, Apolline de MALHERBE. Ça ne sonnera jamais creux. Ni la Constitution, ni l'état de droit, ni la République. Je ne demande l'unité pour le gouvernement, je demande l'unité pour faire bloc contre le terrorisme. Que toutes les questions soient posées évidemment par les victimes, les proches, les familles, c'est tout à fait normal. Pour cela, il y a une enquête. Il y a une enquête sous l'autorité de la justice avec des magistrats instructeurs indépendants qui ont été désignés. Cette vérité, bien sûr elle doit toujours éclater. C'est la force d'une démocratie. Malgré l'état d'urgence que nous connaissons depuis le 14 novembre 2015, il y a eu des élections les élections régionales, il y a eu des manifestations dans la rue. Le débat démocratique ne s'arrête pas. Toutes les questions ont le droit d'être posées et il appartient au gouvernement, à la justice, à l'Etat d'apporter les réponses. APOLLINE DE MALHERBE Justement, il y a un certain nombre de questions. MANUEL VALLS Mais ce qui est insupportable, c'est que l'ancien maire de Nice, ancien ministre, président de la région… APOLLINE DE MALHERBE Christian ESTROSI. MANUEL VALLS Président de la région, je veux le rappeler, élu d'ailleurs dans des conditions particulières : élu dans le cadre d'un rassemblement républicain au deuxième tour contre l'extrême droite. Je suis moi-même intervenu au lendemain du premier tour des élections régionales pour appeler à voter pour Christian ESTROSI, comme pour Xavier BERTRAND et Philippe RICHERT qui se trouvaient face au Front national. Parce que face à l'extrême droite, je considérais qu'il fallait ce rassemblement. APOLLINE DE MALHERBE Et donc quoi ? Vous trouvez qu'il est ingrat ? MANUEL VALLS Non. Vous savez, je ne suis jamais dans ce genre de sentiment. Je pense qu'on doit être à la hauteur de la fonction, qu'on doit être digne des conditions d'une élection. Qu'on doit être à la hauteur de ce qu'attendent les Français et jamais d'être dans cette polémique. Que cherche cette partie de la droite et notamment ESTROSI, monsieur ESTROSI ou monsieur CIOTTI ? A mettre en cause encore une fois pas seulement le gouvernement ça, on pourrait considérer que c'est la petite politique de tous les jours mais ils mettent en cause le préfet, le travail des policiers, le travail du procureur. Et en mettant en cause ceux qui incarnent et qui représentent l'Etat, on met en cause l'Etat de droit et on s'attaque à la République elle-même et ça c'est dangereux. Et ça c'est très dangereux. Et moi je leur demande, comme chef du gouvernement, de se reprendre, de se rendre bien compte que ce type de propos met en cause les fondements même de l'Etat. Si une enquête de l'Inspection générale de la police nationale… APOLLINE DE MALHERBE En cours. MANUEL VALLS En cours, et qui va donner ses résultats, et qui travaille avec la rigueur qu'on lui connaît. Si le travail de la justice et du procureur de la République, François MOLINS, que tous les Français connaissent malheureusement parce qu'il y a eu ces attentats, donc chacun connaît l'indépendance, dont chacun connaît l'intégrité, dont chacun sait qu'il a travaillé par exemple y compris dans des cabinets qui ne sont pas de ministre de gauche, mais dont chacun loue l'intégrité. Si on met en cause ce travail parce que, par exemple, le procureur de la République aurait demandé la destruction des vidéos comme ça se fait à chaque fois, ça ne veut pas dire que cette vidéo-protection… APOLLINE DE MALHERBE Mais pourquoi ? MANUEL VALLS Mais c'est à chaque fois… APOLLINE DE MALHERBE Mais ce n'est pas parce que c'est à chaque fois qu'on ne peut pas poser la question, Manuel VALLS. MANUEL VALLS Apolline de MALHERBE, vous-même en posant cette question vous instruisez et vous introduisez le doute. APOLLINE DE MALHERBE Non. Je trouve que la question peut se poser, Manuel VALLS. MANUEL VALLS Parce qu'il faut aller jusqu'au bout et il faut donner l'information. Aucune preuve, aucun élément de vidéo-protection n'est détruit. APOLLINE DE MALHERBE Elles ont été copiées ces vidéos, tout à fait. MANUEL VALLS Oui. Tout est copié, tout est dans les mains non pas du ministre de l'Intérieur, non pas du ministre de la Justice, non pas du Premier ministre, mais dans les mains de la justice pour pouvoir mener cette enquête. On détruit, comme cela est toujours le cas pour ce qui concerne la vidéo-protection, ce qui pourrait ensuite donner l'objet d'une diffusion malsaine sur les réseaux sociaux. APOLLINE DE MALHERBE Manuel VALLS, je voudrais vous arrêter tout de suite et qu'on parle des faits. MANUEL VALLS Ce que je veux dire par-là, c'est que la mise en cause y compris du travail du procureur de la République c'est malsain. C'est malsain pour notre Etat de droit et c'est malsain pour notre démocratie. Moi, je demande à chacun de se reprendre. On ne peut pas agir comme ça. Nous sommes dans un moment particulier. Vous voyez, je regardais ce qui se passait de l'autre côté, aux Etats-Unis avec Donald TRUMP. C'est exactement la même méthode : la violence politique, l'outrance, la mise en cause de la démocratie, les accusations lancées à l'emporte-pièce, la calomnie. APOLLINE DE MALHERBE Ce que vous voulez dire, c'est que l'opposition aujourd'hui est dans une « trumpisation » et dans une même logique ? MANUEL VALLS Est dans une trumpisation des esprits pour une partie d'entre elle. Moi, j'appelle les Français, qu'ils soient de gauche ou de droite parce que face au terrorisme, peu importe les étiquettes politiques. J'appelle les responsables politiques qui dans ce pays sont des hommes et des femmes modérés, qui sont attachés à l'Etat de droit, qui sont des républicains, qui sont gênés, dégoûtés comme moi par ces polémiques, de demander à chacun de faire preuve encore une fois de responsabilité. APOLLINE DE MALHERBE Les faits, Manuel VALLS, parce qu'il y a effectivement la polémique et les accusations mais il y a aussi les faits. Au-delà des accusations portées, la policière dit : « Aucune présence policière visible sur ces vidéos de surveillance, pas de policiers nationaux sur les images. Pas de présence policière - c'est le rapport de la police municipale - pour empêcher le camion de forcer la zone piétonisée ». Ça, comment vous l'expliquez ? MANUEL VALLS Ce n'est ni la ville de Nice, ni la police municipale de Nice qui sont chargées de l'enquête. Il y a une enquête sous l'autorité du juge et il y a l'enquête de l'Inspection générale de la police nationale qui donnera en toute indépendance les éléments qui permettront d'en savoir plus sur ce qui s'est passé ce soir-là et sur la présence de la police nationale et de la police municipale. APOLLINE DE MALHERBE Et vous, vous avez été ministre de l'Intérieur, vous êtes aujourd'hui Premier ministre. Est-ce que vous estimez que l'entrée de la zone piétonne où il y a une barrière mobile, deux policiers municipaux et un véhicule puis au milieu de la zone piétonne six policiers nationaux, deux véhicules mais aucune de ces voitures en travers de la route, est-ce que vous, vous estimez que c'est suffisant ? MANUEL VALLS Attendons d'abord l'enquête. Il y a eu trois réunions pour préparer ce 14 juillet festif à Nice comme ailleurs. Trois réunions sur la base qui avait déjà été engagée pour le carnaval de Nice quelques mois auparavant, puisque celui-ci avait fait l'objet de menaces. Il y a eu cette réunion préparée sur la base aussi de ce qui a été fait pour l'Euro puisque Nice accueillait également des matchs dans son magnifique stade de la Riviera. Donc cela a été préparé. Par qui ? Par la police nationale et par la police municipale. APOLLINE DE MALHERBE Donc en gros, comme ç'a été préparé, tout va bien. MANUEL VALLS Est-ce que je dis que tout va bien ? APOLLINE DE MALHERBE Deux policiers municipaux, six policiers nationaux, est-ce que vous, vous trouvez ça suffisant ? Vous n'avez pas forcément besoin que l'enquête aboutisse pour avoir déjà votre sentiment, Manuel VALLS. MANUEL VALLS A partir du moment où il y a eu un attentat, où il y a eu 84 morts, où il y a eu l'horreur, des dizaines de blessés, des enfants qui ont été tués ou blessés, nous devons faire preuve d'humilité. Je ne vais pas vous dire ici : « Tout s'est bien passé, tout va bien ». C'est toute notre culture de sécurité qui doit changer. Quand je vous disais il y a un instant : « Nous sommes à côté de la plaque à cause de ces polémiques qui visaient encore une fois à déstabiliser le gouvernement, à mettre en cause un homme intègre, Bernard CAZENEUVE, à mettre en cause – et c'est pire encore - d'une certaine manière, la justice de notre pays », face à cela il faut faire preuve d'humilité, de modestie mais surtout changer en profondeur notre culture de la sécurité. Cela fait des mois, Apolline de MALHERBE des mois que je dis que nous sommes confrontés à un terrorisme qui a ciblé la France. Que nous allons connaître et je le dis encore aujourd'hui et chaque mot me coûte nous pouvons encore connaître de nouveaux attentats, de nouvelles victimes innocentes même si nous sommes mobilisés et que nous faisons tout bien évidemment pour éviter des attentats. APOLLINE DE MALHERBE Mais vous dites : « Il faut changer notre culture de la sécurité », et pourtant vos réponses c'est les mêmes. C'est l'état d'urgence, c'est l'opération Sentinelle qui certes va être renforcée, mais enfin ce n'est pas innovant. Donc votre culture à vous de la réponse n'a pas changé. MANUEL VALLS Non, elle a profondément changé d'abord depuis les attentats de janvier 2015, mais vous savez, évidemment nous sommes sur une chaîne d'information continue donc il faudrait changer de politique toutes les six heures. APOLLINE DE MALHERBE Non, mais ça veut dire qu'il y a quelque chose qui n'a pas fonctionné, sinon il n'y en aurait pas tout le temps des attentats Manuel VALLS. MANUEL VALLS Oui, mais aussi j'en ai un peu assez de ce questionnement. Il faudrait changer de politique tous les 6 heures, de ministre de l'Intérieur tous les 2 jours, de Premier ministre tous les mois, et remettre tout en cause ? La lutte contre le terrorisme, on ne parle pas d'une petite polémique politique là, on ne parle pas de tel ou tel propos, à côté de la plaque, on parle du terrorisme, c'est-à-dire d'une guerre qu'on nous mène, qui nous a coûté déjà extrêmement cher en termes de victimes, et nous sommes toujours la cible du terrorisme, et pour cela il faut de la cohérence, de la continuité, de la persévérance. Il y a une loi sur la procédure pénale, qui donne davantage d'armes pour lutter contre le terrorisme, aux magistrats et aux policiers. Cette loi a été adoptée quand ? Le 6 juin dernier. Ses outils sont déjà utilisés par les magistrats, actuellement, dans l'enquête de Nice. Donc, moi ce que je demande aux Français, mais aussi à leurs responsables politiques, à leurs élus, c'est d'être capables de maîtrise, de sang-froid. Je comprends, moi, la colère, le questionnement des victimes, de leurs familles, et de mes compatriotes, je comprends que face à ce choc... APOLLINE DE MALHERBE Vous comprenez les doutes, vous comprenez les inquiétudes ? MANUEL VALLS Mais ils ne m'ont pas entendu. Je leur ai dit depuis des mois que nous allions connaître de nouveaux attentats. Pourquoi ? Parce que nous sommes en guerre. Ceux qui expliquent que par telle ou telle loi, telle ou telle procédure, nous éviterions de nouveaux attentats, mentent. L'individu qui a commis cet attentat atroce, n'était pas connu de nos services de renseignement. Qu'est-ce qui effraie les Français ? C'est qu'on puisse utiliser une voiture, ou un camion en l'occurrence, et la jeter dans la foule. Bien sûr que je comprends toutes les questions sur le dispositif de sécurité, mais vous savez parfaitement que le risque zéro n'existe pas, même si nous nous sommes mobilisés à 100 %. Donc, face à cela, c'est la culture des Français, la résilience. Au fond, s'il y a deux mots qui doivent illustrer ce que nous devons faire, c'est la résilience, c'est-à-dire la capacité à faire face au terrorisme, à changer notre culture de sécurité, à être dans la vigilance, c'est ce que nous faisons ; par la capacité aussi à faire face à un attentat, dans les écoles, dans les espaces publics, apporter les premiers soins, mais c'est aussi la résistance. Et la résistance ça nécessite de la maîtrise, d'en finir avec ces petites polémiques, cette bassesse dans la politique qu'on connaît aujourd'hui. Tout ça pourquoi ? Parce qu'il y a des primaires, parce qu'il y a une élection présidentielle, parce que tous les coups sont permis, parce qu'un ancien président de la République considère qu'on… APOLLINE DE MALHERBE Peut-être tout simplement parce qu'il y a eu 84 victimes et qu'effectivement on se dit, malgré tout, qu'il y a quelque chose qui n'a pas fonctionné Manuel VALLS, vous pouvez le comprendre. MANUEL VALLS Quand il y a eu 84 victimes, à ce moment-là on est digne dans le débat, et nous nous répondrons, bien sûr, à toutes les questions. Tous les dispositifs que nous avons fait voter depuis près de 2 ans, ont été votés par une très large majorité, deux lois antiterroristes, deux lois sur le renseignement… APOLLINE DE MALHERBE Donc vous dites, dans l'hémicycle ils votent nos lois, mais en dehors ils nous critiquent. MANUEL VALLS Deux lois sur le renseignement, et une loi sur la procédure pénale, des moyens supplémentaires pour la police et la gendarmerie, et les renseignements, et nous allons poursuivre. L'opération Sentinelle, c'est 10.000 hommes et femmes militaires présents sur le terrain… APOLLINE DE MALHERBE Mais ça n'a pas découragé les terroristes. MANUEL VALLS Mais vous pensez que les terroristes sont découragés par telle ou telle méthode ? APOLLINE DE MALHERBE On peut espérer qu'ils seront quand même découragés à un moment ou un autre, non ? MANUEL VALLS Non, pas du tout, ce sont des gens qui veulent mourir en commettant l'horreur, et nous nous devons faire face à cet ennemi extérieur, nous devons en finir avec Daesh et l'Etat islamique, en Irak et en Syrie, ce sont les moyens nouveaux que nous apportons, annoncés par le président de la République, à la coalition, notamment en Irak, parce qu'il nous faut gagner la bataille de Mossoul en Irak, et celle de Racca en Syrie, ça mettra du temps. Mais cette coalition, là avec les Américains, là avec les Russes, elle me semble indispensable pour en finir avec Daesh, et en France nous devons traquer jusqu'au bout, ces terroristes. APOLLINE DE MALHERBE Vous disiez « il n'était pas, effectivement, sous les radars, il a échappé aux radars du renseignement et de la police », en revanche, il n'a pas échappé à la justice puisqu'il a été condamné, condamné à plusieurs reprises, pour violences. MANUEL VALLS Il a été condamné une fois, ce printemps, à 6 mois, suite… APOLLINE DE MALHERBE Et, et, il y avait eu des plaintes contre lui pour violences conjugales. Donc, violences conjugales, puis condamné, effectivement, à 6 mois de prison, avec sursis. Le Front national dit il est tunisien, sur le sol français, donc non pas de nationalité française, il était sur le sol français avec un titre de séjour. A partir du moment où il a été condamné pour violences, est-ce qu'il fallait qu'il reste ? MANUEL VALLS Il était là. APOLLINE DE MALHERBE Est-ce qu'il faut que les étrangers condamnés pour violences restent ? MANUEL VALLS Donc ça veut dire qu'il faut expulser tous les étrangers condamnés pour violences. Et quand il s'agit d'un binational, ou quand il s'agit… APOLLINE DE MALHERBE Non, mais là en l'occurrence, restons sur ce cas-là, c'est effectivement… MANUEL VALLS Oui, mais quand il s'agit d'un Français, qui commet ces attentats, qu'est-ce qu'on fera ? Qu'est-ce qu'on fera à ce moment-là ? APOLLINE DE MALHERBE Mais là je vous pose la question pour les étrangers, Manuel VALLS. MANUEL VALLS Oui, mais ça c'est la solution de facilité. APOLLINE DE MALHERBE Donc, un étranger, sur le sol français, condamné pour violences, reste. MANUEL VALLS Mais il peut être, dans certains cas, il peut être expulsé, c'est prévu par les lois, y compris votées… APOLLINE DE MALHERBE Est-ce qu'il ne faut pas être plus ferme, est-ce qu'il ne faut pas que toute forme de violences… MANUEL VALLS Mais toute forme de violences doit être condamnée, toute forme de violences doit trouver évidemment une réponse implacable de la part de la justice, mais moi je ne confonds pas une condamnation de 6 mois, avec sursis, avec l'horreur du terrorisme. Pourquoi ? parce que le problème que nous avons, ce n'est pas uniquement le terrorisme à l'extérieur, en Syrie ou en Irak, qui prépare des attentats contre la France, ou contre d'autres pays, parce que nous ne sommes pas les seuls visés, c'est le fait que nous ayons plusieurs centaines, plusieurs milliers, d'individus radicalisés, qui peuvent, pour certains, passer à l'acte, et c'est ça qui est le plus difficile à combattre. APOLLINE DE MALHERBE Et c'est qui nos terroristes, c'est des fous, c'est des déséquilibrés ? C'est ce qu'on a beaucoup entendu. MANUEL VALLS Oui, mais… il y a des problèmes psychiatriques, ce qui nécessite, je pense, aussi des évolutions dans tous nos dispositifs de psychiatrie et de santé mentale, nous le voyons bien avec ce qui s'est passé en Allemagne, ce qui s'est passé à Munich, qui n'est pas lié au terrorisme islamique, mais c'est aussi… APOLLINE DE MALHERBE Qui était au moins d'inspiration. MANUEL VALLS Mais qui est un acte terroriste, et il semblerait que cet individu, aussi, faisait l'objet d'un suivi psychiatrique. Mais, moi je ne confonds pas tout. Il y a une radicalisation liée à un islamisme radical, dont l'une des bases, pas la seule, c'est le salafisme, un Islam radicalisé, qui conduit un certain nombre d'individus à passer à l'acte, et en plus avec une propagande, un « kit idéologique », comme je l'appelle, de la part de Daesh, de la part de l'Etat islamique, qui permet à des individus, à travers Internet, de basculer plus ou moins rapidement, ce qui fait peur aux Français, et ça je le comprends. Et je vois bien que c'est un défi redoutable, pour nous et pour ceux qui éventuellement demain gouverneront ce pays, puisque ça va durer plusieurs années. Quand vous avez plusieurs centaines, plusieurs milliers d'individus radicalisés, qui sont dans la société, qu'on ne connaît pas forcément, qui n'ont pas été classés fiche S, comme on dit, par les services de renseignement, on voit que c'est non seulement le travail de la police, de la gendarmerie, et de la justice, qui doit être mené avec la plus grande efficacité, ou à travers le renseignement, mais que c'est tout ce plan, que j'annonçais il y a quelques mois et qui devra être encore davantage renforcé, pour lutter contre la radicalisation, ce qui doit amener aussi à une mobilisation, pas seulement l'Etat, ça il est indispensable, mais aussi de toute la société… APOLLINE DE MALHERBE Sauf que parfois on ne les voit même pas se radicaliser. MANUEL VALLS Mais de toute la société. Ce qui doit amener aussi l'Islam, dans le monde, en Europe, et en France, à se mobiliser, à prendre pleinement ses responsabilités, à faire la séparation, nette, entre ce qui est l'Islam de France, compatible bien sûr avec la démocratie, avec l'égalité femme/ homme, avec la laïcité, avec ceux qui se radicalisent et ceux qui, bien sûr, peuvent passer à l'acte. La mise en cause, par exemple, de la laïcité, par un certain nombre d'individus, d'Imams, je ne parle pas de ceux qui passent à l'acte, la mise en cause de la laïcité, ceux qui expliquent, par exemple, que ce qui est en train d'arriver, ces actes terroristes… APOLLINE DE MALHERBE Ce serait à cause de la laïcité à la française. MANUEL VALLS Ça sera à cause de la laïcité, au fait qu'on interdirait le voile… APOLLINE DE MALHERBE Vous vous dites non. MANUEL VALLS Ça, ce n'est pas possible. La laïcité c'est une des valeurs au coeur même de ce qu'est notre pacte républicain, donc là aussi il faut être extrêmement clair. APOLLINE DE MALHERBE Manuel VALLS, c'est la fin de cette interview, je vous ai parlé des doutes des Français, est-ce que vous, vous avez des doutes, sur votre efficacité ? MANUEL VALLS Mais moi je doute, vous savez, je doute toujours, et par la force des choses… APOLLINE DE MALHERBE Y compris de vous-même ? MANUEL VALLS Non. Quand vous avez 84 morts, des enfants, des familles brisées, vous vous posez la question, nous en parlions il y a quelques jours, je l'ai dit à l'Assemblée nationale, avec Bernard CAZENEUVE, on se pose les questions, est-ce qu'on a tout fait, est-ce que tous les dispositifs ont été pris, est-ce que nous avons voté les lois… APOLLINE DE MALHERBE Et vous n'avez pas forcément la réponse ? MANUEL VALLS Mais moi je sais quelque chose, c'est que je ne peux pas avoir de doute là où je suis, c'est que je dois faire preuve de la plus grande détermination, pour écraser Daesh, pour en finir avec ce terrorisme. C'est une guerre de longue haleine, mais je veux dire à mes compatriotes que nous la gagnerons, parce que nous sommes déterminés, mais pour la gagner, il faut être fort, il faut aimer sa démocratie, il faut aimer nos valeurs, il faut s'inspirer de principes, de valeurs. Moi je ne veux pas que mon pays ressemble à monsieur TRUMP et à un discours de haine, je pense que c'est la concorde nationale, le rassemblement, nos valeurs démocratiques, c'est pour cela que nous sommes attaqués. Si la France est attaquée, c'est à cause de ces valeurs démocratiques… APOLLINE DE MALHERBE Appel à l'unité donc ! MANUEL VALLS Il faut y répondre par nos valeurs démocratiques et par une très grande efficacité, et nous gagnerons cette guerre. APOLLINE DE MALHERBE Merci Manuel VALLS. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/356.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/356.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3a9708992107203e57d2f27140f21ef417a9cf7f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/356.txt @@ -0,0 +1 @@ +Françaises, Français, Un prêtre, le père Jacques HAMEL, un homme plein de bonté, a été sauvagement assassiné, égorgé dans une église à Saint-Étienne-du-Rouvray, au milieu de ses fidèles, eux-mêmes pris en otage. Les deux terroristes ont été abattus par la police. Je salue le courage de ces policiers qui sont intervenus dans un délai très court. Cet acte abominable est une nouvelle épreuve pour la Nation alors que nous portons encore le deuil des 84 victimes de l'attentat de Nice et que Paris, l'année dernière, avait été si durement frappée. Les catholiques de France et du monde sont meurtris, mais ce sont tous les Français, quelles que soient leurs convictions et leur confession, qui se sentent atteints au fond d'eux-mêmes. Attaquer une église, tuer un prêtre, c'est profaner la République qui garantit la liberté de conscience. C'est semer l'effroi car ce que veulent les terroristes, c'est nous diviser, nous séparer, nous opposer, nous déchirer. Face à cette menace qui n'a jamais été aussi grande en France comme en Europe, le gouvernement fait preuve d'une détermination absolue dans la lutte contre le terrorisme. Il mobilise tous les moyens humains et matériels, avec une présence à un niveau jamais atteint sous la Ve République de nos policiers, de nos gendarmes et de nos militaires sur l'ensemble de notre territoire. Le gouvernement applique et appliquera avec la plus extrême fermeté les lois que nous avons fait voter et qui donnent à la justice, aux préfets, aux forces de l'ordre et aux services de renseignement la capacité d'agir, amplifiée par la prolongation et le renforcement de l'état d'urgence. Mais je le dis clairement, restreindre nos libertés, déroger à nos règles constitutionnelles n'apporterait pas d'efficacité dans la lutte contre le terrorisme et affaiblirait à coup sûr la cohésion si précieuse de notre Nation. Notre pays doit éviter les surenchères, les polémiques, les amalgames, les suspicions. Notre pays fait la guerre. Une guerre à l'extérieur c'est le sens des décisions que j'ai prises en Syrie et en Irak, fait la guerre à l'intérieur en lutte contre la radicalisation, en traquant les individus djihadistes, en éradiquant les réseaux criminels et nous continuerons. C'est dans la persévérance que nous l'emporterons. Je vous dois aussi cette vérité, cette guerre sera longue. Ce qui est visé, c'est notre démocratie. Elle est la cible, elle sera notre bouclier. C'est notre unité qui fait notre force. Alors, Françaises, Français, faisons bloc, c'est ainsi que nous gagnerons la guerre contre la haine et contre le fanatisme car je vous l'assure, cette guerre, nous la gagnerons. Vive la République et vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/357.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/357.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..85ed338591a855de2a73e3fa6e578622f8fb6909 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/357.txt @@ -0,0 +1 @@ +ANISSA HADDADI C'est l'heure de l'Interview vérité. Il est en première ligne dans le combat que la France mène contre le terrorisme ; Samuel, vous recevez ce matin le ministre de l'Intérieur Bernard CAZENEUVE. SAMUEL ETIENNE Bonjour Bernard CAZENEUVE. BERNARD CAZENEUVE Bonjour. SAMUEL ETIENNE Merci de nous rejoindre ce matin. Je sais que vous vous rendez juste après cette interview à l'Élysée pour recevoir, avec le président HOLLANDE, les représentants des cultes au lendemain de cet attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray. Un point sur l'enquête tout d'abord. Que sait-on aujourd'hui des deux terroristes abattus par la BRI ? BERNARD CAZENEUVE Ce que l'on sait, c'est ce que le procureur MOLINS a indiqué hier à 21 heures 30 à l'occasion de sa déclaration. Un individu avait fait l'objet d'un suivi extrêmement attentif de la part des services de renseignement qui avait permis sa judiciarisation. Cette judiciarisation l'avait conduit à être incarcéré. SAMUEL ETIENNE Pendant dix mois. BERNARD CAZENEUVE Il a bénéficié d'une libération, il a été mis sous contrôle judiciaire et c'est dans le cadre de ce contrôle judiciaire qu'il a frappé. Voilà ce que l'on sait. Pour le second, l'identification est en cours. Le procureur de la République s'exprimera et fera connaître à ce moment-là les éléments complémentaires de l'enquête sur laquelle les services mandatés par lui travaillent actuellement, notamment la SDAT et la DGSI. SAMUEL ETIENNE Sur l'enquête toujours, quid d'éventuelles complicités ? Au moins une personne - un mineur - a été placée en garde à vue dans le cadre de cette enquête. BERNARD CAZENEUVE Oui. Ce mineur avait d'ailleurs été placé, dans le cadre de l'état d'urgence, en assignation à résidence en fin de semaine dernière par la préfète. Mais les premiers éléments qui apparaissent montrent qu'il n'y a pas de lien entre cet individu et ce qui s'est passé hier à Saint-Étienne-du-Rouvray. SAMUEL ETIENNE Il n'aurait pas apporté de soutien logistique aux deux terroristes. BERNARD CAZENEUVE Apparemment non, mais je suis encore une fois très prudent. Je n'aime pas m'exprimer sur le contenu des enquêtes, c'est au procureur de la République de le faire. Il l'a fait hier avec le niveau de précision qu'on lui connaît. Nous en saurons plus dans les heures qui viennent. SAMUEL ETIENNE Bernard CAZENEUVE, nous l'avons rappelé à l'instant, l'un des deux terroristes bénéficiait d'un bracelet électronique, d'une assignation à résidence. Comment ne pas parler ce matin d'un énorme raté du système judiciaire ? BERNARD CAZENEUVE Je ne souhaite pas pointer des responsabilités ou m'ériger en procureur, surtout lorsqu'il s'agit d'un sujet qui ne dépend pas de mon ministère. SAMUEL ETIENNE C'est pourtant en pointant des responsabilités qu'on peut améliorer la lutte contre le terrorisme. BERNARD CAZENEUVE Bien entendu qu'il faut pointer des dysfonctionnements pour les corriger, mais là c'est un sujet sur lequel je n'ai pas les éléments puisque ce n'est pas une question qui relève du ministère de l'Intérieur. Dans quelles conditions est-ce que les magistrats ont statué ? Quels éléments avaient-ils entre leurs mains ? Moi je n'ai pas ces éléments. Et quand on accuse ou quand on juge ou quand on qualifie, il faut savoir. Or, ce sont des éléments qui ne sont pas en ma possession pour des raisons tout simplement qui tiennent à la séparation des pouvoirs. SAMUEL ETIENNE C'est ce que j'allais vous dire. Là, vous me parlez « dans le respect de la stricte séparation des pouvoirs » mais les auditeurs se posent la question et avec Anissa on reçoit de nombreux tweets en ce sens : est-il normal qu'un jeune Français parti faire le djihad en Syrie, intercepté par la Turquie, arrêté par la Suisse, ne soit qu'en liberté surveillée dans notre pays ? BERNARD CAZENEUVE Ça, c'est un autre sujet. Moi, j'ai mon sentiment sur cette question. Je pense qu'il faut la plus grande sévérité, la plus grande fermeté. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, dans le cadre de la loi qui a été adoptée par le Parlement, présentée par Jean-Jacques URVOAS et portée par Jean-Jacques URVOAS et moi au Parlement puisqu'il y avait des dispositions qui concernaient nos deux ministères, nous avons ajouté des éléments législatifs dont nous avions grandement besoin. Quels sont ces éléments législatifs ? La perpétuité effective pour les terroristes qui sont condamnés, c'est fondamental. Deuxièmement, un durcissement des conditions d'aménagement de peine. Il ne peut pas y avoir d'aménagement de peine pour des individus qui sont en lien avec des groupes terroristes comme s'ils étaient des délinquants de droit commun. Ce n'est pas possible. Troisièmement, un durcissement des conditions de la détention provisoire parce que ceux qui sont en détention provisoire ne peuvent pas sortir s'ils représentent un danger. Tout cela est dans la loi du 3 juin 2016. Par conséquent, les magistrats ont les outils parce que nous avons durci cela, parce que nous voulons la plus grande fermeté, la plus grande sévérité, la plus grande efficacité. Désormais, ils ont les outils pour pouvoir faire le travail qui doit être fait. SAMUEL ETIENNE On va revenir sur la loi. Est-elle suffisante ? Est-elle suffisamment dure ? Est-ce un outil suffisamment efficace pour lutter aujourd'hui contre la menace terroriste ? On va y revenir ensemble mais je reviens à ces assignations à résidence et à ces bracelets électroniques. Les prévenus ou condamnés dans les affaires de terrorisme islamiste faisant l'objet d'une assignation à résidence sont très, très peu nombreux en France : moins d'une quinzaine selon les chiffres de la chancellerie. Au vu de ce qui vient de se passer, la question se pose : qu'est-ce qu'on fait de cette petite quinzaine d'individus ? Est-ce qu'on les incarcère ? BERNARD CAZENEUVE Encore une fois, je crois qu'il faut bien comprendre que nous sommes dans un Etat de droit. L'incarcération en France n'est pas une décision d'un ministre, elle n'est pas une décision d'un préfet ou alors on n'est plus dans un État de droit : on est dans un Etat de police où l'arbitraire est possible à chaque moment. Ce sont les juges qui décident de l'incarcération, c'est ça l'État de droit. Ce qu'il faut faire, c'est donner les moyens aux juges, dans la plus grande sévérité, de procéder à la mise hors d'état de nuire de ceux qui peuvent frapper. C'est la raison pour laquelle nous avons considérablement durci, notamment dans le cadre des dispositions législatives que nous avons prises en juin, les conditions dans lesquelles on peut incarcérer, aménager les peines, mettre en détention provisoire ceux qui sont en lien avec des acteurs terroristes. Autant je suis très favorable et même très militant de la plus grande fermeté, de la plus grande détermination, de la plus grande sévérité, autant je pense comme le garde des Sceaux, comme le Premier ministre l'a exprimé hier avec le président de la République, que cela doit se faire dans le respect rigoureux des principes de l'Etat de droit. Sinon, nous sortirions de l'Etat de droit pour rentrer dans un Etat arbitraire qui serait un Etat liberticide et nous aiderions les terroristes à atteindre l'objectif qu'ils veulent atteindre, c'est-à-dire la destruction de notre modèle, la destruction de nos libertés. SAMUEL ETIENNE Bernard CAZENEUVE, vous dites ce matin « État de droit » effectivement. Comme le président de la République hier soir, je le cite : « Restreindre nos libertés n'apporterait pas d'efficacité à la lutte contre le terrorisme ». L'ancien président Nicolas SARKOZY a dénoncé, lui, hier « les arguties juridiques conduisant, selon lui, à une action incomplète contre le terrorisme ». Il estime, comme d'autres à droite d'ailleurs, que le strict respect de l'État de droit affaibli notre République contre le terrorisme. Qu'est-ce que vous répondez à l'ancien président Nicolas SARKOZY ? BERNARD CAZENEUVE Je réponds plusieurs choses à l'ancien président Nicolas SARKOZY. D'abord lorsque l'opposition fait des propositions, il faut en tenir compte et nous avons pris beaucoup de propositions de l'opposition concernant le blocage administratif des sites, la pénalisation de la consultation des sites Internet qui est effective dès le vote de la loi. J'en profite pour le dire : elle est donc d'ores et déjà en vigueur. Nous avons pris des mesures dans le cadre de la loi de juin 2016 concernant le durcissement de la détention provisoire, la perpétuité effective, et cætera, et cætera. J'ai indiqué tout cela. Mais il y a des propositions que l'on ne peut pas prendre. Pourquoi ? D'abord il ne s'agit pas d'arguties juridiques. L'ancien président de la République ne peut pas dire que le respect de la Constitution dans un grand pays comme la France, qui a tenu aux peuples du monde le discours que les peuples du monde avaient appris et aimé de ce pays, que le respect de la Constitution, des principes républicains, et une argutie juridique. Non, c'est un devoir moral. SAMUEL ETIENNE L'opposition de droite affirme que les textes qu'elle propose respectent la Constitution. BERNARD CAZENEUVE Non, non, non. Non, non. Je réponds très précisément à Nicolas SARKOZY. Le respect de la Constitution, ce n'est pas une argutie juridique : c'est un devoir, c'est un devoir républicain. Deuxièmement, est-ce que les propositions qui sont faites sont des propositions qui sont conformes à la Constitution ? La mise en rétention par exemple de ceux qui sont fichés S, c'est-à-dire sur lesquels il y a une mise en attention sans qu'ils aient commis d'infractions pénales. SAMUEL ETIENNE On parle d'un peu plus de dix mille personnes en France en matière de terrorisme. BERNARD CAZENEUVE Le Conseil d'Etat s'est prononcé, on sait ce qu'en pense le Conseil constitutionnel : c'est anticonstitutionnel. Il faudrait donc pour cela faire une réforme de la Constitution qui ferait sortir la France de l'équilibre de l'État de droit dans lequel elle se trouve. Troisièmement, ce serait totalement inefficace et je veux dire pourquoi. Ce qui permet à la France aujourd'hui, même s'il y a des attentats, de démanteler un très grand nombre de réseaux terroristes nous avons évité seize attentats, nous avons arrêté près de cent quatre-vingts personnes depuis le début de l'année c'est la mise en attention par les fiches S d'un certain nombre d'individus qui permet aux services de renseignement de travailler sans que ces individus le sachent. SAMUEL ETIENNE C'est la discrétion. BERNARD CAZENEUVE Sans que ces individus le sachent, de démanteler les filières et de mettre hors d'état de nuire, après les avoir judiciarisés, ces individus. Nous avons énormément incarcéré après avoir judiciarisé au cours des derniers mois. Si vous dites aux individus qui ne savent pas qu'ils sont surveillés qu'ils le sont, ils se dissimuleront et nous aurons à la fin plus d'attentats et moins de résultats. Donc ces idées qui sont des idées qui parlent aux Français en apparence par la convocation de la démagogie sont contraires à l'Etat de droit et sont en matière de lutte antiterroriste, je le redoute, inefficaces. C'est la raison pour laquelle il faut vraiment, sur ces questions, que nous évitions tout ce qui peut plaire et relève de la démagogie, et que nous restions très attachés aux principes et à la volonté d'être ensemble, avec l'opposition, efficaces. Il ne s'agit pas sur ce sujet-là je conclus par cela d'avoir les yeux rivés sur les échéances électorales, mais de ne s'intéresser qu'à une question : l'efficacité de la lutte antiterroriste. SAMUEL ETIENNE Bernard CAZENEUVE, vous parlez à l'instant de surveillance et de sécurité. Je ne sais pas si vous avez lu Le Parisien ce matin. Les journalistes du Parisien sont allés à la rencontre de ceux qui connaissaient le terroriste Adel KERMICHE à Saint-Étienne-du-Rouvray et c'est incroyable. Dans cette ville à taille humaine, je cite, « beaucoup n'ignoraient rien de la radicalisation de ce jeune homme de dix-neuf ans ». « On ne le supportait plus, raconte un jeune. Il ne parlait que de Syrie, que de tuer les soldats de Bachar ». Le Parisien rapporte aujourd'hui que sur les réseaux sociaux, le terroriste ne faisait pas mystère de sa fascination pour l'Etat islamique. Un habitant de son quartier conclut, toujours dans Le Parisien : « Tout le monde savait que ce gosse était une bombe à retardement ». Monsieur le Ministre, si cela est vrai, il y a un vrai problème de lutte contre le terrorisme dans notre pays, un vrai problème de surveillance, d'efficacité. BERNARD CAZENEUVE Non, non, non. Ce personnage, il était identifié par les services de renseignement. C'est précisément parce que ces éléments avaient été portés à la connaissance des services de renseignement que les services de renseignement ont tout fait pour qu'il soit judiciarisé. Il a été incarcéré, il a été mis en liberté sous contrôle judiciaire. Le vrai sujet pour moi qui se pose donc, et ça c'est une question que nous devons prendre à bras-le-corps, c'est comment faisons-nous pour que ces individus ne soient pas dehors. Pour que ces individus ne soient pas dehors, il faut donner la possibilité aux juges d'instruction d'avoir des moyens juridiques qui leur permettent d'appliquer la plus grande fermeté. C'est ce que nous avons fait dans le cadre de la loi du 3 juin 2016 avec le garde des Sceaux. SAMUEL ETIENNE Ça veut dire que la loi n'est pas appliquée avec suffisamment de fermeté. C'est ce que vous nous dites ce matin. BERNARD CAZENEUVE Non. Cette loi, nous venons de la voter et la décision qui a été prise par les juges sur laquelle je ne peux pas me prononcer, encore une fois, parce que je n'ai pas les éléments qui me permettent d'apprécier les conditions dans lesquelles les juges ont pris leur décision, cette décision-là a été prise avant que ces dispositions législatives ne soient adoptées. SAMUEL ETIENNE Toute dernière chose, Bernard CAZENEUVE. Après l'attentat de Nice, vous avez été mis en cause par le journal Libération, par plusieurs élus de droite, par une policière municipale de Nice contre laquelle vous avez porté plainte. Pourquoi cette plainte contre cette policière municipale ? Pour laver votre honneur ? BERNARD CAZENEUVE Je veux dire des choses-là aussi très simples et très claires. Ce qui a été dit ne correspond pas à la vérité. Je le sais parce que la vérité, je la connais, donc on ne peut pas laisser dire n'importe quoi. Depuis le 14 juillet, je n'ai enclenché aucune polémique. Vous ne trouverez pas une déclaration de ma part contre monsieur ESTROSI ou contre le maire de Nice. Pas une ! Je vois partout des propos sur les polémiques entre le gouvernement et monsieur ESTROSI mais il n'y a pas un propos de ma part. SAMUEL ETIENNE Mais pour en revenir à cette policière municipale… BERNARD CAZENEUVE Je vais poursuivre. Je tiens quand même à préciser cela parce qu'il n'y a pas de place pour la polémique aujourd'hui. Le seul ennemi que nous ayons, c'est le terrorisme, et c'est contre cela que nous devons nous battre. Les limites ont été franchies dimanche : on a porté des accusations dont il est établi maintenant qu'elles étaient fausses puisqu'on voit bien qu'aucun document n'a été adressé à mon cabinet, que mon cabinet dans cette affaire-là n'a rien fait. C'était donc pour me salir et j'ai donc réagi en portant plainte, mais je n'irai pas au-delà. Moi, j'ai autre chose à faire que de faire une polémique par jour sur des sujets sur lesquels, de toutes les façons, la vérité viendra parce qu'il y a une enquête judiciaire, parce qu'il y a une enquête de l'IGPN et moi je ne mens pas sur les sujets qui concernent le terrorisme. Je me bats et je dis la vérité aux Français, même lorsqu'elle est difficile. Et s'il y a des dysfonctionnements dans mes services, je les corrige. Ça fait maintenant deux ans et demi que j'engage au ministère de l'Intérieur des réformes très lourdes, très profondes pour faire en sorte que nous soyons au meilleur niveau. Mais je ne peux que regretter que, dans un pays qui est confronté à de tels défis, on se laisse aller à de telles pentes d'abaissement du discours politique et je n'y contribuerai pas pour ma part. SAMUEL ETIENNE Merci, Bernard CAZENEUVE, d'avoir été ce matin l'invité de l'Interview vérité d'Europe 1. BERNARD CAZENEUVE Merci à vous. […] - Intervention de Monseigneur Stanislas LALANNE, évêque de Pontoise SAMUEL ETIENNE Monseigneur LALANNE, Bernard CAZENEUVE, le ministre de l'Intérieur, est avec nous dans ce studio et veut vous parler. BERNARD CAZENEUVE Oui, Monseigneur. Je voulais tout d'abord vous dire la grande solidarité du ministère de l'Intérieur avec tous les catholiques de France, la très grande peine du pays, la consternation face à la barbarie, la détermination qui est la mienne de faire en sorte que nous puissions continuer comme nous l'avons fait ensemble de protéger autant que faire se peut tous les lieux de culte et puis vous dire un immense merci du fond du cœur pour les propos qui ont été tenus par les représentants de l'église catholique : Monseigneur Vingt-Trois, l'évêque de Rouen, Monseigneur PONTIER, vous-même à l'instant. Cela traduit une très grande force du discours de l'église catholique dans un contexte où la République a besoin de cohésion, de force et de dialogue interreligieux. Nous sommes très amis avec Stanislas LALANNE, nous nous connaissons bien. Il a été évêque de Coutances, c'est un homme d'une très grande profondeur, d'une très grande qualité et je tenais à lui adresser ces mots de solidarité et d'affection. SAMUEL ETIENNE Merci Bernard CAZENEUVE. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/358.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/358.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c98799484bb8d4407147bfa74eaf089b97ac308b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/358.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Cher Monsieur Kishida, Monsieur le Secrétaire général, Cher Monsieur Ban Ki-moon, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Je remercie la présidence japonaise d'avoir organisé ce débat ouvert sur la consolidation de la paix en Afrique et d'avoir pris l'initiative de la déclaration présidentielle qui nous venons d'adopter d'être adoptée. Rien de ce qui se passe en Afrique ne sera jamais indifférent à la France du fait de ses liens historiques avec ce continent. Et chaque fois que c'est nécessaire, la France prend ses responsabilités en Afrique. Lorsque Bamako risquait de tomber aux mains des terroristes, nous avons pris nos responsabilités. Lorsqu'un génocide menaçait de se produire en RCA, nous avons pris nos responsabilités. Et face aux conflits qui persistent en Somalie, au Soudan, au Soudan du sud ou en RDC, nous prenons aussi nos responsabilités. Pour la France, être engagée en Afrique, cela ne veut pas dire agir seule et à sa guise, cela veut dire agir à la demande de nos partenaires africains, agir avec eux, et bien sûr agir aussi dans le respect du droit international. Les interventions militaires décidées par le président François Hollande ont toutes été approuvées et accompagnées par l'Union africaine et par l'ONU. Agir en Afrique ne veut pas dire non plus intervenir militairement puis laisser les pays livrés à eux-mêmes, cela veut dire rester à leurs côtés et les accompagner sur le chemin de la sécurité, de la démocratie et du développement. I. D'abord la sécurité 1) La sécurité du continent africain est notre objectif premier. Je pense à l'opération Barkhane dans le Sahel, et plus particulièrement au Mali où se déploie également la MINUSMA. Je pense aussi à notre présence soutenue en RCA aux côtés de l'opération de l'Union africaine, la MISCA, puis de l'opération des Nations unies, la MINUSCA. Nous appuyons aussi les opérations africaines de maintien de la paix, et je pense en particulier à la Force multinationale mixte dans la région du lac Tchad, décidée lors du sommet de Paris sur la lutte contre Boko Haram : la France consacre des moyens humains et logistiques importants à la coordination des pays africains attaqués par ce groupe terroriste. 2) La responsabilité première de chaque État, c'est de garantir la sécurité de ses citoyens et de protéger sa population. Cela suppose des forces de police et des troupes militaires suffisamment nombreuses, bien formées et bien équipées. C'est pourquoi la France agit en matière de coopération sécuritaire, notamment dans les pays du Sahel, pour permettre aux Africains d'assurer autant que possible leur sécurité par eux-mêmes. Nous formons plus de 20.000 soldats africains par an en France et en Afrique et nous jouons aussi un rôle actif pour déployer des missions européennes sur la sécurité en Afrique, comme actuellement en RCA. II. Après la sécurité, la démocratie La sécurité ne doit jamais être recherchée au détriment du respect de l'État de droit. Les droits de l'Homme, le renforcement des institutions démocratiques, la lutte contre l'impunité et la mise en place d'une bonne gouvernance sont des impératifs. Dans ce cadre, la tenue d'élections régulières et transparentes prend toute son importance et la France soutient résolument les règles de l'Union africaine, qui s'opposent à des modifications tardives et non consensuelles de la Constitution d'un pays, en particulier lorsqu'elles visent à empêcher une alternance démocratique. La France toujours mobilisée dans la défense des droits de l'Homme. Nous venons ainsi de renouveler, en le renforçant, le mandat de la MINUSCA, déployée en RCA, que nous avons voulu multidimensionnel : en effet, il ne concerne pas seulement la protection physique des civils, il touche également à l'État de droit, à la lutte contre l'impunité, à la bonne gouvernance et au renforcement de l'autorité de l'État, partout sur le territoire, face à la menace des groupes armés. C'est dans ce contexte que la France organisera les 26 et 27 octobre prochains, à Paris, une conférence ministérielle sur le maintien de la paix en milieu francophone. III. Enfin, après la sécurité et la démocratie qui doivent accompagner et consolider le rétablissement de la paix, je veux parler du développement humain. À ce sujet, je souhaiterais concentrer mon propos sur l'éducation : L'éducation, nous le savons tous, est le socle fondateur du développement, qu'il s'agisse de santé, d'environnement, de droits des femmes, de lutte contre la radicalisation ou encore de gouvernance démocratique. Tout passe par l'éducation, tout commence par l'éducation. Aucun pays n'a réellement décollé avant que 80% de sa population n'ait achevé le cycle primaire. Et les progrès réalisés depuis 15 ans sont considérables : le nombre d'enfants non scolarisés a été divisé par deux dans le monde. Pour autant les défis restent majeurs du fait des crises, du sous-financement chronique et bien sûr de l'explosion démographique. Aujourd'hui 60 millions d'enfants sont totalement privés d'éducation dans le monde. D'ici 2030, nous devrons scolariser plus de 600 millions d'enfants supplémentaires, dont 450 millions en Afrique. Les besoins d'investissements sont énormes, ils s'élèvent à 40 milliards de dollars par an. Il nous faut donc changer d'échelle et la communauté internationale doit réinvestir, de façon substantielle et urgente, comme elle a su le faire dans le domaine de la santé, dans une éducation de qualité, notamment en Afrique. C'est pourquoi je salue le travail de la commission animée par Gordon Brown, à l'initiative de Ban Ki-Moon, notamment autour de l'éducation en situation d'urgence, qui est centrale pour préserver la paix en Afrique. Les crises bouleversent la cohésion sociale, elles mettent en péril la capacité des États à se reconstruire. Et elles empêchent aujourd'hui 75 millions d'enfants de suivre une scolarité normale. Le fonds « Education cannot wait », mis en place à l'occasion du Sommet humanitaire mondial d'Istanbul, apporte une première réponse. En conclusion, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, il n'y a pas une fatalité des conflits en Afrique : regardons ce continent dans sa globalité, en ayant à l'esprit les échecs mais aussi les réussites des Africains et de la communauté internationale dans de nombreux domaines qui laissent espérer que l'Afrique sera un jour un continent de paix. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/359.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/359.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e4b6ceb5a72f9862f1ec6739cf3a0e7765262a8c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/359.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je voudrais compléter le propos d'Anouar KBIBECH d'abord en le remerciant, et à travers lui le CFCM, pour avoir pris l'initiative très belle, pleine de signification, forte de symbole que nous avons eu à voir hier partout dans les églises de France, d'inviter nos concitoyens de confession musulmane à aller participer avec les catholiques à des messes dans des églises et dans des cathédrales. C'était là une volonté de manifester la fraternité, la concorde, la solidarité qui doit exister entre tous les Français dans les épreuves terribles auxquelles notre pays est confronté. Et cette initiative qui était une initiative symbolique mais qui avait beaucoup de sens a rassemblé énormément de Français de toutes confessions dans le recueillement et dans la célébration des valeurs de la République. Et je tenais d'abord à vous remercier pour avoir pris cette initiative, qui était une initiative forte et qui témoignait s'il en était besoin de la volonté des musulmans de France d'être pleinement dans la République, dans le combat contre le terrorisme, dans la fraternité, dans le respect et dans la tolérance. Le deuxième point sur lequel je voudrais insister, c'est que nous devons sur la question de la relation de la République avec l'islam de France avoir des positions claires, fermes et un travail dans la durée qui permet de régler des problèmes qui ne l'ont pas été depuis de nombreuses années, pour ne pas dire depuis des décennies. Quelles sont ces positions ? D'abord, il n'y a pas de place en France, et nous nous le sommes encore dit ce matin, pour ceux qui, dans des salles de prière ou dans des mosquées, appellent et provoquent à la haine, ne respectent pas un certain nombre de principes républicains, je pense notamment à l'égalité entre les femmes et les hommes. C'est la raison pour laquelle j'ai pris la décision il y a de ça quelques mois de procéder, soit dans le cadre de l'état d'urgence, soit en mobilisant tous les moyens du droit commun, soit par des mesures administratives, à la fermeture de mosquées. Ce sont une vingtaine de mosquées et de salles de prière qui ont été fermées. Et il y en aura d'autres, compte tenu des informations dont nous disposons. Je rendrai d'ailleurs publiques les décisions que nous prenons en la matière et lorsque des lieux de culte sont fermés, dans lesquels des individus appellent à la haine ou appellent au racisme, à la xénophobie, à l'antisémitisme, il faut que nous puissions avec les représentants du culte musulman aller au bout du travail de refondation de l'islam dans les territoires, de manière à ce que ceux qui prêchent et ceux qui accueillent des fidèles soient dans le respect des valeurs de la République. Nous expulsons aussi, ce sont 80 arrêtés d'expulsion qui ont été pris, il y a plusieurs dizaines d'arrêtés d'expulsion en cours d'examen, je poursuivrai avec la plus grande résolution cette politique. Et nous sommes bien d'accord ensemble pour que cette politique soit poursuivie, parce qu'elle est la condition de la fraternité dans la République et du respect par chacun des valeurs qui fondent la République et la démocratie dans notre pays. Et puis il y a des questions qui doivent continuer d'être traitées et qui jusqu'à présent ne l'ont pas suffisamment été. Je pense à la formation des imams, nous avons résolu une partie de ce problème en développant 13 diplômes universitaires dans 13 universités, qui permettent de former des imams à la fois à la langue française et au respect des principes républicains, tout cela a vocation à monter encore en puissance. Et puis il y a la question de la formation théologique, abordée lors de la dernière instance de dialogue qui est le lieu nouveau de la discussion entre l'islam de France et ses représentants et l'État, et consacrée à la question de la lutte contre la radicalisation. Vous avez créé un Conseil théologique qui va définir un référentiel de la formation des imams, un référentiel théologique et qui permettra sur le volet théologique dans les instituts de formation français et je pense notamment à l'institut Al Ghazali ou à l'Institut de Château-Chinon mais pas seulement d'avoir des théologiens de haut niveau qui autour d'un référentiel partagé formeront les imams français, de manière à ce qu'il y ait dans les mosquées des théologiens de haut niveau qui enseignent un islam qui soit un islam du juste milieu, compatible avec les valeurs de la République. La Fondation que nous créerons avant la fin de l'année, au cours du dernier trimestre de l'année 2016, et sur laquelle nous travaillons depuis de nombreux mois, permettra de financer la partie culturelle, d'établissements culturels, de financer des thèses, de travailler à une meilleure connaissance de l'islam en liaison avec les plus grandes institutions françaises - je pense aux musées, à l'Institut du Monde arabe - de financer éventuellement des bourses pour ceux qui veulent accéder aux diplômes universitaires, c'est-à-dire à l'enseignement laïque que nous avons développé dans les universités, et puis nous travaillons aussi à la manière d'accompagner dans le respect rigoureux des principes de la laïcité la formation plus théologique des imams, et la volonté aussi de garantir la totale transparence dans le financement des mosquées. Il y a là un travail technique qui est difficile, sur lequel nous avançons de façon extrêmement méthodique, et qui me conduira à faire des propositions complémentaires au Premier ministre, de telle sorte à ce que nous puissions proposer un dispositif global cohérent dans le courant du mois d'octobre prochain. C'est la date que je me fixe pour lancer la Fondation et pour présenter une architecture globale qui permette de refonder véritablement la relation avec l'islam de France, c'est le sens du propos tenu par le Premier ministre hier, c'est le sens du travail que nous effectuons ici, c'est le sens de la relation de confiance que nous avons nouée ensemble, et donc c'est un sujet sur lequel, cette maison, qui est le ministère de la relation avec les Cultes, travaille de façon méthodique, de telle sorte à pouvoir parler au moment où tout sera prêt. Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/360.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/360.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4a0970c1a24af55dde0b2feabe1be41ab22c1cad --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/360.txt @@ -0,0 +1 @@ +LUCIE BARBARIN Bonjour Stéphane LE FOLL. STEPHANE LE FOLL Bonjour. LUCIE BARBARIN Ministre de l'Agriculture, porte-parole du gouvernement. J'aimerais commencer par la polémique de la semaine, Myriam El KHOMRI qui a encore mis très en colère Philippe MARTINEZ, en validant le licenciement d'un délégué CGT d'AIR FRANCE. Le gouvernement est-il en train de se venger de la CGT, avant une rentrée sociale qui s'annonce encore chargée ? STEPHANE LE FOLL Mais, comment peut-on interpréter les choses de cette manière ? Il s'est passé ce qui s'est passé à AIR FRANCE, tout le monde s'en souvient, avec le fait qu'un responsable, directeur des Ressources humaines ait eu sa chemise arrachée, bon, et c'est tout, il n'y a rien d'autre, pas de revanche, on n'est pas là dans la revanche, au contraire, je le rappelle quand même, la loi travail c'est une manière aussi de renforcer la place et le rôle des syndicats dans toutes les entreprises. LUCIE BARBARIN La revanche, c'est comme ça que l'interprète le numéro 1 de la CGT. STEPHANE LE FOLL Oui, mais ça, que le numéro 1 de la CGT l'interprète comme ça, je le laisse faire les interprétations qu'il souhaite. La loi travail, si c'est de cela dont il s'agit, au contraire, renforce la place des syndicats dans l'entreprise, leur donne plus de moyens, les oblige d'ailleurs à être à 50 % à chaque fois qu'un accord sera signé. Il n'y a pas d'accord qui s'applique s'il n'y a pas 50 % des salariés représentants les syndicats, qui signent, qui permettent un accord dans l'entreprise. LUCIE BARBARIN Donc la décision de Myriam El KHOMRI n'était ni maladroite, ni injuste, ni malvenue. STEPHANE LE FOLL Ça n'a rien à voir, non, rien à voir avec ce que vous avez, ce qu'a dit monsieur MARTINEZ, sur l'idée de vengeance, c'est simplement de rappeler que dans ce problème qui avait eu lieu, alors qu'il y avait des discussions qui étaient en cours, l'attitude qui avait été celle de certains salariés, d'aller jusqu'à arracher une chemise, pour suivre un directeur des Ressources humaines, ce n'est pas quelque chose que l'on peut accepter, parce qu'à partir de là, il n'y a plus de possibilité de garder, au sein de l'entreprise, des capacités de dialogue, des lieux de concertation. LUCIE BARBARIN Stéphane LE FOLL, la France n'est plus premier exportateur de blé en Europe, c'est le voisin allemand qui va nous détrôner, la faute à la moisson catastrophique, la pire depuis 30 ans. Vous avez annoncé un plan d'urgence ces derniers jours, sous forme de mesure fiscale pour les céréaliers. Ça va coûter combien à l'Etat ? STEPHANE LE FOLL D'abord, il n'y a pas que des mesures fiscales, il y aura aussi des garanties en termes de prêts. Il y a des mesures sur des allègements de cotisations sociales, donc c'est pas que des mesures fiscales. Il y a des mesures fiscales. On va essayer de travailler avec l'ensemble de la profession. Alors, combien ça va coûter ? Je ne sais pas. C'est toujours la même question qu'on me pose à chaque fois qu'on est au début d'une crise, combien ça va coûter. En début de crise, au début d'une moisson, on ne sait pas exactement ce que seront les mauvais résultats en fin de la moisson, parce que le blé, le temps qu'on le récolte, on le stocke et après on le vend. Bon. Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Il y a des prix qui sont bas et des rendements qui vont être extrêmement bas. C'est la conjonction des deux qui fait que l'on est dans une situation extrêmement critique. Des prix bas et des rendements liés au printemps, qui sont extrêmement mauvais et très dégradés, et qui fait de pertes pour les céréaliers. Donc on va évaluer tout ça. Dès le début septembre, les mesures ont été répertoriées, et puis on va s'engager dans une analyse aussi des situations les plus difficiles, il va falloir aider ceux qui par exemple auraient du mal à pouvoir même emblaver, c'est-à-dire refaire une récolte pour l'année prochaine. Donc on va mettre des priorités. Il ne s'agit pas de dire : je vais distribuer de l'argent, il s'agit de mettre des priorités pour aider ceux qui sont dans la grande difficulté, et les céréaliers aujourd'hui, pour un grand nombre d'entre eux, connaissent de grosses difficultés, donc on viendra en aide aux céréaliers. LUCIE BARBARIN Je vais vous citer, Stéphane LE FOLL, les premières phrases d'une tribune que vous publiez dans Les Echos : « La France vient de vivre des attentats terribles, au fond, ce sont nos démocraties qui sont menacées, ce sont nos libertés qui sont contestées, et c'est dans l'union que nos pays pourront définitivement terrasser leurs ennemis ». La solution au terrorisme, selon vous, c'est plus d'Europe ? STEPHANE LE FOLL Ah, en tout cas, tous ceux qui laissent penser que face au terrorisme aujourd'hui, face à ce qui se passe sur l'ensemble du bassin méditerranéen et au Moyen et au Proche-Orient, ceux qui laissent penser que c'est chacun pour soi, et chacun chez soi, qu'on va régler les problèmes, c'est un mensonge historique qu'ils font devant leur peuple. Je regarde ce qui s'est passé en Grande-Bretagne, j'ai vu et j'ai entendu aujourd'hui la situation économique qui s'est légèrement dégradée. Ceux qui ont vendu la sortie de l'Union comme la solution à tout, ont menti. Ceux qui disent aujourd'hui que quitter ou détruire l'Europe, ça va nous permettre de régler les problèmes d'immigration, mentent. C'est en s'organisant, en étant cohérent, qu'on règlera les problèmes. Ça c'est une certitude. LUCIE BARBARIN En organisant notamment une armée commune ? C'est quand même aberrant que depuis 50 ans, 70 ans, on n'ait toujours pas d'armée européenne. STEPHANE LE FOLL Eh bien c'est tellement aberrant, c'est qu'au début de la construction de l'Europe, après la Seconde guerre mondiale, on avait commencé par la CED, l'Europe de la défense, et l'Europe a explosé sur cette question de la défense. Et c'est pour ça qu'on est passé à l'Europe économique. Je voudrais rappeler ces éléments d'histoire, de temps en temps, l'histoire de l'Europe a échoué sur la défense, chaque pays, chaque Nation, voulant garder sa défense. Ce n'est pas, ce que j'ai dit, on ne va pas faire une armée commune, mais on ne peut plus raisonner sans avoir une logique de défense commune, c'est-à-dire cette capacité de développer une coordination des armées européennes, d'avoir des actions communes, qu'elles soient complétées, coordonnées ou mises en œuvre de manière collective, c'est tout l'enjeu de cette Europe de la défense, et avoir des moyens derrière qui permettent d'agir. Parce que l'Europe ne pourra pas rester comme elle est aujourd'hui, sans cette capacité à pouvoir agir de concert. La France, je l'ai dit dans mon article, avec le président de la République, a pris des décisions très importantes, elle est au cœur et à la pointe de cette bataille, en particulier contre le terrorisme, qui aurait pu déstabiliser toute l'Afrique. LUCIE BARBARIN Stéphane LE FOLL, se protéger, c'est aussi mieux détecter la radicalisation, notamment des plus jeunes. Pourquoi pas des « tests de radicalisation » dans les collèges et lycées ? C'est ce que propose le Républicain Geoffroy DIDIER. Bonne ou mauvaise idée ? STEPHANE LE FOLL Je terminerai sur la zone euro. Pour l'Europe, il faut la défendre et la renforcer. Bonne ou mauvaise idée ? Mauvaise idée. Vous allez faire des tests, vous allez... j'ai vu ce que dit monsieur DIDIER, là, on va poser des questions à des jeunes pour savoir s'ils sont tentés par la radicalisation, s'ils sont d'accord avec la mixité, si... Même, poser cette question comme ça, c'est sûrement pas la bonne manière de détecter. Parce que la détection, pour ceux qui n'ont pas envie d'être détectés, parce que si, j'imagine l'objectif de monsieur DIDIER, c'est de détecter ceux qui aujourd'hui ne sont pas ou ceux qui pourraient devenir radicalisés. Ça ne se fait pas, en étant dans une relation directe, avec des questions posées, pour savoir si vous êtes en train de vous radicaliser ou pas. Par définition, celui qui vous répondra cherchera à le cacher. En même temps, c'est une éducation qu'il faut faire, c'est que dans l'école, dès le départ, et avec tous les moyens qu'il faut, il va falloir expliquer les choses, dire cette impasse majeure de ces djihadistes qui proposent quoi ? De revenir à un monde qui existait il y a mille ans... LUCIE BARBARIN On le comprend bien, vous n'êtes pas du tout convaincu par la proposition de Geoffroy DIDIER. STEPHANE LE FOLL Non, je ne suis pas du tout convaincu, je trouve que d'ailleurs la primaire va faire beaucoup naitre d'idées et de propositions, comme ça, dans tous les sens, je trouve qu'il faudrait quand même qu'ils arrivent un peu à garder un peu de sens de la responsabilité. LUCIE BARBARIN Merci. Stéphane LE FOLL, merci beaucoup, invité politique du 6/9, ministre de l'Agriculture, porte-parole du gouvernement. STEPHANE LE FOLL Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/361.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/361.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..23c17b0f337013e7cb6d1de2de430b9246df943a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/361.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je voudrais d'abord remercier Matteo RENZI pour l'invitation qu'il nous a lancée, à Angela et à moi-même, d'être ici dans ce cadre exceptionnel et dans un lieu doublement symbolique. D'abord nous sommes sur un porte-aéronef, dans le cadre de l'opération Sophia, qui à la fois assure le contrôle autant qu'il est possible de la frontière, mais aussi accomplit une œuvre humanitaire, reçoit des gens perdus sur les mers, qui ont été généralement entraînés là par des trafiquants. C'est l'honneur de l'Europe à la fois de se protéger mais aussi d'accueillir celles et ceux qui sont poussés vers l'exil et parfois au péril de leur vie. Je voudrais saluer l'équipage qui joue ce rôle, au nom de l'Union européenne. Symbolique aussi, parce que comme Matteo l'a dit : nous sommes à côté d'un lieu, une prison, où des responsables politiques, notamment SPINELLI, avaient été enfermés pour leurs idées et qui, dans le dénuement le plus complet, dans la désespérance qui pouvait les atteindre, ont eu cette volonté qui paraissait démesurée à l'époque, de vouloir l'Europe au moment où elle se déchirait. C'est grâce à des hommes - à des femmes - comme Altiero SPINELLI, qu'il y a eu, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, cette idée européenne qui a donné l'Union que nous connaissons aujourd'hui, avec ses insuffisances - c'est vrai - mais aussi avec sa grandeur, c'est-à-dire cette capacité à assurer la paix et l'harmonie entre les peuples. SPINELLI avait eu aussi une intuition très forte. Pour que l'Europe puisse être véritablement voulue par les peuples, il fallait qu'elle réponde à la fois à l'exigence de prospérité et en même temps de sécurité. Et il avait lancé l'idée d'une Europe de la défense qui n'avait pas connu, au moment où il l'avait exprimée, une très grande fortune (au sens d'un très grand succès) et qui aujourd'hui prend un caractère tout à fait essentiel face aux menaces, face aux guerres et face aussi au terrorisme. S'il y a une volonté que nous devons partager, c'est que l'Europe doit assurer davantage qu'aujourd'hui sa propre défense. La France y prend sa part. Mais l'Europe doit être aussi concrète. Elle est un idéal mais elle doit être une traduction dans la vie quotidienne des Européens. C'est pourquoi nous avons voulu, Angela, Matteo et moi-même nous retrouver ici - nous l'avions déjà fait à Berlin - pour préparer le sommet de Bratislava, après la décision britannique de quitter l'Union européenne, pour que nous puissions donner une nouvelle impulsion. Cette impulsion doit prendre trois dimensions. La première, c'est une dimension de sécurité ; l'Europe doit être un cadre de protection. Pour qu'il y ait de la sécurité, il faut qu'il y ait des frontières qui puissent être gardées. C'est la raison pour laquelle nous avons travaillé - et nous allons continuer à le faire - pour renforcer encore les gardes-frontières, garde-côtes pour l'Union européenne. Nous voulons également qu'il y ait davantage encore, même s'il y a eu des étapes importantes qui ont été franchies, des coordinations en matière de lutte contre le terrorisme et notamment pour le contrôle à l'intérieur-même de l'espace Schengen d'un certain nombre d'individus ; de faire en sorte que nos fichiers puissent être utilisés par tous et de contrôler davantage un certain nombre de communications qui concernent des opérateurs - c'est toute la question du chiffrement puisque nous voulons qu'il y ait un accès pour contrôler ceux qui utilisent un certain nombre d'opérateurs ou de sites pour se livrer à de la propagande djihadiste et à de la radicalisation. J'ai insisté aussi sur la défense parce que nous voulons qu'il y ait davantage de coordination, là-aussi, de moyens supplémentaires et de forces de projection. Mais il n'y a pas que la défense pour assurer notre propre sécurité, il y a aussi le développement. Nous souhaitons nous voulons que vis-à-vis de l'Afrique, l'Europe puisse être davantage présente. Nos pays doivent eux-mêmes donner l'exemple à travers des mécanismes de financement et des politiques que nous pouvons mener, notamment par rapport aux pays du Sahel qui sont les plus touchés par l'émigration. La seconde dimension, c'est la dimension économique. C'est vrai que le Brexit crée une incertitude ; c'est vrai qu'il y a eu au second trimestre un ralentissement de la croissance et nous devons lever autant qu'il est possible toutes les incertitudes et donner une impulsion supplémentaire. C'est pourquoi les programmes d'investissement, le plan JUNCKER pour nous, est une bonne référence et doit être non seulement être prolongé, amplifié. Nous devons multiplier les investissements privés, et publics avec des financements appropriés pour le numérique, pour les nouvelles technologies parce que c'est essentiel, et je n'oublie pas bien sûr la transition énergétique. Enfin la troisième dimension, c'est celle de la jeunesse. Tout à l'heure, Matteo a évoqué ce que pourrait être l'avenir de ce qu'a été ce site, une prison. L'avenir, c'est un centre européen pour la culture et pour la jeunesse. Ce que nous devons faire, là encore, c'est amplifier les programmes Erasmus, permettre davantage de mobilité, davantage de découverte. Il faut que les Européens se connaissent encore plus qu'aujourd'hui, et donner aussi une part plus importante à nos investissements culturels. C'est la raison pour laquelle nous voulons que la jeunesse qui a encore des attentes très fortes à l'égard de l'Europe, puisse avoir des réponses y compris après le sommet de Bratislava - je pense également à la garantie jeunes, à tout ce qui contribue à l'insertion et à l'emploi. Voilà le sens de cette réunion. Elle ne vise pas à décider pour les autres mais à nous faire prendre les responsabilités qui sont les nôtres. Nous sommes les grands pays de l'Union européenne. Nous n'avons pas à décider pour les autres, mais nous avons nous-mêmes à nous engager et c'est en nous engageant davantage que nous pourrons emmener l'Europe vers un avenir qui puisse être celui de son unité et de sa cohésion. Le risque majeur - cela vaut pour l'Europe comme pour d'ailleurs les nations - c'est la dislocation, la fragmentation, l'égoïsme, le repli, le retour. Alors nous avons cette responsabilité et nous la prenons aujourd'hui grâce à l'invitation de Matteo. Jean-Jérôme BERTOLUS I TELE C+ : Madame la Chancelière, bonsoir, Monsieur le Président du Conseil, monsieur le Président de la République, cette question s'adresse quand même plus particulièrement à vous : vous écrivez tous les trois une partie de l'avenir de l'Europe mais en France, la campagne suit son chemin. Votre prédécesseur, Nicolas SARKOZY, a officialisé aujourd'hui sa candidature avec un slogan « Tout pour la France » ; hier, c'était Arnaud MONTEBOURG qui vantait le « made in France ». Je voudrais avoir votre commentaire. Mais au-delà, vous avez évoqué le risque de dislocation de l'Europe, la montée des égoïsmes, alors qu'est-ce que vous pouvez dire également ce soir aux Français pour leur faire comprendre la nécessité de l'Europe et surpasser leur scepticisme ? LE PRESIDENT : Je crois donc comprendre que la question s'adresse davantage à moi que Matteo RENZI et Angela MERKEL et pourtant c'est une question essentielle de savoir ce que l'on veut faire dans l'Europe et de l'Europe. Je ne commenterai nullement les candidatures, ici surtout. Mais sur le sens qui doit être donné à la construction européenne, je crois que nous vivons une période - on le dit souvent, les mots sont galvaudés historique. Est ce qu'on veut faire encore avec l'Europe ou est-ce qu'on peut faire sans ? La réponse est claire : il faut faire avec l'Europe, dans l'Europe mais avec une Europe qui protège et qui donne de la force aux économies nationales, tout en assurant les échanges indispensables. Il faut faire de l'Europe une puissance également à l'extérieur ; nous sommes devant des menaces, on les connaît : guerres à nos frontières, terrorisme, nous savons qu'il y a des conflits qui ne sont pas réglés - je pense à ce qui se produit en Syrie avec ce drame à Alep, cette catastrophe humanitaire qui un jour fera honte à la communauté internationale si nous ne faisons rien - et il y a aussi, nous sommes attelés à cette tâche avec Angela, ce qui se produit en Ukraine. Alors l'Europe doit se constituer au-delà du marché, au-delà de la monnaie. Elle doit se constituer en puissance politique au service de la paix. Et si l'Europe telle que je viens de la définir permet à la fois de donner davantage de force à nos économies, plus de compétitivité, plus de modernisation mais aussi plus de solidarité et de donner une dimension politique avec également sa défense, alors je pense que l'Europe reste un idéal. Et ceux ou celles qui voudraient s'en détourner - nous en connaissons dans tous nos pays y compris dans le mien - ceux qui voudraient ou celles qui voudraient s'en détourner ne rendraient pas service à la France et détruiraient non pas le rêve européen mais la capacité pour la France, dans l'Europe, d'assurer sa responsabilité. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/362.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/362.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..be85f53ab3b9d37389fcfef512fb7b2e80d3d03a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/362.txt @@ -0,0 +1 @@ +THOMAS HERVE La vraie vie c'est quoi ? Eh bien pour nous c'est « Les 4 vérités », présentées par Guillaume DARET, qui reçoit ce matin le secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, Jean-Marie LE GUEN. Bonjour messieurs. GUILLAUME DARET Bonjour à tous, bonjour Jean-Marie LE GUEN. JEAN-MARIE LE GUEN Bonjour Guillaume DARET. GUILLAUME DARET Arnaud MONTEBOURG s'est déclaré hier candidat à la présidence de la République, car il lui est dit-il impossible de soutenir le président actuel, François HOLLANDE. JEAN-MARIE LE GUEN Oui, c'est à la fois, vous m'interrogez j'imagine sur la violence en quelque sorte, de ses propos, leur outrance, c'est un peu... GUILLAUME DARET Ça vous semble violent ? JEAN-MARIE LE GUEN Oui, je crois que lorsqu'on a été membre de ce gouvernement, de François HOLLANDE, dont un a été ministre de l'Economie pendant trois ans, lorsqu'on est un responsable, on a vocation à l'être en tout cas, de la gauche, je pense qu'on peut s'exprimer sans être dans l'outrance et dans la caricature. Alors, c'est un peu le propre, évidemment, des primaires, on le voit à gauche et on le verra et on le voit aussi à droite, et donc je pense que tout ceci peut créer un climat assez négatif, qui ne rapportera pas grand-chose à ceux qui sont dans cette outrance, mais qui peut encore une fois alimenter une certaine forme de populisme, de critique exagérée du politique, non pas qu'il n'y ait pas des critiques à faire, mais je pense qu'il faut faire attention quand même à ce que l'on dit. GUILLAUME DARET Selon Arnaud MONTEBOURG, le bilan de ce quinquennat n'est pas défendable. JEAN-MARIE LE GUEN Oui, eh bien parce qu'il n'a pas l'intention de le défendre, ce qui est d'ailleurs problématique. Comment pourrait-il lui-même aller devant les électeurs, alors qu'il a été un des artisans, à la fois de la désignation de François HOLLANDE, de l'animation de ce gouvernement ? Je pense qu'Arnaud MONTEBOURG a sans aucun doute des choses à dire. Je constate qu'il prend toujours le chemin de la radicalisation, de l'outrance, alors que ce qu'il pourrait apporter, me semble-t-il, aurait plus de force et ce serait sans doute plus efficace s'il était capable de se mettre au service d'un combat collectif, en l'occurrence. GUILLAUME DARET Entre les lignes, il demande clairement à François HOLLANDE de ne pas se présenter. JEAN-MARIE LE GUEN Oui, là encore on est dans le jeu politicien. Bon, c'est son attitude, elle le regarde. Je le regrette, parce que je pense encore une fois qu'Arnaud MONTEBOURG aurait pu, et a apporté des choses importantes, une sensibilité, une substance qui mériterait d'être prise en considération, si tant est qu'il voulait bien la mettre encore une fois au service d'un projet collectif. Je constate... GUILLAUME DARET Mais est-ce que ce n'est pas lui qui a raison, finalement ? Est-ce que François HOLLANDE ce n'est pas le candidat qui vous fait perdre à tous les coups à gauche ? JEAN-MARIE LE GUEN Ecoutez, je ne vais pas rentrer dans ce débat. Je ne vois pas, dans les critiques de François HOLLANDE, quel qu'il soit, à la gauche de la gauche, aucune stratégie, aucune envie, aucun désir, aucune personnalité, aucune stratégie, aucun discours, qui soit de nature à être porté par les Français d'une façon importante. Je pense que c'est... GUILLAUME DARET Lui, il parle de renoncement, de reniement. JEAN-MARIE LE GUEN Non, mais tout ça ce sont des mots qui sont là pour blesser, qui sont faciles, et je ne crois pas que ce soit encore une fois l'intérêt de la gauche, en essayant d'être, de ce point de vue, modéré dans mes critique, que de tenir ce type de propos. Ce que je vois, c'est qu'il n'y a pas d'autre voie, pour la gauche, que de porter le combat de la République, et d'ailleurs, d'un certain point de vue, Arnaud MONTEBOURG ne se met pas de côté par rapport à ce combat, il n'est pas dans la radicalisation à gauche, il est dans un combat, simplement... GUILLAUME DARET Il n'y a pas d'autre candidat possible que François HOLLANDE pour vous ? JEAN-MARIE LE GUEN Ecoutez, on verra bien qui est candidat, et François HOLLANDE le dira lui-même, il... GUILLAUME DARET Mais pour vous, c'est le candidat naturel. JEAN-MARIE LE GUEN Mais il est le candidat d'un courant dominant à gauche, qui est aujourd'hui en difficultés, bien évidemment, qui est celui du réformisme. Il n'y a pas de... GUILLAUME DARET Mais est-ce que c'est le candidat naturel de la gauche, François HOLLANDE ? JEAN-MARIE LE GUEN Je le crois, c'est pour ça d'ailleurs que je n'étais pas extrêmement favorable à l'idée de ces primaires, elles existent lui-même fera connaitre sa décision au mois de décembre, donc ça ne sert à rien d'essayer d'anticiper par rapport à sa décision. GUILLAUME DARET Il y a trois anciens ministres qui défient François HOLLANDE : Cécile DUFLOT, Benoit HAMON et Arnaud MONTEBOURG. C'est totalement inédit. Est-ce que ça ne montre pas, finalement quand même, l'échec total de François HOLLANDE ? JEAN-MARIE LE GUEN C'est un échec de cette génération dont vous parlez. Ils n'ont pas du... GUILLAUME DARET Pourquoi ? JEAN-MARIE LE GUEN Eh bien je pense qu'ils n'ont pas su passer de la culture de l'opposition, des partis d'opposition, à une culture de majorité. A aucun moment, finalement, ils ont pensé, à la fois d'une façon plus collective et d'une façon plus positive, et c'est un sujet, objectivement, de préoccupation pour la gauche, de voir que des gens à qui on avait pu passer un certain nombre d'espoirs, se sont mis de côté, à chaque fois pris par un jeu où on regarde essentiellement la vie interne des formations de gauche, sans regarder l'ensemble du pays, et où aussi peut-être l'égo l'emporte sur la capacité à travailler de façon collective, malgré toutes ces déclarations, on veut des institutions plus modernes, plus démocratiques, plus républicaines, et puis à chaque fois c'est toujours la personne, soi-même, qui l'emporte, le jeu tacticien sur le fond, c'était un... c'est une difficulté que nous avons à... GUILLAUME DARET Cette primaire, ce n'était pas une bonne idée d'y aller, pour François HOLLANDE, ça va tourner au pugilat, au référendum, pour ou contre le chef de l'Etat. JEAN-MARIE LE GUEN Nous verrons, parce que d'ici là on voit quand même que ceux qui essaient de s'opposer à la ligne sociale-réformiste n'ont quand même pas grand-chose à dire et qu'ils ne sont pas portés véritablement par l'opinion publique. GUILLAUME DARET Quand on est président de la République, est-ce qu'on peut dire, je cite, « qu'on n'a pas eu de bol contre le chômage », des propos qui sont rapportés. JEAN-MARIE LE GUEN Ce sont des propos privés, dégagés d'un ensemble, si j'ai bien lu ce dont il s'agissait, et il ne faut pas en voir une déclaration publique et un constat général sur la politique de l'emploi du président de la République. GUILLAUME DARET C'est aujourd'hui votre Conseil des ministres de rentrée, justement, qu'est-ce qu'il doit dire, François HOLLANDE, qu'est-ce qu'il doit faire dans ces quelques moi qui lui restent ? Quelle ligne il doit donner ? JEAN-MARIE LE GUEN Je crois qu'il faut continuer à gouverner ce pays qui a besoin de transformation, de réforme sociale, humaine, positive, pas simplement dans le domaine économique et social. Nous avons par exemple, il a mis à l'ordre du jour, après les évènements dramatiques de l'année dernière, je pense de l'année, de l'ensemble de l'année « scolaire », si je peux me permettre, l'idée qu'il fallait absolument que l'on construise l'islam de France. Voilà un chantier tout à fait pertinent. Il y a évidemment toujours à faire en sorte que sur la bataille de la croissance, de l'économie et de l'emploi, eh bien nous avancions. Bref, les chantiers ne manquent pas, sans parler de l'Europe, il est aujourd'hui avec madame MERKEL et monsieur RENZI, pour parler justement de l'Europe après le Brexit. Ce sont des sujets considérables, d'une gravité que nous n'avons pas connue depuis des décennies. GUILLAUME DARET Merci beaucoup Jean-Marie LE GUEN. JEAN-MARIE LE GUEN Merci. GUILLAUME DARET C'est à vous Thomas. THOMAS HERVE Merci beaucoup messieurs. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/363.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/363.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3afc234fd814f68185c0c66b71ebe498b710984f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/363.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre, Cher Thomas de MAIZIERE, Mesdames et messieurs, C'est à la fois un grand honneur, et comme toujours un plaisir de recevoir ce matin à l'Hôtel de Beauvau le ministre de la République Fédérale d'Allemagne, quelques semaines après sa participation au Conseil des ministres à Paris en juin dernier et après avoir moi-même, en janvier de cette année, eu l'honneur de participer au Conseil des ministres à Berlin. C'est là aussi une nouvelle preuve que la France et l'Allemagne sont toujours main dans la main pour prendre l'initiative de nouvelles avancées au sein de l'Union européenne, en l'occurrence sur le plan de la sécurité intérieure, de la lutte antiterroriste, dans un contexte particulier. La menace terroriste reste extrêmement élevée comme nous l'ont malheureusement rappelé cet été les attentats de Nice et de Saint-Etienne du Rouvray en France, mais aussi ceux de Würzburg et Ansbach, en Allemagne. Le Président François HOLLANDE et la Chancelière Angela MERKEL l'ont rappelé hier lors du sommet informel qui les réunissait : la sécurité et la lutte contre le terrorisme constituent aujourd'hui la première priorité, pour nous européens. Face à cette menace terroriste, il est indispensable de rehausser collectivement notre niveau de sécurité. Depuis un an et demi, et particulièrement sous l'impulsion de nos deux pays, nous avons déjà accompli des avancées décisives au plan européen : Après plusieurs années d'âpres négociations, le PNR a enfin été adopté par le Parlement le 14 avril. C'est un progrès indispensable pour mieux détecter les mouvements des djihadistes et les intercepter avant qu'ils ne passent à l'acte. Nous travaillons, Thomas et moi, pour que chaque État membre le rende opérationnel le plus vite possible. Le PNR français sera pleinement opérationnel d'ici la fin de l'année. Nous avons également obtenu en décembre 2015 la modification de l'article 7-2 du Code frontière Schengen permettant d'effectuer des contrôles systématiques aux frontières extérieures de l'espace Schengen, sur toutes les personnes entrant ou sortant, y compris pour les ressortissants bénéficiant de la libre-circulation. Le Parlement européen doit désormais approuver ce texte au plus vite. De plus, l'Agence européenne des garde-frontières et garde-côtes - idée franco-allemande à l'origine et sur laquelle les États membres ont désormais trouvé un accord doit maintenant pouvoir être opérationnelle dans les meilleurs délais, nous allons y revenir. Tous les États membres doivent y apporter les ressources nécessaires. Je rappelle que la France et l'Allemagne mettront ensemble à disposition 395 personnels (dont 170 pour la France) pour le vivier permanent qui sera composé au total de 1500 personnels qui pourront être déployés en 5 jours en cas de crise. Nous sommes également parvenus à réviser la directive « armes à feu », qui permet maintenant un meilleur encadrement et une meilleure traçabilité des armes à feu au niveau européen. Le Parlement européen doit terminer le travail à ce sujet. Des normes européennes pour la neutralisation des armes en circulation ont également été adoptées, ce qui constituait un enjeu crucial, on l'a vu avec les armes utilisées par les terroristes en janvier et en novembre 2015. Je rappelle enfin que nous avions amorcé, dès octobre 2014 à Luxembourg, un dialogue avec les opérateurs Internet pour lutter efficacement et au niveau international contre la propagande terroriste sur la toile. Depuis, je me suis rendu à deux reprises aux États-Unis, d'abord en février 2015 dans la Silicon Valley à la rencontre de ces mêmes opérateurs, mais également en mars 2016 à New-York et à Washington pour échanger à ce sujet avec les autorités américaines. Je me réjouis des avancées obtenues, notamment du dispositif mis en place ici-même à Beauvau avec les opérateurs pour obtenir un retrait rapide des contenus à caractère terroriste et d'incitation à la haine, à l'image de l'annonce par Twitter la semaine dernière de la fermeture de 235 000 comptes au contenu incitant au terrorisme au cours des six derniers mois. Ces progrès indéniables s'ajoutent bien entendu au renforcement des législations nationales, notamment en France et en Allemagne, enregistré dans la lutte contre le terrorisme, et au travail de partage de l'information entre services de renseignements. Grâce aux mesures que nous avons mises en place, grâce au travail de nos services de police et de renseignement, dont nous avons considérablement renforcé les moyens et qui connaissent une activité extrêmement intense ces derniers mois, nous obtenons des résultats significatifs dans la guerre que nous menons contre le terrorisme. Ainsi, le nombre d'individus en lien avec des réseaux terroristes interpellés dans les six premiers mois de l'année en France est équivalent à celui de la totalité de l'année 2015. Pour le seul mois d'août, la Direction Générale de la Sécurité Intérieure a procédé à l'arrestation de 7 individus, tous écroués, et dont trois au moins avaient des projets constitués. Néanmoins, le niveau de la menace, la nature et la diversité des formes nouvelles du terrorisme djihadiste, le contexte de crise migratoire dans lequel il se déploie et les tentatives de dissimulation des terroristes, ainsi que les nouveaux moyens technologiques qu'ils utilisent et notamment le cryptage ou le chiffrement de plus en plus systématique des communications, nous obligent à prendre de nouvelles décisions. C'est pourquoi, avec Thomas de Maizière, nous présentons aujourd'hui une nouvelle initiative franco-allemande pour la sécurité intérieure en Europe, sur trois plans : - Muscler les contrôles à nos frontières extérieures - Mieux partager les informations cruciales entre les États membres - Armer véritablement nos démocraties sur la question du chiffrement Nous demandons en premier lieu à la future Agence de garde-frontières européens d'organiser d'ici la fin de l'année un exercice de simulation de crise, sur le terrain, aux frontières extérieures de l'Union, afin de tester l'efficacité et la rapidité de déploiement du personnel de cette force. Nous devons en effet gagner rapidement en capacité opérationnelle d'intervention. Nous souhaitons ensuite que cette agence mette en place un dispositif de formation en matière de lutte contre la fraude documentaire. Il faut de plus que ces garde-frontières soient équipés du matériel adéquat et des dernières applications technologiques pour faciliter le contrôle de chaque personne entrant ou sortant de l'espace Schengen. Ils devront dans ce cadre avoir accès aux fichiers nationaux et européens. Nous voulons également que l'usage de la biométrie soit renforcé. En effet, étant donnée l'utilisation frauduleuse de vrai-faux passeports volés syriens et irakiens, notamment par Daech, la biométrie est le seul moyen de réellement garantir l'identité d'une personne. Par ailleurs, la France a, dans le cadre des règles du Code Frontières Schengen, rétabli ses contrôles aux frontières intérieures depuis le 13 novembre dernier. Je l'ai déjà dit, nous maintiendrons ces contrôles aussi longtemps que le niveau de la menace le nécessitera. Il nous faudra dans ce contexte faire évoluer les règles européennes en la matière, afin de rendre plus flexible le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures en cas de menace grave. Pour que les contrôles aux frontières soient efficaces, il faut un partage systématique de l'information dans les fichiers européens. Il est bien entendu essentiel que ces fichiers soient systématiquement alimentés par tous les États membres. La France fait partie des pays qui les alimentent le plus. Mais ce préalable n'est pas suffisant. D'où notre proposition : les différents fichiers doivent être interopérables, c'est-à-dire reliés entre eux. Il est en effet impératif que nos policiers et gendarmes sur le terrain disposent d'une interface unique, interrogeant de manière simultanée tous les fichiers nationaux et européens, pour mener les vérifications nécessaires à notre sécurité. Nous ne pouvons pas accepter qu'une information disponible dans un fichier et cruciale pour notre sécurité, ne soit pas rapidement accessible, notamment lors de contrôles. Nous proposons également que soit mis en place, à l'image de ce qui existe déjà aux États-Unis, au Canada, ou en Australie, ce que l'on appelle un « ESTA » européen, c'est-à-dire un système électronique d'autorisation de voyage concernant les personnes non soumises à visa, avant qu'elles n'entrent sur le territoire européen. Avec Thomas de MAIZIERE, nous avons par ailleurs lancé un projet pilote, baptisé ADEP, permettant une transmission automatisée des antécédents judiciaires entre nos services de police. Six États membres, la Finlande, l'Espagne, la Hongrie, l'Irlande, la France et l'Allemagne font déjà partie de ce projet. Nous demandons aujourd'hui que ce projet, qui fonctionne bien, soit étendu à tous les États membres de l'Union. Toujours au chapitre des échanges d'informations, nous avons, soutenu en janvier dernier la mise en place du centre européen de lutte contre le terrorisme d'Europol. Cette structure doit monter en puissance. La France et l'Allemagne sont prêtes à y contribuer ensemble. La Task force « fraternité » mise en place entre la France et la Belgique après les attentats de novembre avait en effet été d'une grande aide pour les services nationaux. Il nous faut institutionnaliser et dupliquer ce type de coopération au niveau européen. Enfin j'en viens au 3ème chapitre, concernant la question du cryptage ou du chiffrement des communications utilisées par les terroristes. Que les choses soient bien claires pour éviter toute polémique inutile : il n'a bien sûr jamais été question de remettre en cause le principe du chiffrement des échanges : le chiffrement permet de sécuriser les communications, y compris des États. A titre d'exemple, il permet au quotidien de protéger les transactions financières. Ce que nous affirmons, en revanche, c'est que les échanges de plus en plus systématiques opérés via certaines applications, telle que Telegram, doivent pouvoir, dans le cadre des procédures judiciaires - j'insiste sur ce point - être identifiés et utilisés comme éléments de preuve par les services d'investigations et les magistrats. Au niveau national, grâce à un dialogue de qualité avec les acteurs de l'Internet, l'action des services est aujourd'hui plus rapide et plus efficace pour accéder à certaines données. Ce n'est toutefois pas toujours possible, et le niveau de coopération n'est pas le même suivant les opérateurs je pense notamment à l'application précitée pour laquelle les États ne disposent d'aucun interlocuteur. Nous proposons donc aujourd'hui, avec Thomas de MAIZIERE, que la Commission européenne étudie la possibilité d'un acte législatif rapprochant les droits et les obligations de tous les opérateurs proposant des produits ou des services de télécommunications ou Internet dans l'Union européenne, que leur siège juridique soit ou non en Europe. Si un tel acte législatif était adopté, cela nous permettrait, au niveau européen, d'imposer des obligations à des opérateurs qui se révéleraient non coopératifs, notamment pour retirer des contenus illicites ou déchiffrer des messages, exclusivement dans le cadre d'enquêtes judiciaires. En parallèle, au niveau international, nous appelons à la signature et à la ratification de la Convention de Budapest sur la Cybercriminalité. En effet, la France estime que l'article 18 de cette Convention peut conférer une base légale à des réquisitions adressées par les autorités compétentes d'un pays partie à la convention en direction d'un fournisseur de services établi physiquement ou légalement à l'étranger, mais qui offre des prestations sur son territoire. En outre, concernant la coopération avec les opérateurs, il est nécessaire d'harmoniser les pratiques des différents États membres, en particulier les processus de requêtes transmises par les services de sécurité aux opérateurs pour retirer les contenus à propagande terroriste, comme nous le faisons en France avec efficacité depuis maintenant plus d'un an grâce au groupe de contact permanent que j'ai mis en place ; j'en parlais tout à l'heure à propos de Twitter. Enfin, pour accentuer la lutte contre la radicalisation, en particulier sur internet, nous proposons de renforcer le RAN, réseau qui rassemble au niveau européen les acteurs de terrain et professionnels, auquel la France participe activement. Au niveau européen, au sein d'Europol, une unité référente Internet (IRU), commandée par un policier français est opérationnelle depuis un an. Son action a permis la suppression de plus de 10 000 contenus en ligne incitant au terrorisme et à la haine. Cette unité doit être renforcée, et nous nous engageons en ce sens avec l'Allemagne, pour en faire un véritable centre européen d'expertise. Nous souhaitons que ces propositions, formulées aujourd'hui par l'Allemagne et par la France, soient discutées lors du Sommet des 27 chefs d'Etat et de Gouvernement, qui aura lieu à Bratislava le 16 septembre prochain. Je me réjouis qu'un commissaire européen, spécifiquement en charge des questions de sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme, Julian KING, ait été désigné. Encore une fois, parce que la sécurité est aujourd'hui, légitimement, la première préoccupation des citoyens européens, l'Europe doit être à la hauteur. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/364.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/364.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..09f0a540f07ecb453cbc8b53e637d8a0074bce19 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/364.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la ministre, Monsieur le ministre, Monsieur le secrétaire général du ministère de l'éducation nationale et du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, Monsieur le préfet de police, Madame et Messieurs les directeurs généraux, Monsieur le président de la fédération nationale des sapeurs-pompiers de France Mesdames et Messieurs, La rentrée scolaire est un événement majeur de la vie de la Nation, comme le système éducatif est, depuis des générations, le creuset des valeurs de la République. C'est un moment important pour la vie des familles, pour la communauté éducative dans son ensemble. Il l'est donc pour nous tous et doit demeurer ce qu'il est : la perpétuation d'une ambition nationale de la transmission des savoirs, de la construction des femmes et des hommes de demain, de citoyens libres et responsables. « La rentrée », c'est d'abord et avant tout cela. Et même si nous avons changé d'époque, même si comme le rappelait le Premier ministre récemment « le temps de l'insouciance est derrière nous », il est essentiel de ne pas escamoter ces fondamentaux. La menace terroriste, je veux le redire ici, pèse, depuis de long mois, sur le pays. Elle est complexe, diffuse, elle vient de l'extérieur tout autant de notre propre territoire. Elle a étendu ses cibles à notre société tout entière, de manière indiscriminée. L'école n'échappe pas à ce contexte de menace globale et il nous revient, avec lucidité mais aussi avec sang-froid, d'en prendre la mesure et d'apporter collectivement les mesures préventives appropriées. Dans cette réponse collective, les forces de sécurité et des services de secours, avec l'appui des militaires engagés dans l'opération « Sentinelle », sont des acteurs majeurs. Je veux souligner à nouveau aujourd'hui la confiance et la gratitude que leur témoignent à juste titre les Français. Mais au-delà, la résilience du pays tout entier doit pouvoir compter sur la vigilance, le professionnalisme et le dévouement d'autres acteurs, agents publics, élus locaux ou simples citoyens. A cet égard, la communauté éducative, à tous ses échelons, a fait preuve d'un sens des responsabilités absolument exemplaire au cours des derniers mois. Dans ce contexte, dont chacun sait qu'il s'inscrit dans la durée, le ministère de l'Intérieur, le ministère de l'Education nationale et le ministère de l'Agriculture, au titre de l'enseignement agricole, ont décidé de renforcer et d'approfondir leur partenariat pour mieux protéger les établissements scolaires et les personnes qui les fréquentent, aussi bien les élèves que les enseignants et l'ensemble des personnels. Si, depuis longtemps, nos trois ministères ont pris l'habitude de travailler de façon étroite et confiante ensemble, nous nous devons aujourd'hui de faire monter en puissance nos dispositifs. La sécurité des élèves et des personnels éducatifs constitue en effet une priorité absolue. Non seulement pour nous prémunir contre le risque d'une attaque mais aussi pour garantir l'atmosphère de sérénité que requièrent l'acquisition et la transmission des savoirs. L'Etat a parfaitement intégré cette dimension en mettant en place des dispositifs de sécurité spécifiques aux établissements scolaires. En novembre 2015, en décembre 2015 puis en juillet 2016, nous avons ainsi déjà cosigné, avec la Ministre de l'Education Nationale, plusieurs instructions visant à renforcer les mesures de sécurité dans les écoles et les établissements scolaires. Leur mise en œuvre se fait sous l'autorité des préfets, avec le concours concerté des forces de sécurité, de la communauté éducative et des élus, de façon fluide, dans un esprit de parfaite coordination interministérielle. Un guide de bonnes pratiques intitulé « Vigilance attentats : les bons réflexes » a été élaboré à l'intention des chefs d'établissement, des inspecteurs de l'éducation nationale et des directeurs d'écoles. Conçu par le Secrétariat général de la Défense et de la sécurité nationale (SGDSN), il a été diffusé aux acteurs locaux début février accompagné d'un protocole explicatif très détaillé. Des mesures de vigilance renforcées seront encore prises à l'occasion de la prochaine rentrée scolaire. Il s'agit d'améliorer encore les échanges établis dans le cadre de l'application des circulaires communes diffusées à la fin de l'année 2015, pour opposer au contexte de menace terroriste un dispositif efficace, qui soit aussi, pour les parents, pour les élèves, les enseignants et l'ensemble des personnels, un dispositif rassurant. J'ai ainsi donné instruction à tous les préfets de réunir avant cette rentrée un état-major départemental de sécurité consacré à la protection de l'espace scolaire. Ils se rapprocheront également des collectivités territoriales, propriétaires des infrastructures, pour coordonner les initiatives relevant de leurs compétences propres, qu'il s'agisse de la sécurisation des bâtiments ou des activités périscolaires. Les collectivités ont en effet un rôle important à jouer aux côtés de l'Etat pour assurer une coproduction de sécurité qui soit véritablement efficace. C'est l'ambition commune de toutes les institutions de la République, et avec la Ministre de l'Education Nationale, nous avons obtenu du Premier Ministre des moyens supplémentaires, 50 millions d'euros, qui abonderont le Fonds Interministériel de Prévention de la Délinquance pour des travaux de sécurisation des établissements scolaires. Par ailleurs, dans toute la France, les responsables des forces de sécurité assisteront aux réunions de rentrée organisées par les recteurs ou les directeurs académiques des services de l'éducation nationale, au niveau académique ou départemental. Ils pourront y rappeler les consignes indispensables et présenter les dispositifs de sécurité et des adapter en fonction des informations qui leur seront transmises dans le cadre d'échanges permanents. Mais les mesures que nous prenons ne s'arrêtent pas, bien entendu, à la seule préparation de la rentrée scolaire. Tout au long de l'année, une attention particulière sera portée aux abords des établissements. La surveillance dynamique à proximité des écoles, collèges, lycées et universités sera donc renforcée par des patrouilles mobiles mises en place par les forces de sécurité de l'Etat, en lien avec les municipalités et coordonnées avec les polices municipales. La montée en puissance de la réserve opérationnelle de la gendarmerie et de la police nationales, décidée par le Président de la République, contribuera grandement à l'efficacité de ce dispositif global. A titre d'exemple, plus de 3000 réservistes de la gendarmerie seront mobilisés pour la prochaine rentrée. Les services et les forces du ministère de l'intérieur apporteront en outre un soutien technique aux élus et à leurs services pour identifier les travaux prioritaires permettant de sécuriser les établissements scolaires, de faciliter les alertes et de mettre à l'abri. Les chefs d'établissements pourront compter en particulier sur l'engagement des 2391 gendarmes et policiers « correspondants sécurité école » présents dans les commissariats et les brigades de gendarmerie, et dont le réseau a été redynamisé en décembre dernier. En soutien, 440 référents « sûreté » de la gendarmerie et de la police nationales leur apportent leur expertise. Ainsi, pour l'année scolaire écoulée, 3000 missions d'assistance technique ont été effectuées par ces experts au profit de la communauté éducative, soit 6 fois plus que pour l'année scolaire précédente. Cet effort sera amplifié cette année. Les chefs d'établissement pourront également compter, en cas de crise, sur les BAC et les PSIG qui constituent une réserve d'intervention de proximité immédiatement mobilisable, conformément au schéma national d'intervention que j'ai présenté en avril dernier. Afin de se préparer à de tels scénarios de crise, les plans des établissements scolaires ont été diffusés aux forces de sécurité intérieure. S'agissant du suivi des personnes susceptibles de s'engager dans un processus de radicalisation, le dispositif adopté dans l'instruction du 29 juillet permet de prendre à la fois en compte les agents exerçant dans les établissements scolaires et les élèves. Ce dispositif prévoit une articulation renforcée entre les référents académiques « radicalisation » de l'éducation nationale, les cellules de suivi internes aux établissements et les cellules de suivi préfectorales. Nous organisons ainsi des échanges réguliers et exhaustifs entre l'autorité préfectorale et des services académiques pour prendre en charge, de façon efficace, les personnes signalées, élèves ou agents, qui auront donné des signes de radicalisation. Le préfet Olivier de MAZIERES, chef de l'état-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT), est intervenu hier au cours du séminaire des recteurs organisé au ministère de l'éducation nationale afin de présenter le cadre de cette coopération. Enfin, un effort particulier a été engagé pour préparer chacun des responsables impliqués à un titre ou à un autre dans la sécurité des établissements, c'est-à-dire réagir en cas de crise. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu que chaque préfecture organise un exercice départemental de gestion de crise, dans l'objectif de renforcer encore la bonne coordination des acteurs concernés. D'autres exercices seront bien entendu programmés au sein des établissements scolaires et universitaires. Mme VALLAUD-BELKACEM vous le précisera dans quelques instants. Par ailleurs, lors de notre déplacement commun à Saint-Astier en janvier dernier, nous avions pu constater la très grande qualité de la formation dispensée aux agents de l'éducation nationale par les gendarmes du Centre national d'entrainement des Forces de la Gendarmerie. Mais le nombre des agents bénéficiant de ces formations nous est apparu insuffisant. C'est pourquoi j'ai décidé d'ouvrir 3 centres de formation supplémentaires dans les écoles de gendarmerie de Rochefort et de Tulle et à l'école des officiers de la gendarmerie de Melun. Ainsi 500 cadres de l'éducation nationale seront désormais formés chaque année, soit quatre fois plus qu'auparavant. Cet effectif nous permettra de mettre en place un réseau de formateurs et de diffuser rapidement les savoir-faire à l'ensemble des académies. Parallèlement, le partenariat mis en place par l'Ecole Nationale Supérieure de Police avec l'académie de Créteil sera renforcé, dans une démarche commune de formation des lieutenants de police et des chefs d'établissement à la problématique de la sécurité en milieu scolaire. En outre, le ministère de l'intérieur s'est engagé à faciliter les échanges entre les services de l'éducation nationale, les associations et organismes habilités pour la formation au secourisme, ainsi qu'avec la fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, dont je salue le Président ; l'objectif étant de former toujours plus d'élèves aux premiers secours. Najat VALLAUD BELKACEM vous précisera dans quelques instants les détails de cette initiative partagée. Enfin, nous avons jugé ensemble que l'expérience des classes de « cadets de la sécurité civile », telle qu'elle existe dans une dizaine de départements et qui permet à des jeunes de s'initier, dans le cadre de leurs études, aux techniques du secours, donnait d'excellents résultats. C'est pourquoi nous avons décidé de généraliser cette année ce dispositif avec l'ouverture, dans chaque département, d'au moins une classe de ce type à la rentrée 2016-2017. Plus généralement, je suis heureux que le ministère de l'Intérieur puisse contribuer, en donnant l'exemple, en matière d'engagement citoyen. Au-delà de l'engagement des hommes et des femmes qui le servent et qui se dévouent déjà pour la collectivité, il doit encourager et accompagner l'engagement de ceux de nos compatriotes, jeunes ou moins jeunes, qui veulent être eux aussi, à leur échelle, les acteurs de notre sécurité collective. Je sais qu'ils sont nombreux parmi les élèves et, au-delà, de toute la communauté éducative. Anticiper les risques, mieux protéger les bâtiments et surveiller leurs abords avec une extrême vigilance ce qui appelle une mobilisation très forte des préfets à chaque instant - coordonner les efforts des acteurs de la sécurité et de la communauté éducative, former les personnels et les élèves : tels sont les principes sur lesquels repose la politique de sécurité dans les établissements scolaires et que nous avons tenu, avec Najat VALLAUD BELKACEM et Stéphane LE FOLL, à vous présenter à quelques jours de la rentrée scolaire. Ils se retrouvent au cœur de l'accord-cadre de partenariat conclu entre nos trois ministères « protection-prévention-engagement » que nous avons signé voici quelques instants. Parce que l'Ecole est à l'exact opposé de tout ce que véhicule l'idéologie de ceux qui nous menacent, parce qu'à l'obscurantisme elle oppose la connaissance, parce qu'à l'abrutissement elle oppose le libre-arbitre, parce qu'à la violence elle oppose la tolérance, elle est un joyau qu'il nous faut préserver. Evoquant l'Ecole, Victor Hugo écrivait qu'elle était « sanctuaire autant que la chapelle ». C'est pourquoi nous devons la préserver, préserver sa mission, préserver ses maîtres, leurs disciples, leurs parents C'est ensemble, par cet effort de coopération, que nous y parviendrons. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/365.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/365.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9e68e4197e64ad504cf060d124c445065bc60f0a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/365.txt @@ -0,0 +1 @@ +ALEXIS MOREL L'invité de France Info ce matin est secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement. Bonjour Jean-Marie LE GUEN. JEAN-MARIE LE GUEN Bonjour. ALEXIS MOREL Le chômage en baisse donc de 0,5 % au mois de juillet. Ça y est, c'est le feu vert qu'attendait François HOLLANDE pour se représenter l'année prochaine ? JEAN-MARIE LE GUEN Effectivement, il avait dit qu'il enregistrait sa candidature aussi en fonction de ses résultats sur le chômage, plus généralement sur l'activité économique, c'est bien normal. Nous verrons par ailleurs ce que sera cette décision qui, à mon sens, et je l'ai toujours pensé, doit prendre forcément une vision plus globale des choses. Même si ces résultats sont importants, ils témoignent quand même… ALEXIS MOREL C'est fragile quand même comme baisse, un peu artificielle aussi… JEAN-MARIE LE GUEN Bien sûr c'est fragile, mais, non, artificielle, non, fragile, oui, parce que nous sommes dans une période de création nette d'emplois de plus en plus importante. Après, nous avons face à nous une vague démographique de jeunes, et c'est une des forces de la France, encore faut-il pouvoir leur offrir à tous un emploi. C'est le résultat d'une politique qui commence à porter ses fruits, qui a été longue à sans doute se mettre en place, mais c'est à la fois plus de compétitivité de nos entreprises, et c'est aussi, pour les chômeurs de longue durée, ce fameux plan de formation, 500.000 formations, qui est quelque chose d'absolument nécessaire pour la société française, et bien au-delà des chiffres du chômage que nous enregistrons aujourd'hui. ALEXIS MOREL François HOLLANDE, 2017, il en sera forcément question aujourd'hui à l'université d'été des Réformateurs du PS, dont je le disais vous êtes l'un des chefs de file. Qu'est-ce que vous voulez porter, vous, l'aile droite du PS, pour cette campagne à venir ? JEAN-MARIE LE GUEN D'abord, nous ne sommes pas l'aile droite du PS, nous sommes peut-être l'aile la plus lucide, et celle qui est en avant dans le combat contre la droite et pour la République. Ce que nous voulons dire, c'est que c'est vrai, nous avons toujours été légitimistes, loyalistes, mais en même temps, nous ne sommes pas des « béni-oui-oui », nous sommes porteurs d'exigences, d'abord, nous pensons que cette campagne électorale, elle ne peut pas simplement s'adresser à la gauche, il faut s'adresser à tous les Français. J'ai envie de dire : eh oh, la gauche, c'est sympathique, mais c'est insuffisant ! Il faut… ALEXIS MOREL Eh oh les autres ! JEAN-MARIE LE GUEN Voilà, il faut rassembler le camp républicain, notre pays a des défis considérables, et au plan politique, il est menacé par un bloc réactionnaire, le Front national, bien sûr, mais aussi à la droite de la droite, une course à l'échalote, où on voit, dans les propositions qui sont faites, une remise en cause fondamentale, au-delà de la gauche et de la droite, de ce qu'est notre République… ALEXIS MOREL Mais ça veut dire quoi le camp républicain, ça veut dire s'ouvrir à des personnalités du centre, de la droite ? JEAN-MARIE LE GUEN C'est d'abord s'ouvrir à tous les Français qui aujourd'hui on le voit bien ne se réfèrent plus forcément à ces schémas traditionnels, et cherchent des réponses plus pragmatiques, mais en même temps plus fortes. Mais c'est effectivement considérer que… au second tour de l'élection présidentielle, le candidat républicain sera vraisemblablement face à madame LE PEN, eh bien, il faudra bien qu'il appelle aux Républicains de l'autre bord, aux Républicains de droite, si c'est le candidat de gauche, aux Républicains de gauche si c'est le candidat de droite, et mon choix est évidemment pour le candidat de gauche sélectionné, mais il devra, non pas mécaniquement, compter sur le support du camp d'en face, mais aller les chercher en quelque sorte, et construire une gouvernance, et donc il faut en parler dès maintenant. N'attendons pas le soir du second tour, après avoir fait une campagne d'une gauche dure ou d'une droite dure… ALEXIS MOREL Donc il faut préparer dès maintenant une union nationale. JEAN-MARIE LE GUEN Ce n'est pas une union nationale, c'est une recomposition politique, c'est une recomposition politique. Il y a des frontières, à la gauche de la gauche, il y a des gens qui ne se sentent pas dans le combat républicain, à la droite dure, il y a des gens qui ne sont pas dans le combat républicain, et des idées et des gens. Mais je ne sais pas aujourd'hui où se fera le partage des eaux en quelque sorte, ce que je sais, c'est que le devoir de la gauche, au regard de son histoire, de ses valeurs, c'est de porter le combat républicain. ALEXIS MOREL Donc j'ai bien compris en tout cas qu'il n'était pas question de se gauchiser pour 2017, j'ai noté d'ailleurs cette semaine que vous avez utilisé le même mot, un mot assez fort, radicalisation, pour qualifier, à la fois, les propos d'Arnaud MONTEBOURG et de Nicolas SARKOZY, vous les placez sur le même plan ? JEAN-MARIE LE GUEN Non, évidemment, ils sont, j'allais dire bien différents par bien des aspects, mais c'est vrai que je redoute que notamment dans cette logique des primaires, et plus généralement dans le débat politique à la veille d'une élection présidentielle les réflexes de durcissement des camps aboutissent à, d'abord, diviser les Français, encore plus. Et deuxièmement, faire le jeu du Front national. Parce que, face au Front national au second tour de l'élection présidentielle, une droite dure, comme une gauche dure ne seront pas capables de rassembler les Français. Et donc arrêtons cela, trouvons les éléments de ce rassemblement sur des valeurs républicaines. Finalement, notre histoire nous dicte ce que nous avons à faire. De la liberté, de l'égalité, de la fraternité, de la laïcité. Alors, après, je veux bien entendre que ces propos sont un peu généraux et qu'il faut les préciser. Mais tout simplement dire que notre modèle social appartient à l'identité nationale, que, bien sûr, le patriotisme est une dimension essentielle, et que la laïcité, celle qui protège l'exercice des religions, et a fortiori des religions minoritaires, mais qui en même temps interdit à ce que le fait religieux devienne un fait politique, sont des éléments déterminants d'un programme et d'un projet pour 2017. ALEXIS MOREL Justement, la laïcité, ce débat sur le burkini, qui a pris encore une autre dimension hier, avec de potentiels dérapages, cette femme simplement voilée et verbalisée tout de même à Cannes, il a eu raison, Manuel VALLS, de soutenir ces maires qui ont pris ces arrêtés anti-burkini, quand on voit ce que devient cette polémique ? JEAN-MARIE LE GUEN Le burkini n'est en rien une tradition religieuse, c'est l'expression culturelle d'un mouvement politique de l'islam, politique, qui existe au plan planétaire, et notamment dans notre pays, et qui vise à enfermer, non seulement la femme dans la société, mais à enfermer les musulmans dans la société, à créer des différences. Nous n'acceptons pas ce type d'attitude. Le voile est une tradition historique dans notre pays, pas simplement porté d'ailleurs par la religion musulmane, en son temps, la religion catholique, en son temps, et parfois la religion juive aussi a des phénomènes vestimentaires, donc nous avons une tradition d'acceptation de cette différence, bien. Nous en prenons acte. Il ne s'agit pas de revenir en arrière. Mais par contre, nous n'allons pas laisser créer, je crois que ça serait une erreur, de laisser créer ces nouvelles provocations de l'islam politique. Alors, on nous dit : oui, mais c'est des provocations, il ne faut pas y répondre. Ah non, bien sûr qu'il faut y répondre en ayant une maîtrise, mais nous ne pouvons pas accepter que se dressent des barrières… ALEXIS MOREL Là, vous êtes d'accord avec Nicolas SARKOZY, là-dessus par exemple, lui aussi parle de provocation, d'islam politique… JEAN-MARIE LE GUEN Non, non, non, non, non, je fais la différence entre ce que dit Nicolas SARKOZY, qui fait et c'est tout le sujet du débat qui fait une arme de séparation, il répond à la provocation en créant une arme de séparation, vis-à-vis des Français musulmans. Et ça, je ne le veux pas. Mais je ne veux pas que l'islam politique enferme la communauté musulmane, et je ne veux pas que l'islam politique enferme la femme par rapport à l'homme. Et ça, ce sont des barrières que nous ne laisserons pas faire. ALEXIS MOREL Merci beaucoup Jean-Marie LE GUEN, secrétaire d'Etat, chargé des Relations avec le Parlement, invité politique de France Info ce matin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/366.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/366.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..96389378460f72cd03355606efaea2c7eb8b4d51 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/366.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-PIERRE ELKABBACH Violence, actions sécurité dès l'école, première priorité, mais dans la société aussi. Bienvenue Najat VALLAUD-BELKACEM, bonjour. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Bonjour. JEAN-PIERRE ELKABBACH Cette histoire du burkini sème en effet la zizanie, à gauche, à droite, au centre, partout, dans toute la société. Est-ce que, à votre avis, c'est un choix libre des femmes, ou une provocation délibérée de caractère politique ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Si vous me demandez si je suis pour ou contre le burkini, pour résumer votre question, la réponse est simple : je suis contre le burkini. Enfin, je crois que vous connaissez suffisamment mes convictions féministes pour savoir que mon rêve de société c'est une société dans laquelle les femmes sont libres et fières de leur corps. Maintenant, si vous me demandez si je juge pertinente la place qu'a prise la polémique autour du burkini ces dernières semaines, la réponse est non, clairement non. JEAN-PIERRE ELKABBACH La faute à qui ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM La faute à qui ? La faute à ceux qui ont y vu un potentiel d'exploitation d'instrumentalisation politique et ce que moi je déplore totalement parce que j'estime que, dans ce moment grave, qui est un moment post-attentats, où les Français sont inquiets, il ne faut pas rajouter de l'huile sur le feu, il faut au contraire apaiser le plus possible, il ne faut pas stigmatiser, il faut au contraire chercher à rassembler. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire il faut fermer les yeux. C'est un piège, on tombe dedans et on ferme les yeux. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, pas du tout, il ne s'agit pas de cela. Moi je pense, par exemple, à la prolifération des arrêtés anti-burkini, le Conseil d'Etat se prononcera cet après-midi, vous l'avez rappelé, moi j'estime que cette prolifération n'est pas bienvenue. Je pense que ça pose un problème, parce que cela pose la question de nos libertés individuelles, jusqu'où va-t-on pour vérifier qu'une tenue est conforme aux bonnes mœurs, et que cela, par ailleurs, libère la parole raciste, et on l'a remarqué, dans les verbalisations, dans les incidents qui se sont déroulés. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est du racisme. C'est une dérive policière… NAJAT VALLAUD-BELKACEM Je pense qu'il y a une dérive. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui une sanction justifiée, ou une dérive de la police ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, soyons clairs, je pense qu'il y a là une dérive qui est dangereuse pour la cohésion nationale. JEAN-PIERRE ELKABBACH De la police. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, une dérive politique, puisque ces arrêtés ont été pris par des responsables politiques, qui, entre parenthèse, auraient sans doute pu, d'ailleurs, se consacrer à des sujets qui me semblaient un peu plus importants, on va parler de la sécurité des écoles. Les maires dont nous parlons, par exemple, auraient pu consacrer davantage d'énergie à s'occuper de la sécurité des écoles plutôt que de ces sujets. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais est-ce qu'il s'agit de légalité des arrêtés municipaux, est-ce que ça ne va pas au-delà, parce qu'on voit bien que ça ne va pas s'arrêter, et que s'il y a un piège il n'y a pas que la droite, ou une partie de la gauche, à critiquer, il y a en même temps ceux qui sont à l'origine, et d'une stratégie de déstabilisation de certaines sociétés occidentales, qui tombent dans le panneau ou pas, mais c'est une réalité. Je parle de Daesh, de leur presse, de leur influence, de leur rôle sur Internet, etc. NAJAT VALLAUD-BELKACEM D'abord, le sujet c'est que, pour moi, rien n'établit de lien entre terrorisme, Daesh, et tenue d'une femme sur une plage. Si vous voulez, il est là le sujet fondamental, c'est qu'on a laissé croire qu'il y avait une évidence… JEAN-PIERRE ELKABBACH Pas la femme, mais celui qui influence la femme ou qui la tient. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Dans ce lien, pour moi, je suis désolée, il n'y a aucune évidence dans ce lien. Après, soyons clairs Jean-Pierre ELKABBACH, je veux dire, cette dame, qui est australienne je crois, qui a inventé le concept même du burkini… JEAN-PIERRE ELKABBACH Et qui fait beaucoup d'argent, oui. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ne m'est aucunement sympathique. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce qu'il faut une loi là-dessus ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, bien sûr que non. Je pense, encore une fois, je pense que la situation est suffisamment grave pour que nous cherchions comment la République française peut conquérir les cœurs, faire en sorte que chacun se retrouve en elle et pas comment elle peut être en permanence sur la défensive en excluant et donc en aggravant son problème, parce qu'en excluant on aggrave le problème de la République. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais sans être à la fois aveugle et lâche. Le CFCM a été reçu, à sa demande, en urgence, par Bernard CAZENEUVE, pour se plaindre du climat dangereux dont vous parlez. Est-ce que vous demandez aussi, ce matin, aux institutions françaises musulmanes, de prendre position, et sur le burkini, et sur l'égalité homme/ femme, et de régler peut-être elles-mêmes ces problèmes ? Parce qu'elles ne disent rien. Elles condamnent le climat, mais elles ne se prononcent pas. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Pardon, mais moi j'ai entendu les propos du responsable du CFCM à la sortie de la réunion avec Bernard CAZENEUVE hier, qui a bel et bien évoqué la question de l'égalité homme/ femme. Moi, si vous voulez, bien sûr… Enfin, encore une fois vous vous rappelez les fonctions que j'ai exercées de ministre des Droits des femmes, vous savez l'attachement que je porte à cette question de l'égalité femme/ homme, ce que je refuse en revanche à tout prix, c'est qu'on ne réserve cette question de l'égalité femme/ homme et de la lutte contre les inégalités, qu'à la religion musulmane, comme si seule la religion musulmane venait poser des problèmes en la matière. Les responsables de droite, qui nous parlent beaucoup de ce sujet-là, je ne les entends jamais quand il s'agit d'évoquer les violences conjugales, je ne les entends jamais quand il s'agit d'évoquer les inégalités salariales, qui sont présentes partout dans notre société, alors le sujet de l'égalité homme/ femme, permettez-moi de terminer, est un sujet trop important pour qu'on l'instrumentalise, lui aussi, pour s'en servir contre une religion. JEAN-PIERRE ELKABBACH Dernière remarque. Cet été, en juillet, vous êtes intervenue, et je vous ai vue de loin, sur votre blog, avec une certaine solennité, derrière des drapeaux européens et français, vous disiez « je parle en connaissance de cause. Oui, je suis une enfant de l'immigration, oui je suis une enfant du regroupement familial, je ne suis pas une française de papiers », et vous disiez « il faut défendre, contre la barbarie et l'obscurantisme, la France, la République et ses valeurs », eh bien on y est. Etre français, dans la République, ça commence à l'école, vous avez pris des mesures, que vous avez annoncées hier avec Bernard CAZENEUVE et Stéphane LE FOLL, des patrouilles, mobiles, toute l'année, avec 3000 réservistes de la gendarmerie, l'apprentissage de la gestion des crises, la formation des cadres de l'Education. Est-ce que vous croyez que c'est suffisant pour protéger et rassurer ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ça ne sera sans doute jamais suffisant, mais ce qu'il faut avoir en tête c'est que, en effet, depuis notamment janvier 2015, nos procédures, nos méthodes de travail, entre le ministère de l'Education nationale et le ministère de l'Intérieur, n'ont cessé de s'améliorer, et qu'on peut dire aujourd'hui aux Français, et aux parents d'élèves en particulier, et à nos personnels, que nous mettons tout en œuvre pour que les choses se passent au mieux possible. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il y aura une formation des cadres de l'Education. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Par exemple. JEAN-PIERRE ELKABBACH Certaines associations disent pourquoi on ne forme pas presque tous les enseignants, qui sont volontaires ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM En fait il faut distinguer deux choses. Il y a la formation à la gestion de crise, ça c'est du chef d'établissement, du directeur d'école, que cela relève, parce que celui qui va gérer la crise c'est le patron de l'établissement. Et puis il y a la formation aux premiers secours, et ça, la formation aux premiers secours, je rappelle que la plupart de nos enseignants, il faut le dire, ce n'est pas assez dit, l'ont déjà, puisque la plupart de nos enseignants ont déjà le Psc1… JEAN-PIERRE ELKABBACH Et vous voulez l'élargir, et l'étendre. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Et nous voulons encore l'élargir. JEAN-PIERRE ELKABBACH Najat VALLAUD-BELKACEM, est-ce qu'il y a beaucoup d'enseignants, ou d'éducateurs, qui sont fichés S ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Lorsque cela arrive, si cela arrivait… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais ça arrive, c'est arrivé… NAJAT VALLAUD-BELKACEM Bien sûr, cela arrive, je ne vais pas communiquer en détail sur le sujet, cela arrive, les informations… JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous confirmez que c'est arrivé. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, les informations nous sont automatiquement transmises par le ministère de l'Intérieur et notre réponse est simple : suspension immédiate et procédure disciplinaire qui est engagée contre la personne. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et après on les surveille pour qu'ils n'aillent pas en Syrie ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Procédure disciplinaire et, bien sûr, les personnes sont suivies, évidemment. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et est-ce qu'il y a des lycéens, des collégiens… NAJAT VALLAUD-BELKACEM Quand je dis procédure disciplinaire, c'est en vue d'une exclusion définitive de l'Education nationale. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce qu'il y a des lycéens et des collégiens qui sont déjà fichés S ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Cela peut arriver aussi, d'ailleurs vous avez pu en entendre parler y compris dans l'actualité, et là aussi des mesures sont prises. Je tiens à insister sur le fait que nous travaillons très étroitement avec le ministère de l'Intérieur. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais vous n'êtes pas préoccupée que des jeunes, dès le lycée, on voit des gens de 16 ans, 19 ans, qui essayent, à plusieurs reprises, d'aller en Syrie, et qui y parviennent, de cette radicalisation qui progresse dans les écoles et les lycées ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais, vous savez, l'Education nationale, que ce soit parmi ses personnels, ou parmi ses élèves, est représentative de l'ensemble de la société. Il ne faut pas s'étonner, même si, d'une certaine façon, ça va heureusement mieux dans l'Education nationale parce qu'on a affaire à des gens a priori plus éclairés, notamment du côté des personnels, mais c'est assez représentatif, malgré tout, de la société. Donc, il ne faut pas s'étonner s'il y a des fichés S dans la société, qu'on en ait chez nous. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais ce sont les professeurs, si les familles n'y arrivent pas, ce sont les professeurs, les enseignants, qui doivent, je ne dis pas les dénoncer, mais qui doivent les signaler à leur hiérarchie, que ça arrive à vous et après à Bernard CAZENEUVE ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Alors, il y a deux sujets différents. S'agissant d'identifier des personnes fichées S, c'est le ministère de l'Intérieur qui a cette information, qui nous la passe, et nous nous prenons nos dispositions pour éviter que la personne se retrouve à nouveau dans un établissement. S'agissant de suspicion de radicalisation d'un élève, oui, nous avons mis en place des mécanismes de remontée d'informations, beaucoup plus efficaces que par le passé. Vous savez, par exemple, que l'année dernière, début 2016, je faisais un point, depuis la rentrée 2015 c'était plus de 600 signalements qui avaient été effectués par nos équipes, au sein de l'Education nationale, signalements qui sont effectués, qui sont transmis au ministère de l'Intérieur, qui ensuite gère, avec ses cellules préfectorales, le suivi de ces personnes. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est toute la société qui est touchée et il faut trouver des solutions qui ne soient pas des solutions seulement politiques mais sociales etc. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, vous avez raison sur ce point, parce que nous avons évoqué la sécurité des écoles, il faut bien dire que l'école en fait elle doit marcher sur deux pieds, il faut qu'elle soit sécurisée, bien sûr totalement, et c'est ce que nous faisons, mais il faut aussi qu'elle apporte une éducation pour prévenir le terrorisme. JEAN-PIERRE ELKABBACH Alors justement, est-ce que dans toutes les écoles de France on pourra aborder librement tous les contenus, la biologie, l'éducation sexuelle, l'Histoire, la Shoah, les traites négrières, les traites des noirs, la guerre d'Algérie, la colonisation ? Vous serez intransigeante là-dessus ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Absolument intransigeante, vous pouvez compter sur moi. Là-dessus il est arrivé, par le passé, et on ne l'a pas suffisamment dit, par le passé, qu'on laisse filer des choses ici ou là parce que c'était compliqué, parce que les sujets étaient délicats. Depuis que je suis aux responsabilités dans ce ministère je n'ai aucune forme de tolérance avec ce type de contestation des enseignements, qu'il s'agisse d'ailleurs des enseignements de biologie, ou d'Histoire, d'enseignement de la Shoah. Et, non seulement il y a sanction quand il faut qu'il y ait sanction devant ce type de contestation, mais il y a un travail éducatif qui est engagé, et je rappelle que nous avons mis en place, notamment dans chaque académie, des professionnels aguerris, nos référents sur ces sujets, qui interviennent dans les établissements scolaires lorsque les enseignants sont dépassés. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il faudra que vous reveniez la semaine prochaine, puisque jeudi c'est le 1er septembre, c'est les nouveaux programmes scolaires qui vont entrer en vigueur de la 6e à la 3e, on se souvient de tout ce qui a été dit et fait, et puis il y a le problème des rythmes scolaires. Jean-Bastien SOLDAÏNI racontait tout à l'heure que les parents, et des responsables du tourisme, protestent contre le calendrier des prochaines vacances de la Toussaint, on dit 15 jours c'est à dire je crois que c'est la quatrième année qu'il y a 15 jours, avant c'était 10 à 15 jours, de mercredi à mercredi, c'est-à-dire des milieux de semaine. Est-ce que ça va durer, pourquoi - ça l'air incohérent quelle est la réponse ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM En fait le calendrier scolaire est pensé, il a été pensé au début de l'année 2015, pour les 3 ans qui viennent, il est pensé non pas par la rue de Grenelle ou le ministère dans son coin, il a été pensé en concertation avec l'ensemble des organisations de parents, des organisations syndicales, des organisations du tourisme, ensemble… JEAN-PIERRE ELKABBACH Pourquoi ils se plaignent alors ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM 55 organisations qui n'ont rien trouvé à redire sur le calendrier des vacances de la Toussaint. Pourquoi ils n'ont rien trouvé à redire ? Parce que, en fait, fabriquer ce calendrier sur 36 semaines ce n'est pas une chose simple. Si on veut que les élèves ne commencent pas l'année scolaire avant le 1er septembre, ce qui est le cas, s'il se trouve que le 1er septembre, cette année, tombe un mercredi, ce qui est le cas, eh bien sept semaines plus tard on retombe sur un mercredi par définition. Donc, exceptionnellement, les vacances de la Toussaint, je le dis bien, exceptionnellement, ça ne sera pas le cas l'année prochaine, vont du mercredi au mercredi. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc vous ne corrigez pas le calendrier ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, non… JEAN-PIERRE ELKABBACH Il sera corrigé l'année prochaine. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, il a été adopté pour 3 ans. Donc, encore une fois, c'est exceptionnel que cette année ça tombe du mercredi au mercredi, ça ne sera pas le cas l'année prochaine. En revanche, ce calendrier, qui a été adopté, il faut le dire, il respecte, dans la mesure du possible, le rythme de l'enfant, c'est-à-dire sept semaines de cours, deux semaines de vacances, et c'est ça qui... THOMAS SOTTO C'est bien quand vous nous parlez des vacances alors qu'on a à peine fini celles… NAJAT VALLAUD-BELKACEM C'est ça qui importait. JEAN-PIERRE ELKABBACH Le 1er septembre c'est un jeudi. THOMAS SOTTO C'est un jeudi. Dernière question. Walid BERRISSOUL dans l'enquête du 8H00 révélait qu'une commune sur trois en France va faire payer les familles pour les activités périscolaires. Est-ce que c'est quelque chose de normal, est-ce que c'est un fonctionnement normal ça ? Une famille sur trois en France et une commune sur deux en région parisienne. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que vous croyez que les 50 millions supplémentaires que vous donnez seront suffisants ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Les 50 millions supplémentaires qu'on donne c'est pour aider les communes à faire les travaux de sécurisation des écoles, donc c'est un sujet différent, mais… THOMAS SOTTO Là c'est les activités périscolaires. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Pour revenir aux périscolaires, un tiers des communes qui font payer, c'est-à-dire deux tiers des communes qui font gratuit les activités périscolaires, c'est une proportion qui n'a pas bougé depuis le début de la réforme des rythmes scolaires, donc il n'y en n'a pas plus contrairement à ce que j'entends ici ou là. Intéressons-nous à cette tarification. THOMAS SOTTO Mille mairies supplémentaires, l'année prochaine, qui feront payer. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Première chose, dans cette tarification, la plupart du temps elle est symbolique, c'est ça qu'il faut retenir, et la deuxième chose, dans l'immense majorité des cas c'est une tarification adaptée, c'est-à-dire qu'on prend en compte les ressources de la famille. Moi je rappelle simplement une chose, c'est que l'Etat aide les communes à payer le périscolaire, l'Etat aide à payer, c'est plus de 300 millions d'euros par an qui sont versés par l'Etat. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que vous avez lu le livre de Nicolas SARKOZY ? Votre réforme, il a promis de l'abroger, si alternance. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Je n'ai pas lu le livre de Nicolas SARKOZY… JEAN-PIERRE ELKABBACH Lisez-le, il y a au moins 10 pages sur l'éducation. NAJAT VALLAUD-BELKACEM J'ai eu beaucoup à faire et il y a une très bonne littérature en ce début d'année scolaire, donc je verrai cela plus tard, mais s'agissant de ses propositions et de ses préconisations sur l'Education nationale j'ai envie de vous dire que, comme sur beaucoup de sujets, j'estime qu'il s'est discrédité, il s'est discrédité par son action et donc il n'a pas de leçon à nous donner. THOMAS SOTTO Merci Najat VALLAUD-BELKACEM d'être venue en direct sur Europe 1 ce matin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/367.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/367.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2b6b3f930bc4dda4bf4bf7c44df3adbd5abab1e7 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/367.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président de l'École Polytechnique, Jacques Biot, Monsieur le Président de l'Institut de l'Entreprise, Xavier Huillard, Monsieur le Délégué général, Frédéric Monlouis-Félicité, Mesdames et Messieurs, Je vous remercie de votre invitation et vous dis le plaisir que j'ai d'être parmi vous aujourd'hui car ces rencontres enseignants - entreprises constituent un formidable cadre pour parler d'Europe. Vous représentez en effet deux des atouts de l'Europe, deux marqueurs de son identité. L'éducation, la formation car l'Europe, c'est un espace de connaissances et de transmission de savoirs, de valeurs depuis toujours. Et c'est en investissant dans les compétences, aujourd'hui plus que jamais, que l'Europe sera compétitive, et pourra éviter le décrochage et relever les défis de la mondialisation. Et les entreprises elles-mêmes, qui sont la force économique de l'Europe et qui ne peuvent pas se développer sans ces savoirs et ces compétences. Vous avez décidé de consacrer vos travaux à l'Europe dans un moment où, comme rarement, c'est son avenir même qui est en jeu. Après le référendum britannique, l'Europe est à une heure de vérité. Soit elle laisse les divisions, la tentation du repli qui s'est déjà manifestée à l'occasion de la crise des réfugiés ou même de la crise de la zone euro, l'emporter et alors, ce sera la fin du projet européen. Soit elle se ressaisit pour continuer à exister dans le monde de demain, mais elle doit pour cela prendre des décisions sur son futur. Ce qu'elle veut être. Ce qui doit changer. Chaque État membre est face à ce choix, en être ou pas. Comme les Européens collectivement. Le référendum britannique est un choc. Et l'onde n'a pas fini de se répercuter. Parce que c'est la première fois qu'un pays décide de quitter l'Union alors qu'elle s'était jusqu'ici sans cesse élargie, parce que le Royaume-Uni est une grande économie, un partenaire stratégique important et parce que beaucoup des fractures sociales, géographiques, générationnelles, des peurs qui se sont exprimées lors de ce vote, vis-à-vis de l'immigration, de la mondialisation, pourraient se retrouver dans tous les États membres. Et les forces populistes sont là, partout en Europe, pour tenter d'exploiter ces fractures, ces peurs, et parfois les insuffisances de l'Europe. Il y a donc des leçons à tirer. L'Europe doit changer si elle veut continuer, si elle ne veut pas perdre les peuples. Mais nous ne devons pas accepter que le choc du Brexit soit le déclencheur d'une dislocation de l'Union européenne et d'un abandon du projet européen. Et c'est pourquoi je veux dire aussi devant vous que nous devons plus que jamais défendre le projet européen et ses acquis historiques face à tous les démagogues et tous les extrémistes qui en font le bouc émissaire de toutes les crises. Oui, toutes les crises ont une répercussion en Europe, même celles qui viennent du plus loin. La crise syrienne, la situation en Méditerranée, au Sahel, la menace terroriste, la crise financière, dont il faut rappeler qu'elle a commencé sur un autre continent, aux États-Unis, le changement climatique, la montée en puissance et la compétition avec la Chine ? Mais tout cela, est-ce la faute de l'Europe ? Est-ce que ces défis disparaîtraient sans elle ? Est-ce que nous n'y serions pas confrontés ? Est-ce que l'on ferait mieux sans elle ? Est-ce que l'on répondrait mieux à ces crises si chaque pays essayait de le faire séparément ? Se replier sur les frontières nationales, des solutions nationales face à des enjeux globaux, en quoi cela rendrait-il plus forts les Européens ? Et est-ce que l'on peut tenir pour négligeables les acquis de 70 ans de paix, de progrès démocratique, d'unification du continent ? Est-ce que l'on croit que tout cela aurait été possible sans la construction européenne ? L'Europe doit être critiquée quand c'est nécessaire et pour avoir souvent répondu trop peu, trop tard aux nouveaux défis. Mais elle doit aussi être fermement défendue comme projet et comme une conquête de civilisation. Notre devoir est de la défendre. Pour l'améliorer bien sûr. La compléter. Mais la défendre comme la prunelle de nos yeux. C'est l'intérêt de la France, de sa jeunesse, de ses entreprises. Il n'est tout simplement pas vrai que nous serions plus forts dans la mondialisation avec 28 stratégies différentes, 28 pays se tournant le dos, se confrontant au lieu de coopérer, 28 marchés fragmentés, la fin des politiques communes, de l'espace européen de la recherche qui lie nos universités et nos laboratoires, la fin des fonds structurels et d'investissement, 26 milliards d'euros en France gérés par les Régions sur la période 2014-2020, la fin de la politique agricole, le renoncement à bâtir une Union de l'énergie. L'Europe ne doit sans doute pas essayer de continuer à s'occuper de tout comme elle a pu avoir tendance à le faire parfois dans le passé. Sa tendance technocratique doit être réfrénée. Elle ne remplacera pas les États nations, dans leur diversité, leur histoire, leur culture. Ils sont sa force et davantage de choses peuvent et doivent être traitées à leur niveau. Mais nous ne devons pas la laisser se défaire. Car chacune des nations n'en sortirait que plus faible et le continent européen qui a façonné l'histoire sortirait de l'histoire. Et c'est pourquoi nous sommes convaincus qu'il faut aller de l'avant et relancer le projet européen. C'est la volonté de la France avec ses principaux partenaires, l'Allemagne bien sûr, l'Italie, les fondateurs, d'autres qui sont profondément attachés, comme nous, au projet européen. C'est ce que le président de la République a proposé, autour de quelques priorités après le référendum britannique. Car le surplace est interdit dans un monde en mouvement et en accélération permanente. C'est pourquoi tout d'abord la question britannique doit être réglée dans la clarté. Nous regrettons le choix du Royaume-Uni de quitter l'Union mais nous le respectons. C'est donc la procédure de sortie prévue par le Traité sur l'Union européenne, c'est-à-dire l'article 50, qui doit être activée. Nous comprenons que le Royaume-Uni ait besoin d'un peu de temps pour se préparer, mais prolonger l'incertitude trop longtemps nuit à l'économie britannique et européenne. Enclencher la procédure le plus vite possible est l'intérêt du Royaume-Uni et relève tout simplement du respect du vote des citoyens. Quant aux futures relations, il est clair que s'il y a accès au marché intérieur, cela ne pourra se faire sans la liberté de circulation. Mais la question du Brexit n'est pas tout l'agenda européen. L'essentiel désormais est ce que nous avons à faire à 27 et dans la zone euro pour donner une nouvelle impulsion au projet européen en lui permettant de mieux répondre aux grands défis auxquels l'Europe est confrontée. Or l'Europe est à la fois confrontée à des questions nouvelles, comme la sécurité, et elle n'a pas été construite autour de cela, et en même temps à des défis économiques et sociaux pour lesquels on pourrait la croire équipée, mais pour lesquels on s'aperçoit que la construction européenne n'est qu'une demi-construction, une maison inachevée. Nous avons fait l'Union monétaire sans l'Union économique. Et nous sommes confrontés à des déséquilibres structurels, de compétitivité, de niveau de revenu, d'investissement, entre le Nord et le Sud qui s'aggravent malgré la monnaie unique. L'Europe a besoin de stratégie économique, de politique industrielle, de convergence économique et sociale et pas seulement de règles budgétaires et d'un pacte de stabilité. Nous avons bâti un marché intérieur, sans convergence fiscale et sociale. Et nous sommes confrontés à des distorsions de concurrence et à un dumping social qui ne sont pas acceptables et alimentent là aussi la déception vis-à-vis de l'Europe et même le populisme. Nous avons bâti un espace de libre circulation, Schengen, sans la protection des frontières extérieures communes. Et cela ne pouvait pas durer. Donc l'Europe est à la fois lacunaire, parce qu'il lui manque une politique de sécurité et de défense, et seulement semi-construite sur le plan économique et social, parce qu'elle a avancé par petits pas mais qu'elle s'est arrêtée en cours de route. Au total, les citoyens ont le sentiment, qui s'est exprimé dans le référendum britannique, d'une certaine perte de contrôle, ce qui pousse à la tentation de revenir vers des solutions nationales, vers les États nations. Même si c'est une illusion dans beaucoup de domaines, les démagogues l'exploitent. Il faut reprendre la marche en avant, non pas dans une fuite en avant, mais pour mieux traiter ces problèmes, compléter la maison commune et convaincre les européens qu'avec l'Europe, ils peuvent mieux contrôler leur destin, contrôler leurs frontières, assurer leur sécurité, contrôler, assurer leur destin économique, leur modèle social élevé. Il faut donc avancer sur quelques priorités. Elles sont pour nous au nombre de trois. 1/ La première priorité, je l'ai déjà mentionnée, c'est la sécurité. L'Europe doit désormais assurer elle-même sa sécurité. Personne ne le fera à sa place. L'Europe est entourée des plus graves crises internationales. La guerre et l'instabilité sont à ses frontières, elle est frappée par le terrorisme. C'est une question de survie du projet européen, en même temps que de crédibilité. Cela passe notamment par une protection renforcée des frontières extérieures de l'Union. Avant la fin de l'année, devra être mis en place un corps européen de garde-frontières et de garde-côtes, sur lequel nous avons trouvé un accord. Nous devons aussi nous doter d'un véritable ESTA européen pour vérifier de manière systématique les entrées et sorties de l'Union européenne. Il nous faut aussi, c'est tout le travail engagé par Bernard Cazeneuve et son homologue allemand, continuer à renforcer la coopération européenne dans la lutte contre le terrorisme, avec les échanges d'information, l'utilisation systématique et coordonnée des fichiers Europol, SIS, ECRIS, la mise en œuvre du PNR européen, la lutte contre la radicalisation, la responsabilisation des opérateurs Internet, le plan d'action contre les trafics d'armes, la lutte contre le financement du terrorisme. En matière de défense, il est temps de franchir une étape décisive pour qu'existe enfin une Europe de la défense, à la fois dans le domaine des capacités, c'est-à-dire des équipements, des programmes industriels, et pour les opérations extérieures, avec des mécanismes de financement, un état-major et une force de projection rapide. C'est indispensable pour projeter de la stabilité, la paix et parce qu'il n'y a plus de parapluie extérieur. Cela doit également être lié à un partenariat avec l'Afrique et la Méditerranée. 2/ La deuxième priorité, c'est la préparation de l'avenir en matière économique, et donc l'investissement, la croissance et l'emploi. L'Europe doit être une puissance d'innovation et d'investissement dans les secteurs d'avenir. Avec le plan Juncker en faveur des investissements stratégiques, nous avons remis la question de l'investissement au cœur du projet européen. 315 milliards d'euros d'investissement sur trois ans, et nous avons déjà atteint plus du tiers de l'objectif (115,7 milliards d'euros). La France en est un des premiers bénéficiaires. Plus de 14 milliards d'euros ont déjà été alloués à des projets français, en particulier dans les domaines du très haut débit, de la rénovation énergétique, de l'industrie. Mais il faut aller plus loin. Et développer plus encore les investissements publics et privés dans les domaines d'avenir, le numérique, la transition énergétique, la recherche. Cela passe au minimum par un doublement du plan Juncker. L'Europe est une terre d'excellence, elle a des atouts, mais si elle ne fait pas un effort d'investissement supplémentaire dans les compétences, les savoir, les savoir-faire, le capital humain, elle risque le décrochage. Ce dont nous avons besoin à travers la deuxième génération du plan Juncker, c'est l'équivalent de ce que nous avons fait en France avec le PIA, le plan d'investissement d'avenir, qui soutient beaucoup de projets dans le domaine de l'enseignement supérieur et de la recherche. Dans le même temps, nous devons continuer à renforcer la zone euro, y soutenir la convergence, la croissance, en renforcer la gouvernance, la doter d'un budget, d'un contrôle parlementaire également. Il nous faut aussi favoriser la convergence fiscale et sociale en son sein, poursuivre la lutte contre l'évasion fiscale, créer un socle européen de droits sociaux et renforcer les règles sur le détachement des travailleurs. 3/ La troisième priorité sur laquelle je voudrais insister, c'est la jeunesse, avec le développement des programmes qui lui permettront d'accéder à des emplois, des formations, des mobilités ou de découvrir les cultures européennes. Car la bataille pour les valeurs et la définition d'un projet européen pour le XXIe siècle se gagnera avec la jeunesse européenne. Le programme Erasmus est l'une des plus belles réussites des politiques européennes. Nous devons l'élargir, le démocratiser, permettre à tous les jeunes, quel que soit leur statut, de vivre une expérience européenne de formation, de découverte qui sera aussi une expérience de citoyenneté européenne. Nous devons encourager la création d'un Erasmus de l'apprentissage, pour lequel nous avons lancé un projet-pilote avec quinze grandes entreprises françaises et allemandes, avec Loïc Armand, le MEDEF, la CFDT, l'OFAJ mais aussi l'étendre aux lycéens, collégiens et stagiaires. Tous les jeunes doivent pouvoir en bénéficier. L'Europe doit se concentrer sur ces priorités essentielles. Son fonctionnement doit également être simplifié. Certaines de ses règles sont incompréhensibles, ses procédures sont souvent trop lentes. La zone euro devrait avoir un président permanent. Les citoyens devraient être beaucoup plus associés. Les parlements nationaux et le Parlement européen en particulier. Mesdames et Messieurs, La survie de l'Europe est en jeu. Elle dépend des réponses qui pourront être apportées à de grandes questions auxquelles l'Europe était mal ou pas préparée ou auxquelles elle a mal répondu. Ensemble nous devons convaincre que l'Europe est une force. Nous ne nous résignerons jamais à voir cet idéal défait par le repli sur soi et les égoïsmes nationaux. Merci à vous d'être des bâtisseurs et des transmetteurs d'Europe. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/368.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/368.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..dabe79d7e4415aa73755cc18003b9d1e987a16dd --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/368.txt @@ -0,0 +1 @@ +Syrie - Russie - Turquie Q - Ces preuves sur l'emploi d'armes chimiques par le régime changent-elles la donne ? R - Chacun est désormais face à ses responsabilités. Par deux fois au moins, le régime a utilisé des armes chimiques contre sa population. Ce sont les conclusions d'un rapport du mécanisme d'enquête et d'attribution (JIM), créé par le Conseil de sécurité de l'ONU en lien avec l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques et dont la crédibilité est incontestable. Ses enquêteurs, à l'issue d'un long travail, démontrent que le régime a violé les engagements pris en 2013 lors de son adhésion à la Convention pour l'interdiction des armes chimiques et du démantèlement, sous contrôle international, de son arsenal. Ce rapport montre aussi que Daech - acronyme arabe de l'organisation État islamique - a eu recours au moins une fois aux armes chimiques. Le régime syrien et Daech rivalisent dans l'horreur. L'emploi de telles armes est non seulement illégal mais aussi insoutenable moralement, y compris pour ceux qui appuient Damas. Personne n'a intérêt à la banalisation de l'arme chimique. Les Russes doivent clarifier leur position et en même temps saisir cette opportunité pour revenir vers une solution politique. Ce conflit n'a pas d'issue militaire, comme le reconnaît lui-même mon homologue - russe - Sergueï Lavrov. Le bilan de ces cinq ans de guerre, avec plus de 300.000 morts, est terrible. Q - Quelle peut être une « réponse à la hauteur de la gravité du crime commis », selon vos propres mots ? R - Nous travaillons avec nos partenaires au Conseil de sécurité de l'ONU, notamment les Américains et les Britanniques, à une résolution condamnant ces attaques sous chapitre VII, c'est-à-dire prévoyant des sanctions contre les auteurs de ces crimes et les responsables de cette abomination. Il y a aussi la possibilité d'une saisine par le Conseil de sécurité de la Cour pénale internationale, une hypothèse sur laquelle nous avons déjà travaillé depuis un certain temps et qui vise l'ensemble des crimes de guerre et contre l'humanité commis en Syrie, et pas seulement l'utilisation d'armes chimiques. Mais il faut procéder par étapes. Il y a donc ce rapport, il faut maintenant une résolution. L'opinion publique internationale existe et la Russie elle-même n'y est pas insensible. Il faut créer un rapport de forces politique et moral, la France peut y contribuer de façon significative. Q - Ce conflit reste la priorité de la diplomatie française ? R - Notre objectif en Syrie est de lutter contre le terrorisme et de protéger les Français de cette menace. Notre engagement militaire contre Daech au sein de la coalition commence à porter ses fruits, car ce groupe recule aussi bien en Irak qu'en Syrie. Mais le chaos du conflit et la barbarie croissante du régime alimentent la radicalisation, comme à Alep, qui est l'épicentre d'une tragédie humanitaire. Dans une ville assiégée et écrasée par les bombes, des groupes comme Fatah Al-Cham, l'ancien Front Al-Nosra lié à Al-Qaida, parviennent à s'imposer, ce qui donne un prétexte à l'aviation russe pour intensifier ses pilonnages, poussant ainsi encore un peu plus la population vers les extrémistes. Il ne s'agit pas tant de gagner la guerre que de gagner la paix. Nous œuvrons pour une Syrie pacifiée, stabilisée, unitaire et qui respecte les droits de ses minorités, dont les chrétiens et les Kurdes. Nous appuyons le processus de négociations sous l'égide de l'ONU et de son envoyé spécial Staffan de Mistura, avec le coparrainage de Washington et Moscou. Il y a eu, l'hiver 2015-2016, des moments d'espoir. Ils sont vite retombés parce que le régime a fait le choix de la répression aveugle avec le soutien de la Russie et de l'Iran. Q - Ne craignez-vous pas d'être lâchés par les Américains comme en 2013, lorsque la France avait voulu bombarder le régime de Bachar al-Assad après l'attaque chimique de la Ghouta ? R - Les premiers contacts avec nos partenaires occidentaux au Conseil de sécurité sont encourageants, mais je veux rester vigilant. Je sens John Kerry sincère dans sa volonté de reprendre vraiment la négociation politique. Notre objectif est donc d'obtenir une condamnation au Conseil de sécurité, mais aussi d'aller plus loin en créant les conditions pour qu'une négociation politique puisse reprendre. Or, avant même ce rapport - sur l'usage d'armes chimiques -, c'était déjà difficile avec le siège d'Alep, qui est le symbole même de la faillite de la solution militaire. Il faut saisir cette occasion pour dire aux Russes : vous avez une opportunité pour reprendre le chemin de la voie politique et vous sortir du piège militaire dans lequel vous vous êtes mis. Q - Craignez-vous un veto russe au Conseil de sécurité ? R - La Russie n'est pas un adversaire mais un partenaire. C'est avec elle, mais aussi avec l'Iran, l'Arabie saoudite, avec les Américains et la Turquie que nous cherchons une solution. Les Russes ont un rôle déterminant à jouer dans la résolution du conflit. Ils assurent vouloir une solution politique et la reprise des négociations à Genève ? Je leur dis : condamnez le régime - syrien - et arrêtez de bombarder ! La Russie ne peut pas tenir un double langage, c'est-à-dire vouloir une solution politique et n'agir que militairement, comme si la victoire du régime était possible. Le régime ne peut pas gagner militairement. Il y a un intérêt commun à revenir à la table des négociations à Genève, sans que personne ne perde la face. Q - La Russie peut-elle être juge et partie au conflit en Syrie ? R - La Russie est une grande nation qui veut à nouveau jouer un rôle. On peut le comprendre. Je vous l'ai dit : c'est un partenaire, mais ce n'est pas un partenaire facile. Il faut être clair avec elle. Nous le serons avec le président Poutine, qui doit venir en octobre à Paris. Q - Pensez-vous que l'opposition syrienne croie encore à l'utilité des négociations ? R - La situation actuelle crée la méfiance. Un accord a par exemple été trouvé pour évacuer 700 combattants et les civils de Daraya - dans la banlieue de Damas -, mais l'opposition est sceptique. Nous le sommes nous-mêmes. Que va-t-il se passer pour ces combattants et ces populations une fois évacués ? Q - La Turquie fait irruption dans la guerre, est-ce une bonne chose ? R - C'est une bonne chose que la Turquie s'implique franchement dans la lutte contre Daech, qui la frappe durement. Il est aussi légitime que la Turquie assure la sécurité de sa frontière. Mais attention à l'engrenage de la violence et à une éventuelle tentation de vouloir traiter en Syrie une partie de la question kurde. Nous condamnons le PKK - Parti des travailleurs du Kurdistan, autonomiste, interdit en Turquie - et les attentats qu'il commet en Turquie. En Syrie, des forces kurdes combattent Daech efficacement. Il ne faudrait pas qu'une dimension kurde s'ajoute aux conflits qui existent déjà. (...). Israël - Territoires palestiniens - Initiative française de paix Q - Où en est l'initiative française de paix au Proche-Orient ? R - La réunion du 3 juin - à Paris, avec les ministres des affaires étrangères d'une vingtaine de pays, l'ONU et l'UE - , dont certains pensaient qu'elle ne pourrait jamais avoir lieu, s'est tenue et a enclenché une dynamique. Le gouvernement Netanyahou poursuit malheureusement la colonisation qui mine la solution à deux États. Les deux parties n'ont pas renoué le dialogue. Mais les choses bougent. J'ai rencontré cet été le président palestinien Mahmoud Abbas, ainsi que John Kerry, qui s'efforce de rapprocher Israéliens et Palestiniens, en liaison avec les pays arabes. Les Égyptiens parlent aux Palestiniens et aux Israéliens, et les Russes sont aussi disponibles. L'initiative française a permis de remettre à l'ordre du jour ce conflit et la perspective d'un État palestinien. Tout ce qui aidera à créer les conditions d'une conférence internationale sur la paix au Proche-Orient est une bonne chose. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/369.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/369.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e09cf135e5b30bef14e06d7b7bdd383bdba25b28 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/369.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre fédéral des affaires étrangères, Cher Frank-Walter, Monsieur le Ministre des affaires étrangères, Cher Witold, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, Mes premiers mots seront pour vous remercier, Monsieur le Ministre fédéral des affaires étrangères, Cher Frank-Walter, pour ton invitation à nous exprimer, avec vous, Cher Witold, devant les chefs de mission diplomatique allemands à travers le monde. C'est une première et c'est un symbole important qu'elle ait lieu à l'occasion du 25ème anniversaire de la réunion fondatrice du « triangle » de Weimar. La déclaration que nos trois prédécesseurs avaient adoptée lors de leur réunion fondatrice des 28 et 29 août 1991 à Weimar commençait par cette phrase : « L'Europe se trouve à un tournant décisif de son histoire ». Phrase intemporelle, diront les pessimistes !... J'y vois un appel à prendre du recul. J'ai grandement apprécié que notre réunion d'hier se tienne dans ce lieu symbolique de Weimar : il permet de rappeler le chemin parcouru depuis les années 1990 et l'unification du continent dans la paix et la démocratie. Les défis étaient immenses. Ils ont été relevés. Et l'Europe est parvenue à de grandes réalisations. Je crois important de le dire, de le revendiquer, dans le moment que nous traversons, dans lequel trop nombreux sont ceux qui se plaisent à oublier les succès, passés et présents. C'est cette mémoire, cette conscience de ce que l'Europe a réalisé, qui nous permettra de trouver les bons chemins pour répondre aux crises auxquelles elle est confrontée. Les dernières années ont vu en effet les crises se multiplier, en Europe et dans son voisinage. Leur succession, leur variété - crise financière, crise économique, crise sécuritaire, crise des réfugiés, crise humanitaire -, constitue une épreuve qui a peu de précédents dans l'histoire de l'Europe contemporaine. Ces crises mettent à rude épreuve les mécanismes européens de concertation et de décision. Elles mobilisent l'action publique, nationale et européenne sur des réponses d'urgence et gênent de ce fait l'indispensable travail de long terme, en faveur de la convergence entre nos pays et de la préparation de l'avenir de notre continent. Ces crises ont érodé la confiance des citoyens dans l'action européenne. Certaines d'entre elles touchent à des points sensibles de l'organisation de nos sociétés et suscitent des débats virulents, avec toutes les variantes que nos pays ont héritées de l'histoire : comment répondre à l'afflux massif des réfugiés qui fuient la guerre ? Comment concilier sécurité et protection des libertés individuelles ? Comment assurer la sécurité de nos territoires et de nos citoyens ?... Nos différents États sont chacun confrontés à ces défis, auxquels ils s'efforcent d'apporter des réponses. Je veux, à ce sujet, saluer ici la solidarité exemplaire dont le peuple allemand a fait preuve face à l'afflux massif de réfugiés. Au fil du temps, je le disais, ces crises ont érodé la confiance des citoyens dans l'action européenne. Elles ont fait naître des doutes, des interrogations. Ces interrogations, qui préexistaient au 23 juin, ont pris une dimension nouvelle avec la décision du peuple britannique de quitter l'Union européenne. C'est une décision grave. Mais je ne crois pas que notre analyse de la situation de l'Union européenne doive être surdéterminée par le résultat du référendum britannique. D'abord parce que le résultat de ce vote tient, pour beaucoup, à des facteurs propres au Royaume-Uni. Ensuite, parce que j'ai été frappé de constater que la réaction suscitée par le référendum britannique en Europe ne va pas dans le sens de la « contagion » que certains annonçaient. Au contraire, le Brexit rend, par ricochet, l'Europe plus réelle, plus visible, plus nécessaire. J'en suis convaincu. Les crises qui se sont succédé au cours des dernières années trouvent leur source hors de l'Union européenne - outre-Atlantique s'agissant de la crise financière et économique, au Proche-Orient en ce qui concerne le risque sécuritaire et l'afflux massif de réfugiés. Nous partageons le même constat, qui a été mis en évidence lors de l'élaboration de la nouvelle Stratégie européenne de sécurité : l'Union européenne est confrontée à une intensité et une diversité de menaces sans précédent. Certaines reflètent des concurrences ou des affrontements géopolitiques classiques ou proviennent de l'affaiblissement des États, de la misère économique et de l'affirmation de groupes armés - aux motivations parfois plus criminelles que politiques - capables de remettre en question l'ordre politique et social à l'échelle régionale, comme on le voit en Afrique. D'autres trouvent leur origine au sein même des sociétés politiques, comme on l'a vu lors des printemps arabes, et deviennent le terrain de conflits régionaux profitant de l'affaiblissement de l'ordonnancement du monde issu de la guerre froide. Plusieurs de ces crises, dans le voisinage immédiat de l'Union européenne, ont un impact direct sur nos pays, en matière de sécurité. C'est bien sûr le cas de la menace terroriste que Daech fait peser sur le continent européen. Cette menace est existentielle pour l'Europe. Parce qu'au-delà de sa dimension sécuritaire sans précédent, elle s'attaque aux valeurs fondatrices que nous portons. Parce qu'elle déstabilise les équilibres de nos sociétés. Cette menace appelle une réponse urgente. Réponse sur le plan militaire. C'est le sens de l'action que nous menons dans le cadre de la coalition contre Daech. Cette organisation nous a déclaré une guerre sans merci, elle doit être combattue sans faiblesse. Les progrès enregistrés par la coalition sur le terrain sont encourageants à cet égard. Mais ce combat doit s'accompagner d'une action résolue sur le plan politique et diplomatique : en Syrie, en Irak, en Libye, partout où le monstre Daech prospère, la réponse que nous devons apporter doit être politique et diplomatique. Nous ne pourrons pas éradiquer Daech autrement qu'en prônant - et c'est ce que nous faisons - une approche inclusive, fondée sur le dialogue, la représentation et le respect de la diversité. C'est la seule façon de traiter efficacement ce mal qui gangrène notre voisinage immédiat et nous menace. Tout en développant nos propres idées des politiques d'inclusion et d'intégration et de lutte contre les phénomènes de radicalisation. Et, sur ce point, notre intérêt est de bénéficier mutuellement de nos expériences respectives. D'autres crises, - je pense à l'annexion de la Crimée et au conflit dans le Donbass., remettent en cause les fondements même de l'ordre européen d'après-guerre que nous tenions pour acquis. L'intangibilité des frontières est un principe que nous avons toujours respecté et défendu, qui a permis aux hommes d'État qui dirigeaient alors l'Europe de parvenir à unifier notre continent après la chute du mur de Berlin. Nous ne pouvons accepter de le voir remis en cause. À proximité de l'Europe, le continent africain est, d'un côté, engagé sur la voie de la croissance économique, du renforcement des classes moyennes et de l'innovation et, de l'autre, encore vulnérable du fait de la fragilité de ses sociétés et de ses économies, sous l'effet d'une explosion démographique et de la faiblesse des États, que les groupes terroristes comme Boko Haram, les groupes djihadistes au Sahel ou les Shebab exploitent et aggravent. Face à ces crises, nous devons, dans un univers complexe, utiliser la boussole de nos intérêts communs et de nos valeurs et principes. J'emploie à dessein le terme d'intérêts car, dans les situations de crises, lorsqu'il faut prendre des décisions difficiles, c'est bien l'intérêt des États membres qui doit permettre de trouver l'énergie politique. J'ai la conviction que l'intérêt de nos pays est de travailler ensemble et qu'il faut des États forts pour avoir une Europe forte. C'est ainsi que permettrons à nos citoyens de retrouver la confiance dans le projet européen. C'est notre devoir. C'est d'une réponse concrète dont nous avons besoin au plan européen. Le résultat du référendum britannique a relancé le débat européen. Mais il a aussi mis en évidence la montée de la méfiance à l'égard de l'Europe. Il faut donc, dans la période actuelle, multiplier les échanges, diversifier les initiatives, pour définir nos priorités, notre ambition commune. Nous avons eu l'occasion, Cher Witold, d'échanger en ce sens au mois de juin ; nous avons, avec Frank-Walter, travaillé à des propositions. Nous avons, les uns et les autres, participé à des débats, dans différents formats, dans différentes enceintes. Ces débats doivent se poursuivre. Car c'est bien de cela dont il s'agit, et j'y insiste : comment retrouver la confiance des citoyens dans le projet européen ? Chacun, nous contribuerons à ce que le Sommet informel du 16 septembre à Bratislava propose une direction pour les prochains mois, qui réponde aux préoccupations des citoyens européens - la sécurité, la défense, la croissance, la jeunesse - et qui prépare l'avenir. Cela passe par la définition de priorités claires. Cela passe également par une meilleure mise en œuvre des décisions prises au niveau européen : l'Union européenne a su prendre des décisions de crise ; elle doit s'organiser, avec les États membres, qui détiennent souvent les moyens, pour une « mise en œuvre de crise ». Je pense ici en particulier à la mise en place d'un corps de garde-côtes et de garde-frontières européens : nous l'avons porté sur les fonts baptismaux en tout juste six mois. C'est remarquable et peu souvent souligné. Il nous revient à présent de mettre en œuvre ces nouvelles capacités données à l'Agence Frontex. C'est ainsi que nous reprendrons efficacement le contrôle de notre frontière extérieure commune. Au-delà, nous devons accroître la contribution de l'Union européenne à la sécurité de notre continent et de nos citoyens. Le triangle de Weimar est une force de proposition dans ce domaine. Plusieurs avancées importantes trouvent leur origine, au cours des dix dernières années, dans des initiatives de nos trois pays. Pour répondre aux défis de sécurité, nous devons franchir une nouvelle étape. C'est le constat que nous avons fait dans la Stratégie globale européenne. Nous devons en tirer toute les conséquences, pour établir une Union de sécurité et de défense. Je propose que nos trois pays y travaillent aux cours des prochains mois. Au sein de l'Union européenne, en lien avec Federica Mogherini, nos pays apportent déjà des contributions. Chacun avec sa propre sensibilité, sa géographie et ses héritages historiques. C'est aussi cette diversité qui fait notre force. C'est en effet une force pour l'Europe que l'Allemagne assume aujourd'hui la présidence de l'OSCE, et je félicite Frank-Walter de la manière dont il s'acquitte d'une tâche délicate, celle de faiseur de consensus dans un ensemble dont les membres s'entendent de moins en moins afin de faire en sorte qu'au dialogue de sourds succède le dialogue direct selon l'expression de Kurt Körber. Dans ce contexte, je salue les propositions que vient de faire Frank-Walter dans le domaine du contrôle des armements conventionnels. Je me réjouis de pouvoir travailler avec toi et avec les autres collègues intéressés à la mise en œuvre de cette initiative. Merci de cette initiative, Frank. C'est en effet une force pour l'Europe que la Pologne ait accueilli le sommet de l'OTAN à Varsovie au mois de juillet dernier. J'ai pu me rendre compte par moi-même de la force politique et symbolique de ce sommet, à ce moment et en ce lieu. L'Alliance a montré sa force, elle a montré sa détermination et sa solidarité pour traduire en actes, de façon concrète et responsable, l'engagement de défense collective qui est sa raison d'être. Nous avons montré qu'une approche faite de fermeté, mais aussi de dialogue, y compris sur nos points de désaccord, était la plus productive dans nos relations avec la Russie. En effet, nous devons entretenir avec la Russie une relation de partenaires exigeants : c'est une grande nation, qui veut jouer un grand rôle. C'est légitime. Mais elle ne peut agir indépendamment des cadres qu'elle a elle-même contribué à donner à l'ordre international. C'est cette relation de partenariat exigeant que nous pouvons développer avec elle. C'est en effet une force pour l'Europe que l'Allemagne, la Pologne et la France apportent leur contribution aux opérations européennes de gestion des crises et à la lutte contre le terrorisme en Afrique et en Méditerranée. Cette complémentarité de nos actions doit se poursuivre et se renforcer, devant l'urgence des crises aux portes de l'Europe. Je pense ici évidemment au drame syrien, à la situation inacceptable à Alep, pour lequel notre détermination reste entière, à l'utilisation avérée d'armes chimiques par le régime de Damas et par Daech, qui ne doit pas rester sans conséquences. Je l'ai dit, il est indispensable de continuer à promouvoir, en dépit des difficultés, une solution politique. Cette solution est possible, même si elle parait aujourd'hui hors d'atteinte. Elle requiert autant de fermeté sur les principes - je pense ici au respect du droit humanitaire et au tabou des armes chimiques - que de créativité sur le processus qui nous permettra de sortir de l'impasse. Je voudrais également dire un mot sur un autre sujet sur lequel la France s'est beaucoup impliquée, et qui, je le sais, vous tient à cœur : le Processus de paix au Proche-Orient. C'est une crise ancienne, trop ancienne, et sans la résolution de laquelle le Moyen-Orient ne pourra trouver une stabilité durable. Nous partageons ce constat et nous partageons aussi la volonté de tout mettre en œuvre pour aider nos amis israéliens et palestiniens à sortir de l'impasse. Je sais pouvoir compter sur le soutien de nos partenaires pour y parvenir et je me félicite de cette convergence. Je reviens à l'Afrique, notre grand voisin, qui - nous l'avons déjà dit - cherche sa voie. Car nos destins sont liés : nous ne réussirons pas si l'Afrique échoue. Nous ne réussirons pas si nous laissons s'installer l'idée que l'espoir est hors du continent africain ou que la migration, économique ou climatique, est une fatalité. En matière politique comme en matière économique, l'initiative doit revenir aux Africains. Ce ne sont pas l'Europe ou l'Asie qui imposeront leurs modèles ou dicteront leurs conditions. Mais il est évident que les Africains, sans appui extérieur, ne parviendront pas à relever les défis énormes qui se présentent à eux - la démographie, l'urbanisation, le développement pour ne citer que ceux-là. C'est pourquoi je milite pour que l'Europe soit plus attentive à l'Afrique et soit plus présente à ses côtés, pour l'aider à développer ses capacités économiques, technologiques mais aussi sécuritaires - car il n'y a pas développement sans sécurité. C'est ainsi que nous parviendrons, ensemble, à offrir une perspective à la jeunesse africaine, à l'accompagner dans le développement du continent. Cher Frank-Walter, Cher Witold, Mesdames et messieurs les Ambassadeurs, Le monde et ses crises ont besoin d'une Europe engagée, qui ne concentre pas toute son énergie à régler ses problèmes internes. Et les citoyens européens aspirent à des orientations claires pour la mise en œuvre de l'idée européenne, à laquelle ils restent fondamentalement attachés. Face aux menaces, face aux évolutions du monde qui mettent parfois au défi notre modèle européen, notre responsabilité est de construire une Europe qui protège ses citoyens. Une Europe qui les protège en son sein en se donnant les moyens d'assurer sa sécurité et de maîtriser ses frontières. Une Europe qui les protège à l'extérieur en apportant de vraies réponses aux désordres d'un monde perturbé. Une Europe qui protège ses travailleurs, une Europe qui protège un mode de vie et d'organisation sociale et culturelle, tout en restant ouverte sur le monde, et une Europe qui prépare l'avenir, en restant à la pointe de l'innovation, de la recherche, du développement durable et de l'indispensable transition énergétique. C'est l'Europe que nous souhaitons. Pour regagner la confiance - ce mot est tellement important - de ses citoyens, l'Europe doit retrouver confiance en elle-même. Cela passe par une relance du projet européen fondée sur des priorités claires, tournées vers la prospérité à travers le continent ; par un renforcement de la sécurité européenne - en particulier en matière de défense où nos trois pays ont un rôle de premier plan à jouer ; et par un engagement plus affirmé de l'Europe sur la scène internationale, dans la fidélité à ses valeurs de liberté, de démocratie et d'État de droit. Cela doit nous mobiliser et ce sont ces mêmes idées que j'entends présenter cette semaine aux ambassadrices et ambassadeurs français, car ils sont également réunis cette semaine à Paris. Afin que nous travaillions ensemble à une meilleure Europe et que nous soyons, dans un monde dangereux, toujours plus unis les uns aux autres. Je vous remercie de votre attention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/370.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/370.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6943c8d09d4a1d850c86a71151f74f229ebf0153 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/370.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs, Je suis particulièrement heureux de pouvoir m'adresser à vous à l'issue de cette journée consacrée à la question si fondamentale de l'Islam de France. Bâtir l'Islam de France est une grande ambition qui se réalise étape par étape. D'abord, il y a eu la consultation des cadres religieux musulmans organisée par Jean-Pierre CHEVÈNEMENT au début des années 2000. Cette consultation avait débouché sur l'adoption d'une déclaration d'adhésion aux principes républicains. Il y a eu la création du Conseil français du Culte musulman en 2003 à l'initiative de de Nicolas SARKOZY. Il y a eu, voici deux ans, à mon initiative, la création de l'Instance de dialogue avec l'Islam de France, laquelle s'est déjà réunie deux fois. Les travaux de cette instance ont produit des premiers résultats très concrets, destinés à préfigurer l'émergence, dans la République, d'un véritable islam de France. Les projets qui ont été discutés aujourd'hui constituent ainsi une nouvelle étape d'un travail engagé depuis de nombreux mois, pour créer les conditions d'une relation forte et apaisée entre la République et les Français de confession musulmane. Pourtant cette nouvelle étape présente aujourd'hui un caractère d'urgence et de nécessité particulier. La France est en guerre contre le terrorisme. Elle est en guerre contre un ennemi qui cherche à la diviser, à dresser les Français les uns contre les autres, à fractionner le corps de la Nation, à anémier la République. Nous ne devons pas tomber dans ce piège mortel. Nous devons rappeler que la République a vocation à prendre dans ses bras tous ses enfants, quelles que soient leurs origines ou leur confession. Et le ministère de l'Intérieur a une responsabilité particulière pour faire vivre cette fraternité républicaine, pour faire en sorte, comme le disait Jean JAURÈS, que « l'attachement de tel ou citoyen à telle ou telle conviction, à telle ou telle croyance, ne soit pour lui, ni une source de privilège, ni une source de disgrâce ». La France combat avec détermination l'extrémisme religieux et l'islamisme radical qui appellent à la violence, à la haine de l'autre, au rejet des lois de la République, au refus de ses valeurs. J'ai donné des instructions fermes pour qu'il soit procédé à l'expulsion de tous les individus de nationalité étrangère qui tiennent des discours de haine, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur des mosquées. Plus de 80 arrêtés d'expulsions ont été pris depuis 2012, 15 depuis le début de l'année, 6 au cours du mois d'août. Le Gouvernement a également procédé à la fermeture d'une vingtaine de mosquées ou salles de prière radicalisées depuis ces derniers mois et d'autres dossiers sont en cours d'examen par la DLPAJ. J'ai également présenté une loi, adoptée par le Parlement en novembre 2014, permettant notamment le blocage des sites Internet appelant au terrorisme. Ce combat contre l'islamisme radical, nous ne devons en aucun cas, en aucune façon, le mener contre les musulmans de France, qui sont dans leur immense majorité des républicains, qui n'aspirent qu'à vivre leur religion de façon digne et paisible. Ce combat décisif pour la nation, nous devons au contraire le mener avec eux. Car l'action que nous conduisons contre l'islam radical est globale et mobilise tous les acteurs de l'État et de la société, y compris bien entendu les responsables musulmans. Ainsi la dernière réunion de l'Instance de dialogue avec l'islam de France, en juin dernier, a précisément été consacrée à la prévention de la radicalisation. J'y reviendrai. Pour mener ce combat contre la violence, mais aussi contre le sectarisme et contre le communautarisme religieux, nous n'avons pas besoin de nouvelles lois. Le droit actuel nous permet de faire vivre la laïcité, pilier de la République, de manière à la fois ferme et apaisante. La laïcité est d'autant plus ferme qu'elle est apaisante, elle est d'autant plus faible qu'elle est stigmatisante. Elle doit demeurer un principe d'émancipation et de tolérance mutuelle. La laïcité, telle qu'elle est définie par la loi de 1905 et par les textes ultérieurs qui ont précisé son application, nous donne donc le cadre pour continuer à bâtir l'Islam de France. Les responsables musulmans m'ont tous dit leur attachement à ces principes qui font de la République leur première appartenance. L'Islam de France, l'Islam qui inspire l'immense majorité des Français de confession musulmane doit amplifier son engagement pour la République, pour la patrie, pour la France dont le discours universel doit être assumé et surtout promu partout dans notre société et dans le monde. L'Islam de France, ce sont des cadres religieux dont j'ai reçu ce matin les représentants et qui sont fermement attachés aux valeurs de la République. Ils ont condamné sans relâche, sans la moindre ambiguïté, chacun des attentats qui ont frappé notre pays au nom d'une conception dévoyée, insupportable, de l'islam. Ils ont tous signé, le 29 novembre dernier à l'Institut du monde arabe, le « Manifeste citoyen des musulmans de France » dont j'ai déjà dit qu'il constituait une déclaration d'amour à la République. Ils ont prié pour toutes les victimes, de toutes confessions, et ils se sont rendus dans les églises pour partager la douleur de leurs frères chrétiens au lendemain de l'assassinat du père HAMEL à Saint-Étienne-du-Rouvray. Ils se mobilisent courageusement pour lutter contre la radicalisation violente et ils participent aux dispositifs de prévention de la radicalisation mis en place dans les départements par mon ministère, avec le soutien des élus. L'islam de France, je le redis ici solennellement, ce sont des Français dont le degré de pratique religieuse est variable mais qui sont issus pour la plupart de familles immigrées venues de pays musulmans. La réussite de nombre d'entre eux qui sont aujourd'hui chercheurs, entrepreneurs, professeurs de médecine, avocats, magistrats, hauts-fonctionnaires, journalistes, universitaires ou artistes - démontre que la promesse d'égalité de la République n'est pas éteinte, même si sur ce sujet, nous devons toujours conforter davantage ce que nous faisons. Ils sont « prêts à assumer leurs responsabilité », en tant que Français et en tant que musulmans, comme 41 d'entre eux l'ont par exemple écrit dans une tribune publiée dans le « Journal du Dimanche » le 5 août dernier. Ils veulent appuyer la diffusion au sein de notre pays d'un islam conforme à leurs conceptions humanistes et éclairées. C'est pourquoi j'ai tenu à recevoir également aujourd'hui un certain nombre d'entre eux afin de recueillir leur avis sur les projets que le Gouvernement s'apprête à mettre en œuvre. Ils constituent une réserve de talents sur lesquels nous devrons absolument nous appuyer pour assurer leur succès. Bâtir l'Islam de France, dans une République laïque, dans le respect de ses règles, c'est accepter de devoir répondre rigoureusement à des questions complexes et délicates. Des questions techniques souvent, qui ont trait par exemple au droit des associations, aux règles de l'urbanisme, à l'organisation de l'abattage rituel, à nos relations diplomatiques avec certains pays ou à l'organisation des funérailles. Heureusement, il y a des parlementaires qui, plutôt que de s'adonner au sujet de l'islam à la facilité des emportements et des outrances, consacrent leur énergie à étudier de façon méticuleuse ces sujets afin de formuler des propositions juridiquement solides et fondées sur des réalités. C'est pourquoi j'ai également tenu à consulter aujourd'hui certains parlementaires qui se sont fait une spécialité de ces sujets, et notamment la présidente et les rapporteurs de la mission que le Sénat a récemment consacré à l'organisation, à la place et au financement de l'islam en France et ses lieux de culte. Voici dix-huit mois, j'avais présenté en Conseil des ministres une série de mesures pour renforcer le dialogue avec l'Islam de France et contribuer à sa bonne insertion au sein de la société française. Il s'agissait d'abord de bâtir un cadre, le plus inclusif possible, autour du CFCM, pour traiter des questions intéressant l'État et le culte musulman. L'Instance de dialogue avec l'Islam de France, dont j'avais proposé la création en m'inspirant de celle que Lionel JOSPIN avait établie avec l'Église catholique, s'est déjà réunie à deux reprises et a produit des résultats importants. Sa première réunion, le 15 juin 2015, a notamment débouché sur la mise en place de groupes de travail qui ont permis de clarifier le droit et de publier des guides très utiles, tant sur le financement et la gestion des mosquées que sur l'organisation de la fête de l'Aïd-el-Kébir. La deuxième réunion, le 21 mars 2016, a porté, comme je l'ai rappelé, sur la prévention de la radicalisation et a permis de mieux associer les cadres religieux musulmans à ce combat dont ils sont les premiers à mesurer l'importance. Je souhaite donc que chaque cellule départementale de prévention puisse s'appuyer sur l'expertise de référents religieux. De leur côté, les représentants musulmans se sont engagés dans cette politique de prévention à travers plusieurs initiatives importantes : la création d'un conseil théologique national, capable d'opposer un contre-discours éclairé à la propagande de DAESH, l'accompagnement des nouveaux convertis, la définition c'est important - d'un parcours normatif pour les imams prêchant dans les mosquées françaises. Sous l'autorité du premier ministre, avec Najat VALLAUD BELKACEM et Thierry MANDON, nous avons également voulu renforcer les formations universitaires sur les questions de laïcité, de droit et de sociologie des religions que peuvent suivre les imams, notamment étrangers. En 2014, seuls l'Institut catholique de Paris, ainsi que les universités de Lyon et de Strasbourg, proposaient une telle formation. Elles sont aujourd'hui proposées par 15 grandes universités, dans toute la France. Par ailleurs, nous rendons obligatoire en 2016 l'obtention de ce diplôme pour les nouveaux aumôniers (pénitentiaires, militaires, hospitaliers) de toutes les confessions. Le ministère de la Justice a augmenté le nombre des aumôniers pénitentiaires musulmans et a amélioré de façon sensible leur situation matérielle. Dès décembre 2014, à l'occasion d'une visite en Algérie, j'avais mesuré la nécessité d'améliorer le niveau de français et la connaissance de nos institutions qu'ont les imams détachés par des pays étrangers pour exercer dans les mosquées françaises. Des négociations ont été menées depuis 2 ans avec ces pays afin que la sélection ou la formation préalable de ces imams garantissent qu'ils soient francophones et qu'ils soient en mesure de passer un DU au cours des deux premières années de leur présence en France. Trois groupes de travail bilatéraux ont été mis en place avec l'Algérie, le Maroc et la Turquie et les premières promotions d'imams recrutés selon ces principes arrivent en France en 2016. Mais l'objectif consiste bien entendu à faire en sorte que, à terme, ces imams détachés soient remplacés par des imams formés en France. Enfin, la bonne organisation du culte, dans la République, c'est aussi la détermination que met l'État à protéger les lieux de cultes et les fidèles contre les attaques dont ils pourraient faire l'objet, particulièrement dans le contexte de menace que nous connaissons aujourd'hui. Plus de 1000 mosquées font actuellement l'objet d'une protection de la part des forces de sécurité. Comme pour les autres cultes, des crédits publics, à hauteur de plusieurs millions d'euros, ont été prévus pour financer des équipements de sécurité, notamment de vidéo-protection, dans les mosquées qui en font la demande. Les forces de sécurité et les tribunaux ont en parallèle fait preuve d'une grande vigilance et d'une grande fermeté dans la répression des actes anti-musulmans. J'observe que leur nombre, après avoir beaucoup augmenté après janvier 2015, a baissé de près de 80 % au cours des six premiers mois de cette année par rapport à la même période de l'année précédente. Cette tendance à la baisse s'est poursuivie au mois de juillet dernier. Permettez-moi d'y voir le signe de la maturité de la société française, mais aussi de l'efficacité de la politique que nous avons mise en œuvre pour assurer à nos compatriotes musulmans la sécurité à laquelle, comme chaque citoyen de ce pays, ils ont droit. C'est donc dans la continuité de ces mesures que le Gouvernement a décidé d'engager une nouvelle étape dans la construction de la relation entre l'État et l'Islam de France, qui a fait l'objet des consultations que j'ai menées ces derniers mois et que j'ai poursuivies aujourd'hui. Elle est conçue autour de trois projets structurants : la création d'une nouvelle Fondation de l'Islam de France ayant un objet culturel, éducatif et social ; la constitution d'une association cultuelle musulmane vouée au financement des mosquées et de la formation théologique des ministres du culte ; le lancement d'une mission en vue de proposer la création de nouveaux cursus d'islamologie dans certaines universités françaises. La création d'une nouvelle Fondation de l'Islam de France est un objectif sur lequel le ministère de l'Intérieur travaille depuis de longs mois et qui va se concrétiser dans les meilleurs délais, avant la fin de cette année. Comme vous le savez, une précédente fondation la Fondation des œuvres de l'Islam de France – avait été créée en 2005 à l'initiative de Dominique de VILLEPIN, alors ministre de l'Intérieur. Elle avait pour objet de financer la construction de mosquées et la formation des imams. Elle n'a jamais fonctionné, pour des raisons qui ne tiennent pas à la qualité de ses anciens responsables, mais à un défaut de conception. Aucune des parties prenantes, les fédérations de mosquées, n'avaient intérêt à passer par celle-ci pour financer ses projets. Le projet de Fondation de l'Islam de France qui a été discuté aujourd'hui est donc radicalement nouveau. Il est nouveau dans ses objectifs. La nouvelle fondation n'aura pas en effet un objet directement cultuel, tel que le financement des mosquées ou la formation théologique des imams, qui serait incompatible avec le statut de fondation reconnue d'utilité publique qui lui est nécessaire. Elle poursuivra des objectifs d'ordre culturel, éducatif et social, comme c'est le cas des autres fondations d'inspiration confessionnelle (fondation Notre-Dame, fondation du protestantisme, fondation du judaïsme). Elle pourra ainsi contribuer notamment à la formation profane des aumôniers et des imams, apporter son soutien à des projets facilitant la connaissance par le grand public de la religion et de la culture musulmanes, à travers des expositions, des productions audiovisuelles ou numériques, ou encore soutenir la recherche en islamologie. Plus généralement, elle soutiendra tous les projets utiles à une bonne insertion de l'Islam dans la société française. Le mode de gouvernance de cette Fondation sera lui aussi radicalement différent. Comme elle n'aura pas d'objet cultuel, ses statuts feront une large part aux représentants de l'État, ainsi qu'à des personnalités, religieuses mais aussi laïques, représentatives de la diversité des talents des Français de confession ou de culture musulmane. Son conseil d'administration comprendra, en tant que membres de droit, trois représentants des ministères de l'intérieur, de l'éducation et la culture, le président du CFCM, ainsi que deux représentants du comité des donateurs. Ces membres de droit désigneront 5 personnalités qualifiées, dont le président de la Fondation. Comme vous le savez, Jean-Pierre CHEVÈNEMENT a accepté de prendre la présidence de la Fondation. C'est un grand républicain, un grand connaisseur du monde musulman et son attachement à la laïcité est incontestable. Il possède la compétence, l'expérience et la neutralité à l'égard des diverses composantes de l'Islam de France qui m'ont paru être des qualités indispensables dans cette phase où il s'agit de jeter, de façon pragmatique et constructive, les bases de cette instance nouvelle. Par la suite, cette structure nous en avons parlé ensemble - a vocation à rapidement prendre son envol et avoir à sa tête d'autres personnalités. Il y a, comme je l'ai dit, énormément de talents parmi les Français de confession musulmane qui ont la volonté de s'engager et de contribuer au succès de la Fondation. Dès sa création, Jean-Pierre CHEVÈNEMENT sera entouré au sein du conseil d'administration de la Fondation par quatre autres personnalités qualifiées, que j'ai reçues avec lui ce matin, et qui témoignent par leur parcours personnels de cette diversité de talents des musulmans de France: l'islamologue Ghaleb BENCHEIKH, Kamel KABTANE, recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Najoua ARDUINI ELATFANI, cadre supérieur dans l'industrie privée et ancienne présidente du Club du XXIe siècle, ainsi qu'un très grand écrivain : Tahar BEN JELLOUN. Les statuts de la Fondation prévoient également un conseil d'orientation chargé de proposer et d'évaluer les programmes qui lui seront soumis. Pourront y siéger à la fois les représentants des grandes fédérations de mosquées, mais aussi de nombreux représentants de la nouvelle génération des Français de confession musulmane qui aspirent à jouer un rôle en faveur de la bonne intégration de l'Islam dans la société française. Les représentants de grandes institutions comme l'Institut du Monde arabe, le MUCEM de Marseille, le Musée national de l'Histoire de l'Immigration, ou l'Institut des cultures de l'Islam que préside Bariza KHIARI, y auront toute leur place. La désignation de ces membres sera effectuée par le conseil d'administration. Lors de sa phase de démarrage, la Fondation de l'Islam de France devra disposer à la fois d'une somme en capital, indispensable pour prétendre au statut de fondation reconnue d'utilité publique (1,5 M), et des moyens nécessaires pour lancer ses premiers programmes. Elle pourra bénéficier du reliquat du patrimoine de la Fondation des œuvres de l'Islam de France, d'un soutien financier de l'Etat, ainsi que de la contribution de grandes entreprises ou de particuliers fortunés. Plusieurs donateurs importants ont déjà marqué de l'intérêt pour ce projet. A côté de la Fondation, les représentants du culte musulman doivent pouvoir s'appuyer sur une association cultuelle nationale chargée de rechercher et répartir collectivement des financements pour la construction des mosquées ou la formation proprement théologique des imams. Cette association cultuelle sera bien entendu présidée par un Français de confession musulmane et l'État s'abstiendra naturellement d'intervenir dans son fonctionnement. Il est prévu que l'association cultuelle, tout comme la Fondation, ne recueille que des fonds français. Dès aujourd'hui, dans la majorité des cas, la construction des mosquées est financée localement à travers les dons des fidèles et grâce au soutien que leur apportent les collectivités locales, sous diverses formes. Mais ces ressources sont limitées et il s'agit donc de créer un modèle vertueux de financement, appelé à s'imposer au fil des ans. L'objectif premier de cette association cultuelle sera donc de trouver de nouvelles sources nationales de financement, notamment auprès des entreprises de la filière halal et du marché du pèlerinage, sous la forme d'une contribution volontaire (et non d'une taxe fiscale, juridiquement impossible). Ce modèle économique devra être suffisamment dynamique pour éviter d'éventuels conflits d'intérêt entre les principales fédérations de mosquées. Chacun doit y trouver son compte. Une étroite coopération devra par ailleurs être mise en place avec la Fondation de l'islam de France pour permettre le co-financement de certains projets ayant une nature mixte, à la fois cultuelle et culturelle (par exemple la construction d'une bibliothèque ou d'un espace d'exposition dépendant d'une mosquée). Enfin, l'association cultuelle devra être en mesure d'apporter à ses membres des services tels que l'expertise juridique des projets, le soutien opérationnel à la maitrise d'ouvrage ou la mutualisation des appels d'offre auprès des fournisseurs. Les statuts de cette association cultuelle nationale méritent d'être élaborés avec beaucoup de soin, afin de permettre à la fois de rassembler largement les mosquées et leurs fédérations autour de ce projet et d'éviter les risques de paralysie liées à des intérêts concurrents. Un groupe de travail rassemblant tous les acteurs du culte musulman se réunira donc dès les jours prochains afin d'élaborer un projet de statuts acceptable par tous. Comme pour la Fondation, les nouvelles générations de l'Islam de France, dont j'ai reçu aujourd'hui certains des représentants, devront être en mesure de lui apporter le bénéfice de leur expertise et de leur soif d'engagement. Le ministère de l'intérieur apportera son expertise juridique à ce groupe, au sein duquel sa position de neutralité lui permettra de jouer un rôle de facilitateur. Ce groupe aura également pour mission d'engager des négociations avec les acteurs de la filière hallal en vue de mettre en place un système de contribution volontaire au bénéfice de l'association, avec le concours des ministères de l'Intérieur et de l'Agriculture. L'objectif consiste à faire aboutir ce travail d'élaboration des statuts et de recherche de financements nouveaux en vue de la troisième réunion de l'Instance de dialogue avec l'Islam de France, qui doit se tenir au début du mois de décembre, et dont les deux thèmes principaux seront le financement du culte et la formation des ministres du culte. La formation en France des imams et des aumôniers constitue en effet un chantier considérable sur lequel nous voulons avancer vite. L'État comme le responsable du culte musulman, ont intérêt à ce que les mosquées puissent disposer d'imams français, formés en France, disposant d'un bagage théologique solide et capables de s'adresser aux fidèles, en parfaite connaissance de la société où ils vivent, aussi bien que de dialoguer avec les élus locaux et avec les responsables d'autres cultes. J'ai déjà rappelé les efforts fournis par l'État et par les universités, depuis deux ans, afin de proposer aux ministres du culte, ainsi qu'aux autres personnes intéressées (responsables associatifs, fonctionnaires) une formation « civile et civique » autour de la laïcité et du droit des religions. En revanche, l'État n'a bien entendu pas à intervenir dans le contenu de la formation théologique des ministres du culte. Mais il ne peut pas se satisfaire, s'il veut effectivement favoriser l'émergence d'un islam de France, d'une situation où la majorité des imams exerçant en France sont aujourd'hui formés dans des instituts théologiques situés à l'étranger. Pour résoudre cette difficulté et favoriser la formation d'imams sur le sol français, il n'est pas envisageable, contrairement à une idée qui revient régulièrement dans le débat public, de susciter la création à Strasbourg d'une faculté de théologie musulmane, aux côtés des facultés de théologie catholique et protestante qui y existent déjà. En effet, le Conseil constitutionnel a clairement indiqué, dans une décision de 2013, que le droit cultuel local, maintenu en Alsace-Moselle pour des raisons historiques, constituait un régime d'exception qui ne saurait connaître d'extension. L'État ne peut donc pas être à l'origine de la création d'une faculté publique de théologie musulmane, sauf à ce que nous engagions une réforme constitutionnelle hasardeuse et porteuse de divisions. Dans ces conditions, le Premier Ministre a accepté qu'une mission soit lancée, avec les ministères de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur. Elle consistera à renforcer l'offre universitaire « savante » auxquels peuvent avoir accès en France de futurs imams dans des matières « non-confessantes » (telles que la langue et la littérature arabe, l'histoire et l'exégèse du Coran, l'histoire de la civilisation musulmane), en complément du parcours qu'ils accomplissent au sein d'instituts privés de théologie musulmane. Ces enseignements d'islamologie devront être de haut niveau, conformément à la grande tradition française dans ce domaine (MASSIGNON, BERQUE), rigoureusement laïcs et ouvert naturellement à l'ensemble des étudiants intéressés. Nous allons donc confier à trois experts un spécialiste laïc de l'Islam, un théologien musulman et un juriste - la mission de proposer la création de tels enseignements en islamologie dans des universités françaises volontaires et qui seraient dotés des moyens appropriés, choisies dans le cadre d'un appel à projet national. Nous recevrons prochainement ensemble les membres de cette mission. Voici les trois chantiers qui ont fait l'objet des échanges qui se sont déroulés, tout au long de cette journée, à l'hôtel de Beauvau. Vous comprendrez qu'elle ait été chargée. J'ai trouvé auprès de chacun de mes interlocuteurs représentants du culte musulman, futurs membres de la Fondation, personnalités de la société civile, parlementaires un engagement authentique et la conscience d'un moment historique. Il nous faut continuer - avec humilité, compte tenu de la complexité des problèmes qui s'offrent à nous - à travailler avec détermination à la construction d'un islam de France ancré dans les valeurs de la République. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/371.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/371.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1af5db11d5983e64f7b9ed520b17af5d3b6c2ded --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/371.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et messieurs, Bienvenus à cette conférence de presse de rentrée 2016. Je tiens d'abord, avant toute chose, à vous souhaiter à toutes et à tous une bonne rentrée 2016. Alors, bien sûr, votre rentrée n'est pas tout à fait la même que celle des millions d'élèves et de personnels qui vont effectuer leur rentrée scolaire dans les jours qui viennent. Mais la rentrée est un moment tellement spécial, tellement fort, qu'elle déborde largement le cadre de l'École. Ne parle-t-on pas de rentrée politique ? De rentrée littéraire ? Oui, la rentrée scolaire vient rythmer la vie de notre nation chaque année. Elle a laissé en chacune et chacun d'entre nous, des souvenirs extrêmement forts. Pour ma part, j'y prenais énormément de plaisir, et je le dis très sincèrement. Mais c'est aussi un temps qui pouvait faire naître des interrogations, parfois des inquiétudes, voire des rêves étranges la veille de la rentrée. Régulièrement, je cauchemardais que j'arrivais à l'école en pyjama, ou, que j'y étais accueillie par une interrogation surprise dès le premier jour ? Pourtant, ces appréhensions s'évanouissaient d'elles-mêmes, au bout de quelques jours. Pourquoi ? Parce qu'avec la rentrée, l'École cessait d'être une idée plus ou moins confuse, pour devenir une réalité vécue. Une réalité bien vécue, même. Eh bien, il en va de même, aujourd'hui, de la Refondation de l'École. En cette rentrée 2016, la Refondation n'est plus un texte de loi, des mesures et des réformes annoncées : c'est une réalité. Et comme souvent, avec la réalité, vont s'évanouir des inquiétudes et des fantasmes, quand ce n'était pas de la désinformation volontaire. La réforme du collège n'est pas l'apocalypse annoncée, la terre ne se fendra pas en deux, et l'on continuera par exemple, et j'en suis heureuse, à enseigner le latin et le grec. Non, l'arabe ne sera pas obligatoire dès le CP, et l'orthographe, contrairement à une idée tenace, n'a pas été réformée. Vous aurez donc le plaisir de constater que l'allemand n'a pas disparu, et que l'on distingue toujours jeune et jeûne, grâce à l'accent circonflexe dont s'orne le "u" de ce dernier. Ce que les familles et les élèves vont découvrir à la rentrée, ce ne sont donc pas les élucubrations fantaisistes qui ont trop souvent pollué le débat sur l'Ecole. Ce qu'elles vont découvrir, c'est une école, de la maternelle à la fin de la scolarité obligatoire, qui aura été réformée. Une école meilleure, un collège meilleur, résultat d'une politique éducative ambitieuse comme notre pays n'en avait pas connue depuis trop longtemps. Je tiens d'ailleurs à saluer le travail conduit au fil des ans, par Vincent Peillon et Benoît Hamon, mes prédécesseurs, mais aussi par l'ensemble des services, par la Direction Générale de l'Enseignement Scolaire et sa directrice, Florence Robine, ainsi que par l'ensemble des personnels de l'éducation nationale, dans nos académies, dans nos établissements. Ils portent, depuis 4 ans, la Refondation, et je veux les en remercier. Nous voici donc dans la 4e année de la Refondation. Cette année, l'École de la République ne fait pas seulement sa rentrée ; elle fait son retour au premier plan, sur le devant de la scène. Oui, nous avons remis l'École au centre. Au centre de nos territoires, de nos villes et de nos villages, de nos campagnes. Nous avons remis l'École au centre, et cela signifie une École avec plus de moyens, au primaire comme au secondaire, avec des programmes mieux construits, avec une évaluation plus claire ! Voilà la réalité qui sera celle des personnels, des familles et de nos élèves. La réalité de la Refondation, c'est, pour cette seule rentrée 2016, la création de 10 711 postes supplémentaires. La réalité de la priorité au primaire, c'est l'arrivée, dans le premier degré, entre 2013 et 2016, d'un poste créé pour cinq élèves supplémentaires. Et sur la même période, dans le second degré, nous avons créé un poste pour 14 élèves supplémentaires ! La réalité, mesdames et messieurs, ce sont, au cours de ce quinquennat, 42 338 postes créés dans tous nos établissements scolaires, sur les 54 000 concernés. Et ce sera, avec la rentrée 2017, en comptant l'enseignement supérieur et l'enseignement agricole, les 60 000 postes annoncés par le Président de la République qui auront été bel et bien tenus. J'ai fait mettre, dans votre dossier de presse, un tableau rappelant la réalité de la dépense intérieure d'éducation. Voilà des années que l'on savait qu'il fallait la rééquilibrer en faveur du primaire, eh bien vous constaterez que c'est le cas, grâce à ce quinquennat. Nous l'avons augmentée, sur cette période, de 10% dans son ensemble, mais nous avons fait un effort particulier pour l'école Primaire. L'école primaire connaît donc une hausse de 12%, quand elle est de 7% pour le collège et de 4% pour le lycée. Et plus importante encore que la réalité des chiffres, c'est, naturellement la réalité du terrain. Davantage d'enseignants, cela signifie que chaque élève, dans chaque classe, aura en face de lui un professeur. Cela signifie résoudre les problèmes de remplacement qui se posent parfois. Rien n'est pire que de voir des classes laissés sans professeur. J'annoncerai d'ailleurs, dans les semaines qui viennent, des mesures complémentaires sur ce sujet du remplacement. Davantage d'enseignants, c'est aussi pouvoir mettre en place des dispositifs spécifiques comme le plus de Maîtres que de Classes, pour accompagner les élèves dans l'apprentissage et la maîtrise des fondamentaux, et lutter efficacement contre les difficultés scolaires, et cela le plus tôt possible. Pour ce dispositif, largement plébiscité sur le terrain, 3195 postes supplémentaires ont été créés. Mais ces postes, ce sont aussi des emplois d'infirmier, d'assistant de service social, d'assistant d'éducation et d'accompagnant d'élèves en situation de handicap. Plus de postes, plus de moyens, c'est le cas en cette rentrée 2016, ce sera aussi le cas en 2017, dernière rentrée du quinquennat, avec un budget pour l'enseignement scolaire qui s'élèvera à 2 milliards et 150 millions d'euros, chiffre inédit. Voici, concrètement, ce que signifie remettre l'École au centre. Voici la réalité de la Refondation. L'École n'est pas une idée abstraite : c'est un lieu concret, un lieu vivant, un lieu profondément humain. Vers ce lieu, des millions d'élèves vont se diriger dans quelques jours ; dans ce lieu, vont se réunir des personnels dont je salue l'engagement et qui doivent avoir toute notre reconnaissance pour le travail exceptionnel qu'ils accomplissent, année après année. L'École change avec eux ; grâce à eux. Il était donc légitime que, pour eux aussi, les choses changent. Nous avons rétabli la formation initiale des enseignants dès 2013. Et depuis, je n'ai eu de cesse de renforcer aussi la formation continue, avec un investissement de 100 millions d'euros pour chaque année qui vient. Enseigner est un métier complexe, difficile, exaltant, certes, mais d'une immense exigence. C'est pour cela qu'il est essentiel d'accompagner les professeurs, de les former, de les soutenir. Essentiel, aussi, de dire à quel point ils sont importants, et à quel point nous devons tous être fiers et reconnaissants du travail qu'ils accomplissent au quotidien dans les salles de classe. Nous avons tenu à ce que ce métier complexe et exigeant trouve un juste salaire. L'Indemnité de Suivi et d'Accompagnement des Élèves des professeurs des écoles a été revalorisée, et s'élève désormais à 1200 euros par an. Je rappelle qu'elle n'existait pas avant 2013, et qu'elle était de 400 euros depuis. Et avec l'accord sur les Parcours Professionnels, carrières et rémunérations qui entrera en vigueur au 1er janvier 2017, nous n'aurons pas seulement des personnels dorénavant mieux rémunérés que la moyenne de l'OCDE, avec de véritables perspectives de carrière : ce sont aussi des personnels dont l'engagement et l'implication sont mieux reconnus. Une reconnaissance qui pourra se traduire, en fin de carrière, par un gain salarial maximum de 1000 euros supplémentaires par mois. La réalité de la Refondation, c'est aussi une École qui assume pleinement notre devise républicaine, et qui ne ferme pas les yeux devant la réalité des inégalités et de leurs poids, mais qui se donne les moyens de les combattre. J'ai réformé l'éducation prioritaire et l'allocation des moyens aux établissements scolaires, pour mieux tenir compte de la diversité, de la complexité, et de la réalité de nos territoires. Pour mettre, au service de l'égalité, une inégalité dans la répartition des moyens. C'est ainsi que dans une académie comme Lille, qui perd des élèves depuis plusieurs années et qui n'avait cessé d'être ponctionnée avant 2012, sur la base d'un simple raisonnement comptable, vous trouverez, dans cette académie, 200 postes supplémentaires en cette rentrée, alors qu'elle a un millier d'élèves en moins. Que dire, encore, de Créteil, qui, avec 3160 élèves supplémentaires, aurait dû recevoir, d'un strict point de vue comptable, 160 postes supplémentaires, et qui en reçoit 650, pour mieux prendre en compte les difficultés économiques et sociales ? Tenir compte de la réalité territoriale, c'est aussi prendre soin de nos territoires ruraux, et c'est pour cette raison que 22 conventions ruralité ont été signées. 30 autres sont en cours de préparation. Nous offrons ainsi des perspectives stables et sérieuses à la quasi-totalité de nos territoires ruraux. La réalité de ces conventions, elle est bien tangible : c'est l'académie de Clermont, où, malgré 546 élèves en moins, 15 postes sont maintenus. C'est celle de Limoges, ou, malgré 743 élèves en moins, l'académie a une dotation de 15 postes supplémentaires. Et je pourrais encore citer bien des départements où ces conventions ruralité ont permis de conserver des moyens, non pas pour figer la carte, mais pour agir ! Agir pour nos élèves, pour l'acquisition des fondamentaux, avec le déploiement dans ces territoires ruraux du dispositif Plus de Maîtres que de Classes, la scolarisation des moins de trois ans ou le développement du numérique. Et tout cela a été possible grâce à une politique de confiance, de dialogue, entre nous et nos interlocuteurs. De la même façon, c'est en nous appuyant sur les territoires volontaires - et ils ont été 25, de droite comme de gauche - que nous avons engagé une vraie démarche en faveur de la mixité sociale, pour enfin remédier à ce qui gangrène depuis trop longtemps notre système scolaire. Accompagner nos académies, nos établissements, et les collectivités c'est important. Accompagner les familles aussi, c'est essentiel, en particulier quand elles sont dans la difficulté financière. Les Fonds Sociaux s'élèvent cette année à 49 millions, soit une augmentation de 8 millions d'euros, et les bourses, au lycée, seront augmentées de 10%. Je vous demande de mettre cela en regard avec les multiples décisions des collectivités locales de droite, intervenues ces derniers mois. Dans le département de la Seine Maritime, le Président du Conseil départemental supprime les bourses départementales des collégiens : 5 000 familles touchées. Dans celui de l'Eure, celui de Bruno Lemaire, les bourses départementales aux lycéens disparaissent : 2 000 familles touchées. Dans le département de la Somme, le président du Conseil départemental supprime l'aide à la cantine pour les élèves du primaire : 7000 familles touchées. Même chose dans l'Essonne : 6 000 familles touchées. Même chose pour les zones rurales et leurs contraintes si particulières : dans les Pyrénées-Atlantiques, on met fin à la gratuité des transports scolaires, soit une centaine d'euros par an et par enfant. Et il en va de même dans le Cher. Enfin, je la gardais pour la fin, car c'est la plus savoureuse : que dire quand le département le plus riche de France, les Hauts de Seine, supprime l'aide aux transports scolaires de plus de 2000 collégiens boursiers ? La voilà, mesdames et messieurs, la triste vérité des chiffres, derrière les discours ronflants ! L'École constitue pour moi un investissement absolument nécessaire, jamais une dépense superflue sur laquelle on pourrait faire des économies. Ce n'est manifestement pas le cas pour tout le monde. C'est aussi pour cela que j'ai entamé un combat déterminé contre le décrochage scolaire, dont le coût est faramineux : économiquement, d'abord, car un décrocheur coûte cher à la société. Mais surtout humainement et socialement, car le décrochage scolaire s'accompagne bien souvent d'un décrochage familial, social, et professionnel. Voilà pourquoi je l'ai souvent dit, et je le redis aujourd'hui, laisser un élève sortir de l'école sans qualification, cela constitue un cas de non-assistance à jeunesse en danger. Dans ce domaine, nous sommes, en cinq ans, passés de 140 000 décrocheurs à moins de 110 000. C'est important, c'est un premier pas : mais notre mobilisation ne faiblira pas. Avec toutes les mesures mises en œuvre, nous pouvons regarder un élève dans les yeux, d'où qu'il vienne, et lui dire que oui, la devise inscrite sur le fronton de nos établissements a un sens ! Que oui, l'égalité n'est pas un vain mot ! La réalité de la Refondation, demandez aux habitants de Seine Saint-Denis ce qu'ils en pensent, eux qui avaient été les premières victimes des suppressions de postes du précédent quinquennat ! Elle se traduit, pour eux, dans les faits, avec la création de 503 postes dans les écoles de ce département, et cela représente un effort sans précédent, qu'il était juste et urgent d'accomplir ! Alors oui, avec la Refondation de l'éducation prioritaire et la réforme de l'allocation des moyens, c'est l'ensemble des territoires et leurs spécificités qui est pris en compte, pour davantage de justice, d'égalité, et d'exigence ! Et on en ressent les effets y compris dans l'appétence des enseignants à aller enseigner dans les endroits considérés comme les plus difficiles. Notez ce chiffre, si intéressant et absolument inédit : dans les mutations demandées par les enseignants en Éducation Prioritaire, alors qu'ils étaient classiquement 92% en REP à demander à quitter l'éducation prioritaire, cette année, pour la première fois, on note une tendance à la baisse : ils sont 70% à l'avoir fait ! En d'autres termes, c'est bien un début de stabilisation des équipes qui apparaît, et c'est une immense victoire. D'autant que s'agissant des enseignants exerçant hors Éducation Prioritaire, et souhaitant muter, ils ont été 12% à demander à rejoindre cette éducation prioritaire, contre 6% l'an passé. Là aussi, c'est un début d'attractivité qui apparaît pour la première fois, et qui en dit long sur les effets que peut produire notre politique éducative, si elle est poursuivie avec constance et sérieux. La justice et l'égalité nous avaient aussi amenés à instaurer l'école inclusive, en développant des dispositifs de scolarisation pour les élèves en situation de handicap. Nous avons notamment décidé de former et de stabiliser plus de 50 000 emplois d'Accompagnants des élèves en situation de handicap. Grâce à cet effort, nous avons augmenté d'un quart le nombre d'enfants en situation de handicap scolarisés, et même de 33% la poursuite dans le second degré, et montré que l'École est véritablement une chance offerte à toutes et à tous. Si l'École doit être juste, c'est parce qu'elle représente une chance immense. Un bien précieux, que nous ont laissé celles et ceux qui nous ont précédés. Nous devons en prendre soin. Nous devons, aussi, la faire évoluer quand cela s'impose, pour rester fidèle à cette mission qui est la sienne depuis toujours : former des citoyens instruits, éduqués, cultivés et autonomes, dans le monde qui est le leur. Nous devons toujours la respecter et la défendre, car l'École est un enjeu qui nous concerne tous, en tant que société, en tant que République, et en tant que pays. J'ai parlé de défendre l'École. Ce mot prend, dans le contexte actuel, un écho particulier. Oui, nous sommes menacés, oui, nous sommes attaqués, et les attentats de juillet dernier l'ont encore montré, à Nice comme à Saint-Etienne du Rouvray. Dans un tel contexte, l'École se doit d'être exemplaire. Des familles nous confient ce qu'elles ont de plus cher, de plus précieux : leurs enfants. Avec cette confiance, c'est une immense responsabilité qui nous échoit : nous nous montrons à sa hauteur en conduisant, j'ai eu l'occasion de le rappeler le 24 août dernier, une action concertée avec le ministère de l'intérieur, pour assurer la sécurité de nos élèves. J'ai encore insisté sur ce point à l'occasion de la réunion de rentrée des rectrices et des recteurs, et je ne cesserai jamais de le faire. Je n'ai pas oublié les élèves et les professeurs morts en 2012 dans une école juive de Toulouse, ni d'ailleurs les blessés dans une école de Villeurbanne, en 1995, toujours dans un attentat. Je n'ai pas oublié ces drames terribles, et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter qu'ils se reproduisent. Mais je tiens aussi à rappeler que les réponses passent également par les missions fondamentales de l'École. À l'ignorance, l'École oppose le savoir. À la propagande, l'esprit critique. À la barbarie, nos valeurs républicaines et humanistes. La laïcité a été instaurée, dans nos écoles, plus de vingt ans avant la séparation de l'Église et de l'État. L'École a été laïque avant la République. Pourquoi ? Parce que l'École accueille l'ensemble des enfants, sans distinction. Au sein de l'École, se forge une appartenance commune, fondée sur le respect des différences, mais aussi sur celui de l'affirmation de l'École comme un lieu de savoir, où chaque enfant est d'abord et avant tout un élève. C'est parce qu'elle s'est voulue ouverte à tous que l'École est laïque. C'est cette ouverture que nous préservons, en défendant, en expliquant, et en transmettant la laïcité ; en étant aussi d'une grande fermeté dès qu'elle est menacée ; en étant vigilant sur la question de la radicalisation des élèves, mais en veillant aussi et surtout à toujours nourrir et former leur esprit critique. Ceux-ci sont dans une situation qu'aucune des générations précédentes n'avaient connue. Ils font face à une surinformation sans précédent - qui s'accompagne malheureusement d'une désinformation massive. Jamais auparavant des discours complotistes ou les discours de haine n'avaient connu une telle audience. Le plus obscur prêche prononcé dans un pays lointain peut trouver, dans une chambre, dans un salon, un écho considérable. Et nous laisserions nos élèves passifs devant un tel péril ? Non, ce n'est pas ma conception des responsabilités qui sont les miennes. Nous ne laisserons pas nos élèves captifs des images, captifs des écrans. L'école, dans tous les domaines, est justement là pour nous arracher à une relation passive au monde qui nous entoure. Voilà pourquoi nous avons développé, depuis 2015, l'Éducation aux Médias et à l'Information - pour donner à nos élèves les moyens d'appréhender les informations, d'acquérir des réflexes, et des réflexes que vous, journalistes, connaissez bien : recouper des informations, vérifier des sources. Donner la possibilité, comme nous le faisons en cette année 2016, à tous les collégiens et lycéens de consulter gratuitement la presse écrite, grâce au dispositif lirelactu.fr, c'est un formidable moyen de les acculturer très tôt à la différence entre l'information rigoureuse et vérifiée et la désinformation, si courante sur le web. Oui, la Refondation de l'École c'est une École qui assume son rôle dans la formation du citoyen. Et qui le fait en articulant sans cesse, c'est le cas au sein du Parcours Citoyen, les connaissances nécessaires avec la pratique et l'expérience qui viennent nourrir un engagement véritable. Voilà pourquoi le socle commun qui entre en vigueur en cette rentrée 2016 met l'accent sur " la formation de la personne et du citoyen". Voilà pourquoi la loi de Refondation de l'École insistait sur cette dimension dès juillet 2013, instaurant l'enseignement moral et civique, que j'ai mis en place, de l'école jusqu'au lycée, à la rentrée 2015. La citoyenneté n'est pas un statut que l'on acquiert. C'est un engagement et une responsabilité que l'on exerce. Que l'on vit. Et cela passe aussi par des rites, qui contribuent à faire de l'École, un lieu où se forge une appartenance commune, un lieu où l'on fait société. C'est aussi pour cela que j'ai voulu que soient organisées, peu après la rentrée, des cérémonies républicaines de remise des diplômes de Brevet et du certificat de formation générale. Celles-ci deviendront, avec le temps, je l'espère, des moments de célébrations collectives et d'émulation pour les plus jeunes de nos collégiens. Nous sommes bien loin, vous l'aurez constaté, des solutions simplistes de cette école de la rééducation nationale et du bourrage de crâne que la droite emprunte en ce moment aux mythes de l'extrême droite. L'école idéalisée de la troisième république était-elle juste ? Capable de transmettre un attachement sincère aux valeurs républicaines, comme l'histoire l'a montré en 1940 ? Tout cela n'est pas sérieux et je le dis avec fermeté : l'avenir de notre école républicaine mérite mieux que l'entreprise de dénigrement, de caricatures, que je constate. Lorsque l'on a fragilisé l'école, en supprimant 80 000 postes et la formation des enseignants, lorsque l'on promet à la fonction publique une purge austéritaire à laquelle l'école n'échappera pas, on essaie au moins de parler de l'école telle qu'elle est en 2016. Alors, je ne vais pas vous faire une description, point par point, de l'École de la Refondation. À moins que vous n'ayez six bonnes heures devant vous. Les mesures - vous êtes au courant - ont été nombreuses. Les réformes aussi. Je veux cependant insister très clairement sur un point : l'objectif de la Refondation de l'École – s’il est complexe à atteindre, s'il nécessite d'agir à différents niveaux - l'objectif de la Refondation se résume aisément : "lire, écrire, compter et penser pour tous ! ". S'il se résume aisément, c'est que derrière chacun de ces verbes, se cache une épaisseur de sens, qui fait toute leur force. Je veux d'ailleurs insister sur l'enjeu absolument central de la maîtrise du français, qui donne lieu, dans les nouveaux programmes, à un renforcement des horaires - alors de grâce ne laissez pas dire le contraire sans réagir. Au-delà des 10 heures de français hebdomadaires, 10 heures seront consacrées, à l'école primaire, à des activités quotidiennes d'oral, de lecture et d'écriture. Cette maîtrise est la clef de voûte des apprentissages futurs. Par elle, se construisent aussi notre rapport au monde et notre capacité à débattre démocratiquement. C'est pour cela que son apprentissage exige une pédagogie cohérente dès la maternelle, dès les premiers apprentissages. Nul besoin d'une course à l'échalote aux horaires, qui ne signifient rien à eux seuls, ou de la promesse d'une classe de rattrapage si l'on ne se donne pas simplement les moyens de bien apprendre le français à tous les élèves ! Les programmes de maternelle, plébiscités par les enseignants, comme les nouveaux programmes du cycle 2, qui entrent en vigueur cette rentrée, ont été conçus avec le concours des meilleurs chercheurs, avec les derniers résultats de la recherche scientifique. Ce sont d'ailleurs les conclusions de la dernière conférence de consensus du CNESCO, avant l'été, qui invitent à déployer les ressources des nouveaux programmes et à déployer les outils d'évaluation- diagnostique, comme nous l'avons fait en CE2. L'apprentissage du français est un enjeu trop important pour être la proie des outrances ou des polémiques politiciennes. Au-delà du français, cette cohérence est la marque de l'ensemble des nouveaux programmes de la scolarité obligatoire, du CP à la 3e, qui sont plus progressifs dès le premier degré et articulés au socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Rendre cette cohérence sensible, c'est aussi le sens de la réforme de l'évaluation, qui jusqu'à présent était difficilement lisible, y compris pour les personnels. Nous l'avons simplifiée, et instauré un livret unique, de la classe de CP à la 3e, qui servira aussi, je l'espère, l'implication des familles dans la scolarité de leurs enfants. Ces fondamentaux et les connaissances qu'ils permettent par la suite, nous les approfondissons et les renforçons au collège, évidemment, qui constituait jusqu'à présent le maillon faible de notre système éducatif. En abordant la réforme du collège, je crains de vous décevoir. En effet, cette réforme aura provoqué tant de polémiques et d'exagérations, que la réalité risque de paraître un peu fade, par rapport aux attentes de certains. Oui, à force d'entendre annoncer, avec cette réforme, la fin des temps et la disparition de toute civilisation, je crains, mesdames et messieurs, que vous ne soyez quelque peu déçus. L'objectif de la réforme du collège est le même que celui de la Refondation dans son ensemble. Tout est lié. Et pour assurer des élèves mieux formés, mieux préparés aussi au monde qui les attend, eh bien, il nous fallait changer, et les principaux acteurs de ce changement, ce sont, naturellement, les enseignants. La réforme du collège, c'est une confiance affirmée envers les enseignants. C'est plus d'autonomie, plus de liberté, au bénéfice de tous nos élèves. Le collège 2016, c'est, sur deux ans, la création de 4000 postes. Le collège 2016, c'est aussi 3h d'accompagnement personnalisé en 6e, et 1 à 2h, selon les besoins, en 5e, en 4e et en 3e. Le collège 2016, ce sont des enseignements pratiques interdisciplinaires, qui viennent non pas se substituer aux enseignements disciplinaires, mais les renforcer, en alternant à la fois les enseignements en cours et la pédagogie de projet. Parce que savoir travailler en groupe, cela aussi s'apprend. Et s'investir dans un projet, c'est une autre façon de renforcer les connaissances, en les croisant, en les contextualisant pour mieux en comprendre le sens, et donc, in fine, pour mieux les maîtriser. C'est ce que nous faisons aussi avec les Parcours, comme le Parcours d'Éducation Artistique et Culturelle, qui s'appuie à la fois sur la connaissance, sur les rencontres, et sur la pratique, et pour lequel une charte a été réalisée par le Haut Conseil à l'Éducation Artistique et Culturelle. C'est ce que nous faisons aussi avec le Parcours Citoyen, où la citoyenneté ne se résume pas à des connaissances théoriques, mais s'inscrit dans des rencontres et des expériences, par exemple en s'engageant avec les sapeurs-pompiers de sa commune. C'est ce que nous faisons, enfin, avec le Parcours Éducatif de Santé, qui entrera en vigueur cette rentrée, et qui nous permet de former nos élèves dans ce domaine, et de cultiver ainsi le respect de soi et des autres. Nous changeons beaucoup de chose, et cela demande, j'en suis consciente, un travail d'adaptation important. Ce n'est jamais facile de changer. Je connais et je comprends les appréhensions qui peuvent exister, chez les élèves, leurs familles et les personnels. Pour les familles, vous noterez cette année deux nouveautés. La première : une application baptisée eParents, qui leur permettra de suivre, dans chaque école et collège, l'organisation, les horaires, le calendrier et les nouveautés pédagogiques offertes à leurs enfants. La seconde, c'est un nouveau site en ligne, accessible dans les tous prochains jours, "infos-parents-accessibles.education.gouv.fr". Ce site proposera les principales informations utiles aux parents en matière éducative, dans des formats diversifiés, permettant à tous d'y avoir accès : on y trouvera un accès "page braille", une traduction en langue des signes française, une version audio, et une version en français accessible. S'agissant des personnels, nous avons conduit un important travail de formation, inédit. Mais surtout, je sais qu'avec la rentrée, lorsque l'on va aborder l'action concrète, alors nous allons considérablement avancer. La réforme du collège, comme l'ensemble de la Refondation, est en effet profondément pragmatique. Pragmatique, parce que nous nous sommes, dès son élaboration, appuyés sur une consultation sans précédent de l'ensemble de la communauté éducative. Pragmatique, parce que nous avons continué à être attentifs à ce qui se jouait sur le terrain, que ce soit dans les collèges préfigurateurs, ou, en mai dernier, à l'occasion de la journée de la Refondation, quand nous avons à nouveau rassemblé l'ensemble de la communauté éducative en mai dernier, pour faire un point d'étape. Pragmatique, enfin, parce que nous continuerons d'être à l'écoute, et de nous appuyer très concrètement sur ce qui fonctionne, ce qui marche, sur le terrain, pour le diffuser et continuer à avancer ensemble. Car ce n'est que le début. Si cette rentrée marque, en un sens, l'achèvement de la Refondation, elle constitue moins une fin qu'un commencement. Les élèves qui auront fait l'ensemble de leur scolarité obligatoire dans cette École refondée, ont aujourd'hui cinq ou six ans. Les bénéfices de la Refondation, dans son ensemble, sur la durée, avec cette organisation par cycle et cette progressivité des programmes, ne seront pas visibles avant plusieurs années. Si j'insiste sur ce point c'est par expérience. Il y a eu, il n'y a pas longtemps, une étude PISA. Ses résultats n'étaient pas bons. La conclusion s'imposait, pour beaucoup d'observateurs : la Refondation ne marche pas ! Mais cette étude qui évalue je le rappelle des enfants de 15 ans portait sur l'année 2012, donc à un moment où la Refondation n'était même pas initiée. Cette année, je le sais, doit paraître une nouvelle étude PISA. Alors, j'espère me tromper, mais je crains de voir déjà des gens s'exclamer, à sa lecture : la Refondation ne marche pas ! Vous demander de nous juger à partir de 2025 est sans doute illusoire, et voué à l'échec. Mais vous dire que tout va aller mieux dès le 2 septembre, notamment concernant l'acquisition des savoirs, cela serait absurde et irresponsable. Donc, entre 2025 et le 2 septembre prochain, j'espère que nous saurons trouver une juste mesure. Si l'École de Jules Ferry avait été évaluée deux ans après les lois scolaires, et si l'on avait déduit, du grand nombre d'analphabètes encore existant, l'inefficacité de l'École et donc la nécessité d'y mettre un terme, cela aurait été, pour notre pays, une perte irréparable. L'enjeu, en effet, est immense. Ce qui se dessine à travers la Refondation, mais aussi à travers notre politique dans l'enseignement supérieur, c'est tout simplement l'avenir de notre pays, et la préparation de la jeunesse au monde qui vient. Un monde dans lequel la connaissance des langues vivantes est indispensable. Nous avons donc généralisé l'apprentissage d'une seconde langue vivante dès la 5e, et diversifié les langues enseignées en LV1 dans plus de 1200 écoles. Et dans cette stratégie d'ensemble, l'allemand, soyez en assurés, n'a pas été oublié - mais renforcé. Un monde où nous ne pouvons pas faire comme si la révolution numérique n'avait jamais eu lieu ; comme si le numérique ne faisait pas partie de nos vies. Alors avec cette rentrée 2016 se lance le plan numérique pour l'éducation, qui concerne 25% des collèges et 1800 écoles. C'est une montée en puissance considérable, dans laquelle l'État et les collectivités locales se sont investis, et qui articule trois piliers : des ressources pédagogiques de qualité, avec la mise en ligne de la première banque de ressources le 31 août prochain ; la formation des enseignants, débutée l'an passé et qui continuera cette année ; et l'équipement matériel. Dans le monde qui vient, nous aurons besoin de savoirs et de connaissances. Mais c'est un monde où il faudra non seulement connaître, mais aussi et surtout savoir apprendre à apprendre, car, une fois adultes, nos élèves expérimenteront de multiples parcours et reconversions professionnelles. Un monde dans lequel la technique ne pourra jamais faire l'économie de la conscience, et où les enjeux économiques se doublent systématiquement d'enjeux éthiques, écologiques, et philosophiques. Un monde où nous aurons besoin d'esprit d'entreprise, d'audace, et d'innovation, et ces qualités doivent aussi se travailler et s'acquérir au fil de la scolarité et au fil des études. C'est ce que nous faisons. Un monde dans lequel nos élèves doivent être autonomes pour choisir leur destin professionnel, et donc leur orientation. Voilà pourquoi il me tenait à cœur d'offrir à chaque élève une meilleure connaissance du monde professionnel, qui reste malheureusement, trop souvent, une terre inconnue. Nous avons donc mis en place le Parcours Avenir, pour, dès la classe de 6e, pour développer une plus grande familiarité entre nos élèves et le monde professionnel, et ainsi élargir leurs horizons. Voilà aussi pourquoi j'ai tenu à revaloriser l'enseignement professionnel, et cela continuera puisque, à la rentrée 2017, 500 nouvelles formations seront créées, pour répondre aux métiers de demain ou aux filières en tension. Voilà, mesdames et messieurs, l'École que nous faisons, et les élèves que nous formons. Voici la jeunesse que nous préparons. Et à travers la réussite de nos élèves, c'est notre avenir commun que nous assurons. Certains veulent une école au rabais : moins de professeurs, moins de moyens, et le sacrifice délibéré d'une partie de la jeunesse pour ne privilégier que la réussite de quelques-uns. Ce qui apparaît dans cette vision, ce n'est pas une perspective d'avenir : c'est le reflet déformé et fantasmé d'un rétroviseur mal ajusté. C'est le monde d'hier, monde de l'injustice et de l'indécence que certains veulent réhabiliter. Un monde où une minorité d'élèves bénéficiait, comme c'était le cas jusque dans les années 60, de la chance d'aller au collège. Nous avons voulu, nous, avoir une École à la hauteur de nos ambitions, et à la hauteur de sa mission originelle, pour les 100% d'une classe d'âge qu'elle accueille fort heureusement aujourd'hui. Alors, oui, nous sommes aussi dans des temps tristes, douloureux et graves. Oui, des crises existent, et parmi elles, une crise du sens. Mais nous avons, en France, cette chance immense, cette chance unique, qui s'appelle l'École. A travers l'École, aujourd'hui, nous assurons à nos élèves qu'ils n'auront pas un destin à subir, mais un avenir à construire. Nous assurons à nos élèves que nous n'oublions pas la responsabilité qui est la nôtre. J'avais évoqué, au moment de mon entrée dans ce ministère, mon émotion, en pensant à Malala, au droit pour l'éducation. Je veux le redire aujourd'hui, et il serait bon de le rappeler à chaque rentrée scolaire. La rentrée a beau scander, année après année, notre existence, ce rituel ne doit jamais être banalisé, pas plus que l'institution scolaire dans son ensemble. Elle fait partie de notre quotidien. Mais cela ne doit pas en occulter la singularité et la rareté. L'École, donne, à chacune et à chacun d'entre nous, la possibilité de ne pas subir le futur, mais de s'en emparer, et de le construire. Elle nous arrache à une relation passive au monde. Elle nous permet de conférer du sens à chacune de nos existences. En assurant à davantage d'élèves, à davantage de jeunes, aujourd'hui, de pouvoir, par leur travail et leurs efforts, avoir des moyens à la hauteur de leurs ambitions, et des ambitions à la hauteur de leur valeur ; en luttant, par les parcours d'excellence que nous installons dans l'éducation prioritaire, contre l'autocensure ; en articulant sans cesse la prise en compte de la singularité de chacun et la nécessité des savoirs et des compétences communes ; en préparant mieux notre jeunesse, aujourd'hui, aux défis de demain, nous nous emparons de cette idée qui fonde l'École depuis toujours. Cette idée, c'est celle du progrès. Ce progrès, c'est ce à quoi contribue l'ensemble de nos personnels ; c'est ce à quoi travaille chaque enseignant ; c'est celui qui naît d'une grande ambition, parce que l'École nous invite à l'audace et à l'ambition. Alors, pour conclure ce discours, je souhaite, à celles et ceux qui font vivre l'École, à nos professeurs, à nos élèves, et à l'ensemble de la communauté éducative, une excellente rentrée 2016 ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/372.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/372.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..68ffaff26f1efec0300b3acebc7c9d6232140444 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/372.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Secrétaire général, Monsieur le Directeur de l'Union européenne, Monsieur le Représentant permanent de la France auprès de l'Union européenne, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les Directeurs, Mesdames et Messieurs, C'est un plaisir de vous retrouver pour cette nouvelle semaine des ambassadeurs, un peu particulière, la dernière avant la fin du quinquennat, et je veux donc commencer par vous remercier pour le travail réalisé et pour celui que vous allez encore accomplir, - en particulier celles et ceux qui rejoignent notre région -, au service des relations de la France avec les pays de l'Union européenne et avec l'Union européenne elle-même. Et je veux particulièrement saluer et remercier le directeur de l'Union européenne, Pierre Levy, pour l'action remarquable qu'il a conduite. Il nous quitte mais sans nous abandonner complètement puisque nous le retrouverons à Varsovie. Et je salue l'arrivée comme nouveau directeur de l'Union européenne, de Philippe Setton qui a toute l'expérience de Bruxelles pour nous aider à tracer notre route dans les temps qui viennent. Et nous en aurons besoin. Car dans un environnement international particulièrement troublé, dangereux, instable, l'Europe longtemps perçue comme une évidence ne l'est plus. Elle n'est pas confrontée à une simple crise de plus, mais à une crise historique, qui porte sur son contenu, son sens, en tout cas son projet, peut-être son existence même. Il y a bien sûr le Brexit et le choc considérable qu'il représente parce que c'est la première fois qu'un État membre décide de quitter l'Union, mais aussi parce qu'il agit comme un révélateur. Révélateur de la coupure entre les peuples et l'Europe car beaucoup des fractures sociales, géographiques, générationnelles, des peurs, - de l'immigration, de la mondialisation - qui se sont exprimées lors de ce référendum, pourraient s'exprimer dans tous les États membres. Révélateur, - à propos du débat sur l'avenir de l'Union qui s'est ouvert - des divisions entre les États membres sur la nature même du projet européen. Divisions qui, loin de s'atténuer, se cristallisent sur des sujets comme les réfugiés, l'immigration, l'islam, sujets qui mettent en jeu à la fois des conceptions de la société et des questions de solidarité, de souveraineté et de compétences de l'Union européenne. Les attentats, en France, au Danemark, en Belgique, en Allemagne, les failles qu'ils ont révélées dans la coopération européenne, pèsent évidemment fortement. Ces divisions viennent s'ajouter à celles, préexistantes, liées aux effets de la crise et aux divergences de politique économique entre le Nord et le Sud du continent. Avec à la clef la mise en cause de l'Europe, l'instabilité politique, voire l'in gouvernabilité. Cette contestation économique et sociale de l'Europe n'est pas limitée au Sud du continent et la perte de soutien populaire à la construction européenne est largement liée, dans beaucoup de pays, au sentiment que l'Europe n'a pas répondu à la promesse de prospérité et de protection économique dans la mondialisation. Ce qui est frappant également, y compris en France, c'est que les procureurs de la construction européenne, pas seulement de ses dysfonctionnements, mais de son histoire, de ses institutions, de ses principes même, n'ont jamais été aussi nombreux y compris parmi les élites intellectuelles. Il faut donc prendre garde à ce que le choc du Brexit sur un corps déjà lézardé par la crise des réfugiés, la menace terroriste, la peur économique, l'angoisse sociale et la montée des populismes, ne soit le déclencheur d'un effondrement du projet européen. Je ne crois pas que l'on puisse y répondre et relancer l'Europe en niant les problèmes. Pour s'y attaquer, il faut les reconnaître. Nous devons donc accepter d'intégrer une partie de la critique. C'est une des conditions de la relance du projet européen. Prétendre que tout a bien fonctionné, être dans la dénégation des colères, des interrogations et des attentes, n'est pas la meilleure façon de répondre à ce qu'expriment les citoyens et de régler les problèmes tout simplement. D'autant que la critique correspond, en partie au moins, à des questions que nous avons soulevées de longue date avec d'autres : - le besoin d'une Europe qui protège davantage sur le plan économique, industriel, face à la concurrence déloyale et à la dérégulation ; - la nécessité de la lutte contre le dumping fiscal et social, y compris au sein de l'Union européenne ; - le besoin de politiques économiques qui soient davantage tournées vers des objectifs de croissance et d'emploi que dictées par l'application mécanique de règles ; - une Europe qui assume davantage sa sécurité, sa défense, et son rôle international autonome ; - des politiques européennes qui, d'une façon générale, se concentrent sur quelques grandes priorités, plutôt que de se disperser dans la multiplication des normes inutiles, intrusives et incomprises ; - une Europe qui respecte les États nations et leur souveraineté, mais qui permette d'agir ensemble dans les domaines où cela est nécessaire, avec des règles et des institutions communes. Nous devons donc tirer les leçons de cette crise et de la situation où se trouve l'Europe pour changer ce qui doit l'être, mais nous devons aussi défendre le projet européen et ses acquis. Ceux de 70 ans de paix, d'unification économique, de politiques communes, de solidarité entre pays, petits et grands, du Nord et du Sud, de l'Ouest et de l'Est du continent, qui expliquent d'ailleurs la force d'attraction et les vagues d'élargissement successives. Donc la critique oui, l'abandon, non. Tirer les leçons, pour rééquilibrer, améliorer, renforcer le projet européen oui. Mais le liquider, nous ne l'accepterons pas. Il faut combattre l'illusion que le retour aux frontières nationales donnerait plus de capacités aux États pour répondre aux défis d'aujourd'hui. Et c'est une grave illusion, d'une façon générale, que de penser que les Européens seraient plus forts sans l'Europe. Sans la construction européenne, l'Europe ne serait livrée qu'à ses dissensions, à une compétition sans règles, aux jeux des alliances et des contre-alliances, à l'intervention des puissances extérieures. Elle sortirait de l'histoire. La France sera donc garante, avec l'Allemagne, bien sûr, et tous ceux qui partagent cette conviction, de la poursuite du projet européen. Le premier risque dans la situation présente, c'est que rien ne change, c'est l'attentisme, l'inertie, la paralysie européenne. Et que donc rien ne se passe. Qu'il s'agisse du Brexit où les choses trainent à dessein, ou de l'avenir de l'Union elle-même. Certains peuvent penser qu'il est préférable d'attendre. Nous pensons que le surplace, l'immobilisme ne sont pas une réponse. Il ne s'agit pas de se précipiter, ni de se lancer dans une fuite en avant. Mais la crise européenne ne se règlera pas toute seule. Et si la seule dynamique est celle des populismes, c'est le délitement qui l'emportera. C'est pourquoi le président de la République, dès avant le référendum, a proposé à nos plus proches partenaires à la fois une attitude commune et ferme sur le Brexit et une nouvelle impulsion européenne autour de quelques priorités essentielles. La question britannique tout d'abord. Elle doit être réglée dans la clarté. Nous regrettons le choix des Britanniques de quitter l'Union mais nous le respectons, c'est le leur. C'est donc la procédure de sortie prévue par le traité, c'est-à-dire l'article 50, qui doit s'appliquer. Il leur revient de l'activer. Nous devons rester fermes sur l'absence de pré-négociations. Nous comprenons que les Britanniques aient besoin d'un peu de temps pour se préparer, mais la période d'incertitude est nuisible à l'économie européenne et à l'économie britannique. Donc le plus tôt sera le mieux. Pour l'avenir, le Royaume-Uni a vocation à devenir un pays tiers vis-à-vis de l'Union européenne. Il n'aura plus de droit de regard sur le fonctionnement de l'Union européenne. De nouvelles relations de partenariat seront établies, cela est souhaité et nécessaire. Mais nous, Européens, devons penser cette relation future en fonction de nos intérêts, notamment dans les domaines les plus sensibles de la coopération sécuritaire, des migrations et aussi de l'économie, en particulier la régulation du système financier et bancaire et la localisation des activités. Nous devons veiller à l'équilibre entre accès au marché et obligations, et à ce qu'un État tiers n'obtienne pas plus qu'un État membre. A à ce qu'il ne soit pas plus intéressant d'être dehors que dedans. Ce qui serait le début d'un détricotage dangereux. Il y a un enjeu de cohésion des Européens. Mais la question du Brexit n'est pas tout l'agenda européen. L'essentiel est désormais de travailler à 27 sur l'avenir de l'Union elle-même en comblant ses lacunes, en améliorant son fonctionnement et en la projetant dans l'avenir. Il faut convaincre les européens que grâce à l'Europe, ils peuvent mieux contrôler leur destin, leurs frontières, leur sécurité, leur avenir économique, leur modèle de société. Il faut donc avancer sur quelques priorités. C'est l'agenda que le président de la République a proposé et présenté lors des rencontres et visites préalables à Bratislava. Cet été, en Irlande et au Portugal. À Ventotene, avec la chancelière et le président du Conseil italien. Il y a quelques jours en réunissant les sociaux-démocrates à Paris, notamment les Premiers ministres d'Autriche, du Portugal, de Grèce, de Slovaquie. Cette semaine dans ses échanges avec le président Tusk ou la semaine prochaine à Athènes avec les pays du pourtour méditerranéen. Et ce, en lien constant avec la chancelière d'Allemagne, qu'il verra une nouvelle fois lors des rencontres franco-allemandes ce vendredi à Évian. 1/ La première priorité, c'est la sécurité. Il n'y a pas d'espace politique viable dans la durée s'il n'est capable de se protéger lui-même. L'Europe est entourée des plus graves crises internationales. La guerre et l'instabilité sont à ses frontières, elle est frappée par le terrorisme. L'Europe doit désormais assurer sa sécurité. Personne ne le fera à sa place. C'est un enjeu de crédibilité majeur pour les citoyens. Cela passe d'abord par la protection réelle des frontières extérieures de l'Union. Celle-ci est aussi une condition du droit d'asile et de l'acceptation de migrations contrôlées. En tout état de cause, la question du terrorisme pose un impératif : les frontières doivent être respectées donc protégées. Avant la fin de l'année, devra être mis en place le corps européen de garde-frontières et de garde-côtes, sur lequel nous avons trouvé un accord. Nous devons également nous doter du système ETIAS de contrôle systématique des entrées et des sorties de l'Union européenne. Il faut continuer à renforcer la coopération européenne dans la lutte contre le terrorisme, les échanges d'information et l'utilisation systématique et coordonnée des fichiers, la mise en œuvre du PNR européen, la lutte contre la radicalisation, la responsabilisation des opérateurs internet, le plan d'action contre les trafics d'armes, la lutte contre le financement du terrorisme. En matière de défense, une étape décisive doit être franchie avec ceux des pays qui sont prêts à aller de l'avant. Une prise de conscience s'est opérée chez plusieurs de nos partenaires. L'Europe n'existera pas comme acteur global sans des avancées de l'Europe de la défense. Celle-ci doit donc progresser dans le domaine des capacités et des opérations extérieures, avec des mécanismes de financement, un état-major et une force de projection rapide. Cela doit également être lié à un partenariat avec l'Afrique et la Méditerranée. 2/ La deuxième priorité, c'est la préparation de l'avenir en matière économique et donc le soutien à l'investissement, la croissance et l'emploi. L'Europe doit être une puissance d'innovation et d'investissement dans les secteurs d'avenir. Avec le plan Juncker en faveur des investissements stratégiques, nous avons remis la question de l'investissement au cœur des priorités européennes. Nous avons déjà atteint plus du tiers de l'objectif (115,7 milliards d'euros). La France en est un des premiers bénéficiaires avec déjà plus de 14 milliards, en particulier dans les domaines du très haut débit, de la rénovation énergétique et de l'industrie. Mais il faut aller plus loin. Et développer plus encore les investissements publics et privés dans le numérique, la transition énergétique, la recherche. Cela passe au minimum par un doublement du plan Juncker et peut-être par la création d'autres instruments. L'Europe est une terre d'excellence, mais si elle ne fait pas un effort d'investissement supplémentaire dans les compétences, les savoir, le capital humain, elle risque le décrochage. Ce dont nous avons besoin à travers la deuxième génération du plan Juncker, c'est l'équivalent de ce que nous avons fait en France avec le PIA, qui soutient beaucoup de projets dans le domaine de l'enseignement supérieur et de la recherche. Dans le même temps, nous devons continuer à renforcer la zone euro, y soutenir la convergence économique, en renforcer la gouvernance, la doter d'un président stable, d'un budget, d'un contrôle parlementaire. Nous devons conserver cette ambition, même si cela ne sera pas facile car le mauvais fonctionnement du cœur de l'Europe est préjudiciable à l'Europe entière. 3/ La troisième priorité que le président de la République a voulu placer au cœur de la nouvelle impulsion, c'est la jeunesse, avec le développement des mobilités, des formations, de l'accès à l'emploi et la citoyenneté européenne. Le programme Erasmus est l'une des plus belles réussites des politiques européennes. Nous devons l'élargir, le démocratiser, permettre à tous les jeunes, quel que soit leur statut, de vivre une expérience européenne de formation, de découverte qui sera aussi une expérience de citoyenneté européenne et permettre en particulier la création d'un Erasmus des apprentis. L'Europe doit donc se concentrer sur ces priorités essentielles. Nous devons bien calibrer le niveau d'ambition du sommet de Bratislava. Nous devons être à la hauteur des enjeux même si nous savons que ce ne sera qu'une étape. Ce sommet doit donc donner une impulsion politique avec des priorités bien identifiées, assorties d'un agenda précis et de mandats confiés aux Institutions européennes, en veillant à tirer pleinement partie des Conseils européens d'octobre et de décembre. Avec en ligne de mire et comme point d'aboutissement le 60ème anniversaire du traité de Rome en mars 2017. Le discours sur l'état de l'Union que prononcera le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le 14 septembre sera important pour étalonner notre niveau d'ambition. Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Encore ne s'agit-il là que de quelques-uns des défis auxquels vous serez confrontés. Car ces grandes questions, si elles vont surplomber l'agenda, ne vont pas nous éviter d'avoir à répondre à une multitude d'autres sujets que l'actualité impose : - les nouvelles tensions migratoires à la frontière gréco-bulgare ou en Serbie et peut-être de nouveau dans les îles grecques ; - nos relations avec la Turquie, après le coup d'État du 15 juillet, et la question de la libéralisation des visas ; - la question des sanctions contre la Russie ; - la ratification de l'Accord de Paris qui doit s'accélérer et la traduction législative du paquet énergie-climat ; - les textes sur le marché unique du numérique et la question du droit d'auteur ; - la révision de la directive relative au détachement des travailleurs ; - les enjeux commerciaux, les relations avec la Chine et la modernisation de nos instruments de défense commerciale ; - la révision à mi-parcours du cadre financier 2014-2020, pour ne citer que ceux-là. Notre échange permettra d'y revenir et de compléter cette liste. Mesdames et Messieurs, L'Europe doit répondre à des défis pour lesquels elle était mal ou pas préparée ou auxquels elle a mal répondu. C'est ce à quoi il faut s'atteler. Le rôle et l'intérêt de la France, c'est de convaincre que l'Europe est une force, c'est de refuser de voir cet idéal défait, c'est de ne céder à aucun fatalisme. Telle est notre responsabilité et ce à quoi il nous revient de travailler ensemble. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/373.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/373.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2ef6501568736da42afce91c0c9c76e14efb1ccd --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/373.txt @@ -0,0 +1 @@ +La ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche a présenté une communication relative à la rentrée scolaire. La refondation de l’École entre dans sa 4ème année. La rentrée 2016 est celle de la consolidation des évolutions entreprises depuis 2012 et de la mise en œuvre des nouveaux leviers pédagogiques de la scolarité obligatoire. Ces changements s’inscrivent dans une cohérence d’ensemble : instaurer une continuité dans le cadre du socle commun et favoriser un renforcement des apprentissages, notamment des fondamentaux. Ils sont portés par le premier effort budgétaire de la Nation. Davantage d’enseignants, mieux formés et mieux rémunérés 10 711 postes sont créés à la rentrée. Dans le 1er degré public, les 3 911 ETP supplémentaires permettent de lutter contre la difficulté scolaire, de conforter la formation continue des enseignants et d’améliorer le potentiel de remplacement. Dans le 2nd degré public, les 2 804 ETP supplémentaires accompagnent la hausse démographique en lycée et la mise en place de la réforme du collège. 2 600 emplois sont créés pour la vie scolaire. Dans l’enseignement agricole, la progression est de 930 emplois depuis 2012. Depuis 2013, la réforme de la formation initiale a permis de répondre à la double exigence d’une formation universitaire solide et d’une connaissance des situations professionnelles. A la rentrée, l’expérimentation réalisée avec succès en Guyane et à Créteil d’une 1ère année du master MEEF (Métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation) en alternance est progressivement étendue. En progression de 28 % depuis 2014, le budget de la formation continue permet de redonner un vrai droit à la formation pour l’ensemble des personnels. L’indemnité de suivi et d’accompagnement des élèves (ISAE) est portée à 1 200 euros pour les enseignants dans le 1er degré. Dans le cadre du Parcours professionnels, carrières et rémunérations (PPCR), la rénovation et la revalorisation des carrières des personnels du ministère sont engagées entre 2016 et 2020. La mobilisation de tous les leviers pédagogiques au service de la refondation de l’École La rentrée 2016 mobilise tous les leviers pédagogiques au service de la refondation. Les nouveaux programmes de la scolarité obligatoire, cohérents et progressifs, permettront l’acquisition par chaque élève du socle commun. Dans le cadre de la réforme du collège, l’accompagnement personnalisé et les enseignements pratiques interdisciplinaires renforceront la capacité d’apprendre et de progresser des élèves, et le développement de compétences nouvelles. Pour améliorer la continuité et l’efficacité des apprentissages, un livret scolaire de la scolarité obligatoire est créé. La maîtrise progressive des connaissances et des compétences déclinées par le socle s’évalue désormais en cohérence avec les programmes. Le brevet s’enrichit avec l’évaluation des sciences et une épreuve orale ; une cérémonie de remise est organisée à chaque rentrée. Dans les lycées professionnels, les journées d’accueil et d’intégration, la période de consolidation de l’orientation jusqu’à la Toussaint et la semaine de préparation à l’arrivée en milieu professionnel permettront de mieux préparer les élèves à leur parcours dans l’enseignement professionnel. À la rentrée, un quart des collèges et 1 800 écoles entrent pleinement dans le plan numérique. Formation des enseignants, réforme des programmes, ressources pédagogiques nouvelles et équipement des enseignants et des élèves sont au cœur de son déploiement Une École inclusive et plus juste pour la réussite de tous Les nouveaux parcours d’excellence complètent la refondation de l’éducation prioritaire en l’ouvrant sur l’après-collège. En réponse à la fragilité des petites écoles en milieu rural et de montagne, 22 conventions ruralité auront été signées à la rentrée. Dans le cadre de la démarche visant à renforcer la mixité sociale dans les collèges, une douzaine de projets sont opérationnels et accompagnés au plan scientifique dès cette rentrée. La mobilisation de l’École et de ses partenaires pour lutter contre le décrochage scolaire est amplifiée avec le développement des structures de la 2ème chance, et l’attribution de 15 000 bourses de reprise d’études. L’École se construisant, pour garantir la réussite de tous les élèves, avec la participation des parents, un « statut des parents délégués » se met en place. Le montant des crédits dédiés aux fonds sociaux est porté à 49,3 M. Depuis 2012, 24 % d’élèves en situation de handicap supplémentaires sont scolarisés en milieu ordinaire. Les contrats aidés des personnels chargés de l’aide humaine seront transformés en cinq ans en 32 000 ETP d’accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH). Une École qui fait vivre les valeurs de la République Le développement de la pédagogie de la laïcité, l’enseignement moral et civique, l’éducation aux médias et à l’information, le parcours citoyen, la réserve citoyenne ont vocation à mieux faire partager les valeurs de la République à l’École et à préparer les élèves à l’exercice de la citoyenneté. Le portail « Valeurs de la République » du Réseau Canopé s’enrichit de nouvelles ressources. Au moins 10 000 jeunes volontaires seront accueillis cette année dans le cadre du service civique. Le plan de lutte contre la radicalisation se décline avec la prévention par les enseignements, le repérage et le signalement des élèves en situation à risque de basculement, le suivi des élèves en suspicion de radicalisation, le renforcement de la formation des personnes et le contrôle renforcé de l’instruction à domicile et de l’enseignement privé hors contrat. Une sécurité renforcée dans les écoles et les établissements Le contexte de menace terroriste impose la mise en place d’une culture commune de la sécurité et le renforcement de la sécurité des écoles et des établissements scolaires. Pour anticiper une crise éventuelle, la coopération a été fortement renforcée entre les services de l’éducation nationale, du ministère de l’intérieur et de l’enseignement agricole à tous les échelons. L’École de la République est une école de l’exigence et de l’ambition qui doit permettre à chaque élève de trouver et de prendre le chemin de sa réussite. Permettre à chaque élève de réussir au sein de l’École et assurer à nos élèves, à notre École, et à notre pays, un avenir à la hauteur de nos espoirs, empreint de justice et de fraternité : voilà ce que le Gouvernement poursuit en cette rentrée. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/374.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/374.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fed98db9dfec19484ac8491f7c9351a469c19ead --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/374.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je vous remercie d'avoir accepté de prendre part à ce Conseil scientifique dont j'ai souhaité la création et de participer aujourd'hui à son installation. C'est un honneur pour moi que vous ayez accepté de le rejoindre. Paul Guimard avait coutume de dire : « le pouvoir ne donne pas d'idées, il donne des moyens ». J'essaie tous les jours de lutter contre cette fatalité ou, à tout le moins, d'en atténuer la portée. Au minimum, je souhaite donner des moyens aux idées. C'est pourquoi, il m'est apparu absolument indispensable d'associer les universitaires à la réflexion que nous sommes en devoir de conduire. Je le réalisais déjà dans l'opposition, puis à la Commission des Lois, aujourd'hui, je veux continuer d'agir ainsi, en donnant un tour plus officiel qu'auparavant à cette démarche. Ce Conseil Scientifique sera dans un premier temps concentré sur la question de la lutte contre le terrorisme et la radicalisation violente. Mais j'espère qu'il me survivra et verra son spectre croître en fonction des besoins du ministère. Cette première « étape » de la vie du Conseil Scientifique est particulièrement lourde et prégnante dans la mesure où le ministère de la Justice est concerné au premier chef par la lutte contre le terrorisme et la radicalisation violente. De fait, les directions ont porté de nombreux projets : - pour comprendre, - pour lutter contre le phénomène, - pour prendre en charge - et pour accompagner les publics concernés mais aussi l'action que nous devons conduire. Nous avons beaucoup expérimenté, beaucoup d'initiatives ont été mises en œuvre. Il est temps à présent d'évaluer, de prendre du recul et de voir très simplement ce qui marche, ce qui ne marche pas, les causes de ces constats et comment nous améliorer. Cette démarche doit naturellement être conduite en premier lieu au sein des directions, et il m'a donc semblé essentiel de créer un Comité de pilotage (COPIL), les réunissant pour : - évaluer les dispositifs de lutte contre le terrorisme et la radicalisation violente déjà engagés par le Ministère. - coordonner et harmoniser ces dispositifs, y compris les travaux de recherche menés en partenariat avec les administrations, - construire, à partir des différents travaux de recherche et des expériences déjà conduites, une doctrine d'évaluation et de prise en charge unifiée de la radicalisation violente, Mais ce COPIL, au sein duquel participeront des représentants du Conseil Scientifique, a vocation à se nourrir de votre regard, de vos travaux, de vos propositions d'idées, de vos critiques aussi. La perspective administrative, aussi noble soit-elle, doit s'enrichir de vos diversités, de vos divergences. De même, au-delà de la simple évaluation des dispositifs mis en place par les directions, il me semble essentiel d'explorer de nouvelles pistes et d'imaginer de nouveaux protocoles d'action. - C'est, là aussi, dans cette mission, que j'aurai particulièrement besoin de vous, en indispensable complément aux réflexions que peuvent conduire les directions. J'insiste sur la complémentarité des deux organes (COPIL et Conseil Scientifique). Pour moi, cette articulation est une évidence. Elle doit donc l'être dans les faits. La fécondité de la recherche, la proximité du terrain et les enseignements de la pratique doivent venir nourrir nos actions. Je serai très attentif aux productions de ce Conseil Scientifique et à l'écho qu'elles pourront trouver au sein du COPIL et au sein des directions. Mon cabinet sera chargé de veiller à ce processus d'enrichissement. Les objectifs que je viens d'assigner trouvent une traduction dans la composition de ce Conseil. Certains d'entre vous se connaissent déjà, d'autres pas du tout. J'ai souhaité que diverses disciplines soient représentées : sociologie, psychologie, sciences politiques, droit, sciences cognitives et comportementales, science des religions, philosophie, etc. Cela est essentiel pour explorer ce défi sous tous ses angles, du moins sous le maximum d'angles possibles. Cette pluridisciplinarité nous invite à ne laisser de côté aucune hypothèse : - travailler sur le rapport à la société, - le rapport à soi et aux autres, - les mécanismes cognitifs, - le passage de la décision à l'action, - la révision des croyances, - les méthodes d'apprentissage, etc. Chacun d'entre vous est la pièce d'un puzzle qui va nous permettre de pallier nos lacunes et de disposer d'une vue d'ensemble plus riche, plus complexe, plus proche de la réalité. J'ai souhaité que le Conseil réunisse à la fois des chercheurs habitués à mener des travaux dans les prisons et qui sont déjà en partenariat avec l'Administration pénitentiaire avec d'autres chercheurs qui n'ont jamais eu la prison comme terrain de recherche. Je voulais que le Conseil rassemble des spécialistes de la radicalisation, mais aussi des chercheurs travaillant sur des problématiques proches. J'ai souhaité que des praticiens et membres des directions du ministère soient également présents, de manière à ce qu'un échange fécond puisse avoir lieu. J'aimerais souligner le caractère inédit de cette politique publique : nous devons développer une culture de l'évaluation plus poussée, une culture de la coordination, une culture de l'hybridation, une culture de la recherche, aussi. L'essor du terrorisme et de la radicalisation violente nous pousse dans nos retranchements ; il fait éclater nos catégories, nos concepts, nos habitudes. Le danger serait de l'appréhender avec des méthodes classiques. Il peut être, il doit être l'occasion pour nous, de porter un regard sur notre manière de travailler. D'avoir le courage de visiter d'autres chemins. Voilà l'ambition que j'ai et que je souhaiterais voir partagée dans ce Conseil Scientifique. De manière très concrète, je souhaiterais que ce Conseil Scientifique se réunisse au moins mensuellement, à date fixe, pour que ce soit plus simple, si possible tous les premiers lundis matins du mois. J'ai demandé à mon cabinet de suivre tous vos travaux et de participer à leur animation. A chaque session, un thème spécifique et convenu à l'avance sera traité : - le COPIL devra vous avoir transmis à l'avance des documents concernant la thématique, de manière à ce que vous ayez pu les étudier en amont et que la séance soit le lieu d'un échange entre vous, d'approfondissement, de transmission d'interrogations, de propositions d'expérimentation, de réorientation... De la même manière, les documents que vous aurez produits seront transmis au COPIL pour que ses membres puissent travailler en amont. - L'idée est vraiment d'instaurer des échanges denses et durables entre les séances pour que ce travail collectif soit encore plus fécond. Je ne serai donc pas plus long, de manière à ce que nous puissions en discuter dès à présent. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/375.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/375.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8643a46417328f25505179d4e06cdfbfdd56e525 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/375.txt @@ -0,0 +1 @@ +Messieurs les ministres, Mesdames, messieurs les parlementaires, Mesdames, messieurs les ambassadeurs, Mesdames, messieurs, Ce rendez-vous est devenu, au fil des années, un jalon de la rentrée... Et toujours, nous le rappelions avec Jean-Marc AYRAULT, passionnant... Je vous y retrouve avec plaisir, bien sûr, mais avec gravité. D'abord, ai-je besoin de le rappeler, parce que le terrorisme a de nouveau frappé la France, à Magnanville, à Nice, à Saint-Etienne-du-Rouvray ; comme il a frappé – ne l'oublions jamais – nombre de nos partenaires. Avec gravité, aussi, car l'Europe – face aux immenses défis qui l'assaillent – risque, si nous ne faisons rien, de se défaire, de se disloquer, de sortir de l'Histoire. Avec gravité, enfin, face aux crises en Méditerranée, au Levant, en Afrique – vous l'avez évoqué au cours de ces journées –, qui sollicitent fortement nos armées et notre diplomatie. Je pense en particulier au Gabon – le président de la République et le ministre des Affaires étrangères l'ont rappelé –, où la situation peut devenir périlleuse. La raison, c'est-à-dire la transparence du vote, le respect de la loi électorale et l'apaisement – le chef de l'Etat François HOLLANDE le rappelait –, doivent l'emporter sur la tentation du recours à la violence. Nous sommes à un moment déterminant de notre Histoire. Un moment où la résilience de notre pays est mise à l'épreuve. Un moment où notre capacité à l'emporter dépendra – dépend déjà – de la faculté de notre Nation à faire bloc, et à coopérer avec nos alliés, en Europe et dans le monde. Le président de la République l'a rappelé devant vous avant-hier : notre pays est à l'initiative et il continuera à l'être, en s'appuyant notamment sur chacun d'entre vous, sur vous tous qui êtes la voix de la France partout dans le monde. A l'initiative, d'abord, pour mener cette guerre qui nous a été déclarée, une guerre qui nous est menée. Une guerre mondiale – aucun pays n'est à l'abri – d'une forme nouvelle. Une guerre qui nous oppose à un nouveau totalitarisme, celui de l'islamisme radical, qui a levé ses armées, étendu son emprise, déployé son appareil idéologique, utilisant notamment Internet, qui répand la mort et la terreur de masse. Son but, nous le connaissons, c'est asservir les corps et les esprits, c'est essayer de diviser, de briser, d'écraser nos démocraties. Je vous l'avais déjà dit il y a un an : la menace terroriste djihadiste est devant nous. Oui, notre pays doit se préparer à de nouvelles attaques. Ce que nous sommes, notre modèle républicain, nos valeurs, notre attachement à la laïcité – cette singularité bien française qui veut que chacun soit libre de croire ou de ne pas croire –, notre refus des communautarismes, le fait que nous sommes un pays aux origines chrétiennes, que nous comptons la plus vieille communauté juive, que l'islam est la deuxième religion de notre pays, notre engagement au Levant... tout cela fait de notre pays une cible. La France doit apprendre à vivre avec cette menace terroriste. Elle est là pour durer. C'est le défi de notre société, c'est le défi de notre génération. Nous avons, face à nous, un défi considérable, alors que près de 700 djihadistes français ou résidents en France se trouvent actuellement dans des zones de combat en Irak et en Syrie. Leur retour, d'ailleurs, représente une menace supplémentaire pour notre sécurité nationale. Je vous rappelle que 191 Français ou résidents en France y ont trouvé la mort ; que 900, selon nos services, veulent s'y rendre. Ces phénomènes, d'autres pays les connaissent, depuis déjà quatre ans. Dire tout cela, dire cette vérité que nous devons à nos concitoyens, ce n'est pas s'habituer, ce n'est pas se résigner. C'est se préparer à résister, en développant une nouvelle culture de sécurité. Notre stratégie contre le terrorisme a toujours été globale. Elle l'est plus que jamais aujourd'hui. Elle est d'abord militaire, pour combattre les groupes terroristes dans leurs bastions, au Sahel, en Irak et en Syrie. Grâce à nos armées, grâce aux frappes militaires de la coalition, Daech, l'Etat islamique, est affaibli – mais le combat sera long ! Cette guerre se livre aussi à nos portes, de l'autre côté de la Méditerranée, en Libye. Et nous continuons, bien sûr, à lutter contre les groupes djihadistes au Sahel ! Notre stratégie, c'est agir aussi avec la plus grande détermination sur notre sol – vous l'avez évoqué avec Bernard CAZENEUVE : avec le renforcement des moyens humains et financiers consacrés à la lutte antiterroriste ; avec les lois adoptées depuis 2012 pour adapter notre arsenal juridique à une menace en constante évolution ; avec tous les moyens que nous donne l'état d'urgence – sans renoncer à l'Etat de droit – : perquisitions administratives ou assignations à résidence. Nous agissons enfin – et c'est sans doute le plus difficile sur le moyen et le long terme, le plus grand défi qui nous est donné – pour lutter contre la radicalisation, pour déjouer les stratégies d'embrigadement, détecter le plus tôt possible les individus susceptibles de basculer. Un seul chiffre, pour comprendre l'étendue du défi : 14 552 signalements actifs pour le fichier des signalés pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste – près de 15 000 personnes ! J'ai présenté en mai dernier un plan d'action complet, avec un volet international et européen auquel j'attache la plus grande importance. Je vous demande d'en faire la présentation – c'est sans doute fait – aux autorités des pays dans lesquels vous servez. Je vous demande, aussi, de nous faire remonter les initiatives mises en œuvre dans vos pays respectifs. En matière de lutte contre la radicalisation, nous devons développer, là aussi, la coopération, les échanges de bonnes pratiques entre partenaires. Et je crois que vous aviez une discussion avec Gilles de KERCHOVE, le coordinateur européen. C'est souvent avec lui, quand j'étais ministre de l'Intérieur, que nous avons eu l'occasion de faire évoluer nos pratiques dans ce domaine-là. Et c'est d'ailleurs une diplomate, Muriel DOMENACH, que nous avons nommée Secrétaire générale du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de lutte contre la radicalisation – j'y vois, de ce point de vue-là, un signal fort. Nous agissons, enfin, pour protéger nos communautés françaises et nos emprises à l'étranger, en accordant une attention toute particulière à nos établissements scolaires – Jean-Marc AYRAULT a déjà évoqué ces questions, le président de la République aussi, à l'Elysée, il y a quarante-huit heures. Le ministre des Affaires étrangères m'a proposé au printemps dernier un plan pour renforcer la sécurité de nos implantations. Un effort exceptionnel de 60 millions d'euros supplémentaires sera ainsi inclus dans le budget 2017. Nous avons également décidé la création, dès 2017, d'emplois de sécurité au ministère des Affaires étrangères pour renforcer les équipes des ambassades les plus exposées. Et les moyens dédiés à la sécurité de la France, à l'étranger comme sur le sol national, seront accrus à chaque fois que nécessaire. Car nous ne transigerons jamais avec la protection de nos compatriotes, ni sur notre sol, ni à l'étranger. La France, par la voix du président de la République, est à l'initiative, également, en Europe. Elle doit l'être – je le rappelais – ; car l'Union européenne est face à son destin. Elle a connu, au cours de son histoire, beaucoup de crises. Mais une telle accumulation, une telle concomitance – menace terroriste, défi migratoire, impératif de la croissance, choc du Brexit, tensions sur sa frontière est –, est sans doute sans précédent. Les simplismes et la démagogie s'en nourrissent à cœur joie. Les populismes, que nous voyons prospérer partout en Europe, et en France aussi, sont une menace de plus, une épée de Damoclès pour le continent européen. D'importantes décisions ont, c'est vrai, été prises ces dernières années. Il faut être juste, également, avec l'Europe et avec le travail de la Commission européenne. Je pense à l'Union bancaire, à la relance de la croissance – avec 15 milliards d'euros d'investissements en France, grâce au plan JUNCKER. Je pense aussi à la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales, ou à l'accord trouvé en juin pour créer une agence de garde-frontières et de garde-côtes européenne. Et contrairement à une petite musique que l'on entend – trop souvent, d'ailleurs, dans notre pays –, loin de perdre en influence, la France a le plus souvent été à l'origine de ces décisions. Je pense notamment aux initiatives franco-allemandes, celles de Jean-Marc AYRAULT et de Frank-Walter STEINMEIER, ou de Bernard CAZENEUVE avec Thomas DE MAIZIERE. Mais ce n'est pas assez. Force est de reconnaître qu'au cours des dernières années, l'Europe a plus réagi qu'agi, plus subi qu'anticipé. Pire, le projet européen – et chacun le sent bien – ne parle plus aux peuples. Ils ont le sentiment que l'Europe ne maîtrise plus ses frontières, ne protège plus son industrie ; qu'elle a perdu le contrôle, au fond, de son propre destin. Le sentiment que l'Europe ne serait pas tournée vers les Européens, mais vers elle-même, en pilotage automatique, si vous permettez cette expression. Il faut entendre ce profond malaise des peuples, qui ne se reconnaissent plus dans cette Europe et ne voient pas ce qu'elle leur apporte concrètement. Ne nous méprenons pas, à cet égard, sur le signal adressé le 23 juin dernier par le peuple britannique. Il y a toujours eu, bien sûr, une singularité du Royaume-Uni, exception insulaire en Europe. Mais ce référendum, qui s'ajoute, dans un autre contexte, à d'autres "non" – au Danemark fin 2014, en Grèce en juin 2015, aux Pays-Bas en mai dernier, sans oublier la France, bien sûr, en 2005 –, dit beaucoup plus. Il dit quelque chose sur l'Europe elle-même, notre manière de la bâtir. L'Europe ne peut pas faire comme si de rien n'était, comme si le Brexit n'était au fond qu'un accident de parcours, qu'une crise de plus. Il n'y a pas de statu quo possible quand un peuple souverain décide de claquer la porte. On ne peut pas reprendre les choses comme avant. Et nous le savons, vous le savez : le chemin sera long, difficile, parfois conflictuel. Mais la France, pays fondateur, avec ses responsabilités propres, avec sa vision, parce qu'elle est aussi attendue, portera cette refondation, avec l'Allemagne. Notre rôle, c'est d'éclairer la voie, de proposer une nouvelle Europe à tous ceux qui le veulent. Une Europe, d'abord, qui se recentre sur l'essentiel. Le président de la République vous a donné les orientations que la France portera au sommet de Bratislava, à la mi-septembre, auprès de ses partenaires, au service de la sécurité, de la protection, de l'investissement et de la jeunesse – je n'y reviens pas. Et il faudra aller plus loin. Au-delà de l'Europe des projets, il faut dire quel est notre projet pour l'Europe. Face à l'épuisement des récits fondateurs – la paix, la prospérité, la croissance –, il faut dire clairement où l'on va, pourquoi nos Nations doivent rester engagées. Et nous ne pouvons plus gérer l'Europe par à-coups, au jour le jour, semaine après semaine, Conseil après Conseil. Il faut réfléchir à ce que nous voulons sur le long terme. Voilà ce que la France veut, et doit proposer aujourd'hui. Notre message est simple : l'Europe doit permettre à nos souverainetés nationales d'être plus fortes ensemble. Elle est l'échelle à laquelle nous pouvons peser face aux pays-continents ; rester les acteurs de notre propre histoire. Et pour cela, l'Europe doit se prendre pleinement en main. Se donner toutes les armes pour faire entendre sa voix. Sortir de la naïveté. Nous avons besoin d'une Europe forte, qui n'a pas peur d'elle-même. On parlait souvent, Outre-Atlantique, il y a quelques années – je me rappelle de la formule –, de la "vieille Europe". J'ai parfois le sentiment que l'Union européenne est, au contraire, encore trop jeune et innocente. Elle doit entrer, désormais, dans la maturité, notamment pour exploiter les opportunités de la mondialisation et nous protéger de ses excès. L'Europe doit défendre nos intérêts, nos économies, nos salariés, bec et ongles. Tous les pays de la planète le font, et notamment les grands ensembles : l'Amérique, la Chine, l'Inde. Qu'il s'agisse de la protection de nos usines, de nos entreprises, de notre sidérurgie. Qu'il s'agisse du partenariat transatlantique commercial : la France, par la voix de Matthias FEKL, a défini, depuis le début, ses exigences, de manière très claire. Or, quand on regarde là où on en est, le compte n'y est absolument pas, et aucun progrès n'a été enregistré. Nous le regrettons, je le regrette, mais je le constate. Le texte sur la table est donc tout simplement inacceptable. Il faut un coup d'arrêt clair pour repartir sur des bases nouvelles, et c'est notre responsabilité de le dire. Une Europe plus forte, c'est aussi une politique de la concurrence efficace, et qui permette à nos champions du numérique, de la transition énergétique, d'émerger, de s'étendre, de devenir des géants. On ne peut pas faire comme si le monde n'existait pas autour de nous. Les entreprises européennes doivent pouvoir atteindre la taille critique face aux multinationales et plateformes internationales. Nous avons les talents pour cela ! L'Europe, d'une certaine manière, doit faire cet examen de conscience. L'enjeu n'est d'ailleurs pas uniquement économique. Il tient aussi à la protection des données personnelles – qui implique de ne pas dépendre d'acteurs de stockage informatique non-européens. Ou encore à notre engagement pour la transition énergétique, alors que l'Europe importe aujourd'hui plus de la moitié de son énergie… Une Europe plus forte, c'est ensuite ouvrir à ses entreprises un vivier de compétences à l'échelle du continent, et donc continuer à défendre la libre circulation – à condition qu'aucun dumping fiscal et social ne soit toléré. Je pense notamment, bien sûr, au problème du détachement des travailleurs. Si on ne résout pas ce problème, c'est le marché intérieur, cœur de la construction européenne, mais aussi le principe même de la liberté de circulation qui seront en danger. Bâtir une nouvelle Europe, c'est aussi avoir le courage de regarder les questions que nous avons trop souvent laissées sous le tapis. Je pense notamment à la question de l'élargissement et des frontières. En ne répondant pas à ces questions, on laisse prospérer ceux qui dénoncent, du matin au soir, une Europe ouverte aux quatre vents. Pire, on accrédite l'idée que l'Europe n'aurait pas de frontières, et donc, au fond, pas d'identité. C'est la force de l'Europe que de dire où son espace commun commence et où il s'arrête. Et c'est aussi la force de l'Europe que de revendiquer des valeurs qui lui sont propres : une culture, une civilisation riche de sa diversité, qui parle, bien sûr, au monde. Soyons-en fiers. J'ai coutume de dire qu'on a l'Europe que l'on mérite... A nous d'agir pour une nouvelle Europe, qui change de méthode, même si je sais que c'est difficile. Une Europe qui cesse de se perdre en procédures, qui cesse de privilégier systématiquement la norme par rapport au projet. Une Europe qui soit soumise à un contrôle démocratique, pour que l'exigence citoyenne de transparence prévale. C'est un défi considérable. Une Europe qui pose, enfin, la question de son organisation politique. Qui assume de dire que l'Europe, ce n'est pas la négation des Nations, mais au contraire ce qui nous donne un surcroît de souveraineté, au sein d'une "fédération d'Etats-Nations", pour reprendre la belle formule de Jacques DELORS. Elle doit bénéficier, en retour, des moyens de son action, à chaque fois que c'est nécessaire – ce qui relève de chaque Etat membre. Ceci pose inévitablement la question d'une Europe différenciée. Faire pour chaque décision le chemin à 28, et même à 27, nous le savons, est très difficile. Pourquoi ne pas commencer à quelques-uns, avec ceux qui sont prêts ? Ce serait, sur certains sujets, le seul moyen d'avancer – je pense aux enjeux de la convergence fiscale et sociale, ou au salaire minimum. Sur tous ces sujets complexes, qui vont demander du temps, beaucoup de débats, la France a des propositions précises, concrètes, opérationnelles, sur lesquelles travaillent Jean-Marc AYRAULT et Harlem DESIR. Après la construction originelle, après l'élargissement, qui a permis à la géographie de rejoindre l'histoire, nous devons engager un troisième âge de l'aventure européenne : celui de la réinvention. Sans cela, l'Europe disparaîtra. Et parce que je suis profondément européen, par mes origines comme par mes convictions, je ne m'y résoudrai pas. Je crois, au contraire, qu'il faut faire renaître le désir d'Europe – de cette Europe dont les valeurs sont celles de toutes les démocraties, et qui a cette ambition d'universalité rayonnant bien au-delà de ses frontières. Et face au populisme qui nous menace, rien ne serait pire que d'avoir l'Europe frileuse, l'Europe honteuse. Il faut avoir, donc, du courage, de l'audace et de l'exigence … Ils sont au cœur du projet européen. Et la France sera, comme elle l'a toujours été, au rendez-vous, en ayant comme toujours des initiatives, un dialogue constructif, mais clair, avec l'Allemagne. Mesdames, messieurs les ambassadeurs, Sur tous ces sujets, vous allez jouer – vous le faites déjà aujourd'hui – un rôle central. Vous avez fait beaucoup, aussi, en matière de diplomatie économique, sous l'autorité de Laurent FABIUS, puis de Jean-Marc AYRAULT. Il fallait que cesse cette ritournelle du French bashing qui nous faisait beaucoup de mal. Et notre image s'est considérablement améliorée. Je vous demande de continuer à être les promoteurs inlassables d'une France qui se bat pour son influence, qui passe bien évidemment par la promotion de notre belle langue, parlée dans le monde entier, par l'essor de la francophonie – et je sais combien André VALLINI s'y emploie. Une France qui se bat également pour son attractivité, qui se réforme, devient plus compétitive. Vous le savez : beaucoup d'entreprises s'interrogent, dans le contexte du Brexit, et réfléchissent à relocaliser leurs sièges sociaux, leurs centres de recherche, leurs sites de production sur le continent européen. Dans ce contexte, jouons notre partition – avec fairplay, mais jouons-la ! Rappelons nos atouts – ils sont nombreux ! J'ai ainsi annoncé, avec le ministre Michel SAPIN, une extension du régime des impatriés, qui devient le plus favorable d'Europe. Rappelons, aussi, que la France aujourd'hui n'est pas la France d'il y a quatre ans, entravée par son coût du travail, ses conservatismes, sa réglementation rigide ; les investisseurs étrangers mesurent le chemin parcouru ! Nous avons ainsi fait un effort massif pour redonner de la compétitivité à nos entreprises, réduire leurs charges, leur fiscalité, grâce au CICE puis au Pacte de responsabilité. Elles ont retrouvé leurs marges ; le coût du travail dans l'industrie est désormais moins élevé en France qu'en Allemagne. Nous avons, aussi, réformé notre marché du travail. La loi portée par Myriam EL KHOMRI, promulguée cet été, est un changement, et même une révolution, qui va donner plus de marges de manœuvre aux entreprises, grâce au dialogue social, à la primauté des accords d'entreprise. C'est plus de souplesse, plus de réactivité, sans remettre en cause notre modèle social. Nous agissons, aussi, pour simplifier, pour encourager l'innovation, pour stimuler l'investissement, avec un dispositif fiscal exceptionnel. Ces réformes portent leurs fruits : les résultats sur le front de l'emploi montrent que nous avons fait les bons choix, que nous avons eu raison de maintenir le cap fixé. Il faut maintenir cet effort de long terme, donner cette visibilité aux entreprises pour créer, à nouveau, un climat de confiance. Nous engageons ainsi, l'an prochain, la baisse de l'impôt sur les sociétés. Il est porté, pour les PME, de 33 % à 28 % sur une partie de leurs bénéfices. Le CICE continue également à monter en puissance. Et cela, sans transiger sur la réduction de notre déficit public – qui est passé de 5,1 % en 2011 à 3,6 % en 2015. Il sera, en 2017, au-deçà de 3 %. C'est le fruit des efforts du gouvernement de Jean-Marc AYRAULT, de celui que je conduis, pour que la France préserve sa pleine souveraineté financière. Une économie française plus attractive, ce sont aussi, mesdames et messieurs, des métropoles, des régions plus dynamiques, offrant plus d'opportunités, d'infrastructures – c'est ce thème de la diplomatie et des territoires que vous avez choisi, d'ailleurs, pour votre rencontre. Nous avons conduit une réforme territoriale ambitieuse, qui a vu la naissance de 13 grandes régions, aux compétences renforcées en matière de développement économique et d'emploi. Elles seront des forces d'impulsion, des forces d'entraînement. Dès le 1er janvier prochain, chacune de ces régions comptera a minima une métropole – c'est un facteur d'attractivité pour nos territoires, qui seront ainsi mieux identifiés. Ces métropoles, laboratoires d'innovation urbaine, carrefours de mobilité, creusets universitaires, centres de décisions, doivent être la vitrine de l'excellence française. Nous leur donnerons tous les outils pour rayonner à l'échelle européenne et mondiale. Nous avons – et vous l'avez évoqué –, enfin, pris à bras-le-corps le dossier du tourisme. Vous en êtes les acteurs impliqués. Soyons lucides : vous l'avez rappelé, les attentats, l'image véhiculée aussi par les grèves, les manifestations du printemps dernier, ont ruiné une partie des efforts entrepris. Les derniers chiffres de la fréquentation touristique l'ont confirmé. Il faut donc –dans un contexte de concurrence croissante reprendre l'ouvrage, reconquérir, sans attendre, le terrain perdu. Le ministre des Affaires étrangères l'a rappelé à plusieurs reprises au cours de ces derniers jours. Je réunirai d'ailleurs prochainement un Comité interministériel qui arrêtera de nouvelles mesures de relance de l'activité touristique ; Jean-Marc AYRAULT et Matthias FEKL les préparent en ce moment. Et je vous demande dès maintenant de multiplier les initiatives dans vos pays de résidence pour convaincre les touristes étrangers de reprendre le chemin de la France. Promouvoir la France, c'est aussi démontrer notre capacité à accueillir de grands événements. Avec l'Euro 2016, notre pays en a fait la preuve éclatante, malgré les difficultés, malgré le contexte. Et nous portons, avec le mouvement sportif, la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2024. Là aussi, nous avons besoin de votre mobilisation : une telle candidature doit être celle de la Nation tout entière, y compris de ses représentants, de sa communauté française à l'étranger, qui fait tant pour faire connaître nos atouts. Nous préparons aussi très activement les conditions d'une candidature de la France pour l'Exposition universelle de 2025. Pascal LAMY, que je salue, mène ce travail avec l'ensemble des parties prenantes : les collectivités locales ville de Paris, Région, Grand Paris, collectivités de la Seine-Saint-Denis, les entreprises, l'association « Expofrance » dirigée par Jean-Christophe FROMANTIN, pour proposer un projet rassembleur. J'espère qu'il aboutira dans les prochains jours. Ce sont là deux grands rendez-vous, qui permettront de mettre en avant les savoir-faire français. Deux batailles diplomatiques que vous devrez mener ; car il y a, dans un cas comme dans l'autre, 180 Etats à convaincre que la France et Paris ont les meilleurs atouts. J'en suis, nous en sommes convaincus ! Mesdames, messieurs les ambassadeurs, Face à chacun de ces défis considérables, la France est à l'initiative. Forte de ses atouts, de son rang de 5ème économie mondiale. Forte de sa culture, bien sûr qu'il faut promouvoir, de sa langue je le rappelais, de sa création. Forte, aussi, de ses armées et de sa diplomatie. Ce qui nous anime, c'est une même fierté, une même passion, un même amour de la France. Et cette fierté, cette passion, cet amour de notre pays dont je vous ai déjà parlé, ici même, il y a un an, vous les incarnez chaque jour. C'est l'extraordinaire mission qui vous a été confiée, l'une des plus enthousiasmantes aujourd'hui, dans le monde tel qu'il est, avec ses dangers et ses déséquilibres. Portez haut, donc, les couleurs de la France, partout dans le monde ; faites vivre le message universel de notre pays ; mobilisez nos compatriotes qui vivent à l'étranger et je salue leurs représentants ici présents ! En dans ans à Matignon, j'ai effectué une quarantaine de déplacements européens et internationaux… Probablement davantage je ne suis dans aucune compétition qu'aucun de mes prédécesseurs. Cher Jean-Marc, on y prend goût, et à la place qui est la vôtre, vous le sentez bien. A chacune de ces visites, j'ai pu apprécier la qualité et la sûreté de vos analyses, mesdames et messieurs les ambassadeurs ; j'ai pu mesurer combien notre pays est bien représenté par ces femmes et ces hommes qui font chaque jour avec leurs équipes la preuve de leur professionnalisme et de leur engagement, de leur volonté de défendre nos intérêts. Voilà ce que je voulais vous dire ce soir, en vous remerciant, avec chaleur, gratitude et amitié. A tous, bonne fin de semaine des ambassadeurs ; bon retour dans vos pays respectifs ! Merci ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/376.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/376.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1d3a505bd5eab90fd8ce51784f25163ca9522691 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/376.txt @@ -0,0 +1 @@ + Politique étrangère - Droits de l'Homme - Ukraine - Afrique Mesdames et Messieurs les Ministres, Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Secrétaire général, Mesdames les Ambassadrices et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, Alors que l'édition 2016 de la semaine des ambassadeurs touche à sa fin, il me revient de tirer avec vous les principaux enseignements. Dans le foisonnement et la richesse de nos débats, j'espère que vous avez trouvé les éclairages qui vous permettront de porter le message d'une France lucide sur l'état du monde, mais mobilisée dans la recherche des réponses aux grands défis auxquels elle fait face. J'en remercie les organisateurs, à commencer par le secrétaire général Christian Masset, Hervé Dejean de La Batie, toute son équipe et toutes les équipes. Lorsque le président de la République m'a confié en février dernier la mission de diriger notre diplomatie, j'avais pleine conscience de la difficulté du moment. 2016 a apporté son lot de tragédie et exposé notre pays aux conséquences dévastatrices du terrorisme. Bien sûr, comme vous, nos pensées vont à toutes les victimes, à tous les membres de leur famille qui vivent cette tragédie dans leur cœur et aussi parfois, dans leur chair. L'année écoulée a aussi confirmé les profonds désordres du monde qui ont vu prospérer les crises. Je ne reviendrai pas sur chacune d'entre elles, le président de la République a exposé la manière dont la France les appréhende. Le constat, c'est celui de leur diversité et de la variété de leurs origines. Certaines trouvent leur source au sein-même des sociétés et des systèmes politiques des États, d'autres sont le fruit de tensions sociales sur fond de difficultés économiques et des adaptations brutales qu'elles génèrent, provoquant la hantise du déclassement. La mondialisation bouleverse les cadres traditionnels et avivent les inquiétudes identitaires. Les populismes en Europe, aux États-Unis ou ailleurs s'en nourrissent et mettent au défi nos démocraties représentatives. Les affrontements géopolitiques classiques ressurgissent, ils donnent parfois l'illusion nostalgique d'une puissance retrouvée. Pourtant, les rapports de force ont profondément changé, sous le coup de l'affaiblissement des États et de l'émergence d'acteurs, qui tentent de remettre en question les ordres régionaux - c'est le cas de Boko Haram - ou de faire peser une menace à l'échelle mondiale, comme y parvient Daech. La diffusion des technologies leur offre d'ailleurs un moyen encore plus efficace. Le bouleversement des rapports de force brouille les cartes et aussi les repères. La montée en puissance des pays émergents est moins linéaire qu'on aurait pu l'imaginer il y a quelques années, elle ne comble pas le vide laissé par un nouvel effacement des États-Unis, notamment au Moyen-Orient. Les points d'ancrages sont fragilisés, contribuant à rendre le monde plus instable et moins prévisible. L'effet d'attraction de l'intégration européenne pâtit des doutes des Européens eux-mêmes, les BRICS, dont certains sont en crise, ne parviennent pas vraiment à construire leur unité. Aux États-Unis, un candidat aux élections présidentielles propose des ruptures radicales qui inquiètent le monde entier. Les normes et les institutions sur lesquelles repose l'ordre international sont affaiblies par une contestation sans précédent. Les mécanismes de sécurité collective ne jouent plus suffisamment leur rôle de protection, comme c'est tragiquement le cas en Syrie. L'universalité des droits de l'Homme est remise en cause, les tendances populistes favorisent les dérives autoritaires, voire autocratiques, ainsi qu'une forme plébiscitaire de légitimité, laissant peu de place au contre-pouvoir. Elles promeuvent une conception absolue de la souveraineté. Enfin, notre monde est un monde d'inégalités. En Europe et aux États-Unis, la poursuite d'un modèle économique qui privilégie la rémunération croissante du capital sur celle du travail accroît les écarts. Conjuguée à une révolution du numérique faiblement créatrice d'emplois, cette évolution pèse sur les classes moyennes et les plus modestes, laissées à la tentation des extrêmes. Dans les pays émergents, le ralentissement de la croissance freine les processus de modernisation politique et de transformation sociale. Alors que le double défi des inégalités et de la pauvreté demeure, l'Afrique est confrontée à un modèle économique encore trop dépendant des exportations de ses matières premières. Tous ces éléments aboutissent à tracer les contours d'un monde incertain et, face à l'incertitude, il n'y a pas de place pour le découragement. Il n'y a pas de place pour la résignation, c'est toute la force de la France dans les situations les plus difficiles, ne jamais renoncer. Vous le savez bien, c'est précisément pour cette raison que notre pays est attendu et respecté. C'est parce que la France a une relation solidaire au monde que, lorsqu'elle est frappée au cœur par la barbarie abjecte du terrorisme, un élan planétaire de sympathie se manifeste. Votre mission, Mesdames et Messieurs, c'est d'être fidèles à l'engagement de notre pays en faveur de la paix, fidèle à notre pays en faveur de la construction d'un monde plus juste et solidaire, offrant la possibilité à tous les peuples de trouver le chemin d'un développement durable, fidèles à l'engagement de notre pays en faveur des valeurs universelles de liberté qui, en dépit du relativisme ambiant, n'ont rien perdu de leur sens. C'est dans cet esprit que vous avez reçu, il y a quelques jours, des orientations pour renforcer notre action de promotion des droits de l'Homme qui n'est en rien incompatible avec la défense de nos intérêts, y compris économiques. Car, j'en suis convaincu, notre identité est profondément liée aux valeurs issues des Lumières qui sont aussi les valeurs de notre République. De par le monde, nombreux sont ceux à s'être approprié les trois mots de notre devise nationale - liberté, égalité, fraternité - qui constituent une promesse de progrès pour les peuples. Nous ferions preuve d'esprit de responsabilité si, dans nos débats internes, nous prenions garde à ne jamais l'oublier. Certains d'entre vous sont les témoins de l'impact dévastateur à l'étranger des emballements dont notre vie politique est capable. Il est urgent de retrouver un peu de sérénité. Je lance un appel à un sursaut de raison et de comportement. C'est ainsi qu'il sera possible de revenir à l'essentiel et d'engager le débat des idées. Le risque d'interdire, c'est de stigmatiser et de finir par rejeter. Ce n'est pas la France, et quand la France rejette, elle ne règle aucun problème, notamment pas celui de l'intégration. Elle n'est plus en phase avec elle-même. (...) Il y aurait beaucoup d'autres conflits à évoquer, notamment les tensions à l'est de l'Ukraine que l'Allemagne et la France s'emploient à dissiper dans le cadre du format Normandie. À cet égard, le cessez-le-feu obtenu à l'occasion de la rentrée scolaire doit être respecté et peut servir de base à des progrès sur la mise en œuvre du volet politique de l'accord de Minsk. Dans le Donbass et ailleurs, notre capacité à établir un dialogue avec la Russie est en jeu et, pour la France, la Russie est un partenaire et un grand pays qui aspire légitimement à jouer son rôle sur la scène internationale. Notre intérêt est de faire en sorte que nos efforts convergent et, lorsque ce n'est pas le cas, de ne pas hésiter à assumer nos divergences pour mieux travailler à rapprocher nos points de vue. Il n'y a pas d'autres voies, notamment si nous voulons trouver une solution en Syrie. Mais il faut être conscient qu'il ne suffit pas de proclamer une alliance avec Moscou pour qu'elle produise des miracles. De même, la levée des sanctions, nous la souhaitons ; elle ne pourra résulter que de la mise en œuvre des engagements pris par la Russie dans le cadre des accords de Minsk. Et je souhaite que nous continuions les grands partenariats que nous avons tissés en quelques années sur les continents américain et asiatique. Avec, à l'esprit, les intérêts à long terme de la France, l'émergence économique et politique de ces régions peut paraître aujourd'hui freinée par le ralentissement de la croissance et par la lenteur des évolutions dans les domaines de la démocratie et des droits de l'Homme, mais je reste convaincu que les opportunités économiques et le rôle politique que l'Asie et l'Amérique latine sont appelés à jouer à l'échelle du monde justifient que nous continuions à bâtir avec ces deux régions des partenariats solides dans la durée. Quelques mots enfin sur l'Afrique, qui est à la fois terre de croissance, d'innovation, d'accession à la classe moyenne mais aussi trop souvent fragilisée par une démographie mettant sous tension économie et société, à laquelle s'ajoute une faiblesse chronique des États. Sur ce continent, également, les groupes terroristes en profitent dans le bassin du Lac Tchad, au Sahel ou dans la Corne de l'Afrique. Au Mali et en Centrafrique, la France a pris ses responsabilités. Elle l'a fait dans bien d'autres pays, comme récemment au Burundi en jouant tout son rôle au conseil de sécurité. Nos efforts pour convaincre qu'il ne peut pas y avoir de développement sans sécurité commencent à porter leurs fruits et, en particulier, au niveau de l'Union européenne. Mais, au-delà, ma conviction est que les destins de l'Afrique et de l'Europe sont intimement liés. L'Europe ne réussira pas si l'Afrique échoue. Il est donc essentiel d'accompagner nos partenaires africains dans la concrétisation de leurs aspirations : aspirations à la démocratie et au respect des droits de l'Homme ; aspirations à rattraper le retard économique et à créer les opportunités qui rendront inutiles les départs de leurs jeunes sur les routes migratoires ; aspirations à tirer les bénéfices de la mondialisation et, au total, à faire décoller le développement économique et social. C'est toute l'importance de la relance de notre politique de développement. Les succès historiques du sommet sur les objectifs du développement durable et de la COP21 en sont la base. Notre diplomatie a œuvré en donnant le meilleur d'elle-même, elle doit rester totalement mobilisée. L'an dernier, le président de la République avait souhaité accroître à hauteur de 4 milliards d'euros supplémentaires par an d'ici 2020 l'activité de l'agence française de développement, dont la moitié pour le climat. Parallèlement, pour donner corps à notre priorité en faveur des plus fragiles, il avait décidé d'allouer 400 millions supplémentaires par an à la même échéance sous forme de dons. Avec André Vallini, nous sommes heureux de confirmer que la mise en œuvre de ces engagements a commencé. Grâce à la réforme de l'AFD, que conduit avec énergie son nouveau directeur général, grâce aussi aux 85 millions d'euros de crédits supplémentaires pour notre aide publique que j'ai obtenus dans le cadre du projet de loi de finance pour 2017. Ces évolutions me semblent justifier pleinement, comme l'a annoncé le président de la République, une nouvelle réunion du CICID. Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs, Les évolutions du monde et les défis qui en découlent pour notre diplomatie ont un impact direct sur les femmes et les hommes qui la font vivre. Ils se traduisent par une transformation du métier de diplomate, oblige à mobiliser de nouvelles compétences, exige un engagement sans cesse renouvelé. Je sais, vous le constatez chaque jour, à votre contact, à la centrale comme dans le réseau, que cet engagement est partagé par tous les agents de notre ministère avec dévouement, professionnalisme et passion. Au cours de ces dernières années, le ministère a connu de profondes mutations pour s'adapter aux nouveaux enjeux, moderniser le service public et contribuer à l'effort de maîtrise de la dépense publique. Plus de la moitié des mesures qui avaient été identifiées dans le cadre du projet MAEDI 21 ont, par exemple, été mises en œuvre sous le pilotage du secrétaire général. Nos opérateurs ont été réformés dans le sens d'une plus grande cohérence et d'une meilleure efficacité. L'importance cruciale de la transparence sera rappelée à l'occasion du sommet du partenariat pour un gouvernement ouvert, que la France accueillera à la fin de l'année. De toutes ces réformes, le ministère sort renforcé. L'élargissement de son périmètre nous permet de disposer pour la première fois de tous les leviers de l'action extérieure. Et les propositions découlant du Livre blanc pour un partenariat avec les collectivités territoriales ont pour ambition de renforcer la cohérence de l'action internationale de la France au-delà du rôle de l'État. Il s'agit d'autant plus d'un motif de satisfaction que nos interlocuteurs reconnaissent l'apport de ces évolutions et, notamment, les entreprises. (...) Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs, Il me reste à vous exprimer ma gratitude pour le travail que vous accomplissez chaque jour, vous et vos équipes, sur tous les fronts et dans des conditions parfois périlleuses. Vous méritez la reconnaissance de la Nation. Face au désordre et à la complexité du monde, votre tâche est sans cesse plus difficile. La meilleure façon de l'affronter est l'exemplarité. Exigence collective d'abord, parce que c'est ce qu'attendent les agents de ce ministère : nos méthodes de travail doivent encore évoluées, notamment dans la perspective d'une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie privée. De nombreux progrès ont été faits et je me réjouis notamment de compter parmi nos chefs de poste 48 ambassadrices, soit deux fois plus qu'il y a cinq ans. Inlassablement nous devons continuer à lutter contre toutes les discriminations, tous les archaïsmes quels qu'ils soient. L'exemplarité c'est aussi une exigence individuelle parce que nous représentons la France et que nous incarnons ses valeurs. Elle doit s'accompagner d'une indispensable ouverture à la société qui permettra de mieux faire comprendre qui nous sommes et ce que nous faisons. Ainsi nos compatriotes pourront appréhender le travail remarquable, accompli jour après jour, par tous les agents de cette maison au service des intérêts de la France. Car ce qui nous unit, c'est notre amour pour la France, cette fierté pour ce qu'est notre pays, cette passion de la servir partout où vous l'incarnez. Vive la République et vive la France. Union européenne - Brexit - Schengen - Partenariat transatlantique (...) Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs, Dans un monde incertain, nos valeurs sont d'un grand secours, je viens de le rappeler. Elles demeurent notre force et nous incite à poursuivre un grand dessein. C'est l'Europe. Cette Europe a dû faire face, en quelques années, selon l'expression de Jean-Claude Juncker, à une « polycrise » qui l'a mise à l'épreuve : crise financière, crise économique, crise sécuritaire, crise des réfugiés, crise humanitaire. À chaque fois, elle a su trouver les réponses, même si, à force de sommets de la dernière chance, le processus a souvent occulté le résultat. De même, la capacité à décider s'est considérablement améliorée. Qui aurait parié sur un accord en moins de six mois en vue de la création d'un corps européen de garde-frontières qui a été évoqué, en particulier par la France, depuis dix ans ? Il reste cependant beaucoup de chemin à parcourir. La mise en œuvre doit notamment devenir une véritable priorité politique, car ce dont l'Europe a trop longtemps souffert, c'est de décisions sans impact concret, donnant l'impression d'une impuissance collective. Rien d'étonnant qu'au fil du temps, la confiance des peuples ait fini par s'éroder. Cette perte de confiance, le résultat du référendum britannique en a révélé l'ampleur. La décision du peuple britannique est une décision grave. Liée au Royaume-Uni par une amitié historique, la France aurait préféré continuer à construire l'unité européenne avec lui, mais le peuple britannique a tranché et sa décision doit être respectée. Rien ne serait pire pour l'Europe et pour nos démocraties que de laisser perdurer l'incertitude. C'est pourquoi les autorités britanniques doivent tirer les conséquences de ce vote, en activant la procédure prévue par le Traité pour organiser une sortie ordonnée du Royaume-Uni de l'Union européenne. C'est de cette manière, dans la clarté et dans le respect mutuel, que l'Europe aura surmonté une épreuve qui pèse d'abord sur le Royaume-Uni. Naturellement, il convient d'examiner avec méthode comment préserver, dans une nouvelle configuration, l'apport de nos deux pays à la place et au rôle de l'Europe dans le monde. Ce travail, la France s'y prépare. De même, comme je l'ai dit aux ambassadeurs allemands à Berlin lundi dernier, je ne crois pas que notre analyse de la situation de l'Union européenne doit être surdéterminée par le résultat du référendum britannique, parce que d'abord, ce vote tient pour beaucoup, à des facteurs propres au Royaume-Uni et notamment à sa politique intérieure. Ensuite parce que, contrairement aux pronostics, cette décision ne s'est pas accompagnée d'un reflux de l'idée européenne mais a rendu, au contraire, de nombreux Européens conscients de leur attachement fondamental à l'Europe. L'Union européenne aurait donc tort de surestimer l'impact de la sortie du Royaume-Uni et a intérêt à rester ferme dans ses principes, ainsi qu'à retrouver l'envie d'une ambition commune. Pour l'Europe, le principal enjeu est en fait de parvenir à ce que l'Union à 27 soit plus forte que celle des 28 moins 1. Avant même le référendum britannique, la nécessité d'un sursaut avait justifié que je prépare avec mon collègue allemand Franck-Walter Steinmeier, une contribution sur la relance du projet européen, et c'est bien l'objet du débat qui s'est engagé et qui doit donner lieu, le 16 septembre prochain, à l'adoption d'orientations claires lors du sommet de Bratislava. Là aussi nous y travaillons. Le président de la République en a rappelé nos objectifs : protection des frontières extérieures de l'Europe, contrôle du territoire européen face aux menaces, nouvelle impulsion à la défense européenne, doublement du plan Juncker en faveur d'un modèle de croissance reposant sur l'investissement dans les industries de demain, renforcement de la justice sociale et de l'équité fiscale, amplification des programmes pour la mobilité et l'emploi des jeunes. C'est en se concentrant sur ces priorités que l'Europe répondra aux aspirations des citoyens et regagnera leur confiance. C'est ainsi que les Européens reprendront pleinement conscience que l'intégration de notre continent est une expérience historique unique au monde qui continue à apporter paix et prospérité. Je crois profondément que les évolutions du monde, la menace du terrorisme, la peur du déclin appellent à la construction d'une Europe qui protège. Je sais que le slogan n'est pas nouveau mais il ne doit pas relever de l'incantation, ni se traduire par la tentation du repli. Aujourd'hui, il convient de montrer qu'il s'inscrit dans la continuité de l'unification de notre continent et surtout de passer à l'acte. L'Europe doit d'abord protéger ses citoyens en se donnant les moyens d'assurer sa sécurité, de reprendre le contrôle de ses frontières extérieures, d'apporter les réponses aux désordres du monde. Cela ne veut pas dire qu'il faut fermer les frontières et remettre en cause Schengen. C'est un acquis historique de la construction européenne. Nous savons pertinemment que notre combat commun contre le terrorisme exige bien au contraire de renforcer la coopération avec nos partenaires. L'Union européenne vient de se doter d'une stratégie globale de sécurité. À nous de la mettre en œuvre par des capacités à conduire des opérations, des mécanismes dans cette perspective, l'investissement des États membres dans leur outil de défense et dans le développement de nos industries. Mais surtout, nous avons besoin d'une Europe de la volonté politique pour apporter sa contribution au règlement des conflits qui la menacent, et c'est ainsi que nous construirons une véritable union de défense et de sécurité. L'Europe qui protège, c'est aussi une Europe qui est capable de promouvoir son modèle social et donc ses intérêts. Pour leur développement international, nos entreprises ont besoin de règles qui découlent du cadre multilatéral ou des accords commerciaux négociés avec les pays tiers. Il faut les consolider, mais l'Europe ne peut pas être la seule à en payer le prix. Ainsi, un partenariat transatlantique n'est concevable que s'il aboutit à un véritable équilibre des concessions et à la pleine réciprocité, sinon, il n'y aura pas de traité avec les États-Unis. L'exemple du Traité avec le Canada montre que lorsque l'on s'en donne les moyens, c'est possible. Au sein de l'Union européenne, la libre circulation des travailleurs peut et doit être compatible avec la lutte contre le dumping social. Comme l'a rappelé hier le Premier ministre Manuel Valls, c'est tout l'enjeu de la négociation en cours sur le détachement des travailleurs. Sur tous ces sujets il nous faut avancer. Avec l'Allemagne d'abord, parce que nos deux pays ont su se dépasser pour permettre l'intégration de notre continent et qu'ils conservent leurs forces d'entraînement. Avec nos autres partenaires ensuite, parce que l'Europe a besoin d'unité et que nous avons tout à gagner à renforcer notre dialogue avec tous les Européens. Avec Harlem Désir, nous comptons sur vous pour y contribuer, que vous soyez en poste dans un État membre ou dans un pays tiers. (...). Lutte contre le terrorisme - Daech - Syrie - Libye - Israël et Territoires palestiniens (...) Dans un monde incertain, notre engagement pour la paix est notre boussole. Membre permanent du Conseil de sécurité, la France y contribue par sa capacité à parler à tous. C'est bien entendu le cas en Afrique du Nord et au Moyen-Orient dont la proximité rend les convulsions aussi existentielles pour la France que pour l'Europe. Regardons les choses en face. La sécurité de cette région est notre sécurité, et cette sécurité est menacée par Daech qui prospère sur le terreau des instabilités et des frustrations. La guerre que nous livrons contre Daech, qui nous l'a déclarée, nous la gagnerons, pas seuls parce que nous faisons partie d'une coalition qui compte des alliés proches et solidaires. Mais si la France est particulièrement ciblée et paie un si lourd tribut, c'est parce qu'elle est la France, parce qu'elle incarne une certaine idée de la tolérance, du dialogue, du vivre ensemble. Toutes ces valeurs qui font notre fierté et qui sont à l'opposé de l'obscurantisme mortifère de cette organisation, nous, nous n'y renoncerons jamais. Alors que Daech recule sur le terrain, l'enjeu est aussi de nous préparer à gagner la paix. Et nous n'y parviendrons pas par la seule voie militaire mais par la recherche de solutions politiques et la négociation. En Syrie, en Libye, comme entre Israël et la Palestine, c'est particulièrement le cas. Dans une Syrie dévastée où Daech et le régime de Bachar al-Assad rivalisent dans l'horreur, les armes ne règleront pas ce conflit. Personne ne gagnera cette guerre et, quoiqu'il arrive, après cinq ans d'atrocités et plus de 300.000 morts, le régime syrien ne pourra pas survivre à cette tragédie. Bachar al-Assad ne pourra plus jamais gouverner ce pays en paix car, malgré la lueur d'espoir suscitée par l'annonce d'une cessation des hostilités, le régime et ses soutiens se sont enfermés dans une spirale de la violence qui empêche le cessez-le-feu et entrave l'aide humanitaire. La Russie et l'Iran alimentent cette logique qui conduit à l'impasse. Une nouvelle dimension kurde est en passe de s'ajouter à une guerre civile déjà si complexe. Le sacrifice de la population d'Alep est un drame qui heurte les consciences et qui doit à tout prix être arrêté. Soyons cohérents, tenaces, déterminés. Le rapport des Nations unies sur l'utilisation d'armes chimiques nous engage à mettre chacun face à ses responsabilités et à revenir à une solution politique. Donnons une chance à la paix, c'est le sens que la France entend donner à ses efforts au conseil de sécurité. Ce que nous souhaitons, c'est une condamnation claire de ces crimes dans le cadre d'une résolution sous chapitre VII plaçant sous sanctions leurs auteurs. En Libye, la menace terroriste et la prolifération des trafics constituent également des défis urgents. Malgré le scepticisme, le gouvernement d'entente nationale s'est mis en place sous la direction de Fayyez Sarraj, dont je salue à nouveau le courage. Pour éradiquer Daech, il lui faut désormais prendre le contrôle de toutes les institutions et de l'ensemble du territoire. Mais il lui faut trouver un compromis avec le parlement de Tobrouk et le général Haftar. La France est prête à soutenir ses efforts, notamment en liaison avec les puissances régionales, à commencer par l'Égypte. Au Proche-Orient, d'aucuns pensent que la situation entre Israël et la Palestine, qui se dégrade pourtant chaque jour, n'est pas la priorité du moment ; c'est une erreur car il n'y aura pas de paix dans la région sans un règlement du conflit qui nourrit la violence et la propagande des radicaux de tous bords. Il est de notre devoir de ne pas nous résigner. Il fallait donc prendre l'initiative. Et la présence d'une trentaine de nos partenaires à Paris le 3 juin dernier nous a donné raison. Certes, le chemin est encore très long. Le plus difficile, réunir autour d'une même table Israéliens et Palestiniens, reste à faire. Mais déjà la France est parvenue à remettre le processus de paix à l'ordre du jour. Elle a réussi, grâce à ses efforts, à remobiliser la communauté internationale, les initiatives de certains partenaires parfois modestes mais réelles, comme les États-Unis, l'Égypte et la Russie en témoignent. La France ne se résignera pas et fera tout pour atteindre l'objectif d'une conférence avec les parties d'ici la fin de l'année. Je redis à nos amis Israéliens et Palestiniens : si vous croyez vraiment que la solution des deux États est la seule possible, osez la mettre en œuvre, prenez le risque de la paix. C'est un choix difficile qui nécessite des compromis douloureux. Il n'y a pas d'alternatives, la France et la communauté internationale seront à vos côtés. (...). * Diplomatie économique - Tourisme - Action culturelle extérieure - Moyens du ministère (...) La diplomatie économique demeure la priorité, vous en êtes conscients puisque vous y consacrez en moyenne 40% de votre temps. La deuxième édition, lundi, de votre rencontre avec les entrepreneurs a été une nouvelle occasion de nouer des relations directes avec des PME, des TPE, des ETI, dont je forme le vœu qu'elles débouchent sur des courants d'affaires, des contrats et des emplois. Malgré une conjoncture peu favorable, marquée par un ralentissement mondial, une stabilisation de l'euro et des cours du pétrole qui repartent à la hausse, notre commerce extérieur se redresse. Alors qu'il atteignait 75 milliards d'euros en 2011, notre déficit a été ramené à 45 milliards en 2015. C'est le fruit des réformes engagées dès 2012 qui ont permis d'améliorer la compétitivité de l'industrie française. C'est également le résultat de nos efforts pour structurer les filières industrielles et conduire une action déterminée de promotion des exportations. Avec Matthias Fekl, nous voulons que Business France facilite l'internationalisation des PME et des ETI, en simplifiant, en rendant plus lisible notre dispositif de soutien, en lien étroit avec tous les acteurs, chambres de commerce et d'industrie comme conseillers du commerce extérieur. Davantage d'entreprises devraient ainsi pouvoir être accompagnées dans leurs projets, avec l'objectif qu'elles soient plus nombreuses à exporter. Elles étaient 117.000 en 2011, elles étaient 125.000 en 2015. Je compte sur vous pour poursuivre avec ardeur tout ce qui a été engagé. S'il existe un secteur de notre économie qui a souffert des attentats, nous le savons tous, c'est d'abord le tourisme. Après 2015, où le cap des 85 millions de touristes a été franchi, 2016 sera sans doute marqué par une baisse de la fréquentation internationale. C'est aussi le résultat d'une conjoncture de facteurs, y compris la dégradation du contexte économique de plusieurs pays d'origine. Mais doit-on pour autant renoncer d'attirer cent millions de touristes par an à l'horizon 2020 ? Je suis persuadé du contraire. D'abord parce que notre pays fait preuve d'une résilience exemplaire, les résultats dans les régions étant globalement stables en dépit de l'attentat de Nice. Ensuite, parce que les clientèles françaises et européennes se sont souvent maintenues, que certains marchés lointains ont progressé et que certaines activités ont remporté un grand succès. La meilleure réponse est donc là : c'est la mobilisation. Et pour faire face à la situation préoccupante à Paris, j'ai mis en place un comité d'urgence économique pour le tourisme, je le réunirai à nouveau dans les prochains jours. Avec la maire de Paris et la région, j'ai lancé une campagne de promotion de la destination Paris, qui vient d'être étendue à d'autres régions et dotée de moyens supplémentaires. Et notre travail ambitieux pour mieux structurer une filière industrielle sera poursuivie au-delà de l'urgence et à l'occasion de la deuxième conférence annuelle du tourisme que je présiderai à l'automne avec les professionnels. Votre rôle est évidemment essentiel. Grâce à vos réseaux, vous avez la capacité - en lien avec Atout France - d'éviter que ne se propage à l'étranger une image déformée de la réalité de notre pays. Je compte sur notre dynamisme et votre enthousiasme. Dans un monde confronté au fanatisme et à la violence l'engagement de la France sur les grands enjeux de civilisation est essentiel. Le président de la République a évoqué la conférence internationale d'Abou Dabi sur la protection du patrimoine en danger au succès de laquelle vous contribuerez. Au quotidien, notre diplomatie d'influence favorise le dialogue des cultures. Notre action culturelle extérieure a elle aussi considérablement évoluée, en particulier ces dernières années. Face à la concurrence, nous avons développé une approche globale et intégrée dans une vision nouvelle du continuum entre enjeux culturels, scientifiques et économiques. Nos services et instituts ont vu leurs missions s'élargir à l'exportation de nos industries créatives, à la gastronomie, à la diplomatie sportive ou avec CampusFrance à l'attractivité étudiante. Là encore votre rôle a consisté, tel un chef d'orchestre, à mobiliser nos outils d'influence parmi tous les leviers de notre action extérieure. Dans ce formidable réseau culturel auquel j'associe les établissements scolaires relevant de l'AEFE, je souhaite que nous poursuivions avec force la promotion des valeurs de tolérance, d'humanisme et d'ouverture. Le succès de nombreuses initiatives dans notre réseau et à Paris pour favoriser le débat d'idées est à l'image de la vitalité du dialogue intellectuel international. Je vous invite donc à accueillir partout dans le monde, intellectuels, chercheurs, artistes et citoyens engagés, Français et Francophones, à la deuxième nuit des idées qui sera coordonnée le 26 janvier prochain par l'Institut français. La culture est essentielle pour l'influence et le rayonnement de la France. Vous pouvez compter sur mon engagement total. La réaffirmation de la culture sert aussi la cause de la lutte contre la radicalisation. Il appartient au ministère d'y contribuer et c'est l'objet de la stratégie internationale que nous venons de présenter et qui doit désormais être mis en œuvre. Nous pouvons nous réjouir de voir une diplomate occuper une fonction importante dans ce domaine. Compte tenu du foisonnement de la concertation internationale, je souhaite charger un ambassadeur de coordonner nos efforts en matière de lutte contre le terrorisme et représenter la France dans les réunions consacrées à ce sujet. Dans chacun de vos pays, il est essentiel que vous fassiez remonter toutes expériences dont nous pourrions nous inspirer, et à l'inverse, que vous expliquiez nos meilleures pratiques. Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs, je ne voudrais pas terminer sans évoquer nos moyens. Je suis conscient des efforts qui ont été accomplis par cette maison pour contribuer, c'est légitime, à la maîtrise des dépenses publiques. En 2017, il y aura encore des économies mais d'un niveau conforme aux mesures de rationalisation, de modernisation et de bonne gestion que nous avons déjà engagées. Dans la procédure budgétaire, mon principal objectif consistait à ne pas aller au-delà des suppressions d'emplois que nous avions acceptées dans le cadre du triennium et j'y suis parvenu. Ce qui permet notamment d'éviter, comme vous l'a annoncé le secrétaire général, une nouvelle vague de transformation dans nos ambassades en poste de présences diplomatiques. Plus encore, j'ai obtenu 62 millions supplémentaires en faveur de la sécurité. Ils seront consacrés à la sécurisation de nos réseaux à l'étranger, y compris nos écoles et lycées, à la sécurité des communautés françaises comme à la lutte contre le terrorisme. 67 emplois seront ainsi créés. Pour la première fois depuis de nombreuses années, les crédits gérés par la direction de la coopération de sécurité et de défense augmenteront. Les moyens du centre de crise et de soutien, dont les compétences reconnues lui valent de piloter la cellule interministérielle d'aide aux victimes, activée en cas d'attentat, seront aussi renforcés. Cette priorité à la sécurité me paraît justifiée : la transformation du service de la sécurité diplomatique en direction à part entière. Je demande au secrétaire général et à la directrice générale de l'administration et de la modernisation d'y travailler sans délai. Au total, pour la première fois depuis plusieurs années, l'augmentation des crédits consacrés à la sécurité et à l'aide publique au développement permettront au budget du ministère, d'augmenter. (...). \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/377.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/377.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3bd513b7f1faef92ffcb56083b6ee03378e59c24 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/377.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, Messieurs, les ministres vietnamiens et français, Monsieur le Président de l'université, Chers amis qui faites vivre ce haut lieu de culture, de savoirs et de connaissances, Je suis très fier, très honoré de venir ici, à l'université du Vietnam à Hanoï et de pouvoir m'exprimer devant un certain nombre de professeurs, d'étudiants avec une délégation, celle qui m'accompagne, composée de parlementaires très attachés à l'amitié entre la France et le Vietnam, mais aussi d'universitaires, de chercheurs. Car ce qui lie nos deux pays, c'est une longue histoire, une histoire faite de tumultes, mais aussi de liens profonds qui se sont tissés génération après génération et avec la même confiance dans le progrès, dans la recherche, dans la science, dans ce qui pouvait faire avancer l'humanité. C'est ce qui explique que malgré les ruptures, il y a toujours eu la volonté de retrouver le fil commun, celui qui nous permet d'être ici aujourd'hui. Je veux saluer toutes ces générations qui ont voulu que la France et le Vietnam puissent coopérer comme c'est le cas aujourd'hui. Votre université est elle-même prestigieuse. Elle porte une devise qui d'ailleurs devrait être celle de toutes les universités au monde, « l'excellence par le savoir ». Comme tous les lieux de culture, vous avez accueilli ici des étudiants qui ont pu ensuite être des personnalités au destin remarquable, que ce soit dans le domaine scientifique, culturel et même politique. Si je devais en citer deux -mais je serais finalement trop audacieux, car il y en aurait beaucoup d'autres à évoquer-, le Général GIAP, héros de votre résistance, a été formé ici dans cette université et le mathématicien Ngô BAO CHAU, qui a eu un parcours exemplaire puisqu'il a été formé au Vietnam et en France et a obtenu la médaille prestigieuse en mathématique, la médaille Fields en 2010. Justement, ces sciences nous ont permis de nouer des relations entre nos deux universités et vous avez fait en sorte qu'aujourd'hui, l'école polytechnique puisse être présente par l'association qui vient d'être décidée. Je suis en visite d'Etat ici au Vietnam et elle s'inscrit dans un processus. Il y a d'abord eu, en 1993, la visite de François MITTERRAND qui a voulu après les événements, après les accords qui avaient été signés, que la réconciliation puisse être scellée et que les pages soient regardées sans être effacées. Jacques CHIRAC est ensuite venu deux fois ici au Vietnam et cela faisait 12 ans qu'un Président de la République française n'était pas venu en visite d'Etat. Je voulais ici, par ma présence, ouvrir encore une nouvelle étape à travers le partenariat stratégique que nous avons conclu, sous mon autorité en 2013. Ce partenariat stratégique qui lie le Vietnam et la France et dont nous devons donner une dimension forte de son ampleur, de ses capacités et de ses promesses. Nos deux pays, je le disais, ont une histoire mais ont surtout un avenir et nous devons faire en sorte que cette histoire, qui a pu à un moment nous séparer, puisse nous réunir et que cette culture, qui a toujours été commune malgré toutes ces diversités, puisse là encore nous rassembler. La France vient à la rencontre du Vietnam d'aujourd'hui, un pays qui change profondément, un pays qui accélère sa mutation en gardant ses principes mais en faisant le choix de l'ouverture, du dynamisme économique. Et tout en préservant aussi même sa culture, c'est la raison pour laquelle nous sommes admiratifs de cette confiance que vous faites dans l'avenir et cette passion que vous avez pour l'histoire. Quels sont les défis que nous avons à relever ensemble, la France et le Vietnam, dans ce nouveau temps ? Toujours le défi de la paix et de la stabilité. La France, vous le savez, a été victime d'attaques terroristes ces derniers mois et même ces dernières années. Je veux exprimer toute ma gratitude au peuple vietnamien pour le soutien qu'il nous a manifesté, pour la solidarité qu'il a voulu nous témoigner. Mais le Vietnam sait parfaitement que le terrorisme s'est hélas diffusé partout dans le monde et concerne également l'Asie. Nous en avons encore eu hélas une preuve à travers des attentats qui se sont produits au Bangladesh, en Indonésie, aux Philippines. Nous devons tous ensemble lutter contre ce fléau - la radicalisation, la haine, l'intolérance- et faire en sorte que nos peuples soient forts, soient capables de montrer une cohésion. Là encore nous devons coopérer. Coopérer en luttant contre tous les trafics et en agissant contre les groupes criminels. Mais la sécurité est globale et je sais que ce qui, en mer de Chine, peut à un moment susciter des inquiétudes, doit être réglé pacifiquement. Nous défendons des principes, des principes de souveraineté, principes d'indépendance, le principe du droit international, le principe du dialogue. C'est avec ces principes-là que nous devons agir pour la paix. La France est présente dans la région par sa marine qui navigue et qui assure aussi d'une certaine façon la sécurité. Lorsqu'il y a des contentieux, nous sommes toujours disponibles, nous la France, pour contribuer à leur règlement et j'en ai parlé avec le Président TRAN Dai Quang pour que nous soyons très au clair sur ce que nous pouvons faire ensemble. J'ai également salué la participation du Vietnam aux opérations de maintien de la paix sous l'égide des Nations Unies, à tout ce qu'il fait aussi pour assurer la sécurité et là encore, la France est disponible. Le second défi que nous avons à relever, c'est le développement économique. C'est une évidence que votre pays a considérablement changé. Dans les années 1980, la question qui était posée aux Vietnamiens, c'était comment se nourrir ? Aujourd'hui le Vietnam est devenu une des premières puissances agricoles du monde. L'industrie s'y développe mais pas simplement dans ses secteurs traditionnels, y compris dans les nouvelles technologies. De la même manière, le Vietnam qui pouvait être regardé comme un pays fermé, s'est considérablement ouvert et exporte dans le monde entier. La production intérieure brute du Vietnam a été multipliée par 15 en 30 ans et la pauvreté a considérablement reculé. Le Vietnam, qui est dans une zone déjà très dynamique, est un des pays qui connaît une activité particulièrement soutenue et vous avez voulu cette ouverture. Vous l'avez voulu en devenant membre de l'ASEAN. Vous l'avez voulu en accédant à l'Organisation Mondiale du Commerce. Vous l'avez voulu en faisant des réformes sous l'égide de vos autorités, réformes qui devaient garder les principes de votre vie commune mais en même temps vous donner tous les moyens d'accéder aux biens et de créer des richesses. La France a voulu vous accompagner et veut encore davantage le faire aujourd'hui. Elle l'a fait sous différentes formes, d'abord lorsque vous étiez dans la situation d'être un pays en développement, un pays émergent, en maintenant un effort en votre direction, au titre de l'aide publique au développement. Cet effort ne s'est jamais interrompu. Aujourd'hui, le Premier ministre vietnamien m'a demandé ce que nous allions faire, parce que le Vietnam a franchi des étapes très importantes. Allions nous remettre en cause notre soutien ? Non. Nous allons réorienter l'aide au développement vers justement les nouvelles technologies, vers les nouvelles énergies, vers tout ce qui peut favoriser le développement humain. Nous sommes également conscients qu'une vraie coopération, ce n'est pas simplement vendre des produits ou implanter des entreprises, c'est construire les bases mêmes de ce qui peut lier des pays et lier des sociétés. D'où l'importance que nous attachons à la formation, à l'éducation et à la mobilisation de la recherche scientifique. De même nous sommes très attentifs à la construction de l'Etat de droit et d'ailleurs, nous avons signé ce matin avec le Président un certain nombre d'accords qui vont dans cette direction. Nous avons voulu qu'il y ait des programmes qui puissent servir de référence. La France a toujours cette prétention de vouloir être exemplaire, mais d'une certaine manière, cette prétention l'oblige à justement montrer que nous avons une forme d'engagement qui ne ressemble à aucune autre. C'est la raison pour laquelle nous avons ouvert un centre culturel à Hanoï, nous avons favorisé la création d'un centre de gestion franco-vietnamien, première école de management, on me dit la meilleure école de commerce de la région, présente aussi bien à Hanoï qu'à Hô-Chi-Minh-Ville. Sur ces bases-là, nous encourageons nos entreprises à venir investir au Vietnam. Elles sont déjà au nombre de 300 et emploient plus de 30 000 personnes. Nous avons là encore voulu accélérer le processus à l'occasion de cette visite et des accords importants ont été signés dans l'aéronautique, car le Vietnam nous fait cette confiance dans la qualité de nos appareils. Nous avons aussi une coopération en matière de transport, de mobilité, de métro. Nous voulons que les villes du Vietnam puissent être aménagées de la meilleure façon, garder là encore leur centre historique, garder ce qui fait leur caractéristique et en même temps avoir toutes les conditions d'un aménagement durable réussi. Nous voulons également montrer la voie en matière de partage des technologies, nous avons proposé des satellites aux amis du Vietnam et nous voulons à chaque fois que nous pouvons offrir la meilleure performance technologique, la mettre à la disposition du Vietnam. C'est vrai que pour être une économie ouverte mais il faut revenir sur un certain nombre de barrières tarifaires, non tarifaires qui quelquefois empêchent qu'il y ait autant d'échanges que nous le souhaitons. C'est la raison pour laquelle -même si la France est très vigilante sur les accords commerciaux et a des principes qui sont fondés sur la réciprocité, sur la diversité culturelle, sur également le respect des normes sociales et normes environnementales- nous avons appuyé l'accord entre l'Union européenne et le Vietnam qui aboutira en 2025 à supprimer les droits de douane. Nous voulons également que les start-up, les nouvelles technologies, les nouveaux entrepreneurs puissent trouver au Vietnam des coopérations possibles avec leurs homologues en France et c'est pour cela que nous allons lancer la « French Tech Vietnam » dans le cadre de cette visite. Ce qui fera qu'un certain nombre de jeunes ou de moins jeunes pourront échanger avec les entrepreneurs français pour diffuser cette technologie et utiliser pleinement le numérique. Mais je veux revenir sur un autre enjeu de ce qu'est pour nous notre destin commun, c'est celui de la préservation de la planète et de faire en sorte que la connaissance, la science -qui nous a servi déjà à alerter le monde sur les dangers du réchauffement- puissent maintenant nous permettre d'avoir les outils, d'avoir les capacités pour générer un certain nombre de projets d'investissement qui nous permettront de réduire le réchauffement. Je reviens du G20 en Chine et nous avons pris des dispositions importantes, d'une part pour que l'accord de Paris puisse être ratifié d'ici la fin de l'année et deuxièmement pour que les financements qui ont été promis lors de cette conférence de Paris -qui a été un acte historique- puissent être mobilisés justement là où il y a des projets qui permettront de sauver des patrimoines naturels ou d'éviter qu'il y ait des catastrophes naturelles. Les deux deltas, le Mékong et le Fleuve Rouge sont particulièrement exposés. Une élévation d'un mètre du niveau de la mer affecterait plus de 10 % de la population du Vietnam et 10 %, peut-être davantage, des terres agricoles. Voilà le danger, voilà l'enjeu et voilà pourquoi j'évoquais les financements et en particulier ceux de la France pour que nous puissions agir ensemble et faire d'ores et déjà les travaux permettant d'éviter ces risques et ces dangers. Nous ne pourrons le faire que si nous avons une ambition élevée en matière d'éducation. Le Vietnam et la France sont convaincus que dans la mondialisation, les pays qui prendront leur place seront ceux qui auront fait le plus confiance dans la capacité de l'homme et de la femme à accéder aux connaissances et au savoir. Nous avons déjà cette tradition. Nous avons formé ensemble d'ailleurs, Vietnamiens et Français, des milliers d'ingénieurs, de médecins, de fonctionnaires, d'économistes, de chercheurs, d'artistes qui construisent nos pays respectifs. Le Vietnam a fait ce choix. Il compte aujourd'hui deux millions d'étudiants, ils seront cinq millions d'ici 2030. C'est à la fois un capital et un atout considérable, et en même temps un grand défi pour former, accompagner, qualifier ce nombre de futurs étudiants et en plus leur fournir les emplois qui correspondent à leur qualification. La France veut prendre sa part à l'effort qui est le vôtre et accueillir encore davantage d'étudiants vietnamiens en France. Aujourd'hui, il y en a 7000, c'est d'ailleurs une des communautés les plus importantes. Mais 7000, c'est encore trop peu et donc nous ferons, avec les coopérations universitaires qui sont en place, tous les efforts pour que nous puissions amplifier cet accueil. Nous allons renforcer le programme de bourses, mettre en place des coopérations entre établissements d'enseignement supérieur. Venir étudier en France suppose de maîtriser la langue française, à défaut de l'apprendre une fois sur place, ce qui peut aller assez vite car la langue française est finalement belle, exigeante mais en même temps facile à apprendre. En tout cas, c'est ce que nous voulons faire croire. Cette langue française n'est pas au service de la France, elle est au service de la diversité du monde. Elle est au service de celles et ceux qui vont l'utiliser. Il y aura de plus en plus de locuteurs français. On parle, au milieu du siècle, de 750 millions à un milliard de personnes qui parleront le français. Apprendre le français, ce n'est pas simplement être fidèle à une culture, même si c'est déjà très important. C'est porter des valeurs incontestablement sur ce que représente la France. Mais c'est aussi prendre sa part et sa place dans la mondialisation, y compris pour acquérir une expérience professionnelle. C'est pourquoi l'Université des sciences et des technologies est une université franco-vietnamienne, parce qu'elle a cette volonté d'avoir cet échange permanent entre nos étudiants. Mais au-delà de la langue, au-delà de la culture, au-delà de cette même confiance dans le progrès, nous devons favoriser l'émergence de laboratoires d'excellence. Je rappelais la devise de votre université : l'excellence. Nous devons la retrouver dans les biotechnologies, dans la biodiversité, dans la chimie, dans les technologies de l'information, dans les sciences humaines et également pour la santé. C'est pourquoi nous avons conclu des accords à l'occasion de la visite, entre les meilleures institutions de recherche du Vietnam et de France. C'est le sens du projet que nous avons acté avec l'Académie des sciences et des technologies, notamment pour le satellite d'observation de la terre. Nous voulons que dans tous les domaines que nous considérons comme les plus stratégiques, nous puissions établir des relations entre nos institutions de recherche -certaines sont déjà présentes ici et je veux saluer leurs représentants- et faire en sorte d'amplifier encore ce processus. J'allais dire il y a surtout la culture ; c'est ce qui souvent nous relie, avant même que nous ne sachions comment lui donner son sens. Il y a eu des années France-Vietnam qui ont été organisées en 2013-2014 et qui ont eu un grand succès. Je veux aussi remercier les collectivités locales françaises. Elles sont représentées ici parce qu'elles se sont pleinement engagées et mobilisées pour qu'il y ait des événements. La meilleure preuve, c'est qu'il va y avoir les « Assises de la coopération décentralisée » dans quelques jours ici au Vietnam, avec de nombreux élus de tous les territoires français qui veulent précisément s'engager pour qu'il y ait des actions de coopération. De notre côté, c'est-à-dire au niveau de l'Etat, nous avons voulu que l'Institut français d'Hanoï soit un lieu exceptionnel d'échanges, de formation et d'exposition pour les artistes français et vietnamiens. Nous avons décidé qu'une antenne de cet Institut sera également installée à Hô-Chi-Minh-Ville. Avec la ministre de la Culture française, nous avons voulu qu'il y ait la mise en place d'une nouvelle académie franco-vietnamienne pour les industries créatives, le cinéma, la conservation du patrimoine. Conservation du patrimoine parce que je rappelle qu'il y a ici 20 000 stèles gravées du Vietnam qui sont parmi les plus beaux témoignages de votre civilisation. La Francophonie, je le disais, nous permet de rayonner dans l'ensemble du monde, sur tous les continents. C'est très important que le Vietnam y accorde une place éminente. C'est au Vietnam, à Hanoï, que s'était tenu un Sommet de la Francophonie. Il y a au Vietnam 50 000 élèves qui apprennent le français. Nous souhaitons bien sûr qu'ils soient plus nombreux. Il y a 200 établissements au Vietnam qui dispensent des cours de français, nous souhaitons qu'ils soient encore plus nombreux. Il y a des universités où l'on enseigne en français, nous souhaitons qu'elles soient encore plus nombreuses. La Francophonie est ce que nous partageons et c'est ce qu'un pays comme le Vietnam peut avoir aussi comme ambition, de parler plusieurs langues -et d'abord la sienne- mais aussi de pouvoir échanger, commercer, s'ouvrir à d'autres cultures et porter l'ambition de la diversité à l'échelle du monde. Il ne faut pas l'uniformisation. La mondialisation ne peut pas être l'écrasement, ne peut pas être la banalisation, ne peut pas être la soumission. La mondialisation, ce doit être une opportunité pour bien sûr porter ce que l'on a de meilleur dans chacun de nos pays et pouvoir l'échanger à d'autres, créer des emplois, favoriser une activité économique, mais avec des règles qui puissent permettre que des normes soient respectées partout. J'ai évoqué l'environnement, les questions sanitaires, les exigences sociales. Mais il faut aussi qu'il y ait ces cultures qui se mélangent, sans jamais disparaître, qui s'enrichissent mutuellement, qui dialoguent pour que nous puissions nous élever ensemble et lutter contre l'ignorance, l'intolérance, la barbarie. Voilà pourquoi il est très important de cultiver l'amitié entre nos deux pays, la France et le Vietnam. La France et le Vietnam avec l'Histoire, la France et le Vietnam avec la géographie qui fait que la France est aussi présente dans cette région, la France et le Vietnam avec les principes qui nous sont communs, la France et le Vietnam aussi avec cette ambition culturelle. La France et le Vietnam également parce que nous pouvons montrer ce que deux peuples peuvent être capables de faire lorsqu'ils ont des idéaux de développement communs et lorsqu'ils rappellent à chaque fois les principes de la liberté et des droits de l'Homme. Mais nous n'oublions pas non plus que nous avons 350 000 de nos concitoyens qui sont d'origine vietnamienne et qui sont très émus par le voyage que je fais. Parce qu'ils veulent être bien sûr pleinement Français, puisqu'ils sont venus vivre en France, mais qui n'oublient rien de leur pays d'origine et qui veulent participer à l'élan commun, et là-encore, construire cette amitié. C'était le sens de ma visite dans cette université. Il n'y a pas plus beau symbole pour dire ce qu'est une amitié que de venir dans un lieu de savoir, de connaissance et de culture. Alors vive le Vietnam, vive la France et vive l'amitié entre nos deux pays. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/378.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/378.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..33e70eaa2981b02a8fc9c6de37985a66b6dbd61b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/378.txt @@ -0,0 +1 @@ +En présence de Manuel VALLS Premier Ministre Animé par Alexis BAUTZMANN, Président du Groupe de presse Aréion Olivier DARRASON Président de CEIS Jean-Paul PALOMEROS Expert associé CEIS, ancien NATO SACT Olivier DARRASON, Président de CEIS - Monsieur le Premier ministre, l'Université d'été de la Défense, dont c'est la 14ème édition cette année, accueille pour la première fois le Premier ministre de la France. Pour les parlementaires français, qui ont été plus de 90 présents au cours de cette université, pour les parlementaires étrangers qui ont représenté plus de 18 nationalités, pour les Etats-majors de nos armées et ceux d'une dizaine d'Etats invités cette année, pour les très nombreux industriels, grandes et petites entreprises ensemble réunies, pour les 63 journalistes et les 20 think tanks engagés activement dans le travail de cette université, votre présence est naturellement un honneur. Mais cette présence ne résulte pas d'un hasard de calendrier, car le thème que nous avons choisi "préparer la guerre, conduire les opérations, gagner la paix" et qui s'imposait à nous dans les circonstances présentes, constitue à l'évidence aujourd'hui une nécessité, et je dirai même la nécessité de l'action du gouvernement que vous conduisez. Elle résulte de votre responsabilité institutionnelle puisqu'au titre de l'article 20 et 21 de la Constitution, le Premier ministre est le responsable de la défense nationale, naturellement sous la responsabilité du Président de la République qui est, lui, le Chef des Armées et, bien sûr, avec le ministre de la Défense dont c'est la responsabilité. Pour vous accueillir ce matin, nous avons choisi une formule dynamique qui débutera par une très courte présentation internationale des attentats terroristes dans le monde, avec une approche à la fois cartographique et statistique réalisée par le Docteur Alexis Bautzmann, qui dirige les publications DSI et Diplomatie, puis une série de questions vous seront posées par Jean-Paul Palomeros, ancien Chef d'Etat-major de l'Armée de l'Air et ancien Commandeur de la Transformation de l'OTAN à Norfolk. Alexis BAUTZMANN, Président du Centre d'Analyse et de Prévision des Risques Internationaux (CAPRI) - Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs, bien que le terrorisme constitue l'un de nos principaux défis sécuritaires, on ne lui connaît toujours pas de définition claire et unanimement acceptée. A cela s'ajoute le manque de données fiables permettant d'en assurer un suivi sur la durée. A ce jour, seul le programme universitaire américain START de l'université du Maryland offre une base de données ouverte et exhaustive sur les quarante-cinq dernières années. Cette base de données a recensé et qualifié plus de 156 000 actes terroristes dans le monde depuis 1970. La carte qui vous est ici présentée est issue de ces travaux. Elle permet de spatialiser un phénomène politique qui a sensiblement évolué durant les dernières décennies. Entre les années 1970 et 1990, on observe, en effet, un terrorisme aux multiples visages, largement disséminé sur l'ensemble de la planète, depuis les mouvements insurrectionnels d'inspiration marxiste, comme par exemple en Amérique latine avec les FARC ou le Sentier Lumineux, en passant par les rebelles maoïstes, comme en Inde avec les mouvements naxalistes ou encore les mouvements à la fois libertaires ou d'extrême gauche en Europe, jusqu'au fondamentalisme religieux et millénariste. Cette diversité s'est progressivement effacée avec la fin de la guerre froide, les formes les plus violentes de terrorisme se concentrant essentiellement autour de quelques foyers en Afrique et en Asie, sous la bannière du djihadisme. La carte suivante illustre ce phénomène en spatialisant les 14 807 attentats terroristes recensés au cours de l'année 2015. Les foyers majeurs de violence terroriste apparaissent clairement autour de trois principaux épicentres : l'axe Iraq-Syrie, l'axe Afghanistan-Pakistan, et enfin le Nigeria. Trois foyers structurés autour de mouvements islamistes, parfois proches, comme le sont Boko Haram et Daesh, mais parfois aussi antagonistes, comme l'Etat Islamique et les talibans. S'agissant des autres foyers significatifs de violence terroriste, seuls ceux en République Démocratique du Congo, en Colombie et en Ukraine échappent à toute causalité islamiste. Une dynamique que l'on peut mesurer en s'intéressant à l'origine des cent principaux attentats les plus meurtriers durant ces quinze dernières années. Parmi ceux-ci, près de 80% étaient issus de mouvances islamistes. Cette tendance se retrouve en Europe, comme l'illustrent les données suivantes issues du dernier rapport de l'office intergouvernemental de police criminelle de l'Union européenne. Le nombre d'attentats au sein de l'Union a augmenté de près de 40% entre 2013 et 2015. Dans les faits, toujours en 2015, sur 151 personnes tuées au cours d'attaques terroristes, 150 l'ont été dans des attentats d'origine djihadiste. Toujours en 2015, le nombre d'attentats djihadistes en Europe a plus que quadruplé et a conduit à une augmentation de plus de 460% des arrestations de suspects liés au fondamentalisme islamique. Ce phénomène, qui touche la plupart des pays européens, comme l'illustre la carte des arrestations de djihadistes en 2015, est surreprésenté dans deux pays qui ont été durement frappés par l'Etat Islamique au cours de ces derniers mois. La France, d'une part, qui compte à elle seule plus de la moitié des arrestations de djihadistes au sein de l'Union européenne en 2015, et la Belgique, si l'on ramène notamment le nombre d'arrestations à sa population totale. Dans le même temps, on observe en Europe le même phénomène qui touche le reste du monde : une diminution sensible des formes traditionnelles de terrorisme, en lien avec des mouvements anarchistes d'extrême gauche, ethno-nationalistes ou encore séparatistes. Ce phénomène incarne une tendance lourde des relations internationales qui a peu de chance d'évoluer positivement durant les prochaines années compte tenu de la situation géopolitique particulièrement complexe et tendue au Moyen-Orient et en Asie centrale, deux sous-régions qui concentrent les principaux foyers de djihadisme dans le monde. Le recul territorial de l'Etat Islamique en Syrie et en Iraq, même s'il demeure encore limité, pourrait paradoxalement contribuer à un effet masse de ses combattants et de leurs actions terroristes dans des zones actuellement moins exposées, depuis les rives sud de la Méditerranée jusqu'en Asie du sud-est. Une situation facilement hors de contrôle dans certains territoires mal préparés à anticiper et à combattre efficacement ce type de violence et qui, dans les faits, ne peut que contribuer à accentuer davantage la menace djihadiste qui pèse sur notre propre pays. Je vous remercie. Olivier DARRASON - Ces cartes et ces statistiques sont édifiantes. Monsieur le Premier ministre, dès le 13 janvier 2015, à la tribune de l'Assemblée nationale, vous affirmiez, je cite, que "oui, la France est en guerre contre le terrorisme". Depuis cette date, vous avez à plusieurs reprises répété ce mot si lourd de sens, et il est vrai que ce sont bien des actes de guerre d'une violence inouïe qui se sont déroulés sur notre sol. Depuis bientôt vingt mois, considérez-vous que les risques se sont accrus, que la menace a changé ou qu'elle a simplement, si je puis dire, adopté de nouvelles formes plus insidieuses et, in fine, plus dangereuses ? Général Jean-Paul PALOMEROS, Expert CEIS, ancien NATO SACT - Pour poursuivre cette question sur la menace et ses manifestations, la succession d'actes terroristes sur notre territoire a mis à l'épreuve la résilience de nos concitoyens, la résilience de notre pays. Quelle appréciation de notre niveau de résilience portez-vous aujourd'hui et comment inscrire en quelque sorte cette résilience dans les gènes de notre société ? Manuel VALLS, Premier ministre - Merci d'abord pour cette invitation. Je salue le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, monsieur le Premier ministre, cher Jean-Pierre Raffarin, madame la Présidente, chère Patricia Adam. Je salue aussi le ministre de la Défense tunisien, pays également confronté à cette menace terroriste, et veux saluer, bien sûr, le Chef d'Etat-major des Armées, l'ensemble des officiers ici présents, des parlementaires qui participent à cette journée de réflexion. Ministre de l'Intérieur, quelques jours après mon installation place Beauvau, je me suis dit que l'une de mes tâches et de mes fonctions était de tirer toutes les leçons des attentats de Toulouse et de Montauban, et de mettre en œuvre en approfondissant, en amplifiant, en corrigeant, de manière républicaine un certain nombre des propositions que Nicolas Sarkozy et François Fillion avaient préparées pour tirer précisément les leçons de ces attentats. Or, dès l'été 2012, par l'intermédiaire des services de renseignement et notamment de ce qui était encore la DCRI, j'ai eu conscience que nous avions changé de menace, au moins sur le plan géographique, avec la trentaine seulement, mais la trentaine déjà, de Français ou de résidents en France qui partait, ou était partie, vers l'Irak et la Syrie phénomène nouveau, et Patrick Calvar, qui venait de prendre ses fonctions, m'avait fait part de sa profonde inquiétude. Dès le 19 septembre, ici même, devant les directeurs départementaux, la sécurité publique et les commandants de gendarmerie, je faisais état de cette menace. Je me rendais quelques heures après à Sarcelles, où il y avait eu une tentative d'attentat, qui a heureusement échoué, contre une épicerie casher. Et nous découvrions ce moment-là, progressivement, avec la mort de l'un des terroristes à Strasbourg quelques jours après, l'ampleur d'une filière, que l'on appelle la filière Cannes-Torcy-Strasbourg. C'est à partir de là, en réflexion avec tous ceux qui ont à opérer contre le terrorisme, que j'ai préparé la première loi antiterroriste et que j'ai évoqué au Sénat le fait que nous allions faire face à un ennemi intérieur et extérieur. Et nous pouvions projeter le nombre de personnes que cela pouvait concerner, même si nous ne pensions pas que cela atteindrait le phénomène que nous connaissons désormais, avec un millier de Français et de résidents en France qui se sont rendus en Syrie ou en Irak, près de 700 y étant encore, 175 y étant morts, beaucoup étant revenus, beaucoup voulant partir. Même s'il y a incontestablement un tarissement des départs du fait du travail des services, cela accroît, comme le rappelait le procureur Molins il y a quelques jours, la menace sur la France, les opérations préparées, peut-être, depuis la Syrie et les opérations comme celles que nous avons connues ces dernières semaines. L'éruption brutale, violente, du terrorisme djihadiste en France marque, de mon point de vue, une rupture. Nous avons changé d'époque, c'est vrai. Devant des spécialistes, la formule est lapidaire, mais c'est la fin d'une forme d'insouciance pour notre pays. Nous avons connu, déjà, des actes terroristes, au cours de ces vingt dernières années, mais nous voyons bien que nous sommes sur un autre terrain, dans un autre moment. Je pense que nos concitoyens en ont conscience. Je crois, modestement, que le comportement des responsables publics doit être à la hauteur de ce changement d'époque. Bien sûr, je n'oublie pas les autres menaces possibles en matière de terrorisme. J'avais d'ailleurs évoqué, à l'occasion de cette première loi antiterroriste fin 2012, des formes d'action violente de la part de l'ultragauche, de l'extrême droite identitaire, même si cela peut être le fruit d'un seul individu. Il faut être attentif, aussi, à ce que peuvent faire un certain nombre d'Etats. Tout cela n'a pas disparu. Mais nous sommes engagés dans une nouvelle forme de guerre mondiale ; et même le cyberespace en est un des champs de bataille. Vous l'avez bien décrit : nous faisons face à un ennemi de type nouveau, même si nous en mesurons les contours, sans visage, que nous n'avions jamais combattu : c'est le totalitarisme islamiste je pense qu'il faut appeler les choses clairement. Mais comme nos précédents ennemis, sur un champ de bataille totalement nouveau, il a levé une armée, il a contrôlé ou contrôle encore des territoires, plusieurs millions de personnes, il étend donc même s'il recule aujourd'hui en Syrie et en Irak son emprise territoriale, et il asservit des populations. La menace n'a jamais été aussi élevée, sur fond de bouleversements géostratégiques. Au Proche-Orient, évidemment, avec derrière le rapport de force entre l'Arabie saoudite et l'Iran, entre sunnites et chiites, notamment en Irak, et nous en mesurons les conséquences. Au Maghreb, en Libye. Sur la bande sahélo-saharienne et en Afrique. Il faut bien mesurer les effets, entamés il y a déjà une bonne trentaine d'années, de l'extension du wahhabisme, notamment en Afrique de l'Ouest. Ces éléments me font considérer que même quand nous aurons gagné la guerre en Syrie et en Irak, que nous en aurons fini, je l'espère, avec Daesh, les racines du fondamentalisme, elles, demeureront pendant un certain temps sur d'autres terrains : Proche et Moyen-Orient sans aucun doute, mais aussi en Afrique, en Asie, comme vous l'avez évoqué. Notre pays est une cible parce que nous sommes la France. Bien sûr, nous intervenons à l'extérieur, bien sûr, nous avons sauvé le Mali, bien sûr, nous continuerons à être présents dans la zone sahélienne, bien sûr, nous participons à des coalitions en Irak et en Syrie. Mais si nous sommes attaqués il peut y avoir un débat, d'ailleurs, sur ces raisons c'est parce que nous sommes tout simplement la France, avec notre histoire, notre culture, nos valeurs, nos origines chrétiennes, la plus vieille communauté juive d'Europe, l'Islam étant la deuxième religion, plusieurs millions de nos concitoyens étant de confession ou de culture musulmane et il y a aussi là un objectif, de la part des terroristes. Parce que nous sommes le pays de 1789 ou de 1905. Parce que nous considérons que nous avons toujours un message à adresser au monde. Donc un pays qui intervient sur la scène politique, diplomatique et militaire. Je pense que la raison principale pour laquelle nous sommes attaqués, c'est parce que nous sommes la France. Les attentats de cet été ont confirmé nos craintes de voir des individus isolés, parfois inconnus de nos services, inspirés par Daesh, Al-Qaïda ou ses succursales, passer à l'acte, en plus des terroristes qui, eux, se sont préparés, comme nous l'avons vu le 13 novembre 2015. Il est fort probable et c'est la menace principale que ce type d'actes se reproduise, ou en tout cas que l'on cherche à les reproduire. La situation de l'Etat islamique en Irak et en Syrie nous laisse penser que c'est ce type d'action qui sera privilégié, surtout si les frappes de la coalition détruisent progressivement l'appareil logistique, technique et humain de l'organisation terroriste. Nous faisons face c'est la donnée essentielle à une mutation profonde de l'équation de sécurité, avec un continuum inédit, mais majeur, entre sécurité intérieure et sécurité extérieure, entre les problématiques de sécurité et de défense. Comme ministre de l'Intérieur, puis comme Premier ministre, j'ai ressenti moi-même les changements assez profonds que cela a amenés dans la pratique concrète de la lutte antiterroriste. Je ne dis pas que tout est parfait, mais entre DGSE et DGSI, entre ministère de l'Intérieur et ministère de la Défense, il y a un changement dans la pratique. Peut-être que seuls ceux qui participent le ressentent tel quel, et je veux transmettre cela aux parlementaires et à tous les experts ici présents. Resserrer ce continuum est tout à fait essentiel. De ce point de vue, il me semble que la France, frappée, est en avance par rapport à d'autres pays. C'est vrai que nous avons cette capacité même si elle n'est pas illimitée à intervenir à l'extérieur que d'autres pays n'ont pas. C'est un élément essentiel par rapport à l'ennemi que nous combattons. Bien sûr, la menace n'épargne aucun pays européen ; c'est la raison pour laquelle la réponse doit aussi être européenne. C'est l'enjeu du contrôle de ses frontières. C'est le rôle de l'Europe en matière de défense. A ce stade, je reste prudent, parce que je pense que beaucoup repose bien sûr sur les échanges d'informations entre services de renseignement mais beaucoup repose d'abord sur nous-mêmes. Ce qui veut dire qu'il faut continuer à engager des moyens. Je pense que dans les dix ans qui viennent, le niveau d'engagement financier et humain pour les ministères de l'Intérieur et de la Défense ira croissant. Il y a les opérations extérieures, au-delà de la modernisation de notre dissuasion nucléaire, les opérations intérieures pour les armées, forces de sécurité, police, gendarmerie, police municipale, sécurité privée. C'est un changement, et vu la géographie de notre pays et la menace extérieure, cet effort devra se poursuivre. Je le dis notamment par rapport au coût de la dépense publique. Dans les grands débats qui s'engagent, nous devons avoir cet effort en tête, et notamment humain. La technologie est essentielle, mais rien ne remplacera la présence humaine. Le second défi est celui de la radicalisation. Autant je crois que nous avons la capacité de faire face, avec nos moyens, à une centaine de terroristes, autant je suis beaucoup plus inquiet, parce que je sais que ce sera long, sur les conséquences de la radicalisation non pas de quelques centaines de personnes, mais de milliers de personnes, en France, en Europe et au Maghreb, avec les liens existant entre la France et ces pays la double nationalité, la langue, les allées et venues, les familles. Cela nous pose un défi considérable et lutter contre ces phénomènes de radicalisation est le plus difficile. Il faut continuer à y mettre des moyens. Cela ne se traite pas par la caricature, mais dans le cadre de l'Etat de droit, c'est-à-dire en refusant l'arbitraire. C'est un défi considérable pour notre société, et c'est le Premier ministre de la France qui vous parle, mais aussi l'élu de la banlieue parisienne. Il faut prendre conscience de ces phénomènes, les étudier, qui conjuguent le départ en Syrie, ou la radicalisation violente sans forcément passage à l'acte, ou l'évolution d'une partie de l'Islam de France, en nous appuyant sur l'expertise nécessaire, dans un domaine d'une très grande complexité. Enfin, c'est un changement de culture, une nouvelle culture de sécurité nous l'avons vu avec la rentrée scolaire, qui oblige chaque citoyen à prendre part à l'effort de sécurité, de défense nationale. C'est la résilience. Comment vous répondre ... Je pense que le regard du monde sur la France est un regard admiratif sur la capacité de réaction, de résilience et de résistance des Français. C'est une part de la réalité, et je pense qu'il faut saluer le calme, la capacité des Français à faire face. Cela n'efface pas les débats, les questionnements, les craintes. Nous avons été attaqués à plusieurs reprises. Cela me coûte à chaque fois. Et n'y voyez de ma part aucun découragement mais je sais que nous pouvons être de nouveau frappés, qu'il peut y avoir de nouvelles victimes innocentes, même si nous sommes totalement mobilisés pour l'éviter. Tous les jours, des interpellations ou des expulsions ont lieu, tous les jours nous agissons. Au-delà de la phrase habituelle qu'il n'y a pas de risque zéro, nous faisons face à cette menace. Donc la capacité de résilience, elle est là, mais en même temps, je sens dans la société aussi les fractures s'élargir, le regard sur l'autre se faire plus dur, un questionnement sur nos compatriotes et concitoyens musulmans, des débats abrasifs, symboliques parfois, mais qui disent bien quelle est la réalité. Il faut donc faire attention. Le pays est plus fort et plus fragile que ce que l'on peut croire. Et les deux sont vrais. De ce point de vue, je pense que l'unité, le rassemblement, la capacité des responsables publics à surmonter les divisions, sont essentiels. Ce qui s'est passé après Nice est indigne. Je ne polémique pas, ce n'est pas le sujet, mais cela nous affaiblit. Des victimes, des familles, des Français d'une manière générale interpellent l'exécutif et les responsables publics sur ce qu'il faut faire pour mener la guerre contre le terrorisme dans une démocratie. En 1914-18, même s'il y avait la censure de la presse, ce que je ne recommande pas évidemment, des commissions secrètes, le débat avait lieu, et Georges Clemenceau n'était pas le dernier à le mener. C'est aussi la force d'une démocratie, y compris en période de guerre, que de mener ce débat. Mais il doit être mené par les responsables publics à un certain niveau. C'est très important, car on voit bien que la division de la société est un des objectifs des terroristes. Il suffit de lire leur littérature, ils connaissent très bien la société française, ils frappent là où ça fait mal, pour faire mal, pour diviser, pour casser, pour prendre nos compatriotes et concitoyens de culture ou de confession musulmane en otage, pour créer les conditions d'une forme de guerre civile, de confrontation. Nous avons donc tous notre part de responsabilité dans la résilience. C'est le défi d'une génération, et il est considérable. D'autres pays sont concernés. Il faut vivre avec, mais il faut vivre. Pour tous les responsables publics qui pensent que cela va passer et que nous allons revenir à nos petits débats, et même parfois pour nos compatriotes qui pensent que la vie reprendra le dessus et elle reprend le dessus, heureusement, nous l'avons vu cet été avec le succès des festivals, nous allons vivre avec cela. Cela m'a profondément changé, comme cela a changé tous ceux qui participent à cette lutte contre le terrorisme. Nous savons que nous sommes dans une nouvelle époque, ce qui nécessite un effort puissant, budgétaire, militaire et policier, des efforts dans le domaine de la justice, mais aussi un effort sur nous-mêmes, pour être à la hauteur de cet enjeu considérable. Général Jean-Paul PALOMEROS - Deux questions complémentaires sur les moyens déployés face au terrorisme et sur le renseignement, que vous avez déjà en partie évoqués. Dans le cadre de l'opération Sentinelle et de l'état d'urgence, les armées se sont déployées avec une rapidité remarquable, il faut le souligner, sur le territoire national, mais aujourd'hui cette opération s'est inscrite dans la durée. Comment la voyez-vous évoluer tant sur son format que sur les modalités d'exécution, l'articulation avec les forces de sécurité intérieure ? Qu'en est-il également des travaux sur notre future garde nationale, sa composition, son mode opératoire ? Concernant le renseignement, à chaque acte terroriste, la question du renseignement est récurrente, nonobstant le travail permanent et constant des services de renseignement. Vous avez donné une grande priorité au renseignement, à la fois au plan législatif, réglementaire, budgétaire, organisationnel, mais des analystes pensent que l'on peut aller plus loin, font des propositions, y compris une mission parlementaire qui propose la création d'une Agence nationale de lutte contre le terrorisme qui vous serait rattachée. Que pensez-vous de ces propositions et quelles sont les perspectives d'amélioration de cette coordination du renseignement ? Manuel VALLS, Premier ministre - Ces questions, nous les posons tous en Europe. J'imagine que nos amis allemands et je salue le Secrétaire d'Etat à la Défense allemand se les posent aussi, car la menace est présente partout. L'Allemagne a été frappée et est également menacée. D'abord, nous avons fait beaucoup, et les 9 000 postes de policiers et de gendarmes créés en cinq ans en sont l'illustration. Mais je pense qu'il faudra aller encore au-delà, parce qu'il y a d'autres missions pour les policiers, les gendarmes ou les militaires. Et je veux saluer la ténacité conjointe de Jean-Yves Le Drian et du Général de Villiers. C'est la première fois depuis très longtemps que nous inversons la déflation des effectifs. Encore une fois, il faut poursuivre cet effort en matière de défense. Cet effort budgétaire était nécessaire parce que ces dernières années n'y voyez aucune polémique, au contraire ont marqué une rupture stratégique pour la France et donc pour l'emploi de son armée. Bien sûr, il y a eu l'Afghanistan, qui représentait déjà une évolution sérieuse ; mais nous avons engagé l'opération Serval au Mali, nous nous sommes impliqués sur un certain nombre de dossiers dans un certain nombre de pays. Nous considérons que le Maghreb, et que l'Afrique d'une manière générale, sont un enjeu essentiel pour nous : s'il y a pour l'Europe, et donc pour la France, une frontière à dessiner, un objectif majeur, c'est l'Afrique. C'est vrai sur le plan démographique, sur le plan des migrations et de la jeunesse, sur le plan économique, mais également en matière de défense. Tout ce qui se passe en Afrique et tout ce qui va se passer en Afrique d'ici 2035-2050 aura un impact majeur. Notre responsabilité est donc de le préparer. C'est la nouvelle frontière. Je dis cela car nous avons été, à juste titre, très accaparés par ce qui se passe à l'Est et les tensions entre la Russie et l'Ukraine. Mais pour nous, Européens, qui avons une frontière avec le sud, qui avons cette histoire avec l'Afrique, c'est un objectif essentiel. Cette rupture stratégique pour la France est évidente. Sur l'opération Sentinelle, nous avons beaucoup discuté avec le Général de Villiers et les ministres de la Défense et de l'Intérieur, sous l'autorité du Président de la République, et je sais qu'il y a débat à ce sujet. J'essaie d'être pragmatique. Nous faisons face à une menace sans précédent, il y a un continuum entre sécurité intérieure et extérieure, nous faisons face à ce que j'ai appelé un ennemi extérieur et un ennemi intérieur, et je pense que les Français ne comprendraient pas que nos militaires engagés à l'extérieur ne soient pas en protection aussi à l'intérieur. C'est vrai qu'il s'agit d'un vrai changement, dans lequel l'armée de terre est plus particulièrement impliquée. Je constate que les Français plébiscitent ce choix. Pour l'armée, et notamment l'armée de terre, c'est un changement. Sur la question de savoir si l'ennemi contre lequel nos soldats se battent est le même au Mali, en Syrie et en France, et quel est le mode opératoire pour y faire face … Il s'agit bien du même ennemi, d'une manière ou d'une autre. Il est donc important, et cela va bien au-delà du symbole, de maintenir l'opération Sentinelle, en la faisant évoluer, en réfléchissant, en étudiant les formes de sécurisation, en ayant une coordination la plus étroite possible avec nos forces de sécurité intérieure, en privilégiant des modes d'action dynamiques pour être les plus réactifs possible. Mais s'il y a continuum, je plaide pour que nous gardions cette opération Sentinelle, sous une forme qui peut toujours évoluer, même si je suis conscient que c'est un effort très important pour nos armées. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de renforcer la force opérationnelle terrestre de 11 000 hommes. Il va falloir continuer à réfléchir et à innover, trouver le bon point d'équilibre, car l'emploi des armées sur le territoire national est forcément une nouveauté. Et il doit être complété par les postures permanentes de sûreté aérienne et de sauvegarde maritime, la protection de nos ports, nos côtes, car nous savons que c'est une des cibles des terroristes. Nous savons que la Garde nationale, dans son projet, est une articulation autour des réserves, réserves militaires des armées et de la gendarmerie, réserves de la police, pour atteindre un effectif de 84 000 hommes et femmes opérationnels en 2017. On voit les nouvelles formes d'engagement, et j'ai été très impressionné par le désir d'engagement d'un grand nombre de nos concitoyens. On voit émerger un nouveau patriotisme depuis les attentats de janvier 2015, une envie de s'engager. Je me souviens de cette belle et triste histoire de l'un de nos soldats mort au Mali très jeune, qui s'était engagé dans les armées après janvier 2015. J'ai rencontré des jeunes, comme des moins jeunes, des hommes et des femmes qui travaillent déjà et qui servent la France dans la réserve de la gendarmerie. De ce point de vue, au-delà de la Garde nationale, je pense qu'il faudra imaginer un engagement encore plus puissant. Nous ne reviendrons pas au service militaire d'il y a quelques années, bien évidemment, mais je reste convaincu, même si c'est difficile sur le plan de la Constitution, même s'il faut convaincre la jeunesse de notre pays, qu'il faudra un pas supplémentaire, un service civique sous une forme obligatoire, mixte, sur quelques mois. En tout cas, ce désir d'engagement face aux nouvelles menaces doit se concrétiser, d'une manière ou d'une autre, au-delà des obstacles constitutionnels et budgétaires. Sur le renseignement, je tiens tout d'abord à saluer le travail de très grande qualité du Parlement, de la Délégation parlementaire au Renseignement, et en l'occurrence Patricia Adam et Jean-Pierre Raffarin. C'est un outil de très grande qualité, préservé des turpitudes et des débats. Nous avons eu le courage ensemble d'entreprendre ce que nous n'avions pas fait depuis des années : donner un cadre juridique à l'activité des services du renseignement sur le territoire national. J'ai présenté la première loi Renseignement, celle du 24 juillet 2015, complétée par celle du 30 novembre 2015, et le Parlement nous a beaucoup aidés. Je pense que nos services bénéficient de moyens légaux à la hauteur des défis ; et en même temps des contrôles puissants – et c'est aussi l'honneur d'une démocratie, y compris juridictionnels, ont été mis en place pour que les libertés individuelles soient protégées. Dès 2013, tirant d'ailleurs les leçons des attentats de 2012 et me basant sur les conclusions de la mission Urvoas-Verchère, j'avais opéré la transformation de la DCRI en DGSI. Dans cette transformation, un des objectifs essentiels est le renseignement territorial, la remontée de ce que l'on appelle les signaux faibles. Cet élément mérite d'être encore conforté. Je vois tout le débat qu'il y a eu autour de la disparition des Renseignements généraux. Il faut qu'avec les forces existantes, police et gendarmerie, et sans doute police municipale, mais aussi le renseignement pénitentiaire, et Jean-Jacques Urvoas y travaille activement, nous remontions tous ces signaux. La technologie et le droit sont indispensables et indissociables, mais la matière humaine est essentielle, et face notamment au phénomène de radicalisation, nous avons besoin de faire remonter tous ces signaux. Je suis dubitatif, à ce stade, sur la création d'une agence unique, et je pense qu'il faut malgré tout même si j'ai moi-même opéré des changements de la continuité, de la cohérence ; de l'approfondissement, une mutation de nos services, mais sans des bouleversements mettant en cause ces services eux-mêmes. Nous avons besoin, et c'est tout le problème des recrutements et de la formation, d'hommes et de femmes, par exemple à la DGSI, au fait des nouvelles technologies, de la guerre dans le cyberespace, ayant une connaissance profonde du monde arabo-musulman. Si majorité et opposition pouvaient avancer ensemble, au-delà des tribunes de campagne, pour continuer à renforcer notre appareil de renseignement, je ne serai jamais fermé à toute nouvelle proposition allant dans ce sens. Olivier DARRSON - Vous avez dit que vous êtes responsable du continuum défense/sécurité. Vous êtes aussi responsable du continuum économique et financier. Je voudrais revenir sur ce point que vous avez évoqué à plusieurs reprises dans vos interventions. Dans le débat financier très contraint dans lequel nous sommes et dans une conjoncture économique encore convalescente, est-ce que la perspective budgétaire à court et à moyen terme vous paraît réaliste ? Vous avez parlé des charges de Sentinelle, des besoins propres de fonctionnement et d'intervention du ministère de l'Intérieur déjà très sollicité. Nous connaissons les besoins de nos OPEX qui ne peuvent aller que croissant et vous avez évoqué cette nouvelle frontière qu'est l'Afrique. Vous avez également l'exécution en cours de la LPM et la préparation de la future LPM qui fera d'ailleurs l'objet d'un débat l'an prochain. Cela nécessite une augmentation sensible du PIB et du budget consacré à la défense et à la sécurité. Bref, l'objectif des 2% vous paraît-il atteignable ? Manuel VALLS, Premier ministre - D'abord, nous n'avons pas le choix sur l'effort en matière de sécurité et de défense. La dépense publique dans notre pays est encore élevée, c'est vrai, mais la France est la France, l'Etat est la colonne vertébrale de la Nation, la menace est présente et durable, et il nous faut investir beaucoup en matière de sécurité, de protection des Français, comme il nous faut aussi investir beaucoup dans la lutte contre la radicalisation, mais aussi dans l'école de la République. Ce qui veut dire qu'il faut évidemment faire des économies de dépenses, renouveler nos modes et nos méthodes de gestion de l'action publique. C'est une autre question, mais elle tout à fait essentielle. Je pense que l'objectif des 2 % est atteignable, et il faut ce niveau, peut-être plus. Je n'oublie pas nos autres engagements en matière de sécurité, y compris parce que parfois tout est lié trafic de drogue, lutte contre la délinquance quotidienne, notamment dans les quartiers populaires ; et on connaît le lien entre délinquance et terrorisme aujourd'hui. Il y a l'effort de dissuasion, la modernisation, notre rang dans ce domaine, sachant que plus nous sommes engagés, plus le coût du renouvellement, de l'entretien de nos matériels s'impose. Donc, de toute façon, cet effort doit être maintenu à un haut niveau. Je ne vois pas comment nous pouvons échapper, par ailleurs, à nos obligations. J'imagine très bien le débat selon lequel nous intervenons trop à l'extérieur … Où sommes-nous plus présents, aujourd'hui ? En Afrique, au Sahel. Nous avons évidemment d'autres obligations dans tel ou tel autre pays d'Afrique, moins directement concerné par la menace terroriste. Nous intervenons dans le cadre de la coalition au Levant, nos forces interviennent dans le cadre de la FINUL au Liban. Mais ce sont des terrains qui nous concernent très directement, où la menace est à deux, trois heures, quatre heures d'avion de Paris. Cet effort, notamment sur les opérations extérieures, va se poursuivre, plus ce que nous devons engager pour protéger les Français ici, sur le territoire national. Cependant, on voit bien que l'une des clés, aussi, est l'effort de défense européen. Je suis très inquiet, comme chacun d'entre vous, par rapport au projet européen. Je pense qu'il peut se disloquer sous le coup de la menace terroriste, du défi des migrants, de la montée des populismes, des conséquences du Brexit, des tensions entre l'Est de l'Europe et la Russie, des tensions entre la partie orientale et la partie plus au sud de l'Europe. Si l'Europe doit retrouver du sens, il faut que les peuples comprennent quel est le sens de la construction européenne. Pendant cinquante ans, cela a été la paix et la prospérité c'est le fruit des catastrophes du 20e siècle. Il faut lui donner un sens. Parmi les sujets, la sécurité, la protection, la défense de l'Europe s'imposent, à condition d'être au clair sur nos frontières, et l'Europe est un espace politique, démocratique, culturel, civilisationnel. Il faut protéger ses frontières, pas pour nous renfermer mais parce qu'il faut défendre, et la notion de frontière, dans ce qui reste pour moi une fédération d'Etats-Nations, est essentielle. L'Europe doit assumer ses responsabilités pour protéger ses frontières, soutenir les pays les plus exposés, comme la Grèce, favoriser la coopération avec les pays qui nous entourent, et notamment du bassin méditerranéen, de la Turquie à la Tunisie. L'Europe doit aussi participer à l'effort de défense, parce que le continuum entre sécurité extérieure et sécurité intérieure est là. Et nous devons donc être capables d'intervenir ensemble davantage à l'extérieur de nos frontières, sachant que c'est beaucoup la France, aujourd'hui, qui assume ces responsabilités. Cela passe par une augmentation des efforts de défense, et c'est vrai pour notre pays, mais c'est vrai pour tous les autres. C'est plus facile à dire qu'à faire, mais il me semble que nous devons mettre en place les mécanismes nécessaires pour inciter chacun à fournir sa part de l'effort. C'est la raison pour laquelle Jean-Yves Le Drian milite pour un fonds européen dédié à la défense et à la sécurité. C'est essentiel pour que l'Europe se dote des moyens et des capacités militaires, des ressources industrielles nécessaires pour construire progressivement son autonomie stratégique et consolider la base industrielle européenne de défense. Si l'Europe veut être cet espace civilisationnel que j'évoquais, elle doit être capable de relever ce défi. Ce n'est pas une question d'être optimiste ou pessimiste, mais une question de volonté. De ce point de vue, le rapport à l'OTAN est un sujet qui est devant nous, car nous voyons bien que les formes d'engagement des Etats-Unis ont changé au cours de ces derniers mois, dernières années. La France doit être leader dans un dialogue aussi bien avec l'Allemagne qu'avec la Grande-Bretagne, ce dernier pays ayant des capacités d'intervention, ce qui rend d'autant plus amer le choix qui a été fait par le peuple britannique. Il y a l'Histoire, et il y a les obligations qui pèsent encore sur ce grand pays ami. Si nous voulons que le destin de l'Europe parle au peuple, c'est incontestablement sur ce sujet. Chaque pays confronté à la menace terroriste doit réaliser ses objectifs en matière de défense, mais il faut que sur le plan budgétaire l'Europe joue pleinement son rôle. Alexis BAUTZMANN - Pour prolonger votre propos sur l'Europe, pensez-vous que l'Union européenne constitue le cadre privilégié de lutte contre la menace terroriste ? Si oui, sous quelles conditions ? Et voyez-vous la France proposer des initiatives européennes dans ce sens ? Général Jean-Paul PALOMEROS - Je propose de terminer cette batterie de questions sur l'OTAN, l'Union européenne, le Brexit. Vous avez déjà assez largement évoqué la question, mais je remarque que le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine s'est récemment interrogé sur l'engagement systématique de son pays dans la défense de ses alliés au sein de l'OTAN en évoquant par ailleurs une possible dénonciation des traités qu'il jugerait défavorables aux intérêts américains. Au-delà de cette position que l'on peut qualifier d'extrémiste, l'aptitude des Européens à assumer leur propre part de responsabilité pour leur défense continue à se poser, et elle se posera quel que soit le résultat des élections américaines. Et ce d'autant plus dans la perspective du Brexit qui va, de fait, faire peser très majoritairement sur notre pays et sur l'Allemagne le poids de la défense européenne. Finalement, dans ces conditions, y a-t-il encore un avenir pour la défense européenne ? Manuel VALLS, Premier ministre - Il ne faut jamais oublier que le premier projet pour l'Europe, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, la première base dans la construction européenne, c'était la défense, la CED. Elle a fait tomber des gouvernements ! Heureusement, la Vème République est là pour que le Premier ministre vous parle librement de ces questions ! Je répète ce que j'ai dit il y a un instant : bien sûr, l'Europe est un espace, et je salue Michel Barnier qui connaît parfaitement ces dossiers sur la circulation des marchandises, des hommes. C'est un espace culturel, et elle doit se doter des moyens budgétaires pour investir et lutter contre le dumping social et fiscal qui déstabilise l'Europe. Je n'oublie pas ces éléments. Mais l'histoire est tragique, elle s'invite aujourd'hui, et pas seulement pour la France. La Grande-Bretagne et l'Espagne ont été frappées par le terrorisme ; le Danemark, la Belgique, l'Allemagne. Cette menace existe, la France sort d'une période d'insouciance. Cette idée s'impose aussi pour les peuples européens qui sont sortis du bloc soviétique et qui ont adhéré à la belle idée européenne, qui ont intégré l'Union européenne pour le progrès économique et social et ont demandé le parapluie de l'OTAN pour se protéger de leur voisin russe, pour que l'histoire ne se répète pas. Sans doute qu'une partie de ces menaces existent, sous une forme ou un autre, mais la réalité a profondément changé. Et il y a les menaces sur nos frontières extérieures. L'Europe doit aussi se reconstruire ou redéfinir son projet en assurant la protection de nos frontières extérieures. C'est essentiel pour retrouver la pleine maîtrise de l'espace Schengen. Si nous ne faisons pas la démonstration que nous protégeons nos frontières et que nous retrouvons la maîtrise de l'espace Schengen, c'est la mort de l'Europe, et les peuples demanderont le rétablissement des frontières nationales. Les Nations existent. Je suis un adepte de la fédération d'Etats-Nations, et je suis interrogatif sur le mode fédéral, même si nous conjuguons différents modes pour l'Europe. Mais je sais que le rétablissement des frontières nationales, au-delà des dispositifs déjà mis en place, signifierait la mort de l'Europe. Concernant l'OTAN et l'engagement américain en faveur de l'Europe, éloignons-nous des discours démagogiques et dangereux du candidat Trump, prenons du recul par rapport aux échéances électorales. Quelle que soit l'administration américaine, celle-ci n'assumera pas forcément les responsabilités que les Etats-Unis d'Amérique ont pu assumer par le passé. Nous le voyons en Afrique, et c'est pour cela que nous assumons une part des responsabilités, même si nous souhaiterions que d'autres assument des parts de responsabilité, notamment au Nigeria, grand pays. Les Etats-Unis se tournent beaucoup vers l'Asie, pour des raisons géostratégiques et économiques ; et nous devons donc assumer cette part de responsabilité. Les Etats-Unis sont dans une phase historique de repli, ou en tout cas de changement de stratégie, après un certain nombre d'aventures plus ou moins hasardeuses des années 2 000 que nous continuons de payer, malgré le choix juste et historique du Président Jacques Chirac. D'autre part, l'Europe est accaparée par ses propres difficultés internes, et entre les tensions à l'est et les risques terroristes venant du sud, elle n'a pas de vision commune des menaces auxquelles elle est confrontée. D'ailleurs, l'un des problèmes est que nous ne partageons pas tous en Europe la même vision concernant les risques, entre l'Europe orientale et l'Europe du sud, ou entre les fondateurs et les nouveaux arrivants. Cette réalité est historique et je la comprends tout à fait. Le troisième élément est que la Turquie, membre de l'OTAN, deuxième armée, connaît de sérieuses difficultés, des secousses, pour ne pas dire plus. La question qui se pose est de savoir comment, dans un tel contexte, bâtir un partenariat solide de sécurité euro-atlantique. L'OTAN reste le creuset du partenariat euro-atlantique, c'est un outil indispensable d'interopérabilité. Mais je suis convaincu que le destin de l'Europe passe par une politique européenne de défense. C'est même au coeur de son destin. Cela ne veut pas dire pour autant que nous ne coopérons pas avec d'autres pays dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, et quand je parle de défense européenne, j'y intègre tout le pourtour méditerranéen. La relation de l'Europe avec la Turquie sur ces questions, au-delà de ce qui se passe dans ce pays, est indispensable. Je ne parle pas d'adhésion, je ne parle pas des débats actuels, mais je parle d'une vision stratégique par rapport au monde arabo-musulman, par rapport au monde perse. Ce qui me fascine dans la période que nous vivons, ce n'est pas seulement que l'histoire, dans sa part de tragédie et de mort, s'invite de nouveau, c'est que nous retrouvons une part des débats, des confrontations, les frontières d'avant 1914-18. J'ai lu une belle biographie de Raymond Poincaré, qui a été jusqu'en 1913 un homme de gauche, et quand on regarde attentivement les conflits dans les Balkans qui ont conduit à la Première Guerre mondiale, on retrouve les mêmes tensions entre la Russie, la Turquie, les Balkans. On ne fait pas table rase du monde tel qu'il est, de l'Europe et de son histoire. C'est une grande prétention de l'homme et parfois des responsables publics de penser que l'on peut balayer tout cela. Il y a des grandes Nations, et la Russie et la Turquie sont de grandes Nations ; il faut en tenir compte, dans notre relation avec ces pays. Mais je pense aussi que nous devons bâtir une défense commune, ensemble, avec les pays du Maghreb, et notre coopération avec ces pays dans le domaine du renseignement, dans le domaine maritime, sur la question des réfugiés, est essentielle, notamment pour soutenir la belle et jeune démocratie tunisienne. Nous ne pouvons pas être absents. Comme nous devons être très attentifs à ce qui se passe en Libye, et Jean-Yves Le Drian y est tout particulièrement attentif. Je conçois la limite du propos, qui mérite plus de réflexion et d'expertise. Olivier DARRASON - Monsieur le Premier ministre, s'il n'y avait votre emploi du temps, je crois que nous aurions souhaité prolonger très longtemps encore, notamment avec des questions de la salle, cet entretien passionnant. Puis-je vous poser une dernière question, facile ? Au cours des neuf prochains mois et, de fait, des derniers mois de votre action à la tête de ce gouvernement, quelle sera votre priorité cardinale dans cette conjoncture sécuritaire, économique et sociale de notre pays ? Manuel VALLS, Premier ministre - Le problème, pour un chef de gouvernement, c'est que tout est prioritaire ! Tout d'abord, merci de m'avoir permis de participer à cette table ronde. J'ai deux priorités, et dans la durée. Ce que j'ai vécu, notamment depuis janvier 2015, au côté du président de la République, du ministre de l'Intérieur, du ministre de la Défense, du garde des Sceaux, avec les services de renseignement, nos militaires, nos armées, les parlementaires qui suivent ces questions, tout cela m'a profondément changé, et change l'ordre des priorités. Et quand on passe par Matignon Jean-Pierre Raffarin le sait bien on n'en sort pas tout à fait indemne sur le niveau de responsabilité. Cela se sent, d'ailleurs, dans les propos des uns et des autres. Etre Premier ministre et auparavant ministre de l'Intérieur d'un pays qui est aussi violemment attaqué par le terrorisme et confronté à de tels défis, notamment celui de la radicalisation d'une partie de notre jeunesse, m'empêche de dormir parfois. Cette dérive m'inquiète beaucoup. Et nous devons être capables d'y répondre avec nos valeurs, dont la laïcité, et au nom d'une République ferme, qui s'incarne à travers l'autorité, et en même temps bienveillante. Ma priorité jusqu'au bout, comme chef du gouvernement, en m'appuyant sur l'engagement de ministres aux qualités politiques et personnelles que tout le monde reconnaît, et je pense à Jean-Yves Le Drian et Bernard Cazeneuve, c'est la protection des Français, et ce sera la priorité du prochain quinquennat, quel que soit le chef de l'Etat et quelle que soit la majorité. C'est incontournable. La deuxième priorité pour les mois qui viennent est d'essayer, dans la mesure du possible, de contribuer au rassemblement des Français, pas uniquement dans un but politique, mais parce que c'est essentiel. Il y a, bien sûr, la menace terroriste, et elle est profonde, mais son corollaire, c'est la menace populiste elles se nourrissent l'une et l'autre. Ne faisons pas comme si cela ne comptait pas, y compris sur les questions de défense. La vision du populisme, de l'extrême droite, n'est pas celle que je veux pour mon pays. Je sais quels sont les enjeux d'une alternance et des débats entre la gauche et la droite. Nous ne sommes pas n'importe quel pays ! Membre permanent du Conseil de Sécurité, la dissuasion nucléaire dans nos mains, grande puissance économique ... La manière dont nous conduirons les débats dans les prochains mois pèsera sur le rôle et la place de la France dans le monde. C'est un élément tout à fait essentiel. Et moi, je veux une France ferme, forte, qui pèse dans le monde dans tous les domaines, et dans les rapports avec les pays qui sont essentiels. Ce début du 21e siècle voit quand même l'émergence des grands Etats-Nations ou des grands Etats-continents. J'ai parlé de la Russie et de la Turquie, mais j'aurais aussi pu parler de la Chine ou de l'Inde. La France joue son rôle, y compris dans l'industrie de l'armement ; et avec quelle force ! Ma deuxième priorité, c'est donc de contribuer au rassemblement et à l'unité des Français. Le reste, c'est l'action du chef du gouvernement, mais cette action a été profondément changée, modifiée, et elle m'a profondément changé au cours de ces derniers mois. Je me permets de parler de ces questions le plus sereinement possible, mais conscient de la gravité du moment. Eric SCHMIDT, Directeur général de l'Université d'été de la Défense - Au nom des Présidents de Commission de la Défense qui organisent cette université et au nom de tous les participants, nous vous remercions, Monsieur le Premier Ministre, pour votre présence et pour le temps que vous nous avez accordé. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/379.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/379.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..42ab5fefffdfed599cb542d5503be5f1742b792c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/379.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet de Police, Monsieur le Directeur général de la Police nationale, Monsieur le Directeur général de la Gendarmerie nationale, Mon Général Messieurs les Secrétaires généraux, Monsieur le Directeur de la Direction de la coopération internationale, Mesdames et Messieurs les attachés de sécurité intérieure, Mesdames et Messieurs, C'est avec plaisir que je vous accueille à l'Hôtel de Beauvau pour la troisième année consécutive, à l'occasion du 26ème colloque des attachés de sécurité intérieure. Je veux bien sûr saluer les responsables du ministère des Affaires étrangères et du Développement international qui ont accepté notre invitation, en particulier son secrétaire général, Christian MASSET. Leur présence parmi nous, aujourd'hui, témoigne de l'excellence des relations qui unissent nos deux maisons, mais aussi de la place sans cesse croissante que tiennent les questions de sécurité dans la stratégie internationale de la France. Chacun ici en est conscient, les conflits, l'émergence de nouvelles puissances économiques, l'apparition de nouveaux acteurs criminels, l'explosion des nouvelles technologies et de la sphère numérique constituent autant de phénomènes majeurs qui transforment en profondeur notre environnement international. Par ailleurs, les liens que nous avons tissés par le passé sur tous les continents, nos alliances, nos engagements sur divers théâtres d'opérations, le message universel que nous portons, les valeurs que nous défendons, nous exposent plus que d'autres à des menaces de toute nature. Et parce que la France occupe une place singulière dans le monde, elle doit pouvoir s'appuyer sur une défense solide et une diplomatie forte, mais aussi sur des forces de sécurité et de renseignement particulièrement performantes, capables d'anticiper l'évolution des menaces et leurs possibles répercussions sur le territoire national. C'est la raison pour laquelle les attachés de sécurité intérieure jouent un rôle aussi important dans notre stratégie globale de sécurité. Présents partout dans le monde grâce à notre réseau diplomatique l'un des plus importants au monde, avec les Etats-Unis et la Chine, vous vous trouvez en effet en première ligne pour recueillir et traiter des informations décisives pour la sécurité nationale et internationale. Vous avez choisi, cette année, la prospective comme thème central de votre colloque. Je vous en remercie, cher Emile PEREZ, car il s'agit là d'un enjeu majeur pour le ministère de l'Intérieur. Les menaces auxquelles nous sommes confrontés ne cessent en effet de se transformer. Par conséquent, cette réalité mouvante nécessite une mise à jour permanente de nos grilles d'analyse, de telle sorte que nous puissions être constamment dans l'anticipation. J'ai d'ailleurs lancé plusieurs travaux sur le sujet, le préfet BOUSQUET DE FLORIAN m'a remis il y a peu un rapport tout à fait intéressant, qui vise à renforcer la coordination et le partage des réflexions stratégiques au sein de notre maison. C'est là pour moi une préoccupation absolument centrale. Aujourd'hui, je souhaite donc profiter de l'occasion qui nous réunit pour vous rappeler les grandes lignes de notre action, les progrès que nous avons réalisés, les défis qu'il nous faut encore relever, mais aussi pour vous délivrer une feuille de route pour l'année à venir. Deux priorités absolues devront à nouveau orienter votre action : la lutte contre la menace terroriste et la lutte contre l'immigration irrégulière. Je n'ai nul besoin de vous rappeler que nous sommes confrontés à une menace terroriste d'une nature et d'une ampleur sans précédent. Nous avons tous à l'esprit les attentats perpétrés, cet été, sur notre sol, à Nice et à Saint-Etienne-du-Rouvray, mais aussi en Belgique et en Allemagne. Aujourd'hui, la France est l'une des cibles prioritaires de DAESH contre qui nous combattons, aux côtés de nos alliés, aussi bien en Syrie qu'en Irak. Mais le djihadisme, nous l'affrontons aussi au Sahel, où nous nous trouvons en toute première ligne. J'ajoute que d'autres pays, notamment en Afrique du Nord, constituent des zones évidentes de fragilité et de risques, à commencer aujourd'hui par la Libye et, à certains égards, la Tunisie. Aucun pays n'est donc à l'abri. Pour prévenir et empêcher la commission de nouveaux attentats visant nos ressortissants ou nos intérêts, nous avons donc besoin de la mobilisation de l'ensemble des forces de sécurité sur notre sol comme à l'étranger y compris celle des attachés de sécurité intérieure. Au cours de ces dix dernières années, la menace terroriste a considérablement évolué. Les groupes djihadistes recrutent désormais une grande partie de leurs activistes au sein même des sociétés qu'ils prennent pour cible. C'est ce que j'ai moi-même appelé le « terrorisme en accès libre ». A l'heure actuelle, près de 2 000 Français ou résidents habituels en France sont impliqués, d'une façon ou d'une autre, dans les filières de recrutement djihadistes. 689 d'entre eux sont actuellement présents sur le théâtre des opérations terroristes en Syrie et en Irak, parmi lesquels 275 femmes et 17 mineurs combattants. Par ailleurs, 195 Français sont présumés morts sur zone. Si plus de 900 individus ont manifesté des velléités de départ pour rejoindre les rangs djihadistes, et que plus de 180 sont actuellement en transit vers les zones de combats, nous avons néanmoins constaté, au cours du premier semestre de cette année, une nette diminution du nombre d'arrivées sur zone : 18 seulement entre janvier et juillet 2016, soit quatre fois moins qu'au cours du second semestre de l'année 2015, où nous avions enregistré 69 arrivées effectives sur zone. De surcroît, nous constatons parallèlement un tassement des retours détectés sur notre territoire : 12 seulement au premier semestre 2016, contre 25 lors du semestre précédent. Au total, 203 de nos ressortissants sont d'ores et déjà revenus en France. Le renforcement de notre arsenal juridique, les mesures administratives que nous avons prises depuis plus d'un an portent donc leurs fruits, ainsi que les actions menées par nos services et nos efforts de coopération avec les services européens et turcs. Même si une telle baisse s'explique sans doute également par les revers enregistrés en Irak et en Syrie par DAESH, qui, dès lors, appelle à la commission de nouveaux attentats en Occident, et notamment sur notre sol. La menace demeure donc, comme je l'ai dit, et comme l'a rappelé la semaine dernière le procureur de la République François MOLINS, à un niveau extrêmement élevé. Plus de la moitié des Français impliqués dans les filières irako-syriennes sont en train de faire ou ont déjà fait l'expérience de la lutte armée dans les rangs de DAESH ou d'al-Qaïda. Notre vigilance doit donc être maximale. Si nous agissons sans relâche à l'intérieur de nos frontières, c'est avant tout à l'échelle européenne que nous devons continuer à renforcer notre action collective. A cet égard, le Président de la République et la Chancelière Angela MERKEL ont réaffirmé, lors du sommet informel de Ventotene, le 22 août, que la sécurité et la lutte contre le terrorisme constituaient bien une priorité absolue pour l'Union européenne et chacun de ses Etats membres. Depuis 18 mois, à l'initiative de la France et de l'Allemagne, nous avons accompli des progrès décisifs. Je pense tout d'abord à l'accord historique sur le PNR européen, signé le 14 avril dernier, après onze années de négociations. Nous devons à présent nous assurer que les échanges de données sur les passagers, y compris ceux qui empruntent les vols intracommunautaires et les vols charters soient effectivement mis en place par tous les Etats membres. Nous avons également obtenu la modification de l'article 7-2 du Code frontière Schengen, permettant d'effectuer des contrôles systématiques aux frontières extérieures de l'espace Schengen, y compris pour les ressortissants bénéficiant de la libre-circulation. Nous attendons désormais du Parlement européen qu'il approuve au plus vite cette modification. Nous créons par ailleurs une Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, en mesure d'intervenir rapidement aux frontières extérieures lors d'une crise migratoire. Pour sa part, la France mettra à disposition 170 effectifs pour alimenter ce vivier. Nous avons obtenu la révision de la directive européenne sur les armes à feu, pour mieux encadrer et tracer la circulation des armes à feu au niveau européen. Enfin, nous avons mis en place un dispositif spécifique avec les grands opérateurs Internet pour lutter efficacement, et ce au niveau international, contre la propagande et le recrutement terroristes sur Internet. Je rappelle à cet égard que nous avions amorcé, dès octobre 2014, un dialogue fructueux avec les opérateurs. Je me suis moi-même rendu à deux reprises aux Etats-Unis, en février 2015 dans la Silicon Valley, puis en mars 2016 à New-York et à Washington, pour rencontrer ces mêmes opérateurs et échanger à ce sujet avec les autorités américaines. Je me réjouis des avancées que nous avons obtenues depuis lors, et notamment du dispositif mis en place ici même, au ministère de l'Intérieur, avec les opérateurs pour obtenir un retrait rapide des contenus à caractère terroriste et d'incitation à la haine. Néanmoins, plusieurs évolutions récentes, comme le cryptage ou le chiffrement de plus en plus systématique des communications terroristes, nous obligent à prendre de nouvelles décisions. Voilà pourquoi nous avons lancé avec Thomas de MAIZIERE, le 23 août, une nouvelle initiative franco-allemande pour la sécurité intérieure en Europe, qui repose sur trois priorités : - Tout d'abord, renforcer les contrôles à nos frontières extérieures, en veillant notamment à ce que les garde-frontières soient bien équipés du matériel adapté et des dernières applications technologiques visant à faciliter le contrôle de chaque personne entrant ou sortant de l'espace Schengen. - Ensuite deuxième priorité, mieux partager les informations entre Etats membres. Il nous faut dans ce cadre assurer l'alimentation systématique et l'interopérabilité des fichiers européens et internationaux tels que le SIS, le SLTD, les fichiers Europol ou le VIS. Nous voulons également que l'usage de la biométrie soit renforcé, en raison de l'utilisation frauduleuse, par DAESH, de vrai-faux passeports volés syriens et irakiens. - Il s'agit aussi de renforcer le Centre européen de lutte contre le terrorisme mis en place à Europol. Nous avons été à l'initiative de la mise en place de la Task Force Fraternité à la suite des attentats du 13 novembre. Il nous faut poursuivre dans cette voie. - Enfin troisième priorité, nous voulons renforcer notre arsenal en matière de cryptage ou de chiffrement des communications terroristes. Les échanges de plus en plus systématiques opérés via certaines applications je pense en particulier à Telegram doivent pouvoir être identifiés et utilisés comme éléments de preuve par les services d'investigation et les magistrats dans le cadre des procédures judiciaires. Il est essentiel que la Commission européenne s'empare du sujet et qu'elle étudie la possibilité d'un acte législatif rapprochant les droits et les obligations de tous les opérateurs qui proposent des produits ou des services de télécommunications ou d'Internet dans l'UE, que leur siège juridique soit en Europe ou non. Toutes ces propositions seront discutées lors du Sommet des 27 chefs d'Etat et de gouvernement, à Bratislava, le 16 septembre prochain. J'espère que nous réaliserons à cette occasion de nouvelles avancées décisives. Parce que la menace est mondiale, nous devons également développer une vision globale de notre action. Votre rôle est donc absolument décisif, j'y insiste. Il nous faut tout d'abord renforcer encore davantage notre coopération avec les Etats africains confrontés, comme nous, à la menace terroriste. J'ai évoqué tout à l'heure le Mali et les autres pays du Sahel, mais aussi l'Afrique du Nord et l'Afrique de l'Ouest. Depuis la création, en 2014, du G5 Sahel, la France joue un rôle très actif dans la région, qu'il s'agisse de sécurité intérieure ou de sécurisation des frontières. Nous avons ainsi pu contribuer à l'installation d'une plateforme spécifique de coopération, et la France encourage également la formation des effectifs des forces de sécurité régionales au sein du Collège sahélien de Sécurité. Dans les prochaines semaines, je vous annonce d'ailleurs que nous allons réunir à Paris les ministres de l'intérieur et les directeurs généraux de police et de gendarmerie de 15 pays du Sahel afin d'échanger sur les questions de terrorisme et de radicalisation islamiste. Je salue à cet égard le caractère pionnier du séminaire des DGGN de Nouakchott, conduit le 30 mai dernier par le Directeur général de la gendarmerie sur le thème de la lutte contre le terrorisme dans la zone sahélienne. Concernant l'Afrique du Nord, en raison de l'urgence de la situation, la France s'est associée dès septembre 2015 à la mise en place d'un comité exécutif de coordination de la coopération en matière de sécurité avec la Tunisie. A cet effet, la France participe activement au groupe de travail thématique contre le terrorisme. Par ailleurs, un officier de liaison de la DGSI a été nommé à Tunis en septembre 2015. Je veux également dire un mot de nos coopérations, tout aussi décisives, avec la Turquie et en Asie. Tout d'abord, nous avons mis en place, dès septembre 2014, un protocole franco-turc sur les retours de Français partis en Syrie. Il a été renforcé en février dernier. Pleinement appliqué, il nous permet d'encadrer les retours de ressortissants dangereux depuis la Turquie. L'Asie et la zone Pacifique constituent également une zone où nous nous employons à renforcer nos coopérations et nos modalités d'action. Nous avons d'ores et déjà créé, à Pékin, un Groupe d'Analyse Anti-Terroriste (GAAT) franco-chinois, composé de policiers et d'universitaires de nos deux pays, qui vise aussi à mieux répondre à l'évolution de la menace terroriste et aux phénomènes de radicalisation. Je veux maintenant parler de notre seconde grande priorité, la lutte contre l'immigration irrégulière. Depuis deux ans, nous sommes confrontés, chacun le sait, à une crise migratoire d'une ampleur sans précédent. L'année dernière, plus d'un million d'entrées ont eu lieu sur le territoire de l'Union européenne. Au cours de la même période, environ 3 700 migrants ont trouvé la mort en tentant de traverser la Méditerranée. Certes, depuis l'entrée en vigueur de l'accord entre l'Union européenne et la Turquie, signé le 18 mars dernier, le nombre de migrants empruntant la voie des Balkans a nettement diminué. Une partie du flux passe également par la Méditerranée centrale. Par cette voie, 112 000 personnes sont arrivées sur les côtes italiennes depuis janvier 2016, ce qui représente un flux comparable à celui qui avait été observé au cours de l'année 2015. Cette pression n'épargne bien sûr pas notre pays, avec notamment des points importants de tensions dans le Calaisis ou encore à Paris. La réponse à une telle situation est là aussi avant tout européenne. C'est la raison pour laquelle, depuis le début de la crise, la France n'a eu de cesse de défendre la mise en œuvre d'une politique européenne équilibrée reposant sur des principes clairs de fermeté, d'humanité et de solidarité : - Fermeté dans la lutte contre la traite des êtres humains et les réseaux criminels de passeurs ; - Humanité dans l'accueil des demandeurs d'asile et des réfugiés ; - Enfin, solidarité entre les Etats membres de l'Union européenne. Les décisions prises collectivement doivent donc être pleinement appliquées, qu'il s'agisse du contrôle systématique des frontières extérieures de l'Union européenne, du fonctionnement effectif des « hotspots » en Italie et en Grèce, ou encore du mécanisme de répartition des migrants entre les différents Etats membres. Je veux d'ailleurs saluer l'action de nos ASI à Rome et à Athènes dans ce contexte. D'une manière générale, je veux rappeler que la France a pris toutes ses responsabilités. Ainsi, nous avons déployé 60 policiers et gendarmes au profit de FRONTEX : 36 en Grèce et 24 en Italie, coordonnés par la DCPAF. Je vous demande donc, Mesdames et Messieurs, de faire remonter systématiquement les informations susceptibles d'intéresser la DCPAF, mais aussi de vous appuyer sur l'expertise des agents de la DCI en Grèce et en Italie pour faire « bouger » les autorités locales si cela est nécessaire. Enfin, vous savez qu'entre octobre et décembre prochains, la Commission européenne évaluera la mise en œuvre par la France des règles de l'acquis Schengen. Je compte sur chacun d'entre vous pour la bonne réalisation de cette évaluation. Par ailleurs, la lutte contre les trafics de stupéfiants continue de représenter un enjeu de premier plan. Votre action dans ce domaine est prépondérante, parce qu'elle intervient dans les pays-sources et parce que votre expertise locale vous permet d'appréhender finement ces réseaux. C'est grâce à vos informations que des saisies sont opérées par la douane, la police ou la gendarmerie, et que les filières sont démantelées par l'OCRTIS. S'agissant du trafic d'armes, je vous demande la plus grande vigilance en la matière, en travaillant à la source et avec les responsables des services des pays concernés. Je veux aussi insister sur la lutte contre la cybercriminalité, que j'ai déjà évoquée dans le cadre de la lutte antiterroriste. D'ici la fin de cette année, l'action internationale du Ministère de l'Intérieur contre la cybercriminalité s'appuiera sur une nouvelle doctrine que nous sommes en train d'élaborer. A cet égard, je veux saluer la mobilisation de la DCI, laquelle suit ailleurs, avec d'autres composantes du ministère, et sous l'égide du SGDSN, les travaux du Comité Interministériel de Prospective (CIP) qui portent sur le Big Data au service des politiques de sécurité. De surcroît, notre action pourra également s'appuyer sur le Forum International de la Cybersécurité, dont la prochaine édition aura lieu à Lille, les 24 et 25 janvier prochains. Pour finir, je veux dire également quelques mots à propos de la sécurité civile, qui contribue de façon importante à l'action internationale de notre ministère. Très récemment encore, nos unités de sapeurs-pompiers et de sauveteurs sont intervenues sur des tremblements de terre en Equateur et au Vanuatu, aux îles Fidji, sur les grands incendies de forêts à Chypre, en Grèce et au Portugal, ou encore en Guinée pour faire face à l'épidémie d'Ebola. Dans ce type de situations, les ASI jouent, eux aussi, un rôle important. Il s'agit d'abord de recueillir et d'exploiter rapidement les premiers renseignements permettant un engagement optimal des moyens déployés, puis d'apporter vos conseils et votre assistance aux unités engagées. Je rappelle en outre que la sécurité civile participe également au dispositif d'assistance aux pays directement touchés par la crise migratoire, en particulier en Slovaquie, en Croatie, en Serbie et en Grèce, notamment dans les camps de réfugiés. Elle contribue aussi au dispositif d'aide à l'asile et à l'accueil prévu dans le cadre bilatéral et de l'Accord entre l'UE et la Turquie, avec la mise à disposition de moyens aériens de transport au profit des forces de sécurité et de la DGEF. Je souhaite que nous développions de nouvelles initiatives pour traduire la volonté de la France d'affirmer son rôle de chef de file en matière de sécurité civile au niveau international, en particulier dans la constitution du Corps Médical européen. Je vous invite donc à vous investir pleinement dans ces missions et ces problématiques. Mesdames et Messieurs, vous êtes le visage du Ministère de l'intérieur à l'étranger. Depuis ma prise de fonctions, j'ai eu l'occasion de rencontrer nombre d'entre vous lors de mes déplacements à l'international, parfois dans des circonstances dramatiques. J'ai pu mesurer la grande qualité de votre engagement et de votre travail, bien souvent dans des conditions difficiles, voire dans des environnements dangereux. En vous accueillant aujourd'hui à l'Hôtel de Beauvau, je voulais vous délivrer un double message : un message de confiance à l'égard de l'action que vous menez, mais aussi un message de très forte exigence. Face notamment à une menace terroriste d'une exceptionnelle gravité, mais aussi face à de nombreuses problématiques présentant des risques pour notre pays, les attachés de sécurité intérieure en poste à l'étranger ont un rôle capital à jouer, aux côtés de l'ensemble des forces de sécurité. Vous êtes, vous aussi, en première ligne, et une partie non négligeable de la sécurité de notre pays repose sur vous. Je me félicite donc de savoir que le pays peut compter, dans le contexte que j'ai rappelé, sur votre professionnalisme, sur votre réactivité et sur votre fierté de servir la République. A vous tous, je veux dire ma très grande reconnaissance. Vous avez toute ma confiance pour continuer d'œuvrer avec la même rigueur et la même abnégation au service des intérêts de la France. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/380.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/380.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f533552767603c94bc5f18977a164039eebe9c22 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/380.txt @@ -0,0 +1 @@ +YVES CALVI Bonjour Manuel VALLS. MANUEL VALLS Bonjour Yves CALVI. YVES CALVI Bonjour Monsieur le Premier ministre. Merci d'être avec nous ce matin en direct sur RTL. Vous allez répondre dans quelques instants aux questions d'Elizabeth MARTICHOUX, et puis, à partir de 08h20, vous discuterez aussi avec les auditeurs de RTL, qui nous appellent au 32.10. Je crois avoir bien lu, fin août, que vous ne souhaitiez pas que la gauche soit identifiée à l'impôt, je viens d'écouter la chronique de François, et j'avais envie de vous dire : c'est raté. MANUEL VALLS Non, je ne le crois pas précisément, parce que depuis que je suis Premier ministre, depuis 2014, les impôts et l'impôt sur le revenu baissent, et nous allons continuer ce mouvement. YVES CALVI On discute de tout ça dans quelques instants avec Elizabeth MARTICHOUX. Bienvenue à tous les deux. /// Pause publicitaire /// Bienvenue à ceux qui nous rejoignent. Elizabeth MARTICHOUX, vous recevez ce matin le Premier ministre, Manuel VALLS. ELIZABETH MARTICHOUX Bonjour Manuel VALLS. MANUEL VALLS Bonjour Elizabeth MARTICHOUX. ELIZABETH MARTICHOUX Merci d'être avec nous ce matin. Jérôme CAHUZAC a lâché une bombe hier au premier jour de son procès, le premier compte – dit-il – qu'il a ouvert en Suisse a servi à financer les activités politiques de Michel ROCARD. Vous étiez au courant ? MANUEL VALLS Non, je ne suis évidemment au courant de rien. Jérôme CAHUZAC s'exprime dans le cadre du procès qui le concerne directement, je ne vais pas commenter un procès en cours, je suis chef du gouvernement, la justice est indépendante, c'est bien la démonstration qu'il n'y a pas deux poids, deux mesures. L'ancien membre du gouvernement, d'un gouvernement socialiste, est aujourd'hui devant la justice. Je sais deux choses, c'est que Michel ROCARD est le premier responsable politique à avoir permis une loi, le vote d'une loi, instaurant enfin, en 1990, la transparence sur... ELIZABETH MARTICHOUX Alors Jérôme CAHUZAC affirme que ça serait fait à son insu... MANUEL VALLS Bien sûr... ELIZABETH MARTICHOUX Son équipe savait, dit-il... MANUEL VALLS Bien sûr, comme Michel... ELIZABETH MARTICHOUX Michel ROCARD ne le savait pas, vous étiez dans son équipe, vous ne le saviez pas ? MANUEL VALLS Et comme Michel ROCARD est décédé, comme un ami, très proche, y compris de Jérôme CAHUZAC, il est de Carcassonne, il était le principal conseiller à ce moment-là de Michel ROCARD, qui est décédé, on a du mal à suivre Jérôme CAHUZAC. Mais vous savez, je n'ai pas envie de rentrer dans cette discussion par respect... ELIZABETH MARTICHOUX Mais c'est important parce qu'on sait que les Français sont en ce moment très, très sensibles à ces questions... MANUEL VALLS Oui, mais précisément, la journée d'hier a été, je n'en doute pas, difficile... ELIZABETH MARTICHOUX Encore de ce point de vue-là... difficile pour la politique française... MANUEL VALLS Et donc, du coup, je me dois de respecter, c'est mon éthique, l'indépendance de la justice, et je sais que Michel ROCARD a fait voter une loi qui a permis la transparence des comptes, la légalisation des comptes de campagne, et je sais aussi quelle était l'éthique de Michel ROCARD et de son entourage. ELIZABETH MARTICHOUX Vous êtes donc fondé à penser que c'est encore CAHUZAC le menteur ? MANUEL VALLS Mais je ne fais pas de commentaires. ELIZABETH MARTICHOUX Et dernière question, est-ce qu'une des campagnes de ROCARD, de Michel ROCARD, à son insu, a pu être financée par l'industrie pharmaceutique ? Pour vous, c'est invraisemblable ? MANUEL VALLS Je ne le conçois pas un seul instant, mais vous voyez, ce type de déclaration, elle est faite pour instiller le doute, y compris à l'égard d'un homme qui vient de disparaître, et dont la vie politique... ELIZABETH MARTICHOUX Vous êtes choqué ? Vous êtes choqué finalement d'avoir à commenter cette déclaration de Jérôme CAHUZAC, qui doit répondre de manquements graves à la loi française ? MANUEL VALLS Mais c'est à lui de s'expliquer, à ses manquements. Et moi, je suis triste, et je rajouterais peut-être, dégoûté. ELIZABETH MARTICHOUX A propos d'argent et politique, vous y faisiez allusion, faut-il voir dans la demande de renvoi de Nicolas SARKOZY en correctionnelle, dans l'affaire BYGMALION, une basse manœuvre des socialistes, c'est ce qu'ont laissé entendre hier certains Sarkozystes ? MANUEL VALLS Deux principes, je les évoquais le premier, c'est l'indépendance de la justice, et le deuxième, c'est la présomption d'innocence, et au-delà encore, et c'est mon éthique, dans mes fonctions, je ne peux pas commenter des décisions de justice, au nom même de ces deux principes, le seul message que je peux faire passer... ELIZABETH MARTICHOUX Vous pouvez commenter les commentaires, Thierry HERZOG, l'avocat de Nicolas SARKOZY, était hier soir sur RTL. A la question de Marc-Olivier FOGIEL, est-ce que ça vient de l'Elysée ? Il répond – je cite – je n'ai aucun doute. Donc lui, il commente aussi. MANUEL VALLS Mais la justice est indépendante, nous le voyons bien, y compris sur l'affaire que nous venons de commenter il y a un instant. Les mêmes qui parlent d'une autorité de l'Etat, qui serait en cause, qui remettent en permanence en cause la capacité qui serait celle du pouvoir aujourd'hui de l'exécutif d'assumer cette autorité, sont les mêmes qui, par ces commentaires, dégradants d'ailleurs, à l'égard de la justice, mettent en cause l'autorité de l'Etat. Quand on a été président de la République, quand on aspire à le devenir, quand on exerce ou quand on a exercé une responsabilité d'Etat, il faut respecter les règles de la Constitution, dont l'indépendance de la justice. La justice est indépendante dans ce pays, elle travaille bien, elle est sous la critique, bien sûr, de la presse, comme de nos concitoyens. Mais les responsables publics n'ont pas à la mettre en cause, et à insinuer, à chaque fois que la justice agit en toute indépendance, que ça serait l'œuvre de je ne sais quelle manœuvre politique. C'est insupportable, même pour l'idée qu'on se fait de la séparation des pouvoirs et du rôle de la justice. Vous imaginez n'importe quel... ELIZABETH MARTICHOUX Si vous étiez mis en examen, Monsieur le Premier ministre, vous ne brigueriez pas le pouvoir suprême ? MANUEL VALLS Je pense que je m'en remettrais alors profondément en cause, mais vous voyez, vous m'entraînez déjà dans ce qui est la campagne des primaires et dans cette polémique, dont je m'en tiens à ces deux principes, indépendance de la justice, présomption d'innocence, et peut-être, en effet, rappel de ce que peut être l'éthique de l'engagement, ce fut cette éthique que Michel ROCARD ou Lionel JOSPIN m'ont appris. ELIZABETH MARTICHOUX Alors, votre mission, c'est peut-être sans doute de rendre un peu d'oxygène aux Français, qui n'ont jamais été aussi prélevés qu'en cette année, c'était déjà le cas en 2015, ça va l'être sans doute aussi en 2016, je parle du taux des prélèvements obligatoires. Selon Les Echos, c'est la piste d'une baisse forfaitaire de l'impôt sur le revenu qui tient la corde, pour le geste fiscal que vous aviez confirmé ? MANUEL VALLS Les arbitrages ne sont pas encore rendus, même si le journal Les Echos est toujours très bien informé. Mais ces arbitrages auront lieu au retour du président de la République, de Chine et du Vietnam, c'est-à-dire jeudi. ELIZABETH MARTICHOUX Jeudi. Est-ce que c'est la piste que vous privilégiez ? MANUEL VALLS Mais depuis que je suis Premier ministre, nous l'abordions il y a un instant, en répondant à la saillie de Yves CALVI, j'agis, pour baisser les impôts des ménages modestes et des classes moyennes, parce que c'est vrai que les impôts sur les ménages ont trop augmenté entre 2010 et 2014, quand la droite et quand la gauche étaient au pouvoir. Et les impôts ont baissé en 2014, en 2015, en 2016, pour douze millions de ménages. Je m'étais engagé en avril... ELIZABETH MARTICHOUX Oui, pas le taux de prélèvements obligatoires moyens sur les Français... MANUEL VALLS Je vous parle des impôts sur le revenu, et je m'étais engagé à la tribune de l'Assemblée nationale, en avril 2014, à l'occasion de mon discours de politique générale, pour une baisse des impôts de cinq milliards d'euros. Nous avons fait davantage. Alors, pour ce qui concerne 2017, puisque déjà, pour cette rentrée 2016, il y a déjà une baisse de l'impôt sur le revenu, il y aura des arbitrages en fonction d'abord du niveau de croissance, le président de la République l'avait dit... ELIZABETH MARTICHOUX Ça veut dire que ce sera autour du milliard la totalité du geste fiscal, vous pouvez dire en tout cas que ça ne dépassera pas un milliard, compte tenu de la croissance justement ? MANUEL VALLS Nous devons contenir cette somme, puisque c'est la somme pour 2017, ce sera vraisemblablement, même s'il faut être prudent, de 1,5 %, et non pas de 1,7, comme nous pouvions le penser. ELIZABETH MARTICHOUX 1,7 comme prévu... MANUEL VALLS Et avec un autre objectif, qui est de maîtriser les déficits, nous avons pris des engagements, Michel SAPIN, le ministre de l'Economie et des finances, a pris ces engagements, et ces déficits doivent être en dessous de 3 %, et pour être bien précis, le chiffre sur lequel nous nous sommes engagés, c'est de 2,7 %. Mais nous voulons rendre du pouvoir d'achat aux Français ELIZABETH MARTICHOUX Vous l'avez dit, vous l'avez promis, vous allez le faire, mais l'arbitrage semble douloureux, effectivement... MANUEL VALLS Non, il n'est pas douloureux, mais il faut rendre cet arbitrage, puisqu'il faut envoyer les textes au Conseil d'Etat pour ensuite qu'ils puissent être adoptés en Conseil des ministres. Moi, je respecte tout simplement les procédures, mais il faut continuer cette baisse de l'impôt, tout en rappelant cependant, et je crois que c'est important, que l'impôt, comme les prélèvements obligatoires servent aussi à financer notre modèle de protection sociale, nos services publics, c'est-à-dire à payer les fonctionnaires, qui protègent les Français, policiers et gendarmes... ELIZABETH MARTICHOUX Mais Manuel VALLS, votre ancien collègue, Emmanuel MACRON, affirme que, en toute chose, dans ce gouvernement, on a fait les choses à moitié, il est gonflé, comme disait Najat VALLAUD-BELKACEM, il y a une semaine à ce micro ? MANUEL VALLS A propos de quoi on les a faits à moitié ? ELIZABETH MARTICHOUX A propos des réformes en particulier, ce qui... MANUEL VALLS Ah, ça, c'est autre chose. Mais on peut toujours réformer... ELIZABETH MARTICHOUX Mais, les réformes, c'est justement ce que vous incarnez, Manuel VALLS... MANUEL VALLS Mais pour pouvoir réformer... ELIZABETH MARTICHOUX Le changement, c'est maintenant, c'était ça le slogan de 2012 MANUEL VALLS Mais pour pouvoir réformer, il faut agir, et pour agir, il faut être au gouvernement, et moi, je suis chef du gouvernement, donc je continue à agir, à réformer, bien sûr... ELIZABETH MARTICHOUX Mais quand il dit ça : on a fait les choses à moitié, il a une part de responsabilité, il était à Bercy ? MANUEL VALLS Mais chacun a une part de responsabilité, Emmanuel MACRON était l'un des principaux conseillers du président de la République, entre 2012 et 2014, et ministre de mon gouvernement. Mais moi, je n'ai pas envie de rentrer dans ces débats et dans ces polémiques... ELIZABETH MARTICHOUX Non, mais vous-même, on sait, Manuel VALLS, que vous souhaiteriez aussi, vous, aller plus loin, vous souhaiteriez aussi, vous, aller plus vite, vos convictions parfois se heurtent à l'exercice du pouvoir ! MANUEL VALLS Et c'est normal, parce que la vie est un compromis, et quand vous gouvernez, vous êtes dans le compromis. J'aurais peut-être même souhaité aller plus loin, nous l'avions dit, pour ce qui concerne la réforme du travail, mais elle s'est heurtée au sentiment, pas seulement des partenaires sociaux, mais aussi des Français, il a fallu bâtir des compromis, heureusement avec la majorité, avec les syndicats réformistes... ELIZABETH MARTICHOUX Au risque de vider largement le texte, mais... MANUEL VALLS Non, il n'a pas été vidé, puisque pour la première fois, le dialogue social se fera dans l'entreprise, et c'est une de mes priorités avec Myriam El KHOMRI, c'est que les décrets d'application sortent très vite, et il donne aussi de nouveaux droits aux salariés. Non, la vie est un compromis, et donc gouverner, c'est aussi bâtir des compromis, ça ne peut pas être la brutalité, bien sûr que dans mon for intérieur, sur tel ou tel sujet, je souhaiterais qu'on aille plus loin, et d'ailleurs, s'il faut donner un nouveau quinquennat à la gauche, ça ne peut pas être au nom uniquement du bilan, c'est sans doute pour aller plus loin, dans le domaine... ELIZABETH MARTICHOUX Il faudra le défendre et ce ne sera pas chose facile... MANUEL VALLS Il faut le défendre, bien sûr... ELIZABETH MARTICHOUX Compte tenu des résultats. MANUEL VALLS Il faut le défendre ; mais il y a des résultats, Elizabeth MARTICHOUX. Quand, aujourd'hui, vous avez 70.000 chômeurs de moins, et que l'économie crée 135.000 postes, quand vous avez de la croissance qui revient grâce à la politique, que nous avons menée, en faveur aussi des entreprises, il y a des résultats, mais il faut aller sans doute plus loin, pour lutter contre les inégalités dans l'école. Il faudra aller sans doute plus loin pour conforter notre modèle social. ELIZABETH MARTICHOUX On aura l'occasion de reparler de la façon dont vous voyez... On en parlera avec les auditeurs. MANUEL VALLS Et puis il faut aller encore plus loin, parce que nous voyons bien que la grande priorité reste la sécurité des Français, et cela va peser énormément dans les années qui viennent. ELIZABETH MARTICHOUX Justement, il nous reste très peu de temps, mais, évidemment, aborder la révélation du Parisien ce matin, il y a une certaine stupeur à découvrir que dans votre ancienne ville, une école coranique a été fermée par votre successeur à Evry – pardon – des enfants de 3 à 6 ans qui fréquentaient cette école, ouverte dans le dos de la mosquée. Vous l'avez découvert, comme nous, d'abord ? MANUEL VALLS D'abord ce n'est pas mon ancienne ville, je suis toujours conseiller municipal, profondément attaché... ELIZABETH MARTICHOUX Votre ancienne mairie, pardon, vous étiez maire pendant des années. MANUEL VALLS Mes enfants y vivent. Oui, bien sûr, le maire d'Evry, Francis CHOUAT, m'en a parlé la semaine dernière, et il a décidé hier, avec la préfète du département, de communiquer sur ce dossier. ELIZABETH MARTICHOUX Mais ça en dit long sur les tentatives de contournement de la loi par certaines associations musulmanes, dont on ne connaît pas réellement le contenu pédagogique, c'était dans votre ville. MANUEL VALLS Mais ça en dit long sur ce qui se passe, en effet, dans notre pays, sur les phénomènes de radicalisation. Vous savez, aujourd'hui, 15.000 individus radicalisés sont suivis, je ne vous donne même pas les chiffres, vous les connaissez, près de 700 individus qui sont en Syrie et en Irak. ELIZABETH MARTICHOUX On a un chiffre sur les retours d'ailleurs, actuellement, qui semble préoccupant. MANUEL VALLS Il y a aujourd'hui 689 personnes qui sont présentes en Irak et en Syrie, dont, je veux toujours le rappeler, 275 femmes, et 17 mineurs, il y a 203 personnes qui sont revenues, il y a 195 qui sont décédées, mais attention aux confusions. Et puis, par ailleurs, il y a la nécessité de bâtir un Islam de France, profondément républicain, c'est la tâche de Bernard CAZENEUVE. Moi, j'ai la conviction profonde que l'immense majorité de nos concitoyens, de confession et de culture musulmane, partage l'idée d'un Islam français et républicain, mais il y a une minorité qui veut imposer sa vision des choses, et celle-là que nous devons combattre... ELIZABETH MARTICHOUX Vous avez publié une tribune, c'est de ça dont on parle... MANUEL VALLS Et je veux rappeler que c'est l'école de la République, l'école laïque, qui transmet aujourd'hui les savoirs et les valeurs, nous devons combattre tous ceux qui la mettent en cause. ELIZABETH MARTICHOUX Justement, c'est une question, pardon Manuel VALLS, qui porte sur ce que vous dites. Vous avez vu rouge en découvrant dans le New York Times une compilation de témoignages de femmes musulmanes qui se plaignent d'être victimes de la chasse aux burkinis. Ce qui vous a choqué, en quelques mots, c'est la teneur des propos ou la complaisance d'un journal américain à l'endroit de ces femmes qui disent que finalement la France est presque comme sous Vichy, où on avait une étoile jaune ? MANUEL VALLS Evidemment, c'est ça qui m'a choqué, la complaisance vis-à-vis de femmes qui fréquentent un campement interdit aux blancs et, ensuite, la vision que ce papier donnait de la France, pas n'importe quel journal, le New York Times. Donc, j'ai voulu préciser les choses. Nous protégeons les musulmans de France, nous avons un modèle... ELIZABETH MARTICHOUX Votre responsabilité c'est de réparer les fractures, ce n'est pas de critiquer les journaux. Ces femmes se sentent discriminées. La République ne sait plus intégrer, disent-elles. MANUEL VALLS Ma responsabilité, c'est de défendre mon pays que j'aime par-dessus tout, et contre toutes les caricatures, et la critique d'un modèle, qui est le modèle laïc, que parfois les anglo-saxons ne comprennent pas, puisqu'ils ont une vision très libérale, très différencialiste, de ce qu'est, aujourd'hui, la vie en société. Ce n'est pas ma vision des choses, et notamment au nom même de l'idée que je me fais de l'égalité entre les femmes et les hommes. ELIZABETH MARTICHOUX Merci beaucoup Manuel VALLS. Spéciale Manuel Valls sur RTL (2ème partie) YVES CALVI Le Premier ministre Manuel VALLS est donc l'invité exceptionnel de cette matinale sur RTL. Manuel VALLS, merci d'être resté avec nous pour débattre et discuter avec les auditeurs dans un instant. Monsieur le Premier ministre, avant de donner la parole aux auditeurs de RTL au 32 10, une première question d'actualité. La France est sans nouvelles de plusieurs ressortissants au Gabon. Avez-vous de nouvelles informations ? MANUEL VALLS Non. Le Quai d'Orsay, Jean-Marc AYRAULT s'est exprimé hier. Nous sommes, c'est vrai, sans nouvelles de plusieurs de nos ressortissants souvent binationaux, franco-gabonais. YVES CALVI Combien ? MANUEL VALLS Une quinzaine sans doute de personnes et nous demandons aux autorités gabonaises que tout soit fait pour les retrouver. C'est une exigence de notre part et nous espérons avoir le plus vite possible des informations les concernant. YVES CALVI Vous estimez que la présidence d'Ali BONGO est légitime aujourd'hui ? MANUEL VALLS Il faut un processus électoral clair. Nous avons déjà eu cette expression. Il y a contestation et doute. Les observateurs européens sur place, car ces élections ont été observées, ont émis des critiques sur la base de faits objectifs. La sagesse commanderait de faire un nouveau décompte des résultats mais aujourd'hui notre priorité, c'est la sécurité des quinze mille Français qui vivent et travaillent au Gabon. Je veux rappeler que la France a rompu avec ce qu'on a appelé la Françafrique. Nous avons installé, avec le président HOLLANDE, une nouvelle relation avec l'Afrique, et c'est ma conviction par ailleurs. L'Afrique, c'est le grand continent d'avenir. C'est la nouvelle frontière plus que jamais pour la France et pour l'Europe. Le grand défi climatique, migratoire, économique, démographique, celui de la jeunesse nous concerne très directement. Cette nouvelle relation avec l'Afrique est tout à fait essentielle. Ça passe aussi, bien sûr, par d'autres modes de gouvernance, sans donner aucune leçon, mais comme beaucoup de pays s'y sont engagés. Je pense à la Côte d'Ivoire, au Sénégal, au Mali. Nous sommes intervenus au Mali pour sauver ce pays et pour sauver la démocratie. La démocratie fait partie du développement. YVES CALVI En quelques mots, à ce titre vous encourageriez monsieur PING à organiser un recours devant le Conseil constitutionnel ? MANUEL VALLS Je n'encourage rien. Ce pays comme tant d'autres a besoin de la stabilité nécessaire. YVES CALVI On dialogue maintenant avec les auditeurs de RTL. Bonjour Alan. ALAN, AUDITEUR DU MORBIHAN Bonjour Yves. Bonjour à toute votre équipe et bonjour à monsieur le Premier ministre. MANUEL VALLS Bonjour monsieur. YVES CALVI Vous nous appelez du département du Morbihan et le Premier ministre vous écoute. ALAN Oui. Monsieur le Premier ministre, j'ai vingt et un ans actuellement ; j'ai un bac pro de conducteur routier et je voudrais savoir, vu que je galère à trouver du travail vu que je n'ai pas d'expérience, qu'est-ce que vous pouvez répondre aux jeunes qui font des formations, qui ont des diplômes mais qui n'ont pas d'avenir vu qu'ils n'ont pas d'expérience et que les patrons les refusent ? YVES CALVI Diplômé sans expérience, que peut-on faire pour eux ? MANUEL VALLS Dans quel secteur vous disiez ? YVES CALVI Transport routier. MANUEL VALLS Transport routier, et pourtant c'est un secteur qui aujourd'hui se développe, d'ailleurs grâce à la loi portée par Emmanuel MACRON dans le secteur des transports. YVES CALVI Il sera heureux que vous lui rendiez hommage. MANUEL VALLS Mais je rends hommage à une action toujours collective et puis aux ministres tels qu'ils se sont engagés. Vous savez, moi je ne change pas de langage quelle que soit ma situation et ma fonction. Non, moi j'encourage moi les patrons, les chefs d'entreprise - c'est d'ailleurs le sens aussi de la loi Travail – à embaucher des jeunes, à embaucher des jeunes notamment en CDI, à les former. L'apprentissage, la formation, la formation continue, la formation tout au long de la vie puisqu'on peut changer de métier et la révolution numérique va changer énormément la relation au travail et le métier oblige à ce changement. C'est le rôle aussi de l'éducation nationale que de former les jeunes aux métiers d'aujourd'hui et de demain. YVES CALVI Bien sûr Manuel VALLS, mais la question que vous pose Alan, c'est avec un bac pro – en plus, on sait que ces filières sont professionalisantes au sens premier du terme – il n'a pas d'expérience et c'est finalement ce qu'on utilise aujourd'hui pour ne pas lui proposer un premier boulot. Est-ce qu'on peut les aider ou vous lui dites tout simplement : « Non, il faut continuer à frapper à des portes, prendre votre téléphone ». MANUEL VALLS Bien sûr, mais évidemment qu'il faut les aider. Et c'est le rôle des chambres de commerce, des chambres consulaires, c'est le rôle des régions dans le rapport aux entreprises. Il faut continuer en effet à aider ces jeunes même si ensuite il y a un certain nombre de secteurs qui peuvent être plus ou moins en difficulté. YVES CALVI Merci, Alan, de nous avoir appelés. On continue avec Françoise qui, elle, nous appelle de Nancy. Bonjour Françoise, le Premier ministre vous écoute. FRANÇOISE, AUDITRICE DE NANCY Bonjour Yves, bonjour monsieur le Premier ministre. MANUEL VALLS Bonjour madame. FRANÇOISE Bonjour. Je vous appelle concernant les boues rouges de l'usine de Gardanne qui se déversent dans les calanques de Cassis. Je le suis de loin parce que j'ai de la famille qui habite là-bas et ça m'a vraiment choquée, l'émission de vendredi soir. En fait, ça pollue, ça tue les poissons, ça pollue la Méditerranée. Je souhaitais savoir si vous aviez l'intention de revenir sur la décision que vous aviez prise au mois de décembre, je crois. YVES CALVI Je précise pour nos auditeurs que l'émission en question est « Thalassa » et que dans cette émission, Ségolène ROYAL disait très simplement que vous aviez pris une décision contre son avis et qui aboutissait à la situation que dénonce Françoise, en tout cas sur laquelle elle vous interroge, Manuel VALLS. MANUEL VALLS L'usine de Gardanne existe depuis 1894. Ce n'est pas un argument d'autorité, je le reconnais. Elle a commencé à rejeter des boues rouges en mer dans les calanques en 1966, il y a donc déjà cinquante ans. Un arrêté préfectoral pris trente ans après, en 1996, a mis en demeure cette usine de cesser ces rejets solides – c'est ça les boues rouges – en mer à compter du 31 décembre 2015. L'usine a travaillé sur un nouveau processus de filtrage de ces rejets qui aboutit à une demande d'autorisation en date du 10 mai 2014. Celui-ci comporte l'arrêt total de rejets de résidus solides et il n'y aura plus que des rejets - c'était à ce moment-là cet arrêté qui avait été pris – d'effluents liquides, c'est-à-dire des eaux de procédés, des eaux utilitaires, des eaux pluviales. Ces rejets liquides peuvent être encore pour certains polluants, supérieurs aux normes autorisées. C'est pour cela qu'un avis avait été demandé au Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques. Pour prendre la décision, alors qu'aujourd'hui il n'y a plus de rejets des boues rouges. Je veux quand même rappeler ce fait. J'ai eu l'autorisation, l'avis positif de l'Autorité environnementale du parc national des calanques qui est très directement concernée et du Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques. J'ai donc eu cet avis. A partir de ce moment-là, dans une discussion avec la ministre de l'Environnement et c'est son rôle que de protéger l'environnement... ELIZABETH MARTICHOUX C'est son rôle de vous défier deux fois, de vous contredire deux fois ? Vous l'avez encore recadrée hier matin. MANUEL VALLS Moi je ne recadre pas. Je rappelle uniquement les processus. Nous avons donc eu une discussion avec Ségolène ROYAL, avec le ministre de l'Economie et le ministre de l'industrie Emmanuel MACRON, et j'ai pris en connaissance de cause et avec ces avis positifs de ces trois instances, avec ces avis obligatoires, j'ai pris cette décision à partir du moment où je considérais qu'il y avait de très nets progrès, qu'il n'y avait plus de rejets de boues rouges. Parce que c'est ça ma préoccupation, comme celle des ministres qui ont travaillé avec moi pour privilégier la santé des Français. Donc le préfet à la fin de l'année 2015, le 28 décembre, le préfet des Bouches-du-Rhône a signé un arrêté qui définit les modalités autorisées de fonctionnement de l'usine et les obligations de contrôle. Cet arrêté reprend toutes les recommandations des trois autorités que je viens de citer, qui ont émis cet avis positif et dont l'avis, je veux le rappeler, est obligatoire. Le parc des calanques est totalement associé à ce travail. Cette autorisation a été donnée pour six ans et donc il y a un contrôle... YVES CALVI C'est suffisant ? On n'y revient pas pour l'instant ? MANUEL VALLS On n'y revient pas, il y a une décision qui a été prise. Vous savez moi, c'est comme ça que je gouverne. ELIZABETH MARTICHOUX Mais elle a un double discours Ségolène ROYAL alors. Elle est d'accord avec vous pendant les réunions de concertation et puis devant les médias, elle dit : « Mais moi, je ne suis pas d'accord avec la décision qui est prise. » MANUEL VALLS Dans la réunion que nous avons eue ensemble, elle a émis un avis négatif. D'une certaine manière, encore une fois, ça peut être le rôle du ministre de l'Environnement mais c'est ma conception. C'est comme ça, je crois, qu'on gouverne. C'est d'ailleurs le rôle du chef du gouvernement de procéder à des arbitrages après un travail interministériel et, encore une fois, avec l'avis positif, les recommandations des autorités que j'ai citées. Moi, je ne polémique pas et encore moins avec les ministres parce que c'est ça... ELIZABETH MARTICHOUX Donc vous lui demandez d'arrêter aussi. MANUEL VALLS C'est ma conception de l'Etat et du gouvernement. Vous savez, on parlait, Elizabeth MARTICHOUX, il y a un instant des affaires, de ces procès ou de ces procédures judiciaires qui, à tort je crois mais c'est ainsi, donnent une image terrible d'une action publique et c'est insupportable. Les commentaires d'ailleurs de ceux qui sont concernés sur la justice sont tout autant insupportables. Leur manière de se défendre en se défaussant sur d'autres ou sur la justice, parce que ça atteint l'autorité-même de l'Etat. Il y a un doute profond sur la manière dont on gouverne d'une manière générale et pas qu'en France. Comme chef du gouvernement agissant jusqu'au bout, fier de gouverner parce que je pense que c'est une magnifique responsabilité, je pense que gouverner ce n'est pas facile mais c'est passionnant, et c'est un collectif au service de la France. Quand une décision est prise, elle est prise et moi je l'assume. C'est ainsi qu'on gouverne et qu'on rend aussi ses lettres de noblesse à la politique et vous ne m'entendrez pas dire du mal de l'un des ministres parce que, encore une fois, moi j'ai une conception haute de l'action qui est la mienne. YVES CALVI Françoise, six ans. C'est finalement la réponse définitive du Premier ministre après les éléments de concertation sur lesquels il vient de revenir. Vous restez avec nous, Manuel VALLS, et on se retrouve dans quelques instants. […] Manuel VALLS, nous continuons de discuter avec les auditeurs de RTL qui nous appellent au 32.10. Bonjour Marc. MARC, AUDITEUR Bonjour Yves. Bonjour Monsieur le Premier ministre. MANUEL VALLS Bonjour monsieur. MARC La France a été victime ces derniers mois de terribles attentats, et on constate que le débat politique tourne toujours autour de l'aspect sécuritaire, à savoir faut-il ou non augmenter les effectifs de police, faut-il prolonger ou non l'état d'urgence, sur les renseignements généraux. Par contre, on n'entend pas les causes de pourquoi tous ces jeunes se radicalisent, pourquoi ils se convertissent, ils se radicalisent, quel est le projet de société, qu'est-ce qui est fait pour éviter tout cela ? YVES CALVI Ce n'est pas facile d'essayer de répondre dans des délais concis, mais je compte sur vous Monsieur le Premier ministre. MANUEL VALLS Trois choses. Il faut protéger les Français, donc tous les moyens doivent être mis, et nous le faisons, pour protéger les Français face à la menace terroriste, qui n'a jamais été aussi élevée, et le ministre de l'Intérieur le rappelle, me semble-t-il, tous les jours. Deux, il faut lutter contre la radicalisation. 15.000 individus, aujourd'hui, sont observés, par nos services, comme étant radicalisés, comme présentant des menaces en matière de radicalisation. YVES CALVI De 500 à 600 signalements dans nos écoles notamment. MANUEL VALLS Avec un certain nombre de signalements par les écoles, par les services sociaux. Et puis, sans chercher la moindre excuse à ceux qui commettent... Des terroristes, il faut aussi s'attaquer aux causes profondes, qui d'ailleurs n'existent pas forcément dans notre pays seulement, puisque c'est une guerre qu'on nous mène. Et cette guerre elle est mondiale, d'autres pays sont concernés, au Proche, au Moyen-Orient, en Afrique, et bien sûr aussi en Europe. Et il me semble qu'il y a deux éléments, mais je réponds très rapidement. Il faut construire cet Islam, de France, d'Europe, totalement compatible, ce que je crois, avec la démocratie, la laïcité, l'égalité homme/ femme, la séparation des cultes avec l'Etat. Et c'est un formidable message qu'il faut envoyer au monde entier, parce que, si les terroristes nous attaquent c'est parce que nous sommes la France, parce que nous intervenons bien sûr à l'extérieur, mais parce que nous sommes le pays de la laïcité, aux origines chrétiennes, avec la plus vieille communauté juive d'Europe, et parce que l'Islam est la deuxième religion de notre prendre, parce qu'ils veulent prendre en otages, d'une certaine manière, les musulmans de France. Et puis il faut donner du sens, il faut donner un sens. Quand on parle de l'identité de la France, ça ne peut pas être une identité repliée, rabougrie, rance, pensant que le passé était meilleur que le présent et l'avenir, et donc il faut entraîner la communauté nationale ; moi je crois qu'il n'y a qu'une seule communauté, la communauté nationale ; et redonner de l'espoir. Mais, je le dis à cet auditeur, qui a raison, il faut un projet pour le pays, davantage de sens, davantage d'engagement, d'optimisme, d'envie, mais malgré tout nous allons vivre, pendant 10 ans, avec cette menace, avec ces processus de radicalisation, et donc ça demande à chaque Français un changement de culture de sécurité et d'engagement. YVES CALVI Merci de votre appel Marc. Bonjour Fabien, le Premier ministre vous écoute, vous nous appelez d'Agen. FABIEN, AUDITEUR D'AGEN Bonjour. Ma question sera courte et j'espère que votre réponse le sera aussi pour que vous puissiez avoir davantage de questions. Vous vous êtes inscrit en faux contre les réformes faites à moitié selon Emmanuel MACRON. Prenons celle qui pourrait m'intéresser, la possibilité pour les jeunes notaires de s'installer dans des postes nouvellement créés. La loi a été votée, l'autorité de la concurrence a fait son travail, mais cela fait plusieurs mois que moi, et mes collègues, sommes dans l'attente des décrets d'application. Pouvez-nous nous dire s'ils sortiront bientôt s'il vous plaît. MANUEL VALLS Ils sortiront bientôt. Je l'avais évoqué d'ailleurs avec Emmanuel MACRON quelques jours avant son départ, puisque nous parlions de son action et de l'avenir, et je l'ai aussi évoqué avec le garde des Sceaux, Jean-Jacques URVOAS, donc c'est une question de jours ou de semaines, parce que, en effet, là aussi, il faut de la souplesse pour permettre l'installation de jeunes et nouveaux notaires. YVES CALVI Souhaitons que ce soit une question de jours et non de semaines, mais en tout cas la réponse a été brève et claire. Du coup j'en ajoute une. Emmanuel MACRON aujourd'hui, selon vous, c'est un allié ou un rival ? MANUEL VALLS C'est à lui de le dire. Vous savez, Emmanuel MACRON, il parle de la gauche du réel, de la gauche sociale réformiste qu'il veut incarner, mais cette gauche du réel, cette gauche sociale réformiste, cette gauche qui assume les responsabilités dans l'exercice du pouvoir, c'est moi, et par rapport, parfois, à une gauche qui tourne le dos au projet européen, qui est réaliste sur le plan économique ou qui a une autre conception de la laïcité. L'idée du dépassement du Parti socialiste, mais je le dis depuis des mois, sinon des années, et dans la décomposition politique d'aujourd'hui, la déconstruction des formations politiques, on a besoin de ce dépassement. YVES CALVI Vous êtes en train de me dire qu'il a mené une grande opération de communication avec vos idées, donc il fallait les préserver. MANUEL VALLS Non. Sur le rassemblement face à l'extrême droite et aux blocs réactionnaires incarnés par une partie de la droite et de l'extrême droite, je ne cesse de le dire, et d'ailleurs je ne suis pas le seul, mais ce que je crois c'est que nous avons uns histoire, une longue histoire, la gauche française, pas par nostalgie, JAURES, BLUM, MITTERRAND, ROCARD, et je rajouterais bien sûr CLEMENCEAU dans les grands débats qu'il avait avec JAURES. On ne coupe pas avec cette histoire. Il faut rassembler sa famille politique, il faut rassembler la gauche, mais il faudra aller bien au-delà. Donc, il ne me pique pas mes idées, ce n'est pas un sujet, il a le droit d'avoir évidemment ses idées, mais il n'y a pas deux voies possibles en dehors de cette famille politique, même si elle doit se dépasser. On ne peut pas le faire contre l'histoire de la gauche, et on ne peut pas le faire, encore moins, contre les femmes et les hommes de gauche, parfois déboussolés, parfois perdus, mais à qui il faut offrir un chemin. Et j'espère que, notamment François HOLLANDE, dans un discours attendu dans 2 jours, le 8 septembre… YVES CALVI A la fondation Jean Jaurès. MANUEL VALLS A la fondation Jean Jaurès, salle Wagram, il aura l'occasion de donner du sens, et d'être non seulement le garant, ce qu'il est, des institutions et de la République, mais de montrer qu'un autre quinquennat, avec la gauche, est possible, à condition, encore une fois, de dire pourquoi et donner du sens. Et donc, la place d'Emmanuel MACRON, elle est là-dedans, il n'y a pas deux places, me semble-t-il. Vous savez, aujourd'hui, le monde tel qu'il est, cette menace terroriste, ce regard des Français sur la politique, les grands défis du moment, le défi migratoire, le défi climatique, on ne s'improvise pas candidat à l'élection présidentielle. Moi je suis étonné par le nombre de candidats à l'élection présidentielle qu'il y a, alors qu'il s'agit de la France, de la cinquième puissance économique mondiale, d'un pays qui est membre permanent du Conseil de sécurité, qui a l'Histoire qu'on connaît, mais une influence dans le monde. Regardez le regard qu'on porte sur la France de l'extérieur, sur l'admiration que suscitent les Français dans leur capacité de résilience, de résistance, face au terrorisme, donc… Il y a des candidats tous les jours à l'élection présidentielle, non, on ne s'improvise pas candidat à l'élection présidentielle, c'est une fonction majeure et on ne peut pas la préparer en divisant. Aujourd'hui l'essentiel ce n'est pas seulement de rassembler une famille politique, c'est de rassembler les Français. C'est pour cela que je pense que le président de la République, François HOLLANDE, le président de la République sortant, est le plus à même de faire cela, ça sera à lui de le dire, ça sera à lui de dire pourquoi il faut un nouveau quinquennat. YVES CALVI Donc vous souhaiteriez qu'il se déclare, par exemple jeudi, qu'il nous annonce qu'il est candidat à l'élection présidentielle ? MANUEL VALLS Non, il a donné rendez-vous… YVES CALVI Ça réglerait le problème ! MANUEL VALLS Il a donné rendez-vous aux Français au mois de décembre, mais je crois qu'il faut qu'il indique le cap dès jeudi. YVES CALVI Merci Manuel VALLS d'être venu aujourd'hui sur RTL pour répondre aux questions d'Elizabeth MARTICHOUX et des auditeurs qui nous ont appelés au 32.10. Bonne journée à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/381.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/381.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3ca0adb7cc4ffb905813b17c13abbd1539836079 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/381.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs les parlementaires, Messieurs les présidents des Fondations qui nous accueillaient aujourd'hui, Mesdames, Messieurs, Au terme de la lutte, la démocratie triomphera. Pour avoir conduit pendant plus de quatre ans le combat de la République contre un fanatisme meurtrier, je n'ai aucun doute. Malgré les épreuves elles ont été douloureuses les drames, les larmes, malgré la peur qui parfois peut envahir les esprits, malgré l'angoisse, malgré la souffrance, nous vaincrons. La démocratie sera toujours plus forte que la barbarie qui lui a déclaré la guerre. Cette conviction qui m'habite n'efface pas ma lucidité face à la gravité de la menace. Le terrorisme islamiste ensanglante tous les continents, occupe des territoires, déstabilise des pays, massacre des populations, organise des attentats qu'il commandite ou qu'il inspire. Nous le savons, nous qui avons payé un lourd tribut : deux cent trente-huit morts et de nombreux blessés. Le terrorisme islamiste s'est érigé en faux Etat dirigé par de vrais assassins. Il dévoie l'islam pour propager la haine, le fondamentalisme avec tous les moyens que la technologie lui offre et que les trafics de toute sorte lui permettent de financer. Voilà l'ennemi, nous le nommons, il est redoutable. Même s'il recule, et je salue ici Jean-Yves LE DRIAN et la force de nos armées, même s'il recule en Syrie et en Irak, il s'installe sur d'autres terrains : en Afrique, en Asie, partout où il peut se nicher dans les chaos qui sont créés. Cet ennemi est cruel, il endoctrine, enrôle et envoie ses recrues frapper des innocents. Cet ennemi est insatiable, il veut détruire le passé car les civilisations lui font horreur et interdire l'avenir parce qu'il va jusqu'à nier l'Humanité. La démocratie, et vous l'avez bien dit, est sa cible. Elle incarne le contraire de ce qu'il est : la liberté, la tolérance, le respect, la culture, l'égalité entre les femmes et les hommes. Ces principes lui sont insupportables. Le terrorisme islamiste a l'illusion de croire que la démocratie est faible et qu'il peut l'ébranler en l'effrayant, la diviser en l'épouvantant, la faire douter en radicalisant une infime partie de la jeunesse. Il se trompe. Nous connaissons les lois de l'Histoire. Les démocraties gagnent toujours les guerres. Elles peuvent être parfois surprises, quand un ennemi soudain se déclare et passe à l'offensive, mais leur victoire est inéluctable car elles disposent d'une force qui rassemble les énergies et qui devient irrésistible. Cette force, cette force qui peut permettre de vaincre tous les obstacles, même les pires, cette force c'est la liberté. C'est ainsi que les démocraties ont vaincu les fascismes. C'est ainsi que les démocraties ont vaincu le nazisme. C'est ainsi que les démocraties ont vaincu les totalitarismes. C'est ainsi que les dictateurs qui se croyaient inamovibles se sont retrouvés désarçonnés, renversés. Il en sera de même. C'est ainsi que les terroristes seront traqués, réduits et au bout du compte annihilés. Le combat, il sera long, éprouvant, difficile, parce qu'il vient de loin. Il a commencé en Afghanistan il y a plus de trente ans, quand un régime manipulé de l'étranger a suscité contre lui une rébellion d'inspiration religieuse. Comme dans toute guerre de cette nature, la montée aux extrêmes avantage les plus fanatiques. Cette guerre s'est poursuivie dans bien d'autres pays : en Irak, en Syrie où l'obscurantisme religieux utilise le chaos pour appeler au djihad et à la construction d'un califat. C'est ainsi que les terroristes de Daesh se sont lancés dans une folle entreprise d'asservissement au nom d'un dieu trahi. Avant de nous atteindre, ils s'en sont pris à leur propre religion. Partout, les musulmans ont été les victimes de ces islamistes. Il en va de même en France où parmi les morts que l'on dénombre, les blessés que l'on relève, on voit que les musulmans payent également leur tribut à la terreur. Cette guerre, elle est d'un nouveau genre. Aux démocraties, elle lance un défi planétaire et c'est la raison pour laquelle la France s'est engagée au loin comme ici. En se battant en pays étranger, nos armées nous défendent parce que c'est la même menace, parce que ce sont les mêmes meurtriers que nous devons affronter au Mali, en Syrie, en Irak et chez nous. Laisser les terroristes bâtir leur puissance là-bas, c'est renforcer leur influence ici. Alors la France poursuivra obstinément ce combat. Elle a pour elle la vaillance de ses soldats, le courage de ses policiers, de ses gendarmes et plus largement de tous ceux qui contribuent à notre sécurité. Mais en même temps qu'avec le gouvernement de Manuel VALLS je fais tout pour protéger les Français, je leur dois aussi la vérité. La menace, elle est là et elle va durer. Nous devrons donc l'affronter avec courage, fermeté et sang-froid. Le sang-froid, c'est une qualité. Cela ne veut pas dire qu'on n'a pas d'émotion. Cela ne veut pas dire que l'on n'a pas à un moment à avoir une compassion qui parfois nous submerge, mais cela veut dire que nous ne devons jamais nous laisser emporter par la déraison. Nous devons donc assurer la sécurité sans jamais renoncer à vivre comme nous le voulons, comme nous l'entendons, car c'est là l'essentiel. Les terroristes nous lancent non pas un défi mais deux : les vaincre et rester nous-mêmes. La visée des islamistes, c'est de plonger les démocraties dans l'effroi en vue d'attiser les tensions, les divisions. C'est de provoquer le divorce entre nos concitoyens et d'engendrer une suspicion générale à l'égard de nos compatriotes musulmans. C'est une stratégie méthodiquement théorisée, minutieusement planifiée. Elle a ses penseurs si je puis dire, ses exécutants hélas. C'est parce que la France a porté dans son Histoire mais aussi dans ses choix d'aujourd'hui les principes les plus élevés qu'elle est désignée et attaquée par l'islamisme radical. La France de la libre expression, magnifiée par ses milliers ses millions, devrais-je dire de crayons brandis le 11 janvier 2015 à Paris et dans les villes de France. La France de l'égalité et d'abord celle entre les femmes et les hommes. La France de la fraternité, c'est-à-dire de citoyens aux parcours différents mais unis sur l'essentiel, en partageant les valeurs de la République et laïcité. Voilà pourquoi nous sommes attaqués, voilà pourquoi nous devons répondre. Et il y a deux voies et deux voies seulement pour les démocraties. La première, c'est l'état d'exception. C'est de considérer que puisque nous sommes en guerre il faudrait suspendre l'État de droit aussi longtemps que la menace perdurera. Et pourtant l'histoire et elle est bien connue et l'expérience nous enseignent que face à des périls bien plus graves et notamment au XXème siècle, c'est quand la République a tenu bon qu'elle s'est élevée, et c'est quand elle a cédé qu'elle s'est perdue. La liberté n'est pas un handicap, elle est notre premier atout, parce que les peuples libres, et le nôtre notamment, même s'ils vivent parfois dans une apparente insouciance, sont prêts à tous les sacrifices pour défendre la liberté. C'est vrai, comme le disait Gilles FINCHELSTEIN, la liberté c'est comme l'air qu'on respire, elle nous entoure et on n'y pense guère, mais quand elle vient à manquer on étouffe, on se débat, on lutte parce qu'on ne peut pas vivre sans elle. Voilà pourquoi nous nous battons. Il y a toujours un sens au combat. Nous ne sommes pas simplement dans la réplique ou dans la résistance, nous nous battons. L'idée de patrie n'est pas une idée simplement issue du passé, c'est de savoir toujours pourquoi nous nous battons. Et la France s'engage pour la liberté. Ce principe simple, essentiel, certains ne l'ont pas compris. Je les entends, ils battent les estrades, ont recours à des surenchères pour mieux se distinguer à l'intérieur de leur camp, oubliant que le seul camp qui vaille c'est celui de la République. En ces matières, je constate que l'imagination est sans limite et prend des tours inquiétants. Pour défendre le droit, voilà qu'il faudrait commencer par l'abaisser, recourir à des internements administratifs dans des camps, enfermer les suspects sans discernement et sans jugement. J'en entends même qui veulent ressusciter la Cour de Sureté de l'Etat ; revenir sur l'indépendance de la justice ; la séparation des pouvoirs ; renier les Droits de l'Homme et la convention internationale qui les soutient ; instaurer en violation du droit du sol l'insécurité juridique pour des centaines de milliers de jeunes nés en France ; supprimer le regroupement familial en rupture avec le droit européen, établissant ainsi un lien entre immigration et terrorisme. Ces reniements seraient autant de renoncement, mais sans nullement assurer la protection des Français. Là encore l'histoire nous apprend qu'oublier ces principes augmente le malheur du monde sans réduire les périls. Est-ce que l'adoption du Patriot Act ou le camp de Guantanamo ont préservé les Etats-Unis de la menace ? Non. Les principes constitutionnels ne sont pas des arguties juridiques. Argutie juridique, la liberté d'aller et venir ? Argutie juridique, la liberté d'expression ? Argutie juridique, la liberté de culte ? Argutie juridique, la présomption d'innocence bien commode à brandir quand il s'agit de plaider pour son propre compte ? Non, la Constitution n'est pas un texte flexible avec des points de suspension, avec des parenthèses et la Déclaration des Droits de l'Homme n'est pas un vieux parchemin que l'on devrait encadrer pour le mettre dans les salles où nous recevons le public. La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen est le pilier de notre vie commune avec notre Constitution. C'est pour ses valeurs, pour ses principes, pour ce qui est inscrit aux frontons de nos édifices publics que nos soldats, nos policiers, nos gendarmes, et combien d'autres dans des missions périlleuses sont prêts au sacrifice. Si nous voulions rallier les démocrates contre les terroristes, commençons par ne pas leur faire perdre leur âme. L'autre voie, la seule qui vaille, la seule qui soit efficace c'est celle de l'État de droit. C'est le choix que j'ai fait au nom de la France dans un quinquennat qui a été éprouvé par tant d'attentats, avant même que je n'accède aux responsabilités MERAH et ses assassinats jusqu'à ces derniers jours où les tentatives sont là, et quand elles sont déjouées nous n'en disons rien, mais quand elles parviennent à tuer, à massacrer, nous savons bien ce que peut ressentir un peuple à cet instant, cette tentation de la revanche, cette volonté d'éradiquer. Nous avons donc fait en sorte d'agir et de répondre avec le droit, le droit international. Quand nos forces interviennent le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc AYRAULT le sait mieux que d'autres, c'est dans le cadre des Nations Unies, où nous ne menons aucune opération de guerre préventive contre une menace présumée, nous agissons en légitime défense pour détruire les bases où sont conçues et commanditées des attaques contre notre pays. A l'intérieur, c'est avec nos lois, conformément à nos règles constitutionnelles, que nous traquons les djihadistes, démantelons les réseaux criminels, luttons contre la radicalisation et l'endoctrinement. Nous avons pris toutes les décisions même les plus difficiles avec le gouvernement de Manuel VALLS et avec le concours du Parlement. Qui peut dire s'il a un tant soit peu de sincérité que nous n'avons pas tout fait pour soutenir l'action de nos policiers, de nos gendarmes et de nos soldats ? Qui peut dire avec un tant soit peu d'honnêteté que le ministre de l'Intérieur dont la solidité, la détermination, oui dont la solidité et la détermination suscite le respect, ne se soucie pas de protéger les Français partout ? Qui peut dire que nous ne voulons pas user de tous les moyens possibles pour annihiler notre ennemi ? Dois-je rappeler les 9 000 policiers et gendarmes, postes qui ont été créés au cours du quinquennat ? Oui, je dois le rappeler puisqu'il y en avait eu 13 000 qui avaient été supprimés précédemment. Dois-je ajouter que la loi de programmation militaire, sur proposition de Jean-Yves LE DRIAN, a été révisée à la hausse, quand la précédente l'avait révisée à la baisse, et que nous avons mis fin à la réduction des effectifs militaires ? En quatre ans, et ce n'était pas prévu dans mes engagements, nous avons voté trois lois anti terroristes, et une loi sur les renseignements permettant de condamner les actes commis à l'étranger par les djihadistes français, de renforcer la répression de l'apologie du terrorisme, notamment sur Internet, de donner aux juges et aux procureurs de nouveaux moyens d'investigation, d'accroitre les moyens de lutte contre le financement du terrorisme, de durcir les peines pour les auteurs de crime terroriste. Quant à l'état d'urgence qui a été prolongé et même durci, j'aurais voulu inscrire ces principes dans la constitution pour les encadrer, pour en préciser l'usage, la droite a préféré bloquer cette révision. Cet état d'urgence, ces lois, cet arsenal, nous ont permis de déjouer plusieurs projets d'attentats, de démanteler des filières, d'engager des centaines de procédures judiciaires, d'empêcher de nouveaux départs, de fermer des mosquées qui délivraient des messages de haine, de frapper d'expulsion un certain nombre d'individus dangereux, de faire en sorte que nous puissions toujours être en mouvement et en action. Nous l'avons fait parfois, en pleine conformité avec notre Constitution, sous le contrôle effectif du conseil constitutionnel et des juridictions administratives et judiciaires. Mais nous l'avons fait aussi parfois en heurtant un certain nombre de consciences et d'amis, qui ne voulaient pas que l'on aille trop loin mais nous n'allions pas trop loin, nous faisions en sorte à chaque fois d'adapter la réponse en fonction du droit pour être le plus efficace contre les terroristes. C'est un sujet essentiel car il est faux de prétendre que l'État de droit entraverait la lutte antiterroriste ou que les démocraties seraient impuissantes face à la menace, ou pire encore que nous serions attaqués parce que nous serions faibles. C'est tout l'inverse, c'est parce que nous sommes forts, c'est parce que nous pesons dans le destin du monde, c'est parce que nous agissons à l'extérieur, parce que nous sommes un pays qui est un exemple, une référence pour beaucoup d'autres que nous sommes attaqués et que la force de notre réponse doit être à la hauteur de ce que nous pensons de nous-mêmes. Nul ne peut en conscience promettre qu'il n'y aura pas d'attentat, je ne le ferai jamais. Ce que je peux en revanche garantir aux Français, c'est que toute la puissance de l'Etat sera engagée pour venir à bout de l'ennemi. J'ai une conviction profonde que j'ai rappelée, nous vaincrons. Nous vaincrons parce que nous sommes capables avec l'État de droit de disposer des mesures indispensables et nous vaincrons à une seule condition : que notre cohésion soit notre protection. Tel est l'enjeu des temps qui viennent. Je vous le dis tout net, si les Français se divisent, si l'Europe se déchire, si les démocraties se tournent le dos, emportées par le « sauve qui peut » et le chacun pour soi, voire même la passion nationaliste, alors l'issue de la bataille contre le terrorisme s'éloignera et le risque sera sérieux de voir se défaire ce qui a été patiemment construit depuis des décennies, c'est-à-dire essentiellement depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Je fais partie d'une génération, je suis né au milieu des années 50, qui considérait la démocratie comme un régime à vocation universelle, qui devait cela devait prendre du temps s'appliquer à l'ensemble des régions du monde, qui ne pouvait être mise en cause tant il avait fait la démonstration de sa perfection, même s'il était déjà contesté à l'intérieur, mais c'était aussi son honneur. Tel n'est plus le cas aujourd'hui, ce qui paraissait le mieux établi est mis en doute, ce qui semblait une évidence devient un sujet de discussions : la démocratie. Ce qui semblait un rempart infranchissable pour les extrémistes est devenu une simple haie d'obstacles, la dernière peut-être qu'il conviendrait de franchir pour atteindre au but. Ce qui était irréversible semble d'un coup vulnérable. Voilà pourquoi j'agis pour préserver et renforcer notre cohésion. Il est tellement plus simple de convoquer les peurs, de flatter les mauvais sentiments, il en existe chez chacun d'entre nous, de penser que le vent mauvais peut souffler hélas dans la mauvaise direction. Toujours plus commode d'opposer les uns et les autres en prétendant qu'il y a, ou qu'il y aurait, eux et nous, au sein même de la communauté nationale. Voilà pourquoi je me bats. Ce n'est pas un sujet simplement qui viendrait parce que nous sommes proches des échéances, c'est un sujet majeur qui doit déterminer le choix de nos concitoyens, parce que là il ne s'agit plus simplement de savoir si on fait plus ou si on fait moins, si on donne aux uns ou on prend aux autres, si on redistribue ou si on reprend, l'essentiel est en cause. Et de même que je refuse l'État d'exception, je me bats contre l'État d'exclusion. Celui qui d'ailleurs, prôné par les mêmes, démantèle la protection sociale, réduit les services publics, veut mettre en cause l'école de la République. Là encore, c'est la raison même de mon engagement. La cohésion, ce n'est pas l'uniformité ou l'unanimité, la cohésion ne demande pas l'effacement des différences, ni même des différents, mais elle exige de la mesure pour se garder de la provocation qui attise et de la stigmatisation qui blesse. D'où l'enjeu de la laïcité. La laïcité, ce n'est pas une mystique, ce n'est pas une religion d'Etat contre les religions. La laïcité, c'est un ensemble de règles de droit qui organise la vie dans la République. La laïcité, c'est avant tout un principe de neutralité qui s'impose à l'Etat, mais aussi aux citoyens qui doivent la respecter. L'Etat garantit à chacun et à chacune le droit de croire ou de ne pas croire, d'exercer son culte, d'exprimer ses opinions religieuses « pourvu, comme l'énonçait déjà la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen en 1789, que leurs manifestations ne troublent pas l'ordre public ». Comme si, il y a déjà bien longtemps, tout avait été prévu, non, mais l'organisation, oui, de ce que peut être une vie en commun. Et c'est pour cette raison que le législateur, en 1905, au terme d'un long débat, avait décidé de séparer les Églises de l'Etat, plus tard, un siècle plus tard. Pour la même raison qu'en 2004, il a été interdit les signes religieux ostensibles dans les écoles publiques, non pour discriminer, mais pour protéger la liberté des enfants et des adolescents. La loi de 1905 c'est vrai a été conçue à un moment où la pratique de l'islam en France métropolitaine ne connaissait ou ne concernait qu'une infime partie de la population. Si bien que la question qui est posée aujourd'hui, c'est de savoir si les principes posés il y a un peu plus d'un siècle restent adaptés maintenant que l'islam est devenu la deuxième religion de France. L'islam peut-il s'accommoder de la laïcité, comme l'ont fait avant lui le catholicisme, les religions réformées, le judaïsme ? Peut-il admettre cette séparation de la foi et de la loi, qui est le fondement même de la laïcité ? Ma réponse est oui, clairement oui. L'immense majorité de nos compatriotes musulmans nous en donnent chaque jour la preuve, en pratiquant, à des degrés divers, leur religion, sans nullement troubler l'ordre public, en manifestant leur attachement aux valeurs de la République, après chacun des attentats qui ont frappé notre pays, et j'ai eu, avec le Premier ministre et les ministres concernés, à chaque reprise, l'occasion de le constater. J'ai été ému, profondément ému, comme beaucoup d'entre vous, par toutes les images de fraternité lors des célébrations en hommage au père HAMEL, pour pleurer aux côtés des chrétiens l'assassinat odieux d'un homme qui incarnait la bonté même. Les musulmans étaient là, d'autres qui ne croyaient en rien étaient là aussi, et les catholiques ont eu une réaction admirable. Ce qui prouve que la France peut être elle-même, reconnaissant les religions, et étant capable de s'unir pour une valeur et une cause qui nous dépassent tous. La question se pose aussi à la République : est-elle réellement prête à accueillir en son sein une religion qu'elle n'avait pas prévue avec cette ampleur il y a plus d'un siècle ? Là aussi, je réponds oui, clairement oui. Rien dans la laïcité ne s'oppose à la pratique de l'islam en France pourvu et ça, c'est le point essentiel qu'il se conforme à la loi. Je l'affirme ici, tant que je suis Président de la République, il n'y aura pas de législation de circonstance, aussi inapplicable qu'inconstitutionnelle. Je ne dis pas cela par esprit de système ou parce que certains réclament toujours davantage de lois, je le dis parce que c'est tout simplement ma conviction profonde et la réalité. Nos lois suffisent, il faut les appliquer dans toute leur rigueur et dans toute leur effectivité. Je ne veux pas laisser les intégristes faire pression par des provocations pour tester les limites de la République, mais pas plus, je ne leur fournirai de prétexte pour s'offusquer d'une stigmatisation à l'égard des musulmans. Ce qu'il nous faut réussir, c'est la construction d'un islam de France. Le défi n'est pas neuf. En 2003, il avait été créé un Conseil Français du Culte Musulman, qui n'a pas eu nécessairement les prolongements espérés. Aussi, le gouvernement a-t-il voulu prendre l'initiative d'un dialogue avec l'islam de France. Ce travail a abouti, et trois décisions ont été prises. La première consiste à remettre sur pied une fondation pour l'islam de France, pour appuyer toutes les initiatives culturelles, éducatives, sociales et contribuer à la bonne insertion de la religion musulmane dans la société française. Cette fondation est laïque, et elle a vocation à donner le savoir et la connaissance pour lutter contre l'intolérance. Ensuite, est créée une association cultuelle nationale afin de trouver dans la transparence, et sans la participation de l'Etat, les financements nationaux pour la construction de mosquées et la formation des imams. Enfin, la République ne peut pas se satisfaire d'une situation où la grande majorité des imams sont formés à l'étranger, et parfois, ne parlent pas notre langue. Ce ne sera donc plus le cas. Il appartient, au-delà de ces textes que nous pouvons prendre, de ces institutions que nous pouvons créer, de cette organisation que nous devons faire prévaloir, aux Français de confession musulmane de prendre aussi leurs responsabilités de citoyens, de faire reculer l'islam radical et l'obscurantisme. Je ne leur demande pas plus qu'à d'autres compatriotes. Parce que ce n'est pas une affaire religieuse, c'est un combat républicain. Rien ne doit être toléré, ni les provocations verbales, ni l'antisémitisme, ni l'homophobie, ni les discours de haine, nulle part, personne ne peut être là-dessus à l'écart de ce qu'est le commun, les valeurs que nous avons portées ensemble. Cela va bien au-delà des religions, chacun, à sa place, doit faire reculer l'obscurantisme, là où il est souvent le plus sournois ou le plus présent. Mais dans le même temps, je veux dire aussi clairement que chaque Française et chaque Français, quelles que soient sa confession, ses origines, ses convictions, les conditions d'acquisition de sa nationalité, est ici chez lui ou chez elle. En France, il n'y a que des citoyens disposant des mêmes droits, et soumis aux mêmes devoirs. La République est une et indivisible. Elle ne distingue pas entre ses enfants. C'est là sa force, et c'est ce qui lui permet de pouvoir intégrer, de pouvoir donner à tous les Français la fierté de l'être. La cohésion nationale, c'est aussi notre modèle social. J'en suis, parce que je suis le chef de l'Etat, le garant, mais il est le patrimoine commun des Français, le capital de ceux qui n'en ont pas. Il donne à notre démocratie une force qui va bien au-delà de règles juridiques. C'est ce que j'appellerais l'Etat social, c'est-à-dire l'ensemble des institutions qui organisent la solidarité entre les individus, les générations et les territoires. Lui-même est menacé, et d'ailleurs, souvent par ceux qui veulent mettre en cause l'Etat de droit, pris dans leur envolée ou dans leur emballement, ou dans leur fuite en avant, je ne sais plus, parce qu'ils ne se sentent plus de limites. Ils pensent que le pouvoir est là, à portée de main. Ils y sont, ils s'y installent, ils s'organisent, ils pensent que l'élection, c'est la primaire, et que le reste n'a plus d'importance, que les Français viendront signer au bas de la page, et dire : puisque vous avez choisi, nous n'avons donc plus la possibilité de le faire. Je veux le dire, au nom du suffrage universel, dont je suis, (finalement), encore jusqu'au mois de mai, le seul qui ait eu l'onction : dans une démocratie, il y a l'élection. Ah, ce n'est pas facile l'élection ! Il faut la mériter, il faut s'y préparer. Et il faut respecter les citoyens. Alors, il y a dans ce concours, qui va durer, cette espèce de course pour démanteler, assécher, et même liquider le modèle social, comme s'il était trop lourd, comme si c'était finalement lui qui nous entravait, nous empêchait d'être ce que nous sommes, c'est-à-dire plus riches pour certains, et tant pis pour les autres. Là est le danger. Le modèle social doit sans cesse être modernisé, réformé, complété, pour pouvoir être adapté aux aspirations personnelles sans que son financement n'entrave la compétitivité des entreprises. Mais un pays solide, c'est une nation solidaire. C'est pourquoi le modèle social est inséparable de la démocratie, telle que nous la concevons, ici, en France. C'est d'ailleurs le sens des réformes que j'ai conduites depuis 2012, et dont je vous ferai grâce du rappel, ce serait trop long, cela nous prendrait la journée. Mais quand même, notre système de retraites a été sauvegardé, il prend en compte désormais la pénibilité du travail, les comptes sociaux sont quasiment à l'équilibre, nous avons généralisé la complémentaire santé, le tiers-payant le sera aussi, l'accès aux soins a progressé. Les inégalités se sont réduites, de nouveaux droits ont été créés, je pense même à la loi Travail, au compte personnel d'activité, à la Garantie Jeunes, à la prime d'activité. La politique territoriale a mis davantage la priorité sur les quartiers les plus fragiles ou les espaces ruraux les plus vulnérables. Nous avons voulu introduire la lutte contre les discriminations, l'action de groupe sera donc possible. Je m'arrête-là. Je m'arrête là pour simplement insister sur le fait que le modèle social peut à la fois se réformer pour être plus efficace, mais aussi peut prendre en compte de nouveaux besoins, et qu'il y a toujours dans une démocratie le progrès. Quand une démocratie s'arrête, quand elle pense qu'elle a accompli finalement ce qu'était son dessein ou son destin, alors pourquoi la garder, pourquoi la préserver s'il n'y avait plus d'enjeux ou simplement celui de réduire l'ambition ou d'affaiblir des droits ? Non, la démocratie, c'est un progrès constant, c'est une projection, c'est un avenir. Dans cette politique de cohésion, une institution joue un rôle irremplaçable, c'est l'école. On me dira que le sujet fait consensus. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui était contre l'école, sauf celui qui l'avait quittée prématurément. Donc il y a de ce point de vue tant mieux dans le débat public la reconnaissance de ce que l'école peut apporter. Quand j'entends, là-aussi, certains qui proposent de réduire les dépenses éducatives, de diminuer drastiquement le nombre d'enseignants, les moyens mis à la disposition des élèves, d'en finir avec le collège unique, ma conviction est faite, une fois encore. Mais ce qu'il faudra faire dans les prochaines années, ce n'est pas simplement de réparer ce qui avait été détruit, puisque nous l'avons fait, ce n'est pas simplement de créer les postes qui avaient été supprimés, ou de faire des réformes qui étaient attendues, nécessaires. Non, l'ambition qui doit nous guider, c'est de permettre à l'école d'accomplir pleinement sa mission, en la rendant plus juste, plus innovante, plus ouverte sur la société, parfois plus autonome même pour décider de ce qu'elle a à engager pour notamment tenir compte de ceux qui sont les plus fragiles, ces fameux décrocheurs. Il reste beaucoup à faire pour démocratiser l'excellence, pour valoriser l'enseignement professionnel, et pour ouvrir davantage l'enseignement supérieur. Vous me direz : on est loin de la question de la lutte contre le terrorisme, non, on est aussi dans la réponse, parce que, face à l'ignorance, à la désinformation et au complotisme, la démocratie et l'école sont les formes les plus adaptées, les plus efficaces pour nous prémunir contre le désordre et le chaos. Et c'est la raison pour laquelle nous avons réintroduit à l'école l'apprentissage de la laïcité, de la morale civique, renforcé la pédagogie autour de la liberté d'expression, de l'esprit critique pour l'égalité entre les filles et les garçons aussi, qui est une question première, et sur laquelle nous ne devrons rien lâcher, parce que l'école publique, l'école de la République, c'est l'égalité entre les filles et les garçons ! Mais là-aussi, il n'y a pas de démocratie qui puisse se défendre dans la durée, surtout face à un ennemi comme maintenant nous le connaissons, le terrorisme islamiste, sans l'engagement des membres qui la constituent. Alors que les régimes autoritaires se maintiennent par la crainte, les démocraties, elles, tiennent par l'adhésion. Que l'espérance vienne à manquer, que la défiance gagne, aussitôt, l'extrémisme fait son retour. Là-encore, l'Histoire nous l'apprend : rien ne se répète de manière identique, mais nous savons à chaque fois que quand la démocratie doute d'elle-même, le nationalisme, le populisme, la démagogie y trouvent leur confort. Leurs partisans ont toujours le même discours, ils prétendent incarner le peuple contre les élites, dont ils sont généralement issus, et au niveau le plus élevé. Cela vaut en France, en Europe, et même aux Etats-Unis. Finalement, la richesse serait une forme de lutte contre l'élitisme, les pauvres auraient cette chance, ils sont les nouvelles élites de la démocratie. Curieux renversement d'ailleurs, qui renvoie à une conception du communisme où le prolétariat était l'avant-garde. Les élites maintenant considèrent qu'ils incarnent le peuple. Ce sont toujours les mêmes critiques qui sont portées, sur la démocratie elle-même, sur ses insuffisances, sur ses faiblesses, sur ses lourdeurs, sur ses procédures, sur ses élus, et sur la pensée commune. On appelle pensée commune la pensée démocratique, c'est-à-dire celle qui rappelle des principes, qui croit à des valeurs, qui pense qu'il y a effectivement des règles à respecter dans une société organisée. C'est la pensée du commun, ce n'est pas une pensée commune. C'est ce qui nous permet de vivre en commun. Dans le même temps, et je le constate, de nouvelles formes de radicalité politique ou sociale apparaissent. Elles prennent appui, et il y a matière, sur les errements de la mondialisation, ses excès, les inégalités, sa dureté, et en appellent à la rupture avec l'extérieur, avec l'Europe, au prétexte de son asservissement aux marchés. Il n'y a même plus de propositions alternatives, et le danger ne doit pas être sous-estimé. Les peuples, parfois, peuvent se laisser aller à préférer la contestation dans la rue, à l'expression dans les urnes. Or, ce qui fait la démocratie, c'est le suffrage, c'est tout l'enjeu de l'engagement, qui ne se limite pas, lui, au vote, et c'est pourquoi j'ai voulu la généralisation du service civique, et je suis toujours très fier quand je vois des jeunes, de tous les territoires, de tous les quartiers, brandir leur maillot du service civique. Nous n'avions pas toujours cette même volonté quand nous faisions je parle de ma génération, celle née au milieu des années 50, les hommes le service militaire. Parce que c'était obligatoire, nous étions conscients de ce que ça représentait. Le service civique, dans ce qu'il a eu jusqu'à présent, c'était la volonté, l'engagement de servir les autres, et en même temps, de se hisser à son meilleur. C'est tellement agréable, oui, agréable de se hisser à son meilleur. Je le dis pour ceux qui sont tentés par le pire. On a plus de fierté à faire le bien qu'à faire le mal, si on a cette confiance dans la vie. Nous avons aussi voulu l'élargir à la réserve citoyenne, qui a répondu à l'attente de ceux et de celles qui voulaient justement s'engager, et bientôt, il y aura la garde nationale. Là-encore, nous avons pu être impressionnés par ces jeunes, ces moins jeunes, qui venaient passer leur été, après le 14 juillet, après ce qui s'était passé à Nice, pour dire : voilà, nous sommes là, nous sommes prêts. Nous allons nous former. Nous sommes des étudiants, nous avons aussi des activités professionnelles, nous sommes des pères, des mères, nous voulons nous engager. Je suis aussi conscient que notre démocratie, si elle veut être forte, si elle veut être puissante, doit être renouvelée. Il y a ce qui relève des institutions, ce n'est pas le lieu d'en parler, mais je mets quand même en garde celles et ceux qui, candidats à l'exercice du pouvoir, voudraient remettre en cause la fonction présidentielle, je vais leur parler d'expérience. De ce point de vue la Ve République, face aux dangers extérieurs, comme à la menace intérieure, donne les moyens d'agir, et avec la réaction rapide qui est indispensable, et qui relève du chef de l'Etat dans ces circonstances. La démocratie n'a rien à craindre dès lors que le Parlement en assure le contrôle, dans le délai prévu par la Constitution. Ce que je peux vous dire, c'est que s'il n'y avait pas eu cette possibilité donnée au Président de la République, pour intervenir au Mali, il eut été trop tard, pour déployer nos forces aériennes en Syrie et en Irak, il eut été trop tard, et pour agir, dans la nuit des attentats, dans les nuits des attentats, nous n'aurions pas pu prendre les dispositions indispensables. Mais, toujours au nom de l'Etat de droit, si le Parlement ne fait pas le contrôle nécessaire, n'est pas appelé lui aussi à pouvoir savoir si les moyens sont les mieux à même d'atteindre les fins, ou si les fins sont les bonnes, alors la démocratie est en cause. Des réformes institutionnelles devront néanmoins être accomplies. Elles me paraissent porter davantage sur l'élaboration et le vote de la loi. La solution ne passe pas par le recours aux ordonnances je vois que c'est maintenant une idée qui fait florès : supprimons le Parlement, prenons les dispositions - il en existe aussi dans la Constitution, et cela mériterait d'être regardé - qui ôteraient à la représentation nationale tout droit d'amendement. Il y en a d'autres qui préfèrent le référendum, dont le risque est soit l'abus pour celui qui y recourt, soit le détournement pour ceux qui y répondent. Mais je ne suis pas sûr qu'une démocratie progresse sur ces sujets-là par la voie plébiscitaire ou par le recours au peuple (non pas que j'ai à me méfier du peuple). Je pense que les élections présidentielles, légitimes, sont l'occasion de s'adresser au peuple, de lui demander un mandat, sans qu'il soit nécessaire de lui poser une question, souvent d'ailleurs raccourcie, détournée, qui n'aboutirait qu'à diviser. Si l'on regarde les expériences, ici, ailleurs, des référendums, pour ensuite dire que finalement on a répondu mais que ce n'était pas forcément ce qu'on avait compris, et qu'il faudrait du temps pour trouver la solution, et que ceux-là même qui appellent à voter pour une direction, qui finit par être choisie, n'ont de cesse que de s'enfuir pour ne pas en tirer les conséquences pour eux-mêmes - épargnons-nous ce simulacre. Il reste aussi à faire que les citoyens soient mieux associés aux décisions qui les concernent. Je pense aux consultations locales sur les grands équipements, je pense à la participation dans les grands débats publics, dans des démarches de co-construction législative, ce que nous avons fait pour la République numérique et qui peut sans doute valoir pour d'autres textes, je pense aux jurys citoyens, et aussi aux états généraux sur les grandes questions de société, où les citoyens eux-mêmes peuvent dire ce qu'ils ressentent sur tel ou tel texte, ou même l'améliorer. Il reste aussi beaucoup à faire sur la représentativité de nos Assemblées, pour les ouvrir davantage à la diversité de notre société. Si nous sommes fiers, je le suis, d'avoir limité le cumul des mandats je vois qu'il y en a qui veulent revenir là-dessus, bel exemple de compréhension des évolutions de la société moi je veux qu'on aille plus loin encore, en réduisant le cumul des mandats dans le temps, ce qui n'empêcherait pas, bien sûr, à ces élus, de concourir à d'autres scrutins. C'est l'image même de la politique qui est en cause, je le sais. Or l'image de la politique est aussi l'expression de la démocratie, et quand la politique est faible, quand la politique est atteinte, quand la politique est le reflet de toutes les turpitudes, oui, c'est la démocratie qui est en cause, parce que la politique est l'expression même de la démocratie, et on ne peut pas distinguer l'une et l'autre. L'actualité de ces derniers jours, hélas, en fournit une triste illustration. J'avais parlé d'une République exemplaire. Ça ne voulait pas dire qu'il n'y aurait plus jamais de fautes commises par des élus, ça voulait dire, ça veut dire, que désormais elles seraient mise à jour et que si la justice le décidait, punies par des condamnations exemplaires. C'est ça la République exemplaire, et ce fut le sens de la création de la Haute autorité pour la transparence et pour la clarté de la vie publique. C'est un progrès qui ne doit pas être regardé comme une mise en cause, comme une suspicion des élus, mais au contraire pour la démonstration, que pour l'essentiel des élus, de ceux qui représentent la Nation, il n'y a rien à craindre à la transparence, et tout à redouter à l'opacité. Mesdames et Messieurs, le moment venu, et il approche, les Français auront à décider de leur avenir et de celui de leur pays. Ils jugeront des résultats, des personnalités, comme des projets. Quels sont les enjeux ? La protection des Français, la cohésion nationale, le modèle social, la conception de la démocratie, la place de la France en Europe et dans le monde. Voilà les enjeux. C'est le même ensemble, j'allais dire c'est le même bloc, c'est l'unité qui fera notre force, c'est la solidarité qui garantira notre rassemblement, c'est la détermination de la France qui convaincra l'Europe de se défendre par elle-même, car elle doit se défendre et c'est la confiance en nous-mêmes, en nos valeurs, qui nous permettra de triompher du terrorisme. Ce débat va bien plus loin, vous l'aurez sans doute compris, que celui de l'identité de la France. Notre identité, parlons-en, c'est notre Histoire, notre culture, nos valeurs, notre mode de vie. L'identité n'est ni heureuse, ni malheureuse, elle s'appuie sur la contribution, patiente, laborieuse, brillante, de générations successives qui ont construit la nation française. Elle n'est pas figée dans le temps, elle n'est pas une photographie, immobile, elle n'est pas une contemplation du passé, elle n'est pas une recherche obstinée des racines pour savoir jusqu'à quel point nous sommes Français. L'identité est en perpétuel mouvement, c'est pour ça que la France est bien plus qu'une identité, c'est une idée, c'est un projet, c'est une ambition, qui fait de la France un pays singulier, regardé, espéré dans le monde. C'est cette idée, l'idée de la France, qui doit nous mobiliser et que nous devons porter. Le danger serait que face à l'épreuve la France doute d'elle-même, qu'elle s'arrête, se rétracte, se replie, se renferme, qu'elle tourne le dos à sa mission. Alors, comment résister aux attaques, bâtir l'Europe, réussir l'intégration, si nous ne croyons plus en nous-mêmes ? J'ai la chance, comme Président de la République, de parcourir le monde. J'étais encore il y a quelques heures au Vietnam. Il y a une histoire qui a pu être douloureuse entre la France et ce pays ; une fois encore, et je m'en fais à chaque fois la réflexion, je vois dans les yeux de tous les peuples que je peux rencontrer, ou de leurs représentants, cet éclair chaque fois qu'il est question de la France. Parfois j'en suis presque troublé : le méritons-nous à ce point, puisque nous doutons parfois de l'amour que nous nous portons ? Je ne parle pas de celui à l'égard du Président de la République j'essaye de faire la distinction, mais si les Françaises et les Français comprennent combien ils sont aimés, attendus, espérés dans le monde. Et pour quelles raisons ? L'Histoire, parfois, mais elle a pu créer des fractures. La culture, toujours. La langue, peut aussi être le vecteur. Mais il y a quelque chose qui dépasse la culture, la langue, les valeurs, c'est l'idée de la France, c'est le projet qu'elle porte, c'est cette exemplarité, c'est cette confiance de la démocratie. La France est un pays qui a une conception universelle de son rôle, cela le rend parfois assez insupportable, aux yeux d'autres, qui trouvent que nous prétendons à plus que notre démographie, notre économie, ou nos capacités de défense. Ils ont tort. Notre économie se redresse, nos capacités de défense ont fait leur démonstration, et la démographie fait que nous sommes un des pays les plus dynamiques en Europe. Non, c'est l'idée de la France, qui permet à tous ces peuples de regarder vers nous. Et pourquoi avons-nous été ainsi soutenus lorsque nous avons été attaqués comme nous l'avons été, alors que tant d'autres pays, sur tant d'autres continents, ont été également frappés par le terrorisme ? Parce que les peuples du monde, et quel que soit leur régime, savaient qu'en s'en prenant à la France on s'en prenait à la liberté, à la démocratie, à la culture, à un mode de vie. Et c'est pourquoi nous devons être aussi attachés à l'idée de la France pour ne pas la laisser s'effondrer dans ce qui serait un débat sur l'Histoire ou sur une nostalgie. La France c'est l'idée, c'est l'avenir. Le danger, je vous l'ai dit, c'est que la France puisse à un moment douter d'elle-même ou se diviser. Notre pays est fait de multiples familles politiques, riches de personnalités nombreuses, mais pour ceux qui sont attachés à la démocratie, à la République, au progrès, à l'idée que je viens une fois encore de porter, l'idée de la France, l'exigence est à la responsabilité et à l'unité. Appeler à la cohésion nationale, porter un projet collectif, défendre le modèle social justifie plus que jamais le rassemblement. Quand le danger est là, nous devons nous retrouver. Je ne me détournerai pas de cet objectif, il m'a animé tout au long du quinquennat et j'ai ressenti plus qu'aucun autre cette exigence d'être unis. Alors je vous l'affirme, je ne laisserai pas la France être abîmée, réduite, voir ses libertés mises en cause, son Etat de droit contesté, son éducation réduite et sa culture amputée. C'est le combat d'une vie. Nous sommes la France un pays dont les choix seront décisifs pour l'avenir de l'Europe, je dirais même pour son existence-même. Je suis européen, profondément européen et je ne laisserai pas l'Europe se disloquer ou se dissoudre, je ne la laisserai pas être saisie par le nationalisme, par les frontières, par l'extrémisme. D'une certaine façon la fin de l'Europe, ce serait la fin d'une conception de la démocratie. Ce n'est pas simplement la paix qui est en cause, c'est ce que nous avons été capables, génération après génération de former, de bâtir, avec des valeurs et de voir des pays, oui des pays ou des gouvernements devrais-je dire, se dire qu'ils ne veulent pas prendre maintenant en charge ce qui relève de la responsabilité de l'Europe, alors même que ces gouvernements ou ces pays ont été accueillis en Europe parce que nous voulions qu'ils soient dedans, avec nous, pour en terminer avec le totalitarisme. Voir des gouvernements ou des pays qui ne viennent pour l'Europe que pour les fonds qu'elle peut éventuellement dispenser pour le marché, qu'elle peut organiser ou pour la place financière… Finalement, c'est formidable d'être en Europe, on a une place financière dans un pays qui n'est plus ou qui ne voudra plus être en Europe, mais qui être toujours la place financière de l'Europe ! Eh bien non l'Europe, ce n'est pas qu'une place financière, c'est aussi un espace commun de valeurs, de principes où l'on est ensemble. Voilà pourquoi ce qui va se produire, la décision qu'auront à prendre les Français, est si grave et si lourde de conséquences. Parce que nous sommes la France, une Nation dont l'engagement est en faveur de la paix, du développement, de la préservation de la planète - oui c'est ici à Paris qu'a été signé l'accord sur la lutte contre le réchauffement climatique et partout dans le monde, on sait que c'est à Paris et que l'environnement, l'écologie sont devenus, non pas des contraintes ou des obligations, mais des opportunités, des chances pour que nous puissions réussir le monde que nous voulons pour nos enfants et pour nos petits-enfants. Alors oui, je ne laisserai pas, là-encore, l'image de la France, le rayonnement de la France, l'influence de la France s'altérer lors des prochains mois ou des prochaines années. Nous sommes la France, Mesdames et Messieurs, nous sommes la France et je vous l'assure la démocratie est notre arme et notre âme et c'est ainsi que nous vaincrons le terrorisme. Vive la République et Vive la France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/382.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/382.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..66f95425e5da3b5b2dd3a83e12bc55b3ddea3eec --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/382.txt @@ -0,0 +1 @@ +LE PRESIDENT : Aujourd'hui nous sommes réunis à Athènes, avec les pays de l'Union européenne qui appartiennent à l'espace méditerranéen. Non pas pour faire une fraction mais au contraire pour en appeler à l'unité de l'Europe. L'Europe, c'est ce qui fait son sens, comporte des pays qui sont à l'est, au nord et au sud. Ils doivent tous être conscients des enjeux. L'enjeu c'est la protection de nos frontières. Aujourd'hui ce sont les pays du Sud qui en assurent la garantie et qui doivent être donc aidés, renforcés pour justement permettre qu'il puisse y avoir le droit d'asile, mais qu'il puisse y avoir aussi un contrôle efficace de l'immigration, et l'application des accords qui ont été passés notamment avec la Turquie. Nous sommes réunis aussi parce que les pays d'Europe du Sud sont des pays qui connaissent des situations économiques qui méritent que l'on mette la croissance au cœur des priorités. Je pense à l'Espagne, à l'Italie, à la Grèce mais aussi à la France où nous avons toujours fait prévaloir la priorité de la croissance même si nous respectons un certain nombre de disciplines qui valent pour l'ensemble de l'Europe. Enfin il y a une troisième dimension. Les pays de l'Europe du Sud sont des pays méditerranéens qui ont conscience que nous devons régler les questions d'immigration en aidant considérablement les pays africains. Je ferai entendre notamment cette voix ici, parce qu'il y a des fonds qui ont été mobilisés, il y a des engagements qui ont été pris, y compris lors de la COP21, et nous devons soutenir le développement de l'Afrique et éviter que les pays qui sont les plus pauvres puissent soutenir des courants migratoires qui seraient au détriment de l'intérêt commun. Enfin, il y a la question de la lutte contre le terrorisme. Nous savons que non loin d'ici, au Moyen-Orient ou en Afrique, il y a des groupes qui se sont installés - je pense à la Libye, je pense à la Syrie, je pense à l'Irak, mais je pense aussi à l'Afrique de l'Ouest. Ces groupes terroristes qui se sont installés exigent qu'on les combatte et que l'on puisse ensemble nous coordonner pour lutter contre les réseaux qui peuvent à un moment frapper nos pays, et je pense notamment à ce qui s'est produit en France. Voilà le sens de cette réunion : protéger nos frontières, favoriser la croissance, lutter contre l'immigration mais en même temps faire des politiques de développement, et agir ensemble contre le terrorisme. Journaliste : Monsieur le Président beaucoup de bonbonnes de gaz ont été retrouvées en France ces dernières heures, quelle est votre réaction là-dessus ? LE PRESIDENT : Nous avions des informations qui nous ont mis en alerte et conduit à des arrestations, celles qui ont eu lieu hier. Un attentat a été déjoué. Le ministre de l'Intérieur a donné un certain nombre de faits qui étaient incontestables. La justice est saisie, le Procureur de la République fera des déclarations cet après-midi. En tant que Président de la République je veux saluer, féliciter les services de renseignement. Bien sûr qu'il y a des attentats qui ont eu lieu dans notre pays et qui ont frappé durement, mais il y aussi toute une action silencieuse, efficace, par tous les services de renseignements, par nos policiers, par nos gendarmes, par nos militaires qui font aussi preuve d'une très grande vigilance. Je veux dire aux Français que nous pouvons agir dans le cadre du droit actuel, compte tenu des moyens que nous avons mobilisés, compte tenu des lois que nous avons pu faire voter, et qui donne à nos services la possibilité justement d'empêcher un certain nombre d'actes. La vigilance doit être renforcée autant qu'il est nécessaire, cela fait partie bien sûr de l'engagement de l 'Etat, mais de l'engagement de toute la société, parce qu'il faut avoir cette mobilisation, cette conscience et cette vigilance. Aujourd'hui - sans que nous puissions baisser la garde à aucun moment - il y a là un groupe qui a été annihilé. Mais il y en a d'autres et nous devons à chaque fois pouvoir agir avant qu'il ne soit trop tard. Et c'est ce que nous faisons. Journaliste : Ce groupe a été annihilé quelques minutes à peine avant d'agir visiblement ou quelques heures à peine ? LE PRESIDENT : Là encore toutes les précisions seront données par la justice dans le cadre de l'enquête, mais les informations dont nous pouvions disposer grâce à nos services de renseignement nous ont permis d'agir avant qu'il ne soit trop tard. C'est là qu'il y a cette efficacité que je veux reconnaitre à la fois pour le renseignement et pour l'action. Je veux saluer aussi le courage des policiers qui sont intervenus et aussi de tous ceux qui, dans cette ville, savaient qu'il pouvait y avoir un risque et qui ont pris toute leur responsabilité. Journaliste : Est-ce que ça vous inquiète que ce soit des femmes aujourd'hui qui soient arrêtées justement pour radicalisation et qui allaient commettre des attentats ? LE PRESIDENT : La radicalisation frappe essentiellement des jeunes, c'est pourquoi nous devons mettre en place autant de moyens que nécessaire pour lutter contre cette radicalisation par Internet ou par un certain nombre de réseaux qui détournent de jeunes hommes ou de jeunes femmes et qui les enrôlent et qui peuvent les amener à commettre des actes effroyables. Donc, une partie de notre jeunesse est directement ciblée. C'est une infime minorité, mais il y en a suffisamment aujourd'hui par Internet. Nous allons lutter contre cette radicalisation, et faire en sorte que les opérateurs soient mis devant leurs responsabilités, parce que c'est vrai que ce sont de très jeunes personnes qui sont en cause, mais qui sont entraînées par d'autres, qui peuvent être plus âgées, ou qui sont à l'extérieur. C'est pourquoi je ne dissocie pas l'action que nous menons à l'extérieur, en Syrie notamment, en Irak, de ce qui se produit à l'intérieur. Il y a une cohérence dans la lutte que nous menons contre le terrorisme. En même temps nous devons agir au plan européen, et si je suis ici, à Athènes, c'est bien aussi pour qu'il y ait cette action coordonnée, aussi bien pour protéger nos frontières que pour partager nos renseignements et nos informations. Je serai à Bratislava dans quelques jours ; il y aura la réunion des 27. Et je dirai très clairement que nous devons faire en sorte que l'Europe puisse donner davantage encore de garanties, mène une politique de protection de ses frontières, de lutte contre le terrorisme, de coordination des services de renseignements et d'Europe de la Défense qui puisse s'organiser pour lutter contre le terrorisme et pour assurer la sécurité des Européens. L'impulsion, que je veux donner - et j'ai suffisamment eu de réunions avec la chancelière Angela MERKEL, comme avec d'autres chefs d'Etat et de gouvernement, comme ici aujourd'hui avec Alexis TSIPRAS ou Matteo RENZI, et d'autres - pour que l'Europe puisse avoir la confiance des Européens, c'est qu'elle garantisse la sécurité, qu'elle protège ses frontières, qu'elle organise sa défense et qu'elle donne plus de prospérité, plus de croissance, et une plus grande espérance pour les jeunes dans la perspective qui est la leur : pouvoir circuler en Europe, de vivre en Europe et de pouvoir y avoir un emploi.. Journaliste : Y aura-t-il de nouvelles mesures de sécurité face à cette nouvelle forme d'attentat, possiblement des voitures piégées ? LE PRESIDENT : Au moment du sommet de Bratislava, ce qui sera surtout en cause, c'est de lutter contre la radicalisation par Internet, et notamment d'éviter qu'il y ait des opérateurs qui puissent, au nom de la protection de la vie privée - que je peux comprendre, qui est nécessaire-, nous empêcher d'avoir connaissance du chiffrement que les terroristes peuvent utiliser pour enrôler et endoctriner, ou manipuler un certain nombre de jeunes, pour commettre des actes. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/383.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/383.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..541445d04b83d83c2e306bd210da4d5216b519f0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/383.txt @@ -0,0 +1 @@ +YVES CALVI Elizabeth MARTICHOUX, vous recevez Audrey AZOULAY, ministre de la Culture et de la Communication. ELIZABETH MARTICHOUX Bonjour Audrey AZOULAY. AUDREY AZOULAY Bonjour Elizabeth MARTICHOUX. ELIZABETH MARTICHOUX Merci d'être dans ce studio, d'autant que vous êtes très discrète depuis votre entrer au gouvernement en février dernier. On en sera plus sur vous, je l'espère, dans une dizaine de minutes. J'imagine que vous avez écouté avec attention hier le discours de François HOLLANDE. C'était un discours de candidat, ça y est, le président dans la campagne. AUDREY AZOULAY Je crois qu'il a dit qu'il ne voulait pas se laisser dicter le temps et qu'il prendrait sa décision d'ici la fin de l'année, mais ce qui est sûr c'est que c'était un discours dans lequel il a donné une vision pour l'avenir de la France. ELIZABETH MARTICHOUX Il a été au-delà, il a dit qu'il ne laisserait pas la France être abimée, c'est donc bien qu'il pense à l'avenir et qu'il veut s'engager. AUDREY AZOULAY C'est donc bien qu'il pense à l'avenir de la France, qu'il reste engagé et qu'il s'engage pour les années à venir dans cette vision. Je crois qu'il a dessiné un clivage qui est un clivage réel, et qui est pour lui la défense d'une France qui est forte mais qui défend son état de droit, qui défend son modèle de protection sociale, qui défend ses valeurs. ELIZABETH MARTICHOUX On va en reparler bien sûr, mais on va dire que ça a soulagé beaucoup d'Hollandais, hier ce discours, parce qu'ils ont pu juger à quel point était palpable l'envie d'en découdre du président. Il a raison, le chef de l'Etat, de se positionner maintenant ? AUDREY AZOULAY Je crois qu'il a raison, dans sa fonction, de toute façon, de montrer quelle est sa vision pour la France, et qu'aujourd'hui on est dans une période qui est critique, je pense, pour notre pays, et où la parole des hommes publics est très importante, la parole des hommes politiques est très importante, parce que je pense qu'on peut, dans ces périodes, qui sont des période de doutes, entrainer notre pays sur des voies très différentes, et moi je suis particulièrement contente de la vision qu'il a tracée. ELIZABETH MARTICHOUX Vous souhaitez qu'il soit candidat ? AUDREY AZOULAY S'il l'est, j'en serais très heureuse et je le soutiendrais. ELIZABETH MARTICHOUX Et sa cote reste très basse dans les sondages, vous le savez, est-ce qu'il peut forcer le destin ? AUDREY AZOULAY On est très loin de l'élection, ce sont des sondages. Encore une fois, lui-même ne s'est pas prononcé comme candidat, mais il est à la tâche, il est au travail, comme moi-même, comme le gouvernement l'est, et nous verrons les Français décideront. ELIZABETH MARTICHOUX Alors hier, il a dit non à une loi de circonstance, aux lois de circonstance en général, il pensait naturellement à Nicolas SARKOZY, qui avait proposé, qui a proposé une loi sur le burkini. D'abord, sur ce sujet du burkini, on ne vous a pas entendue. Vous trouvez que ça n'en vaut pas la peine ? AUDREY AZOULAY Je trouve que c'est une polémique à laquelle on a donné énormément de place, politiquement, médiatiquement, et qu'on n'est pas forcément obligé de tomber dans tous les pièges qu'on nous tend. Cette polémique, je crois, fait exactement le jeu de ceux qui attaquent la France. ELIZABETH MARTICHOUX Et vous, sur le fond, est-ce que vous tolérez cette tenue du burkini sur les plages, ou pas ? AUDREY AZOULAY Sur le fond, évidemment, ça ne correspond pas à mes valeurs, ça ne correspond pas aux valeurs que l'on défend pour les femmes, à l'égalité hommes/femmes, mais je crois que cette politique qui serait de faire, soit une loi, soit des arrêtés systématiques, serait en réalité dommageable, stigmatisante et nous aliènerait... ELIZABETH MARTICHOUX Donc vous êtes contre l'interdiction qui serait, selon vous, contreproductive. AUDREY AZOULAY Je suis contre une politique systématique. ELIZABETH MARTICHOUX Donc, pas de loi nationale. AUDREY AZOULAY Absolument. ELIZABETH MARTICHOUX Et vous soutenez les maires qui, pour des besoins d'ordre public, peuvent publier des arrêtés, à condition évidemment qu'ils soient compatibles avec le droit. AUDREY AZOULAY Exactement, et c'est ce que le Conseil d'Etat a dit, et je dois dire que pour ma part, j'en suis tout à fait satisfaite de cette position. ELIZABETH MARTICHOUX Mais je disais tout à l'heure qu'on aimerait bien en savoir un peu plus sur vous. En tant que femme, ce burkini, ça vous choque, ça vous émeut, ça vous bouleverse ou vous estimez que le droit des femmes fait qu'elles peuvent un peu s'habiller comme on veut sur une plage ? AUDREY AZOULAY Non, je crois qu'on mélange tout dans cette politique, pardon, dans cette polémique. On mélange tout. Moi, je ne pense pas que ça soit quelque chose de souhaitable pour les femmes, mais je pense qu'il faut de la pédagogie, de l'explication, et pas de l'interdiction systématique, parce que sinon ça ne serait pas compris, ce serait clivant et ça peut être stigmatisant pour toute une partie des Françaises. ELIZABETH MARTICHOUX Donc, Manuel VALLS, qui lui est très remonté, évidemment, contre ce type de tenue, qui selon lui, il n'y a pas de débat, sont une forme de prosélytisme et finalement de l'islamisme caché, pour vous Manuel VALLS a tort ? AUDREY AZOULAY Je pense qu'encore une fois ça ne correspond pas à nos valeurs, et pas plus à celles de Manuel VALLS qu'aux miennes ou à celles, je dirais, de la gauche en général, qui a toujours défendu le droit des femmes, et ce gouvernement en particulier. Je dis ça à un moment où on lance une campagne intéressante et importante contre le sexisme, donc ça, ça ne fait aucun débat. La question est de savoir si ensuite on est nous-mêmes victimes d'une polémique qu'on nous tend, d'un piège qu'on nous tend, et demain ça sera autre chose. ELIZABETH MARTICHOUX Ça c'est un argument très controversé et c'est vrai que Manuel VALLS avait répondu que ça n'était pas un argument qu'on pouvait entendre pour empêcher la lutte contre le burkini, donc vous trouvez ça brutal, finalement, les prises de position très fermes, contre le burkini. AUDREY AZOULAY Encore une fois, non, vous m'avez mal comprise. Je pense que la réponse... ELIZABETH MARTICHOUX Vous n'êtes pas favorable au burkini, mais vous dites : pas d'interdiction par une loi. AUDREY AZOULAY Voilà, je n'y suis absolument pas, mais je dis : « Ne tombons pas dans les pièges ». ELIZABETH MARTICHOUX Trois jeunes femmes ont été interpellées dans l'enquête sur la voiture contenant des bombonnes de gaz. Radicalisées, fanatisées, prêtes à passer à l'acte. C'est tout à fait impressionnant. La culture peut-elle jouer un rôle pour prévenir ce type de dérive ? AUDREY AZOULAY La première réponse, je crois, c'est celle d'abord de nos forces de sécurité et d'enquête, que je voudrais remercier et saluer, et ça, vraiment, elles ont fait un travail et elles font toujours un travail exceptionnel alors qu'elles sont très mobilisées, donc je tiens à les saluer. Et bien sûr, sur le long terme, je pense que la seule réponse, la seule réponse durable pour la France, c'est aussi la réponse qui a les clefs de notre sécurité, c'est l'éducation et c'est la culture, et c'est comme ça qu'on ouvrira aussi, qu'on partagera ces valeurs, et aujourd'hui on est face à des phénomènes quasiment sectaires, de radicalisation. Quand on en est à ce stade, c'est très difficile d'agir par la culture et l'éducation, mais c'est en amont qu'il faut le faire. ELIZABETH MARTICHOUX En amont, c'est-à-dire ? AUDREY AZOULAY En amont, c'est-à-dire par l'éducation, par un partage de valeurs... ELIZABETH MARTICHOUX Mais vous, vous avez des initiatives, par exemple, avec l'éducation, pour introduire de la culture qui préviendrait ce type de comportements, enfin, qui essaierait ? AUDREY AZOULAY Je pense qu'on ne doit pas lui assigner un but particulier et la culture ne peut pas tout, mais ce qu'elle peut faire, c'est d'abord faire partager des valeurs, c'est être présente au plus tôt à l'école, et c'est ce à quoi je travaille, par exemple en lançant, là, à la rentrée, avec Najat VALLAUD-BELKACEM, un certain nombre, une centaines de résidences d'artistes dans les écoles. C'est ce que l'on fait aussi en soutenant l'ouverture des bibliothèques le dimanche, parce que je crois que c'est cet accès aussi, direct, au quotidien, à la culture, qui peut ouvrir les esprits, c'est ce que nous faisons dans l'ensemble de notre politique d'éducation, artistique et culturelle. ELIZABETH MARTICHOUX Ouvrir les jeunes à d'autres perspectives que la haine de la France ou la tentation mortifère de l'Islam. Vous êtes ministre de la Communication, Audrey AZOULAY, France Info, la nouvelle chaine tout info de service public a une semaine. C'est une chaine info en plus ou elle est déjà indispensable dans le paysage ? AUDREY AZOULAY D'abord, c'est un projet qui vient de loin, on était les seuls en Europe à ne pas avoir un service public, y compris à la télévision, d'information continue. Il y avait eu des projets, qui avaient été stoppés en leur temps, donc on revient sur une anomalie, et l'objectif de ce nouveau service, qui est à la fois à la télévision, qui est aussi numérique et en radio, bien sûr, avec France Info, c'est de proposer une information continue, de service public, donc qui a vocation à apporter sa différence. ELIZABETH MARTICHOUX Alors, ça c'est le principe, maintenant, comment la ministre de tutelle juge-t-elle le résultat ? AUDREY AZOULAY Pour l'instant, je les trouve tout à fait encourageants. D'abord ils ont réussi assez vite à lancer ce projet. Je voudrais féliciter les équipes de France Télévisions, les équipes de Radio France, France 24, l'Ina qui y a contribué, donc avec les moyens dont ils disposaient déjà, ils ont créé quelque chose de nouveau, et alors après il faut leur laisser le temps de se développer, mais ce que j'ai vu, je lai trouvé tout à fait intéressant. ELIZABETH MARTICHOUX Alors, c'est la chaine d'info du service public, c'est la chaine, donc, des contribuables. Vous leur dites tout de suite, aux auditeurs de RTL, combien elle coûte ? AUDREY AZOULAY Il a deux 12 millions d'euros d'investissements, et le reste, pour l'instant c'est des mises en commun de moyens. ELIZABETH MARTICHOUX A budgets constants, et à France Télévisions et à Radio France ? AUDREY AZOULAY Oui, ils ont investi, vous avez vu, dans des nouveaux studios, vous pourriez les voir, mais c'est surtout une mise en commun, en réalité, de forces qui existent déjà dans le service public. ELIZABETH MARTICHOUX France Info ne veut pas être mesurée en audiences. Vous trouvez ça normal ? AUDREY AZOULAY La chaine, vous voulez dire ? Eh bien peut-être qu'on leur laisse le temps de se... de démarrer. ELIZABETH MARTICHOUX Elle a dit qu'elle ne voulait pas, effectivement, être soumise à... AUDREY AZOULAY Il y a une différence, aussi, principale, entre les médias publics et les médias privés, c'est que l'audience n'est pas forcément la seule mesure de réussite et ce n'est pas celle que, en tout cas, les pouvoirs publics lui assignent. ELIZABETH MARTICHOUX Oui, mais ce n'est pas important pour les Français, contribuables, encore une fois, de savoir si leur chaine est utile ou non ? AUDREY AZOULAY L'utilité n'est... ELIZABETH MARTICHOUX Même si c'est la mesure, c'est l'audience. AUDREY AZOULAY Justement, l'audience n'est pas la seule mesure d'utilité. On a Arte, dont on est très fier et très content, d'avoir une chaine publique franco-allemande, culturelle. On ne mesure pas sa réussite uniquement à son audience, même si bien sûr elle est importante, et d'ailleurs elle progresse. ELIZABETH MARTICHOUX Certains appellent France Info la chaine HOLLANDE, sous-entendant qu'elle a été lancée pour servir le président candidat s'il l'est. Vous leur répondez quoi ? AUDREY AZOULAY Je leur réponds que c'est très mal connaitre les rédactions du service public, dont l'indépendance est bien connue et doit être protégée. ELIZABETH MARTICHOUX A laquelle vous veillez, cette indépendance. AUDREY AZOULAY Bien sûr, c'est une grande différence. ELIZABETH MARTICHOUX Dans la zone de turbulences électorales dans laquelle on entre. AUDREY AZOULAY Regardez, si vous comparez ce qui a été fait dans les différents, les deux mandats, le mandat précédent de Nicolas SARKOZY et celui de François HOLLANDE, Nicolas SARKOZY avait choisi de nommer lui-même directement les patrons de l'audiovisuel public, ce sur quoi nous sommes revenus tout de suite, en confiant au CSA cette mission. ELIZABETH MARTICHOUX Et lui, a l'intention de revenir sur chaine d'info, d'ailleurs, il l'écrit dans son livre, il estime qu'il y a une chaine de service public en trop. AUDREY AZOULAY Ce n'est pas une surprise, puisqu'en 2003, c'est la droite qui avait arrêté un projet de chaine d'information du service public. ELIZABETH MARTICHOUX Fin juin, pour faire passer l'accord des intermittents, Madame la Ministre, le gouvernement a accepté de mettre au pot 90 millions d'euros annuels, pour développer l'emploi stable. Est-ce que vous avez avancé sur la mise en musique de cet argent du gouvernement, qui va alimenter l'intermittence, d'une certaine façon ? AUDREY AZOULAY La première chose, je pense qu'il faut dire, c'est qu'il faut saluer cet accord qui a eu lieu sur l'intermittence, c'est un sujet qui revenait et sur lequel il y avait toujours beaucoup d'inquiétudes. Il y a eu un accord historique qui a été trouvé, avec des économies, très importantes, sur le régime des intermittents, et en même temps des droits nouveaux. ELIZABETH MARTICHOUX Pas tout à fait aussi importantes que le souhaitaient le MEDEF et la CGT, c'est pour ça qu'on vous a demandé, en tout cas qu'ils ont exigé du gouvernement qu'il mette au pot. Ces 90 millions, à quoi vont-ils servir ? AUDREY AZOULAY Alors, donc ça, c'est en dehors du régime de l'intermittent, ce sont des aides à l'emploi qui vont exister, qui vont être commencées en octobre de cette année, et qui vont se dérouler sur toute l'année qui suit. ELIZABETH MARTICHOUX Donc à partir d'octobre. AUDREY AZOULAY A partir d'octobre, les dossiers pourront être déposés et en fait notre objectif, quel est-il ? Il est simple, c'est d'aider à l'emploi dans le secteur du spectacle, aider à l'emploi culturel, pour que soit des contrats soient plus longs pour aider à l'embauche de jeunes artistes, pour aider par exemple des intermittentes qui reviennent de congés maternité à reprendre le travail, donc favoriser cet emploi pérenne, dans le secteur du spectacle, en accompagnant les entreprises qui embauchent. ELIZABETH MARTICHOUX Le spectacle vivant et le spectacle enregistré, comme on dit, ça veut dire toutes les entreprises de production... AUDREY AZOULAY Tout à fait, ça veut dire aussi le cinéma, l'audiovisuel. ELIZABETH MARTICHOUX L'audiovisuel. AUDREY AZOULAY Absolument. ELIZABETH MARTICHOUX A partir d'octobre, ces mesures. AUDREY AZOULAY Absolument. ELIZABETH MARTICHOUX Encore un mot. Emmanuel MACRON a claqué la porte du gouvernement. C'est une trahison, comme le disent beaucoup de proches de François HOLLANDE ? AUDREY AZOULAY Je pense que tout dépend de ce qu'il va faire. C'est quelqu'un de talent, d'ailleurs il faut reconnaitre à François HOLLANDE le soin, enfin, le mérite d'avoir décelé ce talent, de l'avoir pris dans son équipe, d'abord, à son cabinet, puis de l'avoir nommé ministre, et ensuite, le sujet, c'est : que va-t-il faire de ce talent ? Est-ce qu'il va être une force de division ou une force qui va apporter à son camp. ELIZABETH MARTICHOUX Le phénomène MACRON a l'air de prendre, d'après un sondage TNS Sofres pour Le Figaro. Vous, votre opinion, c'est que, effectivement, il peut en faire quelque chose d'utile ? AUDREY AZOULAY Moi je pense qu'il y a un besoin de renouveau, et qui correspond à ces besoins de renouveau, un visage nouveau, la question c'est : le talent c'est bien, mais c'est, qu'est-ce qu'on en fait ? ELIZABETH MARTICHOUX Vous avez attrapé le virus de la politique ? AUDREY AZOULAY De l'intérêt général, je l'avais déjà, et maintenant je le sers différemment. ELIZABETH MARTICHOUX Vous voudriez être élue, Audrey AZOULAY ? AUDREY AZOULAY En écoutant le discours de François HOLLANDE hier, ça m'a donné envie, oui. ELIZABETH MARTICHOUX Peut-être aux législatives, on retrouvera donc la candidate Audrey AZOULAY. AUDREY AZOULAY Nous verrons. ELIZABETH MARTICHOUX Merci beaucoup d'avoir été avec nous. AUDREY AZOULAY Merci. YVES CALVI Un discours où il a donné une vision pour l'avenir de la France, vient de nous dire la ministre de la Culture, qui par ailleurs ajoute que si François HOLLANDE est candidat, eh bien tout simplement elle le soutiendra. Merci à toutes les deux. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/384.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/384.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0248eb5e332b605b33bba618251f0e89117eeb00 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/384.txt @@ -0,0 +1 @@ +FABIENNE SINTES Bienvenue dans l'émission politique de France Info. Bonjour Jean-Michel APHATIE. JEAN-MICHEL APHATIE Bonjour Fabienne. FABIENNE SINTES Autour de vous et comme tous les matins Gilles BORNSTEIN et Guy BIRENBAUM. Notre invitée est la ministre de l'Education. JEAN-MICHEL APHATIE Bonjour Najat VALLAUD-BELKACEM. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Bonjour. JEAN-MICHEL APHATIE Trois jeunes femmes ont été arrêtées hier soir dans l'Essonne, dans le cadre de l'enquête sur la voiture retrouvée à Paris dimanche avec des bonbonnes de gaz, trois jeunes femmes fanatisées et radicalisées a dit le ministre de l'Intérieur, qui s'apprêtaient à commettre un acte terroriste. C'est la première fois sur le territoire français que des femmes, des jeunes femmes, sont impliquées, qui étaient elles-mêmes potentiellement des auteurs d'actes terroristes. Cette féminisation du terrorisme doit-elle nous inquiéter, Najat VALLAUD-BELKACEM ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM D'abord la menace est constante et nos services, nos forces de police sont à l'œuvre en permanence sur ce sujet. Je crois qu'il faut quand même saluer en effet leur capacité en l'occurrence à avoir déjoué cet attentat. La féminisation de la radicalisation et du djihadisme, ça fait malheureusement quelque temps qu'on la constate et qu'on s'en alarme. JEAN-MICHEL APHATIE Un soutien d'acte terroriste. Là, elles s'apprêtaient elles-mêmes visiblement l'une des jeunes filles avait même adressé un message d'adieu à sa mère à commettre un acte de kamikaze en fait. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui. C'est vrai que du coup, il y a un élément nouveau. Ce qu'on voyait jusqu'à présent, c'étaient des jeunes filles de plus en plus jeunes d'ailleurs partir pour le djihad en Syrie. C'était déjà suffisamment préoccupant. On avait, sauf à une exception près, pas vu de femme sur le point ou commettant un acte à proprement parler. FABIENNE SINTES D'ordinaire les femmes ne sont pas combattantes. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Absolument, elles ne sont pas combattantes, elles sont à l'arrière. En tout état de cause, même quand elles sont à l'arrière, de toute façon ça veut dire qu'elles soutiennent et qu'elles permettent le système. Elles sont donc tout aussi coupables évidemment que les hommes qui s'engagent. Le sujet pour nous est extrêmement préoccupant. C'est la raison pour laquelle nous avons tous les efforts que nous faisons en termes de lutte contre la radicalisation, y compris dans nos établissements scolaires, parce qu'il ne s'agit pas simplement de réprimer une fois qu'on sait : il s'agit aussi de prévenir par le développement de l'esprit critique, par le travail sur Internet, les médias, la distinction entre l'information et la désinformation. Les filles comme les garçons sont concernés. JEAN-MICHEL APHATIE Vous le disiez, Najat VALLAUD-BELKACEM, la menace terroriste demeure très importante. Le président de la République a prononcé hier un discours sur la démocratie face au terrorisme. Il n'a pas parlé que de cela. On a noté aussi dans le discours du président de la République hier des accents de candidat à la prochaine élection présidentielle. On l'écoute. - Extrait du discours de François HOLLANDE, président de la République : « Je vous l'affirme, je ne laisserai pas la France être abimée, réduite, voir ses libertés mises en cause, son état de droit contesté, son éducation réduite et sa culture amputée. C'est le combat d'une vie. » (document du 08/09) JEAN-MICHEL APHATIE « Je ne laisserai pas la France » : candidat sans le dire ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM J'ai trouvé d'abord que c'était un discours de président de la République plus que de candidat. C'était un discours de président de la République conscient de la gravité de la situation. JEAN-MICHEL APHATIE Il avait les deux parties : président de la République et candidat. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Et c'était en effet un discours très offensif et donc évidemment ses partisans et ceux qui veulent le voir candidat et j'en fais partie auront été très heureux de l'entendre dire en particulier : « Je ne laisserai alterner la France ni dans les mois ni dans les années qui viennent », bien sûr. JEAN-MICHEL APHATIE Vous aviez besoin de ces signaux-là ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM En tout cas, c'était un moment extrêmement fort, très agréable et très enthousiasmant parce qu'on y a vu à la fois une hauteur de vue. Franchement, qu'est-ce que ça contraste avec la cour de récréation de la primaire de la droite par exemple ou même de certains candidats honnêtement de la primaire de la gauche que d'avoir un discours d'une telle qualité, qui est d'une cohérence et d'une force et, encore une fois, d'une hauteur de vue comme on avait rarement vu. On a eu l'occasion d'entendre parler à la fois de sécurité, de démocratie face au terrorisme puisque c'était ça le sujet, mais aussi de notre modèle républicain au sens large, de la France, de son identité, de ses valeurs, de son passé mais aussi de son avenir. Je pense que ce faisant, il a tracé un cap très important dans lequel tous les Français peuvent se reconnaître. JEAN-MICHEL APHATIE S'il y avait de la hauteur de vue comme vous dites, quel sens ça a pour le président de la République de se présenter à des primaires d'un parti politique, puisque c'est ce que va faire visiblement François HOLLANDE en acceptant de se soumettre à la primaire du Parti socialiste ? C'est incompatible, non ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais en fait, l'objet de la primaire à gauche… JEAN-MICHEL APHATIE Du Parti socialiste, oui. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, voilà, du Parti socialiste, c'est de trancher une orientation politique et une incarnation. JEAN-MICHEL APHATIE Et être président de la République, ça ne suffit pas à emporter l'adhésion du Parti socialiste ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Soyons clairs, Jean-Michel APHATIE. Si vous me posez la question, j'ai déjà eu l'occasion d'y répondre. Moi j'ai estimé qu'il avait la légitimité suffisante pour y retourner sans passer par une primaire. JEAN-MICHEL APHATIE C'est un abaissement de la fonction de se soumettre à une primaire ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Simplement c'est lui-même qui a souhaité le faire parce qu'à partir du moment où d'autres candidatures se sont manifestées, il préférait avoir à la fin du jour la légitimité établie par un vote des primaires plutôt que de passer en force ou de donner l'impression de passer en force. C'est son choix, il a décidé qu'il participerait à cette primaire en tout cas, il dira en décembre s'il est candidat à y participer. Moi, je pense qu'en tout état de cause, sans attendre même que la primaire ait lieu, nous pouvons commencer à défendre notre action, notre bilan, nos valeurs auprès des Français. Nous avons largement de quoi. GILLES BORNSTEIN Si vous êtes fan du président de la République, on vient de l'entendre, avec le Premier ministre ça a l'air plus compliqué. Interview dans Le Nouvel Obs de cette semaine : « Manuel VALLS a son identité politique et moi j'ai la mienne ». Clairement le différend porte sur l'islam. Qu'est-ce que vous entendez par cette différence ? Comment faut-il la comprendre ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Il n'y a pas d'opposition entre le Premier ministre et moi-même. Ne pas être identique, pour reprendre la formule que vous venez d'utiliser, ne signifie pas ne pas être complémentaire. Je crois honnêtement nos propos sont complémentaires quand vous prenez le temps de bien regarder les miens en tout cas. Parce que moi qu'est-ce que je dis ? JEAN-MICHEL APHATIE « Complémentaires » c'est un mot diplomatique pour dire « différents ». Je traduis. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Moi je dis que l'enjeu numéro un pour notre pays, c'est de combattre et d'assécher le terrorisme qui nous fait tellement souffrir. Que pour ce faire, il nous faut bien sûr neutraliser les terroristes c'est-à-dire déjouer les attentats – on l'a vu tout à l'heure -, intervenir en Syrie, être impitoyable avec les fanatiques. Mais il nous faut aussi neutraliser les idées que diffusent les terroristes dans notre société pour recruter d'autres djihadistes en puissance. Or quelles sont ces idées ? Il suffit de lire leur prose pour le comprendre. L'idée principale, c'est finalement dans cette société occidentale, européenne, française, derrière la supposée liberté, égalité, unité de tous, les musulmans ne sont pas vraiment traités pareillement. Les musulmans ne sont pas vraiment les bienvenus et donc moi, ce que je dis, c'est que tout ce qui dans notre débat public, dans nos focales médiatiques vient conforter cette idée que les musulmans sont des citoyens à part, qu'ils ne sont pas également traités comme les autres, et cætera, conforte la campagne des terroristes, et que c'est ça le problème et c'est pour ça que nous devons faire très attention - mais le Premier ministre le fait, c'est à la droite que je m'attaque en réalité - très attention à ne pas agiter de peur et de sentiment d'exclusion à l'égard des musulmans. FABIENNE SINTES Najat VALLAUD-BELKACEM, cette discussion continue dans quatre-vingt-dix secondes. […] La suite de l'émission politique de France Info avec Najat VALLAUD-BELKACEM ce matin. Question, Gilles BORNSTEIN. GILLES BORNSTEIN Est-ce que cette question de l'Islam isole le Premier ministre à gauche, est-ce qu'il se trompe de combat ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, parce que, une fois de plus, je ne veux pas qu'on interprète… JEAN-MICHEL APHATIE Non, mais il y a eu un problème, on ne peut pas le nier, il y a eu un problème entre vous et le Premier ministre. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, je ne veux pas qu'on interprète mes propos. Soyons clairs. Le Premier ministre… JEAN-MICHEL APHATIE Le Premier ministre, en direct sur une radio, c'était sur RMC, a dit que vous vous trompiez quand vous pensiez que les arrêtés anti-burkini étaient une dérive. Il y a quand même un problème politique quelque part. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Soyons honnêtes avec ce que dit le Premier ministre. JEAN-MICHEL APHATIE Absolument. NAJAT VALLAUD-BELKACEM C'est vrai qu'il a soutenu, dans un premier temps, les arrêtés anti-burkini, qui s'appuyaient sur des situations d'ordre public, d'ailleurs celui de Sisco, a été validé en justice parce qu'il y avait bel et bien un trouble à l'ordre public. JEAN-MICHEL APHATIE Par le tribunal administratif, le Conseil d'Etat ne s'est pas prononcé. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Voilà, par le tribunal administratif, en revanche, le Premier ministre a été l'un des premiers, aussi, à dire qu'il fallait faire attention à la stigmatisation des musulmans. Donc, si on veut bien mettre bout à bout ces deux expressions-là, on voit que le Premier ministre, au fond, a conscience, contrairement à la droite, et c'est pour ça que c'est à la droite, moi, que je m'en prends, a conscience de la nécessité de ne traiter ces sujets qu'avec beaucoup de prudence pour ne jamais donner le sentiment aux musulmans, encore une fois, d'être des citoyens à part. GILLES BORNSTEIN Et lui manque de prudence. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Le Premier ministre ? GILLES BORNSTEIN Oui. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, je crois… Honnêtement, enfin, moi je veux dire, moi j'appartiens à un gouvernement qui sous son impulsion à lui, n'aura jamais fait autant pour lutter contre le racisme, contre les discriminations, contre les stigmatisations. GUY BIRENBAUM Quand on parle de discrétion, la discrétion qu'on demande aux musulmans, Jean-Pierre CHEVENEMENT, et d'ailleurs Manuel VALLS a répété ces propos, la discrétion, qu'est-ce que ça veut dire ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Je pense que, François HOLLANDE, hier, dans son discours, a eu un propos, que je voudrais souligner et saluer, en disant que finalement, lorsqu'on s'adresse par exemple aux musulmans pour leur dire d'être vigilants avec le cancer qui peut les gangréner en leur sein, c'est-à-dire l'Islam radical, eh bien cette vigilance elle s'adresse à tous les Français. Ce n'est pas seulement les musulmans en tant que musulmans, c'est les musulmans en tant que citoyens, comme on pourrait s'adresser, voilà, à tous les citoyens pour leur demander de faire attention, de veiller à la sécurité autour d'eux, etc. Et je pense que c'est ce discours-là qu'il faut avoir pour ne pas donner l'impression aux musulmans d'être, finalement présumés coupables de quelque chose. Et cette présomption de culpabilité, honnêtement je vous le redis de façon très claire, ce n'est pas chez Manuel VALLS qu'elle est aujourd'hui, elle est dans le débat public porté par un discours de droite qui est devenue de la droite extrême, qui ne prend plus de gants sur aucun sujet, qui envisage des lois d'exception dans lesquelles on légiférerait sur les attributs vestimentaires d'une religion et d'une seule. Enfin, ce n'est pas Manuel VALLS, il est contre cette législation-là. FABIENNE SINTES Il a dit qu'il réfléchissait au voile à l'université ! JEAN-MICHEL APHATIE Exactement. FABIENNE SINTES Il a dit qu'il y réfléchissait, au voile à l'université, est-ce que vous, vous y réfléchissez ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Enfin, là encore, je pense qu'à chaque fois il faut prendre ces propos dans leur intégralité. Il a clairement dit, et ça fait partie de cette identité qui est la sienne, en effet, qu'il était révulsé par tous les attributs vestimentaires qui peuvent donner l'impression qu'une femme est soumise, etc. Mais, en même temps, il a ajouté qu'il était impossible, constitutionnellement parlant, d'interdire le voile à l'université, donc qu'il ne le ferait pas. Et je pense que, c'est ça aussi, c'est que dans la vie on peut désirer des choses dans l'absolu, mais s'en tenir à des règles de droit, à des institutions républicaines, et c'est un républicain Manuel VALLS. FABIENNE SINTES Najat VALLAUD-BELKACEM, les enseignants en colère hier. Alors, c'est vrai que la journée de grève n'a pas beaucoup mobilisé, il y avait à peu près 5 % de grévistes, mais tout de même, cette réforme des collèges, qui décidément, ne passe pas. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, enfin c'est votre interprétation, pardon, mais… Moi, ce que je constate, si on regarde un petit peu comment la rentrée scolaire s'est passée dans les collèges. Je peux vous dire que je suis allée dans beaucoup de collèges, ces derniers jours, et pas que des collèges extrêmement enthousiastes, il en existe aussi à l'égard de la réforme du collège, mais y compris des collèges moins enthousiastes. Je peux vous dire que, partout, et c'est formidable à voir, vous avez des équipes de professeurs qui s'organisent, qui font des réunions, pour réfléchir à la façon dont, classe par classe, on va organiser cet accompagnement personnalisé, on va retenir les thèmes des enseignements interdisciplinaires pour que ce soit le plus utile possible aux enfants en question, dans le contexte qui est le leur. Et je trouve que c'est formidable de voir des équipes travailler ensemble, c'est-à-dire sortir un petit peu de cette logique qu'on avait, au collège, de l'ultra disciplinaire, où chaque professeur est dans sa discipline, et avoir des professeurs qui travaillent en groupe, autour de l'intérêt des élèves, qui du coup, en croissant leur regard les connaissent mieux et donc les aident mieux à réussir. FABIENNE SINTES Vous, vous pensez qu'il y a unanimité autour de cette réforme… NAJAT VALLAUD-BELKACEM Est-ce que c'est ce que j'ai dit ? Non. JEAN-MICHEL APHATIE Non, vous n'avez pas dit ça. Est-ce qu'on peut dire qu'il y a une coupure entre les enseignants et la gauche aujourd'hui, et le Parti socialiste notamment ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Moi, je vais vous dire, en fait clairement, comme ça serait également le cas dans votre entreprise par exemple, à chaque fois qu'on apporte une réforme d'ampleur, qui réorganise les modes de fonctionnement des gens, c'est compliqué, c'est contraignant. Les professeurs ont un métier, déjà, en soi, qui est extrêmement difficile, extrêmement exigeant, on leur apporte en plus ces réformes-là, je comprends que ce soit difficile, et je veux leur dire sincèrement tout le respect que j'ai pour eux, y compris ceux qui s'opposent à la réforme. Peu m'importe le sujet, c'est que je sais la difficulté de leur tâche, et pour cela nous les accompagnons. Vous savez, on nous avait dit « oh mais cette réforme c'est une réforme d'économies », ah, il apparaît que nous créons 4000 postes pour l'accompagner. On nous avait dit « c'est une réforme qui va laisser les enseignants livrés à eux-mêmes », ah, nous avons déployé 700.000 jours de formation l'année dernière, et nous en faisons autant pour accompagner les enseignants dans la mise en oeuvre de la réforme. On nous avait dit « c'est une réforme qui supprime le latin et l'allemand », ah, il n'y a jamais eu autant d'élèves qui feront du latin et de l'allemand que cette année. Donc, il n'en reste… JEAN-MICHEL APHATIE C'est une réforme qui trouve sa place, dites-vous, dans l'Education nationale… NAJAT VALLAUD-BELKACEM Donc, il n'en reste, de cette réforme, que les aspects extrêmement positifs, c'est-à-dire de meilleurs apprentissages pour les élèves. JEAN-MICHEL APHATIE On parle de mixité sociale dans les collèges notamment, Gilles BORNSTEIN. GILLES BORNSTEIN Thomas PIKETTY a pointé justement ce manque de mixité sociale dans les collèges, particulièrement à Paris, 1 % d'élèves défavorisés dans certains collèges, 60 % dans d'autres, différence énorme, comment y remédier, faut-il imposer à l'enseignement privé des obligations comme à l'enseignement public ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM J'ai lu, d'ailleurs vous avez vu que je lui ai répondu à Thomas PIKETTY… JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez validé son analyse, les chiffres qu'il donnait sur la ségrégation sociale dans les collèges. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, oui, absolument. Bien sûr, je ne peux constater, comme lui, qu'il y a une forte ségrégation sociale, notamment d'ailleurs dans les collèges parisiens, puisque c'est l'objet de son étude, et qui s'explique très simplement, cette ségrégation sociale, par des décennies, à Paris, de politique de l'habitat, et je ne parle pas de la majorité actuelle évidemment, de politique de l'habitat qui a poussé à cette ségrégation sociale. JEAN-MICHEL APHATIE Comment on remédie à ça ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Et donc, le sujet c'est comment on fait pour y remédier, et en fait là où je diverge un peu avec Thomas PIKETTY c'est que moi je ne crois plus à la norme unique qui vienne du haut et qui s'impose à tous les territoires. On l'a testé par le passé, rappelez-vous, la norme unique qui vient du haut s'agissant de lutter contre la mixité sociale, ça a consisté, soit à dire on supprime la carte scolaire, comme ça les familles elles vont où elles veulent, Nicolas SARKOZY 2007, il l'a fait, on sait où ça a conduit, c'est-à-dire à une sur-ghettoïsation des établissements dont s'échappaient les familles qui avaient les moyens de s'échapper et dans lesquels restaient les autres. Donc ça c'était la première solution venant du haut… JEAN-MICHEL APHATIE Et la deuxième ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM La deuxième solution, y compris portée par la gauche, en son temps, c'était de dire eh bien non, au contraire, il faut rigidifier toute la carte scolaire, c'est-à-dire quand on habite quelque part on va dans le collège de son territoire. JEAN-MICHEL APHATIE Ça non plus ça ne marche pas. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais ça aussi ça ne marche pas puisque, du coup, les gens ils vont dans le collège, qui est ghettoïsé, du territoire ghettoïsé. GILLES BORNSTEIN Ça c'est ce qu'on ne fait pas, et qu'est-ce qu'on fait ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Donc, voilà, la troisième voie c'est celle que je porte, qui est de dire on part du territoire, on va sur place. Les territoires sont différents, dans un territoire urbain et dans un territoire rural, évidemment vous n'avez pas les mêmes problématiques. Dans un territoire urbain on peut imaginer, par exemple, redécouper la carte scolaire en suivant le tracé des transports urbains, ce qui permet finalement de répartir les élèves dans plusieurs collèges, mais comme il y a un transport urbain rapide, en 5 minutes on peut atteindre l'autre collège sans difficulté, ce qu'on ne peut pas faire en ruralité. Donc, dans un territoire urbain, on va adopter cette solution-là avec la collectivité locale concernée. Dans d'autres territoires on va avoir un autre type de solution qui va consister par exemple à faire des secteurs multi-collèges… JEAN-MICHEL APHATIE Donc c'est un travail très lent. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, c'est un travail de dentelle, c'est un travail de dentelle, qui voit le jour cette année, il y a 25 territoires qui ont décidé, comme ça, de trouver des solutions avec nous, on le fait ensemble. Franchement, les territoires sont de droite comme de gauche, c'est la première fois qu'on arrive à trouver des solutions pratiques, et après il faudra continuer, c'est vrai que ça prendra quelques années. FABIENNE SINTES Najat VALLAUD-BELKACEM, l'émission politique continue sur France Info, quelques questions éparpillées façon puzzle tout à l'heure, vous allez comprendre. A tout de suite. […] Suite de l'émission politique de France Info avec Najat VALLAUD-BELKACEM. Emmanuel MACRON était à Roquevieille, c'est dans le Cantal et c'était mercredi. Il a dit cette phrase : « Je ne suis pas là pour beurrer les tartines ». Est-ce que vous savez d'abord de quoi il s'inspire ? Vous allez le voir tout de suite, écoutez. - Extrait du film « Les tontons flingueurs » : « Dis donc, on n'est quand même pas venu pour beurrer les sandwichs ». FABIENNE SINTES C'est le Tonton flingueur de la gauche, Emmanuel MACRON ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non. D'abord il faut faire attention avec les tartines qu'on beurre parce que quand on les fait tomber généralement c'est du mauvais côté. GUY BIRENBAUM Oui. Ça, c'est une célèbre théorie. NAJAT VALLAUD-BELKACEM N'est-ce pas. Mais non, pour le reste… JEAN-MICHEL APHATIE Il est ingrat ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Heu… GILLES BORNSTEIN Vous ne savez pas quoi dire ? GUY BIRENBAUM Eh bien dites donc ! JEAN-MICHEL APHATIE Dites le fond de votre pensée. GUY BIRENBAUM Allez, allez, allez, allez ! JEAN-MICHEL APHATIE Est-ce qu'il y a de l'ingratitude chez Emmanuel MACRON ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Il y a un manque flagrant de loyauté et pour moi, la loyauté est non pas un principe politique intangible mais une éthique personnelle. JEAN-MICHEL APHATIE En même temps il dit, et il n'a pas tort là-dessus, beaucoup de gens veulent que quelque chose change. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Bien sûr. JEAN-MICHEL APHATIE Et là, on a écouté la salle Wagram hier : on est reparti pour un HOLLANDE-SARKOZY. Pas très excitant quand même. NAJAT VALLAUD-BELKACEM C'est votre avis à vous. Je suis d'accord que SARKOZY, ce n'est pas très excitant mais là, je n'y peux pas grand-chose et je n'irai pas participer aux primaires de la droite. JEAN-MICHEL APHATIE Quand on regarde les autres démocraties, on assiste rarement à la répétition de ce qu'on a déjà connu. Ça change quoi. Donc Emmanuel MACRON incarne ça, le changement. Vous y êtes sensible ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais dites-moi, Jean-Michel APHATIE, vous trouvez que cinq ans c'est très long ? Moi, je vais vous dire le fond de ma pensée. JEAN-MICHEL APHATIE Oui, allez-y. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Je trouve qu'en fait c'était une erreur d'être passé au quinquennat. GUY BIRENBAUM Il est trop tard là. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Parce que je trouve que, vous voyez par exemple, vous donnez le sentiment que c'est bon, là, François HOLLANDE. JEAN-MICHEL APHATIE Emmanuel MACRON s'appuie là-dessus. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais cinq ans, il a eu cinq ans pour agir. C'est très, très court cinq ans et moi je pense qu'au contraire, on devrait aller vers des durées de gouvernance qui sont plus longues. FABIENNE SINTES Il ne s'appuie pas seulement sur les cinq ans. Il s'appuie aussi sur des années de député, et cætera, sur une classe politique qui est la même depuis vingt-cinq ou trente ans. C'est là-dessus qu'il s'appuie. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais enfin, en quoi est-ce qu'en l'occurrence Emmanuel MACRON tranche avec ça, avec le système comme il se plaît à l'appeler ? FABIENNE SINTES Il a trente-huit ans. NAJAT VALLAUD-BELKACEM C'est une plaisanterie ! JEAN-MICHEL APHATIE Pourquoi c'est une plaisanterie ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Parce qu'il ne tranche en aucun cas avec le système. Il lui appartient totalement. Non seulement il lui appartient mais il a été particulièrement aidé par le système, donc c'est en ça que c'est une duperie. Je veux dire, qu'il ait envie d'aller chercher des idées neuves, et cætera, c'est son droit. Enfin honnêtement, pour l'instant je n'en ai pas entendues beaucoup, mais à un moment donné qu'il ne sache ne pas cracher sur le système qui l'a vu naître, qui l'a aidé, qui l'a porté, et qu'il sache ne pas cracher aussi sur le président de la République qui lui a donné sa confiance de façon exceptionnelle. C'est la moindre des choses. JEAN-MICHEL APHATIE Le jugement est assez sévère. ALSTOM, l'usine pourrait fermer à Belfort. Ecoutez Arnaud MONTEBOURG, il était hier à Reims aux Assises du Produire français. - Extrait d'une déclaration d'Arnaud MONTEBOURG : « Tout cela pour moi traduit le laisser faire. On prend des engagements et on les délaisse. Pour moi, c'est Florange qui recommence ». JEAN-MICHEL APHATIE C'est Florange qui recommence dit Arnaud MONTEBOURG. NAJAT VALLAUD-BELKACEM C'est intéressant parce que finalement ça nous renvoie à ce début de quinquennat qui a marqué une série d'incompréhensions avec l'opinion publique et qui explique, je pense, pourquoi est-ce que nous sommes aujourd'hui si bas dans les sondages en gros. Parce que par exemple Florange est restée comme le symbole soi-disant des renoncements de la gauche au pouvoir. JEAN-MICHEL APHATIE Soi-disant ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, soi-disant. Parce que quand on regarde la réalité de ce qui a été fait, il y a beaucoup de choses et beaucoup de réponses qui ont été apportées y compris en matière de réindustrialisation de notre pays soyons un peu sérieux et qui aujourd'hui ne sont pas reconnues à leur juste mesure parce que les frondeurs, une partie de la gauche de la gauche et cætera, auront passé leur temps à agiter le symbole de Florange. Et donc Arnaud MONTEBOURG, d'une certaine façon, a une part de responsabilité dans tout cela, et c'est très étrange aujourd'hui de le retrouver dans les candidats à la primaire parce qu'on a envie de lui dire : « Pourquoi n'es-tu pas resté aux responsabilités ? » - un peu comme Emmanuel MACRON d'ailleurs « Pourquoi n'es-tu pas resté aux responsabilités ? Pourquoi n'as-tu pas fait tout ce qui était en ton possible et à réindustrialiser la France puisque c'est de ça dont il s'agit ? » GUY BIRENBAUM Julie GAYET est en une de Paris Match et du Parisien Magazine. Dans Paris Match notamment, on peut lire que la compagne du président de la République devrait lui apporter son naturel et son énergie. Elle va faire campagne avec lui ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Je ne connais pas suffisamment Julie GAYET pour parler à sa place. JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez vu Paris Match ? GUY BIRENBAUM Vous avez vu le journal ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui. Enfin, à vrai dire je ne l'ai pas lu mais je crois que c'est une personnalité indépendante, qui a plutôt manifesté jusqu'à présent une envie de se tenir à l'écart et il faut respecter cette envie de mise à l'écart. GUY BIRENBAUM Vous pensez que c'est une officialisation de la relation ou ça n'a rien à voir ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Il faut demander ça à Paris Match, je ne sais pas. Je ne décide pas de leur ligne éditoriale. JEAN-MICHEL APHATIE On est toujours surpris de voir les responsables politiques dire : « Ah ! Surtout la vie privée, respectez-nous, et cætera », puis ensuite on joue avec les images, on fait passer des messages. On s'interroge toujours sur l'attitude des responsables politiques dans ces cas-là. Vous partagez nos interrogations ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ce que je sais, en tout cas c'est ce que je m'applique à moi-même, dans la mesure du possible il faut se tenir éloigné de la presse people. Voilà. Mais parfois, pardon, et je pense que c'est le cas en l'occurrence, la presse people vient vous chercher sans que vous n'ayez rien demandé. JEAN-MICHEL APHATIE Est-ce que vous avez cherché des Pokémons en venant à la Maison de la Radio ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non mais on m'a expliqué. On m'a expliqué mais je ne suis pas accro de ce jeu, non. JEAN-MICHEL APHATIE On vous pose la question parce que vous avez souhaité il y a quelques jours que, si possible, les établissements scolaires soient un peu épargnés par cette folie de la recherche des Pokémons. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, pour des raisons que vous comprendrez bien. C'est qu'imaginez un attroupement qui se crée dans la cour d'un établissement scolaire parce que se baladerait ce qu'on appelle un Pokémon rare, c'est-à-dire les plus précieux, ces petites bêtes qu'il faut attraper. Je veux dire que ça poserait des problèmes de sécurité, donc il faut faire attention à ça et, en effet les établissements scolaires ont la possibilité de demander à l'éditeur du jeu d'être exclu. JEAN-MICHEL APHATIE Merci Najat VALLAUD-BELKACEM d'avoir accepté l'invitation de France Info. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Merci à vous. FABIENNE SINTES Et merci à tous, bon week-end. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/385.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/385.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..687104ee01e5b0765ebcee3750823f7ca7c34f75 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/385.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, Cher Claude Bartolone, Monsieur le Secrétaire général du Conseil de l'Europe, Cher Thornbjorg Jagland, Monsieur le Président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe Pedro Agramunt, Monsieur le Président de la délégation française, Cher René Rouquet, Monsieur le Président Robert Badinter, Monsieur le Président Jean-Paul Costa, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, C'est un honneur pour moi que d'être parmi vous aujourd'hui pour ouvrir à vos côtés ce colloque consacré à la défense des droits de l'Homme et à l'avenir du Conseil de l'Europe. Je tiens à féliciter René Rouquet d'en avoir pris l'initiative et je remercie l'Assemblée nationale de l'accueillir. La France, pays fondateur et pays hôte de l'organisation, porte un très grand attachement au Conseil de l'Europe et continuera de soutenir son action. L'affirmation des droits de l'Homme s'est inscrite dans l'Histoire de France avec la Révolution française, elle fait partie de son identité et guide son action internationale. Mais les droits de l'Homme, par définition, n'appartiennent pas à un pays en particulier. Tous doivent en être les dépositaires. C'est pourquoi, pour le continent européen, nous avons créé une organisation, le Conseil de l'Europe, et depuis 67 ans, la promotion des droits de l'Homme, de la démocratie et de l'État de droit, principes universels, sont au coeur de son mandat et de son action. Ils ne doivent jamais être considérés comme acquis. C'est l'honneur des parlementaires qui composent l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe que de porter cette conscience, et la nécessité de se battre sans relâche pour promouvoir les droits de l'Homme, y compris auprès des citoyens et des gouvernements de chacun des États membres. Les menaces qui pèsent aujourd'hui sur les droits de l'Homme dans le monde sont nombreuses. Ce sont d'abord celles qui sont liées aux guerres. Je pense, près de nos frontières, aux crimes perpétrés en ce moment même en Syrie à la fois par le régime de Damas et par Daech. Le président de la République l'a répété à plusieurs reprises ces dernières semaines : ce qui se passe en Syrie est un crime inqualifiable et nous avons, nous européens, une responsabilité particulière, au nom même des valeurs que nous portons, de tout faire pour que cessent ces massacres de population, ces violations continues des droits de l'Homme et que la reprise des négociations permette une solution politique au conflit. Nous ne pouvions pas démarrer cette journée consacrée à la défense des droits de l'Homme sans évoquer cette situation qui appelle la mobilisation la plus forte de la communauté internationale. Mais sur le continent européen aussi, les droits de l'Homme peuvent être remis en question, parfois de manière insidieuse, imperceptible, ou même de manière ouverte et assumée. Le Conseil de l'Europe, seule organisation paneuropéenne en mesure de surveiller de manière effective la mise en œuvre et le respect des droits de l'Homme et de l'État de droit, doit rester l'enceinte privilégiée de leur défense et de leur protection. Elle le doit d'autant plus que l'Europe est confrontée à des défis sans précédent. Le premier tient à la menace terroriste, aux attentats qui nous ont frappés en France, en Belgique, au Danemark, en Allemagne mais aussi en Turquie. Face à cette barbarie meurtrière, face à ce nouveau totalitarisme, qui ne représente aucune religion, aucune civilisation, nous devons nous dresser avec force. Les terroristes veulent nous intimider, nous diviser, nous jeter les uns contre les autres. Nous devons faire le contraire : les combattre avec détermination, nous rassembler et refuser les amalgames. Ils se réclament d'une religion, l'islam, mais ils ne font que la dévoyer. C'est pourquoi nous devons combattre toute stigmatisation à l'encontre des musulmans en Europe. Nous combattons le fanatisme islamiste et non pas l'islam. Nos principes sont le meilleur rempart contre l'engrenage de la haine. La campagne contre le discours de haine menée par le Conseil de l'Europe s'inscrit très justement dans cette volonté. Notre réponse doit être celle de démocraties qui veulent se défendre, se protéger mais qui veulent aussi défendre et protéger les libertés, la liberté. C'est avec la force du droit que se battent les démocraties. Ainsi, confrontée à une menace terroriste d'ampleur exceptionnelle, la France a veillé à mettre en œuvre l'état d'urgence dans le plein respect des libertés fondamentales et de ses engagements internationaux. Nous avons fait en sorte que les mesures prises contre le terrorisme ne compromettent pas l'exercice des libertés publiques, qu'elles soient strictement encadrées et fassent l'objet d'un contrôle parlementaire et juridictionnel étroit au niveau national, en y associant les mécanismes nationaux et internationaux de protection des droits de l'Homme. Je m'étais rendu à votre invitation en janvier dernier devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe et à votre rencontre, Monsieur le Secrétaire général, afin de présenter cette approche. Je veux aussi saluer la mobilisation du Conseil de l'Europe pour renforcer les outils et l'action de l'organisation en matière de lutte contre la radicalisation et l'extrémisme violents. La France a activement participé à l'élaboration du Protocole additionnel à la Convention du Conseil de l'Europe pour la prévention du terrorisme. Il s'agit du premier texte international qui prévoit des dispositions pour prévenir et endiguer le flux de combattants terroristes étrangers vers les zones de conflit. La France a signé le Protocole le 22 octobre 2015 et engagé le processus de ratification. Le second défi est bien sûr celui de la crise migratoire sans précédent et de la crise des réfugiés à laquelle nous sommes confrontés. Nous devons apporter à ce défi une réponse fondée sur les principes d'humanité, de solidarité et de responsabilité, en conformité avec le droit international et en particulier le droit d'asile. Là encore, le Conseil de l'Europe peut jouer un rôle en faveur du traitement digne, des droits et de l'intégration des migrants, notamment au travers du partage des bonnes pratiques. Au-delà de ces défis collectifs, l'Europe doit rester attentive quant à l'état et à l'évolution de chacune de ses démocraties. La France partage les préoccupations du Secrétaire général concernant certaines situations dans les États membres. L'enjeu est de trouver le juste équilibre entre le rappel des engagements et obligations de chacun et le nécessaire maintien du dialogue, sans lequel aucune avancée n'est possible. L'initiative prise par le secrétaire général de réunir la semaine dernière un comité des ministres sur la situation en Turquie était à cet égard bienvenue. Nous avons ainsi condamné avec fermeté la tentative de coup d'État en Turquie mais nous sommes aussi vigilants sur la situation intérieure de ce pays et la nécessité que les procédures engagées soient strictement proportionnées et respectueuses de l'État de droit. C'est ce à quoi vous avez veillé Monsieur le Secrétaire général par votre déplacement en Turquie. La mobilisation pour la fortification des démocraties européennes est dans l'ADN même du Conseil de l'Europe. C'est tout le sens de l'assistance concrète qu'il apporte aux États dans le domaine de l'État de droit et du respect des libertés fondamentales. Seuls des États garantissant le respect des droits de l'Homme pour tous les individus, quelle que soit leur appartenance, protégeant le pluralisme des opinions et des convictions, luttant contre toutes les formes de discriminations, et assurant à chacun une citoyenneté pleine et entière, sont capables de garantir, sur le long terme, la confiance des populations. La France maintient, et a toujours maintenu, une coopération et un dialogue ouvert sur le respect de ses engagements avec la Cour européenne des droits de l'Homme et les autres mécanismes de suivi du Conseil de l'Europe. Mesdames et Messieurs, Je sais que l'évènement qui nous rassemble aujourd'hui a pour objet principal de se pencher sur l'avenir du Conseil de l'Europe et notamment d'étudier quelles évolutions de ses mécanismes institutionnels seraient les plus à même d'asseoir, sur le long terme, l'autorité et l'influence du Conseil de l'Europe au service de la défense des droits de l'Homme. Il est vrai que les choses ont changé depuis 1949, depuis la naissance du Conseil de l'Europe, depuis que l'Union européenne a surgi, qu'elle a étendu et approfondi ses compétences, que notre continent s'est profondément transformé avec un nombre toujours plus grand d'États démocratiques qu'il a fallu accompagner dans leur transition. Mais le Conseil de l'Europe n'en a pas fini avec sa mission, avec sa raison d'être. C'est pourquoi je voulais vous assurer de tout le soutien de la France dans votre démarche pour un Conseil de l'Europe plus fort dans le concert européen et international, et vous souhaiter une journée de travaux riches et fructueux. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/386.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/386.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6a0ceb6f08c0b8a4686c2b9e663047b3f85ab314 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/386.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet de Police, Monsieur le Préfet de la Seine-Saint-Denis, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Président du Conseil départemental, Mesdames et Messieurs les Maires, Mesdames et Messieurs les élus, Madame la Procureure de la République, Messieurs les Directeurs, Mesdames et Messieurs les commissaires de police, Mesdames et Messieurs les représentants des syndicats, Mesdames et Messieurs, Nous venons à l'instant d'inaugurer le tout nouveau Centre opérationnel départemental, qui nous permettra de renforcer la mise en œuvre du Plan Vigipirate et d'améliorer la prévention des risques susceptibles d'affecter la Seine-Saint-Denis. C'est là une manifestation – parmi d'autres – de l'engagement de l'État dans votre département pour œuvrer à la sécurité des habitants. A cet égard, chacun connaît les difficultés auxquelles le territoire de la Seine-Saint-Denis est confronté. Les phénomènes de délinquance et d'insécurité y sont endémiques, enracinés depuis de nombreuses années dans le quotidien des villes et des quartiers. Ce que beaucoup d'habitants subissent ici, c'est une double peine. Car, nous le savons bien, c'est d'abord dans les quartiers où vivent les personnes les plus modestes et où se concentrent les difficultés sociales que s'enkystent la délinquance et la criminalité, et depuis quelques années, les phénomènes de radicalisation violente. A chaque fois, c'est la même spirale qui s'enclenche : insécurité économique, insécurité urbaine, insécurité physique. Ce constat, nous le partageons tous. De même que nous savons tous que ce diagnostic appelle une réponse plurielle. L'insécurité est évidemment la conséquence d'un phénomène complexe, bien plus qu'une cause de tous les maux. Et ce ne sont pas les policiers ou les magistrats, quel que soit leur engagement, qui règleront à eux seuls les problèmes aujourd'hui structurels d'un territoire aux atouts pourtant nombreux. Réduire les difficultés à des questions de sécurité serait faire preuve d'une cécité coupable. On sait trop ce que sont les lendemains des déclarations tonitruantes, des coups de menton, ou de ce que l'on pourrait appeler la « karchérisation » du discours politique. Cela donne de bons mots, cela flatte les populismes, mais cela ne règle rien, une fois que les projecteurs sont partis et que les caméras sont éteintes. Je ne m'inscris pas, soyons clairs, dans cette dérive du verbe, sans rien ignorer pour autant d'un contexte difficile qui doit tous nous mobiliser, d'un côté comme de l'autre de ce micro. Je ne suis donc pas venu à votre rencontre pour vous annoncer des lendemains qui chantent, pas plus que je ne suis porteur d'une recette miracle que nous aurions enfin découverte et que d'autres auraient cherchée en vain depuis 40 ans. J'ai trop de respect pour les responsables publics que vous êtes et pour les populations que vous représentez pour me contenter de discours faciles et de promesses qui n'engagent que ceux qui les reçoivent. Je suis venu vous dire, au contraire, qu'un travail immense nous attend collectivement, chacun dans ses responsabilités – et vous avez les vôtres. Je suis venu vous dire que les voies d'un progrès durable supposent, ici plus qu'ailleurs, un travail partenarial soutenu et de qualité, un engagement de chaque instant, une énergie que nous devons consacrer à l'action, et non pas aux vaines polémiques que certains entretiennent pour tenter de s'exonérer de leurs responsabilités. Nous héritons d'une situation construite dans le temps, sans doute avec les meilleures intentions du monde, certes, mais qui a fini par aboutir à un urbanisme aujourd'hui inadapté. Nous héritons aussi de politiques de relégation et de concentration territoriales des difficultés sociales, qui ont pu satisfaire les égoïsmes des uns, qui s'en exonéraient à bon compte, quand parallèlement elles pouvaient aussi servir les intérêts des autres, tant que ces difficultés étaient supportables. Une ou deux générations plus tard, elles ne le sont plus, et c'est cette réalité structurelle qu'il faut regarder en face, avec courage. Je sais que vous n'en manquez pas, bien que cet héritage de plusieurs décennies soit lourd à porter. Mon objectif, en tant que ministre de l'Intérieur, est d'accompagner ce qu'il faut bien appeler une reconstruction, d'endiguer la dégradation de la situation, et de reprendre pas à pas, avec vous, dans une démarche de longue haleine, le chemin d'une vie sociale d'autant plus apaisée qu'elle doit s'appuyer sur une véritable mixité sociale et sur le refus de tout communautarisme. Sur la voie publique comme en matière d'investigations, les résultats s'obtiennent dans la durée, à force de patience, de rigueur et de détermination. Mais, s'il faut des réponses de long terme, il faut aussi des réponses immédiates, parce qu'il y a des urgences. C'est l'articulation des deux qui fait une politique de sécurité efficace, au service de nos concitoyens. Ainsi, depuis 2012, nous avons mis en place les dispositifs nécessaires, adaptés aux bassins de population et de délinquance. Ce sont d'abord les cinq Zones de Sécurité prioritaires (ZSP) à l'échelle de la Seine-Saint-Denis, pour optimiser l'action des forces de l'ordre dans le cadre d'une stratégie de reconquête des quartiers par la puissance publique, en coopération étroite avec l'ensemble des acteurs locaux. Dans la continuité de la « méthode ZSP », à partir du mois de mai 2015, un plan spécifique de lutte contre les trafics de stupéfiants à Saint-Ouen a été mis en place. Pour intervenir plus efficacement contre tous les maillons de la chaîne, en ciblant aussi bien les trafiquants que les consommateurs, les effectifs policiers et les opérations de voie publique ont été renforcés, comme la vidéo-protection et le dispositif de transaction douanière frappant les consommateurs « au portefeuille ». Puis, après le drame dont a été victime, en octobre dernier, le lieutenant Yann SAILLOUR, de la BAC de Saint-Denis, au cours d'une intervention particulièrement dangereuse contre deux braqueurs en fuite, j'ai pris la décision de renforcer considérablement les armements et les équipements de protection dont disposent les effectifs des BAC, ainsi que des Pelotons de Surveillance et d'Intervention de la Gendarmerie (PSIG). Le « Plan BAC 2016 » a été mis en œuvre sur l'ensemble du territoire national, mais sa matrice, c'est la Seine-Saint-Denis, et c'est dans votre département que nous l'avons déployé et expérimenté en priorité. Dans les quartiers, certains criminels n'hésitent plus à utiliser des armes de guerre et il était absolument nécessaire que les policiers disposent de matériels adaptés. C'est désormais chose faite : chaque équipage de BAC est doté d'un fusil mitrailleur HK G 36, ainsi que d'un lanceur de balles de défense et d'un pistolet à impulsion électrique. Les moyens de protection individuels ont également été renforcés grâce notamment à un gilet pare-balles porte-plaques et à un casque balistique. Le parc automobile a lui aussi été renouvelé et renforcé. Enfin, l'état d'urgence, décrété en novembre dernier à la suite des attentats qui ont endeuillé Paris et Saint-Denis, nous a permis de déstabiliser en profondeur les réseaux djihadistes dans le département comme sur l'ensemble du territoire national, en ciblant notamment les phénomènes de porosité entre filières terroristes et milieux de la petite et grande délinquance. Tous ces dispositifs, toutes ces opérations ont porté leurs fruits et continuent de le faire. Je l'ai dit : un ministre de l'Intérieur qui prétendrait régler définitivement, en quelques mois à peine, ou même à l'échelle d'un quinquennat, les problèmes qu'implique une délinquance aussi lourde que celle qui sévit en Seine-Saint-Denis serait tout simplement irresponsable et ferait preuve d'un grand mépris à l'égard de la réalité. Car c'est quartier par quartier, réseau par réseau, qu'il faut agir. Depuis 2015, la tendance des atteintes aux biens est orientée à la baisse dans le département. Concrètement, cela signifie près de 4 500 faits en moins constatés en 2015 par rapport à 2014 (- 5%), et encore 385 faits en moins au cours des huit premiers mois de 2016 par rapport à la même période en 2015 (- 0,7%). Nous enregistrons notamment une diminution significative du nombre de cambriolages : - 13% depuis le début de l'année. Les vols liés à l'automobile sont également en recul. Néanmoins, les atteintes volontaires à l'intégrité physique sont, quant à elles, en augmentation, traduisant une montée de la violence dans notre société face à laquelle nous ne sommes ni indifférents, ni impuissants. Un accent tout particulier doit être mis sur la lutte contre ce type d'infractions. Mais, là aussi, les réponses sont plurielles et concernent tout à la fois les services de l'État et les responsables locaux. OUI, il faut des effectifs et particulièrement des effectifs de voie publique, pour sécuriser, prévenir et intervenir rapidement. Vous en faites la demande et vous avez raison. Et parce que vous avez raison, vous êtes entendus. Cette année, à la date du 19 décembre prochain, 4.600 élèves gardiens de la paix seront sortis de nos écoles de police. Leur affectation, répartie entre la Direction générale de la Police nationale et la Préfecture de Police permettra à cette dernière de retrouver son effectif de référence, et donc au département de la Seine-Saint-Denis de retrouver le sien. Ne croyez pas que ce fut chose facile. Il est bien plus aisé d'organiser la destruction de 13.000 emplois de policiers et de gendarmes, comme ce fut le cas avec la RGPP décidée sous le quinquennat précédent, que d'en créer 9.000, comme ce sera la réalité au terme de l'actuel quinquennat. Non seulement il s'est agi d'effectuer les choix budgétaires nécessaires et courageux, mais il a surtout fallu rebâtir un appareil de formation complètement déstabilisé. Il n'est pas inutile, pour s'en convaincre, d'avoir deux chiffres à l'esprit : « 488 », c'est le nombre des élèves formés en 2012 dans nos écoles. « 4.600 », je le répète, c'est le nombre de ceux qui en sortiront pour la seule année 2016, et ils seront autant en 2017. Je m'interroge souvent sur la part d'honnêteté intellectuelle qui reste à ceux qui polémiquent sur les effectifs, alors qu'ils ont été les artisans d'une politique de destruction massive d'emplois, finalement non assumée. J'ai toutefois une petite idée des motivations qui sous-tendent cet exercice toujours difficile de la contradiction. Ainsi, d'ici à la fin de l'année, plus de 300 policiers prendront leurs fonctions dans l'ensemble des circonscriptions du département, à l'occasion des sorties de promotion des 17 octobre et 19 décembre prochain. Leur arrivée fera plus que compenser les départs du mouvement général de mutation du 1er septembre, grâce au travail mené par le Préfet de Police permettant de bâtir un effectif de fonctionnement annuel (EFA), fondé sur des critères objectifs permettant de mieux répartir les emplois entre Paris d'une part et chacun des départements de petite couronne d'autre part. Leur affectation par circonscription sera déterminée par le Préfet de Police, lequel a reçu de ma part l'instruction ferme qu'aucune d'entre elles ne verrait ses effectifs diminuer. Quoi qu'il en soit, ces arrivées viendront renforcer les services chargés de lutter contre la délinquance de voie publique, contre les vols avec violence et contre les cambriolages, mais aussi contre les réseaux de l'économie souterraine liés aux trafics de stupéfiants. La population demande une présence et une visibilité plus fortes des policiers sur la voie publique : les renforts que je viens d'annoncer seront précisément destinés à augmenter les patrouilles et à consolider leur présence dans les quartiers difficiles. Les efforts de recrutement que je rappelais à l'instant, et qui se poursuivront tout au long de l'année 2017, nous permettront de reconquérir progressivement les emplois détruits par la RGPP, dont les effets dévastateurs ont pesé jusqu'en 2014, compte tenu de l'inertie incontournable des phénomènes de gestion des ressources humaines. J'ai également prescrit que soit étudiée la possibilité de fidéliser deux unités de forces mobiles en mission de sécurisation dans votre département, en tenant bien sûr compte – l'honnêteté me commande de vous le préciser – des contraintes liées à l'actualité nationale. Vous le savez, les défis sont nombreux, liés au terrorisme ou à la crise migratoire, et l'actualité exige souvent la nécessaire adaptabilité de l'emploi des forces mobiles selon les périodes de crise. Mais tout sera fait pour que cet objectif soit tenu. Ce sont ainsi 150 policiers supplémentaires qui appuieront les forces territoriales aussi souvent que l'actualité opérationnelle le permettra. Au-delà de cette politique quantitative indispensable, j'ai souhaité qu'une politique plus qualitative soit mise en œuvre. Il est en effet nécessaire de construire des modalités concrètes pour renforcer l'attractivité du département et fidéliser les effectifs en Seine-Saint-Denis. Plusieurs pistes sont explorées, notamment en matière d'avancement. Il est ainsi nécessaire de reconnaître la difficulté particulière qu'il y a à exercer sur certains territoires, par le biais du mécanisme de l'Avantage spécifique d'ancienneté (ASA), qui permet d'accorder d'importantes réductions de l'ancienneté requise pour être promu au grade supérieur. Dans le cadre de la refonte en cours de ce mécanisme, toutes les circonscriptions de sécurité publique du département resteront bénéficiaires de cet avantage spécifique. Vous constituez même le seul des départements franciliens à être intégralement en zone éligible à l'ASA, tant pour les fonctionnaires policiers que pour les personnels administratifs, techniques et scientifiques. Par ailleurs, comme pour ce qui existe déjà en matière de prime de fidélisation, je fais actuellement étudier la possibilité d'accorder une attention particulière aux carrières exercées sur les postes difficiles du département, selon des critères à définir qui me seront proposés par la Préfecture de Police. En outre, nous augmenterons en 2017 les crédits de réservation de logements pour les policiers, à hauteur de près de 3 millions d'euros, ce qui permettra de maintenir une offre conséquente tout en prenant en compte les localisations géographiques demandées par les fonctionnaires. Surtout, je souhaite que nous constituions un véritable vivier d'adjoints de sécurité (ADS) dans le département, grâce à la mise en œuvre d'un plan massif de recrutement et d'accompagnement des jeunes, pouvant les mener jusqu'au concours spécial de gardien de la paix. Chacun, ici, le constate : le recrutement des ADS en Seine-Saint-Denis est clairement insuffisant. Le statut d'ADS est en effet mal connu des jeunes, ou bien il ne les intéresse pas suffisamment – à tort. A cet égard, j'ai décidé de mener une politique volontariste permettant d'orienter le recrutement en direction des quartiers et d'identifier les jeunes susceptibles d'être intéressés par une carrière dans la Police afin de les y préparer. Il faut aller beaucoup plus loin que les actions de communication déjà mises en œuvre, dans une démarche volontariste et proactive en lien étroit avec l'Éducation nationale, la Direction régionale de la Formation de Paris et Pôle Emploi, avec aussi les missions locales de Seine-Saint-Denis. Des dispositifs de parrainage et de coaching pourraient être mis en place. C'est là un formidable défi pour la toute nouvelle Direction centrale de la formation de la Police nationale que j'ai décidé de recréer. C'est aussi un beau défi pour la Préfecture de Police, qui sera le bras armé de cette politique. Un effort spécifique sera parallèlement porté sur le recrutement de cadets de la République dans votre département. C'est là en effet un moyen de recrutement d'ADS particulièrement efficace, dans la mesure où, après une année d'alternance entre le lycée et la formation policière, les cadets sont automatiquement recrutés comme ADS. Ce type de politique a déjà porté ses fruits par le passé. Il y a un peu plus de dix ans, on estimait que le nombre de jeunes gens issus des quartiers et entrés dans la Police nationale représentait environ 10% des 8 000 gardiens de la paix alors recrutés dans le vivier des ADS, soit au moins 800 effectifs. C'était là un résultat tout à fait encourageant, qu'il faut reproduire, même si, ne nous le cachons pas, une certaine pression sociale devra être vaincue pour encourager les jeunes filles et les jeunes gens de Seine-Saint-Denis à rejoindre les rangs de la Police nationale. A nous tous, car votre aide sera déterminante, de valoriser la formidable possibilité d'émancipation et de promotion sociale que représente la Police, conformément à la promesse méritocratique républicaine. A l'autre extrémité de la chaîne hiérarchique, j'ai demandé au Directeur général de la Police nationale d'organiser les mouvements de commissaires de telle sorte qu'il ne puisse y avoir, en Seine-Saint-Denis, de vacances frictionnelles de poste entre un départ et son remplacement. Les enjeux sont en effet trop importants pour que les respectables logiques de la machinerie administrative et le nécessaire dialogue social provoquent, in fine, des intérims de plusieurs mois, loin de toute exigence managériale et opérationnelle. Les problématiques immobilières sont également un levier important du bien-être professionnel des policiers, d'autant plus, évidemment, que leurs missions sont ici, sans nul doute, un peu plus difficiles qu'ailleurs. La construction d'un nouveau commissariat à Saint-Denis, pour reloger les effectifs dans des locaux neufs et plus adaptés à leurs missions, est désormais programmée, et sa date de livraison est prévue en décembre 2019. Nous étudions également la possibilité de construire un nouveau commissariat à Aulnay-sous-Bois, dans la mesure où les bâtiments actuels sont aussi devenus trop vétustes au fil des années. Les différents choix possibles sont à l'étude pour l'inscrire dans un maillage territorial cohérent et efficace. Par ailleurs, d'autres mesures sont prises pour renforcer les dispositifs de sécurité dans le département et la coopération entre les services de l'État et les acteurs locaux. Tout d'abord, j'ai lancé une réflexion, dont les conclusions devront m'être rendues avant la mi-octobre, sur une possible modification de la loi afin de permettre à plusieurs communes, y compris à des communes de grande taille, de mutualiser leurs agents de police municipale, chaque maire demeurant bien entendu pleinement compétent s'agissant de ses pouvoirs de police propres. Aujourd'hui, si les maires de communes contiguës peuvent en effet décider de mettre en commun l'action de leurs policiers municipaux respectifs, ce dispositif n'est possible que dans « les communes de 20 000 habitants formant un ensemble de moins de 50 000 habitants ». Ce dispositif exclut de fait les grandes agglomérations, alors même que certains d'entre vous trouveraient intérêt à de telles initiatives. L'assouplissement de cette condition de seuil m'apparaît pertinent et pourrait, à tout le moins, être expérimenté sur une durée de cinq ans en Seine-Saint-Denis. C'est dans cette perspective que mes services travaillent. Les événements survenus à Aubervilliers ces dernières semaines, le meurtre de Zhang CHAOLIN, l'émoi qu'il a suscité à juste titre et, d'une manière générale, les agressions intolérables dont les membres de la communauté asiatique sont l'objet m'ont également conduit à prendre des mesures supplémentaires. Bien entendu, il ne s'agit pas de communautariser la sécurité. Chacun a droit, en Seine-Saint-Denis comme ailleurs, à la sécurité et à une vie paisible, tout simplement en tant que membre à part entière de la seule communauté que la République reconnaisse, la communauté nationale. Mais il est un fait que d'insupportables méfaits sont commis au préjudice des personnes d'origine asiatique, citoyens français, résidents ou touristes étrangers. J'ai déjà rencontré Place Beauvau la famille, très éprouvée, de la malheureuse victime d'Aubervilliers, et nous nous retrouverons à nouveau tout à l'heure pour évoquer ensemble les décisions que nous avons prises. Compte tenu de la spécificité des attaques dont sont objet nos concitoyens d'origine asiatique, une cellule spécifique de suivi sera constituée à la préfecture de Seine-Saint-Denis, qui rassemblera forces de sécurité et représentants associatifs concernés. Cette cellule nous permettra d'adapter nos dispositifs pour mettre un terme à cette insupportable dérive. Des mesures spécifiques ont été prises après les événements d'août dernier : la mise en place d'un dispositif de sécurisation renforcée à Aubervilliers, le redéploiement d'une partie des effectifs, la réorientation des rondes et patrouilles, la mise en place d'une task force luttant spécifiquement contre les agressions dont sont victimes nos concitoyens d'origine asiatique. Ce dispositif sera d'autant plus efficace qu'il adaptera son action à la réalité des phénomènes, éclairée par l'échange d'informations. Enfin, nous allons plus spécifiquement tenir compte des visiteurs venus de pays asiatiques dans l'application du Plan Touristes, mis en place dès 2013.Je rappelle qu'il s'articule autour de 4 axes majeurs : l'occupation du terrain par un renforcement de la présence policière, une campagne d'information adaptée via les agences de voyages, un partenariat renforcé avec les ambassades et enfin une amélioration de l'accueil des victimes étrangères. Depuis son activation annuelle en mai dernier, plus de 22.300 individus ont d'ores et déjà été contrôlés et 1.617 ont été interpellés. Là aussi, nous obtenons des résultats. Enfin, et cela concerne l'ensemble des habitants de la Seine-Saint-Denis, j'ai décidé d'accorder une priorité particulière d'instruction et, par là même, de déplafonner le financement du FIPD pour les dossiers de vidéo-protection des communes de Seine-Saint-Denis, en particulier pour Aubervilliers, La Courneuve et Pantin, sans que cette liste soit exhaustive. Il est urgent, Mesdames et Messieurs les Maires, de recourir à cet indispensable outil de sécurisation, de dissuasion et d'aide à l'élucidation des faits. De nombreuses communes sont restées longtemps réticentes face à cet outil, qui filme la voie publique dans des conditions extrêmement encadrées par le législateur... Alors que les réseaux sociaux diffusent en permanence et en toute liberté des images – y compris les plus insupportables – d'exactions de toute sorte. Au nom de la liberté, chacun peut mettre en ligne ce qu'il veut sur un réseau social, et seule la puissance publique serait soupçonnée de tous les maux en cherchant à préserver la sécurité de tous et confondre les délinquants. Ce paradoxe est, je crois, heureusement dépassé, les totems abandonnés, et je ne peux que vous exhorter à étudier et déposer des dossiers techniques en ce sens, dans la perspective d'un cofinancement par l'État. Il sera d'autant plus important que les dispositifs pourront être raccordés au système intégré du réseau de la Préfecture de Police. C'est là un objectif volontariste que nous devons partager et réaliser dans les meilleurs délais. La République, Mesdames et Messieurs, c'est le contraire du fatalisme. C'est le refus de la loi du plus fort et de l'ordre des choses dès lors que celui-ci entre en contradiction manifeste avec notre volonté collective de justice, d'égalité et de sécurité. Cette même volonté qui est partagée par les habitants de la Seine-Saint-Denis. Aucune situation d'insécurité n'est tolérable. Il ne saurait y avoir, en France, de zones de non-droit. Cela n'est tout simplement pas acceptable. Garantir la tranquillité de tous les Français, où qu'ils vivent, c'est là une priorité du Gouvernement. Aussi, l'État est pleinement mobilisé pour assurer durablement la sécurité des habitants du département de la Seine-Saint-Denis, comme dans les autres territoires du pays. Si l'État est bien sûr un acteur majeur de cette ambition, pour autant il n'est pas le seul. Notre société n'est pas à une contradiction près, promouvant l'individualisme, jalouse de ses droits et oublieuse de ses devoirs. La sécurité, c'est aussi le respect, le respect de l'autre, du faible, du différent, de la personne âgée, de son voisin, du pompier, du médecin, de l'infirmière, du conducteur de bus, de l'élu, du magistrat ou du policier... Si les pouvoirs publics ont un rôle immense à jouer, les familles comme les individus ont également le leur. Je ne peux me résoudre, pour ma part, à considérer que tout doit procéder, toujours, de la puissance publique et que l'individu ou le groupe familial n'est comptable de rien. La sécurité, c'est aussi une affaire de responsabilité individuelle, de comportement social et familial responsable. Il fallait aussi que ces fondamentaux soient rappelés. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/387.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/387.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a452e48d0227bd0de8302a67eb2dc343822f5f0d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/387.txt @@ -0,0 +1 @@ + Madame la Ministre, Madame la Secrétaire générale du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, Mesdames et Messieurs, Par l'organisation de cette journée de travail dédiée à la lutte contre la radicalisation des jeunes, j'ai voulu donné une traduction concrète à la Déclaration signée avec les trois communautés de Belgique à l'occasion du Conseil de l'UE sur la jeunesse en mai dernier. En vertu de cette déclaration, la France et la Belgique ont convenu d'échanger étroitement et de mutualiser leurs forces pour gagner la bataille de la vie. Car nous en sommes là : c'est l'idée même de la vie que nous devons défendre et promouvoir face à une idéologie morbide, à l'obscurantisme, au fanatisme violent. Contre la radicalisation et le terrorisme, la France a adopté un vaste plan de 80 actions qui a été présenté par le Premier ministre le 9 mai dernier. Ce plan comprend des mesures sécuritaires car c'est la responsabilité première de l'Etat que de protéger ses concitoyens. Mais également des mesures de prévention et d'éducation. Il faut prendre le mal à la racine, mener une vaste action d'éducation au sens le plus large afin que nos jeunes ne basculent pas entre les mains des islamistes. Mon ministère agit principalement dans quatre directions : - Développer l'esprit critique des adolescents - Renforcer la présence des adultes - Contrôler les associations et les clubs sportifs - Coordonner l'action de terrain Développer l'esprit critique des jeunes, c'est notamment l'un des objectifs du Plan Priorité Jeunesse du gouvernement. Nos politiques en faveur des jeunes sont transversales et visent à les rendre autonomes, en développant leur employabilité, leur ouverture au monde par des expériences de mobilité à l'international et leur sens de la solidarité par la généralisation du service civique. La présence d'adultes mieux formés est renforcée, notamment quand les services publics sont en retrait, en soirée et le week-end. Nous avons dégagé un million d'euros pour soutenir cette expérimentation. La France est consciente de la nécessité de former les acteurs qui ont vocation à s'investir dans la prévention de la radicalisation et a décidé de renforcer cette action par un plan national de formation aux valeurs de la République et de la laïcité : 10 000 professionnels de terrain seront formés en 2016 et 2017. Autre aspect : le contrôle. Dans chaque département, un inspecteur jeunesse et sport sera chargé du contrôle des associations et clubs sportifs en matière de radicalisation. La diffusion d'un guide à l'attention des acteurs du sport et de l'animation intitulé « mieux connaître, mieux comprendre et mieux prévenir les phénomènes de radicalisation » a vocation à faire prendre conscience aux acteurs du sport et de l'animation que chacun d'entre eux peut constituer un relais décisif en matière de prévention de la radicalisation. La politique de la ville est par essence une politique préventive, une politique de proximité à destination des plus fragiles, en particulier les jeunes en rupture. Chacun des 435 contrats de ville en France sera complété en 2016 par un plan d'actions sur la prévention de la radicalisation. La radicalisation n'est évidemment pas que l'affaire des quartiers de la politique de la ville et je combattrai tout amalgame. Mais il faut faire preuve de lucidité face à ce phénomène, et reconnaître que certains territoires sont plus visés que d'autres par ce que j'appelle des « prédateurs ». Les 317 délégués du préfet, présents dans les quartiers, qui ont tous été formés à la prévention de la radicalisation, ont vocation à jouer un rôle d'appui pour élaborer et mettre en œuvre des actions de proximité. Ces actions s'appuieront sur les acteurs et dispositifs susceptibles d'être mobilisés pour prévenir la radicalisation dans les champs éducatif, social, sanitaire, de l'insertion professionnelle, de la citoyenneté et de l'accès au droit, de la prévention de la délinquance. Ainsi des « référents radicalisation » au sein des services déconcentrés jeunesse et sports constitueront un réseau de prévention, de veille et de signalement des situations de radicalisation dans une logique de partenariat avec toutes les institutions concernées sur le territoire (collectivités territoriales, mouvement associatif et sportif). Beaucoup de dispositifs n'ont pas pour vocation première de prévenir la radicalisation mais peuvent utilement y concourir. C'est également le cas dans le champ du soutien à la parentalité. Le rôle de la famille est essentiel dans la prévention de la radicalisation. Le financement de ces plans d'action au niveau local repose pour l'essentiel sur les crédits du fonds interministériel de prévention de la délinquance, qui ont été largement abondés à cet effet. Depuis 2015, c'est près de 20 millions d'euros de crédits qui ont été affectés à la prévention de la radicalisation. Face à un phénomène d'une nature et d'une ampleur inédites, nous devons unir nos énergies et nos compétences au service des valeurs humanistes qui sont les nôtres. La France et la Belgique ont connu l'horreur, mais nos deux pays refusent de se laisser terroriser. Je remercie les participants à ce séminaire, la direction de la jeunesse pour son organisation et nos amis belges pour avoir effectué le déplacement. La prochaine réunion aura lieu, je crois, en Belgique dans quelques mois afin de poursuivre cette collaboration. J'invite maintenant la ministre belge à prendre la parole. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/388.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/388.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a26a13f9449d6216a4d5d5490632882306926300 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/388.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, Messieurs, Je suis très heureux de vous retrouver au tout début de cette 71e Assemblée générale des Nations unies. Je suis arrivé samedi soir et je serai à New York jusqu'à vendredi. Le président de la République, quant à lui, arrivera ce soir. Et puis j'aurai l'occasion de tirer le bilan de cette Assemblée générale vendredi prochain ici-même à 11h00. C'est donc une semaine ministérielle particulièrement intense qui commence dans le contexte d'un monde soumis à de très nombreux défis, où la menace terroriste pèse sur tous les continents. J'étais hier matin au mémorial des victimes du 11 septembre et je ne peux m'empêcher de jeter un regard rétrospectif sur ce qui nous a conduits à la situation où nous sommes, avec un terrorisme qui met en danger nos sociétés et nos démocraties. En conséquence, il convient d'agir en renforçant notre lutte contre ce fléau, mais aussi en ne ménageant aucun effort en faveur de la paix. Car, on le voit bien, le terrorisme se nourrit de tous ces conflits régionaux et des frustrations qu'ils entraînent. D'où mes priorités pour cette semaine à New York, dont je vais vous parler maintenant. 1/ La première priorité, c'est la Syrie. Je me suis entretenu ces derniers jours avec de très nombreux partenaires. Je participerai à la réunion du Conseil de sécurité que la présidence néozélandaise organise mercredi, qui portera essentiellement sur la situation syrienne. Au préalable, je réunirai aujourd'hui les pays qu'on appelle « affinitaires », afin d'examiner ensemble la situation en Syrie, notamment dans le contexte de l'accord russo-américain sur la cessation des hostilités. Cette réunion sera l'occasion d'un échange avec le représentant de l'opposition syrienne que j'ai invité, Riyad Hijab. Alors où en sommes-nous ? L'accord russo-américain est particulièrement fragile, les dernières heures le montrent. Mais il doit demeurer une lueur d'espoir. C'est en effet la seule base sur laquelle la communauté internationale peut aujourd'hui s'appuyer en faveur d'une cessation des hostilités et d'un accès des populations civiles à l'aide humanitaire. Cette aide humanitaire est fondamentale. Elle n'arrive plus, ou quasiment plus. Je pense en particulier à Alep qui devient chaque jour qui passe une ville martyre. C'est ce que nous n'avons cessé de répéter : cessation des hostilités, aide humanitaire sont les deux conditions d'une reprise des négociations en vue d'une transition politique qu'il faut absolument engager. Alors, je le disais, cette lueur d'espoir est fragile. Nous en sommes bien conscients. Le bombardement par les Américains contre Daech a conduit à ce que des forces du régime à Deir Ez Zoir soient également concernées. Et cela bien sûr, tout le monde l'a vu, a conduit à une forte tension entre les co-parrains de l'accord. Mais, franchement, regardons les choses en face, sans aspect tactique ou arrière-pensée. La réalité ce sont toutes les informations qui nous remontent du terrain. Les violations du cessez-le-feu sont du fait du régime. La réalité ne fait aucun doute, c'est le régime qui est à l'origine de l'essentiel du drame syrien. Il ne faut jamais l'oublier. C'est plus de 300 000 morts dont la quasi-totalité est due à la guerre menée par le régime contre son propre peuple et qui conduit aussi au déplacement de millions de réfugiés. C'est ça la réalité. Et donc la seule voie possible est que tout le monde joigne ses efforts pour que l'accord de cessation des hostilités soit respecté. À cet égard, il faut qu'un dialogue renforcé, renouvelé entre Russes et Américains soit effectif. Mais il faut aussi, parce que c'est clair qu'on ne peut pas limiter le dialogue à deux pays, aussi importants soient-ils, que la mobilisation soit collective. Et j'insiste beaucoup sur cette dimension collective. Car on voit bien, quelle que soit la bonne volonté, lorsqu'un accord fragile est mis au point, la difficulté pour le mettre en oeuvre. Donc s'il n'y a pas l'appui de la communauté internationale, s'il n'y a pas un engagement fort, et la France est prête à y contribuer, elle ne cesse de le dire et de le répéter, je le dis encore ce matin, j'en appelle à ce que chacun prenne ses responsabilités. C'est l'enjeu de cette semaine ministérielle sur la crise syrienne. Certains ont déjà annoncé que les choses étaient terminées. On est en Assemblée générale, c'est un moment unique. Il faut en profiter pour se donner toutes les chances. Au nom de la France, je proposerai que soit mis en place un mécanisme efficace de surveillance. Il faut, en effet, pour créer la confiance, être en mesure de réunir toutes les informations disponibles sur le respect par toutes les parties de la cessation des hostilités. Il faut encore, je le redis, accorder une attention particulière à l'accès humanitaire qui demeure inexistant, alors que depuis plus de cinq ans la population syrienne est privée de tout. C'est d'abord au régime et à la Russie de faire en sorte que l'aide humanitaire arrive. Au-delà de l'accord russo-américain, certaines questions restent en suspens. Je pense naturellement à l'utilisation des armes chimiques par le régime syrien mais aussi par Daech qui est désormais établie par le mécanisme d'enquête et d'attribution, créé par le Conseil de sécurité. Il s'agit d'une menace majeure pour la paix et la sécurité internationales qui dépasse aussi le conflit syrien. Une réaction forte est donc nécessaire. La France n'acceptera pas que les enjeux de la lutte contre la prolifération des armes chimiques soient passés sous silence. Ce serait une erreur mais aussi une faute morale à l'égard des victimes de ces atrocités en Syrie. 2/ J'en viens à notre deuxième priorité à l'occasion de cette Assemblée générale. Je voudrais évoquer maintenant l'initiative française pour le processus de paix au Proche Orient et les suites de la réunion que j'ai présidée, le 3 juin dernier à Paris. Au-delà de tous les contacts que je pourrai avoir à l'occasion de cette semaine à New York, plusieurs réunions sur ce sujet figurent à mon agenda, notamment une réunion de suivi de la conférence de Paris qui est prévue aujourd'hui. Ma conviction aujourd'hui, c'est que la réunion du 3 juin à Paris, malgré tous les scepticismes que l'on connait et qui se répètent sans cesse de ceux qui évidemment ne veulent rien faire et même souhaitent empêcher que quelque chose se passe, a, comme nous le souhaitions, fait bouger les lignes en faisant prendre conscience à la communauté internationale qu'il faut faire quelque chose pour inciter les parties, Israël et l'Autorité palestinienne, à reprendre des négociations. Plusieurs pays d'ailleurs s'y emploient : l'Égypte, la Jordanie, les États-Unis, la Russie. Il y a eu aussi la publication du rapport du Quartet en juillet détaillant les menaces qui pèsent sur la solution des deux États et qui est venu rappeler l'urgence d'une remobilisation de la communauté internationale. Tous les efforts sont les bienvenus et sont même complémentaires à l'initiative française. C'est ce que je dis à tous ceux qui se sont engagés et que leurs initiatives viennent au contraire renforcer l'initiative française. Parce que notre objectif reste le même. C'est d'organiser une conférence internationale avant la fin de l'année 2016 qui permettra de présenter aux Israéliens et aux Palestiniens une contribution unique de la communauté internationale, sous forme de paquet global d'incitations. Ce paquet illustrera concrètement le soutien que nous sommes prêts à apporter en cas d'accord de paix entre les parties. Au total, l'Assemblée générale doit être un moment de mobilisation politique afin que nous soyons en mesure d'atteindre cet objectif. 3/ Ma troisième priorité est la crise des réfugiés. Deux réunions de haut niveau sont prévues : l'une organisée par le président de l'Assemblée générale aujourd'hui, à laquelle je participerai, et l'autre par le président Obama, le lendemain, où le président de la République, François Hollande, portera la voix de la France. Avec le président, notre message est triple : - tout d'abord, il faut s'attaquer aux causes profondes des mouvements de réfugiés et, plus généralement, des migrations : les guerres, les persécutions, la pauvreté, le dérèglement climatique ; - il faut ensuite renforcer notre aide, notamment en faveur des pays particulièrement affectés. Je pense bien sûr au Liban, qui accueille plus d'un million de réfugiés, à la Jordanie ou aussi à la Turquie. En 2016, la France consacrera près de 100 millions d'euros de dons à la crise des réfugiés. C'est deux fois plus qu'en 2014. Sans compter plus de 900 millions d'euros pour les prêts à la Jordanie. La hausse de notre aide publique au développement doit aussi contribuer à l'accroissement de notre aide humanitaire. C'est un effort inédit, qui nous engage jusqu'en 2018. Je veille à ce que ces engagements soient mis en oeuvre, malgré nos contraintes budgétaires ; - en ce qui concerne l'accueil des réfugiés, la France s'est engagée, dans le cadre du mécanisme de relocalisation entre États membres de l'Union européenne ou de réinstallation depuis la Turquie. Elle s'est engagée à recevoir 30 000 personnes. Ces réfugiés s'ajoutent aux quelques 80 000 personnes qui ont présenté, en 2015, une demande d'asile en France. Ces engagements doivent être tenus et la France les tiendra. 4/ J'en viens à la quatrième priorité : consolider la paix partout dans le monde, que ce soit en Libye, au Mali ou encore en République centrafricaine. Pendant toute cette semaine, ces crises font l'objet de réunions de haut niveau. Nous sommes, la France, à l'initiative de plusieurs d'entre elles afin que la communauté internationale reste mobilisée. Pour nous, il n'y a pas de conflits de moindre importance et il ne doit pas y avoir de crise oubliée - je pense au Burundi, où nous avons obtenu que le Conseil de sécurité décide d'envoyer une force de police pour enquêter sur place. Quant à la Libye, je participerai jeudi à une réunion ministérielle. C'est vrai, il faut le dire, la situation est inquiétante et fortement dégradée ces derniers jours. L'offensive du général Haftar pour s'emparer du croissant pétrolier ne va évidemment pas dans le bon sens. Il existe un vrai risque de retour en arrière, après plusieurs mois de renforcement même lent, mais encore continu, du gouvernement d'entente nationale qui découle de l'accord de Skhirat. Il est donc important de marquer collectivement notre soutien à ce gouvernement et à son Premier ministre, Fayez Sarraj. C'est pourquoi la France l'a invité - le président de la République l'a annoncé il y a quelques jours - à Paris, où il se rendra très prochainement. Sur le Mali, j'interviendrai également le vendredi 23 septembre, dans le cadre d'une réunion ministérielle, en présence du président malien, Ibrahim Boubakar Keïta. Ce sera l'occasion de faire le point sur la mise en œuvre des accords de paix, mais aussi d'évoquer le développement de ce pays au secours duquel la France s'était portée en 2013. J'ai pu moi-même, en mai dernier, lors de mon déplacement avec mon homologue allemand Frank-Walter Steinmeier, constater sur place de nombreux progrès. Même si des tensions et des attaques asymétriques persistent, comme nous l'avons déploré ces derniers jours, la situation sécuritaire s'améliore globalement. L'engagement de la communauté internationale, notamment des pays contributeurs de la MINUSMA, se poursuit. Il faut maintenir l'effort. À l'initiative de la France, le Conseil de sécurité a autorisé en juin dernier le déploiement de 2 500 casques bleus supplémentaires, ainsi que le renforcement du mandat de la mission. Enfin, il faut encourager les parties à mettre en œuvre concrètement l'accord de paix signé à Alger l'année dernière. Ce sera particulièrement l'objet de la réunion en présence du président malien. Sur la République centrafricaine, là aussi je participerai vendredi à une réunion autour du président Touadéra. Beaucoup de progrès ont été accomplis dans ce pays, ils sont remarquables : d'abord c'est la transition politique dans le respect des règles démocratiques qui est achevée, l'ordre constitutionnel est rétabli, un gouvernement a été installé et ce gouvernement est au travail. Pour autant les défis restent immenses : l'engagement en faveur de la réconciliation n'est pas encore suffisamment partagé, certains se mettent en travers de ce processus délibérément. Il y a encore eu ces derniers jours des violences, avec des morts. Quant aux projets de développement qui sont indispensables pour ce pays qui attend beaucoup, ils tardent encore à démarrer. Notre réunion sera l'occasion d'encourager le gouvernement à donner un coup d'accélérateur, notamment en vue de la conférence des donateurs organisée par l'UE à l'automne. Au-delà de ces quatre priorités : - je rencontrerai Nadia Murad, jeune yézidie victime de Daech et désormais ambassadrice de bonne volonté des Nations Unies, afin d'échanger avec elle sur la manière de donner une suite au travail remarquable de la commission Pinheiro qui enquête sur tous les massacres et de lutter contre l'impunité. C'est ce que j'avais déclaré le 29 février dernier à l'occasion de mon intervention devant le Conseil des droits de l'Homme à Genève ; - j'interviendrai également lors d'une réunion du forum global contre le terrorisme et co-présidé par le Maroc et les Pays-Bas pour présenter la stratégie française en matière de lutte contre la radicalisation ; - sur le suivi de l'accord sur le nucléaire iranien, je participerai à une réunion ministérielle des E3+3 ; - je co-présiderai avec mes homologues qatarien et tunisien une réunion sur les opportunités économiques et d'investissements en Tunisie en lien avec la conférence Tunisie 2020 qui aura lieu en Tunisie les 29 et 30 novembre prochain. - Je rencontrerai, comme je l'avais fait en marge de la réunion du Conseil de sécurité, les ONG de défense des droits de l'homme. Et je profiterai bien sûr de ma présence à New York pour nourrir notre relation bilatérale avec les États-Unis : Hier je me suis rendu, comme je vous l'ai dit, au mémorial du 11 septembre. Je m'exprimerai, jeudi matin, devant les étudiants et professeurs de l'université de Columbia. Cela sera aussi l'occasion d'échanger sur l'importance de la coopération transatlantique pour faire face ensemble à tous les défis auxquels notre monde est aujourd'hui confronté. Puis je rencontrerai, jeudi midi, les conseillers du Commerce Extérieur de la France, pour échanger avec eux sur nos relations économiques et la manière de les renforcer. Je visiterai également la start-up DataDog qui est spécialisée sur les services innovants de gestion des réseaux informatiques et qui a été créée par des Français, et qui montre aussi que l'innovation est au coeur de ce que la France et les États-Unis peuvent faire ensemble. Enfin, je participerai à un événement consacré à la coopération entre l'école des beaux-arts de Nantes, l'université de Houston et l'école d'art et de design de Genève, à Marfa. Je lancerai la plateforme France Alumni USA, qui contribuera à mettre en réseau les anciens étudiants américains en France et qui sera aussi l'occasion pour moi d'adresser un message aux Américains de venir étudier en France, ils sont les bienvenus. Si j'ai tenu à inclure tous ces aspects dans mon programme, c'est parce que je crois qu'entre la France et les États-Unis, la culture et l'éducation sont des traits d'union qui conservent toute leur force. Voilà, Mesdames, Messieurs, les priorités et le programme résumé, parce que vous vous l'imaginez il est dense, cette semaine. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/389.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/389.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fff089842e7be3ef713eba3ef331484ada5b0809 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/389.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le Président de la République s'est entretenu avec M. Abdelkader Bensalah, Président du Conseil de la Nation de la République algérienne démocratique et populaire, à l'occasion du forum de coopération parlementaire franco-algérien organisé à Paris par le Sénat. Le Président de la République a rappelé le partenariat d'exception qui unit la France et l'Algérie et a transmis au président Bensalah un message d'estime et d'amitié pour le Président Bouteflika. Il s'est félicité du rôle essentiel de la coopération parlementaire pour alimenter la dynamique engagée depuis 2012 entre nos deux pays. L'entretien a permis de souligner l'importance des relations économiques bilatérales et l'engagement d'investisseurs français dans des projets conjoints permettant d'accompagner l'Algérie dans la diversification de son économie. Rappelant le tribut très lourd payé par l'Algérie dans la lutte contre le terrorisme, le Président a remercié M. Bensalah pour l'expression de la solidarité des plus hautes autorités algériennes après les attentats qui ont frappé la France ces derniers mois. Le Président de la République et M. Bensalah ont évoqué le renforcement de la coopération bilatérale dans ce domaine, le partage d'expérience en matière de lutte contre la radicalisation et la poursuite de notre étroit partenariat pour le règlement des crises régionales. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/390.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/390.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..58fd64a57e2760753437013aea89d29c13225f96 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/390.txt @@ -0,0 +1 @@ +LÉA SALAME Re-bonjour Jean-Jacques URVOAS. Un comité d'accueil vous a accueilli ce matin à votre arrivée à Fresnes, des surveillants de prisons qui ne sont pas contents, ils disent qu'ils viennent travailler tous les matins avec la peur au ventre. Est-ce que c'est normal ? JEAN-JACQUES URVOAS Bonjour. C'est évidemment pas normal et c'est d'ailleurs pour ça que je suis, comment dire, content que vous ayez pu faire cette émission dans un établissement pénitentiaire. Parce que je crois qu'il est temps que la société se rende compte de la place que jouent les prisons dans le pacte social, dans la paix sociale. L'administration pénitentiaire est la troisième force de sécurité. Elle joue un rôle irremplaçable et vraiment un rôle d'avenir. Et c'est vrai qu'aujourd'hui il y a beaucoup de problèmes dans la détention. J'ai dit chez un de vos confrères il n'y a pas très longtemps que les prisons annonçaient nos malheurs de demain. Et parce que je ne veux pas faire de catastrophisme nous sommes là pour apporter des réponses. Et les surveillants que j'ai vus tout à l'heure, en arrivant, je leur ai effectivement dit que nous créons des postes, nous essayons d'améliorer leurs conditions de travail. LÉA SALAME Alors évidemment ils demandent plus d'effectifs… JEAN-JACQUES URVOAS Ils ont raison. LÉA SALAME Est-ce que vous avez un chiffre à nous donner sur les effectifs de … JEAN-JACQUES URVOAS Bien sûr, je peux vous dire combien nous avons recruté en 2016 et combien nous allons recruter en 2017. Nous avons recruté 2100 surveillants de prisons l'année dernière, trois promotions sont passées dans l'école d'Agen ; et nous allons l'année prochaine en recruter 2500. Par éléments de comparaison la dernière année du mandat de Nicolas SARKOZY il y avait 872 surveillants de prisons qui ont été recrutés. LÉA SALAME Oui mais quand on leur parle - et moi je leur ai parlé devant la prison de Fresnes - ce n'est pas seulement le problème d'effectifs dont ils parlent, ils parlent de ces fameuses unités dédiées, qu'on appelle maintenant unité de prévention de la radicalisation, où sont mis les détenus les plus radicalisés. Ils disent « ça ne marche pas », les unités dédiées sont testées dans 5 prisons en France depuis le mois de janvier, ils disent, les surveillants de prisons « ça ne marche pas, il y a des agressions », il y a eu deux agressions violentes à la prison d'Osny la semaine dernière. Ils veulent que vous fermiez ces unités dédiées. JEAN-JACQUES URVOAS Je ne vais pas les fermer ; d'abord par principe, puisque ce sont des expérimentations et que nous avons besoin d'avoir des nouvelles pistes de d'actions pour régler ce problème de la radicalisation en prison. Ce qui est évidemment intolérable, ce sont les agressions, mais les agressions il y en a dans tous les établissements de France, et c'est en ça que c'est désagréable…. LÉA SALAME Est-ce qu'il n'y en a pas plus dans les unités ? JEAN-JACQUES URVOAS Non, justement paradoxalement il y en a moins. Dans cette maison d'arrêt de Fresnes il y a eu depuis le début de l'année, c'est 158 agressions physiques. L'année dernière en France il y a eu 4000 agressions physiques ; et voyez-vous une agression contre un personnel de surveillance, que ça soit dans une unité de prévention de la radicalisation ou que ce soit dans n'importe quelle coursive, pour moi c'est intolérable. LÉA SALAME Mais monsieur le ministre, ils disent qu'ils ne sont pas assez formés, ce qu'ils disent c'est qu'il faut mettre ces détenus radicalisés dans des établissements particuliers avec des petites structures, avec 200 personnes et un personnel spécialement formé. C'est aussi ce que dit, ce que propose, ce que veut Nicolas SARKOZY. JEAN-JACQUES URVOAS I y a une urgence, ais je ne veux pas agir avec précipitation. Les organisations syndicales, à bon droit, quand ont été créées les unités de prévention de la radicalisation au début de l'année avaient critiqué parce que c'était fait dans la précipitation. Donc moi j'écoute les organisations syndicales. Depuis maintenant quelques semaines nous évaluons le travail qui est fait. Les personnels qui y servent - et je veux leur rendre hommage parce que je les vois toutes les semaines – servent avec volontaire, ils sont tous volontaires pour venir, et donc il faut que nous nous servions de leur expérience parce que vous avez dit « il y a eu cinq unités dédiées », aucune de ces cinq ne se ressemblent. À Annoeullin par exemple, il y a 15 détenus, ils sont traités individuellement ; à Osny nous fonctionnons sur des principes de groupe ; à Fresnes, nous avons encore une méthode d'approche parce que nous avons ce problème des unités dédiées Madame SALAME, mais dans l'ensemble de la détention, dans les 186 établissements, il y a 1500 détenus que nous considérons comme étant radicalisés, donc je ne veux pas régler le problème à Fresnes, à Osny ou à Lille, je veux m'attaquer au problème dans tous les établissements. LÉA SALAME Ces unités dédiées doivent théoriquement être étendues à plus de 20 prisons, est-ce que vous allez le faire ou pas ? JEAN-JACQUES URVOAS Mais je ne sais pas. Non, non, je n'ai jamais dit que j'allais étendre les unités dédiées dans 27 établissements. J'ai dit que j'allais créer dans 27 établissements des programmes de prévention de la radicalisation, ce n'est pas la même chose. Parce que par exemple il y a une idée, regroupement de tous les détenus radicalisés dans un établissement. J'entends mes adversaires de l'opposition le dire, alors s'il faut se nourrir de ce qui a été fait dans les autres pays, et on va en pendre juste deux. En Grande-Bretagne, ils avaient regroupé tous les détenus de l'IRA dans un bâtiment, ça s'est traduit par des désordres considérables. Au Liban, l'année dernière, le régime a mis tous les détenus dans la prison de Roumieh, ceux qui étaient au Hezbollah, eh bien quelques semaines après c'est l'armée qui a été appelée pour reprendre le contrôle de l'établissement, parce que ces détenus avaient proclamé le califat. Je ne veux pas qu'il y ait ce regroupement en France parce que ce sont des bombes à retardement. Mon sujet c'est de régler dans les 186 établissements cette question de la radicalisation. LÉA SALAME Vous avez entendu à 7h43 monsieur le ministre le témoignage ce détenu qui parle de la « cocotte-minute » de Fresnes, il parle de la promiscuité, de la saleté, il parle des cris la nuit, il décrit ses conditions dégradantes. J'ai l'impression qu'on les entend tout le temps ces mêmes témoignages de détenus et rien ne change. JEAN-JACQUES URVOAS Vous êtes dans une prison qui a été construite en 1898, et quand j'entendais ce détenu j'avais l'impression qu'il me parlait de 1898. Et c'est cela qu'il faut combattre. LÉA SALAME Et pourquoi ça ne change pas ? Vous dites tous, les Gardes des Sceaux se suivent et se ressemblent et disent la même chose et ne font pas. JEAN-JACQUES URVOAS Exactement. Ça ne change pas, parce que la surpopulation casse tout. Ça exténue les personnels. Ils sont lassés de leur travail. Ils viennent dans ce métier pas pour faire du lieu de la garde, pas pour faire du stock, mais ils sont là pour pratiquer la réinsertion. Vous avez très justement dit tout à l'heure qu'on ressort de prison, en moyenne c'est 10 mois en prison. Si on ressort en étant beaucoup plus déterminé à lutter contre la société, alors la prison n'aura pas accompli une partie de sa mission. LÉA SALAME C'est un constat, vous proposez quoi ? JEAN-JACQUES URVOAS Oui, eh bien il faut des moyens. C'est la raison pour laquelle le Premier ministre a dit l'autre jour qu'il fallait maintenant engager des travaux. Nous n'allons pas régler les problèmes en quelques semaines, ils datent de plusieurs dizaines d'années. Simplement nous allons agir avec détermination comme nous essayons de le faire depuis maintenant quatre ans, parce que nous construisons des prisons, nous recrutons des personnels, nous améliorons les conditions de travail. Les surveillants nous disent « vous n'en faites pas assez », ils ont raison. LÉA SALAME Manuel VALLS a donc donné la semaine dernière le chiffre de 10 000 places de prisons construites d'ici dix ans chiffrées à 3 milliards d'euros. Est-ce que ce sont des chiffres que vous pouvez nous confirmer ce matin ? Est-ce que vous allez construire 10 000 places de prisons d'ici dix ans ? JEAN-JACQUES URVOAS Eh bien écoutez dans deux heures je vais faire une conférence de presse dans laquelle j'aurais l'occasion de préciser tout cela, et donc si vous me réinvitez au journal de France Inter à midi ou à 13h je vous promets qu'on en reparlera. LÉA SALAME Je sais bien que vous ne voulez pas donner le chiffre mais est-ce qu'on peut estimer que ce sera plus que le chiffre de 10 000 que donne Manuel VALLS ? JEAN-JACQUES URVOAS Eh bien écoutez dans deux heures je fais une conférence de presse dans laquelle j'ai l'intention de préciser mon programme et donc je me permets de vous inviter à la conférence de presse. LÉA SALAME Une question sur les fichés S, Nicolas SARKOZY veut les enfermer dans des centres de rétention, est-ce qu'il a forcément tort ? JEAN-JACQUES URVOAS Oui. Il a deux fois tort. Il a tort parce que le Conseil d'Etat a déjà dit que juridiquement c'était dans notre pays impossible. On parle toujours de cette belle formule de l'état de droit, je ne suis pas sûr que tout le monde comprenne exactement ce que ça veut dire, alors retenons simplement les deux mots « Etat et droit ». Les droits dans notre pays… LÉA SALAME Et les Français vous diront « sécurité ». JEAN-JACQUES URVOAS Oui, eh bien ce n'est pas incompatible. L'état de droit c'est la garantie des libertés individuelles. Si on se met à enfermer par la peur de l'autre ou pour le plaisir de l'un, ça s'appelle l'arbitraire. Et les juristes appellent ça l'état de police. Je préfère l'état de droit. LÉA SALAME Monsieur URVOAS, on a vu des tentatives d'attentat ces dernières semaines, par des femmes et des mineurs, est-ce qu'elles sont en train de devenir des nouvelles cibles privilégiées de Daesh ? JEAN-JACQUES URVOAS C'est malheureusement un objectif qui était distingué il y a quelques déjà plusieurs mois, nous avions repéré ce qui allait devenir une difficulté, les femmes, que nous avons longtemps pensé être assignées à des fonctions de logistique sur les théâtres de guerre, et nous avons maintenant toutes les raisons de penser sur des observations pratiques et sur le terrain qu'elles sont devenues des combattantes, et que donc le moment où elles vont revenir sur le territoire il faut l'anticiper ; c'est vrai aussi des mineurs parce qu'il y a des mineurs qui sont déjà sur les théâtres de guerre qui ont déjà pratiqué des actes de barbarie, et donc il faut que à la fois sur le plan sécurité, sur le plan juridique nous anticipions leur retour parce que certains reviendront, mais parce que nous sommes capables de diagnostiquer nous sommes aussi capables de faire la thérapie. LÉA SALAME Merci à vous Jean-Jacques URVOAS d'avoir été avec nous ce matin en direct de la prison de Fresnes sur France Inter et belle journée. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/391.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/391.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..226ff0dcf7de8820d1c47f9ca698f490bb0bb213 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/391.txt @@ -0,0 +1 @@ +Lors de mon entrée en fonction comme garde des Sceaux, il y a presque 8 mois, j'ai indiqué vouloir consacrer toute mon énergie, à l'amélioration de la justice du quotidien. C'est la raison pour laquelle, je ne me suis donné qu'une seule priorité : obtenir des moyens supplémentaires pour le ministère. Cette priorité valait d'abord pour les services judiciaires. Vouloir que les juridictions puissent travailler convenablement n'était pas simplement pour moi une question d'intendance, mais une question de principe. Si la justice est amoindrie, c'est la République qui est abîmée. Quand un citoyen ne peut exercer l'un de ses droits, c'est comme s'il n'en avait aucun. Cela valait aussi pour la protection judiciaire de la jeunesse, dont l'action doit, pour porter ses fruits, apporter une prise en charge individualisée. Pour cela, les professionnels doivent pouvoir s'engager sans délai, et pleinement, avec un nombre limité de dossiers pour être en mesure de réaliser un véritable accompagnement. D'où la nécessité de faire progresser son budget (ce qui devrait être le cas + 4%). Cela vaut pour l'administration pénitentiaire. Elle assume une mission singulière dans notre démocratie. Si les hommes ont inventé la Justice pour pouvoir dépasser la violence, ils ont imaginé les tribunaux pour nous contraindre à reconnaître nos fautes. Et pour tenter de les réparer, ils ont, notamment, conçu les prisons. De ce point de vue, l'univers pénitentiaire est donc une institution qui prépare l'avenir. Dès lors, si la citation prêtée à Albert Camus « une société se juge à l'état de ses prisons » est juste, alors il faut craindre, pour la nôtre, le verdict de la postérité. Vous connaissez en effet, la situation paradoxale : D'un côté, l'indignation face à une sur-occupation endémique, les dénonciations de la vétusté de bien des établissements, des condamnations pour traitement dégradant en raison des modes d'incarcération difficiles, Les prisons « humiliation de la République ». De l'autre, l'emportement à l'idée que les prisonniers seraient mieux traités que les citoyens libres les plus pauvres. Les prisons « 5 étoiles ». Ces maux aux sources multiples peuvent néanmoins se résumer à un défi : en finir avec la surpopulation et enfin respecter le principe qui figure depuis 1875 dans le Code pénal : « une personne détenue par cellule ». C'est l'objet de ce rapport voulu par le législateur en 2014, au moment où fut voté un nouveau moratoire permettant de décaler à 2019, l'application de l'encellulement individuel. Je salue la présence du président de la Commission des Lois de l'Assemblée, Dominique Raimbourg, qui connaît et travaille depuis très longtemps sur ces questions. J'avais aussi invité Philippe Bas, président de la Commission des Lois du Sénat, mais il est retenu dans son département de la Manche. J'ai souhaité vous présenter, ce rapport, ici, à Fresnes, où : - 2800 détenus sont incarcérés pour une capacité théorique de 1607 places, - 732 personnels de surveillance travaillent dans des conditions trop souvent déplorables. Je suis, en effet, convaincu, comme le disait Paul Claudel, qu'il faut « simplement rendre la prison visible ». C'est ce même esprit qui m'a conduit à publier le 25 mai 2016 le décret concernant l'accès des journalistes aux prisons, afin de vous permettre de contribuer à faire connaître l'environnement pénitentiaire. Ce rapport ne poursuit qu'un seul but : mettre fin au surpeuplement carcéral, en garantissant l'encellulement individuel. Nous ne pouvons plus attendre. Au nécessaire respect de la dignité des conditions de détention, s'ajoute maintenant l'impératif de lutte contre la radicalisation violente. L'encellulement est, en effet, l'un des outils pour éviter le risque de basculement vers le fanatisme des personnes incarcérées et de propagation de l'idéologie terroriste. Le rapport se veut donc précis, concret et ambitieux. Il est ambitieux, parce qu'il dépasse la rituelle question du « combien de places faut-il construire ? ». Mon approche est différente, car les difficultés de notre système pénitentiaire ne se résument pas au seul nombre des personnes incarcérées ; ce, à quoi il est pourtant trop souvent réduit. Il répond donc à trois questions : - Quel programme immobilier pour réaliser l'encellulement individuel ? - Comment mieux construire ? - Et surtout, comment construire autrement nos établissements ? Il est concret, car il n'est plus temps d'ajouter des mots pour dénoncer des maux. Il délaisse donc le royaume des incantations pour énumérer des engagements à court terme. Il prévoit des financements dès l'an prochain. Il programme des réalisations pour les années à venir. Il est précis, car seul un diagnostic incontestable pourra être partagé afin d'entraîner une action de long terme. Parce qu'elle est née de l'accumulation de nombreux facteurs depuis des décennies, la suroccupation ne se règlera pas en quelques mois. Un effort durable s'impose et ne sera possible que si la décision politique procède du consensus. Celui-ci est non seulement possible, mais souhaitable. Le rapport propose donc une méthode destinée à dépasser les clivages partisans. 1 Renforcer et optimiser le parc pénitentiaire La surpopulation concerne par priorité les maisons d'arrêt ou les quartiers maisons d'arrêt dans les centres pénitentiaires. Le taux d'occupation moyen pour les maisons d'arrêt est de plus de 138,2 % pour le territoire hexagonal, de 134,1 % pour les outre-mer. Dès lors, au 1er août 2016, sur 67 942 personnes détenues, seules 26 829 d'entre elles bénéficiaient d'une cellule individuelle. L'explication est multiple. La population pénale a augmenté en raison d'un durcissement de la législation pénale depuis de nombreuses années, qui s'est également traduit par une sévérité accrue des décisions de justice. Cette évolution a été différente de celle des capacités carcérales L'administration pénitentiaire n'a pas la maîtrise des flux d'entrées et de sorties de prison : elle n'est pas à l'origine de la décision d'incarcération, elle n'est que chargée de la mise en œuvre du mandat judiciaire, qu'il s'agisse de recevoir les personnes en détention provisoire ou d'incarcérer les personnes qui ont une peine à exécuter. Il faut agir, en même temps, dans plusieurs directions. D'abord construire entre 10 309 (dont près de 800 doubles) et 16 143 cellules (dont près de 1 500 doubles), si nous voulons atteindre un taux de 80% d'encellulement individuel. Dont 9 500 et 14 700 cellules individuelles supplémentaires en maison d'arrêt. Si je livre une fourchette, c'est nourri de l'expérience décrite en détail dans le rapport. En matière pénitentiaire, les prévisions n'ont jamais été confirmées et les annonces de constructions ont souvent été majorées, faute de tenir compte des fermetures auxquelles il était procédé dans le même temps. Ensuite, mieux exploiter les places inoccupées des établissements pour peines. Au 1er août 2016, dans ces 96 établissements, 2 300 places étaient vacantes : - 1 563 en centres de détention et quartiers centre de détention, - 586 en maisons centrales et quartiers maison centrale, - 149 en centres pour aménagement ou quartier pour aménagement Pour cela, il faut simplifier la procédure d'orientation des personnes détenues. Bien des condamnés à des peines supérieures à deux ans de prison sont détenus dans des maisons d'arrêt, alors qu'ils devraient avoir été transférés dans des établissements pour peines (maisons centrales ou centres de détention). Le délai de traitement des dossiers d'orientation est souvent de plus d'un an. C'est excessif et il faut accélérer cette procédure. 2 Repenser la prise en charge des détenus La prison est moins une peine qu'un lieu où s'exécute la peine, seule la privation de liberté constitue une peine. Ce qui veut dire que l'enfermement n'est pas en soi une atteinte à la dignité humaine. Aussi pour que la détention ne soit pas synonyme de réclusion, une attention doit être portée à une amélioration qualitative du temps contraint. Cela appelle deux évolutions notables. - D'abord, une doctrine architecturale doit être élaborée. Une prison doit être conçue en ayant en tête la réinsertion, et pas seulement la dimension punitive. Cela passe par une réflexion sur la taille des établissements, leur implantation ou les modalités de l'accueil des familles, par exemple, qui permettent d'optimiser les chances de réinsertion. Il faut également intensifier les efforts pour que le temps que passe quotidiennement le détenu hors de sa cellule soit plus important. Il faut atteindre les 5 heures d'activités dès 2017. - Ensuite, une meilleure préparation à la sortie. Là encore, le diagnostic est connu : les sorties dites « sèches », sans aménagement de peine, qui restent majoritaires, (et concernent surtout les condamnées à des courtes peines) rendent plus délicate la réinsertion dans la société. Un chiffre éloquent : Les risques de nouvelle condamnation pour des personnes libérées sans avoir bénéficié d'aucun aménagement de peine restent 1,6 fois plus élevés que ceux des bénéficiaires d'un tel aménagement. La coexistence de différentes structures aux dénominations trop nombreuses complexifient le dispositif carcéral. Les Quartiers Nouveau Concept (QNC), Quartier pour Peines Aménagées (QPA), Quartiers Courtes Peines (QCP). L'unification par la création de « Quartiers de Préparation à la Sortie » (QPS) sera organisée. L'objectif est simple : mieux préparer la sortie et favoriser le projet de réinsertion. 3 Bâtir une loi de programmation Il faut un engagement législatif durable, qui enjambe les élections et les alternances démocratiques éventuelles, et dépasse les partis. L'abbé Bluteau écrivait dans les conclusions de l'enquête parlementaire diligentée en 1873 : « La réforme pénitentiaire est certainement une des questions sociales du jour qui mérite le plus d'attention de nos hommes d'Etat et doit être l'objet d'un examen approfondi. Dans une cause si importante, toute prévention, tout esprit de parti, doivent être mis de côté pour ne consulter que la saine raison, l'expérience la mieux établie et le bien général plutôt que l'intérêt privé ». Ce diagnostic n'a pas vieilli. Les simplifications électoralistes ne profiteront à personne, d'autant plus qu'au lendemain des échéances, la réalité carcérale continuera à s'imposer. Les ministères de la Défense et de l'Intérieur utilisent régulièrement la loi de programmation. Le moment est venu pour que le ministère de la Justice, premier constructeur immobilier de l'Etat, bénéficie de cet outil. Pourquoi une loi de programmation ? - Parce que c'est un contrat entre le pouvoir exécutif et la représentation nationale. - Parce que l'Assemblée nationale et le Sénat peuvent pleinement exercer leur capacité de contrôle. - Parce que la programmation permet de bénéficier d'une vue d'ensemble des crédits que le gouvernement entend mettre à la disposition des services concernés. - Parce que cette question doit pouvoir bénéficier d'un engagement qui s'émancipe de la contrainte budgétaire annuelle. Seule une action pragmatique et opiniâtre, qui ne fluctue pas au gré des différents gouvernements, permettra de tourner définitivement cette triste page de notre histoire pénitentiaire. Je propose donc que sa préparation soit engagée de manière a-partisane et il paraît légitime que ce soit la prochaine législature qui en soit saisie. 4 Agir dès le PLF 2017 Au-delà des traditionnels crédits destinés à régler les factures des Partenariats Public-Privé, des efforts d'entretien d'un patrimoine dégradé et des créations d'emplois au sein de la Direction de l'Administration Pénitentiaire (+ 1 255), le projet de loi de finances pour 2017 devrait contenir les premiers engagements significatifs. Les arbitrages sont en cours, donc je donnerai seulement quelques chiffres traduisant nos besoins et les projets que les dotations permettraient de faire avancer. - 1,1 milliards d'euros d'autorisation d'engagement. Cela permettrait de lancer une première tranche de 3 902 cellules [1] (4 355 places) exclusivement en maisons d'arrêt dans les régions ayant une surpopulation élevée : Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Toulouse. Dont 230 millions pour 28 QPS représentant la création de 2 513 cellules (2 513 places dont 1 740 nettes) [2]. - Je rappelle par ailleurs que plusieurs projets, qui ont pu rester dans l'incertitude depuis longtemps, vont passer en phase opérationnelle : par exemple Baumettes 3, Trélazé, Troyes, Basse Terre, Baie Mahaut. Conclusion Ce rapport ne traite pas aussi longuement qu'il serait souhaitable des alternatives à l'incarcération, qui constituent un moyen conséquent d'œuvrer pour que la détention, notamment au stade présentenciel, soit effectivement le dernier recours tel que le prévoit le code de procédure pénale. En effet, d'abord, parce que les bons outils de développement des aménagements de la peine privative de liberté existent, ensuite parce que le législateur a aussi prévu que j'adresse au Parlement un autre rapport dressant le bilan de la loi du 15 août 2014. Cela fait maintenant 9 ans que j'effectue des déplacements dans des établissements pénitentiaires (le premier était le 18 octobre 2007). Depuis 8 mois, j'en ai fait 14 de plus, sans compter celui à l'Ecole Nationale d'Administration Pénitentiaire. Partout, j'ai vu l'engagement et le courage des personnels, quelle que soit la fonction qu'ils occupent. Je peux témoigner du sens du service public, du sang-froid et du savoir-faire, de la volonté du travail bien fait et du souci du respect de la déontologie. Cela m'a renforcé dans ma conviction : il n'existe pas de lois secrètes qui condamneraient l'univers carcéral à être voué à la promiscuité et à la pauvreté. La prison doit être tout à la fois un lieu de restauration et un lieu de réhabilitation : en un mot, un lieu de retour vers la société. Je vous remercie de votre attention et je suis heureux de pouvoir répondre à vos questions. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/392.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/392.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c6a6de71adba1ec8160016b44f1050f86b0a12f8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/392.txt @@ -0,0 +1 @@ +ELIZABETH MARTICHOUX Bonjour Jean-Jacques URVOAS. JEAN-JACQUES URVOAS Bonjour. ELIZABETH MARTICHOUX Merci d'être avec nous. Vous avez donc présenté votre plan de lutte contre la surpopulation carcérale hier, on va évidemment en reparler dans le détail. Mais d'abord je voudrais vous entendre sur le cas révélé ce matin par RTL, le cas d'un détenu suspecté de radicalisation, qui est à la prison de Nancy, et qui après une erreur de l'administration s'est retrouvé avec entre ses mains un listing des gardiens chargés de le surveiller avec leurs noms, évidemment ce qui les expose dans un climat pour eux déjà de grande inquiétude. Est-ce que vous étiez au courant et comment ce bug a-t-il pu se produire ? JEAN-JACQUES URVOAS Non je ne suis pas au courant, je vais être honnête avec vous. Il y a 68 800 détenus aujourd'hui dans nos prisons, je ne suis évidemment pas au courant de tout ce qui se passe au quotidien, j'ai entendu tout à l'heure en venant chez vous ce dossier, je me suis simplement renseigné très rapidement, je crois qu'il était incarcéré à Nancy, il est aujourd'hui incarcéré à Metz ; cela fait partie des éléments qui nous permettent de dire que d'une part les mesures de protection des personnels qui peuvent être effectivement mis en danger en raison de la diffusion de leurs noms ont immédiatement été prises, c'est-à-dire que comme le détenu a été changé de lieu d'incarcération il a dorénavant affaire à des personnels qui sont différents ; cela nous montre aussi qu'il faut en permanence que nous renforçons nos systèmes internes. Parce que nous avons besoin de renseignement, de renseignement pénitentiaire… ELIZABETH MARTICHOUX Ce que à quoi d'ailleurs Christiane TAUBIRA s'était opposée en son temps, vous vous voulez renforcer, ça fait partie de votre plan… ? JEAN-JACQUES URVOAS Moi j'ai toujours été un militant de la construction de cet outil, parce que je le crois indispensable à la protection d'une part des personnels qui servent dans la détention, mais aussi et surtout de la citoyenneté, puisque les agressions il en existe tous les jours en détention ; et d'ailleurs c'est l'une de mes préoccupations. ELIZABETH MARTICHOUX Là vous parlez des agressions entre détenus et les agressions entre détenus et les surveillants. JEAN-JACQUES URVOAS Malheureusement. Là je vous parle des agressions de détenus sur des surveillants, il y en a eu 4000 l'année dernière. Au 1er août de cette année il y en a eu 2500, ce qui veut dire que nous avons une accentuation du phénomène ; cela veut donc dire, mais la surpopulation en est pour l'essentiel la responsable puisque la surpopulation détruit tout, pour les détenus comme les surveillants. Moi j'ai besoin d'avoir une administration ou les personnels puissent travailler en toute sérénité et donc le système du renseignement pénitentiaire était déficient. ELIZABETH MARTICHOUX On va revenir, mais pour être précis d'abord vous n'étiez pas au courant, vous êtes évidemment étonné que ce bug puisse se produire, j'imagine, vous allez ouvrir une enquête ? JEAN-JACQUES URVOAS Je vais évidemment trouver les renseignements. Vous me permettrez néanmoins de dire que je prends vos informations avec la prudence nécessaire…. ELIZABETH MARTICHOUX Vous allez vous-même mener votre enquête ? JEAN-JACQUES URVOAS Je vais demander quelle est la version du chef d'établissement, des personnels qui sont concernés. J'ai à mon cabinet 3 personnes qui suivent les dossiers pénitentiaires au quotidien et donc nous ferons en sorte évidemment qu'il y ait des suites à tout cela et surtout nous prendrons des mesures pour que s'il y a eu des failles elles soient comblées. ELIZABETH MARTICHOUX Les surveillants sont très exposés, c'est une de vos préoccupations, vous l'avez dit, d'autant plus qu'à Osny il y a eu cette attaque terroriste qui a été extrêmement violente à l'encontre d'un gardien… JEAN-JACQUES URVOAS Une tentative de meurtre. ELIZABETH MARTICHOUX Une tentative de meurtre. Comment mieux les protéger, c'est votre souci. Déjà physiquement, ces gardiens ils sont parfois dans des tenues, j'allais dire, ordinaires. Est-ce qu'il n'y a pas déjà une nécessité de mieux les protéger de ce point de vue-là. JEAN-JACQUES URVOAS Les gardiens sont demandeurs d'une évolution de ce sujet, et sans doute faut-il effectivement y réfléchir. Moi je les ai réunis fin juillet, nous avons bâti ce que nous avons appelé un séminaire-métier dans lequel nous avons décidé de mettre en chantier 4 sujets : la sécurisation des bâtiments mais la protection des personnels est l'un par exemple ; nous avons posé sur la table le sujet de l'armement des personnels pour une raison toute simple… ELIZABETH MARTICHOUX Qu'est-ce qu'ils ont pour l'instant à leur disposition ? JEAN-JACQUES URVOAS Ca dépend de la tâche qu'ils exercent dans la détention. Mais par exemple pour être très concret, la protection des bâtiments de l'administration pénitentiaire dépend de la police et de la gendarmerie. Or, l'un de nos sujets c'est les projections qui viennent de l'extérieur. On fait rentrer en détention par des jeteurs, des personnes qui sont à l'extérieur et qui font rentrer, si un surveillant de prison voit les jeteurs en question, il ne peut pas les interpeller et donc nous allons sécuriser, j'ai demandé que nous regardions comment nous pouvons prendre la responsabilité… ELIZABETH MARTICHOUX Des pouvoirs étendus. JEAN-JACQUES URVOAS Oui, pour aller plus vite. Parce que quand nous voyons nous … ELIZABETH MARTICHOUX Pour revenir sur la question de l'armement, ils sont parfois armés …. JEAN-JACQUES URVOAS Oui, il peut y avoir que ceux qui font des transfèrements, c'est-à-dire justement ce détenu qui est passé d'une détention à l'autre, quand nous avons une transformation judiciaire pour aller dans les tribunaux, les ERIS, qui sont nos équipes régionales d'intervention sont armées. Donc il y a des différences de statut et nous allons discuter de cette question de l'armement. ELIZABETH MARTICHOUX A propos de l'exposition des surveillants, dites-moi si je me trompe, est-ce que vous avez entendu parler de cas de surveillants qui au contact de détenus radicalisés se sont eux-mêmes radicalisés ? JEAN-JACQUES URVOAS C'est des sujets qui ont été évoqués. ELIZABETH MARTICHOUX Est-ce que vous avez eu des remontées de cas ? JEAN-JACQUES URVOAS J'ai eu des cas sur lesquels nous avons pris évidemment les mesures adaptées. J'avais eu l'occasion d'en parler à l'Assemblée nationale des sanctions, des éloignements… ELIZABETH MARTICHOUX Mais est-ce que quelques cas, une poignée, une dizaine, en-dessous de dix, quelques-uns… JEAN-JACQUES URVOAS C'est infiniment minoritaire, mais suffisamment… ELIZABETH MARTICHOUX Mais c'est un risque qui existe. JEAN-JACQUES URVOAS Mais suffisamment réel pour que nous puissions effectivement en parler dans le cadre de la politique de ressources humaines. Vous savez nous recrutons énormément dans l'administration pénitentiaire, c'est l'un de mes honneurs d'ailleurs, puisque l'année dernière nous avons recruté 2100 personnels, l'année prochaine nous en recruterons 2500 et donc cela veut dire qu'il faut que nous élevions le niveau d'exigence vis-à-vis de ceux qui sont candidats à nos examens. ELIZABETH MARTICHOUX 1400 détenus radicalisés dans nos prisons, beaucoup sont plusieurs en cellule, elles sont sonorisées ces cellules ? Il n'en a pas été question, vous ne le souhaitez pas ? JEAN-JACQUES URVOAS Non. Parce que je ne veux pas mettre la charrue avant les bœufs. Ce sont justement des questions qui relèvent du renseignement pénitentiaire, les outils de technique du renseignement seront posés quand je serais en capacité de présenter ce que sera à la fin de l'année le bureau du renseignement pénitentiaire. ELIZABETH MARTICHOUX Ils sont 90 à être dans des unités, ces cinq unités d'expérimentation de déradicalisation, où est-ce que vous allez avec ces expériences, et comment est-ce que vous allez mesurer l'efficacité, est-ce que finalement c'est une expérience, donc vous tâtonnez ? Vous avez un objectif établi, chiffré ? JEAN-JACQUES URVOAS Mais bien sûr, je préfère tâtonner que d'être accusé de ne rien faire, parce que nous avons là aussi ce sont des sujets très récents - il n'y a d'ailleurs même plus 90 personnes dans les unités de prévention de la radicalisation, elles ne sont plus que 81, parce que nous en avons enlevées 4 il y a quelques jours, puisque nous avons repéré une tentative d'organisation qui était destinée à déstabiliser l'établissement dans lequel nous étions et donc nous avons éclaté ce noyau de façon à avoir les mesures adaptées. Qu'est-ce que je fais avec les unités ? Deux choses. D'abord j'essaye de les évaluer, les évaluer ça demande un peu de temps, ce sont des … ELIZABETH MARTICHOUX Vous avez commencé ? Vous essayez de les évaluer ? JEAN-JACQUES URVOAS Oui. Parce que pour évaluer il faut qu'elles aient un peu agi. Comme elles ne sont en place que depuis huit mois on a donc considéré … ELIZABETH MARTICHOUX Vous pensez avoir un recul nécessaire quand pour pouvoir vraiment tabler… JEAN-JACQUES URVOAS Madame, le problème est urgent, mais je ne veux pas agir avec précipitation, parce que les organisations syndicales, qui ont bien raison, quand nous avons créé les unités en question ont regretté la précipitation. Donc si nous avons été précipités dans la création nous ne le serons pas dans l'évaluation. ELIZABETH MARTICHOUX On parle de surpopulation et justement on a découvert à cette occasion qu'il y a des places vacantes par centaines dans les prisons. Il y a 2300 cellules vides dans les centrales. Ca parait absurde puisqu'il y a 2000 détenus qui s'entassent sur des matelas… JEAN-JACQUES URVOAS 1515 oui. ELIZABETH MARTICHOUX Ca n'est pas possible avec un peu d'imagination de l'administration pénitentiaire de les utiliser ? Par exemple les radicalisés, pourquoi vous ne les mettez pas … JEAN-JACQUES URVOAS Ne mélangez pas tout. Ne mettez pas toujours les radicalisés à toutes les sauces, mon problème est un problème de surpopulation, j'ai 68 000 détenus, j'ai 58 000 places. Toutes les maisons ne se valent pas, vous savez il y a les établissements pour condamnés, au-delà de … ELIZABETH MARTICHOUX Ce qu'on appelle les centrales. JEAN-JACQUES URVOAS Les centrales, les maisons centrales, mais vous avez aussi des établissements pour peine, vous avez des centres de détention, des maisons d'arrêt. Les places vides que vous évoquez ce sont des places dans des établissements pour condamnés, et bien souvent la surpopulation elle est dans les maisons d'arrêt où il y a des détenus qui sont… ELIZABETH MARTICHOUX Justement, il y a des couloirs, des coursives, est-ce qu'on ne peut pas imaginer quand même de les faire cohabiter… JEAN-JACQUES URVOAS Mais non, malheureusement l'apparence de simplicité se fracasse contre la réalité du droit, donc j'ai annoncé hier que ces places qui sont vides dans les maisons centrales je vais les déqualifier juridiquement de façon à pouvoir incarcérer dans ces endroits des personnes qui sont condamnées mais pour moins longtemps que celles qui étaient évoquées. ELIZABETH MARTICHOUX Eh bien voilà. On parle d'imagination de l'administration pénitentiaire, parfois effectivement ça marche. Ça fait vingt ans Jean-Jacques URVOAS qu'on voit des images de détenus entassés dans 6M2, et vous décrétez hier… JEAN-JACQUES URVOAS Ca fait bien plus que ça. ELIZABETH MARTICHOUX Hier - vingt ans, c'est une façon de parler - tout à coup à huit mois de présidentielle vous décrétez que l'objectif c'est lancer l'encellulement individuel, bon, bref une cellule individuelle pour 80 % des détenus. Mais est-ce que ça a un sens, est-ce que c'est réaliste ? Est-ce que vous ne pourriez pas déjà nous promettre que tous les détenus dangereux soient seuls dans des cellules ? JEAN-JACQUES URVOAS J'ai l'honneur d'être Garde des Sceaux depuis sept mois et 25 jours. Et j'ai décidé que je ne parlerai pas au futur, je parle au présent. Donc je dis ce que je fais. ELIZABETH MARTICHOUX Ce n'est pas au présent parce que ces 80 % c'est l'encellulement individuelle c'est pour 2025. JEAN-JACQUES URVOAS Oui parce que l'encellulement individuel il est dans le code pénal depuis 1875, et ne me demandez pas de régler en quelques mois ce que des siècles n'ont pas fait. Ce que je fais c'est que je vais consacrer toute mon énergie à faire en sorte que la représentation nationale, c'est-à-dire l'Assemblée nationale et le Sénat, la droite et la gauche, puissent partager ce diagnostic de façon à ce que la prochaine législature puisse voter une loi de programmation, parce que les prisons vous ne les construisez pas en quelques jours. ELIZABETH MARTICHOUX Non, au moins huit ans. Mais parmi les réactions hier à votre plan, la droite dénonce des décisions qui arrivent trop tard, vous pouvez difficilement le nier ? JEAN-JACQUES URVOAS Mais, je ne contribuerai pas à cette simplification, parce que si je voulais être aussi manichéen que ceux qui ont écrit ça, je dirais que quand la droite a promis des prisons en 2011 elle n'avait pas mis 1 euro pour les financer et que le travail de la gauche a été de financer les prisons qu'ils avaient décidées. Et je ne veux pas laisser moi à mon successeur des trous ou des béances… ELIZABETH MARTICHOUX 55 000 places de prison en 2007, 7000 de plus en 2012 ; entre 2012 et aujourd'hui il y a en solde net 900 places de plus dans les prisons. JEAN-JACQUES URVOAS Non, je ne crois pas que ces chiffres soient justes. Il suffit que vous lisiez le rapport que j'ai travaillé pendant cet été et vous verrez d'abord que depuis les ministres Albin CHALANDON en 1986, l'immobilier carcéral a toujours été en deçà de ce qui était annoncé par les dits ministres. Et donc je ne suis pas un ministre qui fait des annonces, je suis un ministre qui agit. ELIZABETH MARTICHOUX Vous avez 1 milliard 100, c'est fait, Michel SAPIN l'a dit hier, c'est arbitré. JEAN-JACQUES URVOAS Non, non, le Premier ministre est le seul capable de donner les éléments, j'ai simplement dit… ELIZABETH MARTICHOUX Michel SAPIN a mis la charrue avant les boeufs. JEAN-JACQUES URVOAS Non, j'ai dit simplement quels étaient mes besoins, je vais confiance au gouvernement en sa collectivité. ELIZABETH MARTICHOUX Merci beaucoup Jean-Jacques URVOAS d'avoir été notre invité ce matin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/393.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/393.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..76faf7eb82f902923bf73c29a7be258710df2815 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/393.txt @@ -0,0 +1 @@ +Merci de votre accueil. Madame la Doyenne, Monsieur le Professeur, Monsieur l'Ambassadeur, Mesdames Messieurs, Chers Étudiants, Chers Amis, Je vous remercie de m'accueillir ici dans votre université de Columbia, au sein de son École d'affaires internationales et publiques. C'est un honneur pour moi d'être là ce matin. J'ai conscience d'être dans une institution d'excellence. Les relations exceptionnelles que Columbia a établies avec la France en témoignent également. Beaucoup d'étudiants de votre université viennent en France pour une partie de leur cursus. D'ailleurs j'en profite pour vous dire que nous serions très heureux s'ils étaient encore plus nombreux. En tout cas vous êtes les bienvenus. Hier soir je présidais une cérémonie de lancement de la plateforme « France Alumni USA » et qui accueillait des anciens étudiants américains en France. J'ai profité de cette occasion pour vous dire que la France est vraiment un pays d'accueil pour les étudiants. Nous souhaitons qu'ils soient de plus en plus nombreux, et en tout cas, parmi eux, les étudiants américains. Vous avez parlé, Madame, de la Maison Française, de votre campus. Elle a un siècle d'existence ; et votre Département de Français est un des plus prestigieux de votre pays ; et vous avez développé avec la Sorbonne, avec l'École polytechnique et Sciences Po en France un programme conjoint remarquable, que le ministère des Affaires étrangères et du développement international soutient activement. Ce programme vous l'avez rappelé s'appelle « Alliance ». Eh bien « Alliance », c'est le terme que je vais utiliser comme point de départ, peut-être même idéal, pour parler de la relation franco-américaine mais aussi des relations internationales dans le monde de ce début du 21ème siècle. Notre monde est un monde d'urgence. Un monde chaque jour plus complexe, plus instable et aussi plus imprévisible - de la Corée du Nord au Sahel en passant par l'Afghanistan et bien sûr le Moyen-Orient. L'humanité est prise d'inquiétude, et parfois même d'effroi, face à la guerre et face au terrorisme. Même si quand on regarde concrètement les choses notre humanité progresse dans beaucoup de domaines. Pour autant les changements qui interviennent surviennent à vive allure et, dans cette accélération et dans son ampleur, apparaissent aussi de nouveaux défis, que nous n'anticipons pas toujours. Par exemple je pense à la libéralisation du commerce international. Cette libéralisation, à l'évidence, a contribué au développement économique des pays du sud. Elle a contribué au bien-être de nos sociétés industrialisées. Mais, dans le même temps, elle a aussi accéléré le creusement des inégalités de revenus, ici aux États-Unis, comme en Europe. Elle a fragilisé les classes moyennes, les plus modestes, avec des conséquences profondes sur notre vie politique. Et j'aurai l'occasion d'y revenir au cours de mon propos. Il y a aussi un autre grand changement qui est la formidable connexion entre les hommes créée par Internet et toutes les potentialités nouvelles permises par la mise en réseau. Mais, tout ça s'est aussi accompagné d'usages malveillants, parfois criminels du Web à l'échelle globale. Quant à la mondialisation en général, en rétrécissant les distances entre les hommes, en accélérant les échanges, elle a permis une formidable ouverture. Mais elle a aussi bouleversé les cadres traditionnels des sociétés politiques. Elle a généré, en retour, des replis identitaires, des peurs, des rejets, un attachement à un passé souvent fantasmé, voire idéalisé, comme une volonté de revenir en arrière. Et dans des sociétés fragilisées par ces mutations, il y a l'intrusion brutale, inhumaine, du terrorisme. Et vous connaissez la suite tragique des attentats de ces dernières années en France. Bien sûr, la France est loin d'être la seule touchée. Nous avons tous commémoré, il y a quelques jours, le 15e anniversaire de l'attentat du 11 Septembre, qui a endeuillé la ville de New York et, à travers elle, endeuillé le monde entier. Le terrorisme est là. Il frappe. Il frappe Boston, il frappe San Bernardino, il frappe Orlando, il frappe Paris, il frappe Nice, il frappe Bruxelles, mais aussi Istanbul, Kaboul, Bagdad, Dacca, Abidjan. Nous connaissons le paradoxe, la majorité des victimes des attentats commis par ces gens qui se revendiquent de l'islam se trouve dans le monde musulman. Mais nous sommes aussi la cible des terroristes car c'est nos systèmes politiques, notre mode de vie, qui sont visés. La France n'est pas tant une cible parce qu'elle prend une part active, directe ou indirecte, à la lutte contre les groupes armés terroristes - contre Boko Haram, contre les groupes du Sahel, contre Daech en Libye, contre Daech en Syrie et en Irak, contre Al Qaeda au Yémen et ailleurs. D'ailleurs un arrêt de ces campagnes ne garantirait nullement - certains le pensent- la fin des attentats sur notre sol. La France est attaquée pour ce qu'elle est, bien plus que pour ce qu'elle fait. La France, c'est vrai, est un pays de liberté qui a organisé son droit de la religion autour du concept de laïcité. Je sais que c'est souvent une notion mal comprise en dehors de nos frontières nationales, au point même que parfois ce mot est difficile à traduire dans les autres langues que le français. Donc nous avons aussi, sans doute, à expliquer davantage ce concept qui nous est propre, me semble-t-il. Ce concept de laïcité est en France un des fondements de notre République moderne. Il garantit non seulement le caractère séculier de l'État et de l'administration, mais aussi et surtout il garantit la liberté de religion ou de conviction, y compris celle de pratiquer sa religion - toutes les religions - sans discrimination. C'est ça le socle. Et c'est donc un principe essentiel, qui est d'ailleurs largement partagé. Mais ce qui fait débat, c'est sa traduction dans le champ social. C'est vrai qu'il y a une spécificité française. Et c'est pourquoi sa mise en oeuvre évolue avec la société elle-même. Nous sommes confrontés à de nouvelles pratiques, et il faut donc, sans renier ce socle, être capable de s'adapter. Alors, quelle est la meilleure façon de s'adapter, eh bien notre système judiciaire est là pour ça, c'est une garantie pour tous les citoyens, pour les libertés. Il dit le droit et lorsqu'il y a besoin d'une interprétation, il tranche, et quand il tranche, il tranche toujours en faveur de la liberté, pour toutes les religions, sans discrimination, j'insiste bien sur ce point. C'est ça, la réalité française. J'ai ce matin l'occasion de l'expliquer un peu mieux, c'est important.. Il ne faut qu'il y ait de malentendu. Et un des risques que nous devons éviter aujourd'hui, justement c'est que tous ces attentats ne s'accompagnent de réactions qui provoqueraient divisions et stigmatisations au sein même de nos sociétés. Et là, je parle plus que de la France, je parle de toutes nos démocraties. Sur ce terrain aussi il nous faut, plus que jamais, demeurer fidèles à nos principes. Il nous faut garder le cap de la raison. Et je veux être clair sur ce point. Pour nous, non, il n'y a pas de guerre de civilisation. Cette mission qui est la nôtre, nous ne devons pas la prendre à la légère, car sur le terreau des inquiétudes, le terreau de la souffrance sociale et de la crainte face au chaos du monde, les populistes prospèrent partout. Ces démagogues s'inscrivent dans une tradition politique qui est ancienne, qui consiste à tenter de séduire le peuple par le simplisme mais surtout par le mensonge. Les démagogues promettent de résoudre les problèmes du moment sans se préoccuper de la faisabilité de ce qu'ils proclament. Sans se préoccuper des conséquences de long terme, pas plus que de la compatibilité de ces mesures avec les valeurs sur lesquelles nos sociétés sont fondées. Le masque tombe quand, par malheur, ces mêmes démagogues accèdent au pouvoir. Le peuple auquel ils promettaient tant se retrouve à payer le prix de leur succès. Oui à la fin, après la victoire des populistes, il y a toujours une facture, et c'est le peuple qui l'a paie. Ou bien, quand ces populistes sont au pied du mur, confrontés à l'épreuve des responsabilités, ces démagogues disparaissent - à l'image des plus fervents tenants du Brexit, vous vous souvenez, qui laissent finalement à une partisane du «Remain» le soin de mettre en oeuvre un projet dont ils avaient soigneusement occulté la complexité. Cette crise des démocraties représentatives, elle est aujourd'hui répandue partout dans le monde. En France, les démagogues s'en prennent à l'Europe, qui est maintenant le nouveau bouc émissaire politique, ils s'en prennent à l'immigration. Ils proposent eux aussi des remèdes illusoires. Une sortie de l'Union européenne. Une fermeture des frontières. Une remise en cause de nos droits fondamentaux au prétexte de lutter plus efficacement contre le terrorisme. Ici, aux États-Unis, la campagne présidentielle que nous suivons attentivement, je tiens à vous le dire, en France comme dans le reste du monde, montre que les États-Unis ne sont pas épargnés par ce populisme. Alors, face à ce monde chaotique et dangereux, face aux fausses solutions, comment réagir ? Oui, comment réagir, c'est la question. Le premier impératif c'est de ne céder ni à l'affolement, ni à la tentation du chacun pour soi. Nous avons, à l'occasion de la crise financière de 2008, réussi à garder les frontières ouvertes. Et si l'on songe au précédent des années 1930 et à la guerre qui a suivi la crise, c'est un progrès notable. Alors que les normes sont mises en cause, il nous faut sans relâche réaffirmer l'importance du droit international. L'importance des valeurs qui sous-tendent le système des Nation Unies, en particulier les droits de l'Homme. Dans une phase de turbulences, il importe d'autant plus de garder le cap et de ne pas abandonner nos principes. Dans le monde d'aujourd'hui, nos politiques étrangères comme nos politiques internes doivent être intelligibles et lisibles par les peuples, par nos peuples. Il faut donc s'en rapprocher, pour mieux les comprendre et mieux s'en faire comprendre. Et en même temps, nous ne devons pas abandonner notre éthique de responsabilité. C'est la responsabilité des hommes et des femmes qui gouvernent et qui prétendent gouverner d'assumer aussi leurs missions. Ce que nos populations expriment souvent, c'est un besoin de protection. Une besoin de protection face aux risques et aux incertitudes. Et cette demande est parfaitement légitime. Ce serait une erreur de la regarder de loin, ou de la regarder de haut. Il faut l'entendre. Mais nous devons, dans la recherche de réponses, être attentifs à ne pas choisir les voies du repli, celles qui conduiraient par exemple à fermer les frontières, à bâtir des murs pour rester entre soi et considérer l'autre comme une menace, à réfuter l'existence d'une communauté de destin de l'humanité. Oui, la peur des autres, dans notre histoire, il ne faut jamais l'oublier, a parfois mené à leur négation. Et si nous oublions cela, alors effectivement nous faisons une grave erreur et nous prenons une immense responsabilité. Face aux désordres de la mondialisation, un besoin de réhabiliter la nation peut exister. Souvent, il s'exprime, ce besoin. Mais ce n'est pas forcément une mauvaise chose. La nation c'est un socle essentiel, bâti sur une longue histoire, c'est le fondement d'un ordre possible à l'échelle du monde - et je me revendique moi-même comme patriote. D'ailleurs les Américains sont patriotes, quelle que soit leur origine. Ce n'est pas un défaut. C'est plutôt à la fois une fierté et c'est plutôt une chance. Mais les nations ne peuvent pas tout, toutes seules. L'isolement est un leurre comme l'est l'illusion d'une souveraineté sans partage. Il aura fallu aux nations européennes les bouleversements de deux conflits mondiaux, mais aussi, je tiens ici à le dire, l'aide des États-Unis, pour que l'idée d'intégration européenne prenne enfin corps avec le soutien de tous ceux qui croyaient en la liberté. C'est cela l'histoire européenne. Elle est récente, cette histoire européenne. Et elle s'est construite après de grandes tragédies. Les organisations régionales et le système multilatéral peuvent et doivent contribuer justement à répondre à ce besoin de protection des peuples. Il faut réaffirmer cela, au moment où justement, ce qui pourrait être à la mode, c'est le nationalisme. Mais il ne faut pas confondre le nationalisme avec le patriotisme. Je suis à New York pour l'Assemblée générale des Nations Unies. C'est vrai que cette organisation parfois déçoit, par exemple lorsque le Conseil de sécurité est bloqué alors que des enfants, des femmes, des hommes meurent par centaines de milliers et souffrent par millions, je pense en particulier à la Syrie en ce moment. Mais en même temps nous ne devons pas oublier le cadre de la gouvernance mondiale qu'offre l'Organisation des Nations Unies - je pense à ses opérations de maintien de la paix, à la coordination qu'elle permet en matière de santé ou d'alimentation, à la réponse au changement climatique qu'elle favorise. L'Organisation des Nations Unies est la seule instance où sont représentés l'ensemble des pays de la planète. Or, à nombre des défis auxquels nous faisons face, il n'existe pas de réponse individuelle, qu'il s'agisse des pandémies, qu'il s'agisse des crises régionales ou du changement climatique. Nous avons besoin de cette organisation, malgré ses défauts. Le deuxième impératif, c'est de continuer à agir. Agir sans relâche. Agir même lorsque la solution n'apparaît pas immédiatement à portée de main. Dans les prochains mois, la France poursuivra ses efforts pour lutter contre le terrorisme, c'est-à-dire pour continuer à faire reculer Daech en Syrie, en Libye, en Afrique, partout où ces marchands de mort se sont installés. Nous ferons tout, avec nos alliés, avec les États-Unis, pour gagner la guerre. Mais encore faut-il aussi se préparer à gagner la paix ensuite. Je veux dire que les processus politiques, même s'ils sont difficiles, sont nécessaires pour rétablir la stabilité de ces régions. Il ne suffit pas de conquérir une ville pour ensuite imaginer que tout va bien se passer. Il faut construire un projet politique qui sera inclusif. Et nous devons sans attendre nous y atteler, afin de ne pas découvrir trop tard que sans solution politique, la paix ne peut prévaloir. Je reviens d'une réunion sur la Libye, et nous avons là un exemple concret. Les frappes aériennes, la mort du dictateur, et le chaos. Et le terrorisme qui prospère. Il faut à chaque fois avoir une réflexion collective et une réponse politique. Au Proche Orient, la France a pris l'initiative de relancer un processus en vue d'établir une paix durable entre Israël et la Palestine, c'est-à-dire remettre à l'agenda international ce qui finit par être oublié : la perspective de deux États, Israël et Palestine, qui vont côte à côte en paix et en sécurité. Je suis tout à fait conscient du défi. Fallait-il attendre que tout le reste soit réglé pour enfin revenir à cette question qui crée tant de malheur, tant de souffrance, et tant de haine aussi, et de violence ? Je suis convaincu d'une réalité : il n'y aura pas de paix dans cette région sans un règlement de ce conflit, car ce conflit alimente la violence, il alimente le ressentiment il alimente la radicalisation. Le soutien de Washington à cette initiative est évidemment crucial. Nous en parlons souvent avec John Kerry. La France continuera aussi, avec ses moyens diplomatiques et militaires, à contribuer au maintien ou au rétablissement de la paix dans les régions en crise. En Europe, je pense bien sûr à l'Ukraine, dans le cadre de ce qu'on appelle le format Normandie -c'est-à-dire avec l'Allemagne et la France - Sur le continent africain, je pense aussi au bassin du lac Tchad, au Sahel, ou à la Corne de l'Afrique. Nous avons pu progresser ces derniers temps, même s'il y a encore beaucoup de problèmes devant nous. Le troisième impératif, c'est de renforcer la solidarité entre les peuples. La France a décidé en ce qui la concerne l'année dernière d'accroître son aide au développement. Cette décision se traduit par une augmentation de 4 milliards d'euros supplémentaires par an d'ici 2020, dont la moitié sera réservée au climat. À titre national, comme au sein de l'Union européenne, qui fournit plus de la moitié de l'aide au développement dans le monde et en particulier à l'Afrique, nous nous engagerons davantage sur ces questions, qui sont aussi, pour nous tous, des questions de sécurité à long terme. Mais au-delà du développement durable, nous entendons aussi maintenir, en dépit des contraintes budgétaires, notre action culturelle. Non seulement dans l'espace francophone, mais aussi partout dans le monde. Dans le contexte d'une montée de la xénophobie, ces échanges culturels et humains sont plus nécessaires que jamais. Ils contribuent véritablement à une meilleure compréhension mutuelle. Et c'est par la connaissance de l'autre que le repli n'est plus une tentation. Mesdames, Messieurs, Chers Amis, collectivement, nous ne sommes donc pas démunis ou impuissants. L'accord de Paris sur le climat l'illustre tout à fait, comme les autres succès de nos interventions. Je pense à la restauration de la paix au Mali, ou les progrès sur le terrain contre Daech, que j'ai déjà évoqués. Mais d'autres évolutions sont aussi porteuses d'espoir. La démocratie s'installe enfin en Birmanie ; nous devons l'aider autant que nous le pouvons. L'accord de paix en Colombie : qui aurait pu penser possible qu'on puisse mettre fin à cette guerre civile si terrible et si longue. Eh bien pourtant c'est la voie de la négociation qui l'emporte. C'est important de le saluer. D'ailleurs, symboliquement hier, le président Santos de Colombie est venu au début de la réunion du conseil de sécurité apporter les documents qui concrétisent cette signature d'un accord de paix. Donc la Colombie, comme la Birmanie, a besoin de notre soutien. Bien sûr, il lui est acquis, pleinement acquis. Le développement économique porte aussi ses fruits depuis plusieurs années en Inde, cet immense pays, au Bangladesh ou encore en Afrique. Nous n'avons pas de raisons de laisser le pessimisme nous envahir. Alors, puisque nous avons les moyens d'agir et si nous le voulons, que devons-nous faire, ensemble, avec les États-Unis, dans les mois et les années à venir et notamment après vos élections présidentielles ? D'abord, ce que je voudrais dire, c'est que nous avons vraiment bien travaillé avec le Président Obama et son administration. Nous partageons un grand nombre de convictions progressistes. Avec les Secrétaires d'État, Hillary Clinton puis John Kerry, nous avons maintenu une coopération très étroite. Nous nous parlons souvent et nous nous voyons souvent. Et nous sommes souvent ensemble dans des réunions. C'était encore le cas ce matin sur la Libye, ce sera encore le cas cet après-midi pour la Syrie. Certaines de nos réussites sont récentes et elles tiennent à cette coopération. Je vais prendre deux exemples : c'est l'accord sur le nucléaire iranien ou encore l'accord de Paris, que j'ai mentionné plusieurs fois, sur le climat. Notre souhait, c'est que les États-Unis continuent à occuper leur place dans les relations internationales et continuent à défendre avec nous des valeurs et des principes que nous partageons dans le domaine de la paix, dans le domaine de la démocratie et des droits de l'Homme. Je le dis car je sais combien cette responsabilité internationale est actuellement débattue ici, aux États-Unis, pendant cette campagne électorale que nous suivons très attentivement. Vraiment, nous nous sentons concernés par le choix que fera le peuple américain. En défendant la paix partout dans le monde, je dis bien la paix, en fait les États-Unis se défendent eux-mêmes. C'est un point commun que nous avons entre nos deux nations et cela, je dois le dire, de très longue date. Nous espérons également que les États-Unis resteront engagés dans une approche multilatérale et collective des problèmes du monde, une approche qui passe par le débat aux Nations Unies et dans les autres instances de la gouvernance mondiale. Cette approche contribue à la recherche du consensus sur les grands enjeux communs, qu'il s'agisse de combattre le terrorisme, de lutter contre le changement climatique, de réguler la mondialisation ou de ramener la paix dans les zones de conflit. Et l'Union européenne, pour sa part, restera un acteur central, un acteur engagé du partenariat transatlantique. Je ne sous-estime pas l'impact du Brexit, qui pèse surtout sur le Royaume Uni. Mais je profite de cette rencontre avec vous pour vous faire une recommandation. C'est de ne pas vous laisser, j'allais dire, trop impressionner par cette décision du peuple britannique. Il ne faut pas la laisser surdéterminer votre analyse de la situation en Europe. Nous avons surmonté d'autres crises. Nous voulons que la discussion formelle, la négociation, s'engage rapidement entre Londres et les 27 autres membres de l'Union Européenne. Il faut limiter cette période d'incertitude ; elle est néfaste pour tout le monde. Mais, chacun souhaite aussi que le résultat de la négociation préserve autant que possible les intérêts des deux parties. Et en ce qui concerne la France, elle conservera avec le Royaume Uni une relation étroite dans tous les domaines, y compris dans celui de la défense et de la sécurité. Mais, c'est vrai, dans une relation qui sera différente avec l'Europe. Surtout, l'ambition de la France est que l'Union à 27 soit plus forte que celle des 28 moins 1. C'est un défi, c'est vrai, mais dans cette perspective, l'Europe doit se concentrer sur un certain nombre de priorités qui répondent à l'urgence et à la demande des peuples européens. Protéger les frontières extérieures de l'Europe. Contrôler son territoire face aux menaces. Donner une nouvelle impulsion à la défense européenne. Doubler le plan européen d'investissement en faveur du modèle de croissance par l'investissement dans les industries de demain. Renforcer la justice sociale et l'équité fiscale. Amplifier les programmes pour la mobilité et l'emploi des jeunes. Ce sont les priorités que nous devons nous fixer et qui doivent se traduire en consensus politique et en actions concrètes, et qui seront de nature à redonner confiance aux citoyens européens qui doutent de l'Europe et de son efficacité. C'est quand elle apparait moins efficace que les peuples s'en détournent. Mais je vous le dis franchement, l'Europe demeurera cet ensemble extraordinaire de 450 millions d'habitants, qui est la première économie mondiale, qui est le premier pourvoyeur d'aide au développement. Et l'Europe, l'Union Européenne restera un grand partenaire des États-Unis, y compris dans le domaine économique. De ce point de vue, la perspective d'un accord de partenariat sur le commerce est débattue en Europe, mais elle est débattue aussi aux États-Unis. Et oui, il n'est pas question de fermer nos portes, je l'ai dit tout à l'heure. Nous ne sommes pas opposés à un accord de partenariat sur le commerce et les investissements. Cette question reste ouverte, nous l'avons bien fait avec le Canada, pourquoi pas avec les États-Unis. Mais il y a des conditions à remplir : il faut que la négociation soit équilibrée et que les concessions qui seront faites soient également réciproques et bénéfiques à chacun. Il faut une vraie réciprocité. Sinon, le doute s'installe, et c'est le rejet qui préside. Et sans cela, il ne peut y avoir de traité transatlantique. Je crois que cette approche finit par progresser, même si ce n'est pas facile. Mais en tout cas voilà, c'est notre conception, la position que la France exprime, en toute simplicité et en toute transparence. Parce que la transparence, nous la devons aux peuples. C'est quand les négociations de ce type manquent de transparence que le doute s'installe et que les préjugés ou les malentendus, voire la désinformation, prospèrent. Il faut en être conscient. Donc il y a aussi des modes de négociation à changer. Mesdames et Messieurs, Chers Amis, Nous devons, ensemble, résister. Résister au fatalisme et au défaitisme. Ne perdons confiance ni face au terrorisme, ni face aux tentatives d'ériger l'autocratie en modèle alternatif à la liberté et à la démocratie, ni face aux théories simplistes des démagogues. La démocratie, les droits de l'Homme, le bénéfice d'une société ouverte et libre, tout cela demeure l'aspiration commune des peuples du monde. Soyons-en conscients, même si aujourd'hui cette conception est menacée et en danger. Et c'est cela qui doit nous inspirer : résister pour construire ensemble. Je crois que c'est cela notre mission. Et notre mission, c'est d'agir ensemble. Vous, en particulier, la jeunesse américaine, comme la jeunesse française, qui, à travers vos études et vos échanges, aurez demain la responsabilité aussi d'exercer vos compétences dans le domaine politique, dans le domaine économique, dans les entreprises, dans les organisations publiques ou non-gouvernementales. Nous comptons sur vous, mais vous pouvez aussi compter sur nous, c'est-à-dire sur notre franchise à aborder en face les défis d'aujourd'hui sans jamais renoncer à ce que nous sommes, c'est-à-dire des défenseurs de la liberté, de la démocratie et des droits de l'Homme. Je vous remercie de votre attention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/394.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/394.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..663ae25caa13c60e9ca2e47d25cb4c44186972a5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/394.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la ministre, chère Estelle Grelier, madame la maire de Paris, chère Anne Hidalgo, monsieur le président de France urbaine, cher Jean-Luc Moudenc, merci de vos mots et de votre accueil en complices républicains, si je suis vos propos, monsieur le président de la Métropole du Grand Paris, monsieur le président de la DCF, mesdames messieurs les maires, présidents de métropoles ou d'intercommunalités, mesdames, messieurs. Vous venez, cher Jean-Luc Moudenc, de rappeler quelles sont les lignes forces du manifeste pour une « république des territoires » dans laquelle serait pleinement reconnu le fait urbain. Vous voulez que l'esprit de responsabilité et le dialogue nous permettent de bâtir ensemble, pouvoirs publics et élus locaux, la ville de demain. Vous entendez ainsi, dans ce grand débat qui s'ouvre devant les Français, débat essentiel pour le destin de la nation, interpeller et proposer. Je ne doute pas qu'André Rossinot, Jean-Louis Fousseret et François Rebsamen détailleront cet après-midi ces propositions avec l'engagement et le talent que nous leur connaissons. Je vais donc vous répondre en vous exposant la vision qui est la mienne et qui a nourri l'action du gouvernement. Parce que je suis un élu local, parce que j'ai été maire pendant plus de dix ans et président d'agglomération - laissez-moi, bien sûr, saluer Francis Chouat - j'ai cette conviction que la force de la France tient pour beaucoup dans nos territoires, tous nos territoires : ruraux, de montagne, périurbains, grandes villes et métropoles. Mais ma conviction est aussi que le fait urbain est là et bien installé. Il faut faciliter les initiatives de ces territoires, encourager les talents, soutenir les innovations et bien évidemment, c'est le rôle de l'État aussi, en garantir la cohérence. La réforme territoriale a permis de fixer le cadre : treize grandes régions métropolitaines, douze régions hexagonales, des départements recentrés sur leur mission de proximité et de solidarité, des intercommunalités renforcées. C'est-à-dire une action publique plus efficace, plus claire et plus visible. Nous poursuivrons ce chemin avec la loi Montagne qui va aussi concerner les métropoles, même si le lien entre les deux n'est pas direct, et la loi sur Paris. Nous avons prolongé le mouvement de décentralisation, ce que j'ai appelé la « révolution tranquille », initiée en 1980. Il fallait aller plus loin et il le faut toujours, en renouvelant les pratiques, en donnant de nouveaux moyens aux territoires et en instaurant un nouveau dialogue entre l'État et les élus locaux. Un nouveau dialogue nous permettra de mieux travailler ensemble et tirer tous dans le même sens afin de se retrouver sur ces quelques grandes priorités pour que la vie des Français s'améliore concrètement. En plus de trente ans, nous avons pu voir que nos paysages ont profondément changé, que nos villes se sont transformées et que la vie des Français a changé grâce à la décentralisation et grâce à l'engagement des élus. Je veux d'ailleurs saluer le rôle des élus dans ces moments où le populisme s'impose, où il est de bon ton de mettre en cause les corps intermédiaires, de s'attaquer au rôle des élus comme des formations politiques. Je veux dire combien vous êtes la sève de notre pays. C'est aussi le sens des deux plates-formes d'engagement réciproque que nous avons signé avec les régions. J'aurai l'occasion de le rappeler la semaine prochaine au Congrès de l'Association des Régions de France à Reims. C'est également le sens du pacte État-Métropoles que nous avons noué ensemble. Ce pacte est une preuve de confiance dans la capacité des métropoles à porter des projets de développement ambitieux en partenariat avec le gouvernement. Les pactes métropolitains d'innovation, vous l'avez rappelé, qui sont en cours de négociation, seront dotés des moyens nécessaires : en tout, 150 M - je le rappelle pour ceux qui, à moment, avaient failli m'applaudir. C'est un bel outil qui va nous permettre d'agir pour le développement économique en misant sur la recherche, l'enseignement supérieur, l'innovation en matière de santé, de transport ou de développement durable. À Besançon, Nancy, Montpellier, Strasbourg, Toulouse, Rennes, Nantes... dans tous mes déplacements, que les maires des autres villes m'excusent de ne pas toutes les citer, c'est sur ces questions que se joue l'essentiel. Aller plus loin dans la décentralisation, c'est aussi donner aux territoires les moyens de leur action. Les collectivités ont dû participer et participent à l'effort de redressement de nos comptes publics. C'est normal. Même si nous avons eu des désaccords, ce qui est normal dans une démocratie, nous avons tout fait pour soutenir leur investissement. C'est aussi l'objectif des contrats de plan État- régions que nous allons encore renforcer de 200 M€ avec les clauses de revoyure. C'est l'objectif du fonds de soutien à l'investissement local de 1 Md€ que nous avons reconduit et l'objectif, enfin, du programme d'investissements d'avenir assis dans les territoires. La baisse de l'effort de DGF pour le bloc communal et le gel du FPIC, annoncé récemment par le président de la République, vous l'avez rappelé, vont également dans ce sens. Vous souhaitez que l'autonomie financière des grandes villes et des métropoles soit renforcée. Je suis pleinement d'accord avec vous et nous devons y travailler, comme nous y travaillons avec les régions. Mais, je vais vous faire une confidence, certains sont parfois très allants pour réclamer plus d'autonomie fiscale, mais refusent parfois de l'assumer publiquement et surtout devant leurs électeurs. Je le comprends, mais il faut faire preuve de responsabilité. Je note d'ailleurs sans surprise, cher Jean-Luc Moudenc, que vous êtes prêt à prendre, vous, votre part de responsabilités. Je crois moi aussi dans la co-construction, dans le compromis, dans le consensus, dans le bon sens. En tout cas, je crois dans un nouvel état d'esprit qui, au-delà des échéances électorales du printemps prochain, doit prédominer. Aujourd'hui, dans une République décentralisée, avec la puissance des régions, la force des métropoles, la montée en puissance de l'intercommunalité, c'est un autre rapport que nous devons construire entre les territoires et l'État. Cela vaut également pour Paris, madame la maire de Paris, et c'est le sens du texte de loi que j'ai évoqué il y a un instant. Il fallait instaurer un nouveau dialogue, donner des ressources aux territoires. Cet état d'esprit doit évoluer, chacun doit le comprendre. C'est vrai dans les ministères, c'est vrai pour les préfets. C'est un changement qu'il faut instaurer. Vous avez eu raison de rappeler aussi que, dans ce moment où il y a beaucoup de propositions, de diminutions drastiques des ressources des collectivités, de suppressions de postes de fonctionnaires dans les collectivités, y compris de fin du statut de la fonction publique territoriale, chacun a ses responsabilités. Il fallait moderniser aussi les pratiques démocratiques. C'est d'abord la parité dans les assemblées locales ainsi que le non-cumul des mandats qui va, dans quelques mois, devenir une réalité et changer très profondément les parcours politiques et les parcours d'élus dans notre pays. Ces réformes importantes, que je crois soutenues par nos concitoyens, ouvrent plus grand, en tout cas je l'espère, l'accès aux responsabilités publiques. Il y a par ailleurs une attente de participation de la part de nos concitoyens : ils veulent être associés plus directement à la prise de décisions publiques et avoir ce droit de regard. Nous devons poursuivre la discussion, vous l'avez évoqué avec Jean-Michel Baylet et Estelle Grelier, sur la question de l'élection au suffrage universel des métropoles. Ce débat doit se faire sereinement. La ville est sûrement le meilleur échelon pour innover dans ce domaine, pour retisser le lien qui s'est malheureusement rompu entre les citoyens et leurs représentants. Beaucoup de villes l'ont fait en développant la concertation citoyenne, en proposant des budgets participatifs. Le gouvernement a pris sa part avec la création de conseils de citoyens dans les quartiers politiques de la ville, par la démocratisation du dialogue environnemental préalable aux grands projets et le renforcement des pouvoirs nécessaires. Autant de projets, mais il faut sans doute aller encore plus loin, que nous avons portés et que nous portons ensemble. C'est une réflexion plus générale sur la crise démocratique pour rénover les pratiques démocratiques locales. Ces réformes permettront d'en ouvrir d'autres et de réfléchir, pourquoi pas, au rôle du Sénat dans le cadre d'une France décentralisée. Pour la première fois de son histoire, il ne sera plus composé de présidents d'exécutifs locaux ou de maires. Je ne doute pas que nous aurons sur ce sujet, dans les mois qui viennent, l'occasion d'en débattre. C'est évidemment l'occasion présidentielle qui permettra sans doute d'aller plus loin sur tous ces sujets. Mesdames, messieurs, favoriser les initiatives, encourager les talents, soutenir les innovations de nos villes et de nos métropoles, c'est faire confiance aux élus et aux acteurs locaux. C'est prolonger la décentralisation, mais aussi bâtir dès à présent la ville de demain. Cette ville de demain sera plus durable, qui contribue pleinement à la lutte contre le réchauffement climatique et la pollution. Pour ceux qui ne l'auraient pas compris, il y a réchauffement climatique et pollution posant des problèmes majeurs pour nos pays et notamment en matière de santé publique. La France est le pays de la COP 21. Paris est la ville qui a accueilli la COP 21 avec cet accord historique. Nos grandes villes y ont pris une part active. Je veux saluer l'action notamment d'Anne Hidalgo et des élus parisiens dans les arrondissements, mais je sais que c'est une préoccupation de chacun. Cet élan ne doit pas retomber, cela implique de repenser la place de la voiture en ville, et il y aura des débats, de laisser plus de place aux piétons, aux vélos, aux transports en commun, de bannir progressivement le diesel. Cela implique de végétaliser nos rues, nos bâtiments et nos équipements, de renouer aussi les liens entre les villes et les fleuves qui les traversent et, pourquoi pas, d'aller vers les villes et les territoires zéro émission où chaque émission serait compensée. Voilà des projets sur lesquels nous pouvons avancer. La ville de demain est une ville plus solidaire. Les difficultés, vous les connaissez aussi bien que moi : crise du logement étudiant, même si nous nous sommes engagés pleinement sur ce dossier, mais les étudiants ont de plus en plus difficultés à vivre, et l'insécurité incrustée dans certains quartiers populaires et qui touche d'abord les plus fragiles et les plus modestes dans notre société. Le gouvernement peut toujours faire mieux, bien sûr, mais il a pris toutes ses questions à bras-le-corps. J'aimerais insister sur cette question du logement. Nous avons fait de la relance de la construction une priorité et soutenu les maires bâtisseurs. Les résultats sont là : reprise de la construction, hausse du nombre de logements sociaux... Il faut poursuivre. Nous avons été au côté de ceux qui agissent et prennent leurs responsabilités. Et pour que personne ne se dérobe à l'effort, nous avons renforcé les sanctions à l'égard des collectivités ne respectant pas leurs obligations en matière de logement social. Il faut casser la logique d'exclusion et ne pas céder face aux égoïsmes de certains. Nous avons renforcé les attributions des métropoles et grandes villes qui peuvent désormais prendre en délégation non seulement l'attribution des aides à la pierre, mais aussi la gestion des DALO et de l'hébergement d'urgence. Vous nous demandez d'ailleurs d'aller plus loin, monsieur le président, mesdames et messieurs les élus. Je suis prêt à confier aux grandes villes et aux métropoles la gestion au niveau local de la politique de l'habitat. Je crois que les territoires urbains qui connaissent des situations de tension les plus fortes en matière de logement sont les mieux à même de coordonner, d'impulser et de développer des politiques de l'habitat cohérentes. Et l'État sera toujours là pour travailler main dans la main avec les collectivités. Une ville plus solidaire, c'est aussi une ville qui lutte plus efficacement contre la pauvreté. Depuis 2012, grâce à une politique volontariste – réévaluation du RSA, Garantie jeunes, prime d'activité – cette pauvreté ne progresse plus. Mais, soyons lucides, il reste dans note pays 8 millions de pauvres : jeunes cherchant un emploi, salariés modestes, familles n'arrivant pas à joindre les deux bouts, retraités vivant avec une petite pension, sans parler de l'exclusion dans les territoires ruraux. Et beaucoup sont dans vos villes. Je crois en la proximité des services publics. Vous demandez d'accroître votre champ d'action dans le domaine de la solidarité. Cela me semble une très bonne chose et vous êtes dans votre rôle. La loi NOTRe permet en effet aux métropoles qui le souhaitent de reprendre les compétences des départements pour garantir la cohérence des politiques sociales. Les départements auront toujours un rôle à jouer. C'est notamment à eux de relancer les politiques d'insertion trop souvent laissées en jachère alors que nous connaissons leur utilité. Je suis convaincu que, dans les semaines et les mois à venir, ces questions de la pauvreté, de la lutte contre l'exclusion et la précarité seront au coeur du débat pour l'avenir de la nation. Nous avons engagé la simplification des minima sociaux, il faudra sans doute aller plus loin et réfléchir notamment aux soutiens que nous devons à notre jeunesse, rouvrir le débat sur le RSA jeunes et incontestablement avancer. Vous pouvez y contribuer, sur la question du revenu universel. Une ville plus solidaire, c'est aussi une ville qui prend sa part en temps de crise. Or l'Europe traverse une crise migratoire sans précédent. Cette situation exceptionnelle, monsieur le président, mesdames et messieurs les élus, requiert un grand sens des responsabilités. Vous m'avez parlé avec franchise, je vais le faire tout autant. Nous sommes bien sûr fidèles aux valeurs de la France et à nos engagements internationaux. Nous offrons l'asile aux femmes, hommes et enfants qui ont besoin de protection, mais tous les migrants qui ne sont pas des réfugiés et relèvent de l'immigration irrégulière doivent être reconduits dans leur pays. J'ai été ministre de l'Intérieur, je vous ai accompagnés. Avec vous, lorsque l'ordre public et la dignité l'exigeaient, j'ai fait démonter des campements illicites. J'ai mesuré chaque fois la détresse des hommes et des femmes tout autant que les limites d'accueil qui pouvaient être les nôtres. Calais en est l'exemple. Nous ne pouvons pas laisser la situation en l'état. Nous ne pouvons pas laisser perdurer « une jungle » avec son lot de violences et ses désagréments quotidiens insupportables pour les populations environnantes comme pour l'économie locale, mais aussi pour les migrants eux-mêmes. Ce sont des dossiers difficiles. Nous agissons à Calais avec le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, pour soulager un territoire qui est saturé. Nous avons besoin des maires de toute la France pour accueillir des réfugiés. Certains y sont prêts, beaucoup s'y engagent. J'ai encore en tête le formidable élan de générosité qui a traversé la France en septembre 2015. Nous avions réuni, avec les ministres concernés, tous les élus qui voulaient s'engager. La France est un grand pays. Elle prend et prendra sa part. Le nombre de places d'hébergement de demandeurs d'asile a été doublé et plus de 20 000 places ont été créées. C'est dix fois plus qu'entre 2007 et 2012. J'ai initié cette réforme. Le délai de traitement de la demande d'asile est passé de vingt-quatre à quatorze mois alors même que nous enregistrons 30 % de demandes supplémentaires qu'en 2012. Il y avait à l'époque 61 000 demandes, il y en a eu 80 000 en 2015 ; elles seront entre 90 000 et 100 000 à la fin de l'année. La France ne pourrait pas prendre sa part et accueillir ? Ses chiffres démontrent que nous sommes loin d'être submergés et que nous sommes loin des 1 500 000 demandes déposées en Allemagne, parce que nous avons fait, et il faut l'assumer, des choix différents de nos voisins. Si la situation est compliquée, nous faisons face. C'est l'honneur de notre pays que de le faire. La France ne peut accueillir qu'à la condition que ces arrivées soient maîtrisées, organisées, contrôlées. Depuis 2012, nous avons recréé des postes de policiers et de gendarmes : 9 000 en tout sur le quinquennat. Cela nous a notamment permis de renforcer notre police de l'air et des frontières. J'ai déjà eu l'occasion de dire que, dans ces domaines précis, nous devrons faire plus au cours des années futures. C'est vrai en matière de sécurité, de défense et de justice. Pour être solidaire, il faut d'abord être solide, sérieux, rigoureux. Solide, dans la maîtrise des flux. Disons-le sans détour, la moindre naïveté sur le sujet ou la moindre fébrilité sera toujours récupérée, exploitée et instrumentalisée par le cynisme dévastateur du populisme. Dans ce contexte, la solidité, la mesure, le sérieux, la responsabilité, c'est d'éviter toute déclaration à l'emporte-pièce, tout ce qui peut jeter de l'huile sur le feu. Depuis 2012, vous le savez, j'ai toujours affronté ces questions sans idéologie, parfois même au prix de certaines critiques venant d'une partie de ma famille politique ou du monde associatif dont le rôle est essentiel, souvent admirable, mais qui n'a pas, évidemment, la même responsabilité que celle des pouvoirs publics. Mon seul souci dans cette affaire comme dans bien d'autres, c'est l'intérêt supérieur du pays. Alors, oui, la période qui s'ouvre avec ces enjeux électoraux sera éminemment politique, mais je ne dévierai pas de ma ligne tant que je suis Premier ministre. Il faut être solide si l'on veut être solidaire. Au-delà des débats et des différences, je compte pleinement sur l'engagement des villes et je souhaite que mon pays fasse la démonstration qu'il est capable d'accueillir 9 000 réfugiés de Calais. Je ne parle pas de 1 000 000 ni de 100 000 ni de 50 000 réfugiés, mais de 9 000. Nous n'aurions pas, nous, la capacité d'accueillir dans nos villes et dans nos quartiers ceux qui demandent l'asile et qui fuient aujourd'hui la guerre de la Syrie ou en Irak. Je comprends parfaitement les interrogations que l'arrivée des réfugiés dans une commune peut soulever comme je comprends les tensions qui peuvent exister dans les quartiers populaires. Je suis l'élu de cette ville qui a pratiquement 50 % d'habitat social et qui a été façonnée par l'immigration. Que l'on ne me raconte pas, à moi, ce qu'est la réalité dans les quartiers populaires. Ces interrogations sont légitimes. Où loger et comment accueillir dans de bonnes conditions d'hygiène, de santé et de sécurité ? Comment permettre à ces nouvelles populations de s'intégrer et d'apprendre, le cas échéant, notre langue ? L'État est là pour vous accompagner, comme c'est son rôle, en tenant compte de la situation des territoires et de leur capacité d'accueil, en prenant en charge les frais, en concertation avec les maires. Chacun doit retrouver le sens du collectif. Vous le faites ici, à Paris, comme dans la plupart des collectivités que vous représentez. Il faut refuser l'attitude de ceux qui opposent toujours l'égoïsme à des situations humaines dramatiques. C'est à chacun, avec l'aide de l'État, d'assumer une part de l'effort sur ses territoires. Si nous n'avons pas compris et je parle à des élus responsables, qui pèsent dans le débat public que face à la menace terroriste et au défi migratoire, comme sur bien d'autres sujets, il faut de l'unité, du rassemblement, de l'esprit de responsabilité, nous serons emportés, comme d'autres, par le populisme. Mais je sais que je peux compter sur votre esprit de responsabilités. Mesdames et messieurs, nos villes grandissent et se développent. C'est une bonne chose à condition qu'elles soient capables, là aussi, de casser les barrières entre les habitants. Dans les grandes villes, la mixité sociale, qu'il nous faut expliquer souvent, est un combat. Il reste tant à faire pour briser les logiques de ségrégation sociale, territoriale, d'apartheid, qui sont à l'œuvre depuis des années sans que l'on y consacre l'énergie, les moyens et surtout les méthodes nécessaires. Ce combat, nous le menons pied à pied c'est d'ailleurs le fruit de trente ans de la politique de la ville en refondant d'abord cette politique de la ville au travers de la nouvelle géographie des quartiers politiques, en lançant également un nouveau programme de renouvellement urbain qui permettra d'engager 20 Md, en agissant plus fort, c'est-à-dire en amplifiant encore une fois la dotation de solidarité urbaine qui sera augmentée et réformée à l'occasion de la loi de finances. Mesdames et messieurs, faciliter les initiatives, encourager les talents, soutenir les innovations de nos villes et de nos métropoles, et elles sont nombreuses dans les domaines social, culturel, numérique, architectural et celui de l'espace public, telle est votre vision et telle est ma vision du fait urbain. Vous avez raison d'en faire un enjeu des échéances démocratiques à venir. Car si la ville, c'est sa définition, concentre sur un territoire réduit un nombre très important d'individus et d'activités, elle est aussi c'est mon expérience d'élu qui parle un concentré de questions qui se posent de manière brûlante à notre société. Il faut les aborder sans détour pour répondre aux difficultés, aux angoisses ainsi qu'aux aspirations et espoirs de nos concitoyens. Vous avez eu raison, monsieur le président, d'aborder les questions notamment de la lutte contre la radicalisation. On dit, un peu pompeusement, que les villes sont des laboratoires. Elles sont effectivement des lieux où l'on innove, où l'on expérimente, des lieux où l'on ouvre des pistes. Je serai toujours aux côtés des maires, et au-delà des clivages partisans, pour ouvrir de nouvelles pistes. En parlant de la ville, mesdames et messieurs, au fond, nous parlons de la France que nous voulons. En parcourant ce pays, en rendant visite à ses villes, à ses citoyens, en vous rencontrant d'abord, je constate la force d'innovation, la volonté de créer dans tous les domaines. C'est cette belle vision de la France, sa capacité à être solidaire au moment des inondations, d'être solidaire face aux attentats au-delà des polémiques stériles et indignes de cet été, c'est de montrer un beau visage de la France. Parce que les villes se veulent innovantes, solidaires, écologiques, parce que c'est dans les villes qu'une grande partie de notre jeunesse étudie et construit son avenir, parce que ces villes ont aussi une responsabilité par rapport aux territoires périurbains ou ruraux qui les entourent. C'est cet hymne à la ville, cet amour à la ville, à ce qu'est la réalité chez chaque Français, quelle que soit son origine. Nous avons tous des origines très différentes, c'est ce qui a façonné la France. Le mélange, c'est aussi notre force. Cette société métissée qui existe dans nos villes, où nous partageons tous le même amour de la France et de son histoire, mais d'abord des valeurs communes. Être français n'est pas une couleur ni une religion, c'est d'abord appartenir à une communauté de valeurs. C'est épouser toute l'histoire de France, c'est être profondément républicain. La ville l'incarne pleinement. Devant vous, j'ai une seule obsession qui est au cœur de ma mission : faire avancer la France et les Français. Je suis convaincu qu'avec vous, les élus de ces villes tournées vers l'avenir, nous incarnons ensemble ce que veulent les Français, c'est-à-dire une République ferme, mais aussi une République bienveillante. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/395.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/395.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f27ce47019a690f2b15c0b6004327521231f4407 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/395.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-JACQUES BOURDIN Nous recevons ce matin Najat VALLAUD-BELKACEM, ministre de l'Éducation nationale, bonjour... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Bonjour. JEAN-JACQUES BOURDIN Future directrice de campagne de François HOLLANDE ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, il n'en est pas question. JEAN-JACQUES BOURDIN Non ! Il n'en est pas question, non ? Parce que j'ai lu ça partout, mais alors on dit n'importe quoi ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oh ! Vous savez il s'écrit beaucoup de choses. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. NAJAT VALLAUD-BELKACEM En revanche, vous pouvez clairement dire très impliquée dans la campagne présidentielle qui viendra, j'y compte bien oui. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, derrière François HOLLANDE ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Je le souhaite, oui bien sûr je souhaite que François HOLLANDE soit candidat et qu'il soit surtout désigné. JEAN-JACQUES BOURDIN Et, là, vous allez vous impliquer derrière lui à fond ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, parce qu'honnêtement d'abord je pense que nous avons un bilan à défendre, vraiment un bilan de qualité sur tous les domaines et pas seulement le mien on y reviendra... JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, ça on va y revenir. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais surtout que la France a besoin de continuité dans les réformes engagées et que de fait c'est la gauche qui pourra la lui offrir. JEAN-JACQUES BOURDIN Bon ! On reviendra en fin d'interview sur les présidentielles, la primaire à gauche. Scolarité obligatoire pour les 3 à 18 ans, ce sera l'une des propositions-phares du candidat François HOLLANDE ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM D'abord ce n'est pas une proposition du candidat François HOLLANDE, c'est une proposition que j'ai mise en débat dans le débat public parce que je trouve ça intéressant de nous projeter un petit peu sur ce que doit être la politique éducative des prochaines années, donc déjà soyons clairs... JEAN-JACQUES BOURDIN Ce sera l’un des engagements des prochaines années, oui, pour vous la gauche. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Donc déjà soyons clairs, il ne s'agit pas d'une réforme qui a vocation à être faite avant la fin de ce quinquennat, c'est une réforme ambitieuse que je mets en projet, en débat, et c'est très intéressant de voir d'ores et déjà la façon dont les acteurs se situent par rapport à cette proposition. Qu'est-ce que c'est cette proposition ? C'est l'idée de dire : « on est dans un pays dont nous devons élever le niveau de qualification vraiment », pourquoi ? Parce que vous voyez bien les métiers qui nous attendent pour demain, la compétition internationale - tous les pays sont dans la course à l'élévation du niveau de qualification de leur population - et donc nous-mêmes on doit se poser la question de comment amener davantage de gens à être hautement qualifiés ? Si on laisse des gens décrochés en nombre, comme nous le faisons aujourd'hui à partir de l'âge de 16 ans, sans aucune qualification, sans aucun diplôme, c'est autant de possibilités en moins que nous avons d'être dans la compétition dont je vous parlais à l'instant. Vous regardez juste un chiffre, vous regardez sur ces 20 dernières années, vous avez quand on regarde à quoi ressemblent les métiers vous avez 20 % de métiers hautement qualifiés en plus qui sont apparus et vous avez 20 % de métiers moyennement qualifiés qui eux ont disparu ; devant ce type de phénomène, soit on se dit on va juste être éplorés à regarder ce qui a disparu, soit on s'adapte, et s'adapter c'est encore une fois augmenter le niveau de qualification, donc amener le maximum possible tous les jeunes de notre pays vers une qualification. JEAN-JACQUES BOURDIN En fait l'idée c'est d'obliger l'État à trouver une solution à tous les élèves jusqu'à 18 ans quand ils n'ont pas accès au marché du travail, c'est ça ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, oui soyons clairs. JEAN-JACQUES BOURDIN Faute de qualification, c'est ça l'idée ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, oui, Jean-Jacques BOURDIN vous avez raison d'être très clair là-dessus, l'idée ce n'est pas bien sûr pour des jeunes - qui mettons auraient un CAP ou un apprentissage en cours et qui donc peuvent entrer sur le marché du travail à partir de 16 ans - l'idée ce n'est pas de leur dire : « vous renoncez à rentrer sur le marché du travail pour revenir en cours », pas du tout, évidemment s'ils ont une solution tant mieux pour eux, c'est très bien, l'idée c'est les autres jeunes, ceux qui n'ont pas de solution sur le marché du travail, qui n'ont pas de qualification et qu'on ne peut pas laisser tomber à partir de 16 ans. Soyons clairs, pendant ce quinquennat, on ne les aura pas laissés tomber parce qu'on aura énormément fait dans la lutte contre le décrochage et sur le raccrochage. Mais qu'est-ce qui nous garantit à l'avenir qu'un autre gouvernement moins investi ferait le même travail, puisque finalement il peut très bien s'en laver les mains, en disant : « mais la scolarité obligatoire c'était jusqu'à 16 ans », eh bien moi j'estime que nous devons graver dans le marbre l'obligation faite pas tant à l'élève... JEAN-JACQUES BOURDIN Comment graver cela dans le marbre ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Pas tant à l'élève qu'aux pouvoirs publics de trouver des solutions pour que les jeunes aillent jusqu'à 18 ans et jusqu'à une qualification. JEAN-JACQUES BOURDIN Jusqu'à 18 ans, mais comment graver dans le marbre justement ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ca passerait par une loi, si ça devait être un jour acté... JEAN-JACQUES BOURDIN Une loi. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Encore une fois c'est une proposition que je mets en débat. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, oui, mais une loi avant la fin du quinquennat quand même ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ah ! Non, non, pas du tout. JEAN-JACQUES BOURDIN Non, pas du tout. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, non, on parle encore une fois des prochaines années. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais ce sera l'une des promesses, l'une des promesses majeures du candidat de la gauche, une loi obli... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oh ! Je ne sais pas, honnêtement je ne sais pas. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais si ! NAJAT VALLAUD-BELKACEM Écoutez-moi ! Je ne sais pas si ce sera la proposition de François HOLLANDE, je vous dis que c'est ma proposition... JEAN-JACQUES BOURDIN En tous les cas c'est la vôtre. Oui, mais alors... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Et que, entre nous, ce n'est pas une proposition neuve, vous savez bien que c'est même un serpent de mer... JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, je sais. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ca fait longtemps qu'elle est discutée dans un certain nombre d'organisations, d'associations... JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, les syndicats la défendent. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais juste une chose Jean-Jacques BOURDIN, il y a 50 ans, quand on est passés de la scolarité obligatoire qui s'arrêtait à 14 ans à 16 ans, ça a provoqué les mêmes débats - et c'est très intéressant puisque quand on regarde tout ça avec du recul on se rend compte que ça a fait progresser notre pays de façon indéniable - donc aujourd'hui finalement c'est le même enjeu qui se pose à nous, il faut prendre le temps, vraiment il faut que la société s'approprie la question... JEAN-JACQUES BOURDIN L'enjeu, l'enjeu est important. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Qu'on en discute... JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, que le débat... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Je constate par exemple que s'agissant de faire commencer la scolarité obligatoire à l'âge de 3 ans au lieu de 6 ans, comme c'est le cas actuellement, fait plutôt consensus, c'est intéressant, ce n'était pas évident puisque ça n'avait pas été mis dans le débat public jusqu'alors, donc grâce à cette proposition on voit les uns et les autres réagir, on voit ce qui fait consensus, on voit les difficultés que ça peut créer... JEAN-JACQUES BOURDIN Najat VALLAUD-BELKACEM, oui les difficultés c'est... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Et, donc, il faudra travailler ce sujet. JEAN-JACQUES BOURDIN La difficulté c'est de créer des postes de professeurs supplémentaires, 5 à 7.000, ce sont les chiffres... NAJAT VALLAUD-BELKACEM En fait il y a deux difficultés même, si on repasse de 16 à 18 ans, là ce sujet-là : d'abord il y a en effet la question des moyens, parce qu'aujourd'hui, si on essaye de chiffrer à peu près, on perd entre 16 et 18 ans à peu près 80.000 jeunes sans qualification qui sortent du système scolaire, donc il s'agirait de faire revenir, enfin plutôt de maintenir ces 80.000, ce qui signifie en termes de professeurs entre 5.000 et 7.000 créations de postes supplémentaires ; il y a un deuxième sujet qui est évident, qui est que oui il y a des élèves qui ne sont plus à l'aise du tout dans un système scolaire, derrière une table, assis sur table, etc., d'où l'idée d'en profiter bien sûr pour repenser ce qu'on leur offre à ce moment-là, c'est-à-dire diversifier les filières - il y a beaucoup à faire autour de la filière professionnelle, technologique, y compris pour la valoriser mieux... JEAN-JACQUES BOURDIN Et encourager la filière professionnelle ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ah ! Oui, oui, oui, moi je crois beaucoup à la filière professionnelle et y compris à l’apprentissage. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous y croyez beaucoup, mais nous ne sommes pas très efficaces, pardon Najat VALLAUD-BELKACEM. Vous avez vu comme moi l'enquête de l'OCDE, vous l'avez vu cette enquête, elle est très, très intéressante : « les jeunes diplômés de filières professionnelles ont plus de difficulté à trouver un travail que les diplômés des autres pays de l'Union européenne », on se demande vraiment pourquoi, alors que nous engageons plus de moyens que les autres, nous engageons plus de moyens mais les jeunes qui sortent de ces filières ont plus de difficulté. Et vous savez pourquoi ? Vous savez pourquoi ? Parce que ces jeunes qui sortent de ces filières manquent de culture générale ! Et les chefs d'entreprise le disent, quand il s'agit de rédiger un mail, quand il s'agit de... mais oui, mais oui... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, mais alors vraiment Jean-Jacques BOURDIN vous prêchez une convaincue, parce que moi vraiment la professionnelle... JEAN-JACQUES BOURDIN Mais oui, d'accord, mais enfin c'est une faiblesse, donc c'est une faiblesse... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, mais soyons clairs, d'abord on a un taux de chômage des jeunes qui est important même s'il est en train fort heureusement d'être résorbé grâce à la politique du gouvernement et donc ce taux de chômage on le retrouve y compris sur les jeunes qui sortent de filières professionnelles ; il faut savoir aussi qu'il y a parmi les jeunes qui sortent de filières professionnelles une aspiration de plus en plus grande à poursuivre des études, ce qui est une bonne chose, c'est bien de rentrer sur le marché du travail quand on s'en sent en capacité, mais de poursuivre ça vous donne aussi plus de qualification, là encore les métiers de la filière professionnelle eux aussi deviennent de plus en plus qualifiés ; troisième chose, vous avez raison de dire que les entrepreneurs en particulier ont jugé ces dernières années que les jeunes gens qu'ils recevaient, y compris en stage ce qu'on appelle les périodes de formation e, milieu professionnel n'étaient pas suffisamment matures, mais je suis d'accord, c'est parce qu'en fait par le passé on a fait des réformes du lycée professionnel qui n'ont pas été suffisamment pensées, quand je dis on ce n'est pas nous, c'est la précédente majorité... JEAN-JACQUES BOURDIN Mais ça ne vient pas du lycée professionnel... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais si. JEAN-JACQUES BOURDIN Ca vient des classes primaires... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais non, mais écoutez-moi, écoutez-moi, quand on a fait … JEAN-JACQUES BOURDIN Ca vient des 20 % de jeunes qui arrivent en 6ème sans maîtriser... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, mais pardon, pardon mais ce sujet me tient à cœur... JEAN-JACQUES BOURDIN Mais c'est vrai ou faux ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Quand le gouvernement précédent a fait passer d'un seul coup la scolarité en lycée professionnel qui durait quatre ans, il l'a réduite à trois ans OK - et qu'il n'a même pas repensé les programmes de la scolarité qui allaient avec, c'est-à-dire qu'on demandait aux enseignants dans ces lycées professionnels de faire faire à leurs élèves en trois ans ce qu'auparavant ils faisaient en quatre ans, vous voyez bien que ça n'a pas été traité sérieusement et ça a provoqué beaucoup de dégâts ; Deuxièmement, du coup ça fait en effet des élèves plus jeunes, moins matures - pour revenir à cela et qui arrivent par exemple, au moment de leur stage, sans avoir de connaissance de l'entreprise. Alors dans les réformes que nous avons entreprises, qui rentrent en vigueur cette année, vous verrez que désormais dans tous les lycées professionnels avant le premier stage il y a une semaine qui est organisée pour faire découvrir aux élèves les codes de l'entreprise, pour leur faire comprendre les règles de sécurité, d'hygiène, etc. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais Najat VALLAUD-BELKACEM, beaucoup d'élèves ne maîtrisent même pas... NAJAT VALLAUD-BELKACEM C'est-à-dire que, quand ils arrivent dans l'entreprise, ils soient aptes à être en stage. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais ils sont aptes à être en stage mais ils ne sont pas tellement aptes à écrire, pardon, ou à éviter les fautes d'orthographe, ou à... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, mais moi je suis d'accord avec vous... JEAN-JACQUES BOURDIN Mais oui ! Pourquoi ? Parce que l'apprentissage est insuffisant... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Donc, vous remontez en amont ? JEAN-JACQUES BOURDIN Mais oui je remonte en amont. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Je suis d'accord avec vous, je pense que d'abord il y a un sujet niveau de nos élèves de manière générale et c'est pour cela que nous faisons toutes les réformes que nous faisons enfin Jean-Jacques BOURDIN moi je veux bien... JEAN-JACQUES BOURDIN Non, mais réforme du collège oui, mais... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais moi je veux bien qu'on ne fasse jamais le lien entre... JEAN-JACQUES BOURDIN Mais comment voulez-vous faire une réforme quand vous avez 36 élèves dans une classe de CE1 ou de CP ? Expliquez-moi ! NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais enfin, au cas...d'ailleurs j'étais venue aussi pour vous annoncer les chiffres au cas où ça vous aurait échappé, ce gouvernement aura durant ce quinquennat bel e bien créé les 60.000 postes qu'il s'est engagé à créer dans l'Education... JEAN-JACQUES BOURDIN On va en parler ! NAJAT VALLAUD-BELKACEM Si on prend la seule Éducation nationale c'est 54.000 postes, le reste c'est dans l'enseignement supérieur et l'enseignement agricole... JEAN-JACQUES BOURDIN Mais, attendez, tous les métiers de l'Éducation nationale, ce ne sont pas que des enseignants, on est bien d'accord ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oui, oui, oui, parce qu'on a besoin... JEAN-JACQUES BOURDIN Attention ! NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ah ! Oui, oui, oui, mais parce qu'on a besoin je vous le confirme on a besoin d'accompagnants en élèves en situation de handicap, de surveillants de CPE. JEAN-JACQUES BOURDIN Non, mais d'accord, je suis d'accord, il y a les surveillants, il y a les accompagnants, on est bien d'accord. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais, attendez, je reviens à ce qu'on a fait pendant ce quinquennat. Pourquoi on a créé des postes ? Ce n'est pas pour le plaisir d'en créer ou de se faire je ne sais quelle clientèle ! Non, on a créé des postes... JEAN-JACQUES BOURDIN Politiquement c'est mieux ! NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, mais regardez, ce n'est pas forcément très payant. JEAN-JACQUES BOURDIN Bon. Même si 10 %... j'ai vu que 10 % des enseignants votaient Front national. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Voilà ! Donc on a créé des postes pour déjà réarmer, remuscler l'école primaire - parce que c'est à l'école primaire que l'essentiel se joue - et donc l'essentiel des postes qu'on a créés ils sont à l'école primaire, plus de 20.000 postes à l'école primaire. A quoi ça a servi ? Ca a servi déjà à réduire le nombre d'élèves par classe, à avoir les dispositifs qu'on connait maintenant qui s'appelle « plus de maîtres que de classes », c'est-à-dire dans les écoles primaires où il y a la plus de difficulté un enseignant supplémentaire qui passe de classe en classe pour faire retravailler en petit groupe les élèves avant que les difficultés ne s'installent véritablement, donc en amont, don ça c'est des choses quand même qui vont produire leurs effets mais vous savez que l'Éducation est un temps long, il faut attendre quelques années pour constater les bénéfices de ça. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais, dites-moi, tous les postes sont pourvus ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Les postes, les années 2013 - 2014 - soyons claire - ont été difficiles, 2013, 2014, à partir de 2015 ça va mieux. JEAN-JACQUES BOURDIN Combien de postes pourvus sur les... Combien, 60.000 exactement ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Aujourd'hui-là, à cette rentrée par exemple ? JEAN-JACQUES BOURDIN 60.000 là, exactement combien de postes pourvus ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM A cette rentrée tous les postes que nous avons ouverts pour l'année 2016 2017 c'est 93 % des concours qui ont été pourvus, donc c'est de mieux en mieux. Pour vous donner un autre ordre d'idée, regardez le nombre de personnes qui se présentent aux concours de l'Éducation nationale, par rapport à 2012 aujourd'hui on a une augmentation de 60%, il y a 60 % de plus de candidats aux concours de l'Éducation nationale qu'il n'y en avait en 2012, il n'y a pas de secret, c'est parce qu'avant 2012 par définition ce n'était pas une filière d'avenir l'enseignement puisqu'on voyait les postes être supprimés les uns après les autres. Mais je voudrais juste revenir, pardon, à la logique et le lien entre lycée professionnel et ce qu'on fait depuis le début du quinquennat. Donc on a remis des moyens dans l'école primaire, on a réformé le collège, y compris avec des moyens supplémentaires - là encore pour une meilleure pédagogie - et y compris permettre aux élèves d'y voir plus clair sur leur avenir et, quand ils arrivent en classe de 3ème, d'être capables de parler d'orientation sans se laisser subir en quelque sorte ; ensuite, quand ils arrivent en lycée ces élèves, alors c'est vrai qu'on n'a pas fait de réforme du lycée pendant ce quinquennat, pourquoi ? Parce qu'il se trouve qu'on a voulu commencer par la base et parce qu'il se trouve que le lycée avait été réformé par la droite en 2010 et que moi je n'appartiens pas à cette catégorie de gens qui disent : « dès que j'arrive, j'abroge, j'abroge, je ne regarde pas », non je regarde, en tire le bilan calment, on regarde comment ça se passe et donc on s'est donnés quelques années pour regarder. Il y aura des choses évidemment à améliorer au lycée, au lycée professionnel comme au lycée général... JEAN-JACQUES BOURDIN Lesquelles ? Vous avez une mesure... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Une mesure que j'ai déjà prise, parce qu'il ne faudrait pas donner l'impression qu'on ne fait pas, au lycée professionnel - puisqu'on parlait de ça pour lutter contre l'orientation subie, désormais à partir de cette rentrée, je le dis haut et fort, les élèves qui arrivent en seconde professionnelle s'ils ne se sentent pas à l'aise dans la voie dans laquelle ils sont-ils ont jusqu'aux vacances de la Toussaint pour demander à changer d'orientation, c'est-à-dire soit aller dans une autre voie dans le lycée pro, soit à retourner en lycée général... JEAN-JACQUES BOURDIN Et quelles mesures... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ça c'est énorme Jean-Jacques BOURDIN... JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, oui, non mais... NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ça fait des décennies que ça pèse sur les jeunes et sur leurs familles cette expression d'orientation subie. JEAN-JACQUES BOURDIN D'orientation subie, oui. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Voilà, donc ça c'est une nouveauté. Après, pour l'avenir... JEAN-JACQUES BOURDIN Mais quelles mesures fortes fraudait-il prendre au lycée ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Eh bien pour l'avenir quelles mesures fortes, justement pour retourner à votre discussion sur la scolarité jusqu'à 18 ans, faire en sorte que le lycée d'une part se diversifie davantage pour offrir davantage de modes de fonctionnement, par exemple il faut développer ce qu'on appelle les micro-lycées qui servent aux élèves les plus en difficulté parce qu'on va les prendre en tout petit groupe, il faut développer ça, on a une trentaine de structures comme celles-là en France - il en faut beaucoup plus - et puis, surtout, il faut un lycée qui soit plus en résonance avec l'enseignement supérieur. Aujourd'hui pourquoi va-t-on au lycée ? Parce qu'on se projette dans l'idée de faire de l'enseignement supérieur après. Est-ce que le lycée actuel prépare suffisamment bien les élèves à réussir leur licence dans l'enseignement supérieur ? JEAN-JACQUES BOURDIN C'est le problème du bac qui est posé, le problème du bac est posé. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ca n'est pas évident, donc du coup la réflexion autour du lycée elle devra se faire vraiment dans la continuité entre... JEAN-JACQUES BOURDIN Une réforme du bac ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Avec la licence, avec la licence, le bac on en a besoin... JEAN-JACQUES BOURDIN Avec la licence. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Il faut qu'il y ait un bac, ce n'est pas le sujet, mais le sujet c'est est-ce que le lycée d'aujourd'hui prépare suffisamment bien à aller à l'université et à réussir. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire qu'on pourrait faire, comme vous l'avez fait, une transition entre l’école primaire et le collège ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Exactement, donc une transition entre le lycée et l'enseignement supérieur. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire on ferait sur trois années avec le bac au milieu, par exemple on pourrait faire sur trois années... NAJAT VALLAUD-BELKACEM C'est ça, mieux penser... JEAN-JACQUES BOURDIN C'est ça, trois années entre le lycée et l'université. NAJAT VALLAUD-BELKACEM C'est ça, mieux penser la transition entre le lycée et l'enseignement supérieur. JEAN-JACQUES BOURDIN Un enseignement commun sur trois années ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Oh ! Ça ne sera pas un enseignement commun, les lieux sont différents, mais en tout cas une meilleure appréhension par les élèves de ce qui les attend dans l'enseignement supérieur, c'est la meilleure façon de les faire réussir. JEAN-JACQUES BOURDIN Le redoublement reste absolument exceptionnel, ce matin, vous avez vu dans les journaux, nous avons eu le cas d'une maman qui a un fils de 6,5 ans, qui malheureusement ne sait pas lire, ou lit très mal, elle est obligée tous les soirs elle est obligée, elle doit tous les soirs l'aider à apprendre. Elle aimerait que son fils redouble et elle dit « je ne peux, on ne peut pas, tout le monde me refuse le redoublement. » NAJAT VALLAUD-BELKACEM Écoutez, je vous avoue que je ne connais pas cette histoire individuelle, mais peut-être un propos général. D'abord sur la philosophie qui a conduit à limiter le redoublement. Il est avéré, vraiment, dans tous les pays qui sont passés par là, que le redoublement n'est pas efficace dans la lutte contre l'échec scolaire, vraiment, et qu'il faut plutôt adopter d'autres méthodes, dites alternatives, d'accompagnement, comme ce que je vous disais sur le plus de maîtres que de classes, en prévention, pendant l'année scolaire, ou en faisant revenir, pourquoi pas, les élèves pendant les vacances pour retravailler les difficultés qui sont les leurs, plutôt que le redoublement. Ça c'est la règle générale et c'est pour ça qu'on essaye de limiter. Après, dans les textes que nous avons adoptés, il y a quand même une marge de manœuvre et moi j'appelle au dialogue éducatif avec les parents. Attention, moi je ne veux pas qu'on impose aux parents des choses lorsque les parents ont l'impression que leur enfant ira mieux… JEAN-JACQUES BOURDIN Les parents n'aiment pas qu'on leur impose des choses, par exemple la mixité sociale, les parents ne… NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais là, en l'occurrence, encore une fois sans connaître le cas précis du redoublement que vous évoquez, moi j'appelle vraiment à ce qu'il y ait un dialogue éducatif entre l'équipe pédagogique de l'établissement et les parents, pour qu'ils puissent faire entendre leur argument. JEAN-JACQUES BOURDIN Puisque vous parlez des parents, la mixité sociale, les parents ne veulent pas en entendre parler, et on ne peut pas l'imposer la mixité sociale, vous êtes bien d'accord avec moi ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, on ne peut pas l'imposer la mixité sociale, je suis d'accord avec vous, et donc, du coup, ce n'est pas une raison pour ne pas agir. Je crois que vous me connaissez suffisamment pour savoir qu'on ne se laisse pas arrêter par ça. Alors, la question c'est comment on fait plus de mixité sociale pour en finir avec un certain nombre de collèges, notamment, qui sont totalement ghettoïsés sur le territoire français. Pour résumer, par le passé il y a eu deux façons de procéder qui ont toutes les deux échoué. Une façon que je qualifierais de sarkozyste, puisque c'est ce qu'il a fait en 2007, qui consiste à dire, c'est simple, il faut faire voler en éclats la carte scolaire, il ne faut plus de carte scolaire, que chacun choisisse son établissement. Échec total, bien sûr, la Cour des comptes l'a rapidement démontré. Pourquoi ? Parce que les familles qui étaient en capacité de choisir leur établissement l'ont fait, les autres sont restés dans des établissements qui étaient encore plus ghettoïsés que par le passé. Deuxième façon de procéder, y compris défendue par la gauche il fut un temps, qui était de dire le contraire, eh bien non, il faut rigidifier la carte scolaire, quand on est dans tel territoire on va dans tel collège… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc la vérité est entre les deux. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Et en fait ça, ça ne marche pas non plus, parce que du coup, quand on est dans un territoire pauvre on est acculé à aller dans un collège ghettoïsé. JEAN-JACQUES BOURDIN Et puis les parents ne veulent pas. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Donc, la solution que nous apportons, c'est une tierce solution qui consiste à dire, tous les territoires ne se ressemblent pas, on va partir des territoires, en intelligence avec les départements, puisque c'est les départements qui ont la compétence des collèges, et territoire par territoire on va apporter une solution adaptée. Par exemple, dans un territoire urbain, on peut imaginer redécouper la carte scolaire en suivant le tracé des transports urbains, parce que l'autre collège sera seulement à 5 minutes. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais pour l'instant ça ne fonctionne pas bien. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais si. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous le savez bien. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais non, enfin je sais que… JEAN-JACQUES BOURDIN On ne va pas entrer dans les détails parce que le temps… NAJAT VALLAUD-BELKACEM Non, mais je sais que vous avez fait un sujet tout à l'heure, écoutez, Jean-Jacques BOURDIN, comme je crois que le sujet vous intéresse vraiment, je vous invite, dans quelques semaines, cet automne, je ferai une présentation publique de tous les départements avec lesquels nous avons déjà trouvé les solutions en question pour cette rentrée. JEAN-JACQUES BOURDIN Il y en a combien ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Il y en a une douzaine, pour lesquels la solution entre en vigueur cette rentrée, et en tout il y en a 25 avec lesquels on travaille pour la rentrée suivante, donc je crois que, vous serez surpris. JEAN-JACQUES BOURDIN Je voudrais vous parler, pour terminer, de sécurité. Des élèves fichés S, est-ce qu'il y en a dans les lycées français ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Le ministère de l'Intérieur aujourd'hui, avec lequel nous coopérons très bien, nous passe toutes les informations utiles sur la dangerosité de nos élèves. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais est-ce qu'il y en a, est-ce qu'il y a des élèves, est-ce qu'il y a des enseignants fichés S ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Est-ce qu'il y a des élèves considérés comme dangereux ? Oui, et lorsque c'est le cas, d'ailleurs qu'ils soient repérés par le ministère de l'Intérieur, ou par nos services… JEAN-JACQUES BOURDIN Il y en a combien ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Par exemple, en nombre de signalements aux dernières données qui nous ont été remontées, on avait 600 signalements. Mais attention… JEAN-JACQUES BOURDIN 600 signalements d'élèves. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Attention, quand il y a des signalements, ça ne veut pas forcément dire que chacun de ces élèves est dangereux… JEAN-JACQUES BOURDIN 600 signalements d'élèves, et combien de signalements d'enseignants ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Sur les enseignants on a moins d'une dizaine… Mais, encore une fois, ça ne veut pas dire que la dangerosité est avérée, c'est des propos qui ont pu être tenus, c'est des comportements qui semblent suspects. Et donc, à partir de là non, mais je suis très prudente à partir de là… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, soyez très prudente, mais soyez très précise. NAJAT VALLAUD-BELKACEM À partir de là, s'enclenche ce qu'on appelle la cellule de suivi préfectorale de la radicalisation… JEAN-JACQUES BOURDIN Ils n'enseignent plus, bien sûr. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Alors, s'agissant des enseignants, oui, soyons clairs, de toute façon il y a suspension et puis procédure qui est enclenchée pour une exclusion. JEAN-JACQUES BOURDIN Et les élèves, qu'en faire ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Mais, s'agissant des élèves, là encore, je vous dis, il y a cette cellule de suivi, qui va permettre, mais c'est au niveau préfectoral que ça se joue, et ensuite ministère de l'Intérieur, ministère de la Justice, de remonter le fil, d'aller voir la famille, de vérifier l'état de l'enfant, enfin du jeune, et puis si la dangerosité est avérée, bien sûr de le retirer de l'école, de l'extraire de l'établissement scolaire. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est arrivé ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Vous avez eu des cas récents dans la presse… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, c'est pour ça que je vous parle. NAJAT VALLAUD-BELKACEM Qui sont d'ailleurs assez terrifiants. Oui, bien sûr, nous avons des mineurs qui ont pu… JEAN-JACQUES BOURDIN Combien ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Rien que récemment vous avez au moins trois cas qui sont suivis en justice. JEAN-JACQUES BOURDIN Il y en a eu d'autres ? NAJAT VALLAUD-BELKACEM Il y en a, oui, bien sûr. A chaque fois, encore une fois, qu'un jeune est considéré comme dangereux, nous faisons en sorte qu'il ne soit plus au contact de ses camarades, je crois que ça devrait être plutôt rassurant. Moi je voudrais juste vous dire une chose, c'est que ce n'était pas une évidence, dans la culture de l'Éducation nationale, que de se mettre, ainsi, à faire remonter toutes ces informations, à tout signaler, parce que longtemps les professeurs ont considéré qu'ils n'avaient pas à être les substituts de la police. Cette culture a totalement évolué depuis janvier 2015, et sous la pression, évidemment, des instructions que nous avons données, et aujourd'hui je crois qu'il n'y a rien qui soit mis sous le tapis, en tout cas c'est les instructions que nous donnons, et les personnels de l'Éducation nationale jouent totalement le jeu. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/396.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/396.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..acc52010e4b67ae769db9bd20fa70c1ec400f955 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/396.txt @@ -0,0 +1 @@ +WILLIAM LEYMERGIE ... Mais d'abord Les 4 vérités, c'est Jeff WITTENBERG qui reçoit ce matin Jean-Jacques URVOAS, le garde des Sceaux, ministre de la Justice. JEFF WITTENBERG En effet, bonjour à tous, bonjour Jean-Jacques URVOAS. JEAN-JACQUES URVOAS Bonjour. JEFF WITTENBERG Vous avez annoncé cette semaine un plan de construction de cellules de prison, entre 10 et 16.000 cellules d'ici à 2025 comme plan très ambitieux, est-ce que vous aurez les moyens de l'accomplir, le budget va bientôt être annoncé, est-ce que François HOLLANDE vous a donné des garanties ? JEAN-JACQUES URVOAS C'est le Premier ministre qui donnera les chiffres mercredi ! Mais on peut imaginer que dans un gouvernement qui a l'habitude de travailler ensemble, si je fais part certain nombre de vœux à partir d'un diagnostic qui a été posé, personne n'a contesté ce diagnostic, nous avons besoin de places de prison, j'ai donné ce qui pouvait être une fourchette, c'est le Premier ministre qui donnera les chiffres, mais ça va... JEFF WITTENBERG Ça va coûter combien, est-ce qu'on le sait d'ores et déjà ? JEFF WITTENBERG On sait que pour commencer sérieusement, pour crédibiliser la démarche, pour trouver les terrains nécessaires, il faut un milliard dans le budget de l'année prochaine et Michel SAPIN a dit les équilibres avaient été trouvés et je n'ai pas senti qu'il était inquiet sur la demande. JEFF WITTENBERG C'est une facture Que ne paiera pas forcément ce gouvernement ? Il y a des élections l'an prochain, ça ne vous a pas échappé ? JEAN-JACQUES URVOAS Non, c'est d'ailleurs pour ça que j'ai proposé une démarche qui soit transpartisane, c'est-à-dire que nous nous devons lutter contre la surpopulation carcérale pour des raisons d'ailleurs de sécurité, on a aujourd'hui un problème de radicalisation à l'intérieur de nos prisons, l'isolement est une des manières de lutter contre cette radicalisation et, donc, il faut construire des places de prison. Mais ça ne se construit pas en an et, donc, moi j'ai proposé que jusqu'à la fin de la législature nous puissions avec le Sénat c'est-à-dire à majorité d'opposition aujourd'hui - et à l'Assemblée nationale nous puissions nous mettre d'accord sur un constat, sur un diagnostic, de façon à ce que la prochaine législature puisse engager les mesures, c'est-à-dire que je propose que nous sortions la question carcérale de la polémique politique. JEFF WITTENBERG Pourquoi les peines de substitution, qui devaient être la panacée selon celle qui vous a précédé madame TAUBIRA, la contrainte pénale notamment, sont-elles si peu prononcées par les juges, est-ce que finalement ce n'était pas une fausse piste, une mauvaise piste, parce que vous vous inscrivez complètement à rebours de la politique de madame TAUBIRA ? JEAN-JACQUES URVOAS Oui, non pas tout à fait, parce que justement je crois à une approche équilibrée, c'est-à-dire qu'il faut les deux. Nous avons été avec le Premier ministre au cœur de l'été visiter la prison de Nîmes, dans la prison de Nîmes 50 % des peines aménageables - c'est-à-dire celles qui sont prononcées par des magistrats pour permettre de préparer la sortie ces peines sont aménagées, donc on ne devrait pas avoir de surpopulation carcérale si on ne croyait qu'à l'alternative, or il y a une surpopulation. Donc moi je m'inscris plutôt dans une démarché équilibrée, il y a des outils qui sont des outils d'alternative à l'incarcération, mais en même temps... JEFF WITTENBERG Mais qui ne sont pas prononcées par les juges ? JEAN-JACQUES URVOAS Non, pour le moment elles ne sont pas... en tout cas la nouvelle... JEFF WITTENBERG Vous le regrettez la contrainte pénale ? JEAN-JACQUES URVOAS Je le regrette parce que comme parlementaire je l'ai votée et, d'ailleurs, j'aurais l'occasion d'ici la fin du mois d'octobre de rendre un rapport sur le diagnostic. Pourquoi cette contrainte pénale ne marche pas ? Est-ce que c'est parce qu'elle a été mal calibrée ? Est-ce qu'elle ressemblerait des outils déjà existants ou est-ce que c'est parce que les magistrats ne connaissant pas l'outil ne l'ont pas encore suffisamment utilisé, ou est-ce que c'est parce qu'il n'y a pas suffisamment de moyens pour l'appliquer qu'ils ne sont pas utilisés ? En tous les cas, moi comme parlementaire, j'ai voté la contrainte pénale, donc je crois en sa pertinence... JEFF WITTENBERG Donc, vous y êtes toujours favorable ? JEAN-JACQUES URVOAS Oui. JEFF WITTENBERG Nos confrères, vous parliez de la radicalisation, nos confrères du Figaro révèlent ce matin une explosion du nombre de mineurs radicalisés en France, il y en aurait aujourd'hui près de 2.000, 1.954 chiffre exactement Le Figaro, une explosion, une augmentation de 120 % depuis le mois de janvier. Est-ce que vous confirmez ces chiffres ? JEAN-JACQUES URVOAS Les chiffres du Figaro, explosion, c'est toujours un peu les manchettes du Figaro si l'on veut faire fort... JEFF WITTENBERG Mais quelle est la réalité ? JEAN-JACQUES URVOAS La réalité c'est que depuis janvier 2015 les services du ministère de la Justice, c'est-à-dire la Protection judiciaire de la jeunesse, travaille ce sujet parce que nous avions effectivement repéré qu'il y avait une tendance lourde. Aujourd'hui... JEFF WITTENBERG Tendance lourde ou explosion, c'est un petit peu la même chose, monsieur URVOAS ? JEAN-JACQUES URVOAS Non ! Non, non, malheureusement pas, parce qu'une tendance lourde c'est même peut-être plus grave qu'une explosion puisque ça s'inscrit dans une durée alors qu'une explosion peut être spontanée. Il y a aujourd'hui et les chiffres ne sont pas ceux-là à ma connaissance les services de la Protection judiciaire de la jeunesse suivent 600 adolescents sur lesquels nous avons des signes de radicalisation, parfois d'ailleurs à l'initiative des parents, je crois que c'est autour de 150 jeunes qui nous ont été signalés par leurs parents qui nous disent craindre qu'il y ait une phase de radicalisation violente. JEFF WITTENBERG Et est-ce que c'est le tout carcéral qui va permettre d'endiguer ce phénomène ? Est-ce que justement la prison telle est aujourd'hui ne favorise pas cette radicalisation ? JEAN-JACQUES URVOAS Il y a des jeunes qui sont incarcérés par décision des magistrats, il y en a à ma connaissance 14 : 11 garçons, 3 filles à soit seul d'ailleurs c'est un évènement sur ce segment puisqu'il n'y a évidemment peu d'adolescents qui sont incarcérés, donc les magistrats ont considéré que c'était suffisamment grave pour qu'ils le soient, souvent parce qu'ils sont en lien avec des adultes qui sont sur le théâtre... JEFF WITTENBERG C'est un chiffre qui parait très faible par rapport au nombre de radicalisés que vous évoquiez vous-même à l'instant ? JEAN-JACQUES URVOAS Oui, oui, ce qui montre que l'incarcération n'est pas jugée comme étant la mesure la plus pertinente ce qui doit nous rassurer et d'ailleurs dans le budget de cette année je dispose d'une vingtaine de millions qui est destinée justement à la Protection judiciaire de la jeunesse pour travailler au quotidien avec des éducations, des psychologues, des personnels... depuis deux ans nous avons dépensé 36 millions sur ce sujet. JEFF WITTENBERG Il y a quelques jours vous vous êtes prononcé contre l'internement préventif des fichiers S que préconise Nicolas SARKOZY, est-ce que vous pensez que les Français sont plus intéressés par la discussion finalement sur l'état de droit ou par la montée de l'islamisme radical ? Est-ce qu'aujourd'hui on peut s'interroger juste sur le droit et pas seulement sur les moyens ? JEAN-JACQUES URVOAS Bien sûr, je conçois que ça puisse paraître décalé, en réalité c'est la recherche de l'efficacité, parce que ce qui est proposé ici c'est de dire que tel préfet parce que tel individu ne lui plait pas peut l'incarcérer. Vous savez si on se met à incarcérer, parce que c'est ça qui nous est proposé, en raison de la peur de l'un ou du plaisir de l'autre, ça s'appelle l'arbitraire et je n'ai pas envie que dans mon pays on puisse simplement comme ça sur une humeur décider de priver quelqu'un de liberté, il faut des faits, il faut des preuves, c'est comme ça que ce pays fonctionne depuis 200 ans et jusqu'à présent personne ne s'en était plaint. JEFF WITTENBERG Et alors, puisqu'on parle d'état d'exception, quand sera levé l'état d'urgence, est-ce qu'on peut imaginer que les prochaines élections présidentielles et législatives se déroulent sous état d'urgence en France ? JEAN-JACQUES URVOAS Écoutez, moi je sais que l'état d'urgence pour le moment il est jusqu'à la fin de l'année et je sais pour avoir participé à des réunions depuis qu'il y a un certain nombre de perquisitions qui ont été relancées puisque dans la loi que nous avons portée à la fin du printemps nous avons permis de nouvelles mesures, notamment d'investigation informatique, or l'informatique est une des sources principales de sources... JEFF WITTENBERG Et vous diriez qu'il faut le maintenir, monsieur URVOAS ? JEAN-JACQUES URVOAS A ce stade, au regard de ce que les services de police rendent comme informations au Parlement, puisque tout cela est dorénavant maintenant suivi par le Parlement, eh bien il y a toutes les raisons de penser que les mesures sont utiles et que pour le moment en tout cas et de ce fait d'ailleurs les jeunes radicalisés que nous avons interpellés et qui ont été interpellés dans les 15 derniers jours ne lèvent pas cette menace, nous nous avons besoin de continuer à avoir des informations. JEFF WITTENBERG Il y a eu un conseil de Défense hier à l'Élysée, vous avez évoqué ces questions ? JEAN-JACQUES URVOAS Le président de la République a décidé depuis maintenant le mois de juin toutes les semaines de tenir un conseil de Défense en raison justement des signaux que nous repérons, que les services repèrent et des mesures que nous devons prendre. JEFF WITTENBERG Vous évoquez le président de la République, on a parlé de 2017, une question de politique pour terminer cette interview. Vous avez vu un sondage qui est à nouveau paru hier et qui montre que Marine LE PEN serait présente au second tour dans tous les cas de figure et que François HOLLANDE, lui, serait éliminé. Qu'est-ce que ça vous inspire ? Est-ce que monsieur HOLLANDE est toujours le candidat naturel de votre camp ? JEAN-JACQUES URVOAS Moi depuis que je suis ministre de la République, c'est-à-dire depuis huit mois, le président de la République que je vois aux commandes n'est pas celui dont je lis des articles ou des commentaires. JEFF WITTENBERG Ah ! Ce n'est pas un article, c'est l'état de l'opinion des Français à huit mois de l'élection. JEAN-JACQUES URVOAS Oui. Je pense qu'au moment de la campagne électorale, si le président le décidait, je crois qu'il y aurait toutes les capacités à montrer qu'il n'est pas celui que l'opinion croit qu'il est. JEFF WITTENBERG Donc, vous maintenez qu'il est aujourd'hui le meilleur candidat ? JEAN-JACQUES URVOAS Moi je sais aujourd'hui, je n'aime pas particulièrement copier les Américains, mais je trouve que c'est un commandant en chef qui est tout à fait à la hauteur de la tâche. JEFF WITTENBERG Merci beaucoup Jean-Jacques URVOAS, William c'est à vous, très bonne journée. WILLIAM LEYMERGIE Merci beaucoup. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/397.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/397.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..990413ff92eed49ae6874bac608902efaa9f153e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/397.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon appelle à faire davantage pour mettre fin au cauchemar en Syrie et notamment à Alep. Le conseil de sécurité des Nations unies est actuellement réuni à New York. Vous êtes sur place, Jean-Marc Ayrault, Bonsoir. R - Je suis effectivement totalement mobilisé. Il faut arrêter ce massacre. Aujourd'hui, c'est la colère et la consternation. Les populations civiles sont les premières touchées. Bachar al-Assad veut faire tomber Alep qu'il assiège depuis des mois. La population est privée de toute assistance humanitaire depuis des mois. Q - Vous parlez de complicité de crimes de guerre, maintenez-vous ce propos ? R - Bien sûr nous osons le mot. Hier, j'étais à Boston avec John Kerry et mes homologues d'Allemagne, d'Italie et de Grande-Bretagne. Nous avons adopté une déclaration et, la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis qui sont membres permanents du conseil de sécurité ont demandé cette réunion d'urgence du conseil pour interpeler en particulier les Russes et les Iraniens qui prêtent leur concours au régime de Bachar al-Assad. Sans leur appui militaire, les avions, mais aussi des troupes au sol, Bachar al-Assad ne peut pas continuer cette guerre. Il veut gagner militairement, mais si les Russes et les Iraniens prennent leurs responsabilités, alors, la trêve pourra avoir lieu, l'aide humanitaire pourra accéder et la négociation politique pourra reprendre. Mais c'est la condition. Si rien n'est fait, ces deux pays prendront la responsabilité de complicité de crimes de guerre. Q - Cela veut-il dire que ce soir, la Russie a sa part de responsabilité en tout cas, dans l'échec du cessez-le-feu en Syrie ? R - Il y a eu une tentative avec la négociation entre John Kerry et Sergueï Lavrov. Nous avons approuvé les conclusions qui étaient, certes modestes, mais qui permettaient d'engager un cessez-le-feu. Puis, il y a eu rupture entre ces deux pays. J'ai participé à de très nombreuses réunions pendant l'Assemblée générale, j'ai vu qu'il y avait un véritable blocage, c'est pourquoi la France a fait la proposition d'associer davantage les autres pays. Aujourd'hui, on voit les limites de ce tête-à-tête russo-américain. J'ai donc fait cette proposition : la France propose un mécanisme de contrôle du cessez-le-feu pour observer ce qui se passe exactement sur le terrain et pour s'assurer de l'accès de l'aide humanitaire. C'est indispensable, sinon c'est la fuite en avant ; la fuite en avant profite à qui ? D'abord, comme je l'ai dit, les victimes sont les populations civiles, les images sont atroces, mais c'est aussi le terrorisme, c'est-à-dire les groupes comme Daech et al-Nosra qui en profite. Plus la situation s'aggrave, plus la tentation de la radicalisation se développe sur le terrain. Cela entraîne même des gens à venir faire la guerre aux côtés des terroristes. Comme nous combattons les terroristes, nous combattons aussi pour la paix en Syrie, car tout se tient, tout est cohérent. C'est à la fois une nécessité pour le peuple syrien en premier lieu, mais c'est aussi pour notre propre sécurité que nous nous battons. Il faut vaincre le terrorisme, mais ce n'est pas en massacrant comme le fait le régime de Bachar al-Assad avec ses soutiens russes et iraniens que l'on pourra parvenir à rétablir la paix. Q - Qu'attendez-vous de Moscou ce soir ? Que dites-vous au président russe ? R - Je dis : on vous tend la main pour négocier et mettre en œuvre le plus vite possible un cessez-le-feu, mais cela passe par votre désolidarisation du régime de Bachar al-Assad qui, aujourd'hui, bombarde avec votre soutien une ville assiégée, Alep, qui est devenue une ville martyre. Je l'ai dit il y a quelques jours, Alep ne doit pas être le Guernica du XXIe siècle. C'est cela la réalité aujourd'hui et on ne peut pas être indifférent à cette situation atroce pour les populations. Il y a donc besoin d'un sursaut, c'est possible je crois, mais pour cela, il faut continuer à se battre, à se mobiliser et à faire savoir que cette situation est inacceptable, qu'elle relève de crimes de guerre, et que ceux qui ne bougeront pas porteront la responsabilité d'en être les complices. Q - Si le président Poutine ne saisit pas la main tendue, que ferez-vous ? R - Nous continuerons à proclamer et répéter partout que cette situation ne peut plus durer, qu'elle est inacceptable, qu'elle est inhumaine. Certains ont déjà commencé à renoncer en baissant les bras, mais la France ne baisse pas les bras. C'est la raison pour laquelle, tous les jours, pendant l'assemblée générale, à chaque fois que j'en ai eu l'opportunité, au nom de la France, j'ai relancé le débat notamment avec les Américains. Cette réunion de Boston hier, ce n'était pas forcément évident, il y avait de la tension entre les pays les plus proches, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Italie, mais nous avons progressé, nous avons pris cette initiative et nous allons continuer à en prendre d'autres. Je pense que c'est indispensable pour la communauté internationale. Q - Estimez-vous que l'on en est à un tournant dans ce conflit, il y a le temps des discussions, le temps des débats, le temps des négociations et, parfois, il y a le temps militaire. Peut-on imaginer une intervention en Syrie ? R - En 2013, la France avait proposé à la Grande-Bretagne et aux États-Unis d'intervenir après l'usage des armes chimiques par le régime de Bachar al-Assad. Comme il n'y a pas eu de décision positive de ces deux pays, la France ne pouvait pas, seule, s'engager dans ces frappes aériennes. Maintenant, nous sommes dans un autre contexte, c'est regrettable mais c'est ainsi. Il faut faire face pour autant et ne pas renoncer. C'est donc la voie diplomatique, c'est la voie politique, mais c'est aussi la voie de la conscience humaine internationale. J'appelle de mes vœux que tous ceux qui croient à la dignité humaine se mobilisent et ne soient pas indifférents. On s'est mobilisé dans d'autres situations, pour Sarajevo par exemple, alors pourquoi ne pas se mobiliser pour Alep ? Là, il y a un massacre qui est terrible et on ne peut pas laisser faire. Vous parlez de la voie de la négociation, il faut un cessez-le-feu pour permettre à l'aide humanitaire d'arriver, avec un mécanisme de contrôle pour être sûrs que les conflits ne reprennent pas, et surtout, il faut négocier. C'est la négociation de la paix qu'il faut faire. C'est le sens des résolutions des Nations unies. Pour l'instant elle est bloquée, mais notre objectif, c'est qu'elle puisse reprendre le plus vite possible à Genève. Il n'y a pas d'autres voies que celle-ci, pas d'autres voies que celle de la négociation pour mettre en place des institutions de transition et pour ensuite remplacer Bachar al-Assad par la voie électorale du peuple syrien. Aujourd'hui, les conditions ne sont pas réunies ; pour cela, il faut commencer par arrêter de massacrer Alep. Je le répète, arrêter de massacrer Alep avec tous ceux qui en sont les complices. Il faut aussi arrêter de fermer les yeux. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/398.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/398.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..dc9912a8c994bf501daea2b42a13085ffe814691 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/398.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mme la présidente Élisabeth Guigou. Monsieur le ministre des affaires étrangères et du développement international, merci de venir devant nous faire le point sur l’actualité récente. Cette réunion, je le précise, est fermée à la presse. Nous parlerons principalement de la tragédie syrienne. La violence atteint des niveaux inégalés. Un espoir, certes fragile, était né avec l’accord russo-américain, mais chacun sait que le cessez-le-feu n’a pas tenu. L’offensive du régime appuyé par les Russes, à moins que ce ne soit l’inverse, fait d’Alep une ville martyre ; un convoi humanitaire du Croissant rouge a été bombardé. Les « casques blancs » eux-mêmes ne peuvent plus intervenir. Les États-Unis tiennent la Russie et le régime pour responsables de cette escalade et soupçonnent la Russie de double jeu ; la Russie, elle, dénonce la responsabilité de l’opposition, qui a refusé l’accord du 9 septembre, comme des Américains, qui n’auraient pas tenu leurs engagements et ont multiplié les conditions. Monsieur le ministre, vous avez déclaré que « le régime de Bachar al-Assad [avait] manifestement fait le choix de l’escalade militaire » ; vous avez appelé la Russie et l’Iran « à se ressaisir et à faire preuve de responsabilité en mettant un coup d’arrêt à cette stratégie qui conduit à l’impasse. Sinon », ajoutiez-vous, « la Russie et l’Iran seront complices des crimes de guerre commis à Alep ». Les bombardements incendiaires sont en effet des crimes de guerre. Tout cela est évidemment très inquiétant. Quelle est la stratégie des Russes ? N’ont-ils pas utilisé la diplomatie comme un écran de fumée destiné à camoufler une logique uniquement militaire, visant à aider le régime syrien à reconquérir l’intégralité de son territoire ? Peut-on redonner vie à l’accord russo-américain du 9 septembre dernier, aujourd’hui la seule proposition sur la table ? Vous avez proposé au Conseil de sécurité la mise en place d’un mécanisme de suivi du cessez-le-feu qui rassemblerait tous les membres du Groupe international de soutien à la Syrie (GISS). Ce changement de méthode permettrait peut-être de mieux identifier les responsabilités des uns et des autres, et de réinstaurer un peu de confiance. Où en est-on sur ce point ? Vous avez également proposé une résolution du Conseil de sécurité sous le chapitre VII, afin de mettre en œuvre des sanctions contre l’usage des armes chimiques, établi par le mécanisme d’enquête et d’attribution des Nations Unies. Des investigations complémentaires sont en cours : vous nous direz où l’on en est. Quelle appréciation portez-vous sur les dernières initiatives de la Turquie, qui lui ont permis de sécuriser sa frontière ? Enfin, nous pourrons aborder brièvement la situation en Libye, mais aussi au Gabon, toutes deux très inquiétantes. M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international. Merci, madame la présidente. L’actualité est en effet particulièrement dramatique. Je reviens de l’Assemblée générale des Nations Unies ; le conflit syrien a bien sûr été au cœur des débats. La France avait pris l’initiative de réunir les pays dits affinitaires ; j’ai participé à deux réunions du GISS, à la réunion de haut niveau du Conseil de sécurité et à de nombreuses rencontres bilatérales qui ont permis d’évoquer cette crise. Vous avez décrit la tragédie syrienne. Les bombardements sur Alep s’intensifient d’heure en heure ; « ville martyre », ce n’est pas une formule : cela se terminera en charnier, ou en colonnes de réfugiés. Les victimes civiles sont déjà extrêmement nombreuses. Il y a eu l’espoir, très fragile, d’un cessez-le-feu. Des négociations entre les deux co-présidents du GISS étaient en cours depuis des mois ; John Kerry, très engagé, nous a tenus au courant au fur et à mesure. Vous connaissez la suite : une soixantaine de soldats syriens ont été tués et cent cinquante blessés par des bombes américaines. À la suite de ce que les Américains ont qualifié d’erreur malencontreuse, le régime a choisi de reprendre ses attaques contre Alep. Etait-ce un prétexte ? Quant au convoi d’aide humanitaire du Croissant rouge et de l’ONU, il a effectivement été bombardé et il semblerait que les Russes aient participé à cette attaque. Voilà la réalité. L’accord – qui a fini par nous être présenté par les Etats-Unis – était de toute façon extrêmement fragile. Il n’y a plus de cessez-le-feu ; il est pourtant indispensable. La France n’a cessé de tout faire pour cela et pour sortir du tête-à-tête russo-américain qui a atteint ses limites. Nous avons en particulier proposé, dès lundi dernier à New York, un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu et des conditions de distribution de l’aide humanitaire qui associerait tous les membres du GISS, et pas seulement les Russes et les Américains. Cette idée a fait son chemin et la majorité des membres du GISS se la sont aujourd’hui appropriée. Des réticences demeurent du côté des Russes et des Américains. À l’invitation de John Kerry, les membres du Quint – États-Unis, Allemagne, Italie, Royaume-Uni et France – se sont, à l’issue de la semaine ministérielle de l’Assemblée générale des Nations Unies, retrouvés à Boston. La discussion a été extrêmement franche, notamment sur la négociation russo-américaine. Les Américains ont cru qu’ils pourraient obtenir un cessez-le-feu en contrepartie d’une action commune pour lutter contre al-Nosra, devenue Fatah al-Cham, et séparer les groupes de l’opposition modérée de cette organisation terroriste. Il n’était pas question, dans cet accord, des conditions dans lesquelles il serait possible de reprendre des négociations politiques à Genève. La France ne s’est pas opposée à cet accord, intervenu le 9 septembre, qui était la seule proposition sur la table pour aboutir à une cessation des hostilités. Mais, malheureusement, la trêve n’a pas tenu. Face à la reprise des combats, à Boston, nous avons publié une déclaration très ferme demandant que le Conseil de Sécurité agisse. Nous avons, dans la foulée, avec les Etats-Unis et le Royaume Uni, demandé la convocation d’une réunion d’urgence du Conseil de Sécurité qui s’est tenue le dimanche. Le principe d’une résolution condamnant l’usage des armes chimiques, que la France soutient, a été également retenu. Les Américains, tant qu’ils négociaient avec les Russes, ne souhaitaient manifestement pas mettre en avant cet aspect. C’était là pourtant, je le rappelle, la « ligne rouge » qui ne devait pas être franchie et qui l’a été en 2013 – ce qui avait motivé le projet français de frappes aériennes auquel les Américains et les Britanniques avaient finalement renoncé à s’associer. Cette résolution est nécessaire et aura le mérite de mettre les Russes face à leurs responsabilités, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité. Le mécanisme conjoint d’enquête et d’attribution, le JIM (Joint Investigative Mechanism), mandaté par le Conseil de sécurité, poursuit son travail jusqu’au 31 octobre et soumettra un nouveau rapport qui malheureusement confortera le précédent et sera une base solide pour agir. Il faut maintenir la pression. Le régime a un but : prendre Alep, avec le soutien des forces russes, sans parler des forces iraniennes, du Hezbollah… Il y a tout de même de nombreux soldats russes sur le terrain. Nous devons, je le dis sans ambiguïté devant vous, parler avec les Russes. Mais nous ne pouvons pas faire semblant de ne pas voir qu’ils soutiennent – avec d’autres, comme les Iraniens – l’objectif militaire du régime de Bachar al-Assad : faire tomber Alep et créer une partition de facto du pays, autour d’une « Syrie utile » comprenant Damas, Homs, Alep et Lattaquié. Avec ce nouveau rapport de forces, les négociations de paix telles que nous les avions imaginées ne pourraient repartir que sur des bases entièrement différentes. C’est la réalité et je l’ai dénoncée au Conseil de sécurité. Il faut pousser les Russes à créer les conditions qui permettront une reprise des négociations à Genève en vue d’une solution politique ; aujourd’hui, Staffan de Mistura est contraint à l’inaction. Or, nous n’avons pas d’autre objectif que la reprise des négociations, tant il est clair qu’il n’y aura pas de solution militaire à ce conflit. Il y a aujourd’hui plus de 300 000 morts, et plus de dix millions de personnes déplacées. Je me suis rendu au Liban, où j’ai rencontré quelques-uns de ces réfugiés : ce qu’ils voudraient, c’est retourner chez eux. La majorité des réfugiés syriens, il faut le redire, ne sont pas en Europe ! Ils sont surtout à la frontière syrienne : 2,5 millions en Turquie ; un peu moins d’un million en Jordanie ; près de 2 millions au Liban. Je n’ai pas besoin de souligner ici les risques de déstabilisation de ces pays qu’engendre une telle situation. Quant à la Turquie, elle s’est engagée beaucoup plus nettement dans la lutte contre le terrorisme. Elle est elle-même violemment touchée, y compris par les actes terroristes du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), que nous condamnons – nous considérons le PKK comme terroriste. Elle est aujourd’hui beaucoup plus nettement engagée contre Daech avec la volonté d’assurer la protection de sa frontière avec la Syrie, ce qui est légitime. Bien sûr, il faut rester attentif. La Turquie veut éviter à tout prix la jonction de deux cantons kurdes, ce qui à ses yeux risquerait de créer les conditions d’un futur Kurdistan syrien. Mais il faut continuer de parler avec la Turquie, et voir comment mieux l’associer. Les Turcs ont assisté, en tout cas, à la réunion du GISS, et le discours qu’ils ont tenu allait plutôt dans la bonne direction. L’avantage d’un suivi beaucoup plus collectif tel que la France le propose permettrait aussi de créer, au sein du GISS, une confiance qui fait actuellement défaut et de mettre chacun de ses membres face à ses responsabilités. J’évoquerai très rapidement la situation en Irak. Les opérations en vue de la reprise de Mossoul se rapprochent. La France apporte d’ailleurs un soutien militaire à l’armée irakienne, avec une batterie d’artillerie, comme Jean-Yves Le Drian l’a précisé devant vous. Mais, il faut également dessiner une solution pour l’administration de cette ville, une fois libérée, ce qui renvoie à la dimension politique. L’Irak a besoin d’un gouvernement beaucoup plus inclusif, où les Sunnites et les Kurdes trouvent leur place. Pour Mossoul, il faut donc réfléchir à un tel schéma politique. La France prépare sur ce sujet une réunion à Paris, avec tous les partenaires concernés. Nous prévoyons également une réunion consacrée à la Libye. Syrte devrait être reprise à Daech, grâce à l’action des forces sous l’autorité du gouvernement d’entente nationale dirigé par Fayez al-Sarraj, que la communauté internationale soutient. Le général Haftar agit contre Daech à Benghazi. Il est aussi intervenu pour prendre le contrôle des champs pétroliers. Il y a là un risque d’engrenage menant à une guerre civile. Il faut donc rappeler que le gouvernement d’entente nationale doit contrôler l’ensemble des ressources de la Libye, mais qu’il doit aussi élargir son assise en négociant avec les représentants de l’est pour trouver un compromis. S’agissant enfin, très brièvement, du Gabon, notre position est celle de la non-ingérence, en relation étroite avec l’Union européenne qui disposait d’observateurs tout au long du processus électoral, mais aussi avec l’Union africaine. Nous avons encouragé ceux qui contestaient les résultats à utiliser les recours juridiques à leur disposition, ce qu’ils ont fait. Désormais, les résultats sont proclamés. Ils ne sont pas parfaits et nous l’avons dit. Il faut maintenant trouver une solution qui permette de rassembler le Gabon, qui ne doit pas être déstabilisé. Nous encourageons donc l’Union africaine – qui y est prête – à aider le Gabon à trouver les voies de l’apaisement. M. François Loncle. S’agissant de la Syrie, j’ai peu de goût à commenter ce qui s’y passe : je ne suis pas certain que nous ayons terminé l’analyse de dix ans d’erreurs diplomatiques dans ce pays, erreurs que nous payons aujourd’hui. Les Américains, quelque peu suivis par la France, ont considéré qu’il était possible de faire preuve d’une certaine bienveillance vis-à-vis d’al-Nosra. Je constate qu’il n’en est plus question aujourd’hui, et je me réjouis de ce changement de stratégie. Vous parlez de « prendre Alep », monsieur le ministre : quoi que l’on en pense, l’objectivité commande de dire « reprendre » Alep. Car, dans cette ville, il y a une opposition modérée – que l’on surestime depuis des années – mais il y a essentiellement Daech, dans tous les immeubles, dans toutes les caves... S’agissant du Gabon, le Quai d’Orsay, Matignon et l’Élysée ont considéré à juste titre que moins l’on se mêle de ce type d’élections, moins l’on donne de leçons, mieux cela vaut. Vous avez raison de vous en remettre, pour régler ces problèmes, aux organisations africaines – Union africaine et organisations régionales – dont il faut souhaiter la montée en puissance. Malheureusement, de façon absolument incroyable, le parti socialiste ne s’en est pas tenu à cette ligne : non seulement il a ouvertement soutenu l’un des candidats, mais il a annoncé, trois jours avant la proclamation, un résultat inverse de celui finalement intervenu. Ce sont donc plutôt des compliments que je vous adresse, monsieur le ministre. M. Jean-Marc Ayrault. Mais pas au parti socialiste, si j’ai bien compris. (Sourires.) M. Thierry Mariani. Monsieur le ministre, je commence par vous remercier de votre honnêteté. Mais l’on ne peut que trouver consternantes certaines phrases que vous venez de prononcer : il a fallu « tirer » pour avoir des informations, avez-vous dit ; vous avez dû insister pour savoir ce que les Américains avaient vraiment négocié. Bref, vous faites – courageusement – le constat que notre pays est tenu à l’écart par nos alliés américains. Je m’associe à la remarque de François Loncle : il faut effectivement parler de « reprendre » Alep. Monsieur le ministre, j’émets un vœu pieux : j’aimerais que le Quai d’Orsay fasse preuve du même réalisme politique en Syrie qu’au Gabon. Depuis six ans, nous entendons annoncer l’effondrement du régime syrien ; pourtant, il tient, avec le soutien constant des Russes et des Iraniens. N’est-il donc pas temps de changer de ligne politique, de tenir mieux compte des réalités et de nous montrer plus indépendants ? Si nous sommes en guerre, c’est contre le terrorisme, et non contre le gouvernement syrien, quels que soient ses défauts, dont je suis le premier à reconnaître qu’ils sont énormes. Tirons-en les conséquences. Vous n’avez pas évoqué la crise ukrainienne, qui a connu cet été de nouveaux développements. J’ai suivi avec attention vos déclarations, où j’ai cru lire un certain agacement sur l’inertie du gouvernement ukrainien. Nous nous accrochons tous à l’espoir des accords de Minsk. Mais, aujourd’hui, si l’on écoute M. Porochenko, ils sont morts ; le gouvernement ukrainien n’a pas la moindre intention de les respecter. Je ne dis pas que les responsabilités des Russes ne soient pas lourdes, car ils auraient pu aider à l’apaisement. Là aussi, allons-nous continuer à brandir les accords de Minsk, qui étaient bons, mais que ni l’une ni l’autre des parties n’ont aujourd’hui l’intention d’appliquer ? M. Jean Glavany. Lors de l’une de vos récentes auditions, je vous avais interrogé, monsieur le ministre, sur la mission confiée aux soldats français qui se trouvent en Libye ; vous aviez refusé de me répondre, me renvoyant au ministre de la défense. Cette réponse m’avait paru d’autant moins acceptable qu’il s’agissait bien d’une question diplomatique, ou plutôt d’une question sur la cohérence, ou l’absence de cohérence, entre la mission diplomatique et la mission militaire. Malheureusement, trois de nos soldats sont morts en Libye au début de l’été, ce qui a donné l’occasion à Fayez al-Sarraj, qui sera à Paris cette semaine, de dire son mécontentement. Il semble en effet – je n’en sais rien, puisque vous ne m’aviez pas répondu – que ces soldats étaient au service du général Haftar. Ce n’est pas exactement la ligne diplomatique que l’on croyait discerner, et vous nous avez encore répété que la France et la communauté internationale soutenaient le gouvernement d’entente nationale. Pouvez-vous nous apporter des éclaircissements à ce sujet ? M. Pierre Lellouche. Je partage nombre des points de vue qui viennent d’être exprimés. Je voudrais seulement revenir ici sur notre politique en Syrie. Il est bien difficile, je le sais, de faire évoluer une diplomatie. Mais n’est-il pas temps de reconnaître que nous nous sommes fourvoyés, non pas seulement sous M. Fabius mais aussi sous son prédécesseur, qui était exactement sur la même ligne ? Vous avez dit qu’il fallait tout faire pour sortir du tête-à-tête russo-américain, et vous nous racontez avoir demandé à John Kerry ce qu’il a négocié avec les Russes. J’entends le général de Gaulle se retourner dans sa tombe à toute vitesse ! Nous voilà complètement exclus. Nous avons inventé la Syrie, en 1920. Par deux fois, nous avons rasé Damas. Et maintenant, nous bombardons avec les Américains – lesquels vont changer de président au début de mois de novembre, ce qui entraînera une paralysie de plusieurs mois. Dans l’intervalle, la guerre continue et nous ne progressons pas vers la paix. Pendant ce temps, nous continuons à tenir un discours en blanc et noir : le boucher doit partir, il y a les gentils et les méchants. Mais enfin, monsieur le ministre, vous savez comme moi qu’il n’y a pas de gentils dans cette histoire ! Des déclarations comme celle de M. Fabius, « ni Daech ni Bachar », ne font pas une politique. Nous sommes face à des gens qui envoient des tueurs chez nous. La Syrie est un véritable cratère, où tous les pays de la région versent de l’argent et des armes. Nous participons sans peser sur rien. Est-ce raisonnable ? Est-ce la bonne politique ? Je ne vous adresse aucun reproche personnel, monsieur le ministre, car cette ligne – qui est à mon sens un échec depuis le début – a été tenue par des majorités différentes. Aujourd’hui, la guerre continue, y compris chez nous, et nous ne sommes même pas dans l’équation. Est-il raisonnable de suivre la politique complètement erratique des États-Unis ? Vous avez rappelé vous-même dans quelles conditions Obama a, en 2013, laissé tomber la France dans l’affaire des armes chimiques. Est-il raisonnable de continuer de penser que la reprise d’Alep par le pouvoir en place à Damas, pour détestable qu’il soit, est la pire des choses possible, comme si Daech, ou l’opposition islamiste, représentaient une solution ? Quand on connaît l’épouvantable complexité religieuse et ethnique de ce pays, raisonner en blanc ou noir, en fonction de lobbies divers ou de ce que souhaitent entendre les médias, est une erreur. C’est une erreur dont, je le répète, vous ne portez pas seul la responsabilité ; vous héritez d’une politique qui a échoué. De grâce, essayons de raisonner calmement. Nous sommes à la veille d’une élection en France ; mais je souhaite que cette inflexion ne fasse pas l’objet d’une bataille politique. Vos propos sur le tête-à-tête russo-américain m’ont profondément attristé. C’est une affaire russo-américaine ? Eh bien moi, en vieux gaulliste, je me barre ! L’intérêt de la France n’est pas de participer à une opération dans laquelle elle ne pèse rien – surtout que l’échec est patent : le nombre de réfugiés et de morts ne cesse d’augmenter. M. Alain Marsaud. Merci de votre intervention, monsieur le ministre. Peut-être sommes-nous à la veille d’une évolution positive de notre politique étrangère ! Je voudrais pour ma part vous interroger sur deux pays qui font partie de ma circonscription. Au Gabon, la France a observé, avez-vous dit, une certaine neutralité dans ce processus électoral – qui était bien compliqué puisque l’on se rend compte que tous les camps ont triché… Mais j’ai eu l’impression, en écoutant des déclarations du parti socialiste, mais aussi en voyant l’action de certains de nos diplomates sur place, que certains soutenaient vraiment un camp contre l’autre, en l’occurrence celui de M. Ping. Je ne porte pour ma part aucun jugement : j’ai tenté de conserver la plus stricte neutralité, dans l’intérêt de nos compatriotes sur place qui, même s’ils ont pu donner l’impression de soutenir le clan Bongo, ont surtout fait en sorte de ne s’engager dans aucun camp. Le fait que des diplomates importants aient fait connaître leur soutien à M. Ping aurait pu mettre en danger nos compatriotes. J’ai dû échanger un millier de messages WhatsApp avec eux durant cette crise : c’est vous dire si les inquiétudes étaient grandes. La situation semble se calmer. Soyons gaullistes : reconnaissons les États tels qu’ils sont, et ne cherchons pas à influer malgré eux sur leur destin. J’espère aussi que M. Bongo tissera de nouvelles relations avec la France, alors que les critiques qui lui étaient adressées au cours des derniers mois avaient distendu nos liens. Encore une fois, je ne prends pas parti : seuls me concernent les intérêts de nos compatriotes. J’aimerais également vous parler de l’île Maurice. Une grève de la faim sera entreprise dans les jours qui viennent par des membres de la communauté française : ils ont fait de mauvais placements dans un fonds public, ou semi-public, et estiment avoir été spoliés par le gouvernement mauricien. Je considère pour ma part que la situation est complexe, et qu’il faut éviter tout manichéisme. Un nouvel ambassadeur doit arriver dans les jours qui viennent : il lui reviendra de gérer ce problème, dont j’ai toutefois promis de vous prévenir. M. Jacques Myard. Sur l’affaire de l’utilisation des gaz chimiques, notamment du sarin, de grâce, soyons prudents ! Le rapport rendu public par l’ONU en septembre 2013 n’accuse pas. Il n’y a pas de preuves. Et je connais beaucoup d’experts, et non des moindres, qui nient que ce soit le régime qui a utilisé du gaz à la Ghouta. Quant au rapport de l’ONU de 2015, que j’ai lu avec attention, il indique que le régime est responsable dans certains cas, les rebelles dans un autre. Personnellement, je ne mettrais pas ma main à couper que, à la Ghouta, c’est le régime qui était en cause. Vous avez déclaré, monsieur le ministre, que vous ne saviez pas ce que contient l’accord russo-américain. Sans vouloir vous donner de leçons, quand on est diplomate, mieux vaut appliquer la formule de Cocteau : « Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur. » Vous avez des relations cordiales avec les Américains, ce qui signifie que vous parlez franchement avec eux : soit ; mais l’effet est désastreux sur la scène internationale, où nous avons l’air de n’être au courant de rien. En ce qui concerne Alep, s’il est vrai que l’est de la ville est bombardé, avec sa population civile, en revanche ce sont des intégristes islamistes pur jus qui affrontent la coalition de Damas et des Russes ! Que l’on ne nous raconte pas d’histoires : ce ne sont pas des modérés. Ceux-ci n’existent pas et n’ont jamais existé ! Des experts nous l’ont confirmé. À ce sujet, je rejoins mes collègues : il y a un moment où il faut tirer les conclusions des choix que nous avons faits. Même Le Monde le dit : quand al-Nosra prétend avoir quitté Al-Qaïda, c’est du pipeau ! Vous avez en face de vous des intégristes islamistes forcenés, même s’ils sont parfois pris dans des heurts avec l’État islamique. C’est ce qu’ils sont tous, sans exception ! J’ai d’ailleurs été très surpris de ce qui s’est passé avec les Kurdes : alors que ceux-ci, eux, ne sont pas tous intégristes, les Turcs, pour les empêcher de prendre le contrôle de la frontière, ont demandé aux Américains de ne pas les soutenir ; et ils les ont fait reculer. C’est un micmac effroyable ! Tout n’est donc pas blanc ou noir. Pourtant, nous avons visiblement continué de mener une politique manichéenne qui nous mène droit dans le mur je vous le dis comme je le pense ! Il est temps de réfléchir à nouveau à l’ensemble du conflit et de mesurer que nos intérêts ne nous portent peut-être pas d’un côté plutôt que de l’autre. Mme la présidente Élisabeth Guigou. Avant de vous donner la parole, monsieur le ministre, j’aimerais ajouter quelques mots sur la Syrie, mais dans une autre tonalité que celle que nous venons d’entendre. En ce qui concerne l’utilisation du gaz, on se souvient que Jean-Yves Le Drian était venu, avec le chef d’état-major des armées, nous montrer d’où venaient les frappes chimiques en 2013. M. Jacques Myard. Non, madame ! On nous a manipulés ! Mme la présidente Élisabeth Guigou. Par ailleurs, le Premier ministre d’alors avait réuni à Matignon l’ensemble des responsables des groupes politiques de l’Assemblée nationale et du Sénat, ainsi que les présidents des commissions concernées, pour leur montrer les mêmes images, intégrant des calculs extrêmement précis d’angles balistiques. Je parle de 2013 : depuis, la chose est peut-être plus partagée. Reste que les barils de TNT sont largués par des hélicoptères, alors que les rebelles ne possèdent ni avions ni hélicoptères. M. Jacques Myard. Oui, mais concernant la Ghouta, ce n’est pas vrai ! Nous avons été manipulés ! Mme la présidente Élisabeth Guigou. Vous n’avez pas la parole. Je vous ai écouté avec patience et je vous demande de me rendre la pareille. Selon M. Lellouche, il faut « se barrer ». Je ne sache pas que le général de Gaulle avait l’habitude de prendre la fuite dans les situations difficiles. Quoi qu’il en soit, je trouve plutôt honorable que notre diplomatie essaye autre chose que ce qui a échoué du fait de l’initiative avortée des Russes et des Américains. On ne peut en tout cas pas reprocher à la France de baisser les bras. Puisque notre pays est resté un interlocuteur de tous les protagonistes de la région, y compris l’Iran, pourquoi ne tenterait-il pas au moins de formuler des propositions dans cette tragédie qui nous désole tous ? Sur ce dernier point, je n’ai aucun doute quant à la sincérité des sentiments que vous avez exprimés les uns et les autres. Quant au Gabon, la décision de la Cour constitutionnelle était prévisible. J’ai même été étonnée que le principal candidat de l’opposition accepte cette solution. Mais je reconnais volontiers que, dans une situation aussi délicate, s’agissant d’un pays qui compte 11 000 ou 12 000 ressortissants français, mieux vaut s’en tenir à des procédures légales et se garder de prendre parti. Vous avez donc bien fait, monsieur le ministre. Néanmoins, ne soyons pas dupes. M. Bongo s’est-il engagé à garantir la sécurité de ses opposants ? Il y a lieu de nourrir quelques craintes à ce sujet. En Libye, enfin, avez-vous le sentiment que le gouvernement Sarraj fait tout pour être inclusif ? Il donne l’impression d’être quelque peu « bunkerisé ». M. Pierre Lellouche. Merci de me redonner la parole pour clarifier mon propos, madame la présidente. Je ne voudrais pas être caricaturé. En 1995, lorsque Jacques Chirac a été élu à la présidence de la République, il a eu ce mot à propos de la Bosnie, où nous perdions des soldats sans trop savoir pourquoi : « on tire ou on se tire ». Autrement dit, le moment était venu de choisir une stratégie. Je n’ai rien voulu dire d’autre. Je ne parle pas de quitter la région, à laquelle nous sommes mariés par l’histoire et la géographie. Je rappelle simplement que nous faisons partie d’une drôle de coalition dont le patron ne nous tient pas informés et nous exclut, et dont on ne sait pas où elle va. Voilà pourquoi je considère que, à un moment donné, nous devons reprendre nos billes et voir comment procéder différemment. M. le ministre. Je vous rappelle d’abord, monsieur Lellouche, que nous ne sommes pas belligérants en Syrie. M. Pierre Lellouche. On bombarde, tout de même ! M. le ministre. Attendez un peu. Cessez de semer la confusion dans les esprits : nous ne sommes pas belligérants ; nous n’avons pas de soldats au sol. Qui a des troupes au sol en Syrie ? Bachar al-Assad ; les Russes, ce que Lavrov n’a pas nié lorsque je l’ai interrogé au GISS ; les Iraniens ; le Hezbollah. Alors qui est belligérant en Syrie ? Il faut tout de même que vous disiez la vérité ! Quant à al-Nosra, monsieur Loncle, vous feignez de croire que je découvre que c’est un groupe terroriste. Mais j’ai toujours défendu cette position, y compris devant cette commission ! M. François Loncle. Je parlais de votre prédécesseur. M. le ministre. C’est moi que vous interrogez, je vous réponds donc en mon nom. Pour moi, il n’y a aucune ambiguïté. Vous feignez de vous indigner de ce que les Américains nous tiendraient à l’écart. Nous faisons partie du GISS, avec une vingtaine d’autres pays. Dès la réunion des affinitaires du lundi, au début de la semaine ministérielle de l’Assemblée générale, les Américains nous ont donné un premier papier sur ce qu’ils avaient négocié avec les Russes et nous avons eu une discussion franche avec eux. Les Américains ont fait le pari qu’ils parviendraient à mettre en place une cessation des hostilités en négociant avec les Russes et que ce cessez-le-feu réenclencherait la négociation politique. Ce n’est malheureusement pas arrivé. En interne, je constate d’ailleurs que l’administration américaine a exprimé des réserves sur cet accord. Par ailleurs, Américains et Russes reconnaissent comme nous qu’il n’y a pas que des djihadistes sur le terrain, que l’opposition ne se réduit pas aux djihadistes. Sinon, pourquoi les Russes auraient-ils voulu distinguer al-Nosra des autres groupes ? Nous-mêmes, nous avons toujours demandé à Riad Hijab, président du Haut Comité des négociations (HCN) représentant l’opposition modérée, de faire le nécessaire sur le terrain pour que les uns et les autres se séparent. Tous admettent donc que le problème vient de Daech et d’al-Nosra, ainsi que des petits groupes qui leur sont associés et qui font partie de la mouvance Al-Qaïda. C’est clair, et nous devons les combattre. S’en aller ? Cela n’a pas de sens, monsieur Lellouche, puisque nous n’y sommes pas ! En revanche, nous combattons le terrorisme – sur ce point, je pense que nous pouvons tomber d’accord. Nous faisons partie de la coalition internationale contre le terrorisme, contre Daech, qui est notre ennemi en Syrie comme en Irak. Nous nous battons contre Daech parce que cette organisation déstabilise toute une région, mais aussi parce qu’elle nous attaque chez nous. Notre devoir est donc de rester dans la coalition. D’ailleurs, si le porte-avions Charles-de-Gaulle est sur place, c’est pour intensifier nos frappes contre Daech, avec des Rafale qui ont des capacités de frappe supérieures aux Mirage. Il faut continuer ce combat. La position française n’est pas faible. Elle consiste à dire que, si Russes et Américains sont légitimes, en tant que coprésidents du GISS, à rechercher un accord qui permette une cessation des hostilités, sa mise en œuvre nécessite un suivi collectif seul de nature à créer la confiance qui rendrait cette trêve durable. Et la France est parvenue à convaincre la plupart des membres du GISS. La France joue donc pleinement son rôle. De tous ces éléments, je conclus que la France n’est pas absente et qu’elle a permis de recentrer le débat sur les bonnes questions. Vous dites qu’il ne faut pas penser en blanc et noir. Mais il n’en est pas question. Quant à la prise d’Alep, ne jouons pas sur les mots : s’il faut dire « reprise » pour vous donner satisfaction, soit ! Toujours est-il qu’il y a, à Alep-Est, 250 000 personnes sous les bombes, et pas n’importe quelles bombes : des bombes de plus en plus sophistiquées qui, à l’évidence, ne sont pas seulement syriennes ! Si le régime était seul, avec son armée, il ne pourrait pas l’emporter ; mais il est appuyé par les Russes et par les Iraniens. C’est une réalité ! Il faut que la communauté internationale dénonce ce qui est en train de se passer, comme pour les armes chimiques. Sur ce dernier point, je veux bien que l’on cherche toujours des excuses, mais là, monsieur Myard, vous êtes allé trop loin ! M. Jacques Myard. Non ! M. le ministre. Si ! Le rapport du JIM, qui date de septembre 2016, attribue très clairement au régime la responsabilité de l’utilisation du chlore dans deux situations... M. Jacques Myard. Pas à la Ghouta ! M. le ministre. … Tandis que Daech est jugé responsable d’un autre cas de recours à l’arme chimique. Quant à la Ghouta, je vous rappelle que le régime, qui niait détenir des armes chimiques, a signé en 2013, après la Ghouta, la convention sur l’interdiction des armes chimiques et s’est engagé à démanteler son arsenal. C’est un fait ! En utilisant à nouveau des armes chimiques après 2013, le régime a donc contourné les engagements qu’il avait souscrits. Je veux bien que l’on fasse preuve de complaisance, mais je ne vois pas où vous voulez en venir ! M. Jacques Myard. Le rapport de l’ONU ne dit pas cela ! M. le ministre. Le dernier ? M. Jacques Myard. Celui de septembre 2013 ! M. le ministre. Je vous donne rendez-vous le 31 octobre, quand nous aurons le complément de rapport : vous verrez qu’il confirmera l’utilisation par le régime d’armes chimiques. M. Jacques Myard. Sur la Ghouta, il y a beaucoup d’interrogations. Mme la présidente Élisabeth Guigou. Ne jouez pas sur les mots, mon cher collègue. J’ai personnellement reçu les auteurs du rapport de l’ONU avant que celui-ci ne soit rédigé. Je me souviens de ce qu’ils m’ont dit comme si c’était hier. Et j’ai lu le rapport, comme vous. Évidemment, il s’agit de l’ONU, avec sa façon de s’exprimer ; mais les choses étaient très claires. M. le ministre. En ce qui concerne la Libye, monsieur Glavany, je n’ai rien à cacher ; le ministre de la défense est venu devant votre commission et il a répondu à vos questions. Un accident d’hélicoptère a causé la mort de plusieurs militaires français. Nous ne sommes associés à aucun titre, ni de près ni de loin, aux opérations militaires qui viennent d’être entreprises par le général Haftar pour prendre le contrôle du pétrole. Les critiques contre la France après ce tragique accident d’hélicoptère doivent être comprises dans le cadre du jeu intérieur libyen. Sur ce point non plus, il ne doit y avoir aucune ambiguïté : non seulement nous avons réaffirmé à l’ONU notre soutien au gouvernement de M. al-Sarraj, mais nous avons invité celui-ci à Paris, où il se trouve aujourd’hui ; il sera reçu tout à l’heure par le Président de la République, par Jean-Yves Le Drian, puis par moi-même, après l’entretien avec le Président. Mais nous lui dirons qu’il doit faire sa part du travail pour tenir compte de la diversité libyenne, notamment de l’est. Ce qui compte, c’est l’unité de la Libye. Il y a aujourd’hui un chaos terrible dans ce pays. Faisons très attention : même si Daech recule, la partie est loin d’être gagnée, d’autant que Daech se disperse, ce qui inquiète les pays alentour. C’est pour résoudre ce problème que la France a pris l’initiative de réunir tous les pays de la région. En outre, c’est par la Méditerranée centrale que passent un nombre considérable de migrants pour venir en Europe, dans des conditions épouvantables : la situation libyenne contribue à cette remontée. Il nous faut prendre cette situation très au sérieux. La Libye paraît peut-être lointaine aux Français, alors même qu’elle est toute proche des frontières européennes ; nous avons tout intérêt à traiter ces questions. Et, la France prend là encore ses responsabilités. Quant à l’Ukraine, il n’est pas question d’abandonner, monsieur Mariani. Je me suis rendu à Kiev avec M. Steinmeier ; nous sommes aussi allés près de la ligne de contact, lieu de conflits meurtriers en 2014. Nous avons réaffirmé notre position : les accords de Minsk, tous les accords de Minsk ! Ce qui suppose de renforcer la sécurité. Juste avant notre arrivée, un accord de désengagement des trois pôles les plus confrontés à des violations du cessez-le-feu était en négociation ; il devait être signé le 21 septembre. C’était à, nos yeux, bon signe, l’amorce d’autres accords portant sur d’autres zones. Or la signature a bien eu lieu et, la veille de notre arrivée, les séparatistes ont déclaré qu’ils appliqueraient un cessez-le-feu unilatéral. Nous nous sommes appuyés sur ces éléments positifs du point de vue de la sécurité et nous ferons tout pour que la situation s’améliore. Par ailleurs, j’ai systématiquement lié ces progrès en matière de sécurité à la nécessité d’avancer sur le volet politique. Nous avons donc demandé à M. Porochenko, au Premier ministre et aux partis de la Rada de faire leur part de réformes – réforme électorale, statut spécial du Donbass. Après notre visite, la presse ukrainienne nous a, à moi en particulier, reproché ces paroles. Mais ceux-là même qui me critiquent ont signé les accords de Minsk, qui prévoient un statut spécial pour le Donbass ! Nous allons donc poursuivre sur cette voie. Certains d’entre vous ont parlé de manichéisme ; pourtant, nous parlons avec les Russes, notamment sur ce dossier ukrainien, et nous le faisons de manière constructive. Nous leur disons que l’éventuelle levée progressive des sanctions sera liée à l’avancement de la mise en œuvre des accords de Minsk. Nous avons d’ailleurs travaillé à préparer un sommet du « format Normandie » ; c’était le sens de notre visite. Il apparaît au fil des jours que ce sommet réunissant les présidents et la chancelière pourrait avoir lieu assez rapidement. Tout cela va dans le bon sens. Il ne faut pas dire que les accords de Minsk sont morts. Je pense profondément ce que j’ai déclaré à Kiev et qui n’a pas fait plaisir à tout le monde : il n’existe pas de plan B. Simplement, il faut persévérer ; c’est la seule stratégie payante. Je ne désespère pas que nous y arrivions, mais cela suppose de demander à chacun, objectivement, de prendre sa part. À cet égard, nous tenons le même langage aux Russes et aux Ukrainiens. M. François Asensi. Je m’associe à la plupart des observations formulées par mes collègues, à quelques nuances près. En ce qui concerne Alep, comment un quartier de 250 000 habitants, défendu par les rebelles – dont certains sont modérés, soit –, parvient-il à résister à l’incroyable puissance de feu des avions russes, au Hezbollah, aux Iraniens, à l’armée régulière de Bachar al-Assad ? Je ne suis pas Joukov ; mais comment les rebelles se procurent-ils des armes ? Car il faut en recevoir quotidiennement pour opposer une telle résistance. Qui les leur fournit ? Me garantissez-vous, monsieur le ministre, qu’il n’y a pas d’armes françaises de leur côté ? M. le ministre. Nous ne fournissons pas d’armes. Que les uns et les autres en fournissent par ailleurs, c’est possible. Mais ne sous-estimez pas la situation des habitants de l’est d’Alep, qui vivent souvent sous terre. J’ai rencontré au Quai d’Orsay une délégation de bénévoles qui œuvrent sur place au côté des remarquables Casques blancs – que la France voudrait associer au mécanisme de contrôle qu’elle a proposé dans le cadre du GISS – et qui jouent en quelque sorte le rôle d’élus municipaux, s’occupant au quotidien d’éducation, de santé, etc., dans des conditions absolument invraisemblables. Ces gens représentent des Syriens restés chez eux et qui rêvent non d’une Syrie djihadiste, intégriste, mais d’un pays libre, celui dont le Conseil de sécurité a tracé les contours dans sa résolution : une Syrie unitaire, non confessionnelle, qui protège ses minorités et installe des institutions démocratiques. C’est le vœu de nombreux Syriens. On le constate aussi en discutant avec les réfugiés. Les personnes dont je parle nous ont donc expliqué comment ils vivent, ou plutôt survivent, privés d’aide humanitaire depuis plusieurs mois et à l’extrême limite des ressources alimentaires. Je l’ai dit, nous ne laisserons pas faire le Guernica du XXIe siècle. C’est une formule. Mais j’ai lu le communiqué du parti communiste français qui dénonce la situation humanitaire à Alep : que dit-il d’autre ? Nous ne sommes pas en désaccord sur tout. J’entends dire qu’il n’y a pas d’opposition modérée. Mais la logique guerrière alimente la radicalisation, ce qui est dramatique. Acculé, on est prêt à accepter n’importe quoi, n’importe qui. Tel est le risque inhérent à cette situation. Selon toutes les informations dont nous disposons, qui ont fait l’objet de recoupements. Ce n’était pas al-Nosra qui dominait l’est d’Alep il y a quelques mois ; mais à force d’attaques, de destructions, de tueries, les plus armés gagnent du terrain. Voilà qui nous éloigne de notre objectif. C’est pour cela qu’il est temps de se ressaisir. La situation est dramatique du point de vue humanitaire comme du point de vue politique. Chacun doit prendre ses responsabilités. On sait que les Russes soutiennent Bachar al-Assad. Mais, quand nous en discutons avec eux, ils se montrent conscients du fait que ce n’est pas tenable à long terme et qu’il faut trouver une solution par la voie de la négociation. Ils veulent créer le rapport de forces dont j’ai parlé tout à l’heure, mais il n’est pas dans leur intérêt que l’on s’enfonce dans la spirale de la guerre. Si c’est l’option « Syrie utile » qui l’emporte, la guerre continuera, la guerre terroriste se poursuivra, dans la région mais pas seulement : elle nous touchera plus encore qu’auparavant et elle touchera d’autres pays, dont la Russie elle-même. Il n’est donc pas bon pour les Russes que ce foyer de guerre perdure. Nous pouvons y réfléchir ensemble, avec eux. C’est la position que j’ai toujours défendue. Elle n’est pas manichéenne. Nous avons besoin des Russes ; ce ne sont pas nos ennemis, ce sont nos partenaires. Mais il est de notre devoir de dénoncer une telle situation – à moins de fermer les yeux, y compris sur les armes chimiques, ce que je ne peux pas accepter. M. Thierry Mariani. En ce qui concerne la Russie et l’Ukraine, je suis entièrement d’accord avec vous, monsieur le ministre : vos déclarations à Kiev étaient plutôt courageuses, et vous avez été un peu égratigné par la presse locale. Mais vous avez dû entendre aussi les réactions ultérieures de la majorité à la Rada – je ne parle pas de M. Porochenko –, laquelle n’a pas la moindre intention d’appliquer les trois conditions qui s’ajoutent au cessez-le-feu au sein des accords de Minsk : amnistie, loi électorale, autonomie. Voilà pourquoi, à mon avis, la mise en œuvre des accords de Minsk ne va pas progresser ; voilà pourquoi je crains que nous ne devions constater ici même, dans un an ou deux, que rien n’a changé. On demande à deux partenaires de respecter certaines obligations, mais l’un est exposé à des sanctions, tandis que l’autre, loin de subir le même sort, est sous assistance économique européenne ! M. le ministre. Lorsque nous avons échangé avec les groupes parlementaires à la Rada, une majorité s’est clairement dégagée en faveur du respect des accords de Minsk. Toutefois, lorsque j’ai dit qu’il n’existait pas de plan B, un parti de l’opposition s’est récrié ; mais son plan B, c’était la guerre contre les Russes ! Nous ne voulons pas entrer dans cette logique. Elle n’est toutefois défendue que par une minorité. Quant au Gabon, on ne peut pas dire que notre ambassade n’ait pas fait preuve de neutralité : elle a parlé à tout le monde. Les autorités françaises ont aussi parlé à toutes les parties pour les appeler à la retenue, afin d’éviter l’engrenage de la violence, et au respect de la loi constitutionnelle, encourageant ainsi la voie des recours. Et nous avons bien fait. Nous avons aussi recommandé à Ali Bongo, avant qu’il ne soit proclamé élu, de ne pas entrer dans une logique répressive. C’est également ce qu’ont dit l’Union africaine et l’Union européenne. C’était utile. Nous avions et nous avons toujours quelque 14 000 ressortissants à protéger, dont beaucoup de binationaux. Certains ayant été arrêtés, nous sommes informés de leur sort et avons demandé à exercer la protection consulaire ; cela n’a pas toujours été simple, mais nous avons fait progresser les choses. Nous allons rester sur cette ligne. Cela dit, comme l’ont soutenu plusieurs d’entre vous, il faut encourager l’Union africaine à contribuer à trouver les voies de l’apaisement par le dialogue politique. Ce n’est pas facile. L’Union africaine joue son rôle et la France est en contact avec elle à tous les niveaux. Elle est consciente de la fragilité de la situation. Nous allons poursuivre sur cette ligne, car il n’y en a pas d’autre. Nous restons vigilants s’agissant de la sécurité de nos ressortissants. Je vous ai entendu à la radio, monsieur Marsaud ; vous l’avez parfaitement rappelé, comme c’était votre devoir de parlementaire. En ce qui concerne l’île Maurice, je n’ai pas aujourd’hui les éléments nécessaires pour vous répondre, mais je me tiens à votre disposition. Mme la présidente Élisabeth Guigou. M. Bongo a-t-il finalement reçu une délégation de pays voisins ? M. le ministre. Non. Après avoir envisagé que cette délégation se rende au Gabon avant l’examen des recours par la Cour constitutionnelle, le président Déby a convenu qu’il valait mieux attendre. C’est maintenant que l’Union africaine va sans doute intervenir. Mais ce n’est pas simple : il faut que les pays se mettent d’accord ; il faut aussi que M. Bongo accepte. Il a aujourd’hui prononcé un discours ouvrant la voie au dialogue. Nous ne pouvons que l’y encourager. Le Maroc a été sollicité pour jouer un rôle de médiation et d’apaisement ; nous verrons ce qu’il en ressortira. M. Jean Glavany. J’aimerais revenir un instant sur la Syrie. Vous savez, j’imagine, que c’est le Hezbollah qui combat le plus férocement al-Nosra, dans le sud-ouest de la Syrie, sur le Golan. Et Israël n’est pas neutre, privilégiant al-Nosra dont il recueille les soldats dans ses hôpitaux : les ennemis de ses ennemis sont ses amis ! Voilà qui complique encore le tableau. Nous ne sommes pas belligérants, dites-vous, monsieur le ministre. C’est une question centrale, qui motive en grande partie l’incompréhension de plusieurs parlementaires de notre commission, à droite comme à gauche – je songe notamment à François Loncle. Nous ne sommes pas en guerre avec le régime d’Assad, ni avec les Russes ; mais nous sommes en guerre avec Daech : c’est le discours officiel du Gouvernement français. Nous combattons le terrorisme djihadiste, notamment en faisant intervenir des pilotes de nos armées. Je ne donnerai pas ici un cours de logistique militaire, mais, aujourd’hui, l’on ne bombarde plus aveuglément comme pendant la Seconde Guerre mondiale : des forces spéciales guident les tirs sur le terrain. Des militaires français sont donc engagés sur place. C’est toute la subtilité, ou la difficulté, de la terminologie guerrière. Dès lors, les parlementaires dont je parle s’étonnent de la ligne « ni Assad ni Daech », théoriquement tout à fait défendable, mais démentie par le fait que nous faisons la guerre au second, et non au premier. Les mots recouvrent ici une position diplomatique qui doit être éclaircie. M. le ministre. Vous avez tout à fait raison, et si l’on ne précise pas les choses ainsi, des malentendus risquent de s’installer. Les approches peuvent différer, mais il doit exister une convergence lorsqu’il s’agit de lutter contre Daech – du moins je l’espère ! Il est important de le réaffirmer. Mme la présidente Élisabeth Guigou. Le 31 décembre dernier, avec Jean-Yves Le Drian, j’ai rendu visite à nos soldats sur le Charles-de-Gaulle, et nous avons rencontré les pilotes de la base d’Abou Dabi. Ces derniers nous ont expliqué ce qu’ils faisaient, aussi bien en Irak qu’en Syrie, et comment. Les tirs sont très précis, soumis à des vérifications auxquelles les Américains ne procèdent d’ailleurs peut-être pas. On nous a montré des images, fait des démonstrations, présenté le tableau de toutes les interventions effectuées. C’est vrai, nous bombardons les positions de Daech en Syrie et en Irak, et c’est tout. M. le ministre. Vous avez raison de le rappeler, madame la présidente. On entend dire que la France serait soumise ; mais, même membres de la coalition, nous avons notre autonomie, y compris opérationnelle. Il n’y a pas un tir qui ne soit décidé par nous. Mme la présidente Élisabeth Guigou. Et le souci d’épargner les populations civiles est étonnant, du moins pour qui n’est pas familier de la chose militaire. Nous avons constaté que l’on peut bombarder un bâtiment de Daech sans toucher les habitations situées dans les rues qui le bordent ! Et si ce n’est pas possible, on ne bombarde pas. Voilà les précautions que prend la France et que d’autres, sans doute, ne prennent pas. M. Jean Glavany. Ce sont des hommes au sol qui y veillent, très courageusement ! Mme la présidente Élisabeth Guigou. Merci, monsieur le ministre. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/399.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/399.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f0ff5ab5ead8d5beb12e517b98e1e1fc5c120fcf --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/399.txt @@ -0,0 +1 @@ +Politique étrangère - Union européenne - Brexit - Libye - Diplomatie économique - Diplomatie culturelle Monsieur le Doyen, Monsieur le Directeur, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les Professeurs, Chers Étudiantes et Étudiants de l'École d'affaires internationales, Mesdames et Messieurs, D'abord mes premiers mots sont pour toi, cher Enrico Letta. Je suis heureux de te retrouver ici à Paris, à l'ouverture de l'année universitaire de l'École des affaires internationale de Science Po, et heureux de te retrouver car nous avons partagé beaucoup de choses ensemble, lorsque tu étais président du conseil du gouvernement italien. Moi-même j'étais Premier ministre. Je dois dire que la relation a tout de suite été facile et amicale. Nous partageons des valeurs communes. C'est une belle rencontre ce soir, et de te savoir devenu maintenant professeur, c'est aussi dans ta vie une nouvelle étape qui, tu me l'as dit toi-même, te rend très heureux de rencontrer autant de jeunes qui viennent ici à Paris. C'est un réel plaisir d'échanger avec des élèves qui, je le sais, viennent des quatre coins de la planète pour rejoindre la formation d'excellence dispensée par votre école. Des jeunes qui sont passionnés par le monde et qui aiment la France. Je vous souhaite, au nom de la France, la bienvenue et je vous félicite de la curiosité qui vous pousse à quitter votre pays pour découvrir un autre système académique et une autre culture. Votre présence est une richesse pour Sciences Po et vos camarades français, et au-delà, une richesse pour la France. Merci d'avoir accepté de venir à Paris. Aujourd'hui, j'aurais pu dresser devant vous, comme il sied à une leçon inaugurale, un état du monde. Mais, cela aurait fait peu de cas de la tragédie qui se déroule, à quelques heures de Paris, dans la ville d'Alep. Alors que le Moyen-Orient et le monde ont perdu ce matin, en la personne de Shimon Peres, un grand homme de paix, il me semble évident de commencer par vous parler de la Syrie. (...) Dans le monde troublé qui est le nôtre, il faut donc faire preuve de détermination et ne pas céder à la facilité de la tentation du repli sur soi. La montée des populismes, un peu partout, nous force à réagir. D'ailleurs, elle n'existe pas qu'en Europe, elle existe aussi aux États-Unis, on le voit en ce moment avec la campagne des élections présidentielles. Elle nous rappelle que la paix, la sécurité et la démocratie ne sont pas des données intangibles, mais qu'elles doivent au contraire être défendues pour perdurer. Le Royaume-Uni et l'Union européenne viennent d'être victimes, en juin dernier, d'un de ces accès de démagogie. Le Brexit ne mettra en péril ni l'Union européenne - j'en suis sûr - ni le Royaume Uni - je l'espère. Nous nous en remettrons. Mais, il trouve sa source dans le mensonge, les exagérations et les caricatures, il faut s'en souvenir. Je le dis avec d'autant plus de tranquillité que ce sont ses promoteurs eux-mêmes qui, au lendemain du référendum, ont admis, en quittant le navire, que leurs promesses n'étaient pas tenables. Suprême paradoxe, ils ont laissé la charge de la négociation à une Première ministre qui avait fait campagne pour rester dans l'Union européenne. Je le crois, j'en suis même convaincu, nous sortirons l'Union européenne de cette mauvaise passe. Pour cela, il faudra toute la force de la coopération franco-allemande. Il faudra aussi concentrer davantage l'action de l'Union européenne sur les sujets qui préoccupent le plus les citoyens européens, comme l'a proposé le président de la République à Bratislava. Les peuples d'Europe - à l'exception peut-être des Britanniques, dont les hésitations originelles n'ont jamais été surmontées - sont fondamentalement attachés à l'Union européenne. Ils ont encore la mémoire des conflits du XXe siècle. Ils comprennent ce que l'intégration européenne a apporté en termes de paix et de prospérité. Il faut l'entretenir, cet acquis. Mais, il ne faut pas non plus être naïf en ayant conscience de la capacité des hommes à faire le choix du pire, comme l'Histoire l'a hélas montré. L'Union européenne a été suffisamment forte pour nous faire émerger du pire pendant six décennies. Aujourd'hui, nos populations en attendent encore davantage. Penser que les Européens veulent « moins » d'Europe serait, à mon sens, une erreur d'interprétation. Ils veulent en fait une Europe mieux concentrée sur leurs préoccupations. Une Europe qui les protège, non pas de manière défensive, mais en consolidant le modèle européen et en assurant sa pérennité. L'Europe qui protège, c'est celle qui assure la sécurité de tous les Européens, notamment en maîtrisant ses frontières extérieures. L'Europe qui protège, c'est celle qui défend son modèle social et veille à ce que la libre circulation des travailleurs ne soit pas un prétexte au dumping social. L'Europe qui protège, c'est celle qui veille à ce que son ouverture au monde s'accompagne d'un effort pour obtenir de ses grands partenaires commerciaux des avantages équilibrés et réciproques. L'Europe qui protège c'est celle qui fait en sorte de défendre les intérêts financiers de tous les Européens face aux pratiques fiscales déloyales de certaines entreprises multinationales. C'est ainsi que nos concitoyens retrouveront confiance dans le projet européen qui conserve toute sa pertinence historique. Au total, la vision de l'Europe que je viens d'esquisser brièvement est l'inverse de ce que promeuvent partout les populistes. Il faut reconnaitre qu'ils ont un certain talent pour exploiter les peurs. Lorsqu'il s'agit d'y répondre, en revanche, ils se contentent de proposer des solutions qui n'en sont pas, parce qu'elles ne peuvent pas être mises en œuvre ou parce qu'elles sont parfois pires que le mal. Face aux désordres du monde, face à l'afflux des réfugiés, face à la menace terroriste, face à la crainte du déclassement que fait peser la mondialisation sur les plus modestes, les populistes proposent de fermer les portes et les frontières, et même d'ériger des murs. Ils oublient que le médecin qui ne traite que les symptômes condamne le malade à une mort certaine. À la place, je propose une éthique de la responsabilité appliquée aux relations internationales. Dans notre monde ouvert, le repli sur soi, la peur et la haine de l'autre ne résolvent rien. Nos vieilles nations sont un socle fondamental, mais, isolées, elles sont impuissantes. L'idée d'une souveraineté sans partage est un leurre. La coopération européenne et internationale est donc plus vitale que jamais. Depuis 2012, la politique étrangère de la France n'a eu d'autre objectif que d'y contribuer, dans un esprit de responsabilité, en s'engageant pleinement, en ne se résignant jamais. En Afrique du Nord, les printemps arabes ont apporté beaucoup d'espoir et rebattu les cartes. Il y a de grandes réussites, comme en Tunisie, où la France continuera à contribuer à la consolidation de la démocratie. Mais il y a aussi de grandes fragilités. D'abord la persistance du terrorisme, dont il faut se débarrasser. Et puis le besoin urgent, en Libye, de retrouver un équilibre et des institutions solides. C'est pourquoi la France soutient le gouvernement d'entente nationale de Fayez Sarraj. Dès son installation dans la capitale libyenne, je suis allé à Tripoli, avec mon collègue allemand Frank-Walter Steinmeier, pour lui apporter un message de confiance et de soutien. Le moment est désormais venu de trouver un compromis pour rassembler toutes les forces du pays et leur permettre de reconstruire un État qui pourra efficacement lutter contre le terrorisme et aussi apporter prospérité et justice aux libyens. Dans cette perspective, une mobilisation de tous les partenaires de la Libye est indispensable, en particulier de tous les acteurs régionaux. La France a pour ambition d'y contribuer et je prépare en ce moment une réunion à Paris à cet effet. Au Proche-Orient, j'évoquais la mémoire de Shimon Peres, j'aurais pu parler des accords d'Oslo et de l'immense chantier historique d'Yitzhak Rabin, mais aujourd'hui, le conflit israélo-palestinien est devenu une source d'insécurité pour toute la région. Mais aussi de souffrance pour les deux peuples. S'est progressivement installée la fausse idée que le statu quo pourrait durer. La conséquence, c'est que la perspective de deux États, vivant côte à côte, en paix et en sécurité, s'éloigne, minée par la poursuite de la colonisation et l'absence de tout processus politique, tandis que le désespoir dans la population favorise l'enracinement des idées les plus radicales et annonce une résurgence assurée de la violence. Là aussi, la France a pris l'initiative, en remobilisant la communauté internationale afin d'inciter les parties, Israël et la Palestine, à reprendre le chemin des négociations et en en créant les conditions. Je me souviens du scepticisme qui avait accompagné l'annonce de nos intentions il y a quelques mois. Il a aujourd'hui laissé la place à la manifestation de la volonté de nombreux pays, parfois très loin du Proche-Orient, je pense à la Chine, au Japon, à l'Australie, au Canada, de s'impliquer à nouveau dans la recherche de la paix. À New York, la semaine dernière, j'ai pu constater que ce conflit était revenu à l'ordre du jour de la communauté internationale : c'était notre premier objectif. Il reste, bien entendu, encore beaucoup de travail à faire. Je ne méconnais pas la difficulté de la tâche ni la longueur du chemin. Mais, je veux le redire aux Israéliens et aux Palestiniens : une opportunité unique de retourner à la table des négociations vous est offerte. Osez faire le choix courageux de la paix. Je pourrais évoquer, devant vous, de nombreuses autres situations où la France se mobilise. Mais je ne voudrais pas vous donner une impression réduite de ce qu'est la politique étrangère de la France, qui n'est pas seulement une diplomatie de crise ou de réaction à la nature souvent tragique des relations internationales. La diplomatie française, elle construit, elle investit, elle se déploie dans le champ culturel, économique, dans celui des échanges humains à travers un réseau parmi les plus développés au monde. Elle se renouvelle aussi sans cesse, pour s'adapter aux priorités et aux besoins de la société française. Elle est le contraire de l'image d'une bureaucratie tournée vers le passé qui lui est parfois accolée. Elle est sur tous les fronts. Sur le front économique, en particulier, pour appuyer les exportations de nos entreprises, attirer les investissements étrangers en France ou encore promouvoir la France comme destination touristique. Sur le front des échanges humains, ensuite, qui sont la clé des succès à venir de la projection internationale de notre pays. Je me réjouis que la France soit devenue l'an dernier la troisième destination mondiale des étudiants étrangers en franchissant le cap des 300.000. Sur le front de la solidarité internationale, encore, avec depuis quatre ans des évolutions en profondeur de notre politique de développement, reposant sur une aide dont la trajectoire ascendante reprend grâce aux engagements du président François Hollande. Sur le front des enjeux globaux, également, avec le succès de la COP21 qui a permis, pour la première fois, de doter la planète d'un cadre ambitieux pour la lutte contre les dérèglements climatiques. Sur le front de la culture et de la francophonie, toujours, car le respect de la diversité est une des réponses aux problèmes du monde. Sur le front des valeurs, enfin, parce que la France, et je pèse mes mots, surtout dans le contexte parfois de dérive du débat public, y compris dans notre pays, La France n'est jamais aussi forte que lorsqu'elle est en accord avec elle-même et qu'elle promeut les droits de l'Homme et les libertés qui sont au cœur de son modèle républicain. J'ai bien conscience d'avoir dressé, devant vous, un sombre tableau. Cela ne doit pas nous conduire, vous conduire, à l'abattement ou au fatalisme. Au contraire. Notre engagement, c'est de prendre les problèmes à bras le corps et d'y répondre. Et il faut aussi valoriser les succès : la paix et la sécurité progressent au Sahel ; de nouvelles perspectives de développement en Afrique s'ouvrent ; la démocratie s'installe en Birmanie et la paix civile en Colombie. Je vous ai aussi parlé de notre diplomatie qui construit et investit. Contribuer à rendre le monde meilleur, ce n'est donc pas mission impossible, si la volonté est là, si l'énergie est là, si la capacité à mobiliser les cœurs et les intelligences est là. Défendre nos valeurs, protéger nos intérêts et nos populations, offrir à chacun davantage d'opportunités, conserver à nos sociétés leur caractère libre et ouvert : voilà nos priorités, voilà nos objectifs, voilà notre combat. J'espère que chacune et chacun d'entre vous pourra, à sa mesure, en être un acteur passionné. Merci de votre attention. (...) Q - Bonsoir, Monsieur le Ministre. J'aimerais vous parler de Vienne. Si on lit le rapport MAEDI21 qui est paru ces derniers mois, on voit bien que les budgets du MAE tentent plus à se diriger vers les pays émergents et cela nécessite donc une adaptation en Europe. J'aimerais vous parler de diplomatie culturelle parce que vous en avez parlé et vous dire que le MAE envoie des signaux plutôt négatifs ces derniers temps à Amsterdam, à Vienne avec la vente du palais Clam Gallas, et vous demander si la diplomatie culturelle en Europe était toujours une priorité de votre ministère et vous demander des nouvelles du Palais parce que, selon la presse autrichienne, la vente pourrait être mise en cause par le restaurateur qui refuse de quitter le parc. R - Merci. Ne soyez pas trop conservateur. L'action culturelle internationale de la France est une de mes priorités, je souhaite être très clair sur ce point. Nous avons même un opérateur qui s'appelle l'Institut français, nous avons le très beau réseau des alliances françaises. À chaque fois que je me déplace, je m'y rends et je soutiens l'action culturelle de la France. Ceci, pour moi, est une priorité. C'est même un des atouts de la France. On va donc continuer. Alors, que l'on fasse un effort vers les pays émergents, c'est un peu la moindre des choses. Il y a des pays où nous sommes absents. Je voudrais vous donner un exemple où nous avons toujours été présents : c'est la Birmanie, où je me suis rendu il y a peu de temps, où j'ai rencontré Aung San Suu Kyi, que je connaissais déjà et que j'avais vu à Paris. C'est une femme d'un courage inouï, qui est resté si longtemps reléguée dans sa maison à Rangoon, et qui, aujourd'hui, gouverne dans des conditions difficiles. Mais, pendant la période de la terrible dictature, un seul institut est resté toujours ouvert, c'est l'Institut culturel français, à Rangoon. Il y a eu cette résistance culturelle, où des hommes et des femmes qui n'acceptaient pas de régime, venaient dans cet Institut. Mme Aung San Suu Kyi se souvient très bien de cette période et conserve une grande reconnaissance envers la France. Je pense que c'est quelque chose d'essentiel. J'étais, il y a peu de temps, à Prague et l'on m'a raconté la visite de François Mitterrand au moment où il y avait encore la dictature de Gustav Huzak, les dissidents, dont Vaclav Havel, étaient toujours menacés. Ces personnes-là avaient un accueil dans les instituts culturels français. Il y avait là comme un espace de liberté qui demeurait. Donc, on va continuer. Vous me dites que l'on envisage de vendre un ancien palais à Vienne, mais on ne vend pas tout. Mais je pense que la bonne gestion, c'est aussi, de temps en temps, de vendre lorsque des bâtiments ne sont plus adaptés pour en utiliser d'autres à la place. Ce n'est pas là l'essentiel. Je sais qu'il y a toujours des gens pour le statut quo. Je ne suis pas pour que tout change, je suis, au contraire, pour que les valeurs qui représentent la France, dont l'action culturelle internationale, demeurent. Mais quand il faut être un peu imaginatif pour se donner des petits moyens, ce n'est pas la peine d'hésiter. Pardon d'avoir été un peu réactif à votre question mais merci de me l'avoir posée. (...) Q - Tout le monde connaît votre parfaite maîtrise de la langue allemande. Quel est l'impact de la connaissance d'une langue dans la gestion des affaires internationales, surtout dans la gestion des affaires européennes ? R - Vous avez parlé de la diversité linguistique en Europe. Bien sûr, l'anglais est la langue de la facilité, des échanges. Si l'on va, à tel endroit, parler avec tel homme politique, tel homme d'État si l'on ne connaît pas sa langue, si lui ne connaît pas la vôtre, si on veut échanger, il ne faut pas avoir peur d'utiliser l'anglais. Je ne suis pas un adversaire de l'anglais, je suis défenseur de la Francophonie et du multilinguisme, il faut que cela soit bien clair. D'ailleurs, c'est une chance de la Francophonie de l'accepter ; je l'ai dit à New York, à la soirée consacrée à la Francophonie, beaucoup de gens étaient venus, ils n'étaient pas tous francophones mais ils étaient tous pour la Francophonie. N'ayons pas peur de cela. En même temps, je revendique, dans certaines réunions, notamment internationale où il y a la chance d'avoir la traduction simultanée, que chacun parle dans sa langue. Pourquoi vouloir se forcer à tout prix, je vois certains de mes homologues qui veulent à tout prix parler en anglais dans les réunions des conseils des ministres des affaires étrangères ; non, parlez le français, parlez l'italien ; d'abord, c'est agréable à entendre la langue de l'autre et puis, lorsque l'on converse ensemble, on va parler en anglais si on ne peut pas faire autrement. Quant à l'allemand, il est vrai que c'est utile. Vous me posez la question : je constate que, lorsque l'on parle - et c'est vrai dans la relation franco-allemande où il y a quelque chose de particulier -, de parler la langue de l'autre aide beaucoup, cela crée un lien. Il y a peu de temps, je suis allé devant la conférence des ambassadeurs allemands, où Steinmeier m'avait invité, j'ai parlé devant tous les ambassadeurs, je l'ai fait en allemand. Je crois que cela a changé quelque chose ; j'ai revu pas mal d'ambassadeurs qui m'ont dit qu'ils avaient été sensibles aux messages que j'ai pu leur transmettre directement. C'est exceptionnel car, d'habitude, je parle en français même en Allemagne parce qu'il est normal de parler dans sa langue. Je réponds à votre question de cette manière et il est très important de ne pas avoir peur parce que la langue c'est aussi la culture, c'est aussi un patrimoine, c'est, derrière, des traditions, c'est un mode de vie, ce sont des tas de choses, c'est une sensibilité. Il faut préserver cela. J'ai parlé de patrimoine de l'humanité ; oui, c'est le patrimoine de l'humanité. Même en Europe, nous devons commencer à le faire. Cela vaut aussi pour les langues africaines, les langues asiatiques. Il est vrai qu'en Afrique il y a une multitude de langues, il est parfois difficile de toutes les préserver. C'est comme en France avec les langues minoritaires : l'alsacien, le breton, le basque, etc. mais cela fait partie du patrimoine, il faut y être attentif. Et c'est ce qui fait que l'on n'a pas peur de vivre ensemble parce que l'on a une spécificité linguistique, au contraire. Même les accents ; de temps en temps, on dit qu'il n'y a pas assez d'accents, mais, moi, je crois que c'est juste : l'accent est une richesse et, parfois, il y a des accents qui sont comme le soleil : merci Enrico (...) Q - Vous avez parlé du changement climatique. Vos soutiens vous ont dit que l'on a besoin de commerce et de développement partout et même vous venez de mentionner en Afrique quelques projets mais où parle-t-on de développement durable ? Je suis très curieuse : pourquoi on n'utilise pas ces mots dans les discussions internationales ? R - Votre question pose « à quel niveau débat-on du développement durable ». On débat au niveau des gouvernements, mais cela ne suffit pas, et ce qui est exceptionnel dans la réussite de la COP21 à Paris, c'est qu'il y a eu une énorme participation de la société civile, des ONG, des collectivités locales, des entreprises, c'est la clé de la réussite. La mise en œuvre des objectifs de développement durable, qui n'est pas seulement la lutte contre le réchauffement climatique qui englobe une conception nouvelle de notre fonctionnement, pas seulement au niveau de l'économie, ne peut seulement des gouvernements, mais il faut que les gouvernements s'impliquent. Il faut que les gouvernements soient capables de négocier des traités internationaux, et l'accord de Paris, c'est un traité international qui est en cours de ratification. Ce processus s'accélère, tant mieux. Après il y a la mise en œuvre : la mise en œuvre, ce sont les États, ce sont aussi les entreprises, les collectivités territoriales, les villes en particulier, mais aussi les associations, la société civile, les citoyens, organisés au plus près de la vie quotidienne. Et pour cela, je pense que cela nous interpelle aussi sur le fonctionnement global de nos démocraties pour l'avenir. La France va accueillir, en décembre, un sommet mondial qui s'appelle le sommet pour un gouvernement ouvert, et donc pour perfectionner la démocratie. Comment peut-on perfectionner la démocratie en la rendant plus transparente, notamment par l'accès aux données dont disposent par exemple les ministères, les administrations publiques, dont disposent les entreprises pour justement développer des projets. Puis, en même temps, ce sommet mondial pour un gouvernement ouvert devrait déterminer comment rendre la démocratie plus forte, comment les citoyens peuvent peser sur l'information et comment avoir l'information. Ce sera un sommet où il y aura des milliers de participants qui ne sont pas membres de gouvernements - et ça c'est nouveau - ce qui prouve que cette demande de démocratie plus participative est forte, même si parfois elle a été traitée ironiquement. Je pense que cela correspond à quelque chose de profond, et il faut accepter d'être interpellé sur les dysfonctionnements, les insuffisances de nos démocraties qui restent représentatives par les élections, mais on voit que l'on est à la limite, qu'il faut aussi imaginer autre chose : comment les citoyens peuvent-ils être plus impliqués ? Comment peuvent-ils plus peser ? Comment peut-on reconnaître leur autonomie, tout en faisant fonctionner, je dirais la démocratie politique et ses valeurs ? Voilà les défis qui sont devant nous. Vous voyez, la diplomatie française est active dans de nombreux domaines. On n'a pas tout abordé, mais on a quand même abordé beaucoup de choses, grâce à vos questions, et je voulais vous en remercier. (...). Russie - Ukraine (...) La Russie, c'est une évidence, a vécu le choc de la chute du Mur de Berlin et l'effondrement du bloc soviétique comme un déclassement. L'espoir d'un nouvel équilibre, reposant moins sur la confrontation et plus sur la coopération, n'a malheureusement pas émergé spontanément des décombres de la Guerre froide. La réalité c'est que, derrière une apparence de consensus et de fin de l'histoire, une forme de désordre du monde s'est installée. Nous payons aujourd'hui le prix de cette erreur d'appréciation qui a donné aux Occidentaux une sensation de confort pendant deux décennies. Pour autant, je suis persuadé qu'il est possible de bâtir un partenariat durable avec la Russie, qui est un grand pays et avec lequel nous avons un destin commun. Et, là-aussi, il faut persévérer dans la voie du dialogue, ne jamais renoncer à rechercher par la négociation la solution aux crises qui nous affectent. C'est ce que nous continuons à faire, avec notre partenaire allemande, dans le cadre du format « Normandie », pour apaiser les tensions dans l'est de l'Ukraine. (...) Q - Bonjour et merci beaucoup pour votre discours. Je suis étudiante ici à Sciences po et je suis russe. Vous avez beaucoup critiqué la Russie lors de votre discours alors ma question est assez simple : j'aimerais savoir si vous pensez que les sanctions économiques contre la Russie sont utiles et efficaces ? R - Le dernier point concerne la Russie : je crois avoir expliqué les choses. La Russie est une vieille et grande nation qui, après la chute du Mur de Berlin et l'effondrement de son système, l'Union soviétique, - c'est d'ailleurs M. Poutine qui a employé l'expression je crois : «La fin de l'Union soviétique est la plus grande catastrophe de l'Histoire» - a vu son influence diminuer. Évidemment, c'est l'influence de la Russie à travers cet empire qui était affaiblie alors que le régime lui-même, on l'a vu avec les réformes de M. Gorbatchev, était assis sur des décombres. Il ne pouvait pas survivre en tant que modèle économique et politique, il arrivait à sa limite. L'erreur vient à la fois des Russes sur la manière dont ils ont abordé les réformes à la suite de cet effondrement - la période Eltsine par exemple - mais des occidentaux qui ont cru que c'était la fin de l'histoire et que la Russie n'était plus elle-même et qu'elle entrait dans les cadres et les règles classiques occidentales. C'était bien mal comprendre l'âme et l'histoire russe. Je pense qu'il y a eu là une erreur. Aujourd'hui, il y a une sorte de résurgence pour que la Russie joue son rôle, qu'elle redevienne une grande nation, elle en a le droit et le devoir, mais avec les dérives et les excès. Il faut donc parler avec les Russes et l'erreur est de ne pas avoir compris cela. Après la chute de l'Union soviétique, un grand retard a été pris. Aujourd'hui, la Russie est dans une impasse diplomatique, politique et militaire en Syrie, je l'ai dit. Mais la main tendue est toujours là. Je prenais l'exemple de l'Ukraine, elle est toujours là. Vous parliez des sanctions : Comment sont-elles venues ? Elles sont venues lorsque la Russie a facilité la remise en cause de la frontière entre l'Ukraine et la Russie. La communauté internationale, la France et notamment les autres pays européens, ne pouvaient pas accepter cet état de fait. Après la Seconde guerre mondiale et y compris après la réunification, notamment pour la frontière entre la Pologne et l'Allemagne, c'est sur l'inviolabilité des frontières que se sont construites la sécurité et la paix en Europe. Il y a cet accroc particulièrement grave qui demeure. C'est pour cela que dans l'intérêt commun, nous ne pouvions pas l'accepter et c'est la raison pour laquelle il y a eu ces sanctions. Mais elles ne sont pas un but en soi et nous avons vocation à les lever comme je l'ai dit aux dirigeants russes. Au fur et à mesure que les accords de Minsk, décidés pour rétablir la souveraineté ukrainienne et assurer la stabilité et la sécurité dans le Donbass tout en acceptant de reconnaître qu'il y a une spécificité et un statut spécial pour cette région avec des élections, sont mis en place alors oui, nous pourrons ouvrir la question des sanctions. C'est clair. La Russie n'est pas un ennemi mais il faut qu'elle devienne un vrai partenaire. Lorsqu'il y a des désaccords aussi graves que sur la Syrie, il ne faut pas tourner autour, il faut le dire, dans l'intérêt-même de la paix, mais aussi de la Russie pour son propre destin. (...) Pour l'Ukraine, il y a, avec l'Union européenne, un lien étroit désormais mais qui n'est pas celui de la perspective de l'adhésion. C'est celui de la coopération. On ne laisse pas tomber l'Ukraine, l'Europe ne laisse pas tomber l'Ukraine. L'Europe aide de façon substantielle l'Ukraine pour ses projets de développement. Le Fonds monétaire international aide l'Ukraine aussi pour tous ses projets, y compris pour établir sa situation économique et financière. En même temps, vous l'avez évoqué, il faut aussi que l'Ukraine fasse sa part des réformes. Là, je ne parle pas seulement des réformes politiques qui sont nécessaires pour arriver à un accord pour respecter ce que j'ai appelé tout à l'heure les accords de Minsk. Il y a les Russes qui ont leur part à faire avec la sécurité dans le Donbass et, là, nous sommes loin du compte. Puis, il y a l'Ukraine qui doit voter une loi électorale, un statut spécial, une loi d'amnistie, une réforme constitutionnelle, et négocier avec les Russes l'échange de prisonniers. Tout cela doit se faire ; ceci, c'est pour la question russo-ukrainienne. Pour l'Ukraine elle-même, il y a des réformes à faire. Des réformes pour mettre en place un État de droit, de la transparence dans la gestion. Il y a encore trop de corruption. Je me suis rendu à Kiev à deux reprises avec Frank-Walter Steinmeier, nous y allons souvent ensemble - vous avez parlé tout à l'heure de la relation franco-allemande -, nous parlons aussi franchement aux Ukrainiens, on leur dit « attention, si vous ne faites par votre part de réforme, il y a le poids des oligarques, alors vous risquez un jour d'avoir des critiques, notamment venant de l'Union européenne, du Fonds monétaire international, qui risquent de freiner leur intervention ». Nous ne souhaitons pas cela. Mais parler franchement, c'est parler franchement avec le président Porochenko, c'est parler franchement avec le Premier ministre, c'est parler franchement avec toutes les forces politiques ukrainiennes. C'est ce que nous avons encore fait la dernière fois où nous y sommes allés à la mi-septembre : nous avons rencontré tous les groupes parlementaires de la Rada et c'était très intéressant. Mais on voit les difficultés, il y a une vie politique, il y a une vie démocratique mais, parfois, faire des réformes, cela a un coût, ce n'est pas toujours populaire lorsque l'on remet en cause des situations. Mais il faut faire, donc, au nom de la stabilité de l'Ukraine, de son développement, de son avenir de ce grand pays, il faut continuer à l'aider et, en même temps, il faut le faire de façon transparente et c'est ce que nous efforçons de faire. (...) Q - Bonsoir Monsieur le Ministre, bonsoir Monsieur le Professeur. Ma question va compléter la série de questions ukrainiennes, qu'en pensez-vous de la politique et la position commune des pays européens vis-à-vis du dossier ukrainien et la deuxième question, est-ce que selon vous le Fonds monétaire international devrait continuer à attribuer des prêts à l'Ukraine qui est maintenant sous procès... R - Merci. Sur l'Ukraine j'ai en partie déjà répondu sur la question des sanctions et en faisant le lien avant la mise en œuvre des accords de Minsk, je continue de penser que c'est possible. D'ailleurs, je vous ai parlé plusieurs fois de la Russie, nous travaillons actuellement à organiser courant octobre, je suis assez confiant, un sommet au niveau des chefs d'État, dont les présidents Hollande, Porochenko et Poutine avec la chancelière Angela Merkel, pour faire un pas supplémentaire dans la mise en œuvre des accords de Minsk. J'ai cru entendre, y compris du côté russe, une ouverture pour que ce sommet ait lieu. Quant à l'aide du FMI, je l'ai lié, comme les aides de l'Union européenne, aux réformes intérieures qu'il faut faire en Ukraine, notamment sur la question de la lutte contre la corruption, l'indépendance des tribunaux, l'accès aux marchés publics, il y a beaucoup de choses à changer - mais, en même temps, il ne faut pas nier qu'il y a un certain nombre de lois qui ont été votées. Lorsque nous étions à Kiev avec M. Frank-Walter Stenmeier, nous avons fait le point sur ce sujet et il y a une partie des réformes qui ont été votées : un procureur général a été nommé, donc cela ce sont des vrais progrès. Après, c'est la question de la mise en œuvre, et là nos interlocuteurs ont convenu qu'il y avait beaucoup de progrès à faire, mais le FMI a pris en compte, ces efforts, ces progrès, et donc a débloqué son aide. Je crois que c'est une signe d'encouragement, il faut le dire, on n'attend pas que ce soit parfait, il fallait donner ce signe. (...). États-Unis (...) Après, il y a une question par rapport aux États-Unis, j'y reviens un instant : je ne sais pas ce que sera la politique américaine demain sur le plan multilatéral. Cela dépendra du choix que les Américains feront pour leur futur président. Mais je ne vous cache pas une certaine inquiétude parce que je ne sais pas ce que sera la politique américaine si c'est Donald Trump qui est élu, du point de vue de la conception du monde, multilatérale ou non, de la coopération internationale, je ne sais pas. Avec Hillary Clinton, nous la connaissons, elle a une expérience ; je ne dis pas que nous sommes forcément d'accord sur tout. Il y a eu d'ailleurs un désaccord, pas seulement avec elle, avec le président Obama lorsque nous avions envisagé, après l'utilisation des armes chimiques en 2013 par le régime de Damas, de frapper des cibles militaires syriennes, pour marquer un coup d'arrêt. Nous étions prêts, avec le président Hollande - un week-end de fin août 2013 - et lorsque le président américain a appelé pour dire « Non, je ne pourrai pas» alors que les Britanniques venaient, eux aussi, de renoncer, je pense que cela a une influence très profonde sur la situation d'aujourd'hui. Donc, je le dis, c'est un regret, un regret pour une question grave. Vous m'avez posé la question, maintenant on verra ce que sera l'avenir. (...). Afrique - Gabon - RDC - Développement - Lutte contre le terrorisme Q - Bonjour Monsieur le Ministre, je suis étudiant ici, j'ai la double nationalité de l'Afrique du Sud et de l'Allemagne. Merci pour votre discours. Vous avez parlé de l'Afrique du Nord, mais je serais intéressé de savoir jusqu'où la France peut soutenir le Gabon par exemple, et plus généralement le processus démocratique dans les pays africains, où les présidents restent souvent plusieurs années. La France ne pourrait-elle pas faire pression pour que les dirigeants quittent le pouvoir après avoir servi deux voire trois mandats ? R - Merci beaucoup pour vos questions sur des sujets qui sont très importants. Prenons la première question qui concerne l'Afrique. J'ai évoqué brièvement ce que l'Afrique représentait comme perspective pour l'avenir et le continent qui a le plus grand dynamisme démographique, avec une jeunesse pleine d'attente, d'envie et capable de projets. Vous le savez bien, vous venez d'Afrique du Sud et comme vous l'avez dit il y a énormément de potentiel. En même temps, l'Afrique est confrontée à plusieurs défis : celui du développement d'abord, celui de la sécurité et le défi démocratique. Il faut être positif. Vous avez fait allusion aux élections récentes au Gabon par exemple. Il y a une période qui est révolue et vous avez dû le lire à travers les déclarations que j'ai pu faire au nom de la France : c'est la période de la France-Afrique, la période de l'ingérence dans la politique intérieure des pays africains. Nous avons souhaité que le processus électoral soit le plus transparent possible, que la voie du droit soit utilisée plutôt que celle de la violence, que ce soit par les opposants ou par les régimes. Nous avons tenu cette ligne. Nous avons par ailleurs appelé au dialogue alors qu'il y avait des doutes. Il en reste encore, mais maintenant, un président a été proclamé élu selon la décision de la Cour constitutionnelle. L'Union européenne avait des observateurs et on a pu constater que ce n'était pas parfait. Ce que nous encourageons à présent, c'est le dialogue politique pour la suite de l'Histoire du Gabon. Nous faisons confiance à l'Union africaine. J'ai parlé de l'Europe, mais l'Afrique s'est également organisée, elle a créé des organisations régionales, pour l'Afrique de l'Ouest et pour l'ensemble de ce continent. L'Union africaine est extrêmement importante, elle joue et jouera un rôle de plus en plus important dans la régulation des conflits, dans la régulation des situations de crise, et il y en a beaucoup. J'en citerai une autre : vous parliez de ces hommes d'État qui veulent rester le plus longtemps possible. Il y a un exemple qui est la République démocratique du Congo qui est un très grand pays avec énormément de potentiel économique et humain, mais qui est au bord de la guerre civile. Récemment, il y a eu des manifestations et des morts car il y a un président en place qui veut garder cette place, alors qu'il n'a plus le droit de se représenter. Avec la communauté internationale, la France joue son rôle, récemment encore, pour tout faire pour que le dialogue national ait lieu - il a commencé mais il est très insuffisant - et pour que la date des élections soient fixées et que le président sortant, dont on garantira la sécurité bien évidemment, il ne s'agit pas que les choses se déroulent dans la violence, pour qu'il annonce clairement qu'il ne se représente pas. Auquel cas, ce grand pays peut voir déboucher en son sein une guerre civile. Cela fait partie de l'action que nous menons mais, là encore, ce n'est pas l'ancien colonisateur, ici ou là, c'est vrai pour la Belgique mais aussi pour la France, qui doit dicter. Il doit encourager au dialogue interne et aussi, dans le cadre international des institutions internationales dont les Nations unies ou les institutions qui existent comme c'est le cas pour l'Union africaine ou l'Union européenne, jouer son rôle et encourager aux bonnes solutions. Le deuxième défi, c'est le développement. Il y a énormément de potentiel dans tous ces pays mais il y a aussi beaucoup de pauvreté et de misère, des inégalités plus qu'ailleurs, et cela même dans les pays riches comme le Nigeria avec les ressources pétrolières. Et pour autant, il y a des disparités sociales, un manque d'équipement collectif, notamment en matière de santé et des régions qui sont abandonnées. Le troisième volet est le défi du terrorisme. Justement, au Sahel, avec Al-Qaïda, dans la région des grands lacs il y a Boko Haram. Nous avons donc un double combat à mener, la France a pris ses responsabilités au Mali par exemple pour aider ces pays à résister au terrorisme et au djihadisme. Et si nous n'étions pas intervenus au Mali, ils auraient envahi totalement le pays qui serait aujourd'hui sous leur coupe. Ce combat n'est pas fini et maintenant il ne se déroule pas seulement à l'initiative de la France, il se déroule dans le cadre d'une mission de maintien de la paix des Nations unies, nous ne sommes pas seuls. Je suis moi-même allé au Mali et au Niger avec mon collègue allemand que j'ai cité tout à l'heure M. Steinmeier. En même temps, il y a ce soutien aux projets de développement de ces pays qui sont à la fois confrontés à cette violence et aux flux migratoires. C'est par exemple le cas d'un très petit pays qui est pauvre comme le Niger mais qui a une énergie incroyable pour à la fois faire vivre ces institutions le mieux possible, et en même temps développer des projets. Mais il doit aussi faire face aux besoins de sa sécurité et il faut l'aider. C'est à présent mon combat au niveau européen et je vois que les choses progressent, je ne me sens pas seul. De plus en plus, il y a une prise de conscience que l'Europe, et pas seulement la France, doit pleinement jouer son rôle d'aide à l'Afrique, sans opposer soutien à la sécurité et soutien au développement. Nous voulons le faire dans un esprit de partenariat et de coopération. Il y a notamment un secteur où l'Afrique a toute capacité pour l'avenir, c'est la transition énergétique, l'accès à l'énergie, à l'électricité pour le développement. C'est là qu'il faut mettre la priorité pour tous les projets qui sont extrêmement nombreux dans un continent qui a d'énormes capacités, je pense à l'énergie solaire mais pas seulement. Il y a en Afrique, on ne le sait pas toujours, des possibilités hydrauliques. (...) Q - Bonsoir Monsieur le Ministre. Je viens de l'Île Maurice, un petit pays qui a beaucoup à apprendre, j'imagine, de l'Europe et je pense que c'est le cas de plusieurs pays aujourd'hui, notamment les pays émergents. Vous avez parlé de l'Afrique, vous avez parlé de l'Asie. Justement, j'aurais trois questions qui peuvent se décliner en une et qui justement portent sur l'avenir de ces pays en développement. Puisque vous avez abordé justement le sujet de l'Union européenne qui, aujourd'hui, se pose un peu comme une réussite en termes de coopération, en termes d'identité et que beaucoup d'organisations, de régions du monde veulent copier, notamment l'Union africaine, c'est justement en tant qu'Africain que je me pose la question de savoir comment, d'après vous, l'on peut créer une identité ; comment des pays, comme les pays africains qui sont maintenant très jeunes par rapport à ce qui s'est passé après la colonisation et qui ont dû rebondir et se recréer, peuvent créer une identité commune ; et, plus personnellement, comment ils peuvent se retrouver. Est-ce que coopérer est finalement l'alternative ultime ? Comment coopérer, d'après vous ? Quelle est la place de la culture de ces États-là dans le monde d'aujourd'hui ? Quelles sont, selon vous, les actions que les femmes et hommes politiques peuvent engager pour relancer l'idée d'Europe ? R - Vous qui venez de l'Île Maurice, vous avez fait référence à toutes les organisations qui se mettent en place peu à peu en Afrique, en Asie et qui, souvent, s'inspirent de l'Europe. Il se trouve qu'aujourd'hui j'ai rencontré les ambassadeurs des pays de l'ASEAN - association des pays de l'Asie du Sud-Est (il n'y a pas la Chine) -, ces pays-là sont en train de mettre en place une organisation intégrée de plus en plus étroite entre eux et ils s'inspirent de quel modèle ? Du modèle européen. Lorsque je me déplace dans le monde - ce n'est pas d'aujourd'hui, Enrico a dû avoir la même expérience -, souvent l'Europe est regardée avec envie, parfois avec critique aussi : je me souviens de mon premier déplacement, c'était à Singapour, à l'époque l'euro était en crise et on me disait là-bas : « L'euro va disparaître» ; il n'y avait rien d'acquis, nous étions en danger. En même temps, on me disait «il ne faut pas car nous avons besoin de vous, nous avons besoin de l'Europe ». Récemment, j'ai rencontré mon homologue de Nouvelle-Zélande, qui me dit «Nous voulons continuer de négocier avec vous sur le plan économique, avoir des échanges économiques avec l'Europe, mais quelles sont les conséquences du Brexit ? ». Des questions sur le Brexit me sont posées partout, parce que, là, ils ont vu la crise de l'Europe et peut-être même certains ont craint la fin de l'Europe. On voit bien que ce n'est pas un modèle absolu qui a toutes les qualités, toutes les vertus. Mais ce modèle européen est issu d'une histoire, il est issu d'une tragédie, celle du XXIe siècle, de deux guerres mondiales et de la tragédie de la Shoah. Donc, ce sont les leçons que les Européens ont su tirer que j'ai évoquées tout à l'heure. C'est donc légitime que cela inspire. D'ailleurs, nous, les Européens, devrions nous dire «si l'on inspire autant, c'est que ce que nous avons fait n'est pas si mal ; on aurait donc peut-être intérêt à prendre conscience qu'il faut défendre ce modèle ». Vous avez parlé de l'Union africaine. Il y a un exemple très concret dans l'actualité, avec la mise en œuvre du plan de lutte contre le réchauffement climatique. Est en train de se mettre en place une organisation à l'échelle africaine pour voir de quelle manière on pourrait mobiliser les fonds, financer les projets, qui vont venir dans chaque pays africain permettre d'accéder à l'énergie, à l'électricité qui sont la base du développement. Ceci est un exemple concret et c'est l'Union africaine qui est en train d'en préparer les conditions. Nous ne faisons pas à leur place, on nous demande parfois de l'expertise, nous sommes prêts à le faire ; on peut aussi nous demander des co-financements, nous sommes prêts à le faire ; mobiliser aussi d'autres financements internationaux. Mais ce que je peux vous dire, la réalité c'est que les projets existent et ils ne partent pas de nous, ils partent des Africains eux-mêmes. Je disais tout à l'heure que l'Afrique avait un potentiel formidable, c'est sa jeunesse, sa créativité. J'étais, cet été, au Kenya. Le Kenya est un pays en plein boom économique mais, ce n'est pas facile car il est voisin de la Somalie avec des risques terroristes qui menacent aussi le Kenya. Mais le Kenya est très en avance, y compris sur nous, pour le paiement électronique par le téléphone. Vous savez que la question de l'accès au crédit, l'accès à la monnaie - c'est une des conditions également du développement -, c'est au Kenya que j'ai vu que cela marchait. J'ai vu que les gens que j'ai rencontrés étaient fiers de nous montrer cela et de nous montrer leurs capacités. Donc, il ne faut pas avoir, à l'égard de l'Afrique, comme à l'égard des pays émergents, une attitude paternaliste comme quoi nous aurions, nous, le savoir et toute la connaissance, que nous saurions tout faire et répondre à toutes les questions. Il faut partir du réel - vous parliez d'identité tout à l'heure -, oui, partons du réel, partons de ce que ces pays sont capables de faire de meilleur, avec leur histoire, leur culture, qu'il faut respecter. Quand je parlais tout à l'heure de la diversité culturelle comme de la diversité linguistique, c'est indispensable, cela fait partie du patrimoine de l'humanité ; je suis très fier que la France, par exemple, soit capable de proposer au monde un musée comme le musée des arts premiers du Quai Branly. Car il n'y a pas de culture majeure et de culture mineure. Cela aussi fait partie du combat de la France et des Européens puisque nous avons ces valeurs en commun. (...). Union européenne - Brexit Le Royaume-Uni et l'Union européenne viennent d'être victimes, en juin dernier, d'un de ces accès de démagogie. Le Brexit ne mettra en péril ni l'Union européenne - j'en suis sûr - ni le Royaume-Uni - je l'espère. Nous nous en remettrons. Mais il trouve sa source dans le mensonge, les exagérations et les caricatures, il faut s'en souvenir. Je le dis avec d'autant plus de tranquillité que ce sont ses promoteurs eux-mêmes qui, au lendemain du référendum, ont admis, en quittant le navire, que leurs promesses n'étaient pas tenables. Suprême paradoxe, ils ont laissé la charge de la négociation à une Première ministre qui avait fait campagne pour rester dans l'Union européenne. Je le crois, j'en suis même convaincu, nous sortirons l'Union européenne de cette mauvaise passe. Pour cela, il faudra toute la force de la coopération franco-allemande. Il faudra aussi concentrer davantage l'action de l'Union européenne sur les sujets qui préoccupent le plus les citoyens européens, comme l'a proposé le président de la République à Bratislava. Les peuples d'Europe - à l'exception peut-être des Britanniques, dont les hésitations originelles n'ont jamais été surmontées - sont fondamentalement attachés à l'Union européenne. Ils ont encore la mémoire des conflits du XXe siècle. Ils comprennent ce que l'intégration européenne a apporté en termes de paix et de prospérité. Il faut l'entretenir, cet acquis. Mais, il ne faut pas non plus être naïf en ayant conscience de la capacité des hommes à faire le choix du pire, comme l'Histoire l'a hélas montré. L'Union européenne a été suffisamment forte pour nous faire émerger du pire pendant six décennies. Aujourd'hui, nos populations en attendent encore davantage. Penser que les Européens veulent « moins » d'Europe serait, à mon sens, une erreur d'interprétation. Ils veulent en fait une Europe mieux concentrée sur leurs préoccupations. Une Europe qui les protège, non pas de manière défensive, mais en consolidant le modèle européen et en assurant sa pérennité. L'Europe qui protège, c'est celle qui assure la sécurité de tous les Européens, notamment en maîtrisant ses frontières extérieures. L'Europe qui protège, c'est celle qui défend son modèle social et veille à ce que la libre circulation des travailleurs ne soit pas un prétexte au dumping social. L'Europe qui protège, c'est celle qui veille à ce que son ouverture au monde s'accompagne d'un effort pour obtenir de ses grands partenaires commerciaux des avantages équilibrés et réciproques. L'Europe qui protège c'est celle qui fait en sorte de défendre les intérêts financiers de tous les Européens face aux pratiques fiscales déloyales de certaines entreprises multinationales. C'est ainsi que nos concitoyens retrouveront confiance dans le projet européen qui conserve toute sa pertinence historique. Au total, la vision de l'Europe que je viens d'esquisser brièvement est l'inverse de ce que promeuvent partout les populistes. Il faut reconnaître qu'ils ont un certain talent pour exploiter les peurs. Lorsqu'il s'agit d'y répondre, en revanche, ils se contentent de proposer des solutions qui n'en sont pas, parce qu'elles ne peuvent pas être mises en œuvre ou parce qu'elles sont parfois pires que le mal. Face aux désordres du monde, face à l'afflux des réfugiés, face à la menace terroriste, face à la crainte du déclassement que fait peser la mondialisation sur les plus modestes, les populistes proposent de fermer les portes et les frontières, et même d'ériger des murs. Ils oublient que le médecin qui ne traite que les symptômes condamne le malade à une mort certaine. (...) Q - Bonjour, merci beaucoup pour votre discours. Vous avez beaucoup parlé de votre attachement à l'Europe et au fait qu'il fallait la renforcer pour éviter qu'elle ne succombe au populisme et qu'elle ne se délite. Dans un livre de M. Stiglitz paru récemment qui critique assez fortement l'Europe et l'euro, il parlait du fait qu'il était possible de renforcer l'Europe en la divisant. C'était cette idée de créer des Europe à plusieurs niveaux, une Europe du Sud, une Europe du Nord, un euro du Sud, un euro du Nord, pour compenser ces disparités très importantes, autant économiques que culturelles selon M. Stiglitz. Pensez-vous que l'on puisse renforcer l'Europe en la divisant, ou pensez-vous qu'il faille aller vers davantage d'union ? R - Vous avez évoqué également le professeur Stiglitz dont j'ai vu les interviews et les papiers. Il est vrai qu'il est critique surtout sur le fonctionnement de la zone euro. Je n'ai pas vu de critique sur l'Europe en tant que projet politique, il est même pour l'Europe mais simplement, il considère que la manière dont fonctionne l'euro a des défauts. Il y a eu la crise grecque qui a été mal gérée et trop lentement solutionnée, durement solutionnée même. Il y a donc des disparités entre le Nord et le Sud. En même temps, nous sommes dans un contexte de monnaie unique, qui implique un certain nombre de règles et je pense qu'il faut, non pas remettre en cause les règles, mais aider les pays qui en ont le plus besoin, et notamment ceux qui ont du retard en matière d'investissements. S'il y a des progrès à faire, c'est là. Parfois, il y a des divergences, parfois il y a des débats qu'il faut avoir sur l'harmonisation fiscale par exemple avec plus d'investissements. Il faut le décider politiquement et il y a des résistances. Le professeur Stiglitz a mis le doigt sur un certain nombre de difficultés mais il va trop loin. Il va jusqu'à conclure que l'on pourrait se passer de l'euro. Moi je pense que nous ne reviendrons pas en arrière. Il faut bien voir dans quelles conditions a été créé l'euro qui était d'abord une construction politique qui a permis de consolider l'Europe. Je crois qu'il faut faire attention à ne pas jouer avec cela. Il est à l'extérieur, il n'est pas un acteur politique et donc il est libre de sa parole. Mais en tant qu'acteur politique, ce n'est pas ce que je préconise. En revanche, il faut faire bouger les choses. (...). Syrie (...) La Syrie, je l'ai dit la semaine dernière à New York, lors de l'assemblée générale des Nations unies, est un pays martyr. Le peuple syrien est supplicié d'un côté par un régime barbare, acculé de l'autre par des groupes terroristes dénués de toute conscience humaine. La ville d'Alep pourrait bien devenir le symbole de cette crise qui n'en finit pas de produire ses effets catastrophiques, j'ai appelé cela le Guernica du XXIe siècle. Quant au peuple syrien, quel choix lui reste-t-il ? La fuite. C'est ce à quoi les pays voisins et l'Europe assistent depuis cinq ans, avec bientôt près de la moitié de la population aujourd'hui jetée sur les routes de l'exil ou déplacée. La mort. Et les morts se comptent déjà par centaines de milliers dans ce conflit qui se compare, à l'échelle de ce peuple, aux plus sanglantes des guerres du siècle dernier. La radicalisation. C'est ce qui se produit malheureusement pour certains groupes rebelles qui, face à la violence systématique d'Assad, sont conduits à se rapprocher des groupes terroristes. C'est un cercle vicieux que les soutiens de Damas nourrissent en connaissance de cause pour amener la Syrie à un face-à-face morbide entre deux barbaries : celle du régime et celle du terrorisme. Ni le régime d'Assad, ni Daech, ni al-Nosra, la filière syrienne d'al-Qaïda, ne s'embarrassent du moindre principe dans ce processus mécanique et barbare d'élimination des populations qui pensent différemment, qui prient différemment ou qui les gênent parce qu'elles se trouvent au mauvais endroit. C'est le spectacle hideux de la pire cruauté dont l'homme est capable. Il se déroule là, de l'autre côté de la Méditerranée. Que faisons-nous, depuis les cinq années que dure ce conflit ? Nous avons été faibles collectivement, il faut oser le reconnaître, et je le fais devant vous. La paix aurait peut-être pu revenir si - collectivement, je le répète - nous avions su créer une coalition suffisamment forte pour frapper les auteurs des attaques chimiques de la Ghouta, à l'été 2013. À l'époque, nous, la France, le souhaitions. Mais certains pensaient ce conflit bien lointain et insuffisamment lié à des intérêts vitaux. Les États-Unis ont hésité. Les Britanniques ont renoncé. Nous avons assisté depuis aux conséquences de ces doutes. La guerre en Syrie a généré un flux massif de réfugiés, qui sont devenus notre problème. Elle a favorisé l'émergence d'un foyer de terrorisme international sans précédent, qui sert de base arrière ou de source d'inspiration à des attentats partout dans le monde. Aujourd'hui, cette guerre de Syrie sert à la Russie pour s'affirmer en tant que puissance, pour illustrer sa capacité à tenir tête à une coalition qui n'est pourtant aucunement dirigée contre elle. Or la Russie, en soutenant et en encourageant Assad, prend non seulement le risque d'être complice de crimes de guerre, elle contribue aussi à une entreprise qui déstabilise le reste du Moyen-Orient, qui déstabilise la Turquie, qui déstabilise l'Europe et qui pourrait finir par l'atteindre elle-même. À ceux qui, jusqu'à Paris, nous disent depuis plusieurs mois qu'il suffit de se ranger derrière Moscou pour régler le problème syrien, je réponds : vous vous trompez. Voyez le résultat des efforts de John Kerry qui a essayé, inlassablement et avec sincérité, de négocier une trêve avec Sergueï Lavrov, en échange d'une coopération dans la lutte contre Jabhat al-Nosra. Cette trêve n'a tenu que quelques jours et le régime syrien a repris sa marche vers Alep, avec l'assentiment et le soutien de la Russie et de l'Iran. Il faut donc avoir le courage de la lucidité, en reconnaissant que le monde fait face, en Syrie, à l'une des pires situations qu'il ait connu depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Faut-il pour autant se résigner ou s'enfermer - et laisser Moscou s'enfermer - dans une nouvelle confrontation, où les marges de chaque empire seraient de nouveau sacrifiées à la volonté de puissance des grands ? Le temps de la guerre froide est révolu. Certains en rêvent, en tout cas c'est ma conviction. S'il peut séduire par l'illusion nostalgique d'une parité de puissance retrouvée, il ne correspond plus à la réalité. Le monde a changé, les acteurs se sont multipliés et diversifiés, plus aucun État n'est en mesure d'affirmer quelque domination que ce soit. Il est encore temps pour nous, je le pense profondément, de convaincre la Russie que notre intérêt commun est de coopérer en faveur de la paix, que nos intérêts - ceux de la France, de l'Union européenne et même ceux des États-Unis - ne sont pas contradictoires avec ceux du peuple russe. C'est pourquoi la France ne se résout pas à laisser la Syrie dériver encore davantage vers le chaos. Tant qu'il y aura un espace pour la négociation, elle le mettra à profit. La Syrie ne peut plus attendre. Nous ne devons plus attendre. Il faut que cessent les combats, d'abord à Alep. C'est ce que nous nous efforçons, en ce moment même, d'obtenir au conseil de sécurité des Nations unies, qui est réuni au moment où je vous parle. J'ai aussi proposé, la semaine dernière, à New York, un mécanisme de contrôle pour assurer un suivi collectif du cessez-le-feu, seul de nature à créer la confiance qui fait si cruellement défaut. Il faut que l'aide humanitaire parvienne aux populations, qui en sont démunies parfois depuis des mois. Il faut ensuite qu'un processus politique reprenne enfin afin que la Syrie puisse se donner les chances d'un avenir en paix. Cet avenir est possible. Il est nécessaire si l'on veut que la communauté internationale concentre toutes ses forces dans la lutte contre le terrorisme. Avec la Syrie, le monde est à un moment de vérité. L'équilibre des puissances dans le monde et l'avenir de notre système international sont aussi en jeu. (...). \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/400.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/400.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9206c44ddf4585c98f58e6078eeaa191850d937e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/400.txt @@ -0,0 +1 @@ + Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur le Représentant spécial pour les relations économiques avec les pays de l'ASEAN, Cher Philippe Varin, Chers Amis, Je suis très heureux de vous accueillir au Quai d'Orsay, quelques semaines après la visite d'État du Président de la République au Vietnam et à deux semaines de la réunion ministérielle entre l'Union européenne et l'ASEAN à Bangkok. C'est d'ailleurs de l'Europe dont je souhaiterais, pour commencer, vous dire quelques mots. Évidemment, même si les pays de l'ASEAN sont loin de l'Europe, vous vous intéressez beaucoup à ce qui s'y passe, parce que les relations entre l'Europe et l'ASEAN sont essentielles et parce que tout ce qui se passe en Europe depuis plusieurs mois vous interpelle. La décision prise par le peuple britannique de se retirer du projet européen par le Brexit nous interroge en effet collectivement. Ce que je voudrais vous dire, c'est que j'ai la ferme conviction que l'Union européenne sortira plus forte de cette épreuve. Cela peut surprendre que je dise cela. On aurait pu craindre un effet de contagion après le vote britannique, mais ce n'est pas ce qui s'est passé. C'est plutôt une prise de conscience qu'il y avait là un risque pour l'avenir. Le sommet informel de Bratislava des chefs d'État et de gouvernement, qui se sont réunis à 27 et non pas à 28 pour la première fois, a permis d'adopter une feuille de route pour la relance du projet européen sur des questions essentielles. Il est important que l'Europe se concentre sur ces questions essentielles, qui intéressent nos concitoyens. D'abord la question des migrations, la question de la sécurité et puis celle de l'économie. Les crises auxquelles nous avons fait face ces dernières années ont été surmontées. Ce sera également le cas pour le Brexit. Notre volonté, c'est que l'Union européenne à 27 soit plus forte que les 28 moins un, et qu'elle demeure donc pour l'ASEAN un partenaire stratégique et engagé. Bien sûr, le chemin que l'ASEAN a suivi n'est pas tout à fait le même que celui suivi par l'Union européenne. Pour autant, je suis intimement persuadé que nos expériences respectives d'intégration régionale sont un fondement solide pour renforcer notre partenariat, dans tous les domaines. La réunion ministérielle de Bangkok doit ainsi préparer l'élévation du partenariat UE-ASEAN au niveau stratégique. S'agissant des relations entre la France et l'Asie du Sud-Est, c'est une histoire très ancienne qui nous lie et qui comprend des chapitres d'une grande densité, y compris les heures plus sombres de la colonisation. La France est aujourd'hui un partenaire très impliqué dans la relation à vos pays et dans le développement de votre région. La France avait également été, en 2007, le premier pays européen à adhérer au Traité d'amitié et de coopération (TAC) en Asie du Sud-Est. Pour illustrer cette dynamique, permettez-moi aussi une note plus personnelle : je me suis moi-même rendu, comme Premier ministre, à Singapour, aux Philippines (où il s'agissait de la première visite d'un Premier ministre français), en Thaïlande, au Cambodge et en Malaisie, puis, en juin dernier, en tant que Ministre des Affaires étrangères, en Birmanie. Et, puisque c'est, malgré moi, de notoriété publique, je peux aussi vous avouer que c'est au Vietnam que j'ai passé mes premières vacances après avoir quitté mes fonctions de Premier ministre en 2014 ! C'est dans ce contexte de proximité et de confiance réciproque que je veux tracer ici de grands axes pour le renforcement des liens de l'Europe et de la France avec l'Asie du Sud-Est. En matière politique d'abord. Nous sommes liés par des défis globaux qui nécessitent un dialogue étroit. En tant que membre permanent du conseil de sécurité, la France a des responsabilités particulières à l'égard du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Je me réjouis de l'excellente coopération que nous entretenons avec la Malaisie au sein de ce conseil depuis bientôt deux ans. Défi central qui nous concerne tous, le terrorisme a frappé au cours des derniers mois, en France comme en Asie du Sud-Est. Même si Daech recule au Moyen-Orient grâce à l'action de la coalition internationale, l'organisation terroriste se démultiplie ailleurs, y compris dans votre région. Quelques centaines de ressortissants d'Asie du Sud-Est combattent actuellement en Syrie et en Irak. Nous devons continuer à lutter ensemble, dans le respect du droit international, contre la radicalisation et contre tous les trafics qui alimentent les groupes terroristes. Votre région abrite une très importante population musulmane, dotée d'une histoire et d'une civilisation particulièrement riches, avec une tradition pluriséculaire de tolérance et de vivre-ensemble. Nous pouvons travailler davantage, collectivement, à protéger l'islam de ceux qui s'en revendiquent pour semer la terreur. Nous devons montrer, ensemble, qu'il n'y a pas de guerre de civilisations. Notre époque offre au contraire l'opportunité d'un dialogue et d'un enrichissement mutuel sans égal dans l'histoire de l'humanité. Autre enjeu, celui de la sécurité régionale. En mer de Chine méridionale, nous avons tous besoin d'un règlement pacifique des différends territoriaux et du maintien de la liberté de navigation et de survol, tout cela dans le respect du droit international. C'est une voie de transit majeure, y compris en direction de l'Europe. La marine française navigue régulièrement dans cette zone et continuera à le faire - c'est aussi un passage stratégique vers nos territoires du Pacifique. Nous continuerons donc à apporter tout notre soutien aux négociations menées entre la Chine et l'ASEAN pour l'élaboration d'un code de conduite. L'Asie du Sud-Est, en raison de sa géographie, est particulièrement exposée au changement climatique. En février 2015, le lancement conjoint, à l'occasion de la visite du président de la République aux Philippines, d'un « Appel de Manille à l'action pour le Climat », a contribué à la mobilisation de la communauté internationale en amont de la COP21. Nous avons également apprécié le rôle joué par le ministre des affaires étrangères de Singapour, M. Balakrishnan, qui était l'un des 14 facilitateurs pendant la Conférence de Paris. Il nous appartient désormais de mettre en œuvre au plus vite l'Accord de Paris. Je tiens à saluer ici Brunei, le Laos, Singapour et la Thaïlande, qui l'ont ratifié ce mois-ci. J'encourage vivement les autres pays de l'ASEAN à suivre cette voie. Au-delà de ces défis globaux, nous devons partager des objectifs politiques autour de valeurs communes. C'est sur le fondement de notre héritage culturel et intellectuel commun que la France promeut en Asie des principes et des intérêts partagés : le respect des droits de l'Homme - y compris le droit à un procès équitable - le respect des libertés fondamentales, la liberté d'expression et la démocratie. Nous défendons, avec l'Union européenne, l'abolition universelle de la peine de mort, en tous lieux et en toutes circonstances. Cet engagement nous conduit à nous exprimer parfois pour rappeler nos espoirs de progrès dans certains de vos pays - je pense par exemple à notre espoir de voir la Thaïlande retrouver rapidement un ordre constitutionnel et démocratique. Prenez ces déclarations non comme une propension à donner des leçons, mais plutôt comme le signe de l'intérêt particulier que nous portons, Français et Européens, au sort des peuples et à l'universalité des principes exposés dans la Charte des Nations unies et dans la Déclaration universelle des droits de l'Homme adoptée en 1948 à Paris. C'est d'ailleurs dans ce cadre international que se situe la Déclaration des droits de l'Homme de l'ASEAN, adoptée en 2012 à Phnom Penh par les chefs d'État et de gouvernement de votre région. Dans ce contexte, je salue le processus de transition démocratique que connaît actuellement la Birmanie. Lors de ma visite en juin dernier, j'ai rappelé que la France se tiendrait aux côtés des autorités birmanes démocratiquement élues, pour accompagner la Birmanie sur la voie de la paix, de la démocratie et du développement. J'en viens à présent à nos relations économiques. Je voudrais d'abord renouveler mes félicitations pour la création, le 31 décembre 2015, de la « Communauté économique de l'ASEAN ». C'est une étape fondamentale vers le renforcement de l'intégration économique, financière et réglementaire de l'ASEAN. Cette évolution va consolider l'attractivité de l'Asie du Sud-Est, troisième économie d'Asie avec un taux de croissance de 5% en moyenne depuis trente ans. Cette nouvelle communauté va aussi contribuer au développement des échanges économiques entre l'Union européenne, première puissance marchande du monde, et l'ASEAN. À cet égard, la France soutient les négociations d'Accords de libre-échange (ALE) initiées par l'UE et plusieurs pays de l'ASEAN. Un texte est déjà agréé avec Singapour et le Vietnam. Des négociations sont en cours avec la Malaisie, l'Indonésie, les Philippines et la Thaïlande. Des discussions ont aussi commencé avec la Birmanie pour un accord de protection des investissements. Nous voulons renforcer encore la dynamique de nos échanges commerciaux bilatéraux, qui atteignent près de 30 Mds d'euros en 2015. Les secteurs de l'agro-alimentaire, de la santé et de la ville durable sont, en particulier, porteurs d'opportunités. Votre région accueille de plus en plus d'investissements. Le récent rachat de la société de transport maritime singapourienne « Neptune Orient Lines » par l'armateur français CMA-CGM illustre la participation de la France à ces investissements. Nous devons aussi continuer à œuvrer pour l'augmentation des investissements de l'ASEAN en France, qui sont encore trop modestes. Les réformes économiques mises en place par le gouvernement français depuis 2012 favoriseront ce mouvement. J'en avais d'ailleurs présenté les grandes orientations dès 2012, à Singapour. Je remercie M. Philippe Varin qui s'engage avec efficacité, depuis plus de deux ans, aux côtés de tous les acteurs du commerce extérieur français pour renforcer ces échanges économiques. Enfin, nous devons poursuivre encore le renforcement de nos échanges dans les domaines du développement, des relations universitaires et scientifiques et de la culture. L'Agence française de développement est présente depuis longtemps au Vietnam, au Cambodge et au Laos. Elle a progressivement élargi son champ d'intervention à la Thaïlande, à l'Indonésie, aux Philippines et dernièrement à la Birmanie. Entre 2010 et 2015, nous avons ainsi financé près de 100 projets en ASEAN, pour un montant de 2,2 Mds euro, en appui au développement durable et pour lutter contre le changement climatique. Les échanges universitaires et scientifiques sont également un pilier de nos relations. Pour ne citer qu'un seul exemple, parce que le président de la République revient juste du Vietnam : l'Université franco-vietnamienne des sciences et technologies de Hanoï (USTH) doit fournir au Vietnam les cadres et ingénieurs nécessaire au développement d'une économie fondée sur la connaissance et l'innovation. Nous pourrions multiplier les exemples dans chaque pays de l'ASEAN. Pour faire vivre ces échanges, nous souhaitons accueillir davantage d'étudiants d'Asie du Sud-Est en France. Ils sont aujourd'hui un peu plus de 10.000 mais pourraient être plus nombreux, alors que près de 400.000 élèves et étudiants apprennent aujourd'hui le français dans votre région. Nous souhaitons d'ailleurs dynamiser encore le développement de la francophonie, notamment par des formations linguistiques davantage orientées vers le monde du travail. Enfin, la culture est une autre composante majeure de notre coopération. La France mène, en coordination étroite avec ses collectivités territoriales, une coopération en matière de préservation du patrimoine : au Cambodge, au Laos, au Vietnam, maintenant en Birmanie. Nous devons également faire vivre nos liens par des programmations culturelles dynamiques, tournées vers l'avenir et au bénéfice du plus grand nombre dans nos sociétés. Voici, tracées à grands traits, les principales orientations dont je vous propose de poursuivre le développement, ensemble. Je compte sur vous pour y contribuer. L'ASEAN est véritablement, pour l'Union européenne, une organisation soeur. C'est dans cette intimité amicale que nous devons renforcer encore notre coopération, au sein d'une petite famille qui compte tout de même plus d'un milliard d'habitants lorsqu'elle est réunie ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/401.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/401.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6bde9f4f92f9c8e94709d0c95c74bbf81b98fa2d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/401.txt @@ -0,0 +1 @@ +THOMAS SOTTO Un tapis de bombes, la politique de la terre brulée pour mater Alep est ses rebelles. Et peu importe si les infrastructures civiles sont systématiquement ciblées, peu importe si les hôpitaux sont visés il en a encore eu deux hier peu importe si l'on ramasse les corps des civils - hommes, femmes et enfants à la pelle. Bonjour Jean-Marc AYRAULT. JEAN-MARC AYRAULT Bonjour. THOMAS SOTTO C'est pire que dans un abattoir a dit Ban-KI MOON, mais alors l'ONU, la France, vous vous servez à quoi ? JEAN-MARC AYRAULT En ce qui concerne la France nous faisons tout pour créer les conditions d'un cesser le feu et d'un arrêt des bombardements sur Alep. C'est notre priorité. J'étais la semaine à l'assemblée générale des Nations Unies, toute la semaine j'ai participé à de très nombreuses réunions et j'ai défendu toujours la même position avec la plus grande fermeté, il faut dénoncer ce qui se passe, et il faut que personne ne soit complice de ce massacre. THOMAS SOTTO Mais on l'est tous là complices de ce massacre ! On a l'impression que les Etats-Unis, la France, l'Union européenne… JEAN-MARC AYRAULT Non, là c'est clair, le régime de Damas, Bachar El ASSAD a choisi la stratégie de la guerre totale. THOMAS SOTTO Avec l'appui de la Russie. JEAN-MARC AYRAULT Avec l'appui de la Russie, et avec des crimes de guerre que dénonce le secrétaire général des Nations Unies, à juste titre, quand on utilise des bombes incendiaires et qu'on incendie des hôpitaux et qu'on tue des enfants, des femmes et des familles entières… Les images sont terribles et soulèvent l'indignation, l'écœurement. THOMAS SOTTO Mais qui sont responsables de ces crimes de guerre ? Les Syriens ? JEAN-MARC AYRAULT Les responsables c'est clair, c'est le régime de Bachar El ASSAD qui bombarde et également les Russes qui sont d'ailleurs présents au sol, 5000 soldats, et qui bombardent aussi. THOMAS SOTTO Donc Vladimir POUTINE se rend coupable de crimes de guerre en ce moment? JEAN-MARC AYRAULT Ce que je dis très clairement c'est que la France est en train de travailler, je pars à Londres cet après-midi pour convaincre également Boris JOHNSON, la Grande Bretagne, mais nous sommes aussi en contact avec les États-Unis pour une résolution qui est actuellement en négociation pour qu'elle soit adoptée par le Conseil de sécurité et avec l'espoir qu'elle soit aussi votée par les Russes et les Chinois, les membres permanents. THOMAS SOTTO Une résolution... JEAN-MARC AYRAULT Mais non ce n'est pas une résolution... THOMAS SOTTO Ca se discuter entre personnes de bonne volonté, entre gens civilisés, là la Russie qui a un droit de véto s'en moque des résolutions. JEAN-MARC AYRAULT Personne ne pourrait prendre la responsabilité de ces crimes de guerre, du soutien à ces crimes de guerre. Donc j'appelle les Russes à prendre leur responsabilité, j'appelle les Russes à condamner ces bombardements d'Alep, j'appelle les Russes à condamner l'usage des armes chimiques, parce que je rappelle qu'il y a aussi des armes chimiques qui doivent faire l'objet d'une condamnation par les Nations Unies… THOMAS SOTTO Les bombes au phosphore utilisées par… JEAN-MARC AYRAULT Il y a des enquêtes qui sont en cours par les Nations Unies. Vous savez si on a la certitude qu'il y a eu l'usage d'armes chimiques c'est parce qu'il y a eu une enquête d'un organisme du Conseil de sécurité, et qui est incontestable. Donc à partir de là chacun est face à ses responsabilités. Donc je demande aux Russes de prendre les leurs, de ne pas être complices de cette usage d'armes chimiques, de ne pas être complices des bombardements qui massacrent Alep, parce que Alep est devenue une ville martyr. Vous savez la Syrie, hier sur votre antenne Daniel COHN-BENDIT s'offusquait qu'il n'y ait pas plus de mobilisation populaire, pas seulement en France mais dans le monde entier, comme c'était le cas pour l'Irak, c'est déjà plus de 300 000 morts, c'est 10 millions de personnes déplacées et réfugiées. Et ce qui est en train de se produire c'est encore plus de réfugiés et c'est encore plus aussi de radicalisation des groupes terroristes. Parce que plus les bombes tombent, alors c'est les groupes terroristes les plus virulents qui font des adeptes ! THOMAS SOTTO On fabrique les djihadistes de demain ? Les Russes et les Syriens sont en train de fabriquer les djihadistes de demain ? JEAN-MARC AYRAULT C'est malheureusement le cas sur le terrain, c'est ce qui se passe en Syrie. Et nous notre principal adversaire, et il n'y en a pas d'autres, c'est Daesh, c'est aussi ses complices comme Al-Nostra qui fait partie du groupe Al-Qaida, qui sont sur le terrain mais qui à cause de ces bombardements, à cause de ces massacres finissent par se renforcer. Et ils se renforcent sur place mais ils se renforcent aussi dans leur lutte terroriste contre nous en Europe et dans le monde. THOMAS SOTTO Je vous repose la question parce que vous ne m'avez pas répondu tout à l'heure, est-ce que Vladimir POUTINE est en train de se rendre coupable de crimes de guerre ? JEAN-MARC AYRAULT Je n'imagine pas qu'un président d'un grand pays comme la Russie puisse se mettre dans cette situation. Donc il n'est pas trop tard pour un sursaut ; c'est ce que je voulais dire ce matin sur cette antenne, et parce qu'il n'est pas possible qu'il n'y ait pas une mobilisation totale, en tout cas c'est celle de la France, contre la guerre totale. Et donc c'est cet appel que je lance ; et j'espère que tout le travail que nous sommes en train de faire, nous notre délégation française, au Conseil de sécurité va aboutir. Mais c'est une question d'heures avant qu'Alep tombe et avant qu'il y ait encore davantage de morts. THOMAS SOTTO On ne doute évidemment pas ni de votre bonne volonté, ni de votre indignation qu'on entend ce matin mais vous avez vu ce qui est advenu du processus de Vienne, il a été signé il y a moins d'un an entre Russes et Américains, il devait mener à la fin du combat, à l'aide humanitaire, et à la transition politique en Syrie. Là, les Russes ont été bien élevés, ils ont signé ; le bilan, un an après, c'est l'enfer. JEAN-MARC AYRAULT Oui, c'est ce que je dénonce. Mais il n'est pas trop tard, parce que quelle est l'autre option ? L'autre option c'est de se faire la guerre ! Est-ce que c'est ça qu'on propose ? Alors je propose la solution politique mais il faut le faire tout de suite parce qu'après il sera trop tard. Après c'est le chaos guerrier qui va se développer en Syrie et là on ne contrôlera plus rien contre le terrorisme, on ne contrôlera plus rien pour ses conséquences en France et en Europe, mais aussi en Russie qui finira par être déstabilisée. Donc c'est l'intérêt général de dire « non » aux massacres à Alep, et se mobiliser ensemble dans la lutte contre le terrorisme. THOMAS SOTTO Vous n'avez pas le sentiment que les Russes vous écoutent poliment, se disent « on finit le « travail », entre guillemets, et après on passera à table. » JEAN-MARC AYRAULT Est-ce que vous ne croyez pas qu'ils finiront par payer les conséquences de tout ça ? D'abord pas seulement les conséquences politiques et morales, mais aussi les conséquences dans leur propre pays, où le terrorisme existe, il va se développer, il touche tout le monde. Donc il y a un moment il faut prendre ses responsabilités. En tout cas pour la France, la ligne elle est claire, il n'y a pas d'ambigüité. Je vous rappelle qu'en ce qui concerne la politique française, et François HOLLANDE l'a encore rappelé ces derniers temps, c'est qu'en 2013, il y avait eu, par le régime de Damas, l'usage des armes chimiques qui avait été condamné par toute la communauté internationale, y compris les Russes, et nous la France nous avions envisagé des frappes aériennes qui auraient ciblé notamment les avions syriens, et au dernier moment les Américains et les Britanniques, qui devaient nous soutenir, nous ont laissé tomber. On paye peut-être aussi le prix de tout ça. THOMAS SOTTO La faute aux Américains donc ? JEAN-MARC AYRAULT Je n'ai pas à dire que c'est la faute aux Américains ou X ou Y, c'est la conséquence, et je le regrette parce qu'aujourd'hui on aurait un autre rapport de force et on serait sans doute dans un processus de négociation pour la paix ; Et parce que vous savez s'il n'y a pas ce processus de négociation pour la paix qui reprend, alors les réfugiés continueront de partir. Et les réfugiés vous savez bien que c'est un problème, pas seulement pour la France, l'Allemagne, etc., c'est un problème pour la Turquie où ils sont 2,5 millions, c'est un problème pour la Jordanie, ils sont près d'un million, le Liban ils sont 2 millions ; Voilà la réalité. THOMAS SOTTO La résolution dont vous allez discuter avec Boris JOHNSON dès aujourd'hui vous souhaitez qu'elle soit votée quand ? JEAN-MARC AYRAULT Le plus vite possible, c'est une question d'heures, je l'ai dit tout à l'heure. Donc nous passons des jours et des nuits à travailler, la France, à notre initiative, à cette résolution au Conseil de sécurité, et bien sûr nous discutons avec les Américains, nous discutons aussi bien sur avec les Russes, c'est difficile, et le Chinois qui sont les membres permanents et les autres membres du Conseil de sécurité. Pourquoi je parle des membres permanents ? Parce qu'ils peuvent utiliser leur véto, et à ce moment-là il ne se passe rien. Il faut qu'il se passe quelque chose. THOMAS SOTTO On voit bien l'impuissance de l'Amérique de Barack OBAMA ; selon vous, pour en finir avec la guerre en Syrie, il vaudrait mieux que ce soit Donald TRUMP ou Hillary CLINTON qui pousse les portes de la Maison blanche en janvier ? JEAN-MARC AYRAULT Hillary CLINTON est quelqu'un d'expérimenté, on la connait, c'est quelqu'un de sérieux et qui a toujours défendu des options, j'allais dire, responsables. En ce qui concerne Donald TRUMP on ne le connait pas, on sait simplement qu'il est dans la polémique permanente, dans le populisme, et c'est très inquiétant si c'est lui qui est demain président des États-Unis. En tout cas ça c'est la décision du peuple américain. C'est dire à quel point les élections dans d'autres pays nous intéressent, et notamment singulièrement les élections aux États-Unis. Nous suivons attentivement cette campagne. THOMAS SOTTO Toute dernière question à propos d'une autre élection présidentielle, Ali BONGO qui a été investi pour un deuxième mandat. Il y a de lourds soupçons de fraude. Est-il Ali BONGO un président légitime aujourd'hui ? JEAN-MARC AYRAULT Il y a la Cour constitutionnelle gabonaise qui s'est prononcée, il y a eu des recours, c'est ce que nous avions recommandé ; il reste toujours un doute. Maintenant il faut une solution politique de réconciliation, et c'est ce que la France redit et répètera encore. THOMAS SOTTO Mais c'est un interlocuteur légitime aujourd'hui ? JEAN-MARC AYRAULT Il est investi, il est installé, la France a été représentée par son Ambassadeur, vous avez vu qu'il y a une certaine retenue après cette élection ; et en même temps ce que nous voulons c'est pas la déstabilisation du Gabon ; et pour ça il y a besoin que l'union africaine, qui a commencé à le faire, joue son rôle pour encourager BONGO à chercher une politique de rassemblement parce que je pense que c'est l'intérêt du Gabon mais c'est aussi l'intérêt de toute l'Afrique. THOMAS SOTTO Merci beaucoup Jean-Marc AYRAULT, ministre des Affaires étrangères d'être venu ce matin nous parler de la Syrie sur Europe 1. Merci bonne journée. JEAN-MARC AYRAULT Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/402.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/402.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..618d2e57c15a800e2543bc4a98312bf5027652e9 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/402.txt @@ -0,0 +1 @@ +Syrie - Russie Nous unissons nos efforts pour obtenir le plus vite possible une résolution au conseil de sécurité des Nations unies pour arrêter le massacre d'Alep ; il y a une urgence absolue. La France fait la proposition d'un texte qui permettrait une résolution. Alors évidemment, il faut beaucoup travailler, et nous multiplions nos efforts avec les Américains, mais aussi nous voulons tendre la main à tous les membres du conseil de sécurité et en particulier aux Russes. Les Russes qui soutiennent le régime de Bachar al-Assad mais qui ne peuvent pas porter la responsabilité morale et politique de laisser bombarder Alep, de laisser massacrer la population civile d'Alep. Donc il est possible de se mettre d'accord, nous pratiquons la politique de la main tendue ; nous proposons une résolution qui soit claire, efficace et qui puisse être mise en œuvre rapidement. Premier objectif : arrêter les bombardements sur Alep et permettre l'accès de l'aide humanitaire ; élargir ensuite le cessez-le-feu, et mettre en place un mécanisme de surveillance collective que la France a proposé à plusieurs reprises, notamment la semaine dernière à New York. Puis, créer les conditions pour repartir sur de nouvelles bases en ce qui concerne la négociation de paix qui est indispensable pour l'avenir de la Syrie. Voilà ce que nous partageons, donc c'est un vrai combat, un combat pour sauver Alep, sauver la population d'Alep, et puis arrêter la guerre, la guerre qui a fait tant de mal déjà. Plus de 300.000 morts, 10 millions de personnes déplacées : ce n'est pas supportable, et quand on voit ces images à la télévision, c'est l'écœurement, c'est la désolation, c'est la solidarité, aussi, avec la population civile d'Alep. Donc nous avons, avec Boris Johnson, comme nous l'avons fait la semaine dernière, à New York et à Boston, partagé cette détermination à agir, et à agir vite et avec force. Q - Poutine sera-t-il toujours le bienvenu en octobre à Paris ? R - Je tends la main aux Russes. Nous avons avec les Russes des désaccords et, en ce moment sur la Syrie, des désaccords profonds. Mais il faut les surmonter, dans l'intérêt de la paix et de la sécurité. Nous, notre priorité, c'est de continuer à lutter contre le terrorisme, contre Daech, contre al-Nosra, et il n'y a aucune ambiguïté : si les Russes veulent des garanties nous les donnons, bien entendu, pour lutter contre al-Nosra, qui fait partie de la famille d'al-Qaïda. Mais plus les bombardements durent sur Alep, plus le massacre de la population civile se prolonge, alors plus les phénomènes de radicalisation se développent sur le terrain. Aussi ne donnons pas d'argument supplémentaire aux terroristes pour se renforcer. Les terroristes détruisent le Moyen-Orient, mais ils nous menacent, aussi. Ils nous menacent en France, ils nous menacent partout dans le monde, et c'est là où se trouve le foyer du terrorisme. Et puis ils menacent aussi la Russie. Soyons clairs : ils menacent tous les pays de la région, mais la Russie aussi peut être fragilisée par cette montée du terrorisme. Donc c'est notre priorité, et ça nous voulons le partager. Quant à la Russie, nous avons aussi d'autres sujets, qui sont extrêmement importants et, notamment, la paix à l'est de l'Ukraine. Mais nous ne désespérons pas d'organiser, à la fin du mois d'octobre, un sommet dans le cadre du « format Normandie », avec les Allemands, les président Poutine, Porochenko et Hollande et la chancelière Merkel. Il faut vraiment avancer. Nous, notre voie, ce n'est pas la voie de la guerre. En Syrie nous ne sommes pas des belligérants, notre combat n'est que contre Daech, avec la coalition internationale. Pour le reste, nous, notre combat, c'est celui de la négociation et de la paix. Certains doutent qu'on puisse y arriver. Mais comment avons-nous fait pour régler le problème nucléaire iranien ? Nous l'avons fait par la voie diplomatique et la voie politique. Pourquoi ne pourrions-nous pas le faire sur d'autres sujets aussi graves, et notamment la Syrie ? En tout cas c'est notre conviction. (...). Royaume-Uni - Industrie nucléaire - Hinkley Point (En français et en anglais) Q - (Sur Hinkley Point et l'investissement de EDF au Royaume-Uni) R - Oui, je vais assister à cette signature : il s'agit d'un investissement extrêmement important qui s'élève à 18 milliards d'euros, dont 12 milliards d'euros pour EDF. C'est un chantier qui va créer des emplois - 25.000 emplois en Grande-Bretagne, 4.500 emplois en France - et qui ne concerne pas qu'EDF d'ailleurs, qui concerne toutes les entreprises de la filière nucléaire. Et les Britanniques avaient besoin de cet investissement qui est un investissement français et chinois. C'est un investissement avec les Chinois qui s'inscrit dans une très longue coopération franco-chinoise dans le domaine du nucléaire - plus de 30 ans. Ce partenariat se prolonge et il s'étend notamment à travers ce projet au Royaume-Uni. Vous savez que les Britanniques ont besoin de renouveler leur capacité pour assurer leur mix énergétique, et dans leur mix énergétique, il y a une part importante de nucléaire. Et pour cela, cet investissement était indispensable, notamment pour desservir 6 millions de foyers. Donc la décision qui a été prise par le gouvernement britannique est claire : c'est un bon accord. Je sais qu'il soulève des questions et des interrogations, notamment en France. Mais il représente aussi une opportunité pour l'avenir de toute une filière. Vous savez que la France a cette capacité à développer une filière nucléaire depuis très longtemps. Ce serait une erreur de ne pas continuer à la développer. Et il y a encore d'autres perspectives de développement, en Europe et dans le reste du monde. Beaucoup de pays sont intéressés par les capacités technologiques que nous pouvons offrir, et avec toute la sécurité indispensable. Et j'ajouterai aussi que concernant EDF, cet investissement important n'est pas le seul investissement, puisque ça représente 10% des investissements d'EDF et que le principal investissement d'EDF, et c'est important pour l'avenir de cette grande entreprise publique française, c'est le carénage. C'est-à-dire le renouvellement, la consolidation de tout le parc nucléaire français. Donc le gouvernement français, et c'est le sens de ma présence, a pris ses responsabilités pour soutenir cet investissement au Royaume-Uni avec le partenariat chinois. Et, en même temps, le gouvernement français a pris ses responsabilités pour soutenir EDF en lui donnant les moyens de son avenir et de son développement, notamment en participant à sa recapitalisation. Ce sont tous ces engagements-là que la France veut tenir à la fois vis-à-vis de ses partenaires, britanniques, chinois, mais aussi vis-à-vis des Français, qui sont attachés à EDF, et aux salariés d'EDF, qui sont attachés à leur entreprise, et c'est bien normal. Donc voilà le sens de ma présence, et en même temps cette perspective, je le disais, de 25.000 emplois au Royaume-Uni et de 4.500 emplois en France. C'est donc décidé, et je me réjouis que le gouvernement britannique, après avoir examiné le dossier - Mme May avait pris ses fonctions et un nouveau Premier ministre avec un nouveau gouvernement avait parfaitement le droit d'examiner le contenu du dossier - mais qu'au vu de tout ce qu'il contient, le gouvernement britannique ait été convaincu que c'était un bon projet pour le Royaume-Uni. C'est un bon projet aussi pour la France et un bon projet pour la coopération franco-chinoise. Q - Good value for money for Britain and for France ? R - It is a good opportunity for developing the French nuclear industry for the future. This investment is a great investment, 18 billons euros and 12 billons for EDF and it is an opportunity to develop EDF, to develop the nuclear industry in Europe and in the world with a partner, the Chinese partner. I think it was very important to be here with the British government, the Chinese government for this very important investment for the British people, for the 6 million households, to have energy. This nuclear project is a part of the British energy mix, it was very important for the British government to take this decision, it is a very important moment. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/403.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/403.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0d49c9f4c86f86a69cb93e554c178854075bfe3e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/403.txt @@ -0,0 +1 @@ +Yémen - Arabie Saoudite (...) Q - Certaines voix s'élèvent, Jean-Marc Ayrault, pour dénoncer - je cite - une indignation sélective... Vous allez comprendre où je veux en venir : des milliers de civils ont été tués au Yémen par des bombardements d'une coalition avec à sa tête l'Arabie Saoudite, l'Arabie Saoudite qui officiellement lutte contre une rébellion chiite. Quelle est la position de la France à sujet ? R - La France n'est pas dans cette coalition ; la France plaide pour un cessez-le-feu et pour des négociations. Je n'ai cessé de le dire et de le redire à tous nos partenaires, en particulier l'Arabie Saoudite ; ils connaissent notre position... Q - Mais vous condamnez les civils tués par ces bombardements ? R - On condamne tous les bombardements de civils, il n'y a pas deux politiques. S'il s'agit de combattre le terrorisme, de combattre les groupes terroristes, quels que soient leurs noms, oui cela fait partie de nos priorités. Mais, si c'est pour tuer des civils, des femmes, des enfants, détruire des écoles, des hôpitaux, non, ce n'est pas acceptable. Donc il faut mettre fin au combat, c'est clair et en même temps, il faut obtenir un cessez-le-feu - les Nations unies ont fait des propositions et ont un envoyé spécial - et puis engager rapidement des négociations. Alors, en même temps, le Yémen c'est un dossier compliqué, vous le savez bien et je crois qu'il y a besoin que tout le monde fasse un effort. Dans le même temps, cette situation est terrible parce qu'on le voit tous les jours et il n'y aura pas de victoire militaire, quelles que soient les intentions des uns et des autres au Yémen pas plus qu'ailleurs ; on ne combat par le terrorisme par ce type de méthodes. Q - Mais la France, on le sait, a des liens privilégiés avec l'Arabie Saoudite ; il y a notamment la vente d'armes. Au Royaume-Uni, il y a un gros débat qui agite en ce moment les parlementaires qui demandent justement à l'Arabie Saoudite de cesser ses bombardements sur les civils ; est-ce qu'il n'y a pas un problème moral tout de même ? Vous dites « c'est compliqué ». R - Oui c'est compliqué mais cela n'empêche pas d'avoir des principes. S'agissant des ventes d'armes, bien sûr, la France vend des armes, elle en vend aussi à l'Arabie Saoudite mais il y a, à chaque fois qu'une demande de vente d'armes est exprimée, une commission interministérielle qui se réunit. Bien entendu, tout ce qui peut porter atteinte à la sécurité des civils, fait partie des critères qui nous conduisent à attribuer ou ne pas attribuer ces armes. En tout cas moi, en tant que ministre des affaires étrangères et du développement international, dans ce type de discussions, de débats interministériels, je défends ce principe. (...). * Syrie - Russie (...) Q - Jean-Marc Ayrault, depuis maintenant plusieurs semaines, le monde assiste impuissant à ce qui se passe à Alep en Syrie avec des bombardements de l'aviation russe qui est pour le régime syrien de Bachar al-Assad. En quatre jours, plusieurs hôpitaux ont été bombardés ; on a appris il y a quelques minutes que le plus grand hôpital de la partie Est de cette ville n'était désormais plus fonctionnel. Vous vous êtes beaucoup prononcé sur cette question, vous avez eu des mots très forts, mais au-delà des mots et de l'indignation, que peut faire la France ? R - La France, elle est engagée je dirais presque en première ligne pour obtenir du conseil de sécurité des Nations unies une résolution pour créer les conditions d'un cessez-le-feu en Syrie et d'abord à Alep. À Alep, il y a une urgence humanitaire et je n'ai même pas besoin de vous décrire la situation - vous venez de le dire en quelques mots - mais les images terribles que nous voyons à la télévision parlent d'elles-mêmes. Que voyons-nous ? Nous voyons des victimes civiles et quand j'entends, encore cet après-midi, un communiqué officiel de la Russie qui se félicite de l'efficacité des frappes russes sur Alep en faisant croire que ceux qui sont visés par ces frappes, ce sont essentiellement des terroristes... Mais, les images que nous voyons, ce sont des populations civiles, ce sont des hommes, des femmes, des enfants, des personnes âgées qui sont tués, qui sont mutilés. Q - Mais que faut-il faire concrètement Jean-Marc Ayrault ? R - Il faut vraiment appeler à la conscience de tous les membres du conseil de sécurité, les membres permanents comme les dix autres membres. Nous sommes actuellement en train de négocier une résolution et j'espère que nous pourrons obtenir un résultat cette semaine. Q - Mais que dit cette résolution ? Une trêve ? R - Un cessez-le-feu... Q - On en a déjà eu... R - Oui, mais un cessez-le-feu d'abord sur Alep avec également un accès de l'aide humanitaire. C'est le préalable à tout et ensuite reprise des négociations politiques. Le résultat dépend de nos partenaires et en particulier de la Russie et j'appelle cette dernière à prendre ses responsabilités. Aujourd'hui - le secrétaire général des Nations unies l'a dit lui-même -, les bombardements des hôpitaux sont des crimes de guerre. Est-ce que la Russie acceptera de porter la responsabilité de tels actes qui sont insupportables du point de vue de la conscience humaine ? Cela c'est vraiment l'urgence. Alors s'agissant de l'aide humanitaire, l'Union européenne joue aussi son rôle. J'ai eu un entretien cet après-midi avec la Haute représentante, Mme Federica Mogherini et l'Union européenne va débloquer 25 millions d'euros supplémentaires et veut contribuer à l'organisation des convois pour qu'ils puissent, le plus vite possible, traverser la frontière turque et se rendre à Alep. Il y a urgence, cela fait des mois qu'il n'y a plus d'aide alors que des gens meurent de faim. Il y a des gens formidables en Syrie dont on ne parle pas assez et en particulier à Alep, ce sont les organisations non gouvernementales, tous ces professionnels de l'humanitaire et vous avez parlé des hôpitaux, de ces médecins, de ces infirmiers et aussi des Casques blancs. Ces Casques blancs sont des gens extraordinaires. Alors ils ont été qualifiés de terroristes par le régime de Bachar al-Assad et par les Russes... C'est un scandale. Je crois qu'il faut arrêter le cynisme ; le cynisme n'est plus supportable et ceux qui ferment les yeux ou ceux qui sont complaisants à l'égard du régime de Bachar al-Assad et de ce qui est en train d'être fait avec le soutien de la Russie et de l'Iran, porteront une responsabilité pour l'avenir. Et la France veut être en première ligne pour obtenir le plus vite possible ce cessez-le-feu. Q - La Russie mettra sans doute son veto... R - Je ne l'espère pas... Nous, nous négocions, nous avons fait les propositions d'un texte, encore ce week-end, qui sera discuté ce soir au conseil de sécurité - avec le décalage horaire - et on verra bien. En tout cas, je mets en garde la Russie de ne pas prendre cette responsabilité de ne pas donner une nouvelle chance au cessez-le-feu, c'est-à-dire au fond un acte d'abord humanitaire qui est indispensable parce que notre conscience est profondément meurtrie. Tous ceux qui croient aux droits de l'Homme, tous ceux qui croient à la paix, tous ceux qui croient à la fraternité, ne peuvent pas supporter ces images aussi terribles. Q - Jean-Marc Ayrault, on sait que c'est un conflit mondialisé ; les Russes qualifient de terroristes ceux qu'ici beaucoup appellent les groupes rebelles, modérés ou djihadistes ; faut-il envisager d'exfiltrer ces groupes qui sont encore dans la partie Est d'Alep pour épargner des vies civiles ? Est-ce qu'il y a quelque chose à négocier à ce sujet ? R - Soyons clairs : nous combattons Daech ; nous n'avons pas de leçon à recevoir de quiconque concernant la lutte contre le terrorisme. La France est touchée par le terrorisme, est touchée en son cœur comme beaucoup de pays et la France se bat ; elle se bat dans le cadre de la coalition et elle se bat contre Daech. En même temps, soyons clairs : il y a Daech mais il y a aussi des groupes comme al-Nosra qui fait partie de la famille d'al-Qaïda et que nous combattons aussi. Il n'y a aucune ambiguïté. Mais, ce n'est pas parce que nous devons combattre al-Nosra, qui est sur le terrain dans certaines régions de Syrie, que pour autant nous devons faire l'amalgame avec tout le reste de l'opposition modérée qui n'a rien à voir avec ces groupes. Alors, je sais bien que sur le terrain c'est compliqué car plus les bombes frappent les populations et des villes comme Alep, plus la tentation va être de se regrouper pour survivre. Et c'est tout le drame qui est en train de se passer qui favorise la radicalisation. Des groupes modérés peuvent être tentés de s'allier avec des groupes extrémistes et je pense que c'est le drame qui est en train de se passer en Syrie. Au fond, la radicalisation, la violence et les bombardements qui augmentent, encouragent les terroristes. Et nous, notre priorité, c'est la lutte contre les terroristes. Il y a donc une cohérence entre obtenir un cessez-le-feu, apporter l'aide humanitaire et engager des négociations de paix avec la lutte contre le terrorisme. Q - Jean-Marc Ayrault, vous venez de l'évoquer, la France fait partie de cette coalition qui mène des bombardements contre l'organisation État islamique. Quand il est arrivé au pouvoir au Canada, Justin Trudeau a décidé de sortir de la coalition. Pensez-vous que ces raids sont la bonne stratégie contre cette organisation, sachant que la France a subi plusieurs attentats après même le début de cette campagne ? R - La raison des attentats en France, ce n'est pas parce que nous combattons Daech, dont le cœur est à Mossoul et à Raqqa, c'est-à-dire en Irak et en Syrie et qui prospère aussi en Libye. Nous sommes attaqués par des attentats parce que nous sommes la France, parce que nous défendons un certain modèle de société, des valeurs. Les terroristes veulent obtenir la division des Français et nous ne céderons pas au terrorisme. Il faut mener la bataille sur le plan militaire - mais pas seulement -, ce que nous faisons dans le cadre de la coalition contre Daech en Irak et en Syrie. Et en ce moment, tout particulièrement en Irak, nous préparons avec nos alliés, la conquête de Mossoul... Q - Justement, cela veut dire quoi « nous préparons » ... est-ce que la France aura des hommes qui vont épauler l'armée irakienne comme c'est le cas avec les Américains ? R - Il a été clairement annoncé - le président de la République l'a dit il y a quelques semaines - que nous avons sur place une batterie d'artillerie qui vient consolider l'action militaire de la coalition pour reprendre Mossoul aux djihadistes de Daech. Et, dans le même temps, vous avez aussi notre force aéronavale avec l'arrivée du Charles-de-Gaulle sur place et cela permet d'utiliser nos Mirage mais aussi les Rafale et nous avons beaucoup plus de capacités à intervenir. Nous avons renforcé notre présence militaire dans la coalition pour reprendre Mossoul à Daech et cette bataille est en train d'être préparée. Elle n'est pas immédiate et c'est dans quelques semaines que la conquête va reprendre. Cette conquête se fait bien entendu avec les Irakiens et la question sur la situation après la reconquête. Q - Justement, les civils risquent de payer un prix lourd, d'être accusés d'avoir collaboré avec Daech. Avez-vous des garanties que l'armée irakienne épaulée par des combattants chiites locaux respecte les droits humains ? R - C'est indispensable, cela fait partie de la préparation du futur. D'abord, il y a le problème des réfugiés et nous nous préparons à aider ces réfugiés sur les plans matériel et du soutien aux ONG et aux organisations des Nations unies. Par ailleurs, nous travaillons - et la France va prendre une initiative dans les prochains jours - à réunir les membres de la coalition pour évoquer la situation après la reconquête, avec quelle gouvernance, et faire en sorte que soient incluses toutes les forces irakiennes et qu'on ne poursuive pas dans la division entre Irakiens parce qu'à ce moment-là, il y a encore des risques de confrontation. Nous, ce que nous voulons, ce sont des pays qui, après la bataille menée contre Daech, soient capables aussi de construire un pays qui inclut et qui réconcilie... Q - Éviter ce qui s'est passé en Libye... R - Bien sûr. (...). * Libye - Lutte contre le terrorisme (...) Q - Jean-Marc Ayrault, le conflit en Libye, c'est l'un des grands dossiers pour vous. Vous êtes d'ailleurs justement aujourd'hui lundi, à l'initiative d'une réunion à Paris. Avec qui et quel en est l'objectif ? R - D'abord, les pays de la région directement concernés et puis un certain nombre de partenaires - je pense aux États-Unis, à l'Italie, à l'Espagne, à l'Allemagne, à la Grande-Bretagne. J'ai pris cette initiative au nom de la France car nous souhaitons la réussite du gouvernement d'entente nationale de M. Sarraj. La communauté internationale, lors de l'assemblée générale des Nations - il y avait 26 pays et organisations internationales et régionales réunis -, a rappelé son soutien à ce gouvernement d'entente nationale. Mais en même temps, on voit bien qu'il y a des difficultés intérieures pour rassembler vraiment tous les Libyens et il y a des divergences entre le gouvernement de Tripoli mais aussi le Parlement de Tobrouk et puis il y a différentes sensibilités, il y a différentes personnalités. Il faut donc rassembler. Pourquoi rassembler ? Parce que nous voulons la réussite de la Libye et pour cela, il faut que le Premier ministre Sarraj fasse de nouvelles propositions pour élargir son gouvernement - je pense notamment trouver une place au général Haftar qui est présent à l'est sur le plan militaire pour que toutes les forces libyennes soient unies pour développer le pays. Par exemple, les ressources pétrolières, il faut qu'elles soient sous l'autorité du gouvernement de M. Sarraj, il faut que cet argent soit utilisé au service du développement de la Libye, au service des Libyens qui en ont bien besoin. Et puis il faut aussi que toutes les forces libyennes s'unissent pour lutter contre le terrorisme aussi bien à Syrte qu'à Benghazi. Vous allez me dire : mais pourquoi la France, pourquoi l'Europe nous intéressons-nous à ce point à ce qui se passe en Libye ? Parce que d'abord nous souhaitons la stabilité de la Libye pour les Libyens mais aussi parce que nous sommes très proches des frontières de l'Europe. Et l'on sait qu'en ce moment, la Libye est un territoire de passage pour des dizaines de milliers de migrants et les pauvres personnes qui fuient la misère de leur pays s'en vont jusqu'aux rives de la Méditerranée centrale, exploités par des passeurs, exploités par des trafiquants humains, des trafiquants de drogue, des trafiquants d'armes et souvent périssent en mer. Et donc je crois que cette situation, il faut qu'elle change et pour cela, nous avons besoin d'un gouvernement libyen stable et, pour qu'il soit stable, il faut qu'il soit rassemblé. Q - On précise qu'il y a aussi des Égyptiens, des Turcs et des Emirati présents à cette réunion que vous organisez... R - Du Qatar aussi... Q - Du Qatar également. Jean-Marc Ayrault, vous l'avez cité, cet homme, le général Haftar. Il n'est pas seulement, comme vous le dites, présent militairement dans l'Est du pays, il contrôle tout simplement aujourd'hui avec ses hommes tous les terminaux pétroliers... R - Non, ce n'est pas tout à fait le cas... Q - Pas tout à fait le cas... en tous les cas au moins trois des plus importants. R - Je crois qu'il faut être très clair : la production pétrolière, la commercialisation du pétrole, les ressources du pétrole appartiennent à tous les Libyens et pour que les choses marchent, pour que le pétrole soit d'ailleurs vendu puisqu'il y a des règles internationales, cela ne peut être que dans le cadre de la légalité du pays, de la Libye, cela ne peut pas se faire contre le gouvernement libyen. Donc, dans l'intérêt des Libyens, il faut que la Compagnie nationale du pétrole, la NOC, ait le contrôle de la production et de la commercialisation et que les ressources viennent à la Banque centrale pour qu'elles ne soient pas dilapidées. Et vous savez bien que la seule ressource ou la ressource principale de la Libye, c'est le pétrole et les Libyens ont vraiment besoin de soutien financier... Q - Mais le gouvernement que vous avez cité tout à l'heure, reconnu par les Nations Unies... R - ...par la communauté internationale, oui... Q - ...et qui est basé à Tripoli, lui, a vu d'un très mauvais oeil justement la montée en puissance de cet homme ; il se dit parfois que les Occidentaux entre guillemets, notamment la France, en coulisses, le soutiendraient. Qu'en est-il ? R - Non, nous soutenons le gouvernement de M. Sarraj qui est le gouvernement d'entente nationale, qui est issu des accords de Skhirat qu'il faut appliquer, mettre en oeuvre. Et cela demande des efforts du gouvernement pour s'élargir et inclure l'ensemble des forces politiques libyennes de toutes les régions libyennes dans la clarté, dans la transparence et le général Haftar fait partie des personnalités qui devraient trouver une place. S'agissant de la défense, s'agissant de l'armée, bien entendu, il faut qu'il y ait une organisation et une gouvernance du volet militaire mais s'agissant du pilotage d'ensemble, cela ne peut se faire que par le pouvoir civil. Dont tout cela doit être clarifié et nous avons, à l'occasion de cette réunion, rappelé tous ces objectifs et nous voulons aider le gouvernement libyen justement à les atteindre. (...). * Tourisme - Sécurité Q - Vous êtes le ministre français des affaires étrangères et du développement international. Peut-être d'abord un mot justement sur ce qu'on vient de voir, sur cette affaire dite Kardashian : récemment, vous avez annoncé que le nombre de touristes français avait chuté de 7% sur l'ensemble du territoire entre janvier et juin 2016 ; c'est une affaire qui tombe mal à la fois pour l'image de la France mais aussi pour ce secteur important de l'économie française qu'est le tourisme. R - Oui, enfin je crois qu'il faut éviter de faire un rapprochement entre ce qui s'est passé qui est tout à fait regrettable et évidemment qui doit être sévèrement sanctionné parce que Kim Kardashian est venue en France en toute tranquillité et heureuse, j'imagine, d'être dans notre pays et nous, on était heureux de l'accueillir. Mais c'est quelque chose qui choque évidemment ; d'abord je pense que la première personne choquée, c'est elle, c'est vrai que c'est violent, c'est scandaleux et, pour autant, je pense que l'on aurait tort d'en faire une exploitation politique. Je trouve cela assez désolant. Nous sommes mobilisés de toutes nos forces pour assurer la sécurité des Français mais aussi de tous ceux que nous accueillons en France et en particulier les touristes. Alors il y a encore des progrès à faire. Ce qui a joué sur les chiffres du tourisme, il ne faut pas le nier, il y a en partie l'effet des attentats, il y a eu aussi les mouvements sociaux, il y a eu aussi les intempéries dans certaines régions. Mais nous relevons le défi de garder une France ouverte, une France attractive, une France qui accueille et ce n'est pas parce qu'on nous combat - et en particulier les forces de Daech - que nous allons céder sur ce que nous sommes, c'est-à-dire nos valeurs, notre mode de vie, notre culture, notre vivre ensemble. Il ne faut pas céder. Il ne faut pas céder non plus à la panique et il faut faire preuve de vigilance, toujours plus de vigilance mais, en même temps, ne pas s'enflammer à chaque instant. (...). * Afrique - Gabon - RDC - Mali (...) Q - Venons-en maintenant si vous le voulez bien à l'actualité en Afrique avec sans doute un tournant au Gabon s'agissant des relations entre Paris et Libreville : pour la première fois depuis des décennies, la France n'a pas aussitôt reconnu la victoire du président sortant, à savoir Ali Bongo. Tout simplement Jean-Marc Ayrault, pourquoi ? R - Parce qu'il y avait un doute sur les résultats et nous, nous souhaitions la transparence. C'est pourquoi d'ailleurs nous avons encouragé ceux qui contestaient le résultat proclamé, à faire les recours et à utiliser ce qu'on a appelé la voie juridictionnelle, ce qu'ils ont fait. Alors, pour autant, la Cour constitutionnelle s'est prononcée ; nous sommes bien informés puisque l'Union européenne avait envoyé des observateurs qui ont fait un travail excellent, il faut le saluer, qui a été parfois dérangeant pour les autorités du Gabon mais qui était nécessaire et qui ont pointé un certain nombre d'irrégularités. Au final, ce doute qui s'est installé sur le résultat, n'a pas été entièrement levé malgré les décisions... Q - Mais des doutes, il y en avait avant, Jean-Marc Ayrault, sous Omar Bongo et sous Ali Bongo même la dernière fois, sous la présidence certes de Nicolas Sarkozy... Cela veut-il dire que l'on assiste à un changement de cap dans la politique française vis-à-vis de l'Afrique ? R - Bien sûr. D'abord il y a deux choses : la Françafrique, c'est fini. Ça, c'est très clair, je l'ai dit et je le répète : ce temps est révolu, c'est une autre époque. D'ailleurs, je pense que les peuples africains ne veulent plus de cette politique. Et puis, en même temps, il n'y a pas d'ingérence. D'ailleurs, c'est le paradoxe de cette situation. Certains auraient voulu que la France reconnaisse le résultat contesté de l'élection de M. Bongo, avant même que la Cour constitutionnelle examine des recours. Et puis ensuite, lorsque la Cour donne son résultat et que la France est représentée par son ambassadeur, comme d'autres pays, au moment de la cérémonie d'investiture, on nous reproche de ne pas dire que M. Bongo ne devrait pas être proclamé élu. Il faut savoir. Nous, ne sommes pas pour l'ingérence et cela nécessite une ligne claire et nous allons nous y tenir. Par contre, ce que je voudrais ajouter, c'est que la France a conscience que le système politique gabonais est un peu à bout souffle et qu'il a besoin de réformes. C'est un petit pays, 2 millions d'habitants, qui a toujours été partenaire de la France, qui joue son rôle dans cette région et qu'il faut reconnaître. En même temps, il y a des réformes à faire. Donc, on peut adresser le message suivant, c'est ce que nous faisons et ce que nous répèterons : prenez vos responsabilités, faites les réformes qui permettront de réconcilier et de donner un autre cadre à la vie politique gabonaise, un message qui soit plus inclusif. En particulier, nous soutenons les initiatives de l'Union africaine. L'Union africaine est de plus en plus présente sur beaucoup de situations conflictuelles en Afrique. C'est une bonne chose que les Africains se soient donné cette organisation et qui va continuer de jouer son rôle. Je pense que l'Union africaine prendra des initiatives, il y aura dans quelques mois des élections législatives au Gabon, est-ce que ce n'est pas l'occasion justement d'un nouvel élan démocratique ? En tout cas, je l'appelle de mes voeux. Q - En tout cas, les observateurs de l'Union européenne vont sans doute se méfier pour ces législatives. On a appris hier, selon Le Journal du Dimanche en France, que les observateurs européens que vous avez cités avaient été mis sur écoute par le pouvoir gabonais. Quelle est votre réaction ? R - Si c'est vrai, c'est inadmissible. En tout cas, cela révèle qu'il y a des moeurs qui ne sont pas acceptables et qui doivent être révolues. Et puis, il y a eu aussi des violences et nous condamnons les violences, qui ont pu faire des victimes. Il y a aussi des bruits et des informations qui circulent, vous avez peut-être vous-même, évoqué ces points. Vous avez noté que la Cour pénale internationale a lancé une enquête préliminaire, cela ne veut pas dire qu'il y aura une information, une enquête complémentaire. Mais la Cour pénale prend ses responsabilités pour vérifier quelle est la nature de ces violences et qui en est responsable. Je pense que c'est une bonne chose aussi. Q - Autre pays francophone en difficulté ces dernières semaines et même ces derniers mois, la République démocratique du Congo, le Congo Brazzaville également ou encore le Burundi. Est-ce que vous comprenez l'aspiration de ces jeunes qui en ont marre de ces dirigeants qui s'accrochent au pouvoir ? C'est en tout cas ce qu'ils leur reprochent, ils sont nombreux ce soir à nous écouter, à Brazzaville, à Kinshasa. Que leur dites-vous ? R - Je les comprends. Quand je disais que la Françafrique, c'était fini, ce qui est fini, c'est aussi une certaine forme de gouvernance où on s'installe au pouvoir et on n'en part jamais. Je pense que la jeunesse africaine, mais pas seulement la jeunesse d'ailleurs, ne veut plus de cette situation. D'ailleurs, dans beaucoup de pays africains, les choses ont changé et tant mieux. Car, il y a en Afrique une énergie formidable, c'est notamment celle de la jeunesse, un potentiel extraordinaire, il y a beaucoup de réussites, que ce soit économique, que ce soit dans l'innovation, que ce soit dans la transition énergétique. Donc, l'Afrique a envie de réussir son avenir, de trouver une place pour chacun dans le siècle dans lequel nous sommes. D'ailleurs, si nous devons faire quelque chose avec l'Afrique, c'est l'aider dans ses projets. L'aider à la fois pour sa sécurité, l'aider aussi dans ses projets de développement. L'Union européenne en particulier doit faire davantage. Mais je reviens à votre question concernant la République démocratique du Congo. Ce n'est pas possible que cela continue comme cela. J'ai dit et j'ai dénoncé cette situation, où un président en place n'a qu'un but, celui de ne pas respecter la Constitution pour garder le pouvoir. Il y a une Constitution et elle doit être respectée. Là, ce n'est pas de l'ingérence. C'est le rappel du droit et des principes. Je ne suis pas le seul à le dire, au nom de la France. Mais il y a aussi les autres pays de la communauté internationale, il y a les Nations unies qui le disent, il y a l'Union africaine qui le dit et qui fait beaucoup déjà. Donc, il faut absolument que la Constitution soit respectée, qu'une date soit fixée pour les élections et que le dialogue national qui a été engagé ait vraiment lieu, pour qu'on puisse amener de la paix dans ce pays. Parce que, sinon, ce qu'on peut craindre dans ce grand pays de 60 millions d'habitants, c'est l'affrontement, j'ai même dit le risque de guerre civile. Nous ne pourrions pas imaginer un tel drame. Parce que, là, qui seraient les victimes ? Toujours les mêmes qui sont les victimes. Q - Il y a eu 53 morts, les 19 et 20 septembre, la France a condamné. Vous le disiez, ce n'est jamais simple pour Paris, les faits vous donnent raison. Le ministre congolais de la communication, Lambert Mende, a dit ceci, après les accusations de François Hollande sur des exactions commises et sur votre réaction, vous, à l'ONU, vous étiez à ce moment-là à New York : « La République démocratique du Congo n'est pas un département français d'Outre-Mer. » R - Mais cela n'a rien à voir. C'est un pays qui a une Constitution. La moindre des choses pour celui qui parle au nom de son pays, c'est de respecter sa Constitution. Vous imaginez que l'on fasse la même chose en France ? Qu'est-ce qu'on ne dirait pas de nous - et on aurait raison - si on ne respectait pas notre propre Constitution. Par exemple, si François Hollande disait « je reste au pouvoir, malgré la date des élections ». Là, maintenant, il n'y a même pas de date d'élections en République démocratique du Congo. Donc, il faut une date d'élections. Quant à M. Kabila, il n'a pas le droit de se représenter, c'est la Constitution. Il faut qu'il donne l'exemple. Q - Concrètement - pardonnez-moi de vous couper - aux États-Unis, l'administration Obama a décidé de sanctionner deux hauts responsables, il s'agit de deux généraux congolais. Est-ce la bonne solution, selon vous ? R - Je ne suis pas opposé aux sanctions, cela nous arrive d'en mettre en oeuvre. On en a pris aussi bien, par exemple, pour la Russie concernant la situation en Ukraine, on le fait pour la Corée du Nord. Donc, s'il faut passer par les sanctions, on passera par les sanctions. Mais j'appelle aussi à la raison. Ceux qui sont aujourd'hui au pouvoir à Kinshasa doivent prendre leurs responsabilités. S'ils veulent la paix dans leur pays, s'ils veulent le bien de leur peuple, alors, ils respecteront leur Constitution. Il faut vite trancher cela, car je crois qu'il y a un vrai danger. Q - François Hollande a reçu tout à l'heure le président du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta. Cela va bientôt faire trois ans que la France a lancé son opération Serval, son intervention militaire au Mali. Quelle est la situation aujourd'hui sur place ? R - Je me suis rendu moi-même, avec mon homologue allemand Frank-Walter Steinmeier, au Mali et en même temps au Niger. Nous sommes allés à Gao. On voit bien qu'il y a encore beaucoup de réformes à faire pour appliquer les Accords d'Alger. Il y a, je crois, une sincérité du président Keïta et des autorités maliennes. Mais c'est difficile, je sais que c'est difficile. Mais c'est indispensable. Je crois qu'il faut vraiment réussir les Accords d'Alger. Il y a un besoin de paix dans ce pays, de trouver aussi les bonnes solutions dans le Nord Mali pour une décentralisation la plus poussée possible, pour donner des responsabilités à ces régions, qui peuvent exercer des responsabilités dans le cadre de l'État malien. Et puis, il faut aussi constituer une armée malienne, elle est en cours de formation. Et puis, il faut aussi en même temps soutenir tous les projets de développement du Mali. Je pense que c'est la confiance qui est la clé de la réussite. Alors, la France est venue pour aider le Mali qui l'avait appelée pour lutter contre les djihadistes. Mais il faut maintenant réussir, c'est-à-dire réussir la paix et la paix passe par l'accord au Nord Mali. Mais la paix passe aussi par le développement, c'est-à-dire un espoir pour la jeunesse malienne. Q - Jean-Marc Ayrault, ministre français des affaires étrangères et du développement international, merci beaucoup d'avoir répondu à nos questions dans « 64 Minutes » sur TV5MONDE. Merci à vous. R - Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/404.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/404.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b91448fa6fa982c00fe653e41951ade557a5e6e0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/404.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Député, le but d'une politique de lutte contre le terrorisme et la radicalisation n'est pas en soi de fermer tel ou tel lieu de culte ; à vous entendre présenter ainsi les choses, on aurait pu penser que c'était en soi un objectif. Toutefois, en appelant l'attention du gouvernement, vous avez centré votre propos sur un certain nombre de mosquées qui pourraient abriter - c'est ainsi que je le comprends - des prêcheurs de haine. Je vous répondrai précisément, avec des chiffres, pour vous indiquer comment nous mettons en œuvre une politique visant à écarter ces prêcheurs de haine. Cela étant, il convient de le rappeler, et vous le reconnaîtrez avec moi, nous devons aussi préserver la liberté de culte et ne pas mener de procès d'intention d'ordre purement intellectuel, mais faire en sorte de fonder juridiquement nos décisions. Monsieur le Député, je tiens à vous dire que neuf mosquées ou salles de prières radicalisées ont été fermées sur le fondement de l'article 8 de la loi du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence. Trois associations prétendument vouées à l'exercice du culte ont fait l'objet d'une dissolution en Conseil des ministres sur le fondement des sixième et septième points de l'article L. 212-1 du code de la sécurité intérieure. Une bonne nouvelle, enfin, va dans le sens de la consolidation de notre droit : le tribunal administratif de Melun a confirmé, vendredi dernier, la validité de l'arrêté de fermeture de l'une de ces mosquées. Cela est à comparer au fait que, précédemment, aucune mosquée n'avait été fermée. Nous sommes en train non seulement d'agir mais également de créer du droit permettant d'écarter les prêcheurs de haine. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/405.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/405.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..cf746d7fb5eeae27a537d4f71733df410063b9de --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/405.txt @@ -0,0 +1 @@ +Syrie - Russie - Union européenne Q - Bonsoir Jean-Marc Ayrault. Merci Monsieur le Ministre d'être avec nous en direct sur LCI. Vous partez demain pour Moscou, vous serez vendredi à Washington. Dans ce reportage, nous venons une fois de plus de comprendre à quel point la situation était difficile. La France peut-elle changer la donne à Alep ? R - Je vais à Moscou pour dire aux Russes que ces images que le monde entier voit aujourd'hui, images de bombardements, de morts d'enfants, de femmes et de vieillards, mais aussi d'humanitaires qui font leur travail - je pense à ces casques blancs - des hôpitaux visés, des écoles détruites, ce n'est pas possible, cela ne peut pas continuer. C'est une catastrophe humanitaire. Le secrétaire général des Nations unies a dit que ce sont des faits constitutifs de crimes de guerre. Q - Il parle même d'abattoirs. R - Oui, les mots sont forts parce que la réalité est terrible et tragique. La France est pleinement engagée. Elle n'est pas seule mais elle est en première ligne. Elle est membre permanent du conseil de sécurité et elle agit en toute indépendance. Je vais à Moscou, non pas pour négocier le texte d'une résolution, mais pour dire le point de vue de la France. Cette situation est inacceptable, profondément choquante et honteuse. La France ne veut pas participer en fermant les yeux et en ne faisant rien. Je vais à Moscou dire la position de la France à mon homologue M. Sergueï Lavrov. Q - Vous venez de le rappeler, on détruit les hôpitaux, avec les dernières monstruosités que l'on a découvertes ces dernières 24 heures, on a des images absolument épouvantables. Vous l'avez entendu, les Russes avec qui vous allez parler se félicitent de l'efficacité de leurs frappes. R - C'est du cynisme mais cela ne trompe personne. La France a pris une initiative, lorsque j'ai quitté l'assemblée générale des Nations unies, nous n'avions pas réussi à trouver un accord. J'ai multiplié les réunions, y compris au conseil de sécurité en me disant que nous n'allions pas laisser tomber et que nous allions nous battre et nous nous battons. Il y a sur la table un projet de résolution. L'objectif de cette résolution, si elle est adoptée, et nous travaillons pour cela avec les quinze membres du conseil de sécurité, les cinq permanents et les dix membres non permanents, c'est un arrêt des frappes sur Alep et sur la Syrie. C'est aussi l'accès humanitaire car il y a des mois que l'aide humanitaire n'arrive plus et que des gens meurent de faim, meurent de manque de soins. C'est indispensable et aujourd'hui les convois ne peuvent pas passer car ils sont bombardés. Il faut aussi reprendre le processus de paix, il faut arrêter la voie de la guerre. Il y a deux objectifs dans notre démarche. Le premier objectif, c'est l'action humanitaire, l'action humaine de solidarité car il faut arrêter ce massacre. Le deuxième objectif, c'est qu'il n'y a pas de solution à la crise syrienne qui dure depuis plus de cinq ans, qui a fait plus de 300.000 morts, avec dix millions de personnes déplacées ou réfugiées, du point de vue militaire. Même si Bachar al-Assad regagnait Alep, la guerre ne résoudra rien. Et les conséquences en sont le renforcement des djihadistes et des terroristes. Ce sont eux qui gagnent des points et nous, nous sommes menacés. Les Syriens qui sont aujourd'hui sous les bombes sont menacés par cette tragédie, mais nous, les Français, nous les Européens, et même au-delà, nous sommes menacés par le terrorisme. Il faut donc que l'on mène cette bataille aussi. Q - Tout ce que vous venez de nous dire est parfaitement clair, sur les buts de votre visite et sur le constat que vous faites de la situation. Mais que pouvez-vous avoir à dire à ces gens-là ? Quelle est la fiabilité, quelle confiance peut-on avoir en Sergueï Lavrov ? Ils sont d'un cynisme absolu, c'est vous-même qui avez employé le terme. R - En effet, j'ai employé ce terme. Il y a un débat partout, en France aussi, sur l'attitude à avoir vis-à-vis de la Russie. Il y a ceux qui disent qu'il faut couper les ponts avec la Russie et ceux qui pensent qu'il faut suivre Moscou. Notre option n'est ni l'un ni l'autre. En revanche, je discute avec les Russes au nom de la France et nous ne fermons pas la porte, le canal n'est pas fermé. La communauté internationale, l'opinion publique internationale le sait, depuis quelques jours, les images passent en boucle. Il y a toujours le risque d'une indifférence lorsqu'il se passe des choses de cette nature et aujourd'hui, partout dans le monde on voit ces images. C'est une tragédie. Croyez-vous que la Russie qui est un grand pays, une vieille civilisation soit indifférente à ce message qui veut dire « arrêtez ce massacre » ? Je vais à Moscou pour dire cela. Q - Est-ce une forme de témoignage ou est-ce une façon de prendre date, notamment avec les Russes, pour leur dire : « un jour vous aurez des comptes à rendre sur ce qui se passe là-bas. » R - Tous ceux qui sont complices ont des comptes à rendre, vous avez même employé les mots du secrétaire général des Nations unies qui sont encore plus forts que ceux que j'avais cités. Il est certain que si l'on est complices de crimes de guerre il faut en rendre compte un jour, y compris sur le plan juridique. Ce n'est pas rien comme prise de responsabilité. Je pense qu'avec les Russes il faut parler un langage de vérité, il faut qu'il n'y ait aucune ambiguïté. Je ne cherche pas à leur plaire, je cherche à leur dire et je leur dirai la position de la France que je considère juste. Elle est peut-être difficile, mais en tout cas nous nous battons et la bataille se mène au conseil de sécurité. Q - J'ai bien compris, Monsieur le Ministre, que vous comptez dire au ministre des affaires étrangères russe qu'il aura un jour des comptes à rendre, peut-être même devant des tribunaux internationaux ? R - Pouvez-vous prendre le risque de cette responsabilité morale d'abord à l'égard de l'opinion publique internationale, puis à l'égard de votre propre peuple, de votre propre histoire ? Je ne peux pas imaginer que la logique de la guerre totale soit leur logique. Quand nous parlons avec les Russes, nous savons qu'il y a une menace terroriste qui est Daech, nous savons que cette menace est aussi al-Qaïda et qu'il y a aussi des groupes terroristes en Syrie comme il y en a en Irak, en Libye ou en Afrique. C'est un combat commun que nous menons et nous devons le mener jusqu'au bout. La logique de guerre qui est utilisée aujourd'hui par le régime de Bachar al-Assad, c'est-à-dire d'aller jusqu'au bout, de contrôler toute cette Syrie - comme l'on dit utile - de Damas jusqu'à Alep, en passant par Homs et Lattaquié où il y a un port, est-ce un facteur de paix ? Non car cela encourage la radicalisation, la haine, cela encourage encore plus le terrorisme alors qu'il est notre premier ennemi. Q - Monsieur le Ministre, faites-vous le constat suivant qui est qu'officiellement nous étions engagés dans une bataille commune avec les Russes et, vous venez de le rappeler, contre le terrorisme et contre les terroristes qui portent parfois le terrain guerrier sur le sol français ? R - En effet, malheureusement, la menace est là. Q - On sait maintenant que les Russes ont fait semblant de mener cette campagne pour conforter leur allié dans la région qui s'appelle Bachar al-Assad. Nous nous sommes faits flouer n'est-ce pas ? R - Oui, mais c'est sans issue. Ce serait, pour Bachar al-Assad, une victoire de courte vue. Certes, il est appuyé par les Russes et par les Iraniens, il y a des milices du Hezbollah. Il faut rappeler que les Russes sont des belligérants, nous ne le sommes pas, puisque nous sommes engagés dans une coalition internationale contre Daech, avec les Américains notamment, j'ai parlé de l'Irak et la Syrie aussi. Nous ne sommes pas belligérants, les Russes ont des troupes sur le terrain et c'est aussi une question de responsabilité. Les dix millions de personnes déplacées et les réfugiés qui sont venus en France, en Allemagne surtout, ils ne sont pas seuls. Plusieurs millions sont en Turquie, en Jordanie et au Liban, juste à côté de la frontière syrienne. Et savez-vous à quoi ils aspirent ? Ils souhaitent retourner dans leur pays. Pour cela, il faut une reconstruction de la Syrie, il faut un processus de paix. Les Russes ont voté la résolution au conseil de sécurité pour un processus de paix, ils ne respectent pas ce vote. Je le rappellerai, c'est indispensable. Si les Russes sont sincères, il faut que ces massacres s'arrêtent et surtout que le processus de négociation politique reprenne à Genève alors qu'il est bloqué depuis des mois. Q - Le jour d'après votre rencontre avec Sergueï Lavrov, vous serez aux États-Unis, à Washington. Aux Américains, qu'avez-vous à dire ? R - Les Américains sont nos alliés dans cette coalition contre Daech. Je pense qu'il y a aussi des questions à poser. Comment faire ? Que vont-ils faire ? On sait qu'on est en fin de présidence Obama, que c'est un mandat qui se termine, ils peuvent donc être plus efficaces, plus engagés encore qu'ils ne le sont pour trouver la solution. La solution, c'est l'arrêt des bombardements, l'aide humanitaire et reprendre le processus de paix, c'est indispensable. Si rien n'est fait, tout le monde portera la responsabilité d'avoir laissé faire et ce n'est pas possible. En tout cas, la France continuera d'aller jusqu'au bout et elle prendra ses responsabilités. Q - La France parle avec les grands, est-elle capable de se faire entendre ? R - La France est respectée et attendue partout. Il y a cinq membres permanents au conseil de sécurité : la France, le Royaume-Uni, les États-Unis, la Chine et la Russie. Je peux vous dire que notre voix pèse. Moi qui voyage beaucoup, maintenant que je suis ministre des affaires étrangères, je vois que partout nous sommes respectés, attendus et écoutés, que ce soit dans les instances internationales, au conseil de sécurité mais aussi dans beaucoup d'autres endroits. Lorsque la menace djihadiste arrivait sur Bamako, la capitale du Mali, c'était en 2013, j'étais présent au conseil de sécurité en tant que Premier ministre auprès du président de la République, François Hollande. Il y a eu une décision prise à la demande des autorités maliennes : arrêter cette avancée djihadiste qui allait contrôler tout le pays. Aujourd'hui, si nous n'étions pas intervenus, ce grand pays d'Afrique de l'Ouest serait sous la coupe djihadiste et c'est toute la région qui serait déstabilisée. Qui a fait cela ? Qui a pris cette responsabilité à la demande du gouvernement malien ? C'est la France parce que nous en avions les moyens militaires et politiques. Nous l'avons fait et je puis vous dire que c'était une décision extrêmement courageuse. Il ne s'agit pas d'être présent partout, mais, là, notre engagement était clair et nous avons eu raison. C'est aussi ce qui fait que la France est respectée et écoutée, y compris en Europe. Je vous rappelle que, maintenant le Royaume-Uni qui s'est engagé il y a quelques années aux côtés des Américains dans la guerre en Irak avec les conséquences que l'on sait, ils ont moins de capacité militaire et surtout ils ont décidé du Brexit. Quel est le seul membre permanent du conseil de sécurité en Europe aujourd'hui ? C'est la France. En même temps, nous ne sommes pas seuls, nous parlons avec nos partenaires, nous tentons aussi de les convaincre et de travailler avec eux. Q - Comment vous sentez-vous dans cet univers diplomatique à titre personnel ? R - Je suis très à l'aise. Q - Êtes-vous à l'aise dans cet univers très codé et très particulier et qui est aussi un monde de rapports de force, c'est-à-dire qu'on se dit des choses brutales avec, normalement des mots courtois ? R - Oui cela arrive ; je le ferai peut-être demain, mais je le fais aussi avec nos amis quand nous ne sommes pas d'accord, aussi bien avec les Américains, les Russes ou les Allemands. Nous sommes des alliés et avec les Russes, nous ne sommes pas des adversaires ou des ennemis, nous sommes des partenaires. En tout cas, c'est ce que je voudrais que nous fassions. C'est la même chose avec les Chinois. Je me sens à l'aise, mais pour cela, il faut avoir les idées claires et il faut que la politique de la France soit claire. Elle l'est, nous avons une vision, une stratégie et une conception du monde. Nous partons dans cette démarche internationale avec nos valeurs et avec ce que nous sommes. Voyez par exemple la lutte contre le terrorisme. Il faut la mener sur le plan militaire mais aussi sur le plan intérieur, à la fois du point de vue de la police, du renseignement, mais aussi dans la lutte contre la radicalisation. Tout cela, nous le faisons mais nous ne voulons pas céder sur ce que nous sommes, nous ne voulons pas céder sur notre mode de vie, sur notre conception de la société et sur les valeurs de la France républicaine. Voilà une vision claire, elle est respectée dans le monde. Partout, tout le monde sait que la France, c'est la France et pas n'importe quel pays. Q - Imaginez que Sergueï Lavrov vous dise : « Écoutez, c'est très bien, j'entends ce que vous avez à me dire aujourd'hui mais, finalement, est ce que l'on ne peut pas trouver au bout du compte, parce qu'il va bien falloir que l'on avance sur ce dossier syrien et notamment sur la situation à Alep, trouver un compromis et pourquoi pas conforter Bachar al-Assad pour finir par écraser Daech ». Est-ce acceptable ? Est-ce discutable ? R - Attendez. Si le choix est entre Daech et Bachar al-Assad, il n'y a pas de choix. Le choix est à la fois de combattre Daech et les groupes qui en sont proches, et qui sont en Syrie : le groupe al-Nosra, qui a changé de nom et qui se nomme Fatah al-cham, qui fait partie de la famille d'al-Qaïda que nous combattons aussi. Et puis, Bachar al-Assad qui est au fond le responsable de la destruction de son propre peuple. Cela fait plus de 5 ans que cela dure. Vous croyez que le choix est entre les deux ? Le choix est contre les deux. Le choix est aussi de trouver une solution, qui passe par la voie de la négociation après l'arrêt des bombardements, après l'arrêt du conflit, après l'accès humanitaire, et là, autour de la table à Genève, discuter. De quoi discuter ? De la future Syrie ! C'est-à-dire d'une Syrie qui doit garder son unité, qui ne doit pas être déstabilisée dans ses structures étatiques comme cela a été le cas en Irak, parce que c'est très important de conserver un État unitaire qui marche, qui doit marcher, qui puisse marcher, et, en même temps, il faut aussi que cette future Syrie soit protectrice de ces minorités, que ce soit les Kurdes, que ce soit les chrétiens, et qu'elle intègre dans sa gouvernance, non seulement les Alaouites chiites mais aussi les sunnites majoritaires dans ce pays, et, en même temps, mette en place des institutions : contrôle de l'armée, contrôle des services et des élections. C'est cela le processus de paix. Et qui permettra aux réfugiés de revenir ? Ceux qui sont aux frontières, en Turquie, en Jordanie et au Liban comme je vous le disais, des millions d'entre eux. J'en ai vu, j'en ai rencontré, notamment au Liban, qui m'ont dit « on n'aspire qu'à une chose, c'est rentrer chez nous ». Pour qu'ils rentrent chez eux, sinon ils viendront chez nous, il faut que la Syrie puisse se reconstruire. Elle se reconstruira notamment avec l'aide de l'Union européenne si tous les préalables politiques que j'ai mentionnés sont mis en oeuvre. C'est cela notre politique. Elle est très claire. Ce n'est pas de nous mettre dans un dilemme pour choisir entre Bachar al-Assad et Daech. Nous sommes les adversaires de Daech mais nous ne voyons pas l'avenir de la Syrie avec à sa tête un dictateur rejeté. Je rappelle que dix millions de réfugiés, c'est quasiment la moitié des Syriens qui sont à l'extérieur de leur pays. (...) Q - On a besoin d'être aidé, aussi, nous. Mais cela peut être d'autres façons... R - Sur un point vous avez raison. C'est vrai que la France a une défense, le Royaume-Uni aussi ; même si elle s'est affaiblie. Et il faut faire plus ensemble au niveau de l'Europe. C'est l'une des priorités. Le post-Brexit, c'est aussi que l'Europe se projette dans l'avenir. Pour se protéger dans l'avenir, l'Europe doit aussi se protéger à l'intérieur de ses frontières, protéger ses frontières, et être plus ambitieuse en matière de défense. C'est vrai que parfois la France pourrait se dire : « si on avait un peu plus de soutien et de solidarité, cela pourrait aller mieux. On serait plus fort et plus sûrs ». Q - Merci, Jean-Marc Ayrault d'être venu ce soir en direct sur LCI. Vous serez donc demain à Moscou. J'ai bien compris que vous comptez dire à votre homologue russe qu'il sera un jour comptable de l'histoire des décisions qui seront prises ou non. R - Je lui parlerai franchement et sincèrement. Q - Merci d'être venu nous voir ce soir en direct sur LCI. * Afrique - Mali (...) Q - Vous êtes le ministre d'un président qui est en guerre sur plusieurs fronts. Est-ce une fierté ou est-ce un poids, Jean-Marc Ayrault ? R - C'est une épreuve que d'être en guerre. Ce n'est pas un choix de se faire plaisir, parce que nous sommes contents de faire la guerre. Nous allons là où c'est nécessaire, avec les moyens qui sont les nôtres et toujours dans le respect du droit international, avec un objectif qui n'est pas que militaire, mais aussi politique. On a arrêté le djihadisme au Mali, mais il est évident que ce qui s'est passé ensuite c'est une négociation d'un accord de paix, qui a été négocié à Alger, les accords d'Alger, qui visent à réformer, notamment au nord Mali, les structures administratives pour permettre une inclusion de tous. C'est cela, la suite politique. Q - Nous avons certainement sauvé le pays des djihadistes à l'époque. Le pays va mal aujourd'hui. Il y a de grandes difficultés, on les a évoquées dans l'émission il y a quelques instants. R - Je sais. J'ai rencontré le président Keïta. Il était à Paris cette semaine. Je l'ai vu à New York, on a fait une réunion spécifiquement sur le Mali. Q - Tout cela n'est pas réglé. R- Non. Mais il ne faut pas regarder seulement ce qui s'est passé avant mais aussi ce qu'il reste à faire maintenant. Ce qu'il reste à faire maintenant, c'est aider le Mali, mais pas seulement le Mali. Tous les pays de cette région doivent se protéger parce qu'ils sont menacés par le djihadisme de plusieurs origines, cela peut être aussi le groupe Boko Haram, qui menace le Niger, le nord du Nigeria, toute la région du lac Tchad. Aussi, il faut à la fois aider ses pays à conquérir une autonomie en matière de sécurité et de défense - moyens, formations - et, en même temps, il faut les aider à se développer. Ce sont des pays pauvres. Tous ces pays pauvres génèrent de la frustration et sont des terreaux pour le djihadisme et la propagande. C'est cela qu'il faut faire, il faut faire les deux. Q - Un dernier commentaire en ce qui concerne le ministre des affaires étrangères. J'avais envie de vous dire : on n'est vraiment pas aidé par les Européens. Sur tous ces combats qui sont les nôtres, notamment en Afrique. R - Je ne suis pas d'accord avec vous. Je participe régulièrement aux réunions du Conseil des ministres des affaires étrangères depuis plusieurs mois et il est rare qu'il n'y ait pas une réunion où l'on ne parle pas de l'Afrique. Q- Qui se bat au Sahel ? Qui s'est battu au Mali ? R - Il n'y a pas que la guerre. Qui se bat ? Il y a maintenant une opération de maintien de la paix des Nations unies, la MINUSMA au Mali, la MINUSCA en République centrafricaine qui a remplacé les troupes françaises. C'est important. Il y a des Européens qui participent. Par exemple, j'ai fait un déplacement avec mon homologue allemand au Mali et au Niger. Et puis il y a l'aide au développement. Et je peux vous dire que la France prend sa part, elle va même augmenter le budget pour l'aide au développement dans le budget 2017, mais l'Europe a un très gros budget d'aide au développement et agit aussi sur le plan humanitaire. Lundi, je me suis entretenu avec Mme Mogherini, la Haute représentante, on parlait de l'aide humanitaire européenne pour Alep. Vous voyez, c'est un peu maintenant une espèce d'automatisme « tout va mal en Europe, mais l'Europe ne fait rien ». Non. Elle fait des choses. On peut faire encore mieux, c'est vrai. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/406.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/406.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..995015e5baa59f87bc5333a103f1446524f4745c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/406.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le garde des Sceaux, ministre de la Justice, cher Jean-Jacques URVOAS, Monsieur le ministre, cher Mathias FEKL, Monsieur le sénateur, président du conseil départemental, Monsieur le président de la Commission des lois de l'Assemblée nationale, Mesdames, messieurs les parlementaires, Monsieur le maire d'Agen, Mesdames, messieurs les élus, Monsieur le premier président de la cour d'appel, Monsieur le procureur général, Monsieur le directeur de l'administration pénitentiaire, Madame la directrice de l'ENAP, Madame la présidente du tribunal de grande instance, Mesdames, messieurs ; chères familles, chers élèves. Nous sommes, ici, devant vous avec le Garde des Sceaux, à quelques semaines de la fin de votre scolarité, pour vous dire combien les missions que vous êtes amenées à remplir sont déterminantes. On ne parle pas assez de l'administration pénitentiaire, on la résume trop souvent à des images d'un autre temps. Pourtant, elle est l'une des quatre forces de sécurité intérieure, aux côtés de la police, de la gendarmerie et des douanes. Ce sont des métiers difficiles, éprouvants. Il faut du courage et vous y avez été préparés ici pour être, chaque jour, sur le qui-vive, confrontés parfois à la violence la plus dure, mais aussi à la détresse sociale, à la souffrance humaine. C'est d'ailleurs et vous l'avez rappelé madame la directrice en reconnaissance de votre courage, de votre engagement que vous avez défilé pour la première fois et il était temps ! Sur les Champs-Elysées, le 14 juillet dernier. Et nous souhaitons avec Jean-Jacques URVOAS que l'année prochaine, vous puissiez à nouveau participer à ce grand rendez-vous patriotique. Je viens m'adresser à vous dans cette école, d'abord pour vous témoigner bien sur notre reconnaissance, et parce que les enjeux de sécurité, les questions régaliennes, c'est-à-dire le rôle de l'Etat pour assurer protection et justice sont la préoccupation permanente du Président de la République et de mon gouvernement. Ancien ministre de l'Intérieur, je sais combien notre Justice, notre Administration pénitentiaire doivent être fortes pour travailler efficacement, coudes à coudes avec les forces de sécurité intérieure. Pour cela, il faut des moyens humains, des créations de postes, des moyens matériels. Et nous n'avons cessé de les renforcer au cours de ce quinquennat. Et, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, il faudra aller encore plus loin dans les prochaines années pour faire face à la menace terroriste, pour lutter contre la délinquance, pour donner des moyens aux forces de sécurité comme à l'Administration pénitentiaire. La coopération, la confiance et le respect doivent réunir l'ensemble de ces fonctions essentielles, de ces fonctions régaliennes de l'Etat. C'est un gage d'efficacité. Et nos compatriotes l'attendent. Depuis 2012, j'ai toujours veillé à bannir du champ des débats comme c'était trop souvent le cas par le passé cette opposition stérile entre police, gendarmerie et Justice. Et croyez-moi Bernard CAZENEUVE, le ministre de l'Intérieur et Jean-Jacques URVOAS, le Garde des Sceaux, y veillent tout particulièrement. Tous, tous, police-gendarmerie-justice, sont les acteurs d'une même chaîne pénale qui pour être efficace doit être unie et cohérente. Et vous en êtes un des maillons, et un des maillons essentiels. Votre rôle est de bien veiller à l'exécution des décisions des juges afin de protéger nos concitoyens ; afin de garantir les fondements de notre vie en société ; afin de permettre aussi la réinsertion, de prévenir la récidive des personnes placées sous votre responsabilité. Pas de Justice qui vaille sans son administration pénitentiaire ! Et pas d'administration pénitentiaire qui vaille sans les femmes et les hommes qui la composent, qui l'incarnent, et aujourd'hui vous l'incarnez de belle manière. 3 280 nouveaux emplois ont ainsi été créés depuis 2012. A ces recrutements, le projet de loi de finances pour 2017, le budget de la Nation, en ajoutera encore 1 255, dont 878 créations d'emplois de surveillants. Votre École sera donc en première ligne pour accueillir vos futurs collègues. En première ligne aussi pour ses formations, initiales et continues, pour un nombre croissant d'agents de la pénitentiaire. L'extension des capacités est à envisager rapidement, et Agen est une option naturelle. Le garde des Sceaux recevra le 11 octobre les élus agenais afin d'aborder ce sujet. L'exercice de vos métiers, mesdames et messieurs, requiert des qualités : autorité, rigueur, force de caractère, humanité. Elles devaient être reconnues à leur juste valeur. La réforme statutaire et la revalorisation indemnitaire à la suite des engagements du Président de la République des 14 décembre 2015 et 22 juillet 2016 répondent à cette exigence. Le fait que le Président de la République ait reçu deux fois les organisations syndicales doit être salué comme une profonde marque de reconnaissance. Ce sont les premières évolutions de vos métiers qui sont en pleine mutation au sein d'une Administration pénitentiaire qui, elle aussi, change, sous la conduite de votre nouveau directeur, le préfet Philippe GALLI, que je connais bien, à qui, avec le Garde des Sceaux, nous voulons dire toute notre confiance. Avec vous, nous devons construire, au sens propre et au sens figuré, les prisons de demain. En compagnie du Garde des Sceaux je me suis rendu ces derniers mois au Centre de détention de Caen et à la maison d'arrêt de Nîmes. Nous avons pu apprécier l'engagement de vos futurs collègues. Mais nous avons pu constater, une nouvelle fois, l'état du parc pénitentiaire. Disons les choses telles qu'elles sont car la vérité ne nuit jamais au débat démocratique, au contraire. Avec un taux de surpopulation de 118 % c'est-à-dire, parlons concrètement, 68.820 détenus pour 58.500 places la situation est dramatique, notamment dans les maisons d'arrêt où le taux de surpopulation atteint 140 %. Trop d'établissements vétustes, trop de cellules partagées, voire sur-partagées, trop de proximité, trop de matelas au sol dans nos maisons d'arrêt, que ce soit pour les hommes ou pour les femmes. Cet environnement n'est pas digne de la France. Et puis par ailleurs, il rend votre travail encore plus complexe, parfois plus périlleux. Je veux saluer rapport sur l'encellulement individuel remis par le garde des Sceaux le 20 septembre dernier au Parlement, monsieur le Président de la Commission des lois, qui aborde avec franchise, honnêteté et ambition ce qui apparaît comme un mal français. Jean-Jacques URVOAS y rappelle dans ce rapport, que dès 1875 pas 1975 1875, il y a donc presque 150 ans, l'encellulement individuel a été présenté comme un objectif. Il est devenu une obligation d'ailleurs avec la loi du 15 juin 2000 ; obligation sans cesse reportée depuis. Il est plus que temps de s'en donner les moyens ! Permettre l'encellulement individuel ne veut pas dire uniquement construire des prisons, même si c'est une part importante de la solution. Il faut également mettre en œuvre une politique d'ensemble alliant politique pénale, politique immobilière et, bien sûr, politique pénitentiaire. Il faut sanctionner, enfermer les coupables. Chacun connaît ma détermination, ma volonté de voir l'Etat incarner l'autorité, et voir appliquer les lois. La sécurité, la sûreté sont des valeurs pour faire vivre la liberté. La sécurité est la première de nos libertés. Sans ordre républicain, qui protège les plus faibles, les plus modestes, les plus fragiles, il ne peut pas y avoir de liberté. Mais il faut aussi avec lucidité préparer les voies pour un retour progressif vers la société. L'ultra répressif, sans nuances, que certains voudraient d'ailleurs voir réinstauré, a montré ses limites et son inefficacité. Trouver, quand c'est possible, bien sûr, quand c'est justifié, des solutions alternatives à l'enfermement, ce n'est pas faire preuve de naïveté, de faiblesse. Et qui pourrait penser un seul instant le Garde des sceaux et moi-même sommes naïfs et faibles. Au contraire ! C'est rappeler avec force quelle est votre mission, et quel est également le but de la sanction dans une société civilisée : permettre, quand c'est possible, un nouveau départ. Donner, après la sanction, une nouvelle chance. Mesdames et Messieurs, Atteindre le taux de 80 % d'encellulement individuel implique la réalisation de 10.000 à 16.000 cellules supplémentaires, pour un budget évalué entre 2,2 et 3,5 milliards d'euros. L'administration pénitentiaire a été trop habituée à des effets d'annonce, et souvent, dans les campagnes électorales, à des promesses qui, du coup, engagent peu. Il faut changer cet état d'esprit. Les enjeux sécuritaires qui sont devant nous, pas derrière nous, devant nous, avec une hausse inévitable des détenus, nous obligent à avoir un grand sens des responsabilités, un grand sens de l'intérêt général, le sens de l'Etat, c'est-à-dire, la capacité à dépasser les querelles politiques. Nous sommes là, avec le garde des Sceaux, pour vous parler très concrètement. Il faut bâtir 33 nouveaux établissements pénitentiaires, c'est-à-dire 32 maisons d'arrêt et 1 centre de détention ; bâtir également 28 quartiers de préparation à la sortie ; réhabiliter 12 sites pénitentiaires et en construire 16 autres. Dans une première phase, plus de 3.900 cellules devront être construites, en priorité dans les régions connaissant une surpopulation carcérale élevée Ile-de-France et Provence-Alpes-Côte d'Azur et dans les régions où les projections de population pénale prévoient une évolution importante : le Sud-ouest nous y sommes et le Grand-Ouest. Nous devons agir vite, car il faut en moyenne dix ans, dix ans, pour construire une prison. La recherche et le lancement d'acquisitions foncières seront amorcés dans les prochaines semaines. D'ici le mois de décembre, les terrains de construction seront identifiés dans les 9 agglomérations pour lesquelles la situation est la plus critique : Nîmes, nous l'avons vu, ou Alès, Strasbourg, Toulouse, Nice, Avignon ou Carpentras, et Nantes ou Saint-Nazaire, ainsi que trois en Ile-de-France, en Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne et Val-d'Oise. Je vais donner instruction aux préfets de tout mettre en œuvre pour trouver les terrains dans les plus brefs délais, en dépassant les habituelles obstructions et les discours ambivalents, trop souvent rencontrés. Leurs propositions parviendront au garde des Sceaux pour le 16 décembre. Le projet de loi de finances pour 2017 dégage d'ailleurs à cette fin, pour crédibiliser d'ailleurs ces propositions, 1,16 milliard d'euros d'autorisation d'engagement. Il prévoit aussi le lancement, pour un montant de 234 millions d'euros, d'un programme de création de 28 Quartiers de Préparation à la Sortie, représentant plus de 2.500 places. Cette première phase en précèdera d'autres. Les études sont lancées pour identifier des lieux alliant besoin géographique, capacité de maintien des liens familiaux, offre de travail et aménagement des territoires, à penser bien sûr avec les élus locaux. Parce que la rénovation du parc pénitentiaire s'inscrit nécessairement dans le temps long, je souhaite qu'avant mars 2017, soit établi dans un Livre Blanc, ouvert et consensuel, le diagnostic des enjeux pénitentiaires de la France pour les vingt prochaines années. Nous utiliserons pour le préparer la même méthode que celui utilisé pour la défense et la sécurité nationales. L'action publique, notamment dans votre domaine, a besoin de cohérence, de sérieux, du temps nécessaire. Et avec Jean-Jacques URVOAS, au moment où le pays va décider de son destin, au printemps prochain, nous voulons engager avec toutes les forces politiques, la France dans cette voie. Il ne faut pas se quereller sur ce sujet-là. Il faut être capable de voir loin et de construire dans la durée. Améliorer le parc pénitentiaire, c'est aussi améliorer les conditions de sécurité dans lesquelles vous travaillez ou dans lesquelles vous allez travailler. Trop de trafics. Trop de surveillants victimes de violences. La tentative d'assassinat commise à Osny ou les mutineries de Poitiers-Vivonne et Valence, le mois dernier, ont mis, une nouvelle fois en lumière une réalité trop souvent ignorée du grand public, ont mis en lumière cette réalité : il y a eu plus de 4.000 agressions physiques commises chaque année contre des personnels pénitentiaires, dont plusieurs prises d'otages. S'attaquer à un personnel de l'administration pénitentiaire est un fait très grave ! Et je salue d'ailleurs la circulaire, envoyée par le garde des Sceaux, aux procureurs généraux, afin d'appeler à la sévérité des réquisitions. Et parce nous sommes conscients des conditions difficiles dans lesquelles vous assumez vos missions, nous avons fait voter, dans la loi du 3 juin 2016, une disposition facilitant le régime des fouilles en détention. Nous continuerons d'agir en ce sens, pour la sécurité des personnels et pour le respect qui vous est dû. En 2016, des engagements spécifiques ont permis un plan d'acquisition de dispositifs de brouillage des communications. Enfin, 25 millions d'euros ont été dégagés, dans le cadre d'un plan d'urgence, pour la mise en sécurité des personnes. 40 millions le seront en 2017. Ici, à Agen, dans votre école, 6 millions d'euros sont programmés pour notamment réaliser, dès 2017, la sécurisation du domaine, et des bâtiments de formation aux techniques d'intervention et au tir. La sécurisation du milieu carcéral passe également par la professionnalisation des personnels. Parce que vous avez une parfaite connaissance du milieu carcéral, vous êtes les mieux à même d'accomplir ces missions spécifiques. Le garde des Sceaux, qui connaît bien votre situation, vos missions, travaille à l'élaboration de ce que seront dans les prochains mois, sans atteinte à l'unité du corps, les équipes de sécurité pénitentiaire. Dans ce cadre, la prise en charge des missions dites extérieures sera repensée, en particulier vieux débat les extractions judiciaires. Ce dispositif, pourtant essentiel à la bonne marche de la justice, a été tellement mal calibré en 2010, lors d'une réforme d'affichage bâclée, qu'il a fallu, dès 2012, augmenter les effectifs, passant des 800 alors prévus à plus du double, avec 1.650 personnels aujourd'hui. Les réorganisations à venir devraient permettre le développement d'un service efficace. Mesdames, Messieurs, En entrant dans la pénitentiaire, vous avez fait le choix d'affronter les enjeux sécuritaires de notre temps. Parmi eux, il y a bien sûr la menace terroriste, liée à l'islamisme radical, qui nous mène la guerre. Dans nos prisons, 340 personnes sont détenues pour des faits de terrorisme. Et à cela, s'ajoutent les quelques 1.400 prisonniers de droit commun, dont le radicalisme, la radicalisation font l'objet d'une attention spécifique. Dans les mois et dans les années qui viennent, vous aurez en charge la surveillance d'individus très dangereux, fanatisés, ennemis déclarés de notre pays et de nos valeurs. Certains passeront le reste de leur vie dans nos prisons. Beaucoup chercheront, derrière les barreaux, à continuer de viser notre pays en vous prenant pour cibles ou en continuant d'embrigader, de corrompre les esprits, d'inciter à passer à l'acte. Cette situation rend indispensable l'évolution de vos métiers, d'abord en matière de lutte contre la radicalisation. Des unités de prévention de la radicalisation ont été instaurées à Fresnes, Osny, Fleury-Mérogis ou Lille-Annoeullin pour les situations les plus difficiles. Dès l'origine j'ai été favorable à cette expérimentation. Plus de 80 détenus y sont affectés et regroupés dans des quartiers spécifiques pour éviter qu'ils étendent leur influence néfaste sur d'autres détenus. C'est un dispositif expérimental en cours d'évolution. C'est bien d'ailleurs d'expérimenter dans l'ensemble de nos politiques publiques. C'est comme cela qu'il faut agir pour décider ou corriger. Ce dispositif est observé par nos partenaires européens, car chacun cherche comment relever le défi que représente cette typologie de prisonniers. Il est trop facile de critiquer sans rien proposer d'autre qu'une détention à la dureté caricaturale. Vous savez d'ailleurs mieux que personne que sur le long terme la gestion de la détention des personnes incarcérées est un équilibre, un équilibre complexe, et que sauf dans les cas extrêmes et il y en a bien sûr les détenus sont appelés à sortir un jour. Parce que nous sommes lucides, parce que nous sommes responsables, nous devons penser l'encadrement et la préparation de cette sortie. Le programme des unités de prévention de la radicalisation est évolutif et adapté en fonction des obstacles et incidents rencontrés. Après la tentative d'assassinat, je l'évoquais, dont a été victime votre collègue à Osny, des instructions claires ont été données pour que les mesures de sécurité déployées dans les unités dédiées soient renforcées. Le garde des Sceaux s'est d'ailleurs rendu à plusieurs reprises à Osny. D'autres mesures interviendront rapidement. La seconde évolution indispensable de vos métiers, c'est bien évidemment le renseignement pénitentiaire qui ne peut plus rester à un niveau embryonnaire. Car depuis nos prisons, certains groupes criminels, certains groupes terroristes parviennent à poursuivre leurs activités. La loi, toujours elle, du 3 juin 2016 a prévu de faire entrer l'administration pénitentiaire dans la communauté du renseignement. C'est une avancée importante. C'est aussi une reconnaissance du travail qui sera engagé. Le décret en cours de préparation précisera quels moyens humains et matériels, au niveau central, régional et local seront déployés ; quels objectifs ; et quelle articulation entre les services spécialisés de la direction générale de la sécurité intérieure et du service central du renseignement territorial. Car là aussi, chacun doit bien se rendre compte qu'il faut travailler ensemble et que c'est une même chaine. Ces dispositifs nécessaires au recueil du renseignement seront utilisés par les personnels désignés et formés. Le garde des Sceaux a nommé un préfigurateur, directeur des services pénitentiaires, qui fera là aussi des propositions dès la fin de l'année. Les ministres de l'Intérieur et de la Justice ont d'ailleurs convenu d'une coopération étroite entre la DGSI et l'administration pénitentiaire, avec des détachements réciproques de personnels et une répartition claire et complémentaire des missions. Ce nouveau service, que je souhaite voir opérationnel dès le début de l'année 2017, dotera la France d'une unité d'un niveau de spécialisation que nous croyons unique en Europe. Ce service, nous avons voulu le constituer avec les personnels de l'administration pénitentiaire car, encore une fois, vous êtes les meilleurs connaisseurs du milieu carcéral. Mesdames, messieurs, Votre scolarité, ici, se termine. Huit mois de formation ont fait de vous des personnels aguerris, prêts à partir sur le terrain, dans vos futures affectations où nous avons eu plaisir, avec le garde des Sceaux, le directeur de l'administration pénitentiaire, votre directrice, à saluer ce qui vous symbolise et à commencer par le major de cette promotion. Et j'ai bien sûr une pensée particulière pour celles et ceux qui serviront en Polynésie, à Papeari. Je veux saluer toutes les familles qui sont là et qui sont, je n'en doute pas, émues en ce jour. D'où que vous veniez et où vous alliez. Vous êtes d'ailleurs, il faut le souligner et j'y tiens tout particulièrement pour ce qui concerne l'Etat, une belle représentation de la France. Les uns et les autres, j'ai l'impression que même si nous partageons tous les mêmes valeurs de la République, vos ancêtres n'étaient pas tous Gaulois. J'ai ce sentiment. Revêtir l'uniforme n'est jamais un choix anodin, jamais un choix que l'on fait par hasard. Je sais que c'est, pour vous, l'aboutissement d'une démarche réfléchie. Nous savons donc, avec le garde des Sceaux, pouvoir compter sur vous, et c'est bien qu'il y ait cette cérémonie. Moi qui ai présidé régulièrement des cérémonies, des promotions de la police, de la gendarmerie, qui rends souvent visite sur le terrain notamment quand ils sont engagés dans des opérations extérieures, en Afrique ou au Levant, à nos militaires. L'uniforme incarne dans ces temps troubles, dans ces temps difficiles, l'autorité de l'Etat. Mais vous pouvez aussi compter sur Jean-Jacques URVOAS, que je connais et que je connais depuis longtemps. Il incarne avec hauteur de vue sa fonction, avec rigueur, sens de l'écoute, avec la volonté d'entendre tous les personnels de son administration. Il s'est mis à la tâche avec une grande volonté pour, en quelques mois, faire avancer de manière déterminante cette administration. La moderniser et la rendre, là aussi, pleinement à la hauteur de ce que sont nos valeurs. L'administration pénitentiaire est au cœur de l'autorité de l'Etat. Elle est une des garantes de notre Etat de droit. Cette administration, vous en incarnez la force et le renouveau. C'est en partie sur vos épaules que reposent les grands chantiers de modernisation qui s'ouvrent. Dans les dix années à venir, parce que la volonté est là, vous verrez nos prisons changer. Vous verrez le monde carcéral évoluer. Soyez enthousiastes ! Bien sûr, il y aura des moments difficiles, des moments de doutes, mais comme vos collègues policiers et gendarmes, comme vos camarades de nos armées, vous avez pour vous un atout et vous l'avez incarné par ce chant il y a un instant : le sens du collectif, la camaraderie. Vos collègues seront là pour vous soutenir, votre administration également. Elle doit veiller à être à vos côtés, à votre écoute. Vos collègues seront là donc pour vous soutenir et vous serez aussi là pour les soutenir. Alors, soyez fiers de cet uniforme qui est le vôtre ; soyez fiers de la carrière que vous embrassez aujourd'hui. Soyez fiers et soyons fiers d'être Français. C'est un grand pays qui rayonne partout dans le monde grâce à ses armées, grâce à sa diplomatie, grâce à sa langue, grâce à sa culture, grâce à ses territoires de nos Outre-Mer, grâce à son administration. L'Etat, le service public, sont la colonne vertébrale de la Nation et nous avons besoin de donner des moyens à ces services publics. Et je suis fier d'être à la tête d'un gouvernement qui donne des moyens à nos services publics, c'est-à-dire pour protéger nos Français, pour protéger les Français, pour protéger nos compatriotes mais aussi pour préparer l'avenir. L'éducation, la sécurité, la justice, la culture, l'emploi sont les priorités d'un budget et c'est comme cela qu'on prépare la France aux grands défis d'aujourd'hui et de demain. Alors soyez fiers d'être au service, oui, au service de la République et au service de la France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/407.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/407.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..48f4c98af9dee45b7bfd4cae1ceff4073ab39f1d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/407.txt @@ -0,0 +1 @@ +D'abord je voudrais remercier mon collègue Sergueï Lavrov pour son accueil et aussi pour la discussion utile que nous venons d'avoir ensemble. Depuis plusieurs semaines, le monde regarde avec effroi la situation à Alep car ce qui s'y passe est sans précédent dans ce pays. Jamais, en cinq ans de conflit en Syrie, pourtant c'est un conflit meurtrier, - plus de 300.000 morts, 10 millions de personnes déplacées ou réfugiés, c'est-à-dire pratiquement la moitié de la population syrienne qui a quitté le pays -, jamais un tel niveau de violence n'a été atteint. Les attaques indiscriminées continuent, les barils de bombes, le ciblage délibéré des hôpitaux mais aussi des personnels de santé. Rien ne saurait justifier un tel déluge de feu et de mort qui frappe avant tout les populations civiles prises au piège, dont les enfants et les femmes. Le secrétaire général des Nations unies a même parlé de crimes de guerre ; c'est incontestablement une accusation grave qui ne fait que refléter la réalité de ce qui se déroule sous nos yeux. La France s'indigne elle aussi, mais la France ne se résigne pas, la France se mobilise et agit pour la paix. Pour mettre fin au martyre d'Alep, nous avons en effet mis sur la table un projet de résolution constructive au conseil de sécurité. Cette résolution est simple et claire, elle garantit deux choses si elle est adoptée : l'arrêt immédiat des bombardements à Alep et l'accès immédiat de l'aide humanitaire à destination des civils qui l'attendent désespérément depuis des mois, je le rappelle. Des discussions sont en effet en cours au conseil de sécurité avec nos représentants permanents. Nous avons progressé dans un esprit constructif, nous sommes déjà parvenus à un résultat mais il y a encore des blocages et ce sont ces blocages qu'il faut lever pour permettre d'adopter cette résolution. Il y a encore beaucoup de travail à faire. Je le dis sincèrement, la situation est grave, c'est la raison pour laquelle j'ai voulu m'entretenir personnellement avec Sergueï Lavrov ici à Moscou. Je souhaitais lui redire, les yeux dans les yeux, avec franchise et sincérité : « personne ne peut tolérer cette situation. » La France ne peut pas le tolérer, la Russie non plus ne doit pas le tolérer. C'est en tout cas ce que j'ai dit à Sergueï Lavrov. Je le lui ai dit en ami, en partenaire et je l'ai dit sans arrière-pensée. Sergueï Lavrov m'a fait part de sa vision, de ses préoccupations, je lui ai répondu : « comme la Russie, la France souhaite un engagement sans ambiguïté de la communauté internationale contre le terrorisme. » Sur ce point, je voudrais faire deux remarques : en ce qui concerne la France, vous le savez, elle a été frappée durement par le terrorisme depuis des mois. Elle est totalement engagée dans la coalition contre Daech et elle est mieux placée que quiconque pour connaître l'importance de la lutte contre le terrorisme. Nous sommes engagés contre le terrorisme en Afrique et notre intervention a permis d'empêcher les djihadistes d'occuper le Mali ; aujourd'hui, ils contrôleraient une grande partie de l'Afrique de l'Ouest. Nous avons pris nos responsabilités. Nous le faisons en Irak, en Syrie et nous savons aussi que, pour éradiquer ce fléau qui s'installe et qui touche beaucoup de pays dans le monde, il faut arrêter de lui donner des arguments, des prétextes pour sa propagande. C'est vrai qu'en bombardant aveuglément Alep, c'est-à-dire la population civile, le régime syrien et ses soutiens alimentent ce phénomène extrêmement grave et dangereux de la radicalisation qui touche également les personnes résidant dans nos pays, pas seulement en France mais aussi en Russie, on le sait. Ces bombardements, cette violence créent de nouveaux djihadistes, les djihadistes de demain. Il faut donc stopper, à la fois le massacre, mais aussi, stopper la spirale qui renforce le terrorisme. Mettre un terme au martyre d'Alep, voilà mon message. C'est un message humanitaire, c'est un message d'humanité, celui des 250.000 civils syriens qui sont pris au piège là-bas, mais c'est aussi le message de tous ceux qui, comme la France sont résolument engagés dans la lutte contre le terrorisme et qui savent que nous paierons, un jour ou l'autre, le prix des atrocités commises aujourd'hui à Alep. Il n'est pas trop tard pour y mettre fin ; c'est pourquoi je suis venu. Ensuite, je continuerai à discuter à Washington avec nos partenaires américains, en souhaitant vraiment, ardemment, sincèrement, que nous puissions rapprocher nos points de vue, pour que le conseil de sécurité, c'est-à-dire cette instance multinationale à laquelle nous croyons les uns et les autres, puisse pleinement jouer son rôle, et adresser un message fort, un message d'espoir d'abord aux populations d'Alep, mais aussi un message d'espoir à ceux qui veulent la méthode de la négociation pour construire la paix en Syrie. Q - J'ai une question pour les deux ministres concernant la résolution française sur le (inaudible) des hostilités à Alep. Cette résolution correspond-elle aux exigences de Moscou concernant les différences entre l'opposition modérée et les terroristes ? Quel point faudrait-il modifier pour que la Russie soutienne ce projet ? Et quelle forme de responsabilité faudrait-il introduire dans le projet de résolution pour ceux qui violent le système de cessez-le-feu ? Qui devrait définir qui a violé ce régime ? Ou est-ce qu'il y aura un mécanisme spécial pour cela ? Je voudrais également poser la question au ministre français : les médias ont diffusé l'information que l'Allemagne prépare les nouvelles sanctions contre la Russie à cause de la situation en Syrie. Est-ce que la France est prête à supporter cette initiative allemande ? Merci. (...) R - Pour nous, il est clair - j'ai évoqué la lutte de la France contre le terrorisme ? que, quelle que soit sa forme, le terrorisme doit être combattu avec la même force. C'est vrai pour Daech, l'État islamique ; c'est vrai pour al-Nosra, qui d'ailleurs a changé de nom, il s'appelle maintenant Fatah al-cham qui est en Syrie et qui appartient à la famille d'al-Qaïda ; c'est comme Boko Haram en Afrique. Nous combattons le terrorisme sans ambigüité, donc c'est vrai aussi en Syrie. Et il est évident qu'une résolution - en souhaitant qu'elle soit adoptée - doit faire mention de la lutte contre le terrorisme sous tous ses aspects. Il n'y a donc absolument aucun malentendu, aucune ambigüité. En tout cas, pour la France, il n'y en a pas. Vous avez évoqué aussi le mécanisme de suivi en cas de violation du cessez-le-feu. Il faut aussi travailler pour améliorer ce qui existe. La France a fait des propositions, elles sont sur la table, elles ne sont pas à prendre ou à laisser, ce n'est pas le but ; le but, c'est l'efficacité, c'est d'avoir le mécanisme le plus efficace possible qui permet en temps réel de vérifier toutes violations au cessez-le-feu, et cela, bien entendu, dans le respect des résolutions du conseil de sécurité des Nations unies, c'est-à-dire des décisions prises dans le cadre des institutions multilatérales et le respect du droit. Ensuite, vous avez évoqué la question des sanctions, les sanctions concernant la Russie existent, Sergueï Lavrov vient de le rappeler. Elles sont liées à la mise en œuvre des accords de Minsk pour régler la question ukrainienne. Pour y parvenir, nous avons un mécanisme qui s'appelle le « format Normandie » créé à l'initiative de la France, avec la participation de la Russie, de l'Ukraine, de l'Allemagne et de la France. Nous nous réunissons régulièrement. C'est là que nous devons agir et j'espère que nous allons progresser rapidement dans les prochains jours. Par ailleurs, je reviens sur votre question concernant la Syrie. Je suis venu aujourd'hui pour la question de la Syrie et pour la question d'Alep. Je ne viens pas avec des menaces, je viens pour partager un constat, celui du drame humanitaire à Alep et pour rechercher des solutions pour sortir de ce massacre. C'est cela le but, il n'y en a pas d'autre. Nous avons devant nous encore du temps, mais le temps passe, le temps presse car, chaque jour, ce sont des victimes supplémentaires. Nous sommes là à Moscou, demain matin à Washington, et le conseil de sécurité se réunit en permanence, en temps réel. Donc, si nous mettons toutes nos forces, notre intelligence, nos convictions pour sauver la paix, alors nous le pouvons : nous le verrons dans les prochaines heures. En tout cas, la France ne renoncera à aucun effort et c'est le sens de ma visite. Q - Au début du conflit Syrien, la France soutenait les rebelles en livrant des armes mais après les attentats la France a changé d'approche en abandonnant la tactique ni Assad, ni Daech et pris ces derniers pour cible. Vous revenez désormais à une virulente critique de Moscou pour son soutien au gouvernement syrien. Qu'elle est l'étape suivante, ne serait-ce pas le retour de l'emploi la force contre Bachar al-Assad ? R - Notre position est très claire ; nous nous inscrivons dans l'esprit et la lettre des résolutions du conseil de sécurité des Nations unies qui prévoient les conditions des négociations. Il n'y pas d'autre stratégie pour la France. Et nous appelons de nos vœux la reprise des négociations à Genève ; et pour cela il faut que les conditions soient créées. Et pour que les parties concernées par ces négociations, donc l'opposition modérée - celle qui ne s'inscrit pas dans l'action des djihadistes comme al-Nosra, c'est clair je le répète encore - ne reviendra pas à la table des négociations, et c'est compréhensible, si on continue à bombarder Alep et à massacrer la population civile. La France n'est pas belligérante dans le conflit syrien, elle n'a pas de troupes au sol. Simplement la France se bat, dans le cadre d'une coalition, contre le terrorisme par l'intermédiaire de frappes aériennes. Elle n'intervient pas militairement et donc nous n'avons pas changé. La Russie n'est pas notre adversaire mais elle soutient le régime de Bachar al-Assad, y compris d'un point de vue militaire ; il est donc légitime que nous posions des questions à la Russie. Ce n'est pas un affront, c'est une réalité et nous devons convaincre tout le monde que l'on peut revenir aux conditions pour une reprise des négociations politiques afin d'aboutir à un processus de paix qui comportera une transition qui prendra du temps mais qui est indispensable. Pour cela il faut un préalable et c'est le sens de la résolution que nous proposons au conseil de sécurité et qui demande ceci : arrêt des bombardements, arrêt des survols aériens et accès de l'aide humanitaire. Après, j'en suis convaincu, le processus reprendra de manière efficace. Par ailleurs, nous nous inscrivons dans la perspective d'une Syrie unitaire et non d'une balkanisation de la Syrie comme cela est en train, peut-être, de se passer. Si Bachar al-Assad pense qu'il pourra défendre son pays en acceptant une partition de fait alors ce sera toujours la guerre. Ce sera toujours plus d'arguments pour les terroristes. Cela nous n'en voulons pas. Nous voulons une Syrie unitaire mais une Syrie laïque, non confessionnelle, une Syrie qui respecte les structures de l'État. Et, en même temps, une Syrie qui protège ses minorités et qui se dote d'institutions qui permettent la transition et la reconstruction de la Syrie. Je dis bien la reconstruction de la Syrie. Aujourd'hui, la Syrie est en partie détruite avec ses villes magnifiques, patrimoines de l'humanité. Ce ne sont pas seulement ses habitants qui sont victimes de la guerre, mais aussi ce qui fait le patrimoine commun de ce pays. Il faut reconstruire la Syrie et pour le faire il faut la paix. Et si nous avons la paix, alors nous prendrons nos responsabilités, notamment l'Union européenne, pour financer cette reconstruction mais la paix est un préalable. Et nous avons aussi comme objectif le retour des réfugiés car aujourd'hui, on parle beaucoup des réfugiés, en Europe - en Allemagne ou en France - mais ils sont aussi en Turquie (plus de deux millions et demi), au Liban (près de deux millions) et en Jordanie (1 million). J'en ai rencontré et ils vivent dans des conditions difficiles. Ils n'aspirent qu'à une chose : retourner dans leur pays. Mais pour y retourner, il faut la paix. Quand vous avez un pays dont près de la moitié de la population est partie à cause de la guerre alors il y a bien une réalité et nous ne pouvons pas l'accepter. Nous continuerons de nous mobiliser avec toute notre énergie pour convaincre que la voie de la négociation est la voie de la sécurité pour l'avenir. Et la voie de la paix c'est la nôtre, il n'y en a pas d'autres. Cela veut dire beaucoup d'efforts, y compris sur nous-mêmes : c'est le sens du dialogue - et nous espérons y arriver car sinon il ne sert à rien de se parler. Nous ne sommes pas de ceux qui disent que l'on ne parle plus avec les uns ni avec les autres, ce n'est pas notre option. Notre option c'est le dialogue et la négociation dans la clarté avec nos principes et nos convictions. C'est la position de la France. La France est un pays indépendant qui a sa politique, qui a ses convictions et qui parle avec le monde et c'est ce que nous faisons ici à Moscou aujourd'hui. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/408.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/408.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0625b2d8054471c17dc699ca1dc16adce6a80841 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/408.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Face à l'horreur insoutenable du martyr d'Alep, le conseil de sécurité des Nations unies est à nouveau placé devant la responsabilité que lui a confiée la communauté internationale : garantir la paix, assurer la sécurité internationale et protéger les populations civiles. Nous avons entendu hier l'envoyé spécial des Nations unies, M. Staffan de Mistura. Sa description sonne comme un cri d'alarme : si cela continue, nous aurons assisté, d'ici la fin de l'année, à la destruction d'Alep. Le message que Staffan de Mistura adresse au conseil de sécurité est un message sans ambiguïté. Si nous n'agissons pas, cette ville ne sera bientôt plus qu'un champ de ruines et restera dans l'histoire comme une ville et ses habitants abandonnés à leurs bourreaux. Il y a quinze jours déjà, devant ce conseil, je demandais au nom de la France un cessez-le-feu immédiat. Depuis, après un accord mort-né, le régime syrien a confirmé avec une brutalité inouïe son objectif. Cet objectif n'a rien à voir avec la lutte contre le terrorisme. Cet objectif c'est la capitulation d'Alep. Daraya, Hama, Alep, chaque fois la tactique du régime syrien est la même : des bombardements indiscriminés, une destruction méthodique des infrastructures civiles, pour infliger le maximum de souffrance aux populations - dernièrement, l'approvisionnement en eau potable à Alep ! -, le ciblage systématique des hôpitaux et des personnels de santé. Chaque fois, les soutiens de Damas apportent un appui décisif à cette stratégie qui ne vise qu'un seul but : obtenir la reddition des combattants et l'exode des civils, dans des opérations qui engagent un cycle potentiellement dévastateur d'épuration ethnique. Comment collectivement pouvons-nous le tolérer ? Le secrétaire général des Nations unies a parlé de crimes de guerre. Nous avons tous en mémoire Guernica, Srebrenica, Grozny. Ce qui se déroule sous nos yeux à Alep est la sinistre répétition de ces tragédies. Si elle ne se ressaisit pas, la communauté internationale en partagera la responsabilité. Le régime et ses soutiens prétendent agir au nom de la lutte contre le terrorisme. C'est une imposture que je dénonce avec la plus grande force. Bachar al-Assad ne combat pas le terrorisme, il l'alimente. Depuis le début de ce conflit, il cible d'abord l'opposition modérée, parce qu'elle incarne le seul espoir de retrouver un jour une Syrie unie et pacifiée. Il organise un tête-à-tête morbide entre lui, d'un côté ; Daech et al-Qaeda, de l'autre, ses alliés objectifs qu'il épargne délibérément. La France a payé le prix du terrorisme. Elle ne peut accepter que ce combat essentiel, qui doit tous nous rassembler, soit ainsi dévoyé. Dévoyé par des actions punitives qui ne font que renforcer, au bout du compte, ceux qu'elles prétendent éliminer. Car détruire des hôpitaux, affamer des civils, massacrer des femmes et des enfants, conduire le siège des villes, comme au Moyen-Âge, ne font que précipiter la radicalisation et nourrir le terrorisme. Il faut donc mettre un coup d'arrêt à ce cycle infernal. Il y a urgence. Aujourd'hui, face à l'horreur, le conseil de sécurité des Nations unies doit prendre une décision simple et évidente : exiger une action immédiate pour sauver Alep ; exiger la fin de tous les bombardements par le régime et ses alliés ; exiger que l'aide humanitaire arrive, sans entrave et sans condition, à une population qui en a désespérément besoin. C'est ce qu'appelle la situation à Alep. Et, c'est ce que la France, avec la majorité des membres de ce conseil, n'a cessé de promouvoir. Il y a une semaine, nous avons présenté, avec l'Espagne, un projet de résolution. Un projet simple qui répond à cette urgence. Que dit ce texte ? Il réaffirme l'évidence : le caractère inacceptable de la répression aveugle que conduit le régime syrien contre son propre peuple. Il rappelle l'ensemble des décisions prises par notre conseil depuis le début de cette crise. Il énumère les conditions d'une paix juste et durable, cette solution politique dont nous avons de longue date défini les contours. Il exprime enfin une volonté d'unité autour de cet objectif qui nous rassemble : la lutte contre le terrorisme. Ce projet pose aussi des exigences claires et précises : l'arrêt immédiat des bombardements et des vols militaires sur Alep ; l'accès de l'aide humanitaire ; le respect de la trêve, garanti par un mécanisme de vérification efficace, dont les modalités sont ouvertes ; l'arrêt de toute forme de soutien ou de collaboration avec les groupes terroristes désignés par le conseil de sécurité des Nations unies et la reprise du processus politique. Certains voudraient poser des préalables à l'arrêt des bombardements, notamment la localisation précise des groupes terroristes et leur séparation. C'est une supercherie car c'est irréalisable tant que se poursuivent les bombardements. C'est une évidence. Par ailleurs, écraser une ville sous les bombes, massacrer les populations civiles, c'est faire le lit du terrorisme et non pas le combattre. Je le répète : la véritable urgence, c'est donc l'arrêt des bombardements, le seul préalable qui vaille car il conditionne tout le reste. Ce projet de résolution, nous l'avons patiemment négocié, de bonne foi, avec la volonté de réunir la communauté internationale autour d'un objectif simple. Les préoccupations légitimes des uns et des autres ont été prises en compte. Et c'est avec le coeur ouvert et la main tendue que je me suis personnellement efforcé de créer, ces derniers jours, ces dernières heures, les conditions du consensus, en toute sincérité et sans arrière-pensée. Animé de l'unique volonté de favoriser le retour de la paix en Syrie, de faire cesser le martyr d'un peuple, de promouvoir une solution au drame que vivent des millions de réfugiés et déplacés. J'ai le sentiment que la grande majorité des membres de ce conseil comprend et approuve cette démarche. L'adoption de cette résolution peut redonner à la population d'Alep, au peuple syrien, à nous tous une lueur d'espoir. L'espoir de sortir de la spirale de la violence, l'espoir d'une nouvelle dynamique politique reposant sur la reprise sans tarder des négociations en vue d'une transition, dont le conseil de sécurité a défini les contours, à l'unanimité, il y a un peu moins d'un an. Si au contraire notre projet, malgré un large soutien, est refusé, que nous restera-t-il ? Il y aura plus de morts, plus de réfugiés, plus de déplacés. Mais, il ne faudra pas renoncer, ni renoncer, ni se résigner. Il reviendra à chacun d'en tirer les conséquences et de prendre des décisions graves, mais nécessaires. Pour que les auteurs des crimes de guerre ne restent pas impunis. Pour que les responsabilités de l'usage d'armes chimiques soient identifiées et sanctionnées. Pour que ceux qui se rendent complices d'un régime, à bout de force, en assument les conséquences. Pour que tous ceux qui refusent de se résigner se rassemblent et agissent. Monsieur le Président, En 2011, un peuple se soulevait pacifiquement contre l'oppression. Depuis cinq ans, en dépit d'une répression sauvage, ce peuple n'abandonne pas. Ce peuple, recru d'épreuves et de souffrances, ne le laissons pas avoir pour seule alternative inhumaine un bourreau ou le terrorisme abject de Daech ou de al-Nosra. J'appelle chaque membre de ce conseil à assumer ses responsabilités : sauver la population d'Alep, se rassembler pour la paix, adresser au régime syrien le message qu'il aurait dû entendre depuis si longtemps. Ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est d'abord le sort d'Alep et de sa population. Mais c'est plus encore l'espoir de mettre enfin un terme à un conflit dont nous payons tous les conséquences catastrophiques. Face à un enjeu d'une telle gravité, faire obstacle à l'adoption de cette résolution, ce serait laisser à Bachar al-Assad la possibilité de tuer encore davantage. Ce serait surtout un cadeau insensé aux terroristes. Mon vœu le plus cher est que ce conseil ne fasse pas ce cadeau. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/409.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/409.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3a6208eb3461111495adea39bd453becade97159 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/409.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - Le fichier des radicalisés que vous avez mis en place il y a un an compte 15.000 noms. A-t-on atteint un plafond ? R - Nul ne peut répondre à cette question honnêtement faute du recul nécessaire. L'islamisme radical s'est enkysté dans certains territoires, il faudra du temps pour l'éradiquer. La propagande sur Internet agit sur les plus vulnérables, bien que de plus en plus empêchée par les mesures que nous avons prises. Nous faisons face aussi au développement des communications chiffrées, qui conduit des réseaux d'individus à communiquer entre eux uniquement par ce biais. C'est un enjeu majeur de la lutte antiterroriste mais nos efforts paient. Pour des raisons qui tiennent à la situation en Irak et en Syrie et surtout aux mesures de police administrative décidées par le gouvernement, on estime à moins d'une vingtaine le nombre de ceux qui ont réussi à quitter notre pays depuis le début de l'année. C'est une diminution très significative. Depuis janvier, 355 individus en lien avec des réseaux terroristes ont été interpellés par nos services. Q - Les données du fichier révèlent la part importante de mineurs et notamment de jeunes filles... R - L'engagement de très jeunes femmes, comme on a pu le voir avec les trois arrestations de Boussy-Saint-Antoine qui ont permis d'éviter un nouvel acte terroriste, est un phénomène qui n'existait pas au début du processus. On compte aujourd'hui 270 femmes sur les 700 Français présents sur la zone irako-syrienne. Ainsi que 17 mineurs combattants... Nous travaillons sur la problématique du retour depuis les premières mesures antiterroristes prises par le gouvernement. La judiciarisation de tous ceux qui reviennent est la meilleure façon de protéger les Français. Plus de 350 procédures judiciaires concernant près de 1.400 individus sont aujourd'hui conduites. Se pose également la question du retour de très jeunes enfants nés ou élevés en Syrie, qui n'auront connu que l'endoctrinement, la haine, la violence et qui pour certains ont assisté à des scènes d'exécution... Il faudra entreprendre un travail en profondeur, associant des professionnels de la santé mentale pour protéger la société du risque qu'ils représentent. C'est un travail de longue haleine. Q - De plus en plus d'élus réclament plus d'informations sur les radicalisés vivant dans leur commune. N'est-ce pas légitime ? R - Les élus sont légitimes à demander une meilleure information sur le phénomène de radicalisation dans le respect scrupuleux du droit. Faut-il donner des informations sur les individus fichés S ? Je rappelle que ces individus sont surveillés et non judiciarisés, ce qui indique que leur dangerosité n'est pas avérée. J'ajoute que la communication d'une fiche S est impossible pour des raisons réglementaires, en vertu d'un décret du 28 mai 2010. Enfin, cette impossibilité juridique, qui protège la confidentialité de ce genre d'information, protège leur existence même. Cette confidentialité est aussi la condition de l'aboutissement des enquêtes. Si nous avons arrêté 355 personnes, c'est parce que les policiers ont pu travailler en toute confidentialité avec efficacité. D'un autre côté, nous devons trouver un dispositif qui permette d'associer les maires au processus de prévention et de déradicalisation et qui n'obère pas l'efficacité des services de renseignement - ce que les élus, dans leur immense majorité, comprennent très bien. Nous le faisons. Par contre, vouloir placer en détention des individus qui n'ont commis aucun crime au seul motif qu'ils ont retenu l'attention des services, c'est inefficace et contraire à la Constitution. On ne combattra pas les terroristes qui veulent s'en prendre aux valeurs de la République en renonçant nous-mêmes à ces valeurs. Q - Êtes-vous inquiet de la tournure prise par les débats sur la question de la radicalisation mais aussi sur la question des migrants ? R - Oui, je suis inquiet par ce que je considère comme une forme d'abaissement de la parole publique. Sur ces sujets complexes, sérieux, les contrevérités convoquées presque systématiquement blessent la démocratie et rendent parfois plus difficile la mise en oeuvre de solutions pertinentes. Ce mélange d'électoralisme, de cynisme, conduit à user de toutes les outrances dans le but de gagner une élection sans mesurer leurs conséquences sur l'état du pays et sa capacité de résilience. J'entends Nicolas Sarkozy dire qu'il veut rétablir le contrôle aux frontières ; il faudrait que quelqu'un l'informe de ce que depuis le 13 novembre 2015, le contrôle a été rétabli à nos frontières. Quand des présidents de région invitent la population à se révolter contre les préfets pour que des migrants relevant de l'asile - c'est le cas de 80% des gens de Calais - ne soient pas accueillis dans des conditions dignes, et qu'en même temps ils demandent le démantèlement de la « jungle » de Calais, ils ne sont pas seulement démagogues, ils sont surtout irresponsables. Faut-il renvoyer les chrétiens d'Orient, les yézidis en Irak, les persécutés de Daech et du régime syrien ? \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/410.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/410.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c55a06b23a85e8042fd0fb354c11e798aad0364a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/410.txt @@ -0,0 +1 @@ +PATRICK COHEN Bonjour Jean-Marc AYRAULT. JEAN-MARC AYRAULT Bonjour. PATRICK COHEN Vladimir POUTINE est-il toujours le bienvenu en France ? JEAN-MARC AYRAULT Ce n'est pas un problème de bienvenu ou pas bienvenu, c'est de savoir ce qu'on fait pour sortir du bourbier syrien et du drame qui se joue en ce moment à Alep. PATRICK COHEN Est-il utile de discuter avec le numéro un Russe ? JEAN-MARC AYRAULT Pourquoi je suis allé à Moscou d'après vous cette semaine, la semaine dernière ? C'était pour des mondanités ? C'était pour simplement inaugurer une exposition ? J'y suis allé pour parler avec mon homologue Sergueï LAVROV et pour lui dire les yeux dans les yeux la position de la France. PATRICK COHEN Mais ça n'a rien fait visiblement ? JEAN-MARC AYRAULT Je l'ai fait à la fois dans la réunion bilatérale, comme je l'ai fait en public, donc devant la presse – y compris la presse russe – pour dire que nous ne sommes pas d'accord avec ce que fait la Russie qui soutient le régime de Bach El ASSAD et qui fait en quelque sorte en bombardant Alep un cadeau aux terroristes ; C'est ce que j'ai dit aussi au conseil de sécurité, je suis allé à Washington, j'ai parlé avec les Américains, nous sommes à l'offensive, la France est engagée comme jamais pour que les bombardements à Alep s'arrêtent et qu'on puisse sauver la population d'Alep, parce qu'on ne portera pas cette responsabilité, la France n'acceptera jamais ce qui est en train de se passer là-bas. Donc, nous devons le dire aux Russes... PATRICK COHEN Et vous l'avez dit... JEAN-MARC AYRAULT Et encore davantage. PATRICK COHEN Vous l'avez dit et les Russes continuent ? JEAN-MARC AYRAULT Oui. Simplement je constate une chose c'est que l'initiative française au conseil de sécurité a montré l’isolement de la Russie, au moment du vote de la résolution française - préparée avec le concours de l'Espagne - j'ai constaté qu'il n'y avait que la Russie et le Venezuela pour voter contre, c'est dire l'isolement de la Russie, même la Chine, qui souvent la soutient, s'est abstenue, c'est donc qu'il se passe quelque chose, qu'il y a un mouvement qui est en marche et qu'il ne faut pas l'arrêter ; Il faut dire aussi aux Russes, si vous êtes sincères dans la lutte contre le terrorisme, vous ne devez pas soutenir Bachar el ASSAD qui lui au fond favorise la radicalisation sur place. Parce que qu'est-ce qui se passe tous les jours ? Les groupes d'opposition au régime de Bachar El ASSAD se radicalisent et se jettent dans les bras des djihadistes, donc nous combattons Daesh, nous combattons Al-Qaïda et les groupes qui y sont affiliés comme Al Nosra sur place et nous voulons le faire dans la clarté. C'est pour ça que nous sommes engagés à Mossoul en Irak et pour ça aussi qu'il faut aussi qu'on s'engage dans le cadre de la coalition pour Raqa. PATRICK COHEN Je reviens à ma question ! JEAN-MARC AYRAULT Je termine ! PATRICK COHEN Je reviens à ma question ! JEAN-MARC AYRAULT Mais je vais répondre. PATRICK COHEN François HOLLANDE peut donc accueillir Vladimir POUTINE dans 10 jours pour une visite qui est à l'origine une visite culturelle... JEAN-MARC AYRAULT Visite culturelle... PATRICK COHEN Je rappelle que c'est l'inauguration du centre culturel russe et de l'exposition à la Fondation Louis VUITTON ? JEAN-MARC AYRAULT Voilà, absolument. PATRICK COHEN Est-ce qu'il peut l'accueillir et lui délivrer ce message diplomatique ? JEAN-MARC AYRAULT Ca le président de la République va prendre sa décision, mais il va la prendre au vu de la situation qui est celle d'Alep et de celle de la Syrie, donc ce n'est pas je l'ai dit pour des mondanités, si c'est pour inaugurer ça n'a pas de sens - là vous avez raison Bernard GUETTA – mais vous avez dit vous-même que vous parliez avec la liberté du chroniqueur. Nous avons avec les Russes beaucoup de sujets qui sont sur la table, il y en a un autre qui est la situation en Ukraine, il est même envisagé dans la même journée un sommet au niveau des chefs d'Etat pour essayer d'avancer des solutions sur l'Ukraine - parce que nous sommes engagés avec l'Allemagne dans ce qu'on appelle le format Normandie – pour essayer de faire en sorte que les accords de Minsk, qui sont des accords de paix, puissent être mis en œuvre par la Russie et par l‘Ukraine. Donc, est-ce qu'il faut qu'on abandonne tout ça ? Bien entendu non ! Donc la Russie c'est à la fois un pays partenaire, ce n'est pas un partenaire adversaire, mais en même temps nous avons un profond désaccord ; et il faut le dire, et si le président de la République décide que le président Russe vient encore une fois ce ne sera pas pour des mondanités ce sera pour dire des vérités et pour sortir de ce qui est en train de se passer là-bas et de faire prendre conscience à la Russie qu'elle est en train de s'engager sur une route dangereuse qui à la fin, si elle croit avoir une victoire sur Alep, il y aura un massacre - et ça ce n'est pas acceptable moralement – mais politiquement dans la lutte contre le terrorisme ce sera un renforcement des terroristes et ça la France, qui est touchée au cœur, ne peut pas l'accepter. PATRICK COHEN Le président de la République François HOLLANDE dans une interview réalisée par Quotidien pour TMC a évoqué la saisine d'une TPI, le Tribunal pénal international... JEAN-MARC AYRAULT Oui, bien sûr. PATRICK COHEN C'est pour les dirigeants russes ? JEAN-MARC AYRAULT C'est pour tous ceux qui sont complices de ce qui se passe à Alep. PATRICK COHEN Y compris les dirigeants russes ? JEAN-MARC AYRAULT Mais bien entendu, ça concerne tout le monde. PATRICK COHEN Ca sera du jamais vu pour un pays membre... JEAN-MARC AYRAULT Il faut être clair et cohérent, il faut être clair et cohérent, j'irai jusqu'au bout... PATRICK COHEN Du Conseil de sécurité de l'ONU. JEAN-MARC AYRAULT De ce que je vous ai dit avant. Donc qu'est-ce qui s'est passé ? Bombardements de convois humanitaires, du Croissant Rouge et d'organisations des Nations unies, avec des morts sur place. Qui a tiré ? Il semble que c'est bien sûr l'armée syrienne mais sans doute aussi les bombardements russes. Il y a une Commission internationale qui va enquêter, ensuite on verra les responsabilités. Vous avez aussi l'utilisation des armes chimiques, c'est le 21 octobre qu'une Commission d'enquête va compléter son rapport et qui permettra – parce que là il va évidemment confirmer qu'il y a eu utilisation des armes chimiques par le régime – permettre de saisir le Conseil de sécurité pour des sanctions. Et puis il y a effectivement ces bombardements que le secrétaire général des Nations unies, je l'ai dit aussi à Moscou, sont des crimes de guerre. Et donc l'enquête va montrer les responsabilités. Qui a bombardé ? A l'évidence bien sûr, il y a les Syriens mais il y a surtout les Russes qui vont avec leurs armes extraordinairement sophistiquées – qui permettent de pénétrer par exemple dans des bunkers où les populations se protègent – des bombes à fragmentation, des hôpitaux visés, donc il y a des faits constitutifs de crimes de guerre. Donc en ce qui nous concerne... PATRICK COHEN Donc vous accusez les dirigeants russes de crime de guerre... JEAN-MARC AYRAULT Nous allons dans... PATRICK COHEN Jean-Marc AYRAULT, vous accusez les dirigeants russes de crime de guerre. JEAN-MARC AYRAULT Il y a des crimes de guerre, c'est le secrétaire général des Nations unies qui l'a dit, ça c'est une évidence, après il faut dégager les responsabilités. Nous sommes dans un cadre de droit international, il y a la Cour pénale internationale. Nous-mêmes, la France, nous allons prendre contact avec la procureure générale de la Cour internationale pour voir de quelle façon elle peut engager ses enquêtes... PATRICK COHEN Les Russes... JEAN-MARC AYRAULT Ca existe le droit international, donc nous... PATRICK COHEN Seulement les Russes expliquent aussi que pour le droit international qu'ils sont en soutien d'un gouvernement légal et légitime et qu'ils luttent contre les terroristes. JEAN-MARC AYRAULT Oui, ils sont deux pays à le dire au Conseil de sécurité samedi dernier, il y avait la Russie et le Venezuela, c'est les seuls deux pays qui ont dit ça, je vous le rappelle... PATRICK COHEN Ça prouve qu'ils ont tort. JEAN-MARC AYRAULT Ils avaient déjà dit au Conseil de sécurité pendant l'Assemblée générale, donc ils sont sur un chemin où ils sont de plus en plus isolés. Et nous, nous battons contre le terrorisme et nous savons bien qu'on ne peut pas mettre les populations devant un choix morbide : ou Daesh ou Bachar el ASSAD. Et là, on est rendu au bout de cette logique. Je constate d'ailleurs monsieur COHEN qu'il y a un certain nombre de forces françaises, l'opposition qui est en train de faire ses primaires, devrait bien clarifier sa position là-dessus, plusieurs des dirigeants, en particulier François FILLON mais c'est vrai aussi de Nicolas SARKOZY, par rapport à cette ligne-là son ambiguïté. Ce n'est pas moi qui ai dit qu'il fallait négocier avec monsieur ASSAD, c'est François FILLON. PATRICK COHEN Alors certains vous reprochent une indignation à géométrie variable, quand l'Arabie saoudite a dit « la France provoque un bain de sang au Yémen », ce qui est encore arrivé samedi dernier avec une attaque qui visait des chiites, des civils chiites qui a fait 140 morts et des centaines de blessés, on vous entend moins ! JEAN-MARC AYRAULT Ecoutez ! Moi je n'ai pas cessé de dénoncer les bombardements de populations civiles quel que soit l'endroit, et c'est vrai aussi au Yémen et c'est la position de la France. PATRICK COHEN Oui, sauf que l'Arabie saoudite est notre alliée et qu'on leur vend des armes et qu'il y a peut-être des armes françaises impliquées au Yémen. JEAN-MARC AYRAULT Je rappelle qu'il y a un conflit dont l'origine au Yémen, c'est à la fois une contestation de l'ancien président SALEH, qui a ensuite été renversé dans le cadre des « printemps arabes ». Et il y a aujourd'hui un autre président qui est en place et qui est contesté par une minorité chiite soutenue par l'Iran. Et quant à l'Arabie saoudite qui est un pays voisin, il y a aussi des menaces terroristes qui la concernent. Donc l'Arabie saoudite est engagée dans un conflit avec une coalition, dont ne fait pas partie la France d'ailleurs, mais qui est liée à cette situation. Alors en même temps nous, ça ne nous convient pas la manière dont les choses se passent, c'est-à-dire la solution militaire n'est pas une solution. Nous condamnons... PATRICK COHEN Elle dure depuis 18 mois... JEAN-MARC AYRAULT Oui mais nous nous battons pour une solution de paix. Nous avons la même position qu'en Syrie, nous voulons le cessez-le-feu et c'est ce que propose le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies Cheikh AHMED que je vais recevoir cet après-midi ; et puis nous voulons une négociation. Et il y a eu d'ailleurs un cessez-le-feu qui a été interrompu, donc effectivement il faut revenir à cette solution. Et quant aux bombardements des populations civiles, la France a demandé qu'il y ait une Commission internationale d'enquête pour vérifier qui est responsable. PATRICK COHEN Ce qui s'est passé samedi dernier Jean-Marc AYRAULT... JEAN-MARC AYRAULT Nous sommes cohérents. PATRICK COHEN Met à mal la relation entre la France et l'Arabie saoudite ? JEAN-MARC AYRAULT Mais avec l'Arabie saoudite c'est comme avec les autres pays. Nous sommes engagés dans la lutte contre le terrorisme mais nous disons aussi nos points de désaccord. Et donc à chaque fois que j'ai eu l'occasion de parler avec mon homologue d'Arabie saoudite, je lui ai dit que pour nous, la solution c'était le cessez-le-feu, l'arrêt des bombardements des populations civiles quels que soient les responsables et la négociation. Il n'y a pas d'autre chemin possible pour en sortir. Et donc on voit bien que le droit international partout doit être défendu, ça veut dire qu'il faut aussi parler avec les Russes, il faut parler avec l'Iran, il faut parler bien entendu avec l'Arabie saoudite. Nous la France, nous avons une position originale, une position indépendante, nous parlons avec tout le monde, nous ne dépendons pas des autres mais nous voulons créer une coalition de la paix. Et c'est ça notre combat, c'est le combat que je mène avec le président de la République bien sûr. PATRICK COHEN Jean-Marc AYRAULT, ministre des Affaires étrangères, invité de France Inter ce matin. On vous retrouve dans quelques minutes évidemment. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/411.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/411.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..42a91c789e5d6c8b78d801b9b7c02d8e0b197043 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/411.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire général, Mesdames, Messieurs les Parlementaires, Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs. Je tenais par ma présence aujourd'hui parmi vous à renouveler l'attachement de la France à votre institution, le Conseil de l'Europe, ici, à Strasbourg, une capitale européenne. Mais j'ai conscience que le contexte particulier que nous connaissons et qui est grave, donne à cette visite également un sens, parce que les valeurs que porte le Conseil de l'Europe doivent encore nous inspirer. François MITTERRAND, qui était au congrès de La Haye en 1948, rappelait toujours que l'enjeu européen était de sauver les libertés acquises et de les étendre au bénéfice de tous. Et c'est ce que votre Conseil a pu faire tout au long de ces dernières années. Il rassemble aujourd'hui 47 pays, représentant 820 millions d'habitants, et tous ces Etats membres se sont engagés à placer la personne humaine au cœur de leur système juridique. Le Conseil de l'Europe est dépositaire de 211 conventions, 135 ont été ratifiées par la France. Au sommet de l'édifice, il y a la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales, et la France fait en sorte d'en respecter tous les points et tous les principes. Je veux aussi saluer la progression constante de vos engagements pour protéger davantage les libertés, non seulement en élargissant les frontières, ce que vous avez fait avec votre assemblée, mais aussi en élargissant les domaines de la protection des libertés. C'est ainsi que vous avez travaillé sur les questions éthiques avec l'interdiction du clonage humain, que vous avez lutté contre toutes les formes de traite des êtres humains, que vous combattez les violences faites aux femmes, que vous veillez à la protection des données personnelles, au nom du respect de la vie privée. Mais, au-delà de la proclamation de ces principes, il y a aussi le mécanisme contraignant qui doit en assurer l'effectivité. C'est la mission de la Cour européenne des Droits de l'Homme - je viens de rencontrer son président. La France, là encore, et je veux le réaffirmer ici, prend toutes ses responsabilités pour soutenir en toutes circonstances la Cour. Elle a appuyé toutes les réformes qui ont permis d'améliorer son fonctionnement, je pense notamment aux derniers protocoles 14 et 15 que la France a ratifiés. Je m'engage ici à préparer l'adoption définitive du 16ème protocole. Soutenir la Cour, c'est assurer la pleine exécution de ses arrêts. C'est la raison pour laquelle le gouvernement français a fait adopter une loi visant à simplifier la procédure de révision des condamnations pénales ayant donné lieu à une mise en cause de la France par la Cour européenne des Droits de l'Homme. Ce sera également vrai, en matière civile, pour les décisions sur l'état des personnes, qui pourront être réexaminées chaque fois qu'il y aura une décision de la Cour prononcée par rapport à la France. C'est le cas notamment pour le changement de sexe ou la transcription d'un acte d'état-civil. J'ai également tenu compte, chaque fois que la Cour est intervenue par un arrêt, de traduire les décisions dans la loi française. En 2013, nous avons ainsi introduit une infraction spécifique contre la traite des êtres humains. En 2014, le régime de la garde-à-vue a été profondément modifié pour une meilleure protection des droits de la défense, dès le stade de l'enquête. Plus récemment a été ouvert le droit à la représentation professionnelle dans les armées, et là encore, ce principe a été non seulement reconnu, mais aussi mis en œuvre. J'ai également conscience des devoirs de la France face à l'état de ses prisons, nous sommes conscients de l'ampleur de la surpopulation carcérale et du défi représenté par l'encellulement individuel. C'est l'objet d'un plan qui a été annoncé par le gouvernement français et qui consacrera plus d'un milliard d'euros à la construction de nouveaux établissements pénitentiaires. Mais notre politique pénale veille aussi à mettre en œuvre des peines alternatives à l'incarcération, voilà pourquoi je suis attaché au Conseil de l'Europe, parce que vous faites progresser l'état du droit, parce que vous permettez de garder, de manière vigilante, les engagements que nous avons pu prendre. Je rends ici hommage à l'action du commissaire aux Droits de l'Homme, à la Commission de Venise, qui a joué un rôle très important depuis 1990 dans la transition constitutionnelle de l'Europe centrale et orientale, notamment dans les Balkans, et aujourd'hui en Ukraine. Je veux saluer aussi l'action de la Banque de développement du Conseil de l'Europe, trop peu connue, qui finance des projets hautement sociaux dans 41 Etats membres, et qui a récemment voulu dédier un fonds pour le soutien aux réfugiés et aux migrants. La France s'honore d'être un des trois actionnaires principaux de l'institution. Mesdames et Messieurs, en près de 70 ans, le Conseil de l'Europe a aidé à bâtir sur le continent un espace de paix, de coopération, de libertés, sans égal dans le monde. Mais, soyons lucides, ce mouvement peut s'interrompre, il n'est pas irréversible, il y a des menaces, vous les avez évoquées, le terrorisme, mais aussi la montée des populismes et des extrémismes, face notamment à la crise des réfugiés. Il y a des remises en cause, il y a des replis nationalistes, il y a une montée du souverainisme, qui laisse penser que chaque pays pourrait trouver en lui-même la solution. Même les valeurs que vous représentez ici commencent à être mises en cause, suspectes de ne pas pouvoir protéger suffisamment nos concitoyens. Comme si la liberté pouvait être une limite ou si nous pouvions imaginer un Etat d'exception qui se substituerait à l'Etat de droit. Le terrorisme met la démocratie à l'épreuve, notre mode de vie, nos libertés, nos principes fondamentaux sont la cible des fanatiques. La France a été frappée plusieurs fois et de manière terrible, dans des jours symboliques, y compris le 14 juillet, et aussi dans des lieux qui pouvaient faire ressurgir une forme de guerre entre les religions. Un prêtre égorgé dans une église. Et que dire de ces lieux de vie, de joie, de bonheur, qui ont été également attaqués parce que justement, c'était des jeunes qui voulaient partager un moment d'émotion. La France n'a pas été le seul pays qui a été attaqué. Il y en a beaucoup d'autres, en dehors du continent européen, mais il y a aussi des pays européens qui sont visés, attaqués, frappés, et aucun ne peut être prémuni contre ce fléau. Le Conseil de l'Europe a pris ses responsabilités dans l'élaboration de protocoles, notamment sur la prévention du terrorisme, et pour appréhender le phénomène des combattants étrangers. La France a été amenée après les terribles attentats du 13 novembre à évoquer l'article 15 de la Convention qui permet aux Etats de faire face à des impératifs de sécurité sous le contrôle du juge. C'est l'état d'urgence. C'est la voie que j'ai choisie au lendemain des attentats du 13 novembre. Mais j'ai veillé avec le gouvernement de Manuel VALLS à prendre des mesures proportionnées pour doter les autorités administratives des moyens indispensables pour agir par des perquisitions ou par des assignations à résidence de personnes dangereuses. Et le Parlement a été amené à se prononcer. Plusieurs lois ont été votées en France depuis 2014 pour renforcer nos moyens contre le terrorisme. Toutes ces lois ont été validées par le Conseil constitutionnel et ont pu être ici regardée par vous. Nous avons également voulu donner un cadre légal - c'était la première fois pour les activités de renseignement - un cadre cohérent, complet, pour que nous puissions agir et en même temps qu'il y ait les contrôles nécessaires. Nous faisons en sorte également - et nous ne pouvons pas le faire seuls - d'agir contre la propagande sur Internet qui encourage la radicalisation. C'est un enjeu que vous devez aborder ici pour ce qui relève de la protection de la vie privée qui doit être défendue, et pour ce qui en revanche, est aussi utilisé par les fanatiques pour faire une propagande qui puisse amener un certain nombre de nos jeunes dans nos pays respectifs à partir faire le djihad. La France a pris la responsabilité de fermer ce qui étaient regardé comme des salles de prières et qui n'était en fait que des appels à la haine. La France a également expulsé des prêcheurs qui utilisaient la liberté d'expression pour propager l'intolérance la plus agressive. Mais nous veillons à ce qu'il n'y ait aucune stigmatisation et notamment vis-à-vis des musulmans. Nous veillons à ce qu'il n'y ait aucune confusion entre ce que nous devons faire pour nous protéger et ce que doit être la liberté religieuse dans notre pays, qui ne doit jamais être altérée. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de défendre la conception française de la laïcité, je veux le refaire ici. C'est un principe de neutralité, c'est aussi une règle qui interdit le financement des cultes par l'Etat, de tous les cultes. La laïcité garantit à chacune et à chacun le droit de croire ou de ne pas croire, la possibilité de pratiquer sa foi dans les limites qu'inspire le respect de l'ordre public. Ces règles ne sont pas le fruit de lois de circonstance, mais reposent sur des principes qui ont été posés il y a plus de 100 ans et qui aujourd'hui nous permettent de faire respecter la liberté de conscience avec fermeté, et aussi de faire en sorte que puissent être poursuivies les provocations qui peuvent mettre en cause la vie en commun. Et je n'entends pas remettre le sujet en discussion parce que l'équilibre a été trouvé et qu'il suffit d'appliquer les règles qui existent dans notre pays. La sûreté, la sécurité, c'est une exigence, et nos concitoyens demandent à être protégés. Mais la sécurité, la sûreté est compatible avec l'Etat de droit. Il n'est pas question d'ouvrir en France, par exemple, des centres de rétention pour les personnes suivies par les services de renseignement. Parce que ce serait porter atteinte aux principes de notre droit pénal qui fait que seul un juge peut décider d'une peine privative de liberté. De même, la France - et je n'ai pas besoin de vous rassurer là-dessus - ne créera pas de cour d'exception pour des actes terroristes parce que ce serait aussi inutile que dangereux. Nous avons des juridictions et des magistrats spécialisés à tous les stades de la procédure qui font un excellent travail. Notre droit, là encore, nous permet d'agir efficacement. Voilà ce que je voulais vous dire au nom d'un pays qui lutte contre le terrorisme et qui le fait en gardant ses principes fondamentaux. Bien sûr, nous faisons évoluer la législation mais elle reste conforme à notre ordre constitutionnel. Face à cette menace, ce que cherchent les terroristes c'est à nous diviser, à nous séparer, à nous conduire à prendre des mesures d'exception qui seraient utilisées pour dénoncer nos principes de liberté. C'est la liberté qui est visée par les terroristes. C'est la liberté que nous devons défendre. Mesdames, Messieurs les parlementaires, l'Europe est confrontée aussi depuis plusieurs mois à l'afflux de migrants et de réfugiés. La crise syrienne a mis sur le chemin de l'exil des millions de réfugiés. Beaucoup ont rejoint les camps en Jordanie, au Liban, en Turquie et je veux saluer ces pays qui font l'effort principal. D'autres personnes réfugiés, migrants ont choisi notre continent mais l'ont choisi parce qu'ils n'avaient en définitive pas d'autre destination, parce qu'ils fuyaient, parce qu'ils cherchaient l'exil. L'Europe a tardé à trouver une réponse commune. Cette réponse passe par le contrôle effectif des frontières extérieures de l'Europe. C'est la condition pour pouvoir justement accueillir dignement les réfugiés, reconduire les migrants qui ne relèvent pas de ce droit et être capable de poser des règles et de les faire respecter, y compris celles de répartir l'effort pour l'accueil des réfugiés. Sans ces règles, sans cette protection des frontières, sans des garde-côtes européens, sans la capacité de savoir ce qui relève du droit et ce qui n'en relève pas je parle du droit d'asile alors l'Europe se déchirera. L'Europe peut se disloquer sur cette question de l'accueil des réfugiés. La France a pris des engagements et elle les honorera. Trente mille réfugiés venant de Grèce, d'Italie et de Turquie d'ici 2017 seront accueillis par la France. De la même manière, nous poursuivrons le programme de réinstallation mis en œuvre avec le Haut comité des réfugiés au Liban et en Jordanie. Nous faisons aussi face, en France, à la présence de réfugiés et de migrants sur notre territoire. Je sais que vous êtes attentifs à ce qui, hélas, se produit à Calais où un camp, depuis trop longtemps, avec au moins sept mille personnes, accueille dans des conditions qui ne sont pas dignes des personnes qui ont fui leur pays. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé, avec le gouvernement, de démanteler le camp de Calais de façon à pouvoir accueillir autrement et dignement celles et ceux qui y sont aujourd'hui installés. Toute personne pourra ainsi être hébergée, pouvoir faire ses démarches et, à ce moment-là, être dans le processus du droit d'asile. En revanche, et je l'ai dit à chaque reprise, les personnes qui ne relèvent pas du droit d'asile seront raccompagnées. Mais pour l'essentiel, celles et ceux qui sont à Calais relèvent du droit d'asile. Nous faisons aussi en sorte de régler la question des mineurs isolés et nous devons le faire là encore avec dignité et responsabilité. Cette question est posée avec le Royaume-Uni et nous engageons des discussions pour que ces mineurs isolés qui ont des proches au Royaume-Uni puissent les rejoindre. C'est aussi une condition pour démanteler le camp de Calais. Ce sera une opération humanitaire puisque chacun se verra proposer une place dans un centre. Nous avons créé et ouvert des centres d'accueil et d'orientation pour pouvoir justement régler la question de Calais et d'autres campements, notamment à Paris. Toute personne aura une solution parce que c'est la responsabilité de la France, mais c'est aussi la responsabilité de tous ceux qui doivent comprendre qu'il n'est pas possible de démanteler un camp comme celui de Calais sans qu'il y ait des solutions qui soient proposées sur l'ensemble du territoire. Mesdames et messieurs les parlementaires, les valeurs du Conseil de l'Europe inspirent l'action diplomatique de la France aux frontières-mêmes de l'Union et de notre continent. En Ukraine, l'annexion illicite de la Crimée par la Russie et la déstabilisation de l'Est de l'Ukraine ont provoqué d'abord de nombreuses victimes et là aussi des milliers de déplacés. Je me suis personnellement engagé, avec la chancelière MERKEL, dans le cadre de ce qu'on appelle le format Normandie, pour la recherche d'une solution diplomatique. C'est ce que l'on a appelé les accords de Minsk. Je le dis tout net : les progrès sont trop lents et nous devons avancer sur les conditions politiques et sécuritaires qui permettront de tenir le plus rapidement possible, comme les accords de Minsk le prévoient, des élections à l'Est de l'Ukraine selon la loi ukrainienne et dans le respect des critères internationaux. Je suis prêt à tout moment, avec la chancelière MERKEL, à réunir le format Normandie avec le président POUTINE et le président POROCHENKO pour veiller à la pleine application des accords de Minsk. L'Ukraine elle-même doit prendre sa part des réformes attendues et je sais que le Conseil de l'Europe peut jouer un rôle utile pour l'accompagner. Avec la Russie, la France a un désaccord majeur sur la Syrie. Le veto russe à la résolution française de sécurité a empêché la cessation des bombardements et la proclamation de la trêve. Les principales victimes sont les populations civiles, celles qui vivent sous les bombardements meurent sous les bombardements. C'est la raison pour laquelle je considère que le dialogue est nécessaire avec la Russie mais il doit être ferme et franc. Sinon il n'a pas sa place, sinon, c'est un simulacre. Je suis donc prêt à tout moment à rencontrer le président POUTINE. Mais si nous avons la possibilité de faire avancer la cause de la paix, de faire cesser les bombardements et de proclamer la trêve, je veux aussi qu'il y ait, avec la Turquie, une discussion qui puisse s'engager ; là-encore parce que la Turquie fait l'effort principal pour l'accueil des réfugiés et parce que la Turquie est partie prenante d'une solution pour la Syrie. La Turquie a connu, dans la nuit du 14 au 15 juillet, un coup d'Etat. La Turquie y a fait face et la Turquie doit aussi respecter, malgré cette situation très difficile et la proclamation de l'état d'urgence, les principes qui nous unissent. Voilà la position de la France : toujours le dialogue, mais toujours pour la recherche de la paix. La position de la France, c'est le Conseil de sécurité dans le sens de la résolution que nous avions présenté. Je rappelle que la résolution russe n'avait recueilli que trois voix et que le veto russe a empêché qu'il puisse y avoir la cessation des bombardements. Dialogue toujours, responsabilité toujours et recherche de la paix. Je voulais parler de la Syrie ici parce que c'est pour la communauté internationale un défi. Ou elle trouvera là son honneur pour régler cette situation ou alors ce sera sa honte de voir autant de Syriens obligés de quitter leur foyer, autant de familles massacrées et le terrorisme qui s'est installé sur ce terreau et qui nous frappe de Syrie par sa propagande, mais aussi par les terroristes qu'elle y envoie en Europe. Alep, oui Alep, c'est la conscience d’humanité qui est interpellée, Alep est en passe de rejoindre la terrible liste des villes martyres. Mesdames et Messieurs, je voulais lancer cet appel ici, parce que c'est ici que les valeurs, les principes, l'espérance de la paix ont été forgés. C'est ici qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale il a été possible de lancer ces appels pour la paix. C'est ici qu'a été voulue l'unification, qu'ont été accueillis des pays qui jusque-là étaient dans le totalitarisme et sous la dictature. Et cette œuvre-là du Conseil de l'Europe n'est pas achevée, au contraire dans ces circonstances, dans ce contexte, celui que j'ai évoqué. Plus que jamais vous avons besoin du Conseil de l'Europe. En 2019, le Conseil de l'Europe célébrera son 70ème anniversaire, la France présidera son comité des ministres et elle se tient prête à organiser un sommet, le quatrième, pour lui donner un nouveau cap. Voilà le message que je voulais délivrer devant vous au nom des valeurs qui nous unissent parce que la France est aux côtés du Conseil de l'Europe et je suis sûr que le Conseil de l'Europe est aux côtés de la France pour toutes les démarches qui sont utiles à la paix, à la liberté et à la démocratie. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/412.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/412.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8301c62d737af80e2f6883478b05e5cad3724e5b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/412.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Présidente, La France n'a qu'une priorité, c'est de mettre un terme au drame insoutenable qui se déroule sous nos yeux à Alep. Voilà la priorité de la France qui devrait être partagée, je l'espère, par toute l'Assemblée nationale. La France a pris ses responsabilités. Nous avons proposé au conseil de sécurité une résolution dont l'objectif était simple : la fin des bombardements et l'accès de l'aide humanitaire. Cette résolution, nous l'avons négociée de bonne foi. Je suis allé personnellement à Moscou pour en parler directement avec mon homologue Sergueï Lavrov. Je suis allé à Washington et je suis allé ensuite au conseil de sécurité pour défendre cette résolution. Elle a recueilli une large majorité. La Russie s'est trouvée isolée, un seul pays l'a soutenue, le Venezuela. Tous les autres sont conscients qu'en effet il y a un drame auquel il faut mettre un terme. Et le choix de la Russie, c'est un choix désastreux, parce qu'il protège Bachar al-Assad et le conforte dans sa logique meurtrière et parce qu'il constitue un cadeau aux terroristes et un cadeau insensé à nos yeux parce que ce sont eux et eux seuls qui vont profiter de la radicalisation que ces bombardements provoquent. Alors, vous posez la question de notre attitude vis-à-vis de la Russie. Vous avez raison de poser cette question. Je ne suis pas partisan d'une rupture avec Moscou, je suis partisan du dialogue avec Moscou et je l'ai montré la semaine dernière. Mais il faut être deux pour dialoguer. Et nous allons poursuivre sur la même ligne : pas de rupture avec Moscou parce que la rupture n'améliorerait pas les souffrances des habitants d'Alep. Mais ce que nous voulons, c'est défendre la liberté et défendre la paix en Syrie. Alors, je l'ai fait à Moscou. Le président Poutine a pris sa décision, nous la respectons. Mais le dialogue n'est pas rompu. La Russie a pris ses responsabilités : le choix inconditionnel de Bachar al-Assad. Nous avons choisi celui de la paix. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/413.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/413.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a63af12df0d01bdfc69037c13a11c6c3c8856591 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/413.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président de la Commission des Lois, Monsieur le Gouverneur militaire de Paris, Monsieur le Préfet de Police, Mesdames et Messieurs les Préfets, Mesdames et Messieurs les Directeurs, Mesdames et Messieurs les Officiers généraux, Mesdames et Messieurs, Le rendez-vous qui nous rassemble aujourd'hui à l'Ecole militaire est un rendez-vous traditionnel. Mais, cette année, il se tient dans des circonstances particulièrement graves. Samedi, quatre policiers ont été blessés, dont deux très grièvement, une femme et un homme, alors qu'ils assuraient une mission de surveillance dans le quartier de La Grande Borne, à Viry-Châtillon. L'un de vos collègues se bat actuellement contre la mort, sur un lit d'hôpital. Nous éprouvons tous un sentiment de colère face à ces actes barbares, et je veux une fois de plus vous assurer de mon total soutien et vous redire ma totale indignation face à cette sauvagerie criminelle. Aujourd'hui, nous adressons nos pensées les plus solidaires aux policiers blessés. Nous leur apportons tout notre soutien, comme à leurs familles et à leurs proches. Ce qui s'est passé samedi est d'une extrême gravité. Lors d'un véritable guet-apens, une quinzaine de criminels cagoulés ont attaqué des policiers au moyen de pavés et de cocktails Molotov. Ils les ont attaqués avec l'intention de les tuer. Nous savons que les assaillants ont cherché à bloquer les policiers dans leurs véhicules, après y avoir mis le feu. Cette attaque lâche et abjecte était donc une tentative d'assassinat, qui visait des fonctionnaires de police dans l'exercice de leurs fonctions. Aujourd'hui, tout est mis en œuvre par nos services de police judiciaire pour retrouver et interpeller les auteurs de ces actes barbares. Et je le redis ici : ils seront interpellés, jugés et sévèrement punis. Chacun sait ici mieux que quiconque que le métier de policier ou de gendarme est par essence dangereux. Quiconque fait le choix courageux de s'engager dans la Police ou dans la Gendarmerie, s'expose au risque d'être blessé ou même tué pour protéger ses concitoyens. Mais l'attaque de Viry-Châtillon, comme l'assassinat du commissaire Jean-Baptiste SALVAING et de Jessica SCHNEIDER, à leur domicile de Magnanville, le 13 juin dernier, témoignent tous deux qu'une nouvelle étape a été franchie dans la violence à laquelle les policiers et les gendarmes sont confrontés. Nous vivons dans une société de violence, et, pour juguler cette violence, il nous faut poursuivre le réhaussement des moyens accordés aux forces de l'ordre. Mais il nous faut aussi garantir l'absolue fermeté de la réponse pénale après que les auteurs des crimes et des infractions les plus graves ont été interpellés. L'année dernière, 14 policiers et gendarmes ont perdu la vie en service, et à nouveau 17 depuis le début de cette année. Je pense notamment à cette semaine tragique du mois de mai dernier, où nous avons perdu cinq gendarmes en mission. Plus de 18 000 policiers et gendarmes ont également été blessés au cours de l'année dernière, et encore plus de 11 000 ces neuf derniers mois. La violence, toujours intolérable, appelle donc, dans la durée, une réaction déterminée. Le département de l'Essonne, comme celui de la Seine-Saint-Denis ou d'autres encore dont nous avons renforcé les moyens, souffrent depuis trop longtemps d'une délinquance endémique, enkystée dans certains quartiers. Ces territoires, nous nous employons à les reconquérir pas à pas, étape par étape, car il ne peut pas y avoir, dans la République, de territoires perdus. Dans l'Essonne, d'ici le 1er novembre, 71 gardiens de la paix et adjoints de sécurité viendront renforcer les effectifs mobilisés dans le département. 45 sont d'ores et déjà arrivés, et 26 prendront très bientôt leurs fonctions. Grâce à ces renforts, nous allons pouvoir revenir, en Essonne, au niveau de l'effectif de fonctionnement annuel. Je m'engage également à ce que la Compagnie de sécurisation soit renforcée grâce à l'arrivée de 30 fonctionnaires supplémentaires. Ils passeront ainsi de 50 fonctionnaires de police actuellement à 80 d'ici la fin de l'année. Dans les semaines qui viennent, ce sont donc au total 101 fonctionnaires de police supplémentaires qui arriveront dans le département de l'Essonne. En 2017, je poursuivrai cet effort, en y affectant de nouveaux moyens humains. Si je n'en détermine pas le nombre dès à présent, c'est parce qu'il m'appartiendra de le faire au moment de la sortie des promotions, et que jamais, jusqu'à présent, on ne m'a vu prendre des engagements que je ne savais pas pouvoir tenir. Dans cette période électorale où l'abaissement de la parole publique résultera de toutes les approximations, je me refuse résolument à promettre sans assurance. Par ailleurs, une demi-compagnie de CRS, d'ores et déjà sur place, restera affectée à la circonscription de sécurité publique de Juvisy-sur-Orge, aussi longtemps que sa présence sera nécessaire. En outre, je vous annonce que des travaux de rénovation des commissariats de police seront conduits de façon prioritaire par la Préfecture de Police. J'ai donné des instructions fermes pour cela et je veillerai personnellement à ce qu'elles soient respectées. Enfin, nous allons mettre en œuvre une stratégie volontariste de sécurisation de la Grande Borne, sous l'autorité de la Préfète et en lien étroit avec le Procureur de la République. Cette stratégie visera à renforcer la coopération et l'échange d'informations entre l'ensemble des services de police pour lutter plus efficacement contre les trafics de stupéfiants et les réseaux de l'économie souterraine, qui provoquent la violence et empoisonnent la vie des habitants. Cette stratégie passera par une occupation massive de la voie publique, par des investigations judiciaires systématiques, l'utilisation de moyens renforcés de surveillance et d'investigation, la mise en place de mesures de prévention et de coproduction de sécurité. Plusieurs services seront mobilisés, aussi bien la sécurité publique que la police judiciaire, le Groupe d'intervention régional, les services de renseignement et les forces mobiles. Mesdames et Messieurs, la détermination à lutter contre la délinquance ne saurait se résumer à des agitations de tribune. Elle appelle des moyens, des budgets, une stratégie. C'est ce que nous mettons en œuvre à la Grande Borne. Les violences, les agressions sont d'autant plus insupportables que nous venons de traverser une année éprouvante, éreintante, rythmée par des événements particulièrement dramatiques. Les attentats du 13 novembre 2015, à Paris et à Saint-Denis. L'assassinat abject, comme je l'ai dit, de Jean-Baptiste SALVAING et de Jessica SCHNEIDER, tous deux pris pour cible par un terroriste au motif qu'ils étaient l'un et l'autre des policiers, des serviteurs de l'Etat. Cette tragédie a représenté un profond traumatisme pour chacun d'entre nous, pour chaque policier et gendarme de France, pour chaque agent de notre ministère. Et puis, il y a eu l'attentat de Nice, perpétré le jour de la Fête nationale, et, quelques jours après, l'assassinat du père Jacques HAMEL, un homme plein de bonté, alors que celui-ci célébrait la messe quotidienne en son église de Saint-Etienne-du-Rouvray. D'autres actes à caractère terroriste ont été commis au cours de l'année, et d'autres pays ont été victimes de la même barbarie. Je pense notamment à la Belgique, où, en mars dernier, des individus appartenant à la même cellule terroriste que celle du 13 novembre ont semé l'effroi en plein cœur de Bruxelles. Je pense aussi à l'Allemagne. L'année 2016 a donc été une année sans précédent pour les forces de sécurité intérieure. Une année durant laquelle vous avez été mobilisés sur tous les fronts à la fois. La lutte antiterroriste, bien sûr, dans le cadre de l'état d'urgence et avec le rétablissement des contrôles aux frontières qui continue de vous mobiliser. Vous avez également donné le meilleur de vous-mêmes pour assurer la sécurisation des grands événements internationaux qui ont eu lieu sur notre sol : la COP 21 et l'Euro 2016, ainsi que ceux de la période estivale. Vous avez maintenu l'ordre public face à des contestations sociales de plus en plus violentes, à Paris, à Rennes, à Nantes, et nos forces ont été, à chaque fois, soumises à rudes épreuves. La gestion des conséquences de la crise migratoire à Calais, dans la région de Dunkerque et dans les Alpes-Maritimes ne nous a pas non plus épargnés. Ces missions, les forces les ont remplies avec détermination et dévouement, sans jamais renoncer à lutter contre la délinquance quotidienne sous toutes ses formes, d'autant moins que les drames que nous avons connus depuis janvier 2015 ont mis en lumière les porosités entre délinquance, radicalisation et terrorisme. J'ai conscience des difficultés croissantes liées à l'exercice de votre métier. Vos équipes, lorsque je les rencontre sur le terrain, m'en font part, ce qui est d'autant plus légitime que peu d'activités professionnelles emportent tant de sujétions. Je n'ignore pas que vous avez été amenés à consentir des sacrifices importants au cours de ces derniers mois, sur le plan notamment des horaires de travail comme sur celui des congés. Je mesure combien votre vie personnelle et celle des policiers et des gendarmes placés sous vos ordres en ont été affectées. Pour ma part, je ne cesse d'être impressionné, je vous l'ai dit souvent, par la détermination des femmes et des hommes qui composent les forces de sécurité, par leur amour du métier, par leur sens de l'Etat et par la fierté qu'ils éprouvent à accomplir leurs missions. Pour protéger les Français, vous menez une lutte sans relâche, dans des conditions souvent difficiles que nos concitoyens ont peine à imaginer. Et cet engagement, cette détermination à faire respecter les lois de la République, malgré les difficultés rencontrées, malgré les drames affrontés, malgré les moments de découragement, cet engagement-là porte ses fruits. Plus que jamais, Mesdames et Messieurs, vous et vos équipes êtes des piliers de la République. Nous affrontons des formes de criminalité de plus en plus complexes et ramifiées, qui se nourrissent les unes les autres. Je pense bien sûr au terrorisme, mais aussi aux trafics d'armes et de stupéfiants, aux réseaux de la traite des êtres humains et de l'immigration irrégulière, à l'émergence de nouvelles radicalités violentes. Il en va également ainsi, désormais, de la plupart des délinquances d'appropriation, y compris dans les zones rurales. D'une manière générale, nous sommes confrontés à des menaces qui, de plus en plus souvent, trouvent leur origine à l'extérieur de nos frontières, parfois même sur d'autres continents, mais dont nous devons gérer les répercussions sur notre propre sol. Et il n'est pas jusqu'à la délinquance ordinaire qui ne revête désormais une dimension internationale de plus en plus forte, laquelle rend sa répression encore plus complexe. C'est là un phénomène qui ne pourra aller qu'en s'accentuant dans les années qui viennent, car la mondialisation des échanges est aussi celle des menaces. Mesdames et Messieurs, vous en avez conscience : nous avons changé d'époque. Nous sommes désormais entrés dans une période nouvelle de notre histoire, marquée durablement par la menace djihadiste. C'est là un combat de longue haleine qui nous attend, un combat difficile qui sera sans nul doute l'affaire d'au moins une génération. Dans ce combat-là, jusqu'à l'éradication définitive de la menace, il n'y aura ni pause, ni trêve. C'est pourquoi, depuis 2012, d'abord sous l'impulsion de Manuel VALLS, puis sous la mienne, notre politique de sécurité n'a poursuivi qu'un seul et unique objectif : réarmer la France et la République. Reconstruire un appareil sécuritaire qui avait été considérablement affaibli. Depuis le début du quinquennat, sous l'autorité du Président de la République et du Premier ministre, nous n'avons eu de cesse d'analyser les menaces, d'anticiper leur évolution et d'adapter nos outils et nos moyens en conséquence, toujours dans le cadre de l'Etat de droit. Partie I - La sécurité, une priorité depuis 2012 1. Tenir compte de l'évolution des menaces, c'est d'abord renforcer les effectifs des forces de sécurité. En 2012, la première des urgences consistait à relancer la politique de recrutement au sein de la Police et de la Gendarmerie nationales. En effet, au cours de la période précédente, plus de 13 000 postes avaient été détruits dans les deux forces, au titre de ce que l'on a appelé la Révision Générale des Politiques Publiques. 13 000 postes en moins, ce sont 13 000 policiers et gendarmes dont nous aurions pourtant eu besoin au cours de ces dernières années pour protéger les Français, combattre le terrorisme et lutter contre la délinquance. C'est la raison pour laquelle, dès 2012, et ce malgré les contraintes budgétaires, nous avons mis en place une politique de recrutements massifs et de remplacement des départs à la retraite, en rupture totale avec la politique passée. Nous avons ainsi réalisé un effort sans précédent, destiné à rendre effectives les arrivées dans les services de police et dans les unités de gendarmerie. Un effort qui, comme je l'ai dit, vise non seulement à compenser les départs, mais aussi à aller bien au-delà. Car la sécurité est avant tout une affaire de femmes et d'hommes au service de leurs concitoyens, une « force humaine » pour reprendre la juste devise que s'est choisie la Gendarmerie. Les événements survenus depuis 2015 ont évidemment accéléré, et même amplifié, ce grand mouvement de reconstruction. D'ici la fin du quinquennat, nous aurons donc recruté 9 000 policiers et gendarmes en plus dans les services et les unités de sécurité intérieure. Bien sûr, ces arrivées profitent d'ores et déjà et continueront de profiter à l'ensemble des forces, quelles que soient les missions dont elles s'acquittent : la lutte contre l'insécurité et la délinquance quotidiennes, l'antiterrorisme, le renseignement intérieur, la lutte contre l'immigration irrégulière, le maintien de l'ordre public. A cet égard, je veux souligner le grand succès qu'a rencontré le concours de recrutement exceptionnel de plus de 3 000 gardiens de la paix, qui s'est achevé en juillet dernier. (Plus de 35 000 jeunes s'y sont inscrits.) Quant à la Gendarmerie, elle a incorporé dans ses écoles deux fois plus d'effectifs, cette année, que lors des années précédentes. C'est là une chose remarquable, et même réconfortante, de constater que, dans le contexte actuel, des jeunes gens font, en si grand nombre, le choix de s'engager dans les forces de l'ordre pour servir leur pays, servir la République, servir les Français, alors que les défis qui se présentent à nous sont si grands et que les risques qu'ils impliquent sont si lourds. Aujourd'hui, nous recueillons les fruits de ce réhaussement significatif des moyens humains notre politique, puisque les promotions importantes d'élèves formés sont sur le point de recevoir leurs toutes premières affectations. En 2012, 488 policiers seulement étaient sortis des écoles de police. Cette année, c'est plus de 4 600, doit dix fois plus. Oui, nous avons complètement changé d'échelle, et s'il ne devait y avoir qu'un seul paramètre pour mesurer l'effort de recrutement accompli par le Gouvernement, les sorties d'écoles suffiraient sans doute à l'établir. D'ici à la fin du quinquennat, ce sont au total plus de 28 000 policiers et gendarmes qui arriveront sur le terrain, dans les commissariats et les brigades de gendarmerie, compensant, comme je l'ai dit, les départs et permettant en outre d'augmenter significativement le total de nos effectifs. C'est d'ailleurs grâce à ce changement d'échelle que je suis en mesure, lorsque je vais à votre rencontre dans les territoires, de vous annoncer partout en France des arrivées d'effectifs qui viennent renforcer nos dispositifs territoriaux en fonction des besoins identifiés, et ce je le répète sur l'ensemble du territoire national. Car, derrière les chiffres, il y a et c'est bien là l'essentiel une réalité humaine, une réalité concrète, celle des femmes et des hommes, policiers et gendarmes, qui nous rejoignent, qui VOUS rejoignent, dans les commissariats et les brigades, pour lutter contre la délinquance et la criminalité. C'est le cas en Seine-Saint-Denis où plus de 300 policiers arriveront d'ici la fin de l'année, à l'occasion des prochaines sorties de promotion, afin de revenir au niveau de l'effectif de fonctionnement annuel. C'est aussi le cas dans la région de Calais où plus de 240 policiers et gendarmes sont arrivés en renfort au cours de ces dernières semaines, ce qui a porté à plus de 2 100 le nombre des effectifs mobilisés face aux effets de la crise migratoire dans le Calaisis. C'est le cas dans les territoires d'Outre-Mer où j'ai annoncé la semaine dernière, dans le cadre de la mise en œuvre du Plan Sécurité Outre-Mer, l'arrivée de plus de 400 policiers et gendarmes, entre la fin 2016 et 2018, pour faire face aux graves problèmes de violence et d'insécurité en Guadeloupe et en Guyane, mais également en Martinique. Je pourrais vous donner bien d'autres exemples, et vous, vous le savez. Cet effort, nous l'accomplissons pour les forces territoriales, et nous l'accomplissons aussi pour les forces mobiles. C'était là un impératif d'autant plus urgent que ces forces sont aujourd'hui puissamment mobilisés, et là aussi sur tous les fronts à la fois. La RGPP avait induit la suppression de plusieurs centaines d'emplois dans les CRS, ce qui avait très sérieusement obéré les capacités d'intervention de ces forces mobiles, pourtant indispensables au maintien de l'ordre public. Nous avons donc recréé plus de 400 postes au sein des CRS, car il ne suffit pas de convoquer l'autorité de l'Etat en permanence derrière les tribunes, encore faut-il ne pas priver l'Etat, par des politiques funestes, des moyens de son autorité. Nous avons par ailleurs recréé 22 pelotons dans les escadrons de gendarmerie mobile existants, soit plus de 480 effectifs supplémentaires qui interviennent en appui des forces territoriales dans les zones les plus exposées. C'est là une décision que nous avons prise pour contribuer à renforcer notre réponse aux situations de crise, mais aussi pour permettre aux effectifs fortement sollicités depuis plusieurs mois d'être relayés dans l'accomplissement de leurs missions. Il y a quelques semaines à peine, nous avons créé un tout nouvel escadron de gendarmerie mobile, à Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. C'était la première fois qu'un tel événement avait lieu depuis 1998, c'est-à-dire depuis près de 20 ans. Et ce alors même que 15 escadrons de gendarmerie mobile soit 1 800 emplois avaient été supprimés dans une période récente, sans que d'ailleurs jamais personne ne se soit préoccupé des conséquences d'une telle décision en termes d'efficacité opérationnelle, pour le maintien de l'ordre ou pour la sécurité des Français. Là où certains ont détruit, nous, nous reconstruisons. Au-delà de cette politique de réhaussement des moyens, absolument indispensable, nous avons aussi engagé une politique résolument qualitative. J'ai en effet décidé, comme je l'ai annoncé le 2 juin dernier à Oissel, de conduire une importante réforme de la formation initiale et continue au sein de la Police nationale. Une nouvelle Direction centrale du recrutement et de la formation de la Police est aujourd'hui en création, qui sera seule chargée de piloter la formation de l'ensemble des agents. Par ailleurs, alors que quatre écoles de gendarmerie avaient été fermées au cours du quinquennat précédent, nous venons d'en recréer une, à Dijon, et j'assisterai moi-même à son inauguration en novembre prochain. Cette école, j'en avais annoncé le projet de création dès juillet 2015, et un an après seulement, la voici pleinement opérationnelle, depuis le 1er septembre. 2. Tenir compte de l'évolution des menaces, c'est ensuite renforcer les moyens matériels dont disposent les forces de sécurité. Nous avons ainsi lancé un grand plan de renforcement des moyens d'équipement, d'investissement et de fonctionnement du ministère. Dans le cadre du PLAT et du Pacte de Sécurité, plus de 700 millions d'euros au total sont consacrés à la modernisation de nos matériels et de nos infrastructures, notamment informatiques. Entre 2007 et 2012, vos moyens d'action avaient diminué de 16% pour la Police et de 18% pour la Gendarmerie il y avait donc là aussi urgence. Entre 2012 et 2017, les moyens d'investissement auront augmenté de 15% pour la Police et de 10% pour la Gendarmerie. Là aussi, derrière les chiffres, il y a des réalités concrètes, des matériels supplémentaires, des armements plus modernes, des munitions, des équipements de protection, mais aussi des véhicules nouveaux : cette année, plus de 4 900 véhicules ont été ainsi commandés pour la Police et pour la Gendarmerie. Dans le cadre du Plan de lutte antiterroriste lancé en janvier 2015, nous réalisons également un effort très important de modernisation des systèmes d'information et de communication de la Police et de la Gendarmerie. Je pense notamment à la plateforme de signalements PHAROS, à la refonte du système CHEOPS et aux dispositifs de blocage des sites Internet. Par ailleurs, en octobre 2015, il y a donc exactement un an, j'ai décidé, après le drame dont avait été victime Yann SAILLOUR à l'Ile-Saint-Denis, de mettre en œuvre, sur l'ensemble du territoire national, un plan inédit et ambitieux de renforcement des BAC dans les commissariats de police et de 150 Pelotons d'Intervention et de Surveillance de la Gendarmerie (PSIG) de type « Sabre ». Grâce au « Plan BAC - PSIG », nous disposons désormais d'unités d'intervention intermédiaires à la fois mieux équipées en armements et en équipements de protection, face à des criminels qui ont eux-mêmes recours à des armes de guerre et mieux formées à la gestion des tueries de masse. Aujourd'hui, les matériels ont été presque tous livrés, incluant les nouveaux véhicules. Nous continuons la labellisation « Sabre » des PSIG concernés, dont nous organisons la montée en puissance. Cet investissement de 17 millions d'euros profitera par extension aux effectifs du service général, puisque, faut-il le rappeler, les BAC et les PSIG sont également déclenchés en renfort des primo-engagés, dès lors que cela est nécessaire, pour assurer notamment leur protection. 3. PLF 2017 : on maintient le cap. Le projet de loi de finances pour 2017 confirme résolument ces orientations pour vous donner les moyens de vos difficiles missions. Nous vous le devons, la République vous le doit, comme elle le doit aux Français. L'année prochaine, la sécurité du pays constituera à nouveau l'une des priorités centrales de l'action du Gouvernement, alors même que l'Etat continue par ailleurs de faire des économies pour redresser les comptes publics. Ainsi, le budget total du ministère de l'Intérieur s'établira à un peu plus de 16 milliards d'euros en 2017, soit une augmentation de 847 millions d'euros par rapport à 2016. Ce qui nous permettra d'être, une fois de plus, l'un des rares ministères à bénéficier d'une augmentation du nombre de ses personnels. En outre, j'ai obtenu que l'effort de renforcement de nos moyens d'investissement et de fonctionnement soit poursuivi. Nous pourrons donc continuer à renforcer les moyens dédiés à la lutte contre la délinquance et à la lutte antiterroriste, tout en finançant les mesures catégorielles sans précédent que nous avons prises afin d'améliorer vos conditions de travail et de mieux reconnaître votre engagement, ainsi que celui des policiers et des gendarmes placés sous vos ordres. Je veux d'ailleurs dire un mot à ce sujet, tant il est important. 4. Le Protocole social. Le 11 avril dernier, nous avons en effet signé un accord historique, avec la quasi-totalité de vos organisations professionnelles et représentatives. Nous consacrerons ainsi 850 millions d'euros, dès cette année et pour 5 ans, à la valorisation des carrières des policiers et des gendarmes et à l'amélioration de leurs conditions de travail. C'est là un engagement fort, à la hauteur de votre mobilisation et de celle de vos équipes. Les deux protocoles que nous avons signés, l'un pour la Police, l'autre pour la Gendarmerie, concrétisent donc pleinement la reconnaissance de l'État, et de la Nation tout entière, pour les forces de l'ordre, dans les circonstances difficiles, voire dramatiques, que nous connaissons aujourd'hui. C'est là le résultat d'un long et patient travail collectif, que nous avons mené en veillant à respecter les grands équilibres entre la Police et la Gendarmerie, dans un principe d'équité et de solidarité. Désormais, mon souhait est que nulle entorse ne soit faite au Protocole, et j'y veille scrupuleusement. Les mesures du Protocole poursuivent une triple ambition : la fluidification des parcours personnels ; la mise en cohérence des grades avec la réalité des responsabilités exercées ; la valorisation des métiers et des compétences spécifiques. Il y a là des avancées particulièrement importantes, telles que la revalorisation de l'ISSP de 2 points en 4 ans. Des mesures concrètes ont d'ores et déjà été prises, puisque la nouvelle prime OPJ est entrée en vigueur dès le 1er octobre, soit moins de 6 mois après la signature du Protocole. Je pourrais aussi évoquer l'augmentation de 30% de l'IJAT. Partie II - La lutte contre la délinquance Depuis 2012, en dépit de votre puissante mobilisation contre le terrorisme, et malgré les difficultés d'organisation que cela n'a pas manqué d'entraîner, vous n'avez pour autant jamais cessé de lutter contre toutes les formes délinquance ordinaire. Car la République est partout chez elle, et ne tolèrera jamais l'existence de zones de non-droit. En France, il n'y a qu'une seule loi, une seule autorité légitime, celles de la République. Je sais que, dans certains quartiers, dans certains territoires, c'est un combat permanent que vous menez chaque jour, contre la violence, contre la délinquance, pour que triomphent l'ordre et la loi. Certains délinquants cherchent à s'accaparer la voie publique pour y faire prospérer leurs trafics, à prendre en otage des quartiers entiers pour y commettre leurs méfaits en toute impunité. C'est notamment ce qui s'est passé à La Grande Borne, à Viry-Châtillon. Et cela n'est pas tolérable. Depuis 2012, nous avons commencé à reconquérir les territoires que la République avait perdus. C'est là un combat de longue haleine et de haute lutte, un combat qui nécessite du temps, de la résolution et des moyens - beaucoup de moyens. Et c'est pour vous soutenir dans ce combat, pour vous donner les moyens de le mener, que moi aussi je me bats, de mon côté, à vos côtés, pour obtenir les arbitrages budgétaires qui nous permettront de renforcer nos effectifs et nos matériels, qui nous permettront d'embaucher des policiers et des gendarmes supplémentaires, d'investir dans les armements, les équipements de protection, les véhicules dont vous avez besoin, dans la réhabilitation ou la construction de commissariats de police ou de casernes de gendarmerie, dans l'amélioration de vos conditions de travail et d'évolution de carrière. Car telle est ma responsabilité, en tant que ministre de l'Intérieur. Et ici, je veux remercier le Président de la République et le Premier Ministre pour les arbitrages qu'ils ont rendus en faveur du ministère de l'Intérieur au cours de ces derniers mois. Cela est d'autant plus important que les violences contre les personnes et les atteintes contre les biens constituent une source d'inquiétude forte pour nombre de nos concitoyens. Ces formes de délinquance frappent en priorité les plus modestes et sévissent d'abord dans les quartiers les plus défavorisés. C'est donc une exigence profondément républicaine que d'apporter la protection de l'Etat à celles et ceux qui risquent de subir cette délinquance, sans pouvoir s'y soustraire. Que, comme je l'ai dit tout à l'heure, cette délinquance ordinaire est elle-même en pleine évolution et se complexifie dans le cadre de réseaux de plus en plus structurés. L'effort de modernisation de nos forces, dont j'ai rappelé tout à l'heure les grands axes, se justifie donc autant par la nécessité de combattre cette délinquance de droit commun que par la nécessité de lutter contre le terrorisme. Votre travail porte ses fruits. Depuis 2012, nous observons une tendance globale à la baisse des principaux indicateurs, ce qui nous conforte dans les orientations que nous avons prises. Pour la plupart d'entre elles, les différentes catégories de délinquance ont diminué, ou se sont stabilisées. Ce résultat est celui des différents plans que nous avons progressivement mis en place dès le début du quinquennat. C'est là une forte incitation à ne pas relâcher nos efforts. Cela rend compte de votre engagement et de celui de vos équipes, et ils sont d'autant plus remarquables que, comme je l'ai dit, les sollicitations ont été exceptionnellement nombreuses, notamment dans le cadre du Plan Vigipirate, de la gestion des effets de la crise migratoire à Calais et des opérations de maintien de l'ordre public du printemps dernier, qui ont capté une part importante de l'activité des forces mobiles. Cela témoigne aussi de l'intérêt de la méthode partenariale et territorialisée que nous avons initiée depuis le début du quinquennat et dont les Zones de sécurité prioritaires (ZSP) constituent la pierre angulaire. La méthode partenariale, portée par les ZSP, a donc son utilité. C'est la raison pour laquelle je souhaite qu'elle se pérennise, et ce dans un souci d'amélioration constant. Il nous faut approfondir les partenariats noués avec l'ensemble des acteurs publics et privés de ces territoires, avec l'Education nationale, avec les bailleurs sociaux, avec les associations, avec la société civile d'une manière générale. Nous avons à cet égard tout intérêt à exporter les bonnes pratiques en vigueur dans les ZSP dans d'autres zones du territoire national, après évaluation de leur pertinence et de leurs modalités de fonctionnement. Il nous faut essaimer en dehors du strict cadre des ZSP qui tiennent lieu de laboratoire du traitement de la délinquance et des incivilités, et ce dans une démarche assumée de coproduction de sécurité. Je veux à cet instant rappeler qu'en matière de sécurité, il est important que les citoyens eux-mêmes prennent leurs responsabilités. Si l'État est bien sûr un acteur majeur de la sécurité des Français, pour autant il n'est pas le seul. Notre société n'est pas à une contradiction près, promouvant l'individualisme, jalouse de ses droits mais oublieuse de ses devoirs. Si les pouvoirs publics ont un rôle immense à jouer, les familles comme les individus ont également le leur. Je ne peux me résoudre, pour ma part, à considérer que tout doit procéder, toujours, de la puissance publique et que l'individu ou le groupe familial soient totalement déresponsabilisés. Parallèlement au travail spécifique mené dans les ZSP, vos services continuent à mener un travail de fond contre les formes de délinquance et de criminalité prioritaires, et ce partout en France. Je pense notamment au trafic de stupéfiants, qui représente un véritable fléau et conditionne d'autres types de délinquance. Nous n'avons cessé de monter en puissance, dans les zones les plus concernées, bien sûr, comme à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône, où nous avons porté des coups très durs aux réseaux de trafic de stupéfiants. D'une manière générale, nous démantelons des filières (+27% depuis janvier), nous interpellons des trafiquants, y compris parmi ceux qui sont à la tête de ces réseaux. Nous portons coup sur coup, et nous allons continuer. Contre les trafics d'armes, nous menons aussi une action volontariste qui porte ses fruits. En novembre 2015, avant même la commission des attentats de Paris et de Saint-Denis, j'avais en effet lancé un plan spécifique de lutte contre le trafic et la circulation des armes à feu. Car c'est là aussi une priorité majeure, dès lors que ce trafic alimente à la fois les réseaux de la criminalité organisée, les milieux de la petite et grande délinquance et, bien sûr, les filières terroristes. Depuis maintenant près d'un an que ce plan est entré en application, nous avons enregistré des résultats encourageants. Sur le premier semestre 2016, près de 7 000 armes en tout ont été saisies. Face à l'augmentation de ce type de trafics, nous devons impérativement maintenir et amplifier notre action. La lutte contre la traite des êtres humains, contre l'immigration irrégulière et les filières qui l'alimentent, constitue une autre priorité évidente de notre action, rendue plus urgente encore dans le contexte de crise migratoire sans précédent que nous connaissons depuis deux ans, avec les répercussions localisées que l'on sait, à Paris, dans le Calaisis et la région de Dunkerque, ainsi que dans les Alpes-Maritimes. L'année dernière, nous avons procédé à près de 15 500 éloignements forcés. Et grâce à l'action de la PAF, nous avons démantelé 263 filières d'immigration irrégulière sur le territoire national en 2016, soit une augmentation de 20% par rapport à l'année précédente. D'une manière générale, depuis le rétablissement des contrôles aux frontières en novembre dernier, plus de 83 millions de personnes ont été contrôlées, à l'entrée ou à la sortie du territoire national. Plus de 54 000 individus considérés comme suspects ont été interpellés, et plus de 45 000 ont été non-admis sur le territoire national et refoulés à nos frontières. Ce sont là des chiffres très importants, qui traduisent notre engagement déterminé à sécuriser le territoire et à lutter contre l'immigration irrégulière. Je veux enfin dire un mot de votre mobilisation dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre public, lors du mouvement social contre la Loi Travail au printemps dernier. Cela a fait l'objet d'un engagement massif, dans des conditions particulièrement difficiles. 624 policiers et gendarmes ont ainsi été blessés au total au cours de ces opérations. Il y a eu, chacun le sait, des scènes marquantes, des faits inqualifiables, des actes de violence intolérables à l'encontre des représentants de la force publique. Face à des groupuscules structurés, ultra-violents et déclinant des stratégies de harcèlement des forces de l'ordre, nous avons tenu bon. Nous avons fait preuve d'une grande fermeté : j'en veux pour preuve les 2.139 interpellations et les 1.370 gardes à vue. Face à cela, vous bénéficierez toujours de mon soutien le plus absolu. Car le rôle des forces de l'ordre dans ce genre de circonstances, c'est bien de faire en sorte que les libertés publiques en l'occurrence celle de manifester puissent s'exercer pleinement et être respectées, sans pour autant remettre en cause l'ordre public. Je n'oublie pas non plus l'enjeu important que représente la sécurité routière. C'est là aussi une préoccupation, après la hausse des accidents en 2014 et 2015. Si la tendance était de nouveau à la baisse jusqu'en août dernier, les chiffres à la hausse du mois de septembre ne peuvent que nous inciter à poursuivre notre politique volontariste. 81 mesures, visant à faire évoluer le comportement des usagers de la route, ont été prises, depuis plus d'un an et demi, dans le cadre du Comité interministériel à la sécurité routière, notamment pour lutter contre la conduite sous l'emprise de stupéfiants. Nous avons mis en place de nouveaux cadres d'action : vous devez donc les utiliser dans toute leur plénitude. Partie III - La lutte contre le terrorisme A cette lutte contre la délinquance ordinaire, qui constitue, pour la plupart d'entre vous, le cœur de votre métier, est venu s'ajouter, en raison des circonstances, un puissant engagement contre le terrorisme et la radicalisation violente. Depuis les attentats de Toulouse et de Montauban en mars 2012, nous sommes à notre tour confrontés à la menace djihadiste sur notre sol. Et je n'ai nul besoin de vous rappeler que cette menace est aujourd'hui extrêmement élevée, d'une nature et d'une ampleur sans précédent. Aujourd'hui, la France est l'une des cibles prioritaires de DAESH. Le djihadisme, nous l'affrontons à l'intérieur comme à l'extérieur de nos frontières, en Irak et en Syrie, aux côtés de nos alliés, mais aussi au Sahel, où nous nous trouvons en toute première ligne depuis 2013. C'est donc une lutte globale que nous livrons. Et sans doute la France est-elle aujourd'hui l'un des premiers pays au monde pour lequel réduire DAESH constitue une priorité absolue. Le Gouvernement a très tôt pris la mesure de cette situation. Dès 2012, et a fortiori depuis avril 2014 et l'adoption du Plan de lutte contre la radicalisation violente et les filières djihadistes, notre arsenal antiterroriste n'a cessé de monter en puissance. Depuis quatre ans, nous n'avons cessé d'affiner notre analyse de la menace, et par conséquent la nature de notre riposte. J'ai bien conscience que, depuis janvier 2015, notre dispositif antiterroriste et les évolutions qu'il a connues vous ont tous mobilisés, d'une façon ou d'une autre. Je veux vous remercier de votre engagement, de celui des hommes et des femmes que vous commandez et qui, avec l'appui des forces armées dans le cadre du plan Vigipirate et de l'opération Sentinelle, se mobilisent pour notre sécurité collective, alors même qu'ils constituent, comme je l'ai rappelé tout à l'heure, des cibles désignées par nos ennemis. A chaque fois que nous avons été attaqués, des policiers et des gendarmes ont pris tous les risques pour accomplir leur mission, neutraliser les assaillants et protéger les Français. Les forces de l'ordre ont payé un lourd tribut à la lutte antiterroriste. Certains de vos collègues sont tombés en service, voire les armes à la main ; d'autres constituaient des cibles des terroristes ; mais tous, quels que soient leur grade et leur service, leur mission et leur histoire, tous étaient de grands serviteurs de l'Etat dont nos concitoyens conserveront longtemps la mémoire. Si le défi qu'il nous faut relever est bien celui de la préservation de notre mode de vie ce qui implique la mobilisation de l'ensemble des Français, nous n'y parviendrons qu'en nous adaptant, en adaptant nos moyens et nos méthodes d'action, bien sûr et c'est ce que nous avons fait depuis 2012, mais aussi nos réflexes et nos habitudes, sans pour autant jamais nous départir de notre sang-froid ni de notre confiance dans les principes fondamentaux de la République. Une société plus forte et résiliente, sûre d'elle-même et capable de faire face aux épreuves qui se présentent à elle, dans l'unité et la solidarité : tel est l'objectif que nous poursuivons, telle est l'ambition qui doit tous nous animer. A l'heure actuelle, plus de 2 000 Français ou résidents habituels en France sont impliqués, d'une façon ou d'une autre, dans les filières de recrutement djihadistes. Environ 700 d'entre eux sont actuellement présents sur le théâtre des opérations en Syrie et en Irak, parmi lesquels environ 270 femmes et 17 mineurs combattants. En outre, environ 190 individus sont actuellement en transit dans des pays tiers, et environ 200 sont d'ores et déjà revenus en France. Comme l'an dernier, je vous demande donc de maintenir votre mobilisation à un niveau maximal, avec toutes celles et ceux que vous dirigez et quel que soit le point du territoire où vous servez. Car c'est bien tout le pays qui est concerné, en métropole comme outre-mer, à Paris comme dans les territoires. Il nous faut aujourd'hui nous battre sur tous les fronts : le renseignement, la voie publique, les frontières, les investigations, la répression comme la prévention. Nous avons en effet changé de paradigme, et nous avons donc changé nos méthodes : vous le savez, l'antiterrorisme n'est plus seulement une affaire de services spécialisés, mais implique l'ensemble des forces de sécurité intérieure. Qu'il s'agisse des remontées d'informations, du suivi de la radicalisation au plus près du terrain, du contrôle des flux, ou même des interventions, vous avez tous un rôle à jouer, et c'est là aujourd'hui une part importante de votre travail quotidien. J'ajoute que, dès lors qu'il est clairement établi que ce terrorisme-là se nourrit aussi de la délinquance, soit qu'elle facilite les basculements dans la radicalisation violente, soit qu'elle lui fournisse une logistique précieuse, c'est également sur le front de la délinquance de droit commun que la mobilisation est indispensable. Ce peut être même, dans certains cas, une arme très efficace pour mieux faire « tomber » les individus qui nous prennent pour cible. Pour mener cette lutte, nous avons certes besoin d'effectifs et de moyens renforcés j'en ai déjà parlé, mais aussi d'un arsenal juridique adapté à la réalité de la menace. Car les moyens, pour indispensables qu'ils soient, ne sont rien s'ils ne sont pas mis au service d'une volonté politique forte qui, dans un Etat de droit, s'inscrit dans un cadre légal efficace. Depuis 2012, nous avons ainsi adopté plusieurs lois majeures celles du 21 décembre 2012, du 13 novembre 2014, du 3 juin 2016, la loi sur le renseignement du 24 juillet 2015 qui nous ont permis de renforcer progressivement nos dispositifs antiterroristes en agissant sur les différents aspects de la menace. A chaque fois, l'élaboration de ces textes a eu lieu dans une volonté constante d'anticipation. Je veux insister tout d'abord sur le fait qu'à vos côtés, l'ensemble du ministère de l'Intérieur est plus que jamais mobilisé dans la lutte contre le terrorisme, comme en témoigne le nombre de mesures administratives prises depuis plus d'un an et demi contre des personnes susceptibles de porter atteinte à la sécurité nationale. Nous utilisons l'ensemble des moyens juridiques dont nous disposons. Certains, déjà prévus dans notre législation, n'étaient quasiment pas utilisés avant 2012. Nos prédécesseurs, souvent prompts à donner des leçons de fermeté, n'y avaient pas recours. Pour ma part, je n'hésite pas à mobiliser tous les outils à ma disposition, dès lors que les conditions de droit sont réunies. Et si je peux le faire, c'est grâce aux résultats que vous obtenez chaque jour. Depuis le début de l'année 2015, près de 80 arrêtés d'expulsion ont été pris contre des ressortissants étrangers liés à la mouvance djihadiste, et notamment des prêcheurs de haine. Par ailleurs, 185 interdictions administratives du territoire (IAT) ont été délivrées à l'encontre d'étrangers dont la présence en France constituerait une menace grave pour l'ordre public ou la sécurité intérieure. Nous n'hésitons pas non plus à fermer les lieux de culte dès lors qu'ils constituent des foyers de radicalisation violente. Une vingtaine de mosquées et de salles de prières radicalisées ont ainsi été fermées, notamment dans le cadre de l'état d'urgence. D'autres dossiers sont actuellement en cours d'instruction. Parallèlement, nous mettons en œuvre avec la plus grande fermeté les mesures créées par la loi du 13 novembre 2014. A ce jour, près de 420 interdictions de sortie du territoire (IST) ont été prononcées à l'encontre de Français soupçonnés de vouloir rejoindre les groupes terroristes actifs au Moyen-Orient. Les mesures de blocage administratif et de déréférencement des sites Internet illicites sont également pleinement appliquées pour contrer l'apologie et la provocation au terrorisme et par là même le recrutement sur le Web. A ce jour, 49 sites Internet ont ainsi fait l'objet d'une mesure de blocage pour de tels motifs, et 280 adresses électroniques ont été déréférencées par les moteurs de recherche. Dans le cadre de l'état d'urgence, proclamé par le Président de la République dès la nuit du 13 novembre 2015, nous avons également pris des mesures de très grande fermeté pour déstabiliser durablement les filières de recrutement djihadistes et les milieux propices au développement de la radicalisation. A ce jour, plus de 4 000 perquisitions administratives ont eu lieu. La loi de prorogation du 21 juillet dernier a d'ailleurs redonné de la vigueur à cette mesure, en ouvrant la possibilité de procéder à des saisies de données informatiques en vue de leur exploitation ultérieure. Plus de 80 ont eu lieu depuis fin juillet. Grâce à ces perquisitions, nous avons d'ores et déjà obtenu des résultats importants, qui se sont révélés fort utiles pour les enquêteurs. Près de 600 armes à feu ont ainsi été saisies, dont 75 armes de guerre. Par ailleurs, près de 500 interpellations ont été réalisées, qui ont donné lieu à 415 gardes à vue. Concernant les assignations à résidence, 89 d'entre elles sont actuellement toujours en vigueur. Face à la menace, il était également urgent de réformer notre dispositif de renseignement intérieur. Nous nous y sommes employés dès 2012, sur le plan de l'organisation, du cadre d'action et des moyens mobilisés. C'était là une nécessité absolue si nous voulions tirer les leçons des tueries de Toulouse et de Montauban et éviter que notre pays ne se retrouve dans une situation d'extrême vulnérabilité. Parallèlement à la création de la DGSI, nous avons surtout recréé un véritable service de renseignement de proximité en milieu ouvert, à savoir le SCRT. C'était là un objectif prioritaire, dans la mesure où la réforme de 2008 avait supprimé les Renseignements généraux sans pour autant leur substituer un nouveau modèle permettant la détection des signaux faibles. Nos capacités de renseignement et de détection des phénomènes de radicalisation s'en étaient trouvées nettement affaiblies. Nous sommes même allés plus loin, puisque les attributions du SCRT, ainsi que son maillage territorial, ont été clairement élargis par rapport aux anciens RG, ce qui lui a permis de retrouver pleinement ses compétences d'appui à la prévention du terrorisme. Si les services et unités appartenant au premier ou au deuxième cercle ne disposent pas des mêmes missions, nous avons fait le choix assumé de la spécialisation et de la complémentarité. La menace revêt aujourd'hui un caractère diffus et protéiforme. Les cercles s'inscrivent désormais dans un même ensemble stratégique où, entre services de police, entre policiers et gendarmes, chacun connaît la place qui est la sienne dans un dispositif cohérent au service de la protection de concitoyens. Nous avons par ailleurs nettement renforcé les effectifs des services. Au total, 1 900 effectifs supplémentaires auront été dans le renseignement intérieur durant le quinquennat, tous services confondus. En outre, la grande loi de 2015 sur le renseignement, a fixé des règles d'emploi claires pour les techniques de renseignement qu'elle a légalisées, sur la base de finalités circonscrites, afin de protéger les agents qui y ont recours tout en garantissant le respect des libertés individuelles. Des moyens opérationnels, un cadre juridique efficace et pleinement utilisé, un renseignement renforcé, ce sont là des conditions nécessaires pour combattre la menace. Néanmoins, ces conditions ne sont pas suffisantes. Il nous faut aussi adapter nos méthodes car, comme je l'ai dit, le terrorisme djihadiste est bien éloigné, dans ses modes opératoires, de celui auquel nous étions jusqu'alors habitués. Et dans l'effort d'adaptation que nous avons engagé, il nous a fallu lutter contre le cloisonnement. Et à cet égard, je veux saluer les initiatives prises par les services pour dépasser les schémas établis, se répartir de façon pertinente les cibles, échanger leurs informations dans un cadre fluide et reposant sur une confiance partagée. C'est là, j'en suis absolument convaincu, l'une des clés de nos succès actuels et futurs. Cet impératif de décloisonnement et de complémentarité est au cœur de notre action et concerne l'ensemble des composantes de notre dispositif. La fluidité des échanges d'information, sans laquelle l'anticipation et la réactivité sont impossibles, constitue ainsi un enjeu crucial, notamment pour le suivi des individus radicalisés. C'est la raison pour laquelle nous avons créé l'Etat-major de prévention du terrorisme (EMOPT), qui, en s'appuyant sur l'expertise de l'UCLAT et en lien étroit avec les Préfets de zone, s'assure minutieusement de la cohérence de notre dispositif de prévention du terrorisme et de la radicalisation. L'EMOPT, c'est donc le point de rencontre des forces, lesquelles mettent à sa disposition des effectifs enracinés dans leur administration d'origine et chargés de la fiabilisation de l'information. Ses nombreux déplacements sur le terrain, les priorités d'action qu'il vous fixe, le « contrôle qualité » sur le fichier et les propositions qu'il me soumet constituent autant de garanties d'un suivi actif, efficace et capable d'être adapté très rapidement aux évolutions en cours. En outre, depuis un an, la création du FSPRT (Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation terroriste) a introduit un levier supplémentaire de décloisonnement. Grâce à l'engagement de chacun d'entre vous, la fiabilité des données qui y figurent et leur actualisation en temps réel en font un formidable outil pour aider les enquêteurs, cartographier les menaces et tracer les individus à risque. En à peine plus d'un an, le changement d'approche est donc total. Il y a fallu un véritable travail d'alerte et de sensibilisation, un travail de conviction, mais aujourd'hui notre dispositif fonctionne, nous avons décloisonné l'information et rendu possible la mise en commun des signalements, et par là même nous avons mis en place un pilotage affiné du traitement des individus à risque. Cette mobilisation générale, ce travail en transversalité, ce resserrement des mailles du filet, c'est d'abord à vous et à vos collaborateurs que nous le devons. Cette exigence de coopération nécessitait également de réorganiser et de clarifier notre dispositif d'intervention en cas de tuerie de masse ou de tuerie planifiée. C'est ce que nous avons fait avec la mise en place du Schéma national d'intervention (SNI), que j'ai présenté le 19 avril dernier. Car là aussi, face à l'évolution des modes opératoires terroristes, l'heure est à l'unité, à la mutualisation et à la coopération entre le GIGN, le RAID et la BRI. Là aussi, nous avons renforcé notre maillage territorial afin d'assurer une couverture optimale de l'ensemble du pays. D'ici début décembre, nous créons ainsi trois nouvelles antennes du RAID à Montpellier, Toulouse et Nancy, tandis que, le mois dernier, nous avons créé deux BRI de la DCPJ à Dijon et à Metz. La BRI de la Préfecture de Police a vu, quant à elle, ses effectifs abondés de manière significative. Parallèlement, nous avons transformé les Pelotons d'Intervention interrégionaux de Gendarmerie (PI2G) en « antennes GIGN », dont nous avons créé quatre nouvelles entités à Nantes, à Reims, à Tours et à Mayotte. En outre, nous avons défini une nouvelle doctrine de mobilisation des forces afin d'établir avec précision le rôle joué par les différents échelons d'intervention, ainsi que leurs modalités de coopération. Cette nouvelle stratégie d'intervention est ainsi mieux adaptée aux temps nouveaux dans lesquels nous sommes entrés. Enfin, après l'ignoble attentat de Nice, le Président de la République a pris la décision forte de mobiliser les réserves opérationnelles de la Gendarmerie et de la Police nationales pour épauler vos effectifs, fortement sollicitées par la lutte antiterroriste. Elles ont ainsi été pleinement mobilisées au cours de l'été, et leur mobilisation se poursuit. Avec la réserve des Armées, les réserves de notre ministère vont désormais constituer, comme l'a souhaité le Président de la République, une véritable Garde nationale, afin de répondre à l'élan de mobilisation des Français désireux de vous prêter main forte et de s'engager pour participer à la protection du pays. Cette Garde nationale jouera ainsi un rôle de catalyseur pour développer nos réserves, lesquelles conserveront leurs statuts et leurs prérogatives. Une gouvernance partagée entre l'Intérieur et la Défense sera bien sûr mise en place. Parallèlement, nous allons continuer notre montée en puissance : d'ici la fin 2018, le pilier « ministère de l'Intérieur » de la future Garde nationale rassemblera ainsi près 45.000 personnes, avec un emploi quotidien de 5 250 personnes en moyenne. Nous serons donc un contributeur majeur. C'est là une très grande fierté pour notre maison. Mesdames et Messieurs, grâce aux décisions que nous avons prises, grâce aux moyens qui sont désormais à votre disposition et que vous utilisez pleinement, nos efforts, VOS efforts, portent leurs fruits. Des projets d'attentats sont évités et nous démantelons régulièrement des filières. Plusieurs opérations anti-terroristes décisives ont eu lieu ces derniers mois, notamment en région parisienne, comme à Argenteuil en mars dernier, ou bien à Boussy-Saint-Antoine il y a quelques semaines. Depuis le début de l'année, ce ne sont pas moins de 360 individus en lien avec des réseaux terroristes qui ont été interpellés. Actuellement, plus de 350 procédures judiciaires sont en cours pour des activités liées au terrorisme, concernant près de 1 400 individus. Chaque jour, nous progressons et nous renforçons notre sécurité collective, avec rigueur, sang-froid et détermination. Chaque jour, nous portons coup sur coup à nos ennemis. Depuis 2012, notre stratégie de renforcement de l'Etat de droit donne des résultats incontestables. Notre force, c'est précisément d'agir dans le strict cadre républicain, qui nous donne latitude pour moderniser nos moyens, les adapter, les consolider. Alors, changer le droit, oui, bien sûr que oui. C'est ce que nous n'avons cessé de faire depuis quatre ans. Mais abandonner la République, en laissant choir l'Etat de droit, cela, nous ne le ferons jamais. Car nous perdrions sur les deux tableaux à la fois : celui des principes, c'est-à-dire de notre identité collective, et celui de l'efficacité opérationnelle. Nous perdrions tout à la fois notre âme et notre force. J'en veux pour preuve les polémiques à propos du contrôle administratif, pouvant aller jusqu'à la rétention préventive, des individus faisant l'objet d'une fiche S. Cette même fiche qui a désormais acquis un étrange statut quasi mythologique dans le débat politique, bien loin de ce qu'elle est en réalité, c'est-à-dire un outil de travail quotidien à disposition des services. Non seulement de telles mesures seraient contraires à la Constitution et à l'Etat de droit, mais en outre elles seraient inefficaces, contre-productives, voire nuisibles au travail conduit. Or, si nous avons démantelé plusieurs filières depuis 2012, c'est précisément en raison de notre politique de renseignement, qu'il s'agit non pas de fragiliser, mais bien de consolider. La République, Mesdames et Messieurs, n'est ni un régime de faiblesse, ni un régime de panique. Bien au contraire, elle nous donne les moyens d'agir contre le terrorisme, dans le cadre d'un Etat de droit fort. Telle est la voie qu'a choisie le Gouvernement. Partie IV - Quelles leçons tirer pour demain ? Vous le percevez parfaitement, la frontière qui sépare police administrative et police judiciaire tend à se déplacer. Je veux m'y arrêter un instant non seulement pour expliquer ce déplacement mais surtout pour exposer ce qu'à mes yeux il implique pour l'avenir. Cette évolution est en lien étroit avec la lutte antiterroriste, dont tout l'enjeu est d'anticiper et de prévenir le passage à l'acte. L'infraction d'association de malfaiteurs terroriste, clé de voûte des dispositions pénales, à laquelle nous avons ajouté la préparation individuelle d'une entreprise terroriste sont des infractions obstacle qui incriminent un comportement en amont du passage à l'acte violent. Dans une stratégie de prévention du passage à l'acte, la frontière devient nécessairement plus mince entre ce qui relève de la police administrative et de la police judiciaire. En dotant les services de renseignement de possibilités jusque-là réservées à la police judiciaire, la loi de 2015 a accru ce rapprochement. A cela s'est ajouté l'état d'urgence qui, en confiant à l'autorité administrative, un pouvoir de perquisition, mais également, avec la loi du 21 juillet 2016, un pouvoir d'ordonner des contrôles d'identité, a encore rapproché les prérogatives de police administrative et de police judiciaire. Nous avons également fait le choix très clair de développer les enquêtes administratives dans la loi Savary du 22 mars 2016 et dans la loi du 3 juin 2016. Sans verser dans une logique de criblage généralisé et de société de suspicion généralisée, et je resterai toujours vigilant sur ce point, cette orientation découle du souci d'anticipation que j'évoquais précédemment. Avec la création de services dédiés relevant du ministère de l'intérieur pour mettre en œuvre ces enquêtes administratives, vos missions de police administrative sont encore accrues. Il vous appartient de bien expliquer aux femmes et aux hommes placés sous votre autorité combien est aujourd'hui importante la complémentarité et l'articulation entre ces deux missions. Le renforcement de la police administrative implique aussi une connaissance des règles qui l'encadrent et qui s'ajoutent à celles qui encadrent les missions de police judiciaire. Je veux de nouveau rendre un hommage particulier à votre capacité d'adaptation face à tous ces changements. Le développement des outils mis en œuvre dans le cadre de la police administrative démultiplie l'impact de l'action quotidienne des forces sur la voie publique. Mais il nous oblige, là également, à toujours plus de rigueur pour identifier une personne recherchée ou renseigner utilement un service sur une personne surveillée. Créer des interdictions de sortie du territoire, des interdictions administratives, diffuser des fiches de surveillance ou encore mettre en place des nouveaux fichiers n'a d'utilité et de pertinence que si ces mesures d'accompagnement des contrôles et de l'action quotidienne des policiers et des gendarmes sur le terrain. S'il y a rapprochement des missions de police administrative et de police judiciaire, il n'y a pas confusion et le ministre de l'intérieur que je suis ne confond pas, contrairement à ce que voudraient certains, son rôle avec celui qui relève de l'autorité judiciaire. Depuis que j'ai pris mes fonctions, je me suis attaché à ne jamais faire de commentaires sur les décisions prises par les autorités judiciaires. Cette attitude ne résume pas une satisfaction constante. Elle procède d'une volonté de responsabilité et de respect des règles de l'Etat de droit. Un Etat de droit fort, auquel je suis très attaché, c'est un Etat qui se dote des moyens juridiques, matériels et humains pour faire face aux attaques et aux menaces qu'il subit. Un Etat de droit fort, c'est aussi un Etat sûr de ses valeurs, qui ne cède pas aux tentations de la confusion des rôles et des pouvoirs. Dans l'action quotidienne du ministère de l'intérieur, les décisions du Conseil constitutionnel, les arrêts de la cour européenne des droits de l'homme, du conseil d'Etat et de la cour de cassation ne doivent pas être perçus comme des obstacles, même si parfois ils compliquent la tâche, mais ils doivent être vus comme des garde-fous que nous devons respecter. Il est important, et je sais que c'est très majoritairement le cas, car nous agissons en responsabilité et guidés par le sens de l'Etat, les autorités judiciaires et les forces du ministère de l'intérieur portent réciproquement un regard lucide sur les contraintes et les difficultés auxquelles nous sommes chacun confrontés. Respecter nos règles fondamentales participe donc tout autant de l'Etat de droit fort que renforcer nos capacités de prévention et de répression face aux menaces auxquelles nous faisons face. Cette recherche d'efficacité dans le respect de valeurs partagées doit aujourd'hui de plus en plus s'inscrire dans le cadre européen. Lutter contre le trafic d'armes seul dans son coin est en partie vain si un pays à 3 heures de route de votre frontière vend librement des armes faiblement neutralisées. Assurer une surveillance des passagers aériens au seul niveau national est d'une utilité très modeste. Tenter d'imposer que le chiffrement ne conduise pas demain à ce que vous soyez dans l'incapacité de conduire efficacement des enquêtes implique de mobiliser très largement nos partenaires. J'en ai pleinement conscience et c'est la raison pour laquelle j'ai fait le choix d'inscrire mon action à l'échelon pertinent, dans le cadre européen. Cela impose de se battre, cela nécessite de la persévérance. La France s'est d'ores et déjà placée à l'avant-garde. Au prix d'une forte mobilisation de tous, j'ai eu la chance de voir aboutir des initiatives décisives que j'ai portées au nom de la France, telle que le PNR ou la règlementation sur les armes. Celle sur le chiffrement est lancée. Elle sera longue et difficile, mais je crois profondément qu'elle doit aboutir parce qu'elle est à la croisée des mutations de notre monde, d'enjeux technologiques en constante évolutions, et de nos valeurs. Sur le sujet du numérique, la France s'est là aussi placée résolument à l'avant-garde, et nous avons su nouer un dialogue fructueux avec les grands opérateurs, tout en élaborant des outils d'entrave antiterroriste sur Internet, sans que les libertés individuelles s'en trouvent mises en cause. Au-delà bien sûr de l'enjeu crucial d'obtenir les informations indispensables à la prévention et à la répression du terrorisme, cette question du chiffrement touche directement à l'idée que l'on se fait de l'Etat. Le chiffrement protège les transactions, la conservation ou la transmission de données personnelles. Il est indispensable à notre sécurité et à la protection de la vie privée. Je ne peux pour autant me résoudre à ce que notre police judiciaire, agissant dans le cadre de faits graves, ne puisse, sur son territoire, accéder à des communications ou à des données dans le cadre de ses enquêtes. C'est un enjeu d'efficacité. C'est aussi un enjeu de positionnement des Etats et des citoyens face à des acteurs privés. Dire cela, ce n'est bien sûr pas désigner les opérateurs qui utilisent le chiffrement comme des adversaires. J'ai la conviction que les Etats démocratiques peuvent et doivent peser de tout leur poids face à des géants économiques pour imposer ce qui procède d'une légitimité issue des urnes. La prise en compte des enjeux doit conduire les puissances publiques à construire une relation sereine avec ces entreprises internationales. Elles le doivent aux citoyens. L'essentiel, Mesdames et Messieurs, c'est la protection des Français. Les menaces auxquelles nous sommes confrontés n'obéissent pas au calendrier électoral de la France. Elles ne prendront pas fin subitement avec un éventuel changement de majorité au Parlement. Aussi, chacun d'entre nous doit rester pleinement mobilisé, dans les responsabilités qui sont les siennes, pour mettre en œuvre les décisions que nous avons prises afin de garantir la sécurité de nos concitoyens. L'essentiel, Mesdames et Messieurs, c'est aussi l'Etat et la République, que chacun d'entre nous sert avec passion et conviction. Peu importe les hommes : ils passent. Les ministres se succèdent, mais l'Etat, lui, demeure. C'est là notre lot à tous. Car nous sommes au service d'une cause plus grande que les hommes qui la servent : la France et la République. L'essentiel, c'est donc votre travail, votre engagement, les résultats que vous et les personnels que vous commandez obtenez chaque jour, sur le terrain. Pour moi, c'est un honneur constamment renouvelé que d'être à la tête du ministère de l'Intérieur et d'une administration qui compte en son sein de grands professionnels tels que vous. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/414.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/414.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..59e99581008b4fd48dda6e7506f6c490b0192c48 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/414.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - On arrive à la fin de votre quinquennat, et beaucoup de Français ont le sentiment que leur quotidien ne s'est pas amélioré depuis que vous avez été élu. Comment l'expliquez-vous ? Avant d'arriver à la fin, parlons du début. En 2012, la question était de savoir si nous allions pouvoir surmonter la tourmente qui ébranlait alors toute la zone euro, et si nous étions capables de redresser rapidement les comptes publics tout en favorisant l'emploi. Aujourd'hui, la crise financière est derrière nous, l'inflation est nulle, les taux d'intérêt sont au plus bas, le pouvoir d'achat progresse. La Sécurité sociale est à l'équilibre, et le déficit public sera inférieur à 3% de la production nationale. Le pays a retrouvé des couleurs industrielles. L'économie recrée des emplois, même si le chômage se situe encore à un niveau trop élevé. Or, c'est mon premier engagement. Il est légitime que je sois jugé sur ce résultat. Dans le même temps, d'autres sujets ont surgi brutalement dans notre quotidien. D'abord, les attaques terroristes qui ont meurtri le pays. Ensuite, les guerres à nos portes qui sont à l'origine de la crise des réfugiés. Enfin, l'Europe connaît avec le Brexit une crise existentielle. Nous ne vivons plus dans le même monde ni dans la même Europe qu'en 2012. J'attache donc autant d'importance à dresser l'inventaire du respect de mes engagements qu'à relever les défis d'aujourd'hui, qui se posent bien différemment qu'il y a cinq ans. Q - Comprenez-vous le désarroi ou la colère qui saisissent un grand nombre de vos électeurs ? S'il n'y avait pas de colère ou d'interpellations, ce ne serait pas des électeurs de gauche. La gauche n'est jamais indulgente à l'égard de ses gouvernements. Elle considère toujours qu'ils n'en font jamais assez ou qu'ils auraient pu faire différemment. Je comprends l'impatience. J'accepte l'intransigeance. Mais je n'admets pas les procès en trahison car c'est l'honneur de la gauche de gouverner face à une droite qui a été dans la revanche dès le premier jour, et contre une extrême droite qui attend son tour. La gauche ne choisit pas son moment pour gouverner. Je n'avais pas inscrit à mon programme de faire voter trois lois contre le terrorisme, une loi sur le renseignement, d'instaurer l'état d'urgence ou d'envoyer nos armées au Mali, en Centrafrique ou au Levant. Ce sont les circonstances qui en ont décidé. Je n'avais pas prévu d'augmenter le budget de la Défense, de la police, de la gendarmerie. Mais aurais-je dû renoncer à protéger les Français et à donner à nos forces de sécurité les moyens qui lui avaient été ôtés par la majorité précédente alors que les menaces sont au plus haut ? Non, évidemment ! Q - De très nombreux électeurs de gauche estiment pourtant que vous n'avez pas fait une politique de gauche. Etes-vous toujours de gauche ? En changeant de fonctions, je n'ai pas changé d'idées. Je suis de gauche. J'ai mené une politique de gauche. Une politique de gauche, c'est avoir fait de l'Education nationale la priorité en créant 60.000 postes alors que, de 2007 à 2012, 80.000 avaient été détruits. Une politique de gauche, c'est avoir réduit les inégalités fiscales. Une politique de gauche, ce sont des avancées sociales. Et il y en a eu ! 500.000 personnes qui avaient cotisé plus de 42 années sont parties à la retraite dès 60 ans et non à 62 ans. La pénibilité est désormais intégrée dans le calcul des pensions. La couverture complémentaire santé est étendue à tous les Français. Le tiers payant est mis en place. Deux millions et demi de Français parmi les plus modestes bénéficient de la prime d'activité. Une politique de gauche, c'est avoir créé le compte personnel d'activité qui s'inscrit dans la formation tout au long de la vie. Une politique de gauche, c'est avoir réussi à conclure à Paris un accord mondial sur le climat, assuré la transition énergétique, diminué la part du nucléaire, renforcé les énergies renouvelables. Et je pourrais continuer… Q - On pourrait continuer, oui, en évoquant les mesures qui n'ont pas été perçues comme des mesures de gauche justement… C'était mon devoir. Je suis le président de tous les Français. Q - Tout de même, il y a eu des choix fondamentaux qui n'ont pas été compris par votre électorat. Quatre marqueurs ont profondément déboussolé la gauche. Le premier, c'est évidemment la renégociation du traité européen, promise pendant la campagne, à laquelle vous avez fini par renoncer… Le traité budgétaire européen avait été signé par mon prédécesseur. En juin 2012, lorsque j'ai participé à mon premier Conseil européen, j'ai demandé non pas de revenir sur le traité lui-même, puisque tous les pays l'avaient déjà adopté, mais d'y ajouter un volet consacré à la croissance et à l'investissement. Cela a débouché sur un plan de 100 milliards d'euros, qui préfigurait le plan Juncker. J'ai obtenu parallèlement que nous puissions repousser l'objectif de 3% de déficit à 2017 au lieu de 2013. Le traité n'a donc peut-être pas été renégocié au sens premier du terme, mais interprété de manière flexible et compatible avec les réalités. Q - Vous n'avez même pas essayé de le renégocier… J'ai atteint les objectifs que je m'étais fixés et j'ai évité un plan d'austérité à la France. Q - Au-delà de ce cas de figure, il y avait aussi l'impression que la finance gouvernait le monde. Les Français ont encore en tête votre phrase du Bourget, et sur cette question ils n'ont pas l'impression que cela ait beaucoup évolué… Lorsque j'ai prononcé mon discours au Bourget, la finance était dominante, écrasante même. Elle obligeait les Etats à renflouer les banques au prix d'un creusement des déficits publics. La France, comme d'autres, y avait succombé. Elle était sous la menace des agences de notation. J'ai obtenu que ce ne soit plus les Etats qui viennent au secours des banques défaillantes, que ce soit le système financier lui-même qui en assure la charge. J'ai veillé à ce que la loi bancaire sépare les opérations spéculatives des activités de dépôt. Enfin, un fait majeur s'est produit, la Banque centrale européenne, et c'était une demande constante de la France depuis 2012, a décidé de mener une politique monétaire accommodante. Aujourd'hui, grâce à la crédibilité retrouvée de notre pays, l'Etat se finance avec des taux d'intérêt négatifs. S'il y a eu une preuve, une seule, que le rapport de forces a changé, c'est que maintenant le prêteur, c'est-à-dire le système financier, est amené à consentir une ristourne pour obtenir le retour de son argent. Voilà où nous en sommes. Q - La France est-elle à l'abri d'une nouvelle crise financière ? Je ne prétends pas que l'on soit à l'abri de tout. Mais je constate que l'Union bancaire a prouvé sa solidité et que pas une seule banque française n'est aujourd'hui en situation de fragilité. Sur ce terrain, la comparaison avec l'Allemagne est largement en notre faveur ! Q - Il y aura peut-être un souci avec d'autres sanctions américaines contre une banque allemande, la Deutsche Bank. Ne considérez-vous pas que les Américains, à force d'exercer des sanctions contre des grandes entreprises européennes et françaises, ont un pouvoir excessif ? Oui. C'est pourquoi je veux que l'Europe dispose des mêmes pouvoirs pour sanctionner des groupes américains. Quand la Commission poursuit Google ou des géants du numérique qui ne paient pas les impôts qu'ils devraient acquitter en Europe, l'Amérique s'offusque. Elle est pourtant sans aucune gêne quand il s'agit de demander 8 milliards à la BNP ou 5 milliards à la Deutsche Bank. C'est pour ces raisons que j'avais dit qu'il ne peut pas y avoir d'accord sur le Partenariat transatlantique de Commerce et d'Investissement (TTIP) tant que perdureront ces déséquilibres dans les relations et ce défaut de réciprocité. Q - Vous trouvez qu'il y a un excès de pouvoir des Etats-Unis ? Un excès de pouvoir pour récupérer de l'argent et une insuffisance de pouvoir pour faire la paix. SUR LA SYRIE Q - Il y a des massacres en ce moment à Alep, que fait la France ? La France fait tout ce qu'elle peut pour sauver Alep. Nous avons porté une résolution au Conseil de Sécurité exigeant le cessez-le-feu. La Russie y a mis son veto, seule. Nous n'abandonnerons pas Alep, nous allons poursuivre notre très forte pression afin que la trêve puisse être décidée dans les prochains jours, que l'aide humanitaire puisse parvenir à la population et qu'ensuite s'engagent des négociations entre toutes les parties prenantes. La première condition, c'est que les bombardements cessent. La France n'a jamais accepté qu'un dictateur puisse frapper son peuple avec des armes chimiques. Août 2013 restera une date clé dans l'histoire de ce conflit. La France était prête à frapper le régime syrien, qui avait franchi la ligne rouge en recourant à des armes prohibées par toutes les conventions internationales, nos partenaires y ont renoncé. Une autre voie s'est alors dessinée. Elle a été utilisée par le régime pour chercher un appui chez son allié russe et par Daech pour réduire l'opposition modérée. Ce signal a été interprété comme une faiblesse de la communauté internationale. C'est ce qui a provoqué la crise en Ukraine, l'annexion illégale de la Crimée et ce qui se produit en Syrie en ce moment même. Or, le mandat de Barack Obama touchant à sa fin, il est peu probable que les choses changent d'ici à la fin de l'année. La France a donc décidé de prendre toutes les initiatives nécessaires et d'assumer ses responsabilités de membre permanent du Conseil de Sécurité. Q - Avez-vous eu le sentiment d'être lâché par Barack Obama ? Non. Il voulait être fidèle à sa promesse de campagne de ne plus engager les Etats-Unis sur des théâtres d'opérations extérieurs. Mais, aujourd'hui, ce sont les avions de Bachar al-Assad, aidé par les Russes, qui détruisent Alep. Sous les bombes, il y a sûrement des fondamentalistes, mais aussi des femmes, des enfants, des vieillards qui ne peuvent s'échapper. Alep est aujourd'hui un défi pour la communauté internationale. Ce sera son honneur ou sa honte. Q - Un autre marqueur qui n'a pas été compris par votre électorat est le virage en matière de politique économique, cette politique de l'offre au nom de la compétitivité, perçue comme une politique de cadeaux aux entreprises… Pendant la campagne en 2012, j'avais indiqué qu'il y aurait une phase de redressement indispensable avant toute redistribution. Je pensais surtout au rétablissement des comptes publics. La dette avait explosé de 2007 à 2012, passant de 65% à 90% du PIB. Un record historique ! Mais je n'avais pas suffisamment mesuré l'ampleur de la dégradation industrielle pendant les dix années précédentes. Dès le lendemain de l'élection, j'ai été confronté à "une pluie" de plans sociaux, qui avaient été retardés pendant toute la période précédente. J'ai demandé à l'été 2012 un rapport à Louis Gallois. Ses conclusions ont montré que si rien n'était fait, nous allions connaître une spirale de déclin, nos entreprises allaient décrocher et l'emploi s'effondrer. La conclusion est qu'il fallait absolument alléger de 20 à 30 milliards d'euros les charges des entreprises. Q - C'est ce que proposait Nicolas Sarkozy à la fin de son quinquennat… Oui, et qu'il n'avait pas fait ! Il avait annoncé en pleine campagne une hausse de 1,6 point de la TVA sans la mettre en œuvre. J'ai donc décidé dès la fin de l'année 2012 d'alléger le coût du travail avec le crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE). Puis il y a eu le pacte de responsabilité en janvier 2014, financé par des économies budgétaires, et la création d'une contribution écologique. Q - Considérez-vous aujourd'hui que la collectivité en a eu pour son argent ? Les marges des entreprises se sont reconstituées, l'investissement est reparti. Q - Et l'emploi ? L'emploi a tardé à reprendre, comme souvent avec les politiques de l'offre, dont les effets sont plus lents, mais plus durables. Q - On parlait d'un million de créations à l'époque, or selon une étude le premier bilan ne dépasse pas 50.000 à 100.000 emplois au maximum… C'est le Medef qui parlait d'un million d'emplois ! Avec badges et calicots ! Pour les ranger aussi vite dans ses armoires dès qu'il a été mis devant sa responsabilité. Mais dans le contexte que nous connaissons, aider les entreprises c'est soutenir les salariés. Car sans ces mesures, le déclin industriel de la France se serait poursuivi, les licenciements se seraient multipliés et notre pays aurait perdu sa souveraineté et son rang dans la mondialisation. Quelle était l'autre voie ? Relancer ? Q - En favorisant la demande… Cette question s'est posée. Mais augmenter encore la dépense publique, laisser filer les déficits, distribuer ce que nous n'avions pas encore produit nous aurait disqualifiés avec une dette plus lourde, des taux d'intérêt plus élevés, des entreprises exsangues et aucun effet sur l'emploi. Mais je n'ai renoncé à rien et les engagements ont été tenus. Le budget de l'Education nationale est devenu le premier du pays, la protection sociale a été élargie avec la revalorisation de l'allocation personnalisée d'autonomie, de l'allocation de rentrée scolaire, la généralisation de la complémentaire santé, le soutien au logement social, le plan pauvreté avec l'augmentation de 10% du RSA. Nous avons tenu bon même si ce qui touche les plus pauvres n'est pas toujours populaire… La marche vers le progrès ne s'est pas arrêtée. Et nous avons même, avec le gouvernement de Manuel Valls, baissé les impôts des classes moyennes à partir de 2014. Q - Vous avez une bonne conscience de gauche ? J'essaie de traiter lucidement la mauvaise, et de justifier concrètement la bonne. Parce que si la gauche n'est pas fière de ce qu'elle accomplit quand elle est au pouvoir, alors elle se disqualifie, et pour longtemps. N'attendons pas que la droite dure défasse ce que nous avons bâti pour défendre les acquis d'une gauche supposée trop molle. Que l'on me cite un pays en Europe où la politique menée serait plus à gauche que la nôtre. Je ne réclame pas des compliments. De ce point de vue je ne suis jamais déçu ! Mais je refuse l'accablement mortifère dans lequel se complaisent certains esprits chagrins. Q - Une autre mesure a profondément choqué et restera comme une blessure morale pour beaucoup de Français, c'est la déchéance de nationalité, que vous avez proposée alors que vous la dénonciez par le passé… Je mesure le trouble que cette initiative a pu créer. Je m'étais moi-même opposé lorsque Nicolas Sarkozy, en juillet 2010, avait voulu étendre les cas pour lesquels la déchéance de nationalité pouvait être prononcée. Q - Ce n'était pas le principe de la déchéance que vous contestiez ? Non, puisque la déchéance de la nationalité existait déjà dans le Code civil, y compris pour de simples délits commis par des individus ayant acquis la nationalité française. Ce que je contestais, c'était l'idée d'élargir son champ d'application, sans aucune restriction. Q - Cela n'a pourtant jamais fait partie de l'arsenal idéologique de la gauche… Ai-je dit cela ? Non. Je continue de penser qu'elle doit être maniée avec une extrême précaution. En 2015, nous l'avions d'ailleurs utilisée, pour cinq individus condamnés pour leurs liens avec des activités terroristes, sans que ces décisions ne suscitent la moindre réaction. Au lendemain des terribles attentats de Paris et de Saint-Denis, la France est sous le choc. Je sens la colère monter, le pays peut se fracturer. Je me souviens des regards, des interpellations aux abords du Bataclan "Alors qu'est-ce que vous avez fait depuis janvier ?", alors même que nous avions déjà fait voter une loi antiterroriste, une loi sur le renseignement, et renforcé les moyens des forces de sécurité. Q - Et vous cédez à cette colère ? Non, je la domine. J'ai reçu le dimanche tous les responsables de l'opposition. Je leur annonce que je m'exprimerai le lendemain devant le Congrès à Versailles. J'appelle à l'unité nationale. Pour y parvenir, je reprends des propositions qui n'appartiennent pas à ma famille politique mais qui restent conformes à mes principes. C'est à ce titre que la déchéance de nationalité limitée aux seuls crimes terroristes me paraît acceptable. Et pour éviter les abus, elle doit être strictement encadrée par la Constitution. Q - Acceptable ou souhaitable ? Acceptable à la condition de rassembler. Q - Vous pensiez sérieusement que c'était une bonne mesure pour lutter contre le terrorisme ? Non, puisque les terroristes veulent mourir. La déchéance de nationalité n'a donc aucune valeur dissuasive. Elle s'inscrit dans un plan d'ensemble pour unir le pays, face à une épreuve que nous n'avions jamais connue et à un ennemi qui nous a déclaré la guerre en enrôlant de jeunes Français dressés pour tuer d'autres Français. Q - C'est donc un gage que vous donnez à la droite et, finalement, ça fracture la gauche et même la droite, et ce n'est pas adopté. Au Congrès à Versailles, tous les parlementaires se lèvent pour applaudir le plan que je présente. Mais, à partir de décembre, un débat s'ouvre à gauche comme à droite sur la portée de la déchéance, sur son caractère discriminatoire, puis sur l'intérêt de la constitutionnaliser. Il y avait de la bonne foi chez beaucoup, des arrière-pensées chez d'autres. Dès lors que la révision constitutionnelle divisait alors qu'elle devait rassembler, j'ai préféré y renoncer. Q - Vous le regrettez aujourd'hui ? Oui. Et surtout de ne pas avoir réussi à nous donner un cadre commun sur ces questions. Q - Soyons plus précis, vous regrettez que cela n'ait pas été adopté ou vous regrettez au fond d'avoir pris cette décision ? (Silence.) Je regrette que la gauche l'ait regardée comme une mesure qui pouvait diviser. Je regrette que l'opposition en ait fait un sujet de surenchère politique. Mais vous n'empêcherez pas la droite, demain ou après-demain, si elle revient au pouvoir, d'utiliser le fait qu'il n'y a pas eu de réforme constitutionnelle pour élargir, par la loi, la déchéance de nationalité. Q - Vous disiez tout à l'heure "la marche vers le progrès ne s'est pas arrêtée", mais le dernier marqueur du désarroi à gauche est la loi El Khomri, qui a été ressentie par beaucoup comme une régression. La loi El Khomri est une loi sociale. Elle institue le compte personnel d'activité, elle généralise la garantie jeune, elle renforce le droit syndical dans les entreprises, elle protège les salariés dans les entreprises du numérique, elle favorise le dialogue dans l'entreprise. Q - Mais tout le reste, assouplir les licenciements, plafonner les indemnités prud'homales par un barème, inverser la hiérarchie des normes… C'est de gauche ? Tout ce que je viens de dire est de gauche. La loi El Khomri a aussi une dimension économique. Elle clarifie les règles du licenciement. Elle simplifie la procédure prud'homale. C'était nécessaire, il y avait trop d'incertitudes pour les employeurs et d'injustice pour les salariés. Le barème des indemnités a été rendu purement consultatif pour laisser au juge son pouvoir d'appréciation. Quant à la hiérarchie des normes, j'ai considéré que le niveau de l'entreprise était celui qui offrait le plus de souplesse et le plus de garanties. Plus de souplesse, car c'est là que l'organisation du travail peut être le mieux adaptée à la vie des salariés, et plus de garanties car seuls les syndicats majoritaires peuvent signer des accords d'entreprise. Q - Le rapport de forces n'est pas favorable aux salariés dans les entreprises… Justement, la loi est faite pour renforcer la présence des syndicats dans les entreprises, notamment les PME. Si un employeur veut conclure un accord dérogatoire, il sera obligé d'en convaincre les syndicats représentant la majorité des salariés. Comment iraient-ils contre leurs intérêts sauf à être sanctionnés par eux ? Tout ce qui contribue au dialogue social avec des partenaires forts est un progrès. La preuve, les syndicats réformistes ont soutenu cette loi parce qu'ils ont considéré que c'était une façon pour eux de peser davantage dans les négociations et d'en tirer un certain nombre de fruits. Q - A vous entendre depuis le début de cet entretien, vous avez appliqué votre programme, vous êtes vraiment de gauche. Donc soit les Français sont vraiment bêtes, soit il y a vraiment un problème avec vous. Je suis nécessairement le premier concerné. Je suis le président, c'est de moi que les Français attendent de l'explication, de la cohérence et aussi des résultats. A mesure que l'on se rapproche de la présidentielle, ils vont pouvoir comparer non pas ce que j'ai fait avec ce que j'avais promis, même si je suis prêt à l'inventaire sur mes 60 engagements ; ils vont pouvoir comparer ce que j'ai fait dans le contexte que chacun connaît avec ce que proposent ceux qui prétendent nous remplacer. La question n'est donc pas tant de savoir si on n'aurait pas pu aller plus loin dans bien des domaines, on pourra m'en faire le reproche que de savoir jusqu'où nous pourrions revenir très loin en arrière si nos concurrents l'emportaient. Q - Le reproche qui vous est opposé ne porte pas tant sur ce qui a été fait, mais sur la cohérence… Notre cohérence c'est d'avoir préservé la cohésion nationale en redressant notre économie et en sauvegardant notre modèle social. Notre cohérence c'est d'avoir protégé les Français sans renoncer à l'Etat de droit. Notre cohérence c'est d'avoir fait avancer les libertés (le mariage pour tous…) et préparé l'avenir (la transition écologique). Je reconnais qu'il n'est pas facile de faire prévaloir un récit global quand tout est jugé à l'aune du flux quotidien de l'information en continu, comme les épisodes d'un feuilleton sans lien les uns avec les autres sauf les personnages ! Et puis il y a le doute entretenu par les critiques venues du camp de la gauche. Q - En 2012, la gauche avait pourtant en main tous les leviers du pouvoir… Oui, mais elle n'était pas idéologiquement majoritaire dans le pays, elle ne l'a d'ailleurs jamais été… Moi-même, quand je me présente devant les Français après dix ans de droite, je ne recueille "que" 28% des voix au premier tour, et la gauche en totalité n'en fait qu'à peine plus de 40%. Il a fallu rassembler plus largement pour gagner. Plus par rejet que par adhésion. C'est la raison pour laquelle j'ai appelé au gouvernement tous ceux qui voulaient y participer. Q - Mais aujourd'hui, beaucoup de ceux-là vous critiquent ou envisagent de se présenter contre vous ! J'admets la critique. Parfois la concurrence. Jamais la division. Pourtant, il y a péril pour la gauche de gouvernement. La social-démocratie peine partout en Europe à justifier sa ligne d'équilibre, le populisme détourne une partie du peuple de ses intérêts. La radicalité à gauche empêche les alliances. Le repli identitaire favorise les droites elles-mêmes de plus en plus tentées par le souverainisme. Le communautarisme mine les solidarités. Voilà le tableau. Et voilà pourquoi les prochaines élections en France seront décisives pour toute l'Europe et pour l'avenir de la gauche en son sein. Alors élevons-nous au niveau requis par la situation. Revendiquons nos réussites économiques, elles sont là. Valorisons nos avancées sociales, écologiques, sociétales. Le progrès ne s'est pas arrêté. Assumons nos positions sur la sécurité, alors même qu'il nous faut faire face à de nouvelles menaces. N'ayons pas peur d'être européens, au moment où beaucoup à droite ne le sont plus. Q - Beaucoup de ceux qui envisagent de se présenter en 2017 ont été vos ministres. Vous ne savez pas vous entourer ou ce sont eux qui vous ont trahi ? La vie politique française est exacerbée par l'échéance présidentielle. Et le système des primaires n'arrange rien. Toute personne croyant disposer d'un capital de sympathie dans un sondage imagine qu'il peut devenir président, ou tout au moins figurer dans la course. Regardez ce qui se passe à droite… Ils sont sept en lice, dont l'ancien chef de l'Etat, son ancien Premier ministre, son ancien ministre des Affaires étrangères, son ancien ministre de l'Agriculture et même son ancienne ministre de l'Ecologie… Ils gouvernaient tous ensemble il y a cinq ans, ils sont tous en compétition aujourd'hui. Ils portent d'ailleurs tous le même programme. Le seul camp qui ne se pose pas la question de son candidat, c'est l'extrême droite. Donc, si les partis de gouvernement et plus particulièrement les forces de progrès sont pris dans le vertige, le narcissisme, le pugilat, l'éparpillement ou l'aveuglement, alors qu'en face se dessine une menace qui n'est plus secondaire mais principale, alors permettez-moi, dans la fonction que j'exerce, de dire quels sont les risques et quels sont les enjeux. Q - Revenons à vos anciens ministres… Que des ministres puissent quitter un gouvernement, alors qu'ils ont l'opportunité de changer la France, d'avoir les leviers en main pour peser sur la politique économique ou industrielle, sauver des emplois, redresser des secteurs entiers, s'atteler aux problèmes du décrochage scolaire ou du logement, eh bien je pense que c'est une forme d'oubli de ce qu'est le sens de la vie politique. Comment et pourquoi y renoncer ? Etre ministre de la République, c'est une mission exaltante qui donne un sens à une vie politique. Ce n'est pas un passage, un moment, une étape, c'est un aboutissement. Alors bien sûr les temps sont difficiles. Alors, c'est vrai, il y a plus de coups à prendre que de lauriers à glaner. Mais c'est ce qui fait la grandeur de la tâche. Q - Est-ce que vous vous dites parfois "je vais être le président qui pourrait permettre l'arrivée de Marine Le Pen au pouvoir" ? Marine Le Pen a fait 17% en 2012, et a réuni encore plus de voix sur son nom que son père en 2002. La montée de l'extrême droite est une réalité partout en Europe et même aux Etats-Unis. Reproche-t-on à Obama le score de Trump ? Tous les partis de gouvernement ont une part de responsabilité. Mais ce n'est pas en dérivant vers le populisme, le souverainisme, l'extrémisme que nous en finirons avec le FN, ni en jouant avec la peur, d'ailleurs de plus en plus faible, qu'il inspire, mais en montrant que la France a en elle les ressources pour réussir sans avoir besoin de rompre avec elle-même. Q - Mais le FN est devenu le premier parti de France sous votre quinquennat… Sur quel thème progresse-t-il ? Essentiellement sur celui de l'immigration et de la peur de l'islam. Qu'attend-on de moi ? Que je coure derrière les thèses du Front national pour l'empêcher d'accéder au pouvoir ? Ce serait un reniement. Que je combatte davantage le FN et ses solutions ? Je ne cesse de le faire en disant clairement aux Français que ce n'est pas en sortant de l'Europe ou en installant des murs aux frontières et des barbelés face aux échanges qu'on va donner à l'économie et aux travailleurs français la moindre chance d'avenir. La France n'est plus la France quand sont attaqués des centres d'accueil de migrants et que des irresponsables appellent à manifester contre l'installation de réfugiés qui ont fui leur pays pour échapper à la mort. Mais regardons la réalité en face. Le danger d'une Europe de plus en plus brune existe. Ne confondons pas les époques. Nous ne sommes pas dans les années 1930. Mais, de glissements en glissades, il y a péril. Et plutôt que de battre notre coulpe, mieux vaut mener le combat. Il est économique, social, mais surtout culturel. Q - Faut-il modifier le mode de scrutin pour permettre à l'extrême droite d'entrer au Parlement ? Mais quel que soit le mode de scrutin, elle va y entrer ! Le plus grave, c'est la banalisation de l'extrême droite. Comme si c'était un mouvement comme les autres. La diabolisation n'a pas plus d'avenir. C'est sur sa politique et ses conséquences qu'il faut aller la chercher. Et ceux qui dénoncent le vote utile et prétendent qu'au premier tour chacun peut voter comme il l'entend pour faire entendre sa voix doivent savoir qu'à ce jeu ils seront devant le dilemme de voter pour la droite pour empêcher l'extrême droite. Est-on sûr qu'ils le feront ? 2017 n'est pas 2002. Q - Que pensez-vous de ces électeurs de gauche qui se disent prêts à aller voter Juppé à la primaire de la droite pour éviter l'éventualité d'avoir à choisir entre Sarkozy et Le Pen au second tour de la présidentielle ? Parlons simplement. Le premier devoir d'un électeur, c'est de faire valoir ses idées. Je pense que si nous installons l'idée que pour éviter l'extrême droite il faut voter pour la droite, eh bien, à ce moment-là, il n'y aura plus de gauche. Si l'extrême droite est un danger pour notre modèle républicain, la droite met en cause notre modèle social. La droite est dans la revanche, la réaction et la régression. C'est le programme commun de tous ces candidats. Q - Régression ? Oui. Le "programme commun de la droite" ne consiste pas à défaire ce qui a été fait depuis cinq ans mais à revenir sur des droits et des principes qui ont mis des décennies pour être conquis et acquis. L'âge de la retraite serait porté à 65 ans. La durée légale du travail reviendrait à 39 heures, et donc les heures supplémentaires seraient payées comme les heures normales. Une partie de la Sécurité sociale serait privatisée, le statut de la fonction publique serait démantelé, 300.000 postes de fonctionnaire seraient supprimés dans la meilleure des hypothèses, 100 milliards d'euros seraient taillés dans les dépenses publiques, notamment dans l'Education nationale et la solidarité, l'ISF serait abrogé, la TVA augmentée, la fiscalité du capital abaissée. Ce ne sont pas des caricatures, des exagérations, des inventions. Je viens de lire leur programme. 2017 : et si la droite faisait pire que Hollande ? Q - Vous les mettez tous sur le même plan ? Sur ce plan, oui. Q - Faites-vous une différence entre eux sur d'autres sujets ? Vous retrouvez-vous par exemple dans ce concept d'"identité heureuse" de la société française qu'Alain Juppé appelle de ses vœux ? Les deux mots sont mal choisis. "Identité", parce que la France est renvoyée à son passé alors que c'est l'idée de la France qui constitue son histoire et son avenir. Et "heureuse" parce que c'est un malentendu. Ce qui est proposé par Alain Juppé c'est une solidarité malheureuse. Je ne récuse pas l'idée du bonheur mais en politique ce sont des règles sociales respectées, des droits établis, des avancées durables, un environnement protégé, une sécurité garantie, c'est de pouvoir vivre dans une société apaisée, harmonieuse. Q - Il y a un côté décliniste dans le discours de droite qui consiste à dire que c'était mieux avant. Que proposez-vous aux Français pour que ça aille mieux demain ? Rien n'est plus faux que de dire que c'était mieux avant. Je ne nie pas les difficultés auxquelles les Français ont dû faire face ces dernières années, mais nous vivons collectivement aujourd'hui mieux qu'hier, grâce aux progrès techniques, sociaux écologiques, médicaux… La droite est dans la nostalgie, avec des professeurs en blouse grise, des chants à la récré et des règles pour taper sur les doigts, avec le retour du service militaire, même si beaucoup de ceux qui se font les chantres de la conscription en ont décidé la suppression… En clair, c'était mieux avant Mai-68, quand les femmes obéissaient aux hommes, quand les ouvriers travaillaient sans protester et que les employées de maison n'étaient pas déclarées. C'était mieux quand on vivait à la campagne, qu'on mangeait des topinambours et que la terre ne mentait pas. Mais il y a aussi une mélancolie de gauche. C'était mieux quand le Front populaire instituait les congés payés, quand François Mitterrand abolissait la peine de mort, quand Lionel Jospin instituait les 35 heures. Et surtout quand la gauche était dans l'opposition. Q - Donc, quelles doivent être les priorités de la gauche ? La première, c'est de redonner de la fierté aux Français et ça va bien au-delà de la gauche car c'est une question clé pour la confiance du pays. Pourquoi la France doute-t-elle tant d'elle-même alors qu'elle est aimée et admirée partout dans le monde ? Pourquoi salue-t-on sa créativité, sa culture, son savoir-faire, ses technologies alors que nous doutons ici de trouver des solutions ? Voilà ce à quoi nous devons nous atteler. Après avoir redressé le pays, nous devons lui redonner l'esprit de conquête. Q - Plus précisément, quels sont pour vous les chantiers de demain ? La cohésion nationale. Tout ce qui peut contribuer à vivre ensemble, avec des règles qui respectent les différences tout en garantissant la laïcité, la sécurité et la liberté. Nous ne céderons sur aucun principe, sans qu'il soit besoin d'écarter et de stigmatiser. Face aux risques de fracas, de dislocation et de division voire de séparation, l'unité est essentielle. Durant ce mandat, avec les gouvernements de Jean-Marc Ayrault et de Manuel Valls, beaucoup a été fait pour redresser les finances publiques et sociales, améliorer la compétitivité, moderniser le droit du travail, donner toute sa place à la transformation numérique, réussir la transition écologique, changer notre organisation territoriale, accompagner l'outre-mer vers l'égalité réelle. Ces politiques doivent disposer du temps nécessaire pour produire leurs effets. Ce qui compte maintenant, c'est de préparer l'avenir, à partir du socle qui a été constitué, notamment dans des domaines comme la recherche, l'enseignement supérieur, la culture ou les nouvelles technologies. L'enjeu c'est la force de la France. De ses territoires, de ses entreprises, de ses services publics. La jeunesse doit rester le grand chantier. La violence s'est installée dans certains de nos quartiers, l'agression des policiers de Viry-Châtillon en est encore la plus tragique illustration. La radicalisation prospère sournoisement sur la désespérance. Et les discriminations sont vécues de plus en plus brutalement. Et en même temps la République montre qu'elle est capable d'intégrer, de promouvoir et d'assurer la réussite. C'est une bataille décisive qui se joue. Q - Vous déroulez devant nous un programme pour l'avenir. Qu'est-ce qui pourrait faire que ce ne soit pas vous qui le portiez en 2017 ? Je ferai connaître ma décision au mois de décembre. Je me tiens à ce calendrier. D'ici là, comme président de la République, je continuerai inlassablement à défendre la cohérence de la politique que je conduis. Je l'assume pleinement. Je ne vais pas m'en excuser ou m'en débarrasser. Je suis lucide sur ce qui a pu être compris ou contesté, j'en ai tiré les leçons, j'ai agi conformément à mes engagements et à mes valeurs, et je demande à être jugé sur un bilan. Mais il ne peut suffire. Etre candidat à l'élection présidentielle exige de porter un projet qui ouvre aussi une nouvelle étape qui porte un espoir et qui ne peut être simplement l'expression d'un refus. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/415.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/415.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d37321b4d4bb0a512a4b8ab108c00253efebcf32 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/415.txt @@ -0,0 +1 @@ +Forts d'une histoire commune et liés par une amitié indéfectible, le Canada et la France partagent, aujourd'hui et plus que jamais, une vision fondée sur la promotion de la paix, des valeurs démocratiques, des droits de l'Homme, de l'inclusion, de la solidarité et du respect de la diversité. Face à des défis toujours plus nombreux et des enjeux toujours plus complexes, le Canada et la France sont résolus à travailler ensemble pour assurer paix, sécurité, développement durable et prospérité. À cette fin, le Canada et la France affirment leur volonté de renforcer leurs liens et à travailler plus étroitement en mobilisant et en appuyant l'ensemble des acteurs engagés dans l'enrichissement de leur relation bilatérale, des institutions à leurs citoyens en passant par leurs organisations de la société civile ainsi que leurs entreprises. Le Programme de coopération renforcée témoigne de cette ambition partagée de donner un cadre clair et concret à ce travail et ces efforts. Un partenariat politique au service de la paix, de la sécurité et du développement durable Alliés et partenaires au sein des Nations unies, du G7, du G20, de l'OTAN, de l'OSCE et de l'organisation internationale de la Francophonie, le Canada et la France renforcent leur partenariat politique de premier plan au service de la paix, de la sécurité et du développement. Face aux menaces à la sécurité internationale, le Canada et la France entendent tenir régulièrement des consultations bilatérales afin de partager leurs analyses et d'évaluer les façons de mener ensemble des actions pour promouvoir leurs intérêts communs. Engagés au service d'un multilatéralisme plus efficace, le Canada et la France coopéreront davantage au sein des enceintes multilatérales en faveur du maintien de la paix, notamment en milieu francophone, de la prévention des conflits et de la protection des femmes et des enfants dans les conflits armés, des opérations de stabilisation, de la promotion de la démocratie et des droits de l'Homme, et de la lutte contre le terrorisme, la criminalité et l'extrémisme violent. Une feuille de route sera établie à cet effet entre les deux ministres des affaires étrangères. Sous l'égide du Conseil franco-canadien de coopération en matière de défense, et de ses quatre comités subordonnés, la coopération bilatérale dans le domaine de la défense est dense et continuera à se renforcer. Elle couvre un large spectre de sujets, allant du partage d'analyses stratégiques à la coopération militaire, en passant par des échanges dans les domaines de la recherche, du développement et du matériel de défense. Au sein de la coalition internationale contre Daech, le Canada et la France restent engagés pour que Daech soit rapidement vaincu et qu'une solution politique puisse ramener une situation stable en Syrie. Ils continueront également à identifier des occasions de coopération concrètes sur les théâtres d'opération extérieurs. Le Canada et la France approfondiront leur coopération dans la lutte contre le terrorisme et ses sources de financement, et dans les domaines de la prévention de la radicalisation menant à la violence, dans le cadre de la déclaration d'intention instituant un partenariat renforcé dans le domaine de la coopération de sécurité intérieure, signée le 13 janvier 2016 à Paris. Forts de leur coopération étroite dans la période ayant mené à l'accord historique de Paris sur les changements climatiques, signé à New York le 22 avril 2016, le Canada et la France travailleront ensemble pour maintenir l'élan global atteint à Paris en décembre 2015 et assurer la mise en œuvre rapide et complète de l'accord. Le Canada et la France travailleront également avec les pays partenaires pour aider à la mise en œuvre de leurs contributions déterminées au niveau national (NDC), notamment concernant le renforcement de leurs efforts d'adaptation. Le Canada et la France réaffirment également l'universalité du programme de développement durable à l'horizon 2030 et s'engagent à le mettre en œuvre en accordant une attention particulière aux personnes les plus pauvres et vulnérables. Dans ce cadre, le Canada et la France s'efforceront d'intégrer dans leurs actions de coopération les objectifs de développement durable, dont la lutte contre les dérèglements climatiques, la réduction des inégalités et les actions en faveur des femmes et des filles. Cette approche vaut en particulier pour le dialogue bilatéral régulier et approfondi que le Canada et la France établiront dans le domaine de l'aide au développement. Le Canada et la France considèrent comme impératif de renforcer les capacités de prévention et de réponse, aux niveaux national, régional et international, face aux crises sanitaires mondiales, telles que les épidémies des virus Ebola et Zika. Le Canada et la France continueront à se mobiliser pour améliorer la sécurité sanitaire internationale, sous l'égide de l'organisation mondiale de la santé et en collaborant au sein du G7, de l'initiative de sécurité sanitaire mondiale, et en soutenant activement les efforts internationaux pour améliorer l'application du règlement sanitaire international. Une coopération économique et scientifique renforcée au service d'une prospérité partagée A l'heure où l'accord économique et commercial global (AECG) entre l'Union européenne et le Canada et l'accord de Paris sur les changements climatiques ouvrent une nouvelle ère riche en perspectives économiques, le Canada et la France entendent poursuivre le développement de leur partenariat économique et le renforcement de leurs liens commerciaux et scientifiques. L'AECG est un accord progressiste ambitieux et mutuellement bénéfique, à la hauteur des liens étroits et historiques qui unissent l'Union européenne, la France et le Canada. Le Canada et la France appuient la mise en oeuvre rapide de l'AECG et coopèrent dans la promotion des opportunités que l'accord créera. Portés par leurs affinités culturelles et un haut niveau de qualification de la jeunesse française et canadienne, les liens bilatéraux se sont multipliés entre entreprises, établissements d'enseignement supérieur et de recherche, pôles de compétitivité et centres d'excellence. Dans le contexte de la déclaration relative à la coopération Canada - France dans le domaine de l'innovation, le Canada et la France continueront à encourager l'établissement de tels liens et partenariats et favoriseront la recherche et l'innovation dans les domaines prioritaires mutuels, en s'appuyant sur le fonds France - Canada pour la recherche. Le Canada et la France reconnaissent l'importance du renforcement de la coopération scientifique dans l'Arctique, région dont le Canada souhaite favoriser le développement socioéconomique. Ils s'appuieront sur le renouvellement du plan d'action conjoint économique (PACE), adopté en mai 2016, pour promouvoir les investissements croisés et le commerce bilatéral, l'accès à une information complète de leurs entreprises sur les opportunités offertes par l'AECG et l'innovation, le tout avec l'objectif de promouvoir une croissance économique dans les deux pays qui bénéficie à toute la population. Voisins en Amérique du Nord de par la présence de Saint-Pierre-et-Miquelon, le Canada et la France continueront d'appuyer l'intégration de Saint-Pierre-et-Miquelon dans son environnement régional afin de favoriser son développement économique. Ils s'engageront à faciliter les échanges entre les habitants des deux territoires, surtout les jeunes pouvant bénéficier d'expériences éducatives et culturelles. Une contribution aux liens entre nos sociétés, nos cultures et nos citoyens Riches d'une histoire, d'une langue et de valeurs communes, le Canada et la France soulignent l'importance grandissante des liens qui unissent leurs collectivités, leurs institutions et leurs citoyens. Ils réaffirment avec force que, le respect des droits de l'Homme, l'inclusion fondée sur la diversité et la priorité accordée au gouvernement ouvert donnent aux sociétés canadienne et française une richesse essentielle. Conformément aux principes et actions du G7 concernant le cyberespace, le Canada et la France rappellent leur attachement au respect des droits de l'Homme dans le cyberespace et l'internet. Ces liens seront également renforcés grâce à l'accord de partenariat stratégique entre le Canada et l'Union européenne qui resserrera la coopération entre le Canada, l'Union européenne et ses états membres sur des enjeux clés de la politique étrangère. Conscients de l'importance d'une jeunesse ouverte sur le monde, le Canada et la France s'engageront à ce que leurs jeunesses partent davantage à la rencontre l'une de l'autre et préparent ensemble l'avenir. Reconnaissant la contribution essentielle de l'accord relatif à la mobilité des jeunes à cette fin, ils travailleront à promouvoir les opportunités qu'offre cet accord et à améliorer et à appuyer le développement de partenariats entre les universités, collèges et organismes français et canadiens en matière d'échange de jeunes. Désireux d'identifier des bonnes pratiques en matière de gouvernance au service de leurs citoyens, le Canada et la France s'engageront à identifier et mettre en place des actions de coopération dans le domaine de l'innovation dans la fonction publique et de l'administration numérique. Le Canada et la France conjugueront leurs efforts pour que la langue française soit reconnue et apprise le plus largement possible en Amérique du Nord et dans le monde. Ces efforts se traduiront par une coopération accrue dans le domaine de la formation des enseignants en langue française, la facilitation du recrutement des enseignants de français des deux pays dans les établissements scolaires, mais aussi par des actions dans le domaine des contenus numériques en français. Attachés à promouvoir les principes et les objectifs de la convention de l'UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, le Canada et la France renforceront les mesures de diffusion de la culture et de promotion des arts et encourageront tout particulièrement l'innovation numérique dans les secteurs créatifs et culturels. En ces années de commémoration du centenaire de la Première guerre mondiale, le Canada et la France se souviennent du rôle que leurs citoyens ont joué ensemble dans ce terrible conflit du XXème siècle. 2017 sera une année particulière pour la mémoire de ces deux nations : le Canada et la France souligneront ensemble le 100ème anniversaire de la bataille de Vimy et célébreront le 150ème anniversaire de la Confédération canadienne, ainsi que le 375ème anniversaire de la ville de Montréal. Ces événements offriront l'occasion de souligner l'importance de leur héritage francophone commun en approfondissant leur coopération dans les domaines des échanges culturels. Renouveler notre partenariat Le programme de coopération renforcée sera renouvelé régulièrement par les autorités canadiennes et françaises de façon à demeurer un document reflétant fidèlement l'intensité de leurs relations bilatérales, mais aussi l'évolution des défis auxquels ils font face et des mécanismes qu'ils favorisent pour travailler étroitement ensemble. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/416.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/416.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2eaa7d2841637fdb3eaab60f99326401e6aa3fa5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/416.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Directrice de la Protection judiciaire de la jeunesse, Mesdames et Messieurs les Directeurs inter-régionaux, Mesdames et Messieurs les Directeurs territoriaux, Mesdames et Messieurs les Directeurs de service, Mesdames et Messieurs, Je suis heureux d'être parmi vous aujourd'hui, parce que cela me permet tout d'abord de vous remercier. Oui, vous remercier pour le travail quotidien que vous accomplissez au service de la protection de la jeunesse. J'ai malheureusement eu trop peu l'occasion de le dire, alors, je vous le dis aujourd'hui : vous appartenez à une administration particulière. Administration ? J'ai plutôt envie de dire, à un « univers » particulier. Un univers qui prend son sens dans l'avenir, et non dans le passé. Un univers qui prend son sens dans les valeurs communes de ceux qui y travaillent : on n'entre pas à la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) par hasard ! C'est lorsque l'on croit dans ce que l'on fait, C'est lorsque l'on est épris de politique publique, C'est lorsque l'on est prêt à déployer toute son énergie pour changer le présent, C'est lorsque l'on a des idéaux, tout en étant conscient des nécessités du réel, C'est lorsque l'on a la défense sociale, chevillée au cœur, Que l'on entre à la PJJ ! J'ai des convictions fortes, à l'égard de la justice dédiée aux enfants. Je crois qu'elle est le reflet de notre société, et que sa dimension éducative est plus qu'une valeur, c'est une responsabilité. Oui, j'y crois profondément et c'est la raison pour laquelle j'ai défendu des amendements spécifiques à la Justice des mineurs dans le projet de loi de modernisation de la justice du 21ème siècle #J21 : - comme la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs ; - comme le renforcement des outils, permettant aux juridictions de développer l'accompagnement éducatif des adolescents dans un cadre pénal, ainsi que de renforcer leurs droits. Certains diront que le texte aurait pu aller plus loin ; mais en tout cas, il renforce les principes auxquels je suis, tout comme vous, attaché. C'est aussi la raison pour laquelle j'ai fait du budget mon combat et que j'ai souhaité que vous ayez davantage de moyens d'agir. Le budget 2017 de la PJJ connaîtra une hausse significative de 31 millions d'euros, dont 22,2 millions sont consacrés aux dépenses de personnels. Cette hausse budgétaire permettra d'assurer le maintien d'une offre diversifiée, tant pour le secteur public que pour le secteur associatif, et de garantir la continuité des parcours. I. Le socle de la continuité des parcours « Ce qui bouge et ce qui bloque » : Le thème de votre séminaire témoigne de votre volonté de vous adapter, de votre détermination à être toujours meilleurs pour remplir le mieux possible vos missions. C'est un thème qui témoigne aussi de votre désir d'être lucides : ce n'est pas toujours facile, pour une organisation, d'évaluer ses forces et ses faiblesses et je tiens donc à saluer cet état d'esprit. Depuis 2013, vous avez entrepris une mutation profonde de votre organisation et de vos pratiques. Tout d'abord, vous avez réaffirmé la continuité des parcours et l'individualisation de la prise en charge. C'est le socle de votre travail ; c'est la condition de la réinsertion des enfants et adolescents dans la société, c'est la condition de la prévention de la récidive. Continuez en ce sens ! Il y a de nombreux défis qui nécessitent de s'adapter, mais il doit y avoir des intangibles. La continuité des parcours, vient au soutien de l'action éducative, qui est l'ADN de la PJJ. C'est un objectif pour tous ses professionnels. C'est pourquoi cette colonne vertébrale doit progressivement stabiliser tous les échelons de l'institution ; elle doit fonder toutes ses actions. Elle doit devenir structurante dans tous les services, entre les services, sur tous les territoires. C'est ce changement structurel, déjà à l'œuvre et dont je sais que vous êtes intimement convaincus de la portée, qui nous évitera, le plus possible, les discontinuités, les ruptures de prises en charge, les sorties sèches à la majorité. Evidemment, tout cela implique de nouveaux modes d'organisation du travail éducatif. Tout cela conduit à repenser l'implication de la chaîne hiérarchique dans l'individualisation de la prise en charge. En tant que directeurs de service, vous êtes en première ligne, puisque vous êtes les garants de la qualité de la prise en charge des jeunes. J'ai bien conscience que, si la prise en charge éducative reste le cœur de métier de l'institution PJJ, vos fonctions évoluent. Vous déployez de plus en plus de nouvelles compétences : le management des équipes, l'interdisciplinarité, la transversalité, le développement des partenariats … Bien sûr, les habitudes et les pratiques ne se transforment pas du jour au lendemain. Je pense notamment à ce qui se réorganise actuellement dans les services de milieu ouvert, qui ont désormais la mission de coordonner et de rendre compte de l'entièreté du parcours des mineurs et des jeunes majeurs. Cette notion de « milieu ouvert socle » est la déclinaison pratique de la continuité des parcours. Elle devient un pivot, qui modifie les manières d'agir, en impliquant plus de coopération, plus de coordination. II. Un mouvement d'ensemble du monde judiciaire : présentation de la circulaire Les changements auxquels vous faites face et auxquels vous vous adaptez progressivement, s'inscrivent dans un mouvement d'ensemble du monde judiciaire, prenant en charge les mineurs. C'est pourquoi, dans ce même esprit de continuité des parcours et de transversalité, je m'apprête à signer une circulaire portant sur les réponses judiciaires à la délinquance des mineurs. Cette circulaire fixe 3 objectifs à l'ensemble du monde judiciaire qui s'occupe des mineurs délinquants : - un objectif de cohérence, - un objectif de lisibilité, - un objectif d'individualisation des réponses judiciaires. Cette circulaire pose comme principe « l'adaptabilité permanente aux évolutions du jeune ». Pour les services et les établissements de la PJJ, l'enjeu est de développer : - des pratiques professionnelles, - des relations partenariales, - et des conditions d'encadrement innovantes. Je ne vous ferai pas ici une présentation exhaustive de ce texte, mais je peux vous dire qu'il réaffirme la continuité de la prise en charge, y compris pour les jeunes majeurs. Il acte la spécialisation des magistrats de la jeunesse et plus spécifiquement ceux du Parquet chargés du contentieux des mineurs. Cela assurera la cohérence des différentes actions engagées et organisera une permanence dédiée. Il incite également à développer les alternatives aux poursuites pour les infractions de faible gravité, qui ne sont pas ancrées dans un processus délinquant. Mais surtout, cette circulaire formalise, davantage qu'aujourd'hui, les instances de concertation, et au sein des juridictions, entre le parquet, les juges des enfants et la PJJ, afin d'envisager ensemble, le fonctionnement de la justice des mineurs. Voilà donc le cadre judiciaire dans lequel votre action et votre propre transformation s'inscrivent. III. Une institution tournée vers l'avenir Mesdames et Messieurs, vous le savez mieux que moi, lorsque l'on s'occupe de la jeunesse, on s'occupe de l'avenir. Il n'est d'ailleurs pas anodin que vous ayez choisi de vous réunir au sein du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) pour votre séminaire. Rappelons qu'il a été créé par la Convention en 1794 sur proposition de l'Abbé Henri Grégoire. Et pour reprendre ses mots, le CNAM est un enfant des Lumières, qui doit concourir à la diffusion de l'innovation et des savoirs, ainsi qu'à la promotion de l'esprit de création. Cet esprit de création, cette capacité d'innovation est au cœur de votre métier. Lorsque je rencontre des personnels de la PJJ, c'est d'ailleurs cela qui me frappe. - La réactivité devant les nouveaux défis, - L'imagination pour inventer de nouveaux modes d'intervention éducative, - Le courage aussi, parce qu'il en faut, si l'on veut lancer des expérimentations, décloisonner les services et développer de nouveaux savoir-faire. Je pense par exemple à ce que vous faites, en matière de radicalisation. Vous avez su anticiper la question et avez lancé une politique ambitieuse de prise en charge et de prévention. Je sais ce que vous faites dans ce domaine, - j'ai assisté au premier regroupement des référents Laïcité Citoyenneté de la PJJ à Roubaix, en mai dernier. J'ai vu comment vous avez construit la transversalité, en créant un réseau de référents dédiés. Et je vous encourage tous à poursuivre, à vous impliquer fortement dans cette mission. D'autres défis nous attendent, notamment les enfants qui vont rentrer des zones de guerre. Cette mission éducative ne peut pas être déléguée à quelques-uns, qui seraient – entre guillemets - des « experts » de la radicalisation violente. Vous le savez, je suis opposé à la spécialisation de structures dédiées, qui seraient seules habilitées à accueillir les mineurs radicalisés. Nous avons fait un autre choix avec votre directrice. Nous pensons que le savoir-faire des équipes éducatives de la PJJ demeure le socle, et que les compétences spécifiques, liées à la thématique de la radicalisation violente, comme à d'autres, doivent être diffusées dans l'ensemble de l'institution. Toutes vos équipes doivent pouvoir acquérir des compétences, pour promouvoir la laïcité dans ce qu'elle a de généreux et d'altruiste. Cela leur permettra de repérer les mineurs en risque, qu'ils soient suivis en milieu ouvert ou placés, et d'identifier les partenaires susceptibles de les soutenir. Pour le budget 2017, les moyens obtenus l'ont notamment été au titre du plan d'actions contre la radicalisation et le terrorisme : 165 emplois en tout, dont 145 au titre de ce plan (30 psychologues et 115 éducateurs), vont ainsi venir renforcer les effectifs déjà en place. Les moyens dégagés doivent permettre de poursuivre les actions innovantes entreprises sur les territoires. Cette capacité d'innovation doit aussi nourrir la formation des personnels de la PJJ. Je veux donc saluer le dynamisme et la capacité à anticiper les besoins de formation de demain de l'Ecole Nationale de la Protection judiciaire de la jeunesse ; elle est là pour accompagner ces changements dans vos métiers. J'ai d'ailleurs décidé de réformer la formation des éducateurs de la PJJ, d'abandonner le système de pré-affectation, et de proposer une formation effective de deux années pleines. L'objectif est de veiller à ce que les stagiaires soient réellement des stagiaires, et non des professionnels placés en position de responsabilité. L'apprentissage passe, en effet, par la transmission. Cela a un coût et nécessitera de renforcer les effectifs ; ce qui sera fait dès le PLF 2018. Mais cela permettra d'améliorer et de diversifier encore la formation de vos éducateurs. Je suis intimement convaincu que l'on juge une société au soin, à la protection qu'elle apporte à sa jeunesse. Pour reprendre les mots de Fénelon, « la jeunesse est la fleur de toute une nation, c'est dans la fleur qu'il faut préparer les fruits ». Vous donnez les moyens d'agir, créer toutes les conditions favorables à votre développement, à votre adaptation, à vos mutations, est la meilleure manière de préparer l'avenir. De donner toutes leurs chances aux futures générations. On entend beaucoup parler de l'identité, en ce moment. Pour moi, l'identité, c'est d'abord ce que l'on fait. Nous ne sommes pas condamnés à être enfermés dans des étiquettes a priori : ce sont nos actes qui nous définissent, et c'est pour cela d'ailleurs que nous sommes libres. En donnant plus de moyens à la Justice, en apportant un soin particulier à la protection judiciaire de la jeunesse, notre gouvernement, notre génération, notre pays, témoigne de ce que l'avenir mérite toute notre énergie ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/417.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/417.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2fd84b003b561c08dd5edece8d0bef37475df303 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/417.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je voudrais d'abord remercier le directeur de l'Ecole des Mines de nous accueillir ici, sans concours ! Je voudrais aussi saluer les présidents d'EuropaNova et tous les parlementaires qui se sont associés à cette initiative, et vous demander d'abord de me pardonner de ne pas avoir pu ouvrir vos travaux ce matin, mais j'étais à Nice pour une cérémonie particulièrement émouvante en mémoire des 86 victimes des attentats du 14 juillet. Parmi ces victimes, celles qui sont décédées ou celles qui sont encore blessées, il y avait 19 nationalités « représentées ». Beaucoup venaient d'Europe et j'en ai rencontré là, parmi les victimes, qui me disaient que c'était la France qui avait été visée, frappée, accablée, attaquée, mais que c'était toute l'Europe qui se sentait concernée parce que c'était aussi le 14 juillet. Le 14 juillet, c'est la fête nationale, mais c'est aussi la célébration de la liberté partout, partout dans le monde. Je viens aux termes de vos travaux. J'en ai reçu ici, je n'ose pas dire la synthèse, mais en tout cas les conclusions. Je suis interpellé comme citoyen européen, mais aussi -si j'ai bien compris- comme Président de la République française, même si dans le mouvement citoyen, on ne distingue pas selon les niveaux, les responsabilités, ou les ordres : il n'y a que des citoyens ! Je voudrais vous remercier pour cet engagement, pour l'appel que vous aviez lancé, Guillaume KLOSSA, Denis SIMONNEAU, Cynthia FLEURY et beaucoup d'autres, parce que c'était important -même avant le Brexit- qu'il puisse y avoir un certain nombre de personnalités et de mouvements qui puissent se mobiliser sur l'enjeu européen. C'est ce que vous aviez voulu définir à travers cette feuille de route pour la renaissance européenne. La renaissance entendue au double sens du terme : renaissance parce que nous voyons bien qu'il faut repartir, aller de l'avant ; mais renaissance aussi parce qu'il n'y aura pas d'Europe s'il n'y a pas de création culturelle, d'émancipation, s'il n'y a pas un moment où, bien plus que ceux qui pensent s'intéresser à la politique mais qui ont envie de participer à une culture commune se mobilisent. La France -et j'y ai veillé- a repris plusieurs de vos propositions ; et le président de la Commission européenne également. C'était très important qu'il puisse, dans le discours devant le Parlement européen, définir cette feuille de route -je ne dis pas qui ressemble en tous points à la vôtre, mais qui s'en est inspirée. Ce qui d'ailleurs laisse penser que le débat démocratique n'est pas figé, n'est pas fermé et qu'il y a toujours des espaces que l'on peut utiliser pour faire avancer les esprits et les idées. Le sujet -je vous le dis tout net- ce n'est pas simplement de fixer de nouvelles orientations à l'Union européenne, mais c'est de déterminer l'avenir même du projet, car il est vrai que l'Europe est confrontée à une mondialisation qui a considérablement changé, qui secoue les peuples. Confrontée aussi à des contestations populistes qui ébranlent les structures partisanes ; on le voit partout, dans tous les pays européens. Et puis, il y a des menaces nouvelles, le terrorisme, les conflits qui sont à nos portes. J'étais encore cet après-midi en discussion avec la Chancelière pour préparer un éventuel format Normandie, pour chercher à appliquer les accords de Minsk, pour faire cesser un conflit qui est, là encore, tout proche de nous. Je pense aussi aux guerres qui se produisent au Levant, c'est-à-dire en Syrie et en Irak, avec ce drame humanitaire qui est Alep et qui devrait secouer toutes les consciences européennes. Aujourd'hui, ce serait de l'Europe que devrait partir cet appel, ce cri pour que nous puissions acheminer une aide vers une ville qui est aujourd'hui bombardée, enfermée et qui est également touchée, parce qu'elle est une ville de culture. Je me pose cette question : pourquoi y a-t-il eu, il y a encore quelques années et c'était une force considérable, une opinion qui s'était levée pour Sarajevo, Srebrenica et même Grozny ; et là, pour Alep, il faut élever encore davantage la voix ? Mais qui devrait le faire si ce n'est l'Europe ? C'est vrai que le monde se reconstitue. Nous n'avions pas pris conscience, lorsque le Mur de Berlin s'est effondré, que l'Europe s'est réunifiée. Nous étions néanmoins toujours dans les schémas que nous avions connus, que ma génération avait connus, ceux de la guerre froide, de l'après-guerre, qui laissaient penser que nous allions forcément vers une forme de convergence des sociétés, des idées, des démocraties et que c'était encore les frontières de l'après-guerre qui allaient dominer. Ce n'est plus vrai. On avait vu, d'ailleurs, à travers le conflit des Balkans, on le voit surgir maintenant dans beaucoup de régions du monde et c'est ce qui se produit en Irak et en Syrie. A partir de là, on voit des nouvelles puissances qui émergent ; puissances économiques, on les connaît, mais aussi de nouveaux empires qui sont en train de se reconstituer, souvent les mêmes qui existaient avant la Première Guerre mondiale. L'Europe, face à ce nouveau schéma, ce nouveau contexte mondial, paraît comme dépassée, à la fois parce que son organisation ne paraît plus adaptée et parce que son projet se dilue, simplement réduit aux questions économiques ou aux questions de politique liées à la cohésion entre les 28. Puis arrive le Brexit qui vient une fois encore créer non pas une crise de plus, mais une crise d'existence ; c'est-à-dire qu'à une crise de sens, qui s'est installée déjà depuis plusieurs années, vient maintenant lui succéder une crise d'existence. L'Europe a été confrontée, depuis sa création, à de nombreuses crises qui faisaient d'ailleurs que l'Europe était toujours en crise, ce qui donnait beaucoup d'importance aux chefs d'Etat et de gouvernement qui étaient là pour régler les crises avec ces nuits haletantes vont-ils y parvenir ? Combien de temps cela va prendre ? puis les communiqués de victoire, à la fin, mais sans penser que chaque pays avait su faire prévaloir son intérêt et surtout sa thèse. Oui, on en a connu des crises, encore depuis 2012. J'ai vécu la crise financière, j'ai eu aussi à -avec les 28 mais surtout avec les pays de la zone euro- faire en sorte de maintenir quand même l'unité, l'Union économique et monétaire, et la zone euro. Nous avons sauvé la Grèce, même si aujourd'hui tout n'est pas encore délivré pour que la Grèce puisse elle-même, d'une certaine façon, être délivrée ! Mais là, nous n'avons pas une crise de plus, nous avons la crise, celle qui touche à nos finalités et nous l'avons ressentie, tous, à travers la question des réfugiés ! Les fractures n'ont plus été entre les grands pays et les petits pays, le Sud ou le Nord, les pays en excédent ou les pays en déficit. Là, les clivages étaient beaucoup plus fondamentaux, au sens où certains pays étaient prêts à accueillir, d'autres s'y refusaient, quand il fallait parler de répartition. Là, il ne s'agissait plus de répartition des subventions des fonds européens ou des montants compensatoires au temps de la Politique Agricole Commune, il s'agissait de répartir des gens, des êtres humains, et on le faisait avec des critères d'hier ! Nous étions, à ce moment-là, devant une crise bien plus grave que toutes celles que nous avions pu affronter et connaître dans les dernières décennies. Il ne s'agit plus -et je pense que Guillaume avait raison- d'inventer une nouvelle architecture institutionnelle ; ce temps viendra, de savoir quels mécanismes financiers nous allons mettre en œuvre pour éviter telle ou telle difficulté ou faillite, ils sont là, il faut les utiliser. Non, la question est de savoir ce que nous avons en commun et ce qui va nous unir. La décision britannique nous oblige à cette confrontation avec nous-mêmes ! Le Royaume-Uni a voulu partir. Je ne suis pas sûr que c'était l'intention de ses dirigeants, mais aujourd'hui, ils ont décidé de partir ! Je crois que la pire des attitudes serait de contester leur choix, ou de vouloir remettre en cause les fondements mêmes de l'Union européenne. Il faut donc aller jusqu'au bout de cette négociation, tout en préservant les principes de l'Union européenne, notamment les principes de libre circulation. Parce que s'il apparaissait qu'un pays peut sortir et que cela n'a aucune conséquence, qu'il peut continuer à commercer, à investir comme avant, sans avoir les règles communes de l'Union européenne, c'est la dislocation qui se produira, c'est la séparation ! Nous devons nous poser cette terrible question : soit nous renonçons à l'ambition européenne, nous considérons que cela a été un temps de notre histoire et que nous devons maintenant nous réduire à nos frontières, retourner à nos souverainetés telles que nous les connaissions, alors ça sera la perspective de la dislocation, de l'effacement. La sortie du Royaume-Uni ne sera qu'un début. Soit nous nous donnons une nouvelle ambition, nous lançons une nouvelle initiative, nous portons une nouvelle impulsion conforme aux aspirations des citoyens et alors, nous avons à donner une perspective. C'est vrai que la feuille de route de Bratislava a donné un horizon, un agenda, des priorités. L'horizon, c'est de nous retrouver en mars 2017, parce que c'est le 60e anniversaire de la signature du traité de Rome. Oui, aussi un agenda de faire étape par étape, pour que nous puissions avoir des résultats à présenter pour cet anniversaire, et de fixer des priorités. Je pense que, avant d'en arriver là, il faut être clair sur un certain nombre de points. Le premier, c'est la question de la souveraineté. Je suis profondément convaincu que les solutions aux épreuves que je viens d'évoquer, les défis, nous en sommes conscients, qu'il va falloir relever, ne se trouveront pas dans le repli, dans la fermeture, dans les frontières nationales et dans le renoncement aux solutions collectives. Je pense aussi qu'il serait dangereux d'imaginer que l'idée européenne puisse ignorer la légitimité et la réalité des nations. C'est sans doute en jouant sur cette peur de l'effacement que les populistes se sont réveillés et engouffrés, en laissant croire que c'était l'Europe qui faisait disparaître les identités. Jacques DELORS avait eu une formule, qui lui avait été plusieurs fois reprochée, de faire une fédération d'Etats-nations ; on avait souligné la contradiction, mais il avait profondément raison. Qu'est-ce qui relève de la Fédération ? Qu'est-ce qui relève des Etats-nations ? L'Europe ne vise pas à se substituer aux nations, mais les nations ne peuvent pas, à elles seules, définir une ambition européenne. Sur un certain nombre de projets, il doit y avoir partage et transfert de souveraineté et sur d'autres, les nations doivent pleinement pouvoir intervenir. Il s'agit donc d'unir les Européens, mais de ne pas brusquer les sociétés, de respecter les peuples, de les faire converger vers un idéal commun, sans qu'ils aient à perdre leur singularité. La deuxième question, c'est la subsidiarité. Que doit faire l'Europe, que peuvent faire les Etats ? Les priorités de l'Union européenne, dans cette phase-là de sa destinée, c'est d'abord la protection. C'est ce que nos citoyens réclament, la protection. Pas la protection simplement des frontières, même si elle est nécessaire je vais y venir, la protection de ce qui est essentiel pour nous : les valeurs, la liberté, la démocratie, notre culture, notre modèle social. Alors commençons à protéger les frontières si nous voulons éviter que ne se rétablissent des frontières intérieures. Nous avons bien vu que c'était devant la question des réfugiés que nous devions nous mettre sérieusement au travail. Des frontières extérieures protégées, cela veut dire des gardes-frontières et des garde-côtes européens, des moyens européens pour assurer cette sécurité ; on ne peut pas transférer cela sur les pays qui ont, par la géographie, la responsabilité d'accueillir les réfugiés et les migrants, et qui n'en peuvent plus. Il faut donc absolument qu'il y ait cet engagement, que l'Europe mette tous les moyens nécessaires pour assurer : gardes-frontières, garde-côtes et puis aussi les lieux où sont enregistrés les réfugiés et les migrants, où l'on peut savoir celles et ceux qui relèvent du droit d'asile et qui doivent être accueillis -ce qui voudra dire répartis-, et celles et ceux qui, en revanche, n'ont pas vocation à venir dans notre espace européen et qui, à ce moment-là, doivent être raccompagnés dignement, une fois que leur situation a été éclaircie. Mais là encore, il faut des moyens européens. S'il n'y a pas de règles, s'il n'y a pas de respect de ces règles, il n'y aura plus de cohésion et il n'y aura plus d'Europe. La sécurité, c'est aussi le bien commun européen. La France s'est longtemps enorgueillie -ça peut lui arriver-, d'avoir une défense qui lui permettait de projeter des forces à l'extérieur, d'assurer son indépendance par la dissuasion nucléaire et de disposer d'une autonomie stratégique ; ce qui lui permettait de mener un certain nombre d'opérations à l'extérieur, en Afrique notamment, au nom de l'Union européenne. Mais aujourd'hui, je suis conscient que le service le plus imminent que la France peut rendre à l'Europe, c'est de contribuer à bâtir des éléments communs de défense et de sécurité. L'Allemagne elle-même a évolué sur cette question. Jusqu'à récemment, il était inconcevable que le Bundestag puisse se lancer dans des opérations extérieures ; cela reste difficile parce que ce sont des questions de principe que je peux comprendre, mais je sens qu'il y a là une évolution. De ce point de vue, je ne me plains pas que l'Allemagne puisse regarder l'Afrique avec responsabilité, à la fois pour son développement, pour également sa sécurité. Les Britanniques, ce n'est pas parce qu'ils sont, ou vont sortir de l'Europe, qu'ils ne doivent pas être attachés à une défense européenne. Tous les pays européens doivent se coordonner et participer à l'effort de défense, et savoir ce que chaque pays, là encore en fonction de sa souveraineté, peut assurer. La protection, c'est aussi des forces pour lutter contre le terrorisme. Je l'ai dit, la France a été frappée, mais beaucoup de pays européens l'ont également été. Nous sommes conscients que le terrorisme va rester une menace et doit nous conduire à, là encore, faire coopérer nos polices, coordonner nos services de renseignement, agir contre la propagande, la radicalisation. Qui peut mieux le faire si ce n'est l'Europe ? Elle n'est pas un risque, comme certains pensaient qu'elle pourrait être en fonction des peurs qu'ils essayent d'insuffler dans les opinions publiques. Non, elle est un bouclier, l'Europe. Il est très important aussi que nous puissions expliquer cette réalité toute simple : il y a des élections qui vont se produire aux Etats-Unis ; une présidente va être élue. Mais au-delà de ce qu'elle peut représenter, de ses convictions, sachez bien qu'il ne faut plus attendre des Etats-Unis la protection et la défense du territoire européen ; non pas que les Etats-Unis vont s'éloigner de nous, ne vont pas être notre allié, mais parce que les Etats-Unis vont demander aux Européens de se défendre par eux-mêmes et que c'est notre devoir, c'est notre responsabilité. La deuxième priorité pour l'Europe, également contenue dans votre feuille de route, c'est la croissance et l'emploi. Là encore, les politiques économiques relèvent des Etats. Nous savons que nous avons besoin d'une gouvernance commune. Nous avons besoin que la zone euro se dote d'un budget. Nous avons besoin qu'il y ait une capacité d'investissement et nous avons aussi la nécessité de faire relancer les pays qui sont en excédent, quand les pays qui sont en déficit doivent continuer à faire des efforts de compétitivité et de réduction de leur dette. Nous devons aussi penser que l'impulsion ne peut pas venir simplement de la Banque centrale européenne. D'ailleurs curieux paradoxe : pendant des années, il n'y avait pas de mots assez forts pour dénoncer la politique de la Banque Centrale Européenne et maintenant, nous nous en sommes remis à son bon vouloir, elle fait ce qu'elle peut, elle fait ce qu'elle doit, elle inonde de liquidités, mais si les Etats et si l'Europe ne prennent pas, eux aussi, leurs responsabilités, la croissance ne pourra pas repartir autant qu'il est nécessaire. Je crois donc vraiment que le doublement du plan JUNCKER, que les investissements pour les énergies renouvelables, la transition écologique, le numérique, les infrastructures sont des investissements qui sont nécessaires, pas simplement pour relancer, qui sont nécessaires pour construire l'Europe telle que nous la voulons : une Europe d'avant-garde dans bien des domaines. C'est vrai que l'accord sur le climat doit beaucoup à l'Europe, pas simplement parce que cet accord a été signé à Paris, mais parce qu'il y a eu ce mouvement, mouvement citoyen, qui est venu d'Europe ; nous n'aurions pas pu réussir sans les autres. Ce serait un comble que l'Europe, qui a tant fait pour qu'il y ait cet accord sur le climat, soit en retard elle a failli l'être pour la ratification-, que l'Europe soit en retard par rapport à tous les investissements que nous avons à faire et nous devons même aller plus loin que les engagements qui ont été pris au moment de l'Accord de Paris. Nous devons faire que nos entreprises puissent avoir une taille mondiale et là, les esprits ont également évolué. Il y a quelques années, c'était la concurrence qui l'emportait sur toute autre considération ; il suffisait qu'il y ait même des regroupements d'entreprises en Europe pour que la Commission vienne les empêcher, au nom de la concurrence au sein du grand marché, alors même que des grandes entreprises venant d'ailleurs, souvent des Etats-Unis, venaient nous faire compétition et concurrence sur notre propre terrain. Cela doit être fini. Il en est de même pour la fiscalité ; il n'est pas acceptable que des grandes entreprises extérieures à l'Union européenne viennent faire leurs affaires, développer de la richesse, mais ne pas payer des impôts ici pour les payer ailleurs. Quelquefois, cela peut arriver sur un certain territoire européen j'ai même vu que le pays en question ne voulait pas de cet argent, de peur que ça puisse nuire à la localisation des investissements- mais nous devons avoir des règles d'harmonisation fiscale. Il n'y aura pas d'Europe s'il n'y a pas une harmonisation fiscale ! La troisième priorité -mais vous l'avez évoquée-, c'est la culture, l'éducation, l'université, la recherche, la jeunesse et là encore, nous devons montrer qu'il y a une singularité européenne. La culture européenne n'est pas l'addition de toutes les cultures de nos pays respectifs. C'est une forme de création qui vient d'une conception de civilisation qui n'est pas fermée, qui est ouverte et qui se livre au monde. L'Europe doit être ouverte, sinon elle n'est plus l'Europe. Nous devons faire que la mobilité puisse être un principe, d'où l'importance que nous devons attacher à la libre circulation des personnes. A cet égard, je reprends toutes les propositions que vous faites sur l'Erasmus pour les collégiens, les lycéens ; tout jeune devrait pouvoir connaître un programme de mobilité en Europe. Même en France, il y a des jeunes Français qui ne sont jamais sortis de leur ville, jamais sortis de leur village, non pas qu'ils n'aient pas de moyen de transport, mais la connaissance, la découverte ne vont pas forcément de soi ; vous vous rendrez compte, souvent, que parmi les populistes, ce sont souvent les électeurs qui sont les plus loin du monde qui en ont le plus peur. La découverte du monde, la rencontre avec le monde, avec l'Europe, mais avec son propre pays, c'est essentiel pour la démocratie et pour la liberté. La mobilité, ce n'est pas simplement un droit que l'on viendrait donner aux jeunes parce que l'on se dit que les jeunes aiment les voyages ; c'est parce que c'est ce qui va faire que l'Europe pourra exister, se connaître, se partager. Je suis bien sûr conscient qu'il ne faut pas remettre en cause les crédits qui sont affectés à la Garantie jeunesse, à l'apprentissage, à tout ce qui peut faire que les jeunes puissent accéder aux qualifications, mais je pense qu'il faut donner plus de mobilité et notamment même le service volontaire européen. Nous avons créé un service civique, mais le service civique devrait être européen parce que les besoins sont partout en Europe. Vous avez parlé d'appartenance, c'est sans doute le mot qui convient : l'appartenance européenne. La question, c'est de savoir si l'Europe se considère comme une puissance -le mot peut faire peur non, une puissance de paix, une puissance d'harmonie, une puissance de développement, une puissance au service de la résolution des conflits et des crises. L'Europe est la première puissance économique, mais elle n'est pas une puissance politique. Elle manque au monde. Elle ne manque pas simplement à elle-même. Le monde a besoin de l'Europe. Pour cela, il faut que, de la puissance économique qui est la nôtre, nous puissions faire une puissance politique. C'est le message que vous nous lancez. Moi, j'ai toujours été Européen. J'ai toujours pensé que cette idée serait majoritaire, elle ne l'est plus. Je vous le dis tout net, elle ne l'est plus, sauf dans quelques pays, souvent ceux qui sont arrivés plus récemment dans l'Union européenne, sans d'ailleurs en comprendre toutes les conséquences et en partager toutes les obligations. Nous devons faire cette bataille de conviction. L'Europe ne va plus de soi. La preuve, c'est que ce qui avait été un long processus d'élargissement connaît un coup d'arrêt et un pays va partir. L'Europe ne va plus de soi puisque des populistes, des souverainistes, et parfois même dans des partis de gouvernement, laissent penser que moins il y aura d'Europe et plus il y aura de puissance et de liberté. L'Europe ne va plus de soi parce que même les valeurs qu'elle porte sont contestées : l'accueil, la solidarité, le modèle social, une conception commune des droits. Face au terrorisme, on a vu qu'il y avait un certain nombre de remises en cause qui pouvaient s'énoncer. Même la Cour européenne des droits de l'homme, qui est attachée au Conseil de l'Europe, une des plus vieilles institutions de la construction européenne, même cette Cour, ses décisions ne sont plus respectées et même son autorité, sa légitimité est contestée. Puisque l'Europe ne va plus de soi, il faut faire en sorte de créer ce mouvement. Comment peut-il émerger ? Vous dites les citoyens… Je suis heureux de pouvoir les rencontrer, mais il va falloir traiter ce mouvement citoyen. Ne pensez pas que l'Europe n'est venue que des institutions. Avant les institutions, il n'y avait pas d'Europe mais il y avait un esprit européen. François MITTERRAND disait toujours que la première réunion à laquelle il avait participé, c'était le congrès de La Haye en 1948, qui l'avait profondément marqué ; c'était l'après-guerre. Il y avait un esprit qui s'était créé pour l'Europe, mais il a fallu après, dix ans pour bâtir le marché commun, celui-là même dont on va célébrer l'anniversaire l'année prochaine. Il faut qu'il y ait cet esprit, pas simplement pour défendre, défendre une réalité qui n'est pas forcément satisfaisante -et vous l'avez énoncé. Non, défendre et promouvoir un esprit européen. Les chefs d'Etat et de gouvernement ont une responsabilité, mais vous savez que le Conseil européen décide à l'unanimité et c'est ce qui d'ailleurs fait sa lourdeur, sa lenteur pour prendre des décisions. La Commission européenne, elle, peut donner une impulsion, mais elle n'a pas la capacité pour décider à la place du Parlement européen et du Conseil européen. Le Parlement européen, vous l'avez dit, souffre non pas d'un défaut de légitimité -tous les parlementaires sont élus au suffrage universel- mais les opinions publiques n'ont pas été formées par rapport à un enjeu européen, même s'il y a eu un progrès puisque le président JUNCKER est issu d'un processus électoral qui s'est produit au moment de l'élection du Parlement européen. Les chefs d'Etat et de gouvernement n'étaient pas forcément sur cette thèse. Il faut donc créer un mouvement qui ne passe pas par un changement institutionnel, mais par une conviction très forte qui doit être portée. Les populistes utilisent la peur ; la peur est toujours ce qui, à un moment, peut faire rétracter les opinions publiques, les replier, les renfermer. Vous devez utiliser, nous devons utiliser l'espoir. Qu'est-ce que l'Europe peut apporter pour que nous soyons plus libres, pour que nous soyons plus fiers, pour que nous soyons plus grands ensemble ? C'est davantage sur les grandes questions politiques que l'Europe arrivera à convaincre, parce que ce qui fait la fierté d'une Nation, d'un continent ou d'une collectivité, quelle qu'elle soit, c'est quand elle est capable de peser dans le destin du monde, c'est quand elle est capable de changer ce qui paraît être un ordre établi pour toujours. C'est cet espoir-là qu'il faut lever et je sais que la jeunesse, parce que c'est souvent ce que l'on attribue à cette génération, ce qui lui donne beaucoup de responsabilités, parfois qui lui pèse parce qu'elle ne fait plus souvent qu'hériter des problèmes que nous lui avons laissés, mais c'est vrai que c'est à la jeunesse de s'emparer de cette question européenne. Or, là encore, rien n'est joué. Chez beaucoup de jeunes -et pas simplement dans les catégories populaires comme on le dit souvent, mais chez beaucoup de jeunes-, il y a l'idée que l'Europe serait une vieille idée, qu'aujourd'hui c'est le monde qui doit l'emporter et que l'avenir ne passe pas nécessairement par cette histoire-là. Si ! Ce qui supposerait d'ailleurs que partout où l'on est dans le monde, on puisse défendre le drapeau européen et pas simplement son propre pays. Voilà pourquoi je vous appelle, moi aussi, à mon tour, sans fuir devant ma responsabilité. Moi, jusqu'au mois de mai 2017 -je ne peux pas m'engager pour plus tard, mais jusqu'au mois de mai 2017-, je vous le dis, je continuerai à faire en sorte que les initiatives que vous avez lancées, que l'espoir que vous portez, puissent se traduire dans des décisions du Conseil européen. Surtout, ne lâchez pas prise, ne donnez pas votre confiance avant d'être certains qu'elle sera bien utilisée, bien portée et qu'elle sera bien traduite. Faites-en sorte de mobiliser toutes les consciences. Plus que jamais, nous en avons besoin. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/418.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/418.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..87a1830bd3b1c39502ec0f1d4e58fa7fe8180908 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/418.txt @@ -0,0 +1 @@ +Syrie Cette réunion était importante pour les pays qui soutiennent l'opposition syrienne et qui sont engagés aussi pour une Syrie indépendante, une Syrie qui protège ses minorités, une Syrie qui préserve son unité, et qui, en même temps, serait une Syrie non confessionnelle, qui puisse se reconstruire avec des institutions démocratiques. C'est cela notre objectif politique. Cela ne peut passer que par la négociation, en respect des résolutions du conseil de sécurité des Nations unies. C'est donc notre engagement, ce que nous appelons le groupe des « affinitaires », c'est-à-dire ceux qui partagent cet objectif, donc des pays comme la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne l'Italie, les États-Unis et puis aussi les pays arabes et la Turquie. Tous ceux qui sont engagés pour ce processus de paix et qui aujourd'hui se sont réunis pour échanger à partir des informations qui nous ont été données par John Kerry suite à la réunion de Lausanne. C'est une tentative mais on voit bien qu'elle bute sur une question essentielle, celle des bombardements sur Alep. Donc cette réunion a montré l'unité de ce groupe, l'exigence de ce groupe de pays : l'arrêt des bombardements sur Alep. Bien sûr nous avons abordé toute une série d'autres questions. Nous avons abordé par exemple la situation de l'opposition syrienne et l'on sait qu'au sein de l'opposition syrienne, il y a ce qu'on appelle les modérés mais il y a aussi le groupe al-Nosra, qui fait partie d'Al-Qaïda. Nous le combattons comme nous combattons Daech et la difficulté, c'est comment distinguer. Et nous sommes prêts, bien sûr, à travailler. Les Russes évoquent cette question comme leur seule question. Nous, nous avons une question prioritaire, qui est le préalable à toutes les autres, c'est l'arrêt des bombardements sur Alep et on voit que le régime, avec l'appui russe d'ailleurs, a d'autres objectifs, d'autres territoires qui risquent dans les prochains jours de subir les mêmes attaques, les mêmes bombardements, la même volonté de destruction. Il est clair que nous sommes toujours prêts à parler, bien sûr parler avec les Russes, avec les Iraniens, mais nous exigeons ce préalable : l'arrêt des bombardements. Q - Si l'on vous comprend bien cela veut dire que l'évacuation d'une partie des combattants d'al-Nosra est suspendue à l'arrêt des bombardements ? R - D'abord comment faire cette évaluation partielle sans arrêter les bombardements, c'est presque une question de bon sens, et en même temps, nous savons bien que ce problème existe, mais ce n'est pas le seul problème. Aujourd'hui c'est le problème de la population civile. La population civile est sous les bombes. Il y a 250.000 habitants qui habitent là-bas et qui ne sont pas des terroristes. Je crois qu'il faut sans cesse le répéter. Alors comment faire bouger les choses ? Continuer à dialoguer, bien sûr, partout où c'est nécessaire, partout où c'est possible, mais en même temps, continuer les pressions. Parce qu'il faut absolument que la communauté internationale continue de faire pression sur la Russie, sur l'Iran, sur le régime de Bachar al-Assad pour que les bombardements cessent. Pour cela, nous avons évoqué toute une série d'initiatives que j'avais moi-même déjà évoquées. Par exemple poursuivre notre action au conseil de sécurité. Le 21 octobre prochain sortira le rapport sur l'usage des armes chimiques. Certains pays comme le Canada ont pris des initiatives pour saisir directement l'assemblée générale. Nous avons aussi évoqué la question de la cour pénale internationale concernant en particulier le régime de Bachar al-Assad qui bombarde et qui tue avec des bombes incendiaires. Puis nous avons aussi évoqué le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies à Genève qui a mis en place la commission Pinheiro, qui enquête sur toutes les violations des droits de l'Homme. Donc toutes ces pressions vont se poursuivre. Nous avons aussi demain, à Luxembourg une réunion des 28 Européens et nous allons aussi aborder la question syrienne. C'est une question essentielle pour nous. Nous ne pouvons pas abandonner la population civile de la Syrie. Nous ne pouvons pas abandonner la population d'Alep. Elle est aujourd'hui une population martyre. Il faut sans cesse le rappeler et nous n'abonnerons jamais ce combat. C'est un combat qui doit mobiliser non seulement les gouvernements mais qui commence déjà à mobiliser largement les opinions publiques. Donc raison de plus pour rester - en ce qui concerne les pays affinitaires - unis, forts et rassemblés. C'était le sens de cette réunion de Londres aujourd'hui. Q - Entre hier et aujourd'hui, est-ce qu'un véritable progrès a été fait, un pas en avant vers une nouvelle trêve ? R - Non, aujourd'hui je pense que la réunion de Lausanne l'a montré, il n'y a pas eu de pas en avant pour un cessez-le-feu et pour un arrêt des bombardements. C'est la raison pour laquelle cette réunion des « affinitaires » à Londres a permis de montrer notre unité, notre détermination et de réaffirmer la nécessité, comme priorité à tout le reste, d'arrêter les bombardements sur Alep. Il faut qu'il n'y ait aucune ambiguïté. Il ne faut pas que les Russes, les Iraniens, le régime de Bachar al-Assad, s'imaginent que nous allons baisser notre opposition à ce qui est en train de se passer à Alep. Je pense que rien n'est acceptable de ce qui se passe à Alep. C'est donc le préalable à tout le reste. Il faut que les Russes, avec le régime de Bachar al-Assad et les Iraniens, en soient parfaitement conscients parce qu'aujourd'hui ils sont dans une stratégie qui est une stratégie à la Grozny, celle qui a été pratiquée en Russie pour régler le problème tchétchène. On sait dans quelles conditions cela s'est passé. Cela se passe aujourd'hui en Syrie et ce n'est pas acceptable car nous sommes directement concernés. Pourquoi nous sommes concernés ? Parce que nous avons d'abord cette solidarité humanitaire avec les victimes des bombardements mais aussi parce que là-bas prospèrent des groupes terroristes. Plus on bombarde, plus la radicalisation se développe et plus les rangs de Daech vont se renforcer. Et qui est visé ? Pas seulement le Moyen-Orient mais aussi la France, mais aussi l'Europe, beaucoup d'autres pays qui sont victimes du terrorisme. Donc nous sommes engagés dans une coalition contre le terrorisme. Nous avons aussi le problème majeur des réfugiés. Plus on bombarde, plus il y a de réfugiés. Et qui sont ces réfugiés ? Ce sont des hommes et des femmes qui quittent leur pays parce qu'ils n'ont pas d'autre choix, qui espèrent revenir un jour et pour cela il faut qu'il y ait la paix, et qui aujourd'hui n'ont pas d'autre choix que de fuir. Et ils fuient où ? Eh bien, ils fuient dans les pays voisins, en Turquie, en Jordanie, au Liban et aussi en Europe. Donc il y a toutes ces questions qui sont sur la table, et la première des questions, c'est la solidarité avec la population civile d'Alep. Q - Est-ce que vous croyez que quelque chose pourra être fait ? Une solution avant les élections américaines ? R - Certains ont évoqué cette question autour de la table. Nous ne voulons pas attendre les élections américaines. Peut-être qu'il y a des calculs qui sont faits, des uns et des autres, mais ce serait faire fi du drame humanitaire qui est en train de se dérouler sous nos yeux. Donc notre exigence morale, c'est aussi la responsabilité des politiques, c'est d'être à la hauteur, de continuer à mobiliser et à faire pression pour que les bombardements s'arrêtent. Q - (sur l'offensive de Mossoul) R - Il y a une offensive qui se prépare à l'initiative du gouvernement irakien avec le soutien de la coalition internationale de lutte contre Daech. L'objectif c'est de reprendre Mossoul dont Daech a fait sa capitale en Irak et donc c'est un objectif majeur. Mais, bien sûr, il faut aussi veiller à ce que soit prise en compte la question humanitaire parce que cette bataille qui s'annonce, qui s'approche, va être une bataille dure. Daech va se défendre et il y a des risques pour les populations civiles. Les Nations unies ont alerté sur la question humanitaire et notamment sur les réfugiés qui risquent de fuir sous les attaques. Il est donc important que nous nous préoccupions aussi de la question humanitaire. En ce qui concerne la France, nous sommes déjà préparés. Bien sûr, nous soutenons l'intervention dans le cadre de la coalition mais nous voulons aussi prendre nos responsabilités en ce qui concerne l'aide humanitaire dans cette région, c'est extrêmement important. Q - Sans parler de la perspective des élections américaines, quel est l'agenda des négociations ? R - Mais il n'y a pas un jour qui passe sans que nous ne prenions de nouvelles initiatives. J'ai évoqué les pressions sur les Russes, aussi bien au conseil de sécurité, à l'assemblée générale des Nations unies, dans toutes les instances, au conseil des affaires étrangères à Luxembourg lundi 17 octobre, et bien entendu, toute occasion qui est donnée pour en reparler, en particulier avec les Russes. Nous n'avons jamais cessé de parler avec les Russes. Moi-même, j'ai encore eu un entretien il y a quelques jours avec le ministre des affaires étrangères russe. Il y a eu cette tentative, mais qui n'a pas abouti, à Lausanne. Nous ne voulons perdre aucun moment, aucune occasion, mais avec un seul objectif, qui est le préalable à tout le reste, c'est d'obtenir l'arrêt des bombardements sur Alep. Nous voulons sauver la population d'Alep. Q - Est-ce que vous avez abordé avec M. Boris Johnson sa proposition d'installer une zone de non bombardement ? R - Il y a eu beaucoup d'exemples cités dans cette réunion de toute initiative que l'on pourrait prendre, aussi bien du point de vue de l'aide humanitaire, la protection des populations mais aussi les pressions sur les Russes, le régime de Bachar al-Assad. Donc nous avons abordé cela. Nous n'avons pas conclu sur toutes les initiatives mais il y a un large consensus sur la nécessité des pressions et nous souhaitons donc contribuer à travailler entre nous, c'est ce que nous avons décidé pour que ces pressions soient les plus efficaces possible. (...). Migrations (...) J'ai évoqué avec mon ami et collègue du gouvernement Bernard Cazeneuve la question des mineurs isolés qui sont à Calais. Lors du dernier sommet franco-britannique, des engagements avaient été pris par le gouvernement britannique d'accueillir les mineurs, en particulier ceux qui avaient de la famille en Grande-Bretagne. Depuis, de nouvelles rencontres ont eu lieu entre le gouvernement français et le gouvernement britannique, des engagements de principe ont été pris par le gouvernement britannique qui lui-même d'ailleurs dans sa législation prend en compte cette question des mineurs. Et donc j'ai redit à Boris Johnson qu'il y avait urgence que cette question extrêmement sensible, extrêmement importante, soit traitée. J’ai eu l'occasion de lui redire cela avec force car il faut que bien sûr les engagements soient concrétisés, et au moment où le gouvernement s'engage dans le démantèlement de ce que l'on appelle la « jungle » de Calais, il est très important que cette question des mineurs soit traitée avec le plus grand esprit de solidarité et d'humanité. C'est ce que j'ai redit à Boris Johnson. Q - Pourquoi cela a-t-il pris autant de temps ? R - La question est à poser au gouvernement britannique mais j'espère bien que cela va se faire vite, c'est en train de démarrer mais il faut accélérer. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/419.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/419.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..09fd01f442cd2efb7bd66846b9f4a234b060c563 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/419.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle une déclaration du Gouvernement sur les opérations extérieures de la France, suivi d'un débat, en application de l'article 50-1 de la Constitution. La parole est à M. le Premier ministre. M. Manuel Valls, Premier ministre. Monsieur le président, madame la présidente de la commission de la défense nationale et des forces armées, monsieur le ministre de la défense, monsieur le ministre de l'aménagement du territoire, de la ruralité et des collectivités territoriales, mesdames, messieurs les députés, dans un monde marqué par l'instabilité, les menaces, la France, parce qu'elle est une grande puissance, assume ses responsabilités, notamment militaires, en engageant ses forces armées. Alors que je prends la parole devant vous, je veux d'abord exprimer en notre nom à tous la gratitude et le respect que nous devons à nos soldats. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain.) Sur tous les théâtres d'opérations, au Levant, dans la bande sahélo-saharienne, en Centrafrique, des militaires français sont morts pour le France ces trois dernières années ; d'autres ont été blessés ; certains sont encore sur leur lit de douleur car quand la France répond présent militairement, ce sont nos soldats qui en assument les risques. Avec le Président de la République, avec Jean-Yves Le Drian, nous mesurons la gravité de ce que nous demandons aux jeunes Français qui s'engagent. Quand la France se bat pour les valeurs démocratiques et universelles, ce sont eux qui sont en première ligne. En Jordanie, au Niger, au Tchad, au Mali, au Sénégal, j'ai pu, en compagnie du ministre de la défense, leur dire, comme il le fait régulièrement, combien la Nation comptait sur eux, combien elle était fière d'eux et des différentes opérations extérieures qu'ils mènent. À trois reprises au cours des trois dernières années, votre assemblée a approuvé le déploiement des forces françaises. En avril 2013, par votre vote, vous avez confirmé la décision du chef de l'État de déployer la force Serval au Mali. Après les attaques terroristes de janvier 2015, vous avez également autorisé nos armées à poursuivre leur intervention en Irak contre l'État islamique une intervention décidée en septembre 2014 par le Président de la République, à la demande du gouvernement irakien, je veux le rappeler. Enfin, en novembre dernier, au lendemain des attentats de Saint-Denis et de Paris, vous avez approuvé l'extension de nos opérations aériennes à la Syrie. Avec, mesdames et messieurs les députés, à chaque fois le même objectif, à chaque fois la même détermination : combattre les groupes djihadistes qui depuis leurs sanctuaires nous ont déclaré la guerre, une guerre rampante, lâche, sournoise, qui frappe de manière aveugle, là-bas et sur notre sol. La France elle n'est bien sûr pas la seule est visée parce qu'elle est la France ! Parce qu'elle incarne aux yeux de monde cette part d'universel ! L'ennemi que nous devons affronter, nous ne le découvrons pas. C'est un ennemi redoutable. Il frappe depuis plusieurs décennies dans le monde arabo-musulman et en Afrique. Il s'est organisé au Levant sous la forme d'un proto-État, capable de mobiliser des ressources financières, de lever une armée de terroristes, d'étendre son emprise barbare. Il recrute y compris jusqu'au cœur de notre société. Il ne connaît pas de frontières, et encore moins dans le cyberespace, devenu un vaste terrain d'embrigadement, de recrutement et de préparation des attaques. Nous avons changé d'époque. Notre monde n'a plus le même visage. Depuis le 11 septembre 2001, depuis ce jour terrible que personne n'avait vu venir, la terreur djihadiste s'est diffusée partout, depuis l'Europe jusqu'en Asie. Elle est aujourd'hui, sans aucun doute, le plus grand péril pour nos démocraties. L'inaction n'est pas une option. Et donc, la France agit. Contre les groupes djihadistes, elle marque des points, elle agit efficacement, et d'abord au Mali. Au Mali, coude à coude avec l'armée malienne, à la demande des autorités maliennes, à la demande du président intérimaire Traoré, avec le soutien de l'Union africaine et des Nations unies, nous avons empêché le basculement dans le chaos de ce pays avec lequel nous entretenons des liens si privilégiés. La décision audacieuse et courageuse du Président de la République a évité la création d'un bastion djihadiste. Nous savons que le chemin de la stabilité du pays est encore long. La sécurisation du Nord est lente à intervenir. Le processus de réconciliation nationale tarde à se concrétiser même si des progrès sont intervenus récemment et nous connaissons l'engagement du président Ibrahim Boubacar Keïta. Nous savons cependant que les groupes terroristes continuent de déstabiliser la région du Sahel et portent leurs menaces au-delà. Tous ces groupes qui se financent grâce à des trafics divers et aux filières clandestines de migrants peuvent encore frapper violemment. La France restera engagée tant que la menace djihadiste continuera de peser sur le destin de ce pays et de cette région car quel message enverrions-nous si nous envisagions un départ ou même une réduction de notre effort ? Nous n'avons pas le droit d'abandonner nos frères africains au moment où précisément ils ont le plus besoin de nous pour consolider des équilibres encore fragiles. Le Président de la République aura l'occasion à Bamako, en janvier prochain, lors du sommet Afrique-France, de redire notre solidarité à l'Afrique. Mesdames et messieurs les députés, avec l'opération Barkhane 4 000 hommes déployés au Sahel sur un territoire aussi vaste que le continent européen, nous voulons empêcher les groupes terroristes de reconstituer un sanctuaire. Nous aidons les forces régionales, celles des pays du G5 Sahel, à remonter en puissance. Tous les jours, nos soldats patrouillent avec leurs camarades africains, au Mali et au Niger en particulier. Nous accompagnons également nos partenaires internationaux je pense à la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies, la MINUSMA, comme à celle de l'Union européenne, l'European Training Mission, l'EUTM Mali. Au Cameroun, au Nigeria, au Tchad, les crimes de Boko Haram font planer un risque de déstabilisation qui appelle notre très grande vigilance. En République Centrafricaine, l'engagement de la France a permis de mettre un terme à des violences qui menaçaient de dégénérer en une guerre civile confessionnelle, avec son cortège d'atrocités. Trois ans après le lancement de l'opération Sangaris dont nous savons qu'elle fut difficile et éprouvante pour nos soldats, et à quelques jours de sa clôture officielle, nous passons le témoin aux Nations unies et à l'Union européenne. Mais nous resterons engagés à leurs côtés pour œuvrer dans la durée à la stabilité de la RCA. N'oublions pas l'action de notre marine nationale dans le Golfe de Guinée pour lutter contre la piraterie maritime, cet autre fléau contre lequel la France s'engage. Je veux le dire avec force ici : sans l'action de la France, une partie du continent africain aurait complètement basculé,… M. François Loncle. Exact ! M. Manuel Valls, Premier ministre. … Comme plusieurs chefs d'État africains l'ont rappelé avec gratitude à Jean-Yves Le Drian, à Lomé, au Togo, en début de semaine. Nous aurions assisté à des massacres de masse. Nous aurions aujourd'hui un califat au cœur de l'Afrique, de cette Afrique où nous avons tant de nos ressortissants, de cette Afrique où se joue une part du destin de l'Europe, de cette Afrique avec qui nous devons, nous Européens, nous Français, construire un partenariat ambitieux pour la sécurité, pour des migrations contrôlées, pour le développement. Autre région où nous intervenons : l'Irak et la Syrie. Là-bas, même s'il ne faut pas être naïf, même s'il faut être lucide, Daech recule. La France est un partenaire majeur de la coalition en Irak, le deuxième en termes de frappes, même si nous savons quelles sont les proportions. Depuis le début de nos opérations, plus de 900 frappes ont été opérées par nos chasseurs, pour l'essentiel en Irak. Nous agissons toujours en conservant notre autonomie d'appréciation sur le choix des cibles. La bataille de Mossoul, qui vient de s'engager, est un enjeu symbolique bien sûr, mais aussi stratégique. Il faut tout faire pour épargner des souffrances aux populations civiles. Il faut donc organiser l'aide et la France y prendra toute sa part. Il faut aussi réfléchir aux conditions de l'administration de la ville et de sa région après sa libération. C'est l'objet de la réunion ministérielle que la France accueillera demain à Paris, à l'initiative de Jean-Marc Ayrault, et que le Président de la République ouvrira. Cette bataille sera longue, difficile, certainement très meurtrière, car libérer une ville de deux millions d'habitants, aux mains des djihadistes depuis juin 2014, ne sera pas passez-moi l'expression une mince affaire. Les Irakiens sont prêts. Ils ont montré leur détermination et sont engagés depuis de longs mois dans une dynamique de reconquête : Sinjar, Ramadi, Baïji, Falloujah, Qayyarah, toutes ces villes qui étaient aux mains des djihadistes ont été depuis reconquises. C'était le rôle de la France de répondre, en 2014, à l'appel des Irakiens et de prendre part à une coalition de plus de soixante pays, avec notamment nos alliés du Proche-Orient. Nous pouvons compter sur le courage de nos militaires de l'opération Chammal. Tous les jours, ils sont engagés dans des opérations aériennes à haut risque, engagés tous les jours pour former et conseiller les forces irakiennes et les Peshmergas. Je veux saluer le courage de ces combattants, femmes et hommes, qui sont pour nous tous les visages du combat pour la liberté. Au moment où débute la bataille de Mossoul, la France continue d'assumer ses responsabilités, en renforçant notre dispositif en appui des forces irakiennes. Il y a d'abord le groupe aéronaval déployé en Méditerranée orientale. Il y a également une batterie d'artillerie et 150 hommes déployés au sud de Mossoul avec nos alliés américains. Jean-Yves Le Drian en avait d'ailleurs informé vos commissions le 26 juillet dernier et je veux, devant vous, une nouvelle fois, lui rendre hommage, rendre hommage à son action, à sa détermination, à sa compétence unanimement reconnue par nos armées et par ses pairs. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain, du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste et du groupe de l'Union des démocrates et indépendants.) Mossoul est une première étape, très difficile. Et la tâche ne sera pas achevée. Il faudra ensuite, en Syrie, appuyer les forces insurgées celles qui combattent à la fois le régime de Bachar el-Assad et Daech ; je pense en particulier aux Kurdes. Il faudra aussi, à condition qu'il y ait une volonté, tenter de reconquérir Raqqa, cette pseudo-capitale de l'État islamique, d'où partent aussi les ordres visant à frapper l'Europe et la France. Le 25 octobre prochain, à Paris, se tiendra une réunion des treize pays militairement les plus impliqués, sous la présidence conjointe de Jean-Yves Le Drian et de son homologue américain, Ashton Carter. Vous le voyez, le 25 octobre ou demain, la France est là : elle prend l'initiative et est présente pour essayer de déterminer le destin de cette région qui compte tant pour nous et pour l'Europe. Combattre Daech, c'est aussi pour la France, nous y reviendrons, agir en Libye. L'État islamique a été évincé de son fief de Syrte. Mais nous savons le danger que représente la dissémination des djihadistes dans le reste du territoire libyen et dans les pays voisins, en particulier en Tunisie. C'est pourquoi, même si la France ne mène pas en Libye une opération extérieure, elle y conduit une action de soutien et d'observation. La difficulté, c'est que tout reste à reconstruire dans ce pays, car disons-le, nous n'avons pas su anticiper les conséquences de la chute du régime de Khadafi lorsque nous sommes intervenus sans doute à juste titre en 2011. Nous devons donc redoubler d'efforts pour que le gouvernement d'entente nationale puisse véritablement rassembler toutes les forces politiques libyennes. Et nous savons l'importance de la Libye en Méditerranée, s'agissant en particulier de la question des flux migratoires. Mesdames, messieurs les députés, nos soldats sont mobilisés à l'extérieur, mais je ne voudrais pas que le débat d'aujourd'hui passe sous silence les autres engagements de nos armées sur le territoire national, avec les 7 000 femmes et hommes de l'opération Sentinelle. Il y a un continuum géographique de la menace. Il y a donc un continuum géographique d'action pour nos forces militaires. Elles contribuent, avec les forces de sécurité intérieure, avec nos services de renseignement, avec notre justice, à protéger nos concitoyens. C'est notre priorité. Ce sont des missions inhabituelles pour ces militaires, aujourd'hui appelés à patrouiller dans nos rues, à surveiller nos bâtiments publics, nos axes de transports, mais ce sont des missions essentielles que demandent nos concitoyens. Le combat contre le djihadisme sera long. Il ne sera pas seulement militaire, mais jamais nous ne transigerons avec la sécurité de la Nation, en France comme sur les théâtres extérieurs. Jamais nous ne priverons nos forces intérieures police et gendarmerie des moyens humains et matériels nécessaires. Et l'effort engagé depuis 2012 devra se poursuivre. Jamais nous ne priverons nos armées des moyens indispensables pour assumer leurs missions sur notre sol et le coût de leurs engagements hors de nos frontières. En 2016, le surcoût des opérations extérieures dépassera le milliard d'euros pour le budget de la défense et il sera compensé conformément au mécanisme prévu, madame la présidente de la commission, par la loi de programmation militaire. C'est aussi la raison pour laquelle le Gouvernement réalise autant d'efforts pour la défense. Et parce que les menaces vont persister, parce que le contexte géopolitique demeurera lourd d'incertitudes, nous devrons, je l'ai déjà dit, poursuivre l'accroissement du budget de la défense avec l'objectif de le porter à 2 % du produit intérieur brut. Cet effort budgétaire doit être aussi celui des pays européens. Dès le lendemain des attentats de janvier 2015, la France a fait appel à la solidarité de ses partenaires, par l'invocation de la clause de solidarité prévue par le traité de l'Union européenne, l'article 42-7. La plupart d'entre eux ont répondu à notre appel et nous les avons remerciés de cet engagement à nos côtés. Aujourd'hui, face aux menaces qui pèsent sur elle, l'Europe est au pied du mur. Elle doit mettre les enjeux de sécurité et de défense au cœur de ses priorités. Parce qu'aucun membre de l'Union européenne ne peut s'estimer à l'abri, parce qu'aucun ne peut s'exonérer de la responsabilité que nous tous, collectivement, avons à l'échelle du monde, nous devons renforcer l'effort de défense européen. Nous devons enfin donner sa consistance à une véritable Europe de la défense. Bien sûr, la souveraineté nationale doit être profondément respectée, mais je le dis tout net : face aux menaces au sud de la Méditerranée, la France ne peut être la seule à assumer ses responsabilités et à assumer, comme l'a dit Jean-Claude Juncker, « pour les autres » la défense de l'Europe. Afin de construire son autonomie stratégique, l'Europe doit être capable d'intervenir à l'extérieur de ses frontières, de projeter des forces européennes. Le Fonds européen dévolu à la défense et à la sécurité, demandé par la France et annoncé par la Commission, sera l'un des instruments pour que l'Europe se dote de toutes les capacités militaires et des ressources industrielles nécessaires. L'Europe doit aussi être capable de renforcer son efficacité opérationnelle en apportant son appui au déploiement rapide des missions et opérations militaires de l'Union européenne. Nous assumons une responsabilité, nous avons notre autonomie, la France continuera bien sûr à conduire ses propres opérations, mais l'Europe doit s'engager et doit assumer ses responsabilités. Mesdames et messieurs les députés, pour faire reculer Daech, nous avons fortement engagé nos moyens militaires ; je viens de les évoquer : plus de 4 000 hommes au Sahel, plus de 4 000 hommes au Levant, issus de toutes nos armées, de terre, de l'air, de la marine. Cette guerre contre Daech, nous allons la gagner : il faut la gagner. Mais soyons lucides : ces victoires ne signifieront pas que nous en aurons terminé avec le terrorisme djihadiste. Les racines du fondamentalisme demeureront. Les bouleversements stratégiques au Sahel, au Levant, sur le pourtour de la Méditerranée, en Orient, continueront de mettre à l'épreuve les États, de contester les frontières, de provoquer les ingérences extérieures, d'aiguiser les appétits de puissance, de pousser vers les routes d'Europe des cohortes de réfugiés, de mettre en danger les minorités religieuses d'Orient installées là depuis des siècles et aujourd'hui martyrisées : je pense aux chrétiens d'Orient et aux yézidis, qui méritent notre solidarité. Il faut que nous puissions les accueillir, quand ils le demandent, dans les meilleures conditions. La Syrie, comme d'ailleurs le Yémen, est le précipité de toutes ces fractures qui déchirent l'Orient : la rivalité multiséculaire entre chiites et sunnites qui se réveille, si elle s'est jamais assoupie ; la résurgence de l'aspiration nationale kurde ; les luttes d'influence entre puissances régionales sunnites pour asseoir une domination sur le monde musulman sunnite. Et le jeu russe, bien entendu, qui tire profit de l'abstention ou du retrait américains pour retrouver sa puissance et son influence au Moyen-Orient, en renouant quel qu'en soit le prix avec une politique de brutalité et en soutenant à bout de bras le régime de Bachar el-Assad. Au Levant, la France avec sa diplomatie s'engage pleinement car elle parle à tout le monde ; je dis bien « à tout le monde », car c'est peut-être elle qui connaît le mieux cette partie du monde et sa complexité. Parler à tout le monde, c'est avoir une diplomatie active avec les grands pays sunnites de la région : Turquie, Arabie saoudite, Égypte, États du Golfe. Sans ce dialogue direct avec les pays sunnites, nous savons que les fractures peuvent s'aggraver en Orient. Nous avons bâti avec plusieurs d'entre eux des partenariats stratégiques. Et nous devrons encore les approfondir car l'avenir du Moyen-Orient ne peut se construire sans une relation forte de la France avec ces pays. C'est cette relation forte qui nous permettra de lutter plus efficacement contre le financement direct ou indirect de la propagande salafiste… M. Claude Goasguen. Indirect ! M. Manuel Valls, Premier ministre. … Qui est le ferment de la radicalisation et du basculement dans le terrorisme. Parler à tout le monde, c'est aussi, comme nous l'avons fait, renouer avec l'Iran car il est une grande puissance de la région ; la France veut avec l'Iran un dialogue politique franc et une relation bilatérale à nouveau dynamique. Parler à tout le monde, c'est agir au Conseil de sécurité pour sauver Alep, pour arracher une trêve, pour garantir l'accès de l'aide humanitaire, comme le fait avec tant de détermination le ministre des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault et je veux aussi saluer devant vous son action. Parler à tout le monde, c'est aussi parler à la Russie… M. Philippe Vigier. Très bien ! M. Manuel Valls, Premier ministre. … Comme le fera ce soir le Président de la République à Berlin, comme nous le faisons sur l'Ukraine depuis deux ans, dans le cadre du format de Normandie. Je l'ai dit devant vous il y a quelques jours : la Russie est une grande nation ; nous avons avec elle une longue histoire, tant d'affinités, tant d'intérêts communs. La France sera toujours prête à travailler avec la Russie dès lors qu'il s'agira de faire avancer la paix, de lutter contre le terrorisme, d'œuvrer ensemble à une véritable transition politique en Syrie. Parce que nous nous connaissons, parce que nous nous respectons, il faut avancer ensemble. Parler à tout le monde, ce sera engager tout de suite le dialogue avec la nouvelle administration américaine dès sa prise de fonction. Les États-Unis n'ont pas suivi la France à la fin de l'été 2013, lorsque le président Barack Obama a finalement décidé de ne pas intervenir, alors que le Président de la République le lui proposait, pour tirer les conséquences de l'utilisation par le régime syrien des armes chimiques contre sa propre population. Nous attendons de notre partenaire américain qu'il soit pleinement engagé et déterminé à peser de tout son poids pour relancer enfin une solution politique à la tragédie que vit la Syrie. Mesdames, messieurs les députés, dans un monde incertain, face à la menace terroriste, la France assume ses responsabilités. Elle engage et ce sont les décisions du Président de la République fortement ses armées. Et elle continuera de le faire à chaque fois que sa sécurité, que ses intérêts seront en cause ; chaque fois que la sécurité du monde est en jeu. Nous avons cru, peut-être, que la guerre était derrière nous. La fin des deux blocs avait laissé penser à un équilibre durable. La vérité est tout autre. Des grandes nations expriment à nouveau leur volonté d'influence. La fin de l'histoire, annoncée il y a vingt ans, n'est pas advenue. Au contraire, la part tragique de l'histoire est de retour d'une histoire qui s'accélère. M. Pierre Lellouche. C'est juste. M. Manuel Valls, Premier ministre. Et parce que nous sommes une grande nation, nous devons être là : agir, peser, faire entendre notre voix. Nos armées ont besoin de sentir que la Nation est rassemblée derrière elles. M. Claude Goasguen. La police aussi ! M. Manuel Valls, Premier ministre. Je ne doute pas que le débat qui va suivre en donnera la preuve. Mesdames et messieurs les députés, soyons plus que jamais unis, rassemblés derrière nos forces. Car cette unité, ce rassemblement, c'est cette force indivisible qui fera que nous, la France, le pays de la liberté, le pays de l'universel, aux côtés de nos alliés, contre les ennemis de la liberté, nous vaincrons. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain.) \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/420.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/420.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..25223cf04a4605d3c9e173f8d5f5374f6f68575d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/420.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre, Cher Michael Roth, Monsieur le Directeur, Cher Martin Koopmann, Monsieur l'Ambassadeur, Mesdames, Messieurs, Chers Amis, C'est un plaisir pour moi d'être ici parmi vous pour cette deuxième session de l'initiative Think Tanks Tandem et je veux remercier chaleureusement la Fondation Genshagen et son directeur Martin Koopmann pour son organisation. Se réunir ici à Genshagen est en soi un symbole. Depuis ses débuts en 1993, sous l'impulsion des fondateurs Brigitte Sauzay et Rudolf von Thadden, votre fondation a pour ambition d'être un lieu de rencontre, de dialogue et d'offrir une plateforme d'échanges entre les acteurs franco-allemands, mais aussi polonais et européens, du monde politique, économique, scientifique et culturel. Ici, depuis presque 25 ans, la construction politique et culturelle de l'Union européenne est à l'oeuvre. Le Think Tanks Tandem s'inscrit dans cette belle tradition. En nous retrouvant trois mois seulement après la première rencontre à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Paris, en juillet nous poursuivons le projet que nous avions imaginé avec plusieurs d'entre vous lors d'une rencontre avec l'Ambassadeur d'Allemagne à Paris, Nikolaus Meyer-Landrut, puis d'un déjeuner à Berlin en janvier dernier avec Michael Roth. Nous avions la conviction que dans ce moment de crise européenne, où la relation franco-allemande a un rôle particulier à jouer, on ne peut s'en tenir à la seule dynamique diplomatique et institutionnelle. Beaucoup des questions auxquelles nous sommes confrontés et sur lesquelles nous butons renvoient à des différences d'approche et de compréhension dans nos sociétés, et non pas simplement à des différences politiques entre gouvernements ou même à des différences d'objectif. Mais qu'il s'agisse de questions économiques, par exemple de la gouvernance de la zone euro et du rapport très différent à la dette ou aux règles, ou qu'il s'agisse de questions que l'on appelle régaliennes, celles où sont en jeu la sécurité et la défense, on se heurte à ces différences dans la manière de percevoir les sujets au sein de nos sociétés. Pour des raisons souvent historiques. Et chaque fois que se posera la question d'aller plus loin ensemble dans le cadre européen, d'envisager de nouveaux partages de souveraineté, nous constaterons que ce à quoi nous nous heurtons n'est pas un manque de bonne volonté de l'autre partenaire, mais tient à des prémices, des diagnostics, des perceptions différentes, voire à des méfiances et des préventions qui se logent au cœur de nos façons de penser les enjeux, et de voir le monde. Ce n'est pas que nous ne partageons pas les mêmes valeurs fondamentales, ou la même conception de l'intérêt général européen. Je crois que tout cela nous rapproche au contraire. C'est que nous ne voyons pas toujours le monde depuis la même fenêtre ou avec les mêmes lunettes. Voilà pourquoi il nous a semblé que l'une des choses les plus urgentes et les plus nécessaires à faire était de travailler à approfondir l'échange entre les sociétés civiles de nos deux pays et pour commencer puisqu'il s'agit de l'Europe, entre les acteurs du débat européen les plus impliqués et les plus qualifiés de nos deux pays. Non qu'ils n'aient des occasions de se rencontrer, d'échanger, et de travailler ensemble. Mais parce qu'il manque, nous semble-t-il, un processus permanent qui permette aux Think tanks français et allemands, de confronter dans la durée leurs points de vue, sur toute une série de sujets, et de faire émerger des analyses, des approches communes et une capacité d'élaboration commune. Un lieu qui permettre de faire advenir une sorte de communauté intellectuelle. Ce ne peut être qu'au terme d'un processus, d'une maïeutique, d'une élaboration collective et progressive que pourra émerger une capacité à surmonter les points de blocage actuels. Je formule donc le vœu que cette deuxième rencontre, rapprochée, marque cette volonté d'engager un tel processus car la responsabilité de l'Allemagne et de la France au cœur de la construction européenne doit se nourrir de la pensée de celles et ceux dont la raison d'être est d'avoir un temps d'avance. L'Europe ne traverse pas aujourd'hui une crise de plus mais bien une crise du projet européen lui-même. Avec le Brexit, l'Europe n'est plus irréversible. Cet événement a également agi comme un révélateur. Révélateur de la coupure entre l'Europe et les peuples. Beaucoup des fractures sociales, générationnelles, géographiques et des peurs qui se sont exprimées lors du référendum britannique, vis-à-vis de l'immigration, de la mondialisation, pourraient se retrouver dans tous les États membres. Révélateur des divisions entre États membres sur le projet européen. Pour cette deuxième rencontre, vous avez retenu comme thèmes les questions de sécurité extérieure, de défense et de voisinage. Ce sont des enjeux sur lesquels en effet l'Europe joue sa crédibilité et son avenir. La sécurité est aujourd'hui à la fois un enjeu stratégique et un enjeu politique pour l'Europe. Stratégique parce qu'il n'y a pas d'entité politique durable si elle n'assure pas elle-même sa sécurité. Politique car la sécurité est aujourd'hui l'une des principales attentes de nos concitoyens. Or l'Europe ne s'est que peu ou pas saisie de ces sujets au cours des 60 premières années de son histoire. L'Europe n'a pas été bâtie autour de ces questions qu'elle avait déléguées à d'autres institutions, dont l'OTAN. Elle est peu et mal équipée institutionnellement, politiquement, et même mentalement pour les traiter. Notre conviction, c'est que l'Europe devra à l'avenir y consacrer autant d'efforts, d'énergie et de moyens qu'elle n'en a consacrés aux questions économiques dans la première partie de son histoire. L'Europe est aujourd'hui entourée de conflits, de guerres, de zones d'instabilités parmi les plus graves du monde. Elle est frappée par le terrorisme. Soit elle est capable d'assurer elle-même sa sécurité, de se protéger et de projeter de la stabilité, soit c'est l'instabilité et l'insécurité environnante qui se projetteront en son sein. Et les citoyens se détourneront d'elle, les populismes l'emporteront et l'on assistera au repli national. Sécurité intérieure et sécurité extérieure sont indissociables. Elles doivent être les deux pans d'une même stratégie globale à l'échelle européenne. Les crises et les menaces qui pèsent sur la sécurité du continent avaient souvent été identifiées de longue date comme potentielles mais elles sont devenues réelles et se sont multipliées au cours des dernières années : - Depuis les zones de conflit, en Syrie, en Irak, des réseaux terroristes planifient et conduisent des actions terroristes sur notre sol. Les situations en Libye, au Sahel et au-delà dans une grande partie de l'Afrique représentent également des risques importants pour l'Europe ; - Ces crises, et d'autres dans notre voisinage Est et Sud Est, menacent les équilibres politiques et la stabilité de l'Europe. Ce sera d'ailleurs l'objet de la seconde table ronde demain. Il en découle des situations d'urgence humanitaire, la principale étant la crise des réfugiés, avec des conséquences importantes dans nos pays ; - Le retour des logiques d'empire, des politiques de puissance dans notre environnement proche présentent également des risques réels. La crise ukrainienne en est le symbole et a été déterminante dans la prise de conscience partagée de ces nouvelles menaces. Mais l'on pense également à l'évolution incertaine de la Turquie ; - N'oublions pas les enjeux de cyber sécurité, de cyber défense, les nouvelles menaces mêlant influence et propagande. Les dangers auxquels nous devons faire face ne cessent d'évoluer et de muter. La menace la plus imminente est la menace terroriste. Elle requiert une réponse déterminée dans le respect de l'État de droit et de nouvelles coopérations européennes fortes, dans de nombreux domaines : contrôle des frontières, renseignement, fichier, justice, prévention des radicalisations. Nous en avons parlé aux Vaulx-de-Cernay. Je voudrais aujourd'hui revenir davantage sur l'action extérieure et la politique européenne de défense. Il serait inexact de dire que l'Europe n'a aucune action dans ce domaine et il faut au contraire souligner ce que nous sommes progressivement parvenus à faire pour aller plus loin. Au fil des années, la politique de sécurité et de défense commune, la PSDC s'est renforcée. 17 opérations et missions sont actuellement en cours aussi bien dans le domaine militaire, avec par exemple EUNAVFOR MED Sofia dont le mandat a été étendu à l'embargo sur les armes au large de la Libye et à la formation des garde-côtes libyens, que dans le domaine civil, notamment au Mali et en Ukraine. La PSDC est ainsi devenue un outil central pour l'action extérieure de l'Union européenne. Basée sur une approche globale des conflits, elle permet une articulation des moyens et la coopération avec les partenaires de l'Europe : l'ONU, l'OTAN, l'Union africaine, les États-Unis. Je voudrais également souligner que suite aux attentats du mois de novembre 2015 en France, l'Union européenne a fait preuve d'une grande réactivité et d'une réelle solidarité en réponse à l'invocation, par la France, de l'article 42.7 du traité sur l'Union européenne, c'est-à-dire de la clause de solidarité entre États membres. C'était la première fois et pratiquement tous les États membres ont répondu en apportant, sous des formes diverses, un soutien à nos opérations extérieures. Nous pouvons prendre appui sur cet élan de cohésion pour progresser. Mais il nous faut aller au-delà. Nous devons renforcer la PSDC et l'inscrire dans un cadre d'action plus large. À ce titre, la Stratégie globale pour la politique extérieure et la sécurité en Europe, présentée par la Haute représentante, est un point d'appui important. L'affirmation de l'autonomie stratégique de l'Europe, fil conducteur de ce texte, doit être la clé de voute de la nouvelle dynamique européenne. Il faut maintenant se donner les moyens de décliner au plan opérationnel et de mettre en œuvre cette stratégie. Nos pays devront consacrer plus de moyens à leur sécurité et coopérer davantage ensemble dans tous les domaines, qu'il s'agisse des capacités, des opérations ou du renforcement de nos industries de défense. Nous faisons face aux mêmes menaces, qui nous visent pour ce que nous sommes et ce que nous représentons collectivement : des sociétés de libertés démocratiques, diverses, ouvertes, fondées sur l'État de droit et le respect des individus, la liberté de conscience. Aucun de nos États ne peut répondre seul à ces menaces, à ces défis, et c'est ensemble que nous devons défendre ce modèle de société. C'est pourquoi il est important que la sécurité et la défense soient au cœur des priorités de la relance européenne et de la feuille de route adoptée à Bratislava en septembre dernier. La France et l'Allemagne ont fait des propositions, formulées par les ministres de la défense français et allemand, Jean-Yves Le Drian et Ursula von der Leyen, comme par nos ministres des affaires étrangères Jean-Marc Ayrault et Frank-Walter Steinmeier. Elles ont notamment appelé à progresser dans plusieurs domaines, en particulier la mise en place d'une chaine de commandement permanente au niveau européen, le renforcement de l'EUROCORPS, l'extension du champ du financement commun, le renforcement de la base industrielle et technologique de défense, la mise en oeuvre d'un commandement médical européen. Nous connaissons les difficultés car il s'agit d'enjeux de souveraineté. Mais nous devons travailler à dépasser ces obstacles. Le Conseil européen de décembre sera une nouvelle étape importante pour la défense européenne. Mesdames et Messieurs, L'Europe est confrontée au défi de la sécurité, de sa propre sécurité, autour duquel elle n'a pas été construite. La multiplication des crises, leur ampleur, leur simultanéité mais aussi les conséquences dramatiques qui en découlent, y compris sur notre territoire ont conduit à une prise de conscience dans l'ensemble de nos États membres. Cette réalité nous oblige. Aujourd'hui, nous devons agir de manière réaliste, concrète, efficace pour garantir la sécurité de l'Europe et des européens. Il en va de la crédibilité de l'Union européenne auprès de ces citoyens et de ses partenaires ainsi que de son avenir. J'attends donc beaucoup de vos travaux. Et je ne veux pas conclure sans vous donner rendez-vous à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay au premier trimestre 2017, avant le 60e anniversaire du traité de Rome, pour une troisième édition de Think Tanks Tandem. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/421.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/421.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6833c73a5a851a40a0c3e8940775439189a8ba39 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/421.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs les Préfets, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs les Présidents de conseils régionaux et départementaux, Mesdames et Messieurs les Maires, Mesdames et Messieurs les élus, Messieurs les Présidents des associations représentant les collectivités territoriales, Madame la Secrétaire générale du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, Monsieur le Directeur de l'Institut national des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice, Mesdames et Messieurs, C'est avec un très grand plaisir que je vous retrouve aujourd'hui à la Cité des Sciences, à l'occasion de ces premières rencontres nationales entre les services de l'Etat et les collectivités territoriales au sujet de la prévention de la radicalisation. Nous nous étions engagés, avec le Premier Ministre, à organiser de telles rencontres, lors de la présentation, le 9 mai dernier, de notre grand Plan d'action contre la radicalisation et le terrorisme (PART). Je me réjouis donc que, dans des délais aussi courts, nous soyons parvenus à vous réunir en aussi grand nombre. Car vous êtes parmi les acteurs essentiels de la politique publique de prévention de la radicalisation, politique qui était inédite en France il y a encore peu de temps. Ce n'est certes pas la première fois que l'Etat et les collectivités territoriales ont l'occasion d'échanger sur cette question cruciale. Depuis que le Gouvernement a lancé, en avril 2014, le tout premier Plan de lutte contre la radicalisation violente et les filières djihadistes, vous travaillez toutes et tous, en étroite coopération avec les préfets, à l'élaboration de politiques départementales de prévention de la radicalisation. Dans ce domaine, il est en effet indispensable que nous collaborions les uns avec les autres, car nous avons besoin des compétences propres aux uns et aux autres. La radicalisation est un phénomène complexe et protéiforme, qui obéit à des ressorts variés et qui par là même appelle de notre part des réponses multiples. Nul ne peut prétendre détenir seul ce qui apparaîtrait comme LA solution à une telle problématique. Il nous faut au contraire faire preuve d'humilité, chacun doit apporter sa pierre à l'édifice, au service de l'intérêt général. Cela est valable aussi bien au niveau interministériel qu'entre l'Etat et l'ensemble de ses partenaires, au premier rang desquels se trouvent donc les collectivités territoriales. C'est ainsi que nous pourrons traiter durablement l'ensemble des facettes idéologiques, sociales, psychologiques du phénomène auquel notre pays, comme d'autres pays européens, se trouve aujourd'hui confronté. Chacun le sait, le niveau de la menace terroriste est particulièrement élevé, et les services du ministère de l'Intérieur sont mobilisés comme jamais. Plus de 380 individus liés à des activités terroristes ont été interpellés depuis le début de l'année. A l'heure actuelle, plus de 2 000 Français ou résidents habituels en France sont impliqués, d'une façon ou d'une autre, dans les filières de recrutement djihadistes. Environ 700 d'entre eux sont actuellement présents sur le théâtre des opérations en Syrie et en Irak, parmi lesquels environ 280 femmes et 19 mineurs combattants. En outre, environ 190 individus sont actuellement en transit dans des pays tiers. Une fois endoctrinés et entraînés au maniement des armes et des explosifs, ces individus représenteront un risque sécuritaire majeur pour notre pays. Ils sont aujourd'hui environ 200 à être d'ores et déjà revenus en France. Près de 90 % d'entre eux ont été pris en compte par l'autorité judiciaire. J'ajoute à cet égard qu'avec la loi du 3 juin 2016 et le décret d'application du 28 septembre, nous bénéficions désormais d'un nouveau dispositif administratif de contrôle des retours sur le territoire national qui articule très étroitement la réponse judiciaire et la réponse administrative. Il est donc absolument nécessaire que, parallèlement à notre action de démantèlement des filières terroristes, nous intervenions en amont pour empêcher certains de nos concitoyens de basculer dans la radicalité et de venir grossir les rangs djihadistes. Les deux volets de notre action à la répression déterminée du terrorisme et la prévention de la radicalisation sont complémentaires et participent d'une même stratégie globale visant à lutter contre le djihadisme, à empêcher la commission de nouveaux attentats et, par là même, à garantir, dans un contexte de menace élevée, la sécurité des Français. Depuis maintenant plus de deux ans, nous avons créé et mis en place une politique publique innovante d'anticipation, de détection et de prévention des phénomènes de radicalisation. Cette politique commence à porter ses fruits, grâce aux moyens et aux dispositifs inédits que nous avons mis en œuvre dès avril 2014, afin de repérer et de suivre, le plus finement possible, les personnes radicalisées. Nous avons tout d'abord mis en place une plateforme téléphonique nationale gérée par l'UCLAT qui, via un numéro vert, permet aux familles concernées de signaler la radicalisation d'un enfant, d'un parent ou d'un proche, avant d'être orientées vers les services de l'Etat compétents. Ce moyen à la fois simple et inédit, qui permet à des familles bouleversées par une telle situation de rupture de trouver un interlocuteur, constitue la pierre angulaire de notre dispositif, à partir de laquelle nous avons pu très tôt mettre en place une organisation, la plus efficace possible, à l'échelon local, dans la mesure où les cas signalés via la plateforme téléphonique sont traités localement grâce à la mobilisation de l'ensemble des acteurs concernés. Si nous avons souhaité, avec le Premier ministre, que le pilotage opérationnel de notre politique de prévention soit assuré à l'échelon départemental, c'est pour que les diagnostics réalisés et les solutions apportées soient pleinement adaptés à toutes les situations locales. Voilà pourquoi, Mesdames et Messieurs, chaque préfecture est désormais dotée d'une cellule de suivi départemental, placée sous l'autorité du préfet, qui coordonne la politique de prévention en y associant tous les acteurs concernés, et notamment, bien entendu, les collectivités territoriales, avec lesquelles nous devons approfondir et amplifier le travail que nous avons d'ores et déjà engagé. Tel est l'objectif de la journée qui nous réunit aujourd'hui. A ce jour, près de 12 000 signalements ont été effectués par le biais de la plateforme téléphonique et des états-majors de sécurité départementaux. Chacun de ces signalements a fait l'objet d'une évaluation approfondie par les services du ministère de l'Intérieur. Et, dès lors que cela s'avère nécessaire, nous mettons en place un suivi individualisé, assuré par les intervenants des cellules départementales. C'est là un travail particulièrement lourd, mais c'est aussi un travail absolument nécessaire, que les acteurs publics et associatifs mobilisés accomplissent avec une rigueur et un engagement auxquels je veux rendre hommage aujourd'hui. Pour les soutenir, nous travaillons actuellement à renforcer les moyens de la plateforme téléphonique, et nous faisons en sorte de doubler, à court terme, nos capacités de suivis individuels. En outre, depuis un an, la création d'un fichier de suivi des individus radicalisés, le FSPRT (Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation terroriste), a introduit un levier supplémentaire dans la fiabilisation et le décloisonnement de notre action, permettant un dialogue quotidien plus fluide entre les services concernés. L'actualisation en temps réel des données qui y figurent en fait un outil particulièrement efficace pour aider les enquêteurs et tracer les individus représentant un risque ou une menace. Notre stratégie et l'ensemble des dispositifs qui y participent sont pilotés, à l'échelle nationale, par l'Etat-Major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT), lequel coordonne l'action des services concourant à la réussite de la politique publique de lutte contre la radicalisation. En s'appuyant sur l'expertise de l'UCLAT et en lien étroit avec les Préfets de zone, il s'assure ainsi, avec un haut niveau de précision, de la cohérence et de l'efficience de notre dispositif global. Ses nombreux déplacements sur le terrain, les priorités d'action qu'il fixe, son « contrôle qualité » sur le fichier constituent autant de garanties d'un suivi actif, efficace et capable d'être adapté très rapidement aux évolutions en cours. A cet égard, je veux profiter de l'occasion qui nous réunit aujourd'hui pour saluer l'action du préfet Olivier de MAZIÈRES, qui dirige l'EMOPT. Par ailleurs, dans le cadre que je viens de rappeler, nous avons mis en place des outils spécifiques à disposition des acteurs mobilisés sur le terrain, afin de mieux appréhender le phénomène et de prendre en charge plus efficacement les individus radicalisés. Nous l'avons fait et nous continuons de le faire avec un souci et un seul : celui du plus grand pragmatisme. Nous avons d'abord élaboré une grille d'indicateurs de radicalisation violente, distinguant signaux forts et signaux faibles, de manière à faciliter l'établissement du diagnostic et l'identification de la prise en charge adaptée. Cette grille, qui est en cours d'actualisation, est utilisable par tous les professionnels, à commencer par les travailleurs sociaux, qui se trouvent en première ligne dans la conduite des évaluations. Quand les diagnostics mettent en évidence des signaux inquiétants, les cellules de suivi départementales interviennent alors pour apporter, au travers des outils de droit commun, une première réponse. Par ce biais, plus de 2 000 personnes, dont plus de 970 familles, font d'ores et déjà l'objet d'un suivi par une association de lutte contre la radicalisation. Les collectivités locales et leurs travailleurs sociaux sont bien évidemment associés à ce dispositif. Nous avons également mis en place des ressources transversales pour faciliter l'accès du plus grand nombre aux informations utiles. Un site Internet permettant de signaler les situations inquiétantes et de prendre connaissance des actions mises en œuvre, a été créé. Parallèlement, nous avons édité, à destination de nos partenaires publics, un guide interministériel de prévention de la radicalisation, qui vise à faciliter leur engagement dans des actions concrètes. Nous avons également mis sur pied des équipes mobiles d'intervention qui, dans un deuxième temps, interviennent en complément des prises en charge individuelles locales, dans les cas les plus inquiétants, lorsque la radicalisation est plus avancée. Enfin, pour élargir l'éventail des solutions destinées aux personnes radicalisées, un troisième niveau de prise en charge vient d'être mis en place, avec l'ouverture, le mois dernier, du premier Centre de Prévention, d'Insertion et de Citoyenneté, localisé dans le département de l'Indre-et-Loire. Nous suivons au plus près le fonctionnement de ce dispositif, dont nous attendons beaucoup. Nous avons donc accompli un important travail et, depuis deux ans, profondément réorienté les approches de la prévention et du traitement de la radicalisation. Il y a fallu un véritable travail d'alerte et de sensibilisation, un travail de conviction, mais aujourd'hui notre dispositif fonctionne. Néanmoins, il nous faut aujourd'hui aller plus loin, franchir une nouvelle étape dans la montée en puissance de notre politique de prévention. Pour y parvenir, la collaboration entre les services de l'Etat et les collectivités territoriales est essentielle. C'est là le message principal que je veux vous adresser. Aujourd'hui, les élus locaux, dans leur grande majorité, demandent à connaître en détail les dispositifs de prévention de la radicalisation mis en place sur leur territoire, et souhaitent qu'on les forme à faire face au phénomène de la radicalisation. Nombre de maires regrettent de ne pas être suffisamment associés aux dispositifs de prévention que nous avons mis en place et que je viens de rappeler. Parfois même ils déplorent de ne pas être assez informés. C'est là un constat que je partage moi aussi et auquel j'entends répondre avec précision, sous l'autorité du Premier ministre. C'est la raison pour laquelle j'ai transmis aux préfets une instruction très claire, le 14 septembre dernier, leur demandant de rencontrer les maires confrontés dans leurs communes à des phénomènes de radicalisation pour trouver avec eux la meilleure formule d'association possible. Depuis la première circulaire adressée aux préfets, le 29 avril 2014, par le Garde des Sceaux et par moi-même, j'ai toujours veillé je le rappelle à associer les collectivités locales aux cellules de suivi départementales. Dans 88 départements, les conseils départementaux participent ainsi aux travaux des cellules de suivi. Nombre de communes y sont elles aussi d'ores et déjà associées. Mais nous devons aujourd'hui aller plus loin. A terme, je souhaite que l'ensemble des communes concernées je dis bien : l'ensemble des communes concernées soit associé à l'activité des dispositifs préfectoraux et des cellules de suivi départementales. C'est dans cet esprit que plusieurs mesures ont d'ores et déjà été prises, ou bien sont sur le point d'être mises en œuvre. Concernant tout d'abord l'information des élus, j'ai demandé à tous les préfets de rencontrer personnellement, dans leurs départements respectifs, les présidents de conseils régionaux, de conseils départementaux et les maires les plus concernés, et d'animer avec leurs équipes des formations à l'échelon local, à destination des élus et des cadres des collectivités. Je le répète, les préfets et leurs cabinets sont à votre disposition pour répondre à vos questions. Vous ne devez pas hésiter à les solliciter. Par ailleurs, nous avons mis en place, sous l'égide du CIPDR, une offre de formation la plus complète possible. Plusieurs d'entre vous ont déjà pu en bénéficier. Néanmoins, pour diffuser de manière plus large les éléments fondamentaux d'analyse et de traitement de la radicalisation, j'ai demandé à ce que des modules de formation en ligne soient réalisés. Ces supports vidéo permettent d'ores et déjà aux préfets de superviser localement l'organisation de sessions de formation. Je le répète : j'ai fait passer des consignes très claires pour que tous les préfets mettent en place localement des formations spécifiques, de manière à vous associer étroitement et notamment les maires au travail de prévention. De surcroît, une formation nationale spécifique, pour les élus comme pour les cadres territoriaux, sera organisée au mois de janvier. Je pense en particulier aux coordinateurs des CLSPD, aux chefs de service de la politique de la ville, de la jeunesse ou bien des polices municipales. La directrice du CNFPT vous présentera, en début d'après-midi, l'offre de formation, à destination des collectivités locales, que son organisme propose. J'en viens à présent au sujet le plus délicat, que je ne veux pas fuir, bien au contraire. Je veux parler de l'échange d'informations entre l'Etat et les collectivités territoriales au sujet des personnes radicalisées. Je sais que c'est là une de vos préoccupations majeures nombre d'entre vous m'en ont parlé lors de mes déplacements dans les territoires. C'est pourquoi, afin de mieux répondre à vos attentes et à vos inquiétudes, d'expertiser les dispositifs envisageables et le cadre juridique dans lequel il serait possible de les mettre en œuvre, j'ai pris l'engagement de mettre en place un groupe de travail composé à la fois de membres des services du ministère de l'Intérieur et de représentants de l'Association des Maires de France (AMF), de l'Assemblée des Départements de France (ADF) et de l'Association des Régions de France (ARF). Cet engagement, je l'ai pris devant les présidents de ces trois associations pour marquer la volonté qui est la mienne de travailler avec vous, avec l'ensemble des élus locaux concernés sur le territoire national. Une première réunion du groupe de travail a déjà eu lieu, le 14 octobre dernier, qui a permis de dégager des pistes de réflexion et de coopération. Je ne doute pas que nous parviendrons de la sorte, avec les grandes associations d'élus, à trouver des solutions satisfaisantes pour chacune des parties concernées. Je pense par exemple aux CLSPD, que vous présidez. Nous avons déjà commencé à faire évoluer les choses sur ce sujet. Nous avons modifié le Code de la sécurité intérieure pour que les CLSPD puissent proposer des actions de prévention de la radicalisation et examiner celles qui sont mises en œuvre. Et, dans le cadre du groupe de travail, nous sommes actuellement en train de réfléchir aux possibilités d'échange d'informations au sein des CLSPD. Je pense notamment à l'échange d'informations nominatives, dont la limite sera, bien entendu, les informations couvertes par le secret défense ou le secret judiciaire. Cette réflexion collective et ce travail en commun sont nécessaires, j'en suis absolument convaincu, et ils doivent être conduits, je vous le redis, aussi loin qu'il est possible d'aller, dans le respect des lois et des institutions de la République. Car ce qui fait la force de notre action, c'est le cadre dans lequel nous agissons, celui d'un Etat de droit fort. C'est donc dans ce cadre-là que nous devons définir les principes de notre collaboration et mettre en œuvre les dispositifs les plus adéquats. La loi pour être précis, l'article L. 811-1 du Code de la sécurité intérieure prévoit que la politique publique de renseignement, qui concourt à la stratégie de sécurité nationale, ainsi qu'à la défense et à la promotion des intérêts fondamentaux de la Nation, relève de la compétence exclusive de l'Etat. Au-delà des objectifs poursuivis, ce caractère exclusif s'explique pour plusieurs raisons. Tout d'abord, comme le prévoit la loi, la mission de renseignement met en œuvre des moyens extraordinaires qui sont parfois susceptibles de porter atteinte à des libertés individuelles. C'est précisément la raison pour laquelle ces moyens sont strictement encadrés et les informations recueillies dans ce cadre relèvent d'un statut spécifique protecteur. Par ailleurs, l'activité de renseignement se nourrit d'informations confidentielles venant notamment de services étrangers. Toute action susceptible de laisser penser que le résultat de ces échanges ne serait pas totalement hermétique nuirait gravement à la collaboration entre les services français d'une part et les services européens et étrangers d'autre part. Enfin, le travail de renseignement obéit nécessairement à un strict impératif de confidentialité. Partager trop largement le renseignement reviendrait à remettre en cause l'activité même de nos services, en prenant le risque de révéler aux individus surveillés qu'ils font l'objet d'une surveillance. C'est là une dimension importante que chacun d'entre nous doit avoir à l'esprit, dans le contexte difficile que nous connaissons : en matière de renseignement, trop partager l'information équivaut à partager l'activité elle-même, puisque celle-ci repose précisément sur le recueil et l'exploitation de l'information. Vouloir partager l'activité de renseignement avec les collectivités territoriales, c'est donc faire en partie reposer sur celles-ci une mission qui par définition n'est pas la leur et à laquelle nous n'avons pas à les exposer. En application de ces principes, les règles encadrant le recueil et l'exploitation des données de renseignement limitent donc strictement les conditions d'accès à celles-ci. Au-delà des fichiers spécifiques des services de renseignement, les éléments relatifs à la surveillance des individus susceptibles de présenter une menace ou un risque sont contenus dans le FPR (Fichier des personnes recherchées) au titre des fiches S et dans le FSPRT. Les dispositions légales créant ces fichiers excluent la communication d'éléments, dont elles encadrent très strictement les conditions d'accès, dans un souci de préservation de l'activité de renseignement. Sans faire la liste des personnes qui ont accès à ces fichiers presque exclusivement des agents de services de renseignement et de police judiciaire, je peux néanmoins vous dire, par exemple, qu'aucune autorité judiciaire n'a accès au FSPRT, en raison de l'exigence d'étanchéité liée aux activités de renseignement. Chacun est donc dans son rôle. Comme je vous l'ai dit, je suis tout à fait favorable à ce que les échanges, le travail avec vous aillent le plus loin possible, dans le respect des textes en vigueur, dans le respect des principes qui régissent notre Etat de droit et en veillant toujours à préserver l'efficacité de nos services de renseignement. Le rôle que doivent assumer les collectivités est celui d'un partenaire décisif et irremplaçable, avec lequel les cellules de suivi départementales examinent les situations de radicalisation relevant d'une approche préventive et nécessitant, dans la plupart des cas, un accompagnement psychologique et social. Cette politique de prévention doit irriguer tous les champs relevant de vos compétences. Elle doit faire l'objet d'une attention permanente de la part de vos services. Mais je vous demande aussi de comprendre ce qu'est, dans une grande nation, l'activité des services de renseignement. En effet, l'efficacité de notre politique de prévention de la radicalisation dépend largement de l'efficacité de notre politique du renseignement. Il s'agit là d'une activité éminemment régalienne. Vous l'avez encore constaté au cours de ces dernières semaines : nous avons interpellé plusieurs jeunes gens, notamment des jeunes femmes je pense aux interpellations réalisées à Boussy-Saint-Antoine, et à chaque fois, si nous avons pu le faire, c'est parce que nous donnons aux services de renseignement les moyens de leur efficacité, nous garantissons leurs prérogatives, nous préservons le cadre de leur intervention. C'est ainsi que nous pouvons assurer la sécurité des Français. Ce qui ne nous empêche certes pas, comme je l'ai dit et en dépit des contraintes de prendre des initiatives avec vous. Ces initiatives, nous les prenons et nous allons continuer de les prendre, dans le cadre que j'ai rappelé. C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité nouer des partenariats nationaux avec vos associations d'élus : - avec l'Association des Maires de France (AMF), depuis le 19 mai dernier ; - avec les associations « Villes et banlieues » et « France Urbaine » : à cet égard, je rappelle qu'un plan d'action spécifique à la prévention de la radicalisation doit être annexé, d'ici à la fin de l'année, à tous les contrats de ville déjà conclus sur le territoire national, comme cela était prévu par le Plan d'action contre la radicalisation et le terrorisme (PART). Avec Patrick KANNER, nous y veillons scrupuleusement, sous l'autorité du Premier ministre ; - enfin, avec l'Assemblée des Départements de France (ADF), en proposant un modèle-type de convention à décliner dans chaque département entre le Préfet et le Président du Conseil départemental. C'est dans le même esprit que le Gouvernement a dégagé une enveloppe budgétaire spécifique, dans le cadre du Plan de Lutte Anti-Terroriste (PLAT) de janvier 2015. Ainsi, le Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) a été doté, cette année, d'une enveloppe supplémentaire de 18 millions d'euros, destinés à co-financer les actions de prévention de la radicalisation, mais aussi la sécurisation des lieux sensibles et l'équipement des polices municipales. Mesdames et Messieurs, cette journée de rencontres est une journée importante, pour le Premier ministre je le sais, pour moi-même et pour le ministère de l'Intérieur, pour les élus et les collectivités territoriales. Depuis mars 2012, notre pays a été très durement frappé par le terrorisme djihadiste. Par-delà les étiquettes politiques, chaque gouvernement a travaillé, avec les moyens qui étaient les siens, à lutter contre le terrorisme et à protéger nos concitoyens de la menace. Depuis maintenant quatre ans, nous n'avons de cesse de réarmer le pays et de redonner aux forces de sécurité intérieure les moyens de combattre efficacement les réseaux qui nous prennent pour cible. Nous avons considérablement renforcé les effectifs du renseignement intérieur DGSI, SCRT, DRPP comme ceux des forces de l'ordre d'une manière générale, Police et Gendarmerie nationales. Nous avons nettement augmenté les crédits de fonctionnement et d'investissement des services du ministère de l'Intérieur, nous avons renforcé les moyens matériels dont disposent nos forces. Nous avons mis en place un nouveau Schéma national d'intervention et de mobilisation des forces spécialisées GIGN, RAID et BRI sur l'ensemble du territoire national. Le ministère de l'Intérieur est dans l'adaptation perpétuelle aux évolutions de la menace, dans un mouvement constant pour anticiper, prévenir, détecter et entraver l'action des filières djihadistes et des individus qui en font partie. Donc, oui, Mesdames et Messieurs, nous gagnerons la bataille contre le terrorisme. Mais nous la gagnerons dans la rigueur et le sang-froid, dans le respect de l'Etat de droit et des principes de la République, dans l'unité et la solidarité, c'est-à-dire grâce à la mobilisation de l'ensemble des Français, grâce à la mobilisation de chacun d'entre vous, dans les responsabilités qui sont les vôtres. A l'occasion de cette journée, je veux donc remercier l'ensemble des acteurs de la prévention de la radicalisation qui, depuis plus de deux ans, se sont pleinement investis pour rendre opérationnelle cette nouvelle politique publique et lui permettre d'atteindre son rythme de croisière. Dès à présent, la prévention de la radicalisation constitue un défi majeur pour notre société, et cela continuera d'être le cas dans les années à venir. Nous sommes des pionniers, et même bien plus que cela, puisque nous avons d'ores et déjà accompli une tâche considérable. Il nous faut désormais la poursuivre sans relâche. Cette journée doit donc nous permettre d'échanger sur les bonnes pratiques et sur les expériences positives menées dans les territoires. Je ne doute pas que les débats seront fructueux et de haut niveau. Il ne peut en être autrement, compte tenu des enjeux auxquels nous sommes confrontés. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/422.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/422.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5bde2da7c7637f10bae79fa03ae85c8173e7750a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/422.txt @@ -0,0 +1 @@ +A deux jours près, voilà 9 mois que j'occupe les fonctions de garde des Sceaux. 9 mois que je vis au rythme de l'administration pénitentiaire (elle est si prégnante dans ce ministère), au rythme de ses réformes, de ses discussions (parfois enflammées si j'en crois le récit du dialogue social), de ses mouvements en détention quand il ne s'agit pas d'agression terroriste comme à Osny, le 4 septembre dernier. 9 mois aussi que l'on me parle et que je parle de radicalisation. Le sujet, d'évidence, est majeur pour notre administration parce qu'il est majeur pour notre société traumatisée par les attaques barbares qu'elle a subies et celles qu'elle redoute de subir. Il l'est aussi, en raison du nombre de personnes détenues impliquées : 349 auteurs d'infraction à caractère terroriste, dont 31 femmes, 18 mineurs, 33 détenus particulièrement signalés (DPS) et 55 placés à l'isolement. Cette catégorie progresse de semaine en semaine, au rythme de l'inexorable multiplication des écrous. Pour mémoire, l'administration n'hébergeait que 90 personnes détenues correspondant à ce profil en 2014. 1 336 détenus identifiés comme radicalisés, contre 700 en 2015. Et 359 probationnaires radicalisés en milieu ouvert, dont 125 contrôles judiciaires de personnes placées sous-main de justice pour des affaires liées au terrorisme. A mon arrivée, un dispositif expérimental débutait au sein de la direction de l'administration pénitentiaire. Et en particulier au sein de 4 établissements pour faire face à cette situation nouvelle. Je rappelle que le dispositif des unités dédiées a été structuré à partir de l'expérience de Fresnes menée en décembre 2014 et qui consistait à regrouper des détenus pour des questions de gestion de la détention. Après les attentats de janvier 2015, 5 unités ont ouvert : 3 de prise en charge à Fleury-Mérogis, Osny et Lille-Annoeullin ; 2 d'évaluation à Fresnes et Fleury. Il était évident que cette expérimentation devait se poursuivre. Pour imaginer des parades à un phénomène et pour réussir des adaptations, deux conditions sont indispensables de fortes mesures et le temps nécessaire pour qu'elles puissent donner lieu à des conclusions. C'est pourquoi, avant d'aller plus loin dans mon propos, je veux d'abord saluer le travail accompli par l'administration pénitentiaire pour sa capacité de réaction, d'innovation, de conceptualisation et de réalisation. D'autant que la pression médiatique, politique et syndicale ne s'est guère relâchée tout au long de ces neuf mois… Ce temps laissé à l'expérimentation m'a aussi permis de structurer mon dispositif d'évaluation : - D'abord multiplier les déplacements dans les prisons (17 si mes calculs sont exacts) ; - Mandater mon cabinet pour en faire autant, tous les membres s'y sont rendus ; - Rencontrer longuement les personnels des unités dédiés et les organisations syndicales ; - Installer un comité de pilotage de la lutte contre le terrorisme et la radicalisation violente. Ce fut fait le 7 juillet. Il rassemble, au moins une fois par mois, toutes les directions autour d'une feuille de route et les invite à partager leurs expériences et leurs informations, à mutualiser le travail. - Créer un conseil scientifique. Installé le 31 août, il a débuté ses travaux le 5 septembre. Il s'est réuni trois fois. Y travaillent des universitaires de nombreuses disciplines, spécialistes ou non de l'administration pénitentiaire. - Missionner l'inspection générale des services judiciaires ainsi que l'inspection des services pénitentiaires. J'ai ainsi reçu deux rapports sur les extractions judiciaires (reçu le 19 octobre) et sur les Unités de prise en charge de la radicalisation - UPRA - (remis le 20 octobre) Je recevrai prochainement celui consacré au partage d'information au sein du ministère, - Organiser un retour d'expérience à chaque fois qu'un évènement a surgi. A l'image de la semaine du 5 août, après l'attentat de Saint-Etienne du Rouvray, ou après l'agression à but terroriste à Osny, le 4 septembre dernier, ou encore quand des « mouvements collectifs » interviennent. Depuis le début de l'année, la cellule de crise de l'administration pénitentiaire a été actionnée à 6 reprises. - Ecouter les personnels agressés. Cette réflexion a nourri mes décisions. L'administration pénitentiaire est une administration puissante, forte de 38 000 personnels, toute catégorie confondue, qui travaillent dans 188 établissements. Depuis des années, elle bénéficie d'un soutien budgétaire constant. Elle a toujours montré sa capacité d'adaptation au service de l'intérêt général. Elle va encore le faire car elle sait que, face à cette « déferlante terroriste » pour reprendre les mots du Président du Tribunal de grande instance de Paris, elle ne pourra pas se contenter de demi-mesures. Devant l'arborescence de mutations qui sont à l'œuvre, sans réforme de structures, elle sera submergée. C'est fort de cette conviction que j'ai souhaité aujourd'hui vous présenter un plan de sécurisation de nos établissements pénitentiaires qui nous permettra, notamment de lutter contre la radicalisation violente. I. Rénover la sécurité pénitentiaire Les questions de sécurité pénitentiaire ne font pas l'objet d'une prise en charge suffisamment structurée. Gérer une crise, anticiper des évolutions, coordonner les actions, planifier des opérations tout cela mérite des processus normés, des mécanismes éprouvés, des pratiques évaluées. C'est pourquoi je souhaite aujourd'hui créer une sous-direction de la sécurité pénitentiaire. Elle verra le jour dès février 2017 avec la publication des textes nécessaires pour la modification de l'administration centrale. Cette décision, loin d'invalider la réforme de la centrale conduite en 2013 par Isabelle Gorce, confirme ces orientations en travaillant sur la fonction métier et la fonction mission. Elle rassemblera : - La Direction de projet « Plan de lutte contre la radicalisation » (PLAT) qui a joué un rôle éminent dans la conception de la réponse de l'administration pénitentiaire à la problématique de la radicalisation violente, - Le bureau central du renseignement pénitentiaire (BCRP), - Le bureau central des Equipes régionales d'interventions et de sécurité (ERIS), - Le traitement central des orientations et transfèrements des personnes détenues, structure qui reprendra certaines missions du bureau actuel MI1. - Le Bureau des équipements, des technologies et de l'innovation (BETI). Sa mission est de développer une approche prospective et innovante en matière de technologies de la sécurité pénitentiaire. - Une cellule de veille et d'analyse qui sera chargée d'assurer la gestion de crise et la remontée d'informations. Structure nouvelle qui sera immédiatement armée de 10 personnels (contractuels) supplémentaires en 2017. - Et le bureau central des équipes de sécurité pénitentiaire. II. Créer des équipes de sécurité pénitentiaire Aujourd'hui, co-existent au sein des établissements, différentes organisations : - Des ERIS : 460 personnels (389 surveillants, 54 gradés et 17 officiers) implantés dans les 9 directions interrégionales (Bordeaux, Dijon, Lille, Lyon, Marseille, Paris, Rennes, Strasbourg, Toulouse). Elles ont pour mission de participer au rétablissement et au maintien de l'ordre, à l'organisation de fouilles ou encore au transfert administratif des personnes détenues. - Des Equipes locales d'appui et de contrôle (ELAC) : le PLAT a permis de financer 140 postes de surveillants, pour 19 établissements. Elles sont composées de 7 agents recrutés localement et placés sous l'autorité du chef d'établissement. Elles ont pour mission de préparer et de participer à la réalisation de fouilles sectorielles, de réaliser les opérations de contrôle décidées par le chef d'établissement, de soutenir les surveillants en cas de mouvement des détenus ou encore de participer à la résolution d'incidents. Ø Les pôles de rattachement d'extractions judiciaires (PREJ) : il y en a 28. Ces services placés sous l'autorité fonctionnelle et hiérarchique du directeur interrégional des services pénitentiaires, sont chargés d'exécuter les extractions et translations requises par l'autorité judiciaire. En dépit de cette richesse, la violence augmente en détention. En 2015, 4 115 agressions contre les personnels. J'ai, à de multiples reprises, entendu les reproches des familles et les revendications des personnels. Et comme je l'ai écrit dans le rapport sur l'encellulement individuel, « le droit à la sécurité » est aussi valable en prison. Pour enrayer cette tendance, des équipes de sécurité pénitentiaire vont être créées : - Leur mission sera d'assurer la sécurité, sur les domaines pénitentiaires, ou lors des déplacements opérés dans le cadre des extractions médicales, administratives ou judiciaires. Dès le début de l'année 2017 et sans préjudice de ce qui pourra être décidé pour organiser cette question, les pôles de rattachement d'extractions judiciaires (PREJ) seront intégrés dans les Equipes de sécurité pénitentiaire (ESP) et participeront aux transfèrements et extractions médicales. De même, au sein des établissements, les ELAC seront intégrés dans les Equipes locales de sécurité pénitentiaire (ELSP). - Un plan pluriannuel de recrutements sera défini afin d'assurer leur déploiement progressif sur l'ensemble du territoire. - Une évolution législative sera engagée pour pouvoir les doter des possibilités ouvertes par la récente loi Savary pour les agents de sureté de la SNCF et de la RATP. - Pour toute mission extérieure, ils seront armés. III. Des moyens pour la sécurité des établissements Le projet de loi de finances pour 2017 prévoit 58,6 millions d'euros à cette fin. C'est plus que les années précédentes : 30M en 2013, 17M en 2015, 30M en 2016. Ainsi pourront être engagés : - Sécurisation passive et active du parc pénitentiaire : 32,4 M - Equipements de neutralisation des communications illicites : 14,7 M - Vidéoprotection des établissements : 5,3 M - Sécurisation périmétrique des établissements : 5,6 M - Développement des services numériques en détention : 0,6 M Je n'entends pas m'arrêter là et je ferai tout pour mobiliser des moyens supplémentaires IV. Structurer le renseignement pénitentiaire La détection de comportements à risque, la prévention de mouvements collectifs, l'anticipation de troubles imposent de disposer d'un outil de renseignement performant. Il faut, par exemple, être très attentif au risque d'atteinte d'un seuil critique des masses de détenus terroristes dans les établissements. La loi du 3 juin 2016 a forgé le cadre législatif. Les textes règlementaires seront publiés en février 2017 comme l'a souhaité le Premier Ministre. Depuis le 12 septembre, un directeur des services pénitentiaires poursuivra la rédaction d'une doctrine d'emploi. Son adjointe, une magistrate, prendra ses fonctions à partir de novembre. Les 51 recrutements sont prévus, portant ainsi l'effectif total du renseignement pénitentiaire à 237 Equivalents temps-plein (ETP). Ces nouveaux personnels devront permettre de structurer le bureau central. Mais ils seront aussi affectés dans les établissements, notamment ceux accueillant des personnes détenues radicales. A Fleury-Mérogis, il n'y a pour le moment que 4 délégués. En parallèle, seront également recrutés des officiers de liaison en provenance des services de renseignement. Ils auront pour mission de participer à la structuration du Bureau central et d'assurer la qualité des échanges réciproques avec les services de la communauté du renseignement. Echanges pour lesquels de nouveaux protocoles devront être négociés. De même l'Académie du renseignement ouvrira ses portes à nos agents pour les former. Enfin, je souhaite que la mise en œuvre des techniques de recueil du renseignement prévues dans le code de sécurité intérieure et le code de procédure pénale puisse être opérée à courte échéance en fonction des capacités du nouveau service. Aussi dans un premier temps, des outils technologiques (tels que les IMSI catcher) seront rapidement acquis et placés dans les établissements. J'entends que ces moyens soient consacrés à la lutte active contre les trafics (notamment de téléphones dont les saisies explosent d'année en année) mais aussi au suivi des personnes radicalisées. V. Tirer le bilan des unités dédiées et agir La création des unités dédiées a concentré sur elle une légitime attention politique et médiatique. Pour autant, ce climat n'a sans doute pas été le plus propice à la conduite d'une expérimentation dans des conditions sereines. Dès leur ouverture, des résultats étaient exigés ! Comme si 15 jours suffisaient à revenir sur un processus qui, quelle que soit la célérité de sa survenance, se nourrit de causes profondes enracinées dans le parcours de vie de la personne. En dépit de ce contexte, les personnels des UPRA ont accompli un travail que je tiens à saluer, avec une implication et une conscience professionnelle remarquables. L'agression à caractère terroriste survenue le 4 septembre dernier contre deux surveillants, si elle a suscité une légitime vague d'émotion et d'inquiétude, n'a pas ébranlé leur détermination. De ces neuf mois de fonctionnement, on peut tirer quelques enseignements : 1. La pertinence d'une approche pluridisciplinaire. Le travail collaboratif qui s'est noué au sein des UPRA entre les différents personnels de l'administration, mais également avec les intervenants extérieurs, est extrêmement fécond. Il doit servir de source d'inspiration. 2. La nécessité des évaluations préalables à l'orientation des détenus. Cela permet de calibrer la prise en charge. A contrario, les échecs viennent des structures marquées par l'absence d'évaluation. En effet, au regard des conditions d'ouverture et du délai incompressible nécessaire à la démarche des UPRA, une partie des premières personnes détenues placées dans ces unités n'a pu être évaluée. Par ailleurs, il ressort que la dynamique de groupe au sein des personnes détenues a pu, dans certains cas, invalider des avancées positives qu'une plus grande homogénéité des profils aurait sans doute préservées. 3. Le rôle déterminant de l'architecture des lieux. Notamment parce qu'elle conditionne la culture professionnelle des personnels, ce qui n'est pas sans influence sur la gestion de la détention. A ce titre, l'unité de Lille-Annoeullin, installée dans un ancien quartier maison centrale, présente des caractéristiques propices à une maîtrise aisée de la détention. 4. L'utilité de la formation des personnels. A l'exception dramatique de l'agression à caractère terroriste d'Osny, le niveau d'incidents est extrêmement faible dans les UPRA. Cela tient pour beaucoup à l'encadrement par les personnels et à leur implication. Ceux-ci, conjugués à l'encellulement individuel, démontrent une nouvelle fois que le comblement des taux de vacance et la lutte contre la surpopulation carcérale sont plus que jamais des objectifs prioritaires. 5. L'obligation d'associer les intervenants extérieurs. Dans les expérimentations, ce fut une lacune. Si leur apport décisif est reconnu, ils n'ont pour autant pas été suffisamment associés à la réflexion globale. Heureusement, cette carence a été en partie contrebalancée par une dynamique de groupe. 6. L'importance de la coordination entre les structures. Chaque unité avait un programme différent et une méthodologie propre, ce qui a nui à l'efficacité globale du dispositif. Des erreurs ont pu être répétées alors que des pistes prometteuses n'ont pas pu être exploitées. A contrario, la coordination s'impose donc pour mutualiser les observations et orienter les prises en charge. Que conclure de ces premiers constats étayés ? - En termes de gestion de la détention, le regroupement de détenus est bénéfique. La détention est plus apaisée et le prosélytisme est plus facilement entravé ; peu d'incidents et pourtant des profils durs sont incarcérés dans des UPRA. - Mais la prise en charge individuelle était impossible dans ces conditions. Il faut donc, partiellement, continuer cette expérimentation en s'appuyant sur l'expertise des personnels et sur leur expérience. VI. Une nouvelle organisation de la prise en charge de la radicalisation Le premier impératif est celui de la nécessité d'accroissement des capacités d'évaluation. Ce besoin est d'autant plus net que nous aurons à faire face à une massification de la radicalisation violente. De la qualité de l'évaluation dépendra : - L'orientation fine des personnes détenues, - Le choix de la prise en charge la plus adaptée. Etant entendu que l'intention est de concentrer les efforts sur ceux dont la radicalisation semble la moins aboutie. A cette fin, les UPRA seront remplacées par 6 quartiers d'évaluation de la radicalisation (QER). Ils accueilleront pour une durée de 4 mois une centaine de personnes détenues. - Quatre procèderont d'un repositionnement des actuelles UPRA de Fresnes, Fleury (2) et Osny. - Deux nouvelles ouvertures auront lieu dans la direction interrégionale de Bordeaux et de Marseille. En sus, un quartier d'évaluation verra aussi le jour au sein de la maison d'arrêt pour femmes de Fleury. Le second impératif est celui de la prise en charge la plus adaptée en tenant compte des profils évalués. Pour les plus dangereux, les plus déterminés ou les plus prosélytes seront incarcérés dans des conditions de détention qui répondront aux exigences élevées de sécurité. Près de 300 places seront ainsi dédiées à ces profils qui sont les plus sensibles : - Une centaine de places en maisons centrales ou quartiers maison centrale destinées à être transformées en places de maison d'arrêt. Elles seront principalement localisées au sein de 6 quartiers pour détenus violents (QDV). En ce qui concerne les personnes placées en détention provisoire, leur nouvelle affectation devra faire l'objet d'une concertation avec les magistrats en charge de leur dossier judiciaire. - 190 places d'isolement disponibles, à la fois dans des maisons d'arrêt et dans des établissements pour peine. Les règles de sécurité les plus strictes, à l'image de celles décrites dans la note du 3 octobre 2016, leur seront appliquées. Fouilles régulières, changements de cellule, limitation des effets personnels… Les détenus feront l'objet d'un suivi individualisé, d'une prise en charge spécifique, et d'une évaluation - au moins - biannuelle de la personne détenue afin d'apprécier son évolution potentielle. Enfin, pour les détenus au profil ne nécessitant pas l'encadrement maximum, un dispositif de prise en charge spécifique sera créé dans 27 établissements. Les conditions de sécurité seront supérieures à celles pratiquées classiquement. Un renfort de personnels sera apporté (surveillance, équipes pluridisciplinaires) ainsi que d'une formation particulière. Les autres détenus resteront incarcérés dans les conditions habituelles de la détention. De premières observations laissent accroire que sur ces profils, la fréquentation d'autres détenus, voire paradoxalement la surpopulation, peuvent aider à un désistement par une assimilation et un phénomène mimétique, voire par une pression sociale. Ils feront donc l'objet de prise en charge afin de tenter de : - Prévenir la récidive et d'éventuels passages à l'acte violents qui seraient fondés sur un motif extrémiste religieux ; - Désengager de la violence ; - Favoriser l'ouverture d'esprit, proposer une autre vision du monde, susciter l'interrogation sur ses jugements et favoriser l'esprit critique ; - Permettre de construire un projet de vie et un projet professionnel. Il faut donc associer les familles des personnes détenues, insister sur la réinsertion professionnelle… Enfin, concernant la prise en charge des femmes et des mineurs, au regard du moindre nombre de personnes concernées (même s'il faut anticiper des retours de Syrie), le principe de la dispersion en groupes de 5 à 10 personnes est retenu. Actuellement, 31 femmes et 18 mineurs sont incarcérés. VII. Une nouvelle organisation qui repose sur les équipes mobilisées Les personnels pénitentiaires d'insertion et de probation ont apporté un concours décisif aux dispositifs expérimentés depuis 2015. Par leur implication, leur expertise et leur travail de mise en œuvre, ils ont favorisé la constitution d'un dispositif cohérent. Dans cet esprit, et face à l'accroissement constant de personnes placées sous-main de justice signalées radicalisées, il est nécessaire de construire un réseau destiné à assurer un suivi méticuleux de tous les individus concernés. Aussi allons-nous désigner dans chaque service pénitentiaire d'insertion et de probation, au moins un référent « prévention de la radicalisation violente » qui sera désormais chargé d'assurer en priorité le suivi des individus correspondant à ce profil. Pour faciliter ce travail, ce référent bénéficiera autant que faire se peut d'une décharge allant jusqu'à 50% ou se verra épaulé par l'un de ses collègues dans la gestion des dossiers. En conséquence, pour ne pas pénaliser l'activité des services, 90 Conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation (CPIP) contractuels seront recrutés pour compenser ces décharges et faire face à l'accroissement continu de la charge de travail. Ces recrutements s'ajoutent aux 1100 déjà actés. Parallèlement, afin de poursuivre la lutte contre la radicalisation en s'appuyant sur l'approche pluridisciplinaire déjà bien maîtrisée par l'administration pénitentiaire, 40 nouveaux binômes de soutien seront recrutés. 50 binômes de soutien travaillent déjà dans les prisons. Ils sont composés d'un psychologue et d'un éducateur. Ils travaillent avec les personnels pénitentiaires d'insertion et de probation, ainsi qu'avec les personnels de surveillance. Leur plus-value est maintenant avérée dans l'approche concertée et partagée de l'ensemble des indicateurs de la radicalisation violente ou, au contraire, du désistement sincère. Les 40 nouveaux binômes de soutien seront déployés en détention, mais aussi en milieu ouvert. VIII. Agir hors et après la détention Préparer et accompagner les sorties de prison est un autre défi à relever. Il n'est pas envisageable qu'un détenu radicalisé ne se retrouve livré à lui-même ou que sa libération ne soit pas connue des services de renseignement et de sécurité pour le cas où il demeurerait dangereux. Dès lors, seul un travail partenarial saura apporter la réponse. A cette fin, je vais proposer la création d'une formation spécialisée de l'état-major de sécurité départemental afin de la consacrer aux seuls sujets pénitentiaires. Cette instance aurait vocation à : - Effectuer un suivi des personnes détenues, - Anticiper leur libération, - Consolider les informations sur elles. Cependant, chaque personne détenue radicalisée sera systématiquement évaluée avant sa libération, afin d'apprécier son évolution ou son éventuelle dangerosité. De plus, en complément et pour assurer une traduction pratique aux dispositions de la loi du 3 juin 2016 qui prévoit un suivi socio-judiciaire ou un sursis mise à l'épreuve, des instances de prise en charge en milieu ouvert des personnes radicalisées placées sous-main de justice seront créés. Ainsi à titre expérimental, un projet baptisé « RIVE » (recherche intervention contre la violence extrémiste) sera lancé en Île-de-France en décembre. Le suivi des personnes placées par exemple sous contrôle judiciaire ou sursis mise à l'épreuve sera assuré par des équipes pluridisciplinaires (éducateurs, psychologues, CPIP…) accompagnées d'universitaires. L'objectif est de travailler à la réinsertion de ces personnes et d'engager leur rupture avec la violence. Ce dispositif expérimental, unique au monde, a vocation à être étendu à l'ensemble du territoire métropolitain si les résultats sont probants. Grâce à lui, l'administration pénitentiaire traitera de l'entier spectre des personnes placées sous-main de justice. Garantir la sécurité des - et dans les - établissements est un vaste chantier. Le conduire appelle des mesures structurelles et le plan de construction lancé par le Premier ministre en constitue une. Mais l'urgence commande d'agir aussi et surtout dans les prisons existantes. Je rappelle que 72,6 % des établissements, dont beaucoup n'avaient pas été conçus pour cet usage, sont aujourd'hui centenaires. Cet impératif recouvre les obligations de prendre en charge les personnes détenues pour des faits de terrorisme ou radicalisées. Comme toute réforme au long court, tout ne pourra être concrétisé rapidement, mais beaucoup peut cependant l'être. L'administration pénitentiaire peut en effet s'enorgueillir d'avoir déjà agi. En effet, en dépit de la pression médiatique et politique, celle-ci a innové, tiré le bilan des actions conduites, y compris lorsqu'il révélait des erreurs ou des lacunes. Elle a également assumé l'extraordinaire ambition de cette tâche qui consiste à améliorer un être humain et le faire changer de la manière la plus respectueuse qui soit de ses droits fondamentaux. Nous devons donc poursuivre cette expérimentation et assurer la sécurité des personnels pénitentiaires. Les deux objectifs ne sont absolument pas inconciliables. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/423.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/423.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fcaf2da62610f6122abea4dfa3f5804b6306608d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/423.txt @@ -0,0 +1 @@ +Vous avez raison, depuis le début de l'année, l'administration pénitentiaire s'est engagée dans une démarche courageuse, et je veux remercier Isabelle Gorce, qui en était alors directrice, car il n'était pas facile d'innover face à un phénomène aussi nouveau et aussi massif. Nous avions donc créé des unités dédiées. Neuf mois après, il est temps de tirer les leçons de cette expérience, devant un phénomène qui a numériquement progressé depuis : nous avons, en ce moment, dans nos établissements, 351 détenus pour des incriminations terroristes et 1336 détenus, souvent de droit commun, qui se sont radicalisés. De cette expérience des unités dédiées, nous retenons deux choses. Il faut évaluer pour orienter. Nous créons, à la place des unités existantes, six structures d'évaluation dans lesquelles passeront, pendant quatre mois, tous les détenus dont nous suspectons la radicalisation. Au terme de cette période, ils seront orientés dans des établissements qui seront organisés en fonction de la dangerosité supposée des personnes en question. Pour la première strate - les individus les plus déterminés, les plus prosélytes, les plus violents -, nous construirons, notamment dans les maisons centrales, plus de 300 places, ce qui nous permettra d'avoir des certitudes. Ceux qui sont moins déterminés, moins prosélytes, moins violents, mais tout aussi radicalisés, feront l'objet de processus de prise en charge personnelle dans vingt-sept établissements. Enfin, ceux qui sont dans une situation d'observation, mais qui nécessitent une attention et une vigilance, resteront dans leurs établissements actuels. En contrepartie, nous créons des équipes de sécurité pénitentiaire et une sous-direction à la sécurité au sein de l'administration pénitentiaire. Ce ne sont encore que des expérimentations, mais j'en revendique la pertinence car face à un phénomène aussi nouveau, je ne crois pas que l'on puisse avoir des certitudes. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/424.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/424.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..cb5d41a0f2a87700a65c2e6892bfe1ceaccf3ee0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/424.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-JACQUES BOURDIN Jean-Jacques URVOAS, qui est garde des Sceaux et que vous connaissez, est avec nous ce matin. Bonjour. JEAN-JACQUES URVOAS Bonjour. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci d'être avec nous sur RMC et BFMTV. Est-ce que la justice est laxiste ? JEAN-JACQUES URVOAS Non, évidemment pas. JEAN-JACQUES BOURDIN Comment non ? JEAN-JACQUES URVOAS Je sais bien que c'est ce que l'on ressent. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est ce que l'on dit et ce que l'on entend au-delà du ressenti des policiers. C'est ce qu'ils disent. JEAN-JACQUES URVOAS Oui, c'est ce qu'ils disent. C'est d'ailleurs ce qu'ils m'ont dit puisque la semaine dernière, pendant deux heures et demie, j'ai reçu les syndicats de police par ailleurs avec lesquels j'avais déjà travaillé dans le passé, quand j'étais à la Commission des lois de l'Assemblée nationale. Si j'utilise le terme de « ressenti », ce n'est pas le hasard parce que je crois effectivement que beaucoup d'entre eux et une partie de l'opinion est convaincue que la justice est laxiste. Ma volonté, c'est de démontrer que ce n'est pas le cas. C'est ce que j'ai proposé et que je leur redirai ce soir, puisque je serai aux côtés du président de la République à l'Elysée. Moi, je suis partisan du fait que l'on regarde très concrètement. Parce qu'il y a les faits et puis il y a la manière dont on les appréhende. Un policier qui fait très bien son travail, et d'ailleurs il s'est engagé pour ça, sa vocation est d'interpeller le délinquant. Et lui, il considère que quand il a interpellé le délinquant, c'est fini, le travail est terminé. Il le remet à la justice et la justice après sanctionne. Sauf qu'à partir du moment où le policier remet le délinquant à la justice, un autre travail commence : celui du contradictoire. Celui où la défense intervient et il y a donc une autre période. Monsieur BOURDIN, si vous me permettez, moi je suis partisan que tout nouveau policier qui occupe une fonction opérationnelle dans un commissariat vienne passer trois jours dans une juridiction sans participer au délibéré. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous allez organiser cela ? Attendez, c'est très intéressant. Les policiers vont aller passer trois, quatre jours dans un tribunal ? JEAN-JACQUES URVOAS Non. Je vous propose de le faire, puisque je ne dirige pas les policiers. Je propose donc qu'un policier qui va occuper une fonction opérationnelle, c'est-à-dire qui va être sur le terrain, quand il rentre dans un commissariat de police dans un territoire où il intervient, puisse venir découvrir ce que c'est que le métier de juge sans participer au débat. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc partager le métier du juge pendant trois jours. JEAN-JACQUES URVOAS Mais pas que seulement. Je propose exactement aussi, comme cela a été proposé hier à Grenoble, que tout nouveau magistrat, qu'il travaille au siège c'est-à-dire qu'il s'occupe des fonctions de juge des enfants ou juge de la liberté ou au parquet puisse venir passer trois jours dans un commissariat de police. JEAN-JACQUES BOURDIN Là, ça dépend de vous. Vous allez organiser cela ? JEAN-JACQUES URVOAS Moi je propose cela. Je vais vous dire : avant de venir, monsieur BOURDIN, j'ai appelé le Premier président de la cour d'appel de Grenoble parce que c'est lui qui a eu l'idée. Il a réuni hier au commissariat de police de Grenoble, en présence du préfet, avec l'accord du préfet. Avec le directeur départemental de la sécurité, ils ont reçu les syndicats de police et des représentants de policiers qui avaient l'intention hier de venir manifester devant un palais de justice. Ils ont discuté de tout : de la légitime défense, de cette question de connaissances réciproques. La proposition leur a paru intéressante. Pourquoi ne le ferions-nous qu'à Grenoble ? Faisons-le ailleurs. JEAN-JACQUES BOURDIN Dites-moi, le président de la République et le Premier ministre vont vous suivre sur cette proposition ? JEAN-JACQUES URVOAS Je pense que ma fonction, c'est de faire des propositions. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous allez faire la proposition et vous verrez bien. Vous en avez parlé ? JEAN-JACQUES URVOAS Non. Parce que j'ai vu les policiers, j'ai découvert cette initiative ce matin, je la trouve intéressante. Je crois vraiment que la police et la justice ont le même objectif : protéger la société. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que les policiers, en se rassemblant hier devant les tribunaux, font pression sur les juges ? JEAN-JACQUES URVOAS Je ne sais pas, il faut leur demander. Je trouve que ce n'est pas une bonne idée. JEAN-JACQUES BOURDIN Atteinte à l'état de droit ? JEAN-JACQUES URVOAS Je trouve que c'est une manière d'engager une espèce de procès d'intention. Je trouve que ça contribue à faire une espèce justement de suspicion. Et moi, je suis quelqu'un qui souhaite que les deux forces regardent dans la même direction. Police et gendarmerie, justice de l'autre côté, ils ont nous avons tous le même intérêt. Il n'y a pas un magistrat qui ait choisi ce métier avec autre chose que l'envie de servir le bien public. Il n'y a pas un policier ou un gendarme qui soit devenu policier ou gendarme en ayant autre chose que de servir l'intérêt public. JEAN-JACQUES BOURDIN Je lis ce qu'ont déclaré plusieurs policiers qui affirment qu'ils sont nargués par des délinquants arrêtés la veille et libérés trop vite. Je lis : « J'interpelle un délinquant en flagrant délit. Le lendemain, je dois retourner au service pour une confrontation avec le délinquant qui nie les faits, cette fois avec son avocat. Je dois confirmer mon procès-verbal devant un officier de police judiciaire. Nos PV sont donc mis en cause, ils ne suffisent plus. Pourquoi les rédiger ? Si je suis en congé, si je n'assiste pas à la confrontation, le délinquant est relâché à la demande du parquet. Lors de la confrontation, les délinquants obtiennent le nom des fonctionnaires de police qui l'ont interpellé. L'autre jour, j'avais mon nom tagué sur un mur de la cité. » JEAN-JACQUES URVOAS Témoignage transpirant de sincérité et qui illustre ce que je vous disais. C'est-à-dire qu'un policier consciencieux considère que quand il a fini son travail, il doit y avoir immédiatement une sanction. Simplement il y a, au moment où il a fini son travail, un deuxième travail qui commence : celui du respect du droit de la défense, celui du contradictoire. Vous savez que juger je ne le suis pas, vous n'êtes pas juge ce n'est pas un métier facile. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, je sais. JEAN-JACQUES URVOAS Parce que c'est un métier dans lequel on est toujours entre une histoire concrète et un principe abstrait. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais que dites-vous au policier qui retrouve ce délinquant le lendemain ou deux jours après dans la rue face à lui ? JEAN-JACQUES URVOAS Je dis qu'il doit d'abord savoir pourquoi le juge a pris cette décision, parce que je pense qu'il y a ce besoin d'explication et de pédagogie. Là aussi, j'ai proposé aux syndicats de policiers jeudi dernier que nous organisions mieux l'information. Qu'entre le directeur départemental de la sécurité et le chef de juridiction, ils prennent les cas qui ont posé difficulté et qu'il y ait ce travail d'explication réciproque. Tout réside pour moi souvent dans une méconnaissance du travail de l'autre. JEAN-JACQUES BOURDIN La justice des mineurs, les mineurs délinquants récidivistes. Est-ce que vous allez changer les choses ou pas là encore ? Parce que là aussi, il y a beaucoup de choses qui sont dites. JEAN-JACQUES URVOAS On en parle beaucoup. La justice des mineurs, c'est moins de huit pour cent de la délinquance globale. Ce n'est pas quatre-vingts pour cent, c'est huit pour cent. JEAN-JACQUES BOURDIN Délinquance des mineurs, moins de huit pour cent. JEAN-JACQUES URVOAS 7,8 pour cent de la délinquance globale. C'est-à-dire que l'année dernière, il y a eu cinquante-cinq mille sept cents condamnations de mineurs. La spécificité de la justice des mineurs, c'est que c'est une justice à huis-clos, parce qu'on ne juge pas quelqu'un à quinze ans comme quelqu'un qui a trente ans. Dans la justice des mineurs, on ne sait donc pas ce qui se passe parce qu'on protège le mineur. JEAN-JACQUES BOURDIN Voilà. C'est ce que dit d'ailleurs l'ordonnance de 1945. JEAN-JACQUES URVOAS Et tant mieux, et tant mieux. JEAN-JACQUES BOURDIN Protéger en même temps que punir. JEAN-JACQUES URVOAS Absolument. La philosophie n'a pas changé et elle est pertinente. Pourquoi ? Parce que quand on regarde les décisions qui ont été prises, l'écrasante majorité de ces cinquante-cinq mille sept cents condamnations de l'année dernière ne récidiveront pas. Parce que justement la sanction a cette dimension pédagogique. Et puis, il y a des cas où il y a des récidivistes et là, il y a donc des structures. Ça s'appelle des centres éducatifs fermés, ça s'appelle même des prisons. Il y a des prisons, on les appelle les établissements pour mineurs, et des quartiers mineurs. JEAN-JACQUES BOURDIN La différence, c'est qu'aujourd'hui les mineurs se sont endurcis, notamment les mineurs qui ont seize, dix-sept ans et qui sont récidivistes. JEAN-JACQUES URVOAS Oui, mais Jean-Jacques BOURDIN, la sanction aussi. Il y a dix ans, il n'existait pas de centre éducatif fermé. Il y a dix ans, il n'existait pas d'établissement pour mineurs. Il y a aujourd'hui, dans les établissements pénitentiaires, mille cent cinquante et une places pour les mineurs. Vraiment, la sanction est au rendez-vous. JEAN-JACQUES BOURDIN Certains policiers, pas tous, demandent un assouplissement des règles de la légitime défense. JEAN-JACQUES URVOAS J'entends ça. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous entendez cela. JEAN-JACQUES URVOAS Oui, j'entends ça. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous y êtes favorable ou pas ? JEAN-JACQUES URVOAS Non. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que la loi suffit aujourd'hui ? JEAN-JACQUES URVOAS Oui, et je vais vous dire pourquoi. D'abord parce que cette proposition est venue l'année dernière sur la base d'une idée d'un député UMP, Éric CIOTTI. Le ministre de l'Intérieur avait à l'époque dit : « Ce n'est pas inintéressant, il faut qu'on discute de ça. Par principe, je ne suis pas hostile. Regardons. » Il y a un travail très long qui a été conduit autour de Bernard CAZENEUVE, auquel il avait associé les parlementaires. Vous me permettrez de dire, parce que c'est une vérité même si c'est une petite vilénie, que le député qui avait suggéré cette évolution n'a pas participé aux travaux. Mais peu importe, le travail a été conduit. Ç'a abouti à une évolution de la loi dans la loi du 3 juin 2016. La légitime défense, elle se caractérise par quoi ? Par la notion d'immédiateté. Dans la loi de juin 2016, nous avons détendu le principe d'immédiateté. Aujourd'hui, la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme et la loi permet à un policier de se défendre. La légitime défense, c'est pour lui mais c'est aussi pour quelqu'un d'autre qui est menacé. JEAN-JACQUES BOURDIN Jean-Jacques URVOAS, ce matin je recevais sur RMC Farad KHOSROKHAVAR que vous connaissez et qui est un sociologue qui a fait un livre sur les prisons. JEAN-JACQUES URVOAS C'est même l'un des spécialistes. Il a écrit le livre « Prisons de France », remarquable. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. « Prisons de France » qui est un livre remarquable. Mais dans ce livre, alors qu'il n'y a pas de statistiques officielles parce que la loi l'interdit, il avance le taux de quarante à soixante pour cent de détenus de confession musulmane en prison. Vous reprenez ces chiffres ou pas ? JEAN-JACQUES URVOAS Non. Parce que je n'ai évidemment pas les outils et, surtout, quelle serai la finalité ? Quel est l'intérêt de savoir s'il y a des musulmans, des bouddhistes, des juifs, des témoins de Jéhovah ? En quoi, dans la fonction qui est celle de l'administration pénitentiaire, ce paramètre est-il utile à garantir à la société que, pendant que le temps de la détention est avéré, le détenu est incarcéré ? À quoi ça me sert ? A rien. JEAN-JACQUES BOURDIN A rien. Vous n'êtes donc pas pour un changement de la loi pour savoir ? JEAN-JACQUES URVOAS Sur un plan général dans la société, est-ce qu'il doit y avoir des statistiques ? Si j'étais ethnologue ou sociologue, peut-être aurais-je un avis. Mais comme ministre de la Justice confronté à la gestion de l'administration pénitentiaire, ce paramètre-là ne m'est pas utile. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais ça veut dire beaucoup de choses, ça veut dire beaucoup de choses. Ça ne veut pas dire que tous les musulmans sont des terroristes en puissance ou des délinquants en puissance, mais ça veut dire peut-être que dans certains quartiers où la population musulmane est importante, d'origine maghrébine par exemple est importante, il y a des problèmes sociaux ou autres qui parfois conduisent à la prison. C'est peut-être ce que ça veut dire. C'est un travail intéressant. JEAN-JACQUES URVOAS Dans la détention, ça ne sert à rien. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous pensez que ce ne serait pas intéressant d'avoir ces chiffres ? JEAN-JACQUES URVOAS Non. Dans la détention ce qui est utile, c'est que quelqu'un qui fait le ramadan puisse avoir… Ça, effectivement, il y a aujourd'hui une capacité de s'inscrire pour cela. De la manière que quand vous avez un catholique qui veut faire la prière de la messe… JEAN-JACQUES BOURDIN Il y a combien de détenus qui font le ramadan ? JEAN-JACQUES URVOAS Je crois que les chiffres, c'est autour de vingt-sept mille sur les cinquante-huit mille places, soixante-huit mille détenus. Je crois que c'est ça. Je ne vous le garantis pas mais c'est de cet ordre-là. JEAN-JACQUES BOURDIN On va parler des prisons justement, parce qu'hier vous avez présenté vos mesures pour essayer de lutter contre la radicalisation qui est un vrai problème. Un vrai problème. Aujourd'hui, combien y-a-t-il de détenus radicalisés, des radicalisés que l'on pourra qualifier d'extrêmes ? Combien sont-ils en France dans les prisons ? JEAN-JACQUES URVOAS Je vais vous dire le chiffre d'aujourd'hui puisque ce n'est pas le chiffre d'hier. Évidemment, ça change tous les jours puisqu'il y a les incarcérations. Il y a en ce moment trois cent cinquante et un détenus qui ont une incrimination d'association de malfaiteurs à but terroriste. JEAN-JACQUES BOURDIN Ceux-là, ce sont les plus radicaux. JEAN-JACQUES URVOAS Ceux-là, ce sont les plus déterminés. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous allez les regrouper dans des quartiers. On est bien d'accord. JEAN-JACQUES URVOAS Je vais faire beaucoup de choses. JEAN-JACQUES BOURDIN Allez-y, expliquez-nous. Parce que vous avez changé de politique. JEAN-JACQUES URVOAS Oui. Nous avons changé de politique parce que nous avons tiré les leçons. JEAN-JACQUES BOURDIN Parce que l'autre ne marchait pas. JEAN-JACQUES URVOAS Non. Parce que nous avons tiré les leçons. Parce que quand vous lancez une expérience, vous avez très justement dit que c'était quelque chose de nouveau. Quand on est confronté à ce défi, c'est-à-dire à l'intérieur des établissements pénitentiaires à un mouvement de radicalisation et donc de détermination, comment vous gérez ça ? Quand ils sont cinquante, c'est facile mais quand ils sont trois cents c'est compliqué. Vous m'avez demandé les terroristes mais je dois vous dire, pour être tout à fait précis, qu'il y a aussi des détenus de droit commun qui ont été incarcérés pour d'autres sujets et qui se sont radicalisés en prison. Et cela, aujourd'hui nous les avons identifiés. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc trois cent cinquante et un dangereux. JEAN-JACQUES URVOAS Association de malfaiteurs à but terroriste dont le juge a estimé qu'il y avait une potentialité de dangerosité. Détenus radicalisés à l'extérieur ou en détention : mille trois cent trente-six. JEAN-JACQUES BOURDIN Mille trois cent trente-six. Et ça augmente. JEAN-JACQUES URVOAS Et ça augmente. Par esprit de comparaison, les associations de malfaiteurs à but terroriste en 2014, il y en avait quatre-vingt-dix. Les radicalisés, l'année dernière à la même date, nous en avions sept cents. Nous en avons aujourd'hui mille trois cents parce qu'il y a les incarcérations supplémentaires. Moi, je suis confronté à ce défi. Il y a un an, neuf mois plus exactement, la décision avait été prise de créer des unités de regroupement dans cinq établissements – à Fresnes, à Fleury, à Rosny, à Lille. Nous avons laissé faire cette expérimentation et je l'ai soutenue parce que je la croyais à la fois courageuse et intelligente. Comment faire ? Parce qu'en réalité, on se demande toujours si on a le choix entre deux mauvaises solutions. Ou on regroupe et on craint l'effet de concentration ; ou on disperse et on craint l'effet de contagion d'une difficulté. Pendant neuf mois, on a regardé ce qu'on a fait et maintenant je prends des décisions qui vont pour la totalité de la… JEAN-JACQUES BOURDIN Alors regardons. Les plus radicalisés… JEAN-JACQUES URVOAS Première chose essentielle, évaluer. Evaluer. Parce que justement vous me dites : « Celui-ci est dangereux » mais moi je ne le sais pas. Donc nous créons six structures d'évaluation de la violence. JEAN-JACQUES BOURDIN De la violence, oui. JEAN-JACQUES URVOAS Parce que moi, je ne sais pas ce que c'est que déradicaliser. Je sais comment on peut essayer de sortir quelqu'un de la violence. JEAN-JACQUES BOURDIN Six structures. JEAN-JACQUES URVOAS Six structures, cent places, quatre mois. Chaque détenu suspecté de la radicalisation passera quatre mois dans ces centres pendant lesquels nous évaluerons. Parce que quatre mois, c'est ce qui nous paraît le bon temps avec des sociologues. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est la radicalisation la moins construite en quelque sorte. JEAN-JACQUES URVOAS C'est ce qui nous permet de soupçonner et surtout de détecter s'il n'y a pas une dissimulation. Vous pouvez avoir un garçon qui est parfaitement charmant et qui, en fait, est endurci. Quatre mois. Une fois qu'on a cette évaluation, orientation. Pour les détenus les plus difficiles, les plus durs, les plus prosélytes, les plus violents, nous allons créer trois cents places dans lesquelles ils seront incarcérés dans un régime de sécurité renforcée. JEAN-JACQUES BOURDIN Des quartiers très sécurisés. JEAN-JACQUES URVOAS Dans un quartier que nous appelons des quartiers de la radicalisation violente. JEAN-JACQUES BOURDIN Dans quelles prisons ? JEAN-JACQUES URVOAS Dans les maisons centrales. JEAN-JACQUES BOURDIN Dans les maisons centrales. Partout dans les maisons centrales ? JEAN-JACQUES URVOAS Non. Dans quelques maisons centrales, cinq ou six. Nous allons voir parce que la question de l'architecture est essentielle. Il nous faut des lieux bien identifiés avec une culture professionnelle et je rends hommage aux personnels qui travaillent dans ces établissements. Ils ont une culture professionnelle, celle de la sécurité, avec le respect de la dignité. JEAN-JACQUES BOURDIN Ils seront isolés du reste des détenus ? JEAN-JACQUES URVOAS Ils seront seuls dans leur cellule. JEAN-JACQUES BOURDIN Seuls dans leur cellule. JEAN-JACQUES URVOAS Pas isolés totalement. C'est-à-dire que nous avons exactement expérimenté cela dans le centre de Lille-Annoeullin où il y a des détenus radicalisés, difficiles, dans une unité dédiée. Quand ils sont en promenade, ils ne sont pas plus de trois. Mais je ne veux pas qu'ils soient seuls non plus, parce qu'à un moment donné, l'ensauvagement peut venir du traitement que l'on donne. Quand vous avez quelqu'un déjà de difficile, s'il est totalement déterminé, il ira à l'affrontement. Ce n'est pas le but. Jean-Marie DELARUE, qui était le contrôleur des prisons, disait « si vous traitez les hommes comme des animaux, ils finiront comme des bêtes sauvages ». Donc les plus durs dans 300 établissements. Les moins durs, nous créons donc 27 établissements autour de 400 à 500 places dans lesquels nous mettrons un régime de sécurité qui sera supérieur à ce qu'est la détention aujourd'hui. Et nous avons listé. Et puis pour ceux qui ne sont pas encore totalement enkystés dans une radicalisation et dont nous pensons que nous pensons que nous pouvons les sortir du processus, ils resteront dans les établissements de la détention … JEAN-JACQUES BOURDIN Les constructions de places de prison, rappelez nous les chiffres parce que ça prend dix ans. JEAN-JACQUES URVOAS Nous les amorçons. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous les amorcez en 2016. JEAN-JACQUES URVOAS On amorce en 2016 les recherches foncières. En ce moment… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous auriez pu amorcer ça en 2012 cela dit. JEAN-JACQUES URVOAS Pour le moment on fait… JEAN-JACQUES BOURDIN Ca n'a pas été fait jusqu'à maintenant. JEAN-JACQUES URVOAS Nous avons financé 8000 places JEAN-JACQUES BOURDIN Des places qui avaient déjà été prévues sous le quinquennat précédent. JEAN-JACQUES URVOAS Bien sûr. Et d'avant. JEAN-JACQUES BOURDIN Et le quinquennat précédent nous dit « moi j'ai construit des places de prison, non, non, des places de prison qui avaient été préparées sous le quinquennat ou le septennat précédent. JEAN-JACQUES URVOAS Tout ça est vrai. Et l'année prochaine, en 2017, je vais inaugurer une prison qui a été décidée par Dominique PERBEN en 2002. JEAN-JACQUES BOURDIN 2017 Quinze ans. JEAN-JACQUES URVOAS Mon sujet c'est de faire en sorte qu'avant l'élection présidentielle, droite et gauche, Assemblée nationale et Sénat, disent « ce sujet-là ce n'est pas un sujet de dispute ». JEAN-JACQUES BOURDIN On est bien d'accord. JEAN-JACQUES URVOAS En ce moment les préfets ont des consignes pour avant le 16 décembre nous trouver dans un certain nombre de départements bien identifiés 15 hectares pour construire des prions. JEAN-JACQUES BOURDIN Combien de prisons ? JEAN-JACQUES URVOAS 33. 32 maisons d'arrêt, un centre de détention. Et je le dis à votre micro, si les terrains sont gratuits, c'est-à-dire si les collectivités nous les donnent, nous irons évidemment beaucoup plus vite que si nous devons avoir des procédures contentieuses d'achat des terrains. JEAN-JACQUES BOURDIN J'ai une dernière question politique. Est-ce que Manuel VALLS, vous êtes proche de Manuel VALLS, est le meilleur candidat de la gauche pour 2017 ? JEAN-JACQUES URVOAS Ecoutez je vais vous dire. JEAN-JACQUES BOURDIN Allez-y, allez-y. JEAN-JACQUES URVOAS Quand vous m'avez invité à votre micro je suis venu et je me suis dit « à un moment je vais avoir cette question-là ». JEAN-JACQUES BOURDIN A la fin. JEAN-JACQUES URVOAS Oui. Mais ce n'est pas la question à laquelle j'ai envie de répondre. Vous n'allez pas être content. Parce que honnêtement vu ce que …. JEAN-JACQUES BOURDIN Ce n'est pas important, oui mais ça approche la présidentielle. JEAN-JACQUES URVOAS Si c'est important. Mais vu ce qui est mon quotidien… Je me lève tous les matins en me disant « depuis que je suis Garde des Sceaux, j'ai actionné six fois la cellule de crise de la Direction de l'administration pénitentiaire, six fois ». J'ai eu à faire face à une agression terroriste à Osny. Je pense à ce surveillant. Je me lève tous les matins en me disant qu'aujourd'hui je vais avoir un autre problème. Je me couche tous les soirs en me disant cette nuit on va me réveiller. Mon travail c'est de protéger, protéger la détention, les autres prisonniers, parce que le droit à la sécurité c'est aussi en prison. Et donc l'importance de l'élection présidentielle je ne la nie pas, mais chaque chose en son temps. JEAN-JACQUES BOURDIN J'ai une autre question corolaire, est-ce que vous avez demandé des explications au président de la République après ses propos tenus sur les magistrats, franchement ? Est-ce que vous êtes allé le voir pour lui dire …. JEAN-JACQUES URVOAS Ce n'est pas le rôle du Garde des Sceaux qui appartient à un gouvernement qui a été nommé par le président… JEAN-JACQUES BOURDIN Les magistrats vous les défendez, vous défendez l'institution de la justice. JEAN-JACQUES URVOAS Constitutionnellement c'est le président de la République qui le fait, c'est l'article 64 de la Constitution… JEAN-JACQUES BOURDIN Ca vous a choqué ? JEAN-JACQUES URVOAS Je trouve que c'était dommage parce que personne ne peut dire que le bilan de François HOLLANDE n'est pas un moment de renforcement de l'indépendance. Et les magistrats le reconnaissent. Et donc cette espèce de brouillage par ce livre était quelque chose qui était …. JEAN-JACQUES BOURDIN Les confidences, ce n'est pas le livre ! Les confidences du président de la République ! JEAN-JACQUES URVOAS C'était regrettable. Et quand j'ai reçu les représentants des magistrats, je leur ai remis la lettre du président de la République. Nous avons eu une discussion. Moi je souhaite maintenant que nous puissions garder ce travail avec eux pour renforcer l'indépendance de la justice parce que la justice ça sert tout le monde. JEAN-JACQUES BOURDIN 8h56, merci Jean-Jacques URVOAS, Garde des Sceaux, notre invité ce matin RMC et BFMTV. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/425.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/425.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..525d1cb77f7e378a7e8afac59cb96b27e6f776e4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/425.txt @@ -0,0 +1 @@ +Messieurs les présidents, Mesdames, Messieurs les rapporteurs, Mesdames et Messieurs les députés, Je suis heureux de me trouver devant vous ce matin, pour vous présenter le projet de loi de finances (PLF) 2017 de la Justice. C'est un budget qui s'inscrit dans la même priorité donnée à la Justice, depuis 2012. Je tiens à saluer cette assemblée et la majorité, qui ont fait ce choix et qui ont voté ces crédits, année après année. Depuis 2012, le ministère de la Justice est un ministère qui agit, qui recrute : 6943 emplois ! Un ministère qui construit, qui restaure, qui renforce, qui modernise, et ce, avant même que ne s'alourdisse le contexte de la menace terroriste. Depuis 2012, le budget de la Justice aura augmenté de 14.7%. Le budget est passé de 6 013 Milliards d'euros à 6 892 M hors charges de pension (CAS). Entre 2007 et 2012, la hausse fut de 12,7 %, le budget passant de 5 335 Milliards d'euros à 6 013 M hors CAS. La version 2017 représente la plus forte hausse budgétaire du quinquennat. En chiffres absolus, par rapport au PLF 2016, c'est une augmentation de 520 millions d'euros. Cela sert d'abord une certaine conception de la Justice : Accessible aux plus vulnérables et mettant fin aux discriminations. C'est ce qu'avait rappelé Elisabeth Pochon, dans son avis du PLF 2016. Je reprends ses mots : il faut « une politique de solidarité qui permette l'accès des plus démunis au service public de la justice ». Une Justice, dont l'accès est égal partout sur notre territoire. Un principe essentiel du service public de la Justice, qu'avait rappelé Anne-Yvonne Le Dain, dans son avis du PLF 2016. Une Justice indépendante. Une Justice du quotidien améliorée. Une Justice adaptée aux nouveaux enjeux, entre autres la lutte contre le terrorisme et la radicalisation violente ou la révolution numérique. Une Justice revalorisant les professionnels et respectant leur travail, Une Justice garantissant l'Etat de droit. Une Justice, à la hauteur de notre démocratie. J'avais d'ailleurs mis un accent particulier sur la question du budget, dès mon arrivée place Vendôme. Sachant que j'avais peu de temps devant moi, j'en ai fait ma priorité première, puisqu'il constitue la condition de possibilité de toutes les autres. I. Bilan depuis 2012 : des moyens sans précédent pour renforcer la Justice fragilisée Les difficultés des juridictions sont connues : - Quasiment plus d'entretien des immeubles, - rupture du stock des matériels nécessaires au travail juridictionnel, - Vacances de postes de magistrats, greffiers, fonctionnaires, etc. - Cumul des impayés, qui produit un mécontentement légitime des experts et des collaborateurs du service public de la justice, Il a donc fallu patiemment tenter redresser la barre. C'était une nécessité à la fois pour ceux qui œuvrent à la Justice comme pour les justiciables qui sont en droit d'être accueillis dans des conditions dignes. Nous partageons tous cette conviction : la Justice est un marqueur de civilisation. 1) Les postes créés Grâce aux postes que nous avons créés, nos écoles de formations, - l'Ecole nationale de la magistrature (ENM), l'Ecole nationale de l'administration pénitentiaire (ENAP), l'Ecole nationale de protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ) et l'Ecole nationale des greffes (ENG) -, seront au maximum de leur capacité, en 2017. Dans les services judiciaires : 1 714 postes auront été créés. En 2016, il y aura eu 366 auditeurs à l'ENM : soit la promotion la plus importante dans l'histoire de la Ve République ! En 2012, l'Ecole ne comptait qu'à peine 140 auditeurs (promotion qui relevait de l'ancienne majorité). C'était un choix politique volontariste. Il aura fallu attendre la fin de l'année 2015 pour que le nombre de magistrats, - entre ceux qui intègrent la magistrature, et ceux qui partent à la retraite -, atteigne un solde positif de 94 magistrats de plus pour 2016. Il est facile de dégrader une situation, elle est toujours plus longue à redresser. Jean-Yves Le Bouillonnec avait d'ailleurs consacré son rapport à ce sujet dans le cadre du PLF 2015. Il avait notamment écrit que « la priorité accordée à ce budget se justifie pleinement au regard de l'ampleur du retard à combler et la situation souvent difficile dans laquelle sont plongées les juridictions ». Avec le PLF 2017, 600 emplois sont créés dans les juridictions : 238 emplois de magistrats. Il y a aujourd'hui une vacance de 450 postes. Sur le quinquennat nous aurons créé 828 postes (contre 330, lors de la précédente législature) permettant le recrutement de 2086 postes de magistrats (contre 834). 362 emplois de greffiers et d'administratifs. Entre 2007 et 2012, 3 880 fonctionnaires ont été recrutés dans les services judiciaires. Entre 2012 et 2017, 6 800 fonctionnaires auront été recrutés, soit 2 920 postes supplémentaires. Ces derniers bénéficieront de la revalorisation de leur profession. Nous avons d'ailleurs aussi valorisé les missions du greffier. En effet, la réforme de leur statut, intervenue le 1er novembre 2015, reconnaît leur spécificité, et ils sont au cœur du projet de loi de modernisation de la justice du 21ème siècle (J21). Nous avons œuvré pour rendre leur carrière plus attractive et accompagner l'évolution de leurs missions et de leur positionnement. Par exemple, leur expertise est étendue dans les domaines : - de l'assistance renforcée du magistrat, - de l'encadrement technique et de proximité, - ainsi que de l'accueil des justiciables avec le déploiement des services d'accueil unique du justiciable. Ils participeront désormais à l'encadrement des juridictions, notamment par le positionnement de postes en statut d'emploi. Tout cela participe de l'attractivité des métiers ! 2) L'augmentation du fonctionnement courant Depuis 2012, les crédits consacrés au fonctionnement courant des juridictions a augmenté de 32%. Nous sommes passés de 268 millions d'euros dans la loi de finances initiale (LFI) 2012 à 355 millions d'euros. Le PLF 2017 permettra aux juridictions de bénéficier d'un vrai ressaut budgétaire. 3) Un ministère constructeur Par ailleurs, ne l'oublions pas, le ministère de la Justice est le 1er constructeur de l'Etat. La superficie de nos implantations immobilières représente 6 millions de m². Depuis 2012, plus de 710 millions d'euros ont été votés pour la programmation immobilière judiciaire autorisant la confirmation et la poursuite de nombreux projets immobiliers judiciaires. De Périgueux à Fort-de-France ; de Caen à Béziers, des Palais de Justice ont été bâtis. Ce PLF augmente encore le budget de l'immobilier de 31%. Cela permettra de financer : D'autres grandes opérations en cours : à Strasbourg, Cayenne, Pointe-à-Pitre ou encore Lisieu. Des opérations qui seront lancées en 2017 : à Lille, à Basse-Terre ou encore à Mont-de-Marsan. En dehors de ces opérations, les années 2012 à 2017 ont vu ou verront chaque année la livraison de plus d'une centaine d'opérations judiciaires (opérations de remise aux normes, mise en sécurité et accessibilité, etc…). II. Être bon gestionnaire Tout en augmentant, année après année, le budget de la Justice, nous avons dans le même temps amélioré notre gestion des moyens budgétaires. Car le fait de demander des moyens nouveaux, et de les obtenir, ne m'exonère pas de rechercher des pistes d'amélioration de la dépense publique ! Ce qui explique la mission conjointe lancée avec le ministère du Budget, sur l'optimisation de nos dépenses. 1) Concernant les frais de justice, deux observations : Je m'étais engagé à réduire les délais de paiement en gestion 2016. Nous sommes sur la bonne voie. Il faudra cependant attendre le collectif budgétaire de fin d'année, pour faire un point sur l'importance de cette réduction, mais le passage de 4 à 1 mois de délai de paiement est à notre portée, grâce au récent décret d'avance. Pour 2017, les crédits prévus sont toutefois en baisse. Je veux insister sur le fait qu'il ne s'agit pas d'une réduction des moyens, mais de la prise en compte de mesures d'économies attendues. La principale est le déploiement progressif de la plateforme nationale d'interception judiciaire (PNIJ). 2) Repenser les missions Avec le projet de loi de modernisation de la justice du 21ème siècle (J21), nous avons mené une réflexion sur les missions des professionnels, en particulier celles des juges, qui croulent sous les dossiers. Recruter était une réponse ; recentrer les juges sur leurs missions essentielles en est une autre, complémentaire. Je suis convaincu que J21 a ouvert des voies et qu'il faudra continuer à poursuivre demain. Par exemple, avec des alternatives aux contentieux. Nous ne pourrons pas uniquement répondre à l'embolie de la justice par un accroissement de moyens. Ce n'est pas parce que les difficultés sont de nature matérielle qu'elles seront réglées uniquement par des solutions de cet ordre. En vérité, il n'y a pas de symétrie entre la question et la réponse. On ne résoudra pas les questions d'intendance par des solutions d'intendance, ou, à tout le moins, pas seulement. Si l'on se limite à des solutions matérielles, si l'on s'y enferme, si l'on pense que l'arrachement d'une augmentation de budget dispensera d'une réforme, alors la course est perdue d'avance. Les réformes de structures s'imposeront pour renforcer la qualification de la justice comme un service public. C'est la raison pour laquelle j'ai aussi souhaité m'attaquer au cœur de la machine, en entamant une réforme du Secrétariat Général du ministère de la Justice. 3) La réforme du Secrétariat Général Le Ministère est sous-administré, c'est-à-dire qu'il y a parfois : - un manque de cohérence, - un manque d'optimisation, - un manque de partage d'informations. Et parallèlement, il y a… Beaucoup de silos ! Par exemple, le suivi d'une personne par la Justice concerne toutes les directions. Cela constitue le cœur de nos missions. Ce suivi impose une transversalité absolue. Le SG doit être une instance de mise en cohérence des actions des directions. Cette vision transversale est d'autant plus nécessaire qu'elle permettra de mettre en œuvre une politique d'optimisation des ressources. Par exemple, en supprimant les doublons. Alors que 48 emplois avaient été supprimés durant la précédente mandature, 182 postes auront été créés par votre majorité, dont 80 par le PLF 2017. Ces postes auront permis de renforcer les fonctions support et très essentiellement celle de l'informatique : une fonction nécessaire pour prendre le tournant du numérique, pour accompagner la modernisation du ministère et pour faire des économies. Notons également que le regroupement des services centraux du ministère sur un site unique a permis 6 millions d'euros d'économies de loyers, ainsi que des gains de mutualisation. III. Depuis 2012, une Justice plus accessible et au service des plus vulnérables L'accès au droit apparaît comme une nécessité dans une société de plus en plus complexe. Je sais que c'est un sujet qui vous tient à cœur. 1) Accès à la Justice facilité L'augmentation du budget va aussi permettre de faciliter l'accès à la Justice et au droit. En effet, les moyens financiers seront aussi affectés à la concrétisation de deux mesures importantes prévues par J21 : Le développement des services d'accueil unique du justiciable (SAUJ). Anne-Yvonne Le Dain avait dédié son rapport à ce sujet, pour le PLF 2016, rappelant qu'ils constituaient « une avancée remarquable, qui simplifiera l'accès des Français à la justice ». L'intégration des tribunaux des affaires de sécurité sociale (TASS) et des tribunaux du contentieux de l'incapacité (TCI). Parallèlement, nous pourrons à nouveau améliorer l'aide juridictionnelle, parce qu'elle est le vecteur d'une politique de solidarité. Jean-Yves Le Bouillonnec avait écrit un rapport dont les propositions avaient inspiré certaines mesures adoptées dans le cadre de la loi de finances pour 2015. Un an après, pour le PLF 2016, c'est Elisabeth Pochon, qui avait dédié son rapport à l'aide juridictionnelle. Je souhaiterais rappeler les efforts budgétaires importants réalisés par le Gouvernement depuis le début du quinquennat : - La LFI de 2012 prévoyait 396 millions d'euros pour l'aide juridictionnelle. - Pour le PLF 2017, l'aide juridictionnelle s'élève à 454 millions d'euros, soit une progression de ses crédits de 15%. (371 M de subventions +83 M de ressources extra-budgétaire) Les engagements passés fin 2015 seront ainsi financés. Et nous vous proposons d'aller plus loin encore en établissant une unité de valeur unique revalorisée, servant de base au calcul de la rétribution des avocats. Aujourd'hui, ce montant est : soit de 26,50, 27,50 ou 28,50. Le PLF contient un article de loi qui porte à 30 euros ce montant unique, et après une nouvelle concertation avec les avocats, j'ai déposé un amendement portant cette valeur à 32. Soit, au final, sous ce quinquennat un gain de près de 10 par rapport (+42%) à l'unité de valeur de base, quand aucune revalorisation n'avait été faite entre 2007 et 2012. S'agissant des justiciables, le plafond de ressources pour bénéficier de l'aide juridictionnelle est passé de 929 en 2012 (montant inférieur au seuil de pauvreté) à plus de 1000 en 2017. Cela aura permis d'inclure dans le champ de l'aide 100 000 justiciables supplémentaires. Ce budget est aussi dédié à l'aide aux victimes, dont les dépenses ont crû régulièrement ces dernières années. Nous étions à 10 millions d'euros dans la LFI 2012 : nous passons à 25 millions d'euros dans le PLF 2017, soit une augmentation de 174%. De 2007 à 2012, 50 bureaux d'aide aux victimes ont été créés dans les tribunaux de grande instance. Mais comme nous considérions leur action comme déterminante pour accompagner le justiciable du dépôt de la plainte jusqu'à la décision, nous avons créé, depuis 2012, 116 nouveaux bureaux d'aide aux victimes. Il y en a désormais 166, soit une généralisation du dispositif à tous les tribunaux de grande instance (TGI). 2) Des moyens d'agir pour la Protection Judiciaire de la jeunesse (PJJ) Comme Colette Capdevielle l'écrivait dans son avis du PLF 2016, « la protection judiciaire de la jeunesse est un service public qui revient de très loin ». En effet, entre 2007 et 2012, ses crédits avaient baissé de 4% et la PJJ avait perdu, en ce qui concerne son plafond d'autorisations d'emplois, pas moins de 632 emplois d'éducateurs, ce qui représentait une diminution de 7% du plafond. On avait pu craindre, à l'époque, une remise en cause de la pérennité même de cette institution. Or, le défi de la protection et de l'éducation des mineurs délinquants n'a jamais été aussi urgent. Plus la prise en charge intervient tôt, plus nous avons de chances de remettre ces jeunes sur des parcours d'insertion, de respect de la loi et des autres, et de respect d'eux-mêmes. Hélas, sous la précédente mandature, 291 emplois avaient été supprimés… Depuis 2012, nous aurons créé 802 postes, dont 509 postes d'éducateurs. Cette priorité accordée au recrutement des éducateurs a permis une prise en charge rapide des mineurs. Le PLF 2017 donne à la PJJ les moyens d'agir, en particulier : - Par l'augmentation de 4% du budget (les crédits hors CAS Pension passent de 663 millions d'euros à 690 millions d'euros). - Par la création de 165 emplois (30 psychologues et 115 éducateurs dans les zones non servies par le plan de lutte contre le terrorisme de 2016 + 20 emplois pour poursuivre le renforcement du milieu ouvert). IV. Depuis 2012, une Justice adaptée aux nouveaux enjeux 1) Renforcement exceptionnel des moyens contre le terrorisme et la radicalisation Complémentairement au renforcement de notre arsenal législatif, nous avons dégagé des moyens pour la lutte contre le terrorisme et la radicalisation. Pour faire face à ce que le Président du TGI de Paris, Jean-Michel Hayat appelle « la déferlante terroriste », la Justice s'organise et je tiens à saluer le travail remarquable et l'investissement constant des magistrats et des enquêteurs spécialisés. Nous avons assuré depuis 2 ans les renforts en effectifs, afin de leur donner tous les moyens d'exercer leurs missions. Ainsi, par exemple, au parquet, la section anti-terroriste du parquet de Paris a été renforcée récemment, passant de 7 à 13 magistrats au 1er septembre 2016. Le pôle instruction antiterroriste du TGI de Paris a été renforcé de 8 à 10 magistrats, dont un premier vice-président coordonnateur du pôle au cours de l'année 2015 Egalement, au siège, un 10ème cabinet d'instruction dédié à l'anti-terrorisme va prochainement être créé. 2) Adapter la prison S'agissant de nos actions pour lutter contre la radicalisation des personnes détenues ou placées sous main de Justice, j'ai annoncé de nouvelles mesures mardi. Sébastien Huygue avait écrit dans son rapport PLF 2013 que « les choix budgétaires opérés par le gouvernement traduisent un renoncement à doter la France d'un parc pénitentiaire rénové correspondant à ses besoins réels ». Ce diagnostic n'était pas exact. Depuis 2012, et si l'on inclut 2017, nous aurons construit 4035 places de prison (2012-2016 : 2228 places nettes/ 2012-2017 : 4035 places nettes). Il ne s'agit pas que de constructions, mais aussi de grandes rénovations, avec les Baumettes, Fleury, et au deuxième trimestre 2018, de la Santé. J'ai présenté le 20 septembre le rapport du Gouvernement sur l'encellulement individuel. Le Premier Ministre a confirmé les propositions que je faisais et il a annoncé le 6 octobre dernier un vaste plan de construction pénitentiaire : 32 nouvelles maisons d'arrêt et un centre de détention. Le PLF contient les éléments pour lancer les mesures de ce programme. 1,158 M pour engager le nouveau programme de construction pour l'encellulement individuel. Ce programme comprendra à la fois la réalisation de Quartiers de Préparation à la Sortie (QPS) et de nouvelles maisons d'arrêt. 1 255 créations d'emplois dans l'administration pénitentiaire. Depuis 2012, notre gouvernement aura créé plus de 4 245 emplois pénitentiaires, dont près de 2 500 emplois de surveillants et 1 150 emplois pour les services d'insertion et de probation. Imaginez que l'ENAP accueille sur 1 année, 3 promotions de surveillants, quand elle n'en accueillait qu'1 seule, en 2012 ! Le plafond d'emplois de la Direction de l'administration pénitentiaire en 2012 était de 35 511 et en 2017, il sera de 39 207. Ces recrutements ont été complémentaires d'une revalorisation des personnels : La réforme statutaire des surveillants : suite au protocole d'accord du 14 mai 2013, les grilles indiciaires de chacun des grades du corps d'encadrement et d'application (CEA) ont été rehaussées. La mise en œuvre du relevé de conclusions du 14 décembre 2015 avec les organisations syndicales pénitentiaires avec la revalorisation d'un point de la prime de sujétions spéciales des corps en tenue, des personnels administratifs et techniques et des directeurs des services pénitentiaires, ainsi qu'avec la création d'une prime de fidélisation. La mise en œuvre du relevé de conclusions du 22 juillet 2016 avec la filière insertion probation prévoit : une revalorisation indiciaire, puis l'élaboration d'une grille spécifique et une revalorisation indemnitaire. Sébastien Huygue avait dédié son rapport du PLF 2014 à la sécurité des établissements. Chacun pourra constater qu'il s'agit d'un point de vigilance constante, depuis que nous sommes aux responsabilités. Nous avons, en effet, année après année dédié des financements à la sécurisation : 30 millions d'euros en 2013 17 M en 2015 30 M en 2016 40 M en 2017 Ces moyens permettront d'amplifier les travaux de déploiement de vidéosurveillance et la sécurisation des abords des établissements. 150 millions d'euros d'investissement pour la maintenance et à la rénovation des bâtiments. L'Administration pénitentiaire voit son budget de fonctionnement progresser de 59 millions d'euros Adapter la Justice aux nouveaux enjeux, c'est aussi lui faire prendre le tournant du numérique. 3) Une Justice qui prend le tournant du numérique Concrètement, nous allons dédier 121 millions d'euros à l'informatique (+7%). Nous avions déjà débloqué 21 M sur le dégel. Cela financera surtout l'équipement courant, mais aussi un grand projet « Justice.fr », site d'information du justiciable ouvert au printemps dernier. Concernant les moyens matériels, j'ai pris la décision : - d'accentuer l'attribution d'outils informatiques (plus de 500 tablettes et près de 4 000 ordinateurs ultra portables) - de lancer le développement de différents outils informatiques, dont certains dédiés aux fonctions du parquet (exemple : Logiciel Métier Parquet). Conclusion : Une institution renforcée Nous pouvons être fiers d'avoir tout fait, depuis 2012, pour donner à la Justice les moyens d'agir. Cela contribue à en faire une institution indépendante. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/426.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/426.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ed3a2ca5068a972691b6e1a8736354b222eac230 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/426.txt @@ -0,0 +1 @@ +THOMAS HERVE Tout de suite, il s'agit des « 4 vérités » et Jeff WITTENBERG reçoit ce matin, Hélène GEOFFROY, qui est secrétaire d'État chargée à la Ville. Bonjour madame et bonjour Jeff. JEFF WITTENBERG Bonjour à tous, et en effet, bonjour à vous Hélène GEOFFROY. HÉLÈNE GEOFFROY Bonjour. JEFF WITTENBERG Vous êtes un des nouveaux visages de l'actuel gouvernement. Vous vous occupez, Thomas le disait, de la Ville, c'est-à-dire des quartiers parfois et souvent défavorisés des banlieues. Aujourd'hui on va parler de la ville, parce qu'il y a un évènement particulier, vous allez lancer... un Forum des conseils citoyens va avoir lieu. Expliquez-nous de quoi il s'agit. HÉLÈNE GEOFFROY Voilà, c'est le premier Forum national des conseils citoyens. Nous allons réunir des habitant qui viennent de tous les quartiers populaires de notre pays, l'Hexagone et l'Outre-mer compris, avec la volonté que ceux qui vivent et ceux qui travaillent dans les quartiers populaires, puissent dire la réalité qui est la leur et montrer leur engagement. JEFF WITTENBERG Une réalité qui est difficile. HÉLÈNE GEOFFROY Parfois, mais aussi qui est pleine de réussite et de potentiel. Les conseillers citoyens c'est une création de notre quinquennat, c'est la loi Lamy en 2014 qui les installe, comme participant à la prise de décisions auprès des élus locaux, des services de l'Etat. Pour la première fois en France, dans nos quartiers populaires et dans notre pays en réalité, les habitants vont décider avec les élus et l'État. JEFF WITTENBERG Alors, c'est une initiative qui date de 2014, la politique de la ville, elle, remonte à 1990, sous François MITTERRAND, et pourtant on a l'impression, année après année, qu'elle se solde finalement par un grand échec, lorsqu'on voit que tant d'habitants de ces quartiers ne se sentent pas appartenir, aujourd'hui, même à la communauté française. HÉLÈNE GEOFFROY Mais bien sûr, il y a un désir d'appartenir à la Nation très puissant, en réalité, dans nos quartiers populaires. La réalité c'est qu'il faut que l'on sorte, et c'est aussi une triste réalité, d'un eux et d'un nous, entre les quartiers les plus favorisés, les quartiers les plus populaires. Il faut sortir d'un débat qui est souvent stigmatisant. C'est vrai que cela devient à peu près insupportable depuis un an et demi, que les quartiers populaires soient montrés du doigt, comme la source de tous les maux de la société française, alors que les solutions sont en train de s'élaborer. Et c'est ce que nous allons montrer pendant toute la journée, aujourd'hui. JEFF WITTENBERG Quelles solutions, madame GEOFFROY ? Les détracteurs de la politique de la ville disent que depuis des années on a injecté des millions pour la rénovation urbaine, on a parlé de plan Marshall dans les villes, au niveau des collectivités locales, et finalement, la situation n'a fait qu'empirer. HÉLÈNE GEOFFROY Mais pas du tout. Pas du tout, vous verrez des habitants, vous verrez des gens qui témoignent de la réussite, d'abord de la transformation physique de nos quartiers. Vous savez, avoir un cadre de vie qui s'améliore, quand l'habitat devient digne, c'est aussi pouvoir inviter des gens chez soi et retrouver dignité et puis c'est aussi la politique de la ville, travailler sur les questions... JEFF WITTENBERG Est-ce que cela a amélioré le vivre ensemble, dans ces quartiers, malgré la rénovation urbaine ? HÉLÈNE GEOFFROY Ça a amélioré, et nous avons à travailler aussi les questions d'emploi et d'éducation, c'est ce que nous avons fait, tout ce quinquennat, quand nous avons remis des enseignants dans les quartiers populaires, remis la sécurité au cœur des sujets, dans les quartiers populaire, travaillé sur l'accès à l'emploi. JEFF WITTENBERG Vous dites que ça va mieux, alors, un petit peu comme François HOLLANDE, dans certains quartiers. HÉLÈNE GEOFFROY Moi, ce que je dis en tout cas, c'est qu'on a remis les bases pour que dans les quartiers populaires tout le droit commun revienne. C'est-à-dire que quand une politique est faite au niveau national, on pense aux quartiers populaires. Ce n'était pas la réalité avant ce quinquennat. Et donc, ce que je dis, ce n'est pas que tout est réglé, évidemment, mais c'est que des habitants qui s'engagent, comme les conseillers citoyens qui travaillent et qui le diront aujourd'hui, qui diront les réussites, qui diront que leurs enfants sont totalement dans notre République, aient envie que la promesse républicaine s'applique aussi pour eux, comme pour tous les autres. JEFF WITTENBERG La promesse républicaine, comment vous luttez, par exemple, à votre niveau, contre la radicalisation, qui n'est pas du tout la promesse républicaine, qui gagne, qui gagne d'année en année, de semaine en semaine, les quartiers ? On voit de plus en plus de jeunes se radicaliser, partir faire le djihad. Comment vous luttez à votre niveau ? HÉLÈNE GEOFFROY D'abord, je lutte contre un préjugé qui voudrait que ce soit des quartiers populaires que naissent toutes les formes de radicalisation. Ce n'est pas vrai. Aujourd'hui, c'est un sujet de toute la société française, la question de la radicalisation, et toute la société française doit s'en sortir, s'en saisir, parce que les jeunes viennent de partout, en réalité. Mais nous avons bien sûr des plans de prévention avec le ministère de l'Intérieur, le ministère de la Ville, le ministère de l'Education nationale, le ministère des Affaires sociales... JEFF WITTENBERG Qui ne marche pas pour l'instant. Le phénomène. HÉLÈNE GEOFFROY Mais nous commençons le sujet, le plan a été lancé le 9 mai, mais nous traitons les choses en face, sur ce plan-là. Et puis ensuite, quel est le deuxième message que nous avons, nous, à dire ? C'est que dans nos quartiers populaires, nous sommes en train de produire les anticorps, nous-mêmes, les réponses à tous les tenants d'un développement séparé, à tous les extrémistes. Parce que vous savez, le vivre ensemble, nous l'éprouvons depuis longtemps, il y a toutes les histoires personnelles, dans les quartiers populaires, nous savons le faire. JEFF WITTENBERG Je précise qu'avant d'être ministre, secrétaire d'Etat, vous étiez maire de Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise. HÉLÈNE GEOFFROY Oui, et donc j'en parle en connaissance de cause, c'est-à-dire que j'ai vu ces réussites et ces visages de la République aujourd'hui, qui sont en train d'irriguer toute la société française. JEFF WITTENBERG Madame GEOFFROY, lorsque certains jeunes s'en prennent aux policiers, leur tendent des guet-apens, comme à Mantes-la-Jolie, c'était quelques jours seulement après l'agression criminelle de Viry-Châtillon, est-ce que vous comprenez que cela donne une image quand même assez terrible de certains quartiers, qu'après vous devez « ramer », si vous me permettez l'expression, pour changer l'image de ces quartiers-là, on pense à des zones de non-droits aujourd'hui. HÉLÈNE GEOFFROY C'est la responsabilité de tous. La question de la police, peut-être qu'il faut sortir d'un cliché aussi. Les habitants des quartiers populaires ils demandent la présence de la police, ils demandent la sécurité comme un droit comme pour tous les autres. Moi je regrette que... JEFF WITTENBERG Il y a des quartiers où les policiers ont peur d'aller aujourd'hui, c'est pour ça aussi qu'ils manifestent. HÉLÈNE GEOFFROY ... dans le quinquennat précédent, ils aient été retirés des quartiers populaires pour être concentrés dans les quartiers plus favorisés. Les policiers, ça y est, sont nommés. Nous avons des zones de sécurité prioritaire, nous avons à lutter contre des phénomènes de trafic ou de délinquance, évidemment, mais l'essentiel et les gens et la grande majorité des habitants aujourd'hui demandent aussi la présence de la police. Après, nous avons à travailler sur l'amélioration des relations entre la police et les jeunes. C'est un travail dans lequel nous sommes tous engagés, le ministre de l'Intérieur et le ministre de la Ville, vous voyez, travaillent ensemble sur ces sujets-là. JEFF WITTENBERG C'est François HOLLANDE qui clôturera tout à l'heure ce Forum des conseils citoyens, dont vous nous parliez. Sa parole, à François HOLLANDE, elle a encore un poids ? Alors qu'on le voit dans les sondages, il est le président le plus impopulaire que n'ait jamais connue la Vème République. HÉLÈNE GEOFFROY Aujourd'hui, c'est le président de la République, aussi, François HOLLANDE, qui vient parler à des habitants qui ont choisi... JEFF WITTENBERG Il peut encore promettre des choses ? HÉLÈNE GEOFFROY Oui, mais qui ont choisi plus que cela, il vient reconnaitre un engagement. Moi, c'est une révolution démocratique que je vais illustrer aujourd'hui, et puis il va dire aussi comment la politique de la ville a accompagné la transformation de nos quartiers populaires et comment elle va continuer, et comment les habitants vont incarner pour la France, un avenir. JEFF WITTENBERG Vous êtes une bonne élève du gouvernement, vous défendez le président, mais vous savez qu'il a été élu en 2012 aussi grâce à des voix qui viennent des quartiers populaires... HÉLÈNE GEOFFROY Bien sûr. JEFF WITTENBERG Vous pensez que ces électeurs revoteraient pour lui, alors qu'eux aussi ont été déçus pars des promesses non tenues, notamment par la non baisse effective du chômage. HÉLÈNE GEOFFROY Les quartiers populaires, ils sont à l'image de la France, c'est ça aussi, vous l'aurez compris, le sens de mon propos, vous le savez. Ce sont des habitants qui sont traversés par les mêmes doutes et les mêmes questionnements que le reste de la France. JEFF WITTENBERG Donc, est-ce qu'ils revoteront pour François HOLLANDE ? HÉLÈNE GEOFFROY Donc ça veut dire... Mais ce sont aussi des habitant qui ont éprouvé et qui savent ce que la gauche apporte, et qui savent que l'espoir aussi, la considération elle vient presque toujours de la gauche, là où la droite malheureusement a un regard si stigmatisant sur les quartiers populaires. Alors, moi je crois qu'au moment où nous serons au bilan, où nous redirons les enseignants, la police, nous redirons la transformation physique des quartiers populaires, les habitants choisiront en connaissance de cause. Vous l'avez dit, moi je suis députée-maire de Vaulx-en-Velin, j'ai vu... je l'étais avant de devenir secrétaire d'Etat, j'ai vu les choses concrètement évoluer. Et puis nous aurons à convaincre. JEFF WITTENBERG Et vous êtes aussi membre du Parti socialiste, vous faites partie aussi de ceux et celles qui lui conseillent malgré tout, à François HOLLANDE d'y aller, à ce combat présidentiel ? HÉLÈNE GEOFFROY Ah mais moi je lui dis d'y aller, parce que nous n'avons pas à rougir, nous n'avons pas à nous couvrir la tête de cendres, nous avons fait les choses, nous avons redressé le pays, nous avons redonné de la considération à tous les habitants de notre pays, et puis les habitants... JEFF WITTENBERG Et il faut y aller derrière ce candidat-là. HÉLÈNE GEOFFROY Et il faut y aller pour aller dire ce que nous avons fait et porter aussi un projet qui rassemble. Nous sommes aujourd'hui face à un moment où les uns et les autres auraient, où la droite en tout cas a envie de diviser les Français, les dresser les uns contre les autres. Nous, nous pouvons avoir un message de rassemblement et aujourd'hui vous verrez cet engagement. JEFF WITTENBERG Eh bien on vous a entendue. Merci beaucoup Hélène GEOFFROY. HÉLÈNE GEOFFROY Merci. JEFF WITTENBER C'est à vous Thomas. Très bonne journée. THOMAS HERVE Merci, très bonne journée à vous également. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/427.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/427.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7f996242d4f424172d5872767929bfcd36390c46 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/427.txt @@ -0,0 +1 @@ +HORTENSE VILLATTE Je vous laisse en compagnie de François-Xavier MENAGE, il reçoit ce matin Patrick KANNER, le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Bonjour Patrick KANNER. PATRICK KANNER Bonjour. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Aujourd'hui c'est une journée importante pour les banlieues, parce qu'il y a un forum qui va se clôturer en présence de François HOLLANDE - le Forum national des conseils citoyens et ce matin dans la presse le jugement est très, très critique, François HOLLANDE il a oublié les banlieues. Le contrôle au faciès, le vote en faveur des étrangers, c'était des promesses de campagne, à la poubelle ? PATRICK KANNER Je m’inscris en faux vis-à-vis de ces affirmations. Tout d'abord le contrôle au faciès, la technique aujourd'hui est mise en œuvre, elle sera d'ailleurs votée dans la loi que je présente Egalite et citoyenneté, à savoir le développement des caméras piétons systématique qui permettront de vérifier que les contrôles d'identité se passent dans des conditions optimales et républicaines, dans le respect des personnes, dans le respect de ceux qui sont contrôlés et dans le respect aussi des policiers qui méritent toute notre respect. Donc... FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Le vote pour les étrangers non, ça c'est certain ? PATRICK KANNER Le vote des étrangers oui, mais expliquons les choses très clairement, la droite n'en voulait pas et le congrès - qui aurait dû être réuni pour pouvoir faire passer cette réforme constitutionnelle - aurait abouti à un échec, donc aujourd'hui le vrai problème c'est surtout de faire voter les jeunes, de faire voter les citoyens dans les quartiers, les amener à considérer que le vote est un élément majeur pour exprimer leur opinion qu'elle soit positive ou négative. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Vous savez ce que vous disent les jeunes dans les banlieues, comme ailleurs parfois en France... PATRICK KANNER Dites-moi ! FRANÇOIS-XAVIER MENAGE « Du travail... PATRICK KANNER Oui. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE La Présidentielle on verra ça plus tard ». PATRICK KANNER Les jeunes aujourd'hui sont moins au chômage en France qu'en septembre 2012, je vais vous donner les chiffres exacts... FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Oui. PATRICK KANNER Je crois que c'est important et ils sont très précis : 527.700 jeunes au chômage en septembre 2012, 491.000 en septembre 2016. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Oui, et on a chez les moins de 25 ans un quart des moins de 25 % qui sont au chômage aujourd'hui en France... PATRICK KANNER Bien sûr, et donc... FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Le chiffre est massu et il est au-dessus de tous les autres, si l'on peut dire. PATRICK KANNER Il est plus important, et je vous l'ai dit dans les quartiers... FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Et, ça, ça n'a pas beaucoup changé c'est vrai. PATRICK KANNER Et il faut donc continuer le travail qui est le nôtre : la croissance naturellement, la création d'emplois nets, y compris en secteur marchand 143.000 créations d'emploi en un an- je crois qu'il faut le souligner et, deuxièmement, des moyens particuliers pour les jeunes en emplois d'avenir, en service civique, en Garantie jeunes pour les jeunes les plus en difficulté, priorité sur les quartiers, c'est ce que nous faisons. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE C'est ce que vous faites avec cinq milliards qui ont été mis sur la table, beaucoup d'élus locaux disent : « mais ce n'est pas avec cinq milliards qu'on va changer le visage des banlieues », est-ce que vous allez sortir un carnet de chèques plus important dans les prochains jours ? PATRICK KANNER Ce n'est pas cinq milliards pour l'emploi, c'est cinq milliards pour la rénovation urbaine... FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Pour la rénovation. PATRICK KANNER Le président de la République va s'exprimer ce soir... FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Et c'est jusqu'en 2024, c'est un plan sur 10 ans. PATRICK KANNER Exactement ! Le président s'exprime ce soir devant les citoyens... FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Oui, mais est-ce que le carnet de chèques va sortir aujourd'hui ? PATRICK KANNER Il va y avoir effectivement une annonce très forte du président pour non seulement aider à rénover les logements mais surtout à créer les équipements collectifs qui sont nécessaires, créer du logement c'est sympathique – il faut le faire, c'est important parce que les jeunes vivent parfois dans des conditions indignes – mais il faut qu'il y ait des écoles, il faut qu'il y ait des équipements structurels, sportifs, culturels, équipements de loisirs... FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Mais tout ça coûte très cher, tout ça coûte très cher, c'est des centaines de millions. C'est plus ? PATRICK KANNER Mais c'est de l'emploi. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Quel montant sera avancé, on évoque un milliard ? PATRICK KANNER C'est un chiffre qui a circulé aujourd'hui dans la presse, bien informée manifestement. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE D'accord, donc on sera autour d'un milliard ? PATRICK KANNER Je laisse le président l'annoncer, plus des aides aussi en subvention aux collectivités les plus pauvres, ça signifie que l'État reprend ses quartiers, l'Etat est en train aujourd'hui de rattraper finalement un retard terrible. Je voudrais vous donner un seul chiffre ! À l'époque de Nicolas SARKOZY 100 millions de crédits avaient été supprimés pour le secteur associatif, parce que dans ces quartiers il faut bien sûr des développements économiques, il faut de la rénovation urbaine, il faut lutter contre la radicalisation, mais il faut aussi de l'accompagnement social, faire qu'on y vive bien ; et ces quartiers inspirent la France aujourd'hui, c'est ce qu'on va dire ce soir d'ailleurs dans les conseils citoyens par la démocratie participative, donc du lien social ça passe par les 7.700 associations qui travaillent aujourd'hui dans les quartiers et qui ont récupéré les 100 millions que nous avions supprimés, que Nicolas SARKOZY avait supprimés dans le mandat précédent. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Patrick KANNER, en vous écoutant, certains vont faire ce raccourci, vous parlez de voter dans les quartiers sensibles, vous parlez d'un milliard supplémentaire qui seront donc proposer ce soir, forcément on va vous dire à sept mois de la Présidentielle : « Merci du cadeau » ? PATRICK KANNER Vous savez la politique de la ville c'est une politique qui est longue, qui est de longue haleine, il faut prendre du temps. Un exemple concret là aussi, parce que je pense qu'il faut le dire, vous savez quand Jacques CHIRAC annonce le désenclavement de Clichy Montfermeil par le tram 4, puisque Montfermeil c'est 2005, ça été annoncé en 2005, on vient de poser la première pierre avec la présidente de la Région Valérie PECRESSE et tous les élus - et je pense à Olivier KLEIN en particulier, maire de Clichy – donc... FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Ça, c'était avec un contexte évidement de crise dans les banlieues bien sûr... PATRICK KANNER Oui, voilà, mais c'est pour vous dire que le temps de la décision, le temps du financement, le temps des études des experts est parfois beaucoup plus long que le temps des habitants, c'est... FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Alors, beaucoup plus long... PATRICK KANNER Bien sûr, mais je le reconnais. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Vous dites ça, mais pour autant on va prendre aussi dans l'actualité la crise concernant les policiers, ça fait 10 jours seulement, ce n'est pas un temps très long qu'il y a crise et fronde dans les rues, au bout de 10 jours on a là encore un carnet de chèques qui sort pour 250 millions d'euros. La question n'est pas de savoir si c'est utile ou pas, ça l'est disent les policiers, c'est le message aussi qui est envoyé ? PATRICK KANNER Je ne voudrais pas limiter l'action de l'État aux 250 millions absolument essentiels qui ont été annoncés, ce qui a été important et avant tout c'est les 9.000 créations de postes qui ont été réalisées dans ce quinquennat. Là aussi un chiffre, 4.600 jeunes policiers vont sortir cette année des écoles de formation, l'année prochaine autant - 4.600 en plus – et vous savez combien en 2012 il y en avait qui étaient sortis des écoles de formation, donc à l'époque de SARKOZY ? 480 ! 10 fois plus de policiers sur cette année, 10 fois plus aussi l'année prochaine, c'est ça la réalité de l'engagement de l'Etat par rapport à la police. La police demande de la considération, du respect, des moyens et du dialogue - voilà la réponse – et ce qui a été fait hier n'est qu'un élément de la palette des réponses déjà apportées par Manuel VALLS d’un côté et par Bernard CAZENEUVE aujourd'hui. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Justement Manuel VALLS, on va un petit peu décrypter les choses, vous faites partie du gouvernement de Manuel VALLS, vous êtes considéré comme plutôt proche de Manuel VALLS et de François HOLLANDE les deux ensemble ça existe dans une même phrase encore aujourd'hui... PATRICK KANNER Ce n'est pas anormal pour un membre du gouvernement. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Oui, bon eh bien ça fait du bien de l'entendre, en tout cas diront vos collègues et surtout le chef de l'État. 4 % de Français satisfaits de l'action du président, 9 % qui voteraient pour lui si l'élection avait lieu aujourd'hui au premier tour, quel est le problème avec François HOLLANDE aujourd'hui ? PATRICK KANNER Je me refuse... FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Vous ne pouvez pas dire qu'il n'y a pas un problème ? PATRICK KANNER Écoutez, les chiffres ne sont pas à la hauteur de ce qu'ils devraient être au regard du travail évident qui... FRANÇOIS-XAVIER MENAGE C'est injuste ? PATRICK KANNER Non, je ne parle pas de... La politique est souvent injuste, mais nous sommes des gens responsables, l'objectif c'est comment reconquérir les esprits ? Dans ce cadre-là, j'estime qu'aujourd'hui permettez au ministre des Sports de prendre une métaphore tous les joueurs qui vont aller sur le terrain ne sont pas encore sur le terrain, beaucoup sont encore dans les vestiaires et moi je me refuse à considérer qu'une bataille est perdue, qu'un match est perdu alors que nous ne connaissons pas encore les joueurs sélectionnés. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Le problème c'est que dans les vestiaires vous avez des joueurs qui ne sont pas encore sur le terrain qui veulent faire de l'antijeu, on parle de l'équipe de François HOLLANDE qui parfois a envie de tirer contre son camp ? PATRICK KANNER En tout cas ça ne sera pas mon cas, je considère que le président de la République est légitime pour aller au combat s'il le décide, ce sera son choix, que naturellement s'il ne le décidait pas d'autres pourraient être naturellement qualifiés... FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Mais est-ce que c'est le candidat naturel, parce que c'est une question légitime, est-ce que c'est le candidat naturel ? PATRICK KANNER Vous savez candidat naturel, candidat légitime, candidat nécessaire... FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Pour vous, pour vous, la réponse ? PATRICK KANNER Candidat qui doit rendre compte, oui, candidat qui doit rendre compte aujourd'hui à la population du travail qui a été le sien et surtout qui doit comparer les projets. Vous savez la droite au pouvoir, par malheur en 2017, c'est beaucoup de sujets que je viens de vous évoquer qui passent à la trappe dans une logique de désunion nationale... FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Donc, qu'est-ce que vous dites... PATRICK KANNER Dans une logique de désagrégation sociale. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Donc, qu'est-ce que vous dites à ceux qui participent à la désunion ? Qu'est-ce que vous leur dites si vous avez un sifflet, vous le ministre des Sports, avant d'entrer dans le match ? PATRICK KANNER Si je dois siffler la récréation dès le début du match, c'est le rassemblement. Le rassemblement. Parce qu'il n'y aura qu'un seul candidat de la gauche gouvernementale capable d'être au second tour. Pour moi, aujourd'hui le président est a priori celui qui est le mieux placé au regard du bilan qui sera un jour reconnu, et on fera tout pour cela. Mais je ne pars pas battu alors que le match n'est pas encore commencé réellement. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Calais. Le démantèlement a donc été acté en l'espace de trois jours, la préfecture s'en félicite. Vous, le ministre de la Ville, vous dites que Calais c'est terminé, on n'en parlera plus, la jungle de Calais ? PATRICK KANNER Le ministre de la Ville mais ministre aussi du Nord-Pas-de-Calais. Vous imaginez bien que j'ai regardé ce dossier avec beaucoup d'attention. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE C'est terminé ? Il n'y a plus de problèmes avec la jungle ? PATRICK KANNER Il y aura toujours des problèmes de migrants qui voudront passer en Angleterre. Mais la concentration est terminée. Pour être très clair, cinq mille six cents personnes ont été mises à l'abri, des hommes surtout mais aussi des femmes et des enfants aussi, en trois jours. Je crois qu'il faut vraiment remercier tous les services de l'État, remercier les services sociaux, le monde associatif d'avoir permis cette réussite. Nous sortons vraiment d'une situation qui était inacceptable pour la cinquième puissance économique du monde. Moi, je me félicite que beaucoup de maires, de très nombreux maires, ont accepté de contribuer à ce message de solidarité internationale, de fraternité universelle au travers des quatre cent cinquante centres d'accueil qui vont être répartis sur le territoire national. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Vous parlez des maires. Celui de Saint-Bauzille-de-Putois dans l'Hérault, mille huit cents habitants, démissionne. Il ne veut pas que les migrants arrivent dans sa commune parce qu'il dit qu'il n'y a pas eu de concertation et que ça lui a été imposé. Qu'est-ce que vous répondez à ce maire ? PATRICK KANNER Vous savez, les maires sont aussi des agents de l'État. Ce sont des représentants de l'État au plan local. L'État assume sa responsabilité, à savoir l'ordre public et la solidarité nationale en direction de ces migrants dont quatre-vingt-cinq pour cent sont éligibles au droit d'asile et auront donc un parcours d'intégration s'ils le veulent dans notre pays. Moi je dis à ces maires de ne pas avoir peur. Moi je préfère, dans le Pas-de-Calais le maire de Croisilles qui a été d'un courage extraordinaire en acceptant un CAO sur sa ville, comme un très grand nombre de maires. Ça se passera bien, les maires doivent garder leur sang-froid. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Ne surtout pas démissionner. Ce serait une faute ? PATRICK KANNER C'est son choix personnel. Je ne parle pas de faute ou d'agrément. Je considère que ce n'est pas la bonne réponse au regard d'un enjeu quand même qui est assez supportable. Accueillir quinze, vingt personnes dans une ville de deux mille habitants, ça ne me paraît pas insurmontable, surtout que ça ne coûte pas un centime à la ville, surtout qu'il y a un secteur associatif extrêmement mobilisé qui accueillera parfaitement ces personnes. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Concernant Robert MENARD, le maire proche du Front national à la tête de Béziers qui propose un référendum, ç'a été voté au conseil municipal. Qu'est-ce que vous dites à Robert MENARD aujourd'hui, étant entendu que ce référendum pourrait aller dans son sens s'il avait lieu un jour ? PATRICK KANNER Monsieur MENARD est un homme d'excès. C'est un homme qui, je crois, ne fait pas honneur à la démocratie française. Il est sur son terrain, c'est-à-dire celui de l'exclusion, celui de la méfiance, celui finalement de l'irrespect de tous ceux qui souffrent dans notre pays mais aussi au plan international. Monsieur MENARD a été élu par la population donc il est légitime naturellement, mais très honnêtement il ne fait pas honneur à la France. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Plus léger, les Jeux olympiques. 2024, Paris, il reste deux autres concurrents. PATRICK KANNER Oui. Budapest et Los Angeles. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Est-ce qu'on a nos chances ? Est-ce que c'est quasi-gagné comme on le dit parfois dans les couloirs de l'hôtel de Ville de Paris aujourd'hui ? PATRICK KANNER Je pense qu'il faut être très mesuré. Vous savez, la décision sera prise le 13 septembre à Lima, le 13 septembre 2017 à Lima. Il y a quatre-vingt-dix, quatre-vingt-quinze votants, donc c'est très, très peu. C'est un marathon, la candidature pour 2024 qui se termine par un 110 mètres haies. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Et ça se présente comment pour dire les choses ? Parce que dans les couloirs, vous savez un petit peu quel est le thermostat. PATRICK KANNER Ça ne s'est jamais aussi bien présenté par rapport aux autres candidatures, mais il ne faut pas sous-estimer ni Los Angeles ni même Budapest. Il faut être déterminé, concentré, aller jusqu'au bout. Là aussi, c'est une course, une course contre la montre et contre aussi parfois des puissances importantes. Les États-Unis vont mettre tout leur poids en la matière. Ce n'est pas le tour de la France parce que nous ne l'aurions pas eu depuis cent ans. Ce sera le tour de la France si nous sommes les meilleurs. C'est dans ce cadre-là que je me situe totalement. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Promis, ce sera une opération bénéfique ? Ça ne va pas coûter beaucoup plus cher que ça ne pourrait rapporter ? Chaque quatre-ans on nous dit la même chose et à chaque fois les factures s'envolent, elles doublent ou elles triplent. PATRICK KANNER Non, pas du tout. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Dix milliards pour Paris. PATRICK KANNER Non, ce sera six milliards. Six milliards pour Paris. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Certains disent déjà dix, oui. PATRICK KANNER Non, c'est impossible. C'est trois milliards pour la partie sportive totalement autofinancée, trois milliards pour les équipements. Et quand on a déjà quatre-vingt-quinze pour cent des équipements existants, il n'y a aucune raison qu'il y ait un dérapage. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Patrick KANNER, c'est la question off mais devant les caméras. Regardez ce qu'on a apporté : des petites boules à neige. Il faut expliquer aux téléspectateurs. Il paraît que vous en avez sept cents chez vous et vous appelez ça le musée des horreurs. Quelle est la pire boule à neige que vous ayez chez vous et qu'est-ce que ça dit de vous, le ministre ? La pire que vous ayez chez vous ? PATRICK KANNER Pas la pire, la plus étonnante. J'ai une boule à neige avec le pape François, comme quoi le commerce marche très bien en la matière. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Qu'est-ce que ça dit de vous, cette collection ? PATRICK KANNER Ça dit peut-être qu'en politique il faut être très sérieux, mais parfois ne pas toujours se prendre au sérieux pour garder toujours une distance avec la dureté des événements. Je suis chionosphérophile, c'est-à-dire collectionneur de boules à neige en grec. C'est un sport qui existe, ce n'est pas une maladie honteuse. C'est un pari un peu fou que j'ai lancé il y a quelques années et mes amis me ramènent des boules à neige du monde entier. Peut-être qu'un jour je ferai un musée. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Vous en avez sept cent deux à partir de ce matin. PATRICK KANNER Merci beaucoup. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Merci beaucoup, Patrick KANNER, d'être venu nous voir sur le plateau de LCI. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/428.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/428.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6f3c867a08cffecbcab37605ba3f2a2582f3609d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/428.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - Quelle est l'importance de ce rendez-vous ? R - C'est important que les pays du nord et du sud de la Méditerranée parlent ensemble sur toutes les questions qui leur sont communes. Celles-ci traitent de la lutte contre le terrorisme, de la lutte contre la radicalisation, des migrations, du développement mais aussi de solidarité et des questions d'environnement - dans quelques jours le Maroc va prendre la présidence de la COP. Tous ces enjeux sont des enjeux communs. Nous avons ce format 5+5 qui réunit la France, l'Italie, l'Espagne, le Portugal et Malte et nos voisins du sud : l'Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Mauritanie et la Libye qui dialoguent ensemble. Et ce groupe est co-présidé par la France et par le Maroc. Tous les deux ans cette présidence change et nous allons décider qui présidera la prochaine fois. Ce qui est très intéressant c'est que nous ayons pu choisir ensemble la ville de Marseille, la métropole Marseille Aix Provence. C'est un message pour tous les habitants de cette région que Marseille est une grande métropole méditerranéenne qui a un rôle à jouer et qui, j'en suis sûr, le jouera dans les années à venir. Avec beaucoup d'atouts et de capacités. Elle s'est donnée, maintenant, les moyens de son développement et c'est pour moi une grande satisfaction. Le fait que les pays du nord et du sud de la Méditerranée se retrouvent ici, c'est un message d'espoir. Bien entendu, nous allons aborder toutes les questions dont celle de la crise libyenne avec les problèmes de sécurité et les problèmes migratoires. Ce sera l'un des thèmes mais pas le seul. Il est aussi important d'aborder tout ce qui va redonner de l'espoir à la jeunesse de nos pays. Nous allons parler de la formation des jeunes. Il ne suffit pas de lutter contre la radicalisation, il faut apporter de l'espoir. Et l'espoir c'est le développement, l'éducation, la formation et c'est l'un des thèmes centraux de notre rencontre. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/429.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/429.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d1cefd6184bd29c03b06e9b1064b41942dbdad9f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/429.txt @@ -0,0 +1 @@ +JULIETTE RENGEVAL Il est 7 h 50 à Paris et sur RFI, Frédéric RIVIERE vous recevez Hélène GEOFFROY, la secrétaire d'Etat chargée de la Ville auprès du ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports FRÉDÉRIC RIVIERE Bonjour Hélène GEOFFROY. HÉLÈNE GEOFFROY Bonjour. FRÉDÉRIC RIVIERE Le premier Forum des conseils citoyens s'est tenu hier, c'était la conclusion de la rentrée citoyenne, est-ce qu'on peut dire que c'est une opération de reconquête des banlieues à quelques mois de l'élection présidentielle ? HÉLÈNE GEOFFROY Non, c'est à l'occasion plutôt de mon point de vue de montrer l'énergie de ceux qui vivent et de ceux qui travaillent dans les quartiers populaires. Nous sommes depuis un plus d'un an déjà dans un débat public que l'on peut trouver très stigmatisant pour les quartiers les plus populaires de notre pays, il était temps que plutôt que des commentateurs qui n'y vivent pas que ce soit ceux qui sont au cœur des quartiers populaires qui puissent s'exprimer, et d'ailleurs l'expression de ce point-de vue-là et les débats depuis six semaines sur les territoires et hier à la journée nationale ont été de ce point de vue-là marqués par une envie de montrer des réussites et des potentiels. Je rappelle que les conseillers citoyens qui se réunissaient hier ce sont des instances qui ont été mises en place par la loi Lamy, votée pendant ce quinquennat en 2014, ce sont des habitants qui aux côtés des élus, des services de l'État participent à la prise de décision pour transformer leurs quartiers et, hier, ils ont dit leur engagement : ce sont des bénévoles finalement qui décident de prendre du temps pour améliorer la vie au quotidien dans leurs quartiers. FRÉDÉRIC RIVIERE Il n'empêche que François HOLLANDE, qui est allé faire le discours de conclusion, a annoncé hier - on pourrait dire assez opportunément à six mois de l'élection présidentielle - un milliard d'euros supplémentaire pour la politique de la ville et on se souvient que l'électorat des banlieues avait largement soutenu François HOLLANDE en 2012 ? HÉLÈNE GEOFFROY Bien sûr. Dans les quartiers populaires on a une appétence quand même ceux qui ont la considération pour les habitants qui, malgré les difficultés, malgré la précarité - c'est ainsi que sont définis les quartiers populaires aujourd'hui s'engagent et veulent le meilleur pour la jeunesse et, hier, le président de la République a été d'ailleurs chaleureusement applaudi parce qu'il a rappelé des évidences : que nos quartiers populaires sont pleinement dans la République, que la promesse républicaine doit aussi s'appliquer-là et que là nous sommes pour rétablir et réajuster lorsqu'il y a des inégalités ; et le un milliard d'euros de l'ANRU, en plus, c'est une façon... c'est l'Etat... FRÉDÉRIC RIVIERE C'est l'Agence Nationale de Rénovation Urbaine ! HÉLÈNE GEOFFROY L'Agence Nationale de Renouvellement Urbain, c'est elle qui finalement accompagne la transformation physique des quartiers populaires pour que le cadre de vie s'améliore et, là, ça va permettre d'aller plus loin sur les équipements publics : les écoles, les gymnases, les centres culturels, là où la vie se fait et les écoles c'est le premier lieu où l'on donne l'espoir. FRÉDÉRIC RIVIERE Qu'est-ce qui ressort finalement de cette rentrée citoyenne et de ce forum citoyen, c'est l'envie de quitter les quartiers difficiles pour ceux qui y vivent ou l'envie d'y rester et d'essayer de les transformer ? HÉLÈNE GEOFFROY Moi je dis des quartiers populaires parce que nous avons une richesse et hier... FRÉDÉRIC RIVIERE Oui, mais l'un n'empêche pas l'autre, ils peuvent être populaires et difficiles. HÉLÈNE GEOFFROY Oui, mais hier nous n'avons pas nié les difficultés. Moi vous le savez j'étais il y a encore peu députée maire de Vaulx-en-Velin, j'y habite encore, nous n'avons pas nié les difficultés et les personnes parlaient des questions de cadre de vie, des questions de sécurité, des difficultés d'accès à l'emploi, mais aussi ils ont dit qu'ils pouvaient peser sur le cours des choses - et c'était ce qui était essentiel hier - c'est de dire : « Voilà des habitants sont prêts aux côtés des élus locaux, aux côtés des services de l'Etat, des bailleurs sociaux, sont prêts à faire les diagnostics poussés dans leurs quartiers » et à se dire : « Entraînons aussi les habitants » parce que l'une des caractéristiques de nos quartiers les plus populaires c'est aussi des taux d'abstention élevés parce qu'il peut y avoir une défiance vis-à-vis de l'action publique, en se disant dans le temps : « Elle est longue, on n'en voit pas forcément les fruits » et il faut renouer ce lien. FRÉDÉRIC RIVIERE Est-ce l'emprise de l'Islam radical dans les quartiers populaires est un sujet qui ressort de ce que disent les gens qui y vivent ? HÉLÈNE GEOFFROY Les gens ont redit, peut-être à contrario - parce que ce débat public a été stigmatisant - d'abord que la question de la radicalisation est une question qui traverse toute la société française, ce n'est pas une question des quartiers populaires, les questionnements ils sont partout ; mais nous avons aussi redit hier l'attachement aux valeurs de la République et au principe de laïcité et je crois qu'il est temps que s'arrête cette injonction particulière auprès des quartiers populaires, toute la France de mon point de vue doit se réapproprier les valeurs de la République et le principe de la laïcité doit se redire pourquoi c'est important de les remettre dans le contexte historique dans lequel les choses ont été établies ; et hier finalement le sujet et toute cette rentrée citoyenne depuis six semaines sur les territoires, avec les associations, nos adultes-relais, les habitants conseillers citoyens, ça été de dire : « nous sommes là et nous sommes en train de produire nos propres anticorps face aux tenants du développement séparé». Parce que nous croyons au vivre-ensemble, vous savez le vivre-ensemble c'est quelque chose, c'est une réelle expertise dans les quartiers populaires. FRÉDÉRIC RIVIERE Oui. Ma question au fond c'était de savoir si c'était une préoccupation qui ressortait des débats de ces conseils citoyens ? HÉLÈNE GEOFFROY Je vais vous dire l'essentiel des préoccupations qui ressortait... FRÉDÉRIC RIVIERE C'est l'emploi ? HÉLÈNE GEOFFROY Bien sûr. Bien sûr que tout le monde se dit : « il faut tenir bon pour que le vivre-ensemble perdure évidemment » parce qu'on y est tous attachés, tout le monde a une volonté d'appartenance à la Nation, mais le sujet était de se dire : « comment notre jeunesse a un meilleur accès à l'emploi, réussit mieux à l'école », cela a été quand même les sujets les plus marquants de ces six semaines. FRÉDÉRIC RIVIERE Vous appelez hier François HOLLANDE à être candidat à l'élection présidentielle, vous le souhaitez... HÉLÈNE GEOFFROY Oui, clairement. FRÉDÉRIC RIVIERE Pour quelles raisons ? Vous n'avez pas envie que la gauche gagne ? HÉLÈNE GEOFFROY Mais moi je pense que nous n'avons pas à rougir du bilan que nous avons eu, moi je l'ai vu sur les sujets qui sont les miens ou pour la première fois nous avons pleinement repensé la politique de la ville, en redisant : « partout le droit commun doit s'appliquer, partout les ministères doivent avoir des politiques publiques qui vivent réellement dans les quartiers populaires, là où parfois elles étaient plutôt présentes dans les quartiers plus favorisées », nous avons remis les moyens, les moyens aux associations financées et puis la considération je crois qui est essentiel, c'est-à-dire dire aux habitants des quartiers populaires : « vous faites partie pleinement de la République », c'est ce qu'a rappelé le président hier. Donc, de mon point de vue... et puis nous avons redressé les comptes publics, protéger notre modèle social, traverser une période très douloureuse pour notre pays, nous avons fait tenir bon l'état de droit... donc, moi, je crois que nous avons ce qu'il faut pour nous présenter et le président de la République est le mieux placé aujourd'hui me semble-t-il pour y aller, pour défendre ce qu'il a porté avec nous. FRÉDÉRIC RIVIERE Oui. Vous êtes quelques-uns comme ça autour de lui - secrétaires d'Etat, ministres - à rester légitimistes, loyalistes et à dire donc qu'il est le meilleur d'entre vous aujourd'hui pour porter les couleurs de la gauche en 2017... HÉLÈNE GEOFFROY Oui. FRÉDÉRIC RIVIERE Pourquoi dans ce cas-là les sondages lui sont-ils aussi défavorables, il a des sondages littéralement catastrophiques François HOLLANDE ? HÉLÈNE GEOFFROY Mais vous voyez, hier, il devait... hier je ne dis pas au Forum national des conseils citoyens qu'il avait potentiellement des électeurs mais il y avait le respect en tout cas qui était présent et le fait que les habitants ont eu aussi envie de pouvoir échanger avec lui, c'est-à-dire que nous étions dans une relation de respect mutuel et de dialogue, ce qui veut dire qui est quand même assez éloigné de ce qu'on peut entendre en termes de commentaires. FRÉDÉRIC RIVIERE Oui, ça ne répond pas à ma question sur les sondages. HÉLÈNE GEOFFROY Ah ! Oui, mais les sondages c'est un instant donné vous le savez, une photographie, lorsque... FRÉDÉRIC RIVIERE Oui, avec en principe un panel représentatif. HÉLÈNE GEOFFROY Oui, oui. Mais à un moment donné, lorsque le président déclarera sa candidature, lorsqu'il sera dans un mode de campagne, vous savez j'en ai fait enfin je n'ai pas fait d'élection présidentielle mais j'ai fait quelques campagnes il y a le moment où l'on répond à la vraie question, qui est : quel projet veut-on pour la France et qui veut-on pour l’incarner ? Nous n'en sommes pas encore là, me semble-t-il. FRÉDÉRIC RIVIERE Alors, savez-vous qui a dit hier : « si la gauche est déboussolée, n'a plus de chef, plus de candidat, plus de programme, elle peut toujours se ressaisir, ne sous-estimons pas François HOLLANDE, il a du talent, il sait faire campagne, restons sur nos gardes » ? HÉLÈNE GEOFFROY Alors, si c'est restons sur nos gardes, j'en conclus que c'est un candidat de droite qui a dû dire ça... FRÉDÉRIC RIVIERE Oui, c'est Alain JUPPE qui a dit ça. HÉLÈNE GEOFFROY Alain JUPPE, oui, eh bien ça veut dire que lui il ne fait pas attention uniquement aux sondages, il a une bonne compréhension de ce qui est... FRÉDÉRIC RIVIERE Oui, et en même temps il dit : « quand on est si bas dans les sondages, on ne peut que remonter », ce qu'a déjà fait d'ailleurs François HOLLANDE dans le passé. HÉLÈNE GEOFFROY Vous savez sa capacité à rebondir je n'y reviendrai pas, la réalité aussi c'est quand nous serons en campagne nous présenterons des projets et moi je crois que les Français sont profondément attachés - parce que c’est leur demande à de la justice sociale, à une capacité à protéger un modèle et que malgré tout lorsqu'on a rétabli le nombre de postes d'enseignants, le nombre de postes de policiers, lorsque nous essayons aujourd'hui de faire cohésion nationale, ce sont des sujets qui seront au cœur de la campagne, on parlera de ce qui nous rassemble et je crois que le président de la République sera bien placé pour cela. FRÉDÉRIC RIVIERE Merci Hélène GEOFFROY, bonne journée. HÉLÈNE GEOFFROY Merci. JULIETTE RENGEVAL Hélène GEOFFROY, la secrétaire d'État chargée de la Ville, était l'invitée ce matin de Frédéric RIVIERE. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/430.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/430.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..88e6fbcf74efd44e931a6409bdae011fb10c497a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/430.txt @@ -0,0 +1 @@ +J'ai co-présidé avec mon ami Salaheddine Mezouar, qui est aussi mon homologue, ministre des affaires étrangères du Maroc, la 13e réunion du dialogue 5+5 sur la Méditerranée occidentale. C'est une instance qui regroupe cinq États de la rive sud et autant de la rive nord de la Méditerranée et qui est avant tout un espace de dialogue unique entre ministres des affaires étrangères et qui nous permet d'échanger sur des grands défis communs qui touchent les deux rives de la Méditerranée. C'est donc la 13e réunion qui a eu lieu aujourd'hui à Marseille. J'ai proposé à Salaheddine Mezouar de tenir cette réunion à Marseille, il a bien voulu l'accepter et il en a parfaitement compris le sens et la portée. En effet, Marseille est une grande métropole française mais aussi une grande métropole méditerranéenne qui accueille une population qui est représentative de la diversité de nos pays. C'est une métropole qui, j'en suis convaincu, a un potentiel puisqu'elle vient maintenant de se doter des moyens de son action grâce à la loi qui a été votée et qui est mise en œuvre depuis le 1er janvier et qui devient la métropole Marseille-Aix-Provence. Je suis heureux de constater que la dynamique est en marche. Il y a quelques instants, nous avons rencontré des chercheurs car ici à Marseille il y a un potentiel de recherche très important en matière de développement, en matière de coopération méditerranéenne. C'est le cas de l'institut de recherche pour le développement, d'AVITEM installée à la Villa Méditerranée, d'OCEMO, du CMI, le centre pour l'intégration en Méditerranée, et d'ANIMA qui associe la recherche, la formation et l'expertise. J'ai salué en particulier le rôle de l'université Aix-Marseille qui a été un peu l'avant-garde de la métropole marseillaise qui est maintenant en train de prendre son envol. Je voudrais exprimer ma reconnaissance à Salaheddine Mezouar d'avoir compris l'enjeu de tenir cette réunion à Marseille. Je profite de cet instant aussi pour remercier le Maroc puisque le Maroc a coprésidé avec la France cette instance de dialogue et que cette présidence se termine. La relève va être prise par l'Algérie et la France a encore un an pour la coprésidence. Mais le Maroc va continuer à exercer une présidence encore plus prestigieuse et encore plus importante puisque dans quelques jours maintenant, votre pays, cher Salaheddine, va présider la COP22. Je voudrais vous dire toute mon admiration parce que vous avez pris toute la mesure de l'enjeu après la décision historique de l'accord de Paris. Vous vous êtes engagés non seulement à affirmer des objectifs ambitieux mais surtout à contribuer à les mettre en oeuvre et c'est tout le défi de la COP22 qui commencera son envol à Marrakech dans quelques jours. Je le disais, cette instance regroupe cinq États des rives sud et nord. Évidemment, nous avons abordé beaucoup de questions d'actualité, des questions difficiles. Nous avons bien sûr traité de la question de la lutte contre le terrorisme, question commune à nos pays, de la lutte contre Daech et nous avons parlé de la Syrie, du Sahel, du Proche-Orient, du nécessaire dialogue entre Israéliens et Palestiniens et nous avons consacré un moment important à la Libye. La Libye où nous soutenons le processus autour du gouvernement d'entente nationale de Monsieur Sarraj, mais où nous savons qu'il y a énormément à faire pour réussir à rassembler toutes les forces et la diversité libyenne. Nous savons aussi qu'il y a un enjeu pour les Libyens eux-mêmes à disposer de leurs ressources pour se développer, qu'il y a un enjeu de sécurité mais qu'il y a aussi un enjeu lié à l'immigration en particulier lié au travail odieux des passeurs en Méditerranée centrale qui est, là aussi, la source de bien des souffrances. Bien sûr, nous savons qu'il reste tant à faire. Le ministre tunisien nous a proposé de tenir prochainement une réunion 5+5 dans ce format sur la Libye à Tunis ; nous en avons bien sûr accepté le principe. Et puis nous avons dialogué avec Taher Siala, le ministre des affaires étrangères de Libye, qui nous a apporté un éclairage tout à fait intéressant sur son pays. La crise migratoire a été un thème parce que c'est un des grands défis communs auxquels nous devons faire face. Notre défi c'est à la fois lutter contre l'immigration irrégulière, sauver des gens en mer mais aussi avoir une ambition pour le développement. Nous ne traitons pas la question migratoire uniquement sous l'angle des frontières et de la sécurité même s'il faut le faire, c'est notre devoir, mais nous le faisons aussi en termes de développement. Nous avons rappelé les décisions qui ont été prises l'année dernière au sommet à La Valette entre l'Europe et l'Afrique. Un sommet qui a porté sur l'immigration mais qui a surtout adopté un plan d'action ambitieux pour populations souvent à cause de la guerre, de la misère et aussi pour des raisons climatiques. Donc l'enjeu du développement était au coeur de nos échanges. Bien sûr, nous avons parlé de la jeunesse et nous venons de débattre avec des jeunes qui, grâce à la fondation Anna Lindh, avaient préparé leurs recommandations. Ce sont des recommandations ambitieuses parmi lesquelles les questions de la formation et de la mobilité des jeunes qui sont des questions essentielles. La jeunesse a été au coeur de nos préoccupations parce que nous savons bien que si aucun espoir n'est donné à la jeunesse, si aucune perspective n'est donnée à la jeunesse de nos pays du Nord et du Sud, alors le désespoir peut s'installer, alors les propagandes radicales peuvent prospérer. Et c'est notre responsabilité d'apporter la réponse ou les réponses parce qu'elles sont multiples. Mais, ces réponses ne peuvent pas se faire sans un dialogue, ce dialogue aussi bien avec des parlementaires de la Méditerranée - qui ont tenu leur réunion autour de Michel Vauzelle ici à Marseille - mais aussi avec les représentants de la société civile. On ne peut pas construire uniquement au niveau des États et la COP21 comme la COP22 sont là pour démontrer qu'il faut à la fois une volonté politique forte pour avancer - c'est le rôle des gouvernements, c'est le rôle des hommes et des femmes politiques dans nos démocraties - mais c'est aussi le rôle des collectivités territoriales, des parlementaires, de la société civile, des citoyens, des associations et des entreprises. C'est comme cela que nous allons redonner de l'espoir parce que notre responsabilité - et c'est pourquoi nous sommes si attachés à ce format 5+5 - c'est de redonner un peu de confiance et d'espérance dans l'avenir. Et nous croyons en effet qu'il y a beaucoup de raisons d'y parvenir si nous nous en donnons les moyens, si nous savons bien analyser les causes des difficultés et si nous savons prendre aussi nos responsabilités. C'est pourquoi nous sommes si attachés à ce dialogue. Ce dialogue, il a encore eu lieu aujourd'hui ici à Marseille, il a été riche et sincère et il était aussi chaleureux et amical et cela fait partie aussi du dialogue 5+5. Merci. (...) Q - Est-ce que la situation en Syrie a été évoquée lors de vos échanges ? R - Bien sûr, nous l'avons abordée. C'est toujours la même attente, la même exigence ; on voit bien que l'engrenage dans lequel est parti ce conflit, qui produit, chaque jour, encore davantage d'horreur. Il faut vite stopper les hostilités et les bombardements. Certains pensent que le dire, c'est se répéter. Mais, il faut se répéter parce que c'est une exigence. C'est une exigence morale, une exigence politique car il n'y a pas d'issue militaire à ce conflit. Ceux qui pensent qu'en pratiquant la guerre totale, en espérant faire tomber une ville après l'autre - dont Alep - au prix de milliers et de milliers de morts, croient qu'ils s'en sortiront, ils se trompent. Le malheur restera toujours là. Depuis 2011, depuis les printemps arabes où le peuple syrien s'était révolté contre le régime de Bachar al-Assad, c'est la guerre et c'est encore la guerre. Le conseil de sécurité des Nations unies avait adopté une résolution qui prévoyait une négociation politique. Un envoyé spécial, M. Staffan de Mistura est disponible à Genève pour reprendre dans l'instant même ces négociations pour une transition politique et ensuite permettre la reconstruction de la Syrie dans une Syrie unitaire, une Syrie non confessionnelle, une Syrie respectant ses minorités mais une Syrie qui construit une démocratie et qui redonne un espace politique à tous et qui redonne de l'espoir et qui permette la reconstruction du pays et aussi le retour des réfugiés. Il n'y a pas de retour possible, il n'y a pas de reconstruction possible, il n'y a pas d'avenir possible sans arrêter les bombardements et sans permettre à ceux qui sont encore en Syrie de vivre tout simplement. Les dernières heures encore il y a eu des violences et des bombardements avec des morts dont des enfants, des innocents. C'est au cours de cet échange que nous avons constaté nos convergences et c'est vrai que nous sommes engagés dans un combat qui est le combat contre le terrorisme et le combat contre Daech en Irak et en Syrie. Mais, la dimension politique de ce combat est essentielle et ce qui est en train de se passer en Irak, est là pour le démontrer. Bien sûr qu'il faut faire tomber Daech à Mossoul mais il faut aussi - et c'est la raison pour laquelle la France a pris l'initiative de réunir 23 pays à Paris le 20 octobre - réfléchir et travailler à la solution politique inclusive après la guerre, pour construire la paix. Ce qui veut dire éviter les risques d'affrontements entre communautés. C'est ce que nous devons faire : vaincre le terrorisme, oui, mais construire la paix aussi, c'est notre responsabilité. (...) (Question inaudible sur les propositions des jeunes) ... R - Concrètement, il y a un point qui a été soulevé à travers de nombreuses interventions et que nous avons d'ailleurs abordé nous-mêmes dans nos travaux et qui montraient une convergence avec les attentes des jeunes, c'est la question de la mobilité. Aujourd'hui, c'est difficile pour un jeune d'aller d'un pays à l'autre ne serait-ce que pour ses études ou pour des séjours, pour des formations, pour des stages. La question de la mobilité est une question clé. C'est à partir de là que se produit une rencontre qui lève les tabous, qui permet d'échanger, qui permet d'apprendre. Je pense que nous devons, nous, les pays du 5+5, être conscients que nous devons adapter nos législations non pas pour dire « les frontières sont ouvertes sans règles » mais pour faciliter la mobilité des jeunes. C'est une demande qui est très forte. On le voit au sein de l'Union européenne, nous avons cette expérience - je parle des Européens - où avec un programme comme Erasmus par exemple - et là il n'y a pas de problème de libre circulation - ceux qui peuvent en bénéficier, c'est une chance formidable pour eux. C'est un enrichissement pour eux, c'est un enrichissement pour leur propre pays et c'est un enrichissement pour le pays d'accueil. C'est aussi une manière de vaincre bien des préjugés, bien des a priori, bien des ignorances parce qu'au fond, ce qui nous guette comme principal danger, c'est l'ignorance, c'est la peur et c'est le déni de l'autre. Ce qui laisse un espace formidable à toutes les formes de radicalité et notamment dans les discours de radicalisation qui exploitent les frustrations. Et, il y a dans la jeunesse de nos pays un potentiel et une énergie formidables des jeunes qui dans leur propre pays font des études et qui, parfois, ont du mal à trouver des débouchés. Mais, si on facilite la mobilité, on aura franchi déjà une étape. Je ne peux pas répondre à toutes les recommandations qui ont été faites, elles étaient trop nombreuses, mais celle-ci me paraît tout à fait révélatrice du sens qu'il faut donner à ce que nous pouvons, nous, les uns et les autres avec nos gouvernements, faciliter. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/431.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/431.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8a231e454b93b9ef932bf16e58ad6d955d00bfb5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/431.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - Cette réunion à Marseille sera-t-elle centrée sur la crise migratoire en Méditerranée ? R - Cet espace de dialogue, qui réunit des ministres des affaires étrangères, permet d'évoquer tous les défis touchant les deux rives de la Méditerranée, au premier rang desquels la lutte contre Daech et contre la radicalisation. Il s'agit des crises régionales, mais aussi des enjeux d'avenir, des attentes de la jeunesse en matière de formation et d'insertion. En améliorant leurs perspectives, ils seront moins enclins à prendre le chemin de l'exil au péril de leur vie ou à se radicaliser. Nous rencontrerons des jeunes avec la Fondation Anna-Lindh à l'occasion de cette réunion. L'objectif est de construire un modèle de développement partagé, y compris sur le changement climatique, puisque la COP22 se déroulera au Maroc en novembre. Nous chercherons aussi à consolider des pistes communes en réponse à la question migratoire. Q - Quelles nouvelles pistes peuvent être explorées ? R - Chacun doit surveiller ses frontières. L'Union européenne s'est dotée d'un corps européen de garde-frontières, un accord a été signé avec la Turquie et le soutien à la Grèce s'est organisé. Sur la base d'un mandat des Nations unies, l'opération européenne Eunavfor Med Sophia, avec ses bateaux, lutte contre les trafiquants d'armes et de personnes, qui exploitent les migrants arrivés en Libye après avoir traversé le désert, notamment au Niger. Nous devons renforcer notre coopération avec le gouvernement libyen d'entente nationale, qui reçoit l'appui de la communauté internationale pour permettre à ce pays de retrouver la paix et la stabilité. À La Valette, il y a un an, un sommet entre l'Europe et l'Afrique sur les migrations a permis d'adopter un plan d'action qui prévoit de s'attaquer aux causes profondes des migrations et aux déplacements forcés de population. Ce volet, qui concerne le développement, est extrêmement important. Q - En quoi consiste-t-il ? R - Notre objectif est à la fois de lutter contre les migrations irrégulières, de sauver les gens en mer, mais aussi d'avoir une ambition pour le développement à moyen terme des pays d'origine et de transit, à travers de nombreux projets concrets. C'est dans le même esprit que je me suis battu pour augmenter très sensiblement les moyens consacrés à l'aide publique au développement dans le prochain budget. Si on ne fait pas en sorte que la jeunesse africaine puisse se construire un avenir chez elle, la crise migratoire ne fera que s'aggraver. Q - Comment luttez-vous contre la radicalisation ? R - Par des programmes en matière de prévention et de lutte contre ce fléau, comme par un dialogue responsable avec tous les pays confrontés à ce phénomène. Il ne s'agit pas d'imposer un modèle, mais il y a des valeurs communes : les libertés d'expression, de conscience et de religion font partie des fondamentaux. Sur cette base, à chacun de trouver sa voie. Prenons l'exemple de la Tunisie. Depuis les « Printemps arabes » et la révolte contre la dictature de Ben Ali, nous savons très bien qu'il faut consolider la démocratie. En aidant la Tunisie à assurer sa sécurité dans la durée et en soutenant son développement économique et social. Ce sera l'objectif de la conférence sur les investissements qui aura lieu à Tunis à la fin novembre. À Luxembourg, la semaine dernière, l'Europe des 28 a doublé l'aide financière à la Tunisie. Q - La France a décidé de prolonger la mission du porte-avions Charles-de-Gaulle dans la lutte contre Daech... R - Il restera jusqu'à la fin de l'année pour aider à gagner la bataille de Mossoul qui est très difficile. Nous devons protéger les populations civiles contre la barbarie de Daech. Il s'agit aussi de préparer la suite, de favoriser la mise en place d'une gouvernance politique inclusive, où chaque communauté puisse trouver sa place, afin d'éviter de nouveaux conflits à venir. La France s'y attelle. Q - De nouveaux bombardements viennent de toucher une école en Syrie... R - Je condamne à nouveau les bombardements systématiques en Syrie, pas seulement à Alep. Cette fuite en avant guerrière du gouvernement d'Assad avec le soutien des Russes et des Iraniens est une catastrophe. Nous voulons la reprise du processus politique. L'engagement de la France est total. J'ai visité récemment un camp de réfugiés en Turquie, près de la frontière syrienne. Les gens veulent rentrer chez eux, mais c'est impossible sous les bombardements. Q - Est-il possible de convaincre les Russes ? R - Je m'y suis efforcé et je continuerai inlassablement à dialoguer avec la Russie. À moyen terme, s'ils voient leur propre intérêt, les Russes peuvent bouger. Sinon, c'est une carte blanche aux terroristes qui vont profiter de la radicalisation qu'alimentent ces bombardements. Et le terrorisme est une menace pour tous. Q - Le choix de Marseille pour le « 5+5 » était-il une évidence ? R - Cette réunion se tient ici à mon initiative. Je souhaitais montrer que Marseille est une grande Métropole, qu'elle a un rôle majeur à jouer. Je ne vous cache pas ma satisfaction de voir la Métropole, un projet que nous portons depuis février 2013, se mettre en place. Je vois le chemin parcouru par la société civile, le relais pris par les politiques. Elle a pris un peu de retard, mais ce n'est pas grave. Aix-Marseille a pris ses responsabilités, elle a des potentialités extraordinaires. J'ai vu aussi l'évolution des projets comme à la Castellane. J'en suis heureux. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/432.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/432.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..99b14a0f08550beefc8512dc097fd1014c534c96 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/432.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, Messieurs, Je suis très heureuse d'intervenir aujourd'hui à l'Unesco et j'en suis d'autant plus honorée que c'est la première fois qu'un ministre français de l'Aide aux victimes s'exprime à l'Unesco. Vous devez vous dire que la France a été bien négligente mais en réalité, et pour tout vous dire : le ministre en charge de l'aide aux victimes rattaché au Premier ministre ne pouvait pas venir car il n'existait pas. Cette fonction a été créée par le président de la République en février 2016, plus d'un an après les terribles attentats de Charlie Hebdo qui ont bouleversé notre pays. Depuis les attentats de janvier 2015, la France été frappée près d'une dizaine de fois sur son sol, à Paris, à Vincennes, à Nice, à Saint-Etienne-du-Rouvray, mais aussi à l'étranger. Nous sommes hélas entrés dans une nouvelle période de notre histoire ; mon devoir et mon travail est d'aider les victimes à se reconstruire par une aide financière, médicale, psychologique, sociale et politique. Mais au-delà de cet accompagnement indispensable, il est une question cruciale à laquelle nous, pouvoirs publics doivent pouvoir répondre : comment faire en sorte que l'horreur n'advienne plus jamais. Je sais la tâche difficile, mais je veux croire que non, le terrorisme n'est pas une fatalité. Et je sais que nous partageons tous ici ce soir cette formidable ambition. Comme le disait Louise Michel à la fin du 19ème siècle dans ses mémoires : « J'ignore où se livrera le combat entre le vieux monde et le nouveau, mais peu importe : j'y serai. Que ce soit à Rome, à Berlin, à Moscou, je n'en sais rien, j'irai et sans doute bien d'autres aussi. Et quelque part que ce soit, l'étincelle gagnera le monde ; les foules seront debout, prêtes à secouer les vermines de leurs crinières de lions. » Je suis donc venue à Québec ce soir, 15 jours après que le Premier Ministre de la France a signé, avec son homologue québécois, une déclaration d'intention conjointe portant sur la prévention des phénomènes de radicalisation avec le projet de continuer et d'amplifier le travail ainsi lancé. I. Alors comment agir ? Agir dans la lutte contre la radicalisation c'est d'abord déjouer les déterminismes. C'est enrayer la spirale infernale qui conduit un individu à se laisser aspirer dans le cercle de la destruction massive. C'est trouver les moyens d'arrêter la mécanique de la manipulation mentale, que certains appellent « radicalisation », et qui conduit à l'irréparable. Car, ne nous y trompons pas. De quoi la radicalisation est-elle le nom ? D'une instrumentalisation de la souffrance : une souffrance sociale ou psychologique ou familiale ; une instrumentalisation de la jeunesse et de la religion. La religion a été prise en otage par les terroristes qui en ont fait un instrument de destruction massive en France, en Belgique, en Amérique du Nord. Car la radicalisation frappe sans distinction de pays ni de continent. Elle chevauche la révolution numérique, et joue avec les frontières. Les organisations terroristes le savent bien, elles qui recrutent, par réseaux sociaux interposés, dans les sociétés mêmes qu'elles entendent frapper ; elles qui disposent de leur propre agence de presse (l'agence Amaq), de leur département informatique animé par des ingénieurs spécialisés dans le piratage et le hacking (le CyberCaliphate), et de leurs organes de presse, (magazine Dar Al-Islam). Dans cette nouvelle donne où la toile agit comme un tremplin, des jeunes avec pas ou peu de lien avec l'Islam se radicalisent en quelques semaines à coups de vidéos intensives comme ce fut le cas du tueur de Nice. La médiatisation de leurs crimes fait partie de la terreur : la puissance de sidération des images est décuplée par internet démontrant ainsi que, selon la formule prêtée au chef d'Al Quaida : « Le djihad médiatique, c'est la moitié du combat ». II. Les mesures prises C'est pour faire face à cette guerre d'un genre nouveau que nous devons, comme le disait Clausewitz, adapter nos réponses à l'époque. La France a lancé des initiatives : à l'international, elle fut l'un des premiers pays à adhérer à la Convention du Conseil de l'Europe sur la cybercriminalité. Sur le plan intérieur, nous avons pris des mesures (je ne les citerai pas toutes) : - une loi, celle du 13 novembre 2014, qui permet le blocage ou le déréférencement des sites internet de propagande djihadiste (sous le contrôle d'une personnalité qualifiée ou du juge administratif). - des mesures de cyberdéfense comme la mise en place d'un « préfet cyber » qui préside le groupe de contact des grands acteurs du Net pour lutter contre le cyber-terrorisme et le cyber-djihadisme. - des outils comme PHAROS, la plateforme d'Harmonisation, d'Analyse, de Recoupement et d'Orientation des Signalements, permettant à tous les citoyens de signaler les comportements illicites sur Internet. - des initiatives ont été prises pour nourrir le contre-discours afin que le jeune public puisse résister à la théorie du complot. Le hashtag sur Twitter #OnTeManipule, ou encore le site stopdjihadisme.gouv.fr qui permet de décrypter la propagande djihadiste. Un numéro vert est également destiné aux familles touchées par la radicalisation d'un des leurs. - le Gouvernement vient d'adopter un Plan d'action contre la radicalisation et le terrorisme (PART) qui dispose à présent de 40 millions d'euros supplémentaires sous le pilotage du Comité interministériel pour la prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), dont je salue la Secrétaire générale, Muriel Domenach, ici présente. Mais au-delà de ces mesures, ce nouveau terrorisme nous oblige à repenser notre rôle et celui de la société civile. Je suis convaincue que la lutte contre les différentes formes de radicalité doit s'appuyer sur l'intelligence collective et l'activité sociale du web. L'État à lui tout seul sera impuissant non seulement en matière de repérage mais aussi de réponse et d'argumentation. Toute la société doit se mobiliser, les associations, les individus, les entreprises et les acteurs du Net. Et surtout les acteurs du Net. Car la régulation se fait aussi, à bas bruit, à travers ce que le juriste Lawrence Lessig appelle les architectures (les infrastructures, les applications, les technologies de réseau, les algorithmes, etc.). Ces architectures sont laissées aujourd'hui entre les mains des acteurs du Neten toute opacité. Or, le politique doit donc reconquérir sa place en accompagnant et en responsabilisant les grands acteurs du Net pour les inciter à être proactifs dans le repérage et le retrait des contenus illicites. J'ai moi-même travaillé directement avec eux dans le cadre de mes fonctions. Avec leur concours, avec la coordination de tous les pays engagés, États et sociétés civiles agissant de concert, nous serons en mesure de lutter. III. Les mesures à prendre Cependant, et c'est le paradoxe de notre sujet : lutter contre la radicalisation par Internet c'est, d'abord, empêcher la radicalisation dans la vie réelle. Je veux y insister car Internet n'est pas le seul problème et ne saurait être la seule solution. Il faut agir en prévention avec et pour la jeunesse. 1) Il faut d'abord confronter la jeunesse à la réalité du terrorisme, et l'amener à se cogner à la souffrance des victimes. Les témoins sont unanimes : les auteurs des violences terroristes, ou les jeunes radicalisés ont perdu le contact avec le réel, avec la souffrance des autres et sont murés dans le silence. Pour travailler à la réinsertion des jeunes radicalisés, il faudra un suivi individualisé qui prenne en compte la dimension psychiatrique et psychologique mais aussi l'environnement psycho-social que connaissent souvent les personnes qui se radicalisent. C'est pourquoi je souhaite développer, sur la base du volontariat, des dialogues entre les victimes dont je m'occupe et les jeunes radicalisés qui sont dans ces centres de prévention. Je lance ici donc un appel à projet pour les associations de victimes ou les victimes qui veulent participer à sensibiliser les jeunes aux conséquences du terrorisme sur leur vie, brisée après le drame. Mettre le radicalisé devant ces visages, devant le dénuement et la vulnérabilité individuelle, c'est le mettre face à cette supplication qui est une exigence, une exigence d'humanité. Pour la jeunesse en général, et pour éviter que ne se développe une forme « d'héroïsation » du combattant djihadiste, il faut aussi développer et diffuser la parole des victimes dans les écoles, les collèges et les lycées. Latifa Ibn Ziaten que je connais bien, fait un travail formidable auprès des jeunes et dont la présence et la parole, ici, sonnent comme une évidence, a déjà commencé dans cette voie. Elle-même a perdu son fils lors d'un attentat commis par un Français radicalisé ; son courage et son combat l'honorent, je veux la saluer aujourd'hui et lui demander de continuer à porter cette parole de fraternité qui sonne si juste et qui est une source d'inspiration. 2) Transmettre un récit porteur de sens collectif pour que chacun trouve sa place Les jeunes qui se laissent prendre par l'islamisme radical sont d'abord mus par le désir de s'enraciner parce que tout autour d'eux témoignait du déracinement : leur histoire familiale, le paysage qui les environne, l'image qu'on leur renvoyait ou l'avenir sans horizon qu'ils croient voir. Il faut au contraire, travailler dès leur plus jeune âge, pour les aider à s'ancrer dans leur espace de vie, dans leur espace social et dans la République. Car tous les enfants de France sont les enfants de la République. Chacun doit être traité avec dignité, sans distinction de religion ou d'origine. L'école maternelle et primaire doit redoubler d'effort pour préserver chez nos jeunes générations des manières différentes de faire travailler leur esprit, élever leur conscience historique et civique et donner du sens à un destin commun. Mais nous devons garder à l'esprit qu'apprendre, lire, nous souvenir, transmettre est nécessaire pour lutter contre le désert intellectuel et ses ravages meurtriers. Ce défi est modeste mais il est immense : non pas refaire le monde, comme disait Albert Camus lorsqu'il recevait le prix Nobel, mais empêcher que le monde ne se défasse. Parce que les enfants ne sont pas simplement des êtres en devenir, mais des nouveaux venus dans le monde, et qu'il ne nous incombe pas seulement de leur apprendre à assurer leur subsistance et à se débrouiller dans la vie, mais à les intégrer dans un monde qui doit faire sens pour que les jeunes générations y trouvent leur place. Pour qu'elles soient notre avenir, nous devons leur transmettre notre héritage. Nous devons cultiver nos forces intellectuelles de résistance pour lutter contre les pouvoirs destructeurs de la radicalisation. C'est seulement ainsi que nous pourrons poursuivre cet effort permanent de faire de l'un avec du multiple, du contradictoire et même de l'incompatible. Parce que le déracinement est le premier facteur de radicalisation, nous ferions bien de nous inspirer de cette merveilleuse phrase que consignait Simone Weil dans ce livre au titre si fort, L'Enracinement : « La perte du passé, collective ou individuelle, est la grande tragédie humaine, et nous avons jeté le nôtre comme un enfant déchire une rose ». Il ne tient qu'à nous de redonner des racines à ceux qui n'en ont plus et que tente la radicalisation, pour cultiver à nouveau, dès aujourd'hui, les roses de la vie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/433.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/433.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..308db556508690439d0450ada9797154817196ac --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/433.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame, Messieurs les Ministres, Monsieur le Président de la Région Normandie, Monsieur le Président du Conseil départemental du Calvados, Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs les Elus, les Parlementaires, Monsieur le Président d'Université qui m'accueillez, Je salue ici la communauté scientifique qui s'est rassemblée pour commémorer. Mais enfin, c'est bien la première fois que l'on commémore un colloque. S'il fallait maintenant organiser des colloques sur les colloques, nous donnerions le sentiment de « colloquer » et donc de ne pas agir. Pourquoi ce colloque de 1956 à Caen a-t-il laissé sa trace dans l'Histoire ? Pierre MENDES-FRANCE n'était plus président du Conseil au moment où il a prononcé ce discours resté dans les mémoires, à l'occasion de ce colloque tenu à Caen. Il était un ancien chef de Gouvernement qui était sans doute promis à un destin. Ce destin qui d'ailleurs ne s'est pas consacré sur le plan de l'Etat même s'il a pu laisser par sa pensée, par sa rigueur, par sa réflexion et sa hauteur de vue aussi, une trace dans l'Histoire. Si ce colloque de 1956 est pour la communauté des chercheurs une référence, c'est parce qu'il y a eu conjugaison de trois facteurs. Le premier : la personnalité de Pierre MENDES-FRANCE elle-même, c'est-à-dire un responsable politique qui avait le sens du temps, qui lui-même avait conscience que la France, au moment où elle engageait sa reconstruction, ne devait pas se contenter de rebâtir, mais devait repenser, devait se projeter dans un avenir qui ne pouvait plus être celui de l'avant-guerre ou même de l'après-guerre. La seconde raison qui a fait que ce colloque a été à ce point majeur dans l'histoire de la pensée scientifique et de l'organisation administrative de la recherche, c'est la qualité des intervenants. Je pense notamment au mathématicien André LICHNEROWICZ, au professeur de médecine Robert DEBRE et au futur Prix Nobel Jacques MONOD. Enfin, si ce colloque a laissé cette forte impression sur l'organisation administrative de la recherche, c'est tout simplement qu'il a été à l'origine d'un plan, d'un plan décennal qui devait élever le niveau scientifique et technique du pays. Si l'on regarde maintenant, soixante ans après, une grande partie des conclusions heureusement - du Colloque de Caen, se sont retrouvées dans les choix qui ont été faits, notamment par le général de GAULLE en 1958. Mais une bonne partie des questions sont encore présentes aujourd'hui : la réforme de l'enseignement supérieur, le statut du personnel du CNRS, les mesures destinées à favoriser les études scientifiques, déjà, à cette époque, la simplification des dispositifs, la revalorisation de certaines carrières, la construction de grandes universités, la création d'un fonds national de la recherche. Alors, je ne voudrais pas qu'on puisse penser que soixante ans après, il n'y a pas eu de grands bouleversements et que les grandes décisions des années 60 n'ont pas porté leurs fruits et été suivies par d'autres, chaque décennie ayant contribué à améliorer encore la recherche française. D'abord, l'organisation a considérablement changé, les grands organismes ont porté la recherche à un niveau d'excellence. Il y a eu des rapprochements avec les universités et il y a eu de grandes réalisations technologiques. Aujourd'hui, le progrès est incarné dans tout ce qui a été lancé dans les années 60 ou 70. Mais si on veut retenir une leçon, une seule, du Colloque de Caen et donc de ce qu'avait voulu Pierre MENDES-FRANCE, c'est qu'il faut voir loin et qu'il convient de mettre la recherche au premier rang de nos priorités. Certes, la période économique n'est pas la même. Les années 60-70 étaient des années de très forte croissance, qui était d'ailleurs poussée par la recherche et qui favorisait la recherche. Ensuite, à partir des années 80, les périodes ont été plus délicates, les moyens plus limités, les contraintes plus fortes. Mais il n'empêche que la voie de sortie de cette croissance faible que nous connaissons ou de la crise que nous avons pu connaître se trouve dans la recherche. Pas simplement pour des raisons économiques, pour des raisons également sociales, sociétales, parce que c'est la recherche qui va déterminer la façon de vivre ensemble. Depuis le début du quinquennat, j'ai veillé, même dans cette période si difficile pour nos finances publiques, à préserver les moyens de la recherche. J'y ai été d'ailleurs fortement incité, à chaque fois que j'ai pu avoir des rencontres avec nos Prix Nobel, que je veux saluer. J'ai également voulu que l'emploi scientifique puisse être maintenu à son niveau. Nous avons évité ainsi, à la différence de beaucoup de pays européens, une interruption du recrutement des chercheurs et donc de la chaîne du savoir. Le prochain budget de l'Enseignement supérieur et de la Recherche le ministre est ici et s'est battu pour atteindre ce résultat va progresser de 850 millions d'euros. C'est une progression qui n'avait jamais été jusqu'à présent connue. J'ai également voulu que les moyens de ce qu'on appelle l'Agence nationale de la recherche puissent être augmentés et surtout que le taux de sélection des projets puisse être porté à 20 %, pour notamment la catégorie « frontières de la recherche », c'est-à-dire des recherches qui demandent du temps long, j'y reviendrai. J'ai également voulu qu'une mesure nouvelle soit consacrée aux jeunes chercheurs prometteurs, ceux qui n'ont pas forcément été retenus dans les financements européens, mais qui doivent avoir le soutien de la France. Il y a eu, enfin, la priorité qui a été donnée à la recherche dans ce qu'on a appelé le « Programme des investissements d'avenir », PIA 2, PIA 3, 5 milliards sont consacrés à la recherche, soit la moitié des fonds prévus par ces investissements. Ce qui est décisif, pour ce qui me concerne et qui doit être la ligne qui doit être suivie pour les prochaines années, c'est la recherche fondamentale. C'est cette capacité, que l'Etat doit donner aux équipes, de prendre le temps de la découverte, de la surprise, de l'aller-retour permanent entre les hypothèses que l'on pose au départ et leur vérification, qui les conduira parfois fortuitement, au bout de plusieurs années, parfois de décennies, vers des recherches qui changeront complètement notre mode de vie ou notre compréhension du monde. C'est la recherche fondamentale qui conduit aux innovations de rupture. C'est la recherche fondamentale qu'il faut protéger au niveau de l'Etat pour éviter les arbitrages du court terme, la domination de l'urgence, le souci bien légitime d'avoir tout de suite une application, tout de suite une traduction, tout de suite l'innovation, qui est, par ailleurs, nécessaire. C'est en ce sens qu'il ne faut pas abuser d'une bonne idée qui est celle de la programmation, qui est utile dans la recherche appliquée, mais qui n'a pas nécessairement de sens dans la recherche fondamentale. La compétitivité d'un pays, c'est bien sur la manière de pouvoir élever le niveau de qualification, de simplifier un certain nombre de règles, d'avoir un coût du travail qui ne soit pas obéré par des prélèvements qui nous mettraient en contradiction avec nos principaux concurrents. Mais la vraie compétitivité, la seule, à moyen, à long terme, qui va nous permettre de garder notre rang, voire de nous élever, c'est le rayonnement scientifique, c'est notre capacité à innover et à repousser la frontière du savoir et attirer les meilleurs, les meilleurs chercheurs ici, mais aussi les meilleurs talents à l'étranger. La France, c'est vrai, a beaucoup d'atouts. Lorsqu'il y a eu ce Colloque de Caen en 1956, cela faisait 22 ans qu'il n'y avait pas eu de Prix Nobel pour un chercheur français. Pierre MENDES-FRANCE se faisait cette réflexion : Pourquoi ? Comment ? Heureusement, depuis des années, des Prix Nobel ont été attribués, le dernier en date au chimiste Jean-Pierre SAUVAGE, il y a eu des médailles Fields, des prix Lasker. Donc, l'excellence de nos savants est reconnue au plan international. La France est toujours l'un des pays d'accueil dans le monde pour les chercheurs. Je rappelle que 40 % de nos doctorants sont étrangers. Un tiers des chercheurs du CNRS sont également d'origine étrangère et 15 % des étudiants qui fréquentent nos universités sont également étrangers. Ce qui d'ailleurs en dit long sur la volonté qui doit être la nôtre, - quand on parle de pays d'accueil, - de vouloir attirer les meilleurs talents, attirer aussi ces jeunes, parfois venant de pays émergents, d'autres fois de pays qui peuvent être éprouvés par les guerres ou par les conflits, aussi de pays qui ne connaissent pas de souci particulier, mais qui ont besoin d'avoir un accueil de très haut niveau, pour que nous puissions continuer à être un pays d'attraction scientifique. Mais nous ne pouvons pas en rester à ce niveau de satisfaction que je viens de décrire. Nous savons bien qu'il y a aujourd'hui une concurrence, une compétition ; qu'il y a des pays qui investissent massivement dans la recherche. Ai-je besoin de parler de la Chine et même de l'Inde ? Les pays émergents ont compris qu'ils devaient, non pas simplement copier, rattraper, anticiper. Non, ils devaient être moteurs en matière de recherche et attirer eux aussi, avec des moyens considérables, les meilleurs talents. Nous devons donc faire en sorte que l'Etat puisse offrir à la recherche française les moyens de poursuivre les travaux qui sont engagés, de respecter ce qu'on appelle la loi des laboratoires – c'est la base de la recherche scientifique – et de faire travailler enseignants et chercheurs. La France doit également prendre toute sa part dans l'accès aux programmes européens. Un mot sur les programmes européens. Nous nous posons beaucoup de questions sur ce que va être l'Europe de demain, après la décision des Britanniques de quitter l'Union, - même s'il y a encore bien des épisodes, après ce que nous avons vécu sur l'accueil des réfugiés et les peurs qui se sont, un moment, installées et qui demeurent - sur la perte de sens même que l'Europe connaît auprès des peuples, quel peut être l'avenir de l'Europe ? Qu'est-ce qui peut lui donner un sens, une direction, un projet, une élévation, je parle ici devant le ministre des Affaires européennes ? Bien sûr, qu'il nous faut protéger les frontières, assurer la sécurité, montrer que l'Europe peut être un espace, de protection et en même temps, de mode de vie, de qualité, de culture, nous devons à l'évidence faire que la croissance, l'emploi et notamment celui des jeunes, puissent être la grande priorité. Mais nous devons surtout faire l'Europe à travers la connaissance. Faire que ce soit une puissance qui soit au service du monde et qui, à travers la mobilité, à travers la coopération entre les universités, à travers l'élévation du niveau de la recherche, soit capable de peser dans le monde. De ce point de vue, les programmes de recherche européens doivent encore amplifier. Mais nous-mêmes, la France, nous devons davantage y accéder. Si nous pouvons nous satisfaire d'être un des premiers bénéficiaires, peut-être même le premier bénéficiaire des fonds européens de la recherche, en revanche sur les appels à projets, qu'on appelle « H 2020 », nous sommes très en retard : 10 % simplement des financements à ce titre. Quelle est donc la conclusion ? Il faut que, comme eux, les universités puissent se doter des structures appropriées pour aller chercher des financements européens pour mieux utiliser ces procédures et faire que davantage de chercheurs puissent être soutenus. La recherche, je l'ai dit, est un domaine essentiel pour que la France puisse prendre toute sa place, garder son rang, jouer les premiers rôles avec l'Europe. Mais la recherche, c'est aussi l'amélioration de la vie. La recherche, en matière de santé, nous le savons bien, sera profondément bouleversée vers une médecine multidisciplinaire, translationnelle, préventive, prédictive, individualisée et je sais qu'ici dans la région Normandie, vous y travaillez. Elle sera influencée par des données massives et donc là encore, nous devons savoir les utiliser. Dans le domaine de l'agriculture, de l'alimentation, c'est à travers les mécanismes fondamentaux du développement des plantes que l'on pourra cultiver les végétaux qui résistent à la chaleur et au manque d'eau. Je l'évoquais tout à l'heure pour dire combien l'Accord sur le climat allait encore stimuler la recherche pour que nous puissions davantage être au rendez-vous de nos engagements. Demain, ce sera l'entrée en vigueur de l'Accord sur le climat. Les engagements devront être tenus. Nous serons, - la France, un pays qui doit être en avance, - exemplaires et donc nous devons, sur les énergies renouvelables, sur le stockage de l'énergie, sur la capacité de produire une électricité peu émettrice de carbone, être les meilleurs. De la même façon, sur les grandes questions du numérique, de la transition écologique, de la démographie, toutes ces mutations qui vont bouleverser notre société, nous devons là aussi faire jouer un rôle aux sciences humaines et sociales et je veux insister là-dessus. La recherche, c'est l'interdisciplinarité. Il faut, pour avoir une politique de la ville – je m'exprimais, il y a peu, devant les représentants des conseils citoyens – faire appel aux sociologues, aux anthropologues, aux géographes, aux historiens, du fait urbain. Pour essayer de comprendre ce que signifie « vivre en ville » dans le monde d'aujourd'hui. Comment enseigner efficacement – les écoles du professorat sont là pour cela – sans s'appuyer sur les acquis des sciences de l'éducation et de la psychologie, mais aussi de tout ce qui est la recherche sur le cerveau ? Comment lutter efficacement contre la radicalisation terroriste, les dérives extrémistes, si on ne fait pas travailler ensemble les spécialistes, les psychologues, les criminologues et aussi tous ceux qui savent ce que peut être la radicalisation sur Internet ? Bref, nous avons besoin de la science pour régler les questions d'aujourd'hui et de demain. Cette confiance dans la science ne va pas sans responsabilités. Et c'est vrai que les décideurs publics ont besoin d'être éclairés, éclairés par les scientifiques, et notamment pour tout ce qui touche la vie, la dignité humaine, la liberté. C'est pour ça que nous disposons d'un Comité national d'éthique pour les sciences de la vie. Mais nous avons aussi besoin de chercheurs pour qu'ils soient eux aussi conscients de leurs responsabilités. Nous disposons aujourd'hui de propositions sur l'intégrité scientifique à partir d'un rapport qui a été remis par le professeur CORVOL et qui, je crois, peut être une charte tout à fait utile. Nous savons bien qu'il y a des peurs. Les peurs existent partout. Elles existent toujours, même à l'égard de la science. Ce qui est le plus redoutable, c'est que ceux qui alimentent ces peurs veulent nous faire douter de la science, de la capacité de la science, de l'idée même du progrès, pour instiller le fait que tout cela pourrait mettre en cause la vie humaine. Nous savons bien qu'il y a des questions qui sont douloureuses, qui sont difficiles ; les manipulations génétiques ; comment faire que nous puissions faire les recherches sur le génome sans que ce soit jamais au bénéfice d'intérêts privés…. Ces perspectives ouvertes par les avancées dans les domaines biologique et médical doivent et peuvent être maîtrisées. Donc nous devons, là aussi, trouver toujours cet équilibre entre ce qui est du domaine de la science, avec la liberté qui doit lui être donnée, et puis les principes que nous devons poser. Parfois il est évoqué le principe de précaution, et je sais ce qu'il peut susciter comme débat. Le principe de précaution n'est pas un principe d'empêchement. Le principe de précaution est un principe de discernement. L'enjeu est de permettre la recherche en lui donnant des capacités nouvelles sans qu'il y ait de craintes pour notre environnement ou pour les fondements de notre humanité. Et ce principe ne doit pas être regardé comme une contrainte, comme un empêchement, mais simplement comme un rappel. Je veux donc – et ce serait finalement l'intérêt de ce colloque sur le colloque – donner à mon tour une perspective. Il faut donner une perspective. J'ai dit « la recherche doit être au cœur de notre projet de société », ce n'est pas en nombre de populations concernées, ce n'est pas par rapport simplement à la communauté des chercheurs que je m'exprime. C'est par rapport à l'intérêt de notre pays, à tous les Français qui doivent considérer que la recherche, c'est finalement ce qui va déterminer leur avenir et qui va également être capable de leur donner des moyens de mieux vivre, et aussi d'avoir des perspectives en matière d'excellence industrielle, de sécurité alimentaire, de capacité à maîtriser les risques du réchauffement climatique ; bref, d'être maître de son destin. Faire de la recherche une priorité, ce n'est pas simplement donner à la France de nouvelles capacités, non. C'est donner aux Français plus de liberté et plus de confiance dans leur avenir. La part de ce qu'on appelle la richesse nationale, le PIB, consacrée à la Recherche et au Développement, aujourd'hui c'est 2,25 %. Nous devons nous donner comme objectif dans les dix prochaines années, d'atteindre 3 %. Cette augmentation est possible. Elle est réaliste et elle est atteignable. Elle doit être partagée au-delà des sensibilités politiques, au-delà des alternances, nous dire que c'est finalement sur quoi nous nous retrouvons. Nous sommes capables de le faire sur certains sujets - pas sur tous, nous l'avons sur la défense, Hervé MORIN s'en souvient - mais nous devons le faire avec la même volonté d'y parvenir pour la Recherche. 3 % de notre richesse nationale doivent y être consacrés à l'horizon des dix ans. Cela supposera un effort constant, une mobilisation à chaque fois rappelée, et une capacité à faire respecter cette décision. Sur quoi faire concentrer nos efforts dans les prochaines années ? J'en vois deux, la recherche fondamentale et les moyens donnés aux jeunes chercheurs. La recherche fondamentale : ai-je besoin d'insister, je l'ai fait au GANIL où nous en avons eu une expérimentation, j'allais dire, grandeur nature ? Nous avons besoin de grands équipements. Nous avons besoin de grands organismes de recherche. Nous avons besoin de budgets qui sont incomparablement plus importants que ce qu'on pouvait imaginer il y a 60 ans. Nous avons besoin d'investissements longs pour être une puissance scientifique. Nous avons besoin de centres d'attractivité pour accueillir les chercheurs venus du monde entier. Nous avons besoin de nous fixer des objectifs sur les grands domaines de la biologie, de la physique et tant d'autres: c'est la recherche fondamentale. Et puis, l'autre objectif, est l'amélioration des conditions pour les jeunes chercheurs. Le gouvernement a procédé à une révision importante de la grille pour les personnels de l'enseignement du second degré, c'était nécessaire. Il est temps de s'engager aussi dans la même démarche pour les salaires des universitaires et des chercheurs des organismes. La priorité doit être mise sur les débuts de carrière afin que les plus jeunes puissent trouver en France des conditions matérielles qui les encourageront à rester ou à rentrer lorsque, ils sont partis étudier à l'étranger pour un poste de doctorat notamment. C'est cette double priorité, la recherche fondamentale et l'amélioration des conditions des jeunes chercheurs, qui fera que la France, année après année, élèvera encore son rang au niveau de puissance scientifique. Il y a une autre dimension qui, il y a 60 ans, était encore finalement nébuleuse, c'est le rapprochement entre recherche et université. C'est là que nous avons pu faire les pas les plus grands ces dernières années avec ces communautés universitaires - je sais qu'ici vous en avez plusieurs illustrations. C'est absolument indispensable pour rapprocher les pôles de recherche et les pôles d'enseignement et la France est un pays où nous devons faire encore un pas supplémentaire. Nous avons en France une recherche privée qui a été stimulée par le crédit impôt recherche, considérablement j'ai d'ailleurs fait en sorte que ces dispositifs fiscaux puissent être préservés - ce qui fait que la France a plus de chercheurs en entreprise aujourd'hui que l'Allemagne, et bien plus qu'elle n'en avait il y a cinq ans. Mais nous devons aussi avoir ce même effort pour la recherche publique, parce que nous avons besoin que dans les grands campus rassemblant universités, écoles et organismes nous puissions donner toute sa place à la recherche publique. La recherche est à la fois tournée vers l'industrie - et c'est nécessaire- tournée vers l'action et notamment l'action publique - c'est indispensable - mais il faut aussi qu'elle puisse être elle-même capable de pouvoir trouver sa propre valorisation. J'évoquais la place des chercheurs dans les entreprises et dans l'administration. Dans les entreprises il nous faut faire en sorte que les docteurs puissent avoir la reconnaissance de leurs titres dans les conventions collectives - depuis le temps qu'on le dit ! Il faut que les entreprises puissent recruter des chercheurs et leur donner la place qui doit être la leur, à des niveaux très élevés de responsabilité. Mais ce qui est vrai pour les entreprises est vrai aussi pour l'administration. Nous devons faire en sorte que les chercheurs puissent non pas être des chercheurs simplement dans l'administration ou des chercheurs sur l'administration - il y aurait beaucoup à faire… - mais des chercheurs cadres de l'administration, responsables de l'administration - non pas simplement pour faire de l'administration ou de la recherche - pour être pleinement acteurs de l'administration et donc de la gestion des grandes opérations publiques. Pour terminer, la recherche scientifique doit imposer sa présence partout, dans l'Etat, dans l'entreprise, dans l'école, dans la société. Elle doit faire partie de notre culture, de notre façon de vivre et de penser, c'est cet appel à cette prise de conscience collective que je voulais faire et auquel ce colloque peut correspondre. Un appel à la prise de conscience que la recherche n'est pas simplement notre avenir : c'est notre priorité. Pierre MENDES-FRANCE il y a 60 ans disait « la République a besoin de savants ». Pour lui, les savants c'était ce qui permettait de donner à notre industrie une modernité, c'était ce qui permettait à la santé et notamment à l'hôpital public de retrouver sa vocation et son ampleur en termes de recherche. C'était sans doute en matière énergétique, puisque c'était en partie lui qui avait décidé de nous lancer dans l'énergie nucléaire. Mais aujourd'hui la République a plus que jamais besoin de savants pour de nouvelles découvertes, pour de nouveaux objets, pour traiter la maladie, pour lutter contre le réchauffement climatique, pour comprendre la société et puis aussi pour permettre à la France d'être au plus haut niveau de l'innovation et de l'excellence industrielle. Voilà, Mesdames et Messieurs, Caen restera, et soyez-en fiers, toujours une référence en matière de recherche scientifique. Caen et la Normandie ont cette vocation et je voulais y venir pour rappeler cette histoire mais surtout évoquer l'avenir. La recherche scientifique, la recherche d'une manière générale, c'est ce qu'une société peut démontrer en termes de confiance dans son avenir. C'est ce qu'elle est capable de sacrifier au présent pour inventer le futur. La recherche, c'est ce qui nous permet de penser que nous vivrons mieux demain. La recherche c'est la conscience que le progrès est possible. La recherche c'est repousser toutes les frontières, c'est penser qu'il y a encore énormément à connaître et à découvrir. Si la France fait ce choix de donner pour les prochaines années - et j'ai donné cette perspective - à la recherche non seulement ces ressources mais cette confiance, alors elle peut avoir un avenir pour ce que nous représentons dans le monde mais aussi pour que la France puisse être toujours au service du progrès, parce que c'est sa vocation. La recherche a toujours été très associée à de grands engagements. Toujours se souvenir du colloque de 1956 : ceux qui étaient là en 1956 pour beaucoup - pour l'essentiel même - avaient été des résistants. Puis ensuite beaucoup de chercheurs se sont engagés, non pas dans la vie publique au sens électoral du terme, mais pour de grandes causes humanitaires parce que la recherche est indissociable d'une conception de la vie et d'une conception de l'humanité, parce que la recherche n'est pas simplement un laboratoire fermé, clos par rapport à ce qui nous entoure. La recherche est profondément un processus qui conduit à l'amélioration de la vie, à ce que la santé puisse être la plus protégée possible, que la vie puisse être la plus longue possible et aussi à ce que le bien-être puisse être le mieux partagé possible. Il n'y a pas de progrès de la recherche s'il n'y a pas de progrès aussi de la justice et c'est en ce sens que la France doit être au rendez-vous. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/434.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/434.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8e38c6ed7165462c509ccdec12207f88f3352c35 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/434.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Garde des Sceaux, Mesdames et Messieurs les Préfets, Mesdames et Messieurs les Procureurs généraux, Mesdames et Messieurs les Procureurs de la République, Mesdames et Messieurs, C'est avec un grand plaisir que je me trouve parmi vous, ce matin – je dirais même que c'est là un privilège que de prendre la parole devant une telle assemblée, composée à la fois de Préfets, de Procureurs généraux et de Procureurs de la République. Sans être complètement inédite, la réunion d'aujourd'hui est suffisamment rare pour constituer à mes yeux un véritable événement, particulièrement utile et précieux dans le contexte actuel. Car, Mesdames et Messieurs, nous avons changé d'époque et, à bien des égards, nous avons aussi changé de monde. Comme je l'ai rappelé ici-même, le 12 octobre dernier, devant les états-majors des forces de sécurité intérieure, nous sommes désormais entrés dans une période nouvelle de notre histoire, marquée durablement par la menace djihadiste. C'est la raison pour laquelle, avec Jean-Jacques URVOAS, nous avons souhaité réunir, dans une même enceinte, les autorités de la République qui, chaque jour, luttent contre le terrorisme et la radicalisation violente avec des outils juridiques qui, pour être différents, n'en traduisent pas moins une même conception de la République et de l'Etat de droit. Je me réjouis donc qu'une telle réunion puisse avoir lieu, car, si je considère pour ma part que le ministère de l'Intérieur est également le ministère du droit, j'ai peu l'occasion de m'adresser directement aux magistrats du parquet, même si bien sûr je vous rencontre régulièrement lors de mes déplacements. Préfets et procureurs, vous incarnez, sur le ressort de vos territoires respectifs, un Etat de droit fort, contre les menaces et les différentes formes de criminalité. Fort, notamment, des principes de droit sur lesquels repose notre action, laquelle vise à les préserver en toutes circonstances. Les uns et les autres, chacun dans votre sphère de compétence, vous dirigez l'action des forces de sécurité intérieure. Comme vous le savez, celles-ci sont aujourd'hui traversées par un malaise auquel nous avons déjà apporté, depuis plus de quatre ans, des réponses importantes en termes de moyens humains, matériels et juridiques. Ces réponses, nous continuons de les renforcer, avec l'adoption d'un Plan de 250 millions d'euros, décidé par le Président de la République et que j'ai annoncé le 26 octobre, pour réhausser les moyens dévolus à la Sécurité publique. Mais les femmes et les hommes de la sécurité intérieure ont aussi besoin de cohérence dans leur action quotidienne, et celle-ci procède en partie du dialogue qu'ils entretiennent avec vous, chaque jour, sur le terrain. C'est là un enjeu absolument central. Voilà pourquoi je souhaite profiter de l'occasion qui nous réunit pour vous exprimer ma conception de la Justice et de l'indépendance de l'autorité judiciaire. Cette indépendance a une valeur constitutionnelle. Elle implique, pour les acteurs publics, de ne pas mettre en cause les décisions qui sont rendues au nom du peuple français. Bien entendu, elle n'exclut pas, pour celles et ceux qui les rendent, de les expliquer en faisant œuvre de pédagogie c'est même là une nécessité. Je note d'ailleurs avec satisfaction qu'à ce sujet, de véritables évolutions ont eu lieu ces dernières années, dans un sens positif. Comme vous le savez, depuis que j'ai pris mes fonctions à la tête du ministère de l'Intérieur, je me suis toujours efforcé de ne jamais commenter les décisions prises par les autorités judiciaires. C'est là une position de principe, une volonté de responsabilité et de respect des règles de l'Etat de droit qui consiste aussi à ne jamais céder à la tentation de la confusion des rôles et des pouvoirs. Dans l'action quotidienne du ministère de l'Intérieur, les décisions du Conseil constitutionnel, les arrêts de la cour européenne des droits de l'homme, du Conseil d'Etat et de la Cour de cassation, ne sont jamais perçus comme des obstacles, mais, bien au contraire, comme des garde-fous que nous devons absolument respecter. Ainsi, quand je sollicite le Conseil d'Etat, comme je l'ai fait l'année dernière, et que, dans un avis, il m'indique qu'en dehors de toute procédure pénale, la détention de personnes présentant des risques de radicalisation est exclue tant sur le plan constitutionnel que sur le plan conventionnel, j'en tiens compte, bien évidemment, je respecte cet avis et je m'y conforme. Dans la lutte contre le terrorisme, de nombreuses mesures relèvent directement du ministre de l'Intérieur, et je peux vous assurer que, s'il a pu arriver que certaines de nos décisions soient annulées par les juridictions administratives ce qui montre bien que les institutions fonctionnent et assument pleinement leur rôle, j'ai le souci permanent de leur précision et de leur motivation. Car c'est le respect intangible de nos règles fondamentales qui donne sa force à l'Etat de droit, tout autant que le réhaussement de nos capacités de prévention et de répression. Face à la menace, l'autorité judiciaire est elle aussi en première ligne, et je veux rendre hommage à l'action des parquets, lesquels font montre, dans la prévention de la radicalisation et la lutte contre le terrorisme, d'un engagement sans relâche et d'une réactivité exemplaire. Je veux notamment saluer l'action du parquet et du parquet général de Paris. Les services de mon ministère, qui travaillent en lien étroit avec vous et sous votre autorité, ont une parfaite conscience de votre rôle et de votre mobilisation, omniprésents également chez les magistrats du siège, tout particulièrement les juges d'instruction, en charge de la lutte contre le terrorisme. Moi-même je mesure la très forte implication de l'ensemble des magistrats du ministère public, sous l'impulsion du garde des Sceaux. En me rendant à Nice, le soir du 14 juillet dernier, juste après l'attentat qui a semé l'effroi et la désolation sur la Promenade des Anglais, j'ai constaté l'extrême mobilisation des magistrats du parquet de Nice, rapidement rejoints par leurs collègues de la section C1 du parquet de Paris. La complémentarité entre le parquet local et le parquet de Paris répondait bien sûr à l'exigence d'efficacité et à l'évidence du moment, mais elle résultait aussi d'un travail d'anticipation engagé depuis plusieurs mois afin de mieux faire face à ce type de situations. C'est d'ailleurs parce que je constate régulièrement l'efficacité dont font preuve les parquets dans la prise en charge des dossiers de terrorisme, dès lors qu'il s'agit d'identifier et de rechercher les auteurs de tels actes, avec le double souci de la vérité des faits et de la dignité des victimes, que je vous avoue ne pas comprendre que l'on puisse remettre en cause l'organisation existante, à travers un projet de création d'un parquet national en charge du terrorisme. Cette proposition est formulée par des personnes qui manifestement ne savent pas très bien de quoi elles parlent et qui n'ont pas pris la peine de discuter avec celles et ceux qui disposent d'une véritable expertise sur le sujet. Elle ne repose en effet sur aucune analyse sérieuse. D'une manière générale, la complémentarité entre l'action judiciaire et l'action administrative se trouve au cœur des dernières évolutions législatives. Elle a été encore renforcée dans le cadre de la mise en œuvre de l'état d'urgence. Depuis 2012, l'évolution de la législation permettant de lutter contre le terrorisme s'inscrit en effet dans une double volonté d'adaptation et d'anticipation de la menace, et ce dans le strict respect du cadre constitutionnel et des engagements internationaux de la France. Nous avons toujours cherché à concilier et à articuler les réponses administrative et judiciaire, selon trois lignes de force : l'élargissement du cadre préventif, le développement de nouveaux moyens d'enquête et, enfin, le durcissement de la réponse pénale. Ainsi, lorsque la loi du 13 novembre 2014 a introduit dans notre législation l'interdiction de sortie du territoire, elle a créé, dans le même temps, un nouveau délit de préparation individuelle d'une entreprise terroriste. Grâce à ce même texte, nous avons également renforcé la répression des faits d'apologie et de provocation au terrorisme, et nous avons élargi les outils administratifs pour procéder à des blocages de sites Internet et au déréférencement d'adresses Internet. La loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement a institué, quant à elle, le fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions terroristes. La loi du 3 juin 2016, en introduisant les contrôles administratifs des retours sur le territoire national, a créé, de son côté, des dispositions qui, en elles-mêmes, impliquent une articulation de l'action administrative et de l'action judiciaire, tout en posant un principe de primauté de cette dernière. Enfin, la mise en œuvre de l'état d'urgence nous a conduits à renforcer cette complémentarité, absolument indispensable. Je veux m'arrêter un instant sur certaines dispositions adoptées dans la loi du 21 juillet 2016 qui, de manière légitime, ont pu susciter des interrogations parmi vous. Ce texte a, en effet, introduit un régime de contrôle d'identité préventif, à la suite d'amendements similaires déposés à la fois par la majorité et par l'opposition non pas en raison de difficultés liées à la mise en œuvre des réquisitions de contrôle d'identité que vous avez prises en très grand nombre, mais bien en vertu d'un choix délibéré du législateur, celui d'étendre le cadre de ces contrôles, de manière exceptionnelle et limitée à l'état d'urgence. Cette volonté n'est certainement pas une mesure de défiance à l'égard des procureurs de la République. Je veux d'ailleurs profiter de ma présence parmi vous pour dresser un bilan à la fois quantitatif et qualitatif de l'état d'urgence et, d'une manière générale, de la mise en œuvre des mesures administratives que nous avons prises pour lutter contre la menace terroriste. Depuis le début de l'année 2015, près de 80 arrêtés d'expulsion ont été pris contre des ressortissants étrangers liés à la mouvance djihadiste, notamment des prêcheurs de haine. Par ailleurs, 201 interdictions administratives du territoire (IAT) ont été délivrées à l'encontre d'étrangers dont la présence en France constituerait une menace grave pour l'ordre public ou bien pour la sécurité intérieure. Nous n'hésitons pas non plus à fermer les lieux de culte dès lors qu'ils constituent des foyers de radicalisation violente. Une vingtaine de mosquées et de salles de prières radicalisées ont ainsi été fermées, notamment dans le cadre de l'état d'urgence. D'autres dossiers sont actuellement en cours d'instruction. Parallèlement, nous mettons en œuvre, avec la plus grande fermeté, les mesures créées par la loi du 13 novembre 2014. A ce jour, près de 430 interdictions de sortie du territoire (IST) ont été prononcées à l'encontre de Français soupçonnés de vouloir rejoindre les groupes terroristes actifs au Moyen-Orient. Les mesures de blocage administratif et de déréférencement des sites Internet illicites sont également pleinement appliquées pour contrer l'apologie et la provocation au terrorisme et par là même le recrutement sur le Web. A ce jour, 54 sites Internet ont ainsi fait l'objet d'une mesure de blocage pour de tels motifs, et 319 adresses électroniques ont été déréférencées par les moteurs de recherche. Dans le cadre de l'état d'urgence, nous avons également pris, depuis le 13 novembre dernier, des mesures d'une très grande fermeté pour déstabiliser durablement les filières de recrutement djihadistes et les milieux propices au développement de la radicalisation. A ce jour, plus de 4 000 perquisitions administratives ont eu lieu. La loi de prorogation du 21 juillet a redonné de la vigueur à cette mesure, en ouvrant la possibilité de procéder à des saisies de données informatiques en vue de leur exploitation ultérieure. Plus de 80 ont eu lieu depuis fin juillet. Grâce à ces perquisitions, nous avons d'ores et déjà obtenu des résultats importants, qui se sont révélés fort utiles pour les enquêteurs. Près de 600 armes à feu ont été saisies, dont 77 armes de guerre. Par ailleurs, près de 500 interpellations ont été réalisées, qui ont donné lieu à 426 gardes à vue. Concernant les assignations à résidence, 95 d'entre elles sont actuellement toujours en vigueur. Dans ce contexte, le Gouvernement s'est montré particulièrement attentif à renforcer la complémentarité et l'articulation de vos missions et de vos prérogatives. Cela s'est fait en bonne intelligence. J'en veux notamment pour preuve les circulaires croisées, grâce auxquelles nous faisons coexister les mesures d'assignation à résidence et les mesures judiciaires. Au-delà de ce qui a déjà été diffusé, la circulaire que le Garde des Sceaux et moi-même venons de vous adresser, préparée dans le cadre d'un travail commun entre la Direction des libertés publiques et des affaires juridiques, la Direction des Affaires criminelles et des grâces et la Direction de l'Administration pénitentiaire, entend définir le cadre d'une étroite concertation dans la mise en œuvre des mesures que nous prenons. Je n'entrerai pas dans le détail technique de ces travaux communs, que développeront tout à l'heure Robert GELLI et Thomas CAMPEAUX, mais je souhaite tout de même m'arrêter un bref instant sur ce qui a guidé la rédaction de cette circulaire conjointe. En premier lieu, je pense au souci qui est le nôtre d'assurer à chacune des autorités concernées une meilleure visibilité sur l'activité de ses partenaires. Je pense aussi à la nécessité de garantir un meilleur partage de l'information dans le but de mieux articuler les mesures prises et de veiller à leur totale cohérence. Enfin, il y a un véritable impératif de continuité des mesures administratives et judiciaires, je pense tout particulièrement à la situation des personnes qui sortent de prison. Au-delà des points développés dans la circulaire, je souhaite que l'action administrative puisse s'inscrire en complément de celle qui est menée par l'institution judiciaire. Je prends deux exemples : la fermeture de certains lieux de culte, d'une part, et la dissolution de l'association Sanabil, d'autre part. Au cours des derniers mois, nous avons en effet procédé, comme je l'ai dit, à la fermeture d'une vingtaine de lieux de culte, où les principes fondamentaux de la République étaient bafoués. Parce que l'on y prônait un islam radical allant à l'encontre de nos valeurs communes, incitant ouvertement au terrorisme, ces lieux devaient être fermés. C'est ce que nous avons fait, avec la plus grande détermination, et l'action que j'ai conduite dans ce domaine s'inscrit en parallèle de celle que vous conduisez. Certaines de ces mosquées sont en effet apparues dans le cadre des procédures judiciaires comme des lieux de recrutement ou de mise en relation de djihadistes. J'en viens à la dissolution de l'association Sanabil. Depuis plusieurs mois, celle-ci constituait un vecteur de la radicalisation violente et de la propagande djihadiste, auprès des détenus en prison comme à l'extérieur. Des individus impliqués dans des affaires de terrorisme ont été engagés par l'association Sanabil. Les perquisitions administratives et le travail de renseignement, associant étroitement la Direction de l'Administration pénitentiaire, ont notamment permis de consolider les éléments recueillis sur cette association pour entamer une procédure de dissolution et prendre une mesure de gel des avoirs. Dans ces deux exemples, vous le constatez, il y a une véritable complémentarité de l'action administrative et de l'action judiciaire, au service d'une plus grande efficacité de l'action de l'Etat, et, partant, au service de la sécurité des Français. Au-delà du besoin renouvelé d'articulation entre les autorités préfectorales et le ministère public, nous assistons aujourd'hui à un accroissement parallèle des prérogatives de l'administration et de l'autorité judiciaire. Je veux m'y arrêter un instant avec vous, non seulement pour en rendre raison, mais surtout pour exposer ce qu'à mes yeux il implique pour l'avenir. Cette évolution est bien sûr étroitement liée aux évolutions de la menace terroriste notre objectif étant d'anticiper et de prévenir les passages à l'acte. L'infraction d'association de malfaiteurs terroriste, clé de voûte des dispositions pénales, ainsi que la préparation individuelle d'une entreprise terroriste, constituent des « infractions obstacles » qui incriminent un comportement situé en amont du passage à l'acte violent. Dans une stratégie de prévention d'une menace permanente, les points de contact entre police administrative et police judiciaire se multiplient. En dotant les services de renseignement de possibilités jusque-là réservées à la police judiciaire, la loi du 25 juillet 2015 a encore accru ce rapprochement. De surcroît, le parlement a clairement fait le choix de développer les enquêtes administratives, avec la loi Savary du 22 mars 2016 et la loi du 3 juin 2016. Sans verser dans une logique de criblage généralisé et je resterai toujours vigilant sur ce point, cette orientation découle donc de notre souci d'anticipation et de prévention. Je veux m'arrêter un instant sur la loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement et sur celle du 3 juin 2016. Avec la loi de juillet 2015, nous avons fixé un cadre à l'action des services de renseignement. Je le disais à l'instant, les dispositions issues de ce cadre prévoient désormais que les services peuvent recourir à des techniques jusque-là réservées aux autorités judiciaires. Par ailleurs, après que nous avons donné aux services de renseignement la possibilité de recourir à l'IMSI catcher, la loi du 3 juin a introduit ce nouvel outil de renseignement dans le code de procédure pénale. La police judiciaire et les services de renseignement ne peuvent pas constituer deux sphères qui s'ignorent l'une l'autre, tant les deux cercles de compétences encadrant leur action se recoupent. Des réflexions sont précisément en cours pour développer les échanges entre services de renseignement et autorités judiciaires. L'indispensable mise en place d'un service de renseignement pénitentiaire, projet que porte aujourd'hui Jean-Jacques URVOAS, avec le préfet Philippe GALLI, et qui bénéficie du soutien du ministère de l'Intérieur, permettra encore d'accroître ce rapprochement. La montée en puissance du renseignement pénitentiaire constituera, j'en suis convaincu, un outil précieux. Mais il ne sera pleinement efficace que s'il existe une étroite articulation entre l'action du renseignement pénitentiaire et celle des autres services. S'il ne doit certes pas y avoir de confusion des rôles, il est néanmoins souhaitable que les autorités judiciaires et les services de renseignement se connaissent mieux. J'observe avec satisfaction que les dispositifs territoriaux de prévention de la radicalisation ont favorisé les échanges allant dans ce sens. Vous aurez d'ailleurs l'occasion, lors des tables rondes de la journée, d'évoquer le fonctionnement de ces dispositifs. Depuis maintenant plus de deux ans, nous avons en effet créé et mis en place une politique publique innovante d'anticipation, de détection et de prévention des phénomènes de radicalisation. Notre stratégie et l'ensemble des dispositifs qui y participent sont pilotés, à l'échelle nationale, par l'Etat-Major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT), qui s'appuie sur l'expertise de l'UCLAT et travaille en lien étroit avec les Préfets de zone. La place des parquets dans ces dispositifs est évidemment centrale. C'est la raison pour laquelle ils doivent y être le plus étroitement associés. Cet après-midi, je sais qu'il sera notamment question de l'exemple toulousain, région marquée par le terrorisme et le phénomène djihadiste ; c'est là, me semble-t-il, une illustration pertinente de notre action en la matière. Par ailleurs, nous allons renforcer, dans le même esprit de coordination et de complémentarité, la place des collectivités locales dans ces dispositifs, je m'y suis engagé et c'est là aussi une nécessité. Mais, comme je l'ai dit aux élus locaux le mois dernier, en ouverture des Rencontres nationales de la prévention de la radicalisation, cette association se fera dans le respect des rôles de chacun. Je veux terminer mon propos en évoquant la question du chiffrement. En août 2015, François MOLINS, Cyrus VANCE, Javier ZARAGOZA et Adrian LEPPARD ont lancé, à ce sujet, une véritable alerte, à l'occasion de la publication dans le New York Times d'un article qu'ils ont co-signé. Lors la réunion, le 20 octobre dernier, du groupe quadripartite associant les autorités judiciaires françaises, belges, espagnoles et marocaines, cette préoccupation majeure a de nouveau été mise en avant. L'initiative que j'ai moi-même prise cet été, avec mon homologue allemand Thomas de MAZIERES, s'inscrit précisément dans la continuité de l'initiative portée par ces grandes voix du ministère public. Désormais, le sujet est posé sur la table de la Commission européenne, et j'ai bon espoir que nous puissions parvenir à des avancées normatives pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. Par-delà l'enjeu crucial du recueil d'informations, nécessaire pour lutter contre le terrorisme, cette question du chiffrement touche directement à l'idée que l'on se fait de l'Etat. Si je ne suis pas un adversaire du chiffrement qui apporte de la sécurité dans les transactions, dans la conservation ou bien dans la transmission de données personnelles c'est là un enjeu de protection de la vie privée, je ne peux me résoudre à ce que la police judiciaire, lors de faits d'une particulière gravité engageant la sécurité nationale, ne puisse, sur son territoire et sous le contrôle de l'autorité judiciaire, accéder à des communications ou à des données décisives pour l'avancée des enquêtes. C'est là un enjeu d'efficacité opérationnelle, mais c'est aussi une question de souveraineté et de positionnement des Etats face à des acteurs privés. Je le redis : je crois en un Etat de droit fort. Fort des femmes et des hommes qui le servent avec rigueur et dévouement, et que vous représentez aujourd'hui. Fort des principes sur lesquels il s'appuie et qu'il entend protéger, ces mêmes principes qui doivent nous conduire à toujours rechercher la complémentarité et l'articulation des réponses administratives et judiciaires, sans néanmoins jamais céder à la tentation facile et démagogique de la confusion des genres. Tous ici, nous poursuivons un seul et unique objectif : le bien-être et la sécurité des Français, dans le strict respect de nos lois et de nos principes. Car, Mesdames et Messieurs, c'est cela, la République. Avant de céder la parole au Garde des Sceaux, je vous souhaite des échanges riches et fructueux. Je ne doute pas qu'ils le seront. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/435.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/435.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..779d6ef746e896a234efa2ecd53a3641331bb291 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/435.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre de l'Intérieur, cher Bernard, Mesdames et Messieurs les Procureurs généraux et les Procureurs de la République, Mesdames et Messieurs les Préfets, Mesdames et Messieurs, Permettez-moi de vous dire, à mon tour, le plaisir d'ouvrir cette réunion. Ce genre d'occasion est rare. Le Ministre de l'Intérieur a retrouvé une telle configuration en 2006. J'étais, pour ma part, remonté encore plus loin dans le temps pour en retrouver l'origine d'une telle initiative. C'était le 6 septembre 2001. Daniel VAILLANT et Marylise LEBRANCHU avaient alors imaginé une telle rencontre afin de traiter des moyens de lutter efficacement contre la délinquance. Le Ministre de l'Intérieur avait alors développé la notion de « coproduction de sécurité ». Et la garde des Sceaux avait appelé vos prédécesseurs à la collaboration régulière et à la communication conjointe. Depuis 15 ans, ces invitations sont devenues des évidences et même de vertueuses habitudes. C'est d'ailleurs probablement en partie grâce à elles que nous pouvons solidement faire face aux défis du moment. Le terrorisme que nous devons affronter est, en effet, d'un type particulier. Il surprend nos sociétés à un moment où elles étaient guettées par une sorte de fatigue. Avec cette menace djihadiste, il n'y a plus de front, plus d'arrière, plus de champ de bataille. Les attentats de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray l'ont montré. Plus aucun espace n'est sécurisé, et les objets les plus civils peuvent devenir une « arme par destination » comme disent les juristes. Le péril n'a pas de contours précis, il peut venir de l'intérieur ou de l'extérieur, on ne sait pas quand il commence ni quand il finit. Ce terrorisme global frappe d'autant plus qu'on ne le comprend pas. - Il est un choc qui traumatise non seulement l'opinion - Mais qui atteint chaque citoyen dans son imaginaire. Le terrorisme ne nous laisse pas le choix : il nous oblige à le regarder en face pour ce qu'il est : - Une menace pour l'Etat de droit, - Un danger parce qu'il risque de mettre en défaut le premier des devoirs du souverain : celui de protéger ses citoyens. Il réveille le désir chimérique de protection absolue. Placées ainsi sous pression, nos démocraties se trouvent exposées au couperet d'une double injonction : - Une réaction sécuritaire excessive au mépris des libertés individuelles et collectives, - Ou la capitulation que serait le déni ou une trop grande clémence. Pour dépasser cette alternative, pour éviter ce que CAMUS appelait « les noces sanglantes du terrorisme et de la répression » notre pays a choisi de faire du droit à la fois un bouclier et une arme. C'est dire la responsabilité qui pèse sur vous. C'est dire l'obligation qui nous incombe de bâtir ensemble une nouvelle politique publique. Nous l'avons fait d'abord par l'adaptation de la législation pénale. Le Ministre de l'Intérieur vient de rappeler les lois votées. Je veux y ajouter les circulaires des 18 décembre 2015, et du 1er février 2016. Robert GELLI, Directeur des affaires criminelles et des grâces y reviendra de manière plus détaillée. Nous l'avons fait ensuite par des choix budgétaires conséquents. Cela a permis d'indispensables renforcements de nos moyens humains et financiers. Ainsi, pour faire face à ce que le Président du Tribunal de Grande Instance de Paris, Jean-Michel HAYAT appelle « la déferlante terroriste », nous avons pu : * Renforcer la section anti-terroriste du parquet de Paris qui est passée de 7 à 13 magistrats. * Augmenter de 2 juges, passant de 8 à 10, le pôle instruction antiterroriste du TGI de Paris. Et un 11e juge d'instruction prendra ses fonctions en janvier prochain, sous réserve de l'avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), que j'ai saisi le mois dernier. * Recruter des assistants spécialisés pour soutenir l'action du ministère public. 15 assurent déjà une mission de veille et d'alerte au sein des juridictions et 25 sont en cours de recrutement. Ce faisant, nous confortons notre organisation, convaincus de sa pertinence. J'ai déjà eu l'occasion de dire tout le mal que je pensais de cette sottise que serait un «parquet national antiterroriste ». Non pas que je sois rétif devant des évolutions. Le parquet a d'ailleurs montré qu'il est au sein de l'institution judiciaire, l'autorité qui a su le plus naturellement s'ouvrir vers l'extérieur et développer des partenariats pour faire contribuer aux politiques publiques. Prévention de la délinquance, lutte contre les violences faites aux femmes, prévention en matière de circulation routière, contrats locaux de sécurité… Je n'entends jamais des élus locaux se plaindre des procureurs. Chacun reconnait votre insertion dans des dispositifs territoriaux. Non, si je combats cette idée de « parquet autonome et dédié », c'est parce qu'elle : - contribuerait à figer nos capacités d'action quand l'expérience souligne le bénéfice de la plasticité des moyens à mobiliser - qu'elle correspondrait à de la gesticulation quand le savoir dramatiquement acquis en 2015 démontre que nous avons besoin de stabilité dans nos pratiques - Et surtout, elle est stérile car elle ne répond à aucun besoin identifié, à aucune faille ou défaillance de la réponse judiciaire. Au contraire, de mon point de vue, le ministère public a largement démontré dans les derniers mois son efficacité. Qu'il me soit, à ce stade, permis de saluer à nouveau publiquement le courage, la compétence et le dévouement des procureurs de Paris, de Nice, de Rouen (Saint-Étienne-du-Rouvray) et de Versailles (Magnanville). Plus largement, je suis reconnaissant à tous les parquetiers pour leur engagement constant. Et ce d'autant plus, que vous figurez en tête du classement des magistrats les plus chargés parmi les pays membres du Conseil de l'Europe ! Votre disponibilité et votre professionnalisme sont les meilleures garanties de votre indépendance. Vous savez combien je partage votre déception devant l'échec d'une réforme statutaire pour l'adoption de laquelle je m'étais pleinement investi. Je le regrette d'autant plus que j'entends de plus en plus des voix qui semblent promettre un retour à la magistrature du Second Empire et à des juges clonés dans une discipline hiérarchique sans faille. L'indépendance de l'autorité judiciaire n'est pas pour moi un risque mais un atout. Et je ne serais, pas plus que Bernard CAZENEUVE un jouteur de l'incessante et irritante querelle police-justice. Ces deux institutions n'ont pas à faire preuve de solidarité mutuelle car ce serait s'affranchir à bon compte du principe constitutionnel de séparation des pouvoirs. Elles doivent en revanche se convaincre que, complémentaires, le succès de l'une ne saurait se construire sur l'échec de l'autre. Ensemble, elles relèveront les défis qui se posent à nous, ou ensemble elles failliront. Il ne faut en effet pas faire un contresens quand on évoque la « chaîne pénale ». C'est d'ailleurs une expression particulière puisque personne n'évoque « la chaîne éducative » ou la « chaîne de santé ». Il ne faut pas prendre cette image en référence à des maillons qui seraient tous identiques. Il ne peut y avoir de taylorisme ou de fordisme dans notre domaine. Dans la lutte contre la délinquance et a fortiori contre le terrorisme, la force ne vient pas de la similitude mais de l'union. Dans une démocratie, la police et la gendarmerie interpellent et la justice sanctionne. Dès lors, peu importe, que ces institutions s'apprécient (ce serait cependant mieux) du moment qu'elles coopèrent intelligemment. Non pas pour faire plus et plus vite, mais pour obtenir des résultats durables correspondant aux attentes de la population. Pour le reste, permettez-moi de penser que tout est affaire de respect du code de procédure pénale qui définit précisément la fonction et les missions des différents partenaires dans l'exercice de l'action publique. L'exercice des poursuites pénales est une phase différente de l'enquête de police, car c'est celle où doivent se concilier l'intérêt de la société et les droits de la défense, grâce à la discussion contradictoire des éléments de preuve. Ces deux étapes de la procédure pénale ne s'opposent pas l'une à l'autre. L'ouverture d'une procédure judiciaire ne signifie ni présomption de culpabilité ni critique de l'action policière mais répond simplement à l'exigence d'une approche impartiale permettant à l'autorité judiciaire de prendre une décision définitive en toute connaissance de cause. Aussi la condition indispensable pour que prévale l'intérêt général est que chacun reste dans son rôle. Tout est toujours affaire de respect mutuel et d'écoute afin que chacun accepte de prendre pleinement en considération les dures contraintes du partenaire. Mesdames et messieurs, je mesure, à cet instant, combien ces rappels sont ici inutiles. J'ai, en effet, pu apprécier, dans ma fonction précédente de Président de la Commission des lois de l'Assemblée nationale, la vertueuse coopération qui caractérise la relation entre les préfets et les procureurs. Ainsi dans mon premier rapport sur le contrôle de l'état d'urgence publié le 16 décembre 2015, je soulignais « la dynamique vertueuse entre les préfets et les parquets » précisant que « ce lien n'est pas seulement réel, mais essentiel, et, à l'évidence, la collaboration née à l'occasion de certaines politiques publiques, a été un solide point d'appui ». Dix mois passés à la Chancellerie m'ont renforcé dans cette conviction et m'ont permis d'agir pour en consolider l'efficacité. Ce fut notamment l'objet de la circulaire du 13 octobre 2016 relative à la prévention de la radicalisation violente. Elle définit le rôle du ministère public au sein des cellules de suivi installées dans les départements. Elle préconise des réunions en format restreint au cours desquelles seront évoquées les seules situations individuelles susceptibles d'une prise en compte judiciaire. C'est-à-dire : -Les situations de mineurs en danger pouvant être prises en compte judiciairement au titre de l'assistance éducative ; - Les situations d'individus radicalisés susceptibles d'être auteurs d'infractions pénales, pouvant justifier une ouverture d'enquête, sous une qualification de droit commun. Ce cadre restreint : -Doit favoriser l'échange d'informations, issues des procédures judiciaires, - Et permettre réciproquement à l'autorité administrative de livrer des éléments d'analyse ou d'évolution nécessaires à l'adaptation de la réponse pénale. Au-delà de l'évocation de situations individuelles, ces réunions des cellules de suivi doivent également être le lieu où sont arrêtées des mesures plus larges. Par exemple, des actions visant des secteurs géographiques spécifiquement exposés à une problématique de radicalisation violente. Toulouse est un excellent exemple de cette concertation, qui n'associe pas seulement le parquet, mais également d'autres composantes de l'autorité judiciaire, moins habituées au travail partenarial dans le domaine répressif. Il y a en effet une cellule judiciaire, qui regroupe, en amont des réunions préfectorales, les services du siège, du parquet, de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et du Services Pénitentiaires d'Insertion et de Probation (SPIP). Je note d'ailleurs avec intérêt que cette cellule a été mise en place avec la participation active de l'assistant spécialisé dont j'évoquais la création précédemment. Je n'en dis pas davantage, car le préfet Philippe GALLI, nouveau Directeur de l'administration pénitentiaire, abordera ces questions de manière plus détaillée. Une autre circulaire précise le rôle dans chaque parquet général et dans chaque parquet, d'un magistrat référent « terrorisme ». Celui-ci doit être, au niveau local, le point de contact : -De la section antiterroriste du parquet de Paris, -Du préfet, notamment pour le traitement des signalements émanant du centre départemental d'assistance et de prévention de la radicalisation (CNAPR), - Et des services locaux de renseignement. Ce référent « terrorisme » doit être avisé plus largement des informations recueillies, dans le cadre : - D'une mesure d'assistance éducative suivie par un juge des enfants ; - D'une procédure devant le juge aux affaires familiales ; - Du suivi d'une personne condamnée par le juge d'application des peines ; - D'une instance civile. Depuis leur création, en 2015, la direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) a réuni à trois reprises ces référents pour identifier leurs difficultés et harmoniser les pratiques. Au rang des autres initiatives destinées à une meilleure articulation entre les mesures administratives et judiciaires, je veux enfin revenir sur la circulaire interministérielle Intérieur/Justice, qui vient d'être diffusée et que Bernard CAZENEUVE a déjà évoquée. La double signature, - ministère de l'Intérieur et ministère de la Justice -, doit évidemment être interprétée comme une volonté commune d'une efficacité accrue. A mes yeux, elle poursuit un triple objectif : - En premier lieu, très naturellement, assurer l'échange d'informations utiles pour une meilleure efficacité des mesures et pour prévenir les cas d'incompatibilité, - Ensuite, assurer un suivi continu des personnes radicalisées, en permettant la mise en œuvre de mesures de police administrative et de mesures judiciaires, - Enfin concilier l'exécution concomitante, quand elle est possible, de mesures de police administrative et des mesures judiciaires. Enfin, en dernier point de mon propos, je voudrais évoquer les ajustements auquel j'ai procédé au sein du ministère de la justice pour faire face l'essor du terrorisme et de la radicalisation violente. Il m'a semblé inopérant l'appréhender qu'avec des méthodes classiques. Ce défi devait être l'occasion : -De porter un regard nouveau sur notre manière de travailler, - D'avoir le courage de visiter d'autres chemins. Nous devons collectivement donner tort à Stefan ZWEIG, qui disait que « ce sont toujours les contemporains d'une époque donnée qui connaissent le moins cette époque ». J'ai donc souhaité que le ministère développe une culture de l'évaluation plus poussée, une culture de la coordination, une culture de l'hybridation, une culture de la recherche, aussi. J'ai par conséquent installé le 7 juillet un Comité de pilotage de la lutte contre le terrorisme et la radicalisation violente. Il rassemble, au moins 1 fois par mois, toutes les directions, autour d'un agenda précis. Les directions sont invitées à partager leurs expériences et leurs informations, à mutualiser leur travail et leurs outils. Je veux casser la lecture verticale des informations parce que les signaux faibles mais cruciaux se situent souvent, parfois même toujours, entre les silos. J'ai parallèlement installé un Conseil scientifique, le 31 août, que je réunis, lui aussi, au moins une fois par mois. Les deux structures travaillent en parallèle mais dans une cohérence d'ensemble. Le conseil scientifique rassemble les administrations, des praticiens et des universitaires de nombreuses disciplines. Certaines plus « classiques » : sociologie, psychologie, sciences des religions. D'autres moins courantes dans nos institutions : l'anthropologie, les sciences cognitives, les sciences comportementales. Les praticiens sont des spécialistes de l'univers pénitentiaire, de la radicalisation violentes ou des questions terroristes. Grâce à ce comité, nous bénéficions d'une capacité d'évaluation. Je suis ainsi fidèle à une sentence du philosophe Gaston BACHELARD qui affirmait : « une intuition ne se prouve pas, elle s'expérimente » ! C'est avec leur appui que nous avons construit le plan de sécurité pénitentiaire et de lutte contre la radicalisation violente que j'ai récemment présenté. C'est par exemple sur la base de cette évaluation que j'ai décidé de mettre fin aux 9 mois d'expérimentation des unités dédiées, ou unités de prise en charge de la radicalisation (UPRA). Et de les remplacer par 6 quartiers d'évaluation de la radicalisation (QER). Seule une évaluation serrée (4 mois) permettra une orientation adaptée dans les prisons, facilitant ainsi une prise en charge adaptée des individus radicalisés, selon leur profil. Puisque j'évoque l'univers carcéral, permettez-moi de mettre en avant trois points particuliers : Et d'abord la création du Bureau central du renseignement pénitentiaire (BCRP). La loi du 3 juin 2016 a forgé le cadre législatif de ce Bureau. Il va faire partie de la sous-direction de la sécurité pénitentiaire, qui sera créée dès février 2017. Nous travaillons activement à : -La structuration, notamment de l'unité centrale et au renforcement de l'implantation locale, 51 emplois dans le PLF rejoindront les 186 existants. L'Académie du renseignement leur ouvrira ses portes pour les former. - La protocolisation avec les services partenaires de la communauté du renseignement, - La rédaction des décrets idoines et l'acquisition des outils technologiques qui seront utilisés dans les établissements pénitentiaires Second point, la préparation et l'accompagnement des sorties de prison. Je souhaite que puisse être créée au sein des états-majors de sécurité départementaux, une formation spécialisée consacrée aux sujets pénitentiaires. La libération de chaque personne détenue radicalisée, qui aura été préalablement évaluée afin d'apprécier son évolution ou son éventuelle dangerosité, serait ainsi anticipée et son suivi pourrait être réfléchi. Dernier point, la loi du 3 juin 2016 a prévu la faculté juridique d'organiser la prise en charge en milieu ouvert des personnes radicalisées placées sous main de justice. Cela va nous conduire à lancer à titre expérimental, un projet baptisé « RIVE » (recherche intervention contre la violence extrémiste) en Île-de-France le mois prochain. Il s'agira d'une prise en charge totalement individualisée assuré par des équipes pluridisciplinaires (éducateurs, psychologues, SPIP…) accompagnées d'universitaires. Elle concernera des personnes placées par exemple sous contrôle judiciaire ou sursis mise à l'épreuve. L'objectif est de travailler à leur réinsertion par leur désengagement des processus violents. Ce dispositif expérimental, unique au monde, a vocation à être étendu à l'ensemble du territoire métropolitain, si les résultats sont probants. Grâce à lui, l'administration pénitentiaire traitera de l'entier spectre des personnes placées sous main de justice. Mesdames, Messieurs, que sera l'avenir de la lutte contre le terrorisme et la radicalisation violente ? Si l'on parvient à dépasser l'éclat de l'instant qui est commun à tous les soubresauts de l'histoire, que nous réserve le temps long ? Mireille Delmas-Marty a écrit sa conviction que le terrorisme est « un concept juridique transitoire », appelé à disparaître au profit de concepts plus traditionnels. Intellectuellement, j'adhère à cette idée car je sais que nous vaincrons un jour ce fléau. Mais il ne s'agira ni d'une victoire militaire, ni d'une victoire juridique. Car la nature de l'épreuve que nos sociétés contemporaines doivent affronter est singulière. Elle ne consiste pas uniquement en un défi sécuritaire (comment lutter efficacement contre le terrorisme) même si celui-ci est crucial. Ni de trouver le bon équilibre entre la sécurité et les libertés, question certes décisive mais qui n'est pas nouvelle. Non, l'épreuve que nous traversons est de nature politique. C'est pourquoi nos armes ne sont pas seulement guerrières, policières ou procédurales. Elles résident surtout dans notre capacité collective à redonner de la substance au pacte démocratique. Voilà pourquoi, il faut savoir utiliser les temps calme pour préparer l'opinion à faire face avec sang-froid mais sans résignation à de futurs (probables ?) attentats. La victoire de la guerre contre le terrorisme sera donc surtout de parvenir à surmonter l'épreuve en opposant au stress de nos démocraties une confiance renouvelée dans les institutions. Il s'agira donc d'une victoire de la société sur elle-même. Ou pour dire comme Albert CAMUS « Demain, la plus difficile victoire que nous ayons à remporter sur l'ennemi, c'est sur nous-mêmes qu'elle doit se livrer, avec cet effort supérieur qui transformera cet appétit de haine en désir de justice ». \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/436.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/436.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6766c733db2cd3c403c87f6a56b7dfffcc1a018e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/436.txt @@ -0,0 +1 @@ +Si nous regardons la situation actuelle, nous voyons, autour de nous, s'accumuler les défis. Ces défis sont immenses. Ces défis sont, pour nous, pour l'Europe, autant d'épreuves. Nous voyons la montée des populismes et des nationalismes. Ils germent sur les terreaux toujours fertiles des craintes, des incertitudes et des peurs des lendemains. Nous voyons aussi la réalité de ces populations entières jetées sur les routes de l'exil. Elles viennent chercher en Europe un refuge, une terre d'asile, la possibilité d'une vie nouvelle. Oui, nous revivons le temps des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité, des génocides. Oui, nous voyons le monde se replier dans des visions fermées, autarciques, nationalistes, avec leur cortège sordide de privation de liberté, la mise sous silence de journalistes, la négation la plus violente des droits les plus essentiels de notre commune humanité. C'est un tableau noir que je dresse. Mais c'est la réalité de l'époque et du défi qui se pose face à nos démocraties. De la gravité de la situation, nous sommes toutes et tous conscients. De son exigence, aussi, et des responsabilités qui sont les nôtres. Devant de tels défis, nous entendons s'élever des voix qui prônent le repli sur soi, la peur et l'exclusion. Nous sentons que la tentation est grande, à l'intérieur même de nos pays, de transiger sur les principes, au nom d'un soi-disant réalisme. Mais il est une chose que l'histoire de l'Europe nous apprend. C'est que l'Europe, devant les défis passés, les a toujours relevés, non par la compromission et le reniement, mais par la résistance aux obscurantismes, par plus de valeurs et plus de démocratie. C'est pourquoi je veux souligner l'importance et la pertinence que revêt, aujourd'hui, ce 5ème Forum mondial de la démocratie. Regardons autour de nous. Nous voyons des défis et des crises. Mais nous voyons aussi une ville, Strasbourg, dont l'histoire doit être pour nous une inspiration, aujourd'hui. Louise WEISS le disait : « C'est à Strasbourg que l'esprit européen est le plus ouvert et le plus pur ». C'est pour cela que je salue la tenue, ici, de ce Forum Mondial. Un Forum qui est l'occasion de souligner l'importance de notre mission commune, et je veux saluer et remercier ceux qui l'ont initié et organisé : merci, en particulier, au Conseil de l'Europe, et à son Secrétaire général, M. Thorbjorn JAGLAND, ainsi qu'aux équipes mobilisées au sein de l'Organisation pour assurer la réussite de cet événement. Je salue également les co-organisateurs de ce Forum : la Ville de Strasbourg, son maire, M. Roland RIES, la Région Grand Est. Enfin, cet événement a été soutenu par le Gouvernement français, et je remercie en particulier M. Jean-Baptiste MATTÉI, Ambassadeur et Représentant permanent de la France auprès du Conseil de l'Europe. Je salue également la présence parmi nous de Catherine LALUMIÈRE dont nous connaissons la force de l'engagement pour la défense des principes fondamentaux de démocratie, pour la solidarité et pour la paix. Les démocraties européennes ont été, ces derniers mois, ces dernières années, atteintes en plein cœur : il y a eu Paris, Copenhague, Bruxelles. Il y a eu, encore avant, Londres et Madrid. Ces attentats qui ont frappé l'Europe ont cherché, à travers elle, à atteindre la Démocratie. A la faire vaciller. Au lendemain de la première guerre mondiale, Paul Valéry écrivait : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Eh bien je crois qu'aujourd'hui, nous, démocraties, nous rendons compte que nous sommes mortelles. Nous nous rendons compte, et le Président de la République l'avait rappelé avec force devant vous, que le mouvement est réversible. La démocratie n'est jamais acquise c'est un combat quotidien. Le Président de la République a rappelé, il y a quelques jours, ici même, devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, l'attachement que la France porte à l'Organisation, parce que, je le cite : « vous faites progresser l'État de droit, parce que vous permettez de garder de manière vigilante les engagements que nous avons pu prendre. » Je ne peux que vous redire à quel point nous avons besoin de vous, et je salue l'engagement du Conseil de l'Europe pour promouvoir l'État de droit et la démocratie. J'ai suivi depuis longtemps déjà l'action conduite par le Conseil de l'Europe en matière d'éducation. Elle a inspiré les États membres. Je pense à la promotion du dialogue et de l'entente interculturelle ; au développement de la diversité linguistique et du plurilinguisme ; à la reconnaissance des qualifications dans le cadre de la convention élaborée par le Conseil de l'Europe et l'Unesco, et cette Convention de Lisbonne est plus que jamais d'actualité dans le contexte de la crise des réfugiés. Je pense, enfin, bien sûr à l'éducation à la citoyenneté et aux droits de l'homme. Former le futur citoyen, ce n'est pas un programme abstrait. C'est un enjeu concret, pour lequel nous avons besoin d'outils et de cadres précis. C'est pour cette raison, je l'ai dit lors de la conférence ministérielle de Bruxelles en avril 2016, que les États membres regardent avec attention le développement d'un nouveau « cadre de compétences pour une culture de la démocratie ». Il pose clairement les bases d'un travail collectif pour nous permettre de répondre à la formidable aspiration de nos sociétés civiles à participer à la construction européenne et à ré-enchanter son modèle démocratique. Le cadre proposé rejoint l'approche développée en France dans le nouveau socle de connaissances, de compétences et de culture, dont l'un des piliers concerne « la formation de la personne et du citoyen ». Je serais donc particulièrement attentive à la progression de ce projet, ainsi qu'au développement du projet d’« éducation à la citoyenneté numérique » qui sera prochainement élaboré par le conseil de l'Europe. Si j'y suis attentive, c'est qu'il y a une convergence avec la politique que nous menons aujourd'hui en France pour l'éducation à la citoyenneté. De la loi de Refondation de l'École de la République de juillet 2013 à la mobilisation de l'École pour les valeurs de la République de janvier 2015, nous avons porté et défendu une conception renouvelée et une ambition renforcée de l'éducation à la citoyenneté. Nous l'avons fait, d'abord dans les textes : l'article 12 de la loi de Refondation précise, je cite : « au titre de sa mission d'éducation à la citoyenneté, le service public de l'éducation prépare les élèves à vivre en société et à devenir des citoyens responsables et libres, conscients des principes et des règles qui fondent la démocratie ». Nous l'avons fait dans le socle commun de compétence, de connaissance et de culture, qui est un engagement que la Nation prend envers ses élèves et leurs familles. Et nous l'avons fait dans les enseignements, avec en particulier la mise en place du Parcours Citoyen. La création du parcours citoyen s'inscrit dans une histoire en deux temps. Ce Parcours vient, en partie, de la Refondation de l'École. Était alors envisagé, par la loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'École du 8 juillet 2013, un enseignement moral et civique, ainsi que l'inscription, dans le socle commun, de « la formation de la personne et du citoyen ». Mais cet enjeu, important, devint une question brûlante au lendemain des attentats de janvier 2015. Au sein de la grande mobilisation pour la défense des valeurs de la République, il fut alors décidé d'instaurer un parcours. Son objectif, pour être clair, n'en était pas moins complexe : former, au sein de l'École, un citoyen. Et l'ensemble des personnels concourant à l'éducation à la citoyenneté enseignants, personnels d'éducation, d'encadrement notamment disposent aujourd'hui d'un texte cadre une circulaire parue en juin 2016 au Bulletin officiel de l'éducation nationale qui précise les grands objectifs de formation, les modalités de pilotage et de mise en œuvre de ce parcours citoyen. Le parcours citoyen envisage l'apprentissage de la citoyenneté comme un parcours cohérent : il se déploie à la fois dans le cadre des enseignements, dans celui de l'école, et se prolonge vers la société dans son ensemble. Il s'appuie sur des enseignements spécifiques, l'Enseignement Moral et Civique et l'Éducation aux Médias et à l'Information, mais aussi sur la vie scolaire en tant que telle. Lieu de vie, l'École doit permettre, en fonction de l'âge des élèves, d'exercer la démocratie : ce peut être la réflexion menée par des élèves de primaire sur les règles de la classe, ou, dans les collèges et les lycées, au sein des instances et des conseils prévus par les textes : conseil de la vie collégienne ou conseils de classe. Ce sont autant d'occasions, pour nos élèves, de développer, au jour le jour, une pratique citoyenne et je prends soin à donner, à l'engagement des élèves, une importance particulière. La citoyenneté est aussi un savoir-faire et un savoir-être. Son apprentissage ne s'arrête donc pas aux murs de l'École. Le parcours citoyen intègre, par exemple, la visite des institutions et des services publics ; la rencontre avec des réservistes citoyens et Strasbourg, je tiens à le souligner, est la première ville à avoir rejoint la réserve citoyenne en qualité d'ambassadeur. Ce parcours c'est aussi la visite de lieux de mémoire, la participation à des concours comme celui de la Résistance et de la Déportation ou celui sur la mémoire de l'esclavage, des traites et de leur abolition que nous avons créé il y a deux ans et appelé « La Flamme de l'égalité ». Ces trois dimensions du Parcours Citoyen, dans les enseignements, dans l'École et dans la société, remettent l'École au cœur de la République, et la République au cœur de l'École. Alors, dans les connaissances, certaines sont transmises dans des cadres spécifiques, comme l'enseignement moral et civique. Mis en œuvre dès la rentrée 2015, il se décline de l'école élémentaire au lycée. Il contribue à la construction d'une culture morale et civique qui prend en compte quatre dimensions : la sensibilité qui vise à l'acquisition d'une conscience morale ; la règle et le droit ; le jugement ; et l'engagement. Mais je veux aussi insister la dimension interdisciplinaire : l'ensemble des disciplines participe à la formation du citoyen, notamment l'Histoire et la langue française. Dans l'édification du commun, de ce qui nous rassemble, l'Histoire joue un rôle essentiel. Connaître l'histoire c'est comprendre le lent processus qui nous a conduits là où nous en sommes, et qui a donné à la France le visage qui est le sien aujourd'hui. La citoyenneté se forge par un passé commun, et un passé connu, jusque dans ses zones d'ombre. Car dans les heures les plus sombres, se sont aussi élevés des plaidoyers vibrants au nom de l'égalité, de la liberté et de la fraternité. Oui, c'est du spectacle des horreurs passées qu'est née, pour nos prédécesseurs, l'ardente nécessité de fonder la République. Ce sont ces horreurs aussi qui ont nourri le rêve européen. Et cela a pris du temps. Et cela a été un chemin ponctué de rechutes, d'excès, et de violences. Mais c'est ce chemin qui nous a menés là où nous sommes aujourd'hui. Et les troubles et les crises de notre époque ne doivent pas nous faire oublier l'ampleur de qui a été accompli, et les réussites de la démocratie. Oui, le présent est plein de défis et de bouleversements : mais il est aussi un plaidoyer vibrant pour notre Démocratie. Et en abordant la question du plaidoyer, je tiens à insister sur le second élément qui donne à la citoyenneté toute sa force : la langue française. Oui, la langue est importante. Pour créer du commun. Pour débattre. Créer du commun, ce n'est pas créer de l'uniformité. Il suffit de fréquenter quelques-uns de nos lieux les plus profondément démocratiques au hasard, l'Assemblée Nationale pour se rappeler que l'Agora et le Forum n'ont jamais été des lieux calmes et paisibles. Ils étaient agités, parcourus de paroles et de bruits, d'éclats de voix et de controverses. Mais l'on discute d'autant plus vivement que les fondations qui permettent le débat et l'échange sont solides. Ne plus dialoguer, c'est la fin de la démocratie. Ne plus échanger, c'est fragmenter et diviser l'édifice Républicain, c'est favoriser le repli sur soi, au lieu de mettre en place les conditions d'un rassemblement. L'Histoire et la langue française, sont, pour le parcours citoyen, des assises solides : mais n'oublions jamais la singularité de notre époque. C'est dans le présent que la citoyenneté s'exerce ! Un présent qui est au cœur d'une révolution technologique qui façonne, dans notre relation avec les médias et l'information, de nouvelles manières d'être et de percevoir ceux-ci. L'Éducation aux Médias et à l'Information a donc toute sa place dans ce parcours citoyen. Comment envisagerions-nous l'avenir de nos démocraties sans aiguiser l'esprit critique des générations futures ? Sans les éveiller au rôle fondamental de la presse et des médias dans l'équilibre des contre-pouvoirs qui fonde l'esprit-même de nos démocraties ? Cette éducation aux médias et à l'information s'avère d'autant plus indispensable face aux menaces qui pèsent aujourd'hui sur la liberté d'expression et sur le droit des journalistes à exercer pleinement leur métier. A l'heure où la propagande est à portée de clic, il est essentiel de donner à nos élèves une capacité à prendre du recul et un esprit critique. C'est le sens de l'éducation aux médias et à l'information L'École, vous le voyez, peut beaucoup. Mais elle ne peut pas tout, toute seule. Il nous fallait aussi l'ouvrir à la société civile. C'est ce que nous avons fait, et les expériences menées sont plus que concluantes. L'École devait assumer son rôle de pilier de la République, autour de laquelle une grande mobilisation pouvait se réaliser. Cette mobilisation, elle se poursuit aujourd'hui dans la mobilisation des réseaux et des ressources de l'Éducation Nationale et de ses partenaires pour l'accompagnement des publics migrants et de toutes les personnes bénéficiaires d'une protection internationale dans notre pays. Avec un objectif : permettre à ces femmes, à ces hommes, à ces enfants jetés sur les routes de l'exil, d'avoir les rudiments de la langue, de ce que sont les valeurs de la République, de la manière dont fonctionne notre société. Devenir citoyen, donc, n'a rien d'inné : cela s'apprend. C'est un processus complexe et exigeant que nous devons soutenir : par la mise à disposition de ressources pédagogiques ; par l'accompagnement de nos personnels ; mais aussi par une réflexion plus large sur l'évaluation de l'acquisition des compétences civiques et sociales et nous rejoignons ici les préoccupations du Conseil de l'Europe sur le cadre de compétences pour une culture démocratique. Sur un tel sujet, nous devons agir à tous les niveaux. La complémentarité des différents niveaux d'approches entre les organisations internationales est une force et une chance. Oui, nous avons besoin à la fois du Conseil de l'Europe, de l'Union européenne, de l'UNESCO et du G7. La preuve de cette complémentarité, je la vois dans la façon dont j'ai pu porter, lors du récent G7 de l'éducation qui s'est tenu en mai 2016 au Japon, les thèmes défendus par le Conseil de l'Europe : je pense à la lutte contre l'extrémisme violent, à l'éducation au vivre ensemble et à l'apprentissage de la citoyenneté démocratique. Et la Déclaration de Kurashiki, adoptée à cette occasion, trace une feuille de route qui met en avant le rôle de l'éducation à la fois pour lutter contre l'extrémisme et la radicalisation mais aussi pour transmettre et enseigner les valeurs qui sont les nôtres. Et dans ce combat, par l'Education et pour l'Éducation, nous pouvons compter sur l'UNESCO dont la directrice générale s'exprimera devant vous cet après-midi. Et en retour, l'UNESCO a besoin de l'engagement des pays membres pour défendre et promouvoir la démocratie dans le monde. La France est particulièrement impliquée dans le processus de mise en œuvre du nouvel objectif mondial pour l'éducation (ODD 4) défini dans le cadre de l'Agenda 2030 des Nations-Unies pour le développement durable. Son but ? Assurer l'accès de tous à une éducation de qualité, et promouvoir l'apprentissage tout au long de la vie. Agir au niveau mondial est important. Au niveau européen, aussi. Sur la question de l'éducation à la citoyenneté, l'Europe, berceau de la démocratie, a un rôle essentiel à jouer. Nous avons, après les attentats de janvier 2015, pris un engagement, qui s'est traduit par la Déclaration de Paris, sur, je cite, « la promotion de l'éducation à la citoyenneté et aux valeurs communes de liberté, de tolérance et de non-discrimination ». Nous y avons réaffirmé des valeurs, qui sont au cœur de la mission du Conseil de l'Europe, au cœur des conventions et des textes fondateurs qui nous unissent La démocratie s'apprend, elle se transmet, elle se défend et surtout elle se vit au quotidien. Et c'est un moment essentiel de cette vie démocratique que ce forum. Je vous souhaite donc, à toutes et à tous, d'excellents travaux. Je serai, vous vous en doutez, particulièrement attentive aux conclusions de ces trois journées passionnantes, et comme j'évoquais le forum et l'agora, je suis, évidemment, dès maintenant, heureuse de pouvoir échanger avec vous sur ce sujet. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/437.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/437.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7cf8daacd554da8036faedcbeee70a38f5b259fb --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/437.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le soir du 13 novembre 2015, le terrorisme islamiste frappait la France, à Saint-Denis et à Paris, comme jamais elle ne l'avait été. Après les attaques sanglantes et ciblées de janvier contre Charlie Hebdo, contre des policiers à Paris et Montrouge, contre le magasin casher de la Porte de Vincennes, les terroristes ont cette fois voulu tuer indistinctement, et le plus grand nombre. Leur but : saisir d'effroi la société dans son ensemble, en s'en prenant à notre jeunesse, à notre mode de vie. A ce moment, en France, et dans les pays d'Europe, nous avons compris que le djihadisme, ce nouveau totalitarisme, pouvait faire irruption n'importe où et n'importe quand. Et il a frappé à nouveau lourdement, à Bruxelles, en mars 2016, puis à Nice, le 14 juillet dernier, jour de notre Fête nationale. Pas un jour ne passe sans que je ne pense aux 130 victimes du 13 novembre, aux centaines de blessés, à toutes les autres victimes du terrorisme, à leurs familles. Demain, jour de commémorations, c'est d'abord vers elles que nous nous tournerons, pour les entourer de toute notre compassion, de toute notre fraternité. Demain, la France, unie dans le souvenir, se recueillera. Cette unité, nous en avons plus que jamais besoin, car nous sommes entrés dans une nouvelle époque et sortis d'une période d'insouciance. Déjà, en 2012, alors ministre de l'Intérieur, j'avais alerté sur ce phénomène du djihadisme, voyant bien qu'il serait le défi majeur de notre temps. La menace est bien là, pesante, permanente. Elle est intérieure et extérieure, se joue des frontières. Des individus hommes, femmes, parfois mineurs radicalisés, embrigadés, connaissant les techniques de combat parce qu'ils reviennent des zones de guerre d'Irak et de Syrie sont prêts à passer à l'acte. Rien que pour la France, près de 1700 individus ont quitté le territoire national pour rejoindre les terres djihadistes, au Levant. 700 y sont encore. Ce phénomène massif des filières terroristes concerne, à des degrés différents, tous les pays d'Europe. Nous l'avons encore vu récemment en Allemagne. La menace, ce sont aussi toutes celles et ceux qui, dans nos pays, se forment sur Internet et les réseaux sociaux aux techniques de mort les plus rudimentaires. Face à cela, nous, Européens, devons plus encore nous prendre en main pour garantir notre sécurité. Et ce d'autant que les Etats-Unis s'impliquent de moins en moins dans les affaires du monde. L'Europe ne peut plus se dédouaner et se réfugier derrière son allié américain. Nous prendre en main, c'est d'abord mieux protéger les frontières extérieures de l'Union avec des contrôles systématiques et obligatoires, y compris pour les ressortissants européens. Une agence des gardes-frontières et des gardes-côtes, mobilisant au moins 1500 personnes, a enfin été créée, avec la mission d'intervenir en renfort lorsqu'un Etat ne peut protéger seul ses frontières, notamment en cas d'afflux massifs de migrants dans lesquels, il faut le dire sans naïveté, des terroristes peuvent se glisser. Les flux au sein de l'Union européenne doivent eux aussi être encadrés strictement. Qu'il s'agisse des individus c'est le sens du dispositif Passenger Name Record (PNR), qui permet de tracer les déplacements, y compris sur les vols en Europe. Qu'il s'agisse, également, des capitaux ; car lutter contre le terrorisme, c'est lutter aussi contre tous les flux financiers illégaux qui l'alimentent. Qu'il s'agisse, enfin, des armes à feu, d'où l'importance de la directive visant à lutter contre les trafics. Sur tous ces sujets, des progrès ont été réalisés, souvent à l'initiative de la France. Il faut aller plus loin en nous dotant, comme les Etats-Unis l'ont fait, d'un système européen d'autorisation de voyager (ESTA) pour effectuer tous les contrôles de sécurité en amont des voyages. Se prendre en main, c'est aussi bâtir une armée européenne, des forces mobilisables immédiatement, avec une totale autonomie stratégique. C'est le sens du fonds européen dédié à la défense et à la sécurité, que la Commission va proposer prochainement. Et chaque pays doit augmenter son effort de défense en y consacrant au moins 2% de son PIB. Cette cible n'est pas un totem, c'est la condition pour faire face à tous les types de menaces et peser dans le concert des Nations. En matière de Défense, il ne peut plus y avoir de « passager clandestin ». Nous sommes tous sur le même navire ! La France assume aujourd'hui une grosse part de l'effort, pour frapper Daesh dans ses bastions, en Irak et en Syrie, et combattre les groupes djihadistes en Afrique. Elle ne peut pas être la seule. Il y a l'Europe. Il y a aussi ce que chaque pays doit faire à son niveau. En y mettant les moyens et les effectifs nécessaires. En adaptant ses textes de loi. C'est ce que nous avons fait en France. En développant, aussi, une nouvelle culture de sécurité, de nouveaux réflexes, pour intégrer pleinement la menace dans nos vies quotidiennes. Chaque citoyen doit devenir acteur de la sécurité, en étant formé aux premiers secours, en étant sensibilisé à l'attitude à adopter en cas d'attentat ou en consacrant une partie de son temps libre au service des forces de sécurité et de défense. C'est ce que nous mettons en place en France, avec un réel engouement dont je me réjouis de la part de mes compatriotes. Chaque pays doit aussi coopérer pleinement en matière de lutte antiterroriste. Pas seulement par des déclarations de principe, mais par des actes, au-delà de ce qui existe déjà. Je pense notamment au « Système d'information Schengen » qui doit être mieux alimenté pour détecter et anticiper les déplacements des individus radicalisés. Toutes les polices européennes doivent avoir accès à ces informations. Chaque pays doit enfin assécher le terreau sur lequel le terrorisme prospère, c'est-à-dire lutter avec la plus grande force contre le poison salafiste, ce carburant de la radicalisation. Il faut partir d'un constat lucide : s'il y a un souvent un lien entre basculement dans le terrorisme et délinquance, les profils de milliers d'individus radicalisés sont très larges. Il n'y a pas, contrairement aux clichés, que des jeunes musulmans issus de l'immigration et résidant dans les quartiers populaires. On sait notamment que la proportion de jeunes convertis est importante. Il faut, en s'appuyant sur les experts, les universitaires, étudier ces phénomènes de radicalisation, en décortiquer tous les mécanismes, pour mieux les combattre. Ce combat contre la radicalisation se mène sur Internet, contre les prêcheurs de haine, les imams auto-proclamés qui, dans de soi-disant lieux de culte, ou en prison, corrompent les esprits. C'est le rôle des pouvoirs publics. Mais il ne suffit pas d'interdire, il faut aussi contrer ces théories mortifères. Les instances musulmanes dans chacun de nos pays ont un immense rôle à jouer. Je ne veux pas une Europe où les musulmans sont montrés du doigt, victimes de tous les amalgames. Je veux une Europe où un Islam moderne, compatible avec nos valeurs démocratiques, brille aux yeux du monde. Quel revers cinglant pour l'islamisme politique qui veut nous diviser, nous jeter les uns contre les autres, en exploitant les failles qui existent. Nos sociétés sont, en effet, travaillées par des tentations de rejet, d'enfermement dans des projets de contre-société, de rupture violente avec ce qui fait notre vie collective. Cette radicalité séduit de plus en plus, notamment nos jeunesses c'est le grand défi de l'Europe. Face à cela, il faut bâtir un contre-discours puissant et mobilisateur, offrir de nouvelles possibilités d'engagement, rappeler en permanence ce qui nous unit. Il faut surtout continuer à lutter sans relâche contre le racisme, l'antisémitisme, les actes anti-musulmans ou anti-chrétiens, contre toutes les formes de haine et contre les discriminations. Un an après le 13 novembre, je mesure les interrogations qui traversent nos sociétés. Elles sont inquiètes. Nous leur devons la vérité. Oui, le terrorisme nous frappera encore. Mais, oui, nous avons en nous toutes les ressources pour résister et toute la force pour vaincre. Nous, Européens, vaincrons, le terrorisme islamiste. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/438.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/438.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..20a25cd3caf872c0231707449b186eeec97db381 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/438.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Députée, comme tous nos compatriotes, nous nous sommes recueillis dimanche dans le souvenir. Nous y étions avec le président de la République, la maire de Paris, les élus de Saint-Denis et vous-même, et nous avons tous vécu cela avec beaucoup d'émotion - je ne veux que restituer ce que chacun a bien ressenti. Il y avait en effet beaucoup d'émotion, de dignité et de respect de la part des proches, des familles des victimes et des victimes elles-mêmes, des personnes blessées physiquement ou psychologiquement par ces attentats. J'ai en mémoire les mots très forts prononcés à Saint-Denis, après le magnifique concert de Sting au Bataclan dimanche matin, par le fils de celui qui a été tué dans l'attentat commis près du Stade de France. J'ai surtout en mémoire, comme sans doute Bernard Cazeneuve, les mots et les interrogations de tous ceux qui se sont retrouvés pendant un long moment devant le Bataclan. Ce que je ressens, c'est une grande force dans le peuple français, au-delà des fractures, des divisions, des interrogations et de la demande très forte de protection. Ce que je ressens, c'est beaucoup de dignité et de force. Notre rôle à tous est d'accompagner cette dignité, cette force et ce respect pour faire face au terrorisme. Il serait trop long de détailler ce que le ministre de l'intérieur a souvent l'occasion d'exposer à ce propos, mais faire face au terrorisme, c'est évidemment être totalement mobilisé. C'est le rôle de nos forces de sécurité, du renseignement et de la justice, dont je veux saluer le travail, ainsi que celui des services de santé et de la sécurité civile, qui étaient avec nous dimanche dernier. Je ne puis que vous dire, sous le contrôle de Bernard Cazeneuve, que tous les jours, toutes les semaines, des réseaux djihadistes sont démantelés, des personnes sont interpellées et des attentats sont régulièrement évités - vous le savez bien. La force doit aussi consister à être lucides sur la menace. C'est la raison pour laquelle nous proposerons au Parlement de prolonger l'état d'urgence, parce que la France est aujourd'hui engagée en Irak et en Syrie, parce que nous sommes confrontés à un tel niveau de menace et aussi parce que nous entrons dans une phase électorale et que la démocratie est très directement visée par les terroristes. La mobilisation, c'est aussi, bien sûr, la lutte contre la radicalisation. C'est l'éducation nationale, les travailleurs sociaux et la société tout entière. J'ai assisté hier à un beau débat après la projection du film Le Ciel attendra, qui montre bien la puissance de la radicalisation dans notre pays - c'était le sujet de la question posée la semaine dernière par un de vols collègues. Nous devons être conscients qu'aujourd'hui, des centaines, des milliers de jeunes sont concernés par cette radicalisation et que s'il y a évidemment d'abord une réponse sécuritaire, nous devons également prendre pleinement les choses en main et donner du sens à notre société face à ce danger qui nous guette. Enfin, vous l'avez dit, chacun doit prendre ses responsabilités, notamment au niveau européen. La France, vous le savez bien, a pris les siennes, au Sahel comme au Levant. L'Europe doit en prendre pleinement conscience, par la protection de ses frontières, la coordination du renseignement et l'engagement sur le terrain, pour combattre le terrorisme et en finir avec Daech. Madame la Députée, en répondant à votre question, j'ai la conviction que nous vaincrons le terrorisme, car il y a assez de force dans la société française pour surmonter cette épreuve. Mais la condition, c'est la détermination et l'unité du peuple français. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/439.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/439.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ead3c8f94c76497ecd8ae8a2e7962128bbd07926 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/439.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la ministre, Monsieur le ministre, Mesdames, messieurs les parlementaires, Monsieur le maire, cher Jean-Paul JEANDON, Monsieur le président de l'université de Cergy-Pontoise, cher François GERMINET, Mesdames, messieurs les professeurs, maîtres de conférences, enseignants-chercheurs, chercheurs, Chers étudiants, Mesdames, messieurs, Je tenais, monsieur le président, à répondre à votre invitation à venir ici, dans votre université, et ce, après l'excellent rapport que vous avez remis sur le développement de la formation continue. Depuis près d'un an, une dizaine d'universités-pilotes mettent en œuvre vos recommandations. Il faut maintenant voir quels enseignements en tirer, et comment nous pouvons aller plus loin. L'université a, en effet, vocation à être l'un des principaux acteurs de la formation tout au long de la vie. Elle a tous les atouts, tous les talents pour cela. A condition, bien sûr, qu'on lui en donne les moyens, que l'on investisse à la hauteur de l'enjeu qu'elle représente. Un enjeu considérable. Si je tenais à venir devant vous, c'est pour aborder un sujet déterminant pour notre Nation un sujet qui sera de plus en plus déterminant dans les années qui viennent. Je veux évoquer ce qui est un des piliers du projet de société, du contrat social, que nous devons bâtir et que je veux porter. Je veux parler de l'éducation, du savoir, de la formation, de la recherche … de l'intelligence. Parler de cela ce n'est pas évoquer simplement l'Education nationale ou les politiques d'enseignement supérieur et de recherche. Parler de cela, c'est tout simplement parler de la France que nous souhaitons construire, dans un monde que nous avons de plus en plus souvent le sentiment de subir. C'est évoquer ce qui nous rendra plus forts, plus performants dans la mondialisation, mais aussi ce qui nous permettra d'être ensemble, de faire société. 1. Pourquoi une Nation éducative ? Car regardons la réalité, notre monde et les mutations de notre temps. Les outils technologiques, numériques, les parcours professionnels, les métiers évoluent à toute vitesse. C'est un fait : les jeunes qui entrent aujourd'hui sur le marché du travail changeront, au cours de leur vie, plusieurs fois de professions. On estime que près de 50% des métiers pourraient disparaître dans les 20 ou 30 prochaines années. Ce grand bouleversement, il faut s'y préparer dès maintenant. Notre monde, ce sont aussi des pays-continents qui se dressent devant nous avec leurs doctorants, leurs ingénieurs, leurs populations de mieux en mieux formées. Dans une économie qui n'aura pas les taux de croissance qu'elle a connus par le passé, la création de valeur implique de toujours plus innover, d'être à la pointe. Nos Nations vont devoir se lancer dans une course aux qualifications pour peser de tout leur poids dans cette nouvelle donne internationale des savoirs. On a beaucoup parlé ces derniers jours de mondialisation … Contrairement à certains, je n'ai jamais cru que cette mondialisation était heureuse … Bien sûr, et vous le voyez dans vos travaux, elle crée des opportunités formidables. Vos laboratoires, vos unités de recherche, vos unités pédagogiques interagissent avec le monde entier, en un instant. Vous-mêmes interagissez avec le monde sans la moindre difficulté. Mais la mondialisation, en Europe, en Amérique du Nord, ce sont aussi des secteurs entiers percutés de plein fouet, des territoires entiers subissant la désindustrialisation. La mondialisation ne fait pas que du bien … Et souvent, elle fait mal ! Il faut la réguler, la maîtriser, l'organiser. On ne peut pas tout laisser faire : dumping social, concurrence déloyale, non-réciprocité. Il y a des règles que nous devons savoir mieux imposer. Et l'Europe a une très grande responsabilité. J'aborderai ces questions demain à Berlin. Notre pays, chacun le ressent, est à un tournant. La société se fragmente, se fracture. Le modèle républicain ne parvient plus à donner la confiance nécessaire pour se projeter dans l'avenir. C'est la crainte du déclassement pour les classes moyennes et populaires. C'est le constat quotidien de l'évitement scolaire, qui abîme la promesse républicaine. C'est la possibilité même de progrès social et d'émancipation individuelle c'est-à-dire le refus de toute forme d'assignation, sociale, ethnique, culturelle, territoriale qui est, au fond, remise en cause. L'émancipation, c'est donner à chacun par la connaissance, la culture, les savoirs académiques, une plus grande maîtrise sur son environnement. Nous devons nous adapter au monde qui a profondément changé mais nous ne devons pas subir ces évolutions. Nous devons construire une Nation éducative. C'est le cœur du nouveau contrat social qu'il faut inventer. Quand le doute s'empare du pays, quand certains comportements extrémistes se banalisent, quand le populisme prospère, paraissant le seul à même de mettre des mots sur la perte de sens généralisée, il faut alors revenir à notre identité fondamentale. Notre pays a toujours franchi les étapes les plus difficiles de son histoire par l'intelligence, nourrie d'un désir farouche d'émancipation et d'un besoin d'aventure partagée par le plus grand nombre. Il n'a jamais grandi dans la crainte et le repli. La mondialisation n'est pas heureuse … Mais elle est le cadre dans lequel nous évoluons. Ceux qui ne veulent pas voir cette évidence, qui plaident pour que nous nous barricadions, ne feraient que nous amener vers la ruine. Pour tirer son épingle du jeu, pour demeurer cette grande Nation, la France doit bâtir une Nation éducative. La Nation éducative, c'est l'avantage comparatif de la « Nation France » dans la concurrence mondiale. Oui, être un grand pays, c'est miser sur l'intelligence ! Ce qui veut dire en s'inspirant des propos d'Abraham LINCOLN : « l'intelligence de tous, par tous et pour tous ». L'éducation ne doit plus être seulement un moment de la vie. Elle doit devenir un processus permanent, qui mobilise tous les citoyens et tous les types de savoirs. Une Nation éducative, ce n'est pas seulement répondre aux impératifs économiques ! Non ! Les racines plongent bien plus profondément ! Ma conviction, c'est qu'il n'y a pas de projet politique viable qui ne soit pas basé sur l'Education. Si je défends comme je le fais la République, c'est parce que la République a donné toute sa force à cette idée de l'Education … Qui devait être nationale … C'est-à-dire au service de la construction de notre Nation. La République, c'est l'école, l'autorité du professeur, qui doit être pleinement restaurée, le savoir pour tous qui permet à chacun de s'élever, de devenir un citoyen autonome, avec son libre arbitre, son esprit critique. La République c'est la promesse de casser les mécanismes de reproduction sociale pour que l'effort, le mérite, la volonté soient toujours récompensés à leur juste mesure. Or, qu'en est-il de cette promesse quand seulement 8% des enfants d'ouvriers obtiennent un diplôme bac + 3 ? Moi je sens qu'il y a cet immense besoin d'Education qui bâtit notre Nation, qui la tire vers le haut, qui casse toutes ces cloisons, ces barrières qui font que notre société est bien trop figée, et que pour nombre de jeunes des quartiers populaires, elle sent même le renfermé. Il y a cet immense besoin d'Education, car il y a, dans notre pays, cet immense besoin d'espoir. Nous devons redonner à chacun les raisons, mais surtout les moyens d'y croire. Et en même temps que nous percevons cette aspiration profonde, il faut faire ce constat qui saute aux yeux lorsque l'on regarde la société française. Ce constat est simple, c'est celui d'un grand gâchis. D'une grande déperdition d'énergie collective. Il y a chez les Français, d'un côté, une envie de transmettre, des compétences, des connaissances, des expériences et, d'un autre côté, il y a un désir d'apprendre, de comprendre et de maitriser le monde dans lequel nous vivons. Le gâchis dont je parle, c'est que malgré les bonnes volontés, les initiatives locales, ces deux désirs ne se rencontrent pas. Je crois que nous n'avons pas le droit de rester impassible face à cela. Je pense que les Français savent que c'est la seule voie, une voie pour propulser le pays dans l'avenir. 2. Comment construire cette Nation éducative ? Construire cette Nation éducative exige de la détermination, de la persévérance, sur le long terme. a. L'éducation Nous avons d'ores et déjà posé les premiers jalons. Sous l'impulsion du président de la République, avec Vincent PEILLON, puis Benoît HAMON et aujourd'hui Najat VALLAUD-BELKACEM nous avons remis l'école au cœur de notre projet commun. Pour dire les choses comme elles sont : nous avons réparé ce qui avait été abîmé pendant dix ans. Ce qui nous a guidés, c'est redonner toute sa force à l'école de la République, car il faut voir la réalité : beaucoup de nos compatriotes doutent d'elle. Ils se disent que l'école publique n'est plus partout « l'école des possibles ». Ce phénomène, on ne le constate pas seulement dans les quartiers les plus aisés. On voit dans trop de territoires, urbains ou ruraux, cette tentation des familles, souvent des classes moyennes et c'est un effort colossal pour elles de mettre leurs enfants dans le privé … Car c'est à leurs yeux un moyen de leur donner plus de chances. Evidemment, cela reste marginal à l'échelle nationale. Mais quand on croit en la République, on ne peut pas accepter cela ! Je veux qu'un enfant du Pas-de-Calais ou de Bobigny en Seine-Saint-Denis, un écolier de Foix, en Ariège, comme un enfant des Antilles ou de la Réunion, ait autant de chances qu'un enfant qui grandit au cœur d'une métropole. Hier, j'ai eu la chance de remettre la Légion d'honneur à Tahar AMARI, directeur de recherches en astrophysique, né au Blanc-Mesnil, passé par Louis le Grand, et fils d'ouvrier, venu de Kabylie. Ce parcours ne doit pas être une exception ! Il faut beaucoup plus de Tahar AMARI ! Nous avons donc refait du budget de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur le premier budget de l'Etat. Il augmente encore, en 2017, de 3 milliards d'euros. Nous avons concentré nos efforts sur le primaire, car c'est là que beaucoup se joue. Nous avons réformé le collège, pour valoriser les compétences autant que les connaissances, pour que l'enseignement s'adapte mieux à la diversité des élèves. Nous avons refondé notre politique d'éducation prioritaire afin de donner plus à ceux qui en ont le plus besoin. Nous avons donné aux décrocheurs le moyen de revenir vers la formation avec, on l'a vu cette semaine, de premiers résultats encourageants. Nous avons étendu l'accès aux bourses sur critères sociaux. Aujourd'hui, 1 étudiant sur 3 en bénéficie. Cet effort devra être prolongé au cours du prochain quinquennat. Nous avons enfin voulu préserver le pouvoir d'achat des étudiants en élargissant le dispositif d'exonération des droits d'inscriptions et en gelant le montant de ces droits dans les établissements publics d'enseignement supérieur. Nous avons aussi voulu que les enseignants puissent incarner à nouveau pleinement l'autorité républicaine, qu'ils soient mieux reconnus, en les dotant des moyens dont ils ont besoin. Nous aurons ainsi créé 60 000 postes sur le quinquennat et rétabli cette Ecole supérieure du professorat et de l'éducation en est l'illustration la formation des enseignants ; une formation de qualité, solidement ancrée dans la pratique de terrain et forte de ses apports universitaires. Ces écoles peuvent d'ailleurs s'enrichir, encore davantage, des avancées de la recherche, et de l'évaluation indispensable qui permet aussi de corriger et d'approfondir. Rétablir l'autorité républicaine, c'était aussi rétablir le respect des règles, des enseignants, des parents ; le respect de soi et de ses camarades ; et le respect des valeurs de la République. Les attaques qui ont frappé la France, et les incidents qui se sont produits dans nos écoles, ont montré à quel point il est nécessaire de transmettre dès le plus jeune âge nos valeurs de laïcité, de tolérance, d'ouverture face à l'antisémitisme, au racisme, aux théories complotistes, à la radicalisation qui touchent une partie de notre jeunesse. L'école, c'est la première étape de la Nation éducative que nous voulons construire … Une première étape essentielle, qui donne l'impulsion. Mais il ne faut pas s'arrêter là ! Car comment, dans le monde que je viens de décrire, estimer que l'on a acquis, à 16, 20 ou 25 ans, tous les savoirs dont on aura besoin … b. La formation tout au long de la vie Il faut donner aux actifs les moyens d'évoluer, d'adapter leurs compétences en permanence. C'est le sens de la Garantie Jeunes, ouverte à tous les jeunes sans formation ni emploi, qui leur offre un parcours intensif de formation, un accompagnement au plus près. Il faudra aller plus loin dans cette logique, avec le Revenu universel ou de base alors que les 18-25 ans sont aujourd'hui privés de l'accès au RSA. C'est le sens aussi de cette belle idée de sécurisation des parcours professionnels. Nous en avons, là aussi, posé les premiers jalons, avec le compte personnel d'activité (CPA), qui entre en vigueur en janvier. Cette avancée que les syndicats réclamaient depuis 20 ans ! permet, très simplement, qu'un actif ne perde pas tous ses droits notamment à la formation quand il quitte son poste. Le CPA, ce sont aussi de nouveaux droits à la formation, automatiques, notamment pour les jeunes décrocheurs. Car la formation est si souvent la solution qui permet de s'en sortir ! C'est le sens, enfin, du plan 500 000 formations, qui permet d'orienter les chômeurs vers les métiers qui recrutent. Miser sur la formation, c'est permettre aux Français de rebondir, de se réorienter, de bâtir leur propre parcours de regarder vers l'avenir avec plus de confiance. 3. Nous devrons aller beaucoup plus loin Les premiers jalons de cette Nation éducative sont posés … Il faut désormais aller plus loin, franchir dans les années à venir une nouvelle étape. a. Consacrer les moyens nécessaires Notre pays doit se rendre à cette évidence : l'investissement budgétaire dans le domaine de l'Education doit être un effort durable. Nous aurons plus que jamais besoin des enseignants, des professeurs, des chercheurs, de tous ceux qui transmettent les savoirs, les compétences … Tailler à l'aveugle dans les effectifs serait une erreur d'appréciation impardonnable ! Nous devons au contraire redorer le blason du métier d'enseignant. Ce quinquennat a été celui des créations de postes … Nous avons aussi commencé à revaloriser le salaire des professeurs des écoles … Le prochain quinquennat devra être celui de vraies augmentations de salaires, pour tous les enseignants. Je pense en particulier à ceux qui enseignent en début de carrière à l'université : les doctorants, les « ATER », les « post-docs » ... Ce sont des métiers qui doivent attirer des talents. Ils le font déjà. Ils doivent le faire plus encore ! La France, son intelligence, a besoin de cela ! Il faut aussi frapper beaucoup plus fort pour construire une vraie mixité sociale, pour faire que les élèves se rencontrent. Il faut le marteler : plus de mixité, ce n'est pas tirer les meilleurs vers le bas. C'est tirer tout le monde vers le haut ! Il faudra donc généraliser l'expérience menée aujourd'hui avec des départements volontaires pour que les collèges cessent de recruter seulement dans leur proximité immédiate, et aillent chercher des élèves aux profils plus diversifiés dans des secteurs plus larges. Nous devons également mieux structurer notre recherche pour qu'elle s'affirme dans la compétition internationale, toujours plus féroce avec cette règle d'airain des classements internationaux. Nous avons de très nombreux atouts, nos enseignants, nos étudiants, une recherche scientifique qu'on nous envie. Nos universités sont reconnues. Chaque année, la France se distingue par des prix prestigieux. Combien de Prix NOBEL, de médailles FIELDS ! Revendiquons-le ! Mais il faut, là aussi, redoubler d'efforts, franchir de nouvelles frontières l'aventure spatiale, les sciences du vivant. Il faut aussi construire un nouveau modèle d'université, mettre en commun les compétences, pour peser sur la scène internationale. Ce qui implique de réunir au sein de grands campus, les universités, les organismes de recherche, les grandes écoles et de casser ainsi une bonne fois pour toutes les vieux schémas, qui nourrissent un système à deux vitesses … Qui nous ralentit. Il faut ces campus où se rencontreront des étudiants, des enseignants et des chercheurs de toutes nationalités et de tous les milieux sociaux. Il faut en faire beaucoup plus pour les jeunes de nos quartiers populaires ! Leur envoyer un message très clair ! Leur dire enfin que les portes leur sont grandes ouvertes ! Il faudra une gouvernance forte, capable de faire tomber les cloisons et les réticences. Comme vous le faites ici, avec des liens entre l'université de Cergy et l'ESSEC. Comme, c'est le cas également dans ma ville d'Evry avec le Génopôle, les grandes écoles d'ingénieur, Saclay. C'est le sens des pôles d'excellence que nous créons partout sur le territoire, financés par le programme d'investissements d'avenir. Je pense à Saclay, à votre projet d'I-site, monsieur le président, avec une capacité scientifique de premier plan, ou encore à Strasbourg qui a obtenu le label d'Idex. Nous devrons, dans les 10 prochaines années, avoir créé ces 10 campus internationaux qui rivaliseront avec les meilleures universités mondiales, qui formeront les meilleurs étudiants et attireront les meilleurs chercheurs. Ce qui veut dire aussi, pour les étudiants : ne pas se spécialiser d'emblée mais avoir le choix grâce aux différentes offres réunies sur un même campus de suivre des cours qui ne sont pas directement liés à leur matière. On devra, à ce moment-là, pouvoir dire « j'ai fait Saclay », « j'ai fait Strasbourg », « j'ai fait Lyon », « j'ai fait Cergy » comme on dit aujourd'hui « j'ai fait l'ESSEC » ou « j'ai fait Harvard ». Ces choix que nous faisons impliquent d'investir massivement dans l'université. Pas « dans 10 ans », mais dès maintenant, comme nous avons commencé à le faire. On reproche trop souvent à notre université d'être une orientation « par défaut » … On ne peut pas l'accepter ! Il faut lui donner les moyens de son ambition, lui permettre d'être la voie royale vers une recherche d'excellence ! Il faudra pour cela investir tous les ans, pendant plusieurs années, au moins un milliard d'euros dans notre université. Un milliard d'euros pour nos chercheurs, un milliard 8 d'euros pour mieux orienter les élèves en amont. Trop souvent les lycéens sont mal orientés, « désorientés » alors qu'il s'agit de faire des choix décisifs pour leur avenir. Et comment réussir dans une filière qui ne nous plaît pas ? Une filière que l'on n'a pas choisie ? Pour tant d'élèves pourtant brillants, les classes préparatoires ne sont même pas envisagées ! Un milliard pour ouvrir, décloisonner l'enseignement supérieur, pour accueillir des étudiants toujours plus nombreux et mieux formés. Il y a l'argent public. Mais c'est un effort de tous. Les entreprises, les fondations ont leur rôle à jouer. Elles doivent aussi investir plus encore dans le savoir, dans l'intelligence de notre Nation. b. Un outil citoyen de la transmission du savoir Il faut aussi élargir le prisme … Réfléchir ensemble à la manière dont nous pourrions, au-delà de l'Education, de l'université, impliquer tous les Français, quelle que soit leur situation les travailleurs, les retraités, les chômeurs, les bénéficiaires de minima sociaux dans des « contrats d'éducation » avec le reste de la société. Car, je vous le disais, nous percevons cette aspiration profonde : il y a chez les Français une envie de transmettre des compétences, des connaissances, des expériences, et d'un autre côté il y a un désir d'apprendre, de comprendre. Il ne faut pas, bien sûr, « étatiser » les bonnes volontés, scléroser ce qui relève avant tout de l'initiative individuelle. Mais les pouvoirs publics peuvent jouer leur rôle, créer un environnement favorable, mobiliser, canaliser cette envie d'engagement. Permettre à chaque citoyen de construire un programme personnalisé pour enseigner, ou apprendre, les savoirs fondamentaux français, mathématiques, langues étrangères, pratiques artistiques … la liste est longue. Il faudrait permettre à ceux qui maîtrisent les « codes » de les expliquer à ceux qui n'ont pas le sentiment de les avoir, par exemple pour trouver un emploi. Encourager, également le plus grand nombre de Français à franchir le pas, ce qui implique de valoriser ce type d'activités … Ce qui implique, aussi, de pouvoir se faire une idée précise des savoirs des uns et des autres. Voilà ce que nous pouvons mettre en place pour redonner aux familles qui ont parfois l'impression d'être spectatrices d'un monde décidé par d'autres, pour redonner à des territoires entiers qui se sentent oubliés la capacité d'agir, la maîtrise de leur destin ; pour mettre le savoir à la portée du plus grand nombre. Pour construire un tel dispositif, nous aurons besoin de temps la montée en puissance doit se faire sur au moins un quinquennat et nous aurons besoin de la mobilisation de tous : régions, intercommunalités, élus, partenaires sociaux, associations, entreprises, monde intellectuel, Pôle emploi, UNEDIC … Nous aurons besoin de toutes celles et ceux qui veulent se mobiliser. Ce qui ne veut en rien dire : déposséder les acteurs de l'éducation de leur rôle. Au contraire ! Il s'agit de prolonger leur action ! Ils seront eux-mêmes nécessairement au cœur de cette Nation éducative, pour transmettre, mais aussi pour apprendre à transmettre. Tout ne se fera pas en un jour, c'est évident … Mais lancer ce processus permettra de renouer avec l'essence même du projet républicain, engagera une nouvelle ère de progrès collectif et individuel. Oui, ce projet redonnera des perspectives à des territoires qui se sentent oubliés, à des familles qui ont parfois l'impression de n'être que les spectatrices d'un monde décidé par d'autres. Ce projet, c'est le retour de la capacité de la République à créer des destins. C'est ce rêve français auquel la gauche, elle a bien raison, tient tant. Voilà les nouvelles formes de solidarité que nous devons inventer. Qui n'ont pas simplement pour objectif de « réparer » mais d'anticiper, de prévenir les inégalités en amont, avant qu'elles ne se forment et de permettre à chacun de continuer à apprendre à tous les âges de la vie. La Nation éducative nous engage à un triple dépassement : un dépassement générationnel, puisque l'éducation devient un processus permanent ; un dépassement social, avec de nouvelles opportunité offertes à tous ; un dépassement politique enfin, car quand trop souvent l'individualisme triomphe la Nation éducative met la coopération, l'engagement, l'entraide au cœur de la vie de nos villes, de nos campagnes. Le 19ème siècle, c'est la loi Ferry, l'école gratuite, laïque et obligatoire … Le 20ème siècle, c'est la massification de l'enseignement, c'est l'émergence de la formation professionnelle … Le 21ème peut être le siècle d'une Nation éducative ! D'une Nation qui fait le pari du savoir, de l'intelligence. Mesdames, messieurs, Pour conclure, j'aimerais vous dire le fond de ma pensée. Dans une époque faite à la fois de rejet de la modernité et défiance envers les élites, les intellectuels, les techniciens de venus des « technocrates » les savants, ou encore les institutions démocratiques, nous devons retrouver le fil d'un imaginaire plus intense. Dans ce monde complexe, traversé par les peurs, les craintes et, on l'a vu récemment, tiraillé par les populismes, je veux une Nation éducative, c'est-à-dire une Nation qui résiste par son intelligence collective, une Nation qui utilise son sens critique et qui est donc armée contre la démagogie. Voilà pourquoi je veux donner de la force à notre système éducatif et au fond de la force à tous les Français. Mais, en retour, les élites et les responsables politiques se doivent aussi d'être à la hauteur, car ils incarnent cette autorité qui offre un cadre et une vision. Il faut incarner cette autorité bienveillante et émancipatrice et mon sentiment, c'est que cette responsabilité est immense. Et pour porter cette responsabilité, il faut j'ose le dire une éducation à la conduite du pouvoir, à la responsabilité, un sens de l'Etat. Il faut de l'expérience, une expérience qui a été éprouvée par le temps. C'est ce processus laborieux qui fonde la confiance. L'exercice du pouvoir c'est une éthique de responsabilité, c'est savoir tenir bon, c'est avoir le sens de l'intérêt général, le sens du collectif, refuser les aventures individuelles ; c'est savoir résister à toutes les pressions, au fatalisme, et surtout à tous ceux qui vous disent que rien n'est possible, que c'est difficile, que « ça ne se fait pas » ou encore qu'on ne peut « rien faire de plus »… Non tout cela, c'est de l'inertie. Moi, je crois qu'il faut avoir ce courage de dessiner l'avenir, de redonner du sens au progrès par l'éducation et les arts, de porter des utopies concrètes, une vision, de bâtir un projet pour notre pays, de dire ce que nous voulons ! Je veux donner aux Français un cadre bienveillant et une dynamique d'espoir. C'est cela pour moi une Nation éducative ! C'est cela pour moi un projet pour la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/440.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/440.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c91afecfcbbe0915d19a8e6fefdf95e78de8f0b9 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/440.txt @@ -0,0 +1 @@ +A l'occasion d'une conférence de presse organisée à Matignon, le Premier ministre a lancé ce jour la nouvelle campagne de STOP DJIHADISME. Intitulée « Toujours le choix », cette campagne explique le processus de radicalisation djihadiste, en impliquant directement le public au moyen d'un procédé inédit. Tournées en caméra subjective, deux vidéos interactives glissent le spectateur dans la peau d'un jeune garçon et d'une jeune fille, Mehdi et Emma. Elles l'invitent régulièrement à choisir la suite qu'il veut donner à l'histoire : aller plus loin dans l'embrigadement ou arrêter le processus. Ce mode narratif souligne la responsabilité individuelle en rappelant que chacun garde « toujours le choix » avant qu'il ne soit trop tard. Vous trouverez en cliquant sur les liens suivants : - une présentation succincte de l'histoire de Mehdi (30 secondes) - une présentation globale de la campagne (9 minutes 40 secondes). Du 18 novembre au 4 décembre, cette campagne sera médiatisée à la télévision, à la radio, sur internet et sur les réseaux sociaux. Une version sous-titrée en anglais et en arabe sera disponible à partir de la semaine prochaine. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/441.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/441.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6654a29845c1422d51535abc598edb7bfaabb8db --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/441.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le garde des sceaux, ministre de la justice, a présenté une communication portant sur la politique pénitentiaire. Depuis 2012, le Gouvernement a fait de la justice une priorité, assurant au service public pénitentiaire, des conditions d'exercice sans cesse renforcées. Car, il ne peut y avoir de justice efficace sans une administration pénitentiaire performante et dotée des moyens nécessaires à son action. Le budget 2017 concrétise l'effort du Gouvernement, tant en termes d'investissement, de fonctionnement que de créations d'emplois, avec une augmentation de 23 % des crédits consacrés l'administration pénitentiaire. Agir dans la durée est une exigence, car il faut disposer d'une administration pénitentiaire moderne et capable de s'adapter aux défis actuels et futurs. Il s'agit : - d'améliorer l'image de l'administration pénitentiaire dans la société, en la rendant plus visible et en soulignant ses valeurs ; pour la première fois, l'administration pénitentiaire a défilé le 14 juillet dernier ; - de réaliser le principe d'encellulement individuel ; telle est l'ambition du programme immobilier volontariste annoncé par le Premier ministre le 6 octobre, concernant 33 nouveaux établissements pénitentiaires et 28 quartiers de préparation à la sortie (QPS) (1.158 M en autorisations d'engagements inscrits au PLF 2017 pour amorcer une première phase de construction de premiers 9 établissements et des 28 QPS) - d'assurer la prévention de la récidive, et donc la protection des Français, tant en améliorant les conditions de préparation à la sortie des personnes détenues qu'en confortant la politique de développement des mesures alternatives à l'enfermement. Le renforcement des effectifs des services pénitentiaires d'insertion et de probation y contribue. 1 100 recrutements supplémentaires sont intervenus depuis 2012, soit une hausse de plus 25 % - de renforcer la sécurité des sites pénitentiaires et participer à la lutte contre le terrorisme et la radicalisation violente, en améliorant, dans la durée, les dispositifs de prise en charge des personnes détenues pour terrorisme, ou pour des faits de droit commun mais repérées comme radicalisées ou en voie de l'être, et en anticipant la possibilité d'un retour en nombre des zones irako-syriennes. C'est l'ambition du plan « Sécurité pénitentiaire et lutte contre la radicalisation violente » présenté le 25 octobre et de l'entrée de l'administration pénitentiaire dans la communauté du renseignement par la loi du 3 juin 2016 ; - d'assurer l'attractivité des métiers de l'administration pénitentiaire, qui recrute massivement (1255 emplois supplémentaires inscrits au PLF 2017), notamment par une revalorisation statutaire et indemnitaire de tous les corps du personnel. Ces défis exigent une décision politique procédant du consensus et un engagement s'émancipant de la contrainte budgétaire annuelle. C'est l'esprit qui doit animer la rédaction du futur livre blanc sur la pénitentiaire, qui sera remis au Premier ministre à la fin du premier trimestre 2017. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/442.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/442.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b4f7d49b2cec952400f4b48d41adfdc397ef8244 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/442.txt @@ -0,0 +1 @@ +Durant cette législature, j'ai eu à me prononcer sur 4 lois destinées à renforcer notre arsenal pénal. Je ne crois pas que l'on puisse retrouver une telle intensité dans aucune autre mandature. Ce ne fut d'ailleurs pas un choix. Pas une fois durant la campagne législative de 2012, alors même pourtant que Mohamed Merah venait d'ensanglanter Toulouse, ce sujet ne fut réellement abordé lors de nos réunions publiques. Pas une seule fois, je n'ai eu à évoquer l'état d'urgence, les « Foreign Fighters » ou les « returnees ». Ces mots sont pourtant aujourd'hui inscrits dans notre vocabulaire quotidien. Ils nous sont imposés par la violence des faits. Nous avons donc agi et nous continuerons à le faire. Mais il faut aussi et parallèlement saisir toutes les occasions de prendre du recul. Les 30 ans de la législation anti-terroriste nous y incitent. Il s'agit, certes, d'un anniversaire un peu particulier : d'habitude, pour ce genre d'occasion, on se réjouit, on se congratule, on se souhaite une longévité encore plus grande… Ce n'est pas ce à quoi cet anniversaire nous invite. Albert Camus disait que « pour sortir de cette terreur, il faudrait pouvoir réfléchir et agir suivant la réflexion. Mais la terreur, justement, n'est pas un climat favorable à la réflexion ». Cet anniversaire nous incite donc à la réflexion et c'est justement cela que je souhaiterais faire avec vous à présent. Le terrorisme est un concept récent. Nul d'entre nous ne le trouvera dans les écrits de Platon, de Marc Aurèle ou dans ceux de Montesquieu ! Nous ne le trouverons pas non plus dans l'immense encyclopédie de Diderot et d'Alembert. I. « Terrorisme » : un concept politique ou juridique ? Il faudra attendre la Révolution française, et en particulier la période de la Terreur, pour que le vocable « terrorisme » fasse son irruption dans l'espace public sémantique ! Le mot désigne alors la violence d'État. Mais la signification va évoluer, renvoyant plus à un visage de la violence qu'à un projet politique. Et à la fin du XIXe siècle, interviendra ce que le chercheur Ami-Jacques Rapin appelle un « glissement sémantique décisif pour l'avenir du débat sur le terrorisme ». Cela est dû notamment aux attentats anarchistes ; par exemple, l'attentat à la bombe contre la Chambre des députés, le 9 décembre 1893, provoqué par Auguste Vaillant. La notion va entrer, pour ne plus le quitter, au sein du répertoire des actions de groupes, qui luttent contre les États. Le terrorisme se différencie de toute autre forme de délinquance ou de criminalité, par le fait qu'il s'agit d'une violence d'origine, à but et à conséquences politiques. Il porte une dimension idéologique centrale. Le terroriste cherche à délivrer un message, faire irruption dans le champ politique dans l'objectif de le transformer, de le contraindre à évoluer. Autrement dit, le terrorisme correspond à une volonté de subversion politique, à « un effort de déstabilisation politique », pour reprendre les mots de Didier Bigo et Daniel Hermant. C'est ainsi une guerre bien curieuse que nous devons conduire : sans belligérants connus, sans champ de bataille clairement identifié, sans face-à-face anticipé. Le magistrat Antoine Garapon écrit d'ailleurs que contrairement à l'éthique du combat loyal qui requiert l'égalité des armes, le terrorisme « joue à cache-cache avec l'Etat ». Ainsi la guerre se ressent-elle partout, mais ne se voit nulle part. La véritable cible du terroriste n'est pas la puissance militaire d'un Etat, mais son intégrité politique : son identité collective, la confiance mutuelle, la sécurité. C'est en cela qu'il porte une réelle déstabilisation. L'acte terroriste interroge la capacité des autorités politiques à assurer les clauses essentielles du contrat social, puisqu'il trouble la sûreté de l'État et la tranquillité publique. L'acte terroriste est un paradigme de la situation de crise. C'est l'extra-ordinaire, au sens premier du terme. Pour s'accomplir, cette crise induit nécessairement une crise de sécurité, qui elle-même génère une crise psychologique. Elle possède la faculté de susciter une peur radicale, de pénétrer l'imaginaire collectif, d'« insécuriser tout un peuple », selon les mots de Pierre Joxe. Ce statut particulier n'a rien à voir avec son coût en vies humaines, si on le compare avec les autres causes de mort violente (sécurité routière, règlements de compte…). C'est bien le ressort psychologique qui est en jeu ; la volonté de réveiller la pulsion de vie et de provoquer une panique morale. C'est dire toute l'actualité du conseil d'Hannah Arendt : « Pensez l'événement pour ne pas succomber à l'actualité » ! Car cette irruption dans le quotidien doit déclencher une réponse du pouvoir. Il ne faut donc pas se tromper dans sa signification. Et l'histoire, la définition de ce concept, révèle la dimension avant tout politique du terrorisme. Mireille Delmas-Marty le disait encore plus clairement : le terrorisme est un « concept plus politique que juridique ». II. Un arsenal législatif structuré et affiné Mais il est aussi peu à peu devenu une incrimination pénale et la législation anti-terroriste, en se structurant, en s'affinant au fil des années, enrichit toujours plus cette nouvelle catégorie juridique. C'est à partir de 1981, avec le renforcement de la menace, que le droit entreprend de s'adapter aux nécessités de la lutte contre le terrorisme. Ce sera ainsi l'objet de la loi du 21 juillet 1982 qui créé les assises spéciales à la suite de menaces sur les jurés par les complices du terroriste Carlos. Toutefois, cette décision ne s'accompagne pas de la création d'une incrimination terroriste propre. Sans doute à l'époque, des espoirs existaient-il de pouvoir réduire le problème par d'autres moyens. Cette seconde étape nécessitera 5 ans de maturation. En 1986, un pas décisif est franchi, avec l'adoption de la clef de voûte de notre doctrine, sur qui tout repose aujourd'hui. Depuis cette date, toutes les initiatives législatives convergent autour d'une volonté de prévenir l'action en organisant la répression et en agissant dans le cadre de l'Etat de droit. En effet, plus personne ne remet aujourd'hui en cause cette logique de prévention, à travers le démantèlement en amont des cellules terroristes, avant même la commission ou la tentative de commission d'attentats. Récemment encore, nous l'avons fait par la loi du 13 novembre 2014 (créant l'entreprise individuelle terroriste) en affinant notre arsenal et en précisant toujours plus les règles de procédures pénales : Techniques d'enquête, règles de poursuites d'instruction et de jugement. Puis avec la loi du 3 juin 2016, qui : - à renforce les moyens des magistrats dans la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, - à tout en multipliant les garanties au cours de la procédure pénale, particulièrement au cours de l'enquête et de l'instruction, pour rendre notre procédure pleinement conforme aux exigences constitutionnelles et européennes Au cours des discussions parlementaires, j'ai été interrogé pour savoir si ce tte multiplication de textes ne constituait pas en fait une forme d'aveu d'impuissance face au phénomène terroriste que l'État s'épuise à appréhender. Je crois exactement l'inverse. Parce que ce sont les activités terroristes qui sont protéiformes, il est du devoir de l'Etat d'adapter de manière permanente ses réponses. Notre droit pénal repose sur le principe de la légalité des délits et des peines. Et son corollaire, le principe d'interprétation stricte de la loi pénale, impose au législateur de tenir compte des changements de la criminalité terroriste afin que toutes ses manifestations soient appréhendées par la loi pénale. Voilà pourquoi le droit évolue. III. Un intime paradoxe Cependant, le concept du terrorisme est fondamentalement paradoxal… En effet, nous ne pouvons pas manquer de nous interroger face aux mots de la juriste Mireille Delmas-Marty. Elle disait que le terrorisme est « un concept juridique transitoire ». Un concept, appelé à disparaître avec la menace, au profit de concepts plus traditionnels. Le terrorisme ? Transitoire ? N'est-ce pas paradoxal, à l'heure où nous sommes réunis à l'occasion des 30 ans de la législation anti-terroriste ? L'arsenal législatif que je viens de décrire ne prouve-t-il pas que le terrorisme s'installe ? Qu'il ne s'installe, non pas dans le provisoire, mais dans le durable ? Personne ne peut aujourd'hui douter de cette dramatique réalité qui s'impose : Le terrorisme est devenu un horizon quotidien, au point qu'il n'est sans doute pas excessif de considérer qu'il est désormais l'une des principales menaces pesant sur la sécurité mondiale. Reconnaître que nous n'en avons pas fini avec le terrorisme, ce n'est pas un aveu d'impuissance, ce n'est pas énoncer un principe de fatalité. C'est, au contraire, une volonté de lucidité. Mais je demeure en même temps convaincu que le terrorisme est un concept transitoire. Et que nous vaincrons ce fléau d'autant mieux que nous aurons su remettre en question nos catégories et nos habitudes, sans remettre en question nos valeurs. En effet, droite ou gauche, les terroristes sont imperméables aux changements démocratiques. L'admettre implique que ce sujet ne devrait plus être un enjeu de petite polémique. Hélas, trop souvent, la quête de profits électoraux à court-terme prime encore et les idées avancées n'arrivent pas à masquer la vacuité de la réflexion. Ainsi, par exemple, j'ai lu qu'il était proposé de redonner vie à l'article 411-4 du code pénal, d'appliquer le concept d'« intelligence avec l'ennemi » à ceux qui nous combattent aujourd'hui au nom de Daesh. C'est méconnaître la particularité du sens des mots en droit. Il faut faire la différence entre le sens juridique des termes et leur impact émotionnel, car la loi pénale est toujours d'interprétation stricte. Et dans le cas d'espèce, comment appliquer à des mis en examen cette notion qui implique un acte positif ? Il serait compliqué de retenir des charges d'intelligence avec l'ennemi pour ces individus, car il faudrait être en mesure d'établir un lien continu et certain entre le mis en examen et le commanditaire. De surcroît, il faudrait faire la preuve qu'il y a bien eu un accord précis pour commettre l'infraction. Un seul contact unilatéral de l'auteur vers l'organisation étrangère ou inversement de cette dernière vers l'auteur ne suffirait pas à conserver l'infraction d'entretien d'intelligences. De plus, Daesh est une organisation qui n'est heureusement pas reconnue comme un Etat par la communauté internationale. Dès lors, l'idée de poursuivre le djihadiste à l'aide du livre 4 du code pénal me paraît peu opérationnelle. Mieux vaut renouer avec l'étymologie du mot « sécurité » : securitas, la tranquillité de l'esprit. Renouer avec la tradition de ce mot, c'est éviter de dénaturer la sécurité en tombant dans le sécuritaire. Car oui, l'épreuve que nous traversons est de nature politique. C'est pourquoi la lutte contre le terrorisme, la lutte contre la radicalisation, doivent être envisagées comme une politique publique nouvelle. Une politique publique qui nécessite des réorganisations, de la coordination, de l'imagination et surtout du courage. L'autorité judiciaire a un rôle bien évidemment crucial à jouer dans le cadre de cette lutte. Votre fonction est déterminante et vous êtes plus que jamais des garants, des piliers, des gardiens. Si le terrorisme doit nous apprendre une chose, s'il y a une leçon à apprendre, une seule force a capter, de ces années de « terreur », que ce soit celle de la responsabilité collective. « Le XVIIe siècle a été le siècle des mathématiques, le XVIIIe celui des sciences physiques, et le XIXe celui de la biologie. Notre XXe siècle est le siècle de la peur ». Ce sont les mots d'Albert Camus, datés de 1948. C'est à chacun d'entre nous qu'il revient de mettre tout en œuvre, chacun à son niveau, pour que le XXIe siècle soit le siècle du courage. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/443.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/443.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..cc3f3b3a33a1852cdde797b0e5ad1c504abf5d65 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/443.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, cher ami, Je suis très heureux d'être ici, à Madagascar, pour deux raisons. D'abord parce qu'il y a bien longtemps qu'un Président de la République française n'était pas venu à Madagascar - le dernier était Jacques CHIRAC. Je souhaitais que par ma visite, il soit bien compris par tous que Madagascar est pleinement réintégré dans la communauté internationale et a trouvé la stabilité politique qui lui a longtemps fait défaut. Je voulais appuyer tous vos efforts pour justement permettre à votre pays de connaître le développement qui est attendu. La France sera à vos côtés. Il y a un certain nombre de coopérations que nous avons engagées, avec l'Agence française de développement qui va augmenter encore ses activités. Ici, il y a des grands projets : barrage hydroélectrique, grandes infrastructures, aéroport, tourisme : beaucoup peuvent être réalisés grâce à notre partenariat. Il y a aussi la question de la sécurité. Je ne peux pas ici ne pas l'évoquer, parce qu'il y a eu plusieurs de mes compatriotes qui ont perdu la vie dans des conditions particulièrement atroces ; et je sais que vous travaillez pour résoudre cette question et elle est essentielle. Je rappelle qu'il y a 20.000 Français, souvent franco-malgaches d'ailleurs, qui vivent ici ; et de même nous avons en France une communauté malgache très importante, plus de 100.000 personnes. Il y a beaucoup de touristes qui viennent ici et qui veulent être éblouis par vos paysages, par votre végétation. Ils sont également très heureux de l'hospitalité qui leur est faite, mais qui peuvent être inquiets pour leur sécurité. Donc nous devons tous faire pour agir ensemble. La France sera également à vos côtés puisque nous allons prendre l'initiative de rassembler des bailleurs, pour que nous puissions vous apporter les fonds que vous attendez. Et puis il y a l'histoire et j'aurai l'occasion de l'évoquer pour souligner combien les Malgaches ont participé, durant les deux Guerres mondiales du 20ème siècle, à la défense de la France ; et combien aussi il y a à revenir sur un certain nombre d'épisodes particulièrement douloureux. Ce sera l'occasion pour moi de les exprimer et de dire ma reconnaissance. Je viens aussi pour une seconde raison, qui est le Sommet de la Francophonie. Et là encore pour vous dire que c'était un défi considérable d'organiser un événement de cette importance. C'est d'ailleurs la première fois depuis l'indépendance de Madagascar qu'il y a un sommet rassemblant des dizaines de chefs d'Etat et de gouvernement, de multiples délégations. Et ce succès vous honore et confirme la capacité de Madagascar à pouvoir accueillir une manifestation internationale aussi élevée. La francophonie, ce n'est pas simplement un rassemblement de chefs d'Etat et de gouvernement. C'est l'affirmation d'un certain nombre de valeurs, de principes et d'engagements. D'abord pour la langue française : nous sommes ici pour que la langue française puisse avoir toutes les conditions pour permettre - à celles et ceux qui veulent la parler de pouvoir le faire. Il y a aujourd'hui 250 millions de francophones ; on pense qu'ils pourraient être encore davantage dans les prochaines années, grâce à la démographie mais aussi grâce à l'effort que nous devons tous faire pour la diversité et la pluralité linguistique et donc pour le français. La maîtrise du français commence d'ailleurs en France : c'est la condition pour pouvoir être pleinement citoyen et pour ceux qui sont étrangers, d'être pleinement intégrés. La francophonie c'est aussi l'affirmation de l'exception culturelle et, donc, de la reconnaissance de ce que nos sociétés sont capables de produire de singulier. C'est donc une volonté de pluralisme qui nous anime. Nous devons défendre les droits d'auteurs, nous devons défendre les créateurs, nous devons défendre tous ceux et toutes celles qui s'expriment en français, dans tous les domaines de la création artistique. La francophonie c'est aussi des valeurs politiques, la démocratie et les droits de l'homme, les droits de la femme, ce sont les conditions pour être pleinement membre de la francophonie. Etre francophone ce n'est pas simplement parler le français, c'est parler les valeurs universelles. Parmi ces valeurs universelles, il y a la transparence dans les élections, le respect de l'ordre constitutionnel, faire en sorte que les femmes soient considérées à l'égal des hommes et ne puissent pas être brimées, parfois atteintes dans leur dignité comme c'est le cas trop souvent. Et nous devons faire là encore la démonstration que la francophonie, c'est une action et pas simplement une organisation. Enfin la francophonie doit contribuer à nous rassembler pour lutter contre le fanatisme. C'est en ce sens que tout ce qui est fait pour lutter contre la radicalisation, pour échanger les expériences, pour faire que les jeunesses puissent davantage se comprendre et se connaître, c'est aussi un but que je poursuis. Et la francophonie, c'est également une solidarité dans les épreuves, j'ai évoqué le terrorisme mais également par rapport à l'enjeu du réchauffement climatique et là encore, l'accord de Paris doit se décliner (j'allais dire) en français et dans l'espace francophone. Je veux aussi insister sur le caractère exceptionnel de cette visite, parce que grâce à vous la France peut parler dans l'Océan indien sans être regardée comme voulant soumettre cette région à je ne sais quelle influence. Nous sommes un pays de paix, d'équilibre et de développement. Nous sommes présents dans l'Océan indien avec Mayotte et l'île de La Réunion et nous souhaitons qu'il y ait encore davantage d'échanges. Je vais terminer cette déclaration en évoquant l'événement qui s'est produit cette nuit, la mort de Fidel CASTRO. Fidel CASTRO a été une grande figure du 20ème siècle, il a suscité beaucoup d'espoirs avec la révolution cubaine. A un moment il a été une référence pour beaucoup de peuples d'Amérique latine. Il y a eu aussi des désillusions. Mais il a toujours voulu avec fierté défendre Cuba contre toutes les pressions extérieures, notamment l'embargo qui frappait son pays. Et même si j'ai à plusieurs reprises dénoncé les manquements aux droits de l'homme à Cuba, j'ai toujours considéré que l'embargo était une décision unilatérale inacceptable. Je me suis rendu, en 2015, à Cuba, j'ai rencontré non seulement le président Raoul CASTRO, mais j'avais également eu un entretien avec Fidel CASTRO. Au-delà de l'histoire, c'est l'avenir qui compte. Et je veux à l'occasion de la disparition de Fidel CASTRO encore insister pour que l'embargo qui pénalise Cuba puisse être levé, définitivement levé, et qu'il puisse y avoir une ouverture, un échange et que Cuba puisse être pleinement dans la communauté internationale regardée comme un partenaire. La France regarde toujours Cuba comme un partenaire, c'est ce que j'ai voulu dire en m'y rendant. J'étais le premier chef d'Etat occidental à aller en visite à Cuba, je l'ai fait justement dans cet esprit. Faire que nous en terminions avec la guerre froide - elle était finie depuis longtemps mais elle demeure ou demeurait encore à Cuba. Et puisque je dois saluer la mémoire de Fidel CASTRO, je le fais mais en même temps, je veux que ce soit un message d'avenir et d'espoir pour le peuple cubain. Et bien sûr, j'adresse toutes mes condoléances à Raoul CASTRO, qui est venu en visite d'Etat à Paris, et au peuple cubain pour lui dire qu'il peut avoir la fierté d'avoir été uni face à toutes ces pressions, mais qu'aujourd'hui c'est de l'ouverture et des échanges dont il faut parler. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/444.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/444.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..969ecb7e7e1a3116d4984ee97f056746fa5469ab --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/444.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le président de la République, cher Hery, Je veux d'abord vous féliciter pour l'organisation de ce Sommet. C'est l'événement le plus important que Madagascar organise depuis l'indépendance. Je sais ce que ce défi a pu représenter et je veux ici vous dire toute notre satisfaction de voir ce matin qu'il a été parfaitement relevé. Mesdames, messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement, je me réjouis aussi de votre participation, car notre organisation ne vit que par les pays qui la constituent. Je salue la secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie, chère Michaëlle JEAN, qui a donné une nouvelle impulsion à ce que nous sommes. La francophonie c'est une force. Ensemble nous formons une communauté humaine de plus de 250 millions d'habitants - on nous en promet même 750 millions dans 30 ans. Notre langue, le français, est la deuxième enseignée dans le monde. Nous défendons des valeurs de liberté, nous portons des ambitions dans tous les domaines économique, culturel, scientifique, environnemental et sur tous les continents car ici, tous les continents sont représentés. Depuis 2 ans, notre secrétaire générale Michaëlle JEAN prépare et élabore de nouveaux projets au service de tous les francophones et surtout de leur jeunesse, qui doit être la grande priorité de notre organisation. Et également, nous devons lui donner et Macky SALL y est revenu une dimension économique, technologique, forcément liée à la transition énergétique et écologique. Mais notre organisation, c'est aussi un espace de solidarité. La première des solidarités, c'est quand un de nos pays est dans l'épreuve - et plusieurs d'entre nous ici ont été frappés par le terrorisme. Je pense à la France forcément, mais aussi au Mali, à la Belgique, à la Tunisie, au Tchad, au Burkina-Faso, à la Côte d'Ivoire et à tant d'autres. Nous sommes des cibles parce que le français est la langue de la raison, de la liberté, de l'émancipation, parce que c'est en français que l'universalité des droits de l'homme et du citoyen a été proclamée ; et c'est ce que les fanatiques n'acceptent pas et veulent nous combattre parce que nous sommes justement un espace de paix et de liberté. Ensemble, nous partageons une langue qui est une langue ouverte au monde, comme le dit Daniel MAXIMIN du français : « le sang de tous les continents coule dans ses veines. » La première priorité donc pour la francophonie, c'est d'abord de défendre la langue et la culture. Le français est notre trait d'union, même si ici certains parlent aussi l'arabe, l'anglais, le wolof, l'arménien, le roumain et tant d'autres langues qui doivent continuer à être préservées, protégées. Nous revendiquons le droit à la diversité, le refus de l'uniformisation. Nous sommes pour la pluralité des modes d'expression, des opinions, des croyances, des convictions. Et c'est pourquoi nous devons être exemplaires pour exprimer toute la créativité du cinéma, de la littérature, de la poésie, de la chanson en français ; et nous devons tous y veiller dans nos pays, mais également dans les négociations internationales. Pour ce qui concerne la France, j'ai voulu que l'apprentissage du français, la connaissance du français, la maîtrise du français soit également renforcée, parce que c’est en maîtrisant la langue que les individus, que les citoyens peuvent accéder à des choix en toute conscience et en toute liberté. De la même manière, j'ai voulu qu'en France la formation linguistique des étrangers constitue également une priorité. Chaque nouvel arrivant doit avoir l'opportunité de parler le français. Cette ambition, nous devons aussi la porter pour tous les pays de l'espace francophone et je pense notamment aux pays africains. D'ici à 2020, il manquera près de 180.000 professeurs de français en Afrique. Et dans nombre de pays, la scolarisation a parfois régressé depuis une génération. C'est pourquoi la France a décidé d'offrir une coopération éducative : 100.000 professeurs pour l'Afrique gérés par l'Institut français. Entre 2013 et 2015, j'ai également engagé l'Agence française de développement dans le secteur de l'éducation, de la formation avec un niveau de participation de 1 milliard d'euros, ce qui était historique. Je le fais parce que je considère que le français risque de se perdre s'il n'est plus enseigné ou s'il n'est plus véritablement parlé. Faut-il aussi que dans les négociations internationales, nous puissions veiller à ce que l'exception culturelle soit reconnue, alors même que la révolution numérique bouleverse la création, la diffusion, le partage de valeurs des œuvres. Là aussi, c'est un chantier pour la francophonie, parce que nous devons protéger les droits d'auteurs et nous devons faire en sorte que puisse se diffuser les créations francophones dans tous nos pays. L'année prochaine, la France lancera le grand tour « Voyages en francophonie », qui proposera dans l'ensemble de l'espace francophone une centaine d'événements : festivals de musique, de chansons, de littérature, de poésies, de théâtre, de cinéma pour que nous puissions ensemble partout partager les mêmes émotions. Défendre le français, la culture, c'est aussi affirmer des valeurs et la première d'entre elles, c'est la démocratie. La francophonie doit être au côté des peuples qui se battent pour leurs aspirations à des élections libres et transparentes, avec des ordres constitutionnels qui soient respectés. C'est très important que nous puissions être, de ce point de vue, aussi incontestables que possible. Nous devons faire en sorte que nous puissions soutenir tous les efforts menés par bien des pays ici présents à une meilleure gouvernance, à une plus grande transparence. Et chacun peut se sentir concerné. La France accueillera du 7 au 9 décembre le 4ème Sommet mondial du partenariat pour un gouvernement ouvert. C'était Barack OBAMA qui avait lancé cette initiative et aujourd'hui, c'est la France qui en a la charge et la responsabilité. 70 pays seront représentés - beaucoup de francophones - et j'invite d'ailleurs ceux qui ne l'ont pas encore décidé de venir à Paris pour cet événement. Ce sera une façon de montrer comment nous pouvons faire vivre la participation des citoyens, leur expression. Et avec l'innovation, le numérique, comment nous pouvons mieux partager les expériences de chacun. Madame la secrétaire générale, vous êtes très active et vous avez raison pour lutter contre l'extrémisme violent qui menace notre mode de vie. La France soutient la mise en place d'un réseau francophone de lutte contre la radicalisation, pour échanger des informations, partager là encore les pratiques les plus efficaces, proposer de l'assistance technique et mettre en place des programmes partout où ils sont nécessaires. Nous n'avons pas le droit d'abandonner des jeunes sans repères, de les laisser ainsi vulnérables, atteints par les mensonges de mouvements fondamentalistes. C'est le sens de l'initiative que vous avez lancée le 10 mars dernier « Libres ensemble », pour que les jeunes francophones luttent contre toutes les tentations de repli ; et que nous puissions aussi promouvoir les thèmes de la liberté et de l'égalité entre les sexes. Je suis prêt aussi à ce que l'expérience que nous avons acquise, avec l'Office franco-québécois pour la jeunesse, puisse être généralisée et que nous puissions promouvoir des mobilités et des échanges Nord Sud des jeunes francophones. Nous avons besoin qu'il y ait ces échanges, qu'il y ait cette connaissance et je soutiens pleinement le programme de volontariat de l'Organisation de la Francophonie. La France est prête à s'y associer de deux manières : en identifiant avec l'Agence française de développement les projets qui sont labellisés par notre organisation ; et en faisant que les jeunes qui font leur service civique en France et ils sont de plus en plus nombreux, plus de 100.000 puissent le faire également dans les pays francophones. La francophonie c'est également la solidarité, avec les pays qui sont émergents ou en développement. Je pense notamment aux pays africains - pas seulement - qui peuvent être entravés par le dérèglement climatique. Vous savez le rôle que la France a pu jouer en accueillant la COP 21 à Paris, puis lors du Sommet de Marrakech, à l'occasion de la COP22. Nous sommes engagés, nous devons être mobilisés parce que l'espace francophone est plus particulièrement concerné. Sur les 50 pays les plus meurtris par le réchauffement, 36 se situent en Afrique subsaharienne avec toutes les conséquences : désertification, sécheresse, déforestation. La priorité c'est donc l'accès à l'énergie et à l'électricité et j'ai confirmé, lors du Sommet de Marrakech, que la France dégagerait 2 milliards d'euros pour soutenir tous les projets qui iraient dans cette direction. L'Europe peut également y ajouter ses propres fonds et ses investissements, mais nous devons dans l'espace francophone montrer que des projets existent et qu'ils peuvent trouver leur traduction concrète dans les prochaines années. J'ajoute aussi un enjeu de solidarité, c'est celui de l'accès de tous aux soins, c'est-à-dire à la santé. Là encore, la francophonie doit montrer l'exemple, nous devons faire en sorte qu'il y ait plus de médecins, de personnels soignants qui puissent être formés. Nous avons multiplié nos réseaux d'experts en santé publique, nous avons abaissé le prix des médicaments. Il est insupportable que des populations parce qu'elles sont pauvres et démunies soient en plus victimes de fléaux sanitaires, et c'est pourquoi la France est si attachée à l'avenir de l'Organisation mondiale de la santé. Mais l'Afrique n'attend pas uniquement de l'aide, elle veut des investissements et des technologies. D'une manière générale, la francophonie doit être un espace économique. Nous devons faire en sorte qu'il y ait de plus en plus d'étudiants francophones. Nous devons favoriser les déplacements des créateurs d'entreprise. Nous devons faciliter les investissements, nous devons faire que chaque jeune puisse comprendre la francophonie comme un atout supplémentaire pour réussir sa vie. Nous devons multiplier les forums économiques, nous devons faire que la francophonie puisse se conjuguer avec la science, avec la recherche, avec l'innovation, avec la technologie. C'est un enjeu majeur parce que nous ne sommes pas simplement les héritiers d'un passé linguistique, nous sommes les promoteurs d'une conception du monde. C'est cela le sens de la francophonie, c'est d'être ensemble parce que nous parlons la même langue, parce que nous avons aussi les mêmes objectifs, les mêmes volontés, les mêmes engagements ; et que nous pouvons même anticiper sur l'évolution du monde. Ce monde qui est agité aujourd'hui par des menaces que nous connaissons, que nous combattons, ce monde qui est plein d'incertitudes, qui ne sait pas encore où vont aller les grandes décisions qui sont pourtant attendues. Un monde où les tensions restent fortes et où les extrémistes partout veulent ressusciter les peurs ; ou utilisent la nostalgie comme pour fermer la porte à l'avenir. Nous savons que le repli sur soi c'est l'enfermement, car nous sommes dépositaires d'une langue qui est une langue universelle, une « langue monde ». Et nous savons tous qu'une identité ne se protège pas en érigeant des murs. La francophonie c'est une volonté, une volonté d'ouverture, de développement, de culture, de solidarité, la francophonie c'est un choix, la francophonie c'est une chance, la francophonie c'est une promesse qui sera tenue. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/445.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/445.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5dcfd0cad69fb94c44477a29f94ae0d34c70cea5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/445.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Premier ministre de la République de Madagascar, Vous nous faites grand honneur de venir ici, à la résidence de madame l'Ambassadrice, devant la communauté française rassemblée - que je salue - avec les membres de ma délégation, les ministres, les parlementaires, les chefs d'entreprise, les artistes, les chercheurs, bref, toute la France qui a voulu venir pour ce Sommet de la francophonie, à la fois pour porter les valeurs qui sont les nôtres mais en même temps pour défendre l'idée même que porte la langue française. Il était très important que nous puissions le dire et le faire ici, à Madagascar. C'est la troisième fois qu'un président de la République française vient à Madagascar depuis l'indépendance du pays. Il y a eu François MITTERRAND et puis Jacques CHIRAC. Je voulais que ma visite puisse à la fois être une visite comprise comme étant un signe de l'amitié entre la France et Madagascar et en même temps une visite liée à la responsabilité qu'a la France dans la francophonie. Je suis conscient de la place stratégique qui est celle de Madagascar dans l'Océan indien. La France est présente dans l'Océan indien de multiples façons. Ici par la communauté française, mais aussi à Mayotte, à La Réunion - et je sais combien les liens sont intenses entre les différentes îles, qui ne sont pas de même taille, nous en sommes conscients, mais qui participent de la même volonté de développement de la coopération au sein de l'Océan indien. Je voulais aussi souligner combien la communauté française présente à Madagascar est importante, diverse, riche au sens de ce qu'elle peut apporter et à Madagascar et à la France. C'est une communauté qui représente près de 20.000 personnes, beaucoup de binationaux et c'est une chance que d'avoir des binationaux ; et une communauté qui est parfois là depuis longtemps, parfois plus récemment liée à des activités de développement, à des recherches, à de l'installation d'entreprises, à des initiatives associatives, bref, tout ce qui peut nous rapprocher. Je sais aussi combien cette communauté est fervente et est capable de se mobiliser. Vous étiez nombreux à la résidence, c'était quelques jours après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, à Saint-Denis. Et vous aviez éprouvé spontanément le besoin de vous retrouver ici, pour témoigner de votre solidarité à l'égard de nos compatriotes qui avaient pu être frappés. C'était d'autant plus fort que Véronique DE BOURGIES qui était française, qui travaillait ici à Madagascar, qui avait lancé une initiative très belle qui se poursuit d'ailleurs pour les enfants, pour les familles, a été assassinée lors de cette nuit terrible du 13 novembre. J'ai rencontré les représentants de cette association et je leur ai dit que malgré la douleur qu'ils ressentent, malgré cette absence, ils avaient toute l'aide de la France pour continuer cette action. Et eux-mêmes qui sont présents ici ont comme maintenant devoir et ils le savent mais aussi comme passion de pouvoir continuer l'œuvre de Véronique DE BOURGIES. Je veux saluer aussi - je l'ai fait avant de vous rencontrer - la famille d'une victime malgache de l'attentat de Nice, et je lui ai témoigné là encore de notre solidarité. Voilà ce qu'est finalement une communauté, à l'échelle du monde. Ici, à une Française qui a pu être assassinée alors même qu'elle travaillait pour la solidarité avec Madagascar ; et puis une Malgache qui était en France à Nice et qui a été également victime de la barbarie et du terrorisme. Je sais aussi combien monsieur le Premier ministre, vous luttez contre l'insécurité ; c'est une priorité majeure partout. Notre communauté a été profondément marquée par l'assassinat de deux jeunes français, Magali et Romain au mois d'août dernier sur l'île de Sainte-Marie. Et je ne veux pas non plus oublier nos autres ressortissants qui ont trouvé la mort ici, à Madagascar. Alors j'ai abordé cette question de la protection, de la sécurité avec le Président Hery et j'ai voulu que nous puissions définir les coopérations judiciaires que nous pouvions mettre en place, y compris aussi les coopérations en termes de sécurité, de façon à ce que les autorités malgaches puissent à la fois assurer leur rôle de protection de l'ensemble des Malgaches et ici des Français qui y sont installés ; et qu'il puisse y avoir une coopération judiciaire qui permette que des procès puissent se tenir et qu'il n'y ait aucune impunité. C'est d'ailleurs le cas puisqu'il y a eu le procès des auteurs du double meurtre de Français à Tuléar en 2014 ; et ceux de nos compatriotes à Nosy Be, c'était en 2013. Je suis conscient que beaucoup de Français veulent venir ici à Madagascar, parce que c'est une très belle île avec des paysages magnifiques. Nous sommes ici admiratifs de ce que nous pouvons voir ou entrevoir. Nous savons combien les plages de Madagascar peuvent recevoir de touristes, mais faut-il encore qu'il y ait de la sécurité. Et autant nos opérateurs sont mobilisés - je veux les en remercier - autant nous voulons même qu'il y ait des facilités en termes de transports aériens, autant nous voulons que ces touristes – qui seront sans cesse plus nombreux – puissent avoir toutes les conditions pour y séjourner avec sérénité. C'est également votre préoccupation et madame l'ambassadrice et les consuls qui sont ici présents sont à la disposition de la communauté française pour leur donner toutes les informations et leur permettre de faciliter leurs mouvements. Voilà, c'est ce que je voulais d'abord dire au sujet des drames que nous avons pu traverser. Face aux drames, il peut y avoir de l'abattement - c'est une tentation - il peut y avoir de l'intolérance - c'est un risque - mais il peut y avoir, et il doit y avoir une cohésion, une force qui se dégage de nous pour non seulement dépasser ce qui a pu à un moment nous atteindre, mais finalement suivre notre chemin avec encore plus de détermination. Et c'est ce que nous faisons tous ensemble, tous les Français, qu'ils vivent dans l'Hexagone, en Outre-mer ou qu'ils soient Français à l'étranger. Ils sont ensemble et ils ne veulent pas être divisés, ils ne veulent pas être séparés entre les uns et les autres, ils veulent qu'il n'y ait aucune stigmatisation et en même temps, ils attendent de la fermeté, ils attendent de la sécurité, ils attendent que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités. C'est ce que nous avons fait depuis 2012. J'ai avec les gouvernements de Jean-Marc AYRAULT de Manuel VALLS considérablement renforcé les moyens de la sécurité, mis aussi les ressources nécessaires pour nos armées. Je veux saluer ici nos militaires parce que la France est engagée pour lutter contre le terrorisme en Afrique de l'Ouest : c'est l'opération Barkhane qui a commencé au Mali mais qui se poursuit dans toute la région. La France est engagée parfois pour séparer un certain nombre de communautés qui risqueraient de s'entretuer, cela a été le cas avec notre intervention en Centrafrique. La France est engagée aussi au Moyen-Orient, en Irak et en Syrie pour lutter contre Daesh, cette organisation islamiste, fondamentaliste qui nous a fait la guerre, déclaré la guerre avec les attentats. Il y a beaucoup d'attentats que nous déjouons encore ces derniers jours, ces dernières semaines et je veux en féliciter ici les forces de sécurité. Oui, nous devons agir et en même temps, nous devons vivre et c'est ce qui compte avant tout, c'est le sens de ce qu'ici j'ai affirmé au Sommet de la Francophonie. Parce que nous sommes conscients que nous devons répondre à tous les besoins qui nous sont présentés. La francophonie représente des pays très différents, il y a des pays pauvres qui veulent assurer leur développement, il y a des pays très développés qui veulent partager la technologie, il y a des pays émergents, il y a des pays de tous les continents. L'espace francophone représente la solidarité d'un monde qui parle la même langue et qui veut anticiper par rapport à ce que doivent être les responsabilités de la communauté internationale. Ici à Madagascar, monsieur le Premier ministre, et je l'ai dit au Président, nous soutenons le processus de stabilisation. Il est en cours et c'est un grand succès pour vous que d'avoir pu accueillir le Sommet de la Francophonie. C'est l'événement international plus important qui a eu lieu depuis l'indépendance et qui a pu être parfaitement mené. Alors soyez-en fiers, que le peuple malgache en soit bien conscient, recevoir une conférence de ce niveau avec beaucoup de chefs d'Etat et de gouvernements en toute sécurité, dans des conditions d'hospitalité remarquables, c'est un succès. Et ce succès est encourageant, c'est la raison pour laquelle la France veut continuer à vous apporter son aide d'une autre façon, avec notamment des investissements nouveaux dans le secteur des infrastructures, de l'énergie, de l'urbanisme. Et l'Agence française de développement - je salue ici son directeur - va doubler ses engagements à Madagascar. Nous voulons aussi coopérer sur le plan universitaire et scientifique, je rappelle les instituts de recherche : PASTEUR, CIRAD, IRD qui contribuent à l'amélioration des conditions de vie des Malgaches. Et je sais qu'ici, il y a de nombreux représentants de ces grandes institutions de recherche. Et puis il y a ce que nous voulons faire pour la langue française, pour la culture française. Il y a ici des établissements scolaires de très grande qualité, je veux ici rendre hommage aux personnels qui s'y dévouent. C'est pour nous non seulement un devoir mais un grand investissement parce que chaque fois que des jeunes passent dans nos établissements, non pas simplement pour apprendre le français, mais pour apprendre en français, ils deviennent les meilleurs ambassadeurs de la culture française ; et surtout ils obtiennent là un passeport qui n'est pas délivré par quelque autorité administrative que ce soit, mais un passeport pour réussir leur vie. C'est comme cela que nous concevons aussi la francophonie. Je veux aussi souligner le rôle des Alliances françaises ici. Quand j'ai visité le Pavillon de la France, au Village de la francophonie, j'ai été vraiment saisi par l'ampleur de ce que nous pouvions faire pour diffuser la culture française à travers ce réseau d'Alliances. C'est un très beau succès populaire le Village de la francophonie. Il y avait des milliers de personnes qui s'y pressaient, tout simplement pour accéder à l'information. Les services de l'ambassade ont fait un travail remarquable que je veux absolument souligner, où l'on obtient toutes les informations sur les administrations françaises, sur ce qu'elles font. Je me demande s'il ne faudrait pas, monsieur PLACE qui s'occupe de la simplification, généraliser ce processus partout, mettre ces bornes dans tous nos villages parce qu'il y a vraiment là une source de connaissances et d'informations. J'ai voulu justement que nous puissions partout en France permettre à l'administration de se moderniser, d'accéder beaucoup plus facilement à nos concitoyens, de leur donner de l'information. Et j'espère qu'ici, nous pouvons être exemplaires. Je veux également souligner toutes les formes de coopération décentralisées, il y en a beaucoup : coopération avec les collectivités locales, coopération avec les organisations non- gouvernementales et puis enfin il y a les entreprises. Les entreprises françaises qui ont mené des partenariats avec des entreprises malgaches, qui sont particulièrement impliquées dans bon nombre de grands travaux que vous avez lancés ; et qui bien sûr vont demander à des techniciens, des ingénieurs français de venir ici s'installer. Et je sais que vous leur ferez le meilleur accueil et je salue ici tous les représentants de la communauté d'affaires. Là encore il faut simplifier, alors nous le faisons pour ce qui nous concerne, mais vous avez sans doute aussi les autorités malgaches à faire que le droit soit simple et qu'il puisse y avoir autant qu'il est possible le développement de nos échanges économiques. J'ai voulu également que cette visite puisse rappeler un certain nombre d'événements historiques, comme pour mieux nous projeter vers l'avenir. D'abord nous nous sommes rendus ensemble au monument aux morts du lac ANOSY pour rappeler qu'il y a eu de nombreux Malgaches qui, pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale se sont sacrifiés pour la France, c'est-à-dire pour notre liberté, pour notre indépendance. Et ils ne seront jamais oubliés. Sur ce monument aux morts, il y avait inscrites les batailles de la Première Guerre mondiale, celles qui ont décimé tant d'hommes, et parmi ces hommes des Malgaches. J'ai rappelé aussi les événements de 1947 et ce qu'avait pu être ce souvenir douloureux ; qui a longtemps séparé la France et Madagascar parce qu'il y avait de l'incompréhension. Et donc j'ai dit que je voulais rendre hommage aussi aux victimes des événements tragiques de 1947. L'indépendance en 1960 a permis que la France et Madagascar entretiennent des relations qui ont été, en fonction des alternances ou en fonction des événements politiques, en France et à Madagascar, parfois bonnes, parfois plus difficiles, parlons-nous franchement. Aujourd'hui, nous devons tout faire pour qu'elles soient excellentes ces relations ; et pour que nous puissions travailler ensemble et que vous ayez confiance dans la France, et la France confiance dans Madagascar. Pour en porter la preuve, je souhaite qu'il y ait plus d'étudiants malgaches qui viennent trouver dans nos universités le moyen de réussir leur vie. Je souhaite qu'il y ait plus de déplacements, plus d'échanges. J'ai évoqué le tourisme, j'ai évoqué les rapports économiques, je veux qu'il puisse y avoir des relations qui soient exemplaires parce que nous sommes voisins, je le rappelais, parce que nous portons des mêmes idéaux dans cet Océan Indien et parce que nous voulons que ce soit une zone de paix. Nous voulons aussi lutter contre tout ce qui peut être l'extrémisme et la radicalisation, et c'est un devoir que j'ai rappelé au sein de l'organisation de la francophonie. Voilà mesdames et messieurs ce que je voulais vous dire en cette matinée très belle, dans ce lieu magique et devant vous, au moment où nous devons montrer ce qu'est la France partout, comment nous devons nous rassembler quelles que soient les circonstances, quelles que soient les échéances, quelles que soient les épreuves, quels que soient les choix que nous aurons à faire. Nous rassembler, c'est le plus essentiel, c'est-à-dire que nous puissions tous contribuer au bien commun et vous le faites ici ; bien commun entre Madagascar et la France, que nul ne soit oublié. Plusieurs fois, il m'a été rappelé ce qu'était la situation d'un certain nombre de nos ressortissants ; ou de ceux qui veulent accéder à la nationalité française après de longues démarches. Oui, nul ne doit être oublié. Dans la France telle que nous la voulons, personne ne doit être écarté au prétexte de sa fragilité, de sa vulnérabilité ou de ses croyances ou de ses convictions. Et pour unir, la langue française doit être regardée comme un instrument supplémentaire… Même l'élément principal parce que ce qui nous permet d'être à l'égal des autres, c'est de maîtriser de la même manière la langue française. C'est pour ça que nous avons créé cette Agence pour la langue française, parce que ce que nous devons donner à chacun de nos enfants, la possibilité non pas de parler français mais de bien maîtriser la langue, parce que c'est avec la langue que nous communiquons, que nous créons, que nous inventons et que nous pouvons être ensemble. Et puis comment ne pas évoquer l'Education nationale, cette grande force qui ici est représentée à travers ces établissements ; et qui, en France, doit être regardée comme un atout majeur pour notre pays ; et qui doit donc disposer des ressources et des moyens indispensables pour permettre la formation de tous nos enfants. La formation, cela vaut même au-delà de l'Education nationale… Toute la vie que nous devons l'organiser. Et ce service public essentiel qui est celui de l'Education doit être à chaque fois conforté et renforcé. Tous les Français, je le disais, qui contribuent au bien commun, aucun qui ne doit être oublié et tous qui doivent être reconnus pour ce qu'ils sont, à part entière comme citoyen et tous ensemble. C'est la raison pour laquelle il était si important de vous retrouver, communauté française, pour vous dire que vous contribuez au bien commun, qu'aucun de vous n'est oublié et que vous permettez à la France de rayonner ici à Madagascar. Vive la République française, vive Madagascar, vive l'amitié entre la France et Madagascar. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/446.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/446.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8d6fc6d4e966da4527ba2a9f4d95c90331ba3d4c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/446.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs les recteurs, Mesdames, Messieurs les directeurs des agences régionales de santé, Madame, Monsieur les rapporteurs, Mesdames, Messieurs, Nous avons en France et on s'en félicite une démographie dynamique. Nous avons une jeunesse nombreuse et c'est ce qui nous différencie de bien de nos voisins en Europe. C'est une chance pour notre pays que d'avoir ce renouvellement des générations, que d'avoir de la vitalité, de la créativité, des talents. En même temps que je fais ce constat qui donne de l'espoir pour les années qui viennent la France sera sans doute à terme, à l'horizon 2050, l'un des pays les plus peuplés d'Europe et sans doute le plus jeune si les taux de natalité se confirment, je fais aussi le constat qu'une partie de notre jeunesse connaît ce qu'on appelle un mal-être, que vous avez vous-mêmes signalé. La fréquence de ce mal-être ou de cette souffrance est plus élevée que dans les autres pays de l'OCDE. Son expression peut être multiple : repli, perte de confiance en soi, anxiété ; elle peut aller jusqu'à des violences sur soi-même ou sur les autres, des pratiques sexuelles à risque, des addictions, des dérives, voire une radicalisation. Ces phénomènes connaissent une hausse préoccupante. Ce mal-être résonne aussi avec les épreuves et les interrogations de l'ensemble de notre société, qu'il s'agisse du chômage, de la précarité, de l'isolement, des discriminations, du sentiment d'appartenance à une famille ou à une nation. Ces dérives ou ces risques peuvent être amplifiés par les réseaux sociaux et on sait combien les jeunes sont liés à Internet. On estime que plus d'un jeune sur 10 est confronté ce sont vos chiffres à l'une de ces formes de souffrance, qu'un jeune sur 10 connaît également un épisode dépressif entre 16 ans et 25 ans, que le nombre d'enfants suivis en psychiatrie a augmenté de plus de 20 % entre 2007 et 2014. Cette souffrance, ce malaise, concernent des enfants, parfois très jeunes, des adolescents, mais aussi ce qu'on appelle des jeunes adultes d'autant plus que ceux-ci font face à d'autres défis - l'éloignement géographique, l'isolement, l'ouverture de leur vie sociale ou affective, la recherche d'une première insertion professionnelle. Dans les âges les plus précoces, cela peut être simplement un signal qui est envoyé au monde adulte. Plus tard, cela peut être un décrochage scolaire. Je relève d'ailleurs que nous avons et la ministre de l'Éducation nationale avait voulu traduire cet engagement permis de diminuer le nombre de décrocheurs : 150 000 en 2012, moins de 100 000 aujourd'hui (mais c'est toujours trop). Il peut y avoir plus grave : c'est la rupture, non plus simplement avec l'école, mais avec la famille, c'est l'enfermement, c'est l'exclusion et dans le pire des cas le suicide. Notre système d'éducation est forcément interrogé et il ne peut pas lui être demandé de jouer tous les rôles. Son premier devoir est de transmettre le savoir, la connaissance, et de permettre que les jeunes deviennent pleinement des citoyens, des futurs citoyens. Mais en même temps, l'école, le collège, le lycée et même l'université sont des lieux où les jeunes passent une grande partie de leur vie, où ils apprennent à exister par eux-mêmes avec les autres, à connaître la société et donc à pouvoir maîtriser leur vie et ses conflits. Nous parlons et je reprends le mot d'une école bienveillante. Cela ne veut pas dire une école qui serait moins exigeante ou qui serait moins ferme dans l'affirmation de sa responsabilité de transmission du savoir. Comme vous l'avez très bien exprimé, Madame, Monsieur les rapporteurs, le bien-être n'est ni le confort ni le contraire de l'effort. Bien-être, c'est être bien et c'est une belle formule. C'est ce que doit faire l'école et ce que doit faire la société dans son ensemble : être attentive, respectueuse, et en même temps capable de fixer des limites, c'est aussi pouvoir intervenir en accompagnant - ou parfois en punissant. C'est la raison pour laquelle, il y a déjà plus d'un an, j'avais demandé, avec les ministres concernés, qu'une mission soit lancée sur ce que pourrait être une action en faveur du bien-être et de la santé des jeunes. C'est ce que vous venez de faire avec vos 10 propositions. Je ne veux pas les reprendre toutes, elles ont toutes leur légitimité, elles ont toutes leurs raisons, mais je voudrais revenir d'abord aux objectifs que porte ce plan. Le premier objectif est de permettre à tous les professionnels beaucoup sont là de mieux identifier les symptômes et les signes du mal-être des jeunes. Ensuite, de faire en sorte que ceux-ci soient mieux soutenus, mieux écoutés, et que leur isolement puisse être brisé. Enfin, c'est d'améliorer la prise en charge des jeunes qui en ont besoin en les orientant le plus vite possible vers les professionnels qui peuvent être ceux de l'Éducation nationale ou ceux du monde de la santé. Pour atteindre ces objectifs, le plan propose non seulement des actions à mener, mais une méthode, une approche. C'est d'abord une réponse coordonnée, multidisciplinaire, mobilisant les personnels scolaires, les professionnels de santé, les familles, les associations, les services de prévention spécialisée ou de protection de l'enfant. C'est ensuite une deuxième notion qui est très importante et qui éclaire ce que nous voulons faire : la précocité des interventions. Agir plus tôt, c'est éviter d'être confronté à des drames plus tard, des drames personnels ou des tragédies collectives. Nous devons aussi être conscients qu'investir très tôt, c'est finalement avoir moins à prendre en charge plus tard, y compris par notre système de Sécurité sociale. Nous sommes attentifs à ce que la prévention soit au cœur et c'est le sens de l'action de Marisol TOURAINE de la politique de santé en France. Et nous sommes bien devant une question de prévention en agissant précocement. Ce plan s'appuie sur l'ensemble des acteurs locaux : agences régionales de santé, établissements scolaires, maisons des adolescents, directions de la cohésion sociale, de la jeunesse et du sport, ainsi que les partenaires associatifs et les collectivités locales. Le plan et je retiens cette démarche prend en compte les spécificités des territoires et reconnaît pleinement les capacités d'initiative de leurs acteurs, au plus près des populations. Même si les phénomènes sont comparables, il y a des situations qui peuvent localement être différentes et justifient des modalités d'actions adaptées. C'est pourquoi la démarche a été testée dans trois académies pilotes - Nantes, Versailles et Nancy-Metz. Quelles sont les propositions que le gouvernement, sous mon autorité, a retenues ? D'abord, un portail d'information en direction des jeunes : il mettra à leur disposition toutes les données vérifiées et permettra de contacter les professionnels compétents, pour que les jeunes le fassent librement, à partir de leurs propres souffrances, de leurs propres besoins. Ensuite et c'est la mesure qui a été mise en exergue, c'est le Pass Santé Jeunes. Après évaluation par un médecin, il donnera aux adolescents ou aux jeunes adultes concernés un accès gratuit à un psychologue. Le suivi pourra aller, je crois, jusqu'à 10 séances, auxquelles s'ajoutera un soutien parental. Cette mesure est inscrite dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2017, elle est donc financée. Cela veut dire que ce Pass va entrer en vigueur dès l'année 2017. C'est un droit qui est important et c'est pourquoi les jeunes l'ont immédiatement reconnu ; parce qu'il leur permet, avec les parents ou sans les parents, de pouvoir bénéficier de l'accompagnement d'un psychologue. Il s'appliquera de manière anticipée dans trois territoires ; l'idée est d'y constituer un vaste réseau de professionnels partageant des références communes, et cela permettra de construire, avec les maisons des adolescents, une vraie organisation. Ensuite, une des orientations que le gouvernement a retenues, c'est la création d'un corps unique de psychologues de l'Éducation nationale. C'était une mesure très attendue parce qu'il fallait cette reconnaissance de la fonction dans les établissements scolaires, pour qu'elle puisse être valorisée en conséquence. Elle sera effective à la rentrée 2017 avec un premier concours de recrutement au printemps et un accroissement du nombre de postes ouverts. Les structures de prise en charge psychologique destinées aux étudiants seront également renforcées. Il y aura donc des recrutements spécifiques. Là encore, c'est un investissement. Avoir, si je puis dire, dans cette période, des fonctionnaires -qui peuvent être des psychologues, des médecins scolaires, des assistants ou des assistantes sociales- ce n'est pas une charge en l'occurrence, c'est un investissement pour l'avenir, c'est une façon de faire que ces jeunes puissent être tout au long de leur vie le plus épanouis possible, le moins en souffrance, le moins seuls. Il faut reconnaître ces métiers et leur importance. Le service public n'est pas figé, il n'est pas immobile. Ce ne sont pas toujours les mêmes besoins que nous avons à satisfaire dans les mêmes conditions. Le numérique en ce sens change les relations entre les administrations et les citoyens. Et il doit y avoir, parce que la société elle-même évolue, qu'apparaissent des risques nouveaux ou des potentialités supplémentaires, une évolution du service public. De nouveaux métiers doivent y être introduits, développés, reconnus. C'est le sens de ce que nous devons faire pour la médecine scolaire. Chacun a son expérience de la médecine scolaire. C'est aujourd'hui une fonction essentielle dans les établissements, comme celle des infirmiers et infirmières scolaires. À qui se confie-t-on le plus souvent si ce n'est à ces professionnels-là ? Y compris pour décider d'un certain nombre de choix dans sa vie ? Il est très important que le gouvernement mette davantage de moyens sur la santé scolaire et que, comme la ministre de la Santé et la ministre de l'Education l'ont voulu, avec la ministre des Familles, qu'il y ait un lien entre médecine scolaire et médecine de ville, et que ce réseau de professionnels puisse naturellement interagir. Il faut aussi, comme le souligne le rapport, que chaque région dispose des ressources nécessaires en psychiatrie infanto-juvénile, dans le cadre plus global de l'organisation retenue en matière de santé mentale. Il y a une insuffisance grave de médecins pédopsychiatres. Pourtant, nous savons bien qu'ils sont essentiels. Quand j'ai eu à affronter un certain nombre d'épreuves liées au terrorisme et qu'on a essayé de regarder la situation de ceux qui avaient porté ces attaques, qui étaient nés en France et avaient été éduqués en France, si des signalements avaient pu être effectués –mais je ne mets pas en cause les professionnels parce que c'était très difficile et fallait-il encore qu'ils soient dans les établissements– tous m'ont dit que la pédopsychiatrie était un élément important pour éviter certaines dérives. Dans l'action que nous menons contre la radicalisation, cet élément est très significatif. C'est là encore un investissement que nous devons faire. Encore faut-il que des moyens soient accordés pour favoriser le développement de ces professions, et c'est le sens des mesures que nous prenons aujourd'hui. Il est grand temps de rapprocher le monde de l'éducation et le monde de la santé. Cela paraît simple à énoncer mais nous savons bien que ce n'est pas si aisé et qu'il y a toujours des cloisonnements au nom des principes de responsabilité. Je le comprends parfaitement. Mais ce que nous venons ici de consigner, à travers notamment la convention-cadre entre le ministère de l'Education nationale et le ministère de la Santé, va changer considérablement les relations. Cette nouvelle convention vient en compléter une autre, signée entre la ministre de l'Education nationale et la Maison des adolescents. Parce que nous devons agir ensemble - c'est une recommandation forte du rapport. Ainsi, par exemple, il faut une cellule de veille dans chaque collège, dans chaque lycée, réunissant les adultes susceptibles de porter un regard sur la situation d'un adolescent, et faisant intervenir des spécialistes extérieurs à l'établissement. Enfin ce plan d'action vise à renforcer la formation initiale et continue des professionnels de l'éducation aux questions de santé et de bien-être des jeunes et tout particulièrement aux problématiques de l'adolescence. Quand nous avons rétabli les écoles du professorat, nous aurions pu faire comme avant. Mais les écoles du professorat doivent apprendre à enseigner à des étudiants qui ont été déjà formés à un niveau élevé ; nous devons les former aux situations qu'ils rencontreront dans les établissements où ils seront affectés. Il est donc important que ces problématiques de l'enfance, de l'adolescence, leur soient connues et c'est ce qui doit se faire dans les écoles du professorat. Il en va de même pour les professionnels de santé dans le cadre de leur formation continue. Tous ces professionnels pourront échanger des expériences, des expertises, des connaissances, en un mot, travailler ensemble. Les maisons des adolescents ont un rôle majeur à jouer et je salue ici toutes celles qui sont représentées, ainsi que le président de leur association nationale. Ces maisons des adolescents s'imposent comme plateformes d'accueil et d'orientation des jeunes, centres de ressources pour les adultes, lieux de prévention et de coordination des réseaux de professionnels. C'est l'enjeu du nouveau cahier des charges qui vient d'être publié. Nous devons leur donner les financements nécessaires en rapport avec ces missions, et en assurer la pérennité. Mesdames et Messieurs, J'ai depuis le début de mon mandat placé la jeunesse au premier rang des priorités. Pour la réussite éducative tout d'abord : ce sont les réformes que nous avons engagées et les créations de postes que nous avons effectuées. Je l'ai voulu aussi le ministre de la Jeunesse y a veillé pour faciliter l'accès à l'emploi, notamment pour les jeunes qui en sont les plus éloignés, la Garantie Jeunes en étant une illustration. Je l'ai voulu pour que l'engagement soit porté par la jeunesse ; c'est le service civique. J'ai voulu également que cette priorité jeunesse se traduise par une égalité d'accès aux soins, car souvent, ce sont les jeunes qui sont les plus mal soignés, les plus mal couverts. J'ai voulu que l'égalité en droits et en considération progresse ; que la lutte contre les discriminations soit menée. L'égalité -ou l'inégalité- se construit dès le jeune âge, dans une période critique entre 10 et 20 ans et parfois plus tôt. Or, dans une République comme la nôtre, rien dans la vie n'est jamais définitivement acquis ou perdu et c'est un devoir moral pour notre société, en tant que responsables politiques et quel que soit le niveau de notre intervention, en tant que parents, en tant qu'éducateurs, de faire tout ce qu'il est possible pour épargner à nos enfants des blessures qu'ils peuvent porter tout au long de leur vie. Voilà notre devoir dans la République ; ne laisser aucune souffrance de côté, ne laisser aucune expression de mal-être qui ne soit apaisée, ne pas laisser de dérive s'installer, ne pas discriminer, ne pas fermer les yeux. C'est le sens même de ce plan d'actions et j'en remercie vivement les rapporteurs. C'est le sens de la mobilisation nationale qui est aujourd'hui engagée pour le mieux-être des jeunes, pour qu'ils aient toute leur place dans la société, pour qu'ils puissent réussir leur vie autant qu'il est possible, pour qu'ils n'en veuillent pas à la génération précédente de ses négligences. Ce que nous devons promouvoir et c'est pourquoi j'étais si attentif à cette mission qui vous a été confiée c'est une société fraternelle et attentionnée, c'est-à-dire où personne n'est oublié, où personne n'est laissé au bord du chemin, où aucune souffrance n'est ignorée. Cela ne veut pas dire qu'on peut éliminer toutes les causes de ce phénomène de mal-être mais cela veut dire qu'on a le devoir de l'identifier, de l'apaiser et de le traiter. C'est l'intérêt du jeune, c'est l'intérêt de tous, et je vous en remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/447.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/447.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c23f5607cde42a4f3125b497ca7bf6dc03a639c1 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/447.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le ministre des affaires étrangères et du développement international, la ministre de la culture et de la communication et le secrétaire d'Etat chargé du développement et de la francophonie ont présenté une communication relative au rayonnement de la francophonie. Le Sommet de la Francophonie a consacré un nouvel ancrage de la Francophonie dans l'Océan indien et le retour de Madagascar sur la scène internationale. Premier Sommet de Michaëlle Jean, il a été l'occasion de dresser un bilan de son action à la tête de la Francophonie depuis deux ans. Une inflexion a été donnée aux travaux de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) en matière de prévention de la radicalisation, d'éducation, de promotion de la langue française et de développement durable en appui à une « Francophonie des solutions ». Une place particulière a été accordée à la jeunesse avec la participation de 20 jeunes francophones au Sommet. La Conférence ministérielle précédant le Sommet a réaffirmé l'importance du français dans la vie internationale par l'adoption d'une résolution sur la mise en œuvre du Vade-mecum de 2006 relatif à l'usage de la langue française dans les organisations internationales. Concernant les demandes d'adhésion à l'OIF, les candidatures retenues sont les suivantes : l'Argentine, la province canadienne de l'Ontario et la Corée du Sud en tant qu'observateurs, et la Nouvelle Calédonie comme membre associé. Les prochains sommets de la Francophonie auront lieu en 2018 en Arménie et en Tunisie en 2020. Chaque année autour du 20 mars, « la semaine de la langue française et de la Francophonie » se fait l'écho de l'attractivité de la langue française et de la richesse et de la diversité des cultures francophones. De très nombreuses manifestations sont organisées dans le monde entier à l'initiative et avec le soutien du réseau culturel français. La langue française constitue le lien privilégié d'une communauté de 274 millions de locuteurs dans le monde. Son usage connaît par ailleurs une progression importante dans certaines régions du monde, portée notamment par des initiatives innovantes, par exemple le programme e-patrimoine ou encore le réseau francophone numérique (RFN) qui réunit 25 des plus grandes institutions documentaires de la francophonie pour construire et développer le portail d'une bibliothèque numérique francophone au service du rayonnement des cultures francophones et de la langue française. Même si la langue française est la seule langue parlée sur les cinq continents avec l'anglais, elle pourrait décliner si les efforts en faveur de l'enseignement du français ne sont pas renforcés. Dans ce contexte, le développement de ressources numériques pour apprendre et enseigner le français est indispensable. L'initiative francophone pour la formation à distance des maîtres y répond en proposant des formations à distance, adaptées aux besoins de chaque pays. La Francophonie pèse aussi sur les grands débats mondiaux, en créant des coalitions de pays francophones dans les enceintes internationales. Ainsi, si la France a beaucoup contribué au succès historique de la Conférence sur le climat en 2015, c'est aussi grâce au levier de la Francophonie, qui a permis des avancées décisives. La Francophonie joue aussi un rôle clé au sein des Nations unies puisqu'elle permet de mobiliser les pays africains et d'être le « trait d'union » entre « pays du Nord » et « pays du Sud ». La conférence sur les opérations de maintien de la paix en environnement francophone, qui s'est tenue à Paris le mois dernier, en est une illustration. Le partage de la langue française, troisième langue des affaires, est une chance pour les économies. La première journée consacrée à la francophonie économique et numérique, qui a eu lieu le 14 septembre 2016, au siège de l'OIF, est une preuve de l'essor de la francophonie économique. D'autres avancées comme la création d'alliances industrielles, un système de dépôt de brevets en français, la mise en place d'un Erasmus francophone, la création de diplômes communs ou encore l'idée de mettre en place un « passeport économique et culturel de la Francophonie » sont des pistes à explorer. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/448.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/448.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..85b5ba39ba1e45289331d0a834e75a73b21f2152 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/448.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - Premier invité de « RTL Soir », le ministre des affaires étrangères. Bonsoir Jean-Marc Ayrault. R - Bonsoir. Q - Alep, ville martyre. Les bombardements des forces d'al-Assad se sont intensifiés sur la ville syrienne. Le conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni. Vous avez reçu à midi le président du conseil local d'Alep qui a exhorté : « Laissez les civils sortir, protégez les civils ». Ce soir, Monsieur le Ministre, vous êtes inquiet ? R - Je suis très inquiet. M. Brita Hagi Hassan, qui est le président du conseil local d'Alep, a lancé cet appel désespéré : « Laissez sortir les civils pour qu'ils puissent survivre. » Aujourd'hui, nous en sommes là. Et la France a défendu la position suivante au conseil de sécurité : dire à tous les belligérants - bien sûr aux Russes qui soutiennent le régime de Bachar al-Assad et qui sont membres permanents du conseil de sécurité - de penser à ces populations civiles. Ce sont près de 300.000 habitants. Déjà 20.000 ont réussi à sortir, mais dans quelles conditions... Q - Mais clairement, Monsieur le Ministre, la Russie est complice de la situation car l'aviation russe contrôle le ciel syrien et empêche les largages humanitaires. R - Bien sûr ! C'est ce que j'ai encore dit hier à Minsk où j'ai eu un entretien avec mon homologue russe, M. Sergueï Lavrov, après la réunion sur l'Ukraine en format Normandie. Je lui ai dit : « Vous ne pouvez pas rester comme cela. Vous prenez une responsabilité immense. Le fait d'avoir laissé massacrer une population pour soutenir un régime à bout de souffle restera dans l'Histoire ». Et on sait que même si Bachar al-Assad, soutenu par la Russie et l'Iran et ses milices obtiennent la reddition d'Alep, - c'est ce qu'ils veulent -, il restera toujours une guerre en Syrie, un conflit sans fin avec un encouragement à la radicalisation, c'est-à-dire au terrorisme qui nous menace par ailleurs et notamment chez nous, en France. Q - Très bien. Mais qu'est-ce qu'on va faire ? On est engagés mais qu'est-ce qu'on va faire ? On entend bien ce soir, vous nous dites que vous êtes inquiet, vous appelez à un forme de trêve... R - Je ne suis pas seulement inquiet. Je continue de faire en sorte que la France continue de se mobiliser pour interrompre ces bombardements, pour interrompre ce conflit, pour reprendre la voie de la négociation et pour trouver une solution de paix durable en Syrie. Le 10 décembre prochain, je réunis à Paris ce qu'on appelle les pays amis de la Syrie, les affinitaires, c'est-à-dire les Européens et aussi les États-Unis, les Émirats arabes unis, la Jordanie, le Qatar et l'Arabie saoudite. Q - Mais vous en attendez quoi ? Puisqu'on va se réunir... R - Ce que nous voulons, c'est qu'on n'oublie pas qu'il y a une solution possible qui passe par la voie de la négociation et la voie politique pour trouver une solution durable à la paix. Cela veut dire qu'il faut parler avec tout le monde, y compris, bien sûr, avec les Russes qui sont partie belligérante au conflit. Il faut parler mais pas dans l'ambiguïté. Q - D'accord. Mais donc il faut renouer avec Poutine... R - Que veut dire cette histoire de faire croire que Bachar al-Assad protège les minorités chrétiennes ou alaouites ? On ne va pas faire la guerre non plus aux sunnites. Qu'est-ce que cela veut dire ? Je pense que dans le débat politique français, il va falloir que chacun soit clair. Q - François Fillon ? R - En tout cas, le gouvernement, le président de la République et moi-même nous sommes clairs. Nous disons : il faut arrêter les bombardements, protéger les populations civiles d'abord à Alep et ensuite, on pourra reprendre le processus de négociation. Q - D'accord. Donc vous ne regrettez pas d'avoir rompu tout contact avec Bachar al-Assad depuis cinq ans. Là, il n'y a pas de regrets là-dessus. On ne se dit pas : finalement, si on avait... R - Franchement, vous voyez dans quelles conditions cela se passe. Il n'a pas envie de discuter, il considère que tous ceux qui s'opposent à lui sont des terroristes. Nous, nous connaissons les terroristes - et la France en est victime - nous savons qui est Daech, nous savons où ils sont et nous les combattons. Donc on ne peut pas nous traiter d'ambigus et de mous sur cette question. Q - Mais, Monsieur le Ministre, il faut quand même renouer avec Poutine d'une certaine manière, allié d'Assad... R - Mais on n'a jamais cessé de parler avec Poutine. Q - On n'a pas eu des relations très cordiales avec Poutine. R - Il y a une chose que je trouve assez extraordinaire. On me dit : « Vous ne parlez pas aux Russes. » Mais je n'arrête pas de parler aux Russes, la France parle aux Russes, le président parle aux Russes, moi je parle avec mon homologue, M. Sergueï Lavrov. Q - Non, mais on ne peut pas dire qu'on ait eu des relations très cordiales avec les Russes. R - Il ne s'agit pas, parce qu'on parle aux Russes, de s'aligner sur leurs positions. La logique de leur intervention aujourd'hui en Syrie, c'est celle de la guerre totale. Et nous pensons que ce n'est pas la bonne solution. Q - Mais on dit qu'il y aurait eu des négociations entre les Russes et les rebelles d'Alep en Turquie. Cela passe par là la sortie de ce chaos ? R - Oui, si cela peut sauver des vies, sauver les populations civiles qui veulent sortir d'Alep. Mais cela ne solutionnera pas la crise durable de la Syrie. C'est pour cela qu'il faut, dans le cadre des Nations unies - comme c'était le cas jusqu'à présent mais c'est interrompu maintenant depuis plusieurs semaines - reprendre un cadre normal de négociations où, autour de la table, il y aura des représentants de toutes les parties, y compris du régime syrien. Évidemment, il faut discuter avec ceux qui sont aujourd'hui en place, avec les Russes, avec les Américains, avec les Européens, avec les pays arabes et puis les représentants de l'opposition parce qu'il y a une opposition modérée en Syrie. D'ailleurs, elle est invitée le 10 décembre à la réunion que j'organise à Paris - son représentant M. Hijab sera là -. Seront aussi présents ceux qui défendent une Syrie démocratique, non confessionnelle, respectant toutes ses minorités. C'est une solution possible en Syrie mais il faut s'en donner les moyens. Q - On entend votre volonté, Monsieur le Ministre, mais cela donne malgré tout l'impression que malgré tous vos efforts, on reste impuissants. R - Mais on n'est pas impuissants parce qu'on sait que c'est un combat très long. Le combat pour la paix, c'est toujours un combat difficile, c'est plus difficile que de bombarder simplement. Mais on ne va pas renoncer, il faut continuer à défendre des valeurs, continuer à défendre des objectifs et pas simplement se contenter de bonnes paroles. Q - Merci Monsieur le Ministre d'avoir été en ligne avec nous ce soir, merci. R - Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/449.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/449.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..03c47bf8ba3e226c410d6e003cb751479b615255 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/449.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Directeur général de la Gendarmerie nationale, Mon Général, Madame le Commandant de l'Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale, Générale, Mesdames et Messieurs les officiers et les élèves-officiers de la Gendarmerie, Mesdames et Messieurs, Ce soir, et pour la troisième fois, je me tiens sur cette place d'armes de l'Ecole des Officiers de la Gendarmerie nationale. C'est la troisième fois, oui, mais c'est là, comme toujours, une très grande fierté et une très grande émotion que de m'adresser à vous, qui serez demain les officiers, les cadres, les chefs de la Gendarmerie. Je sais que la traditionnelle cérémonie de remise des sabres, qui nous réunit aujourd'hui, constitue un moment particulièrement fort, une étape symbolique, pour vous, élèves-officiers de 1ère année, qui vous trouvez aujourd'hui à l'aube d'une carrière dans l'une des institutions les plus prestigieuses de notre pays. En vérité, en entrant dans la Gendarmerie, vous faites plus que de choisir une carrière : vous accomplissez une vocation. Vous vous engagez à servir l'État de droit. Vous faites le serment de défendre jusqu'au bout les lois de la République, celles-là mêmes que le peuple français, dans le plein exercice de sa souveraineté, s'est données à lui-même. Vous serez ainsi, avec vos collègues policiers, les gardiens vigilants de la sécurité de nos concitoyens. Et par là même, vous serez les fermes garants du respect de leurs libertés. Vous accomplissez une vocation, je l'ai dit, et, ce faisant, vous embrassez une histoire. Née sous la monarchie, fille des Lumières, la Gendarmerie nationale est aujourd'hui un pilier de la République. Institution de loyauté et de fidélité, d'ordre et de stabilité, elle a néanmoins toujours su s'adapter aux évolutions de la France et à celles du monde qui l'entoure, aux secousses qui les ont tous deux transformés tout au long de huit siècles d'histoire tumultueuse. Cette histoire, désormais, est aussi la vôtre. Vous y entrez de plain-pied, vous en serez très bientôt des acteurs à part entière. Derrière vous, sur la façade de votre Ecole, s'élèvent les Trois couleurs du drapeau national. Pour elles, nombreux sont vos camarades qui, à l'intérieur comme à l'extérieur de nos frontières, se sont battus et parfois sont tombés. Ces Trois couleurs nous rappellent la signification profonde de votre engagement. Je l'ai rappelé, voici un an, à celles et ceux qui se tenaient ici-même à votre place, et je veux aujourd'hui vous le dire à vous aussi, car c'est là le cœur de notre identité nationale. En République, Mesdames et Messieurs, l'honneur est le fruit des vertus et des talents, et non pas des privilèges. Il est le résultat des choix que nous assumons, tous autant que nous sommes, avec les responsabilités qui sont les nôtres. La grandeur dans la République ne s'hérite pas : elle se mérite. En entrant dans la Gendarmerie nationale, vous faites désormais partie de l'élite de la République. Cette noblesse du courage, c'est elle que symbolise le sabre que les élèves de seconde année vous ont remis solennellement. Par cette cérémonie, vous signez un contrat, un pacte avec la France et avec les Français. Sur l'ensemble du territoire national, vous vous engagez à les protéger de toutes les menaces et de toutes les violences susceptibles de les atteindre. Ce pacte, vous le réalisez aujourd'hui, vous le savez, dans des circonstances particulièrement dramatiques pour le pays. Votre engagement n'en est que plus fort et plus nécessaire que jamais. Depuis le mois de janvier 2015, la France affronte une menace terroriste inédite par sa nature comme par son ampleur. A Paris comme à Montrouge, de « Charlie Hebdo » à la porte de Vincennes, à Saint-Quentin-Fallavier, aux terrasses du cœur de la capitale comme au Bataclan, à Saint-Denis comme à Magnanville, sur la Promenade des Anglais, Nice, comme en l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, nombreux trop nombreux sont nos concitoyens et nos amis de l'étranger qui ont été victimes de la barbarie djihadiste. Parmi ces victimes, il y eut six fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, morts en service, les armes à la main, ou bien pris pour cible, assassinés parce qu'ils portaient l'uniforme et parce qu'ils étaient des serviteurs de la République. Tous, nous les pleurons, sans exception. Et nous exprimons notre profonde gratitude aux gendarmes et aux policiers qui, à chaque fois que nous avons été attaqués, ont pris tous les risques pour neutraliser les assaillants et protéger les Français. Grâce à vous et grâce à l'ensemble des femmes et des hommes qui croient en elle et qui se mobilisent pour la défendre, la France, malgré les coups qui lui sont portés, sera toujours plus forte que le terrorisme. Le combat sera long certes, il sera aussi difficile. Chacun d'entre nous doit en avoir pleinement conscience. C'est la raison pour laquelle la France a besoin de vous. Mais, à la fin, soyez-en sûrs, nous vaincrons. Car telle est la grandeur de notre pays, meurtri, mais fier et toujours debout malgré les épreuves. Elèves-officiers, sachez que les Français attendent beaucoup de vous. Ils attendent bien sûr des résultats concrets en matière de lutte contre la criminalité et la délinquance, de lutte contre le terrorisme. Mais ils vous demandent aussi d'être une présence visible, qui les écoute et les rassure, de jour comme de nuit. Dans les territoires ruraux, en particulier, vous serez l'incarnation de l'Etat. Lors de vos patrouilles ou de vos interventions, vous serez souvent confrontés à des situations d'urgence, parfois extrêmement dangereuses. Face à la violence et à la délinquance du quotidien, face aux trafics en tous genres et à la criminalité, face au terrorisme, vous serez en première ligne. Vous devrez faire preuve de discernement et de droiture morale. Vous serez exemplaires et rigoureux, et d'abord à l'égard des femmes et des hommes que vous aurez sous votre commandement. Car, de votre comportement et de vos capacités de décision, dépendront la sécurité et parfois la vie même de ceux qui vous entourent, qui travaillent avec vous ou sous vos ordres, de ceux aussi pour qui vous vous engagez. N'oubliez jamais que la seule autorité qui vaille repose sur la valeur de celles et ceux qui l'exercent. Car l'élévation d'une femme ou d'un homme ne se justifie que si l'on apporte à l'effort commun l'impulsion et la rigueur que celui-ci exige. C'est à ce prix, celui de la responsabilité, que l'on obtient le droit de commander à autrui. En tant qu'officiers, vous devrez donner du sens aux missions qui seront confiées à vos subordonnés. Vous assumerez aussi un rôle pédagogique en contribuant à leur formation continue, tout au long de leur carrière. Il reviendra à chacun d'entre vous de faire preuve d'attention, d'entendre les observations et les suggestions des gendarmes placés sous vos ordres, d'écouter leurs doléances et leurs propositions. Car c'est aussi cela, être un chef. C'est aussi cela, l'exercice de l'autorité. Ce soir, je veux donc vous délivrer à tous un message de confiance et de gratitude. De confiance, parce que je sais que vous serez à la hauteur. De gratitude, parce que je sais le prix trop souvent payé par les gendarmes et par les policiers lorsqu'ils accomplissent leur devoir. J'ai bien sûr aussi une pensée émue pour vos camarades qui ont été blessés, ou, pire, qui sont tombés en mission. Depuis le début de cette année, neuf gendarmes ont été tués en service. Je pense ce soir au chef d'escadron Christian RUSIG, qui nous a quittés il y a quelques jours à peine, à Tarascon-sur-Ariège. Je pense au lieutenant-colonel Jean-Christophe ROYER, au chef d'escadron Dominique JAMET, aux capitaines Christophe CAVAILLÈS et Lionel LOUSSALEZ-ARTETS, qui ont trouvé la mort, le 20 mai dernier, dans le crash de leur hélicoptère. Je pense au capitaine Alain NICOLAS, victime d'un forcené, dans le Var, au cours de ce même tragique mois de mai. Je pense enfin aux majors Hocine REBIHA, Sébastien CONARD et Jean-Christophe BOCHET, qui, tous trois, ont eux aussi perdu la vie cette année dans l'exercice de leurs fonctions. Ils ont droit à la reconnaissance de la Nation tout entière. Comme je l'ai dit, l'action des forces de l'ordre a pour objectif de protéger les personnes et les biens, en faisant appliquer la loi de la République. Parce qu'elle est particulièrement exigeante, une telle mission doit être menée avec sérénité et confiance. La Gendarmerie a toujours su s'adapter aux attentes de la population et aux nouveaux enjeux de sécurité. L'institution à laquelle vous appartenez désormais est parfaitement armée pour relever les nombreux défis auxquels nous devons faire face collectivement. Nous avons en effet considérablement renforcé les moyens humains dont disposent les forces de l'ordre. D'ici à la fin du quinquennat, 9.000 gendarmes et policiers supplémentaires auront ainsi rejoint les unités et les services de sécurité intérieure. Au cours de la seule année 2016, plus de 12 000 gendarmes auront été incorporés et formés dans nos écoles. A cet égard, nous venons d'inaugurer avec le Général Lizurey la toute nouvelle Ecole de gendarmerie de Dijon la première créée depuis plus de quinze ans. Bien sûr, ces arrivées profitent d'ores et déjà et continueront de profiter à l'ensemble des forces, quelles que soient les missions dont elles s'acquittent : la lutte contre l'insécurité et la délinquance quotidiennes, l'antiterrorisme, le renseignement intérieur, la lutte contre l'immigration irrégulière, le maintien de l'ordre public. J'ajoute que nous avons recréé 22 pelotons dans les escadrons de gendarmerie mobile, ce qui représente plus de 480 effectifs supplémentaires. Nous avons même créé un tout nouvel escadron, en Seine-Saint-Denis. C'était là aussi la première fois qu'un tel événement avait lieu depuis près de 20 ans. Enfin, nous avons créé quatre antennes supplémentaires du GIGN, dont trois en métropole. Derrière les chiffres, il y a une réalité humaine, celle des femmes et des hommes, policiers et gendarmes, qui rejoignent les commissariats de police et les brigades de gendarmerie, pour lutter contre la délinquance et la criminalité. Nous avons aussi renforcé les moyens matériels. Nous avons augmenté de 16% les crédits d'équipement et de fonctionnement pour moderniser les armements et les équipements de protection, rénover l'immobilier et renouveler le parc automobile. Nous avons mis l'accent, grâce à un plan inédit lancé dès le mois d'octobre 2015, sur les moyens dont disposent les BAC dans les commissariats de police et les 150 Pelotons de Surveillance et d'Intervention de la Gendarmerie (PSIG) de type Sabre. Nous avons signé un accord historique, en avril dernier, avec le Conseil de la Fonction militaire de la Gendarmerie et les syndicats de police pour améliorer les conditions de travail des femmes et des hommes qui composent les forces de l'ordre, tout en les recentrant sur leur cœur de métier. Enfin, il y a un peu plus d'un mois, nous avons décidé de mettre en œuvre un grand Plan pour renforcer les moyens dont disposent les femmes et les hommes de la Sécurité publique, ces policiers et ces gendarmes du quotidien qui assurent la sécurité sur le terrain, au plus près de nos concitoyens. Nous prenons donc toutes les décisions qui s'imposent pour vous donner les moyens d'accomplir vos futures missions. Chacun d'entre vous participera ainsi pleinement à la lutte que nous menons contre le terrorisme et contre le phénomène de la radicalisation violente. Car, depuis l'année dernière, nous avons changé d'époque, et par là même nous avons changé de paradigme : désormais, la lutte contre le terrorisme ne mobilise plus seulement les services et les unités spécialisés, mais bien l'ensemble des forces de l'ordre. Dans chacun des maillons de notre dispositif global, progressivement consolidé au cours de ces derniers mois, la Gendarmerie, acteur majeur de la sécurité nationale, joue donc un rôle de tout premier plan. Les précieux atouts de cette dernière sont ainsi pleinement valorisés, qu'il s'agisse de son maillage territorial, de ses capacités de recueil et d'analyse du renseignement, de ses capacités judiciaires et d'intervention, de son organisation favorisant la montée en puissance rapide sous un commandement unique. Ces atouts, nous continuerons de les mobiliser pleinement dans les mois qui viennent afin que le ministère de l'Intérieur assure au mieux, avec le concours des Armées, la protection de l'ensemble du territoire. Votre implication dans les missions de renseignement sera déterminante. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé d'implanter des antennes du renseignement territorial au sein d'unités de gendarmerie, pour enraciner au cœur des territoires le renseignement ciblé sur la lutte contre la radicalisation violente. A cet égard, la coopération entre les différents acteurs et les échanges d'informations doivent faire partie de vos habitudes de travail. Les différentes composantes des forces de l'ordre doivent se parler, être à l'écoute les unes des autres, partager entre elles leurs informations bref, travailler ensemble. C'est ce que l'Etat exigera de vous, une fois que vous aurez achevé votre scolarité et que vous aurez pris vos fonctions dans vos unités respectives. Il en va tout simplement de la sécurité et de la protection de nos concitoyens, en tout point du territoire national. En second lieu, vous lutterez contre toutes les formes de délinquance qui sont susceptibles d'affecter la vie quotidienne des Français. En cette matière aussi, les attentes sont très fortes. Les futurs commandants territoriaux de gendarmerie que vous êtes devront faire preuve de réactivité et d'esprit de décision. Car l'autorité de l'Etat doit s'exercer avec fermeté en tout point du territoire national : c'est ainsi que nous protégerons nos concitoyens face à toutes les formes d'insécurité. La politique de sécurité que le Gouvernement conduit est ambitieuse et attentive aux préoccupations des Français. Elle décline dans chaque territoire les grandes orientations nationales que nous avons déterminées et qu'il s'agit d'adapter aux réalités locales. Telle est la logique qui a présidé à la mise en place, dans les zones où se concentrent les faits de délinquance, des Zones de Sécurité prioritaires (ZSP), dotées de moyens renforcés et où interviennent tous les services de l'Etat. Pour remplir votre mission, vous devrez apprendre à connaître votre zone de compétence, les attentes de la population qui y réside, les difficultés qu'on y rencontre, les enjeux qui s'y attachent, la délinquance qui s'y développe. Ce travail d'analyse vous permettra d'établir des diagnostics précis, de participer à l'élaboration des priorités et des réponses opérationnelles que nous opposons à la délinquance, en proposant des actions concrètes et adaptées. Bien entendu, dans l'accomplissement de leurs missions, les forces de sécurité intérieure n'agissent pas seules. Sous l'égide des autorités administratives et judiciaires, vous travaillerez avec l'ensemble des acteurs qui concourent à la sécurité du territoire. Vous devrez nouer et cultiver un dialogue fructueux avec les élus, les associations, les bailleurs, les transporteurs, la communauté éducative et bien entendu avec l'autorité judiciaire. J'attends également de vous que vous établissiez un lien de confiance solide avec la population, qui devra reposer sur l'exemplarité de votre action et sur un respect mutuel. C'est là une condition indispensable de la réussite de vos missions. Car, plus que jamais, la sécurité au quotidien est l'affaire de tous. Enfin, vous devrez relever un troisième et dernier défi : celui de la modernisation de l'action publique. C'est là un autre objectif majeur du Gouvernement, qui doit nous permettre de mieux utiliser nos ressources et d'en développer de nouvelles pour gagner en efficacité, au profit de nos concitoyens. Tous les cadres publics vous en ferez partie doivent s'engager résolument dans cette démarche, qui commande que nous agissions avec pragmatisme. C'est tout le sens de la « feuille de route » participative engagée depuis maintenant trois ans. 370 mesures ont d'ores et déjà été prises, articulées autour de trois axes : le renforcement de l'action opérationnelle et la production de sécurité, l'allègement de l'administration et du fonctionnement de l'institution et la valorisation du personnel et des compétences. C'est là une démarche de concertation inédite, grâce à laquelle une institution multiséculaire démontre qu'elle est capable, collectivement, de se réformer elle-même pour le bien de celles et ceux qui la font vivre et, partant, pour le bien de tous les Français. Elèves-officiers de l'Ecole des Officiers de la Gendarmerie nationale, vous avez choisi de servir une institution présente sur tous les fronts, comme l'a encore démontré l'année qui s'achève. Pour assurer les missions qui demain seront les vôtres et relever les défis que j'ai rappelés, vous allez bénéficier, à l'EOGN, pendant deux années, d'une formation complète qui vous préparera pleinement à prendre, le temps venu, toute votre place à la tête d'un commandement opérationnel, dans la préparation et la conduite des politiques publiques, au sein du ministère de l'Intérieur ou en interarmées, mais aussi dans un cadre interministériel ou dans un contexte international. Demain, c'est vous qui, aux côtés de vos camarades, c'est vous qui veillerez sur la République et sur la sécurité des Français. C'est vous qui, en toute circonstance, défendrez nos valeurs communes : l'égalité devant la loi, la liberté de conscience et d'expression, la laïcité, le droit à la sécurité, l'Etat de droit ces valeurs mêmes qui font de nous un grand peuple, uni et solidaire dans l'adversité. Un peuple généreux, capable de se mobiliser pour défendre les principes de la République. Un peuple, enfin, qui a en lui d'infinies ressources de courage et de patriotisme. Officiers et élèves-officiers de la Gendarmerie, je veux vous dire ce soir à nouveau que la Nation est fière de vous, que la Nation compte sur vous, sur les compétences que vous allez acquérir au sein de cette école et sur l'engagement qui vous inspire. Je veux vous dire du fond du coeur toute ma confiance et l'estime que je vous porte, qui n'ont d'égal que l'estime et la confiance que les Français placent en vous. Vive la Gendarmerie nationale ! Vive la République ! Vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/450.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/450.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8971fcd56d46df60c7358855563883235d87c11c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/450.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je suis particulièrement heureuse d'être ici, à Nantes, pour partager avec vous ce temps fort de la vie de la Branche famille : la 45ème rencontre des présidents et présidentes de CAF. L'année 2017 sera une année charnière pour la Branche famille, avec la préparation de la prochaine convention d'objectifs et de gestion avec l'Etat et le renouvellement de vos Conseils d'administration. Les CAF, c'est d'abord la proximité : proximité des familles, proximité des collectivités territoriales, proximité des associations. Plus de la moitié des Français sont allocataires, répartis sur tout le territoire, issus de tous les milieux sociaux. Les CAF constituent parfois le premier, voire l'unique lien entre la population et le service public. Elles accompagnent et soutiennent toutes les familles. La richesse de vos actions et de votre implication, je l'ai constatée au cours de mes différents déplacements au sein de votre réseau et, tout récemment, dans les Pyrénées-Orientales, dans le Rhône ou à la Réunion, pour ne citer que les dernières. En faisant du ministère des familles, de l'enfance et des droits des femmes un ministère de plein exercice, le Gouvernement a voulu réaffirmer le rôle structurant de la politique familiale. Cette politique publique fait la force de notre pays et nous pouvons en être fiers. Elle a été largement renforcée pendant ce quinquennat. D'abord, parce que nous avons su la faire évoluer, pour l'adapter aux transformations que vivent les familles. Nous avons fait le choix de regarder les familles telles qu'elles sont, sans a priori. Et vous les accompagnez au plus près de leurs besoins, en veillant en particulier aux plus vulnérables. (Les réformes des prestations familiales) Grâce à l'implication des CAF, notre politique familiale est aujourd'hui plus juste socialement, tout en étant budgétairement responsable. Cette implication, vous l'avez encore démontrée au cours de l'année 2016 qui a été marquée par d'importantes avancées. Je tiens ici à saluer le remarquable travail et l'engagement sans faille des présidentes et des présidents, des directrices et des directeurs et de l'ensemble des agents des caisses d'allocations familiales et de la caisse nationale des allocations familiales. Qu'ils en soient, toutes et tous, chaleureusement remerciés. Depuis 2012, le gouvernement fait le choix de réorienter la politique familiale vers une plus grande justice sociale. Cela s'est notamment traduit par une baisse du plafond du quotient familial pour les familles les plus aisées qui a touché moins de 5% des foyers fiscaux. Ce n'est donc pas le massacre que certains avaient prédit à tort. Cela s'est également traduit par une autre mesure d'équité que vous avez mise en œuvre : la modulation des allocations familiales. Contrairement à ce que certains ont souhaité faire croire, nous avons maintenu le principe d'universalité. Toutes les familles qui en bénéficiaient continuent de les percevoir, même si une petite minorité de familles les plus aisées a vu leur montant diminuer. Il faut donc rendre hommage aux CAF qui, grâce à leur implication, ont rendu possible la mise en œuvre de cette mesure. Enfin, nous avons reporté la date de versement de la prime à la naissance et à l'adoption mais nous en avons préservé le montant. Cette mesure figure dans la feuille de route des mesures d'économies que le Gouvernement s'était fixée. Elle a été critiquée et mal comprise. Vous nous avez alertés sur le problème de trésorerie pour les familles modestes. Nous avons trouvé ensemble une solution afin que la prime soit versée sous forme d'avance au titre de l'action sociale des CAF. Ces réformes ont permis de garantir la pérennité de la branche famille, qui était en déficit de plus de deux milliards et demi d'euros en 2012. Ce déficit a été ramené à un milliard d'euros en 2016 et la Branche famille sera en équilibre dès 2017. Ces efforts la rendront plus solide pour l'avenir. En contrepartie, les familles les plus vulnérables, ont bénéficié d'une augmentation sensible du montant de leurs prestations familiales. L'allocation de rentrée scolaire, a été augmentée de 25% dès la rentrée 2012. A partir de 2014, pour les familles les plus modestes de 3 enfants ou plus, un complément familial majoré a été créé et revalorisé de 50% en cinq ans. Et pour les familles monoparentales, l'allocation de soutien familial a été revalorisée de 25% en 5 ans. Le Gouvernement s'est aussi attaché à adapter la politique familiale à la diversité des besoins des familles et à leurs évolutions. Nous avons fait le choix de soutenir, avec l'appui des CAF, les familles les plus fragiles, notamment les familles monoparentales, composées à 85% de femmes, qui sont particulièrement exposées à la précarité. Les enfants qui grandissent dans ces foyers soit une famille sur cinq ! sont deux fois plus exposés à la pauvreté. Nous avons donc pris des mesures spécifiques en faveur des parents isolés, en commençant par la revalorisation de l'allocation de soutien familial. Par ailleurs, après l'avoir expérimentée, vous avez mis en place cette année la Garantie contre les impayés de pension alimentaire la GIPA qui permet d'améliorer le recouvrement des pensions alimentaires impayées et de compléter, à hauteur de près de 105 euros par mois et enfant, les pensions alimentaires de faibles montants, même si elles sont payées. Et une agence de recouvrement des impayés de pensions alimentaires, dont les débats parlementaires ont bien montré le caractère unanime, verra le jour dès janvier 2017. Au regard de votre forte implication en direction des familles monoparentales et de la confiance que le Gouvernement a dans les CAF, c'est tout naturellement que nous nous sommes tournés vers vous pour vous en confier la mise en œuvre. Chargée du recouvrement des pensions alimentaires impayées, l'agence informera aussi les parents séparés sur leurs droits et les accompagnera dans leurs démarches. Sa réalisation concrète se fera en deux temps : - Dès 2017, elle se verra confier le recouvrement des pensions impayées pour tous les créanciers avec des enfants de moins de 20 ans à charge, y compris s'ils sont de nouveau en couple. Elle aura aussi un rôle d'intermédiation, sur décision du juge, en cas de violences ou de menaces par le débiteur de la pension. - A compter de 2018, l'agence pourra donner une force exécutoire aux accords amiables fixant une pension alimentaire entre parents non mariés : à partir d'un barème national, l'agence pourra sécuriser le montant des pensions et en assurer le recouvrement en cas d'impayé ultérieur. Cette agence contribuera ainsi à responsabiliser les parents débiteurs, dans l'intérêt notamment de leurs enfants, et à réduire la pauvreté des foyers monoparentaux. Enfin, j'ai impulsé un réseau d'entraide, « Parents solos et Compagnie », avec 10 associations dont la fédération des centres sociaux, l'Unaf, le secours catholique, l'Afev… La CNAF est partenaire de ce projet et je souhaite vivement que les CAF puissent accompagner son déploiement. Une plateforme internet (parent-solo-compagnie.org) recensant les actions d'entraide et l'offre associative locale sera mise en ligne mi-décembre. En 2016, d'autres réformes importantes ont été mises en place : la PreParE, la mise en œuvre de la prime d'activité dont la réussite doit beaucoup à votre engagement, l'ARS consignée. Ainsi, l'ARS a été aiguillée sur les jeunes confiés à l'aide sociale à l'enfance (ASE) afin de leur constituer un pécule versé à leur majorité. Je suis heureuse de saluer Michelle MEUNIER, ici présente, car la loi relative à la protection de l'enfant qui se base sur son rapport lui doit beaucoup. La présence aujourd'hui de Michelle MEUNIER et de Marie-Françoise CLERGEAU est tout à fait à propos et vous avez eu raison de choisir Nantes comme lieu de rencontre ! Je pense également à la réforme des aides au logement. Votre réseau est, en outre, un des principaux acteurs mobilisés dans le cadre du plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale. (L'action sociale des CAF) Mais l'action des CAF ne se résume pas aux prestations. Les services aux familles sont également indispensables. Prestations et action sociale sont deux piliers essentiels de votre action, tous deux constitutifs de votre identité. Pour soutenir le développement des services aux familles, le budget du Fonds national d'action sociale (FNAS), d'un montant de plus de 6 milliards d'euros, a été revalorisé en moyenne de plus de 7% par an sur 5 ans. Ainsi, les moyens accordés aux CAF pour mener à bien leur politique d'action sociale ont été fortement augmentés sur la durée de la COG. Et nous avons souhaité permettre des dépenses supplémentaires dans le budget rectificatif pour 2016, et dans le budget initial 2017 déjà été examiné par la Commission d'action sociale de la CNAF et va être proposé au vote de son Conseil d'administration mardi prochain. Les 15 millions supplémentaires qui sont prévus pour 2017 permettront ainsi de nouvelles dépenses dans trois secteurs sur lesquels les crédits venaient à manquer : les Fonds publics et territoires, le soutien à la parentalité (dont les crédits ont doublé, passant de 50 millions à 100 millions d'euros) et la rénovation des établissements d'accueil des jeunes enfants. Ils permettront aussi de financer deux actions nouvelles : les « Promeneurs du Net » utiles entre autres à la prévention de la radicalisation, et la préfiguration de centres sociaux et socioculturels que j'ai annoncée lors des Journées professionnelles organisées par la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France. Cette mesure permettra de favoriser le développement de centres sociaux dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville, dont ils étaient encore absents. Ce sont encore près de 150 quartiers concernés, où la présence d'un centre social serait bien nécessaire. Je sais que vous avez une longue histoire commune avec les centres sociaux que vous agréez, financez et accompagnez. C'est donc tout naturellement que j'ai signé aux côtés de la CNAF, de la MSA et d'autres partenaires, le 24 novembre dernier, un accord-cadre avec la Fédération des centres sociaux et socio-culturels. Nous avions fixé dans cette COG des objectifs très ambitieux en création de solutions d'accueil des jeunes enfants. Les résultats sont honorables, même s'ils sont en-deçà de nos objectifs. Au total, en quatre ans, entre 2012 et 2015, ce sont 70 000 nouvelles places en crèche qui ont été créées. C'est évidemment un net progrès, puisque le nombre de places d'accueil collectif augmente chaque année. Ni vous, ni moi n'en sommes les responsables puisque nous avons pris toutes les mesures nécessaires pour soutenir l'investissement. Pour aider les collectivités locales, la branche famille a financé 2 000 € supplémentaires par place d'accueil, pour toute création décidée en 2015. Cette aide a été reconduite en 2016 dans les territoires prioritaires. Si le conseil d'administration de la CNAF donne son accord, elle sera reconduite en 2017 pour les départements signataires d'un schéma départemental de services aux familles ou les projets situés dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Les aides au fonctionnement ont aussi été fortement revalorisées. Mais les collectivités locales ne semblent pas s'être pleinement saisies de ces moyens mis à leur disposition, alors même que les solutions d'accueil collectives sont de plus en plus demandées par les parents. Pour diversifier les solutions d'accueil, nous avons donc pris différentes mesures en 2016. Avec la CNAF et Pôle Emploi, nous avons conclu une convention pour développer les crèches à vocation d'insertion professionnelle, qui permettront l'accueil de jeunes enfants et, dans le même temps, l'accompagnement des mères isolées vers un retour à l'emploi. Nous avons relancé la scolarisation des enfants de moins de trois ans, qui avait été divisée par trois entre 2001 et 2012. Cet effort a été rendu possible grâce à l'action conjointe des CAF, de la MSA et des directions académiques des services de l'Éducation nationale (DASEN), qui ont permis d'identifier les familles concernées pour les informer très concrètement de cette possibilité. Enfin, nous avons décidé de mieux soutenir et de sécuriser les Maisons d'Assistants Maternels (MAM). Depuis le 1er janvier 2016, une aide au démarrage est versée par les CAF aux nouvelles MAM qui respectent une charte qualité et sont implantées dans les territoires sous-couverts en modes d'accueil. Pour accompagner cette démarche, un guide ministériel relatif aux maisons d'assistants maternels est diffusé, à l'ensemble des acteurs de terrain, depuis le printemps 2016. Je suis convaincue que les politiques publiques de la petite enfance se renforceront en étant conçues à partir d'une réflexion transversale sur les droits et les besoins de l'enfant. Cela m'a conduite à confier une mission à Sylviane GIAMPINO sur l'adaptation des modes d'accueil et de la formation des professionnels de la petite enfance aux besoins de l'enfant. Le plan d'action pour la petite enfance que j'ai lancé le 15 novembre dernier, fortement inspiré et nourri par ce rapport, constitue le volet qualitatif de cette politique. Son ambition est de donner une nouvelle impulsion à l'ensemble du secteur de l'accueil du jeune enfant, caractérisé par son extrême diversité, en refondant l'identité des professionnel.le.s autour de valeurs et d'actions communes. Il prévoit notamment la publication d'un texte-cadre national et une journée nationale des professionnel.le.s de la petite enfance se tiendra en début d'année prochaine. En outre, en vue de la prochaine COG, les effets des modalités actuelles de financement des établissements d'accueil des jeunes enfants seront examinés par un groupe de travail qui sera co-présidé par la CNAF et les services de mon ministère et réunira l'ensemble des acteurs concernés. Le soutien à la parentalité est également, pour moi, un puissant outil de la politique familiale. Accompagner les parents, c'est aider et protéger les enfants. Comme la grande majorité d'entre vous, je suis persuadée que les familles sont très rarement démissionnaires. Elles sont débordées, dépassées et doivent donc être soutenues quand elles traversent des difficultés. Contrairement à certains, je suis convaincue qu'il est contreproductif de les sanctionner quand leur enfant est absent à l'école ou commet des actes d'incivilités. Aussi, au cours de cette COG, les financements alloués à cette politique ont doublé et les actions que vous soutenez se sont multipliées. Par ailleurs, un livret des parents est désormais envoyé à tous les parents qui attendent leur premier enfant. Il apporte différentes informations aux parents et les accompagne vers une éducation bienveillante et non violente que nous portons ensemble. Dans les mois à venir, je souhaite mobiliser plus largement les acteurs du soutien à la parentalité en direction des parents d'adolescents. Chacun sait que l'adolescence est un moment charnière pour l'enfant, mais aussi pour sa famille. Je note d'ailleurs que les jeunes filles sont nombreuses à exprimer des difficultés particulières, à dire qu'elles sont en souffrance. Etant Ministre des Droits des femmes, vous comprendrez que j'accorde à ce sujet un regard extrêmement attentif. Vous le voyez, notre politique familiale s'enrichit et progresse par le décloisonnement et la mise en réseau de tous les acteurs qui contribuent à la mettre en oeuvre. Les schémas des services aux familles, qui ont été généralisés en janvier 2015, en sont une parfaite illustration et je tiens à remercier les Caf pour leur engagement dans cette démarche. D'ores et déjà 67 schémas ont été signés. Je souhaite que tout le territoire soit très prochainement couvert et que l'ensemble des acteurs concernés, notamment les associations et les élus locaux, soient associés à leur élaboration. Je remercie les CAF une fois de plus pour leur engagement. S'adapter aux mutations de la société, c'est aussi s'emparer de nouveaux enjeux. Nous vivons aujourd'hui dans un monde dans lequel les valeurs fondatrices de la République, du vivre ensemble et de la citoyenneté sont malmenées, parfois attaquées. Plus que tout autre acteur, la Branche famille a une légitimité particulière pour s'emparer de ces sujets. Je sais que votre implication sur ces sujets et dans la lutte contre la radicalisation est sans faille. Je tiens à souligner ici la rapidité avec laquelle votre réseau s'est engagé à mes côtés dans ce combat et je vous en remercie. En effet, depuis la mobilisation que j'ai lancée après les attentats de janvier 2015, la CNAF et les CAF ont renforcé les dispositifs existants : lutte contre la fraude après un signalement des services de renseignement, financement des centres sociaux et financement d'actions de soutien à la parentalité. Vous avez également développé des actions spécifiques comme la charte de la laïcité, la mise en place de référents radicalisation, la participation aux cellules de suivi préfectorales. Lorsque je m'y rends, je demande d'ailleurs toujours si la CAF y est associée. Et, si tel n'est pas le cas, je remarque que c'est un tort car les CAF sont excellentes pour détecter certains signaux. Vous financez également des projets d'éducation au numérique comme les « Promeneurs du net » ou encore une recherche-action menée par l'association Entr'Autres et deux équipes universitaires. La Branche famille, par les prestations sociales qu'elle verse et les services qu'elle rend aux familles, joue un rôle structurant et protecteur, essentiel pour préserver la cohésion sociale et la fraternité. Ces deux valeurs, au coeur de l'action des CAF, constituent des remparts face à l'exclusion et au repli sur soi. (Les charges nouvelles et les moyens des Caf) Mais je suis aussi consciente des charges nouvelles que l'ensemble de ces réformes et de ces actions représentent pour vous. Je connais la diversité, et souvent la complexité des situations que vivent les allocataires que vous recevez. Plus fréquemment que dans les autres branches de la sécurité sociale, ils sont victimes d'exclusion sociale et parfois marginalisés. L'augmentation des mobilités géographiques et professionnelles, des ruptures familiales, les fluctuations de revenus des familles sont autant de situations que vous devez prendre en compte et qui accroissent votre charge de travail. Ce sont aussi des situations qui peuvent conduire à un sentiment d'isolement de la part de certaines personnes qui ont alors un besoin de soutien accru et des exigences fortes vis-à-vis de vous. C'est la noblesse de votre travail de répondre, avec autant d'efficacité que d'humanité, à toutes ces situations. J'ai bien conscience que vous êtes directement confrontés aux tensions qui parcourent la société sous l'effet des difficultés économiques que traverse notre pays. Aussi, vous devez prendre sur vos réserves psychologiques. Les incivilités ont augmenté ces dernières années et elles sont inacceptables. Soyez assuré.e.s que nous mettons tout en oeuvre pour la sécurité des personnels des CAF. Ici aussi, vous avez su adapter votre offre de service à l'évolution de vos allocataires et à l'accroissement de leur niveau d'exigence. Vous avez quasiment généralisé l'accueil sur rendez-vous, ce qui évite les longues files d'attente qui caractérisaient nombre de CAF par le passé. Vous avez mis en place les « rendez-vous des droits » qui participent directement à la lutte contre l'isolement et l'exclusion sociale. Ces charges et ces évolutions génèrent des inquiétudes légitimes. Le Président et le Directeur de la CNAF m'ont fait part de ces préoccupations. Et, même si je n'ai pas pu recevoir les délégations de présidents de CAF qui le souhaitaient, j'ai pris connaissance avec une grande attention des motions adoptées par vos conseils d'administration relatives aux moyens de gestion et, plus récemment, à la réforme des aides au logement. Bien évidemment, le Gouvernement est attentif au climat social de la branche, à la situation de production des CAF et au respect de leurs engagements de service. L'adéquation des charges et des ressources de la Branche famille fait donc l'objet d'un suivi resserré entre les services de l'Etat et ceux de la Caisse nationale. Les nouvelles charges induites par les réformes que vous avez conduites avec professionnalisme et succès, conjuguées aux difficultés des allocataires que vous accompagnez, exigeaient des engagements clairs. Les ministres chargés des affaires sociales, des finances et moi-même avons donc pris des décisions positives en matière de dépenses de gestion administrative et de dépenses informatiques de la branche, au-delà de ce qui était prévu dans la COG. Mesdames et Messieurs, pour parler simplement, j'ai conscience des tensions dans les Caisses. Tensions de gestion avec les prestations et les dispositifs nouveaux ou modifiés. Tensions d'activité avec des allocataires qui cherchent à comprendre et à faire valoir leurs droits. Tensions aux guichets car une partie du désespoir et de l'agressivité se déverse auprès de vos agents. Et j'ai conscience également que les exigences de l'année 2017 semblent parfois sonner comme des injonctions contradictoires. Vous avez eu la gentillesse de saluer ma pugnacité, Monsieur le Président. Sachez que ma pugnacité, qualité partagée avec toute mon équipe, est actuellement au service du meilleur fonctionnement des CAF. Ceci n'est pas un engagement. Ce n'est pas une annonce. C'est juste le témoignage de mon état d'esprit et de ma mobilisation. En conclusion, je pense que nous pouvons nous féliciter du chemin parcouru ensemble au cours de ces dernières années. Je tiens à saluer l'implication de la Branche et sa capacité à s'adapter aux nouveaux enjeux de notre société, dans des conditions que je sais parfois difficiles. Une réflexion prospective est plus que jamais nécessaire pour utiliser et répartir au mieux les moyens de gestion administrative et d'action sociale. Aussi, je lirai avec une grande attention les conclusions de vos travaux, issues des différentes tables-rondes organisées tout au long de cette rencontre. Une fois de plus, je voulais vous remercier de votre engagement de tous les instants au service des familles et des enfants. Je vais maintenant vous laisser la parole et je reste à votre écoute. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/451.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/451.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..910a829a7c59280339e596ddfaa8889dd0b193fc --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/451.txt @@ -0,0 +1 @@ +FREDERIC RIVIERE Bonjour Jean-Marc AYRAULT. JEAN-MARC AYRAULT Bonjour. FREDERIC RIVIERE On va parler avec vous de la Syrie et du martyr d'Alep, des soixante-quinze ans de l'Agence française de développement, de Fidel CASTRO, mais d'abord quelques mots de l'actualité la plus immédiate. Manuel VALLS est donc candidat à l'élection présidentielle via la primaire de la gauche. Il va présenter sa démission dans la journée. Tout d'abord, puisqu'un remaniement va avoir lieu aujourd'hui, est-ce que vous savez si vous serez encore ce soir ministre des Affaires étrangères ? JEAN-MARC AYRAULT On répondra à cette question lorsque le président de la République aura nommé un Premier ministre puis ensuite le gouvernement. Vous avez que quand le Premier ministre démissionne, tout le monde ne le sait pas mais il y a une démission automatique de tout le gouvernement. Pour l'heure, je suis là comme ministre des Affaires étrangères. FREDERIC RIVIERE Mais vous n'avez pas d'assurance sur le fait que vous serez ministre ? JEAN-MARC AYRAULT Personne ne sait qui sera Premier ministre, donc un peu de patience. Ça va se faire désormais très, très vite puisque, comme Manuel VALLS l'a annoncé hier, il va démissionner. FREDERIC RIVIERE On sait donc que Manuel VALLS, lui, ne sera plus Premier ministre, qu'il est candidat à la primaire de la gauche. Est-ce que c'est un candidat qui peut rassembler la gauche ? JEAN-MARC AYRAULT C'est tout l'enjeu de cette primaire et de la période dans laquelle nous sommes entrés. Manuel VALLS est candidat, je crois qu'il y songeait sans doute depuis longtemps. Maintenant on va voir puisqu'il y a une primaire. Moi, ma préoccupation est la suivante : je ne me résigne pas à ce que la gauche soit absente du second tour de l'élection présidentielle. FREDERIC RIVIERE Lui non plus. C'est ce qu'il a dit hier d'ailleurs. JEAN-MARC AYRAULT Ça, c'est un point qui va dans la bonne direction, parce que c'est une des questions essentielles. Bien sûr, vous allez me dire pourquoi : parce que je ne me résigne pas à ce que les Français n'aient le choix qu'entre un candidat de la droite conservatrice désormais François FILLON qui est vraiment très marqué à droite, même parfois très conservateur sur beaucoup de questions économiques, sociales et aussi sociétales et puis d'extrême droite. Si c'est ça le choix, ça veut dire qu'il manque effectivement une partie de la réponse aux problèmes du pays. Pour ça, il faut créer les conditions politiques et nous en sommes encore loin puisque déjà des candidatures ont été annoncées Jean-Luc MELENCHON, MACRON, et cetera. FREDERIC RIVIERE Yannick JADOT, Europe Ecologie-Les Verts. JEAN-MARC AYRAULT Ça fait beaucoup. Et puis, il y a la primaire socialiste. Ça va être le débat, le débat de fond, et je ne me résigne pas non plus à autre chose : c'est le fait qu'il y aurait deux gauches irréconciliables. Bien sûr, il y a des divergences. FREDERIC RIVIERE Théorisé par Manuel VALLS justement. JEAN-MARC AYRAULT Il y a des divergences, il faut surmonter ça. Ça ne veut pas dire que ce sera facile mais, encore une fois, je pense à l'intérêt du pays. Partout, on voit en Europe la crise politique avec la montée des populismes, donc il faut répondre et pas seulement par des réponses de droite, des réponses dures, mais aussi des réponses de gauche. FREDERIC RIVIERE Lorsqu'il a déclaré sa candidature hier, Manuel VALLS a dit : « A François HOLLANDE, je veux dire mon émotion, mon affection. Sa décision celle de ne pas être candidat est celle d'un homme d'Etat. Je veux dire la chaleur de mes sentiments. » Est-ce que cet hommage vous a touché ? Est-ce qu'il vous a paru sincère ? JEAN-MARC AYRAULT Je ne veux pas me lancer dans une introspection. FREDERIC RIVIERE Vous voyez très bien ce que je veux dire au fond. Je vous pose la question de manière plus directe : est-ce que Manuel VALLS a contribué à empêcher François HOLLANDE d'être candidat ? JEAN-MARC AYRAULT Ça, je crois qu'il faut prendre la distance par rapport à ça. C'est le temps qui nous permettra d'y voir clair sur ce qui s'est passé réellement. Moi-même j'ai été Premier ministre et je sais dans quelles conditions je suis parti. FREDERIC RIVIERE Vous-même, vous avez été entre guillemets « victime » de manoeuvres pour vous mettre un peu à l'écart auxquelles Manuel VALLS n'était pas étranger. JEAN-MARC AYRAULT Oui. Je m'en suis déjà expliqué en toute franchise soit dans un film ou soit ici-même sur votre antenne. D'ailleurs, je crois que c'est sur votre antenne que je m'étais exprimé pour la première fois après mon départ de Matignon. FREDERIC RIVIERE Tout à fait ; très bonne mémoire. JEAN-MARC AYRAULT J'avais pris du recul. Je ne suis pas du tout dans le calcul et la revanche personnelle. Même si j'ai mes sentiments j'en ai et si j'ai une analyse objective aussi sur ce qui s'est passé, ce qui m'intéresse maintenant c'est de me tourner vers l'avenir. Je ne veux pas retourner vers toujours le ressasser, ressasser tout le temps. Il y a des gens qui ressassent, et quand ils ressassent, ils ne sont plus lucides et ne voient plus les problèmes. Moi, je vois les difficultés dans lesquelles nous sommes. Les problèmes du pays, les problèmes de l'Europe et aussi l'incertitude du monde dans lequel nous sommes entrés. Là, je reviens tout de suite à ma fonction de ministre des Affaires étrangères parce que c'est quand même un vrai sujet que vous avez. Le Brexit d'un côté, la nouvelle politique russe en Syrie, l'incertitude aussi liée à l'élection de Donald TRUMP aux Etats-Unis, la montée des populismes en Europe et le risque pour le projet européen - vous avez vu le référendum en Italie. FREDERIC RIVIERE Dans ces conditions, il est important de savoir qui va diriger la France. JEAN-MARC AYRAULT Oui. Enfin pour l'instant, je vous rappelle qu'il y a un président de la République qui est là jusqu'au bout et qu'il y a encore beaucoup de choses à faire. FREDERIC RIVIERE Il est encore là pour cinq mois. Jean-Marc AYRAULT, avant d'en venir à votre casquette de ministre des Affaires étrangères, d'un mot est-ce que vous savez d'ores et déjà qui vous allez soutenir ? Je ne vous demande pas qui mais est-ce que vous savez qui vous allez soutenir ? JEAN-MARC AYRAULT Je vais être très clair. Je suis d'abord pour que le débat se fasse de façon très claire et l'intérêt de la primaire c'est ça, mais en élargissant le débat aussi à l'ensemble de la gauche. Je ne donnerai pas de consigne de vote, je verrai le moment venu. En tout cas, ne comptez pas sur moi pour donner des consignes. Ça, c'est une méthode du passé et je ne veux pas entrer dans cette conception un peu archaïque de la politique où on vient d'en haut donner la consigne : « Voilà ce qu'il faut voter, bien voter, mal voter, et cetera ». FREDERIC RIVIERE Jean-Marc AYRAULT, venons-en à la Syrie. Une nouvelle résolution appelant à une trêve des combats à Alep en Syrie a été rejetée hier soir au Conseil de sécurité des Nations Unies. Veto de la Russie et de la Chine : « Pas question, dit la Russie, de laisser les rebelles reprendre des forces alors que la ville est en voie de reconquête ». C'est quoi le constat aujourd'hui ? C'est que la Russie fait ce qu'elle veut, comme elle veut ? JEAN-MARC AYRAULT C'est ce que je dénonce depuis des semaines, même des mois. C'est la logique de la guerre totale du côté de Bachar el-ASSAD. Parce que Bachar el-ASSAD, il mène une politique d'une brutalité inouïe. Je rappelle qu'il y a plus de trois cent mille morts, qu'il y a dix millions de personnes déplacées dont la moitié sont des réfugiés, la plupart d'ailleurs dans les pays alentours comme la Turquie, la Jordanie et le Liban mais aussi en Europe et que cette situation dramatique va encore s'aggraver. La logique de la guerre totale aux côtés du régime de Bachar el-ASSAD vise à conquérir la totalité de ce qu'on appelle la Syrie utile de Damas jusqu'à Alep en passant par Homs, Lattaqié et pour faire quoi après ? Pour faire quoi après ? Ce n'est pas seulement la question du maintien ou non de Bachar el-ASSAD au pouvoir, c'est la question de la paix et de la sécurité dans toute cette région. Ce n'est pas parce qu'Alep, au prix du martyr de sa population, va tomber peut-être dans quelques semaines que la question de la paix sera réglée. La menace de radicalisation, la menace terroriste, la menace de conflit demeurera dans cette région. Et donc la voie militaire, la voie de la brutalité qui a été choisie par Bachar el-ASSAD et ses soutiens, en particulier la Russie, mène à un chaos durable dans cette région. FREDERIC RIVIERE Mais ça, tout le monde est à peu près d'accord, Jean-Marc AYRAULT. JEAN-MARC AYRAULT Oui, mais ce chaos menace tout l'équilibre de la région, ne permet pas d'avoir une paix durable dans toute la région et ne permet pas non plus d'éradiquer ce que nous combattons de toutes nos forces, c'est-à-dire le terrorisme de Daesh. Le terrorisme de Daesh, je rappelle qu'il nous menace. La menace terroriste en France n'a pas disparu. Je réunis donc le 10 à Paris une réunion des pays amis de la Syrie, de la Syrie démocratique, de la transition démocratique. FREDERIC RIVIERE Une réunion de pays, dites-vous, opposés à cette guerre totale en fait. JEAN-MARC AYRAULT Oui, absolument. Qui recherchent la solution politique. FREDERIC RIVIERE Qui y aura-t-il ? JEAN-MARC AYRAULT Il y aura les Etats-Unis, il y aura bien sûr l'Allemagne, l'Italie et l'Union européenne avec la France qui seront présents. Il y aura aussi l'Espagne, il y aura aussi les pays arabes et la Turquie. FREDERIC RIVIERE Et qu'est-ce qui peut en sortir ? Un plan, une feuille de route ? JEAN-MARC AYRAULT D'abord rappeler aux responsabilités pour sauver la population d'Alep sur le plan humanitaire. Ça reste toujours notre priorité absolue. En même temps, il faut aussi redire : « Voilà nos propositions que nous faisons pour reprendre la négociation politique » pour une Syrie qui garderait son unité. Parce que partis comme nous sommes avec cette guerre totale dans ce que j'appelle la Syrie utile, c'est la partition de la Syrie qui se profile, avec donc le risque que se constitue un « Daeshtan » à côté de cette Syrie utile. Un Etat islamique que nous voulons combattre et empêcher et que, par la voie de la radicalité militaire, de la guerre totale utilisée par la Russie, ça ne va pas marcher. Je crois qu'il faut vraiment reprendre la voie de la négociation. FREDERIC RIVIERE Vous avez dit hier que Fidel CASTRO était un dictateur qui a porté atteinte aux Droits de l'Homme et que jamais la France n'avait fait preuve de complaisance à l'égard des atteintes aux Droits de l'Homme ou à la démocratie. C'était une manière de corriger les propos de Ségolène ROYAL ? JEAN-MARC AYRAULT Oui, bien sûr. Il faut faire attention et trouver le bon équilibre. Vous savez, le président de la République comme moi-même avons fait des déclarations après la mort de Fidel CASTRO. C'est vrai que Fidel CASTRO fait partie des personnages de l'Histoire et il a aussi été capable de tenir bon, notamment par rapport aux Etats-Unis. Maintenant, ne pas dénoncer les atteintes aux Droits de l'Homme, ne pas dénoncer les atteintes aux libertés, ce serait inacceptable ; c'est ce que j'ai rappelé. Ensuite, je n'oublie pas non plus la souffrance du peuple cubain qui a subi l'embargo américain et la France a toujours dénoncé cet embargo. Aujourd'hui, nous sommes entrés dans une nouvelle étape. J'espère qu'elle va pouvoir effectivement se dérouler. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le président OBAMA a enfin engagé des discussions avec CASTRO, avec Raúl CASTRO pas son frère, donc avec le régime actuel, pour sortir de cette spirale de la fermeture à l'égard de Cuba. Il faut donc donner une chance à Cuba de s'en sortir. Mais le nouveau président des Etats-Unis a dénoncé cette politique, donc moi je continue à dire qu'il faut aller vers la levée totale de l'embargo, permettre à Cuba de se développer mais aussi veiller à ce que Cuba retrouve la démocratie et la liberté. Le peuple cubain aspire aux deux. Il aspire au progrès, il aspire aussi à la liberté. FREDERIC RIVIERE Le correspondant de RFI en haoussa Ahmed ABBA est emprisonné depuis plus de seize mois au Cameroun dont trois mois au secret c'est une affaire que vous connaissez - dans des conditions qui sont extrêmement difficiles. Il est accusé de complicité de terrorisme et de non-dénonciation. Le procès s'éternise ; la neuvième audience aura lieu demain et pour l'instant toujours pas l'ombre d'une preuve ni d'une accusation précise. Qu'est-ce que fait votre ministère, Jean-Marc AYRAULT ? Comment suivez-vous ? Est-ce que vous avez les moyens d'intervenir et de mettre un terme à cette situation ? JEAN-MARC AYRAULT Nous défendons ce journaliste qui faisait son travail, nous le savons, et qui est détenu dans des conditions que nous n'acceptons pas. Nous n'avons pas cessé de multiplier les interventions auprès des autorités camerounaises, nous allons encore le faire ces prochaines heures car nous souhaitons effectivement sa libération. Exercer le métier de journaliste dans des zones de conflit comme celle-là et là il s'agit des menaces de Boko Aram, ce n'est pas rien - et d'ailleurs dont les Camerounais sont victimes, il faut s'en souvenir. C'est un travail extrêmement difficile. Je veux rappeler ici le soutien du gouvernement français aux journalistes qui font un travail formidable - ceux de RFI mais beaucoup d'autres aussi et parfois au péril de leur vie. Il faut le rappeler sans cesse et, à chaque fois qu'un problème de cette nature se passe, nous intervenons. Il ne s'agit pas de le faire de façon spectaculaire, moi mon objectif c'est d'aider cette personne... FREDERIC RIVIERE C'est de le faire de manière efficace. JEAN-MARC AYRAULT Et à être efficace. FREDERIC RIVIERE L'Agence française du développement fête aujourd'hui ses soixante-quinze ans. Est-ce que l'accord de Paris sur le climat crée de nouvelles obligations, de nouveaux devoirs à la France en matière de développement ? JEAN-MARC AYRAULT Oui, bien sûr, bien sûr. D'ailleurs je me suis rendu plusieurs fois en Afrique, pas seulement en Afrique de l'Ouest mais aussi en Afrique de l'Est. Il y a un défi extraordinaire qui est celui de la transition énergétique, et il y a une opportunité pour l'Afrique... FREDERIC RIVIERE Avec un saut d'étapes assez incroyable ? JEAN-MARC AYRAULT Absolument. Je crois qu'il y a un double saut qui peut être fait : le saut technologique du numérique, et d'ailleurs on le voit dans un certain nombre de pays par exemple, pour tout ce qui est le paiement - ça se fait par le téléphone portable par exemple donc il y a un saut considérable. Mais il faut aussi traiter la question de la transition énergétique et le faire en utilisant les ressources, en particulier le solaire ou la ressource hydraulique. Pour ça, il faut aider les projets à se mettre en oeuvre, tout va ensemble. La France d'ailleurs a décidé que la moitié de son aide irait pour tous les projets de transition énergétique, et l'Agence française de développement va voir ses moyens considérablement renforcés, elle est en cours de réforme, elle va signer une convention avec la Caisse des dépôts qui permettra d'avoir encore davantage de moyens et d'utiliser aussi le réseau de la Caisse des dépôts et des collectivités locales dans le cadre de la coopération renforcée. Et puis le Parlement là vient de voter une augmentation de trois cent soixante millions d'euros à la fois sur la base de ma proposition, parce que je voulais absolument augmenter l'aide au développement, mais aussi l'initiative parlementaire dont je me félicite. Donc on est en train de remonter le niveau de notre aide, c'était mon but quand je suis arrivé dans ce ministre, on va dépasser le niveau qui était celui du début du quinquennat. Mais il faut poursuivre, parce que nous sommes à 0,4 pour cent de notre PNB et il faut aller vers ces recettes pour se donner vraiment les moyens d'une ambition de solidarité pour le développement. FREDERIC RIVIERE Merci Jean-Marc AYRAULT, bonne journée. JEAN-MARC AYRAULT Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/452.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/452.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..38a909b4307859906447b2dc15ff52637216064e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/452.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames les Préfètes, Messieurs les Préfets, C'est la première fois que je m'adresse à vous dans ces circonstances et en tant que ministre de l'Intérieur. Le hasard du calendrier a voulu que cette traditionnelle réunion des préfets se tienne quelques jours seulement après le remaniement ministériel et mon arrivée à la tête de la Place Beauvau. C'est là un heureux hasard, qui va me permettre de balayer avec vous les principaux sujets sur lesquels notre maison travaille. Un changement de ministre peut apparaître, j'en ai conscience, comme un événement un peu déstabilisant. En réalité, il n'en est rien, car l'essentiel, c'est la continuité de l'État en toutes circonstances j'en veux pour preuve votre présence aujourd'hui, la mienne aussi, dans cette salle des fêtes de l'hôtel Beauvau. Je souhaite tout d'abord vous dire que c'est pour moi un très grand honneur que d'avoir été nommé à la tête du ministère de l'Intérieur. Je mesure la confiance qui m'est faite par le Président de la République et le Premier ministre. Je mesure aussi la gravité qui s'attache à la responsabilité qui est désormais la mienne, surtout dans le contexte actuel de menace terroriste. Je succède à Bernard CAZENEUVE et à Manuel VALLS, qui resteront tous deux comme de grands ministres de l'Intérieur, et j'aurai à cœur d'inscrire mon action dans la continuité des décisions qu'ils ont eux-mêmes prises au cours de ces dernières années, tout en m'efforçant de contribuer à préparer au mieux l'avenir de notre pays et de notre ministère, à la place qui est la mienne, dans le rôle qui est le mien. A cet égard, je veux insister sur le fait que nous entrons dans une période décisive pour la vie démocratique de notre pays. En 2017, il nous reviendra de garantir le bon déroulement, dans des conditions optimales de sécurité, de plusieurs échéances électorales majeures : l'élection présidentielle au printemps, les élections législatives à l'été, puis les sénatoriales en septembre. Vous aurez ainsi à vous mobiliser personnellement, de même que vos équipes. Vous recevrez prochainement de nouvelles instructions à ce sujet. Je veux d'ailleurs vous remercier pour avoir veillé au bon déroulement des primaires de la droite et du centre. Les primaires constituent désormais un rendez-vous incontournable de notre démocratie, il nous faut donc répondre présent pour permettre à nos concitoyens de s'exprimer en toute liberté et en toute sécurité. Comme je l'ai dit, vous l'avez fait pour les primaires de la droite et du centre, vous devrez également le faire pour celles de la gauche. C'est là un rôle essentiel assumé par le ministère de l'Intérieur : être le garant de la vie démocratique de notre pays, veiller à l'épanouissement des valeurs de la citoyenneté. En 2017, face à la menace terroriste et dans un contexte de montée des extrémismes partout dans le monde et en Europe même, peut-être cette mission prend-t-elle une signification plus forte que jamais. Elle devra, en tout cas, se trouver au cœur de notre action. A l'heure où je prends mes fonctions, je veux également vous exprimer ma reconnaissance et vous dire mon entier soutien. En tant qu'élu local et parlementaire, je connais en effet l'importance du rôle joué par les préfets et les sous-préfets, notamment dans l'animation et la coordination des politiques publiques. Dans les territoires, vous êtes la voix et le visage de la République. Par votre action quotidienne, vous êtes les garants de l'unité et de l'indivisibilité de la République, les gardiens de la continuité de l'État sur toute l'étendue du territoire national, en métropole comme outre-mer, y compris dans les périodes de crise. Les ministres, les préfets se succèdent, mais l'État, lui, demeure. C'est là notre lot à tous. Car nous sommes au service d'une cause plus grande que nous-mêmes : la France et la République. Voilà pourquoi votre engagement repose sur une conception élevée de l'État et de son rôle, ainsi que sur une éthique de l'action publique particulièrement exigeante. Je ne doute pas que vous aurez à cœur, dans les mois qui viennent, d'incarner les valeurs cardinales de la République. Vous avez là un devoir d'exemplarité et de strict respect de la déontologie. Aux yeux des Français, vous représentez l'État dans les territoires, vous êtes l'État. Aussi, vous devez toujours être irréprochables. Cela emporte plusieurs conséquences, dans la gestion, bien entendu, des moyens mis à votre disposition pour exercer vos fonctions, mais aussi dans l'accomplissement de vos obligations citoyennes. Plus globalement, vous devez avoir une relation égale aux personnes, responsables politiques, personnels de tout grade et fonction, ou tout simplement citoyens que vous croisez sur des manifestations publiques. Car c'est également ainsi que l'on contribuera à renforcer l'autorité de l'Etat et de la République. A cet effet, je demande au Secrétaire général et aux Directeurs généraux, que mon prédécesseur a souhaité mobiliser dans des travaux ministériels sur la prise en compte de la déontologie au sein du ministère, de me faire des propositions en ce sens, à la veille et en complément de la création, au sein de ce ministère, d'une fonction de déontologie. Mesdames et Messieurs, chacun en a conscience, nous vivons un changement d'époque, les attentats perpétrés sur notre sol depuis janvier 2015 mais aussi dans bien d'autres pays en témoignent. Le ministère de l'Intérieur se trouve au cœur de ce changement. A bien des égards, nous vivons une époque de transition, nous entrons dans une période nouvelle de l'histoire de notre pays, marquée durablement par la menace du terrorisme djihadiste. D'une manière générale, nous sommes confrontés à des menaces ou à des crises qui, de plus en plus souvent, trouvent leur origine à l'extérieur de nos frontières, parfois même sur d'autres continents, mais dont nous devons gérer les répercussions sur notre propre sol. C'est le cas de la menace terroriste, mais c'est aussi le cas de la crise migratoire, ainsi que des crises environnementales. Et il n'est pas jusqu'à la délinquance ordinaire qui ne revête désormais une dimension internationale de plus en plus forte, laquelle rend sa répression encore plus complexe. Cela implique donc que le ministère s'adapte, se modernise, se projette constamment dans l'avenir pour anticiper, prévoir, prévenir et par là même mieux protéger les Français. Car le ministère de l'Intérieur est par excellence le ministère de l'État. A ce titre, il est celui des Sécurités. Et nous devons continuer à renforcer nos dispositifs de sécurité intérieure comme notre modèle de sécurité civile. Le ministère de l'Intérieur est aussi le ministère de l'administration territoriale, que nous devons continuer à consolider et à réformer, parce qu'elle est la colonne vertébrale de la République. Il est aussi le ministère des libertés publiques, de la laïcité, des relations avec les cultes. Là aussi, il nous faut continuer d'avancer, de progresser, pour conforter les principes fondamentaux sur lesquels repose notre République et qui s'inscrivent au fronton de nos mairies, dans le quotidien de nos villes : liberté, égalité, fraternité. Pour ma part, je suis là pour apporter ma pierre à l'édifice. Les chantiers ne manquent pas. Et les menaces ne tiennent pas compte du calendrier électoral de la France. Nous devons donc faire preuve d'une concentration et d'une vigilance maximales. Nous devons continuer à travailler sans relâche au service des Français, et ce jusqu'au terme de cette mandature. Comme l'a dit le Premier ministre, chaque jour compte et chaque jour doit être, pour l'action publique, un jour utile : c'est là ce que les Français exigent de nous. Je veux tout d'abord évoquer les enjeux de sécurité, et notamment la lutte contre le terrorisme djihadiste, dans un contexte de menace extrêmement élevée, comme l'ont démontré les attentats de l'été dernier, à Nice, à Magnanville et à Saint-Etienne-du-Rouvray, mais aussi les interpellations réalisées au cours de ces dernières semaines et les projets d'attaques que nous avons récemment déjoués. Nos services sont puissamment mobilisés, et leur engagement, leur travail portent leurs fruits. En 2013, nous avions ainsi déjoué un attentat. En 2014 nous en avons empêché quatre. En 2015, sept attentats ont été déjoués. Et pour cette seule année 2016, nous en avons empêché dix-sept, en tenant compte des sept arrestations auxquelles nous avons procédé, le 21 novembre dernier, à Marseille et à Strasbourg. Cela fait donc une trentaine d'attentats déjoués depuis 2013. J'ajoute que, depuis le début de l'année 2016, nous avons interpellé plus de 420 individus en lien avec des réseaux terroristes. Depuis le 1er septembre, 143 interpellations ont eu lieu, 52 personnes ont été écrouées et 21 placées sous contrôle judiciaire. Au cours du seul mois de novembre, les services antiterroristes ont procédé à l'interpellation de 43 individus, dont 28 ont été déférés. Ces chiffres en témoignent : jamais la menace terroriste n'a été aussi élevée sur notre territoire. Mais jamais la réponse de l'État n'a été aussi forte. Et elle doit absolument le demeurer. Aussi, je veux attirer votre attention sur le fait que nous entrons dans une période à risques, je veux bien sûr parler des fêtes de fin d'année, soit en raison de leur dimension religieuse, soit parce qu'elles suscitent des rassemblements importants, tels que ceux du Nouvel An. Dans ce contexte particulièrement sensible, garantir la sécurité des Français comme celle des touristes constitue une priorité absolue. C'est la raison pour laquelle, le 25 novembre dernier, Bernard CAZENEUVE vous a transmis une instruction spécifique vous enjoignant d'organiser les dispositifs opérationnels adéquats, permettant d'assurer un niveau optimal de sécurité lors des fêtes de Noël et de la Saint-Sylvestre. Je ne saurais trop y insister : pour lutter efficacement contre le terrorisme, pour empêcher la commission d'attentats, nous devons faire preuve d'une forte capacité d'anticipation. Car c'est en amont que l'essentiel se joue. Cela est d'ailleurs aussi valable pour l'ensemble des comportements à risques susceptibles d'entraîner des violences sur la voie publique. Cet effort d'anticipation et de prévention implique évidemment que nous conduisions que vous conduisiez des démarches partenariales associant les collectivités locales, les organisateurs de manifestations et de rassemblements, mais aussi les magistrats du parquet dès lors que cela est nécessaire, afin que nous puissions identifier les situations à risques et leur opposer les réponses opérationnelles les mieux adaptées. Il vous appartient aussi de prendre tous les arrêtés nécessaires pour limiter les comportements dangereux. Je pense à l'interdiction de la vente d'alcool, d'essence ou de pétards. Par ailleurs, vous devez mobiliser les capteurs du renseignement territorial, notamment pour prévenir les violences urbaines. La dissuasion passe également par la mobilisation de l'ensemble des forces de sécurité publique, les militaires de l'opération « Sentinelle » et les forces contribuant au Schéma national d'intervention, qu'il s'agisse des forces d'intervention spécialisées (le GIGN, la BRI, le RAID) ou bien des forces primo-intervenantes (les BAC et les PSIG Sabre). Je rappelle que vous devez privilégier le principe des patrouilles dynamiques sur les points fixes. Enfin, je vous demande de porter une attention toute particulière au Plan anti hold-up et à la sécurisation de la nuit de la Saint-Sylvestre. A cet égard, je rappelle que, cette année, nous allons engager 96 unités de forces mobiles, soit deux unités de plus qu'en 2015. En outre, je vous annonce qu'à ma demande, un renforcement temporaire de l'opération « Sentinelle » a été décidé par le Président de la République durant la séquence des fêtes. Les besoins exprimés par les préfets de zone seront donc satisfaits. Nous mobilisons les moyens nécessaires pour que cette période de festivités puisse se dérouler dans les meilleures conditions de sécurité qui soient, et j'attends de votre part un engagement d'une vigilance absolue. Je veux également vous dire quelques mots au sujet de l'état d'urgence. J'ai présenté, samedi, en Conseil des ministres, un projet de loi de prorogation, rendu nécessaire par le remaniement ministériel, et je le défendrai dès ce soir à l'Assemblée nationale. A cet égard, les échanges qui ont eu lieu au Conseil d'État ont montré que la durée des assignations était au cœur de débats sensibles, qu'il appartiendra au Parlement de trancher cette semaine, lors de l'examen du projet de loi. Pour ma part, je veux souligner que l'activité même des services de renseignement et des services antiterroristes illustre le très haut niveau de la menace et, par conséquent, la nécessité qu'il y a de prolonger à nouveau l'état d'urgence. Nous avons d'ailleurs déjà obtenu des résultats importants dans le cadre de sa mise en œuvre, et les mesures que vous avez prises se sont révélées décisives pour assurer la protection du pays. Ainsi, depuis le 21 juillet dernier, plus de 550 perquisitions administratives ont été réalisées. Elles ont donné lieu à 91 interpellations et 64 gardes à vue. Elles ont en outre permis la saisie de 35 armes, dont 2 armes de guerre et 21 armes longues. A l'occasion de ces perquisitions, près de 140 copies et saisies de données contenues dans des systèmes informatiques ont été réalisées. Dans la très grande majorité des cas, l'exploitation de ces données a été autorisée par le juge et a révélé des éléments caractérisant des risques de passage à l'acte terroriste. D'une manière générale, comme l'a rappelé le Premier ministre samedi, depuis le 14 novembre 2015, près de 4 200 perquisitions administratives ont été réalisées. 653 d'entre elles ont abouti à l'ouverture d'une procédure judiciaire, tous chefs infractionnels confondus. Si l'on exclut les enquêtes ouvertes des chefs d'apologie ou de provocation au terrorisme à la suite de perquisitions administratives une quarantaine environ, on recense dix-neuf procédures initiées par la section antiterroriste du parquet de Paris du chef d'association de malfaiteurs avec une entreprise terroriste. Il y a donc bien une forte complémentarité entre l'action judiciaire et l'action administrative. La nécessité de cette articulation s'est d'ailleurs trouvée au cœur de la rencontre qui vous a réunis, le 7 novembre dernier, aux côtés des procureurs généraux et des procureurs de la République, de même qu'elle était l'objet de la circulaire commune diffusée juste avant cette réunion. Nous devons également continuer à faire preuve de la plus grande détermination en ce qui concerne l'expulsion des prêcheurs de haine de nationalité étrangère, comme en ce qui concerne la fermeture des lieux de culte radicalisés. Quatre fermetures ont eu lieu récemment. S'agissant de Stains et d'Ecquevilly, ces décisions ont été confirmées, la semaine dernière, par les juridictions administratives. Votre action est tout aussi essentielle dans l'animation et la mise en œuvre des dispositifs territoriaux de prévention et de prise en charge de la radicalisation. A ce jour, on dénombre près de 16.000 signalements actifs dans le Fichier des Signalements pour la Prévention et la Radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Plus de 11.400 d'entre eux ont été pris en compte, plus de 620 sont actuellement en évaluation et plus de 3.700 sont en veille ou bien ont été clôturés. L'EMOPT a déjà visité une quarantaine de départements, une dizaine de chefs-lieux de région et les 7 chefs-lieux de zone. Les équipes du préfet Olivier DE MAZIERES se rendront prochainement dans l'Oise et le Gard. Vous ne devez pas hésiter à les solliciter pour me faire remonter les bonnes pratiques et les dispositifs qui fonctionnent bien ou que nous devons consolider, mais aussi pour me signifier les dispositifs à améliorer, les évolutions à conduire. Depuis janvier 2015, la lutte antiterroriste a puissamment mobilisé l'ensemble des effectifs de la Police et de la Gendarmerie nationales, notamment dans le cadre de la mise en œuvre de l'état d'urgence, alors même qu'il fallait continuer à lutter contre la délinquance du quotidien. Je mesure combien la vie personnelle des agents s'en est trouvée, s'en trouve encore, affectée. Je sais qu'ils ont consenti de nombreux sacrifices, sur le plan des horaires de travail comme sur celui des congés. Sans nul doute tout cela a-t-il contribué à amplifier le malaise qui s'est exprimé au cours de ces dernières semaines au sein de la Police et qui a été principalement relayé par des gardiens de la paix. De ce malaise, dont la tentative d'assassinat de Viry-Châtillon a constitué l'élément catalyseur, je veux également vous dire quelques mots. La première réponse du Gouvernement a résidé dans les concertations inédites que vous avez organisées, à la demande de mon prédécesseur, aux côtés des Directeurs départementaux de la Sécurité publique. Chaque policier a ainsi pu exprimer ses préoccupations et ses revendications en toute liberté. C'est là un dialogue riche et fructueux qui s'est tenu dans l'ensemble des départements du pays. Vous avez, pour la plupart d'entre vous, déjà fait remonter vos analyses. A leur lecture, il apparaît clairement que les revendications concernent avant tout outre la question des moyens matériels la complexification des procédures pénales, le sentiment d'une absence de reconnaissance globale au sein de la société, une forme de crise de la vocation policière, mais aussi la nécessité de mettre fin aux « tâches indues » et de recentrer les effectifs sur leur cœur de métier. L'on constate également que plus les réunions de concertation se sont étalées dans le temps, plus les revendications ont pu être replacées dans une cohérence d'ensemble, votre parole ayant été relayée. Cela prouve que la pédagogie porte ses fruits. Malgré tout, il nous faut bien reconnaître que quelques regroupements de policiers perdurent de façon sporadique, par exemple aujourd'hui, et qu'un certain scepticisme continue de se manifester face aux mesures que nous avons annoncées. Ce scepticisme, nous devons le combattre. Nous devons démontrer qu'il n'a pas lieu d'être. Certes, bien des commissariats se trouvent dans un état de vétusté qui n'est pas acceptable, et que d'ailleurs je n'accepte pas. Mais précisément, nous nous employons à remédier à ce genre de situations. Et quand nous expliquons notre Plan pour la Sécurité publique, nous sommes entendus et nous sommes compris. Vous êtes vous-mêmes compris dès lors que vous faites œuvre de pédagogie. Aussi, j'attends que vous rappeliez sur le terrain les décisions que nous avons prises et celles que nous prenons. C'est là une partie de votre travail : expliquer que le travail que nous avons accompli, que les mesures que nous avons mises en œuvre, que l'effort que nous réalisons, bref que tout cela traduit la reconnaissance de la Nation à l'égard du travail des policiers. Je pense bien sûr tout particulièrement au grand Plan de 250 millions d'euros pour la Sécurité publique, lancé il y a quelques semaines en cohérence avec l'ensemble des mesures prises depuis le début du quinquennat pour renforcer les moyens dévolus aux forces de l'ordre. J'insiste sur le fait que ce Plan a été décidé dans un dialogue constant avec les organisations syndicales, mais aussi en tenant compte des concertations avec les policiers conduites dans chaque département. Le déploiement des armements et des équipements de protection est d'ores et déjà engagé. Je pense notamment au remplacement des flashballs par les lanceurs de balles de défense, qui sont à la fois plus sûrs et plus adaptés aux missions. La substitution, qui a déjà commencé, sera achevée à la fin de cette année. Parallèlement, nous poursuivons le renouvellement du parc automobile grâce à l'acquisition de 3 080 véhicules sur le budget 2017, dont 1 540 seront spécifiquement destinés aux services de la Sécurité publique. Enfin, concernant l'immobilier, là aussi des décisions significatives ont été prises afin d'améliorer les conditions de travail. Une enveloppe de 16 millions d'euros a ainsi été débloquée afin de pourvoir aux besoins les plus urgents d'aménagement et d'entretien. Outre ces mesures concrètes, le Plan prévoit également de recentrer les effectifs sur leur cœur de métier, tout en renforçant leur protection juridique. Le remplacement des gardes statiques par un principe de sécurisation dynamique doit ainsi s'appliquer de façon immédiate j'y insiste aux lieux de culte et aux lieux confessionnels. Il est déjà en vigueur pour la quasi-totalité des tribunaux et le sera pour les préfectures d'ici au 31 mars 2017. Par ailleurs, avec le projet de loi Sécurité publique, le Gouvernement souhaite introduire dans notre législation des mesures importantes, susceptibles de satisfaire les revendications légitimes des policiers. Nous entendons ainsi clarifier et unifier les conditions d'usage des armes pour l'ensemble des forces de sécurité intérieure, évidemment dans le respect de nos engagements internationaux. Je pense également au recours au matricule administratif pour les policiers et les gendarmes dont la divulgation de l'identité leur ferait courir des risques. Enfin, il est prévu d'aligner sur le régime des peines encourues pour outrage à magistrat le cas des policiers et gendarmes. Néanmoins, ces mesures ne doivent pas être considérées comme un solde de tout compte qui nous conduirait à relâcher notre vigilance, ni d'ailleurs à faire preuve de laxisme. Il est donc primordial que vous continuiez à échanger sur ce sujet avec les DDSP et les chefs de service en charge de la police judiciaire afin d'avoir en permanence un état des lieux précis de la situation sociale dans les services concernés. Je vous demande d'aller au contact des agents eux-mêmes. Allez dans les commissariats de police, dans les brigades de gendarmerie. Parlez avec les fonctionnaires et les militaires, écoutez-les. Montrez leur la considération qui est la vôtre. C'est à vous, j'y insiste, et non seulement à vos directeurs de cabinet, qu'incombe cette responsabilité importante consistant à manifester votre soutien au plus près des forces de l'ordre. Mais l'indispensable reconnaissance ne va pas non plus sans le rappel tout aussi nécessaire aux principes cardinaux de la Police nationale, ceux-là mêmes que tout fonctionnaire se doit de respecter : la discipline, le respect de la hiérarchie, la loyauté et, il faut le dire, l'obéissance aux ordres donnés. Les actes d'indiscipline, de dévoiement des matériels de l'État pour des motifs extérieurs au service, la falsification de comptes rendus d'activité, rien de cela ne peut être, ne doit être excusé. De la même façon, ne pas sanctionner les infractions routières mettant en jeu la sécurité n'est pas acceptable. Par ailleurs, dans un contexte sensible pour l'ensemble des forces, je souhaite attirer votre attention sur la grande concertation menée au sein de la Gendarmerie nationale. L'un des objectifs majeurs du Gouvernement consiste à mieux utiliser nos ressources et à en développer de nouvelles pour gagner en efficacité, au profit de nos concitoyens. C'est tout le sens de la « feuille de route » participative engagée depuis maintenant trois ans. 370 mesures ont d'ores et déjà été prises, articulées autour de trois axes : le renforcement de l'action opérationnelle et la production de sécurité, l'allègement de l'administration et du fonctionnement de l'institution et la valorisation du personnel et des compétences. C'est là une démarche de concertation inédite, innovante, grâce à laquelle une institution multiséculaire démontre qu'elle est capable, collectivement, de se réformer elle-même pour le bien de celles et ceux qui la font vivre et, partant, pour le bien de tous les Français. Le Directeur général de la Gendarmerie nationale a notamment engagé un travail important pour améliorer la protection des gendarmes et de leurs emprises. Aussi, je vous demande de soutenir les échelons locaux de commandement dans leurs relations avec les collectivités locales sur les questions de l'entretien et de la sécurisation des emprises de la Gendarmerie. Comme pour les policiers, nous devons aux gendarmes et à leurs familles des conditions de vie dignes et des locaux sécurisés, ainsi que des conditions d'évolution de carrière à la mesure des sacrifices qu'ils consentent au nom du bien commun. C'est la raison pour laquelle eux aussi bénéficient, au même titre que leurs collègues policiers, du Plan pour la Sécurité publique, ainsi que du Protocole social « Parcours professionnels, carrières et rémunérations », accord historique signé en avril dernier avec les organisations syndicales de la Police nationale et le Conseil de la Fonction militaire de la Gendarmerie (CFMG). D'une manière générale, je serai bien sûr très attentif au respect de la parité entre les deux forces, pour lesquelles j'ai un respect égal. Je veux à présent évoquer la question des flux migratoires, tout aussi importante dans le contexte actuel. Un mot d'abord à propos de Calais. La réussite de l'opération de démantèlement du campement de la Lande, d'une ampleur inédite, est le résultat d'une impressionnante mobilisation collective des services de l'État, dont nous pouvons tous être fiers. Je veux bien sûr saluer l'action de la Direction générale des étrangers en France, mais aussi, évidemment, celle de votre collègue Fabienne BUCCIO, préfète du Pas-de-Calais, ainsi que ses équipes et l'ensemble des services de la préfecture du Pas-de-Calais. Le succès indéniable de l'opération doit cependant s'accompagner du maintien de la plus grande vigilance. Le précédent record d'arrivée sur le territoire italien, qui datait de 2014, vient en effet d'être dépassé, avec 170.000 nouvelles arrivées comptabilisées en 2016. Par ailleurs, 300.000 demandeurs d'asile seront probablement déboutés dans les 12 mois à venir en Allemagne, ce qui peut engendrer des mouvements secondaires importants vers la France. C'est la raison pour laquelle nous venons d'ouvrir 15 ETP au titre du PLF 2017, afin de vous permettre de renforcer les guichets uniques de demandeurs d'asile (GUDA). Ces 15 ETP viennent ainsi s'ajouter aux 31 renforts de 2016. Au plan opérationnel, les dispositifs de contrôle aux frontières, en premier lieu dans les Alpes-Maritimes où je souhaite d'ailleurs me rendre très bientôt, ont démontré leur efficacité. 54 000 mesures de non-admission ont ainsi été prises. Nous devons continuer à faire preuve de la plus grande fermeté. Par ailleurs, je vous demande de maintenir une présence des forces dans la profondeur du territoire, sur des missions de contrôles dans les gares et sur les principaux axes routiers. C'est là un effort indispensable qu'il nous faut réaliser afin de lutter contre l'immigration irrégulière et ses filières. S'agissant de la mise à l'abri des migrants en besoin de protection, votre mobilisation a été décisive pour aboutir à la création de 450 centres d'accueil et d'orientation (CAO). Ces centres ont contribué à faire baisser la pression migratoire à Calais et en Ile-de-France. C'est grâce à leur création que nous avons pu conduire l'opération de démantèlement de la Lande. Mais il y a encore des difficultés : je pense aux manifestations anti-migrants, aux dégradations volontaires de locaux, à l'opposition de certains élus locaux. Je sais que la gestion quotidienne des CAO n'est pas toujours simple et constitue pour vous un point d'attention permanent. Mais je sais aussi que, pour la majorité des centres, cela se passe bien grâce à votre action, et je veux vous en remercier. Concernant les CAOMI, qui ont permis d'accueillir 1 941 mineurs, dont une partie importante a déjà pu gagner le Royaume-Uni (815 mineurs), j'insiste sur le fait que le processus n'est pas terminé, contrairement à ce qui a pu être avancé dans les médias. La position du Royaume-Uni est claire sur ce point. Vous en avez été vous-mêmes avertis au cours de ces derniers jours. Je vous renvoie à cet égard à l'instruction qui vous a été transmise ce week-end. Nous ouvrons cette semaine la phase de transition avec l'annonce faire aux mineurs du rejet de leur demande de passer outre-Manche. Chaque mineur aura connaissance des raisons du rejet de sa demande et aura ainsi la possibilité de contester cette décision de refus. Il le fera d'autant plus facilement s'il reste en CAOMI, avec l'aide qui lui sera apportée en ce sens. Je vous demande de porter une attention toute particulière à ce public spécifique qui est celui des mineurs isolés. Nous continuons donc de travailler avec Londres, et nous le faisons avec fermeté. J'ajoute que nous travaillons également avec l'Irlande, laquelle s'est engagée à accueillir 200 mineurs. Quelques mots, enfin, au sujet de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France. Ses principales dispositions sont entrées en vigueur le 1er novembre dernier. Elles rénovent les outils de lutte contre l'immigration irrégulière. Elles doivent permettre à vos services de retrouver une dynamique forte concernant le nombre d'éloignements contraints, notamment les plus difficiles à réaliser, c'est-à-dire ceux qui ont lieu vers des pays tiers de l'UE. Ces dispositions renforcent aussi la qualité de l'accueil des étrangers en situation régulière, en introduisant des mesures de nature à leur simplifier la vie. Parmi celles-ci, la généralisation des titres de séjour pluriannuel devrait permettre de réduire considérablement le nombre de passages des ressortissants étrangers en préfecture. Dès lors, vos services pourront se recentrer sur leur cœur de métier, ce qui vous permettra de consacrer les moyens ainsi dégagés à, d'une part, améliorer l'accueil des usagers et, d'autre part, mener les nécessaires opérations de contrôle pour renforcer la lutte contre la fraude. A ce titre, l'entrée en vigueur de cette disposition est en parfaite cohérence avec la démarche du Plan préfectures nouvelle génération (PPNG), au service de nos concitoyens comme des ressortissants étrangers en situation régulière à qui la France entend réserver le meilleur des accueils. J'attire enfin votre attention sur l'entrée en vigueur, le 1er janvier prochain, de la réforme de la procédure d'instruction des demandes de titres de séjour pour soins qui transfère la compétence des avis médicaux aux médecins de l'OFII. C'est là une réforme qui, je le sais, est attendu sur le terrain. En 2016, vous vous êtes également pleinement engagés dans la réforme de l'administration territoriale. Celle de l'État, mais aussi celle des collectivités locales, donc celle de l'administration territoriale de la République, au sens de la loi fondatrice de 1992. Je veux vous le dire d'emblée et avec clarté : j'ai pleinement conscience de ma responsabilité de ministre de l'Intérieur en ce domaine, à la fois comme ministre de l'administration territoriale de l'État et comme ministre des collectivités locales, compétence exercée conjointement avec Jean-Michel BAYLET. J'ai d'ailleurs eu l'occasion de présenter, lors de mon premier Conseil des ministres, quelques heures seulement après ma nomination, le décret qui vient d'être publié au Journal officiel et qui définit la composition, le nom et le chef-lieu définitifs des régions, abrogeant de ce fait le décret de 1960 relatif aux circonscriptions administratives régionales de l'État. La création des grandes régions, le 1er janvier dernier, s'est très bien passée, et ce grâce à votre action. Désormais, nous devons veiller à mieux articuler l'échelon régional et l'échelon départemental. En la matière, mon mot d'ordre est clair : nous devons continuer de conforter l'échelon départemental, a fortiori avec de grandes régions, car la force de l'État, c'est son ancrage territorial. C'est d'ailleurs la grande force de notre ministère, qui est et demeurera toujours le ministère de l'État et des territoires. Aujourd'hui, la réforme de l'administration territoriale se poursuit. Après l'adoption de la Charte de déconcentration, engagée par Bernard CAZENEUVE il y a deux ans, et dont je souhaite dynamiser la mise en œuvre, nous confortons aujourd'hui notre réseau départemental grâce au Plan Préfectures nouvelle génération (PPNG). Celui-ci permet de consolider les missions prioritaires assurées par notre réseau, dans un contexte de réductions des effectifs. Par là même, il renforce l'État de proximité, il renforce notre ancrage territorial. Je veux y insister : le Préfet est au cœur de l'administration territoriale de l'État. Comme je l'ai dit, il joue un rôle majeur d'animateur et de coordonnateur des politiques publiques dans les territoires. Il se trouve ainsi au cœur même de l'interministériel, y compris dans la modernisation des moyens de fonctionnement de l'État qu'il faut améliorer. A l'échelon infra-départemental, auquel je suis particulièrement attaché en tant qu'élu local, vous avez également réduit de près de 40% le nombre d'établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). Je tiens à vous en féliciter, car c'est là une réforme historique, menée à bas bruit, et qui se met en place demain. Alors que vous êtes actuellement en train de prendre les arrêtés composant les conseils communautaires, dont les règles ont dernièrement beaucoup évolué, je vous remercie de votre implication personnelle dans cette ultime étape, qui doit permettre de consolider le travail accompli. Je souhaite que vous continuiez de mobiliser, début 2017, l'ensemble des services sous votre responsabilité, dont les Directions départementales des finances publiques, pour que les élus ne se sentent pas abandonnés à la date couperet du 1er janvier, mais au contraire pleinement conseillés et accompagnés tout au long de l'année 2017, année de bascule. Bien conçue, la réforme doit désormais être bien exécutée. Comme vous le savez, des accords locaux injustes, voire illégaux, sur la répartition des sièges au sein des nouveaux conseils communautaires, peuvent engendrer des frustrations et des rancœurs et entraver durablement la construction des projets intercommunaux. Au plan national, c'est le bilan de la réforme qui est en jeu. Je vous demande donc de mobiliser vos sous-préfets, mais aussi de vous mobiliser personnellement. De notre côté, nous restons vigilants pour conforter votre action locale, de même que nous suivons attentivement, avec le Directeur général des collectivités locales, le contentieux qui naîtrait de ces schémas. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de nous pourvoir systématiquement en appel ou en cassation dès lors que des décisions de première instance nous paraissent inadaptées, comme celles qui feraient du seuil de 5 000 habitants fixé par la loi NOTRe une simple orientation et non un impératif, décisions que Catherine FERRIER, dans le Lot, et Jean-Michel MOUGARD, dans le Tarn, connaissent bien. S'agissant de l'organisation de l'État, nous avons profité de cette réforme pour adapter les arrondissements, dont les ¾ ont été alignés sur ces intercommunalités rationalisées et redessinées, en même temps que nous procédons à 6 jumelages et à 2 fusions d'arrondissements. Vous avez su mener un dialogue social exemplaire, qui a rassuré nos agents et convaincu les collectivités locales, et je veux vous en remercier. Je souhaite, comme le Premier ministre, que cette réforme se poursuive. Les échéances électorales ne facilitent pas les réformes. Mais je vous demande de maintenir ce chantier ouvert dans les départements où des évolutions ont été esquissées ou bien vous apparaîtraient possibles. Ce chantier ne doit pas comporter de dates couperet, mais doit être ouvert en permanence. Je vous demander de vous y impliquer là aussi personnellement. Là aussi, vous devez faire de la pédagogie, vous devez convaincre qu'il est absolument nécessaire d'adapter notre réseau pour le préserver. Je souhaite revenir à présent quelques instants sur le Plan Préfectures nouvelle génération, indissociable de la réforme de l'échelon infra-départemental. Il constitue l'une des réformes structurelles du quinquennat. Je veux la concrétiser, la mener à son terme complètement. C'est la raison pour laquelle je me rendrai, dès la fin de la semaine, dans le Cher pour échanger avec les agents, les représentants des personnels nationaux et locaux, que connaît bien la préfète Nathalie COLIN. Nous sommes désormais entrés pleinement dans la phase opérationnelle de la réforme, qui doit aboutir, courant 2017, à la création de 58 centres d'expertise et de ressources titres (CERT). Grâce au travail mené par le Secrétariat général en lien étroit avec vous, la réalisation du schéma d'emploi pour 2017, dont mon prédécesseur a obtenu qu'il se limite à seulement - 500 ETP, doit permettre de mettre en œuvre la réforme PPNG l'année prochaine comme prévu. Les effectifs libérés viendront renforcer les quatre missions prioritaires que nous avons identifiées : la gestion locale des crises, l'ingénierie territoriale, la lutte contre la fraude documentaire, et le conseil juridique et le contrôle de légalité. Pour réussir la mise en œuvre du PPNG, vous êtes pleinement mobilisés pour accompagner les personnels, motiver vos équipes à s'investir sur ces nouvelles missions et donner du sens à leur action. Je souhaite qu'en 2017, vous mettiez autant d'ardeur à convaincre les Français de l'intérêt de cette réforme, laquelle constitue un véritable progrès pour les usagers. Je pense aux potentialités offertes par l'outil numérique et la dématérialisation pour simplifier les démarches et la vie quotidienne de nos concitoyens. Loin d'éloigner l'État des territoires, cette réforme, au contraire, doit l'en rapprocher et y renforcer sa présence. S'agissant des polémiques qui entouré la publication du décret TES, je sais que les retentissements ont été bien moins importants sur le terrain que dans les cénacles parisiens. Cependant, je souhaite que vous puissiez rappeler à nos concitoyens que ces nouvelles modalités de délivrance des cartes nationales d'identité ne doivent pas susciter d'inquiétudes sur le plan des libertés publiques. Des éléments de langage précis vous ont déjà été adressés il y a plus d'un mois. Dans le doute, n'hésitez pas à nous solliciter. Sans être exhaustif, je voudrais insister sur trois points essentiels que vous devez parfaitement maîtriser : les finalités du fichier, l'enjeu de son architecture, et la question de la sécurité des données. S'agissant des finalités, il est primordial d'être extrêmement clair sur le fait que ce fichier ne peut être utilisé qu'aux seules fins d'authentifier des titres, et non d'identifier des personnes, et ce dans un objectif de lutte contre la fraude documentaire et contre les usurpations d'identité. En aucun cas les données qu'il contient ne peuvent être employées pour identifier les personnes. L'architecture du fichier est tout entière construite pour cantonner celui-ci dans ces finalités. Un lien unidirectionnel lie les données alphanumériques aux données biométriques : on ne peut accéder aux données biométriques qu'en passant par les données alphanumériques. L'inverse est techniquement impossible. Je souhaite que vous insistiez sur ce point qui n'est pas seulement un point technique, mais également une garantie politique. S'agissant de la sécurité de l'hébergement des données, les garanties les plus fortes ont été prises et elles seront renforcées si cela s'avère nécessaire. L'ANSSI et la DINSIC doivent me remettre un rapport le 15 janvier à cet effet. Toutes les recommandations utiles seront suivies, à condition qu'elles ne remettent pas en cause la réforme et son calendrier. Enfin, une procédure de consentement préalable, non pas au recueil des empreintes digitales, qui demeure obligatoire, mais bien à leur versement dans TES, a été actée. Elle suppose une évolution réglementaire. En attendant, le décret du 28 octobre s'applique sur l'ensemble du territoire. Cela signifie, dans les Yvelines et en Bretagne, qui constituent des territoires pilotes, que, si certains de nos concitoyens refusent l'archivage numérique de leurs empreintes digitales, ils doivent dès lors être invités à différer leur demande de CNI, car leurs empreintes, une fois versées dans TES, le seront irréversiblement. Je rappelle que ces empreintes, a minima papier, sont indispensables, non pas aux préfets, mais aux juges dans le cadre de réquisitions judiciaires, et uniquement dans ce cadre-là. Surtout, à tous, je demande, comme le fait le Secrétaire général au niveau national avec les responsables de l'AMF et de l'AMRF avec lesquels les discussions sont aujourd'hui stabilisées, de poursuivre le travail de dialogue avec les élus sur l'évolution des modalités de délivrance de la CNI. Nombreux sont les maires inquiets ; ils se sentent dépossédés d'une mission symboliquement forte, qui les lie à leurs administrés. Même si, je le rappelle, la carte d'identité, valable désormais 15 ans, est loin de donner lieu à une démarche quotidienne. Là encore, vous devez faire œuvre de pédagogie et veiller à bien diffuser les messages adéquats. Toutes les mairies pourront, si elles le souhaitent, continuer à accueillir nos concitoyens pour les accompagner dans leurs démarches de demande de titre. Je ferai en sorte, au niveau national, d'éviter de rouvrir la polémique au 15 janvier sur le plan technique et numérique ; aussi je souhaite que vous fassiez en sorte d'éviter qu'une autre s'ouvre en début d'année du côté des élus locaux. Sinon, c'est l'ensemble de la réforme qui en sera fragilisée. Nous devons donc tout faire pour garantir le succès de PPNG qui conditionne la stabilité et la force de notre réseau préfectoral dans les 10 prochaines années. Nous construisons aussi l'avenir en confortant la laïcité et en bâtissant une relation apaisée avec l'islam de France. Un certain nombre d'échéances importantes étaient attendues pour la fin de l'année. Au lendemain de la troisième instance de dialogue avec l'islam de France, ces chantiers sont bien avancés, voire, pour certains, achevés. Deux décrets ont été publiés le 6 décembre, le premier ôtant à la Fondation des œuvres de l'Islam de France la reconnaissance d'utilité publique, entraînant de fait sa dissolution, le second conférant à la Fondation de l'Islam de France cette reconnaissance. J'ai rencontré les représentants des membres fondateurs, jeudi dernier, pour les remercier de leur engagement. Le premier Conseil d'administration de la Fondation a eu lieu le jour même. Comme vous le savez, la Fondation a un objet exclusivement culturel. Elle ne peut intervenir dans le financement des lieux de culte, ni dans la formation théologique des imams. Elle peut notamment soutenir le développement de la formation profane des imams, mais aussi contribuer à relancer la recherche en islamologie, trop longtemps négligée dans les universités françaises. Ces projets culturels favoriseront la meilleure connaissance par le grand public de la culture ou plutôt devrais-je dire des cultures musulmanes. La méconnaissance est un vecteur de peur. En contribuant au dialogue des cultures, la Fondation permettra, je n'en doute pas, de désamorcer des préjugés et d'apaiser des tensions. L'organisation de la future association cultuelle nationale en charge du financement du culte musulman suit, quant à elle, son cours. Bien évidemment, l'État ne saurait être partie prenante dans la création d'une association cultuelle. Ce n'est d'ailleurs pas l'intérêt des fidèles, qui doivent garder, ainsi que le garantissent les règles de la laïcité, une totale autonomie dans l'organisation de leur culte. C'est donc cette association qui remplira la double mission de financer la construction des lieux de culte et la formation proprement religieuse des imams. L'État apporte en revanche son expertise juridique, de manière à ce que le cadre de gouvernance de l'association soit adapté au regard de ses missions. Il invite par ailleurs l'ensemble des acteurs musulmans à se saisir de ce dossier essentiel, de manière à ce qu'ils identifient ensemble des sources de financement pérennes et transparentes. Parallèlement à ces chantiers, la troisième instance de dialogue avec l'islam a eu lieu hier au ministère. Vous avez vous-mêmes participé à sa préparation, en réunissant, au sein des préfectures, des personnalités musulmanes représentatives, et je vous en remercie. Les participants à cette dernière session ont pu échanger sur le lancement de la Fondation, sur la formation des imams, et sur le financement du culte. Je leur ai rappelé les principes fondamentaux qui guident notre action : la pleine inscription dans le cadre républicain, mais aussi l'invitation que nous leur faisons à s'emparer de ces sujets et à animer cet islam de France qui est le leur. Pour terminer, je souhaite évoquer quelques chantiers en cours en matière de sécurité civile. Alors que vous êtes sollicités pour participer aux traditionnelles fêtes de la Sainte-Barbe, je souhaite prendre quelques instants pour parler du climat social dans les services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) et dire quelques mots de la proposition de loi BACQUET, dont je suis le premier signataire d'ailleurs. Dans un contexte traditionnellement défavorable d'échéances électorales, le climat social dans les SDIS se tend : les tracts et les manifestations locales et nationales se multiplient, comme ce fut le cas le 24 novembre dernier à Paris. Par ailleurs, certains sapeurs-pompiers se sont associés aux mouvements des policiers en colère. Les revendications, souvent liées à des enjeux très locaux, sont récurrentes. Elles concernent d'une part la baisse des budgets de certains SDIS, et d'autre part les difficultés rencontrées dans le quotidien opérationnel. Je pense notamment aux incivilités et aux agressions intolérables, mais aussi à des pratiques managériales autoritaires de l'encadrement, ainsi qu'à l'insuffisance des réformes statutaires. Plusieurs chantiers sont engagés sous l'égide de la Délégation générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises pour répondre à ces préoccupations. Les syndicats y sont associés et le dialogue social se poursuit dans de bonnes conditions. S'agissant de l'actualité législative, la proposition de loi relative aux sapeurs-pompiers volontaires et professionnels, portée par le député Jean-Paul BACQUET, a été adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 29 novembre dernier. Ce texte sera présenté en séance au Sénat le 20 décembre, dans la perspective d'un vote conforme. Cette proposition de loi introduit deux réformes majeures pour les sapeurs-pompiers volontaires et professionnels. La première concerne l'évolution du régime de la prestation de fidélisation et de reconnaissance (PFR) pour les sapeurs-pompiers volontaires après 20 années de service et la création d'une filière A + pour les professionnels. La seconde réforme vous concerne davantage, en ce qu'elle propose la création d'une nouvelle dotation d'investissement pour les projets structurants en matière de sécurité civile, qui, pour 2015, sera abondée à hauteur de 25 millions d'euros. L'enjeu pour l'État est d'accompagner les SDIS dans des investissements d'envergure nationale, comme, par exemple, la création d'un nouveau système national de gestion opérationnelle. Je conclurai mon propos par quelques mots sur la sécurité routière. Les actions que vous avez engagées au mois de novembre ont permis d'épargner 39 vies par rapport à novembre 2015 et d'enregistrer à ce stade une tendance favorable pour les 11 premiers mois de l'année (baisse du nombre de tués sur la route de -0,5 %). Pour autant, ces résultats restent fragiles. Nous devons donc rester vigilants. Dans le prolongement des instructions qui vous ont été adressées le 19 octobre et le 2 décembre, je vous demande de mobiliser résolument l'ensemble des moyens à votre disposition et plus particulièrement pendant les vacances de fin d'année, afin d'accroître la visibilité de vos dispositifs opérationnels, de cibler spécifiquement la répression des conduites à risques, de médiatiser vos actions en diffusant un message à la fois ferme et pédagogique, et enfin de rehausser de manière substantielle le taux d'emploi des radars embarqués, qui reste encore très faible, trop faible. A cet égard, l'externalisation de ces radars se fera dès janvier prochain, et je souhaite que le dispositif se mette en place de la façon la plus vigoureuse et efficace qui soit. Je compte là aussi sur votre engagement. Mesdames et Messieurs, je veux à nouveau vous remercier très chaleureusement pour le très grand engagement avec lequel vous accomplissez vos missions quotidiennes. Comme je l'ai dit, c'est un honneur pour moi de diriger une institution qui abrite de grands serviteurs de l'État tels que vous. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/453.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/453.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..af89b5ad8240753997298ae655d74323f0779b32 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/453.txt @@ -0,0 +1 @@ +WILLIAM LEYMERGIE « Les 4 Vérités », Caroline ROUX reçoit ce matin le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc AYRAULT. CAROLINE ROUX Oui, Alep a plié. Bachar EL-ASSAD, aidé par l'aviation russe, a mis à genoux les opposants au régime, au prix d'atrocités, dénoncées par l'ONU. - Jingle - CAROLINE ROUX Bonjour Jean-Marc AYRAULT. JEAN-MARC AYRAULT Bonjour. CAROLINE ROUX Donc, Bachar EL-ASSAD a gagné. JEAN-MARC AYRAULT Non, il n'a pas gagné, on ne gagne pas quand on massacre son peuple. 300 000 morts, et des massacres devant, sur les télévisions, à la Une des journaux à Alep. 10 millions de personnes déplacées, presque la moitié de la population syrienne, dont la moitié de ces 10 millions qui sont des réfugiés, dans la région Turquie, Jordanie, Liban, en Europe. Non, ça c'est un échec terrible, et une tragédie. CAROLINE ROUX Est-ce que l'évacuation des civils a débuté ? Il était prévu qu'elle débute cette nuit, puis l'évacuation a été retardée. JEAN-MARC AYRAULT On a parlé d'un accord entre Turcs et le régime, et une garantie des Russes, mais en fait c'est la confusion totale, vous le voyez, et ce que la France demande, il faut être très précis, c'est la présence d'observateurs des Nations Unies, sur place, pour avoir une garantie que l'évacuation, qui est une priorité pour la population civile, mais aussi que les combattants ne soient pas massacrés. Donc pour ça il faut des observateurs. Il faut aussi que les organisations internationales humanitaires, comme la Croix Rouge, comme l'UNICEF, qui s'est proposé, puissent intervenir, parce que là-bas il y a aussi une tragédie humanitaire qui indigne la Communauté internationale, qui indigne tout le monde. CAROLINE ROUX La Communauté internationale s'indigne, c'est même le principe depuis 2012. Pourquoi aujourd'hui les Russes accepteraient la présence d'observateurs de l'ONU, la présence d'ONG, alors que jusqu'à présent les Russes l'ont toujours refusée ? JEAN-MARC AYRAULT Oui, eh bien je suis bien placé pour le savoir... CAROLINE ROUX Je me doute bien. JEAN-MARC AYRAULT Je suis allé moi-même d'ailleurs défendre une résolution au Conseil de sécurité, et il y a eu le véto, il y a encore eu le véto ces derniers jours, le véto russe qui profite de sa place, la place qui était laissée vide, en particulier lorsque les Américains, en 2013, ont décidé de ne pas nous suivre, lorsqu'une ligne rouge a été franchie. Vous avez qu'à l'époque, Bachar EL-ASSAD a utilisé l'arme chimique, et c'était la ligne rouge, elle était fixée par la Communauté internationale, elle a été franchie, on devait intervenir et détruite les bases militaires de Bachar EL-ASSAD, et au dernier moment, les Américains et les Britanniques ne nous ont pas suivis. Donc, à ce moment-là, les Russes ont pris la place. Donc aujourd'hui il y a un rapport de forces militaires... CAROLINE ROUX J'entends dans votre voix qu'il y a une part de responsabilités. Ce n'est pas encore l'heure de faire le bilan... JEAN-MARC AYRAULT Non, mais il faudra bien le faire. CAROLINE ROUX Malgré tout, c'est une défaite pour la Communauté internationale... JEAN-MARC AYRAULT Mais ce n'est pas, ce n'est jamais... CAROLINE ROUX ... pour l'humanité, on va le dire de manière un peu générale, il y a une part de responsabilité des Etats-Unis dans ce qui est en train de se passer. JEAN-MARC AYRAULT Je crois que le bilan devra être tiré le moment venu, mais en tout cas, aujourd'hui, il y a l'urgence humanitaire. Et puis il y a une autre urgence, une urgence politique et diplomatique, qui est la reprise des négociations, parce que, Alep tombe, vous me dites « c'est une victoire de Bachar EL-ASSAD », mais à quel prix, d'abord, pour Alep, et puis ensuite qu'est-ce qui va se passer ? Est-ce que c'est la poursuite de la guerre totale, parce que ce qui se passe à Alep, c'est la stratégie de la guerre totale, soutenue par les Russes et les Iraniens et les milices chiites et du Hezbollah notamment. Donc qu'est-ce qui va se passer ? Est-ce que la guerre va continuer sur ce que l'on appelle la Syrie utile, c'est-à-dire la Syrie des villes, où il y a encore de l'opposition ? Est-ce que c'est ça ? Alors, si c'est ça, effectivement, ça va être la destruction totale du pays qui va se poursuivre. Nous, ce que nous proposons, la Communauté internationale, je sais qu'on la critique, c'est de reprendre les négociations, sur la base d'une résolution du Conseil de sécurité, qui elle a été votée par les Russes, et que cette négociation, pour une transition politique, reprenne à Genève. CAROLINE ROUX Avec qui on négocie ? JEAN-MARC AYRAULT On négocie avec tout le monde. Bien sûr, quand on négocie pour faire la paix, il faut négocier avec tout le monde, des représentants du régime, les Russes, les Américains, mais aussi l'opposition. Samedi, j'ai réuni les pays qui sont pour la transition politique et non pour la guerre, à Paris, et l'opposition était représentée par son président, monsieur HIJAB, qui était reçu aussi par le président de la République. Donc il faut que cette opposition soit aussi autour de la table, sinon c'est la guerre totale. CAROLINE ROUX Londres continue de réclamer le départ de Bachar EL-ASSAD. Est-ce que la France réclame encore le départ de Bachar EL-ASSAD ? JEAN-MARC AYRAULT Nous voulons que la négociation démarre le plus vite possible à Genève, et donc pour ça, il faut que le régime soit représenté, mais bien entendu il faudra une transition politique, c'est la garantie de la paix, pour la reconstruction du pays, et donc ça sera évidemment sans Bachar EL-ASSAD. CAROLINE ROUX Je ne vous suis pas, pardonnez-moi, ça veut dire quoi ? JEAN-MARC AYRAULT Ça sera sans Bachar EL-ASSAD. CAROLINE ROUX Ça veut dire qu'on parle avec lui, parce que c'est une forme de réalisme politique, c'est ce que dit par exemple François FILLON... JEAN-MARC AYRAULT Non non, François FILLON ne dit pas ça, je suis désolé de vous le dire, quand je vois que des députés, proches de François FILLON, comme Thierry MARIANI, ont annoncé hier qu'il allait passer le Noël à Alep, et pourquoi pas aussi à Damas rencontrer Bachar EL-ASSAD ? Là je suis profondément indigné, parce que ça c'est l'alignement sur les Russes. Moi je suis totalement en désaccord avec cette politique, la politique cet aussi un rapport de force. Parler avec les Russes, nous n'arrêtons pas de le faire. J'ai encore vu la semaine dernière Sergueï LAVROV à Hambourg, mon homologue russe des Affaires étrangères. Donc nous parlons avec les Russes. Mais si vous me demandez l'alignement, ce que propose François FILLON, c'est non. Donc la transition politique, pour qu'à la fin du processus de négociations, bien entendu, une solution soit trouvée pour que Bachar EL-ASSAD, qui a massacré son peuple, ne soit pas la solution d'avenir. CAROLINE ROUX Bernard CAZENEUVE a dit : « Ces atrocités peuvent être constitutives de crime de guerre voire de crime contre l'humanité ». JEAN-MARC AYRAULT Oui, c'est exact. CAROLINE ROUX Est-ce que Vladimir POUTINE et Bachar EL-ASSAD peuvent être jugés pour crime contre l'humanité ? JEAN-MARC AYRAULT J'ai demandé hier une réunion, au nom de la France, du Conseil de sécurité, pour qu'enquête soit engagée, pour vérifier qui est responsable de ces massacres, car il faudra que ces actes-là ne restent pas impunis. C'est indispensable. CAROLINE ROUX Ça ne va pas faciliter nos relations avec les Russes. JEAN-MARC AYRAULT Oui, mais à force de fermer les yeux et de se taire, alors tout est possible, tout est permis ; utiliser les armes chimiques alors qu'il y a une Convention internationale où on s'engage à les interdire, et puis pas continuer à bombarder avec des armes de plus en plus sophistiquées, de tuer des gens, des civils, des massacres... CAROLINE ROUX Pardonnez-moi, Jean-Marc AYRAULT, et puis quoi ? Et puis quoi ? On sent bien que l'indignation est réelle, sincère, et qu'elle monte au niveau de la Communauté internationale, comme vous dites, mais on dit : la guerre c'est un affrontement de volontés, c'est ce que disent les militaires. Et on a l'impression, avec ce qui se passe à Alep, que les démocraties ont perdu, que ce sont les régimes autoritaires qui utilisent l'armée, pour arriver à leurs fins, qui ont gagné cette partie-là. JEAN-MARC AYRAULT Ils ne gagnent pas, ils ne gagnent pas, parce que vous savez ce qui se passe, ça contribue à une radicalisation d'une partie de l'opposition en Syrie, une opposition à Bachar EL-ASSAD. N'oublions pas que cette opposition s'est révoltée, au moment des Printemps arabes, en Tunisie elle a réussi, mais pas en Syrie, parce qu'en Syrie, le régime a utilisé tous les moyens les plus violents, pour détruite cette opposition. Mais ce qui se passe, c'est la montée de Daesh, et que lorsque nous disons qu'il faut combattre le terrorisme, pour qu'il arrête de faire des victimes en France et en Europe, il faut le combattre aussi sur place, c'est ce que nous faisons dans le cadre d'une coalition. Mais ce que nous demandons aussi aux Russes, c'est d'être cohérents, c'est de nous accompagner dans cette bataille contre Daesh. Mais qu'est-ce qui s'est passé ces dernières semaines ? C'est que toutes les forces ont été concentrées sur l'opposition syrienne, au détriment de la lutte contre Daesh, et Daesh a repris Palmyre, tout un symbole. C'est ça la réalité. CAROLINE ROUX Est-ce que la fin de la guerre en Syrie fait craindre à la France le retour de djihadistes sur le territoire français ? JEAN-MARC AYRAULT Il y a la fin de la guerre en Irak et la fin de la guerre en Syrie. Vous savez, les djihadistes sont partout. Nous les combattons à Mossoul, et vous savez que c'est très difficile. Donc il faut que la bataille contre Daesh, en Irak comme en Syrie, se poursuive, dans le cadre de la coalition, mais il faut en même temps que la lutte contre la radicalisation se poursuive et que tout djihadiste qui revient en France, il doit être arrêté et emprisonné. CAROLINE ROUX Un mot sur Donald TRUMP, vous avez découvert le nom de votre homologue aux Etats-Unis, c'est le patron d'ExxonMobil, qui va prendre en charge, donc, la diplomatie américaine. Il a des liens avec la Russie, on le sait. Est-ce que vous avez des craintes sur cette équipe hors normes ? JEAN-MARC AYRAULT Une équipe hors normes et élection hors normes, on fait beaucoup de commentaires. Maintenant, moi je juge sur pièces, les Américains ont voté, ils ont un président, nous allons en parler avec ses équipes, mais avec nos exigences. Vous parlez de l'Accord de Paris, eh bien l'Accord de Paris nous engage tous, engage la Communauté internationale, donc ça fait partie des points qu'il faut clarifier avec les Américains, donc avec mon homologue, lorsqu'il sera définitivement nommé. CAROLINE ROUX Mais par exemple avec la Chine, il y a eu une déclaration, vous... JEAN-MARC AYRAULT Ah, attention à la Chine. Je crois que la manière de s'y... CAROLINE ROUX Parce que, juste pour les gens qui nous regardent ce matin, Jean-Marc AYRAULT... JEAN-MARC AYRAULT Oui, absolument. CAROLINE ROUX ... les Etats-Unis sont prêts à faire face à la Chine, si cette dernière maintenait ses revendications démesurées en Mer de Chine, c'est une déclaration du chef de la Flotte américaine du Pacifique. Pardon, mais c'est un petit peu inquiétant d'entendre les choses comme ça, le matin, au réveil. JEAN-MARC AYRAULT Eh bien il faut éviter de rentrer dans les engrenages, et là je dis : attention à la Chine. Pourquoi ? Parce que c'est un grand pays, il peut y avoir des désaccords avec la Chine, mais on ne parle pas comme ça à un partenaire, parce que la Chine est un grand partenaire, donc quand la Chine, par exemple, se sent mise en cause sur l'unicité de la Chine, ce n'est pas forcément très malin, et donc il faudra faire très attention, mais on peut espérer qu'au fil des jours, la nouvelle équipe aura suffisamment appris pour qu'on gère un monde incertain, avec beaucoup de sang froid et de responsabilités. CAROLINE ROUX Merci beaucoup Jean-Marc AYRAULT. C'est à vous William. WILLIAM LEYMERGIE Merci. À demain. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/454.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/454.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..49b1b418ea317dbbcbc2b004bcdb80fa86493b0c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/454.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - Les bombardements sur Alep se poursuivent. Que fait la France, que fait l'Europe ? R - D'abord, la France ne se tait pas. Elle n'a cessé de dénoncer les crimes et la catastrophe humanitaire qui se déroulent à Alep. Depuis cinq ans et le début de ce qu'on a appelé le Printemps arabe, le régime de Bachar al-Assad réprime dans le sang l'opposition démocratique en Syrie et provoque ainsi la radicalisation d'une partie de ces opposants. Progressivement, une logique de guerre totale s'est imposée. La chute d'Alep ne mettra pas un terme à ce conflit. Seule une solution politique est susceptible de ramener la paix et la stabilité. Nous sommes prêts à en discuter avec tous nos partenaires, évidemment avec la Russie. Q - Les Russes ne semblent pas enclins à discuter avec les Occidentaux... R - La Russie s'est engagée militairement en Syrie pour accompagner et sauver son allié Bachar al-Assad. Le régime syrien, la Russie et l'Iran prétendent mener une guerre contre le terrorisme mais se concentrent en fait sur l'opposition. C'est parce qu'ils ont donné la priorité à leurs opérations à Alep que Daech a ainsi pu reconquérir Palmyre. À Alep, il existe des groupes radicaux islamistes mais ils sont minoritaires. La Russie doit comprendre qu'une victoire au côté d'Assad ne lui permettra pas de gagner la paix. Car les bombardements alimentent la radicalisation et le terrorisme. Et la guerre va continuer. L'objectif est d'ouvrir une perspective de paix en Syrie. Dans cet esprit, notre contribution financière à la reconstruction n'est envisageable que si une véritable transition politique est engagée. Q - Que faire précisément ? R - Tout d'abord, sauver les populations civiles. La France vient de proposer de mettre en place des observateurs de l'ONU afin d'organiser une évacuation des populations civiles d'Alep garantissant leur sécurité. Ensuite, il faut que les parties, régime comme opposition, reprennent le chemin de la table des négociations, avec le soutien de la communauté internationale. Je reçois aujourd'hui l'envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies négociateur pour la Syrie, Staffan de Mistura, et c'est le message que je vais lui faire passer. Q - Cela signifie que les Occidentaux n'ont pas d'autre choix que de parler avec Bachar al-Assad et Poutine ? R - François Fillon et certains membres de son entourage considèrent que la seule alternative possible, c'est de se rallier à Bachar al-Assad ou de laisser prospérer le terrorisme. C'est précisément le discours que tient Assad lui-même. Il est inacceptable. Quand j'entends le député LR Thierry Mariani se vanter de passer Noël à Alep et de tout faire pour rencontrer le président syrien, les bras m'en tombent. Ce qu'il faut maintenant, c'est reprendre les négociations en vue d'une transition politique sur la base de la résolution 2254 du conseil de sécurité de l'ONU. C'est la seule méthode qui puisse permettre à la Syrie de retrouver son unité, tout en assurant la protection des minorités. Une telle évolution politique ne pourra pas se faire avec Bachar al-Assad. La France et l'Europe doivent être claires et fermes avec la Russie tout en continuant à parler avec elle. Parler avec Vladimir Poutine ne signifie pas s'aligner sur ses positions Q - Pensez-vous que Poutine soit prêt à signer un tel accord alors qu'il est maître de la situation ? R - Vladimir Poutine doit prendre conscience que ce qu'il croit être une position de force aujourd'hui n'est qu'une victoire à la Pyrrhus et qu'aucune solution de paix ne peut en sortir. Sans transition politique, le terrorisme se renforcera. La politique de la terre brûlée que la Russie a conduite en Tchétchénie est inacceptable. Si elle persiste, la Russie portera la responsabilité morale et le fardeau politique, financier et militaire de ce qui deviendra rapidement un vrai bourbier à l'instar de ce qu'a été l'Afghanistan dans les années 1980. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/455.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/455.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e0c3c018e319c28689be001206f287b333b8fa3a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/455.txt @@ -0,0 +1 @@ +FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Bonjour Patrick KANNER. PATRICK KANNER Bonjour. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Bon, 18h, ce soir, terminé, on connaîtra le nom, en tout cas, les dépôts, ce sera terminé pour la primaire de la gauche, une femme, et une seule, Sylvia PINEL, seule femme en lice ; pas très moderne le PS en 2016 ! PATRICK KANNER C'était un peu la même chose en 2011… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Et elle-même ne fait pas partie de la famille socialiste à proprement parler… PATRICK KANNER C'est vrai, c'est vrai, la droite a eu ses primaires avec Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, eh bien, voilà, cela montre qu'on a encore beaucoup d'efforts à faire, d'autres femmes auraient pu être candidates, y compris dans le gouvernement, on avait cité… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Et ça n'a pas l'air de vous révolter plus, comme si la chose était acquise ? PATRICK KANNER Non, vous savez, moi, je suis un défenseur farouche de la parité en politique, mais aussi dans toutes les autres responsabilités, et donc, voilà, je regrette cette situation, en même temps, on ne peut pas forcer quelqu'un à être candidate en l'occurrence, et j'espère que Sylvia PINEL, que je connais bien, avec qui j'étais membre du gouvernement, pourra prendre toute sa place dans le débat de la primaire. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE On va revenir sur la personne que vous soutenez, l'ancien Premier ministre, Manuel VALLS, mais d'abord, cette polémique qui n'a pas l'air de dégonfler ce matin encore, Arnaud MONTEBOURG et Vincent PEILLON, on parle de l'ardoise et des cotisations qui n'auraient pas été payées au Parti socialiste depuis des années. Alors, pour Vincent PEILLON, c'est en cours d'arrangement, si je puis dire… PATRICK KANNER C'est fait, c'est fait… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Avec 20.000 euros, c'est ce qu'il annonce lui-même. Et pour Arnaud MONTEBOURG, plusieurs chiffres, jusqu'à 80.000 euros qui n'auraient pas été payés, Arnaud MONTEBOURG conteste, pourtant, il y a des voix au Parti socialiste pour dire : non, non, il n'a pas payé, c'est vraiment écrit noir sur blanc sur les registres. Pardonnez-moi ce mot qu'on va reprendre, et qui est entendu à gauche par un cadre dirigeant : ça la fout mal, qu'est-ce que vous pensez, vous, du spectacle, entre guillemets, qui est donné avec ce problème ? PATRICK KANNER Ça la fout mal, et moi, ça me choque en plus, vous savez, je suis élu depuis 89, adjoint au maire, conseiller général, président de Conseil général, je suis encore conseiller départemental aujourd'hui. Et la règle, c'est que quand on a une responsabilité élective, qui offre, entre guillemets, une indemnisation, qui a abouti à une indemnisation, on doit payer 10, 15, 20 % suivant, entre guillemets, les responsabilités et les tarifs pratiqués dans les fédérations. Donc moi, depuis 89, voilà, je suis à jour de cotisations, tous les mois, on me prélève comme conseiller départemental une somme sur cette indemnisation. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Mais là, on parle au moins d'un candidat qui ne serait pas régularisé, et ça pose un souci en terme légal, est-ce que l'une des conditions pour participer à la primaire, ce n'était pas d'avoir ses cotisations à jour ? PATRICK KANNER Permettez-moi de vous reprendre, pas en terme légal, en terme de respect des statuts, le Parti socialiste est très clair : on ne peut pas se présenter à une responsabilité sans être à jour de ses cotisations d'élu. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Alors qu'est-ce qu'on fait maintenant alors ? PATRICK KANNER Eh bien, il faut que… si monsieur MONTEBOURG, si Arnaud MONTEBOURG veut être éligible, entre guillemets, et être reconnu comme tel à la convention nationale qui a lieu samedi, eh bien, il faudra qu'il régularise. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Donc faire un gros chèque, à considérer que les faits soient avérés, bien sûr, dans les prochaines heures, de 80.000 euros. PATRICK KANNER Bien sûr, exactement. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Vous soutenez Manuel VALLS, le nouveau candidat antisystème, alors là aussi, on a été assez surpris tout de même d'entendre l'ancien Premier ministre dire que, oui, les journalistes représentent le système, et tout ça, c'est un peu de leur faute, c'était mardi soir, devant les caméras, il était énervé, Manuel VALLS, anti-système, franchement ! PATRICK KANNER En tout cas, c'est mon candidat… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Oui, mais sur les mots prononcés par votre candidat ? PATRICK KANNER C'est mon candidat, je pense qu'il a envie de montrer que, quelles que soient les responsabilités qui ont été les siennes, il est capable d'apporter un changement pour le pays, dans la ligne qui a été tracée par François HOLLANDE, et en même temps, avec sa personnalité, avec ses idées. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Mais sa personnalité, c'est de dénoncer le système aujourd'hui ? PATRICK KANNER Ecoutez, sa personnalité, c'est de dire : j'existe, j'ai été souvent attaqué parce que responsable du gouvernement, chef du gouvernement, aujourd'hui, il a le droit, non pas de se défendre, mais il a le droit de montrer que sa petite musique va être entendue le plus largement possible, et c'est pour ça d'ailleurs qu'il rassemble autant de soutiens autour de lui aujourd'hui. Mais la campagne ne fait que commencer. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Alors, il veut du changement, il a treize ministres du gouvernement qui le soutiennent, est-ce que vous n'allez pas devenir un défaut et un problème pour lui, puisque le changement soutenu par une grande partie du gouvernement actuel, c'est compliqué sur le papier ? PATRICK KANNER Mais, est-ce que vous nous permettez d'avoir quand même des idées pour l'avenir, j'ai commis un petit essai récemment sur la jeunesse… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Et on va y revenir dans un instant… PATRICK KANNER Donc on peut être totalement solidaire du bilan du gouvernement, et moi, je m'en félicite, notamment sur la question de jeunesse ou de politique de la ville… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Mais il faut aller de l'avant, c'est ça ? PATRICK KANNER Et il faut aller de l'avant. Je veux dire, Manuel VALLS ne se présente pas uniquement pour défendre le bilan, il se présente pour avoir un projet de société qu'il annoncera d'ailleurs début janvier, il y travaille actuellement, chacun d'entre nous, ses soutiens lui apportent des idées nouvelles, et je le fais aussi de mon côté, et à partir de-là, il fera ses choix naturellement. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Et vous le faites avec un livre « La relève : osons la jeunesse », qui sort avec la Fondation Jaurès. Et vous revenez sur cette idée qui avait été égrenée ces dernières semaines, sans aller trop dans les détails par Manuel VALLS, sur l'idée donc d'un revenu universel. Combien, et pour qui ? PATRICK KANNER Moi, je l'évalue à 800 euros, pour l'ensemble des Français, c'est un travail… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Que l'on travaille ou non, 800 euros tous les mois, sur le compte bancaire ? PATRICK KANNER Avec la remise à plat totalement de tous les minima sociaux existants, et surtout… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Mais très concrètement, ça ressemblerait à quoi vraiment, j'insiste sur le compte en banque, chaque début de mois, pour tous les Français ? PATRICK KANNER C'est un revenu minimal universel, et notamment pour les jeunes qui, aujourd'hui, en sont exclus… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Mais notamment, ça veut dire que ce n'est pas universel alors ? PATRICK KANNER Non, mais attendez, très concrètement, aujourd'hui, un jeune de moins de 25 ans, il n'a pas le droit au RSA, j'ai mûri sur cette question, je n'étais pas toujours sur cette position, je considère que, néanmoins, il faut une insertion, il faut une contractualisation avec le jeune. Mais aujourd'hui, pourquoi un jeune de moins de 25 ans n'aurait pas les mêmes droits qu'un adulte, entre guillemets, de plus de 25 ans, l'âge ne peut pas être un obstacle. Et moi, je le dis et je l'écris dans mon ouvrage, stop, stop au bizutage social pour les jeunes. Et donc, cette universalisation, je crois, est une grande idée aujourd'hui, à condition, naturellement, qu'on mette tout à plat, et notamment la complexité de ces nombreux minima sociaux. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Dans l'opposition, on dit déjà : attention, ça s'appelle une prime à la paresse. PATRICK KANNER C'est deux conceptions de la société, c'est surtout la reconnaissance que chacun doit avoir sa place dans la société, et considérer aussi que, notamment pour les jeunes, et pardonnez-moi d'insister là-dessus, parce que ce sont eux les principales victimes aujourd'hui de la pauvreté, ce ne sont pas les personnes âgées, ce sont les jeunes, que les jeunes aujourd'hui ont besoin d'être soutenus… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Vous avez employé le mot de pauvreté, pardonnez-moi, parce qu'on l'entend très, très peu à gauche aujourd'hui, d'ailleurs, c'est dénoncé, y compris par le Secours Catholique, qui vous dit : dis donc, quand est-ce que la gauche va parler de pauvreté… PATRICK KANNER Ah mais moi, je le dis très simplement. Et quand la gauche, et quand Manuel VALLS crée la prime d'activité pour remplacer la fameuse prime pour l'emploi, la prime d'activité qui, aujourd'hui, permet à quatre millions de personnes d'avoir un revenu supplémentaire, au travers de leur travail, eh bien, cette prime d'activité aujourd'hui était ouverte aux jeunes, eh bien, sous la droite, ça n'aurait jamais été possible. Vous savez, moi, je suis parti d'une page blanche, la droite nous a laissé quelques services civiques, un RSA Jeune Activité, qui ne marchait pas, aujourd'hui, nous avons construit des réponses en termes de réparation sociale, et nous voulons aller plus loin. Et c'est ça, je pense, le sens de la candidature de Manuel VALLS, c'est : on est totalement solidaire de notre bilan, on a fait notre job pendant cinq ans, et il faut aller encore plus loin maintenant. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Autre idée que l'on peut lire dans votre ouvrage, on abaisse la majorité à 16 ans, est-ce que ça veut dire à partir de 16 ans ? PATRICK KANNER Exactement… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Oui, ça, il faut le faire très vite, c'est une promesse qu'on entend depuis des décennies, et je n'ai pourtant pas 70 ans… PATRICK KANNER Non, non, non, il n'y a jamais eu vraiment d'accord. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Oui, ça a été porté par certains en tout cas, à gauche notamment… PATRICK KANNER Et je pense qu'il faut faire confiance à la jeunesse, aujourd'hui… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Pourquoi 16 ans alors ? PATRICK KANNER Alors, aujourd'hui, à 16 ans, vous êtes pénalement responsable, à 16 ans, vous pouvez ouvrir un compte en banque, à 16 ans, vous pouvez travailler et payer des impôts, à 16 ans, vous avez des droits, et surtout, des devoirs en l'occurrence, et donc moi, mon idée, elle est simple, elle est partagée par d'autres, comme en Allemagne, dans certains landers, comme au Brésil, comme en Autriche, c'est de dire : faisons confiance à cette jeunesse qui est aujourd'hui bien plus mature peut-être que dans les années 74, où on a créé la majorité à 18 ans. Donc j'ai envie de faire confiance aux jeunes, je sais qu'il y a un débat sur le sujet, que certains disent : mais élection nationale, élection locale, au moins, cet essai, qui n'est pas un programme, qui n'est pas un testament, bien au contraire, cet essai donc « La relève », et merci d'en parler avec moi aujourd'hui, cet essai veut ouvrir de nouvelles pistes. Et la confiance à la jeunesse, je pense peut être un formidable atout pour Manuel VALLS dans les mois qui viennent. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Ça pourrait devenir un petit souci quand même pour Manuel VALLS et les autres à gauche, parce que, quand on regarde dans les détails, les 18-25 ans aujourd'hui, vous savez pour qui la balance est en train d'aller ? PATRICK KANNER L'abstention… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Vers le Front national… PATRICK KANNER D'abord, l'abstention… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Oui, et après le Front national… PATRICK KANNER D'abord, l'abstention, et aux élections régionales, un tiers des jeunes qui se sont déplacés ont voté Front national, et c'est pour ça que si on veut créer des antidotes, des anticorps au populisme, et aussi au phénomène de radicalisation, le meilleur moyen, je pense, c'est de faire confiance à la jeunesse. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Vous êtes ministre de la Ville, est-ce que vous avez tapé sur les doigts d'Anne HIDALGO, parce que les Parisiens, en tout cas pour certains d'entre eux qui prennent leur voiture tous les jours, commencent à en avoir marre des embouteillages qui se rallongent et qui se rallongent depuis la fermeture des quais. Qu'est-ce que vous lui dites ? PATRICK KANNER Je ne suis pas maire de Paris, je considère… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Oh, ça, c'est la réponse polie ! PATRICK KANNER Oui, non, mais je considère que la préoccupation d'Anne HIDALGO et de beaucoup de maires, à savoir d'offrir un air pur à leurs habitants est une préoccupation qui est légitime, après, qu'il y ait des conséquences et qu'il y ait des changements dans la vie, cela passe aussi par le développement des moyens de transport collectif, et ça, c'est une autre préoccupation, et je sais qu'elle est très largement partagée par le maire de Paris. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Vous êtes également ministre des Sports, bien sûr, est-ce que vous avez appelé Paul POGBA, est-ce que vous l'avez grondé après l'affaire Football Leaks, dans laquelle il est concerné pour des sommes moindres bien entendu que d'autres grands joueurs internationaux, mais quand même ? PATRICK KANNER Aujourd'hui, l'enquête est en cours… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Ce n'est pas votre rôle de l'appeler ou même, publiquement, dire aux footballeurs : attention quand même ? PATRICK KANNER Non, je ne suis pas sélectionneur de l'Equipe de France, pour aller droit au but, sans jeu de mots, premièrement. Deuxièmement, s'il a placé de manière illégale des fonds à l'étranger, eh bien, c'est le droit national local, vous savez qu'il est soumis à la fiscalité de la Grande-Bretagne, qui fera le travail, donc l'argent aujourd'hui est beaucoup, beaucoup présent dans le sport, et en particulier, dans le football. Si Paul POGBA a ouvert un compte à l'étranger et qu'il le déclare à la fiscalité locale, eh bien, c'est légal, comme d'ailleurs en France, si ce n'est pas le cas, il y aura des sanctions, et nous verrons bien ensuite. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Petit problème de re-casage en ce moment, plusieurs problèmes de re-casage dans les ministères, notamment Marisol TOURAINE, qui est épinglée, puisqu'elle voudrait mettre un membre de son cabinet à la codirection de l'Institut de cancérologie Gustave Roussy. Le PDG de l'institut dit : je ne veux pas. Les re-casages, on est très, très loin de la promesse d'une République exemplaire, qui avait été évoquée par François HOLLANDE lors de la précédente campagne quand même… PATRICK KANNER Les membres de cabinet sont souvent de très hauts fonctionnaires… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Mais ce n'est pas ce qui lui est reproché… PATRICK KANNER Qui acceptent pendant deux ans, trois ans, quatre ans parfois, de sacrifier leur vie personnelle pour servir l'Etat au plus haut niveau, auprès d'un ministre. Pourquoi ces collaborateurs seraient-ils stigmatisés parce qu'ils auraient travaillé avec tel ou tel ministre ? Toutes les compétences, et cela a été dit par Marisol TOURAINE aux questions d'actualité au gouvernement, à l'Assemblée nationale, toutes les compétences sont réunies autour de cette personne pour qu'elle puisse occuper cette responsabilité. Pourquoi voulez-vous que, parce qu'il aurait travaillé auprès d'un ministre, il ne puisse pas avoir une carrière ? Avoir servi l'Etat mérite aussi une reconnaissance… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Mais avoir une carrière, ce n'est pas prendre la place de quelqu'un d'autre ? PATRICK KANNER Mais ce n'est pas la question, le poste était vacant, il correspond aux compétences, il correspond aux critères, pourquoi ne pourrait-il pas avoir une suite dans sa vie professionnelle, rentrer dans un cabinet, ce n'est pas rentrer dans les ordres, c'est rentrer au service de l'Etat, c'est permettre simplement de pouvoir dire : mais un jour, je ne serai plus membre d'un cabinet, et j'ai besoin d'avoir une perspective professionnelle. Il faut savoir respecter ces grands serviteurs de l'Etat. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE C'est l'heure de la question off, mais devant les caméras. Ça doit donner l'exemple, vous êtes ministre des Sports, est-ce que vous faites 30 minutes de marche rapide tous les jours, comme le demande le ministère de la Santé ? Est-ce que vous avez le temps de faire ça ? PATRICK KANNER Non. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Vous le vivez bien ou pas ? PATRICK KANNER J'essaie de faire… FRANÇOIS-XAVIER MENAGE D'être enfermé… PATRICK KANNER Si vous voulez, j'ai une application, comme beaucoup, il m'arrive de faire mes 10.000 pas par jour, parfois, quand même, mais en général, c'est entre 3 et 5.000 pas par jour, donc c'est largement insuffisant. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE On se fatigue, mais pas physiquement quand on est ministre, c'est ça ? PATRICK KANNER Oui, il faut surtout avoir un moral d'acier. FRANÇOIS-XAVIER MENAGE Bon. Merci d'être venu nous voir sur le plateau de LCI. PATRICK KANNER Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/456.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/456.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..479d2c00c3d63d21c3f769b797a5264e1c2dbf1e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/456.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le ministre de l'intérieur et le garde des sceaux, ministre de la justice ont présenté un projet de loi relatif à la sécurité publique. Ce projet de loi constitue le volet législatif du plan pour la sécurité publique. Dans le contexte d'intense mobilisation des forces de sécurité intérieure et des risques auxquels elles sont confrontées, les mesures proposées renforcent notamment leur protection et la sécurité juridique de leurs interventions. Plusieurs mesures concernent également les moyens d'action de ceux qui oeuvrent quotidiennement à la sécurité de tous. Un cadre commun d'usage des armes est défini pour les forces de sécurité, visant à unifier les règles applicables et à les adapter aux situations auxquelles elles font face de plus en plus fréquemment. Il s'appliquera aux policiers et gendarmes, ainsi qu'aux douaniers et militaires déployés dans le cadre de réquisitions (opération Sentinelle) ou protégeant des installations militaires. Ce cadre précis, stabilisé et maîtrisé complète les dispositions qui avaient déjà été prises dans le cadre de la loi du 3 juin 2016 afin de répondre aux situations de périples meurtriers. Ces dispositions sont pleinement conformes aux jurisprudences de la Cour européenne des droits de l'Homme et de la Cour de cassation, notamment quant à la condition d'absolue nécessité et de stricte proportionnalité. Afin d'assurer la protection de l'identité des policiers et des gendarmes lorsque leur révélation constituerait un danger pour eux-mêmes ou leur famille, ils pourront être autorisés, sous certaines conditions, à s'identifier par un numéro d'immatriculation administrative, en lieu et place de leur état civil. Ce dispositif, généralisé depuis plus de trente-cinq ans en Espagne, existe déjà en France en matière de lutte contre le terrorisme. Dans les cas exceptionnels où la connaissance de l'état civil de l'enquêteur serait indispensable à l'exercice des droits de la défense, le juge pourra ordonner la révélation de ces informations. Afin d'assurer également la protection de l'identité des auteurs de décisions administratives en lien avec le terrorisme, l'administration sera autorisée à ne notifier à la personne concernée ou à ne communiquer aux tiers qu'une ampliation anonyme de l'acte. Le projet aménage par ailleurs les règles du contradictoire en matière contentieuse. Il est aussi prévu le doublement des peines encourues en cas d'outrage aux personnes dépositaires de l'autorité publique en les alignant sur celles prévues en cas d'outrage à magistrat. Le projet de loi comporte également diverses dispositions : - tirant les conséquences des enquêtes administratives concernant des salariés occupant des emplois en lien direct avec la sécurité des personnes au sein de certaines entreprises de transport ; - améliorant l'articulation entre les procédures judiciaires et les mesures de contrôle administratif, qui permettent de contrôler les personnes ayant rejoint ou cherché à rejoindre un théâtre d'opérations dans des conditions susceptibles de les conduire à porter atteinte à la sécurité publique lors de leur retour sur le territoire français ; - ouvrant de manière encadrée la possibilité d'un armement des agents de sécurité privée exerçant des activités de protection des personnes, lorsque la personnalité protégée est exposée à des risques exceptionnels d'atteinte à sa vie. Il permet dans le même temps de renforcer l'encadrement et la formation de ces agents. Conformément au plan d'action le 25 octobre 2016 concernant la sécurité pénitentiaire et l'action contre la radicalisation violente, l'article 8 du projet de loi dote certains personnels des équipes de sécurité pénitentiaire des prérogatives légales afin de leur permettre d'intervenir sur l'ensemble du domaine pénitentiaire en cas de comportement faisant craindre la commission d'infractions portant atteinte à la sécurité de l'établissement, et de lutter contre les projections d'objets illicites en détention (stupéfiants, téléphones…). Le projet autorise dans certains cas, en matière d'assistance éducative, une intervention des services de la protection judiciaire de la jeunesse parallèlement au placement du mineur auprès d'un service de l'aide sociale à l'enfance. Enfin, s'inscrivant dans les suites de l'expérimentation d'un « service militaire volontaire », autorisée par la loi du 28 juillet 2015 actualisant la programmation militaire pour les années 2015 à 2019 et portant diverses dispositions concernant la défense, le projet ouvre une nouvelle phase de l'expérimentation en créant un statut spécifique combinant celui de militaire et celui de stagiaire de la formation professionnelle, tout en veillant à ce que le nouveau dispositif, intitulé volontariat militaire d'insertion, n'entre pas en concurrence avec les autres dispositifs d'insertion. Le projet de loi comprend enfin des dispositions relatives aux outre-mer. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/457.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/457.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0daa1f08d49edd4814a50420f13ffc27eec3bbc3 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/457.txt @@ -0,0 +1 @@ +DIMITRI PAVLENKO Bonjour Patrick KANNER. PATRICK KANNER Bonjour. DIMITRI PAVLENKO Ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, vous êtes interviewé ce matin par Véronique JACQUIER. Bonjour Véronique. VÉRONIQUE JACQUIER Bonjour Dimitri, bonjour Patrick KANNER. L'attentat de Berlin, l'homme suspecté d'avoir conduit le camion est un Tunisien, un militant islamiste que la police allemande surveillait depuis plus d'un mois. Angela MERKEL est critiquée maintenant dans son pays pour avoir ouvert les frontières à plus d'un million de migrants. Est-ce que vous dites ce matin qu'une telle politique d'accueil est finalement dangereuse ? PATRICK KANNER Sûrement pas. Je crois que c'est tout à l'honneur de l'Allemagne d'avoir tendu la main à ces centaines de milliers de migrants et assimiler ces phénomènes migratoires, finalement ces phénomènes humanitaires de la part de l'Allemagne, aux attentats comme je peux l'entendre, le voir décrypté par l'extrême allemande, je suis profondément choqué. C'est vraiment indécent et on voit bien que beaucoup d'attentats ont été commis par des personnes ressortissantes du pays malheureusement, et on l'a vu notamment en France en particulier. VÉRONIQUE JACQUIER Il ne faut pas faire plus quand même en termes de coopération franco-allemande au niveau de la gestion des frontières, de la surveillance des frontières ? PATRICK KANNER Ce qui est certain, c'est que l'histoire a montré que la France avait une longueur d'avance en la matière au regard des frappes qui nous ont touché depuis 2015, et que François HOLLANDE a proposé naturellement d'augmenter la coopération y compris dans la lutte contre le terrorisme entre l'Allemagne et la France. L'Allemagne a déjoué de très nombreux attentats, il faut le savoir, comme nous l'avons fait en France. Nous sommes aujourd'hui les deux pays les plus menacés effectivement de l'Europe. VÉRONIQUE JACQUIER On voit que la menace est diffuse de toute façon puisque le Tunisien impliqué est l'homme le plus recherché d'Europe. François HOLLANDE répond au général de VILLIERS qui réclame plus d'argent pour faire face à la menace, menace islamiste. « Nous avons déjà augmenté les ressources nécessaires par rapport à nos objectifs », voilà ce que répond le chef de l'Etat. « Les efforts devront être faits les prochaines années ». Franchement, Patrick KANNER, quand on vit avec une telle menace vous venez de nous le dire est-ce qu'on peut encore attendre pour donner plus de moyens à l'armée ? PATRICK KANNER L'armée aujourd'hui, et notamment ce qu'on appelle la loi de programmation militaire, a fait l'objet d'efforts extrêmement importants depuis plusieurs années. La France est soumise à une pression particulière, notamment parce qu'elle intervient à l'étranger. VÉRONIQUE JACQUIER Mais sur le discours politique, le message que délivre François HOLLANDE. Est-ce qu'on peut raisonner comme un comptable ? PATRICK KANNER Attendez. D'abord le message, c'est que nous ne nous en sortirons pas chacun dans notre coin et que c'est la question de l'Europe de la Défense qu'il faudra un jour poser dans notre continent européen. La France ne peut pas être seule face à de tels enjeux. Néanmoins, parce qu'elle est un peu seule, elle a décidé - notre gouvernement a décidé - d'augmenter de sept cents millions, pardon de six cents millions en 2015 le budget de la Défense, 2016 pardon. En 2017, en plus sept cents millions supplémentaires, donc un milliard trois cents millions d'euros, ce qui signifie que pour la première fois depuis de nombreuses années, le budget de la Défense va augmenter et c'est normal. C'est normal. François HOLLANDE hier dans sa réponse au général de VILLIERS n'a pas dit le contraire. Il a dit : « Il faudra sûrement encore faire plus ». La question, c'est le rythme de ce faire plus. Et quand je vois les commentaires notamment à droite, et j'entendais ce matin monsieur Eric WOERTH dire : « Il faut augmenter le budget de la Défense », il appartient quand même à une équipe peut-être future gouvernementale ce que je ne souhaite pas qui souhaite diminuer le budget de l'Etat globalement de cent vingt à cent trente milliards d'euros. VÉRONIQUE JACQUIER Patrick KANNER, en tant que ministre de la Ville, vous avez eu vent de cas de radicalisation dans les quartiers, de dérives dans les clubs. Quelles actions de prévention menez-vous ? PATRICK KANNER Le ministre de la Ville est là pour porter une politique de prévention de la radicalisation. Il y a d'abord la sécurité, elle est portée par hier Bernard CAZENEUVE, aujourd'hui Bruno LE ROUX. C'est absolument nécessaire mais ça n'est pas suffisant. La prévention de la radicalisation passe par tout d'abord plus d'adultes formés dans les quartiers, sachant que je considère que les quartiers ne sont pas la seule source de radicalisation. Ni amalgame, ni angélisme : je mesure bien qu'il y a aussi… VÉRONIQUE JACQUIER Oui, mais on voit qu'il y a une déshérence des associations. Ça, c'est un mouvement qui a été initié il y a quelques années. PATRICK KANNER Vous avez raison : initié par Nicolas SARKOZY qui a diminué de cent millions d'euros. VÉRONIQUE JACQUIER Oui, mais une fois qu'on a dit ça, Patrick KANNER, ça ne suffit pas. Qu'est-ce qu'on a fait depuis que François HOLLANDE est aux manettes ? PATRICK KANNER On a d'abord rétabli les crédits au secteur associatif, premièrement. Deuxièmement, nous lançons aujourd'hui de nouvelles réponses. Par exemple, l'ouverture le soir et le week-end des maisons de quartier et centres sociaux. Je crois que c'est très important. Un budget de cinq millions d'euros va être consacré à cela en 2017. Puis surtout ce qui est très important, c'est la lutte contre les discriminations. Vous savez, la radicalisation part du terreau qui est celui de l'humiliation, du sentiment de rejet, du non-respect de la promesse républicaine. Il faut donc que les jeunes ne se sentent pas discriminés. Pour cela, la discrimination à l'emploi constitue la principale difficulté aujourd'hui. VÉRONIQUE JACQUIER Il y a beaucoup de choses qui sont faites dans ce domaine et on voit que, pour autant, il y a toujours autant de radicalisation dans les quartiers ; pardonnez-moi. PATRICK KANNER D'abord, regardons les chiffres. Nous avons lancé un numéro vert, vous le savez. Aujourd'hui, il y a onze mille cas signalés. Onze mille cas signalés. VÉRONIQUE JACQUIER Onze mille cas signalés de radicalisation ? PATRICK KANNER Non, de phénomènes potentiels de radicalisation. Et il y a environ mille deux cents personnes exactement suivies. C'est quand même une extrême minorité mais, vous allez me dire, malheureusement une personne radicalisée qui passe à l'acte, on voit ce que cela peut donner. Jamais autant de moyens n'ont été développés en la matière. Simplement, le ministre de la Jeunesse que je suis, puisque vous me posez la question, a pour but d'éviter qu'un jeune puisse basculer dans un phénomène de communautarisation qui peut aboutir après à un phénomène de radicalisation. Le modèle laïc français doit être développé et, en même temps, il faut que les jeunes se sentent bien dans notre pays, dans nos cités, dans nos quartiers, dans nos banlieues. Ça passe par simplement la reconnaissance de ce qu'ils sont. Un exemple concret, parce que je pense qu'il faut parler concrètement à vos auditeurs. Je signais hier avec Gérard MESTRALLET une charte Entreprises et Quartiers. Gérard MESTRALLET est le président d'ENGIE, ce grand groupe économique français. L'objectif, c'est d'amener à l'emploi, d'amener à l'insertion, d'amener à l'apprentissage, de très nombreux jeunes des quartiers. Un jeune de quartier qui est engagé dans l'emploi ou engagé dans un service civique ou dans la garantie jeunes, dans autant de mesures. VÉRONIQUE JACQUIER On va parler justement du service civique et de la réserve civique. PATRICK KANNER Ce sont des jeunes, si vous voulez, qui ne seront pas tentés pour aller ailleurs. VÉRONIQUE JACQUIER Le projet de loi Egalité et citoyenneté que vous portez est voté aujourd'hui à l'Assemblée nationale. PATRICK KANNER Oui, exactement. VÉRONIQUE JACQUIER Parmi les mesures justement, la création de la réserve civique puisque beaucoup de jeunes ont manifesté le désir de s'engager et de servir leur pays après les attentats que nous avons connus en France. Comment va fonctionner cette réserve civique ? PATRICK KANNER Vous avez raison de dire qu'après les attentats de janvier 2015, nous avons eu une hausse de vingt pour cent d'engagement des jeunes, ce qui montre que la jeunesse ne peut pas être présentée comme étant en repli sur elle même et désintéressée par l'environnement qui la concerne. Dans ce cadre-là, nous avons d'abord développé le service civique. VÉRONIQUE JACQUIER Vous avez des chiffres ? PATRICK KANNER Nous étions à... VÉRONIQUE JACQUIER Combien cette année ? PATRICK KANNER Oui, bien sûr. VÉRONIQUE JACQUIER Combien de jeunes engagés ? PATRICK KANNER Nous étions à 12.000 en service civique en 2012, 13.00 à près, nous sommes aujourd'hui à 100.000 jeunes en service civique à la fin de l'année 2016 et nous serons 150.000 à la fin de l'année 2017. VÉRONIQUE JACQUIER 100.000 en 2016, quelle passerelle entre le service civique et la réserve civique qui va être créée ? PATRICK KANNER Vous avez raison de souligner que ce sont deux systèmes différents : le service civique pour des jeunes qui vont passer huit mois auprès d'une association, d'une collectivité locale, auprès de l'Etat pour service l'intérêt général ; une réserve civique ce sont pour les personnes de 18 à 90 ans peut-être, voire même plus, qui diront : « mais moi je suis disponible en cas de problèmes sanitaires, en cas de problèmes écologiques, je suis disponible pour donner un coup de main à la Nation si elle a besoin de moi, s'il y a une grande inondation de pouvoir accueillir chez moi par exemple une famille sinistrée ». Donc, nous allons faire un fichier de toutes les personnes volontaires vous-même, moi-même peut-être, nous le verrons bien, je vous le souhaite en tout cas capables de dire : « mais je suis disponible, soit parce que j'ai une grande maison, soit parce que j'ai du temps en tant que retraité à donner aux autres, et c'est ça la réserve civique, c'est-à-dire finalement créer une culture de l'engagement dans notre pays. C'est très important, parce que finalement l'engagement et je le crois sincèrement c'est une réponse face au populisme, face au phénomène de radicalisation. VÉRONIQUE JACQUIER Patrick KANNER, la primaire de la gauche vous soutenez Manuel VALLS franchement la suppression du 49.3, la suppression de la Cour de justice de la République, est-ce que vous pensez, puisque c'est ce que préconise Manuel VALLS, est-ce que vous pensez que ça passionne les Français, que ce sont des priorités pour redresser notre pays ? PATRICK KANNER C'est le 4 janvier que Manuel VALLS présentera son projet pour la France... VÉRONIQUE JACQUIER Oui. Mais est-ce que ce n'est pas interpellant que quelqu'un qui a été Premier ministre doive phosphorer pour nous présenter un projet début janvier, est-ce qu’on n'attend pas de lui d'emblée une vision pour la France ? PATRICK KANNER Mais, attendez... VÉRONIQUE JACQUIER Il a quand même été candidat à la primaire en 2011 ? PATRICK KANNER Attendez ! D'abord le Premier ministre, l'ancien premier ministre, cette vision pour la France c'est ce qu'il a fait, c'est ce qu'il a fait pendant deux ans et demi à la tête du gouvernement, c'est ce qu'il a fait quand il crée la Prime d'activité, c'est ce qu'il a fait quand il crée la Garantie jeune et je ne parle là que des sujets qui me concernent directement - ou quand il augmente le Service civique, donc moi je n'ai pas à rougir, bien au contraire, du bilan de l'homme d'Etat qu'a été Manuel VALLS quand il était à la tête du gouvernement. Maintenant il défendra le bilan qui est le sien et celui aussi de François HOLLANDE mais, surtout, il va présenter un projet qui ira plus loin, c'est un projet qui s'adaptera aussi aux nouvelles priorités de la jeunesse... VÉRONIQUE JACQUIER Justement, vous, vous lui faites une proposition... PATRICK KANNER Oui. VÉRONIQUE JACQUIER Vous lui dites : « le droit de vote à 16 ans », c'est ça, dans un livre « La relève » qui vient d'être publié ? PATRICK KANNER Oui, exactement. VÉRONIQUE JACQUIER Pourquoi le droit de vote à 16 ans, vous pensez franchement que ça va amener les jeunes à aller voter plus facilement ? Il y a un engouement en ce moment pour s'inscrire sur les listes électorales, est-ce qu'on a besoin de faire cette promesse un peu démago d'amener aux urnes les jeunes à 16 ans ? PATRICK KANNER Vous n'aimez pas les jeunes ? VÉRONIQUE JACQUIER Oh ! Pas du tout. Mais enfin 16 ans, je ne sais pas, pourquoi pas 14, pourquoi pas 12 ? PATRICK KANNER Oui. Mais pourquoi pas 20 et pourquoi en 74 on est passé de 21 à 18 ? Eh bien, écoutez, parce que la société évolue et qu'aujourd'hui à 16 ans on peut travailler et on peut payer des impôts, parce qu'à 16 ans on peut créer une association, parce qu'à 16 ans on a la majorité pénale et, donc, je ne vois pas pourquoi à 16 ans on ne pourrait pas participer aux élections ? Ca existe dans d'autres pays, en Autriche, dans certains landers allemands, au Brésil, il n'y a aucune raison aujourd'hui qu'un jeune se sente discriminé de par son âge comme il l'est d'ailleurs pour beaucoup de choses en matière sociale ce que je dénonce aussi dans mon petit essai exploratoire « La relève » et merci de l'évoquer. Donc, moi, je fais des propositions à Manuel qu'il n'y ait pas de malentendu ce que je propose n’est pas le programme futur de Manuel VALLS... VÉRONIQUE JACQUIER Bien sûr. PATRICK KANNER Il le décidera pendant cette période très courte qui l'amènera au 4 janvier, simplement encore une fois Manuel VALLS portera un bilan, il défendra son bilan et le bilan de François HOLLANDE et il aura aussi une perspective pour la France. Vous savez la campagne des primaires sera très courte, laissons à Manuel VALLS aussi les quelques jours pour qu'il puisse présenter ce projet aux Français. VÉRONIQUE JACQUIER Patrick KANNER, pour la première fois le 31 décembre prochain un président va présenter ses voeux aux Français alors qu'il n'est pas en capacité de se représenter en2017, c'est curieux quand même, est-ce qu'il n'a pas des regrets François HOLLANDE de ne pas s'être mis en route-là pour 2017 et pour les primaires ? PATRICK KANNER François HOLLANDE il a pris une décision extrêmement importante, inédite on le sait bien dans la Vème République, moi je considère qu'il a fait un choix - vous savez je le soutenais moi François HOLLANDE - mais il a fait un choix de très grande responsabilité, de très grand courage, il a estimé à un moment donné que sa candidature pouvait empêcher totalement la gauche d'être présente au second tour. VÉRONIQUE JACQUIER Mais donc il n'a pas de regret de ne pas s'être représenté, on dit qu'il a des états d'âme en ce moment ? PATRICK KANNER Oui. Enfin, écoutez, moi je vois les paroles, je vois les actes, les états d'âme je ne les connais pas, je ne sonde pas ni les reins ni le coeur de François HOLLANDE. Ce que je sais c'est qu'il est aujourd'hui en charge de l'Etat, j'étais hier au conseil des ministres et je peux vous dire qu'il y avait un président qui était au travail avec son Premier ministre Bernard CAZENEUVE et le gouvernement, motivé et mobilisé jusqu'au « dernier souffle » de ce quinquennat en espérant qu'il y aura un second souffle, en tout cas pour ce qui me concerne avec Manuel VALLS. VÉRONIQUE JACQUIER Donc, on n'a pas un président qui inaugure les chrysanthèmes pendant quatre mois ? PATRICK KANNER Ca, je pense que vous pouvez attendre longtemps sur le sujet, vous le verrez sur tous les terrains comme le Premier ministre et comme le gouvernement, nous ne sommes pas là pour éteindre les lumières mais pour préparer peut-être une nouvelle aventure à gauche dans le pays. VÉRONIQUE JACQUIER Merci, merci Patrick KANNER. DIMITRI PAVLENKO Merci Patrick KANNER, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, au micro de Sud Radio ce matin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/458.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/458.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c71915df178f9645de54c4b1480b9594b3844fad --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/458.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mes chers compatriotes, Ce soir, c'est la dernière fois que je vous présente mes vœux comme Président de la République. C'est pour moi un moment d'émotion et de gravité. Je veux le partager avec vous, Françaises et Français de toutes origines, de toutes convictions, de toutes confessions, de métropole et d'outre-mer. Je veux d'abord vous parler de ce que vous avez enduré cette dernière année lorsque notre pays a été frappé par de terribles attentats : celui de Nice le 14 juillet dernier mais aussi de Magnanville, de Saint-Etienne-du-Rouvray. Je pense en cet instant aux victimes, à leur famille, aux blessés qui souffrent dans leur cœur et dans leur chair. Je sais aussi l'inquiétude qui est toujours la vôtre face à cette menace terroriste qui ne faiblit pas, comme hélas en témoigne ce qui s'est produit à Berlin ces derniers jours. Il me revient donc avec le gouvernement de Bernard CAZENEUVE d'assurer votre protection. J'y consacre tous les moyens nécessaires et je veux rendre hommage à nos policiers, à nos gendarmes, à nos militaires qui se dévouent jusqu'au sacrifice pour assurer notre sécurité. Face aux attaques, vous avez tenu bon. Les terroristes voulaient vous diviser, vous séparer, vous effrayer, vous avez montré que vous étiez plus forts, rassemblés, solidaires et unis. Vous n'avez pas céder aux amalgames, aux stigmatisations, aux vaines querelles. Vous avez continué à vivre, à travailler, à sortir, à circuler, à chérir la liberté. Vous pouvez être fiers de vous. Mais nous n'en avons pas terminé avec le fléau du terrorisme. Il nous faudra continuer à le combattre -à l'extérieur, c'est le sens de nos opérations militaires au Mali, en Syrie, en Irak- Irak où je me rendrai après-demain pour saluer nos soldats. Le combattre aussi à l'intérieur pour déjouer des attentats, mettre hors d'état de nuire les individus dangereux et prévenir la radicalisation djihadiste. Soyez certains d'une chose : que de cette lutte contre la barbarie, notre démocratie sortira victorieuse. Mes chers compatriotes, cinq années de présidence m'ont forgé une expérience que je veux vous livrer ce soir : la France est un pays admiré, attendu et même espéré partout dans le monde. C'est sans doute l'héritage de notre Histoire, de notre langue, de notre culture mais c'est surtout le respect qu'inspirent nos valeurs, notre mode de vie, notre attachement pour la liberté. C'est ce qui explique que lorsque nous sommes attaqués, le monde entier est à nos côtés. C'est ce qui donne du crédit à la parole de la France pour porter de grandes causes -je pense à la lutte contre le réchauffement climatique, rappelez-vous, c'est à Paris qu'un accord historique a été conclu ; vous en voyez avec les pics de pollution l'impérieuse nécessité surtout de le mettre en oeuvre. Alors je vous l'affirme : la France ne laissera personne ni aucun Etat, fût-il le plus grand, remettre en cause cet acquis majeur de la communauté internationale. Face aux puissances, les anciennes comme les nouvelles, la France doit réaffirmer son indépendance. Dans un environnement international plein d'incertitudes, avec un climat de guerre froide, peu de pays ont par leur défense, c'est-à-dire leur armée et la politique étrangère, la capacité de décider souverainement. Nous l'avons. Et nous devons tout faire pour préserver cette liberté stratégique parce que la France a un rang et un message à défendre. Elle n'accepte pas les violations des droits humains les plus élémentaires -l'utilisation des armes chimiques, les massacres de populations civiles comme à Alep, les persécutions des minorités religieuses, la soumission de la femme. La France n'admet jamais le fait accompli, la mise en cause des frontières. Elle cherche partout par le dialogue, des solutions, y compris au Proche et au Moyen-Orient. La France se bat pour le développement de l'Afrique et la réduction des inégalités car elle sait que là se situe le règlement des migrations. Voilà ce que signifie être Français aujourd'hui et je voudrais que vous puissiez, là-encore, en être fiers. Mes chers compatriotes, tout au long de mon mandat, je n'ai qu'une priorité : redresser notre économie pour faire baisser le chômage. Je revendique les choix que j'ai fait -les résultats arrivent, plus tard que je ne les avais prévus, j'en conviens mais ils sont là- les comptes publics ont été rétablis, la Sécurité sociale est à l'équilibre, la compétitivité de nos entreprises a été retrouvée, la construction de logements atteint un niveau record, l'investissement repart et, surtout le nombre de demandeurs d'emploi baisse enfin depuis un an. Parallèlement, je l'ai voulu ainsi, le progrès social n'a pas arrêté sa course ; de nouveaux droits ont été ouverts pour les salariés, pour la formation tout au long de leur vie, pour l'insertion des jeunes, pour l'accès de tous à la santé. Il reste encore à faire mais le socle est là, les bases sont solides. Ces succès, ce sont les vôtres. Vous devez vous en emparer, non pour nier les difficultés -elles demeurent- occulter les souffrances -elles sont là- ou repousser les choix -il y en aura à faire- mais pour prendre conscience de vos atouts, de vos talents, de vos capacités, de vos réussites. Notre principal adversaire, c'est le doute. Vous devez avoir confiance en vous, surtout face aux défis qui nous attendent. En cette fin d'année, ce que nous croyions acquis parfois pour toujours -la démocratie, la liberté, les droits sociaux, l'Europe et même la paix- tout cela devient vulnérable, réversible. On l'a vu au Royaume-Uni avec le Brexit et aux Etats-Unis lors de l'élection du mois de novembre, on le voit sur notre continent à travers la montée des extrémismes. Il y a dans l'Histoire des périodes où tout peut basculer. Nous en vivons une. Dans à peine cinq mois, vous aurez, mes chers compatriotes, à faire un choix. Il sera décisif pour la France, il y va de son modèle social auquel vous êtes attachés car il garantit l'égalité de tous face aux aléas de la vie et notamment la santé. Il y va de ses services publics, essentiels, et notamment l'école de la République, là où beaucoup se joue et notamment pour la jeunesse qui est notre espérance. Il y va aussi de la capacité de notre pays à saisir les grandes mutations que sont la révolution numérique et la transition énergétique pour en faire des facteurs de croissance, de bien-être, d'emplois et non des éléments supplémentaires de précarité et d'instabilité. Il y va enfin de nos valeurs. La France est ouverte au monde, elle est européenne, elle est fraternelle. Comment imaginer notre pays recroquevillé derrière des murs, réduit à son seul marché intérieur, revenant à sa monnaie nationale et en plus en discriminant ses enfants selon leurs origines ! Mais ce ne serait plus la France ! Voilà les enjeux majeurs. Les débats qui s'ouvrent les éclaireront mais dans ces circonstances, le rôle des forces et des personnalités politiques est immense. Elles doivent être à la hauteur de la situation, faire preuve de lucidité, éviter de brutaliser la société et puis aussi écarter la dispersion pour certaines de nos forces politiques qui entraînerait d'ailleurs leur élimination. Mais c'est vous quoi qu'il arrive, qui aurez le dernier mot. C'est pourquoi votre responsabilité est aussi grande et la France compte sur vous. Pour ma part, jusqu'au dernier jour de mon mandat, je serai pleinement à ma tâche pour servir notre pays ; agir pour la France, se battre pour la justice et le progrès, c'est l'engagement de toute ma vie. Je n'y renoncerai jamais. J'ai partagé avec vous des épreuves et des souffrances mais aussi des joies et des bonheurs. J'ai eu l'immense fierté d'avoir été à la tête d'un peuple debout, fidèle à lui-même et à sa vocation universelle. C'est un lien indéfectible qui nous unit et que rien n'altèrera. C'est fort de cette conviction que je vous adresse du fond du coeur mes voeux les plus chaleureux pour cette nouvelle année. Vive la République ! Vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/459.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/459.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8eae432ca99d98526b776795822c6461c257499d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/459.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monseigneur, Monsieur le Métropolite, Monsieur le Grand Rabbin de France, Monsieur le Président du Consistoire, Monsieur le Président du Conseil français du culte musulman, Monsieur le Président de la Fédération protestante de France, Monsieur le Président de l'Union bouddhiste de France, Je tenais, avec le ministre de l'Intérieur, à respecter cette tradition de vœux aux autorités religieuses. Le sens de cette rencontre est la reconnaissance par la République de la place qui est la vôtre, pour éclairer les consciences, favoriser la concorde et délivrer un message de paix et de tolérance. Cette cérémonie manifeste aussi le respect mutuel et l'esprit de dialogue qui existe entre les cultes en France et que je veux saluer, j'ai pu en mesurer l'importance dans des circonstances particulièrement douloureuses. Cette réunion s'inscrit dans un contexte particulièrement lourd. Le monde est à feu et à sang avec un terrorisme qui utilise une religion, l'Islam, et la trahit honteusement et sème la désolation. Je reviens d'Irak et j'ai eu sous les yeux le drame d'attentats à Bagdad et de guerre à Mossoul. Puis il y a ce que nous vivons ici, en Europe et en France : il y a encore quelques semaines, c'était l'attentat de Berlin. Et puis en 2016, notre pays a été durement éprouvé : le 14 juillet à Nice mais aussi Saint-Étienne-du-Rouvray avec l'odieux assassinat du père Jacques HAMEL qui a bouleversé la France mais qui a aussi permis qu'il y ait une forme de sursaut dont vous avez été à l'origine, je veux ici vous en remercier. Vous avez réagi comme il convenait à travers de nombreuses manifestations œcuméniques. D'abord, la réponse de l'Église fut admirable et j'ai voulu exprimer ma gratitude au pape François, en me rendant à Rome en août dernier. Il y eut l'appel du Conseil français du culte musulman demandant aux musulmans de se rendre dans les églises le dimanche suivant le crime pour adresser aux catholiques un message de fraternité. Cette image de chrétiens se rendant dans les mosquées, de musulmans se rendant dans les églises, a fait le tour du monde. La polémique avait saisi une partie de l'opinion. Il y avait eu des doutes et ils sont légitimes chaque fois qu'il y a un attentat. Mais il n'y avait pas eu nécessairement la réaction que l'on a eue dans d'autres circonstances. Après Charlie, l'HYPER CACHER, puis ensuite, le 13 novembre à Paris, et le 14 juillet à Nice, chaque fois, notre pays a été capable de faire bloc et de tenir bon. Le terrorisme islamiste représente une grave menace pour notre cohésion nationale. Il sait ce qu'il fait puisqu'il veut diviser, il veut créer l'irréparable au sein de notre société, opposer les Français les uns aux autres, les confessions les unes les autres. Aussi l'enjeu, c'est de préserver notre unité, notre cohésion. La France ne doit pas tomber dans le piège de l'amalgame, de la suspicion, elle doit aussi garantir la liberté de conscience donc la liberté de culte et permettre à tous de vivre ensemble. Nous devons aussi lutter contre toutes les formes de discrimination. Il y a eu, dans le sillage des attentats de janvier et de novembre en 2015, une poussée de violence avec des actes antisémites, antimusulmans, antichrétiens. En 2016 mais je ne me rassure pas, malgré les événements tragiques qui ont été rappelés, les actes antisémites sont en baisse de près de 60 %, les actes antimusulmans aussi. C'est sans doute l'effet de mesures que nous avons prises et de la détermination des pouvoirs publics à ne rien tolérer. En revanche, il y a eu une augmentation des actes antichrétiens, avec des profanations de lieux de culte et de cimetières. Mais je ne distingue pas entre les actes. Ils sont tous insupportables. Notre vigilance doit rester maximale et l'État doit être à vos côtés, entièrement mobilisé pour protéger les lieux de culte et les écoles. Nous faisons évoluer nos dispositifs qui ne doivent pas être statiques mais mobiles. Nous devons aussi agir en amont et lutter contre la radicalisation. Dès 2014, c'est-à-dire il y a deux ans, face aux départs de jeunes en Syrie, des premières mesures ont été prises. Elles ont été renforcées depuis. Je rappelle tout ce qui a été fait, mais vous en connaissez l'essentiel : le Numéro Vert qui a été mis en place 30 000 appels néanmoins depuis deux ans. Heureusement que des familles signalent ; il y a eu 9 000 signalements. Il y a aussi une cellule de suivi de la radicalisation qui a été constituée dans chaque préfecture, associant les services de l'État, les collectivités locales, les associations, mais aussi un certain nombre de cultes. Ces structures font appel à vous, à des cadres religieux musulmans, qui aident les jeunes à déconstruire la propagande fondamentaliste. Il y a déjà 2 200 jeunes qui ont été ainsi pris en charge et concernant 970 familles Il y a aussi des formations à la prévention de la radicalisation qui ont été mises en place. 5 000 professionnels depuis 2014 ont été concernés assistantes sociales, personnel de police, professeurs parce que nous avons absolument besoin d'avoir des professionnels qui puissent agir. Nous avons également constitué un fonds de près de 10 millions d'euros qui sera reconduit chaque année pour financer des actions concrètes en direction des personnes qui doivent être suivies psychologiquement pour qu'elles puissent participer à des formations citoyennes, à des chantiers éducatifs, à des groupes de parole avec les parents parce que nous devons avoir un traitement long. Nous assistons à des retours de familles de jihadistes, notamment des femmes avec des enfants. Quand il s'agit des jihadistes eux-mêmes, ils sont immédiatement arrêtés et déférés. Les femmes parfois, les enfants, nous devons nous en occuper. Ces enfants, un certain nombre ont participé à des exactions, d'autres ont vu des horreurs et en sont profondément bouleversés et puis d'autres encore sont trop jeunes pour avoir été conscients mais tous doivent être accompagnés, suivis. Nous aurons à faire ce travail-là pendant des années. Nous devons nous y préparer. Nous avons également créé des centres de prévention d'insertion et de citoyenneté : le premier en Indre-et-Loire a été inauguré, neuf autres sont prévus justement pour ces jeunes, très jeunes certains, d'autres moins qui rentrent dans une démarche de réinsertion. Je voulais enfin insister sur le dialogue fructueux qui s'est engagé entre la République et les responsables du culte musulman dans cette nouvelle instance. Elle s'est déjà réunie à trois reprises, d'importants chantiers ont été ouverts sur la formation des imams, d'aumônerie pénitentiaire : nous devons continuer. La Fondation de l'Islam de France a été créée le 8 décembre dernier et je rappelle qu'elle a des objectifs qui sont culturels, éducatifs, sociaux mais en aucune façon cultuels. Il s'agit de mieux faire connaître l'Islam, son histoire, sa culture, enfin de lutter contre l'ignorance et les stéréotypes. Mais je veux aussi rappeler ce que nous devons faire dans le monde. Nous agissons contre le terrorisme, nos Armées sont mobilisées en Afrique de l'Ouest, en Irak, en Syrie. Nous devons aussi protéger des communautés religieuses car le Moyen-Orient est fait de diversités. Aujourd'hui, nous savons qu'il y a des persécutions qui visent plus spécifiquement les chrétiens d'Orient, les Yézidis ou d'autres minorités et notre devoir, c'est de les protéger. Les protéger quand nous intervenons et cela a été le cas notamment dans le nord de l'Irak, les protéger aussi en les accueillant ici même si ce n'est pas leur choix. Leur choix est de vivre au Moyen-Orient. Nous devons aussi prendre en compte la question des réfugiés, les crises ont provoqué cet afflux et je sais combien vous tous êtes mobilisés pour venir en aide à ces femmes, à ces hommes, à ces enfants qui ont dû fuir leur pays. Je sais aussi que les fidèles des différents cultes ont multiplié les initiatives pour fournir une aide matérielle aux réfugiés, pour soutenir leurs démarches, pour assurer leur insertion dans la société française. L'expérience de vos mouvements, a été très précieuse pour les pouvoirs publics, puisque cela a permis de régler une large partie de ce qu'on appelait les réfugiés de Calais. Quand il a fallu trouver des centres d'accueil et d'orientation, il a fallu que des élus prennent là encore des responsabilités, il a fallu que aussi des associations puissent accompagner et puis, il a fallu expliquer aux populations locales ce qui était attendu d'elles et ce qui était finalement prévu pour l'insertion de ces réfugiés. Nous n'en avons pas terminé d'abord parce que d'autres peuvent venir. Qu'est-ce qui va se passer dans les prochains mois ? Là, c'est l'hiver mais au printemps si en Libye, rien n'est fait, si en Syrie les choses s'aggravent, nous aurons de nouveaux mouvements. Il faut donc agir sur le plan international, mais il faut aussi être capable de faire en sorte que celles et ceux qui, au titre du droit d'asile, puissent être accompagnés. Nous devons être clairs. C'est tellement facile d'utiliser la peur, de montrer qu'il est fait davantage pour les réfugiés que pour nos propres concitoyens. Nous devons faire en sorte qu'il y ait une politique migratoire qui fasse que ceux qui n'ont pas vocation à être ici puissent être raccompagnés. Faire en sorte que ceux qui relèvent du droit d'asile puissent être accueillis convenablement et que rien ne soit toléré par rapport à des comportements qui heurtent la vie en commun ! Je veux aussi mettre en garde ceux qui veulent enrôler les cultes au service de leur conception de l'identité qu'elle soit nationale, religieuse ou ethnique. Nous avons besoin que notre pays dans sa diversité, y compris confessionnelle, puisse être uni. Vous contribuez au dialogue, au partage mais aussi à la prise de conscience. Notre réunion de ce soir a cette vocation, a faire en sorte que chacun dans son rôle, l'Etat, avec les principes qui doivent régir ses interventions : le respect de la laïcité étant le premier de ces principes, puisse avec vous engager les actions nécessaires l'harmonie dans notre pays. Je vous souhaite donc une très bonne année. Vous savez les enjeux qui sont ceux des prochaines échéances, il y a une montée des extrémismes partout en Europe. Face à eux, nous devons promouvoir une espérance. C'est toujours le vieux débat entre le bien et le mal, entre la peur et l'espoir et donc je souhaite qu'ensemble nous soyons capables de vaincre la peur et de porter l'espoir. Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/460.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/460.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..eee2a915aac7f0da7ac99576a348ddb77aef3ee6 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/460.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet, Madame la Maire, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Directeur général de la Police nationale, Mesdames et Messieurs les Directeurs, Mesdames et Messieurs les représentants des organisations syndicales, Mesdames et Messieurs, Je veux tout d'abord vous dire que je suis très heureux de vous retrouver à l'occasion de ces vœux traditionnels. J'y attache une importance d'autant plus grande que c'est la première fois que j'assiste à une telle cérémonie en tant que ministre de l'Intérieur. Il s'agit là d'un moment solennel, certes, mais aussi convivial, ce qui est précieux après les épisodes difficiles que le ministère de l'Intérieur et la Police nationale ont traversés au cours de l'année qui vient de s'achever. Je pense d'abord bien sûr à la menace terroriste, qui demeure extrêmement élevée. La France n'est d'ailleurs pas le seul pays à se trouver confronté à la barbarie djihadiste les récents attentats de Berlin et d'Istanbul en témoignent, de la façon la plus atroce qui soit. Les attaques de Magnanville, de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray, après celles de 2015, ont fait prendre conscience aux Français que la menace était globale et qu'elle était susceptible de frapper en tout point du territoire national. C'est bien la communauté nationale tout entière qui est visée. Et c'est donc toute la communauté nationale qui fait front, dans l'unité et dans la cohésion autour de nos principes fondamentaux. Vous êtes vous-mêmes parmi les principaux garants de cette cohésion nationale. Nos ennemis, d'ailleurs, le savent bien. C'est la raison pour laquelle des policiers, des fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, ont été pris pour cible au cours de ces derniers mois, en raison de l'uniforme qu'ils portaient, de l'institution qu'ils représentaient et des valeurs qu'ils incarnaient. Je pense, bien sûr, au commissaire Jean-Baptiste Salvaing et à sa compagne, Jessica Schneider, tous deux assassinés à leur domicile de Magnanville, le 13 juin dernier, par un terroriste se réclamant de Daesh. D'une manière générale, je veux rendre hommage à vos collègues qui ont perdu la vie ou qui ont été blessés au cours de l'année passée. Ces femmes et ces hommes, comme tous ceux qui ont été atteints avant eux, sont, pour chacun d'entre nous, des exemples de bravoure et de dévouement. En cet instant, nous pensons à eux, comme nous adressons une pensée émue à leurs familles et à leurs proches. Engagement, courage, sens de l'Etat et professionnalisme : telles sont les vertus propres aux femmes et aux hommes de la Police nationale. Voilà pourquoi, à chaque fois que nous avons été attaqués, comme dans la mise en œuvre de l'état d'urgence, les Français ont pu compter sur vous, sur l'ensemble des policiers et des gendarmes de France, ainsi que sur les militaires de l'opération Sentinelle. Tous les métiers de la Police et de la Gendarmerie ont été mobilisés, sécurité publique, renseignement, police judiciaire, ordre public, police aux frontières, police technique et scientifique, forces d'intervention spécialisées. Cette mobilisation a entraîné, j'en ai conscience, un niveau de sollicitation inédit. Chacun d'entre vous a pris, continue et continuera de prendre sa part de cet effort collectif. Parce qu'il s'agit de servir l'intérêt général et de défendre notre pays. Plus que jamais, vous êtes, Mesdames et Messieurs, des piliers de la République. Les Français vous en sont profondément reconnaissants et sont fiers de vous. Moi aussi, je suis fier de vous. J'ai parlé de la lutte contre le terrorisme, mais, en 2016, comme en 2015, c'est bien sur tous les fronts à la fois que vous avez été mobilisés, avec un niveau d'engagement exceptionnel. Je pense bien sûr à la gestion des conséquences de la crise migratoire, à la lutte contre l'immigration irrégulière et contre les filières clandestines qui l'alimentent. Je pense aux opérations d'ordre public que cela a nécessité, aux démantèlements de squats, en particulier à Paris, effectués avec une grande maîtrise. Je pense aux opérations de contrôle menées à nos frontières. Je pense enfin au très grand succès qu'a représenté l'opération de démantèlement du campement de Calais, d'une ampleur absolument inédite. Les forces de l'ordre, notamment dans la région des Hauts-de-France, y ont contribué de façon décisive, aux côtés des autres services du ministère de l'Intérieur. Vous avez également assumé les exigences du maintien de l'ordre public dans le contexte de la menace terroriste, notamment à l'occasion de la période estivale et des fêtes de fin d'année. Et puis, bien sûr, chacun a en tête l'effort, tout autant exceptionnel, que nous avons accompli, que vous avez accompli, pour sécuriser l'Euro de football. Cela a constitué, là aussi, un grand succès pour les forces de l'ordre, lesquelles ont démontré, une fois de plus, combien elles étaient capables de garantir, sur notre sol, la sécurité d'événements de portée internationale. Cela sera à nouveau le cas, à la fin du mois, lors de la Coupe du monde de handball, dont certains matchs auront lieu à Lille. Il y a eu également la gestion complexe des manifestations du printemps et de l'automne derniers, où vous vous êtes trouvés en butte à la violence de casseurs et de militants extrémistes, qu'animait la volonté d'attenter à votre intégrité physique. Entre le 9 mars et le 4 octobre, 336 blessés ont ainsi été décomptés parmi les forces de l'ordre, dans le cadre de ces manifestations. Néanmoins, malgré les difficultés, vous avez tenu bon. Enfin et c'est là, à bien des égards, le cœur de votre métier, vous êtes restés pleinement mobilisés contre la délinquance du quotidien, contre la criminalité organisée et les différents types de trafics, parallèlement à votre engagement contre le terrorisme et la radicalisation violente. Les chiffres définitifs ne seront rendus publics que dans quelques jours, j'aurai alors l'occasion de les commenter précisément et, par là même, de mettre en valeur l'action menée en 2016. A cet égard, je veux insister tout particulièrement sur l'importance des missions assurées par les policiers de la sécurité publique, ces femmes et ces hommes du service général la fameuse « police secours » qui jouent un si grand rôle dans la vie quotidienne de nos concitoyens. Vous le savez peut-être, j'ai moi-même longtemps été élu dans l'un de ces territoires de la République que l'on dit « sensibles », et parfois même à tort « perdus ». Je veux parler de la Seine-Saint-Denis, confrontée de longue date, dans certains quartiers, à des phénomènes lourds de délinquance. Je sais donc de quoi je parle, croyez-moi, lorsque j'évoque le travail quotidien, harassant, que réalisent les personnels de la sécurité publique afin d'assurer la tranquillité des habitants. Je sais aussi les moments de lassitude et de découragement que l'on peut éprouver face à l'ampleur de la tâche et au caractère endémique de certaines formes d'insécurité. Pourtant, chaque jour, vous remettez l'ouvrage sur le métier, sans relâche, avec obstination. Vous êtes en première ligne pour garantir l'ordre et la paix publics, entretenir le lien de proximité avec les Français, les accueillir dans les commissariats, les écouter, écouter leurs angoisses et leurs craintes, lutter pied à pied contre la petite et la grande délinquance, réaliser des interventions de toute nature des différends familiaux aux cambriolages, souvent au cours d'une même journée. Vous êtes par là même directement confrontés aux drames et aux injustices qui traversent notre société, et c'est là un savoir, une responsabilité qui peuvent se révéler parfois lourds à porter, au point d'affecter votre moral et d'entraîner certains d'entre vous à une forme de pessimisme. Croyez-moi, je sais tout cela. Comme je sais qu'en plus d'assurer vos missions quotidiennes, vous participez aussi, et de façon décisive, à l'action des services spécialisés, qu'il s'agisse de la lutte contre le terrorisme, de la gestion de l'ordre public ou bien de l'activité judiciaire. Voilà pourquoi je tiens à dire que je partage entièrement les propos que vient de tenir votre Directeur général à qui je veux d'ailleurs rendre hommage et la conception de la police qui les sous-tend. Vous avez été particulièrement bien inspiré, cher Jean-Marc Falcone, en prenant la décision d'organiser, cette année, la cérémonie des vœux à l'Hôtel de Police de Lille, pour toutes les raisons que vous avez rappelées, et notamment parce que nous sommes ici au cœur de la plus grande Direction départementale de la Sécurité publique de France, laquelle compte dans ses rangs près de 4 800 fonctionnaires, de tous les corps et de tous les grades, qui, vous l'avez dit, représentent parfaitement la très grande diversité de la Police nationale. Il y avait donc là une forte portée symbolique dans le choix de Lille et de la DDSP du Nord, ce dont je me réjouis sans réserve. Car la sécurité de proximité, Mesdames et Messieurs, est la condition même de toute vie en société. C'est la condition de l'exercice de nos libertés fondamentales. Et c'est aussi un enjeu de justice sociale absolument central. Bref, je schématise à dessein, au risque de donner dans la formule, mais je tiens à y insister : la Police nationale, c'est tout à la fois le « 36 » et le « 17 ». Disant cela, je veux tout simplement rappeler que les femmes et les hommes de la Sécurité publique assument une très large part de l'activité policière, et ce au plus près de nos concitoyens. Ils sont nos tout premiers héros, y compris d'ailleurs face à la menace terroriste, au péril même de leur vie. Ce sont également eux qui se trouvent le plus souvent exposés, victimes d'agressions de toute sorte, parfois d'une extrême gravité, parce que, comme je l'ai dit, le seul fait de porter l'uniforme et d'incarner l'autorité publique suffit désormais à faire d'eux des cibles. Je pense ainsi à vos quatre collègues grièvement blessés lors d'une tentative d'assassinat, le 8 octobre dernier, à Viry-Châtillon. En 2017, nombreux seront à nouveau les défis qu'il nous faudra relever. À vous tous, que vous serviez dans les directions centrales, dans les services territoriaux, dans les unités spécialisées, dans des fonctions opérationnelles ou de soutien, en métropole comme outre-mer, ou bien dans nos postes à l'étranger, je vous exprime donc ma profonde gratitude et je vous assure de mon indéfectible soutien. Ma responsabilité de ministre de l'Intérieur consiste précisément à vous donner les moyens d'accomplir vos missions avec efficacité. C'est ce qu'on fait mes prédécesseurs Manuel Valls, puis Bernard Cazeneuve, lorsqu'ils occupaient les fonctions qui sont aujourd'hui les miennes. C'est ce que nous faisons, au Gouvernement, depuis maintenant plus de quatre ans. Vous connaissez les grands axes de notre politique de sécurité, vous en savez les principales réalisations, aussi je serai bref. Beaucoup a déjà été fait, et nous continuons, encore aujourd'hui, d'agir pour renforcer les moyens qui sont les vôtres. Il y a eu, par le passé, trop de promesses qui n'ont pas été tenues, trop d'annonces qui n'ont pas été suivies d'effets, au point que la parole publique, j'en ai bien conscience, s'en est trouvée, à vos yeux, dévalorisée et démonétisée. Depuis 2012, les choses ont changé, et vous pouvez le vérifier de façon concrète. La réalité, c'est que jamais jamais on n'a fait autant pour la sécurité des Français et pour les forces de l'ordre que depuis le début de ce quinquennat. Peut-être les plus jeunes parmi vous ne s'en rendent-ils pas forcément compte, parce qu'ils n'ont pas de point de comparaison, tandis que les plus anciens ont, quant à eux, cessé, depuis longtemps, de prêter foi aux déclarations des ministres. Et pourtant, c'est la vérité. Conformément aux engagements du Président de la République, nous avons tout d'abord mis un terme à l'hémorragie dans les effectifs de Police et de Gendarmerie je vous rappelle que plus de 13 000 postes avaient été supprimés dans les deux forces, entre 2007 et 2012. À rebours d'une telle politique de coupes drastiques, nous avons, nous, relancé la politique de création d'emplois au sein de la Police comme de la Gendarmerie, avant d'initier, en 2015, trois grands plans supplémentaires de recrutement. 488 : c'était le nombre de sorties d'école de police en 2012. 4 600 : c'est le nombre de policiers arrivés sur le terrain l'année dernière, et ce sera à nouveau le cas cette année. C'est donc là un effort considérable que nous réalisons. D'ici à la fin du quinquennat, ce sont au total 9 000 policiers et gendarmes qui viendront renforcer les services et les unités de sécurité intérieure. Bien sûr, la reprise des recrutements et des incorporations, indispensable pour remettre les services à niveau, n'était pas à elle seule suffisante pour faire face aux nombreux défis qui sont devant nous. C'est pourquoi le Gouvernement a donné aux services les moyens juridiques d'agir en faisant voter les lois de 2012, 2014 et 2015 sur le renforcement de la lutte antiterroriste et sur le renseignement. Par la suite, la loi du 3 juin 2016 est venue compléter ce dispositif, prévoyant notamment un nouveau régime juridique qui autorise désormais les policiers et les gendarmes à faire usage de leur arme, en cas « d'absolue nécessité », s'ils sont confrontés à un « périple meurtrier ». C'est aussi pour vous donner les moyens d'exercer vos missions avec efficacité que, dans le cadre des différents plans que nous avons lancés, nous avons considérablement rehaussé les crédits consacrés à la modernisation des moyens et des matériels. Je pense tout particulièrement au renouvellement du parc automobile. C'est également la raison pour laquelle, dès le mois d'octobre 2015, mon prédécesseur Bernard Cazeneuve a mis en œuvre un plan inédit de renforcement des BAC dans les commissariats de police et des Pelotons de Surveillance et d'Intervention de la Gendarmerie, sur l'ensemble du territoire national. Par ailleurs, je vous rappelle que, le 11 avril dernier, le Gouvernement a signé, sous l'autorité du Président de la République, un accord historique avec les instances représentatives des personnels de la Police et de la Gendarmerie, dans le cadre duquel nous consacrons, jusqu'en 2020, 850 millions d'euros en tout à la valorisation de vos conditions de travail, de vos carrières et de vos compétences, tout en tenant mieux compte des sujétions qui s'attachent à votre métier. Grâce à ce protocole, des réponses fortes ont donc été apportées, à la hauteur de vos revendications légitimes, pour améliorer votre environnement de travail. De nombreuses mesures sont d'ores et déjà entrées en vigueur, notamment en faveur des membres du corps d'encadrement et d'application. Nous respectons ainsi parfaitement la lettre et le calendrier des engagements inscrits au protocole. La réforme des cycles horaires, engagée dès 2014, se poursuit tout en intégrant les contraintes des services et surtout la protection des agents. Je pense notamment aux patrouilles à trois policiers. La mise en œuvre de nouveaux cycles horaires aura lieu d'ici le 30 juin 2017, en tenant compte à la fois des exigences de la législation européenne et, partout où cela s'avèrera nécessaire, de la faisabilité opérationnelle. Il était cependant indispensable d'aller encore plus loin, comme l'atteste le malaise qui s'est exprimé au cours de ces dernières semaines au sein de la Police, après l'attaque de Viry-Châtillon. A cette situation, le Gouvernement a apporté deux réponses principales. Tout d'abord, les concertations inédites organisées par les Préfets aux côtés des Directeurs départementaux de la Sécurité publique. Chaque policier a ainsi pu s'exprimer en toute liberté, transmettre à sa hiérarchie ses attentes, ses revendications, ses critiques aussi. Ensuite, un grand Plan de 250 millions d'euros pour la Sécurité publique, décidé par le Président de la République et le Premier ministre, et annoncé dès le 26 octobre dernier, en cohérence avec l'ensemble des mesures déjà prises. Ce Plan a lui-même été décidé dans un dialogue constant avec les organisations syndicales et en tenant compte des concertations avec les policiers conduites dans chaque département. Sans délai, votre Directeur général, et je l'en remercie, a engagé la mise en œuvre des mesures prévues, des mesures concrètes qui doivent être rapidement traduites dans le quotidien des fonctionnaires. Je pense d'abord au renforcement des matériels. Le déploiement des nouveaux armements et des équipements de protection est d'ores et déjà engagé, notamment concernant les gilets pare-balles porte-plaques et les boucliers balistiques souples pour les unités de police secours. Parallèlement, nous avons poursuivi notre politique volontariste de renouvellement des véhicules et d'adaptation du parc automobile aux missions qui sont les vôtres. 1 540 véhicules sont ainsi prévus en 2017. 280 véhicules adaptés aux missions dans les quartiers sensibles ont également été commandés. L'ensemble de ces équipements sera intégralement livré jusqu'à la fin du premier semestre 2017. Le chef du Service de l'Achat, des Équipements et de la Logistique de la Sécurité intérieure (SAELSI), Michel Vilbois, auquel je veux également rendre hommage, est pleinement mobilisé avec son service pour qu'aucun retard ne soit accusé dans le planning des commandes et des livraisons. Je vais moi-même très bientôt me rendre à Limoges, dans les Ateliers centraux du ministère, pour y constater en personne l'avancée significative de la production de ces nouveaux équipements. Enfin, 16 millions d'euros ont été immédiatement débloqués pour remédier aux situations immobilières les plus urgentes. Nous prenons en outre des mesures pour que les policiers se recentrent sur leur cœur de métier. Nous nous employons ainsi à réduire les fameuses « tâches indues ». Je pense notamment à la fin des gardes statiques, au remplacement, pour accomplir ces missions, des policiers par d'autres personnels, ou bien au passage à une modalité dynamique de surveillance des lieux sensibles. Je vais également prêter la plus grande attention à la question importante des transfèrements et des extractions judiciaires le travail est actuellement en cours avec le garde des Sceaux. Par ailleurs, le Plan pour la Sécurité publique comporte un important volet législatif qui vise à renforcer la protection des effectifs et la sécurité juridique de leurs interventions. Un projet de loi en ce sens a ainsi été déposé au Parlement. Son examen commencera dès la semaine prochaine. C'est là un texte qui correspond absolument aux engagements pris le 26 octobre dernier et qui permet qu'aucun pan de la sécurité n'ait été oublié au cours de ces cinq années. Il repose principalement sur trois évolutions majeures : Tout d'abord, un cadre commun d'usage des armes est défini pour les forces de sécurité, visant à harmoniser les règles applicables et à les adapter aux situations auxquelles vous faites face de plus en plus fréquemment, tout en maintenant le cadre général de la légitime défense. Ce cadre précis, maîtrisé et modernisé, vise à protéger au maximum les forces de l'ordre, dans le strict respect de l'État de droit. Ensuite, afin d'assurer la protection de votre identité dès lors que la révélation de celle-ci constitue un danger, le projet de loi entend vous autoriser, dans les procédures pénales et sous certaines conditions, à vous identifier par un numéro d'immatriculation administrative, en lieu et place de votre état civil. Enfin, nous prévoyons de doubler les peines encourues en cas d'outrage à toute personne dépositaire de l'autorité publique, en les alignant sur celles qui sont prévues en cas d'outrage à magistrat. Vous pouvez donc le constater : nous progressons, et nous le faisons rapidement. Nous vous le devons, nous le devons aux Français, et nous le devons à la République. Mesdames et Messieurs, vous avez choisi de servir une noble institution, présente comme je l'ai dit sur tous les fronts, et vous devez en être fiers. Vous avez choisi un métier particulièrement exigeant, qui se complexifie à mesure des évolutions de la société. Le ministère de l'Intérieur est bien entendu le ministère de la Sécurité. Mais il doit être aussi il est aussi le ministère de la Fraternité, c'est-à-dire celui du lien social, du lien républicain, entre les Français, entre ces derniers et l'État, que vous incarnez par votre présence sur la voie publique et dans toutes les situations où votre intervention est requise. Du triptyque républicain qui constitue notre devise fondatrice, celle-là même qui s'inscrit au fronton de nos mairies, on oublie trop souvent de citer le troisième terme, la Fraternité, qui est pourtant le principe qui donne sens aux deux autres, la Liberté et l'Égalité, et les rend possibles. C'est là un beau mot que celui de Fraternité, d'autant plus fort quand nos ennemis cherchent à nous diviser et à nous dresser les uns contre les autres. Un beau mot, un grand principe, dont je souhaite qu'il enrichisse ceux qui qualifient déjà le ministère de l'Intérieur, tout à la fois ministère des sécurités, de la paix publique, des libertés publiques, de l'administration des territoires et de la démocratie. La force du lien entre la Police et les Français devra donc se trouver au cœur de nos préoccupations dans les semaines et les mois qui viennent. Il y a là un véritable travail de fond à mener, j'en suis convaincu, et c'est, là encore, mon expérience d'ancien élu de terrain dans un territoire en butte à de nombreuses difficultés de cet ordre, qui me conduit à m'exprimer ainsi devant vous. Je sais que nombre de journalistes ont accueilli, avec un sourire au coin des lèvres, les déclarations que j'ai faites, dès mon entrée en fonctions, pour exhorter nos concitoyens à vous adresser des signes de soutien, des gestes de remerciements et de reconnaissance. Eh bien, aujourd'hui, je persiste et je signe. De tels gestes ne sont pas si anodins que certains voudraient bien le croire, même s'ils ne règlent pas à eux seuls toutes les problématiques auxquelles nous sommes confrontés, loin de là. Je crois seulement que, pour renforcer et apaiser les relations entre la police et la population sur l'ensemble du territoire national, on ne peut pas tout attendre des fonctionnaires de police, une telle responsabilité ne doit pas reposer sur leurs seules épaules. Le respect doit en effet se manifester dans les deux sens. C'est là l'une des déclinaisons très concrètes de cette précieuse Fraternité à laquelle nous aspirons tous. À chacune et à chacun d'entre vous, Mesdames et Messieurs, je souhaite les succès professionnels et l'épanouissement personnel que vous méritez. À travers vous, j'adresse mes vœux chaleureux à vos familles et à vos proches, qui vous soutiennent au quotidien. Vive la Police nationale ! Vive la République ! Et vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/461.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/461.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4d09109094f839aaec8bf806dd8d70e79046fe75 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/461.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre et Maire de Dijon, Madame la Préfète, Monsieur le Préfet, Madame et Messieurs les sous-préfets, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Mesdames et Messieurs les élu, Mesdames et Messieurs les chefs de service et les agents de l'Etat, Mesdames et Messieurs les représentants du personnel des préfectures et des sous-préfectures, Mesdames et Messieurs, Je suis particulièrement heureux d'être ici aujourd'hui parmi vous pour me livrer à cet exercice traditionnel, à la fois solennel et convivial, des vœux aux personnels des préfectures et sous-préfectures. C'est là un moment privilégié, lors duquel chacun prend le temps de regarder par-dessus son épaule, pour mesurer le chemin parcouru, avant de tourner son regard vers l'avenir pour entrer de plein pied dans l'année qui s'ouvre. Dans la situation singulière qui est la mienne, à la tête de ce ministère depuis un mois, jour pour jour, c'est évidemment un exercice particulier. J'ai la chance de prendre mes fonctions en bénéficiant immédiatement d'un bilan considérable que me laisse mon prédécesseur, Bernard CAZENEUVE, aujourd'hui Premier ministre. C'est là une grande force. Ce bilan, c'est aussi, naturellement, celui de l'ensemble des préfets et des sous-préfets de France, et c'est, Mesdames et Messieurs, bien évidemment, le vôtre. Ce bilan n'est pas le mien, certes, mais c'est pourtant avec une fierté réelle et pleinement assumée que je l'endosse, me l'approprie et m'engage sans réserve à le faire fructifier en 2017. En un mois, disais-je, j'ai déjà eu le plaisir de rencontrer l'ensemble des préfets de France place Beauvau et c'est là un moment qui restera, pour moi, fondateur de mes premiers pas à la tête du ministère de l'Intérieur, puis de me rendre en préfecture, à Bourges, pour aller, comme je le fais aujourd'hui, à la rencontre des femmes et des hommes qui font vivre, chaque jour et au plus près de nos concitoyens, le grand réseau de l'administration territoriale de l'Etat, ce réseau préfectoral qui constitue la véritable armature de l'Etat dans les territoires. J'y insiste : c'est là pour moi un honneur que d'être à la tête d'une telle administration, qui compte en son sein des professionnels engagés tels que vous. En tant qu'élu local et parlementaire, je connais l'importance du rôle joué par les préfectures et les sous-préfectures, notamment dans l'animation et la coordination des politiques publiques, mais aussi dans l'appui aux élus, la fameuse « ingénierie territoriale ». Je mesure aussi parfaitement l'importance des services que vous délivrez aux usagers, qui sont parmi les mieux connus des Français, parce qu'ils sont ancrés dans leur quotidien. Dans les territoires, les préfets, les sous-préfets et leurs agents préfectoraux sont la voix et le visage de la République. Par leur action quotidienne, VOTRE action, Mesdames et Messieurs, vous êtes les garants de l'unité et de l'indivisibilité de la République, les gardiens de la continuité de l'Etat sur la totalité du territoire national, en métropole comme dans les outre-mer, y compris dans les périodes de crise. Je ne doute pas un instant que la qualité de l'action de l'Etat dans les territoires sera l'un des thèmes des campagnes électorales qui vont s'engager dans les mois qui viennent. Sachons collectivement mettre en valeur cette formidable proximité avec l'Etat qu'offre aux Français le réseau des préfectures et sous-préfectures. L'année 2016 aura, sans doute plus qu'aucune autre, permis de démontrer toute l'étendue des capacités de ce réseau et ce dans l'ensemble des champs de compétence du ministère de l'Intérieur. En 2016, les préfectures et les sous-préfectures se sont pleinement engagées dans la réforme de l'administration territoriale. Celle de l'Etat, mais aussi celle des collectivités locales, donc celle de l'administration territoriale de la République. Aujourd'hui, la réforme de l'administration territoriale se poursuit. Après l'adoption de la Charte de déconcentration, engagée par Bernard CAZENEUVE il y a deux ans, et dont je souhaite dynamiser et défendre la mise en œuvre, nous confortons aujourd'hui notre réseau départemental grâce au Plan Préfectures nouvelle génération (PPNG), sur lequel je reviendrai. A l'échelon infra-départemental, auquel je suis particulièrement attaché en tant qu'élu local, le nombre d'établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) a été réduit de près de 40%. C'est là une réforme historique, menée efficacement grâce à l'engagement du corps préfectoral, mais aussi à la compétence et aux savoir-faire des agents de nos directions des collectivités locales, et plus largement, aux agents des directions départementales des territoires et des directions départementales des finances publiques. Vous avez été nombreux, dans les préfectures et les sous-préfectures, à y contribuer. En tant que ministre des collectivités locales, je tiens à vous en remercier et à vous en féliciter. S'agissant de l'organisation de l'Etat, nous avons profité de cette réforme pour adapter les arrondissements, dont les ¾ ont été alignés sur ces intercommunalités rationalisées et redessinées, en même temps que nous procédons à 6 jumelages et à 2 fusions d'arrondissements, en Loire-Atlantique et dans la Marne. Je souhaite que cette réforme se poursuive dans la sérénité, par étapes, tant je pense qu'il est absolument nécessaire d'adapter notre réseau, pour le préserver. En 2017, je veux donc non seulement voir se concrétiser, sereinement ET rapidement, les évolutions décidées en 2016, mais je veux aussi que de nouvelles évolutions soient envisagées et que le dialogue avec les élus se poursuive pour que tous intègrent cette logique de modernisation continue. En 2016, les préfectures ont également été particulièrement mobilisées sur les grands enjeux de sécurité, et en particulier dans la mise en œuvre de l'état d'urgence. Le rôle des préfectures en la matière est, je le pense, souvent méconnu de nos concitoyens et pourtant il est déterminant. Nombre d'événements festifs ou culturels se sont déroulés sans incident sur le territoire tout au long de l'année en grande partie grâce à cet engagement et au dialogue que vous avez su nouer avec les élus locaux. Votre action a été tout aussi essentielle dans l'animation et la mise en œuvre des dispositifs territoriaux de prévention et de prise en charge de la radicalisation. En 2017, le niveau extrêmement élevé de la menace djihadiste exigera encore de nous une mobilisation sans faille. L'année 2016 a également été marquée par la hausse sensible des flux migratoires. Là aussi, les préfectures se sont retrouvées en première ligne. S'agissant de la mise à l'abri des migrants en besoin de protection, la mobilisation des préfectures a été décisive pour aboutir à la création de 450 centres d'accueil et d'orientation (CAO). Ces centres ont contribué à faire baisser la pression migratoire à Calais et en Ile-de-France. C'est grâce à leur création que nous avons pu conduire l'opération de démantèlement du campement de la Lande. Bien sûr, il y a encore des difficultés : je pense aux manifestations anti-migrants, aux dégradations volontaires de locaux, à l'opposition de certains élus locaux. Je sais que la gestion quotidienne des CAO n'est pas toujours simple et constitue pour les préfets et leurs équipes un point d'attention permanent. Mais je sais aussi que, pour la majorité des centres, cela se passe bien grâce à votre action. Je veux ici remercier l'ensemble des agents des préfectures, auxquels j'associe ceux de l'OFII et de l'OFPRA, qui œuvrent au quotidien pour que la France continue d'être une terre d'accueil à l'égard des femmes et des hommes que les crises internationales et les conflits armés menacent. En 2017, la pression migratoire restera forte, en raison de la persistance des conflits au Moyen-Orient, au Sahel, et en raison des graves déséquilibres économiques qui affectent notre monde. Il nous faudra donc, collectivement, rester mobilisés. Par ailleurs, 2017 sera, chacun le sait, une grande année pour la démocratie française, une année d'intense activité électorale. Elle nécessitera par conséquent un fort investissement des préfectures pour garantir le bon déroulement, dans des conditions optimales de sécurité et de neutralité, de plusieurs échéances majeures : l'élection présidentielle au printemps, les élections législatives à l'été, puis les sénatoriales en septembre. Les bureaux des élections et des cabinets, et le corps préfectoral, vont être pleinement mobilisés. Je veux d'ailleurs remercier l'ensemble des préfectures pour avoir veillé au bon déroulement des primaires de la droite et du centre. Les primaires constituent désormais un rendez-vous incontournable de notre démocratie, il nous faut donc répondre présent pour permettre à nos concitoyens de s'exprimer en toute liberté et en toute sécurité. Comme je l'ai dit, vous l'avez fait pour les primaires de la droite et du centre, vous devrez également le faire pour celles de la gauche. C'est là un rôle essentiel assumé par le ministère de l'Intérieur et les préfectures de département : être les garants de la vie démocratique de notre pays, veiller à l'épanouissement des valeurs de la citoyenneté. En 2017, face à la menace terroriste et dans un contexte de montée des extrémismes partout dans le monde et en Europe même, peut-être cette mission prendra-t-elle une signification plus forte que jamais. Elle devra, en tout cas, se trouver au cœur de notre action. Je veux à présent dire quelques mots du Plan Préfectures nouvelle génération. Il constitue en effet l'une des réformes structurelles du quinquennat. Et ce, précisément, parce que les préfectures et sous-préfectures sont absolument structurantes pour notre pays. Cette réforme, je l'ai déjà dit à Bourges, je veux la concrétiser, la mener jusqu'à son terme. Or c'est en 2017 que nous la mettons pleinement en œuvre. Nous sommes désormais entrés pleinement dans sa phase opérationnelle. Elle doit aboutir, cette année, à la création de 58 centres d'expertise et de ressources titres (CERT) et de 8 pôles d'appui juridique. Ce sont deux de ces 8 pôles d'appui juridique, les fameux PAJ, ceux de Dijon et d'Orléans, que je suis venu installer aujourd'hui. J'ai eu le plaisir d'échanger tout à l'heure avec les agents qui les composent. Je sais que le service rendu par ces structures, pourtant toute jeunes, est d'ores et déjà à la hauteur des espérances et je suis convaincu que leur montée en puissance en 2017 continuera de démontrer leur efficacité au service de l'expertise juridique des préfectures. Aussi suis-je tout particulièrement heureux de pouvoir vous annoncer ici aujourd'hui que j'ai retenu deux nouvelles candidatures dont la qualité m'a particulièrement convaincu : il s'agit de celle de la préfecture des Bouches-du-Rhône qui verra donc s'installer en son sein un pôle dans le domaine de la responsabilité et du concours de la force publique, ainsi que de celle de la préfecture de la Haute-Vienne qui accueillera quant à elle un pôle compétent en matière de contentieux statutaire et de ressources humaines. Je saisis cette occasion de circonstance pour adresser à ses services tous mes vœux de pleine réussite dans leurs missions au bénéfice de l'ensemble des préfectures. Leur installation dès ce début d'année démontre bien notre volonté de renforcer d'ores et déjà nos missions prioritaires, en parallèle de la révolution de la délivrance des titres. 2017 est donc bien l'année de la concrétisation du PPNG. Le PPNG constitue également, je veux le souligner, un véritable progrès pour les usagers. Je pense aux potentialités offertes par l'outil numérique et la dématérialisation pour simplifier les démarches et la vie quotidienne de nos concitoyens. Loin d'éloigner l'Etat des territoires, cette réforme, au contraire, doit l'en rapprocher et y renforcer sa présence. Nous maintiendrons d'ailleurs 200 emplois à cette assistance de proximité. La préservation de la proximité et l'accompagnement des Français constituent en effet deux de nos objectifs essentiels dans la mise en œuvre de cette réforme. J'en veux pour preuve le réseau des points numériques et des espaces d'accueil numériques en cours de déploiement dans les préfectures, sous-préfectures, maisons de l'Etat et maisons de services au public, dont l'un des premiers a été installé ici même à Dijon comme j'ai pu le constater tout à l'heure. Ce sujet de proximité est une préoccupation, je le sais, très forte parmi les maires ici présents. Aussi, je veux leur adresser un court propos. Comme vous le savez, la procédure de délivrance des cartes nationale d'identité va être alignée sur celle des passeports : elle va donc emprunter les mêmes circuits de recueil des demandes et s'appuyer sur le même réseau de communes. Les conséquences sont très claires : alors que toutes les mairies sont aujourd'hui point d'accueil pour la délivrance de ce titre, elles ne seront plus que 2100 à l'être demain, ce qui correspond à peu de chose près à la maille intercommunale telle qu'elle vient d'être redéfinie. Je sais que cette évolution suscite des inquiétudes et qu'une partie des mairies déplore ce qu'elle perçoit comme la perte de l'une de ses missions symboliquement forte. Je comprends cette crainte et je sais combien il importe aux élus de préserver les liens qui les unissent à leurs administrés. Je partage cette préoccupation. Aussi, je voudrais apporter plusieurs réponses à cela. La première est que la réforme doit offrir à toutes les communes volontaires, qu'elles aient ou non un dispositif de recueil, la possibilité de proposer à leurs administrés un nouveau service d'aide à la demande de titres. Ces communes pourront ainsi accompagner ceux de leurs administrés qui sont le plus éloignés du numérique, dans leurs démarches de pré-demande en ligne. La seconde réponse, c'est que ces mairies pourront aussi accueillir temporairement un dispositif de recueil mobile : une centaine de ces installations va être répartie sur le territoire national, pour faciliter la réalisation des démarches des usagers les moins mobiles, et qu'il est hors de question de laisser au bord du chemin. L'ensemble du maillage des communes françaises reste donc essentiel dans le processus de délivrance des titres d'identité et de voyage et nous continuerons de nous appuyer sur toutes les bonnes volontés pour accomplir cette mission, et je sais qu'elles sont légions parmi les maires de France. Je constate que dans les Yvelines, premier site pilote qui teste la réforme des CNI et des passeports depuis le 8 novembre, nombreuses sont les communes qui ont fait le choix de continuer à accueillir les usagers, et à ce stade, la réforme se passe au mieux, ce qui est de parfait augure en vue de la généralisation qui vous concernera ici fin février. Cette réforme est aussi, dans sa conception, et elle le sera dans sa mise en œuvre, une véritable chance pour les agents des préfectures et sous-préfectures. C'est d'abord et avant tout une chance sur le plan collectif, parce que cette réforme vous assure, Mesdames et Messieurs, un avenir dans lequel vous pouvez avoir pleinement confiance. Ce plan lève durablement les incertitudes et met un terme aux spéculations concernant l'avenir de notre réseau. Il redonne ainsi du sens et fixe un cap tout en redonnant aux services leur pleine capacité d'action. Sur le plan de l'épanouissement professionnel individuel, le PPNG, c'est aussi la perspective d'évolutions de carrière prometteuses. Je sais que les efforts déployés en termes d'accompagnement des personnels sont exceptionnels, à la fois pour offrir de réelles possibilités de promotion mais aussi pour sécuriser les parcours. Le PPNG, c'est enfin la perspective de meilleures conditions de travail, avec des équipes renforcées là où cela est nécessaire, et des moyens mieux adaptés et plus performants. En disant cela, j'ai bien conscience de l'impatience qui peut s'exprimer, ici ou là; cette impatience est positive, elle est saine, parce qu'elle témoigne d'une forte adhésion à cette dynamique de progrès, ainsi qu'un véritable désir de changement. Cependant, une réforme d'une telle ampleur prend nécessairement un peu de temps pour produire tous ses effets. Il y faut plus que seulement quelques mois. Le réseau des préfectures et sous-préfectures emploie 26 000 agents et sur le seul territoire métropolitain, dans près de 350 implantations sur le territoire métropolitain. C'est là une grande maison et il faut du temps pour mettre en œuvre des projets aussi structurants, et ce temps est au surplus absolument nécessaire pour que la réforme soit mise en œuvre dans la sérénité et que chaque agent voit sa situation prise en compte. Mesdames et Messieurs, je veux à nouveau vous remercier très chaleureusement pour le très grand engagement avec lequel vous accomplissez vos missions quotidiennes. Vous l'aurez compris, 2017 sera une année riche mais je sais pouvoir compter sur votre engagement pour relever les défis auxquels nous ferons face. Je souhaite au réseau des préfectures et des sous-préfectures, à l'ensemble des personnels qui le font vivre, aux préfets et sous-préfets, une excellente année 2017. Je vais à présent avoir le plaisir de remettre la Médaille de la préfecture à quatre agents qui l'ont quittée pour une retraite bien méritée : M. François de la GRANGE, M. Gérard DUPART, M. Guy TELL et M. Régis VIROT. Monsieur DUPART, Madame la Préfète a vanté vos mérites, qui sont manifestement grands. Aussi, je veux vous remercier pour le travail que vous avez effectué durant toutes ces années et qui a contribué à la fonction de représentation dont sont investis les préfets et sous-préfets, et par là même à l'image de l'Etat. A travers vous, c'est l'ensemble des personnels de résidence que je veux saluer, qui ne le sont pas assez fréquemment. Au ministère de l'Intérieur, dans les préfectures et les sous-préfectures, il n'y a pas de « petites missions » : chacun joue son rôle, assume ses fonctions, remplit la tâche qui lui incombe, au service de l'Etat et de la République. C'est ainsi que tous, nous contribuons à assurer la force de notre réseau et l'efficacité de l'Etat. Aussi, que vous soyez, avec vos collègues et tous les agents ici réunis, en charge de missions de soutien, qu'il s'agisse de logistique ou de gestion des ressources humaines, d'action sociale ou de gestion budgétaire ; que vous traitiez des élections que vous soyez en charge de l'accueil des étrangers ou que vous vous apprêtiez à intégrer des pôles d'appui juridique ou des Centres d'expertise et de ressources titres (CERT) ; que vous soyez en charge du courrier, de la coordination interministérielle, de la gestion des archives, des travaux de reprographie, ou bien de la gestion des dotations et des relations avec les collectivités locales ; que vous traitiez de dossiers environnementaux, de polices administratives, des armes, de questions de sécurité, de distinctions honorifiques ou d'affaires réservées, ou encore de communication ; que vous soyez conducteurs ou agents d'entretien : tous, je dis bien tous, vous avez un rôle indispensable à jouer. Voilà pourquoi je vous exprime, à tous, la même reconnaissance. Je n'oublie pas les informaticiens et les standardistes, qui sont par construction d'une grande disponibilité et permettent eux aussi d'assurer la permanence de l'Etat, celle qui fait la grandeur de notre institution, de notre ministère, celle qui fait que le ministère de l'Intérieur est le ministère de l'Etat. Jamais la France n'a eu autant besoin de pouvoir s'appuyer sur une colonne vertébrale solide, rigoureuse, solidaire, au service de la France et des Français. Aussi, je veux vous adresser, à vous et à vos proches, mes vœux les plus chaleureux et sincères. Je forme surtout un vœu de confiance en l'avenir : pour vous, pour les Français et pour notre pays. La confiance que devez incarner rejaillira mécaniquement sur celle qu'éprouvent les Français à l'égard de leur pays. Or je veux que notre ministère inspire la confiance. Je vous souhaite par conséquent d'être heureux au travail. Je souhaite aussi que chacun d'entre vous fasse vivre notre triptyque républicain dans les missions du quotidien. Et je pense tout particulièrement à ce principe trop souvent oublié, et pourtant fondamental, je veux parler de la Fraternité, celle-là même qui donne sens et rend possibles la Liberté et l'Egalité. Vive la préfecture et les sous-préfectures de la Bourgogne-Franche-Comté, vive le réseau préfectoral, vive la République et vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/462.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/462.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3ee976ff6b5829c6b0878039396b936d2f7008f9 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/462.txt @@ -0,0 +1 @@ +Introduction Ce n'est pas sans émotion que j'ouvre cette 1ère conférence internationale avec vous et je le fais avec une émotion d'autant plus intense que je revois les images de ces attentats qui me reviennent comme si c'était hier. La tuerie à Charlie Hebdo, l'assassinat de la policière Clarissa Jean-Philippe à Montrouge, la prise d'otage sanglante de l'hyper-cacher à Vincennes….et puis, après la stupeur et la colère, cette foule rassemblée place de la République à Paris et cette marche du 11 janvier où le monde entier est venu dire sa peine, sa solidarité, et son admiration. Admiration d'un pays, la France, qui incarne le combat pour la liberté. Alors oui, aujourd'hui, je suis émue quand je repense à cette foule silencieuse rassemblée partout en France, à ces innombrables bougies, à ces peluches déposées, à ces messages d'amour à ceux qu'on a tant aimés, à ces fleurs qui jonchaient le sol partout sur les lieux du crime infâme. Hélas, ce 9 janvier 2015, nous ne savions pas que nous allions revivre l'abomination et que chaque mois allait apporter son lot d'attaques terroristes : les attaques de Tripoli, de Bamako, du musée du Bardo à Tunis, de Villejuif, de Saint Quentin Fallavier ; l'attaque du Thalys, celle du Bataclan, des terrasses et du Stade de France. En 2016, ce furent les attentats à Marseille, à Ouagadougou, à Grand Bassam, à Bruxelles, à Gao, à Magnanville, à Nice le 14 Juillet, à Saint-Etienne du Rouvray, au marché de noël de Berlin puis à Istanbul le 31 décembre dernier. Et les premiers jours de 2017 n'ont pas été épargnés : Bagdad, Izmir, et hier, Jérusalem ont été touchés par la violence aveugle et impitoyable. Ainsi, depuis janvier 2015 ce sont 255 ressortissants français morts du terrorisme dont 17 sont décédés à l'étranger. C'est plus qu'entre 1945 et 2015. Nous sommes entrés dans une sombre période, inédite en France et dans le monde : celle des années noires du terrorisme islamiste. Unis face au terrorisme, - nous devons à présent l'être pour aider les victimes, -toutes les victimes-, à se relever pour retrouver le gout de vivre. Touchés dans notre chair, dans notre âme, nous devons nous unir pour être plus forts dans l'adversité. Notre vulnérabilité est immense, parce que les populations civiles sont menacées et sans armes face à un acte terroriste. Alors l'Union de tous les pays du monde, de toutes les populations civiles qui aspirent à vivre en paix et sereinement, sera le premier des remparts contre « cette barbarie à visage humain » qui retrouve, hélas, une certaine actualité. Notre responsabilité, en ce lundi 9 janvier 2017, est donc historique : nous devons élaborer et construire ensemble, avec vous tous qui représentez plus de trente pays, une politique internationale de l'aide à toutes les victimes. Quelle sera notre méthode ? Pour bâtir une coopération internationale ambitieuse, nous devons commencer par mieux nous connaître. Nous examinerons donc les dispositifs publics d'aide aux victimes dont chacun d'entre nous dispose et identifierons ensemble les plus efficaces d'entre eux. Cette étape est nécessaire pour mutualiser nos savoirs et nos savoir-faire, identifier nos axes d'amélioration respectifs et enfin tracer les pistes d'une convergence politique nouvelle. Pour notre part, en France, depuis Louis XIV, les citoyens entretiennent un rapport à l'Etat quasi sentimental où, en cas de drame, la puissance publique se doit d'être présente partout et pour tous. L'exigence à l'endroit du politique y est immense : il n'a pas le droit à l'erreur et doit assurer un soutien moral plus encore qu'une solidarité matérielle. Nulle part ailleurs qu'en France, le besoin de « service public » n'est aussi marqué. Nulle part ailleurs l'Etat n'est autant la cible des attentes et des rancœurs irrationnelles parfois. Dans notre pays, « L'Etat protectionnel » se doit donc d'être efficace, multidimensionnel dans son intervention, mais à la bonne distance pour laisser à chacun la liberté de le solliciter ou pas. La France en avait posé les premiers jalons au début des années 80 avec Monsieur Robert Badinter qui nous fait l'honneur de sa présence aujourd'hui et s'exprimera dans un instant. Il a consacré une grande part de sa vie publique à l'amélioration de l'aide aux victimes d'infractions pénales, et à celles des accidents de la route. Il eut la préscience et l'audace d'accorder la place qui lui était due à la société civile ; parce que sur ce sujet plus qu'aucun autre, les acteurs de terrain et les associations sont légitimes à accompagner ceux qui en ont le plus besoin. L'aide aux victimes de terrorisme fut aussi vécue et incarnée, depuis près de trente ans aujourd'hui, par Françoise Rudetzki, qui nous rejoindra cet après-midi. Elle est à l'origine de la création, en 1986, du fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions qui garantit la réparation intégrale des préjudices. Infatigable, elle nourrit quotidiennement notre réflexion pour améliorer encore la prise en charge des victimes. Enfin, je veux citer la remarquable prémonition de Jacques Chirac qui confia dès 2003 à Nicole Guedj, présente également parmi nous, un secrétariat d'Etat chargé de l'aide aux victimes, rattaché au ministère de la Justice. Puis, en février 2016, le président de la République et le Premier ministre ont décidé de créer un secrétariat d'État chargé de l'aide aux victimes qui, rattaché au Premier ministre pour la première fois, a permis d'asseoir un positionnement interministériel indispensable à une prise en charge globale des victimes. Nous œuvrons ainsi, depuis presque un an, à la mise en place d'un service public de l'aide aux victimes qui permet une prise en charge de l'ensemble des difficultés rencontrées dans les différents aspects de la vie quotidienne. Cela suppose d'avoir une action avant, pendant et après le drame : Avant : protéger les personnes et les biens, éviter la radicalisation ou la mise en danger des personnes, anticiper les menaces et limiter les risques. Pendant : réagir dans l'urgence, coordonner les secours sanitaires, mettre en place les alertes nécessaires, informer la population. Après : soutenir chaque victime, l'accompagner dans la durée, faire respecter ses droits, faciliter sa résilience et élaborer une véritable stratégie de la mémoire. L'essentiel de notre action est de simplifier et d'humaniser les procédures d'aides aux victimes. J'ai créé ainsi un guichet unique de l'aide aux victimes : au niveau national, (avec le comité interministériel de suivi des victimes) sur internet bien sûr et dans les territoires. Depuis le 3 août, ont été créés les comités locaux de suivi des victimes depuis l'été dernier. D'ici à la fin de ce quinquennat, je veux que chaque département dispose de son comité local de suivi des victimes. Lors de la commission d'enquête parlementaire sur les actes terroristes du 13 novembre 2015, tous les parlementaires français, unanimes, ont affirmé le besoin de pérenniser l'action que nous avons menée au secrétariat d'Etat. C'est aujourd'hui chose faite puisque je vais créer, avant la fin du mois de janvier, une administration dédiée à l'aide aux victimes. Ce service administratif, à compétence interministérielle et transversale, n’a, à ma connaissance, pas d'équivalent dans le monde. Mais que serait une politique d'aide aux victimes limitée à un seul pays quand les attentats concernent la plupart des pays du monde d'aujourd'hui ? Les dangers et les réponses qu'exige l'aide aux victimes ne sont plus l'affaire d'un seul pays. Les victimes n'ont pas de frontière, chacun le sait désormais. Le soir du nouvel an, à Istanbul, une française est décédée et quatre autres ressortissants ont été blessés physiquement. A Nice, 37 étrangers, de 19 nationalités différentes ont été touchés le jour de notre fête nationale. Si tous les Etats ne sont pas frappés de la même manière sur leur territoire, tous sont pourtant concernés. Une nation isolée ne peut agir efficacement si elle reste seule. Nos regards doivent donc embrasser une « politique intérieure mondiale », pour reprendre le mot d'Habermas, où la coopération, l'entraide, la solidarité sont les maîtres mots d'une action commune. Certes, les linéaments d'une politique internationale de l'aide aux victimes ont commencé à germer voici trois décennies, via notamment l'action des Nations-Unies et la structuration de réseaux associatifs ou d'experts au niveau européen et international. L'Europe s'est également saisie de cette question, comme en témoigne la directive européenne sur la lutte contre le terrorisme qui comporte plusieurs mesures en matière l'accompagnement des victimes de terrorisme. Ce n'est qu'un début, il faut aller plus loin plus vite. Présentation de la journée C'est l'objet de cette conférence internationale, pour laquelle j'ai voulu réunir aujourd'hui des experts, juristes, médecins, secouristes, associations de victimes ou d'aide aux victimes, philosophes, Français et étrangers, tous venus d'horizons divers, tous acteurs de l'aide aux victimes. Ils se réuniront autour de cinq tables rondes thématiques : La première table ronde, consacrée à la place des victimes dans la société, permettra de comprendre dans quelle mesure l'évolution de l'aide aux victimes et la mémoire collective de chaque pays s'inscrivent dans une histoire particulière, marquée par une sensibilité accrue aux risques et aux vulnérabilités. Une sensibilité qui se nourrit de la couverture médiatique des événements traumatiques ; c'est la raison pour laquelle j'ai souhaité que la seconde table ronde de la journée porte sur les médias, dont la responsabilité n'est pas sans soulever de nombreuses questions : liberté d'expression, place des témoins, droit à l'information de tous, droit à l'image et au respect de la dignité des victimes. Les tables rondes de l'après-midi seront consacrées aux aspects pratiques de la prise en charge des victimes. La prise en charge des victimes commence quelques instants après le drame. C'est la phase d'urgence, une phase cruciale et qui exige une parfaite préparation et coordination des acteurs. Une phase d'autant plus importante qu'elle a un impact direct sur la phase de suivi. J'ai voulu que la troisième table ronde de la journée lui soit consacrée. La qualité de l'aide aux victimes se joue en effet dès les premières minutes après la survenance du drame. La prise en charge des victimes s'inscrit ensuite dans la durée : la phase de suivi fera l'objet de la quatrième table ronde. Elle constitue le coeur de la politique d'aide aux victimes et doit permettre de répondre à une grande diversité de besoins : prise en charge matérielle, indemnisation et accompagnement sanitaire et social des victimes. Enfin, j'ai souhaité consacrer la cinquième table ronde à l'accompagnement psychologique des victimes car c'est sans doute un des aspects les plus importants dans la voie de la résilience et c'est encore trop souvent le parent pauvre de l'aide aux victimes. Nous devons, sur cette question, progresser collectivement pour offrir aux victimes les réponses les plus complètes, les mieux adaptées et les plus durables. A l'issue de ces débats, le travail scientifique et intellectuel sera complété par l'expression des ministres Espagnol, Luxembourgeois, Hongrois, Roumain, Belge, Ivoirien, Estonien, Britannique et Canadien venus présenter leur vision de l'aide aux victimes pour aujourd'hui et pour demain. Il est essentiel en effet que le développement des connaissances se traduise, in fine, par une parole et une action politiques en faveur des droits des victimes : ce sera l'objet de la dernière table ronde. Conclusion Mesdames et Messieurs, Chères, Chers amis, Notre journée est un moment de travail. Mais elle est aussi un symbole, fort, et qui portera, loin je l'espère, son message. Si j'ai voulu organiser cette première conférence internationale c'est parce que j'ai vu dans toute son évidence la nécessité d'engager une politique ambitieuse et collective pour faire face aux multiples vulnérabilités du monde de demain. J'en profite pour remercier l'ensemble des acteurs qui oeuvrent au quotidien pour l'aide aux victimes. Car depuis deux ans, professionnels et bénévoles, pouvoirs publics et société civile, n'ont pas ménagé leurs efforts. Services de l'Etat, collectivités territoriales, associations, mais aussi particuliers je pense en particulier aux aidants : vous entendrez certains de leurs représentants tout au long de cette journée et je veux saluer ici leur action modeste et noble en même temps. Demain, si nous sommes préparés mais également coordonnés, alors nous pourrons être fiers, mesdames et messieurs, de ces fondations posées ensemble, et nous aurons été à la hauteur de nos responsabilités. L'écrivain George Orwell plaçait son espoir dans la capacité des peuples à exercer une décence ordinaire, celles des femmes et des hommes de bonne volonté. Notre présence ici atteste déjà notre désir d'œuvrer ensemble. C'est donc convaincu de partager avec vous un idéal, le sens des responsabilités, et celui des réalités, que j'ouvre cette conférence internationale de l'aide aux victimes. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/463.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/463.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..be420b6c2cfe5f4146cd52eb6fc994a482cc405e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/463.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le secrétaire général, Mesdames et Messieurs les directeurs d'administration centrale, Monsieur l'inspecteur général de la justice, Mesdames et Messieurs, La cérémonie des vœux est régulièrement l'occasion de tirer un bilan de l'année écoulée et de prendre des résolutions pour celle qui débute. C'est donc un exercice délicat car dès demain, son contenu va subir l'épreuve des faits. C'est pour cela que je souhaite être mesuré, convaincu par ailleurs que celui qui déplace les montagnes est celui qui sait commencer par enlever les petites pierres. Le secrétaire général vient de rappeler l'essentiel de votre action. Il m'appartient donc d'abord de vous remercier. Pour le temps que vous avez consacré au service de nos concitoyens. Pour l'énergie que vous avez déployée pour la concrétisation de politiques publiques. Pour les compétences que vous avez mobilisées dans l'accompagnement du travail législatif conduit par le ministère. Merci d'avoir été les rouages efficaces d'une Administration centrale qui a montré ici l'essence même de sa fonction. Merci d'avoir permis la concrétisation d'engagements pris devant nos concitoyens. Merci d'avoir quotidiennement agi pour que le service public de la justice soit une réalité pour tous. Depuis un an, j'ai pu mesurer combien la réalité de votre travail était méconnue. Pire, elle est souvent l'objet de préjugés exaspérants ! De Saint-Malo à Nouméa, de Mulhouse à Foix, d'Angers à Nice, je ne compte plus le nombre de fois où j'ai entendu des observations matinées d'irritations. « On essaie d'agir, Monsieur le ministre, mais franchement, ce serait plus simple si la centrale décidait de nous simplifier la vie plutôt que de s'acharner à nous la compliquer » ! « On va y arriver, Monsieur le ministre, mais ce serait plus facile si la Direction des services judiciaires (DSJ) (ou la Direction de l'administration pénitentiaire (DAP), ou ...) ne nous bombardait pas d'autant de circulaires, qui ne servent à rien » ! Et je n'oublie pas, des sarcasmes quand je croise un magistrat revenu dans un tribunal ou un personnel dans établissement après un passage ici et dont les collègues me lance souvent goguenard « il est enfin revenu travailler » ! Einstein disait qu'il est « plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé » Je ne sais s'il a raison mais je peux témoigner que la réalité du travail que vous accomplissez quotidiennement mérite d'être toujours mieux expliquée ! Ce que j'ai fait en 2016 et que je vais poursuivre en 2017 pour une raison évidente : sans vous, nous n'aurions pas pu engranger tous les résultats que vient de rappeler le secrétaire général. Mon premier vœu est donc de vous souhaiter que vous puissiez continuer à remplir vos missions dans les meilleures conditions possibles. Je sais que le regroupement du secrétariat général et de plusieurs directions (administration pénitentiaire, services judiciaires, protection judiciaire de la jeunesse), ici, au site Olympe de Gouges a pu poser des problèmes pratiques liée à l'éloignement et donc au temps de trajet. Certains d'entre vous me l'avaient immédiatement dit quand j'avais découvert tous les étages de ces bâtiments, il y a un an. Je l'entends encore régulièrement au hasard de réunions, place Vendôme, auxquelles participent certains d'entre vous et qui me rappellent la distance qui séparent les deux lieux. Mais je constate aussi combien la présence sur un même site facilite la préparation du travail que les directions doivent conduire ensemble. Je n'ignore pas, et je l'ai même constaté quand il m'est arrivé de réunir ici tous les directeurs, que tout n'était pas encore parfait. On m'a récemment alerté sur des problèmes de réglages de température. J'ai aussi été informé de la situation tendue voire complexe à laquelle sont confrontés certains services en raison des vacances préjudiciables de poste. Nous ne parviendrons à régler ce point lancinant qu'en rendant attractif le passage en centrale. C'est un chantier complique qui ne dépend pas que de nous, mais que je crois stratégique si le Ministère veut disposer de la meilleure expertise. Et puis surtout, j'ai à cœur votre sécurité. Je vous confirme l'engagement personnel du préfet de police et la vigilance de ses services. Mesdames et messieurs, 2017 va voir se concrétiser une réforme du secrétariat général à laquelle je travaille depuis plusieurs mois. Ses objectifs sont assez simples : Renforcer les capacités de pilotage stratégique et de modernisation du ministère pour une approche des sujets plus transversale ; Améliorer le service apporté aux directions et à leur réseau, notamment en matière de ressources humaines et d'informatique ; Renforcer la mutualisation des fonctions-support (immobilier, contentieux, achats, informatique, statistiques, etc...), parce que leur dispersion continue à nous fragiliser. Pour concrétiser ces trois objectifs, nous allons procéder à la réorganisation du secrétariat général sur la base d'une logique fonctionnelle et à la clarification de la gouvernance entre les directions et le secrétariat général pour garantir cette transversalité, C'est pour cela que j'ai décidé de faire figurer dans le budget 2017, des créations d'emplois au profit du secrétariat général. Elles permettront d'organiser les équipes pour mener à bien ces fonctions nouvelles, au-delà des transferts d'emplois, qui pourront accompagner des regroupements de compétences. Monsieur le secrétaire général, nous avons souvent parlé de ces orientations générales. Je l'avais d'ailleurs fait aussi avec votre prédécesseur qui avait commencé à préparer avec compétence cette réforme importante. Elles sont maintenant validées et je vais très vite rendre les arbitrages plus détaillés qui en découlent. Il faut maintenant que les organisations syndicales soient associées et que tous les agents soient informés. Je souhaite donc qu'avant la fin du mois, la meilleure information puisse être faite de cette réforme. Et que les textes nécessaires soient finalisés en février, pour une mise en place concrète de la réforme en mars 2017. Cette évolution doit aussi être l'occasion pour chaque direction de faire dans le même calendrier les réformes internes qui lui semblent nécessaires. Les directeurs savent qu'ils peuvent me faire des propositions. Par exemple, je me réjouis de l'avancement des travaux au sein de la direction de l'administration pénitentiaire, afin que soit créée dès le 1er février la sous-direction qui va porter le renseignement pénitentiaire, la lutte contre la radicalisation et la réforme des extractions judiciaires. Mesdames et messieurs, le renforcement de l'administration centrale n'est pas, pour moi, un objectif en soi. Ce n'est pas un exercice de mécano. C'est simplement la concrétisation d'une conviction : parce que ce ministère occupe dans la société une place centrale, il doit en permanence renforcer son efficacité. C'est dans le même esprit que j'ai fait des moyens du ministère mon unique obsession. Si ce ministère, si les directions qui le composent ne fonctionnent pas bien, si le service public de la Justice est altéré alors c'est la cohésion sociale qui est menacée. Le budget vote va dans la bonne direction, nous allons continuer à créer des emplois, nous pouvons conduire des opérations immobilières à un niveau satisfaisant et les crédits de fonctionnement sont en hausse notable. Il faudra maintenant veiller, et les directeurs connaissent ma vigilance constante sur ce point, à bien exécuter cette loi de finances. Rien ne serait pire que d'afficher un budget convenable et que ne pas parvenir à améliorer sensiblement la vie de nos concitoyens. C'est la raison d'être d'une administration comme la notre ! Aucun de nos concitoyens ne vient dans un palais de justice, dans un établissement pénitentiaire, ou dans une unité de la protection judiciaire de la jeunesse par envie ! Notre mission est celle de la protection des libertés et de la préservation des droits. Cette soif de justice ne sera jamais assouvie, c'est dire notre obligation d'action. Ensemble, ici, quelle que soit notre fonction, notre responsabilité, nous travaillons au service d'une même cause : l'œuvre de justice. Ce n'est pas seulement un enjeu démocratique, c'est un enjeu de civilisation. On n'a rien inventé de mieux que la Justice pour mettre fin à la vengeance. On n'a rien inventé de mieux que la Justice pour apaiser les relations humaines et reconstruire des possibilités d'avenir. On n'a rien inventé de mieux que la Justice pour que l'Homme ait envie d'être autre chose qu'un loup pour l'Homme ! Voltaire disait que « l'enthousiasme est une maladie contagieuse » Alors, pour 2017, j'émets le vœu que nous attrapions tous cette belle maladie et qu'elle soit notre aiguillon pour réussir toutes nos missions ! Bonne année à tous et bonne galette des rois ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/464.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/464.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8d26409216a136b9b01847b8db6342abbca16174 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/464.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le Président. Monsieur le ministre, vous avez la parole. M. Kanner. Merci. Je constate qu'ici ce sont les membres qui cèdent la parole aux invités, en général c'est le rôle du Président ! Je vous taquine, cela me permet de voir que vous travaillez dans un esprit moins formel - et pourquoi pas et tant mieux ! - que dans d'autres assemblées comme celle que je vais rejoindre pour les questions d'actualité au gouvernement, à l'Assemblée nationale et où le Premier ministre souhaite vraiment dans cette période particulière de fin de session parlementaire et de fin de quinquennat que les ministres soient, comme on dit, « au banc ». J'ai été très heureux d'écouter la présentation de ce très beau projet d'avis. J'y reviendrai longuement dans mon intervention. « La relève, osons la jeunesse ! » C'est un petit ouvrage que j'ai commis à la Fondation Jean Jaurès. Il est disponible en ligne et, ce, gratuitement maintenant. Mais c'est vrai qu'il faut savoir, sinon renverser la table, du moins faire bouger les lignes. Merci, monsieur le président du Conseil économique, social et environnemental, de me permettre d'intervenir aujourd'hui devant vous. Je voudrais remercier Mme la rapporteure, Danielle Even, et M. le rapporteur, Bertrand Coly, un des cofondateurs du Forum français de la jeunesse - il faut le rappeler - en 2012, sauf erreur de ma part, saluer les membres du Conseil économique, social et environnemental - je reconnais beaucoup d'amis dans cette instance importante - et remercier Tonya Courselle et Mylène Osmond pour leur expression de fin de présentation. Je voudrais aussi vous dire le plaisir qui est le mien de voir cette phrase, que je cite : « Je souhaite que la jeunesse soit perçue en tant qu'actrice à part entière du monde rural ; elle doit se voir et être vue comme un élément moteur de la construction des solutions », dans la lettre de « commande » de ce projet d'avis, de Manuel Valls, en date du 19 juillet 2016. Même si, par définition, un projet d'avis en assemblée plénière est toujours réducteur, on retrouve là tout le dynamisme, toute la sagacité, toute la pertinence des analyses du Conseil économique, social et environnemental parce qu'il est composé effectivement de « sachants » - permettez-moi l'expression - capables d'exprimer, notamment pour ce qui nous intéresse aujourd'hui, la position des territoires, du territoire rural en particulier. Mesdames et messieurs, monsieur le président, c'est un plaisir que de me retrouver devant vous, parmi vous, et c'est un honneur pour moi de vous apporter ainsi la réponse du gouvernement au projet d'avis que les rapporteurs viennent de nous présenter en assemblée plénière. Je tiens avant tout à remercier vos rapporteurs, à les féliciter pour l'excellent travail qui a été le leur, dans un temps réduit - toujours trop réduit, diront certains - mais c'est l'occasion pour nous de faire avancer un minimum de dossiers. À travers ce projet d'avis soumis à délibération ce jour, vous nous rappelez l'importance d'améliorer les conditions de vie des jeunes et de n'en laisser aucun à l'écart. Le diagnostic est assez flagrant ainsi que les deux témoignages présentés à la fin de votre intervention. Deux ans jour pour jour après la mobilisation citoyenne du 11 janvier 2015 - nous sommes le 11 janvier 2017 - qui a montré au monde la force et la capacité de résilience de la société française, il est en effet plus que nécessaire, plus que jamais, de nous souvenir que la République doit pouvoir s'adresser à tous ses enfants, à tous ses territoires et les traiter également ; je dirais même les traiter de manière équitable. Savoir donner plus à ceux qui ont moins d'opportunités, c'est aussi cela, le sens de la promesse républicaine. Les territoires ruraux ont trop souvent été oubliés, voire ignorés. C'est l'objectif du Gouvernement depuis 2012 que de replacer les campagnes au cœur du projet pour la France et de permettre à chaque citoyen un égal accès aux services, et finalement, de voir reconnaître la ruralité comme une partie intégrante de l'ADN de la République. Après les Assises de la ruralité en 2014 et les trois comités interministériels, ce sont plus d'une centaine de mesures concrètes concernant tous les aspects de la vie quotidienne qui ont été engagées. Je voudrais saluer l'action de mon collègue Jean-Michel Baylet, qui ne peut être présent parmi nous - je salue son directeur-adjoint de cabinet - parce que Jean-Michel est vraiment un acharné de la défense de la ruralité et j'y reviendrai aussi à propos de certaines mesures qui ont été portées par ses prédécesseurs et par lui aujourd'hui. Je pense à l'accès aux services et aux soins, à la téléphonie mobile, au numérique, au renforcement de notre activité économique, au développement des mobilités, ou encore, à la promotion de la transition énergétique. Je voudrais ici saluer en particulier la création, non pas d'un nouveau corps de l'État, mais d'une nouvelle équipe, d'une nouvelle task force de l'État, la création des référents ruralité dans chaque département, qui seront finalement l'équivalent des sous-préfets en charge de l'action de la politique de la ville. C'est une manière de conforter la présence, la structuration de l'État dans les territoires ruraux, et je ne doute pas que ces référents ruralité auront aussi à cœur de mettre en œuvre tout ou partie des préconisations de votre rapport. Parallèlement, c'est une véritable révolution des politiques publiques de jeunesse qui a été réalisée sous l'impulsion du Président de la République qui, vous le savez, en a fait sa priorité : « priorité jeunesse ». Ce plan, vous le connaissez d'autant mieux qu'il s'est largement inspiré, Monsieur le Président, de votre avis sur Droits formels/droits réels : améliorer le recours aux droits sociaux des jeunes, adopté le 12 juin 2012 par votre assemblée. Si certains doutent encore de l'utilité du Conseil économique, social et environnemental, pour ce qui me concerne, en tant que ministre, en cette fin de quinquennat, je puis vous dire que votre assemblée a parfaitement joué son rôle en proposant, et surtout, en vérifiant que ces propositions ont pu devenir, pour nombre d'entre elles, une réalité politique dans notre pays, dans notre paysage législatif et réglementaire français. La philosophie qui nous a animés se rappelle en quelques messages prioritaires : - privilégier le droit commun pour tout ce qui concerne l'accès aux jeunes aux droits sociaux pour en finir avec l'empilement des mesures dérogatoires et illisibles ; - favoriser l'autonomie des jeunes et la sécurisation de leur parcours dans leur globalité ; - lutter contre les inégalités et les discriminations ; - encourager la participation des jeunes dans le débat public et rendre effective la coconstruction des politiques publiques. Mon oreille a « tilté » en vous écoutant sur le non-cumul des mandats dans le temps. Oui, après le non-cumul des mandats dans l'espace - entre un mandat de parlementaire et un mandat d'exécutif local - il faudra arriver au non-cumul des mandats dans le temps. Cela ne fera pas plaisir à tout le monde, mais c'est le seul moyen aujourd'hui de ranimer, rénover revivifier la démocratie dans notre pays en permettant notamment à de plus jeunes d'avoir accès aux responsabilités politiques. Vous le voyez, nos préoccupations respectives se rejoignent. Les préconisations contenues dans le projet d'avis sont ambitieuses ; elles traduisent une compréhension fine des enjeux de la jeunesse dans l'espace rural. Je souhaite ici chaleureusement féliciter les rapporteurs et les remercier pour le travail qui a été le leur et le travail de tous ceux qui ont bien voulu contribuer à cette réalisation. Mesdames et messieurs, monsieur le président, vous avez quand même tous en tète le calendrier qui est le nôtre ; je n'ai pas le pouvoir de le modifier. L'approche d'échéances électorales importantes n'est jamais très favorable à l'annonce de grands chantiers et pourtant, je crois pouvoir vous dire que vos propositions suscitent l'intérêt du Gouvernement. Nous sommes à la tâche et le serons jusqu'au dernier jour de notre mandat. Nous entendons bien - c'est le message de Bernard Cazeneuve - continuer à apporter des réponses aux préoccupations et aux ambitions de nos concitoyens et - quelles que soient les échéances, les lumières qui devront être éteintes ou éventuellement rallumées, les cartons qui seront faits, ou peut-être pas faits - il nous faut fixer un cap. C'est l'honneur de la République que de fixer un cap ; après, les Français feront leur choix entre les bilans des uns et des autres et surtout, entre les projets des uns et des autres. En tout cas, laissez-moi apporter quelques réponses à vos préconisations de ce jour. Sur la compétence « jeunesse territorialisée », voilà une ambition forte partagée par de nombreux acteurs - de clarifier les rôles des collectivités en la matière. Je suis personnellement favorable à ce que les communautés de communes s'emparent des questions de jeunesse. Il est pourtant difficile d'identifier en tant que telle une compétence jeunesse tant elle a à voir avec les politiques sectorielles que sont l'éducation, l'emploi, le logement, la santé, la culture, le sport, le transport, etc. C'est pourquoi, dans la loi Égalité et Citoyenneté que j'ai défendue au parlement, qui a été votée le 22 décembre et qui est en voie d'analyse par le Conseil constitutionnel avec une réponse de ce Conseil d'ici à fin janvier, nous avons introduit une disposition qui donne à la région le rôle de chef de file des collectivités territoriales pour les politiques de jeunesse. Il ne s'agit pas de transférer une quelconque compétence nouvelle à la région, mais de lui donner les moyens d'animer et de coordonner l'intervention des collectivités locales en la matière. Chef de file ne signifie pas compétence exclusive d'une collectivité. C'est donc dans le cadre des conférences territoriales de l'action publique que pourront être débattus les sujets qui concernent les jeunes. Cette nouvelle disposition contribuera à poser aux collectivités la question de la jeunesse et de l'échelon pertinent pour la mise en oeuvre des politiques de jeunesse. Je crois à la subsidiarité en l'espèce ; je ne suis pas certain que les problèmes se posent de la même manière dans toutes les communautés de communes et, en l'occurrence, permettre une forme de souplesse, mais en actant le bon échelon que représente l'intercommunalité me paraît la solution médiane par rapport à votre proposition. Vous le mentionnez dans votre projet d'avis et votre rapport, Madame et Monsieur les rapporteurs : une expérimentation menée en ce moment et financée grâce aux programmes d'investissement d'avenir vise à promouvoir des projets innovants en faveur de la jeunesse ; 54 M sont dédiés à favoriser l'émergence de politiques jeunesse globales et intégrées à l'échelle d'un territoire en incitant les acteurs à concevoir des projets structurants ambitieux et partenariaux. Je me souviens de mon débat - je venais d'être nommé au gouvernement - avec Louis Schweitzer, Commissaire général à l'investissement, qui disait : « En quoi les PIA peuvent-ils être mobilisés et mobilisables pour ce type d'expérimentations ? ». Je lui ai dit : « Si le PIA (programme d'investissement d'avenir) ne s'intéresse pas aux politiques d'intervention de la jeunesse, je ne sais pas à quoi vraiment il peut servir en tant que tel ». Il en a été convaincu et aujourd'hui, nous avons devant nous des projets qui doivent être coordonnés, qui doivent améliorer la lisibilité des dispositifs et proposer une réponse cohérente et pertinente aux difficultés rencontrées par les jeunes du territoire concerné. Monsieur le président, parmi les seize projets retenus, sept portent, pour tout ou partie, sur les territoires ruraux et il faudra naturellement tenir compte de l'analyse qui sera faite suite à cette expérimentation. C'est l'occasion de promouvoir de nouveaux modes de gouvernance des politiques de jeunesse dans le monde rural. S'il me paraît trop tôt, à ce stade - et notamment après le vote de textes comme la loi NOTRe - d'imposer une compétence obligatoire à quelque collectivité que ce soit - au risque, d'ailleurs, qu'une compétence obligatoire à une collectivité devienne une forme d'exclusive et provoque même l'exclusion ou le retrait de fait d'autres collectivités qui peuvent s'intéresser à la jeunesse - ou de mettre en œuvre une telle disposition, je suis convaincu que nous allons ainsi contribuer néanmoins à faire bouger les choses au travers du PIA jeunesse. Par ailleurs, vous connaissez mon engagement pour la participation des citoyens. La loi Égalité et Citoyenneté contient des dispositions visant à développer les conseils de jeunes et à rétablir également le dialogue structuré que vous avez toujours appelé de vos vœux, et je m'en félicite. Deuxième sujet de préconisation : les campus ruraux de projets. Voilà une belle idée. Je ne peux que partager l'ambition de donner aux citoyens la possibilité de développer leurs propres projets, de se mettre en réseau, de dialoguer et de construire ensemble ce que sera leur territoire. Mon ministère et celui de Jean-Michel Baylet soutiennent le projet du MRJC de fabrique du monde rural - dont je reconnais certains aspects dans votre proposition des campus ruraux - et nous allons d'ailleurs, très bientôt, dans l'Oise pour inaugurer une de ces fabriques. J'ai également, avec le CNAJEP, lancé en 2015 un appel à projets pour le développement des fabriques d'initiative citoyenne. Aujourd'hui, 47 fabriques ont été repérées sur le territoire métropolitain et ultra-marin ; près de la moitié d'entre elles développent des actions en milieu rural dont 14 de manière exclusive. Je souhaite que ces expériences soient suivies et évaluées afin qu'elles puissent apporter leur enrichissement au développement des campus que vous appelez de vos vœux. L'INJEP, en charge notamment du Fonds d'expérimentation pour la jeunesse, est un lieu de ressources qui sera utilement mobilisé à cette fin, je m'y engage ; en tout cas, je m'engage à mettre le dossier sur ses rails avant la fin de notre quinquennat. Troisième proposition : impact jeunes ruraux, une série de mesures pour les jeunes qui rencontrent les sujets qui m'intéressent en premier lieu. Je vous le rappelais en introduction, mesdames et messieurs, le souci du gouvernement a été avant tout de privilégier le droit commun pour tout ce qui concerne l'accès aux droits sociaux. Je pense en effet que les jeunes ruraux seront les premiers à bénéficier des mesures récentes issues de la loi Travail et de la loi Égalité et Citoyenneté. Depuis le 1er janvier, la garantie jeunes est étendue à tout le territoire et tous les jeunes en situation de précarité qui ne sont ni en emploi ni en formation ni en études peuvent y avoir accès, les fameux NEET que vous avez évoqués en français, les JAMO (Jeunes avec moins d'opportunités), des vocables qui sont assez particuliers, et parfois même assez insultants, mais dont acte ; peut-être qu'un jour, nous trouverons d'autres formules. La meilleure formule est de permettre à ces centaines de milliers de jeunes de ne pas être sur le bord du chemin parce que les collectivités n'auront pas pris leurs responsabilités. L'État a pris les siennes en créant et en développant aujourd'hui la garantie jeunes pour une généralisation territoriale. Mesdames et messieurs, cette mesure de la garantie jeunes est essentielle notamment pour les territoires ruraux où la proportion de jeunes ni en études ni en emploi ni en formation est plus importante qu'ailleurs, cela a été démontré dans le diagnostic. Le Premier Ministre a d'ailleurs chargé l'un de vos collègues - Antoine Dulin, que je salue - d'une mission de simplification en matière de politiques de jeunesse, et je sais que plusieurs propositions répondront à votre souhait de faciliter l'accès à ce dispositif. Cher Antoine Dulin, je sais que vous piaffez d'impatience pour remettre votre rapport au Premier Ministre, cela viendra dans quelques semaines. Nous essayons de trouver la date qui permette de valoriser au mieux ce rapport qui sera de grande qualité, je n'en doute pas. Parallèlement, je pense que les jeunes ruraux seront parmi les premiers à mobiliser la nouvelle disposition qui permettra de financer le permis de conduire par le Compte personnel de formation. Une révolution, mesdames et messieurs ! Permettre de financer le permis de conduire sur le Compte personnel de formation, élément du Compte personnel d'activité, qui sera lancé demain par le Premier Ministre, va dans le bon sens. Cela a été souligné dans le diagnostic. Les jeunes ruraux sont aujourd'hui plus sensibles au fait de ne pas avoir de permis de conduire. C'est considéré comme un handicap social qu'il faut savoir absolument traiter. Je citerai également l'obligation faite aux organismes d'assurance-maladie d'informer les jeunes sur les dispositifs et programmes de prévention et de soins dont ils peuvent bénéficier, et ce à trois reprises dans leur parcours, à partir de la loi Égalité et citoyenneté, une fois qu'elle sera promulguée : à 16 ans, lors de leur sortie du statut d'ayant-droit, puis à 23 ans. Il est très important de pouvoir permettre à des jeunes de pouvoir repérer simplement leurs difficultés sur le plan sanitaire s'il en existe. Enfin, je n'oublie pas, dans ce projet de texte, la structuration du service public régional de l'orientation (SPRO), la montée en charge du service civique, les plateformes régionales de la mobilité internationale, le programme de rénovation de l'habitat jeune, la garantie locative universelle, l'accompagnement des communes rurales pour la mise en place des projets éducatifs territoriaux (PEDT). Ce sont autant de dispositions qui vont faciliter la vie des jeunes. En ce jour du lancement des Championnats du monde de handball, je n'oublie pas que je suis aussi le ministre des Sports. Sachez que le développement maîtrisé des sports de nature fait partie de mes priorités, tant en ce qui concerne l'accès aux espaces - sites et itinéraires de pratique des sports de nature - que la promotion et le développement d'offres d'activités sportives de nature de qualité. Ces sports de nature sont aussi créateurs d'emplois qualifiés, pérennes, non délocalisables en secteur rural, et donc, des perspectives pour les jeunes. Mesdames, messieurs, monsieur le président, pour répondre aux enjeux spécifiques de l'espace rural - puisque tout cela s'intègre dans une politique globale, que porte notamment Jean-Michel Baylet - laissez-moi vous rappeler qu'en ce début d'année 2017, 1 000 maisons de services au public ont été ouvertes alors qu'une centaine étaient en fonctionnement en 2012. 1 000 maisons de santé pluri professionnelles ont été créées contre 200 en 2012. Plus de 90 % des centres-bourgs recensés en zone blanche sont couverts en 2G. Tous le seront en 3G d'ici le 30 juin, notamment grâce à un soutien financier très important de l'État et porté en particulier par Axelle Lemaire. 2 000 projets ont été soutenus dans le monde rural à travers le fonds de soutien à l'investissement local créé en 2016 et doté de 1 Md€. Il a permis à de nombreuses communes de rattraper leur retard, de réaliser les travaux importants pour améliorer la cadre de vie des habitants. Ce fonds sera reconduit dans le cadre de la loi de finances 2017 et porté à 1,2 Md. Dans un monde qui porte, parfois de manière involontaire, mais souvent constatée, des inégalités territoriales, seul l'État peut avoir la force de corriger ces inégalités territoriales. Ce n'est pas le moins d'État qui importe, peut-être pas non plus le mieux d'État, mais le plus d'État dans les collectivités territoriales qui ont besoin de cette intervention forte. Je suis particulièrement inquiet de voir que, y compris dans le grand débat démocratique qui nous attend, certains pensent que c'est le moins d'État qui doit l'emporter en supprimant des services publics et des moyens d'intervention. Ce n'est pas la conception de ce gouvernement, ce n'est pas la conception du Président de la République. Cela passe notamment par la valorisation de ces fameux contrats de ruralité. 30 ont été signés. Ils sont issus des comités interministériels à la ruralité et seront les cadres qui permettront aussi d'intégrer dans vos préconisations une partie des sujets que vous avez portés au travers de ce projet d'avis. Le travail des rapporteurs pointe un autre sujet d'inquiétude : la force des inégalités entre les femmes et les hommes dans l'espace rural. Je suis très favorable à votre proposition de renforcer la formation des acteurs de la jeunesse dans ce domaine. Je souhaite que les services déconcentrés de la jeunesse et des sports, placés sous mon autorité, puissent mobiliser les dispositifs existants à cette fin. Je pense notamment aux formations aux métiers de l'animation et du sport, mais aussi aux moyens du fonds de développement de la vie associative (FDVA) pour la formation des bénévoles. Je donnerai des consignes en ce sens à mes services. Monsieur le président, mesdames et messieurs, ne doutez pas de la mobilisation du gouvernement pour la jeunesse dans l'espace rural. Je souhaite que les politiques publiques continuent à les soutenir car ils sont une richesse dont notre pays ne peut se passer. Ces jeunes sont attachés à leur territoire et en sont fiers. Ils veulent le faire vivre, le développer. Ils veulent avoir un avenir à l'intérieur de ces territoires ruraux. Alors sachons les aider. Aidons-les à élargir leurs horizons car leur ancrage local doit être la base, la fondation de leur développement et non pas le refuge ou un lieu de repli, dans lequel se construit la défiance envers le monde qui nous entoure. Et, sans vouloir faire de politique politicienne, je regarde avec une attention particulière l'évolution du vote des jeunes en direction des formations populistes et notamment en secteur rural. C'est pour moi un vote de désespoir, un vote de repli. Il nous faut l'intégrer dans notre intervention publique. S'il n'y a pas d'espoir, c'est le populisme, pour ne pas dire la radicalisation, qui existe aussi en secteur rural, qui pourrait demain l'emporter. Je ne le veux pas. Connectons la jeunesse rurale au monde. Donnons-lui toute la place qui est la sienne dans notre République. Vous l'aurez compris, monsieur le président, madame la rapporteure, monsieur le Rapporteur, mesdames, messieurs les membres du CESE, c'est le combat que je mène pour toute la jeunesse de ce pays, pour la jeunesse de la France rurale. Je me trouvais ici, le 28 octobre dernier, pour célébrer avec vous, monsieur le président, les 70 ans de l'inscription de votre Conseil dans la Constitution. Laissez-moi vous rappeler cette belle phrase dite par le Président de la République : « Le CESE peut contribuer à porter la réflexion, aller au-delà des mandats politiques, aller plus loin de ce que la décision publique peut faire et qui va concerner des générations, celles qui nous suivront, à engager des politiques qui dépasseront même celles et ceux qui les ont portées ». C'était l'idée originale et cela reste l'idée la plus moderne, faire en sorte que nous puissions, à travers vous et ce que vous représentez, dessiner ce que sera la France de demain et d'après-demain, ce qu'elle doit écarter et porter, les efforts qu'elle doit concentrer pour être davantage elle-même, pour qu'elle puisse relever les défis qui sont face à elle. Cette phrase du Président de la République a encore toute son actualité. Le projet d'avis dont vous allez maintenant débattre propose une vision d'avenir pour la jeunesse et plus largement pour la France. Je forme le voeu que les idées qu'il contient puisse prospérer, quelles que soient les échéances dans les politiques publiques qui seront mises en oeuvre dans les mois et années qui viennent. En encourageant la réalisation de ce projet d'avis, en encourageant la proposition de rapport porté à l'époque par le Premier Ministre, Manuel Valls, je suis fier de pouvoir compter sur votre mobilisation et de rapprocher encore plus le CESE de l'exécutif, de sa compétence, de sa responsabilité. Tout cela pour un seul souci : la recherche permanente de l'intérêt général et sa satisfaction. Je vous remercie de votre attention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/465.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/465.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d2debcde7906d76289dc8ce39b1e32ceb30a0c82 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/465.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Directeur, Chère Madame Mishra, Mesdames et Messieurs, Chers Amis, Permettez-moi d'abord de vous remercier pour votre invitation. Je suis heureux de participer à cette conférence tenue en mémoire de l'initiateur de votre fondation, Monsieur Rishi Kumar Mishra. M. Mishra a été une source d'inspiration en matière de politique étrangère pour plusieurs premiers ministres successifs. Il défendait une vision généreuse et universaliste du monde - qui ne l'empêchait pas d'être un grand patriote. Rishi Kumar Mishra voulait construire des ponts entre la philosophie indienne traditionnelle et le monde d'aujourd'hui. C'était un homme qui respectait les frontières, mais qui aimait aussi qu'on puisse les franchir. Cette synthèse me semble une juste introduction pour notre thème d'aujourd'hui : l'Union européenne. L'année 2016, vous le savez, a mis l'Union européenne à rude épreuve. La défiance à l'égard de son fonctionnement gagne du terrain. Il serait réducteur de croire que seule cette défiance explique le résultat du référendum britannique, sur lequel je reviendrai. Mais il est impossible de nier que ce résultat nous dit beaucoup de l'état du projet européen et de sa perception par les citoyens. L'Union européenne doit aussi faire face au défi de sa sécurité. Les tensions à ses portes se multiplient. Elles ont un impact direct sur les pays européens. Plusieurs régions de notre voisinage sont en proie à l'instabilité et à la guerre. Je pense évidemment à la Syrie, à l'Irak, mais aussi à la Libye, à l'Ukraine ou au Sahel en Afrique. Des millions de réfugiés quittent leurs pays pour échapper à la barbarie. L'absence de perspectives précipite de nombreux Africains sur les routes périlleuses des migrations. Les groupes terroristes, à commencer par Daech, se nourrissent de ces tensions et menacent directement l'Europe, en s'efforçant de semer au sein de nos sociétés la division et la haine. Le fonctionnement interne de l'Union européenne est en cause. Des tensions existent à l'intérieur de chaque État membre. C'est vrai en Pologne, c'est vrai en Hongrie, c'est vrai en Autriche, en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Italie ; c'est également vrai en France. Aujourd'hui, les populistes tirent argument des évolutions du monde, de la menace terroriste, de la peur du déclin, pour remettre en cause le projet européen et pour contester les valeurs qui en sont le fondement. Ils font fausse route. C'est pourquoi l'Europe a un devoir de lucidité et doit s'adapter pour répondre concrètement aux inquiétudes des Européens. Mais elle n'est pas la seule en cause. La crise financière de 2008 a laissé des traces profondes. Les mutations qui sont à l'œuvre dans le monde créent de nombreuses opportunités mais davantage de risques pour les plus vulnérables. Les inégalités s'accroissent. La préférence accordée à la rémunération du capital sur celle du travail creuse les écarts. Conjuguée à une révolution du numérique faiblement créatrice d'emplois, cette évolution pèse particulièrement sur les classes moyennes et les plus modestes, laissés à la tentation des extrêmes. Les tensions qui en découlent sont perceptibles partout, y compris aux États-Unis. Les électeurs américains ont choisi une personnalité qui incarne une rupture ; mais pour quoi faire ? Pour l'instant, ce sont surtout les interrogations qui dominent sur le cours que souhaitera donner cette nouvelle administration à sa diplomatie après le 20 janvier. L'Union européenne et la France ont une histoire commune avec les États-Unis, des valeurs partagées. Ces intérêts communs continueront à régir, j'en suis sûr, nos relations avec ce pays dans le long terme. Et nous trouverons un terrain d'entente sur les enjeux les plus centraux du moment, notamment la lutte contre le terrorisme à laquelle les États-Unis comme l'Union européenne contribuent à l'échelle mondiale. La France et les États-Unis sont alliés, cela ne changera pas. La France développera rapidement avec la nouvelle administration des relations étroites. Aucun effort ne sera épargné pour convaincre que l'intérêt des États-Unis est mieux protégé lorsque nous luttons ensemble contre le changement climatique, dans le cadre d'une approche collective. Ou lorsque le commerce international se développe sur la base de règles acceptées par tous, dans le respect de la réciprocité et de l'équité. Face à la tentation unilatérale ou à l'idée que des « deals » peuvent suffire à régler les affaires du monde, la France fera entendre sa voix. Elle pourra, par exemple, faire en sorte que l'Europe incarne, avec beaucoup plus de force, une vision du commerce international bénéfique au plus grand nombre. Face aux défis globaux, la seule réponse possible, c'est ma conviction, c'est une réponse portée par une volonté politique collective. La fondation de l'Union européenne en est l'un des exemples les plus beaux et les plus pérennes. Depuis soixante ans, l'Union européenne a été suffisamment forte pour nous faire émerger du pire, de cette guerre fratricide qui a endeuillé et meurtri notre continent, des horreurs qu'elle a engendrées, jusqu'à la négation même de l'humanité. Robert Schuman ou Jean Monnet, des hommes nés au 19ème siècle, ont marqué le siècle suivant en dépassant les différences entre les pays pour mettre en avant, protéger et renforcer les valeurs et les objectifs que nous avons en commun. Ces valeurs et ces objectifs sont restés les mêmes : la démocratie, le respect de l'État de droit, l'égalité de tous et la capacité à réunir les peuples de l'Union grâce à des réalisations concrètes, permettant la naissance d'une solidarité commune. Et quelle réussite. Car l'Europe est un succès collectif. Elle donne à chacun de nos États membres une voix plus forte et un rayonnement plus grand dans le monde du 21ème siècle. L'Europe est la première puissance économique et commerciale au monde. Elle promeut les intérêts de ses États membres tout en agissant pour le bien commun en contribuant à faire progresser les normes sociales et environnementales, en favorisant le développement durable dont dépend l'avenir de notre planète. L'Europe est un des plus grands espaces démocratiques dans le monde, l'un des plus grands espaces de liberté, pour la circulation des biens, des capitaux, des services, mais aussi et surtout des hommes. Elle est la région du globe où les richesses sont les mieux réparties, où l'égalité des chances est la mieux garantie. L'Union et ses États membres contribuent en outre à plus de la moitié de l'aide au développement dans le monde. L'intégration européenne a permis de construire un espace de stabilité, de paix et de démocratie. Les Européens défendent ensemble les valeurs universelles que sont les droits de l'homme, les libertés, l'égalité entre les femmes et les hommes, la lutte contre la peine de mort. Ils agissent en faveur du règlement pacifique des conflits, au Moyen-Orient, en Afrique et ailleurs. Ils font en sorte que le multilatéralisme l'emporte sur la tentation unilatérale et les dangers d'une dérive progressive vers la confrontation des nationalismes. L'Union fait beaucoup. Elle soutient la croissance et favorise l'investissement. Elle agit de manière concrète et déterminée pour la sécurité de ses citoyens et au-delà. Elle construit une stratégie ambitieuse en matière de défense et de sécurité. Elle forme un espace de recherche dense, attractif et favorable à l'innovation. Enfin pour les accords de libre-échange, c'est l'UE qui reçoit mandat de négocier au nom de tous ses membres, ce qui nous rend plus forts. Une fois sorti de l'UE, il faut renégocier tous ses accords de libre-échange un par un, et par ses propres moyens. Nous devons continuer à agir pour amplifier les résultats déjà obtenus par l'UE. Nous avons adopté une feuille de route à Bratislava en septembre dernier et nous devons désormais mettre en œuvre les engagements pris. Pour autant, au sein de l'Union européenne, l'année 2016 a aussi été marquée par une rupture, avec la décision des Britanniques de ne plus contribuer à ce grand projet lancé au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Résultat inattendu d'une tactique politique hasardeuse de David Cameron, expression d'un particularisme insulaire, volonté assumée de répondre à des défis migratoires, par ailleurs largement instrumentalisés pendant la campagne : beaucoup a été dit sur les motivations de ce vote. Les conséquences de ce « coup politique » seront encore longues à se manifester, comme le montrent les difficultés rencontrées par le gouvernement de Theresa May à mettre en œuvre la volonté exprimée par son peuple et à éviter de mettre en péril la cohésion du Royaume-Uni lui-même. Les traités européens ont prévu un calendrier de négociations, un cadre posé avec une procédure, transparente, démocratique et respectueuse de chacune des institutions de l'Union européenne : la Commission, le Conseil - et donc les États membres -, le Parlement - et donc les citoyens européens. L'Union européenne est prête à entamer les négociations avec le Royaume-Uni, dès que celui-ci aura officiellement notifié son intention de se retirer de l'Union et activé l'article 50 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. Les dirigeants européens sont unis dans ce processus et ont fixé plusieurs principes qui guideront la négociation à venir. Le choix du Royaume-Uni de quitter l'UE soulève bien sûr des interrogations quant à l'avenir de l'Union européenne sans le Royaume-Uni. Ma conviction, c'est que l'Europe saura surmonter ces difficultés passagères et que la construction européenne offre toujours un avenir à notre continent. En 1957, nous étions 6. Aujourd'hui nous sommes 28. Nous serons 27 demain. Nous formons un ensemble politique unique qui a été capable d'abord de préserver la paix en Europe, ensuite de traverser des crises profondes et d'adapter son fonctionnement. Ainsi, dès le lendemain du référendum britannique et à de nombreuses reprises depuis, les États membres de l'Union européenne ont rappelé leur confiance dans la construction européenne, leur attachement à ce qui fait notre identité et à ce que sont nos valeurs qui ne sont pas des incantations mais notre réalité et notre projet. Nous avons un devoir de lucidité face aux interrogations de nos populations. Celles-ci ne veulent pas « moins d'Europe ». Elles veulent une Europe qui réponde vraiment à leurs préoccupations. Qui défende nos valeurs, qui assure la prospérité économique et le progrès social, qui offre à chacun davantage d'opportunités au sein de sociétés libres, ouvertes au monde et tournées vers l'avenir. Des projets européens ambitieux sont en cours notamment pour mieux assurer la sécurité de ses citoyens, pour lutter contre le terrorisme et son financement, comme contre tous les trafics. L'Union européenne est une puissance clé pour son voisinage, mais aussi une force de paix à l'échelle mondiale. Elle entend, dans les années à venir, apporter des réponses décisives aux enjeux globaux et continuer à soutenir un ordre international reposant sur la primauté du droit, sur le règlement pacifique des différends et sur le multilatéralisme. L'indépendance stratégique de l'Union européenne, grâce à celle d'États membres comme la France, est à cet égard son meilleur atout. Avec 16 opérations de gestion de crise, dont 6 opérations militaires menées dans plusieurs régions du monde, parfois en soutien aux opérations onusiennes, l'UE est un acteur incontournable. Elle est pour l'Inde un partenaire fiable. C'est le cas notamment dans l'Océan indien, où l'Union mène l'opération Atalante contre la piraterie en s'appuyant sur les capacités navales de ceux de ses États membres qui en disposent, au premier rang desquels la France. Cette opération a considérablement réduit ce fléau et renforcé la sécurité des voies de navigation stratégiques pour la communauté internationale en général et l'Inde en particulier. Une collaboration fructueuse s'est engagée en ce sens avec la marine indienne. D'autres coopérations peuvent être envisagées - je pense par exemple au maintien de la paix en Afrique, où l'Inde comme l'Europe sont particulièrement actives. Je pense également à l'Afghanistan, où l'Inde et l'Union jouent un rôle crucial pour la reconstruction, le développement et la stabilité. L'Union européenne poursuit son ambition de bâtir une économie de la connaissance, en déployant des capacités d'investissements considérables, en faisant le choix de la recherche et du développement. Les capacités d'investissement de l'UE sont une ressource pour le financement des programmes lancés par l'Inde pour assurer la modernisation et le développement économique du pays. Nous pouvons renforcer nos coopérations dans ces domaines. Je veux ici rendre hommage à l'initiative prise par le Premier ministre Modi d'une Alliance solaire internationale, que nous avons pu ensemble lancer à Paris en marge de la COP21 et qui va demain contribuer au développement de l'énergie solaire partout dans le monde. Les États membres de l'Union européenne s'engagent aujourd'hui dans une nouvelle voie en faveur du renouveau de leur projet. Au mois de mars prochain, la construction européenne fêtera ses 60 ans. Cet anniversaire donnera le signal d'un nouveau départ, de l'affirmation de notre volonté commune de résister au fatalisme et au défaitisme. Il marquera une étape déterminante dans la relance du projet européen. L'Europe est une communauté d'États-Nations, chaque Nation avec son histoire, ses traditions propres. Elles demeureront, mais l'originalité de l'UE est justement qu'elles ont décidé librement de mettre en commun ce qui les rend plus fortes. Dans le monde incertain dans lequel nous sommes désormais, cette Union originale et unique est plus nécessaire que jamais. Mesdames et Messieurs, L'UE et l'Inde sont unies par des valeurs communes. Elles partagent une vision des relations internationales fondée sur le multilatéralisme et le dialogue plutôt que sur les rapports de force. L'Union européenne a la volonté et la capacité d'apporter des réponses collectives aux défis du monde. Cette volonté est précieuse, tout comme l'est l'implication des grands pays émergents sur la scène internationale, à l'heure où le niveau d'engagement des États-Unis dans le monde devient plus incertain et alors que l'inaction, l'indécision ou le repli sur soi nous exposent encore plus aux menaces. L'Europe est le premier partenaire commercial de l'Inde et l'un des premiers investisseurs dans le pays. Avec un marché unique de 500 millions de personnes, elle offre aux entreprises indiennes des opportunités économiques sans équivalent. J'invite vos entreprises à choisir la France pour accéder à ce marché. La France, première destination des investissements industriels étrangers en Europe, dispose des atouts pour être, permettez-moi d'emprunter une expression anglaise : India's gateway to Europe. C'est ensemble que l'Inde et l'Union européenne trouveront les moyens de répondre efficacement aux défis communs qu'elles doivent affronter. C'est ainsi qu'elles trouveront la voie d'un développement économique porteur d'une croissance durable et inclusive. Cette croissance devra reposer sur la recherche, l'innovation, la formation. Elle devra se faire au bénéfice de tous, y compris des plus vulnérables. C'est ensemble que nous répondrons au défi énergétique et climatique. C'est ensemble, enfin, que nous répondrons à la menace du terrorisme international. L'Inde et l'Europe en sont toutes les deux victimes, précisément en raison de ce qui les rassemble et que les terroristes cherchent à fragiliser : la démocratie et la liberté. Nous ne répondrons à ce défi que conjointement, en coopérant plus étroitement, dans la surveillance des groupes terroristes, dans la lutte contre la radicalisation ou contre les réseaux de financement du terrorisme, dans le respect de ces valeurs fondamentales que nous avons en partage, mais qui ne sont malheureusement pas partagées par tous. Mesdames et Messieurs, L'Histoire est faite par les femmes et les hommes qui décident que le destin est le résultat d'une volonté collective. Forts de cette ambition, nous allons continuer à construire une Europe de paix, de démocratie et de prospérité durable et partagée. C'est aussi cette volonté politique que je vous propose de mobiliser pour construire ensemble l'avenir de la relation entre l'Union européenne et l'Inde et de l'amitié franco-indienne. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/466.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/466.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0514b41bc1938484827c728b0f6fad4e9bb2c58b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/466.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le processus de paix au Proche-Orient ne peut pas attendre, principalement pour deux raisons. D'abord, les nombreuses crises qui traversent la région, de la Syrie à la Libye, du Yémen à l'Irak, ont fait apparaître de nouvelles menaces pour sa stabilité. Certains veulent croire que ces crises conduisent à établir des priorités et, qu'au nom de ces priorités supposées, il faudrait remettre à plus tard la résolution du conflit israélo-palestinien. Cette conception n'est pas la mienne : en effet, le conflit israélo-palestinien ne peut être détaché de son environnement régional. Penser que le Moyen-Orient pourrait retrouver la stabilité sans régler le plus ancien de ses conflits est une illusion. Ce conflit, s'il n'est pas traité, continuera à nourrir les frustrations et ne fera que renforcer, au bout du compte, le cycle infernal de la radicalisation et de la violence. Il continuera à donner à tous les apprentis terroristes des prétextes pour enrôler de nouveaux combattants. L'attentat odieux qui a frappé Jérusalem dimanche 8 janvier est une alerte supplémentaire. C'est pour cette raison que je me suis engagé : parce que la paix ne peut pas attendre et que chaque jour qui passe éloigne un peu plus les perspectives d'un règlement du conflit. Car au-delà de l'urgence, j'ai une conviction chevillée au corps, que je partage avec la plupart de nos partenaires, comme avec une majorité d'Israéliens et de Palestiniens. Cette conviction, c'est que seule la solution de deux États pourra, à terme, permettre à la région de se stabiliser et à Israël de vivre en sécurité. Il ne s'agit pas d'imposer la paix. La France n'a jamais eu pour prétention d'en dicter les contours aux uns et aux autres. Nous savons bien que le conflit ne sera réglé que lorsque les parties auront décidé de s'engager sur le chemin courageux et exigeant de la réconciliation. Ce chemin sera sinueux, semé d'embûches, jalonné de choix difficiles. Ni la France ni la communauté internationale ne peuvent ni ne souhaitent forcer les parties à l'emprunter. Israéliens et Palestiniens doivent décider ensemble ce que sera leur destin commun. Pour autant, il est une certitude, partagée par tous, parce qu'elle concerne, au-delà des Israéliens et des Palestiniens, notre sécurité collective : l'horizon des négociations, leur raison d'être même, c'est d'aboutir à deux États, vivant côte à côte, en paix et en sécurité. Benyamin Nétanyahou et Mahmoud Abbas savent, l'un comme l'autre, qu'il n'y a pas d'alternative et que c'est ainsi qu'Israéliens et Palestiniens pourront regarder sereinement vers l'avenir. Or, cette solution des deux États est en danger. Depuis maintenant plus de six ans, l'absence de processus politique a laissé place à un statu quo en trompe-l'oeil. Sur le terrain, les Palestiniens voient leur futur État se réduire comme peau de chagrin, à mesure que se poursuit, à un rythme jamais atteint, la colonisation, qui engendre à son tour plus d'occupation, car l'une ne va pas sans l'autre. Les Israéliens, dans un environnement régional qui n'a jamais été aussi troublé, subissent aussi une violence quasi quotidienne, perpétrée par ceux qui instrumentalisent les frustrations pour promouvoir un agenda de haine. Des deux côtés, les promesses de la paix se sont évanouies et ont laissé place à la défiance, à la résignation, voire au faux espoir que la situation actuelle puisse perdurer indéfiniment. Sauver les deux États et préserver un avenir de paix et de prospérité pour les peuples de la région : voilà pourquoi la communauté internationale, sous l'impulsion de la France, a décidé de se mobiliser. Voilà pourquoi, le 3 juin 2016, trente pays et organisations internationales ont répondu à notre appel et se sont réunis à Paris. Voilà pourquoi le Conseil de sécurité a voté, le 23 décembre 2016, la résolution 2334. Cette mobilisation porte un seul message, simple et clair : amis israéliens, amis palestiniens, nous ne ferons pas la paix à votre place, mais nous serons à vos côtés. C'est notre responsabilité devant l'Histoire. Nous serons là pour vous accompagner. Vous savez, comme nous, que le concours de la communauté internationale sera, le moment venu, indispensable. Nous y sommes prêts. Le 15 janvier, à Paris, plus de soixante-dix partenaires se réuniront de nouveau. D'abord, pour présenter aux parties les résultats des travaux engagés le 3 juin. Ensemble, nous avons élaboré une contribution qui concerne tous les domaines : l'économie, le commerce, l'aide au développement, la coopération, la société civile. Cette contribution a pour objectif de montrer aux parties ce que peuvent être les dividendes de la paix. La conférence du 15 janvier adressera aussi un message aux Israéliens, aux Palestiniens et au monde. A l'heure où l'avenir du processus de paix est soumis à toutes les spéculations, il est de notre responsabilité commune de rappeler cette évidence : aucune décision unilatérale n'est compatible avec la solution des deux États. Cette solution ne pourra émerger que de la confiance retrouvée et d'un horizon politique partagé, auxquels Israéliens et Palestiniens aspirent. La France n'a qu'une ambition : y contribuer. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/467.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/467.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b9f00b9c5ed6d538f09028bd768abe123b9d6306 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/467.txt @@ -0,0 +1 @@ +Lors de mon audition du 1er juin dernier, j'avais dressé un premier bilan de l'action du ministère de la Justice en matière de lutte contre le terrorisme. Cela m'avait conduit à évoquer les actions initiées en matière de lutte contre le terrorisme. Ä Notamment dans son volet pénitentiaire : - Evolution de l'article relatif aux fouilles, - Adoption d'une base législative pour le renseignement pénitentiaire, - Adaptation de la coordination des actions du ministère, - Adaptation des dispositifs existants… Mais, je n'avais évidemment pas pu illustrer concrètement ces évolutions. C'est chose faite depuis l'adoption d'un plan qui a été présenté le 25 octobre. Il est structuré en 8 décisions qui se déclinent en 58 mesures. Il a pour ambition d'aborder le sujet de la radicalisation violente dans sa globalité. Il traite de la gestion des établissements en passant par la détection des cas problématiques. Il modifie la prise en charge des personnes détenues et engage de nouvelles actions de réinsertion et de suivi. Ce plan m'a aussi permis de dresser un bilan des unités dédiées. Et d'annoncer un nouveau dispositif permettant de mieux prendre en charge le profil des personnes détenues radicalisées grâce à des dispositifs d'évaluation renforcés. En effet, leur diversité induit une gradation et une diversification de la prise en charge. Cela nous a conduits à imaginer les Quartiers d'Evaluation de la Radicalisation mais aussi des Quartier pour Détenus violents, à 190 places d'isolement, et à adapter 27 établissements pour accueillir les profils les moins dangereux, les plus susceptibles d'évolution. En parallèle, j'ai décidé de la création des Equipes de sécurité pénitentiaire (ESP). Elles seront utiles pour la coordination des extractions et sont destinés à répondre aux problématiques de sécurité interne et périmétrique. A ce titre, le projet de loi que la commission des Lois du Sénat examine ce jour présente une disposition permettant de doter ces ESP de pouvoirs de contrôle. Cela témoigne de ma détermination à conduire ce changement utile pour l'administration pénitentiaire, donc pour les personnels et les personnes détenues et, in fine, pour notre pays. J'ai également procédé à la structuration du renseignement pénitentiaire. Mon constat devant la commission d'enquête était assez direct : tout était à faire. Heureusement, je disposais de la base légale votée par le Parlement. Cela m'a permis d'avancer vite. A ce titre, je signale que le travail réglementaire accompli a révélé que nous devions apporter plus de précisions dans les processus prévus par la loi. C'est pourquoi ai-je vais déposer un amendement au Sénat. Ma première décision a été de désigner un préfigurateur chargé de procéder à la création d'un véritable service de renseignement. Ce fut fait en septembre. Mon choix s'est porté sur un directeur des services pénitentiaires. Nous lui avons adjoint les compétences d'une magistrate, qui connaissait la DAP pour y avoir travaillé et qui œuvrait à Tracfin. Je veux dire combien je considère que le travail accompli en un si court laps de temps est absolument remarquable. C'est ce travail que je vous propose de présenter en m'appuyant sur les 10 orientations de la lettre de mission que je leur avais adressée. 1ère attente : établir l'architecture du futur service de renseignement pénitentiaire. C'était évidemment la priorité car un service de renseignement se caractérise avant tout par sa capacité à animer un réseau, à centraliser l'information, à l'analyser et la diffuser. La commande concernait donc l'échelon central à qui incombe une mission : De centralisation, analyse et diffusion du renseignement, Ainsi que d'animation du réseau et d'interface avec les services partenaires. Cette unité centrale est construite et le 1er février, le Bureau Central du Renseignement Pénitentiaire (BCRP) verra le jour. Il sera armé d'une quarantaine d'effectifs d'ici la fin de l'année contre 15 actuellement. Il aura autorité sur l'ensemble du réseau existant qui sera notablement densifié. Les cellules interrégionales du renseignement pénitentiaire (CIRP) vont doubler leurs effectifs pour passer de 42 à 83 à la fin de l'année. Cela viendra se rajouter aux 15 emplois d'analystes-veilleurs, aux 20 d'investigateurs numériques, aux 10 traducteurs. Les délégués locaux au renseignement pénitentiaire (DLRP) dont 44 sont à temps complet et 143 à temps partiel. 2ème obligation : rédiger une nouvelle doctrine du renseignement pénitentiaire. Le seul document à vocation « doctrinal » date de décembre 2015. C'était le premier exercice de cet ordre depuis la création du bureau du renseignement en 2003. Mais il ne correspond plus aux enjeux du moment marqués par la professionnalisation du renseignement pénitentiaire et l'évolution du cadre normatif. Un nouveau document est donc en cours de réécriture par la mission de préfiguration, en partenariat avec les services déconcentrés. Il s'inspire des doctrines des services dont les organisations territoriales sont comparables, comme la sous-direction de l'anticipation opérationnelle (SDAO) et le service central du renseignement territorial (SCRT). Il est nourri des échanges intervenus en novembre et en décembre avec les instances de contrôle (CNCTR/CNIL/Conseil d'Etat), ou avec les autorités partenaires (Direction des affaires criminelles et des grâces, Groupement interministériel de contrôle). Il sera prêt pour la fin du premier trimestre. 3ème orientation : rédiger les textes réglementaires. Ce fut un travail aussi complexe que conséquent. A lui seul, il aurait pu mobiliser la totalité des ressources du BRP… Les services juridiques et techniques de la Direction de l'administration pénitentiaire (DAP) ainsi que de la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) ont été mis à contribution pour réaliser une publication de ces textes complexes en un temps record. Quatre des cinq textes ont été publiés hier (il faut y lire une forme d'hommage à votre intérêt). D'abord une modification du décret relatif au ressort territorial, à l'organisation et aux attributions des Directions interrégionales des services pénitentiaires publiée le 27 décembre dernier. Nous y avons ajouté les 3 nouvelles finalités assignées par la loi au service du renseignement pénitentiaire : Prévention du terrorisme, Prévention de la criminalité et de la délinquance organisée, Prévention des évasions, maintien du bon ordre et de la sécurité dans les établissements. Il donne par ailleurs une existence administrative et définit le périmètre de compétence des cellules interrégionales du renseignement pénitentiaire (CIRP) qui n'avait pas de périmètre définit. Une modification du décret du 9 juillet 2008 relatif à l'organisation du ministère de la justice afin d'intégrer là encore ces nouvelles missions fixées par la loi. Un nouveau décret pris en application de l'article L. 811-4 du Code de la sécurité intérieure (CSI) relatif à la désignation des services relevant du ministère de la justice, autorisés à recourir aux techniques mentionnées au titre V du livre VIII du code de la sécurité intérieure. Dans les faits, ce décret intègre les CIRP et le BCRP dans la communauté des services de renseignement (au 2nd cercle). Il permet en outre de recourir aux techniques de renseignement nécessaires à la poursuite des finalités que je viens de rappeler. Deux arrêtés de réorganisation de la DAP. L'un créant la nouvelle sous-direction de la sécurité pénitentiaire, L'autre organisant les missions des bureaux de cette sous-direction, parmi lesquels le BCRP occupera une place pivotale. Je signale également que le premier arrêté précise que seules les seules personnes placées sous-main de justice peuvent faire l'objet de la mise en œuvre d'une technique de renseignement. Au seule personne et non leur entourage, comme cela a pu être écrit ici ou là. 4nd nécessité : protocoliser les relations avec les autres services de renseignement. Un personnel spécialement dédié à cette fonction est en cours de recrutement au BCRP. Il sera rattaché directement au chef de bureau. L'ambition est la signature avec les services partenaire à partir du deuxième trimestre 2017. A ce jour, deux protocoles existent avec des services partenaires : DGSI (2012) et UCLAT (2015). Ils devront naturellement être revus totalement. Le travail déjà engagé dépend de l'antériorité des relations avec l'administration pénitentiaire et du partage des objectifs prévisibles. Ä A ce titre c'est évidemment avec la DGSI et le SCRT que les collaborations sont le plus rodées. D'ailleurs, un officier de la DGSI a été mis à disposition du BCRP depuis le 3 janvier. Il sera prochainement suivi par un officier du SCRT. Mais des liens ont été bâtis avec tous les services qui peuvent être en lien avec la problématique pénitentiaire. Qu'ils appartiennent au 1er ou au 2nd cercle du renseignement. Ainsi donc un protocole reliera le BCRP à la DGSE, à la SDAO et à la direction du Renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP). Sans attendre, la DRPP va prochainement accueillir un officier du renseignement pénitentiaire. Et la gendarmerie doit aussi détacher un officier de la SDAO pour le BCRP. Cette rapidité dans l'échange des personnels découle d'un courrier du 24 septembre 2016, où le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a spontanément proposé l'appui de son ministère dans tous les domaines. Et ce avant même l'aboutissement de protocoles bilatéraux entre services. Inutile d'insister plus longuement sur le fait que cette démarche spontanée nous est extrêmement précieuse. 5ème orientation : établir l'architecture des relations avec les autorités judiciaires. Ce point découle par exemple de l'article 727-1 du CPP qui suppose une relation étroite avec les procureurs. Mais il est aussi lié à la découverte des téléphones portables en détention, un fléau pour nos établissements. Sa concrétisation sera la diffusion d'ici la fin du premier trimestre d'une circulaire sous ma signature afin d'établir des orientations de politique pénale. Elle permettra de systématiser les poursuites judiciaires ou les sanctions disciplinaires à l'encontre des détenteurs ainsi que l'exploitation des données contenues dans ces téléphones. 6ème commande : mener une politique active de recrutements de qualité et établir un plan de formation. La formation du réseau du renseignement pénitentiaire est un prérequis indispensable pour atteindre, dès 2017, un niveau satisfaisant de performance. Il faut tourner la page de l'empirisme et investir dans la spécialisation. A cette fin : Un plan de formation initiale et continue a été ainsi préparé en collaboration avec les autres services de renseignement. Il vise à établir un socle commun de techniques et de connaissances pour tous les personnels. Naturellement, l'ambition est à terme de l'enrichir et de l'exploiter de façon autonome par le service du renseignement pénitentiaire. Des actions inaugurales de sensibilisation pour les cadres des CIRP et les DLRP vont être engagées dans les prochains jours. Elles permettront de perfectionner les connaissances de ces fonctionnaires concernant le cadre juridique, les nouvelles prérogatives conférées… de diffuser la culture du renseignement en somme. Par ailleurs, l'Académie du renseignement a accepté d'ouvrir ses portes à nos cadres, ce dont je me réjouis. Enfin, le 30 janvier prochain, je réunirai l'ensemble des directeurs interrégionaux, des directeurs des services pénitentiaires et des directeurs des services pénitentiaires d'insertion et de probation à l'occasion d'un séminaire national consacré au renseignement pénitentiaire. Ce sera la première fois depuis 16 ans que tous ces responsables de la DAP sont rassemblés. Les membres de la commission d'enquête qui souhaiteraient y assister sont naturellement les bienvenus. 7ème exigence : définir précisément les périmètres d'action du BCRP et ses modes de travail avec l'ensemble des personnels de la DAP. Ce point est important car, quelle que soit l'importance accordée à la constitution du renseignement pénitentiaire, celui-ci ne saurait remettre en cause les pratiques pénitentiaires. Il n'a pas vocation à bouleverser les équilibres traditionnels ou participer d'une sécurisation de la détention ou des activités d'insertion et de probation. Il est indispensable de le préciser car nombreux sont les observateurs qui confondent les nécessaires remises à niveau avec des bouleversements systémiques. Le renseignement pénitentiaire faisait défaut à cette administration, nous comblons ce manque sans pour autant réorienter le travail de l'administration, dans la diversité de ses composantes. En conséquence, dans le cadre de l'instauration de la sous-direction de la sécurité pénitentiaire, tout le travail doctrinal nécessaire sera réalisé afin de créer les conditions d'une coopération entre tous les acteurs concernés (DLRP, chefs d'établissements, personnels d'insertion et de probation, fonctionnaires interrégionaux et administration centrale) qui profite aux missions de l'administration pénitentiaire dans son ensemble. 8ème orientation : définir les modalités de traitement des informations du renseignement pénitentiaire. Les données collectées imposent des règles précises (conservation, accès, échange et traçabilité) souvent encadrées par la loi. De plus, leur gestion nécessite le développement d'un système d'information performant et ambitieux. Ainsi au titre de la LFI 2017, 6 millions d'euros ont été budgétés pour accompagner la montée en puissance technologique et accompagner la politique de protection dans les services déconcentrés : 4 millions sont destinés à l'acquisition d'équipement de renseignement et à la protection des infrastructures, dont les besoins sont désormais connus ; 2 millions seront consacrés au développement d'un système d'information propre. Afin de le choisir, une étude a débuté en septembre et je viens d'en recevoir les conclusions. Je vais désormais pouvoir prendre des arbitrages pour engager les dépenses nécessaires. Pour autant, une solution transitoire est utilisée : nous utilisons un logiciel baptisé CAR (« Collecter/Analyser/Renseigner »). Il est encadré par un décret en conseil d'Etat du 10 novembre 2015 et constitué d'une base de données sécurisée permettant de nombreux croisements. Par ailleurs, au niveau central, les personnels du BRP ont accès depuis juin 2016 au FSPRT (fichier de signalement des personnes en cours de radicalisation et de traitement), administré par l'UCLAT. Mon ambition est que cet accès puisse également se réaliser au niveau des CIRP. Le DAP a écrit en ce sens au DGPN. 9ème point : établir des règles de contrôle interne et d'évaluation de la structure et en garantir la mise en œuvre effective. Sur ce point, la réforme de l'inspection générale des services judiciaires, des instances de contrôle interne et la centralisation appliquée devront permettre de satisfaire à cette demande. Nous devons encore progresser dans la définition des processus qui découleront de la mise en œuvre des textes réglementaires que je vais bientôt évoquer. 10ème orientation : définir les axes de développement et les priorités du renseignement pénitentiaire. Ce point revêt pour moi une importance particulière. Je souhaite en effet que le renseignement pénitentiaire réponde à des orientations. Il ne s'agit pas de rédiger un catalogue du renseignement, prévoyant une recherche tous azimuts. Comme nos moyens sont restreints, en plein développement, nous devons donc faire des choix tout en nous ménageant la possibilité d'anticiper la menace. Nous sommes aujourd'hui accaparés par le terrorisme et la radicalisation violente. Mais, en dehors des islamistes, nos prisons continuent de vivre, parfois de convulser, nos services pénitentiaires d'insertion et de probation continuent d'accueillir un public pour lequel ils doivent mettre en œuvre une mission difficile. Je ne veux pas céder à l'oubli de ce qui n'occupe pas la une de la presse et qui structure pourtant le milieu dont les personnels du ministère de la Justice assurent la gestion. D'ici la fin du deuxième trimestre, j'aurai donc validé des orientations qu'il appartiendra à mon successeur d'apprécier. Je veux par exemple ne pas délaisser le suivi des 470 personnes détenues liées à de grands réseaux de criminalité organisée et amplifier la lutte, au sein des établissements, contre les ramifications potentielles de ces organisations. Pour cela, nous devons connaître les réseaux, y compris hors de nos murs, et donc accroitre le travail partenarial en sens. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/468.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/468.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..793b483e30b74b1c3ce77916d07439bcabca1c55 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/468.txt @@ -0,0 +1 @@ +Messieurs les Ministres, Monsieur le Président de l'Association de la presse diplomatique française, Chère Gwendoline Debono, Mesdames et Messieurs, Je suis ravi de vous accueillir aujourd'hui au Quai d'Orsay. Je vous remercie pour les vœux que vous m'avez adressés ainsi qu'aux agents du ministère des affaires étrangères et je vous souhaite à mon tour, à vous et à l'association de la presse diplomatique française, une excellente année 2017. J'espère que les mois à venir vous apporteront santé, bonheur et succès dans l'exercice de votre profession. Parmi les bonnes résolutions qu'a prises le ministère en cette nouvelle année, vous aurez prochainement l'occasion de découvrir que le site de France diplomatie, qui fait partie de vos instruments de travail, a fait peau neuve, avec un nouvel habillage plus lisible, donc plus accessible et plus moderne. Je veux avant toute chose féliciter de nouveau Gwendoline Debono pour son travail. Madame, je rends hommage à votre courage, parce qu'il en faut, et à votre talent, vous n'en manquez pas. Vous êtes l'une des premières journalistes entrées dans les faubourgs de Mossoul aux côtés des forces spéciales irakiennes qui combattent l'État islamique. Le rôle que vous jouez pour informer nos concitoyens sur la situation dans ce pays est remarquable et je suis heureux d'avoir pu vous remettre ce prix aujourd'hui. Nous parlons de l'Irak. Je sais votre inquiétude à l'égard de votre confrère du journal Le Parisien, Frédéric Gerschel, qui m'a accompagné plusieurs fois dans mes déplacements et que je connais aussi depuis longtemps, victime d'un terrible accident de la route alors qu'il était en Irak pour couvrir la bataille de Mossoul. Je tiens à adresser toutes mes pensées à sa famille et à ses proches, à ses collègues et à ses amis. Vous avez évoqué les conditions de travail des journalistes Monsieur le Président. Aujourd'hui, 259 journalistes sont emprisonnés à travers le monde - c'est le plus grand nombre enregistré depuis 1990. Les correspondants de guerre, les envoyés spéciaux, les journalistes indépendants sont de plus en plus victimes d'attaques délibérées. En 2016, Reporters sans Frontières recense 74 journalistes morts à travers le monde. Ce sont autant de femmes et d'hommes courageux qui ont payé de leur vie l'exercice d'un droit précieux, celui d'informer librement. Deux ans après les attentats qui ont frappé Charlie Hebdo, nous gardons tous à l'esprit la générosité et le talent de vos collègues assassinés parce qu'ils exerçaient, justement, leur liberté d'expression. Nous devons aussi nous souvenir des réactions de soutien, en France et sur la scène internationale, de tous les dirigeants venus à Paris pour soutenir la France, de tous les citoyens à nos côtés, à vos côtés pour affronter ce terrible choc. Le souvenir de cette manifestation du 11 janvier 2015 est toujours dans notre cœur. Il le restera, en ce qui me concerne, à jamais, comme l'un des symboles de ce que nous sommes et que nous devons de toutes nos forces rester : un peuple libre, solidaire et debout. Mesdames et Messieurs, En 2016 comme au cours des cinq dernières années, le Quai d'Orsay a été sur tous les fronts. Le ministère a agi, sans relâche, pour la sécurité et la paix, pour la planète, pour la relance de l'Europe et pour le rayonnement de la France. La diplomatie française construit, investit, se déploie dans le champ culturel, économique, dans celui des échanges humains. Elle se renouvelle au service de trois priorités. La première, c'est la contribution à la lutte contre le terrorisme et à la sécurité internationale. 2016 a encore été marquée par le terrorisme, qui a frappé, dans toute sa barbarie, notre pays, nos principaux partenaires, mais aussi de nombreux pays à travers le monde. Face à ce fléau global, la réponse de la France doit être déterminée et de longue haleine. Hier encore à Gao, le terrorisme a durement frappé avec l'objectif de faire obstacle à la mise en œuvre des accords d'Alger et notamment à la constitution des patrouilles mixtes qui permettront de réintégrer les combattants armés non terroristes dans l'armée nationale malienne. C'est cela qui est visé. C'est fait pour faire peur et pour décourager. Je le redis ici, comme je l'ai dit hier soir, comme nous l'avions dit avec le président de la République à Bamako, la France sera aux côtés de nos partenaires africains pour ne pas laisser détourner de la réconciliation, ce qui est essentiel au retour de la paix et de la stabilité au Mali. En Irak et en Syrie, Daech recule. Mais les succès militaires de la coalition demandent à être consolidés et surtout accompagnés et complétés en matière humanitaire, sécuritaire et politique. Il ne s'agit pas tant de gagner la bataille militaire contre Daech. Il faut aussi gagner la paix, en favorisant la mise en place, à Mossoul puis à Raqqa, d'une gouvernance inclusive qui permettra aux populations de tourner la page et d'envisager l'avenir avec confiance. Le ministère a contribué activement, en 2016, à la mise en œuvre du plan d'action contre la radicalisation et le terrorisme. Nos efforts seront poursuivis et intensifiés en 2017, en particulier par la mobilisation du réseau diplomatique français pour identifier les bonnes pratiques en matière de lutte contre la radicalisation. La deuxième priorité à laquelle je suis particulièrement attaché, c'est d'apporter des réponses collectives aux défis globaux. Nous devons repenser en profondeur nos manières d'élaborer les solutions multilatérales et prendre plus encore en compte l'impératif démocratique. C'est l'esprit dans lequel la France a conçu sa présidence de la COP21 : l'exigence et la mobilisation de nombreux acteurs de tous les horizons. La négociation de l'Accord de Paris a été pour la France, sous l'impulsion de Laurent Fabius, l'illustration de sa capacité à mobiliser sa diplomatie au service d'une ambition. Ce succès est d'autant plus marquant qu'il survient alors que jamais la communauté internationale n'a été à ce point confrontée à la remise en cause du multilatéralisme. Partout surgissent ou resurgissent les nationalismes, qui, à force de glissements progressifs et incontrôlés, pourraient aboutir à des chocs brutaux dont l'histoire nous a enseigné les dangers. Et pourtant, le multilatéralisme est plus nécessaire que jamais. Face aux désordres du monde, le multilatéralisme est un exercice très difficile, un exercice exigeant, mais, j'en suis convaincu, la seule méthode efficace. Cette année 2017 qui commence nous donne l'opportunité de revenir sur le rôle joué par la France sur la scène internationale. La troisième de nos priorités est de le renforcer et d'agir en restant fidèles à nos principes et à nos valeurs. Car la France n'est pas un pays comme les autres. Ses responsabilités, elle les tient de son histoire et des valeurs universelles qu'elle a contribué à forger. La France connait le prix des conflits, les ravages de la guerre. Elle est engagée dans la construction d'un monde plus sûr, plus juste et plus solidaire, en faveur de la liberté et de la primauté du droit. Cet engagement, il continuera à nous guider en 2017 face aux crises qui agitent le monde. Un mot particulier sur la Syrie, où il est de bon ton de commenter notre impuissance ou de critiquer nos positions. Mais qu'on nous reconnaisse trois mérites. Celui de la constance de nos positions, d'abord, et de notre détermination à ne jamais renoncer, comme en ont témoigné les initiatives que nous avons inlassablement portées au conseil de sécurité des Nations unies. Le mérite du réalisme sur les enjeux du drame syrien, ensuite. Car, ce dont il s'agit, c'est de créer les conditions d'une Syrie un jour apaisée, à l'intégrité territoriale préservée, respectueuse de sa diversité, gouvernée par un État qui puisera dans le retour de la paix la force de combattre enfin et réellement le terrorisme. À défaut, ce pays restera un lieu de chaos et un sanctuaire pour ceux qui menacent directement notre sécurité. C'est la raison pour laquelle il est fondamental que la réunion d'Astana s'inscrive dans le cadre agréé par la communauté internationale, c'est-à-dire le communiqué de Genève et la résolution 2254, qui prévoit une transition politique et que l'opposition, c'est aussi notre exigence, soit représentée de manière inclusive. C'est ainsi qu'Astana pourra utilement préparer la négociation de Genève qui devrait reprendre le 8 février prochain. Lorsque je parle aux uns et aux autres, que ce soit les Turcs dimanche, que ce soit les Russes quelques jours avant, ou l'Iran où je me rendrai dans quelques jours, ils me disent tous qu'ils sont d'accord avec cela. Il ne suffit pas de le dire, nous attendons les preuves. Nous donnons, si petite soit-elle, sa chance à la négociation. C'est pourquoi nous appuyons, malgré toutes les questions que j'évoque, l'étape d'Astana ; je dis bien l'étape. Que l'on nous reconnaisse enfin le mérite de ne pas transiger sur nos valeurs. Ce n'est que bon sens que de considérer qu'on ne peut fonder l'avenir d'un pays autour d'un homme, responsable de beaucoup plus de 300.000 morts et du déplacement ou de l'exil de plus de la moitié de sa population, d'un homme qui n'a pas hésité à systématiser la torture et à recourir aux armes chimiques, dans un pays très profondément meurtri et très largement détruit. Pourquoi ? Parce que les droits fondamentaux sont au coeur de notre identité et doivent le rester. L'engagement de la France à les défendre, avec conviction mais sans donner en permanence des leçons, n'est pas contraire à nos intérêts, certains voudraient opposer l'un à l'autre. Mais à l'inverse, cela contribue à les promouvoir et à donner dans la durée cette image attractive de la France. C'est ce que je constate partout dans mes déplacements. On ne nous demande pas de ne pas rester nous-mêmes. En matière de droits de l'Homme, la France n'a d'autre option que l'exemplarité. Mesdames et Messieurs, 2017 s'ouvre dans un contexte mondial difficile, vous l'avez évoqué aussi. Les défis que nous devons affronter sont nombreux. Je pense à la situation dramatique au Proche-Orient, qui est à la fois l'expression et le résultat de décennies de tensions. L'engagement périodique de négociations et leur échec ont créé davantage de désillusions et d'amertume, malgré l'intense mobilisation internationale, malgré la prise de conscience que le statu quo n'est pas tenable et malgré le fait que nous connaissons depuis des années les contours de la solution. Ils reposent sur la coexistence d'un État d'Israël et d'un État palestinien, souverains et démocratiques, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, sur la base des lignes de 1967 et avec Jérusalem pour capitale. Tout cela n'est pas nouveau. La France œuvre, et elle ne renoncera jamais, pour la relance d'un processus crédible de négociations, permettant d'aboutir à une paix juste et durable. Pour donner toutes leurs chances au dialogue et à la paix, il faut créer les conditions d'une relance d'une négociation, notamment en offrant aux parties des incitations. La France s'y est employée ces derniers mois. C'est dans cet esprit qu'une nouvelle conférence s'est tenue, le 15 janvier dernier, dans le cadre de notre initiative en faveur de la paix au Proche-Orient. Elle a été l'occasion pour la communauté internationale de transmettre aux parties son message en faveur de la solution des deux États et de leur exprimer sa disponibilité à leur apporter tout son soutien en cas d'accord de paix. Voilà ce que nous avons fait. Certains pensaient que nous n'y arriverions pas, certains pensaient même que c'était discourtois de le faire cinq jours avant la prise de fonction du nouveau président américain. Au contraire, car il s'est passé des choses l'an dernier : l'adoption de la résolution qui met en cause la colonisation adoptée par le conseil de sécurité des Nations unies, le discours de John Kerry et cette conférence du 15 janvier qui rappelle ce qui me paraît être la seule voie possible. C'est ce qui s'est exprimé et ce qui est partagé par un petit groupe de pays, 70 d'entre eux et non des moindres, l'ensemble de l'Union européenne, l'ONU et la Ligue arabe. Je pense aussi à l'Afrique. J'étais la semaine dernière au sommet de Bamako, aux côtés du président de la République, où 52 États étaient représentés. Cette forte mobilisation de nos partenaires est un message de confiance. De confiance dans l'avenir du Mali d'abord. Ce n'était pas évident d'obtenir ce sommet Afrique-France à Bamako, et dans l'avenir du partenariat entre l'Afrique et la France, un partenariat plus exigeant, plus transparent et plus ouvert, à l'image de la politique souhaitée par le président de la République vis-à-vis du continent africain. L'Afrique est pour la France une priorité, toute l'Afrique qui était là avec ses langues officielles. Les défis demeurent nombreux sur ce continent. Ces défis, ce sont ceux du terrorisme, de la radicalisation et de l'extrémisme. Ce sont aussi ceux de la démographie et du développement économique et social. La jeunesse du continent est un atout, une formidable source d'énergie, de dynamisme et de croissance. Mais cette attente et cette exigence de créer massivement des emplois pour les jeunes fait toutefois peser une lourde hypothèque sur les économies africaines. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'État chargé du développement et de la Francophonie, accorde une grande attention à ces sujets. La France mobilise 23 milliards d'euros sur la période 2017-2021 et apporte une contribution significative à cet effort de développement économique. Peut-être qu'après les accords de Paris où les Africains ont également apporté leur contribution, la transition énergétique, la révolution du numérique sont l'opportunité de faire un bond en avant pour l'Afrique. C'est en tout cas ce que je constate dans les sociétés africaines où il y a beaucoup d'initiatives qui ne viennent pas seulement des gouvernements, des pouvoirs publics, des coopérations, mais qui viennent des sociétés civiles. C'est un fait nouveau qu'il faut regarder, encourager et respecter. Je pense bien sûr à l'Europe qui affronte une multitude de défis, liés au terrorisme, aux conflits voisins, aux migrations, à la remise en cause de son idéal et au choix d'un de ses membres de la quitter. Autant d'incertitudes qui affaiblissent la confiance des peuples dans le projet européen. La France est lucide sur les conséquences de cette situation. Mais elle croit toujours en l'Europe. La construction européenne est une réussite collective qui assure à chacun de nos États membres une voix plus forte et un rayonnement plus grand dans le monde du XXIe siècle. La décision du peuple britannique de quitter l'Union européenne est une décision que nous regrettons, mais que nous acceptons. C'est une décision du peuple britannique. Le discours de Theresa May mardi contribue à clarifier les objectifs britanniques. Les 27 ont quant à eux déjà arrêté le cadre dans lequel ils entendent négocier avec le Royaume-Uni et défendre les intérêts de l'Union. Je le dit clairement devant vous, il n'y aura pas de « cherry picking », sinon c'est la fin de l'Europe. Il ne s'agit pas pour autant de punir le Royaume-Uni. Qui parle d'ailleurs de punir ? J'ai entendu cette expression dans la bouche de mon homologue récemment. Ce n'est pas la position de la France. Les Britanniques ont fait un choix qui comportera des conséquences. C'est l'évidence. Cette évocation d'une punition est en fait un écran de fumée pour permettre à ceux qui ont plaidé en faveur du Brexit d'en minimiser l'impact auprès de leur peuple parce qu'ils en voient bien les conséquences négatives. Dans les mois à venir, l'Union sera guidée par des principes simples, pour préserver son fonctionnement, son intégrité et sa cohésion. Car dès le lendemain du référendum britannique et à de nombreuses reprises depuis, ses États membres ont rappelé leur confiance dans la construction européenne, leur attachement à ce qui fait notre identité et à ce que sont nos valeurs, la démocratie, les droits de l'Homme, le bénéfice d'une société ouverte, libre et sûre. À Bratislava, au mois de septembre, une feuille de route a été adoptée par les 27 chefs d'État ou de gouvernement, pour répondre mieux et davantage aux préoccupations de nos compatriotes et de nos concitoyens. Les Européens veulent une Europe qui protège. C'est pourquoi nous avons lancé de nombreux projets pour mieux contrôler les trafics d'armes, mieux lutter contre le financement du terrorisme, assurer la maîtrise de nos frontières extérieures et doter l'Europe d'une défense qui permette d'atteindre à terme son autonomie stratégique. Ils veulent une Europe qui assure la prospérité économique et le progrès social, qui offre à chacun davantage d'opportunités, au sein de sociétés tournées vers l'avenir et vers la jeunesse. C'est l'une des priorités d'Harlem Désir, le secrétaire d'État chargé des affaires européennes que je remercie tout particulièrement pour son engagement constant. Aujourd'hui, l'Union européenne doit se donner les moyens d'assurer la croissance économique de demain et de répondre aux deux grands défis que sont la transition énergétique et la transition numérique. Le plan d'investissement Juncker a déjà dépassé la moitié de son objectif en Europe. La France, qui en est le deuxième pays bénéficiaire, a vu le lancement en 2016 de 37 nouvelles opérations, et la mobilisation de près de 16 milliards d'euros d'investissement. Le dernier défi que je veux évoquer avec vous aujourd'hui, c'est celui qui accompagne l'arrivée d'un nouveau président des États-Unis, dès demain. Les électeurs américains ont choisi une personnalité qui incarne une rupture, mais pour quoi faire ? Pour l'instant, ce sont surtout des questions, des interrogations qui dominent sur le cours que souhaitera donner cette nouvelle administration à sa diplomatie. Nos intérêts avec les États-Unis, notre histoire commune, nos valeurs partagées continueront à régir, j'en suis sûr, nos relations avec ce pays. La France et les États-Unis sont alliés, cela ne changera pas. L'Union européenne, qui a tant contribué à la paix et à la prospérité de notre continent, restera un partenaire solide et utile pour les États-Unis, qui l'ont soutenue depuis l'origine et sans varier, parce qu'ils en comprenaient l'intérêt pour eux-mêmes. Ce sera la position de la France, nous trouverons par la discussion un terrain d'entente sur les enjeux les plus centraux du moment, notamment la lutte contre le terrorisme à laquelle les États-Unis comme la France contribuent à l'échelle mondiale. La France développera rapidement avec la nouvelle administration des relations étroites. De notre côté, aucun effort ne sera épargné pour convaincre que l'intérêt des États-Unis est mieux protégé lorsque nous luttons ensemble contre les grands défis auxquels nous sommes tous confrontés, dans le cadre d'une approche collective. Ou lorsque le commerce international se développe sur la base de règles acceptées par tous, dans le respect de la réciprocité et de l'équité - Matthias Fekl, secrétaire d'État chargé du commerce extérieur, est pleinement mobilisé pour que l'Europe renforce sa position de puissance régulatrice dans le monde et de référence en matière de commerce équitable et bénéfique au plus grand nombre. Face à la tentation unilatérale ou à l'idée que des « deals » pourraient suffire à régler les affaires du monde, la France, je le dis, fera entendre sa voix. Mesdames et Messieurs, Chers Amis, Au gré du durcissement de certains régimes, mais aussi parfois du simple jeu des élections démocratiques, nous entrons dans une période qui risque de voir les principes qui nous sont chers encore plus qu'auparavant mis à l'épreuve. Cela nous impose de réagir. Comme citoyens, d'abord, c'est là la responsabilité de chacun d'entre nous, a fortiori en cette année d'élection présidentielle. Mais aussi, pour vous, comme journalistes, en exerçant pleinement, comme vous le faites, votre liberté d'expression. Votre contribution à la mise en débat des questions essentielles qui sont celles qui concernent notre pays, mais aussi l'avenir de l'Europe et la conception que l'on a de l'avenir du monde et de ces grands ensembles qui se constituent ou qui se défont. Mes objectifs et mes combats durant les prochains mois jusqu'à la fin de ce quinquennat seront les mêmes que depuis un an, identiques à ceux qui ont conduits toute ma vie politique : porter nos valeurs, faire valoir nos intérêts, défendre nos concitoyens, offrir à chacun davantage d'opportunités, renforcer la capacité de la France à tirer les bénéfices d'un monde ouvert et où le progrès est non seulement encore possible, mais nécessaire. Voilà ce que je souhaitais vous dire. Je vous remercie encore d'être venus ce matin et je conclurais, Mesdames et Messieurs, à l'intention de chacune et de chacun d'entre vous, en formant des vœux de bonheur personnel et de succès professionnel. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/469.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/469.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ad2507e9dc7b03902dcf97052dde22a0281fc2bb --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/469.txt @@ -0,0 +1 @@ + Madame la ministre, Monsieur le ministre, Madame la Directrice générale, Monsieur le Directeur général, Madame la Chef de service, Monsieur JOLIOT-CURIE et Madame GRICOUROFF, Mesdames, Messieurs, Je vous remercie pour votre accueil chaleureux et votre présence nombreuse à cette cérémonie sur le site d'Ivry. Avec Martine PINVILLE et Christophe SIRUGUE, nous nous retrouvons toutes les semaines depuis le début du mois pour ces cérémonies. Nous sommes désormais bien entraînés. Mais ne croyez pas qu'il y a une lassitude pour nous, loin de là. Nous sommes toujours très heureux d'être parmi vous et, après les prises de parole, de partager ces moments de convivialité avec chacun d'entre vous. L'année 2016 a été une année riche pour notre ministère. On la présente souvent comme l'année de la réunification. Je préfèrerais que nous en parlions comme celle de nos retrouvailles. Aucun mur n'est tombé entre les administrations de Bercy puisque nous nous connaissions tous et avions déjà l'occasion de travailler ensemble. Nous nous sommes simplement rassemblés et unis. L'année dernière, le travail entrepris nous a permis de faire progresser les politiques que nous portons. D'un point de vue législatif, cela a déjà été rappelé, le ministère de l'Economie et des Finances a porté, au-delà des textes financiers, deux lois qui ont mobilisé de nombreuses directions : - L'une sur la transparence, la lutte contre la corruption et la modernisation de l'économie ; - l'autre sur la République numérique. Ces deux textes sont utiles pour adapter notre réglementation aux évolutions de la société et pour nourrir la démocratie. Mais je vous préviens, il requiert encore un peu de travail pour prendre toutes les mesures d'application nécessaires. La Direction Générale des Entreprises a su se mobiliser sur ces textes législatifs, mais elle a également fait preuve d'un même dévouement dans des périodes délicates. L'ensemble des agents s'est investi avec constance et résultat dans les dossiers industriels. Cet engagement a permis de répondre aux interrogations sur l'avenir de grandes entreprises : on peut penser aux dossiers emblématiques d'Alstom ou plus récemment de STX. La sauvegarde des industries sur notre territoire participe au redressement de notre pays. L'animation continue de l'ensemble des filières industrielles en réunissant tous les acteurs renforce l'avenir des entreprises et prépare sereinement l'avenir de notre économie. Il faut aussi saluer le travail de cette direction lors des crises que nous avons traversées. Les mesures nécessaires à la sauvegarde de l'activité économique ont été engagées. Je pense notamment à l'action des agents qui ont accompagné les chefs d'entreprises, commerçants ou artisans qui ont subi les inondations du mois de juin dernier ou, plus tragiquement, ceux qui ont connu un ralentissement de leurs activités en raison des attaques terroristes qui ont à nouveau frappé la France en 2016. Je souhaiterais aussi avoir quelques mots également pour deux entités emblématiques de la Direction des douanes et des droits indirects, qui ont leurs bureaux ici à Ivry, et qui se sont également impliquées dans notre riposte aux attaques terroristes. Sur ces deux dernières années, la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (la DNRED) et le service national de douanes judiciaire ont dû renforcer leur action et leurs effectifs pour intensifier leur lutte en matière de terrorisme, de radicalisation et de trafics d'armes. Les résultats obtenus en 2016 sur ces points sont d'ailleurs remarquables. L'intensification des renseignements a contribué au renforcement de notre sécurité tout comme l'augmentation sensible du montant des avoirs criminels saisis. Malgré la difficulté des missions confiées, nous constatons que les agents remplissent leurs missions avec courage et détermination afin de défendre les valeurs républicaines qui ont été violemment attaquées ces derniers mois. Je tiens ainsi à tous vous remercier pour votre investissement de chaque instant pour permettre à notre pays de faire face à l'adversité. Enfin, au cours de l'année 2016, le service de contrôle général économique et financier a participé à relever une autre priorité de notre action nationale : l'assainissement des comptes publics. Le CGefi a poursuivi son rôle d'identification des risques, d'incitation à une performance accrue et d'alerte sur les organismes publics. J'ai d'ailleurs pu constater que toutes les missions d'audit et de conseil ont été menées avec un grand professionnalisme et une réactivité exemplaire. Par son travail, le CGefi me semble être devenu un acteur à part entière de la modernisation de l'Etat et de la maîtrise des finances publiques, reconnu comme tel au sein de Bercy, mais aussi par nos partenaires externes et la Cour des comptes en premier lieu. La diversité de ces actions rappelle l'étendue des champs de compétence de notre ministère. Mais elle est également la preuve de notre richesse. Ces quelques éléments démontrent que l'année 2016 a été une année de progrès pour la France. D'un point de vue macroéconomique, nous pouvons constater que notre politique d'assainissement des comptes publics porte ses fruits. Les premiers résultats que nous connaissons sur l'exécution du budget 2016 démontrent que les efforts partagés ont été utiles et nous permettent de stabiliser notre dette publique et de réduire notre déficit. Les mesures de soutien aux entreprises sont également positives. L'activité a redémarré dans notre pays, soutenue tant par une reprise de la demande en raison de la hausse du pouvoir d'achat que par un renouveau de l'offre grâce à une hausse des marges. La croissance sera de 1,4% pour l'année 2016. Ces résultats récompensent la qualité de votre action au quotidien. Je sais bien que l'année 2017 est particulière. En raison des cycles électoraux, j'ai conscience que des travaux sont entrepris pour préparer des dossiers pour un potentiel prochain ministre. J'ai moi-même été destinataire de ces dossiers de qualité à plusieurs reprises. Cependant, la vie démocratique est riche de rebondissements et d'imprévus. Dans l'attente d'un changement, je vous demande, chacun à votre niveau, de mettre de côté cette situation incertaine et de continuer vos efforts pour participer au redressement de la France. Il est impensable que cette année soit une année blanche pour notre pays. Dans les prochains mois, nous devons continuer notre action, notre action en faveur de la compétitivité et la relance de l'économie française, en faveur de la lutte contre la fraude, en faveur de la relance de l'Europe. Ainsi, chacun devra se mobiliser pour permettre cette continuité. Au-delà de ces perspectives pour les prochains mois, cette cérémonie est également l'occasion de procéder très officiellement au nommage du bâtiment Irène JOLIOT-CURIE. Je tenais à saluer la présence de Pierre JOLIOT-CURIE et de son épouse, Anne GRICOUROFF. Nous sommes très honorés de vous avoir parmi nous et, au nom de l'ensemble du ministère, je vous adresse mes plus sincères remerciements. Vous l'avez successivement expliqué, témoigné, le nommage d'un bâtiment est un choix important. Il participe à écrire une histoire commune et à montrer notre attachement à des valeurs, des combats. Le choix du nom d'Irène JOLIOT-CURIE concilie parfaitement ses préoccupations. Je m'en félicite. Née à proximité d'ici dans le 13ème arrondissement de Paris en 1897, Irène JOLIOT-CURIE est une femme engagée. Dès le plus jeune âge, elle le prouve en suivant son illustre mère, Marie CURIE, sur le front de la Première guerre mondiale pour participer aux soins des blessés. A l'issue de la guerre, elle entreprend des études scientifiques brillantes couronnées par une thèse sur les rayons alpha du polonium. Au début des années 1930, Irène JOLIOT-CURIE et son mari oeuvrent pour la recherche scientifique dans un laboratoire futuriste situé à quelques encablures d'ici, mais toujours sur la commune d'Ivry-Sur-Seine. C'est dans le laboratoire d'Ivry qu'avec son époux, ils font des découvertes majeures pour la physique nucléaire. Ces recherches extraordinaires ont alors été distinguées par l'attribution du Prix Nobel de chimie en 1935 pour le couple d'exception qu'elle formait avec Frédéric JOLIOT. Irène JOLIOT-CURIE devient alors la deuxième femme à recevoir le Prix Nobel de Chimie en succédant à sa mère. Elle poursuit sa vie engagée en devenant, en 1936, sous-secrétaire d'Etat chargée de la Recherche dans le Gouvernement de Léon Blum. Elle fait ainsi partie des trois premières femmes ministres en France. En 1945, Irène JOLIOT-CURIE intègre le Commissariat à l'Energie atomique créé par le Général de Gaulle. Elle y est d'ailleurs la seule femme et contribue à faire progresser la recherche française dans le domaine du nucléaire. Grâce à cette aventure scientifique et industrielle, la maîtrise de l'énergie atomique fait un bond considérable. Elle quitte en 1950 le CEA et participe en 1954 à la fondation du campus d'Orsay qui connaît, Pascal FAURE l'a rappelé, un nouveau départ avec le projet Saclay. Ce campus d'Orsay lui permet de mener à bien son Institut de physique nucléaire. L'intensification des travaux pour l'application militaire de l'énergie atomique contrarie Irène JOLIOT-CURIE. Pacifiste convaincue, elle se lance, en compagnie de son mari, dans un combat contre l'usage militaire de l'énergie atomique qu'elle a tant développée durant sa carrière. Peu de temps après l'accomplissement du premier bâtiment du campus d'Orsay, Irène JOLIOT- CURIE décède en 1956 du fait de son exposition récurrente aux rayons X et au polonium. Vous le comprenez par ces quelques mots, Irène JOLIOT-CURIE a contribué à bâtir la filière nucléaire française. Longtemps une référence à travers le monde, ce secteur a connu quelques difficultés ces derniers temps mais aujourd'hui, l'action que nous avons menée permet de restructurer le nucléaire. Je suis sûr que, grâce aux grandes orientations que nous avons fixées, la pérennité de ce savoir-faire est préservée. Désormais, nous pouvons nous projeter sereinement vers l'avenir en préservant l'héritage d'Irène JOLIOT-CURIE. Irène JOLIOT-CURIE est une femme d'exception, dont l'histoire personnelle retrace celle de son époque. Elle illustre l'excellence de la France par les recherches qu'elle a entreprises et mais aussi les valeurs de notre pays qu'elle a défendues : celle de la paix, de la liberté. Elle était un esprit libre, qu'elle a démontré par ses combats politiques, mais aussi et surtout par ce qu'elle a entrepris dans le monde de la recherche et de l'enseignement. Souvent pionnière dans les combats qu'elle menait et les recherches qu'elle développait, elle devient désormais la première femme à associer son nom à l'un des bâtiments du ministère de l'Economie et des Finances. J'espère aujourd'hui ouvrir un précédent qui sera souvent repris. Avant d'ouvrir le cocktail, je vous invite à me rejoindre pour le dévoilement de la plaque et les traditionnelles photos. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/470.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/470.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..62afca640f231d93af898cd7e4b5c38474d8be61 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/470.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, Messieurs, Je vous remercie chaleureusement de votre présence ce matin, qui témoigne de votre engagement au côté de l'État pour améliorer l'accompagnement psychologique des victimes. De l'hétérogénéité des profils des professionnels présents - car il n'y a pas que des psychiatres et des psychologues aujourd'hui mais aussi des travailleurs sociaux, des éducateurs, des acteurs de la Justice et de la police, des médecins et autres professionnels de santé – j'en conclus que le rôle de coordination confié à mon secrétariat d'Etat est conforté et je me réjouis de constater que vous adhérez à cette volonté de construire ensemble les dispositifs d'aide aux victimes. Je remercie également le doyen de la faculté de médecine de l'université Paris Descartes, Gérard Friedlander, qui nous accueille chaleureusement dans ce beau et grand cadre et l'aide précieuse de l'université pour l'organisation de cette seconde table ronde. Le terrorisme, comme nous le savons trop bien, peut frapper partout, tout le monde. Que ce soit dans une salle de concert, en terrasse des restaurants ou sur la promenade des anglais, la folie meurtrière frappe aveuglément, jusqu'au cœur des familles, jusqu'à nos enfants. L'attentat de Nice nous a tous profondément bouleversés. 86 morts, des centaines de blessés, de traumatisés, et parmi eux de nombreux enfants. Cette nuit-là, le professionnalisme du personnel médical et des secouristes a permis une mobilisation rapide de tous les moyens humains et matériels pour la prise en charge spécifique des jeunes victimes. Dès l'activation du plan blanc, le jeudi soir à 23 heures, une cellule d'urgence médico-psychologique, spécialement dédiée à la prise en charge des jeunes victimes, était mise en place à l'hôpital pédiatrique Lenval. Le personnel soignant a pu ainsi effectuer vis à vis des enfants, des adolescents, ainsi que leurs familles, un accompagnement psychologique d'urgence, quelques dizaines de minutes seulement après le drame. Mère de quatre enfants, je me suis pleinement engagée, avant d'être ministre, sur les questions de l'enfance et de la jeunesse, notamment dans le domaine associatif. Je poursuis, aujourd'hui, cet engagement en tant secrétaire d'Etat chargée de l'aide aux victimes avec comme objectif d'approfondir le travail mené pour améliorer le suivi post-traumatique des enfants et adolescents victimes lors de crises graves. Mieux que quiconque, vous savez la particularité de traiter avec de jeunes victimes en situation post-traumatique. Il est indispensable que l'accompagnement des jeunes victimes soit fait par des professionnels spécialisés, en lien très étroit avec les familles. Nous devons continuer à vous donner les moyens d'agir. Il nous faut identifier les obstacles auxquels vous faites face, auxquels les familles des enfants font face, sans autre objectif que l'accompagnement de toutes les jeunes victimes. Aider les enfants, c'est aussi aider les familles. Les parents, traumatisés eux aussi car bien souvent présents sur le lieu du drame, doivent pouvoir s'appuyer sur une aide extérieure, et les professionnels médicaux en sont l'un des piliers. Mais l'entourage des jeunes victimes peut aussi jouer un rôle de soutien, complémentaire à celui du thérapeute, et l'accompagnement mérite une approche globale, si possible dans un système de soins bien coordonné. Je pense que le Docteur Jean CHAMBRY pourra souligner l'importance de telles approches systémiques et synchronisées. La résilience des enfants face à l'horreur n'est pas simplement un objectif de santé publique, il est un impératif moral, qui engage l'État. C'est pourquoi je m'efforcerai que nos discussions alimentent les réflexions plus larges du Conseil national de santé mentale, tout juste installé en ce début d'année par la ministre de la Santé, Marisol TOURAINE. Je souhaite également porter le débat au niveau international et l'un des axes de travail que j'ai donné au prochain comité CIVIC sera la définition d'un statut international des enfants victimes. Il a fallu que nous apprenions à vivre avec la menace terroriste. C'est également le cas pour les enfants. Savoir trouver les mots pour expliquer et rassurer n'est pas chose aisée pour les parents. Dans une société où l'information est partout, les images anxiogènes omniprésentes, nous avons plus que jamais besoin des professionnels de santé pour nous guider dans l'appréhension de la menace par les enfants. Au niveau de l'éducation nationale, comme de la santé, l'État s'est emparé de ce sujet, mais il nous faut continuer d'épauler les familles et approfondir notre réflexion pour mettre en place de nouveaux outils adaptés au jeune public. L'intégration de la menace par tous pour y répondre au mieux ne peut se faire que par la formation aux bons comportements. Le travail spécifique effectué pour les jeunes enfants doit être complété, les bonnes pratiques partagées. J'insiste sur le fait qu'instaurer une culture de la prévention n'est pas instaurer une culture de la peur, mais bel et bien une culture de la protection. Enfin, dans sa grande perversité, le terrorisme que nous connaissons aujourd'hui attire certains de nos adolescents et adolescentes les plus fragiles. Dans notre pays, six cent adolescents font l'objet d'un suivi par les autorités judiciaires pour radicalisation. Jeudi dernier, le Premier ministre annoncé la mise en place d'un comité de pilotage qui devra élaborer sous six semaines un plan de prise en charge des mineurs embrigadés dans les groupes djihadistes en Irak ou en Syrie et revenant en France. Face à ces jeunes à la dérive, la pédopsychiatrie nous apporte également des solutions, dans la prévention, la détection, ou encore dans le traitement de ces jeunes radicalisés ou en voie de radicalisation. La réponse médicale doit pouvoir accompagner pleinement la réponse judiciaire. La volonté du gouvernement est de continuer à mobiliser tous les acteurs pertinents dans la lutte contre la radicalisation et la place de la pédopsychiatrie dans cette mobilisation est centrale. Qu'ils soient victimes, blessés, traumatisés, endeuillés ou spectateurs effrayés d'événements terribles qu'ils ne comprennent pas toujours, nos enfants et nos adolescents méritent que nous consacrions toute notre énergie à répondre à leurs traumatismes, à leurs peurs, à leurs questions. Le travail psychologique et psychiatrique est primordial particulièrement en cas de crise majeure. Je me suis rendue la semaine dernière à l'hôpital Lenval, où j'ai pu notamment rencontrer le professeur Florence Azkenazy, cheffe du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent. Nous avons évoquée l'importance d'une prise en charge psychologique dès les premières minutes après le drame, mais également l'impérieuse nécessité d'un suivi post-traumatique au long cours, en particulier pour les jeunes publics. Encore trop de victimes ou de familles ne bénéficient pas d'un suivi psychologique directement après les faits, et ce malgré un important travail de pédagogie pour les inciter à consulter. L'importance d'une prise en charge psychologique rapide s'est trouvée une nouvelle fois confirmée par les résultats de l'étude épidémiologique menée par l'ARS d'Ile-de-France et Santé Publique France à la suite des attentats de Janvier 2015, qui ont montré que les personnes ayant bénéficié d'une prise en charge psychologique immédiate souffrent deux fois moins de troubles post-traumatique six mois après les faits. En particulier, une prise en charge immédiate nécessite un dépistage précoce des troubles psychologiques chez les enfants et les adolescents. Ce dépistage précoce est nécessaire pour reconnaitre les victimes de violences et d'actes de pédophilie et constitue en ce sens une des réponses au combat mené par Flavie Flament contre l'impunité des pédophiles. Il faut également faciliter l'accès aux soins, dans un contexte d'offre rare, comme cela fut souligné lors de notre première table ronde en décembre dernier, nous faisons face à un manque important de pédopsychiatres en France, en baisse de 50% en dix ans, ou de soins pas nécessairement bien remboursés par la Sécurité sociale. Je pense ici aux psychologues ou à d'autres thérapeutes dont le service rendu n'est pourtant plus à prouver. Cette table ronde doit ainsi permettre d'identifier les pistes d'amélioration à apporter à l'environnement familial, scolaire ou médical des jeunes victimes afin de favoriser le dépistage des troubles, une prise en charge immédiate et garantir un suivi dans la durée. Qu'il s'agisse de mieux faire connaitre la pédopsychiatrie auprès des étudiants en médecine, de sensibiliser, aux questions de la santé mentale, les praticiens généralistes et tous ceux qui sont au contact des enfants, qu'ils soient enseignants, orthophonistes, infirmiers scolaires, de mettre en place une approche globale, interdisciplinaire associant pleinement les familles, ce sont autant de pistes qui pourront être approfondies aujourd'hui. Mais d'ores et déjà, l'ensemble de ces acteurs doivent pouvoir disposer d'un lieu commun au sein duquel ils pourront échanger et de partager leurs savoirs. C'est la raison pour laquelle, je souhaite que le centre de ressources et de résilience, porté par Françoise Rudetzki et dont je soutiens la création, ait un département de pédopsychiatrie. Le travail que vous faites est essentiel ; comme l'a dit Georges Bernanos : « Béni soit celui qui a préservé du désespoir un cœur d'enfant ». Je vous remercie de votre attention, je compte sur votre participation active lors des échanges avec la salle et je laisse le soin à Madame Marie-Aude PIOT, que je remercie d'avoir accepté de remplacer au pied levé Maurice Corcos, d'introduire la première séquence de travail. Merci à vous tous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/471.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/471.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ee63a8b9e6629723b90abd3050fffb14d48e2a73 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/471.txt @@ -0,0 +1 @@ +Merci beaucoup Adel. Je veux remercier mon collègue et ami Adel al-Joubeir pour son accueil. Nous avons depuis près d'un an que j'ai pris mes fonctions de ministre des affaires étrangères souvent l'occasion d'échanger, de nous rencontrer, soit en rencontre bilatérale comme ici aujourd'hui où c'est ma première visite et à Paris très souvent, très régulièrement, et aussi dans beaucoup d'instances internationales. Cela révèle une qualité de dialogue, une confiance mais aussi une grande disponibilité chez mon partenaire Adel al-Joubeir. Nous avons à nouveau abordé de nombreux sujets qui nous préoccupent aujourd'hui après la rencontre avec le Roi. En effet avec l'Arabie Saoudite, nous partageons beaucoup de choses. Nous avons une relation stratégique que nous voulons renforcer. Mais nous sommes aussi tous les deux déterminés à vaincre le terrorisme djihadiste et à continuer à apporter la paix dans la région frappée par les crises, dans tous les pays qui sont concernés par les crises. Dans la lutte contre le terrorisme, nous savons que nos deux pays sont menacés et qu'ils sont victimes du terrorisme. Et pour nous, la lutte contre le terrorisme, c'est d'abord une lutte contre Daech et contre Al-Qaida. J'ai rappelé aussi la nécessité d'une coopération dans la lutte contre la radicalisation qui est menée ici, que nous menons aussi dans notre société en France mais que nous devons mieux coordonner encore au niveau international. Il faut aussi éradiquer les réseaux. Ils existent. Ils n'ont pas disparu. Et puis aussi œuvrer au tarissement des canaux de son financement. Dans le cadre de la coalition internationale un groupe de travail est coprésidé par l'Arabie Saoudite qui fait un travail très utile sur ce sujet. J'ai vu aussi que nous avions une convergence de vue sur beaucoup de sujets. Je pense par exemple à la nécessité de libérer Mossoul qui est un des sanctuaires de Daech mais aussi de poursuivre cette lutte ensuite à Raqqa en Syrie. Je lui ai fait part de nos engagements opérationnels. Je lui ai fait part aussi de notre confiance dans la capacité des forces arabes à œuvrer pour libérer ces villes. Mais au-delà du volet militaire - qui est important - si on veut une défaite durable de Daech, il importe également que les solutions apportées soient des solutions politiques, qui incluent l'ensemble des sociétés concernées dans leurs diversités. Cela vaut en particulier pour l'Irak où, si une partie de la communauté nationale n'est pas intégrée, insérée dans la gouvernance, alors les risques d'affrontement et de radicalisation demeurent. La question de la réconciliation nationale est centrale pour nous, c'est une urgence et une nécessité en Irak. Quant à la Syrie, nous connaissons la situation terrible, dramatique avec ces centaines de milliers de morts, ces millions de réfugiés, ces personnes déplacées et un pays détruit. Nous voulons à tout prix obtenir un cessez-le feu durable, permettre aussi aux populations en souffrance de recevoir l'aide humanitaire et ensuite de tout faire pour arriver à une solution politique. Nous partageons la même vision. C'est la déclaration de Genève de 2012, c'est le cadre de la résolution 2254 du conseil de sécurité qui doit être la base de la transition politique. Alors, aujourd'hui il y a une réunion à Astana. Nous avons souhaité son succès au moins sur un point prioritaire, qui est la cessation effective des hostilités. Je ne sais pas s'il y aura un accord. En tout cas, nous le souhaitons. Mais par contre, ce que nous revendiquons, c'est que les négociations à Genève reprennent le plus vite possible, dans le cadre des Nations unies et sous l'égide des Nations unies. Nous avons aussi évoqué la situation au Yémen. Nous appuyons les efforts des Nations unies, de son représentant spécial, pour une solution politique. Pour nous, c'est la seule voie possible, la voie d'une trêve et d'un dialogue politique le plus rapidement possible sans oublier la situation humanitaire. Nous avons abordé à plusieurs reprises cette question et encore ce matin. J'ai remercié Adel al-Joubeir et l'Arabie saoudite pour la participation à la conférence que j'ai accueillie le 15 janvier dernier à Paris sur le Proche-Orient. Le communiqué final a permis de réaffirmer l'importance de l'initiative arabe de paix lancée par l'Arabie saoudite en 2002 qui est toujours d'actualité et qui rappelle aussi la position traditionnelle de la communauté internationale. C'est la réaffirmation qu'il n'y a pas de solution de paix sans la création d'un État palestinien vivant en paix et en sécurité à côté d'Israël. Cela ne peut se faire que par la voie de négociations entre les parties. Mais, en organisant cette conférence à Paris, nous avons voulu rappeler la nécessité et l'urgence de reprendre ces négociations, sur la base des lignes de 1967 et avec Jérusalem comme capitale alors que la situation actuelle conduit au désespoir et à la violence. La relation avec l'Arabie saoudite c'est aussi bien sûr une dimension économique. Elle est déjà dense. Le premier partenaire économique de la France dans la région, c'est l'Arabie saoudite. Sur les dix premiers mois de l'année 2016 - nous n'avons pas encore les derniers chiffres de 2016 - nos exportations ont augmenté de 20% par rapport à 2015. C'est une tendance qu'il faut confirmer, nous y travaillons ensemble. Une récente commande d'Airbus pour l'année 2017, annoncée la semaine dernière, est de bon augure, un signe fort. Ce matin j'étais très heureux de visiter l'énorme chantier du métro de Riyad qui est construit par un des fleurons de l'industrie française, le groupe Alstom. Ils ne construisent pas toutes les lignes - il y en a six - mais ils en construisent la moitié avec des entreprises, notamment de génies civils, comme des entreprises d'ici. On m'a indiqué que c'était le plus grand chantier de métro au monde. C'est dire l'ambition de l'Arabie saoudite pour équiper le pays et, dans le même temps, la capacité des entreprises notamment françaises à répondre à la demande du pays. C'est donc une visite symbolique et je m'en réjouis. Il y a d'autres projets que l'Arabie saoudite a lancés, nous sommes prêts en tout cas à y répondre. Et surtout, nous nous inscrivons pleinement dans la stratégie que le vice-Prince héritier a appelé « vision 2030 ». Nous aurons l'occasion d'en parler plus en détails cet après-midi, nous avons commencé à aborder tout cela. Je me suis rendu au KACST (cité des sciences et des technologies du Roi Abdulaziz) ce matin. Nous avons beaucoup évoqué la coopération dans le domaine de la recherche et de l'innovation, le soutien aux start-up, l'économie diversifiée que l'Arabie saoudite veut développer. Et j'ai vu un signe très concret de ce que la « Vision 2030 » veut dire, même s'il y a aussi beaucoup d'autres aspects qui concernent la nécessaire diversification et modernisation de l'Arabie saoudite, qui est en marche. En tout cas, la France est prête à coopérer encore d'avantage sur le plan politique et sur le plan stratégique. Nous contribuons ensemble à régler les conflits et à sortir des crises, à consolider la paix mais aussi à bâtir un monde équilibré, un monde qui donne des perspectives en particulier à la jeunesse. C'est vrai sur les plans économiques, éducatifs et culturels. En tout cas, notre partenariat stratégique franco-saoudien est solide. Dans un monde incertain, dans un monde qui change, avec de nouvelles administrations, avec des décisions politiques comme le Brexit et un rééquilibrage des forces du monde, il est important qu'il y ait des pôles stables. Et l'Arabie saoudite est un des éléments de cette stabilité. Mais la coopération stratégique franco-saoudienne en est aussi un. Q - Bonjour Monsieur le Ministre. En général, comment voyez-vous la politique du président Trump vers l'Arabie Saoudite et le Moyen-Orient ? R - Le nouveau président aux États-Unis a pris ses fonctions et il agit. Et peu à peu le temps que l'administration s'installe, nous découvrirons les éléments concrets de sa politique, en particulier de la politique internationale des États-Unis. Évidemment nous avons des questions, nous avons évoqué l'accord sur le nucléaire iranien mais il y a aussi beaucoup d'autres questions. La première porte sur le degré d'engagement des États-Unis dans la lutte contre le terrorisme, c'est une question d'actualité. Mais aussi sur d'autres sujets comme tous les dossiers régionaux que j'ai évoqués dans mon intervention il y a quelques instants, y compris le dossier israélo-palestinien. Et aussi, quelle sera l'attitude des États-Unis sur l'avenir de l'Accord de Paris sur le climat, la transition énergétique ? C'est une question fondamentale pour l'avenir de la planète. Et quels seront les contours de la future politique commerciale américaine dans le cadre des échanges commerciaux ? Ce sont toutes ces questions qui sont devant nous sans oublier les relations avec la Russie et le dossier ukrainien. J'ai fait passer le message à l'administration américaine et je suis disponible pour rencontrer mon nouveau collègue, Rex Tillerson, pour échanger avec lui le plus vite possible. Il ne s'agit pas de refaire la campagne électorale américaine, ce n'est pas notre rôle, nous n'avons pas à nous ingérer dans les affaires américaines. Mais encore une fois les États-Unis sont un grand pays, une puissance mondiale. Ils ont une responsabilité pour le reste du monde même s'ils ont bien sûr les intérêts de leur peuple à défendre et à préserver. Mais cela ne peut se passer que par une approche multilatérale de la politique internationale. Aussi, il est plus que nécessaire de se parler. L'Allemagne doit présider le G20 et une première réunion aura lieu à Bonn début février. Je pense à cette occasion rencontrer M. Tillerson. Mais même avant cela, je souhaite pouvoir dialoguer et échanger dans un esprit à la fois de franchise mais aussi de confiance dans la mesure où la France et les États-Unis sont des pays alliés depuis longtemps. Évidemment nous avons des valeurs communes, des intérêts communs mais aussi parfois des divergences. Et je pense que c'est dans l'intérêt de tous de pouvoir aborder les questions en face avec la volonté d'être constructif et de rester fidèle à une conception du monde, que je viens de rappeler. Q - En France, certains candidats à l'élection présidentielle ont accusé l'Arabie Saoudite de soutenir l'extrémisme et le terrorisme. Quel est votre commentaire sur ces accusations et leur impact sur les relations franco-saoudiennes, surtout que vous êtes au courant des efforts déployés par le Royaume pour lutter contre le terrorisme grâce à la coordination franco-saoudienne ? R - Bien sûr il y a des critiques mais si je suis là aujourd'hui, c'est par conviction. C'est la conviction de la France que dans cette région du monde instable, parfois en guerre, l'Arabie saoudite est un pays stable et un pays responsable. C'est la raison pour laquelle il y a ce partenariat stratégique entre la France et l'Arabie saoudite. Je disais tout à l'heure que nous sommes confrontés à une menace de déstabilisation et cette première menace c'est le terrorisme. Elle touche aussi bien l'Arabie saoudite que la France et d'autres pays malheureusement aussi. Encore récemment, vous avez été concernés par des attentats ou des menaces d'attentats. Nos services de renseignement coopèrent beaucoup. Du côté de l'Arabie saoudite - on ne le sait peut-être pas assez en France - il y a eu des initiatives prises. Notamment, une nouvelle coalition formée à l'initiative de l'Arabie saoudite avec une quarantaine de pays et, par ailleurs, l'Arabie saoudite participe à cette grande coalition internationale et intervient par des frappes comme la France. Plus récemment, les hautes autorités politiques saoudiennes, notamment le Roi Salman ont condamné à maintes reprises l'extrémisme et le terrorisme. La plus haute autorité religieuse du Royaume, le grand Mufti d'Arabie saoudite a qualifié Daech et Al-Qaida, d'ennemis numéro un de l'Islam et rappelé que les musulmans étaient les principales victimes de ces groupes extrémistes. C'est important de le rappeler. Puis, il y a eu aussi les réformes qui ont été adoptées, même déjà depuis plusieurs années, notamment, dès 2014, la lutte contre le financement du terrorisme. Tous les dons faits à l'étranger au titre de la « zakat » doivent être déclarés afin qu'ils ne servent pas de couverture au financement du terrorisme. C'est un point très important. Je le dis parce que ce n'est pas assez connu même en France, c'est une loi qui complète des dispositions qui existent déjà contre le blanchiment d'argent en général mais sont adaptés à des situations particulières. Et je sais que le ministère de l'intérieur saoudien est très vigilant sur ce point. Enfin, je pense qu'il y a un très gros travail qui est fait, nous l'avons évoqué, contre la radicalisation. Cette radicalisation, cette diffusion des idées extrémistes, elle peut passer par exemple par Internet et peut toucher des parties de nos sociétés, notamment les jeunes. C'est tout un travail qui est fait de déradicalisation, y compris par le biais d'une coopération internationale. Nous, nous sommes très sensibles à ce qui est entrepris ici et y compris - on ne le sait pas toujours - avec un meilleur encadrement des activités des prédicateurs parce que certains peuvent être tentés par des discours radicaux qui peuvent dévoyer et qui peuvent être porteurs de dérives dramatiques. Enfin, je voudrais dire, puisque je l'ai évoqué tout à l'heure, que l'Arabie saoudite est engagée dans un vaste chantier de modernisation, dans le cadre de la « vision 2030 », pour faire de l'Arabie saoudite, non seulement un pays économiquement diversifié et durablement fort - ce qui est déjà le cas - mais aussi un pays qui s'ouvre à la modernité. Et c'est vrai que c'est un sujet que nous abordons toujours avec beaucoup de franchise et de respect mutuel : celui du développement des droits de l'Homme et tout ce qui peut contribuer aussi à l'égalité entre les femmes et les hommes. J'ai rencontré les délégués qui sont venus à Paris - que j'ai revus ici encore - de la Choura, cette Assemblée consultative. Beaucoup de questions concernant le fonctionnement de la société sont abordées avec bien sûr des interrogations et des débats. C'est pour cela qu'il est important de venir ici à Riyad pour mieux comprendre et mieux connaitre tout cela. De ce point de vue, ma visite est également très utile. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/472.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/472.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ee5528010f945cf29d741a2fa5fdc2c68e73f59e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/472.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je ne dérogerai pas à l'usage et c'est avec sincérité et enthousiasme que je vous présente, à vous et à vos proches, tous mes vœux de santé, de joie et de réussite pour cette année qui s'ouvre. Cela ne vous a pas échappé, 2017 sera une année importante, une année charnière. Nous aurons des choix à faire, des responsabilités à assumer, des chantiers à mener à terme, une action à poursuivre jusqu'au dernier jour. J'ai eu l'occasion, le 14 janvier dernier à l'occasion de la journée « convergences citoyennes », d'adresser mes vœux aux plus de 250 personnes qui ont répondu présentes à mon invitation à venir débattre, un samedi, de la place des conseils citoyens dans la politique de la Ville et dans la société. Parmi ces 250 personnes, la grande majorité était des membres des conseils citoyens, venus de toute la France, bénévolement, pour se faire entendre, être écoutés et porter des propositions. Je sais que l'engagement est une notion chère à Patrick Kanner, et à laquelle je suis moi aussi profondément attachée. Le succès de la manifestation du 14 janvier, qui s'inscrit pleinement dans la continuité du 27 octobre dernier à la Villette qui a rassemblé 1000 conseillers citoyens à l'automne dernier, montre que, contrairement aux analyses éculées que l'on entend régulièrement, les quartiers populaires sont engagés, et qu'ils se mobilisent pour prendre toute leur part de responsabilité dans notre destin commun. Les événements particulièrement difficiles que nous avons traversés au cours des deux dernières années ont pu révéler chez une part de nos compatriotes une tentation du repli à laquelle il nous faudra apporter les bonnes réponses. Ils ont également fait prendre conscience à une part plus grande encore de nos concitoyens que chacun, au niveau de responsabilité qui est le sien, est en capacité de s'engager et de peser sur notre avenir commun. Conforter et encourager l'engagement au quotidien des associations de proximité, des adultes relais, des élus locaux que je salue et des habitants des quartiers populaires contre ceux qui prônent un développement séparé : tel est le fil conducteur de mon action depuis que j'ai été nommée Secrétaire d'État à la Ville. Il le restera jusqu'au dernier jour de responsabilités, et 2017 sera pour moi une nouvelle année de réalisations. Je présenterai dans quelques jours, devant le réseau territorial de l'Etat, l'instruction ministérielle fixant le cap sur les conseils citoyens. Cette circulaire est le fruit de débats aussi riches que passionnés avec les acteurs de la politique de la Ville, et en premier lieu ces acteurs essentiels que nous avons résolument réintégrés à la décision : les habitants. Ce texte clarifiera le rôle de cette nouvelle instance de démocratie participative qu'est le Conseil citoyen tout en le confortant. J'ai pris de nombreux engagements au cours de la rentrée citoyenne organisée depuis l'automne dernier ; auprès des adultes-relais, auprès des associations et auprès des habitants. Je mets tout en œuvre pour tenir chacun de ces engagements pragmatiques, parce que je crois que c'est en s'engageant sur du concret et en honorant ses promesses que nous parviendrons à redonner confiance dans une parole publique trop souvent discréditée. Enfin, je veux que 2017 soit l'année de la clarté. Je veux qu'en cette année de doutes et de choix décisifs quant à notre avenir, nous poussions fixer des caps clairs et droits. Chacun, dans son domaine, doit s'y consacrer. Le cap de la politique de la Ville pour 2017 est fixé dans la circulaire sur les orientations de la politique de la ville que je présenterai devant les préfets délégués à l'égalité des chances, les sous-préfets ville et les directeurs régionaux et départementaux de la cohésion sociale. Ces orientations ont, grâce aux nombreux échanges que j'ai eus avec l'ensemble des acteurs de ce champ, la clarté de l'évidence. Je souhaite qu'en 2017, nous accordions un appui renforcé aux acteurs de proximité qui interviennent dans les quartiers populaires : les associations, les adultes relais et les conseils citoyens. Ce sont les anticorps de la République, il est de notre devoir de les soutenir. Ces acteurs doivent être confortés pour répondre aux enjeux majeurs pour lesquels nous continuerons à nous engager. Ces enjeux, ce sont : - la poursuite et l'accélération du renouvellement urbain, pour lequel le Président de la République a annoncé 1 milliard supplémentaire lors du premier forum national des conseils citoyens; - la réussite éducative, après la refonte des PRE, en concertation avec l'Education Nationale, en 2016 ; - la lutte contre les discriminations, domaine dans lequel la loi égalité et citoyenneté a permis, cher Patrick, des avancées majeures. Un guide interministériel de lutte contre les discriminations est en préparation sous ma responsabilité, et j'aurai le plaisir de le présenter dès le début du mois de février. - la prévention de la radicalisation. Ce n'est pas seulement un sujet dans nos quartiers populaires, mais c'est aussi un sujet dans nos quartiers populaires. Je veux qu'avant avril 2017, chaque contrat de ville comporte en annexe un plan local de prévention de la radicalisation. Ce sera chose faite. - le renforcement de la présence des adultes dans les quartiers populaires le soir et le week-end, afin de toujours opposer la parole de la République à celle que véhiculent, en son absence, les trafiquants de haines. L'expérimentation que nous avons lancée dans 15 villes avec le Ministre de la Ville de la Jeunesse et des Sports en 2016, sera très largement étendue en 2017, et assortie de moyens financiers conséquents (5M). - enfin il nous faudra travailler à restaurer et à raffermir la confiance entre les habitants des quartiers populaires et nos forces de police. Nous avons lancé, en 2015 et en 2016, un appel à projets commun avec le Ministère de l'intérieur, financé à hauteur d'un million d'euros. Cet appel à projets est reconduit cette année, dès le début du mois de février. Vous le voyez, les chantiers sont nombreux, et les responsabilités que nous avons à assumer sont à la hauteur des attentes de nos concitoyens. Je serai mobilisée au quotidien pour faire aboutir chacun de ces chantiers. C'est ma volonté, c'est également celle du Gouvernement dans son ensemble, comme nous l'a rappelé le Premier Ministre, Bernard Cazeneuve : « chaque instant, chaque jour, chaque minute doit compter ». Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/473.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/473.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3ee662c57f41aa4292cc52290a4b8ae9d9eea289 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/473.txt @@ -0,0 +1 @@ +2017 sera une année importante. Pour la France, pour les Français, pour chacun de nous. Nous serons appelés à nous exprimer sur ce que nous voulons, pour nous-mêmes et pour notre pays, dans un contexte qui mérite ce n'est pas toujours le cas le qualificatif d'historique. Deux faits politiques majeurs caractérisent cette période. Le premier est la remise en cause de notre modernité par le fondamentalisme religieux. Une véritable bataille culturelle est à l'œuvre, insidieuse, qui passe par les relations de proximité comme par les réseaux sociaux. Mais ce travail d'influence a aussi débouché sur des actes d'une violence inédite. Jamais nous n'avions été attaqués de la sorte, en raison même de ce que nous sommes, de ce que nous représentons. Nous avons été attaqués car notre culture, notre mode de vie, notre humanisme, sont insupportables à nos assaillants. Face à cela, nous avons besoin de nous protéger. La réponse régalienne incarnée par Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, Jean-Yves Le Drian, aujourd'hui Bruno Le Roux, a été à la hauteur de la gravité de la situation. Mais cette réponse régalienne dans une République laïque ne peut suffire. Elle doit s'accompagner d'une réponse sociale, éducative, culturelle, de prévention des phénomènes de radicalisation. Mon ministère y a pris toute sa part, avec cet objectif principal : qu'il y ait plus d'adultes et des adultes mieux formés auprès des jeunes. Par le soutien au milieu associatif, au secteur de l'éducation populaire, aux clubs sportifs, à la prévention spécialisée, nous réinvestissions des quartiers où les adolescents étaient trop souvent livrés à eux-mêmes. Donner un cadre, des référents, occuper le terrain pour en chasser les prêcheurs de haine : voilà le défi qui est devant nous et sur lequel nous avons progressé. Le second fait politique majeur de notre époque, c'est la montée des populismes. Les populismes prospèrent parce que les citoyens se sentent dépossédés. Ils ont le sentiment qu'à titre individuel comme à titre collectif, les choses leur échappent. Parce que le monde est devenu trop vaste, et que les décisions semblent se prendre ailleurs. Parce que l'Autre est une menace, et qu'il conviendrait de se replier sur un entre-soi rassurant. Parce que le « système » les écrase, les oublie, les empêche. Parce qu'une élite gouvernerait dans son seul intérêt. Ces sentiments, je ne les partage pas, mais je les prends au sérieux. Très au sérieux. Et mon action de ministre est entièrement dirigée par la volonté de faire refluer ces populismes et les ressorts qui les nourrissent. En redonnant des perspectives à une jeunesse qui doute, une jeunesse qui se sent négligée. Des perspectives, ce sont d'abord des perspectives d'emploi. Le chômage des jeunes aura reculé dans ce quinquennat et si j'aurais aimé que cette baisse soit plus forte, cela reste néanmoins un objet de satisfaction. Je me félicite notamment que nous ayons pu trouver des solutions pour des jeunes particulièrement en difficulté, des jeunes sans diplôme, sans formation. La garantie « jeunes » a particulièrement permis cela. Elle concerne désormais presque 100 000 jeunes, et a vocation à couvrir les 150 000 à 200 000 personnes éligibles à partir de 2017. Elle représente une solution pérenne et un espoir tangible pour remédier aux situations critiques des jeunes les plus vulnérables. Donner des perspectives à la jeunesse, c'est aussi lui donner des occasions de vivre des expériences extra-ordinaires, des expériences qui donnent du sens à la vie. Deux nous ont semblé répondre à leurs attentes : voyager et s'engager. Voyager pour découvrir le monde, dans le cadre d'une formation, d'un stage, d'un emploi ou justement d'un engagement. Nous avons célébré le 8 janvier les 30 ans d'Erasmus ; je crois que le chantier de la mobilité internationale est plus que jamais un chantier d'actualité. Et puis, il y a donc l'engagement. Permettre aux jeunes de donner de leur temps pour des grandes causes, des causes qui nous dépassent et nous mobilisent. Permettre aux jeunes d'exprimer pleinement leur citoyenneté, leur altruisme, car une chose est sûre : ils ont beaucoup à donner, ils ont envie de le faire et les poncifs sur leur prétendu désintérêt pour la chose publique ne sont que des poncifs. Pour eux, nous avons développé le service civique avec volontarisme : nous accueillons autant de volontaires en 2016 qu'il y en a eu depuis la création du dispositif en 2010, à savoir 100 000. Nous allons même fêter prochainement l'accueil du 200 000ème volontaire SC. Cette montée en puissance considérable a exigé des efforts financiers, et beaucoup de travail, mais le service civique est une chance pour les jeunes et il est une chance pour la France. Imaginez en 2017, 150 000 jeunes mettant leur énergie et leur intelligence au service des personnes âgées, des personnes handicapées, des enfants, des malades, de l'environnement, de la culture : c'est une force bienveillante, un mouvement de fraternité qui se déploie sur tout le territoire, dans l'intérêt général. Nous proposons une éducation, un parcours à l'engagement dont on espère qu'il soit durable et qu'il suscite des engagements tout au long de la vie. D'abord dans le secteur associatif qui est le débouché principal de cette volonté de faire. Et dans la réserve civique que nous avons créé avec la loi Egalité et citoyenneté. Lutter contre les populismes, c'est redonner des perspectives à la jeunesse, mais c'est aussi assurer l'égalité entre les territoires, de tous les territoires. Nous avons promu avec Thierry Braillard, un plan exceptionnel de développement des équipements ultramarins cofinancé avec le ministère des outre-mer dans le cadre du dernier Conseil d'administration du CNDS. Nous avons en France des quartiers qui ont moins d'emploi, moins de services publics, moins de commerces. A cette spirale du moins, il faut opposer une volonté politique pour rétablir de la justice. Il faut donner plus. C'est tout l'enjeu de la politique de la ville, qui permet de réhabiliter les logements ; de réimplanter des écoles, des terrains de sport, des équipements culturels, avec à chaque fois les adultes et les éducateurs qui vont avec ; de soutenir les initiatives associatives ; de développer l'activité économique. Le choix de faire revenir l'Etat dans le tour de table du financement de la rénovation urbaine aux côtés du partenaire Action logement a été un geste fort de ce Gouvernement. Ces deux faits politiques, le fondamentalisme et le populisme ont un point commun : le mépris des femmes. Et les révoltes à ces régimes d'oppression viennent toujours des femmes. A tel point que la condition des femmes et la vitalité de la démocratie sont devenues des causes consubstantielles. Donald Trump a été investi il y a quelques jours. Et la réaction n'a pas tardé : des centaines de milliers de femmes américaines ont défilé pour défendre leurs droits. Nous devons ici aussi, toujours, défendre la condition féminine. Quand des campagnes ignobles remettent en cause le droit d'IVG ; quand manifestement des femmes sont empêchées de circuler librement dans l'espace public, nous devons poursuivre le combat pour l'égalité. Permettre aux femmes de pointer les dysfonctionnements de leur quartier dans le cadre de marches exploratoires, c'est mener ce combat. Nous le faisons avec Hélène Geoffroy. Permettre aux femmes de s'exprimer dans des conseils citoyens paritaires, c'est mener ce combat. Promouvoir le sport féminin, sur les terrains comme à la télévision, c'est mener ce combat. Je formule donc ce vœu pour l'année 2017 : que nous participions tous, chacun à son niveau et selon ses responsabilités, à faire advenir l'égalité entre les femmes et les hommes, et à régénérer ainsi notre démocratie. Ce bilan, c'est le nôtre ; c'est aussi le vôtre. Hélène Geoffroy, Thierry Braillard et moi-même travaillerons jusqu'à la dernière minute. D'ailleurs une loi importante, la loi égalité citoyenneté que nous avons porté avec Emmanuelle Cosse sera promulguée cette semaine. Elle ouvre de nouveaux droits à la jeunesse, de nouvelles perspectives d'engagement, elle renforce les outils de la mixité sociale et de la lutte contre les discriminations. Mais notre volonté ne vaut que parce qu'elle se mêle à la vôtre. Tout ceci n'aura été possible que parce que vous avez été nos partenaires fidèles et déterminés. Soyez-en remercier, au nom de notre idéal commun, au nom de la République. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/474.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/474.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3349a7b2c89a855601430ff7cdb88429976abcdf --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/474.txt @@ -0,0 +1 @@ + Monsieur le Président, Monsieur le rapporteur, Mesdames et Messieurs les sénateurs, Mesdames et Messieurs, Ce qui donne de l'utilité, de la légitimité et du sens au contrat social, c'est d'abord et avant tout la protection qu'il apporte à ceux qui s'y engagent. La sécurité publique n'est donc pas une question ordinaire, c'est une question démocratique essentielle. Le projet de loi que le gouvernement vous présente est par conséquent l'opportunité de faire face à des sujets d'actualité brûlants et d'anticiper ceux que nous connaîtrons demain. Le ministère de la Justice porte deux questions importantes, que je souhaite vous présenter. La première mesure concerne la prise en charge des mineurs dans le cadre de l'assistance éducative, dont la situation particulièrement complexe impose que les services de l'Etat viennent en soutien des départements. Je pense ici aux enfants confrontés à la radicalisation violente ; qu'ils reviennent d'une zone de conflit ou pas. Dans ce contexte qui nous pousse à l'inquiétude, il me semble essentiel de ne pas oublier que l'avenir de notre société réside dans ses enfants, que les malheurs de ces derniers sont et seront nos malheurs. Nous avons une responsabilité collective envers ces enfants. C'est pourquoi le dispositif de protection de l'enfance doit être le plus opérationnel et le mieux adapté aux problématiques nouvelles qui s'imposent à nous. A cette fin, nous nous sommes entretenus avec nos partenaires de terrain, au premier rang desquels se trouvent les départements. Ce sont eux qui ont, au premier chef, veillent à la protection de l'enfance. Je tiens d'ailleurs à remercier l'Assemblée des départements de France pour sa disponibilité et sa compréhension. Lors de ces échanges, de vives inquiétudes ont été exprimées à l'égard de la prise en charge éducative et médicale de ces enfants. Dès lors, il était légitime de questionner la place de l'Etat. Si la protection de l'enfance relève en effet des Conseils départementaux, je garde en tête la Convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989. Celle-ci stipule, dans son article 19, que l'Etat est responsable et doit garantir « […] des procédures efficaces pour l'établissement de programmes sociaux visant à fournir l'appui nécessaire à l'enfant et à ceux à qui il est confié […] ». Il me semble alors logique que l'Etat assume sa responsabilité et prenne toute sa place dans la conception et la diffusion d'outils adaptés à ce nouveau défi, dans le cadre d'une politique coordonnée au niveau national. Loin de concurrencer la compétence des Conseils départementaux, l'objectif, pour l'Etat, est : - De se doter des moyens de leur apporter un soutien, - De les accompagner dans la prise en charge de ces situations éminemment complexes, - De coordonner les approches. Depuis de nombreux mois, au sein du ministère de la Justice, la direction de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) réfléchit à la difficulté que pourrait représenter, pour les services éducatifs, la prise en charge, potentiellement en grand nombre, de ces enfants. Elle réunit des connaissances, forme ses personnels et développe une expérience auprès d'adolescents mis en examen pour des faits de nature terroriste. Je veux saluer cette capacité d'anticipation, qui n'est pas si courante au sein de l'administration. J'y vois le signe du profond engagement de la PJJ pour les questions de l'enfance. Car l'objectif de tous est de protéger ces enfants et de transmettre aux services des Conseils départementaux chargés de la protection de l'enfance, les savoirs faire acquis. C'est pourquoi j'ai proposé dans ce texte une expérimentation, d'une durée de 3 ans (article 9). Je suis conscient qu'une telle démarche n'est pas courante. Mais la matière et l'urgence paraissent l'imposer. Demain donc, le procureur de la République et le juge des enfants qui l'estimeraient nécessaire pourraient confier aux services de la PJJ une mesure éducative de milieu ouvert, y compris lorsque l'enfant est confié à l'Aide sociale à l'enfance (ASE) dans le cadre d'un placement. Un service pluridisciplinaire interviendrait alors auprès de l'enfant et de sa famille, sous la forme d'entretiens pour qu'ils puissent exprimer leurs difficultés et être aidés à trouver des solutions. Or, un tel cumul de mesures n'est aujourd'hui pas autorisé par l'article 375-4 du code civil. Notre intention est de faciliter ce soutien de l'Etat aux départements, face à la complexité de certaines situations, parfois anxiogènes, comme le retour de zone de conflits. Nous voulons donc pouvoir développer une politique publique en direction des familles radicalisées violentes et/ou de retour de zone de guerre. L'ambition est de mutualiser les compétences acquises dans le champ pénal et celui de l'investigation. En effet, les prises en charge dispensées par les Conseils départementaux sont variées, mais leur expérience, solide en matière d'enfance, en est encore à ses prémices en matière de radicalisation violente. A ce jour, seuls 21 enfants de retour de zone irako-syrienne sont suivis en assistance éducative sur l'ensemble du territoire. Il faut amplifier les premières initiatives afin de prendre en compte : - Les traumatismes subis par ces jeunes et notamment le vécu de situations de guerre (bombardements, privations, blessures, participation à des actes violents…) ou de situations de repli ; - L'incarcération des parents au retour en France et le placement des enfants qui impliquent une séparation brutale ; - Le risque accru de prosélytisme (à l'école, en activité de jour, en placement) ou, au contraire, de repli et de conformisme ne donnant aucune prise à l'action éducative ; - La nécessité, dans la mesure du possible, de ne pas séparer les fratries. Il ne s'agit pas de permettre l'intervention de la PJJ dans toutes les mesures, mais bien de cibler celles qui feront l'objet d'une politique particulière de l'Etat. C'est la raison pour laquelle je tiens à ce que le procureur de la République, qui met en place et anime ces politiques, demeure la voie d'entrée dans l'expérimentation, par le biais de ses réquisitions. L'Etat, quant à lui, se doit de structurer une offre d'accompagnement des collectivités locales en matière d'assistance éducative. Ainsi, au-delà de la généralisation de l'évaluation, les mesures éducatives de milieu ouvert devront être étendues pour permettre à l'Etat d'agir. Cela se fera par le biais d'une mesure judiciaire d'investigation éducative (MJIE) spécifique, dont l'objectif sera d'évaluer la problématique familiale, le danger encouru et de proposer des mesures. A cette fin, l'expérimentation de double mesure s'inscrira dans un dispositif plus global qu'il faudra encore affiner, au fur et à mesure des échanges et des retours d'expérience de l'ensemble des partenaires concernés. Le ministère de la Justice porte dans ce projet de loi un second sujet : celui de la sécurité pénitentiaire. La mesure que nous vous proposons constitue l'une des étapes décisives dans l'amélioration de la sécurité pénitentiaire (article 8). La sécurité des établissements et de leurs personnels implique des actions : - à l'intérieur des enceintes et dans les domaines pénitentiaires, - mais aussi lors des déplacements opérés dans le cadre des extractions médicales, administratives ou judiciaires. Le 25 octobre dernier, j'annonçai donc la création des Equipes de sécurité pénitentiaire (ESP), dans le cadre d'un grand plan de sécurité pénitentiaire et de lutte contre la radicalisation violente. Cela ne modifiera pas l'unité du corps des personnels de surveillance, puisque cette unité constitue une véritable richesse, en raison de la polyvalence induite par la variété des tâches accomplies. Un décret, publié le 17 janvier dernier, a créé la sous-direction de la sécurité pénitentiaire, et par-là même les ESP. Cette sous-direction de la sécurité comprend notamment un bureau de gestion de la détention et des missions extérieures. Ce bureau aura la responsabilité de définir, coordonner et évaluer les normes et procédures concernant l'activité des ESP. La disposition, que je défends aujourd'hui devant vous, permettrait de doter ces ESP de pouvoirs de contrôle. Cette transformation s'accompagnera de l'armement des agents réalisant des missions extérieures. Celui-ci sera adapté aux conditions de réalisation des missions. De même, un programme de formation spécifique est en préparation. Votre commission des lois a souhaité compléter ce dispositif, en adaptant à ces missions, le nouveau cadre d'usage des armes proposé par le Gouvernement pour les autres forces de sécurité intérieure. Cette préoccupation est légitime et je n'y suis pas opposé. Il nous faudra être certains que tous les cas de figure sont bien pris en compte par cette écriture. En fonction des effectifs et de la charge des missions effectuées, les ESP participeront à la sécurité périmétrique des établissements dans les limites du domaine pénitentiaire, c'est là mon souhait et ma divergence avec le rapporteur. En effet, je ne souhaite pas étendre leur champ d'intervention en dehors du domaine pénitentiaire, sur la voie publique. Nous aurons donc sur ce point un débat. Mais au-delà de cette divergence, nous nous retrouvons pour offrir de nouvelles prérogatives à ces équipes. Je pense, par exemple, à une déclinaison adaptée du modèle des équipes de sécurité de la SNCF et de la RATP, défini dans la loi du 22 mars 2016. Evidemment, la création de ces équipes entrainera une structuration plus opérationnelle des missions extérieures, notamment dans sa dimension de prise en charge des questions de sécurité. Elle constitue, cependant, le préalable nécessaire à la montée en puissance de ce pan d'activité de l'administration pénitentiaire. Par ailleurs, un plan pluriannuel de recrutements sera défini, afin d'assurer un déploiement progressif de ces équipes sur l'ensemble du territoire. Cela témoigne de ma détermination à conduire ce changement utile pour l'administration pénitentiaire, donc pour les personnels et les personnes détenues, mais aussi pour notre pays. Enfin, j'entends également soumettre à votre assemblée un amendement de précision concernant le renseignement pénitentiaire. En effet, le travail réglementaire accompli depuis la loi du 3 juin 2016 pour permettre au renseignement pénitentiaire d'accéder à des techniques de recueil de renseignement a révélé que nous devions apporter plus de précisions dans les processus prévus par la loi et que nous pensions renvoyer au pouvoir réglementaire. Pour satisfaire cette nécessité, j'ai souhaité déposer un amendement relatif à l'article 727-1 du code de procédure pénale. Le nouveau dispositif vise à assurer l'articulation et la répartition des techniques entre le code de procédure pénale et le code de la sécurité intérieure. Très concrètement, trois techniques sont maintenues dans le code de procédure pénale au titre de la prévention des évasions et du maintien de la sécurité et du bon ordre de la sécurité des établissements : - Deux d'entre elles s'appliquent d'ailleurs à des dispositifs autorisés en détention : le dispositif de téléphonie publique « SAGI » et l'accès aux données stockées sur les ordinateurs autorisés en détention ; - La troisième technique porte sur les systèmes d'information et les terminaux électroniques de communication détenus de façon illicite (tels les téléphones portables). Car il nous faut éradiquer le fléau qu'incarne ce trafic. Il est prévu l'information du procureur de la République et un constant dialogue avec lui, afin d'envisager une judiciarisation. Par ailleurs, il s'agit que l'administration pénitentiaire soit en capacité de mettre en œuvre les techniques de renseignement prévues par les différents articles. (L. 851-1, L.851-4, L. 851-5, L.851-6, et au I. du L. 852-1 du code de la sécurité intérieure) Cela concerne les seules personnes détenues pour des finalités de prévention des évasions et de maintien du bon ordre et de la sécurité des établissements. Il s'agit, en fait, du régime qui relève du livre VIII du code de la sécurité intérieure. Pour permettre la mise en œuvre de ces techniques par l'administration pénitentiaire, je vous propose de créer un titre V bis du livre VIII intitulé « Du renseignement de sécurité pénitentiaire ». Naturellement, le contrôle de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), au titre d'une nouvelle finalité « prévention des évasions et sécurité et bon ordre des établissements » est naturellement prévu. Tout cela participera à la structuration et à l'avènement du renseignement pénitentiaire, dont, tout le monde en conviendra, nous avons tant besoin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/475.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/475.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7cdaafaef4a3a9f4377da616dd3cedf060b42e02 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/475.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le ministre, cher Jean-Jacques URVOAS, Monsieur le Président de la Commission des lois, Mesdames et messieurs les parlementaires, Monsieur le ministre, cher Robert BADINTER, Monsieur le président LECERF, Mesdames et messieurs les hautes personnalités, membre de la commission pour le Livre Blanc, Mesdames et Messieurs les directeurs Mesdames, Messieurs, Depuis 2012, conformément aux engagements du Président de la République, le Gouvernement a fait de la Justice une priorité. La justice judiciaire bien sûr mais également l'ensemble des administrations qui relèvent du ministère de la justice, dont notamment l'administration pénitentiaire. Car il ne peut y avoir de Justice efficace sans une administration pénitentiaire performante et dotée des moyens nécessaires à son action. Créée en 1858, l'administration pénitentiaire a rejoint le ministère de la justice en 1911. Le choix de ce rattachement ne constituait pas une mesure technique mais traduisait une conception nouvelle, dont la pertinence ne s'est pas démentie depuis lors : en exécutant les décisions de justice, l'administration pénitentiaire participe de la justice. Car c'est en son sein et grâce aux femmes et aux hommes qui la servent que le terme de réinsertion prend un sens. A l'heure où dans certains programmes électoraux, le transfert de cette administration de la justice à l'intérieur est présenté comme une proposition, une idée neuve, je crois que ce serait là au contraire une profonde régression et la manifestation d'une incompréhension de ce qu'est dans l'Etat l'administration pénitentiaire. Rares sont les bonnes idées qui consistent à revenir plus d'un siècle en arrière en matière carcérale … La mission de l'administration pénitentiaire est noble, mais nous devons avoir la lucidité d'admettre que la réalité des conditions matérielles en détention ne permet plus toujours de l'assurer correctement. Les chiffres sont bien connus et ils sont éloquents. Il existe aujourd'hui dans les prisons françaises 58 663 places pour 69 012 détenus, soit un taux de surpopulation moyen de 117 % qui s'élève à 141 % dans les maisons d'arrêts. Concrètement, cela signifie que de nombreux détenus doivent partager à deux, voire à trois, des cellules conçues pour une seule personne. Il y a aujourd'hui près de 1460 matelas aux sols dans nos prisons. Cette situation entraîne des conditions d'hygiène trop souvent indécentes et compromet l'objectif de réinsertion des détenus. Mais elle engendre également pour les personnels de l'administration pénitentiaire des conditions de travail extrêmement difficiles, qui ne peuvent perdurer. Les tensions créées par cette situation, on le sait, sont sources de violence : au cours de l'année 2016, trop de surveillants ont été agressés ou pris en otage, trop de mutineries ont éclaté. Ce constat, vous le connaissez, nous le déplorons tous. Il est régulièrement dénoncé, à juste titre par les premiers concernés, les surveillants et les détenus, mais également par les associations qui interviennent en prison et bien sûr par la contrôleure générale des lieux de privation de liberté. Dès sa prise de fonction en qualité de garde des sceaux, Jean Jacques URVOAS a fait de l'amélioration de la situation pénitentiaire de notre pays l'un de ses principaux objectifs. Je veux saluer ici son engagement et son action. C'est un chantier extrêmement difficile, qui demande du courage et de la détermination et qui exige d'aller à la rencontre des femmes et des hommes d'une administration qui ne bénéficie pas toujours de la considération qu'elle mérite. Je sais, cher Jean-Jacques URVOAS, que vous vous êtes rendus dans de très nombreux établissements pénitentiaires, dans l'hexagone mais aussi aux Antilles et en Nouvelle Calédonie, afin de préciser votre diagnostic. Ce que vous y avez vu a conforté votre analyse : les personnels sont compétents et font preuve d'un investissement sans faille, mais l'environnement où ils interviennent est encore trop souvent inacceptable. Une action résolue est indispensable afin de corriger une situation qui ne doit pas être tenue pour une fatalité. Vous avez ainsi, cet automne, remis au Parlement deux rapports d'une très grande qualité qui feront date. Le premier remis le 20 septembre 2016 était intitulé : « En finir avec la surpopulation carcérale » ; le second daté du 21 octobre 2016 portait sur la mise en œuvre de la loi du 15 août 2014. Vous y rappelez que la politique pénitentiaire ne peut être que globale : améliorer la condition carcérale implique de mettre en œuvre les politiques qui conduisent à n'emprisonner que les personnes qui doivent l'être nécessairement et de disposer d'un parc pénitentiaire permettant que cette peine débouche, à terme, sur leur réinsertion. La loi sur l'individualisation des peines et renforçant l'efficacité des sanctions pénales votée à l'instigation de votre prédécesseure, Christine TAUBIRA, a ainsi eu pour objectif de modifier l'approche de la peine afin de s'assurer que celle-ci ait toujours un sens. Car la prison inutile n'est jamais un gain pour la société. Votre approche de la surpopulation carcérale, monsieur le Garde des sceaux, est le pendant nécessaire de cette réforme pénale. Vous avez l'ambition d'instaurer des conditions de détention qui soient dignes et qui permettent une préparation efficace à la réinsertion des détenus. Après les mesures mises en œuvre par Christiane TAUBIRA, et grâce auxquelles 4541 places supplémentaires ont pu être inaugurées depuis 2012, vous avez proposé un plan d'une très grande ambition qui a été dévoilé par Manuel Valls lors de sa visite à l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire le 6 octobre dernier. Selon ce plan, 33 nouveaux établissements pénitentiaires devront être construits, outre 28 quartiers de préparation à la sortie dont la réhabilitation de 12 sites. Pour parvenir à l'objectif consistant à faire bénéficier 80 % des détenus d'une cellule individuelle, l'Etat doit en effet créer entre 10 et 16 000 cellules nouvelles, ce qui représente un investissement de 2,2 milliards à 3,5 milliards d'euros. Comme vous le savez, les crédits consacrés à l'administration pénitentiaire ont déjà augmenté de 23 % au cours des cinq dernières années. Pour répondre aux ambitions de votre plan, le Parlement a en outre prévus 1,16 milliards d'euros d'autorisation d'engagement dans le cadre de la loi de finances pour 2017. Les préfets ont été mandatés pour rechercher des lieux d'implantation pour les nouveaux établissements pénitentiaires. Vos services étudient en ce moment même leurs propositions, si bien que des annonces précises pourront être faites dans les prochaines semaines. Il n'est pas incongru de rappeler que les prisons, si elles remplissent une fonction régalienne indispensable, représentent également une activité économique et sociale, à travers les personnels qui y sont affectés et qui participent à la vie locale. Ainsi, je me félicite de constater que, depuis la présentation du plan le 6 octobre, de nombreuses localités se sont portées candidates pour devenir le site d'un nouvel établissement et se livrent souvent une concurrence loyale mais intense. C'est là un signe qui nous montre que le développement de notre parc pénitentiaire rejoint une demande sociale. Mais l'administration pénitentiaire, ce ne sont pas seulement des bâtiments. Ce sont d'abord, comme je l'ai dit, des femmes et des hommes qui exercent un métier dont la complexité est trop méconnue : ils exercent la mission régalienne de surveiller celles et ceux que leurs actes ont conduit à être privés de liberté ; mais ils veillent aussi à ce que le temps de la prison prépare les détenus à leur retour dans la société. La prévention de la récidive est ainsi devenue l'une des priorités des agents pénitentiaires, qui doit se conjuguer avec des exigences de sécurité de plus en plus complexes. L'administration pénitentiaire se trouve en effet placée au cœur de la lutte contre la menace terroriste : 394 individus sont actuellement incarcérés du chef d'infraction terroriste. L'adaptation de notre dispositif carcéral à la présence d'un nombre croissant de détenus particulièrement dangereux, et dont le risque d'influence sur les détenus les plus faibles est notoire, constitue un défi inédit. Vous y avez apporté au cours des derniers mois des réponses efficaces, à travers les programmes de prévention et de lutte contre la radicalisation violente, ainsi qu'avec un nouveau service de renseignement pénitentiaire. Ces nouveaux objectifs ne sauraient cependant être atteints qu'en renforçant de façon durable les effectifs de l'administration pénitentiaire : 3280 emplois y ont été créés depuis 2012 et 1255 emplois nouveaux le seront en 2017. Cet effort indispensable sera accompagné d'une politique active de formation car il ne saurait être question de repenser la prison sans penser également aux métiers de ceux qui y travaillent quotidiennement. La politique pénitentiaire constitue aujourd'hui un enjeu dont chacun peut mesurer la portée. La mise en œuvre des objectifs que j'ai évoqués ne peut reposer que sur une approche qui transcende les partis et les opinions. Au-delà des chiffres et de l'évaluation des moyens elle appelle une réflexion approfondie sur ce que doit être demain, en France, la prison : quelle sera sa finalité ? Sa dimension ? Son architecture ? Son organisation ? Je suis donc particulièrement heureux d'installer aujourd'hui la mission qui vous a été confiée, monsieur le président. Le gouvernement a voulu que vous puissiez vous appuyer sur l'expérience et l'expertise de parlementaires, de magistrats, d'avocats, d'universitaires, des présidents des autorités administratives indépendantes compétentes, des représentants des personnels pénitentiaires, ainsi que de personnalités qualifiées de premier plan parmi lesquelles vous me permettrez de citer plus particulièrement Robert BADINTER. Vous serez ainsi à même de dresser, au terme de vos échanges et des auditions que vous conduirez, une analyse de ce que devra être la prison française dans 10 ans. Vos travaux devront aboutir à la préparation d'une loi de programmation qui sera la marque d'un engagement pérenne de l'Etat. Ce contrat passé entre l'exécutif et la représentation nationale conduira le Parlement à jouer pleinement son rôle de contrôle tout en dépassant, dans ce domaine où les réalisations sont nécessairement lentes, les contraintes de l'annualité budgétaire : je rappelle qu'il s'écoule en moyenne dix ans entre le moment où la décision de construire un établissement pénitentiaire est prise et celui de son inauguration. Votre commission est donc appelée à faire une œuvre décisive en traçant les grandes lignes de cette loi de programmation pluriannuelle pour la justice. Mais vous avez, en raison de votre autorité propre, comme grâce aux talents qui sont réunis autour de vous, tous les atouts pour répondre à la confiance qui vous est faite. Je vous souhaite beaucoup de succès dans l'accomplissement de vos travaux. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/476.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/476.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f3029ac5ea605215a52fbc0e91d8971186a3d1d0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/476.txt @@ -0,0 +1 @@ +ELIZABETH MARTICHOUX Bonjour Bruno LE ROUX... BRUNO LE ROUX Bonjour. ELIZABETH MARTICHOUX Et merci beaucoup d'être dans ce studio de RTL ce matin. Le Canard enchaîné révèle que Pénélope FILLON a été rémunérée pendant huit ans comme attachée parlementaire d'abord de son mari, puis du suppléant de son mari à François FILLON, en tout sur huit ans elle a touché 500.000 euros, il y a confirmé - enfin il a fait confirmer par ses porte-paroles - comme vous savez il n'y a rien d'illégal à cela, à partir de là il n'y a pas d'affaire ? BRUNO LE ROUX En tout cas, quand il y a une accusation, il faut qu'il y ait des explications. Donc va-t-on se satisfaire de celles qui ont été donnés, de façon d'ailleurs détournée - sur un cas comme ça ce n'était pas aux porte-paroles de s'exprimer, c'est à celui qui est mis en cause de dire la réalité des choses - moi je ne veux rien ajouter puisque le temps doit être à l'explication sur quelque chose qui forcément apparaît très, très grave aux Français s'il n'y avait pas la réalité d'un véritable travail. ELIZABETH MARTICHOUX C'est-à-dire que vous vous interrogez sur la réalité du travail, est-ce que c'est un emploi fictif ou non, c'est ça la question qui est posée ? BRUNO LE ROUX Je ne m'interroge pas, je lis l'article de presse dont il est question... ELIZABETH MARTICHOUX Du Canard enchaîné ! BRUNO LE ROUX Et qui dit lui-même qu'il s'agit d'un emploi fictif et, donc, c'est une accusation grave, particulièrement grave, surtout quand on veut accéder à la plus haute fonction dans notre pays, dans notre République et, donc, le temps n'est pas à une mise en cause supplémentaire sur laquelle je n'ai aucun élément, le temps est à l'explication et François FILLON doit en donner de claires. ELIZABETH MARTICHOUX François FILLON doit s'expliquer, vous avez été pendant des années président du groupe socialiste à l'Assemblée, des parlementaires qui rémunèrent leur conjoint ça n'a rien d'exceptionnel, il y e en a d'ailleurs au groupe socialiste ? BRUNO LE ROUX Il y en a beaucoup et je pense qu'il devrait y avoir une règle simple dans ce cas de figure qui est que ce ne devrait pas être autorisé, parce que cela peut bien entendu prêter à confusion, cela peut prêter à suspicion, je rappelle que les parlementaires rémunèrent leurs collaborateurs dans une enveloppe - donc ils ne peuvent pas dépasser cette enveloppe - mais c'est eux-mêmes qui fixent le montant des rémunérations à l'intérieur de cette enveloppe, je sais que l'Assemblée nationale a fait d'ailleurs plusieurs fois passer un certain nombre de notes sur les dangers qu'il pouvait y avoir... ELIZABETH MARTICHOUX Donc, il faut interdire aux parlementaires d'employer leur conjoint, en particulier... BRUNO LE ROUX Moi je ne suis pas et je n'ai pas à édicter... ELIZABETH MARTICHOUX Non, c'est une proposition... BRUNO LE ROUX Oui, mais je n'ai pas à édicter d'interdiction, je sais que l'Assemblée nationale – et notamment Claude BARTOLONE son président - a déjà fait passer depuis le début de la législature un certain nombre de messages sur les dangers qu'il pouvait y avoir... ELIZABETH MARTICHOUX Mais ça ne serait pas plus clair l'interdiction, vraiment de couper, de faire en sorte... BRUNO LE ROUX Mais s'il doit y avoir une interdiction, je laisserai au président de l'Assemblée nationale et aux structures de l'Assemblée nationale... ELIZABETH MARTICHOUX Et vous, et vous ? BRUNO LE ROUX Moi je pense que c'est plus clair, c'est plus clair qu'il n'y ait pas de conjoint qui travaille avec les députés. ELIZABETH MARTICHOUX Une attachée parlementaire peut ne jamais mettre les pieds à l'Assemblée nationale et rester dans sa circonscription ? BRUNO LE ROUX Oui ! Oui, oui, oui. ELIZABETH MARTICHOUX Oui. Vous avez croisé, vous, Pénélope FILLON à l'Assemblée nationale en tant qu'attachée parlementaire ? BRUNO LE ROUX Non, mais je n'ai jamais été véritablement au même étage que François FILLON, vous savez la distribution des bureaux se fait par étage... ELIZABETH MARTICHOUX Mais enfin ça circule beaucoup quand même, il y a beaucoup de couloirs, ça monte et ça descend ? BRUNO LE ROUX Oui, mais je ne veux pas... et, si je l'avais rencontrée, j'aurais rencontré qui ? La femme du Premier ministre.... ELIZABETH MARTICHOUX La femme, oui, oui. BRUNO LE ROUX Sa collaboratrice, je ne sais pas quel statut j'aurais pu le donner ? Donc ce n'est pas à moi d'aller plus loin, ni dans la mise en cause, ni dans l'explication, c'est à François FILLON de dire les choses maintenant. ELIZABETH MARTICHOUX Qui s'est posé en chantre de l'exemplarité pendant la campagne, ces révélations peuvent changer la donne à votre avis, écorner son image ? BRUNO LE ROUX Mais l'exemplarité il faut la voir à la lumière des actes et je note simplement que depuis cinq ans le président de la République, lui, a été à l'abri de toute polémique de cette sorte. ELIZABETH MARTICHOUX L'image du Parti socialiste sort, elle, très abîmée du premier tour de la primaire de gauche : cafouillage, tripatouillage, amateurisme par souci d'afficher un bon score de participation, vous regrettez ce qui s'est passé ou non ? BRUNO LE ROUX Je regrette le débat, j'observe qu'il n'y a pas de débat sur ces chiffres, j'observe qu'il n'y a pas de contestation des candidats sur la sincérité du scrutin. Mais j'en tire une leçon, c'est que quand on rend compte d'un scrutin il faut le faire avec des totalisations et pas des projections, les projections c'est quand l'on est avant, quand l'on espère, quand l'on décompte, on doit être sûr des totalisations - même si elles sont partielles - plutôt que des projections. ELIZABETH MARTICHOUX Qu'est-ce que vous conseillez pour dimanche prochain, il faut absolument éviter que se reproduise ce cafouillage quand même qui jette une ombre quand même sur ce scrutin ? BRUNO LE ROUX Pour dimanche prochain, Elizabeth MARTICHOUX, je préconise la participation maximum, c'est-à-dire que ce soit les électeurs qui assurent la réalité... ELIZABETH MARTICHOUX Non, mais moi je ne vous parle pas de la participation, c'est l'utilisation des chiffres, en tout cas la publication des chiffres de la participation qui a posé problème. BRUNO LE ROUX Mais la publication, je viens une nouvelle fois de vous le dire, il faut faire des totalisations. Moi j'ai une confiance totale dans les militants et les électeurs qui vont se mobiliser dimanche pour tenir les bureaux de vote, ils vont le faire avec grand professionnalisme, et donc il faut que nous fassions honneur à ce qu'ils nous donnent comme temps, à ce qu'ils nous donnent comme énergie et la meilleure façon de leur rendre cela c'est d'avoir une clarté dans l'expression et donc d'annoncer des totalisations et pas des projections. ELIZABETH MARTICHOUX Voilà, c'est ce que vous demandez aux organisateurs de la primaire rue de Solferino, c'est eux... BRUNO LE ROUX Et c'est ce qu'ils vont faire bien entendu. ELIZABETH MARTICHOUX C'est à eux effectivement de mieux s'organiser. Est-ce que l'élection présidentielle de mai prochain, que vous allez organiser au ministre à l'Intérieur, sera quand même un petit peu justement mieux organisée que la primaire de gauche, on l'espère ? BRUNO LE ROUX Ah ! En tout cas je mets, mais Bernard CAZENEUVE l'avait fait avant moi, toutes les énergies qu'il faut en oeuvre pour garantir la sincérité et la bonne organisation du scrutin et, en même temps, le fait qu'ils se tiennent dans les meilleures conditions de sécurité parce que ma responsabilité n'est pas simplement la tenue du vote les quatre fois où il va falloir voter pour les Législatives et les Présidentielles, c'est de faire en sorte que le débat se tienne... ELIZABETH MARTICHOUX Ce sera une élection sous l'état d'urgence. BRUNO LE ROUX Voilà, se tienne dans les meilleures conditions de sécurité, je m'y attelle chaque jour. ELIZABETH MARTICHOUX En attendant, vous soutenez toujours Manuel VALLS... BRUNO LE ROUX Toujours. ELIZABETH MARTICHOUX Vous voterez pour lui dimanche sans hésiter ? BRUNO LE ROUX Mais absolument sans hésitation, parce que... ELIZABETH MARTICHOUX Pas du bout des lèvres comme certains de vos collègues ? BRUNO LE ROUX Ah ! Non, pas du bout de lèvres, je l'ai soutenu au premier tour, je le soutiendrai au second tour, parce que la seule question que je me poserai dimanche c'est quel est le candidat capable d'être présent dans l'élection présidentielle, de rassembler une gauche qui est encore beaucoup trop éparpillée et d'avoir ensuite la capacité à être président de la République ? Moi je ne pars jamais battu d'avance, le candidat... ELIZABETH MARTICHOUX Benoît HAMON n'est pas capable, n'a pas la capacité d'être un président de la République ? BRUNO LE ROUX Je ne crois toujours pas que Benoît HAMON soit véritablement candidat à l'élection présidentielle, il incarne un courant d'idées au sein du Parti socialiste - qui est un courant de congrès - là nous sommes sur un vote pour l'élection présidentielle, il faut une force pour l'élection présidentielle, il faut une expérience, il faut une volonté tout simplement d'être au pouvoir et de prendre ses responsabilités. ELIZABETH MARTICHOUX Le frondeur HAMON n'a pas cette volonté de gouverner, il y a la volonté de quoi, de gouverner le PS, il n'a pas cette capacité de gouverner ? BRUNO LE ROUX Mais, lorsque je regarde ceux qui ont voté au premier tour pour Benoît HAMON, je m'aperçois d'une chose... ELIZABETH MARTICHOUX Plus nombreux ! BRUNO LE ROUX Plus nombreux que Manuel VALLS, mais une partie de ceux qui ont voté Benoît HAMON, ils voteront pour d'autres candidats, ils le disent eux-mêmes, ils sont venus voter Benoît HAMON... ELIZABETH MARTICHOUX Ils votent pour rien ? Vous leur dites : « vous votez pour rien ». BRUNO LE ROUX Non, je ne dis pas : « vous votez pour rien », je dis que l'électorat... mais comprenons-nous bien, je dis qu'au premier tour de cette primaire un certain nombre d'électeurs de Benoît HAMON ne voteront pas pour lui au premier tour de la Présidentielle, ils sont venus voter à la primaire pour être sur une candidature qui leur apparaissaient celle de la gauche résistante, celle de la gauche qui est plus sur les valeurs que sur l'implication dans le quotidien... ELIZABETH MARTICHOUX Mais la gauche irréaliste... BRUNO LE ROUX Dans la réforme... ELIZABETH MARTICHOUX La gauche irréaliste ? BRUNO LE ROUX Mais vous employez des mots que je n'emploie pas. ELIZABETH MARTICHOUX Les mots de Manuel VALLS ici même lundi matin. BRUNO LE ROUX Mais laissez-moi les mots qui sont les miens, moi je veux une gauche qui se confronte à la réalité, une gauche ce qui soit dans l'histoire et dans la filiation de François MITTERRAND, de Pierre MAUROY, de Michel ROCARD, de Lionel JOSPIN, de François HOLLANDE et, dans cette filiation de gauche qui prend ses responsabilités, qui prépare l'avenir, je mets aujourd'hui Manuel VALLS comme le successeur de ceux dont je viens de citer le nom. ELIZABETH MARTICHOUX Il a raison d'être à l'attaque Manuel VALLS, justement lundi matin il a commencé son offensive et il la poursuit jour après jour, il accuse HAMON d'ambiguïté par exemple sur la laïcité ? BRUNO LE ROUX Oh ! Il y a des propos qui peuvent être ambigus, ils s'en expliqueront dans le débat qu'ils vont avoir chacun ce soir, mais il a raison bien entendu Manuel VALLS d'être offensif... ELIZABETH MARTICHOUX Il a raison. Mais sur l'ambiguïté, sur la laïcité, est-ce qu'il y a effectivement une tentation d'être indulgent avec les islamistes de la part de Benoît HAMON ? BRUNO LE ROUX Non ! Non, non, non, que le débat fasse la lumière sur tout cela. Il y a peut-être des conceptions différentes, ce n'est pas à moi de me mettre à l'intérieur et en juge dans ce débat, par contre ce soir je pense qu'ils s'en expliqueront chacun. ELIZABETH MARTICHOUX Vous le regarderez ce débat ? BRUNO LE ROUX Je suis dans une réunion, mais je le regarderai, je l'écouterai. ELIZABETH MARTICHOUX Ah ! Pas sûr, pas sûr que vous le regarderez, vous l'écouterez sur RTL c'est bien. BRUNO LE ROUX Mais vous savez, Elizabeth MARTICHOUX, vous pouvez comprendre que le ministre de l'Intérieur peut avoir aussi quelques autres sujets d'actualité ELIZABETH MARTICHOUX Et on va y venir. Il sera violent, en un mot ? BRUNO LE ROUX Le débat ? ELIZABETH MARTICHOUX Oui. BRUNO LE ROUX Mais il n'a pas à être violent, il faut qu'il soit clair et qu'il réponde à la seule question : qui de ces deux candidats est capable demain d'être le prochain président de la République ? Pour ma part, je n'ai pas de doute. ELIZABETH MARTICHOUX Vous êtes ministre de l'Intérieur, ministre de la Sécurité, Le Parisien révèle ce matin que 15.000 à 16.000 personnes sont enregistrées dans le Fichier des Signalements pour la Prévention de la Radicalisation à caractère Terroriste, FSPRT, vous confirmez ? Et ces personnes, c'est quoi, ce sont des islamiques radicaux ? BRUNO LE ROUX Non, ce sont... ELIZABETH MARTICHOUX 15.000. BRUNO LE ROUX Le FSPRT est un fichier de signalements qui nous permet d'assurer un suivi, il y a là-dedans des signalements que l'on appelle actifs, des signalements qui sont en vérification, d'autres qui sont en sommeil... ELIZABETH MARTICHOUX Sur 15.000, combien sont vraiment taxés de dangereux ? BRUNO LE ROUX Non, non, là vous ne me trouverez pas, parce que la radicalisation ne correspond pas à une case dans laquelle on peut enfermer quelqu'un, c'est quelque chose de compliquée, sur lequel il faut un suivi régulier, ce fichier nous montre que nous nous sommes dotés d'un outil qui nous permet de suivre par des remontées de terrain très précises, département par département, il nous permet de suivre les personnes qui apparaissent à leur entourage ou qui sont signalés comme étant radicalisés. ELIZABETH MARTICHOUX Monsieur le Ministre, combien d'attentats ont été évités depuis le début de l'année si c'est le cas ? BRUNO LE ROUX Il y a tous les jours ce que je peux appeler des levées de doute et qui permettent à nos services de renseignements de procéder à des vérifications, la situation est tendue vous le savez très bien et la menace est toujours très, très forte, elle n'a pas baissé malgré les reculs de Daesh sur le terrain et il y a toujours fortes menaces, tous les jours nos services s'emploient à lever les doutes et à faire en sorte d'éviter de nouveaux attentats. ELIZABETH MARTICHOUX Donc, pas de réponse précise ? BRUNO LE ROUX Non, nous y travaillons chaque jour et chaque nuit. ELIZABETH MARTICHOUX Merci beaucoup Bruno LE ROUX... BRUNO LE ROUX Merci, merci. ELIZABETH MARTICHOUX D'avoir été ce matin dans le studio de RTL. YVES CALVI Le ministre de l'Intérieur qui estime que c'est à François FILLON désormais de donner des explications sur le travail de son épouse, qui renouvelle son soutien à Manuel VALLS et qui confirme en tout cas le chiffre de 15 à 16.000 islamistes radicaux perçus et aujourd'hui écoutés comme affichés de personnes à surveiller. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/477.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/477.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..560f220d605ac6c6e35032f157ddf387457a4f2b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/477.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Nonce, Madame la Directrice générale de l'UNESCO, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Messieurs les Ministres, Cher Harlem Désir, Cher Matthias Fekl, Je vous remercie beaucoup, Monsieur le Nonce, pour les mots brefs mais chaleureux et denses que vous venez de prononcer et pour les vœux que vous avez adressés à la France. Je vous souhaite à tous la bienvenue au Quai d'Orsay et je vous adresse à mon tour mes vœux chaleureux les plus sincères pour cette année 2017, des vœux de santé, de bonheur et de réussite pour vous et pour vos proches, et aussi pour chacun des pays que vous représentez. Mesdames et Messieurs, Je vous adresse ces vœux dans un contexte mondial difficile et incertain. L'année qui s'achève a été marquée à nouveau par le terrorisme, qui a fait de trop nombreuses victimes à travers le monde - encore récemment en Israël, en Allemagne, en Turquie et au Mali. En Irak et en Syrie, Daech recule. Mais les succès militaires de la coalition demandent à être consolidés et surtout accompagnés et complétés dans les domaines humanitaire, sécuritaire et politique. Il ne suffit pas de remporter la bataille militaire contre Daech. Il faut aussi gagner la paix, en favorisant la mise en place, à Mossoul puis à Raqqah, d'une gouvernance inclusive qui permettra aux populations de tourner la page et d'envisager l'avenir avec confiance. Notre position à l'égard de la tragédie syrienne, vous la connaissez. La guerre qui dure en Syrie depuis près de six ans est un échec moral et politique pour l'ensemble de la communauté internationale. Le président de la République l'a dit à l'occasion de ses vœux, je le redis encore devant vous. La France soutient toutes les initiatives qui contribuent à mettre fin aux hostilités. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous avons voté la résolution portée par la Russie, à la suite du cessez-le-feu qu'elle a proposé avec la Turquie. C'est aussi la raison pour laquelle nous ne pouvons pas nous arrêter en chemin. Il s'agit à présent de créer les conditions d'une Syrie un jour apaisée, à l'intégrité territoriale préservée, respectueuse de sa diversité et de ses minorités, gouvernée par un État qui puisera dans le retour de la paix, la force de combattre le terrorisme, un pays qui pourra à nouveau accueillir ses déplacés et ses réfugiés et se reconstruire. À défaut, il faut être conscient que ce pays restera un lieu de chaos et un sanctuaire pour ceux qui menacent directement notre sécurité. Souhaitons collectivement que la conférence d'Astana qui s'est tenue en ce début de semaine permette un meilleur respect du cessez-le-feu et des progrès dans le domaine humanitaire. C'est désormais la responsabilité des trois cosignataires de la déclaration qui a été publiée hier, c'est-à-dire la Russie, l'Iran et la Turquie. Il leur appartient de veiller à ce que ce cessez-le-feu soit effectif. Pour nous, la priorité, c'est la négociation politique, une véritable négociation qui ne peut se faire que dans le cadre des Nations unies et sur la base, d'abord, du communiqué de Genève de 2012, et aussi de la résolution 2254 du conseil de sécurité des Nations unies qui engage la communauté internationale. Staffan de Mistura a proposé que ce processus reprenne très vite, et une date a été fixée, le 8 février. Il peut compter sur le soutien total de la France. Mesdames et Messieurs, L'année à venir sera dense et décisive. Des opportunités s'ouvrent à nous. Mais il existe aussi des risques d'amplification et des turbulences sur la scène internationale qui sont nombreux. Les défis que nous devons affronter ensemble, vous les connaissez. Ils supposent un partage des responsabilités, notamment dans la résolution des crises qui déchirent le monde. Je pense à la situation dramatique au Proche-Orient, qui est à la fois l'expression et le résultat de décennies de tensions. Les contours de la solution, nous les connaissons depuis des années. Ils reposent sur la coexistence d'un État d'Israël et d'un État palestinien, souverains et démocratiques, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, sur la base des lignes de 1967 et avec Jérusalem pour capitale. La France agit pour la relance d'une négociation crédible, permettant d'aboutir à une paix stable, juste et durable. Dans cette perspective, il faut, non seulement ne pas se résigner à constater de lentes dégradations, je pense à la colonisation et les événements de ces derniers jours, avec ce que cela suppose comme montée de la violence et de risques sur le terrain. Mais il faut aussi créer les conditions qui favorisent, par des incitations, les partenaires à s'asseoir à la table des négociations. C'est dans cet esprit constructif et volontaire qu'une nouvelle conférence s'est tenue, à Paris, le 15 janvier dernier, dans le cadre de l'initiative française en faveur de la paix au Proche-Orient. Elle a permis d'envoyer aux parties un message en faveur de la solution des deux États, et de souligner la disponibilité de la communauté internationale à leur apporter son soutien en cas d'accord de paix. C'est le message de la conférence de Paris et rien d'autre. On voulait nous décourager, la France a agi en toute indépendance, comme vous le savez, avec la conviction que ce que nous organisions le 15 janvier correspondait à la volonté de l'immense majorité des pays qui composent ce que l'on appelle la communauté internationale. C'est une étape mais il faut persévérer. Je pense aussi à l'Afrique. J'étais à Bamako, avec le président de la République et certains d'entre vous, il y a deux semaines, pour le Sommet Afrique-France. 52 États étaient représentés. Cette forte mobilisation en faveur d'un partenariat concret pour la sécurité et pour l'émergence, a montré la vitalité du lien entre l'Afrique et la France. C'est un partenariat plus exigeant, plus transparent et plus ouvert, qui est la traduction concrète de la politique souhaitée par le Président de la République vis-à-vis de ce continent avec lequel l'Europe est liée par un destin commun. L'actualité récente a été marquée par la transition politique réussie en Gambie. La France se réjouit de cette issue pacifique et respectueuse de la volonté populaire. Elle félicite les pays et les organisations qui ont coopéré pour aboutir à ce résultat qui montre que l'Afrique a la capacité de régler elle-même ses problèmes. Dans le même esprit, l'accord conclu le 31 décembre en République démocratique du Congo sous l'égide de l'épiscopat en est une autre illustration. Bien sûr, il faut veiller à ce que ces engagements soient tenus, mais c'est une raison supplémentaire d'avoir confiance en l'avenir de l'Afrique. La confiance n'empêche pas la lucidité. Les défis demeurent nombreux sur ce continent. Ces défis, ce sont ceux du terrorisme et de la radicalisation, qui existe et qui diffuse de l'extrémisme. Ce sont aussi ceux de la démographie et du développement économique et social. La jeunesse africaine - que certains voient comme un problème est une chance formidable pour ce continent - c'est une source d'énergie, de créativité, de dynamisme et de croissance. Mais cette jeunesse est parfois impatiente et on la comprend, cette société civile africaine qui bouge, qui bouillonne, qui veut être au rendez-vous et davantage écoutée, cette jeunesse attend des perspectives en matière d'éducation, de formation et d'emplois pour avoir confiance en l'avenir. On sait que ce travail est exigeant et qu'il faut le conduire. C'est ce que souhaite la France qui s'engage davantage en augmentant son aide bilatérale mais aussi à travers l'intervention de l'Agence Française de Développement. C'est pourquoi la France mobilise 23 milliards d'euros sur la période 2017-2021. Elle est aussi engagée avec l'Union européenne, la France est l'un des premiers contributeurs avec 20% de cette aide. Lorsque l'on met tout cela en mouvement, avec des pays volontaires et conscients de leurs responsabilités qui avancent, même si l'on sait que c'est difficile. Je pense à nouveau au Mali puisque j'évoquais l'attentat de Gao. C'est justement un pays qui est engagé, après l'intervention militaire française et le soutien de la communauté internationale, à travers la MINUSMA, dans une transition politique, dans un programme de réformes que certains veulent empêcher. C'était le sens de l'attentat de Gao, avec une violence terrible. C'est un terrible drame, mais c'est là qu'il faut être encore aux côtés de ce pays qui se bat pour son avenir, pour sa liberté, pour construire une démocratie saine. Je pense évidemment aussi à l'Europe, qui affronte une multitude de défis liés au terrorisme, aux conflits à ses frontières - pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale - mais aussi aux migrations, à la remise en cause de son idéal et à la décision d'un de ses membres, et non des moindres, de la quitter. Autant d'incertitudes qui affaiblissent l'adhésion des peuples au projet européen. La décision du peuple britannique de quitter l'Union européenne est une décision que nous regrettons, et nous l'avons dit souvent, mais nous respectons le vote du peuple britannique. C'est l'évidence, c'est une grande démocratie, c'est le choix qui a été fait mais nous voulons avancer. De ce point de vue, le discours de Theresa May la semaine dernière contribue à clarifier l'horizon. Les 27 ont quant à eux déjà arrêté le cadre dans lequel ils entendent négocier avec le Royaume-Uni et défendre les intérêts de l'Union. La France est consciente du mauvais signal envoyé par le Brexit pour le projet européen lui-même mais aussi à l'échelle mondiale. Je le vois dans tous mes déplacements, on me parle souvent du Brexit et de l'avenir de l'Europe. Mais, je veux le dire ici devant vous, je le dis à tous nos partenaires européens qui sont représentés ici, la France croit plus que jamais en l'Europe. Cette construction est une réussite collective qui seule est de nature à permettre à chacun de nos pays, chacune de nos nations, d'être plus fort dans ce monde qui est si incertain en ce début du XXIème siècle. Ce n'est pas le moment de flancher, ce n'est pas le moment de revenir en arrière. C'est vrai, ce n'est pas si facile. Nous sommes à deux pas du salon de l'Horloge que vous connaissez où, le 9 mai 1950, Robert Schuman, qui était ministre des affaires étrangères, donc l'un de mes prédécesseurs, faisait cette déclaration qui lançait, d'abord à une échelle réduite de six pays, la construction de l'Union européenne. Il inscrivait son initiative pragmatique dans sa mise en oeuvre et dans une volonté de réconciliation en tendant la main à l'Allemagne, l'adversaire de ces deux guerres mondiales qui ont fait tant de morts, de destructions et de malheurs. C'est donc un geste politique d'une grande force et d'une grande vision, c'est de cela dont nous sommes les héritiers maintenant. Soyons fiers de ce qui a été entrepris, n'ayons pas peur. Soyons fiers aussi des valeurs que porte le projet européen, c'est-à-dire l'attachement à la démocratie, les droits de l'Homme, le bénéfice d'une société ouverte, libre et sûre, et du modèle économique, social et environnemental qui n'a cessé de progresser. Si l'on veut qu'il dure et qu'il garde la confiance des peuples, il faut travailler à le renforcer en le rendant plus attractif. Dans les mois à venir, l'Union sera guidée par des principes simples, pour préserver son fonctionnement, son intégrité, sa cohésion et répondre aux préoccupations de nos concitoyens, conformément à ce qui a été décidé à Bratislava en septembre dernier. Les Européens veulent une Europe qui protège. C'est pourquoi nous avons lancé de nombreux projets : je pense à ce qui est engagé depuis quelques mois, pour mieux contrôler les trafics d'armes, mieux lutter contre le financement du terrorisme, assurer la maitrise de nos frontières extérieures et doter l'Europe d'une défense qui lui permette, aux côtés de l'OTAN, mais avec sa stratégie autonome propre, ses capacités propres, ses investissements propres, d'atteindre à terme cette autonomie stratégique nécessaire. Les citoyens veulent une Europe qui assure leur prospérité. Une prospérité économique, un progrès social qui offre à chacun davantage d'opportunités, au sein de sociétés tournées vers l'avenir et vers la jeunesse. C'est en ce sens que nous devons avancer, pour que l'Union européenne se donne les moyens d'assurer la croissance économique de demain, en étant en première ligne dans la maîtrise des mutations du monde. Il faut être capable, et l'Europe en a la capacité, sans doute plus que tout autre grand ensemble politique à l'échelle mondiale. Je ne le dis pas par suffisance ou mépris des autres, mais c'est parce que c'est notre Histoire, C'est notre acquis historique. Ce sont les deux grands défis devant lesquels nous sommes : celui de la transition énergétique après l'accord de Paris où nous avons une responsabilité particulière, mais c'est essentiel pour l'avenir, ce qui veut dire aussi des changements de modèle, et aussi celui de la transition numérique parce que c'est la réalité d'aujourd'hui. En même temps, il faut qu'elle nous permette de gagner et qu'elle donne des perspectives à chacun parce que parfois, elle crée des inquiétudes et elle peut bousculer les modèles sociaux. Il nous appartient de préserver ce que nous avons d'essentiel, tout en étant capable d'affronter ces mutations, qu'elles soient économiques, environnementales ou technologiques. Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, le dernier enjeu que je souhaite évoquer avec vous aujourd'hui, c'est celui qui accompagne l'arrivée d'un nouveau président des États-Unis, l'arrivée de Donald Trump au pouvoir. Les intérêts qui nous lient aux États-Unis, notre longue histoire commune, les valeurs que nous partageons, continueront à nourrir, j'en suis sûr, une relation forte avec ce grand partenaire. La France et les États-Unis sont alliés. Cela ne changera pas. L'Union européenne, qui a tant contribué à la paix et à la prospérité de notre continent comme je le rappelais, le restera également. C'est ce que me disent tous mes collègues ministres des affaires étrangères. Alors oui, nous trouverons par la discussion, je le souhaite, un terrain d'entente sur les enjeux les plus cruciaux du moment, notamment la lutte contre le terrorisme à laquelle les États-Unis comme la France contribuent à l'échelle mondiale. Ce sera peut-être le premier point dont je discuterai avec mon homologue quand il prendra ses fonctions, et je souhaite que ce soit le plus rapidement possible. La France développera avec la nouvelle administration des relations franches, directes, rapides et étroites. Nous nous efforcerons de convaincre que les intérêts des États-Unis seront mieux protégés lorsque nous affrontons collectivement les défis globaux auxquels nous devons faire face. La France saura aussi, en toute indépendance, je le rappelle encore, affirmer ses intérêts, chaque fois que cela sera nécessaire. Elle veillera à ce que le partenariat transatlantique continue à servir notre prospérité commune et nos intérêts mutuels de sécurité. Car l'unilatéralisme, le protectionnisme ou le repli sur soi, je dirais même aussi le retour au nationalisme du XIXe siècle, qui ont fait tant de malheurs, ne sont pas, c'est ma conviction, à la hauteur des enjeux auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui. La France restera donc engagée en faveur du multilatéralisme, par conviction, c'est-à-dire la conviction d'une gouvernance mondiale, équitable et respectueuse des intérêts de chacun. Comment pourrait-il en être autrement, Mesdames et Messieurs, puisque ce combat, la France le mène depuis tant d'années, conformément à ce qu'elle est et à ce qu'elle pense du monde, conformément à nos valeurs et à l'idéal qui est au fondement même de la République française. Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Chers Amis, Sur tous ces sujets, vous pouvez compter sur la mobilisation de mon pays. Je sais pouvoir compter sur votre engagement pour que nos relations s'épanouissent sous le sceau de la confiance et de la volonté commune de contribuer à rendre notre monde meilleur. Alors merci Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, merci Madame la Directrice générale de l'UNESCO pour ce que vous faites et pour ce que vous ferez encore. Je vous souhaite, Mesdames et Messieurs, du fond du cœur et avec beaucoup de chaleur, mes voeux les plus sincères pour l'année 2017. Je vous remercie de votre attention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/478.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/478.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..175cb4dc5b9294b8f70c755de699fbebdc0232b5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/478.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs, Pour inaugurer ce colloque de clôture du séminaire « l'investissement social : quelle stratégie pour la France ? », je voudrais commencer par remercier l'ensemble des organisations et des personnes qui sont à l'origine de ce cycle de conférences, le Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques de Sciences-Po - je viens justement de croiser Bruno PALIER - France Stratégie, la Caisse nationale des allocations familiales, la fondation Apprentis d'Auteuil et évidemment la Direction Générale de la Cohésion Sociale. L'investissement social est, comme vous le savez, un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Notre pays s'est construit sur un modèle social visant à accompagner, à aider, à soigner, à protéger ceux et celles qui a un moment ou à un autre de leur vie, en ont besoin : besoin de protection sociale face aux aléas de l'existence, devant les risques de santé, les accidents du travail, mais aussi nécessité d'apporter une protection dans les périodes de chômage, ou besoin de mise à l'abri lorsque des personnes se retrouvent sans toit. Ce modèle s'est construit sur deux logiques complémentaires : la protection de tous contre les risques communs et une approche « réparatrice » pour venir en aide à ceux qui étaient touchés par les effets non maîtrisés de l'évolution de notre société. Mais la société a beaucoup évolué depuis l'après-guerre. Le marché de l'emploi est aujourd'hui marqué par le chômage et la multiplication des contrats précaires, ce qui atténue considérablement le rôle d'intégration sociale que le travail a toujours joué et retarde l'entrée sur le marché de l'emploi des jeunes. Les femmes se sont mises à travailler. Le vieillissement de la population entraîne un accroissement du nombre de personnes âgées dépendantes et dans les faits, l'arrêt d'une activité productrice conduit de plus en plus au retrait de l'espace public et à l'isolement. Le développement des familles monoparentales se poursuit. Enfin, notre rapport aux autres évolue également : le manque de projet fédérateur et la primauté de l'épanouissement de l'individu à travers son seul développement personnel se diffuse lentement dans la société. Sur le plan local, les personnes sont de moins en moins conscientes de la nécessité de faire vivre les solidarités de proximité. L'investissement social c'est précisément l'outil qui nous manquait pour faire face à ces évolutions. Face aux nouveaux risques, aux transformations de la société, nous devons bien évidemment renforcer les dispositifs qui protègent les personnes lorsqu'elles en ont besoin mais également en inventer de nouveaux. Dans le cadre du Plan pluriannuel contre la pauvreté, ce gouvernement a par exemple revalorisé de 10% le RSA, facilité le recours à la complémentaire santé et créé plus de places d'hébergement d'urgence qu'aucun gouvernement auparavant ne l'avait fait. Je veux vous donner les chiffres, ce sont 82.000 places en début de quinquennat et plus de 130.000 à l'heure actuelle. Mais si le besoin d'un filet protecteur n'est aucunement remis en cause, il est aujourd'hui essentiel que nos politiques publiques se basent également sur une approche qui intervienne plus en amont, dans une logique de « prévention » des ruptures et des accidents de vie, dans une logique de renforcement des capacités des individus pour les aider à mieux rebondir en cas de difficultés, pour les aider à aller vers l'émancipation et à évoluer plus librement dans leur vie personnelle et professionnelle. C'est de cette logique qu'est né l'investissement social. Il recouvre un ensemble de mesures structurelles qui visent à renforcer la vitalité de la société, sa cohésion sociale et son efficacité économique. Il invite à penser la dépense sociale comme productrice d'une richesse, différée certes, mais une richesse quand même. La logique de l'investissement social interroge le choix de société que nous voulons pour nos enfants : nous devons aujourd'hui dépasser l'opposition entre les partisans du déterminisme social, qui conditionnent les échecs et réussites de chaque parcours au seul environnement initial, et les adeptes de la liberté individuelle, qui nient l'influence évidente du cadre de vie et des opportunités de chacun au départ. Le constat initial que nous faisons est celui d'une répartition inéquitable des chances, qu'il est impossible de nier et qu'il nous faut corriger à travers des solutions redistributives comme l'est par exemple le plan pauvreté mis en place depuis 2013, tout en plaçant chaque personne en situation de devenir acteur de son propre parcours, pour trouver une place au sein de la société. L'investissement social a cette ambition, il vise un objectif partagé d'égalité des chances et concilie intelligemment politique de redistribution et respect de la liberté individuelle. François Mitterrand disait d'ailleurs justement « ne dissociez jamais la liberté et l'égalité ». Parmi ces mesures structurelles, vous avez notamment abordé lors des séances précédentes les questions liées à l'égalité entre les femmes et les hommes, à l'éducation ou à la lutte contre la pauvreté. Des pays comme la Suède, vous en avez parlé lors de ce cycle, ont largement fait le choix d'investir dans des mesures de long terme et devons également nous inspirer de ces expériences. Qu'avons-nous fait de notre côté depuis 2012, pour construire la société de demain ? Le Plan d'action en faveur du travail social et du développement social que je défends depuis 2015 avec Marisol Touraine, ambitionne notamment de renforcer les compétences de travailleurs sociaux pour les aider à mieux accompagner les personnes qui traversent des périodes difficiles. Car l'accompagnement humain est essentiel. J'aimerais notamment parler de la Garantie Jeunes, qui n'est pas une allocation mais bien un dispositif d'accompagnement qui permet aux jeunes de reprendre confiance et qui permet de les accompagner de manière innovante et efficace. Afin de dépasser le cloisonnement de nos politiques et de nos dispositifs, puisque cela fait 20 ans que l'on parle de l'importance de décloisonner, pour déployer une véritable stratégie de développement social, nous avons créé un nouveau fonds d'appui aux politiques d'insertion. Les politiques d'insertion doivent se construire avec les départements qui sont chefs de file de l'action sociale, qui ont des idées et qui portent des politiques innovantes. Ce fonds permettra dès 2017 d'apporter plus de cohérence entre les politiques sociales déployées sur chaque territoire, et de mieux articuler les interventions de l'Etat, du département, des grandes caisses nationales, et des partenaires associatifs. Dépasser les attributions et les sphères de compétences de chacun pour travailler ensemble autour des besoins des personnes, c'est justement l'objet de ce fonds et c'est une condition indispensable à tout projet d'investissement social. J'en profite pour remercier tous les départements qui ont aidé à construire la démarche. Vous l'avez abordé dans le cadre des précédents séminaires, l'éducation reste l'approche préventive par excellence. Dans le cadre du Plan pluriannuel contre la pauvreté, le gouvernement a mené des efforts importants pour favoriser la préscolarisation des enfants de moins de trois ans dans les quartiers prioritaires, car les études montrent aujourd'hui que cette préscolarisation est déterminante pour leur avenir. La lutte contre le décrochage scolaire réduit de plus de 20% par exemple entre 2014 à 2015 est également l'une des grandes réussites de ce plan. Ces efforts ne se font pas sans peine. L'investissement social est par nature une dépense de court terme aux retombées de long terme ; on le constate par exemple en matière d'éducation dont les effets portent sur le long terme. Le gouvernement a par exemple entrepris en 2015 un vaste effort de formation des demandeurs d'emploi les moins qualifiés, le plan 500.000 formations, dont 50.000, on le sait peu, ont bénéficié à des personnes en situation de handicap. Pour une partie des personnes en recherche d'emploi, celle qui s'enfonçait petit à petit dans le cercle vicieux du chômage de longue durée, la perspective de la reprise d'un emploi et d'une réintégration sociale ne pouvait passer que par de nouvelles formations, plus en adéquation avec les attentes du marché de l'emploi. Pour la société, le coût d'un chômage de longue durée était infiniment supérieur à celui d'un effort ponctuel de requalification. Et pourtant, je le constate, ce choix politique n'a été que très rarement salué comme un effort responsable, dont les retombées concrètes en termes d'emploi profiteraient à des responsables politiques futurs. Lorsque ce plan a été abordé, il l'a souvent été sous l'angle d'une dépense inconsidérée, voire d'accusations à peine déguisées de manipulation des chiffres du chômage. Il est temps que nous puissions réhabiliter les choix politiques de long terme, ceux dont les conséquences dépassent le seul calendrier politique. Il est vrai que le passage du septennat au quinquennat, ou les attentes d'immédiateté des médias jouent en notre défaveur, mais nous devons poser les bases d'une société plus inclusive et plus solidaire sur le long terme. Oui, les démarches de prévention, de capacitation, de renforcement du capital humain ont un coût mais ne pas prendre ces mesures a un coût bien supérieur. Une éducation défaillante, le chômage, les difficultés sociales, la radicalisation parfois, coûtent également très cher. Pourquoi parler d'investissement social aujourd'hui ? Et bien tout d'abord parce que les politiques sociales, les politiques de solidarité, celles qui font le pari de développer le capital humain, sont remises en cause, décriées par une partie de la classe politique et c'est assez nouveau, parfois même par les citoyens, comme des politiques purement dépensières. Pourtant, contrairement à ce que l'on peut entendre ici et là, la pauvreté, le manque de cohésion sociale, le recul des solidarités de proximité coûtent cher à notre société. Ces coûts se mesurent évidemment socialement, mais ils se mesurent également économiquement et à bien des égards, le choix de politiques volontaristes en matière de solidarité et d'égalité des chances relève également d'un choix de bonne gestion budgétaire. Je voudrais par exemple citer l'évaluation d'une expérimentation appelée « un chez-soi d'abord » qui vient par exemple de prouver scientifiquement qu'il était beaucoup moins coûteux pour les finances publiques de fournir un logement et un accompagnement à domicile pour des personnes sans abri vivant avec des problèmes psychiatriques, tout simplement parce que les personnes qui sont à la rue se font plus hospitaliser qu'avec un accompagnement à domicile. L'investissement social s'inspire de cette logique : investir aujourd'hui pour en récolter les fruits demain. La question qui se pose aujourd'hui, et la question centrale liée à cette démarche d'investissement social est donc bien celle de l'évaluation. Aujourd'hui, nous ne pouvons pas simplement mesurer l'investissement social à partir du coût d'une absence de prise en charge de la pauvreté, d'une non scolarisation des enfants ou d'une absence des femmes sur le marché du travail. On ne peut se contenter d'une approche « négative ». La pauvreté coûte cher, mais ce qu'il faut avant tout rappeler, c'est que la cohésion sociale, l'inclusion de tous sur le marché du travail, l'égalité entre les femmes et les hommes, génèrent de la richesse. C'est de cette approche plus « positive » que doit s'inspirer l'évaluation de nos politiques publiques. C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité lancé une Fondation pour l'investissement social et le développement humain. Cette fondation que j'ai inaugurée la semaine dernière aux côtés du Président de la République aura justement pour objet de financer l'évaluation de projets sociaux, pour en mesurer les retombées sociales, économiques et financières. C'est en effet en faisant la preuve de l'efficacité des politiques de solidarité, en évaluant leurs retombées sur l'ensemble de la société, que nous pourrons aider à orienter les politiques publiques et garantir à terme une société plus inclusive. Le social est souvent décrié comme n'étant pas scientifique, contrairement à l'économie, mais je conteste cela. Il faut dépasser les préjugés. Le secteur social est un secteur moderne et la France doit devenir un pays moteur sur ces sujets d'évaluation scientifique. Il existe de nombreux champs dans lesquels l'évaluation doit apporter à la puissance publique. Dans le domaine de l'insertion sociale et professionnelle par exemple, on a souvent pensé que le maintien dans le logement ou l'accès à l'emploi étaient les résultantes d'un travail de stabilisation sociale préalable : des expérimentations comme « un chez-soi d'abord », ou « working first » semblent aujourd'hui plutôt plaider la thèse inverse, l'emploi et le logement seraient des bases sur lesquelles un travail d'insertion devrait pouvoir d'abord se reposer. Ce qui est essentiel aujourd'hui, c'est que le secteur de la recherche soit mieux connecté au secteur social, c'est d'ailleurs une des ambitions portées par le Plan d'action en faveur du travail social et du développement social que je porte. Je voudrais conclure ce propos par un élément. Je voudrais insister sur le fait que l'investissement social est une démarche qui ne se suffit pas à elle-même. La logique de prévention et de renforcement du tissu social et économique doit venir compléter et non remplacer l'approche « réparatrice » développée depuis des décennies en France : toutes les dépenses sociales ne peuvent être orientées en prévention, et viser des économies futures. Le choix d'un modèle social protecteur implique également de continuer à mieux répondre aux situations d'urgence, de prendre en charge dans la durée les plus fragiles… En d'autres mots, investir dans le renforcement de nos liens sociaux, de l'avenir éducatif de nos enfants, ou la prévention de la pauvreté allègera à l'évidence le poids du chômage, de l'isolement ou de la précarité dans les années à venir, mais cela ne doit en aucun cas nous exonérer d'y dédier des moyens pour y faire face. Un certain nombre de personnes considèrent que le social ce sont des dépenses, mais l'objectif au final de la croissance c'est que chacun puisse trouver le chemin de l'émancipation. Les politiques sociales sont un investissement qui donne du sens au vivre-ensemble. Il est important que nous puissions diffuser ces messages. Merci à tous et bonne journée de travail. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/479.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/479.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f513adbf4aa7d298398e101bde8ebd6c27ba15d7 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/479.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je condamne avec la plus grande fermeté l'odieuse attaque perpétrée hier soir contre le centre islamique culturel de Québec, qui a fait au moins six morts et de nombreux blessés. Ainsi que le président de la République a tenu à le rappeler, la France se tient aux côtés des victimes et de leurs familles dans ces circonstances tragiques. Ce sont les valeurs d'ouverture, de liberté, de paix et de vivre-ensemble qui ont été visées hier. Nous savons tous les efforts que le Québec consacre à la prévention de la radicalisation. Il s'agit d'un axe fort de notre coopération. La France est solidaire du Canada et du Québec dans la lutte contre la haine et la barbarie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/480.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/480.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a2c28a636d8f23bd705a958a1260425150aca969 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/480.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Directeur de l'administration pénitentiaire, Madame, Monsieur les sous-directeurs, Madame, Monsieur les Directeurs interrégionaux, Madame, Monsieur les Directeurs des services pénitentiaires d'insertion et de probation, Madame, Monsieur les Directeurs des services pénitentiaires, Madame, Monsieur, Cela fait un moment que j'envisageais de vous réunir dans cette configuration. J'en avais testé l'idée auprès de certains d'entre vous, au hasard de mes déplacements dans vos établissements. Beaucoup avec un sourire m'avaient rappelé leur souvenir datant de 2001, à Tours, et de la brièveté de la réunion ! Cela ne m'a pas découragé, et je suis heureux de m'adresser aujourd'hui à vous, dans cette configuration, inusitée depuis 16 ans. Cela fait un an que j'exerce mes responsabilités, un an que j'ai souhaité que mon premier déplacement comme garde des sceaux soit consacré à l'administration pénitentiaire. J'avais ainsi découvert la maison d'arrêt de Villepinte. Depuis le 4 février 2016 avec la maison de Villepinte, jusqu'à Nouméa le 16 décembre dernier, en passant par le Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation (SPIP) du Val-d'Oise, la Bretagne (bien sûr), Marseille, l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire (ENAP) (2 fois) ou Saint-Astier pour assister à l'entraînement des Equipes Régionales d'Intervention et de Sécurité (ERIS), j'ai visité 20 implantations pénitentiaires sur l'ensemble du territoire français. A chaque fois, j'ai souhaité passer du temps dans les coursives, rencontrer les personnels, discuter avec leurs organisations syndicales. Je l'ai fait en veillant à l'unité de l'administration pénitentiaire. C'est-à-dire en associant tous les personnels, car je ne fais aucune distinction entre les Directeurs des services Pénitentiaires d'Insertion et de Probation (DSPIP) et les Directeur des services pénitentiaires (DSP). Vos deux corps servent le même projet, la même ambition, rencontrent des difficultés auxquelles j'ai cherché à apporter des réponses… C'est aussi pour cela que j'ai souhaité réunir, autant que faire se pouvait, et le plus souvent possible, les représentants des deux comités techniques. L'exemple le plus emblématique fut la rencontre organisée autour du Président de la République, le 26 juillet dernier. Toutes les organisations syndicales ont pris part à la même réunion, malgré des réticences (parfois des deux côtés). Ce fut aussi le cas pour les invitations adressées dans le cadre du séminaire métier des 26/27 juillet 2016. Aussi, je regrette d'entendre parfois que d'aucuns se sentent négligés ou relégués à une place de second rang. Je le redis, je ne connais qu'une seule administration pénitentiaire, une seule et même mission. Le recul d'une année est bien court pour dresser un bilan, et l'action à conduire interdit tout repos. Mais je voudrais devant vous traiter plusieurs sujets d'importance. Le premier est la place que vous occupez aujourd'hui dans le bon fonctionnement de notre démocratie. Vous m'avez peut-être déjà entendu le dire, parce que l'administration pénitentiaire est une administration de la peine, c'est une institution qui prépare l'avenir. C'est d'ailleurs pour cela que votre place au sein du ministère de la Justice est une absolue évidence, une question à la fois de bon sens et de bonne administration. Le choix de ce rattachement date de 1911 et ne constituait pas une mesure technique. Cela traduisait une conception nouvelle, dont la pertinence ne s'est pas démentie depuis lors : en exécutant les décisions de justice, l'administration pénitentiaire participe de la justice. Car c'est en son sein, et grâce aux femmes et aux hommes qui la servent, que le terme de réinsertion prend un sens. Cette conception mérite d'être répétée, puisque je lis des esquisses de programmes qui suggèrent de revenir en arrière. Et comme l'a dit le Premier ministre la semaine dernière, lors de l'installation de la Commission du Livre blanc, « rares sont les bonnes idées qui consistent à revenir plus d'un siècle en arrière en matière carcérale… » Qu'est-ce qu'une institution chargée de l'administration de la peine ? C'est une institution qui participe du contrat social. Elle permet une action collective et coordonnée et repose sur un consensus social implicite. Vous en êtes les acteurs, c'est un rôle essentiel, trop souvent oublié par l'actualité, par l'urgence ou le court-terme. D'ailleurs, samedi, à Quimper, je suis passé à un Forum du droit organisé au sein de mon université. Et j'ai été surpris de constater l'absence de l'administration pénitentiaire. Il y avait bien des magistrats, des greffiers, des mandataires judiciaires, des commissaires-priseurs, des avocats. Mais des pénitentiaires point ! Tout simplement parce que les organisateurs n'y avaient pas songé. Nous avons donc encore du chemin à parcourir pour rendre plus visible nos concours, pour valoriser vos métiers… J'espère d'ailleurs que les réformes statutaires (et dont je veux vous entretenir) qui viennent d'être conduites y participeront... Parce que votre fonction est centrale, votre institution doit se renforcer, s'adapter, se transformer Elle en a l'habitude, vous en avez la force. Ce fut d'ailleurs l'une de mes très bonnes surprises de l'année : constater votre engagement, mesurer vos compétences, apprécier vos capacités d'innovation. Et ce, alors même que vous devez assumer simultanément les changements à conduire et la responsabilité de l'opérationnel, de l'immédiat, de l'action du quotidien. Je mesure aussi que ce choix de vie ne laisse pas indemne, qu'il transforme profondément ceux qui exercent vos fonctions. C'est la noblesse de votre métier. Dans votre cas, prendre quotidiennement des décisions, c'est au fond choisir le meilleur point d'équilibre : - Entre la norme et le cas singulier à traiter : c'est-à-dire écrire des jurisprudences, - Entre le conformisme et l'innovation : c'est-à-dire oser recourir à une forme d'audace qui fera avancer l'institution. J'ai appris à mesurer cette tension, alors que vous appartenez à une des administrations les plus observées, les plus contrôlées. Nombreux sont en effet les lieux où votre action est mesurée, évaluée. C'est le cas évidemment du dialogue social, particulièrement dense au sein de cette administration. Mais aussi dans vos relations avec les personnes détenues écrouées ou suivies en milieu ouvert, ou avec leurs familles. C'est encore l'objet des différentes inspections, du regard des organisations non-gouvernementales, de la Contrôleur générale des lieux de privation de liberté, de l'autorité judiciaire. Sans parler bien entendu de l'opinion et de votre serviteur… Et nous savons tous qu'en matière pénitentiaire en particulier, comme d'ailleurs en matière de justice pénale, il est facile de porter des jugements, d'aborder les problématiques avec une vision simplificatrice. Décider, choisir, innover, cela exige du courage, de la persévérance, de la solidité, ainsi qu'un attachement profond aux valeurs républicaines et au sens du service public pénitentiaire. Vous les avez. Vous les incarnez. Vous les défendez. Cette mission, je le répète, vous la servez avec engouement et pourquoi ne pas le dire ? - avec abnégation. Aussi était-il légitime que vous soyez enfin - reconnus à votre juste valeur. C'est-à-dire comme des hauts fonctionnaires de ce ministère. C'est pourquoi j'ai déterré (le mot ne me semble pas trop fort) la réforme des Directeurs des services pénitentiaire (DSP) qui a été publiée hier, dimanche, au Journal officiel. C'est aussi pourquoi j'ai signé avec les organisations syndicales, le 22 juillet dernier, un relevé de conclusion qui concerne, entre autres, les Directeur des services pénitentiaires d'insertion et de probation (DSPIP). A ce sujet, je sais l'inquiétude qui gagne vos rangs concernant la mise en œuvre de ces engagements. Je vois monter le scepticisme. Aussi je veux définitivement dissiper toutes les éventuelles ambiguïtés et faire fondre tous les doutes. Je compte bien appliquer l'entier relevé de conclusion du 22 juillet dernier. Je vais le faire avec méthode, avec détermination, dans un dialogue soutenu (parfois peu amène) avec l'interministériel. Il me reste peu mais suffisamment de temps ! Ce que nous avons obtenu le mérite. Puis-je rappeler la revalorisation de 40% de l'indemnité de fonction et d'objectifs (IFO) dès le 1er avril ? Les arrêtés seront publiés au Journal officiel dès demain. Sur le plan statutaire ensuite, la réforme se déroulera en deux étapes : l'une en relation avec le protocole Parcours professionnels, carrières et rémunérations (PPCR), l'autre avec la réforme de la filière sociale. Pour le PPCR, nous allons procéder à une revalorisation indiciaire importante, sur les deux grades, en bas comme en haut de grille. Pour le pied de grille du 1er grade, nous avons obtenu 41 points supplémentaires. Et pour le haut de grille il s'agira de 11 points accompagnés d'une réduction de la durée de carrière de six mois. C'est un cas unique dans l'administration pénitentiaire, et rarissime dans la fonction publique. Pour le deuxième grade, nous avons obtenu : - Une réduction moyenne d'un an de la durée du grade (là encore, cas unique), - 60 points de plus en pied de grille, - 47 points en haut de grille, - Ainsi qu'un échelon spécial en hors échelle A. Le statutaire rejoint donc et reconnait l'essence de vos missions. Et la réforme de la filière sociale nous permettra de mettre en œuvre les autres dispositions du relevé. Ce sera notamment : - La création d'un grade à accès fonctionnel, - Et la revalorisation du statut d'emploi qui permettra notamment un accès à la hors échelle B pour certains emplois à forte responsabilité. Les textes seront prochainement présentés aux organisations syndicales. Pourquoi là encore le cacher ? Mon but est de rendre irréversible ce que vous avez obtenu. Dans le même temps, je viens de le dire, j'ai repris et mené à son terme la réforme des DSP. Celle-ci se structure autour d'axes que vous connaissez : - Le pied de grille indiciaire est revalorisé, ce qui renforcera l'attractivité du corps des DSP, - Un 11ème échelon est créé avec un indice brut 985, soit au-delà de l'indice brut de 966 auquel culminent les administrateurs civils, - Les conditions fonctionnelles pour accéder au grade de directeur hors classe sont supprimées - Ainsi que le contingentement de l'accès à l'indice brut terminal hors échelle A, ce qui permettra à l'ensemble des directeurs de voir leur carrière se dérouler jusqu'à cet indice, - Enfin, au-delà de la révision du statut d'emploi de directeur fonctionnel, il est créé un 3ème grade de directeur de classe exceptionnelle. Il culminera à un échelon exceptionnel, contingenté, à l'indice brut hors échelle B-bis. Cela constitue un marqueur important de la catégorie A+ et permettra de donner accès aux emplois fonctionnels de l'encadrement supérieur de la fonction publique. C'est pourquoi je pourrai enfin nommer des DSP en qualité de sous-directeurs à la direction de l'administration pénitentiaire (DAP). Christophe DEBARBIEUX en est un parfait exemple. Je veux qu'il soit suivi par d'autres. Il était en effet aberrant que vous ne puissiez vous-même diriger votre administration ! A ce propos, j'ai découvert l'effet repoussoir que pouvait revêtir l'administration centrale pour certains d'entre vous. Le nombre de postes vacants est là pour l'illustrer. Ce qui me préoccupe beaucoup, car c'est extrêmement préjudiciable à l'efficacité de l'institution et me prive d'une expertise indispensable. C'est pourquoi j'ai souhaité que la réforme valorise le passage en centrale dans le déroulement de carrière. J'entends souvent des critiques contre la « Centrale », productrice de contraintes et dévoreuse d'énergie. Je veux donc vous dire combien il m'est quotidiennement précieux de pouvoir disposer d'interlocuteurs fiables, éclairés et disponibles. Cette excellence a, par exemple, été incarnée Charles GIUSTI. Monsieur le directeur, vous avez souhaité réintégrer votre administration d'origine. Comme on dit dans le film « l'enquête corse » : « c'est votre droit ». J'ai veillé à ce que vous soyez accueilli de la meilleure manière qui soit, car vous avez été un Directeur de l'administration pénitentiaire adjoint (DAPA) formidable. Vous allez être très prochainement nommé directeur général adjoint des Outre-mer. Vous le méritez amplement au regard du service rendu à la DAP, de votre engagement, de votre abnégation même. Vous allez me manquez, mais je ne veux pas vous mettre plus mal-à-l'aise. D'autant que nous nous reverrons bientôt puisque je vais avoir le plaisir de vous remettre la légion d'honneur qui manquait à la reconnaissance de vos mérites. Et pour votre remplacement, il va de soi qu'un bon connaisseur de la DAP sera privilégié. Il est un autre fait qui me préoccupe, car il altère le bon fonctionnement de vos établissements : Je veux parler des taux de vacances de postes. Le gouvernement y a répondu par des créations massives de postes. Près de 5 400 élèves surveillants ont découvert l'ENAP. Je salue d'ailleurs sa directrice. Le seul budget pour 2017 prévoit 1 255 créations d'emplois nouveaux, sans compter les renouvellements des départs en retraite. Jamais l'ENAP n'a autant formé. Les services pénitentiaires d'insertion et de probation auront quant à eux, depuis 2013, recruté 1 100 personnels, Soit une hausse de plus 25 % des effectifs. D'une manière générale, depuis 2012, l'effort est soutenu en termes d'investissement et de fonctionnement. Les crédits consacrés à l'AP ont ainsi cru de 23%. C'est encore insuffisant mais nous avons accompli des pas de géant. Il nous faut cependant en faire d'autres. C'est la vocation du programme immobilier annoncé le 6 octobre dernier par Manuel VALLS, alors Premier ministre. Dans le budget 2017, 1,158 milliards d'euros en autorisation d'engagement permettront d'amorcer la première phrase de construction de ces 33 nouveaux établissements pénitentiaires et 28 quartiers de préparation à la sortie. C'est encore la mission du livre blanc sur l'immobilier pénitentiaire installée à la Chancellerie, le 24 janvier dernier, par Bernard CAZENEUVE, Premier ministre. Je me réjouis que Patrick MOUNAUD ait accepté d'assumer la responsabilité de rapporteur général. Ses qualités personnelles et son parcours au sein de cette institution sont incontestables. Et, une fois de plus, il me semblait naturel qu'un DSP occupe cette position éminente. Evidemment au sein des collèges de la Commission, siègent aussi des DSPIP et d'autres DSP ! Je ne doute pas que la Commission saura relayer les différents travaux mis en place après le séminaire des métiers organisé les 26/27 juillet 2016. Je pense notamment aux thèmes majeurs qui y furent abordés : - Cycles de travail, - Orientation des détenus, - Classification des établissements, - Formation… pour n'en citer que quelques-uns. J'en viens maintenant à un autre sujet qui nous réunit aujourd'hui : la sécurité pénitentiaire. Dès mon arrivée, alors qu'un projet de loi antiterroriste était en discussion au Parlement, j'ai défendu une réforme de l'article 57 de la loi de 2009. Ainsi que je l'ai dit aux parlementaires, il fallait intégrer le climat de la détention, sa violence. 4 070 agressions contre les personnels en 2015, près de 4 100 selon les dernières estimations pour l'année 2016. 71 000 découvertes d'objets et matériels prohibés pour l'année 2016. Il était donc indispensable de revisiter la question des fouilles. Cela a été fait. Le 14 octobre dernier, vous avez reçu une note détaillée présentant les modifications introduites. Pourtant, à chaque visite d'un établissement, cette question revient, comme si le cadre juridique n'avait pas changé. Les statistiques qui m'ont été communiquées le montrent d'ailleurs puisque la nouvelle capacité législative est inégalement mobilisée. Je ne comprends pas cette situation. Il vous appartient de faire application de ces prérogatives qui sécurisent considérablement des pratiques professionnelles nécessaires dans le cadre d'une gestion de la détention très dure. La sécurité pénitentiaire, c'est aussi l'objet du plan que j'ai présenté le 25 octobre dernier et qui traite de la lutte contre la radicalisation violente. C'est dans ce cadre que je me suis prononcé par la création d'une 5ème sous-direction. Les arrêtés d'organisation ont été publiés le 17 janvier dernier et la sous-direction sera officiellement créée le 1er février. Sans remettre en cause les principes directeurs de la réforme conduite par Isabelle GORCE, elle permettra de coordonner : - La gestion des questions de sécurité pénitentiaire, - De doctrine disciplinaire, - De lutte contre la radicalisation violente, - De renseignement. Elle aura notamment la charge de superviser l'action des équipes de sécurité pénitentiaire créées par la même occasion. Ces dernières viennent de recevoir un statut légal et des prérogatives de contrôle dans le PJL en discussion à l'Assemblée nationale. Elles contribueront à répondre aux problématiques de sécurité interne et périmétrique. Elles devront aussi prendre en charge les extractions judiciaires au sujet desquelles je serai prochainement amené à réaliser des annonces pour en améliorer le fonctionnement. Dans quelques minutes, le DAPA développera ces aspects absolument structurants. J'en viens maintenant au renseignement pénitentiaire auquel sera consacrée cette journée. C'est une avancée majeure à la fois : - Pour l'insertion de l'administration pénitentiaire au sein du dispositif national de sécurité, - Pour la sécurité de nos établissements et personnels, - Pour une meilleure connaissance des enjeux qui travaillent parfois la détention et les personnes placées sous main de justice. A lui seul, l'importance du sujet méritait notre réunion. Le travail accompli en 6 mois est phénoménal et que tous ceux qui y ont pris une place en soient remerciés : - Au premier rang d'entre eux, je veux saluer Géraud DELORME, directeur des services pénitentiaires, ancien chef d'établissement, ancien membre de l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT), et sous-directeur adjoint. - Et Charlotte HEMMERDINGER, magistrat, qui connaissait la DAP pour y avoir travaillé et que nous avons arraché à Tracfin. - Ensemble, ils ont abattu une masse de travail dont vous allez pouvoir vous rendre compte au cours de la journée. Le 7 septembre dans une lettre de mission qui leur été adressée, j'avais fixé 10 objectifs pour nous doter d'un véritable Bureau central du renseignement pénitentiaire (BCRP). (6 mois ici, contre le Service central du renseignement territorial qui avait eu 1 an pour se bâtir) 1er objectif : Construire l'architecture du futur service. C'était évidemment une priorité, car un service de renseignement se caractérise avant tout par sa capacité à animer un réseau, à centraliser l'information, à l'analyser et la diffuser. Le 1er février, le Bureau central du renseignement pénitentiaire verra le jour. Il sera armé d'une quarantaine d'effectifs d'ici la fin de l'année contre 15 actuellement. Il aura autorité, j'insiste sur ce point, sur l'ensemble du réseau existant qui sera notablement densifié. Cela ne signifie en rien que vous serez privés de vos prérogatives actuelles. Mais le BCRP coordonnera et animera l'ensemble du réseau du renseignement pénitentiaire. Celui-ci sera d'ailleurs doté en nouveaux effectifs : - Les cellules interrégionales du renseignement pénitentiaire (CIRP) vont doubler leurs effectifs pour passer de 42 à 83 à la fin de l'année. - Cela viendra s'ajouter aux 15 emplois d'analystes-veilleurs, aux 20 d'investigateurs numériques aux 10 traducteurs. - Les délégués locaux au renseignement pénitentiaire (DLRP) dont 44 sont à temps complet et 143 à temps partiel. 2ème objectif : rédiger une nouvelle doctrine du renseignement pénitentiaire. Le seul document à vocation « doctrinal » date de décembre 2015. Mais il ne correspond plus aux enjeux du moment marqués par la professionnalisation du renseignement pénitentiaire et l'évolution du cadre normatif. Un nouveau document est donc en cours d'écriture par la mission de préfiguration, il sera prêt pour la fin du premier trimestre. 3ème objectif : rédiger les textes réglementaires. Ce fut un travail aussi complexe que conséquent, beaucoup plus chronophage que je ne le pensais. Les préfigurateurs, les services juridiques et techniques de la DAP ainsi que de la DACG ont été mis à contribution pour réaliser une publication de ces textes complexes en un temps record. Les 5 textes nécessaires ont été publiés entre décembre et le 17 janvier. D'abord une modification du décret relatif au ressort territorial, à l'organisation et aux attributions des DI des services pénitentiaires a été publiée le 27 décembre dernier. Ce fut l'occasion d'intégrer dans les missions des Directions interrégionales (DI) les nouvelles finalités assignées par la loi au service du renseignement pénitentiaire : - Prévention du terrorisme, - Prévention de la criminalité et de la délinquance organisée, - Prévention des évasions, maintien du bon ordre et de la sécurité dans les établissements. Enfin, ce même texte crée et définit le périmètre de compétence des cellules interrégionales du renseignement pénitentiaire (CIRP). Nous avons également procédé à une modification du décret du 9 juillet 2008 relatif à l'organisation du ministère de la justice afin d'intégrer là encore ces nouvelles missions fixées par la loi. Un nouveau décret a été pris en application de l'article L. 811-4 du CSI relatif à la désignation des services relevant du ministère de la justice, autorisés à recourir aux techniques mentionnées au titre V du livre VIII du code de la sécurité intérieure. Dans les faits, ce décret intègre les Cellules interrégionales du renseignement pénitentiaire (CIRP) et le bureau central du renseignement pénitentiaire au deuxième cercle des services de renseignement. Il permet en outre de recourir aux techniques de renseignement nécessaires à la poursuite des finalités que je viens de rappeler. S'ajoutent deux arrêtés de réorganisation de la DAP. L'un créant la nouvelle sous-direction de la sécurité pénitentiaire, L'autre organisant les missions des bureaux de cette sous-direction, parmi lesquels le BCRP occupera une place pivotale. Je signale également que le premier arrêté précise les personnes pouvant faire l'objet de la mise en œuvre d'une technique de renseignement : c'est-à-dire les seules personnes placées sous main de justice. Et non leur entourage, comme cela a pu être écrit ici ou là. 4nd objectif : protocoliser les relations avec les autres services de renseignement. Les deux protocoles existant avec des services partenaires (Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT)) devront naturellement être revus. Le travail déjà engagé dépend de l'antériorité des relations avec l'administration pénitentiaire et du partage des objectifs prévisibles. A ce titre, c'est évidemment avec la DGSI et le SCRT que les collaborations sont le plus rodées. D'ailleurs, un officier de la DGSI a été mis à disposition du BCRP depuis le 3 janvier. Il sera prochainement suivi par un officier du Service central du renseignement territorial (SCRT) puis de la gendarmerie. Et sans attendre, la Direction du Renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) va prochainement accueillir un officier du renseignement pénitentiaire. Mais des liens ont été bâtis avec tous les services qui peuvent être en lien avec la problématique pénitentiaire. Qu'ils appartiennent au 1er ou au 2ème cercle. Ainsi donc un protocole reliera le BCRP à la DGSE, à la Direction Nationale du Renseignement et des Enquêtes Douanières (DNRED), à la Sous-direction de l'anticipation opérationnelle (SDAO) et à la DRPP. 5ème objectif : établir l'architecture des relations avec les autorités judiciaires. Ce point découle par exemple de l'article 727-1 du CPP qui suppose une relation étroite avec les procureurs. Mais il est aussi lié à la découverte des téléphones portables en détention, un fléau pour nos établissements. D'ici la fin du premier trimestre, une circulaire sera soumise à ma signature afin d'établir des orientations de politique pénale. Elle permettra de systématiser les poursuites judiciaires ou les sanctions disciplinaires à l'encontre des détenteurs ainsi que l'exploitation des données contenues dans ces téléphones. 6ème objectif : mener une politique active de recrutements de qualité et établir un plan de formation. La formation du réseau du renseignement pénitentiaire est un prérequis indispensable pour atteindre, dès 2017, un niveau satisfaisant de performance. Il faut tourner la page de l'empirisme et investir dans la spécialisation. A cette fin : - Un plan de formation initiale et continue a été ainsi préparé en collaboration avec les autres services de renseignement. Il vise à établir un socle commun de techniques et de connaissances pour tous les personnels. Naturellement, l'ambition est à terme de l'enrichir et de l'exploiter de façon autonome par le service du renseignement pénitentiaire. Des actions inaugurales de sensibilisation pour les cadres des CIRP et les DLRP vont être engagées dans les prochains jours. Elles permettront de perfectionner les connaissances de ces fonctionnaires concernant le cadre juridique, les nouvelles prérogatives conférées… de diffuser la culture du renseignement en somme. Par ailleurs, l'Académie du renseignement a accepté d'ouvrir ses portes à nos cadres, ce dont je me réjouis. Au demeurant, la présence de nombreux chefs de services de renseignement dans notre journée témoigne déjà de leur intérêt pour notre travail mais aussi de notre crédibilité naissante. Je constate aussi, pour participer au conseil de défense, tous les mercredis, autour du Président de la République, combien l'apport de notre regard sur les enjeux de la détention est apprécié. 7ème objectif : définir précisément les périmètres d'action du BCRP et ses modes de travail avec l'ensemble des personnels de la DAP. Ce point est important car, quelle que soit l'importance accordée à la constitution du renseignement pénitentiaire, celui-ci ne saurait remettre en cause les pratiques pénitentiaires. Elle n'a pas vocation à bouleverser les équilibres traditionnels ou participer d'une « sécuritarisation de la détention » ou des activités d'insertion et de probation. Il est indispensable de le préciser car nombreux sont les observateurs qui confondent les nécessaires remises à niveau avec des bouleversements systémiques. Le renseignement pénitentiaire faisait défaut à cette administration, nous comblons ce manque sans pour autant réorienter le travail de l'administration, dans la diversité de ses composantes. En conséquence, dans le cadre de l'instauration de la sous-direction de la sécurité pénitentiaire, tout le travail doctrinal nécessaire sera réalisé afin de créer les conditions d'une coopération entre tous les acteurs concernés (DLRP, chefs d'établissements, personnels d'insertion et de probation, fonctionnaires interrégionaux et administration centrale) qui profitera aux missions de l'administration pénitentiaire dans son ensemble. 8ème objectif : définir les modalités de traitement des informations du renseignement pénitentiaire. Les données collectées imposent des règles précises (conservation, accès, échange et traçabilité) souvent encadrées par la loi. De plus, leur gestion nécessite le développement d'un système d'information performant et ambitieux. Ainsi au titre de la Loi de finances 2017, 6 millions d'euros ont été budgétés pour accompagner la montée en puissance technologique et accompagner la politique de protection dans les services déconcentrés : - 4 millions sont destinés à l'acquisition d'équipement de renseignement et à la protection des infrastructures, dont les besoins sont désormais connus, - 2 millions seront consacrés au développement d'un système d'information propre. Pour autant, dans l'intervalle, une solution transitoire est utilisée : le logiciel CAR (« Collecter/Analyser/Renseigner »). Par ailleurs, au niveau central, les personnels du BRP ont accès depuis juin 2016 au FSPRT (fichier de signalement des personnes en cours de radicalisation et de traitement), administré par l'UCLAT. Mon ambition est que cet accès puisse également se réaliser au niveau des CIRP. Le DAP a écrit en ce sens au Directeur général de la Police nationale (DGPN). 9ème objectif : Etablir des règles de contrôle interne et d'évaluation de la structure et en garantir la mise en œuvre effective. Le simple énoncé de cet objectif n'appelle pas de commentaires supplémentaires. L'existence d'une mission de contrôle interne et la centralisation appliquée devra permettre de satisfaire à cette demande. 10ème objectif : définir les axes de développement et les priorités du renseignement pénitentiaire. Ce point revêt pour moi une importance particulière. Je souhaite en effet que le renseignement pénitentiaire réponde à des orientations. Comme nos moyens sont restreints, en plein développement, nous devons donc faire des choix tout en nous ménageant la possibilité d'anticiper la menace. Nous sommes aujourd'hui accaparés par le terrorisme et la radicalisation violente. Mais, en dehors des islamistes, nos prisons continuent de vivre, parfois de convulser, nos services pénitentiaires d'insertion et de probation continuent d'accueillir un public pour lequel ils doivent mettre en œuvre une mission difficile. Je ne veux pas céder à l'oubli de ce qui n'occupe pas la une de la presse et qui structure pourtant le milieu dont les personnels du ministère de la Justice assurent la gestion. D'ici la fin du deuxième trimestre, j'aurai donc validé des orientations qu'il appartiendra à mon successeur d'apprécier. Il ne faut pas, par exemple, délaisser le suivi des 470 personnes détenues liées à de grands réseaux de criminalité organisée. Il est indispensable d'amplifier la lutte, au sein des établissements, contre les ramifications potentielles de leurs organisations. Pour cela, nous devons connaître les réseaux, y compris hors de nos murs, et donc accroitre le travail partenarial en sens. Vous le constatez, le travail accompli en 6 mois est absolument considérable. J'en suis très heureux car je sais que nous posons des bases très solides et utiles pour l'AP. Néanmoins, tout cela sera vain si nous ne nous approprions pas une culture du renseignement, de nouvelles dispositions d'esprit qui favoriseront de nouvelles pratiques. Cette journée s'inscrit dans cette dynamique. Elle souligne le défi professionnel et personnel qui se présente à vous. Je veux par exemple évoquer la manière de penser le renseignement pénitentiaire dans son rapport à l'autorité, au « besoin d'en connaître » comme l'on dit. Le but du renseignement pénitentiaire est de soutenir l'action et les missions de l'administration pénitentiaire, la protection des personnels, des établissements et services, celles aussi des personnes prises en charge. Mais un service de renseignement efficace permet de collecter des informations qui ne concernent pas l'univers pénitentiaire. Et dans ces cas-là, les informations doivent être remontées avec le moins de filtres possibles vers les destinataires essentiels : nos partenaires. C'est une question fondamentale. Nous n'avons pas de légitimité à les conserver, elles n'ont pas vocation à être utilisées pas notre service, Et donc il n'est pas utile que vous en soyez destinataires. D'autres institutions, d'autres professionnels se sont trouvés confrontés aux mêmes réflexions : le SCRT par exemple. Je mesure combien cela nécessitera des adaptations. Je pressens même que ces ajustements seront à la source de frictions, voire d'incompréhensions. Mais je sais aussi que vous aurez tous à cœur de construire les conditions de la pleine réussite de votre mission et de celle du renseignement pénitentiaire. Mesdames et messieurs, j'ai déjà été bien trop long et je vous remercie de votre patience. Je vais maintenant laisser la parole à tous ceux qui, au quotidien, dans une responsabilité ou dans une autre, rendent concrètes les orientations que je viens d'esquisser. Il me reste : A vous remercier pour votre action, A vous dire combien je compte chaque jour sur votre efficacité. Etre garde des sceaux, c'est accepter de ne pas lier ses actions au rythme des échéances politiques. Voilà pourquoi, dans les cent jours qui s'écouleront jusqu'à l'échéance présidentielle, je n'ai nulle intention de dételer ni nulle tentation de m'économiser. Je ne vais donc pas choisir de privilégier tel ou tel sujet, ou prioriser telle ou telle thématique. Au contraire, je vais, comme dans l'année écoulée, saisir chaque opportunité, exploiter toutes les occasions, utiliser toutes les possibilités pour renforcer l'administration pénitentiaire. Je vais donc continuer à passer des commandes à la Direction de l'administration pénitentiaire au même rythme que depuis un an. Je sais que vous faites un métier difficile, je connais vos conditions de travail. Même s'il m'arrive encore de trouver que les coursives que je traverse sentent encore un peu trop la peinture ou que les cours que l'on me présente sont d'une propreté surprenante. Que les chefs d'établissement de la Talaudière, de Papeete ou de Gradignan où je vais me rendre ne se croient donc pas obligés de lancer des travaux… Je ne sous-estime aucun des problèmes auxquels vous êtes quotidiennement confrontés. Je ne prétends donc pas vous apporter toutes les solutions. Mais, comme vous, parce que j'ai la passion du service public, parce que je crois au rôle stratégique de l'administration pénitentiaire, je veux simplement vous dire qu'ensemble nous pouvons encore être, dans les trois mois qui viennent, utiles à notre nation. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/481.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/481.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1b96c3f1757c99c07607ce579b6f59a0b9ddc85a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/481.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre, Cher Xavier Emmanuelli, Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur le Député, Cher Sébastien Pietrasanta, Monsieur le Grand Rabbin de France, Cher Haïm Korsia, Mesdames, Messieurs, les représentants des autorités judiciaires, des administrations, des associations, Mesdames, Messieurs, Je suis très heureuse de vous accueillir aujourd'hui pour ma première cérémonie de vœux depuis ma nomination comme secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre chargée de l'Aide aux victimes le 11 février 2016. C'est un privilège rare, d'autant plus rare que c'est aussi probablement la dernière fois que je peux vous souhaiter à tous, ici rassemblés, une belle et heureuse année 2017. Il y a bientôt un an, le Président de la République et le Premier ministre de l'époque, Manuel Valls, m'ont confié une mission inédite et délicate, dans une France qui venait de connaître en janvier puis le 13 novembre 2015, les pires attentats de son histoire : aider les victimes à revivre, à se réparer, à se reconstruire, pour retrouver le goût de vivre. C'était une manière de montrer au monde que la France ne baissait pas les bras et qu'elle se relèverait, aussi brutal soit le choc. Aider les victimes à revivre après les attaques du Thalys, de Nice, de Marseille, de Saint Quentin-Fallavier, de Villejuif, du Bardo, de Ouagadougou, de Tripoli, de Bamako, de Jérusalem et bien sûr de Charlie Hebdo, de Montrouge, de l'Hyper Casher et du 13 novembre à Paris et Saint-Denis : telle fut, telle est ma responsabilité. Une charge lourde que j'ai accueillie avec gravité et solennité. Oui, en quelques années, la France a basculé dans un autre monde, je dis bien en quelques années, car, en réalité : tout a commencé à Toulouse il y a cinq ans. Imad Ibn Ziaten le 11 mars 2012, puis Abel Chennouf et Mohamed Legouad le 15 mars, Jonathan Sandler et ses jeunes fils Gabriel et Aryeh ainsi que Myriam Monsonégo, 8 ans assassinée d'une balle dans le dos ce 19 mars 2012 à l'école Ohr Torah où je me suis rendue il y a quelques jours. Je pense aux parents de Myriam, Yaacov Monsonégo, à Eva Sandler qui a perdu son mari et ses deux petits garçons ; je pense aussi aux nombreux blessés et témoins, jeunes, traumatisés ce 19 mars, ce jour où notre société s'est retrouvée projetée dans état de violence, avant d'être en état d'urgence permanent. Une société qui n'est pas complètement en guerre mais pas vraiment en paix non plus. Quel est ce monde où un homme, jeune, élevé en France, peut, au nom d'une croyance détournée, dévoyée, assassiner des hommes, des femmes, des enfants sans défense ? Alors ce 16 février 2016, quelques jours à peine après mon entrée en fonctions, je suis allée avec Manuel Valls à la rencontre des victimes des attentats du 13 novembre hospitalisées à l'Institut national des Invalides. Marquées dans leur chair, dans leur âme, pour toujours. Je veux remercier ici et de tout cœur l'équipe de l'INI : le Médecin général inspecteur Plotton et ses équipes, je veux remercier aussi les équipes de l'Hôpital d'Instruction des Armées de Percy, et particulièrement le Général Jean-Paul Perez. Dans ces deux établissements, la France dispose de services de pointe : accompagnement médical, psychologique, social mais aussi d'un savoir-faire et d'un savoir aider, caractéristiques du service public de la France. Aider les victimes c'est d'abord cela : permettre que l'accompagnement médical, psychologique, social, administratif et juridique soit le plus efficace et le plus fluide possible. Mais ce n'est pas tout. Une politique d'aide aux victimes c'est aussi une volonté de se souvenir, de commémorer en l'honneur des victimes, de reconnaître leur souffrance, de dire la solidarité de la Nation, donner un sens pour que ces morts ne soient jamais oubliées. Ce 16 février donc, je me rendais à l'Olympia où les Eagles of Death Metal avaient décidé de venir finir leur concert, interrompu dans le sang quelques semaines plus tôt au Bataclan. Je me rendais à l'Olympia pour y rencontrer les survivants. Y inviter aussi, le souvenir des morts. Ce 16 février fut aussi, en quelques heures, le premier jour symbolique d'une charge ministérielle intense, le premier jour d'une année dédiée à la mise en place d'une politique d'aide aux victimes dont j'avais la conviction profonde qu'elle ne se ferait pas sans vous tous, vous qui étiez là, aux côtés des victimes, depuis plus de 30 ans pour certains. Dès le mois de mars 2016, j'installais donc les deux principales instances de dialogue qui allaient nous permettre d'agir ensemble par et pour les victimes. Le comité interministériel de suivi des victimes d'attentats d'abord. Prévu par l'instruction interministérielle du 13 avril 2016, il permet d'avancer d'un même pas avec l'ensemble des ministères impliqués dans la politique d'aide aux victimes et les associations. Tous les deux mois, il rassemble : Le ministère de la Justice en premier lieu, et en particulier le Procureur de la République, François Molins, et le service de l'accès au droit et à la Justice et de l'aide aux victimes dirigé à présent par Yves Badorc que je salue ainsi que ses collaborateurs. Les représentants de l'institution judiciaire, je veux parler du travail fructueux et constructif du TGI de Paris, de Jean-Michel Hayat son président, et des avocats, en particulier le Barreau de Paris qui sont également des interlocuteurs privilégiés des victimes sur le long chemin de la vérité. Le ministère des Finances qui assure la tutelle du Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions, dirigé par Julien Rencki que je veux saluer et remercier particulièrement ainsi que l'ensemble de ses équipes qui ont su, en peu de temps, humaniser et professionnaliser les relations aux victimes. Le ministère de la Défense et son Service de santé des armées qui met son expérience au profit des victimes des attentats. L'Office national des anciens combattants et victimes de guerre qui prend en charge et accompagne les enfants victimes du terrorisme en qualité de pupille de la Nation. Le ministère des Affaires sociales et de la Santé évidemment, ainsi que le psychiatre référent national du réseau des cellules d'urgence médico-psychologiques (CUMP), l'accompagnement psychologique étant un élément clé de la prise en charge des victimes dans l'urgence et dans la durée. Le ministère des Affaires étrangères, représenté notamment par les membres du Centre de crise et de soutien, dont je salue des représentants ici présents, chargé en particulier des victimes étrangères et des victimes françaises résidant à l'étranger. J'ai voulu associer à ces CISV les ministères du Logement, le secrétariat d'Etat aux personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion, mais aussi le ministère de l'Éducation nationale. Bien évidemment, les collectivités locales y ont leur place, lorsque nécessaire : la ville de Paris y fut invitée, la ville de Nice après les attentats de juillet dernier également. Enfin, et évidemment, les associations d'aide aux victimes en sont les acteurs essentiels et j'ai tenu à les associer aux politiques menées par les administrations et services de l'Etat : l'INAVEM et son association locale « Paris Aide aux victimes », la FENVAC et l'AFVT. Les associations de victimes sont elles aussi au coeur de ce processus de décision : chère Françoise, chère Caroline, cher Georges et tous les autres que je ne peux citer, je vous ai ouvert la porte des CISV avec la conviction que la politique d'aide aux victimes devait se faire avec vous, et je peux dire avec fierté aujourd'hui que c'est par votre participation active, exigeante et vigilante, que nous faisons progresser les droits des victimes. Très vite, nous nous sommes également retrouvés dans la seconde instance de dialogue que j'ai souhaitée mettre en place avec les associations de victimes et d'aide aux victimes : la table ronde « Construisons ensemble ». Depuis le 21 mars 2016, nous nous sommes réunis chaque trimestre pour réfléchir et esquisser les premières mesures destinées à améliorer l'information et la prise en charge des victimes de terrorisme et de leurs proches mais pour que je puisse aussi vous rendre compte de l'avancement de nos travaux. L'INAVEM, qui a fêté en 2016 ses 30 ans d'existence, est un partenaire historique du ministère de la Justice. Robert Badinter en fut l'illustre concepteur, il nous accompagne aujourd'hui dans notre mission et je veux lui rendre hommage. Grâce à votre réseau de près de 130 associations conventionnées, votre fédération couvre l'ensemble du territoire et vos salariés prodiguent avec professionnalisme à toutes les victimes les conseils et l'accompagnement juridique, psychologique et social dont elles ont besoin. J'ai pu le constater à Paris bien sûr en visitant les locaux de PAV à Sully-Morland mais aussi à Toulouse, à Lyon, à Nevers, à Strasbourg, à Rouen et bien sûr à Nice. Je salue également la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs, toujours active et prodigue en conseils. Vous avez accompagné de nombreuses victimes et facilité la création d'association de victimes. Je pense notamment à l'Association de défense et de mémoire des victimes de l'attentat du musée du Bardo à Tunis, l'AVMB, l'AVAO, l'Association de victimes des attentats de Ouagadougou, « Promenade des Anges » récemment créée à la suite de l'attentat de Nice et bien sûr « 13 novembre : fraternité et vérité » au sein de laquelle se retrouvent des victimes et des proches des victimes des attentats de Paris et Saint-Denis sous la présidence de Georges Salines. Après des années de combat pour les victimes de l'attentat du DC10 d'UTA, l'Association française des victimes du terrorisme est devenue aujourd'hui un de nos partenaires les plus constructifs et je me félicite du conventionnement signé cette année avec le ministère de la Justice. C'est le signe de la reconnaissance de votre action de terrain, en France et dans le monde, au service des victimes et dans la lutte contre le terrorisme. Je veux également remercier Christophe Thévenet, représentant des « Amis de Charlie », pour sa contribution à nos débats ainsi que les représentants de l'Association des victimes et survivants de l'Attentat de Charlie Hebdo (Vaches). Enfin chère Caroline, pour Life for Paris, tout a commencé avec un message posté sur Facebook quelques semaines après la prise d'otage au Bataclan. Sans relâche depuis, vous créez les conditions de l'entraide, vous tendez la main, vous vous épaulez et, jour après jour, à Paris et ailleurs, la vie gagne du terrain. Quand les terroristes voulaient nous diviser et semer la haine et la terreur vous avez su, vous, remarquable de courage et de résilience, vous battre pour aider les autres, dans un mouvement de solidarité durable et généreux. Depuis près d'un an, votre énergie à vous, associations de victimes, à vous victimes individuelles, à vous aidants mais victimes aussi, d'une certaine manière, à vous représentants des services publics, nous ont permis d'avancer. Aller vite pour mettre en place les outils d'une simplification des démarches, rapprocher les victimes du service public qui leur était dédié. J'ai donc créé le guichet unique de l'aide aux victimes dans les territoires, les comités locaux de suivi des victimes. Ainsi, par le décret du 3 août 2016, j'ai mis en place ces CLSV au plus près des besoins des victimes. Sous l'autorité des préfets de départements, les acteurs locaux se coordonnent, partagent les informations nécessaires à un suivi efficace et personnalisé. 10 jours seulement après l'attentat de Nice, j'ai installé le premier CLSV dans les Alpes-Maritimes. Ont suivi ceux du Rhône, de la Nièvre, de la Seine-Maritime, de la Haute-Garonne et bien sûr de Paris le 16 décembre dernier. Je souhaite qu'avant la fin du quinquennat, l'ensemble des départements se saisisse de cet outil car le service public de l'aide aux victimes doit être assuré partout et en toutes circonstances. Le décret du 3 août 2016 prévoit également la création des espaces d'information et d'accueil des victimes pour assurer leur suivi dans la durée en prenant immédiatement le relais des dispositifs d'urgence. C'est un lieu d'accueil qui regroupe en un même lieu les associations de victimes et d'aide aux victimes, et les services de l'État compétents ONAC, CPAM, CAF mais aussi le FGTI. Lors de mon dernier déplacement à Nice le 12 janvier dernier, j'ai inauguré les nouveaux locaux, spacieux et fonctionnels, de ce premier EIA animé par l'association Montjoye à laquelle je souhaite rendre un hommage particulier ce matin. Conçu comme une déclinaison numérique de ces EIA, le site internet « Guide » a été mis en ligne en juillet 2016. L'ensemble des informations et des contacts utiles aux victimes afin de faire valoir leurs droits y sont regroupés et certaines démarches, comme le dépôt d'une demande d'indemnisation auprès du FGTI, peuvent être accomplies en ligne. Je tiens à remercier particulièrement La Poste et les équipes du Service d'information du Gouvernement, dont les représentants sont parmi nous, qui ont travaillé sans relâche pour que ce site puisse être accessible rapidement aux victimes de l'attentat de Nice. Durant ces 11 derniers mois, notre travail commun a également permis de mettre en œuvre des mesures concrètes pour renforcer les droits des victimes. Sur ma proposition, le Parlement a voté réforme de la procédure pénale permettant aux associations de se constituer partie civile sans attendre 5 ans comme le prévoyait jusqu'alors la législation. Je saisis cette occasion pour remercier Sébastien Pietrasanta, député des Hauts-de-Seine et rapporteur de la commission d'enquête relative aux moyens mis en œuvre par l'Etat pour lutter contre le terrorisme depuis les attentats de janvier 2015, pour la qualité de nos échanges et de nos travaux. Avec Michel Sapin, nous avons également annoncé en mai, et fait voter à l'automne, une exonération d'impôts sur le revenu et la taxe d'habitation pour les ayants-droit des victimes décédées lors des attentats perpétrés depuis 2015. A partir du 1er juillet de cette année, grâce à notre action conjointe, les soins des victimes de terrorisme seront intégralement pris en charge, sans avance de frais, par la Sécurité sociale, y compris les dépassements d'honoraires et les frais d'appareillage. Les victimes d'attentats blessées ou choquées, peuvent également désormais consulter gratuitement un psychologue ou un psychiatre dans les hôpitaux publics partout en France et bénéficier de 10 séances auprès d'un psychologue, remboursées chacune à hauteur de 50 euros. Ce n'est qu'un début, il faut aller plus loin car l'accompagnement psychologique des victimes doit être renforcé. Face à la demande croissante et spécifique, les professionnels manquent de formation pour traiter les symptômes spécifiques du psycho-traumatisme que génèrent des situations comme les attentats et autres catastrophes d'ampleur. J'ai donc lancé un cycle de trois tables rondes consacré à cette question, en particulier pour les enfants et adolescents, si durement touchés lors de l'attentat de Nice. A l'issue de ces travaux, dans quelques semaines, je ferai des propositions que je porterai lors de la prochaine réunion du CISV. Je tiens à remercier pour cela l'ensemble des professionnels impliqués dans cette démarche, les professeurs Maurice Corcos, Thierry Baubet, Florence Askenazy, Marie-Aude Piot, Franck de Montleau, pour ne citer qu'eux. J'ai également confié à Françoise Rudetzki, que l'on ne présente plus ici mais que je tiens à remercier tout particulièrement pour son engagement historique et constant en faveur des droits et de la reconnaissance des victimes, une mission de préfiguration à la création d'un centre de ressource et de résilience. Son rapport sera publié le 6 février prochain. Parmi les sujets qui nous ont particulièrement mobilisés, je veux dire un mot des efforts engagés aux côtés du FGTI pour garantir et améliorer un système d'indemnisation pionnier que les autres pays observent. Le FGTI, dont l'activité a été évidemment marquée par l'ampleur des attentats depuis 2015, a dû se réformer et engager un travail de fond avec ses équipes pour rénover et simplifier les pratiques avec humanité et transparence. Les courriers et les modalités d'échanges avec les victimes ont été revus, le personnel a été formé et un guide méthodologique de l'indemnisation sera bientôt publié. Une convention de service public entre l'Etat et le FGTI est également en cours d'élaboration, comme je m'y étais engagée à l'automne dernier, lorsque j'avais annoncé parallèlement l'augmentation d'1,60 euro de la contribution de solidarité prélevée sur chaque contrat d'assurance de biens depuis le 1er janvier. Notre système d'indemnisation, un des plus complets au monde, repose sur deux principes essentiels : le principe de solidarité et le principe de réparation intégrale des préjudices. A ce titre, je rappelle que nous avons installé, avec les ministères de la Justice et des Finances, un groupe de travail indépendant chargé de réfléchir aux spécificités et aux modalités d'évaluation de ces préjudices d'attente et d'angoisse subis par les victimes directes et indirectes des attentats. Cela fait suite à la publication du livre blanc sur ces deux préjudices par le Barreau de Paris en novembre 2016, La co-construction de notre politique publique nous a également conduits vers des terrains qui relèvent moins directement de l'aide aux victimes mais qui me paraissent tout aussi essentiels. Je pense par exemple au travail engagé en matière de formation aux gestes qui sauvent, grande cause nationale de l'année 2016. Les Françaises et les Français sont plus désireux que jamais d'être acteurs de leur propre sécurité et de celle des autres ; il est de notre devoir de les y encourager. J'ai notamment signé la semaine dernière une convention avec l'association des grandes villes « France urbaine », en présence des représentants du Conseil national de la protection civile. A votre demande, je me suis également faite votre porte-parole auprès des médias et des réseaux sociaux afin de les sensibiliser au respect de la dignité et de l'anonymat des victimes et de leur mémoire. Je mène également un travail de conviction auprès d'eux pour qu'ils évitent le discours qui héroïse les terroristes, qui les valorise, quand on connait la place prépondérante de la propagande dans le processus de recrutement de candidats au jihad que nous combattons. Participer à notre place, à la lutte contre la radicalisation des jeunes, c'est également un sujet dont je me suis emparée à Québec lors de la conférence de l'UNESCO dédiée à la lutte contre la radicalisation puis à Paris lors de la dernière table ronde des associations, en présence de Latifa Ibn Ziaten qui mène avec sa fondation un travail remarquable auprès des jeunes dans les écoles et dans les prisons et que je veux remercier tout particulièrement ici. Ce bilan, nous pouvons, je crois, en être fiers. C'est pourquoi, à quelques mois d'une échéance électorale par définition incertaine, je me suis battue, avec votre soutien, en application des recommandations de la commission d'enquête parlementaire, pour qu'un Secrétariat général à l'aide aux victimes c'est-à-dire une administration dédiée à cette politique publique interministérielle, soit créé auprès du Premier ministre. Ce sera chose faite dans quelques jours et je tiens à remercier le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, pour son soutien. Cette structure, dotée de moyens de fonctionnement propres, est la garantie que ce travail, durement accompli en si peu de temps, nous survivra et que l'Etat, quoi qu'il arrive, sera toujours présent pour protéger et accompagner ses victimes. A l'heure où certains parlent de supprimer sans discernement des postes de fonctionnaires, je suis pour ma part convaincue que la France est un grand pays grâce à ses professeurs, ses policiers, ses infirmières, ses pompiers, ses animateurs,… qui protègent, chacun dans leur rôle, partout et tout le temps, leurs concitoyens. Le service public de l'aide aux victimes aura donc été conçu et créé par une majorité de la gauche progressiste. Protéger, préparer, coordonner, animer la politique conduite par le Gouvernement en matière d'aide aux victimes, tel est le quotidien du secrétariat d'Etat chargé de l'Aide aux victimes, quotidien bien trop souvent interrompu par la survenance d'attentats et de catastrophes de masse : 13 mars 2016, 19 morts dont 4 français à Grand-Bassam. 22 mars : 32 morts dont une française des centaines d'autres furent blessées à l'aéroport international de Bruxelles et dans une station de métro du centre-ville. Gao le 31 mai. Juin 2016, deux policiers assassinés à leur domicile, sous les yeux de leur petit garçon à Magnanville. 14 juillet : Nice 26 juillet, assassinat du père Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray. et cela continue : rien qu'en décembre Istanbul, le marché de Noël de Berlin, et le marché de Bagdad, Madagali, Mogadiscio, l'église copte du Caire… En cet instant, je veux aussi avoir une pensée particulière pour les victimes de la fusillade survenue cette nuit dans une mosquée à Québec et toutes les victimes étrangères décédées sur notre sol, une vingtaine de nationalités étaient représentées les 13 novembre 2015, davantage encore le 14 juillet 2016. Le terrorisme n'a pas de frontières, les victimes non plus. Quels que soient les kilomètres, l'Etat accompagne dans l'urgence et dans la durée et honore la mémoire de toutes les victimes sans distinction. Le Centre de crise et de soutien du Quai d'Orsay, dont je salue les représentants, accomplit pour cela à mes côtés un travail remarquable avec l'ensemble des postes diplomatiques. Il y a quelques jours, deux ans après la marche du 11 janvier 2015 qui amena dans les rues de Paris le témoignage direct du soutien de tant de pays, j'ai réuni à Paris Ministres, experts et professionnels du monde entier pour la première Conférence internationale pour l'Aide aux victimes à l'UNESCO. Vous y étiez présents pour beaucoup, je tiens à vous en remercier une nouvelle fois chaleureusement. Devant vous, et un millier de participants représentant une trentaine de pays, la nécessité de renforcer la coopération internationale est apparue comme une impérieuse nécessité. Avec mes partenaires européens, je travaille donc aujourd'hui à l'installation dans les prochaines semaines du « Comité CIVIC » chargé de mettre en œuvre les recommandations issues des travaux de Paris. Forte de son Histoire, la France est regardée et attendue sur la scène européenne et internationale. Par son action résolue, dans la lutte contre le terrorisme notamment, François Hollande a porté haut nos valeurs humanistes et universelles, celles de la patrie des Droits de l'Homme, d'une nation solidaire et qui ne se rend pas. Je le constate lors de mes déplacements à l'étranger, aux Etats-Unis, au Québec, en Allemagne, et prochainement en Italie et en Israël. Loin du french bashing à la mode dans l'Hexagone, cette position et la qualité de notre dispositif d'aide aux victimes, l'un des plus protecteurs au monde, nous donnent toute la force et la légitimité pour prendre l'initiative. L'aide aux victimes c'est aussi l'aide aux victimes des accidents collectifs : l'absence d'auteur ou de volonté de nuire ne rend pas moins cruel la douleur, pas moins nombreux les problèmes que rencontrent les victimes. Sur ce terrain-là également, 2016 ne nous aura pas épargnés. Le crash du vol MS 804 d'EgyptAir en a apporté la terrible preuve ce matin du 19 mai 2016. J'étais aux côtés des familles, à Roissy, lorsque les autorités égyptiennes ont confirmé que l'appareil dans lequel voyageaient leurs proches n'avait pas été retrouvé. Il y a quelques jours à peine, les corps ont été restitués à leurs proches. Les cérémonies d'enterrement ont eu lieu, je ne sais pas si cela aidera au deuil. A vrai dire, je n'ai aucune certitude à ce propos. Dans « Au bonheur des morts », la philosophe et psychologue Vinciane Despret montre bien la spécificité de chaque tristesse, de chaque deuil, et je ne veux en aucun cas imposer de norme, de prescription normative ou de « doxa psychologisante ». Les vivants entretiennent avec les morts les relations qu'ils sont les seuls à bâtir et l'Etat n'a pas grand-chose à y faire si ce n'est à rendre possible l'établissement de cette relation. Je veux aussi avoir une pensée pour les 14 jeunes tragiquement décédés, au cœur de l'été, alors qu'ils fêtaient un anniversaire dans un bar de Rouen et bien sûr pour les victimes de l'accident de la route survenu de ce matin dans le Puy-de-Dôme et leurs familles. 2016 aura aussi été une année de commémoration, de recueillement. Je songe aux hommages rendus aux victimes de l'accident de car de Puisseguin, à celles de l'accident de train de Brétigny en juillet dernier et de celui d'Eckwerscheim survenu le 14 novembre 2015. Pour les victimes d'Eckwersheim et pour leurs proches, il était important de réaffirmer là encore que l'Etat ne fait pas de distinction entre les victimes, qu'elles tombent sous les balles d'un terroriste sur une terrasse et dans une salle de concert parisienne ou dans l'accident d'une rame d'essai à quelques kilomètres de Strasbourg. 2016 aura heureusement aussi été l'année de la signature d'un accord cadre historique pour l'indemnisation des victimes de Puisseguin. Accord historique en ce qu'il reconnait, pour la première fois dans un cadre amiable, les préjudices d'angoisse et d'attente pour les proches des victimes. Afin d'accompagner les victimes de ces accidents collectifs, l'Etat a désigné des coordonnateurs dont certains sont parmi nous aujourd'hui et à qui je tiens à adresser un hommage appuyé. Fort de leur expérience et de celle des comités de suivi qu'ils ont pilotés, j'ai lancé un groupe de travail dont les conclusions, qui permettront la rénovation du guide méthodologique encadrant la prise en charge des victimes d'accidents collectifs, seront présentées dans les prochaines semaines. Je souhaite également que les comités locaux de suivi des victimes installés dans les départements puissent progressivement se saisir des dossiers des victimes d'accidents collectifs. Confronté aux violentes intempéries de mai et juin derniers durant lesquelles 4 personnes ont malheureusement perdu la vie, j'ai également voulu que le secrétariat d'Etat à l'Aide aux victimes se saisisse de la question de l'indemnisation des sinistrés. Plus d'un millier de communes ont été reconnues en état de catastrophe naturelle, un fonds d'extrême urgence a été débloqué pour les particuliers par l'Etat ainsi que des aides pour les professionnels et les collectivités territoriales. Le 4 novembre, je suis retournée en Seine-et-Marne, afin de signer une convention avec la Fédération française de l'Assurance et les experts, dont je tiens à saluer les représentants ici présents, pour améliorer les remontées d'informations, accélérer et simplifier les procédures. Je veux également dire ici toute l'admiration que j'ai pour les maires de ces petites communes, visitées à plusieurs reprises, comme Souppes et Bagneaux sur Loing ou encore Saint-Mammès. Face au traumatisme et au désarroi de leurs administrés, j'ai constaté de mes propres yeux toute l'énergie qu'ils déploient pour leur venir en aide nuit et jour ainsi, encouragés et soutenus par la réconfortante, et parfois même ingénieuse, solidarité entre voisins. Dans quelques jours, je me rendrai également en Vendée afin de d'honorer la mémoire des victimes de la tempête Xynthia qui avait durement frappé l'Europe, et ce département en particulier, dans la nuit du 27 au 28 février 2010. Je n'oublie pas les associations de victimes d'accidents et de scandales sanitaires avec lesquelles j'ai engagé des échanges constructifs. Je pense en particulier au Collectif interassociatif sur la santé qui œuvre pour la qualité de vie des malades et le respect de leurs droits, y compris en tant que victimes. Je souhaite également saluer ici l'action de l'Association des victimes d'accidents médicaux, l'AVIAM. Cette association, à travers son réseau, accompagne dans leurs démarches des victimes souvent isolées, et se bat pour qu'elles puissent être indemnisées à hauteur de leur préjudice. Comment parler enfin de cette année 2016 sans parler d'une autre nuit, tragique, celle du 14 juillet, durant laquelle un assassin a semé la terreur avec un camion sur la Promenades des Anglais en tuant 86 personnes, dont 15 enfants, 90 blessés physiques et d'innombrables blessés psychologiques. Quelques minutes après ce drame, alors que les forces de sécurité et de secours intervenaient déjà, en première ligne, pour porter assistance aux victimes, et je veux ici leur rendre un vibrant hommage, le Premier ministre a activé la Cellule interministérielle d'aide aux victimes. Le numéro unique d'appel a été mis en service par le directeur de la CIAV très vite afin d'orienter les proches de disparus et de recueillir et diffuser les informations utiles dans le chaos que ne peut que constituer une telle attaque, véritable scène de guerre au cœur de la côte d'Azur. A l'autre bout du fil, aux côtés des bénévoles et des professionnels, et dans les locaux du centre de crise et de soutien, plusieurs d'entre vous avez su trouver les mots lors des plus de 20 000 appels enregistrés en quelques jours tandis que les premières équipes se projetaient déjà à Nice. Thierry Wiley, Clément Taron-Brocard, Philippe Ducornet, Frédéric Cholet, Fabrice Jean, Charles Têtu puis Eric Lavertu, Carole Loisel et Fabrice Tolari, tous vous étiez sur le terrain. Au cœur du Centre d'accueil des familles installé au petit matin à la Maison des victimes rue Gubernatis : des psychologues des cellules d'urgence médico-psychologique de toute la France, des professionnels et bénévoles des associations de victimes, d'aide aux victimes et de protection civile, le FGTI et les équipes chargées de l'identification des victimes et de l'enquête. Je veux saluer particulièrement les représentants de la Police technique et scientifique, venus d'Ecully aujourd'hui, Dominique Abbenanti, Monsieur le sous-directeur, Estelle Davet, Elvire Arrighi, Adrien Sivignon, Richard Junca, Gérard Lagarde, vous étiez près d'une centaine. Je veux aussi saluer le colonel Touron, directeur de l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale et ses équipes. Avec professionnalisme et humanité, durant 5 jours et 5 nuits, vous avez accueilli 84 familles qui vous ont confié, pour l'identification, des parties de leurs vies, dans une peur mêlée d'espoir qui caractérise cette attente interminable jusqu'à ce que la seule vérité se dessine pour ces proches des disparus, parfois venus de loin. Face à la douleur inimaginable de la perte d'un être cher, ce professionnalisme et cette humanité ont été essentiels pour les familles, devenues des ayant-droits, devenues des victimes. Vous les avez soutenues, au sens propre du terme parfois, dans ces instants où la vie bascule mais où elle doit continuer coûte que coûte. Le 13 novembre à Paris, le 14 juillet à Nice, vous étiez loin de chez vous mais vous avez été aux côtés des victimes ; je veux ici vous dire la reconnaissance de la France. Je veux aussi bien sûr penser à l'ensemble des personnels des hôpitaux de Nice et de la région qui ont su prendre en charge des centaines de personnes aux blessures heureusement inhabituelles, comme avaient dû le faire ceux de Paris des mois plus tôt. Enfin, à Nice comme à Paris, la France et ses responsables politiques ont su faire bloc dans l'intérêt des victimes, et je veux remercier pour cela le maire de Nice, Philippe Pradal, et les élus locaux. Etre secrétaire d'Etat chargée de l'Aide aux victimes dans pareilles circonstances c'est bien sûr être à leurs côtés, les écouter et les soutenir au nom de la Nation toute entière dans l'épreuve, mais c'est aussi et surtout agir. Agir pour que les victimes ne soient plus jamais seules, en plus d'être vulnérables, devant des administrations trop peu préparées au caractère exceptionnel de leur situation. Lors de ma nomination, je disais vouloir mettre le l'huile dans les rouages administratifs pour ne pas infliger aux victimes un parcours du combattant administratif qui ajouterait de la douleur à la douleur. Je m'y emploie chaque jour et m'y emploierai sans relâche durant ces 4 prochains mois. Agir pour les victimes, c'est aussi honorer la mémoire des disparus. Ces derniers mois ont eu lieu beaucoup de commémorations, trop diront certains. C'est le travail auquel s'attelle le comité des sages qui élaborera le cahier des charges du mémorial pour les victimes du terrorisme. Vous l'aurez compris : je considère que je suis là pour toutes les victimes, les victimes de la vie, des attentats, des accidents collectifs ou des catastrophes naturelles, celles de violences aussi. Je veux finir en remerciant à nouveau les représentants des associations et particulièrement ceux présents aujourd'hui : l'APEV, l'AVIAM, la FNATH, le CFPE, le CNIDFF, SOS Homophobie et tous les autres. Toutes et tous, au nom du Gouvernement, je vous remercie pour votre action aussi indispensable que remarquable à nos côtés et dans l'intérêt général. Je veux aussi tout particulièrement remercier le Comité des sages du secrétariat d'Etat à l'Aide aux victimes que j'ai mis en place depuis bientôt 6 mois et qui travaille, bénévolement, à l'élaboration des fondements philosophiques, historiques, sociologiques et politiques de la politique d'aide aux victimes que nous sommes en train tout à la fois d'élaborer, de conceptualiser, de mettre en oeuvre et d'évaluer. Tous sont chercheurs, professeurs des universités : Fabrice d'Almeida, Cécile Méadel, Janine Barbot, Laurent Fanton, Denis Peschanski, Grégory Quenet, Patrice Schoendorff, Gérôme Truc. Je veux aussi remercier l'ensemble des services du Premier ministre, le SGG, la DSAF, et le SIG dont le directeur, Christian Gravel, me fait l'amitié d'être présent aujourd'hui. Enfin, vous me permettrez j'en suis sûre, de remercier chaleureusement l'ensemble de mes collaborateurs de cabinet qui œuvrent avec responsabilité et dévouement à mes côtés, et aux vôtres, pour concrétiser chaque jour, chacun à leur place, cette nouvelle politique publique en faveur des victimes. Un remerciement particulier pour Laurent Martinet, brillant avocat, dont l'enthousiasme et le sens de l'intérêt général sont précieux et qui nous aide par son expertise juridique. Je veux aussi dire au Président Babusiaux toute ma gratitude car sa puissance d'analyse et sa parfaite connaissance du fonctionnement de l'Etat, du secteur de la santé et de celui des assurances en particulier, nous sont indispensables. C'est non sans une certaine émotion que je me retourne avec eux et avec vous aujourd'hui sur cette année 2016. Nul ne doute que l'Histoire en retiendra des épisodes plus ou moins réjouissants. Nous aurons ainsi contribué tout au long de cette année 2016 à l'élaboration d'une nouvelle politique de solidarité. Une politique qui montre clairement la nécessité de consolider ce nouvel étage de la protection sociale que constitue l'aide aux victimes. Un travail que Léon Blum aurait soutenu, lui qui déclarait à l'aube du XXe siècle : « Toute société qui prétend assurer aux hommes la liberté, doit commencer par leur garantir l'existence ». J'ajouterai pour le 21ème siècle, et le secours. Forte de cette expérience, je regarde aussi notre avenir avec la conscience pleine des temps troubles que nous vivons et des risques qui planent sur la société française. L'honneur de notre démocratie est d'avoir construit un nouveau filet de sécurité pour nos compatriotes les plus vulnérables. Travail de longue haleine mais qui est désormais inscrit dans les fondements de l'action publique. C'est bien la preuve que le service public à la française n'est pas un monstre administratif froid et cruel, c'est même tout le contraire. En ce lundi 30 janvier 2017, juste à temps me direz-vous, je formule pour vous tous et vos proches, des vœux de bonheurs, petits et grands, personnels et professionnels, individuels et collectifs, pour une année de construction et de reconstruction. Du fond du cœur, chères toutes, et chers tous, je vous souhaite, je nous souhaite, une belle et heureuse année 2017. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/482.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/482.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3eb3ef4b77f5e7022c6ab214ffec82bdd68b11da --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/482.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Députés, c'est un grand plaisir pour moi de retrouver cette commission à laquelle, comme la présidente a eu la gentillesse de le rappeler, j'ai appartenu au cours de cette législature. Avant de répondre à ces interpellations très précises, je veux dire combien le département ministériel dont j'ai la charge est fascinant dans la période que nous vivons ; on y observe de très près la réalité de notre monde. Vous avez en 2014 voté une loi d'orientation, et votre commission a beaucoup fait pour augmenter les moyens de l'aide au développement ; vous avez accompagné la réforme de la politique de développement et des structures. Sur tous ces points, mon action se situe évidemment dans la continuité de celle de mes prédécesseurs. Notre effort s'accroît, notamment en direction de l'Afrique. Nous serons très actifs, je vous le confirme ici, jusqu'au terme du quinquennat, pour accompagner le nouvel essor pris par notre politique de développement, grâce aux réformes de ses structures et à l'augmentation de son budget. J'essaierai aussi d'apporter ma propre pierre à l'édifice. Je commencerai par parler de la Francophonie, dont nul ne saurait surestimer l'importance non seulement affective mais aussi stratégique. Aujourd'hui, 280 millions de personnes ont la langue française en partage ; nous serons 750 millions d'ici trente ans. Le seizième sommet de la Francophonie s'est tenu, au mois de novembre dernier, à Madagascar - et il faut saluer l'effort tout à fait remarquable de ce pays qui a su organiser un sommet pleinement réussi. Un accent particulier a été mis sur la jeunesse et la prévention de la radicalisation : la Francophonie est porteuse de culture et de valeurs, naturellement, mais aussi d'une réflexion plus politique. La famille francophone se regroupe pour peser dans le monde aujourd'hui. Tout au long de l'année 2017 aura lieu le « Grand Tour » de la Francophonie, dont mon prédécesseur André Vallini avait engagé l'organisation. Il s'agira d'une série de grandes manifestations culturelles, artistiques, sportives... La Francophonie sera ainsi célébrée par plusieurs dizaines de millions de personnes. Il est également important de favoriser - Michaëlle Jean, secrétaire générale de l'Organisation internationale de la francophonie, y tient particulièrement - l'apprentissage du français et surtout la formation d'enseignants de français mais aussi en français, notamment africains. C'est un défi considérable que nous devons relever, et j'y serai très attentif. J'en viens maintenant à la politique de développement et de solidarité internationale. Nous avons rénové la politique française de développement grâce à la loi du 7 juillet 2014 d'orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité internationale (LOPDSI). Elle fixe nos priorités sectorielles : la promotion des droits de l'Homme, le développement économique durable, le développement humain, la préservation de l'environnement, l'État de droit et le travail décent. Ce faisant, elle propose, comme le fait traditionnellement la France, une vision globale de ces enjeux, à l'image d'ailleurs des Objectifs de développement durable que nous nous sommes fixés pour 2030. Il faut aussi insister sur la part croissante prise par la société civile, de plus en plus systématiquement associée à nos actions. Le LOPDSI a ainsi fixé un cadre de travail permanent avec les représentants de la société civile dans toute leur diversité : le conseil national pour le développement et la solidarité internationale. La grande diversité de la société civile internationale est mise en lumière par l'organisation de la version internationale du concours « La France s'engage au Sud », lancée en 2015, et qui a connu sa deuxième édition en 2016. Je veux souligner ici que la hausse du budget de l'aide publique au développement est le résultat d'un travail parlementaire : vous avez été très en pointe sur ce sujet, et je le sais d'autant mieux que j'étais alors secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement. Dans la loi de finances initiale pour 2017, les crédits budgétaires de la mission « Aide publique au développement » sont en augmentation de 97 millions d'euros. Ils sont complétés par une hausse des ressources extrabudgétaires de 268 millions d'euros, soit une augmentation totale de 365 millions d'euros. Cette hausse supérieure à 10% est tout à fait significative, même si - soyons honnêtes - ce n'est qu'un rattrapage, car les niveaux précédents étaient insuffisants. Il faut néanmoins se féliciter de ce mouvement, en ces temps de fortes contraintes budgétaires. Nous avons également diversifié les modes de financement, notamment grâce aux financements innovants ; vous avez rappelé, madame la présidente, la mise en place en 2012 d'une taxe sur les transactions financières (TTF), dont la France est le seul pays à consacrer une partie du produit au développement. Aujourd'hui, elle rapporte 1,1 milliard d'euros dont la moitié est affectée à l'aide publique au développement. Enfin, nous avons engagé le rapprochement de l'AFD avec la CDC. Des appréhensions se sont fait jour, et cette réforme n'a pas été aussi complète que le souhaitaient ceux qui l'avaient imaginée. Mais son principe, celui d'un rapprochement des deux organismes, est aujourd'hui mis en oeuvre et les responsables estiment que le processus fonctionne bien. Une convention-cadre pluriannuelle, conclue à l'occasion du soixante-quinzième anniversaire de l'AFD, permettra de favoriser la mise en commun d'expertises sectorielles et l'émergence de synergies opérationnelles et stratégiques ; elle facilitera aussi la mobilité des personnels entre les deux institutions et fera converger les réseaux de l'AFD et de la CDC afin de bâtir des partenariats communs. Un fonds d'investissement commun aux deux groupes sera créé pour financer de grands projets d'infrastructures dans les pays en développement : nous disposerons ainsi d'un bras de levier financier beaucoup plus important. Ce rapprochement de l'AFD et de la CDC ainsi que l'augmentation progressive des moyens de l'AFD d'ici 2020 font partie des vingt-quatre décisions du comité interministériel de la coopération et du développement international (CICID) qui s'est tenu le 30 novembre 2016. Le CICID a fixé de nouvelles orientations stratégiques à la politique française de développement, l'adaptant à l'agenda 2030 pour le développement durable que je citais tout à l'heure. Il a également pris acte de la modernisation du dispositif français, à travers notamment la création d'Expertise France. S'agissant d'Expertise France, issue du rapprochement de six opérateurs préexistants, cette nouvelle agence me semble aujourd'hui bien partie. Son budget est aujourd'hui de 133 millions d'euros, dont 127 millions de chiffre d'affaires ; il est encore en déficit de 5,3 millions d'euros, mais ce chiffre est conforme à la trajectoire financière fixée. Les crédits alloués à Expertise France en loi de finances initiale se montaient à 12,7 millions d'euros - soit 8,6 millions d'euros en transferts d'expertise technique, 3,4 millions correspondant aux crédits de l'ancien groupement d'intérêt public « Ensemble pour une solidarité thérapeutique en réseau » (GIP ESTHER) et 700.000 euros au titre de l'équilibre financier de l'opérateur. Expertise France, vous le savez, travaille plus particulièrement sur la gouvernance démocratique, économique et financière ; sur la stabilisation des pays fragiles et la sécurité, car la prévention des conflits est aujourd'hui au cœur de notre politique de développement ; sur la lutte contre le dérèglement climatique et sur le développement urbain ; sur la santé, la protection sociale et l'emploi. Nous espérons qu'Expertise France atteindra l'équilibre financier en 2020 ; d'ici là, nous continuerons à accompagner l'opérateur par une subvention de transformation. Un travail interne de restructuration est également indispensable. Je voudrais insister sur le bilan positif de notre politique de développement en Afrique. J'ai été particulièrement impressionné par la réussite du vingt-septième sommet Afrique-France qui s'est tenu à Bamako en janvier. Le président de la République français peut se prévaloir de ce succès, et je souligne qu'il a été notamment remercié par le président du pays hôte, qui a salué la France comme un partenaire « sincère et loyal ». Ce sommet a rassemblé bien au-delà de l'Afrique francophone et de nos partenaires traditionnels : plus de trente-quatre chefs d'État ou de gouvernement y ont participé. J'ai entendu, y compris de responsables qui n'ont pas l'habitude de nous adresser beaucoup de louanges, une véritable demande de France. Les rapports entre l'Afrique et la France ont légitimement suscité bien des discussions ces dernières années ; mais j'ai le sentiment que nous devons avoir la force morale de dépasser ces débats : aujourd'hui, nos liens sont puissants, et essentiels pour les uns comme pour les autres. Notre but premier n'est pas d'exercer une influence mais d'être un partenaire, je reprends une fois encore ces mots du président Ibrahim Boubacar Keïta, « sincère et loyal » dans le développement du continent africain. J'ai ressenti à Bamako une réelle préoccupation des dirigeants africains vis-à-vis du radicalisme et de l'extrémisme violent. Il existe aujourd'hui une prise de conscience générale des risques encourus partout sur le continent. Les économies du continent ont un potentiel de croissance remarquable, et notre politique de développement vise, avec les États eux-mêmes et les organisations africaines, à mieux former la jeunesse ; le développement du numérique est en ce sens crucial. BPI France et l'AFD avaient ainsi invité à Bamako les lauréats du Startup Challenge Digital Africa, concours d'innovation en faveur du développement de start-up numériques en Afrique. Les résultats sont tout à fait impressionnants. Il y a là un dynamisme et une modernisation extraordinaires, parfois bien supérieurs à ceux des pays développés, par exemple dans le domaine financier. La France a tenu les promesses de formation de militaires africains et de financements du développement qu'elle avait faites en 2013. J'accorde une grande importance au continuum entre sécurité et développement. Chacun est aujourd'hui conscient de la nécessité d'un rapprochement de ces deux secteurs, dont les cultures étaient naguère encore très différentes. J'y reviendrai. Ce sommet a par ailleurs été l'occasion d'annonces nouvelles par le président de la République. Plus de 25.000 soldats africains seront ainsi formés au cours des trois prochaines années et nous apporterons notre soutien à un projet d'école internationale de la cybersécurité en Afrique. Nous allons mobiliser 23 milliards d'euros pour l'Afrique au cours des cinq prochaines années. Un fonds d'investissement franco-africain sera lancé, comme vous l'avez souligné, Madame la Présidente. Malheureusement, je n'ai pas d'informations nouvelles à vous apporter sur ce point. La notion de fonds dédié se développe fortement ; elle n'a pas encore produit tous ses fruits, mais la démarche est intéressante. Jean-Louis Borloo a ainsi été un propagandiste actif en faveur de l'électrification de l'Afrique. Dans le cadre de la COP21, il y a également une forte mobilisation, dans une logique de partenariat entre public et privé. Je rappelle également l'accord entre la France et la Chine pour créer un fonds commun d'investissement, géré par CDC International Capital, et qui investira notamment en Afrique. Je ne cite là que quelques initiatives, mais il existe une mobilisation internationale visible pour agir dans une nouvelle logique de partenariat public-privé. Nous allons pérenniser le principe d'une journée « Afrique numérique ». Enfin, la France participera au financement de l'Initiative africaine pour les énergies renouvelables, à hauteur de 20%. Je vous indique également que je me suis entretenu la semaine dernière avec le nouveau secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Les annonces de l'administration Trump ont provoqué une certaine sidération, puisqu'il est question de réduire la contribution financière américaine à l'ONU de 40%. S'agissant des questions de santé sexuelle et reproductive, en particulier, j'ai déjà eu des contacts avec les gouvernements néerlandais et suédois... Ils souhaitent se mobiliser pour que ces actions cruciales ne soient victimes de ces coupes. Ces décisions auraient plus généralement de graves conséquences pour le financement des opérations de maintien de la paix en Afrique, au Liban... Les États-Unis financent aujourd'hui à hauteur de 28% les opérations de maintien de la paix. Or ces opérations doivent être maintenues. J'ai ressenti, chez tous mes interlocuteurs, une grande inquiétude et une forte demande de France et d'Europe - demande de soutien financier, certes, mais surtout de parole politique. Je souligne d'ailleurs qu'il existe aussi une demande de Chine : si les États-Unis mettent leurs menaces à exécution, une partie considérable des organisations internationales se tourneront vers ce pays. Aujourd'hui, la France est bien plus présente aux Nations unies que la Chine ; mais celle-ci s'implique de plus en plus. Et l'on peut très bien imaginer un basculement du centre de gravité de l'ONU. J'évoquais mes priorités pour ce ministère. J'ai déjà insisté sur l'importance d'un continuum entre sécurité et développement. C'est d'ailleurs une préoccupation que je partage avec Antonio Guterres, qui souhaite réformer assez profondément le fonctionnement de l'ONU, afin d'alléger la bureaucratie et de réduire les coûts mais aussi de favoriser de meilleurs échanges au sein de l'organisation ; il envisage notamment de rapprocher la direction des affaires politiques avec celle de l'organisation du maintien de la paix. L'ONU doit être, selon lui, beaucoup plus engagée dans la prévention des crises, mais aussi des risques de rechute. L'AFD joue pleinement son rôle dans cet établissement d'une meilleure articulation entre les actions humanitaires d'urgence et celles qui relèvent plus habituellement de la politique de développement, notamment grâce à sa « facilité de lutte contre les vulnérabilités et de réponse aux crises », dont la création a été décidée lors du CICID de novembre 2016 et qui est dotée de 100 millions d'euros par an. Je pense principalement à quatre chantiers prioritaires que la facilité pourrait appuyer : la République centrafricaine, le lac Tchad - projet transfrontalier -, la Syrie et le Liban, et enfin le Sahel. La Commission européenne a déjà commencé à faire évoluer ses procédures et dispositifs, avec notamment la création de fonds fiduciaires. Le fonds fiduciaire d'urgence créé lors du sommet de La Valette répond à cette même logique de travail à la fois sur la sécurité et sur le développement. J'accorde également une grande importance à l'amélioration de la santé sexuelle et reproductive. Cela fait partie de nos valeurs, bien sûr, mais c'est aussi un objectif stratégique. Vous connaissez parfaitement les enjeux démographiques contemporains, mais aussi les problèmes de mortalité maternelle et infantile. Mais je veux signaler ici que le président du Niger, Mahamadou Issoufou, ainsi que celui du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, sont conscients de la nécessité d'une maîtrise démographique. Le retour de la volonté d'agir en ce domaine est essentiel. Je voudrais enfin aborder la question de la recherche, que j'estime absolument fondamentale. J'en ai d'ailleurs récemment débattu avec le professeur Jean-Paul Moatti, président-directeur général de l'Institut de recherche sur le développement (IRD). La recherche, que ce soit dans les domaines de l'agriculture, de l'énergie, de la société doit trouver une place plus importante dans les politiques publiques : lorsqu'une politique publique - sur les questions d'énergie, de sécurité ou de défense... - est mise en place, elle doit systématiquement prévoir un budget destiné à la recherche. Il faut avoir le courage politique de dire qu'il faut toujours prélever un pourcentage, certes minime, de ces flux pour financer la recherche. J'ajoute que, si la recherche est intéressante en soi, lui apporter plus de financements permettra aussi le développement d'un écosystème de recherche en Afrique. Nous soutenons également la création d'un Erasmus euro-africain. M. Moatti, mais aussi les chercheurs de l'institut hospitalo- universitaire (IHU) Méditerranée Infection, installé à Marseille, ont souligné au cours de nos discussions l'importance pour eux de travailler avec des chercheurs africains talentueux, sur les maladies tropicales par exemple. Pour des raisons évidentes, ces chercheurs s'installent souvent en Europe. Il faudrait éviter cette fuite des cerveaux, et pour cela ouvrir de véritables perspectives à l'enseignement et à la recherche en Afrique. L'année 2017 est un peu particulière, mais la continuité de l'État doit être assurée. Au mois de juillet, se réunira, à Hambourg, un G20 à l'ordre du jour duquel l'Allemagne souhaite inscrire l'Afrique. Il nous faut donc travailler dès maintenant avec nos amis Allemands afin d'aboutir à une convergence de vues sur les politiques à mettre en œuvre en faveur de ce continent. Par ailleurs, le G7 qui se tiendra en mai en Italie aura notamment pour thème la problématique des migrations, qui est directement liée aux politiques de développement. Enfin, nous devons préparer dès aujourd'hui le sommet Union européenne-Afrique qui se tiendra à l'automne prochain en Côte d'Ivoire. Je serai d'ailleurs à Bruxelles vendredi prochain, pour sensibiliser la Commission européenne aux idées françaises sur ce sujet. Je précise, à ce propos, que les discussions sur l'après Cotonou, c'est-à-dire le fameux accord avec les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), ont débuté. Là encore, même si les négociations doivent aboutir en 2018 en vue d'une application en 2020, un travail de préparation et de conviction est nécessaire, car nos positions - souvent partagées par nos amis africains - sont sensiblement différentes, actuellement en tout cas, de celles de l'Allemagne notamment. Voilà rappelés, à la fois trop longuement et trop superficiellement, les principaux éléments de la politique que je souhaite mettre en œuvre en matière de développement et de francophonie. (Interventions des parlementaires) Monsieur le Député, la question de la vision stratégique de l'AFD est importante, et nous partageons vos préoccupations. C'est pourquoi nous sommes en train de discuter avec l'agence du prochain Contrat d'objectifs et de moyens (COM) qui fixera le cadre stratégique et décrira les moyens que l'État s'engage à lui consacrer pour les trois ou quatre années à venir. À cet égard, les financements innovants tels que le produit de la TTF devraient être plus durables qu'un financement budgétaire. Toutefois, nous devons parvenir à stabiliser la légitimité de cette innovation pour que la France ne soit pas la seule à prendre une telle mesure. Or, il ne faut pas se raconter d'histoires, le débat se poursuit au plan européen et son résultat n'est pas encore complètement acquis. Les négociations se sont cependant accélérées à la fin de l'année dernière, et cette proposition semble susciter l'intérêt des Allemands, ce qui n'est pas rien. Au total, dix pays européens soutiennent ce projet dans le cadre d'une coopération renforcée. Au cours du second semestre de cette année, l'Allemagne et la France auront sans doute des discussions intenses dont j'imagine qu'elles porteront non seulement sur l'avenir de l'Union européenne et de la zone euro, mais certainement aussi sur l'Afrique et le développement, de sorte qu'elles devraient inclure cette question. Du reste, si nos amis allemands ont inscrit l'Afrique à l'ordre du jour du prochain G20, c'est sans doute pour avancer sur ce terrain-là. Par ailleurs, la question se pose d'un allongement d'un an de la durée du COM de l'AFD ; j'y suis plutôt favorable. Le Royaume-Uni est évidemment un sujet de préoccupation majeur. J'ai reçu son ambassadeur, et je dois dire que j'ai perçu une grande hésitation. Alors que les Britanniques étaient, pour des raisons que l'on peut comprendre, les champions du multilatéral, le gouvernement conservateur actuel souhaite insister désormais sur le bilatéral. Toutefois, leur administration n'est pas pleinement adaptée à cette nouvelle orientation : ils n'ont pas l'équivalent de notre AFD avec son réseau d'agences à l'étranger. J'ajoute que cette question s'inscrit dans la problématique du « post-Brexit ». Les discussions qui auront lieu entre l'Union européenne, et singulièrement la France, et le Royaume-Uni porteront sur les questions de défense et de coopération, donc sur la manière dont nous pouvons travailler avec les Britanniques pour les aider dans ce domaine. En tout état de cause, c'est un véritable défi. Pardonnez-moi, Monsieur le Député, de ne pas avoir évoqué l'Assemblée parlementaire de la francophonie qui, c'est vrai, joue un rôle majeur et contribue à donner à la francophonie la dimension politique que j'évoquais tout à l'heure. S'agissant de la définition de l'orientation des fonds européens, je rappelle que la France a été à l'initiative de la mise en place du fonds Bêkou, consacré à la RCA, qui permet une certaine flexibilité. Il est vrai, Monsieur le Député, que le nombre d'étudiants africains accueillis en France a été limité ces dernières années ; nous ne faisons pas tout ce qu'il faudrait en la matière. Mais les Africains souhaitent développer une offre universitaire propre, et il faut que nous y soyons attentifs. Je rappelle, en outre, que la France demeure l'un des pays qui accueillent le plus d'étudiants étrangers. En tout état de cause, nous devons penser désormais, dans le cadre du monde nouveau qui est le nôtre, à l'enseignement numérique. À cet égard, outre le plan numérique national, un plan numérique spécifique concernera l'OIF. Dans certains domaines, la France est très en retard. Dans celui de la santé, par exemple, que je connais un peu, les Américains ont mis en œuvre des programmes, notamment MediPlus, en langue anglaise et en langue espagnole, qui permettent à tous d'avoir accès à une gigantesque bibliothèque médicale interactive comprenant notamment des éléments de diagnostic et de thérapeutique. Je m'efforce donc de mobiliser des universitaires pour que nous nous dotions d'un outil analogue, lequel ne nécessiterait pas, d'ailleurs, des investissements colossaux. Sur la question des visas, je vous donnerai une réponse précise ultérieurement. À propos de la santé, Mme la députée m'a interrogé sur l'extension éventuelle du mandat de Mme Boccoz. Une réflexion interministérielle est actuellement menée sur la santé mondiale, et je souhaite consacrer à ce dossier une attention particulière. Il me semble en effet que, depuis quarante ans, la France a déserté l'offre de santé au plan mondial. Elle a certes mené des actions d'aide au développement, mais sa politique de santé n'est pas suffisamment tournée vers l'international. Or, il est impératif qu'elle ne se limite pas aux frontières de l'Hexagone ; nous avons vocation à être un repère et un acteur mondial dans ce secteur, qu'il s'agisse de la santé publique ou de l'offre de soins. Une révolution psychologique est donc nécessaire. Nous y travaillons, et une stratégie « Santé mondiale » devrait être publiée, qui peut aller dans le sens des préconisations de Mme la députée s'agissant du mandat de Mme Boccoz, qui est une excellente ambassadrice. Il est vrai qu'il nous faut avoir une vision beaucoup plus large. Sur le plan budgétaire, dorénavant, l'AFD financera le bilatéral et le FSD le multilatéral, en se concentrant principalement sur le climat, l'éducation et la santé. Cette séparation améliorera la visibilité du dispositif et le simplifiera. Un décret d'application relatif à ce fonds, publié le 5 décembre dernier, permet de renforcer la transparence et le pilotage des ressources extrabudgétaires. Madame la députée m'a interrogé sur notre coopération avec l'Allemagne. Il faudrait que nous ayons une discussion beaucoup plus large sur le sujet. Lorsque j'étais député, je présidais le groupe d'amitié avec la Chine et j'ai été de ceux qui ont souhaité une harmonisation des politiques française et chinoise en Afrique, fondée sur la création d'un fonds, qui existe désormais, et la possibilité de réaliser une véritable coordination stratégique. Ce que je dis à propos de la Chine est, d'une certaine manière, également valable pour l'Allemagne, dont nous sommes évidemment plus proches. En effet, si celle-ci doit intervenir fortement en Afrique, il faut savoir si nous l'envisageons de manière positive ou si nous avons peur d'être concurrencés à certains égards. Pour ma part, je pense que la stratégie de la France doit être concentrée sur le développement de l'Afrique, indépendamment de la part qu'elle y prend. Non pas par générosité ou par souci humanitaire, mais parce que cette question est éminemment stratégique pour notre pays. Si nous ne parvenons pas à soutenir le développement de l'Afrique et donc à stabiliser les populations, nous connaîtrons des drames terribles dans les années qui viennent. Je ne néglige pas pour autant les intérêts de la France : plus l'Afrique se développera, plus la part de la France augmentera. Monsieur le député a évoqué les infrastructures de transport. Il existe un projet français de boucle ferroviaire dans une partie de l'Afrique. Or, ce projet risque d'être fragilisé, pour ne pas dire bloqué, parce qu'un pays, pour des raisons diverses, ne souhaite pas le soutenir. Peut-être adopte-t-il cette position parce que d'autres pays lui ont suggéré que d'autres solutions existaient. Je ne veux pas présupposer que nous avons toujours raison. En tout état de cause, ne pas être capable de faire converger des initiatives est une erreur. Je prends un second exemple, celui du projet de ligne ferroviaire reliant Addis-Abeba et Djibouti. Il y a une dizaine d'années, ces deux pays se sont adressés à la France pour nous soumettre ce projet en nous expliquant qu'il permettrait que les exportations de l'Éthiopie, pour des raisons politiques et géographiques que vous connaissez, se fassent à partir de Djibouti, qui pourrait ainsi développer son port. Nous leur avons d'abord répondu que nous étions très intéressés, pour finir par leur annoncer, deux ou trois ans plus tard, que nous ne pouvions pas les aider. Mais nous leur avons dit que nous allions solliciter l'Union européenne. Ils ont attendu six ans de plus, pour se voir opposer un nouveau refus. In fine, ce sont les Chinois qui ont construit cette ligne ferroviaire, stratégique pour ces deux pays. Or, Djibouti est un pays francophone et francophile, et il est essentiel à notre présence dans l'Est de l'Afrique. J'entends d'ailleurs dire qu'il est scandaleux que ce pays ait fait le choix de la Chine. Mais c'est nous qui - peut-être pour de bonnes raisons - n'avons pas donné suite à leur demande. Il aurait été encore plus intéressant de vérifier que les prêts consentis à Djibouti pour réaliser cette opération lui ont été accordés dans des conditions favorables. Le développement de l'Éthiopie, qui passe par sa capacité d'exportation, est stratégique, y compris pour nous, de même que le développement de l'activité du port de Djibouti. Si nous ne sommes pas capables de mener des politiques de coopération coordonnées, nous y perdons tous. Je reconnais que cette position peut paraître naïve à certains, qui estiment qu'un tel raisonnement conduirait à faire de la place à d'autres. Je ne le crois pas. Je sais, pour en avoir discuté avec eux, que les chefs des entreprises les plus importantes intervenant en Afrique y sont favorables. Nous avons intérêt à accepter la présence des uns et des autres sur le continent. D'aucuns ont dit, après la tournée de Mme Merkel en Afrique, que l'Allemagne venait nous tailler des croupières. C'est, au contraire, une très bonne nouvelle, pour l'Afrique et pour la France, car elle nous aidera à régler les problèmes que nous ne pourrons pas régler seuls. Nous voulons travailler avec l'Allemagne. Certes, sur le post-Cotonou, leur approche n'est pas exactement la même que la nôtre, mais j'ai confiance. Je crois que, la connaissance de ces questions par les Allemands s'améliorant au fil du temps, ils comprendront que les accords ACP ne sont pas « postcoloniaux » mais qu'ils ont vocation à traiter la question stratégique de l'Afrique. On dit souvent que la France est arrogante, mais il m'arrive de penser que d'autres le sont aussi. Nous devons, les uns et les autres, mettre notre arrogance de côté et travailler ensemble. J'ai d'ailleurs prévu de rencontrer mon homologue allemand à Berlin, mais ce n'est pas simple, tant l'organisation politique allemande semble complexe. J'espère avoir répondu à vos questions. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/483.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/483.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b35333cecf0f47dbe966752d799df595e184953f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/483.txt @@ -0,0 +1 @@ +Messieurs les préfets, Messieurs les représentants des cultes, Messieurs les représentants des associations, Mesdames et Messieurs, Il y a quelques jours, le 19 janvier dernier, j'ai commenté, ici-même, à l'occasion des traditionnels vœux à la presse, les chiffres de la délinquance pour l'année 2016. Aujourd'hui, ce sont les chiffres des actes racistes, antisémites, antimusulmans et antichrétiens que je souhaite présenter et commenter devant vous, également pour l'année 2016. J'en profiterai pour tracer quelques perspectives d'action pour les semaines et les mois à venir. Dès le mois d'avril 2015, le Gouvernement, je vous le rappelle, a lancé un grand plan d'action de 100 millions d'euros, un plan inédit, pour lutter contre le fléau du racisme, de l'antisémitisme et, d'une manière générale, de toutes les formes de discrimination et d'agression liées à l'origine ou à la religion. Ce plan repose d'abord sur une mobilisation sans précédent de l'ensemble des services de l'Etat, et notamment des services du ministère de l'Intérieur, auxquels je tiens à rendre hommage. Ce plan est porté, bien évidemment et avant tout, par le travail sans relâche des équipes de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH). Et je veux saluer tout particulièrement le préfet Gilles CLAVREUL, présent à mes côtés, pour la force d'engagement et de conviction qui l'anime dans ce combat nécessaire. Enfin, ce plan repose également sur la mobilisation de la société civile, c'est là aussi une dimension très importante de notre action, en plus de sa dimension résolument interministérielle. A cet égard, je veux saluer la présence parmi nous aujourd'hui des représentants des principaux cultes, ainsi que des représentants de la LICRA et de SOS Racisme. Depuis maintenant près de deux ans, nous avons ainsi, dans le cadre que je viens d'évoquer, renforcer la répression des actes et des discours de haine, y compris sur Internet, tout en insistant sur la transmission des valeurs de la République. Car celles-ci sont nos meilleures armes pour faire pièce à tous ceux qui cherchent à dresser les Français les uns contre les autres. Elles constituent notre bien le plus précieux, qui nous permet de vivre libres et en paix sur notre sol, dans le respect de chacun d'entre nous, quelles que soient nos origines, nos convictions et nos croyances. C'est ce que nos concitoyens ont rappelé, avec force et à de nombreuses reprises, après les attentats commis sur notre sol au cours de ces deux dernières années je pense bien sûr notamment à la grande marche du 11 janvier 2015, pour faire vivre cette belle valeur républicaine qu'est la Fraternité. Aux prêcheurs de haine, d'où qu'ils viennent et de quelque idéologie qu'ils se réclament, nous devons opposer une fermeté absolue. Et nous devons surtout opposer l'unité de la République. Je veux donc profiter de l'occasion qui nous réunit ce matin pour réaffirmer notre engagement à combattre, avec la plus grande détermination, tous ceux qui chercheraient à atteindre des Français en raison de leur origine ou de leur confession. Jamais nous ne relâcherons notre vigilance. Jamais nous ne tolèrerons la moindre menace ni la moindre agression raciste, antisémite, antimusulmane ou antichrétienne. Car chacun d'entre nous sait bien l'Histoire nous l'a enseigné à quelles violences extrêmes peuvent conduire, insensiblement, les manifestations de haine les plus quotidiennes et les moins spectaculaires. Grâce aux mesures que nous avons prises depuis deux ans, nous avons d'ores et déjà obtenu des résultats tout à fait encourageants. 1. Il y a d'abord un premier bilan global, qui est positif. En 2016, sur la totalité des indicateurs concernés, l'on constate une forte diminution de– 45% (- 44,7%). C'est là un chiffre très important, qui traduit bien l'engagement du Gouvernement, de la DILCRAH et des services de l'Etat. 2. Ensuite, si l'on regarde dans le détail des chiffres, l'on constate tout d'abord que les actes à caractère raciste (c'est-à-dire visant des personnes ou des groupes en raison de leur identité ethnique réelle ou supposée) sont en baisse de 24% (-23,7%). Ces résultats nous démontrent que la voie empruntée est la bonne. Il fallait apporter des réponses pénales aux actes racistes, cela a été fait, et nous continuons de le faire. De manière plus générale, il nous faut poursuivre nos efforts pour faire évoluer les représentations, faire prendre conscience à tous les Français qu'aucun acte à connotation raciste n'est tolérable, en aucune circonstance. 3. La baisse est encore plus nette concernant les actes antisémites, lesquels ont diminué de près de 59% (-58,5%) en 2016. En 2016, 335 actes antisémites ont été enregistrés, contre plus de 800 en 2015. Bien sûr, derrière les statistiques et leur regard globalisant, je n'ignore pas qu'il y a, qu'il y a eu, des actes d'une violence et d'une gravité extrêmes. En janvier 2015, dans l'Hyper Casher de la porte de Vincennes, quatre Français juifs ont été assassinés par un terroriste parce qu'ils étaient juifs. Je n'oublie pas non plus les crimes barbares commis par un autre terroriste, dans l'école Ozar Hatorah de Toulouse, en mars 2012. Alors, oui, les chiffres que je viens de citer sont encourageants mais pour autant nous ne devons pas baisser la garde, bien au contraire. La lutte contre l'antisémitisme, quelle que soit la forme que celui-ci prend, est une priorité absolue, comme l'est aussi la lutte contre le racisme, contre les actes antimusulmans et antichrétiens. 4. A cet égard, les chiffres de 2016 montrent également une très forte baisse concernant les actes antimusulmans : ils ont en effet diminué de près de - 58% (- 57,6%). Et ce, alors que, je vous le rappelle, l'année 2015 avait été marquée par une forte hausse des actes antimusulmans (+223% par rapport à 2014), après les attentats de janvier et de novembre. Le total des actes antimusulmans enregistrés s'était alors établi à 429. Il s'agissait là aussi de statistiques extrêmement inquiétantes, il était donc urgent de réagir, comme face aux actes antisémites. Et c'est ce que nous avons fait. En 2016, 182 actes ont été commis à l'encontre de nos compatriotes de confession musulmane. Cela reste bien évidemment beaucoup trop, comme pour les chiffres du racisme et de l'antisémitisme, et là non plus il n'est pas question de relâcher, ne serait-ce qu'un seul instant, notre vigilance et notre fermeté. L'attentat barbare de Québec, perpétré avant-hier dans une mosquée contre des fidèles, nous rappelle, s'il en était besoin, que les musulmans sont eux aussi les cibles du terrorisme. A cet égard, nous avons aujourd'hui une pensée émue pour les victimes, les morts et les blessés, pour leurs familles et leurs proches. Une pensée de solidarité pour le Canada, pour la ville et la province de Québec, tragiquement éprouvés. 5. Action de la DILCRAH et perspectives à venir. Comme je l'ai dit, la DILCRAH joue un rôle essentiel dans la coordination de notre action et dans l'impulsion de nouvelles mesures. Beaucoup a déjà été fait, les résultats obtenus en témoignent : - Des correspondants dédiés à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et les actes antimusulmans ont été désignés dans chaque ministère. - Des comités opérationnels de lutte contre le racisme et l'antisémitisme ont été installés dans les préfectures, autour d'acteurs majeurs de cette politique, dans les domaines de la sécurité, de la justice, ainsi que de l'éducation. - La DILCRAH a également lancé un appel à projets, en cours de renouvellement, pour valoriser des actions de terrain de lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Ces projets s'adressent à des publics très variés, tout particulièrement les jeunes, en mettant l'accent sur une véritable pédagogie du vivre-ensemble. D'autres chantiers sont en cours, qui aboutiront dans les semaines à venir. Je pense tout d'abord à l'élargissement du dispositif de pré-plainte en ligne aux faits de discriminations et aux infractions de presse à caractère raciste, antisémite ou discriminatoire. Cette mesure doit faire l'objet d'une expérimentation afin de vérifier sa faisabilité technique et le gain concret qu'elle est susceptible de représenter, aussi bien pour les enquêteurs que pour les victimes de discriminations. Son objectif est non seulement de simplifier et d'accélérer le traitement des plaintes, mais aussi d'encourager les personnes victimes de ce type d'actes discriminatoires à porter plainte. Nous savons en effet que ces faits restent encore trop peu déclarés. Le dispositif de pré-plainte devrait donc constituer pour nous un atout important, et d'abord au service des victimes. C'est là un enjeu extrêmement important, car, pour mener une politique publique pleinement efficace en la matière, l'on a besoin de disposer des chiffres réels et complets. Nous devons donc continuer de sensibiliser nos concitoyens, d'encourager les victimes à porter plainte et de faciliter les moyens de traitement des plaintes. Par ailleurs, plusieurs évolutions législatives importantes sont en cours, qui permettront de mieux qualifier et prendre en compte les actes racistes et discriminatoires. La loi « Egalité et Citoyenneté » prévoit ainsi que la motivation raciste, antisémite ou homophobe devienne une circonstance aggravante générale. Elle simplifie la procédure pénale en rendant possible la requalification juridique des faits poursuivis, comme pour les affaires de droit commun. Enfin, elle élève la peine pour les injures racistes et discriminatoires au même niveau que celle des provocations et des diffamations racistes. De même, la loi « Justice du XXIe siècle » renforce la lutte contre les discriminations, en créant un cadre légal commun aux actions de groupe en matière de discrimination. Un autre chantier important concerne la lutte contre la haine sur Internet, qui constitue un axe essentiel pour enrayer la diffusion du racisme et des idéologies intolérantes et mortifères. Des contacts ont déjà été pris entre la DILCRAH et les grands opérateurs Internet en s'appuyant sur le groupe de contact permanent mis en place par le ministère de l'Intérieur. Ce travail doit être poursuivi et approfondi, pour qu'aucun internaute ne puisse jouir de l'impunité. 6. Je veux enfin évoquer la question sensible des atteintes aux lieux de culte. En 2016, un peu plus de 1 050 (1 057) actes de ce type ont été commis, tous cultes confondus, soit une augmentation de + 6,4% par rapport à 2015 (993 atteintes). En réalité, si l'on regarde dans le détail, la hausse concerne essentiellement les lieux de culte et les cimetières chrétiens. Entre 2015 et 2016, l'augmentation est de + 17 % (17,4%). Alors que les atteintes aux sites musulmans ont, durant la même période, baissé de - 37,5%, tandis que les atteintes aux sites juifs ont diminué de 54%, ce qui est un chiffre particulièrement important. Il y a donc une vigilance toute particulière à avoir sur les sites chrétiens, lesquels représentent 90% du total de 2016 (soit 949 atteintes). Surtout que si l'on prend un peu de recul dans le temps, l'on observe qu'entre 2008 et 2016, ces actes antichrétiens ont augmenté de + 245%. Une grande partie est constituée par des actes de vandalisme (399), tandis que 191 vols d'objets cultuels ont été constatés. Certains ont un motif crapuleux. D'autres recouvrent des motivations idéologiques diverses. Enfin, beaucoup sont purement gratuits. C'est donc là une tendance de fond qui appelle une réponse d'une grande fermeté et nous incite à renforcer les mesures existantes visant à protéger les lieux de culte, notamment chrétiens. Je rappelle à cet égard que, si la République ne reconnaît aucun culte, si l'Etat est neutre de ce point de vue, nous avons néanmoins le devoir, dans le strict cadre de la loi de 1905, de garantir la liberté de croire ou de ne pas croire, et, à ce titre, de permettre aux croyants d'exercer leur culte en toute sécurité et en toute sérénité. C'est là aussi ce que nous faisons, avec une détermination sans relâche. L'assassinat du père Jacques HAMEL, alors qu'il célébrait la messe quotidienne en son église de Saint-Etienne-du-Rouvray en juillet 2016 a démontré à chaque Français que désormais, des chrétiens pouvaient être ciblés en tant que tels par les terroristes. Les catholiques ont d'ailleurs fait preuve d'une capacité de résilience absolument remarquable. Toutefois, il ne s'agit pas de sous-estimer la menace. Pour assurer la protection des lieux de culte, le Gouvernement a, très tôt, pris des mesures inédites. Tout d'abord, et d'une manière générale, près de 4 320 lieux de cultes et sites confessionnels sont, à ce jour, protégés ou surveillés par les forces de l'ordre et les militaires de l'opération Sentinelle. Je veux d'ailleurs leur rendre un hommage appuyé pour la rigueur avec laquelle ils accomplissent ces missions, à la fois sensibles et indispensables. Ces femmes, ces hommes, policiers, gendarmes, militaires de nos Armées, constituent une présence rassurante, vigilante, sécurisante, devant nos églises, nos temples, nos synagogues et nos mosquées. Ils sont, à mes yeux, l'un des plus beaux visages de la République. Parmi les sites confessionnels qui font l'objet d'une telle protection, 2 400 sont chrétiens (dont 1 120 en Ile-de-France), 1 100 sont musulmans et 820 sont juifs. De surcroît, nous conduisons un dialogue étroit avec les représentants des cultes, dans le cadre de la Mission de coordination de la protection des lieux à caractère religieux, pilotée par le Préfet délégué aux coopérations de sécurité. Des réunions ont lieu chaque semestre, auxquelles participent des représentants de l'ensemble des services de l'Etat concernés : les Directions générales de la Police et de la Gendarmerie nationales, la Préfecture de Police, le Bureau central des cultes du ministère de l'Intérieur, le Centre interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, sans oublier les services du ministère de la Défense. Par ailleurs, chaque préfet doit désigner un référent parmi les membres du corps préfectoral de son département. Le Préfet délégué aux coopérations de sécurité a, quant à lui, demandé aux représentants des différents cultes, notamment chrétiens, de désigner localement un « référent » qui suivrait l'ensemble des questions de sécurité et serait l'interlocuteur principal du préfet dans chaque département. Les rencontres avec les représentants des cultes nous ont également permis de les informer sur l'aide opérationnelle en matière de sécurisation que peuvent leur apporter les « référents sûreté » de la Police et de la Gendarmerie. Une fiche pédagogique a été diffusée, qui rappelle les règles de vigilance et les consignes de sécurité à respecter. Nous incitons aussi les représentants des églises chrétiennes, de même que les représentants des cultes musulmans et juifs, à utiliser plus largement les crédits du Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) destinés à financer les équipements de vidéo-protection et les travaux de sécurisation des locaux. En 2015 et 2016, un total de près de 13 millions d'euros a ainsi été alloué à ces aménagements. Je suggère d'ailleurs que, dans les semaines et les mois qui viennent, le travail de sécurisation des sites, notamment chrétiens, en raison de la hausse des atteintes aux églises et aux cimetières que j'évoquais il y a quelques instants, s'articule autour de trois axes principaux, dans une logique de montée en puissance : - Renforcement du pilotage et du suivi des atteintes, grâce à un suivi trimestriel au sein des états-majors départementaux de sécurité, mais aussi au sein des Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) ; - Mise en place d'actions spécifiques de prévention pour mieux protéger les lieux de cultes et les lieux à caractère confessionnel, via des subventions du FIPD : je pense par exemple au développement, que nous pourrions soutenir, d'une base de données des objets de valeur, dont tous les diocèses pourraient se doter ; - Renforcement de la coproduction de sécurité, avec l'organisation de séminaires départementaux associant les acteurs concernés autour de la prévention technique des actes de malveillance. Chacune de ces pistes devra être explorée, j'y insiste, en lien avec les responsables religieux. Le dialogue est déjà nourri, mais il est essentiel d'enrichir les dispositifs existants, tout en imaginant de nouvelles solutions. A la lecture des chiffres de l'année 2016, on ne peut que concevoir une véritable satisfaction. Pas de triomphalisme néanmoins. Notre mobilisation est totale, et notre vigilance est maximale. Nous continuons, et nous continuerons toujours, à lutter sans relâche contre ces actes absolument intolérables, qui salissent la République. La République défendra toujours les Français, tous les Français, dès lors qu'ils sont menacés en raison de leurs origines ou de leur confession. Si elle y renonçait, elle ne serait tout simplement plus la République. Et le combat que la France mène inlassablement contre la barbarie terroriste est indissociable de celui qu'elle doit continuer à livrer contre toutes les formes de racisme, d'intolérance, de haine de l'autre. Je me souviens d'un texte que l'historien Pascal ORY avait publié après les attentats de 2015. Il écrivait alors que, face à ces événements d'une gravité sans précédent sur notre sol, deux possibilités je le cite en substance s'offraient à nos concitoyens : la haine ou la fraternité. Les Français auraient en effet pu se diviser gravement, comme le souhaitaient nos ennemis. Mais ils ont choisi la fraternité. Ce constat, je le partage aussi. Et c'est la principale leçon que je retire des chiffres que je viens de vous présenter. Il y a des tensions, oui. Il y a des sujets de préoccupation, et même d'inquiétude, oui. Qui le nierait ? C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le Gouvernement a réagi avec force et détermination. Néanmoins, en dépit des épreuves, malgré les menaces, la société française a tenu bon. Les Français ont tenu bon, et ils continueront de tenir bon, j'en suis convaincu. A la haine, ils répondront toujours par l'unité. Et cela, Mesdames et Messieurs, dans le monde troublé qui est le nôtre, cela, c'est un très grand signe d'espoir et de fierté. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/484.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/484.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0a2b907cb804fde0e3d8dde92614708194e70f5d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/484.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle le débat, organisé à la demande du groupe écologiste, sur le thème : violences sexuelles, aider les victimes à parler. (…) M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Laurence Rossignol, ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes. Monsieur le président, madame la présidente de la délégation aux droits des femmes, mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs, je remercie Mme Benbassa et le groupe écologiste d'avoir pris l'initiative de ce débat et je salue la qualité des propos tenus par l'ensemble des intervenantes. Ce débat me donne l'occasion de vous exposer, le plus précisément possible, les actions que le Gouvernement a engagées pour lutter contre les violences sexuelles, quelle qu'en soit la nature, et pour mieux rendre justice aux victimes, les protéger et les soigner, quels que soient leur âge ou leur sexe. Je ne reviendrai pas sur les chiffres, car ils ont déjà été donnés à plusieurs reprises, sinon pour souligner la persistance d'une forme d'impunité pour les agresseurs. En effet, seules 10 % des victimes de viol portent plainte. De plus, lorsque des procédures judiciaires sont engagées, de nombreuses plaintes sont classées sans suite ou aboutissent à des non-lieux, quand des viols ne sont pas déqualifiés en agressions sexuelles. Au total, seulement 1 % des viols font l'objet d'une condamnation. J'insisterai également sur l'importance des violences sexuelles commises sur des mineurs. Plus de la moitié des femmes victimes de viol ou de tentative de viol ont été agressées avant 18 ans, dont 40 % avant 15 ans ; pour ce qui concerne les hommes, les trois quarts des victimes étaient mineures au moment des faits et près des deux tiers avaient moins de 15 ans. En 2015, la moitié des victimes de violences sexuelles enregistrées par la police et la gendarmerie avaient moins de 15 ans. À ce jour, nous ne disposons d'aucune évaluation précise du nombre d'enfants victimes de violences sexuelles en France. En 2010, le Conseil de l'Europe avançait qu'un enfant sur cinq sur notre continent était victime de ces violences entendues au sens large : viols, tentatives de viol, agressions sexuelles, exposition à la pornographie, exploitation sexuelle et prostitution. Ces chiffres l'attestent, nous avons affaire à un phénomène de masse, certainement toujours sous-estimé pour ce qui concerne les plus jeunes. La loi du silence et le règne du déni contribuent à en minorer encore l'ampleur, voire à le rendre invisible. L'absence de données fiables sur les violences sexuelles commises sur des hommes majeurs, qu'elles relèvent d'agressions homophobes ou qu'elles s'exercent en milieu carcéral, illustre bien la réalité de cette omerta. (Mme Corinne Bouchoux acquiesce.) Cette chape de plomb nous confronte à un double écueil : la difficulté pour les victimes de dénoncer leurs agresseurs ; la difficulté pour les professionnels de détecter ce type de violences, donc d'apporter les réponses adaptées en termes médico-judiciaires. La réalité et la gravité des conséquences des violences sexuelles sur la santé physique et mentale des victimes sont aujourd'hui mieux connues. Sans aide ni protection, les victimes sont condamnées à survivre avec des symptômes post-traumatiques. Tout au long de leur vie, elles présenteront des troubles physiques et psychologiques, qui les amèneront parfois à adopter des conduites à risques. Libérer et recueillir la parole des victimes est donc un préalable à une prise en charge efficace. Là est l'enjeu majeur. Les sentiments de honte, de culpabilité, d'humiliation que ressentent toutes les victimes de violences sexuelles et qui sont entretenus par l'adhésion majoritaire de la société aux fausses représentations sur le viol font évidemment obstacle à la révélation et à la dénonciation. « C'est pas si grave », « elle était consentante », « elle l'a bien cherché »… À chaque fois que l'on évoque le viol d'une femme, les premières questions sont : où se trouvait-elle ? Comment était-elle habillée ? Comment cela a-t-il pu lui arriver ? De tels propos reflètent la « culture du viol ». Mme Esther Benbassa. Exactement ! Mme Laurence Rossignol, ministre. À cet égard, dans l'expression « se faire violer », la forme pronominale réfléchie implique une participation de la victime à la commission du viol. (Mme Corinne Bouchoux acquiesce.) Les mots ont un sens : il faut dire qu'une femme a été violée, afin de restituer la réalité des faits que cache l'emploi de la forme réfléchie. Mme Michelle Meunier. Eh oui ! Mme Laurence Rossignol, ministre. Il est d'autant plus difficile de libérer la parole que, contrairement aux idées reçues, les viols et les agressions sexuelles se produisent majoritairement au sein du couple ou de la famille, au domicile de la victime, à son travail ou dans les institutions qu'elle fréquente. Cela a été rappelé, dans 90 % des cas, les violences sexuelles sont commises par une personne connue de la victime : le conjoint ou l'ex-conjoint pour près de 50 % des viols perpétrés sur des femmes adultes, un membre de la famille pour plus de la moitié des viols sur mineur. Pour les jeunes victimes, parler et être crues est un véritable défi. Outre la difficulté de reconnaître une agression sexuelle, de mettre des mots sur des actes insensés, d'identifier un interlocuteur ou une interlocutrice à qui s'ouvrir, le poids du tabou de la violence sexuelle dans la sphère familiale pèse très lourdement sur la parole de ces enfants. Comme l'écrit de manière poignante Laurent Boyer dans Tous les frères font comme ça, livre où il révèle l'inceste dont il a été victime entre 6 et 9 ans : « D'abord, c'est la peur de ne pas être cru qui nous fait nous taire. Ensuite c'est la crainte de faire mal à cette famille que l'on risque de faire voler en éclats. Et enfin c'est la honte de n'avoir finalement rien osé dire. Cette même honte qui nous fait nous sentir coupables, monstrueux et sales. » Comment dire l'indicible ? Comment penser l'impensable ? Il est urgent de donner à toutes les victimes, et tout particulièrement aux plus jeunes d'entre elles, les moyens de signaler les violences qu'elles ont subies, et aux professionnels les outils pour recueillir leur parole de manière appropriée et respectueuse. Les quatrième et cinquième plans interministériels de lutte contre les violences faites aux femmes ont permis d'avancer. À cet égard, madame Cohen, je précise que le budget consacré aux droits des femmes n'a pas subi de baisse au cours du quinquennat : il a même augmenté de 50 % et connaîtra encore une hausse de 8 % cette année. Mme Laurence Cohen. Ce n'est pas suffisant ! Mme Laurence Rossignol, ministre. Cela étant, je vous le concède, plus on libère la parole, plus les associations sont sollicitées et plus leur volume d'activité augmente. Mme Brigitte Gonthier-Maurin. Les aides accordées aux associations ont diminué ! Mme Laurence Rossignol, ministre. Les subventions n'ont pas été réduites, au contraire, mais le volume d'activité des associations, qui sont les premiers recours des victimes, s'est accru. Il s'agit de permettre aux professionnels de mieux repérer les violences. Travailleurs sociaux, personnels soignants, magistrats, fonctionnaires de police, gendarmes ou responsables associatifs : tous, dans leurs fonctions respectives, sont des maillons essentiels d'une même chaîne. La cohérence et l'articulation de leurs interventions sont essentielles pour garantir aux victimes une prise en charge optimale. Il est donc impératif que toutes et tous disposent des mêmes repères et puissent s'approprier des outils communs. Quels que soient le professionnalisme, l'investissement et l'empathie dont chacun fait preuve, nul n'est à l'abri des préjugés, des interrogations ou des maladresses face à un phénomène qui doit être appréhendé dans toute sa complexité pour être traité de manière efficace. Poser les bonnes questions aux victimes, offrir un cadre d'écoute qui les aide à trouver les mots, leur rappeler qu'elles ne sont en rien responsables ou coupables de ce qu'elles ont subi : c'est le préalable indispensable pour libérer leur parole. Voilà pourquoi nous avons fait de la formation des professionnels une priorité du quatrième plan de lutte contre les violences faites aux femmes, qui a couvert la période 2013-2016. Cette priorité donnée à la formation s'est traduite par la création de plusieurs outils, élaborés par la mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences, la MIPROF. Plus de 300 000 professionnels ont ainsi bénéficié d'actions de formation depuis 2014. Concrètement, des fiches réflexes sur l'audition des victimes de violences sexuelles sont désormais à la disposition des forces de police et de gendarmerie ; plus de 500 urgentistes référents « violences », spécifiquement formés, ont été désignés dans les hôpitaux ; la MIPROF a réalisé un kit de formation et un kit de constatation en urgence disponible dans les centres hospitaliers ; les magistrats peuvent suivre un stage de trois jours en formation continue à l'École nationale de la magistrature ; des modèles de certificats médicaux, élaborés en lien avec le conseil de l'Ordre des médecins, ont été mis en ligne sur le site internet de la MIPROF, ces certificats médicaux constituant des éléments de preuve obligatoires pour engager une action judiciaire ou permettre aux femmes de bénéficier d'une ordonnance de protection et, le cas échéant, d'un téléphone « grave danger ». Cette dynamique vertueuse est poursuivie et amplifiée au travers du cinquième plan interministériel de lutte contre les violences faites aux femmes, que j'ai présenté au mois de novembre dernier. Ces actions de formation ont ainsi été étendues à d'autres métiers, dans le cadre d'une coopération renforcée entre l'ensemble des actrices et des acteurs des champs social, judiciaire, de l'éducation, de la santé et de la sécurité, en particulier les sapeurs-pompiers. La loi du 14 mars 2016 a également contribué à accroître nos moyens en matière de protection de l'enfance et de détection des violences faites aux enfants. Le large champ de compétence de mon ministère, qui recouvre l'enfance, les droits des femmes et les familles, permet de mettre au service de la lutte contre les violences faites aux enfants l'expertise développée en matière de lutte contre les violences faites aux femmes. J'y vois une illustration supplémentaire, s'il en était besoin, de la pertinence de la titulature de mon ministère. Dans cette optique, je me suis attachée à faire travailler ensemble les professionnels qui avaient construit les politiques de prévention et de formation en matière de lutte contre les violences faites aux femmes, afin que nous puissions nous appuyer sur leur savoir pour mieux prévenir et combattre les maltraitances faites aux enfants. C'est ainsi que nous avancerons. La loi du 14 mars 2016 avait déjà posé un cadre favorable à un meilleur repérage des violences sexuelles, ainsi qu'à une meilleure prise en charge des mineurs victimes. J'évoquerai deux mesures emblématiques : l'obligation pour les départements de désigner un médecin référent pour la protection de l'enfance ; le développement des unités d'accueil médico-judiciaires pédiatriques, ou unités AMJP, qui permettent à la police, à la justice, aux médecins et aux travailleurs sociaux de travailler ensemble dans le cadre des procédures d'enquête et constituent un lieu dédié, adapté et non anxiogène pour recueillir la parole de l'enfant et apporter les premiers soins nécessaires. Chantal Jouanno m'a interrogée sur l'instruction du 20 avril 2016, qui a recentré le rôle des brigades de prévention de la délinquance juvénile sur la prévention de la radicalisation et du passage à l'acte terroriste. J'ai moi-même interrogé le ministère de l'intérieur, qui m'a précisé que cette circulaire n'empêche pas les gendarmes spécialement formés de continuer à intervenir dans les unités AMJP en tant que personnalités qualifiées, par le biais d'une réquisition, en appui à un officier de police judiciaire. Sur les 1 774 militaires de la gendarmerie formés à l'audition de mineurs victimes, 3,7 % travaillent aujourd'hui au sein des quarante-trois brigades de prévention de la délinquance juvénile, les BPDJ. La formation au recueil de la parole continuera à être développée et le déploiement des unités AMJP se poursuivra. Cela fait partie de la feuille de route pour la période 2016-2019. Dans le prolongement de cette démarche, et forte de l'expérience acquise avec les quatre premiers plans de lutte contre les violences faites aux femmes, je présenterai le 1er mars prochain le premier plan de lutte contre les violences faites aux enfants, élaboré dans le cadre d'une démarche pluridisciplinaire et pluri-institutionnelle et englobant le repérage, la formation et l'accompagnement, y compris judiciaire. Vous comprendrez que je ne dévoile pas aujourd'hui les principales mesures de ce plan, qui vise à rendre visibles les mécanismes des violences et à améliorer leur compréhension, à sensibiliser et à prévenir, par la promotion du soutien à la parentalité et de l'éducation bienveillante, à améliorer le repérage et le recueil de la parole, notamment en cas de violences sexuelles, à mieux accompagner les victimes, notamment par une meilleure prise en charge des psychotraumas. Concernant la promotion de l'éducation bienveillante, je déplore, à la suite de Michelle Meunier, que certains sénateurs aient jugé bon de saisir le Conseil constitutionnel en vue d'obtenir la censure, pour des raisons de procédure, de l'article de la loi relative à l'égalité et à la citoyenneté issu de l'adoption d'un amendement tendant à poser pour principe que l'autorité parentale doit s'exercer sans recourir aux punitions corporelles. C'est là un mauvais coup porté à la prévention de la maltraitance des enfants. Mme Esther Benbassa. Tout à fait ! Mme Laurence Rossignol, ministre. On ne peut pas arguer, à mon sens, que corriger des enfants, utiliser la force physique à leur encontre, relèverait d'une quelconque liberté éducative. Nous savons que la parole de l'enfant se libère dès lors que celui-ci connaît ses droits. L'enfant a des droits, à commencer par celui de ne pas être frappé ! Les enfants sont les seuls êtres vivants que l'on puisse encore légalement frapper dans notre pays dès lors, je le concède, qu'il s'agit de ses propres enfants. Quand quelqu'un frappe son chien dans la rue, il n'est pas rare qu'un tiers intervienne pour défendre l'animal. Quand un parent frappe son enfant, en revanche, une telle intervention est très mal vécue, au nom de la liberté éducative. Lorsque des associations se rendent dans les écoles pour expliquer aux élèves ce que sont les droits de l'enfant, il est très fréquent que, à l'issue de leur intervention, des enfants leur demandent si ce qu'ils vivent chez eux est normal, si les adultes ont le droit de se comporter avec eux comme ils le font. Je regrette d'autant plus la censure de l'article que j'évoquais à l'instant que son dispositif revêtait une grande importance en vue de la libération de la parole de l'enfant. Il est profondément hypocrite de prétendre vouloir lutter contre les violences faites aux enfants, y compris sexuelles, tout en prônant le maintien du droit de correction, donc de la domination des parents sur les enfants. L'amélioration de la prise en charge des victimes est un élément fondamental. L'enquête nationale réalisée l'an dernier par l'IPSOS pour l'association Mémoire traumatique et victimologie révélait que 78 % des victimes de viols ou de tentatives de viol n'avaient pas reçu de soins d'urgence et qu'une sur trois n'avait pu bénéficier d'une prise en charge psychologique adaptée. Il s'agit là d'un enjeu majeur de santé publique, et il est impératif que nous puissions progresser rapidement. J'ai donc souhaité que le cinquième plan de lutte contre les violences faites aux femmes, présenté en novembre dernier, comporte un volet spécifique pour renforcer l'accès aux droits et aux soins des jeunes filles et des femmes victimes de violences sexuelles. Fin 2016, le Gouvernement a engagé une large réflexion sur la prise en charge des traumatismes graves des adultes, des adolescents et des enfants victimes d'attentats. Les connaissances qui résulteront de ce travail de recherche-action seront mobilisables et transposables aux cas de violences sexuelles, en vue d'améliorer l'accompagnement des victimes, quel que soit leur âge. L'objectif est que chaque victime, où qu'elle réside, puisse bénéficier d'une prise en charge psychologique adaptée à la spécificité des psychotraumas, grâce à un maillage territorial renforcé des unités de soin. Conformément aux recommandations formulées par le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes dans son « avis pour une juste condamnation sociétale et judiciaire du viol et des agressions sexuelles », nous nous attachons également à simplifier le parcours judiciaire des victimes, selon les trois objectifs suivants : faciliter le dépôt de plainte, faciliter le recueil de preuves de violences en l'absence de plainte, avancer sur la question de l'allongement des délais de prescription pour les infractions de viol et d'agression sexuelle, notamment sur les mineurs. Je m'arrêterai un instant sur ce point. Vous le savez, les amendements à la proposition de loi portant réforme de la prescription en matière pénale, présentée par les députés Alain Tourret et Georges Fenech, ont été systématiquement rejetés. Comme l'actualité nous l'a récemment rappelé, ce projet de réforme n'épuise pas toutes les difficultés posées par les délais de prescription. Les professionnels, tant de la justice que de la psychiatrie, sont divisés sur la question de l'allongement des délais de prescription en matière de viol sur mineurs. C'est pourquoi j'ai confié à Flavie Flament et à Georges Calmettes, magistrat honoraire, une « mission de consensus » qui associe spécialistes et victimes, celles-ci étant elles aussi, à mes yeux, des experts, du fait de leur vécu. L'objectif est que partisans et opposants à l'allongement des délais de prescription se parlent, croisent leurs regards. Cette mission me rendra ses conclusions au mois de mars. J'ai conscience que le calendrier électoral ne me permettra guère d'aller plus loin, mais au moins laisserai-je à mes successeurs une base de travail qui, je l'espère, leur permettra d'avancer sur ce sujet. Dans cette perspective, je garderai pour moi mon avis personnel sur la question de l'allongement des délais de prescription. Les dispositifs d'écoute et de prise en charge ne trouveront leur pleine efficacité que s'ils sont accompagnés d'actions de prévention et de sensibilisation, l'enjeu étant de faire reculer la tolérance sociale à l'égard du viol et l'omerta sur violences sexuelles au sein de la famille et des institutions que fréquentent les enfants. L'enquête de l'IPSOS de mars 2016 sur les représentations du viol et des violences sexuelles révélait que 40 % des Français estiment que « la responsabilité du violeur est atténuée si la victime a eu une attitude provocante en public ». Il nous reste donc un travail important de déconstruction à mener… La même proportion de nos concitoyens soutient l'idée que l'on peut « faire fuir le violeur si l'on se défend vraiment », ce qui reflète une ignorance totale de ce qu'est l'état de sidération. Déresponsabilisation de l'agresseur, mise en cause des victimes, méconnaissance de la réalité des viols… Ce sont aussi toutes ces fausses représentations des violences sexuelles qui empêchent les victimes de parler et de demander justice. Tous ces mythes, ancrés dans la « culture du viol », doivent être déconstruits. C'est une exigence, et une urgence ! Dans la majorité des cas, le viol ou l'agression sexuelle sur un mineur est commis par un membre de la famille ou par un proche. Il importe de sensibiliser les parents à l'idée que les personnes auxquelles ils confient leurs enfants ne sont pas forcément toutes bienveillantes. De même, les éducateurs et les médecins doivent être conscients du fait que la famille est, pour les enfants, le premier lieu d'exposition aux violences. Une campagne de communication à destination du grand public a été lancée le 25 novembre dernier pour faire connaître le numéro 3919. Nous poursuivons, en lien avec le ministère de l'éducation nationale, la mise en œuvre d'outils spécifiques, dont les dispositifs d'éducation à la sexualité et de sensibilisation à l'égalité entre les filles et les garçons. Une fois encore, on ne peut pas prétendre vouloir lutter contre les violences sexuelles faites aux enfants et refuser, dans le même temps, que l'éducation nationale se mêle d'éducation à la sexualité. Celle-ci passe par la verbalisation de ce qu'est le respect du corps et du consentement. C'est une question de cohérence : l'éducation à la sexualité à l'école et la lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants sont des sujets connexes. Enfin, la mobilisation « Sexisme, pas notre genre ! », qui vise à mettre en lumière la dimension systémique du sexisme, de la misogynie et de la domination exercée par les hommes sur les femmes et sur les enfants, est aussi, à mes yeux, un outil pour lutter contre les violences sexuelles et libérer la parole des victimes. Mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs, j'aurai grand plaisir à vous accueillir au ministère, en mars, pour la présentation du premier plan de lutte contre les violences faites aux enfants. (Applaudissements.) M. le président. Nous en avons terminé avec le débat, organisé à la demande du groupe écologiste, sur le thème : violences sexuelles, aider les victimes à parler. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/485.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/485.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5f75e285ca14c02b9818f3792afd98f1b6fb97d8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/485.txt @@ -0,0 +1 @@ +Merci beaucoup Monsieur le Directeur général. Je sais que Laurence Tubiana est en Colombie, je lui ai rendu hommage avant son départ et je sais qu'elle a encore beaucoup de choses à faire, je m'en félicite d'ailleurs. Je comprends bien qu'elle ne puisse pas être là ce matin, mais il est important que je m'exprime devant vous pour vous dire l'importance que j'attache à votre action au service de la politique de solidarité de la France. Je sais que cette réunion est retransmise, donc l'ensemble du réseau peut nous suivre grâce à la technologie que vous avez mise en place ce matin. La semaine du réseau, comme la semaine des ambassadeurs, est un moment important. Je suis très heureux d'être là pour vous parler de notre politique de coopération et de développement. C'est un élément constitutif de notre politique globale économique et culturelle. Votre action au service du développement durable, votre professionnalisme et votre dévouement sont reconnus et appréciés partout dans le monde. J'ai déjà eu l'occasion de le dire, je le redis devant vous. J'ai l'occasion de le constater à chacun de mes déplacements et je retrouve certains d'entre vous ce matin. Encore récemment à Bamako, à Bangalore, à Jérémie, à Beyrouth, Rémy Rioux était avec moi. La confiance qu'inspire l'AFD auprès de nos partenaires, nous avons aussi pu la constater de manière significative en décembre dernier lors des célébrations des 75 ans de l'Agence. Le réseau est connu et reconnu, pas seulement parce qu'il est ancien, mais parce qu'il a su s'adapter et évoluer et qu'il est clairement apprécié. À l'étranger, aux côtés des missions diplomatiques, ne sous-estimez pas ce que vous représentez, c'est-à-dire l'image du visage de la France. Une France attendue, qui doit rester fidèle à ses valeurs et aux messages universels qu'elle adresse. Une France solidaire et ouverte sur le monde. Il faut que cela se concrétise, que cela s'incarne, pas seulement que cela se dise. C'est un motif de grande fierté pour la France et je sais que vous en êtes conscients. Je le redis devant vous, c'est important, il faut être en permanence animés par cette exigence et cette dimension éthique au service de notre pays et de sa réputation. C'est à travers vous que les grandes orientations de notre politique de développement pour les années à venir vont être mises en œuvre sur le bilan 2016 de l'Agence. Cette année a été exceptionnelle pour l'AFD. Elle a d'abord permis la concrétisation du rapprochement entre l'AFD et la Caisse des dépôts qui a longtemps fait l'objet de débats et de discussions, y compris au niveau parlementaire, avec la signature de la charte d'alliance stratégique entre les deux institutions, qui est un aboutissement. Je ne reviens pas sur les objectifs de cette alliance, mais je forme le voeu qu'elle se traduise rapidement par des synergies stratégiques et opérationnelles ayant des traductions concrètes et visibles sur le terrain. Le réseau territorial de la Caisse des dépôts peut vous aider, il faut aussi vous appuyer sur cette dimension pour mettre en œuvre l'action de coopération décentralisée. Il y a là un levier possible que l'on peut rendre encore plus performant. Cette année 2016 a été exceptionnelle à travers l'activité record de l'AFD elle-même. Avec 9,3 milliards d'euros d'autorisations d'engagements, l'Agence a dépassé les objectifs - déjà ambitieux - que lui avaient fixés ses ministères de tutelle. L'AFD a donc franchi avec succès la première marche vers les 12,5 milliards d'euros d'engagement annuels à horizon 2020 annoncés par le président de la République. Nous sommes vraiment sur le chemin, on en est tout près. Grâce à la mobilisation de tous, les objectifs géographiques ont aussi été atteints et vous avez enregistré des performances exemplaires, notamment en matière de lutte contre le changement climatique, d'égalité entre les femmes et les hommes ou de gouvernance. Je crois qu'on peut le dire sans exagérer, l'AFD a été précurseur et volontariste dans la définition d'une réelle ambition en matière de co-bénéfices climat. Cette exemplarité a été un élément clef et déterminant dans la négociation de l'Accord de Paris, tout particulièrement pour convaincre les bailleurs multilatéraux et bilatéraux d'augmenter significativement leurs engagements. Aujourd'hui nous attendons de l'AFD une mobilisation sans faille et sur tous les fronts : pour l'aide à l'actualisation des contributions nationales, à la lutte contre le changement climatique, pour l'énergie et l'agriculture durables en Afrique, pour les villes durables ou encore pour la montée en puissance des projets d'adaptation. Ce sont des chantiers passionnants, concrets, dont nous voyons très précisément sur le terrain les capacités et les perspectives de réussite considérables. J'y reviendrai. Un autre chiffre témoigne de la mobilisation des équipes de l'AFD : celui des délégations de fonds obtenues en 2016, qui atteignent presque 500 millions d'euros et alimentent un portefeuille dépassant le milliard d'euros. C'est important parce que c'est une marque de confiance et de reconnaissance de nos partenaires, en particulier européens. Je pense notamment au fonds fiduciaire d'urgence au Mali, au Niger ou au Nord Cameroun, ou au fonds MADAD pour les réfugiés en Jordanie à titre d'illustration. Je le dis car c'est une dimension qu'il ne faut pas négliger, une dimension de crédibilité qu'il faudra encore renforcer. Nous ne sommes pas les seuls, on aurait pu choisir les Allemands ou les Britanniques qui sont aussi efficaces, on ne peut pas le nier, mais c'est important car cela conforte la reconnaissance historique de l'AFD que j'évoquais. Il ne faut pas simplement vivre sur sa réputation, il faut sans cesse convaincre car en plus, nous sommes parfois en compétition, saine évidemment. Soyez certains que je mesure les efforts menés par les équipes de l'AFD, au siège et dans le réseau, surtout pour identifier, instruire et superviser l'exécution des projets. C'est pourquoi Michel Sapin et moi-même avons soutenu le plan de recrutements proposé par la direction générale de l'AFD en 2016 et 2017. Nous en avons encore récemment parlé avec Rémy Rioux, c'est très substantiel et c'est aussi toute une adaptation pour la Maison. Cela doit se traduire par une augmentation de 20% des effectifs. Peu d'opérateurs sont dans cette situation, vous mesurez aussi la charge et la responsabilité que cela représente. C'est une chance et une opportunité qu'il faut vivre très positivement. Ensuite, tout cela est lié à des chantiers d'organisation, de management, cela demande beaucoup de dialogues internes. Je sais que vous vous y consacrez, c'est important parce que c'est aussi la clef de la réussite pour la suite. Nous ne sommes pas que dans le quantitatif, nous devons être dans le qualitatif. Je voudrais à présent me tourner vers l'avenir en partant des jalons essentiels qui ont été récemment posés - à l'occasion du CICID, le 30 novembre dernier. Il était urgent de s'y remettre pour préciser les objectifs et rappeler une ambition partagée par les ministères. Le CICID a permis de redéfinir les axes prioritaires de cette politique et de fixer un cap dans le contexte du nouvel agenda du développement durable adopté par la communauté internationale en 2015. C'est vrai qu'il y a ce contexte nouveau dont il faut effectivement tenir compte. Car, en dépit des progrès réalisés, des centaines de millions d'enfants ne savent ni lire ni écrire. C'est l'une des réalités du monde. Jamais la pression sur les ressources naturelles n'a été si forte, c'est terrible de dire cela de l'histoire de l'Humanité, mais c'est une réalité. Jamais les inégalités n'ont été si fortes. Jamais les équilibres politiques n'ont été si précaires. Nous n'avons jamais été dans un monde aussi précaire et depuis longtemps. Bien sûr, si l'on retraçait toute l'Histoire, vous me diriez que ce n'est pas vrai. Je prends souvent comme référence, assez récente d'ailleurs, ce tournant : la chute du Mur de Berlin. Nous avons à peu près réussi à stabiliser les choses et puis d'autres crises sont apparues. La dernière, et pas la moindre, c'est la crise de 2008, dont on ne mesure pas encore toutes les conséquences. C'est une crise de notre modèle qui se traduit aussi par une déstabilisation politique dans nos pays et en Europe, puisque la montée du populisme et des parties extrémistes fragilisent le système lui-même et le met en danger. C'est une réalité nouvelle qui vient de loin et dont on n'a pas toujours vu les évolutions si gravement. Elles sont à présent en train de se concrétiser fortement. Dans ce contexte politique, les effets de la crise de 2008 traduisent aussi une crise de modèle, avec l'élection américaine et la crise de certains grands pays émergents que l'on pensait en progrès constants, comme le Brésil. Bientôt, l'Inde va dépasser la Chine en nombre d'habitants. Certes, l'Inde a un modèle politique très différent de celui de la Chine mais elle se présente maintenant en champion du libre-échange. Il y a la Russie avec une stratégie de reconquête d'influence d'une puissance ancienne, cela bouleverse la donne avec des conséquences sur la gestion des crises, en particulier au Moyen-Orient. C'est le nouveau monde dans lequel nous sommes, avec récemment par exemple, le président américain qui demande à Theresa May « À quand le prochain Brexit ? » Il faut être conscient de cela. Quand je dis que nous avons beaucoup de défis à relever, nous devons être conscients aussi des incertitudes dans lesquelles nous nous trouvons et donc, il faut des points fixes, il faut des repères et la France en est un. Bien sûr nous avons des insuffisances, mais nous représentons encore quelque chose comme un repère et nous devons en être conscients. Il y va de la responsabilité politique. J'évoquais, dans cet esprit, les valeurs et ce que la France représente comme espoir pour beaucoup de gens. On le voit d'ailleurs lorsqu'on se déplace. Ces personnes ne viennent pas seulement pour demander de l'aide, ils viennent aussi pour ce que nous représentons. Vous devez être conscients de cela. Je reviens au CICID, on peut avoir l'impression que je m'en suis un peu éloigné, mais pas tant que cela. Le CICID est venu entériner les engagements pris par le président de la République en faveur du financement du développement. Le niveau annuel d'activité de l'AFD sera donc porté à 12,5 milliards d'euros d'ici 2020. Le montant annuel des ressources en dons sera aussi augmenté de près de 400 millions d'euros par rapport à son niveau de 2015, pour permettre à l'AFD de continuer à intervenir dans les pays les plus vulnérables. Le financement de la lutte contre le changement climatique sera porté de 3 à 5 milliards d'euros par an. 2 milliards d'euros seront consacrés aux énergies renouvelables en Afrique. Ces chiffres traduisent la réalité de notre ambition. D'ores et déjà, les fonds propres de l'agence ont été renforcés fin décembre, en attendant leur quadruplement d'ici 2030. Cela permettra à l'AFD d'augmenter son activité dans de nombreux pays où les limites réglementaires étaient atteintes, comme en Tunisie ou au Maroc. S'agissant des ressources budgétaires et extrabudgétaires, vous le savez, lorsque je suis arrivé dans ce ministère, j'ai fait le maximum pour obtenir une augmentation des moyens alloués à l'aide au développement, c'est l'arbitrage que j'ai obtenu au niveau budgétaire. Les parlementaires étaient très attentifs à cette dimension de renforcement et de rattrapage même pour une partie de leurs propres contributions. Je n'ai fait que les encourager et c'était positif. Ainsi, en 2017, outre l'augmentation de la mission APD du budget de l'État, 270 milliards d'euros supplémentaires viendront abonder le budget de l'AFD au titre de la taxe sur les transactions financières. Ces ressources additionnelles seront prioritairement orientées vers la facilité d'atténuation des vulnérabilités et de réponse aux crises ainsi que vers les projets dans les domaines du climat, de l'adaptation et de l'éducation portés par l'AFD. C'est donc une bonne nouvelle dont nous devons faire le meilleur usage et il faut en être convaincu. Le gouvernement s'est également engagé à augmenter les ressources dédiées à la préparation des projets, afin d'aider l'AFD à faire émerger des projets de qualité en nombre suffisant pour tenir son plan d'activité. Enfin, les enveloppes dédiées au financement par l'AFD des initiatives des ONG et des collectivités territoriales que j'évoquais à l'instant seront également augmentées. D'autre part, le CICID a renforcé la cohérence géographique de notre politique de développement. La première de nos priorités, le CICID l'a rappelé, c'est l'Afrique, qui est plus que jamais au cœur de la politique de solidarité de la France. L'État s'engage à y consacrer 75% de son effort en dons et en prêts. Le président de la République a rappelé cette priorité lors du sommet Afrique-France de Bamako les 13 et 14 janvier. L'AFD accentuera ses investissements sur le continent dans les cinq ans à venir, en portant son activité à 23 milliards d'euros. Parallèlement, la France s'est engagée à former 25.000 militaires africains supplémentaires au cours des prochaines années. Le président a aussi annoncé le lancement d'un fonds d'investissement franco-africain doté de 76 millions d'euros sur 10 ans, le tout premier du genre. La moitié de l'effort en subventions de l'État et les deux-tiers des subventions mises en œuvre par l'AFD bénéficieront à une liste de pays prioritaires, recentrée sur les moins avancés. Haïti et l'Éthiopie font leur entrée dans cette liste. Ces évolutions sont cohérentes avec la politique de développement que nous défendons à l'échelle multilatérale. C'est le cas notamment à travers le 11ème FED. Ce sont 17 milliards d'euros qui financent le développement durable en Afrique subsaharienne. En réponse à la crise migratoire et des réfugiés, l'Union européenne s'est mobilisée pour créer le fonds fiduciaire d'urgence doté de 1,8 milliard d'euros. C'est un combat que la France mène au sein de l'Europe, avec l'Allemagne. Je me suis rendu en Afrique avec mon collègue Franck-Walter Steinmeier, qui vient d'être remplacé par Sigmar Gabriel. Je les ai vus tous les deux la semaine dernière, et nous avons aussi évoqué l'Afrique. Il est vrai que cela m'a frappé, lorsque je suis allé en Afrique avec Frank-Walter Steinmeier, qui était accompagné d'une délégation de journalistes. J'avais lu quelques papiers assez critiques : « qu'est-ce que Steinmeier va faire en Afrique ? Va-t-on encore donner de l'argent à fonds perdus ? », « mais tout cet argent, ce gaspillage ». La pédagogie de la visite a été très intéressante, c'était beaucoup plus positif : on était sur le terrain, avec une volonté d'engagement, à la fois dans la MINUSMA - très fort, concret et, récemment encore, avec des moyens humains - et sur le plan de l'aide au développement. La chancelière allemande, que j'ai entendue au moment du sommet de Varsovie de l'OTAN, du « Quint » en cercle fermé, indiquait que, pour elle, plus que jamais la question sécurité-développement était essentielle. C'est également notre conviction depuis longtemps et elle est désormais partagée. Ce qui a conduit l'Allemagne à inscrire à l'agenda du G20, qu'elle préside, la question de l'Afrique. Une première réunion ministérielle aura lieu les 16 et 17 février à Bonn, nous pourrons discuter avec tout le monde, y compris le nouveau secrétaire d'État Tillerson qui a été nommé hier. Enfin, le CICID nous a permis d'ajuster nos priorités géographiques. Je pense notamment aux Balkans occidentaux et à l'Ukraine, où la situation se dégrade à nouveau, comme vous l'avez constaté, où l'Agence pourra désormais intervenir. Le développement et la stabilité de ces pays est plus que jamais prioritaire pour la France. J'ai dit « l'Afrique prioritaire » mais nous sommes présents également en Asie, en Amérique latine - j'ai évoqué ma visite en Colombie récemment. La troisième grande orientation stratégique, c'est le renforcement de notre action en faveur des pays en crise, en sortie de crise et en situation de fragilité. C'est le sens de la facilité d'atténuation des vulnérabilités et de réponse aux crises, que nous venons de confier à l'AFD et qui sera dotée de 100 millions d'euros par an dès 2017. Il s'agit d'investir dans la prévention des crises par une action en amont sur les fragilités dont elles se nourrissent : chômage et sous-emploi des jeunes, systèmes éducatifs défaillants, absence de services publics, tensions sur les ressources naturelles. En visant les racines du mal, cet instrument contribuera aussi à la lutte contre toutes les formes de radicalisation, notamment au Sahel, sur les rivages du Lac Tchad et au Proche-Orient. Je ne peux pas éviter d'évoquer la Tunisie aussi, cette question de la radicalisation est très liée à la situation économique, des jeunes notamment, il y a une vraie angoisse quant aux perspectives d'emploi Le CICID a aussi rappelé que les politiques de développement et les politiques migratoires doivent être en cohérence. On ne peut ignorer le rôle positif des migrations pour le développement de nos pays partenaires et, inversement, l'effet régulateur du développement sur les migrations. C'est dans cet esprit que l'AFD mettra en œuvre un plan d'action « migrations internationales et développement ». Plus que jamais, l'actualité nous rappelle que cette vision généreuse et réaliste des migrations ne va pas de soi. Cet équilibre sur le plan politique n'est pas si simple à arbitrer. Le CICID est venu clarifier le cadre de la politique de développement de la France et lui a donné une ambition nouvelle. C'est très positif. Le prochain contrat d'objectifs et moyens de l'AFD, dont la négociation vient de s'engager et qui sera signé cette année, aura pour fonction de traduire ces principes en objectifs clairs. Pour finir, je voudrais insister sur un sujet qui me tient à cœur. Vous connaissez mon attachement à la question de l'égalité entre les femmes et les hommes. À quelques semaines de la journée internationale des droits des femmes, je ne vous cache pas que, parmi d'autres préoccupations, les nouvelles qui nous parviennent de Washington nous préoccupent, en particulier sur la question de la santé sexuelle et reproductive, sur laquelle nous sommes engagés. Si les pays développés abandonnent leur action en la matière, c'est tout l'effort d'émancipation - qui demande tellement de travail, de constance, de patience - qui va être fragilisé. Parce qu'il est envisagé de diminuer la contribution américaine de 40% au niveau international sur ces questions, non seulement pour des raisons financières, mais également idéologiques. Il faut résister, il faut convaincre. Je vais demander à parler au nouveau secrétaire d'État tout de suite. On abordera plusieurs sujets mais cela va demander du temps pour y voir clair car il y a aussi des batailles, vous le voyez bien, et l'on ne sait pas si les contrepouvoirs démocratiques suffiront à bloquer des approches excessives, je pense par exemple à la question de l'IVG. Tout cela est sérieux. Donc, je sais que je peux compter sur vous pour ne pas oublier que c'est un de ses huit chantiers prioritaires. Mesdames et Messieurs, Nous arrivons à la fin de ce quinquennat, ce sera le moment des bilans. Je crois que l'on peut être fier d'avoir contribué, les uns et les autres, à ce qui a été engagé depuis 2012, parce que nous avons donné une nouvelle impulsion avec l'adoption de la première loi sur la politique de développement et de solidarité internationale, avec des objectifs très clairs, cohérents, transparents et efficaces. Après le large débat public qui a eu lieu à l'occasion des Assises du développement et de la solidarité internationale, cette loi a constitué une étape, un levier, un des éléments du bilan. Au niveau multilatéral, la France a aussi beaucoup œuvré à la définition du nouvel agenda international du développement durable. On a vu à quel point nous avions été capables de contribuer à l'accord de Paris de la COP21, c'est aussi une grande fierté. La France est le cinquième contributeur mondial à l'aide publique au développement - et encore plus en ce qui concerne l'aide européenne : deuxième ou troisième, avec 20% de l'aide européenne au développement - avec un montant annuel net de 8,1 milliards d'euros en 2015. Après une diminution continue depuis 2010, nous avons réussi à inverser la tendance. Pour atteindre aujourd'hui 0,41% du RNB en 2017. Il y a des progrès à faire, c'est là qu'il faut renforcer notre engagement pour atteindre l'objectif pris au niveau européen de 0,7%. Nous n'y sommes pas, nous allons nous en approcher, il faut absolument continuer. En volume, l'APD française de 2017 dépassera son niveau de 2012 pour atteindre 9,44 milliards d'euros. Voilà, donc pas d'autosatisfaction, vous le voyez. À la fois fierté et lucidité avec conscience des défis à relever. Ils restent nombreux, mais en même temps il est vrai qu'il faut regarder le chemin parcouru et s'appuyer sur ce qui a été fait et ce que vous avez fait, car vous le faites avec engagement, il faut être engagé pour réussir une politique de cette nature, il faut y croire. Donc, je suis heureux que Rémy Rioux dirige cette maison, c'est une nouvelle étape et je vous souhaite vraiment de réussir. Parce que tout ce que vous ferez, même modestement, sera d'abord une satisfaction pour vous et cela vous donnera de la force, mais cela donnera aussi de la crédibilité à ce que nous voulons faire, au niveau de ce que la France représente et de ce qu'elle doit continuer à mener comme combat, même si les temps sont incertains, même s'il y a de l'adversité. Raison de plus pour continuer. Merci et bon courage. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/486.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/486.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d7aa681b576017c40c31d4797382e4f190a775b8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/486.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le mandat se termine mais puisqu'il se termine, c'est qu'il n'est pas terminé. Tout ce que nous pouvons faire ces prochaines semaines, nous devons le faire. Pas parce qu'il faudrait se dépêcher avant que d'autres, ou les mêmes, ou un mélange des deux, ne prennent la suite. Non, ce n'est pas pour le Gouvernement qu'il y a urgence, c'est pour les Français. Et singulièrement ceux visés par nos politiques publiques, les jeunes, les habitants des quartiers prioritaires. Pour eux, nous n'avons cessé d'œuvre durant ces 5 années, mais cela ne suffit pas. Cela ne suffit jamais. Non pas que notre action soit inutile ; des quartiers entiers ont changé de visage, des jeunes nombreux ont retrouvé des perspectives grâce aux emplois d'avenir, à la garantie jeunes ou au service civique. Mais quand une injustice est réparée, notre devoir est de s'attaquer à la suivante. Il y a toujours des quartiers qui souffrent, des jeunes qui se désespèrent. Et donc, il nous faut continuer inlassablement à se servir de la puissance publique, de l'Etat, pour régler les désordres et les injustices. Le premier de ces désordres, c'est le chômage. Il a été la préoccupation constante du Président de la République et de ses Gouvernements. Une attention particulière a été apportée aux jeunes et aux habitants des quartiers prioritaires, et cette attention a porté ses fruits. - Aujourd'hui, il y a moins de jeunes au chômage qu'au début du quinquennat. - Et pour la première fois depuis au moins 10 ans, le nombre des demandeurs d'emploi a diminué dans les QPV. Ces résultats ne sont possibles que par la constance d'une volonté politique et le professionnalisme des agents de l'Etat. Ils restent néanmoins encore fragiles, et je vous demande de continuer à vous mobiliser, pour que les dispositifs qui les ont permis, se développent encore. Je pense en premier lieu à la Garantie jeunes qui a bénéficié à plus de 100 000 jeunes cette année, dont un quart sont en quartier prioritaire. Nous avons prévu les crédits nécessaires pour qu'au moins 150 000 jeunes puissent accéder à la garantie jeunes en 2017. Je vous demande, en lien avec les missions locales et le tissu économique de votre territoire, de faire le nécessaire pour que la Garantie jeunes se déplie effectivement dans ces proportions et que les jeunes des quartiers prioritaires profitent pleinement de cette opportunité. Autre sujet connexe à l'emploi : le pouvoir d'achat et l'amélioration des conditions de vie. Face aux limites du RSA activité et de la prime pour l'emploi, nous avons imaginé et mis en œuvre depuis le 1er janvier 2016, la prime d'activité. Cette prime représente environ 10% de pouvoir d'achat en plus pour des travailleurs gagnant moins de 1500 euros. Cela fait une grosse différence pour les personnes concernées, encore faut-il qu'elles en fassent la demande. La progression observée en 2016 est très positive, mais il reste des centaines de milliers de personnes éligibles qui n'en ont pas fait la demande, particulièrement des jeunes et des habitants des QPV. Je sais que la CNAF fait beaucoup pour populariser cette prime, et je remercie Daniel Lenoir, mais nous devons nous associer à ses efforts. La CNAF n'a pas la responsabilité exclusive du succès de cette mesure. Toujours dans ce domaine, nous avons pris des dispositions importantes dans la loi égalité citoyenneté qui a été promulguée le 27 janvier. Vous devez en être les relais efficaces. Je pense principalement : - à l'accès facilité à la CMU-C pour les jeunes en rupture, - au droit à un entretien global sur les droits à santé 3 fois entre 16 et 23 ans (bilan de santé, entretien de prévention, information sur la couverture santé) ; - et bien sûr à la possibilité de faire financer le permis de conduire par le CPF ; la mobilité est enjeu majeur pour les jeunes, particulièrement les jeunes des quartiers, et particulièrement dans le cadre de leur insertion professionnelle. Troisième enjeu que je souhaitais évoquer avec vous : l'engagement. Cela a été un fil rouge de mon action dans ce ministère : diffuser une véritable culture de l'engagement dans notre pays. La loi égalité citoyenneté vient renforcer et étendre ce que nous avions déjà entrepris. Le service civique reste la clé de voûte de ce projet. Nous l'avons ouvert à de nouveaux viviers, et notamment à tous les bailleurs sociaux. Là aussi, les choix budgétaires ont été faits ; il faut qu'ils se concrétisent : 150 000 jeunes volontaires pourront et donc devront être accueillis cette année. L'Etat doit prendre toute sa part dans cet accueil, comme les collectivités locales du reste. Nous ne pouvons nous reposer sur le seul secteur associatif. Par ailleurs, je crois sincèrement que c'est une opportunité pour les pouvoirs publics que de profiter de cette « force bienveillante » que constituent ces milliers de volontaires. Il existe quantité de missions à imaginer pour améliorer toujours le service au public, et les actions d'intérêt général. Dans cette perspective d'une société de l'engagement, une société qui encourage la citoyenneté, nous avons aussi pris des dispositions législatives pour que les jeunes dès 16 ans puissent administrer une association. Je vous demande que ce droit soit effectif et que les services en charge des greffes soient bien sensibilisés à l'enjeu. La loi égalité citoyenneté ouvre également un congé d'engagement de 6 jours pour tous les bénévoles qui prennent des responsabilités d'administration ou d'encadrement associatif, mais aussi pour les membres des conseils citoyens. Des documents vous seront diffusés prochainement afin d'accompagner et de promouvoir ces mesures. Enfin, vous savez que la loi de finance comporte une disposition importante pour le tissu associatif : le CICE associations. C'est un soutien substantiel à l'emploi associatif à travers un abattement de la taxe sur les salaires, dans une logique comparable à ce que nous avons fait pour les entreprises. Que les associations de vos territoires s'en saisissent pleinement. La dernière fois que nous étions réunis dans un format comparable, en décembre 2015, j'étais venu vous vous demander de vous préoccuper du traitement de fond des phénomènes de radicalisation, après une année terriblement douloureuse, marquée par les attentats de janvier et de novembre. L'année 2016 n'aura malheureusement pas été tellement plus paisible… Il faut être lucide : nous n'en avons pas fini. Je compte donc sur vous pour amplifier la réponse préventive, qui est principalement une réponse éducative, morale. Il faut des adultes, des adultes bienveillants, des adultes formés, des adultes plus nombreux, pour aider les jeunes à se construire sans jamais céder aux sirènes fondamentalistes. Je vous le disais à l'époque, nous devons nous adresser en priorité à la jeunesse. Non que cette jeunesse soit coupable, ni même suspecte, mais tout simplement parce que c'est à cet âge, à l'adolescence, qu'il est temps de donner le cadre et les repères qui leur permettront de venir des individus complets et confiants. De ce point de vue, je remercie une nouvelle fois Daniel Lenoir d'avoir mobiliser le fonds national d'action sociale de la CNAF, au profit des centres sociaux des quartiers prioritaires. Il en parlera certainement aujourd'hui. Pour mener ce traitement de fond contre la radicalisation, la politique de la ville dispose d'un outil privilégié, qui permet la coordination entre les acteurs : les contrats de ville. Nous avons donc décidé d'établir des plans de prévention de la radicalisation à annexer à chaque contrat de ville. Nombre d'entre eux sont d'ores et déjà adoptés, la plupart sont en cours d'élaboration. Certains territoires ont pris du retard ; je tiens à ce qu'ils soient tous adoptés d'ici le 31 mars. Je vous invite à mobiliser l'enveloppe de 3 millions d'euros des crédits du FIPD prévue pour financer ces plans. Parallèlement, nous avons mis en place un dispositif de veille et de contrôle des clubs sportifs et des associations qui connaissent des situations de radicalisation. A ce titre, 113 inspecteurs jeunesse et sports de tout le territoire ont été formés et sont désormais en lien avec les cellules de suivi des préfets. Près de 300 contrôles ont été réalisés. Dans trois cas, des situations de radicalisation avérées ont été identifiées et ont été transmises aux services compétents. Au-delà de ces cas, de nombreuses pratiques traduisent une progression du communautarisme extrêmement préoccupante. Vous connaissez cette réalité mieux que moi. Je vous demande de prendre le sujet à bras-le-corps. Nous avons trop longtemps minimisé le problème ; ce Gouvernement nomme les choses et agit pour y apporter des réponses. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/487.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/487.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e9d81bcd3ab8ea15ee578590bbdc7582468f8aea --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/487.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et messieurs les rectrices et les recteurs, C'est un moment important qui se déroule actuellement, dans toutes vos académies. Nous sommes entrés dans la dernière phase de la préparation de la rentrée 2017. Cette rentrée, vous la préparez au quotidien, et vous avez conscience de ses enjeux : ils sont nombreux. Cette rentrée nécessite, de notre part à toutes et à tous, un engagement sans faille, au service d'une politique partagée, qui a pour objectif les réussites de tous nos élèves. Voilà pourquoi, au moment où se tiennent les CDEN, je tiens à rappeler les priorités politiques que je vous demande de porter. Je veux commencer par le principe qui doit désormais guider toutes les mesures que nous prenons en matière de carte scolaire dans le 1er comme le 2nd degré : la répartition des postes doit prendre en compte, en priorité, la situation sociale et scolaire des écoles et des établissements. Oui, il est indispensable de donner plus, d'offrir un meilleur encadrement et de meilleures conditions d'apprentissage à ceux qui ont moins ; à ceux qui ont, encore plus que les autres, besoin de l'école pour apprendre. Dans le premier degré, le contexte démographique est particulièrement favorable. Il est donc essentiel que tous enseignants, parents, élus de la République puissent bien mesurer l'effectivité de nos priorités. La priorité au primaire n'est pas un vain mot : c'est une réalité qui doit être vécue, au quotidien, dans les établissements de vos académies. Vous devez également renforcer les moyens du remplacement, essentiels pour la continuité du service public et pour la formation continue des enseignants. La rentrée 2017 permettra aussi de doter chacune des écoles de l'éducation prioritaire qui ne le sont pas encore, d'un "maître plus", soit d'un dispositif "plus de maîtres que de classes". Le comité national de suivi présidé par Marie-Danièle Campion en a encore montré tous les bienfaits sur les conditions d'apprentissage des élèves. En parlant de bienfaits, je veux insister sur ceux de la scolarisation des moins de trois ans. Nous devons prolonger nos efforts, dans ce domaine : cela passe, notamment, par le partenariat avec les CAF et les mairies. Relancez-le, renforcez-le, partout où cela est nécessaire. J'attire aussi votre attention sur la question des Rased. Là où les Rased sont incomplets, je vous demande de recréer des postes. En effet, avec le CAPPEI nous rénovons la formation des maîtres spécialisés, grâce en particulier, à l'alternance. Nous venons aussi de créer le nouveau corps des psychologues de l'éducation nationale. Il serait donc peu compréhensible que cela ne s'accompagne pas d'un effort en matière de postes. Enfin, dernière priorité, la conclusion de nouvelles conventions ruralité. Je sais que ce sujet vous occupe beaucoup actuellement. Je vous donne des précisions quant au calendrier : il est souhaitable que les 100 postes mis en réserve pour la rentrée prochaine soient distribués dès le début du mois de mars. Aussi je vous demande de faire remonter à mon cabinet et à la Dgesco les nouvelles signatures de conventions d'ici la fin du mois de février. Dans le second degré, la première des priorités, outre la démographie, est bien sûr la réforme du collège, la poursuite du financement des heures professeurs et de l'autonomie pédagogique. La deuxième priorité est la mise en œuvre du plan 500 nouvelles formations en lycée professionnel, un chantier stratégique pour l'enseignement professionnel et ses enjeux, auxquelles nous devons dédier 1000 postes supplémentaires. Je tiens à saluer le travail effectué avec les conseils régionaux : il a été de qualité, et il a été constructif, tant sur la carte des formations que sur celle plus spécifique des 500 nouvelles formations. Vos remontées sont fidèles aux priorités : la carte des 500 nouvelles formations reflète aussi bien la priorité donnée aux métiers en tension qu'aux métiers et filières en forte évolution et impactées par le numérique. Par ailleurs, la priorité donnée aux formations en lycée professionnel avec 70% de l'offre qui concerne les PLP a été respectée : il était important qu'elle le soit. Il faut maintenant veiller à la bonne correspondance de cette carte avec l'allocation des moyens pour que ces 500 nouvelles formations soient mises en place et dispensées dans les meilleures conditions pour les lycéens à la rentrée prochaine. La troisième priorité dans le secondaire est l'appui aux lycées les plus fragiles, dont ceux relevant aujourd'hui d'un label de l'éducation prioritaire avec les 450 nouveaux postes à répartir comme je l'ai indiqué dans les lycées généraux et technologiques et les lycées professionnels les plus défavorisés. Je remercie en particulier les recteurs des académies d'Aix-Marseille et Versailles, Bernard Beignier et Daniel Filâtre, pour le travail de dialogue et de conviction qu'ils ont su mener à bien. Enfin, je rappelle toute l'attention que j'accorde au travail d'explication et de pédagogie de ces priorités, tant lors du dialogue social que dans vos entretiens avec les élus. Cette rentrée doit aussi être l'occasion de continuer à nous mobiliser pour vaincre le décrochage. Je vois, quand je me rends dans vos académies, à quel point vous vous êtes emparés avec intelligence du plan d'action décrochage. Cela nécessite notamment de savoir faire évoluer nos pratiques pédagogiques, et je vous encourage à poursuivre le déploiement des formations dans ce domaine aussi bien en formation initiale qu'en formation continue. Grâce à ces actions, nous sommes, pour la première fois, passés sous les 100 000 décrocheurs. Nous pouvons encore faire mieux. Comme je vous l'ai dit le 10 janvier, nous pouvons, dès la rentrée 2017, passer sous les 80 000. D'abord, nous avons une marge de progression considérable sur la repréparation à l'examen après un échec au bac ou au CAP. Pour vous donner une idée, seuls 4 élèves sur 10 repassent l'examen du bac en lycée professionnel après un échec en 2016. Ils étaient 3/10 en 2014. C'est un premier progrès, nous devons l'amplifier. Si nous parvenons à accompagner entre 3 et 5 élèves supplémentaires par lycée, toutes filières confondues, cela représente au bas mot 15 000 élèves supplémentaires. Nous devrions également toucher 1 500 élèves supplémentaires dans le cadre du droit au retour en formation d'ici mai 2017. Surtout, nos mesures gagnent en efficacité, année après année : leurs résultats conjugués peuvent être estimés, d'ici à juin 2017, à un nombre d'élèves concernés entre 3000 et 5000, ce qui nous amène in fine à près de 20 000 élèves supplémentaires. Passer le cap des 80 000, nous pouvons donc le faire. Et nous allons le faire. Ne laissons pas retomber la dynamique vertueuse qui s'est initiée. Votre rôle est essentiel : vous avez tous les leviers nécessaires pour agir, et en particulier, celui de la repréparation à l'examen, je tiens à insister sur ce point. La prochaine rentrée universitaire sera, quant à elle, marquée par la première application de la loi du 24 décembre 2016 sur l'accès au cursus de master. C'est une réforme fondamentale. Votre rôle, dans sa réussite, sera déterminant. Vous interviendrez bien sûr, comme le prévoit les textes, comme garant du droit à la poursuite d'études. Mais vous le savez mieux que moi, cela se construit dès maintenant par votre regard sur les capacités d'accueil. Je veux rappeler l'importance de votre interaction avec les établissements pour veiller à ce que les capacités d'accueil soient cohérentes avec les flux actuels tant de M1 que de L3. Veillez à ce qu'aucune approche malthusienne ne s'installe. Je pense, en particulier, à la filière psychologie : aucune réduction forte de la capacité d'accueil ne doit être autorisée sans que le devenir des futurs diplômés de licence ne soit très clairement prévu par les universités concernées. Une période nouvelle s'ouvre : dans la mise en œuvre de cette nouveauté, vous pouvez être assurés de l'écoute de la DGESIP et du cabinet à votre égard, pour répondre à toutes les questions qui pourraient se poser. Bien sûr, cette future rentrée c'est aussi APB. Nous devons séparer la préparation de la prochaine rentrée de ce qui est réclamé par certains, la sélection à l'entrée de l'enseignement supérieur. Nous l'avons dit et redit, notre conviction, c'est la démocratisation exigeante, qui garantit à chaque jeune un parcours de réussite dans l'enseignement supérieur. Ce sont les 2 000 places supplémentaires pour les bacheliers professionnels dans le supérieur ; ce sont les 200 places supplémentaires à l'entrée des écoles d'ingénieur post-bac dès cette rentrée ; ce sont nos efforts pour reconstituer le vivier des candidats issus de la voie technologique sur les IUT ; ce sont enfin les 100 M que nous avons fléchés pour l'accompagnement de cette démocratisation. Tels sont donc les principaux points sur lesquels je vous demande d'être particulièrement vigilants, dans les mois qui viennent. Mais la rentrée est chargée, et l'ordre du jour d'aujourd'hui le montre. Nous avons besoin, cette année encore, de votre mobilisation sur les enjeux de sécurité et de prévention de la radicalisation ; il y a aussi les enjeux liés aux RH, et à la mise en œuvre du PPCR ; il y a l'accompagnement des migrants, les enjeux d'évolution des systèmes d'information, les évolutions aussi de l'enseignement adapté et spécialisé ; il y a, enfin, l'importance de la question de la féminisation de l'encadrement. Sur toutes ces questions, les rectrices et les recteurs jouent un rôle crucial. Oui, au cœur de tout cela, il y a votre travail, et je tiens à vous dire que je suis consciente de l'ampleur de ce que vous accomplissez. Oui, c'est une grande responsabilité que d'être rectrice, ou recteur, et vous l'assumez pleinement. Et c'est parce que vous êtes des acteurs clés de notre système éducatif, qu'il m'a paru important de réfléchir aux enjeux d'accompagnement et de formation des futures rectrices et des futurs recteurs. C'est pour cette raison que j'ai demandé à Madame Françoise Moulin-Civil, une mission sur ce sujet, mission à laquelle est associée la conférence des recteurs. Mesdames et messieurs, je n'ignore rien de votre engagement et de votre travail, et je les salue. Je sais aussi que des échéances électorales approchent : mais je sais surtout, qu'au-delà de ces échéances, en dépit d'elles, nous sommes, toutes et tous, engagés. Engagés au service d'une politique qui est lucide : une politique qui voit que l'École de la République, loin des clichés déclinistes, fait réussir la grande majorité de ses élèves, mais qu'elle peine, encore, à réduire les inégalités. De cette lutte contre les inégalités, nous avons fait un enjeu essentiel, et nous l'aurons porté jusqu'au bout. Alors, je vais vous dire une chose. La rentrée 2017 sera une réussite : nous nous en sommes donné les moyens, et nous y travaillons, toutes et tous, au quotidien. Cette réussite ne nous sera peut-être pas attribuée. Le temps de l'École, nous le savons bien, est un temps long, qui ne correspond pas au temps court des échéances électorales. Mais nous saurons, nous, ce qu'il en est. L'École sortira renforcée de ce quinquennat : renforcée à la fois dans ses moyens, dans sa mission d'enseignement, et dans sa prise en compte des inégalités. Et c'est, dans une telle action, un vrai plaisir, et un honneur, que de vous voir, engagés, à mes côtés, dans les mois qui viennent, jusqu'au bout, pour faire, de cette rentrée 2017, une rentrée à la hauteur des enjeux qui sont les nôtres, qui sont ceux de notre pays, qui sont ceux de la République. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/488.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/488.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7c0b684cc05fdedfe996640a0d43b6d9f1234fd5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/488.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Monsieur le Rapporteur, Mesdames et Messieurs les Député(e)s, Vous comprendrez aisément que je commence mon intervention en saluant une nouvelle fois le courage, le jugement et la détermination des militaires du 1er régiment de chasseurs parachutistes de Pamiers, déployés dans le cadre de l'opération Sentinelle. Ils ont fait face avec sang-froid et professionnalisme à l'agression terroriste dont ils étaient la cible vendredi dernier au Carrousel du Louvre. Je veux leur rendre hommage et les féliciter, comme j'ai eu l'occasion de le faire, le jour même, avec Jean-Yves LE DRIAN et Audrey AZOULAY, pour leur réactivité et leur parfaite maîtrise de la situation. Je veux également souligner le sang-froid et la parfaite maîtrise là aussi, des personnes qui étaient présentes sur les lieux, dans ce cœur battant de la France touristique et culturelle, que représente le musée du Louvre, cette foule de parisiennes, de parisiens et de touristes venus du monde entier. « La menace est là, elle demeure » : le Président de la République l'a rappelé. Elle se situe à un niveau qui est élevé. Particulièrement et durablement élevé j'ai eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises. La permanence de cette menace mobilise pleinement nos forces de sécurité vous le savez. Mais celles-ci restent également pleinement mobilisées pour assurer leurs missions de sécurité publique, de lutte contre le crime et la grande criminalité, les réseaux et les trafiquants. Elles restent pleinement mobilisées pour contribuer à la gestion de la crise migratoire que connaît l'Europe. Nos forces de sécurité restent également pleinement mobilisées pour veiller à la sécurité quotidienne et à la tranquillité de nos concitoyens. Je souhaite, Mesdames et Messieurs les Députés, que nous puissions tous ensemble, sur l'ensemble de ces bancs, en remercier chaque fonctionnaire de police, chaque gendarme. Ils sont et les uns et les autres en toute première ligne pour garantir la paix publique ! Ils remplissent leurs missions dans des situations difficiles et souvent éprouvantes. Ils le font au risque de leur vie ne l'oublions pas ! L'attentat de vendredi dernier, le prouve une fois de plus : porter un uniforme fait de vous une cible. L'année dernière, 26 policiers et gendarmes ont perdu la vie en service, tandis que plus de 16 000 ont été blessés. A cet instant, je pense notamment aux fonctionnaires de police gravement blessés à Viry-Chatillon, je pense à Jean-Baptiste SALVAING, à Jessica SCHNEIDER et au major de gendarmerie Christian RUSIG. Je veux aussi revenir brièvement sur ce qu'il s'est passé à Aulnay-sous-Bois. La Justice est saisie. Il lui revient désormais d'établir très clairement et sans aucune ambiguïté les conditions de cette interpellation. J'ai pour ma part pris immédiatement les mesures administratives nécessaires. Je veux simplement ici rappeler avec la plus grande solennité le devoir d'exemplarité qui doit guider l'action des forces de sécurité, même et surtout lorsque la force et la contrainte légitimes doivent être employées. C'est dans le rapport respectueux entre la population et les forces de l'ordre que notre pacte Républicain puise sa force. J'aurais l'occasion d'y revenir. J'en viens Mesdames et Messieurs les députés, au texte qui nous occupe aujourd'hui et qui se veut précisément une des réponses aux difficultés d'exercice du métier de policier, de gendarme et plus généralement de dépositaire de l'autorité publique. Répondre à ces difficultés, et conforter nos forces de sécurité, c'est aussi leur donner plus de sérénité et favoriser par là même un exercice plus apaisé des missions. Je dois le dire : je suis très heureux et très fier de défendre ce projet de loi devant vous. C'est un des derniers textes importants de cette mandature et il porte sur la sécurité publique. Je veux y voir, le signe d'une mandature pleinement déterminée à faire des enjeux de la sécurité intérieure un des socles du pacte républicain qui nous unit tous au sein de cet hémicycle et au-delà. Entre 2012 et 2016, vous aurez voté quatre lois, quatre lois sur le renforcement de la lutte antiterroriste et contre la criminalité organisée, ainsi que sur le renseignement. Chacun de ces textes a été adopté à une large majorité, à l'issue d'échanges constructifs. Il y a là, à n'en pas douter, le signe d'une maturité démocratique concernant les enjeux de la sécurité publique. Cette maturité démocratique peut nous permettre de dessiner les contours d'un consensus républicain autour de cette nécessité centrale pour la cohésion de la Nation, qu'est la sécurité de nos compatriotes je vous invite à y contribuer. J'y reviendrais si vous le permettez à la fin de mon intervention. Avant de présenter les principales dispositions du texte qui nous occupe aujourd'hui et qui s'inscrit pleinement vous l'aurez compris dans la continuité des lois précédemment votées, je veux remercier le président de la commission des lois, Dominique RAIMBOURG, pour le travail remarquable qui a été fait et si vous me permettez au-delà de ce texte, pour l'ensemble du travail qui a été conduit sous sa présidence au cours de cette mandature. Je veux également remercier Yves GOASDOUE, le rapporteur et l'ensemble des membres de la commission des lois, tout particulièrement Pascal POPELIN pour leurs apports constructifs. Je veux enfin souligner l'esprit républicain qui a prévalu lors de l'examen du projet de loi au Sénat et qui a conduit à l'adoption d'un texte qui est resté équilibré, malgré certaines modifications introduites que le gouvernement n'a pas souhaité soutenir. Je l'ai dit, le texte qui est soumis à votre examen se veut une réponse à la demande légitime de protection exprimée par les fonctionnaires de police. Il constitue le volet législatif d'un plan pour la sécurité publique décidé à l'automne dernier par le gouvernement et qui a permis de déployer 250 millions d'euros pour remplacer et moderniser les équipements de protection, les armes et les véhicules mis à la disposition des fonctionnaires de police et des gendarmes. D'autres mesures vont être prises à la lumière de la concertation qui a été conduite pendant plusieurs semaines et dont les conclusions seront prochainement présentées. Dans le texte initial du gouvernement, trois dispositions principales étaient introduites pour augmenter le niveau de protection des forces de l'ordre : - Création d'un cadre juridique stabilisé et modernisé d'usage des armes, commun aux policiers, aux gendarmes mais aussi aux douaniers et aux militaires déployés dans le cadre de réquisitions - ceux en particulier mobilisés dans l'opération Sentinelle, à qui j'ai rendu hommage au début de mon intervention. - Protection de l'identité des policiers et des gendarmes dès lors que la révélation de leur identité constitue un danger pour eux-mêmes ou pour leur famille. Nous parvenons je crois à un dispositif conciliant protection, respect des droits de la défense et souci de simplicité de la procédure. - Augmentation des peines encourues en cas d'outrage à toute personne dépositaire de l'autorité publique. Des dispositions complémentaires concernant les peines encourues pour les faits de rébellion et de refus d'obtempérer ont été introduites par le Sénat. Rejoignant l'objectif de protection et de respect des forces de l'ordre poursuivi par le gouvernement, je les ai accueillies favorablement. Des amendements sont proposés pour adapter les pénalités encourues pour d'autres infractions portant atteinte aux dépositaires de l'autorité publique mais également aux sapeurs-pompiers, eux aussi trop régulièrement victimes dans l'exercice de leurs missions. J'en ai pris connaissance avec attention et certains d'entre eux me semblent équilibrés et pertinents. Je m'arrête un instant sur le cadre commun d'usage des armes, tel que prévu à l'article 1. Pour dire trois choses en écho à certaines critiques formulées : Premier élément : ce cadre nouveau d'usage des armes ne substitue pas au cadre général de la légitime défense, Deuxième précision : il est régi par les principes d'absolue nécessité et de stricte proportionnalité. Il décrit d'ailleurs précisément les situations dans lesquelles les forces de sécurité peuvent faire usage de leur arme. Troisième élément : il présente toutes les garanties des jurisprudences de la Cour européenne des Droits de l'Homme et de la Cour de Cassation, notamment celles qui sont relatives aux conditions d'absolue nécessité et de proportionnalité, que je viens d'évoquer. Avec ce texte, dont la qualité a été soulignée par le Conseil d'Etat, nous avons eu le souhait de parvenir à un point d'équilibre. Les rédactions des 3° et 4° de l'article 1er ont suscité des interrogations conduisant à l'adoption d'une nouvelle formulation qui me semble lever celles-ci. Enfin, le Sénat a souhaité étendre aux polices municipales les cadres d'usage des armes prévus au 1° et 5° de l'article 1er. Si je m'en suis remis à la sagesse de la haute assemblée sur le 1°, j'ai fait part de mon profond désaccord sur le 5°. Nous devons être très vigilants pour ne pas glisser vers la confusion des missions, cette vigilance n'excluant nullement, et le gouvernement l'a montré, une attention particulière quant au cadre d'exercice des policiers municipaux. Je n'oublie ni Clarissa Jean-Philippe, ni Aurélie Fouquet. Mais nous y reviendrons au cours du débat, comme nous reviendrons sur la disposition que souhaite introduire M. Georges FENECH, qui permettrait aux policiers et aux gendarmes porteurs de leur arme hors service de pouvoir pénétrer dans un établissement privé accueillant du public sans que l'exploitant ne puisse s'y opposer. Je comprends le souhait que vous exprimez, Monsieur le Député. Il me paraît néanmoins délicat à concrétiser pour des raisons que j'aurai toute à l'heure l'occasion de développer. Je voudrais également, Mesdames et Messieurs les députés, aborder les autres dispositions du texte. Le projet de loi entend compléter des dispositions de la loi Savary du 22 mars 2016, relative à la lutte contre les incivilités, contre les atteintes à la sécurité publique et contre les actes terroristes dans les transports collectifs de voyageurs. Il se propose de tirer les conséquences des enquêtes administratives concernant des salariés occupant des emplois en lien direct avec la sécurité des personnes au sein de certaines entreprises de transport. Le Sénat a introduit des garanties supplémentaires. Je comprends parfaitement les interrogations que vous avez eues sur le caractère obligatoire ou facultatif du licenciement du salarié occupant un emploi pour lequel un avis d'incompatibilité aura été émis. Je les ai eues également. Le Conseil d'Etat a considéré qu'en raison de considérations de sécurité publique, le licenciement devait être automatique. Si le gouvernement n'a pas fait ce choix dans le projet de loi, c'est pour laisser ce débat prospérer au Parlement. La commission des lois a fait ce choix et le gouvernement n'entend nullement revenir dessus. Si le développement des enquêtes administratives tel qu'il est mis en place au travers de la loi du 22 mars 2016 est pertinent, je veux néanmoins mettre en garde contre la tentation d'un développement trop large de ces enquêtes, qui n'ont de véritable pertinence que pour certaines professions présentant un risque particulier et qu'à la condition que leur volume contenu permette de préserver leur qualité. C'est ce même souci d'efficacité qui me conduit à vous inviter à la plus grande prudence dans la volonté d'élargissement du partage de l'information en matière de prévention de la radicalisation et de lutte contre le terrorisme. Si les sénateurs ont introduit des possibilités bienvenues de partage encadré de l'information entre autorités judiciaires et autorités administratives, ils ont rejeté un amendement relatif à la transmission des fiches S aux maires. Ces fiches résultent d'une activité de renseignement et celle-ci doit rester une prérogative exclusive de l'Etat, comme le prévoit d'ailleurs la loi sur le renseignement du 24 juillet 2015. L'activité de renseignement se nourrit d'informations confidentielles venant notamment de services étrangers. Toute action tendant à laisser penser que le résultat de ces échanges n'est pas hermétique nuirait gravement à la collaboration entre services. Le travail de renseignement ne peut s'inscrire que dans un impératif de confidentialité qui conduit à limiter le partage d'information aux strictes nécessités. Vouloir partager le renseignement c'est remettre en cause l'activité de renseignement en prenant le risque de dévoiler à ceux qui sont surveillés qu'ils le sont effectivement. Pour ces raisons essentielles, il ne me paraît pas opportun de partager ces informations avec les collectivités locales. Les élus locaux sont associés aux dispositifs de prise en charge et de prévention de la radicalisation conformément à plusieurs circulaires récentes sur ce sujet et c'est là une bonne chose. Ils peuvent l'être encore davantage, mais ne mélangeons pas les responsabilités des uns et des autres. Ne créons pas des zones de confusion. Ne bridons pas l'action de nos services de renseignement. Par ailleurs, le texte prévoit d'ouvrir, de manière strictement encadrée, la possibilité d'un armement des agents de sécurité privée exerçant des activités de protection des personnes, lorsque celles-ci sont exposées à des risques exceptionnels d'atteinte à leur vie ou à leur intégrité physique. Quelques mots sur les dispositions introduites au Sénat créant une filière spécifique de surveillance armée. Le gouvernement ne s'y est pas opposé s'agissant de dispositions : - s'appuyant sur un principe préexistant mal encadré - fixant un cadre très strict d'exercice de cette activité sous le contrôle de l'autorité administrative - n'induisant pas de confusion des missions des uns et des autres. Des amendements sont déposés pour encore mieux encadrer l'activité de sécurité privée. Ils recevront le soutien du gouvernement. Plusieurs dispositions du projet de loi concernaient également la lutte contre le terrorisme pour compléter ou préciser certaines dispositions. Elles ont été enrichies et pour aller au bout de cette logique le gouvernement vous proposera un amendement visant à ratifier l'ordonnance du 1er décembre 2016 renforçant la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Le président Raimbourg, dans le prolongement des travaux qu'il a conduits sur la mise en œuvre de l'état d'urgence propose un ajustement de certaines dispositions de la loi de 1955. J'en salue dès à présent la pertinence. Le projet de loi contient également deux articles qui concernent plus particulièrement le ministère de la Justice, et un article relevant du ministère de la Défense. Concernant la Justice, le texte prévoit donc tout d'abord d'étendre les prérogatives de certains agents de l'administration pénitentiaire, afin de leur permettre d'exercer des missions de contrôle et de surveillance autour des établissements pénitentiaires. Cette mesure doit permettre de mieux lutter contre l'introduction illicite d'objets dans les prisons. Il y a dans cette disposition une logique d'efficacité et de complémentarité avec l'action des services de police et de gendarmerie dans la lutte contre ces actes de délinquance. Par ailleurs, nous proposons d'élargir, à titre expérimental et pour trois ans, les missions de la protection judiciaire de la jeunesse, afin de lui permettre d'intervenir dans la prise en charge, au titre de l'assistance éducative, de certains mineurs, notamment ceux qui reviennent d'Irak ou de Syrie. Le garde des sceaux aura bien sûr l'occasion de revenir sur ses dispositions. Enfin, comme je l'ai dit, un article concerne le ministère de la Défense, portant sur le service militaire volontaire et visant à créer un statut spécifique combinant celui de militaire et celui de stagiaire de la formation professionnelle. Vos inquiétudes s'agissant de l'appellation de ce nouveau dispositif ont bien été entendues et le gouvernement veillera à la préservation de l'existant. Pour conclure, je voudrais rapidement revenir sur ce que j'ai esquissé au début de mon intervention. Je le dis sans naïveté - je connais les emballements politiques ! Je connais la facilité qu'il y a à utiliser les questions de sécurité pour se démarquer, pour cliver, et espérer grappiller des voix - mais je le dis, ici, ce soir, dans cet hémicycle, avec une certaine gravité et d'une manière un peu solennelle : je crois que nous pouvons dans notre pays bâtir un consensus républicain autour de l'enjeu de la sécurité intérieure et sanctuariser ce que j'appelle « le socle de sécurité » nécessaire à notre pays dans les temps présents et pour les années qui viennent. Je ne veux pas nier les différences d'approches qui existent entre nous et en particulier dans le type de réponse pénale qu'il s'agit d'apporter à certains faits mais je crois - et je le redis ce quinquennat l'illustre d'une certaine manière, au-delà du brouhaha médiatique je crois que nous pouvons définir ensemble ce « socle de sécurité » nécessaire à notre pays, qui doit faire face à une menace durable, je le rappelle, et une exigence de sécurité légitimement demandée par nos concitoyens. Sur le niveau des effectifs, sur les doctrines d'emploi, sur la nécessité d'un effort budgétaire soutenu pour rehausser le niveau des matériels et de fonctionnement des services, sur la stabilisation des structures du renseignement j'y insiste- sur tous ces sujets et sur d'autres que je pourrais évoquer, nous devons pouvoir dégager un cadre commun et républicain. Ce consensus républicain serait à même, en lui-même, de conforter le travail des policiers et des gendarmes de France, comme ce texte se propose de le faire, comme je me propose de le faire, dans les semaines qui viennent. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/489.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/489.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5581fa8cdcd0ff2c58f4d01a1a32b76926ac90b0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/489.txt @@ -0,0 +1 @@ +Notre société, vous le savez, fait face à un défi immense : celui de la radicalisation. La radicalisation est un phénomène complexe, qui se réalise de bien des façons, et qui touche des domaines divers, comme le montre la définition qu'en propose Farhad Khosrokhavar, je le cite : "Par radicalisation, on désigne le processus par lequel un individu ou un groupe adopte une forme violente d'action, directement liée à une idéologie extrémiste à contenu politique, social ou religieux, qui conteste l'ordre établi." Là où la société rassemble, là où la République unit, la radicalisation divise, oppose, fragmente. Cette radicalisation s'opère de bien des manières, et nous savons, aujourd'hui, la part importante que joue la propagande, sur internet, par le biais des réseaux sociaux et des vidéos. La radicalisation conduit des jeunes et des moins jeunes à nourrir, à l'égard de la République, à l'égard de la France, une haine, un refus, qui, eux, n'ont rien de virtuel. Ils sont bien réels, tout comme le sont les morts qu'engendre la radicalisation religieuse de ceux qui se réclament de l'islamisme radical et nous devons y faire face. Devant un tel phénomène, devant sa complexité et la multiplicité des formes qu'il revêt, nous avons une responsabilité : ne pas lui opposer de réponses simplistes, mais porter un regard complexe, cohérent, qui allie et réunit les forces de tous les acteurs concernés par ce sujet. Il y a, dans ce domaine, une véritable urgence. Une urgence que nous avons toutes et tous ressentie avec une intensité particulière, au lendemain des attentats de janvier 2015. Depuis que notre pays fait face à une menace terroriste sans précédent, la recherche française s'est mobilisée en livrant des analyses variées et solides sur les différentes formes de radicalisation. Mais cette recherche, extrêmement importante, rencontrait un problème. Un problème particulièrement bien mis en évidence dans le rapport, rendu l'année dernière, en mars 2016, par l'Alliance Athéna. Je tiens à saluer son auteur, Alain Fuchs, qui aura l'occasion de vous le présenter plus en détail tout à l'heure. Votre rapport nous rappelait un point important : l'écart trop souvent constaté entre la recherche et l'action publique. Nous avons, d'un côté, des chercheurs remarquables et votre rapport souligne avec raison l'excellence des sciences humaines et sociales en France et, de l'autre, des décideurs politiques : mais les uns et les autres se connaissent, finalement, assez peu. Les efforts des uns ne viennent pas nourrir suffisamment ceux des autres. Voilà pourquoi nous devons assurer ce qui est à la fois si délicat et, en même temps, si essentiel : le transfert des connaissances, du monde de la recherche vers celui de la politique. Oui, nous avons besoin que la politique soit innervée par les connaissances scientifiques qui sont produites, au quotidien, par nos chercheurs. Et en même temps, les axes de recherches, les problématiques, gagnent, eux aussi, à se nourrir d'une meilleure compréhension des enjeux qui sont ceux des femmes et des hommes politiques, qui sont ceux d'une politique publique d'envergure. Aujourd'hui est donc un jour important. Un jour où nous mettons en œuvre les préconisations de ce rapport, pour faciliter le transfert des résultats des recherches en sciences humaines et sociales vers les décideurs publics. Un jour où nous installons un conseil scientifique dédié, ce conseil scientifique qui nous rassemble dans cette salle du ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. Mesdames et messieurs, la co-construction des politiques publiques, est une entreprise exigeante. Ce conseil scientifique constitue moins une fin en soi, qu'une première étape : il nous offre les conditions nécessaires pour faire du transfert de la recherche vers les politiques publiques, une réalité. Oui, nous avons besoin d'échanger les uns avec les autres. Oui, nous avons besoin d'une approche cohérente, nourrie de vos apports réciproques, et je tiens à insister sur cette réciprocité : c'est bien un enrichissement mutuel qui doit s'opérer au sein de cette instance. C'est la raison pour laquelle l'ancien Premier ministre a décidé de la création de ce conseil scientifique, qui est d'ailleurs rattaché aux services du Premier ministre. Vos expériences, vos expertises, doivent nous permettre d'avancer ensemble. Et cette réciprocité est encore marquée par la composition même de ce conseil : nous avons voulu qu'il soit composé de douze scientifiques, dont le président de l'alliance Athéna, aux côtés de six élus et de six représentants d'administrations. La création de ce conseil scientifique s'inscrit dans la politique que mène mon ministère dans le cadre du Plan gouvernemental d'action contre la radicalisation et le terrorisme (PART), initié au lendemain des attentats de janvier 2015. Cette politique repose sur cinq axes complémentaires : la prévention, le repérage et le signalement, le suivi des jeunes en voie de radicalisation scolarisés, la formation et la recherche. La création de ce Conseil répond donc au cinquième axe de notre action. Il se réunira en assemblée plénière une fois par trimestre, en lien avec l'INHESJ Institut national des hautes études sur la sécurité et la justice et je vous remercie d'avoir accepté d'en faire partie. Mais si nous nous concentrons sur la France, nous n'ignorons pas la dimension internationale. Nous avons, au niveau européen, orienté les financements de la recherche vers ces thématiques, en favorisant la constitution de réseaux de chercheurs européens : je pense notamment à l'engagement français dans le consortium européen Radicalisation Awareness Network. Les chercheurs ici présents, permettront à ce conseil scientifique de bénéficier des apports des réseaux européens de recherche en sciences humaines et sociales. Nous avons aussi demandé, en partenariat avec l'Allemagne, un appel à projets dédiés, dans la programmation européenne H2020, demande qui a obtenu une réponse favorable. Vous le voyez, nous avons déjà de nombreuses ressources, mais nous avons aussi un important travail devant nous, pour articuler au mieux les différents acteurs concernés par ce sujet. Pour, encore, renforcer, par exemple, les liens entre Athéna et l'INHESJ, pour recueillir les besoins des administrations, pour développer la connaissance réciproque et la culture partagée entre les administrations et les chercheurs. Devant cette tâche, je veux, ici, vous assurer du soutien sans faille de mon ministère, et de mon engagement, à vos côtés. Nous avons encouragé, revivifié et revalorisé rapidement l'enseignement et la recherche en islamologie, mais aussi dans toutes les sciences humaines qui étudient le fait religieux. Nous favorisons les recherches nouvelles avec des bourses et des recherches-actions, avec les appels à projets ANR et CNRS, avec la structuration de la recherche SHS dédiée à la radicalisation, avec la création de dix postes disciplines rares, six en islamologie, et quatre sur la radicalisation. La création de ces postes universitaires caractérisés "disciplines rares" nous ont permis de structurer le paysage de la recherche publique dans ce domaine, avec la volonté de conforter les pôles d'excellence, et d'établir une synergie extrêmement forte sur ce sujet. Parce que oui, il y a des manques à combler. Ce sont des enseignements qui font défaut, pour former les acteurs associatifs, nos agents publics, ou encore les personnels religieux. Il y a un manque, mais aussi une demande : car toutes celles et tous ceux que je viens de citer sont aussi demandeurs d'une diversification des formations, pour, en particulier, avoir une meilleure compréhension des phénomènes de radicalisation. La compréhension de ces processus, est la condition nécessaire si nous voulons pouvoir agir efficacement contre eux. Et je tiens, à cet égard, à souligner que ce sujet fait aussi l'objet d'une mobilisation interministérielle exemplaire, qui est absolument nécessaire, sur un sujet aussi grave. Le défi, mesdames et messieurs, est donc immense : mais nous ne sommes pas seuls pour y faire face. Plus nous serons capables de nous mobiliser, ensemble, en profitant des apports de chacun, plus notre réponse sera adaptée, et donc efficace. Dans un monde où trop souvent l'on croit pouvoir faire l'économie de la pensée, de la profondeur et de la rigueur de la réflexion ; dans un monde où les critiques s'abattent sans cesse sur les institutions, qu'elles soient politiques ou scientifiques, au nom d'un antisystème que certains brandissent comme un remède miracle ; dans ce monde, dans cette époque, je crois, moi, à la force de nos institutions, à leur importance et à leur valeur. Je crois, à la noblesse de l'action publique, et à la nécessité de la recherche, en sciences humaines comme dans d'autres domaines. C'est donc avec la conscience des responsabilités qui sont les nôtres, que j'ouvre aujourd'hui ce premier conseil scientifique sur les processus de radicalisation : à la tentation du recours à la violence au nom de communautés ou d'idéologies fantasmées, il oppose la réalité de ce qui nous rassemble, de ce qui nous unit, pour la défense de la République, de nos valeurs, et de nos convictions profondes. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/490.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/490.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..dcbed6a7eff3072c8e6ee8c8a770875901c98623 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/490.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. Bernard Cazeneuve, Premier ministre, a reçu jeudi 9 février à l'Hôtel de Matignon M. Julian King, Commissaire européen chargé de l'Union de la sécurité, pour échanger sur les questions de sécurité en Europe. Ils ont insisté sur l'urgence d'une mise en œuvre rapide des avancées récentes renforçant la sécurité des citoyens européens : - La réforme du Code Frontières Schengen, qui permet le contrôle de toutes les personnes, y compris les ressortissants de l'Union européenne, entrant et sortant de l'espace Schengen avec consultation des fichiers de sécurité ; - La directive relative à la lutte contre le terrorisme visant à l'harmonisation au plan européen des incriminations pénales des personnes partant ou revenant des zones de combat en Syrie et en Irak ; - L'accord concernant la directive révisée sur les armes à feu, qui permet de renforcer la lutte contre le trafic des armes à feu en interdisant les plus dangereuses et en encadrant strictement l'utilisation et la circulation des autres. Le Premier ministre a remercié la Commission européenne pour ses nouvelles propositions permettant, dans le prolongement des mesures déjà adoptées, de renforcer encore les contrôles aux frontières extérieures de l'Union. Ces mesures concernent notamment la réforme du Système d'information Schengen ainsi que la mise en place d'un système d'ESTA européen (ETIAS) qui permettra d'effectuer les contrôles nécessaires sur les voyageurs de pays tiers dispensés de visa en amont de leur arrivée sur le territoire européen. S'agissant du système d'enregistrement des entrées et des sorties aux frontières extérieures de l'UE, le Premier ministre a rappelé la demande de la France d'un enregistrement des passages de toutes les personnes aux frontières extérieures, y compris les citoyens européens, dans des conditions assurant le plein respect des données personnelles. Le Commissaire européen a confirmé que l'examen de cette demande était en cours dans le cadre du groupe d'experts compétent. Ce groupe travaille également à des propositions permettant de renforcer l'interopérabilité des fichiers à travers une utilisation renforcée de la biométrie et une interface de recherche commune. Le Premier ministre et le Commissaire européen ont également rappelé la nécessité de prendre des mesures européennes afin de permettre, dans le cadre des enquêtes, l'accès des autorités judiciaires aux données cryptées. Concernant les risques de cyber-attaques, ils sont convenus de renforcer le travail au plan européen pour lutter contre la cybercriminalité et rehausser encore la résistance des infrastructures. Enfin, le Premier ministre et le Commissaire européen ont rappelé l'importance de renforcer la lutte contre la radicalisation, y compris sur Internet, et de traiter en particulier le sujet du retour des femmes et des enfants des zones de combat. Bernard Cazeneuve et Julian King rappellent la détermination totale du Gouvernement français et de la Commission européenne à renforcer encore la sécurité de nos concitoyens, dans le contexte actuel de menace terroriste. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/491.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/491.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d08b70144dc2589d349236fb13f413562af934ab --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/491.txt @@ -0,0 +1 @@ +FABIEN NAMIAS Bonjour Bruno LE ROUX. BRUNO LE ROUX Bonjour Fabien NAMIAS. FABIEN NAMIAS Le rapport de la police des polices dont le contenu a été dévoilé hier mais qui date de ce week-end évoque le caractère non intentionnel, je cite, du viol de Théo à Aulnay. Conclusion contestée par son avocat Me DUPOND-MORETTI. Pour vous, monsieur le Ministre de l'Intérieur, ne s'agit-il que d'un accident ? BRUNO LE ROUX Non, je ne sais pas s'il s'agit d'un accident. Je sais qu'il y a des conséquences graves, des conséquences graves pour un jeune homme. C'est à la justice de dire ce qui s'est passé, de qualifier les faits et éventuellement d'avoir les sanctions qui sont les sanctions appropriées. Tout mon travail a été de fournir à la justice les éléments et de faire en sorte qu'il puisse y avoir des mesures conservatoires en attendant. Les mesures conservatoires, je les ai pris dès le week-end dernier en suspendant les policiers au regard de faits qui me semblaient particulièrement graves et qui devaient être transmis à la justice et ne pas rester du domaine de l'inspection générale de la police nationale qui avait, bien entendu, été saisie dès qu'elle avait eu connaissance des faits. FABIEN NAMIAS D'ailleurs la juge d'instruction n'a pas pour l'instant suivi les conclusions du rapport de l'IGPN puisqu'elle retient la qualification de viol. D'après vos informations, est-ce qu'il y a bien eu un viol ? BRUNO LE ROUX Mais il n'y a pas à avoir de caractérisation avec mes informations. La justice est saisie et moi je ne veux pas me livrer aux commentaires de ceux qui ne savent pas et qui pensent que l'on peut qualifier de telle ou telle autre façon. Ma responsabilité, c'est de faire preuve de sang-froid dans ce moment et de dire qu'il n'y a pas de possibilité d'intervention de la police avec des actes qui en découlent qui aient autant de conséquences sur la vie personnelle d'un jeune. C'est à lui que je pense à ce moment. Mais mon travail, c'est aussi de ne pas faire d'amalgame et de ne pas considérer que ce qui relève de cette intervention serait aujourd'hui le lot commun de toutes les interventions. De la même façon qu'à Viry-Châtillon, parce que je me préoccupe aussi tous les matins de toutes les affaires qui sont en cours. Celle-ci est d'une gravité exceptionnelle mais quand des policiers ont été brûlés dans leur voiture à Viry-Châtillon, je me préoccupe comme Bernard CAZENEUVE l'a fait tous les matins de savoir où en est l'enquête. Je ne fais pas l'amalgame entre les jeunes que nous arrêtons en ce moment et qui ont fait cela et ce qu'il y a dans les quartiers. Ma responsabilité, monsieur NAMIAS, ce n'est pas de qualifier les faits mais c'est de donner à la justice tous les éléments pour qu'elle puisse faire son travail. FABIEN NAMIAS Bruno LE ROUX, on va rester sur cette affaire d'Aulnay. Votre collègue du gouvernement Juliette MEADEL, qui était dans ce studio il y a 48 heures, évoque clairement le racisme lié à cette intervention. Est-ce qu'aujourd'hui d'abord vous voyez du racisme dans ce qui s'est passé et est-ce que c'est un problème qui existe dans la police ? BRUNO LE ROUX On me dit qu'il y a des propos qui ont été tenus, qui ont peut-être même été justifiés hier de façon absolument incroyable par un syndicaliste policier… FABIEN NAMIAS Pour que ce soit parfaitement clair pour nos auditeurs, vous faites allusion au terme de « bamboula » qui aurait été utilisé pendant l'intervention et effectivement le syndicaliste policier Luc POIGNANT a dit que ce terme « bamboula » était « à peu près convenable ». Ça, c'est admissible ? BRUNO LE ROUX C'est un propos absolument inadmissible. C'est ce dont je viens de vous parler et je n'autoriserai absolument aucune forme, aucune forme de racisme. De la même façon, je ne veux que le respect dans les interventions et le respect doit être des deux côtés. Du côté des policiers parce que c'est l'uniforme qu'il porte, c'est la République qui est en eux qui condamne tout propos discriminatoire, tout propos raciste. De l'autre côté, j'appelle bien entendu au respect de l'uniforme et au respect de ceux qui incarnent l'autorité. Il ne peut pas y avoir le moindre outrage qui soit commis à leur égard. Là encore, c'est une position d'équilibre que je veux avoir de ne rien laisser passer de quel côté que ce soit. FABIEN NAMIAS Pour lutter contre les possibilités et les dérives racistes qu'il y a dans les interventions, nombreux sont ceux de votre famille politique qui demandent l'instauration d'un récépissé qui permette de vérifier la nature des contrôles d'identité et d'éviter les contrôles au faciès. Une nouvelle fois d'ailleurs Juliette MEADEL le fait ; c'est dans le programme du candidat socialiste Benoît HAMON. Est-ce que vous, vous êtes favorable à l'instauration d'un tel récépissé ? BRUNO LE ROUX Là encore, je demande à ce que l'on regarde la réalité et à ce que l'on crédite ce gouvernement de ce qu'il fait pour apaiser. Il y a toujours nécessité à apaiser notamment dans certains quartiers la relation entre la police, la gendarmerie et ceux qui y habitent, notamment les jeunes. La question des caméras piétons, les caméras que portent les policiers est aujourd'hui bien plus performante qu'un récépissé dont on ne sait pas comment il serait délivré ; dont on ne sait pas s'il garantirait contre le renouvellement des contrôles ; dont on pense que pour qu'il soit efficace, il faudrait faire un fichier des personnes contrôlées. Vous êtes prêt ? Moi, je ne suis pas prêt à ce qu'il y ait dans notre pays un fichier des personnes contrôlées dont je ne sais pas avec quoi demain il pourrait être couplé. Ce que j'annonce, c'est la décision qui a été prise par le gouvernement, renforcée par la loi Egalité Citoyenneté de doter les policiers ils le sont déjà de caméras piétons. Ils plébiscitent, quand j'en discute avec eux, ce dispositif dont ils me disent qu'il apaise la relation lors d'un contrôle. A partir du 1er mars, il y aura les décrets qui seront publiés pour que quand il y a contrôle d'identité, le déclenchement de la caméra piéton soit obligatoire. FABIEN NAMIAS Donc plus de caméras et une utilisation différente mais pas de récépissé. Combien y a-t-il eu d'arrestations à ce jour suite aux échauffourées et aux violences qui ont suivi cette interpellation à Aulnay et dans les banlieues avoisinantes ? BRUNO LE ROUX Je ne tiens pas la comptabilité. Je dis simplement là encore une parole de fermeté. FABIEN NAMIAS Le chiffre de 28 était évoqué hier. BRUNO LE ROUX Ecoutez, il y en a peut-être un peu plus compte tenu de la nuit mais elle a été plus calme que la nuit précédente et c'est normal. Tout le monde appelle - la famille, moi, les élus locaux – à la sérénité parce que la justice passera. Quand j'entends des slogans que l'on ressort régulièrement sur le fait qu'il n'y aurait pas de justice une fois de plus parce qu'il y a des policiers, je dis que l'on se trompe. On se trompe aujourd'hui comme on se trompait hier. La justice dans notre pays passe quand il y a des faits de cette gravité et c'est pour cela que j'appelle au calme. FABIEN NAMIAS Ça veut dire qu'il n'y aura aucune clémence et aucune bienveillance comme ce qui peut être redouté, tel que ç'a été exprimé par les avocats de jeter Théo, ce qu'on entend dans les reportages que l'on fait à Aulnay. BRUNO LE ROUX Fabien NAMIAS, je comprends que l'on redoute que quand il y a un jeune sur un lit d'hôpital issu d'un quartier, de l'autre côté des policiers dans cette grande famille qu'est la police, on peut penser qu'il y a un déséquilibre. Non, il n'y aura pas de déséquilibre. Quand il y a une intervention qui aboutit à des faits aussi graves et aussi marquants que ceux qu'a subis le jeune Théo, la justice doit établir les responsabilités clairement, sans aucune forme de pression. Je vous assure qu'elle fait et qu'elle fera son travail. FABIEN NAMIAS Vous l'avez rappelé, la nuit a été fort heureusement plus calme à Aulnay. Est-ce que cela signifie que tout risque d'embrasement comme on l'avait connu dans les banlieues en 2005 vous semble écarté aujourd'hui ? BRUNO LE ROUX Je l'espère parce qu'il n'y a absolument aucun intérêt à cela. S'il y avait un dysfonctionnement majeur dans la justice, dans la façon dont elle fonctionne, dans la façon dont les informations ont été transmises, dans l'empathie qu'il y a aujourd'hui et le fait de reconnaître qu'il y a une intervention qui amène à des conséquences particulièrement graves, alors il pourrait y avoir un sentiment d'injustice. Mais aujourd'hui ce qui doit prévaloir, c'est le sentiment de justice. C'est le sentiment que la justice doit passer et que chacun doit lui donner de la force en l'accompagnant, en la laissant travailler et en faisant en sorte… FABIEN NAMIAS Et elle sera appliquée rapidement. La justice ne traînera pas en longueur, ce ne sera pas renvoyé aux calendes grecques. BRUNO LE ROUX Ecoutez, je l'espère. En même temps, ce n'est pas moi qui lui donne son rythme mais l'affaire est suffisamment importante pour que les décisions et pour que l'instruction puissent se faire, je l'espère, rapidement. FABIEN NAMIAS Bruno LE ROUX, ce qui a été également pointé du doigt c'est la jeunesse des fonctionnaires de police. Trois des quatre policiers qui ont pratiqué l'intervention ont moins de 30 ans. Celui qui est mis en examen pour viol a, je crois, 27 ans. Ce sont souvent leur première affectation en Seine-Saint-Denis, département que vous connaissez bien, vous y êtes élu. Est-ce qu'il est normal que des policiers inexpérimentés, qui sortent tout juste de l'école, se retrouvent dans l'un des départements les plus difficiles de France ? Est-ce que c'est cohérent au regard des exigences de sécurité ? BRUNO LE ROUX Les policiers sortent en étant formés. Ils arrivent dans les commissariats. FABIEN NAMIAS Oui, mais on sait bien que la formation c'est aussi l'expérience sur le terrain. On ne l'a pas au bout d'un ou deux ans de pratique, ce qui était le cas de certains de ces fonctionnaires. BRUNO LE ROUX Mais la contradiction serait de vous dire qu'au moment où nous avons besoin de policiers sur ces territoires, au moment où il en sort beaucoup des écoles 4 600 cette année, 4 600 l'année prochaine - ces policiers ne devraient-ils pas être affectés en priorité aux endroits qui en ont le plus besoin : ils le sont. Forcément, il y a donc des policiers jeunes aujourd'hui dans nos quartiers parce que le besoin est là et parce que nous les formons dans les écoles. Y a-t-il des policiers d'expérience dans ces commissariats ? Oui, souvent avec 20, 25, 30 ans d'expérience qui permettent de mêler les générations. Quand ils sortent de l'école, ils sont formés. Je veux bien qu'on ait ce débat et je suis prêt à y réfléchir avec les organisations syndicales. Je suis prêt à y réfléchir avec les élus, mais je ne laisserai pas la pensée que dans un département où il y a beaucoup de jeunes policiers, l'inexpérience entraîne des conséquences dans la relation avec la population. Ce n'est pas vrai. FABIEN NAMIAS L'assaillant du Louvre qui a agressé des militaires à coups de machette vendredi dernier est-il ce matin toujours en garde à vue ? BRUNO LE ROUX Ce terroriste a été touché et donc il n'est plus en garde à vue. Sa garde à vue a été interrompue parce que son état de santé ne permettait pas qu'elle puisse continue. Les médecins s'occupent de lui et nous espérons pouvoir reprendre les interrogatoires dans le cadre d'une garde à vue dès que son état de santé le permettra. FABIEN NAMIAS Est-ce qu'à ce stade et compte tenu du caractère haché de la garde à vue au regard des problèmes de santé que vous évoquez, l'enquête avance ? Est-ce que les éléments recueillis permettent de commencer à préciser la nature des actes qu'il a commis ? Est-ce qu'on sait par exemple s'il a des complicités en France ou à l'étranger ? BRUNO LE ROUX Je ne veux pas aller plus loin parce que là encore je veux laisser aux enquêteurs le soin, mais je peux vous dire que ce n'est pas lui qui pour l'instant fait progresser l'enquête mais que bien entendu nous nous intéressons à lui, à son environnement, à la façon dont il est arrivé en France. Nous commençons à voir le parcours qui a été le sien, mais ça maintenant c'est à l'enquête de dire très précisément tous ces éléments. FABIEN NAMIAS Il sera mis en examen aujourd'hui ? BRUNO LE ROUX Je n'imagine pas qu'à l'issue de sa garde à vue il y ait aujourd'hui assez de faits pour le faire pour ne pas le faire. FABIEN NAMIAS Europe 1 révélait hier que le centre de déradicalisation de Pontourny qui se situe en Indre-et-Loire est désormais vide. L'un de ses pensionnaires a été arrêté lors d'une opération antiterroriste, le dernier a quitté le centre semble-t-il encore plus radicalisé qu'il n'y était entré. Bref, ça n'a pas l'air de fonctionner du tout. Les riverains demandent sa fermeture. Est-ce qu'il n'est pas temps d'arrêter l'expérience ? BRUNO LE ROUX D'abord, je veux dire que localement il n'y a jamais eu aucun problème avec ce centre. Les problèmes sont à l'intérieur du centre, dans un dispositif nouveau, très jeune, auquel est confronté notre pays sur une question simple : comment faire avec des jeunes radicalisés pour faire en sorte qu'ils rejoignent le chemin de vie normal de la République, et les valeurs de la République plutôt que l'islam salafiste et le basculement dans cette radicalisation ? FABIEN NAMIAS Oui mais manifestement, très franchement ça n'a pas l'air extrêmement efficace. L'intention est louable mais si on sort plus radicalisé qu'on n'y entre, il faut peut-être revoir la méthode. BRUNO LE ROUX Mais je suis prêt à ce que vous puissiez me donner le vadémécum de l'efficacité sur cette question et si vous l'avez, j'en suis preneur. Je discute tous les jours. La semaine dernière avec une association à Bordeaux, LE CAPRI, qui mène des expériences pluridisciplinaires en liaison avec la mosquée de Bordeaux. Je discute avec des universitaires et à Pontourny, je suis dans l'évaluation permanente. FABIEN NAMIAS Donc il reste ouvert et en activité. BRUNO LE ROUX Je peux vous dire que ce centre va rester ouvert, que j'ai demandé aux préfets de donner de nouveaux caps pour pouvoir le remplir, que je procéderai à une évaluation à la fin du premier semestre et donc je préparerai cette évaluation, et que je veux beaucoup d'humilité dans ces processus de déradicalisation. Que celui qui sait la façon dont il faut que cela fonctionne vienne me voir au ministère de l'Intérieur, s'assoit et me dit : « C'est comme ça, monsieur le Ministre ». FABIEN NAMIAS Merci Bruno LE ROUX. BRUNO LE ROUX Merci. MAXIME SWITEK Merci monsieur le Ministre de l'Intérieur, merci Fabien. Fabien, le Grand Rendez-vous dimanche 10 heures ? FABIEN NAMIAS Avec Marine LE PEN, la présidente du Front national, qui sera notre invitée. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/492.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/492.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d4c0c3df48b346a3dc314651f4b5bc1e68316e97 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/492.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Monsieur le Rapporteur, Mesdames et Messieurs les Députés, Je veux tout d'abord vous remercier de m'avoir invité à m'exprimer aujourd'hui devant vous, dans le cadre de la mission de suivi qui vous a été confiée, le 21 septembre dernier, par la Commission des Lois, concernant le rapport de la commission d'enquête relative aux moyens mis en œuvre par l'État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015. Au terme de plusieurs mois d'un travail important et documenté, vous avez avancé 40 propositions, dont la mise en œuvre relève, pour bon nombre d'entre elles, du ministère de l'Intérieur. Ce dernier a évidemment prêté tout son concours à vos travaux. Il a mobilisé les services concernés, vous a permis de participer à des exercices, bref il s'est efforcé de vous faciliter la tâche et de vous apporter tous les éléments susceptibles d'éclairer vos réflexions, à l'exception, bien sûr, des éléments concernant les procédures judiciaires alors en cours. Le Gouvernement est en effet convaincu je le suis moi-même, comme l'était mon prédécesseur Bernard CAZENEUVE, que vous avez auditionné par deux fois qu'il est indispensable de faire preuve de la plus grande transparence possible, y compris en matière d'antiterrorisme. La démocratie ne peut que sortir renforcée d'une telle démarche, dès lors que celle-ci est conduite avec toute la rigueur nécessaire. C'est la raison pour laquelle, comme vous l'avez souligné, le ministère de l'Intérieur vous a d'ores et déjà transmis des éléments précis sur l'état d'avancement de 22 propositions parmi les 40 que vous avez faites plus de la moitié, donc, et ce dans différents domaines : le renseignement, la protection du territoire national, l'organisation des secours ou encore la coopération à l'échelle européenne. Aujourd'hui, je souhaite, dans le cadre de mon audition, vous apporter des éléments de réponse complémentaires. Évidemment, et cela ne surprendra personne, je m'inscris dans la continuité de l'action conduite par mes prédécesseurs. Il y a là une cohérence globale à laquelle le Gouvernement est attaché. Néanmoins, cela n'interdit pas des évolutions ni des améliorations. Par définition, nul dispositif n'est jamais absolument parfait ni définitivement figé, dans la mesure où il doit aussi, pour être pleinement efficace, s'adapter à l'évolution des menaces. De même, il n'existe pas de « dispositif-miracle », si j'ose dire, qui garantirait un risque zéro, chacun d'entre nous en a conscience. Avant de rappeler brièvement quelques évolutions de notre politique antiterroriste, notamment parmi les plus récentes, je souhaite faire un point avec vous sur l'état de la menace djihadiste et vous communiquer les chiffres les plus récents. Si DAESH et les groupes appartenant à la nébuleuse d'Al-Qaïda subissent aujourd'hui de graves revers en Irak et en Syrie, grâce à l'action de la coalition, la menace n'en demeure pas moins à un niveau extrêmement élevé. En témoignent les attaques qui ont eu lieu sur notre sol au cours de ces derniers mois, à Nice, à Magnanville, à Saint-Etienne-du-Rouvray, et encore la semaine dernière, au Carrousel du Louvre, où le pire a pu être empêché grâce au courage et à la réactivité des militaires de l'opération Sentinelle. Notre vigilance est donc maximale, comme l'est la mobilisation des forces de sécurité intérieure. A l'heure actuelle, 695 ressortissants français ou résidents habituels sur notre sol sont présents sur le théâtre des opérations en Syrie et en Irak. Parmi eux, l'on dénombre 291 femmes et une vingtaine de mineurs combattants. 173 individus sont actuellement en transit vers la zone des combats, tandis que l'on estime à près de 980 le nombre de velléitaires susceptibles de chercher à rejoindre les groupes djihadistes. Enfin, plus de 240 individus ont été tués sur place, et plus de 200 sont d'ores et déjà revenus sur le territoire national. A l'égard des returnees, je rappelle d'ailleurs que notre politique est d'une fermeté absolue : notre objectif est que chacun d'entre eux soit pris en compte par nos services, et ce en vue d'une judiciarisation. J'ajoute que, sur le plan administratif, nous utilisons également l'ensemble des mesures qui sont à notre disposition, notamment celles qui ont été introduites dans notre arsenal juridique par la loi du 13 novembre 2014. A ce jour, plus de 450 interdictions de sortie du territoire ont été prononcées à l'encontre d'individus cherchant à rejoindre les théâtres d'opérations terroristes. Plus de 210 interdictions d'entrée et de séjour ont été prononcées contre des ressortissants étrangers soupçonnés d'être en lien avec des réseaux djihadistes. Enfin, une trentaine d'expulsions a été mise en œuvre depuis le 1er janvier 2015 contre des prêcheurs de haine de nationalité étrangère. Face à une telle menace, la première urgence consistait à renforcer et à réformer notre dispositif de renseignement, son organisation, son cadre d'action et les moyens dont il dispose, qu'il s'agisse de la surveillance du haut du spectre ou bien de la détection des signaux faibles de radicalisation. C'était là une nécessité absolue, et un sujet qui a, bien sûr, été largement abordé au cours de vos discussions et dans votre rapport. Je ne vais pas vous refaire l'historique des décisions que nous avons prises depuis le début du quinquennat, vous les connaissez parfaitement. Je me contenterai de rappeler qu'après la réforme de 2008, qui avait entraîné la disparition des RG, il était indispensable de réorganiser notre dispositif en profondeur. C'est ce que nous avons fait avec la création de la DGSI, confortée et placée au même niveau que la DGSE, et surtout avec la création du SCRT, service de renseignement territorialisé et agissant en milieu ouvert, dont nous avons renforcé le positionnement par rapport aux anciens RG pour qu'il puisse contribuer directement à la prévention du terrorisme. Je n'évoque pas le rehaussement des effectifs, dans la mesure où nous en parlerons tout à l'heure au cours de notre échange. Il y avait donc besoin d'une réforme, et celle-ci a été faite. Désormais, je crois que les services ont avant tout besoin de stabilité. J'entends les propositions qui sont faites, nous aurons, là aussi, l'occasion d'en parler. Mais ce dont avons besoin, aujourd'hui, j'en suis convaincu, c'est moins d'un bouleversement des structures que d'un travail approfondi et continu sur la méthode, la coopération entre les services, les cultures professionnelles, bref la réalité du travail quotidien des agents. C'est la raison pour laquelle nous avons fait voter la loi du 24 juillet 2015 qui a élargi les techniques de renseignement à la disposition des effectifs, en les adaptant aux évolutions de la technologie et du droit. C'est aussi la raison pour laquelle nous avons créé l'EMOPT qui assure le pilotage du suivi des individus radicalisés. Je pense aussi aux échanges de personnels entre la DGSI et la DGSE, à la création d'une cellule DGSE au sein de la DGSI. Je pense au travail important mené au sein de l'Académie du renseignement en matière de formation initiale et continue des agents. Je pense, enfin, au renforcement de l'articulation entre les services du « premier cercle » et ceux du « second cercle ». A cet égard, la DGSI est représentée et associée au travail du SCRT via le bureau central de liaison et de coordination, ce qui permet une relation directe et quotidienne, y compris avec la SDAO. La Gendarmerie participe également à la cellule ALLAT dans les locaux de la DGSI. Dans le but de renforcer encore davantage les échanges opérationnels, la DGSI est d'ailleurs prête à nommer un officier de liaison auprès de la DGGN. Ce faisant, nous tenons compte des préoccupations que vous avez-vous-mêmes exprimées à travers les propositions 13 et 14 de votre rapport. Nous en reparlerons plus en détail au cours de la discussion. D'une manière générale, nous avons changé de paradigme : l'antiterrorisme n'est plus seulement une affaire de services spécialisés, mais mobilise aussi l'ensemble de nos forces de police et de gendarmerie, qui constituent des capteurs précieux sur l'ensemble du territoire national. Tout ceci va donc dans le sens d'une évolution de notre dispositif de renseignement au plus près du travail des agents, pour favoriser l'évolution des habitudes et des cultures professionnelles dans le sens d'une coopération renforcée. Jamais les services n'ont autant travaillé ensemble que depuis les attentats de 2015. Moi-même, je réunis, chaque lundi, un état-major spécifique au ministère de l'Intérieur, tandis qu'un Conseil de défense a lieu chaque semaine ou presque à l'Élysée, sous l'autorité du Président de la République. A tous les niveaux, nous avons donc fait en sorte de renforcer la coordination et le partage d'informations, sur le terrain, dans les territoires, à l'échelon central, au plus haut niveau du pilotage de notre dispositif antiterroriste. Je pense, par exemple, à la gestion de l'attaque au Carrousel du Louvre. Dès 13h45, après avoir écourté un déplacement en Dordogne, j'ai réuni le Préfet de Police et l'ensemble des services mobilisés, comme je le fais de façon hebdomadaire, pour faire le point sur les faits, les mesures prises et à prendre. Et j'ai pu constater la réalité d'échanges constants et en temps réel pour recueillir, analyser, partager les informations, décider des initiatives adéquates. Chaque service était dans son rôle et a mobilisé ses ressources pour une meilleure efficacité collective. C'est ce que nous avons pu constater et c'est ce qu'a relevé le Procureur MOLINS. Tout cela, j'y insiste, a renforcé cette certitude : les méthodes de travail et la confiance réciproque produisent souvent de bien meilleurs résultats que les organigrammes et les mécanos administratifs. C'est d'ailleurs de cette façon que nous obtenons des résultats. Au cours de la seule année 2016, 17 projets d'attentats ont ainsi été déjoués grâce à l'action de nos services. La DGSI a procédé à l'interpellation de 223 individus soupçonnés d'être liés à des activités terroristes. Parmi eux, plus de 141 ont été mis en examen, 112 ont été écroués et 29 sont sous contrôle judiciaire. Depuis le début de l'année 2017, nous travaillons sur le même rythme. 18 individus en lien avec des réseaux djihadistes ont été interpellés, 11 ont été mis en examen, 10 ont été écroués. Je tiens également à souligner la pertinence de notre action et de notre dispositif : 75% des perquisitions qui ont eu lieu depuis le 26 juillet 2016 ont concerné des individus inscrits au FSPRT. Donc, oui, de la stabilité, de la fluidité, de l'efficacité mais pour autant pas d'immobilisme. Comme je l'ai dit, je ne suis fermé à aucune évolution, dès lors qu'elle va dans le sens d'un renforcement de notre système de renseignement. Une mission a ainsi été confiée à l'IGA concernant le rapprochement de la DGSI et de la DRPP cela renvoie à votre proposition 14, et ses conclusions me seront bientôt rendues. De même, avec le Garde des Sceaux, nous avons considérablement avancé au sujet du renseignement pénitentiaire, sur lequel vous insistez à juste titre dans votre rapport (proposition 15). Le ministre de l'Intérieur a ainsi mis des ressources à disposition de l'administration pénitentiaire, sur le volet renseignement. La DGSI et le SCRT ont fait des offres de formation, tandis que le SCRT a affecté en permanence l'un de ses officiers auprès de ce nouveau service en cours de constitution. Je voulais insister, vous comprendrez pourquoi, sur la question du renseignement, en dans mon propos liminaire. Bien sûr, nous avons également avancé sur d'autres aspects importants de notre système global de sécurité, en lien avec les préconisations que vous avez faites. Je pense par exemple à notre action au niveau européen. C'est là le défi principal qui se présente à nous. Nous avons fait déjà beaucoup, nous avons été à l'avant-garde, avec l'Allemagne je pense au PNR européen, à la directive sur les armes, au renforcement de l'agence Frontex et du contrôle des frontières extérieures, à l'interopérabilité des fichiers. Nous devons aujourd'hui continuer en ce sens, et c'est ce que nous faisons. C'est très largement la clé de la sécurité pour l'Union européenne bien sûr, mais aussi pour la France. Nous continuons donc de réaliser un important travail de conviction auprès de nos partenaires européens. Et ce travail porte ses fruits. Ainsi, la Commission a récemment proposé trois nouveaux règlements européens pour améliorer l'actuel Système d'information Schengen (SIS II), et nous soutenons l'idée de rendre désormais possible son accès à Europol et à la nouvelle Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes qui succèdera à Frontex. Dès mars 2017, le Fichier des personnes recherchées (FPR 2) permettra de mentionner spécifiquement, dans le SIS, si la personne signalée fait l'objet d'activités liées au terrorisme. Par ailleurs, pour consolider la protection des frontières extérieures, il est nécessaire de renforcer le nombre d'agences déployés dans les hotspots en Grèce. C'est pourquoi la France a proposé de participer à la constitution du vivier d'agents Europol. Sur le plan juridique, nous avons également renforcé le cadre de notre action, renforcé les moyens à notre disposition, et ce en plusieurs domaines. Là aussi, cela croise un certain nombre de vos propositions. Par exemple, dans le cadre de la loi du 3 juin 2016, nous avons ainsi renforcé considérablement la protection des témoins. Le dispositif prévu pour les repentis a été élargi aux témoins qui pourront bénéficier de mesures de protection, de réinsertion et d'une identité d'emprunt. Ce renforcement de la protection s'est traduit également par la création du statut de témoin confidentiel pour préserver certains témoins de toute pression éventuelle. Enfin, nous avons élargi et renforcé les conditions du huis clos des audiences pour favoriser la sécurité des personnes concernées. Tout cela a d'ailleurs été fait dans la continuité du décret du 17 mars 2014, par lequel nous avons installé la « Commission repentis ». Dans le cadre du projet de loi sur la sécurité publique, qui vient d'être adopté par le Sénat, puis par l'Assemblée nationale, nous avons également complété certaines dispositions de la loi Savary du 22 mars 2016 pour tirer les conséquences des enquêtes administratives concernant des salariés occupant des emplois en lien direct avec la sécurité des personnes au sein de certaines entreprises de transport. Par ailleurs, le projet de loi prévoit d'ouvrir, de manière strictement encadrée, la possibilité d'un armement des agents de sécurité privée exerçant des activités de protection des personnes, lorsque celles-ci sont exposées à des risques exceptionnels d'atteinte à leur vie ou à leur intégrité physique. Des dispositions ont d'ailleurs été introduites visant à créer une filière spécifique de surveillance armée, dans un cadre très strict d'exercice de cette activité sous le contrôle de l'autorité administrative et n'induisant aucune confusion entre les missions des uns et des autres. Nous faisons donc en sorte d'accompagner et de mieux encadrer l'activité de sécurité privée. Enfin, concernant les propositions (5 à 9) que vous avez faites en matière d'organisation des secours, nous avons procédé à des avancées significatives, sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir au cours de la discussion. Je pense ainsi à l'adaptation des plans ORSEC aux risques d'attentats multi-sites, notamment de type NRBC. Mais aussi à l'élaboration d'une doctrine d'intervention des secours en cas de tuerie de masse, en lien avec les forces de l'ordre et prévoyant des corridors d'extraction des victimes. Je pense également au déploiement du Système d'information numérique standardisé (SINUS), qui permet de recenser les victimes d'un attentat et d'assurer le suivi nécessaire. Ce système, d'ores et déjà mis en place dans plus d'une trentaine de départements, sera généralisé, dès cette année, à l'ensemble du territoire national. Enfin, en 2016, une grande campagne nationale de formation « aux gestes qui sauvent » a été menée, permettant à plus de 100.000 Français, partout dans le pays, de se former à ces techniques de premier secours. Voilà ce que je voulais vous dire en guise d'introduction à nos échanges. Comme vous pouvez le constater, nous ne cessons d'avancer, de nous adapter aux évolutions des menaces et de l'environnement juridique, technologiques, opérationnel dans lequel nous faisons en sorte d'assurer la sécurité des Français et l'intégrité du territoire national. Votre rapport constitue une contribution importante à cet effort collectif, une contribution dont le Gouvernement a tenu compte dans ses propres réflexions et que je veux donc à nouveau saluer. Je me tiens à votre disposition pour répondre à toutes les questions que vous souhaiterez me poser. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/493.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/493.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..99f192306d3919c678c055a5e57f5a92a0c41841 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/493.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Chancelière fédérale, Mesdames et Messieurs, Il était très important pour moi, quelques semaines après ma nomination comme Premier ministre, de pouvoir effectuer mon tout premier déplacement bilatéral européen en Allemagne et je tiens à remercier chaleureusement la Chancelière fédérale pour son invitation aujourd'hui. L'axe franco-allemand n'est pas seulement le fruit de l'histoire, particulièrement important en ces temps troublés où les discours nationalistes, de peur et de repli sur soi se font plus bruyants, en Europe et dans le monde. Il est aussi une réalité tangible et quotidienne, dont j'ai mesuré toute la force et la portée ces dernières années dans mes fonctions passées de ministre délégué des Affaires européennes puis de ministre l'intérieur, tout comme le Président de la République tient à entretenir le dialogue extrêmement étroit, confiant et constructif qu'il a tissé avec vous, Mme la Chancelière, depuis près de cinq ans. Je souhaitais, en me rendant ici aujourd'hui, un peu plus d'un an après ma participation, à votre invitation, à un conseil des ministres allemand, réaffirmer avec force mon engagement personnel, celui de l'ensemble de mon Gouvernement et celui de la France, à maintenir ce dialogue et cette confiance jusqu'au dernier jour de notre action. Cette solidarité entre Paris et Berlin, elle est plus que jamais nécessaire, alors que certains agitent le spectre d'une désunion de l'Europe, que la donne internationale évolue et que nous faisons face à des défis globaux majeurs : sécuritaires, migratoires, environnementaux et politiques. Notre responsabilité commune, c'est surtout d'apporter des réponses très concrètes à ceux qui doutent de la valeur ajoutée de l'Europe, et de fournir des preuves tangibles de ce qu'ensemble, nous sommes plus forts pour répondre aux préoccupations et aux aspirations des citoyens européens. C'est dans cet esprit que, dans quelques minutes, j'aborderai avec la Chancelière plusieurs des dossiers prioritaires auxquels nous devons continuer d'apporter des réponses communes. Notre priorité, c'est d'abord d'assurer la sécurité des citoyens européens face à la menace terroriste. Nos deux pays ont connu, ces dernières années, le traumatisme d'attaques d'une violence inouïe. Je veux redire, au nom de tous les Français, notre soutien et notre amitié aux familles et aux victimes du terrible attentat qui a frappé Berlin le 19 décembre. Et je veux à nouveau remercier très chaleureusement les autorités et le peuple allemands pour les marques d'amitié et de solidarité qui ont accompagné la France pendant les tragiques événements que nous avons connus au cours des deux dernières années. Vous savez, Mme la Chancelière, l'engagement inlassable qui a été le mien, en tant que ministre de l'intérieur, avec Thomas de Maizière, pour que l'UE se mobilise sur ce sujet. Beaucoup a été fait, mais face à la persistance de la menace terroriste, nous devons faire plus, et plus vite. Cette impulsion commune, nous devons continuer à la donner pour faire progresser l'agenda de sécurité européen. D'abord, pour faire aboutir au plus vite les chantiers en cours, que nous avons, pour la plupart, lancés ensemble, sur l'interopérabilité et l'interconnexion des systèmes d'information européens, sur le renforcement de nos frontières extérieures. Ensuite pour dessiner de nouvelles orientations pour les mois à venir : pour que l'UE se saisisse pleinement du sujet de la cyber-sécurité et du chiffrement, pour que le code frontières Schengen soit encore renforcé en vue de faciliter les contrôles au sein du territoire de l'UE, ou encore pour lutter plus efficacement contre la radicalisation. Tous ces éléments pourraient utilement faire l'objet d'une feuille de route. Nos ministres de l'intérieur y travaillent actuellement. La sécurité de l'Europe, elle ne se joue pas qu'en Europe. Il nous faut construire notre pleine autonomie stratégique. Chacun doit prendre sa part de l'effort : les Européens doivent se prendre en main dans ce domaine et davantage coopérer entre eux. Notre devoir commun, c'est également d'assurer la stabilité et l'essor de l'économie européenne et de la zone euro, pour favoriser la croissance et l'emploi. Le dialogue franc entre la France et l'Allemagne a fait beaucoup, ces dernières années, pour faire bouger les lignes en Europe sur le sujet. Nous avons soutenu, ensemble, aux côtés du président Juncker, la création d'un plan d'investissement de 300Mds et nous soutenons désormais son doublement. Nous portons ensemble un discours responsable sur l'application des règles communes que nous nous sommes fixées. La France a plaidé pour une application plus rationnelle et intelligente de ces règles. Mais elle a aussi fait les efforts nécessaires pour les appliquer, et cela est tangible : notre déficit est repassé sous les 3%, notre dette est stabilisée. C'est indispensable pour le pays dont les comptes publics devaient être redressés. Et c'est aussi un gage de crédibilité vis-à-vis de nos partenaires. Protéger le projet européen, c'est aussi continuer à porter haut les valeurs qui sont les siennes. Je pense notamment à l'Etat de droit, auquel je connais votre attachement Mme la Chancelière, et sur le respect duquel l'Europe doit rester intraitable, chez elle, comme vis-à-vis de ses partenaires. Je pense aussi aux valeurs humanistes qui doivent conduire l'Europe à faire face à des flux migratoires exceptionnels en accueillant dignement tous ceux qui doivent l'être. Mme la Chancelière, la France est pleinement à vos côtés pour porter ce message que vous avez eu le courage d'affirmer avec force. Nous l'avons nous aussi porté, en France, en protégeant et en assurant l'accueil digne de dizaines de milliers de migrants qui avaient afflué dans des campements de fortune. Ce défi humanitaire ne pourra être résolu sans un grand esprit de responsabilité et un sens aigu des réalités. Sur ces sujets aussi, l'axe franco-allemand est une réalité. Il se matérialise, notamment, dans le fait que nos deux pays parlent désormais d'une seule voix et portent une position commune sur la réforme du régime d'asile en Europe. Sur les grands sujets régionaux et internationaux, Berlin et Paris parlent également d'une seule voix. Qu'il s'agisse de la lutte contre le terrorisme au niveau international, de la situation en Syrie, du dialogue avec les Etats-Unis, la Russie, l'Iran ou encore de la situation en Ukraine, de la mise en œuvre de l'accord de Paris sur le climat ou du rôle de l'OTAN, nos deux pays partagent les mêmes préoccupations et les mêmes priorités. Enfin, nos valeurs communes, elles vivent aussi par l'art, la culture, la langue. J'aurai l'occasion, ce soir, de célébrer notre vision partagée du rôle central de la culture dans l'ouverture de nos sociétés, et de saluer la richesse de notre coopération en la matière. Le festival de cinéma de la Berlinale est l'occasion de le constater, en présentant plusieurs films coproduits par la France et l'Allemagne dont deux qui ont bénéficié d'une aide franco-allemande issue du traité signé entre nos deux pays le 17 mai 2001. La Foire du Livre de Francfort en est une autre preuve, en faisant de la France son invitée d'honneur cette année, ce dont nous sommes très honorés. Nous créerons avec «Frankfurt auf Französisch », tout au long de l'année 2017, des temps de partage et d'échange autour de thèmes qui nous sont chers : la langue et l'hospitalité, la jeunesse et l'innovation et naturellement la relation culturelle franco-allemande. Sur tous ces sujets, comme sur beaucoup d'autres, mon gouvernement et moi-même resteront totalement mobilisés, à vos côtés, pour faire de chaque jour un jour utile à nos deux pays, à l'Europe, et à travers elle au monde. C'est l'engagement que j'ai pris auprès du Président de la République et que je prends auprès de vous, Mme la Chancelière, aujourd'hui. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/494.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/494.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3c8cb44b59f9d9ae7155cb278370c4c0ea45f239 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/494.txt @@ -0,0 +1 @@ +Nations unies - Conférence internationale « Protégeons les enfants de la guerre » - UNICEF Q - Sur l'agenda, un élément qui intéresse naturellement le monde entier, c'est la situation des enfants, 250 millions d'enfants qui vivent en zone de guerre. Vous prenez l'initiative pour tenter de les protéger de leur venir en aide, 250 millions, c'est tout à fait dramatique ! R - C'est considérable. C'est souvent ce que l'on appelle les enfants soldats qui ne sont même pas des adolescents et que l'on voit sur les photos qui sont terribles. La France a déjà pris il y a dix ans une initiative pour établir ce qu'on appelait les principes et les engagements de Paris concernant la protection des enfants dans les conflits qui avait été établie avec l'UNICEF, 105 pays qui ont endossé ces engagements de protection des enfants. Dix ans après, avec l'UNICEF, nous allons faire un point complet sur la situation et ce qui peut être fait davantage. Le président Hollande fera un discours et il y aura beaucoup de participants pour que cette grande cause de l'enfance ne soit pas oubliée. Il y aura des témoignages d'enfants soldats ou d'anciens enfants soldats qui viendront raconter la tragédie de ce qu'ils ont vécu pour que cette grande question reste à l'agenda international. (...). Union européenne - États-Unis (...) Q - Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères, vous avez rencontré votre homologue Rex Tillerson, le secrétaire d'État. Est-ce qu'aujourd'hui vous, vous voyez plus clair sur la diplomatie américaine un mois après l'installation du 45ème président ? R - Un début de clarification mais pas de clarification complète. Je comprends qu'une nouvelle administration doive prendre un peu de temps pour se mettre en place, organiser ses équipes. Simplement il n'y a pas de temps à perdre parce que la situation exige des décisions... Q - D'urgence... R - Absolument, vous avez tout à fait raison. L'impression que j'ai en particulier dans l'organisation des équipes à Washington, c'est que c'est assez fluctuant et ce n'est pas rassurant. Alors il y a eu plusieurs rencontres, vous l'avez évoqué. Il y a eu le G20 à Bonn et puis beaucoup de rencontres bilatérales, notamment avec Rex Tillerson. Et puis à Munich, c'était la conférence annuelle sur la sécurité - le Davos de la sécurité - où il y avait effectivement beaucoup de monde. Alors avec Rex Tillerson, j'ai posé beaucoup de questions. J'ai évoqué la situation en Ukraine et là, j'ai eu une clarification qui part dans la bonne direction. Il a admis qu'il y avait eu des sanctions à l'égard de la Russie parce que celle-ci a dérogé au droit international, en tentant d'annexer une partie de la Crimée et une partie... Q - L'Ukraine, la Crimée... R - Absolument. Je crois que sur ce point, il a admis que les sanctions avaient un sens et a reconnu que le travail qui est fait avec l'Allemagne... Q - Donald Trump était plutôt contre les sanctions. R - Oui mais j'ai expliqué qu'annuler unilatéralement les sanctions sans contrepartie - la mise en œuvre des accords de Minsk qui ont été négociés avec la France et l'Allemagne, et qui sont suivis par la France et l'Allemagne dans le Format Normandie où on joue notre rôle de médiateur - n'auraient pas de sens. Nous avons d'ailleurs tenu une réunion hier à Munich en Format Normandie. Ensuite, il y a eu une autre clarification puisque nous avons avec mon collègue Sigmar Gabriel, le nouveau ministre des affaires étrangères allemand, coprésidé une réunion des pays affinitaires, c'est-à-dire des pays qui ont la même approche de la transition politique en Syrie et de la lutte contre Daech. Et Rex Tillerson a participé et il a effectivement indiqué que pour lui, il ne pouvait pas y avoir de lutte efficace contre Daech si, dans le même temps, il n'y a pas une transition politique en Syrie. Et je pense que ça c'est une première étape... (...) Q - Vous évoquiez à propos de Donald Trump l'art du deal, qui est d'ailleurs le livre qu'il écrit. Est-ce que vous craignez là-dessus justement que Trump d'une certaine façon aille dans ce sens d'un ordre où tout se négocie... R - La gestion du monde et des grandes questions qui se posent à l'humanité, ce n'est pas simplement un projet de construction de tours où on négocie le prix du terrain et les conditions de la hauteur de la tour. C'est plus grave et plus sérieux que ça. Cela ne peut pas se traiter par des deals et cela ne peut se traiter que sur la base du droit international. Ce droit international est basé sur des valeurs qui a permis à l'humanité de faire des progrès. Qu'est-ce que c'est que l'accord de Paris ? L'accord de Paris, c'est une négociation internationale dans le cadre du droit international. C'est un traité qui permet de faire face à l'énorme défi du réchauffement climatique et de la transition énergétique et qui a été ratifié en moins d'un an. Cela veut dire que le droit international fait faire des progrès. C'est la même chose pour l'accord iranien sur le nucléaire. Le droit international, c'est la négociation, c'est la diplomatie et c'est la bonne méthode. Q - Monsieur le Ministre, nous venons de parler de la Syrie, de l'Ukraine, de la Russie. Il y a un autre thème dans l'actualité après l'arrivée de Donald Trump, c'est une vision d'une Europe qui serait en train de se déliter, une sorte de Brexit qui allait contaminer comme ça peu à peu les différents pays. Avez-vous le sentiment que la réponse à cette administration américaine - et à votre homologue américain que vous avez rencontré ? redoutez-vous que ce désenchantement puisse en effet se traduire par des sorties de pays, par un délitement, un affaiblissement de cette Union européenne ? R - J'ai lu les interviews de Donald Trump à la presse européenne, où il se félicitait du Brexit qu'il avait lui-même prévu et en se demandant quel serait le prochain. Ce n'était pas très amical à l'égard de l'Union européenne. D'ailleurs j'ai noté une chose dans le discours de Mike Pence, le vice-président américain, il a parlé d'Europe mais il n'a jamais cité une fois l'Union européenne. L'Union européenne, c'est une construction politique, à 28 aujourd'hui mais à 27 demain puisque les Britanniques ont décidé de partir et les négociations vont bientôt commencer dans le cadre de l'article 50. Mais l'Union européenne, cette construction politique originale qui s'est faite après la Seconde Guerre mondiale, qui a commencé cinq ans à peine après la fin de la Seconde Guerre mondiale. C'est un bien précieux pour les Européens, pour chacune de nos nations, mais c'est encore plus vrai aujourd'hui. Cette situation du Brexit et des déclarations inamicales du président américain devrait avoir pour effet de stimuler les Européens et de les convaincre encore davantage que leur intérêt, l'intérêt de chacune des nations qui compose cette Union, c'est de rester ensemble et d'être encore plus fort ensemble. Si... Q - Est-ce qu'il n'y a pas un aspect théorique, même quand Angela Merkel parle de multiculturalisme. Est-ce qu'on n'est pas en train de mettre des concepts en avant qui en fait ne se traduisent pas dans les faits... R - Pourquoi vous parlez de multiculturalisme ? Ce n'est pas le sujet de l'Europe, ce n'est pas le sujet de l'Union européenne. L'Union européenne ce sont des Nations qui ont des capacités qui, face au monde de plus en plus globalisé, ont besoin d'être ensemble pour être plus fortes et défendre les intérêts de leurs concitoyens. Mais je ne suis pas ignorant de la réalité. ! Il y a à la fois un désenchantement, parce que pendant longtemps l'Europe a eu du mal à prendre des décisions et à les mettre en oeuvre. On a vu qu'avec la crise des réfugiés et avec un certain nombre de risques nouveaux - dont la menace terroriste - l'Europe avait été beaucoup plus rapide, non seulement dans ses décisions, mais dans leur mise en œuvre. On le voit dans la lutte contre le terrorisme, c'est évident, et c'est un résultat positif. Il faut que cela puisse devenir durable. Mais en même temps, vous avez noté qu'à Bratislava et puis aussi à Malte - et je pense que ce sera encore le cas le 25 mars à Rome à l'occasion du 60e anniversaire du Traité de Rome - les Européens ont réaffirmé leur engagement à continuer ensemble, pour le bien de chacun de leurs Nations. Q -Simplement, je parlais du multilatéralisme, où est-ce qu'on le rencontrait ? Pour l'instant, nous avons de plus en plus affaire à des relations bilatérales, c'est ce que prônent les Russes, les Américains. R - Nous avons une nécessité d'un ordre mondial. Il ne faut pas oublier que la crise de 2007-2008, est née d'un système financier qui était devenu fou - la crise des subprimes. Crise qui est partie des États-Unis et qui s'est étendue au monde entier. Elle a touché l'Europe lui a fait subir une crise économique dont nous sommes à peine sortis. Crise qui a frappé au cœur une grande partie des salariés, des hommes et des femmes du monde du travail, en particulier les classes moyennes, qui crée une vraie frustration et souvent de la colère. Mais la réponse à cela, ce n'est pas le retour au nationalisme, ce n'est pas le retour au chacun pour soi. Au contraire, il faut renforcer les règles de régulation mondiale. Et je parlais du G20, et que s'est-il notamment lors du dernier G20 présidé par la Chine ? On a parlé de lutte contre les paradis fiscaux, contre la fraude fiscale, on a rappelé aussi la nécessité de règles plus précises pour des échanges internationaux plus équitables ; c'est-à-dire, nous progressons ! Il y a eu aussi l'Accord de Paris sur le climat. C'est un accord multilatéral et non pas chacun pour soi. Maintenant, la question est de savoir si cela va durer, ou si l'on va revenir en arrière ? Moi je crois que dans l'intérêt des peuples, de chacune de nos Nations, revenir en arrière serait une catastrophe pour les classes les plus fragilisées. Aujourd'hui, la question réside dans l'avenir de l'Union européenne. Que fait-on de cette construction originale, qui a permis la prospérité, la paix et la sécurité, mais qui est aujourd'hui en danger ? Q - Elle est en danger... R - Oui, elle est en danger. Mais s'en sert-on à la fois pour mieux défendre les intérêts des Européens, et comme une réponse aux défis mondiaux au moment où de nouvelles puissances sont en train de s'installer à l'échelle mondiale. La Russie a une nouvelle stratégie et les États-Unis veulent revenir sur la défense de leurs intérêts d'abord. Je crois que l'Europe peut servir justement de référence et de réponses à ces questions qui se posent à l'échelle de la planète. Q - Oui, mais Monsieur le Ministre, après le choc du Brexit on avait dit : il faut arrêter les incantations. Les défis qui se posent notamment à l'Europe, c'est celle d'une politique étrangère et de sécurité commune, vu les dangers qui entourent l'Europe. Est-ce qu'aujourd'hui, concrètement, vous pensez que l'Europe a avancé là-dessus ? Et sinon, que peut-on faire pour arriver... ? R - L'Union européenne a avancé. Le conseil européen de défense a adopté une stratégie en matière de défense qui est venue d'initiatives franco-allemandes, aussi bien au niveau des ministres des affaires étrangères que de la défense. Nous avons mis sur la table toute une série de propositions : autonomie stratégique de l'Union européenne, capacité de projection, capacité de management, et un fonds de financement d'une industrie de défense et de recherche. Maintenant il s'agit de le mettre en œuvre. Mais cela a été adopté. Cela ne vient pas à la place de l'OTAN mais en complément de l'OTAN, pour garantir la sécurité des Européens. C'est un engagement très concret, très politique et très stratégique. Cela veut dire que le monde tel qu'il est, s'il reste inorganisé et s'il conduit au retour du chacun-pour-soi, nous conduit à la catastrophe. L'Europe, justement, peut-être la référence pour apporter une vraie réponse multilatérale. Et c'est la raison pour laquelle d'ailleurs Français et Allemands nous parlons le même langage. Vous avez montré l'intervention de Mme Merkel à Munich hier, nous disons la même chose. Q - Vous avez l'impression par exemple, quand on pense à l'action de la France en Afrique, sur le terrain africain, la France est très seule encore. R - Mais elle l'est moins. Lorsque je suis allé avec mon collègue M. Steinmeier - qui est devenu président de la République fédérale d'Allemagne - au Mali et au Niger, nous avons été à Gao, et nous avons vu qu'il y avait à la fois des troupes françaises et des troupes allemandes dans la MINUSMA, l'opération de maintien de la paix des Nations unies. Il n'y en a jamais eu autant. Par exemple aujourd'hui il y a eu du matériel, notamment des hélicoptères qui ont été mis en place, en service au Mali. Il y a quelque chose qui est en train de changer. Et ce qui est en train de changer, c'est une prise de conscience, pas seulement des Français et des Allemands - la France il y a longtemps qu'elle est consciente du défi africain - mais aussi de toute l'Europe qui est en train de changer. Le G20 qui s'est réuni au niveau des ministres à Bonn, avait à son ordre du jour l'Afrique. L'Afrique est confrontée à la fois au défi de la sécurité et de la menace terroriste, mais aussi au défi du développement. Jamais on n'a autant parlé de l'Afrique au sein de l'Union européenne. Il y a eu une prise de conscience, c'est nouveau. Et l'Union européenne, c'est l'organisation qui finance le plus au monde l'aide au développement. Nous avons là une capacité à aider l'Afrique à construire un avenir, un projet et notamment à aider sa jeunesse, sans uniquement traiter la question africaine sous l'angle migratoire et des problèmes qui en découlent ; mais de la voir aussi comme une perspective et une chance pour l'avenir de l'humanité. (...) Moi, je suis ministre des affaires étrangères et je peux vous dire que tous les jours il y a un problème qui se pose, et qu'on demande à la France à la fois son point de vue et son engagement. Je vais prendre un exemple : la lutte contre le terrorisme. Le 20 mars il y aura cette conférence à Washington, je vais y participer, mais d'ici là il y aura sans doute un certain nombre de moments où, entre partenaires, nous aurons des réponses à apporter. Quand par exemple les Américains nous demandent notre aide pour lutter contre Boko Haram en Afrique, on peut l'apporter parce que nous en avons la capacité. Nous sommes un grand pays, avec une défense nationale qui en a les moyens, et nous sommes souvent les seuls. Vous croyez qu'ils vont mettre tout cela entre parenthèses, si la question se posait, en attendant le résultat des élections ? Non. Jusqu'au bout, nous sommes là, et nous agissons. Moi je m'en rends compte, d'ailleurs que la situation internationale ne fait pas de pause. (...). Syrie - Irak - Turquie (...) Q - Bachar al-Assad ? R - C'est une première étape de clarification. Nous n'avons pas abordé précisément ce point, mais comme nous sommes à quelques jours du début des négociations de Genève, il était important que les pays qui ont une approche similaire - la France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni, les États-Unis mais aussi les pays arabes et la Turquie - aient un échange. Ca a été une réunion tout à fait utile. Q - Justement Monsieur le Ministre, qu'est-ce que vous attendez de ce prochain rendez-vous à Genève de la part des Américains, sur le dossier syrien effectivement. Il y a eu des discussions préliminaires à Astana, sous le parrainage des Turcs, des Iraniens et des Russes à Genève. Est-ce que vous vous attendez à ce que les Américains reviennent sur le devant de la scène ? R - Nous souhaitons que les choses soient claires. J'ai dit un début de clarification sur le dossier syrien, mais il y a encore beaucoup de questions à régler. À Genève d'abord, comment cela va-t-il se passer ? J'ai discuté avec mon collègue russe Sergueï Lavrov et j'ai indiqué que la France avait travaillé pour que la délégation - qui représente l'opposition syrienne - soit la plus inclusive possible, c'est-à-dire qu'elle représente toutes les sensibilités de l'opposition. Avec le Haut conseil pour les négociations, qui a son siège à Riyad et qui est présidé par Riad Hijab, mais aussi les composantes des forces militaires, des groupes militaires qui devront être également représentés. Et puis, il était souhaitable que la plateforme de Moscou et la plateforme du Caire soient aussi représentées. Avec cette délégation large, inclusive, il y a un message qui est adressé, un message constructif, positif de la part de l'opposition. De l'autre côté, il y aura une délégation du régime de Damas. Quelle sera son attitude ? Quel sera son état d'esprit ? J'ai dit à mes interlocuteurs, à tous ceux que j'ai rencontrés - y compris aux Russes - qu'il fallait faire pression - et je l'ai dit aussi à mon collègue iranien Zarif - sur le régime pour qu'il y ait une vraie négociation. Parce que ce que j'ai retenu de ce qui s'est passé la semaine dernière - l'interview de Bachar al-Assad à des médias français - c'est que le président syrien considère que toute l'opposition est constituée de terroristes. Alors, si d'un côté, vous avez les représentants du régime et de l'autre côté l'opposition avec toutes ses sensibilités qui sont tous des terroristes, comment voulez-vous qu'il y ait des discussions ? Nous attendons que le groupe des pays qui ont la même approche que j'ai évoquée tout à l'heure, ainsi que les Russes mais aussi les Iraniens fassent pression sur le régime pour qu'il y ait une vraie négociation en vue d'une transition politique dans le cadre de la résolution du conseil de sécurité des Nations unies, la résolution 2254. Q - Alors Monsieur le Ministre, quels moyens de pression avons-nous sur ceux qui peuvent faire pression, à savoir les Russes et les Iraniens, parce qu'aujourd'hui militairement, l'opposition est quand même quasiment hors-jeu. Les Russes et les Iraniens ont la main totalement sur le terrain. Quels moyens de pression avons-nous pour obliger les Russes et les Iraniens à faire pression sur le régime pour qu'il fasse des concessions ? R - Le moyen de pression pour moi le plus efficace, c'est la clarté de ceux qui sont favorables à une transition politique en Syrie, dans le respect encore une fois d'une décision unanime du conseil de sécurité des Nations unies que je viens de rappeler. Et puis nous sommes - la France et les États-Unis notamment - engagés dans une coalition contre Daech, contre le terrorisme. Et j'ai expliqué à mes interlocuteurs que si nous voulions être efficaces dans cette lutte contre le terrorisme, il ne fallait pas faire l'impasse sur la nécessaire transition politique en Syrie, car cela serait une victoire à la Pyrrhus. On voit bien que plus la lutte est brutale - pas seulement contre Daech et al-Nosra - en Syrie de la part du régime mais aussi des Iraniens et des Russes, plus, en même temps, l'opposition est aussi attaquée et cela conduit à une radicalisation. Le terrorisme ne sera pas vaincu par la seule voie militaire ; il ne peut l'être que par la voie d'une transition politique. Et j'ai ajouté également dans la discussion avec mes interlocuteurs - et pas seulement américains - qu'il y avait la question de Raqqa. Nous sommes engagés dans la coalition internationale contre Daech en Irak et nous soutenons le gouvernement irakien et l'armée nationale irakienne pour vaincre Daech à Mossoul, qui est son sanctuaire. Nous allons y parvenir même si ce sera long et coûteux, il faut en être conscient. Mais après, il y a un autre objectif qu'il ne faut pas tarder à mettre sur la table, c'est Raqqa, et je l'ai dit aussi aux Américains. Le 20 mars prochain, il y aura une réunion de la coalition internationale contre Daech à Washington et je m'y rendrai. Je souhaite que, d'ici là, pour la question de Raqqa - de cet autre sanctuaire de Daech qui organise des attentats dans la région et qui organise des attentats partout et notamment en France -, nous nous donnions les moyens de le faire tomber. Et cela veut dire une vraie discussion politique avec les Américains, mais aussi avec les Turcs et avec les autres partenaires de la coalition. Il y a une urgence, on ne peut pas laisser cette situation. La situation en Syrie reste extrêmement chaotique, extrêmement violente, extrêmement dangereuse. Q - Il y a une partie au conflit aussi dont on n'entend plus trop parler, ce sont les Kurdes qui sont quand même sur le terrain très bien positionnés, justement pas loin de Raqqa non plus. Que devrait-il se passer ? Estimez-vous qu'il soit normal qu'ils soient totalement en marge maintenant des discussions qui se tiennent ? R - Il ne peut pas y avoir de solution durable sur l'avenir de la Syrie si d'abord il n'y a pas, dans le cadre de la résolution 2254, les conditions d'une transition politique, de la gouvernance, la préparation d'une constitution et puis l'organisation d'élections. C'est, en quelque sorte, la feuille de route sur laquelle on doit travailler. J'ai vérifié avec mon collègue russe qui est d'accord pour faire référence à cela. Après on va voir comment cela se passe. Il est évident - je l'ai dit à tous mes interlocuteurs et aux Turcs notamment - que la future Syrie doit rester unitaire, il ne s'agit pas de laisser faire une partition de la Syrie, ce ne serait pas acceptable. En même temps, il faut que cette Syrie soit inclusive, que toutes les composantes de la société - pas seulement la minorité chiite alaouite qui dirige le pays avec le régime de Damas, mais aussi les sunnites, les chrétiens et les Kurdes - doivent trouver une place. Et j'ai souhaité que dans les négociations de Genève, les Kurdes puissent aussi trouver une place, sinon il n'y aura pas de paix durable. Q - À cet égard, les Russes ont proposé - après la réunion d'Astana - aux gens de l'opposition à Moscou un projet de constitution qui est quasiment la Suisse. Ils prévoient, notamment, une décentralisation mais, pour le moment, l'opposition et certains des pays qui la soutiennent - comme les Turcs - ont refusé. Quelle est la position de la France par rapport à ce projet ? Ou est-ce est mettre la charrue avant les bœufs que de faire ce projet de constitution ? R - Le ministre russe m'a parlé de cette initiative russe. Il a parlé de non-papier dans lequel un projet de constitution est mis sur la table. Il a même ajouté « ce n'est pas à prendre ou à laisser ». J'ai répondu « pourquoi pas ». Mais c'est l'affaire des gens qui seront autour de la table, c'est-à-dire de l'opposition et des représentants du régime puisque c'est à l'ordre du jour, c'est le deuxième chapitre de la résolution 2254. Il faudra bien parler d'un projet de constitution, avec ou non ce projet russe. Ce qui compte c'est d'avancer mais nous, nous ne devons pas baisser les bras. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, on est loin du compte. Je ne veux pas parler d'optimisme ou de pessimisme, mais il y a encore un cessez-le-feu qui est loin d'être respecté sur le terrain - c'était l'objet des rencontres d'Astana. Maintenant il y a une date qui a été fixée, bien qu'elle ait été reportée à plusieurs reprises, pour qu'il y ait une reprise des pourparlers à Genève... Q - Y a-t-il le moindre calendrier pour l'instant ? Est-ce qu'il y a un agenda ? R - L'agenda c'est d'abord la reprise des discussions à Genève le 23 février. Cela va être le test et c'est la semaine prochaine. Est-ce que les gens qui seront face à face accepteront de se parler ou non ? Nous, nous faisons pression en particulier sur ceux qui sont belligérants sur le terrain mais nous ne sommes pas belligérants. Les belligérants c'est bien sûr le régime, avec une armée très faible, et s'il n'y a pas les soutiens russe et iranien, Bachar al-Assad et son armée seraient tombés. C'est sur les Russes et les Iraniens que nous faisons pression et nous avons là-dessus une approche tout à fait commune avec les pays qui se sont réunis vendredi matin à Bonn. (...). Ukraine - Russie (...) Q - Autre point de tension, ce qui se passe actuellement en Ukraine avec une reprise des tensions, il y a eu la Crimée. Vous avez rencontré votre homologue, vous le disiez, Sergueï Lavrov, quels sont les arguments qu'il vous donne ? Est-ce qu'il accepte de reconnaître une intervention en sous-main de la Russie ou c'est toujours le déni ? R - Ils ne peuvent pas être dans le déni puisqu'ils sont autour de la table pour mettre en oeuvre les accords de Minsk. Il y a toujours une référence aux accords de Minsk. Ceux qui pensaient que les accords de Minsk étaient morts se sont trompés parce que les deux parties - Ukrainiens et Russes - s'y réfèrent et acceptent ce qu'on appelle le Format Normandie, c'est-à-dire la médiation franco-allemande. Nous avons fait cette réunion -, il y en aura d'autres - mais en même temps, c'est assez démoralisant sur le terrain parce que la situation empire. Nous avons abordé les choses très concrètes avec Sigmar Gabriel, mon collègue allemand. On voulait des résultats : à savoir un cessez-le-feu et le déplacement et l'abandon des armes lourdes à partir du 20 février. Et il y a eu un accord des Ukrainiens et des Russes. Les Russes parlent à la place des séparatistes, ils sont donc bien impliqués et ils sont bien obligés de reconnaître qu'ils sont venus en appui aux séparatistes ce qui a déclenché les hostilités. Je rappelle que la guerre en Ukraine a fait plus de 10.000 morts en Europe. C'est la première fois qu'après la Seconde guerre mondiale on portait atteinte aux frontières, et l'intangibilité des frontières fait partie de l'ordre international. On avance à petits pas, notamment avec des échanges des prisonniers, mais ce sont des petites avancées. Y a-t-il une réelle volonté, aussi bien du côté russe qu'ukrainien, d'aller plus vite sur la mise en œuvre des accords de Minsk ? Parfois j'en doute et c'est pourquoi nous, nous tenons un langage très ferme, aussi bien en direction des Russes que du côté des Ukrainiens. Q - Y a-t-il aujourd'hui, Monsieur le Ministre, une porosité entre les deux dossiers, le dossier syrien et le dossier ukrainien, c'est-à-dire à partir du moment où les Russes sont à l'initiative sur le dossier syrien, que peut-on leur demander... R - Je ne crois pas que l'on soit dans un marchandage où on pourrait faire des avancées sur un dossier et puis en faire aussi sur d'autres, une espèce de deal à la Trump, je ne crois pas à cela. Je crois qu'il faut toujours rester sur les principes, et les principes, c'est le droit international. Et là, je m'interroge parce que j'ai écouté aussi le discours de Sergueï Lavrov qui a parlé d'un nouvel ordre international post-occidental. Q - Post-occidental, qu'est-ce que cela veut dire exactement ce concept ? R - Je pense que ce n'est pas l'Occident et les valeurs de l'Occident qui sont la cause des difficultés du monde aujourd'hui, c'est plutôt quand on s'en détourne. Et ces valeurs sont-elles occidentales ou universelles ? Je suis surpris qu'un pays comme la Russie tienne ce langage. C'est un pays qui a énormément souffert de la Seconde guerre mondiale, celui qui a subi le plus grand nombre de victimes, de destructions et on a toujours rendu hommage - et à juste titre - au peuple russe et à son courage, à l'Union soviétique qui s'est battue, qui était alliée des États-Unis et des Français et des Anglais, je crois qu'il ne faut jamais oublier cette souffrance terrible. Et à partir de là, il y a un ordre international qui s'est construit sur des valeurs, notamment la Déclaration universelle des droits de l'Homme, est-ce que c'est un texte occidental ? C'est l'héritage de la Déclaration des droits de l'Homme de 1789, c'est vrai... Q - Et Poutine abandonnerait cet héritage ? R - Si on abandonne cela, on va vers le retour des nationalismes, on va vers le retour des rapports de force, de règlement au cas par cas des questions alors que le monde est incertain et dangereux et même plus dangereux qu'il y a quelques années, notamment depuis le tournant de la chute de l'Union soviétique et la chute du mur de Berlin. La réunification allemande a été traitée de manière intelligente. J'ai l'impression qu'il y a un cycle qui est en train de se terminer et qu'un cycle dangereux pourrait commencer qui est celui du retour de l'isolationnisme américain mais aussi des nationalismes, du chacun pour soi, que ce soit pour le règlement des crises, pour le règlement des questions d'échanges économiques et commerciaux ou pour régler par exemple la question du réchauffement climatique. Je crois qu'on ne peut que rappeler la nécessité d'un ordre mondial multilatéral basé sur des valeurs, et, plus la mondialisation avance, plus on a besoin de régulations. Et c'était notamment l'intérêt de cette réunion du G20 qui a eu lieu à Bonn... (...). Israël - Territoires palestiniens - États-Unis (...) Q - Il y a un dossier qui est réellement dans l'impasse, ce sont les relations israélo-palestiniennes, et justement il y a une sorte de bouleversement maintenant avec l'administration Trump. Quelle va être la position de la France par rapport à ça ? Est-ce qu'il y a encore moyen de faire quelque chose pour en sortir ? R - Je vous rappelle que nous avons tenu une conférence, le 15 janvier à Paris, où 70 pays étaient représentés avec les Nations unies, l'Union européenne et la Ligue arabe. C'était quelques jours avant la prise de fonction officielle du président Trump aux États-Unis. Cela ne nous a pas empêchés d'agir. Et cela nous a permis de rappeler, de façon forte, que la solution des deux États était la seule perspective pour sortir de ce conflit. D'une part, la colonisation se poursuit mais elle a fait l'objet d'une condamnation par le conseil de sécurité des Nations unies. Et d'autre part il y a eu la rencontre du Premier ministre Netanyahu avec le président Trump, qui s'est conclue par une très grande ambiguïté, notamment sur la perspective de deux États, comme l'a confirmé Rex Tillerson. Je dois vous dire que je suis inquiet et que nous n'allons cesser de répéter, notamment aux États-Unis - parce qu'ils ont leur place dans la solution des deux États pour contribuer à la négociation entre Palestiniens et Israéliens - qu'effectivement il ne faut pas abandonner cette perspective. J'ai dit à M. Tillerson qui s'ils abandonnaient cette perspective, ils prenaient le risque de créer une énorme frustration et de laisser s'installer le désespoir, ce qui contribue à la propagande de Daech dans cette région. Mon collègue jordanien m'a dit la même chose. Ainsi, toucher par exemple à Jérusalem - en transférant l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem - serait une faute très grave et tous les pays de la région sont d'accord. Nous n'avons cessé de mettre en garde les États-Unis, et de leur rappeler que la perspective des deux États c'était à la fois la perspective qui redonnait de l'espoir aux Palestiniens, mais c'était aussi la contribution à la paix et à la sécurité d'Israël, à laquelle nous sommes attachés, comme les Américains. Q - Et alors quelle est la prochaine étape ? La prochaine initiative, la prochaine étape pour faire avancer... ? R - La prochaine étape c'est qu'enfin, sur toutes les questions qui se posent - et elles sont nombreuses et j'ai parlé de l'accord nucléaire iranien -, l'administration américaine se mette vraiment en place. Q - Elle n'y est pas, pour vous ?... R - Un conseiller à la sécurité qui a été obligé de démissionner, pour les raisons que vous savez, c'est-à-dire ambiguïté par rapport à la Russie. Moi, je respecte le temps qu'il faut pour se mettre en place... Q - Mais Trump est déjà en campagne, vous avez vu, en Floride, il a tenu un grand meeting de campagne... R - Il ne faut pas se tromper de moment. Il est libre de dire ce qu'il veut, il assume ses responsabilités en tant qu'homme politique et pour sa politique intérieure. Je ne vais pas m'ingérer dans la politique intérieure américaine. Mais s'agissant des affaires du monde, chaque pays a son rôle à jouer, la France joue le sien, et on aimerait que les Américains puissent le faire aussi sans tarder. (...). Cybersécurité (...) Q - Vous venez de mentionner le départ de ce conseiller de Donald Trump en raison des ambiguïtés avec la Russie. Quelle est votre réaction par rapport à toutes les allégations qui planent sur ce que les Russes sont capables de faire au niveau piratage informatique, etc. dans les campagnes qui vont se dérouler en Europe, que ce soit aux Pays-Bas, en Allemagne, en France ? Et vous êtes sur une chaîne qui a failli en mourir. R - Vous savez ce que c'est qu'une cyber-attaque, et ce n'est pas une question théorique. C'est une menace qui existe. Le dernier sommet de l'OTAN à Varsovie, dans ses nouvelles priorités en matière de défense et d'organisation, a mis effectivement la cyber-sécurité comme une des priorités avec des investissements, des capacités. La France le fait aussi. Nous tiendrons vendredi prochain un conseil de défense consacré essentiellement à cette question de la protection des données. Nous avons des outils pour ça. Quand j'étais Premier ministre nous avions renforcé l'agence nationale qui s'en occupe, sous l'autorité du secrétaire général de la sécurité nationale - l'ANSSI - et qui fait un très bon travail. D'ailleurs, pour la campagne électorale des présidentielles, l'ANSSI est à la disposition des candidats et des partis politiques qui le souhaitent, en termes d'accompagnement et de conseil, sans s'ingérer évidemment dans les affaires intérieures des partis. Mais en même temps il faut qu'on adresse des messages très clairs : nous ne pouvons pas accepter qu'un État, que des organisations financières... Q - Cet État, c'est la Russie ? R - Pas forcément la Russie, moi je ne mets pas en cause spécialement tel ou tel État. Mais vous avez subi une cyber-attaque, qui aurait pu vous mettre complètement k-o, pourquoi ? Parce que peut-être vous êtes une télévision en langue française, qui diffuse dans le monde entier. Je crois que vous pouvez être une cible. Donc il faut se protéger et adresser des messages à tous ceux qui pourraient nous menacer que nous ne nous laisserons pas faire. Il y a des risques. Même chaque personne qui possède un téléphone portable sait qu'il y a des risques. Il vous arrive parfois de recevoir des mails vous demandant de venir au secours d'une personne qui se retrouverait à l'étranger alors qu'en réalité si vous répondez, vous risquez de voir vos données pillées. Cela veut dire que la révolution du numérique offre des perspectives et des possibilités considérables mais en même temps, elle présente aussi des dangers dont il faut se protéger. (...). \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/495.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/495.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..817d809e509ef4a9dd2364fa8c0718dc6eea5674 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/495.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Représentante spéciale, Chère Leila Zerrougui, Monsieur le Directeur exécutif, Cher Anthony Lake, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, Chers Amis, Tout d'abord, je vous remercie Monsieur le Directeur exécutif de l'UNICEF. La première fois que je vous ai rencontré, c'était à Genève dans vos fonctions au siège de l'UNICEF et lorsque vous m'avez reçu, nous avons été tout de suite à l'essentiel. Je venais tout juste de prendre mes fonctions de ministre des affaires étrangères et je m'étais rendu au conseil des droits de l'Homme. C'était aussi pour moi un engagement très important d'être à Genève pour faire passer un message. Je vous remercie aujourd'hui pour votre présence active et pour l'excellente coopération de vos équipes avec celles du ministère des affaires étrangères ce qui a permis l'organisation efficace de cette conférence. Je voudrais également saluer votre engagement Madame la représentante spéciale du secrétaire général, chère Leila Zerrougui. Je sais que vous ne ménagez pas votre peine et vous l'avez fait depuis cinq ans avec beaucoup d'efficacité. Merci aux présidents et aux rapporteurs des trois panels de haut niveau qui se sont réunis aujourd'hui. Nous en avons eu la synthèse il y a quelques instants, c'était très percutant et très pertinent. C'est le dixième anniversaire aujourd'hui des principes et des engagements de Paris. C'est avant tout pour nous, l'occasion d'envoyer un signal de mobilisation, celui de la communauté internationale mais aussi de tous les acteurs de la société civile qui s'engagent en faveur de la cause des enfants dans les situations de conflits. Car chacun à son niveau de responsabilité. Les gouvernements bien sûr, mais pas seulement. Tous doivent prendre leur part pour protéger les enfants des effets de la guerre, c'est une nécessité absolue. Pour y parvenir avec efficacité - et c'était le sens de cette conférence - il fallait tout d'abord faire un état des lieux de la situation de ces enfants depuis 2007, mais également mesurer les défis qui restent à relever. C'est une étape importante que nous venons de franchir, une étape de mobilisation collective. Et, la France s'engage à rester vigilante pour que cette dynamique qui résulte de nos travaux puisse se poursuivre. De nos échanges je retiens plusieurs pistes et, chère Leila, vous pouvez compter sur notre appui entier. Depuis cinq ans, vous avez développé un partenariat à l'échelle régionale, avec l'Union européenne, avec l'Union africaine et, avec la Ligue arabe. Tous ces partenariats concourent à l'appropriation de la cause de la protection des enfants partout dans le monde. Je propose que nos échanges d'aujourd'hui puissent se poursuivre à New York, en marge de la prochaine Assemblée générale des Nations unies. Il ne faut pas laisser retomber la mobilisation que nous avons tous ressentie lors de cette conférence aujourd'hui. Ensuite, nous devons agir à un niveau opérationnel et nos actions doivent intervenir aussi bien en amont qu'en aval des conflits. En amont, nous devons renforcer les campagnes de sensibilisation et faciliter l'accès à l'éducation, un mot que nous avons entendu depuis ce matin. Nos efforts pour le droit à l'accès à l'éducation doivent se traduire dans la réalité. Ils doivent inclure la sensibilisation des enfants eux-mêmes, comme de leur famille, par tous les moyens de communication, par la diffusion de messages par les voies les plus efficaces, qu'ils s'agissent de la radio, des téléphones mobiles de plus en plus utilisés, des réseaux sociaux et bien sûr, de l'école pour ceux qui la fréquentent. C'est ainsi que nous pourrons prévenir le recrutement des enfants par les groupes armés. Lorsque les écoles sont occupées, lorsque les écoles sont délibérément prises pour cibles, lorsque les jeunes filles, tout particulièrement, sont menacées ou agressées parce qu'elles veulent s'instruire, nous devons faire encore davantage. L'éducation en situation d'urgence et de crise prolongée doit être l'une des priorités pour faire en sorte que des générations entières ne soient pas sacrifiées. Dans les comptes rendus, nous avons entendu des témoignages concernant les enfants réfugiés. Je pense aux réfugiés syriens en Turquie, en Jordanie et au Liban. Monsieur le ministre - vous l'avez très bien décrit - j'ai eu l'occasion de me rendre dans votre pays et je suis aussi allé en Turquie. Je sais que tous les enfants, et vous l'avez dit avec beaucoup de conscience, ne reçoivent pas cette éducation. Tous ceux qui connaissent leur situation sont inquiets. En particulier, lorsque je m'étais rendu en Turquie, j'ai discuté avec les représentants de l'UNICEF qui m'avaient exprimé leur angoisse de voir des centaines de milliers d'enfants, alors que pour autant, un effort considérable est fait pour l'accueil des réfugiés. Je ne critique pas les autorités, mais simplement face à la masse des réfugiés, c'est devenu une situation difficile. Tous ne sont pas dans des camps, ils sont parfois dispersés, sans leurs parents parfois. Ce sont des enfants qui travaillent, ce ne sont pas des enfants soldats mais ce sont des enfants qui risquent de faire de mauvaises rencontres. Dans ces périodes de transition, lorsque nous sommes face à ces situations, l'éducation, même dans des conditions difficiles matériellement, doit être au cœur de l'accueil des réfugiés. Le président de la République, François Hollande, qui a ouvert nos travaux ce matin a décidé, fin 2015, de renforcer le soutien de la France aux agences humanitaires des Nations unies en réponse à la crise syrienne. Nous avons déjà commencé à verser une contribution exceptionnelle de 100 millions d'euros en 2015-2016. L'UNICEF a reçu 15 millions d'euros pour ses activités éducatives au profit des enfants réfugiés au Liban et en Jordanie. Et, la France s'engage à renouveler son engagement cette année. Elle continue de le faire sous différentes formes comme le Fonds Education cannot wait hébergé par l'UNICEF. Dans les situations de conflit, il faut aussi, et cela a été dit ce matin - et en particulier par le président du comité international de la Croix-Rouge, Peter Maurer - que les militaires soient sensibilisés au respect du droit international humanitaire. Il est vrai que ce que fait le CICR est particulièrement difficile mais remarquable de doigté, de patience, de professionnalisme et d'attention. Parce que ce n'est pas facile de discuter avec des militaires lorsque l'on est dans des zones de conflit, pour arriver à les convaincre, ce n'est pas évident. Et, pourtant - nous en avons parlé ensemble aussi en tête-à-tête lorsque nous nous sommes vus en marge de cette réunion plénière - il y parvient. Et à chaque fois qu'il y parvient, c'est une satisfaction et un encouragement de plus à poursuivre et à amplifier. Il est important que toutes les précautions soient prises en effet lorsque des enfants combattants sont impliqués et qu'il s'agit de les séparer des groupes armés non-étatiques, afin de les remettre aux acteurs de la protection de l'enfance. Le département des opérations de maintien de la paix des Nations unies a lui aussi un rôle clé à jouer pour concevoir ces stratégies et proposer des formations spécifiques, parce que c'est compliqué, c'est difficile, à l'image du document récemment adopté par l'OTAN sur la protection des enfants dans les conflits armés. Une fois l'enfant libéré de l'emprise des groupes armés, nous devons tout mettre en oeuvre pour, le plus vite possible, faciliter sa réintégration au sein de sa famille et de son environnement. Il revient aux États de mettre en place des stratégies de démobilisation, de désarmement et de réintégration spécialement adaptées aux enfants, je dis bien « spécialement adaptées aux enfants », qui ne soient pas mélangées avec les adultes qui ont un autre parcours et une autre sensibilité. Ce qui serait une faute. Il faut accorder une attention particulière à la situation des jeunes filles. En ce qui concerne la France, nous nous engageons à prendre notre part dans cet esprit bien sûr. Nous le faisons déjà et c'est pour cela qu'il est intéressant que chaque pays parle de son expérience, comme vous l'avez fait dans les panels. Nous le faisons déjà en République centrafricaine. J'ai discuté ce matin avec le ministre des affaires étrangères de Centrafrique de la situation dans son pays. Nous soutenons des projets de réinsertion d'enfants soldats anti-balaka et ex-seleka. C'est un travail extrêmement complexe, minutieux, presque personnalisé. Et, là aussi, comme le président de la République l'a annoncé ce matin, nous contribuerons à hauteur de 500.000 euros au projet de l'UNICEF pour la réinsertion des enfants et notamment je pense à ces enfants associés aux groupes armés dans le nord-est du Nigeria. Nous avons eu des témoignages ce matin : Laetitia Casta, qui est ambassadrice de l'UNICEF, s'est rendue dans la région du Lac Tchad, c'était un témoignage émouvant, généreux, chaleureux et sincère. Il est important d'aller sur le terrain et de dire la vérité, la réalité et, en même temps, de voir le travail qui est entrepris. Et puis, nous avons un travail difficile à faire au regard des besoins en termes de protection engendrés par ce conflit et de nos préoccupations en matière de lutte contre la radicalisation, notre soutien est essentiel. Les États doivent aussi veiller à ce que les principes de la justice pour mineurs et l'intérêt supérieur de l'enfant soient respectés. Un mineur reste un mineur ; bien sûr il peut être entraîné dans des actes criminels. Cela arrive et la justice doit se prononcer. Mais tout ce qui relève de la justice des mineurs doit prendre en compte la spécificité de l'enfant. Un mineur n'est pas un majeur, ce serait une faute de les mettre sur le même plan. C'est aussi une question de conscience, de respect de l'enfant, mais c'est aussi une question d'efficacité. Il ne suffit pas de mettre un mineur en prison pour avoir réglé le problème. Ceux qui ont été victimes de recrutement, en particulier entraînés - et on ne le voit pas seulement dans les conflits armés, on le voit dans nos sociétés - parfois par les trafiquants de drogue et qui leur pervertit l'esprit, il est difficile de les rattraper. Mais il faut leur donner une chance à ces enfants parce qu'ils sont d'abord trop souvent considérés exclusivement comme des menaces à la sécurité. Il est donc urgent d'avoir une approche globale, responsable bien sûr, lucide mais globale. Et, au coeur de cette globalité, il doit toujours rester l'espoir de la réhabilitation, c'est-à-dire par l'éducation pour qu'une nouvelle chance soit donnée à ces enfants qui ne font que commencer leur vie. Enfin, nous devons approfondir la dimension juridique, c'est là notre leçon de cette journée. La lutte contre l'impunité à l'échelle nationale et internationale est indispensable pour décourager les violations graves par de nouveaux acteurs. Vous me le disiez, Monsieur le Ministre des affaires étrangères de RCA, pour que ceux qui sont tentés par des actes criminels sachent que la sanction est possible. Je veux à cet égard souligner le message positif envoyé par la Cour pénale internationale, dont le premier jugement, confirmé en appel dans l'affaire Lubanga, a reconnu l'intéressé coupable des crimes de guerre consistant en l'enrôlement et la conscription d'enfants de moins de 15 ans. Des initiatives nationales peuvent aussi être mentionnées, comme la loi colombienne sur la protection des victimes de violences sexuelles et sexistes dans les conflits armés. Beaucoup de pays ont des expériences, beaucoup de pays avancent à leur rythme et ne renoncent pas. Et il est vrai que l'intérêt d'une rencontre comme celle-ci c'est aussi de comparer les initiatives, de partager les expériences. On n'a pas perdu notre temps, Mesdames, Messieurs, aujourd'hui. Cette conférence a atteint son objectif, en rappelant que les principes et les engagements de Paris, adoptés il y a dix ans, doivent être notre socle commun en matière de protections des enfants dans les situations de conflit. Je remercie chaleureusement la Tunisie, la Birmanie et le Kazakhstan qui ont décidé eux aussi d'endosser aujourd'hui ces principes, portant à 108 le nombre d'États signataires. J'encourage ceux qui ne l'ont pas encore fait à nous rejoindre. La souffrance de ces enfants, je ne vous apprends rien, vous l'avez ressenti tout au long de cette journée, est intolérable. Et nous avons eu ce matin des témoignages - nous aurions pu en avoir beaucoup d'autres - il y a beaucoup de films, de documentaires, de livres, de récits, nous pourrons y consacrer du temps. Mais, aujourd'hui, nous avons reçu Alberto de Colombie et Alhaji de Sierra Leone. À travers leurs témoignages extrêmement forts et sensibles, ils ont montré leur humanité profonde. Ils ont montré qu'il y a quelques années, ils étaient des enfants et qu'aujourd'hui ils sont devenus des adultes. Ils sont porteurs d'espoir, d'abord pour eux-mêmes, pour leur famille, leurs amis, leur entourage, leur pays et pour nous aussi. Parce que leur témoignage montre que, quand on ne renonce pas, on peut donner cette chance, et vous l'incarnez. Alors merci d'avoir accepté de venir jusqu'à Paris. Je sais que vous êtes venus par conviction et je vous en remercie sincèrement du fond du coeur. Votre présence a ému tout le monde et elle nous a surtout redonné de la force pour continuer à nous mobiliser pour que cette cause des enfants, celle que l'UNICEF représente et nous aux côtés de l'UNICEF, ne soit pas que des paroles mais un engagement concret, une mobilisation de tous les instants au-delà de ce qui a été fait jusqu'à aujourd'hui. Vos deux témoignages, qui incarnent beaucoup d'autres, sont pour nous une grande leçon mais surtout une leçon de conviction et mobilisation. Merci d'avoir participé à cette conférence. Merci et bon courage. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/496.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/496.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0e828b42593ac63ff7f955e4db55b0cac5f6e780 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/496.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Représentante spéciale, Chère Leila Zerrougui, Monsieur le Directeur exécutif, Cher Anthony Lake, Mesdames et Messieurs, Nous sommes maintenant à la clôture de cette conférence « Protégeons les enfants de la guerre ». C'est une journée qui a été consacrée à la protection des enfants dans les conflits armés et la France tenait à ce rendez-vous. Parce que, chaque jour, l'actualité nous rappelle que, dans les conflits - et il y en a beaucoup -, dans les situations de crise, les enfants sont les premières victimes. Là où la guerre civile fait rage, c'est encore plus grave pour les enfants qui sont exposés de manière encore plus criante à la malnutrition, aux épidémies, à la précarité. Hier, Anthony Lake a rappelé qu'1,4 millions d'enfants risquent de mourir de la famine, en particulier au Nigeria, en Somalie, au Soudan du Sud et au Yémen. Voilà la réalité brutale des chiffres. Je me réjouis qu'aujourd'hui cette mobilisation ait été forte. La France a accueilli aujourd'hui près de 300 participants représentant 73 pays, une vingtaine (sic) d'organisations internationales et plus d'une vingtaine d'organisations issues de la société civile. Je souhaite remercier tous les participants de leur engagement quotidien, dans les enceintes internationales comme sur le terrain, pour protéger les jeunes filles et les jeunes garçons des atrocités de la guerre. Je salue en particulier le travail remarquable des ONG qui étaient représentées aujourd'hui. Cette mobilisation collective est essentielle. Parce que c'est ensemble que nous parviendrons à apporter des solutions aux grands défis de notre monde. Un monde globalisé qui appelle de plus en plus de coopération internationale, et non pas le contraire, comme cela semble être la tendance aujourd'hui, celle du repli national, celle du chacun pour soi, celle du retour des nationalismes. Et je crois que cette journée a démontré justement que si on veut faire reculer la pauvreté, si on veut faire reculer la violence et, en particulier, celle que subissent les enfants, alors il faut s'organiser, il faut se mobiliser à l'échelle internationale et en coopérant. Au cours de cette journée, nous avons réaffirmé notre attachement aux droits des enfants ainsi qu'aux principes et engagements de Paris contre le recrutement des enfants par les forces ou groupes armés. Ces engagements de Paris avaient été pris il y a dix ans exactement ; à l'époque c'était le président Chirac qui avait ouvert ces travaux. Aujourd'hui, c'est le président Hollande. Et c'était l'occasion pour nous de faire un point. Que s'est-il passé depuis dix ans ? Des progrès ont été observés au cours de ces dernières années : entre 2007 et 2015, 57.600 enfants ont été libérés. En 2015, ce sont plus de 8.000 enfants soldats qui ont été démobilisés. Il est vrai que cela peut paraître peu par rapport à l'immense effort qu'il faudrait faire pour les libérer tous de cette tragédie qu'ils subissent. Ces chiffres illustrent les effets très positifs de la campagne « Enfants, pas soldats » menée par vous, Madame Leila Zerrougui. Notre combat, nous l'avons décidé aujourd'hui après cette journée intense d'échanges et de travaux, de le poursuivre et c'est pourquoi cette réunion était vraiment nécessaire. Je retiens de nos échanges différentes pistes d'action susceptibles de favoriser un véritable continuum dans la prise en charge des enfants dans les conflits armés : en amont, pendant et en aval. En amont, nous devons renforcer les campagnes de sensibilisation et faciliter l'accès à l'éducation. C'est ce que fait la France, qui consacre une part significative de ses engagements humanitaires à l'éducation. Notre pays est fortement engagé dans cette priorité, en particulier, nous le faisons très concrètement en ce moment, dans les camps de réfugiés syriens au Liban et en Jordanie. Nous devons également veiller à ce que les militaires soient sensibilisés au respect du droit international humanitaire. Ce n'est pas si évident. Nous avons entendu un témoignage à la fois passionnant et poignant de Peter Maurer, le président du comité international de la Croix Rouge, qui fait son travail tous les jours auprès des militaires pour les convaincre de laisser les enfants à côté de ces conflits, ce qui est extrêmement difficile. Partout, nous devons faire cesser les violations graves recensées par les Nations unies contre les enfants en temps de conflits : les meurtres et les mutilations, les violences sexuelles, les enlèvements, les attaques contre les écoles et les hôpitaux et le déni d'accès humanitaire. Plus de la moitié des réfugiés liés aux conflits sont des enfants. Une part importante des programmes humanitaires et de développement mérite donc d'y être consacrée. En aval, nous devons faciliter la réintégration des enfants soldats au sein de leur famille et de leur communauté. Je prends l'exemple de la République centrafricaine, où la France est engagée aux côtés du gouvernement et des autorités locales et des ONG pour soutenir très concrètement des projets de réinsertion d'enfants soldats qui étaient dans ces milices anti-balaka et ex-seleka, et bientôt au Nigeria, le président de la République a annoncé ce matin que nous contribuerons à hauteur de 500.000 euros au programme qui est porté par l'UNICEF pour la réinsertion des enfants associés aux groupes armés, à ces terribles groupes armés de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria. Tout le monde voit certaines images mais parfois elles passent et l'on passe à autre chose, on oublie. Quand on voit ces pauvres enfants qui sont là, exploités et souvent utilisés même pour commettre des attentats, comment peut-on laisser faire ? Comment peut-on ne pas s'engager davantage ? Cette journée a été extrêmement riche en émotion, en témoignages d'engagements. Et je crois que l'on peut dire que cette conférence a atteint son objectif, car elle a permis de rappeler que les principes et les engagements de Paris, adoptés il y a dix ans, doivent rester notre socle commun en matière de protection des enfants dans les situations de conflits. 105 pays avaient déjà endossé ces principes et engagements de Paris. Maintenant, ils sont 108 : la Tunisie, la Birmanie et le Kazakhstan nous ont rejoints et nous appelons d'autres pays à le faire. Nos efforts ne s'arrêtent pas ce soir. Les enfants doivent cesser d'être les victimes innocentes, collatérales des conflits. Nous savons aussi que, parfois, la propagande peut entraîner les enfants et leur faire miroiter des solutions, des espoirs. Et nous avons eu deux témoignages extrêmement émouvants : Celui d'Alberto de Colombie qui, à onze ans, avait intégré les FARC et qui avait été entraîné par eux, lui promettant de l'éducation, un avenir. Il y avait cru, vivant dans la misère et subissant la violence, y compris intrafamiliale, il y avait cru et puis, enfin, il a fini par en sortir, en être libéré. Et, aujourd'hui, il fait des études universitaires. Il a voulu nous donner son témoignage car il voulait, à la fois, nous montrer, à travers son histoire personnelle, ce que cela peut représenter comme souffrances et désespoir, mais aussi nous montrer qu'il y avait une voie pour en sortir et qu'il y avait de quoi aussi nous mobiliser en écoutant ce qu'il incarnait et qu'il voulait nous faire passer. Il est resté trois ans et demi dans les FARC. Et puis nous avons aussi le témoignage d'Alhaji qui est de Sierra Leone qui, lui, a été enlevé. Il était en vacances dans un village dans sa famille et des combattants sont arrivés, ont tué, brulé les habitations, mutilé. Et lui a été enlevé, un enfant de onze ans lui aussi, qui est resté plusieurs années et qui a fini par être libéré, qui a ensuite voulu se reconstruire, qui a été aidé pour se reconstruire mais qui, aujourd'hui, justement, en donnant son témoignage, nous a dit «je veux être utile, je veux me mobiliser, je veux accompagner tous ceux qui veulent décourager la radicalisation, qui veulent décourager ceux qui enlèvent les enfants, ceux qui les exploitent, qui les mutilent et qui les violent». Ce sont deux témoignages à la fois douloureux, des témoignages généreux mais qui nous ont interpellés et qui ont donné du sens et de la chair humaine et de coeur à cette conférence aujourd'hui. Il est important que ceux qui sont venus repartent avec courage, avec détermination et je crois que cette réunion, en effet, aura servi. Elle aura permis, à la fois, de bien identifier où sont les questions et les problèmes et de voir où sont les capacités à changer la réalité et surtout partir avec l'idée que nous ne renoncerons pas à défendre partout les droits de l'enfant. Et en commençant à les défendre d'abord chacun dans nos pays, parce qu'il y a aussi, dans nos pays, des injustices, des souffrances et nous ne voulons renoncer à rien, que ce soit en France, que ce soit à l'échelle de l'humanité tout entière. Q - C'est plutôt une question d'ordre citoyen. Vous l'avez dit, il y a un consensus évident sur la question du drame des enfants soldats. Ce qui me paraît toujours un peu étrange, c'est qu'on le dit et M. Lake le redit, il faut de l'argent, il faut des financements et l'on ne peut pas juste avancer sur des causes sans le nerf de la guerre. En l'occurrence, l'aide au développement, en France comme dans beaucoup de pays du monde, est bien en-dessous des 1%, elle est même en-dessous, je crois, des 0,7% qui sont une promesse internationale d'aide au développement. Je voulais juste pointer parfois quelques contradictions. J'espère donc que, peut-être, ce genre de conférence va donner envie aux gens et aux États de mettre un peu la main à la poche, ce qui n'a pas l'air d'être le cas. R - Je veux juste faire un témoignage. Vous avez raison de toute façon, je ne conteste pas votre propos citoyen, comme vous avez dit. C'est aussi une question qui interpelle les États. La France a fait cette année une remontée très importante de son aide au développement. Du retard avait été pris, on est en train de rattraper ce retard et ceci va dans la bonne direction. Mais cela ne sera pas suffisant. Vous avez rappelé l'objectif de 0,7%, nous n'y sommes pas encore tout à fait, mais il faut y arriver. J'étais au G20 des ministres des affaires étrangères la semaine dernière à Bonn. Il y avait, à l'ordre du jour, la question du développement, les objectifs du développement qui ont été adoptés à New York, les moyens qui ont été définis à Addis Abeba. Cela a été un temps fort de la réunion du G20. Et un autre temps a été consacré à l'Afrique. Nous avons aussi abordé les questions de sécurité, de défense. Et le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, qui était présent, a dit : « il y a un objectif qui est celui que vous vous fixez pour aller jusqu'à 2% du PIB des budgets de la défense, mais il ne faut pas oublier qu'un effort de même nature, de même esprit, doit être fait aussi pour le développement ». Et il a bien fait de le dire car le défi de l'humanité dans les années qui viennent, c'est bien aussi le défi du développement, le défi de la lutte contre la pauvreté et des inégalités. Donc, si nous voulons un monde sûr, ce n'est pas contradictoire, nous devons aussi avoir un monde juste et qui donne des perspectives. Je crois donc que, quand nous le faisons à l'échelle de la France, nous le faisons aussi à l'échelle de l'Europe. Il ne faut pas oublier que l'Union européenne, s'agissant de l'aide au développement, est l'organisation politique qui contribue le plus à l'aide au développement en termes financiers, en termes d'actions, en termes d'engagements. Nous sommes souvent présents, lorsque la France intervient, avec l'Union européenne, cela se fait de façon conjointe et c'est vrai en particulier en Afrique. Je partage donc ce que vous avez dit et c'est la raison pour laquelle nous étions aussi réunis ici aujourd'hui, car ces causes-là, celle particulièrement qui nous réunissait aujourd'hui, c'est la même. Au moment où les nationalismes, comme je le disais tout à l'heure, reviennent en force, il y a un risque que cette vision, dont vous parliez et qui a été partagée concernant notamment les enfants soldats, recule aussi. Et notre conférence d'aujourd'hui avait comme objectif également de rappeler, nous tous, à la conscience et à la responsabilité. Je pense que c'est un combat, et ce combat continuera à être mené. En tout cas, il faut continuer à le mener. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/497.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/497.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..138e82f1f7c30e2f21f1706bff730c4ce32de841 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/497.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le président du Sénat, Mesdames, Messieurs les ministres, Monsieur le Premier ministre, Madame la maire de Paris, Mesdames, Messieurs les parlementaires, les élus, Mesdames, Messieurs les ambassadeurs, Mesdames, Messieurs qui représentez ici toutes les confessions de notre pays, Monsieur le Président du CRIF, Mesdames, Messieurs, Le CRIF porte depuis plus de soixante-dix ans une voix forte et nécessaire : celle des institutions juives de France, dans toute leur diversité. Ce dîner annuel manifeste la permanence et la qualité du dialogue que vous avez su nouer avec les plus hautes institutions de l'Etat, malgré toutes les alternances qui se sont succédé. Le dîner de ce soir n'est pas tout à fait comme les autres, vous l'avez dit, Monsieur le Président, ni pour vous, ni pour moi. Pour vous, comme président du CRIF et vous avez dit votre émotion vous avez une responsabilité immense qui est de parler au nom des Juifs de France et de faire en sorte que vous puissiez, non seulement vous faire entendre, mais vous faire comprendre. Je veux, au-delà de vous, rendre hommage à vos prédécesseurs. Je pense notamment à Richard PRASQUIER et Roger CUKIERMAN. Nous avons vécu ensemble des moments tragiques que nous n'oublierons jamais et je veux donc vous exprimer ce qu'a été pour moi votre action et la reconnaissance de la Nation par rapport au courage et à la dignité dont vous avez fait preuve, l'un et l'autre, dans l'exercice de vos responsabilités, dans des circonstances abominables. Je pense qu'il était important que votre voix, justement, puisse porter ce jour-là, ces jours-là et que votre chagrin puisse ne pas être simplement partagé entre vous, qu'il puisse être véritablement celui de toute la République dont vous êtes une composante. Je voulais aussi, au-delà de vous, saluer Henri HAJDENBERG et exprimer mon respect à Théo KLEIN. Théo KLEIN qui, au-delà de tout ce qu'il a pu faire, a, en 1986, eu une heureuse idée : le dîner du CRIF. J'ai participé de nombreuses fois, je n'arrive d'ailleurs pas à exactement préciser le chiffre, au dîner du CRIF, dans toutes les fonctions que j'ai pu occuper. Mais aujourd'hui, c'est le dernier auquel je prends part comme Président de la République, et je tenais à être avec vous, parmi vous, précisément parce que c'est le dernier et que je me dois de faire valoir ce que j'ai fait, au nom de la République, et rendre des comptes aussi devant vous pour les responsabilités qui ont été les miennes dans les épreuves que nous avons traversées. J'y tenais aussi parce que nous nous retrouvons vous l'avez dit, Monsieur le Président dans un moment particulier de notre vie politique, puisque dans deux mois à peine, il y aura le premier tour de l'élection présidentielle. Sont rassemblés ici ceux qui ont gouverné hier, ceux qui gouvernent aujourd'hui et ceux qui aspirent à gouverner demain, ce sont parfois les mêmes, c'est à la fois la loi de l'alternance, mais c'est aussi et c'est le symbole que je veux retenir l'unité de la République. Des clivages sont nécessaires, et il serait même périlleux de vouloir les effacer, de gommer les différences entre les sensibilités. Mais au-delà de tout, il y a une conscience commune d'appartenir à un ensemble, à une nation, de partager les mêmes valeurs et de rappeler aussi notre responsabilité et notre fierté. Nous sommes le pays qui, le premier, a déclaré que les hommes et je dois dire : les femmes naissent et demeurent libres et égaux en droit. Et c'est ce qui nous rassemble aujourd'hui. Le message que je veux vous adresser ce soir est simple : ayons conscience que la démocratie est notre bien le plus précieux, mais aussi le bien le plus fragile. Elle n'est jamais garantie, jamais acquise une fois pour toutes. L'Histoire nous l'enseigne suffisamment. C'est une conquête qui doit être défendue âprement, qui doit être constamment rappelée et ce combat doit être mené contre toutes les forces, ici ou à l'extérieur, qui voudraient remettre en cause la démocratie, notre mode de vie, notre idéal commun, la liberté. D'abord, cette force, c'est le terrorisme islamiste qui a frappé notre pays : mars 2012, janvier 2015, novembre 2015, juillet 2016, autant de drames, de tragédies, autant de coups qui nous ont été portés, autant d'attentats odieux, et aujourd'hui encore, la menace n'a pas faibli, justifiant donc la vigilance dont nous devons faire preuve à tout instant, et la lutte que nous devons mener contre la radicalisation. Là est et demeurera pour longtemps le danger majeur, et nous devons nous y préparer. Nous ne devons pas nous opposer, nous diviser sur cette question. Si j'ai une leçon à vous livrer, c'est que la République gagnera ce combat à une condition : qu'elle soit capable de s'unir et de porter ensemble, au-delà des sensibilités et des clivages, la même ambition, la même force. C'est ce que les terroristes redoutent, parce qu'ils veulent nous diviser. Il y a d'autres défis que notre démocratie doit relever : l'extrémisme, qui prospère dans toute l'Europe, le nationalisme, y compris avec sa version économique, le protectionnisme, la dérive autoritaire, sans oublier le relativisme, la transgression, les provocations, l'équivalence des opinions, comme si les racistes pouvaient avoir les mêmes opinions avec les mêmes valeurs que les démocrates ! Notre devoir, c'est de remettre du sens, d'indiquer les repères et d'appeler à la conscience et à la responsabilité, de défendre la raison. Ce n'est pas le plus facile. Parce qu'être dans la raison, ce n'est pas céder aux passions, aux peurs, aux surenchères ! Etre dans la raison, c'est être fidèle à notre histoire, aux Lumières. C'est, dans un monde qui a changé, être capable de discerner le vrai du faux, d'écarter les fanatismes et les facilités de pensée. Etre capable à chaque fois au-delà de la complexité du monde de dire où nous allons et quelle est la direction. Etre capable de ne pas céder à la peur vile de la foule pour s'adresser au peuple tout entier. L'antisémitisme est sans doute la haine la plus ancienne, il humilie et il tue depuis plus de 2 000 ans. Il a atteint son sommet il y a plus de 70 ans, ce fut la Shoah. Après cette horreur absolue nous avions pu croire que la haine des Juifs allait enfin se tarir, condamner sans appel par la ruine morale à laquelle elle avait conduit l'Europe. Eh bien non. En France, il y eut en 1980 l'attentat de la rue Copernic, je veux ici dire que nous avons obtenu il y a deux ans l'extradition du principal suspect et je vous assure, Monsieur le Président, que nous chercherons tous les auteurs et nous les ramènerons ici pour qu'ils soient jugés. Et puis, il y eut la profanation du cimetière de Carpentras en 1990, le supplice d'Ilan HALIMI en 2006, le massacre de l'école Ozar Hatorah de Toulouse en 2012, la tragédie de l'Hyper Casher en 2015. L'antisémitisme est là, toujours là, il n'a pas perdu ses vieilles références, il n'a pas changé de vocabulaire, il n'a pas renoncé à la théorie du complot mais c'est vrai, et vous l'avez dit, Monsieur le Président, et j'y souscris, il s'abreuve aujourd'hui à d'autres sources. La haine d'Israël lui sert de prétexte. Le résultat c'est que dans certains quartiers de nos villes les Français de confession juive ont peur et la République ne peut pas l'accepter. Mais elle ne doit pas se contenter de le dire, elle doit agir pour la sécurité de tous les Juifs comme de tous les citoyens car si les premiers sont toujours au début de la liste d'autres sont toujours frappés à un moment ou à un autre. J'ai voulu, pour répondre à cette menace, que les effectifs de nos forces de l'ordre, de nos services de renseignement puissent être renforcés. Je regarde ce qui est dit par les candidats à l'élection présidentielle et je me félicite que tous veuillent poursuivre cet effort, qu'ils ne le relâchent pas et qu'ils soient conscients que ce qui a été engagé n'a pas été fait pour une majorité, pour une législature mais pour une durée longue dans laquelle ils doivent s'inscrire. 10 000 militaires dans le cadre de l'opération Sentinelle sont mobilisés sur le territoire national en renfort de la police et de la gendarmerie pour protéger les lieux de culte, les écoles, les centres culturels. Et là encore je mets en garde ceux qui voudraient nous priver de cet apport essentiel qu'est l'opération Sentinelle, nous en avons besoin, c'est indispensable. Grâce à ce déploiement près de 820 sites juifs font l'objet de mesures de protection en métropole et je vous assure, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, que la garde ne baissera pas. J'ai voulu aussi que la lutte contre le racisme et contre l'antisémitisme soit érigée en priorité nationale, qu'un plan global soit conçu et appliqué et que la DILCRAH, que vous avez voulu saluer avec son responsable Gilles CLAVREUL, soit chargée de mettre en œuvre ces mesures. Lutter contre l'antisémitisme c'est d'abord le réprimer, en la matière aucun acte, aucun propos n'est anodin et rien ne doit être impuni. Une loi a été votée il y a quelques jours, la loi Egalité et Citoyenneté, elle fait en sorte que la motivation raciste, antisémite ou homophobe soit une circonstance aggravante pour tous les crimes et tous les délits. En outre, les règles de procédure prévues par la loi sur la presse de 1881 applicables aux délits de provocation, de diffamation, d'injures ont été modifiées afin de faciliter les poursuites. Quant aux auteurs, ils encourent à présent des peines beaucoup plus élevées, jusqu'à un an d'emprisonnement. Lutter contre l'antisémitisme c'est aussi l'identifier, trop de victimes renoncent à porter plainte. Il faut lever ces réticences et c'est pourquoi il y a la possibilité aujourd'hui de recourir à des actions de groupe – elle a été étendue aux victimes de discrimination. Enfin, conformément à un engagement que j'avais pris, le ministère de la Justice publie désormais les statistiques relatives aux plaintes et aux condamnations parce que la transparence doit être assurée. Vous avez évoqué Internet qui est à la fois un lieu d'information, auquel beaucoup donnent crédit trop facilement, mais c'est aussi un déversoir où les appels à la haine s'abritent derrière la lâcheté de l'anonymat. La plateforme de signalement PHAROS a été justement conçue pour repérer ces messages abjects, les faire supprimer et poursuivre leurs auteurs. Là encore, Gilles CLAVREUL a la mission de signaler, sur le fondement de l'article 40 de la procédure pénale, tout contenu discriminatoire sur Internet. Quant aux grands opérateurs d'Internet, je me suis posé la question comme vous, pourquoi ne parviendraient-ils pas à interdire une fois pour toute les propos antisémites et racistes alors qu'ils le font pour les actes pédophiles ? Nous devons les mettre là encore devant leurs responsabilités et les condamner s'ils ne le font pas. Lutter contre l'antisémitisme, c'est aussi s'attaquer aux racines du mal en luttant contre les préjugés et en établissant toujours plus précisément la vérité historique, en opposant sans relâche la vérité à toutes les tentatives de falsification. La Shoah qui est au programme scolaire de CM2, de la 3ème et de la 1ère doit être enseignée partout sans restriction dans toutes nos villes, dans toutes nos cités et sur tous les territoires et c'est aussi le rôle de l'enseignement moral et civique. Cette mobilisation a produit des résultats puisque, vous l'avez souligné, les actes de violence et les menaces antisémites sont à leur plus bas niveau depuis 15 ans, en baisse de 58 %. Il en est de même pour les actes antimusulmans même si pour les actes antichrétiens nous avons connu une progression. Mais j'entends votre appel, les chiffres n'expriment pas tout, ils ne reflètent pas la peur de la mère qui amène son enfant à l'école, l'angoisse du fidèle qui se rend à la synagogue, il n'exprime pas toute la réalité de ce phénomène qui consiste à avoir peur alors que nous sommes dans une République et que nous avons conscience que nous devons être en sécurité. Cette peur n'est pas simplement celle des Juifs, elle est aussi celle des musulmans, des chrétiens et de ceux qui n'ont pas de confession et qui peuvent vivre également dans ce temps où la terreur peut à un moment ou à un autre ressurgir, oui, la terreur. J'évoquais ce que nous avons vécu avec ces attentats terroristes. C'est vrai que le terrorisme islamiste nous a déclaré la guerre, qu'elle sera longue et que nous vaincrons. Ce combat se mène d'abord sur notre sol avec notamment un objectif, prévenir les attentats. Nous le faisons je n'ose pas dire chaque jour mais presque, sans que d'ailleurs ces informations soient publiques. Nous devons aussi identifier les personnes dangereuses, empêcher le départ de jeunes fanatisés vers les zones de conflit, Syrie et Irak, et puis les punir à leur retour. S'ils reviennent ils seront immédiatement arrêtés, c'est le cas d'ailleurs d'un certain nombre d'entre eux, et ils seront jugés en France comme la loi nous y oblige puisqu'une loi, celle de 2012, avait permis que les citoyens français soient jugés en France pour les crimes terroristes commis à l'étranger. A l'échelle européenne, nous avons révisé le code Schengen pour renforcer les contrôles aux frontières car la menace terroriste, on l'a vu, ne concerne pas seulement la France mais a frappé toute l'Europe : Bruxelles, Copenhague, Berlin. Le combat contre le terrorisme justifie aussi l'intervention de nos armées et je veux ici saluer le courage de nos soldats qui ont libéré le Mali de l'emprise djihadiste, qui aujourd'hui luttent contre Daesh au Moyen-Orient. Aujourd'hui, nous soutenons les forces irakiennes qui se battent à Mossoul pour arracher au fanatisme cette ville dont Daesh avait prétendu faire son fief. Je veux saluer yézidis et chrétiens. Notre volonté est qu'ils puissent revenir dans les villages où ils vivaient jusqu'à présent. Nous avons en France le record, si je puis dire, de réinstallations et de relocalisations en Europe. C'est-à-dire que nous sommes le pays qui a fait le plus, et qui n'a fait sans doute pas assez, pour accueillir les réfugiés qui étaient dans les camps ou qui étaient déplacés sur les zones de combat. Ils ne sont pas tous chrétiens, ils ne sont pas tous yézidis. Mais nous avons fait en sorte que les chrétiens d'Orient et les yézidis soient eux aussi prioritaires. Je remercie d'ailleurs toutes les associations, toutes les collectivités qui les ont accueillis parce que c'était notre devoir, parce que c'était notre honneur et qu'on ne distingue pas entre les réfugiés, je l'affirme ici, selon leur religion, selon leur origine. Les réfugiés ont le droit d'asile et nous devons leur assurer. En Irak, notre volonté, c'est qu'ils puissent revenir dans les villages. Ce sont des musulmans qui ont érigé la croix sur les églises qui avaient été dévastées par Daesh. C'est le sens de ce que nous voulons faire au Moyen-Orient, la réconciliation et, là encore, la capacité de vivre ensemble. En Syrie, le débat, je le dis, n'est pas entre le choix qu'il faudrait faire entre Bachar EL-ASSAD et l'Etat islamique, avec une forme de hiérarchie dans l'horreur. Non. La solution est de pouvoir organiser une transition politique avec toutes les forces en présence sauf, bien sûr, les terroristes. C'est ce que fait la France inlassablement et c'est ce qu'elle doit continuer à faire en discutant avec tous les Etats, les Etats voisins, comme ceux qui pèsent dans la situation en Syrie. Dans ce monde dangereux car il l'est devenu plus incertain par un certain nombre de choix qui ont été faits, la France doit être une force de stabilité, une nation dévouée au dialogue et à la paix, ce qui ne veut pas dire renoncer au recours à la force s'il est nécessaire. Mais notre rôle, c'est de susciter des solutions. Nous sommes un des rares pays qui peuvent le faire. Nous pouvons le faire d'ailleurs d'autant plus que nous disposons d'une défense nationale et aussi d'une capacité de politique étrangère. Nous sommes sans doute le seul à le faire en Europe, à pouvoir le faire à ce niveau. Avec le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne, nous serons le seul pays membre permanent du Conseil de sécurité, disposant de la force de dissuasion, à pouvoir donc emmener l'Europe vers davantage de responsabilités à l'échelle internationale. C'est aussi notre rôle au Proche-Orient. Je mesure l'attachement des Français juifs à Israël, je sais ce que cet Etat créé au lendemain de la Shoah représente pour les juifs du monde entier, la fierté qu'il inspire, l'espoir qu'il incarne. Je sais aussi la douleur que ressentent les juifs à chaque attentat qui frappe Israël, encore en janvier dernier à Jérusalem, l'indignation qui est la leur quand Israël est attaqué, quand son droit d'exister est remis en cause. Aucun autre pays du monde n'est ainsi nié dans son existence même. Alors, soyons clairs, la critique du gouvernement israélien et notamment de ses décisions qui concernent les implantations est légitime, comme celles d'ailleurs de tout gouvernement et ici, en France, personne ne s'en prive. Cette critique, elle s'exerce d'ailleurs à l'intérieur d'Israël, et vous l'avez une fois encore rappelé, parce qu'Israël est une démocratie vivante et exigeante. Mais l'antisionisme n'est pas légitime quand il n'est que le masque de l'antisémitisme. Cette position de la France d'être ferme par rapport au droit d'Israël à exister et à vivre en paix. Nous avons eu l'occasion plusieurs fois d'en démontrer la justesse. La France est à l'origine de la reconnaissance par les 57 pays de l'OSCE du fait que le refus de la légitimité d'Israël s'apparentait à une forme d'antisémitisme. La France a combattu sans faiblesse le mouvement dit BDS dont l'objectif est simple, priver Israël de tout contact économique, financier mais aussi culturel avec le monde extérieur. La Cour de cassation a récemment confirmé que l'appel au boycott constituait un délit de provocation à la discrimination fondée sur l'appartenance à une nation. La France est donc le seul pays à avoir une législation interdisant l'appel au boycott et je vous assure que nous la ferons appliquer. La France a toujours été l'amie d'Israël. Le président Shimon PERES, mort l'année dernière, savait mieux que personne ce que la France avait fait pour la sécurité d'Israël et il le rappelait à chaque fois qu'il en avait l'occasion. Israël, de son côté, contribue à la sécurité des Français, en particulier par la coopération étroite que nous avons dans la lutte contre le terrorisme. Alors que nous nous apprêtons à célébrer les 70 ans de la création de l'Etat d'Israël, alors que s'ouvrira l'année prochaine une saison croisée France-Israël qui sera bien sûr financée, c'est pour la sécurité et l'intégrité d'Israël et de tous les peuples de la région que la France agit. Notre pays cela peut être une tentation et elle a pu s'exprimer dans d'autres époques, notre pays ne peut pas être donneur de leçons ni distributeur de blâmes et d'éloges. Il ne se pose pas en arbitre, pas davantage en médiateur entre des peuples et des Etats qui restent libres. Mais par ses liens particuliers au Proche-Orient, la France doit prendre ses responsabilités. Elle les a prises et je sais que cela a été une question entre nous et entre vous. Elle les a prises lors de la négociation de l'accord nucléaire avec l'Iran pour lequel nous avons veillé peut-être plus que les autres à ce que l'Iran offre des garanties solides. La France restera vigilante sur leur respect. En même temps, je justifie cet accord, il serait même dangereux qu'il puisse être remis en cause, sauf si les Iraniens s'en écartaient, car nous avons besoin qu'il puisse y avoir des règles et que nous puissions les vérifier. De la même manière, nous devons faire en sorte que jamais l'Iran ne puisse accéder à l'arme nucléaire. Les responsabilités, la France les a prises aussi sur la question israélo-palestinienne dans les organisations internationales et je vous ai entendus en partant d'un principe simple que je vous répète : tant que les Palestiniens, voisins d'Israël, n'auront pas de frontières sûres et reconnues, Israël n'en aura pas non plus. Pour la paix au Proche-Orient, la solution, nous la connaissons, c'est celle des deux Etats, Israël et Palestine, vivant côte à côte en paix. C'est la seule garantie pour qu'Israël demeure ce qu'il est, un Etat pluraliste et démocratique. C'est vrai et nous l'avons dit aussi que la colonisation se poursuit à un rythme qui est dangereux parce qu'il rend plus improbable la solution d'un Etat palestinien. Or, sans Etat palestinien, il n'y aura pas de paix. Mais une fois que j'ai dit cela, je veux ajouter deux précisions. La première, c'est que la solution ne sera jamais imposée par la communauté internationale, jamais. C'est aux Israéliens et aux Palestiniens qu'il reviendra de s'entendre sur chacune des questions du statut final et notamment sur celle de Jérusalem. La seconde précision, c'est justement sur ce point. La France n'acceptera jamais que la présence et l'histoire juive à Jérusalem puissent être niées ni même qu'elles puissent être relativisées. La France continuera à veiller à la préservation du statu quo à Jérusalem, c'est-à-dire le libre accès de culte pour tous les croyants juifs, chrétiens et musulmans. Cette liberté est un acquis qui doit rester garanti internationalement. Voilà la position de la France et je suis sûr qu'elle ne changera pas. Monsieur le Président, vous avez rappelé la figure de votre père et vous l'avez fait avec beaucoup d'émotion. Vous avez également évoqué votre regard d'enfant avec la fierté d'être là où vous êtes aujourd'hui. Regard d'enfant aussi sur la France telle que vous la vouliez, telle que vous la rêviez, telle que vous l'aimez aujourd'hui, généreuse, fraternelle, protectrice de tous les siens sans distinction d'origine, de croyance et de religion. J'évoquerai aussi un autre regard, peut-être le même, que portait sur la France un autre enfant il y a à peu près un siècle, il s'appelait Albert COHEN. Il avait 10 ans, il venait de Corfou avec ses parents juifs, il arrivait à Marseille, il habitait un petit appartement et il écrivait ainsi ce souvenir d'enfant : « J'avais dressé dans ma chambre un autel pour la France. Sur le rayon d'une armoire, j'avais posé un reliquaire des gloires de la France qu'entouraient des bougies, des miroirs, des coupes. Les reliques étaient des portraits de RACINE, de CORNEILLE, de la FONTAINE, de Jeanne d'ARC, de PASTEUR. Il y avait aussi des petits drapeaux français et puis des petites plaques votives avec ces inscriptions : « Gloire à la France ». » Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, la France ne décevra pas la passion que vous lui portez, que lui portait cet enfant juif. La France sera toujours au rendez-vous de la liberté et du droit. La France ne laissera pas passer l'obscurantisme. La France ne succombera jamais à l'extrémisme. La France, elle sera digne de sa parole et de l'affection que vous lui témoignez, comme ce soir, vous, les enfants de la République. La France, j'en suis sûr, saura faire les choix qui correspondent à son honneur et à sa grandeur. Vive la République et vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/498.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/498.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..31e2591b8e5d472dab814af67f3bf1c011321317 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/498.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je voudrais remercier le président du Foreign Policy Community of Indonesia, et saluer Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs qui nous font l'honneur d'assister à cette conférence. Mesdames et Messieurs, Chers Amis, C'est un plaisir d'être aujourd'hui avec vous. C'est ma première visite à Jakarta car comme Premier ministre j'étais déjà venu en visite en Indonésie mais à Bali. Je suis heureux de pouvoir m'exprimer devant vous, sur le thème des relations de la France et de l'Europe avec l'Asie du Sud-est, mais aussi sur celui de l'état du monde en ce début du 21e siècle. Il faut que l'on soit conscient que le monde n'a jamais été exempt de menaces, de conflits ou d'incertitudes. Toutefois, la période que nous traversons en ce début de siècle se caractérise par l'incertitude et la menace qui pèsent sur nos sociétés et sur notre avenir. En Europe, le soulagement qui a accompagné la fin de la Guerre froide est un lointain souvenir. La Guerre froide a laissé place à un fossé entre la Russie et ses voisins. De nouvelles menaces sont apparues. Celle du terrorisme - sans précédent - qui se nourrit des conflits au Moyen-Orient et de grands défis qui sont devant nous, comme celui du dérèglement climatique et de la dégradation de l'environnement, qui engendrent misère et destruction et jettent les ferments de conflits à venir pour l'accès à l'alimentation, à l'eau ou aux ressources naturelles. De nouveaux conflits régionaux provoquent de nombreuses victimes, des violations massives des droits de l'Homme et des mouvements de population, en Afrique et au Moyen-Orient notamment. Et les conséquences de la mondialisation qui alimentent la montée du populisme et la tentation nationaliste du repli sur soi, en Europe, aux États-Unis et au-delà. Voilà la réalité, pas très joyeuse, de notre début de siècle mais c'est une réalité que nous ne pouvons pas évacuer. Face à ces crises et ces peurs, certains sont tentés par la fermeture des frontières, la construction de murs ou le repli sur des intérêts nationaux étroits. Ils envisagent de tourner le dos à l'ambition d'une mondialisation régulée, fondée sur l'égalité des Nations et sur un dialogue constructif dans le cadre multilatéral, en particulier celui des Nations unies. Ils sont tentés par le retour à la seule logique des rapports de force où la puissance permet d'imposer sa volonté aux États tiers et où les relations internationales sont un jeu à somme nulle. Cette conception des relations internationales a déjà existé dans l'Histoire et cela a engendré de nombreux conflits. La France, elle, fait le choix de continuer à agir avec ses partenaires, pour que l'édifice multilatéral que nous avons construit patiemment depuis le siècle dernier, nous permette de construire durablement une gouvernance mondiale adaptée aux défis de notre temps. En effet face aux défis de notre temps, on peut penser que la conception multilatérale du monde ne marche plus et que l'on est tenté de revenir en arrière. Mais, c'est à ce moment-là qu'il faut approfondir les questions et les réponses. En Europe, il y a 60 ans, les pays fondateurs de l'Union européenne s'engageaient dans une construction inédite d'intégration. Ce sont les pays qui se sont fait la guerre - la France et l'Allemagne notamment - qui ont décidé, dès 1950, de se réconcilier et de bâtir autre chose en Europe. Cette question d'un monde régulé s'est posé aussi dans d'autres parties du monde. Non loin d'ici, à Bandung, au milieu de la même décennie, un combat pour des valeurs et l'égalité des peuples justifiait le lancement du mouvement des non-alignés. Cette approche est possible. Elle nécessite beaucoup de volonté, une conscience aigüe que l'héritage que nous avons reçu de ceux qui ont permis l'adoption de la Déclaration internationale des droits de l'Homme en 1948, nous oblige sur les plans politique et moral. Nous sommes les héritiers et nous avons en partage cette construction politique. Cette déclaration s'est beaucoup inspirée de la Révolution française de 1789 et c'est une conception qui s'impose à nous depuis. Certains seraient tentés d'oublier. Elle exige aussi une capacité à imaginer de nouvelles formes de coopération internationale impliquant le monde économique et la société civile, dont les négociations ayant abouti à l'Accord de Paris sur le climat nous offrent un exemple. Cet accord est une avancée majeure car il a impliqué non seulement les États mais aussi les sociétés civiles. C'est une nouvelle approche pour réguler le monde. Dans ce monde instable et incertain, nous devons faire en sorte que les relations de la France et de l'Europe avec l'Asie du Sud-est soient porteuses d'espoir. L'espoir d'un renforcement des échanges économiques entre deux régions qui comptent ensemble plus d'un milliard d'habitants : l'Union européenne, première puissance commerciale au monde, et l'Asie du Sud-est, nouvelle puissance économique en croissance rapide. L'Indonésie, économie émergente majeure, membre du G20 - et j'ai rencontré mon homologue indonésienne au G20 à Bonn - est au coeur de ces enjeux qui rapprochent l'Europe et l'Asie du Sud-est. Son PIB est de 40% du PIB total de l'ASEAN. Elle est aussi une grande démocratie et le premier pays musulman au monde par son nombre de fidèles. Son rôle est crucial ce qui explique aussi le sens de ma visite qui n'est pas seulement bilatérale mais prend en compte le rôle que l'Indonésie peut jouer dans cette région. Et c'est la raison pour laquelle le président de la République va venir ici à la fin du mois de mars. S'agissant de l'avenir de l'Europe, certains s'interrogent sur l'impact de la décision britannique de sortir de l'Union européenne, en particulier l'impact sur nos relations avec l'Asie du Sud-est. Ce choix du peuple britannique, nous le regrettons, tout en le respectant. Il nous appartient désormais d'organiser sereinement la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne et c'est la première fois dans l'histoire de l'Union européenne que cette situation se produit. L'Europe, si elle en a la volonté, pourra mettre à profit ce moment particulier de sa construction pour se renforcer, gagner en cohésion et retrouver toute sa dynamique. C'est ce que souhaite la France, c'est ce que souhaite l'Allemagne et tous les pays qui sont à l'origine de la construction européenne et d'autres qui nous ont rejoint après la chute du mur de Berlin. C'est une construction qui n'efface pas les nations qui vont continuer d'exister avec leur histoire, culture et identité mais qui leur donne plus de force et de perspective dans cette nouvelle donne mondiale. Le 60e anniversaire du traité de Rome - Traité fondateur de la construction européenne - le 25 mars prochain, sera, je le souhaite, l'occasion de donner cette impulsion, grâce à des projets concrets dans les domaines de la défense, de la croissance et de l'avenir de la jeunesse, mais surtout grâce à l'affirmation d'une vision du monde qui est si nécessaire face aux défis que nous affrontons. Il est important que ce message soit entendu par les peuples européens mais aussi par la communauté internationale. Pour l'Asie du Sud-est, l'Union européenne doit rester donc un partenaire engagé et ambitieux, tourné vers l'avenir et tourné vers le monde. Alors que monte la tentation du protectionnisme, l'Europe et l'Asie du Sud-est ont un intérêt commun à préserver les bénéfices de l'intégration économique et du commerce comme moteur de la croissance de nos pays, un commerce qui, pour être équilibré et réciproque, a besoin d'un cadre et de régulation. L'ASEAN prend ses responsabilités. En créant sa «Communauté économique» - et dans mes déplacements dans cette région on m'a souvent parlé de l'Union européenne comme d'une référence - elle a franchi une étape importante vers un renforcement de l'intégration économique, financière et réglementaire entre ses membres. Cette décision renforcera l'attractivité de votre région et l'avancement de vos échanges avec l'Union européenne. À cet égard, les projets d'accords de libre-échange entre l'UE et plusieurs pays de l'ASEAN offrent de nouvelles perspectives. La France - je l'ai dit au président indonésien - soutient ces négociations depuis leur origine. Elle appuie bien sûr les négociations engagées avec l'Indonésie à l'automne dernier. Des discussions sont également en cours avec la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande et un texte a déjà été agréé avec Singapour et le Vietnam. Un accord de protection des investissements est engagé avec la Birmanie. Je le répète avec force, le libre-échange n'est pas une malédiction, mais une chance pour la croissance et le développement. À condition qu'il repose sur une répartition équilibrée de ses bénéfices, y compris à l'intérieur de nos propres sociétés, et qu'il soit fondé sur la réciprocité, l'équité, la justice et le respect des règles notamment sur les plans social et environnemental. Ce sera considéré comme un progrès. Je ne suis pas pour des traités de libre-échange anarchiques mais pour des traités avec des règles et des valeurs. C'est la position de la France. Avec l'Asie du Sud-est, mon pays a des échanges très dynamiques. Ils représentent près de 30 milliards d'euros chaque année. Les exportations françaises vers l'ASEAN sont d'un niveau comparable aux exportations françaises vers la Chine. L'ASEAN est ainsi le deuxième client de la France en Asie et son quatrième client dans le monde hors UE. 1500 entreprises françaises sont implantées en Asie du Sud-est. Les flux touristiques sont en pleine expansion : la France, qui est la première destination mondiale, a accueilli l'an dernier 600.000 visiteurs d'Asie du Sud-est. Elle est évidemment prête à en recevoir davantage. En matière de commerce, comme dans le domaine du tourisme, il est possible de mieux faire. De nombreux secteurs offrent des opportunités, comme l'agro-alimentaire, la santé ou encore la ville durable. Parmi les 170 entreprises françaises installées en Indonésie, beaucoup sont déjà acteurs dans ces domaines. Elles sont également très présentes dans l'aéronautique, avec des coopérations historiques entre Airbus et les industriels indonésiens. Les échanges commerciaux entre la France et l'Indonésie ont atteint 3,9 milliards d'euros en 2016, en hausse de 12% par rapport à 2015. C'est un bon résultat, mais nous pouvons faire preuve d'ambition. C'est le cas pour les investissements de l'ASEAN dans mon pays. Ils sont encore modestes. Les réformes accomplies ces dernières années permettront à nos entreprises de tirer profit d'une économie centrée sur l'innovation. L'Agence française de développement est présente depuis 2007 en Indonésie. Son encours de 1,5 milliard d'euros place la France au rang de 3e bailleur bilatéral de l'Indonésie. Ainsi, mon pays participe au formidable développement économique de l'archipel, y compris dans la préservation de son environnement, des projets en faveur de la lutte contre le dérèglement climatique, de la préservation de la biodiversité, du développement urbain, de la transition énergétique ou encore de la bonne gestion des finances publiques. Ils sont aussi la traduction de l'engagement que nous avons pris, dans le cadre de l'Accord de Paris pour la lutte contre le changement climatique, à accompagner nos efforts pour faire face aux défis environnementaux auxquels vous êtes confrontés. Les échanges humains entre nos pays contribuent aussi au progrès de nos sociétés et à notre compréhension mutuelle. Plus d'un millier de scientifiques et d'experts français sont venus en Indonésie dans le cadre de projets franco-indonésiens, dans la recherche maritime, la santé ou l'environnement. Plus de 3.000 étudiants indonésiens ont fait le choix, depuis 2011, de poursuivre leur formation supérieure en France. Leur nombre augmente chaque année. Ils sont actuellement un millier, soit 40% de plus qu'en 2011. Notre marge de progression est encore grande. À nous de faire davantage pour que les étudiants indonésiens choisissent la destination France, en cohérence avec la tradition d'ouverture qui nous est chère et qui fait de la France le troisième pays dans le monde pour l'accueil d'étudiants étrangers. Au total, les étudiants d'Asie du Sud-est sont aujourd'hui un peu plus de 10.000 en France, mais ils pourraient être plus nombreux, notamment parmi les 400.000 élèves et étudiants apprenant aujourd'hui le français dans l'ASEAN. J'en viens à notre dialogue politique avec l'Asie du Sud-est et à nos efforts conjoints pour promouvoir la paix et de la sécurité internationales. La France a des responsabilités particulières en tant que membre permanent du conseil de sécurité des Nations unies. Nous nous réjouissons, à cet égard, de l'importante contribution de l'Indonésie aux opérations de maintien de la paix des Nations unies avec près de 3.000 casques bleus déployés. Nous saluons également le rôle de l'Indonésie en faveur de la paix et de la sécurité au sein de l'ASEAN. L'Asie du Sud-Est sait qu'elle peut, de longue date, compter sur la France, pour sa stabilité. La France a été, en 2007, la première parmi les Européens à adhérer au Traité d'amitié et de coopération. L'Union européenne a également une expérience à partager avec l'Asie du Sud-est en matière de paix et de sécurité. C'est pourquoi elle ambitionne de participer au Sommet de l'Asie de l'Est. Le terrorisme a frappé au cours des derniers mois, en France comme en Indonésie. C'est un défi qui nous concerne tous. Même si Daech recule au Moyen-Orient, grâce à l'action de la coalition internationale, l'organisation terroriste se propage, y compris sur votre continent. Nous devons continuer à lutter ensemble contre la radicalisation et contre tous les trafics, financiers notamment, qui alimentent les groupes terroristes. En matière de sécurité, la liberté de navigation en mer de Chine méridionale est un enjeu important pour la paix et pour la prospérité, car il s'agit d'une voie maritime de premier ordre, y compris entre l'Europe et l'Asie. La France comme l'Union européenne sont particulièrement attachées au règlement pacifique des différends, au respect du droit international et des espaces de liberté que constituent les eaux internationales. La marine française navigue régulièrement en mer de Chine et continuera à le faire, comme dans toutes les régions du monde. Avec l'Union européenne, elle apportera son soutien à la négociation et aux mesures de confiance. Les dangers de la radicalisation m'incitent, enfin, à évoquer la question de l'islam dans nos sociétés. C'est un enjeu sur lequel nous souhaitons dialoguer avec l'Asie du Sud-est et en particulier avec l'Indonésie. La France considère l'islam avec respect et estime. L'islam est devenu, par le jeu de migrations et d'échanges entre les peuples, la deuxième religion en France, avec un nombre de fidèles que l'on estime autour de 5 millions, sur 67 millions d'habitants. L'islam et les fidèles musulmans ont toute leur place dans la société française aux côtés de tous nos concitoyens qui jouissent de la liberté de croire ou de ne pas croire. C'est le sens du principe de laïcité. L'État est neutre mais respecte toutes les religions et permet leur libre exercice. L'islam fait face, aujourd'hui, au défi de la radicalisation religieuse et du terrorisme. De l'Asie à l'Europe, de l'Indonésie au Moyen-Orient et jusqu'en France, cette religion est instrumentalisée à des fins politiques. Son message de paix est dévoyé. Des individus fanatisés commettent les crimes les plus atroces en son nom. Or, il n'y a strictement rien de commun entre l'islam que pratiquent la plupart des musulmans et les actes terroristes commis par des individus isolés en son nom. La France considère que le terrorisme n'a pas plus de religion que de nationalité. C'est précisément pourquoi il est inapproprié de considérer que tous les ressortissants d'un même pays puissent constituer une menace. C'est ce qu'on appelle la discrimination en fonction de la nationalité. De telles politiques ne peuvent que rendre plus difficile les efforts de la communauté internationale pour combattre l'extrémisme religieux et dépasser les divisions que les terroristes tentent en fait d'établir au sein de nos sociétés. C'est en quelque sorte commencer à leur donner raison. Dans la lutte contre le terrorisme, la meilleure solution est donc de rester nous-mêmes, fidèles à nos valeurs, respectueux de notre État de droit. C'est la façon la plus sûre de refuser tout discours de la haine, toute discrimination à l'égard de quiconque. Et c'est l'attitude que la France s'applique à elle-même, en excluant les amalgames, en permettant à tous ses concitoyens de pratiquer la religion de leur choix et en protégeant les lieux de culte. Parce que cette menace est globale, la lutte contre le terrorisme exige aussi un surcroît de coopération internationale, entre gouvernements, entre services de renseignement, entre polices et justices. Cette coopération, nous souhaitons la développer avec tous les pays, et aussi avec l'Indonésie. Mesdames et Messieurs, Chers Amis, Dans quelques jours, François Hollande, le Président de la République, portera le message de l'attachement de la France à sa relation avec l'Asie du Sud-est au plus haut niveau, à la faveur de sa visite en Indonésie, à Singapour et en Malaisie. L'Union européenne voit dans l'ASEAN l'organisation qui, dans le monde, est sans doute la plus proche de l'esprit qui anime son propre processus d'intégration régionale. L'UE et l'ASEAN sont soeurs, elles ont une vision du monde qui se rapproche. Comme des membres d'une même famille, elles se doivent un soutien mutuel, coopérer et partager leur vision du monde. La France continuera à jouer un rôle moteur dans cette relation, au sein de l'Union européenne qui continue sa course en se réformant et en renforçant son unité. Je crois qu'aujourd'hui nous avons besoin d'un monde organisé. Le protectionnisme et l'isolationnisme sont de retour et le nationalisme aussi. Ce qui fonctionne - même si cela doit être encore amélioré - doit être préservé. C'est par ce biais que nous pouvons développer un haut niveau de civilisation basé sur le droit, sur les valeurs, sur les droits de l'Homme, sur le progrès, sur le standard le plus élevé dans les secteurs environnementaux, sociaux et culturels et qui acceptent la diversité culturelle ; un niveau qui ne renonce jamais à un monde organisé et régulé. Nous avons trop souffert dans le passé pour prendre le risque de revenir en arrière. Préparer l'avenir, c'est regarder le monde tel qu'il est et avoir le courage de relever tous les défis qui sont devant nous même s'ils peuvent engendrer une certaine peur comme dans les domaines de l'environnement ou de la révolution numérique secteur qui peut créer de la richesse mais aussi détruire de l'emploi. Un monde numérique qui peut présenter des menaces, d'où une nécessaire organisation dans la cybersécurité. Ce n'est pas en nous repliant sur nous-mêmes et en se laissant tenter par le nationalisme que nous pourrons gagner et présenter un avenir qui donne envie aux jeunes générations. C'est le message d'espoir et de confiance que je voulais vous apporter. C'est un message qui nécessite l'engagement de tous non seulement des gouvernants et des forces politiques et démocratiques mais aussi des citoyennes et citoyens. Je vous remercie. Q - I have two questions to ask you, Mr. Minister. The first one is on globalization, a very interesting point that you made, and I noticed here that Western nations and non-Western countries are switching places. Two decades ago Western nations were very confident about globalization and non-Western nations were a bit nervous and suspicious about globalization. But now it's the opposite, some in Western nations are suspicious or resentful about globalization, and non-western nations have become more confident, including those in Indonesia and we certainly see this in India, China and Korea and other places. So my first question to you, Foreign Minister, is: in France and in Europe, what would need to happen so that the young people and the public be more accepting and more confident again towards globalization? What needs to happen and what do they need to see before they can reclaim ownership of globalization? And the second question is about Russia and the gap between Russia and Europe. As we know, we see a very strong push by the US and President Trump to reform relations with Russia. My question is: is this good for Europe and is this going to lead to closer relations between Europe and Russia? R - C'est beaucoup de questions finalement. La mondialisation n'existe pas qu'aujourd'hui, elle a toujours existé dans l'histoire. C'est l'histoire des échanges. Mais c'est vrai que l'économie aujourd'hui s'est totalement transformée. Ceux qui pensent que l'on pourrait retourner aux frontières sans conséquences économiques et sociales mentent. Parce que si vous prenez la construction d'une voiture, il y a les éléments qui ne sont pas tous construits dans le même pays. Si les États-Unis, si M. Trump dit «on construit tout aux États-Unis», comment font-ils ? Dans la construction d'une voiture de marque américaine il y a des éléments qui viennent de France ou d'Asie. Nous avons des modèles économiques qui ont été profondément transformés. Et en même temps, il faut éviter que si les échanges se fassent sans règles, sans droit, sans règles environnementales ni règles sociales et sans normes. Prenons l'exemple des échanges de produits agricoles. L'Union européenne vient de négocier un traité avec le Canada. Il y avait beaucoup de craintes pour les échanges agricoles dans les deux sens : l'Europe va pouvoir vendre beaucoup de fromages au Canada, et le Canada aura le droit de vendre - jusqu'à une certaine limite - de la viande de boeuf. En Europe, les critiques portaient sur le fait que dans l'Union européenne il y a des normes de qualité sur la viande et que nous ne voulions pas de boeuf aux hormones. Évidemment, nous avons négocié des règles très strictes de contrôle. Si on laisse rentrer n'importe quoi, toutes les avancées que nous avions faites en Europe sur la qualité et la sécurité alimentaire - qui sont des questions fondamentales - seront remises en cause. Il faut les standards de contrôles les plus élevés. Nous sommes pour des échanges mais pas à n'importe quel coût. Et il faut que ce monde soit maîtrisé, qu'il soit organisé. Alors il y a des peurs, des angoisses et des craintes, et la tentation est de fermer nos frontières. Et ce message politique existe partout. Il existe d'abord en Europe - c'est pour cela que j'en ai parlé et que j'en suis préoccupé - car il y a des gens qui n'aiment pas l'Union européenne. Ce rejet de l'UE est aussi vrai à l'extérieur et M. Trump a dit à la presse européenne - je peux le citer, je ne fais pas preuve d'une obsession personnelle à l'égard de M. Trump car les Américains l'ont élu comme président - que «le Brexit c'est très bien, qu'il l'avait prévu et qu'il y aura d'autres pays qui partiront de l'UE». C'est une attaque directe contre l'Union européenne. Cela ne nous plaît pas et on ne va pas se laisser faire. On va démontrer que l'Union européenne est un avenir pour les peuples, parce qu'un nouveau retrait d'un pays serait une régression terrible. J'ai évoqué l'histoire, car si le XIXe siècle a été aussi un siècle de guerre, le XXe siècle a été pire encore. Il y a eu la Première Guerre mondiale qui était issue de toutes les conceptions du monde de l'époque et il y a eu la Seconde Guerre mondiale, et malgré toutes les tentatives pour essayer que cela ne recommence pas entre les deux guerres, elle a recommencé. Et cette deuxième guerre mondiale a fait encore plus de morts que la première - au moins 60 millions de morts - et en 1945 - c'est la fin de cette seconde guerre mondiale -, l'Asie a été également fortement touchée. Entre les ennemis héréditaires, qui étaient les Français et les Allemands, il y avait beaucoup de haine, de ressentiments, d'hostilité et de préjugés. On le retrouve dans la littérature et dans les chansons populaires. Et, en 1950, c'est la France qui prend l'initiative de dire que l'on ne peut pas continuer comme cela et qu'il faut que l'on s'organise pour sortir de la guerre et reconstruire les pays. La France tend la main à l'Allemagne et on construit un tout début de communauté européenne à six pays seulement. C'était le début et c'était encore la guerre froide. L'Europe était divisée. À six pays, nous avons construit la communauté européenne dans les secteurs du charbon et de l'acier, de l'énergie et l'industrie. L'acier, c'est important car c'est avec l'acier que l'on fait les armes : c'est tout un symbole. Mais l'Allemagne a saisi la main tendue et elle tourne la page du nazisme en se tournant vers la démocratie. Elle va être intégrée dans la communauté internationale comme nation qui a tiré leçon de son histoire et qui a, à nouveau, joué son rôle. Ainsi est née la construction de l'Europe, c'est fondamental. Si on oublie l'histoire, on se trompe. Alors aujourd'hui, le danger c'est qu'on oublie l'histoire. J'étais à la conférence de Munich sur la sécurité, et j'ai entendu bien le discours du vice-président américain, Mike Pence, qui a essayé de rassurer les européens mais sans vraiment y réussir. On ne sait pas ce que va être la politique américaine. Est-ce que c'est le retour à l'isolationnisme ou à autre chose ? Je ne sais pas, mais la dénonciation des traités de libre-échange avec l'Asie augure, peut-être, une autre conception du monde, en fonction des pays et des rapports de force. Et - c'est inquiétant - à la conférence de Munich, j'ai aussi entendu le ministre des affaires étrangères russe, qui a dit que les Russes étaient pour un nouvel ordre international «post-occidental». Sur ce point, il faut discuter, réfléchir et essayer de comprendre. Est-ce que cet ordre «post-occidental» veut dire que les relations internationales, telles que nous les avons conçues - et que j'ai rappelées dans mon intervention il y a quelques instants - et qui sont basées sur le droit et des valeurs dont la déclaration des droits de l'Homme de 1948, sont des valeurs occidentales ou des valeurs universelles ? Il est dangereux de dire que, si ce sont des valeurs occidentales, cela veut dire que l'on remet en cause la déclaration des droits de l'Homme comme référence. Alors je vous pose la question : croyez-vous toujours que la déclaration universelle des droits de l'Homme - et tous ses articles - est un progrès pour l'humanité tout entière ou, au contraire, une conception uniquement d'intérêt occidental ? Dans ce cas-là, cela serait grave. C'est pour cela que je crois qu'il faut poser la question à ce niveau. Alors après avoir réglé cette question, pour moi il n'y a pas de doute : partout dans le monde, quand les gens manifestent, se mettent en grève, quand il y a des régimes autoritaires ou qu'ils se battent pour la liberté, ils font référence à ce texte. Je crois qu'il faut garder la référence à cette histoire, même si elle est imparfaite. Bien sûr, elle n'a pas toujours permis de réussir des progrès et a été incapable d'enrayer des conflits. Ainsi, il y a eu pendant des années l'exploitation coloniale. Mais se référer à la déclaration des droits de l'Homme permet-il à l'humanité de faire des progrès et de concevoir l'organisation du monde ? La France pense que oui. La France a une conception du monde qui doit être multilatérale et j'ai pu en discuter avec ma collègue des affaires étrangères ici en Indonésie. Cette dernière s'est demandée - comme beaucoup de mes interlocuteurs, à chaque fois que je me déplace dans cette période incertaine -, «à quoi allons-nous nous raccrocher ? À quoi allons-nous faire référence ?» Et j'y ai vu une convergence de vues. Avoir cette conception d'un monde multilatéral permet alors de s'engager. Certes le monde basé sur cette référence n'est pas parfait car il y a toujours des inégalités et des injustices et c'est cela qu'il faut faire reculer. Le faire dans un monde qui s'organise et qui se régule, et non pas en faisant croire au peuple que tout va se régler en se réfugiant derrière des murs et des frontières, c'est le vrai débat. (...) Sur la Russie, je vous ai répondu. Il faut que la Russie réintègre - et c'est un dialogue qu'il faut avoir avec elle - cette conception multilatérale. Alors il y a une ambiguïté : j'ai fait une référence à un discours de Serguei Lavrov sur la conception internationale avec ce nouvel ordre international post-occidental, mais pour le reste, la Russie est aussi membre permanent du conseil de sécurité comme nous. Je crois qu'il faut poursuivre le dialogue avec tous, même avec ceux avec lesquels nous sommes parfois éloignés et en désaccord. C'est important de se parler et de continuer à défendre ses convictions. Rien ne serait pire de dire que nous ne discutons avec tel ou tel pays en raison de ses convictions. Ce serait une erreur, il n'est pas question de le faire. Q - Bonjour Monsieur le Ministre, bienvenue à Jakarta, je voudrais vous poser une question, va-t-on vers un nouveau leadership UE-ASEAN, en cette ère protectionniste ? R - Un leadership nouveau et un dialogue intense et intensifié est nécessaire. Il est très important de multiplier les échanges. Bien sûr, il y a le grand pays qu'est la Chine, avec lequel il faut aussi parler - ce que fait la France et l'UE - de toutes les questions, y compris sur les questions de droit et de la conception du monde. C'est utile. J'ai vu mon homologue M. Wang Yi, à Munich à la conférence sur la sécurité et nous avons eu un entretien bilatéral et il m'a dit que la Chine était attachée à l'existence de ce pôle stable qu'était l'UE, et souhaitait qu'elle se renforce davantage. J'y ai vu un signe positif. J'en ai vu d'autres qui n'aiment pas l'UE, à l'extérieur comme à l'intérieur, mais là j'ai vu un message positif. À partir de là, il faut construire. Et les pays qui ont des convergences de vues - je pense à la France et à l'Indonésie - ne doivent pas se parler une fois de temps en temps, mais doivent le faire beaucoup plus régulièrement, pour justement échanger sur la conception du monde et les solutions pour le faire mieux fonctionner et ainsi redonner des espoirs aussi aux peuples. Car, si on ne donne pas de perspectives aux peuples, alors ils sont tentés, quand ils connaissent des difficultés et quand ils voient que leur situation sur le plan économique n'est pas bonne, par l'extrémisme sous toutes ses formes. Je pense à un conflit qui existe depuis très longtemps, qui est le conflit du Proche-Orient, entre Israël et la Palestine. Il est très injuste que les Palestiniens n'aient pas encore d'État, même si l'engagement a été pris depuis longtemps. Aussi, l'Indonésie est aux côtés de la France pour toutes les initiatives qu'elle a prises pour remettre à l'agenda international la question de l'État palestinien aux côtés d'Israël, la question de deux États qui pourraient vivre en paix et en sécurité, et qui règlerait cette question de la frustration, du sentiment d'injustice qui dure depuis 70 ans. Même si nous sommes éloignés géographiquement, nous avons la même approche. Et nous pouvons progresser sur ces sujets et faire avancer les grandes causes. Ce qui est utile et indispensable. Q - Qu'entendez-vous par équité dans les relations d'affaires entre la France et l'Indonésie ? 50/50 des profits ? Car cela me rappelle la situation de Total E& P dans ma ville natale de Balikpapan à Kalimantan. Selon Total E& P, le partage des bénéfices était équitable, mais pour les communautés locales ce sentiment n'était pas partagé. Alors, qu'est-ce que vous entendez par équité ? Avez-vous une explication plus claire concernant le partage des parts économiques entre la France et l'Indonésie, afin que la population indonésienne comprenne mieux cette idée d'équité ? R - Alors, avec l'équité ce qui compte à la fin c'est le résultat. Je prends un exemple de la réunion de ce matin. Nous avons mis en place, en la présence du ministre de l'énergie, un club d'entreprises françaises qui veulent faire des projets en Indonésie, en partenariat avec les entreprises indonésiennes et des centres de recherche indonésiens, pour permettre l'accès aux énergies renouvelables. Dans notre esprit - et c'est cela l'équité -, c'est de permettre à l'Indonésie, y compris sur tous ses territoires insulaires même ceux qui sont défavorisés par la géographie et qui ont des difficultés, d'accéder à l'énergie. L'énergie est vitale pour la vie des gens, pour le développement économique et pour mettre en place les services dans des secteurs comme l'éducation, la santé, etc. En investissant - et si nos projets sont retenus parce que c'est toujours l'Indonésie qui choisira telle ou telle offre -, l'objectif est que cela serve aux Indonésiens. Si demain, certaines îles, qui sont nombreuses et qui n'ont pas accès à l'énergie, gagnent, et sans que ce soit pénalisant sur le plan financier, alors l'investissement qui aura été fait aura peut-être bénéficié aux entreprises françaises qui l'ont fait, et aura donné l'opportunité à l'Indonésie, à ses territoires les plus périphériques, de se développer de façon autonome. C'est ce que je veux dire par équité. Il ne s'agit pas de venir piller des ressources ; on n'est plus dans cette conception coloniale. Ce passé est derrière nous. Si on devait poursuivre la négociation de traité de libre-échange - et il y en a un en cours entre l'UE et l'Indonésie - c'est sur des bases de cette nature afin que chacun y trouve son compte. C'est cela l'équité. L'exemple que j'ai cité est très révélateur et fort en symboles. Nous devons travailler à obtenir un monde juste et équitable qui donne des perspectives et des capacités pour l'avenir ainsi que de l'autonomie. C'est un respect de l'indépendance et de la souveraineté. (...) Q - On dit que le XIXe siècle était le siècle de l'Europe, le XXe celui de l'Amérique, et le XXIe siècle celui de l'Asie. La plupart d'entre nous, ici, nous croyons aussi que le XXIe siècle sera celui de l'Asie. Mais vous en tant qu'Européen, est-ce que vous croyez que le XXIe siècle pourrait toujours être celui de l'Europe, et si vous le pensez, pourquoi ? R - Oui, je le pense. Je pense que les Européens doivent être conscients de la chance qu'ils ont d'avoir surmonté les guerres et les conflits du XXe siècle. Il faut qu'ils soient conscients de la force que cela représente. L'UE, ce sont 510 millions d'habitants et la première puissance économique et commerciale du monde. Bien sûr le monde se rééquilibre. L'augmentation de la population se fait ailleurs, mais c'est une force qui nous a permis d'arriver à des niveaux de vie, culturel, d'éducation et de services sans équivalent au monde, ainsi qu'à un niveau environnemental sans équivalent au monde. Nous avons beaucoup des progrès à faire. Nous avons, notamment, à relever le défi de l'éducation, de la formation pour que tous les jeunes aujourd'hui qui n'ont pas de travail aient une perspective. Et sur ce socle-là, nous pouvons - si nous voulons peser dans la nouvelle partie de l'histoire du monde, parce que nous pouvons jouer un rôle non pas de domination des autres mais de contribution pour civiliser la mondialisation - éviter l'affrontement des forces qui s'affrontent par le rapport de forces. C'est cela l'enjeu. Et est-ce que nous sommes seuls au monde à pouvoir défendre cela ? Bien évidemment non. Des forces existent partout. Elles existent en Asie, j'en ai déjà parlé, mais l'Europe a la responsabilité de l'héritage de son histoire et des tragédies qu'elle a surmontées. L'Union européenne a une responsabilité, et lors de cet anniversaire du Traité de Rome - le 25 mars - il faut aussi qu'il y ait un message politique, un message d'espoir. C'est un message pour lequel on ne renonce pas et qui n'est pas simplement pour lutter contre le terrorisme. On ne peut pas concevoir l'avenir du monde où l'on ferme les frontières à tout un pays, quelle que soit la situation des gens. Ce n'est pas la conception que nous avons, nous, de l'Europe, du monde. Bien sûr, il faut se protéger et il faut se défendre. Mais, en même temps, il faut porter un message qui soit universel, un message de civilisation et dans cette globalisation de notre économie notamment et avec la révolution technologique qui l'accélère, il faut civiliser et maitriser le monde. C'est le rôle de la démocratie. L'Europe a un héritage et cet héritage, il faut qu'elle le mette à son propre service mais aussi en commun avec les autres, non pas de façon condescendante et dominante, mais pour partager quelque chose avec les autres qui ressentent et espèrent la même chose. C'est possible, mais il ne faut pas renoncer. Voilà le sens de mon combat. En tout cas, si moi je suis un Européen convaincu, c'est aussi pour cela. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/499.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/499.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e45d7f6e59f56ee7e81ef81d2a1d29c070d88565 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/499.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, messieurs les ministres, Messieurs les Parlementaires, Monsieur le président du Conseil exécutif, Monsieur le président de l'Assemblée de Corse, Mesdames les élues de la collectivité, Mesdames, Messieurs les élus, Mesdames, Messieurs. Je vous remercie d'abord pour votre accueil. L'accueil que vous me réservez ici dans cette Assemblée, accueil de la population dans les rues d'Ajaccio que vous avez bien voulu évoquer monsieur le président et qui est à la hauteur de l'hospitalité corse. Je voulais venir ici sur votre île pour vous parler de la Corse et de son avenir, au terme d'un mandat où beaucoup a été fait dans de nombreux domaines mais où aussi des réformes décisives, peut-être même historiques, ont été accomplies et notamment pour la Corse. J'ai choisi comme lieu pour m'exprimer la collectivité territoriale de Corse. Parce que c'est une évidence démocratique, même si j'ai souhaité élargir l'audience aux forces vives de l'île, parce que vous représentez le peuple corse dans toute sa diversité. Monsieur le président du Conseil exécutif, vous avez rappelé le discours de juin 1983 de François MITTERRAND, m'obligeant à me situer par rapport à cette référence. Monsieur le président de l'Assemblée de Corse, vous, vous avez évoqué la mémoire de Michel ROCARD et les paroles qu'il avait prononcées devant l'Assemblée nationale. Je suis donc dans une inspiration et dans une continuité. Mais en même temps que vous soulignez ce que ces paroles avaient pu avoir comme portée ici en Corse, vous aviez aussi la volonté de souligner que toutes les promesses n'avaient pas été tenues, que tous les engagements, qui avaient été pris, n'avaient pas nécessairement été respectés, même si un bon nombre l'ont été. Alors je voulais que nous puissions aussi souligner les progrès qui ont été accomplis ces dernières années et ces derniers mois, reconnaissons-le tous ensemble, et vous l'avez fait. Le contexte dans lequel s'inscrit désormais l'action publique en Corse a considérablement changé, y compris par rapport à ces années-là. Pendant trop longtemps des actes de violence, des crimes de toute nature ont nui à la population, au peuple corse, engendré une perte de confiance dans les pouvoirs publics, dégradé l'image de la Corse et compliqué son développement économique et social. C'était malheureusement le cas lorsque j'ai pris mes fonctions en mai 2012. Aujourd'hui et nous en faisons la démonstration, le débat démocratique a supplanté les formes d'expression radicale. Ce choix assumé est un acte fondateur pour la Corse et en ce sens, nous vivons un moment historique. Une page se tourne et se tourne définitivement dans l'intérêt de la Corse, car aucune évolution durable et solide n'est possible en dehors de la voie légale. Je salue et je remercie toutes celles et tous ceux qui ont contribué à ce climat de paix civile et de concorde retrouvée. Ce n'était sans doute pas facile de prendre les responsabilités, mais vous les avez prises sans jamais renier vos engagements. Je sais que l'immense majorité des Corses aspire dans le respect de leur identité à vivre dans la liberté, dans la solidarité, dans la fraternité au sein d'une société ouverte et réellement émancipée. Nous devons être à la hauteur de ces attentes, chacun dans nos charges respectives. Il est vrai que la Corse est un territoire qui ne ressemble à aucun autre, par son histoire liée aux turbulences du monde méditerranéen qui n'ont pas d'ailleurs fini de produire les violences que vous avez-vous-même décrites monsieur le président, par sa langue, par sa culture, par l'affirmation de la fierté de votre terre, comme vous aimez à le dire. Il est vrai que la Corse s'est forgée une identité à nulle autre pareille au sein de la République. Cette identité est une chance pour tous, alors j'ai considéré que l'Etat devait chercher les voies et les moyens de doter la Corse d'un statut institutionnel adapté, précisément afin de reconnaître son particularisme et de vous permettre de gérer vos propres affaires autant que vous le pouvez. Déjà le 13 juin 1983, à la naissance de la décentralisation, François MITTERRAND évoquait le statut de la Corse en ajoutant avec humour, car il y en avait, qu'aucun statut particulier ne serait aussi particulier que la Corse elle-même. Alors à mon tour, après une concertation étroite avec les élus corses et l'avis favorable de votre assemblée, j'ai voulu que nous puissions franchir une étape, le 21 février dernier avec l'adoption par le Parlement de la loi portant ratification des ordonnances en vue de créer la nouvelle collectivité de Corse. Ces ordonnances sont issues de la loi NOTRe qui avait été adoptée en août 2015 par le Parlement, toutes tendances confondues. L'engagement pris auprès de vous par le gouvernement a donc été scrupuleusement tenu et je sais ici en Corse, l'importance de la parole donnée, il y aura donc une collectivité unique au 1er janvier 2018. Vous avez rapporté la satisfaction que vous aviez pour l'action conduite par Jean-Michel BAYLET, qui a été en charge de ce dossier. Je sais la rareté des compliments en politique et plus particulièrement dans cette assemblée, pour à mon tour féliciter le ministre de l'Aménagement du territoire, de l'action qu'il a pu conduire pour aboutir à ce résultat. Avec ce nouveau statut qui est le fruit d'une co-construction, la Corse disposera d'une représentation institutionnelle forte et unifiée avec des pouvoirs largement supérieurs aux autres régions, puisque reprenant également les compétences des deux départements. Elle sera la seule collectivité de niveau régional à conserver la clause de compétence générale. La collectivité de Corse devra être prête à l'échéance prévue, c'est-à-dire avant la fin de l'année, le temps nous est donc compté, vous est donc compté, il y a encore du travail et les services de l'Etat, -je vous l'assure, et Monsieur le Préfet est là,- sont prêts à vous accompagner, pour respecter les délais impartis. Mais puisque je suis ici, à la veille d'une échéance importante pour notre pays, je veux dire à ceux ou à celles qui pourraient être tentés de remettre en cause cette évolution majeure qu'ils prendraient des risques, non pas simplement vis-à-vis de la Corse, mais vis-à-vis du pays tout entier. S'ils venaient à remettre en question ce qui a été fait et qui est un acquis, car cette nouvelle collectivité largement approuvée est non seulement nécessaire mais, s'inscrit dans un mouvement inéluctable. Alors je sais bien, car je vous connais, l'étape aussitôt franchie, vous avez exprimé le souhait d'aller encore plus loin, en vous appuyant déjà sur les principes de cette réforme. J'y suis prêt, car la loi NOTRe permet déjà des expérimentations, autorise des transferts de compétences de l'Etat dans un cadre partagé de dialogue. Alors je vous invite à préparer la collectivité de Corse, à travailler, à élargir encore ses possibilités d'actions, y compris à travers un pouvoir d'adaptation réglementaire. Vous avez souhaité une évolution constitutionnelle. De nombreux Corses appellent de leurs vœux cette révision qui consisterait à inscrire la collectivité de Corse au nom de son statut particulier, à l'article 72 de la Constitution. Cette revendication n'est pas nouvelle, mais moi je vais vous livrer là encore mon sentiment. D'abord je partage cette vision, à force de tordre par la loi le statut particulier, sans aller jusqu'au bout de la démarche, le risque est celui de l'incohérence. Mais je veux aussi vous prévenir pour inscrire dans la loi fondamentale cette collectivité, il faudra obtenir l'assentiment de l'Assemblée nationale d'une part, du Sénat d'autre part et réunir une majorité des deux tiers au Parlement réuni en Congrès. Or je peux faire une leçon d'expérience. Depuis 2012, je n'ai pu sur aucun sujet disposer du concours de l'opposition sur quelque révision constitutionnelle que ce soit, y compris sur la ratification de la charte des langues régionales. Alors faut-il pour autant baisser les bras et considérer que ce que je n'ai pas pu réussir à faire, d'autres pourraient y parvenir ? Mais alors il faudra chercher à faire évoluer les esprits, il faudra trouver le consensus indispensable et à cette condition et à cette condition seulement, d'autres étapes seront possibles sans porter atteinte à l'indivisibilité de la République. Vous avez également souhaité, Monsieur le président du conseil exécutif, que les réflexions en cours, sur l'implantation et l'organisation des services de la future collectivité de Corse, puissent être menées de concert avec l'Etat, afin que nous aboutissions à une meilleure organisation des services publics sur l'île et notamment pour assurer un équilibre territorial entre Ajaccio et Bastia. Je suis favorable à cette proposition, elle me paraît de bonne intelligence et je demande donc au gouvernement et au préfet de Corse de conduire avec vous les démarches nécessaires pour en arriver là. Mesdames et Messieurs, les Corses depuis toujours aiment définir leur île comme une montagne dans la mer. Ce massif au-delà de sa beauté, est aussi dans la vie des populations hélas synonyme d'enclavement et parfois d'isolement. Cette particularité d'île-montagne vient d'être reconnue dans la loi portée par Jean-Michel BAYLET. Alors il y a l'engagement emblématique de l'Etat et je suis ici pour l'affirmer qu'il doit faire écho à vos propres initiatives, je pense notamment à la relance du Comité de massif, à l'adoption à l'unanimité par l'Assemblée de Corse du schéma d'aménagement de développement de protection du massif corse. L'Etat sera à vos côtés. Dans la ligne de cette reconnaissance d'une île-montagne, vous avez également avancé l'idée de définir un nouveau statut fiscal des communes de montagne dans la continuité de la loi de 1996, relative à la zone franche de Corse. Là encore, nous pouvons avancer ensemble. Nous devons évaluer les dispositifs fiscaux à l'aune de ce qu'ils ont pu avoir comme impact réel sur l'économie corse, confronter leur compatibilité vis-à-vis des règles européennes et définir des règles fiscales qui puissent correspondre à vos objectifs. Mais l'avenir de la Corse est évidemment lié aux conditions de son développement économique, je salue ici les représentants des chambres consulaires. L'un des principaux outils à la disposition de cette perspective de développement, c'est le programme exceptionnel d'investissement qui a été instauré en 2002 à la suite de ce qu'on a appelé les accords Matignon. Il s'agissait d'aider, je cite, la Corse à surmonter les handicaps naturels que constituent son relief et son insularité. Une enveloppe de deux milliards d'euros est affectée à ce programme. La contribution de l'Etat pouvant aller jusqu'à 70 % des opérations programmées. Cela était prévu initialement pour quinze ans. Cela devait s'achever en 2016, j'ai décidé de le prolonger de deux années supplémentaires. Cela a été l'objet de la quatrième convention signée le 20 décembre 2016, avec une programmation pour les années 2017 et 2018 et reportant la date d'engagement des crédits à 2020. C'est une ouverture importante qui a été faite, puisque plus de 400 millions d'euros y seront dédiés pour des équipements prioritaires définis par la Corse. A cet effet, j'ai voulu ajouter 20 millions d'euros supplémentaires en faveur des TPE, les petites entreprises. Je veux également mentionner, mais vous l'avez fait Monsieur le président, la loi de Finances de 2017 qui a permis des avancées sur plusieurs sujets. D'abord, la contribution de la Corse au redressement des finances publiques a été revue, afin de corriger une anomalie qui consistait à faire supporter à la Corse un effort plus élevé que pour celui de toutes les autres régions ; c'en est fini. La dotation de continuité territoriale, près de 190 millions d'euros, 30 % des recettes de la collectivité, elle est affectée principalement aux transports maritimes et aériens entre l'île et le continent, mais désormais, les reliquats disponibles pourront être affectés dès 2017 aux dessertes routières et ferroviaires, ainsi qu'aux investissements de désenclavement des villages de montagne, c'est aussi un progrès. Et puis, il y avait une revendication qui n'était d'ailleurs pas propre à la Corse, qui était de substituer à la dotation globale de fonctionnement une fraction d'un impôt d'Etat, en l'occurrence la TVA, qui puisse évoluer au rythme de cet impôt, c'est fait. Vous avez donc la preuve que l'Etat est capable de vous fournir des recettes. Dois-je revenir sur la question qui paraissait insoluble, de la situation foncière qui existe en Corse depuis les arrêtés Miot. Il fallait en sortir, de décisions du Conseil constitutionnel en décisions du Conseil constitutionnel, de projets avortés qui laissaient un doute sur la capacité, qui pouvait être la vôtre et la nôtre de régler cette question et qui empêchait un certain nombre d'évolutions du patrimoine. Rarement un combat législatif aura réuni dans une même volonté l'ensemble des élus et de la population, à tel point que c'est une proposition de loi, signée par l'ensemble des députés corses avec le renfort de François PUPPONI, qui aura permis de régler définitivement le problème. Les Corses seront, non pas au 1er janvier 2018, comme c'était prévu, mais dans 10 ans en 2027, redevables des mêmes droits de succession que les continentaux. On me dira que c'est un délai de confort. Non, c'est le temps nécessaire à l'organisme de traitement des parcelles en indivision pour achever ce laborieux travail de récupération des actes de propriété. Je rappelle qu'il y a encore 350 000 parcelles à titrer, près de 35 % du territoire. Vous avez ainsi le temps de faire cette opération et d'aboutir à une taxation du droit commun. Je veux également évoquer ce qui est aussi une tension, ici, en Corse, c'est-à-dire, la pression foncière, la spéculation immobilière. Là encore, j'ai voulu qu'avec la ministre du Logement, Emmanuelle COSSE, avec la présidente de l'Agence d'aménagement durable de planification et d'urbanisme de la Corse, nous puissions trouver des solutions, je connais l'importance du sujet pour la Corse, il y va de l'âme de ses villages, de l'esprit de la Corse, des structures qui la font vivre. Alors à défaut de pouvoir intégrer les dispositions nécessaires dans une loi, je tiens -solennellement devant votre assemblée- à affirmer le rôle central de la future collectivité de Corse aux côtés des services de l'Etat pour initier des procédures d'intérêt majeur et proposer la création de zones d'aménagement différées. Nous allons conclure rapidement, dans les prochains jours, un protocole avec vous, Monsieur le Président de l'exécutif et, si vous en êtes d'accord, nous pourrons mettre en œuvre cette politique. S'agissant des contributions de l'Etat, nous avons actualisé le Contrat de Plan et ajouté 158 millions d'euros d'investissements, abondé de 5 millions d'euros en 2016. Nous avons voulu que ce soit équilibré entre les différentes parties de la Corse. Vous êtes plus que d'autres attachés à la préservation de l'environnement et vous savez ce qu'il en coûte avec le réchauffement climatique, vous avez été touchés par des catastrophes. Vous êtes très respectueux de votre terre. Il était très important que là encore, l'Etat puisse vous accompagner et contribue avec vous à protéger votre environnement. Ségolène ROYAL a annoncé la création du parc national marin du Cap Corse, c'était en juillet 2016. Elle a fait en sorte de créer 8 Territoires à énergie positive pour la croissance verte et enfin, il y a le protocole signé avec le président du Conseil exécutif en décembre dernier pour approfondir les étapes du projet de chaîne gazière. Je veux ici vous dire que vous êtes les plus à même de définir, par vos propres interventions, la protection du patrimoine naturel, car il y va de votre identité. Il en est de même pour l'attachement que vous portez à la langue corse. Là encore, je veux être aussi clair que possible, la langue française nous unit tous, c'est la seule langue officielle de la République, mais la langue corse est un enrichissement commun. J'ai donc voulu que le gouvernement travaille avec vous pour que nous puissions, que vous puissiez assurer la reconquête de la langue corse, je connais le prix de votre investissement et les financements que vous y consacrez à hauteur de la foi qui vous anime. La ministre de l'Education nationale, Madame Najat VALLAUD-BELKACEM, a lancé un plan de formation des professeurs sur 6 ans, ouvert 5 postes, (seulement 5 postes, dira-t-on) d'enseignement du second degré bilingue pour la rentrée 2007. Une agrégation de Corse a été créée, c'est une perspective solide pour les étudiants mais aussi pour les professeurs certifiés qui auront ainsi un nouvel horizon pour leur excellence professionnelle. J'annonce que la publication est prévue au Bulletin officiel de l'Éducation nationale en avril prochain, le premier concours aura lieu en 2018. Voilà ce qu'il fallait faire pour donner autant d'actes concrets, pour répondre à vos aspirations légitimes. Longtemps, je le disais en introduction de mon propos, l'actualité en Corse a été rythmée par la violence, les attentats, les règlements de comptes. Contre ce fléau, l'Etat s'est fixé une seule ligne de conduite, le respect de la loi, rien que la loi, toute la loi, la loi qui protège les citoyens, qui offre à tous les mêmes droits et qui punit tous ceux qui la bafouent sans aucune considération du lieu de résidence ou du lieu de naissance. J'ai voulu que l'Etat puisse renforcer les moyens humains et matériels de la police et de la gendarmerie en Corse, qu'une politique pénale stable et cohérente puisse être mise en œuvre pour lutter contre l'affairisme, la spéculation immobilière, le blanchiment des capitaux. Je salue les résultats concrets de cette politique, la délinquance violente est en très nette diminution, il y a une baisse aussi du nombre d'homicides et des règlements de comptes, j'ose à peine citer les chiffres : 16 règlements de comptes en 2012, 3 en 2016. Mais la violence peut toujours resurgir. Je veux saluer l'attitude qui a été la vôtre, d'une grande responsabilité, je parle de l'attitude des élus, lorsqu'il y a eu les incidents du « Jardins de l'empereur » et aussi en août dernier avec ce qui s'est produit à Sisco. Vous avez prononcé, Messieurs les Présidents et d'autres, ici, dans cette assemblée, des paroles qui ont été particulièrement bienvenues. La tension pouvait être à son comble, il pouvait y avoir des affrontements qui auraient dégénéré et vous avez montré que vous aviez un sens élevé des responsabilités qui vous sont confiées. Nous savons bien, et cela vaut au-delà même de la Corse, que nous sommes confrontés à des menaces, au terrorisme islamiste -ai-je besoin de dire ce qui s'est produit dans notre pays- nous sommes confrontés à des radicalisations, nous sommes confrontés aussi à des mouvements extrémistes qui utilisent la peur, qui cherchent l'affrontement et la division, alors il faut être capable d'unir, de rassembler, de fédérer et de trouver les mots pour le faire. Dans des circonstances autres, dramatiques, j'ai pu préserver cette unité et il faut toujours y veiller partout, c'est notre devoir sacré -si je peux m'exprimer ainsi- parce que nous portons depuis toujours des valeurs républicaines, je n'oublie pas que l'esprit des Lumières avait soufflé en Corse, bien avant que dans d'autres pays et que l'idée républicaine est née aussi ici. Nous devons être, non pas simplement des héritiers, vous avez raison de le dire, Monsieur le Président, pas simplement des héritiers, mais des garants et des inventeurs de politiques publiques qui permettent de vivre ensemble et de donner à la population des valeurs qui puissent être partagées. Un sujet reste sensible et je ne veux pas l'écarter, c'est le rapprochement des détenus de leur famille. Là encore, dans le respect de la séparation des pouvoirs, je suis attaché à la séparation des pouvoirs, à l'indépendance de la justice et l'Etat ne peut pas interférer dans les procédures. Je mets en garde ceux qui laissent penser que ce serait possible ici ou ailleurs. Jamais, en tout cas, pas depuis que je suis Président de la République. Dans le respect de la séparation des pouvoirs, conformément au droit commun, dès que c'est possible, les détenus originaires de Corse peuvent être transférés en Corse à partir d'une appréciation au cas par cas et décidée par la justice. Voilà, Monsieur le Président de l'Assemblée, Monsieur le Président du Conseil exécutif, Mesdames, Messieurs les élus, ce que j'étais venu vous dire, ici, en ce 2 mars 2017. Je voulais adresser un message, un message de confiance à la Corse et à son peuple. Je suis convaincu qu'en étant « vous-mêmes », pour reprendre les mots de François MITTERRAND, vous pouvez prendre en main la gestion de vos affaires et que cette prétention ne menace nullement la République et l'unité nationale, à la condition de poursuivre dans la voie d'un dialogue apaisé, ouvert, juste, responsable, avec l'Etat, placé au seul service de l'intérêt général des citoyens. C'est cette page-là qu'il faut maintenant écrire ensemble. Vous souhaitez d'autres évolutions au-delà de ce que ce quinquennat a pu déjà permettre. Je vous l'assure, ces évolutions viendront en temps voulu, en tout cas, il n'y aura pas de retour en arrière, ni la collectivité unique, ni la reconnaissance de vos différences. Pourquoi ? Parce qu'il n'y aurait pas d'intention -je n'irais pas jusque-là- parce qu'il n'y aurait pas de tentatives, il y en aura toujours, mais parce que le processus que nous avons engagé s'inscrit dans le sens de l'histoire. Je veux également souligner que le rôle de la Corse dans la diplomatie de la Méditerranée est une chance pour la France et pour l'équilibre de la région. Alors sommes-nous devant un moment historique, sans doute, sommes-nous devant un enjeu lui-même historique ? Cela dépend de vous et de l'Etat. Mais chacun doit avoir à l'esprit ce qui l'engage pour le mandat que le peuple lui a confié, chacun doit vouloir laisser sa trace et faire en sorte que cette trace puisse être reconnue comme un progrès, comme une évolution, non pas comme l'aboutissement -il n'y a jamais d'aboutissement de la course que l'on poursuit- c'est une affaire de génération, c'est une affaire de transmission. Il nous faut toujours être sur ce chemin-là et penser que ce qui compte, c'est la destination. Alors avançons, ouvrons une page, une page d'espoir, une page de confiance, une page de progrès. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/500.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/500.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6c6f0da3d08da6505aec88376a4eee1befe878df --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/500.txt @@ -0,0 +1 @@ +Docteur Michael Fullilove, Mesdames et Messieurs, Chers Amis, Je souhaite tout d'abord remercier chaleureusement le Lowy Institute, ce lieu prestigieux, de m'accueillir aujourd'hui. Cet institut, très tourné vers la France et l'Europe, a joué un rôle pionnier dans le dialogue entre les think tanks français et australiens. À ce titre, vous apportez votre contribution à ce partenariat stratégique qui se tisse entre nos deux pays et c'est essentiel dans cette période de l'histoire. Mesdames et Messieurs, L'Australie et la France sont aujourd'hui confrontées à un monde incertain. La menace du terrorisme qui se nourrit des conflits au Moyen-Orient, pèse sur nos pays et nos sociétés. Elle est le produit complexe d'une propagande mortifère et nihiliste qui se répand sur les réseaux. Cette propagande trouve écho chez des jeunes en mal de repères, confrontés parfois à des difficultés d'intégration que nous n'avons pas suffisamment pris en charge. Il en découle une remise en cause de nos valeurs, de nos libertés, de la démocratie, au profit d'une caricature dévoyée de l'islam, dont les musulmans eux-mêmes sont les principales victimes. Les conflits au Moyen-Orient ou en Afrique ont un impact direct sur nos pays car ils génèrent des flux importants de réfugiés qui fuient la guerre et que nous avons, en fonction de nos engagements internationaux, le devoir d'accueillir. Les cyber-menaces deviennent réalité, avec des conséquences directes sur nos intérêts les plus vitaux. Ces menaces ne visent plus seulement nos forces armées ou nos infrastructures critiques, mais aussi nos institutions démocratiques et nos processus électoraux, grâce à la manipulation de nos opinions publiques par réseaux sociaux interposés - mais pas seulement - et cela passe aussi par des moyens de presse, de télévision très influents. Les dérèglements climatiques et la dégradation de l'environnement font sentir leurs effets. Ils engendrent misère et destruction dans certains pays, mais aussi jettent les ferments des conflits à venir pour l'accès à l'alimentation, à l'eau ou aux ressources naturelles. Je le rappelle, ces risques ne sont pas des risques naturels : ils sont le résultat de l'activité humaine. Ces menaces sont donc nombreuses, mais elles ne sont pas les seules à peser sur nos sociétés et notre avenir. Nous sommes aussi confrontés aux idéologies populistes, nationalistes qui, aux États-Unis, en Europe et ailleurs, pousse au repli sur soi et à la remise en cause de nos valeurs. Ceux qui se posent en pourfendeurs du système s'attaquent en réalité aux institutions démocratiques. Ceux qui proposent de construire des murs et de fermer les frontières n'apportent en fait aucune solution à la sécurité de nos nations et mettent leur prospérité en danger. Car en prônant le repli, les populistes se trompent à la fois de diagnostic mais aussi de remède. Faire le mauvais diagnostic implique un mauvais remède. Les difficultés auxquelles nous devons faire face appellent davantage d'action collective, de coopération internationale et de multilatéralisme. Ma conviction, c'est que nous sommes plus forts ensemble que chacun isolé de notre côté. Là intervient la diplomatie, le politique. Et c'est bien l'objectif de la France que d'agir avec ses partenaires à l'émergence d'un monde plus sûr, doté d'une gouvernance capable de trouver les réponses collectives aux défis communs auxquels nous devons répondre ensemble. La France a donc la volonté de se mêler des affaires du monde. Car nous pensons profondément que notre destin est lié à celui du reste de l'humanité. Cela correspond au monde tel qu'il est et c'est notre conviction, conforme aux valeurs universalistes qui caractérisent la France. Cet héritage, il faut s'en inspirer. Il peut aujourd'hui nous être d'un grand secours. L'arrivée d'une nouvelle administration américaine, qui affiche une volonté de rupture et donne l'impression du retour d'une certaine tradition isolationniste, doit nous inciter à redoubler d'efforts. Efforts pour convaincre nos nouveaux interlocuteurs que notre monde exige une mobilisation commune. Efforts pour rappeler que sa complexité n'est pas réductible à une série de « deals », au mépris de l'absolue nécessité d'une vision globale, tant les défis et les réponses qui peuvent leur être apportées sont interdépendants. Efforts pour rappeler l'acquis que représente la solidarité issue du passé et notamment notre engagement à défendre la liberté au cours des deux guerres mondiales qui ont façonné l'ordre international que nous nous efforçons d'adapter à l'évolution du monde. Parce que le monde a changé. L'Europe doit, elle-même, faire face au Brexit. Ce choix du peuple britannique, nous le regrettons, mais nous le respectons. Il nous appartient désormais d'organiser sereinement la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Telle est la volonté du peuple britannique. Cette négociation, qui s'engagera dès que le Royaume-Uni aura activé la procédure de l'article 50 du Traité qui porte sur les conditions de sortie de l'UE, devra respecter certains principes. Je rappelle notamment que l'appartenance à l'Union européenne comporte un ensemble d'avantages et d'obligations. Il n'est pas possible de retenir les uns en oubliant les autres. Il n'était pas envisageable pour les négociateurs qu'il y ait de « cherry picking ». Quant à elle, l'Union européenne continuera sa course en se réformant et en renforçant son unité. C'est ainsi qu'elle demeurera la première puissance économique et commerciale au monde, un des plus grands espaces de liberté et de démocratie, une zone de stabilité et une référence pour le reste du monde. Deux pays ont une responsabilité particulière. La France et l'Allemagne y veilleront - elles s'y sont engagées - en trouvant les compromis susceptibles de faire avancer le projet européen. Car notre volonté politique demeure entière, par-delà les échéances électorales, dans nos deux pays. J'ai participé récemment à la conférence sur la sécurité de Munich où des dirigeants expliquaient leur vision du monde contemporain qui serait celui d’un monde post-occidental ; un monde bâti sur les ruines de l'Union européenne et dans l'espace laissé vide par une Amérique repliée sur elle-même. D'abord, c'est sonner un peu trop vite le glas de nos institutions. Les crises auxquelles nous faisons face sont sérieuses - mais nous en avons connu d'autres - et nous n'avons pas dit notre dernier mot, loin de là. Mais surtout, l'artifice est trop visible : cette description de l'avènement d'un monde post-occidental, de quoi s'agit-il ? Ce monde soit disant occidental, c'est bien sûr le monde libre et démocratique, le monde fondé sur la déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948. Et, ceux qui en espèrent la chute, ce sont les régimes autoritaires, ligués pour défendre leurs intérêts contre ceux de leurs propres peuples, et qui voudraient faire croire à un conflit de cultures ou de civilisations. Assez de propagande. Il y a bien longtemps que nous considérons, nous, que le monde est post-occidental, comme il est heureusement post colonial. L'enjeu, ce n'est pas de défendre un modèle soit disant occidental, mais justement de défendre un modèle universel de droits, de libertés et de démocratie. Face à ces enjeux, la France veut aussi agir en concertation étroite avec tous ses alliés, ceux qui partagent ses valeurs, qui soutiennent cette conception multilatéraliste et la primauté du droit, qui œuvrent à un monde plus sûr car reposant sur une gouvernance mondiale inclusive. De ce point de vue, l'Australie est devenue pour la France un partenaire stratégique. Nos deux pays partagent la vision d'un monde ouvert aux échanges humains, économiques, commerciaux, intellectuels. Notre lien est d'autant plus solide qu'à cette communauté de valeurs s'ajoutent notre voisinage géographique et historique. Il n'y a pas une seule des menaces que je viens d'évoquer, pas un seul de ces défis, qui ne soit commun à nos deux pays. C'est dans les tranchées et sur les champs de bataille de la Grande guerre qu'est né le lien qui unit nos peuples. Cet épisode de notre histoire commune, nous le commémorons en ce moment même. Après la double visite du gouverneur général en 2016, nous nous souviendrons, en 2017, de la bataille de Bullecourt avant d'inaugurer en 2018 le centre d'interprétation de Villers-Bretonneux qui permettra aux visiteurs de mieux comprendre l'histoire de ce site. L'Australie, de nouveau, est venue au secours de la France et de la liberté pendant la Seconde guerre mondiale et j'aurai le plaisir, au cours de ma visite, de remettre la plus haute distinction française, la Légion d'Honneur, à des vétérans australiens. Ce lien historique est au fondement de la confiance réciproque qui a notamment conduit l'Australie à choisir la France pour le renouvellement de sa flotte de sous-marins de classe océanique. La France a, pour sa part, fait le choix politique de proposer à l'Australie des transferts de technologie touchant aux domaines essentiels pour la sécurité nationale de nos deux pays. C'est un choix commun de confiance. Ce choix commun de la France et de l'Australie, c'est de s'engager dans un programme qui contribuera, pour les cinquante prochaines années, à bâtir une industrie australienne souveraine et pérenne et à lier leur destin. C'est un contrat d'un type nouveau ; il ne s'agit pas seulement de vendre et acheter du matériel. C'est bien plus. La France pense qu'il est dans son intérêt de dialoguer avec une Australie forte, qui contribue à la stabilité d'une région où la France est présente. Une Australie forte qui assume des responsabilités croissantes à l'échelle internationale. Une Australie forte avec laquelle nous avons une communauté de vues sur l'essentiel des enjeux. Il y a parfois des débats entre nous bien sûr, qui reflètent d'ailleurs les débats au sein de nos propres sociétés démocratiques, par exemple sur la lutte contre le changement climatique, ou sur la manière de gérer humainement la difficile question des réfugiés et des migrants. Mais aujourd'hui, nous faisons face ensemble aux mêmes menaces, aux mêmes défis. La France et l'Australie combattent côte à côte au Moyen-Orient au sein de la coalition contre Daech, une fraternité d'armes qui perpétue celle qui, il y a un siècle, a scellé notre alliance. Plus globalement, notre coopération en matière de renseignement se situe aujourd'hui à un niveau jamais atteint, avec une préoccupation partagée sur les processus de radicalisation, sur la question du retour des combattants étrangers mais également sur le financement du terrorisme. Le sens de notre partenariat rehaussé, qui va faire l'objet d'une signature demain à Melbourne avec mon homologue Mme Julie Bishop, c'est de se développer dans tous les domaines. Nos échanges économiques et commerciaux se portent bien. Les entreprises françaises sont présentes dans tous les secteurs, en Australie, où elles emploient plus de 60.000 personnes. Nous pouvons faire mieux, notamment en attirant davantage d'investissements australiens en France. Je suis d'ailleurs accompagné ici par une délégation d'entreprises françaises de haut niveau. Nous allons renforcer notre coopération scientifique et technologique, nos échanges de jeunes chercheurs dans les domaines clés pour la société et l'industrie du futur : le numérique, l'intelligence artificielle, l'ingénierie de pointe, la biodiversité, la santé, le spatial ou encore la recherche agro-alimentaire. Nous voulons aussi davantage d'échanges culturels et d'échanges entre nos peuples. Nous ne partons pas de rien, puisque plus de 20.000 jeunes Français se rendent chaque année en Australie dans le cadre du programme vacances-travail. Près de 4.000 autres viennent étudier en Australie. La France accueille dans l'autre sens plus d'1,2 millions de touristes australiens chaque année. Mais nous avons l'ambition de faire davantage. Une autre dimension, fondamentale, de notre relation tient à notre proximité géographique. Beaucoup d'entre vous savent que nous sommes voisins dans l'océan Pacifique. Moins, sans doute, ont conscience que nous le sommes également dans l'océan Indien. La France, vous le savez, a une importante présence outre-mer. C'est une part indissociable de son identité, de sa culture. Dans l'Océan Pacifique et l'Océan indien, vivent plus d'un million six cent mille de mes compatriotes. Dans ces deux régions, hautement stratégiques et par lesquelles transite l'essentiel du commerce mondial, la France, comme l'Australie, s'engagent à lutter contre les trafics, à garantir un développement durable et respectueux de l'environnement et des écosystèmes précieux pour les États et territoires insulaires, à garantir la liberté de navigation et à privilégier le règlement pacifique des différends dans le respect du droit international. Tous ces principes, nous les partageons avec l'Australie. Ils guident notre coopération de plus en plus forte. Comme l'Australie, la France continuera à faire naviguer ses bâtiments et voler ses aéronefs partout où les besoins opérationnels le commandent et où le droit international l'y autorise. J'ai conscience que la France n'a pas été toujours bien perçue en Océanie. Mais cette perception a commencé à changer. D'abord parce que la France a montré, par des actes forts, qu'elle respecte le choix des peuples à disposer d'eux-mêmes. Le référendum sur l'auto-détermination de la Nouvelle Calédonie sera ainsi organisé en 2018. Ensuite, parce que mon pays s'est engagé pour l'environnement, pour la biodiversité marine et pour le climat, des enjeux vitaux pour les États et territoires insulaires si vulnérables dans cette partie du monde. La France participe aussi activement aux efforts de développement dans le Pacifique, à titre bilatéral mais aussi comme membre fondateur de la Communauté du Pacifique et comme contributeur essentiel au Fonds européen de développement. 540.000 Français vivent en Océanie, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis et Futuna. Nouméa et Papeete bénéficient aujourd'hui d'une très large autonomie, qui leur permet de prendre des décisions dans la plupart des domaines à l'exception de la monnaie et de la défense. Les affaires étrangères sont une compétence partagée avec l'État, qui soutient et encourage ces territoires dans leurs efforts d'insertion régionale. Le développement des liens entre ces territoires et leur environnement immédiat est fondamental. Il a connu un succès de premier plan, à l'occasion du dernier sommet du Forum des îles du Pacifique en septembre 2016 qui a accueilli la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française en tant que membres pleins. C'était une aspiration de longue date qui ne se serait pas concrétisée sans le soutien de l'Australie. Mesdames et Messieurs, Par leur histoire, par la place éminente que les populations d'origine conservent ou ont retrouvée dans la gestion de leurs affaires, ces deux archipels occupent une position exceptionnelle entre l'Europe et la Mélanésie, entre l'Europe et la Polynésie. Ces deux territoires ont la volonté de jouer, dans les années à venir, un rôle plus important dans la relation entre l'Union européenne et le Pacifique. Ils veulent également développer davantage leurs relations économiques régionales, y compris bien entendu avec l'Australie. La France continuera à les soutenir dans cette ambition. Notre intérêt est aussi de renforcer nos liens dans l'Océan indien, où la France compte deux départements, Mayotte et la Réunion, peuplés de plus d'un million d'habitants. Membre de la Commission de l'Océan Indien depuis 1986, la France est également un « partenaire du dialogue » de l'Association des États Riverains de l'Océan Indien [IORA - Indian Ocean Rim Association], à laquelle elle souhaite adhérer. Chers Amis, Notre époque ne permet ni l'angélisme ni la naïveté. Mais nous ferions collectivement une grave erreur si nous succombions à la poussée des extrêmes en écartant les enseignements qui nous ont été légués par ceux qui ont connu les atrocités du XXe siècle et ont voulu en empêcher la répétition. L'heure plus que jamais est à l'alliance, pour défendre une vision ouverte et dynamique du monde. Cette alliance doit être lucide et déterminée. Elle doit reposer sur la conviction que la garantie de notre sécurité ne passe pas par le repli sur soi, mais par un effort pour doter la communauté internationale d'une architecture qui permettra de renforcer la sécurité collective, de faire en sorte que le commerce mondial bénéficie au plus grand nombre et de lutter contre le changement climatique et la dégradation de notre environnement. C'est ce que la France et l'Australie souhaitent faire. C'est là que nous pouvons agir ensemble. Et c'est ainsi que nous pourrons transmettre aux prochaines générations un monde d'espoir, un monde de paix, de sécurité, de liberté et de progrès. C'est important de tracer un chemin, de donner une direction à notre action. Je suis convaincu que nous sommes partis ensemble dans cette direction. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/501.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/501.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3329bd225ad8748595da2015a01ceabc0f8330cb --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/501.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs les professeurs, Mesdames, Messieurs, Je me réjouis d'ouvrir ce matin, à vos côtés, ce colloque consacré à l'enfance attaquée, et je vous remercie chaleureusement de votre présence et de votre constant engagement. Je m'en réjouis d'abord parce que le renforcement de la prise en charge psychologique et psychiatrique des enfants, des adolescents et de leur famille, dans le sinistre contexte que nous connaissons depuis 2015, est une exigence, qu'en tant que mère de famille, je ne ressens qu'avec plus de force. Je m'en réjouis encore parce que votre engagement témoigne, une fois de plus, de la nécessaire complémentarité entre les apports du terrain, les réflexions de haut niveau des spécialistes et l'implication de l'État. C'est, depuis un an, la démarche que j'ai suivie en tant que Secrétaire d'État, et que j'entends poursuivre jusqu'au terme du quinquennat. Parce que ma conviction profonde, c'est que l'aide aux victimes toutes les victimes doit être un édifice bâti en commun. Cette journée de débats sur l'enfance attaquée intervient au cœur d'un cycle de tables rondes consacré à la prise en charge psychologique des victimes du terrorisme et d'autres catastrophes ; cycle que j'ai souhaité engager dès l'année dernière, dont la séquence du 24 janvier dernier qui avait pour objet l'accompagnement psychologique des enfants et des adolescents. La dernière table ronde qui va conclure ce cycle se tiendra demain matin à l'Institut Mutualiste Montsouris et votre société savante a efficacement contribué à ces travaux. Encore une fois, je vous en remercie. Mesdames et Messieurs, il nous a fallu apprendre à vivre avec la menace terroriste. Dans nos rues, aux terrasses de nos restaurants, dans nos salles de concerts, lors de nos fêtes et célébrations, mais aussi au sein de nos cercles amicaux et familiaux, la barbarie frappe au nom d'une foi dévoyée, aveuglément, impitoyablement. Nous sommes tous concernés en tant que citoyens, en tant que victimes, en tant que proches, en tant que parents. Oui, la menace terroriste concerne désormais aussi nos enfants. Nous ne devons pas le nier. J'ai le souvenir prégnant et odieux de ces enfants qui, confrontés à des images atroces, à un flot d'informations sans filtre, ne pouvaient comprendre l'incompréhensible. De ces enfants à qui leurs parents tentaient d'expliquer l'innommable au lendemain des attentats de janvier 2015. De ces enfants à qui l'État, à travers mon ministère en particulier, vient en aide parce qu'ils ont perdu père ou mère lors d'une attaque. Je me souviens aussi de ces 74 enfants admis aux urgences après l'attentat de Nice en juillet dernier. De ces 44 enfants hospitalisés. De ces 5 enfants définitivement arrachés à l'amour de leurs parents. De ces 53 enfants endeuillés et certainement traumatisés par cette confrontation précoce au réel, à l'effroi de découvrir ce qu'est la mort. Face à l'horreur, la reconstruction et la résilience de nos enfants doit être, plus qu'un enjeu de santé publique, un impératif moral qui engage la République. Je sais que je n'ai pas besoin de vous convaincre mais je ne peux pas ouvrir vos débats d'aujourd'hui sans rappeler l'essentiel. Malheureusement, outre les attentats terribles, le terrorisme ne se contente plus aujourd'hui de tuer et blesser physiquement. Dans sa grande perversité, il corrompt aussi certains de nos adolescents les plus fragiles. À l'heure où je vous parle, quelques 600 adolescents font, dans notre pays, l'objet d'un suivi par les autorités judiciaires pour radicalisation. Ce sont des mineurs à la dérive, sans repère, qui se laissent enrôler par la nébuleuse djihadiste, qui s'égarent sur les routes de la Syrie et de l'Irak, et qui reviennent en France avec haine, amertume ou désillusion. Là encore, la réponse de l'État doit être plurielle : à la fois pénale, médicale et sociale. Les familles doivent être accompagnées pour réparer les dégâts causés par l'endoctrinement, ce qui peut nécessiter de longues années. Et que dire des lionceaux du Califat djihadiste ?! Dont plusieurs centaines de très jeunes Français pour la plupart âgés de moins de 10 ans qui commencent leur vie dans l'atrocité la plus totale en étant éduqués et impliqués au quotidien dans la barbarie absolue : jusqu'à participer activement à des mutilations horribles et apprendre des techniques de torture ! Les mots en viennent à manquer… Vous en êtes, bien sûr, les premiers persuadés et je me joins à votre conviction : le travail psychologique et psychiatrique est l'un des outils les plus essentiels à notre disposition pour répondre à ce double enjeu. Blessés, traumatisés, endeuillés, spectateurs effrayés ou acteurs embrigadés, face au terrorisme, nos enfants et nos adolescents méritent que nous consacrions toutes les forces de la République, toutes nos énergies que nous soyons décideurs publics ou professionnels de la santé mentale à les protéger de leurs peurs, à répondre à leurs questionnements, à les soutenir dans leur douleur, à appréhender leurs cheminements, à les conduire sur la voie de la résilience. Mon secrétariat d'État porte en lui, intrinsèquement, cette nécessaire pluralité de la réponse nationale au service des victimes. D'abord parce que nous sommes une cheville ouvrière qui coordonne l'action de multiples administrations. Ensuite parce que, comme je le rappelais plus tôt, nous fondons notre action sur la co-construction des dispositifs d'aide aux victimes, avec les premiers concernés, avec les associations, les experts, les professionnels de santé, les acteurs internationaux. Enfin parce que, face à l'insupportable et à l'inconcevable, il est primordial de faire place à la prise de recul, et que j'ai souhaité donner toute latitude à cette impérieuse nécessité de la pensée. La Société française de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent et disciplines associées (SFPEADA) est un très bel exemple de ce rôle essentiel joué par les médecins, les universitaires, les intellectuels, les sociétés savantes, dans la réflexion sur l'articulation des soins à apporter aux victimes et, en l'occurrence, spécifiquement aux enfants, aux adolescents et à leur famille. Nous avons des défis à relever. Encore trop de victimes ou de familles ne bénéficient pas d'un suivi psychologique ou psychiatrique adapté directement après les faits, et ce malgré un important travail de pédagogie pour les inciter à consulter. Nous le savons, une rapide prise en charge psychologique des rescapés constitue l'une des clefs vers leur résilience. Ce constat a encore été confirmé par les résultats de l'étude épidémiologique conduite par l'ARS d'Île de France et Santé publique France à la suite des attentats de janvier 2015. Celles et ceux qui ont bénéficié d'une prise en charge psychologique immédiate souffrent deux fois moins de troubles post-traumatiques six mois après les faits. Il est vrai que les victimes de terrorisme bénéficient du statut de victime de guerre, lequel ouvre l'accès à de précieux droits auprès de l'ONAC-VG, en particulier s'agissant de la prise en charge des soins médicaux. S'agissant des enfants et adolescents, il faut souligner la possibilité d'une adoption en tant que pupille de la Nation et des bourses octroyées pour financer les études. Mais seules victimes du terrorisme sont ici concernées. Aussi, dans un contexte de pénurie de l'offre de soins psychiatriques, il nous revient de faciliter l'accès aux soins pour le plu grand nombre de victimes par des mesures alternatives ou complémentaires. En l'espace de 10 ans, le nombre de pédopsychiatres en France, a baissé de 50%. Les soins ne sont pas nécessairement bien remboursés par la Sécurité sociale, notamment en ce qui concerne les psychologues et certains thérapeutes, dont les services ne sont pourtant plus à démontrer. La deuxième table ronde sur l'accompagnement psychologique des victimes d'attentats et de catastrophes, qui en janvier était consacrée aux enfants et aux adolescents. Ses débats ont permis d'identifier plusieurs chantiers prioritaires à engager. Dans les semaines à venir, et par la suite à travers le Secrétariat général à l'aide aux victimes (SG-AV) que j'ai créé en février et qui aura pour charge de consolider l'édifice que nous avons construit depuis un an je salue chaleureusement Christian GRAVEL qui est venu aujourd'hui à mes côtés plusieurs mesures concrètes viendront améliorer l'accompagnement et le suivi psychologique des enfants et des adolescents victimes. Je réserve naturellement davantage de détails à la table ronde conclusive de demain mais, d'ores et déjà et en primeur, je souhaite aujourd'hui vous livrer quelques-unes des mesures que nous devrons porter. Je le disais, améliorer la connaissance des nécessaires spécificités des prises en charge psychologiques me parait primordial. Nous voulons donc engager avec le CHU Lenval à Nice et je salue ici Florence AZKENAZY, cheffe du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent une recherche clinique au long cours, avec certains enfants victimes de l'attentat de la promenade des Anglais le 14 juillet 2016. Il s'agira de mieux comprendre les impacts du traumatisme, au plan des conséquences cliniques, neuropsychologiques et biologiques, et d'identifier les risques de développer un trouble de stress post-traumatique ou toute autre forme de psychopathologie. Parce que c'est un impératif qui nous est tous apparu face aux drames que nous avons traversés, l'expérience réussie menée par l'hôpital Armand Trousseau à Paris doit nous conduire à créer une réserve de pédopsychiatres et de psychologues volontaires, qui seront mobilisables dans l'urgence pour intervenir auprès des enfants victimes et de leur famille en aval des CUMP. Françoise RUDETZKI l'a évoqué à l'instant : j'ai le grand plaisir de vous confirmer mon total soutien et, surtout, la volonté du Président de la République de permettre très prochainement la création d'un Centre national de ressources et de résilience. Pour approfondir certains aspects opérationnels, j'ai demandé au Premier ministre de missionner l'IGAS et l'IGF en vue d'un rapport remis d'ici la mi-avril qui nous éclairera sur le statut et les moyens de fonctionnement qui seraient les mieux adaptés pour de tels centres. Précision importante, le centre national de résilience pourra s'appuyer sur des centres territoriaux, qui seront expérimentés dans 4 territoires (région parisienne, Lyon, Nice, Toulouse) dans la perspective d'une généralisation. Ils seront dotés d'un département de pédopsychiatrie dans le but de mieux connaître et traiter le psycho-traumatisme chez les enfants et adolescents. D'une manière générale, je tiens à saluer le très important travail que nous avons lancé avec la ministre des Familles, Laurence ROSSIGNOL, qui vient de se traduire par le 1er Plan interministériel de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux enfants. Dire et dénoncer les violences que l'on subit, être reconnu en tant que victime, sont les conditions du bien-être dans la vie adulte. Or, le déni collectif qui entoure les violences faites aux enfants se nourri de l'absence de données statistiques à ce propos. Ce plan porte donc l'ambition de développer nos connaissances sur les violences, notamment physiques et sexuelles, pour mieux les prévenir et les combattre. Les violences psychologiques ne sont pas à négliger bien évidemment. En effet, en signant la Convention des droits de l'enfant, la France s'est engagée à « assurer à l'enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être ». Je veux ici souligner qu'un axe entier du plan interministériel est consacré à l'accompagnement des enfants victimes de violences. Naturellement, la dimension psychologique y occupe une place centrale. A ce titre, au moins 4 mesures méritent d'être soulignées : - Favoriser le développement des unités d'Assistance à l'audition de l'enfant victime de violences (pour libérer la parole et la recueillir en douceur) ; - Informer sur la prise en charge à 100% des frais médicaux des victimes de violences sexuelles commises durant l'enfance ; - Repenser une prise en charge des soins spécifiques aux psycho-traumatismes liés aux violences intrafamiliales subies pendant l'enfance ; - Développer une prise en charge hospitalière immédiate des enfants lors de meurtres intrafamiliaux commis au domicile familial. Enfin, la réflexion d'aujourd'hui intervient comme vous le savez après la Conférence internationale pour l'Aide aux Victimes (CIVIC) que j'ai organisée le 9 janvier dernier à Paris et qui a permis d'envisager, entre autres enjeux auxquels nous sommes collectivement confrontés, celui d'un statut international des enfants victimes. La dynamique d'une coopération internationale sur l'aide aux victimes impulsée en janvier se poursuit, au-delà même des Etats européens. J'étais la semaine dernière en Israël, où j'ai été très impressionnée par les très innovantes méthodes qui sont mises en œuvre pour accompagner les jeunes sur le chemin de la résilience. Dans un pays où près de 94% des enfants et des adolescents présentent des signes de stress post-traumatique, les traitements s'affranchissent des outils thérapeutiques traditionnels. Je pense notamment à ce programme tout à fait révolutionnaire de thérapie en compagnie d'animaux, qui favorise la détente et améliore le bien-être général des enfants. Mesdames et Messieurs, ces avancées proviennent de notre engagement commun. Elles permettront, demain, de mieux prévenir et de mieux protéger nos enfants et nos adolescents. Elles sont la matérialisation concrète de nos réflexions, de nos échanges, de nos expériences. Je le répète, votre détermination et votre travail sont fondamentaux et je vous en remercie encore. C'est dans cette constante dynamique de concertation, de coopération, que nous pourrons collectivement poursuivre cette œuvre et aller de l'avant. Face au mal qui rôde et nous menace, nous devons à chaque instant nous tenir prêts. Sans céder aux peurs, mais en étant conscients des risques. Ne faisons pas rimer culture de la prévention avec culture de l'appréhension, mais bâtissons ensemble une société de la protection où chacun puisse être acteur de sa sécurité et celle des autres. Une société de la bienveillance. Oui, plus que jamais, pour nous prémunir contre les dissensions, pour construire un avenir plus radieux fondé sur la solidarité et la fraternité, nous nous devons d'être rassembleurs, d'être réparateurs, d'être protecteurs. Et d'abord vis-à-vis des plus vulnérables d'entre nous, nos enfants. Gardons toujours à l'esprit la pensée de Victor Hugo, qui écrivait que « l'enfant doit être notre souci, parce que l'enfant s'appelle l'avenir ». Mesdames et Messieurs, je vous remercie et vous souhaite de riches débats. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/502.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/502.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8b31977d974386fbdaaf28321558fe7c046670c4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/502.txt @@ -0,0 +1 @@ +Caisse nationale d'allocations familiales : cette désignation ne rend pas complètement justice à la diversité des missions de la CNAF. Elle a été pour le Ministre de la jeunesse et de la ville que je suis, un partenaire précieux. Le plan d'action « jeunesse » de la CNAF témoigne de la consistance de son engagement dans les politiques à destination des jeunes, et singulièrement des jeunes qui vivent dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Si, par-delà les différences sociales qui la composent, on peut parler de la jeunesse, c'est qu'il existe à cet âge des expériences et des aspirations communes. Deux me semblent particulièrement fondamentales : celle de s'émanciper du monde parental et de mener une vie autonome d'une part ; celle de découvrir les attributs de la citoyenneté et d'en faire bon usage d'autre part. Les deux projets devenir un individu autonome et devenir un citoyen pour résumer se rejoignent d'ailleurs en partie. Et par rapport à ces deux projets, qui sont finalement la base d'une vie réussie, c'est-à-dire d'une vie libre et articulée à celle des autres, la CNAF apporte de nombreux supports aux adolescents et aux jeunes. Avec la CNAF, nous cherchons à faciliter l'expression et l'initiative associative des jeunes. Cela se traduit entre autres par des fonds départementaux qui financent des projets de jeunes ou par un soutien aux foyers de jeunes travailleurs. Nous voulons qu'ils s'engagent et qu'ils acquièrent de nouvelles compétences. C'est l'objet du développement du service civique, ou du BAFA. Nous voulons qu'ils sortent de leur environnement habituel et qu'ils découvrent de nouveaux lieux et de nouvelles activités. Pour cela, nous sommes attachés aux colos et aux départs en vacances. Nous avons d'ailleurs lancé il y a quelques jours une campagne « 100% Colo » pour promouvoir ce type de séjours auprès des adolescents et des parents. Après demain, elle sera sur les bus des dix plus grandes agglomérations. Nous nous efforçons d'asseoir l'autonomie des jeunes sur une certaine indépendance financière. De nombreuses aides existent mais la CNAF est particulièrement mobilisée sur la prime d'activité. Elle est un complément de revenu substantiel pour les travailleurs modestes, dont beaucoup sont des jeunes. Des travailleurs qui gagnent en moyenne moins de 1500 euros par mois et qui peuvent prétendre à une aide d'environ 140 euros. Et enfin nous n'aurions pas imaginé devoir mener une telle action il y a encore trois ou quatre nous sommes résolument engagés dans la prévention de la radicalisation. Aux attentats que la France a subis, nul n'était préparé. Aujourd'hui, nous sommes sur le qui-vive. L'Etat s'est organisé en conséquence. Mais rien ne nous préparait à cela. Rien dans nos modes de vie, de penser, dans nos manières de nous représenter le monde, ne pouvait nous laisser imaginer que des hommes seraient prêts à tuer, et à se tuer, au nom d'une idéologie religieuse. Dans une France largement sécularisée, en tout cas laïque, dans la France des Droits de l'Homme qui a placé, à juste titre, la vie humaine en valeur ultime, ces actes de violence n'ont pour nous aucun sens. Et pourtant. C'est une nouvelle réalité à laquelle nous devons faire face. Faire face, en assurant la protection de nos concitoyens. C'est la première responsabilité de l'Etat. Mais faire face en prévenant la radicalisation elle-même. Car, si je puis m'exprimer ainsi, il convient de s'attaquer au stock mais aussi au flux. Les adolescents, parce qu'ils sont à l'âge de se forger une personnalité, de s'interroger sur le sens de l'existence, parce qu'ils sont en demande de paroles et d'expériences fortes, sont particulièrement vulnérables aux discours radicaux. Pour les en protéger, je ne connais qu'un seul moyen : qu'il y ait plus d'adultes autour d'eux. Des adultes bienveillants, formés, attentifs. Des adultes qui leur fixent un cadre et des repères pour leur éviter de se perdre. Des adultes présents à la fois près de chez eux mais aussi sur les réseaux sociaux, qui est un autre espace de vie et de socialisation. Nous avons donc renforcé la présence associative par un soutien financier et une coordination territoriale de la prévention autour des Préfets. Nous avons fait en sorte de ne pas céder le terrain aux prêcheurs de haine le soir et le week-end, dans les temps où les services publics se retirent. Nous étendons les horaires d'ouverture des structures publiques et associatives pour ne pas laisser les jeunes esseulés. Et nous déployons des réponses aussi sur internet, en l'occurrence avec la CNAF autour des promeneurs du net, mais d'autres initiatives existent et viennent compléter ce dispositif. Dans toute cette politique à destination des jeunes, dans ces différentes dimensions : autonomie, citoyenneté, prévention de la radicalisation, il y a un autre partenaire que je veux aujourd'hui saluer et remercier : ce sont les centres sociaux et la fédération nationale des centres sociaux. Le travail qui est effectué par eux est un travail remarquable, un travail de proximité, un travail tout en finesse, en adéquation avec les besoins du quartier. C'est pourquoi nous avons avec la CNAF souhaité que chaque quartier de la politique de la ville dispose d'un centre social. Cela implique de soutenir la création et le démarrage de presque 300 centres sociaux. C'est un investissement, mais un investissement utile et juste. C'est dans ce contexte que nous signons aujourd'hui un accord-cadre avec la fédération nationale des centres sociaux. Il est une reconnaissance de la qualité du réseau, et de l'opportunité de le consolider. Merci pour le travail accompli, mais nous n'avons pas le droit de nous reposer : il reste tant à faire. Alors on compte sur vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/503.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/503.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7d79865cd2c5e74a6c9bcb8638d8bd1a967e7b71 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/503.txt @@ -0,0 +1 @@ +Merci Monsieur le Professeur Emmanuel Vallon, Cher Monsieur Hamad, Chers Amis syriens, Mesdames, Messieurs, Cher Jack Ralite, Vous avez trouvé le ton, vous avez trouvé les mots pour parler de cette tragédie syrienne. Il y a six ans jour pour jour des citoyens syriens descendaient manifester par milliers dans les rues de Damas pour réclamer la liberté, ainsi que le respect de leurs droits et de leur dignité, comme vous venez de le rappeler il y a quelques instants. Et c'est cette aspiration que dès le début de « l'Appel d'Avignon » la France a voulu soutenir. C'est à Deraya qu'ont d'abord éclaté les manifestations pacifiques - et je tiens à le rappeler - avant de se répandre comme une traînée de poudre à l'ensemble du pays. C'était l'époque du printemps arabe. Mais rapidement ces mouvements populaires se sont heurtés à une réponse, la réponse brutale d'un régime dictatorial au pouvoir depuis plus de quarante ans : il faut sans cesse rappeler que c'est par un bain de sang que Bachar al-Assad, sourd aux revendications démocratiques du pays, a choisi de répondre à cet élan qui se nomme liberté. Et, c'est cette répression terrible qui a ouvert la voie à la crise dans laquelle la Syrie est aujourd'hui plongée avec son cortège de morts et de tragédies. Bachar al-Assad pouvait changer le cours de l'histoire, il a choisi de conduire son pays à la ruine. Six ans plus tard, c'est dans un abîme de chaos et de barbarie que continue de s'enfoncer la Syrie chaque jour davantage. Les chiffres, Jack Ralite les a donnés et je ne veux pas les répéter parce qu'ils parlent d'eux-mêmes. Il ne faut pas oublier que c'est près de la moitié de la population syrienne qui est déplacée, que ce soit à l'intérieur du pays, ou exilée dans les pays voisins, en Turquie, en Jordanie et au Liban, et aussi en Europe. Les prisonniers que vous avez mentionnés, avec des chiffres horribles et les traitements qu'ils subissent, y compris sur les femmes comme sur les enfants. C'est une politique d'État d'extermination pour reprendre les termes de la commission d'enquête internationale de l'ONU, et il est important que cette commission existe. Et, au-delà des chiffres et des statistiques il y a la terrible réalité, le quotidien d'un peuple déraciné et exténué par six années de guerre. Ce soir je m'associe à l'hommage que vous avez voulu rendre à tous les morts, martyrs et victimes de ce conflit. L'année 2016 aura tristement marquée l'histoire de cette guerre. Je pense, bien sûr, à la chute d'Alep en décembre dernier après plusieurs mois de siège et à la suite de l'offensive meurtrière du régime, appuyé par ses alliés russe et iranien et les milices du Hezbollah. Vous savez ce que la France a tenté de faire sans relâche pour tenter de sauver la deuxième ville de Syrie, cette ville de culture inscrite au patrimoine de l'humanité de l'UNESCO, ainsi que d'autres sites qui sont dans la même situation. Je pense également aux attaques chimiques que continue d'utiliser le régime contre son peuple, comme en ont attesté les rapports des organisations internationales. Ici aussi il y a des organisations internationales qui disent la vérité. Récemment nous avons défendu une résolution au conseil de sécurité des Nations unies pour condamner l'usage des armes chimiques, mais un des membres permanents - comme vous le connaissez - a utilisé, une nouvelle fois, son droit de véto. Le refus du régime de respecter le nouvel accord de trêve conclu entre la Russie, la Turquie et l'Iran - qui se sont porté garants - est, pour la France, une source de vive préoccupation. D'une part, il nous fait craindre de nouveaux déplacements forcés de population qui pourraient être, rappelons-le, constitutifs de crimes contre l'Humanité. Le régime cherche cependant à poursuivre ses avancées dans l'objectif de faire définitivement plier l'opposition, et céder les populations civiles. Vous le savez bien, Monsieur, vous qui êtes journaliste. Hier j'étais au téléphone avec M. Hijab, le président du conseil pour la négociation et pour l'opposition, qui aspire à une démocratie, c'est une situation terrible. En effet, pour Bachar al-Assad -et il l'a redit il y a peu lors d'une interview à une radio française - il n'y a pas d'opposition en Syrie, il n'y a que de terroristes. Nous savons que ce n'est pas la vérité. Il s'agit de discréditer et d'empêcher sur le terrain les avancées de l'opposition. Nous en avons vu un nouvel exemple, pas plus tard qu'en ce début de semaine, dans le quartier d'al Waer à Homs. Cet exemple ne peut que nous rappeler la reddition sans condition que la ville de Homs, assiégée et bombardée, a été contrainte de signer en mai 2014, dans des conditions sur lesquelles il mériterait que toute la lumière soit faite. Ce n'était pas un accord mais une soumission terrible. Par ailleurs, la situation demeure très inquiétante dans la banlieue assiégée de Damas, la Ghouta, où l'on pourrait redouter dans les prochains mois la réplique du scénario d'Alep-Est. D'autre part, depuis la signature de cette nouvelle trêve, aucun progrès n'a été observé sur le plan de l'accès humanitaire - ce droit n'est plus respecté en Syrie comme dans d'autres pays malheureusement. Rappelons que, depuis le début de l'année, seuls quelques convois d'aide ont été autorisés par le régime syrien, et ont pu être délivrés aux populations dans le besoin, qui sont aujourd'hui plus de 13 millions de personnes qui le nécessite. Les blocages de l'aide humanitaire, tout comme les sièges et les bombardements des infrastructures médicales, sont une violation caractérisée du droit international et nous demandons qu'ils cessent. En dépit de ce sombre tableau que je viens de dépeindre, nous n'avons pas le droit de nous résigner. Certains sont tentés de le faire et de se soumettre à une certaine fatalité. Concernant la lutte contre le terrorisme, Daech recule partout en Irak et en Syrie. C'est positif et c'est le fruit du travail de la coalition internationale contre Daech, bien que l'option militaire ne soit pas suffisante pour éradiquer durablement le groupe terroriste. Ce qu'il faut pour toute la Syrie, c'est une solution politique, qui permettra de répondre au cercle vicieux dans lequel la spirale de la violence alimente sans cesse la radicalisation du terrorisme. Quand Bachar al-Assad dit qu'il lutte contre les terroristes, en fait il lutte d'abord contre l'opposition qu'il bombarde et pousse des gens à se radicaliser, même s'ils en étaient éloignés. Que faisons-nous ? Nous poursuivons notre travail aux Nations unies visant à dénoncer les dangers de cet enchainement où la répression ne conduit qu'à plus de violence au risque d'enraciner à jamais la menace terroriste dans un pays durablement divisé. Soyons lucides, sans transition politique il sera impossible de vaincre durablement le terrorisme en Syrie. Les réunions d'Astana et la reprise des négociations politiques à Genève vont à cet égard dans la bonne direction, malgré leurs faiblesses. C'est pourquoi nous devons continuer de nous mobiliser pour sortir de l'impasse dans laquelle nous nous trouvons et faire valoir une solution d'une transition. Les bases de cette transition politique ont été adoptées fin 2015 par le conseil de sécurité à l'unanimité - c'est la résolution 2254. Il y avait, avant, le communiqué de Genève, qui traçait les bases d'une transition politique. À Genève il y a trois thèmes qui font partie de la reprise des échanges qui doivent reprendre le 23 mars prochain. Tout d'abord comment préparer cette transition politique dans une Syrie qui doit rester unitaire et protectrice de ses minorités et, dans le même temps préparer une nouvelle constitution et des élections. Le quatrième est celui de la lutte contre le terrorisme. Imaginer le face-à-face du représentant du régime et de celui d'une opposition très large, cela laisse augurer d'une atmosphère terrible. J'admire la volonté de l'opposition qui a su constituer cette large délégation après des hésitations de tentatives de déstabilisation. Cette opposition a besoin d'un appui. Quand M. Hijab m'a parlé hier, il voulait vérifier si nous étions toujours solidaires, si la France était toujours solidaire. Car le risque existe - que nous finissions par abandonner - c'est ce que j'appelle la fatalité. Et, si vous êtes là ce soir, c'est parce que vous la refusez. Mais le régime montre aussi qu'il est prêt à négocier et il est clair qu'il faut faire pression dans les enceintes internationales, sur le régime et ses alliés russe et iranien. On nous dit qu'il faut parler avec les Russes - c'est ce que nous faisons. C'est une ineptie de croire que nous ne leur parlons pas. Nous leur disons, qu'étant un allié proche, et avec leurs moyens militaires sur place, ils ont les moyens de faire pression sur le régime syrien. Il en est de même pour l'Iran. Je l'ai dit aux Iraniens quand je me suis rendu à Téhéran. Il ne faut pas de double langage en prônant, d'un côté, le cessez-le-feu et, de l'autre côté, laisser le régime continuer à bombarder la population. Il faut maintenir cette pression politique internationale et ce n'est pas de l'agressivité à l'égard d'un pays comme la Russie, c'est de la sincérité. Nous ne sommes pas les adversaires de l'Iran ni de la Russie mais, il faut dire les choses telles qu'elles sont, sinon cela ne sert à rien. Nous ne sommes pas seuls à le penser. Nous avons des discussions au niveau européen et récemment au conseil des affaires étrangères. La France ne va pas se résigner, et, sans relâche, nous avons tenté par tous les moyens de mettre fin à ce calvaire de la population syrienne et nous allons poursuivre en prenant toutes les initiatives qui sont à notre portée. Nous avons un objectif unique : mettre en oeuvre, dans les meilleurs délais, une transition politique qui réponde aux aspirations légitimes du peuple syrien et qui permette à la Syrie de retrouver le chemin de la paix et de la stabilité. S'il n'y a pas cette transition, le chaos durera, et il n'y aura jamais la paix dans cette région. Tous ces réfugiés, et j'en ai rencontré beaucoup dans les camps, en Turquie et en Jordanie, notamment - la majorité m'ont dit qu'ils voulaient retourner dans leur pays. Aujourd'hui, ce n'est pas possible en raison des risques d'arrestations, mais aussi parce que le pays est détruit et qu'il n'y a ni sécurité, ni système de soins, ni écoles. Ils ne peuvent pas revenir même s'ils le veulent. Il faudra reconstruire le pays. Et là, l'Europe peut y contribuer, et, c'est l'Europe qui peut le faire le mieux. Je ne pense pas que les Russes n'ont pas les moyens de reconstruire la Syrie et les Américains le veulent-ils ? Je n'en suis pas sûr. Les pays arabes peuvent aussi le faire. Nous, Européens, nous avons pris la décision que nous étions prêts, financièrement et matériellement, à participer à la reconstruction de la Syrie. Mais nous mettons une condition - nous ne voulons pas être complice du régime - nous voulons la transition politique. Ce serait une trahison si nous reconstruisons sans transition politique. C'est pourquoi Palmyre, qui a été évoquée comme un symbole de destruction par Daech, a aussi été utilisé comme un outil de propagande dès sa première libération par les Russes. Nous n'avons pas voulu accepter, nous l'avons bien fait. La nouvelle chute de Palmyre a montré la faiblesse de l'armée syrienne qui, à un moment, s'est trouvé délaissée par les forces russe et iranienne. Ce qui veut dire que l'armée syrienne seule est incapable de tenir un front. Sans ce soutien international, le régime serait déjà tombé. C'est pourquoi nous voulons continuer à vous soutenir sur le chemin de la paix pour permettre le retour et la reconstruction. C'est une espérance et il y a l'urgence avec le soutien humanitaire. Nous souhaitons en faire plus mais comment y accéder ? La Croix-Rouge internationale a beaucoup de difficultés à accéder à des zones de conflit, car les équipes humanitaires sont décimées en Syrie, c'est la réalité du terrain. Voilà quelques mots que je voulais vous dire. Nous voulons rester fidèles à nos valeurs et à notre engagement. Il y a une certaine continuité de la position française. Il y a un moment, nous avions pensé être plus efficaces - au moment où les armes chimiques avaient été utilisées par le régime en 2013 - et le président Hollande avec le président Obama étaient prêts à frapper la Syrie pour mettre un coup d'arrêt à ce franchissement de la ligne rouge. À cette époque j'étais Premier ministre et, avec le président de la République, nous nous sommes retrouvés seuls car les Américains et les Britanniques se sont retirés. Si les choses avaient été différentes, sans doute ne serions-nous pas dans la situation actuelle. Cela ne veut pas dire que pour autant qu'il faut renoncer à nos principes C'est pourquoi, ce soir, il est important de rendre hommage aux combattants de la liberté que vous représentez. Tous les jours ils résistent à la répression et font preuve d'un courage qui force le respect. Je voudrais vous dire à nouveau tout mon soutien et, je me souviens de cette rencontre avec les casques blancs, des rencontres avec le chef du conseil local d'Alep qui, avec des bouts de ficelle, faisait fonctionner des services pour les enfants et la santé. Vous symbolisez cette résistance et cet honneur qui doit nous inspirer. Votre présence aujourd'hui est la preuve que la lueur d'espoir qui brillait au début de la révolution syrienne ne s'est pas éteinte. Et c'est à nous, et vous l'avez fait ce soir, de veiller à ce qu'elle permette à la lumière de l'emporter sur les ténèbres. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/504.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/504.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..17955cec0280aec766177cb80c9d6c3b8f5a0b41 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/504.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs, Je serai bref, car c'est vous que je souhaite avant tout écouter. Quelques mots cependant, pour vous remercier et vous féliciter. Je veux, en effet, saluer la création de ce Conseil, grâce, je le sais, à l'action résolue du Président Fritch, du Procureur général et du Haut-Commissaire. La forme particulière que prend cette instance est, de toute évidence, la mieux adaptée aux besoins de la Polynésie française. En effet, elle intègre une réalité sociale et économique, qui est déterminante sur la délinquance locale et notamment à l'égard du développement d'une économie souterraine. Sur l'ensemble de la Polynésie française, le taux de chômage, qui a doublé en cinq ans, atteint près de 22 % de la population active. Il touche avant tout la jeunesse : 50 % des chômeurs ayant moins de 25 ans. Et je n'oublie pas le fait qu'environ un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté. Je sais que l'Archipel est confronté à une délinquance, qui se singularise par l'importance des contentieux liés : - les violences physiques et sexuelles intrafamiliales qui ont augmenté de 7,22 % en un an ! Comment expliquer que le taux de violences physiques et sexuelles constaté est 7 fois plus élevé qu'en métropole ? - la délinquance routière en lien avec les conduites addictives et la consommation d'alcool et de drogues, avec 27 morts en 2016 contre 17 en 2015, c'est une augmentation de 58,8 % - la toxicomanie et le trafic de stupéfiants ; - les vols par effraction ; - les atteintes à la probité : notamment détournements de fonds publics, prise illégale d'intérêts et corruptions. Vu de Paris, ces taux de délinquance sont inquiétants, mais je sais que ce sujet est traité sérieusement par votre instance. Et je veux saluer son action préventive exemplaire comme les initiatives très louables qui ont été prises. J'ai été particulièrement intéressé de lire les avancées comme : - la systématisation des amendes et de la saisie aux fins de confiscation du matériel en cas de réitération de nuisances sonores ; - la lutte contre les entraves à la circulation par la saisie des matériels destinés aux barrages ; De même, dans le cadre de la lutte contre les violences intrafamiliales : Je pense par exemple au dispositif « téléphone grave danger », qui fait partie du plan d'action du 2 mars 2016. 20 appareils ont été acquis, grâce au financement du fonds interministériel de prévention de la délinquance obtenu par le haut-commissariat. Et les premiers téléphones vont pouvoir être très prochainement remis à des personnes qui sont en situation, ici à Tahiti ou dans les îles, d'être munies de ce moyen d'alerte immédiate. La création, une première nationale, d'une page Facebook du procureur intitulée « SOS Violences Familales » est une autre initiative très bienvenue ! Pour agir contre la délinquance routière, je félicite le parquet et notamment le procureur François BADIE, qui a mis en place deux catégories de stages alternatifs aux poursuites. Et ce, dans le cadre d'un protocole avec l'association polynésienne de prévention routière. Et pour prévenir la délinquance des mineurs, je salue, par exemple, la mise en place de réunions trimestrielles entre le substitut en charge des mineurs, la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) et les deux juges des enfants siégeant au tribunal de première instance (TPI) de Papeete. Elles permettent de prendre en compte des situations individuelles préoccupantes, notamment le placement des mineurs concernés dans des familles d'accueil. Enfin, il est très précieux que le Procureur de Papeete participe : - chaque semaine aux réunions de sécurité présidées par le Haut-Commissaire de la République, - et chaque mois aux réunions de la cellule de veille en matière de radicalisation créée le 27 avril 2015. La force de toutes ces initiatives réside aussi dans l'approche de proximité qui a été adoptée. Sous l'impulsion du Haut-Commissaire et en coordination avec le parquet, plusieurs Contrats Locaux de Sécurité et de Prévention de la Délinquance ont été mis en place au cours des 3 dernières années. Je crois hélas que tous n'ont pas un rythme aussi efficace que celui de Punaauia. Et j'avoue que je ne comprends pas pourquoi il n'en existe pas à Papeete ? Seule une approche collective permettra de bâtir des actions de prévention de la délinquance, par exemple en matière d'infractions à la législation sur les stupéfiants. De même, c'est la coordination avec le milieu associatif, les services municipaux et les services de police et de gendarmerie, qui permet aussi d'être plus efficace dans la lutte contre les nuisances sonores. La tranquillité publique de chacun est à ce prix ! Cependant, nous le savons : même si tous agissent dans le même sens, il n'y a pas de miracle… Du moins immédiat ! Pour que les juridictions soient mieux préparées à lutter contre cette délinquance et à la prévenir, elles ont besoin de davantage de moyens. C'est la raison pour laquelle nous avons renforcé les effectifs. Sous réserve des avis du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), j'ai tenu à ce que les effectifs du TPI soient consolidés et même augmentés, au 1er septembre prochain. A ce titre, les postes de vice-président vacant depuis janvier 2017 et de vice-président chargé du juge des libertés et de la détention seront pourvus. Je signale également le recrutement d'un juriste assistant placé près le procureur général. C'est une avocate de formation et titulaire d'un doctorat en droit, qui a été choisie et qui a pris ses fonctions le 2 janvier 2017. Outre les missions ponctuelles qui lui sont confiées, elle a principalement vocation d'assister les magistrats du parquet : règlements définitifs des procédures complexes, traitement du courrier spécialisé, recherches juridiques spécifiques... Reste que pour une lutte encore plus efficace contre la délinquance, il y a encore des marges de manœuvre. Je pense, par exemple, à la peine de contrainte pénale. J'ai vu que son utilisation demeurait encore très restreinte : - Seule une peine de contrainte pénale a été prononcée par le tribunal correctionnel de Papeete en 2015, - et aucune en 2016, alors qu'aucune difficulté particulière, tant sur le plan juridique que pratique, n'a été rencontrée. Même si une autre peine de contrainte pénale, prononcée par une juridiction extérieure, a été suivie sur le ressort. Il y a donc piste à creuser de ce côté-là… De même, je crois pertinent de développer le prononcé d'aménagement de peine ab initio. Peu développé dans l'archipel, ce dispositif permettrait pourtant une mise à exécution immédiate et personnalisée de la condamnation. Rien n'est en effet pire qu'une mise en exécution d'une peine plusieurs années après le prononcé de la condamnation. Nous devons donc tout faire pour éviter qu'un sentiment d'impunité ne se développe. En raison de toutes ces spécificités, et afin de définir avec le plus de précisions votre action, j'ai souhaité qu'une circulaire de politique pénale propre au territoire soit élaborée. Elle aura vocation à soutenir vos actions et à vous encourager à poursuivre les démarches préventives. Elle confortera la politique pénale coordonnée par le procureur Général et appliquée par le Procureur. Elle se nourrira naturellement de nos échanges de ce jour, ainsi que de vos propositions. Je suis à présent à votre écoute, notamment : - Sur un travail partenarial approfondi à louer ; - Sur la place que les maires tavana peuvent prendre, compte tenu de leur compétence en matières de police administrative, de sécurité et de prévention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/505.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/505.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..018d2e4afdbcc2850cc178ca92da1ebc017a91d9 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/505.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre, cher Patrick KANNER, Monsieur le Ministre, Monsieur le Maire, cher François BAYROU, Monsieur le Préfet, Monsieur le Président de l'Agence nationale de la Rénovation urbaine, cher François PUPPONI, Madame la Sénatrice, chère Frédérique ESPAGNAC, Madame la Vice-présidente du Conseil départemental, Mesdames et Messieurs les Elus, Mesdames et Messieurs, Je viens d'entendre un discours absolument passionnant, dont je regrette qu'il n'ait pas duré plus longtemps. Car, nous avons enjambé des périodes d'une grande richesse historique et d'une grande densité humaine, avec une rapidité que mon emploi du temps aujourd'hui ne justifiait absolument pas. Je serai bien resté beaucoup plus longtemps pour entendre la totalité des histoires qui concernent cette ville que je connais un peu, pour certaines d'entre elles, par passion de l'Histoire, même si je ne suis pas professeur d'histoire, contrairement à certaines personnalités éminentes qui ont présidé à l'administration de cette ville. J'ai aimé cette ville lorsque j'étais étudiant et qu'y venant, j'y découvrais le charme de ses parcs qui doit beaucoup à cette tranche d'histoire britannique que vous avez évoquée trop brièvement. Je me retrouve ici dans une ville qui a toujours évoqué pour moi et depuis longtemps une espèce d'eldorado fait d'histoire, d'aménagement urbain, d'ouverture au monde et qui est une ville qui a toujours pour moi rayonné dans le Sud-Ouest, dans notre pays, avec brio et intelligence. Je voudrais également dire à François BAYROU que je ne sais pas si les traits de caractère qu'il a décrits de la part de ceux qui ont contribué à faire la réputation de cette ville, ni la part de tragédie qui s'attache à leur destin, ni la part de trahison qui a pu conduire certains à se trouver immédiatement poignardés – je pense notamment à celui qui est en face de nous – doit servir d'enseignement à ceux qui exercent ici des responsabilités éminentes. Mais en tous les cas, cher François, cette ville a tous les attributs d'une ville qui permet à ceux qui exercent les responsabilités les plus éminentes en son sein d'être affranchis de ce que sont tous les risques et tous les travers de la politique. Je voudrais également vous dire que si j'avais su que cette ville recelait autant de richesses, je n'y aurais pas mis autant d'argent. Par conséquent, vous avez très bien fait, voilà un signe de votre habileté, de votre métier, que de ne jamais évoquer tout ce passé dans les conversations préparatoires à la signature de cette convention, que nous avons pu avoir ensemble, et de n'avoir rien dit non plus dans votre discours, par délicatesse, sur les sommes substantielles que je suis venu annoncer. Voilà un signe d'extrême élégance pour tous les territoires qui n'ont pas cette richesse et qui, ne l'ayant pas, n'auront pas les subsides de l'Etat à hauteur de ce que je suis venu annoncer. Mais cher François, plus sérieusement, je ne peux pas, moi non plus, ne pas évoquer le souvenir du Roi Libre, auquel vous venez de faire référence et auquel vous avez consacré un ouvrage très remarquable. MICHELET qui a écrit sur Henri IV, écrivait un peu brutalement que de toute l'ancienne monarchie, il ne restait en France que le nom de ce roi Henri IV, ainsi que deux chansons, dont la première – vous ne l'avez pas évoquée, donc je me permets d'avoir un propos un peu complémentaire du vôtre – écrite de la main du Roi s'intitulait « Gabrielle ». Je m'empresse de dire que la chanson de Johnny HALLYDAY n'est pas une reprise. Ce doux rayon de paix écrit après les horreurs des guerres de religion, auxquelles vous avez fait référence. Voilà ce qu'écrit MICHELET : « Le peuple a eu raison de consacrer la mémoire du Roi singulier, unique, qui fit désirer à tous d'être Français, qui paya ses dettes, prépara la guerre, sans grever la paix et laissa la caisse pleine. Ce Roi qui croyait à la paix espérait soulager le peuple, rêvait le bonheur et l'abondance. » Il n'est donc pas surprenant que Pau ait su s'inspirer, des siècles plus tard, d'un tel parrainage, comme vous venez de le montrer, une fois encore, avec talent, pour devenir une ville moderne et dynamique, en harmonie avec la nature, si belle, si exceptionnelle qui l'entoure. Donc, je franchis immédiatement, j'enjambe immédiatement tous les siècles pour venir à l'opération qui nous concerne aujourd'hui. Nous allons, Monsieur le Maire, signer l'une des toutes premières conventions issues du nouveau programme de renouvellement urbain. Ce programme a été annoncé en décembre 2014 par Myriam El KHOMRI, alors ministre de la Ville, avec le président de l'Agence nationale de la Rénovation urbaine, François PUPPONI, que je me réjouis de voir à nos côtés aujourd'hui, pour concrétiser ce nouveau pacte de façon exemplaire. La convention que nous allons signer, Mesdames et Messieurs, va permettre d'engager un programme de travaux très significatif de 126 millions d'euros d'investissement. Donc, un programme dont vous constatez, à travers son enveloppe, qu'il est à la hauteur de ce qu'est la richesse de l'Histoire de la ville qui vient de nous être présentée. L'Agence de la rénovation urbaine, aux côtés notamment des bailleurs et de la collectivité, va prendre une part très substantielle de ce programme à hauteur de 39 millions d'euros. Les programmes – je parle sous le contrôle du directeur général – sont des programmes partenariaux, où chacun apporte sa contribution. Une contribution de 39 millions d'euros sur un programme de 126 millions, qui inclut l'apport des organismes bailleurs et des collectivités locales, signifie de la part de l'Etat – François le sait bien – un effort très significatif, il l'a souligné lui-même. Ce n'est pourtant pas la première fois que l'ANRU intervient ici, à Pau. Un premier programme de renouvellement urbain qui concernait le quartier du Hameau avait déjà permis la construction de près de 240 logements, de plusieurs opérations d'aménagement et d'équipement, pour un investissement global qui avait été à l'époque de 90 millions. Depuis lors, le maire François BAYROU et les habitants de cette ville se sont emparés de ce projet et ont souhaité qu'ensemble, nous puissions aller plus loin. Le nouveau programme de rénovation urbaine que nous lançons aujourd'hui concernera cette fois le quartier dont il vient de m'être présenté les enjeux qu'il représente en matière de rénovation urbaine et d'aménagement des espaces publics, je veux parler du quartier Saragosse. Son principal objectif est de favoriser une diversification de l'habitat et une plus grande mixité sociale. Ce programme comporte la création de 78 logements sociaux, la réhabilitation – ce n'est pas rien – de 1 148 logements, c'est donc un programme de très, très grande ampleur, de logements, mais aussi de copropriétés dégradées. Des espaces publics seront traités, des équipements publics seront réalisés, notamment dans le domaine culturel, le pôle socioculturel – dont vous m'avez parlé – qui a été réalisé dans un cadre extrêmement original, puisque la maîtrise d'œuvre est portée par l'association et la ville assure le financement des annuités d'emprunt, ce qui est une manière de réaliser très vite le projet. Les responsables de l'association sont là, me dit-on, je les salue et je les remercie pour avoir eu l'audace, avec la municipalité, d'assurer la maîtrise d'œuvre de ce projet, ce qui garantit votre autonomie dans la réalisation du projet qui est le vôtre. Je remercie et salue la municipalité pour avoir accepté ce montage original qui l'a conduit à vous accompagner en annuités d'emprunt, ce qui est une manière pour la municipalité de ne pas vous laisser seuls face à un investissement significatif et en même temps de reconnaître votre parfaite autonomie. Ce qui est, dans une ville, un montage et une manière très originale de faire les choses. Cette ambition que nous avons pour le quartier Saragosse, pour Pau, pour toute l'agglomération, nous l'avons également – je veux le dire – pour toute la France. Je voudrais dire quelques mots, puisque nous sommes en fin de quinquennat, sur ce qui a été notre ambition en matière de politique de la ville. Depuis sa création dans les années 90, la politique de la ville a apporté à notre pays des résultats tangibles, contrairement à ce qui est dit à l'envie, de façon extrêmement injuste, notamment dans le contexte particulier de la campagne électorale où nous nous trouvons. Il est vrai que cette politique de la ville a longtemps porté sur l'amélioration de l'habitat et du cadre de vie, c'était indispensable. Je souhaite ici saluer l'impulsion qu'a donnée en la matière Jean-Louis BORLOO, dans un Gouvernement très antérieur à celui que je dirige. Mais cela n'a pas suffi à répondre à la demande légitime d'égalité qui implique que partout en France, chaque citoyen puisse bénéficier des mêmes droits, ait accès aux mêmes opportunités et puisse bénéficier des mêmes services publics. Car, il faut le reconnaitre, les habitants de certains quartiers subissent encore, en raison de leur lieu de résidence, des inégalités, des injustices, parfois même des discriminations. Nous avons donc changé d'approche et nous avons, notamment en 2014, avec la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine, puis plus tard avec Patrick KANNER, décidé de donner une nouvelle impulsion dans le cadre notamment des Comités interministériels à l'égalité et à la citoyenneté. Cette nouvelle approche que nous avons voulu promouvoir repose sur plusieurs principes simples et qui prennent à Pau, dans votre ville, un caractère d'évidence. Nous avons d'abord souhaité redéfinir la liste des quartiers qui appellent une intervention de l'Etat sur la base d'un seul critère. Ce critère, c'est le critère de la richesse par habitant, la politique de la ville ne doit pas concerner seulement les grands ensembles construits dans les années 60-70. Elle s'applique également désormais à certains quartiers dégradés des centres-villes et vous m'avez très bien montré tout à l'heure, à travers la carte de votre ville, que le quartier Saragosse est un quartier qui est à mi-chemin entre le centre-ville historique et le quartier universitaire et qu'en le traitant, vous donnez de la cohésion à la ville, en même temps que vous étendez de façon très significative le centre-ville historique. Vous avez en même temps insisté dans votre propos sur la vacance et la vétusté d'un certain nombre de logements du centre-ville historique de Pau, qu'il vous faut reconquérir et pour lequel vous avez besoin de soutien. Donc, je veux ici signaler que vous bénéficiez, à travers cette intervention de l'Etat, des soutiens dont vous avez besoin. Nous avons également décidé de nous donner des objectifs qui aillent au-delà de l'amélioration de l'habitat social, comme nous le ferons dans le quartier Saragosse. C'est pourquoi des contrats de ville traitent désormais de tous les aspects de la vie des habitants, qu'il s'agisse de l'éducation, de la santé, du développement économique, de la citoyenneté, de la lutte contre la radicalisation dans les quartiers dans lesquels nous devons absolument remettre de la République, remettre de la laïcité, remettre des forces de police et faire en sorte que la nécessaire fermeté s'exprime. Les contrats de ville sont également conçus pour mieux prendre en compte l'insertion du quartier dans la ville. Nous ne devons pas traiter les quartiers prioritaires comme s'ils étaient coupés du reste de la ville. C'est la raison pour laquelle nous avons aussi voulu nous associer l'expertise des habitants à l'élaboration des contrats de ville et 1 000 Conseils citoyens ont été créés, qui sont destinés à permettre à cette ambition de vivre. C'est sur cette base que nous avons lancé un nouveau programme de renouvellement urbain. L'Etat y a engagé des sommes considérables, 5 milliards d'euros, qui permettront d'investir 20 milliards d'euros dans les quartiers par l'effet de levier de ces sommes mobilisées et de transformer durablement le cadre de vie des 5 millions d'habitants concernés. Ce nouveau programme entre aujourd'hui dans sa phase active de déploiement. La première convention a été signée en présence du Président de la République à Rennes, le 16 février. D'ores et déjà, 50 protocoles ont été signés et la quasi-totalité des projets présentés par les collectivités ont été expertisés au sein des instances de l'ANRU, plus de 500 millions d'euros d'investissements ont d'ores et déjà été contractualisés sur les 5 milliards. L'année 2017 sera celle de l'amplification de cette politique grâce au soutien financier massif que nous allons mobiliser. Le 27 octobre, François HOLLANDE avait annoncé que la contribution de l'Etat au nouveau programme serait porté à 6 milliards d'euros et que 100 millions d'euros supplémentaires seraient prévus dès 2017. Cet engagement, nous avons voulu le transcrire, parce qu'il engageait notre parole, en loi de finances pour 2017. C'est donc ces moyens nouveaux qui permettent à l'Etat de reprendre toute sa place au sein de l'ANRU, qui permettent, ces moyens, de financer, au-delà de l'habitat, des équipements collectifs, scolaires, culturels, sportifs et sanitaires, des équipements de transport aussi. De ce point de vue, ce que vous allez faire sur le quartier Saragosse, en structurant le quartier autour d'une ligne de bus à haut niveau de service, témoigne aussi du rôle structurel que jouent les transports dans l'aménagement urbain et la configuration de la ville. Je veux insister aussi sur le fait que changer la ville et changer les quartiers de la ville c'est assurer un haut niveau de sécurité dans les quartiers dits sensibles. Nous avons pour cela créé 80 zones de sécurité prioritaire, nous avons créé près de 9 000 emplois, pas près de 9 000 emplois, 9 000 emplois précisément dans les services de police et de gendarmerie au cours de ce quinquennat alors qu'il en avait été supprimé 13 000 dans une période qui n'est pas si lointaine. Ces 9 000 emplois auront été très utiles au gouvernement pour faire face à la menace terroriste dans un contexte de menace extrêmement élevé comme en témoignent les événements récents qui viennent encore de se présenter à nous et pour lesquelles les services de sécurité ont réagi de façon exemplaire. Je veux rendre ici hommage aussi aux forces de police, de gendarmerie, aux services de renseignement qui chaque jour accomplissent en s'exposant, en se mettant en première ligne un travail exemplaire pour assurer la sécurité des Français et je voudrais aussi un peu me désoler de voir un certain nombre de responsables politiques qui n'en sont pas alors que notre pays est confronté à un tel niveau de menace agiter des polémiques, tenter de susciter des oppositions et des fractures alors qu'ils n'auraient qu'une chose à faire s'ils avaient la République en partage c'est de rendre hommage au travail de ceux qui chaque jour se sacrifient pour assurer la sécurité des Français. Je veux le dire ici vraiment avec la plus grande sincérité à tous les élus de toutes sensibilités qui sont rassemblés, lorsque j'étais ministre de l'Intérieur, je l'ai été pendant près de trois ans, j'ai été confronté aux épreuves des attentats dans ma responsabilité, j'ai vu l'effroi, j'ai vu l'incommensurable chagrin des Français, j'ai vu les épreuves auxquelles ils ont été confrontés mais j'ai vu aussi des policiers tomber et au plus profond de moi-même comme républicain à ce moment-là, je n'ai éprouvé qu'un seul et unique sentiment, celui d'abord de la compassion, celui de l'exigence aussi qu'appelle la protection des Français dans un contexte particulier qui est celui auquel nous étions confrontés et l'absolue nécessité pour faire face à ceux qui voulaient nous diviser et nous fracturer d'être dans la dignité du propos et dans l'unité nationale. Alors je vous le dis ici moi qui ne suis pas candidat aux échéances à venir et qui préfère la République à toutes autres causes et qui considère qu'elle vaut bien des destins la République, je veux vous dire ici que nous n'arriverons pas dans les années qui viennent à être à la hauteur de ce défi qui se présente à nous si nous ne sommes pas à la fois dans la fermeté la plus grande, dans l'expression de la laïcité la plus forte, dans la détermination la plus absolue mais aussi dans la dignité face aux épreuves parce que ce n'est pas dans le mensonge et dans l'abaissement que l'on donnera à la France la force de résister à la menace terroriste qui se présente à nous et à laquelle nous devrons faire face sans doute pendant longtemps. Je veux également insister sur le fait que nous avons voulu donner dans ces quartiers de la force économique, c'est la raison pour laquelle nous avons mis en œuvre les actions du PIA pour accompagner les entreprises qui innovent, qui créent de la richesse, qui créent de l'emploi. Ce sont plusieurs dizaines d'entreprises qui ont été créées dans ces quartiers grâce notamment à l'Agence France Entrepreneur présidée par M. ALTRAD qui fait un travail remarquable sur tous ces sujets. Mesdames et Messieurs, je suis venu à Pau pour une raison très simple ce matin et c'est la seule, nous avons au plan national décidé de faire un effort considérable pour les quartiers pour qu'il n'y ait pas dans la République d'espaces dans lesquels des Français puissent se sentir relégués ou coupés de l'ensemble que constitue la République dans son unité et son indivisibilité. Nous mettons pour cela des moyens pour toutes les villes toutes tendances confondues, j'ai été à Amiens il y a de cela quelques jours, j'ai été à Rennes, je suis aujourd'hui à Pau, avec le ministre de la Ville, le ministre des Collectivités locales, nous signons toutes les semaines des contrats par lesquels nous engageons des moyens de l'Etat pour faire en sorte que des territoires puissent se développer. Ce travail c'est un travail que je veux faire jusqu'à la dernière minute de la fonction qui m'a été confiée et chaque jour qui passe nous rapproche davantage du moment où je n'aurai plus le temps de signer encore des contrats, donc je mets toute mon énergie à faire en sorte que les territoires puissent être accompagnés et je suis particulièrement heureux de pouvoir le faire à Pau aujourd'hui pour des raisons qui tiennent au fait qu'il y avait dans cette ville un beau projet, que ce projet avait été conçu de façon exemplaire, qu'il avait mobilisé les élus à la tête desquels se trouve François BAYROU bien entendu mais aussi le président de l'Agence nationale de la rénovation urbaine et le ministre de la Ville puis vous-même, Madame, que je veux saluer particulièrement parce que je sais votre engagement personnel, je vous ai vue en d'autres lieux sur ce département il y a de cela quelques mois et je connais votre sens de l'engagement, votre passion de votre ville, votre loyauté et l'efficacité du travail que vous accomplissez. Je terminerai donc par vous puisque j'ai compris que nous étions dans une ville où la loi salique s'applique depuis longtemps et j'ai compris aussi que quand on ne respecte pas la loi ici on se fait couper la tête. Le nombre de ceux qui se sont fait couper la tête et dont la liste que nous a été communiquée à l'instant par François m'impressionne. J'ai compris aussi ici que quand on est petit et qu'on est choisi il vaut mieux avoir les mains ouvertes, par conséquent, Chère Madame, vous aurez remarqué que j'ai respecté toutes les traditions de ce territoire et c'est la raison aussi pour laquelle je suis particulièrement heureux d'être ici. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/506.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/506.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4cd8213e9c718fee3879dcc6b2c72eb095b38388 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/506.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le ministre, Cher Pierre JOXE, Mesdames et Messieurs les préfets et directeurs, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d'administration, Mesdames et Messieurs les auditrices et auditeurs de la 28ème session nationale et des deux sessions spécialisées de l'Institut national des Hautes études de la sécurité et de la justice, Mesdames et Messieurs, Cet Institut, vous le savez mieux que quiconque, a pour vocation de permettre aux cadres supérieurs de notre pays, aux fonctionnaires, officiers, représentants du secteur privé, avocats, journalistes, qui travaillent dans le domaine de la sécurité et de la justice, ou qui s'intéressent à ces questions, de parfaire leur formation et d'échanger à haut niveau autour des défis que nous devons relever pour protéger nos concitoyens. Cet Institut a été créé, il y a de cela quelques décennies maintenant par l'un de mes prédécesseurs, lorsque j'étais ministre de l'Intérieur, Pierre JOXE, je veux le saluer, il a été un très grand ministre de l'Intérieur. Il a voulu faire en sorte que dans ce ministère, les universitaires et la recherche aient une place pleine et entière, car le ministère de l'Intérieur n'est pas simplement le ministère de la Sécurité, dans sa dimension opérationnelle, il est aussi le ministère au sein duquel la réflexion sur les sujets les plus stratégiques doit se nouer. Nous avions besoin pour cela d'instituts, comme celui où je me trouve aujourd'hui, et d'une ambition en matière de formations des forces de sécurité intérieure et de relations approfondies avec le monde de la recherche, notamment le monde universitaire. Je sais que votre projet, Madame la directrice, consiste à renforcer la dimension opérationnelle des travaux de cet Institut. Je crois, comme vous, que l'INHESJ doit aider à construire des compromis utiles entre les acteurs politiques, syndicaux ou scientifiques, qui contribuent à la définition de notre politique de sécurité intérieure. Il peut d'ailleurs aussi assurer le passage du temps long, celui de la recherche fondamentale, au temps court, celui de l'exigence politique et opérationnelle, pour garantir la solidité, l'efficacité de l'action publique, alors que notre pays doit faire face à une menace redoutable, qui n'a jamais été aussi élevée qu'au cours de ces derniers mois, je veux parler de la menace terroriste djihadiste, dans un contexte, de surcroît, d'incertitudes géopolitiques accrues. Pour faire face à cette situation inédite, je sais que nous pouvons compter sur le dévouement et le professionnalisme des forces de sécurité, auxquelles nous avons apporté, depuis cinq ans, les moyens d'accomplir leurs missions. Je sais que nous pouvons compter aussi sur le travail inlassable des magistrats, auxquels je veux dire ma grande estime. Ils sont les gardiens de nos libertés individuelles, et ils doivent pouvoir continuer à exercer leur lourde responsabilité, avec la sérénité et l'indépendance nécessaires. Et j'ai eu l'occasion de dire, il y a de cela quelques jours, à l'Ecole nationale supérieure de la magistrature de Bordeaux, devant des élèves qui s'apprêtent à exercer leur profession de magistrat, à quel point j'étais attaché à cette école, que certains, dans leur programme présidentiel, se proposent de supprimer, et à quel point j'étais attaché à l'indépendance de la magistrature. A la veille d'échéances importantes pour notre vie démocratique, il est, je crois, légitime que chacun s'interroge sur les progrès que notre pays peut encore accomplir pour adapter ses moyens de défense face à une menace évolutive. Pourtant, à lire certains programmes, à écouter certains candidats et candidates, je ne peux que me demander s'ils ont bien pris connaissance des réformes qui ont été accomplies depuis cinq ans, et qu'ils proposent d'ailleurs parfois d'adopter pour l'avenir alors qu'elles sont déjà à l'œuvre. Mais aussi, je me demande s'ils ont une vision éclairée des réalités et des dangers réels auxquels notre pays doit faire face. Et c'est sur ces réalités, sur ces enjeux, sur ces réformes que nous avons engagées, que je voudrais essayer de vous tenir un discours simple et que je sais de vérité, et j'espère que vous le recevrez comme tel. Jamais au cours de notre histoire récente, notre pays a dû faire face à des menaces aussi sérieuses, et aussi complexes que celles auxquelles nous sommes confrontés. Jamais. L'irruption brutale et persistante du terrorisme djihadiste en France a marqué, pour notre pays, incontestablement, une rupture. Nous sommes engagés dans une nouvelle forme de conflictualité, face au totalitarisme islamiste, dont le modus opérandi relève d'une barbarie absolument inédite sur notre sol. Comme nos précédents ennemis, cependant, il a prétendu lever une armée, recrutant même certains de ceux qu'il appelle ses soldats, au sein de notre jeunesse. Il prétend bâtir et étendre un empire, quand il ne fait qu'asservir les esprits et détruire durablement des êtres. Cette menace n'a donc jamais été aussi élevée sur fond de bouleversements stratégiques, dans la bande sahélo-saharienne, au Maghreb et évidemment au Proche-Orient. L'ennemi prospère sur le chaos qu'il provoque, d'ailleurs en grande partie, pour mieux s'en nourrir. C'est là le cœur de sa stratégie, semée par ailleurs dans les pays dans lesquels il essaie de faire régner l'effroi, la division, l'antagonisation, pour faire en sorte que dans ces sociétés affaiblies par les fractures, il puisse se frayer plus facilement un chemin. C'est la raison pour laquelle, face au terrorisme, nous ne pouvons pas avoir d'autre choix, si l'on est profondément épris de la République, de ses principes et de ses valeurs, que celui de l'unité et de l'indivisibilité de la République face aux épreuves. C'est là aussi la stratégie du gouvernement que je dirige, qui est une stratégie dictée par une ardente nécessité. Mesdames et Messieurs, vous le savez mieux que quiconque, notre pays est une cible parce que nous sommes la France, avec son histoire, sa culture, ses valeurs. Nous sommes le pays de la laïcité et de la loi de 1905. Nous sommes le pays qui, depuis plus de deux siècles, envoie au monde un message de liberté et d'émancipation. Nous sommes un pays dont les armées se sont portées au secours de pays amis, menacés par l'expansion du djihadisme. Nous sommes un pays membre permanent du Conseil de sécurité et qui prend toutes ses responsabilités pour frapper aux côtés de ses alliés ceux qui violent les lois de la communauté internationale. Après les crimes commis en 2012 par Mohammed MERAH, dont nous venons de commémorer le douloureux anniversaire, les attentats abjects perpétrés en 2015 et 2016 ont montré à nouveau comment des individus, parfois isolés, parfois même inconnus de nos services, pilotés ou inspirés par ces groupes djihadistes, par leur propagande, pouvaient passer à l'acte sur notre territoire, de façon subite et absolument violente. Face à cette menace redoutable, mais diffuse, nous devons, bien entendu, prendre toutes les précautions possibles, tout en ayant la lucidité d'admettre, parce que nous devons aussi cette vérité aux Français, que le risque zéro n'existe pas. Dans ce contexte, tous les responsables politiques et je le dis, là, aussi, avec gravité et sincérité tous les responsables politiques doivent faire preuve d'un sens élevé de l'intérêt général, en rejetant les vaines polémiques, en faisant bloc autour des femmes et des hommes qui assurent notre sécurité, en sachant, à chaque instant, rassembler les Français. Et lorsque je vois par exemple samedi à Orly, la rapidité avec laquelle les militaires et les forces de sécurité intérieure interviennent alors qu'un individu violent s'apprête à commettre des crimes, et qu'ils le font avec une efficacité dont nous devrions tous être fiers, car il s'est écoulé, peu de temps entre le moment où cet individu a agi et le moment où il a été neutralisé. Quelques heures après cet événement, une candidate à l'élection présidentielle a tenu des propos qui abaissent, qui abîment la République et qui blessent celles et ceux qui sont en première ligne dans la lutte contre le terrorisme et qui s'exposent en donnant le meilleur d'eux-mêmes, sous l'autorité de préfets, de directeurs, de ministres, qui sont, eux-mêmes, totalement mobilisés et engagés, je me dis qu'il y a loin entre l'exigence du moment, qui devrait être faite de dignité, et l'abaissement de la parole publique, à laquelle certains cèdent pour des raisons purement électorales. Je veux vous dire ici que le gouvernement, que je dirige, jusqu'au terme de son mandat, se conformera rigoureusement à cette obligation de dignité dans l'épreuve, il demeure mobilisé à chaque instant. Il se tient dans une posture de vigilance extrême pour éviter qu'un nouveau drame ne vienne frapper notre pays, et grâce à quoi, je veux aussi le dire ici, devant vous, cinq attentats ont encore été déjoués depuis le début de cette année. Il y en avait eu 17 au cours de l'année 2016, et pas moins de 36 individus suspectés de terrorisme ont été interpellés depuis début de l'année et placés hors d'état de nuire. Je veux donc assurer ici, avec force et détermination, chacune et chacun d'entre vous, de la volonté qui est la nôtre de mener ce combat quotidien contre la menace terroriste, et je veux aussi réaffirmer, ce que j'ai eu l'occasion de dire à l'occasion de mon discours de politique générale, cet objectif est ma principale priorité. La vérité m'oblige à dire cependant que nous aurons à faire face encore longtemps au défi du terrorisme djihadiste, pendant de longues années. Nous devons continuer à nous donner les moyens indispensables pour identifier, entraver, neutraliser la menace, que ce soit sur notre sol ou sur les théâtres extérieurs. Nous avons engagé nos armées dans les opérations Serval, Barkhane au Mali, dès 2013, nous sommes toujours impliqués dans le processus de stabilisation du nord de ce pays, nous devons poursuivre nos efforts en Afrique sahélo-saharienne, en apportant notre appui aux appareils de sécurité locaux avec nos partenaires africains et européens ; c'est là un enjeu essentiel pour la sécurité du Maghreb et du continent africain, mais aussi pour la sécurité de l'Europe et de notre pays. Au Levant, Daesh recule partout, les forces alliées gagnent du terrain chaque jour, les forces irakiennes progressent dans la reconquête de Mossoul, et nous avons engagé des moyens significatifs pour les y aider. Mais nous savons aussi que le combat contre Daesh ne prendra pas fin, ce serait une illusion que de le croire, avec la prise de Mossoul, ni même avec celle de Raqqa. Sur notre territoire, près de 9.000 postes de policiers et de gendarmes ont été créés en cinq ans, ce chiffre a été confirmé par les inspections générale de l'administration et des finances, que j'avais saisies après que des polémiques s'étaient faites jour, qui avaient pu susciter des doutes ; polémiques d'ailleurs engendrées par ceux qui avaient contribué à supprimer 12.000 emplois entre 2007 et 2012 dans les forces de sécurité intérieure. Je lis avec intérêt, je l'ai encore entendu hier soir, que certains candidats à l'élection présidentielle, de sensibilités différentes, voudraient réinstaurer la police de proximité, supprimée en 2002, j'observe que ce projet est celui qui a inspiré la mise en place des zones de sécurité prioritaires qui consistait à remettre la police dans les quartiers où des actes de délinquance étaient commis, qui pouvaient porter atteinte à la sécurité de ces quartiers et mettre en cause la tranquillité de ceux qui y vivaient. Zones de sécurité prioritaires décidées et mises en œuvre par Manuel VALLS lorsqu'il était ministre de l'Intérieur. J'observe aussi que pour créer des postes de policiers dans les quartiers, au plus près des habitants, c'est là l'objectif de la police de proximité, il faut des effectifs, si nous ne reconstituons pas des effectifs, et notamment les effectifs qui ont été supprimés, alors, nous n'avons aucune chance de pouvoir créer les conditions d'une présence policière dans les quartiers au plus près des habitants, là où se nouent les violences, et là où se commettent les actes de délinquance. Il faut aussi, si on veut une police de proximité et des forces de l'ordre qui jouent leur rôle dans la République, qu'elles soient formées avec un très haut niveau d'exigence dans la formation des policiers et des gendarmes. Bien entendu, il y a une formation initiale de qualité dans les écoles de la police et de la gendarmerie dans notre pays, mais il y a une nécessité de formation continue, il y a une nécessité aussi, pour les policiers et les gendarmes, d'être constamment en prise avec les évolutions de la société et de pouvoir se former en permanence pour en comprendre toute la complexité ou toute la subtilité. C'est la raison pour laquelle j'ai pris la décision de recréer non pas un service de la formation, mais une véritable direction d'administration centrale de la formation au ministère de l'Intérieur, de manière à ce que ce sujet soit pris en compte pleinement, et que nous puissions créer les relations d'un autre type entre la police et la population. Pour la justice, ce sont 500 postes de magistrats, 600 postes de greffiers et de fonctionnaires qui auront été créés afin de permettre à l'autorité judiciaire de fonctionner normalement. Tous ces magistrats et fonctionnaires ne seront bien entendu pas affectés directement à la lutte contre le terrorisme, mais tous y contribueront. Car chacun comprend bien qu'une société apaisée et sûre est une société qui sécrète moins de rejets, moins de frustrations et qui laisse moins de prises aux recruteurs de la terreur. Ont également été mobilisés les 10.000 femmes et hommes de l'opération Sentinelle, je veux ici leur rendre un vibrant hommage, car ils sont les acteurs d'un dispositif efficace, comme l'a montré l'attentat empêché à Orly samedi dernier, c'est un dispositif aussi qui a une dimension symbolique importante, car nos concitoyens sont attachés à ce que leur armée contribue à leur protection, c'est pourquoi ils la plébiscitent. Et il n'est pas convenable, là aussi, que certains propos politiques tentent de faire de cette opération un sujet de polémique, comme cela s'est produit il y a quelques jours. Je veux dire aux militaires, qui sont présents dans cette salle, que le travail qu'ils ont accompli aux côtés des policiers et des gendarmes, dans les épreuves auxquelles notre pays a été confronté, et le travail qu'ils accomplissent quotidiennement, est la fierté des Français. Je disais que les Français plébiscitent les militaires de l'opération Sentinelle, mais ils plébiscitent aussi les policiers et les gendarmes, dont ils savent le tribut qu'ils paient quotidiennement pour assurer leur protection. Je n'aurai jamais un vocabulaire assez dense, assez riche, pour pouvoir trouver le mot qui me permet d'exprimer la gratitude dans laquelle je vous tiens toutes et tous, et comme je ne suis pas sûr d'avoir l'occasion de m'exprimer de nouveau devant une telle assemblée, avant la fin de la mission qui m'a été confiée par le président de la République, je veux vous redire, une fois de plus, l'immense reconnaissance qui est la mienne pour le travail que vous accomplissez chaque jour pour la République, pour la Nation, et pour les Français. Au-delà des moyens mobilisés et du travail des femmes et des hommes qui donnent le meilleur d'eux-mêmes, l'adoption depuis cinq ans d'un ensemble de textes législatifs cohérents a apporté aux forces de sécurité intérieure, aux services de renseignement, à l'administration pénitentiaire, aux forces armées, les instruments juridiques requis pour combattre avec efficacité la menace terroriste et la délinquance. Ainsi, la dernière loi relative à la sécurité publique, adoptée par le Parlement dans un climat consensuel, a permis d'apporter une meilleure protection à tous ceux qui luttent au quotidien contre le terrorisme et la délinquance. Je relève que votre Institut, dans la droite ligne de la nouvelle ambition que vous portez, Madame la directrice, a contribué grandement à la construction de ce consensus, en bâtissant, à ma demande, un compromis sur le régime légal de l'usage des armes par les forces de sécurité intérieure avec tous les acteurs concernés, syndicaux, professionnels, politiques ou institutionnels. Et je veux d'ailleurs profiter de ma présence ici pour vous remercier pour votre implication personnelle dans ce travail délicat, pour la concertation que vous avez conduite, et pour la subtilité et l'intelligence juridique avec laquelle vous avez réussi à faire entrer dans le droit ce que, un ensemble de textes juridiques, de niveau européen, constitutionnel ou législatif, avait déjà prévu en la matière. Il n'y a donc pas eu de dérive, nous ne la souhaitions pas, il y a eu une clarification. Et cette clarification, elle a d'autant plus de force qu'elle est le fruit d'un travail conduit avec l'ensemble des acteurs concernés. Vous me permettrez, Mesdames et Messieurs, de dire un mot sur l'état d'urgence, qui est venu compléter et élargir les moyens d'action des forces de sécurité, notamment à travers les perquisitions administratives, qui permettent à nos services de vérifier le degré de menace, présenté par des individus potentiellement dangereux et de les empêcher de nuire, le cas échéant, il a amplement montré son efficacité, plus de 4.200 perquisitions ont pu être ainsi réalisées, conduisant à près de 500 interpellations, 400 gardes à vue, et à la saisie de près de 600 armes. Ces mesures se sont pleinement inscrites, je veux le redire aussi parce que, j'ai vu les débats et parfois les polémiques, dans l'Etat de droit. D'ailleurs, l'état d'urgence n'est pas une négation arbitraire de l'Etat de droit, il n'est pas une exception, faisant l'objet d'un caprice, il est un élément de l'Etat de droit prévu par l'Etat de droit, pour faire en sorte que dans des circonstances particulières, en cas de péril imminent, la République puisse assurer la protection de ses citoyens. L'état d'urgence ne s'est pas substitué au droit commun, il l'a complété dans une période qui était une période de menaces particulières. J'ajoute que nous avons voulu que l'état d'urgence et c'est bien normal n'ait pas vocation à être permanent, il est un levier de notre Etat, lié à la notion de péril imminent et je le redis ce péril continue d'être caractérisé. Pourquoi alors avons-nous retenu la date du 15 juillet 2017 pour la décision de prolonger ou pas l'état d'urgence ? D'abord parce que la période de campagne électorale sera naturellement marquée par de nombreuses réunions publiques, qui peuvent constituer, dans un contexte de risque d'attentats accrus, un enjeu particulier et peuvent aussi conduire ceux qui veulent frapper notre pays au cœur de ses valeurs démocratiques à agir à ce moment-là. Ensuite, parce qu'en plaçant la date d'échéance au-delà des élections, nous permettons au président de la République et au Parlement, qui seront issus des prochaines élections, d'avoir le temps nécessaire pour apprécier la situation avant de se prononcer sur une éventuelle prolongation. Sur tous ces sujets d'une grande complexité, j'appelle là aussi à la réflexion, à la pondération, à la sagesse pour trouver le bon point d'équilibre entre le respect intransigeant des libertés et les exigences de sécurité. Et je sais pouvoir compter sur les réflexions de votre Institut sur ces sujets. Le gouvernement a aussi agi pour prévenir la radicalisation et pour traiter le cas des milliers de jeunes Français qui se sont déjà radicalisés. Il s'agit, là, d'un phénomène nouveau, très complexe, sur lequel nous manquons à l'évidence du recul historique ou de comparaisons avec des expériences étrangères abouties pour nous aider à prendre les décisions les plus efficaces. Nous devons donc poursuivre les expérimentations conduites sous l'égide du comité interministériel de prévention, de la délinquance et de la radicalisation. Pour les personnes condamnées, nous devons faire confiance au service d'insertion et de probation de protection judiciaire de la jeunesse, car nous ne pouvons pas rester passifs face à de telles situations, et nous devons au contraire essayer des solutions nouvelles, les évaluer, et faire évoluer nos dispositifs en fonction des résultats obtenus dans la lutte contre la radicalisation. C'est pourquoi je tiendrai, dans quelques jours, un comité interministériel afin de préciser la politique à tenir à l'égard de nos ressortissants qui, après avoir rejoint l'Etat islamique, tentent aujourd'hui de revenir en France. La question des enfants, souvent très jeunes, de ces Français enrôlés dans des filières irako-syriennes, est aussi préoccupante, et je signerai dès cette semaine une circulaire interministérielle définissant le cadre de leur prise en charge, lorsque leurs mères ont décidé de revenir en France. Face à une menace d'un type radicalement nouveau, il nous fallait aussi réformer, moderniser, donner un cadre juridique nouveau à nos services de renseignement. Dans ce domaine, le gouvernement a fait adopter une réforme d'une portée historique, en apportant un fondement juridique, une reconnaissance, une légitimité à cette politique publique, dans le respect scrupuleux de nos principes de droit. Je veux saluer la part prise par Jean-Jacques URVOAS, dans l'élaboration des lois du 24 juillet, du 30 novembre 2015, des personnels de renseignement bénéficient, grâce à ces textes, de moyens juridiques désormais mieux adaptés à leurs missions. Dans le même temps, des mécanismes de contrôle puissants, y compris juridictionnels, ont été mis en place pour mieux garantir le respect des libertés individuelles. Sur le plan de l'organisation, dès 2013, les services de sécurité intérieure ont été considérablement renforcés, par la création de la Direction générale de la sécurité intérieure et du service central du renseignement territorial. J'en profite pour indiquer à ceux qui, dans la campagne, veulent recréer le renseignement territorial, que c'est fait, que ses effectifs ont été sensiblement abondés, j'y reviendrai dans un instant. Il s'agissait pour nous de rebâtir le renseignement territorial dont l'actualité démontre chaque jour l'utilité, après la suppression des renseignements généraux, décidée au cours du précédent quinquennat. Par ailleurs, des moyens humains et budgétaires des services de la communauté du renseignement ont été, eux aussi, considérablement augmentés. Et leurs effectifs ont crû de 3.400 postes depuis cinq ans, je le dis là aussi pour ceux qui semblent l'ignorer. L'administration pénitentiaire s'est aussi dotée, à l'initiative du Garde des Sceaux, d'un véritable service de renseignement, qui peut désormais recourir à des techniques de renseignement prévues par la loi sur le renseignement du mois de juillet 2015. Enfin, pour répondre aux besoins de coordination des services, nous avons créé l'état-major opérationnel de prévention du terrorisme, directement rattaché au ministre de l'Intérieur, qui, aux côtés de l'UCLAT, organise le suivi des individus présentant un risque sur le territoire national, parallèlement, et à un niveau très opérationnel, les services de renseignement intérieur et extérieur disposent désormais de cellules de coordination permettant un partage permanent de l'information et de l'analyse. Au regard des importantes réformes, dont le renseignement a fait l'objet depuis cinq ans, des moyens supplémentaires dont il a été doté, de cet effort de réorganisation. J'avoue que certaines propositions avancées sur ce sujet me laissent parfois incrédule. Bien sûr, il est toujours utile le savez mieux que quiconque de savoir adapter un dispositif face à une situation nouvelle, comme nous l'avons fait d'ailleurs nous-mêmes depuis cinq ans, et ce que je viens d'indiquer des réformes engagées en témoigne s'il en était besoin. Il n'est pas exclu non plus que de nouveaux aménagements soient souhaitables à l'avenir, mais il nous faut absolument éviter, dans un domaine aussi essentiel pour la sécurité du pays, de détruire par une espèce de frénésie de réformes d'organisations et de structures, ce qui fonctionne bien, de désorganiser des services qui doivent être entièrement concentrés sur la lutte antiterroriste et de se priver des compétences et des expertises difficilement acquises. On peut également se demander pourquoi nous devrions rattacher l'administration pénitentiaire au ministère de l'Intérieur plutôt qu'au ministère de la Justice, si la Justice exerce cette responsabilité depuis 1911, c'est parce qu'on a compris depuis plus d'un siècle que la prison doit aussi préparer la réinsertion des condamnés, et pas seulement les mettre à l'écart de la société pendant la durée de leur peine. Revenir aujourd'hui sur cette conception peut à mes yeux difficilement passer pour un progrès. Dans un même ordre d'idée, quels bienfaits devrions-nous attendre de la suppression de l'École nationale de la magistrature, alors que la qualité de la formation qui y est dispensée fait l'unanimité, et nous est enviée de l'étranger. S'agit-il de la volonté de mettre un terme à l'indépendance dans laquelle exercent désormais les magistrats de ce pays ? Peut-on penser que le fonctionnement de notre Parquet antiterroriste en serait amélioré ? Je ne le crois pas. Et je veux d'ailleurs profiter de l'évocation du Parquet antiterroriste pour rendre un hommage sincère et vibrant à François MOLINS, qui est une figure pour les Français de la lutte antiterroriste, et ce n'est pas pour rien. Cela résulte de l'efficacité avec laquelle il conduit les enquêtes, du niveau de précision exigeante avec laquelle il s'exprime et du souci de précision, plutôt que la volonté de susciter des émotions, qui a toujours présidé à ses déclarations devant les Français. Et cette éthique, qui est la vôtre, Monsieur le Procureur, force l'admiration de nos concitoyens et la mienne, vous le savez, j'ai eu l'occasion de vous le dire à plusieurs reprises, si vous n'aviez pas été là dans un certain nombre de circonstances tragiques, auxquelles le pays a été confronté, nous n'aurions pas pu faire face ensemble comme nous avons réussi à faire face à la barbarie. Comme vous le savez, on fait fausse route lorsqu'on prétend fonder de la sécurité des Français sur l'abaissement de la justice ou sur le renoncement aux principes de notre droit ; c'est au sein de notre propre société, dans le respect de nos valeurs que nous trouverons les ressources pour vaincre notre ennemi. C'est pourquoi nous devons être vigilants à ne pas accentuer les fractures, les tensions qui affectent notre pays. L'unité, le rassemblement, la capacité des responsables de la nation à surmonter leurs divisions, lorsque l'essentiel est en jeu, comptent parmi nos moyens de défense les plus efficaces. De la même manière, je veux dire avec la plus grande netteté que cela ne sert à rien de convoquer tous les jours l'autorité de l'Etat et d'en appeler à l'autorité de l'Etat à chaque fois qu'un délinquant agit, comme si c'était par la volonté de l'Etat qu'il commettait ses méfaits. Alors même que lorsqu'il les commet, l'action publique se déclenche et les forces de sécurité agissent, et qu'il s'agisse de tous les sujets, qui ont fait polémique, l'intervention sur l'autoroute A1, Moirans, où les manifestations, les forces de sécurité sont intervenues, et sous l'autorité des magistrats, l'action publique a été déclenchée, et les infractions pénales graves qui ont été commises ont été sanctionnés. Mais si l'on est attaché à l'autorité de l'Etat, on n'oublie pas de dire ce qui doit être dit sur les forces de sécurité lorsqu'elles interviennent avec bravoure. Lorsqu'on est attaché à l'autorité de l'Etat, on ne laisse pas à penser que les magistrats, lorsqu'ils interviennent, interviennent à partir d'autres considérations que celles du respect du droit, voté par le souverain. Lorsqu'on est attaché à l'autorité de l'Etat, on ne remet pas en cause l'indépendance de la justice, bref, lorsqu'on est attaché à l'autorité de l'Etat, on est impeccable face aux institutions et aux règles qui les régissent, sans quoi, l'autorité de l'Etat est abaissée, et l'autorité de l'Etat, ça commence par cette exigence et par cette rigueur. Je voulais aussi le dire devant vous, à un moment où l'on peut être inquiet des conséquences de certaines formes d'abaissement dans la République. Je voudrais enfin vous dire quelques mots au sujet de l'Europe, je sais que cet institut fait beaucoup pour analyser les expériences conduites à l'extérieur de nos frontières, et pour les faire connaître en France, et je salue d'ailleurs ici, aujourd'hui, les auditeurs étrangers qui sont parmi vous. La menace terroriste n'épargne aucun pays européen, les attentats en Belgique, au Danemark, en Allemagne l'ont montré. Et notre réponse doit donc, elle, être aussi européenne. De façon parfaitement légitime, les Européens attendent de l'Union qu'elle les protège de façon plus efficace, ce qui est fait pour la politique commerciale, la gestion des flux migratoires, par exemple, en matière de sécurité, de lutte contre le terrorisme. C'est la raison pour laquelle, la France a plaidé, en étant en première ligne, sur ces enjeux de sécurité, de défense, de contrôle des frontières, et a fait en sorte que ces sujets soient parmi les priorités de l'agenda européen, pour l'amélioration notamment du fonctionnement de l'espace Schengen, d'importants progrès, comme le reconnaîtra tout observateur de bonne foi, ont été accomplis autour des dernières années, je veux les évoquer. Nous avons obtenu la création d'une agence européenne de gardes-frontières et de garde-côtes, c'était une proposition française qui est désormais pleinement opérationnelle, elle compte 1.500 personnels dont 170 sont français et mis à disposition par notre pays. Elle peut intervenir rapidement pour prêter main forte sur le terrain à un Etat membre qui se trouverait dans l'incapacité de protéger nos frontières communes. Nous avons obtenu que le code frontière Schengen soit modifié, de manière à mettre en place un contrôle systématique des entrées et des sorties aux frontières extérieures de l'Union européenne, en permettant aux frontières de l'Union européenne le contrôle des ressortissants de l'Union, ce qui n'était pas possible avant la modification de l'Article 7-2 du code frontières Schengen. J'entendais hier soir à la télévision qu'il était temps de rétablir le contrôle aux frontières, mais enfin, tous les policiers et gendarmes, qui assurent le contrôle aux frontières depuis le 13 novembre 2015, savent parfaitement que depuis près de 18 mois, il a été rétabli, ils savent parfaitement qu'aux frontières, plusieurs millions de personnes ont été contrôlées, et ils savent parfaitement que, aux frontières, près de 80.000 personnes ont été renvoyés dans les pays de provenance après que ce contrôle aux frontières a été effectué. Donc le contrôle aux frontières, dans notre pays, il a été rétabli, nous avons obtenu de l'Union européenne qu'elle en accepte la prorogation. Et quand j'entends dire qu'il faudrait modifier le code frontières Schengen, de manière à permettre à ces contrôles, je dis que, non seulement, nous les avons établis, non seulement, nous avons modifié le code frontières Schengen, j'évoquais l'article 7-2 du code Schengen, pour permettre le contrôle de nos propres ressortissants qui bénéficient de la libre circulation au moment du franchissement des frontières extérieures, mais je pourrais aller plus loin, lorsque nous avons demandé que l'ensemble des services de renseignement de l'Union européenne alimente le système d'information Schengen, de manière à ce qu'au moment de l'interrogation de ce fichier, lorsque les frontières extérieures sont franchies, nous puissions avoir des informations exhaustives sur l'identité de ceux qui franchissent ces frontières, et qui peuvent représenter un risque sécuritaire pour notre pays, nous avons fait progresser considérablement l'Union européenne sur le chemin de la sécurité. Lorsque nous avons décidé c'était une proposition française, je l'avais exprimée lorsque j'étais ministre de l'Intérieur et avais emporté autour de cette démarche mon homologue allemand, puis, le Conseil Justice, Affaires Intérieures de créer les conditions de l'interconnexion des fichiers criminels, lorsque nous avons demandé à ce que soit engagée la réforme de la banque de données Eurodac, de manière à ce qu'elle puisse être utilisée à des fins de sécurité intérieure, lorsque nous avons fait en sorte que le PNR européen soit adopté, alors qu'il était sur le métier depuis 11 ans et que rien n'avait progressé. Nous avons, sur ces sujets, contribué à faire évoluer la doctrine de l'Union européenne, de telle sorte à ce que l'Union européenne soit un espace qui protège. Et je crois à la nécessité de faire en sorte que l'Europe protège davantage, et que les décisions qui doivent être prises pour atteindre cet objectif le soient. Mesdames et Messieurs, les auditeurs et auditrices, en participant à cette session, vous avez fait le choix de mettre votre expérience et votre intelligence au service d'une réflexion collective sur la justice et la sécurité nationale, je suis, pour ma part, absolument convaincu de la nécessité de nous réarmer intellectuellement, pour permettre à notre pays de faire face aux nouvelles menaces qui pèsent sur sa sécurité. C'est pourquoi j'avais veillé, lorsque j'étais ministre de l'Intérieur, et Bruno LE ROUX a poursuivi cela, à réintroduire le souci de la prospective dans la gestion de cette grande administration et à renforcer ses liens avec le monde de l'université et de la Recherche qui avaient été rompus. En effet, les défis sont immenses, les changements sont brutaux. Ils nous obligent à remettre en cause nos habitudes de pensée, c'est pourquoi nous avons besoin, plus que jamais, de vos idées, de votre enthousiasme, de votre force de conviction, contrairement à ce que certains laissent croire, le débat démocratique, la réflexion partagée, la recherche universitaire, la confrontation des idées, la pensée tout simplement ne constituent pas des obstacles à l'action ou à son efficacité. Ils sont au contraire les conditions de notre réussite, car ils nous permettront de définir des réponses adaptées et légitimes face à des questions inédites et complexes. Et c'est bien le rôle de l'INHESJ que d'être un lieu d'ouverture, de débats, un lieu où puissent échanger fructueusement des personnes qui n'ont pas la même expérience professionnelle, ni les mêmes préférences politiques, grâce à quoi, l'INHESJ pourra être une véritable force de proposition, une pensée en action, nous faisons face je l'ai dit à une mutation profonde des conditions de notre sécurité. Le choix que les Français feront dans le cadre des prochaines échéances électorales ne modifiera pas ces conditions, mais il aura des conséquences très profondes sur la nature des réponses que l'Etat sera amené à apporter. Ma conviction personnelle, je vais vous la dire, est que l'essentiel réside dans cette perspective, dans la résolution que nous mettrons à la fois à combattre nos adversaires et à défendre nos valeurs, une fois encore, nous avons besoin, Mesdames et Messieurs, de tenir bon, c'est la grandeur de la France et de son peuple que de se rassembler pour faire face. Vive l'INHESJ, vive la République et vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/507.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/507.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..25acddeb65c6d51a9cdd036528bf1e7ad6ebb049 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/507.txt @@ -0,0 +1 @@ +De Washington, où je me trouve à l'occasion de la réunion internationale de la coalition contre Daech, je me suis tenu informé des attaques en direct de Londres, des attaques de type terroriste même s'il n'y a pas de revendications à l'heure où nous parlons. Bien sûr j'ai exprimé ici à Washington ma solidarité à Boris Johnson, ma solidarité avec le peuple britannique, le Royaume-Uni qui est attaqué dans un lieu symbolique de la démocratie, Westminster, et puis la solidarité avec les victimes dont trois jeunes lycéens français du lycée Saint Joseph de Concarneau en visite scolaire au Royaume-Uni, qui ont été fauchés sur un pont tout près du parlement. C'est dire à quel point cette violence terrible nous blesse et nous heurte au coeur parce que nous ne pouvons pas rester sans exprimer notre solidarité, notre affection et en particulier avec les victimes ; il y a eu des morts et puis il y a nos jeunes Français qui sont blessés, qui sont hospitalisés. Les familles sont informées en temps réel et vont pouvoir leur rendre visite dans les prochaines heures. Le Quai d'Orsay, ses services, le consulat général sur place évidemment, est aux côtés des victimes avec une cellule psychologique qui a été mise en place. Q - Est-ce que vous avez eu des nouvelles justement de ces trois jeunes français ? R - Je n'ai pas de nouvelles, là, des plus récentes. Je sais qu'ils sont pris en charge à l'hôpital Saint Thomas dans des conditions qui sont les meilleures bien entendu, mais il faut attendre des résultats qui viennent des médecins eux-mêmes. Q - Est-ce que va se poser à nouveau la question des voyages scolaires ? Est-ce que cela se pose pour des établissements français désormais ? R - Non, je crois qu'on ne peut pas, à cette heure-ci, répondre à cette question. Il ne s'agit pas de provoquer la panique et l'arrêt de toute activité. Nous avons l'expérience tragique de ces situations, nous prenons donc nos responsabilités à chaque fois que c'est nécessaire mais, là aussi, il faut que l'enquête aille jusqu'au bout. Scotland Yard ne tire pas encore de conclusion, se garde d'établir des hypothèses. Mais, en tout cas, c'est une attaque d'une violence inouïe qui s'attaque à des personnes dans un lieu symbolique, celui de la démocratie parlementaire britannique, donc cela a du sens, on ne peut pas ne pas l'interpréter comme cela. Q - Vous êtes-vous entretenu avec votre homologue britannique ? Pouvez-vous aller un peu plus dans les détails de ce que vous vous êtes dit avec M. Johnson ? R - D'abord, c'est la solidarité que je lui ai exprimée comme lui-même l'avait fait lorsque la France a été touchée et c'est la réaction spontanée que nous avons. Comme après l'attaque d'Orly, j'ai eu des collègues, des ministres des affaires étrangères qui m'ont téléphoné, nous exprimons cette solidarité qui est indispensable. Et cette solidarité est non seulement indispensable dans les mots mais elle est indispensable dans les actes et dans les engagements. Là, je suis à Washington à une réunion de la coalition internationale contre Daech, c'est 68 pays qui sont représentés, c'est énorme, c'est considérable. C'est la première réunion présidée par mon homologue Rex Tillerson, j'ai pu m'entretenir avec lui au déjeuner, j'ai également rencontré Jim Mattis, le secrétaire à la défense. J'ai eu un moment d'échange avec le Premier ministre d'Irak, Haïder al-Abadi et d'autres collègues. Nous avons abordé les choses de façon à la fois stratégique mais aussi très pratique, très concrète : comment peut-on faire pour renforcer encore notre lutte contre Daech, pour éradiquer ce fléau, l'éradiquer militairement, l'éradiquer politiquement, l'éradiquer aussi en termes d'action contre la radicalisation, contre les financements de ce réseau terroriste ? Ce sont toutes ces questions que nous avons abordées lors de cette grande réunion de la coalition. Q - Pour terminer sur le Royaume-Uni, les mesures de sécurité vont-elles être renforcées en France, notamment auprès de certains bâtiments ? R - Elles sont déjà à un très haut niveau de sécurité. Comme vous le savez, la France a adopté l'État d'urgence et il est toujours d'actualité. Et il y a une mobilisation de la police, de l'ensemble des forces de police, ainsi que des militaires qui patrouillent. Chaque semaine, le conseil de défense présidé par le président de la République se réunit avec le Premier ministre, les ministres de la défense, de l'intérieur, de la justice, des affaires étrangères. Là aussi, nous nous tenons informés de toutes les menaces, et il y en a. Notamment des menaces qui sont déjouées parce qu'il y a une grande solidarité, une grande coopération entre services de renseignement. J'ai rencontré le conseiller du président Trump. Nous avons abordé la coopération entre nos services. Elle est excellente et utile, et pas seulement avec les services américains. Si bien des attentats sont déjoués, c'est parce qu'à la fois nos forces françaises font un travail de terrain très remarquable et parce qu'il y a cette coopération. Si cette menace existe, c'est parce qu'elle est organisée, structurée. C'est pour cela qu'il est important de poursuivre le combat pour que Daech tombe à Mossoul. Et l'on sait que cette bataille est difficile, coûteuse en vies et provoque bien des dégâts et aussi des réfugiés. Mais cette bataille va être gagnée. Donc la coalition marque des points et Daech recule. Après, bien évidemment, il faut s'intéresser à ce qui va se passer une fois que la bataille militaire est terminée et ce sera bientôt le cas à Mossoul. Comment on gère Mossoul, comment on gère la région de Mossoul. Il faut que ce soit une gestion inclusive, qu'il n'y ait pas de règlements de comptes, que la justice passe mais dans un cadre qui soit celui de la loi et puis qu'on aide les populations à s'insérer et qu'elles puissent vivre ensemble. Puis il y a un autre objectif qui sort de cette réunion de la coalition qui est très clair, pour lequel je me bats depuis des mois, depuis plus d'un an, c'est Raqqa. Car ce sanctuaire concentre les forces organisées de l'État islamique, de Daech à Mossoul et Raqqa. À Raqqa on organise les attentats dans différents pays, on donne des ordres, on donne des consignes, on essaye de mobiliser, on recrute des gens. Il faut donc combattre pour détruire ce centre, ce sanctuaire de Daech. C'est la prochaine bataille, il faut qu'elle soit réussie. Et, là, il y a consensus entre tous les partisans à cette réunion et en particulier avec les Américains M. Mattis et M. Tillerson. Mais les pays de la région, les pays arabes sont également tous d'accord pour que Raqqa soit une priorité dans les mois qui viennent. Q - Est-ce qu'il y a quelque chose à changer avec la nouvelle administration ? R - Je ne crois pas que sur la détermination à lutter contre Daech et la gravité de ce qu'il représente, il y ait quelque chose de changé. Simplement, comme il y a une nouvelle administration, celle-ci, si je prends le cas de Raqqa par exemple, examine les conditions pour faire tomber Daech à Raqqa et n'est pas que dans la seule, simple continuité. Mais cela ne me choque pas si cet examen des différentes formules, des différentes hypothèses est plus efficace à la fois pour faire tomber Daech à Raqqa mais aussi pour réfléchir à une gouvernance efficace et inclusive après : quelles forces politiques pourront gouverner Raqqa ? Et on ne va pas mettre d'autres forces terroristes à la place, sous-entendu on ne va pas mettre des représentants du régime de Bachar al-Assad à la place. Donc, sur ces questions, les Américains demandent encore un peu de temps, ils examinent les hypothèses. Nous, nous avons donné nos analyses, nos points de vue, nos propositions. Je souhaite simplement que la réponse ne prenne pas trop longtemps car il y a urgence. Et là il y a quelques instants, à la dernière séance de la rencontre, le général Mattis nous a rejoint, a fait une communication et il a dit lui-même : Raqqa c'est urgent car il y a des menaces qui partent de Raqqa. Q - Avez-vous plus de précisions sur le fameux plan secret de Donald Trump pendant la campagne sur la Syrie et l'Irak ? R - Je pense qu'il n'y a pas de plan secret mais j'ai rencontré le conseiller à la sécurité du président Trump qui m'a dit qu'une commande avait été passée à l'administration, au secrétaire d'État pour faire des propositions au président et c'est leur rôle. Je pense que dans les prochaines semaines ces propositions sont faites - comment mieux combattre Daech ? - et j'ai fait valoir à tous ceux que j'ai rencontré la manière dont nous, la France, nous voyons cette nouvelle bataille à Raqqa, contre Daech à Raqqa. Et nous la voyons non seulement comme une action militaire pour détruire Raqqa, toutes ses forces, mais aussi en liant cette question à la question de l'avenir de la Syrie. Ce sont donc des négociations qui commencent demain, à Genève, avec l'opposition, les représentants du régime sous l'égide des Nations unies pour que l'on avance vers une vraie transition politique qui permette de sortir de la logique de guerre civile dans laquelle vit ce pays depuis des années, depuis maintenant six ans. Et même si on faisait tomber Daech à Raqqa, si on laissait cette situation de guerre civile permanente, on n'aurait pas réglé la question de la sécurité ni la question du terrorisme en Syrie. On n'aurait pas réglé la question du terrorisme. Parce que tous ceux qui se combattent aujourd'hui - il y a Daech d'un côté, al-Nosra de l'autre, il y a aussi des groupes de nature terroriste qui soutiennent le régime, des milices qui viennent d'Afghanistan, des milices qui viennent du Pakistan, des milices comme le Hezbollah ou iraniennes -, ce ne sont pas des enfants de chœur, ils pratiquent des méthodes terroristes, ils sont capables de piller, de trafiquer. Il faut donc construire la paix en Syrie et cela ne passe pas seulement par la chute de Raqqa, cela ne passe pas seulement par une bonne gouvernance de Raqqa, cela passe aussi par un processus politique, de transition politique, c'est-à-dire la mise en œuvre de la résolution 2254 du conseil de sécurité. C'est la base de la négociation sur la Syrie qui reprend encore une fois le 23 mars à Genève. J'ai moi-même rencontré les représentants de l'opposition. Je les ai encouragés à faire des propositions concrètes, que ce soit sur la transition politique, sur la constitution, sur l'organisation d'élections, sur la meilleure manière de lutter contre toutes les formes de terrorisme en Syrie. Je crois qu'il faut que chacun apporte sa contribution et sa part. Pour avancer sur tous ces thèmes-là, j'ai pris l'initiative, en arrivant hier à Washington, de réunir plusieurs pays arabes : l'Arabie Saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis, la Jordanie ainsi que la Turquie. Chacun connaît bien la situation sur le terrain, mais nous avons partagé cette priorité qu'est désormais Raqqa. Combattre Daech à Raqqa, gouverner avec des représentants de l'opposition, qui ne soit pas l'opposition radicale mais l'opposition modérée, dans cette zone libérée, puis appuyer de toutes nos forces les acteurs qui sont autour de la table pour une vraie négociation sur une transition politique en Syrie qui permette à terme la reconstruction du pays et qui permette aussi le retour des réfugiés. C'est tout cela l'enjeu politique et c'est ce qui m'a frappé en écoutant le général Mattis tout à l'heure, le secrétaire à la défense. C'est un militaire qui parlait, mais qui en même temps qu'il parlait d'objectifs militaires, disait « ce n'est pas suffisant, il faut la solution politique ». Quand cela vient d'un militaire, c'est encore plus convaincant car il est vrai que, même quand on fait la guerre, il faut faire la paix et la paix elle passe par des solutions politiques, par des modes de gouvernance, par la réconciliation. Et si on ne fait pas les deux, alors on n'aura rien gagné. Q - Justement, en termes de coopération entre la France et les États-Unis, aujourd'hui, face au défi du terrorisme, comment voyez-vous l'avenir, quelles sont les priorités aujourd'hui en termes de coopération ? R - J'ai discuté de cela avec le conseiller du président Trump pour la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. Nous avons convenu que notre coopération en matière de renseignement, d'échange d'informations était déjà à un très haut niveau et qu'il fallait l'intensifier encore davantage. Elle fonctionne très bien. J'ai évoqué aussi toutes les mesures qui ont été prises en Europe pour sécuriser, notamment, nos frontières, pour sécuriser notre transport aérien, le PNR, mais aussi les systèmes qui existent aux États-Unis, les contrôles ESTA que nous allons également mettre en place. Donc nous échangeons des informations, nous partageons aussi des décisions et ceci est très positif. Puis nous avons échangé sur les menaces, la nature des menaces. Avec le conseiller à la sécurité intérieure, nous avons parlé de Raqqa. C'est donc une coopération qui apparaît sincère et, en tout cas, indispensable à mes yeux. Q - Vous êtes un peu rassuré ? Vous aviez vous-même, et après des propos de Donald Trump, dit « inquiétude », vous êtes rassuré de ces premiers échanges ? R - Sur la question de la lutte pour la sécurité oui, je n'ai jamais eu de doutes. Il y a beaucoup d'autres questions qui ne sont pas à l'ordre du jour aujourd'hui. L'avenir de l'accord sur le climat par exemple, la manière dont on va organiser les échanges commerciaux, le traité de libre-échange ou non - ou chacun pour soi ou droits de douane -, comment on va régler le conflit en Ukraine, l'accord iranien. Toutes ces questions sont encore sur la table. Je les ai posées à tous mes interlocuteurs. J'avais déjà rencontré Rex Tillerson en Allemagne pour parler de cela. Mais, là, nous sommes réunis pour lutter contre Daech. Et ce que j'ai constaté dans cette réunion, en parlant avec Rex Tillerson comme avec James Mattis ou la conseillère adjointe à la sécurité K.T. MacFarland, et le conseiller à la sécurité intérieure, c'est que la France est prise au sérieux, que la France est un partenaire fiable, non seulement en termes de renseignement pour lutter contre le terrorisme, mais aussi un partenaire fiable et souvent en pointe sur le terrain en Irak et en Syrie. Je rappelle que la France arrive en deuxième position pour le nombre de frappes aériennes militaires ciblées. Le premier, ce sont les États-Unis et juste après arrive la France. Donc nous sommes très engagés. Et en Irak nous sommes même engagés avec les forces au sol, avec du matériel, avec des canons. Donc, la France fait beaucoup dans cette coalition parce que nous avons conscience de notre responsabilité, parce que nous sommes un pays qui dispose d'une défense nationale bien équipée, avec des hommes bien formés, efficaces, comme nous le montrons au Sahel. Et les Américains reconnaissent que l'Afrique est un autre foyer du terrorisme et que la France est particulièrement présente. Q - Avec le déclin de Daech, vous attendez-vous à une recrudescence des attentats, comme ce qui s'est passé à Londres ? R - Je ne vais pas faire des prévisions, je ne sais pas si on peut parler de recrudescence. Ce qui est sûr c'est que la menace n'a pas disparu. Bien sûr, on fait des efforts considérables pour garantir dans nos pays respectifs - et c'est particulièrement le cas en France -, la sécurité de nos concitoyens. Je ne vais pas reprendre toutes les mesures que vous connaissez, elles sont très nombreuses et elles mobilisent des moyens humains et matériels considérables. Il faut les maintenir, il faudrait même, dans les années à venir, recruter davantage de personnel pas seulement sur le terrain mais aussi de renseignement. Tout cela est annoncé, mais il ne s'agit pas de baisser notre garde, il ne s'agit pas de baisser l'intensité de notre mobilisation, au contraire il faut la maintenir à un niveau élevé même si cela a un coût, un coût financier, un coût humain - cela mobilise beaucoup de gens. Parce que la menace n'a pas disparu et nous le savons. C'est la raison pour laquelle il faut continuer l'éradication de Daech dans ses sanctuaires territoriaux, là où l'État islamique voulait instaurer un État réel, ce qu'il a été dans l'incapacité de faire, mais il a toujours ses cellules. Il faut donc les détruire, et détruire sa propagande, détruire son idéologie, détruire ses financements, et détruire aussi ce qu'il fait sur les réseaux sociaux où l'on essaie de manipuler des gens qui peuvent se laisser entraîner comme par un phénomène sectaire. Q - La France va-t-elle se joindre aux interdictions d'appareils électroniques ? R - C'est une décision qui a été prise par les Américains et les Britanniques s'y sont joints. Nos services, le secrétariat général à la défense nationale, la DGAC, examinent s'il y a un risque avec ces appareils électroniques, ces tablettes où l'on peut regarder des séries dans un avion, pour vérifier si cela présente une menace ou non. À l'heure actuelle, je ne peux pas vous répondre. Mais, s'il y a une menace, on prendra, comme on le fait à chaque fois, nos responsabilités. Mais encore faut-il qu'il y ait une menace qui soit avérée et c'est ce que nous voulons à tout prix vérifier. Q - Vous parliez d'idéologie. Est-ce que l'attaque de Londres, c'est la marque d'une idéologie qui est en perte de vitesse ou au contraire qui est plus forte que jamais ? R - Je ne sais pas si on peut dire cela. Nous avons vécu en France des attentats terribles, et on ne pensait pas que cela allait recommencer aussi vite, avec une telle ampleur : des attaques comme Nice ou St-Etienne-du-Rouvray ou des assassinats de policiers en plus des autres attaques. Il y a donc une force organisée, très mobilisée idéologiquement, avec des moyens de propagande et d'intoxication, ce qui permet d'avoir des relais sur le terrain, sans doute - le mode d'organisation a évolué - pour déployer de nouvelles capacités. C'est donc un combat qui est de toute façon long puisque le combat dans ces sanctuaires n'est pas fini. J'ai évoqué Raqqa et puis Mossoul, mais on pourrait parler aussi de l'Afrique, on pourrait parler non seulement du Mali, mais des voisins, on pourrait aussi parler de Boko Haram. Ce n'est pas tout le continent africain qui est touché mais on est, là encore, loin du bout de la lutte contre le terrorisme. Il faut continuer à organiser cette lutte et, en même temps, s'attaquer aux racines du mal. Parce que, quand nous avons évoqué le Nigéria aujourd'hui - et nous en avons parlé - on voit bien que, dans ce pays qui est très peuplé, un des plus grands pays au monde, il y a beaucoup de pauvreté. C'est un pays qui souffre économiquement avec la baisse du prix du pétrole. Il y a même des régions qui souffrent encore plus que d'autres, dans le Nord du pays. Il y a des inégalités très grandes et donc, ce que la propagande de Daech utilise souvent, c'est ce désespoir. Daech trouve ainsi des adeptes. Donc il faut mener aussi le combat pour le développement, le combat pour la sécurité. Au Mali, nous savions très bien qu'il fallait une solution politique après la solution militaire. La France l'avait clairement dit dès le départ, dès son intervention de 2013. La solution politique, ce sont les élections, présidentielles, législatives. Et puis c'est un gouvernement qui a un programme de réconciliation nationale et qui installe des troupes mixtes, des patrouilles mixtes au Nord, qui installe des autorités intérimaires avec une décentralisation au Nord - c'est un long processus - et puis, en même temps, qui doit aussi développer l'emploi, l'activité, la formation, les services à la population, pour ne pas laisser d'espace pour que le désespoir s'installe à nouveau, que les groupes extrémistes les utilisent comme base d'une propagande. Quand on laisse traîner les questions, les problèmes, il y a des gens qui pensent, qui réfléchissent à ce qu'on pourrait en faire pour les exploiter. Alors, si c'est dans un cadre démocratique, pour changer une majorité au parlement ou une élection présidentielle, il est parfaitement légitime. Mais si c'est simplement pour entraîner les gens sur la voie d'une organisation terroriste, alors il faut les combattre. Q - Une question sur al-Baghdadi. Les Américains disent que ce n'est qu'une question de temps pour le localiser. Est-ce que vous avez des informations à ce sujet ? R - Non, je n'ai pas d'information. C'est un objectif symbolique parfaitement sincère, je crois. C'est Rex Tillerson qui l'a évoqué. Et c'est une manière de dire : on ne laissera aucun répit aux terroristes et à leurs chefs. Q - Est-ce que vous avez parlé des interdictions de visas avec vos interlocuteurs américains ? R - Non, on n'a pas abordé cette question. On a déjà abordé beaucoup de choses. Je reviendrai. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/508.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/508.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..862ac547af0f9be703ab8e3c5fbcf501d18f45d0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/508.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Préfète à l'égalité des chances, Fadela Benrabia, Mesdames, Messieurs, Chère Sarah Ourahmoune. Vous êtes déléguée du Gouvernement. La petite dernière d'une famille de 11. C'est une grande et belle responsabilité que vous vous êtes vue confier. Votre mission est simple à énoncer, très difficile à réaliser : faire la démonstration d'une République en actes dans les quartiers prioritaires de la ville. Comme nous savons que c'est difficile, c'est à vous que nous le demandons. Nous avions besoin d'une championne, d'une battante, d'une femme engagée, d'une entrepreneuse : nous avions besoin de vous. Vous ne serez pas seule. Vous serez sous l'autorité du Préfet et de la Préfète à l'égalité des chances, Fadela Benrabia. Autant dire que vous serez très bien accompagnée. Vous serez également en lien avec vos dix autres collègues, avec lesquels je vous invite tant que possible à échanger sur vos pratiques, à confronter vos expériences. En tant que coordinatrice des délégués du Gouvernement, Sylvie Feucher sera donc une autre de vos alliés dans votre mission. Vous avez des alliés, vous avez un adversaire aussi. Il n'a pas de nom, pas de visage, ne se présentera jamais aux élections… Non, ce n'est pas la finance, c'est le temps. Votre adversaire, c'est le temps. Le temps de l'action publique ; le temps de la décision politique et de son traitement administratif. Le temps long dans un monde où tout est urgent. Le temps institutionnel face au désarroi des individus. Vous devez faire en sorte que l'action publique se voie, qu'elle se voie « à vue d'œil ». Que les habitants des quartiers qui ont des légitimes raisons de s'impatienter, de douter que la puissance publique est bien là pour eux, soient rassurés. Et ils ne le seront que s'ils voient cette puissance publique prendre forme et se déployer devant eux. Ils ne le seront que si cette puissance publique répond à leurs interpellations. C'est pourquoi nous avons créé dans la loi égalité citoyenneté un droit d'interpellation pour les citoyens des quartiers prioritaires via les conseils citoyens. Ce sera notamment à vous d'y répondre. La politique de la ville a été profondément réformée ces dernières années : mieux ciblée, plus complète dans ses réponses notamment économiques, plus démocratique. Mais il est temps que les habitants bénéficient de tous ses effets. Il est temps aussi que les dispositifs de droit commun soient davantage mobilisés dans ces territoires, car la politique de la ville n'a pas vocation à s'y substituer. Elle vient en plus, pas en remplacement. Vous exercerez une mission de proximité qui mobilisera l'ensemble des dispositifs d'appui au développement des quartiers. À ce titre, vous interviendrez spécifiquement sur les questions d'éducation, d'emploi, de mixité et de citoyenneté avec, comme fil rouge de vos actions, le sport. C'est là qu'est votre valeur ajoutée pour ainsi dire. Et cela tombe bien, car je vous ai nommé en qualité de Ministre de la ville, mais j'ai la conviction en tant que Ministre des sports que le sport est un formidable vecteur de cohésion sociale, d'éducation, de transmission de valeurs, comme en témoigne le programme Vivre en sport que vous animerez. Utilisez tant que possible cette matière que vous maîtrisez pour donner dignité et fierté aux habitants de Seine-Saint-Denis, et singulièrement aux jeunes. Mobilisez-les autour du projet Paris 2024 dont vous êtes l'une des figures de proue. Si nous l'emportons, la Seine-Saint-Denis sera l'un des sites majeurs de ces Jeux. Parmi tous les sujets auxquels vous serez confrontée, je vous demande d'avoir une vigilance particulière pour deux enjeux : la participation des habitants et la prévention de la radicalisation. La participation des habitants car, vous l'avez compris, être à l'écoute des habitants fait déjà partie de la réponse attendue. Ce que nous devons donner avant tout à nos concitoyens, à ceux qui se sentent oubliés, relégués, c'est de la considération. Alors je compte sur vous pour apporter, avec d'autres bien entendu, cette considération, à faire vivre et circuler la parole dans vos territoires, à encourager la vitalité associative, à soutenir le développement des conseils citoyens et de tous les espaces de citoyenneté. La prévention de la radicalisation car c'est un fléau qui exige la mobilisation de tous. Elle n'est pas l'apanage des quartiers prioritaires, mais elle s'y répand avec une force particulière. Dire cela, ce n'est certainement pas les stigmatiser ils le sont déjà tellement, ce n'est assurément pas faire un amalgame entre les habitants de ces quartiers et les prêcheurs de haine, c'est au contraire vouloir les en protéger. Et je vous demande de les en protéger. Là encore, je crois que le sport peut largement être mobilisé. Nous devons mener une bataille sur un autre terrain que celui des armes et du renseignement : sur le terrain de l'idéologie. Nous devons faire valoir les valeurs humanistes de la République. Faites du sport un instrument de citoyenneté, d'éducation. Faites du sport un instrument de l'égalité entre les garçons et les filles. Faites du sport un instrument de compréhension de l'autre, de la différence. Votre mission est difficile mais elle est belle et elle est impérieuse. Le Gouvernement compte pleinement sur vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/509.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/509.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9d35b0cf0104904f091da525be0cad3140246547 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/509.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je reviens de Washington et j'ai voulu faire une escale ici à Londres pour venir sur place. Nous avons été prévenus, comme tous les participants lors d'une réunion à Washington, qu'une nouvelle tragédie s'était produite ici. C'est une attaque terroriste, même si elle n'est pas encore revendiquée en tant que telle, au moment-même où nous nous mobilisions davantage encore pour éradiquer Daech dans ses sanctuaires en Irak et en Syrie. J'ai bien sûr parlé avec Boris Johnson, nous avons échangé des informations. Je lui ai indiqué que trois jeunes Français se trouvaient parmi les victimes. Nous avons échangé des informations, mais nous avons aussi échangé de la compassion et de la solidarité. Tous les participants qui se sont exprimés, comme je l'ai fait ce matin, ont dit non seulement leur horreur, mais ils ont aussi exprimé leur solidarité avec les victimes et avec le peuple britannique. En effet, il y a des victimes. Parmi les personnes qui sont attaquées certaines sont décédées, d'autres sont blessées. C'est aussi un symbole qui a été attaqué, c'est Westminster, le plus vieux Parlement du monde, un symbole de la démocratie et de la liberté. Ma visite ici, c'est d'abord une visite aux personnes victimes, aux familles, notamment celles des jeunes Français, aux parents des jeunes qui sont encore hospitalisés. J'espère qu'ils pourront revenir très vite en France pour être soignés. C'est aussi l'occasion de remercier tous les services publics de police et de santé britanniques qui ont été formidable dans cette épreuve ; chacun me l'a dit il y a quelques instants. Je voudrais également passer un message au collège Saint-Joseph de Concarneau, aux équipes pédagogiques, aux enseignants sur place qui accompagnaient les élèves et qui, j'en suis sûr, vivent tout cela avec beaucoup de tristesse et de peine. Mais ils ont fait leur devoir avec un courage remarquable, n'hésitant pas à donner de leur personne pour sauver les élèves et être à leurs côtés. Je remercie la direction et Monsieur le Recteur qui s'est déplacé, je remercie la région Bretagne. Tout le monde est solidaire, il est important que cette solidarité soit concrète, vécue et humaine. C'est aussi un message très fort pour dire « non » à ceux qui veulent tuer la démocratie. Quand on s'attaque à des symboles, c'est parce qu'ils représentent quelque chose de puissant et de fort. Cette force et cette puissance, c'est de dire que nous ne renoncerons jamais, que nous continuerons à combattre Daech pour l'éradiquer, là où il a ses sanctuaires, en Irak, en Syrie ou au Sahel. Nous continuerons aussi à combattre sa propagande et son idéologie, qui conduisent à des radicalisations chez certains jeunes qui peuvent être touchés par cette propagande de phénomènes sectaires. Nous continuerons à promouvoir les valeurs de démocratie, de liberté et de fraternité. C'est aussi ce message que je voulais adresser de Londres, ici, ce matin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/510.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/510.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3a747c23827cc995bf5ab4fd1388175e8d206894 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/510.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le vice Premier ministre, Mesdames, Messieurs, Ministres, Parlementaires, invités, C'est beaucoup d'honneur que de m'inviter ici pour cette conférence dans le cadre du 40ème Singapore lecture. Vous le faites à l'occasion de ma visite d'Etat ici à Singapour, mais aussi pour confirmer le partenariat stratégique qui unit nos deux pays, car Singapour est plus qu'un pays avec lequel nous aurions des relations excellentes, ce qui est le cas. Singapour est un partenaire qui par sa solidité, sa stabilité, sa sécurité est pour nous un allié. Singapour est aussi une source d'inspiration par son aptitude à anticiper sur les réalités de demain, et par sa capacité d'initiative comme vous l'avez prouvé ces dernières années. En effet, vous aviez avec Lee KUAN YU, une aspiration qui a fait de votre pays un des leaders dans la région et un des pays qui dispose du revenu par habitant, parmi les plus élevés du monde. Quel est le secret qui est le vôtre ? Je ne suis pas venu là pour le percer, mais pour le comprendre. Le secret, c'est d'abord cette confiance dans l'ouverture, cette capacité a être pleinement dans le monde, à être conscient que la première qualité qui doit être la vôtre, c'est celle de l'innovation. Certes vous êtes placés géographiquement sur une position exceptionnelle, sur le détroit de Malacca au croisement de l'Océan Indien et de l'Océan Pacifique. Mais la géographie n'explique pas tout, vous avez été capables d'utiliser cette situation pour être véritablement un hub à l'échelle mondiale. Vous êtes ainsi le deuxième port au monde et je suis d'ailleurs très fier qu'une entreprise française CMA-CGM ait pu réaliser ici un très grand plan d'investissement avec un partenaire singapourien PSA. Vous avez également fait le choix de la technologie, pour qu'elle soit pleinement présente aussi bien dans vos activités financières, dans vos modes de construction de la ville durable, dans vos modes de transports, que dans la capacité de relier les citoyens les uns aux autres. C'est ainsi que Singapour est devenue une référence mondiale de la ville intelligente, là où sont développées toutes les solutions innovantes et c'est la raison pour laquelle, et c'est la troisième explication de votre secret, vous attirez tous les talents du monde entier, les chercheurs, les entrepreneurs, les startupeurs et vous pouvez également vous flatter qu'il y ait beaucoup de Français qui soient venus s'installer ici. 15 000 selon les statistiques officielles, je parle des nôtres, davantage selon les réalités de l'économie singapourienne. C'est le signe que vous êtes un pays qui attire les talents et les jeunes talents. Voilà ce que j'ai compris de votre modèle, l'ouverture, la confiance dans l'avenir, l'innovation, l'attractivité et la capacité à prendre un temps d'avance. Ces principes-là sont aussi les nôtres, la France veut être un pays ouvert, innovant, capable d'initiatives, soucieux de donner une place à sa jeunesse et pouvant offrir toutes les potentialités à l'innovation. Nous devons donc, Singapour et la France, défendre ces principes, ce modèle parce qu'il est aujourd'hui menacé. Menacé par le repli, par le protectionnisme, par l'isolationnisme, par l'extrémisme, par le nationalisme et cette tentation du repli, elle est non seulement dangereuse, mais elle est une impasse, ce qui suppose que nous soyons vigilants par rapport à toutes ces résurgences de solutions qui hélas avaient démontré leur nocivité, il n'y a pas si longtemps. La seule voie qui doit être proposée au monde s'il veut être plus sûr, plus juste, c'est la défense de quelques principes simples, d'abord l'attachement au multilatéralisme, c'est-à-dire aux institutions internationales, au droit international, à la coopération internationale et régionale. Les principes, ce doit être aussi, l'indépendance, le respect et également l'affirmation que l'ouverture est la condition du progrès. Mesdames et Messieurs, notre cap doit être d'autant plus clair que les menaces s'ajoutent aux incertitudes. Les incertitudes peuvent être provoquées par les scrutins, leur attente ou leur résultat. Les incertitudes, ce sont aussi les hésitations des dirigeants du monde. Les incertitudes, ce peut être aussi les rapports de force qui peinent à trouver leur résultante. Nous sommes dans un monde d'incertitudes, si on y ajoute en plus les aléas économiques, climatiques, nous avons devant nous forcément un monde que nous ne pouvons pas prévoir avec les mêmes critères ou les mêmes conditions que dans le temps passé. Mais s'ajoutent à ces incertitudes des menaces. La première, c'est le terrorisme, la France a été durement touchée, elle est pleinement engagée dans le combat contre ce fléau qui peut frapper partout. L'influence de Daesh que nous faisons reculer en ce moment même en Irak et même en Syrie dans le cadre de la coalition internationale est un péril pour tous. Plus d'un millier de ressortissants des pays d'Asie du sud-est sont présents sur le front irako-syrien et ils côtoient des centaines de ressortissants européens qui peuvent à tout moment revenir dans leur pays d'origine pour y commettre des attentats. Et nous sommes également conscients qu'il y a des individus isolés qui peuvent utiliser la propagande de Daesh pour nous frapper. La lutte contre le terrorisme exige donc un surcroît de coopération entre les gouvernements et les services de renseignements, entre les polices, entre les institutions judiciaires et une lutte commune contre la radicalisation, contre les trafics qui alimentent les groupes terroristes. Nous avons également conscience que nous devons utiliser les armes de la technologie contre ceux qui veulent utiliser précisément la technologie pour venir nous déstabiliser ou détruire nos systèmes d'informations. Je pense donc à la cyber sécurité, à la cyber défense qui doit être une priorité pour les pays qui entendent se protéger par rapport aux influences extérieures et aussi aux actions terroristes. Notre victoire dépendra de notre détermination et de notre capacité à faire front commun en matière de prévention, de protection et de réaction et je sais qu'entre la France et Singapour, nous partageons exactement cette démarche. Dans cette lutte nous devons aussi être fidèles à nous-mêmes, respectueux de notre état de droit et refuser tout discours de haine ou de toute discrimination, même quand la France a pu être frappée, j'ai veillé comme président de la République, à préserver la cohésion nationale, l'unité, car c'est ce que veulent ébrécher, entamer, abîmer les terroristes et créer dans nos pays, dans nos sociétés, une séparation, une division qui pourrait être mortelle. Alors nous devons veiller à chaque fois à écarter tous les amalgames et à être clair sur la façon dont nous voulons vivre ensemble. En France nous avons un mot pour exprimer cette capacité à être à la fois libre et en même temps respectueux, c'est la laïcité et c'est ce que nous avons pu faire prévaloir, la liberté pour chacun d'avoir la religion de son choix ou de n'en avoir aucune et la nécessité de respecter la loi commune. Et en même temps, l'obligation faite à l'Etat au-delà de la neutralité qui doit être la sienne, de protéger tous les lieux de culte. Mais nous sommes dans une guerre contre le terrorisme qui va durer longtemps et qui suppose que nos sociétés soient préparées, que des responsables politiques soient également conscients qu'il ne suffira pas simplement d'une loi, une loi de plus ou de moyens supplémentaires pour en avoir terminé avec ce fléau, qu'il s'agit d'une action qui doit être menée avec l'envergure nécessaire, c'est-à-dire à l'échelle mondiale et avec la détermination indispensable, c'est-à-dire en utilisant tous les moyens pour parvenir à nos fins, sauf ceux qui nous écarteraient de l'Etat de droit. Mais nous voyons bien que la peur du terrorisme, avec aussi les guerres qui peuvent être plus ou moins lointaines mais qui sont, avec la mondialisation de l'information, toutes proches. Nous voyons bien que les populistes, les extrémismes peuvent utiliser les peurs légitimes d'ailleurs, que ces situations provoquent pour chercher à imposer des solutions qui seraient contraires aux intérêts de chacun de nos pays. C'est la tentation que j'évoquais, du repli sur soi, elle peut toucher des grands pays, elle peut toucher de grandes démocraties, elle peut concerner des continents entiers , donc nous devons là aussi expliquer ce que seraient les conséquences de ces choix et ce que signifierait la fermeture des frontières , la construction de murs, la promotion d'intérêts nationaux étroits pour ne pas dire égoïstes ou de politique migratoire qui serait injuste et inappropriée, dès lors qu'elle viserait des ressortissants d'un pays et d'un pays seulement. Nous devons donc montrer qu'il y a une autre façon d'agir et c'est ce que j'appelle la mondialisation régulée qui doit être fondée sur la souveraineté des nations mais aussi sur la place des institutions internationales et notamment des Nations unies. Et tous ceux qui veulent s'en prendre aux Nations Unies, finalement, réduisent la capacité de la gouvernance mondiale à pouvoir agir sur les causes mêmes des conflits. Il ne peut pas y avoir de renforcement de la nation au détriment du système de régulation internationale. Nous pouvons être sûrs de ce que nous sommes sans qu'il soit besoin de mettre en cause ce qui a été tout le produit de l'après seconde guerre mondiale, et qui a permis, malgré un certain nombre d'insuffisances, d'éviter des conflits ou permis d'en régler parmi les plus importants. De la même manière, sur le plan commercial, s'il est facile de laisser croire aux opinions publiques qu'avec des barrières douanières, avec des taxes, il sera possible de défendre l'emploi, nous, nous savons que ces propositions auraient exactement l'effet inverse, parce que toute la croissance mondiale de ces soixante dernières années a été portée par le commerce mondial. Il ne s'agit pas de laisser penser que le libre-échange sans règles, sans contrôles, sans normes, serait la solution. Il s'agit de dire tout simplement que s'il n'y a pas possibilité d'échanger des marchandises, des services, de faciliter la circulation de la connaissance, du savoir, des technologies, alors, il y a un risque d'affaiblissement généralisé, de rétrécissement des horizons, de diminution des investissements, et au bout de la chaîne, de disparition des emplois. Ce ne sont pas des débats théoriques, ce ne sont pas des débats académiques, économiques, ce sont des réalités qui se sont en plus démontrées dans le passé, il ne faut jamais croire que les idées nouvelles sont vraiment nouvelles. Il y a toujours une trace, une origine. Le protectionnisme est aussi vieux que le commerce, et c'est un débat qui avait déjà cours au milieu du 19ème siècle, en Europe, qui est revenu au milieu du 20ème siècle, avant la seconde guerre mondiale, et qui, comme une fatalité, revient aujourd'hui au début du 21ème siècle. Alors, nous devons face au protectionnisme, montrer que le respect d'un ordre international est finalement la meilleure des solutions, et que des continents entiers doivent avoir des accords commerciaux, et j'y reviendrai, c'est ce que nous avons fait entre l'Europe et Singapour ou entre l'Europe bientôt et l'ASEAN. Je veux également souligner combien nous devons écarter les rapports de puissance qui reviendraient à mettre en cause le droit international. Le droit international, c'est ce qui nous permet, sur notre planète, d'avoir des règles et de les faire respecter. Et parmi ces règles, justement, le droit de la mer, la libre circulation, c'est la raison pour laquelle, la France, qui est présente dans l'Océan Pacifique, exerce régulièrement son droit de passage en mer de Chine du Sud, en lien étroit avec ses alliés européens, parce que nous voulons justement que ces principes puissent être préservés. Je veux ajouter une autre menace, qui vous concerne en Asie, mais qui nous concerne tous, c'est la prolifération des armes de destruction massive. Nous avons été capable, il y a quelques mois, de signer un accord avec l'Iran sur le nucléaire. Et nous avons trouvé, là, un équilibre qui nous permet de nous assurer que l'Iran n'accèdera pas à l'arme nucléaire. Mais nous savons aussi qu'il y a en Corée du Nord des tentations, plus que cela, une volonté de se doter d'une arme nucléaire opérationnelle. Là aussi, nous devons tout faire, y compris par la voie des sanctions, pour ne pas avoir cette situation qui vienne mettre en cause la sécurité des populations et l'équilibre dans la région. Sur cet enjeu de non-prolifération, la France a d'ailleurs participé en octobre 2016 à l'exercice Deep Sabre, organisé par Singapour, et nous considérons que c'est une bonne réponse et une bonne voie pour travailler ensemble. Je veux terminer sur une dernière menace, qui est celle du changement climatique. Sur ce sujet aussi, Singapour et la France partagent le même constat et font preuve du même engagement. Ici, l'enjeu, vous le mesurez, à travers l'augmentation des épisodes de fortes précipitations en Asie du sud-est, les feux de forêt, la montée du niveau des mers. De nombreux pays d'Asie sont exposés. Je pense au Bengladesh, qui pourrait perdre jusqu'à un tiers de son territoire, au Vietnam, dont les deux grands deltas, Mékong et Fleuve Rouge, sont concernés par la montée des eaux et la salinisation. Face à tous ces risques, que nous connaissons, qui ne sont plus des hypothèses, qui sont des certitudes, si nous n'agissons pas, il faut, là encore, investir, et respecter les engagements qui ont été passés. Je salue les engagements pris par Singapour, et les investissements qui ont été faits, notamment pour l'approvisionnement en eau potable et pour développer une compétence de pointe en matière de construction. Je veux saluer le rôle de votre ministre des Affaires étrangères, qui a permis à la Conférence de Paris d'aboutir au compromis indispensable, et c'est la raison pour laquelle nous devons tout faire pour que l'accord de Paris soit pleinement respecté, mis en œuvre. Il est irréversible, et aucun pays, aucune puissance ne peut s'en détacher. Et nous devons même aller plus loin, ce que vous avez fait à Singapour avec la taxation du carbone à l'horizon 2019, parce que le carbone doit avoir un prix, si on veut que les investissements, que ce soit les investissements physiques ou les investissements financiers, puissent intégrer cette dimension du prix pour réaliser, de manière optimale, les choix d'allocation du capital. Nous devons également trouver des solutions innovantes pour la transition, ce que nous avons fait, notamment avec l'Inde pour l'Alliance Solaire Internationale ou pour développer partout les économies bas-carbone. Voilà ce que nous avons en face de nous, des incertitudes, des menaces, mais nous ne sommes pas impuissants, et encore moins indifférents. Nous pouvons agir, c'est le rôle des Etats de le faire. Et la France considère qu'elle a une mission particulière, non pas parce qu'elle serait, par son histoire, plus apte que d'autres à prendre en compte les réalités d'aujourd'hui et les défis de demain, mais parce que nous portons des principes que nous partageons avec Singapour et qui valent pour nous-mêmes et pour le monde entier. Ce sont des valeurs universelles que nous défendons, pas des intérêts particuliers, mais l'intérêt de la planète. Nous aspirons à chaque fois promouvoir la stabilité, la sécurité, le progrès, le développement. Nous avons une conception de la mondialisation qui doit être gouvernée, et nous n'avons pas peur de dire qu'il faut qu'il y ait une gouvernance mondiale, puisqu'il y a un monde qui, aujourd'hui, est devenu notre horizon, notre environnement. C'est sans doute parce qu'ils avaient cette lucidité sur le rôle que pouvaient jouer l'Asie et l'Europe que Jacques CHIRAC et Lee Kuan YEW avaient voulu créer l'ASEM, c'est-à-dire une enceinte de dialogues et d'échanges entre les chefs d'Etat et de gouvernement des deux continents. Ce dialogue doit être absolument poursuivi parce que, il est plus que jamais nécessaire, parce que l'Europe, c'est la première puissance économique du monde, première puissance commerciale du monde parce que l'Asie est le continent d'avenir du monde. Singapour est l'un des membres fondateurs de l'ASEAN, ASEAN qui va fêter son 50ème anniversaire. L'Europe vient de fêter son 60ème anniversaire de la signature du Traité de Rome. Nous devons encourager le développement des relations entre ces deux grandes organisations, l'Union européenne doit s'investir encore davantage avec l'ASEAN, être davantage présente en termes d'investissements, en termes d'aides publiques, en termes d'échanges de technologies et doit avoir avec l'ASEAN une relation structurelle. De la même manière, l'Union européenne négocie des accords commerciaux avec plusieurs pays de la zone, Singapour mais également, les Philippines, la Malaisie, l'Indonésie, où je serai dans peu de jours. L'objectif, c'est que nous puissions avoir entre l'Union européenne et l'ASEAN un partenariat stratégique, de la même manière, je sais que l'ASEAN veut renforcer son intégration, et que cette décision permettra de favoriser les échanges avec l'Union européenne. Soyez sûr, en tout cas, Monsieur le vice-Premier ministre, que la France soutiendra l'accord entre Singapour et l'Union européenne, et notamment sur la dimension des transports. Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que j'étais venu vous délivrer ici, un message de lucidité, parce que le monde est aujourd'hui menacé, mais un message de vérité, parce que nous devons agir, et nous pouvons agir. Et enfin, un message de volonté, parce qu'il est possible d'engager. A travers ce que nous sommes, l'Europe, l'Asie, c'est-à-dire une grande partie du monde, des politiques qui peuvent aboutir à la stabilité, à la sécurité et au développement. Je rappelle que la France a voulu être pleinement présente, ici, en Asie, les entreprises françaises y sont installées, nous avons pu doubler nos échanges par exemple avec Singapour, en dix ans. Nous avons pu construire des grands partenariats autour souvent de l'aéronautique, mais aujourd'hui, autour de l'énergie, de l'environnement, de la ville durable, et nous avons la volonté de donner à la technologie française toute sa place en Asie, ce qui supposera des investissements encore plus importants que ceux qui ont été réalisés jusqu'à présent, même si, en dix ans, le stock des investissements qui ont été faits par des entreprises françaises en Asie a triplé pour atteindre 100 milliards d'euros. De la même façon, la France est tout à fait disposée à accueillir encore davantage d'investissements venant d'Asie, là, encore, leur montant a triplé ces dix dernières années. Mais pour établir ce rapport-là, cette relation, il faut de la confiance. Cette confiance, elle doit être donnée avec vigilance, parce que c'est très important en matière de défense, en matière d'industries, en matière de technologies, de savoir à qui on a affaire, la France a confiance en Singapour, parce que, ici, vous avez donné toutes les conditions pour que les investisseurs, les entreprises, les chercheurs, les universitaires puissent travailler en liberté et en capacité de développement. Et je veux croire que vous avez aussi confiance en la France, parce que la France a cette capacité d'invention, d'innovation, et en même temps, de liberté. C'est parce que nous sommes conscients que les valeurs que nous portons sont universelles, et conscients que la France a une place à jouer en Asie, que je voulais, au terme de mon mandat, faire cette visite, ici, à Singapour, demain, en Malaisie, et après-demain, en Indonésie, parce que je sais que la France y sera bien accueillie. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/511.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/511.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5a0eaaaff3b77f8a9ab0aaf99c711013e2108d62 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/511.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, Messieurs, Je veux saluer votre courage, votre volonté de me rencontrer à tout prix parce que quand il pleut ici, il pleut vraiment et ce que vous avez enduré depuis quelques minutes est digne des épreuves que j'ai pu rencontrer dans mon quinquennat avec la pluie. Mais je tenais à ce que nous puissions avoir cet échange à l'occasion de ma visite d'Etat ici en Malaisie, parce que d'abord il y a bien longtemps qu'un Président de la République n'y était pas venu, près de 14 ans, le dernier était Jacques CHIRAC parce que nous allons célébrer le 60ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays et parce qu'entre la Malaisie et la France il y a aujourd'hui un lien très fort qui n'a cessé de s'intensifier encore et qui vient de connaître une nouvelle étape avec la visite que j'effectue aujourd'hui en compagnie de ministres, de membres du Parlement, Assemblée nationale, Sénat, de chefs d'entreprise de toute taille, mais également de chercheurs, de responsables universitaires parce que je voulais donner un éclat particulier à cette rencontre avec le Sud-Est asiatique et notamment la Malaisie. Vous êtes une communauté qui ne cesse de voir son nombre augmenter. Au dernier recensement, vous seriez plus de 3.500 près de 4.000 dans des secteurs très différents, beaucoup en représentation d'entreprises, mais il y a aussi des fonctionnaires, il y a les enseignants, il y a tous les personnels qui concourent à la promotion de notre culture et je voulais vous saluer parce que vous jouez un rôle très important dans la relation entre la France et la Malaisie. J'ai été saisi comme vous l'avez été sans doute la première fois que vous êtes venu ici, même si pour beaucoup vous y êtes depuis longtemps, par la croissance de développement de ce pays qui accède maintenant à tous les standards des pays les plus favorisés. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas encore des inégalités, de la pauvreté, mais il est clair que ce pays est sur un rythme de croissance très impressionnant. Nous en avons la preuve à travers les contrats ou les accords que nous avons pu passer, les partenariats que nous avons pu nouer, dans des domaines aussi différents que les transports, l'énergie, la distribution, le tourisme et tout ce qui permet d'entretenir un courant d'affaires impressionnant puisque nos échanges ont doublé en 10 ans et qu'ils progressent à un rythme très élevé ces deux dernières années. S'il y a un élément qui a permis cette confiance entre nos deux pays, c'est la défense. En effet le Premier ministre me l'a encore confirmé quand je l'ai rencontré, la plupart des matériels qui aujourd'hui servent à la défense de la Malaisie ont été fournis par la France, ou la France a accompagné leur mise en place. Quand un pays, la Malaisie en l'occurrence, confie à la France la capacité de mettre en place des sous-marins, c'est vraiment le signe que la Malaisie a vis-à-vis de la France, pas simplement vis-à-vis des matériels français, mais vis-à-vis de ce que nous sommes, ce que nous représentons dans le monde, une confiance qui ne pourra jamais s'abîmer ou se réduire. D'autant que nous avons fait en sorte qu'il y ait d'autres éléments qui témoignent de cette force dans la relation et de nombreux contrats depuis plusieurs années étayaient la volonté de la Malaisie de coopérer dans le domaine de la défense avec la France. Aujourd'hui encore, nous avons pu parler de plusieurs matériels dont notamment les Rafales et sans qu'il y ait aujourd'hui d'annonce à faire sur ce dossier, je veux remercier les entreprises qui ont contribué à le faire avancer. Il y a des raisons qui nous laissent penser qu'il peut y avoir d'autres évolutions. Mais il est trop tôt pour le dire et ce serait même contre-productif que de penser que la Malaisie va choisir cet avion dès lors qu'il y a encore bien des processus avant d'y parvenir. Mais s'il y a un homme qui a beaucoup fait, un ministre français qui a énormément investi dans la Malaisie en y venant plusieurs fois, en rencontrant son homologue, en établissant avec lui une relation d'amitié, c'est Jean-Yves LE DRIAN et je voudrais ici le saluer tout particulièrement. C'est grâce à ce socle qui est celui constitué par la Défense que nous avons pu mettre au cœur de notre relation, que nous avons pu aussi démultiplier les implantations d'entreprises, les investissements en Malaisie. Aujourd'hui nous sommes le deuxième fournisseur européen de la Malaisie et nous réalisons deux milliards d'euros d'exportations et nous continuons à avoir des perspectives tout à fait intéressantes, comme en témoignent tous les chefs d'entreprise qui m'ont accompagné. Nous avons même voulu que les PME françaises puissent trouver ici leur place, et il y a eu un accord qui a été passé entre la Banque publique d'investissement, donc la France, et son homologue ici en Malaisie, pour accompagner le développement des entreprises ici. Je veux également souligner que notre coopération va au-delà de l'économie et au-delà de la défense parce que c'est un tout et qu'il y a notamment sur la culture, sur l'éducation beaucoup de progrès qui ont été réalisés ces dernières années. Je veux saluer l'effort que le Premier ministre a voulu engager pour la francophonie, pour l'enseignement du Français mais, il y avait aussi nos alliances françaises, je sais qu'ici plusieurs les représentent, qui contribuent à la promotion de notre culture. Sans oublier le lycée Fauconnier qui a permis et permet encore d'accueillir de nombreux jeunes, 800 aujourd'hui et sans doute davantage demain et avec des résultats remarquables. Et je veux saluer ici, tout le personnel de ce lycée. Ce qui fait que la langue française progresse, il y a près de cent écoles Malaisiennes qui enseignent le Français et les parlementaires, qui m'ont accompagné, ont pu rencontrer ces élèves et c'est tout à fait impressionnant, l'amour, l'attachement qu'ils peuvent porter à la langue et à la culture française. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu qu'il y ait aussi une relation qui puisse s'instaurer entre le Musée d'art islamique ici, à Kuala-Lumpur, et le Musée Guimet, à Paris, et il y aura une grande exposition qui pourra être organisée l'année prochaine. Puisque je parle de l'islam, ici, en Malaisie, les autorités et le Premier me l'ont confirmé, il y a cette volonté, ce souci permanent de promouvoir un islam modéré, et de permettre qu'il y ait le pluralisme, qu'il y ait la compréhension mutuelle, et qu'il y ait aussi ils en sont particulièrement fiers des programmes qui réussissent pour la dé-radicalisation d'un certain nombre de jeunes qui, hélas, se sont laissés entraîner. Le Premier ministre Najib m'a même remis un document en français pour témoigner, pour démontrer l'efficacité de leur programme de dé-radicalisation. La France, qui a toujours été un pays où la laïcité a permis la liberté religieuse, doit également montrer qu'elle est capable d'assurer cette vie en commun et de lutter contre le fanatisme. C'est ce que nous faisons avec, là-aussi, la conviction que ce n'est pas pour écarter, ce n'est pas pour diviser, c'est au contraire pour intégrer que nous mettons en œuvre ces politiques. La France et la Malaisie sont conscientes que le terrorisme peut nous menacer, et que ce terrorisme touche l'ensemble des pays du monde, et c'est la raison pour laquelle nous avons mené, avec la Malaisie, une coordination de nos services, de nos politiques de lutte contre le terrorisme, et que nous continuerons à agir dans cette direction. Je voulais enfin vous dire que, ce que j'ai éprouvé cet après-midi, puisque j'étais sur une base aérienne, et que les Rafale étaient en démonstration, nous étions là, avec l'ensemble de l'état-major malaisien, le ministre de la Défense de la Malaisie, le ministre de la Défense de la France étaient là, et nous avons vu, avec un temps qui n'était pas différent de celui que nous connaissons, là, en ce moment, c'est-à-dire un temps couvert, un temps pluvieux, nous avons vu cette démonstration par nos pilotes de Rafale. C'était extrêmement touchant de voir cette prouesse technique, et aussi cette capacité de nos pilotes à exercer une telle mission. Là, elle était pour la démonstration, il s'agissait de faire comprendre que nous avions le meilleur avion du monde, je crois que cela a été le résultat. Mais je pensais aussi à tous nos pilotes qui sont sur les zones de conflit, et notamment en Irak, et en Syrie, et qui, avec ces Rafale, infligent des coups, et des coups très durs à Daesh. J'avais, pour ce pilote-là ou ces pilotes, qui étaient dans ces appareils de haute technologie, mais qui les utilisaient au mieux, une grande admiration, parce que la France peut être fière de son armée, peut être fière de ses soldats, peut être fière de ce qu'elle représente dans le monde. Si nous sommes respectés, c'est pour bien des raisons qui tiennent à ce que nous sommes, pays de grande Histoire, pays de culture, pays qui poursuit un idéal de justice, de paix, un pays qui promeut le dialogue et la négociation, qui ne veut pas imposer ses vues au reste du monde, mais qui fait en sorte que chaque fois que les Droits de L'Homme sont atteints, nous puissions exprimer une parole forte. Pour que nous soyons respectés aussi, il faut avoir les capacités de notre défense. Lorsque l'Europe s'interroge sur son avenir -c'est le cas en ce moment puisqu'avant de faire ce voyage en Asie du Sud-Est, j'étais à Rome pour l'anniversaire du Traité- il faut qu'elle soit plus solidaire, et il y a encore du chemin à faire. Il faut qu'elle soit plus forte dans l'expression de sa politique, il faut qu'elle soit plus coordonnée, et surtout maintenant que le Royaume-Uni vient de nous quitter ou s'apprête à le faire à travers une négociation qui va durer deux ans. Il faut que l'Europe protège ses frontières, c'est ce que l'on attend d'un ensemble, mais il apparaît nécessaire, indispensable que l'Europe puisse aussi assurer sa défense, non pas en s'éloignant de l'Alliance atlantique, de l'OTAN, mais en faisant en sorte que nous puissions nous-mêmes être capables de projeter nos forces à l'extérieur ou d'assurer une capacité de défense de notre territoire, avec une industrie de défense, qui doit elle-même être plus européenne. Et comme nous sommes dans un monde qui est en train de changer avec c'est la décision du peuple américain un président des Etats-Unis qui est plus isolationniste que ses prédécesseurs, qui ne croit plus au multilatéralisme, qui s'interroge sur la capacité qu'a l'OTAN de pouvoir encore assurer une défense commune, ou en tout cas, qui veut renégocier un certain nombre d'éléments, notamment financiers, pour cette alliance, nous aurons, ou d'autres que moi, à en discuter, mais, ce qui est important, c'est que la France puisse se dire : elle, elle peut assurer sa défense, elle, elle peut dire à l'Europe qu'elle a la capacité d'agir et d'intervenir. C'est pourquoi vous êtes ici, communauté française, bien sûr, très attachée à cette partie du monde, l'Asie du Sud-Est, mais en même temps, vous devez avoir conscience d'appartenir à un ensemble, qui est une grande Nation, et qui est capable de se faire respecter, et si, ici, nous pouvons multiplier les courants d'échanges, faire un certain nombre d'investissements, être reçus, comme je l'ai été, c'est parce que la France est une Nation indépendante. C'est très important de ne dépendre de personne. Mon modèle n'est ni aux États-Unis ni en Russie ni ailleurs. Le modèle que je veux promouvoir est en Europe. C'est à travers les valeurs que l'Europe porte que nous devons nous-mêmes agir dans le monde, et il n'est pas possible de regarder tels ou tels responsables de grands pays comme des exemples, j'appartiens à une génération où nous n'avions pas besoin d'exemples pour être nous-mêmes, et où nous luttions contre un certain nombre d'influences extérieures, eh bien, cela reste vrai. Il y a des empires qui essayent de ressurgir, il y a des pressions qui se font sur un certain nombre de pays. Alors, il est très important, au moment où il va y avoir des choix essentiels pour notre pays, que nous restions une Nation indépendante, que nous restions une Nation ouverte, qui croit au commerce, à l'échange, à la libre circulation des personnes, comme des biens, une Nation qui entend défendre un idéal, une Nation qui sait se faire respecter, et c'est ce que vous contribuez à faire. C'est pourquoi, je voulais, à l'occasion de cette visite -qui n'a pas toujours été pluvieuse, même si, aujourd'hui, nous avons été particulièrement servis- vous dire toute ma gratitude, parce que la France est forte de tous ceux qui vivent partout dans le monde avec le drapeau français. Et aujourd'hui, le drapeau français, grâce à vous, flotte en Malaisie. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/512.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/512.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..cb832f270ec16b97d62f630422522e5b3c252608 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/512.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Premier ministre, Je voudrais d'abord vous remercier pour l'accueil que vous me réservez et qui témoigne de l'intensité et de la qualité de la relation entre la Malaisie et la France. Je viens ici pour le soixantième anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays, et aussi pour souligner que c'est la première fois depuis quatorze ans qu'un président de la République française vient en Malaisie. Je tenais à être celui-là. Je veux souligner la confiance qui existe entre nos deux pays et qui trouve sa consécration dans la relation de défense. Vous avez fait le choix de vous adresser à la France pour que la Malaisie puisse disposer d'une force sous-marine, et vous avez été capable très vite d'accéder à cette technologie et à cette utilisation de la force sous-marine, et nous sommes encore à vos côtés pour d'autres projets. Vous avez fait également le choix de l'avion A400M et cet après-midi je serai sur la base de Subang, pour constater la coopération remarquable entre nos deux pays pour ce partenariat en matière aéronautique. Vous êtes le premier pays hors OTAN à avoir fait ce choix. Nous avons effectivement parlé du Rafale, parce que vous vous préparez à prendre une décision, nous voulons vous accompagner là aussi et vous faire la démonstration, je crois qu'elle est faite entre nos deux ministres, mais que cet avion est le meilleur au monde, après, il faut discuter des modalités, du prix, et aussi de ce que cet avion peut représenter dans l'ensemble de votre panoplie, mais nous vous faisons confiance pour prendre cette décision le moment venu. Nous avons aussi des relations économiques très étroites, la meilleure preuve, c'est là aussi la délégation qui m'accompagne, plusieurs dizaines de chefs d'entreprise, de grandes, de moyennes, de petites, parce que, ici, nous voulons être présents dans tous les domaines où l'économie de la Malaisie se développe à un rythme très rapide. Nous le voyons dans cette capitale, ici, qui est exceptionnelle, et nous voulons être présents dans les transports, c'est déjà le cas, dans l'aéronautique, et la Malaisie achète beaucoup d'avions AIRBUS. Nous voulons le faire aussi à travers l'énergie, l'énergie renouvelable, peut-être demain, l'énergie nucléaire, bref, il est très important que nous puissions encore amplifier les échanges entre nos deux pays. Je rappelle que sur les deux dernières années, ils progressent à un rythme de 10 %. Il est vrai que l'économie de la Malaisie connaît une croissance également très forte. Monsieur le Premier ministre, nous avons voulu également, et je vous en remercie, aborder d'autres sujets de coopération, d'abord, sur le plan de la recherche, nous avons signé un accord justement pour que la recherche sur l'huile de palme durable puisse trouver toute sa traduction, et nous avons également, sur le caoutchouc, eu la même démarche ; nos chercheurs permettront ainsi d'aller encore plus vite dans la certification de ces produits, notamment de l'huile de palme. Je sais combien elle représente ici, une activité économique très importante. Nous avons aussi, en matière d'éducation, voulu accueillir davantage d'étudiants venant de Malaisie, vous y contribuez, Monsieur le Premier ministre, avec les bourses que vous pouvez accorder. Nous avons parlé tourisme, parce que vous êtes un pays qui attire, qui devrait attirer encore davantage de touristes français, nous avons voulu, sur le plan culturel, mettre en avant, là aussi, notre partenariat, je visiterai, cet après-midi, le Musée d'art islamique, qui a un accord avec le Musée Guimet, en vue d'une exposition qui aura lieu en 2019. Enfin, le Premier ministre Najib voulait absolument me remettre un document, qui est la politique de dé-radicalisation qui a été menée ici en Malaisie avec un grand succès. Nous sommes conscients que vous êtes un pays qui représente un islam modéré, avec ce souci du pluralisme et aussi de l'éducation, de la tolérance et nous avons effectivement le même objectif : lutter contre l'extrémisme, contre le fanatisme, et faire en sorte que nous puissions tous vivre ensemble. Là aussi, je veux, si c'était nécessaire, vous dire que notre conception de la laïcité en France, c'est de permettre la liberté religieuse dans le cadre d'une vie en commun qui puisse être respectée par tous. Je veux terminer pour dire combien j'ai apprécié la politique de la Malaisie, notamment son expression au sein du Conseil de sécurité, puisque la Malaisie a siégé deux ans, elle nous a appuyé constamment dans toutes les démarches que nous avons pu faire. La raison en est simple, c'est qu'avec le Premier ministre NajibTun Abdul Razak, nous partageons les mêmes principes pour la vie internationale, l'indépendance, le respect du droit, le souci du dialogue, la mise en cause de tout ce qui peut mettre en péril notre vie et notre qualité de vie. Donc nous sommes conscients que la négociation internationale, que le multilatéralisme, que l'ouverture des échanges sont les bases de ce qui fait la communauté internationale. Nous continuerons dans cet esprit, cette visite a également aussi cette caractéristique de faire prévaloir des principes de droit international et d'ouverture au monde, que la Malaisie et la France défendent partout. Merci Monsieur le Premier ministre. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/513.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/513.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7ec7a3dcacc5f77209387fecb4a50815909629ee --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/513.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je remercie le président Joko Widodo pour son invitation. C'est en effet la première fois depuis plus de 30 ans qu'un Président de la République française vient en visite ici en Indonésie. C'est un honneur et c'est aussi une responsabilité, parce que nos deux pays, l'Indonésie et la France, sont des puissances dans leurs régions respectives. Ce sont des démocraties qui entendent jouer un rôle à l'échelle du monde, c'est pourquoi nous partageons un grand nombre de principes tels que la stabilité, la sécurité et l'avenir de la planète. Nous sommes l'un et l'autre membres du G20. Nous agissons dans les instances internationales et l'Indonésie prend sa part dans les opérations de maintien de la paix. J'y suis particulièrement sensible puisqu'il y a des soldats indonésiens notamment au Liban, dans le cadre de la FINUL, c'est dire si l'Indonésie a pris conscience que la sécurité était un élément planétaire et qu'elle ne pouvait pas se réduire à telle ou telle région. Nous avons aussi des visions communes sur la solution qu'il convient de donner aux conflits, la négociation, le dialogue, et notamment au Proche-Orient. Nous avons, l'Indonésie et la France, un partenariat stratégique, depuis 2011, que nous voulons encore amplifier et stimuler. C'est ce que nous avons décidé aujourd'hui à travers un grand nombre d'accords, sur l'exploitation qui doit être maîtrisée de la ressource halieutique, des pêches, sur les énergies marines, sur le développement d'une agriculture durable, sur les infrastructures, les transports et également toutes les énergies renouvelables. Nous avons aussi défini une démarche commune concernant l'huile de palme, parce que nous savons ce que cette production représente, ici en Indonésie. J'étais également en Malaisie, c'est une part très importante de l'activité agricole qui est consacrée à cette production d'huile de palme. Chacun est bien conscient que nous devons respecter des règles environnementales. C'est la raison pour laquelle la France soutient le processus qui consistera à la certification de ces productions à l'échelle européenne, comme il l'a été fait d'ailleurs pour le bois tropical, à votre initiative. Je pense que ce que nous venons de convenir entre nos deux pays sera la règle pour l'Union européenne, avec le souci de donner aux consommateurs la meilleure production et pour les producteurs les garanties sur ce débouché. Nous avons aussi, avec le Président, mis dans notre partenariat stratégique d'autres éléments que ceux qui pouvaient jusqu'à présent être contenus. D'abord une commune préoccupation pour les questions de défense, parce que nous savons bien que des pays comme les nôtres, dans une région comme celle-là, doivent disposer d'une autonomie stratégique, doivent disposer des équipements, des matériels, des personnels pour les servir. Entre la France et l'Indonésie, il y a cette coopération qui va encore s'intensifier. Nous avons aussi, dans un tout autre domaine qui est aussi celui de l'indépendance, convenu de promouvoir les industries créatives, c'est-à-dire le cinéma, mais aussi le design, les jeux vidéo. Pourquoi ? Parce que d'abord c'est un élément essentiel de la vie de nos concitoyens et parce que nous devons avoir notre propre capacité de production. Nous devons développer nos propres créations et éviter l'uniformité, garder ce qui fait notre spécificité, notre richesse, notre diversité et là encore nous allons pouvoir coopérer. Enfin, je n'apprendrai rien à personne, l'Indonésie est un archipel qui compte des milliers d'îles, donc nous avons toute raison de développer encore les moyens de transport. Vous avez fait confiance à Airbus et à des compagnies qui travaillent avec la France, qui achètent des avions français. Nous voulons participer à ce développement qui a des conséquences aussi pour le tourisme, mais nous voulons également, et l'Agence Française de Développement apportera ces prêts, développer les ports, les infrastructures dans les îles de l'archipel indonésien. Un dernier mot : l'Indonésie est le pays qui compte le plus de musulmans au monde, et l'Indonésie a développé un modèle de tolérance, d'ouverture qui est un exemple, avec une neutralité religieuse et une liberté donnée. Nous devons là aussi nous en inspirer. La France a un autre modèle qui est celui de la laïcité, mais qui part du même principe : la liberté religieuse à condition que les règles communes soient respectées. Donc c'est à travers cette conception de l'Islam qui est la vôtre, que nous devons être clairs sur la manière de vivre ensemble, être fermes aussi dans la lutte contre le terrorisme, contre la radicalisation et en même temps éviter toute stigmatisation, toute mise en cause d'une religion. Là aussi, c'était le sens que je voulais donner à ma visite ici, en étant très heureux d'avoir mis un terme à une parenthèse qui avait duré 30 ans. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/514.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/514.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d3a892d0c26af1f3d39c1b6ae77270115a966c53 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/514.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le 20 septembre 2016, je remettais au Parlement, au nom du Gouvernement, un rapport relatif à l'encellulement individuel dans lequel j'exposais ma volonté de concrétiser le principe d'encellulement individuel ; principe séculaire, jusqu'à présent jamais appliqué, dont la pertinence et la nécessité ne sont pourtant pas discutées. L'ambition première que je poursuivais était de lutter contre le mal endémique de la surpopulation carcérale massive que connaît notre pays. Chacun sait, en effet, qu'il est à l'origine de bien des violences au sein des établissements pénitentiaires et compromet, de ce seul fait, l'objectif de réinsertion vers lequel doit tendre l'exécution des peines privatives de liberté. Ce rapport m'a aussi conduit à porter un regard sévère sur la politique immobilière poursuivie depuis plusieurs législatures, comme sur la réalité de notre patrimoine pénitentiaire composé, pour l'essentiel, d'établissements vétustes et de locaux très dégradés par manque d'entretien, mais aussi d'établissements récents confrontés à des problèmes de conception entraînant des coûts finalement considérables. Dans sa conclusion, j'appelais de mes vœux une loi de programmation pour la Justice, unique outil capable de conférer au ministère les moyens nécessaires pour conduire un projet réellement ambitieux. En effet, parce qu'il est le premier constructeur immobilier de l'État, le ministère de la Justice pâtit du principe très strict de l'annualité budgétaire. En revanche, la loi de programmation, parce qu'elle favorise des opérations étalées dans le temps, est sur le principe plus judicieuse. Pour asseoir le diagnostic, je préconisais la rédaction d'un Livre blanc, à l'image de pratiques bien connues au ministère de la Défense et, plus récemment, au ministère de l'Intérieur. Curieusement, le ministère de la Justice est quant à lui peu coutumier des démarches prospectives et programmatiques, alors qu'elles présentent toutes les garanties pour mener de véritables réflexions nationales à long terme. Au moment de solliciter une personnalité pour présider la commission qui allait travailler à ce Livre blanc, j'ai naturellement pensé à vous, tant votre action a été prépondérante dans l'élaboration et l'adoption de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009. Bien que vous n'en fûtes « que » le rapporteur pour le Sénat, pour témoigner de votre rôle éminent, ainsi qu'il le rappela notamment lors d'une réunion du Conseil national des Barreaux, le 13 mars 2009, Robert Badinter n'hésitait pas à affirmer que cette loi aurait dû porter votre nom. En cela, il ne cédait pas ni au lyrisme, ni à l'exagération. Vous avez immédiatement accepté ce défi et je veux vous renouveler l'expression de ma très sincère gratitude. Le 13 décembre, je vous adressais donc une lettre de mission qui précisait les champs que je souhaitais voir aborder (conception architecturale, exécution de la peine, recrutements, formation, interactions avec les différents acteurs partenaires…). Je vous demandais également de me remettre le fruit de vos travaux le 31 mars. Puis, le 24 janvier, à la Chancellerie, le Premier ministre Bernard Cazeneuve et moi-même avons installé votre commission, composée de parlementaires, de personnels du ministère de la Justice et de l'interministériel, ainsi que de personnalités qualifiées. Aidé de Patrick Mounaud, indispensable rapporteur général, et de rapporteurs de talent qui n'ont pas ménagé leurs efforts, vous avez travaillé à un rythme soutenu afin de respecter ce vœu. Le pari a été relevé de belle façon et seules les inévitables contraintes d'un agenda… de ministre expliquent ce léger décalage de la remise officielle de votre rapport. Je veux vous rendre hommage pour cette entreprise conduite avec célérité et, il faut en convenir, avec succès tant votre production a suscité mon intérêt le plus vif. Tous ceux qui ont contribué, sous une forme ou sous une autre, à vos réflexions doivent être associés à ces remerciements. La densité des contributions reçues, la richesse des auditions menées, la qualité des débats tenus, convergent en une somme à l'expertise incomparable. Au demeurant, la variété des profils des membres de la commission souligne avec plus encore d'acuité le fait qu'il était temps de s'élever au-delà des clivages partisans pour établir un diagnostic partagé. Il s'agit d'une étape fondamentale pour construire un consensus autour d'un enjeu déterminant. Car, ainsi que vous l'évoquez avec raison, « la prison est un bâtiment républicain » (p.11) et les enjeux qui s'y rattachent le sont tout autant. A cet égard, en 2014, lors d'un débat à l'Assemblée nationale où je siégeais comme parlementaire, j'avais rappelé que depuis deux décennies le Parlement ne cessait de réaffirmer son attachement au principe tout en repoussant systématiquement sa mise en application effective. C'est dans le même esprit que, depuis mon arrivée à la Chancellerie, je suis habité par la volonté de tout mettre en œuvre pour éradiquer le surpeuplement carcéral des maisons d'arrêt. Les multiples déplacements réalisés (près de quarante en quatorze mois) m'ont à chaque fois conforté dans mes convictions. La dignité humaine n'est pas une matière malléable à merci, soumise aux aléas du moment ou aux intérêts particuliers, aussi estimables soient-ils. Ce qui est si choquant hors les murs de la prison l'est tout autant derrière ces mêmes murs. Face à un problème si grave et si ancien, la procrastination et le déni de réalité ne me paraissaient désormais plus une option. Il fallait sortir de l'impasse des moratoires successifs qui, au-delà de repousser la perspective d'application réelle d'un principe datant de 1875, étaient devenus un expédient commode pour évacuer le débat autour des conditions de détention, indignes de notre République. Pour ce faire, le 6 octobre 2016, dans un discours prononcé à l'Ecole Nationale de l'Administration pénitentiaire d'Agen, le Premier ministre Manuel Valls a accepté le plan de construction de nouveaux établissements que je lui avais proposé. Et, pour en débuter la concrétisation, nous avons lancé les recherches foncières, pour lesquelles nous avons obtenu de très bons résultats en quelques semaines là où il fallait plusieurs années dans les précédents programmes. Pour autant, j'ai à maintes reprises rappelé qu'aussi nécessaire qu'il puisse être, cet agrandissement du parc pénitentiaire ne saurait être l'unique réponse. Et, au fond, ce qui m'importe, ce qui doit tous nous importer, ce sont les conditions d'exécution de la peine afin qu'elles n'entravent pas l'objectif de réinsertion. C'est la seule politique d'avenir qui compte ; celle qui nous fera rompre avec une vision afflictive de la peine. Il faut sortir notre pays de sa culture du cachot, rappeler que la prison n'est qu'un lieu, que ce sont les personnels et l'action qu'ils conduisent en son sein qui lui donnent du sens. En ce sens, les personnels de surveillance et l'ensemble de la filière d'insertion et de probation, accomplissent un travail exemplaire et précieux. Je me réjouis de constater que nous partageons ces constats et que les actions que j'ai souhaité initier pour accompagner l'objectif décrit à l'instant recueillent votre approbation. Je pense, sans chercher à être exhaustif, au programme de construction et au type de bâtiments retenus, aux recrutements massifs des personnels effectués, à la revalorisation de l'attractivité des métiers pénitentiaires (réforme des directeurs de services pénitentiaires, réforme de la filière de commandement, réforme de la filière insertion et probation, bientôt réforme des personnels techniques), ou encore aux réflexions « métiers » (notamment autour du séminaire qui s'est tenu les 26/27 juillet 2016 au sein de la direction de l'administration pénitentiaire et qui a abordé la thématique de la classification, des régimes de détention, des cycles de travail, de la formation…). J'assume mon ambition et mon exigence pour l'administration pénitentiaire. Je sais la tâche ardue mais nous pouvons être fiers du résultat. Cela nécessite une parfaite implication de l'ensemble des personnels et de la constance, à tous les niveaux de l'administration pénitentiaire. Pour compléter et parfaire cette démarche, dans le Livre blanc que vous me remettez ce jour, vous avez conduit un diagnostic équilibré et éclairé, nourri de nombreuses préconisations (au-delà des 24 que vous avez particulièrement distinguées). J'ai noté avec intérêt une de vos rares réserves, celle relative à la concertation, que vous estimez insuffisante, autour de l'implantation des futurs établissements. Cette mission, confiée à chacun des préfets concernés par la recherche, avait pourtant fait l'objet d'un soin particulier dans la circulaire qui leur avait été adressée. Naturellement, comme nous n'avons pas encore totalement atteint l'objectif d'identifier 33 lieux d'implantation, je prends acte de vos suggestions qui permettront de rendre encore plus efficaces nos recherches, notamment en Ile-de-France, où le préfet de région est encore à la tâche. Mais surtout, j'ai retenu plusieurs axes structurants qui pourront donner lieu à une action déterminée répondant à différentes temporalités. Là encore, je ferai preuve d'ambition, non pour moi, mais pour l'administration et l'idéal qu'elle porte. Car, vous l'indiquez, les enjeux sont trop importants pour être personnalisés, pour ne pas faire l'objet d'échanges libres ou d'une stratégie inscrite dans la durée. Ainsi, m'a-t-il semblé naturel de vous indiquer les mesures immédiates que j'entendais prendre à la suite de votre rapport. Mais, naturellement, eu égard à l'ampleur de votre champ d'analyse et à la diversité des perspectives, c'est pour l'essentiel au Garde des Sceaux qui sera nommé à l'ouverture de la prochaine législature qu'il appartiendra de conduire l'action en confirmant, en amendant mais surtout, du moins faut-il l'espérer, en amplifiant ces toutes premières orientations. Préparer dès à présent et faire adopter en 2017 une loi de programmation pour la Justice L'adoption d'une loi de programmation pour la Justice (votre proposition 24) sera la colonne vertébrale de toute action réformatrice ambitieuse. Comme il peut arriver qu'une loi ordinaire se réduise à n'être que déclarations et incantations, voire un « assemblage de neutrons législatifs, […] de textes dont la charge juridique est nulle (Intervention de Jean Foyer, Assemblée nationale, 3e séance, 21 juin 1982.) », vous proposez de faire appel à cet outil qui permettra d'embrasser l'ensemble des politiques publiques propres au ministère. Si une telle suggestion a incidemment pour effet de rappeler que la loi se doit d'être avant tout un commandement, elle répond surtout aux colossaux besoins financiers des juridictions ou des prisons, besoins dont la satisfaction s'étalera nécessairement sur plusieurs années, afin de conduire une réforme systémique. Les effets attendus de la loi de programmation seront, comme l'indiquait en son temps Portalis, de permettre, de défendre, d'ordonner, d'établir, de corriger, ou encore de récompenser. Et, dans son volet pénitentiaire, elle s'appuiera nécessairement sur vos analyses, projections et recommandations. En quelque sorte, vous avez ainsi rédigé plus que la trame de la future étude d'impact, réalisant un travail d'intérêt général au profit du Parlement. Cependant, le texte devra concerner l'entière chancellerie, tenant compte des juridictions ou des services de la protection judiciaire de la jeunesse par exemple, afin de réaliser des recrutements d'une ampleur inégalée, de valoriser les actions conduites, de moderniser le fonctionnement du ministère, d'investir là où les besoins existent. Pour servir cette ambition, le calendrier sera serré car il serait précieux que la loi de programmation soit soumise au vote des assemblées parlementaires dès la fin de cette année 2017. Tirant les leçons d'un récent contre-exemple - c'était en mars 2012 - et par respect pour le travail de votre commission, je n'ai évidemment pas cédé au choix facile de présenter dès maintenant un projet de texte. Cependant, il me paraît indispensable, pour que le début de la législature soit pleinement utile, que les directions du ministère de la Justice entament dès à présent la construction de cet exercice, en étroite collaboration avec les autres ministères concernés. C'est pourquoi j'ai demandé au Secrétaire général de coordonner ce travail stratégique déterminant. Il nous faut, en effet, anticiper l'avenir pour le financer à juste hauteur. De fait, il n'est pas question de retenir un étiage budgétaire (8 milliards, 9 milliards d'euros) sans indiquer en quoi il sert une ambition, des projets précis, comment il se construit et selon quel calendrier il pourrait s'appliquer. Je souhaite que, dans cet exercice, le Secrétaire général vous associe autant que possible, ainsi que les membres de la Commission et ceux de la Représentation nationale. J'entends qu'il puisse établir un projet, dès la fin de l'été, afin de le soumettre aux arbitrages interministériels nécessaires. Je l'ai dit, cette loi concernera l'ensemble des directions du ministère, les juridictions et les moyens de la Justice. En particulier, elle devra, pour ce qui nous réunit aujourd'hui, permettre la pleine mise en œuvre du plan encellulement individuel, qui suppose la construction de 33 établissements pénitentiaires et 16 quartiers de préparation à la sortie, en sus d'importants crédits pour rénover l'ensemble du parc pénitentiaire. Car ne pas rénover en même temps que nous bâtissons reviendrait à amoindrir la portée de notre action à moyen terme. Or, sur ce point, le sous-investissement a été chronique depuis des dizaines d'années et les récents efforts n'en contrebalanceront pas, à eux seuls, les effets durables que l'on observe. Mieux construire au service de l'œuvre de Justice Plus précisément, et pour la mise en œuvre du programme de construction, je suis tout comme vous soucieux de la mise en place d'une réponse institutionnelle pérenne, tant au sein du ministère de la Justice qu'avec les autres ministères - principalement régaliens - ou dans les territoires. Je note votre proposition de créer une « direction de projet » (votre proposition 21) au sein de l'administration pénitentiaire. Elle mérite une analyse approfondie, même si je comprends qu'elle répond principalement à un problème d'organisation conjoncturel, auquel il me parait désormais possible de remédier sans alourdir la gouvernance de cette direction. Dans le même esprit, vous préconisez aussi la mise en place d'une démarche partenariale associant les acteurs décisifs d'un territoire, en particulier les collectivités territoriales, autour de la construction d'un établissement et de son fonctionnement (notamment en matière d'insertion et d'activité) (vos propositions 18 et 19). Pour animer ces indispensables relations, vous indiquer que le préfet de département constituerait l'acteur idoine (votre proposition 22). Dans cette perspective, je solliciterai du Premier ministre qu'il adresse une circulaire interministérielle, afin de concrétiser les conditions de la coordination que vous appelez de vos vœux. Les magistrats, du siège et du parquet, devront nécessairement être associés à la démarche, tant la synergie qui peut se nouer facilite la lutte contre la surpopulation et favorise les aménagements de peine et le travail de réinsertion. Je serai très attentif à cette question car je crois à la nécessité de ce travail de concert. Toujours dans le domaine du plan de construction, nous partageons la même réserve à l'égard des partenariats publics privés (votre proposition 23) qui rigidifient à long terme nos capacités budgétaires. Plus en détail encore, les préconisations architecturales que vous émettez s'avèrent extrêmement précieuses et devront guider les projets qui verront le jour (vos propositions 12 et 15). Dans cette optique, je retiens aussi la nécessité d'une méthodologie (votre proposition 13) associant, notamment, les acteurs de terrain (votre proposition 14). J'avais d'ailleurs pris l'engagement auprès des organisations syndicales qu'elles seraient consultées. Diversifier les établissements pour une meilleure exécution de la peine Vous formulez également des orientations en matière de classification des établissements pénitentiaires (votre proposition 8) qui recueillent mon plein agrément : il s'agit en effet d'une thématique que j'ai souhaité inscrire à la discussion lors du séminaire « métiers » déjà évoqué. Elle a notamment guidé la création des quartiers d'évaluation de la radicalisation (QER) et des quartiers pour détenus violents (QDV) dans le cadre du plan de sécurité pénitentiaire présenté le 25 octobre dernier. Les maisons d'arrêt doivent en effet pourvoir être en partie différenciées selon les profils de populations détenues. Vous envisagez également que les maisons d'arrêt soient un véritable lieu d'exécution des peines, ce qui implique, par exemple, d'aligner le régime des permissions de sortie des personnes condamnées exécutant leur peine en maison d'arrêt sur celui des personnes condamnées incarcérées en centre de détention (votre proposition 6). C'est, là encore, une proposition qui mérite d'être expertisée avec soin pour apprécier des conditions de sa mise en œuvre. Cette réflexion relative à la classification se double d'un positionnement sur les régimes de détention, thème qui figurait également au programme du séminaire métiers précité. Vous souhaitez ainsi séparer les personnes primo-incarcérées des autres personnes détenues. Au regard des incidences très importantes sur le fonctionnement des établissements, j'ai demandé à l'administration pénitentiaire d'étudier les modalités nécessaires pour atteindre cet objectif. J'ajoute que l'objectif d'encellulement individuel apportera une réponse décisive à cette question, qu'il convient toutefois d'examiner. De même, le principe du module de Respect vous agrée et vous sollicitez le développement du dispositif, ce qui correspond à la volonté de ce Gouvernement (votre proposition 10) et trouvera une traduction architecturale dans les établissements à venir. Vous promouvez aussi le principe des quartiers de préparation à la sortie, qui sont au cœur du programme initié en octobre (votre proposition 11). Ils doivent être l'objet d'une forte innovation, tant en terme architectural que de prise en charge, et je souhaite mobiliser tous les moyens nécessaires pour accomplir cette ambition commune. Je retiens encore votre proposition de créer des plateformes destinées à coordonner l'intervention des services de l'Etat, des collectivités et des associations. Par ailleurs, l'affectation directe dans les quartiers de préparation à la sortie devrait être envisagée pour les courtes peines. Je m'inscris dans ces propositions. D'une manière générale, j'entends rendre prochainement publique la doctrine applicable aux QPS. A l'autre bout de la chaine chronologique carcérale, vous indiquez votre faveur pour l'accroissement des capacités des quartiers arrivants et de la durée de l'évaluation (votre proposition 7). Je partage naturellement cet objectif car cette meilleure évaluation permettra de mieux orienter les personnes détenues et de leur proposer un programme d'activité personnalisé, axé sur la réinsertion, la préparation à la sortie et la prévention de la récidive. Je souscris, de surcroît, à votre analyse quant à la nécessité de réduire le choc carcéral avec une meilleure information des arrivants et la distribution d'un nécessaire personnel adapté. J'ai saisi la direction de l'administration pénitentiaire (DAP) pour une évaluation de ce dispositif. En outre, vous militez pour la création de lieux de détention adaptés aux populations spécifiques ou vulnérables (votre proposition 9) avec, par exemple, le maintien des mères et de leur enfant jusqu'à 18 mois dans des conditions favorables, la création de quartiers jeunes majeurs, une meilleure sectorisation des quartiers mineurs et des quartiers spécifiques pour les personnes âgées. Sur ce dernier point, vous le signalez dans votre avant-propos, il est nécessaire de pousser plus loin la réflexion. Aussi, vais-je solliciter la ministre des affaires sociales et de la santé afin d'amplifier les réflexions et actions déjà conduites et proposer qu'une mission d'inspection conjointe aux deux ministères dresse un bilan et des préconisations pour améliorer la prise en charge des publics âgés, dépendants ou malades. Enfin, vous plaidez en faveur d'un modèle de « prison ouverte ». Selon les termes utilisés par le Congrès Pénal et Pénitentiaire International tenu à La Haye en août 1950, « le terme désigne un établissement pénitentiaire dans lequel les mesures préventives contre l'évasion ne résident pas dans des obstacles matériels tels que murs, serrures, barreaux ou gardes supplémentaires ». Comme vous le rappelez, notre pays se situe en bas de l'échelle européenne avec une seule création à Casabianda, en Corse, laquelle ne reçoit que des détenus majeurs masculins, alors que certains pays européens ont largement développé ce concept. Ainsi, en Suède, 24 % des détenus sont-ils incarcérés dans des prisons sans barreaux. Ils sont 32% en Finlande et 34 % au Danemark. Je partage votre souhait d'expérimentation sur une typologie de prison qui n'est pourtant pas conforme à l'image que beaucoup se font de l'enfermement carcéral. Je souhaite donc que les projets qui avaient été proposés en mars 2010 par une « mission d'étude et de faisabilité » à Jean-Marie Bockel, alors secrétaire d'Etat à la justice, soient intégrés à la future loi de programmation. Se donner les moyens d'une politique pénale ambitieuse, au service de la réinsertion Nous sommes également en forte proximité, lorsque vous évoquez la nécessité de mener, en parallèle des efforts de construction, une politique pénale ambitieuse afin de lutter contre la surpopulation carcérale. Les deux démarches sont absolument indispensables et indissociables si l'on veut servir l'idéal de réinsertion. Comme l'affirmait déjà Cesare Beccaria en 1764, « parmi les peines et la manière de les infliger, il faut choisir celle qui, proportion gardée, doit faire l'impression la plus efficace et la plus durable sur l'esprit des hommes et la moins cruelle sur le criminel ». C'est pourquoi il faut évidemment développer davantage les aménagements de peine et les alternatives à la prison, dans la continuité des évolutions engagées par la loi du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité, de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 et de la loi du 15 août 2014 relative à l'individualisation des peines et renforçant l'efficacité des sanctions pénales. C'est dans sans surprise que je rejoins votre proposition 1 lorsqu'elle invite à une réflexion sur la nature et la durée des sanctions prononcées, ainsi qu'à une plus grande action de réinsertion, de prévention de la délinquance et de la récidive. Or le domaine des peines est devenu d'une grande confusion. Les textes votés ces vingt dernières années, guidés par une volonté de diversification des choix offerts aux juges, l'ont rendu à la fois complexe et d'une rigidité extrême, laquelle se manifeste tant au stade du prononcé de la peine stade auquel les juridictions sont tiraillées entre des injonctions contradictoires du législateur qu'à celui de son exécution devenu totalement illisible pour le condamné, la société et les victimes. Aussi, me parait-il utile de créer deux missions très opérationnelles qui devront remettre au prochain Gouvernement, non un rapport, mais des projets d'action d'ordre législatif et réglementaire. Il faut en effet que le nouveau quinquennat débute avec tous les éléments de choix pour pouvoir agir avec efficacité. D'ores et déjà, j'ai proposé à Philippe Lemaire, procureur général près la Cour d'appel d'Amiens et président du conseil d'administration de l'ENAP, de réunir les compétences nécessaires à la rédaction du Code pénitentiaire. Celui-ci, comportant une partie législative et une partie réglementaire, devra à la fois moderniser les dispositions existantes, tenir compte des adaptions rendues nécessaires par les dernières réformes mises en oeuvre et accompagner l'ambition que nous partageons en matière d'aménagement de peine, de politique de réinsertion et de prévention de la récidive, de classification des établissements et de régime de détention, de relation avec l'autorité judiciaire. Appuyée par la direction des affaires criminelles et des grâces, la mission devra tenir compte du rapport « Pour une refonte du droit des peines », remis à Christiane Taubira le 18 décembre 2015 par Bruno Cotte, président honoraire de la chambre criminelle de la Cour de cassation et ancien président de chambre de jugement à la Cour pénale internationale. De même, la mission devra prendre en considération les impératifs de sécurité pénitentiaire. En outre, vous avez à juste titre signalé la progression du recours à la détention provisoire. Devant procéder d'une exception (suivant en cela l'article 144 du Code de Procédure Pénale), elle semble, hélas, s'imposer en règle. Or cette question relève à la fois de l'exercice concret des libertés, de la présomption d'innocence, des conditions de l'incarcération, mais aussi des impératifs de l'ordre public et du respect de la loi. Plus que d'avoir à choisir entre un supposé laxisme à l'égard de la sécurité et une excessive rigueur à l'encontre des personnes, il importe à notre société de définir de manière renouvelée les moyens de concilier des exigences d'apparence opposée. A cette fin, il me semble nécessaire de lancer une réflexion afin d'envisager d'éventuelles modifications organisationnelles, législatives et réglementaires. C'est pourquoi j'ai souhaité solliciter la commission de suivi de la détention provisoire (CSDP). Avec l'aide de la direction des affaires criminelles et des grâces et du secrétariat général qui lui fournira les moyens nécessaires à son action, elle préconisera toutes les modifications jugées nécessaires. Les deux missions devront naturellement travailler en étroite coordination, afin de réaliser des propositions convergentes lorsque les sujets sont communs et d'engager sous les meilleurs auspices les modifications organisationnelles, réglementaires et législatives qui s'imposent. Un outil statistique performant pour un meilleur pilotage des politiques pénales Au-delà de ces avancées législatives et réglementaires que nous appelons de nos voeux, vous avez raison de souligner la faiblesse du suivi statistique au sein du ministère de la Justice (votre proposition 2). Pierre-Victor Tournier le réalise aussi avec une constance et une technicité qui l'honorent. Le Ministère de la justice est un des derniers grands départements ministériels qui ne soient pas dotés d'un service statistique ministériel (SMM) couvrant la totalité du champ ministériel. Or, les politiques publiques dont il a la responsabilité constituent un légitime objet de débat public sur lequel l'approche quantitative a un sens. De plus, les directions du ministère font un grand usage de statistiques, à la fois pour définir des stratégies, répartir les moyens et piloter opérationnellement. La réforme du secrétariat général du ministère, dont j'ai souhaité qu'elle aboutisse avant la fin du quinquennat, crée les conditions pour une amélioration significative, en mettant fin à un mode de production et d'utilisation de la statistique qui n'est plus satisfaisant et engendre un déficit de crédibilité. A partir de cette base, je vais solliciter du directeur de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) qu'il assiste le secrétaire général du ministère de la Justice afin de procéder à la refonte de l'entier appareil statistique pour que les statistiques puissent répondre aux meilleurs standards. En parallèle, je souhaite que le ministère contracte une assistance à maîtrise d'ouvrage afin de pallier les carences que vous avez justement signalées concernant les logiciels Cassiopée, Genesis ou APPI. Il est en effet anormal que nous ne soyons pas en mesure d'effectuer un suivi de l'entier parcours pénal d'une personne ou que nous ne disposions pas d'éléments en temps réel ou prévisionnels. En effet, la lutte contre la suroccupation carcérale passe également par la modernisation de notre outil de prévision, d'orientation et de suivi. Dans la même dynamique, cette assistance devra porter sur les moyens à déployer pour aboutir à une plus grande dématérialisation des actes internes à l'administration pénitentiaire et en particulier au milieu carcéral (votre proposition 4). Enfin, je demanderai au GIP Droit et Justice qu'il veille à travailler étroitement avec l'observatoire de la récidive et de la désistance ainsi que la CSDP. Attractivité, recrutement, formation : le défi des ressources humaines J'ai été très sensible aux réflexions produites concernant les ressources humaines de l'administration pénitentiaire, et notamment l'attractivité des métiers (votre proposition 16). Comme évoqué plus haut, je me suis efforcé de conduire, avec diligence et dans la concertation la plus féconde avec les organisations syndicales, des réformes statutaires de différents corps dans le but de créer une plus grande attractivité et d'induire des évolutions métiers. La proposition faite au Président de la République, François Hollande, de faire participer l'administration pénitentiaire au défilé du 14 juillet témoigne, de manière symbolique, de la poursuite de cet objectif de reconnaissance sociale. Depuis la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009, l'administration pénitentiaire est d'ailleurs reconnue comme une « force de sécurité intérieure », certes atypique mais à part entière. En effet, cette institution, rattachée depuis plus d'un siècle au ministère de la Justice, relève du caractère global de la « force publique » esquissée par les Révolutionnaires, tout en contribuant, au moins par certaines de ses missions en lien avec la mise en œuvre du monopole étatique de la contrainte physique légitime, à l'accomplissement d'une fonction de police administrative qui ne se limite pas, loin s'en faut, aux seules organisations exclusivement policières. En outre, la tenue du séminaire « métiers » de juillet 2016 matérialise elle aussi cette ambition dont je reconnais qu'elle n'a pas été suffisamment portée par l'administration pénitentiaire, en dépit des demandes répétées des organisations syndicales. J'ai donc missionné le directeur de l'administration pénitentiaire afin de relancer le processus de concrétisation des réflexions élaborées en matière de classification, de régimes de détention, de cycles de travail, de modifications induites par les réformes statutaires, de doctrines d'emploi et référentiels en attente… J'entends que ce travail soit conduit méthodiquement, en concertation étroite avec les organisations syndicales, avec des points d'étape réguliers. J'ai également souhaité la mise en place d'un plan d'urgence destiné à combler les vacances de postes en administration centrale dont le taux s'avère très préoccupant - et que me soit adressé un plan d'action destiné à mettre en place une politique de recrutement massive et de qualité. Car, je ne partage pas votre orientation qui consisterait à confier à l'Ecole nationale de l'administration pénitentiaire la politique de recrutement de la DAP (votre proposition 17). L'Ecole doit en effet affronter de réels défis en matière de formation et va devoir gérer son extension à Agen, ainsi que vous le préconisez. Sur ce dernier point, le Premier ministre avait indiqué que cette extension des capacités de l'ENAP à Agen était une « option naturelle ». Lors d'une rencontre à la Chancellerie, le 11 octobre, les élus locaux avaient unanimement insisté sur l'opportunité économique exceptionnelle que représenteraient les travaux évoqués pour l'Agenais, et plus largement pour le Lot-et-Garonne. Je demande donc au directeur de l'Administration pénitentiaire de mettre en œuvre les éléments techniques nécessaires à l'agrandissement de l'ENAP à Agen. De surcroît, ma réserve tient également compte du caractère stratégique et concentré du défi que pose le nécessaire recrutement dans les prochaines années de 29 000 personnels ; il me semble donc nécessaire que l'administration centrale continue d'assumer cette responsabilité. J'entends en revanche mettre en œuvre l'engagement pris en avril dernier dans une réponse à la Cour des Comptes de déconcentrer une partie de la gestion des ressources humaines au niveau des directions interrégionales et de promouvoir le développement des concours à affectation locale. D'ailleurs, depuis le début de l'année, la DAP doit préparer les textes réglementaires nécessaires et les soumettre aux arbitrages interministériels. La nécessaire contrepartie de cette orientation sera la mise en place d'un outil centralisé de pilotage de l'action des directions interrégionales dont la latitude d'action a parfois entraîné des difficultés. Cela supposera également des créations de postes en leur sein afin d'accompagner ce mouvement. Là encore, la loi de programmation devrait nous permettre d'y pourvoir. Je retiens également votre préconisation consistant à créer des pôles interrégionaux de formation continue dont le pilotage pédagogique incomberait à l'ENAP. Je demanderai aussi à la directrice de l'école de tenir compte des orientations que vous proposez (repenser le déroulement de la scolarité, sa durée, diversifier les jurys, s'adapter aux nouvelles technologies…). Dans cette relation à la société, je souhaite en particulier participer à la meilleure connaissance du monde carcéral que vous appelez de vos voeux, avec notamment la création de prix de recherche, la refonte des sites internet, l'organisation de visites, des démarches de sensibilisation… Là encore, la DAP devra me proposer un plan d'action et me rendre régulièrement compte des actions conduites. Œuvrer en faveur de la pluridisciplinarité et favoriser le travail de la filière insertion et probation Je partage votre souci de promouvoir la pluridisciplinarité. J'en avais fait un axe structurant du rapport « Sécurité pénitentiaire et action contre la radicalisation violente », présenté le 25 octobre dernier. D'importants recrutements de psychologues et d'éducateurs ont été engagés dans ce but : 80 recrutements supplémentaires sont venus s'ajouter aux 50 binômes de soutiens, soit un total de 180 psychologues et éducateurs à l'oeuvre. Il faut d'ailleurs poursuivre cette politique de recrutement ambitieuse. Sur ce sujet, j'ajoute que je veux faire aboutir la création d'un corps ministériel des psychologues, afin de faciliter la gestion de cette profession et son déroulement de carrière au sein du ministère de la Justice. Mes services vont prochainement présenter ce projet en interministériel. Au surplus, vous évoquez à plusieurs reprises la question de l'insertion et de la probation. Je rappelle que, en juillet 2016, j'ai ajouté 100 nouveaux recrutements aux 1000 qui avaient été actés en 2013 ; en outre, j'ai voulu promouvoir une réforme statutaire d'ampleur qui est en cours de déploiement. Tout cela traduit le fait que la filière insertion et probation a constitué un axe fort de l'action du ministère de la Justice ces dernières années. D'ailleurs, la réforme précitée sera intégralement mise en oeuvre ; mon cabinet et les services travaillent sans relâche à cette fin. Car les décisions qui ont été prises sont justes et nécessaires, à la hauteur de la contribution apportée par cette filière. A ce titre, je veux redire mon fort attachement aux personnels et aux missions qu'ils conduisent. Ils manifestent la dimension profondément humaine de la peine et du travail qu'elle implique pour retourner à la société. Faut-il le répéter ? L'insertion probation est une composante irréductible de la DAP qui, si elle est numériquement plus faible que la filière surveillance, n'en est pas moins importante. Dans cette optique, au cours du prochain quinquennat, il faudra poursuivre et amplifier cette orientation avec des recrutements destinés à doubler le nombre des personnels d'insertion et de probation. L'objectif est de réduire considérablement le nombre de dossiers suivis par agent afin de se situer dans les meilleurs standards et permettre de déployer toutes les potentialités de la filière qui s'est profondément restructurée. L'effort sera considérable, tant en termes de recrutement que de formation, mais il permettra de porter une ambition, de véhiculer un message dénué d'ambiguïté. Il faudra également adjoindre aux personnels d'insertion et de probation plus de psychologues et d'assistants de services sociaux afin d'accroitre les effets bénéfiques déjà observés. En parallèle, nous devrons réfléchir à une plus forte structuration, au niveau de l'administration centrale et des directions interrégionales, de l'insertion et de la probation. L'organisation actuelle devra sans doute connaître des évolutions dans le sens d'une plus forte reconnaissance et en réponse à l'accroissement numérique souhaité. J'accueille également avec enthousiasme l'idée d'Agence nationale de l'activité des personnes placées sous main de justice, le service à compétence nationale dont vous recommandez, à juste titre, la création. Car je partage votre souci d'accroître considérablement l'offre d'activité, de formation, d'enseignement et de travail aux personnes détenues (vos propositions 3 et 5). Cette agence pourrait ainsi nouer des partenariats avec tous les acteurs concernés, publics et privés, rédiger les contrats locaux d'insertion que vous appelez de vos voeux, s'assurer de l'existence de clauses d'insertion sociale dans les marchés publics… Je souhaite sur ce point que la direction de l'administration pénitentiaire lance une mission de préfiguration pour envisager la création de cette agence. Il convient également de renforcer le rôle des SPIP dans la politique d'aménagement de peine (leur confier l'évaluation de la situation de la personne déférées en vue d'un placement sous surveillance électronique, rappeler le rôle pivotal de la commission d'exécution des peines en matière de politique d'aménagement de peine, redynamiser les conseils d'évaluation…). Enfin, la question de la Justice restaurative me paraît devoir être approfondie. J'ai d'ailleurs signé une circulaire consacrée à ce sujet le 17 mars dernier. Nous devons poursuivre sur cette voie. Réparer le présent et préparer l'avenir Vous l'aurez compris, nos points de désaccord sont rares et nombre de vos préconisations viennent conforter les orientations déjà engagées depuis un an. Certaines seront d'application immédiate ; d'autres s'épanouiront à moyen ou long terme si elles sont conduites avec constance et détermination. Car je crois que l'opiniâtreté vient à bout de nombre d'obstacles. Je serais d'ailleurs extrêmement honoré si vous acceptiez de mettre en place un comité de suivi des préconisations du Livre blanc. Ma conviction est en effet qu'un contrôle et une évaluation des politiques publiques conduites constituent un aiguillon utile pour tous. Enfin, je veux vous redire ma conviction que ce travail sera utile pour la prochaine législature : d'abord, parce qu'il nous fera gagner du temps ; ensuite, parce qu'il va contribuer à apaiser le débat politique ; enfin, parce qu'il nous invite à ne pas porter un regard manichéen, donc réducteur, sur ces questions. L'abbé Bluteau écrivait d'ailleurs dans les conclusions de l'enquête parlementaire diligentée en 1873 : « La réforme pénitentiaire est certainement une des questions sociales du jour qui mérite le plus d'attention de nos hommes d'Etat et doit être l'objet d'un examen approfondi. Dans une cause si importante, toute prévention, tout esprit de parti, doivent être mis de côté pour ne consulter que la saine raison, l'expérience la mieux établie et le bien général plutôt que l'intérêt privé ». Grâce à ce livre blanc sur l'immobilier pénitentiaire dont le contenu est allé bien au-delà et j'en suis heureux -, grâce à ce travail d'intérêt général, nous avons œuvré pour l'avenir, pour construire durablement l'avenir. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/515.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/515.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..efc0cfe12a9a3fc59caa19fc689b3998bb1f26ff --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/515.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames les Préfètes, Messieurs les Préfets, Le premier mot prononcé lors de mon entrée en fonctions dans ce Ministère a été « continuité ». Continuité de l'Etat et de son action. Un autre mot aussitôt est venu : « responsabilité ». L'Intérieur est le ministère qui doit répondre à l'exigence de sécurité de nos concitoyens. Répondre aux menaces quelles qu'elles soient, d'où qu'elles viennent et de toute nature. Cette réponse est un travail de chaque instant, une disponibilité permanente au service de nos concitoyens. Cette responsabilité, je l'assume et je serai mobilisé jours et nuits. Cette responsabilité, je l'assume avec vous qui représentez l'Etat, le Gouvernement, chacun des Ministres, dans les départements. Alors sur 4 sujets principaux, dans une période cruciale, je veux vous adresser 4 messages. Mon premier message, c'est que la persistance de la menace terroriste à un niveau très élevé nécessite une vigilance et une préparation totales pour que la France traverse la période électorale sans encombre. L'anniversaire des attentats de Bruxelles, les évènements récents d'Orly ou de Londres, l'attaque avant-hier dans le métro de Saint-Pétersbourg, confirme que cette menace repose sur deux stratégies parallèles visant à frapper nos intérêts. L'infiltration d'abord d'un commando projeté depuis la zone syro-irakienne. Au 20 mars 2017, près de 700 français ou résidents en France sont encore présents sur zone, dont presque 300 femmes. Plus de 250 de ces combattants sont morts sur zone et plus de 200 sont revenus sur le territoire national. Seul le prononcé fait foi. L'incitation ensuite d'individus isolés à passer à l'action. Au 20 mars 2017, le Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) compte 17 000 signalements actifs. Face à cette double menace, les services spécialisés sont totalement mobilisés et obtiennent des résultats. Il y a quelques heures encore, dans le cadre de la poursuite de l'enquête relative au double assassinat de Magnanville le 13 juin 2016, une action commune à la SDAT, à la DRPJ de Versailles et à la DGSI permis d'interpeller trois individus proches de l'auteur de ces deux meurtres. Les services spécialisés ne sont pas les seuls à l'oeuvre. L'interpellation de Medhie BELAFRADJI à Apt le 20 mars dernier par les services de la Gendarmerie illustre parfaitement la vigilance efficace de tous les instants dont font preuve l'ensemble de nos forces de sécurité. C'est ce travail collectif de tous nos services que je vous demande de continuer d'insuffler dans chacun de nos départements. Le maillage républicain, en l'occurrence ici celui de nos forces républicaines, est notre premier atout. C'est le premier atout de la France. Il faut l'utiliser pleinement. Il sera la clé de la sécurité du cycle électoral dans lequel le pays est lancé. Les élections constituent une cible pour des terroristes qui cherchent à déstabiliser le pays. Je vous confirme que la sécurisation de l'intégralité du processus électoral de ce printemps est l'enjeu prioritaire qui m'a été assigné par le Président de la République. Car avant d'être un objectif de sécurité, c'est un impératif démocratique. Nous devons préserver la vigueur de notre vie démocratique. Nous devons permettre à nos concitoyens de voter en toute sérénité, sans autre préoccupation que l'avenir de notre pays. Nous devons permettre au suffrage universel de s'exprimer librement et sereinement. Lors de l'élection présidentielle et également lors des élections législatives comme des élections sénatoriales, qu'il faudra organiser avec la même vigilance. Cette mission a commencé pour vous très en amont avec la tenue sans problème de sécurité et je vous en remercie des primaires de chaque camp. Face à nous, face à vous, trois enjeux absolument majeurs : Premier enjeu : Sécuriser la campagne. Le risque à éviter est double : attentats et troubles importants à l'ordre public, auxquels les périodes de tensions politiques sont propices. Il faut prévenir les deux. Cet effort a commencé ; de grands rassemblements se sont tenus sans trouble ; l'effort ne doit pas se relâcher. Plus la date de l'élection approche, plus notre vigilance doit être forte. N'oublions pas qu'en 2012, les tueries de Toulouse et Montauban sont intervenues en pleine campagne. Elles ont coûté la vie de 3 soldats. Un autre, gravement blessé, est tétraplégique. Elles ont coûté la vie, quelques jours plus tard, de 4 personnes, professeur et enfants, de l'école juive Ozar Hatorah. C'est la raison pour laquelle, le 17 mars, avec entrée en vigueur depuis le 21 mars, la posture Vigipirate a été adaptée pour toute la période électorale. Second enjeu : le jour du scrutin, protéger les opérations de vote. Aucune force de sécurité armée ne peut apparaître dans et à proximité immédiate des bureaux de vote. C'est la règle démocratique. Pour autant, il faut une sécurisation dynamique autour des bureaux de vote avec un contact systématique entre les responsables des bureaux qui en détiennent la police, et les patrouilles. Veillez bien à ce que chaque président de bureau de vote dispose d'un numéro d'appel direct aux forces de sécurité. Je demande à chacun de vos services, notamment en zone rurale où les points de vote sont éloignés les uns des autres, de se tenir prêts. Il faut réunir en amont les conditions du calme et de la sécurité. Et, les dimanches concernés, être prêts en cas de besoin. Troisième enjeu : une fois le scrutin clos. Là aussi tout risque d'attentat au soir ou au lendemain du scrutin doit être prévenu. Afin d'assurer la capacité des Français à voter en toute sérénité, je ne vous demande pas seulement d'appliquer les instructions détaillées que vous recevrez ; je vous demande de les considérer comme un socle minimal qu'il vous appartient de renforcer localement en fonction des spécificités de votre propre organisation. Plus classiquement, les troubles à l'ordre public devront également être anticipés. Dans un contexte marqué par la radicalisation de la contestation sur la voie publique, il faut protéger les citoyens de violences potentielles. Au cours de ces violences, les forces de l'ordre sont souvent les premières cibles. C'est inacceptable et il faut l'anticiper. Notre pays accueillera dans la période d'entre deux tours des élections présidentielles le scrutin des élections législatives algériennes. Il se tiendra les 28, 29 et 30 avril et concerne 800 000 personnes vivant dans notre pays. Les mesures de sécurité nécessaires doivent permettre le bon déroulement de ces opérations électorales sensibles. Avant que vous ne les receviez par écrit, voici les principales consignes auxquelles vous devrez veiller : des bureaux de vote différents de ceux utilisés pour l'élection présidentielle française ; des locaux vastes, de type gymnase ou salle des fêtes, pour éviter les files d'attente à l'extérieur ; soyez systématiquement l'interface entre les consulats et les mairies ; et veillez à ce que la liberté communale en matière d'accueil de ce scrutin soit entièrement respectée. Enfin, un autre scrutin étranger est actuellement accueilli en France dans le cadre du référendum turc sur la révision constitutionnelle. Il reste 4 jours de scrutin dans les consulats généraux de Turquie en France, ainsi que dans des locaux non consulaires ou associatifs de trois villes, Marseille, Lyon et Strasbourg. Vous avez vu les incidents de Bruxelles le week-end dernier ; donc vigilance jusqu'au dernier jour. Il existe un autre enjeu relatif aux élections françaises : celui de la sécurisation des résultats du scrutin, de leur parfaite fiabilité, de leur totale crédibilité. C'est mon deuxième message et c'est une priorité nationale. Les risques sont d'une autre nature, mais nous en sommes tous prévenus. On ne peut pas faire comme si cela pouvait arriver aux autres, et pas à nous. Il faut prendre les menaces très au sérieux. C'est ce que nous faisons. J'ai l'expérience des menaces fortes qui ont pesé sur le scrutin électronique qui était prévu pour les Français de l'étranger lors des prochaines élections législatives. Nous devons mesurer combien l'annonce des résultats aux soirs des premier et second tours du scrutin présidentiel constitue un moment prisé par tous ceux qui chercheraient à obtenir une emprise sur la Nation. Je sais qu'avec vous le secrétariat général a accompli un effort sans précédent pendant un mois pour apporter des garanties de sécurité nécessaires pour protéger le scrutin. Le risque zéro n'existe pas, mais nous avons d'ores et déjà beaucoup fait pour réduire drastiquement nos vulnérabilités. Pour répondre à cet objectif, la sécurité de notre processus de remontée des résultats commune par commune, département par département, est renforcée. Elle nécessite la protection au niveau le plus élevé du « Système d'information élections » contre les risques d'intrusion et d'indisponibilité. Les services du Ministère mettent à disposition tous les moyens technologiques nécessaires pour éviter les piratages. Et grâce à vos efforts comme ceux de vos équipes, ce Système a pu être homologué le 31 mars. Je vous demande de vous tenir très expressément aux instructions qui vous ont été données par le Secrétaire Général du Ministère. A la fois pour la sécurité du système informatique, en évitant par exemple l'accès des postes informatiques à toute personne étrangère aux préfectures. Et s'agissant du recueil des résultats, en procédant aux contrôles qu'il vous a été demandé d'effectuer. Il faut être extrêmement méthodique. Et exhaustif dans les contrôles. Je le répète, c'est une priorité nationale. Une dernière chose enfin à ce sujet. Pour la centralisation des procès-verbaux, il faut que les communes participent pleinement à l'opération. Cela ne doit pas mobiliser de façon excessive les forces de l'ordre dont les missions sont suffisamment nombreuses et compliquées. Mon troisième message porte sur des sujets territoriaux. Ils renvoient non à la sécurité, mais, là aussi, à l'importance du maintien et de la densité de notre maillage territorial français, qu'il s'agisse de citoyenneté ou de solidarité. Le sujet, pour commencer, de la délivrance des cartes nationales d'identité. Celle-ci a fait l'objet d'une réforme que vous connaissez, totalement mise en application depuis quelques jours. Le bilan est évidemment dans ces conditions prématuré. Mais les services des préfectures ont été au rendez-vous de la réforme et de l'efficacité puisqu'à ce stade, le délai moyen pour instruire et produire une carte est de 11 jours. La fin de cette réforme marque en réalité le début d'une période de vigilance. Face à la masse des sujets de sécurité sur lesquels vous êtes mobilisés, cela ne doit pas devenir un dossier qui vous revienne des mairies au coup par coup. Par conséquent, n'attendez pas que les mairies vous sollicitent pour identifier les communes dans lesquelles les délais s'allongent, où les dispositifs de prise de rendez-vous ne fonctionnent pas encore, où les conditions d'accueil des usagers ne sont pas réunies. C'est la raison pour laquelle je vous demande de prendre l'initiative de constituer des équipes d'assistance et de conseil aux communes en difficulté pour veiller à leur bonne adaptation à ce nouveau dispositif. Le second sujet territorial est une demande tout aussi forte. Nous devons maintenir, dans des délais très courts, l'intégralité des places disponibles en centres d'accueil et d'orientation (CAO) pour éviter la reconstitution de campements indignes. Cela représente 10 000 places que je vous demande de pérenniser ou de reconstituer dans vos départements, dans tous vos départements, pas seulement à et autour de Paris, à et autour de Calais, à et autour de Metz. Vous connaissez l'origine de cette situation. D'un côté l'évolution normale de ces centres d'accueil qui est de décroître en avril et mai, en raison du retour pour un certain nombre d'entre eux à leur destination initiale, celle de centres de vacances. De l'autre le maintien de la pression migratoire à un niveau élevé. Vous avez réalisé un effort remarquable pour assurer le démantèlement du campement de la Lande à Calais. Il faut conserver cette réussite en maintenant l'effort en continu. Il faut maintenant assurer la diminution du camp de Grande-Synthe et la préservation de la situation à Metz. Nous continuerons d'agir également sur l'immigration irrégulière et notamment contre les filières qui en sont à l'origine. Une circulaire vous sera prochainement transmise sur ce sujet. Mon quatrième et dernier message est destiné aux agents de l'Etat. D'abord les forces de l'ordre, dont tous ici mesurons l'exceptionnel engagement, les consentements, ainsi que les sacrifices. Nous ne leur dirons jamais assez notre reconnaissance et notre gratitude. A cet égard, aucune violence contre nos agents policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers également ne sera impunie et ne doit l'être. Il y a par ailleurs un sujet complexe, alors que nous savons ce que nous leur devons. C'est celui de la réforme des cycles de travail des fonctionnaires de police. Ma position est claire : c'est une avancée sociale à laquelle il ne faut pas renoncer, sans pour autant sacrifier l'efficience des services de police. Donc mettons-la en oeuvre chaque fois que c'est possible, c'est-à-dire dès lors que les règles sont respectées : la faisabilité opérationnelle ; la préservation des patrouilles à trois dans les zones sensibles ; le maintien du format des unités d'appui. Et quand ce n'est pas possible, faisons de la pédagogie. C'est la raison pour laquelle, par exemple, le refus de la mise en oeuvre de la vacation forte doit toujours être accompagné d'un argumentaire de la Direction centrale de la sécurité publique. Dans cet exercice d'équilibre à trouver, j'attends de vous que vous souteniez et animiez la concertation au niveau départemental afin de trouver des solutions conformes, le plus possible, aux souhaits des policiers de terrain, dans le respect des exigences de service et des contraintes d'effectifs. Ensuite et enfin, c'est directement à vous, Mesdames les Préfètes, Messieurs les Préfets, que je veux m'adresser. Pour vous dire que vous aurez une dernière responsabilité sur laquelle vous ne devrez pas faillir. Lorsque le premier tour de l'élection présidentielle sera franchi, lorsque que le second tour de l'élection présidentielle aura désigné un nouveau Président de la République, avant l'installation du nouveau gouvernement, vos administrations et vous-mêmes incarnerez directement la continuité et la permanence de l'Etat. Ce ne sera pas sans exigence. Car le pays continuera d'être en état d'urgence. Le risque terroriste n'aura pas baissé. Votre mission ne sera pas mise entre parenthèse. Elle sera totale. C'est pour cela que je veux condamner devant vous une fois de plus, après avoir eu au téléphone votre collègue, l'attaque dont ont été victimes le sous-préfet et la sous-préfecture de Corte. Vous effectuez dans les départements la plus belle mission, mais la plus exigeante de toutes. Je veux d'avance et encore vous en remercier. Et vous répéter, comme l'ont fait avant moi beaucoup de grands serviteurs, que le sens de l'Etat est notre meilleur guide et notre plus sûr chemin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/516.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/516.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..628cd22827a124e95acdda7c486263b4296907ac --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/516.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le Président de la République s'est entretenu avec le Président de la République islamique de Mauritanie, M. Mohamed Ould Abdel Aziz. François Hollande a félicité la Mauritanie pour les résultats obtenus en matière de lutte contre le terrorisme et les efforts entrepris en matière de prévention de la radicalisation. Il a également salué l'implication décisive du Président mauritanien dans la résolution politique de la récente crise en Gambie. Le chef de l'Etat a confirmé la volonté de la France de soutenir les projets régionaux portés par les pays du G5 Sahel, en matière de développement comme de sécurité. Il a rappelé la disponibilité de la France à apporter à la force du G5 Sahel en préparation un appui opérationnel à travers l'opération Barkhane, mais aussi de répondre aux demandes qui lui seraient formulées en matière de formation et d'équipement. Il a indiqué son souhait que l'Union européenne confirme et accroisse son appui au G5 Sahel et à l'Afrique de l'Ouest. François Hollande s'est réjoui que le soutien bilatéral de la France en Mauritanie et l'engagement européen dans ce pays permettent d'envisager une augmentation substantielle des projets en faveur de la formation et de l'emploi des Mauritaniens. Il a également salué l'achèvement dès 2017 de la centrale hybride solaire/thermique de Kiffa, avec un appui financier de la France, qui constituera un exemple concret de mise en œuvre de l'accord de Paris sur le climat et de développement des énergies renouvelables sur le continent africain. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/517.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/517.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..01c8f2ae697e4182a1d75dbec88e81342a3a0edd --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/517.txt @@ -0,0 +1 @@ +Introduction Madame la ministre, Monsieur le ministre, Tout l'art de la politique est de savoir se servir des conjectures. Et, dans la responsabilité que vous endossez, celles-ci vous inviteront rapidement à l'action. En effet, non seulement la justice est plus souvent source de critiques qu'objet de félicitations dans notre pays mais, de surcroît, la campagne électorale en a fait un regrettable sujet de polémiques. Pourtant, son essence même est la concorde puisque la paix véritable ne peut se construire au milieu des injustices de tous ordres. Et, de fait, les hommes l'ont inventée dans le but de dépasser la violence, le lynchage ou la tyrannie de l'instant. C'est pour cela qu'elle occupe une place singulière dans notre organisation publique, au point que Diderot écrivait : « La justice est la seule vertu qui existe ». Cependant, vous aurez probablement peu loisir d'y réfléchir, tant vous serez sollicité(e) par les urgences. Dans l'action ministérielle, il manque toujours du temps. Sans doute d'ailleurs est-ce la marque de notre société. Faut-il alors s'étonner que nos régimes politiques se soient fait une spécialité des demi-mesures, faute de pouvoir bénéficier du recul suffisant pour penser les réformes vigoureuses ? C'est pour tenter de pallier cette carence que j'ai engagé le travail que je vous remets. À l'occasion de mes voeux aux personnalités du monde judiciaire, le 17 janvier 2017, j'avais indiqué qu'un ministre doit se comporter comme un jardinier et planter des graines pour que ses successeurs profitent des arbres et récoltent les fruits qui en seront issus. Tout au long de ces mois place Vendôme, j'ai donc inlassablement sarclé, obstinément biné, opiniâtrement semé, en cherchant à renforcer le service public de la justice. Certaines pousses apparaissent déjà, j'y reviendrai plus en détails ; j'ai, par exemple, été heureux d'entendre de nombreux chefs de cour ou de juridiction reconnaître qu'ils avaient commencé l'actuel exercice budgétaire avec plus de moyens qu'ils n'en avaient jamais eus. Et certains fruits sont même formés : ainsi toutes les écoles du ministère (celle de la protection judiciaire de la jeunesse à Roubaix, celle des greffes à Dijon, celle de la magistrature à Bordeaux, celle de l'administration pénitentiaire à Agen) fonctionnent-elles au maximum de leurs capacités de formation tant les recrutements ont été conséquents. Mais des chantiers majeurs restent encore à mener, pour lesquels le temps m'a fait défaut. J'ai tenté de les identifier puis ai rassemblé expertise et technicité pour que les diagnostics soient amplement partagés, au-delà des alternances. De même, j'ai fait évoluer bien des textes qui entravaient notre capacité à conduire ces chantiers ; j'ai aussi négocié des évolutions statutaires avec les organisations syndicales partenaires pour que les personnels accompagnent sereinement ces évolutions. Toutefois, ces efforts préparatoires n'annoncent malheureusement pas des concrétisations aisées ou des compromis faciles tant la souplesse et le pragmatisme ne figurent pas au panthéon de nos spécialités nationales. Jules César n'avait-il pas déjà identifié, dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules, que la discorde perpétuelle des tribus gauloises constituait leur principale faiblesse ? Il vous faudra donc agir sans désemparer, avec l'élan nécessaire que permet un début de quinquennat. Pour ce faire, je vous soumets dix chantiers, tous tournés vers une unique ambition : réparer le présent et préparer le futur. Chantier I - Vite ! Une loi de programmation pour la justice (2018-2022) ! Il n'est plus temps d'ajouter des mots aux maux. Le constat est désormais unanimement partagé : nos tribunaux n'ont pas les moyens nécessaires à leur bon fonctionnement et, au regard des retards accumulés comme de l'état de vétusté constaté de notre patrimoine carcéral, les efforts doivent être significatifs. Chaque jour, nous sommes contraints de renoncer à notre conception du service public de la justice : un service dont l'accès est gratuit, répondant aux exigences d'égalité devant la loi, de gratuité et de neutralité, qui offre la garantie d'un accès rapide de chacun au juge pour faire entendre sa cause équitablement, qui assure une lisibilité de son action afin que chaque justiciable comprenne à la fois son fonctionnement mais également les décisions rendues le concernant. Et si l'ensemble continue pourtant à fonctionner, c'est uniquement parce que tous ceux qui contribuent à l'oeuvre de justice déploient des trésors d'abnégation pour que leurs conditions de travail ne pénalisent pas trop gravement les attentes de leurs concitoyens. Toutefois, chaque jour, dans toutes les juridictions, ils sont confrontés à une accumulation de difficultés (frais d'affranchissement impayés, frais de justice réglés avec un trop grand retard, immobilier dégradé, moyens informatiques hors d'âge, etc.). Dans les établissements pénitentiaires, la lassitude de personnels exténués ne peut plus être combattue par les seules annonces annuelles de recrutements. Dès lors, mon ambition majeure fut de parvenir à convaincre d'octroyer au ministère les moyens de fonctionner. Ma seule obsession consista, tout au long de l'année, à saisir toutes les opportunités pour obtenir dégel de crédits ou abondements exceptionnels. Au demeurant, dans toutes mes rencontres avec les organisations syndicales de magistrats, de greffiers, de personnels d'insertion et de probation, de personnels administratifs, de personnels de surveillance, d'avocats ou d'éducateurs, à chaque reprise, la modestie du budget concentrait une large partie des observations ? Heureusement, le Premier ministre Manuel Valls m'a entendu en arbitrant un volume de 7 milliards d'euros pour le budget 2017, alors qu'il avoisinait les 6,2 milliards à mon arrivée. Néanmoins, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, l'argent ne suffit pas. Il faut en effet savoir pour quoi et comment le dépenser. Les effets d'aubaine, les dotations qui sont attribuées alors qu'elles n'ont pas été anticipées, trouvent des acteurs désemparés au moment de définir les priorités, de programmer les dépenses sur du moyen terme ou de construire un projet. Autrement dit, et comme savoir dépenser à bon escient est un privilège de riches, ce ministère est techniquement démuni face à l'avenir. C'est pourquoi j'ai ardemment milité pour la préparation et l'adoption d'une loi de programmation pour la justice (LPJ) qui structurerait l'action réformatrice du prochain quinquennat. Curieusement, alors que les ministères de la Défense et de l'Intérieur pratiquent régulièrement l'exercice, celui de la Justice n'a que très peu utilisé cet outil législatif. La formule répond pourtant à bien des avantages en ce qu'elle autorise des opérations étalées dans le temps. Seuls les gouvernements de M. Édouard Balladur et de M. Jean-Pierre Raffarin firent appel à cette faculté ouverte par l'article 34 de la Constitution : leurs ministres respectifs, M. Pierre Méhaignerie, garde des Sceaux de 1993 à 1995, et M. Dominique Perben, garde des Sceaux de 2002 à 2005, défendirent l'adoption et l'application d'une telle loi (Respectivement, la loi de programme no 95-9 du 6 janvier 1995 relative à la justice et la loi no 2002-1138 du 9 septembre 2002 d'orientation et de programmation pour la justice). Ils furent imités en mars 2012 par M. Michel Mercier qui présenta une « loi de programmation relative à l'exécution des peines » au sein de laquelle il prévoyait un vaste programme de construction pénitentiaire. Mais, chacun le reconnaît aujourd'hui sans fard, la démarche procédait plus d'une pétition de principe que d'une réelle planification dans la mesure où elle était sans assurance d'application et, surtout, sans les crédits correspondants. L'idée a fait son chemin au point que, le 2 juin 2016, les présidents des commissions des lois de l'Assemblée nationale et du Sénat ont ensemble appelé à une loi de programmation afin que l'action du ministère se trouve « à l'abri des clivages politiques ». De même, le 9 juin, cinq associations et syndicats réunis au tribunal de grande instance de Paris ont à leur tour réclamé une « loi de programmation pluriannuelle » pour la justice. C'est donc avec confiance que, dans le rapport « En finir avec la surpopulation carcérale », remis au Parlement le 20 septembre 2016, je plaidais en faveur du choix de la volonté qui passe par un « engagement législatif durable à la hauteur de la tâche », indiquant mon intention d'« agir longtemps en commençant sans attendre ». Nourri de cette ambition et de la précieuse connaissance du passé, j'ai choisi non de répéter l'exercice – médiatique – mais plutôt de préparer un projet de loi qu'il reviendra au prochain gouvernement d'amender, de modifier et de porter. Il me semble cependant que les orientations retenues dépassent les clivages politiques, comme la justice le requiert. L'exercice devra toutefois être conduit de manière méthodique, afin d'éviter les écueils déjà rencontrés par le passé ou ceux qui jalonnent tout processus législatif, notamment budgétaire. En premier lieu, il faudra judicieusement articuler trois exercices budgétaires concomitants qui risquent donc de se placer en concurrence : le projet de loi de finances pour 2018, qui s'intégrera certainement dans une loi de programmation des finances publiques, et ce projet de loi de programmation pour la justice que j'appelle de mes voeux. Sans compter une éventuelle loi de finances rectificative dont les majorités parlementaires sont assez friandes au début d'une législature?. En effet, depuis 2009, la préparation du budget s'effectue dans le cadre d'une programmation budgétaire pluriannuelle consistant à fixer des plafonds de dépenses (les recettes ne sont pas concernées) sur une base triennale dite « semi-glissante », c'est-à-dire, selon le ministère du Budget, un engagement « ferme – sinon l'exercice serait vain – mais modulable ». Il est donc plausible qu'un tel exercice soit conduit dès la fin de l'année 2017 afin de guider les engagements budgétaires pour les trois prochaines années. En conséquence, le budget du ministère de la Justice sera non seulement fixé pour 2018 (reprenant en cela le projet de loi de finances arbitré à l'été) mais aussi pour les années 2019 et 2020. Derrière cette mécanique se masque un risque : que le ministère n'anticipe pas suffisamment et ne soit pas en mesure de proposer au Premier ministre un texte solide permettant d'obtenir une adoption à la fin de cette année 2017. D'autant que la tentation sera grande de faire voter des lois de programmation dans d'autres secteurs gouvernementaux (défense, notamment) et qu'il faut anticiper la traditionnelle rigueur budgétaire de début de quinquennat. Dans cet objectif, et rompant avec les traditionnelles pratiques attentistes qui ont cours les années d'élection, j'ai demandé au secrétaire général du ministère de coordonner la préparation d'un texte qui concernera aussi bien les juridictions que les établissements pénitentiaires, la protection judiciaire de la jeunesse et l'administration centrale du ministère de la Justice. L'instruction donnée prévoit que soient préparés dès le mois de mai les éléments pour les budgets 2018, 2019 et 2020. Le défi est de taille, mais l'organisation est fille de la volonté. Une fois cet exercice préparé, le prochain ministre de la Justice pourra poursuivre ce travail de formalisation des besoins entre les mois de juin et septembre en le recentrant sur la préparation de la LPJ. Ainsi, à la rentrée, le travail interministériel pourra-t-il s'engager afin, par exemple, que le projet de loi soit déposé au Sénat pendant que l'Assemblée nationale examine le projet de loi de finances. Ce texte aura vocation, au-delà même de l'échéance du budget triennal, à couvrir les années 2018 à 2022 et sera donc une loi quinquennale qui structurera toute l'action de la mandature en matière de justice, secteur gouvernemental dont la remise à niveau budgétaire nécessite une action continue. En revanche, il n'apparaît pas utile d'envisager une plus grande période dans la mesure où toutes les orientations vieillissent et nécessitent des réactualisations. La loi organique du 15 avril 2009 exige que tout projet de loi s'accompagne d'une étude d'impact. Les travaux déjà conduits permettent d'éviter d'avoir recours à des procédures trop longues, même si une concertation avec l'ensemble des acteurs de la justice sera indispensable. Ainsi, pour l'essentiel, les constats sont-ils déjà connus. Ils figurent notamment dans les conclusions du Livre blanc sur l'immobilier pénitentiaire que vient de rendre, le 4 avril dernier, la commission que présidait M. Jean-René Lecerf, ou dans celles de la mission sénatoriale d'information sur le redressement de la justice que vient de présenter M. Philippe Bas, ou encore dans les travaux de la Commission de suivi de la détention provisoire animée par M. Bruno Aubusson de Cavarlay, rendus le 6 décembre 2016. Il faudra aussi se défier de la tentation de profiter de ce vecteur législatif budgétaire pour y adjoindre des dispositions juridiques éparses. D'abord parce que trop légiférer conduit à mal légiférer : les lois s'accumulent et complexifient à l'excès les procédures, parfois même se contredisent ou évoluent avant que d'avoir trouvé à s'appliquer. Ensuite, parce que l'expérience démontre que la démarche ralentit le processus et dissipe le nécessaire consensus. Ainsi, la loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (dite LOPPSI 2) a-t-elle été déposée à l'Assemblée nationale le 27 mai 2009 pour n'être promulguée au Journal officiel que le 15 mars 2011 ! Une durée qui s'explique uniquement par le fait que, durant la procédure parlementaire, son volume est passé de 46 à 142 articles ! D'un point de vue pratique, l'effort devra porter sur une présentation qui devra être analytique afin de mieux correspondre à une démarche programmatique (celle-là même qui explique la majeure partie des chantiers qui suivent). De surcroît, une telle approche sera moins soumise aux aléas des arbitrages budgétaires successifs. Et surtout, la LPJ devra évidemment se concentrer sur les créations d'emplois et les dépenses hors masse salariale, laquelle est susceptible de connaître des évolutions liées à des décisions gouvernementales dont il conviendrait de ne pas assumer le financement à budget – même accru – constant. Enfin, la question de l'objectif budgétaire, au-delà de sa dimension politique de volontarisme affiché, revêt une dimension déterminante de crédibilité. Il semble en effet rationnel de viser une cible à 8 milliards d'euros (chiffre hors compte d'affectation spéciale « Pension »). Une progression d'un milliard d'euros sur cinq ans tient compte à la fois de la soutenabilité budgétaire, des contraintes européennes, des besoins identifiés, de la capacité des services du ministère à conduire les projets et engager des dépenses. Naturellement, il ne s'agit à ce stade que d'une estimation dont la valeur indicative est assumée. Elle ne peut pas tenir compte des conséquences attendues des réformes récemment intervenues, dont certaines figurent, par exemple, dans la loi du 18 novembre 2016 sur la modernisation de la justice du XXIe siècle. Certaines pourtant devraient non seulement aboutir à ralentir les flux contentieux mais aussi et surtout entraîner des économies pour l'institution judiciaire. Enfin, évidemment, le prochain ministre aura tout intérêt à s'appuyer sur le Parlement tant dans l'élaboration que dans l'application de cette loi de programmation. Une telle démarche constitue en effet un contrat passé entre le pouvoir exécutif et la représentation nationale, lequel contrat a d'autant plus de poids que l'Assemblée nationale et le Sénat peuvent pleinement exercer leur capacité de contrôle. Une telle collaboration aura notamment pour avantage de porter le regard plus loin encore. Car l'effort, même soutenu durant les cinq prochaines années, ne soldera pas toutes les difficultés. Il faudra donc continuer à anticiper par exemple les coûts engendrés par le programme de construction pénitentiaire qui ne se feront sentir qu'à partir de 2020-2021 (v. le chantier V). Chantier II - Poursuivre le rapprochement de la justice du citoyen : accessibilité, simplicité, efficacité, rapidité La justice est un idéal, là où la démocratie est un espoir. C'est pourquoi elle a besoin d'un espace particulier pour s'épanouir. Puisque le procès est d'abord un rituel qui s'inscrit dans une structure bien définie, il ne peut se dérouler n'importe où et impose donc un lieu clos, séparé du reste de la cité afin de faire taire les tumultes du quotidien. C'est ainsi que, dans sa titanesque étude des palais de justice (Étienne Madranges, Les palais de justice en France, Paris, Lexis Nexis, 2011, 592 p.) réalisée en 2011, l'avocat général Étienne Madranges explique que tout palais de justice suppose l'« union du sacré et de la proximité ». Et, longtemps, l'architecture des tribunaux fut de fait à la fois majestueuse et pesante, avec des entrées monumentales, des escaliers imposants, des façades inspirées des temples grecs. La justice du XXIe siècle garde la même ambition : faire office de rempart qui protège les individus et assumer d'être un gardien qui veille au respect des règles du vivre-ensemble. Mais elle ne peut plus maintenir le citoyen à distance. D'ailleurs, les palais de justice que j'ai eu le plaisir d'inaugurer, comme les premières pierres que j'ai eu l'honneur de poser, démontrent à chaque fois un équilibre entre la fonctionnalité et la symbolique ; car, si l'architecture demeure le visage des institutions, ceux qui y travaillent comme ceux qui y passent sont leur âme. Cependant, les changements ne concernent pas que les bâtiments ; il faut en conséquence perpétuer les efforts pour rapprocher la justice du citoyen sans rien enlever de sa force ou de sa solennité, bien au contraire. Cet objectif, que la loi de programmation devra promouvoir à divers titres, inclut probablement de revoir une partie de l'organisation judiciaire, de simplifier les procédures à tous les degrés de juridiction et de simplifier le parcours d'accès au droit qui suscite aujourd'hui frustrations et incompréhensions chez nos concitoyens. Cela implique également de poursuivre le recentrage de la justice sur ce que l'on nomme sans doute un peu vite son « coeur de métier » : sa mission de dire le droit et, par ce biais, de trancher des litiges. Enfin, l'oeuvre de justice n'est rien sans les professions associées dont il convient d'accompagner le changement. Repenser le service public de la justice au profit du justiciable Penser le service public de la justice suppose de centrer la réflexion sur le justiciable et sa capacité d'accéder à l'information, au droit et à un juge. Cette dimension prime toute autre considération. De fait, dans une société démocratique fondée sur le respect de la loi, l'accès à la justice et, plus largement, au droit est l'une des conditions de l'effectivité du pacte social. Le droit d'agir en justice conditionne l'effectivité de tous les autres puisqu'il permet leur reconnaissance et leur sanction. C'est d'ailleurs pour cela qu'il est pleinement reconnu par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) ou de la Cour de justice de l'Union européenne, et qu'il est protégé en tant que droit fondamental par le Conseil constitutionnel. Dès lors, le fait que certains ne soient pas en mesure de faire valoir leurs droits est un échec pour la société tout entière. Des efforts sont donc indispensables pour remédier à cette situation. Ainsi, ma précesseure avait-elle lancé une belle initiative avec la création du service d'accueil unique du justiciable (SAUJ), guichet d'accueil situé au sein des tribunaux afin de renseigner nos concitoyens, mettre à disposition les formulaires idoines pour accomplir des démarches, saisir la justice, réaliser une demande d'aide juridictionnelle, etc., et dont l'existence a été consacrée dans la loi de modernisation de la justice du XXIe siècle que j'ai défendue au Parlement. D'abord déployés de manière expérimentale à partir d'octobre 2014, 349 SAUJ, animés par des greffiers, devraient être en place d'ici le 31 décembre 2017 au sein des tribunaux de grande instance, d'instance et conseils de prud'hommes. La voie ainsi tracée mérite d'être poursuivie. En effet, tous les élus ont un jour été confrontés à un citoyen désemparé face aux nombreux outils poursuivant une même mission : on pourrait ainsi citer les 140 « maisons de la justice et du droit », les multiples « antennes » ou autres « guichets d'accès au droit », sans compter les « maisons du droit », les « permanences d'information et d'orientation », les « points contact », ou les 1 300 « points d'accès au droit », dont la seule véritable perspective commune est l'hétérogénéité. À titre d'exemple, tous les points d'accès au droit ne permettent pas toujours des consultations juridiques gratuites avec des avocats ou des temps de médiation ? Il faut donc encore simplifier en décidant d'adosser un point d'accès au droit à chaque SAUJ, dans le but qu'un justiciable se rendant au tribunal pour obtenir des informations trouve directement sur place les dispositifs qui correspondront à ses besoins, offrant ainsi un véritable parcours lisible et simplifié dans son accès au droit. La complémentarité des offres et des fonctions sera alors un atout. Et l'ensemble sera amplifié par un accès massif à la dématérialisation des procédures, sur laquelle on reviendra et qui permettra de faire naître le service d'accès unique numérique du justiciable (SAUNJ) en parallèle des implantations physiques. Faut-il ensuite modifier les implantations géographiques des tribunaux ? Ma réponse est aussi définitive que négative. Nos territoires restent en effet profondément marqués par la brutalité de la méthode qu'utilisa Mme Rachida Dati entre 2007 et 2009. Pourtant, une telle évolution de notre carte judiciaire était réclamée : entre 1980 et 2007, pas moins de dix rapports parlementaires ou de commissions d'experts l'avaient recommandée. Mais les conditions dans lesquelles elle s'est déroulée ont suscité légitimement d'intenses protestations des élus comme du monde judiciaire. Las, rien n'y fit : menée de manière aussi pressante que déterminée, elle a supprimé 341 juridictions (dont 178 tribunaux d'instance), soit plus d'un quart des juridictions existantes. Depuis cette date, les plaies ont cicatrisé, y compris grâce aux réajustements auxquels a pu légitimement procéder Mme Christiane Taubira entre 2014 et 2015. Pourquoi donc faudrait-il remettre l'ouvrage sur le métier ? Ces jeux de mécanos brutalisent les territoires et abîment ceux qui y vivent. Sans doute conviendrait-il néanmoins de « corriger » certaines étrangetés qui suscitent chez nos concitoyens une profonde incompréhension, voire de vraies difficultés. Elles sont liées au fait qu'il est complexe de piloter localement un service public de la justice lorsque celui-ci n'est pas en lien avec les circonscriptions de l'État. L'exemple de la cour d'appel de Grenoble est saisissant : le seul département des Hautes-Alpes (région PACA) oblige à des exercices d'acrobatie puisque la réforme des extractions judiciaires concerne deux directions interrégionales des services pénitentiaires, celle des tribunaux des affaires sociales implique deux directions régionales de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale, le financement du plan État-région pour ce seul département se joue à Marseille, etc. Quant au département de l'Ardèche, riverain du Rhône et en totale synergie avec la Drôme sur un plan économique, il dépend de la cour d'appel de Nîmes : les usagers ne comprennent pas qu'ayant leur avocat à Valence et leur procès à Privas, ils doivent aller à Nîmes en appel et non à Grenoble… A minima, il faut corriger la situation des 12 départements qui sont rattachés à une cour d'appel qui n'est pas dans la même région administrative qu'eux. Mais je ne crois pas pertinent d'aller au-delà de ces ajustements. Il est préférable de porter l'effort sur les réformes de procédure qui sont devenues, par le jeu d'une sédimentation continue, lourdes, exigeantes, parfois illisibles quand elles ne sont pas incohérentes. Leurs carences sont, en outre, compensées par une jurisprudence foisonnante, si bien qu'il devient impérieux d'en revoir une grande partie. La première orientation majeure résiderait dans l'unification des modes de saisine des juridictions de première instance. En effet, quel citoyen peut comprendre aujourd'hui les différences existant entre la saisine par déclaration au greffe, par requête (simple ou conjointe), par assignation, voire par comparution personnelle ? En conséquence, une unification des modes de saisine revient à un exercice de cohérence. Une deuxième piste serait de garantir au justiciable une plus grande efficacité de la décision de justice, ce qui réduirait l'intérêt d'un recours en appel et donc diminuerait globalement les délais des procédures. Il faudrait donc repenser l'office du juge par rapport aux parties, considérées dans le droit français comme seules à même de définir le contenu du procès. Ainsi, alors que le juge est aujourd'hui tenu par les prétentions des parties, s'agirait-il d'ajouter à ses missions celles, si nécessaire, de requalifier en droit les prétentions des parties ou de soulever des moyens d'office. Cela constituerait un biais pour purger, dès la première instance, le litige dans son intégralité. En effet, aujourd'hui, le juge de première instance constitue trop souvent un « tour de chauffe » au cours duquel tous les arguments ne sont pas présentés afin de se ménager des atouts pour le juge d'appel. Cela contribue à dévaluer les décisions de première instance et à faire douter de leur portée, à rallonger les délais procéduraux et à engorger les formations d'appel. En somme, une partie des critiques formulées par les justiciables trouve sa source dans des pratiques qui pourraient être réformées. Naturellement, cela suppose plus de magistrats et de greffiers en première instance. Car cette plus grande responsabilité des juges, qui s'imposerait également aux plaideurs, serait naturellement assise sur une collégialité plus développée, voire un recours renforcé aux juges professionnels ou, à tout le moins et à l'image des orientations prises ces dernières années tant en matière commerciale que prud'homale, en professionnalisant les juges qui y oeuvrent. Autant de gages de plus de qualité des décisions et, en conséquence, d'une plus grande confiance de nos citoyens dans le processus de justice. Concentrer les recours en appel et en cassation sur les questions de droit La France compte 36 cours d'appel, une chambre détachée de cour d'appel et un tribunal supérieur d'appel. Leur périmètre s'avère très variable et ne coïncide ni avec les territoires des 13 régions actuelles ni avec ceux des 9 interrégions des services déconcentrés du ministère de la Justice, ceux de l'administration pénitentiaire et ceux de la protection juridique de la jeunesse. Une telle carte conduit à des chevauchements de compétences territoriales au point que le bien-fondé de cette organisation est en débat depuis longtemps. Nombre de structures, telles les conférences qui rassemblent les premiers présidents des cours d'appel et les procureurs généraux, soulignent par exemple que ce découpage n'est plus totalement adapté à la mise en oeuvre de nombreuses politiques publiques où l'action pénale joue un rôle de plus en plus essentiel. Dans les derniers mois, et singulièrement lors des questions au gouvernement (V. notamment celle posée par Mme Bernadette Laclais, députée de Savoie, le 12 janvier 2017) à l'Assemblée nationale, j'ai pourtant réitéré ma grande réserve face à toute évolution de la carte de ces cours, comme d'ailleurs de celle des tribunaux de grande instance. Je demeure donc à convaincre d'autant qu'il me semble que cette réforme devrait s'accompagner d'un ajustement de l'organisation administrative du ministère entre les services judiciaires et les autres directions à réseau, ce qui n'est actuellement pas le cas. Il faudrait ensuite être certain que la fusion des responsabilités ne se traduirait pas par l'abandon des sites judiciaires actuellement occupés par les cours d'appel. En revanche, je suis favorable au fait de repenser notre droit au recours. Aujourd'hui, les justiciables qui ont formé des appels sont confrontés à des délais disproportionnés : il faut attendre en moyenne près d'un an pour un divorce contentieux, près de dix-huit mois pour un appel en matière de licenciement et même près de vingt mois en matière de protection sociale ! Ce phénomène n'est pas récent et s'explique, pour l'essentiel, par une augmentation très notable du nombre des recours. Ainsi, par exemple en matière civile, les cours ont-elles connu une augmentation de près du quart du nombre des appels en dix ans (+ 24, 3 % entre 2004 et 2014). Les étudiants en droit savent que le principe du droit au recours est un principe général du droit à valeur constitutionnelle qui permet d'assurer au citoyen la possibilité de contester les décisions prises à son égard. Il s'agit d'une caractéristique essentielle de l'État de droit. Très différent est le « droit au juge » qui peut connaître, comme tout droit, de légitimes limitations afin de conférer une plus grande efficacité à la justice du second degré. On admettra sans difficulté qu'un citoyen, confronté à un problème juridique qui perturbe sa vie quotidienne, attend une réponse claire et rapide de la justice. Or celle-ci peut être retardée parce que les parties au procès déposent devant la cour d'appel des arguments nouveaux. En conformité avec l'accent porté sur la première instance évoqué plus haut, c'est l'une des voies qu'il doit être possible d'emprunter demain : limiter, en cas d'appel, la présentation d'autres arguments que ceux critiquant la décision du premier juge. Il s'agit d'une conception de l'appel appelée « voie de réformation » que les spécialistes opposent à l'appel « voie d'achèvement » au cours duquel l'ensemble du procès est repris à zéro, comme si la première instance ne comptait pour rien. Cette vision traditionnelle française de l'appel « voie d'achèvement » a sans aucun doute participé à la hausse déraisonnable du contentieux. Parce que je suis convaincu de la pertinence de cette évolution, j'ai souhaité qu'un décret paraisse dans les prochaines semaines et constitue une première réponse en ce sens. Il encadre plus fermement la possibilité de présenter de nouvelles demandes, impose de présenter l'ensemble de ses prétentions et moyens dès le premier examen de l'affaire et propose une diminution globale des délais imposés aux parties pour la présentation de leurs conclusions dans le cadre de la mise en état. Toutefois, ce texte ne peut constituer qu'une première étape à une réforme d'envergure. Comme déjà évoqué, un appel qui serait concentré sur la critique en droit du jugement de première instance aurait pour mérite d'obliger les parties à présenter l'ensemble de leurs demandes et pièces au premier juge, sans réserver inutilement leurs dernières cartes pour le juge d'appel. Dans l'intérêt de tous, il améliorerait le temps de traitement des dossiers en appel, le juge d'appel bénéficiant alors de la mise en état de l'affaire, inchangée, faite par le juge du premier degré. Et c'est toute la chaîne qui en bénéficierait puisque, la cour d'appel ayant déjà statué en droit, la Cour de cassation verrait à son tour son rôle renforcé en tant que cour suprême, rien ne s'opposant désormais à un filtrage des dossiers afin de lui permettre de n'examiner que les questions de principe. Pour autant, je suis conscient qu'une telle réforme est conditionnée par l'effort porté sur le rôle du juge de première instance et sa capacité à appréhender, en soutien des parties, le litige dans son ensemble. Accroître le recentrage de la justice sur son « coeur de métier » Juger n'est pas un don mais un honneur, pas une source de gloire mais une exigence d'humilité permanente. Comme l'énonçait Pierre Drai, qui fut premier président de la Cour de cassation, « dans un monde bouleversé, déchiré, confronté à toutes les violences physiques et morales, et souvent impitoyable, le juge doit inspirer confiance et être, pour chacun de nos concitoyens, un recours et une source d'espérance ». Juger, c'est donc choisir, ce qui exige de la conscience, de la compétence et du temps. Seul le temps permet une maturation de l'affaire. L'agressivité initiale s'apaise. Le conflit est vécu sur un mode moins passionnel, facilitant ainsi l'acceptation d'une décision qui aurait pu paraître inéquitable si elle était intervenue dans l'instant. Il faut donc que le juge puisse disposer de la sérénité d'esprit qui lui permettra d'assumer son double devoir, celui du respect de la règle de droit qui enserre son action et celui des égards dus à la personne à laquelle il s'adresse et qu'il juge. Or, ce temps, les juges en manquent trop souvent. Leur rôle d'arbitre social est si utile, leur fonction de légitimation des régulations sociétales est devenue si sensible que la tendance est grande d'y recourir pour entériner toute mesure devant s'imposer sans contestation possible à nos concitoyens. Si bien que la justice est conduite à intervenir parfois très loin de son coeur de métier, à savoir trancher les litiges par l'application du droit. C'est donc avec détermination que, dans la loi de modernisation de la justice du XXIe siècle, je me suis efforcé de limiter les charges qui pèsent sur les magistrats : le divorce par consentement mutuel (où par hypothèse le conflit est moindre) a été confié aux avocats, le notaire étant chargé de lui donner son caractère exécutoire ; l'homologation par les juges d'instance des plans de rétablissement sans liquidation judiciaire a été supprimée ; la procédure d'amende forfaitaire délictuelle a été instaurée et certains délits routiers ont ainsi été forfaitisés sans rien changer à la politique de sécurité conduite en ce domaine. J'ai également veillé à soulager les greffes en obtenant du Parlement le transfert de la gestion des PACS aux collectivités et en confiant de nouvelles missions aux notaires en matière successorale. Dans la mesure où 173 000 PACS ont été conclus en 2013 et que les officiers d'état civil doivent en tout état de cause intervenir pour l'indiquer sur les actes d'état civil en fin de procédure, cette charge ne devrait pas peser sur les 35 885 communes. Pareille dynamique s'inscrit d'abord dans une volonté de simplification de la vie quotidienne de nos concitoyens qui sont par exemple nombreux à divorcer à l'amiable (plus de la moitié des divorces depuis plusieurs années) et devaient comparaître devant un juge chargé d'homologuer la convention élaborée par eux-mêmes assistées de leur(s) avocat(s). Elle a également pour ambition de dégager du temps judiciaire supplémentaire au profit des situations litigieuses, complexes, parfois douloureuses, qui méritent pleinement l'intervention du juge. La démarche se justifie d'autant plus si son office est renforcé pour une plus grande qualité de la décision. Il en va de même pour la forfaitisation des délits routiers. Un exemple illustrera aisément la réalité : aujourd'hui, un même radar peut, sous un tunnel, identifier près de 3 000 personnes en infraction en une seule journée. Et comme la capacité de traitement d'un tribunal de police dans une juridiction moyenne est de 2 000 affaires par an, il est aisé d'en conclure qu'un tunnel peut à lui seul, et en une seule journée, générer une fois et demie la capacité annuelle d'absorption d'un tribunal de police ! Cette étape franchie, il est désormais temps d'en explorer d'autres, sans tabou, au civil comme au pénal, et sans sacrifice de la garantie essentielle dans un État de droit que constitue l'accès au juge. Ainsi, en matière pénale, peut-il désormais être envisagé d'étendre la procédure d'amende forfaitaire délictuelle à d'autres infractions dites matérielles ou à des contentieux techniques, pour lesquels les constatations initiales permettent d'établir sans conteste la commission de l'infraction. Je pense ainsi à certains contentieux routiers, dont le défaut d'assurance ou les délits et contraventions de conduite sous l'empire d'un état alcoolique commis par un primo-délinquant en deçà d'un certain seuil (l'Espagne y a recours et a su, en augmentant la sévérité des amendes, obtenir des résultats positifs dans la lutte contre la mortalité routière). Cela peut aussi être le cas des infractions en matière environnementale, de transport routier, d'usage de stupéfiants, etc. Cela contribuera, en ne remettant nullement en cause ni l'efficacité de notre réponse pénale ni la systématicité de la sanction, à simplifier le traitement de ces contentieux, parfois de masse, et à permettre aux magistrats du ministère public – parmi les plus chargés au sein des pays du Conseil de l'Europe (V. les rapports de la CEPEJ, dont le dernier paru en 2016 : les procureurs de la République français figurent au premier rang européen en termes de nombre de dossiers traités chaque année) – de consacrer davantage de temps au traitement d'affaires plus complexes. Dans le même esprit, en matière civile, l'intervention du juge dans le cadre de certains contentieux, tels que la procédure d'adoption simple de majeurs non vulnérables, qui a un objet essentiellement patrimonial, ou la vérification du consentement au don de gamètes, pourrait être écartée au profit d'une intervention notariée par exemple. Surtout, la gestion des tutelles et des curatelles doit être réévaluée. La loi de 2007 (Loi no 2007-308 du 5 mars 2007 portant réforme de la protection juridique des majeurs) avait déjà pour objectif de déjudiciariser ce contentieux, avec une cible de réduction de 25 % du nombre de mesures proposées. Mais la pression démographique liée au vieillissement de la population (Selon une enquête de la Fondation Médéric-Alzheimer, 260 000 personnes atteintes d'Alzheimer font l'objet d'une mesure de protection, soit 30 % des personnes atteintes et 38 % des mesures prononcées par les juges des tutelles) et la faiblesse structurelle de l'encadrement administratif judiciaire n'ont pas permis de résorber cette charge qui, de 508 millions d'euros en 2008, est passée à 780 millions en 2015 (Rapport de la Cour des comptes du 16 septembre 2016). Ceci a justifié que tant la Cour des comptes dans son rapport du 16 septembre 2016 que le Défenseur des droits dans un rapport du 29 septembre suivant s'en émeuvent, appelant, pour l'une, à une meilleure gestion de cette politique publique et, pour l'autre, a une meilleure prise en compte des droits des majeurs protégés. Il faut dissiper toute inquiétude : la déjudiciarisation que j'envisage en ce domaine ne sera en rien préjudiciable aux majeurs vulnérables ; au contraire, elle doit, ainsi que le juge peut le déterminer au moment de l'ouverture d'une mesure, garantir la protection de ceux dont les intérêts sont en danger. Or, en ciblant l'intervention du juge sur ces situations et en le libérant du suivi de certaines mesures et du contrôle de la gestion, on garantit une plus grande vigilance de l'institution judiciaire. Il convient par exemple d'assouplir les règles de contrôle des patrimoines. Lorsque la mise en oeuvre d'un contrôle effectif des comptes de tutelle sera nécessaire, il y aura lieu de mettre en place une délégation à des experts-comptables, aux frais des majeurs protégés pour ceux bénéficiant d'un important patrimoine, et aux frais de l'État pour les autres. En dépit de la responsabilité personnelle qui pèse actuellement sur les directeurs des services de greffe des tribunaux d'instance, ceux-ci ne sont en effet pas en mesure d'assurer une mission pour les centaines de milliers de mesures concernées. La mise en place d'un dispositif de délégation, sous le contrôle des directeurs des services de greffe, voire d'une entité publique non judiciaire comme les services de la direction générale des finances publiques ou des chambres régionales des comptes, préserverait les intérêts des incapables majeurs en laissant au service public la responsabilité et le contrôle des opérations. Pareille évolution des pratiques me paraît l'une des rares voies efficaces pour lutter contre la dispersion et la multiplication des tâches des juges, notamment du siège. En effet, ces magistrats cumulent toujours plus de missions dont certaines sont situées à mi-chemin entre le juridictionnel et l'administratif, voire des missions essentiellement administratives. Le juge est désormais devenu « le gardien de toutes les promesses », pour reprendre le titre d'un ouvrage publié il y a quelques années par M. Antoine Garapon. Pour pouvoir lui permettre d'en revenir à sa fonction initiale, il faut donc faire évoluer d'autres pratiques. C'est ainsi que conciliation, médiation, convention de procédure participative et arbitrage ont vu leurs domaines élargis et leurs régimes améliorés par la loi de modernisation de la justice du XXIe siècle. De nombreux outils sont désormais disponibles pour le règlement extra-judiciaire des litiges. Il est impératif que le recours à ceux-ci se développe. Heureusement, certaines professions, ainsi que des acteurs privés, s'en sont déjà emparées : des plateformes de médiation et d'arbitrage en ligne ont par exemple été créées. Des mesures d'incitation pourraient néanmoins être prises pour favoriser le recours à ces modes alternatifs de règlement des différends. Le coût de ces procédures notamment, souvent dissuasif, pourrait être – au moins en partie – allégé par des mécanismes de déduction ou de crédit d'impôt, par exemple. Mais, plus que jamais, les avocats doivent jouer un rôle de filtre – fort utile pour désengorger les tribunaux de vaines actions – en déconseillant à leurs clients la voie contentieuse lorsqu'elle ne leur est pas favorable ou en les orientant davantage vers ces modes alternatifs de résolution des différends. L'aide juridictionnelle pourrait en ce sens favoriser pareil mouvement. Réformer l'aide juridictionnelle Le système actuel de l'aide juridictionnelle a été institué pour compenser les difficultés des justiciables disposant des ressources les plus faibles et leur permettre d'accéder au droit et à la justice. Et, de fait, l'accroissement du recours à la justice est un indéniable progrès qui pèse cependant lourdement sur le système imaginé en 1991. Or sa réforme s'apparente à un serpent de mer. Un récent rapport de la Cour des comptes, à l'instar de celui remis en octobre 2014 par le député Jean-Yves Le Bouillonnec à ma prédécesseure, nous y invite. Mal organisée, difficilement gérée, tenant mal la comparaison en termes d'efficacité avec nos voisins européens, l'aide juridictionnelle mérite d'être repensée tout en maintenant comme horizon la pérennité de son financement. Aujourd'hui, nul n'ignore que le chiffre d'affaires d'un certain nombre d'avocats dépend pour une part notable de l'aide juridictionnelle, ce qui bouleverse profondément la perspective à l'origine de son institution. Et, le 27 janvier 2017, devant la conférence des bâtonniers, j'avais rappelé que le budget alloué en 2017 représentait 454 millions d'euros et était promis à un accroissement exponentiel. L'aide juridictionnelle ne sera jamais une véritable rémunération car il ne s'agit pas d'un tarif, établi en considérant les coûts pertinents du service rendu et une rémunération raisonnable selon la méthode désormais retenue pour les prestations des officiers publics et ministériels. Si tel était le cas, ce tarif s'appliquerait à toutes les prestations du même type, quelles que soient les ressources de leur bénéficiaire ! Sans surprise, si le constat est largement partagé, le consensus cesse lorsqu'il s'agit de dire comment réformer. Il n'existe donc pas de solution miracle. Une voie paraît néanmoins mériter une attention particulière en ce qu'elle combine deux intérêts : la formation des juristes d'une part et la fourniture de services juridiques d'autre part. Cette voie est celle des « cliniques du droit » (ainsi ont-elles été désignées par leurs créateurs) que l'on a vues apparaître ces dernières années dans des universités et dans certaines écoles d'avocat. Pour la fourniture de conseils juridiques, hors cadre judiciaire, les cliniques universitaires constituent sans doute une voie pertinente qu'il faut approfondir et développer. Les étudiants des universités, sous la direction d'enseignants et de praticiens, fournissent ces conseils dans le cadre de modules intégrés à leur cursus. Pour les cas où la représentation en justice s'impose, les cliniques relevant des écoles d'avocats présentent alors un intérêt : les élèves avocats pourraient assurer la préparation du dossier sous la direction d'un avocat qui plaiderait le dossier. On pourrait alors imaginer que l'aide juridictionnelle revienne à ces cliniques. Elles rémunéreraient les avocats participant à ces prestations, éventuellement en combinaison avec une prise en compte d'une partie de cette activité au titre de l'obligation de la formation. Mais d'autres systèmes sont évidemment envisageables, comme celui qui consiste à faire de la rémunération de l'avocat, par définition non réglée par le client, une charge déductible de son résultat. Évidemment, cela ne peut se concevoir que si ces missions ne représentent qu'une part limitée du volume d'activité de l'avocat, ce qui suppose donc un certain contrôle de celles-ci par les ordres. Il y a encore une autre piste : celle des structures dédiées, répondant à des appels d'offre pour des marchés d'aide juridictionnelle. Je sais néanmoins que cette solution n'a pas les faveurs de la profession, par crainte de voir l'indépendance de l'avocat menacée. Cette indépendance est, en effet, fondamentale dans la mesure où la profession d'avocat est une profession libérale particulière puisqu'elle participe à la mission de justice. Enfin, le recours à l'assurance de protection juridique pourrait être étudié, afin notamment que les fonds alloués à la première aillent en priorité dans les domaines où aucune alternative n'est possible. Il pourrait ainsi être envisagé de rendre l'assurance de protection juridique obligatoire dans un certain nombre de domaines, la conclusion de contrats notamment (et en particulier de contrats d'adhésion). Cette obligation trouverait sa justification dans le fait que la conclusion d'actes juridiques est génératrice de risques contentieux. Elle aurait en outre pour avantage, en élargissant le champ de l'assurance, de permettre d'en réduire le coût. L'assurance de protection juridique pourrait en outre être autorisée dans des domaines où elle n'est pas possible aujourd'hui (en matière familiale notamment), ce qui irait de pair avec la déjudiciarisation entamée dans cette matière. Pareille extension du champ de la protection juridique, combinée avec la subsidiarité de l'aide juridictionnelle inscrite dans les textes, permettrait certainement une meilleure allocation des moyens, au profit notamment de l'aide en matière pénale, non assurable par essence. Il reste une dernière piste qui, bien que souvent prônée, n'a jamais été sérieusement envisagée : celle de la prise en charge d'une consultation juridique préalable à une demande d'aide juridictionnelle. Nul doute en effet que l'intervention d'un professionnel pourrait corriger le « biais d'optimisme » qui porte de nombreuses personnes à s'estimer en situation de faire valoir des droits devant la justice. Accompagner l'évolution des professions judiciaires Les développements qui précèdent l'illustrent : la justice ne rime pas uniquement avec juge. Elle repose sur plusieurs piliers, dont les professions judiciaires. Parmi elles, la profession d'avocat est sans doute celle qui vient le plus naturellement à l'esprit. Or l'image idéalisée de l'avocat plaidant au pénal, l'avocat « combattant au verbe nu », ne correspond plus à la réalité de l'ensemble de la profession. L'activité judiciaire ne se résume pas au contentieux, encore moins au seul contentieux pénal. Le judiciaire ne représente en effet que le tiers de l'activité et des ressources de la profession. À l'inverse, le conseil en représente les deux tiers et sa place va encore s'accroître, compte tenu des autres activités désormais ouvertes aux avocats (agent sportif, fiduciaire, etc.). En outre, on constate que la justice est de plus en plus négociée, notamment en raison du développement des modes alternatifs de règlement des différends. C'est vrai même de la justice pénale avec la transaction pénale instituée par la loi Sapin 2, mais c'est bien sûr la justice civile, justice du quotidien, qui en forme le bastion, de façon toujours plus prégnante. Dans ce cadre particulier, la justice ne se réalise que si les parties s'accordent en connaissance de cause. C'est ici qu'interviennent les professionnels du droit, et notamment les avocats. Aux côtés de chacune des parties, ils assurent, grâce à leur expertise, les conditions d'une conciliation équilibrée des différents intérêts. S'agissant des officiers publics et ministériels, la loi du 6 août 2015 a profondément bouleversé le secteur. Tous les représentants des professions du droit rencontrés lors de mon arrivée à la Chancellerie m'avaient alors décrit la fracture générée par ce texte. Tous, presque sans exception, avaient vécu la démarche gouvernementale et les débats parlementaires comme une hostilité à leur égard. Alors même que ce n'était ni la volonté du Premier ministre ni celle du Parlement. Il était donc de mon devoir de chercher à restaurer la confiance, seule base possible pour pouvoir bâtir l'avenir. Je m'y suis employé sans rien modifier de la volonté du législateur. Par nature, je ne considère pas la vie publique comme un champ de bataille, les discussions qui la parsèment comme des guerres de mouvement et les échanges avec mes interlocuteurs comme des duels sans merci. Et, par tempérament, je préfère les réunions comme celle qui se déroula dans la clairière de Rethondes en novembre 1918 que celle que commémore l'ossuaire de Douaumont. Reste que la situation n'est guère satisfaisante en ce qu'elle repose sur le postulat que toute personne diplômée doit pouvoir être nommée sans néanmoins le concrétiser puisqu'elle retient un dispositif de liberté régulée qui ne se fonde sur aucun critère solide de régulation. Il conviendra donc de déterminer précisément ces critères d'accès. Il importe en outre de prendre davantage en compte les spécificités locales dans la détermination de l'implantation des offices à créer, et de revoir les modalités de transfert des offices au sein d'une zone. Chantier III - Mettre la force de la technologie au service de tous Notre vie quotidienne a été profondément transformée par l'usage de plus en plus massif des nouvelles technologies. Nos habitudes de consommation, nos relations sociales, nos modes de travail, etc., ont évolué en adoptant les outils numériques. Hélas, notre relation au service public, et plus encore à celui de la justice, est restée largement figée par la tradition. Sécuriser et moderniser l'informatique de la justice En quelques années, l'environnement de travail a profondément changé : la majorité des salariés travaille désormais sur ordinateur et dispose d'un téléphone mobile. Cela n'est pas sans conséquence sur le quotidien des individus et notamment sur leurs usages et habitudes, comme sur le fonctionnement d'une institution telle que le ministère de la Justice. Pour autant, et même si la France est devenue en 2014 la première nation européenne en matière d'administration numérique, la révolution judiciaire en la matière n'a pas encore eu lieu, au détriment des justiciables mais aussi de l'amélioration des conditions de travail des personnels. Il faut ainsi engager résolument une mutation pour parvenir à la dématérialisation des procédures. Tant au niveau administratif qu'organisationnel, la dématérialisation permettra un gain de temps sans pareil pour les personnels et une simplification pour les citoyens ; les multiples expériences qui sont conduites dans les juridictions le démontrent à l'envi. Ce n'est donc plus une option. Il faut viser l'ensemble des procédures et échanges internes du ministère mais aussi avec le justiciable, les services enquêteurs de la police ou de la gendarmerie, les avocats ou encore les personnes détenues (réservation de parloirs, communication avec l'administration, etc.). Et l'objectif doit être multiple : dématérialiser l'ensemble des procédures et échanges (Une convention cadre signée fin juin 2016 avec le président du CNB a d'ailleurs pour objet de permettre d'harmoniser au niveau des cours d'appel les pratiques en matière de communication électronique des différents tribunaux de leurs ressorts. À ce stade, il n'est pas possible, pour des raisons techniques, de la rendre obligatoire en première instance. Il faut oeuvrer en ce sens), permettre le stockage et l'archivage numérique, développer les capacités de signature électronique tout en assurant un haut niveau de sécurité. Une première initiative a déjà été amorcée avec le décret du 11 mars 2015 (Décret relatif à la simplification de la procédure civile à la communication électronique et à la résolution amiable des différends), mais elle laisse subsister la possibilité de l'utilisation de la lettre recommandée avec accusé de réception, dont tous les professionnels admettent l'inefficacité et dont tout ministre de la Justice est à même d'évaluer le poids budgétaire démesuré dans le fonctionnement des juridictions. Évidemment, cette transformation doit s'accompagner d'une rénovation profonde des infrastructures informatiques, aujourd'hui largement frappées d'obsolescences, au point qu'il est par exemple de plus en plus difficile d'acquérir des pièces de rechange face aux pannes téléphoniques qui se multiplient. Au demeurant, les progrès attendus ne concerneront pas seulement le public, ils favoriseront aussi l'amélioration des conditions de travail des personnels du ministère. À nouveau à titre d'exemple, le logiciel des services éducatifs de la protection judiciaire de la jeunesse (appelé « Game 2010 ») n'est pas adapté à un usage extensif de la dématérialisation. Il est donc peu utilisé par les éducateurs qui sont contraints de rédiger leurs rapports sur des outils classiques présentant de nombreux inconvénients, notamment en termes de confidentialité. Cette dématérialisation est l'objectif de « justice.fr », portail qui a aujourd'hui pour fonctions d'informer et de guider le justiciable mais qui lui permettra demain de suivre l'état d'avancement de sa procédure. À terme, cet outil, qui inclura des bureaux virtuels de magistrats et greffiers, favorisera la gestion des dossiers de manière totalement dématérialisée, de la saisine des juridictions à la notification des décisions en ligne. Mais tout cela ne pourra se concrétiser que si le ministère de la Justice décide de consacrer les moyens nécessaires à une mutation de la conception de ses systèmes informatiques, lesquels, depuis toujours, sont morcelés et cloisonnés par « métier » entre les différentes directions (services judiciaires, administration pénitentiaire, protection judiciaire de la jeunesse, secrétariat général, etc.). Cette perspective est dépassée et doit être abandonnée pour une autre approche pragmatique : partir des besoins des justiciables. Naturellement, au regard des carences que déplorent régulièrement les personnels dans l'usage des programmes informatiques tels que Cassiopée (Traitement qui permet l'enregistrement d'informations relatives aux plaintes et dénonciations reçues par les magistrats dans le cadre de procédures judiciaires), Genesis (Traitement utilisé pour la gestion des personnes détenues) ou de la plateforme des interceptions judiciaires (PNIJ), et parce que l'irruption du numérique dans notre quotidien se traduit par des effets en cascade dont il est difficile de mesurer l'évolution, la modestie doit être de mise. Mais elle ne doit entraver ni l'ambition ni le réalisme. Seule une refonte de ces outils garantira à la fois une prise en compte des nouvelles exigences législatives et réglementaires et l'indispensable réponse de l'action publique. Dans le même ordre d'idées, devront être regroupées au sein du service statistique ministériel les diverses fonctions statistiques encore éparpillées dans les directions. Comment pourrions-nous encore longtemps tolérer le fait que nous ne soyons pas en mesure d'effectuer un suivi de l'entier parcours pénal d'une personne ou que nous ne disposions pas d'éléments en temps réel ou prévisionnels ? Plus important encore, il est réellement stratégique de prendre la mesure de la déferlante d'innovations qui frappe ce que l'on nomme « les techniques d'enquête judiciaire ». Celles-ci correspondent aux moyens appliqués par les autorités compétentes dans le cadre d'enquêtes pénales sur des infractions graves, avec pour objectif de recueillir des informations de telle sorte que les personnes visées ne soient pas alertées. Ce sont donc des techniques décisives pour aider à la manifestation de la vérité. Si leur base juridique a été rénovée dans le cadre de la loi du 3 juin 2016 que j'ai défendue au Parlement, il est maintenant essentiel d'en assurer une montée en gamme technologique. C'est l'objectif que poursuit la création de l'Agence nationale des techniques d'enquêtes numériques judiciaires (ANTEN-J) que nous allons créer dans les prochains jours en lieu et place de la « délégation aux interceptions judiciaires » qui existait au sein du ministère depuis novembre 2006. Cette nouvelle agence aura pour première mission de superviser le fonctionnement de la PNIJ. Celle-ci a connu de réelles difficultés dans sa phase de montée en capacité et de déploiement, je les ai reconnues sans fard (V. mon propos d'installation du Comité de contrôle de la PNIJ, le 29 novembre 2016) et ai demandé au Premier ministre le lancement d'une mission interministérielle d'audit dont l'amplitude fut notable. Mais la PNIJ a plus d'avenir que de passé, notamment parce qu'elle permet de réaliser de substantielles économies, d'assurer une meilleure traçabilité des données, de faciliter l'usage du recueil de données de connexion et des interceptions judiciaires et d'offrir, à terme, un outil technologique de pointe. Aussi, puisqu'un nouveau marché devra être passé pour prendre effet à partir de 2018, j'invite à prévoir les budgets nécessaires pour le maintien en activité de la PNIJ et assurer sa montée en gamme technologique. Il faudra tout autant avancer sur la question du « déchiffrement ». Le 11 août 2015, quatre responsables européens et américain de la lutte contre la criminalité (le procureur de la République de Paris, François Molins ; le procureur de Manhattan, Cyrus Vance ; le préfet de police de Londres, Adrien Leppard ; et le procureur de la Haute Cour espagnole, Javier Zaragoza) publièrent dans le New York Times une tribune accusant Apple et Google d'entraver leurs enquêtes. Ils reprochaient ainsi à ces deux entreprises d'avoir mis au point des systèmes de chiffrement empêchant l'accès aux données des téléphones portables équipés de leurs derniers systèmes d'exploitation… soit « 96 % des smartphones » dans le monde. Ce procédé technique, que les présidents de la CNIL et du Conseil national du numérique jugent à bon droit « essentiel à notre sécurité dans l'univers numérique (« En s'attaquant au chiffrement contre le terrorisme, on se trompe de cible », Le Monde, 22 août 2016) », donne lieu à des débats animés qui opposent les partisans de l'internet libre et de la protection des données personnelles aux défenseurs du primat de l'ordre public. Mais personne ne conteste la faible coopération des grands acteurs industriels du secteur. Or, dans bien des cas, cette situation profite plus aux criminels qui utilisent le net comme nouveau territoire d'infractions, pour en faciliter la commission (pédophilie, terrorisme) ou pour en commettre sur la toile (fraude bancaire, escroquerie), qu'à la protection des libertés individuelles, contrairement au discours commercial propagé par les entreprises multinationales concernées. En réponse, il est nécessaire de mettre en oeuvre une démarche au niveau européen pour faire évoluer le cadre du recueil de la preuve numérique et opposer aux entreprises concernées un régime juridique unifié et une volonté politique affirmée. En parallèle, il faut développer des solutions technologiques de déchiffrement qui, si elles ne représentent pas la panacée au regard de la course technologique à laquelle on assiste en matière de chiffrement, permettront de ne pas accroître le retard actuellement connu. De même, il s'avère indispensable de consacrer les moyens nécessaires au plein développement de la captation de données informatiques en développant une solution étatique se reposant également sur des offres du secteur privé. Il s'agit d'une voie très précieuse pour contourner l'obstacle du chiffrement et atteindre les données que les criminels souhaitent soustraire aux yeux de la justice. Pour conduire ce changement, des recrutements conséquents devront être réalisés au profit de l'ANTEN-J qui devra également offrir un niveau de rémunération attractif dans un secteur d'activité marqué par une concurrence effrénée au sein de l'État mais également avec le secteur privé. Il en va du devenir des enquêtes judiciaires qui ne sauraient être moins bien dotées que celles conduites par les services de renseignement en police administrative puisque seules les premières peuvent déboucher sur une répression des crimes perpétrés ou envisagés. Tenir compte de l'open data judiciaire et de ses potentialités Notre pays porte une tradition de transparence démocratique et de partage des informations détenues par la puissance publique. Dans le droit fil de cette tradition, une politique ambitieuse a été engagée depuis deux ans en matière d'ouverture des données publiques. Ainsi, l'article 21 de la loi du 7 octobre 2016 pour une République numérique a-t-il prévu une mise à disposition exhaustive des décisions de justice rendues par l'ensemble des juridictions. Cette volonté trouve sa source dans le droit d'accès aux documents administratifs (loi Cada du 17 juillet 1978), lequel considère que les données produites ou détenues par les administrations, dans le cadre de leurs missions de service public, doivent être mises à disposition du public. Évidemment, cela ne peut concerner ni les informations personnelles, ni celles touchant à la sécurité nationale, ni celles couvertes par les différents secrets légaux. C'est pourquoi, dans le cas d'espèce, le législateur a prudemment introduit une limite en prévoyant que la mise à disposition devait s'effectuer « sans préjudice des dispositions particulières qui régissent l'accès aux décisions de justice et leur publicité ». En substance, si l'accès au prononcé de la décision et son obtention au greffe sont libres pour les tiers, la décision sera mise à disposition du public. De même, le choix a été fait d'opérer un renforcement significatif des garanties de protection de la vie privée des personnes concernées à l'occasion de cette mise à disposition au public. En anticipation du droit de l'Union européenne (Règlement UE 2016/679 du 27 avril 2016 qui s'appliquera en droit interne à compter du 25 mai 2018), la loi a imposé un double mécanisme de protection : l'anonymisation et l'« analyse du risque de ré-identification des personnes » (notamment en cas de croisements de données). En conséquence, il faudrait doter les juridictions d'un outil permettant une « pseudonymisation » des décisions avant transmission à l'autorité gestionnaire de la base de données, laquelle procédera, préalablement à leur mise à disposition, sinon à leur « anonymisation », du moins à un traitement sur la base d'une analyse du risque de ré-identification. Ce processus ne doit rien au hasard car, si l'« anonymisation » suppose la déconnexion totale entre la donnée et la personne à laquelle elle se rattache, la « pseudonymisation » est une mesure technique qui consiste à compliquer l'identification de la personne. Ainsi, comme le rappelle régulièrement le secrétaire général de la CNIL (V. par exemple « La jurisprudence dans le mouvement de l'open data », La semaine juridique, 27 février 2017), en cas de pseudonymisation, les données demeurent personnelles, c'est-à-dire qu'elles peuvent être rattachées à un individu directement ou indirectement identifiable qui conserve donc ses droits sur ces données (par exemple, son droit d'opposition). Cette dernière conséquence juridique est précieuse car elle permet d'accompagner l'innovation dans le respect des droits des personnes. Au-delà de ces questions d'investissements pour mettre en oeuvre correctement des dispositions législatives, l'open data judiciaire ouvre de nombreuses perspectives qui devront être soumises à un examen attentif. En premier lieu, il pourrait favoriser l'analyse des décisions des juridictions du fond et renforcer la prévisibilité des décisions de justice. Car la mise à disposition en ligne de manière massive et non traitée des décisions constitue davantage que l'habituelle publication de la jurisprudence. Aussi peut-on envisager que certaines entreprises voudront développer des algorithmes qui, utilisant la matière première fournie par la jurisprudence, permettraient de tenter une estimation du produit espéré d'une action (par exemple le montant de l'indemnité de licenciement ou d'une prestation compensatoire en cas de divorce). Cela conduira donc les magistrats à normer leurs décisions, ce qui nécessitera formation et outils informatiques en appui de cette démarche. Ainsi, le développement de barèmes a-t-il déjà investi certains champs judiciaires (Par exemple en matière de pensions alimentaires) et contribué à faire évoluer les pratiques individuelles et collectives des acteurs judiciaires en proposant des outils d'aide à la décision et d'harmonisation à la fois non contraignants et très puissants. Ils remplissent des fonctions de politique publique, pour atteindre des objectifs ou des cibles définies, des fonctions instrumentales, lorsqu'il s'agit d'assurer ou de mesurer l'égalité des citoyens devant la loi, ou encore managériales, lorsque ces barèmes permettent de mesurer la qualité des décisions rendues. Au demeurant, de tels outils rejoignent la préoccupation constante d'harmoniser la réparation du préjudice, et notamment la réparation du préjudice corporel. C'est pourquoi, dans le projet de modernisation de la responsabilité civile, j'ai souhaité la constitution d'une base de données jurisprudentielles permettant la définition d'un référentiel indicatif des préjudices corporels, définis selon une nomenclature. Il s'agit avant tout d'outils statistiques ne pouvant se dispenser d'une analyse juridique classique qu'ils viennent enrichir ou compléter pour la rendre plus efficace. Enfin, l'open data judiciaire pose également la question du développement d'une justice prédictive en raison du recours à l'intelligence artificielle. Précisons alors que le terme vise non la justice elle-même mais des instruments d'analyse de la jurisprudence et des écritures des parties qui permettraient de prédire les décisions à venir dans des litiges similaires à ceux analysés. Des acteurs du droit, connus sous le nom de start-up juridiques ou LegalTech, proposent déjà dans notre pays des outils qui vont dans ce sens, car la perspective d'une analyse statistique et probabiliste des décisions de justice n'est pas nouvelle. Ce n'est pourtant pas un chemin qui me ravit. À mes yeux, la justice est avant tout une oeuvre humaine. Elle est faite par des hommes, pour des hommes. Et le droit n'est pas qu'une simple technique, tout simplement parce qu'il ne peut être détaché de ce qui le fonde, de ce qui en fait la matière fondamentale : la vie d'êtres humains, des situations vécues qui sont toutes singulières et qui font que la règle doit toujours être adaptée. C'est ce qui rendra toujours l'intervention du juriste indispensable car son art consiste à appréhender la réalité humaine en même temps qu'il procède à l'analyse juridique et à mêler ces deux matériaux, humain et juridique. En revanche, l'intelligence artificielle pourrait être utilement mise à profit pour bâtir des outils d'aide à la décision au seul bénéfice des magistrats afin d'explorer un dossier, la jurisprudence, les textes de loi, etc. Il faut néanmoins à tout prix éviter le risque d'effet performatif, tendant à uniformiser mécaniquement les pratiques. Si les magistrats ne sont pas menacés par ce phénomène, les professions judiciaires pourraient subir la concurrence de ces outils qui automatisent l'élaboration, voire la conclusion de documents et d'actes juridiques. Il est en effet assez aisé aujourd'hui, pour celui qui a certaines compétences en informatique, de concevoir un programme qui permette à une personne, en entrant ses données, de rédiger un document juridique : statut, lettre de rupture conventionnelle d'un contrat de travail, etc. Mais, à nouveau, l'intervention du juriste trouvera sa justification dans le travail d'analyse, et donc de conseil, qu'il est seul à même de fournir. C'est lui seul qui saura, par son ingéniosité, dépasser la simple application du droit et, par sa réflexion, adapter cette matière, voire en créer de nouvelles formes. Il faut donc anticiper ce phénomène et notamment adapter la formation des professions judiciaires. Enfin, la technologie permettra sans doute d'envisager l'automatisation du processus de conclusion du contrat, voire d'exécution du contrat. Il s'agit, pour faire simple, de programmer la conclusion de contrats en déterminant au préalable les conditions de leur conclusion. Ces conditions sont écrites dans un programme informatique, de même que certaines modalités d'exécution, comme notamment le versement d'une somme d'argent ; lorsque les conditions de conclusion du contrat sont réunies, le contrat est automatiquement formé, enregistré et rendu public. Cette technique est notamment appelée à se développer dans le monde des objets connectés qui pourraient conclure des contrats entre eux sans intervention humaine (exemple : un réfrigérateur conclura un contrat avec un commerçant pour commander des produits de consommation lorsque leur nombre baisse). Cette technologie n'est pas non plus exclusive de l'intervention du juriste. Cette dernière est d'autant plus indispensable que la conclusion et l'exécution, totale ou partielle, du contrat revêtent un caractère totalement automatique. Il est donc absolument nécessaire que le contrat ait été bien conçu, pour éviter des difficultés considérables. Mais cette intervention doit se faire en amont, au stade de la conception de l'outil informatico-contractuel. Encore une fois, c'est la création qui constitue l'oeuvre majeure du juriste. Elle suppose d'ailleurs un travail coordonné du juriste et de l'informaticien, dans un mouvement pluridisciplinaire. Le juriste ne peut plus vivre isolé dans sa matière. Il doit au contraire s'ouvrir aux autres disciplines. C'est aussi de cette manière qu'il consolidera son expertise et donc sa plus-value. Toutefois, il conviendra d'encadrer strictement ces pratiques en veillant notamment au respect de la volonté et de la vie privée des utilisateurs. Chantier IV - Repenser la peine et son exécution Notre pays a une vision de la peine qui la rapproche de l'affliction, de la loi du Talion : il confond la notion avec celle de punition. Or la peine n'a de sens que si elle favorise la réinsertion du condamné, tout en prenant en compte les intérêts de la société, les droits des victimes et, enfin, si elle contribue à prévenir la récidive. C'est pourquoi le droit des peines, les questions du recours systématique à l'emprisonnement, de la réinsertion ou des conditions de détention méritent aujourd'hui d'être intégralement repensés. Réviser le droit des peines et briser le systématisme de l'emprisonnement La loi, la loi pénale plus que toute autre, doit être claire, prévisible, lisible, accessible à tous. Le justiciable doit connaître ses droits, le juge doit être en mesure d'appliquer aisément des textes qu'il maîtrise parfaitement et le citoyen doit comprendre les décisions qui sont prises en son nom. Le droit des peines satisfait-il actuellement à cette exigence de nature constitutionnelle ? D'évidence non puisque, après une grande stabilité du droit des peines, les textes se sont multipliés à partir de 2002 et une forme de confusion s'est installée au point de le rendre complexe, voire illisible. Cela se retrouve tant au stade du prononcé de la peine – stade auquel les juridictions sont tiraillées entre des injonctions contradictoires du législateur – qu'à celui de son exécution – devenu obscur pour le condamné, la société et les victimes. En effet, en raison de surenchères médiatiques et politiques, de la frénésie qui consiste à toujours plus durcir des peines sans envisager leur application, l'échelle des peines n'a aujourd'hui plus de réelle cohérence. Car le recours systématique à l'emprisonnement ne va pas de soi ; la prison doit rester une protection pour la société plus qu'une punition systématique sans quoi elle encourt le risque d'être vide de sens. Qui plus est, au fil des réformes, les durées proposées ne correspondent plus à une philosophie de la peine appliquée avec méthode. Enfin, la question des peines aujourd'hui dites alternatives mérite d'être revalorisée et celle des aménagements de peine et de la réinsertion d'être davantage prise en compte. Les dispositions concernées sont d'ailleurs éclatées entre le code pénal, le code de procédure pénale et différentes lois non codifiées, sans compter l'abondante jurisprudence qui pallie trop souvent les carences, voire les incohérences, de la loi. Si bien que les objectifs de prévisibilité, clarté et accessibilité de la loi sont loin d'être atteints pour nos concitoyens comme pour les magistrats et les professionnels du droit. Il s'agit désormais de répondre aux impératifs de rationalisation, de clarification et de simplification du droit existant, réclamés par les professionnels dans l'intérêt des justiciables. Il est dès lors indispensable de procéder à une profonde révision de notre droit des peines et de l'échelle des peines, afin d'éviter le recours trop fréquent, voire systématique, à la seule peine d'emprisonnement. Il est grand temps de traduire enfin ces intentions en droit et dans les faits. À l'instar des préconisations du rapport « Pour une refonte du droit des peines », remis à Mme Christiane Taubira le 18 décembre 2015 par M. Bruno Cotte, président honoraire de la chambre criminelle de la Cour de cassation et ancien président de chambre de jugement à la Cour pénale internationale, il faut promouvoir d'autres peines principales délictuelles que la peine d'emprisonnement et créer une échelle des peines délictuelles basée sur d'autres principes que le seul quantum d'emprisonnement encouru. Dans cet esprit, la contrainte pénale représente un outil qui mériterait d'être davantage utilisé par les juridictions. Je les y ai encouragées par le biais de la publication de la circulaire de politique pénale du 2 juin 2016 et de mon rapport d'évaluation de la loi du 15 août 2014. Le suivi immédiat, individualisé et pluridisciplinaire que cette mesure impose à la personne condamnée vise à lutter efficacement contre la récidive, contrairement aux courtes peines d'emprisonnement. Pour encourager l'appropriation de cette nouvelle peine et diffuser les bonnes pratiques relevées des différents acteurs de la justice pénale, une journée d'échanges a d'ailleurs été organisée début janvier 2017. Afin de conduire à bien cette entreprise ambitieuse et nécessaire de refonte du droit des peines, il semble pertinent de suggérer que le Parlement, dans le cadre de sa fonction constitutionnelle d'évaluation des politiques publiques, soit l'autorité pilote. Réunis dans le cadre d'une mission d'information, magistrats, praticiens du droits, universitaires et parlementaires pourraient ainsi conduire ce travail d'envergure avec le plein soutien des administrations du ministère de la Justice au regard de l'ampleur de la tâche. Favoriser et améliorer les suivis post-sentenciels En parallèle, il est également nécessaire de clarifier et moderniser les dispositions législatives et réglementaires relatives à l'aménagement des peines, à la politique de réinsertion et de prévention de la récidive mais aussi à la classification des établissements et aux régimes de détention dans la mesure où ces éléments influent sur l'exécution de la peine. C'est dans cet objectif que j'ai proposé à M. Philippe Lemaire, procureur général près la cour d'appel d'Amiens et président du conseil d'administration de l'ENAP, de réunir les compétences nécessaires à la rédaction d'un code pénitentiaire afin de rassembler l'ensemble des dispositions relatives au service public pénitentiaire et à la prise en charge des personnes qui lui sont confiées par l'autorité judiciaire. L'entreprise de longue haleine a vocation à rendre plus accessibles et plus lisibles les textes qui régissent les structures pénitentiaires et à consacrer les droits des personnes détenues dans un document à valeur législative. Ce code permettra également d'aborder la question de la sécurité pénitentiaire, de l'accès au soin pour les détenus, de l'organisation de l'administration pénitentiaire et des contrôles qui s'exercent sur elle. Par ailleurs, un travail d'harmonisation des procédures régissant l'application et l'exécution des peines pourrait être entamé. Cette démarche impliquera nécessairement de modifier les règles existantes en matière d'application des peines afin de clarifier les régimes procéduraux des aménagements de peines et d'unifier les conditions d'octroi de ces derniers, les obligations imposées et les motifs de retrait. Une telle réforme permettrait incontestablement de rendre plus lisible et accessible le droit post-sentenciel. En outre, pour rendre plus efficace cette politique, il convient de faire évoluer le rôle de l'administration pénitentiaire et de la juridiction de l'application des peines. Ainsi, l'intervention du directeur d'établissement ou des services pénitentiaires d'insertion et de probation pourrait-elle être renforcée dans la construction de l'aménagement de la peine. Dans le même esprit, il devrait pouvoir être envisagé de confier davantage d'initiatives et de responsabilités aux services d'insertion et de probation concernant les modalités d'exécution de la peine (modifications formelles des obligations ou interdictions des différents suivis, des horaires de sortie, etc.). Il serait également opportun que la juridiction de jugement s'investisse concrètement dans l'exécution des peines prononcées et les modalités de celle-ci. L'opportunité d'un aménagement des peines ab initio doit pouvoir être systématiquement recherchée. Pour cela, l'intervention des services pénitentiaires d'insertion et de probation pourrait être, là encore, renforcée en amont du jugement, afin d'être en mesure de proposer à la juridiction un projet d'aménagement de la peine. Ces entreprises ne pourront être conduites qu'avec un absolu engagement politique du gouvernement et la volonté de bâtir un consensus autour des thèmes abordés. En effet, le risque réside dans ce que des postures politiques puissent annihiler les efforts conduits et fassent perdurer les dysfonctionnements actuels. Or des avancées dans ce domaine auront des effets directs sur la capacité de la justice à assumer ses fonctions et notamment celle de réinsertion. Elles contribueront également à une régulation de la surpopulation carcérale. Cette question sensible s'impose déjà à nous. Nous connaissons, avec 69 430 détenus au 1er mars 2017 pour une capacité opérationnelle de 58 664 places dans les établissements pénitentiaires, une suroccupation « hors norme » qui s'inscrit dans la durée. Le précédent record remontait au 1er juillet 2016 quand 69 375 personnes incarcérées avaient été comptabilisées. Et il est à craindre que nous dépassions dans les prochaines semaines la barre des 70 000. D'ores et déjà, quatre établissements ou quartiers présentent une densité supérieure ou égale à 200 %, quarante et un établissements ou quartiers ont une densité comprise entre 150 et 200 %, cinquante-deux établissements ou quartiers pâtissent d'une densité supérieure ou égale à 120 % et inférieure à 150 %, et trente et un établissements ou quartiers ont une densité comprise entre 100 et 120 %. Hélas, cette situation vient confirmer les craintes que j'avais choisi d'exprimer lors de la présentation, le 20 septembre 2016, du rapport « En finir avec la surpopulation carcérale ». Ce « tocsin » que je sonnais alors voulait rappeler que cette situation ne relevait pas de « la seule responsabilité de l'administration pénitentiaire, puisque, si celle-ci est chargée de la mise en oeuvre du mandat judiciaire en matière d'exécution des peines, son efficacité dépend en partie des décisions judiciaires et des contributions d'autres intervenants ». Cela veut donc dire que la seule construction d'établissements ne suffira pas, aussi volontaire soit-elle. Je n'ai cessé de le répéter à chaque occasion qui m'était donnée. En sus des actions évoquées dans les développements qui précèdent, le moment est donc probablement venu d'appréhender à nouveau la réalité de la détention provisoire, comme Élisabeth Guigou l'avait fait lorsqu'elle était garde des Sceaux entre 1997 et 2000. En effet, nos maisons d'arrêt sont pleines de personnes en attente d'un jugement qui tarde à venir. Ainsi, au 1er janvier 2017, 19 498 personnes non encore jugées ou dont la peine est frappée d'appel étaient-elles incarcérées, ce qui représente 28,5 % des personnes détenues, contre 27,2 % au 1er janvier 2016 et 25 % au 1er janvier 2015. Il faut sans doute trouver un début d'explication dans le fait que la loi pénale, au fil des années, a sensiblement renforcé les droits des victimes dans la procédure et accru les droits de la défense, permettant de prémunir les juges contre des vérités trop vite établies. La contrepartie de ce progrès consiste probablement dans l'augmentation du temps consacré à l'instruction. Ne faut-il pas à nouveau questionner les effets « en creux » des inflexions de procédure décidées ? De même, ne faut-il pas s'interroger sur les raisons pour lesquelles le recours au contrôle judiciaire, dont les obligations et les mesures de contrôle ont été considérablement élargies au fil du temps, n'est toujours pas privilégié à la détention provisoire ? Et ce d'autant qu'une détention provisoire injustifiée représente un coût indéniable, tant pour la personne poursuivie que pour la collectivité, l'indemnisation étant systématique et d'un montant de plus en plus élevé. En substance, devant procéder d'une exception (suivant en cela l'article 144 du code de procédure pénale), la détention provisoire semble, hélas, s'imposer en règle. Or cette question relève à la fois de l'exercice concret des libertés, de la présomption d'innocence, des conditions de l'incarcération mais aussi des impératifs de l'ordre public et du respect de la loi. Plus que d'avoir à choisir entre un supposé laxisme à l'égard de la sécurité et une excessive rigueur à l'encontre des personnes, il importe à notre société de définir de manière renouvelée les moyens de concilier des exigences d'apparence opposées. À cette fin, il m'a semblé nécessaire de lancer une réflexion afin d'envisager d'éventuelles modifications organisationnelles, législatives et réglementaires. C'est pourquoi j'ai souhaité solliciter la commission de suivi de la détention provisoire (CSDP). Avec l'aide de la direction des affaires criminelles et des grâces et du secrétariat général qui lui fournira les moyens nécessaires à son action, elle préconisera toutes les modifications jugées nécessaires. Étoffer la filière insertion et probation La probation est une notion encore trop peu connue. Selon le Conseil de l'Europe, il s'agit de « l'exécution en milieu ouvert de sanctions et mesures prononcées à l'encontre d'un auteur d'infraction ». En France, les mesures de probation peuvent être prononcées avant la condamnation (contrôle judiciaire « socio-éducatif », assignation à résidence avec surveillance électronique, etc.), à titre de condamnation (travail d'intérêt général, sursis avec mise à l'épreuve, etc.) ou comme aménagement d'une peine d'emprisonnement (libération conditionnelle, surveillance électronique, placement extérieur, semi-liberté, etc.). Elles s'exécutent en milieu ouvert (vie libre), comportent un accompagnement et des obligations (de soins, de travail, d'indemniser la victime, etc.) sous le contrôle d'un service de probation. Créés pour être le pivot d'une politique de prévention de la récidive, en jouant un rôle d'interface entre l'établissement pénitentiaire et le « dehors », les services d'insertion et de probation souffrent de nombreuses difficultés de fonctionnement. Dans un contexte de surpopulation pénale, leur mission auprès des personnes détenues en milieu fermé absorbe une grande partie de leur temps, de sorte que leur disponibilité pour assurer le suivi des personnes exécutant une peine en milieu ouvert est d'autant plus réduite. Et, surtout, ils connaissent un déficit d'encadrement et des effectifs insuffisants au regard du nombre de condamnés à accompagner. C'est pourquoi, en juillet 2016, j'ai décidé du recrutement de 100 nouveaux conseillers qui sont venus rejoindre les 1 000 déployés depuis 2013. Les effectifs de cette administration auront donc cru de 30 % au cours du quinquennat. En outre, j'ai voulu promouvoir une réforme statutaire d'ampleur, contresignée par le président de la République lors de la rencontre qu'il tint à l'Élysée avec les organisations syndicales signataires, le 26 juillet 2016. Ces personnels constituent une composante irréductible de la DAP qui, si elle est numériquement plus faible que la filière surveillance, n'en est pas moins importante. Leur rôle consiste non seulement à suivre les personnes placées sous main de justice mais aussi à fédérer un réseau de partenaires susceptibles de leur faciliter le retour à la « vie normale ». Dans cette optique, et au regard des développements qui précèdent, il serait pertinent de poursuivre et amplifier cette orientation avec des recrutements destinés à doubler le nombre des personnels d'insertion et de probation. L'objectif est de réduire considérablement le nombre de dossiers suivis par agent afin de se situer dans les meilleurs standards et permettre de déployer toutes les potentialités de la filière qui s'est profondément restructurée. Le nombre de personnes confiées à chaque conseiller est en effet le principal frein à l'efficacité attendue. Un rapport réalisé en 2011 par l'inspection générale des services judiciaires et l'inspection générale des finances estimait qu'un conseiller suit 82 personnes placées sous main de justice. Les organisations syndicales avaient alors contesté ces chiffres, estimant que la moyenne se situait sans doute plus entre 60 et 250 personnes selon les services et les périodes, bien loin de la norme européenne à 60 personnes par agent. Il faudrait en outre renforcer la pluridisciplinarité du suivi en mobilisant plus de psychologues et d'assistants de services sociaux, afin d'accroître les effets bénéfiques déjà observés. En conséquence, l'organisation actuelle de l'insertion et de la probation au sein de l'administration centrale ou des directions interrégionales devra sans doute connaître des évolutions dans le sens d'une plus forte reconnaissance. Dans le même élan, il s'avère incontournable d'accroître considérablement l'offre d'activité, de formation, d'enseignement et de travail aux personnes détenues. Penser le parcours en détention pour favoriser la réinsertion Penser le parcours en détention, c'est poser les questions du lieu et du temps de l'exécution de la peine. Or les conditions d'incarcération pèsent lourdement sur la capacité de réinsertion dans la mesure où l'on sait que la surpopulation carcérale participe de la violence en prison et d'une forme de déshumanisation. En outre, les établissements doivent diversifier leurs régimes de détention afin d'offrir des conditions permettant soit d'accompagner, soit de favoriser un parcours de peine vertueux. Il en est ainsi des modules « Respect » qu'accueillent plusieurs établissements (Mont-de-Marsan, Neuvic, Villepinte, Beauvais ou Liancourt) depuis 2015. Inspirés des modules « Respeto » qui ont donné de bons résultats en Espagne, cette initiative amorce un changement dans les pratiques pénitentiaires françaises. Bien identifiés géographiquement sur les sites, ils supposent des modalités de détention plus propices à une responsabilisation de la personne détenue, à sa participation à la vie quotidienne de l'établissement. En complément de la détention classique, ce régime offre des perspectives positives qu'il faut considérablement accroître dans le futur parc immobilier pénitentiaire. Il permet en outre de valoriser le métier de surveillant grâce à l'accompagnement actif qu'il suscite, loin des clichés d'un quelconque « gardiennage ». Un atout à ne pas négliger à une époque où la reconnaissance devient l'un des besoins les plus affirmés de toutes les catégories professionnelles. Dans une philosophie similaire, il convient de poursuivre le déploiement des quartiers de préparation à la sortie, dispositifs que j'ai souhaité placer au coeur du programme immobilier initié en octobre. Par leur architecture et leur fonctionnement, ils visent à favoriser la réinsertion (notamment en aidant à la recherche d'emploi et en permettant de sortir de prison en journée) et à éviter les sorties sèches. Ils doivent être l'objet d'une forte innovation, tant en termes architecturaux que de prise en charge, et tous les moyens nécessaires doivent être mobilisés pour accomplir cette ambition commune. À l'autre bout de la chaîne chronologique carcérale, comme le Livre blanc l'a préconisé, nous devons procéder à l'accroissement des capacités des quartiers arrivants et de la durée de l'évaluation afin de mieux orienter les personnes détenues et de leur proposer un programme d'activité personnalisé, axé sur la réinsertion, la préparation à la sortie et la prévention de la récidive. Cela suppose également d'agir sur la classification des établissements afin que ceux-ci adaptent la détention aux profils des personnes détenues. L'ensemble de ces points a fait l'objet d'un travail consensuel au sein de l'administration pénitentiaire lors d'un séminaire national « métiers » dont j'ai souhaité la tenue les 26 et 27 juillet derniers. Il faut désormais traduire dans les faits ces points d'accord. Enfin, et l'idée paraîtra iconoclaste à certains, il faut lancer l'expérimentation de « prison ouverte ». Selon les documents du Congrès pénal et pénitentiaire international tenu à La Haye en août 1950, « le terme désigne un établissement pénitentiaire dans lequel les mesures préventives contre l'évasion ne résident pas dans des obstacles matériels tels que murs, serrures, barreaux ou gardes supplémentaires ». Notre pays dispose depuis longtemps d'une exception dans le parc pénitentiaire incarnée par le centre pénitentiaire de Casabianda, en Corse. Celui-ci reçoit uniquement des détenus majeurs masculins. Mais certains pays européens ont largement développé ce concept. Pour l'essentiel, il s'agit de pays scandinaves : en Suède, 24 % des détenus sont incarcérés dans des prisons sans barreaux. Ils sont 32 % en Finlande et 34 % au Danemark. M. Jean-Marie Bockel, lorsqu'il était secrétaire d'État à la justice, avait beaucoup oeuvré en faveur de ce concept qui suppose des liens avec l'extérieur, des activités et une responsabilisation des personnes détenues dans la perspective d'une pleine réinsertion. Je partage la philosophie de ce concept expérimental – Casabianda étant de ce point de vue à la fois singulier et exemplaire – mais je mesure aussi les réticences qu'il suscite, pour ne pas dire les obstacles. Pour les dépasser et faire admettre le concept, j'y vois un axe d'innovation prochaine. Car innover, c'est transgresser les normes établies, avant d'institutionnaliser un nouvel ordre et une nouvelle organisation. Chantier V - Garantir l'encellulement individuel et la dignité des conditions de détention Lors de mon entrée en fonction comme garde des Sceaux, j'ai indiqué vouloir consacrer toute mon énergie à l'amélioration de la justice du quotidien. C'est la raison pour laquelle je ne m'étais donné qu'une seule priorité : obtenir des moyens supplémentaires pour le ministère. Cette priorité valait pour les services judiciaires comme pour la protection judiciaire de la jeunesse ou l'administration pénitentiaire. Cette dernière assume une mission singulière dans notre démocratie. Les hommes ont inventé la justice pour dépasser la violence, ils ont imaginé les tribunaux pour nous contraindre à reconnaître nos fautes. Et pour tenter de les réparer, ils ont, notamment, conçu les prisons. De ce point de vue, l'univers pénitentiaire est donc une institution qui prépare l'avenir. Et si la citation prêtée à Albert Camus « une société se juge à l'état de ses prisons » est juste, alors il faut craindre pour la nôtre le verdict de la postérité. Chacun connaît, en effet, la situation paradoxale : d'un côté, l'indignation face à une suroccupation endémique, les dénonciations de la vétusté de bien des établissements, les condamnations pour traitement dégradant en raison des modes d'incarcération difficiles et, de l'autre, l'emportement à l'idée que les prisonniers seraient supposément mieux traités que les citoyens libres les plus pauvres. Ces maux aux sources multiples peuvent néanmoins se résumer à un défi : en finir avec la surpopulation et enfin respecter le principe qui figure depuis 1875 dans le code pénal : « une personne détenue par cellule ». Ce fut l'objet du rapport déjà cité que j'ai présenté le 20 septembre 2016 et qui avait été voulu par le législateur en 2014, au moment où fut voté – contre mon avis – un nouveau moratoire permettant de décaler à 2019 l'application de l'encellulement individuel. Dans ce rapport, je défends l'idée que l'attente n'est plus possible et que nous pouvons, dans un même mouvement, mettre fin au surpeuplement carcéral et garantir l'encellulement individuel. En effet, au nécessaire respect de la dignité des conditions de détention s'ajoute maintenant l'impératif de lutte contre la radicalisation violente, l'encellulement étant l'un des outils pour éviter le risque de basculement vers le fanatisme des personnes incarcérées et de propagation de l'idéologie terroriste. Mon rapport se voulait donc précis, concret et ambitieux. Ambitieux, parce qu'il dépassait la rituelle question du « combien de places faut-il construire ? ». Mon approche était différente car les difficultés de notre système pénitentiaire ne se résument pas au seul nombre des personnes incarcérées – ce à quoi il est pourtant trop souvent réduit. Au-delà de l'incontournable réflexion sur une politique pénale rénovée pour participer à cette lutte, il répondait donc à trois questions : quel programme immobilier pour réaliser l'encellulement individuel ? Comment mieux construire ? Et, surtout, comment construire autrement nos établissements ? Concret, car il délaissait le royaume des incantations pour énumérer des engagements à court terme. Il prévoyait des financements dès cette année 2017 et programmait des réalisations pour les années à venir. Précis, car seul un diagnostic incontestable peut être partagé afin d'entraîner une action de long terme. Parce qu'elle est née de l'accumulation de nombreux facteurs depuis des décennies, la suroccupation ne se règlera pas en quelques mois. Un effort durable s'impose et ne sera possible que si la décision politique procède du consensus que je crois non seulement possible, mais souhaitable. L'un des chapitres du rapport portait un regard sévère sur la politique immobilière poursuivie depuis plusieurs législatures, comme sur la réalité de notre patrimoine pénitentiaire. Celui-ci est composé, pour l'essentiel, d'établissements vétustes et de locaux très dégradés par manque d'entretien, mais aussi d'établissements récents confrontés à des problèmes de conception entraînant des coûts finalement considérables. Refusant les simplifications électoralistes qui ne profiteront à personne, d'autant plus qu'au lendemain des échéances, la réalité carcérale continuera à s'imposer, j'ai donc souhaité poursuivre le programme immobilier 3 200, arbitré par Mme Christiane Taubira. Puis, j'ai engagé la traduction concrète d'un plan de construction sans précédent (33 établissements et 28 quartiers de préparation à la sortie) annoncé par le Premier ministre le 6 octobre dernier à l'École nationale de l'administration pénitentiaire d'Agen. Cela s'est matérialisé par la définition d'une méthode inhabituelle de recherche foncière. En effet, dix ans sont en moyenne nécessaires pour construire une maison d'arrêt ; or une grande partie de ce temps est consacrée à l'identification et à l'achat des terrains. J'ai donc proposé d'agir différemment afin que seuls quelques mois s'écoulent entre l'annonce du plan et le choix des implantations. Ce travail fut conduit dans la transparence la plus totale afin d'avancer sans masquer ni les besoins, ni les intentions, ni les aspirations. Ainsi, la liste des départements concernés a-t-elle été publiée dès le 6 octobre. C'est logiquement dans les agglomérations que portaient les recherches foncières, afin de soulager en priorité des établissements trop sollicités, tout en permettant de maintenir les liens familiaux et de mieux préparer la réinsertion. Le cahier des charges a été rendu public, accompagnant une circulaire adressée aux préfets concernés. La taille des futurs établissements y était annoncée et les besoins en termes de surface affichés. Chaque préfet était libre de procéder, dans le délai imparti, à une concertation large ou à un travail resserré de première analyse technique, tout cela dans le respect d'un calendrier national afin de pouvoir organiser méthodiquement la manoeuvre globale. Ensuite, l'ensemble des propositions transmises par les préfets a fait l'objet d'une étude systématique conduite par la Direction de l'administration pénitentiaire et l'Agence publique pour l'immobilier de la justice (APIJ). Et les élus concernés par les terrains identifiés ont été également consultés afin de s'assurer de leur degré de connaissance et d'acceptation des projets. Ainsi, en quatre mois et demi, vingt et un terrains techniquement solides, politiquement assumés et financièrement accessibles ont-ils été identifiés. Une étape technique déterminante a donc été franchie. En parallèle, pour assurer un diagnostic partagé, transpartisan, j'ai souhaité la rédaction d'un Livre blanc sur l'immobilier pénitentiaire. À cette fin, le 13 décembre 2016, j'ai sollicité M. Jean-René Lecerf, président du conseil départemental du Nord et ancien rapporteur de la loi pénitentiaire de 2009, pour présider cette démarche innovante pour le ministère de la Justice. Dans la lettre de mission, je précisais les champs que je souhaitais voir aborder (conception architecturale, exécution de la peine, recrutements, formation, interactions avec les différents acteurs partenaires, etc.). Et, le 24 janvier 2017, à la Chancellerie, le Premier ministre, M. Bernard Cazeneuve, et moi-même avons installé la commission du Livre blanc, composée de parlementaires, de personnels du ministère de la Justice et des autres ministères concernés, ainsi que de personnalités qualifiées. Face à un problème si grave et si ancien, je le répète, la procrastination et le déni de réalité ne me paraissaient désormais plus de mise. Pour autant, j'ai à maintes reprises rappelé qu'aussi nécessaire qu'il puisse être, cet agrandissement du parc pénitentiaire ne saurait constituer l'unique réponse. Il doit en effet se doubler d'une politique pénale et d'application des peines ambitieuse, telle que j'ai déjà eu l'occasion de l'exposer. Dans tous les cas, le plan de construction doit pouvoir se poursuivre, notamment dans sa phase d'acquisition foncière, dès la fin de l'année 2017. Dans ce but, le budget du ministère prévoit 1,158 milliard d'euros en autorisation d'engagements. Mais le plein essor budgétaire ne viendra qu'à partir de 2020-2021 ; ce qui devra être intégré dans la loi de programmation. À ce sujet, il pourrait être tentant, pour des raisons purement budgétaires, de recourir au partenariat public/privé (PPP) afin de construire une partie des établissements prévus. S'il ne faut, a priori, rejeter aucune solution pour livrer rapidement des établissements dont nous avons besoin, il me semble que nous avons déjà atteint un seuil critique dans le domaine de la soutenabilité financière. Par exemple, selon l'estimation réalisée par l'administration pénitentiaire et corroborée par la Cour des comptes, le « nouveau programme immobilier » (NPI) engagé sous la précédente législature coûtera 16,4 milliards d'euros entre 2010 et 2044 (valeur de janvier 2011) ! En sus de l'effort de construction, d'importants crédits devront être mobilisés pour rénover l'ensemble du parc pénitentiaire. Car ne pas rénover en même temps que nous bâtissons reviendrait à amoindrir la portée de notre action à moyen terme. Or, sur ce point, le sous-investissement a été chronique depuis des dizaines d'années et les récents efforts n'en contrebalanceront pas, à eux seuls, les effets durables que l'on observe. Indéniablement, il faut donc élaborer une stratégie immobilière pénitentiaire basée sur le maintien de la valeur du parc qui est l'un des socles de la performance d'une détention et du service public pénitentiaire. J'ai conscience de ce que, dans un contexte budgétaire contraint, les crédits d'investissement sont facilement assimilables à des dépenses moins prioritaires, pouvant par conséquent être différées. L'expérience démontre qu'à court terme, cette tactique est habile et permet de dégager des marges budgétaires ; mais elle se révèle contreproductive pour l'immobilier car elle provoque des effets préjudiciables d'arrêt et de départ des opérations et programmations immobilières, lesquelles nécessitent pourtant du temps (délais de conception, de procédures de marché, de travaux, etc.). À moyen et long termes, elle devient même dangereuse : les impasses d'investissement se concrétisent sans attendre par des reports de mises aux normes réglementaires (incendie, électricité, accessibilité, etc.) ou fonctionnelles (adéquation entre les capacités d'accueil et la population détenue réellement hébergée, mise en cohérence des locaux en détention avec les prescriptions législatives et orientations politiques, etc.). C'est pourquoi une programmation pluriannuelle est incontournable. Elle ne peut d'ailleurs exister qu'avec une claire volonté politique en support. Chantier VI - Promouvoir une « justice de protection » et de restauration du lien social La fonction d'autorité exercée par la justice lorsqu'elle sanctionne ou tranche un litige ne saurait à elle seule résumer la fonction sociale exercée. En effet, on ne peut occulter que, par son action comme par essence, elle exerce une mission déterminante de retissage du lien social. D'ailleurs, cette dimension doit connaître évolutions et renforcement au regard des légitimes attentes sociales et politiques. C'est ainsi le cas de la justice restaurative, qui ménage à la fois une place pour la victime et le condamné, ou encore de la justice des mineurs, qui a trop souvent été en proie à des préjugés ou caricaturée. Une co-construction de la peine à développer : l'ambition de la justice restaurative Issu des pays anglo-saxons, le concept de justice restaurative suppose d'associer, en sus de la réponse judiciaire, un auteur d'infraction pénale et une victime (victime directe ou d'une autre affaire sans lien) afin que chacun d'eux entame un processus de restauration absolument indispensable – à la réinsertion pour le premier, à la nécessaire résilience pour le second – grâce à l'intervention d'un tiers formé. L'ensemble repose évidemment sur la base d'une adhésion et la réussite ou l'échec ne conditionne pas la suite judiciaire de la procédure qui l'a motivé. Ainsi, de nombreux pays ont adopté des méthodes fondées sur ce principe, dont le Canada, l'Angleterre, l'Australie, l'Écosse, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, les États-Unis, le Japon ou la Belgique. En France, le concept a d'abord inspiré des approches plus pédagogiques intégrées aux mesures pénales existantes avant d'être introduit dans le code de procédure pénale par la loi du 15 août 2014 relative à l'individualisation des peines et renforçant l'efficacité des sanctions pénales. La grande nouveauté, déclinée dans la circulaire du 15 mars 2017 que j'ai souhaité diffuser à l'ensemble des magistrats, consiste à créer une mesure spécifique, déconnectée du traitement réservé à l'infraction dans le cadre pénal. Par cette nouvelle possibilité offerte aux juridictions, mais également aux services de la protection judiciaire de la jeunesse ou de l'administration pénitentiaire, le législateur permet à la justice d'initier une démarche de soins. Car c'est une approche quasi clinique que défend le concept de justice restaurative, sur un modèle similaire à celui de la médiation familiale. Mais avoir créé la mesure et organisé sa mise en oeuvre ne suffit pas : les professionnels du droit doivent désormais se l'approprier, dépasser une posture strictement juridique pour investir ce champ prometteur. Il nous faut donc développer les formations des professionnels du ministère de la justice et permettre que certains d'entre eux, agents de la protection judiciaire de la jeunesse ou de l'administration pénitentiaire, deviennent les animateurs directs de cette mesure sous le label de tiers indépendant imposé par la loi. Laisser la justice pénale des mineurs travailler François de Sales l'a un jour affirmé : « le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit ». J'en avais fait ma ligne de conduite pour aborder les enjeux de la justice des mineurs. Le cadre avait été posé par le chef de l'État à l'occasion de l'audience solennelle de rentrée de la Cour de cassation en 2013 : « Une loi, qui sera soumise au Parlement au cours de l'année, clarifiera et simplifiera l'ordonnance de 1945, autour de quelques principes. Le premier, c'est la nécessaire spécialisation de la justice des mineurs. Le rôle du juge des enfants sera consolidé. Le tribunal correctionnel pour mineurs sera supprimé. Le deuxième principe, c'est la nécessaire modernisation de la procédure. Celle-ci doit permettre d'une part au juge des enfants, ou au tribunal pour enfants, de se prononcer rapidement sur la culpabilité du mineur qui lui est présenté avec, le cas échéant, un droit immédiat à la réparation pour les victimes. Le cadre procédural doit permettre de statuer sur la peine la mieux adaptée. Ainsi seront conciliés les intérêts de la société, de la victime et du mineur ». Le long débat sur le mariage pour tous, puis l'adoption de la loi sur la réforme pénale en ont interdit la concrétisation dans le délai annoncé, même si des ébauches de textes furent préparées. Puis, les attentats de 2015 vinrent à leur tour justifier le report du dépôt d'un projet de loi. Il est vrai que la matière est inflammable. Pourtant, modifiée des dizaines de fois depuis la Libération, l'ordonnance de 1945, l'un des trois textes fondateurs de la justice pénale des mineurs, est devenue illisible. Seuls sept articles demeurent dans leur version d'origine. L'ensemble exigeait donc une réécriture, sans se démarquer de la philosophie originelle, mais en l'adaptant à notre conception actuelle de l'éducation. La mouture, trouvée sur mon bureau en janvier 2016, correspondait à cette ambition. Elle était de qualité et méritait donc d'être discutée. Faute de disposer d'une possibilité sérieuse dans le calendrier de la fin de la législature, j'ai choisi d'insérer les dispositions les plus importantes dans la loi du 3 juin 2016 et dans le texte qui est devenu la loi du 18 novembre 2016 relative à la modernisation de la justice du XXIe siècle. Elles furent adoptées sans grande difficulté et avaient pour objectifs de simplifier le dispositif de jugement des mineurs délinquants, en privilégiant la spécialisation des acteurs et l'efficacité de la réponse pénale ; mais aussi de redonner au ministère public et aux juridictions de jugement la souplesse nécessaire à la détermination des orientations de politique pénale et des réponses à la délinquance des mineurs. Ce fut ainsi le cas de la disparition du tribunal correctionnel des mineurs, juridiction récente qui constituait une source de complexité injustifiée tout en concernant moins de 1 % des contentieux des adolescents. Ce fut aussi le cas de la césure pénale, qui consiste à dissocier la reconnaissance de la culpabilité du prononcé de la peine, remis six mois plus tard. À ce moment-là, la gravité de la peine peut tenir compte du comportement du jeune pendant cette période prorogeable une fois. Cette innovation avait été introduite par le biais d'un amendement déposé dans le cadre de l'examen de la loi du 10 août 2011 sur la participation des citoyens au fonctionnement de la justice pénale et le jugement des mineurs, à l'initiative des députés Jean-Luc Warsmann et Sébastien Huygues, alors élus UMP. La disposition avait été votée avec l'assentiment du gouvernement de l'époque qui saluait « un grand progrès dans la justice des mineurs ». De surcroît, une décision du Conseil constitutionnel (Décision n° 2011-147 QPC du 8 juillet 2011) avait estimé contraire au principe d'impartialité le fait que le même juge des enfants porte une appréciation sur les charges existant contre un mineur dans le cadre de la phase d'instruction puis préside le tribunal pour enfants qui le jugeait. La nouvelle disposition répond donc à cette observation, mais il reste à la généraliser. Ce fut encore le cas de la suppression de la peine de réclusion à perpétuité à l'encontre d'un mineur. Dans les faits, cette peine a été prononcée à seulement quatre reprises. Désormais, lorsqu'est encourue une peine de détention ou de réclusion criminelle à perpétuité et que la cour d'assises décide de déroger à la réduction de moitié de la peine encourue par un mineur, la peine maximale pouvant être prononcée sera de trente ans de détention ou réclusion criminelle. Il n'est donc plus possible de prononcer une peine de détention ou de réclusion criminelle à perpétuité à l'égard d'un mineur de plus de seize ans, quand bien même le bénéfice de l'excuse de minorité lui aurait été refusé. Enfin, la loi donne maintenant un fondement légal au recours à la force publique pour l'exécution des mesures éducatives de placement prononcées dans le cadre pénal, qu'elles soient pré-sentencielles ou post-sentencielles. Dorénavant, le magistrat qui prend la décision, qui en assure le suivi (juge des enfants, juge d'instruction, juge des libertés et de la détention) ou l'exécution (magistrat du parquet), peut, après en avoir évalué la nécessité, requérir directement la force publique pour contraindre le mineur à intégrer ou réintégrer son lieu de placement. La décision exceptionnelle de recourir à la force publique devra s'apprécier au regard notamment du constat avéré d'un comportement faisant échec à la mise en place effective de la mesure. Au total, comme l'aurait dit Portalis, « Les codes des peuples se font avec le temps ; à proprement parler, on ne les fait pas ». Cette législature aura donc conduit des réformes importantes en garantissant la spécificité de la justice des mineurs, en restaurant sa dimension éducative et en élargissant le panel des procédures mises à la disposition des magistrats. Acceptons donc l'idée de laisser ces mesures produire les effets espérés avant de défendre l'idée qu'il faut « refonder l'ordonnance de 1945 ». Préserver la « double casquette » du juge des enfants Le juge des enfants a cela de particulier qu'il dispose d'une compétence globale en matière de suivi éducatif des enfants et adolescents. Il est ainsi amené à statuer dans le cadre judiciaire de la protection de l'enfance et dans le cadre pénal, lorsqu'il y a lieu. Cette particularité – précieuse – est d'ailleurs renforcée par la loi du 14 mars 2016 relative à la protection de l'enfant qui intègre dans ce champ protecteur la dimension pénale du suivi éducatif. D'aucuns critiquent pourtant cette spécificité, estimant que le suivi d'une famille au titre de la protection de l'enfance par un magistrat empêcherait celui-ci de faire preuve de la fermeté nécessaire en cas d'infractions commises par l'enfant. À l'inverse, les critiques se taisent lorsque ce même juge est amené à suivre par ailleurs la victime mineure ; nul n'affirme alors que cela le rendrait plus sévère envers l'auteur. Pour ma part, je suis convaincu que l'acte de juger nécessite, avec une acuité particulière lorsqu'il s'agit de mineurs, une bonne connaissance de la situation personnelle de chacun. Cette double approche civile et pénale permet également la complémentarité des actions engagées dans chacun des champs et des dispositifs mis en place. Pareil richesse permet en outre une meilleure action de prévention de la récidive. C'est pourquoi il me paraît plus que nécessaire de préserver la spécificité du juge des enfants dans son entièreté et de réaffirmer que sa « double casquette » civile et pénale est indispensable pour un travail d'accompagnement de qualité, tant dans sa dimension de protection pure que de prévention de la récidive. Améliorer les conditions de la prise en charge des mineurs Pour renforcer le principe d'individualisation de la prise en charge et accroître la diversification des réponses, il faut promouvoir un « sur-mesure », toujours plus évolutif, afin de tenir compte du parcours accompli par le mineur. Cependant, dans cet objectif, les professionnels qui oeuvrent en milieu ouvert se heurtent à des contraintes de deux niveaux. D'une part, il existe dans certains départements des listes d'attente parfois de plusieurs mois dans le cadre des services de la protection judiciaire de la jeunesse comme de ceux financés par les conseils départementaux. D'autre part, pour une prise en charge de proximité, dont la nécessité est encore plus prégnante au regard de la complexité des nouveaux enjeux qui s'imposent à nous (notamment en matière de radicalisation des enfants ou des parents), les normes d'attribution de mesures ne paraissent plus adaptées. Il faut donc envisager de réduire le nombre de jeunes suivis par un même éducateur ou permettre, dans les cas les plus difficiles, une intervention en binôme ou celle de groupes d'appui créés auprès de certaines directions interrégionales. Cette préconisation révèle un criant problème de moyens inadaptés aux besoins. Le budget de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) doit donc connaître un accroissement significatif afin de supporter la création de près de 800 emplois correspondant principalement à des postes d'éducateurs, psychologues et assistants de service social. Des constats similaires sont établis dans le cadre des placements où le parc immobilier de la PJJ est particulièrement vétuste, certaines structures devant être totalement réhabilitées pour être mises aux normes, alors même que leur nombre devrait en outre être augmenté et que le public concerné évolue plus vite que le temps nécessaire à la construction de ces structures. Or, pour une prise en charge éducative de qualité, il faut être en mesure de répondre à la fois aux attentes des magistrats et aux besoins des mineurs. Un tel chantier de rénovation, sans même envisager de création de structure, correspond d'ores et déjà à un budget estimé à 94,5 millions d'euros, sans compter les emplois nécessaires pour accompagner ce travail colossal. En substance, l'ambition portée passe prioritairement par le renforcement de l'accompagnement éducatif tant dans le cadre de l'assistance éducative qu'au pénal, auquel s'ajoutent la réhabilitation du parc immobilier et le développement d'un dispositif de placement plus diversifié, pour des réponses « sur mesure ». Cette diversification doit s'appuyer sur deux chantiers d'importance : le développement des dispositifs d'insertion de la PJJ afin que chaque département en dispose (notamment dans les zones rurales) et du réseau des familles d'accueil qui nécessitera également une professionnalisation et un accroissement du nombre de celles-ci. Nous devons tout mettre en oeuvre pour construire un avenir à notre jeunesse. Chantier VII - Amplifier la politique de recrutements massifs et adapter les capacités de formation au sein du ministère de la Justice Que ce soit pour les juridictions, l'administration pénitentiaire ou la protection judiciaire de la jeunesse (v. chantier VI), la gestion prévisionnelle des effectifs et des compétences devient un véritable défi pour la législature qui va s'ouvrir en raison d'un nombre important de départs en retraite dans les cinq prochaines années. Ainsi, s'agissant des fonctionnaires des services judiciaires, le nombre maximum de départ en retraite devrait être atteint en 2020. En effet, après les importants recrutements dans le corps des greffiers ces dernières années, le renouvellement des effectifs se poursuivra à un rythme élevé puisque ce sont 32,5 % des fonctionnaires qui devraient partir en retraite dans les dix prochaines années. Et, pour l'administration pénitentiaire, le récent Livre blanc a rappelé qu'il faudrait recruter plus de 29 000 fonctionnaires pénitentiaires au cours de la prochaine décennie (2018-2027) afin de remplacer les départs à la retraite et de permettre la mise en service des nouvelles structures prévues par le plan encellulement individuel. Sans surprise, la majeure partie de ces recrutements concerne les personnels de surveillance, dont le nombre de départs à la retraite devrait doubler d'ici 2022, la plupart de ces agents ayant été recrutés au début des années 1990. Les réformes déjà évoquées ne peuvent donc se concevoir et se concrétiser que si elles s'accompagnent de recrutements conséquents et d'une amélioration très notable des conditions de travail de toutes les catégories de personnels du ministère de la Justice. Mais, au-delà de la politique d'embauches massives, il s'agit de renforcer l'attractivité des métiers grâce notamment à une politique de formation adaptée. Combler les vacances de postes dans les juridictions, diversifier les recrutements et renforcer les équipes autour du magistrat De la Cour de cassation à la chambre détachée de Marmande, les ressources humaines, matérielles, la sécurisation, l'immobilier, c'est-à-dire toutes les fonctions dites « support », représentent 2,636 milliards d'euros sur les presque 7 milliards consacrés à l'ensemble des missions du ministère. Ces dépenses ont progressé au cours des cinq dernières années, ce qui est une réelle fierté. Les gouvernements de MM. Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve ont en effet mis fin à la maltraitance infligée à la justice judiciaire pendant le quinquennat de M. Nicolas Sarkozy. Ce dernier, convaincu des bienfaits de la révision générale des politiques publiques, véritable purge dans les administrations, avait imposé, par exemple, la réduction de plus de 200 emplois de magistrats alors que leur charge de travail augmentait sous l'effet d'une inflation législative, notamment en matière pénale. C'est une justice affaiblie, épuisée et rabaissée par les critiques qui a été laissée au nouveau gouvernement issu des élections de 2012. Cela ne sera donc pas le cas en 2017 puisque chaque année a été utilisée pour reconstruire ce qui avait été détruit et aller au-delà. C'est ainsi qu'une politique de recrutement très volontariste a été conduite. En cinq années, au sein des services judiciaires, ce sont 2 282 nouveaux magistrats qui ont été recrutés contre seulement 928 dans la précédente mandature. Ainsi, la récente promotion qui vient d'intégrer l'École nationale de la magistrature compte 343 auditeurs de justice contre 207 pour celles de 2008, 137 pour celle de 2009 et 135 en 2010. Et, le 5 février 2016, j'ai eu le plaisir d'assister, en présence du chef de l'État, à une cérémonie historique à Bordeaux puisque les 366 auditeurs de justice formaient la plus importante promotion de l'ENM depuis sa création en 1958. De même, 6 886 fonctionnaires de diverses catégories ont été recrutés entre 2012 et 2017, contre 3 880 entre 2007 et 2012. Et, en ce moment même, 800 étudiants suivent leur formation à l'École nationale des greffes à Dijon. Pourtant, les vacances de postes demeurent au sein des juridictions dans des proportions encore trop importantes. Compte tenu des temps de formation dans les différentes écoles du ministère, l'arrivée de promotions conséquentes de magistrats et fonctionnaires commence tout juste à se faire sentir. Ainsi, le solde entre le nombre de magistrats entrant dans la carrière et ceux qui la terminent, de négatif entre 2011 et 2014 (- 92 en 2011), est devenu positif depuis 2015 (+ 30) et se confirme en 2016 (+ 94) comme en 2017 (+ 130 attendus). Mais, hélas, ce sont près de 400 magistrats et plus de 800 greffiers dont les postes ne sont toujours pas pourvus faute de moyens. C'est dire la priorité que constitue la poursuite de recrutements massifs, au maximum des capacités des écoles de formation. Mais la réflexion ne peut se borner à cet aspect quantitatif. Il n'est, par exemple, pas interdit de réfléchir à la nécessité de diversifier le corps de la magistrature et de continuer à développer les équipes autour du magistrat professionnel. Le ministère de la Justice est certainement l'un de ceux qui a le plus développé l'ouverture des accès aux métiers juridictionnels. Ce sont les classes préparatoires intégrées à l'ENM et à l'ENG qui permettent à des étudiants méritants mais dépourvus de moyens pour accéder à des préparations (publiques ou, surtout, privées) de bénéficier ainsi de préparations spécifiques financées par l'État. Chaque année, un nombre conséquent d'entre eux intègre l'une des deux écoles précitées, signe que la République sait toujours favoriser l'ascenseur social. Par ailleurs, et pour ne parler que de la magistrature, les recrutements opérés ces dernières années atteignent un haut niveau de diversité puisque près de 20 % des effectifs intégrant l'ENM sont issus de recrutements parallèles (anciens avocats ou greffiers pour l'essentiel). Je pense utile non seulement de préserver ce précieux acquis mais encore de le développer. À cette fin, il est possible de dupliquer dans les cours d'appel et juridictions de première instance le statut de magistrat en service extraordinaire jusqu'ici réservé à la Cour de cassation (détachement sur titre de personnes justifiant d'une large expérience pour intégrer des fonctions judiciaires pendant huit ans). Je suis également convaincu que la justice et le monde universitaire ont tout intérêt à nouer des relations fortes car sources d'enrichissement réciproque. J'ai franchi un premier pas dans cette direction en créant le statut de juriste-assistant, permettant à des docteurs en droit de travailler en juridiction auprès des magistrats professionnels à la fois pour leur apporter leur savoir juridique et s'acculturer au fonctionnement de la justice afin d'être en mesure, au bout de trois ans, d'intégrer l'École nationale de la magistrature. Mais il faut aller plus loin dans l'établissement de passerelles entre un monde judiciaire (perçu comme trop fermé) et l'université. Une autre démarche mérite d'être accentuée. Celle de la création d'équipes autour du magistrat. Les greffiers assistants du magistrat, les juristes-assistants déjà évoqués et les assistants de justice sont autant de pistes à renforcer pour parvenir à un mode de fonctionnement pertinent. Enfin, pourquoi ne pas créer des greffiers juridictionnels tels qu'il s'en développe de plus en plus en Europe. Le rapport remis au garde des Sceaux en 2008 par le recteur Serge Guinchard avait déjà proposé de s'inspirer des Rechtspfleger allemands ou autrichiens. Ce nouvel acteur judiciaire serait de nature à épauler le juge, voire à s'y substituer dans certains cas clairement définis. Il s'agirait de confier à des fonctionnaires ayant un haut niveau de connaissances juridiques (Ce qui est le cas aujourd'hui : plus de la moitié des promotions de greffiers est titulaire d'un master 1 en droit pour un concours de niveau bac +2) certaines missions juridictionnelles aujourd'hui assumées par les magistrats professionnels. Ces missions engloberaient le champ d'activité actuel du greffier en chef et s'étendraient au-delà puisque leur échoirait le jugement de délits peu complexes (en matière de délinquance routière par exemple) ou d'affaires civiles ne posant généralement pas de grandes difficultés juridiques (tout le contentieux de modifications de la pension alimentaire en matière familiale), libérant du temps de magistrat les litiges complexes qui souffrent d'un temps de traitement trop long. Enfin, cette démarche offrirait une perspective intéressante en termes d'évolution des parcours de fonctionnaires de greffe. Valoriser les métiers de l'administration pénitentiaire et accompagner leurs mutations L'administration pénitentiaire représente 50 % des effectifs du ministère et un budget de près de deux milliards d'euros. Comme cela vient d'être rappelé, dans les cinq à dix prochaines années, elle sera confrontée à un double défi : d'une part, une évolution dynamique de ses effectifs liée à l'augmentation de ses missions (en particulier au renouvellement du parc d'établissements pénitentiaires) ; d'autre part, un mouvement significatif de départs à la retraite, notamment des personnels de surveillance. Pareil défi exige d'abord de penser, dans la durée, la place de la prison dans la société. Celle-ci est tout à la fois un lieu de restauration et un lieu de réhabilitation, en un mot un lieu de retour vers la société. Mais les architectes qui les dessinent le savent bien : les lieux ne sont rien, ce sont les femmes et les hommes qui les font et qui leur donnent du sens. C'est pourquoi les métiers de l'administration pénitentiaire ne ressemblent définitivement à aucun autre. Ainsi, la fonction de surveillant (le terme de « gardien de prison » n'existe plus depuis 1919 !) est aussi exigeante qu'utile. Parce que je suis convaincu que le monde carcéral est à la fois le reflet de la société et le miroir dans lequel elle se réfléchit, parce que l'image du geôlier d'antan n'a pas fini de hanter la société, je crois que cette dernière doit y être attentive et oeuvrer à une plus forte attractivité de ses métiers. Cela fait maintenant dix ans que je visite des établissements, que je rencontre des personnels pénitentiaires et discute avec leurs organisations syndicales. Je peux donc, avec ce recul, témoigner de l'engagement et du courage de ces personnels, quelle que soit la fonction qu'ils occupent. Partout, j'ai vu le sens du service public, le sang-froid et le savoir-faire, la volonté du travail bien fait et le souci du respect de la déontologie. Et je sais que l'image des surveillants, pourtant quotidiennement confrontés à des concentrés de « passions tristes », n'est pas ce qu'elle mériterait d'être. Ministre de la Justice, j'ai estimé qu'il m'appartenait non seulement de saluer les valeurs qui les animent mais surtout de contribuer efficacement à changer le regard de la société sur leurs missions. Leur métier a, en effet, trop souffert des préjugés véhiculés par la littérature (à quelques rares exceptions près, comme Verlaine ou Stendhal) ou le cinéma, lesquels ne traduisent ni sa réalité ni surtout son absolue nécessité. Il était donc temps de mettre en lumière cette profession. C'est à cette fin que j'avais suggéré au président de la République, avec succès, d'intégrer aux côtés des armées, de la police et de la gendarmerie nationale, l'administration pénitentiaire, troisième force de sécurité intérieure du pays depuis la loi pénitentiaire de 2009, dans le défilé du 14 juillet. Il faut bien évidemment poursuivre et amplifier ces actions symboliques mais au fort retentissement. D'autant qu'elles s'accompagnent d'une série de réformes statutaires dont il conviendra d'achever la mise en oeuvre (filière de commandement, filière insertion et probation, corps des directeurs des services pénitentiaires ou encore filière technique). Car faciliter les évolutions professionnelles au sein du service public pénitentiaire, en diversifiant les opportunités de responsabilités, les métiers exercés et les cadres de vie, est une condition d'accompagnement des personnels dans leur engagement professionnel. C'est le sens des efforts que j'ai conduits. D'une manière générale, il faut évaluer et penser la politique de recrutement et de formation. Il ne suffit pas d'inscrire la prison dans la société, il faut l'inscrire dans un territoire, y compris en matière de ressources humaines. C'est la raison pour laquelle je suis favorable à une expérimentation, en vue d'une éventuelle généralisation, de concours à affectation régionale pour les personnels de surveillance. Dans le même esprit, la modernisation des ressources humaines de l'administration pénitentiaire pour les prochaines années doit nécessairement s'accompagner d'une déconcentration des actes de gestion, comme le recommandait la Cour des comptes en 2015, en transférant par exemple aux établissements ou directions interrégionales certains actes disciplinaires ou d'avancements. Enfin, dans cette relation à la société qu'il convient d'étoffer et de nourrir, je souhaite en particulier participer à la meilleure connaissance du monde carcéral avec notamment la création de prix de recherche, la refonte des sites internet, l'organisation de visites, des démarches de sensibilisation, etc. Chantier VIII - Le droit comme levier de croissance Loin d'être antagonistes, le monde du droit et de l'économie sont complémentaires. Pourtant, lorsqu'on parle d'économie, il est fréquent d'oublier la place que prend le droit, soit comme entrave, soit comme facilitateur, soit comme cadre de régulation, soit comme mode de résolution des conflits. Il faut donc poursuivre le développement d'une justice économique à l'instar des pratiques qui ont cours dans d'autres pays occidentaux. Cela passe nécessairement par une promotion de notre modèle juridique, véritable vecteur de croissance. Développer la justice économique/justice de l'économie L'économie ne peut être laissée aux seules lois du marché, elle doit être encadrée et régulée par les règles de droit. Ainsi, les entreprises ne peuvent-elles fonctionner sans un tiers indépendant, arbitre des litiges, qui connaisse aussi bien les lois que les règles économiques. Sans être une partie au contrat ni intervenir dans son économie, il est le garant de l'exercice effectif de la liberté contractuelle ainsi que du respect et de la réalisation de l'objectif économique poursuivi par les parties. Et, lorsque les entreprises anticipent des difficultés importantes ou qu'elles y sont confrontées, elles doivent pouvoir se placer sous la protection d'une autorité qui en organisera la prévention ou le traitement. Cette autorité, c'est le juge consulaire, institution pluriséculaire, la seule parmi les juridictions qui ait survécu presque en l'état à toutes les variations de l'histoire depuis le XVIe siècle. Et, si elle a ainsi perduré, c'est bien en raison des indéniables qualités dont elle a su faire preuve. La justice commerciale représente, dans le contexte actuel, un réel enjeu de compétitivité et d'attractivité économique comme un soutien nécessaire pour les entreprises en difficulté et, par conséquent, pour l'emploi. En effet, en protégeant la liberté d'entreprendre, elle garantit le dynamisme de notre tissu économique et, en accompagnant les entreprises en difficultés, elle préserve la solidité de notre tissu social. Dans cette perspective, si la loi de la modernisation de la justice du XXIe siècle a imposé une obligation de formation initiale et continue, elle a aussi clarifié et renforcé les obligations déontologiques des juges des tribunaux de commerce. Cette modernisation doit être poursuivie afin que puisse exister un véritable tribunal des activités économiques, présentant les mêmes garanties d'indépendance et d'impartialité que les juridictions ordinaires, mais avec une réelle expertise économique combinée à une connaissance juridique solide. Il ne s'agit en effet plus aujourd'hui de faire juger certaines personnes par leurs pairs mais de confier une matière complexe à des juges se distinguant par leur connaissance fine de celle-ci. Ce tribunal des activités économiques aurait des compétences accrues par rapport à celles qui sont aujourd'hui les siennes, s'étendant à tous les aspects de ces activités, comme les baux commerciaux ou les questions de propriété industrielle. L'une des missions essentielles de ce tribunal résiderait dans la prévention et le traitement des difficultés des entreprises. L'intervention du tribunal et des praticiens de l'insolvabilité est centrale dans le droit français. Elle garantit l'équilibre de la procédure entre débiteur et créanciers et protège l'ordre public économique. Cette préoccupation essentielle, inhérente au droit français doit être défendue et promue, notamment dans le concert européen. Ce souci d'assurer une prévention et un traitement les plus efficaces des difficultés des entreprises doit en priorité être tourné vers les petites et très petites entreprises. Ce sont elles aujourd'hui qui sont les plus fragiles puisque les structures n'ayant pas de salarié ou, au plus, un ou deux salariés représentent 73 % des défaillances. Or le droit des entreprises en difficulté est aujourd'hui trop compliqué et, par conséquent, dissuasif pour les entrepreneurs concernés. Pour être protecteur, ce droit doit être facile d'accès. Il devrait donc être simplifié, à destination de ces entreprises pour lesquelles un certain nombre de détails des règles actuelles sont non seulement inutiles mais aussi néfastes à la satisfaction de l'objectif poursuivi. De façon générale, la constitution d'un droit de la petite entreprise devrait être menée. À l'heure des start-up, cet acteur indispensable de notre économie doit plus que jamais concentrer toute l'attention. Il doit être doté d'un statut unique, simple, et protecteur des intérêts de l'entrepreneur et de ceux de ses créanciers. Ce droit de la petite entreprise devrait notamment pouvoir s'appuyer sur trois piliers rénovés de notre droit : le droit du patrimoine, celui des garanties et celui des obligations. En premier lieu, il est essentiel que le droit du patrimoine et de la propriété soit réformé pour assurer une gestion sécurisée du patrimoine, une adaptation à l'économie du partage et une meilleure utilisation du foncier. Dans cette perspective, le régime de la publicité foncière, institué en 1955, devrait être modernisé. De même, une réforme du droit de la copropriété paraît nécessaire : l'amélioration de l'efficacité des processus décisionnels en copropriété constitue de fait un levier de croissance important non seulement pour les entreprises appelées à réaliser les travaux nécessaires à la modernisation des immeubles mais également pour celles qui y ont implanté leurs locaux. Afin de faciliter la valorisation de leur patrimoine immobilier pour les investisseurs, il y aurait lieu de concevoir, en outre, un régime plus souple pour les copropriétés de commerces ou de bureaux. De surcroît, l'accompagnement des activités économiques par le droit suppose également que les créanciers disposent de garanties sûres et efficaces, sans néanmoins porter une atteinte excessive aux intérêts du débiteur. Agir pour le renforcement de la sécurité juridique, tout en équilibrant protection des débiteurs ou des garants, d'une part, et efficacité de la sûreté pour les créanciers, d'autre part, s'affirme sans conteste comme une démarche propice au financement de l'économie. Or, aujourd'hui, certaines de ces garanties ne répondent pas à ces exigences. Le droit des sûretés doit également être réformé, d'autant que le droit des obligations a déjà été partiellement réformé par l'ordonnance du 10 février 2016 relative au droit des contrats, au régime général et à la preuve des obligations. Un projet de réforme de la responsabilité civile a été préparé par la Chancellerie afin que les citoyens comme les acteurs économiques puissent compter sur un droit lisible, transparent, porteur de sécurité juridique et que nos règles de responsabilité soient adaptées aux enjeux économiques et sociaux du XXIe siècle. Ce texte garde le souci constant du juste équilibre entre l'efficacité attendue par les acteurs économiques et la protection que sont en droit d'attendre les victimes. Il doit donc être mené à son terme. Il pourrait être accompagné de dispositions relatives à la responsabilité en matière économique. La jurisprudence relative à la concurrence déloyale gagnerait à être consacrée en même temps que clarifiée et le régime des pratiques restrictives de concurrence largement remanié. Sur un plan différent, la transposition de la directive sur la protection des secrets d'affaires, pilotée par le ministère de la Justice, incarne pour notre pays l'opportunité d'accroître l'attractivité tant de son tissu économique que de son système judiciaire. En consolidant les moyens juridiques dont disposent les entreprises pour protéger leur patrimoine stratégique, la directive permet aux créateurs et aux innovateurs de tirer profit de leur production intellectuelle et participe de ce fait au développement de leur compétitivité tout en les soumettant au contrôle du juge ou en ménageant des capacités d'action pour les lanceurs d'alerte. Enfin, une réforme du droit des contrats spéciaux, et notamment du droit de la vente, dont le régime relève pour une part importante d'une jurisprudence complexe, devrait être entreprise dans un triple objectif d'accessibilité, d'efficacité, et de sécurité. Ce sont les mots-clés d'un droit attractif en matière économique : la règle de droit doit être comprise par les acteurs économiques pour être adoptée et suivie par eux ; elle ne doit pas être une entrave à l'activité mais au contraire un vecteur de celle-ci ; elle doit assurer aux acteurs économiques un environnement sûr, dans lequel le respect de leurs intérêts légitimes est garanti. Promouvoir le droit français : pour une politique d'influence L'action du ministère gagnerait aussi à s'inspirer des méthodes d'attractivité développées par les Anglo-saxons au niveau international, méthodes marquées par une présence forte tant des administrations que des acteurs de terrain lors des négociations internationales et au sein des institutions internationales. Ainsi, la délégation française est souvent très peu fournie lors des forums et négociations à l'étranger, à l'inverse de celles de nos partenaires : là où la France se déplace à une ou deux personnes, nos concurrents déploient des délégations beaucoup plus fournies et sont souvent épaulés par des associations professionnelles puissantes comme l'American Bar Association, etc. En effet, les organisations professionnelles ou fondations anglo-saxonnes sont très présentes en sus des délégations officielles, en tant qu' « observateurs ». Tout cela contribue à peser sur le processus international de définition de la norme et participe à l'expansionnisme du droit anglo-saxon, au service d'une stratégie commerciale. En outre, afin de renforcer l'attractivité du système judiciaire français, il est nécessaire de mettre en place à très court terme, dans certaines de nos juridictions commerciales et civiles, des formations de jugement aptes à connaître des contentieux techniques, à appliquer des règles de droit étranger et à conduire les procédures dans les conditions, notamment linguistiques, les plus efficaces. J'ai confié une mission de préfiguration en ce sens, le 7 mars 2017, à Guy Canivet, président du Haut Comité juridique de place. Par ailleurs, si le système français de reconnaissance et d'exécution des décisions est reconnu pour sa souplesse et son efficacité, il importe, dans un souci de compétition internationale, de s'assurer que les décisions rendues par les juridictions françaises pourront être reconnues et exécutées à l'étranger dans des conditions satisfaisantes. Le règlement dit Bruxelles I bis offre déjà une liberté de circulation des décisions au sein de l'Union européenne, mais tel n'est pas le cas en dehors de ce territoire où les conditions sont fixées soit par des conventions bilatérales (avec la Chine notamment), soit par le droit national de l'État d'exécution. Il est donc important que la France soit particulièrement vigilante et investie dans le cadre de la négociation menée par l'Union, au sein de la Conférence de La Haye, d'une convention internationale en matière de reconnaissance et d'exécution des jugements en matière civile. Dans la mesure où la position de l'Union européenne fait l'objet d'une coordination au Conseil, la France doit faire valoir sa position. Enfin, il faut déployer les efforts nécessaires pour maintenir l'influence du droit continental au sein de l'espace francophone. Il serait en effet dommageable que des cabinets anglo-saxons viennent supplanter nos juristes, participant ainsi à l'affaiblissement de la pertinence du droit continental et, ce faisant, à l'hégémonie des règles commerciales anglo-saxonnes. Car l'influence juridique permet d'asseoir la capacité de nos entreprises à remporter des marchés en possédant une bonne connaissance du cadre juridique dans lequel elles évoluent. Il s'agit d'un instrument précieux pour résister aux stratégies de puissance de nos partenaires. Cette démarche peut d'ailleurs s'étendre au-delà de la sphère francophone. À titre d'exemple, les notaires français ont contribué à l'établissement du système cadastral chinois, ce qui constitue un indéniable atout pour les sociétés françaises qui évolueront dans un cadre juridique familier. Chantier IX - Vers une Europe de la justice ! Le projet européen traverse depuis plusieurs années une profonde crise de légitimité. Jamais la nécessité de démontrer la plus-value des actions de l'Union européenne au profit des citoyens n'a été aussi forte. À ce titre, le développement de l'espace européen de liberté, de sécurité et de justice constitue un enjeu déterminant aux conséquences tout à fait perceptibles pour nos concitoyens. En effet, la justice européenne pourrait mettre en exergue sa dimension protectrice : dans le domaine pénal, face au terrorisme, au crime organisé, aux réseaux de trafic de migrants, aux circuits financiers frauduleux ; mais aussi dans le domaine civil, pour la justice du quotidien (divorces, séparations, état civil), ou la sécurité juridique des relations contractuelles (transactions commerciales, litiges transfrontaliers, successions, etc.). En ce domaine, la méthode revêt un intérêt stratégique car la coopération judiciaire pénale cristallise l'opposition entre deux conceptions de l'Union européenne : l'une tendant à aller vers un modèle supranational intégré et l'autre d'essence intergouvernementale. La justice européenne doit donc savoir jouer sur un mouvement d'intégration lorsque cela est nécessaire (avec par exemple la création du Parquet européen) et, en parallèle, sur la coopération et la mutualisation, en appui des autorités nationales (c'est par exemple le cas d'Eurojust, l'unité européenne qui permet la coordination des enquêtes et des poursuites entre les États membres). Dans les faits, cette coopération s'est édifiée depuis vingt ans sur le principe de la reconnaissance mutuelle des décisions de justice, qui lui-même suppose la confiance réciproque entre les autorités des États membres. Or cette confiance ne se décrète pas, elle se construit. Et c'est objectivement devenu une gageure à 27 ou à 28. Il faut donc trouver le bon équilibre, ne pas céder à l'illusion de l'harmonisation des procédures judiciaires ou à une uniformisation, séduisante sur le papier, mais irréalisable en pratique. Il s'agit du penchant naturel de la Commission européenne, même si elle déploie depuis quelques années des efforts louables pour moins et mieux légiférer. Quarante ans après que le président Valéry Giscard d'Estaing a élaboré le concept d'espace judiciaire européen, il faut donc en revenir à une Europe des projets, celle qui « ne se fait pas d'un coup », mais d'abord par des « solidarités de fait » qui passent par des « réalisations concrètes » : tout était déjà présent dans la déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950 que l'on célèbre chaque année en oubliant parfois de la relire attentivement. Achever rapidement la mise en place du parquet européen La création d'un parquet européen est une idée qui remonte à 1996, date à laquelle elle fut formulée par M. Klaus Hänsch, alors président du Parlement européen, qui se référait à un procureur européen. Après bien des atermoiements, le traité de Lisbonne, entré en vigueur le 1er décembre 2009, a marqué une étape cardinale en inscrivant dans les traités à la fois le concept de parquet européen, mais aussi la marche à suivre pour sa création, « à partir d'Eurojust », comme le souhaitait notre pays. L'année 2016 a permis de réaliser des avancées majeures car il fallait passer des théories et des discours à leur mise en pratique. Si une négociation avait été entamée tambour battant dès juillet 2013, d'aucuns mettaient en doute le fait qu'elle aboutisse un jour. En conséquence, avec mon collègue allemand M. Heiko Maas, ministre de la Justice, nous avons défini une stratégie dès avril 2016, lors du conseil des ministres franco-allemand de Metz : soit il était possible de parvenir à une unanimité autour de ce projet d'ici la fin de l'année, soit nous devions tirer les conséquences de cette impossibilité et aller vers une coopération renforcée, comme le prévoit le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. Comme nous l'anticipions, certains États membres étaient tout simplement hostiles à l'idée du Parquet européen. Il fallait donc passer outre et avancer avec ceux – une majorité – qui souhaitaient concrétiser ce projet. Aussi, en marge du dernier conseil des ministres de la Justice et des Affaires intérieures (JAI) auquel j'ai participé, fin mars 2017, ai-je signé avec douze autres ministres la lettre par laquelle la procédure de coopération renforcée est lancée. Il faudra donc veiller à poursuivre les efforts pour faire aboutir ce projet déterminant. La France occupe une place particulière et doit faire montre de son plein engagement dans le processus. Des hésitations seraient délétères. Enfin, il faut convenir que, sur le fond comme en termes de méthode, ce dossier est emblématique : il symbolise à la fois les difficultés dirimantes qu'affronte l'Union européenne en interne et le fait que l'avenir de la construction européenne passe par des projets clairement identifiés, qui créent une réelle valeur ajoutée par rapport à l'action des États et supposent que ceux disposés à avancer plus loin et plus vite puissent le faire. L'espace Schengen ne s'est d'ailleurs pas créé autrement. La coopération judiciaire dans une Europe à 27 : des outils à la disposition des autorités nationales Comme évoqué à l'instant, consolider la construction de l'Europe de la justice passe par la mise à disposition des autorités judiciaires des États membres d'outils qui témoignent des avantages d'une coopération poussée. Certaines des réalisations de l'Union dans ce domaine sont connues et constituent des succès incontestables, à l'instar du mandat d'arrêt européen. Mis en place à partir de 2002, il permet la remise des personnes poursuivies ou condamnées en quelques semaines, dans le cadre d'une procédure exclusivement judiciaire, là où l'extradition impliquait l'intervention de l'exécutif et des procédures qui pouvaient durer des années. Il en va de même pour les équipes communes d'enquête, également créées au début des années 2000 et qui renversent la logique de l'entraide judiciaire : avec ce dispositif, les autorités judiciaires et les services enquêteurs ne travaillent pas seulement « les uns pour les autres » mais « les uns avec les autres », dans le cadre d'investigations conjointes. Autre projet absolument déterminant, l'interconnexion des casiers judiciaires européens, à travers le système ECRIS (European Criminal Records Interconnexion System), doit permettre à n'importe quelle juridiction de connaître les antécédents judiciaires d'un suspect ou d'un prévenu au sein des autres États membres. Mais il faut approfondir le système ECRIS afin qu'il puisse concerner les condamnations rendues à l'encontre des ressortissants de pays tiers ; c'est une condition du renforcement de l'efficacité de notre lutte commune contre le terrorisme et la criminalité organisée. Des négociations ont d'ailleurs été conduites en 2016 dans cette perspective. Il faut également inclure les empreintes digitales au nombre des informations qui devront être échangées. À défaut, comment identifier avec certitude les individus concernés ? En effet, les falsifications sont courantes et, dans de nombreux États tiers à l'Union européenne, l'état civil est indisponible ou défaillant. Un autre enjeu des procédures judiciaires transfrontalières dans l'Union européenne est celui de la langue. Chacun sait que l'anglais est devenu une langue de travail répandue. Cependant, les procédures judiciaires n'ont pas vocation à être conduites dans un anglais global et international, incompatible avec la qualité des débats, des procédures et, en définitive, des décisions rendues. Dès lors, deux démarches distinctes doivent être combinées : d'une part, le développement de véritables chambres internationales dans certaines juridictions spécialisées et, d'autre part, la nécessité absolue de rechercher une efficacité et des économies d'échelle dans le processus de traduction des pièces de justice dans le cadre de l'entraide judiciaire. En effet, les ressources mobilisées par les juridictions pour faire face à la charge de la traduction sont considérables. Elles pèsent de plus en plus lourd dans les frais de justice et conduisent bien souvent à disperser l'effort de traduction des pièces de justice sans aucune forme de mutualisation. L'échelon européen est donc le niveau adéquat pour appréhender le problème : il faut lancer le projet de création d'un centre européen de traduction judiciaire. Bien entendu, les institutions européennes disposent d'un tel centre : situé à Luxembourg, il est chargé de mutualiser la traduction des documents produits par l'Union européenne et ses institutions. Mais il existe un réel besoin d'une structure qui soit au service des autorités judiciaires des États membres, pour la mise en oeuvre des instruments de coopération et d'entraide judiciaire. Il est en effet paradoxal que l'Union européenne ait développé de nombreux outils de coopération entre autorités judiciaires, fondés sur une communication directe entre elles, sans avoir jusqu'à présent appréhendé de manière globale la question du vecteur de cette communication : l'existence de 24 langues officielles des États membres dans lesquelles les procédures judiciaires sont conduites. Réinvestir l'Europe : améliorer la production législative La Commission européenne a lancé en 2012 un vaste programme intitulé « Mieux légiférer » qui implique notamment une refonte des normes européennes et une réduction drastique du nombre de projets législatifs en cours. Il s'agit d'une initiative salutaire mais qui me paraît devoir être complétée par une réflexion plus large sur la manière dont la norme européenne est produite. Officiellement, le Conseil (émanation des exécutifs nationaux) et le Parlement européen oeuvrent en qualité de législateur. Néanmoins, aucun dialogue politique ne se noue entre ces deux instances qui travaillent en parallèle. Enfin, la Commission est présente d'un bout à l'autre du processus et intervient en réalité comme une sorte de troisième co-législateur. Au final, par cette incapacité à dialoguer, les responsables politiques concèdent aux fonctionnaires (certes efficaces et méritants) le soin de parvenir à la forme définitive des actes législatifs de l'Union européenne lors des fameux « trilogues ». Tout est une question de compromis et d'équilibre qui arase bien des spécificités. Pour illustrer mon propos, je m'en tiendrai à la nouvelle directive sur le terrorisme qui est sur le point d'être formellement adoptée : en qualité de ministre, j'ai eu l'occasion de me prononcer sur ce texte en mars 2016, lors d'un Conseil JAI. Cependant, il n'a jamais été possible, au cours de ce processus législatif, qu'un débat s'engage au niveau politique entre le Conseil et le Parlement européens. Les seuls échanges qui ont eu lieu sont intervenus au niveau des fonctionnaires de ces deux institutions. Ainsi, depuis mars 2016, les ministres de la Justice ont-ils été rapidement tenus informés du fait que le processus suivait son cours. Et les « trilogues » ont fait leur oeuvre. Il y a là un manque d'appropriation de la norme européenne par ceux-là mêmes qui sont chargés de l'élaborer. La situation est préoccupante. Il ne m'appartient pas (cela serait très orgueilleux) de proposer une refonte complète du processus législatif européen. Pourtant, il devient indispensable de réintroduire un débat politique à la source de la production de la norme européenne. Chantier X - Une révision constitutionnelle au service de la nation La Constitution du 4 octobre 1958 aura bientôt 60 ans. Pour autant, la prochaine législature verra-t-elle s'ouvrir un nouveau chantier constitutionnel ? Bien des sujets le justifieraient. Consacrer des garanties d'indépendance de la justice Voilà un combat mené pendant ce quinquennat qui n'a malheureusement pas abouti : renforcer dans la Constitution les pouvoirs de nomination et de discipline du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) à l'égard du parquet. De prime abord, le sujet paraissait consensuel puisqu'il s'agit de répondre aux meilleurs standards de démocratie. Et, de fait, l'engagement présidentiel était pourtant simple, s'inscrivant dans les modestes pas des révisions de 1993 ou de 2008 et portant une ardente ambition : garantir l'indispensable indépendance de l'autorité judiciaire à l'égard du pouvoir exécutif. Las, en dépit de multiples adjurations du chef de l'État, le projet est longtemps demeuré dans l'impasse. Adopté en conseil des ministres le 27 mars 2013, il a été voté par l'Assemblée nationale en première lecture trois mois plus tard, le 4 juin, puis par le Sénat, le 4 juillet 2013 ; mais sa discussion a alors été suspendue par le gouvernement qui estima délicat tout rapprochement en seconde lecture au regard des divergences entre les deux textes. Trois ans plus tard, je suis parvenu à convaincre le président de la République et le Premier ministre qu'un compromis était possible. L'Assemblée nationale fut donc saisie et adopta le projet le 26 avril 2016, à 292 voix pour et 196 voix contre. La majorité des trois cinquièmes était atteinte pour un Congrès. Mais des élus, notamment sénatoriaux, qui avaient pourtant voté ces textes et publiquement défendu cette révision constitutionnelle, se rétractèrent, quitte à se contredire. Le président du Sénat, M. Gérard Larcher, ne daigna même pas répondre à mon courrier qui l'interrogeait sur les motivations de la seconde chambre. Ce fut à la fois une surprise et une déception. Une surprise, car je pensais que plus personne ne cherchait à contester l'indépendance de l'autorité judiciaire ou à caporaliser le parquet. Et pourtant, à l'occasion de ce débat, sont réapparues des déclarations nostalgiques d'une justice aux ordres, respectueuse du pouvoir en place et de ceux qui en sont des titulaires. Cela rappelait ceux que l'on nommait avant la Révolution française « les gens du Roi », le bras armé de l'exécutif. Une déception, car ma démarche était celle d'un compromis, soucieux de préserver l'institution des excès du débat électoral. À l'évidence, ce souci d'apaisement n'était pas partagé. Je le regrette car l'adoption de ce texte aurait réglé de surcroît une question statutaire qui pèse, depuis trop longtemps, sur les magistrats du ministère public. La révision rendue impossible, il ne reste donc que la coutume dont il faut souhaiter qu'elle se perpétue. En effet, depuis quelques petites années, au moment de procéder aux nominations des procureurs, les gardes des Sceaux suivent sans mot dire les avis du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Si le gouvernement que dirigeait M. Lionel Jospin, entre 1997 et 2002, a bel et bien tenu son engagement de ne jamais passer outre les avis défavorables émis par le Conseil, ce ne fut pas toujours le cas. Ainsi, en 2003, à cinq reprises, le garde des Sceaux nomma des procureurs à rebours du CSM et, en 2004, il y eut six « passer outre », tout comme en 2006. On atteignit même le chiffre de dix en 2007, quand la ministre de la Justice s'autoproclamait « chef des procureurs », au nom de « la légitimité suprême », celle qu'ont « confiée les Français au président de la République élu » et quand la Chancellerie convoquait des magistrats du parquet pour les houspiller, comme des enfants un peu trop turbulents ; sans oublier ce triste épisode où l'inspection générale des services judiciaires fut mandatée, en pleine nuit, pour procéder à des contrôles des parquetiers sommés de s'expliquer. Demain, rien n'empêchera un ministre de procéder ainsi. Pour ces raisons, une révision est toujours préférable car, ainsi que l'écrivait Jean Monnet dans ses Mémoires : « rien n'est possible sans les hommes ; mais rien n'est durable sans les institutions » ! De même, d'autres modifications pourraient accompagner cette évolution constitutionnelle. Ainsi, ne conviendrait-il pas d'envisager de réécrire les deux premiers alinéas de l'article 64 de la Constitution, lesquels disposent que « le président de la République est garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire » et qu' « il est assisté par le Conseil supérieur de la magistrature » ? En effet, l'actuelle formulation peut légitimement apparaître surprenante au regard des exigences de la séparation des pouvoirs. Sur le plan des principes, un système qui institue le chef de l'État en garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire alors qu'il ne possède aucune attribution spécifique en ce domaine tout en ravalant un organe constitutionnel comme le CSM à une simple fonction d'assistance constitue une curiosité pour bien des observateurs occidentaux. Au demeurant, l'article 5 de la Constitution semble suffire, lui qui dispose que « le chef de l'État assure par son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics » dont, par essence, fait partie la justice. Partant, le Conseil supérieur de la magistrature ne pourrait évidemment plus avoir pour fonction d' « assister » le président de la République, comme le prévoit le deuxième alinéa de l'article 64. Il conviendrait de le reconnaître comme « garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire » et d'en renouveler la composition afin d'assurer la parité entre magistrats et non-magistrats et d'autoriser l'élection comme président d'un membre issu indistinctement de ces deux collèges. Nous n'avons rien à craindre d'une justice indépendante ; et les thuriféraires de l'Ancien Régime devront apprendre à vivre avec leur nostalgie car la démocratie ne s'accommode pas des tentations rétrogrades. Supprimer la Cour de justice de la République En 1981, le gouvernement de M. Pierre Mauroy a supprimé deux juridictions d'exception : la Cour de sûreté de l'État et le Tribunal permanent des forces armées. Il a néanmoins laissé subsister la Haute Cour destinée à juger les membres du gouvernement. Pourtant, comment expliquer que les ministres ne soient pas jugés comme l'ensemble de nos concitoyens lorsqu'ils commettent des crimes ou des délits dans l'exercice de leurs fonctions ? En 1993, la Cour de justice de la République a partiellement remplacé la Haute Cour. Elle est née de l'effet désastreux qu'eurent sur l'opinion publique les décisions de non-lieu prises par la Haute Cour de justice non seulement dans l'affaire dite « carrefour du développement » mais aussi et surtout dans celle du sang contaminé, certains ministres étant alors accusés d'utiliser la lourdeur de la procédure pour assurer leur impunité de fait. M. François Mitterrand, président de la République, ayant entre-temps reconnu le caractère « boiteux, bâtard et mal fichu » du mécanisme, le comité Vedel fut notamment chargé de proposer une réforme. Il préconisa la création d'une Cour de justice, distincte de la Haute Cour qui resterait compétente pour juger du seul président de la République en cas de haute trahison. Il s'agissait de mettre en place une juridiction de compromis, « proche des juridictions ordinaires mais néanmoins spécifique », qui serait à la fois de nature à dissiper le sentiment d'impunité de fait des membres du gouvernement et à éviter le risque de paralysie de l'action gouvernementale inhérent à la soumission pure et simple des ministres au droit commun. Cette Cour de justice de la République cumule pourtant bien des handicaps : elle est coûteuse (son budget annuel avoisine le million d'euros), lente et très peu sollicitée (cinq procès en vingt ans), sans compter qu'elle est décriée et que sa légitimité est sujette à caution. Sa composition hybride, mêlant parlementaires et magistrats, ne manque pas d'étonner quand on sait que juger est un métier. Si bien qu'en vingt-quatre ans, elle n'est pas parvenue à se construire une légitimité suffisante pour s'inscrire de manière durable dans le paysage institutionnel français. De surcroît, aux faiblesses d'un statut juridique plus improvisé que véritablement pensé est venue s'ajouter une jurisprudence des plus contestables. Sa suppression paraît donc s'imposer. Concrétiser la responsabilité civile du chef de l'État Une muraille étanche existe aujourd'hui entre le président de la République et l'autorité judiciaire. Mais si protéger la fonction présidentielle de recours abusifs et fantaisistes est une indéniable nécessité consacrée par nombre de systèmes juridiques démocratiques, une immunité judiciaire absolue n'est en revanche pas compréhensible. Imagine-t-on par exemple les conséquences pour un éventuel créancier du chef de l'État, contraint de patienter jusqu'à l'issue du mandat pour espérer une juste prise en considération du préjudice qu'il a subi ? Afin de ne pas léser les intérêts des tiers, la commission Avril avait suggéré que la représentation du chef de l'État soit assurée par un ou plusieurs mandataires contre lesquels les procédures seraient dirigées. Mais la proposition n'a, hélas, pas été reprise dans la révision constitutionnelle de 2008. Une évolution est pourtant souhaitable sur ce point. En substance, elle s'avérerait d'autant plus judicieuse que l'on cerne mal, dans ce domaine, les raisons qui pourraient justifier que la règle d'inviolabilité continue à s'appliquer. On ne peut en effet concevoir que le chef de l'État ne réponde pas d'actions juridictionnelles civiles comme un justiciable ordinaire au cours de son mandat. Demain, nous pourrions parfaitement imaginer qu'une commission de filtrage puisse écarter les demandes et démarches manifestement abusives mais, une fois cet obstacle franchi, le président serait jugé comme n'importe quel autre citoyen. Nous renouerions avec une vieille tradition remontant à l'ère napoléonienne, qui voulait que tous les Français soient égaux devant la loi civile. Réformer le Conseil constitutionnel J'avais consacré une proposition de loi à ce sujet en mai 2013 afin de parachever la mutation du Conseil en véritable « Cour constitutionnelle » française. La grande décision de 1971 consacrant le bloc de constitutionnalité, l'élargissement de sa saisine en 1974 et enfin la création de la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) en 2008 ont rendu évidemment nécessaire une réforme en profondeur de l'institution afin de la rendre aussi imperméable que possible aux critiques qui continuent d'affecter sa crédibilité et qui portent tant sur sa composition que sur les règles procédurales applicables devant elle. Il est par exemple indispensable de modifier sa composition en supprimant tous les membres de droit que sont les anciens présidents de la République. Outre que cette suppression de bon sens est suggérée avec force de constance par la quasi-totalité de la doctrine, la création de la QPC a rendu la présence des anciens présidents de la République absolument contraire au droit à un procès équitable. De même, il devrait être possible d'accroître le nombre de ses membres, passant de neuf à douze ; les trois membres supplémentaires pourraient alors être nommés par le Premier ministre, assurant ainsi un équilibre entre les nominations du pouvoir exécutif et celles du pouvoir législatif qui nomme d'ores et déjà six membres de l'institution. En outre, les nominations au Conseil constitutionnel seraient désormais soumises à l'avis conforme des commissions permanentes compétentes des assemblées parlementaires émis à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés. Ainsi, ces nominations ne prêteraient-elles plus le flanc à cette critique d'être purement partisanes. Suivant le même esprit, la Constitution préciserait que les membres nommés doivent être « choisis parmi les personnes qui se distinguent par leur connaissance du droit » afin de garantir leur compétence juridique sans pour autant poser de contraintes trop formelles au regard de l'expérience requise pour devenir membre du Conseil constitutionnel. Enfin, l'exigence constitutionnelle de parité devra évidemment être prise en compte par les autorités de nomination. L'augmentation du nombre des membres du Conseil constitutionnel présenterait un autre avantage, au regard du traitement du flux de questions prioritaires de constitutionnalité, qui consisterait à permettre une division du Conseil en deux chambres pour absorber cet accroissement fulgurant du contentieux. Il reviendrait au président du Conseil de désigner lors de chaque renouvellement triennal un vice-président chargé de présider la seconde chambre ainsi créée. Naturellement, le Conseil conserverait une formation plénière pour les contentieux constitutionnels relevant de l'article 61 de la Constitution. Enfin, et à dessein de garantir une procédure plus juste et plus transparente, je suis favorable à la publication, en même temps que la décision, des éventuelles « opinions individuelles » des membres du Conseil. Une telle mesure conduirait le Conseil constitutionnel à expliciter davantage ses motivations. Le caractère contradictoire de la procédure suivie dans le cadre du contrôle a priori de constitutionnalité des lois serait enfin affirmé, à charge pour le législateur organique de traduire ce principe autant que de besoin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/518.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/518.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..843661fdd0ab3ee03eec24b276c53b46bcd46135 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/518.txt @@ -0,0 +1 @@ +Lutte contre le terrorisme - Élections 2017 en France Q - Bienvenue à « Questions d'info ». Bruits de bottes en Corée du Nord, démocratie en péril en Turquie, impasse en Syrie, poussée populiste en Europe. Comment, dans ce contexte, la France et l'Europe peuvent faire entendre leur voix face à l'Amérique de Trump et à la Russie de Poutine ? Invité de « Questions d'info » aujourd'hui, le ministre des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, et à mes côtés pour vous interroger, Monsieur Ayrault, Françoise Fressoz du Monde, Frédéric Dumoulin de l'AFP et Yaël Goosz de France Info. Bonjour Monsieur Ayrault. On va commencer par cette menace terroriste qui plane sur la campagne présidentielle avant le 1er tour. Le fait qu'on ait arrêté deux suspects - arrêté à temps - qui voulaient s'en prendre à des candidats - on ne sait pas lesquels précisément -, c'est bon signe pour vous ? Cela veut dire que les services sont compétents ou, au contraire, c'est inquiétant, c'est la preuve peut-être de l'échec de votre politique antiterroriste ? R - La France a dû faire face, comme d'autres pays malheureusement, à la menace terroriste comme on ne l'a jamais connue dans notre histoire et c'est pendant le quinquennat de François Hollande que la France a dû faire face et qu'elle a fait face. Je vous rappelle que les premiers attentats terroristes de cette nature, d'aspiration islamiste radicale, ont eu lieu en 2012, au moment de l'élection présidentielle avec l'affaire Merah. Aujourd'hui, la France est totalement engagée dans une action contre le terrorisme à deux niveaux : à la fois à l'échelle internationale en étant membre de la coalition contre le terrorisme en Syrie, en Irak, mais aussi en Afrique où elle a donné l'exemple. C'était le 11 janvier 2013, le président de la République décide d'intervenir à la demande du gouvernement malien. Et deuxièmement, la menace terroriste en France existe aussi. Elle vient à la fois de l'intérieur et de l'extérieur. C'est la raison pour laquelle nous combattons le terrorisme sur ces deux fronts. Cette politique est celle d'une mobilisation totale et vous évoquez l'arrestation de deux terroristes à Marseille qui envisageaient des actions qui restent à définir précisément. Cette arrestation a été possible car nous avons complètement renforcé notre capacité à nous défendre sur notre sol. Cela veut-il dire pour autant que nous pouvons garantir à 100% le déroulement de l'élection présidentielle et que nous pouvons protéger les Français ? Qui peut le promettre ? Si, au cours de ces dernières années, il y a eu des arrestations, et il y en a régulièrement, c'est parce que nous avons une organisation et une police qui fait son travail. Donc la première chose qui devrait être dite c'est de rendre hommage à ce travail formidable de notre police. Q - Depuis des mois, certains de vos détracteurs disent : « Nous payons sur le territoire national la guerre « injustifiée » que nous menons à Daech en Irak et en Syrie. » R - Mais heureusement que nous la menons cette guerre. Si nous ne l'avions pas menée au Mali pour arrêter les terroristes qui allaient envahir toute l'Afrique de l'Ouest, où en serait l'Afrique de l'Ouest aujourd'hui ? Dans le cadre de la coalition internationale, nous menons la bataille contre Daech en Irak et aussi en Syrie parce qu'aussi bien à Mossoul qu'à Raqqa (en Syrie) il y a des sanctuaires de Daech qui accueillent des combattants qui viennent de tous les pays du monde - pas seulement de France - et qui parfois reviennent dans leur pays d'origine. Et ce sont ces cellules qui organisent les attentats chez nous et elles ne visent pas que la France. Il y a des pays qui n'interviennent absolument pas dans aucune opération, y compris dans des opérations de maintien de la paix, et qui pour autant, subissent des attentats sur leur sol. Cette menace est collective. Nous devons réagir collectivement à l'échelle internationale mais aussi ne ménager aucun effort sur le plan international dans la lutte contre la radicalisation qui nous menace évidemment. Q - Une question très concrète : est-ce que vous avez des inquiétudes pour le scrutin de dimanche ? R - Toutes les précautions sont prises. Il y a 70.000 bureaux de vote en France métropolitaine et outre-mer et 866 bureaux à l'étranger. C'est dire l'immense défi qui est celui d'organiser les élections déjà sur le plan matériel pour que tout fonctionne. Q - Risques..., oui. R - Et cela se fait avec le concours des mairies et 50.000 policiers ont été mobilisés avec des forces mobiles d'intervention rapide qui sont disponibles. Des instructions ont été données aux maires et aux présidents des bureaux de vote pour anticiper tout risque, toute menace. Et puis bien sûr, j'insiste, il y a le travail de renseignement. Vous savez, ce travail de renseignement n'est pas sur la place publique. Si nous arrivons à déjouer des attentats, c'est parce qu'il y a un énorme travail de renseignement qui est fait sur l'ensemble du territoire national avec la DGSI et avec le renseignement territorial qu'on appelait les Renseignements généraux autrefois. Et puis aussi, c'est très important, nous avons une coopération étroite avec de nombreux services de renseignement étrangers. Et nous échangeons en permanence des informations. Et comme je vous le dis, je participe chaque semaine à la réunion du conseil de défense, il y a deux parties : une partie qui est consacrée à la situation intérieure et une partie qui est consacrée au théâtre extérieur. Q - Au précédent conseil de défense, vous avez évoqué le problème des élections ? R - Mais nous les avons évoquées depuis plusieurs mois. Q - Avec des interrogations, des craintes ? R - Mais parce que les élections, cela s'organise et cela s'anticipe. Nous avons bien conscience qu'un événement de cette importance peut être une cible alors que c'est un événement démocratique et que notre démocratie est attaquée. Un bureau de vote peut être une cible mais vous avez vu qu'un magasin peut être une cible. C'est ce qui s'est passé à Stockholm et à Saint-Pétersbourg. C'est une question très importante (...) surtout dans cette période où nous devons mobiliser toutes nos forces et en particulier apporter un soutien sans aucune faille et sans aucun doute à nos forces de police et de renseignement, c'est l'unité de la nation. Et s'il y a bien un moment où elle doit s'exprimer, c'est maintenant. (...). Syrie - Irak - États-Unis - Russie (...) Q - On avance et on parle de politique étrangère avec, notamment, Donald Trump. On parlait tout à l'heure de Daech et cela nous amène à parler de la Syrie. Est-ce que votre regard sur Donald Trump a changé depuis quelques jours, depuis qu'il a décidé de riposter à l'utilisation d'armes chimiques en Syrie justement ? R - C'est la suite des événements qui pourra nous montrer s'il y a un changement de ligne des États-Unis sur le dossier syrien. Ce qui est sûr - puisque j'ai participé au G7 en Italie il y a quelques jours - j'ai pu enfin avoir une discussion de fond avec mon homologue Rex Tillerson. Je l'avais déjà rencontré plusieurs fois ou parlé au téléphone mais je suis resté sur la réserve et l'expectative. Et au G7 nous sommes rentrés dans une discussion de fond sur la manière de combattre à la fois Daech en Syrie et en Irak et, dans le même temps, apporter une solution de paix et de stabilité en Syrie. Q - Ce que vous dites, c'est que l'administration Trump s'est normalisée. R - Je ne sais pas si elle s'est normalisée parce qu'il ne faudrait pas que la diplomatie américaine soit une diplomatie au coup par coup. Il ne suffit pas de faire une frappe sur une base aérienne syrienne pour que les choses soient réglées, il faut qu'il y ait une suite politique. Et c'est ce que j'ai expliqué à Rex Tillerson. Avant qu'il parte à Moscou, nous avons fait une réunion entre ministres du G7 - nous avons également fait une réunion avec les pays arabes et la Turquie - pour dire à Tillerson : « Voilà ce qui va se passer à Moscou et vous devez vous préparer ». Q - Alors, justement, Moscou... R - Et qu'est-ce qu'il y a eu à Moscou ? J'avais indiqué à Tillerson que cela pouvait se produire. C'est que les Russes, solidaires du régime de Bachar Al-Assad, voulaient à tout prix embarquer les Américains dans une commission d'enquête soi-disant indépendante... Q - Ce qui ne s'est pas fait... R - ... Pour essayer de démontrer que la responsabilité de l'attaque chimique n'incombe pas au régime mais aux terroristes sur le terrain. Alors qu'il existe - je tiens à vous le rappeler - une organisation qui s'appelle l'organisation internationale contre l'utilisation des armes chimiques (l'OIAC) qui a son siège à La Haye et qui est en quelque sorte le bras armé du traité international contre l'utilisation des armes. Elle est chargée de l'enquête. Q - ... que ce soit cette organisation qui fasse... R - Mais elle le fait ! C'est dans ses missions ! Ce que les signataires dont la Russie ont accepté. Je vois là une manoeuvre. Je l'avais dit à Rex Tillerson : « Vous serez l'objet d'une manœuvre, ne tombez pas dans le panneau ». Q - Donc il vous a écouté. R - Et je constate qu'il n'est pas tombé dans le panneau. C'est une bonne chose. Ma conviction est la suivante : c'est le régime - et c'est la conviction aussi de nos services - qui a la responsabilité de ces attaques. Q - Conviction appuyée par des documents ? R - Oui, et il y a une enquête qui est en cours. Il y a celle menée par l'OIAC dont je viens de parler qui fait son enquête... Q - Mais est-ce qu'aujourd'hui, vous disposez... ? R - Et en ce qui concerne les services de renseignement français et les renseignements militaires, c'est une question de jours mais nous apporterons la preuve, qu'effectivement, le régime a bien organisé ces frappes avec des armes chimiques. Q - Vous êtes formel ? R - Je suis formel. J'exprime une conviction. Dans quelques jours, je pourrai vous apporter des preuves et c'est très important. Vous savez, la propagande russe et ceux qui la soutiennent (...) mettent en doute le fait que Bachar al-Assad aurait utilisé des armes chimiques. C'est scandaleux et il faut absolument le clarifier. (...) Q - Attendez, une précision. R - Bachar al-Assad est responsable et il faut le dénoncer sans aucune ambiguïté. Q - Ce que vous venez de dire est extrêmement important. C'est un point important. Vous nous dites que les services français, les renseignements militaires, ont des éléments précis en leur possession. R - J'ai une conviction. C'est une conviction et nous enquêtons avec des éléments précis. Pour l'instant, je ne peux pas les communiquer parce que les analyses sont en cours... Mais nous avons des éléments qui nous permettent et qui nous permettront de démontrer que le régime a sciemment utilisé l'arme chimique alors qu'il avait accepté après 2013 - vous vous souvenez - d'arrêter d'utiliser les armes chimiques et de détruire ses stocks. Mais il empêche les enquêtes. Q - Et cette conviction sera étayée par des preuves dans quelques jours ? R - Nous ne sommes pas les seuls. L'OIAC va poursuivre son enquête. Et pourquoi il y a eu le véto russe et un refus de la résolution au conseil de sécurité des Nations unies ? Par la solidarité russe avec le régime syrien et tout à l'heure, je vais avoir un entretien téléphonique avec Sergueï Lavrov, mon homologue russe, et je lui redirai en toute franchise les choses : « Pourquoi avez-vous voté contre cette résolution ? Comme membre permanent, vous avez un droit de veto. Et parce que vous soutenez le régime, vous empêchez l'OIAC d'accéder à tout ». Alors les membres de cette organisation vont quand même enquêter mais ils ne pourront pas accéder à tout facilement et notamment aux stocks et je pense que c'est une question centrale. (...) Q - Qu'est-ce que vous faites concrètement pour ce bourbier syrien ? Comment on en sort si on ne discute pas avec Bachar... ? R - Il faut discuter avec les Russes et avec les Iraniens. Et, je vais le redire à Sergueï Lavrov - avec qui je m'entretiens souvent - car il ne s'agit pas de ne pas parler avec les Russes mais il s'agit de pointer les désaccords et d'apporter des solutions. Tout d'abord il faut condamner l'utilisation des armes chimiques, enquêter comme c'est le cas, aller jusqu'au bout de cette enquête et déterminer la responsabilité, y compris judiciaire, de Bachar Al-Assad. Puis, qu'on mette en place - ce que j'avais déjà proposé en septembre et que je proposerai à nouveau - un mécanisme de surveillance qui devrait être porté par les membres permanents du conseil de sécurité mais aussi les pays arabes pour garantir un cessez-le-feu absolu en Syrie. Aujourd'hui, on a parlé à Astana d'un cessez-le-feu garanti par les Russes, les Iraniens et les Turcs. En réalité, il y a toujours des vols et des utilisations de bombes, il y a toujours des conflits sur le terrain et, vous le savez tous, il n'y a pas de cessez-le-feu. Il faut un mécanisme international garanti par les Nations unies dont les membres permanents du conseil de sécurité et les pays arabes, je viens de le répéter, pour qu'on puisse clouer au sol les avions syriens et commencer à voir un cessez-le-feu effectif. Et la deuxième proposition que je fais, c'est de reprendre les négociations politiques à Genève le plus vite possible. Il y a quelques jours, je me suis entretenu avec le secrétaire général des Nations unies pour qu'on reprenne la voie de la transition politique. Et c'est dans ce cadre-là que le sort de Bachar al-Assad doit être traité. Il ne peut pas être la solution finale pour gouverner la Syrie mais il faut trouver une méthode de transition. Et c'est ce que nous voulons obtenir en Syrie : à la fois continuer ensemble le combat contre Daech - je dirai d'ailleurs à Lavrov que nous pouvons le mener encore plus ensemble - et, dans le même temps, travailler pour un cessez-le-feu qui puisse permettre une transition politique. Sinon, il n'y aura jamais de paix en Syrie, il y aura toujours la guerre et le terrorisme. Q - Donc Trump, c'est la riposte en Syrie contre Bachar sur l'utilisation des armes chimiques. Trump, c'est aussi une mégabombe larguée en Afghanistan contre les talibans qui travailleraient avec Daech, on ne sait pas très bien. R - Oui. (...). * Corée du Nord - États-Unis (...) Q - Donald Trump c'est une escalade verbale avec la Corée du Nord. Est-ce que cela vous inquiète cette tension qui atteint des sommets, en tout cas en termes diplomatiques, entre Donald Trump et la Corée du Nord ? R - Ce qu'il faut éviter, ce sont les escalades militaires. Q - Et on est sûr qu'on peut l'éviter ? R - En Corée du Nord, il faut voir quel est le problème. Le problème, c'est un régime qui s'intéresse d'abord à mettre de l'argent dans les armes nucléaires et chimiques pour se doter d'un arsenal nucléaire, de devenir puissance militaire nucléaire plutôt que d'investir pour améliorer les conditions de vie des habitants du pays. Q - Pays qui est déjà une puissance militaire nucléaire... R - Et cette prolifération nucléaire est une menace d'abord pour la région - Corée du Sud et Japon - mais aussi pour l'Amérique du Nord avec les capacités dont veut se doter le régime de Pyongyang. J'étais avec mes homologues américain et canadienne. Si les armes sont mises en oeuvre de façon effective, alors le Canada est directement visé. C'est un danger majeur. Q - Comment y met-on fin ? Et vous comprenez les menaces américaines ? R - Il y a un accord politique avec notamment la Chine. Je reviens de Chine où j'ai discuté évidemment - ce n'est pas la première fois - de la Corée du Nord pour empêcher la prolifération nucléaire et faire en sorte que toute la péninsule coréenne soit exempte d'arme nucléaire. Dénucléariser, c'est l'objectif politique. Comment faire ? Si on rentre dans une escalade militaire, cela peut être extrêmement dangereux. Q - Et verbale... R - On ne mesure pas les ripostes éventuelles. En revanche, j'ai noté que l'Union européenne a pris des sanctions qui ont une certaine efficacité. Jusqu'à présent, la Chine ne l'avait pas fait et là, il y a quelques mois ou quelques semaines, elle décidait de prendre une mesure qui me paraît aller dans le bon sens : c'est d'arrêter d'acheter du charbon à la Corée du Nord, dont elle a besoin comme énergie. Q - Et la Chine est absolument un élément clé dans... R - La Chine a peur du chaos, a peur de la déstabilisation du régime qui se traduirait par des millions de réfugiés sans doute en Chine, ce qui déstabiliserait toute cette région. Donc on peut aller encore plus loin par la pression internationale et par des sanctions... Q - La solution passe par la Chine ? R - Cela passe par une discussion entre les membres permanents du conseil de sécurité. La France est en première ligne et d'ailleurs, souvent, elle entraîne l'Europe dans une position offensive. Mais il faut parler avec les Russes, les Chinois, les Américains pour prendre ces mesures-là. Q - Monsieur Ayrault, vous n'avez pas répondu sur Trump. Vous pensez qu'il a eu raison de hausser le ton comme il l'a fait ou c'est contreproductif ? R - Mais ce n'est pas gênant de hausser le ton. Q - Ah oui ? Ce n'est pas gênant ? R - Ce n'est pas gênant de hausser le ton. Q - Et cela peut avoir une conséquence positive ? R - Hausser le ton, moi, je le fais aussi quand il s'agit de dire qu'on est en désaccord et qu'on doit faire preuve de fermeté, de clarté et ne pas céder. Il y a plein de sujets où il faut hausser le ton. Quand Israël continue la colonisation en Palestine et que cela conduit le peuple palestinien au désespoir, alors il faut hausser le ton. Et puis quand on hausse le ton, cela peut se traduire par des résolutions de condamnation de la colonisation au conseil de sécurité. C'est ce qui s'est passé en décembre. Hausser le ton, c'est ne pas céder à ceux qui ne voulaient pas de conférence internationale sur le Proche-Orient en France. Nous l'avons faite, nous n'avons pas céder et nous avons fait preuve de fermeté. Il faut de la fermeté mais ce qu'il faut éviter, c'est de rentrer dans des escalades militaires dont on n'est plus capable de sortir et qui deviennent extrêmement dangereuses. C'est pour cela que je vous le dis. Q - Mais avec la Corée du Nord, est-ce qu'à partir de cette situation, cela peut déboucher sur une conflagration mondiale ? R - Il faut tout faire pour que ce ne soit pas le cas. Et pour que ce ne soit pas le cas, il faut tout faire pour empêcher la Corée du Nord de disposer de l'arme nucléaire. Cela, c'est la priorité des priorités. Je pense que quand on discute avec la Chine - qui a une partie de la réponse - nous montrons l'unité du conseil de sécurité et de la communauté internationale, et nous pouvons empêcher les Nord-Coréens de disposer de l'arme nucléaire. Et nous pouvons l'empêcher et passer à un règlement politique, c'est-à-dire faire en sorte que l'abandon du nucléaire, qui doit être contrôlé et vérifié - comme cela a été le cas pour l'accord sur le nucléaire iranien - puisse ensuite permettre à la Corée du Nord d'assurer son propre développement. C'est cela qui peut être la base d'un accord politique. Q - La solution, est-ce que cela passe aussi par l'accord politique ? Si vous obtenez cela, est-ce qu'un jour, la France reconnaîtra la Corée du Nord ? R - Je pense qu'il faut se situer dans une perspective pacifique. Évidemment, aujourd'hui, nous sommes un des rares pays d'ailleurs qui ne disposent pas de représentation diplomatique. Q - Oui. R - Il y a beaucoup de pays européens qui ont une ambassade en Corée du Nord. Nous, nous n'en avons pas et nous sommes dans une position extrêmement ferme qui est appréciée par nos amis sud-coréens et japonais. Nous sommes toujours en pointe pour tout faire pour empêcher que ce pays dispose de l'arme nucléaire. Et c'est ce que j'ai discuté avec M. Wang Yi, le ministre des affaires étrangères chinois, la semaine dernière. Nous pouvons progresser mais il n'y a pas de temps à perdre. Pourquoi il n'y a pas de temps à perdre ? C'est parce que tout l'argent dont dispose la Corée du Nord est mis dans l'investissement et la recherche pour le nucléaire et l'utilisation des armes chimiques. Ne permettons pas à ce pays de franchir une étape supplémentaire. (...). Qatar - Arabie Saoudite - Relations bilatérales (...) Q - Est-ce qu'il faut revoir les relations de la France avec le Qatar, première question, avec l'Arabie Saoudite, deuxième question ? Et notamment remettre en question les ventes d'armes à ces deux pays ? R - Les ventes d'armes, que ce soit au Qatar - et à n'importe quel autre pays - doivent se faire dans le cadre de respect de la réglementation internationale. C'est ce que fait la France. Q - Attendez, concernant le Qatar, il y a aussi un autre problème, c'est les accords fiscaux qui permettent aux intérêts qataris d'avoir des dérogations fiscales en France. R - C'est un accord qui a été passé par le président précédent sans doute pour de bonnes raisons. Il s'agissait de favoriser les investissements du Qatar en France. Il y a une chose que je voudrais dire pour avoir parlé souvent avec mes homologues du Qatar et de l'Arabie Saoudite, puisque vous venez de les citer, et avec eux nous parlons de tous les sujets. Je sais que ces deux pays jouent un rôle important dans le monde arabe et nous discutons des conflits. On parle de la Syrie, de l'Irak, du Yémen - où il y a un drame humanitaire qui se produit - on parle bien entendu d'Israël-Palestine, mais on parle aussi des droits de l'homme ! Je le fais à chaque fois que je rencontre mes homologues. Et puis on parle aussi de la lutte contre la radicalisation. Et je sais que ces pays font des efforts. Ils pourraient en faire plus, mais en tout cas, ce sont des sujets que nous abordons. Je préfère aborder les choses comme ça, parce qu'on a besoin de ces pays. Il ne s'agit pas de dire que l'on rompt les relations avec les uns et avec les autres. Moi, je préfère travailler aux solutions. (...). Afrique - Colonisation (...) Q - La colonisation a-t-elle beaucoup apporté à l'Algérie ? R - Non mais ça, c'est une histoire qui avait fait l'objet d'une polémique à l'Assemblée nationale... Q - Récurrent, on va dire... R - La colonisation a-t-elle apporté quelque chose à l'Algérie ? La colonisation, c'est un drame historique. La colonisation est un fait historique. Mais cela a été une domination. Essayer de dire le contraire, ce serait insulter les peuples. Nous sommes aujourd'hui dans une autre étape où les pays ont pu acquérir leur indépendance et c'est tant mieux. Mais parfois cela s'est fait dans la douleur. Et justement, le cas algérien s'est fait dans la douleur puisqu'il y a eu une guerre entre la France et l'Algérie. En Afrique, il y a eu des colonisations plus pacifiques. Mais aujourd'hui, le grand défi, c'est d'être lucide sur notre histoire, de partager une mémoire sur cette histoire dans un esprit de réconciliation, mais surtout de construire ensemble un avenir et un destin. Et comme vous me parlez de la colonisation, moi qui ai été maire de Nantes pendant vingt-trois ans, j'ai fait un travail sur l'esclavage, sur le commerce triangulaire, sur la traite négrière ; non pas pour chercher à culpabiliser, mais pour faire un travail de vérité, un travail de mémoire et nous l'avons partagé avec les Africains. Mais nous avions quel objectif ? C'est celui de construire d'autres relations, de construire l'avenir et de construire le développement. Et c'est ce que nous voulons faire en Afrique. (...). \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/519.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/519.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..bd0b7ae67ea52f1b364f345f7d53bd7ab4851e68 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/519.txt @@ -0,0 +1 @@ +Au moment de quitter le ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, je souhaite livrer quelques réflexions issues de mon expérience qui n'ont pas d'autre ambition que de servir, dans un état d'esprit républicain, ce que je crois être l'intérêt général dans le cadre d'une alternance démocratique qui doit marquer des changements, mais aussi une certaine forme de continuité dans les politiques publiques. Je ne souhaite rien d'autre, en effet, que la réussite des prochains gouvernements dans les réformes qu'ils entreprendront pour faire progresser l'École de la République, assurer la réussite de tous et vaincre des inégalités qui altèrent la confiance que chacun des citoyens porte en elle. J'ai toujours pensé que l'École de la République méritait mieux que d'être l'éternelle victime des alternances politiques et c'est la raison pour laquelle j'ai plaidé pour un débat de haut niveau sur l'éducation au cours de la campagne présidentielle. La question reste aujourd'hui entière : sommes-nous capables de nous mettre d'accord sur l'essentiel et de garantir à l'École de la République une politique publique stable dans la durée, sous la forme d'un contrat éducatif avec la Nation, ainsi que le préconise depuis si longtemps l'ensemble de la communauté éducative de notre pays ? Ma conviction est que la politique éducative menée depuis cinq ans constitue un socle solide pour un tel projet. Les fondateurs de l'École républicaine avaient réussi « l'École pour tous » : notre mission est aujourd'hui de faire advenir la « réussite et l'excellence pour tous ». La loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'École de la République qui a été pleinement mise en œuvre vise un objectif que chacun peut partager : faire réussir tous les élèves en rendant le système éducatif plus performant et moins inégalitaire. Face à une École qui peinait à concrétiser la promesse républicaine, il convenait de lui donner les moyens grâce auxquels elle serait enfin en mesure d'accomplir sa double mission d'apprentissage des savoirs et de transmission des valeurs. Depuis 2012, nous avons ainsi pour la première fois depuis plus de dix ans investi massivement dans l'École pour faire de l'éducation le premier budget de la Nation, avec la création de 60 000 postes, le rétablissement de la formation des enseignants, la priorité à l'école primaire et à l'acquisition des fondamentaux, la refonte des programmes de la scolarité obligatoire, la réforme du collège, la carte des langues vivantes, la refondation de l'éducation prioritaire et la mise en place d'une politique durable pour l'école rurale, la lutte contre le décrochage, la revalorisation de l'enseignement professionnel mais aussi la refonte des cursus de l'enseignement supérieur et l'augmentation sans précédent du nombre d'étudiants boursiers qui accèdent à l'enseignement supérieur. Qui peut aujourd'hui nier que cet effort inédit par son ampleur et son caractère global était nécessaire, et qu'il doit trouver une prolongation plutôt qu'une négation ? Parce que la réforme du système éducatif ne produit ses effets qu'à l'échelle d'une génération d'élèves, nous devons dégager ce qui peut constituer la base d'une continuité républicaine dans les politiques publiques qui sont conduites. Nous l'avons fait pour la réforme du lycée, nous l'avons garanti en matière de lutte contre le décrochage, ce qui nous vaut aujourd'hui une baisse sans précédent du nombre de décrocheurs qui s'accentuera encore en 2017 ; la continuité n'est ni un aveu d'impuissance ni un renoncement ; elle est un choix à partir duquel il est possible d'amplifier des effets positifs qui ne se manifestent que dans le temps. D'autres pourront certainement le faire pour la réforme du collège, les rythmes scolaires, la priorité au primaire, l'éducation prioritaire et les parcours d'excellence vers l'enseignement supérieur, la mixité sociale au collège, le recrutement, le remplacement des enseignants, la rémunération ou encore la formation des enseignants. Parce que le sens d'une politique éducative, c'est évidemment sa capacité à faire réussir des élèves et à favoriser leur future insertion professionnelle, mais aussi sa capacité à accompagner nos jeunes à devenir des citoyens autonomes et responsables, confiants, des adultes heureux, libres, entreprenants et créatifs, nous devons continuer à agir sur les questions de pédagogie, de transmission des savoirs, des savoir-faire et des valeurs. Parce que nous vivons une époque mondialisée, numérisée qui connaît des mutations économiques, technologiques, sociales, environnementales et culturelles plus rapides et profondes que jamais dans l'histoire, nous devons continuer à donner une place nouvelle aux langues vivantes, à l'apprentissage du code, des arts et de la culture, ainsi qu'au numérique et à l'innovation à l'École. Parce que nous sommes entrés dans une société de la connaissance, nous devons renforcer et systématiser les liens entre la (les) recherche(s) en éducation, d'une part, et la formation – initiale et continue – des enseignants et les pratiques pédagogiques, d'autre part. C'est le sens du travail que j'ai engagé autour d'une alliance de recherche en éducation. Parce que personne ne sait aujourd'hui quels seront les métiers, emplois et compétences de demain, nous devons poursuivre la modernisation de notre politique publique d'orientation et mener la rénovation, en profondeur, des filières technologiques et professionnelles, avec le souci d'élargir l'accès des jeunes qui s'engagent dans ces filières vers l'enseignement supérieur avec les meilleures chances de réussite. Parce qu'une bonne part du destin scolaire des élèves est encore trop souvent liée à l'origine sociale et que la démocratisation effective de l'enseignement supérieur est une clé pour l'avenir de notre pays, nous devons faire de la démocratisation exigeante et ambitieuse de l'accès à l'enseignement supérieur une priorité absolue. Parce que la société française traverse une crise grave, longue et profonde qui remet en question sa démocratie, ses institutions, son modèle social, nous devons réaffirmer, tous ensemble, la confiance que nous avons dans notre École, dans son personnel et les enseignants qui, malgré les difficultés, ont toujours répondu présents, et continuent de le faire avec professionnalisme, engagement et courage. Parce qu'un mouvement sans précédent a été engagé sur l'ensemble de ces grands enjeux, je suis convaincue que nous pouvons trouver un large consensus autour de dix points clés qui décideront de l'avenir de notre système éducatif dans la prochaine décennie. Il faut pour cela accepter de regarder en face ce qui a été accompli, et de dialoguer sereinement sur ce qui reste à accomplir, accepter de continuer à faire, sans défaire. Puisse ce mémorandum aider dans cette tâche celles et ceux qui auront la responsabilité de cette belle et grande maison qui est, plus que jamais, le cœur battant et l'avenir de la République : le ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. 1. La formation et la carrière des enseignants au cœur de tous les changements Depuis 2012, la formation initiale en alternance a été rétablie et plus de 60 000 futurs professeurs sont désormais en formation chaque année dans les Espe au sein des universités, au plus près des lieux où les savoirs sont interrogés. La formation continue a été relancée en commençant par les nouveaux programmes de la scolarité obligatoire et la réforme du collège. 320 000 enseignants du 1er degré ont été formés aux nouveaux programmes ; 170 000 enseignants de collèges ont été formés aux nouveaux programmes, aux nouveaux dispositifs et aux usages pédagogiques du numérique à hauteur de cinq jours en moyenne en 2015-2016. Près de 200 M ont été consacrés, rien que sur l'année 2016, au financement de la transition numérique et 72 M à la formation continue des enseignants, soit 75 % de plus par rapport à 2012. Pourquoi en avoir fait une telle priorité ? Les travaux de recherche et les comparaisons internationales montrent que la qualité de l'enseignement, et donc des enseignants, est le premier facteur de l'amélioration des apprentissages des élèves. L'enjeu de la formation est d'autant plus important que le métier d'enseignant change et va continuer de changer. Il ne s'agit plus seulement de la transmission des savoirs quand ceux-ci sont aujourd'hui accessibles de nombreuses façons. Les enseignants doivent aussi former leurs élèves à de nouvelles compétences : apprendre à apprendre, penser et communiquer dans un monde connecté, observer et comprendre le monde. Aujourd'hui, un certain nombre d'enfants ont les moyens de construire ces compétences nouvelles au sein de leurs familles, mais pas tous, loin s'en faut. C'est le rôle de l'École républicaine d'offrir à tous les jeunes les mêmes chances dans la société, en leur offrant les mêmes connaissances et les mêmes compétences fondamentales. Il faut donc aller plus loin. Aller plus loin, cela veut dire à la fois donner un droit à la formation aux enseignants qui doivent pouvoir suivre des formations correspondant à leurs besoins de professionnalisation et créer une obligation de formation à raison de trois à cinq jours par an en fonction de l'ancienneté et des besoins. C'est aujourd'hui possible car nous avons conforté la qualification et le rôle des professeurs des écoles formateurs dans le 1er degré, et nous avons créé le statut de professeur formateur dans le 2d degré ainsi qu'une certification pour garantir la qualité de leur recrutement. Nous avons commencé à recréer les postes de remplaçants indispensables pour autoriser le départ en formation de nos enseignants avec 1 500 emplois de remplaçants supplémentaires dans le 1er degré et des centaines de nouveaux emplois dans le 2d degré. Mais ce n'est pas tout : nous devons aussi être capables d'attirer les bons enseignants là où les apprentissages des élèves y sont plus difficiles. Avec la réforme de l'éducation prioritaire, nous avons doublé l'indemnité perçue par les personnels exerçant dans les Rep+ et augmenté de 50 % celle perçue en Rep. Ces personnels bénéficient d'un accès plus rapide à la hors-classe et sont éligibles à la nouvelle classe exceptionnelle. L'efficacité de ces mesures devra faire l'objet d'une évaluation constante afin d'en assurer le succès, mais aussi envisager et mettre en œuvre tous les dispositifs complémentaires qui s'imposeront. Ajoutons enfin que la mobilisation des enseignants se fera aussi par la poursuite de la revalorisation de leur condition : revalorisation salariale mise en œuvre dans le cadre du PPCR, ainsi que l'amélioration de la gestion des carrières, en particulier de la première nomination et de la mobilité. La qualité d'une École, la qualité des apprentissages des élèves dans les classes, l'égalité réelle des chances sont intimement liées à la capacité des enseignants à bien faire apprendre et à bien faire progresser tous leurs élèves. La qualité de leur formation initiale et continue est donc essentielle. Les enseignants le savent bien. Nombre de nos professeurs des écoles réclament une véritable formation pour l'enseignement des langues vivantes, des mathématiques et des sciences. Nombre de professeurs de collèges réclament une formation à la différenciation pédagogique. Tous demandent à être accompagnés pour intégrer à leur pédagogie l'usage des outils et des ressources numériques. Écoutons-les : le développement professionnel des professeurs, en lien avec les progrès des recherches scientifiques – j'y reviendrai -, doit être au cœur du projet éducatif de la Nation pour une École plus performante et plus égalitaire. 2. Étendre l'École du socle de 3 à 16 ans pour la réussite de tous les élèves J'appelle « École des savoirs fondamentaux » cette École que nous avons commencé à construire pour que tous les jeunes de notre pays apprennent les savoirs et les valeurs qui leur permettront de se construire ensemble, dans l'égalité et un vivre-ensemble apaisé. La première attente que les parents ont vis-à-vis de l'École est en effet de permettre à leurs enfants d'acquérir les bases solides qui fonderont tous leurs apprentissages ultérieurs : lire, écrire, compter, réfléchir, maîtriser une langue vivante, connaître l'histoire et la géographie, les sciences, pratiquer des activités artistiques et sportives. C'est la raison pour laquelle je distingue deux grands moments du parcours d'apprentissage et de formation des élèves. Un premier temps qui commence à l'école et se poursuit jusqu'à la fin du collège, qui est commun à toute une classe d'âge et qui est le temps de l'apprentissage des fondamentaux. Un second temps à partir de l'entrée au lycée qui est celui de l'orientation, de la spécialisation, de l'acquisition de la certification ou du diplôme, et qui permettra l'insertion sociale et professionnelle. Les élèves doivent en effet apprendre à leur rythme. C'est le sens du choix majeur de substituer à la traditionnelle division par année des programmes une organisation par cycles de trois ans, en unissant la fin de l'école élémentaire et l'entrée au collège. Les nouveaux programmes mettent un terme aux ruptures qui jalonnaient la scolarité. Ils garantissent un parcours d'apprentissage cohérent et progressif en répartissant les connaissances à acquérir tout au long de la scolarité obligatoire en adéquation avec les moments où les élèves peuvent les maîtriser solidement. Pour fixer durablement leurs connaissances, et avant de passer à des apprentissages plus complexes, les élèves ont besoin de mettre en œuvre par eux-mêmes ce qu'ils apprennent. Ils doivent pouvoir s'entraîner et s'exercer. Ils doivent pouvoir se tromper et faire des erreurs pour ne plus en commettre ensuite. C'est pour cela que j'ai demandé avec les nouveaux programmes du cycle 2 et du cycle 3 que les élèves fassent le plus régulièrement possible des dictées, et des exercices de calcul mental. C'est comme cela qu'ils peuvent entretenir et conforter leurs acquis. L'École des savoirs fondamentaux doit aussi former les élèves à affronter le monde dans sa diversité en leur permettant de développer les compétences du monde d'aujourd'hui et de demain : participer à une démarche de projet, s'inscrire dans un parcours d'orientation et de découverte du monde professionnel, maîtriser le langage oral, travailler en équipe. Tant de choses que l'École ne devait plus ignorer et ne doit pas sacrifier à l'avenir au nom d'une conception trop étroite des fondamentaux. On doit même aller plus loin, en commençant plus tôt. L'École des savoirs fondamentaux réunit aujourd'hui l'école élémentaire et le collège. Or les tout premiers apprentissages démarrent dès l'école maternelle. C'est pourquoi, je suggère de revoir maintenant l'âge de la scolarité obligatoire en le faisant débuter à 3 ans, en amplifiant dans le même l'effort de scolarisation précoce, dès 2 ans, qui a été conduit dans les territoires les plus fragiles. C'est par un apprentissage progressif de la petite section de maternelle jusqu'à la classe de 3e, c'est par le lien pédagogique toujours renforcé entre l'école maternelle et l'école élémentaire, puis entre l'école élémentaire et le collège que tous les élèves de France parviendront à une véritable maîtrise du socle commun de connaissances, de compétences et de culture. L'École des savoirs fondamentaux aura besoin de moyens supplémentaires pour favoriser les apprentissages fondamentaux et réduire le nombre des élèves en difficulté. J'ai, en particulier, la conviction qu'il faudra poursuivre le développement du dispositif Plus de maîtres que de classes au cycle 2 et l'élargir au cycle 3 : le maître surnuméraire est un appui à la différenciation pédagogique et permet notamment que les élèves en difficulté ne soient plus extraits des classes. Alors que sa mise en œuvre fait l'objet d'un consensus large dans la communauté éducative, en favorisant l'autonomie et l'accompagnement personnalisé des élèves qui en ont le plus besoin, toute remise en cause précipitée serait un grave recul. 3. De la pédagogie innovante, du numérique et de l'autonomie pour de nouvelles compétences En matière d'éducation, tout ne se résume pas à la question des moyens, c'est entendu. Et c'est la raison pour laquelle les réformes pédagogiques ont été au centre de la refondation de l'École, depuis l'école maternelle jusqu'à la fin du collège. La réforme des cycles, le nouveau socle commun de connaissances, les programmes de l'école maternelle et de la scolarité obligatoire, les rythmes d'apprentissage à l'école, la nouvelle organisation des enseignements au collège ou encore le déploiement du numérique pédagogique font partie des acquis de ce quinquennat. Mais améliorer la qualité et l'efficacité du système éducatif, c'est aussi promouvoir en son sein une logique de confiance propice au développement des innovations pédagogiques. J'ai dit et j'ai montré ma confiance dans l'autonomie pédagogique des équipes afin qu'elles puissent trouver et mettre en œuvre les meilleures réponses aux besoins de leurs élèves. J'ai appelé à les soutenir et à faciliter leur travail : contrairement aux idées reçues, l'administration a largement accompagné ce changement de pratique et de culture professionnelle. Dans un contexte de demande de plus en plus forte des familles, c'est un mouvement qui ne doit pas s'arrêter, si nous ne voulons pas que les parents se détournent du service public. Il faut donc continuer à donner confiance, à encourager et à aider les équipes qui s'engagent dans l'expérimentation, les aider à travailler en lien avec la recherche, à mutualiser l'innovation. C'est un formidable enjeu de mobilisation des corps d'inspection dont la fonction de pilotage pédagogique gagnera à être renforcée, en cohérence avec les nouvelles modalités d'évaluation des enseignants qui valorisent l'accompagnement de carrière et le développement des compétences. Il faudra aussi poursuivre la montée en puissance du plan numérique qui bénéficie aujourd'hui à plus de la moitié des collèges. Ce plan est accompagné d'un effort inédit pour mobiliser la recherche au service de l'évaluation des apprentissages qui permet à de plus en plus d'équipes enseignantes de mettre en place un enseignement avec des équipements et des contenus numériques, du primaire jusqu'au lycée. J'appelle, dans cet esprit, à favoriser et à développer le travail collégial des enseignants, à faciliter les coopérations entre les équipes, y compris avec un surcroît d'autonomie. Les établissements sont autonomes depuis 1985, et ce cadre peut évoluer, ce que je souhaite. C'est d'ailleurs ce que nous avons fait avec la réforme du collège en dotant chacun d'entre eux d'une enveloppe horaire conséquente (trois heures par classe) pour, en fonction des priorités choisies et définies par les équipes, travailler en plus petits effectifs d'élèves, développer le co-enseignement, développer l'interdisciplinarité, accompagner les élèves. La réflexion sur ce que doit être l'autonomie des établissements se poursuivra, mais il ne faudra pas omettre l'enjeu d'une gouvernance plus horizontale, qui fasse davantage confiance à ses professionnels, qui leur laisse prendre plus d'initiatives. J'ai ainsi engagé la simplification des tâches administratives des directeurs d'école, l'amélioration de leurs décharges et la mise à disposition d'assistants administratifs. Ces derniers sont aujourd'hui des contrats aidés. Comme nous l'avons fait pour les assistants de vie scolaire progressivement transformés en accompagnants d'élèves en situation de handicap au statut pérenne, il m'apparaîtrait très vertueux à l'avenir de procéder à cette pérennisation pour les assistants administratifs et d'éducation. L'enseignant du XXIe siècle devra non seulement pouvoir se former en continu mais aussi être un acteur dans son école ou son établissement participant à la prise de décision, pouvant prendre des responsabilités, pouvant innover. Tout est en effet lié : formation continue, développement personnel, confiance en soi et capacité à travailler ensemble et à innover ensemble. C'est en ce sens que j'ai voulu la création d'instituts Carnot de l'éducation pour promouvoir les transformations pédagogiques en créant un réseau structuré de dialogues, d'échanges et d'élaborations de projets partagés entre enseignants et chercheurs dans un très large panel de disciplines scientifiques : science du langage et didactique, psychologie sociale et cognitive, sociologie, neurosciences, sciences de l'éducation, sciences du numérique en lien avec les apprentissages, etc. Ce que nous avons lancé en région Auvergne-Rhône-Alpes et qu'il faudra développer, c'est une mobilisation des chercheurs pour accompagner les équipes d'enseignants de tout niveau dans l'élaboration de projets d'actions éducatives innovants par un adossement aux données de la recherche sur l'éducation dans une démarche de valorisation. Pour susciter, au sein des unités de recherche, une plus importante activité de recherches de qualité visant à mieux comprendre les difficultés rencontrées par les enseignants dans l'exercice de leur métier sur des questions qui sont aujourd'hui mal renseignées par la recherche. Pour contribuer, enfin, à la diffusion académique et nationale des travaux en lien avec les Espe, au travers des formations initiale et continue et en contribuant en particulier à la formation des cadres académiques sur la recherche sur l'éducation dans sa diversité. Cet institut Carnot ne travaillera pas seul mais en lien avec l'Alliance pour la recherche en éducation dont j'ai lancé le principe, à la suite du rapport Vers une société apprenante. Rapport sur la recherche et développement de l'éducation tout au long de la vie que m'a remis François Taddéi au mois de mars dernier. 4. Une réforme globale du lycée au premier cycle de l'enseignement supérieur Après la scolarité obligatoire commune à tous les élèves de la Nation, la mission du lycée est la préparation à une qualification supérieure diplômante et qualifiante permettant à chaque jeune de s'insérer socialement, économiquement et professionnellement dans la société. Dans cette perspective, le lycée doit être la première brique d'un cursus de qualification garante d'une insertion professionnelle. Pour cela, je plaide pour qu'une réforme du lycée adopte un modèle de formation qui comporte plusieurs changements par rapport au collège, mais aussi par rapport au modèle de lycée classique conçu pour le bac et l'entrée dans l'enseignement supérieur. Le lycée que j'appelle de mes vœux est un lycée polyvalent qui regroupe les différentes voies de formation. C'est un lycée qui regroupe des élèves sous statut scolaire, des apprentis, des adultes en formation continue. C'est un lycée qui développe de nouveaux modes de formation plus modulaires, plus progressifs et plus réversibles avec un tronc commun et des unités de formation, en fonction des projets d'orientation des élèves et du niveau de maîtrise qu'ils se fixent. C'est un lycée qui forme les jeunes à s'orienter et à se former tout au long de leur vie. C'est un lycée qui favorise l'insertion professionnelle des élèves. C'est un lycée qui regroupe des formations menant aux baccalauréats et des formations de l'enseignement supérieur. C'est un lycée qui contribue à la nécessaire démocratisation exigeante de l'enseignement supérieur. C'est pour cela que je l'appellerais volontiers « lycée-campus ». Il est aussi un lycée du XXIe siècle qui offre d'autres manières d'apprendre et assure les apprentissages avec des options artistiques et culturelles, linguistiques ou sportives. Il est numérique. Cela veut dire que toute formation y est hybride, qu'une place importante est faite aux principes liés à la révolution numérique. Il laisse une grande place à la pédagogie de projet, la créativité et le travail en équipe. Il est solidaire. Il fait confiance aux élèves, propose de renforcer leur engagement et leur contribution à un climat scolaire serein, citoyen. Il assure une offre associative et citoyenne. Il est ouvert au monde international : il offre la possibilité d'une mobilité internationale, de la diversité linguistique. Il est ouvert à son environnement économique et social ainsi qu'aux entreprises. Il favorise les pédagogies et les pratiques innovantes. Le lycée-campus travaille en réseau, inspiré des Campus des métiers et des qualifications, avec les autres lycées du territoire, avec des partenaires nationaux ou internationaux (sociaux, économiques, culturels, etc.), et bien sûr avec les établissements de l'enseignement supérieur. C'est sur cette base que nous pourrons poursuivre la modernisation du système d'orientation post-bac afin de réduire les inégalités d'accès aux différentes filières par manque d'information. Il faudra aussi repenser le premier cycle universitaire qui accueillera bientôt plus d'un million de jeunes. Cette démocratisation que nous appelons de nos vœux ne peut se satisfaire d'une augmentation des effectifs sans réflexion sur l'organisation, notamment du premier cycle, sur la pédagogie, etc. Tout particulièrement, il sera nécessaire de mieux utiliser le concept de spécialisation progressive introduit dans la réforme de 2013. Chaque jeune doit s'inscrire dans un parcours adapté à ses compétences et à son projet personnel et professionnel. Cela veut dire, notamment, amplifier le décloisonnement disciplinaire lors des deux premières années, en particulier dans certaines filières mono-disciplinaires les plus demandées. Cela veut dire repenser une première année de « sciences », de « droit », d'« économie-gestion », de « sciences humaines », de « sciences sociales », etc. dans une logique plus propédeutique qui doit permettre à certains étudiants de bénéficier d'une orientation « retardée » (fin de première ou de deuxième année) et en permettant à d'autres une vraie spécialisation dès la première année comme certains établissements l'ont d'ores et déjà fait. Mais le premier cycle universitaire tel que nous le connaissons ne peut être la seule solution à tous les enjeux de demain. Il faut pouvoir diversifier les parcours pour anticiper les métiers de demain avec une réelle collaboration entre la communauté universitaire et les milieux socio-économiques comme, là aussi, certains établissements l'ont fait. Ainsi des orientations vers la licence professionnelle, au sein du premier cycle, devront être possibles plus tôt (fin de première année). Enfin, nous devons développer la validation des acquis de l'expérience (VAE), que nous avons enfin simplifiée, pour les jeunes qui s'insèreront post-bac en leur proposant un accompagnement qui doit les conduire vers une VAE (par exemple d'un BTS, d'un DUT ou d'une licence professionnelle). 5. Une politique d'éducation prioritaire et de mixité sociale au service de l'excellence Au sein d'un système scolaire marqué par le poids du déterminisme social, nous avons posé les bases d'une École plus juste, avec la mise en place de l'allocation progressive des moyens, la nouvelle éducation prioritaire à l'école et au collège, le dispositif d'accès des meilleurs bacheliers dans les filières sélectives, la mobilisation de l'École et de ses partenaires pour lutter contre le décrochage scolaire, la conservation des notes au bac, et le droit au redoublement dans l'établissement d'origine, ou encore les nouveaux parcours d'excellence. L'une des origines essentielles de l'inégalité de parcours scolaire et universitaire entre les jeunes gens de notre pays réside dans l'autocensure qui est beaucoup plus forte dans les milieux modestes. J'ai donc mobilisé et inventé de nouveaux leviers pour briser ce cercle vicieux de la reproduction sociale. Les bacheliers professionnels disposent désormais d'un accès privilégié au BTS. Les meilleurs bacheliers de chacun de nos établissements disposent aussi d'un accès privilégié aux filières sélectives qu'ils avaient demandées et pas encore obtenues. Les parcours d'excellence qui concernent essentiellement les élèves ou anciens élèves des réseaux d'éducation prioritaire ont pour objectif d'accompagner collégiens et lycéens dans la préparation de leur baccalauréat et de leur poursuite d'études. Dans une société où la précarité a pu éloigner certains parents de l'École, nous en avons fini au travers de ce quinquennat avec la réduction systématique des soutiens aux familles en difficulté : nous avons augmenté les fonds sociaux de plus de 85 % et accru les bourses des lycées et des collèges, en veillant à ce que les fournitures scolaires soient demandées avec parcimonie. Nous avons agi partout, y compris là ou tant d'autres avaient renoncé : dans les 1 095 réseaux d'éducation prioritaire et dans les 450 lycées les plus fragiles, les moyens et le nombre d'adultes sont renforcés. Tous les territoires fragiles sont aidés : en Seine-Saint-Denis, 1 566 postes auront été créés depuis 2012. Pour les écoles de l'académie d'Aix-Marseille, nous avons créé 1 129 postes dans le 1er degré pour 11 800 élèves de plus : 1 enseignant supplémentaire pour 10 élèves de plus. Pour les écoles de l'académie de Créteil, nous avons créé 2 713 postes dans le 1er degré pour 23 168 élèves de plus : 1 enseignant supplémentaire pour 9 élèves de plus. Pour les écoles de l'académie de Lille, nous avons créé 835 postes dans les écoles alors même que le nombre d'élèves reculait de 5 200. C'est un choix clair, concret que j'ai porté : mettre plus d'enseignants, baisser le nombre d'élèves par classe dans les territoires qui le nécessitent. C'est cela l'égalité des chances en actes. Pour les lycées et lycées professionnels relevant de l'éducation prioritaire, ainsi que pour ceux qui scolarisent les élèves les plus défavorisés, une réforme d'ampleur sera nécessaire. Elle devra à la fois être cartographique pour actualiser la liste des établissements, financière et pédagogique, avec l'élaboration d'un référentiel permettant d'atteindre les ambitions fixées à l'éducation prioritaire. Dans cette attente, j'ai mobilisé 450 ETP pour la prochaine rentrée scolaire et pris les dispositions pour sécuriser jusqu'en 2019 les indemnités des enseignants de ces lycées et leurs droits pour mutation. Je souhaite aussi insister sur l'importance d'amplifier encore la politique de mixité sociale au collège. Voilà une politique construite à partir des acteurs de terrain, fondée sur l'autonomie, la confiance et la responsabilité. Une politique qui fait l'objet d'une évaluation et d'un accompagnement scientifiques rigoureux. Une politique qui crée des solutions à partir d'une analyse partagée des acteurs concernés, sans chercher à imposer telle ou telle modalité. À ce jour, 47 départements sont engagés au sein de 82 territoires pilotes qui concernent 249 collèges. En dépit de tous les scepticismes, la dynamique est réelle et les réussites incontestables sur le terrain. Toutefois, il faudra maintenir l'impulsion nationale et l'implication au plus haut niveau du ministère pour la prolonger. Le soutien à la ruralité est aussi devenu une composante importante de l'action pour une éducation de qualité dans tous les territoires. Trop longtemps ce ministère a refusé de reconnaître la nécessité d'une approche territoriale. Trop d'élus et de parents d'élèves vivent dans l'angoisse de la carte scolaire. Le contexte démographique de beaucoup de nos campagnes est en effet très défavorable : dans les 20 départements les plus ruraux, il y a eu une baisse de 10 000 élèves entre 2011 et 2014 ; et il y aura une baisse d'environ 25 000 élèves entre 2015 et 2018. Le corollaire est la peur de perdre une classe ou une école, la peur de voir un service public disparaître et ainsi voir reculer l'attractivité de la commune. Au travers des conventions ruralité, les élus, l'éducation nationale et le préfet se mettent désormais autour de la table pour dialoguer, pour se mettre d'accord sur un diagnostic et le scénario d'évolution du réseau d'écoles. Cette politique de partenariat gagnant-gagnant, je l'ai voulue volontariste et ambitieuse pour l'école rurale : il y a deux ans, 5 départements s'étaient engagés dans ces « conventions ruralité » ; aujourd'hui il y en a 42. Enfin, j'ai voulu accompagner les outre-mer pour que dans ces départements et collectivités aussi, nous nous donnions les moyens d'une École qui favorise la réussite de tous et porte chacun vers l'excellence. Avec la loi pour l'égalité réelle outre-mer, l'École sera au centre des attentions et des enjeux pour l'égalité réelle et la convergence des outre-mer vers l'Hexagone. 6. La grande mobilisation de l'École pour les valeurs de la République doit se poursuivre et s'amplifier La grande mobilisation de l'École pour les valeurs de la République après les attentats de janvier 2015 a donné lieu à un mouvement sans précédent. Le risque de dislocation de notre unité républicaine engageait notre responsabilité collective et j'ai voulu une mobilisation à la mesure de la tragédie qui venait de frapper la Nation et qui malheureusement devait connaître d'effroyables répliques. Ce furent de multiples actions déployées sur l'ensemble du territoire national, tels la mise en œuvre dès la rentrée 2015 des nouveaux programmes de l'enseignement moral et civique ou encore le renforcement de l'éducation aux médias et à l'information et le cadre du parcours citoyen. Ce furent l'engagement d'une formation à destination de 300 000 enseignants et personnels d'éducation sur les thématiques de la citoyenneté et des valeurs de la République et la création d'une Réserve citoyenne aujourd'hui forte de plus de 6 000 membres issus de toutes les sphères de la société civile. Nous avons mobilisé les Espe pour la formation à la laïcité des futurs enseignants et éducateurs, mis à disposition le livret laïcité à destination des chefs d'établissement et des directeurs d'école en complément de la Charte de la laïcité à l'École et des ressources qui ont accompagné sa publication. Tout a été mis en œuvre pour appliquer avec fermeté mon engagement de ne laisser sans suite aucune atteinte au principe de laïcité, ni aucune équipe éducative esseulée, livrée à elle-même. Au-delà de l'indispensable rétablissement de l'autorité des maîtres et de la transmission des principes laïques, renforcer la pédagogie de la laïcité nécessite d'agir sur tous les leviers pour permettre à nos élèves d'être capables de penser les savoirs dans leur contexte, dans leur environnement. C'est tout l'enjeu de l'esprit critique dans un contexte où se développent le complotisme, la radicalisation, la pensée en kit. L'enjeu des prochaines années sera d'actualiser sans cesse les contenus, les dispositifs ou actions proposés, les formations en lien avec les chercheurs pour adapter nos réponses à l'évolution rapide des nouvelles pratiques des élèves. Il est plus que jamais besoin d'outiller nos élèves dans leur construction citoyenne. Nous avons pour cela démultiplié les partenariats avec les acteurs de la citoyenneté au sens le plus large pour bâtir de véritables alliances éducatives : associations, fédérations et grands mouvements d'éducation populaire engagés sur le terrain de la citoyenneté, de l'égalité filles-garçons et de la lutte contre les discriminations, institutions mémorielles, musées, acteurs sociaux, culturels et sportifs, professionnels des médias et de l'information, et tous ceux qui avec eux ont immédiatement proposé de nous aider dans cette mission. Nous avons créé un portail de ressources sur les valeurs de la République avec le concours de chercheurs, de penseurs, de praticiens et d'intellectuels parmi les plus reconnus pour la qualité de leurs travaux et réflexions. Cette mobilisation est un chantier pour les dix à quinze années qui doit se poursuivre et s'amplifier, en donnant toujours plus de place à la prise de responsabilité et à l'engagement des élèves, si nous voulons une société démocratique digne de ce nom. 7. Vers une École du « bien-être » et de l'exigence dans la lutte contre le décrochage Comment bien apprendre si l'on est souffrant ou porteur d'un handicap, si l'on se sent mal en classe, si l'on ne voit plus le sens des apprentissages ? C'est le sens de l'École inclusive, c'est aussi le sens de l'École bienveillante, deux principes inscrits dans la loi de Refondation de 2013. La politique de lutte contre le harcèlement porte ses fruits. Les élèves se sentent bien à l'École dans leur immense majorité mais ce n'est pas encore le cas d'environ 10 % d'entre eux. Un tabou a donc été brisé dans ce domaine, mais nos efforts doivent se poursuivre, chaque jour, pour que le harcèlement cesse de détruire l'enfance et l'adolescence de certains de nos élèves. Ces violences reposent sur le rejet de l'autre, sa mise à l'écart, le refus de sa singularité. Éduquer prend ici tout son sens : dans la famille, à l'École, dans les médias pour que cessent ces violences répétées, subies. De même, il faut faire cesser les cyberviolences subies quotidiennement par de nombreuses jeunes filles et jeunes femmes mais aussi combattre les haines anti-LGBT. Une prise de conscience des élèves et de notre société est urgente : l'École a tout son rôle à jouer. Parler de bien-être, c'est parler de la santé. Le parcours éducatif de santé relève en effet de la protection, de la prévention, mais aussi de l'éducation. Le Président de la République a engagé un plan national pour le bien-être et la santé des 11-21 ans. J'estime incontournable que les mesures expérimentées dans trois académies et par trois agences régionales de santé, puissent être menées jusqu'au bout et diffusées sur l'ensemble du territoire. Garantir le bien-être des élèves, c'est aussi le moyen de lutter contre le décrochage. Redonner, à tous ceux qui l'ont perdu, le goût d'apprendre est essentiel. Dans ce domaine, je ne crois pas à la coercition, mais à l'accompagnement grâce à des dispositifs adaptés à la vie des jeunes d'aujourd'hui, au plus près des réalités de terrain. Pour cela, l'implication des enseignants est essentielle : un vaste programme de formation a été lancé en 2016 afin de mobiliser, autour de l'objectif de la prévention, l'ensemble des personnels intervenant dans la lutte contre le décrochage scolaire (enseignants, corps d'inspection, chefs d'établissement, responsables des réseaux « formation qualification emploi » et « référents décrochage scolaire » en établissement). Il s'agit de sensibiliser les professeurs aux signes précurseurs du décrochage (absentéisme, évolution soudaine du comportement, baisse des résultats scolaires, etc.). Cette action de prévention bénéficie aussi de la création du nouveau corps unique des psychologues de l'éducation nationale dont le rôle et les actions pour prévenir les ruptures scolaires et prendre en charge les jeunes sortis sans qualification ont été inscrits récemment dans leur circulaire de mission. Les progrès qui ont été réalisés ces dernières années sont considérables, puisque moins de 100 000 jeunes étaient en situation de décrochage scolaire à la rentrée 2016, contre 136 000 il y a cinq ans. Et nous avons renforcé l'effort pour la prochaine rentrée, notamment pour favoriser le maintien au lycée en cas d'échec au bac, pour diminuer le nombre des décrocheurs jusqu'à 80 000. L'effort en faveur de la prévention du décrochage et en faveur de l'accompagnement pour le retour en formation devra donc être poursuivi comme une priorité par l'ensemble des ministères concernés. Parce que le suivi de l'orientation est très important, le parcours Avenir, depuis 2015, aide chaque élève dès la classe de sixième à élaborer son projet d'orientation. La possibilité est aussi offerte aux élèves nouvellement inscrits en lycée professionnel de changer d'orientation aux vacances d'automne. De plus, la loi de Refondation établit un droit du retour en formation initiale pour les jeunes de 16 à 25 ans sans diplôme. S'y ajoutent plusieurs formules d'accompagnement individualisé qui doivent être pérennisées, de même que le dispositif des alliances éducatives, expérimenté dans plusieurs académies, qui fait travailler ensemble des acteurs différents : collectivités, associations, familles, entreprises, services de l'action sociale. Enfin, la priorité de l'École inclusive, c'est de toujours mieux accompagner les élèves en situation de handicap, donc poursuivre l'effort pour créer de nouvelles Ulis en écoles et établissements (+35 % depuis 2012), pour recruter des accompagnants d'élèves en situation de handicap (4 251 depuis 2012), pour transformer les contrats aidés en AESH (au rythme annuel de 6 400 ETP), ainsi que l'effort de formation des enseignants. Là encore, c'est la constance dans les politiques publiques qui sera le gage de leur efficacité. 8. Ouvrir l'École sur la société : parents d'élèves, collectivités locales, associations et entreprises Pour créer un lien plus étroit avec les parents, nos premiers alliés pour l'éducation et la réussite des enfants, nous avons posé les bases, au nom de la coéducation, de leur association plus étroite à la vie des écoles et établissements. Le statut du parent délégué, tant attendu, a été mis en place en 2016. Il structure la participation des parents dans les instances et la vie de l'école ou de l'établissement scolaire et facilite la reconnaissance de l'engagement des parents d'élèves délégués. La création des espaces parents permet désormais la mise en place d'un dialogue plus régulier tandis qu'avec la mallette des parents ou l'expérimentation du dernier mot laissé aux parents, j'ai voulu répondre aux demandes des parents, soucieux de transparence et de dialogue, de mieux comprendre l'École dans ses attentes, comme ses décisions. C'est ainsi que j'ai souhaité renouveler en profondeur la remise du diplôme national du brevet, en lui offrant une signification nouvelle. Parce que c'est un véritable examen qui se déroule anonymement, qui porte sur les mêmes sujets nationaux, qui marque l'égalité de traitement entre tous les jeunes, parce que c'est un rite de passage vers le lycée, le moment symbolique qui marque l'entrée dans une autre scolarité, j'ai voulu que la société tout entière récompense de façon solennelle tous ses jeunes lauréats lors d'une cérémonie républicaine. Désormais, le premier mercredi de l'année scolaire, les élus de la République, maires, conseillers départementaux, et les autorités académiques remettent de façon officielle et symbolique les diplômes. C'est une cérémonie pour rassembler la communauté éducative et les élus autour des élèves qui achèvent leur parcours scolaire commun, une cérémonie pour dire le rôle essentiel de l'École dans la République, et dans le parcours de chacun. Ce sera le temps de la remise du livret citoyen qui accompagnera chaque jeune dans son parcours de citoyenneté. Au cours du quinquennat, notre gouvernement a systématiquement soutenu l'engagement citoyen : celui des jeunes au travers du service civique devenu universel ; celui des autres citoyens aussi au travers de la Réserve citoyenne. J'ai tenu à ce que l'École soit pleinement engagée sur ces dispositifs : nous accueillons ainsi près de 10 000 jeunes en service civique dans nos écoles, collèges et lycées. À la suite des attentats de janvier 2015, j'ai répondu à la demande des citoyens d'être acteurs de l'École : plus de 6 000 réservistes citoyens sont reconnus par l'École et prêts à soutenir les projets éducatifs des enseignants. Cet élan citoyen devra être sans cesse soutenu car il matérialise l'attachement des Français à leur école ; car il donne à voir aux élèves l'intérêt et la diversité des modèles d'engagement civique. Les enseignants devront s'emparer pleinement de ce dispositif qui offre des témoignages et une illustration concrète de leurs enseignements. Nos élèves expriment aussi le besoin d'une connaissance actualisée du monde professionnel et des potentialités qu'il offre. Cette connaissance est décisive pour les choix d'orientation ; elle est aussi une opportunité pour élargir la réflexion des élèves, leur faire prendre conscience de la nécessité de penser à leur parcours et à leur projet d'insertion. Depuis 2012, les échanges avec le monde professionnel se sont intensifiés dans un dialogue nourri par la rénovation des diplômes professionnels, la mise en place du réseau des 78 Campus des métiers et de qualifications ou à travers des conventions de partenariats école-entreprises. Ils se sont structurés aussi à travers le parcours Avenir, pour offrir aux jeunes des parcours de découverte du monde économique, de la sixième à la terminale, ou à travers les stages de découverte du monde professionnels mis en place pour les chefs d'établissement. Enfin, depuis mon arrivée au ministère, j'ai impulsé une autre relation de l'École avec son territoire, et donc avec les élus. À l'école primaire, 92 % des communes ont mis en place des projets éducatifs de territoire pour favoriser la continuité éducative entre temps scolaires et temps périscolaires. À l'école comme aux collèges, ces logiques de partenariat sont notamment au cœur du plan numérique pour l'éducation. Déjà 50 % des collèges publics sont entrés dans l'ère numérique. Pour les écoles, j'ai multiplié par 10 le soutien de l'État pour l'équipement numérique. Cette coopération, je l'ai enfin orientée au service du développement économique des territoires et de la modernisation de notre offre de formation professionnelle. Avec les régions de France, nous avons ainsi posé les bases d'un partenariat durable en mars 2016 qui se décline concrètement aujourd'hui : 500 formations nouvelles sur des métiers de demain ou en tension ouvriront à la rentrée 2017 ; 78 Campus des métiers et des qualifications maillent nos territoires et répondent à leurs besoins de développement. L'ouverture de l'École n'est pas un renoncement aux missions de l'École : elle est un enjeu majeur de réussite pour nos enseignants, pour nos élèves et pour l'efficacité de l'ensemble de notre système éducatif. 9. Hausser le niveau éducatif de la Nation par la démocratisation de l'enseignement supérieur La France est une grande nation scientifique, dont la vie intellectuelle est toujours regardée avec attention partout à travers le monde, mais l'enseignement supérieur et la recherche français font aujourd'hui face à des défis majeurs. L'explosion de la demande mondiale de formation supérieure, portée par le développement des classes moyennes dans de nombreux pays, et le caractère désormais mondial de la recherche de « talents », rendent indispensable l'ouverture accrue aux échanges internationaux de nos laboratoires et universités. Les effectifs étudiants progressent et vont continuer de progresser à un rythme rapide, notamment en raison de la démographie. L'enseignement supérieur français reste l'un des meilleurs au monde pour former des élites de haut niveau, mais demeure marqué par de fortes inégalités sociales : les enfants de familles aux revenus modestes sont sous-représentés dès la licence, encore moins nombreux en master, et quasiment absents des effectifs en doctorat. L'ampleur des défis sociaux, environnementaux, technologiques à l'échelle mondiale accroit le besoin de nouveaux savoirs, et d'innovations de nature sociale, politique, technologique. L'investissement soutenu en matière de R& D dans les pays comparables ou émergents, et le retard français en terme de soutien à la recherche technologique, rendent nécessaire une politique d'innovation ambitieuse, seule à même de relever notre industrie au sein de la concurrence mondiale, tout en préservant nos emplois. En donnant la priorité à l'éducation dans toutes dimensions, ce quinquennat a pris la mesure de ce défi en comblant les retards accumulés, et en jetant les bases d'une politique à venir. Grâce à un effort budgétaire important, mais aussi par la réorganisation historique de la carte universitaire et scientifique autour d'un nombre limité de sites pour doter la France de pôles de formation et de recherche attractifs et visibles à l'international. À travers la création des Comue, nous avons rapproché les universités, les écoles et les organismes de recherche, et fait converger les acteurs autour de stratégies de formation, de recherche et d'innovation répondant aux meilleurs standards internationaux. Nous avons également permis aux étudiants de se rapprocher des entreprises, de l'emploi et de la vie économique à travers le statut d'étudiant entrepreneur et la création des pôles étudiants pour l'innovation, le transfert et l'entrepreneuriat, permettant à chacun de concrétiser ses projets de création d'activité en lien avec son diplôme. Donner à nos concitoyennes et à nos concitoyens la possibilité d'accéder au savoir et à la connaissance, c'est donner à notre pays davantage de force, et à nos existences davantage de sens. C'est dans l'accès de notre jeunesse au plus haut niveau d'éducation possible que réside l'avenir de notre pays dans un monde où le savoir, la connaissance, la recherche et l'innovation décideront de la prospérité des nations, mais aussi du sort de notre planète et de l'humanité elle-même. La France avait du retard dans ce domaine : nous avons relancé le mouvement, il faudra le poursuivre et l'amplifier dans la décennie qui vient car si les opportunités sont nombreuses, les inégalités qui pèsent lourd dans notre niveau de performance, le sont aussi. Le premier défi est donc celui du budget que la Nation consent à ce qui constitue bien le premier des investissements d'avenir. Entre 2012 et 2017, les moyens alloués par l'État à l'enseignement supérieur et à la recherche auront augmenté de 1,4 Md, soit une croissance de 6,25 %. Les besoins restent immenses puisqu'on estime à 1 Md annuel pendant cinq ans les crédits nécessaires pour faire face à la hausse démographique attendue. L'effort budgétaire de la Nation devra, à minima, être maintenu tant pour les formations que pour les aides directes aux jeunes les plus fragiles, et les équipes de recherche. Le second défi est celui de la vie étudiante dont l'accompagnement par l'État ne permettait plus, depuis longtemps, d'offrir les conditions minimales de réussite à chacun : nous y avons remédié en urgence à travers une politique volontariste et ambitieuse de bourses et de logements pour les étudiants. C'est l'enjeu de la grande réforme des bourses engagée dès 2013, qui a permis à près de 260 000 étudiants issus des classes moyennes de voir leur aide augmenter, pour un coût global de 216 M pour l'État, sur l'ensemble du quinquennat. C'est l'enjeu aussi du Plan 40 000 qui sera tenu d'ici la fin de l'année 2017 avec 40 000 nouveaux logements étudiants livrés partout en France, dont 27 000 le sont déjà depuis l'année dernière. Le pouvoir d'achat des plus de 700 000 étudiants boursiers a ainsi été intégralement préservé. En 2017, ce sont en effet 854 000 jeunes qui candidatent à une formation de l'enseignement supérieur post-bac. Ils sont 136 000 de plus qu'en 2012. Nous avons accompagné cette évolution par plus d'aides aux jeunes les plus fragiles. Cela s'est traduit par un investissement sans précédent : entre 2012 et 2017, 550 Msupplémentaires ont été consacrés aux aides aux étudiants, dont plus de 445 M au titre des bourses sur critères sociaux. C'est bien sûr plus de bourses d'un montant plus élevé, mais aussi plus de logements pour les étudiants. Si on doit se réjouir de cette démocratisation de l'accès à l'enseignement supérieur – et nous devons encore nous assurer qu'elle profite aux jeunes issus des milieux modestes – elle nous impose une réponse à la hauteur des attentes. Une réponse qui fasse de l'exigence le maître mot de toutes nos actions pour accueillir cette nouvelle diversité étudiante. Plutôt que d'imposer une sélection à l'entrée des études, nous devons multiplier les parcours de réussite. C'est l'intérêt du pays car l'orientation imposée a les mêmes conséquences que l'orientation par défaut : la démotivation qui conduit bien souvent à l'échec. Oui, l'avenir de la France dépend de notre enseignement supérieur et de notre recherche. Il n'y a pas que les technologies qui évoluent, les métiers aussi, et seul notre enseignement supérieur saura préparer notre jeunesse aux métiers de demain. Aujourd'hui, 43,5 % des jeunes accèdent à un diplôme de l'enseignement supérieur: il faut aller vers un objectif de 60 % d'une classe d'âge. C'est un objectif que nous pouvons atteindre si nous nous en donnons les moyens. En un mot, la confiance renouvelée de la Nation dans sa jeunesse doit se traduire par un effort continu d'au moins dix ans encore pour que nos universités et nos laboratoires mettent pleinement leur action au service de la société, de l'économie, des politiques publiques, mais aussi de notre conception collective de l'avenir et des espoirs que nous devons y placer. 10. La recherche au service de l'innovation dans toute la société française Une société apprenante est toujours en apprentissage, en formation, en remise en question de ses savoirs et de ses connaissances. Il n'y a plus d'un côté le temps des études, et de l'autre, celui du métier : les deux sont liés. La formation se déploie tout au long de la vie. Une société apprenante est une société en action, dont les centres de savoir, comme les universités, sont ancrés au cœur de la Cité. Ancrés, et avec des portes toujours ouvertes, qui permettent à tout un chacun, quel que soit son âge, de venir se former et se re-former ! Pour faire avancer notre pays, nous avons besoin de femmes et d'hommes qui sauront opposer aux discours mensongers des arguments qui sont ceux forgés par la connaissance et le savoir. C'est pour cela que la recherche doit rester une évidence et une priorité pour notre politique. Cet investissement ne peut être une contrainte. C'est pour cela que les programmes investissements d'avenir doivent être poursuivis notamment dans l'impulsion qu'ils donnent sur la formation en lien avec la recherche et l'innovation. C'est pour cela aussi que l'emploi scientifique doit être préservé. C'est pour cela que nos efforts sur la reconnaissance du doctorat dans l'ensemble des missions publiques et dans les entreprises doivent rester une réalité. Qu'avons-nous voulu faire, en effet, pour la recherche française, et que voulons-nous pour elle demain ? Une recherche qui soit en capacité de contribuer à l'évolution des savoirs, mais une recherche qui soit également au service de l'innovation dans toute la société française, au service de son économie, de son environnement et de l'emploi. Une recherche qui puisse aussi apporter un regard et une aide sur les politiques publiques, et contribuer à donner un sens à notre vie en commun, à notre histoire, comme au futur que nous voulons. C'est le sens du conseil scientifique sur les processus de radicalisation que nous venons d'installer avec Bernard Cazeneuve, qui réunit des chercheurs et des décideurs publics dans une logique de transfert. Les sciences humaines et sociales (SHS) proposent des clés essentielles pour l'intelligibilité du monde, dans un environnement en mutation rapide, qui s'interroge sur ses valeurs, ses perspectives et ses leviers d'action. Des mesures ont été prises lors de cette dernière année pour mieux former, insérer, soutenir, valoriser les étudiants, docteurs, enseignants et chercheurs de ce domaine et préparer l'avenir. Il faudra poursuivre cette démarche afin que les SHS cessent d'être le secteur scientifique oublié trop souvent depuis des années. La recherche doit aussi être réappropriée par la société et ne pas rester le seul fait des experts. C'est pour cela que nous devons favoriser l'essor des sciences participatives et associer les citoyens à la recherche. C'est pour cela que la culture scientifique, technique et industrielle ne doit pas se concevoir que sous l'angle de la diffusion des savoirs. La société n'est pas là que pour recevoir, elle doit aussi participer, proposer. Et parce que la recherche n'est pas qu'une problématique franco-française, nous devons continuer à nous inscrire à long terme dans les objectifs du programme européen Horizon 2020, sur la base d'une plate-forme consensuelle qui engagera la France par-delà les obstacles conjoncturels et les alternances politiques. La France serait ainsi en mesure d'atteindre ces trois objectifs majeurs : encourager l'excellence scientifique, aider au développement des innovations industrielles, et répondre aux grands défis sociétaux et mondiaux du XIXe siècle. C'est ainsi, et seulement ainsi, que nous préparerons de manière responsable et authentiquement progressiste la société française aux grandes mutations de demain. Le livre blanc de l'enseignement supérieur et de la recherche qui a été élaboré lors de ce quinquennat présente, à cet égard, une feuille de route, une stratégie pour l'avenir. En guise de conclusion à ces quelques réflexions sur ce qui pourrait servir de socle à une politique éducative nouvelle, mais en cohérence avec ce qui a été accompli ces dernières années, je veux alerter le prochain ministre de l'Éducation nationale sur quelques points qui feront le quotidien de son action et conditionneront la réussite des réformes qu'il entreprendra, quelles qu'elles soient. C'est une évidence, mais sans une passion personnelle sincère et viscérale pour l'École de la République que l'on donne à voir, à sentir et éprouver chaque jour, rien ne sera possible. Je veux surtout lui dire à quel point le débat public sur l'éducation est piégé, et combien il est important de lui consacrer du temps, de l'énergie, de la patience et de la pédagogie pour que nos concitoyens perçoivent le sens de l'action conduite. Pour cela, il faudra affronter au quotidien, sans se désespérer ni rien mépriser, un bruit de fond fait de polémiques permanentes, de faits divers élevés au rang de généralités qui feront foi bien davantage que tous vos faits, chiffres et arguments toujours suspects de manipulation. Il faudra se battre, ligne à ligne, contre les difficultés de l'opinion, à voir et à tenir compte de ce qui réussit et qui fonctionne, ce qui constitue malgré tout la réalité d'ensemble de l'École aujourd'hui. Il faudra ne jamais renoncer à faire face aux fake news propagées par les réseaux sociaux en continu, aux procès d'intention, à la mauvaise foi caractérisée dans l'interprétation des études et enquêtes dont personne ne veut jamais comprendre qu'elles n'évaluent pas la mesure décidée en début de semaine, mais la réforme d'il y a dix ans. Tout cela ne devra pas venir à bout de vos nerfs et de votre capacité profonde à faire confiance à l'ensemble des acteurs de la communauté éducative, en dialoguant et en travaillant toujours avec elle, quelles que soient les circonstances, le contexte politique ou syndical. Affrontez tous les jours cette mer démontée du débat sur l'éducation en même temps que vous agissez car sinon, vous n'aurez plus qu'une seule chose à faire : rien. C'est arrivé à d'autres par le passé. Croyez-moi, persévérer dans l'action fera de vous un ministre de l'Éducation nationale heureux. Je vous souhaite courage, et réussite dans ce que vous entreprendrez. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/520.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/520.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b0119d1beeb3a4ae15860ad9aad0b8da19bb0596 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/520.txt @@ -0,0 +1 @@ +La tradition de ces cérémonies conduit souvent le ministre qui accueille à imposer à l'auditoire un regard nécessairement laudateur - sur sa propre action. Je ne vous l'imposerais pas car, désormais, l'essentiel, c'est ce que vous allez faire. Je me limiterai donc à 4 modestes suggestions. 1 Ne perdez pas de temps Ne vous fiez pas à la majesté de cette galerie, ni à la noblesse de votre nouvelle adresse. La réalité des juridictions est bien moins flatteuse, l'état de nos prisons, la surpopulation qui les affecte, les listes d'attente dans nos établissements de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), ne supportent pas d'attendre. D'ailleurs, tous ceux que vous rencontrerez, tous les lieux que vous découvrirez, vous rappelleront l'urgente nécessité de doter ce ministère de moyens durables. Pour y répondre, vous bénéficiez d'un atout puissant : l'engagement du nouveau président de la République pris à l'occasion de son discours de Lille, le 14 mars dernier, d'une « loi quinquennale pour donner de la visibilité sur les moyens et les embauches ». Par anticipation, il y a presqu'un mois, j'ai donné mission au secrétaire général du Ministère de préparer tous les documents pour que cette loi de programmation puisse être élaborée avant l'été. Des propositions vous seront donc transmises à la fin de ce mois afin que vous puissiez procéder à vos arbitrages. 2 Ne cherchez pas à bouleverser l'institution judiciaire, mais modernisez son fonctionnement Parce que la justice est un service public, ce n'est pas au citoyen de chercher son juge. Cependant l'appareil judiciaire impressionne souvent, le langage juridique est parfois hermétique et le chemin de l'accès au droit demeure encore trop labyrinthique. Parallèlement à votre action sur les moyens, il y a donc là un vaste chantier que le récent texte sur la modernisation de la justice du 21ème siècle a ouvert. En effet, je formule l'hypothèse que plus l'augmentation des moyens va s'opérer, plus l'institution judiciaire va devenir efficace et plus elle suscitera des demandes, car la soif de justice ne sera jamais assouvie. Il vous faudra donc innover. Et notamment dans l'achèvement de la révolution numérique engagée depuis plusieurs années et qui doit permettre de rendre la justice accessible et plus lisibles pour nos concitoyens. 3 Appuyez-vous sur le Parlement Ce ministère est particulier au regard de la mission qu'il sert car la justice est à la fois : Un rempart qui protège les individus les uns des autres, Et un gardien qui veille au respect des règles du vivre ensemble. Ainsi pour nos concitoyens, à Quimper ou à Pau, la justice c'est d'abord les litiges relatifs au loyer, au crédit à la consommation, aux servitudes de passage, et, bien sûr, à la garde des enfants ou aux pensions alimentaires. En outre, pour notre société, les prisons sont essentielles à la paix publique. Or le niveau record de la surpopulation carcérale, les conditions indignes dans lesquelles beaucoup de détenus sont enfermés sont autant d'obstacle à une action efficace en la matière, mais également dans une lutte efficiente contre le phénomène de radicalisation. Et je suis heureux que le Chef de l'Etat ait dans ce domaine indiqué qu'il poursuivrait le programme de construction dont j'ai pu esquisser les contours. Prendre en charge ces enjeux impose donc de dépasser les clivages partisans. Et à cette fin, je vous encourage à solliciter les commissions des lois de l'Assemblée nationale et du Sénat. Elles ont toutes les deux manifesté avec constance leur intérêt pour ces sujets. Le Parlement sera pour vous un allié précieux, notamment face à vos interlocuteurs budgétaires. Dans tous les cas, si les Quimpérois, me renouvellent leur confiance, je serai à votre disposition pour tous les appuis dont vous pourriez avoir besoin. Comme d'autres, je veux le succès de ce quinquennat pour poursuivre le redressement de notre pays. 4 Enfin, préservez l'essentiel : l'indépendance Dans la campagne qui s'est achevée, la justice a fait l'objet de mises en cause. Je l'ai déploré. Si j'ai cherché à faire de la justice, un sujet politique, elle ne doit pas être un objet polémique. Voilà pourquoi, vous aurez mille fois raison de chercher à mener à bien la révision constitutionnelle qui renforcera l'indépendance des magistrats afin qu'ils puissent exercer leurs missions dans la sérénité et dans le respect du principe de l'égalité de tous devant la loi. Un ultime mot sur le premier texte que vous aurez à préparer : celui sur la moralisation de la vie publique. Député, j'ai été le rapporteur à l'Assemblée nationale de la loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique. Votre tâche sera belle et utile : Il vous faudra chercher à concilier le principe constitutionnel de séparation des pouvoirs et l'indispensable regard extérieur sur les intérêts des uns et des autres. Vous aurez donc à répondre à cette question : jusqu'où le retour à la confiance dans nos institutions impose-t-il la défiance vis-à-vis de ceux qui les incarnent ? Là encore, vous me trouverez en tout cas à votre côté pour travailler sur ce beau texte dans un esprit de dialogue et d'ouverture, car l'Etat de la France requiert nos efforts à tous. J'ai été bien trop long. Les personnels ici présents savent ma gratitude, j'ai eu l'occasion de le leur dire dans une rencontre la semaine passée. Les directeurs des administrations centrales connaissent ma reconnaissance à leur endroit, ils furent des collaborateurs loyaux et fiables. Il me reste donc à conclure. Je ne vous cacherais pas mon émotion. Une grande figure de la magistrature française, André BRAUNSCHWEIG aimait dire « il faut avoir un certain amour des hommes pour être un bon magistrat ». Ce conseil vaut, me semble-t-il aussi, pour les ministres de la justice. Cher François, A compter de cet instant, vous n'êtes pas seulement garde des sceaux, mais aussi : Soldat pour gagner des moyens, Architecte pour créer des ponts entre des mondes différents afin d'en assurer le dialogue et la complémentarité, Jardinier pour semer et couturier pour réparer, Chef d'orchestre pour permettre à chacun de faire entendre sa voix afin d'assurer la réconciliation des différentes. Vous êtes dorénavant tout cela afin d'illustrer la définition que donnait le Chancelier d'AGUESSEAU du Garde des sceaux dans un discours le 18 juin 1700 : « Plein de ces grands sentiments, M. le Chancelier ne se contentera pas d'être le défenseur des lois, l'appui de la justice, le protecteur des magistrats ; il voudra que tout l'Etat recueille les fruits précieux de son heureuse magistrature ». \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/521.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/521.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2f1066cdcc400514aaa6c931d15ce89ab57a4e7f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/521.txt @@ -0,0 +1 @@ +YVES CALVI Elizabeth MARTICHOUX, vous recevez le ministre de l'Intérieur Gérard COLLOMB. ELIZABETH MARTICHOUX Bonjour monsieur le ministre, bonjour Gérard COLLOMB. GERARD COLLOMB Bonjour. ELIZABETH MARTICHOUX Merci beaucoup en effet d'être avec nous ce matin sur RTL, c'est votre première expression en tant que ministre de l'Intérieur dans une matinale radio. Vous êtes donc le nouveau patron de Beauvau comme on dit, un poste par définition ultrasensible avec des défis extrêmement lourds. Et vous êtes le numéro 1 derrière le Premier ministre Edouard PHILIPPE dans l'ordre protocolaire du gouvernement. Une récompense pour votre soutien sans faille et précoce à Emmanuel MACRON ? GERARD COLLOMB Je pense que c'est davantage qu'une récompense, c'est une preuve de confiance. Je crois que les relations que nous avons nouées pendant la campagne avec Emmanuel MACRON sont des relations extrêmement fortes. Il a pu voir qu'il pouvait me faire confiance, que chaque fois sur les décisions qu'on prenait ensemble dans cette campagne, on était plutôt à la fois dans une espèce de complicité de pensée ; et puis en même temps que les voies que je pouvais indiquer n'étaient pas forcément les plus mauvaises. ELIZABETH MARTICHOUX Complicité de pensée sur les programmes économiques, on vous connaît surtout comme réformateur, notamment au Parti socialiste. Vous aviez émis le souhait d'être le premier flic de France ? GERARD COLLOMB Non, jamais. J'ai simplement accepté ce qu'il me demandait. Il a effectivement deux priorités : rétablir la situation économique qui est extrêmement dégradée dans notre pays ; et puis redonner confiance aux Français dans leur sécurité. On voit bien aujourd'hui que la confiance est très basse, elle est basse dans la population mais elle est basse aussi dans la police. ELIZABETH MARTICHOUX Et on va en parler. Terrorisme, sécurité, malaise policiers, gestion des migrants, tout ça c'est sur le bureau de votre ministère. D'abord l'état d'urgence prolongé jusqu'au 15 juillet, vous êtes pour un état d'urgence permanent ou vous souhaitez amorcer la sortie ? GERARD COLLOMB C'est une discussion que nous allons avoir dans le prochain Conseil de défense. Nous en avons eu un hier, on a fait à la fois l'état de la situation intérieure, de la menace terroriste, mais en même temps des opérations extérieures, tout cela bien sûr est totalement lié. Et donc ce sera le sujet du prochain Conseil de défense. Je n'annoncerai donc rien mais évidemment, je crois qu'à un moment donné il faudra sortir de cet état d'urgence. Est-ce le bon moment ? Peut-être pas juste après la formation du gouvernement. ELIZABETH MARTICHOUX Donc pas dans les deux mois qui suivent l'élection d'Emmanuel MACRON. Vous souhaiteriez prendre votre temps pour préparer au mieux la sortie de ce dispositif de protection… GERARD COLLOMB Il faut voir effectivement quelles sont les mesures qui peuvent permettre de faire face au haut degré d'insécurité que nous avons face à la menace terroriste. ELIZABETH MARTICHOUX Conseil défense hebdomadaire ? GERARD COLLOMB Oui, absolument, après le Conseil des ministres, chaque fois un Conseil de défense. ELIZABETH MARTICHOUX Alors dans vos premières déclarations de ministre de l'Intérieur, vous avez dit en effet vouloir réconcilier les policiers avec leur ministre de tutelle. Il y a un défaut de confiance entre l'institution et la tutelle ? GERARD COLLOMB En tout cas, on a pu le voir, des policiers en colère qui d'ailleurs avaient débordé largement les organisations syndicales à un moment donné. Cela montrait qu'il y avait espèce de révolte spontanée, une révolte spontanée due à des conditions de travail qui n'est pas forcément extraordinaires. Vous avez un certain nombre de commissariats encore dans lesquels, ni vous ni moi n'accepterions de travailler. Donc il faut répondre à ces problèmes matériels … ELIZABETH MARTICHOUX Et alors comment… La solution… GERARD COLLOMB Et au-delà si vous permettez, au-delà c'est quand même la relation de confiance qu'il faut renouer avec la population. Parce que vous voyez lorsque nous avons affaire à des actes terroristes, tous nos policiers sont applaudis, mais dans leurs missions quotidiennes, ils sont souvent vilipendés et, donc, il faut réconcilier les populations avec leur police. ELIZABETH MARTICHOUX Alors justement, Emmanuel MACRON dans son programme avait annoncé une nouvelle police de proximité. Est-ce que le but c'est de créer une police à part entière au sens propre du terme, en plus de la police nationale, de la gendarmerie… GERARD COLLOMB Non, pas du tout, il s'agit de faire en sorte que les forces de police nationale, les forces de gendarmerie soient au plus près de nos concitoyens… ELIZABETH MARTICHOUX Ca, ça a toujours existé d'une certaine façon… GERARD COLLOMB Cela… ELIZABETH MARTICHOUX Il y a un moment, Nicolas SARKOZY… GERARD COLLOMB Non, si vous vous souvenez… Non, non, si vous vous souvenez justement, Nicolas SARKOZY avait démantelé cette police de proximité en disant : nous, nous allons faire de la police d'intervention. Vous vous souvenez de la fameuse phrase « les policiers ne sont pas là pour jouer au football avec les délinquants des quartiers »… ELIZABETH MARTICHOUX …Faire du baby-sitting… GERARD COLLOMB Sauf que lorsque vous quittez le quartier, vous n'avez plus le renseignement sur le quartier. Or aujourd'hui ce qui importe à la fois sur les phénomènes de délinquance, mais sur les phénomènes également de radicalisation, c'est le pouvoir justement écouter ce qui se dit dans le quartier, connaître l'ambiance de ce quartier, voir les signes éventuellement de radicalisation. ELIZABETH MARTICHOUX Mais vous allez puiser dans les forces actuelles, alors on sait qu'il y aura un renforcement des effectifs… GERARD COLLOMB C'est remettre effectivement un certain nombre… ELIZABETH MARTICHOUX Remettre physiquement dans des quartiers de non-droit, comme on dit ? GERARD COLLOMB Physiquement dans un certain nombre de quartiers. Vous voyez, par exemple je discutais avec les gendarmes, ils me disaient qu'il y avait eu une suppression de 10 % des gendarmeries, ça veut dire qu'il y a des endroits du territoire où on n'est plus forcément. Et donc il va falloir remettre les choses en place. ELIZABETH MARTICHOUX Reconstituer le maillage, reconstituer le maillage. GERARD COLLOMB Absolument. ELIZABETH MARTICHOUX Mais ça ne se décrète pas… GERARD COLLOMB Ça ne se fait pas en un jour, ça c'est clair. Mais si vous voulez, toutes les mesures que nous allons prendre, ce sont des mesures qui vont forcément s'étaler dans le temps. Refaire en sorte que les commissariats redeviennent modernes, faire en sorte que le stock de voitures qui, aujourd'hui, sont extrêmement âgées puisse se reconstituer, ça ne se fait pas en un jour… ELIZABETH MARTICHOUX Et ça ne se fait pas sans argent. GERARD COLLOMB Je vais donc rencontrer les organisations syndicales pour leur dire : voilà le plan que nous allons mettre en place, mais cela se fera dans le temps. ELIZABETH MARTICHOUX Avec… Donc sur le quinquennat, on le comprend, vous allez faire des économies budgétaires sur votre fonctionnement ministériel pour pouvoir financer cette modernisation ? GERARD COLLOMB Aujourd'hui, vous avez vu que le président de la République et le Premier ministre ont annoncé une baisse de moyens drastique sur tout ce qui est cabinet. Il y a aujourd'hui une volonté effectivement de faire des économies partout. Donc nous allons faire ces économies, nous allons préparer bientôt la loi de… Le projet de loi de finance. Et donc vous verrez effectivement que nous avons cette volonté de procéder partout à des économies. ELIZABETH MARTICHOUX Un délit d'incivilité avait proposé aussi Emmanuel MACRON pendant la campagne, d'abord c'est pour sanctionner quoi ? GERARD COLLOMB Alors si vous voulez ce qui aujourd'hui fait que nos habitants sont quelques fois à cran, c'est que par exemple quelqu'un commet un délit contre vous. On vous incite en tant que citoyen à aller déposer plainte. Vous êtes un bon citoyen, vous allez au commissariat de police, vous déposez votre plainte, vous dites « il va être arrêté » et le lendemain, il est devant chez vous à vous narguer. Il faut que cela, on ne le fasse plus… ELIZABETH MARTICHOUX Un certain laxisme des magistrats, un défaut… GERARD COLLOMB Ce n'est pas si vous voulez… oui, un défaut en tout cas dans la liaison entre l'action de la police, de la gendarmerie et celle de la justice. Un de mes principaux travaux avec mon collègue ministre de la Justice, avec François BAYROU et nous en avons parlé, c'est justement de faire en sorte qu'il y ait une continuité dans la chaine depuis l'action de la police jusqu'à celle de la justice. ELIZABETH MARTICHOUX Il va falloir le convaincre en effet parce que… GERARD COLLOMB Ah non, non… ELIZABETH MARTICHOUX Ce n'est pas complètement de votre ressort… GERARD COLLOMB Je crois si vous voulez et nous en avons déjà parlé ensemble qu'il y a une volonté étroite de travailler en commun. Et je crois que pour la première fois peut-être depuis longtemps, entre le ministre de l'Intérieur et le ministre de la Justice, il y aura une volonté forte de travail en commun. Vous savez… ELIZABETH MARTICHOUX Ce n'est pas le couple TAUBIRA-VALLS, c'est ça que vous voulez dire ! GERARD COLLOMB Que dans les mois qui viennent de se passer, on va dire qu'on a eu des rapports assez proches entre François BAYROU et moi-même. Et donc, on va continuer à essayer de les avoir. ELIZABETH MARTICHOUX C'est vrai que vous avez contribué au rapprochement François BAYROU et Emmanuel MACRON. Notre-Dame-des-Landes, un médiateur va être nommé, ça a été confirmé hier par Edouard PHILIPPE. Si le projet est enterré dans les 6 mois, vous êtes prêt à faire évacuer la zone, vous avez mesuré les risques ? GERARD COLLOMB Si vous voulez, d'abord on va essayer de travailler sur la médiation. Et donc nous, nous ne voulons pas de mesure qui soit… ELIZABETH MARTICHOUX Médiation avec les zadistes ? GERARD COLLOMB Des mesures brutales, avec l'ensemble de la population, y compris avec des représentants de ceux qui occupent les lieux. Parce que vous avez absolument de tout, vous avez des écologistes qui peuvent être plus modérés et je pense que Nicolas HULOT saura leur parler ; et puis évidemment, vous avez des gens qui sont totalement radicalisés. Je mets d'ailleurs en garde contre une certaine radicalisation. Il faut faire attention dans le langage de celles et ceux qui encadrent, parce que… ELIZABETH MARTICHOUX Qui encadrent… GERARD COLLOMB Dans ma génération, on a connu par exemple les dérives qui ont pu avoir lieu en Allemagne, qui ont pu avoir lieu en Italie. Et attention que la violence du langage d'un certain nombre de femmes et d'hommes politiques ne finisse pas dans la violence des actes… ELIZABETH MARTICHOUX Vous faites allusion à quoi, vous faites allusion à qui ? GERARD COLLOMB Si vous voulez, on voit bien qu'il y a des mots quelques fois dans le débat politique français, du côté d'une extrême gauche mais quelques fois aussi d'une extrême droite, sont extrêmement violents et, donc, peuvent pousser des gens à la radicalisation. La radicalisation n'est pas simplement islamiste. ELIZABETH MARTICHOUX Donc vous allez faire une médiation, mener une médiation pour préparer le terrain à quoi, à l'évacuation de la zone ? GERARD COLLOMB On verra si vous voulez, on verra, on n'a pas… Si vous aviez la réponse à l'avance, vous n'avez pas de médiation par définition. ELIZABETH MARTICHOUX D'accord. Et vous travaillez avec la gendarmerie pour éventuellement limiter au maximum les risques d'une opération ultra-délicate ? GERARD COLLOMB Mais bien sûr que ce serait extrêmement délicat avec des gens qui, aujourd'hui, sont prêts à aller jusqu'au bout. ELIZABETH MARTICHOUX Il n'y a pas… Alors je vais dire un mot de l'équipe ministérielle, il n'y a pas de ministre socialiste au gouvernement, vous savez qui a dit ça hier ? GERARD COLLOMB Non. ELIZABETH MARTICHOUX Jean-Christophe CAMBADELIS, le patron du PS. GERARD COLLOMB Oui, enfin pour le moment moi, je suis encore au Parti socialiste, donc je n’ai pas été exclu… ELIZABETH MARTICHOUX Jean-Yves Le DRIAN aussi. GERARD COLLOMB Et en même temps, il est clair qu'on recompose la vie politique, c'est ce que veulent les Français. Vous voyez, je crois qu'on voit bien qu'aujourd'hui les différences, les vrais clivages sur l'avenir de la France, ils ne passent pas entre les partis, ils passent à l'intérieur des partis. Et donc il fallait recomposer la vie politique, c'est ce que nous avons fait. ELIZABETH MARTICHOUX Oui, avec un couple qui inquiète à gauche, Bruno LE MAIRE Gérald DARMANIN à Bercy, ils ont les clés du coffre comme on dit, c'est eux qui vont incarner une politique économique… la politique économique du gouvernement ? GERARD COLLOMB Vous savez, peut-être qu'il y a des gens qui disent du côté plus conservateur : il y en a qui nous inquiètent, Gérard COLLOMB, Jean-Yves Le DRIAN. Non, je crois que personne n'a à être inquiété… ELIZABETH MARTICHOUX Non mais Bruno LE MAIRE, il voulait… GERARD COLLOMB Nous avons une équipe unie qui, effectivement, va aller de l'avant. ELIZABETH MARTICHOUX Il voulait supprimer 500.000 postes de fonctionnaires Bruno LE MAIRE pendant sa campagne des primaires ; Emmanuel MACRON disait 120.000 postes de fonctionnaires. Qui aura raison au bout du compte ? GERARD COLLOMB Vous savez, je pense que le président de la République est quelqu'un d'assez déterminé. Il a dit, il l'a répété sur tous les tons depuis quelques temps que c'était le projet qu'il avait proposé aux Français qui s'appliquerait. ELIZABETH MARTICHOUX La photo de vous en larmes le jour de la passation de pouvoir, à quoi pensiez-vous à ce moment-là ? GERARD COLLOMB Simplement à l'aventure qu'on avait vécue avec Emmanuel MACRON. Je repensais aux premières rencontres que nous avions eues ensemble. Et nous ne pensions pas arriver forcément jusqu'à l'Elysée. Donc c'était la consécration d'une action qui s'était menée dans une amitié forte, c'était aussi une rencontre entre deux hommes. ELIZABETH MARTICHOUX Et qui fait qu'aujourd'hui, vous êtes ministre de l'Intérieur au gouvernement français. Merci Gérard COLLOMB d'avoir été avec nous ce matin sur RTL. GERARD COLLOMB Merci à vous, merci. YVES CALVI Le projet du président MACRON est de rétablir la confiance des Français dans leur sécurité. Le ministre de l'Intérieur annonce une réflexion sur la sortie de l'état d'urgence ; et le retour de la police de proximité ainsi qu'un plan quinquennal de modernisation des commissariats et des véhicules de police. Merci à tous les deux. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/522.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/522.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..61513d7a6d30e52a08c610d84f3407e6052008d2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/522.txt @@ -0,0 +1 @@ +NICOLAS TEILLARD Christophe CASTANER, votre réaction en entendant l'émotion, la description faite par cette mère de famille. CHRISTOPHE CASTANER Evidemment, une émotion, une solidarité. Les enfants de Manchester sont nos enfants. Je suis papa, j'ai deux filles adolescentes, on écoute chez moi Ariana GRANDE, évidemment, ça nous touche tous. Et puis aussi, une responsabilité, celle d'œuvrer avec les autres puissances européennes, pour lutter contre ces attaques qui hélas se multiplient, et on voit bien que l'Angleterre, qui est pourtant une île, qui est pourtant sécurisée, fait aussi l'objet d'attaques. Nous savions que Daesh avait décidé aussi de porter des coups sur la Grande-Bretagne, et on en voit aujourd'hui les traces, donc nous devons agir, agir pour faire en sorte que l'on puisse frapper à l'origine, au Sahel, au Levant, mais aussi renforcer encore plus notre renseignement intérieur pour neutraliser tous les coups qui risquent d'être portés à nos pays, à notre démocratie. NICOLAS TEILLARD Le renseignement, c'est la clef, selon vous ? CHRISTOPHE CASTANER Oui, c'est effectivement un sujet majeur aujourd'hui, il nous faut renforcer totalement notre renseignement territorial, ce qui est en train d'être reconstruit et que nous devons amplifier, mais aussi le renseignement numérique, avec les réseaux sociaux qui ont une responsabilité, et nous devons, au niveau européen, contraindre les grands opérateurs à agir et le président de la République, Edouard PHILIPPE l'a rappelé encore ce week-end, ils auront l'occasion d'échanger tous les deux, dans la matinée, et d'échanger avec Theresa MAY, nous voulons faire en sorte qu'il y ait un quatrième corps d'armée en France, qui porte sur la question du renseignement et en particulier du renseignement numérique. NICOLAS TEILLARD La sécurité est déjà, et depuis des mois, à un niveau maximal en France, impossible d'augmenter les moyens aujourd'hui. CHRISTOPHE CASTANER La question n'est pas seulement celle des moyens, mais celle de l'optimisation, celle de travailler sur tous les fronts, sur tous les sujets, et donc vraiment au niveau du terrain, sur tout risque de radicalisation, parce qu'on voit bien qu'il y a différents types d'attaques qui sont organisées, coordonnées à l'échelon international mais aussi celles qui sont issues de la folie d'un homme, et nous devons agir à ces différents niveaux là. Je crois que de toute façon, nous ne baisserons jamais les bras, et nous devons continuer à mobiliser des moyens et des moyens exceptionnels. Aujourd'hui, le ministre de l'Intérieur Gérard COLLOMB est à pied d'oeuvre pour faire en sorte que nous puissions, tant au niveau international qu'au niveau local, agir et ne rien laisser passer. Je crois que la sécurité ne peut pas être garantie, ce n'est pas un argument de campagne, ce n'est un élément électoral, nous savons le risque mais nous devons tout faire pour neutraliser ce risque, donc il nous faut des moyens exceptionnels pour cela, c'est aussi la proposition, l'engagement du président de la République et d'Edouard PHILIPPE, le Premier ministre, de faire en sorte que 10 000 emplois soient créés dans nos forces de l'ordre, dans nos forces de sécurité , pour la sécurité des Français. NICOLAS TEILLARD Est-ce que la vigilance sera renforcée dans les prochains jours ? Est-ce que la menace est plus importante que lors des dernières semaines ou des derniers mois ? CHRISTOPHE CASTANER Evidemment, ce qui se passe aujourd'hui en Grande-Bretagne, nous oblige à être plus vigilants encore, et donc nous sommes déjà à un niveau élevé, mais nous serons plus attentifs, tous nos services sont à pied d'œuvre pour voir s'il n'y a pas une coordination qui pourrait être faite à l'échelle européenne, de la part des terroristes et qu'il y ait des risques d'attentats. Mais je voudrais rassurer et les Français, aujourd'hui il n'y a pas d'indication qu'il y aurait un risque particulier sur Paris ou sur les villes françaises. NICOLAS TEILLARD Est-ce qu'il y a déjà une coordination, à l'œuvre, entre les services français et britanniques, quelques heures après cette explosion ? CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr. Les échanges sont constants et immédiats, mais permettez-moi de ne pas aborder ce volet-là, qui doit relever aussi du secret et nos services et des bonnes conditions de travail de nos services. NICOLAS TEILLARD Christophe CASTANER, porte-parole du gouvernement en direct sur France Info merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/523.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/523.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ad39ae29bd021917743937a667762baaa7ccb54b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/523.txt @@ -0,0 +1 @@ +CAROLINE ROUX Bonjour Christophe CASTANER. CHRISTOPHE CASTANER Bonjour. CAROLINE ROUX Alors tout d'abord naturellement cette explosion à Manchester, 19 blessés, 50 morts (sic) pour un premier bilan à la sortie d'une salle de concert, la Première ministre parle d'une épouvantable attaque terroriste, une nouvelle fois le réveil est douloureux en Europe. CHRISTOPHE CASTANER Evidemment douloureux parce que les enfants de Manchester sont nos enfants. Je suis père, j'ai deux filles adolescentes, on écoute chez moi Ariana GRANDE et on voit bien comment le mal peut frapper à nos portes et Manchester, ce sont aussi nos portes. CAROLINE ROUX Alors l'explosion a eu lieu à la sortie de la salle de concert, alors c'est vrai qu'on a sécurisé les endroits, après ce qui s'était passé au Bataclan, il y a des portiques de sécurité, mais on n'a pas sécurisé les abords des salles de concerts. Est-ce qu'à la lumière de ce qui se passe, alors il faut être prudent, il faut attendre que l'enquête soit menée, mais est-ce que d'ores et déjà, vous nous dites, comme c'est le cas aux Etats-Unis ce matin, puisque le gouverneur de New York a annoncé le renforcement des mesures de sécurité aux abords de concerts, qu'il faut faire plus ? CHRISTOPHE CASTANER Oui, je crois qu'il faut faire plus parce que de toute façon les terroristes savent s'adapter aux situations. Il n'y a pas de politique qui permet de garantir la sécurité pour chacun de nos citoyens en permanence, mais il faut faire le maximum. Le maximum, c'est-à-dire d'abord… CAROLINE ROUX Il faut s'adapter ? CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr qu'il faut s'adapter, mais c'est d'abord frapper à l'international, au Sahel, au Levant, là où on a l'origine du mal et l'organisation. Mais on sait aussi qu'on peut avoir une personne qui va se radicaliser très brutalement, qui sur les réseaux sociaux va trouver les moyens d'agir, il nous faut là aussi renforcer totalement notre renseignement intérieur. Et donc c'est pour ça que nous devons agir sur différents niveaux, un plan de recrutement de 10.000 policiers et gendarmes supplémentaires, le renforcement de la sécurité, un task force qui va permettre de centraliser toute l'information qui remonte des différents services au niveau du Premier ministre et du président de la République. Et puis enfin la question du renseignement territorial, mais du renseignement numérique informatique, qui aujourd'hui est quelque chose qui nous échappe en partie et nous voulons qu'il y ait un quatrième corps d'armée qui justement permette de mener la guerre contre toutes les formes de cyber-terrorisme et de cyber-attaque. CAROLINE ROUX Alors ce qui est compliqué dans un cas comme celui-ci, c'est que systématiquement on en est à se dire, comment faire mieux ? La question de la levée de l'état d'urgence, on est bien d'accord, n'est pas un débat en France. CHRISTOPHE CASTANER De toute façon, nous avons les moyens d'agir avec l'état d'urgence, sans l'état d'urgence, nous verrons mi-juillet, le président de la République, le Premier ministre se prononceront avec le ministre de l'Intérieur sur ce sujet. Mais peu importe, je dirais, la question de l'état d'urgence ou pas, nous devons nous mobiliser au maximum pour protéger les Français. CAROLINE ROUX C'est déjà le cas, non ? CHRISTOPHE CASTANER C'est le cas, mais il faut aller plus loin encore et c'est pour ça qu'il faut lancer des moyens d'investissements pour tout type d'intervention de nos forces militaires et policières sur le renseignement notamment et puis il nous faut aussi recruter. Il faut aussi des femmes et des hommes, petit à petit le gouvernement précédent a commencé une politique de recrutement, nous devons la renforcer. CAROLINE ROUX Mais là ce que vous dites ce matin aux gens qui vous regardent et qui sont peut-être inquiets, qui ont prévu peut-être d'aller à des concerts à Paris ou ailleurs en France, les leçons de ce qui s'est passé à Manchester seront tirées naturellement en France ? CHRISTOPHE CASTANER Je ne veux pas tenir le discours de dire le risque zéro est possible, certains l'ont fait, y compris pendant la période électorale, ils ont menti aux Français, mais nous devons être extrêmement vigilants. Le président de la République et le Premier ministre ont déjà échangé ce matin, ils font un point avec le ministre de l'Intérieur et nous devons, là encore, veiller à ce qu'il n'y ait pas un plan coordonné au niveau international pour frapper l'Europe. Nous n'avons aucune indication sur ce sujet, donc je voudrais rassurer les Français là-dessus. Et donc nous continuerons à être à un haut niveau de vigilance et puis chacun doit aussi assumer une part de responsabilité dans l'information, dans le contact, dans la prévention. CAROLINE ROUX Ça veut dire quoi ça, chacun doit assumer une part de responsabilité ? CHRISTOPHE CASTANER Chacun doit assumer d'être un observateur attentif de ce qui peut se passer et de penser que la police est notre amie au quotidien aussi quand on doit l'informer. Je crois que sur la radicalisation par exemple, il faut que chacun au niveau des préfets, au niveau d'une école, d'un lycée soit aussi en responsabilité. Mais surtout je voudrais aussi rassurer les Français, il ne faudrait surtout pas céder aux terroristes en disant on annule les concerts, on ne va plus nulle part. Vivre, c'est notre cœur et au fond les terroristes veulent attaquer notre façon de vivre et donc ne leur cédons jamais, à charge pour nous, les responsables politiques, de tout mettre en œuvre pour garantir la sécurité de nos concitoyens. CAROLINE ROUX Alors dans le reste de l'actualité, Emmanuel MACRON reçoit les syndicats des salariés, le patronat aujourd'hui, on connait désormais la volonté de réforme d'Emmanuel MACRON, alors ces rencontres, c'est quoi ? Ce sont des rencontres de courtoisie, on sait exactement où veut aller Emmanuel MACRON, qu'attend-il de ces rencontres avec les partenaires sociaux ? CHRISTOPHE CASTANER Il veut dialoguer. Il ne veut pas dialoguer seulement sur la réforme du dialogue social, nous devons parler de la réforme de la formation professionnelle, nous devons parler du plan d'investissement de 15 milliards d'euros que nous voulons mobiliser pour améliorer la formation professionnelle, mais nous devons parler de la meilleure façon d'aller vers le plein emploi. Aujourd'hui on a une société du travail qui est une société figée, qui protège ceux qui sont déjà en emploi mais, qui exclue ceux qui n'ont pas accès à l'emploi. Donc nous devons tout mettre en oeuvre, donc il nous faut dialoguer. Nous savons quel est notre objectif, mais par contre le texte n'est pas écrit, les textes ne sont pas écrits, il est important qu'il y ait ce niveau de dialogue avec le président de la République et dès demain, avec le Premier ministre et la ministre du Travail. CAROLINE ROUX Alors vous savez que les partenaires sociaux, ils sont très vigilants sur les mots qui sont utilisés et ils ont un petit problème avec les mots qui sont utilisés. Alors on va clarifier ce matin le lexique, est-ce qu'il s'agit de consultation, est-ce qu'il s'agit de concertation ou de négociation, dans quel état d'esprit vous êtes avec les partenaires sociaux ? Parce que d'un côté, on ne peut pas dire, on veut aller vite, on veut réformer et de l'autre, soyez les bienvenues et apportez vos propositions, on les connait les propositions de Emmanuel MACRON et on connait les lignes rouges des syndicats, alors quel mot vous choisissez ? CHRISTOPHE CASTANER Moi, je choisirais le dialogue, parce que le dialogue, il est absolument nécessaire tout le temps. Mais si le dialogue est utilisé pour empêcher, je crois qu'on a besoin aujourd'hui de libérer le travail et donc c'est important qu'on puisse se donner les moyens d'aller vite sur ces questions là. Les Français ne peuvent pas attendre. Vous savez une loi, une bonne loi, pour qu'elle soit mise en oeuvre, tout compris, il faut deux ans. Est-ce qu'aujourd'hui on peut se dire, ce n'est pas très grave, la situation qui fait que dans certains quartiers 50 % des jeunes sont au chômage et n'ont pas de perspective d'emploi, on va attendre deux ans, non, il nous faut aujourd'hui aller vite. On a les éléments qui permettent de construire ce dialogue social. CAROLINE ROUX Dialogue social, est-ce que les réserves des syndicats ou leurs lignes rouges ont vocation à infléchir le rythme de cette réforme ou le continu de cette réforme ? Vous avez dit tout à l'heure, c'est intéressant, les textes ne sont pas écrits, vous avez d'ores et déjà les positions des uns et des autres, vous les connaissez, il y a certains sujets qui hérissent les syndicats, notamment la question des indemnités de licenciement, est-ce que sur un point comme celui-ci, le dialogue tel que vous le défendez ce matin, ça peut être aussi, pas forcément de reculer, mais de changer un peu la ligne qui était celle du président de la République ? CHRISTOPHE CASTANER A l'heure qu'il est, je ne vais pas vous donner les lignes rouges, parce qu'elles n'existent pas justement, vu qu'on est dans cette discussion, mais si on cherche à faire une loi qui rassure tout le monde et donne raison à tout le monde, le texte, il est déjà écrit, il n'y aura pas de texte. Et donc je crois qu'aujourd'hui il faut accepter ce dialogue, mais il faut aussi que les syndicats entendent la nécessité de faire bouger les lignes, parce que l'objectif, c'est de faire en sorte que l'artisan de Barcelonnette dans le Nord de ma circonscription puisse demain ne pas avoir peur d'embaucher un apprenti, ne pas avoir peur d'embaucher un gars, c'est ça l'enjeu aujourd'hui, faire en sorte qu'on puisse tendre la main. Aujourd'hui il y a un vivier d'emplois, on voit bien qu'on a une dynamique économique forte, il ne faut surtout pas la fragiliser par un carcan administratif. CAROLINE ROUX Il y a certaines images qui font peur aux Français et ils ont le souvenir de ce qui s'est passé au moment de la loi El Khomri, c'est la France bloquée. Ce sont les manifestations, voilà c'est un bras de fer qui se durcit et qui traine, est-ce que vous dites ce matin, l'objectif pour nous, à tout prix, c'est d'éviter cette situation là ? On sait bien que ce sont des sujets, encore une fois, qui crispe une certaine partie des Français et des partenaires sociaux. CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr, il faut empêcher tout blocage, mais on n'a pas le droit de bloquer la France parce qu'on n'est pas d'accord avec telle ou telle mesure, surtout quand elle était au coeur du projet présidentiel d'Emmanuel MACRON. La loi El Khomri, la difficulté, c'est que ça n'était pas au coeur du projet politique, du mandat politique de François HOLLANDE et elle est venue en fin de mandat. Là, je crois qu'aujourd'hui pour les Français, les choses sont claires, ils ont élu Emmanuel MACRON avec la volonté de libérer le travail. Donnons-nous les moyens du dialogue et jamais du blocage. CAROLINE ROUX Merci beaucoup Christophe CASTANER. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/524.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/524.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..12a077f833539faf0f68d2de5b2d177fd28f378d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/524.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames, Messieurs, Avec Marielle de Sarnez, ministre des affaires européennes, nous avons tenu à venir ici à Londres pour marquer que la France se tient aux côtés du Royaume-Uni, touché pour la troisième fois en moins de trois mois par le terrorisme, après les attaques de Westminster et de Manchester. 7 morts, 48 blessés, 21 en état grave, nous voudrions à cet instant faire part de notre solidarité à l'égard de toutes les familles de ceux qui sont victimes de cet attentat, et dire aussi que nous sommes, Européens, tous concernés. Nous voulons marquer notre profonde compassion à l'égard des victimes et de leurs familles. Pour ce qui concerne les victimes françaises, à cette heure, nous dénombrons une victime française décédée, 2 personnes disparues, ainsi que 8 blessés dont 4 dans un état grave, 4 blessés légers, dont deux qui ont pu sortir de l'hôpital aujourd'hui. À dire aussi que nos services diplomatiques et consulaires se sont mobilisés dès les premières minutes après l'attentat. Ils ont travaillé à recenser les victimes, à les localiser, à leur apporter l'aide médicale et psychologique nécessaires. Tous les Français blessés qui ont été signalés au consulat ont reçu une visite des services consulaires. Leurs familles sont arrivées et sont auprès d'eux. Je voudrais remercier la qualité de l'action et le dévouement du personnel diplomatique et consulaire de Londres. Je vais rencontrer Boris Johnson un peu plus tard ce soir, pour évoquer le renforcement des moyens de notre coopération anti-terroriste. Nous devons prendre des mesures conjointes, à la hauteur de la menace à laquelle nous sommes confrontés. L'une des urgences est de lutter contre la propagande et la radicalisation sur internet, véritable sanctuaire où les candidats au terrorisme s'alimentent, s'influencent et organisent leur passage à l'acte. À cet égard, je ferai part à Boris Johnson des initiatives qu'entend prendre la France, conformément aux engagements du président de la République, à l'égard de tels abus et à l'égard de l'utilisation abusive des messageries sécurisées. Dans le même esprit, le renforcement de notre dispositif national de lutte contre le terrorisme doit bénéficier aussi à notre coopération. Le président de la République a souhaité la création d'une « task force », centre national de contre-terrorisme, intégrée dans la coordination nationale du renseignement, et placée directement auprès de lui, qui devra être en mesure de réagir dans des délais très rapides. Cette « task force » dont les principes ont été déjà affirmés, et qui fera l'objet d'une communication du conseil des ministres mercredi, permettra d'avoir un dialogue plus approfondi avec un centre homologue qui existe déjà au Royaume-Uni. Par ailleurs, nous devons continuer de poursuivre les terroristes de Daech et d'Al Qaïda dans leurs repères en Syrie et en Irak, et empêcher qu'ils n'étendent leur emprise sur d'autres zones, au Moyen-Orient, en Libye, et au Sahel. C'est un combat dans lequel nous sommes engagés, aux côtés notamment de nos partenaires britanniques, et la France est déterminée à mener ce combat jusqu'à son terme. Mesdames et Messieurs, ce qui est en jeu, c'est la démocratie. Ce qui est en jeu c'est la liberté. Ce qui est en jeu c'est notre manière de vivre. Ce qui est en jeu ce sont nos valeurs, et contre ceux qui veulent tuer cette manière de vivre, cette liberté, cette démocratie, nous mènerons un combat très déterminé dans la solidarité avec nos partenaires. Je suis convaincu que l'ensemble des européens, singulièrement les britanniques et les français victimes là d'attentats récents visent la même chose que moi. Ils ne gagneront pas, et nous nous mobiliseront de manière très déterminée pour cela. Merci de votre attention. Q - Monsieur Le Drian, qu'est-ce que vous pouvez faire pour renforcer cette coopération et sera-t-elle en danger lorsque le Royaume-Uni sortira de l'UE ? R - D'abord la coopération en matière de sécurité avec la Grande-Bretagne est ancienne, très forte. Elle est matérialisée concrètement par les traités de Lancaster House et cette coopération militaire a fait l'objet d'un renforcement au cours des années qui viennent de s'écouler. Dans la mise en oeuvre de manière concrète des traités de Lancaster House, j'ai eu l'occasion de venir comme ministre de la défense à plusieurs reprises ici pour le manifester. Et notre coopération est concrète sur le terrain. Nous sommes ensemble dans la coalition contre Daech ; nous intervenons ensemble en Irak et en Syrie ; nous sommes ensemble en assistance à la force multinationale mixte qui lutte contre Boko Haram au Tchad et au Nigéria ; nous avons l'assistance des Britanniques pour d'autres opérations y compris au Sahel et puis la relation entre nos services de renseignement est tout à fait exemplaire. Il n'y a aucune raison que cela change puisque les accords concernant la sécurité sont des accords bilatéraux et vous avez pu entendre les autorités britanniques et les autorités françaises dire à de nombreuses reprises que la question du Brexit ne toucherait pas ces accords qui se poursuivraient. Je vais redire cela tout à l'heure avec mon collègue Boris Johnson, ce qu'il faut c'est renforcer encore en tant que de possible les moyens de lutte contre le terrorisme, en particulier dans la lutte contre la radicalisation, mener des actions de prévention, ce qui est l'un des objectifs aussi que s'est donné la coalition qui s'est réunie à Copenhague il y a peu de temps, qui a décidé de faire une effort encore supplémentaire dans les moyens de prévention et dans les moyens d'action contre des propagandes menées en particulier sur Internet. Q - Vous avez parlé de deux Français disparus, avez-vous leurs noms ? Est-ce que vous avez pu vous entretenir avec la famille ? R - Nous sommes en relation avec la famille et pour des raisons de discrétion, à la fois à la demande des familles et aussi pour les raisons de l'enquête je ne peux dire que cela : il y a deux personnes françaises disparues. Q - Pour les 4 victimes qui sont dans un état grave, qui sont toujours hospitalisées, de quoi souffrent-ils ? R - Je ne fais pas de commentaires supplémentaires sur ce point ; je ne l'ai jamais fait ; je ne vais pas commencer aujourd'hui. Q - Qu'est-ce que vous avez pu dire aux personnes que vous avez rencontrées tout à l'heure ? R - Nous avons, avec Mme de Sarnez, évoqué ces moments dramatiques, nous avons fait part de notre empathie, de notre compassion à chacune des familles présentes. Quand avec beaucoup d'émotion, certaines racontaient les événements, d'autres étaient plus attristés par la disparition ou la mort. Q - Vous avez évoqué des initiatives que vous voulez présenter à Boris Johnson. Est-ce que vous pouvez nous détailler un petit peu ces initiatives ? R - Il s'agit d'initiatives particulièrement confidentielles dans la lutte contre l'usage abusif d'internet. Comprenez que c'est préférable que cela reste limité aux services qui ont la charge de pourchasser. Q - (inaudible) R - Non je vais évoquer le point de la situation avec Boris Johnson tout à l'heure. Je me suis entretenu avec lui au téléphone hier soir. Il se trouve que j'étais hier soir et ce matin en Tunisie, précisément aussi pour mener avec les autorités tunisiennes des actions contre le terrorisme venant de Libye, donc nous sommes dans un combat qui n'est pas uniquement à mener sur nos propres territoires nationaux, mais en articulation aussi avec des pays de la région et plus largement puisque le terrorisme frappe jusqu'aux Philippines récemment. Il s'agit d'un combat mondial, dans lequel nous sommes là, victimes ici en Grande-Bretagne, antérieurement en France et en Allemagne, de manière particulièrement sanglante. La prise de conscience doit être internationale. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/525.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/525.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e30f14e77330530d83bbf02cc3ec17e8e3934586 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/525.txt @@ -0,0 +1 @@ +ELIZABETH MARTICHOUX Bonjour Christophe CASTANER. CHRISTOPHE CASTANER Bonjour. ELIZABETH MARTICHOUX Merci beaucoup d'être avec nous, au lendemain d'une actualité, j'allais dire, multiformes, mais on va d'abord parler évidemment de cette attaque à Notre Dame. L'assaillant du policier, hier, est toujours hospitalisé pour blessures au thorax à Paris. Il a été interrogé ? Il a pu être interrogé ? CHRISTOPHE CASTANER Pour l'instant, il est sous surveillance médicale et sous surveillance policière, le temps viendra d'une instruction sous l'autorité du procureur, la plus détaillée. Ce qui est étonnant aujourd'hui dans cette situation, ce qu'on voit c'est qu'on a un homme qui n'était pas du tout marqué par la radicalisation, on a un étudiant, un doctorant... ELIZABETH MARTICHOUX « Marqué », ça veut dire quoi ? « Pas marqué par la radicalisation » ? CHRISTOPHE CASTANER « Marqué » au sens des signes qu'il pourrait donner, de radicalisation, dans sa pratique personnelle. Il est étudiant en thèse, doctorant. ELIZABETH MARTICHOUX Ce statut d'étudiant algérien est confirmé. CHRISTOPHE CASTANER Oui oui, a priori, selon les informations que j'ai, on a quelqu'un qui est connu, qui était suivi pour sa thèse par un professeur d'université, et qui n'avait, à aucun moment, donné de signe de radicalisation. Mais, je n'ai pas plus d'éléments d'enquête que cela, et il convient de respecter le droit et la justice et donc de ne pas dévoiler quoi que ce soit sur votre antenne, veuillez m'en excuser. ELIZABETH MARTICHOUX Mais par exemple, selon nos confrères de TF1, une vidéo de Daesh, dans laquelle il prête allégeance, aurait été retrouvée dans les perquisitions qui ont déjà été opérées à son domicile, notamment de Cergy dans le Val d'Oise, une résidence étudiante. Vous confirmez ou pas ? Des éléments, quand même, qui montrent qu'il y a une radicalisation cachée. CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr. Dès les premiers instants de son attaque, les mots qu'il a prononcés, ont permis de classer cet attentat parmi les attentats terroristes, parce qu'il a fait des références immédiates à des faits, à des situations, à une affirmation qui relève du terrorisme. ELIZABETH MARTICHOUX Est-ce que, d'après ce que vous savez, on parlerait plus quand même d'un acte solitaire, d'un homme qui se serait autosaisi d'une mission terroriste, peut-être déséquilibré, ou il s'agit vraiment de l'instrument de l'Etat islamique sur notre territoire ? CHRISTOPHE CASTANER Toutes les indications confirment la première thèse, celle d'un acte isolé, et qui montre bien toute la difficulté à laquelle nous sommes confronté sur ce terrorisme-là, je le dis hélas assez souvent, mais je le répète, le risque zéro n'existe pas, parce qu'on voit bien que quand il s'agit d'un acte de ce type-là, il est très difficile à anticiper. Par contre, la réaction de nos forces de police a été immédiate, efficace, et mérite d'être saluée. ELIZABETH MARTICHOUX Le policier blessé à Notre Dame, est toujours hospitalisé ? CHRISTOPHE CASTANER Il est suivi, avec toute l'attention de nos services de soins. ELIZABETH MARTICHOUX Est-ce qu'un membre du gouvernement va lui rendre visite ? CHRISTOPHE CASTANER Des échanges ont déjà eu lieu avec lui. ELIZABETH MARTICHOUX C'est-à-dire ? CHRISTOPHE CASTANER Des échanges et des signes de confiance. Le ministre de l'Intérieur a su se mobiliser et être présent, mais aujourd'hui, il n'est pas temps de gêner le soin et de le perturber, mais il est évidemment accompagné, et ce message d'accompagnement s'adresse à lui et à tous ses collègues. ELIZABETH MARTICHOUX Ça viendra en son temps. L'hommage qui sera peut-être rendu à ce policier, viendra en son temps. CHRISTOPHE CASTANER L'urgence c'est le soin, l'accompagnement, et être présent, notamment auprès de sa famille. ELIZABETH MARTICHOUX Christophe CASTANER, la réforme du Code du travail va être la grande affaire des semaines et même des mois à venir, compte tenu de la sensibilité du sujet. Est-ce que le gouvernement cache son jeu avant les législatives ? CHRISTOPHE CASTANER Au contraire, on arrête une méthode de construction. Alors, toute la difficulté c'est qu'on nous dit : « Mais le texte, le texte, le texte ». Il faudrait qu'on ait déjà déposé le texte, avant même de discuter avec les partenaires sociaux. Donc il y a déjà eu trois rounds de discussions, par le président de la République, avec le Premier ministre Edouard PHILIPPE et la ministre du Travail. Hier, Edouard PHILIPPE et la ministre du Travail ont présenté le calendrier, mais un calendrier qui dépasse largement le seul sujet dont on parlera cet été, qui a pour ambition de transformer notre pays et d'en faire la société du Travail. Les syndicats ont ce calendrier, il y aura près d'une cinquantaine de réunions qui vont se dérouler, donc évidemment... ELIZABETH MARTICHOUX Avant la fin juillet, et avant effectivement la première étape législative, qui sera le vote de la loi d'habilitation. Selon Libération, ce matin, qui publie un document de travail du gouvernement, selon Libération, les pistes sur lesquelles vous travaillez, vont beaucoup plus loin que la présentation qui en a été faire hier par Edouard PHILIPPE et Muriel PENICAUD. CHRISTOPHE CASTANER Ecoutez, au rythme où on va... ELIZABETH MARTICHOUX Beaucoup plus loin, notamment sur la négociation d'entreprises. CHRISTOPHE CASTANER Au rythme où on va, il faudra m'inviter tous les matins, parce que je vais être amené à commenter un tract, un document, un projet de loi, autant de choses qui n'existent pas, mais qui sont publiées par la Presse. J'en suis très surpris. ELIZABETH MARTICHOUX Ce document un est « fake », comme on dit en bon français ? CHRISTOPHE CASTANER Il s'agit certainement, mais je ne l'ai pas eu sous les yeux, d'une note de travail de la Direction générale du travail, qui balaie tous les sujets qui pouvaient faire l'objet d'une discussion avec les partenaires sociaux... ELIZABETH MARTICHOUX Qui n'a pas de valeur. CHRISTOPHE CASTANER Et qui en aucun cas n'est la base législative sur laquelle le gouvernement veut travailler. Déjà, il y a deux jours, un autre quotidien a publié un projet de loi qui lui avait été écrit avant même que le président de la République devienne président de la République, et on nous le présente... ELIZABETH MARTICHOUX Mais là, ça date du 31 mai, selon Libération. CHRISTOPHE CASTANER Mais on nous la présenté il y a deux jours comme étant le texte de loi, et là on a une note d'un service, et ça devient à nouveau le texte de loi. Moi, je m'en tiens à une seule chose, les propos du Premier ministre et de la ministre du Travail aux partenaires sociaux. Et c'est la seule base de travail sur laquelle nous bossons. ELIZABETH MARTICHOUX La base de travail, c'est quand même le programme d'Emmanuel MACRON, selon lequel la primauté de l'accord d'entreprise serait bien étendue à d'autres champs que le temps de travail, vous nous le confirmez, donc la question c'est de savoir jusqu'où vous êtes prêt à aller dans l'extension de ce champ ? CHRISTOPHE CASTANER Mais ce que je vous confirme, c'est la volonté de mettre en oeuvre le projet politique du président Emmanuel MACRON, sur lequel il a été élu. Il a signé un contrat avec les Français, ce contrat est clair sur ces sujets-là. Donc oui, nous voulons réformer le travail, mais pas pour diminuer les droits du travail... ELIZABETH MARTICHOUX Ça c'est la base, la base minimale de l'accord avec les syndicats, le programme d'Emmanuel MACRON. CHRISTOPHE CASTANER Nous cherchons l'accord le plus souvent possible, mais nous ne cherchons pas un accord avec les syndicats pour faire un texte de loi. Le contrat passé par Emmanuel MACRON, il est avec les Français, pour réformer le travail, et pas pour diminuer le droit des travailleurs mais pour faire sorte... ELIZABETH MARTICHOUX Vous n'avez pas besoin de l'accord des syndicats ? CHRISTOPHE CASTANER Nous allons travailler avec les syndicats, le plus longtemps et le plus loin possible. Mais si nous cherchons un texte qui est l'accord de la totalité des partenaires sociaux, je pense que l'exercice sera difficile, donc on risque de se retrouver avec une feuille blanche. Donc le choix il est simple, il est celui de dialoguer, d'avancer, puis à un moment donné, c'est la responsabilité du gouvernement, de trancher pour mettre en oeuvre cette société du travail, que les Français demandent, attendent. ELIZABETH MARTICHOUX Alors, pour être un peu plus précis, parce que ça intéresse effectivement tous les Français, la négociation à l'échelle de l'entreprise, elle pourrait aller jusqu'où ? Jusqu'au motif de licenciement, jusqu'aux conditions de recours aux CDD ou l'assouplissement du seuil de déclenchement d'un plan social ? C'est ça qui est sur la table ? Quitte à ce que ce soit éventuellement amendé après. CHRISTOPHE CASTANER Mais tout est sur la table, dans la discussion entre la ministre... ELIZABETH MARTICHOUX Tout est sur la table ? CHRISTOPHE CASTANER ... et les partenaires sociaux. ELIZABETH MARTICHOUX Il n'y a pas de tabou. CHRISTOPHE CASTANER Il n'y a aucun sujet, et d'ailleurs il n'y a pas que la ministre qui fait des propositions, les partenaires sociaux en font aussi, et tous les sujets qui ont pu être échangés ces derniers jours, font actuellement l'objet d'études par les services de la ministre, pour être discutés avec les partenaires sociaux. ELIZABETH MARTICHOUX Est-ce que vous souhaitez toucher au contrat de travail ? Est-ce que le CDI peut évoluer ? Est-ce que la flexibilité peut aller jusqu'à une évolution du CDI ? CHRISTOPHE CASTANER Moi, ce qui me parait essentiel, c'est de libérer le travail, c'est de faire en sorte que cet artisan dans les Alpes-de-Haute-Provence, que je côtoie quand je suis dans ma circonscription, ait envie d'embaucher, et qu'il ne me dise plus : « Non, je n'embauche pas, c'est trop compliqué », parce que c'est ça la réalité, j'ai envie qu'une entreprise qui a 49 salariés, assume de franchir le seuil, pour grandir, alors qu'aujourd'hui, soit il crée une seconde société, soit il ne grandit pas. Donc il nous faut aujourd'hui libérer le travail pour plus de travail. Mais ça ne veut pas dire moins de droits sociaux, c'est ça la difficulté, c'est que l'on a le sentiment que dès que l'on veut toucher au Code du travail, on veut détruire le droit du travail. J'entendais hier un ancien candidat à la présidence de la République, dire : « On menace 18 millions de Français aujourd'hui ». ELIZABETH MARTICHOUX Vous parlez de qui ? CHRISTOPHE CASTANER Jean-Luc MELENCHON. Ramenons les faits à leur réalité, la réalité c'est qu'aujourd'hui le droit du travail ne protège plus assez, et empêche l'accès au travail. ELIZABETH MARTICHOUX Donc, vous toucherez éventuellement au contrat du travail, en proposant par ailleurs un volet sécurité, ce qui s'appelle la flexisécurité. CHRISTOPHE CASTANER Je ne vous ai pas dit ça, mais ce dont je suis convaincu, c'est que c'est dans une petite entreprise qu'on peut discuter des conditions de travail, plutôt que de devoir renvoyer à l'accord de branches, où il n'y a que les entreprises du CAC 40 qui tiennent la main et la plume. ELIZABETH MARTICHOUX Mais, cela dit, vous leur avez fait quoi aux syndicats ? Ils sont calmes, ils sont coopératifs. CHRISTOPHE CASTANER Parce qu'on travaille avec eux, et que le Premier ministre et la ministre ont donné une feuille de route claire, et à un moment il y aura des tensions, il y aura des désaccords, c'est le propre du dialogue. ELIZABETH MARTICHOUX C'est vrai, mais c'est vrai que sur le papier, la réforme du Code du travail va beaucoup plus loin que celle de Myriam El KHOMRI. Vous craignez quand même, parce qu'il reste des semaines, des semaines, l'acte 2 de la contestation de la loi travail ? CHRISTOPHE CASTANER Elle est possible, moi je ne la souhaite pas.... ELIZABETH MARTICHOUX Vous avez vu la réaction, vous parliez de Jean-Luc MELENCHON, il y a Benoit HAMON, il y a Olivier BESANCENOT qui appelle à un front uni de tous les partis de gauche pour descendre dans la rue. CHRISTOPHE CASTANER Là, vous parlez de responsables politiques qui sont en campagne et qui sont prêts à instrumentaliser tout ce qui leur passe sous la main pour tenter de gagner quelques voix, compte tenu de la situation d'échec dans laquelle ils sont. Moi, ce qui m'importe, c'est le travail, avec les partenaires sociaux, pour avancer et pour faire en sorte qu'on puisse, à la fin de ce mandat, aller vers le plein-emploi, c'est-à-dire 7 % de chômage, quand on voit la situation de nos quartiers, de la France, ça n'est pas acceptable. ELIZABETH MARTICHOUX Vous êtes très prudent pour l'instant sur le contenu, on verra. Premier tour des législatives dimanche, d'ailleurs votre prudence est sans doute liée à cet enjeu. Par parenthèse, les résultats du vote des Français de l'étranger ont été publiés dès lundi soir, alors que théoriquement, aucun résultat ne doit être connu avant la fermeture du dernier bureau de vote. C'est étonnant. CHRISTOPHE CASTANER Alors, on fait un traitement particulier pour ces circonscriptions-là, qui sont des circonscriptions immenses, et donc il faut, d'une part, avoir l'information des deux qualifiés, et donc il faut dire quels sont les deux qualifiés, d'où la publication des résultats, et aussi parce que l'acheminement du matériel électoral, sur des territoires qui quelquefois font 15 fois la taille de la France, impliquent ces délais-là. ELIZABETH MARTICHOUX On ne voit pas le rapport entre l'acheminement des résultats et la publication, urbi et orbi, des résultats. CHRISTOPHE CASTANER Si, parce que, pour renvoyer les documents, il faut savoir quels sont les deux candidats qualifiés. ELIZABETH MARTICHOUX Il faut savoir qui est qualifié pour les deux, mais enfin, c'est quand même assez étonnant et on se demande si ça ne contrevient pas aux règles électorales les plus élémentaires. C'est la première fois qu'on a des résultats, avant que les Français aient fini de voter. CHRISTOPHE CASTANER Non mais la règle le permet, et donc c'est vraiment lié à ces conditions particulières. ELIZABETH MARTICHOUX Eh bien c'est une nouvelle règle alors. CHRISTOPHE CASTANER Oui. ELIZABETH MARTICHOUX Puisque d'ailleurs c'est que la deuxième fois que les Français votent, les Français de l'étranger. CHRISTOPHE CASTANER Mais, comme vous, comme vous j'ai été surpris de voir les résultats publiés, et depuis j'ai eu la confirmation que tout cela était parfaitement légal et justifié, notamment par la taille des circonscriptions. ELIZABETH MARTICHOUX Mais, tout ça ambiance un peu, si vous me le permettez, le climat électoral, et puis il y a aussi toutes ces prédictions qui donnent à En Marche ! une majorité au-delà delà de l'absolu. Tout ça ne risque pas de démobiliser votre électorat ? CHRISTOPHE CASTANER Ecoutez, le risque est possible, mais une chose est sûre, c'est que moi, ce que je ressens sur le terrain et sur le territoire, il y a une volonté de donner une majorité au président de la République, et je pense que les Français sont cohérents. Je le disais avant... ELIZABETH MARTICHOUX Le président MACRON dirait, selon Le Canard Enchainé : « Ouh lala, on va avoir beaucoup trop d'élus, plus de 400, ça va être le foutoir, à l'Assemblée ». CHRISTOPHE CASTANER Rassurez-vous, le président de la République, ne dirait pas cela... ELIZABETH MARTICHOUX Ah bon ? CHRISTOPHE CASTANER Et pour ce qui concerne le foutoir, cela relève du ministre des relations avec le Parlement... ELIZABETH MARTICHOUX C'est vous. CHRISTOPHE CASTANER ... et je tenterai de faire en sorte que... ELIZABETH MARTICHOUX Si vous êtes élu, vous le serez, en tout cas. CHRISTOPHE CASTANER Mais, écoutez, il vaut mieux avoir plus de députés sur lesquels on peut travailler, que d'avoir une majorité relative et des frondeurs. On a trop vécu cela. ELIZABETH MARTICHOUX Allez, une toute dernière question. Retenue à la source, Edouard PHILIPPE a confirmé le décalage d'un an, de la réforme, au 1er janvier 2019, donc la réforme est maintenue ? CHRISTOPHE CASTANER Elle est maintenue, mais elle fera l'objet d'une expérimentation, dès le mois de juillet, et nous adapterons, pour qu'elle soit la plus souple et la plus efficace, pour le personnel, mais aussi pour les entreprises. ELIZABETH MARTICHOUX Merci Christophe CASTANER d'avoir été avec nous dans ce studio de RTL. CHRISTOPHE CASTANER Merci à vous. YVES CALVI Le porte-parole du gouvernement qui dément les informations publiées successivement par Libération ce matin et celles du Parisien hier sur le Code du travail. Tous les sujets sont donc sur la table, le seul projet étant de libérer le travail, ce qui ne veut pas dire moins de protection, vient de nous dire Christophe CASTANER. Merci à tous les deux. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/526.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/526.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..bc47dbde825428c7fb65a632306e1b0eb8d90ad9 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/526.txt @@ -0,0 +1 @@ +Messieurs les Ministres, Mesdames, Messieurs, Je voudrais avant tout remercier Sa Majesté le roi de Jordanie pour sa venue aujourd'hui et cette visite à Paris et lui dire combien je suis heureux de l'accueillir. Nous avons eu l'occasion à plusieurs reprises d'échanger sur plusieurs sujets régionaux et je suis heureux que ce soir, nous ayons pu - et nous allons poursuivre cette discussion - aborder plusieurs sujets d'intérêt communs. Alors vous le savez, la France et la Jordanie sont liées par des liens d'amitié et de coopération étroits qui n'ont fait que se renforcer au cours des dernières années. Je dois dire que j'ai une relation toute particulière aussi avec votre pays puisque durant la campagne présidentielle, je m'étais rendu sur votre autorisation, sur la base militaire française dans la région, la base H5 et j'avais d'ailleurs aussi pu voir l'extrême qualité sur le terrain de cette coopération. L'objet de cette visite amicale et de travail était donc d'aborder tous les sujets d'intérêt communs, nos relations bilatérales et l'ensemble des sujets régionaux. Nous partageons en effet une vision commune sur les défis auxquels le Moyen-Orient est aujourd'hui confronté, il était important que nous puissions dans le contexte actuel, avoir une discussion stratégique sur ces sujets. Le premier sujet que nous avons évoqué, c'est évidemment la lutte contre le terrorisme et la radicalisation qui est un sujet de préoccupation partagé par nos deux pays et je veux d'ailleurs ici exprimer à Sa Majesté le Roi toute mon admiration pour la manière dont il a su préserver avec succès la Jordanie, dans un contexte régional difficile, malgré les pressions migratoires, malgré les risques de déstabilisation ; la Jordanie reste un môle de stabilité dans la région avec un discours de responsabilité que vous avez constamment tenu et que j'ai pu encore apprécier à l'instant et alors que des fractures nombreuses auraient pu toucher votre pays, vous avez su, au sein du monde arabe, toujours préserver le dialogue et l'exigence. La Jordanie est en effet un membre important et efficace de la coalition internationale contre Daech je l'évoquais à l'instant en mentionnant la base H5 de la France et elle accueille une partie de notre dispositif militaire donc dans le cadre de l'opération Chamal. C'est pourquoi vous êtes un partenaire de premier plan pour notre pays dans ces opérations et je veux ici vous redire que l'engagement de la France aux côtés de la Jordanie restera entier dans notre lutte conjointe contre le fléau terroriste. Nous avons d'ailleurs à ce titre évoqué longuement, et nous allons poursuivre, la crise en Syrie à laquelle la Jordanie qui partage une longue frontière commune évidemment avec la Syrie, est particulièrement intéressée. Non seulement vous accueillez aujourd'hui plusieurs centaines de milliers de réfugiés mais vous êtes aussi particulièrement exposés. Face à la poursuite des hostilités, nous partageons, je crois pouvoir le dire, le même sentiment d'urgence, la même volonté de construire les voies et moyens d'une stabilisation militaire dans tout le Sud de la Syrie, c'est-à-dire votre frontière commune et nous souhaitons pouvoir construire - et c'est l'initiative que j'ai demandée au ministre des Affaires étrangères depuis plusieurs semaines de conduire - nous souhaitons construire les voies et moyens d'une solution diplomatique et politique inclusive dans la région qui permette justement cette stabilité et cette sortie de crise. J'ajoute que la France est donc fortement impliquée dans la région à travers l'action diplomatique que nous sommes en train de conduire, à travers le dialogue que nous avons restauré avec de nombreuses puissances de la région, la Russie aussi, l'Iran, la Turquie et tous les pays voisins mais nous sommes également présents eux aussi à travers le travail qui est conduit par l'Agence française de Développement tout le long de la frontière, en particulier en soutien avec la Jordanie, pour l'aider à faire face à l'accueil des réfugiés. Notre concours à cet égard est un concours en termes d'infrastructures et qui se poursuivra, je veux ici vous le redire. Nous avons évoqué et nous allons continuer dans un instant également avec Sa Majesté, la question israélo-palestinienne. Nous sommes évidemment l'un et l'autre préoccupés par les violences sur le terrain et je voudrais ici réitérer ma condamnation de l'attaque survenue vendredi dernier à Jérusalem, mais également par la poursuite de la colonisation qui menace la solution des deux Etats. J'ai été sur ce sujet constant, aussi bien durant la campagne présidentielle française que depuis ma prise de fonctions ; nous partageons un même attachement au maintien du statu quo sur les lieux saints de Jérusalem et nous sommes convenus avec le Roi, de poursuivre nos efforts pour recréer un horizon politique crédible, là aussi pour permettre une reprise du processus de paix. Au-delà de tous ces défis régionaux, il y a les sujets bilatéraux puisque nous avons une relation forte, étroite et en pleine progression ; la France est le premier investisseur non arabe en Jordanie et je souhaite non seulement que nous maintenions cet engagement mais que nous puissions le renforcer. Je souhaite que les entreprises françaises continuent et renforcent leurs investissements, en particulier dans les secteurs de l'eau, de l'énergie et je pense notamment au projet Mer Rouge, Mer Morte dont je mesure l'importance qu'il revêt pour votre pays et en particulier pour vous, Votre Majesté ; la France a appuyé dès le début ce projet avec beaucoup de force. Voilà l'essentiel des sujets que nous avons abordés durant ce premier échange en tête-à-tête, que nous allons poursuivre ce soir lors de notre dîner de travail. Maintenant, Mesdames et Messieurs les Journalistes, je ne voudrais pas conclure cette déclaration sans avoir une pensée pour vos trois collègues blessés aujourd'hui dans la région de Mossoul et pour leur fixeur irakien qui a trouvé la mort dans cet accident de guerre tragique. Je veux ici redire toute la solidarité de la France et du chef de l'Etat à l'égard de ces femmes et ces hommes qui font leur travail avec beaucoup de courage et auprès desquels nous serons constamment. Et je veux ici dire que mes pensées vont également à leur famille et à l'ensemble de leurs collègues ; sachez que nous sommes pleinement et l'ensemble de nos services, mobilisés sur le terrain, à la fois pour avoir toute la vérité sur ce qui s'est passé mais évidemment pour apporter tous les soins nécessaires à cette situation. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/527.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/527.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..00d0f1d805188c731b9655fb0f5b52bc3b2a6473 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/527.txt @@ -0,0 +1 @@ +Lutte contre le terrorisme - Syrie - Irak - État d'urgence Q - Au lendemain de l'attaque des Champs-Élysées, le Premier ministre s'est dit «pas satisfait qu'un fiché S puisse bénéficier d'une autorisation de détention d'armes». Doit-on modifier la loi en conséquence ? R - Les informations dont je dispose à cette heure montrent que l'individu a obtenu ses autorisations de port d'arme quelques mois avant d'être repéré par les services de renseignement. Or, en l'état actuel du droit, l'autorisation de détention d'armes ne peut pas être retirée de manière systématique à une personne qui fait l'objet d'un suivi. Pourtant, j'ai demandé à mes services de procéder à une nouvelle évaluation des personnes suivies pour radicalisation qui seraient susceptibles de détenir légalement une arme. Le président de la République a souhaité que la question soit inscrite à l'ordre du jour du prochain conseil de défense. Q - La menace terroriste ne semble pas près de faiblir... R - Non, elle ne faiblit pas. Ces derniers mois, plusieurs affaires ont conduit la police à mettre hors d'état de nuire des gens qui auraient pu commettre des attentats. La difficulté est d'essayer d'anticiper le passage à l'acte. Il n'y a hélas plus de signe prémonitoire, comme nous venons de le voir sur les Champs-Élysées ou lors de l'agression au marteau d'un policier sur le parvis de Notre-Dame. C'est le problème de notre temps : aujourd'hui, nous sommes face à des personnes qui peuvent passer à l'acte du jour au lendemain. Q - Où en est la menace des « revenants » des zones de combats ? R - Pas moins de 690 Français se trouvent encore dans les zones de combats, dont un tiers de femmes et d'enfants combattants. Pour le moment, ils sont encore sur place car le passage des Balkans est bloqué par l'État syrien et la Turquie. Mais un retour de ces personnes est à prévoir. Les services prennent déjà en compte des « returnees » de la zone irako-syrienne - hommes, femmes et enfants. Deux cents environ sont déjà revenus. Au-delà de l'aspect judiciaire, nous devons prévoir un accompagnement spécifique des mineurs pour les entraîner dans un processus de désengagement. Je l'ai dit et le répète : la menace reste extrêmement élevée. Le président de la République a prévenu qu'il prolongerait l'état d'urgence jusqu'à ce que des mesures complémentaires soient adoptées pour mener une action extrêmement forte et ciblée face au terrorisme. Q - Vous présentez donc un projet de loi sur la sécurité intérieure et la lutte antiterroriste. Quelles sont vos mesures phares ? R - Aux seules fins de prévenir des actes de terrorisme, le projet de loi permettra, en quatre mesures phares, un véritable équilibre entre une nécessaire sécurité de nos concitoyens et la protection des libertés individuelles. La première mesure concerne l'instauration de périmètres de protection, afin d'assurer la sécurité d'un lieu soumis à un risque d'actes de terrorisme. Par exemple pour les sites de départ du Tour de France ou de grands festivals, le préfet pourra ainsi permettre des palpations de sécurité et l'inspection visuelle de bagages, en ayant recours le cas échéant à des agents de sécurité privés, sous le contrôle de policiers ou de gendarmes. Les forces de sécurité intérieure auront également la possibilité de procéder à des fouilles de véhicules avec le consentement du conducteur. En cas d'opposition de la personne contrôlée, elle sera invitée à quitter le périmètre. Q - Qu'est-ce qui vise spécifiquement l'islamisme radical ? R - Plus largement, concernant les lieux de culte, les préfets pourront décider leur fermeture dès lors que les propos qui y sont tenus incitent à la commission d'actes de terrorisme. S'il y a un contentieux, le juge des référés du tribunal administratif sera compétent pour statuer sur cette mesure. Aujourd'hui, seize mosquées ont déjà été fermées dans le cadre de l'état d'urgence et quelques autres sont visées. Q - Et les assignations à résidence ? R - C'est le troisième point. Uniquement dans le but de prévenir des actes de terrorisme, après information du procureur de la République de Paris, des mesures individuelles de surveillance seront prises par le ministre de l'Intérieur. Pour préserver les libertés individuelles, le texte prévoit la mise en place d'un certain nombre de dispositifs moins contraignants que ceux utilisés actuellement dans le cadre de l'état d'urgence. Ainsi, l'assignation à résidence sera remplacée notamment par une obligation de ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique permettant le maintien d'une vie familiale et professionnelle. Ce périmètre ne pourra être inférieur à la commune. Il existera également la possibilité, pour ces personnes, avec leur accord, de porter un dispositif de surveillance électronique mobile. Q - Le quatrième point concerne donc les perquisitions administratives ? R - Le texte prévoit la possibilité pour le préfet d'ordonner des visites qui seront systématiquement soumises à l'autorisation préalable d'un juge judiciaire : le juge des libertés et de la détention de Paris, qui sera seul saisi de ces demandes. Le cas échéant, l'autorisation d'exploitation des documents saisis se fera sous le contrôle du même juge, avec une possibilité d'appel. Ces visites ne seront possibles que pour prévenir des actes de terrorisme et lorsque la personne représente une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics. Q - Y-a-t-il d'autres innovations dans votre texte ? R - Trois autres points me paraissent importants. En premier lieu, nous adaptons le droit français aux dispositions européennes, en inscrivant dans la loi le PNR (Passenger Name Record). Ce fichier des données des passagers aériens et maritimes permettra une meilleure détection des déplacements des profils criminels à risque, et notamment des terroristes. Ensuite, nous précisons le cadre juridique pour procéder à des écoutes hertziennes, suite à une décision d'inconstitutionnalité du 21 octobre 2016. Enfin, nous allons renforcer les possibilités de contrôle aux frontières et aux abords des gares ferroviaires et routières, en conformité avec le droit européen. Q - Que répondez-vous à ceux qui brandissent le spectre de la mise en place d'un « état d'urgence permanent » ? R - Tout simplement qu'il s'agit de dispositions de droit commun, assorties systématiquement de garanties protégeant les libertés individuelles. Les conditions d'application sont beaucoup plus ciblées et très encadrées, quant aux mesures elles-mêmes, elles sont moins restrictives. Nous avons choisi de renforcer la sécurité des Français, de ne pas flancher devant la menace terroriste, nous visons la sécurité optimale pour tous les Français, mais pas au prix de nos libertés. Q - Pensez-vous que votre projet de loi antiterroriste aurait permis d'éviter l'attaque commise lundi sur les Champs-Élysées ? R - Personne ne peut le prétendre. Notre volonté constante est de nous assurer que les mailles du filet soient, aujourd'hui comme demain, le plus étroites possible. C'est tout le sens du projet de loi. Migrations - Royaume-Uni - Situation à Calais - Libye Q - Théâtre d'un nouveau drame, Calais demeure un point de fixation malgré le démantèlement de la Lande. Que faire ? R - Depuis la fermeture du camp, la pression a singulièrement diminué. Aujourd'hui, on parle de 300 à 400 personnes présentes, alors qu'on évoquait plusieurs milliers de migrants du temps de la « jungle ». D'ailleurs, ce ne sont plus tout à fait les mêmes profils. La lutte contre les trafics et les passeurs reste le meilleur moyen d'empêcher que ne se reconstitue une nouvelle « jungle ». Q - Mais quelle action sera menée auprès des Britanniques ? R - Nous avons échangé avec Theresa May et sa ministre de l'intérieur quand elles sont venues à Paris. Mais la situation politique au Royaume-Uni risque de retarder un peu les négociations, notamment sur la mise en oeuvre des accords du Touquet qui font de Calais le point frontière. Remettre la frontière en Angleterre serait complexe. Cela bloquerait d'ailleurs le fonctionnement du tunnel. Il faudra en revanche trouver des conditions plus favorables concernant la prise en charge d'un certain nombre de coûts en France. Nous avons besoin de mesures de sécurisation supplémentaires à Calais, du port, des voies ferrées, des abords des autoroutes. Il s'agit notamment d'empêcher les incidents sur la rocade et de prévenir les infractions que le préfet nous signale régulièrement. Q - Certains s'indignent des conditions de vie des migrants à Calais. On parle même de violences policières... R - J'irai à Calais dans les tout prochains jours pour rencontrer l'ensemble des parties prenantes, élus, acteurs économiques, associations. Celles-ci doivent savoir que si l'on reconstituait la Lande, la situation serait encore plus indigne. Moi, je ne voudrais pas qu'il y ait à nouveau sur place 2.000 à 3.000 personnes. Revenir à la situation ante, ce serait la faillite d'un système. Quant aux violences alléguées, si des plaintes sont déposées, elles seront naturellement examinées avec toute l'attention requise. Le préfet sur place a donné des consignes de fermeté face aux incidents, mais aussi de respect des migrants. J'ai toute confiance en nos forces de l'ordre pour les appliquer avec discernement. Q - Comment la France compte-t-elle affronter la nouvelle crise migratoire qui se profile avec l'arrivée de l'été ? R - Depuis le 1er janvier, 68.000 personnes sont arrivées en Italie, venant principalement d'une Libye sans État. La véritable politique de contrôle des flux se joue très en amont. Les flux partent des pays d'Afrique subsaharienne. Le Niger était à un moment donné une voie de passage extrêmement importante. Les réseaux de passeurs organisés ont amené des gens venus de très loin, puisque parmi les premières nationalités, vous avez des ressortissants du sous-continent indien. C'est une problématique difficile à résoudre une fois qu'ils sont en Libye. Si vous positionnez les flottes de garde-côtes européens trop loin du rivage libyen, vous assistez à des naufrages dramatiques. Et si vous dépêchez les bateaux plus près pour mieux secourir les personnes, vous créez une sorte d'appel d'air. Q - Mais comment intervenir ? R - J'ai reçu dernièrement mon collègue de l'intérieur du Burkina-Faso. Nous allons travailler ensemble avec les pays de transit très en amont pour essayer de démanteler des réseaux. Les conditions dans lesquelles se déroule cette traite des êtres humains sont abjectes. Q - De plus en plus de migrants d'Afrique francophone arrivent par la frontière italienne. Ne viennent-ils pas de pays dont les ressortissants sont rarement éligibles à l'asile en France ? R - Dans les prochaines semaines, j'irai voir mes collègues ministres de l'intérieur des pays d'Afrique francophone pour avoir des discussions avec eux. Certains ont déjà commencé à prendre des mesures. Par exemple, la route du Niger a été partiellement démantelée, grâce à l'action des autorités nigériennes. On doit aussi mieux se concerter avec le Mali. Autant de points sur lesquels nous travaillons avec mon collègue du Quai d'Orsay. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/528.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/528.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5452c24bf4224db315e814c333c50c678cc2b38d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/528.txt @@ -0,0 +1 @@ +THOMAS SOTTO Il va présenter le premier grand projet de loi du gouvernement PHILIPPE 2 ce matin en Conseil des ministres, mais avant cela, il est votre invité, Fabien NAMIAS. C'est Gérard COLLOMB, le ministre de l'Intérieur. FABIEN NAMIAS Bonjour Gérard COLLOMB. GERARD COLLOMB Bonjour. FABIEN NAMIAS La menace est extrêmement élevée, disiez-vous hier, est-ce cette menace qui justifie d'examiner ce matin en Conseil des ministres, dans une heure et demie exactement, un texte qui instaure l'état d'urgence permanent ? GERARD COLLOMB Ce n'est pas comme vous le savez l'état d'urgence permanent, c'est un texte… FABIEN NAMIAS Ça y ressemble furieusement… GERARD COLLOMB C'est un texte qui, justement, vise à sortir de l'état d'urgence pour introduire un certain nombre de dispositifs dans la loi, qui permettent de protéger nos concitoyens. Evidemment, on voit bien que ce besoin est très impérieux, lorsque l'on regarde ce qui s'est passé en Angleterre, à Londres, à Manchester, ce qui s'est passé sur les Champs-Elysées, chez nous… FABIEN NAMIAS Encore avant-hier… GERARD COLLOMB Nous voyons bien que la menace reste élevée. Il faut y faire face et y répondre. FABIEN NAMIAS Mais n'est-ce pas une fin d'une certaine conception de l'état de droit à la française, où finalement, la police prend le pas sur la justice, puisque, à l'exception des perquisitions, la justice dans ce texte de loi n'est qu'informée, je dis bien informée, des décisions des préfets ? GERARD COLLOMB Non, si vous comparez ce qu'est l'état d'urgence aujourd'hui et les différents articles de notre texte, vous verrez qu'il y a de grandes différences, et que chaque fois, on essaie de prendre un certain nombre de précautions pour que les libertés individuelles soient respectées, mais en même temps, il faut permettre à nos services d'agir, peut-être tout à l'heure, me poserez-vous des questions sur quelques failles, lorsque l'on voit qu'il y a des dysfonctionnements, on pointe tout de suite, donc cela veut dire qu'il faut prendre les mesures pour garantir la protection des Françaises et des Français. FABIEN NAMIAS Il y a des failles malheureusement, et on va y venir. Les mesures clefs de l'état d'urgence, qui est en vigueur, je le rappelle, depuis novembre 2015, et qui va être également prolongé par une décision ce matin en Conseil des ministres, sont reprises donc dans le texte que vous présentez ce matin, atténuées, certes, sur certains points, les perquisitions administratives, qui seront soumises à l'autorisation du juge, le bracelet électronique qui sera non-obligatoire, mais cet état d'urgence, il n'empêche malheureusement pas les attentats d'être commis sur notre territoire. Il y a encore eu une tentative avec ce kamikaze sur les Champs-Elysées lundi. Donc, soit, c'est totalement inutile, soit, au contraire, il faudrait aller beaucoup plus loin ! GERARD COLLOMB Non, je crois, si vous voulez, que, malheureusement, il n'existe pas de risque zéro. On ne peut pas garantir qu'il n'y ait pas quelqu'un qui puisse se glisser à travers les mailles du filet. Mais il faut que celles-ci soient les plus serrées possibles, et c'est ce que nous essayons de faire. Voyez, lorsque l'on regarde les mesures que nous allons prendre, nous prenons des mesures pour les grands rassemblements, faire qu'ils soient sécurisés. Nous prenons des mesures… FABIEN NAMIAS Comme, par exemple, le Tour de France, dans quelques semaines… GERARD COLLOMB Absolument. FABIEN NAMIAS Qui vous permettrait des mesures… GERARD COLLOMB Pour nous, c'est un défi sur lequel nous travaillons d'ores et déjà… FABIEN NAMIAS … De sécurité… GERARD COLLOMB On voit bien que, autour de la caravane, il y a des lieux où peuvent se commettre un certain nombre d'attentats, et donc nous travaillons à sécuriser des événements comme celui-là. Deuxièmement, les lieux de culte, où un certain nombre de prédicateurs pourraient inciter au passage à l'acte, nous prenons un certain nombre de dispositions, ensuite, effectivement, la possibilité de perquisitions, d'assignations à résidence, mais sous le contrôle du juge, et nous avons voulu mettre le juge des libertés pour qu'il y ait garantie des libertés individuelles. FABIEN NAMIAS Il y a aussi une mesure dans ce texte dont je souhaiterais que vous nous la précisiez, sur les mesures individuelles de surveillance, est-ce que, concrètement, les autorités auront accès à nos identifiants informatiques, vous savez, les identifiants qu'on rentre dans l'ordinateur, dans le téléphone, pour se connecter ? GERARD COLLOMB Alors, vous avez effectivement la nécessité de donner, je rappelle que c'est pour ceux qui s'apprêtent à commettre des actes de terrorisme ou dont on soupçonne donc… FABIEN NAMIAS Voilà, c'est uniquement dans le cadre du terrorisme, ça ne peut pas s'appliquer à n'importe quel citoyen dans n'importe quelle circonstance… GERARD COLLOMB C'est uniquement, et la loi le précise à tous les paragraphes, c'est uniquement pour les actes de terrorisme, même pas pour des troubles à l'ordre public qui, par le passé, pouvaient être effectivement pris en compte par l'état d'urgence. Eh bien, là, on aura votre numéro de téléphone, mais ce à quoi on n'aura pas accès, c'est votre numéro de passe, d'entrée. Et donc on ne pourra pas écouter vos conversations. FABIEN NAMIAS Ni écouter ni donc connaître les mots de passe que l'on rentre pour débloquer nos téléphones ou nos ordinateurs. GERARD COLLOMB Absolument. FABIEN NAMIAS Vous parliez tout à l'heure, Monsieur le Ministre de l'Intérieur, de failles, et malheureusement, il y en a des failles, au sujet par exemple des fichés S, nous avons été stupéfaits, il y a quelques jours, d'apprendre que le kamikaze des Champs-Elysées avait une autorisation de port d'arme ; Concrètement, comment est-ce que vous pouvez remédier à cette situation ? GERARD COLLOMB Alors, si vous voulez, il faut bien voir que les fichés S sont des fichiers extrêmement larges, puisqu'il y a à peu près 15.000 personnes qui sont aujourd'hui dans les fichés S. Et à quoi servent… FABIEN NAMIAS Dont une petite dizaine de milliers en réalité concernées par les procédures de terrorisme, le reste, ça peut être des hooligans, des zadistes, ça concerne un peu tout le monde… GERARD COLLOMB Absolument. FABIEN NAMIAS Si j'ai bien compris. GERARD COLLOMB Ces fichiers sont faits pour quoi ? Ils sont faits pour signaler aux services de police, français ou étrangers, quand par exemple, on passe une frontière, que cet individu peut être effectivement dangereux et qu'il faut avoir un oeil spécial sur lui. Mais après, vous avez d'autres fichiers, qui concernent, là, directement, la radicalisation, et c'est ces fichiers-là, évidemment, qu'il faut utiliser pour contrôler, peut-être davantage qu'on le fait aujourd'hui, la détention d'un port d'arme, et moi, je viens d'envoyer hier une lettre aux préfets en disant qu'il faut qu'ils soient d'une particulière vigilance, et d'ailleurs, nous allons, nous sommes en train de leur donner les moyens de contrôler davantage effectivement l'obtention de port d'arme, pour un certain nombre de gens, qui, effectivement, seraient connus de nos services, et dont les préfets pourraient avoir eux-mêmes connaissance. FABIEN NAMIAS Mais pour être parfaitement en transparence et en clarté sur ce sujet, il pourrait y avoir la création d'un fichier uniquement concernant les personnes radicalisées, un fichier R, comme le disait un ancien conseiller d'un ancien ministre de l'Intérieur, hier, dans Le Figaro, Hugues MOUTOUH. GERARD COLLOMB Nous avons tout à l'heure un Conseil de Défense… FABIEN NAMIAS Juste avant le Conseil des ministres… GERARD COLLOMB Et donc cette question va être examinée. Nous ne nous interdisons rien, nous voulons les mesures qui soient les plus efficaces, comme vous le voyez sur ce problème du terrorisme, nous sommes en train de tout réexaminer, puisque, à la fois, vous allez avoir des changements à la DGSI, que vous avez la création de la Task Force, et donc que nous remettons tout à plat pour que la sécurité maximale soit assurée. FABIEN NAMIAS En tout cas, on vous a entendu, la question des fichiers S examinée dans quarante minutes maintenant à l'Elysée, autour du Conseil de Défense. Un autre sujet, il y en a beaucoup au ministère de l'Intérieur, s'annonce particulièrement sensible, à l'aube de l'été qui commence, c'est la question des migrants. Anne HIDALGO, la maire de Paris, vous a adressé un courrier au sujet de ceux qui s'entassent dans des conditions déplorables, dans des camps de fortune autour du centre d'accueil humanitaire de la porte de Chapelle à Paris. Il faut absolument éviter la création de nouveaux abcès de fixation que sont les camps de migrants. Je cite le président de la République dans une interview accordée ce matin au Figaro. Comment allez-vous régler cette question ? GERARD COLLOMB Alors, je crois que le président de la République a totalement raison, vous voyez, lorsque l'on regarde par exemple le passé de Calais, on s'aperçoit que Sangatte, au début, c'est un hangar qui est fait pour 4, 500 personnes. Et puis, on arrive à 2.000, que la jungle, au début, c'est quelque chose comme à peu près 600, 700 personnes. Et on finit à 7.000. Ça veut dire que si on ne prend pas des dispositions pour éviter que progressivement, il y ait une concentration de personnes, alors, on est facilement débordé. Le véritable problème, c'est le problème amont, c'est-à-dire que, aujourd'hui, par exemple, par des routes qui passent par l'Afrique occidentale, donc passent par le Niger, par le Mali, qui arrivent sur la Libye, et ensuite, qui arrivent sur l'Italie, depuis le début de l'année, vous avez 65.000 personnes qui sont arrivées en Italie. Le vrai problème, c'est d'essayer de faire en sorte que ces routes de passeurs puissent être coupées, et qu'on n'ait pas effectivement en Europe des flux d'immigration qui ne plus des demandeurs d'asile, mais de l'immigration économique, que l'on n'arrive plus à gérer. FABIEN NAMIAS Mais est-ce qu'il faut traiter le problème en amont, c'est une certitude, mais pour l'aval, est-ce qu'il faut d'autres centres d'accueil humanitaire en France, comme le réclame Anne HIDALGO ? GERARD COLLOMB Mais si vous voulez, un certain nombre d'autres pays l'ont fait, par exemple, à un moment donné, l'Espagne avait des problèmes extrêmement importants, parce que, arrivaient aux Canaries toute une série de migrants. Ils ont passé des accords avec une série de pays africains, la Mauritanie, par exemple, et ils ont fait cesser ce flux de migrants, c'est ce que nous allons faire, moi, j'ai rencontré la semaine dernière un de mes collègues africains pour commencer à discuter de cette question. Et je me rendrai en Afrique pour discuter avec l'ensemble des ministres de l'Intérieur concernés de manière à faire en sorte qu'il n'y ait plus une route des passeurs qui, d'ailleurs, très souvent, se confond avec la route des armes, et avec la route de la drogue. FABIEN NAMIAS Mais pas de nouveau camp, si on vous entend bien, avant d'aller en Afrique, est-ce que vous irez à Calais ? GERARD COLLOMB J'y vais demain. FABIEN NAMIAS Demain ? GERARD COLLOMB Demain, je me rendrai à Calais, je verrai à la fois l'ensemble des élus, l'ensemble des responsables économiques, et le monde associatif, qui, évidemment, ont des points de vue qui sont assez opposés… FABIEN NAMIAS Qui est très remonté, vous savez qu'ils ont saisi le tribunal administratif de Lille… GERARD COLLOMB Et donc je vais essayer de pouvoir concilier les points de vue, de manière à ce que Calais ne soit plus cet abcès de fixation, voyez, quand aujourd'hui, dans le Pas-de-Calais, on s'aperçoit que beaucoup de députés sont au Front national, cela veut dire quand même qu'il y a un vrai problème, et que c'est ressenti très fortement par la population. Moi, je veux que cela cesse, et donc c'est pour cela que dès demain, je serai à Calais, et que je discuterai avec l'ensemble des acteurs. FABIEN NAMIAS Le gouvernement a été remanié hier, vous avez conservé votre place première dans l'ordre protocolaire d'ailleurs du gouvernement. L'exfiltration de François BAYROU de ce gouvernement est-elle un soulagement ? GERARD COLLOMB Je crois que, si vous voulez, François BAYROU a fait preuve de responsabilité, il a vu qu'il était en difficulté, s'il n'avait pas été… FABIEN NAMIAS Là, il vous rend bien service, là, en partant… GERARD COLLOMB S'il n'avait pas été Garde des sceaux, évidemment, le problème aurait pu se poser de manière différente, mais la Garde des sceaux, qui intronisait… FABIEN NAMIAS Mais il pouvait aussi changer d'affectation ministérielle… GERARD COLLOMB Une loi de moralisation de la vie politique, il a fait ce qui lui a semblé le plus simple, c'est-à-dire le retrait du gouvernement. FABIEN NAMIAS Et c'est une mesure de compensation d'avoir nommé l'une de ces fidèles parmi les fidèle, Jacqueline GOURAULT, au gouvernement, pas n'importe où, elle sera votre secrétaire d'Etat, c'est un lot de compensation ou elle va vous servir à quelque chose ? GERARD COLLOMB Alors, moi, j'aime beaucoup, oui, oui… FABIEN NAMIAS A quoi ? GERARD COLLOMB Moi, j'aime beaucoup Jacqueline GOURAULT, qui est une sénatrice que je connais bien, avec qui j'ai fait par exemple toutes les lois sur la réforme des territoires, et en particulier, la création de la métropole de Lyon. Donc c'est quelqu'un avec qui j'ai beaucoup travaillé… FABIEN NAMIAS Oui, mais qu'est-ce que vous allez lui confier, parce que secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur sans délégation ou sans enveloppe particulière on se demande à quoi ça sert, pardon… GERARD COLLOMB Non, vous savez, c'est un grand ministère, vous avez des problèmes… FABIEN NAMIAS Oui, ça, je sais, mais… GERARD COLLOMB Vous avez des problèmes dont vous venez de parler, mais en même temps, vous avez toute l'administration, et vous avez toute la réforme territoriale qui est encore à venir. THOMAS SOTTO Merci beaucoup Gérard COLLOMB. FABIEN NAMIAS Merci… THOMAS SOTTO J'ai une toute petite dernière question, je ne sais pas si vous avez entendu à 07h30 Sophie PARRA, qui témoignait dans le journal de 07h30, donc elle a été blessée au Bataclan, et comme beaucoup d'autres, elle ne comprend pas du tout la disparition du secrétariat d'Etat en charge de l'aide aux victimes, des victimes qui se sentent oubliées. Pourquoi les laisser seules, ces victimes, face à leur désarroi et à leurs problèmes ? GERARD COLLOMB Si vous voulez, je pense que, un ministre aura en charge cette problématique, évidemment, une problématique extrêmement importante… THOMAS SOTTO Et c'est qui ce matin, qui est ce ministre ce matin, qui s'occupe de l'aide aux victimes ? GERARD COLLOMB C'est le président qui définit les attributions, et moi, je ne sais pas à qui il confiera ce poste-là… THOMAS SOTTO Donc il n'y en a pas ? GERARD COLLOMB Mais on ne peut pas en même temps, vous comprenez, demander au président de la République et au Premier ministre d'avoir un gouvernement très resserré, ce que nous faisons, et puis, en même temps, de traiter l'ensemble des sujets, il y a d'autres thématiques qui, aujourd'hui, par exemple, ne sont pas traitées, et dont les attributions devront être réalisées dans les prochains jours. FABIEN NAMIAS Peut-être pour Jacqueline GOURAULT, auprès de vous, pourquoi pas. THOMAS SOTTO Merci beaucoup, Gérard COLLOMB. GÉRARD COLLOMB Il y en a déjà beaucoup. THOMAS SOTTO Merci Gérard COLLOMB \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/529.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/529.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7966f77ee2b31e33afdd557ce13e71a5821c8249 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/529.txt @@ -0,0 +1 @@ +LE FIGARO. - La France est-elle de retour en Europe ? Y incarne-t-elle une sorte de nouveau leadership ? Emmanuel MACRON. - Le leadership ne se décrète pas, il se construit en entraînant d'autres pays, d'autres acteurs et il est constaté au vu des résultats qu'on obtient. Il serait présomptueux de dire dès à présent que la France exerce un nouveau leadership européen. La vraie question est celle de l'objectif de notre action. Et le point de départ, c'est la crise que traversent les démocraties occidentales. Elles se sont construites au XVIIIe siècle sur un équilibre inédit entre la défense des libertés individuelles, la démocratie politique et la mise en place des économies de marché. Un cycle vertueux a permis aux libertés individuelles d'être reconnues, au progrès social de se développer et aux classes moyennes d'avoir une perspective de progrès. Depuis la fin des Trente Glorieuses, le doute s'est installé. La France en a fait la cruelle expérience, elle qui avait sans doute le modèle social le plus élaboré. Quand nous regardons la planète, aujourd'hui, que voyons-nous ? Une montée des démocraties illibérales et des extrêmes en Europe, la réémergence de régimes autoritaires qui mettent en cause la vitalité démocratique, et des États-Unis d'Amérique qui se retirent en partie du monde. Ce contexte est aggravé par une montée des incertitudes et des troubles. Les crises se multiplient au Moyen-Orient et dans le Golfe, les inégalités s'aggravent partout dans le monde. LE FIGARO. - D'où proviennent ces instabilités ? Elles n'ont pas une cause unique. Elles sont issues pour partie des inégalités profondes engendrées par l'ordre mondial et du terrorisme islamiste. À ces déséquilibres s'ajoute celui du climat. Ceux qui pensent que la lutte contre le climat est une lubie de bobos se trompent profondément. La question première n'est donc pas de savoir s'il y a ou non un leadership français, de savoir si nous bombons le torse plus fort que les autres. Elle est d'abord de savoir comment défendre notre bien commun à tous, c'est-à-dire la liberté et la démocratie, la capacité des individus et de nos sociétés à être autonomes, à rester libres, à assurer la justice sociale et à préserver notre planète à travers le climat. Sans ces biens communs, il n'y a pas d'avenir souhaitable ni durable. Notre défi est de savoir comment nous allons gagner cette bataille dont l'Europe, j'en suis convaincu, porte la responsabilité. Pourquoi ? Parce que la démocratie est née sur ce continent. Les États-Unis d'Amérique aiment autant que nous la liberté. Mais ils n'ont pas notre goût pour la justice. L'Europe est le seul endroit au monde où les libertés individuelles, l'esprit de démocratie et la justice sociale se sont mariés à ce point. La question est donc la suivante : l'Europe va-t-elle réussir à défendre ses valeurs profondes, dont elle a irrigué le monde pendant des décennies, ou va-t-elle s'effacer devant la montée des démocraties illibérales et des régimes autoritaires ? LE FIGARO. - Comment concrètement relancer l'Europe ? Comment convaincre les Allemands ? Si nous n'avons pas conscience du défi qui est le nôtre, nous pouvons continuer à passer des nuits entières à nous interroger sur l'endroit où se trouvera la prochaine agence européenne ou la manière dont sera dépensé tel ou tel budget… Nous nous placerions alors hors de l'Histoire. Je n'ai pas fait ce choix. Angela Merkel non plus. La question est de savoir comment nous arriverons à restaurer une dynamique, une capacité à entraîner. Car il ne s'agit pas uniquement de plaquer des politiques sur des pays ou des peuples. Il faut être capable de les entraîner, de les faire rêver. La France n'aura aucune capacité motrice si elle ne porte pas un discours clair et un regard lucide sur le monde. Mais elle ne l'aura pas non plus si elle ne renforce pas son économie et sa société. C'est pourquoi j'ai demandé au gouvernement d'enclencher les réformes fondamentales qui sont indispensables pour la France. Notre crédibilité, notre efficacité, notre force sont en jeu. Mais la force de quelques-uns ne peut pas se nourrir longtemps de la faiblesse des autres. L'Allemagne, qui s'est réformée il y a une quinzaine d'années, constate aujourd'hui que cette situation n'est pas viable. Mon souhait est donc que nous puissions construire une force commune. Ma méthode pour le couple franco-allemand est celle d'une alliance de confiance. Je souhaite que nous revenions à l'esprit de coopération qui existait jadis entre François Mitterrand et Helmut Kohl. On ne se rend pas à un Conseil européen sans avoir de position commune. Cela ne veut pas dire que nous sommes d'accord sur tout. Mais que nous ne voulons pas perdre de temps à demander aux autres d'arbitrer nos désaccords. Sinon l'Europe bégaie, et la clé pour repartir, c'est une Europe qui protège. LE FIGARO. - Pourquoi ce besoin de protection est-il si essentiel ? Parce que, dans toutes nos sociétés, les classes moyennes se sont mises à douter. Elles ont l'impression que l'Europe se fait malgré elles. Cette Europe-là se tire elle-même vers le bas. Il faut créer une Europe qui protège en se dotant d'une vraie politique de défense et de sécurité commune. Il faut être plus efficace face aux grandes migrations en réformant profondément le système de protection de nos frontières, la politique migratoire et le droit d'asile. Le système actuel fait porter à quelques-uns toute la charge et ne pourra pas résister aux prochaines vagues migratoires. Je crois à une Europe qui se dote de moyens pour protéger ses frontières extérieures, assurer sa sécurité à travers la coopération policière et judiciaire dans sa lutte contre le terrorisme, déployer une organisation commune en matière de droit d'asile et d'immigration, une Europe qui protège contre les dérèglements de la mondialisation. C'est la première étape. Il ne peut pas y avoir d'approfondissement institutionnel tant que nous n'aurons pas restauré la cohérence de l'Europe. Si nous voulons passer à l'étape suivante, il faut au sein de la zone euro avoir une intégration plus forte. C'est pour cela que je défends avec vigueur l'idée d'un budget de la zone euro, doté d'une gouvernance démocratique. C'est le seul moyen de recréer un mouvement de convergence entre nos économies et nos pays. Si on ne fait pas ça, on affaiblira la zone euro. Il faut pouvoir articuler le pilier de la responsabilité et celui de la solidarité. Mon sentiment est que l'Allemagne n'est pas bloquée là-dessus. LE FIGARO. - Vous pensez que les Allemands sont prêts eux aussi à changer ? J'en suis persuadé. En matière de sécurité et de défense, la chancelière allemande a fait bouger les choses profondément. Elle est revenue sur des tabous profonds hérités de la Seconde Guerre mondiale. L'Allemagne va dépenser plus que la France en matière de défense dans les années à venir. Qui l'eût cru ? Mais l'Allemagne est lucide sur les limites d'une action qui ne soit pas pleinement européenne, notamment en matière d'intervention militaire. Elle sait que notre destin est redevenu tragique. Elle a besoin de la France pour se protéger, pour protéger l'Europe et assurer notre sécurité commune. Je crois par ailleurs que les dynamiques que j'évoque traversent aussi la société allemande. Notre devoir en tant que dirigeants est d'en faire la pédagogie. Les égoïsmes nationaux sont des poisons lents qui entretiennent l'affaiblissement de nos démocraties et notre incapacité collective à relever le défi historique qui est le nôtre. Je sais que la chancelière en a conscience. LE FIGARO. - L'Europe apparaît aujourd'hui divisée, notamment entre l'Est et l'Ouest… Je ne crois pas à ce conflit entre l'est et l'ouest de l'Europe. Il y a des tensions car nos imaginaires et notre histoire récente ne sont pas les mêmes. Je n'oublierai jamais cette phrase de Bronislaw Geremek, que j'avais rencontré il y a une vingtaine d'années au moment de l'élargissement européen : « L'Europe ne mesure pas tout ce qu'elle nous doit. » Pour sa génération, attachée à l'Europe des Lumières, l'Europe occidentale avait trahi en laissant le mur s'ériger et le continent se diviser. Quand j'entends aujourd'hui certains dirigeants européens, ils trahissent deux fois. Ils décident d'abandonner les principes, de tourner le dos à l'Europe, d'avoir une approche cynique de l'Union qui servirait à dépenser les crédits sans respecter les valeurs. L'Europe n'est pas un supermarché. L'Europe est un destin commun. Elle s'affaiblit quand elle accepte qu'on rejette ses principes. Les pays d'Europe qui ne respectent pas les règles doivent en tirer toutes les conséquences politiques. Et ce n'est pas uniquement un débat Est-Ouest. Je parlerai avec tout le monde et avec respect, mais je ne transigerai pas sur les principes de l'Europe, sur la solidarité et sur les valeurs démocratiques. Si l'Europe accepte cela, c'est qu'elle est faible et qu'elle a déjà disparu. Ce n'est pas mon choix. LE FIGARO. - Le dialogue, mais pas de sanctions ? Le dialogue, mais il doit être suivi de décisions concrètes. Je souhaite que tout le monde ait à l'esprit la responsabilité historique qui est celle des Européens. Nous devons promouvoir une Europe qui aille vers un mieux-être économique et social. L'objectif d'une Europe qui protège doit aussi s'imposer dans le domaine économique et social. En raisonnant comme on le fait sur le travail détaché depuis des années, on prend l'Europe à l'envers. Il ne faut pas s'y tromper. Les grands défenseurs de cette Europe ultralibérale et déséquilibrée, au Royaume-Uni, se sont fracassés dessus. Sur quoi le Brexit s'est-il joué ? Sur les travailleurs d'Europe de l'Est qui venaient occuper les emplois britanniques. Les défenseurs de l'Europe ont perdu car les classes moyennes britanniques ont dit stop! Le souffle chaud des extrêmes se nourrit de ces déséquilibres. On ne peut pas continuer à faire l'Europe dans des bureaux, à laisser les choses se déliter. Le travail détaché conduit à des situations ridicules. Vous pensez que je peux expliquer aux classes moyennes françaises que des entreprises ferment en France pour aller en Pologne car c'est moins cher et que chez nous les entreprises de BTP embauchent des Polonais car ils sont payés moins cher ? Ce système ne marche pas droit. LE FIGARO. - Vous voulez relancer la défense européenne et la France doit montrer l'exemple. Mais Bercy a gelé 2,6 milliards d'euros dans le budget de la défense… Il n'y a pas eu de gel de crédits depuis que je suis là. Il y a eu des mesures prises par l'ancien gouvernement, et la Cour des comptes aura à en rendre un audit précis début juillet. Je ne suis pas pour la politique du rabot. Dans le domaine de la défense, ma stratégie est très claire: des dépenses équivalentes à 2 % du PIB à l'horizon 2025. Et, de façon générale, je souhaite mener une politique responsable qui repose sur des objectifs pluriannuels. Le débat budgétaire doit changer de nature. Ce système où l'on passe des mois à discuter d'un projet de loi de finances qui est ensuite modifié trois ou quatre fois en cours d'année est un pays où il n'y a plus de véritable débat démocratique sur le budget. Je souhaite qu'on ait un débat budgétaire sérieux et transparent au Parlement. Quand on veut faire de vraies économies, il faut avoir une stratégie pluriannuelle. Les vraies économies pérennes se font en deux ou trois ans, pas en deux mois. LE FIGARO. - Quel modèle pour la future relation entre le Royaume-Uni et l'UE ? La porte est-elle ouverte à une marche arrière ? La porte est ouverte jusqu'au moment où on la franchit. Ce n'est pas à moi de dire qu'elle est fermée. Mais à partir du moment où les choses s'engagent avec un calendrier et un objectif, il est très difficile de revenir en arrière, il ne faut pas se mentir. Je souhaite que la discussion qui vient de s'engager soit parfaitement coordonnée au niveau européen. Je ne veux pas de discussions bilatérales car il faut préserver l'intérêt de l'UE à court, moyen et long terme. La France compte en revanche poursuivre et renforcer sa forte relation en matière de défense et de sécurité avec le Royaume-Uni. Le traité de Lancaster House reste le cadre de cette coopération. Nous allons aussi davantage coopérer en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme. Nous avons déjà arrêté un plan d'action commun en matière de lutte contre la radicalisation sur Internet. Car nos destins sont liés: les filières terroristes ne connaissent pas les frontières de l'Europe. Enfin, en matière de migration, je souhaite que l'on fasse évoluer notre coopération. Il faut absolument éviter la création de nouveaux abcès de fixation que sont les camps de migrants. C'est le pragmatisme qui régira nos relations. LE FIGARO. - Faut-il remettre l'espace Schengen sur la table ? Je suis attaché à l'espace Schengen, qui permet la libre circulation des personnes au sein de l'UE et qui est un des éléments constitutifs de notre citoyenneté européenne. Si nous voulons garantir cette libre circulation, il faut renforcer les contrôles aux frontières extérieures de l'Union européenne. Je souhaite que nous donnions rapidement tous les moyens nécessaires à l'Agence européenne des gardes-frontières et des gardes-côtes pour gérer notamment les crises à ces frontières. Il y a ensuite la question des réfugiés. Les réfugiés sont des gens qui demandent l'asile dans notre pays. Nous parlons de femmes et d'hommes qui risquent leur vie dans leur pays, qui la risquent pour venir jusqu'à nous, qui fuient des pays en guerre. Nous leur devons hospitalité et humanité. Le problème est que, dans de nombreux pays, dont la France, l'instruction de la demande d'asile prend trop de temps entre le dépôt, l'enregistrement, l'instruction des dossiers, sans parler des délais induits par la complexité administrative et les recours devant différentes juridictions. Toutes ces procédures peuvent durer jusqu'à deux ans. Or, pendant cette période, on ne peut pas vivre de manière transitoire dans un pays. On s'installe, on tisse des liens familiaux… On voit donc que face à cette pression migratoire le système actuel n'est plus satisfaisant. J'ai donc demandé une réforme en profondeur du système d'asile en France, pour le déconcentrer et pour accélérer considérablement les délais d'instruction des demandes d'asile. L'objectif est que nous divisions ces délais moyens par deux, en passant à six mois toutes procédures comprises. Il y a ensuite les migrants qui ne relèvent pas de l'asile, qui n'ont donc pas vocation à s'établir en France, dont il faut régler la situation conformément à notre droit avec humanité et dans le cadre d'une plus grande coopération internationale. Il faudra assurer l'effectivité de leur reconduite à la frontière et travailler étroitement avec les États d'où sont originaires ces personnes, avec les pays de transit, et lutter plus efficacement contre les filières mafieuses qui exploitent la détresse humaine. Sur toutes ces questions, je suis favorable à des réformes en profondeur qui permettent d'avoir une même philosophie européenne. Il faut notamment remédier à la situation ubuesque que l'on observe avec les «dublinés», ces personnes qui passent d'un pays à l'autre en espérant enfin obtenir l'asile. LE FIGARO. - Après le Brexit et l'élection de Trump, votre élection donne-t-elle un coup d'arrêt aux populismes en Europe ? Je me méfie du terme « populisme » car il a plusieurs colorations. Beaucoup, à droite et à gauche, m'ont dit que j'étais populiste. Quand les partis sont fatigués, on s'étonne qu'on puisse parler au peuple ! Si c'est ça être populiste, ce n'est pas un mal. Moi, je ne crois pas dans la démagogie, qui consiste à flatter un peuple pour lui dire ce qu'il attend, lui parler de ses peurs. Je n'ai pas l'arrogance de penser que mon élection marque un coup d'arrêt. Les Français ont toujours été comme ça : au moment où on ne les attend pas, il y a un sursaut. La France n'est pas un pays qu'on réforme, c'est un pays qui se transforme, un pays de révolution. Donc, aussi longtemps qu'il est possible de ne pas réformer, les Français ne le font pas. Là, ils ont vu qu'ils étaient au bord du précipice et ils ont réagi. Mon élection comme la majorité obtenue à l'Assemblée ne sont pas un coup d'arrêt : elles sont un début exigeant. Le début d'une renaissance française et je l'espère européenne. Une renaissance qui permettra de repenser les grands équilibres nationaux, européens, internationaux, de retrouver une ambition, une capacité à regarder les choses en face, à ne pas jouer sur les peurs mais à les transformer en énergie. Car les peurs sont là, et donc ce qui divise les sociétés demeure. Il n'y a pas de recette miracle, c'est un combat de chaque jour. J'ai parié sur l'intelligence des Françaises et des Français. Je ne les ai pas flattés, mais j'ai parlé à leur intelligence. Ce qui épuise les démocraties, ce sont les responsables politiques qui pensent que leurs concitoyens sont bêtes. En jouant avec démagogie de leurs peurs, de leurs contrariétés et en s'appuyant sur leurs réflexes. La crise de l'imaginaire occidental est un défi immense, et ce n'est pas une personne qui le changera. Mais j'ai la volonté de retrouver le fil de l'Histoire et l'énergie du peuple européen. Pour endiguer la montée des extrêmes et la démagogie. Car c'est ça le combat de civilisation. LE FIGARO. - Comment gérer le risque que représente Donald Trump pour l'Europe ? Donald Trump est d'abord celui qui a été élu par le peuple américain. La difficulté est qu'aujourd'hui il n'a pas encore élaboré le cadre conceptuel de sa politique internationale. Sa politique peut donc être imprévisible et c'est pour le monde une source d'inconfort. Concernant la lutte contre le terrorisme, il porte la même volonté d'efficacité que la mienne. Je ne partage pas certains de ses choix, avant tout sur le climat. Mais j'espère qu'on pourra faire en sorte que les États-Unis réintègrent l'accord de Paris. C'est la main que je tends à Donald Trump. Je souhaite qu'il change d'avis. Car tout est lié. On ne peut pas vouloir lutter efficacement contre le terrorisme et ne pas s'engager pour le climat. LE FIGARO. - Si la ligne rouge de l'utilisation des armes chimiques est franchie en Syrie, la France est-elle prête à frapper seule ? Oui. Quand vous fixez des lignes rouges, si vous ne savez pas les faire respecter, vous décidez d'être faible. Ce n'est pas mon choix. S'il est avéré que des armes chimiques sont utilisées sur le terrain et que nous savons en retracer la provenance, alors la France procédera à des frappes pour détruire les stocks d'armes chimiques identifiés. LE FIGARO. - La France peut-elle agir, même sans une coopération avec les autres pays de la coalition ? Qu'est-ce qui a bloqué les choses en 2013 ? Les États-Unis ont fixé des lignes rouges mais ont fait le choix in fine de ne pas intervenir. Qu'est-ce qui a affaibli la France ? De définir politiquement une ligne rouge et de ne pas en tirer les conséquences. Et qu'est-ce qui a du coup libéré Vladimir Poutine sur d'autres théâtres d'opérations ? Le fait d'avoir constaté qu'il avait face à lui des gens qui avaient des lignes rouges mais ne les faisaient pas respecter. Je respecte Vladimir Poutine. J'ai eu avec lui un échange constructif. Nous avons de vrais désaccords, sur l'Ukraine en particulier, mais il a vu aussi ma position. Je lui ai parlé longuement en tête à tête des sujets internationaux ainsi que de la défense des ONG et des libertés dans son pays. Ce que j'ai dit en conférence de presse, il ne l'a pas découvert. C'est ça, ma ligne. Dire les choses avec beaucoup de fermeté à tous mes partenaires mais leur dire d'abord en tête à tête. Aujourd'hui, nous avons avec Vladimir Poutine le sujet ukrainien, que nous continuerons à suivre dans le cadre du processus de Minsk et du format « Normandie ». Nous aurons avant le G20 une réunion sous ce format avec l'Ukraine et l'Allemagne. Et il y a la Syrie. Sur ce sujet, ma conviction profonde est qu'il faut une feuille de route diplomatique et politique. On ne réglera pas la question uniquement avec un dispositif militaire. C'est l'erreur que nous avons collectivement commise. Le vrai aggiornamento que j'ai fait sur ce sujet, c'est que je n'ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout. Car personne ne m'a présenté son successeur légitime ! Mes lignes sont claires. Un : la lutte absolue contre tous les groupes terroristes. Ce sont eux, nos ennemis. C'est dans cette région qu'ont été fomentés des attentats terroristes et que se nourrit l'un des foyers du terrorisme islamiste. Nous avons besoin de la coopération de tous pour les éradiquer, en particulier de la Russie. Deux : la stabilité de la Syrie, car je ne veux pas d'un État failli. Avec moi, ce sera la fin d'une forme de néoconservatisme importée en France depuis dix ans. La démocratie ne se fait pas depuis l'extérieur à l'insu des peuples. La France n'a pas participé à la guerre en Irak et elle a eu raison. Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye. Quel fut le résultat de ces interventions ? Des États faillis dans lesquels prospèrent les groupes terroristes. Je ne veux pas de cela en Syrie. Trois : j'ai deux lignes rouges, les armes chimiques et l'accès humanitaire. Je l'ai dit très clairement à Vladimir Poutine, je serai intraitable sur ces sujets. Et donc l'utilisation d'armes chimiques donnera lieu à des répliques, y compris de la France seule. La France sera d'ailleurs à cet égard parfaitement alignée avec les États-Unis. Quatre : je veux une stabilité syrienne à moyen terme. Cela veut dire un respect des minorités. Il faut trouver les voies et moyens d'une initiative diplomatique qui fasse respecter ces quatre grands principes. LE FIGARO. - Alors que le groupe Etat islamique perd des territoires en Syrie et en Irak, un terrorisme dit «low cost» défie nos démocraties. Comment placer le curseur entre une législation d'exception et la nécessité de protéger les libertés ? Parlons d'abord de l'état d'urgence en France. L'état d'urgence était destiné à répondre à un péril imminent résultant d'atteintes grave à l'ordre public. Or la menace est durable. Il faut donc s'organiser sur la durée. Je prolongerai l'état d'urgence jusqu'au 1er novembre, le strict temps nécessaire pour permettre au Parlement d'adopter toutes les mesures indispensables à la protection des Français. Un texte est présenté ce jeudi en conseil des ministres. Quel est son esprit ? Il prendra en considération toute les formes de menaces et notamment les actes d'individus isolés que nous avons pu constater récemment. Nous prévoyons des procédures spécifiques pour lutter contre ce terrorisme islamiste. Ce n'est en rien un affaiblissement de l'état de droit, ni une importation de l'état d'urgence dans l'état de droit. Il faut construire les instruments pour lutter contre ce risque nouveau, sous le contrôle du juge, administratif ou judiciaire. Il faut des réponses inédites et propres à la lutte contre ce terrorisme islamiste. C'est ce dont notre société a besoin pour sortir de l'état d'urgence permanent. Il faut ensuite renforcer la coordination de l'ensemble de nos services face à la menace terroriste. C'est dans ce cadre que j'ai souhaité la création de la coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, avec la création en son sein d'un centre national de contre-terrorisme. Cela suppose enfin d'avoir une politique internationale cohérente et de savoir parler avec toutes les parties. Mon principe diplomatique est celui-là. J'ai parlé cinq fois au président Erdogan depuis que je suis là. J'ai eu deux fois le président iranien Rohani. J'ai reçu Vladimir Poutine. La France n'a pas à choisir un camp contre l'autre. C'est sa force et son histoire diplomatique. Nous devons retrouver la cohérence et la force d'une politique internationale qui nous redonne du crédit. Il s'agit aussi d'avoir une politique sécuritaire intraitable sur le plan international en construisant les coalitions les plus efficaces contre le terrorisme. Enfin, il faut une politique civilisationnelle, qui consiste à éradiquer les fondements profonds de ce terrorisme. LE FIGARO. - Vous parlez d'un dialogue franc avec Vladimir Poutine. Mais il ne bouge sur rien. Il y a encore des combats dans le Donbass, la Crimée est toujours occupée, le format Normandie semble épuisé… Cherchez-vous une nouvelle méthode ? Quand je parle de dialogue franc avec Vladimir Poutine, je ne dis pas qu'il est miraculeux. Qu'est-ce qui motive Vladimir Poutine ? C'est de restaurer un imaginaire russe puissant pour tenir son pays. La Russie elle-même est victime du terrorisme. Il a lui-même à ses frontières des rebellions et des identités religieuses violentes qui menacent son pays. Tel est son fil directeur, y compris en Syrie. Je ne crois pas qu'il ait une amitié indéfectible à l'égard de Bachar el-Assad. Il a deux obsessions : combattre le terrorisme et éviter l'Etat failli. C'est pour cela que sur la Syrie des convergences apparaissent. Longtemps nous avons été bloqués sur la personne de Bachar el-Assad. Mais Bachar, ce n'est pas notre ennemi, c'est l'ennemi du peuple syrien. L'objectif de Vladimir Poutine, c'est de restaurer la Grande Russie, parce que c'est selon lui la condition de survie de son pays. Est-ce qu'il cherche notre affaiblissement ou notre disparition ? Je ne le crois pas. Vladimir Poutine a sa lecture du monde. Il pense que la Syrie est une question de voisinage fondamental pour lui. Que peut-on faire ? Réussir à travailler ensemble sur la Syrie pour lutter contre le terrorisme et déboucher sur une vraie sortie de crise. Je pense que c'est faisable. Je continuerai à être un interlocuteur très exigeant en matière de libertés individuelles et de droits fondamentaux. Enfin, il y a la question ukrainienne pour laquelle je vais attendre la première réunion « Normandie » pour vous répondre précisément. Ce qui est sûr, c'est que nous avons un devoir : la protection de l'Europe et de ses alliés dans la région. Là-dessus nous ne devons rien céder. LE FIGARO. - Le sport concourt à la diplomatie. Vous avez décidé d'aller vous-même défendre la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2024 devant le CIO. Pour vous, cette candidature va bien au-delà de la candidature d'une ville ? C'est l'engagement de tout un pays que je veux manifester en me rendant les 11 et 12 juillet à Lausanne puis à Lima en septembre. Pourquoi ? Parce que c'est un événement sportif, mais bien plus que cela : il correspond notamment à la politique que nous voulons mener sur le handicap ; ce sont des jeux olympiques et paralympiques! C'est un élément de fierté nationale et de mobilisation, un événement économique considérable. C'est également un geste qui montre que, dans notre bataille de long terme face au terrorisme, on n'arrête pas les grands événements. Et puis c'est une candidature européenne et francophone. Ce n'est pas simplement celle de Paris, ni de la France. Cela partie de ces éléments d'engagement, de fierté, de projection dont un pays a besoin. Cela n'a rien d'anecdotique à mes yeux. C'est un élément fort qui démontre qu'on n'embrasse pas un monde fait uniquement de violence, mais un monde de valeurs partagées, de réconciliation, de joie, de compétition pacifiée. LE FIGARO. - Comment gérer les relations avec la Turquie qui ne partage pas nos valeurs ? La Turquie heurte en ce moment certaines de nos valeurs. Mais elle partage certains de nos intérêts. Nous sommes d'abord liés à la Turquie par le conflit syrien. La Turquie est un élément clé de notre politique régionale puisque c'est à la fois un voisin de la Syrie, un pays qui accueille un grand nombre de réfugiés et qui coopère dans la lutte contre le terrorisme. J'ai un dialogue exigeant et lucide avec le président Erdogan. Nous avons besoin de ce dialogue avec la Turquie. Je souhaite qu'en matière de migrations, ce dialogue soit européen et coordonné. Quand l'Europe a conclu un accord, elle l'a fait tard et de manière subie, même si celui-ci a donné des résultats. Il ne faut pas reproduire cette erreur. Pour le reste, compte tenu des positions actuelles de la Turquie, il est évident qu'aller plus loin vers une intégration européenne n'est pas une évolution envisageable. Mais cela n'empêche pas une relation forte et constante. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/530.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/530.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..315a90a6032ce5aa4746d111bc737e1cec9ed5b9 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/530.txt @@ -0,0 +1 @@ +AUDREY CRESPO-MARA Bonjour à tous. Bonjour Christophe CASTANER. CHRISTOPHE CASTANER Bonjour. AUDREY CRESPO-MARA Secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement et Porte-parole du gouvernement. Alors, Gérard COLLOMB est à Calais, le gouvernement a changé mais pas le problème, « il n'y aura pas de nouveau centre » dit le ministre, mais les migrants dorment dehors, sont chassés par les policiers notamment. Les associations réclament une solution durable. Quelle solution, durable, propose le gouvernement ? CHRISTOPHE CASTANER La meilleure des solutions durables c'est de ne pas laisser se reconstituer une « jungle » à Calais, parce qu'on sait qu'humainement, même en matière de santé, pour plein de sujets, ce n'est pas acceptable, et donc il faut durablement changer d'abord notre droit pour les demandes de statut de réfugié. AUDREY CRESPO-MARA C'est-à-dire ? CHRISTOPHE CASTANER Aujourd'hui il faut 18 mois, jusqu'à 2 ans, d'instruction pour ce dossier. Pour une raison simple, l'Administration avait fait une sorte de choix, celle de montrer qu'en étant hostile d'un point de vue administratif on allait diminuer le nombre de demandes en France. Le président de la République, mercredi, en Conseil des ministres, a demandé à Gérard COLLOMB, au Premier ministre et au gouvernement, de se mobiliser pour que nous réformions les procédures d'instruction et qu'en 6 mois on puisse avoir une réponse claire et nette pour le statut de réfugié. Et, à ce moment-là, soit on a le statut de réfugié et on est accompagné, on est accueilli, on a un titre, on est formé, on travaille sur les questions d'intégration, soit on ne l'a pas, et on est reconduit à la frontière. AUDREY CRESPO-MARA On est reconduit, ce n'est pas du tout le cas aujourd'hui ! Les reconductions aux frontières c'est un pourcentage… CHRISTOPHE CASTANER C'est toute la difficulté, c'est que ce sont en fait des personnes qui sont dans le cadre du statut de réfugié, et qui sont dans ces procédures lentes, qu'on ne sait pas accueillir, et puis des points de fixation, à Calais comme à Paris, qui posent un vrai problème sanitaire, et nous devons, là encore, encourager ces femmes et ces hommes à aller dans des centres d'orientation, il y a des places disponibles, pour qu'on puisse les accompagner et instruire leur dossier. Ils ne le souhaitent pas, pour deux raisons. Ceux qui sont à Calais n'ont qu'une seule ambition, franchir la frontière et partir à Londres, et ceux qui sont sur Paris ont peur de l'éloignement administratif de Paris et de perdre leurs droits, ce n'est pas le cas, mais il nous faut des conditions d'accueil humaines. Mais il faut aussi frapper les filières qui organisent cela, parce que moi je suis pour la défense des droits des migrants qui sont en France, notamment des droits humains, mais il faut aussi montrer quels sont ces marchands d'esclaves qui organisent ces filières, notamment par la Libye, qui est en train d'exploser aujourd'hui, et il nous faut, là-dessus, être fermes. AUDREY CRESPO-MARA Autre actualité de la matinée, beaucoup plus légère. A l'occasion de la Journée de l'Olympisme Paris sort le grand jeu pour impressionner le jury chargé d'attribuer les J.O 2024. Piste olympique sur la Seine, alors c'est sublime, mais, au-delà de la com., est-ce que vous n'avez pas peur que l'insécurité, qui règne à Paris, nous coûte ces Jeux Olympiques ? CHRISTOPHE CASTANER Non, je crois que la France fait la démonstration, sur les grands événements, de sa capacité à mobiliser les forces de sécurité. Il y a deux jours c'était la Fête de la musique, 48.000 policiers, gendarmes et militaires, étaient mobilisés pour la sécurité des Français, c'est aussi ça que nous devons faire passer comme message au Comité olympique. Et puis, les Etats-Unis ne sont pas non plus garants de toute sécurité, je crois qu'il nous faut, là-dessus, tenir un engagement fort. Et puis on a un peu de temps devant nous, on a aussi le temps de lutter contre toute forme de radicalisation, contre tout risque de terrorisme, même si j'ai, hélas, la responsabilité de dire que le risque zéro n'existe pas aujourd'hui, et n'existera pas plus en 2024. AUDREY CRESPO-MARA Alors, parlons de vous. Vous avez été reconduit dans vos fonctions, on ne vous a pas demandé si vous deviez démissionner pour protéger le président, à vous ? CHRISTOPHE CASTANER A priori non, la question ne s'est pas posée. AUDREY CRESPO-MARA Est-ce que vous étiez inquiet, est-ce que vous avez toujours fait attention au travail que faisaient vos assistants parlementaires ? CHRISTOPHE CASTANER Oui, enfin dans mon cas je ne me suis jamais senti dans cette obligation-là, j'avais des assistants parlementaires en province, dans ma circonscription, un assistant parlementaire à Paris, et je sais les avoir suffisamment encouragé à bien travailler pour ne pas être inquiet. AUDREY CRESPO-MARA C'est plus simple de les avoir près de soi que de les faire payer par le Parlement européen, par exemple, tout en les ayant près de soi ? CHRISTOPHE CASTANER Par exemple, mais il n'y a pas ce phénomène-là pour un député de l'Assemblée nationale, il connaît ses collaborateurs. Soit il choisit, ça a été le cas, des collaborateurs familiaux, certains ont travaillé, d'autres non, et c'est aussi ce qui nous amène aujourd'hui à cette espèce de mise en cause collective, alors que je peux vous dire que dans 95 % des cas, pour les parlementaires, comme pour presque 100 % de leurs collaborateurs, vous avez des femmes et des hommes extrêmement dévoués. AUDREY CRESPO-MARA Alors, il y a donc un deuxième gouvernement PHILIPPE, cette fois-ci c'est le bon, vous êtes sûr du passé judiciaire de chacun d'entre eux ? CHRISTOPHE CASTANER Si je vous répondais oui, je mets ma main à couper, je prendrai le risque, non pas de vous mentir, mais de me tromper, parce que la nature humaine est ainsi faite, mais je crois que celles et ceux qui sont rentrés au gouvernement savent la responsabilité qu'ils ont. Ils savent aussi le travail des journalistes, et le contrôle que vous allez faire, et c'est sain, c'est bon, et quelque part ça nous oblige. Vous savez, moi il y a longtemps que j'ai lu ROUSSEAU, j'ai su que l'homme était naturellement bon, mais j'ai depuis rencontré de nombreuses exceptions, ça vaut aussi dans le monde politique, mais c'est parce que nous avons une pression, notamment la pression des juges, la pression du contrôle, que nous sommes meilleurs. Ça vaut pour les hommes et les femmes, dans toutes leurs situations, ça vaut aussi pour les politiques. AUDREY CRESPO-MARA Alors, devant porter la loi sur la moralisation de la vie publique, Nicole BELLOUBET a-t-elle une moralité au-dessus de tout soupçon, sûr de sûr ? CHRISTOPHE CASTANER Ecoutez non, moi je n'ai pas fait d'examen personnel, je ne suis pas là pour distribuer des bons ou des mauvais points, mais je ne doute pas que quelqu'un qui a son expérience de professeur de droit, qui était au Conseil Constitutionnel, qui a été élue, peu de temps, à la mairie de Toulouse, sait sa responsabilité. AUDREY CRESPO-MARA Alors, la démission, en tout cas, de François BAYROU arrange tout le monde, au moins on ne vous pose plus de questions sur François BAYROU, est-ce que vous n'avez pas peur qu'on vous pose des questions sur la ministre du Travail, Muriel PENICAUD, et cette affaire Business France ? Je rappelle qu'elle était directrice de l'agence publique lors du déplacement à Las Vegas d'Emmanuel MACRON, pour lequel le Parquet a ouvert une enquête préliminaire pour soupçons de favoritisme. CHRISTOPHE CASTANER Alors, je n'ai aucun état d'âme, aucun état d'âme pour défendre la ministre du Travail parce que je suis juriste, et j'ai regardé le dossier. Que s'est-il passé ? Il y a un marché public confié à une entreprise pour le plus grand show international en matière d'électronique et de numérique, c'est la représentation de la France. Et puis on s'aperçoit que, finalement, pour une soirée il faut des moyens supplémentaires, on fait une sorte d'avenant, on se plante. La directrice le sait, elle convoque immédiatement une mission d'inspection qu'elle confie à un bureau d'études spécialisé, puis elle saisit l'Inspection générale pour contrôler le résultat de la négociation, il paye sur la base d'un accord transactionnel. Et il y a aujourd'hui une enquête sur ce sujet, mais elle, dans tous les cas, a déclenché tous les warnings, comme on dit, et a su protéger Business France, et je ne doute pas que toute enquête qui se fera le confirmera. AUDREY CRESPO-MARA On parlait d'un gouvernement resserré, vous êtes désormais 30 ministres et secrétaires d'Etat, ça fait +7, ça ne devait pas être moins ? CHRISTOPHE CASTANER C'est moins que les gouvernements précédents. AUDREY CRESPO-MARA Pas beaucoup moins. CHRISTOPHE CASTANER Si, un petit peu, mais, vous savez, toute la difficulté c'est que, quand on a installé le premier gouvernement à 22, moi je n'ai pas arrêté de rencontrer des gens qui disaient « ah oui, mais alors il manque tel secrétaire d'Etat, il manque tel secteur, il n'y a pas le tourisme, il n'y a pas… » AUDREY CRESPO-MARA Finalement les précédents n'exagéraient pas ? CHRISTOPHE CASTANER Non, mais au fond il faut un certain nombre de moyens. La nouveauté c'est que vous avez des secrétaires d'Etat qui sont rattachés aux ministres délégués, qui renforcent la puissance du ministre délégué, mais qui ne vont pas, chacun, avoir un petit portefeuille dans leur petit coin et créer des petits murs pour protéger leurs champs d'action. C'est une force collective qui doit être au service de l'action gouvernementale. AUDREY CRESPO-MARA 30, d'où la nouvelle photo du gouvernement, dans le jardin, parce que vous auriez été serrés dans le vestibule quand même ! Photo plus posée, regardez, que la précédente, en revanche on a l'impression que c'est Nicolas HULOT le président. Pourquoi Emmanuel MACRON s'est placé derrière comme ça, un petit coup de fausse modestie ? CHRISTOPHE CASTANER Non, il s'est placé au cœur du pack. Regardez cette photo, on voit qu'il est au milieu, alors il est à la fois protégé par les ministres, donc c'est peut-être effectivement un symbole, mais il y a cette volonté d'être au cœur de l'équipe gouvernementale. Moi je la vis comme ça cette photo. AUDREY CRESPO-MARA On affiche aussi le ministre le plus populaire devant, et puis la parité, on l'affiche, un homme/ une femme, un homme/ une femme, un homme/ une femme. Vous voulez aussi donner un côté écolo en posant devant les arbres plutôt que devant l'Elysée ? CHRISTOPHE CASTANER J'avoue ne pas avoir piloté la photo, moi je trouve qu'elle est jolie, c'est déjà pas mal, et puis j'étais jaloux parce que vous parlez du ministre le plus populaire, je me demandais qui ça pouvait être au premier rang. AUDREY CRESPO-MARA Alors vous, vous êtes impeccable, en costume trois pièces sous 40 degrés quand même, ça c'est fort ! CHRISTOPHE CASTANER Oui, mais l'été le trois pièces ça va sans problème. AUDREY CRESPO-MARA Ah bon ? Il fait quand même très chaud. Un quart du gouvernement qui part, donc deux ministres régaliens, c'est au bas mot un demi-échec ? CHRISTOPHE CASTANER C'est une difficulté, je ne vais pas la nier, je ne vais pas vous dire que tout ça était prévu, etc., mais je pense qu'on a des ministres qui ont choisi de reprendre leur liberté de parole, ils étaient dans une tourmente. C'est un vrai problème de savoir quelle attitude on doit avoir. La règle a été fixée par le Premier ministre, une mise en examen vaut départ, là on anticipe une mise en examen qui a toutes les chances de ne pas avoir lieu, et pourtant on le fait, parce que la tourmente médiatique dans laquelle nous sommes nous, les femmes et les hommes politiques, elle est des fois très positive, on vous adore, mais elle est des fois très dure. AUDREY CRESPO-MARA Je ne sais pas si vous nous adorez, mais… CHRISTOPHE CASTANER Non, on vous adore, je parle des politiques vis-à-vis de la presse, mais quelquefois c'est effectivement une situation qui est plus tendue, qui est plus difficile, et qui est humainement très dure à vivre. Ça a été le cas pour Richard FERRAND ces dernières semaines, je sais que Sylvie GOULARD avait cette inquiétude personnelle dans le mouvement qu'on peut connaître, et donc elle a souhaité de protéger, avoir tout le temps de se défendre, moi je lui rends hommage. AUDREY CRESPO-MARA Vous parlez de Richard FERRAND trop soupçonné pour être ministre, mais pas assez pour ne pas être chef du groupe la République En Marche à l'Assemblée, comment vous argumentez ça ? CHRISTOPHE CASTANER C'est ce que je suis en train de vous dire, c'est toute la difficulté. C'est que, une mise en cause, qui n'est pas une mise en examen, qui pourrait aboutir dans quelques jours à un non-lieu, le journal l'Opinion hier faisait la liste de tous les politiques qui ont été cloués au pilori à un moment donné… AUDREY CRESPO-MARA Oui, mais si on estime que l'homme est soupçonné… CHRISTOPHE CASTANER Mais on n'a rien estimé. AUDREY CRESPO-MARA Est suffisamment soupçonné pour ne plus être ministre, mais pour ne plus non plus être président de groupe. CHRISTOPHE CASTANER Attention, on n'a rien estimé, personne n'a demandé à Richard FERRAND de quitter le gouvernement, par contre on a cherché celui qui pouvait être le meilleur pour présider le groupe, dans cette particularité d'un groupe, puissant, avec des députés qui ne se connaissent pas, et il y a peu d'hommes qui font partie, qui sont l'ADN de la République En Marche, Richard FERRAND en fait partie. Et son choix a été courageux, parce qu'il y a un certain confort, peut-être, à être ministre, il y aura moins de confort à être président du groupe, et c'est un choix personnel, courageux, et nous l'avons soutenu parce que nous savons que c'est le meilleur pour prendre la présidence du groupe. AUDREY CRESPO-MARA L'ébranlement du gouvernement en tout cas, comme un château de cartes, ça a aussi pu donner l'impression que le Jupitérien président MACRON était plus fragile qu'il n'y paraissait. CHRISTOPHE CASTANER Vous savez, moi je trouve dommage qu'on ait parlé plus du changement gouvernemental de cette semaine, même si j'en suis membre… AUDREY CRESPO-MARA Parce que c'est inédit. CHRISTOPHE CASTANER Et qu'on ait déjà oublié les élections de dimanche dernier, c'était il n'y a pas longtemps, c'était il y a 5 jours, qui ont apporté une formidable majorité à ce président Jupitérien dont vous parlez. AUDREY CRESPO-MARA Oui, mais il s'est passé des choses depuis. CHRISTOPHE CASTANER Oui, mais n'oublions pas l'essentiel. L'essentiel c'est que pendant 5 ans vous avez une majorité forte, vous avez un pack, vous avez aujourd'hui un gouvernement constitué, avec une vraie sérénité, il est renforcé, il est rajeuni, il est féminisé, et je pense que tout cela va dans le bon sens. AUDREY CRESPO-MARA Le choix de deux ministres issus du MoDem s'est fait avec François BAYROU ? CHRISTOPHE CASTANER Je ne sais pas. AUDREY CRESPO-MARA Vraiment ? CHRISTOPHE CASTANER Oui, vraiment. Vous savez, la discussion ministérielle elle se fait entre le Premier ministre et le président de la République, le porte-parole du gouvernement on lui donne les éléments d'information après, et je n'ai pas posé cette question, je le regrette. AUDREY CRESPO-MARA Vous la poserez, je vous reposerai cette question. CHRISTOPHE CASTANER Promis. AUDREY CRESPO-MARA Vu la durée de son discours de passation de pouvoir, à François BAYROU, manifestement il a du ma à quitter son poste, ceci étant il a dit « pour les mois qui viennent je vais retrouver ma ville de Pau. » « Pour les mois qui viennent », est-ce que François BAYROU va revenir au gouvernement ? CHRISTOPHE CASTANER Moi je sais qu'il a une place dans la vie politique française… AUDREY CRESPO-MARA Mais au gouvernement ? CHRISTOPHE CASTANER Et qui si effectivement il est libéré de cette pression du moment, il a toute sa place dans la vie politique française, il peut l'avoir dans le gouvernement. AUDREY CRESPO-MARA Il peut l'avoir dans le gouvernement, à nouveau ? CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr, et là encore je ne constitue pas le gouvernement de dans 2 ans. AUDREY CRESPO-MARA C'est-à-dire que s'il n'est pas mis en examen, une fois l'enquête terminée, il est envisageable qu'il revienne au gouvernement ? CHRISTOPHE CASTANER Mais, moi j'espère qu'on peut ne pas avoir besoin d'être réhabilité quand on n'a rien à vous reprocher. Ce serait assez naturel qu'on considère que si, après la tourmente médiatique dans laquelle il est aujourd'hui, il est établi qu'il n'a rien à se reprocher, qu'on ne pose même pas la question, et que s'il est mesure de rentrer au gouvernement, de devenir président d'une institution, de siéger au Conseil constitutionnel, je ne vais pas vous faire la liste de tous les possibles, il a toute sa place. C'est un homme politique qui a marqué notre histoire politique, ma génération, et qui, encore aujourd'hui, peut poursuivre son action. AUDREY CRESPO-MARA C'est parce qu'il estime que le gouvernement, qu'il a envie en tout cas, que le gouvernement lui tienne une place au chaud le temps de l'enquête, qu'il a eu autant de mots doux à l'égard d'Emmanuel MACRON ? CHRISTOPHE CASTANER Peut-être qu'il a des sentiments personnels qui l'ont amené à le dire, soyons un peu positifs. Tout à l'heure j'étais inquiet sur la nature humaine, là j'ai envie d'être plus positif. AUDREY CRESPO-MARA On parlait de Richard FERRAND tout à l'heure, et vous savez que l'immunité parlementaire entretient tous les soupçons, on se dit est-ce qu'ils ne deviennent pas députés pour être protégés justement. Louis ALIOT refuse de répondre à la police, faut-il supprimer ce principe d'immunité parlementaire ? CHRISTOPHE CASTANER Moi, si les députés le souhaitent, j'y suis favorable, mais c'est les députés qui dans la loi… Alors, je vais être plus précis. S'ils veulent, par amendement, dans la loi que nous avons déjà présentée en Conseil des ministres, et que nous ne pouvons pas changer avant qu'elle soit déposée sur la table des députés et des sénateurs, si les parlementaires veulent changer cela, le gouvernement ne s'y opposera pas. Je voudrais quand même faire une précision parce que… AUDREY CRESPO-MARA Mais, les parlementaires, qui sont les premiers concernés, on peut imaginer qu'ils n'aient pas envie de supprimer leur immunité. Est-ce que le gouvernement n'envisage pas lui-même de supprimer cette immunité ? CHRISTOPHE CASTANER De toute façon, si on l'envisageait, il faudrait qu'ils la votent, donc, dans les deux cas, s'ils ne la veulent pas, de toute façon ils ne l'auront pas. Mais, moi j'ai envie d'être optimiste. Richard FERRAND lui-même a dit que, de toute façon, s'il était convoqué, à n'importe quel moment, il n'opposerait pas l'immunité parlementaire. Et enfin sachez que l'immunité parlementaire c'est une protection toute relative. Il suffit que le Bureau de l'Assemblée nationale dise « Monsieur CASTANER, qui était député, est convoqué, il doit se rendre devant le juge, oui, il s'y rend, point. Passons à autre chose. » Donc, de toute façon, ce n'est pas une surprotection, il ne faut pas croire que les parlementaires échappent à la justice, il suffit juste que le Bureau de l'Assemblée nationale dise « Monsieur untel, qui est député, est convoqué, il s'y rend. » AUDREY CRESPO-MARA Donc, très concrètement, le Bureau pourrait obliger Louis ALIOT à se rendre devant la police ? CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr, et je ne doute pas qu'il le fera. AUDREY CRESPO-MARA Que le Bureau le fera ? CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr. Il n'y a aucune raison de protéger un député ou un sénateur pour des fautes qui relèvent du pénal et qui n'ont rien à voir. Pourquoi l'immunité existe, c'est pour protéger le politique, le législatif, du pouvoir exécutif, là ça n'a strictement rien à voir. Ils ont commis des fautes, s'ils sont convoqués, je ne dis pas pour Louis ALIOT, je dis en général, ils doivent se rendre aux convocations. La vraie différence, vous avez raison, c'est que le Front national s'est servi, soit de la campagne électorale, soit du statut de député européen, pour Marine LE PEN, pour refuser les convocations devant la justice et devant la police, ceux qui se prétendent les tenants de l'ordre montrent qu'ils sont pour l'ordre, mais pour les autres. AUDREY CRESPO-MARA Tous les matins je pose une question récurrente, la question off, mais devant les caméras. C'est off, entre nous. Vous avez fait un petit lapsus après le dernier Conseil des ministres, en déclarant en pleine affaire BAYROU, le Premier ministre met en oeuvre la polémique au lieu de met en oeuvre la politique. Le lapsus, c'est votre pire cauchemar en tant que porte-parole ? CHRISTOPHE CASTANER C'est-à-dire que le problème c'est que j'en ai fait un à chacun des comptes-rendus du Conseil des ministres depuis le début, donc là j'ai proposé, avant-hier, de le faire tout de suite, comme ça j'étais libéré, et je crois que j'ai réussi à passer l'heure de compte-rendu sans en faire. Oui, vous avez raison. Si on s'en aperçoit ça va, mais il est quand même repris le lendemain matin dans plein d'émissions un peu satyriques, voilà. Ça fait partie du jeu, mais c'est vrai que, manifestement, je suis un peu abonné, il faut que je fasse attention. AUDREY CRESPO-MARA C'est quoi, c'est la fatigue ? CHRISTOPHE CASTANER Je crois que c'est la fatigue, oui. AUDREY CRESPO-MARA Merci beaucoup Christophe CASTANER. CHRISTOPHE CASTANER Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/531.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/531.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ec8d1a5efa9c482bbcb623ed1c035a3997c8377b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/531.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président de la République, Cher Alassane Ouattara, Cher Abdou Diouf, Madame la Directrice générale, Chère Irina Bokova, Madame la Secrétaire générale de la Francophonie, Chère Michaëlle Jean, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Membres du jury, Mesdames et Messieurs, Chers Amis, Je suis vraiment très heureux d'être parmi vous aujourd'hui, dans cette institution où la communauté internationale se retrouve pour œuvrer au dialogue des cultures, dialogue nécessaire à la construction de la paix dans l'esprit des hommes et des femmes du monde. Toutes celles et ceux qui ont pris la parole et que je salue l'ont rappelé avec éloquence : l'exigence de paix qui anime les Nations unies depuis leur création nécessite une action résolue dans le domaine culturel, scientifique et éducatif, ce domaine de l'esprit qui fonde notre humanité. L'universalité qui nous rassemble est concrète. Le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix et ceux qu'il distingue en témoignent. Cette distinction humaniste majeure, soutenue par des résolutions de l'assemblée générale des Nations unies, de l'Union africaine et du sommet Afrique-France, nous rappelle à nos responsabilités. À travers elle, nous réaffirmons collectivement, et je le fais aujourd'hui au nom du gouvernement de la République française, notre attachement indéfectible à la paix, au dialogue des civilisations et des cultures. Ce Prix prestigieux, qui porte le nom du premier président de la Côte d'Ivoire Felix Houphouët-Boigny, Sage du continent africain et militant inlassable de la paix, je n'oublie pas que son dernier lauréat fut le président de la République française François Hollande. C'était en juin 2013 quelques mois après le déclenchement de l'opération Serval au Mali, contre les groupes armés terroristes qui menaçaient directement l'intégrité de ce pays en semant la désolation, l'asservissement et la mort sur leur passage. Je mentionne cet exemple, non par un quelconque esprit de clocher, mais parce qu'il nous rappelle que la recherche de la paix, loin d'être un signe de faiblesse, est toujours une affaire de courage, moral mais aussi physique, de force d'âme et de volonté au nom d'une cause universelle. C'est un engagement de cette nature que nous distinguons aujourd'hui chez les lauréats du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. La crise migratoire à laquelle l'ensemble des pays riverains de la Méditerranée et l'Europe tout entière font face est un défi historique par son ampleur. Il s'agit du plus important déplacement de population depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En se battant pour sauver la vie des réfugiés et des migrants, en s'engageant pour les recueillir dans la dignité, les lauréats du Prix ont fait leur un idéal de la fraternité humaine que je veux saluer aujourd'hui. Chère Giuseppina Nicolini, Mesdames et Messieurs les Membres de l'association SOS Méditerranée, Je tiens à vous adresser au nom du gouvernement français et en mon nom propre, toute la reconnaissance que vous méritez pour votre action courageuse. Comme ministre de l'Europe et des affaires étrangères de la France, je veux aussi dire que face à ce drame, face aux centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, qui risquent leur vie en tentant de rejoindre l'Europe, la réponse doit être politique ; la réponse doit être collective et la réponse doit être aussi européenne. Face à cette situation, l'Union européenne est mise au défi de la cohérence et de l'efficacité ; sur le plan humanitaire comme sur le plan de la sécurité, il ne peut y avoir que des réponses communes à ce défi de long terme. Le président Emmanuel Macron s'est récemment exprimé à ce propos lors du conseil européen. Nous devons accélérer le traitement des demandes d'asile, accroître les moyens dévolus à la gestion de nos frontières, faire preuve de solidarité lorsque l'un des pays de l'Union européenne voit arriver un afflux massif de réfugiés, et toujours agir dans le respect de l'humanité et de la dignité des personnes qui frappent à notre porte. Il nous faut aussi travailler à la stabilisation à long terme des régions d'où partent ceux qui font le choix douloureux de l'exil. Cela passe notamment par une politique européenne de développement qui soit ambitieuse. Je veux le dire sans détour, cette tragédie a aussi des responsables, et d'abord les organisations mafieuses de passeurs et autres trafiquants de détresse humaine. Lutter contre eux, c'est le sens de notre action internationale et européenne, notamment avec la mission de l'Union européenne Sophia. Notre action doit être résolue pour entraver ceux qui font commerce du malheur des réfugiés et des migrants, en violation du droit et de la morale. Théâtre d'une tragédie humaine depuis de trop nombreuses années, la Méditerranée est le berceau de la civilisation européenne comme elle est, depuis des siècles, le passage par lequel notre culture s'est enrichi de multiples apports. Je suis donc profondément sensible à l'appel du jury, de son président et de ses parrains, que je veux saluer, pour que la Méditerranée redevienne un lieu où priment la solidarité et le dialogue interculturel, ces exigences qu'incarnent les missions et les grandes conventions de l'UNESCO. Le monde nous regarde et nous attend. Il compte sur notre organisation. Elle doit poursuivre son action sur tous les fronts où elle est souvent à l'avant-garde des efforts de la communauté internationale : celui de l'éducation, celui de la culture, celui de la défense de la liberté d'expression et de la presse, de la promotion des sciences et des questions environnementales, la lutte contre la radicalisation et l'extrémisme, toutes les dimensions qui concourent à la paix et sans lesquelles, nous le savons bien, la paix est toujours précaire. Nous vivons dans un temps d'incertitudes et d'aggravation des tensions internationales. Nous vivons aussi à l'âge de nouvelles menaces mondialisées susceptibles d'affecter à la fois notre vie sociale, politique, économique et intellectuelle. Face à ces défis de nature globale, la culture, le savoir, la liberté de communication, sont tout sauf accessoires. Je pense notamment à la menace que représente le terrorisme djihadiste. Le terrorisme cherche à déstabiliser les États, à diviser les populations et à opposer les peuples entre eux. Aussi, la réponse ne peut-elle être uniquement militaire. Le combat contre le djihadisme, nous devons le mener également sur le plan culturel, sur le plan du savoir et de l'accès à la connaissance pour empêcher la radicalisation de ceux - je pense tout particulièrement à la jeunesse de nos pays - qui pourraient basculer dans cette idéologie mortifère et destructrice qui nie l'égale dignité des êtres humains. Dans cette situation, l'histoire et la culture, comme la liberté de penser et de croire, sont prises pour cibles : nous avons tous en mémoire la destruction des Bouddhas de Bâmîyan, la menace sur les manuscrits de Tombouctou, les ruines de Palmyre ou, il y a quelques jours, celles de la Mosquée Al-Nouri de Mossoul. La culture et l'instruction sont des cibles, oui, mais elles sont aussi une ressource, un facteur de cohésion et de résistance, de discernement et de tolérance des individus et des peuples. Ce combat idéologique et culturel, nous devons le livrer ensemble, en allant plus loin, au plus près des besoins et des attentes sur le terrain, conscient que l'extrémisme se nourrit de la pauvreté, et parfois, de l'absence de perspectives au sein de sociétés en pleine expansion démographique. C'est la force de l'UNESCO et de ses réseaux de pouvoir agir à ce niveau. Cet engagement est également indispensable face aux autres défis qui interpellent la communauté internationale dans son ensemble, je pense notamment au changement climatique. Face à la montée des extrémismes violents et des fanatismes, la vocation de l'UNESCO est d'être aux avant-postes de cet engagement. En s'inscrivant dans la durée, en s'adressant notamment à la jeunesse du monde à travers ses différents programmes éducatifs et scientifiques, notre organisation démontre chaque jour sa nécessité. Nous avons dans l'immédiat d'importantes échéances à tenir. Ils portent sur nos grands domaines d'action et rejoignent les objectifs que nous nous sommes fixés dans le cadre de l'agenda 2030 pour le développement durable, en particulier le cadre d'action éducation, des Accords de Paris, et de la protection des patrimoines en danger comme de la promotion de la diversité des expressions culturelles. L'Afrique, le Moyen-Orient, l'Europe, la Méditerranée, la France, ensemble nos destins sont intimement liés, et c'est ce qui symbolise aujourd'hui notre rencontre. Je tiens enfin à saluer l'action de la directrice générale de notre organisation, Madame Irina Bokova. Elle passe le flambeau à la fin de l'année, après huit ans à la tête de l'UNESCO. La détermination de chaque instant dont elle a fait preuve à son poste est connue de tous. Partout, notre grande maison est aujourd'hui présente, mobilisée et recentrée, affirmant avec détermination la modernité de son mandat et la pertinence de ses missions, au cœur d'une actualité souvent brûlante. En m'adressant à vous, Madame, je veux exprimer ma confiance en l'avenir et la pérennité du travail engagé ces dernières années. La France continuera à peser de tout son poids, décidée à ce que l'UNESCO exerce la plénitude de ses compétences, déterminée à en conforter la place politique au sein des Nations unies. C'est la raison pour laquelle d'ailleurs, la France a décidé de présenter une candidate à la direction générale de notre organisation. Cette exigence, cette détermination de la France à renforcer son engagement au sein de l'UNESCO, je suis venu les partager et les réaffirmer devant vous. Lors de la conférence constitutive de novembre 1945, Léon Blum disait de l'UNESCO qu'elle serait la « conscience des Nations unies ». Fidèle à son histoire, à sa vocation et à ses aspirations, la France se reconnaît dans cette vision universaliste. C'est la vision ambitieuse que nous portons pour l'UNESCO. C'est dans cet esprit que la France envisage la prochaine conférence générale de l'organisation, résolue à travailler en étroite coordination avec les États membres, le secrétariat et vous tous. Alors Mesdames et Messieurs, pour la Paix, pour l'UNESCO, pour l'Afrique, pour le Moyen-Orient, pour l'Europe, la Méditerranée et pour la France, je vous remercie de votre présence, de votre soutien et de votre engagement. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/532.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/532.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b2647b83ca36c16a615667607078d59e0043a6c8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/532.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je suis ravie d'être parmi vous, au "54" comme on a coutume d'appeler le siège de l'EHESS et de la F.M.S.H., lieu que nous ré-inaugurons aujourd'hui après six années de travaux. Les deux grandes et belles institutions que sont la F.M.S.H. et l'E.H.E.S.S. sont aujourd'hui mises à l'honneur à travers la beauté du lieu dans lequel nous nous trouvons. Je tiens à féliciter très sincèrement Monsieur Duclaux et ses équipes pour avoir su, dans cette œuvre architecturale, allier les normes de sécurité et l'identité artistique de cet ensemble caractéristique des années 70. Mais au-delà des murs, il y a deux grandes et belles institutions, deux points de repère pour les sciences humaines et sociales issues de la vision qui présida à leur naissance, une vision qui porte un nom, celui de Fernand Braudel. Et c'est, sous le regard bienveillant de cet apôtre du temps long que je souhaite vous dire combien je suis fière du profond renouvellement que vous portez par l'excellence de votre recherche et par votre exigence au sein des sciences humaines et sociales... vous dire aussi combien, je le sais, le Président de la République aurait souhaité partager ce moment avec nous afin d'exprimer, lui aussi, son profond attachement à ces sciences qui ont tant fait et qui font tant pour notre société et pour le rayonnement de notre pays. Vous le savez ce retour au 54 n'est cependant pas la fin de l'histoire ou un retour à une forme de normalité tranquille. Car vous n'êtes pas de ceux qui vous reposez sur des acquis, aussi prestigieux soient-ils. Vous êtes de ceux qui sont sans cesse en mouvement. Et l'inscription de vos magnifiques établissements au sein du Campus Condorcet en est une démonstration supplémentaire. Toujours vos communautés avancent et s'ouvrent... franchissent des caps mais s'empressent d'en fixer de nouveaux... inaugurent le 54 tout en s'inscrivant, pleinement, dans cette Cité des humanités et des sciences sociales pour laquelle, vous le savez, vous avez et aurez mon entier soutien. Toutefois, et aussi importants que soient les lieux, l'esprit qui les habite est l'essentiel. Cet esprit, celui des sciences humaines et sociales, c'est celui du mouvement, des disciplines qui s'enrichissent, proposent de nouvelles méthodologies, dégagent de nouvelles données et lancent de nouvelles alertes, au combien essentielles. La recherche que vous portez dans vos établissements est le signe de la vitalité retrouvée des S.H.S. en tant que sciences qui se distinguent par leur capacité à transformer la société en assimilant les contrastes, en abordant la contradiction apparente comme une complémentarité possible, en questionnant sans relâche. Votre aptitude à vous renouveler sans cesse, sans perdre de vue la force des approches éprouvées, à faire dialoguer les approches les plus contrastées et à interagir avec les autres sciences fait des sciences humaines et sociales le domaine de recherche le plus à même de relever les défis majeurs du monde contemporain et d'analyser cette inépuisable richesse qu'est la réalité humaine. Pour cette raison, il est important que la diversité des approches soit respectée et puisse pleinement s'exprimer. Mais, je le dis tout aussi clairement, le respect de la diversité n'exclut pas la liberté pour chacun de faire des choix, dès lors qu'ils sont construits et ne sont pas unilatéraux. Je m'attacherai à l'une et à l'autre de ces exigences et je le ferai dans la durée, car c'est le bon horizon pour mesurer justement les situations et faire la part des choses. Même si cette inauguration n'est qu'un point d'étape et que j'aurais le plaisir de vous retrouver dans quelques mois pour réaliser le même exercice à peine plus au nord de Nice, je souhaite d'ores et déjà profiter de ce moment pour vous délivrer quelques messages. Le premier est de vous dire que nous sommes collectivement conscients et fiers du fait que l'E.H.E.S.S. et la F.M.S.H. aient su porter au plus haut une exigence intellectuelle et sociale qui s'est nourrie d'une grande et belle histoire, une histoire qui a commencé à l'E.P.H.E., que je veux saluer en la présence de son Président Hubert BOST, et qui s'est poursuivie ici, en ces lieux. Car le 54 est le berceau des plus grandes théories élaborées en France dans le domaine des SHS, de Fernand Braudel à Pierre Bourdieu, de Claude Lévi-Strauss à Jacques Derrida. Et au-delà des productions intellectuelles elles-mêmes, c'est l'inventivité et l'esprit critique dont elles sont issues qui ont imprégné ces murs et qui en fait toute l'épaisseur. Mais il ne suffit jamais de contempler sa grandeur passée pour y puiser l'assurance de son identité. L'univers des idées et l'histoire de leur construction doivent être des sources auxquelles on s'abreuve, pour mieux se renouveler. Et cela, l'E.H.E.S.S. et la F.M.S.H. l'ont parfaitement compris. Des personnalités telles que Thomas Piketty, Jean Tirole, Françoise Héritier ou Dominique Schnapper (que je salue), directeurs d'études, anciens doctorants ou membres de l'E.H.E.S.S., nous rappellent que la filiation intellectuelle est toujours vivace et sait rayonner bien-au-delà de nos frontières. Car rayonner au-delà de ses seules frontières est évidemment essentiel. Vos succès individuels et collectifs aux programmes d'excellence des investissements d'avenir y ont contribué et vous avez su tirer parti de la construction de grands établissements de recherche intensive dont vous faites partie intégrante pour gagner encore en visibilité sur la scène internationale, sans y perdre pour autant vos atouts et votre singularité. Sachez que je vous aiderai à poursuivre dans cette voie et je suis convaincue que le Campus Condorcet est une formidable chance pour valoriser les établissements phares des S.H.S., qui justifient cet investissement public majeur de l'Etat dans le domaine des S.H.S. Le deuxième message que je voulais délivrer aujourd'hui est qu'il est vital de redonner aux S.H.S. toute leur place et de libérer leur formidable potentiel d'attractivité au-delà de nos frontières, car elles ont le pouvoir, scientifique et pratique, de déchiffrer et transformer nos sociétés. Chacun le sait, la force critique des sciences humaines et sociales est à la fois reconnue et respectée même si parfois elle contribue à révéler une réalité que certains préfèreraient feindre d'ignorer. Cette capacité à reprendre à leurs racines les phénomènes sociaux, à les redécouvrir et à les nommer, à faire ce pas de côté qui transforme les perspectives fait toute la force de ces disciplines. Je souhaite vraiment que nous sachions replacer vos recherches au centre de notre vision du monde, car nous avons besoin de recul, nous avons besoin de renouveler notre vision des faits sociaux ou humains qui interrogent notre société dans ses fondements, ébranlent ses certitudes ou ses conventions et sont générateurs de peurs et de tensions, elles-mêmes ferments de violences ou de fractures sociales. C'est aux S.H.S. qu'il incombe, à rebours de cette culture de l'immédiateté qui produit des réponses relevant parfois plus de l'impulsion que de la décision éclairée, de prendre de la distance par rapports aux faits et de distinguer connaissances, informations, opinions et croyances. Cet effort de discernement est particulièrement nécessaire pour la compréhension du phénomène de radicalisation trop souvent réduit à une problématique sécuritaire. Ce que la psychologie cognitive, la linguistique, la sociologie du numérique, l'anthropologie et l'histoire ont à nous dire du djihadisme n'est pas moins fondamental pour s'en prémunir que nos stratégies de défense ou de renseignement. De la même manière, les bouleversements climatiques et leurs conséquences sur l'humanité entière, sur les mouvements de population et sur le rapport de l'homme à la biodiversité et à l'économie représentent des enjeux qui ne peuvent être appréhendés uniquement sous l'angle biologique, physique ou climatologique. Là encore, les SHS ont des réponses à apporter comme des sciences à part entière et non pas comme des sciences ancillaires. Pour y parvenir, la transdisciplinarité et le travail collaboratif sont essentiels, car le caractère protéiforme de ces problématiques exige de la recherche une démarche holistique. Le meilleur de chaque discipline doit être mobilisé pour questionner ces défis et en proposer une vision scientifique complète. Comme le disait Paul Valéry, il n'y a pas de vérité sans contrastes, et c'est du dialogue entre ces savoirs si divers dans leurs méthodologies et dans leur objet que naitra la compréhension de ces faits sociaux. Vos établissements sont engagés dans cette dynamique de dialogue équilibré avec les autres disciplines qu'elles peuvent maintenant côtoyer plus aisément et plus que jamais ce mouvement doit être soutenu... pour se saisir des défis que le présent et le futur nous lancent. Ce dialogue entre les sciences, je sais, cher Michel Wieviorka, cher Pierre-Cyrille Hautcoeur, combien elle vous est précieuse. Votre rapport sur les S.H.S. françaises à l'échelle de l'Europe et du Monde, cher Michel, en témoigne. Vous y insistez sur la nécessité d'encourager une autre traversée des frontières, une autre forme d'ouverture d'esprit, celle qui naît de la mobilité des hommes et des idées qui doit être sans cesse encouragée. Cette transdisciplinarité, cher Pierre-Cyrille, vous la défendez tout aussi ardemment à travers une formation et une recherche que vous souhaitez toujours plus ouverte, internationale, innovante, inclusive des autres disciplines. Et je sais combien l'E.H.E.S.S. et la F.M.S.H. s'attachent à favoriser le renouvellement des connaissances par la confrontation des savoirs et la libre circulation des idées au travers de séminaires de recherche, de plateformes scientifiques partagées et de programmes de mobilité. Là encore vous pouvez compter sur tout mon soutien. Cette ouverture sur le monde, si elle favorise le renouvellement des savoirs, conduit également à un renouvellement des pratiques. Et ce sera mon dernier message. La dynamique interne de transformation permanente et d'enrichissement des pratiques fait que vous portez en ce lieu d'excellence doit faire de vous les moteurs des S.H.S. comme vecteurs de transformation et, en même temps, d'équilibre de nos sociétés. La révolution numérique constitue à cet égard une force de renouvellement sans précédent pour vos disciplines. Elle leur permet tout d'abord de gagner en visibilité, condition essentielle du dialogue interdisciplinaire équilibré sur lequel repose, comme je l'ai évoqué, la résolution des grands défis sociétaux. La présence et l'accessibilité des publications dans le monde numérique est un enjeu majeur de la diffusion de la recherche française à l'étranger. C'est pourquoi le ministère apportera tout son soutien au projet OPERAS, dont la base française est l'Equipex Open Edition placé sous la tutelle de l'E.H.E.S.S. En plus de favoriser le compagnonnage des disciplines et la perméabilité des frontières entre les savoirs, la révolution numérique conduit également à un enrichissement des pratiques en SHS. Les humanités numériques sont le fruit de la révolution épistémologique que les technologies de l'information ont entraîné dans leur sillage. Avec l'irruption des grandes bases de données, la distinction entre les sciences du récit et les sciences du modèle tend à s'estomper, conduisant à un renouvellement des pratiques qui ne renie rien de la pertinence des précédentes. Là encore, il convient de le redire, votre grande force réside dans votre aptitude dialectique, votre capacité à cultiver la complémentarité et à envisager les oppositions apparentes comme une richesse. J'y insiste, car ici ou là s'expriment parfois des craintes. Je ne méconnais pas les tensions épistémologiques et philosophiques qui peuvent habiter les différences d'approche et parfois d'école. Mais ma conviction profonde, c'est que l'analyse critique n'a jamais été l'ennemie des données ou de la quantification nombreux sont les travaux de Bourdieu qui sont là pour le rappeler et que le souci de la factualité peut nourrir la déconstruction d'une idéologie. Les "Big Data" favorisent ainsi une approche différente de la réalité humaine en permettant un accès inédit à des données foisonnantes. La Très Grande Infrastructure de Recherche PROGEDO en est un parfait exemple. Portée par l'E.H.E.S.S. et le C.N.R.S., hébergée par la F.M.S.H., elle ouvre l'accès à de nouvelles données dans les communautés de recherche et permet à la France de participer à la production de grandes enquêtes pluridisciplinaires sur le vieillissement, les relations au sein du noyau familial, ou l'évolution des opinions. Pour conclure, je tiens à vous dire à quel point je suis convaincue que si les S.H.S. françaises sont les héritières et les gardiennes d'un héritage qui nous est précieux à tous, elles sont aujourd'hui tout aussi résolument tournées vers l'avenir... un avenir qui autorise la recherche en liberté, qui articule les résultats de cette recherche et les attentes sociétales, un avenir qui encourage le dialogue entre disciplines et au-delà des frontières et, enfin, un avenir qui multiplie les approches méthodologiques afin de résoudre la complexité du monde contemporain. Je suis certaine que dans cet avenir que nous avons à penser et à construire ensemble l'E.H.E.S.S. et la F.M.S.H. continueront à associer la sérénité, l'élan et l'audace dont elles ont toujours su faire preuve. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/533.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/533.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b3f347d69fe52785d60ccda6ad620cd36cb04d3e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/533.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le préfet de région, Monsieur le préfet, directeur général de la police nationale, Mesdames et messieurs les directeurs et chefs de service de la police nationale, Madame le procureur général, Mesdames et messieurs les parlementaires, Monsieur le Maire de Saint-Cyr au Mont d'Or, cher Marc GRIVEL Mesdames et Messieurs les Maires, Mesdames et messieurs les élus, Mesdames et messieurs, Mesdames et messieurs les commissaires de police, Mesdames et messieurs les officiers de police, C'est un honneur d'être parmi vous ce matin pour présider cette cérémonie de sortie de promotion de l'École Nationale Supérieure de Police. Pendant de nombreuses années, j'ai assisté à cet événement en tant que Maire de Lyon, en tant qu'élu local, et j'en appréciais toujours la solennité. Être ici aujourd'hui comme Ministre de l'Intérieur est donc porteur pour moi, vous le comprendrez, d'une émotion toute particulière. Cette émotion, je veux la partager avec vous, jeunes commissaires, jeunes officiers, ainsi qu'avec l'ensemble de vos familles. Je sais quelle est l'importance de cette cérémonie dans votre parcours. Elle marque l'aboutissement de longues et intenses années de travail. Elle concrétise aussi un cheminement personnel, intime, car on ne choisit jamais de devenir policier par hasard. En cette matinée, je veux vous assurer que vous pouvez être fiers de votre choix. Car il n'est rien de plus noble, rien de plus beau que de protéger et de défendre ses compatriotes. Il n'est rien de plus noble que de servir l'État. Je veux d'abord m'adresser à vous, officiers de police de la 21ème promotion, Vous avez choisi comme éponyme « Benoît VAUTRIN », du nom d'un de vos collègues aveyronnais fauché volontairement en avril 2015, alors qu'il réalisait un contrôle de vitesse. Ce choix constitue bien sûr un hommage à ce policier d'exception, dont chacun s'accordait à saluer les qualités professionnelles comme la profonde humanité. Il est aussi l'expression de la pleine conscience que vous avez des risques liés à votre métier. Car on ne le répète jamais assez, être policier c'est accepter de mettre en jeu sa vie pour pouvoir sauver celle des autres. Être policier, c'est savoir que l'on n'est jamais à l'abri du danger. C'est pourquoi un des premiers devoirs du Ministre de l'Intérieur, est d'abord de tout mettre en oeuvre pour mieux assurer votre sécurité. Croyez-bien que je m'y emploierai avec détermination. Car la République vous doit cela. Elle vous doit une protection à la hauteur du dévouement dont vous faites preuve. Je veux également m'adresser aux Commissaires de la 67ème promotion, Vous avez, Mesdames et Messieurs, fait le beau choix de prendre pour nom de baptême « Liberté ». En choisissant la première valeur de tryptique républicain, vous avez voulu marquer votre attachement aux idéaux qui sont ceux de la République Française. Car ce nom de baptême est très fort. Il montre que, vous les policiers, êtes les garants de cette valeur. Il signifie que pour vous sécurité et liberté ne vont jamais l'une sans l'autre, que ce sont des deux notions intimement liées. Et je ne peux que souscrire à une telle vision. Car - je l'ai souvent répété comme Maire de Lyon - la sécurité est la première des libertés. Pour une raison simple : c'est que quand l'insécurité grandit ce sont des sentiments de peur qui se développent, c'est une société qui se bloque, ce sont des projets de vie qui se trouvent tout d'un coup entravés. Et du coup c'est l'exaspération qui monte, une exaspération qui peut mener aux positions les plus extrêmes, dans une remise en cause du modèle même de notre société. C'est pourquoi, vous policiers, assurez bien, par votre action, la garantie de notre sécurité comme de nos libertés. Les Français le savent, qui, aspirent toujours à voir davantage de policiers dans leur rue. Les Français le savent et c'est sans doute pour cela que leur reconnaissance à votre égard est chaque jour plus forte. Sans doute pour cela que leur soutien est chaque jour plus total, sans doute pour cela que vous bénéficiez toujours davantage de leur confiance. Car ils voient bien les dangers auxquels notre pays est confronté. Il y a d'abord cette menace terroriste qui a si durement frappé notre pays au cours des deux dernières années alors que vous étiez dans cette école. Une menace qui, depuis les attentats de Charlie Hebdo, a couté la vie à tant de nos compatriotes. Une menace qui, a emporté depuis janvier 2015, huit de vos collègues. Certains l'ont été dans l'exercice de leurs fonctions. Mais je suis allé il y a deux semaines rendre hommage à Jean-Baptiste SALVAING et Jessica SCHNEIDER, ces deux policiers tués à Magnanville. Eux n'étaient pas en fonction. Ils ont été tués tout simplement parce qu'ils étaient policiers. Il ne faut pas que cela puisse se reproduire. Et face à la menace, nous ne saurions baisser la garde. C'est pourquoi, à la demande du Président de la République, je présenterai dans les jours à venir un projet de loi qui permettra, hors de l'état d'urgence, de mieux assurer la protection de Français, en donnant les moyens aux forces de l'ordre, de continuer à protéger les grands événements, les grandes manifestations, en mettant en place des mesures de surveillance ciblée contre ceux qui demain pourraient passer à l'acte, en organisant des visites et saisies pour pouvoir prévenir les crimes terroristes. Ce projet de loi nous permettra d'agir. Mais ce sera chaque fois avec une volonté d'équilibre entre nécessité d'une action efficace et souci de préserver pleinement les libertés individuelles. Cette loi ne prendra d'ailleurs ses pleins effets que par votre action, car c'est vous qui dans vos fonctions, serez amenés demain à déceler ces signaux faibles par lesquels on repère les individus en voie de radicalisation. Commissaires et officiers de police, les Français comptent sur vous pour les prévenir d'une menace dont on sait qu'elle est aujourd'hui toujours très élevée. Je sais pouvoir compter demain sur chacune et chacun d'entre-vous. Je vous demande, lorsque vous rejoindrez vos unités et vos commissariats, de vous atteler pleinement à cette tâche. Considérez-vous comme les sentinelles de notre démocratie. La seconde priorité que vous devrez poursuivre, c'est la lutte pour la sécurité du quotidien. Je l'ai souligné dès ma prise de fonction, cela doit être au cœur de votre métier. On ne mesure pas assez, à quel point l'insécurité vécue au quotidien rend la vie plus difficile à certains de nos compatriotes. On ne mesure pas assez non plus l'irritation voire la colère que peut provoquer la multiplication, dans un quartier, dans une commune, des agressions, des vols, des prises à parti. C'est parce que j'ai une conscience aiguë de cette situation, que je vous demande de vous montrer intransigeants face à tous les fauteurs de troubles, en encourageant vos hommes à s'élever contre toutes les incivilités, à sanctionner tous les délits. Pour vous permettre d'y parvenir, vos moyens seront renforcés. Ainsi, conformément aux engagements du Président de la République, 10 000 postes de policiers et gendarmes seront créés durant le quinquennat. Il faut augmenter le nombre de femmes et d'hommes membres des forces de sécurité. Il faut aussi changer de méthode. J'agirai donc pour libérer les policiers des contraintes administratives qui parfois paralysent votre action, en travaillant par exemple à la forfaitisation de certaines infractions, mais aussi – en coopération avec ma collègue Garde des Sceaux en travaillant à l'allègement d'une procédure pénale devenue trop lourde et trop complexe. C'est là un chantier majeur. Car chacun voit bien qu'il faut pouvoir simplifier les démarches administratives, vous libérer de toutes les tâches indues, pour que vous puissiez à nouveau vous consacrer pleinement aux missions d'enquête, d'interpellation, pour lesquelles vous avez tant appris, ici à l'ENSP. Enfin, il nous faudra veiller à la nécessaire modernisation de vos matériels et équipements. Car, si de nombreux commissariats ont été mis aux normes, il en est encore beaucoup trop où les conditions de travail sont dégradées, où les bâtiments sont vétustes, où les véhicules affichent parfois des centaines de milliers de kilomètres au compteur. Cela n'est pas admissible. Non, il n'est pas acceptable que vous qui risquez votre vie pour protéger les autres, vous puissiez travailler dans un environnement tel que bien peu accepteraient. C'est pourquoi je veux travailler sur l'amélioration des moyens de la police, poursuivre le plan de modernisation des équipements qui a été amorcé, doter la police des technologies les plus modernes. Car de nouveaux défis apparaissent, celui par exemple d'une cybercriminalité qui - on l'a bien vu cette semaine avec la cyberattaque dont a été victime notre continent ne fera dans les prochaines années que se développer. Mesdames et Messieurs les commissaires et officiers, Voici quelques-unes des tâches qui vont être les vôtres, dans les fonctions que vous vous apprêtez à exercer, Ces défis, nous aurons à les affronter ensemble. Et j'ai pleinement confiance en vous pour les relever. Pleinement confiance parce que vous avez reçu ici une formation d'exception. Et je veux saluer l'exigence de votre directeur Luc PRESSON, qui porte haut l'excellence de nos forces de sécurité dans cette l'ENSP, au point que de beaucoup de vos collègues étrangers viennent y étudier. Et je veux aujourd'hui tous les saluer. J'ai pleinement confiance également parce que, ce que l'on vous a appris dans ces murs ce sont aussi des valeurs de courage, d'abnégation, d'exemplarité qui vous permettront de faire face à toutes les situations. Je sais, surtout pour l'avoir éprouvé comme Maire de Lyon, que celles et ceux qui passent par l'École Nationale Supérieure de Police, y ont acquis un sens du commandement unique, qui va s'avérer précieux tout au long de votre vie professionnelle. Car demain, vous aurez à diriger des femmes et des hommes qui attendront de vous que vous définissiez clairement l'action qu'ils auront à mener, que vous vous engagiez pleinement derrière eux, que vous sachiez donner tout son sens à leur métier. Oui, ils attendront que vous exerciez pleinement votre autorité, par des ordres simples, des objectifs nettement définis. Ils attendront de vous que vous soyez des meneurs d'hommes, capables de les mobiliser, d'insuffler cet esprit d'équipe sans lequel on ne saurait faire face à aucun des grands enjeux de sécurité auxquels notre pays est aujourd'hui confronté. Ce rôle de commandement, Mesdames et Messieurs les commissaires et officiers, vous apportera de grandes satisfactions, car vous ferez avancer les choses, vous changerez la vie de nos compatriotes. Mais vous aurez à faire face aussi à des situations difficiles, complexes où vous devrez choisir ; vous serez confrontés, comme tous ceux qui assurent un commandement, à l'inévitable solitude de la décision. C'est alors qu'il faudra vous souvenir de ce que vous avez appris ici, auprès de vos maîtres et de vos professeurs. Leurs enseignements doivent être pour vous des boussoles, ils doivent constituer des repères. Ce sont eux qui vous permettront tout au long de votre parcours de décider toujours en toute occasion avec fermeté et lucidité. C'est ainsi que vous progresserez. C'est ainsi que – je vous le souhaite - vous figurerez un jour parmi ces grands policiers, ceux dont à la base on aime citer le nom. Mesdames et Messieurs, Dès demain, vous allez être en charge de la protection des Français. Cette mission vous honore. Elle vous oblige aussi. Elle vous oblige parce que nos compatriotes attendent beaucoup de vous. Elle vous oblige parce que, vous êtes les garants des valeurs qui font que pour beaucoup, notre pays reste une référence, un modèle. À chacune et à chacun, commissaires de la promotion Liberté, officiers de la promotion Benoît VAUTRIN, je souhaite une longue et belle carrière. Soyez-assurés de ma totale confiance. Les Français sont fiers de leurs policiers. Et pour ce qui me concerne, je suis fier d'être votre ministre. Vive la Police Nationale ! Vive la République ! Vive la France ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/534.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/534.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1ede3066d1668847c61bd6cd6f5a773b2e7190fc --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/534.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président Keïta, Cher Ibrahim, Merci pour ces mots d'accueil et ces propos amicaux, Messieurs les Présidents, Mesdames, Messieurs les Ministres, Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs, Messieurs les Officiers généraux, Monsieur le Représentant spécial des Nations unies, Mesdames, Messieurs, Vous l'avez rappelé, il y a quelques semaines, j'étais en effet à vos côtés, Monsieur le Président, à Gao pour quelques jours après ma prise de fonction aller aux côtés de nos troupes. Je sais le tribut payé par vos pays dans cette guerre terrible contre le terrorisme et l'obscurantisme et je sais l'engagement qui est aussi le nôtre. Ce sont ici des mots mais derrière, il y a des vies et c'est lourd de cette charge, de cette responsabilité que je m'exprime ici aujourd'hui devant vous. Vous l'avez dit, mon prédécesseur a fait le choix avisé, courageux de venir en défense de votre pays et plus largement de toute la région. J'ai décidé de poursuivre cet engagement, de le confirmer et de le conforter. Et j'ai pris l'engagement il y a quelques semaines, vous l'avez rappelé, de venir ici aujourd'hui à Bamako à l'ouverture de ce sommet du G5 Sahel et je veux vous dire le grand privilège pour moi de répondre à votre invitation. Derrière cet acronyme du G5 il y a une dynamique, un mouvement profond que la France est fière aujourd'hui d'accompagner ; le G5 Sahel est davantage qu'une initiative de coopération régionale, c'est une communauté soudée, déterminée face à un même défi : les cinq pays que vous représentez, mais aussi la France, vivent au quotidien le poids de la menace terroriste. Dimanche 18 juin, c'est Bamako qui à nouveau a été visé et ce sont plusieurs de nos ressortissants qui ont été les victimes de cette attaque. Je veux d'ailleurs ici exprimer ma compassion aux victimes, à leurs familles et rendre hommage aux forces qui sont intervenues et je sais le prix que paient les forces de défense et de sécurité de la région pour lutter contre ce fléau, plus de 150 de leurs membres ont été tués, rien que depuis février, dont plus de 80 au Mali, 30 au Niger, 15 au Burkina Faso mais je veux aussi dire que ces attaques renforcent profondément notre détermination à lutter ensemble de manière résolue contre le terrorisme. Je ne parlerai pas à proprement parler d'une guerre car ils n'attendent que cela car pour vraiment avoir une guerre, il faudrait un ennemi digne de ce nom mais nous avons chaque jour à affronter des terroristes, des voyous, des assassins dont nous devons oublier le nom et le visage mais que nous devons avec constance, détermination, tous ensemble éradiquer, éradiquer parce qu'ils le font aujourd'hui, au nom de la division des peuples au nom d'une religion qui est la vôtre et que vous avez justement saluée, Monsieur le Président, mais qu'ils détournent pour lui donner le visage de l'obscurantisme et de la haine. Notre présence à tous les 6 aujourd'hui est le témoignage que ce qu'ils cherchent à faire ne peut advenir. Les choses sont allées très vite depuis que vous avez décidé la création de la force conjointe il y a toujours cinq mois ici même à Bamako. Vos militaires ont travaillé dur pour la mettre sur pied rapidement ; la France vous a soutenus dans cette démarche, de même que l'Union africaine et l'Union européenne. Nous nous sommes depuis plusieurs semaines mobilisés à New York, où nous avons veillé à ce que le conseil de sécurité vous apporte tout son soutien. C'est l'objet de la résolution 2359 qui a été adoptée à l'unanimité le 21 juin et je voudrais aussi saluer l'adoption à l'unanimité aussi de la résolution 2364 jeudi dernier renouvelant le mandat de la MINUSMA et mettant l'accent sur le soutien aux forces maliennes et au G5. Parce que c'est justement la complémentarité de nos actions qui fera la différence. Face à une menace transnationale, vous avez créé une force conjointe pour lutter contre les fléaux du terrorisme et des trafics et c'est ce qu'il fallait faire ; c'est pourquoi j'ai souhaité que la France puisse accompagner fortement le déploiement de cette force pour vous appuyer dans la mise en œuvre des ambitions et du calendrier déterminés que vous êtes fixés. Nous le ferons dans l'esprit de partenariat et d'exigence réciproque qui a guidé notre action depuis la création du G5. Concrètement, le soutien de la France aujourd'hui consistera d'abord en un soutien opérationnel aux unités, c'est-à-dire un soutien accru de l'opération « Barkhane » en conseil, assistance mais surtout accompagnement au combat. Nous allons multiplier les missions d'assistance opérationnelle et je veux ici saluer les forces « Barkhane », notre général et leur engagement au quotidien mais soyons clairs et explicites entre nous : la force conjointe du G5 ne se substitue ni ne se confond ni à « Barkhane » ni à la MINUSMA, elle vient en plus, elle vient en appui en avis, en adjonction parce que si nous utilisons les annonces pour nous désengager par ailleurs, point n'est besoin de nous réunir. C'est aussi une aide matérielle importante, 70 véhicules tactiques, du matériel de communication et d'interopérabilité des forces, du matériel de protection pour les hommes, c'est cela ce que la France également apportera. C'est un soutien, c'est un soutien à la mise en place de centres de préparation à l'engagement opérationnel que prévoient de mettre en place le Burkina Faso, le Niger et le Mali. Enfin, c'est un renforcement de notre coopération structurelle. Le Sahel, Mesdames et Messieurs, c'est désormais 50% du budget de notre coopération de sécurité et de défense dans le monde parce que c'est ici que se joue la sécurité du continent africain et plus largement la sécurité d'une bonne partie de notre planète, y compris de l'Europe. Au total, sur le volet militaire, c'est un effort équivalent à plus de 8 millions d'euros que nous consacrons d'ici la fin de l'année 2017 mais la France n'est pas seule à vous soutenir. Mme Mogherini est venue ici il y a quelques semaines pour annoncer une aide de 50 millions d'euros ; c'est un effort significatif dont je me réjouis. Il doit être l'amorce d'un engagement dans la durée de l'Union européenne. Vous connaissez la mobilisation de la France pour engager ses partenaires en soutien de vos efforts et nous devons poursuivre cette mobilisation ensemble. Pour garantir un soutien dans la durée, ce sera à vous et à vos armées de convaincre que la force conjointe du G5 est efficace dans le respect des conventions humanitaires. Les résultats doivent être au rendez-vous pour entraîner nos partenaires ; c'est l'exigence réciproque que nous nous devons. Au-delà de ces questions centrales de sécurité, je veux aussi appeler à une mobilisation collective autour de deux défis qui sont inséparables de la recherche d'une stabilité durable et réelle. Le processus de paix au Mali d'abord. Le retour durable de la paix au nord du Mali passe par la pleine mise en oeuvre de l'accord de paix et de réconciliation ; cela relève bien entendu de la responsabilité des Maliens, de votre responsabilité, Monsieur le Président, mais Cher Ibrahim, nous sommes là pour vous aider, pour que les progrès accomplis récemment puissent être approfondis, pour que la feuille de route fixée il y a deux ans puisse être réussie, je pense en particulier aux chantiers prioritaires que sont le désarmement, l'intégration des ex-rebelles, le redéploiement de l'État sur l'ensemble de territoire et la décentralisation parce que les efforts de sécurité sans processus politique sont illusoires, parce que cette exigence réciproque, c'est aussi ce que je dois à nos soldats qui chaque jour se battent, risquent leur vie pour cet effort de sécurité parce que les deux doivent aller de pair pour être durables et gagner non pas seulement la guerre mais aussi la paix. Le deuxième défi, c'est celui du développement, je l'ai dit à Gao, je l'ai redit au G7 à Taormina, nous étions quelques-uns ensemble, je le redis ici : tous nos efforts en matière de sécurité seront inutiles s'ils ne s'inscrivent pas dans un projet plus large de développement. Le lien entre sécurité et développement ne doit pas être martelé seulement dans les discours ; il doit se matérialiser en actions concrètes. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui nos promesses ne sont plus entendues, parce que pour beaucoup de jeunes dans le nord du pays, les seules opportunités sont devenues les trafics. Nous devons agir sur le terrain au plus près des populations en tant que président d'un pays ami, partenaire historique du développement de la région du Sahel, je ne veux pas me cacher derrière des mots, je veux des actes. Et c'est pourquoi il nous faut faire plus. J'ai demandé à l'agence française de développement dont le directeur général aussi nous accompagne de renforcer encore notre engagement et ce sont 200 millions d'euros qui vont être engagés spécifiquement pour les pays du G5 dans les cinq prochaines années. L'AFD nommera cet été un directeur régional compétent pour le Sahel et qui sera basé à Ouagadougou. Mais surtout il nous faut faire mieux et c'est tout l'esprit de l'Alliance pour le Sahel que je souhaite lancer aujourd'hui à vos côtés. Ce n'est pas une nouvelle plateforme ou une nouvelle structure, ce n'est pas une alliance au sens militaire ; c'est une coalition de partenaires volontaires motivés pour faire la différence au plus près du terrain. Nous voulons changer de méthode ; nous voulons avec vous trouver le moyen de mettre en place une aide rapide, y compris dans les zones les moins sûres avec des résultats tangibles et perceptibles pour les populations concernées. Nous voulons miser sur le développement du secteur privé, donner davantage de moyens aux collectivités locales aux acteurs locaux, tout en étant intransigeant envers toute forme de corruption. Nous voulons aussi concentrer notre action sur les priorités qui doivent désenclaver le Sahel. D'abord l'éducation et la formation, j'ai la conviction profonde que nous devons y investir davantage parce que c'est le meilleur moyen de lutter contre un fondamentalisme guerrier, contre le détournement des esprits, contre les trafics financiers qui viennent dans tous vos pays essayer de détourner la population, de profiter de la misère, du contexte de guerre pour conduire les uns et les autres vers ce que vous avez toujours combattu, l'obscurantisme du XXIe siècle, la guerre au nom d'une religion. Ce combat, il faut le mener dès le plus jeune âge, par l'éducation, par la formation ; c'est à ce prix que nous offrirons des perspectives. La deuxième priorité sera l'agriculture et le pastoralisme, je sais que ce sont des secteurs économiques clés au Sahel pourvoyeurs d'emplois et dont les potentialités sont sous-exploitées notamment sur l'agro-écologie et parce que c'est par ce biais que nous développerons les équilibres locaux, des perspectives d'emploi sur le terrain que nous réussirons à la racine à lutter contre l'immigration subie qui déstabilise toute la région, nourrit les trafics, les groupes terroristes et vient déstabiliser tant d'autres régions. La troisième priorité sera la lutte contre les effets du changement climatique, d'aucuns n'ont pas encore compris que tous ces problèmes étaient liés mais ils le sont : la situation du lac Tchad aujourd'hui explique bien des déstabilisations, des basculements entiers de certains groupes vers le terrorisme ou les trafics, tout est lié et tout se tient dans la région en particulier et la vulnérabilité du Sahel en la matière nous oblige à conduire des actions résolues en matière de promotion des énergies vertes, du renouvelable, d'énergies durables qui là aussi sont des modes de production décentralisés au plus près du terrain qui donnent des perspectives d'emploi et de souveraineté énergétique pour chacun des pays. Enfin, ce sera la gouvernance et en particulier la justice. Ah, je sais, quand on parle de ces sujets, on s'est repu de tant de mots depuis tant d'années et tant de décennies. Je pense que 4, 5 de mes prédécesseurs au moins ont dû prononcer ces phrases et ces mots dans les priorités de développement. Je vous le dis en toute sincérité, cette responsabilité est la vôtre ; ça n'est pas moi qui ferai la justice, les bonnes règles, la bonne décentralisation, la bonne organisation du gouvernement dans les pays du Sahel. Je ne cherche pas le faire, je le chercherais même qu'à juste titre vous me le reprocheriez. Mais nous devons maintenant avoir des avancées en la matière parce que c'est notre crédibilité collective, parce que ces réformes institutionnelles sont appelées par vos populations et parce que c'est la clé pour que ces efforts trouvent un débouché, cette volonté qui est la nôtre qui se matérialise dans cette alliance pour le Sahel, c'est celle aussi qui permettra de rassembler l'ensemble de nos financements, de nos engagements et à laquelle nous avons pris la décision d'associer nos partenaires européens. Le 13 juillet prochain lors du conseil des ministres franco-allemand, j'ai bon espoir qu'avec mon gouvernement, la chancelière allemande et son gouvernement, nous puissions annoncer des engagements communs autour de cette alliance. Cette alliance, elle est le réceptacle en quelque sorte de nos efforts de développement ainsi rassemblés, d'une plus grande efficacité et visibilité, responsabilité partagée pour le Sahel. Monsieur le Président Keïta, Cher Ibrahim, Chers Amis, l'enjeu aujourd'hui est bien de basculer dans une nouvelle dynamique, une dynamique positive et de développement et non plus une spirale d'insécurité et de radicalisation. Vous avez été attaqués, nous avons été attaqués, nous le sommes tous les jours. Les risques sont là mais nous avons un choix simple à faire dont nous sommes tous et toutes ici dans cette salle l'écho dépositaire. Soit nous pouvons considérer qu'on va faire comme avant, ne pas parler des vrais problèmes, faire semblant de faire, évoquer le passé glorieux ou les pages sombres et en rester là, nous mentir et mentir à nos populations, puis prendre des airs de victimes quand nous sommes attaqués. Nous pouvons continuer longtemps à faire cela, nous l'avons déjà fait longtemps ensemble. Alors, nous serons battus parce que nos ennemis sont lâches mais déterminés, parce que nos ennemis ne s'encombrent d'aucun des oripeaux de ce qu'ils appellent notre civilisation mais ils veulent une chose, c'est nous détruire et ils se sont nourris d'une chose, de nos faiblesses, de nos hypocrisies, des complexes du passé et de notre inefficacité collective. Soit ensemble nous faisons le choix de procéder différemment, de nous dire toujours les choses qu'elles fassent plaisir ou pas, d'être exigeants les uns avec les autres parce que nous considérons que notre avenir est commun. Moi, j'ai fait ce choix parce qu'il n'y en a pas d'autre, parce que ce qui se passe dans votre région touche les jeunes et les moins jeunes qui vivent dans notre pays qui nous regardent, qui vous regardent, qui suivent ce qui se passe parce que nos ressortissants sont touchés par le terrorisme ici mais parce que, ici, se préparent les actes terroristes aussi en Europe, parce que notre échec ici se traduit dans ces routes de la mort et de la nécessité qui remontant tout au long du Sahel aujourd'hui jusqu'à la Libye font de la Méditerranée un linceul, notre honte et conduisent à des vagues migratoires qui sont en train de nous déstabiliser profondément parce qu'aujourd'hui tout se tient, parce que ceux qui pensaient qu'il y avait un exotisme à venir dans le Sahel n'ont pas compris que le monde aujourd'hui s'était profondément réduit, regroupé, ramassé, que nous partageons le même espace, le même destin, que nous sommes liés ! Nous sommes liés par une histoire, qui a des pages glorieuses et des pages tristes mais nous sommes liés surtout par un avenir commun et cet avenir commun passe par la bataille que nous devons conduire et que nous devons gagner, celle contre le terrorisme, celle contre les fondamentalismes guerriers, brutaux et radicaux, celle contre un imaginaire de mort, celle contre tous les trafics. C'est cela le combat qu'avec vous, je veux mener ; c'est ce combat qui est le cœur, le ciment de ce G5 Sahel et qui fait ma fierté mais vous l'avez compris aussi, ma grande détermination d'être à vos côtés aujourd'hui, Cher Président et Chers Amis ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/535.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/535.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ac001ababf1eb9d4a0285a1fe9471b7d058d27df --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/535.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle la discussion, après engagement de la procédure accélérée, du projet de loi prorogeant l'application de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence (projet n° 585, texte de la commission n° 592, rapport n° 591). Dans la discussion générale, la parole est à M. le ministre d'État. M. Gérard Collomb, ministre d'État, ministre de l'intérieur. Monsieur le président, monsieur le président de la commission des lois, monsieur le rapporteur, mesdames, messieurs les sénateurs, si je me présente devant vous dès cette après-midi, quelques minutes seulement après avoir lu la déclaration de politique générale du Premier ministre, Édouard Philippe, c'est parce que le projet de loi inscrit à l'ordre du jour de votre assemblée est d'une importance cruciale, qu'il concerne la sécurité des Français et que, pour le gouvernement auquel j'appartiens, l'on ne saurait transiger avec cette dernière. Je veux saluer le président de la commission des lois, M. Philippe Bas, ainsi que le rapporteur du texte, M. Michel Mercier, qui, comme toujours, ont réalisé un excellent travail. Je veux également vous remercier d'être présents si nombreux dans cet hémicycle pour l'examen de ce projet de loi important, le premier de ce quinquennat à être discuté en séance publique. Mesdames, messieurs les sénateurs, vous le savez, notre pays vit depuis maintenant deux ans et demi une vague d'attentats terroristes sans précédent dans son histoire. Le bilan est lourd : 239 femmes et hommes ont perdu la vie au cours de huit attaques depuis le mois de janvier 2015. Plus de 900 personnes ont été touchées dans leur chair ; certaines auront à supporter toute leur vie des séquelles parfois très lourdes. Ce que l'on sait aujourd'hui de cette menace terroriste, c'est qu'elle demeure à un niveau extrêmement élevé. Plusieurs attentats et tentatives d'attentats se sont ainsi produits récemment sur notre sol. Je pense aux deux attaques ayant eu lieu sur les Champs-Élysées, l'une qui, le 20 avril dernier, a coûté la vie à un de nos policiers, et l'autre qui, le 19 juin, visait un escadron de gendarmerie, mais n'a heureusement pas fait d'autres victimes que l'assaillant. Je pense également à la tentative d'attentat du parvis de la cathédrale Notre-Dame. Nos voisins européens sont également visés. C'est vrai pour l'Allemagne, avec les attaques hivernales du marché de Berlin et de la gare de Düsseldorf. C'est vrai aussi pour le Royaume-Uni, qui a perdu tant de ses enfants dans les attentats de Westminster et, bien sûr, très récemment, de Manchester et de Londres, qui ont ému le monde entier. Les informations dont disposent nos services de renseignement indiquent que le recul de l'emprise de Daech sur les fronts irako-syriens et libyens n'obère pas encore sa capacité à frapper l'Europe et la France. En effet, si les revers subis par l'organisation terroriste n'ont pour l'heure provoqué aucun mouvement massif de retours, grâce notamment aux contrôles opérés à la frontière turque, le risque d'une action conduite par des individus de retour des zones de combat est cependant réel. Par ailleurs, nous avons constaté à l'occasion des derniers passages à l'acte que des individus isolés pouvaient à tout moment connaître une radicalisation rapide et, par des modes opératoires souvent rudimentaires, fomenter des attaques susceptibles d'être extrêmement meurtrières. La menace demeure donc très élevée ; je le constate tous les jours comme ministre de l'intérieur. Pour cette raison, le Président de la République et le Gouvernement n'avaient d'autre choix que de proposer, par le texte que nous étudions aujourd'hui, la prorogation de l'état d'urgence. Vous savez tous dans cette Haute Assemblée quel est le contenu de cet état d'exception, institué par la loi du 3 avril 1955 et modifié voilà tout juste un an par la loi du 21 juillet 2016. Il comporte douze types de mesures. Certaines, comme les perquisitions administratives, les assignations à résidence ou la fermeture par le préfet de lieux de réunion, notamment de lieux de culte, sont bien connues. D'autres le sont moins, mais se sont pourtant révélées très utiles ces derniers mois : je pense à la possibilité d'établir des zones de protection et de sécurité ou de saisir des armes. L'état d'urgence, vous le savez, est en vigueur dans notre pays depuis cette funeste nuit du 13 novembre 2015. Il a été prorogé depuis lors à cinq reprises ; j'ai moi-même eu à voter chacune des prorogations précédentes en tant que membre de cette assemblée. Non parce que nous nous serions tous laissé emporter par une dérive sécuritaire, mais parce que, chaque fois que nous voulions y mettre fin, la situation a exigé que les gouvernements successifs et la représentation nationale le maintiennent, de nouvelles attaques ayant été menées ou pouvant l'être. Durant la campagne électorale, le Président de la République s'était engagé à évaluer à la fois l'intensité de la menace et l'efficacité de l'état d'urgence, avant de prendre une décision sur l'opportunité d'une nouvelle prorogation. J'ai souligné à l'instant combien la menace perdurait. J'en viens au problème de l'efficacité. Permettez-moi de réactualiser quelques données sur le bilan de près de vingt et un mois d'état d'urgence. Ce dernier a permis d'établir, depuis le mois de novembre 2015, pas moins de quatre-vingts zones de protection et sécurité. Sans ces zones, des événements comme l'Euro 2016, le Tour de France, les grands festivals que toutes nos régions tiennent en été n'auraient pas pu avoir lieu. Je vous parle d'expérience, moi qui, en tant que maire de Lyon, ai organisé la fête des Lumières, laquelle a réuni plus de 2 millions de personnes pendant trois soirées. Croyez-moi, je n'aurais peut-être pas pris la responsabilité de l'organiser si nous n'avions pu prendre des mesures de sécurité exceptionnelles ! À ceux qui penseraient que l'état d'urgence a porté atteinte pendant vingt et un mois à nos libertés, l'organisation de ces événements montre au contraire qu'il a permis de les préserver. Oui, il a permis aux Français de continuer à assister à de grands spectacles, à de grandes manifestations sportives ! Il a permis de vivre, tout simplement. Les possibilités qu'il a en effet offertes aux préfets et au ministre de l'intérieur se sont montrées précieuses pour défendre notre mode de vie, celui que les terroristes entendaient précisément mettre en cause. Autre élément de bilan : les fermetures des lieux de culte dans lesquels sont tenus des propos d'incitation à la commission d'actes terroristes. Depuis la mise en application de l'état d'urgence, seize fermetures administratives ont été prononcées : seize lieux de culte. Cela peut paraître modeste. Pourtant, il s'agit d'un chiffre important si on le rapporte au nombre de personnes que des prêches fanatiques auraient pu faire basculer dans la radicalisation. Là encore, l'état d'urgence s'est donc révélé d'une réelle utilité, pour éviter que ne grossisse dans notre pays l'effectif des candidats au djihadisme. J'en viens maintenant à une disposition qui a suscité de nombreux commentaires : l'assignation à résidence. Si, au lendemain des attentats de Paris et de Saint-Denis, ces assignations à résidence ont pu parfois le Conseil d'État l'a souligné être imparfaitement préparées, elles sont aujourd'hui utilisées de manière très ciblée et pertinente. Ainsi, à ce jour, 62 personnes seulement se trouvent aujourd'hui en situation d'assignation à résidence : 62 personnes, dont les conditions d'assignation sont, grâce aux dispositions prises par les lois du 19 décembre 2016 et du 28 février 2017, ainsi que par la loi du 21 juillet 2016, strictement encadrées, et qui, on ne le rappelle jamais assez, ont la possibilité, parce que nous sommes dans un état de droit, de contester cette mesure devant le juge administratif. Seulement 62 personnes, cela dit quelque chose de la manière de la manière dont il fait aujourd'hui usage de l'état d'urgence : de façon adaptée, ciblée et avec une précaution extrême, qui prouve la maturité de notre démocratie. Le dernier point de bilan que je souhaite évoquer concerne les perquisitions administratives. Il s'agit sans doute de la disposition qui a permis d'agir le plus efficacement contre le terrorisme ces derniers mois. Un chiffre suffit à le mesurer : les 4 400 perquisitions menées depuis la mise en vigueur de l'état d'urgence ont permis de saisir 600 armes, dont 78 armes de guerre. Elles ont aussi – mon prédécesseur l'avait rappelé permis d'éviter de façon directe dix-sept attentats en 2016, auxquels il faut ajouter au moins cinq attentats déjoués depuis le début de l'année. Et je n'évoque même pas le coup d'arrêt qu'elles ont souvent porté à la croissance de certains réseaux et de certaines cellules, dont le développement aurait été à coup sûr porteur de graves dangers pour nos compatriotes. Ces perquisitions se sont donc, la plupart du temps, révélées très efficaces. Et j'ajoute que, comme les assignations à résidence, elles sont désormais conduites de manière extrêmement ciblée, puisque seules 170 perquisitions ont été conduites depuis le 21 décembre 2016, contre 4 376 depuis le début de l'état d'urgence. Cela fait moins d'une par jour sur l'ensemble du territoire national. Mesdames, messieurs les sénateurs, périmètres de protection, fermeture de lieux de culte, assignations à résidence, perquisitions, vous le constatez, et je crois que les Français en ont pris la mesure, si l'état d'urgence n'a pas permis d'éradiquer complètement la menace terroriste, il s'est révélé d'une grande et d'une profonde utilité. Vous me permettrez en cet instant, comme le faisait M. le Premier ministre dans sa déclaration de politique générale, de rendre hommage aux policiers, aux gendarmes, aux militaires, aux autorités judiciaires et à l'ensemble des services de l'État qui ont veillé à sa bonne mise en œuvre. Je sais ce que ces vingt et un mois ont supposé pour eux d'engagement sur le plan professionnel et de sacrifices sur le plan personnel. Qu'ils soient sûrs que les Français leur en sont reconnaissants, parce qu'ils ont empêché de nombreux attentats et ont très certainement permis de sauver des dizaines, voire des centaines de vies ! Aux adversaires de cet état d'exception, à ceux qui n'ont pas voté pour sa prorogation ou qui voudraient s'opposer à celle que nous proposons, je veux donc dire ceci : imaginez un seul instant que l'état d'urgence n'ait pas été en vigueur ces derniers mois. Imaginez que les forces de sécurité n'aient, par exemple, pas pu perquisitionner à la mi-décembre à Pau. Nous n'aurions pas pu saisir du matériel informatique qui nous a permis d'arrêter et de condamner à de la prison ferme des individus qui, sur leurs messageries cryptées, échangeaient des vidéos morbides et des messages du type : « Tuez-les où que vous soyez ». Imaginez que nos services n'aient pas pu perquisitionner dans les Alpes-Maritimes en avril dernier : nous n'aurions pas pu découvrir qu'une jeune fille de quinze ans projetait de réaliser un attentat à la bonbonne de gaz dans un bureau de vote. Imaginez que la police n'ait pas pu perquisitionner à Marseille à la fin de décembre 2016 : nous n'aurions pas pu saisir au début du mois d'avril ces armes à feu et ces kilos d'explosifs qui étaient destinés à commettre un attentat à l'occasion d'un meeting politique, ni arrêter ceux qui projetaient une telle attaque, laquelle, en cette période, aurait sans doute eu pour conséquence de dresser les Français les uns contre les autres. Oui, mesdames, messieurs les sénateurs, quand on parle de l'état d'urgence, on ne parle pas seulement de concepts théoriques ! On parle de terroristes arrêtés, d'attentats évités. On parle de vies sauvées. C'est ce que je vous demande d'avoir à l'esprit quand vous vous prononcerez tout à l'heure sur ce projet de loi. Vous avez lu le texte : la prorogation que nous vous proposons est de durée modeste, puisqu'elle s'achèvera dans trois mois et demi. Il s'agit aussi de la dernière prorogation que ce gouvernement vous demandera d'adopter. M. Roland Courteau. Qui sait ?... M. Gérard Collomb, ministre d'État. En effet, malgré l'efficacité que je viens de décrire, nous avons, j'ai pleinement conscience que, par définition, l'état d'urgence n'a pas vocation à être permanent. Malgré le contrôle de plus en plus strict dont il fait l'objet, nous avons, j'ai pleinement conscience qu'il provoque des inquiétudes en matière de respect des libertés. C'est pour ces raisons que, à la demande du Président de la République et du Premier ministre, nous avons élaboré avec mes services un scénario de sortie maîtrisée de l'état d'urgence. Ainsi, je porterai dans les jours à venir devant vous un autre projet de loi qui visera au renforcement de la sécurité intérieure. Nous aurons dès demain l'occasion d'en discuter en commission. Son objectif est double : il s'agira de renforcer l'efficacité de notre action en matière de prévention et de lutte contre le terrorisme, en partant des besoins exprimés par les services, mais avec la volonté de limiter strictement les mesures nouvelles à la seule lutte contre le terrorisme, dans des conditions beaucoup plus ciblées qu'en période d'état d'urgence, en apportant ainsi le maximum de garantie quant à la préservation de nos libertés individuelles et collectives. Notre obsession, et je sais qu'elle est partagée sur ces travées, est toujours la même : protéger les Français. En effet, aujourd'hui, nous devons avoir un souci scrupuleux des libertés publiques, mais personne j'y insiste ne comprendrait que, face à un ennemi n'admettant aucune autre règle que celle de la haine et la barbarie, notre pays se désarme de manière unilatérale. Mesdames, messieurs les sénateurs, en filigrane des controverses qui accompagnent ce projet de loi, il y a un débat que nous connaissons bien dans cet hémicycle : le débat entre sécurité et liberté, avec cette idée, développée par certains, qu'assurer une sécurité accrue ne pourrait se faire qu'au détriment des libertés. Je crois pour ma part qu'une telle opposition relève de l'aporie et que, au contraire, sécurité et liberté sont deux valeurs intimement liées ; l'une ne va pas sans l'autre. En effet, je l'ai dit, il faut pouvoir assurer un climat de sécurité pour que les Français soient au quotidien en mesure de sortir de chez eux, de se rendre à un événement sportif et culturel, tout simplement de vivre. Comme il faut pouvoir assurer un climat de sécurité pour permettre à chaque Français d'envisager l'avenir avec confiance, de se projeter, de se construire. On l'oublie souvent, mais l'un de nos textes fondateurs, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, indique ce lien organique entre sécurité et liberté, puisque, en son article II, il inscrit dans une même phrase liberté et sûreté. Mesdames, messieurs les sénateurs, réaffirmer dans ces temps difficiles les droits fondamentaux de l'être humain, en particulier la liberté et la sûreté, telle est l'ambition du projet de loi que nous vous présenterons bientôt. Aujourd'hui, nous vous proposons de proroger l'état d'urgence. (Applaudissements sur les travées du groupe La République en marche, du RDSE et du groupe Union Centriste, ainsi que sur certaines travées du groupe Les Républicains.) (…) M. le président. La parole est à M. le ministre d'État. M. Gérard Collomb, ministre d'État. C'est toujours avec beaucoup d'attention que j'écoute les propos de Michel Mercier. Je sais par expérience que nous aboutissons toujours à faire converger les points de vue. Nous le ferons sur ce texte comme sur d'autres. Lorsqu'on est ministre de l'intérieur, il y a un avant et un après. Vient le moment où l'on commence à connaître et à mesurer l'importance de la menace. Je crois qu'aujourd'hui elle est grande. On prend alors conscience qu'il faut effectivement faire évoluer les choses, ne pas être dans l'état d'urgence permanent. Cependant, dans le même temps, nos services doivent avoir les moyens de mener à bien leurs missions ; sinon, c'est la vie de nos concitoyens que nous exposerions. Je l'ai dit dans mon intervention liminaire, nous avons évité depuis le 1er janvier dernier un certain nombre d'attentats. Je le rappelle, la tentative d'attentat sur les Champs-Élysées aurait pu faire de nombreuses victimes parmi les gendarmes présents ce jour-là. J'en suis certain, si cet attentat avait malheureusement eu lieu, nous n'aurions pas le même type de discussion que celle que nous avons aujourd'hui. Vous avez relevé les dispositions déjà prises, en particulier par le Sénat. Je n'ai jamais été de ceux qui pensaient qu'il y avait un « avant » et un « après » qui changeait radicalement. Le Premier ministre l'a indiqué dans la déclaration de politique générale que je vous ai lue cet après-midi, il y a une continuité de notre République et de ses expériences. Chaque étape constitue un progrès. Il est vrai que le Sénat a été, sur ces problématiques, particulièrement à l'œuvre, en apportant de la matière à la réflexion du Gouvernement. Je ne doute pas qu'il continuera à le faire demain. Néanmoins, notre réflexion doit intervenir davantage en amont. Vous l'avez dit, il est toujours possible de rétablir l'état d'urgence. La dernière fois que nous l'avons fait, c'était après les attentats. Chaque soir, j'ai peur d'être réveillé pendant la nuit, car je sais combien la menace est importante. Celui qui lit un certain nombre de fiches s'aperçoit que le danger est très grand. J'écoutais Mme Assassi évoquer « l'urgence sociale ». Je suis d'accord, cette urgence sociale existe. La situation dans notre pays est extrêmement dégradée, ce qui fournit peut-être un soubassement à des dérives particulières. Nous devons traiter ces problèmes de fond. En tant que futur ex-maire de Lyon, j'estime que les problèmes ne se résolvent pas simplement par des mesures de sécurité : il faut aussi changer l'environnement. Mais si l'on a échoué à changer cet environnement, la sécurité s'impose alors. Je me suis déplacé dans certaines communes de la première couronne de l'agglomération parisienne. J'y ai constaté le caractère dégradé des conditions de sécurité. Pour ma première visite en tant que ministre de l'intérieur, juste après la passation de pouvoirs, je me suis rendu dans une commune où un individu en avait tué un autre à la kalachnikov. J'ai vu comment les choses avaient pu s'enchaîner : misère sociale, trafic de stupéfiants, embrigadement. Dans ce cercle infernal, grand banditisme et terrorisme peuvent se mélanger. C'est la raison pour laquelle nous vous proposons aujourd'hui de proroger l'état d'urgence. Demain, la commission des lois examinera le projet de loi dans lequel nous avons essayé de permettre à nos forces de sécurité de continuer leur action, mais avec de grandes précautions. (Mmes Stéphanie Riocreux et Sophie Joissains ainsi que M. Yves Détraigne applaudissent.) M. le président. La discussion générale est close. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/536.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/536.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..62bb4f248e40964ebcee2baba621a2befedd931a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/536.txt @@ -0,0 +1 @@ +Nous venons d'avoir un nouveau Sommet des Balkans Occidentaux ici, à Trieste. Je me réjouis d'être présent à ce Sommet qui est une nouvelle avancée dans ce qu'on appelle le Processus de Berlin, qui avait été lancé en 2014 par la Chancelière à Berlin et qui nous a permis, avec six Etats des Balkans, d'avoir une discussion approfondie sur de nombreux sujets. Je retiens trois sujets principaux qui nous ont occupés et ont permis des avancées substantielles. Le premier en termes de sécurité, où la France en particulier a proposé une initiative que nous allons conduire qui permettra un meilleur contrôle des munitions et des armes légères dans la région. Puisque l'un des fléaux dans la région des Balkans, c'est la criminalité qui s'y est installée. La France est justement à la tête aujourd'hui de cette initiative au niveau de l'ONU jusqu'à la mi-2018 et nous avons proposé de pouvoir coordonner cet effort en termes de stockage des munitions, de meilleur contrôle des armes légères, ce qui est un véritable fléau dans la région et je pense que c'est une avancée en termes de sécurisation. De la même façon, nous avons pu acter une initiative en termes de lutte contre la criminalité et de lutte contre la radicalisation, qui est un des fléaux aussi de la région. Puisqu'il y a un fondamentalisme violent, qui, là aussi, se développe. Donc, l'Office, l'initiative qui avait été lancée à Paris lors de ce même Sommet l'année dernière, pour la jeunesse, pourra coordonner une initiative de lutte contre la radicalisation qui sera très utile dans la région. Plusieurs autres initiatives ponctuelles ont été développées. Nous avons en particulier un accord avec la Serbie, d'une part, et un accord avec la Bosnie-Herzégovine en termes de coopération et de lutte contre la criminalité qui a aussi pu être acté lors de ce Sommet. Le deuxième axe, c'est la jeunesse, en effet, il y a une jeunesse des Balkans qui doit pouvoir se rapprocher de la jeunesse européenne. Une série d'initiatives de rapprochement des sociétés civiles, un travail plus actif lié en particulier au numérique a été acté. Il y a un office donc qui a été mis en place l'année dernière avec une forte coopération en particulier de l'Office franco-allemand, qui va continuer son développement avec des actions très concrètes à destination de la jeunesse des Balkans Occidentaux qui ont besoin justement de ce rapprochement entre les sociétés civiles et d'une plus grande place de leur jeunesse. Nous voulons aussi, dans le cadre du développement d'une feuille de route numérique européenne, qui va occuper les prochains mois, puisque le Sommet de Tallinn en particulier, fin septembre, sera consacré à ce sujet, intégrer la problématique des Balkans et avoir des initiatives concrètes à l'égard de la jeunesse des Balkans. Enfin, le troisième axe d'avancée a été celui de la mobilité avec la signature, à l'instant, d'un protocole d'accord justement sur les infrastructures. C'est un gros travail, qui d'ailleurs avait connu un point d'étape à Paris l'année dernière, qui est conduit de près par la Commission européenne et qui permet le développement de cofinancements et de vrais projets d'infrastructures qui sont nécessaires pour le désenclavement des Balkans Occidentaux et de plusieurs pays des Balkans, en particulier la Bosnie-Herzégovine qui attendait avec beaucoup d'impatience une partie de ces projets. Le Kosovo était aussi très en attente, l'Albanie, c'est une série de projets qui sont extrêmement importants pour la région. Ce dialogue continu est extrêmement important. Il a permis de gérer en partie la crise des migrations, il y a maintenant près de deux ans. Parce que ce forum est un forum de dialogue qui a permis une meilleure coopération que ce que nous avons connu dans le passé. C'est un forum qui permet d'aller jusqu'au bout du processus de réconciliation engagé, il y a maintenant quelques années, qui est absolument indispensable pour la région. C'est un forum qui permet des avancées concrètes comme celles que je viens d'évoquer. C'est aussi une organisation de dialogue et de rapprochement entre ces pays des Balkans et l'Union européenne, dans le cadre d'un dialogue qui va vers un élargissement. Je suis, pour ma part, favorable à ce dialogue et à cette perspective d'élargissement. Je suis favorable à ce qu'on arrime ces pays avec l'Union européenne, pour éviter précisément que, face aux déstabilisations géopolitiques régionales, face aux déstabilisations d'ailleurs revendiquées par certains, aux crises migratoires, aux défis que chacun de ces pays a traversés, ces déstabilisations ne viennent à construire des ruptures dans une région qui est voisine. Nous sommes ici à Trieste et nous pouvons de ses côtes voir justement ces Balkans. Ils manifestent, cette vision manifeste la grande proximité qui est la nôtre, qui est une proximité historique, géographique, mais aussi une proximité de destins. Voilà ce que je souhaitais vous dire, avant le dîner de travail que nous allons maintenant partager, qui permettra aux ministres, en particulier le ministre des Affaires étrangères, qui est présent avec moi ici, de rendre compte des avancées dans chacun des différents secteurs, d'acter donc ces avancées, avant une rencontre qui se tiendra l'année prochaine à Londres. Demain, nous aurons un Conseil des ministres franco-allemand, nous reviendrons sur quelques-uns de ces sujets, en particulier les sujets de défense, les sujets de sécurité, les sujets migratoires et les coopérations fortes que nous souhaitons conduire justement avec l'Allemagne sur nombre des points que je viens d'évoquer. Nous continuerons l'activité diplomatique des prochains jours avec, d'une part, la réception de monsieur TRUMP à Paris, les 13 et 14 juillet, à l'occasion des Cent ans de la participation américaine au premier conflit mondial aux côtés de la France. Avec également la réception, le 16 juillet prochain, du Premier ministre israélien, monsieur NETANYAHOU. Plusieurs initiatives que nous conduirons, en particulier le ministre des Affaires étrangères se rendra dans la région du Golfe, à ma demande, pour pouvoir, dans un contexte de fortes tensions, aller discuter avec l'ensemble de nos partenaires. Puisque depuis le début de cette crise, la France joue un rôle d'intermédiaire, afin de baisser la tension. En discutant avec chacune des parties, de ramener le calme dans la région. Merci pour votre attention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/537.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/537.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a8bfc9b78e75283bb6038a13396db7ee87b9c99b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/537.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-JACQUES BOURDIN Christophe CASTANER est avec nous, bonjour... CHRISTOPHE CASTANER Bonjour. JEAN-JACQUES BOURDIN Porte-parole du gouvernement, chargé des Relations avec le Parlement, Christophe CASTANER nous allons peut-être être interrompu par l'avion de Donald TRUMP qui devrait se poser dans quelques minutes, nous diffuserons les images sur BFM TV et nous les commenterons pour RMC. Puisqu'on parle de 14 juillet, la visite de Donald TRUMP j'y reviendrai tout à l'heure Christophe CASTANER vous avez lu ou entendu le coup de colère du chef d'état-major des Armées Pierre de VILLIERS, 850 millions d'euros c'est ce qu'ont coûté les opérations extérieures, ces 850 millions d'euros seront à la charge de qui, de tous les ministères, il y aura une mutualisation, ou uniquement du ministère de la Défense ? CHRISTOPHE CASTANER D'abord ce sera à la charge des Français parce que ce dont on parle c'est le budget de la Nation et ce que vous avez vu aussi c'est le rapport de la Cour des comptes qui nous indiquait qu'il nous manquait neuf milliards, neuf milliards pour n'être qu'à 3 % de déficit - donc vous savez la situation de la France donc il a été demandé à chacun de faire des efforts, à tous les ministères de faire des efforts, y compris au ministère des Armées, mais une chose est sûre c'est que même avec ce gel de 850 millions d'euros le budget de l'Armée sera au même niveau que ce qui était prévu dans la loi de finance initiale qui a été votée. Donc il y a des moyens pour notre Défense, pour notre sécurité, il y a des efforts demandés. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous ne reviendrez pas sur ce gel, les 850 millions d'euros seront imputés au ministère de la Défense ? CHRISTOPHE CASTANER D'abord le président de la République rencontrera les militaires ce soir et, donc, je vais faire confiance au président de la République pour s'adresser aux militaires. JEAN-JACQUES BOURDIN Ah ! Ça veut dire qu'il pourrait revenir sur... CHRISTOPHE CASTANER Non, je ne crois pas qu'il... JEAN-JACQUES BOURDIN Non ? CHRISTOPHE CASTANER Je ne crois pas qu'il reviendra sur la photographie à l’instant présent. Ce qu'il fallait pour le ministre du Budget c'est de trouver 4,5 milliards d'euros, excusez-moi du peu, d'économies budgétaires - tous les ministères y contribuent et sur certaines lignes du ministère des Armées, de la Défense, il y a la possibilité de décaler non pas les salaires, non pas la sécurité, non pas les militaires eux-mêmes, mais de décaler quelques commandes sur du gros matériel par exemple et donc c'est pour ça qu'on a identifié ces 850 millions. Mais attention le chiffre peut sembler correspondre, mais nous finançons... JEAN-JACQUES BOURDIN Donc Emmanuel MACRON assume, assume, assume, ces 850 millions restent imputés on est bien d'accord au ministère de la Défense ? CHRISTOPHE CASTANER Ce qui compte pour nous... JEAN-JACQUES BOURDIN Il ne changera pas d'avis ce soir ? CHRISTOPHE CASTANER Non, mais ce qui compte pour nous et qui est plus fondamental encore, mais je ne veux pas esquiver sur la Défense, c'est qu'aujourd'hui... JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais il ne changera pas d'avis ce soir ? CHRISTOPHE CASTANER Je ne crois pas qu'il change d'avis d'ici ce soir, par contre il aura l'occasion de s'exprimer sur sa priorité qui est, et il l'a encore dit ce matin ans un grand quotidien régional, de faire en sorte que le budget des Armées pendant cette mandature soit en forte augmentation parce que c'est nécessaire pour la modernisation des Armées. Mais une chose est sûre c'est qu'à un moment donné il faut arrêter de dépenser l'argent que l'on n'a pas et donc je crois que ce qui est important dans ce qui s'est passé... JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais il y a des priorités tout de même ? CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr qu'il y a des priorités, le budget des Armées va fortement augmenter pendant la mandature, le président l'a dit ce matin dans... JEAN-JACQUES BOURDIN Dès 2018 ? CHRISTOPHE CASTANER Dès 2018 il y aura un effort qui sera fait sur ce budget ! Et je vous le redis attention le chiffre de 850 millions d'euros est effectivement un chiffre important, mais nous retrouverons, même avec ce chiffre de 850 millions d'euros en moins, nous retrouverons le budget initial de la loi de finance 2017 qui a été voté avec des efforts qui étaient faits pour l'Armée. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. CHRISTOPHE CASTANER Mais c'est difficile. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais dans les efforts qu'il va falloir faire il y a des efforts sur le service national universel dont on ne parle plus, plus personne n'en parle de ce service national universel, la mesure entrera en vigueur quand, c'était une promesse ? CHRISTOPHE CASTANER Une mission a été mise en œuvre pour réfléchir justement aux conditions de mise en œuvre de cela, donc, avant que celle-ci ait travaillé, je ne vais pas vous dire pour quand, mais nous souhaitons la mettre en œuvre pendant la mandature. Mais juste, attention, il ne s'agit pas de... JEAN-JACQUES BOURDIN Mais ça va coûter cher ça aussi ? CHRISTOPHE CASTANER Vous avez raison ! Et il ne s'agit pas de renforcer l'Armée parce que ce n'est pas une destination... JEAN-JACQUES BOURDIN Qui va payer, la Défense ? CHRISTOPHE CASTANER C'est tous les budgets qui seront mobilisés sur ce sujet-là, parce que ce n'est pas un enjeu militaire, ce que je peux vous dire c'est un enjeu de citoyenneté, faire en sorte qu'on retrouve l'esprit de ce qui était avant dans le service national un mois de classe - c'est-à-dire que pendant un mois tous les jeunes Français puissent se retrouver ensemble, qu'on puisse identifier à la fois les besoins de formation, les besoins de soins sanitaires avec ces examens qu'on peut faire pendant ce mois - mais, en même temps, qu'on puisse identifier ces jeunes qui sont les plus éloignés des valeurs de la République et que dès ce moment-là on puisse les accompagner et empêcher toute forme de radicalisation, vous connaissez comme moi l'enjeu. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien ! Sondage Elab pour Les Echos et Radio classique publié ce matin, 66 % des Français ne croient pas à la baisse des impôts en 2018, 66 %, vous voyez le scepticisme, le doute, baisse d'impôts de 11 milliards d'euros a annoncé le Premier ministre Edouard PHILIPPE. Je vais commencer, tiens, la baisse de l'impôt sur les sociétés 33 à 25 % ça commencera quand ? CHRISTOPHE CASTANER Dès l'année prochaine, une première tranche qui permettra de passer de 33 vers les 25 au terme de cette mandature. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien ! Suppression de la taxe d'habitation, on est bien d'accord - annonce faite ici d'ailleurs pendant la campagne par Emmanuel MACRON - dès 2018 première baisse de trois milliards d'euros, on est bien d'accord ? Tous les ménages... CHRISTOPHE CASTANER On est d'accord ! Et vous remarquerez que quand il était venu vous voir ici il avait annoncé en 2019 et donc, finalement, c'est avec une année d'avance et donc je comprends le scepticisme je rebondis sur votre première remarque je comprends le scepticisme, mais en même temps parce qu'on a tellement menti aux Français sur la dépense publique que maintenant l'opération vérité que nous voulons mettre en œuvre elle génère du doute, eh bien soyons jugés dans la durée et je réponds à vos questions. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc première hausse de trois... première... CHRISTOPHE CASTANER Baisse ! JEAN-JACQUES BOURDIN Première baisse de trois milliards... CHRISTOPHE CASTANER Vous voyez on a tellement l'habitude des hausses. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, de hausses oui ça c'est sûr oui, avec cette suppression de la taxe d'habitation on est bien d'accord tous les ménages de 2018, tous les ménages seront concernés dès 2018 ? CHRISTOPHE CASTANER Ce n'est pas totalement arrêté mais l'hypothèse la plus vraisemblable c'est qu'effectivement il y ait déjà un tiers de baisse qui compensera largement d'ailleurs la hausse de CSG que nous mettons en œuvre pour augmenter de 20 milliards le pouvoir d'achat des salariés. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, 30 % de taxe d'habitation en moins dès 2018 ? CHRISTOPHE CASTANER C'est l'hypothèse la plus vraisemblable. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est l'hypothèse vraisemblable ou c'est l'hypothèse... CHRISTOPHE CASTANER Non mais je suis honnête avec vous, Jean-Jacques BOURDIN, l'objectif c'est de la baisser de trois milliards sur un peu moins de 10, donc 30 %... JEAN-JACQUES BOURDIN D'accord. CHRISTOPHE CASTANER Ensuite, comment on va l'organiser ? Ce sera dans le cadre de la loi de finance. JEAN-JACQUES BOURDIN Tout le monde, les 80 % seront concernés ? CHRISTOPHE CASTANER Je vous dirais que c'est la commande du Premier ministre et du président. JEAN-JACQUES BOURDIN Bon d'accord, bon d'accord. Dites-moi et la contribution à l'audiovisuel public, qu'est-ce qu'elle va devenir, parce qu'elle était englobée avec la taxe d'habitation la taxe audiovisuelle, elle sera supprimée ou pas ? CHRISTOPHE CASTANER C'est une ligne supplémentaire, non je n'ai pas le souvenir qu'il y ait eu d'annonce d'Emmanuel MACRON sur sa suppression... JEAN-JACQUES BOURDIN Non, non, mais moi je vous pose la question. CHRISTOPHE CASTANER Et donc elle sera discutée dans le cadre de la loi de finance. JEAN-JACQUES BOURDIN Et augmentée ? CHRISTOPHE CASTANER Je ne crois pas, nous ne travaillons pas sur cette hypothèse, mais chaque année vous savez c'est un débat : un euro de plus, deux euros de plus. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. Est-ce qu'elle sera augmentée ? CHRISTOPHE CASTANER Pour l'instant ce n'est pas dans les hypothèses de travail du ministère de la Culture. JEAN-JACQUES BOURDIN Suppression des cotisations maladie et chômage payées par les salariés, on est bien d'accord, j'y reviens, augmentation de la CSG en contrepartie de 1,7 %... CHRISTOPHE CASTANER Mais en insistant sur le fait que c'est 20 milliards en plus qui sont neutralisés par ces 20 milliards. Là-dessus c'est juste un transfert de pouvoir d'achat pour tous les gens qui travaillent, parce que et vous le savez comme moi ce dont les Français souffrent c'est le sentiment de travailler et de ne pas assez être rémunérés, il y a eu des baisses de charges pour les entreprises, c'était nécessaire, il faut maintenant avoir des baisses de charges fortes pour les salariés pour augmenter leur pouvoir d'achat. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu'il est juste de faire payer les retraités aux revenus supérieurs à 1.200 euros par mois, franchement ? CHRISTOPHE CASTANER Alors on est plutôt à plus de 1.400, mais, même à 1.400... JEAN-JACQUES BOURDIN 1.400, mais même à 1.400 on n'est pas riche. CHRISTOPHE CASTANER Donc, c'est pour ça que nous le compensons et que nous le compensons par la taxe d'habitation. Ce qui est sûr c'est que la CSG est plus juste parce que plutôt que de faire porter tout l'effort uniquement sur ceux qui travaillent vous faites porter l'effort sur tout le monde, y compris sur les revenus du capital. Mais vous avez raison il y a 56 % des retraités qui seront perdants avec cette augmentation de 1.7, c'est simple depuis 2.000 euros... JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, vous assumez ? CHRISTOPHE CASTANER Mais je vais jusqu'au bout, 2.000 euros ça fait 34 euros d'augmentation chaque mois, mais on compense par la taxe d'habitation, et si chacun peut faire derrière la télé ou derrière son poste de radio le calcul ils s'apercevront que même un tiers de la baisse dont on vient de parler sera supérieure à cette hausse de CSG. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. Mais, si je suis fonctionnaire... CHRISTOPHE CASTANER Et donc il n'y aura pas pour l'essentiel des retraités de perte, il y aura même un gain. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais, si je suis fonctionnaire, j'aurais de la perte ? CHRISTOPHE CASTANER Non, parce que là DARMANIN le ministre s'est engagé... JEAN-JACQUES BOURDIN Ah, bon, compensation ? CHRISTOPHE CASTANER Il y a une négociation sur ces sujets-là qui sera engagée en septembre pour avoir une neutralisation de cette perte. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire compensation, alors, pour les fonctionnaires ? CHRISTOPHE CASTANER Oui, oui, neutralisation de l'augmentation, compensation... JEAN-JACQUES BOURDIN Comment, sous forme de prime, comment ? CHRISTOPHE CASTANER J'ai échangé ce matin avec Gérald DARMANIN qui est en charge de cela et donc il a proposé aux partenaires sociaux de la fonction publique une séance de travail à l'automne, dès septembre, pour neutraliser cette augmentation parce qu'évidemment il n'est pas question qu'il y ait une perte de pouvoir d'achat pour les fonctionnaires. JEAN-JACQUES BOURDIN Même chose pour les indépendants ? CHRISTOPHE CASTANER Mais attention à une chose la dépense dans la fonction publique, notamment pour le salaire des fonctionnaires, même si vous n'embauchez pas elle augmente, elle augmente de façon mécanique, donc là encore c'est de la dépense publique, la dépense publique c'est de l’impôt, donc il nous faut aussi là-dessus tenir les cordons de la bourse et faire en sorte qu'on ne dépense pas plus l'année prochaine sur nos dépenses publiques parce que toutes ces baisses d'impôts il va falloir les compenser et il va falloir les compenser par des baisses de dépense publique et je ne voudrais pas que l'année prochaine vous m'invitiez en me disant : « Ah oui mais alors les 11 milliards-là ils sont compensés sur tel ou tel ministère », oui il va falloir que tous les ministères contribuent à la baisse de la dépense publique. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Christophe CASTANER il y a une question que j'ai posée, je crois que c'était à Bruno LE MAIRE la semaine dernière, la défiscalisation des heures supplémentaires oui ou non dès 2018 ? CHRISTOPHE CASTANER Non, pas dès 2018... JEAN-JACQUES BOURDIN Non, pas dès 2018. CHRISTOPHE CASTANER Ce n'est pas aujourd'hui dans les engagements, on a parlé de 11 milliards d'euros des baisses d'impôts, vous le savez ce n'est pas pour 2018 dedans. Mais en même temps on n'a pas été élus seulement pour une année, on a été élus pour cinq ans, donc il y a la volonté d'accélérer vous l'avez vu la semaine dernière, il y a eu une accélération, nous sommes passés d'une baisse de sept milliards à 11 milliards - mais tout ne sera pas fait dès 2018. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais ça sera fait les années suivantes ? CHRISTOPHE CASTANER Oui, je pense que ça reste évidemment... JEAN-JACQUES BOURDIN Sous forme d'exonération de cotisations sociales, c'est cela... CHRISTOPHE CASTANER Oui, et seulement... JEAN-JACQUES BOURDIN C'est ce qu'a promis Emmanuel MACRON ? CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr, et seulement de cotisations et pas d'impôts, je vous rappelle que Nicolas SARKOZY quand il les avait mises en œuvre avait été plus loin, il avait aussi proposé la défiscalisation en matière d'impôts, François FILLON dans son programme n'avait pas voulu reprendre cette mesure, Emmanuel MACRON l'a repris et nous souhaitons la mettre en œuvre. JEAN-JACQUES BOURDIN Suppression du RSI ? CHRISTOPHE CASTANER 1er janvier de l'année prochaine. JEAN-JACQUES BOURDIN 1er janvier de l'année prochaine. Rattachement au régime général de la Sécurité sociale ? CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr ! Et c'est aussi dans ce cadre-là et je vais répondre à la question suivante celle sur les fonctionnaires, les indépendants vont aussi avoir une augmentation de la CSG, donc il nous faudra travailler justement au moment de la suppression du RSI sur la neutralisation, parce qu'il n'y a pas de raison que les indépendants paient plus... JEAN-JACQUES BOURDIN Ca veut dire que les cotisations payées par les commerçants, les artisans, les indépendants seront moindre que ce qu'ils payaient jusque-là à travers le RSI ? CHRISTOPHE CASTANER La volonté de neutraliser cette augmentation de CSG. JEAN-JACQUES BOURDIN Ca veut dire que les cotisations seront en baisse ? CHRISTOPHE CASTANER Nous prendrons en compte cela évidemment. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, ça c'est important, c'est important pour eux... CHRISTOPHE CASTANER Oui, oui. JEAN-JACQUES BOURDIN Et vous le savez, vous le savez. CHRISTOPHE CASTANER Surtout que pour certains, si on a une traduction, une adhésion directe au régime général, pour certains ça fait une augmentation de 40 à 50 %, nous le savions, nous savions que le RSI ne fonctionnait pas bien et donc le rattachement au régime général avec un guichet unique qui soit dédié aux indépendants va faciliter le système, mais, en même temps, il n'était pas question de leur dire : « Oui mais alors ça va être mieux mais ça va vous coûter 50 % de plus », ils sont déjà en fragilité n'en rajoutons pas ; et donc l'engagement que nous avons pris et nous allons le mettre en œuvre c'est la suppression du RSI très vite, je sais que ça inquiète, y compris les salariés du RSI, mais ils seront intégrés dans le dispositif parce qu'on doit prendre en compte leur travail, mais il faut améliorer le travail, je ne passe pas une journée sur mon territoire sans rencontrer quelqu'un qui me dit : « le RSI ça ne marche pas »... JEAN-JACQUES BOURDIN Evidemment ! CHRISTOPHE CASTANER Et, quand ça ne marche pas, il faut changer. JEAN-JACQUES BOURDIN Réforme de l'ISF dès 2018 on est bien d'accord, flat taxe sur l'épargne aussi, 30 % dès 2018, ça aussi ce sont des mesures qui sont confirmées... CHRISTOPHE CASTANER C'est bien déjà. JEAN-JACQUES BOURDIN Ca avantage les plus riches ça, non ? CHRISTOPHE CASTANER Non, sur l'ISF... JEAN-JACQUES BOURDIN J'ai vu que toutes les études montrent quand même que ce sont ceux qui gagnent le plus qui sont indirectement concernés. CHRISTOPHE CASTANER Mais en fait on change de... vous savez plus on est riche... JEAN-JACQUES BOURDIN Ah ! Alors-y. CHRISTOPHE CASTANER Je veux dire plus on est riche, plus on paie d'impôts, il y a 50 % des Français qui ne paient pas d'impôts qui pourtant s'intéressent à la question de l'impôt... JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, oui, mais ça je suis totalement d'accord... CHRISTOPHE CASTANER Là ce qu'on veut c'est changer le regard, c’est à dire que dans ce pays on a l'habitude de fiscaliser la rente et jamais de défiscaliser la prise de risque, quelque part si vous placez dans l'immobilier vous êtes tranquille, si vous prenez le risque de placer dans l'économie réelle dans une entreprise vous êtes pénalisé. Donc, qu'est-ce qu'on fait ? On retire de l'ISF tout cet investissement qui est fait dans l'entreprise, dans une petite entreprise, dans une plus grosse entreprise, et donc c'est cet investissement-là qui crée de l'emploi et, donc, on ne veut pas pénaliser ce qui aujourd'hui suscite un risque pour celui qui investit dans l'entreprise et que, au contraire, on a besoin d'argent pour financer notre économie et, donc, il ne s'agit pas de faire un cadeau aux riches, il s'agit de financer l'économie réelle française plutôt que des fonds de pension ou des fonds d'investissement dans l'immobilier. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Christophe CASTANER, j'ai une question avant de voir Donald TRUMP quitter AIR FORCE ONE, parce que la passerelle a été... juste une question très vite, Emmanuel MACRON tiendra-t-il sa promesse, le tiers-payant généralisé entrera-t-il en vigueur le 1er décembre ? CHRISTOPHE CASTANER Oui, nous travaillons sur cela. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui ? CHRISTOPHE CASTANER Il y a une hésitation, vous me posez la question parce qu'il y a une hésitation depuis... JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, bien sûr. Est-ce qu'il entrera généralisé en vigueur le 1er décembre, obligatoire ? CHRISTOPHE CASTANER C'est notre objectif de le garantir. Après c'est un peu compliqué avec les professionnels de santé qui s'en inquiètent - et on peut comprendre qu'ils s'en inquiètent donc il faut leur garantir que ça se fera sans qu'ils perdent de l'argent, sans que ça consomme trop de temps. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, le tiers-payant généralisé entrera en vigueur obligatoirement le 1er décembre ? CHRISTOPHE CASTANER Pour tout le monde, c'est notre objectif, c'est de faire en sorte que ça se passe le mieux possible. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc c'est confirmé, c'est confirmé, vous allez... CHRISTOPHE CASTANER Vous savez qu'il y a une hésitation... JEAN-JACQUES BOURDIN Eh oui, oui, oui. CHRISTOPHE CASTANER Et que la ministre a corrigé elle-même son hésitation. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, maintenant, ça y est ? CHRISTOPHE CASTANER Je vous le confirme. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous me le confirmez. CHRISTOPHE CASTANER Je ne dis rien d'autre que le dernier propos de la ministre. JEAN-JACQUES BOURDIN Le dernier propos de la ministre. Tiens cette petite phrase sur Muriel PENICAUD-là, je n'ai pas très bien compris votre petite phrase : « je demande à la presse de ne pas chercher à affaiblir Muriel PENICAUD car nous sommes dans un moment important pour la réforme du travail ». CHRISTOPHE CASTANER Je vais vous dire c'était une maladresse de ma part, mon propos était plus global sur le fait de dire : « attendez, on sait tous qu'on lui tire dessus parce qu'elle est hyper-exposée » et la traduction que j'en ai faite et cette petite phrase qui est prise dans un propos un peu plus global était une maladresse. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais enfin si elle est affaiblie c'est sa faute, non ? CHRISTOPHE CASTANER Non, ce n'est pas de sa faute. JEAN-JACQUES BOURDIN Eventuellement ? CHRISTOPHE CASTANER Non, ce n'est pas de sa faute, elle n'est pas condamnée... JEAN-JACQUES BOURDIN Pour l'instant non, mais si jamais elle est affaiblie, pardon... CHRISTOPHE CASTANER Non, ce que je voulais dire après avoir reconnu mon erreur de langage, ce que je voulais dire c'est que parce qu'elle est exposée, parce qu'elle est au combat, parce qu'elle est au front, évidement elle est une cible. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. Je termine, puisqu'on va beaucoup parler de terrorisme avec Donald TRUMP, enfin pas nous, Emmanuel MACRON, il y a des femmes, il y a des enfants Français que l'on a retrouvés à Mossoul ou à Raqqa, ils étaient partis pour le Djihad - parfois contre leur gré ou pas, certains enfants sont même nés en Irak ou en Syrie qu'en fait-on ? La France doit-elle les rapatrier et les accueillir ? CHRISTOPHE CASTANER Vous avez raison c'est un gros problème, en gros il y a trois tiers dans les Français qui sont partis au Djihad, un tiers d'hommes, la plupart ne reviendrons pas nous le savons, un tiers de femmes... JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire qu'ils seront tués ? CHRISTOPHE CASTANER Ils mourront sur place. JEAN-JACQUES BOURDIN Ils seront tués ? CHRISTOPHE CASTANER Beaucoup sont morts d'ailleurs dans les combats. JEAN-JACQUES BOURDIN Et ils seront tués non pas directement par les forces françaises mais avec l'aide des forces irakiennes ou autres ? CHRISTOPHE CASTANER Vous savez quand on part faire la guerre, y compris contre son propre pays, il faut assumer le risque... JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, ils seront tués ? CHRISTOPHE CASTANER Et qu'ils l'assument. JEAN-JACQUES BOURDIN Et nous ne ferons rien pour empêcher cela ? CHRISTOPHE CASTANER Je vous dis qu'ils l'assument, s'ils décident de faire la guerre à la France qu'ils assument leur risque. JEAN-JACQUES BOURDIN Et qu'ils assument la mort ? CHRISTOPHE CASTANER Par contre, je vais répondre à votre question, sur les femmes et les enfants c'est une vraie difficulté, c'est pour ça que ceux qui évoquent la déchéance de nationalité se trompent parce que si vous retirez la nationalité à ces femmes et à ces enfants qui un jour vont vouloir revenir, ils reviendront, ils reviendront mais vous ne les suivrez pas, et donc il faut effectivement faire en sorte qu'ils reviennent, qu'ils soient incarcérés, qu'ils soient dans des centres fermés, dédiés, avec un travail psychologique qui sera... JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, on va les accueillir... CHRISTOPHE CASTANER Ils sont Français, donc ils rentreront en France. JEAN-JACQUES BOURDIN Ils sont Français, et les faire rentrer dans des centres... CHRISTOPHE CASTANER Il faut des centres dédiés et ce sera … JEAN-JACQUES BOURDIN On en a ? CHRISTOPHE CASTANER Oui on en a. Et il faudra des ailes spécialisées dans certaines prisons sur ce sujet. Et il faut avoir en tête que certains enfants, j'ai vu dans la campagne présidentielle, parce que j'étais préparé à ce dossier-là aussi, j'ai vu des images d'enfants français d'une dizaine d'années exécutés. Et donc ces enfants à un moment donné nous savons psychologiquement dans quel état ils seront. Donc il nous faut évidemment faire en sorte de les désintoxiquer. Le terme est un peu dur mais la violence de ce qu'ils ont fait, de ce qu'ils ont subi surtout nécessite que nous puissions les accompagner. C'est pour ça, je le dis avec une certaine gravité, ceux qui se contentent de dire « déchéance de nationalité » se trompent, parce que ces enfants perdus reviendront à un moment donné en France, nous les connaissons ; il est important que nous puissions les identifier, les incarcérer, les accompagner. JEAN-JACQUES BOURDIN On attend maintenant Donald TRUMP et Mélania TRUMP vont quitter Air Force One qui a atterri, qui est à Orly ; cette visite de Donald TRUMP… C'est le président des Etats-Unis qui est reçu, parce que finalement les Français comprennent… CHRISTOPHE CASTANER J'espère qu'ils comprennent, je trouve que la polémique… JEAN-JACQUES BOURDIN Voilà ils sortent de l'avion, on va regarder, priorité au direct. (…) Qu'est-ce que ça vous inspire ? CHRISTOPHE CASTANER Je voudrais revenir sur la polémique que certains ont voulu lancer « c'est pas bien d'accueillir le président des Etats-Unis ». D'abord pour deux raisons il fallait l'accueillir. La première c'est qu'il vient pour commémorer l'engagement des troupes américaines qui sont venues il y a un siècle… JEAN-JACQUES BOURDIN Ils n'ont rien sauvé du tout, deux divisions, il y avait 450 divisions sur le terrain… CHRISTOPHE CASTANER Oui mais ce n'est pas eux qui ont fait gagner la guerre. Mais ils sont venus alors que beaucoup sont seraient restés chez eux. Et donc du coup ils sont venus, ils se sont engagés. Et donc c'est bien qu'on puisse leur rendre hommage et que le président des Etats-Unis soit là pour cet hommage national rendu aux troupes américaines qui par deux fois se sont engagées pour sauver notre liberté, ça me parait bien. Et j'avoue, je trouve un peu indigne cette fausse polémique lancée par quelque uns. Et puis ensuite il y a un enjeu diplomatique, les Etats-Unis aujourd'hui sur certains sujets comme sur le climat se replient sur eux-mêmes. Vous avez vu au G20 la motion, seuls les Etats-Unis n'ont pas validé le plan climat proposé par l'accord de Paris. Les 19 autres oui. Donc on a une posture, on condamne, on rejette, on dit il n'est pas sympa, on ne l'aime pas et on ne lui parle plus ou alors on a l'inverse. Ce qu'Emmanuel MACRON veut faire, c'est-à-dire le ramener dans le cercle, le ramener dans la discussion, faire en sorte que le président des Etats-Unis, qui reste la première puissance mondiale, soit non pas exclu du cercle. Et si la France peut jouer un rôle de facilitateur moi je suis fier que ce soit Emmanuel MACRON qui contribue à ça. JEAN-JACQUES BOURDIN Une dernière chose, Manuel VALLS, qui a tweeté « la suppression du secrétariat général aux victimes du terrorisme est une erreur. Je demande à Edouard PHILIPPE d'entendre les associations ». CHRISTOPHE CASTANER Manuel a créé ce ministère donc je peux comprendre qu'il y soit attaché, mais moi ce que je sais c'est que plutôt qu'une députée qui est devenue ministre pour se charger de cela, le Premier ministre a installé hier un comité interministériel avec une femme magistrate qui aura au moins la même énergie, mais peut-être plus encore de compétence parce qu'elle a travaillé sur ces sujets-là du terrorisme pour suivre le dossier. Et donc le symbole d'un secrétariat d'Etat n'est jamais une garantie d'efficacité. Je suis secrétaire d'Etat et je sais de quoi je parle sur le risque d'inefficacité, ça peut m'arriver quelquefois, j'ai dit que je pouvais même dire des bêtises des fois. Et donc je préfère moi aujourd'hui avoir une administration forte rattachée au Premier ministre avec la puissance du Premier ministre pour faire en sorte que cette urgence, cette nécessité de dialogue, d'accompagnement, de soutien à toutes les victimes et à tous les proches des victimes soit mobilisée. Ne cherchons pas de gadget, faisons en sorte d'être efficace. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci Christophe CASTANER d'être venu nous voir. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/538.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/538.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..01bc903290bd89cc2acd0d6e6d7d57117d332569 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/538.txt @@ -0,0 +1 @@ +GERARD COLLOMB Bonjour. CAROLINE ROUX Alors le Premier ministre a présenté hier un plan immigration. En quoi les mesures annoncées hier pourront éviter par exemple ce qui se passe à Calais, ce qui se passe Porte de la Chapelle, à savoir des migrants qui sont évacués et qui reviennent. GERARD COLLOMB Si vous voulez le plan que nous proposons se déclinent en trois points. Le premier point c'est d'essayer de faire en sorte qu'on n'ait plus ces flux de personnes qui aujourd'hui passent à travers le Niger, passent à travers la Libye et qui arrivent quelquefois en Italie, quelquefois en France, et donc nous allons mener un certain nombre d'actions pour pouvoir limiter ce flux. Le deuxième point c'est que ceux que nous déclarons demandeurs d'asile nous allons le faire de manière accélérée. Aujourd'hui cela prend 14 mois, nous allons réduire en six mois. Enfin, aujourd'hui il y a très peu de gens qui quittent la France, nous allons accélérer ce mouvement, et moi j'ai donné des ordres aux Préfets pour qu'effectivement celles et ceux qui se voient refuser le droit d'asile doivent quitter le territoire. CAROLINE ROUX Alors, je m'arrêterais sur le dernier point, c'est d'ailleurs une des phrases prononcées hier par le Premier ministre, il dit « les migrants déboutés de leur demande d'asile feront systématiquement, systématiquement l'objet d'une mesure d'éloignement ». Quel délai vous fixez pour renvoyer ces demandeurs d'asile déboutés chez eux ? On le sait depuis toujours, c'est la voie classique de l'immigration illégale en France. Qu'est-ce qui va changer concrètement ? GERARD COLLOMB Alors si vous voulez tout dépend des pays. D'abord vous avez un certain nombre de personnes qui ont déjà fait leur demande d'asile dans un autre pays et qui la retentent en France. On va reprendre contact avec ces pays, on va leur renvoyer ceux qui effectivement sont en charge dans leur pays. Ensuite nous allons passer des accords, pays par pays, parce qu'on sait bien quels sont les pays dont sont aujourd'hui originaire l'immigration, de manière à ce que nous puissions leur renvoyer un certain nombre de migrants. Enfin, si vous voulez vous avez les pays qui sont surs et avec qui nous devons traiter ; je prends un exemple, l'Albanie aujourd'hui est un pays sur, les ressortissants peuvent venir sans visa et ensuite ils se déclarent demandeurs d'asile. J'ai téléphoné avant-hier au Premier ministre et donc nous cherchons une solution pour que ces migrants puissent retourner chez eux. CAROLINE ROUX Je ne veux pas être désagréable de bon matin, mais qu'est-ce qu'il y a de nouveau dans la façon d'appréhender le problème, c'est-à-dire augmenter un peu les places d'accueil, limiter au maximum les filières, travailler avec les pays d'origine, qu'est-ce qu'il y a de nouveau dans votre façon de prendre le problème ? GERARD COLLOMB C'est surtout, si vous voulez, la volonté de le faire. Parce que jusqu'à présent, on va dire, qu'on annonçait un certain nombre de choses et on ne le faisait pas. Pour la première fois un certain nombre d'avions ramène les migrants dans leur pays, et donc nous avons vraiment décidé de nous attaquer à ce problème avec une extrême fermeté. CAROLINE ROUX Est-ce que vous avez accepté sans rien dire la réduction de votre budget ? GERARD COLLOMB Si vous voulez sur notre budget c'est le budget d'abord de 2017, donc c'est la fin du budget. CAROLINE ROUX 526 millions d'économie. GERARD COLLOMB Mais en même temps c'est 526 millions de réduction mais c'est le plus gros budget en exécution que nous aurons connu depuis 2002. Parce que le budget avait été sur-budgétisé, et donc aujourd'hui ce que nous perdons par rapport à la masse du budget c'est à peine plus d'1 %, donc on va dire que finalement on s'en tire pas trop mal. CAROLINE ROUX Alors là vous nous faites une explication de texte, pardonnez-moi, mais on annonce, le ministre de l'Economie annonce 536 millions d'euros d'économie, et combien concrètement allez-vous demander comme effort à vos troupes, à votre ministère ? C'est combien, vous dites 1 %, c'est combien ? GERARD COLLOMB Si vous voulez nous avons un budget qui aujourd'hui est de plus de 12 milliards, donc vous voyez ça représente des sommes qui sont relativement petites. Et donc nous allons pouvoir jouer sur un certain nombre de postes d'économie. CAROLINE ROUX Alors lesquels ? GERARD COLLOMB Vous voyez nous n'en sommes même plus maintenant ça c'est le budget 2017, hier je suis allé préparer le budget 2018 et on a égrené poste par poste, à la fois les mesures sur lesquelles on pouvait faire des économies et puis en même temps des mesures nouvelles dont nous avions besoin. Quelques pistes d'économie : par exemple chacun a son laboratoire de police scientifique, est-ce que ça ne serait pas mieux que Gendarmerie, Police, éventuellement Préfecture de Paris aient le même laboratoire ? Aujourd'hui nous avons par exemple trois écoles de formation des chiens ; est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux y en avoir ? Voilà toute une série de mesures sur lesquelles nous travaillons et sur lesquelles nous allons faire des économies. CAROLINE ROUX Vous n'avez pas l'air inquiet, les syndicats de police le sont inquiets. Ils expliquent par exemple que leurs heures supplémentaires ne sont toujours pas payées, etc, donc comment est-ce que vous pouvez les rassurer ce matin ? GERARD COLLOMB Si vous voulez nous avons fait prendre dans les mesures qui elles sont certaines, ce qui a été donc donné dans l'accord sur le temps de travail, et donc ça c'est des choses qui ne sont pas remises en cause. De la même manière nous avons bien insisté sur le fait que le déploiement des armes technologiques, des tablettes qu'ils ont aujourd'hui, qu'on a plus d'ailleurs dans la Gendarmerie que dans la Police, seront bien effectivement distribuées et qu'on aura bien demain une Police, une Gendarmerie connectées. CAROLINE ROUX Est-ce que vous pouvez leur dire ce matin que le budget 2018 sera en augmentation? GERARD COLLOMB 2018 c'est l'année la pire, si vous voulez, pourquoi? Parce que vous avez en fait dans le budget précédent une fausse estimation. Donc on découvre tout d’un coup qu'il y a 8 milliards de crédit qui étaient annoncés et qui n'existaient pas. Donc moi je découvre par exemple que dans tel ou tel secteur je ne peux même pas payer jusqu'à la fin de l'année. Donc je suis obligé de réabonder pour pouvoir payer un certain nombre de dépenses. CAROLINE ROUX Donc ce sera rude aussi en 2018, c'est ce que vous nous expliquez ce matin. GERARD COLLOMB Oui on va dire qu'il y a deux années qui sont … CAROLINE ROUX On va dire ça comme ça. Combien d'effectifs sont mobilisés, nous sommes à la veille du 14 juillet, un an après les attentats de Nice, 14 juillet avec la venue également de Donald TRUMP, c'est un 14 juillet sous tension. GERARD COLLOMB Bien sûr. Nous avons mobilisé 86 000 personnes, donc ça veut dire un effort tout à fait impressionnant, et donc je pense que nous pouvons faire en sorte que les choses se passent dans le calme. La situation est sous contrôle, comme on dit. CAROLINE ROUX Juste une dernière question, il y a eu une interpellation hier à Gonesse d'un fiché S, par les hommes du RAID. Est-ce que c'était un homme qui visait à passer à l'action ? Pourquoi a-t-il été interpellé ? GERARD COLLOMB Vous savez il y a beaucoup de contrôles qui se font sur les fichés S parce que vous avez toute une série de catégories, ce n'est pas forcément dans les fichés S radicalisation. Bon ! Après ça arrive tous les jours ; la semaine dernière par exemple nous avons eu une affaire entre Belges et Français, où peut-être il(s) s'apprêtai(ent) à commettre un attentat. Ça veut dire que le niveau de menace reste extrêmement haut. CAROLINE ROUX Merci beaucoup Gérard COLLOMB. GERARD COLLOMB Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/539.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/539.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c7a1cd8af4a1fc3b8a7f96a10a21a86d7f13ab12 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/539.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le président de la République et la chancelière fédérale ainsi que les ministres présents des deux gouvernements ont décidé aujourd'hui d'approfondir encore la coopération entre la France et l'Allemagne. Le Conseil des ministres franco-allemand est convenu de plusieurs projets concrets dans les domaines de l'éducation et de la culture, de la défense et de la sécurité, en matière économique et sociale. Nous avons fixé des feuilles de route pour la réalisation de ces projets. La protection du climat représente également une priorité de notre coopération et nécessite une action transversale dans tous les domaines. La France et l'Allemagne souhaitent appuyer la mise en œuvre ambitieuse de l'Accord de Paris à tous les niveaux. À cette fin, il est prévu notamment de lancer plusieurs initiatives communes en matière de protection du climat à l'échelle mondiale, qui souligneront les bénéfices économiques d'un développement responsable tout en répondant aux besoins des pays les plus vulnérables. Pour mettre en œuvre l'Accord de Paris, nous collaborons étroitement au sein des forums compétents tels que le G20 et les Nations unies. Lors de la réunion du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité, le président de la République et la chancelière fédérale ainsi que les ministres des affaires étrangères, de la défense, de l'intérieur et du développement ont examiné les possibilités d'offrir davantage de sécurité aux populations française, allemande et européenne. La France et l'Allemagne œuvrent pour une coopération approfondie et améliorée en matière de sécurité et de défense en Europe. Nous nous sommes accordés sur des engagements communs qui permettront de proposer à nos partenaires un accord sur un nouveau cadre politique ambitieux et inclusif (la « coopération structurée permanente »). De plus, la France et l'Allemagne ont défini les conditions préalables communes qui assureront le succès du Fonds européen de défense. Nos deux pays ont également lancé une « Alliance pour le Sahel » qui contribuera, grâce à une concertation plus étroite et à des moyens financiers importants, à la stabilité et au développement de la région, seule réponse durable au terrorisme. Pour renforcer la sécurité intérieure, la France et l'Allemagne ont adopté des initiatives afin de mieux contrôler les frontières, de renforcer l'échange de renseignement et de lutter résolument contre la propagande terroriste en ligne. Nous souhaitons également mieux protéger le cyberespace qui ne doit pas devenir un lieu de radicalisation et de recrutement pour les terroristes. « Être efficace et ambitieux » Concernant l'éducation et la culture, nous souhaitons favoriser la mobilité des jeunes et leur transmettre à cette fin les compétences linguistiques nécessaires. C'est pourquoi le Conseil des ministres franco-allemand a décidé de promouvoir de manière encore plus intensive l'apprentissage de la langue du partenaire, de relancer les partenariats entre établissements scolaires et d'élargir les programmes Erasmus, notamment dans le domaine de la formation professionnelle. La France et l'Allemagne s'engageront ensemble pour la préservation de la diversité culturelle. Nous voulons à cet égard initier le projet d'Erasmus de la culture et accélérer le rapprochement de nos instituts culturels à l'étranger. En matière économique et sociale, nous partageons l'ambition de donner à l'Europe de nouvelles impulsions grâce à notre travail commun. La France et l'Allemagne élaboreront une position commune sur les éléments centraux d'une assiette d'imposition des entreprises et mèneront une réflexion commune sur la fiscalité écologique et numérique, à l'heure où la création de valeur est soumise à des changements profonds. Nos deux pays sont également côte à côte dans la lutte contre le dumping social, défendant ensemble une révision de la directive sur le travail détaché, un commerce international ouvert et régulé, davantage de réciprocité dans l'accès aux marchés publics et un contrôle des investissements stratégiques réalisés en Europe. Rendre notre économie plus forte nécessite surtout de saisir les opportunités d'avenir : nos deux pays mettront en place une nouvelle action de financement des start-up et renforceront leurs projets conjoints de recherche et de développement industriel dans les domaines clés des nanotechnologies ou des batteries électriques. La France et l'Allemagne intensifieront également leur collaboration en matière d'intégration. Le Conseil franco-allemand d'intégration a commencé ses travaux aujourd'hui. Dans ce cadre, l'Allemagne et la France apprendront l'une de l'autre comment renforcer la cohésion sociale dans nos deux pays. Nous entendons également échanger les bonnes pratiques dans le domaine de l'apprentissage de la langue et de la transmission des valeurs démocratiques. Le Conseil des ministres franco-allemand réuni aujourd'hui témoigne de la grande force d'innovation de la coopération franco-allemande et constitue une étape importante dans l'approfondissement de notre relation, socle irremplaçable du développement de l'Europe. Nous savons que seule une Europe forte peut garantir le bien-être durable de nos deux pays. La France et l'Allemagne réfléchiront à la manière d'intensifier leur coopération bilatérale et les instruments qui l'accompagnent, ainsi que d'impulser le processus d'intégration européenne. Par ailleurs, le Conseil des ministres franco-allemand a chargé les représentants permanents auprès des Nations unies d'élaborer des propositions en vue d'une coopération franco-allemande plus étroite entre les missions permanentes auprès des Nations unies. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/540.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/540.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f5dc70e14da151a45afb7b46fdc6e48de8f6d47c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/540.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Monsieur le Président de la Commission des Lois, Monsieur le Rapporteur de la Commission des Lois, Monsieur le Rapporteur pour avis de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, J'étais vendredi dernier à Nice pour la cérémonie commémorant l'attentat du 14 juillet. Toutes celles et tous ceux qui étaient présents ce jour avaient le cœur serré parce que tous comprenaient que c'était tout une ville qui était touchée. Chacune et chacun ayant parmi ses proches, ses amis, dans l'école de ses enfants, sur son lieu de travail, une personne qui avait été ce jour-là tuée ou gravement blessée. Oui, il y a un peu plus d'un an, ils étaient des dizaines de milliers sur la promenade des Anglais à regarder le feu d'artifice. Il faut imaginer le sourire des enfants, la joie des parents ou des grands-parents, qui pensaient leur avoir apporté un moment de bonheur en les amenant ici. Et puis soudain, l'horreur absolue. Des centaines de blessés, 86 personnes arrachées à la vie, simplement parce qu'un individu fanatisé par la propagande terroriste avait décidé de passer à l'acte. Et le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd si des civils, des policiers, n'avaient pas, au péril de leur vie, intercepté le camion alors qu'il allait entrer dans la zone où la foule était la plus dense. Dans les rues de Nice aujourd'hui, on ne croise pas une personne qui n'ait été profondément touchée par ce drame. On ne croise pas une personne qui ne se souvienne ce qu'elle faisait, où elle se trouvait en cet instant tragique. Non, plus jamais les 14 juillet niçois n'auront la même saveur. Et c'est en ayant ce souvenir-là gravé dans l'esprit que cet après-midi je viens vous présenter la loi renforçant la sécurité et intérieure et la lutte contre le terrorisme. Pour sortir de l'état d'urgence mais en même temps pour tout mettre en œuvre pour que de tels drames abominables ne se reproduisent pas. C'est là ma responsabilité de Ministre de l'Intérieur. Car il ne faut jamais oublier. Oui, nous voulons sortir de l'état d'urgence. Mais nous ne pouvons le faire sans adapter notre dispositif de lutte contre le terrorisme. Certes, celui-ci, notamment sous l'impulsion du Sénat, s'est déjà beaucoup renforcé ces dernières années. Et le rapport du sénateur Mercier souligne que durant le quinquennat précédent, huit textes sont venus renforcer les moyens de l'État pour lutter contre ce fléau. Mais il nous reste encore à prendre des mesures qui nous semblent essentielles. C'est l'objet du projet de loi que je vous présente aujourd'hui. Car la menace est là, toujours prégnante. Et si certains peuvent croire, qu'avec la prise de Mossoul par la coalition, avec la progression des forces anti-djihadistes à Raqqa, le risque d'attentat est désormais moins fort, ils se trompent. Car Daesh restent présent partout où les États faillissent, et les attentats de Manchester ou de Londres ont montré que ceux qui commettent des attentats terroristes en son nom sont capables de frapper partout et à tout moment. Quant à des organisations comme Al Quaida, elles ressurgissent, se développent à nouveau au Yemen, au Sahel, sans que l'on puisse exclure qu'elles frappent demain la France. Il y a cette menace-là directement télécommandée et celle plus diffuse et donc plus difficile à prévenir de ceux que la propagande a fait ou peut faire basculer. Ceux-là peuvent passer à l'action en des temps de plus en plus courts, avec des instruments de plus en plus rudimentaires. La menace est donc plus complexe à détecter, il faut pouvoir agir plus rapidement, protéger davantage. C'est ce que vise ce projet de loi. Il ne s'agit donc pas, vous l'aurez compris, d'un texte comme les autres, de ceux que l'on peut décaler au gré d'un calendrier parlementaire. Il s'agit d'une loi urgente, cruciale. Une loi essentielle parce qu'elle touche à la sécurité immédiate de nos compatriotes. Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Avant d'en venir au détail des mesures présentes dans ce projet, permettez-moi de souligner que notre volonté constante – et ce malgré le danger que je viens de décrire - a toujours été dans ce texte de concilier efficacité de la lutte anti-terroriste et préservation des libertés individuelles, et que c'est à l'aune ce cet équilibre qu'il convient d'analyser les articles que nous vous proposons. Le premier article traite, vous le savez, de la question des périmètres de protection, qui pourront après ce texte de loi être instaurés par les préfets pour sécuriser tout grand événement culturel, sportif ou de divertissement. Depuis le 14 novembre 2015, cette disposition a été utilisée 71 fois. Sans elle, l'Euro 2016, des événements comme le Tour de France, n'auraient sans doute pas pu se tenir. Si l'on s'en tient à la seule période correspondant à la cinquième prorogation de l'état d'urgence, c'est-à-dire depuis décembre 2016, 19 zones de protection ont été établies par les préfets. Par les fouilles, les mesures de sécurité qu'elles autorisent, ce sont elles qui ont rendu possible récemment la sécurisation du festival de Cannes, des Francofolies de la Rochelle, et bien sûr celle du défilé des Champs Élysées le 14 juillet dernier. Ces mesures ne restreignent pas les libertés. Non, elles les garantissent, elle les rendent possible. Parce que ce sont ces zones de protection qui permettront aux Français de continuer à se divertir, à se cultiver, là où les terroristes voudraient nous voir renoncer à notre mode de vie. Elles protègent nos libertés collectives, mais elles sont aussi respectueuses des libertés individuelles. Parce que, telle que nous proposons de les instituer, les zones de protection seront permettront à chaque individu de se soustraire, s'il le souhaite aux, aux fouilles, et d'être accompagné hors du périmètre par des policiers ou des gendarmes. Parce que la définition du périmètre sera, sous le contrôle du juge, adaptée et proportionnée aux nécessités que font apparaître les circonstances. Enfin parce que nous avons prévu que les règles d'accès aux périmètres devront se concilier avec les impératifs de la vie privée familiale et professionnelle des riverains. La commission des lois a souhaité que l'établissement de telles zones soit conditionné par l'existence d'un « risque actuel et sérieux ». Je le dis d'emblée, nous ne partageons pas ce choix. Pour une raison simple : c'est que tout rassemblement d'ampleur peut aujourd'hui faire l'objet d'une attaque. Aurait-t-on par exemple évoqué il y a un an « un risque actuel et sérieux » à propos du feu d'artifice de la promenade des Anglais ? De même, la volonté émise par la commission d'exempter de fouilles les riverains nous semble porteuse de risques importants. On ne peut jamais exclure en effet qu'un individu radicalisé ait su se créer opportunément des attaches au sein de la zone contrôlée. Ainsi, je ne sais comment, dans de telles conditions, mon successeur à la Mairie de Lyon pourrait par exemple organiser la Fête des Lumières, qui rassemble plusieurs millions de personnes dans les rues de la ville. Comme je ne vois pas comment nous pourrions permettre la tenue de la grande braderie de Lille ou du Marché de Noël de Strasbourg. C'est pourquoi, sur ces deux aspects de l'article 1er, je proposerai que nous nous en tenions à la version initiale du texte, qui me semble plus opérationnelle. Le second article de notre projet traite de la possibilité donnée aux préfets d'ordonner la fermeture administrative de lieux de culte. Là encore, cette mesure répond à un enjeu majeur et immédiat pour lutter efficacement contre le terrorisme. Depuis la mise en place de la cinquième phase de l'état d'urgence ce sont 5 lieux de culte qui ont été fermés, évitant en ce moment même que plusieurs dizaines d'individus ne suivent des prêches fanatisés. Il est donc important de pouvoir laisser intacte cette possibilité. Encore une fois, dans le texte que nous vous proposons, nous avons prévu un ciblage serré et un contrôle plus important que sous le régime de l'état d'urgence. Ainsi, l'exécution de ces mesures sera-t-il très encadré puisque la durée de fermeture ne pourra excéder six mois et que les responsables des lieux de culte pourront en demander la suspension en référé devant le tribunal administratif, ce recours empêchant à la mesure de prendre son caractère exécutoire. Je me réjouis que cette disposition ait fait l'objet d'un large consensus en commission. Les mesures de surveillance dont il est question dans l'article 3 du projet de loi, ont, elles, conduit à des discussions plus vives. Je tiens donc à rassurer tous ceux qui ont fait part de leurs inquiétudes. En soulignant d'abord que le projet de loi met fin à la possibilité existant dans l'état d'urgence, d'astreindre à résidence un certain nombre de personnes. Nous avons souhaité cependant que le Ministre de l'Intérieur se trouve en capacité de prononcer des mesures de surveillance individuelle, parce qu'il s'agit sans doute de la technique la plus efficace pour détecter l'imminence du passage à l'acte d'un individu sur lequel pèse de lourds soupçons. Encore fallait-il que cette mesure puisse demeurer très exceptionnelle. Son utilisation sera donc très encadrée, puisque la surveillance ne pourra concerner je cite « que les personnes à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre public et qui, soit entre en relation de manière habituelle avec des organisations terroristes, soit soutient ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes terroristes ». Par ailleurs, les mesures de surveillance devront être compatibles avec la vie privée et professionnelle des personnes, ce qui implique qu'elles autoriseront des déplacements dans un périmètre au moins équivalent à celui de la commune. En outre, conformément aux analyses et recommandations formulées par le Conseil d'État en décembre 2015, elles ne permettront pas d'astreindre la personne à demeurer à son domicile la nuit La Commission des lois a souhaité revenir sur l'obligation, pour les personnes surveillées, de pointer une fois par jour au commissariat. Nous divergeons sur cette proposition. La rédaction proposée par la commission pourrait en effet permettre à un individu de passer trois jours sans montrer le moindre signe de vie. Trois jours. C'est un délai largement suffisant pour échapper à la vigilance des services et passer à l'acte. Je me refuse donc à prendre un tel risque et propose donc d'en revenir au texte initial. De même, le Gouvernement estime nécessaire de rétablir l'obligation, supprimée par la commission, de communiquer à l'autorité administrative les numéros d'abonnement et identifiants techniques de tout moyen de communication électronique pour faciliter la surveillance des personnes concernées. Et je tiens à redire à cette tribune que cette obligation ne portera pas sur les mots de passe et ne permettra donc pas à l'administration d'avoir accès aux contenus. Mais que par contre elle permettra de vérifier que la personne ne se soustrait pas aux obligations qui sont les siennes de demeurer dans un certain périmètre. Nous aurons à débattre également du mécanisme retenu pour autoriser la prorogation de la mesure, que la commission propose de conditionner à l'intervention du juge des libertés et de la détention. Nous considérons que l'intervention du juge judiciaire n'est pas nécessaire juridiquement, ni même conforme au principe de séparation des pouvoirs et à la tradition juridique français. Mais le Gouvernement est sensible à la préoccupation exprimée par la commission. J'aurai donc l'occasion de défendre un amendement qui prenne en compte l'impact que pourrait avoir le renouvellement des mesures de surveillance personne concernée. Enfin, le quatrième article du projet de loi aborde la question des visites domiciliaires et saisies. Dans le cadre de l'état d'urgence, il s'agissait de perquisitions qui pouvaient être menées à la discrétion de l'autorité administrative pour prévenir tout trouble à l'ordre public. Cet outil s'est avéré profondément utile puisque je rappelais devant votre commission des lois que ces perquisitions avaient permis de saisir 600 armes, dont plus de 78 armes de guerre. On me dira ceci était valable pour la 1ère période quand il y avait un effet de sidération des terroristes. Eh bien non depuis le cinquième prolongement de l'état d'urgence le 22 décembre 2016, ce sont deux préparations d'attentats que les perquisitions nous ont directement permis de prévenir, deux actions violentes sur lesquelles les éléments alors en notre possession ne nous auraient pas permis de procéder à une perquisition judiciaire et qui, pourtant, étaient en cours de préparation. Il serait donc inconcevable de se priver d'une telle disposition. En même temps, nous avons évidemment conscience de ce qu'une visite au domicile d'un individu, avec la possibilité de retenir ce dernier durant un laps de temps, peut comporter d'atteinte aux libertés. C'est pourquoi ce régime des visites domiciliaires et saisies sera là encore extrêmement ciblé puisque, comme pour les mesures de surveillance, il ne pourra concerner qu'une personne « dont le comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui, soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes ». Je rappelle que dans l'état d'urgence, les perquisitions pouvaient être appliquées à tout individu constituant une menace pour la sécurité et l'ordre public. C'est pourquoi surtout, en raison de la violation du domicile qu'il autorise, nous avons souhaité que ce régime soit soumis à un double contrôle de l'autorité judiciaire. D'abord celui du Procureur de Paris, qui, du fait de sa spécialisation dans la lutte contre le terrorisme, se verra informé de toute visite effectuée sur le territoire national et pourra ainsi, s'il le juge nécessaire, judiciariser le renseignement et reprendre l'enquête à son compte. Ensuite et c'est la principale innovation de ce texte - le juge des libertés et de la détention près le Tribunal de Grande Instance de Paris, qui devra autoriser la visite et contrôler l'exploitation qui sera faite du matériel saisi sous son autorisation. La commission des lois a reconnu, sous réserve d'une information du procureur territorialement compétent, que cette rédaction permettait une meilleure coordination entre autorité administrative et autorité judiciaire, confortant cette dernière dans son rôle de gardienne de la liberté individuelle au sens de l'article 66 de la constitution. Je la remercie, je remercie son Président, son rapporteur, pour l'esprit constructif dont ils ont fait preuve. Vous l'aurez compris, Mesdames et Messieurs, notre obsession avec ce texte est de concilier la protection face au terrorisme, et cette préservation absolue des libertés qui constitue le socle de notre démocratie. Si je faisais allusion en introduction l'attentat de Nice, c'est parce que je souhaite que, durant nos débats, nous ne perdions jamais de vue que les décisions que nous allons prendre durant cette séance, vont avoir des impacts très concrets. Quand nous évoquerons les zones de protection, c'est en effet de la possibilité pour les Français de se cultiver, de se divertir en sécurité dont nous parlerons. Quand nous statuerons sur la possibilité de fermer administrativement des lieux de culte, c'est de la manière d'éviter la radicalisation de nombreux individus dont nous débattrons. Quand nous traiterons des sujets des mesures de surveillance individuelles, des visites et saisies, c'est des moyens que nous nous donnerons pour démanteler des réseaux terroristes, pour éviter des attentats, dont il sera question. Oui, toutes les mesures que contient cette loi, se sont en définitive des blessés évités, ce sont des vies sauvées. Le droit pénal est mis de côté. Mais nous nous situons en amont du droit pénal. Il s'agit de lutter en amont contre le terrorisme par des mesures de police administratives. Mais dès que les indices sont graves et concordants nos services se tournent immédiatement vers l'institution judiciaire. Et c'est pour cela qu'au-delà de nos différences de sensibilité, nous devons je le crois -faire bloc pour les soutenir. Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Quelques mots enfin pour évoquer trois points qui ont été moins présents dans le débat public, mais n'en demeurent pas moins essentiels. D'abord la question des systèmes de centralisation des données, qu'ils correspondent à la transposition dans la loi française de la directive européenne PNR ou à la création d'un fichier issus des dossiers des passagers du transport maritime à destination ou au départ de la France. Si le Gouvernement souscrit aux améliorations juridiques apportées par la commission des lois, il émet néanmoins une réserve sur une modification qui tend à figer dans la loi l'organisation des modalités de consultation des données relatives au « PNR maritime ». Nous aurons l'occasion d'y revenir. Autre point, l'établissement d'un cadre juridique pour les opérations de surveillance des communications hertziennes. Cette mesure tire les conséquences de la décision du Conseil constitutionnel du 21 octobre 2016 par laquelle ont été censurées, avec effet différé au 31 décembre 2017, les dispositions du code de la sécurité intérieure définissant les règles applicables aux opérations de surveillance de ces communications électroniques empruntant la voie exclusivement hertzienne. Sur ce point également, le Gouvernement a souhaité bien distinguer les techniques qui portent atteinte au secret des correspondances, qui seront soumises au cadre de la loi du 24 juillet 2015 et donc contrôlées par la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, de celles qui empruntent la voie hertzienne « publique » pour lesquelles de telles atteintes n'existent pas. Enfin et c'est un point qui a fait débat en commission - nous prévoyons dans l'article 10 le renforcement des possibilités de contrôle aux frontières aux abords des points de passage frontaliers. L'idée de ce dispositif est conforme à la philosophie de l'ensemble du projet de loi : il s'agit, sans remettre en cause la libre circulation des biens et personnes, de renforcer nos marges de manœuvre face à la menace terroriste durable. La Commission, invoquant la jurisprudence européenne, a souhaité encadrer davantage ces contrôles, dans la durée et dans l'espace. Le Gouvernement estime toutefois qu'il convient de veiller à ce que ces restrictions ne rendent pas les dispositions prévues inopérantes, alors même qu'il est envisagé de lever les contrôles aux frontières intérieures de la France en novembre prochain. Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Victor HUGO, qui fut l'un des nôtres dans ces Assemblées, écrivait que « tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité ». Avant d'ajouter : « être libre, rien de plus grave ». Eh bien avec ce projet de loi, nous augmentons les libertés par rapport à l'État d'urgence, mais nous assumons pleinement notre responsabilité. Durant les discussions que nous allons avoir, ne cessons jamais d'avoir à l'esprit et l'une et l'autre de ces préoccupations. Les questions dont nous traitons avec cette loi exigent en effet un grand sérieux, d'infinies précautions, un sens aigu de ces responsabilités. C'est l'état d'esprit dans lequel j'entre dans ces débats. C'est l'état d'esprit qui je n'en doute pas vous animera collectivement sur ces bancs. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/541.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/541.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b1f6086345617336aa8edace1e4c1eeab3468dd3 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/541.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre, Madame la Préfète de région, Mesdames et messieurs les Parlementaires, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs, J'étais il y a quelques instants avec le Président de la République, le Premier ministre, ainsi que l'ensemble du gouvernement, à Saint-Etienne du Rouvray, devant cette église où, il y a un an, deux terroristes ont lâchement assassiné Jacques Hamel, le prêtre auxiliaire de la commune, dans l'exercice de son sacerdoce. Ce crime abominable a bouleversé le monde entier. Sur tous les continents, on a salué la mémoire de celui que ses paroissiens appelaient affectueusement « le père Jacques ». Jusqu'au Vatican, on a rendu hommage à ce prêtre que le pape Français lui-même qualifia « d'homme bon, d'homme doux, qui cherchait partout à transmettre la paix ». Je veux souligner que cette tuerie aurait pu être plus meurtrière encore si vous, membres de nos forces de sécurité intérieure, n'étiez pas intervenus très rapidement. Alertés par une des fidèles assistant à la messe, vous êtes en effet arrivés sur site en quelques minutes seulement. Immédiatement, vous avez mis hors d'état de nuire les deux terroristes, permettant à trois personnes retenues en otage de sortir saines et sauves. La célérité dont vous avez fait preuve permit de sauver Guy TAPONET, grièvement blessé par les assaillants, qui put être pris en charge à temps par les services de secours. Si nous sommes réunis ce midi, c'est pour saluer votre dévouement, vous qui ce jour-là êtes intervenus avec un courage qui force le respect. Car il faut rappeler les conditions de votre intervention. Quand vous vous êtes présentés à la porte de l'église Saint-Étienne, vous ne saviez pas ce que vous trouveriez. On évoquait des hommes lourdement armés. On parlait de personnes sauvagement tuées. Certains d'entre-vous, arrivés les premiers, ont donc repéré puis sécurisé l'ensemble du site, sans que l'on mesure l'ampleur du danger. D'autres ont participé directement à l'assaut dans une coordination exemplaire entre la BRI de la police judiciaire et la BAC du commissariat de Rouen. D'autres encore et je pense aux services de secours sont intervenus avec un professionnalisme hors pair, opérant les bons gestes pour la victime. Tous, vous avez pris des risques importants pour protéger et finalement sauver ce qu'il y a de plus précieux : la vie d'un homme. Soyez-sûrs de la reconnaissance de toute la Nation. Mesdames et Messieurs, Votre vaillance mérite d'être saluée, la bravoure dont vous avez fait preuve d'être soulignée. Mais elles nous obligent aussi. Elles nous obligent à continuer à nous mobiliser pleinement pour protéger les Français de nouveaux actes terroristes. Car vous le savez, la menace à ce jour reste très élevée. On pourrait croire que le recul de Daesh sur le front irako-syrien pourrait à elle seule annihiler la capacité d'action des réseaux terroristes. Chacun a pu mesurer qu'il n'en était rien. Des attentats ont continué en effet à frapper l'Europe, on l'a vu à Manchester, à Londres, on l'a constaté sur notre sol, avec le meurtre le 20 avril dernier sur les Champs-Elysées d'un des vôtres, Xavier JUGELE, avec la tentative d'attentat sur les mêmes Champs Elysées contre des gendarmes mobiles. Car aujourd'hui à la menace exogène tend à se substituer une menace endogène plus diffuse mais tout aussi dangereuse, avec des individus qui, en quelques semaines se radicalisent et passent à l'acte sans qu'ils ne soient porteurs de signes précurseurs. Une telle situation doit nous amener à continuer à renforcer nos services de renseignement, car ils sont indispensables pour déceler ces « signaux faibles » par lesquels on peut détecter un individu en voie de radicalisation et susceptible de passer à l'acte. Et c'est pour cela que, au cours de ces trois dernières années, les effectifs de la DGSI sont passés de 3 300 à 4 480 personnes et ceux du Renseignement Territorial, ont augmenté de 650 unités. Le Président de la République et le Premier ministre ont décidé de faire plus encore : c'est à nouveau près de 2 000 personnes qui seront recrutées dans les services de renseignement au cours du quinquennat. Il faut renforcer nos effectifs, il faut aussi progresser en matière d'organisation. C'est pour cela que le Président a souhaité installer auprès de lui une coordination nationale du renseignement et de la lutte anti-terroriste dirigée par Pierre BOUSQUET DE FLORIAN. C'est pour cela qu'au Ministère de l'Intérieur, l'UCLAT (Unité de Coordination de la Lutte antiterroriste) et l'EMOPT (État-major opérationnel de prévention du terrorisme) seront bientôt fusionnés. Parce que la menace est élevée, nous avons décidé de prolonger L'état d'urgence jusqu'au 1er novembre, le temps d'introduire dans la loi des mesures dont nous pensons qu'elles sont indispensables à notre sécurité. Ce projet de loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte anti-terroriste qui vient d'être adopté en première lecture au Sénat. Il aura un double but : préserver les libertés individuelles parce qu'on ne peut rester toujours en État d'urgence, mais ne pas baisser la garde, donner à nos forces de sécurité les moyens d'agir et de protéger les Français, de vous protéger aussi vous, qui vous trouvez si souvent en première ligne et d'abord quand survient le pire. Le combat que nous menons est un combat pour la sécurité, il est aussi un combat pour nos valeurs. Celles qu'explicite la devise de notre République, les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité. Ces valeurs, il faut leur donner une traduction concrète dans tous nos territoires. Et c'est là le sens de l'action qu'entend mener le gouvernement. Une action pour nous sortir de cette crise sans fin que nous connaissons. Une action pour redonner espérance et confiance aux Français. Une action pour que les enfants de France ne doutent jamais de la République et ne puissent plus, au travers d'Internet et des réseaux sociaux, être contaminés par cette idéologie de haine, cette volonté de frapper notre pays que Daesh véhicule dans des appels qui ramènent notre société vers une barbarie qu'on croyait à jamais révolue. Oui, je crois que l'action publique doit redonner du sens, redonner des perspectives. Et c'est ce que vous avez fait ce jour du 26 juillet 2016. C'est pour cela qu'aujourd'hui je vais vous remettre ces médailles de la Sécurité intérieure. Elles signaleront qu'au moment où le danger était insigne, vous vous êtes engagés sans jamais douter. Notre pays, nos concitoyens ont besoin de modèles, de figures mobilisatrices. Vous avez été de ceux-là. Par le courage dont vous avez fait preuve, par votre dévouement, vous êtes devenus des exemples. Vous avez en effet donné à voir ce qu'est le sens du devoir. Mesdames et Messieurs, Quand les crimes les plus abominables surviennent, quand la haine la plus aveugle se répand, quand la nuit se fait noire, il est toujours une lueur qui, dans l'obscurité, indique un chemin. Il y a un an, vous étiez cette lueur. Oui, alors que pour la première fois depuis deux siècles, on assassinait, dans notre pays, un prêtre dans l'exercice de son sacerdoce, vous avez été cette lumière qui indique que l'espoir ne meurt jamais. C'est le poète René CHAR qui écrit que, quelquefois, le réel ne semble laisser aucune place à l'espérance. Et d'ajouter qu'alors je cite : « contre tout attente, l'espérance survit ». Merci, vous qui incarnez, par votre uniforme, par votre profession, notre République, d'avoir fait surgir, le 26 juillet dernier, en ce jour sombre, une espérance. Vivent nos forces de sécurité ! Vive la République ! Vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/542.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/542.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..269d5903debf4ef3d64eadc617382ed4188e6e12 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/542.txt @@ -0,0 +1 @@ +La ministre de la culture a présenté une communication relative aux festivals. Les festivals composent aujourd'hui en France un paysage riche et varié qui recouvre l'ensemble du champ culturel : la musique, les arts de la rue, le cirque, le cinéma, le livre, la bande dessinée, les arts visuels, la danse, le théâtre, la marionnette, le conte, l'histoire, l'archéologie. Très nombreux (environ 3000 festivals en France chaque année), les festivals sont des moments attendus de nos concitoyens (plus de 6 millions de festivaliers en 2016), en particulier de la jeunesse qui aime goûter l'« esprit festival », propice aux découvertes d'artistes connus ou émergents, propice aussi à de nouvelles formes de sociabilité et de citoyenneté. Soucieux de pouvoir accueillir tous les publics, les festivals sont engagés sur les questions d'accessibilité et de démocratisation, et mobilisés sur les questions de handicap, comme le souligne le récent rapport du Sénat sur le thème « Culture et handicap ». La fréquentation connaît des tendances diverses. Globalement, sur la base des éléments disponibles à la fin juillet, la fréquentation serait en hausse en 2017 même si certains grands festivals ont connu un tassement de leur fréquentation. Les professionnels ont pu exprimer leur inquiétude sur la fragilité de certains festivals. C'est un sujet d'attention qui doit être partagé entre l'État et les collectivités territoriales, afin de maintenir la vitalité constatée sur l'ensemble du territoire national et dont l'impact sur l'économie locale et sur le tourisme est très significatif. L'État fonde son action en faveur des festivals sur les grands enjeux que sont l'excellence, la pluralité de l'offre artistique et la diversité de la vie culturelle dans les territoires. Le ministère de la Culture a initié un dialogue avec les collectivités territoriales dans le cadre du Conseil des collectivités territoriales pour le développement culturel (CCTDC) afin de réfléchir à la situation des festivals et aux conditions de leur accompagnement par la puissance publique. Ce dialogue doit également conduire à une étude partagée sur les phénomènes de concentration, mesurant leur ampleur, constatant la façon dont ils affectent le champ du spectacle vivant et évaluant leurs effets en termes de diversité et d'indépendance artistique. Pour avancer sur l'ensemble de ces sujets, un interlocuteur unique au sein du ministère de la Culture sera désigné sur la question des festivals. Enfin, pour mieux répondre aux enjeux de sécurité, d'un commun accord avec le ministère de l'intérieur, il a été décidé la création d'une cellule interministérielle qui sera mise en place dès le mois de septembre afin de partager toute information relative à la sécurité des lieux culturels et à la continuité économique de ce secteur, et de suivre les dossiers pris en charge au titre du Fonds interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (FIPDR), qui a vocation à prendre le relais du fonds d'urgence créé en 2015. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/543.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/543.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ae90391395c3bb86fafc6aa249839819b9593015 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/543.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-JACQUES BOURDIN Notre invité ce matin, Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur. Bonjour. GERARD COLLOMB Bonjour. JEAN-JACQUES BOURDIN Je vais vous parler de Marseille, mais je voudrais commencer avec la Catalogne. Younes Abouyaaqoub a donc été tué par la police espagnole, est-ce que les services français le connaissaient ? GERARD COLLOMB Les services français ont suivi cette affaire depuis le départ en coopération étroite avec les services espagnols, avec les services de la ville de Barcelone, de manière à pouvoir aider, autant que faire se peut, la police et la gendarmerie espagnoles. Et, d'ailleurs, j'ai eu hier au téléphone le ministre de l'Intérieur espagnol, qui me remerciait pour l'action conjointe des services, et qui va venir demain à Paris parce que nous avons ensemble une coopération dans la formation des gendarmes, donc, vraiment, des rapports très étroits. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, les services français ne connaissaient pas l'existence de Younes Abouyaaqoub, ni de cette cellule, évidemment, parce que sinon les informations auraient été transmises, j'imagine. GERARD COLLOMB Au départ on ne connaissait pas cette cellule, qui était exclusivement espagnole. JEAN-JACQUES BOURDIN L'imam de Ripoll, qui a été retrouvé mort, l'imam de Ripoll, qui a été signalé début 2016 près de Bruxelles, n'avait pas été signalé en France non plus, vous ne le connaissiez pas ? GERARD COLLOMB Non, on a découvert par la suite, lorsqu'il y a eu effectivement l'enquête, qu'il était parti un temps d'Espagne, qu'il voulait être imam en Belgique, et puis qu'il était revenu récemment, et donc qu'il a contribué à la radicalisation de ces jeunes. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais la voiture, l'AUDI A3 utilisée à Cambrils, elle, a été flashée en région parisienne, dans l'Essonne. GERARD COLLOMB Oui, nous savions, à ce moment-là, qu'ils étaient venus effectivement en région parisienne, et nous avons transmis ces informations… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous saviez pourquoi, ou vous avez appris, vous avez su pourquoi après, ou ? GERARD COLLOMB C'est peut-être trop tôt, dans l'enquête, pour répondre à votre question, mais oui, nous avons vu ce qui, aujourd'hui, se tramait, et donc… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais pourquoi la région parisienne, pourquoi étaient-ils… ? GERARD COLLOMB Ça l'enquête ne l'a pas encore montré. JEAN-JACQUES BOURDIN Elle a bien été flashée donc, dans l'Essonne. GERARD COLLOMB Elle a bien été flashée. JEAN-JACQUES BOURDIN A qui appartient-elle cette AUDI ? GERARD COLLOMB C'était une des AUDI du groupe, qui était venu travailler, sans doute, sur Paris, mais c'était un aller-retour extrêmement rapide. JEAN-JACQUES BOURDIN La lutte contre le terrorisme, beaucoup de Français sont encore en Irak ou en Syrie, notamment beaucoup de femmes et d'enfants, qu'allez-vous faire avec ces femmes et ces enfants ? Est-ce que nous allons les accueillir ? GERARD COLLOMB Si vous voulez, d'abord pour faire le point exact sur ceux qui sont déjà revenus. Parmi ceux qui sont revenus nous en avons 217… JEAN-JACQUES BOURDIN 217 sont revenus. GERARD COLLOMB 217 majeurs… JEAN-JACQUES BOURDIN Des hommes, des femmes ? GERARD COLLOMB Et 54 mineurs, la plupart des hommes, mais aussi quelques femmes. Toutes celles et tous ceux qui ont participé aux scènes de guerre sont judiciarisés et la plupart du temps incarcérés, donc il y a un suivi de tous les « retournistes », nous travaillons de manière assez étroite avec la Turquie qui nous signale effectivement les retours, et donc nous pouvons les traiter et faire en sorte… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais la France va accueillir toutes les femmes, françaises, et les enfants nés en Syrie, nés en Irak, dans le Djihadisme, la France va les accueillir ? GERARD COLLOMB Elle va les accueillir dans la mesure où ils retournent, mais on n'a pas aujourd'hui des flux qui soient considérables. Ça veut dire que beaucoup de ceux qui étaient partis, sont morts dans les combats qui ont existé en Syrie ou en Irak. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais qu'allez-vous faire de ces femmes et de ces enfants ? GERARD COLLOMB C'est une procédure judiciaire, et donc c'est les juges qui donnent un certain nombre de peines, ensuite, après, il y a le problème, évidemment, de la réinsertion, de l'action dans les prisons, et je crois que ma collègue de la Justice, aujourd'hui, mène une action profonde sur le pénitentiaire pour pouvoir éviter qu'ils ne radicalisent d'autres personnes. JEAN-JACQUES BOURDIN Les actes terroristes se multiplient en Europe, est-ce que la menace terroriste grandit en France aussi, aujourd'hui ? GERARD COLLOMB La menace est grande, nous avons eu 9 attentats déjoués depuis le début de l'année, et, hélas, nous en avons eu quelques-uns qui ont réussi, Xavier JUGELE qui a été tué sur les Champs-Elysées, était l'une de ces victimes, les policiers qui étaient devant Notre-Dame auraient pu, eux aussi, être assassinés par un terroriste. JEAN-JACQUES BOURDIN Je vous dis ça parce que le juge TREVIDIC dit « attention, attention, nous sommes devant des actes terroristes de masse », vous avez vu ses déclarations ? GERARD COLLOMB Si vous voulez, lorsque vous avez 18.000 personnes qui sont fichées pour radicalisation, ça veut dire que la nébuleuse est extrêmement vaste, et donc il convient d'être très attentif. Nous en suivons aujourd'hui à peu près 12.000 de manière active, donc c'est vrai que nos services travaillent de manière très étroite, très coordonnée, pour pouvoir lutter contre ce mouvement. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous parlez de terrorisme islamiste ? GERARD COLLOMB On peut dire que… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous employez ces mots ? GERARD COLLOMB Oui, je pense que… que signifie le mot ? Ça veut dire que nous avons une fraction des populations qui dévoie l'Islam, parce que l'Islam se veut une religion de paix, mais eux, évidemment, en font une religion de guerre. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous êtes ministre des Cultes, je le rappelle, aussi. Est-ce que la religion est aussi en cause ? GERARD COLLOMB Lorsque par exemple, je regarde la déclaration qu'a fait la Grande mosquée de Paris, il y a quelques temps, sur ce qu'est l'Islam pour eux, évidemment c'est très loin de ce qu'est l'Islam pour Daesh, qui est un Islam de guerre, qui est un Islam totalitaire, qui veut effectivement imposer un mode de vie à tous, que ce soit d'ailleurs aux Occidentaux, aux chrétiens, aux croisés comme ils disent, mais que ce soit aussi aux musulmans. JEAN-JACQUES BOURDIN Une guerre sainte, pour eux. GERARD COLLOMB Oui, une sorte de guerre sainte, il faut que tout le monde adopte le modèle de Daesh. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc la religion musulmane est en cause. GERARD COLLOMB On l'a vu lorsqu'il y avait l'invasion de Mossoul, les chrétiens, mais les Yézidis, ont dû fuir, ont été assassinés lorsqu'ils ne fuyaient pas assez vite. Oui, mais ça ce n'est pas l'Islam, c'est effectivement une déviation de l'Islam, et je crois qu'il faut qu'avec celles et ceux qui se réclament de l'Islam, nous combattions, ensemble, cette, je dirais hérésie, cette déviation de ce qu'est la religion, aujourd'hui, de l'Islam. JEAN-JACQUES BOURDIN L'opération Sentinelle, les soldats sont devenus des cibles, parfois des supplétifs de la police, le président de la République va-t-il mettre fin à cette opération ? GERARD COLLOMB Je dirais qu'à la fois il y a eu beaucoup de critiques contre Sentinelle, mais c'est, en même temps, assez efficace, et ceux qui sont des cibles ce sont toutes celles et tous ceux qui ont un uniforme, c'est vrai pour Sentinelle, mais c'est vrai pour les policiers, c'est vrai pour les gendarmes. Et moi un certain nombre de femmes, de policiers ou de gendarmes, m'écrivent, « aujourd'hui je dis à mes enfants ne dites plus que votre père est policier ou gendarme, parce que vous êtes menacés. » alors, Sentinelle, nous allons et je crois que ce sera l'objet du prochain Conseil de défense, donc mercredi en huit redéfinir le dispositif de manière à le rendre plus mobile, et faire en sorte… JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire ? GERARD COLLOMB C'est-à-dire, faire en sorte qu'on n'ait pas simplement un dispositif de 7000 personnes, puisque c'est la première définition, qui soient sur les postes fixes, mais peut-être 3500 dans des postes définis, 3500 dans des postes plus souples, de manière à pouvoir garantir, par exemple, la Braderie de Lille, dire « voilà, j'ai tel événement qui est important, donc je repositionne mon dispositif. » JEAN-JACQUES BOURDIN Vous allez repositionner… GERARD COLLOMB En fonction des grands événements. JEAN-JACQUES BOURDIN On ne verra pas des soldats un peu partout en France, les soldats seront mobilisés, si j'ai bien compris, pour protéger certaines grandes manifestations. GERARD COLLOMB Il en restera une partie partout, mais il y aura une autre partie qui sera à disposition pour pouvoir garantir les grands événements. JEAN-JACQUES BOURDIN J'ai vu que vous vouliez mobiliser les hôpitaux psychiatriques et les psychiatres libéraux contre la menace terroriste, surveillance d'individus qui ont des délires autour de la radicalisation islamique, échanges avec les soignants, j'ai vu aussi que beaucoup de psychiatres ne veulent pas collaborer avec la police, ils rappellent qu'il y a une loi sur le secret médical. Que leur dites-vous ce matin ? GERARD COLLOMB Je comprends à la fois ce qu'ils me disent, il est clair que le secret médical c'est quelque chose de sacré, mais en même temps il faut trouver les moyens de faire en sorte qu'un certain nombre d'individus, qui effectivement souffrent de troubles graves, ne puissent pas, effectivement, commettre des attentats. Monsieur HAMADEN, qui a assassiné hier une personne à Marseille, évidemment, lui, il sortait de clinique psychiatrique, il avait deux antécédents de prison et il assassine une personne, il faut réfléchir sur ce genre de cas… JEAN-JACQUES BOURDIN Et vous faites le lien avec le terrorisme, concernant ce qui s'est passé à Marseille ? GERARD COLLOMB Ce n'était pas forcément le terrorisme… JEAN-JACQUES BOURDIN Pas forcément ou ce n'était pas ? GERARD COLLOMB Non, ce n'était pas le terrorisme, on verra, c'est l'enquête… JEAN-JACQUES BOURDIN Pas du tout ? Une forme d'imitation, pardon, mais… GERARD COLLOMB C'est l'enquête judiciaire qui le dira, mais oui, après on a de l'imitation, et c'est ça évidemment qui est grave, c'est qu'un certain nombre d'esprits faibles, qui voient ce qui s'est passé à Barcelone, qui voient ce qui s'est passé contre le dispositif Sentinelle, se disent « eh bien voilà, on va passer à l'acte comme ça. » Ça c'est grave, et c'est ce contre quoi il faut se prémunir, ce contre quoi nous voulons travailler, avec ma collègue ministre de la Santé, mais également avec l'Ordre des médecins, avec les psychiatres… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais comment, vous allez demander aux psychiatres de rendre des rapports, je ne sais pas moi, de collaborer avec la police, aux médecins ? GERARD COLLOMB Non… vous avez déjà un certain nombre de lois, c'est prévu dans la loi, qui fait qu'en cas, soit de désordre profond et de risques à l'intégrité de l'individu, ou bien d'événements imminents qui peuvent effectivement troubler l'ordre public, il peut y avoir des formes de coopération. Mais, évidemment que nous ne voulons pas faire cela dans notre coin, que nous allons en parler avec l'Ordre des médecins, avec les psychiatres, de manière à trouver, là aussi, le juste équilibre. JEAN-JACQUES BOURDIN Gérard COLLOMB, les terroristes sont-ils des fous et des monstres ? GERARD COLLOMB Non, pas tous. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu'on peut dire que ce sont des fous ? GERARD COLLOMB Enfin, si vous voulez, pouvait-on dire que le totalitarisme nazi était l'œuvre de fous ? Peut-être, mais en même temps c'était un système idéologique qui était très structuré, très totalitaire et très destructeur, je pense qu'un certain nombre de gens, celles et ceux qui commandaient Daesh, étaient effectivement très structurés, avaient un projet idéologique de conquête du monde, et voulaient imposer un certain système au monde. JEAN-JACQUES BOURDIN Pourquoi êtes-vous si catégorique sur le cas de Marseille, sur ce qui s'est passé à Marseille ? GERARD COLLOMB Je suis catégorique dans la mesure où je vois qu'un individu, qui a fait deux fois de la prison, qui est resté le reste de son temps dans des cliniques ou des hôpitaux psychiatriques, tout d'un coup peut passer à l'acte et donc tuer. Moi, la vie de nos concitoyens… JEAN-JACQUES BOURDIN Il n'a aucun lien avec la religion musulmane ? GERARD COLLOMB Vous savez, on trouve dans sa voiture deux livres, un livre de philosophie et un livre très généraliste sur l'Islam, pour le moment, évidemment la justice caractérisera les faits, mais on ne peut pas dire, dans son parcours de vie, que c'était quelqu'un qui était porté à commettre des actes terroristes. JEAN-JACQUES BOURDIN Non, je vous dis ça, parce que beaucoup doutent en disant le ministre de l'Intérieur minimise les faits. GERARD COLLOMB Non, il ne minimise pas. Si j'ai pris la position que j'ai prise, qui a été critiquée, sur les problèmes psychiatriques, c'est parce que je vois effectivement qu'un certain nombre d'esprits faibles peuvent se laisser entraîner à des actes par mimétisme. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous avez des chiffres ? GERARD COLLOMB Sur les fichiers, par exemple… JEAN-JACQUES BOURDIN Sur les fichiers S par exemple. GERARD COLLOMB Pas les fichiers S, ceux de la radicalisation FSPRT, nous nous considérons qu'à peu près un tiers présentent des troubles d'ordre psychologique. JEAN-JACQUES BOURDIN Un tiers ? GERARD COLLOMB Oui. JEAN-JACQUES BOURDIN La police du quotidien, vous ne voulez pas qu'on l'appelle la police de proximité. GERARD COLLOMB Non. JEAN-JACQUES BOURDIN Non je le sais. La police de la sécurité. Je ne vois pas pourquoi d'ailleurs parce que c'est bien… GERARD COLLOMB Si vous voulez tout simplement parce que ce n'est pas exactement le modèle de ce qui avait été fait dans le temps. Moi je l'appelle la police de sécurité quotidienne. Qu'est-ce que nous voulons faire ? Nous voulons 1/ débarrasser les policiers des tâches administratives qu'aujourd'hui ils font et qui leur prend une partie de leur journée. Donc nous travaillons sur une réforme de la procédure pénale avec ma collègue de la justice, de manière à oraliser les procédures et donc à permettre aux policiers non plus de faire des tâches administratives mais d'être sur le terrain. Deuxièmement, nous voulons des policiers qui soient des policiers connectés. La gendarmerie bénéficie déjà d'un certain nombre de tablettes connectées qui leur permet de vérifier les fichiers. Nous allons faire de même pour la police de manière à ce que quand quelqu'un par exemple un policier contrôle dans un quartier une personne il puisse savoir tout de suite 1/ si elle est fichée, 2/ si elle a déjà été contrôlée, donc si jamais elle a été contrôlée dix fois c'est pas la peine de la contrôler pendant un quart d'heure une onzième fois ; ça permettra peut-être de rapprocher la police et la population. Et ensuite nous souhaitons faire en sorte qu'il y ait dans les villes qui sont aujourd'hui les plus en difficulté, des renforts de police avec une coopération avec l'ensemble des services. Il faut de la police, il faut travailler sur l'économie souterraine avec mes collègues du ministère des Finances, c'est ça la police de sécurité quotidienne qui permettra effectivement de résoudre la délinquance en France. JEAN-JACQUES BOURDIN Expérimentation dès le début janvier je crois, 2018. GERARD COLLOMB Oui, sur un certain nombre de communes que nous allons choisir. JEAN-JACQUES BOURDIN Des grandes communes, plusieurs communes… GERARD COLLOMB Plusieurs communes où ils nous semblent que les problèmes sont majorés. JEAN-JACQUES BOURDIN Expérimentation dans plusieurs communes à partir du mois de janvier. GERARD COLLOMB Absolument. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que ça entraine des effectifs, une augmentation des effectifs ? GERARD COLLOMB Le président de la République a dit qu'il allait créer 10 000 postes au cours des prochaines années … JEAN-JACQUES BOURDIN Combien dès 2018 ? GERARD COLLOMB Lorsque nous travaillons avec mon collègue Gérald DARMANIN, nous avons dit « évidemment c'est pas 10 000 divisés par 5, 2000 par an », on va faire un effort sur 2018 et 2019. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire, 2018-2019 GERARD COLLOMB C'est-à-dire, on va essayer de créer à peu près 2500 à 3000 policiers sur ces deux années. JEAN-JACQUES BOURDIN Par année ? GERARD COLLOMB Enfin, policiers, gendarmes, des membres de la DGSI… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui par année. 2500 à 3000 par an. 2018-2019. GERARD COLLOMB Absolument. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est le choix fait par le président de la République par le gouvernement. C'est vrai que vous voulez sortir de la politique du chiffre dans la police ? GERARD COLLOMB Qu'est-ce que la politique du chiffre ? Ce qu'on veut simplement si vous voulez c'est qu'on soit efficace. Et évidemment si vous choisissez pour faire du chiffre ce qui est le plus facile à résoudre ce n'est pas forcément comme cela que vous assurez la sécurité dans les quartiers. Vous pouvez faire de l'abattage et pouvoir arrêter sans cesse ou contrôler tel ou tel facilement. Ce qui importe c'est de pouvoir détruire les réseaux et de faire en sorte que la paix puisse revenir dans un certain nombre de quartiers, ce qui n'existe pas aujourd'hui. JEAN-JACQUES BOURDIN Je connais votre franc-parler, je sais que vous aimez la franchis, je vais vous poser une question très directe, vous allez me répondre directement. La baisse des APL est-ce une erreur ? GERARD COLLOMB Ce qui est une erreur c'est de ne pas avoir présenté le plan global sur le logement parce que si vous voulez lorsqu'on verra ce plan global, qui sera présenté par mon ami Jacques MEZARD, on verra qu'on va faire une politique du logement qui va permettre de construire davantage en particulier dans les zones tendues ; parce que une des caractéristiques c'est de dire aujourd'hui les milliards que l'on dépense pour le logement sont mal utilisés. Par exemple on ne construit pas assez dans les zones tendues mais quelquefois on construit trop dans des zones où les appartements qui sont construits, ne se vendent pas ou ne se louent pas. Donc on va essayer d'allouer à nouveau les moyens financiers en fonction effectivement des problématiques des villes. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous êtes un grand élu Gérard COLLOMB, mais c'est une erreur, c'était une erreur ? Une erreur de quoi ? De communication. Franchement, sincèrement. Quand vous avez vu ça, comment avez-vous réagi, franchement ? GERARD COLLOMB Ce qui est une erreur si vous voulez c'est les 5 euros. JEAN-JACQUES BOURDIN Quelle connerie !!! Vous ne vous êtes pas dit « quelle connerie !!! ». GERARD COLLOMB Non, je me suis dit : « présentons les politiques d'ensemble ….», et aujourd'hui, si vous voulez, ce sont les institutions qui veulent ça… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous avez dit « ces 5 euros ». GERARD COLLOMB On travaille trop sujet par sujet, et donc du coup on perd la vision d'ensemble et il faut redonner cette vision d'ensemble. Je crois d'ailleurs que c'est ce que le président de la République veut faire au cours des prochaines semaines. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est une erreur. Donc c'était une erreur. Il parait que le président de la République était fou de rage, c'est vrai ? GERARD COLLOMB Je ne l'ai pas vu fou de rage depuis que je le connais. JEAN-JACQUES BOURDIN Pas fou de rage mais en colère du moins, pas content. GERARD COLLOMB Moui. Enfin, ce n'est pas quelqu'un qui est dans la colère. JEAN-JACQUES BOURDIN Bon d'accord. D'accord. Tient, à propos des constructions dans les quartiers difficiles, les quartiers sensibles ou dans les communes qui manquent de logements sociaux, c'est vrai qu'on va assouplir les règles ? GERARD COLLOMB On va en tout cas permettre, oui, d'assouplir les règles dans la construction, de pouvoir faire en sorte que les recours indus soient sanctionnés ; et puis surtout on va essayer de faire ce que moi j'ai essayé de faire à Lyon, c'est-à-dire refaire de la mixité sociale. Quand vous avez des quartiers qui se paupérisent, qui se ghettoïsent, il ne peut pas y avoir d'équilibre social. Il faut à nouveau construire une ville de la rencontre, où les gens de toutes origines, de toutes confessions puissent se rencontrer. Si vous avez des villes qui sont molytiques, cela ne peut pas fonctionner. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors dernière question sur l'immigration, la politique de la France, je la résume, vous allez me dire si elle est bien résumée : « les réfugiés seront accueillis plus rapidement, les migrants économiques qui ne peuvent pas bénéficier de l'asile seront renvoyés plus rapidement », c'est cela ? GERARD COLLOMB C'est cela. Avec si vous voulez, si je peux vous décrire le phénomène européen, on s'aperçoit que l'Allemagne, qui avait beaucoup accueilli, à peu près 800 000 personnes, a débouté du droit d'asile 350 000 personnes. Que l'Italie, qui avait accueilli énormément, a pris des mesures particulièrement courageuses ces derniers temps, ce qui fait que l'immigration en Italie a baissé au cours du mois de juillet et du mois d'août de 70 %, ce qui est totalement considérable. Donc il faut qu'en France on puisse aller vite de manière à dire quels sont ceux qui peuvent bénéficier de l'asile et quels sont ceux qui doivent être reconduits hors des frontières. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous avez raison de vouloir accélérer les choses, parce que j'ai un chiffre pour 2016, 91 000 étrangers en situation irrégulière interpellés, 25 000 ont quitté le territoire. GERARD COLLOMB Et je pense même que vous êtes au-dessus de la vérité, parce que sur les contraintes c'est à peu près 15 000. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est dramatique !! GERARD COLLOMB C'est effectivement important. Et moi je ne veux pas que dans les années qui viennent on puisse être sur le même trend d'immigration. JEAN-JACQUES BOURDIN Il faut être clair sur ces questions-là. GERARD COLLOMB Oui il faut être clair sur ces questions-là, parce que pour les Français c'est quelque chose de tout à fait fondamental. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci Gérard COLLOMB d'être venu nous voir ce matin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/544.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/544.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..32ffc23fe9e95e31e7b07242795a8d4cb01b7a86 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/544.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet de police, Monsieur le Préfet de région, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Madame la Maire de Paris, Mon général, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs les représentants des corps consulaires, Mesdames et Messieurs, « L'Histoire de notre pays est une succession de prodiges qui s'enchaînent. […] Ma mission est de rendre hommage à ceux par le prodige desquels la France conserva un présent et un avenir ». Ces mots que prononça le grand résistant Pierre BROSSOLETTE en juin 1943 dans un discours où il rendait hommage aux morts de la France combattante, nous les faisons nôtres aujourd'hui, en cette cérémonie commémorant le sacrifice des 167 policiers tombés entre le 19 et le 25 août 1944. Ils sont morts dans le combat qu'ils avaient entrepris pour libérer Paris. Aux côtés des Forces Françaises de l'Intérieur ! Aux côtés du peuple de la capitale ! Parce qu'ils sont morts pour que vive la France, ces 167 policiers sont pour vous tous, qui leur avez succédé, un légitime sujet de fierté. En ce mois d'août 1944, en effet, alors que le préfet Amédée BUSSIERE leur enjoignait de continuer dans la voie de la collaboration avec l'occupant allemand, ils eurent le courage de refuser d'obéir. Alors que l'ennemi menaçait des pires représailles toutes celles et tous ceux qui prendraient les armes, ils surent se lever pour que Paris soit enfin libéré. C'est cela, l'héroïsme : être capable, au moment où se joue le sort d'un pays, de se dépasser soi-même, de ne pas se laisser enfermer dans ses fonctions, de savoir prendre tous les risques, pour être digne de l'Histoire. Oui, en août 1944, ces 167 policiers se sont conduits en héros. Et si, comme chaque année, nous sommes réunis ce matin, c'est pour glorifier leur conduite, pour célébrer leur engagement. Pour dire que les scènes de liesse, de joie, qui devaient quelques jours plus tard marquer la libération de Paris, n'auraient pas été possibles si des policiers n'avaient pas montré les premiers la voie, ouvert le chemin qui allait conduire Paris à une liberté retrouvée. Il faut se rappeler les faits. Tout commence le 15 août 1944. Un vent d'espoir souffle depuis plusieurs jours sur la France avec la libération d'Avranches le 30 juillet, celles de Rennes et de Nantes les 4 et 12 août, avec la nouvelle du débarquement en Provence. Mais à Paris, l'Occupation allemande demeure bel et bien, avec son lot de tragédies quotidiennes. Le matin-même, un ultime convoi vers les camps de la mort (2453 personnes) a quitté la porte de Pantin. Et dans les rues de Paris, se répand la nouvelle que le nouveau gouverneur de la capitale, le général VON CHOLTITZ a reçu l'ordre de défendre la ville jusqu'au bout, quitte à en faire un champ de ruines, à anéantir sa population. C'est dans ce terrible contexte que les policiers de Paris entrent en grève, emboitant le pas des cheminots et des postiers, qui ont cessé le travail quelques jours plus tôt. Il faut imaginer ce qu'un tel événement peut représenter pour les parisiens. Pour la première fois depuis de longs mois, plus d'homme en uniforme bleu devant les bâtiments publics, plus de policiers français patrouillant dans les rues ! Pour le peuple de Paris, cette situation a valeur de signal. Comme si, au terme de 1500 jours de privations, d'humiliation, tout pouvait redevenir possible. Comme si le retour tant attendu de la France était sur le point d'advenir. Le mouvement de grève lancé est massivement suivi. Chaque jour, la Résistance semble plus vive, plus ardente dans les rangs des policiers. Jusqu'à cette journée du 19 août. Tôt dans la matinée, à l'appel des trois mouvements de Résistance de la police Honneur et Patrie, Police et Patrie, le Front national de la Police plus de 2000 policiers en civil investissent le parvis de la cathédrale Notre-Dame, décidés à tourner cette page si sombre de notre Histoire de France. Ce jour-là, il fait beau, très beau. Et cette aurore aoûtienne va se lever comme un avant-goût de liberté retrouvée. Il est presque 9 heures, quand un garde de la Préfecture de Police entrouvre la grande porte de la cour dans laquelle nous nous trouvons. Sans attendre les consignes du Conseil National de la Résistance alors réuni à huit-clos, les manifestants saisissent l'occasion pour pénétrer à l'intérieur de cette cour et prendre possession des lieux. Sur le mat coiffant le toit du bâtiment, ils s'empressent de hisser le drapeau tricolore qui, pour la première fois depuis plus de quatre ans, flotte dans le ciel de Paris. La Marseillaise retentit. Jamais sans doute les paroles de son sixième couplet – « Liberté, liberté chérie ! Combats avec tes défenseurs » – n'ont raisonné avec une telle force. Passé ce moment de grande émotion, les événements s'enchaînent. Le chef régional des Forces Françaises de l'Intérieur, le colonel ROL-TANGUY entre dans cette cour. Il introduit Charles LUIZET, nommé par le Général DE GAULLE, comme nouveau Préfet de Police. C'est donc comme l'écrit l'un des plus grands historiens français de la police, Jean-Marc BERLIERE, « au siège de la police parisienne que l'État se recompose ». C'est ici, à la Préfecture de Police, que la France renaît. Sur le plan militaire, la « PP » comme on l'appelait déjà, devient la base arrière de la reconquête de la capitale. Depuis ses murs que des policiers dépourvus de moyens ont défendus contre les chars et canons dépêchés par le commandement de la Wehrmacht, des groupes sont déjà partis pour occuper et libérer l'Hôtel de Ville de Paris, les Mairies d'arrondissement, les ministères et l'ensemble des lieux stratégiques de la capitale. Depuis ses murs, les policiers de Paris organisent alors la relève participant à l'installation de plus de 600 barricades à partir desquelles, plusieurs jours durant, Forces Françaises de l'Intérieur, policiers, et peuple de Paris, vont faire corps pour faire face aux troupes allemandes. En attendant LECLERC, qui, avec DE GAULLE a obtenu des généraux américains que la 2ème DB soit dirigée vers Paris. La bataille fait rage. Les combats sont âpres. L'occupant nazi défend ses positions pied à pied. En quatre jours, 500 civils, 1000 soldats de la France combattante et donc 167 policiers périssent. Ils ne verront jamais cette ère nouvelle qu'ils ont pourtant contribué à faire naître. La délivrance survient le 25 août, avec l'arrivée des alliés que Leclerc a déjà précédé. Les troupes allemandes sont partout bousculées. Et en début d'après-midi, ici-même, à la Préfecture de Police, dans le bureau que nous avons vu tout à l'heure, le général VON CHOLTITZ accepte de remettre au colonel ROL-TANGUY et au général LECLERC, l'acte de capitulation des troupes allemandes. « Paris est libéré ! » comme le dira le jour-même le Général DE GAULLE s'adressant, depuis le balcon de l'Hôtel de Ville, aux parisiens, aux Français. Paris est libéré… et pour une bonne part grâce au courage de ses policiers, à qui le Général rend un hommage solennel en se rendant ici-même dès après son discours à l'Hôtel de Ville, en remettant quelques semaines plus tard (le 12 octobre) au Préfet Charles LUIZET cette fourragère rouge de l'ordre de la légion d'honneur qui, depuis cette date, orne la tenue de vos uniformes. Mesdames et Messieurs, Nous sommes 73 ans après ces évènements. Et pourtant, nos commémorations gardent toujours un sens profond. Oui, nous devons nous souvenir. Car comme l'a écrit Winston CHURCHILL « un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre » Notre passé, c'est celui d'un continent qu'avait embrasé l'Allemagne nazie. On sait comment Hitler et son parti s'étaient emparés du pouvoir, développant chaque jour un peu plus leur emprise sur une société où la grande crise économique avait frappé plus que partout ailleurs. Oui plus que partout ailleurs en Allemagne, il y avait cet immense cortège de chômeurs, de déclassés, qui pouvaient se laisser séduire par une rhétorique guerrière. De cette situation-là, allait naître un monstre qui devait plonger le monde entier dans l'abîme. Avec une guerre où l'humanité atteignit le sommet de l'horreur : 60 millions de morts, l'élimination dans les camps de 6 millions de juifs dont 1,5 million d'enfants. Hitler et les nazis disaient alors agir au nom de la pureté de la race. Certains aujourd'hui commettent les pires crimes au nom d'une religion, mais d'une religion qu'ils dévoient. C'est la même barbarie qui est à l'œuvre. C'est la même volonté d'imposer sa loi par la terreur et le sang. On vit ce que fut aux débuts du prétendu État Islamique, le massacre des Chrétiens d'orient et des Yezedi, de tous ceux qui n'acceptaient pas l'ordre sinistre de Daesh. On vit les exécutions d'otage mises en scène comme au temps de l'Allemagne Nazie. Nous connaissons maintenant des attentats aveugles qui endeuillent tous les continents et qui ont si lourdement touchés les pays d'Europe : 29 attentats ayant fait 605 morts, depuis l'attentat de Madrid en 2004. Avec la semaine dernière ces deux attaques de Barcelone et de Cambrils, dont nous avons tous encore les images à l'esprit. Avec en France le 20 avril dernier la mort de votre collègue Xavier JUGELE. Oui, désormais la menace est permanente. Mais comme nous avons, par le passé, vaincu le totalitarisme nazi, nous viendrons à bout de cette nouvelle menace. Comme alors, le combat sera rude, il sera long. Il se mène sur les fronts où combattent nos soldats. Il se mène sur notre sol où il convient de donner à nos forces de sécurité tous les moyens d'agir. C'est le projet que je porterai dans quelques semaines devant l'Assemblée nationale pour renforcer la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. Un projet de loi qui n'est pas, comme on a pu l'entendre parfois, une loi liberticide, mais une loi qui au contraire protège nos libertés, liberté d'assister sans crainte à nos grandes manifestations culturelles ou sportives, liberté de se déplacer en sécurité, liberté de vivre tout simplement. C'est aussi ce que nous permettrons en libérant nos forces de sécurité des tâches indues, en portant une réforme de la procédure pénale qui réduira les tâches administratives, ces rapports sans fin où il faut tout consigner mais que finalement jamais personne ne lit dans leur intégralité. Les policiers pourront dès lors revenir à ce qui constitue leur mission profonde, cette police de sécurité du quotidien qui n'est pas comme je l'ai lu quelquefois, une police de proximité à vocation socio-culturelle, mais qui marque la volonté de protéger mieux nos concitoyens, d'être d'avantage présent sur le territoire, en luttant mieux contre la grande comme la petite délinquance, en allant chercher cette information de terrain qui permet de déceler les signaux faibles, ceux d'une radicalisation susceptible d'amener les individus à passer à l'acte. Oui, nous serons sans faiblesse pour assurer la sécurité de nos concitoyens. Mais évidemment, tout cela serait vain si nous n'étions pas capables de donner de nouvelles perspectives à notre pays, comme le firent à leur époque les membres du Conseil National de la Résistance. Si nous n'étions pas capables de refonder notre école, pour qu'elle redevienne une école de la réussite et de la promotion sociale. Si nous n'étions pas capables de recréer massivement des emplois en modernisant notre appareil de production, de lutter contre des fractures sociales qui marquent notre pays, et qui sont avant tout et les policiers de la Préfecture de Police le savent bien de véritables fractures spatiales ancrées dans nos territoires. Reconstruire une société où chacun puisse avoir à nouveau la chance de se rencontrer, en finir avec des quartiers, des communes entières, qui se paupérisent, qui se ghettoïsent, c'est comme cela que l'on reconstruira une société apaisée. Il n'est pas possible en effet de vivre ensemble, là où n'existe pas un certain équilibre. Mesdames et Messieurs, c'est parce que j'ai cette volonté là que j'ai accepté cette fonction à la tête du Ministère. Pour la mener à bien, je sais pouvoir compter sur chacune et chacun d'entre vous. Mais vous pourrez aussi, chacune et chacun, compter sur moi pour être à tout instant à vos côtés. Car comme les policiers d'août 1944, vous êtes en première ligne. Car comme les policiers d'août 1944, vous êtes les vrais défenseurs de notre Liberté. Vive la Préfecture de Police de Paris ! Vive la République ! Vive la France ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/545.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/545.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0d6b9ffc40de8f1c44ec17ff512dfa521a7ee554 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/545.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs les Présidents, Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs les Ministres, Mesdames, Messieurs, les Parlementaires, Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames, Messieurs, Je suis heureux de vous accueillir aujourd'hui pour cette première conférence des Ambassadeurs depuis notre élection présidentielle. Celle-ci s'est inscrite sous le signe du changement profond. En disant cela, je ne parle pas seulement de mon élection. Je décris l'état d'esprit de nos concitoyens qui ont placé au deuxième tour deux candidats proposant de revoir radicalement la façon dont la France a été gouvernée ces 30 dernières années, ce désir de transformation né de la conscience aigüe qu'ont les Français que le monde autour de nous lui-même se transforme, et que rien n'est pire dans ce contexte que l'inaction. Chez certains, la réponse passe par le repli, la fermeture, le renoncement à l'Histoire, une forme de retrait derrière des frontières qu'on espère hermétiques. Pour ma part, j'ai choisi la voie d'une France reprenant son rang parmi les Nations en Europe, répondant aux défis du monde actuel et faisant entendre clairement son point de vue. C'est cette voie que les Français ont choisi avec l'exigence, sans doute l'impatience, qui sont de mise lorsqu'on a l'impression que les décisions doivent être prises rapidement. Ne nous y trompons pas, le monde a les yeux rivés sur la France. La transformation que nous avons engagée est une condition centrale – j'en ai la conviction – de la transformation de l'Europe tournée vers l'avenir et vers les peuples. Et la transformation de l'Europe autour d'une vision partagée est la condition d'un nouvel ordre mondial plus stable, apaisant les rivalités des puissances. Vous êtes ainsi appelés à devenir les ambassadeurs de la transformation de la France, à porter à travers le monde le message d'une France plus forte, plus unie, plus ouverte, désireuse partout où elle le pourra de porter le flambeau de l'action multilatérale, du dialogue politique et de la résolution de crise. Cette transformation de la France que nous engageons à deux ambitions indissociables. D'une part, celle de nous rendre plus forts, de restaurer notre capacité d'innover, de produire, de réduire le chômage en particulier des plus jeunes. Et d'autre part, celle de permettre à la France, au sein d'une Europe relancée, de tenir son rang dans un ordre mondial profondément bousculé. Je ne vais pas aujourd'hui vous décrire le cours du monde. Vous le connaissez mieux que personne et je ne vous dresserai pas non plus le catalogue de situations régionales auxquelles la France est confrontée. Elles sont votre ordinaire et c'est vous qui nous éclairez sur elles. Ne guettez pas non plus dans ce discours le nom de tous les pays ou de toutes les régions sur lesquelles vous travaillez en pensant y chercher une reconnaissance. Chacun a sa pertinence dans une diplomatie qui se veut mondiale et globale. Ce que je veux bien plutôt affirmer devant vous, ce sont les ambitions de la France dans ce monde tel qu'il va. Car nous traversons une période d'intense remise en cause des certitudes diplomatiques et de brouillage des lignes tels que le monde en connaît depuis vingt-cinq ou cinquante ans. C'est l'ordre de 1989 qui est aujourd'hui bouleversé. Un ordre fondé sur la mondialisation devenue ultralibérale et l'hyper puissance d'un seul Etat. Nous avons aujourd'hui le devoir de refonder un ordre collectif, stable et juste, avec nos alliés et tous nos partenaires. Pour refonder cet ordre du monde, la diplomatie de la France doit s'articuler autour de trois axes forts : notre sécurité qui se conjugue avec la stabilité du monde ; notre indépendance qui impose de revisiter les termes de la souveraineté y compris européenne ; enfin notre influence qui va de pair avec la défense des biens communs universels. La sécurité des Français est en effet la raison d'être de notre diplomatie. Nos concitoyens attendent bien entendu de l'Etat qu'il garantisse leur sécurité. Cette sécurité, c'est celle de leur famille, de leurs proches, mais c'est aussi – nous le voyons à l'émotion et aux élans de solidarité qui se manifestent lorsque survient un attentat encore ces dernières semaines en Espagne, dans plusieurs endroits en Europe et en Afrique – cette émotion de nos sociétés tout entières. Cette exigence est profonde, elle est viscérale et nous devons y répondre sans faiblir. Les choix à faire entre sécurité et liberté nous impose certes une équation complexe au plan national. Mais nous avons fait nos choix, ils sont clairs, conformes à nos valeurs et à notre tradition républicaine et nous les assumerons dans le texte de loi qui sera voté à l'automne et nous permettra de sortir de deux ans d'état d'urgence. Cette sécurité va de pair avec la stabilité qui est, elle, un enjeu géopolitique dont vous connaissez la complexité. Membre du Conseil de sécurité, puissance nucléaire, la France doit savoir exercer son rôle de contrepoids quand des déséquilibres apparaissent. Elle doit en particulier maintenir les liens avec les grandes puissances dont les intérêts stratégiques divergent, parfois peuvent entrer sur certains points en conflit. C'est le sens même du dialogue constant que j'entretiens avec le président américain Donald TRUMP comme nombre d'autres dirigeants. Je veux une France porteuse de solutions et d'initiatives lorsque se profilent des crises nouvelles et une France capable aussi bien de se faire entendre au niveau mondial que d'intervenir auprès des organisations régionales, comme nous l'avons fait par exemple au Sahel. Assurer la sécurité de nos concitoyens fait de la lutte contre le terrorisme islamiste la première priorité de notre politique étrangère. Oui, je parle bien d'un terrorisme islamiste et j'assume parfaitement l'emploi de cet adjectif. Car rien ne serait plus absurde que de nier le lien entre les actes terroristes que nous vivons et une lecture à la fois fondamentaliste et politique d'un certain islam. L'angélisme n'est pas de mise à cet égard, pas davantage que ne l'est une peur de l'islam qui confond islamiste et islamique, et tend à embarquer dans le soupçon général les millions de musulmans qui vivent en Europe et n'ont aucun rapport avec ces doctrines fanatiques. Et je n'oublie pas ici les musulmans qui se dressent parfois au péril de leur vie contre cet obscurantisme assassin. Deux grandes zones concentrent aujourd'hui nos efforts dans la lutte contre ce terrorisme : la Syrie et l'Irak d'un côté, la Libye et le Sahel de l'autre. Dès son extension en Syrie et en Irak, Daesh a commencé à planifier des attaques contre nos intérêts, contre nos vies, notre peuple. Oui, Daesh est notre ennemi. Le retour de la paix et la stabilisation de l'Irak puis de la Syrie sont à cet égard une priorité vitale pour la France. C'est pourquoi nous devons contribuer à enclencher en Irak à certains égards, comme en Syrie surtout, une transition politique inclusive où les populations seront justement représentées et nous investir dans la reconstruction de ces deux pays. En Syrie, nous devons terminer la guerre ; dans ces deux pays, nous devons gagner la paix. Pour la Syrie, c'est à cette fin que j'ai souhaité dès le mois de mai dernier que nous puissions changer de méthode. Le processus d'Astana nous avait mis à l'écart du règlement de ce conflit sur le plan de la désescalade militaire. En instaurant un dialogue exigeant avec les Turcs, les Iraniens et les Russes, nous avons pu faire avancer concrètement la situation. D'abord en définissant un objectif et une priorité communs : vaincre les terroristes et reconstruire la stabilité de la Syrie ; ensuite, en fixant des lignes rouges. La première est la fin de l'utilisation des armes chimiques et nous avons, je dois le dire, depuis notre échange de Versailles obtenu avec les Russes des résultats concrets sur ce point. La seconde est celle des accès humanitaires dans les zones de conflit. Conscient des risques qui subsistent, en particulier sur ce dernier point, j'y resterai très attentif. Enfin, nous avons pris l'initiative d'un groupe international de contact associant les principaux acteurs engagés en Syrie. Désormais accepté par nos interlocuteurs, ce groupe permettra de donner une nouvelle impulsion au processus piloté par les Nations Unies. Les efforts de Jean-Yves LE DRIAN en particulier permettront à ce groupe de devenir opérationnel lors de l'assemblée générale des Nations Unies en septembre. Il va de soi que la reconstitution un jour d'un Etat de droit en Syrie à laquelle la France et l'Europe apporteront leur contribution devra s'accompagner de la justice pour les crimes commis, notamment par les dirigeants de ce pays. La Libye et le Sahel sont l'autre foyer d'instabilité. La situation de la Libye en a fait un refuge pour les terroristes. J'ai décidé ainsi en juillet de réunir les deux principaux protagonistes de la crise : le Premier ministre Fayez SARRAJ d'un côté et le chef de l'armée nationale libyenne Khalifa HAFTAR de l'autre. La rencontre de la Celle-Saint-Cloud le 5 juillet a permis de faire avancer la réconciliation entre Libyens sous l'égide des Nations Unies. Dans quelques jours à New York, nous veillerons à la bonne mise en oeuvre de la feuille de route de la Celle-Saint-Cloud en soutien de l'action du nouveau représentant spécial des Nations Unies, monsieur Ghassan SALAME. Cette réconciliation, qui n'est qu'un début et a vocation à être plus inclusive encore et rassembler d'autres dirigeants en Libye, était une étape indispensable au processus politique qui seul permettra d'y éradiquer les terroristes. Nous devons protéger aussi contre ce risque les voisins de la Libye, et tout particulièrement la Tunisie. Ce sera l'objet d'un déplacement prochain du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Parce que les réseaux sont mobiles, organisés, nous devons également éviter que s'établissent en Afrique, en particulier au sud des frontières de l'Algérie et de la Libye, les bases arrières devenues zones sanctuaires pour le terrorisme islamiste. A ce titre, la décision de mon prédécesseur d'engager rapidement la France au Mali, plus largement au Sahel, a été l'honneur de notre pays et une bonne décision. Cela reste un impératif. Il appelle aussi à une réflexion sur l'avenir. En me rendant à Gao, puis à Bamako, j'ai voulu soutenir l'effort collectif des pays de la région au sein du G5 Sahel, le combat militaire que nous menons dans cette région, en particulier au travers de la force Barkhane a en effet pour objectif la lutte contre le terrorisme. Et je souhaite à cet égard que dans les prochaines semaines les priorités puissent être réévaluées à l'aune de cet objectif prioritaire. Mais notre présence militaire n'a de sens que dans le cadre d'un travail politique en profondeur, c'est pourquoi il faut faire plus sur la mise en oeuvre de l'accord de paix d'Alger, tout particulièrement en ce qui concerne la situation interne au Mali. Mais il faut aussi faire davantage sur le volet du développement, ce fut le sens de mon déplacement à Bamako, accompagné de la ministre des Armées et du ministre des Affaires étrangères, nous avons lancé une alliance pour le développement du Sahel avec nos principaux partenaires en juillet dernier. Je compte à ce titre sur vous pour mobiliser tous les soutiens possibles à notre démarche de sécurité et de développement en faveur du Sahel. J'ai décidé avec Jean-Yves LE DRIAN la nomination à cette fin, d'un envoyé spécial sur le sujet. Là aussi si nous voulons une action efficace, nous devons avancer avec notre mission de sécurité et nos armées et cet engagement en matière de développement, indispensable pour stabiliser toute la région, parce que les terroristes se nourrissent de notre incapacité à la stabiliser et lui permettre un juste développement. L'éradication du terrorisme islamiste passe aussi par l'assèchement de ses financements, c'est le lien des liens qui existent entre l'immigration et le terrorisme, les réseaux de trafics d'hommes, de drogues et d'armes sont à travers le Sahel intimement liés aujourd'hui aux réseaux terroristes. Leur démantèlement est donc une priorité absolue, c'est l'objet même de l'action que nous conduisons sur le terrain, de celle que nous conduisons avec l'ensemble des organisations régionales et de l'Union africaine. Au G7 comme au G20, des avancées ont été réalisées notamment avec le renforcement du Gafis sur lequel la France concentrera ses efforts. Aujourd'hui, le terrorisme et son financement se sont nourris des crises régionales et des divisions, des divisions en Afrique, et des divisions du monde musulman. C'est en quelque sorte aussi ce que la crise du Golfe actuelle révèle au grand jour, c'est pourquoi dès le déclenchement de la crise entre le Qatar et ses voisins, j'ai tenu à placer la France dans un rôle d'appui à la médiation. Je ne mésestime aucun des intérêts qui sont en jeu dans la région. Mais il est indispensable dans ce contexte que nous puissions parler à toutes les parties avec deux objectifs en tête, le premier, préserver la nécessaire stabilité de la région, sans quoi nous ajouterions une nouvelle crise aux crises existantes, le second, c'est d'obtenir la transparence sur toutes les formes de financement du terrorisme, car en la matière, il ne s'agit d'avoir aucune naïveté sur ce qui a pu être fait ou ce qui parfois est encore fait, en lien avec des mouvements terroristes que nous combattons sur certains théâtres d'opérations. C'est ce travail que nous devons poursuivre dans les prochaines semaines et les prochains mois, et sur lequel nous nous engageons. L'un des non-dits de cette crise est la rivalité entre l'Arabie Saoudite et l'Iran, et leurs alliés respectifs. Nous n'atteindrons notre objectif de lutte contre le terrorisme qu'à la condition de ne pas entrer dans ces grilles de lecture qui voudraient imposer un choix entre chiites et sunnites, et en quelque sorte, nous obliger à nous enfermer dans un camp. D'autres grandes puissances ont fait ce choix ces derniers temps, j'ai la conviction que c'est une erreur. Et la force de notre diplomatie, c'est cette capacité, là aussi, à parler à tous pour construire les éléments d'une stabilité et lutter efficacement contre toutes les formes de financement du terrorisme. J'ai donc établi un dialogue étroit, autant avec la Jordanie, l'Egypte et les pays du Golfe, qu'avec l'Irak et l'Iran. Dans cet esprit, je veux ici confirmer très nettement l'attachement de la France à l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien, dont je souhaite le respect strict. Cet accord, je le dis en la présence de Laurent FABIUS, a été amélioré grâce à l'intervention de la France, et tout particulièrement la sienne, lorsqu'il était discuté. Il n'y a pas d'alternative au régime de non-prolifération nucléaire, et nous serons, à ce titre, d'une fermeté implacable sur son application. Mais le cadre de cet accord est le bon, il peut être complété par un travail pour l'après 2025, par un travail indispensable sur l'utilisation de missiles balistiques, mais dans le contexte que nous vivons, l'accord de 2015 est ce qui nous permet d'établir une relation constructive et exigeante avec l'Iran. Je porte également une grande attention à notre relation avec le Liban, pays traversé par les tensions et les contradictions de la région. J'accueillerai prochainement à Paris le Premier ministre, puis, le président libanais, en visite d'Etat. Ce pays fait face aujourd'hui à une situation critique, avec un grand courage, un grand sens des responsabilités, que la France doit soutenir, au nom de notre relation séculaire, mais aussi parce que ces problématiques nous concernent et nous engagent. Au total, si nous voulons des résultats dans cette lutte contre le terrorisme et son financement, il faut maintenir des liens exigeants avec tous et avoir un agenda clair et des priorités établies, celles que je viens de rappeler. C'est pourquoi je souhaite réunir en début d'année prochaine à Paris une conférence de mobilisation contre le financement du terrorisme. Il est un autre défi qui a à voir avec notre sécurité et la stabilité du monde, c'est celui de la crise migratoire. Cette crise naît en large partie des situations de déstabilisations régionales profondes que je viens d'évoquer, mais il y a bien d'autres facteurs, climatiques, diplomatiques, politiques, de développement. Pour nos concitoyens, elle incarne cette mondialisation qui revient au coeur de nos sociétés. Là aussi, nous devons agir sans renier nos valeurs, accueillir les migrants est un devoir humain, c'est une question de dignité et de fidélité à ce que nous sommes, à ce en quoi nous croyons, et c'est un défi considérable pour tous les pays d'Europe, parce qu'ils sont fragilisés par l'augmentation des flux irréguliers depuis 2014, et parce que chacun est livré à ses défis propres. Je tiens ici à souligner à nouveau la distinction entre les migrants économiques et les réfugiés, même si elle ne contredit aucunement la nécessité de protéger la vie de tous et de respecter la dignité de tous. Mais elle demeure une distinction omniprésente de nos droits nationaux et internationaux. Elle est donc opérante. Certes, ces derniers mois, la route des Balkans s'est progressivement fermée. Mais près de trois millions de réfugiés demeurent en Turquie, et l'axe balkanique reste actif avec la présence encore de réseaux de passeurs qui continuent à opérer. Porter assistance à ce titre à la Grèce demeure un devoir impérieux. La route de la Méditerranée centrale connaît depuis le début de l'été une diminution importante du nombre de migrants. Mais nous ne savons pas encore dire aujourd'hui si cette diminution sera durable. Cependant, ce sont près de 800.000 réfugiés et déplacés qui attendent aujourd'hui du côté libyen, c'est donc une menace réelle, liée à ce que je viens d'évoquer, avec laquelle nous avons à vivre. Et ce sont en particulier des ressortissants de nationalité ouest-africaine, qui relèvent peu du droit d'asile en général, qui se trouvent aujourd'hui dans la région. L'Italie et la Libye attendent de nous une coopération renforcée, que nous devons leur accorder, et qui a produit ses premiers effets, en particulier avec le renforcement de l'action des gardes-côtes. Enfin, la route de la Méditerranée occidentale vers l'Espagne redevient une préoccupation. C'est dans ce contexte que la France a mis au point ces dernières semaines un plan global et cohérent pour appréhender, à partir des efforts déjà entrepris, l'ensemble du parcours migratoire, depuis les pays d'origine, jusqu'aux pays de destination. C'est ce qui nous a conduits, hier à Paris, à adopter une déclaration conjointe, dans un format inédit, rassemblant, autour de la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, le Tchad, le Niger, la Libye et l'Union européenne, à travers des mesures très concrètes, un plus grand contrôle en amont de la Libye, de la possibilité sur des listes fermées, contrôlées par le HCR, d'identifier les populations les plus fragiles et les plus vulnérables ayant droit à l'asile, en envoyant des équipes européennes, en lien avec le HCR, nous serons à la fois plus humains et plus efficaces, mais en organisant le retour vers les pays d'origine, de milliers de migrants qui se retrouvent aujourd'hui au Niger ou au Tchad, nous répondrons aussi à un défi intra-régional africain. Cette action prendra du temps, est difficile, mais avec les mesures concrètes, précises, qui ont été décidées, des financements clairs, je pense qu'elles constituent une réponse essentielle au défi qui est aujourd'hui le nôtre. Là aussi, c'est un travail humanitaire, sécuritaire et de développement. Pour mettre en oeuvre ce plan, j'ai décidé de nommer un ambassadeur chargé de coordonner l'ensemble des négociations liées aux migrations, et un groupe opérationnel, sous la supervision du ministre des Affaires étrangères, a été mis en place, qui fera des points d'étapes réguliers avec l'ensemble des parties prenantes et permettra de travailler en lien très étroit avec l'Union européenne et l'Union africaine sur ce sujet. Car l'Afrique n'est pas seulement le continent des migrations et des crises, c'est un continent d'avenir, c'est aussi, à ce titre, que nous ne pouvons pas le laisser seul face à ses défis démographiques, climatiques, politiques, nos entreprises, nos étudiants, nos chercheurs, nos artistes doivent s'y intéresser. Je me rendrai prochainement à Ouagadougou pour porter ce message, à travers la sécurité, le développement, la diplomatie, les liens économiques et l'innovation, la stratégie que je veux mettre en oeuvre consiste à créer un axe intégré entre l'Afrique, la Méditerranée et l'Europe. Axe dont les pays du Maghreb sont évidemment nos partenaires privilégiés, comme j'ai voulu le montrer lors de ma visite au Maroc et dans les échanges réguliers avec l'Algérie, comme la Tunisie. Nous devons arrimer ensemble, enfin, les continents européens et africains, à travers la Méditerranée, le Maghreb restera pour cela une priorité centrale pour la France, dans tous les domaines de notre coopération, qu'elle soit économique, politique, mais également culturelle. Les routes de la nécessité, qui déplacent tant d'Africains, qui font que, aujourd'hui, le désert en Afrique et la Méditerranée sont devenus les cimetières de millions d'Africains, laissés au dénuement et à la manipulation de ces réseaux de trafiquants que j'évoquais tout à l'heure, ces routes de la nécessité doivent devenir des chemins de la liberté, unissant l'Europe, la Méditerranée et l'Afrique. Car c'est en Afrique que se joue largement l'avenir du monde. La France ne saurait être ce pays postcolonial hésitant entre un magistère politique affaibli et une repentance malsaine, les pays d'Afrique seront nos grands partenaires. Et nous devons continuer à apprendre d'eux, comme ils peuvent apprendre de nous. Pour nourrir cet échange, je mettrai en place dans les prochaines semaines un Conseil présidentiel pour l'Afrique ; structure inédite, tournée vers les attentes de nos jeunesses. Ce Conseil transformera la gouvernance de la politique africaine en réunissant auprès de moi un groupe de personnalités engagées et issues de la société civile, l'Afrique l'illustre parfaitement, une politique étrangère désireuse de rétablir la sécurité doit activer trois grands leviers, presque concomitamment, ces leviers sont ce que j'appelle en quelque sorte les trois D, Défense, Développement et Diplomatie. Le Sahel est un excellent exemple de cette combinaison des leviers d'action, mais cela vaut partout. La Défense d'abord, j'ai commencé à l'évoquer, et nous pouvons et nous devons être fiers de nos armées, auxquelles j'ai réservé l'un de mes premiers déplacements à l'étranger, en rendant visite à nos forces à Gao. Mon ambition est que, en qualité, en capacité de déploiement, en réactivité, nos armées s'affirment, y compris dans la nouvelle dimension cyber, parmi les toutes premières au monde, la première en Europe, qui protège la France, mais aussi notre continent. C'est la raison pour laquelle j'ai affirmé l'engagement de porter l'effort de défense de notre pays à 2 % du produit intérieur brut, en 2025, avec, dès 2018, une augmentation de plus d'un milliard et demi d'euros. Mais notre sécurité ne se réduit pas à l'action de nos armées, quelles que soient leur valeur, nos opérations militaires ne seront pleinement efficaces que si elles s'inscrivent dans une approche globale, et je tiens à ce que l'apport de l'outil diplomatique et sa contribution aux cinq grandes fonctions stratégiques de notre Livre Blanc de 2013 soient bien pris en compte par l'exercice en cours de revue stratégique et de défense de sécurité nationale que supervise madame la ministre des Armées. En matière de développement, j'ai fixé l'objectif d'investir 0,55 % de notre revenu national pour l'aide publique au développement de la France d'ici à 2022. Ce qui représente un effort considérable dans le contexte budgétaire pour les cinq années à venir. Cet effort doit aussi s'accompagner d'un changement de méthode, d'une part, comme l'Agence Française Développement le fait désormais, en travaillant en étroite symbiose avec tous les autres acteurs français concernés, qu'il s'agisse de nos armées, de nos collectivités territoriales, du secteur privé ou des organisations non-gouvernementales, d'autre part, en atteignant plus efficacement et plus directement les bénéficiaires de l'aide dans nos pays partenaires. Je souhaite par ailleurs que la composante bilatérale de notre aide au développement retrouve, dans les années qui viennent, une part plus importante. L'Education sera la priorité, car il faut donner une alternative au fondamentalisme et à l'obscurantisme, le rôle des femmes, la lutte contre les dérèglements du climat et l'accès à une énergie décarbonée, l'éradication des pandémies, dont le VIH Sida, qui continue de constituer une grave menace sur le continent africain, malgré les grands progrès réalisés, constitueront les autres priorités de ce partenariat renouvelé. L'outil diplomatique enfin, il a connu ces dernières années une érosion constante de ses crédits, malgré votre mobilisation à tous et à toutes, et en rendant, et en préservant toute sa force à l'outil diplomatique par une innovation et un engagement constant. Je veillerai personnellement à ce que vous ayez les moyens de remplir vos missions, et je sais que le Premier ministre est très vigilant à ce point : Assurer la sécurité de nos personnels, qui demeure une priorité absolue, faire fonctionner, tout en l'adaptant en permanence, l'un des rares réseaux diplomatiques universels qui existe dans le monde, régler nos contributions aux organisations internationales et financer nos programmes de rayonnement culturel, d'aide humanitaire ou de coopération au développement. Pour cela, l'année 2018 sera une année de stabilisation budgétaire. Si la sécurité s'impose comme une priorité c'est parce qu'elle est le socle du deuxième axe que j'assigne à notre diplomatie, celui de l'indépendance. Par ce terme je n'entends nullement un splendide isolement, je tire simplement les leçons de ce monde multipolaire et instable, où nous devons, chaque jour, manoeuvrer par nous-mêmes selon nos intérêts. Pour cela il nous faut être mobiles, autonomes, capables de nouer des alliances et de jouer pleinement le jeu multilatéral, à la fois nous inscrire dans la tradition des alliances existantes et, de manière opportuniste, construire des alliances de circonstances qui nous permettent d'être plus efficaces. La France ne saura faire valoir ses priorités qu'à travers une indépendance sans arrogance, mais assumée. Cela exige d'abord que nous soyons pleinement présents et actifs dans les instances multilatérales, au premier rang desquels, bien évidemment, l'ONU. Ce n'est pas un hasard si le secrétaire général des Nations Unies a été mon premier visiteur international à Paris. Je n'oublie pas que notre pays appartient à tous les cercles importants de ces institutions et a l'honneur d'en accueillir plusieurs sur son sol, l'OCDE, l'Organisation Internationale de la Francophonie, le Conseil de l'Europe, l'UNESCO, dont les missions sont fondamentales à mes yeux, et à la direction de laquelle je soutiens la candidate française. C'est pourquoi, aussi, je souhaite que nous puissions mettre en place des nouveaux formats multilatéraux lorsque c'est nécessaire, comme nous le faisons pour la Syrie. La crise, avec la Corée du Nord, doit aussi faire l'objet d'un traitement collectif. Alors que les dirigeants de Pyongyang viennent une nouvelle fois de faire la preuve de leur irresponsabilité, je souligne ici la solidarité de la France avec le Japon. Nous continuerons à appeler à mettre en oeuvre des politiques intransigeantes à l'égard de la Corée du Nord, alors que croît une menace balistique et nucléaire qui concerne aussi l'Europe. En contact avec les autres membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies la France se tient prête à prendre toute nouvelle initiative utile pour empêcher l'escalade, ramener Pyongyang à la table des négociations et mettre en oeuvre, de manière rigoureuse, la résolution adoptée le 5 août. Le multilatéralisme c'est aussi cette capacité à organiser de grands projets qui le structurent, et je le dis avec beaucoup de gravité, si nous ne sommes pas au rendez-vous du multilatéralisme, d'autres grandes puissances se saisiront de ces instruments. Et elles ont déjà commencé à le faire, la Chine au premier rang d'entre elles, avec des engagements importants, j'y reviendrai en particulier sur le climat, qui sont des gages donnés, mais aussi avec des valeurs, des intérêts, qui ne sont parfois pas les nôtres. Nous devons donc prendre en compte ces initiatives, mais savoir faire revivre et donner une consistance, une cohérence, aux formes actuelles du multilatéralisme où nous avons une place essentielle. La Chine, je le disais, a pris des initiatives, ces dernières années, importantes, la nouvelle route de la soie est l'exemple même d'un grand projet géopolitique mené par la Chine, qu'il nous faut prendre en compte du point de vue de nos intérêts européens. Durant ces dernières années un travail diplomatique important a été conduit, pour justement reconstruire un partenariat solide, s'appuyant sur une tradition historique, avec la Chine, je souhaite poursuivre ce travail et construire, avec la Chine, aux côtés de laquelle nous siégeons au Conseil de sécurité, une relation solide en temps, qu'elle contribuera à la stabilité des équilibres internationaux, mais en ne laissant aucune ambiguïté planer sur ses équilibres, et les valeurs qui les sous-tendent. J'accorde également une grande importance, évidemment, à nos partenariats avec le Japon, mais aussi l'Inde, où je me rendrai avant la fin de l'année, notamment dans le cadre de l'Alliance solaire internationale, pour laquelle Madame Ségolène ROYAL a accepté de prendre responsabilités, qui permettra de coordonner ce travail et de rassembler, également, l'ensemble des partenaires et des forces que nous pourrons utilement mobiliser. Enfin, alors que le secrétaire général des Nations Unies entame une visite importe au Proche-Orient, il est fondamental que la France continue à peser sur la question israélo-palestinienne. Nous poursuivrons nos efforts avec l'ONU pour une solution à deux Etats, Israël et Palestine, vivant côte à côte en sécurité dans des frontières reconnues par la communauté internationale, avec Jérusalem comme capitale des deux Etats. Je souhaite me rendre, à cet égard, au printemps prochain, au Proche-Orient, en visite au Liban, en Jordanie, en Israël et dans les Territoires palestiniens. Vous le voyez bien, l'indépendance, dont il est ici question, n'est pas celle des souverainistes se réfugiant derrière des frontières qu'ils espèrent hermétiques, c'est celle qui permet de faire entendre à la France sa voix, de faire valoir ses intérêts sur la scène internationale, celle qui permet d'influencer le cours du monde au lieu d'en être l'otage. Celle, enfin, qui permet de n'être pas l'obligée des hyper puissances, mais leur interlocuteur, c'est pourquoi le multilatéralisme est, à mes yeux, un des instruments de notre indépendance. Cette indépendance, c'est une souveraineté ouverte sur le monde, et cette souveraineté exige, cependant, d'être portée collectivement, quand les enjeux excèdent le cadre national. Pour la France, le lieu où construire les outils de notre puissance et apporter la juste réponse aux défis qui se présentent, le lieu de notre souveraineté aujourd'hui c'est l'Europe. J'ai porté l'ambition européenne pendant la campagne présidentielle, avec beaucoup de convictions et malgré tous les cassandres qui pensaient que défendre l'Europe était une idée révolue, ou destinée essentiellement à perdre. J'ai entrepris de lui donner corps dès mon entrée en fonction en me rendant à Berlin et en faisant de cette alliance, de ce socle, entre la France et l'Allemagne, non la réponse à tous les problèmes, mais la condition de possibilités de commencer à les régler pour ensuite convaincre l'ensemble de nos partenaires. J'y ai présenté, avec la chancelière, un agenda de protection, de nature justement à réconcilier les Européens avec la construction de l'Europe, parce que cet agenda c'est le coeur-même d'une souveraineté européenne. Ce que nos concitoyens attendent de l'Europe, c'est qu'elle les protège, du cours du monde, c'est cela la légitimité du Léviathan, et nous l'avions oublié, ce n'est pas que l'Europe vienne s'immiscer dans chaque détail de la vie quotidienne, et par défaut, qu'une conduite politique devienne précisément bureaucratique. Non. Cet agenda de protection, que nous mettons en oeuvre depuis 4 mois maintenant, se tient en quatre axes. La protection des travailleurs, qui s'articule avec les réformes que nous conduisons dans nos pays, et à ce titre la révision des règles du travail détaché. La réforme du droit d'asile et la coopération européenne en matière migratoire, indispensable pour nous protéger collectivement face aux risques que j'évoquais tout à l'heure. La définition d'une politique commerciale et d'instruments de contrôle des investissements stratégiques dans un esprit de réciprocité, parce que l'Europe doit devenir pleinement une puissance économique qui sait se protéger face aux dumpings ou aux comportements irrespectueux du droit international, comme les Etats-Unis le font et comme nous avions un peu oublié de le faire. Enfin, le développement de l'Europe de la défense, idée dont nous parlons depuis tant et tant d'années, mais qui, sous l'impulsion de la Commission européenne, et soutenue par le couple franco-allemand, a eu des avancées concrètes au dernier Conseil européen avec la mise en place d'un fonds, d'une coopération structurée permanente, à laquelle nous avons commencé à donner corps dès le sommet et le Conseil des ministres franco-allemands qui s'en est suivi le 13 juillet dernier. Sur chacun de ces sujets nous avons obtenu des premiers résultats, ils sont la condition justement de cette crédibilité et d'une réconciliation entre nombre de nos concitoyens et l'idée européenne. Après les prochaines élections allemandes, dans quelques semaines donc, je proposerai de nouvelles avancées pour une relance de notre Europe. Non pas, je vous rassure, des changements de traités déjà ficelés, non pas des obsessions institutionnelles, mais de manière concrète une dizaine de sujets sur lesquels nous pouvons redonner à la fois une ambition à l'Europe et une envie d'Europe à nos concitoyens. Parce que, aujourd'hui c'est une refondation qu'il nous faut engager, car notre conviction européenne nous oblige, elle nous oblige à ne pas laisser l'Europe s'enliser dans la routine ou dans les querelles technocratiques. Elle nous oblige à ne pas laisser l'exigence de changement et le besoin de protection aux nationalistes de tous bords. Elle nous oblige à honorer la promesse initiale, qui a recousu notre continent après-guerre, la paix, la prospérité, la liberté. Elle nous oblige, en un mot, à faire mouvement pour éviter le délitement. La France fera ainsi des propositions pour renforcer l'Union économique et monétaire, renforcer la convergence de nos politiques sociales et fiscales, permettre une meilleure identification de l'Union européenne aux idées qui comptent pour la jeunesse, notamment en matière culturelle, mais aussi pour approfondir l'Europe de la défense, renforcer la politique migratoire européenne, avoir une véritable Europe du climat et de l'énergie. Ce sont tous les défis qui sont les nôtres aujourd'hui dans le pays, et sur lesquels, au quotidien, le gouvernement se bat, mais notre Europe, comme elle a su le faire lorsque des programmes comme Erasmus ont été créés, doit retrouver le sel de son ambition, c'est-à-dire des réponses concrètes aux préoccupations de nos concitoyens, pour l'enseignement supérieur, pour la culture pour le climat, pour notre sécurité collective. Ce sera le sens des propositions que je ferai à nos partenaires dans les prochaines semaines. Dans le domaine du numérique, qui fait évidemment partie de cette ambition, protéger nos données, réguler les géants de l'Internet, soutenir les champions mondiaux, ne peut se faire qu'à l'échelle européenne et fera partie de cette initiative, mais sur ce sujet je souhaite que, dès la fin septembre, au sommet de Tallinn, nous puissions franchir une étape importante. Le travail de refondation que nous entendons proposer doit reposer sur la confiance, le débat, il doit faire appel à tous, et en particulier à la jeunesse d'Europe. Je crois que le référendum français de 2005, qui ensuite nous a fait tant hésiter sur tout nouveau mouvement sur l'Europe, et ce qui vient de se passer en Grande-Bretagne, montre que le temps d'une refondation de l'Europe dans les cercles fermés, ou quelques cénacles autorisés, est terminé. Cette refondation ne se fera qu'à travers un débat démocratique organisé dont nos sociétés ont besoin. Les peuples européens ont besoin de se réapproprier l'idée européenne. C'est pourquoi nous lancerons dans les prochains mois, en France, et dans les autres pays volontaires, des conventions démocratiques pour mieux associer nos concitoyens à la réflexion sur l'avenir de l'Europe. Dans les mois qui viennent, nous aurons à négocier la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, mon message est simple : je préfère construire l'avenir que solder le passé. Notre ambition n'est pas de gérer mais de transformer, et ce Brexit est arrivé parce que, pendant des années, nous n'avons plus osé proposer, nous n'avons même plus osé nous réunir dans le simple format de la zone euro, pour ne pas chagriner, qui les Britanniques, qui les Polonais. Quels remerciements avons-nous à la clé ? Allons ! Le Brexit ne doit pas capter toute notre énergie, et l'Europe a trop souffert d'être devenue un syndic de gestion de crise, mais le Brexit doit nous amener à deux réflexions essentielles : quand l'Europe n'est qu'un marché, elle finit par être rejetée, c'est pour cela que nous devons rebâtir une Union ambitieuse et protectrice. Surtout, cette situation inédite doit nous obliger à être plus innovants, nous devons penser une Europe à plusieurs formats, aller plus loin avec tous ceux qui souhaitent avancer, sans être entravé par les Etats qui désirent, et c'est leur droit, avancer moins vite ou moins loin. Nous devons sortir d'un cadre contraint où il faudrait avancer demain à 27, ou rien, à 19 ou rien. Ce n'est pas vrai, nous avons toujours avancé avec une avant-garde de désir que suivaient quelques autres. Nous avons construit une statique de l'ennui, elle crée quoi ? Du désagrément. Nous devons là aussi retrouver cette ambition initiale. Nous devons également avoir le courage de revenir sur les dispositifs qui ont rendu parfois l'Europe inexplicable ou insupportable aux Européens eux-mêmes, aller dans le sens d'une simplification administrative radicale, et de plus de subsidiarité, et le Brexit ne doit pas nous faire perdre de vue ce débat, commencé sous l'impulsion britannique, à ce sujet. Et mon engagement pour la révision de la directive sur les travailleurs détachés s'inscrit pleinement dans cette ambition, celle que j'ai portée il y a quelques jours dans les pays de l'Est de l'Europe. Ce combat remet en cause les consensus apparents, je l'assume pleinement, parce que ce sont souvent des consensus paresseux, qui ont pu prévaloir ces 20 dernières années. Certes, il serait plus simple de se satisfaire des eaux dormantes et de laisser prospérer ceux qui, de l'intérieur, sapent le projet européen, d'accepter les critiques de certains Etats nous disant que nous sommes fermés, que nous ne nous réformons pas, que notre marché du travail n'est pas efficace, accepter tacitement que plusieurs acteurs économiques en France utilisent d'ailleurs ce qu'ils dénoncent ouvertement sur les chantiers qu'ils ont à conduire et laisser certains pays ouvrir ces voies d'eau en Europe et ne respecter aucune règle de la solidarité collective. Mais ce n'est cela aimer l'Europe, ce n'est d'ailleurs pas cela qui a conduit à créer l'Europe. Le marché unique ce n'est pas des marchés simplement ouverts les uns avec les autres, c'est un principe de convergence, c'est une volonté d'aller dans une même direction, d'avoir une ambition commune, d'être capable de discuter sur nos standards communs, pas d'aller chercher le moins-disant social, le moins-disant fiscal, le moins-disant en termes de protection, parce que nous connaissons à peu près, à ce sujet, la fin de l'histoire. Si nous décidons que l'Europe est notre avenir commun, nous devons à nos concitoyens des compromis ambitieux, des remises en cause régulières, car pas plus en Europe qu'ailleurs les situations ne sont figées. Ce que nos peuples attendent de cette Europe plus lisible, de cette Europe qui doit mieux les protéger, c'est qu'elle sache s'imposer dans une mondialisation ressentie comme de plus en plus brutale, certainement pas en se refermant, mais en faisant respecter les règles qui assurent la loyauté des échanges, la réciprocité de l'ouverture commerciale. Qu'il s'agisse des grandes plates-formes de l'Internet, des puissances commerciales et financières, l'Europe est la bonne instance si elle est mise en situation de jouer son rôle, si elle dispose des instruments nécessaires, si elle bénéficie de la confiance des Etats membres, en un mot, si elle acquiert une véritable souveraineté au nom de nos pays et face au reste du monde. Mais permettez-moi, à ce stade, de dissiper un doute que vous pourriez concevoir. Si les axes que j'assigne à notre politique étrangère sont la sécurité et l'indépendance, ce n'est pas dans le but de faire de la France un petit pays frileux et jaloux de sa tranquillité, tout au contraire, c'est pour mettre ces principes et ces lignes de force au service de ce qui est plus grand que nous, c'est pour en faire les fondements d'une influence accrue, articulée autour de nos valeurs et de nos idéaux, cet ensemble pour donner à nouveau sa voix à cet universalisme qui nous constitue si profondément. En effet, lorsque nous regardons le monde autour de nous, une évidence nous frappe, l'Europe est un des derniers havres où les idéaux des Lumières que sont la démocratie élective et représentative, le respect de la personne humaine, la tolérance religieuse et la liberté d'expression, la croyance au progrès, sont encore largement partagés, et nourrissent encore un horizon collectif. Ces idéaux, je les appelle nos biens communs. La France doit en être l'infatigable avocat, parce que c'est le coeur de sa vocation, et parce que c'est ainsi que la France est solidaire avec le monde. Notre premier bien commun c'est notre planète. La France a contribué fortement à cet engagement en accueillant en 2015 la COP21 qui a permis d'aboutir à l'Accord de Paris sur le climat, exemple d'un nouveau multilatéralisme ouvert aux acteurs non-étatiques et fondé sur la science. C'est une réussite française, c'est celle de la diplomatie française, dont je tiens, ici, à vous féliciter, elle a été portée par mon prédécesseur, et c'est votre succès comme le sien. Je ferai tout pour préserver cet accord et assurer sa meilleure mise en oeuvre possible. C'est le sens de l'initiative en réponse à la décision américaine que j'ai prise le 1er juin dernier, c'est aussi le sens du sommet que j'ai décidé d'organiser le 12 décembre prochain, à la date anniversaire de cette COP21, avec la Banque mondiale, en particulier, et tous nos partenaires qui souhaiteront y être associés, 2 ans après la signature de l'Accord de Paris, pour pouvoir faire un point d'étape sur les avancées et pouvoir mobiliser les financements indispensables. Je plaiderai est également à l'ONU fin septembre pour l'élaboration et l'adoption d'un pacte mondial pour l'environnement, sous l'égide du président du Conseil constitutionnel il a fait l'objet d'un travail d'un groupe d'experts internationaux et permet des avancées réelles. Nous devrons prendre des initiatives majeures dans les prochains mois à cet égard, non seulement en termes de droit mais également en faveur de la biodiversité et des nombreux sujets que le ministre d'Etat Nicolas HULOT a présentés au début de l'été dans le cadre du plan pour le climat qu'il porte, et avec une cohérence indispensable entre notre agenda national, européen et international. C'est cette cohérence qui conduira le ministre à porter dans les temps à venir des engagements très clairs où la France se mettra en conformité avec ces engagements pour là aussi préserver sa capacité à impulser cette dynamique internationale. Il est important de développer à ce sujet un dialogue étroit avec des partenaires qui ont décidé de mener en la matière une action ambitieuse. Je pense tout particulièrement à la Chine, partenaire indispensable compte tenu des décisions récentes des Etats-Unis, et à l'Inde où nous nous rendrons en fin d'année. Confrontés aux ravages du réchauffement climatique et à des pollutions massives, beaucoup de pays ont adopté des politiques innovantes et attendent de nous un soutien sans faille. Notre volonté commune, notre capacité d'innovation, nos coopérations scientifiques et économiques peuvent réellement changer le cours des choses. Le deuxième bien commun est la paix, celle qui permet de choisir sa vie, de construire sa trajectoire, de fonder une famille, de rêver tous les rêves possibles. Ah ! On peut paraître extraordinairement naïf ou on paraissait peut-être extraordinairement naïf il y a quelques années à dire ces mots, mais l'Histoire s'est rappelée à nous. Nous avions oublié que 70 ans de paix sur le continent européen était une aberration de notre Histoire collective. C'est pourtant ce que notre Europe a permis de faire advenir. Mais la menace est à nos portes et la guerre est sur notre continent. En Syrie certes, en Europe, et voilà pourquoi nous ne saurions ménager nos efforts pour maintenir là aussi le dialogue avec la Russie ni limiter nos exigences pour résoudre la crise avec l'Ukraine et tous les conflits gelés sur notre continent. La France et l'Allemagne continueront ensemble à déployer tous leurs efforts pour la mise en oeuvre des accords de Minsk dans le format dit Normandie, alors que tant d'hommes meurent encore aujourd'hui dans le Donbass. J'appelle toutes les forces en présence à respecter le cessez-le-feu décidé la semaine dernière. Il en va de notre sécurité, mais il en va aussi de l'idée même que nous nous faisons de l'Europe de la paix. L'OTAN garde dans ces situations toute son utilité. Le sommet organisé en 2018 sera, à ce titre, l'occasion de réfléchir aux moyens de donner un nouveau souffle à cette institution. Notre troisième bien commun, ce sont la justice et les libertés. C'est le socle vivant des droits fondamentaux pour lesquels des millions de femmes et d'hommes se sont battus et se battent encore chaque jour. Cet héritage en constante évolution, sans cesse remis en cause par les dictateurs, les criminels et les trafiquants de tout genre doit être le ferment de notre action collective. Notre diplomatie devra continuer de défendre activement les libertés fondamentales : la place des femmes, les libertés de la presse, le respect des droits civils et politiques partout dans le monde. Les droits de l'homme ne sont pas seulement des valeurs occidentales. Ce sont des principes universels, des normes juridiques librement adoptés par tous les pays du monde que nous devons sans cesse expliquer, défendre, améliorer. Je me rendrai à ce titre au Conseil de l'Europe et à la Cour européenne des droits de l'homme début novembre. Je souhaite que la tradition juridique française que plusieurs d'entre vous dans cette salle portent puisse être non seulement pleinement reconnue - ce qui est largement déjà le cas - mais conduire à influencer tous nos partenaires qui, parfois, prennent d'autres voies où pourraient s'égarer face à cette certaine menace. Je souhaite aussi rendre un hommage particulier aux organisations internationales telles que l'OIM et le HCR, le Comité international de la Croix Rouge dont le président est à juste titre l'invité d'honneur de notre conférence, mais aussi aux nombreuses organisations non gouvernementales qui, dans les contextes les plus dangereux, font reculer les violences contre les civils et font vivre notre humanité. C'est pourquoi le dialogue avec tous, que je considère comme essentiel à notre diplomatie, ne saurait se priver de rappeler ces éléments fondamentaux. Nos échanges diplomatiques et économiques avec la Russie, la Turquie ou la Chine ne sauraient justifier qu'on recouvre d'un voile pudique la question des droits de l'homme car alors, c'est nous-mêmes que nous trahissons. Il faut savoir respecter nos interlocuteurs, leurs propres histoires, leur propre évolution, sans faire l'économie d'un tel dialogue. Parce que c'est cela ce qui nous a construit aussi, parce que c'est cela notre dignité, parce que c'est l'une des raisons pour lesquelles nous combattons avec tant de détermination ce terrorisme que j'évoquais tout à l'heure. Et nos concitoyens ont cette exigence. Ils ne comprennent pas les complaisances dont fait l'objet, de la part de certains, le régime qui se met en place au Venezuela. Qu'il me soit permis de dire à ce sujet combien est préoccupante. La crise actuelle du Venezuela. Une dictature tente de se survivre au prix d'une détresse humanitaire sans précédent de radicalisation idéologique inquiétante, alors même que les ressources de ce pays restent considérables. Je souhaite réfléchir, avec les gouvernements d'Amérique latine et d'Europe, à la manière d'éviter de nouvelles escalades y compris régionales. De même, il est de mon devoir de parler sans ambages pour soutenir la Commission européenne quand elle estime que les autorités d'un Etat membre mettent en oeuvre une politique contraire aux principes fondamentaux de l'Union, veulent promouvoir des réformes de leur justice incompatibles avec les principes de l'Union. Et je m'étonne parfois que celles et ceux qui, dans notre pays, prétendent défendre ces mêmes droits ou ces mêmes intérêts s'indignent du fait qu'on puisse dire la vérité à un Etat membre ou soutenir la Commission dans ses démarches. Enfin, notre bien commun c'est la culture. Ce sont ces biens culturels que partout, lorsque la démocratie est menacée, lorsque la guerre est là, partout ces biens culturels sont mis en danger. L'alliance portée par mon prédécesseur accompagné par plusieurs d'entre vous, qui vise précisément à protéger dans tous ces théâtres d'opération les biens culturels, sera poursuivie et j'y engagerai notre force diplomatique, notre action. C'est là aussi la cohérence de l'action que nous menons dans le pays pour le développement de l'accès à la culture comme une des voix d'émancipation de la défense de notre modèle de civilisation face au terrorisme. C'est ce combat que nous devons mener partout à l'international où ces biens culturels sont menacés, parce qu'ils font partie de nos biens communs. La solidarité universaliste que la France déploie dans la défense des biens communs de l'humanité repose sur une condition : que la France elle-même offre au monde un modèle désirable. C'est pourquoi il n'est pas d'influence sans attractivité. La première source d'attractivité est sans aucun doute l'économie. On peut avoir le discours que je viens de tenir ; si à côté de cela on se satisfait d'une économie faible ou tout se tente, on n'est pas cohérent, tout simplement. On ne se donne pas les moyens de réussir. Si on ne cherche pas à relever tous les défis nationaux pour être à la hauteur de cela, avoir une éducation, une université à la hauteur de ce défi, une force économique qui permette d'y répondre, on n'est pas cohérent. En effet, cette source d'attractivité qu'est notre économie, nous devons continuer à la développer parce que c'est un attribut de la puissance et parce que c'est une priorité de l'action diplomatique. Je veux ici confirmer ce qui avait été décidé il y a plusieurs années. La diplomatie économique est une priorité de votre réseau et je souhaite la confirmer, et c'est un souhait du ministre Jean-Yves LE DRIAN que j'appuie. Elle commence par un effort accru pour aider nos PME à s'installer sur les marchés des pays où vous représentez la France. J'en appelle à vous pour les accompagner et pour développer le réseau des volontaires internationaux, outil remarquable pour l'insertion professionnelle et l'ouverture internationale des jeunes Français dont il faut élargir le vivier. Vous devez contribuer aussi à attirer de nouveaux investissements en France, créateurs d'emplois et de valeurs. Le Brexit, à cet égard, est une opportunité. Les stratégies industrielles et financières adoptées par les grands fonds souverains sont également une réalité fortement inscrite dans le paysage de cette diplomatie économique. Je vous demande de prendre des initiatives pour attirer des nouveaux talents vers notre pays en utilisant les programmes, par exemple le programme French Tech Ticket, en proposant de nouveaux mécanismes incitatifs, en adaptant nos dispositifs de délivrance de visas et en s'appuyant sur nos priorités, en particulier la lutte contre le réchauffement climatique, l'excellence universitaire que nous devons déployer et que nous voulons déployer. Le Premier ministre et moi avons fait le choix de confier la responsabilité de ces politiques au ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Il le fait en lien avec ses collègues dans leur domaine de compétences. La mesure de notre réussite sera l'augmentation du nombre d'entreprises exportatrices et la pérennisation de leurs flux d'exportation. Nous faisons à cet égard moins bien que l'Allemagne et que l'Italie. Ce sera aussi la mission des nouveaux dirigeants de Business France de mettre en oeuvre ces orientations. Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères est également responsable de la marque France à l'étranger. C'est une dimension majeure de votre travail. Mobiliser l'ensemble de vos services pour améliorer l'image de la France auprès des prescripteurs d'opinion est un élément important de cette attractivité. Je salue le très fort engagement du gouvernement dans ce contexte d'attractivité économique en faveur d'un secteur essentiel en ce domaine qu'est le secteur touristique. Le Premier ministre a fixé la feuille de route et les priorités d'action lors du conseil interministériel du 26 juillet. Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères réunira à nouveau ses collègues et l'ensemble des acteurs concernés le 10 octobre prochain avec un objectif clair : accueillir cent millions de touristes d'ici 2020. L'action doit être en la matière déterminée. La levée de l'état d'urgence nous permettra d'accélérer notre efficacité, mais c'est une mobilisation de tous et de toutes parce qu'elle rend tangibles les retours de notre action diplomatique pour le quotidien de nos concitoyens. Ce sont des emplois créés, c'est de l'activité déployée partout sur notre territoire. Je compte donc beaucoup sur les échanges que permet cette semaine pour établir une nouvelle feuille de route pour notre diplomatie économique. A l'issue de cette conférence, votre ministre remettra au Premier ministre cette feuille de route, composante essentielle du redressement de notre pays. Je sais pouvoir compter sur votre implication personnelle dans ce travail. Un autre aspect essentiel de notre attractivité, c'est la diplomatie étudiante. La France accueille 300 000 étudiants étrangers chaque année dans nos universités et grandes écoles ; ce n'est pas assez. Ce nombre est stable alors que la mobilité étudiante dans le monde a augmenté de 25 % depuis cinq ans. Les Etats-Unis continuent d'attirer de plus en plus d'étudiants, le Royaume-Uni aussi mais pas la France qui a été doublée l'année dernière par l'Australie. Cela requiert de notre part une stratégie plus résolue pour constituer en France de grandes universités visibles à l'international. Ce sera le défi dès le secondaire du ministre de l'Education nationale et de la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'innovation, de construire ces éléments de réussite. Ce qui est bon pour la France, les jeunes et les étudiants français, est bon pour son attractivité internationale et c'est l'étape indispensable que le gouvernement est en train de relever. Mais notre stratégie d'accueil doit aussi être plus offensive et plus intégrée. De la réforme des universités à la demande de visa dans les espaces Campus France que vous animez, de l'accueil simplifié en France à la signature de nouveaux accords de coopération universitaire dans vos pays de résidence, tous les efforts doivent aller dans le même sens. Les pays de l'espace francophone doivent envoyer davantage d'étudiants en France, en particulier au niveau master et doctorat comme sait le faire par exemple l'Amérique latine. Je souhaite que nous nous appuyons davantage sur le réseau des lycées français à l'étranger et que nous puissions créer davantage de bourses d'attractivité pour les meilleurs étudiants, et que nous en devenions leaders en Europe sur le marché justement du numérique diplômant. Cette diplomatie de l'attractivité, elle doit aussi pouvoir s'appuyer - et je sais que vous le faites déjà - sur les Français de l'étranger. Les Français de l'étranger ont cette chance de pouvoir chaque jour comparer leur patrie à leur pays d'accueil. Ils aperçoivent nos faiblesses mais souvent voient mieux que d'autres les forces que nous n'exploitons pas assez. Ils ont cette volonté de s'engager davantage encore dans le redressement de la France, dans son attractivité, dans les liens économiques, culturels, éducatifs, linguistiques que nous pouvons développer dans chacun de ces pays. Je connais leurs préoccupations s'agissant, par exemple, de la scolarisation de leurs enfants. Les crédits de l'AEFE seront préservés à partir de 2018. Je sais, Monsieur le ministre, que vous y êtes particulièrement attaché. Ils sont également préoccupés par leur sécurité à laquelle nous consacrons des moyens accrus. Il nous appartient aussi de faire que l'expatriation ne soit pas un chemin semé d'embûches, mais une expérience qui permette de s'épanouir. A ce titre, la numérisation des démarches administratives est un chantier qu'il convient d'accélérer. Je me rendrai sur tous ces sujets début octobre devant l'Assemblée des Français de l'étranger pour marquer cet engagement. Parmi les facteurs d'attractivité, je souhaite que la langue française retrouve sa place. Elle doit faire l'objet de toute votre attention diplomatique. Nous nous abritons derrière de grands chiffres, derrière les 300 millions de locuteurs francophones dans le monde, notamment grâce à l'Afrique, avec des projections très optimistes pour 2050. Mais cela ne doit pas cacher des réalités beaucoup plus contrastées, voire préoccupantes, là aussi, ne soyons plus défensifs. Notre francophonie est une chance formidable, elle est portée sur tous les continents, elle est portée par la France au premier chef, et l'emprise de la France sur tous les continents, grâce à sa présence ultramarine, et je veux, dans ce cadre, entre autres, que nos territoires d'outre-mer soient un élément de notre rayonnement et de notre développement. Mais elle est portée par toutes les communautés francophones qui, sur tous les continents, sont détentrices de cette vitalité, la promotion de la langue française doit donc passer par un dispositif que nous avons à réorganiser et à développer, notre dispositif audiovisuel, France Médias Monde et TV5 Monde, par les Alliances françaises, et même si je sais ou je crois savoir que cela a déjà été dit souvent, je souhaite mener à bien le rapprochement entre l'Institut français et la Fondation Alliance Française, par les outils numériques, par la Francophonie économique, en lien avec le secteur privé, par l'introduction des méthodes actives d'apprentissage, dans les systèmes éducatifs de nos partenaires. Elle doit se démultiplier par l'action culturelle, par le cinéma, la pratique artistique et la lecture, notamment vers le jeune public, il est, à ce titre, important cette année que la France soit l'invitée d'honneur du Salon du livre, de la Foire du livre, pardon, de Francfort, à laquelle je me rendrai ; mais ce sont ce genre d'initiatives que nous devons continuer à développer. La francophonie, ce n'est pas un sujet de distraction qui viendrait s'ajouter au reste. C'est au coeur du combat que nous avons à livrer sur tous les continents, celui de la défense de nos valeurs, celui de notre objectif de développement, de la défense des biens communs, que j'évoquais tout à l'heure. Et chacun d'entre vous le sait, lorsqu'il croise un responsable économique ou politique étranger, qui a appris le français dans un de nos lycées, qui a fait l'objet d'un de nos échanges universitaires, économiques ou culturels, il y a quelque chose qui nous relie, il y a, à ce moment-là, un fil, même ténu, qu'on peut tirer dans les pires circonstances et qui permet de redresser une situation, qui permet de ramener au sens commun, à la sécurité, à la stabilité, tout se tient, et ceux qui pensent qu'on pourrait négliger la francophonie comme un accessoire se trompent, nous en avons hérité, donc nous pensons que nous pouvons l'oublier, nous devons la développer plus encore, parce qu'elle est un outil de cette attractivité et de cette influence, et de notre capacité à porter partout notre message ; c'est pourquoi, je réunirai en début d'année prochaine des intellectuels, universitaires, artistes, entreprises, engagés pour renforcer la place de notre langue dans le monde. Nos objectifs doivent être ambitieux et je présenterai en 2018, dès le premier semestre, un plan d'ensemble pour la promotion de la langue française et du plurilinguisme dans le monde, en lien avec l'Organisation Internationale de la Francophonie et ses pays membres, c'est grâce à cette force collective que, précisément, aussi, nous pouvons attirer des événements mondiaux, comme, je l'espère, l'Exposition universelle, ou réussir dans un autre domaine fondamental pour la France, celui du sport, comme nous le verrons dans quelques jours, pour la candidature de la France aux Jeux olympiques de 2024, parce que c'est là aussi un élément de notre attractivité, de notre crédibilité, de notre force, de cette fierté française qui aide à rayonner et à porter l'ensemble de nos valeurs et de nos priorités. Je veux à ce titre, non pas féliciter, car il serait trop tôt, l'équipe qui ira défendre les couleurs de la France à Lima, dans quelques jours, mais d'ores et déjà, vous remercier de vous être tant investi autour de cet enjeu. Enfin, la France ne sera attractive que si elle pèse sur les règles qui prévalent au plan international, je souhaite qu'elle s'engage plus résolument dans les instances qui les conçoivent et les édictent, et plus largement, qu'elle redevienne un lieu où l'on pense le monde. Qu'est-ce que je veux dire par-là, il y a des changements multiples sur le plan économique, industriel, technologique, qui vont profondément impacter nos vies, nos capacités à innover, à produire, et qui vont impacter au quotidien le rapport au secret et aux libertés individuelles. Le numérique va profondément les bousculer, il commence déjà, ces changements technologiques vont profondément changer notre capacité à innover, à produire, et derrière tout cela, ce sont de nouveaux standards qui vont se construire, des acteurs dominants de ce monde numérique et de l'intelligence artificielle, qui est en train d'émerger, se constituent, ces géants sont principalement américains. Nous avons des champions français, européens à constituer, et ce sera l'une des priorités de la politique du gouvernement, mais cela doit aussi passer par une capacité, que nous avons parfois plus négligées que certains de nos voisins européens, je pense en particulier aux Allemands, à définir les standards, les normes, qui réguleront ces espaces, si nous voulons réussir dans le véhicule autonome, nous devons au niveau européen en définir les normes, et le faire au moins en franco-allemand, si nous voulons être les leaders, ce qui doit être fait, de l'intelligence artificielle, nous devons, là aussi, en définir les grandes règles, et tous ces changements porteront des bouleversements profonds qui toucheront la bioéthique, les libertés individuelles et nos droits fondamentaux. Nous devons les penser, en lien avec nos principaux partenaires, parce que c'est le rôle de la France de créer le cadre de régulation multilatérale de ce monde qui advient pour pouvoir aussi y porter ses propres intérêts, et de le faire de manière européenne pour ne pas subir la régulation de fait, qui est la loi du plus fort, que nous subissons aujourd'hui. Sur tous ces sujets, je souhaite que la France s'engage profondément, ce qui implique votre travail au quotidien, la mobilisation de l'ensemble des acteurs économiques, sociaux qui sont compétents sur ces sujets, des milieux académiques, scientifiques indispensables, des meilleurs juristes pour que nous puissions être l'un des lieux où l'on pense ses règles du monde de demain, c'est-à-dire ces équilibres, où l'on permettra que cette mondialisation qui, de toute façon, est là, ne soit pas exempte de toute règle, parce qu'elle devient alors la propriété de quelques-uns, et parce qu'elle devient alors l'ennemie de nos propres intérêts. C'est toute cette nouvelle responsabilité qui est la nôtre et qui doit nous conduire à définir philosophiquement et juridiquement les règles de ce nouveau monde, le livrer seulement à l'intérieur de nos frontières à une réflexion juridique serait insuffisant, c'est au niveau européen et international que nous devons mener ce combat, en éclaireurs. Et dans cette société de la connaissance, qui fleurit sous nos yeux, notre pays devra redevenir un centre de l'expertise internationale et du débat sur l'ordre mondial. C'est pourquoi je souhaite que la France lance un cycle de conférences internationales annuelles diplomatiques et juridiques, consacrées à l'organisation de notre monde, la première se tiendra à Paris à l'été 2018. Mesdames et messieurs, les mutations profondes que nous voyons partout à l'oeuvre constituent bien un défi considérable, une responsabilité immense pour notre pays, un défi parce qu'il s'agit de mettre la France en situation de ressaisir son destin dans la marche du monde, d'assumer l'ambition d'être une grande puissance qui pèse et qui compte dans un monde multilatéral, et pour cela, de reconquérir les leviers de la puissance, que sont la santé économique, la compétitivité, la capacité à éduquer, innover influencer. C'est l'enjeu des transformations que nous voulons mener, mais une responsabilité aussi, parce qu'il revient à la France, dans ce nouveau jeu mondial, de définir un nouvel humanisme au coeur des mutations, qui affectent l'idée même que l'on se fait de l'humain. Au-delà de la sécurité, au-delà de la souveraineté, la France a besoin de faire entendre son identité, elle a besoin de savoir qui elle est et qui elle veut devenir, elle a besoin de diversité, d'humilité et de fierté, car la France, si elle en a la volonté et s'en donne les moyens, conservera toujours une voix originale dans le concert des nations, une voix d'expérience et d'espérance, aspirant à un ordre multilatéral de progrès et de justice, soucieuse de toutes les crises, attentive à tous les enjeux globaux, environnementaux, numériques, de développement. En ce sens, nous sommes une puissance grande par ses ambitions, grande par ses idéaux, grande par ses espérances, et nous devons pleinement l'assumer, et c'est le coeur de votre mission. Pour cela, la diplomatie française doit être globale, conjuguant économie, défense, éducation, culture, environnement, c'est la clef de son rayonnement. Et je remercie Jean-Yves LE DRIAN de mettre son expérience, sa détermination, son goût des résultats concrets au service de cette administration unique, avec à ses côtés, Nathalie LOISEAU et Jean-Baptiste LEMOYNE, ainsi que votre nouveau secrétaire général, Maurice GOURDAULT-MONTAGNE. Pour moi, qui ai commencé à vous rencontrer, l'important est ici de saluer, pour conclure, votre dévouement et celui de vos équipes, votre courage aussi, alors que vous êtes exposé de plus en plus souvent à des situations dangereuses, et je veux ici dire un mot tout particulier pour le personnel de notre poste à Kaboul, qui a subi le 31 mai dernier un attentat d'une ampleur inégalée. Face au danger, dans toutes les zones de crise, vous préservez la voix et les intérêts de la France, et veillez à la protection des Français. Je veux, à ce titre, remercier aussi très chaleureusement les agents du Centre de crise et tous ceux qui contribuent à l'assistance aux Français en difficulté, y compris désormais les victimes d'attentats sur le sol national. Je connais les sacrifices consentis, la charge que peut représenter l'instabilité de la vie diplomatique sur chacun d'entre vous et sur vos familles. Je vous remercie du fond du coeur, à ce titre, pour la contribution que tous les agents du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères apportent, avec leur sens de l'Etat, leur disponibilité, leur connaissance du monde, à la sécurité et à la protection des Français, au rayonnement de la France. Je vous engage à vous mobiliser par vos propositions, vos initiatives, vos actions, pour porter ensemble et pour concrétiser cet espoir d'une France qui retrouve confiance dans son avenir, et qui saura aussi répondre à l'attente dont elle est l'objet, dans le monde, mais aussi dans notre société ; ensemble, nous allons précisément répondre à cette attente. A nous, ensemble, de tracer un nouveau modèle de civilisation où les inégalités et les insécurités seront contenues, où la justice sera défendue et la planète protégée, où la culture, la création, la mémoire seront respectées. Ce projet, c'est cela notre identité. Quand tant d'autres se perdent à vouloir chercher une identité fantasmée, dans un passé qui n'a jamais été et ne serait que national, vous portez l'identité française, parce qu'elle ne s'est toujours construite qu'à l'aune de ses combats, que sur ses terrains d'avant-garde, que dans ses moments les plus difficiles. Nous pouvons faire en sorte que l'avenir appartienne au dialogue et non à la guerre, à la coopération et non à la discorde, à la prospérité partagée et non aux crises, c'est tout le sens de notre politique, et c'est celui je le sais de votre vocation. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/546.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/546.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..631204d3273317b6e1e1ccddb0dba68fb13630db --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/546.txt @@ -0,0 +1 @@ +CYRIL VIGUER Voilà, deuxième partie de cette matinale d'infos avec maintenant « Territoires d'infos », avec un invité politique ce matin, Gérard COLLOMB, qui essuie les plâtres de cette nouvelle formule. Merci Monsieur le Ministre d'être avec nous ce matin. Vous êtes l'invité politique de Public Sénat, de la presse quotidienne régionale des télévisions locales de France et de TV5 Monde. Merci. Et c'est Michaël SZAMES, le spécialiste politique de Public Sénat. Bonjour Michaël. Et Nathalie MAURET du Progrès de Lyon. C'est un peu normal… NATHALIE MAURET Bonjour. CYRIL VIGUER Gérard COLLOMB, vous étiez jusqu'à il y a quelques semaines le maire de Lyon, qui seront vos intervieweurs ce matin à mes côtés. Gérard COLLOMB, la petite Maëlys a disparu depuis dix jours maintenant, un homme a été mis en examen et écroué après avoir été entendu une deuxième fois par la police. L'ADN aurait parlé. Ce matin, qu'est-ce qui prédomine le plus chez vous, la prudence, et pouvez-vous nous dire un peu plus de choses, que savez-vous de l'enquête ce matin et de sa progression ? GERARD COLLOMB Si vous voulez, je crois que le ministre de l'Intérieur ne peut pas commenter l'enquête judiciaire, simplement, constater que les moyens qui ont été déployés sur ce drame ont été des moyens extrêmement conséquents, puisque vos téléspectateurs ont tous vu, on avait déployé l'ensemble de la palette des forces de sécurité, à la fois donc chiens qui détectaient les odeurs, plongeurs qui allaient voir effectivement si dans les étangs alentours, on ne retrouvait pas de corps, et puis, des effectifs déployés conséquents et la mobilisation… CYRIL VIGUER Et il semble que ce soit la police scientifique… GERARD COLLOMB Et la mobilisation, bien sûr, bien sûr, chaque fois… CYRIL VIGUER Qui a fait la différence… GERARD COLLOMB Chaque fois, les empreintes sont prises, et c'est vrai que, aujourd'hui, l'ADN permet de résoudre des affaires qu'on ne résolvait pas il y a encore quelques années. MICHAËL SZAMES Monsieur le Ministre, c'est aujourd'hui la rentrée scolaire, est-ce que vous pouvez nous dire que la rentrée scolaire se fait en toute sécurité ? GERARD COLLOMB Elle se fait en toute sécurité, d'abord, moi, je voudrais faire un petit clin d'oeil à mes filles, qui ont 13 ans et 9 ans, qui font la rentrée scolaire aujourd'hui, et qui m'avaient dit : comment, papa, tu ne vas pas être avec nous… CYRIL VIGUER Eh non, vous êtes sur Public Sénat, voilà… GERARD COLLOMB Et donc, hier, j'ai eu droit aux bouderies toute la journée, donc voilà, je suis comme tous les papas… MICHAËL SZAMES Je vous rassure, nous aussi. GERARD COLLOMB Toutes les mamans du monde qui, le premier matin, emmènent leurs enfants, oui, je crois… CYRIL VIGUER Elles vont à l'école à Lyon ? MICHAËL SZAMES Matière de sécurité… GERARD COLLOMB Oui, oui, oui, absolument. Sur la sécurité, on a travaillé beaucoup, ça fait quelques années maintenant qu'on travaille, depuis les attentats sur la sécurisation des écoles, et donc il y a eu des sommes importantes qui ont été investies sur les trois dernières années, en même temps, il y a eu une formations d'un certain nombre de personnels de l'Education nationale par des policiers, par des gendarmes, de manière à voir quelle attitude adopter pour ces problèmes de sécurité, et enfin, avant les vacances, avec mon collègue ministre de l'Education nationale, nous avons eu une séance de travail pour que, partout, dans tous les départements, il y ait des réunions entre les forces de police, les forces de sécurité, et puis, les recteurs, les chefs d'établissement… MICHAËL SZAMES Aujourd'hui même, avez-vous déployé de nombreuses forces de sécurité en plus, par exemple, est-ce qu'il y a un chiffre à donner ce matin, pour assurer la sécurité des élèves… GERARD COLLOMB Il n'y a pas un chiffre, si vous voulez, mais par exemple, lorsqu'on parle de nos dispositifs, chaque fois, évidemment, on les reploie, voyez, hier, il y avait beaucoup de monde surveillait la braderie de Lille, et dès ce matin, ils sont redéployés devant les écoles. NATHALIE MAURET Monsieur le Ministre, vous avez rappelé que vous étiez parent de jeunes enfants, est-ce que vous pensez que, avec ce qu'est en train de préparer Jean-Michel BLANQUER, ils seront mieux préparés pour leur avenir que lors du quinquennat précédent ? GERARD COLLOMB Oui, je crois, il me semble comme vous le savez, moi, j'étais enseignant au départ et donc il me semble qu'on avait un peu dérivé, et que, en particulier pour les enfants de milieux culturels, on va dire défavorisés, on faisait trop comme s'il y avait une culture, comme s'il y avait un apprentissage qui était fait à la maison. Et quand, par exemple, dans les classes des quartiers populaires, on va dédoubler les effectifs, c'est effectivement un renfort pour ces enfants. Le grand drame quand même de nos quartiers populaires, c'est que vous avez des enfants qui sont très, très vite en perte de vitesse, et donc qui ensuite n'ont aucune chance de réussir dans la société, n'arrivent pas à s'insérer, et donc cela donne lieu aux problématiques que l'on connaît aujourd'hui dans les grands quartiers populaires… MICHAËL SZAMES Donc on éduquera mieux les enfants que sous le quinquennat précédent, la question de Nathalie… GERARD COLLOMB Comment ? MICHAËL SZAMES Mieux que sous le quinquennat précédent ? GERARD COLLOMB Oh, il y a plus longtemps que cela, mais si vous voulez… MICHAËL SZAMES C'était la question de Nathalie très précise… GERARD COLLOMB Dans le quinquennat précédent, il y a eu un certain nombre de réformes qui ont été faites, qui étaient des réformes auxquelles, moi, comme maire, par exemple, je n'étais pas très enclin à pouvoir les mettre en forme. Je pense par exemple à la réforme des rythmes scolaires, ça a été un cauchemar pour tous les élus locaux. La réforme du collège, beaucoup d'enseignants l'ont critiquée, donc voilà. Il faut remettre tout ça en forme, il faut surtout, à mon avis, redonner confiance aux enseignants. NATHALIE MAURET Donc ça veut dire que ce que fait Jean-Michel BLANQUER, c'est-à-dire, en clair, de détricoter tout ce qu'a fait Najat VALLAUD-BELKACEM, ça va dans le bon sens ? GERARD COLLOMB Il ne détricote pas, il re-tricote, si vous permettez. MICHAËL SZAMES Et encore une question sur la rentrée scolaire, vous avez peut-être entendu cette polémique autour de la cigarette qui pourrait revenir dans les lycées, parce qu'il y a des raisons de sécurité, ça éviterait les attroupements devant les écoles. Est-ce que vous pouvez nous dire ce matin ce qui va se passer ? GERARD COLLOMB Alors écoutez, je vais vous donner une réponse, là, personnelle, parce que je pense que rien n'a été tranché au niveau d'aucun ministre. Franchement, le mieux, c'est quand même de ne pas trop fumer, je veux dire, on fait des campagnes toute l'année pour dire qu'il ne faut pas fumer, les médecins se mobilisent, et puis ensuite, le sujet est de savoir si on fume dehors ou dedans… MICHAËL SZAMES Pas de consignes de la part du ministre de l'Intérieur ? NATHALIE MAURET Oui, du ministre de l'Intérieur… MICHAËL SZAMES Consignes ou pas, est-ce qu'il y aura des consignes ? NATHALIE MAURET Mais votre avis de ministre d'Intérieur, effectivement, par rapport à ça, par rapport à ces attroupements devant les lycées de jeunes ? GERARD COLLOMB Eh bien, je pense, si vous voulez, qu'il va essayer d'éviter les attroupements, ou en tout cas, que l'organisation de sécurité donc devant les établissements scolaires sera renforcée. Vous voyez, il y a souvent des parvis devant donc les lycées ou les collèges, il faut, à ce moment-là, borner pour que, effectivement, il ne puisse pas y avoir de voitures béliers qui, effectivement foncent sur celles et ceux qui se trouveraient dehors. Mais vous pourriez trouver la même chose à la rentrée des cours ou bien à la sortie quand on commence à discuter devant la porte ensemble. MICHAËL SZAMES Gérard COLLOMB, il y a un livre qui fait polémique, c'est un principal de collège à Marseille, ex-principal, le titre principal de collège ou imam, il évoque l'emprise de l'islamisme dans les collèges de la ville, il parle de loi du silence, l'islamisme radical est aux portes de ces écoles ? GERARD COLLOMB Alors, il se trouve qu'on m'a offert ce livre avant-hier, on m'a dit : il faut absolument que tu lises e livre. Oui, il y a des difficultés, il y a des difficultés parce que, il peut y avoir, dans tel ou tel quartier, des tentatives d'embrigadement des esprits à l'extérieur, et donc forcément, les élèves ramènent cet état d'esprit à l'intérieur des établissements. Mais aujourd'hui, on commence à faire beaucoup sur la radicalisation, ce qu'il faut dire tout simplement, c'est que Daesh, cette forme d'islamisme extrémiste, ce n'est pas l'islam. Et donc que c'est un dévoiement de cette religion. Et je crois que comme Daesh a su faire, à un moment donné de la propagande pour embrigader un certain nombre d'esprits, nous, il faut que nous sachions communiquer à ces jeunes, et dire que, on peut être musulman, et puis en même temps, ne pas tomber dans la caricature qu'est Daesh. CYRIL VIGUER C'est Gérard COLLOMB, le ministre de l'Intérieur, qui est l'invité de « Territoires d'infos » aujourd'hui. Gérard COLLOMB, vous allez recevoir les préfets, demain, en présence du président de la République, que va leur dire Emmanuel MACRON aux préfets ? GERARD COLLOMB Si vous voulez, je pense qu'il va leur dire, d'abord, qu'il faut faire en sorte que la politique du gouvernement dans les territoires puisse trouver son prolongement, et donc toutes les mesures qui sont prises doivent évidemment être appliquées. Moi, je pense que ce qui est important, c'est d'abord de faire en sorte que nos universités continuent à entraîner, et le fassent peut-être encore plus, notre économie ; voyez, il y a une petite reprise économique, la loi Travail devrait à mon avis l'accentuer, mais il faut effectivement des gens, former des gens qui vont sur les technologies nouvelles, l'innovation, parce qu'on voit bien que lorsqu'on a une reprise comme celle que l'on connait, et donc une consommation un peu plus forte, on s'aperçoit que le déficit de notre commerce extérieur grandit, 45 milliards cette année, alors que l'Allemagne fait 270 milliards de bénéfices, on voit bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans notre système. Après, les problèmes de terrorisme sont extrêmement importants toujours, on a bien vu Barcelone, les problèmes de sécurité ne le sont pas moins. Et puis, enfin, il a essayé de faire en sorte que les fractures françaises se résorbent, les fractures à l'intérieur des villes, mais les fractures entre ville et campagne. NATHALIE MAURET Justement, au niveau des territoires, vous étiez maire jusqu'à il y a peu, vous êtes encore très présent dans votre ville de Lyon, si vous étiez encore maire, est-ce que vous feriez partie des élus locaux qui grognent contre la baisse prévue des dotations aux collectivités locales, on parle de treize milliards sur le quinquennat ? GERARD COLLOMB Alors, la bonne nouvelle, si vous voulez, c'est qu'il n'y aura pas, pour reprendre vos termes, de baisse des dotations, et c'est la première année depuis longtemps où il n'y aura pas de baisse des dotations. Qu'est-ce que le gouvernement veut faire, il dit… NATHALIE MAURET Et entre baisse des dotations et faire des économies, là, quand même la nuance est ténue… GERARD COLLOMB Attendez, il dit, de la même manière que nous, nous allons faire baisser la dépense publique nationale, il faut faire baisser la dépense publique locale. Et il y a des moyens de le faire, si vous voulez, lorsque moi, j'ai fait par exemple la métropole de Lyon, c'était aussi pour faire baisser la dépense publique, je savais que l'Etat n'allait pas être très bien, on a donc fusionné l'ancien Conseil général, la communauté urbaine de Lyon, et donc voilà, on a pu fusionner et avoir les moyens… NATHALIE MAURET Sauf qu'il y a aussi beaucoup de dépenses de plus, vous disiez vous-même que pour les villes très attractives, comme Lyon, ça veut dire plus d'habitants, ça veut dire plus d'écoles, ça veut dire plus de dépenses, parce que plus d'investissement ! GERARD COLLOMB Ah, je suis d'accord, mais ça veut dire aussi plus d'impôts et de recettes. Vous voyez, quand vous avez beaucoup d'entreprises qui viennent, beaucoup d'habitants qui viennent, vous avez plus de recettes, non, je crois que… NATHALIE MAURET Mais vous comprenez quand même la grogne des élus ? GERARD COLLOMB Je crois que… eh bien, les treize milliards, il fallait effectivement les faire, puisque quand on a plus de 2.000 milliards de dettes aujourd'hui, on ne peut pas continuer comme ça, parce que, à un moment donné, il faudra payer, et si ce n'est pas nous, ce sont nos enfants, ceux qui sont à l'école, là. Donc autant effectivement le faire, mais il faut le faire de manière modérée, et faire sorte que nous demandions aux élus de s'engager dans cette baisse de la dépense publique, plutôt que de faire ce qui était, par exemple, proposé par monsieur FILLON, candidat aux primaires, qui, lui, voulait faire vingt milliards, alors, pour le coup, de baisse des dotations. MICHAËL SZAMES Alors justement, si on continue sur la question des territoires, il y a quelque chose qui monte aussi en ce moment, et vous entendez cette grogne, c'est la fin des contrats aidés, est-ce que c'est une erreur ? GERARD COLLOMB Alors, si vous voulez, je comprends à la fois celui évidemment qui a un contrat aidé à qui on va dire à la fin, c'est terminé, je comprends un certain nombre d'associations pour qui c'est quelque chose donc d'important, mais vous savez, il y avait inscrit en prévision le double de contrats aidés que ce qui était réellement financé sur 2017. Alors, on en a rajouté un certain nombre, mais ça ne correspond pas évidemment à ce qui était annoncé au départ… MICHAËL SZAMES Donc ce n'est pas une erreur de les supprimer ? GERARD COLLOMB Alors, sur le contrat aidé, j'y viens maintenant. Vous avez une étude qui a été faite au mois de mars dernier par la DARES, et qui montre que, il y a deux sortes, comme vous le savez, de contrats aidés, les contrats aidés dans le secteur marchand, et là, on vous dit que finalement, avec la reprise de l'économie, c'est plutôt un effet d'aubaine, et puis, il y a ceux qui sont dans le secteur non-marchand. Et alors, la difficulté, c'est que quelqu'un qui a eu un contrat aidé a 8 % de moins de chance de retrouver un emploi pérenne parce que, effectivement, on considère que quand on a été dans un emploi aidé, eh bien, pour une entreprise privée, on n'est plus employable… MICHAËL SZAMES Gérard COLLOMB, permettez-moi de prolonger cette question, politiquement, vous parlez d'erreur, parce que quand on voit toutes ces annonces économiques, et notamment sur les territoires, on peut se dire que vous n'allez peut-être pas gagner les élections sénatoriales comme vous auriez pu l'imaginer, mission impossible ? GERARD COLLOMB Les élections sénatoriales, si vous voulez, elles reposent sur les scrutins d'avant, or, comme les scrutins d'avant, on va dire, la droite a à peu près tout gagné, ça ne peut pas être une formidable embellie pour la République En Marche… MICHAËL SZAMES Donc mission impossible ? GERARD COLLOMB Eh bien, oui, il faut regarder la réalité, donc il ne faut pas s'attendre à des miracles, bon… MICHAËL SZAMES Il ne faut pas s'attendre à des miracles pour les élections ? GERARD COLLOMB Eh bien, si un certain nombre de gens, moi, je les encourage à pouvoir voter pour nos candidats, mais c'est quand même un petit peu mathématique, vous savez, lorsque moi, j'ai été élu donc sénateur, on sait à chaque renouvellement combien il y a de sénateurs de telle couleur, combien il y en a de telle couleur… NATHALIE MAURET Il y a aussi beaucoup de non-inscrits… GERARD COLLOMB Et il peut y avoir quelquefois un siège… MICHAËL SZAMES Vous reculez, quoi, par rapport aux estimations qui étaient prévues ? GERARD COLLOMB Comment ? MICHAËL SZAMES Vous reculez un peu par rapport aux estimations qui étaient prévues ? GERARD COLLOMB Oui, je ne sais pas qui avait estimé, mais en tout cas… NATHALIE MAURET On avait parlé de 60 députés la République En Marche… GERARD COLLOMB Un chiffre mathématique suffisait à montrer qu'on n'aurait pas effectivement autant de sénateurs qu'annoncés. MICHAËL SZAMES Et avec tout cela, toutes les annonces économiques, en plus, vous annoncez pour les radars, les radars routiers, que des entreprises privées vont devoir gérer les radars aujourd'hui à la place des policiers et des gendarmes notamment, et les Français s'inquiètent, s'inquiètent du fait que simplement, ils craignent la politique du chiffre, craignent pour le portefeuille… CYRIL VIGUER Ils ont raison ? GERARD COLLOMB Ils devraient, si vous voulez, ils devraient se réjouir, parce que ça veut dire autant de policiers qui seront demain devant chez eux pour les protéger. Qu'est-ce que nous faisons en fait ? C'est une expérimentation que nous allons d'abord réaliser dans un département, la Normandie, et puis, que nous allons étendre, effectivement, on n'aura plus de policiers, mais nous avons pris, comme précaution, que ce n'était au nombre de PV que la société était rémunérée, mais il y avait un forfait qui était donc fixé d'avance, donc il n'y aura pas… CYRIL VIGUER C'est le montant du forfait qui… GERARD COLLOMB Il n'y aura pas une poussée… CYRIL VIGUER Quel sera le montant du forfait, c'est ça… GERARD COLLOMB Il n'y aura pas une poussée pour que, effectivement, on mette le plus d'amendes possibles. Mais vous savez, il y a une réalité que l'on doit prendre en compte, c'est que la mortalité avait baissé, et puis, depuis deux ans, elle a ré-augmenté, et il faut absolument empêcher qu'il y ait des morts sur les routes, et en particulier, des jeunes, voyez, quels sont les éléments, c'est à la fois l'excès de vitesse, l'alcool, les stupéfiants. MICHAËL SZAMES Monsieur le Ministre, est-ce que vous vous sentez à l'aise dans ce gouvernement ? GERARD COLLOMB J'essaie de me sentir le plus à l'aise possible. MICHAËL SZAMES On dit que vous feriez partie d'un groupe de ministres anciens socialistes, qui se regroupent parce que, il faut faire un petit peu contrepoids aux libéraux que seraient les Bruno LE MAIRE et autres… GERARD COLLOMB Non, moi, je ne suis pas du tout dans cette pensée, moi, ce que je veux, c'est que les mesures que l'on prend soient efficaces pour la vie quotidienne des gens, et j'estimerai que ce gouvernement réussit si les gens voient, pas dans le mois qui vient, mais en un an, que leur vie s'améliore, voyez, moi, je suis quelqu'un du concret, je suis dans une ville, si j'y ai, on va dire, quelques amis, c'est parce que les gens voient leur environnement se transformer, et voient que pour eux, les choses s'améliorent. Je voudrais qu'on fasse la même chose au niveau du gouvernement. CYRIL VIGUER Gérard COLLOMB, Laurent WAUQUIEZ, président d'Auvergne-Rhône-Alpes, candidat à la présidence des Républicains, vous le connaissez bien, il est président d'une région dont Lyon est la métropole. Est-ce que l'opposition, incarnée par une forme de droite un peu dure, est un avantage ou un inconvénient pour le gouvernement ? GERARD COLLOMB On va dire que c'est surtout un inconvénient pour la droite classique, puisque, un certain nombre de gens disent : nous, on ne se reconnaît pas dans une droite extrêmement dure, qui, demain, d'ailleurs, peut faire alliance avec un certain nombre d'éléments d'extrême droite. Donc oui, il y a une ligne, qui est une ligne quand même vraiment dure avec un changement sur l'Europe fondamentale. Laurent WAUQUIEZ, c'est un homme, c'est un homme d'Auvergne Rhône-Alpes. CHRISTOPHE VIGUIER Vous lui reconnaissez des qualités… GERARD COLLOMB Je ne veux pas trop charger la barque, mais quand même c'était l'héritier de Jacques BARROT, et on s'aperçoit qu'entre Jacques BARROT et Laurent WAUQUIEZ, il y a eu quand même une certaine inflexion et je crois que Jacques BARROT ne reconnaitrait plus son héritier. CHRISTOPHE VIGUIER Vous lui reconnaissez des qualités à Laurent WAUQUIEZ ? GERARD COLLOMB Oui, c'est quelqu'un qui a du tonus, mais c'est quelqu'un qui est dur et donc à mon avis je ne crois pas qu'on puisse se reconnaitre aujourd'hui dans une France dure, radicale qui cliverait sur les problèmes de notre société, ça risquerait de diviser fortement les Français. NATHALIE MAURET Est-ce que ce serait plus difficile d'avoir un opposant comme lui s'il devenait président des Républicains ? GERARD COLLOMB Il reste encore quatre ans et neuf mois, on ne va pas faire le match tout de suite. J'étais à Lyon ce week-end et il y a des gens qui me disaient, plutôt de droite, qui me disaient, « WAUQUIEZ, il faut qu'il attende un peu, ce n'est pas tout de suite que se joue le match ». CHRISTOPHE VIGUIER Gérard COLLOMB, est-ce que l'expérience de la conduite d'une grande métropole prépare à votre tâche actuelle, est-ce que vous êtes bien préparé ? GERARD COLLOMB En tout cas je peux vous dire qu'on connait la réalité, pour beaucoup le savoir peut être l'ivresse, moi, il est pratique, je connais les gens. NATHALIE MAURET Une dernière question. MICHAEL SZAMES Je voudrais vous entendre sur le cas de M'Jid El GUERRAB, député mis en examen pour violence volontaire, doit-il quitter son poste de député ? GERARD COLLOMB C'est inacceptable effectivement de pouvoir commettre des violences alors qu'on est représentant de la nation et qu'on doit être un modèle pour tous. MICHAEL SZAMES Vous lui demandez de démissionner ? GERARD COLLOMB Ça serait mieux pour lui. CHRISTOPHE VIGUIER Merci Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur, première dans la hiérarchie gouvernementale, d'avoir été l'invité de « Territoires d'Infos » pour cette nouvelle saison. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/547.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/547.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c341e7880428c6b09e300faf1b6663b1d191570b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/547.txt @@ -0,0 +1 @@ +LE PRESIDENT : Merci à vous. Monsieur le Ministre d'Etat, Madame la Ministre, Mesdames et Messieurs les Préfets, Mesdames et Messieurs les Directeurs généraux et Directeurs. Je suis très heureux de vous accueillir, avec le ministre d'Etat, pour la première fois à l'occasion de cette réunion des préfets et je vous prie d'excuser ces quelques minutes de retard qui étaient dues à la fin d'une longue réunion avec l'ensemble des organisations non gouvernementales et une partie du gouvernement sur l'agenda climatique et de développement. Nombre de visages qui sont dans cette salle me sont familiers que j'ai croisés au gré des déplacements dans les territoires parce que lorsqu'on gouverne, lorsqu'on dirige l'Etat on ne peut le faire qu'avec vous. Cette réunion est importante à mes yeux parce que je vais vous dire ce que j'attends de vous et quels sont les termes de l'engagement au coeur de votre mission. Votre rôle consiste non seulement à mettre en oeuvre et expliquer les réformes dans les territoires mais aussi à permettre au gouvernement de les adapter en permanence afin qu'elles soient non seulement comprises mais acceptées par nos concitoyens. En effet, je lis attentivement vos rapports, les synthèses qui sont faites par le ministère de l'Intérieur et vous y exposez avec précision l'état d'esprit et les attentes de nos concitoyens, leur appréhension face aux évolutions de la société, aux incertitudes du monde, leur inquiétude face à la menace terroriste, leur impatience d'obtenir des réponses concrètes et rapides aux problèmes d'emploi, de logement, de sécurité, de transport, c'est-à-dire la qualité de vie, le malaise des agriculteurs, le sentiment de déclassement ressenti dans les territoires ruraux ou dans les villes moyennes dont les habitants se sentent oubliés et la méfiance grandissante de nos concitoyens à l'égard du monde politique. Chacun de vos rapports est une description sans concession et sans complaisance de ce qu'on pourrait appeler le malaise français pour y être vigilant et apporter des réponses immédiates indispensables mais vous êtes aussi les sismographes se faisant du pays. Je me disais en relisant il y a quelques jours ces termes, on pourrait répondre à chacun de ces malaises qui n'ont pas beaucoup changé à l'exception de quelques phénomènes plus aigus ces derniers temps comme celui du terrorisme ou d'immigration sur lesquels je vais revenir, on pourrait y répondre par des réponses immédiates qu'on connait très bien et qu'on a longtemps poursuivies, plus de dépenses publiques. Au fond, il y a deux réponses faciles à tous ces problèmes et à ce malaise français, plus d'ordre public et plus de dépenses publiques, on l'a très bien fait pendant longtemps en traitant les symptômes sans traiter les racines du mal. Le cœur du moment où nous sommes, l'engagement que j'ai pris vis-à-vis des Français, ce pourquoi j'ai été élu, c'est précisément de transformer notre pays pour répondre à la racine de ce mal, pour s'attaquer aux causes profondes de ce que vous voyez poindre sur le territoire sans rien enlever de la réponse d'urgence qui évidemment bien souvent s'impose mais en cherchant aussi à attaquer en profondeur. C'est pourquoi le moment que nous vivons, sur ce quoi j'ai besoin de vous, ça n'est pas d'essayer d'aménager ou d'adapter le statu quo, mais c'est bien de transformer en profondeur le pays autour de deux fils conducteurs qui en assurent la cohérence. D'une part libérer et protéger, cela vaut pour l'économie, la sécurité publique comme pour tous les domaines que le premier ministre et son gouvernement ont à conduire. En sur-administrant, en essayant de résoudre tous les problèmes par la dépense publique nous avons étouffé l'économie et la société en faisant croire que l'Etat était totipotent, qu'il pouvait répondre à tout en déresponsabilisant progressivement, en sur-réglementant bien souvent. Pour autant, il faut protéger face aux nouvelles incertitudes, aux nouveaux risques du monde, libérer et protéger, j'y reviendrai, c'est ce fil directeur qui doit être au coeur de votre action, de notre action collective. Libérer le marché du travail, libérer le secteur du logement, libérer aussi l'Etat de droit dans lequel nos concitoyens aspirent à revenir mais en apportant les justes protections, les sécurités individuelles face à un monde qui change et justifie de former chacun et chacun. Les protections pour les plus faibles lorsque le logement dans le secteur libre n'est pas accessible et les protections face à une menace qui s'est reconfigurée, la menace terroriste, ce sont les justes protections bien pensées qui permettent de libérer le reste de l'activité économique et de la société. Le deuxième fil directeur c'est investir et faire confiance, nous dépensons trop par volonté de tout faire mais nous n'investissons pas assez, c'est vrai pour la sphère publique comme pour la sphère privée. Ça ne se voit pas pendant longtemps puis soudain on se réveille et on s'aperçoit que la part prise par les dépenses courantes étouffe et que les grandes transformations auxquelles notre pays est livré parce que le monde s'est lui-même transformé nous ne pouvons plus les faire. Et donc nous allons devoir faire des économies de dépenses courantes pour pouvoir investir et transformer notre société, notre économie, notre Etat, c'est le cœur du projet que porte le gouvernement, et donc nous allons repenser en profondeur la nature de la dépense publique, de l'action publique, ce qui suppose aussi de faire confiance pour la restaurer. C'est le pari avec les collectivités territoriales que nous avons pris, c'est la nécessité aussi de repenser une action publique où tout n'est pas contrôlé a priori mais où le juste contrôle a posteriori devient un dogme sans doute plus adapté à un monde rapide. Libérer et protéger, investir et faire confiance sont ces deux fils directeurs. La mise en œuvre de ce projet nécessite un engagement total de l'Etat, de tous ses services, centraux et territoriaux. Mais pour cela, Mesdames et Messieurs, j'ai besoin de vous parce que votre rôle est essentiel au moins à deux égards à mes yeux. Le premier c'est de l'expliquer, de le porter, de le mettre en œuvre. Le second c'est d'en être les artisans tatillons, de le mettre en oeuvre, de l'ajuster et d'en assurer la bonne exécution. Je m'explique, le porter et l'expliquer parce que j'attends de vous que vous portiez ce discours de cohérence et d'explication. Vous êtes cette cheville essentielle de l'Etat qui articule son horizontalité et sa verticalité, sans verticalité nous ne serions collectivement pas là. Mais le monde dans lequel nous vivons est horizontal, nos citoyens demandent du débat, de l'explication, les ordres ne tombent plus d'en haut comme un diktat. Et donc sur le terrain partout à l'égard des élus comme des concitoyens il faut expliquer, expliquer non pas pour mettre devant le fait accompli mais pour redonner une cohérence et une ambition, celle du projet que nous portons, votre rôle est à cet égard sur tous les territoires essentiels. Nous devons redonner de la cohérence, du sens à l'action publique, c'est cela qui la rend forte. Nos concitoyens sont prêts à beaucoup plus d'efforts, de sacrifices, de changements qu'on ne le dit à condition qu'on leur donne le cap et qu'on leur explique là où on les amène, la destination, c'est aussi votre rôle sur le terrain. Aussi, lorsque le cap vous parait insuffisamment clair, lorsque la manœuvre vous apparait inadaptée, faites-le savoir. Mais ce deuxième aspect que j'évoquais, celui de l'exécution fine sur le terrain, de la mise en oeuvre experte est au moins aussi essentiel parce que lorsque le discours est tenu rien n'est pire que l'action qui ne suit pas et c'est vous qui au concret sur le terrain en êtes les dépositaires. Ce qui affaiblit la parole politique, ce qui corrompt l'engagement profond c'est le fait que les concitoyens n'en voient le résultat que trop tard ou trop approximativement et donc il est indispensable que l'exécution soit faite en parfaite mise, au plus près du terrain, et j'y attache autant d'importance qu'à l'exécution. Pour vous livrer une conviction, je pense que l'action publique que nous partageons s'est durant ces dernières années, peut-être ces dernières décennies, perdue dans une strate intermédiaire qui ne parle plus à nos concitoyens, celle des politiques publiques où l'on parle de mesures techniques qui sont extrêmement lisibles entre acteurs de la politique publique. Les parlementaires peuvent la comprendre, les administrateurs peuvent la comprendre, les politiques se sont mis à la chérir mais cette matière ne parle plus à nos concitoyens. Nos concitoyens veulent du sens et une direction, je vous y attends, et ils veulent du concret et des résultats. Si les résultats ne sont pas conformes à la direction ils se sentent à juste titre lésés. Vous êtes les artisans de cette action publique repensée et indispensable. Aussi, je veux ce matin vous livrer trois convictions profondes sur votre action. D'abord ce que j'attends de vous c'est d'administrer le pays de manière efficace en assurant avant tout la sécurité de nos concitoyens sous toutes ses formes pour préserver la cohésion sociale et promouvoir une société apaisée. Ce terme que le ministre d'Etat défend souvent je le fais mien et il est évident que compte tenu du contexte que nous vivons cette mission de sécurité est indispensable et je souhaite y revenir. Ensuite, je souhaite que vous pilotiez les réformes sur lesquelles je viens de revenir rapidement pour garantir qu'elles soient menées concrètement et efficacement sur le territoire et j'y reviendrai plus longuement. Enfin, j'ai conscience que pour cela il faut une nouvelle ambition pour l'Etat territorial, renforcer son unité, sa cohérence, son interministérialité, son efficacité en refondant à la fois la relation avec les collectivités territoriales et les citoyens et c'est sur quoi je souhaite également revenir. Administrer le pays c'est d'abord assurer la sécurité de nos concitoyens pour préserver la cohésion sociale et promouvoir une société apaisée. Aujourd'hui, dans trop d'endroits du territoire nos concitoyens ont peur, ils ont peur parce que de nouvelles menaces adviennent et parce que nous avons une réponse concrète à leur apporter, c'est la première mission de l'Etat, sa première justification. Dès ma prise de fonction j'ai souhaité renforcer l'efficacité de la lutte contre le terrorisme et pour cela je veillerai avec le ministre de l'Intérieur à ce que vous puissiez disposer de tous les moyens nécessaires pour mettre en œuvre cette priorité. Je connais dans le domaine votre engagement de longue date et l'engagement de toutes nos forces, policiers, gendarmes, militaires de Sentinelle, pour lesquelles je vous demande d'être à leurs côtés dans l'exercice quotidien de leurs missions et de les assurer de toute ma confiance. Et à ce titre le dispositif Sentinelle fera l'objet d'une adaptation lors du Conseil de défense et de sécurité du 13 septembre prochain qui nous sera soumis par le ministre de l'Intérieur et la ministre des Armées. Lorsque notre pays a été frappé par le terrorisme islamiste nous n'étions pas prêts pour affronter durablement cette menace. Et je ne fais ici d'attaques à l'égard de qui que ce soit, cette menace est survenue à partir de 2012, nous en avions eu dans le monde occidental les prémices cruels plusieurs années plus tôt mais ce terrorisme islamiste a pris un jour nouveau, il touche tous les continents et il a impliqué de la part de mon prédécesseur et des gouvernements qui ont précédé celui d'Edouard PHILIPPE des mesures multiples pour justement en quelque sorte rattraper le retard, se conformer à la nature de cette menace profondément nouvelle. Plusieurs lois ont ainsi été votées rehaussant le niveau de protection des Français et l'ajustant après chaque attentat qui faisait survenir d'ailleurs des formes nouvelles d'intervention et qui révélaient une organisation sur notre territoire comme à l'international, dont les caractéristiques étaient profondément différentes. Nous nous sommes installés dans l'état d'urgence plusieurs fois renouvelé pour également répondre à cette menace. Malheureusement ceci n'a pas empêché le cancer de la radicalisation de proliférer insidieusement dans notre société profitant parfois de l'aveuglement ou de la complaisance de certains. Aujourd'hui, notre défi est de protéger efficacement les Français contre une menace terroriste permanente et protéiforme dans le cadre du droit commun. C'est l'objet même du projet de loi Sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme que le ministre de l'Intérieur va présenter prochainement à l'Assemblée nationale. Je souhaite que cette loi importante nous permette de sortir d'un état d'urgence qui dure depuis trop longtemps et qui n'a pas permis d'éviter les attentats. Et sur ce point, je dois le dire, c'est l'esprit d'équilibre qui nous a conduits et les arbitrages pris par le Premier ministre ont été conformes à cette philosophie. Je ne céderai ni à celles et ceux qui voudraient nous faire croire que sortir de l'état d'urgence serait mettre en danger nos concitoyens. Ont-ils oublié que sous l'état d'urgence nous avons subi des attentats ? Ne savent-ils pas que l'état d'urgence n'est pas conçu pour durer ? Veulent-ils continuer à mentir ? Mais je ne céderai pas davantage à celles et ceux qui pensent que notre Etat de droit ne souffrirait aucune adaptation compte tenu du fait même que cette menace, ce terrorisme islamiste auquel il convient de donner un nom, a des formes d'intervention, s'appuie sur des comportements atypiques auxquels nous n'étions pas préparés et qui supposent donc des réponses dans le cadre de l'Etat de droit adaptées, c'est l'objet de ce texte, c'est pourquoi il est équilibré. Nous ne renonçons en rien à nos valeurs et à nos principes, l'Etat de droit est défendu et je souhaite que précisément nous puissions au 1er novembre sortir de l'état d'urgence mais nous ne cédons rien non plus à la complaisance, nous protégerons par ce texte de loi nos concitoyens avec des mesures concrètes. Elle garantira cette loi un niveau très élevé de sécurité en renforçant la protection des libertés par un contrôle accru du juge, une intervention du juge des libertés et de la détention pour les visites domiciliaires et des mesures ciblées, proportionnées, exclusivement liées à la finalité de prévention et de lutte contre le terrorisme ; c'est cela dont il s'agit et rien d'autre. On ne protège pas les Français contre le terrorisme en voulant interdire toutes les manifestations mais on ne protège pas bien les Français contre le terrorisme en considérant qu'en effet certaines mesures de restriction de liberté de circulation, certaines mesures d'écoute ne sont pas indispensables compte tenu même du comportement de celles et ceux qui opèrent au quotidien cette menace. La loi fera l'objet d'une évaluation en 2020 afin qu'elle puisse être ajustée à la lumière de son application. Cela signifie que nous souhaitons sur ce sujet avoir une pleine transparence, un vrai débat parlementaire et donner aux Parlement toute sa place. Je souhaite que le Parlement puisse voter cette loi dans les meilleurs délais pour que nous puissions sortir de l'état d'urgence. Elle vous donnera les moyens accrus d'assurer la sécurité de nos concitoyens face à cette menace terroriste mais je souhaite aussi que le Parlement puisse l'évaluer parce que c'est de bonne politique. Ainsi, en 2020 si certaines mesures s'avèrent inutiles ou inadaptées elles seront supprimées. En revanche, si des changements technologiques, si des stratégies nouvelles des terroristes l'imposent cette loi sera complétée. La menace change en permanence mais il importe que nous puissions aussi évaluer en permanence nos dispositifs. J'attends de vous dès son adoption une implication sans faille dans la mise en oeuvre notamment celles qui concernent la mise en place de périmètres de protection dont les derniers attentats ont souligné l'impérieuse nécessi té, la fermeture des lieux de culte radicaux à l'égard desquels je ne veux aucune complaisance ou bien les mesures de surveillance concernant les personnes qui adhèrent ou soutiennent le terrorisme. Ensuite, il faut améliorer la coordination territoriale des services dans la lutte contre le terrorisme en partageant mieux l'information et en visant l'excellence opérationnelle. Mes prédécesseurs ont dû modifier les lois à juste titre pour adapter notre réglementation à ces évolutions comme je l'évoquais. Mon souhait est que nous ayons le minimum de modifications législatives après cet exercice. Par contre, nous devons viser l'excellence opérationnelle et je veux aussi que nous rompions avec une forme d'habitude qui est dès que nous avons une difficulté on cherche à faire une loi, regardons déjà tout ce que nous pouvons faire dans le cadre de la loi existante. Vous devez ainsi disposer de toutes les informations pour prendre les décisions nécessaires à la protection de nos concitoyens. Et je serai intraitable en la matière, je souhaite que les préfets disposent de toute les informations pertinentes pour eux. Vous pilotez ce sujet, vous en êtes responsables et donc je ne souffrirai aucune rétention d'informations à l'égard des préfets sur leurs territoires. C'est à vous qu'il revient d'arbitrer, de décider sur la base des informations et des propositions des services. Le partage doit être la règle, la rétention l'exception. Je comprends parfaitement la nécessité de respecter la confidentialité des sources et des méthodes mais le terrorisme est mobile, agile, connecté et nos concitoyens n'acceptent plus les dysfonctionnements dans les services lorsque des attentats sont commis ou lorsque des tentatives d'attentat sont déjouées comme en témoigne le retour d'expérience sur le dernier attentat à quelques mètres d'ici au bas des Champs-Elysées où l'un des problèmes à la racine était ce partage d'informations que j'évoquais. C'est d'ailleurs dans cette logique de mutualisation et de partage d'informations qu'une de mes premières décisions a été de créer la Coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme dont j'ai confié la responsabilité au préfet de BOUSQUET. J'ai souhaité aussi que l'on vous simplifie la tâche, celle des services opérationnels, des policiers et des gendarmes sur le terrain. Cette nouvelle organisation va conduire à simplifier notre dispositif de renseignement notamment les services d'état-major au sein du ministère de l'Intérieur par l'unification des différentes structures qui travailleront avec la Coordination et en appui du rôle des préfets. Simplification portée par le ministre d'Etat, plus grande transparence et coordination auprès du coordinateur qui permet là aussi de croiser les informations quelles que soient leurs sources venant de l'intérieur comme de l'extérieur et partageant aussi avec les sources de renseignement venant qui de la pénitentiaire ou des militaires. Pour améliorer l'exploitation des informations sept décrets relatifs aux fichiers de renseignement viennent d'être également publiés au début du mois d'août. J'ai également demandé au SGDSN d'engager une réflexion sur la modernisation et les possibilités de croisement de certains de ces fichiers. Parmi ces derniers il y a notamment le Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste, ce fichier, ce fameux FSPRT qui pour certaines et certains fait, je le sais, le quotidien, je vous demande de l'actualiser vraiment régulièrement lorsque vous présidez en particulier les groupes d'évaluation départementaux que je vous demande vraiment de présider personnellement et qui sont ce lieu de la coordination permanente et du partage d'informations. Il fonctionne bien, c'était une bonne mesure, je souhaite qu'on puisse véritablement en faire l'outil, la courroie pour vous de ce partage d'informations auprès du ministre d'Etat. Parmi les individus qui figurent dans le FSPRT je suis particulièrement préoccupé par ceux qui présentent des troubles psychologiques ou psychiatriques, ces sujets doivent bien évidemment être traités avec les Agences régionales de santé. Là-dessus nous rentrons dans un débat sensible et je fais une parenthèse, lorsque le ministre d'Etat a ouvert à juste titre ce sujet il n'a pas proposé que la psychiatrie soit annexée au ministère de l'Intérieur comme certains ont voulu le croire cou l'entendre. De la même façon, je crois que nul ne peut expliquer à nos concitoyens que lorsqu'un individu a été signalé à tous les services, est identifié comme dangereux, sans aucun lien avec le ministère de l'Intérieur il puisse être libéré d'un hôpital psychiatrique où il se trouve alors même que chacun sait qu'il incarne une menace pour le reste de la collectivité. Je ne dis pas que le terrorisme islamiste que j'évoquais tout à l'heure se réduit aux troubles psychiatriques mais je dis que ce terrorisme islamiste organisé, structuré sur notre territoire et à l'étranger que vous combattez au quotidien, que nous sommes en train de démanteler, que nous combattons sur des théâtres d'opérations et que nous vaincrons ils déclenchent chez les individus les plus fragiles des comportements dangereux. Soit en ramenant à sa cause des individus fragiles qui n'avaient rien à voir initialement avec la radicalisation, soit en conduisant ou en poussant à l'acte des individus fragiles qui par mimétisme, et je n'irai pas plus loin sur ce terrain, commettent des actes irréparables. Et donc ces sujets sont liés avec des frontières qu'il convient de préserver, avec une complexité extrême qu'il convient d'éclairer mais ne pas le regarder en face c'est réduire votre efficacité, c'est ne pas protéger correctement nos concitoyens. Je veux donc plus de coordination entre vous et les Agences régionales de santé et je souhaite que vos propositions, vos initiatives prises à partir du terrain puissent éclairer la décision nationale sur ce point. J'ai aussi demandé à la ministre des Solidarités et de la Santé de proposer pour la fin de l'année une vraie stratégie en matière de psychiatrie et de pédopsychiatrie pour au-delà de ces symptômes extrêmes que nous observons sur le terrain on puisse apporter une réponse concrète à ce nouveau fait social qui est bien là. Les groupes d'évaluation départementaux doivent aussi être l‘occasion d'organiser le partenariat avec d'autres acteurs notamment les collectivités territoriales. Ce partenariat doit permettre d'organiser le suivi des individus radicalisés ou en voie de radicalisation. Avec les collectivités territoriales vous avez également engagé un important travail pour sécuriser l'espace public notamment à l'occasion de grands rassemblements et pour renforcer la protection des points sensibles. Et je veux à cet égard vous remercier pour le bon déroulement et la sécurisation des évènements festifs et culturels qui ont marqué la saison estivale et touristique. Enfin, la lutte contre le terrorisme passe évidemment par une coopération renforcée au sein de l'Union européenne notamment en matière d'échange d'informations avec le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne entre autres mais pour ces quelques pays j'ai pu les réunir le 28 août dernier, réunir les chefs de gouvernement, et nous avons pu encore accroître les coopérations en la matière. Le travail européen sur ce sujet a conduit ces dernières années à de véritables améliorations sur le plan législatif et de la réglementation. C'est aujourd'hui une amélioration opérationnelle que nous avons à conduire entre les principaux pays européens qui ont destin lié sur ce sujet. Et donc c'est sans relâche ce travail qu'à vos côtés je souhaite que nous puissions conduire pour améliorer notre efficacité collective. Je souhaite aussi revoir notre politique de prévention de la radicalisation et pour cela je m'appuierai sur vous afin d'y impliquer plus fortement la société civile et les acteurs locaux. Un plan national de prévention de la radicalisation sera arrêté à l'occasion d'un comité interministériel qui se réunira d'ici la fin de l'année. Je souhaite qu'il puisse notamment s'inspirer de plans d'action établis par les préfets qui dans leurs départements sont confrontés à des processus de radicalisation qui gangrènent certains territoires. Sur ce sujet je souhaite aussi que vous puissiez être des acteurs parce qu'au quotidien vous éclairez la décision politique une connaissance très fine de ces territoires de radicalisation. Ils se sont installés parfois, je l'évoquais tout à l'heure, parce qu'il y a eu de la complaisance localement, parce qu'il y a eu un affaiblissement d'une politique d'intégration ou d'une politique de la ville à certains moments, parce qu'il y a eu la conjonction de certains facteurs politiques, socioéconomiques qui a conduit certains et certains à pouvoir enraciner une idéologie mortifère. Ce plan national de prévention de la radicalisation doit être éclairé territorialement parce que les dynamiques sont profondément différentes, parce que les ramifications sont d'ailleurs parfois étanches entre ces territoires mais ont des liens avec d'autres pays européens. Ce travail a été fait pour certains quartiers, je pense à Trappes pour les Yvelines, et le plan qui m'a été communiqué propose une stratégie d'action qui mobilise tous les services de l'Etat, les collectivités et qui met en lumière justement des ramifications avec certains pays étrangers. Je souhaite que pour chacun des territoires identifiés comme sensibles sous la supervision du ministre de l'Intérieur vous puissiez conduire ce travail très fin et très précis avec un plan d'action spécifique. Et j'invite les préfets qui sont confrontés à ces situations à élaborer ces plans d'action et à les adresser au ministre avant la fin de l'année. Dans le cadre du futur plan national de prévention de la radicalisation une expérimentation d'un centre de personnes radicalisées sous-main de justice sera arrêtée d'ici la fin de l'année. Je souhaite par ailleurs une grande vigilance sur les retours des zones de combat. Dans ce cadre il convient d'appliquer strictement le protocole défini par le précédent gouvernement. S'agissant des mineurs revenants ils ne peuvent pas continuer à relever de la prise en charge de droit commun dans le cadre de l'aide sociale à l'enfance. Les ministres concernés, de la Justice, de la Solidarité et de la Santé et de l'Intérieur, doivent nous présenter des propositions d'ici à la fin de l'année. Ce sujet plus particulier des mineurs revenants est un sujet qui implique notre grande vigilance, une coordination au sein du gouvernement extrême et une amélioration de la réponse que nous apportons aujourd'hui. Enfin, lorsque j'ai reçu le nouveau directeur de l'administration pénitentiaire je lui ai fixé comme priorité le renforcement du renseignement pénitentiaire et lui ai demandé de présenter au ministre de la justice dans les prochaines semaines une nouvelle stratégie de prise en compte des personnes radicalisées dans les prisons. Je ne mésestime pas les défis qui sont ceux du monde pénitentiaire mais celui du bon renseignement et du suivi de la radicalisation est absolument déterminant si nous voulons précisément avoir un renseignement efficace et assurer un suivi dans la continuité en particulier au moment de la sortie. Mesdames et Messieurs les Préfets, la lutte contre le terrorisme implique que l'ensemble des services qui y concourent soit en permanence sous tension. Je sais parfois la fatigue qui a pu exister dans certains services, je sais la lassitude que certains ont pu avoir se disant que cette bataille était sans fin, je ne pense pas qu'elle soit sans fin mais elle dure et elle va vraisemblablement durer. Mais elle implique notre détermination constante et je veux ici vous dire le soutien qui sera le mien pour l'action que vous conduirez en la matière sous l'autorité de votre ministre. Je veille à ce sujet personnellement, en présidant chaque semaine le Conseil de Défense et de Sécurité, au cours duquel l'ensemble de cette politique est évaluée et actualisée. Vous aurez aussi à mettre en oeuvre progressivement, à compter de 2018, d'autres éléments indispensables en matière de sécurité, parce que tout ne s'arrête pas à la lutte contre le terrorisme. C'est pourquoi un élément important est aussi la lutte contre l'insécurité du quotidien. D'abord parce que ces deux sujets sont liés et qu'il y a un continuum qui existe aussi ; ensuite parce que c'est une attente de nos concitoyens indispensable. La police de sécurité du quotidien consiste à la fois à lutter contre la délinquance et la criminalité, à déployer une nouvelle organisation des forces de sécurité, plus proche de nos concitoyens. La police de sécurité du quotidien n'est pas le retour pur et simple à la police de proximité, je veux ici rassurer, je veux ici lever des ambiguïtés. Il y a beaucoup de sujets la rentrée scolaire que nous avons effectuée hier en est un, la sécurité en est un autre qui font l'objet de thèmes ou de tabous idéologiques. La police de sécurité du quotidien en fait partie. D'aucuns ont pensé que la police de proximité consistait à jouer au football avec des enfants. Je crois savoir que ça ne se réduisait pas à cela ; au demeurant, c'était une forme utile de présence sur les territoires, c'était la possibilité de connaître au plus près du terrain les populations les plus fragiles qui pouvaient parfois basculer, et l'abandon de cette police de proximité a conduit à éloigner les forces de l'ordre de la réalité du terrain et à créer les incidents, les troubles graves que nous avons connus il y a quelques mois, où les forces de polices sont considérées comme un corps étranger, n'arrive qu'en intervention dans les quartiers les plus difficiles, et ne connaissent plus dans son intimité le substrat dans lequel elles sont censées intervenir. Ce que je souhaite faire, ce que le ministre a à conduire, pour cette police de sécurité du quotidien, c'est bien de reconstruire des solutions de sécurité au plus près du terrain, en lien avec les collectivités territoriales, en lien avec les associations de riverains, parce que ce sont des solutions de sécurité qui se construisent, et pas simplement des présences ou des occurrences policières ! Vous savez mieux que moi que, lorsque la police arrive à des heures dites, dans des lieux dits d'une manière toujours identique, l'efficacité est réduite. Lorsqu'elle est présente dans le terrain, parce que la menace a été identifiée, concertée au plus près du terrain avec les élus, les élus de quartier et les associations présentes, elle est plus efficace, elle construit des solutions plus granulaires, elle noue des contrats au niveau du quartier et elle construit une présence qui permet pour les uns, de dédramatiser la présence policière, mais qui permet aussi aux policiers de mieux, ou de plus intelligemment, contrôler celles et ceux qu'ils ont à connaître ! Nous sommes le pays qui fait le plus de contrôles d'identité, en Europe, parce que nous sommes surdéterminés pour faire cela. Ça n'est pas toujours la bonne mesure, ça n'est pas toujours ce qui permet de manifester la meilleure connaissance du terrain. Cette police de sécurité quotidienne, elle a justement pour finalité aussi d'aider à changer les méthodes, de mieux connaître le tissu, le terrain, de changer les pratiques, parfois également le pilotage et l'affectation de celles et ceux qui y sont affectés. Et c'est tout le travail fin que le nouveau directeur général de la Police nationale, sous l'autorité du ministre, aura à conduire. Mais je crois très profondément que cette transformation est indispensable. Cette police de sécurité du quotidien que vous aurez à déployer, elle conduit à développer des stratégies non seulement départementales, mais locales, en vous appuyant sur les directeurs départementaux de la Sécurité publique et les commandants de groupement de la Gendarmerie, et elle consiste à réinventer des formes plus adaptées au terrain, de réponses, ou au sentiment d'insécurité, ou aux formes réelles d'insécurité qui existent. C'est un défi que je ne mésestime pas, mais il est indispensable, parce que cette bataille-là aussi, nous devons la conduire. Elle ne suffira pas à reconquérir certains quartiers ! Elle se complètera par une politique de la ville plus ambitieuse, par d'autres mesures et transformations que nous prendrons. Mais il est indispensable aussi que nous puissions reconstruire cette forme d'intervention qui est aussi, dans bien des cas, une forme de prévention de la délinquance. La police de sécurité du quotidien s'accompagnera d'une réforme de la procédure pénale pour alléger les charges administratives et des procédures qui pèsent sur les services de police et de gendarmerie, et la réforme de la justice portée par la Garde des Sceaux. Des engagements clairs ont été pris en la matière. Cette police de sécurité du quotidien devra avoir des instruments adaptés à la réalité de son action. La possibilité de procéder à des amendes, sur le terrain, d'alléger ce qui est parfois une procédure pénale lourde, dont on sait trop souvent qu'elle se termine par un classement sans suite ! Ce qui décourage, non seulement les préfets, mais les forces de l'ordre au plus près du terrain. Ce qui est incompréhensible aujourd'hui pour les concitoyens qui vivent dans un quartier, dans l'insécurité. Et donc ces réformes qui seront conduites par la garde des Sceaux et le ministre conduiront à simplifier certaines procédures, à dégager du temps pour les policiers sur le terrain, à permettre de sanctionner par une amende certains comportements qui, aujourd'hui, dans les faits, ne sont pas sanctionnés, et ainsi à être collectivement plus efficace. Il faudra aussi tirer parti des potentialités offertes par les systèmes d'information pour dégager des fonctionnaires de charges administratives et renforcer leur présence sur la voie publique. C'est un des chantiers importants que les ministres auront à conduire, de transformation de votre ministère. Je souhaite que nous puissions investir bien plus massivement dans les systèmes d'information. Les agents de sécurité passent trop de temps à remplir, re-remplir ou corriger des systèmes d'information obsolètes, les magistrats ont ensuite le même problème, alors qu'il y a une continuité de l'information. Nous ne sommes pas au XXème siècle sur ce sujet ! Et c'est une source d'inefficacité collective ! Pour conclure dans le domaine de la sécurité, je voudrais aussi pouvoir revenir sur la saison historique des feux de forêt, et d'autre part sur la sécurité routière, en quelques mots. Concernant les feux de forêt, je vous félicite pour le travail considérable qui a été réalisé sous la coordination du ministre, avec les sapeurs-pompiers, les unités d'instruction de la Sécurité civile et les démineurs, les pilotes de la Sécurité civile, les associations de Sécurité et protection civile, les personnels des services médicaux, les policiers et les gendarmes, les collectivités territoriales, les forestiers-sapeurs, tous ces acteurs que j'aurai l'occasion de réunir le 14 septembre prochain, ici à l'Elysée, pour les remercier de cette mobilisation exceptionnelle, parce qu'en effet, l'année 2017 s'est révélée à cet égard, cruelle.15.500 hectares ont été brûlés, c'est la campagne la plus importante depuis 2003, mais avec une coordination extraordinaire sur le terrain, avec un engagement de chacune et chacun exemplaire, et donc avec des dégâts et en particulier des conséquences humaines extraordinairement limitées. J'aurai l'occasion, le 14 septembre, à l'occasion de cette réunion, de faire des annonces concrètes, notamment pour le renouvellement de la flotte des bombardiers d'eau et le soutien au volontariat des sapeurs-pompiers. Il faut aussi, je le disais, renforcer l'efficacité de la prévention et de la lutte contre l'insécurité routière. Nos chiffres ne sont pas bons, et j'ai demandé qu'un nouveau plan puisse être adopté à l'automne ; le ministre a à le conduire, qui devra engager toute la sphère publique avec des mesures très concrètes sur lesquelles vous serez mobilisés dans les prochaines semaines. Vous l'avez compris, la sécurité de nos concitoyens et vous le savez, vous le vivez sur le terrain est une priorité absolue. C'est pourquoi j'ai veillé, avec le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur, à ce que la sécurité intérieure continue à être une priorité budgétaire pour 2018, et que les engagements pris ces deux dernières années pour la sécurité soient sanctuarisés. Hors dépenses de personnel et collectivités territoriales, le budget du ministère de l'Intérieur augmentera de près de 7 %, et les 10.000 emplois supplémentaires de policiers et de gendarmes sur lesquels je m'étais engagé, seront créés sur la durée du quinquennat, dont 7.000 au cours des trois prochaines années. Le concours pour recruter les premiers effectifs a été lancé, et un nouveau concours sera organisé dès le printemps, le ministre de l'Intérieur reviendra sur tous ces points. C'est une mission essentielle, et c'est ce pourquoi je voulais revenir en détail sur chacune de ces composantes. Nous sommes attendus là, la légitimité de l'Etat se bâtit sur cette mission première. Ca n'enlève rien du reste, sur lequel je vais revenir ! Mis sur ce point, nous n'avons droit à aucune défaillance. Dans chacun de vos rapports, vous évoquez certains plus que d'autres, mais c'est normal un autre sujet majeur : celui de la pression migratoire. C'est aussi un sujet de sécurité, mais c'est une question de principe qui engage nos valeurs fondamentales. C'est pourquoi je tiens à y revenir tout en le distinguant très clairement de la question du terrorisme que je viens d'évoquer, et en ne cédant à aucune facilité contemporaine dans lesquelles certains voudraient me conduire. Sur la question migratoire, je vais être très clair, c'est un défi immense qui occupe une part considérable du temps de votre ministre depuis sa prise de fonction, mais c‘est légitime. Je veux que l'on engage la refondation complète de notre politique d'asile et d'immigration, comme l'avait engagée le général de GAULLE avec l'Ordonnance du 2 novembre 1945. C'est cela ce que nous devons faire. Comme en 1945, il s'agit de sortir d'un affrontement stérile, entre droite et gauche, de sortir aussi d'un débat dont les termes sont, depuis plus de trente ans, imposés par la poussée des extrêmes. Les réponses qui ont été apportées ont conduit à des ajustements successifs de l'édifice de 1945, sans une stratégie d'ensemble ! Et par voie de conséquence, sans réelle efficacité. Des pays voisins comme l'Allemagne ont engagé cette refondation, alors qu'ils étaient soumis à une forte pression migratoire, et ils ont réussi. Je souhaite donc que nous puissions prendre ce chemin. Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Parce que je dirais qu'à chaque étape du flux on a raisonné en quelque sorte à l'envers. D'abord, on ne s'est pas suffisamment occupé de l'amont et de la maîtrise des flux migratoires dans les pays de départ et les pays de transit. Et donc, je le dis très clairement, penser que la politique de développement est un luxe que certains pourraient s'offrir ou une distraction réservée à quelques-uns dans la sphère publique est une erreur profonde ! Elle est au coeur de la politique migratoire. Quand on échoue dans la politique de développement, quand on n'arrive pas à construire ou à aider à construire un avenir à des femmes et des hommes dans leur pays, on crée les routes de la nécessité et de la misère. On les met dans la main des passeurs et des trafiquants. C'est ce que collectivement, nous avons réussi à faire aujourd'hui en Afrique. Le désert et la Méditerranée sont devenus des cimetières d'Africains, parce que nous avons défailli dans notre capacité collective à faire réussir l'Afrique. Ensuite, nous accueillons mal, en ne garantissant pas rapidement une mise à l'abri ou un hébergement aux migrants. Il en résulte des situations indignes de notre pays et de sa tradition d'accueil, qui ne dissuadent en aucun cas les migrants de chercher un refuge en France, et qui sont dangereuses pour la cohésion sociale car elles nourrissent la xénophobie. Longtemps, je le sais, le dogme a été de dire « laissons faire la queue pendant des matins et des matins pluvieux à celles et ceux qui viennent demander l'asile, ça va les décourager ». Il y a ça dans le cerveau reptilien collectif. Mais qui a traversé l'Afrique et la Méditerranéen, qui revient d'Afghanistan ou que sais-je, n'est pas découragé par les matins à la préfecture ou la préfecture de Police, je vous le dis très franchement. On peut continuer très longtemps, ça ne marche pas, ça ne marche plus. Par contre, les laisser dehors sans hébergement d'urgence, c'est indigne de ce qu'est l'Etat français et de ce que sont nos valeurs, et c'est surtout ensuite la xénophobie chez certains ! Qui rend insupportable l'arrivée de ces migrants ! Qui construit la division nationale et fait monter les extrêmes uniquement ! Par contre, je souhaite que nous soyons beaucoup plus rapides dans l'instruction des dossiers. Parce que quand on regarde la situation actuelle, nous sommes trop lents à instruire des dossiers et à prendre une décision sur la situation de chaque migrant. ! Plus d'un an et demi, parfois deux ans ou trois ans lorsque les recours sont faits ! Là où certains de nos voisins le font en quelques semaines ou quelques mois ! C'est une vraie inefficacité dans laquelle s'enkystent des individus qui sont en situation irrégulière, qui y restent, qui s'y installent, là aussi de manière totalement insatisfaisante, parce qu'ils ne peuvent pas construire dignement leur vie dans le pays, et parce que ça n'est pas le respect de nos règles non plus ! Enfin, nous sommes inefficaces dans l'expulsion, la reconduite aux frontières de celles et ceux qui, in fine, n'ont pas l'accès au titre. Nous reconduisons beaucoup trop peu ! Nous n'arrivons pas à reconduire aujourd'hui à l'égard, y compris certains pays que nous aidons massivement ! La résultante de cette situation, c'est que nous laissons s'installer, nous avons aujourd'hui sur le territoire national des centaines de milliers d'étrangers en situation irrégulière ayant été déboutés de différentes procédures, que nous ne reconduisons pas dans le pays d'origine. Et qui vivent dans un « no man's land » administratif. C'est de l'inefficacité, et une forme d'inhumanité. Enfin, pour ceux qui sont autorisés à rester en France, notre politique d'intégration manque d'ambition et de moyens ! Nous sommes moins bons que la plupart de nos collègues européens pour apprendre la lecture rapidement, intégrer dans le marché du travail ou dans les filières qui permettent de trouver une place dans la société. C'est ça, le constat cruel de la situation dans laquelle nous sommes. Parce que, à chaque instant de cette chaîne, nous avons ajusté les comportements en pensant apporter la réponse du moment. Nous avons traité les symptômes, sans traiter la cause profonde. Je veux agir sur chacun de ces segments pour refonder notre politique d'asile et d'immigration. Si nous n'engageons pas cette refondation, c'est le consensus républicain autour de notre tradition d'accueil et d'asile qui risque d'être remis en cause. Les seuls gagnants de cette situation, ce seront les extrêmes. Mais il faut que vous ayez présent à l'esprit que toute une jeunesse forme sa conscience politique et civique en nous regardant faire sur ce sujet. Elle regarde nos valeurs à l'épreuve des faits ! Elle regarde comment nous accueillons la misère du monde ! Il ne faut céder ni à la démagogie, ni aux facilités du quotidien. C'est pourquoi j'ai demandé au gouvernement de présenter un projet de loi, en vue de son adoption au premier semestre 2018, et j'ai adressé une lettre de mission au Premier ministre pour que les ministres concernés par cette politique puissent agir. Il y a eu une première mobilisation de court terme. Le 12 juillet dernier, un plan gouvernemental a été présenté, très détaillé, qui répond à une partie du sujet. J'ai moi-même le 27 juillet dernier à Orléans, donné le cadre d'ensemble de cette refondation. Et sur le premier volet que j'évoquais, le 28 août dernier, j'ai réuni les chefs d'Etat et de gouvernement tchadien, nigérien, espagnol, libyen, allemand et italien pour commencer à travailler sur l'origine même du problème. Le texte de loi à venir, je souhaite qu'il ait un objectif simple : que le modèle français se rapproche du modèle allemand. Nous avons des défis communs. Ils vont supposer une adaptation de la réglementation européenne en commun. Rapprochons nos droits, soyons plus efficaces. Il s'agit d'assurer la maîtrise efficace des flux migratoires, et non « l'immigration zéro », tout simplement parce que « l'immigration zéro » n'est pas possible. Je le redis pour que chacun l'aie en tête : une grande partie de l'immigration légale aujourd'hui en France est constituée des 50.000 Français qui choisissent chaque année des conjoints étrangers, des 70.000 étudiants que nous accueillons, auxquels il faut ajouter ceux auxquels la France accorde sa protection en vertu de sa Constitution et de ses engagements internationaux, ceux qui sont persécutés, soit 35.000 personnes. « L'immigration zéro », elle n'existe pas ! Sauf à vouloir en terminer avec l'accueil d'étudiants étrangers, le regroupement familial et le droit d'asile. Ce n'est pas le choix qui est le mien, ni l'engagement que j'ai pris à l'égard des Français. La France est le plus vieux pays d'immigration d'Europe, et c'est aussi la résultante de notre histoire, de notre géographie, de notre démographie, de notre économie. Face à ces défis contemporains, nous avons écarté les quotas. Pourquoi ? Parce qu'ils ne pourraient, en tout état de cause, s'appliquer qu'à l'immigration professionnelle et qu'ils conduiraient à choisir les personnes en fonction de leur nationalité ou de leur origine, surtout parce qu'ils ne sont pas au coeur du défi qui est le nôtre : ce défi migratoire subi ! Celles des routes de la nécessité qui, à un moment, ont traversé les Balkans, qui aujourd'hui traversent la Méditerranée centrale, et qui commencent à revenir dans la Méditerranée occidentale. C'est pourquoi à chacun des points de dysfonctionnement que' j'évoquais tout à l'heure, je souhaite qu'on apporte une réponse forte et cohérente. D'abord, qu'on traite le problème à la source, et que l'on mette en place en Afrique, une vraie réponse : celle durable de l'aide au développement. Ce que j'ai commencé à conduire avec l'annonce de cette Alliance pour le Sahel, avec dans les pays où nous intervenons, qui sont le coeur aujourd'hui de cette difficulté migratoire, que nous avons à vivre. Une vraie politique de développement et un travail partenarial avec les Etats de transit d'une part, le Niger et le Tchad, en ayant une coopération avec le HCR, en envoyant dans le cadre des listes fermées par le HCR, des missions de l'OFPRA pour pouvoir apporter, dès cet endroit, la protection à celles et ceux qui y ont droit, et en ayant une vraie coopération en termes de sécurité policière pour permettre de contenir le flux, et d'éviter qu'il n'aille gonfler les camps de réfugiés aujourd'hui en Libye. Ensuite, avec une vraie coopération à l'égard des pays d'origine ! Elle est indispensable. C'est là aussi une coopération en termes de développement, mais aussi en termes de sécurité ; et nous avons ouvert les discussions, non seulement avec les pays de transit, mais les pays d'origine, qu'il s'agisse de moi-même, du Premier ministre, comme de l'ensemble des ministres concernés. Ensuite, pour être très concret, je veux, comme je vous le disais, que l'on accueille mieux et que l'on héberge tous ceux qui sont aujourd'hui obligés d'occuper la rue et de s'installer dans l'espace public. Et je vous demande d'y veiller personnellement. Cela nécessite votre mobilisation pour renforcer rapidement les capacités d'hébergement dans le cadre du plan gouvernemental : 5.000 places pour les centres provisoires d'hébergement en 2018, ce qui est sans précédent pour les réfugiés, et 7.500 places pour les demandeurs d'asile d'ici 2019. S'agissant de l'hébergement d'urgence, les arbitrages budgétaires qui ont été pris permettent d'en augmenter les capacités. Et je salue à ce titre votre engagement, votre ingéniosité à trouver, souvent dans l'urgence, des solutions d'hébergement pour assurer des mises à l'abri rendues nécessaires par l'évacuation des campements sauvages. J'ai bien conscience que ces hébergements ne peuvent avoir de caractère contraignant, que certains sont tentés de les quitter, à peine arrivés, pour se rapprocher des passeurs. C'est pourquoi, il est indispensable, en même temps que cet hébergement d'urgence est assuré, de le lier à une lutte complète et déterminée contre les filières d'immigration clandestine, contre ceux qui font trafic de ces rêves et de la misère. Parmi les personnes que nous accueillons, vous me signalez régulièrement le problème des mineurs isolés étrangers. Leur nombre a considérablement augmenté au cours des quatre dernières années, passant de 4.000 arrivées en 2012 à 16.000 en 2016. J'ai là-dessus demandé au gouvernement de faire des propositions d'ici la fin de l'année pour revoir complètement la question de l'accueil et de l'accompagnement de ces mineurs, qui n'est pas satisfaisante et qui représente une charge croissante pour les Conseils départementaux. Ce sujet est bien identifié et sera traité donc de manière ad hoc. Mais en même temps que je vous demande cet hébergement d'urgence, ce traitement digne et à mes yeux également, plus efficace parce qu'il sort de la vue de tous des femmes et des hommes qui n'ont pas à vivre dans la rue, je veux que nous changions en profondeur notre organisation du traitement administratif. Il faut en effet accélérer le traitement de la demande d'asile. Le délai d'examen, je le disais, peut atteindre 18 mois aujourd'hui. L'engagement que j'ai pris est de le réduire à 6 mois en moyenne, tous recours inclus. Ce qui nécessite une réorganisation en profondeur, dès les premières heures sur le territoire national, de notre organisation collective. Et cela nécessite que vous vous impliquiez personnellement dans la maîtrise des délais d'accueil et d'enregistrement des demandes. Le ministre de l'Intérieur vous adressera des instructions en ce sens, et vous précisera les moyens dont vous disposerez. Mais concrètement, ça signifie que, dès que vous procéderez à la mise à l'abri ou à l'hébergement des migrants, il faut engager simultanément l'évaluation administrative, l'examen de leur situation pour être en mesure de prendre rapidement une décision sur leur statut. Pour cela, je vous demande d'organiser des déplacements des agents des préfectures, de l'OFII et de l'OFPRA dans les centres d'hébergement, et de mobiliser également les associations sur cette demande. C'est indispensable, et c'est un changement profond. Je ne vous demande pas d'accorder l'hébergement d'urgence sans conditions ! Je ne veux pas qu'on aille accorder l'hébergement d'urgence à qui arrive sur le territoire pour passer des semaines avant de faire la première démarche en préfecture ! Ca n'aurait aucun sens et ce serait aussi intolérable ! Parce que nos concitoyens seraient légitimes à nous dire « qui paie cela ? Quel est cet Etat où en effet, on héberge, alors qu'on ne commence pas à regarder administrativement quels sont les droits ? ». Je vous demande cette double exigence d'inverser la logique dans laquelle nous nous sommes mis jusqu'alors. Je sais que ça supposera des réorganisations, peut-être des moyens et des adaptations qui sont prioritaires à mes yeux. J'ai entendu dire, par ailleurs, que vous pouviez parfois rencontrer des réticences chez certains de ces acteurs. Si tel est le cas, vous m'aurez à vos côtés. Je comprends toutes les associations qui défendent les migrants lorsqu'on les traite de manière indigne. J'ai demandé d'ailleurs à chaque fois que la clarté soit faite ! C'est notre dignité de pouvoir répondre de l'action publique, lorsqu'elle est dénoncée, ou lorsque certains considèrent qu'elle n'est pas à la hauteur de nos valeurs ! Mais je n'accepterai jamais que, lorsque l'administration vient faire son travail dans un centre d'hébergement, une association puisse empêcher à l'administration de le faire. C'est cette double exigence que nous devons tenir. Cette double exigence. Et aujourd'hui, certaines associations ont un discours qui se nourrit de notre inefficacité. Ayons cela en tête ! Nous avons donc être efficaces à tous égards. Cette logique, si je puis dire, de « traitement à la source » a été mise en oeuvre pour la première fois à Paris lors de l'évacuation récente du 36ème campement. A cette occasion, il a été procédé à la mise à l'abri systématique des 2.300 personnes et, de manière concomitante, à l'examen de leur situation administrative ; ce qui a permis d'identifier rapidement celles qui relèvent du dispositif de Dublin, afin d'organiser leur éloignement vers l'Etat-membre de l'Union européenne dont relève l'examen de leur demande d'asile. De même, dans les Hauts-de-France, des centres d'accueil et d'évaluation administrative des situations ont été créés pour répondre à la situation de Calais. Ils fonctionnent selon la même logique : hébergement et traitement administratif concomitant. Ces centres vont préfigurer une nouvelle organisation dont toutes les conclusions devront être tirées dans le projet de loi à venir. Nous devons évidemment ensuite reconduire les personnes qui n'ont pas vocation à demeurer sur le territoire. Il faut donc réexaminer les situations et les dispositifs actuels de reconduite à la frontière, dans le sens de l'efficacité. Ainsi, pour accélérer la délivrance des laissez-passer consulaires avec les pays récalcitrants et assurer le suivi et le développement d'accords bilatéraux migratoires et de sécurité avec les pays d'origine et de transit, un ambassadeur sera nommé dès demain en conseil des ministres, avec une action avec l'ensemble des pays de transit et des pays d'origine. Le projet de loi immigration et asile, qui sera porté par le ministre de l'Intérieur, comportera plusieurs dispositions pour vous permettre d'améliorer les retours dans les pays d'origine ! Là aussi de manière très concrète, en faisant comme nos voisins, en particulier l'Allemagne. Je souhaite sur ce sujet, que nous puissions également avancer de manière beaucoup plus efficace au niveau européen. Il y a aujourd'hui sept textes qui constituent le « paquet asile ». Je souhaite que nous puissions accélérer leur discussion, leur redonner une véritable cohérence, parce que notre réponse est aussi une réponse européenne, et je veux à cet égard saluer la qualité de notre coopération avec plusieurs gouvernements, en particulier le gouvernement et les autorités italiennes. Enfin, il faut résolument intégrer les étrangers qui ont vocation à demeurer sur le territoire, et je pense en particulier aux réfugiés statutaires. D'une part, nous allons amplifier notre démarche d'accueil des réfugiés dont un trop grand nombre sont encore accueillis dans les centres d'accueil et d'orientation ou dans le dispositif national d'asile, alors qu'ils devraient bénéficier d'un logement. Un délégué interministériel à l'Intégration des réfugiés va ainsi être nommé pour organiser leur accompagnement en matière de logement, mais aussi de santé, de formation et d'accès à l'emploi. Nous allons aussi relancer la politique d'intégration républicaine, dont le chantier avait été abandonné en 2014. Il n'y a pas d'accueil possible dans la durée sans intégration, et nous devons relancer de manière beaucoup plus efficace l'apprentissage de français, l'intégration dans certains métiers, mobiliser les acteurs économiques à ce travail indispensable ! Parce que ceux que nous ne savons pas intégrer aujourd'hui, ce seront nos difficultés de demain. Nous l'avons déjà essayé et nous en avons vu les problèmes. A ce titre, Aurélien TACHE, député du Val d'Oise, sera chargé d'une mission sur la refonte de la politique d'intégration qui devra notamment privilégier l'apprentissage du français. Nous voulons aussi, enfin, attirer en France et en Europe des étudiants présentant un haut potentiel, des chercheurs, des créateurs d'entreprise, et ce sera aussi une dimension importante du projet de loi présenté par le ministre de l'Intérieur. La situation actuelle plaide évidemment pour le maintien des contrôles aux frontières intérieures, en particulier sur la frontière franco-italienne, à l'issue de l'état d'urgence le 1er novembre. Le renforcement des contrôles prévus par le projet de loi de lutte contre le terrorisme et la sécurité intérieure le permettra. J'ai conscience d'avoir été très détaillé sur ce point, mais je voulais à la fois, de manière extrêmement explicite et très directe, vous donner mon diagnostic, mais également les principes que je souhaitais voir suivre durant les prochains mois et les prochaines années en cette matière. C'est un défi immense, nous devons le réussir. J'en viens à présent à la deuxième fonction qui est au coeur de votre métier et qui va également vous mobiliser de manière intense dans vos responsabilités de chef de services territoriaux. Il s'agit d'aménager, d'administrer les territoires et de servir nos concitoyens avec l'objectif de moderniser et de transformer notre pays. C'est à vous, préfets, représentant le gouvernement dans les départements, régions et territoires d'Outre-mer, qu'il appartient de mettre en oeuvre les réformes qui vont modifier nos politiques nationales et veiller à ce qu'elles produisent leurs effets dans tous les territoires de la République. D'abord la réforme du travail. La réforme du code du travail, dont aujourd'hui on parle beaucoup et qui fait l'objet d'ordonnances qui ont été présentées par le Premier ministre il y a quelques jours, doit être inscrite dans une transformation profonde du marché du travail qui sera conduite dans les prochains mois : la réforme du marché du travail par ces ordonnances, qui seront signées avant la fin de l'été, une réforme en profondeur de l'assurance-chômage, et une réforme de la formation professionnelle à laquelle je me suis engagé. Ces réformes conduiront à libérer l'activité économique, à transformer profondément l'organisation dans les branches et dans les entreprises, à dynamiser le dialogue social, à transformer le fonctionnement des Prud'hommes, et également à relancer en profondeur la capacité en particulier pour les très petites et moyennes entreprises d'embauche et d'activité économique. Elle doit s'inscrire dans une logique où le gouvernement va également changer la logique et la philosophie de l'UNEDIC pour donner à l'Etat toute la place qu'il lui revient, compte tenu du fait qu'il en garantit les équilibres financiers, et qu'avec la transformation des cotisations vers la CSG il en assurera le financement, et une réforme en profondeur de la formation professionnelle qui apportera à la fois plus de transparence et une réorganisation des acteurs. L'objectif de ces trois réformes, c'est de libérer et de protéger et donc d'apporter les sécurités individuelles à nos concitoyens, plus grande justice dans l'assurance chômage, en permettant aux entrepreneurs, aux indépendants, aux démissionnaires d'y avoir accès dans des règles établies ; mais en le conditionnant soit à l'acceptation au bout de deux offres d'un emploi, soit çà une formation qualifiante, ce qui est aujourd'hui insuffisamment le cas. Et donc tout notre appareil d'Etat sera mobilisé autour de ces objectifs pour faciliter les négociations dans les branches et les entreprises mais aussi pour conduire l'ensemble des acteurs à transformer la formation qui est aujourd'hui prodiguée. Et j'ai besoin de vous sur ce sujet parce que c'est le défi fondamental des prochaines années. Nous avons aujourd'hui 1 million de jeunes qui sont loin de l'emploi, 1 million de chômeurs de longue durée qui sont loin de l'emploi. Les réformes ne sont des réformes d'ajustement de paramètres de l'UNEDIC. C'est une question de formation. Et donc en même temps que nous faisons cette réforme du marché du travail, nous allons investir durant le quinquennat 15 milliards d'euros sur la formation, sur le capital humain, sur les personnes. 10 milliards sur les chômeurs et en particulier les chômeurs de longue durée, pour ramener au moins 1 million d'entre eux vers une qualification et donc une place dans la société. Et 5 milliards sur les jeunes avec en particulier une transformation de la garantie jeunes qui sera ouverte à beaucoup plus et donc 1 million de jeunes loin de l'emploi qui seront requalifiés. Les chiffres que je vous donne vous montrent le changement d'échelle profond que nous allons conduire. Il est indispensable, dès les prochains mois et c'est la condition même de réussite - de la transformation du marché du travail. Nous allons réduire les dépenses courantes pour investir dans les qualifications et les personnes parce que c'est ça véritablement les protéger. Ca n'est pas protéger les emplois qui sont en train de disparaitre ou les emplois d'hier, c'est permettre aux individus en les protégeant par la formation d'aller acquérir les emplois de demain. Et donc j'aurais besoin de votre pleine mobilisation sur ce sujet pour que la montée en charge de cet objectif soit au rendez-vous. Dans ce contexte nous avons un défi, dans ce changement de logique, c'est en effet, au-delà de ce sujet de formation, eh bien de réorienter la dépense de nos politiques d'emploi. Ces 10 milliards d'euros que nous consacrons sur les cinq prochaines années à la formation des demandeurs d'emploi de longue durée justifient et impliquent également que les contrats aidés actuels soient réorientés à la baisse. Pourquoi ? Parce qu'ils ne sont pas une réponse durable au problème de l'emploi. Et tout le monde le sait. Il faut sortir d'une hypocrisie collective. Et que parfois celles et ceux qui portent des réductions drastiques de la dépense publique ne viennent pas m'expliquer aujourd'hui que c'est un crime de lèse-majesté que de venir toucher les contrats aidés !!! Une très faible minorité de ces contrats aidés se conclut par un emploi durable et un contrat à durée indéterminée. C'est généralement le moyen, soit de ne pas financer un emploi durable, parfois pour l'Etat d'autre fois pour les collectivités territoriales, soit d'utiliser les crédits, parfois sous injonction publique j'en ai parfaitement conscience pour améliorer de manière factice les chiffres du chômage. Ça n'est pas une bonne utilisation des deniers publics. Des contrats aidés, lorsqu'ils donnent lieu à une qualification, lorsqu'ils sont sur des priorités, seront maintenus. Ils seront moins nombreux et plus sélectifs autour de 4 priorités. Deux priorités thématiques : l'éducation nationale pour l'accompagnement des élèves en situation de handicap et d'urgence sanitaire et sociale. Et deux priorités territoriales : l'Outre-Mer et les communes rurales. Cette évolution des contrats ne sera possible que si vous prenez les choses en main au plan local. C'est pourquoi je vous invite à bâtir dans chacun de vos départements un plan de mise en oeuvre de cette réforme des contrats aidés en veillant d'abord à ce que toutes les situations délicates relevant des quatre priorités que je viens d'évoquer soient traitées rapidement et efficacement afin de favoriser la continuité des actions engagées. Ensuite à éviter ce que j'appellerais des sorties sèches. Pour cela il faudra vous assurer que Pole Emploi convoque systématiquement les personnes dont les contrats vont arriver à échéance pour leur proposer de manière prioritaire une formation qualifiante ou un reclassement. Ensuite, je vous demande de mobiliser et d'animer fortement Pole Emploi, les Missions locales, Cap Emploi, les Directs, pour activer tous les leviers disponibles pour prendre en compte les situations difficiles. Et là la souplesse vous sera donnée au plan local pour que vous puissiez y répondre de manière pragmatique et adaptée. Pour cela, je veillerais à ce que vous ayez cette souplesse nécessaire dans l'utilisation de vos crédits, avec l'adaptabilité des taux de prise en charge et des durées, la fongibilité, l'apprentissage dans la fonction publique, la mobilisation du service civique. Enfin, sur ce point, je veux que vous ayez conscience que nous avons déjà l'exécution de 2017 à gérer, parce qu'après un pic en 2016 avec 500 000 contrats aidés, la baisse s'était déjà amorcée en Loi de finances 2017.Avec une surconsommation liée à une saisonnalité que je n'ai pas besoin ici d'expliciter, sur le premier semestre. Et donc vous avez aujourd'hui des impasses qui n'ont rien à voir avec la politique du gouvernement pour 2018, mais auquel il faut bien répondre aujourd'hui. Et donc je souhaite que la réforme en profondeur que nous souhaitons conduire, soit conduite jusqu'à son terme, avec détermination parce qu'elle est bonne, mais sans brutalité. Et donc en accompagnant les associations les plus fragiles, sur les priorités que j'ai évoquées, en terme de mission, les communes les plus rurales qui ont parfois besoin du contrat aidé pour fonctionner ou ouvrir tel ou tel service. Et donc c'est avec pragmatisme et au plus près du terrain que je souhaite que l'exécution des prochains mois soit conduite. Enfin, sous l'autorité de la ministre du Travail une mission sera confiée à Jean-Marc BORELLO pour repenser les dispositifs d'insertion. L'enjeu est bien ici de sortir de la fragmentation des dispositifs d'aide, d'accompagner réellement ceux qui en ont besoin vers l'emploi et pour cela de mobiliser les acteurs de l'insertion autour de solutions innovantes et plus efficaces. En matière d'emploi, vous l'avez compris, je vous demande d'être déterminés, offensifs sur chacun de ces chantiers, de porter la cohérence de la politique du gouvernement y compris la politique que je conduis au niveau européen dans la lutte contre le travail détaché ; il y a d'ores et déjà des dispositifs nationaux qui vous permettent de lutter activement contre le travail détaché sur les chantiers. Je souhaite là aussi que tous les efforts soient conduits. Une autre réforme qui vous mobilisera dans les prochains mois, c'est celle du logement. Là aussi c'est un changement de philosophie profond que nous devons conduire. La France dépense 40 milliards d'euros sur sa politique de logement. Avec le Royaume-Uni, nous sommes l'un des pays qui en dépense le plus. Pour quatre millions de mal-logés. Est-ce une politique efficace ? La réponse est non. Et c'est une politique qui traduit la maladie française que j'évoquais tout à l'heure : c'est une politique de la demande. Nous n'avons pas cherché à répondre aux défis de la raréfaction de l'offre de logements et donc de l'augmentation incessante des loyers et des prix d'achat, et nous avons subventionné la demande. J'ai entendu, comme vous en juillet dernier, des réactions à la baisse de cinq euros des APL. Etait-ce la mesure la plus structurante et la plus structurelle ? Non. Elle venait en application de ce qui avait été voté en début d'année et en application des lettres de cadrage pour faire une économie de 150 millions d'euros. Je n'ai jamais entendu quelqu'un féliciter l'Etat des cinq euros d'augmentation, il y a quelques années, des mêmes APL ; pour une raison simple : les propriétaires avaient augmenté de cinq euros le loyer. J'ai été surpris du silence collectif de ne pas appeler les bailleurs sociaux, les propriétaires à baisser de cinq euros le prix du logement ! C'est ça, la responsabilité collective ! C'est ça, ce qu'il faut faire à partir du 1er octobre ! J'appelle publiquement tous les propriétaires à baisser de cinq euros le loyer par mois, si on veut accompagner les locataires ! L'Etat n'a pas à payer tout ! Et j'ai constaté comme vous, d'ailleurs, que les loyers de cette année avaient baissé d'une proportion supérieure aux cinq euros. Parce que derrière, ce qu'il nous faut faire, c'est baisser durablement le prix du logement pour pouvoir faire des économies intelligentes. C'est donc cela, ce que le gouvernement va faire. D'abord en ayant une politique volontariste, avec la sphère du logement social, et s'assurer que, dans cet univers, on baisse les loyers de manière beaucoup plus déterminée, parce qu'aujourd'hui, la dépense publique sert à financer les acteurs du logement social et à financer leurs locataires. Ce qui n'est pas une bonne manière. Donc nous allons conduire les acteurs du logement social à baisser les prix, fertiliser davantage le mouvement, la création de logement, baisser les loyers, pour pouvoir à due proportion, baisser les aides. Et surtout, le gouvernement aura à conduire un vrai choc d'offres pour que dans toutes les régions où il y a un besoin de logements, nous puissions créer massivement dans les prochains mois les logements attendus : dans le Grand Paris, dans la région lyonnaise et le pays de Gex, dans la région d'Aix-Marseille, c'est là que se concentre le manque de logements, c'est là que les prix ont fortement augmenté. Et donc un projet de loi sera soumis dans les prochaines semaines au conseil des ministres qui visera de manière très pragmatique, et qui aura besoin de votre action sur le terrain, à mobiliser le foncier, y compris le foncier public par des modifications législatives indispensables, parce que sur ce sujet, nous avons trop tardé compte tenu des contraintes, nous savons, législatives, simplifier les normes d'urbanisme, simplifier les normes de construction et les procédures, et à réduire les délais de recours. La mise en oeuvre de cette politique doit se faire au plus près des besoins du terrain, en stimulant de manière fine, là où c'est nécessaire. Cette politique adaptée du logement, ce choc d'offres, c'est ce sur quoi aussi j'attends votre contribution concrète dans tous les territoires où ce problème, justement, a pris une tournure extrême. Ce sera à vous de piloter cette nouvelle politique du logement pour développer la production de logements en zone tendue, développer le logement étudiant dans les villes universitaires, continuer à mettre en oeuvre la loi SRU et accélérer la mobilisation des crédits pour la rénovation énergétique. Et donc ce projet de loi présenté à l'automne vous en donnera les moyens. Un autre défi majeur, qui vous mobilise déjà et qui est au coeur du projet de transformation du gouvernement, c'est la transition écologique. C'est le défi d'une génération. C'est un projet de société qui passe par une transformation de l'ensemble des secteurs économiques, par une mobilisation de tous les types d'acteurs : entreprises, collectivités et citoyens. Et à cet égard, les territoires ont montré leur dynamisme en matière de transition écologique, et nous devons organiser et diffuser cette mobilisation. Nous devons aussi veiller à l'accompagnement des territoires, des compétences, justement, partout sur ces derniers, à l'accompagnement des entreprises, des salariés, parce que cette transition écologique, elle ne fera pas simplement par des normes transversales et nationales, mais bien par des actions concrètes et de terrain. Ce sera l'objet des contrats de transition écologique sur lesquels Nicolas HULOT et Sébastien LECORNU travaillent. Et vous aurez en la matière un rôle-clé pour favoriser l'émergence d'initiatives partenariales en matière d'énergies renouvelables, de circuits courts, de mobilité durable, de rénovation thermique des bâtiments, d'économie circulaire, de lutte contre l'artificialisation des sols et lever les obstacles à des expérimentations de solutions innovantes et pertinentes au plan local. Vous devrez aussi dans ce contexte contribuer à relever le défi de la gestion de l'eau. La situation de sécheresse que nous connaissons devient commune dans la deuxième moitié du siècle. Et je sais le caractère extrême qu'elle a déjà aujourd'hui dans plusieurs régions. Il faut anticiper ces situations, assurer un juste partage de la ressource entre différents usagers, c'est l'objectif des « projets de territoire » pour lesquels les préfets coordonnateurs de bassin seront mobilisés. Directement lié à ce sujet écologique, il y a la thématique du transport. Et c'est là aussi un sujet de transformation profonde que nous souhaitons conduire dans les prochaines années, et sur lequel j'ai demandé au gouvernement de prendre des mesures de transformation profonde. Les transports du quotidien doivent, là aussi, suivre un changement de logique, de paradigme profond, et passer d'une logique de moyens, où l'Etat est le bâtisseur, de routes, des ponts, à une logique de résultats où l'Etat devient l'architecte qui met à disposition les services de mobilités pertinents sur un réseau d'infrastructures déjà dense. Ça veut dire sortir d'une logique de financement de grands projets qu'on accumule, pour aller vers une logique d'aménageur, d'agrégateur, de facilitateur de solutions de mobilité sur le terrain, qui encourage bien davantage la multimodalité, la coordination entre les acteurs de terrain, et également évidemment des investissements indispensables pour moderniser certaines infrastructures existantes et pour les adapter à des changements d'usage et au numérique. Vous aurez un rôle, à ce titre, essentiel, dans le cadre de ce que le gouvernement a appelé, avec un certain goût pour l'oxymore, « les Assises de la mobilité » que nous lancerons le 19 septembre prochain. Ces Assises visent justement à mettre autour de la table l'ensemble des acteurs de la mobilité : les collectivités territoriales, les acteurs des travaux publics, les préfets sur le terrain, l'ensemble des administrations compétentes et évidemment les acteurs du transport et des infrastructures, pour construire ces solutions de mobilité au plus près du terrain. Et je souhaite là-dessus qu'on ait une approche la plus territorialisée possible et la plus souple possible. Vous connaissez, sur chacun de vos territoires, les contraintes et les nécessités de la mobilité quotidiennes, et c'est cela ce que j'attends de vous. Je souhaite également que vous vous impliquiez dans un autre chantier important qu'a lancé le gouvernement à l'été qui est celui des Etats Généraux de l'Alimentation, pour définir notre plan de transformation agricole. Sur ce sujet, vous connaissez et vous m'en faites rapport, les difficultés de notre agriculture sur le terrain. Je ne la mésestime pas et des réformes concrètes seront envisagées sur lesquelles je m'exprimerai dans un point d'étape en octobre prochain, avec un objectif qui est de restaurer la viabilité de toutes les filières agricoles et de revoir le partage de la valeur ajoutée en leur sein. Mais nous irons au-delà, avec une vraie transformation du monde agricole pour réconcilier l'agriculture et l'écologie, et pour permettre, là aussi, à travers le Plan d'investissement agricole de cinq milliards d'euros, de changer le modèle productif, d'accompagner dans la transformation vers l'agro-écologie ou les circuits courts ou l'agriculture intensive qui se justifie, et si c'est le choix du secteur et du terrain, nos exploitants agricoles. Sur ce sujet aussi, il est essentiel d'avoir un éclairage territorial, tant la disparité des situations est au rendez-vous. Vous avez un rôle moteur là aussi donc à jouer, par l'organisation de consultations de tous les acteurs de terrain qui sont les vôtres, qu'il s'agisse des professionnels, des associations ou des ONG. Et je compte sur vous pour valoriser les initiatives qui fonctionnent et proposer un plan de transformation agricole, justement ciblé, adapté aux territoires. Vous le constatez, Mesdames et Messieurs les Préfets, à travers ces quelques exemples de réformes à conduire dans les territoires, qu'il nous faut agir et expliquer le sens de cette transformation profonde que nous voulons mener. Sur aucun des sujets que je viens d'évoquer, je vous propose des ajustements à la marge, mais bien une transformation en profondeur, avec des changements. Il faut donc en expliquer la philosophie, l'ambition, il faut la conduire dans la durée parce que cela prendra plusieurs années, et il faut en assurer la bonne exécution à court terme. Parce qu'une réforme peut être mal comprise ou mal acceptée en raison des premiers moments, des premiers instants. Mais le traitement d'urgence ne doit jamais signifier la renonciation à nos ambitions. Parce que l'objectif de ces réformes, c'est aussi de donner une autre place, une autre forme à l'Etat territorial et au rôle que vous jouez dans ces territoires, et c'est sur ce point que je souhaiter terminer mon propos. Toutes ces réformes visent aussi à réconcilier les territoires. Dans vos synthèses, vous écrivez de manière clinique bien souvent, comment notre pays se fragmente. J'assume cette séparation des grands espaces. Et elle est devant nous, il ne faut pas la nier ! La question, c'est de savoir comment on arrive à réconcilier ces derniers, à redonner une perspective à chacun de ces types de territoires. Il y a, bien entendu d'abord, les grandes métropoles qui sont les gagnantes de l'ouverture de notre société, et je crois au développement de ces métropoles qui sont une chance pour notre pays. Elles sont une source développement, d'activités, d'emplois, de rayonnement. Elles ont su assurer un continuum entre leur appareil universitaire, les écoles, les organismes de Recherche et les activités économiques. Et je vous demande, partout où vous êtes, d'encourager cette dynamique métropolitaine, de vous intéresser aux sujets universitaires, aux liens entre l'université et la Recherche, de ne pas considérer que votre compétence se borne aux acteurs économiques. Le rôle du préfet est essentiel sur le terrain pour s'assurer la bonne coordination entre tous ces acteurs. De la bonne dynamique métropolitaine et du fait que cette dynamique est à l'échelle mondiale. Parce que la compétition que nos métropoles ont à conduire est aussi moins européenne, et elle est parfois internationale. La concentration des universités, des grandes écoles et des organismes de Recherche est en particulier un des atouts du Grand Paris, et sur ce grand projet qui mobilise tout particulièrement le préfet de la région Ile-de-France, et ses collègues des départements franciliens, je prendrai des initiatives en réunissant les acteurs concernés à l'automne pour définir une nouvelle feuille de route, une nouvelle ambition et un calendrier accéléré. Mais je considère que chaque métropole porte une responsabilité à l'égard du territoire dans lequel elle s'inscrit. Il faut que chaque métropole veille également à développer la mixité sociale sur son territoire, pour éviter justement les fractures, qu'elle puisse tirer les quartiers comme les territoires ruraux qui sont avoisinants. A ce titre, le traitement des quartiers prioritaires de la politique de la ville doit demeurer une priorité. Ils sont bien souvent enchâssés dans nos villes ou dans les mêmes métropoles, mais ils constituent un défi profondément différent, et je veux que nous relevions ensemble ce défi en traitant les questions d'emploi et d'activité, de mobilité économique et sociale, d'entreprenariat, de lutte contre les discriminations, de développement de l''école, d'accès aux services publics et de défense de la laïcité. Ce sont tous ces combats que nous avons à conduire ensemble dans ces quartiers. Avec l'école, nous l'avons commencé dès hier, avec le dédoublement de tous les CP en REP+. Cela continuera de manière déterminée sur les prochaines rentrées. Mais sur chacun des aspects que je viens d'évoquer, j'ai demandé au gouvernement, dans les prochaines semaines et les prochains mois, qu'un plan volontariste soit mis en oeuvre pour vous aider à agir encore plus concrètement pour relever ce défi qui est propre à une partie de notre société. C'est aussi pourquoi le gouvernement consacrera des moyens importants pour la recomposition urbaine et que le budget de l'ANRU sera préservé et complété par des partenariats avec le secteur privé. S'agissant des territoires péri-urbains et ruraux, dont vous décrivez régulièrement le malaise, je veux mettre à votre disposition cette Agence de la cohésion des territoires, dont j'ai annoncé la création le 17 juillet lors du lancement de la Conférence nationale des territoires au Sénat. Cette Agence doit vous apporter un appui, en ingénierie et en expertise pour combattre les fractures territoriales qui minent la cohésion sociale. Cette Agence, elle sera à votre disposition pour favoriser le déploiement du Plan d'aménagement numérique du territoire, la couverture en haut/très haut débit d'ici 2020, le maintien des services publics en milieu rural, le développement des maisons de service public et la présence médicale sur le territoire, entre autre par le doublement des maisons de santé, mais aussi par les innovations en termes d'organisations de santé que la ministre proposera dans les prochaines semaines. Enfin, pour les Outre-mer, une communication aura lieu lors d'un prochain conseil des ministres. Je me rendrai moi-même en Guyane en octobre, avec le président Jean-Claude JUNCKER, dans le cadre de la Conférence des Régions ultrapériphériques organisée par la Commission européenne, et j'y marquerai une étape importante : des Assises des Outre-mer dans lesquelles nous déterminerons une feuille de route pour chaque territoire. Réconcilier les territoires, c'est aussi travailler autrement avec les collectivités locales. Avec la Conférence nationale des territoires, nous voulons construire une relation de confiance, de responsabilité avec ces collectivités. Je n'ai pas souhaité, vous l'avez entendu et compris, un « grand soir institutionnel ». Ça veut dire que ce sera plus de travail pour vous, parce que ce sera plus de travail sur le terrain, d'aménagement au concret, de dialogue avec les élus, au plus près de la réalité, dans un cadre déterminé. Vous serez les premiers porteurs de cette ambition au quotidien, en menant les chantiers qui sont ouverts et qui ont été ouverts par la Conférence, notamment d'adaptation des structures aux réalités locales ! Les fusions métropole/département, les fusions de communes, et tout ce que j'ai annoncé le 17 juillet dernier et que le gouvernement aura à conduire ; mais aussi l'adaptation des politiques publiques aux réalités des territoires. Vous aurez aussi un rôle nouveau, central et spécifique, dans l'application du pacte financier entre l'Etat et les territoires, et la mise en oeuvre contractualisée de cette politique. En 2017 sur ce point, je veux être très clair, j'ai entendu là aussi des polémiques – les engagements pris sont pleinement respectés. La régulation budgétaire annoncée par le Premier ministre a été conçue en partant sur des autorisations d'engagements et sur des crédits de paiement, sur des projets d'investissement simplement décalés dans le temps afin que les collectivités locales ne soient pas affectées. Cette mécanique est parfaitement connue ! C'est une mauvaise polémique que certains ont voulu faire, sur la parole de l'Etat et les régulations budgétaires, un frein annuel. Pour 2018, je l'assume pleinement et je vous le confirme aujourd'hui officiellement, je n'ai pas souhaité procéder à une baisse brutale des dotations qui s'inscrivent dans la droite ligne de 2017. Et même légèrement en hausse, les crédits d'aménagement du territoire, de la politique de la ville et l'ensemble des dotations des collectivités seront maintenues. C'est un engagement pris, c'est donc un engagement tenu ; et il sera respecté. Mais comme je l'ai déjà dit, cet engagement oblige, puisque j'ai demandé aux collectivités territoriales de faire des économies de fonctionnement. Et je vous fais confiance pour y veiller, et l'expliquer lorsque vous assisterez aux assemblées des maires qui se tiendront après les sénatoriales. J'ai demandé aux collectivités territoriales des efforts, j'ai donné des objectifs, il faut qu'ils soient tenus. Pour 300 collectivités représentant 80 % des dépenses locales, ce suivi se fera dans le cadre de contrats financiers que vous serez chargés de préparer. Là aussi, c'est une approche pragmatique. Elle avait été suggérée il y a quelques années de cela par messieurs MALVY et LAMBERT. C'est une bonne idée. La dépense publique se concentre sur ces 300 collectivités. Ayons avec elles un pacte financier, suivons de manière détaillée l'exécution, assurons-nous qu'elles font des économies de fonctionnement qu'elles doivent faire, avec, en contrepartie, une visibilité sur les dotations que nous leur devons. Vous aurez donc un rôle important dans la préparation de ces conventions. Je souhaite également que vous expliquiez mieux localement le volet financier relatif à la baisse de la taxe d'habitation et au maintien des dotations auprès des élus locaux, notamment les maires. Vous l'avez compris, le « pacte girondin » que j'appelle de mes voeux, il ne signifie en aucun cas l'effacement de l'Etat dans les territoires. Il signifie simplement une relation de confiance, une évaluation continue, un contrôle a posteriori. Plutôt que la brutalité asymétrique, que signifiait parfois la baisse des dotations. Et donc je ne cèderai pas à la volonté de certains qui consiste, malgré tout, à baisser les dotations. Je ne cèderai pas non plus au discours irresponsable de certains autres qui voudraient que l'Etat se désengage de tout, fasse subir les économies sur le champ social ou le champ régalien, mais que les collectivités locales seraient, quant à elles, affranchies de tout effort. Ce sera leurs efforts, choisis, librement administrés, mais dûment contrôlés. Car nous sommes collectivement responsables devant nos concitoyens de la dépense publique. C'est à l'Etat de garantir l'égalité républicaine dans les territoires. Cette égalité – et je vous le dis avec beaucoup de force parce que c'est une conviction profonde – elle ne peut plus être le produit d'un rêve d'unification, d'une égalité qui se construit partout et pour tout uniquement par le droit, par une uniformisation qui viserait à appliquer partout les mêmes normes, les mêmes procédures, les mêmes services, les mêmes infrastructures ! Non ! L'égalité républicaine, aujourd'hui, passe par une approche différenciée, dans les analyses et les réponses qu'il faut apporter. Garantir l'égalité républicaine se fait au contact du terrain, par la juste réponse, et non plus par le « jardin à la française » qui uniformise tout. Ce qui veut dire que vous êtes à mes yeuxles garants sur le terrain, de cette égalité républicaine, mais conduite avec pragmatisme, au vu des contraintes locales, à la lumière des spécificités qui sont les vôtres. C'est l'ambition que j'ai lancée avec la Conférence nationale des territoires et que vous devez porter auprès de vos partenaires. Nous la mettrons en oeuvre avec les régions qui veulent conventionner avec l'Etat, dans le cadre d'un pacte pour la croissance et l'emploi qui impliquera de nouvelles répartitions de compétences et une organisation plus souple des services de l'Etat et de ses collectivités. Pour améliorer aussi les relations de nos concitoyens avec les services publics, faites de manière très concrète des propositions pour les réorganiser, pour promouvoir avec les collectivités territoriales des logiques de service, des logiques intégrées de guichet unique. Là aussi, soyons pragmatiques, comme cela a commencé à être fait dans certaines régions. Dans le cadre d'expérimentations, de nouvelles organisations pourront être proposées aux collectivités territoriales avec des délégations de compétence ou transferts de services. Mais à chaque fois aussi, avec une évaluation, avec un contrôle a posteriori ! Pas dans une logique de transferts irresponsables. Dans une logique d'efficacité collective vis-à-vis de nos concitoyens. J'ai conscience à ce titre du niveau d'exigence qui est le mien à votre égard, j'attends de vous du volontarisme, de la détermination, de l'ambition, je vous demande d'incarner cet état d'esprit dans l'exercice de vos missions. Mais je sais que vos qualités, vos mérites ne suffiront pas à eux seuls pour mobiliser vos collaborateurs et leur demander d'avancer sur tous ces chemins de réformes. Parce que pour que l'Etat puisse refonder sa relation avec les collectivités locales et transformer cette action, pour lui permettre de mieux répondre aux attentes de nos concitoyens, d'offrir à ses agents un environnement de travail modernisé et pour maîtriser la dépense publique il faut aussi une nouvelle ambition pour l'Etat territorial et c'est celle-là que je veux porter avec le ministre d'Etat et la ministre pour vous. Je veux d'abord un Etat qui parle d'une seule voix dans les territoires. J'ai conscience que nous avons assisté ces dernières années à un processus de recentralisation au sein de l'Etat, il faut donc redonner de la responsabilité et de réelles marges de manoeuvre au niveau local et renforcer l'unité de l'administration déconcentrée de l'Etat notamment au niveau départemental et y compris avec les opérateurs et les agences de l'Etat. Tout ce que je viens d'évoquer n'est crédible, audible que s'il y a une personne en charge, une personne à qui je sais pouvoir porter des exigences et faire des reproches mais pas un émiettement. Je souhaite en particulier que la future Agence de cohésion que j'évoquais ne constitue pas un énième guichet pour obtenir des subventions à Paris mais constitue une organisation déconcentrée autour des préfets. Et je souhaite que sur toutes les administrations existantes nous suivions cette logique. J'ai demandé au Premier ministre également que de nouvelles mesures de déconcentration puissent être mises en oeuvre notamment en matière budgétaire et de gestion des ressources humaines. Ces mesures seront arrêtées d'ici la fin de l'année 2017 et ainsi les ressorts territoriaux de certains services de l'Etat pourront dans le même calendrier être harmonisés. C'est de la clarté vis-à-vis de nos concitoyens, vis-à-vis de nos partenaires territoriaux, vis-à-vis des entreprises. Harmonisation des périmètres territoriaux, déconcentration de l'Etat, responsabilisation des chefs de services et au premier titre des préfets. A cet égard, les programmes budgétaires seront simplifiés pour redonner tout son sens à l'interministérialité. Vous serez aussi chargés de mettre en oeuvre les dispositions de la future loi sur le droit à l'erreur, ça n'est pas une énième loi de simplification. Il y en aura d'autres, celle-ci est une loi par laquelle je veux que nous changions profondément la grammaire des relations entre l'administration et nos concitoyens. L'administration publique n'a de sens que si elle apporte un bénéfice à la collectivité nationale et la vocation de l'administration c'est de servir, de conseiller, ce qui n'exclut pas le contrôle et la sanction. Le sens même du droit à l'erreur qui sera instauré pour les obligations déclaratives c'est de repenser la relation en profondeur entre l'administré, concitoyen, entreprise, et l'administration. Dans les prochaines semaines des propositions seront finalisées par un groupe d'experts et des parlementaires, cette refondation de l'action publique doit pleinement s'appliquer au niveau central mais également au niveau déconcentré et elle vient en quelque sorte renforcer la déconcentration que j'évoque devant vous et ce sera, croyez-moi, l'élément le plus efficace de simplification de notre action publique. Combien de fois lorsque j'ai été ministre j'ai vu un parlementaire de bonne foi proposer une modification législative pour répondre à un problème local auquel le préfet ne savait pas apporter une solution, vous le savez bien, vous le vivez chaque jour ! Le ministre avec la même bonne foi apporte la modification législative qui vient créer dans l'autre département un problème qui n'est pas le même mais qui est tout aussi légitime, qui conduit à un même amendement ! Vous avez sur beaucoup de sujets la litanie des modifications législatives et notre instabilité qui s'expliquent par quoi ? Par le corset réglementaire et centralisateur que nous avons mis sur tous les sujets. C'est pourquoi dans cette simplification je souhaite que la déconcentration soit un élément essentiel parce qu'elle permet d'ajuster la norme à l'intérêt général pensé sur le terrain et apprécié avec discernement par celui ou celle qui décide. C'est pourquoi vous aurez un rôle managérial important, oui, j'utilise bien ce mot que certains n'osent pas prononcer mais somme toute vous dirigez des femmes et des hommes, des services, et donc pour assurer cette transformation, ce changement, j'ai besoin qu'à plein vous exerciez ce rôle en expérimentant partout où vous le souhaitez, en regardant aussi à chaque fois que deux normes s'opposent comment on doit déroger à l'une pour respecter l'intérêt général et donc je vous demande ce qui est le fondement même de votre mission, c'est du jugement. La responsabilité que je vous donne suppose d'exercer son jugement sur le terrain, de savoir ce qui est bon et pas bon, ce qu'on priorise et ce qu'on ne priorise pas. Je ne vous demande pas d'être des automates de l'action publique, ça n'est pas ma conception des préfets, je vous demande d'être des acteurs engagés de la transformation publique sous toutes ses formes mais qui proposent, qui sollicitent mais qui jugent aussi sur le terrain de la bonne application de la norme, qui donnent des perspectives aux acteurs économiques et aux concitoyens mais dont la finalité et que cette action soient respectées, efficaces et justes, rien d'autres. Le gouvernement sollicitera à cet égard vos propositions sur le grand chantier normatif que nous allons engager qui permettra dans toutes ses adaptations non seulement en Outremer évidemment, la Constitution le permet déjà mais nous souhaitons aller plus loin, comme dans tous les territoires là où il y a un désir, une nécessité qui le justifie. Enfin, pour améliorer les relations avec les usagers il faut résolument inscrire l'administration territoriale de l'Etat dans la transformation numérique. Je sais que le ministère de l'Intérieur y est engagé avec d'une part le Plan préfecture nouvelle génération et d'autre part l'objectif de développer une offre complète de services digitalisés régaliens à nos concitoyens ainsi que cela figure dans la lettre de mission que le Premier ministre vient d'adresser au ministre d'Etat. C'est aussi une priorité et elle est soeur de cette simplification que j'évoquais il y a un instant, nos concitoyens attendent de l'action publique sur le terrain qu'elle soit aux standards de leurs pratiques, de leurs usages et donc plus numérisée, plus simplifiée, ce qui permet là aussi d'avoir une action publique au rendez-vous de leurs exigences. Enfin, je souhaite que l'on puisse mieux récompenser les agents publics surtout lorsqu'ils s'inscrivent dans des démarches de performance collective. Je ne pourrai pas dire que vous êtes des managers si je n'avais pas la détermination complète de vous en donner les moyens par l'action que le Premier ministre dans les prochains mois aura à conduire pour la Fonction publique. Voilà, Mesdames et Messieurs les Préfets, ce que je voulais vous dire, j'ai conscience d'être rentré dans beaucoup de détails mais j'ai essayé de faire ce que je vous demande, d'expliquer une vision et une philosophie de l'action publique pour vous donner de manière explicite un chemin, un cap, celui où je veux emmener le pays parce que c'est ce que j'attends de vous sur le terrain, l'expliquer. Mais je veux aussi rentrer dans le détail et vous dire que je connais le détail, je m'y intéresse et je continuerai à m'y intéresser parce qu'un cap fermement déterminé sans le détail ça peut rapidement devenir une pensée abstraite et nos concitoyens ne se nourrissent plus de pensées abstraites, par voie de conséquence moi non plus. Aussi, pour terminer, j'ai un message et des remerciements. Je commence par les remerciements, je veux en effet saluer votre engagement, votre disponibilité, votre dévouement, en résumé votre sens de l'Etat, je l'ai toujours constaté sur le terrain, je le constate dans vos équipes, cela n'est jamais assez dit parce que c'est rare. Parce qu'au fond ce qui vous anime est quelque chose dont on n'ose plus parler, ce sens du service public, ce qui est un des fondements de notre République, cette volonté de bien faire pour servir la République qui est la nôtre et servir chacune et chacun. Vous ne demandez pas et vos agents ne demandent pas la gloire, l'argent, la reconnaissance, ils ne cèdent à aucune passion, vous ne cédez à aucune passion ou presque parce que je ne connais pas toutes et je ne vous connais pas assez intimement mais aux pires passions contemporaines, le narcissisme et la cupidité, non, et c'est suffisamment rare pour être salué. Je connais les sacrifices consentis et les conséquences sur vos familles auxquelles je tiens aussi ici à rendre particulièrement hommage. Mais j'ai aussi un message, si je devais résumer à l'issue de cette feuille de route que je viens de vous détailler ce que j'attends de vous, au fond une expression peut-être là aussi à valeur d'oxymore ou de paradoxe pour certains prévaudrait, j'attends de vous que vous soyez des entrepreneurs de l'Etat. Le mot d'« entrepreneur » est français, n'en déplaise aux Anglo-saxons qui pensent que nous n'avons pas l'équivalent et le mot d'« entrepreneur » ne se réduit pas à l'entreprise, c'est le fait de faire, d'entreprendre, d'avoir une volonté de transformer et de la conduire au concret du terrain, c'est cela ce que j'attends de vous. L'innovation, la liberté, l'audace n'est pas réservée à celles et ceux qui créent des start-up, c'est votre devoir, c'est le visage qu'il nous faut donner à l'action publique dans les prochaines années. C'est aussi comme ça que nous attirerons tous les talents dans la Fonction publique, nous ne les attirerons plus par la sécurité de l'emploi par le statut, nous les attirerons par l'attractivité des fonctions. Et c'est cela ce que j'attends de vous, d'être des entrepreneurs de l'Etat, ça veut dire de proposer, de suggérer, d'innover, d'exercer votre jugement en action sur le terrain mais aussi en permettant d'adapter l'action publique comme je vous le disais en revenant, en disant ce qui a été proposé ou prescrit ne fonctionne pas et voilà comment nous vous proposons de répondre aux principes voulus. Cette fonction d'entrepreneur de l'Etat ce doit être l'ADN des préfets d'aujourd'hui, c'est la réponse à nombre de nos maux, c'est aussi ce que je veux que vous diffusiez chez tous vos agents, toutes celles et ceux qui servent l'Etat, au fond je veux que nous sortions d'une administration de la précaution et de la reproduction pour prendre en quelque sorte la part de responsabilité et de risque qui vous revient et qui nous revient. Vous confier des missions c'est reconnaitre une responsabilité et vous en donner les moyens, c'est aussi pour vous prendre votre part de risque. Je serai toujours derrière un fonctionnaire qui a pris sa part de risque qui face à une situation incertaine en pensant bien faire a fait un choix conforme aux objectifs qui lui étaient donnés ou à l'intérêt général. Ce fonctionnaire-là fait beaucoup plus avancer l'Etat que celui qui préfère ne rien faire par peur de, par précaution comme on l'a dit trop souvent. La précaution c'est l'enlisement, la reproduction c'est l'échec, le monde qui nous entoure se transforme profondément qu'il s'agisse des menaces comme des opportunités. Si vous êtes les administrateurs de la précaution et de la reproduction vous n'accompagnerez pas ce monde et nous serons collectivement face à un échec cuisant. Et donc ce que j'attends de vous c'est d'être des entrepreneurs de l'Etat, qui preniez vos risques et vos responsabilités à chaque fois parce que vous serez dans ces moments de doute qui sont les vôtres lorsqu'il faudra signer ou décider qu'il y aura ici un président de la République qui accompagne celui ou celle qui prend ses risques et ses responsabilités parce que notre pays n'a aujourd'hui d'autre choix. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/548.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/548.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f2bcd3507223f359b789e41e051aed684ad7a6f8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/548.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le Président de la République a reçu, vendredi 15 septembre, l'Emir du Qatar, Cheikh Tamim Al Thani. À cette occasion, il s'est félicité de l'amitié ancienne liant la France au Qatar et a souligné la qualité de la relation entre nos deux pays. Le Président de la République et l'Emir ont évoqué la crise en cours entre le Qatar et plusieurs pays du Moyen-Orient. Le Président de la République a exprimé sa préoccupation face à des tensions qui menacent la stabilité régionale, entravent la résolution politique des crises et l'efficacité de notre lutte collective contre le terrorisme. Le Président de la République a réaffirmé la volonté de la France, qui entretient des relations d'amitié et de confiance avec tous les pays impliqués dans cette crise, de jouer un rôle actif en appui à la médiation koweïtienne, pour qu'une issue rapide soit trouvée à cette situation. Le Président de la République a demandé que les mesures d'embargo affectant les populations du Qatar, en particulier les familles et les étudiants, soient levées le plus rapidement possible. L'Emir ayant présenté les efforts du Qatar en la matière, le Président de la République a rappelé la détermination totale de la France à lutter contre le terrorisme et son financement et la nécessité de renforcer tous les dispositifs nationaux, régionaux et internationaux à cette fin. Le Président de la République et l'Emir sont résolus à approfondir la coopération entre nos deux pays dans ce domaine et à mettre en place des mécanismes communs destinés à assécher les sources de financement du terrorisme et prévenir la radicalisation. Ils sont convenus de travailler ensemble dans la perspective de la conférence sur la lutte contre le financement du terrorisme que la France organisera début 2018. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/549.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/549.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..24781df5ad04f494abf70b058dd4f9227340d82c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/549.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le préfet, madame la maire, monsieur le président de région, monsieur le président de la Communauté urbaine, monsieur le député, mesdames et messieurs les notaires, mesdames et messieurs les magistrats, mesdames et messieurs mes collègues professeurs, monsieur le président, cher maître COIFFARD, C'est avec un très grand plaisir que je réponds à votre invitation et que je me trouve aujourd'hui parmi vous, concrétisant ainsi ma première rencontre avec votre profession réunie. Je voudrais, puisque vous avez cité Victor HUGO, commencer mon propos par BALZAC qui a décrit les splendeurs et les misères de notre pays et de ses habitants. BALZAC qui écrit ceci : « Après cinq ans de stage dans une étude de notaire, il est difficile d'être un jeune homme pur. On a vu les rouages huileux de toute fortune, les hideuses disputes des héritiers sur les cadavres encore chauds ». Voilà ce qu'il dit. Cela semble peu réjouissant, mais pourtant, quand on prolonge la lecture, vous verrez qu'il avait des notaires une toute autre image. BALZAC a écrit les mots que je viens de prononcer devant vous en 1840. Il était instruit alors d'une expérience significative dans le monde judiciaire, mais aussi de quelques mésaventures juridiques personnelles : la faillite de son imprimerie, le procès avec ses éditeurs, la vente à perte de sa propriété. Alors, pourquoi citer BALZAC ici ? Parce que dans le portrait sans concession que BALZAC dresse des arcanes judiciaires et des passions humaines destructrices, lorsqu'il prend le droit pour intrigue centrale de ses romans, eh bien, seuls les notaires peuvent se réjouir d'être épargnés par notre grand écrivain. Il entre en 1816 à 17 ans comme clerc amateur chez maître GUILLONNET-MERVILLE, avoué. Il s'engage ensuite dans l'étude de maître PASSÉ, notaire. Il interrompt brutalement ses études et il n'a pas obtenu sa licence en droit. Mais il n'en a gardé aucune amertume, aigreur ou ressentiment à l'égard du monde du droit. Contrairement à d'autres écrivains comme Léon DAUDET, par exemple, qui n'a pas accepté son échec au concours de l'Internat de médecine et qui en a tiré une brillante et violente caricature du monde médical et de ses mandarins. BALZAC, lui, n'hésite pas à rendre hommage aux notaires. Il écrit ainsi « Chez l'avoué, il s'agissait de préparer les combats judiciaires. Chez le notaire, on s'efforçait au contraire d'éviter d'avoir affaire à la justice ». « Eviter d'avoir affaire à la justice » : est-ce que ces mots finalement ne résonnent pas encore aujourd'hui. Vous, notaires, et vous l'avez très bien montré, monsieur le président, par votre proximité avec nos concitoyens, par vos qualités d'écoute, par vos qualifications, par la sécurité et l'équilibre donné aux actes auxquels vous conférez l'authenticité, vous prévenez et anticipez les orages judiciaires. Vous jouez ainsi un rôle essentiel de pacificateur. Quelle leçon pour notre pays, pour cet esprit français que l'on dit volontiers, selon le mot de CIORAN « Plus attaché à consolider ses contrariétés ». Quelle leçon, donc, que la vôtre, qui êtes les instruments de la pacification sociale. L'exercice de vos missions d'intérêt général, votre connaissance de la pratique du droit, votre rôle de conseil, et j'ajouterais vos dispositions d'esprit, vous ont naturellement conduit à ajouter la médiation au nombre de vos activités. Cette activité est pleinement acceptée et prisée des justiciables et, à ce succès, je vois une raison principale : la confiance que vous inspirez. Monsieur le président, dans votre discours, vous avez accordé avec raison une place majeure à la thématique de la confiance, comme condition sine qua non d'une prospérité économique durable et d'un vivre ensemble harmonieux. Je vous rejoins entièrement, il ne peut se construire un monde où chacun puisse agir toujours plus librement sans une confiance renouvelée des uns envers les autres. Aussi, serons-nous sans doute tous d'accord ici pour affirmer en conséquence que nulle évolution de votre profession ne saurait réussir hors d'un univers de confiance entre l'état, le notariat, les acteurs économiques et les citoyens. Mais, qu'est-ce que la confiance ? Comment la maintenir ? Comment l'obtenir, même ? Vous avez raison, monsieur le président, de dire qu'elle ne se décrète pas, qu'elle se construit en se nourrissant de preuves, c'est-à-dire d'actes en correspondance avec les déclarations. Confiance, le mot n'est pas qu'une simple légèreté, une posture exigée par un contexte, c'est plus que cela, c'est un contenu et c'est une densité. Or, votre profession doit inspirer confiance, elle inspire confiance à la fois par votre statut et par le rôle éminent qui est le vôtre. Dépositaires de l'autorité publique, vous êtes les garants de la confiance publique. Les actes que vous dressez et votre neutralité d'officier public ministériel apportent à nos concitoyens une sécurité essentielle dans la période difficile que nous traversons. L'acte authentique est incontestablement un acte de valeur supérieure, il est même le seul à être doté de cette valeur. Il a date certaine, force probante renforcée, et la même force exécutoire que les décisions de justice qui sont rendues en dernier ressort. Sur quoi se fonde la force conférée à cet acte sinon sur la confiance qu'inspirent ces rédacteurs en leur qualité d'officiers publics. Mais, je le précise aussitôt, vous n'êtes pas de simples rédacteurs d'actes, votre mission s'inscrit dans le cadre d'un statut particulier. Vous êtes à ce titre soumis à de nombreuses obligations déontologiques ainsi qu'à un contrôle rigoureux et à une discipline professionnelle stricte. L'acte authentique est le garant de la sécurité juridique dont les notaires, individuellement, et le notariat, collectivement, sont les gardiens. Vous êtes, mesdames et messieurs, les seuls à disposer du pouvoir de conférer à un accord de volonté, cette authenticité qui d'une certaine manière l'élève au rang des actes de puissance publique et lui confère « L'autorité de la chose décidée » pour reprendre le titre de la thèse du professeur SCHWARTZENBERG, à propos de l'acte administratif. Cette autorité qui confère à l'acte son aurore de réputation. Vous avez eu, monsieur le président, l'amabilité de rappeler ma formation de juriste en droit public, et ce rapprochement entre acte authentique et acte de puissance publique n'est pas une simple audace de ma part, c'est pour le professeur de droit public que je suis, un hommage au rôle éminent du notaire au coeur de l'état, dans la cité, à la volonté de votre profession de répondre à sa mission de service public. Ce rôle est encore renforcé par le maillage territorial que vous assurez et qui permet donc une répartition géographique équilibrée des notaires sur le territoire national. Il permet à chaque justiciable, quel que soit son lieu de résidence, sa situation de fortune ou de santé, de bénéficier d'un interlocuteur compétent et hautement qualifié. Notre organisation judiciaire, et vous l'avez dit de manière subliminale, mais pas seulement d'ailleurs, monsieur le président, ne se mesure pas seulement à l'aide de ratios économiques et financiers. Elle est faite d'équilibres complexes et de relations d'attention mutuelle patiemment nouées au fil du temps avec l'objectif qui est de rendre le meilleur service aux citoyens. En ce sens, la loi pour la Croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques voulue par l'ancien ministre de l'Économie et actuel Président de la République, cette loi avait pour objectif de favoriser un profond renouvellement des acteurs et du fonctionnement de la profession de notaire, notamment grâce à l'instauration de la liberté d'installation. Elle représente un vecteur de confiance réciproque renforcée dont nous devons exploiter tous les ressorts. J'observe, comme vous je crois, que la mise en oeuvre de cette loi Croissance est déjà parvenue peu à peu à se délivrer du démon de la défiance généralisée, dont on a pu craindre quelque temps qu'il ne prenne l'ascendant sur tous ceux qui souhaitaient oeuvrer à la modernisation de la profession. Mais nous avons collectivement fait preuve d'esprit de responsabilité. Des moyens inédits ont été mobilisés pour organiser des tirages au sort dans les meilleures conditions et gérer l'ampleur des dossiers d'agrément à traiter. Chacun des acteurs s'est engagé à la mesure de l'effort attendu : l'Administration centrale, les Parquets généraux, les instances professionnelles, les notaires installés et les candidats notaires, et d'ici peu, dans quelques mois, les perturbations associées aux changements engagés auront pris fin. La confiance, je le crois, est bien là, présente, et le temps est proche où chacun pourra observer les premiers bénéfices des changements opérés. D'après les estimations de mes services, au 16 novembre 2017, les 1 002 offices qui auront été créés, dans le délai d'un an qui nous était imparti, seront pour 75 à 85 % d'entre eux, des offices individuels ou à associé unique, tenus par de nouveaux notaires libéraux, dont une très grande part sont aujourd'hui notaires assistants. Fin 2017, le statut de notaire salarié aura été accordé, quant à lui, à plus de 1 000 diplômés depuis la fin 2015, et je précise que ce statut est manifestement adopté de façon volontaire, pour des raisons personnelles, comme en témoigne le faible nombre de notaires salariés ayant candidaté aux offices créés. Au global, à la fin de l'année 2017, vous serez sans doute autour de 12 000 notaires, dont environ 9 600 libéraux exerçant dans 5 600 offices, soit 23 % de plus qu'au 1er janvier 2015, soit aussi, 4 % de plus que les 11 518 notaires projetés en son temps par l'Autorité de la concurrence dans son avis du 9 juin 2016. Faut-il, au vu de ces chiffres qui se situent au-dessus de toute espérance, aller au-delà des 1 002 offices gravés dans le marbre en 2016 ? C'est une vraie question. L'horizon des 1 650 notaires fixés par l'Autorité de la concurrence doit être respecté, mais il pourrait opportunément se déployer de manière plus raisonnée dans le temps, conformément à la logique de progressivité, elle-même inscrite dans la loi. Il restera durant l'année 2018 à consolider cet acquis en se mettant en position d'évaluer concrètement les résultats de la politique que nous avons conduite. Le nombre d'installations effectives, le devenir respectif des offices créés, des offices existants et des bureaux annexes, les stratégies de développement des uns et des autres pour parvenir, donc, à une augmentation progressive du nombre de professionnels, sans oublier le plus important, la satisfaction des Français. Il restera aussi durant l'année 2018 à concevoir, dans un souci d'amélioration continue des processus et des normes, les mesures nécessaires pour que l'ensemble de la réforme s'inscrive davantage encore dans une logique gagnant/gagnant entre les quatre animateurs de l'univers de confiance que je citais : l'état, le notariat, les acteurs économiques et les citoyens. Je ne doute pas que les nouveaux équilibres traduisant cette confiance émergeront dans l'année qui vient : centrés sur les principes d'ouverture et de liberté pour tous, confortés par les exigences qui les encadrent, et dont le Ministère de la Justice est garant, à savoir l'honorabilité, la transparence et la responsabilité. Ces équilibres continueront à construire le succès de votre profession. Quelles sont les perspectives qui s'offrent à nous ? Je constate avec satisfaction que votre profession manifeste une nouvelle fois son anticipation des évolutions qu'elles soient technologique, sociétale, ou familiale, ainsi qu'en témoigne le choix fait il y a deux ans des thèmes de votre congrès « Famille, Solidarité et Numérique ». Vous êtes ainsi conduits à réfléchir aux solutions et réponses pouvant être apportées aux questions et défis actuels et à vous projeter dans de nouvelles évolutions pour un proche avenir. Vous envisagez également les suites à donner pour la loi Croissance ainsi que diverses entreprises de déjudiciarisation dans lesquelles votre profession pourrait jouer un rôle majeur. Et je voudrais évoquer ces deux derniers points, et répondre, à cette occasion, aux quelques critiques ou points d'attention que vous avez bien voulu soulever, monsieur le président. Les suites de la loi Croissance, dans un premier temps. Depuis le dernier congrès des notaires en juin 2016, ce ne sont pas moins de 13 textes réglementaires qui ont été élaborés par la Chancellerie en collaboration étroite avec le ministère de l'Economie, pour permettre la mise en oeuvre de cette loi Croissance, et de manière plus générale, pour offrir à la profession de notaire un cadre d'exercice plus efficace et plus moderne. Je sais, à quel point cette période de réforme a été compliquée pour la profession. Malgré ces bouleversements et la crainte qu'ils ont pu susciter, qu'ils suscitent, manifestement, peut-être encore pour certains, les notaires de France se sont mobilités sur tout le territoire pour que l'accueil des nouveaux notaires se déroulent dans les meilleures conditions. L'élaboration d'un guide d'installation que vous évoquiez, monsieur le président, les stages d'intégration, dont vous me disiez qu'ils fonctionnent remarquablement, ou encore les contacts que les instances ont noués directement avec les futurs notaires, sont autant de démarches qui démontrent l'engagement de votre profession pour donner l'avenir le plus construit à cette réforme qu'elle n'avait pas sollicitée. Je tiens ici à saluer ces initiatives et à remercier les instances professionnelles ainsi que l'ensemble des notaires pour la solidarité et la confraternité qui vous caractérisaient déjà, et dont vous avez fait et faites preuve une fois encore. Monsieur le président, vous vous qualifiez de légionnaires disciplinés et efficaces. J'ajouterai à ces qualificatifs : valeureux et solides, et je suis fière d'être présente aujourd'hui parmi les membres d'une telle légion. Les deux années précédentes ont été des années difficiles, entre le gouvernement et les professions, les débats ont été vifs et nombreux. Aujourd'hui, le climat est apaisé et nous devons construire ensemble l'avenir par une application loyale et complète des textes qui ont été adoptés. Le ministère de l'Économie tient désormais un rôle dans ce nouveau paysage, mais je revendique et j'assume pleinement mon rôle de ministre de tutelle auprès de votre profession, et je saurai l'exercer. A ce titre, je veillerai à ce que les offices existants ne soient pas fragilisés et à ce que l'installation des nouveaux professionnels se déroule dans les meilleures conditions. Monsieur le président, j'entends la critique que vous adressez, et que vous n'êtes manifestement pas le seul à adresser, au mode de désignation des nouveaux notaires arrêté par le gouvernement. Je comprends que l'introduction d'un tirage au sort, que l'on a plutôt coutume d'invoquer pour les jeux de hasard, puisse apparaître inadapté au processus de nomination des notaires, détenteurs du Sceau de la République et garants de la sécurité juridique. Votre critique doit toutefois, monsieur le président, être relativisée. En effet, le tirage au sort ne décide pas de la nomination. Son seul effet est de déterminer l'ordre dans lequel les milliers de demandes de créations d'offices parvenues à la Chancellerie sont instruites par les services. Pour autant, seules les personnes remplissant les conditions d'aptitude définies par les textes pour être notaires sont agréées et nommées par le garde des Sceaux, dont le contrôle sur ce point reste entier. Le tirage au sort ne doit donc être vu que pour ce qu'il est, un moyen objectif de départager des personnes remplissant, par ailleurs, toutes les conditions légales et les compétences pour être nommées notaires. Or, ces compétences sont acquises aux termes d'une formation exigeante, vous l'avez rappelé, monsieur le président. Ces compétences, comme vous le déclarez vous-même, sont éprouvées par sept années d'études supérieures. Outre, les compétences, l'honorabilité des candidats fait également l'objet d'un contrôle de la Chancellerie. Il est bien évident que le garde des Sceaux ne saurait nommer une personne, pourtant tiré au sort en rang favorable, si celle-ci ne présente pas toutes les garanties d'honorabilité que requiert la profession de notaire. Ainsi, la qualité du recrutement des futurs officiers publics et ministériels n'est en rien remise en cause ni dégradée par le tirage au sort qui, je le rappelle, avait été proposé par le Conseil d'Etat lors de l'examen du projet de loi. Je ne peux m'engager aujourd'hui ni vous promettre une révision de la méthode, tout comme je ne prétendrai pas non plus qu'elle ne sera jamais changée. Pour l'heure, la situation est au bilan, la réforme n'est pas encore achevée, laissons-lui le temps d'exister avant de tirer ce bilan. Monsieur le Président, vous évoquez également, et c'est une autre critique, le cas de notaires qui, à peine nommés, prétendraient revendre leurs offices sur les réseaux sociaux. Mes services n'ont, à ce stade, pas été saisis de tels projets. Mais je veux vous assurer que je rejoins votre désapprobation à l'égard de ces agissements indignes de détenteurs de l'Autorité publique. La Chancellerie se bat, en effet, pour défendre l'idée que le droit n'est pas une marchandise et qu'il ne saurait être question que la vénalité des charges soit d'une façon ou d'une autre rétablie. Il n'est pas acceptable que les offices fassent l'objet d'un marché parallèle sur les sites de vente en ligne ou ailleurs. L'exercice du droit de présentation suppose que l'office existe, comme vous l'avez rappelé, dans un local où la clientèle est reçue et qu'un chiffre d'affaires soit généré. Dépourvu d'exercice, un office l'est nécessairement de sa valeur, et la finance du droit de présentation serait alors sans objet et sans cause. Je ne vois pas comment le garde des Sceaux pourrait agréer une telle cession dans ces conditions. Vous avez également, monsieur le président, posé la question du transfert d'office qui est facilité puisque, désormais, au sein d'une même zone de libre installation, le transfert d'un office d'une commune à une autre peut se faire librement, sans autre formalité qu'une déclaration auprès des Instances professionnelles, des Procureurs et de la Chancellerie. Je sais que les notaires redoutent cette liberté faisant craindre un regroupement des offices dans les villes au potentiel démographique et économique élevé au détriment des zones rurales. Vous avez cité Victor HUGO, je le cite également « Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité ». Les notaires sont des personnes responsables qui ont à coeur l'intérêt du service public et la préservation du maillage territorial, je ne suis pas inquiète de ce point de vue. Soyez toutefois assuré que la Chancellerie exercera une vigilance toute particulière à l'égard de ces transferts. La révision de la carte sera l'occasion de faire un état des lieux et d'en tirer les conséquences qui apparaîtraient nécessaires. La délimitation des zones de libre installation, notamment, n'est pas gravée dans le marbre, les leçons tirées de l'expérience seront un élément primordial d'amélioration du dispositif, et, donc, du maillage territorial. Je ne peux que vous encourager à m'adresser toute information que vous jugeriez utile lors de l'élaboration de la prochaine révision qui devrait débuter au printemps prochain. Abordant les questions tarifaires de la réforme, vous avez relevé, Monsieur le président, que le projet de loi dit de « droit à l'erreur » comportait des dispositions destinées notamment à clarifier l'articulation entre les nouveaux principes de régulation des tarifs des professions du droit. La loi du 6 août 2015 prévoit en effet la prise en compte des coûts pertinents de la rémunération raisonnable et une possibilité de péréquation entre certains tarifs. Une tarification acte par acte imposerait que soit mise en place une comptabilité analytique complète dans l'ensemble des offices avec une mesure précise du temps passé par les professionnels pour chacune de leurs prestations afin de déterminer les coûts pertinents de chacune d'entre elles. Or, les travaux menés avec les professionnels ont fait apparaître les difficultés auxquelles seraient alors confrontés les offices. Au contraire, la clarification qui sera apportée en faveur d'une approche globale permettra d'alléger de manière significative les contraintes administratives et comptables pesant sur les professionnels concernés et simplifiera la nature des données que ces professionnels devront transmettre au ministre de la Justice et de l'Économie dans le cadre du nouveau dispositif de régulation tarifaire. Le décret tarifaire du 26 février 2016 a prévu que, dans l'attente du recueil des données économiques nécessaires, les tarifs pourraient être fixés à partir de ceux applicables avant l'entrée en vigueur du décret, dans la limite d'une variation de 5 %. Cette mesure transitoire a permis au gouvernement de tarifer les prestations des professionnels du droit concernés selon une méthode globale de prise en compte des coûts pertinents et de la rémunération raisonnable sur la base du taux de rentabilité moyen de la profession concernée. Elle pourra être prolongée. Tout en assumant, comme vous l'avez précisé, de réaliser des actes à perte, vous avez réitéré vos critiques vis-à-vis du plafonnement des émoluments à 10 % de la valeur de l'acte avec une rémunération minimale de 90 euros. Je ne reviendrai pas sur les objectifs de cette mesure, résultat d'un compromis. La prochaine phase de révision des tarifs sera l'occasion, là aussi, d'en évaluer les effets réels et de tirer toutes les conséquences qui apparaîtraient alors nécessaires. Vous avez également, monsieur le président, et je change de sujet, évoquer la réforme de la formation, que tout me conduit à soutenir. Si le projet de mise en place d'une voie unique d'accès à la profession mérite encore d'être mûri entre notaires et universitaires, le projet de l'instauration d'un établissement unique à la tête d'un réseau régional de formation initiale est actuellement en cours de préparation à la Chancellerie. J'ai conscience que le projet a été maintes fois reporté du fait de l'actualité chargée qui mobilise le Ministère. Je m'engage à accélérer cette réforme afin que le texte puisse être publié, au plus tard, au cours du premier semestre 2018. J'ai même dit semestre alors que mes services m'avaient dit trimestre, donc, premier trimestre, au plus tard premier semestre. La modernisation de votre profession conduit également à développer les liens avec les professions voisines : avocats, avocats au Conseil d'état et à la Cour de cassation, commissaires-priseurs judiciaire, huissiers de justice, administrateurs judiciaires, mandataires judiciaires, conseils en propriété industrielle et experts comptables peuvent être, depuis 2011, vos partenaires financiers. Ils peuvent désormais également être des partenaires d'exercice. Monsieur le président, vous avez noté des imprécisions qui seraient de nature à nuire à la mise en oeuvre de la structure pluriprofessionnelle d'exercice, notamment quant à la question de l'assurance de responsabilité civile professionnelle. Un dialogue a d'ores et déjà été noué entre le Conseil Supérieur et mes services afin de clarifier au plus vite ces questions et d'y apporter les réponses adaptées. Après vous êtes adressé à la garde des Sceaux, vous vous êtes tourné, monsieur le président, vers la ministre de la Justice à laquelle vous avez adressé vos propositions, notamment de déjudiciarisation ou de simplification. Je reconnais que c'est un exercice habile sur le plan rhétorique, ma double qualité de garde des Sceaux et de ministre de la Justice imposait des revendications nécessairement doubles. Mais, pour ma part, comme je ne suis pas Janus, je vais vous répondre simplement sur l'ensemble de ces sujets. Vous évoquez l'actualité la plus brûlante en matière familiale avec le divorce par consentement mutuel sans le juge. Les critiques récurrentes adressées à l'encontre des procédures judiciaires, et notamment leur durée, ont amené le gouvernement à s'interroger sur la nécessité d'un recours systématique au juge pour les divorces à l'amiable. Ainsi, le Parlement a adopté le projet de loi de modernisation de la justice du XXIe siècle en octobre dernier qui prévoit un nouveau cas de divorce par acte sous signature privée, contresigné par avocat, avec dépôt de cet acte au rang des minutes d'un notaire afin de lui conférer date certaine et force exécutoire. Bien entendu, il s'agit de répondre à un objectif de simplification et de permettre une reconnaissance rapide de la décision des époux quant à leur divorce. L'immixtion du juge dans le pouvoir décisionnel des couples qui se séparent en bonne entente était en effet tout à fait réduite et peut-être inutile. Mais cette déjudiciarisation, c'est aussi un choix clair, fait dans le contexte alarmant décrit en 2014 par la Commission européenne pour l'évaluation de la justice sur la justice civile. Il s'agit, donc, effectivement, de recentrer le juge sur ses missions essentielles, ce qui participe d'une vision lucide de son office. Au fond, le choix et l'objectif consistaient à recentrer le juge sur les situations de déséquilibre patent. C'est bien sûr un exercice de responsabilité dans le contexte budgétaire actuel, mais il serait bien trop réducteur de se limiter aux contraintes budgétaires, au désengorgement des tribunaux et à l'impératif de diminution des délais de procédure pour comprendre ces objectifs. En fait, l'enjeu était aussi ailleurs, il réside dans les attentes de nos concitoyens à l'égard de la justice. Qu'attendent-ils donc ? Dans une enquête réalisée il y a quelques années par la Chancellerie, si 55 % des français déclaraient avoir confiance dans la justice, 87 % d'entre eux estimaient que la justice avait besoin d'être réformée. Il s'agit donc, et c'est ce pourquoi je veux m'engager profondément, de moderniser la justice, de répondre aux attentes et besoins de nos concitoyens et d'adapter, par exemple, les missions du juge des Tutelles et du juge aux Affaires familiales, vos interlocuteurs privilégiés, en fonction, et de l'évolution sociale, et des avancées technologiques, dont le ministère de la Justice doit se saisir. L'enjeu est de taille. Améliorer le temps de traitement des dossiers contentieux, bien évidemment, mais aussi mieux appréhender dans certains dossiers, les problématiques de violence conjugale ou de radicalisation de l'un des parents, améliorer la circulation des informations avec le juge des Enfants ou avec le juge Civil, mieux échanger avec vous, les notaires, avec les avocats, les enquêteurs sociaux, maintenir de la collégialité sur les dossiers les plus complexes, tout cela ce sont des éléments de transformation de la justice. Transformer la justice, je voudrais le redire ici, ne doit pas conduire à un désengagement de l'état, dont le rôle, en cas de conflit ou d'atteinte à un droit fondamental, doit être réaffirmé, mais il s'agit bien plutôt d'offrir à chacun, d'une part une justice de qualité, et d'autre part une solution juridique apaisée lorsque l'intervention du juge n'est pas indispensable, du fait, par exemple, de l'existence du consensus familial. Vous évoquiez à l'instant, monsieur le président, le Général de GAULLE, et j'entends votre appel à s'appuyer davantage encore sur cette troupe, pleine d'allant et de juristes aguerris, qui est aujourd'hui présente face à nous. Il faut effectivement sortir de l'adage populaire « un mauvais arrangement vaut mieux qu'un bon procès ». L'enjeu est bien d'articuler une justice de qualité et l'intervention hors du champ judiciaire, en amont et en aval des décisions de justice, de professionnels du droit fiables et compétents. Conjuguons nos efforts pour poursuivre ensemble la dynamique engagée avec J21, de rendre la justice plus lisible, plus accessible et plus simple. Et je vous demande, monsieur le président, de m'en excuser par avance, je ne vous suivrai toutefois pas lorsque vous affirmez que la réforme du divorce par consentement mutuel est une occasion ratée. S'il n'y a pas besoin d'un juge pour superviser chaque famille en voie de séparation à l'amiable, il est nécessaire, en tout cas c'est ce qui a semblé important au Parlement, que les deux parties bénéficient chacune de l'assistance d'un avocat, ce qui permet de garantir un équilibre, et qu'elles bénéficient également de l'intervention du notaire qui va conférer date certaine et force exécutoire à la convention de divorce. La complémentarité et la spécificité de chacune des professions sont ici parfaitement illustrées. Cette réforme du divorce par consentement mutuel impose donc un renforcement des liens entre les professions du droit auquel le gouvernement est particulièrement sensible. Cela suppose de nouvelles méthodes et de nouvelles pratiques, et j'invite dans ce cadre les notaires, à faire valoir leur singularité. Vous évoquez d'ailleurs les liens étroits qui existent sur le terrain entre tous ces acteurs. Je le confirme puisque, par exemple, une charte de bonne pratique a été signée le 10 juillet 2017 au TGI de Nanterre par les représentants du Barreau et de la Chambre départementale des notaires en présence du président du TGI de Nanterre. C'est sans doute là un exemple à suivre. Mais, au-delà de cette question, du divorce par consentement mutuel, sur laquelle je reste évidemment attentive à ce que vous pourrez m'en dire, rappelons les simplifications récentes auxquelles le Conseil supérieur du notariat n'est d'ailleurs pas étranger, et qui ont trait, vous l'avez rappelé, à l'option successorale, aux successions vacantes et à la procédure d'envoi en possession. Mes services ont, par ailleurs, commencé à travailler sur d'autres pistes de simplification comme celles que vous suggérez. Simplification de la procédure de changement de régime matrimonial, mais également suppression de l'autorisation préalable du Juge des Tutelles pour le partage amiable à l'égard d'une personne protégée, recueil du consentement des époux ou concubins recourant à une assistance médicale à la procréation nécessitant l'intervention d'un tiers donneur exclusivement par le notaire, etc. Je pourrais citer d'autres exemples en ce sens. Plus largement, la protection juridique des personnes vulnérables est devenue un enjeu de société majeur concernant un nombre croissant de personnes, du fait, et c'est heureux, de l'allongement de l'espérance de vie. Il y a dix ans, le 1er mars 2007, une loi ambitieuse réformait la protection juridique des majeurs vulnérables. Cette réforme, mise en oeuvre à compter du 1er janvier 2009, a introduit en droit français les principes fondamentaux de nécessité, de subsidiarité et de proportionnalité des mesures de protection. En outre, une nouvelle mesure, l'habilitation familiale, a été instituée par l'ordonnance du 15 octobre 2015. A ce jour, près de 5 000 demandes ont été formées, ce qui dénote le succès de ce nouveau dispositif. Le mandat de protection future que vous avez cité a permis de rééquilibrer les rôles des professions concernées en matière de protection des personnes vulnérables, et, là encore, votre profession s'est fortement impliquée en assurant en 2016 une campagne nationale d'information sur ce dispositif. Je note à cet égard votre appel à une revalorisation du tarif de ces mandats. La question sera étudiée selon les modalités que j'ai rappelées. Mais il faut aller plus loin et les prochains mois vont nous conduire à engager des travaux sur la protection juridique des majeurs afin de répondre aux problématiques concrètes des personnes vulnérables et de leurs familles. Ainsi, en dépit des mesures de dispense et d'assistance résultant des lois de 2007, le contrôle des comptes de gestion représente notamment une tâche particulièrement lourde. Une modification du régime de la vérification de ces comptes permettra d'en assurer un contrôle plus efficace. Les notaires, qui ont l'avantage d'être familiers de la protection des majeurs, ont toute leur place, bien évidemment, dans cette réflexion. Le ministère de la Justice, et en premier lieu la Direction des affaires civiles et du Sceau, poursuit donc ces réflexions pour faire davantage intervenir les services et les professions ayant une compétence particulière en matière familiale et répondre à vos préoccupations. J'ai bien noté à cet égard vos préoccupations en matière de certificat successoral européen. Mais la manière dont les professions du droit se sont emparées des récentes réformes guidera inévitablement les réflexions que nous pourrons conduire. Il s'agit donc d'un véritable défi pour les praticiens du droit. L'année a été riche dans le domaine du droit des personnes et de la famille, et celle qui s'annonce sera donc au moins aussi prometteuse avec votre concours. En conclusion, monsieur le président, mesdames et messieurs, je voudrais souligner le dynamisme de votre profession. Ce dynamisme est réel, toujours en résonance avec les enjeux du débat public contemporain. Ce Congrès, le 113e depuis sa création en 1891, et le thème que vous avez choisi, « Familles, Solidarités, Numérique », annoncé en écriture 2.0, en sont la preuve. Vous avez indiqué, monsieur le président, il y a quelques jours dans la presse locale, que le congrès des notaires permet de faire avancer le droit. Je partage votre conviction, et je peux vous assurer que les propositions adoptées lors de ce congrès feront l'objet d'un examen extrêmement attentif et approfondi par mes services et seront l'occasion de renforcer encore le dialogue entre le Ministère et les représentants de votre profession. J'ai également compris à quel point vous pouviez jouer un rôle essentiel avec l'action internationale que vous conduisez en lien avec la politique que je souhaite développer liée à l'attractivité du droit français. Vos diverses actions constituent un appui précieux pour l'affirmation de cette politique, corolaire indispensable de notre développement économique. Enfin, lors de notre rencontre, monsieur le président, au ministère de la Justice, je ne vous ai pas caché mon vif intérêt pour la qualité des services offerts par votre profession en matière numérique. La transformation numérique de la justice est une priorité majeure de mon action à la tête de ce ministère, et je sais que je peux compter sur le soutien des notaires qui sont devenus des acteurs de confiance de premier plan en matière d'identification et de signature électronique. Comme souvent, les notaires signeront, donc, de façon emblématique, l'avenir des professions du droit. Ce congrès des notaires de France en portera, j'en suis certaine, la trace féconde, ce dont, monsieur le président, mesdames et messieurs, je vous remercie très sincèrement. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/550.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/550.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..26f5a1d92834c9b50460345065cb89f625ce870f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/550.txt @@ -0,0 +1 @@ +PATRICK COHEN Bonjour Jean-Michel BLANQUER. JEAN-MICHEL BLANQUER Bonjour Patrick COHEN. PATRICK COHEN Alors qu'un nouvel ouragan menace en Guadeloupe particulièrement quand et comment les enfants de Saint-Martin pourront-ils retourner à l'école ? JEAN-MICHEL BLANQUER Ecoutez on a prévu un retour progressif à l'école pour les élèves de Saint Martin, donc qui normalement devaient d'ailleurs commencer cette semaine très doucement, évidemment avec le nouvel ouragan qui menace de nouveau nous prenons une mesure de fermeture ses écoles ce qui est vrai aussi pour la Guadeloupe et, donc, cela va évidemment retarder ce que l'on avait prévu pour cette semaine, mais néanmoins avec un certain volontarisme on a planifié ce retour progressif à la scolarisation normale, pour une scolarisation normale au retour des vacances de la Toussaint. PATRICK COHEN Avec des moyens supplémentaires en hommes, en matériels, en infrastructures ? JEAN-MICHEL BLANQUER Absolument, oui, oui. Il y a d'abord un travail sur le matériel, par exemple avec les pompiers à Saint Martin on a fait déjà le bilan complet du bâti - ce qui nous permet d'utiliser certains lieux et pas d'autres - et puis des modulaires vont arriver aussi pour compléter le bâti, et puis on envoie des renforts humains, des personnes qui sont volontaires pour aider à cette scolarisation. PATRICK COHEN Pour aller enseigner. JEAN-MICHEL BLANQUER Tout à fait. PATRICK COHEN Nous sommes trois semaines après la rentrée scolaire, rentrée en musique parfois, pas partout, est-ce qu’il y a eu beaucoup de fausses notes, est-ce que vous avez pu dédoubler par exemple des CP partout en éducation prioritaire ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oui bien sûr et d'ailleurs si je me retourne... PATRICK COHEN Partout ? JEAN-MICHEL BLANQUER Partout bien entendu, la mesure a été accomplie partout. A 100 % les CP de REP + de France ont pu avoir cette mesure de dédoublement, dans 15 des cas physiquement ça n'a pas été possible parce que la commune ne pouvait pas donner une classe supplémentaire et dans ce cas on a deux maîtres ou maîtresses dans la classe, mais sinon dans 85 % des cas la division de la classe par deux a eu lieu et ce sont des classes donc de 12 élèves. Je me souviens qu'il y a deux ou trois mois tout le monde me disait que c'était impossible et, maintenant, c'est fait. C'est un peu comme la rentrée en musique aussi, elle n'a pas eu lieu partout mais elle a eu lieu, et partout où elle s'est passée tout le monde a été... PATRICK COHEN 1 lycée sur 10. JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, mais je peux vous dire qu'il va y avoir évidemment un effet de contagion pour l'année prochaine fois... PATRICK COHEN Pour la prochaine fois, oui. JEAN-MICHEL BLANQUER Et puis dans les écoles et les écoles ça s'est passé très bien. PATRICK COHEN Deux maîtres dans une même classe ce n'est pas l'idéal non plus ? JEAN-MICHEL BLANQUER Ce n’est pas ce que disent certains, moi je pense que c'est mieux d'avoir... mais vous savez que plus de maîtres que de classes est quelque chose d'apprécié par certains, donc on va regarder, mais en tout cas la mesure est réalisée et nous voyons déjà dans les pratiques de classe un début de grande satisfaction par rapport à ce qui se passait avant. PATRICK COHEN Votre objectif de 100 % de réussites à la fin du CP est-ce qu'il vaut dès cette année, Jean-Michel BLANQUER ? JEAN-MICHEL BLANQUER Bien entendu, l'objectif c'est de dire à quel point cette année est décisive, qu'on ne doit pas retarder les apprentissages, qu'on doit éviter que des enfants partent mal dans leur vie scolaire ensuite et donc c'est très important d'afficher cette priorité pour le cours préparatoire. Donc vous savez le grand objectif c'est lire, écrire, compter, respecter autrui à la fin de l'école primaire, mais c'est évidemment grâce à des bases solides que vous donnent à la fois une école maternelle réussie avec un langage qui se développe lors de l'école maternelle et puis un CP réussi avec l'entrée dans la lecture, l'écriture, le calcul et puis aussi la sociabilité, le fait de se respecter les uns les autres. PATRICK COHEN Avec des tests d'évaluation qui vont commencer dès cette semaine en CP ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, tout le long du mois de septembre nous commençons ce qui est une première expérience mais une évaluation de CP qui permet aux professeurs d'avoir une photographie des forces et des faiblesses de chaque enfant pour mieux les connaître et développer les bonnes stratégies pour les faire réussir. PATRICK COHEN Ça, ce sont des mesures immédiates. Jean-Michel BLANQUER pour cette rentrée vous avez exposé vos idées, votre vision de l'école dans deux livres, « L'école de la vie » et « L'école de demain » chez Odile Jacob, jusqu'où arriverez-vous à la mettre en œuvre à la tête de ce ministère ? Quelques exemples : l'autonomie pédagogique et administrative des établissements avec pour leurs chefs la liberté de recruter, la reconnaissance du mérite des professeurs avec une rémunération variable, le collège commun plutôt que le collège unique. JEAN-MICHEL BLANQUER Ce n'était pas le programme présidentiel, ce sont des livres que j'ai écrits avant l'élection bien entendu... PATRICK COHEN Oui, mais pour le dernier assez récent, octobre dernier, octobre 2016. JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, mais avec des... si vous le lisez bien vous voyez qu'il y a en quelque sorte un certain nombre d'orientations parmi lesquelles on peut choisir avec pragmatisme... PATRICK COHEN Oui, mais ce sont des convictions profondes pour vous ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, ce sont des convictions... bien sûr, ça fait partie d'un système, le temps me manque pour expliquer évidement en quoi tout cela est cohérent, l'objectif à chaque fois c'est évidemment rehausser le niveau du système scolaire français, faire réussir tout le monde, lutter contre les inégalités, donc pour cela il faut donner à la fois plus de libertés et plus de responsabilités aux acteurs – c'est le sens que je veux donner au mot autonomie, le mot autonomie ne doit pas faire peur, il est en faveur notamment des équipes sur le terrain, je pense en particulier aux professeurs - mon message vous savez il est un message aussi d'abord et avant tout pour les familles et pour les professeurs, c'est-à-dire je dis aux professeurs : « je vous fais confiance, la France entière doit vous faire confiance » et on doit passer dans une autre logique désormais et cette logique elle passe par l'autonomie, c'est-à-dire trouver les solutions aux problèmes qui se rencontrent au plus près du terrain avec le soutien de l'institution. Beaucoup de gens voient l'Education nationale comme un monstre froid, ce que je veux montrer c'est que, au contraire, ce ministère est en soutien d'équipes de terrain en qui j'ai confiance. PATRICK COHEN Donc, vous allez engager des discussions dans les mois à venir avec les enseignants, avec leurs représentants, les syndicats, en vue d'une autonomie ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, bien sûr, je les vois très fréquemment et ils sont évidemment en dialogue permanent avec mon cabinet, donc... PATRICK COHEN Un salaire au mérite vraiment ça vous semble... JEAN-MICHEL BLANQUER Je n'ai pas... ça c'est le mot que vous utilisez, ce qui est... PATRICK COHEN La reconnaissance au mérite des professeurs, ça c'est dans votre livre... JEAN-MICHEL BLANQUER Oui. PATRICK COHEN Avec une rémunération variable, ça revient à ça ? JEAN-MICHEL BLANQUER Moi je pense que l'ensemble des professeurs de France en ont un peu assez d'un système réglé par la machine et les points, on a besoin d'avoir une vision beaucoup plus humaine de la gestion des ressources humaines. Donc ce n'est pas seulement des questions de rémunération, c'est des questions aussi de mutation, c'est des questions... je reçois des dizaines de lettres par jour, encore hier j'étais à la Journée du patrimoine au ministère, il y avait des professeurs qui passaient, j'ai discuté avec plusieurs d'entre eux, ils éprouvent le besoin qu'on prenne en compte ce qu'ils sont tout simplement, donc ils ne veulent pas être des numéros, ils veulent être des acteurs, c'est exactement ce que je veux pour eux. PATRICK COHEN Ils ne veulent pas forcément non plus le fonctionnement du privé ? JEAN-MICHEL BLANQUER Non, mais on ne va pas aller vers le fonctionnement du privé, pas du tout. PATRICK COHEN Le budget 2018 de l'Education quel sera-t-il, il ne sera pas sacrifié, Jean-Michel BLANQUER ? JEAN-MICHEL BLANQUER Non, le président de la République et le Premier ministre ont clairement dit depuis le début que c'était le premier des chantiers, que c'est très important ? PATRICK COHEN Ah non, pas tout à fait, Emmanuel MACRON il a déclaré en juillet qu'aucun autre budget que celui des Armées ne serait augmenté en 2018 ? JEAN-MICHEL BLANQUER Il a dit : « c'est le premier des chantiers » et il a dit : « la Défense et l'Education nationale sont prioritaires ». PATRICK COHEN Ah bon, eh bien tout est prioritaire parce qu'hier l'Intérieur était prioritaire aussi ? JEAN-MICHEL BLANQUER Non, parce que les fonctions régaliennes sont en effet très importantes, c'est sur d'autres sujets qu'une forme d'approche qualitative doit permettre de mieux dépenser, mais évidemment sur l'Education ça vaut aussi, ce n'est pas parce qu'on a un budget qui augmente qu'on ne change pas profondément la manière de dépenser. Par exemple je donne une priorité considérable à l'école primaire, la France aujourd'hui dépense moins pour son école primaire que les pays comparables alors qu'elle dépense plus pour son enseignement secondaire, on doit évidemment mettre les moyens que l'on a plus vers l'école primaire, d'autant plus que c'est le premier des enjeux si l'on veut qu'ensuite les choses se passent bien pour les enfants. PATRICK COHEN Donc le budget de l'Education nationale augmentera l'an prochain, avec ces créations de postes ? JEAN-MICHEL BLANQUER A l'école primaire oui il y aura des créations de postes en cohérence avec ce que je viens de vous dire. Ce qui est dommage quand on parle budget c'est qu'on parle euros et qu'on a l'impression, voilà, si ça augmente tout va bien, si ça baisse tout va mal, ce n'est pas comme ça que ça marche, c'est-à-dire ce qu'il faut c'est avoir... PATRICK COHEN Non, il n'y a pas de jugement de valeur dans ma question. JEAN-MICHEL BLANQUER Non, je ne dis pas que c'est ce que vous vous pensez. Ce qu'il faut c'est des priorités tout simplement, un sens, donc il faut d'abord raisonner qualitativement, pourquoi on fait les choses, vers quoi on va et c'est je crois ce que nous sommes en train de dessiner très clairement dans chaque département ministériel - et c'est ce que je fais pour l'Education – et au service de cette politique, alors il y a un budget qui peut augmenter - et c'est le cas – mais la fin en soi ce n'est pas l'argent, la fin en soi c'est les objectifs qualitatifs que l'on poursuit de réussite des élèves, de lutte contre les inégalités. PATRICK COHEN Une question enfin pour le pédagogue que vous êtes Jean-Michel BLANQUER, puisqu'un mot a fait irruption dans le débat public, qu'on entend parfois dans les salles de classe, c'est le mot de fainéant, il faut s'y prendre comment avec les fainéants ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oh ! Le mot de fainéant fait partie de la langue française, c'est d'ailleurs un assez joli mot, il exact qu'il y a des élèves qui travaillent moins que d'autres, donc il ne faut pas avoir peur de le dire, donc il faut les pousser à travailler bien entendu, là-dessus il y a beaucoup d'éléments pour créer de la motivation si c'est ça votre question. Notre système manque parfois de création de désir et donc la clé de la pédagogie c'est évidemment de créer du désir, depuis SOCRATE on sait ça et même avant, et donc la création du désir est probablement la meilleure façon de lutter contre la paresse si c'est ça que vous voulez... PATRICK COHEN Vous vous êtes parfois casser les dents avec des expérimentations qui étaient fondées sur le désir ou la promesse, je pense à la fameuse histoire de la cagnotte dans l'Académie de Créteil ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, qui souvent est apparue dans les médias de manière complètement déformée, mais c'est la question... PATRICK COHEN Qui n'était pas une vraie cagnotte, qui était une récompense... JEAN-MICHEL BLANQUER Tout à fait, il n'était pas question d'argent ni rien... PATRICK COHEN Si les élèves se comportaient bien tout au long de l'année. JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, mais la question de la motivation elle est absolument fondamentale. Vous savez toutes les choses sont question d'équilibre, vous avez parlé de mon livre tout à l'heure, c'est ce que je développe-là, donc tout est question d'équilibre, en particulier il faut toujours et le plaisir et l'effort, il faut et le travail et l'engagement, c'est-à-dire le désir d'apprendre. Souvent on oppose les choses les unes aux autres, en réalité il faut les deux à la fois, c'est ce que je prône évidemment. PATRICK COHEN Un dernier mot. Un intervenant, un enseignant a été écarté d'un collège de Côte d'Or ces derniers jours suspecté de radicalisation, c'est un cas isolé ou vous avez chiffré, dénombré le nombre de situations de ce genre dans l'Education nationale, Jean-Michel BLANQUER ? JEAN-MICHEL BLANQUER C'est un cas isolé, mais comme vous le savez je vais créer une unité Laïcité au ministère ces prochains jours, cette unité aura des correspondants dans chaque rectorat et le but est d'affronter tous les sujets qui ont trait à ce type de problème, c'est-à-dire le problème de la radicalisation en l'espèce mais de façon plus générale toutes les atteintes à la laïcité et, donc, nous allons nous doter des instruments qui nous permettrons d'éviter qu'un cas isolé comme celui-ci se reproduise. PATRICK COHEN Vous avez des chiffres là-dessus ? JEAN-MICHEL BLANQUER Non, justement c'est ce que travail permettra. PATRICK COHEN Vous allez essayer d'en avoir. Merci Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale, d'être venu ce matin au micro d'Europe 1. JEAN-MICHEL BLANQUER Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/551.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/551.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..81f6587bc1c4c3e80bb70712637a84051df557f0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/551.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs, 1. Multiplication des crises et déficit de la régulation internationale Je suis heureux de vous retrouver pour ma première participation à l'Assemblée générale des Nations unies, vous retrouver afin de vous présenter les priorités de la France et la manière dont nous entendons les porter lors de ce temps fort de la vie internationale. Le moment est critique. Il est marqué par une dégradation préoccupante de l'environnement international. Jamais depuis la fin de la guerre froide les divergences, les tensions et le niveau de conflictualité n'ont été aussi élevés, dans un monde pourtant plus interdépendant que jamais. Pire, malgré la mondialisation, la coopération est devenue moins évidente, avec la remise en cause croissante des règles du jeu multilatéral et la tentation du repli ou du cavalier seul. Dans ce contexte de multiplication des crises, la priorité de la France est de travailler à des solutions concrètes, pour deux raisons: d'abord parce que ces crises nous concernent : elles affectent notre sécurité et celle de l'Europe, et ensuite parce que ces crises compromettent l'ordre international en affaiblissant les normes qui l'organisent et en affaiblissant les équilibres qui le sous-tendent. Face à cette situation dégradée, la France a une responsabilité particulière : parce qu'elle a des moyens, parce que sa voix porte, parce qu'elle est perçue comme une puissance d'équilibre. Pour toutes ces raisons, la France doit être à l'initiative, elle doit être créative, agile et pragmatique et en même temps garante de principes clef comme le respect du droit international et notamment de la Charte des Nations unies. Elle doit être vigilante aussi pour la protection des populations vulnérables ou dans le domaine de la lutte contre l'impunité pour les crimes internationaux les plus graves. C'est dans cet état d'esprit que le président de la République, qui arrivera tout à l'heure à New York, et moi-même participerons à de nombreuses réunions consacrées aux crises, dans tous leurs aspects, militaires, humanitaires, ainsi qu'à la promotion des droits de l'Homme et du développement. Nous aurons ainsi l'occasion de nous réunir avec nos partenaires pour évoquer, entre autres, la situation en Syrie, en Libye, en République centrafricaine et dans le Sahel. Permettez-moi à cet égard de développer quelques-unes de nos priorités. D'abord, sur les crises. 2. Crises Parce que l'ONU a d'abord pour objet d'assurer la sécurité internationale, le président de la République et moi-même serons particulièrement mobilisés dans les jours qui viennent pour faire avancer le règlement des principales crises internationales. D'abord, le Levant C'est notre première priorité. Daech accumule les défaites militaires, vous le savez. On entrevoit désormais le moment où Daech sera privé de son emprise territoriale. Et nous devrons veiller, demain, à ce que la menace plus diffuse mais toujours réelle de Daech et d'Al-Qaida puisse être traitée. Souvent le terrorisme se nourrit d'un terreau. Je pense à la Syrie. Vous connaissez la réalité de la guerre qui y sévit: plus de 300.000 morts, la moitié de la population déplacée, des assassinats, des tortures, des souffrances indicibles, un chaos. Après six années d'impasse, nous avons besoin d'une approche réaliste et pragmatique, à la mesure d'un conflit qui n'a eu de cesse de s'internationaliser. Je veux le dire à nouveau : lutter contre Daech et trouver les conditions politiques d'une fin de la guerre civile, ce sont les deux faces d'un même engagement au service de la sécurité internationale. Cela exige un travail commun avec l'ensemble des acteurs régionaux et avec les membres du conseil de sécurité. C'est pour cette raison que le président de la République a proposé la création d'un groupe de contact rassemblant d'abord les représentants des cinq membres permanents du conseil de sécurité, en raison de leur responsabilité particulière, et associant les principaux acteurs engagés en Syrie. L'instauration de ce groupe doit permettre de fédérer les initiatives pour avancer, réduire les contradictions au sein de la communauté internationale et soutenir aussi efficacement le travail de l'envoyé spécial du Secrétaire général, M. Staffan de Mistura, avec qui je me suis entretenu hier soir. C'est ainsi que nous pourrons aider les Syriens eux-mêmes à trouver les voies d'une entente qui s'est avérée impossible jusqu’ici. La création de ce groupe figurera à l'ordre du jour de la réunion des ministres du P5 avec le Secrétaire général des Nations unies, jeudi matin. Les priorités de la France sont claires : Un, priorité donnée à la lutte contre le terrorisme. Deux, nécessité d'un accès humanitaire partout. Même si des progrès ont pu être observés, il faut encore faire davantage. Trois, la nécessité d'un processus politique qui prenne en compte les différentes composantes de la société syrienne et qui intègre par conséquent le sort de chacune des différentes communautés débouche sur une nouvelle Constitution. Et quatre, la France restera par ailleurs engagée dans la lutte contre l'impunité des auteurs d'attaques chimiques. Il en va aussi de l'avenir de l'ensemble de notre système de sécurité collective : on ne doit pas pouvoir en violer les normes les plus fondamentales sans en subir un jour les conséquences. Comme je l'ai indiqué il y a quelques jours à la conférence des ambassadeurs, la France prendra prochainement des initiatives dans ce domaine. - Libye Pour poursuivre dans les crises, j'en viens au voisinage immédiat de la France. On ne peut laisser perdurer l'instabilité qui prévaut en Libye et les menaces qui en résultent pour les voisins de la Libye, mais aussi pour l'Europe. C'est pourquoi nous sommes aux côtés du peuple libyen face aux défis auxquels il est confronté : éradiquer la menace terroriste sur son territoire ; contrôler les flux migratoires ; endiguer les trafics en tous genres qui nous menacent également ; et pour cela rétablir l'unité politique du pays, condition de sa sécurité et de sa stabilité. C'est dans cette optique que le président de la République a accueilli, le 25 juillet dernier à La Celle-Saint-Cloud, le Premier ministre Sarraj, et le maréchal Haftar. Ce fut une étape importante puisqu'ils se sont engagés, dans une déclaration commune, à s'unir contre le terrorisme et à préparer un processus électoral. Nous devons poursuivre ces efforts afin d'élargir le consensus entre toutes les parties libyennes. Et les deux présidents des chambres - le Conseil d'État et la Chambre des représentants - ont un rôle majeur à jouer. Je me suis rendu moi-même, il y a quelques jours, à Tripoli, à Benghazi, à Misrata et à Tobrouk. J'y ai perçu une grande lassitude de la population confrontée à une fragmentation du pays. Nous allons donc poursuivre nos efforts pour parvenir à une solution politique inclusive. C'est le représentant spécial du Secrétaire général, M. Ghassan Salamé, qui est à la manoeuvre. Je l'ai aussi vu hier soir. Nous soutenons ses efforts et nous avons toute confiance pour que cette mission soit menée à bien. C'est ce que la France indiquera, par la voix du président de la République, lors de la réunion Libye de mercredi présidée par le Secrétaire général, M. Guterres. - Sahel Pour poursuivre sur les crises, le terrorisme représente toujours une menace au Sahel. Les attaques récentes l'ont montré. Les groupes terroristes se jouent des frontières et se nourrissent des trafics, en particulier des trafics de drogues et d'êtres humains. Et, face à ce défi, la France soutient une réponse collective, concertée et globale. En premier lieu, nous soutenons pleinement l'action des Nations unies et de la MINUSMA. Nous soutenons la mise en œuvre effective de l'Accord d'Alger ; c'est la clé de la stabilisation de cette région. Beaucoup reste encore à faire. Et je participerai à un événement sur la mise en œuvre de l'Accord de paix et de réconciliation malien autour de M. Guterres et du président Keïta. L'adoption à l'unanimité d'une résolution mettant en place un régime de sanctions contre ceux qui entravent la mise en œuvre de l'Accord de paix vise précisément à renforcer notre action collective en la matière. La France appuie aussi la montée en puissance de la Force conjointe du G5 Sahel. Cette initiative régionale, endossée par l'Union africaine et unanimement soutenue par le conseil de sécurité, soutenue par l'Union européenne, apporte une réponse coordonnée sur le plan sécuritaire. Avec elle, l'Afrique confirme son engagement dans la lutte contre le terrorisme. La Force conjointe du G5 Sahel peut constituer un modèle vertueux pour les futures opérations africaines de paix. En ce sens, le président de la République participera lundi, aujourd'hui, à une réunion en présence des chefs d'État du Sahel, du Secrétaire général des Nations unies et de la Haute représentante de l'Union européenne. La France s'engage, elle-même, sur le terrain, avec vous le savez, la force Barkhane. Outre la dimension militaire et politique de notre action, nous nous engageons aussi pour le développement de la région. C'est la combinaison de ces trois dimensions, défense, diplomatie, développement, qui peut garantir une sortie de crise. Et c'est la raison pour laquelle la France a pris l'initiative de l'Alliance pour le Sahel que nous avons lancée en juillet et sur laquelle nous travaillons avec les pays du G5. Cet engagement pour le Sahel, la France est prête à le porter sur la durée. Nous organiserons à ce sujet une réunion ministérielle au cours de notre présidence du conseil de sécurité dans un mois. - RCA Je participerai également cette semaine à une réunion sur la République centrafricaine avec le président Touadera. Je tiens toutefois dès à présent à vous faire part de ma préoccupation concernant la recrudescence, depuis plusieurs mois, de violences perpétrées par les groupes armés, notamment au centre et au sud-est du pays ; elles font de nombreuses victimes. Il est donc urgent que la feuille de route conjointe pour la paix et la réconciliation en RCA, adoptée le 17 juillet à Libreville par les autorités centrafricaines, par l'Union Africaine et par les pays de la région, puisse être mise en œuvre. - Birmanie Dans cette énumération des principales crises auxquelles nous faisons face aujourd'hui, il y a aussi la tragédie que vivent les Rohingyas. La crise qui se déroule depuis le 25 août est d'une gravité sans précédent et ne peut laisser personne indifférent. Outre les discriminations anciennes à l'égard de cette population, un tiers de la communauté est aujourd'hui contrainte à l'exil, 60% des réfugiés seraient des enfants. Cette situation nécessite une réponse collective de la communauté internationale. Nous réitérons notre appel à une cessation des violences entre les populations civiles contraintes de fuir massivement et nous demandons aux forces de sécurité birmanes d'assurer leur protection et de rétablir un accès humanitaire sûr. Nous attendons de Mme San Suu Kyi, demain, une expression forte en ce sens et nous souhaitons qu'un dialogue efficace se mette en œuvre sur les bases de la commission consultative pour l'État de l'Arakan, présidée par M. Koffi Annan. 3. Développement L'urgence de la gestion des crises ne doit pas faire perdre de vue la nécessité d'inscrire notre action dans une perspective de long terme. - APD Il nous faut mettre en œuvre une approche globale, je l'ai dit tout à l'heure, combinant sécurité, légitimité politique et développement économique et humain. C'est la garantie de la stabilité et d'une paix durable. C'est la raison de l'engagement de la France, un engagement pris par le président de la République, de porter notre aide publique au développement à 0,55% du PIB en 2022, avec comme priorités le climat, l'éducation, les questions de genre et la fragilité en Afrique. - Climat S'agissant du climat, nous voulons garantir et prolonger les résultats de l'Accord de Paris. Cet accord doit être mis en œuvre et il est irréversible. Il n'y a pas de solution de rechange pour atteindre l'objectif des 2°C, de même qu'il ne peut y avoir d'action solitaire et unilatérale dans ce domaine. Ceux qui détournent le regard aujourd'hui subiront eux aussi les conséquences du réchauffement climatique. C'est pourquoi la réunion de la Conférence des parties à Bonn du 6 au 17 novembre est aussi importante. Je m'y rendrai. L'objectif de cette COP23, sous présidence fidjienne, est de préparer le dialogue de facilitation qui est l'instrument principal de la mise en œuvre de l'Accord de Paris, en vue de maintenir un engagement fort et ambitieux des États. En parfaite complémentarité avec les travaux de la COP23, nous traiterons à nouveau de la mise en œuvre de l'Accord et notamment de ses financements lors du sommet de Paris, le 12 décembre prochain ; une date anniversaire. Par ailleurs, comme vous le savez, nous comptons tenir la prochaine réunion du GIEC en France au premier semestre 2018 pour appuyer l'engagement climatique international. Mais il faudra aller plus loin également dans le domaine de l'environnement. C'est l'objectif du Pacte mondial pour l'environnement que le président de la République a souhaité lancer et sur lequel nous tiendrons mardi le premier sommet. Nous aborderons avec un Groupe des Amis inclusif les enjeux d'un tel Pacte. Comme l'a fait remarquer à juste titre Laurent Fabius, le droit en matière d'environnement est dispersé et incomplet : l'objectif de ce Pacte est de réunir en un seul et même texte les droits et principes environnementaux internationaux, en vue de les faire progresser, dans une démarche de négociation multilatérale que nous lancerons après le sommet. 4. Renouveler le multilatéralisme - Réforme de l'ONU et initiatives multilatérales Dans toutes les crises que j'ai rappelées, nous payons le prix d'un défaut de coopération internationale. Nous le payons par la durée de ces crises et par leur aggravation. C'est vrai notamment s'agissant de la division qui mine le conseil de sécurité. Or le rapprochement des membres du P5, leur unité, est le facteur nécessaire au règlement de nombreuses crises. C'est le sens du groupe de contact pour la Syrie, comme je l'ai évoqué. La France veut être un rassembleur, un fédérateur du conseil de sécurité, trop souvent divisé ces dernières années pour jouer pleinement son rôle. Mais face aux crises, il faut également que l'ONU soit mieux à même d'y répondre de façon concrète et efficace. Comme toute institution, son fonctionnement est perfectible : nous en sommes tous convaincus. C'est pourquoi la France soutient pleinement le Secrétaire général dans sa volonté de réformer l'organisation pour la rendre plus efficace, plus transparente, plus réactive. Nous partageons sa vision globale des trois piliers des Nations unies - la paix et la sécurité, les affaires humanitaires et le développement durable - un tout indissociable. Cette vision globale est essentielle. De façon générale, l'ONU doit décloisonner son action car l'expérience a montré combien les problématiques sécuritaires, les problématiques d'urgence et les problématiques de développement sont étroitement solidaires. Le président de la République participera au débat de haut niveau sur le maintien de la paix organisé mercredi par la présidence éthiopienne du conseil de sécurité, et la France soutient également l'engagement du Secrétaire général, pour que les Nations unies soient exemplaires dans la lutte contre les abus sexuels dans les opérations de maintien de la paix. Mesdames, Messieurs, les crises de la dernière décennie - qu'elles soient humanitaires, sécuritaires, sanitaires, environnementales - ont prouvé de manière flagrante que les sorts des États étaient liés et que la réponse aux défis internationaux passait par davantage de coopération. Dans ce contexte, notre responsabilité est de défendre les cadres d'action et les règles de droit édictés collectivement, en nous engageant pour le renforcement du système onusien, tout en étant capable d'accompagner de nouvelles formes de gouvernance mondiale, en particulier celles qui répondent aux transformations sociales et technologiques de notre temps. C'est ce que nous avons fait s'agissant du réchauffement climatique, avec la méthode de l'Accord de Paris associant États, ONG et acteurs de la société civile, et c'est une méthode que nous voulons poursuivre et amplifier. C'est pourquoi le président de la République organisera mercredi un dialogue avec un panel d'ONG, en présence du ministre de l'écologie et du développement durable, M. Nicolas Hulot, en ma présence également, afin non seulement d'expliquer nos priorités, mais aussi d'associer au plus près la société civile à nos initiatives. - Non-prolifération Par ailleurs, le contexte stratégique incertain que j'ai décrit en introduction justifie que notre approche multilatérale des principaux enjeux internationaux soit rigoureuse et crédible. Dans le domaine de la non-prolifération, la France a refusé de prendre part aux négociations sur un Traité d'interdiction des armes nucléaires parce qu'une telle démarche ne peut qu'affaiblir le Traité de non-prolifération nucléaire ; or dans le contexte présent, nous voyons bien qu'il constitue le dispositif le plus équilibré et par conséquent le plus robuste pour limiter les risques. Sur ce sujet, la politique de l'incantation confine à l'irresponsabilité. C'est par des actes concrets que nous créerons un environnement plus sûr. C'est pour cela que je participerai à la Conférence sur l'entrée en vigueur du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires : voilà en effet un progrès concret, crédible et réaliste dans le domaine de la non-prolifération. C'est la raison pour laquelle nous veillerons également à l'application très stricte de l'accord relatif au nucléaire iranien, alors que se profilent des échéances importantes dans le calendrier de sa mise en oeuvre. C'est dans ce cadre que nous entendons poursuivre nos discussions sur ce sujet. Une réunion de l'ensemble des pays qui ont négocié l'accord, les Six et l'Iran, se tiendra mercredi prochain. - Cyber sécurité J'ai parlé de créativité multilatérale. C'est aussi ce que nous devons faire aujourd'hui s'agissant du monde numérique et de la sécurité dans le cyberespace. Nous aborderons justement cet enjeu ce matin lors d'un événement consacré à ce nouveau défi qui demande un engagement accru de nos diplomaties. Ce sera l'occasion pour moi de porter la vision d'une gouvernance associant acteurs étatiques et acteurs privés ; les entreprises ont en effet une responsabilité et un rôle à jouer dans la protection et la stabilité de l'espace numérique. Là encore, la France sera à l'initiative pour promouvoir une régulation indispensable à un ordre international juste et profitable à tous. Par ailleurs, la mobilisation de la communauté internationale pour lutter contre la radicalisation en ligne et l'utilisation d'Internet à des fins terroristes est essentielle. Les résolutions du conseil de sécurité, notamment la résolution 2178, ainsi que le plan d'action du Secrétaire général pour la prévention de l'extrémisme violent offrent un cadre d'action et de coopération particulièrement approprié, auquel nous participerons. Voilà Mesdames et Messieurs, l'ordre du jour, si j'ose dire, pour le président de la République, pour moi-même et pour le ministre d'État Nicolas Hulot, de cette semaine ministérielle. Vous le voyez, la diplomatie française est active sur tous les fronts de la résolution des crises et de la promotion d'un multilatéralisme pour essayer en permanence d'aboutir vers des résultats concrets. Je suis à votre disposition pour répondre à des questions. Q - Une question d'actualité sur le référendum kurde. Il y a une pression énorme, de la part de la communauté internationale, à l'heure actuelle sur les Kurdes pour qu'ils renoncent ou suspendent le référendum. Je voulais savoir si la France s'était jointe à des initiatives pour proposer des alternatives aux Kurdes. Vous avez rencontré M. Barzani récemment. Je voulais savoir si, selon vous, il pouvait faire preuve de souplesse pour renoncer ou suspendre le référendum ? R - Merci de cette question qui est très importante et tout à fait d'actualité. Nous sommes déjà, en Irak, dans la préparation de l'après-Daech. Et pour nous, l'après Daech suppose une gouvernance politique inclusive, respectueuse de la constitution irakienne, donc de sa dimension fédéraliste, respectueuse des communautés qui la compose, et respectueuse de l'intégrité territoriale de l'Irak. C'est le message que j'avais pu délivrer au Premier ministre Abadi, à la fin du mois d'août, en me déplaçant à Bagdad. C'est également ce que j'ai dit très clairement au président Barzani. Il y a, dans la constitution irakienne, des éléments très importants de l'autonomie constitutionnelle du Kurdistan. Il faut que ces éléments soient respectés, validés, sécurisés et c'est dans le dialogue entre Bagdad et Erbil que cela peut se faire. Il me semble que toute autre initiative serait inopportune. Q - Thank you. President Trump has been cautioned by your country and many others against pulling out of the Paris climate Accord, against decertifying the Iran Deal, do you see any evidence that his administration is being persuaded by any of this. For instance, the Secretary of State suggested that the United States might stay in the Paris deal under the right conditions. R - L'Accord de Paris était une avancée considérable de l'ensemble de la communauté internationale. C'est sans précédent, à la fois dans sa dimension, dans ses engagements, et dans la rapidité de son adoption, puisqu'un an après, il y avait suffisamment de validation pour qu'il soit mis en oeuvre. Les ratifications aujourd'hui se confirment : il y en a plus de 145 déjà. Donc, nous considérons que cet accord va se mettre en oeuvre. Il le sera. Nous notons les déclarations du président Trump sur son intention de ne pas le respecter. Pour l'instant, aucun acte n'a été posé et on peut espérer toujours le convaincre. En tout cas, pour convaincre, il faut que la pression internationale soit forte et que, d'autre part, nous n'arrêtions pas la mise en oeuvre de l'Accord de Paris. Mais c'est la raison pour laquelle le président Macron a souhaité qu'il y ait ce sommet sur le climat, le 12 décembre, pour continuer de manière irréversible, la mise en oeuvre des engagements pris. Q - J'avais une question aussi d'actualité sur la crise coréenne, Hier, il y a eu des manoeuvres américaines et sud-coréennes, sur une simulation de bombardement de la Corée du Nord. Ma question était la suivante : est-ce que, pour vous, il s'agit de gesticulations ou est-ce que l'on est entré dans une logique de guerre ? Et, question subsidiaire, est-ce que finalement, à ce stade de la crise, on peut dire qu'on ne pourra empêcher la Corée du Nord d'avoir la bombe nucléaire ? R - Les essais nucléaires et balistiques auxquels la Corée du Nord a procédé les temps derniers, avec une accélération que vous connaissez, sont des actions menées en contradiction avec les résolutions du conseil de sécurité. Ce sont des actions qui menacent la sécurité internationale, qui menacent d'abord la sécurité régionale. Donc la France a condamné très fermement ces essais. Nous pensons qu'il faut poursuivre avec beaucoup de fermeté cette démarche au sein du conseil de sécurité et que la mise en oeuvre des sanctions doit être réellement efficace. Cela prend du temps. Les sanctions décidées en 2016 se mettent en oeuvre aujourd'hui. Les sanctions décidées en 2017 se mettront en oeuvre progressivement. La France est déterminée à ce que la communauté internationale fasse le maximum de pression pour amener la Corée du Nord à la table des négociations. C'est la seule démarche possible. Faire pression par les sanctions de manière extrêmement forte et amener la Corée du Nord à la négociation. C'est une démarche à laquelle, manifestement, certains pays pourraient adhérer. Je pense que l'évolution de la Chine à cet égard est intéressante. Mais c'est une démarche qui ne nécessite pas d'action militaire significative. Je laisse le président Trump donner les explications nécessaires pour le reste. Q - Mr Minister, a question about the Iran nuclear deal, the JCPOA. Will others signatories like France use this occasion at the UN to try and persuade President Trump not to withdraw his certification and, if he does not certify and at least the U.S leaving by imposing huge sanctions, can the JCPOA survive if all the other signatories remain committed? R - Nous avons à de nombreuses reprises, et le président de la République le fera certainement, réaffirmé l'importance des accords de Vienne et le fait qu'ils sont respectés. Nous constatons que les vérifications sont effectuées, des vérifications très strictes, et donc nous veillerons à l'application très stricte de l'accord. Nous restons vigilants mais aujourd'hui, il n'y a pas d'acte qui nous permette de penser que cet accord n'est pas mis en oeuvre. Il nous parait essentiel de le maintenir pour éviter des spirales de prolifération, ne serait-ce que pour dissuader indirectement les partis les plus durs de la gouvernance iranienne de se lancer dans l'acquisition de l'arme atomique. Dans une période où, par ailleurs, on connaît les risques que vous venez d'évoquer sur la Corée du Nord, il importe vraiment de garder cette ligne. En tout cas, c'est la position que la France défendra et nous essaierons de convaincre le président Trump de la pertinence de ce choix. Q - The question is wether it can survive if the United States stay, or it can survive if the other signatories remain ? R - La responsabilité sera grande et elle peut entraîner un processus de prolifération à ce moment-là, que l'on peut difficilement endiguer. Si tel pays peut avoir l'accès à l'arme nucléaire, des voisins peuvent se mobiliser pour aller dans la même direction. Et donc, l'accord sur l'Iran est tout à fait essentiel. Q - Mr Minister, a couple of questions, if you permit me, on what you said regarding Syria: you said you were looking for main players besides the current members of the Security Council for the contact group. Are those main players the same as the guarantors and I have in mind Iran and Turkey? And another clarification on your very important point on impunity. You connected it to chemical weapons; I don't know if you meant to expand it. However is this possible and reconcilable with your position as France to say that Bachar Al-Assad would have to be part of the transition, so what if he is guilty? And lastly, how relevant is your initiative when the Russians are really running the show on the ground? R - La situation évolue très rapidement en Syrie. Chaque jour, il y a des éléments nouveaux qui permettent de penser que Daech est sur le repli. Le risque le plus important, c'est que l'avenir de la Syrie soit déterminé par les positions militaires des uns et des autres à un moment donné. Ce qui, inévitablement, aboutirait à deux conséquences : d'abord une fragmentation d'État, et ensuite cela attiserait d'autres formes de fondamentalisme, de radicalisme, qui succéderaient à Daech. La situation actuelle de la Syrie nous amène à penser qu'il importe d'engager dès à présent un processus politique, car seul un processus politique peut éviter ces impasses, cette dislocation d'un côté et cet appel indirect à ce que d'autres formes de terrorisme puissent naître. Pour cela, il faut sortir des chemins qui n'ont pas permis depuis 2011 d'aboutir à des solutions. Et c'est pour cette raison que la France souhaite qu'il y ait un groupe de contact qui se mette en oeuvre, avec comme socle, les membres permanents du conseil de sécurité et les États de la région concernés par cette situation. C'est le sujet de notre discussion de jeudi. Je ne vais pas donner la réponse avant que cette réunion ait lieu. Et c'est aussi pour cette raison qu'il importe qu'il y ait à la fois un processus de désescalade qui se mette en oeuvre, qu'il y ait à la fois l'accès humanitaire de tous et qu'il y ait aussi la tentative de réunification de l'opposition syrienne. Et c'est aussi pour cette raison que nous disons qu'il faut faire preuve, aujourd'hui, d'un double réalisme. Le réalisme, c'est de ne pas faire du départ de Bachar Al-Assad un préalable à la négociation. C'est la raison pour laquelle le président Macron a pris cette initiative. Le réalisme, aussi, c'est de ne pas faire croire qu'il puisse représenter l'avenir de la Syrie. Je ne vois pas comment des millions de réfugiés qui ont fui les exactions dont il est responsable pourraient revenir s'il se maintenait au pouvoir. Donc, engageons un processus politique avec tous ceux qui ont la capacité de le mener. C'est une nécessité du moment. C'est indépendant des poursuites sur l'affaire chimique et des menaces chimiques. Nous avons déjà eu l'occasion de nous exprimer à ce sujet. Nous attendons la fin de l'enquête du mécanisme d'enquête conjoint de l'ONU qui doit rendre ses conclusions rapidement. Nous avons été pour notre part convaincus que le sarin a été utilisé. Q - You mean that you want to replace the Astana process? Are you proposing that the Astana political process is over and you need to replace it? R - Non, Astana ce n'est pas un processus politique. Astana c'est un processus de règlement de zones de désescalade sur quatre espaces individualisés. Il faut le processus politique et il faut donner à ce processus toutes ses chances en accompagnant le représentant de Mistura dans son action. C'est ce que nous avons proposé jeudi matin. Q - Monsieur le Ministre, une question sur la Centrafrique. Avec la recrudescence de la violence en RCA, la France serait-elle prête à envoyer à nouveau des troupes à Bangui pour soutenir la MINUSCA ? En quoi est-ce que l'Alliance sur la Sahel pourra-t-elle booster la constitution de la Force conjointe pour le G5 Sahel? R - Sur la Centrafrique, d'abord, pourquoi est-ce que nous sommes intervenus en début 2014 : parce qu'à l'époque s'il n'y avait pas une force d'interposition, on allait assister à des massacres de masse entre des communautés différentes, des ethnies différentes et des religions différentes. La France a rempli sa mission et l'Opération Sangaris s'est arrêtée à partir du moment où il y a eu une élection présidentielle, non contestée de M. Touadera, où il y a eu des législatives non contestées, où il y a eu une mission des Nations unies qui s'est installée en République centrafricaine pour garantir le processus de paix et où il y a eu, quatrièmement, une mission de l'Union européenne visant à renforcer les FACA, les Forces de la République centrafricaine. À partir de ce moment-là, la mission de la France mandatée par les Nations unies était achevée et il importait que les Centrafricains prennent leur destin en main avec les outils en place. Je constate, comme vous, qu'il y a des recrudescences d'actes délictueux dont sont victimes les populations civiles. Il y a eu un accord à Libreville. J'en ai fait état dans mon propos initial, et il faut que cet accord soit respecté. Et, les outils permettant le respect de cet accord. Ce sont les outils qu'ont mis en place les Nations unies. Il y a une force qui s'appelle la MINUSCA qui est une force robuste et qui doit remplir sa mission. Et il y a une autre force, qui est la force de l'Union européenne qui doit former les FACA dans leur mission. Le message que nous donnerons au président Touadera, c'est d'abord de le renforcer lui ; il est issu du suffrage universel, et de faire en sorte que les voisins puissent faire pression auprès des groupes auprès desquels ils ont de l'influence pour qu'enfin ce pays connaisse un peu de sérénité. Donc, le retour d'une opération française n'est pas à l'ordre du jour. Mais, sur le G5 Sahel, il y a un petit lien, j'imagine que vous le faisiez aussi dans votre question. Quelle est la grande nouveauté du G5 Sahel ? En termes de force, parce que cela dépend de ce que vous mettez sous le mot G5 Sahel, je parle de la force militaire conjointe. Cette volonté de mise en oeuvre d'un outil commun aux cinq pays pour protéger leurs frontières et lutter contre le terrorisme. Ce n'est pas automatiquement du terrorisme djihadiste, vous le savez très bien, c'est souvent du grand banditisme. Mais, parfois les deux se mêlent, c'est du gangstérisme. Pour lutter contre cela, les cinq pays ont décidé de mettre en commun leurs forces. Cela fait des mois, des années que l'on parle d'une force africaine de paix et là c'est aujourd'hui concret. C'est tellement concret que l'État-major de cette force conjointe a été installé, qu'ils ont un commandant en chef, qu'ils ont déterminé les différentes forces - trois ensembles de 1500 hommes-, que sur le faisceau central de la zone de lutte à Liptako-Gourma, c'est en préparation technique très avancée. Donc, pour nous, c'est une avancée considérable de faire en sorte que, progressivement, dans cette zone, la sécurité des Africains soit prise en charge par les Africains eux-mêmes. L'Alliance pour le Sahel, c'est vrai, ne sera mise en oeuvre, affichée, que lorsque nous nous réunirons à la fin de ce mois et je présiderai une réunion à cet égard. La particularité de l'Alliance pour le Sahel, c'est qu'il s'agit d'un outil de développement très réactif, ce qui est rarement le cas. À côté de l'opération militaire de sécurisation, il y a un outil de développement efficace et visible, surtout dans les mêmes zones. C'est un grand pari et je pense que nous le gagnerons. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/552.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/552.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2bce0e57c46201034fa77611775a2ada2468620d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/552.txt @@ -0,0 +1 @@ +En présence du Président de la République française, M. Macron, de la Première ministre du Royaume-Uni, Mme May, et du Président du Conseil italien, M. Gentiloni, des responsables d'entreprises, de pays affinitaires, des Nations Unies et de l'Union européenne se sont réunis aujourd'hui, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies, afin de réaffirmer qu'ils sont tous résolus à empêcher l'utilisation abusive de l'internet par des groupes et des individus terroristes. Nous estimons d'un commun accord que l'utilisation de l'internet par des terroristes est un problème d'ampleur mondiale qui appelle des solutions innovantes au niveau international. Nous nous sommes engagés à agir ensemble afin d'empêcher la diffusion de contenus terroristes en ligne et l'utilisation de l'internet par des terroristes à des fins de radicalisation, de recrutement, d'encouragement ou d'incitation. Aucun État ne peut répondre seul à cette menace. La réponse doit être mondiale et collective. La menace que représentent les contenus terroristes en ligne ne peut être contrée efficacement que si le secteur des hautes technologies, les gouvernements et les organisations non gouvernementales agissent ensemble à un rythme plus soutenu et sur une plus grande échelle. À la suite de la récente déclaration du G7 de Taormine sur la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme violent, du plan d'action conjoint franco-britannique sur la sécurité de l'internet, des déclarations du sommet du G20 et des initiatives existantes du Forum de l'UE sur l'internet, les participants à la réunion d'aujourd'hui ont réaffirmé le soutien accordé au Forum mondial de l'internet pour la lutte contre le terrorisme (GICTF) lancé par Facebook, Microsoft, Twitter et YouTube le 26 juin. La recherche démontre que la dissémination de plus des deux tiers des nouveaux contenus terroristes se produit dans les deux heures suivant leur publication. Compte tenu de cela, nous avons mis le secteur de l'Internet au défi d'élaborer des solutions permettant de retirer les contenus dans un délai d'une à deux heures, en collaborant dans le cadre du Forum et avec l'objectif plus large d'empêcher ce type de contenu d'être mis en ligne dès le départ. Nous avons également demandé aux entreprises du secteur de poursuivre le développement d'outils techniques afin de garantir que les individus tentés par l'extrémisme violent ne soient pas exposés à des contenus renforçant leurs penchants extrémistes – ce qu'on appelle « l'enfermement algorithmique ». En leur qualité de leaders du Forum mondial de l'internet pour la lutte contre le terrorisme, Facebook, Microsoft, Twitter et YouTube ont souligné qu'ils avaient pour ambition commune d'empêcher les terroristes d'exploiter l'internet à des fins de radicalisation, de recrutement et de diffusion de propagande, et de protéger leurs usagers des terroristes et des extrémistes violents en ligne. Ils se sont engagés à entreprendre une vaste série d'actions, tant au niveau de chaque plate-forme qu'à celui de l'ensemble du Forum, afin de mieux faire face à l'usage abusif des plates-formes ouvertes par les terroristes, notamment : en étudiant les possibilités qu'offrent l'intelligence artificielle et l'apprentissage automatique pour accélérer l'identification de contenus terroristes ; en se fondant sur leur « base de données de partage d'empreintes numériques » (hash sharing database) de contenus terroristes connus, afin d'aider davantage d'entreprises à détecter ces contenus et prévenir leur réapparition ; d'autres initiatives destinées à soutenir le développement des capacités des entreprises de taille plus modeste à lutter contre l'utilisation de leurs plateformes par les terroristes. Pour parvenir à ces objectifs, ces entreprises ont renforcé leurs engagements au titre d'un programme de travail qui comprend les éléments suivants : La mobilisation des technologies Accroître de manière significative la vitesse à laquelle les membres du Forum identifient et retirent les contenus de leurs plates-formes. Le secteur reconnaît l'importance de procéder au retrait le plus rapidement possible. Les membres du Forum s'engagent à trouver de nouveaux moyens de détecter et retirer les contenus, et ont fait part de leur ambition d'utiliser l'apprentissage automatique et d'autres solutions techniques innovantes pour progresser, tout en protégeant la liberté d'expression. Les membres du GIFCT s'efforceront également de retirer les contenus « hérités », et de veiller à ce que des contenus auparavant identifiés comme terroristes ne soient pas à nouveau téléchargés sur leurs plates-formes. Continuer à investir dans des outils techniques destinés à empêcher que des individus tentés par l'extrémisme violent ne soient pas exposés à des contenus renforçant leurs penchants extrémistes. Le partage de connaissances et de bonnes pratiques Travailler avec les plates-formes de taille plus réduite afin de veiller à ce qu'elles ne puissent pas être exploitées par des terroristes, par le partage de connaissances et de bonnes pratiques, y compris : - En définissant des normes minimales applicables au secteur sur la prohibition des contenus terroristes dans le cadre des conditions générales d'utilisation - notamment la possibilité de recevoir des rapports et d'agir en conséquence -, et en développant des standards de reporting. Les membres fondateurs du Forum aideront les entreprises plus petites à respecter ces normes. - En apportant des améliorations aux 25 sites les plus communément utilisés par les terroristes et en élargissant la « base de données d'empreintes numériques » au plus grand nombre possible d'entreprises, afin de soutenir les efforts d'identification et de retrait des contenus nouveaux et hérités. - En organisant sur trois continents (à Jakarta, Bruxelles et New York) des ateliers de mise en commun de bonnes pratiques destinés à toucher 50 entreprises. Élargir le soutien aux organisations de la société civile en offrant des services et des connaissances des membres du Forum, afin de fournir à ces organisations des outils concrets pour diffuser le contre-discours et le discours alternatif avec efficacité et les aider à étendre leur audience mondiale. La recherche À partir des actions existantes, les membres fondateurs du Forum se sont engagés à soutenir à hauteur de plusieurs millions de dollars les travaux de recherche visant à améliorer la réaction du secteur à l'utilisation de l'internet par les terroristes. Avec les établissements universitaires et de recherche du monde entier, ils travailleront à identifier les domaines dans lesquels la recherche est insuffisamment développée, ainsi que les opportunités de comprendre comment les entreprises, les Etats et la société civile peuvent mieux s'attaquer à la radicalisation en ligne. Nous sommes convaincus que le Forum mondial de l'internet pour la lutte contre le terrorisme offre le meilleur mécanisme d'ensemble permettant de faire face à la menace évolutive que constitue l'utilisation de l'internet par les terroristes. Nous avons reconnu la nature internationale de la menace terroriste en ligne et la nécessité de créer une dynamique mondiale pour lutter contre elle sous tous ses aspects. Nous sommes convenus d'accorder notre soutien au Forum de même qu'aux initiatives régionales existantes de lutte contre le terrorisme en ligne, alors qu'ils prennent des décisions essentielles en entreprenant des travaux de recherche, en mettant des connaissances en commun et en développant des solutions techniques qui aideront l'ensemble du secteur à protéger ses usagers, dans le monde entier. Ensemble, nous pouvons faire des progrès significatifs dans la lutte contre ce phénomène. Cette réunion était une première étape importante et nous espérons poursuivre ce dialogue avec le secteur sur ces questions, y compris la mise en œuvre de la « base de données d'empreintes numériques », à l'occasion de la réunion des ministres de l'Intérieur du G7 en octobre à Rome. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/553.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/553.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..58b346acf4bba617a8abdf00c14d87a11d9c6ce7 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/553.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Première Ministre, Chère Theresa, Monsieur le Président du Conseil, Cher Paolo, Cher Ken Walker, Mesdames et Messieurs, Ce que Theresa May vient de dire, je peux y souscrire totalement et en effet suite en particulier aux attentats que la Grande-Bretagne a eu à subir, l'initiative prise à Taormina, sous la présidence italienne du G7, puis l'initiative prise dans la déclaration commune franco-britannique étendue ensuite à nos partenaires européens, ont marqué cette volonté collective que nous avons d'avancer vers un agenda d'une plus grande et plus efficace lutte contre la propagande terroriste sur Internet. De quoi s'agit-il ? La Première ministre vient de le rappeler, de notre efficacité collective à protéger nos citoyens. Et il s'agit d'un défi que nous partageons, gouvernement et opérateurs de l'Internet, il ne faut pas se tromper, si dans le monde actuel, avec les technologies de communication contemporaine, nous n'avons plus la possibilité, nous gouvernements, de garantir la protection de nos concitoyens face à ce qui les met en danger, à ceux qui tuent nos enfants alors soit nous changeons de civilisation, soit nous irons vers des règles beaucoup plus dures. Et on a déjà perdu sur ce sujet, beaucoup de temps parce que pendant trop longtemps certaines ou certains ont pu croire que cela n'était la charge que des gouvernements de protéger nos concitoyens. Et il faut bien le dire, le monde de l'Internet est une formidable opportunité qui révolutionne notre imaginaire, qui nous permet d'être plus efficace, qui crée un nouveau continent d'opportunités, mais il y a aussi malheureusement le pire qui s'y joue. Et donc la question, c'est comment collectivement, nous prenons nos responsabilités pour que le pire ne s'y joue plus. A ce titre la déclaration d'aujourd'hui est une étape, est-ce une étape suffisante ? Non. Est-ce une étape satisfaisante ? En un sens, puisqu'elle améliore la situation dans laquelle nous étions. Est-ce qu'elle appelle d'autres rendez-vous et d'autres progrès ? Résolument oui. Parce que si nous ne savons pas faire des progrès sous cette forme, nous devrons les faire sous d'autres formes, sous la pression des événements et nous le ferons par de la législation, or nous pensons collectivement qu'il est plus intelligent de procéder comme nous sommes en train de le faire aujourd'hui. Premier effort, première direction qui est adoptée par cette déclaration et l'approche que nous avons collectivement depuis plusieurs semaines, c'est le retrait des contenus faisant l'apologie du terrorisme et appelant à la violence. La rapidité de détection et de retrait des contenus à caractère potentiellement terroriste ou haineux progresse. La Première ministre vient de le rappeler, chaque heure compte, chaque heure parce que ce sont des jeunes ou des moins jeunes qui ont accès à cette propagande, qui peuvent d'un seul coup basculer dans des situations de très grande fragilité, nous le savons, cela a été documenté. Tous les contenus ne sont pas identifiés et je ne mésestime pas la difficulté d'identifier un contenu proprement terroriste. Les scènes les plus brutales et les plus violentes le sont aisément mais il y a des discours qui sont plus insidieux et il nous faut donc travailler encore davantage pour mieux les identifier. De plus les contenus retirés peuvent réapparaître et certains contenus ne sont même pas retirés compte tenu de la difficulté de les détecter. Et face à une armée moderne de terroristes qui utilisent des modes d'actions asymétriques, les Etats comme les entreprises doivent adapter leur stratégie. D'abord, il me semble que les grandes entreprises représentées ici se sont engagées dans la déclaration commune que nous allons publier à accroître les moyens consacrés au retrait des contenus. C'est un engagement nécessaire que je veux ici saluer. Nous avons besoin de plus d'investissement dans la recherche, plus de moyens humains, plus d'automaticité pour parvenir à des retraits rapides, définitifs et complets. Il est ensuite nécessaire que les efforts consentis par les grandes entreprises pour identifier et retirer les contenus illicites profitent aussi aux plus petites entreprises, pour que ces contenus ne réapparaissent pas sur des réseaux sociaux moins connus et ne suivent des voies parallèles. Je note aussi qu'avec son projet Redirect, l'une des entreprises du forum prend en compte un risque particulier, celui de l'enfermement algorithmique, c'est-à-dire le risque qu'un individu surfant sur le Net ne soit exposé qu'à des contenus qui le renforce dans sa radicalisation. C'est une démarche absolument essentielle, je pense qu'à ce titre la déclaration n'est pas suffisamment précise et qu'il est indispensable que l'ensemble des opérateurs puissent avancer dans le sens de cet effort. Il doit donc être poursuivi, développé pour proposer à la personne en voie de radicalisation des contenus susceptibles, bien au contraire de l'inciter au doute, au questionnement. Nous devons collectivement avoir une stratégie qui est adaptée à nos finalités profondes, qui est de ramener ces personnes en voie de radicalisation ou en fragilité vers le sens commun. Nous devons maintenant nous fixer un premier objectif ambitieux mais nullement inatteignable, celui de retirer les contenus de propagande moins d'une heure après leur mise en ligne. C'est dans la première heure que tout se joue, en une heure le contenu doit être identifié, analysé et retiré afin de limiter les possibilités de rediffusions massives. Notre expérience démontre que c'est possible et je souhaite vivement que nos équipes à tous trois, comme tous les membres d'équipes ici représentées puissent travailler avec les opérateurs de manière précise, concrète et en prenant des engagements durables. Sur l'incitation à la haine raciale ou religieuse, il faut aussi que nous progressions plus rapidement, des engagements ont été pris au niveau européen avec les entreprises dans le cadre du code de conduite pour lutter contre les discours haineux illégaux diffusés en ligne. Nous l'avons déjà dit si nous n'arrivons pas à obtenir des résultats tangibles, alors il nous reviendra de légiférer et de mettre en place des règles plus contraignantes, parce que nous n'avons pas le choix, parce que c'est notre responsabilité vis-à-vis de nos concitoyens, parce qu'à mes yeux c'est la responsabilité de toutes celles et ceux qui sont assis dans cette salle. Le deuxième axe fort de notre effort doit porter sur le discours de la société civile et c'est un sujet sur lequel, en particulier la Première ministre s'est engagée dès le début et je veux ici saluer son leadership. Le message anti-terrorisme ne doit pas être porté uniquement par les Etats et nombre d'autres acteurs le font déjà. De très nombreux projets menés par la société civile ont ainsi entrepris de diffuser sur Internet un discours qui dénonce celui des groupes terroristes, un discours fondé sur des faits, sur nos valeurs humanistes, sur une lecture éclairée de la religion. Et notre rôle collectivement c'est d'aider ces voix indépendantes à être entendues, qu'il s'agisse de personnalités morales, de leaders religieux, de jeunes parlant à leur père, nous ne devons pas interférer avec le contenu ou la forme de ce discours alternatif, mais nous pouvons en revanche lui permettre d'avoir accès au plus grand nombre. Cette contre-propagande est absolument essentielle parce qu'une partie des batailles que gagnent les djihadistes se fait sur l'imaginaire, sur leur capacité à proposer justement des héros, à proposer des histoires dans lesquelles se retrouvent nos jeunes ou nos moins jeunes. Nous devons donc faire émerger cette contre-propagande avec un discours qui n'est pas un discours officiel que les gouvernements ont à émettre, mais qui diffusé par les opérateurs permettra de proposer des modèles positifs et un imaginaire positif cohérent avec nos valeurs. D'importantes initiatives ont été prises, mais j'appelle les grandes entreprises représentées ici à développer encore leur action pour soutenir les acteurs de la société civile dans la diffusion d'une réponse crédible et légitime à la propagande des groupes terroristes. Je souhaite donc, Chers Amis, que nous puissions à partir d'aujourd'hui, continuer à travailler concrètement pour aller plus loin pour que les engagements indispensables que j'ai rappelés et que nous avions à un moment cru possibles à plus court terme puissent se concrétiser dans les meilleurs délais, que des engagements supplémentaires soient pris, que nous puissions ensemble aussi élaborer des listes publiques d'opérateurs qui décident de s'engager dans cette ligne, parce que nous devons maintenant aller vers une politique de name and shame sur ce sujet si vous m'autorisez cet anglicisme. On doit valoriser les opérateurs qui décident de jouer le jeu et en creux, dénoncer les opérateurs qui décident de ne pas jouer le jeu parce que dans cette bataille contre la propagande terroriste, il n'y a pas trois camps, il n'y en a que deux. Il y a celles et ceux qui se battent pour nos valeurs, la liberté et la sécurité de nos concitoyens et il y a ceux qui décident de fait de faire le jeu des terroristes. Il faut choisir son camp, l'ambiguïté ne fait que l'affaire d'un des deux. Merci pour votre attention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/554.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/554.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..90e59b2708672fa92cf69bf19d018ef0792b4820 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/554.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, Madame la Présidente de la Commission des Lois, Monsieur le Président de la Commission de la Défense nationale et des Forces armées, Monsieur le Rapporteur, Monsieur le Rapporteur pour avis, Mesdames et Messieurs les députés, C'est avec une certaine gravité que je m'adresse à vous cet après-midi pour vous présenter le projet de loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. Parce que même si Daesh a reculé sur le terrain, même si l'organisation terroriste a perdu de sa capacité de préparer, à partir des territoires et des ressources qu'elle contrôlait en Irak et en Syrie, des attentats ciblés contre les différents pays européens et d'abord contre le nôtre, la menace n'en reste pas moins élevée. Certes, la situation est différente par rapport aux attentats de Charlie, de l'HyperCasher, du Bataclan, du stade de France et des cafés et terrasses des 10ème et 11ème arrondissements. Les attaques étaient alors commanditées, préméditées, préparées, organisées et directement pilotées par Daesh au travers de réseaux transnationaux. Et elles ont abouti aux massacres de masse de Paris qui nous ont tous horrifiés. 147 personnes ont alors perdu la vie, des centaines d'autres ont été blessées. Aujourd'hui Daesh a vu son territoire réduit, un certain nombre de ses cadres sont en train de quitter les dernières villes encore occupées en Irak et en Syrie, la menace n'est plus de même nature, mais elle reste terriblement prégnante. A l'époque, même si l'affaire Merah aurait dû être pour nous une alerte, les attentats de Paris furent pour nous une stupéfaction. Nous découvrions soudain que nous étions devenus une cible du terrorisme et que le risque était partout. Il fallait donc agir vite, lancer des perquisitions, assigner à domicile. Parce que nous connaissions mal le danger, il fallait prendre des mesures fortes. D'où la décision de décréter, la nuit même des attentats, la mise en œuvre de l'état d'urgence. A situation exceptionnelle, il fallait pouvoir répondre par des mesures exceptionnelles. Cet état d'urgence, votre Assemblée l'a prorogé à plusieurs reprises et encore à la demande du Gouvernement, en ce début de mandat, pour une 6ème fois jusqu'au 1er novembre prochain. Mais en même temps, parce que, pour reprendre la formule du Conseil d'État, « l'état d'urgence est par nature limité dans l'espace et dans le temps », nous annoncions que nous proposerions pour y mettre fin une loi qui traduirait dans notre droit commun un certain nombre de mesures destinées à renforcer la protection des Français contre le terrorisme. Le 1er novembre, cela fera en effet 23 mois et demi que l'état d'urgence sera entré en vigueur. Jusqu'alors la plus longue période avait été du temps du Général de Gaulle, époque où la situation était pourtant tout aussi exceptionnelle. Il avait duré 18 mois. Si nous maintenions aujourd'hui cet état d'urgence et que demain, des évènements d'une exceptionnelle gravité se produisaient, quelles mesures devrions-nous prendre ? Aller vers l'état de siège ? C'est donc parce que nous ne sommes plus dans le même état d'impréparation qu'à l'époque du Bataclan, parce qu'aussi la menace n'est plus la même, parce que, dans le même temps, les effectifs de nos services de sécurité ont été renforcés ( par exemple à la DGSI ils sont passés de 3301 en 2014 à 4460 fin 2017), parce qu'aussi nos capacités d'enquête, notre connaissance de la menace, se sont améliorées, que nous voulons sortir d'un état d'urgence par nature privatif d'un certain nombre de libertés. Mais, bien sûr, nous ne pouvions nous contenter de revenir à la situation d'avant l'état d'urgence et ce même si déjà en l'espace de deux ans, beaucoup de mesures avaient déjà été prises après les divers attentats qu'avait subis la France. D'où la loi que je vous présente aujourd'hui qui vise à garantir la plénitude de nos libertés individuelles et collectives mais qui propose que toutes les dispositions soient prises pour garantir la sécurité des Français. Ce texte est une réponse adaptée à l'état actuel de la menace : car Daesh même sur la défensive a gardé une capacité de propagande sur Internet et l'organisation a, hélas, accru son emprise sur un certain nombre d'esprits, instillé son idéologie dans certains lieux de culte. Nous devons donc nous adapter à une menace qui a largement changé de nature. Elle était hier très fortement exogène, le risque est aujourd'hui endogène, avec désormais des individus nés sur notre territoire, ayant grandi sur notre sol, en France comme dans les pays européens, mais qui décident de passer à l'acte et commettent des actions dont hélas l'actualité récente nous montre qu'elles peuvent être tout aussi meurtrières que par le passé. On l'a vu à Manchester, on l'a vu à Londres, on l'a vu à Barcelone. On l'a vu dans notre pays. C'est bien sûr Nice et ses 86 morts parmi lesquels 10 enfants et adolescents. Mais ce fut aussi avant Nice, Magnanville avec cet attentat qui couta la vie à un policier et sa compagne adjointe administrative de police, assassinée sous les yeux de son fils de 3 ans. Ce fut le meurtre du chef d'entreprise de Saint Quentin-Fallavier, ce fut celui du père Hamel à Saint Etienne du Rouvray, celui de Xavier Jugelé sur les Champs-Elysées. Et la liste des attentats échoués ou que nos services ont déjoué est plus longue encore puisque, depuis le début de l'année ce sont 20 attentats qui ont été fomentés, 4 ont abouti, 4 ont échoué et 12 ont été déjoués (11 par nos services, 1 par l'artisan de Villejuif). Si proroger indéfiniment l'état d'urgence est exclu, il ne nous faut donc pas nous désarmer face à la menace que je viens de décrire. Et c'est ce que vous propose la loi que nous allons examiner au cours de ces journées et qui me semble correspondre aux défis que nous devons relever. Ne pas prendre les mesures de protection de nos grands évènements sportifs et culturels ? Qui peut vraiment défendre ce choix ? S'interdire la possibilité de fermer un lieu de culte considéré comme un foyer de radicalisation susceptible d'amener des personnes à passer à l'acte ? Qui peut vraiment le proposer ? Se priver de l'opportunité de surveiller un individu dont tout laisse à penser qu'il est sur le point de passer à l'acte ? Qui peut vraiment le vouloir ? Supprimer toute faculté pour nos services de visiter un domicile où les renseignements donnent à croire qu'il pourrait être un lieu de fabrication de TATP ? Qui pourrait dire, « je l'assume » ? Aujourd'hui le gouvernement vous propose donc un texte équilibré, qui entend protéger mais qui prend garde aussi de garantir toutes nos libertés et même qui parfois les renforce. Un texte qui, adaptant notre droit commun, apporte une réponse durable, à une menace devenue durable. Avant de rentrer dans une brève présentation des principales mesures du texte, je tiens à repréciser une nouvelle fois, parce que je veux qu'il n'y ait entre nous aucun malentendu, que les dispositions que nous proposons ne visent que le seul terrorisme et ne sont pas prises, comme dans l'état d'urgence, pour des motifs ayant trait à l'ordre public. Car comme je le disais, il y a un instant non seulement ce projet de loi ne réduit pas nos libertés mais il vise à les préserver. L'article 1er du projet de loi en est emblématique. Il donne en effet la possibilité aux préfets d'établir des zones de protection pour permettre l'organisation d'événements qui, « à raison de leur nature et de l'ampleur de leur fréquentation » peuvent être soumis à un risque d'actes terroristes. Qui ne voit que la constitution de ces périmètres de protection est la condition même pour continuer à organiser de grands événements ? Sans ces zones de protection cet hiver, le Marché de Noël de Strasbourg ne pourrait avoir lieu, pas plus que mon successeur ne pourrait organiser à Lyon la Fête des Lumières, et il en va de même pour tous les grands moments festifs organisés sur notre territoire. Bien que ce dispositif soit totalement indispensable, nous avons voulu l'encadrer très strictement. Le texte prévoit ainsi que la vie privée et professionnelle et personnelle des riverains sera pris en compte, que les personnes ne souhaitant pas se soustraire aux fouilles pourront quitter l'événement si elles le souhaitent, que les palpations se feront sous le contrôle de policiers ou de gendarmes. Ces périmètres de protection seront donc pour nos concitoyens un moyen, pour continuer à vivre comme par le passé, pour préserver ainsi nos modes de vie et nos libertés : liberté de se divertir, liberté de se cultiver, liberté d'aller à des manifestations sportives. Et c'est bien à nos modes de vie que les terroristes entendent s'attaquer : plus de musique, plus d'images. C'est un long désert intellectuel et culturel qu'il voudrait imposer partout. Eh bien il nous faut résister. Le second article de ce projet de loi autorise, sous certaines conditions, la fermeture administrative des lieux de culte. Nous ne saurions nous priver d'une telle disposition. Car dans le processus de radicalisation, l'arme des mots - ceux qu'on peut utiliser pour inciter à la commission d'actes terroristes - est très souvent déterminante. Il reste donc crucial de permettre la fermeture des lieux où de telles idées, de telles théories sont diffusées. Parce que la liberté religieuse est pour nous, dans l'esprit de la loi de 1905, une liberté fondamentale, nous avons fait de cette disposition un usage très précautionneux : même dans l'état d'urgence, seulement 17 lieux de culte ont été fermés, dont 9 le sont encore à ce jour. Là aussi, la nouvelle mesure sera parfaitement encadrée. Les responsables des lieux de culte auront évidemment la possibilité de demander de mettre fin à la mesure par référé devant les tribunaux administratifs. Et nous nous donnons 6 mois pour remettre en place des associations culturelles, qui dans la pratique de leur culte, respecterons les lois de la République. Le Sénat n'avait pas souhaité retenir l'utilisation des notions de « diffusion d'idées et de théories » pour motiver une décision de fermeture. Sur proposition du Gouvernement, votre Commission des lois a considéré que le rétablissement de ces critères était indispensable. En effet, il peut exister des lieux de culte certains d'entre-vous peuvent en connaître - où en apparence le discours est très lisse, de sorte qu'ils n'entrent pas dans la définition de provocation à la violence, à la commission d'actes de terrorisme, mais où il est tout de même fait référence à des idées et des théories susceptibles d'enclencher chez des personnes un processus de radicalisation. De même, les gestionnaires ne se risquent plus à diffuser des écrits tombant sous le coup de la loi : les pratiques sont désormais beaucoup plus insidieuses et la provocation à la violence, à la commission d'actes terroristes, plus indirecte. Cette nouvelle rédaction permettra donc une efficacité accrue dans la prévention de la radicalisation tout en garantissant parfaitement la liberté d'exercer leur religion à tous les musulmans de France. La troisième mesure phare du projet, c'est la création, sur décision du ministre de l'Intérieur, d'un régime de surveillance individuelle. Il ne s'agit pas, contrairement à ce que certains ont pu affirmer, de la transcription dans le droit commun des mesures d'assignation à résidence de l'état d'urgence. Certes, le Sénat avait prévu qu'il ne serait obligatoire de se présenter à la police ou à la gendarmerie que 3 fois par semaine. Nous avons rétabli la nécessité de pointer une fois par jour parce qu'il nous est apparu qu'avec la mesure sénatoriale, nous risquions de perdre de vue un individu susceptible de passer à l'acte. Mais là encore nos services font de ce dispositif un usage précautionneux : ils ne sont aujourd'hui que 39 personnes à être sous le coup d'une telle mesure. Et dans le texte que nous vous proposons sont visés exclusivement des individus qui je cite - constituent « une menace d'une particulière gravité pour l'ordre et la sécurité publics » et qui « soit entrent en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à la commission d'actes de terrorisme, soit soutiennent ou adhèrent à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes ». Vous conviendrez, Mesdames et Messieurs les députés, que c'est un état qui est loin de caractériser la majorité des Français ! Je veux, sur cet article, souligner que la Commission des lois a par ailleurs encadré la disposition. Ainsi les mesures « très contraignantes » - comme la nécessité de pointer au commissariat une fois par jour, ne pourront être prises que pour une durée de trois mois, renouvelable une fois, les renouvellements suivants étant conditionnés à l'existence d'éléments nouveaux et complémentaires. Quant aux mesures de surveillance dites « allégées » je pense à la nécessité de signaler ses déplacements à l'extérieur d'un périmètre, et celle dites « complémentaires » - je pense à l'obligation de déclarer ses identifiants électroniques, elles seront valables pour six mois, renouvelables une fois sur la base d'éléments nouveaux et complémentaires. Surtout, la surveillance ne pourra au total excéder un an. Là encore, un juste équilibre a donc été trouvé et je salue Madame la Présidente, Monsieur le rapporteur, ainsi que l'ensemble des Commissaires aux lois. Le quatrième point emblématique du texte, c'est enfin le régime de visites et saisies à domicile. Si on le compare à l'état d'urgence, cette disposition correspond aux perquisitions administratives qui sont mises en œuvre pour prévenir les troubles à l'ordre public. Celles-ci se sont avérées très utiles aux premiers temps de l'application de l'état d'urgence : lors de la première phase, 3432 perquisitions réalisées qui ont permis de saisir 578 armes, dont 42 armes de guerre. Depuis la prorogation de juillet, et parce que notre suivi est plus précis, le rythme des perquisitions a fortement décru il n'y en a eu que 36, soit une tous les trois jours. En revanche, leur efficacité s'est accrue puisque la plupart se sont traduites par l'ouverture d'une procédure judiciaire. Il est donc inconcevable de se priver d'un tel outil. Toutefois, nous savons tous qu'une visite au domicile d'un individu, avec la possibilité de retenir ce dernier pendant quatre heures, est une procédure qui doit être encadrée. C'est pourquoi cette mesure sera là encore extrêmement ciblée : ne pourront être visités que les domiciles des personnes constituant une menace d'une particulière gravité pour l'ordre et la sécurité publics et soupçonnées d'entretenir des liens avec la mouvance terroriste. Et par ailleurs, cette mesure sera soumise à un triple contrôle du juge : - celui du procureur territorialement compétent, celui du procureur de Paris, qui seront informés préalablement de toute visite, le second pouvant, s'il estime que les conditions sont réunies, immédiatement judiciariser le renseignement. - Mais aussi et c'est une disposition nouvelle, celui du Juge des Libertés et de la détention (JLD) du tribunal de grande instance de Paris, qui devra - autoriser la visite et la saisie, puis contrôler l'exploitation des matériels saisis. Deux points encore figurent dans ce texte. D'abord l’amélioration de nos dispositifs d'enquêtes administratives pour les personnes exerçant des fonctions sensibles. Concrètement, aujourd'hui il est possible d'enquêter c'est-à-dire de consulter les fichiers du renseignement - au moment du recrutement, de l'affectation ou de l'habilitation d'un individu pour une fonction sensible, par exemple l'appartenance à nos forces de sécurité intérieures comme extérieures. En revanche, quand on constate chez un individu un changement de comportement au cours de l'exercice de ces fonctions, les moyens d'action sont limités. Le but de l'article 4 sexies est de remédier à cette situation, en permettant une enquête administrative quand un individu fait preuve d'un comportement laissant apparaître des doutes sur sa compatibilité avec l'exercice de ses missions. S'agissant des agents publics occupant des fonctions en lien avec la souveraineté de l'Etat, nous proposons que, si les résultats de l'enquête confirment une incompatibilité entre le comportement et l'exercice des missions, une suspension - voire, pour les cas les plus graves et après mise en œuvre d'une procédure contradictoire, une radiation des cadres, soit rendue possible. C'est là, une mesure de bon sens. Comment comprendre en effet que puisse demeurer en fonction un policier, un gendarme, un détenteur de l'autorité publique quand une enquête administrative fait état de signes avérés et manifestes de radicalisation ? Le second point qui a été parfois abusivement interprété animé le débat public, c'est la question des contrôles dans les zones frontalières. Cette disposition existe déjà : dans l'état du droit en vigueur il est aujourd'hui possible, pour la prévention ou la recherche d'infractions liées à la criminalité transfrontalière, de demander à une personne de présenter ses titres et documents d'identité, et ce dans une zone incluant une bande de 20 km autour de nos frontières ainsi que dans les lieux ouverts au trafic international (ports, gares, aéroports). Mais en parallèle de l'état d'urgence, il est apparu que nous avions besoin de davantage de contrôles à nos frontières. C'est la raison pour laquelle nous avons rétabli les contrôles aux frontières intérieures de l'espace Schengen le 13 novembre 2015. Ce rétablissement des contrôles nous a par exemple permis de multiplier par quatre, depuis 2014, le nombre d'identifications dans ces zones de personnes présentes dans les fichiers de police, ce qui a permis de nourrir les enquêtes en cours et de consolider notre renseignement. Le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures constitue cependant une dérogation au principe de libre circulation dans l'espace Schengen, et nous devons donc nous donner les moyens d'en sortir, si ce n'est en même temps que l'état d'urgence, du moins prochainement. Ceci implique, comme la Commission européenne nous le recommande, de renforcer notre dispositif de contrôle d'identité dans les zones frontalières. C'est ce que nous faisons avec cet article. En premier lieu, alors que les contrôles ne sont possibles que pour une durée de six heures aujourd'hui, nous proposons de fixer à douze heures la durée maximale durant laquelle ils pourront être mis en œuvre. Par ailleurs, la possibilité sera donnée aux forces de sécurité d'effectuer des contrôles aux abords des gares internationales. Enfin, l'article 10 élargit la possibilité de conduire de tels contrôles dans un rayon de 20 kilomètres autour de certains ports et aéroports accueillant du trafic international, désignés par arrêté en raison de l'importance de leur fréquentation et de leur vulnérabilité. Ces contrôles ne seront pas systématiques. On est loin de la généralisation massive des contrôles dont j'ai parfois entendu parler. Au contraire, ces dispositions sont dans le droit fil de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne et de celle du Conseil constitutionnel. Je me réjouis donc que la Commission de Lois ait laissé la rédaction initiale inchangée. Voilà, Mesdames et Messieurs, comme je le disais en introduction, notre volonté avec ce texte est de concilier la lutte contre le terrorisme, et cette préservation absolue des libertés qui constituent le socle de notre démocratie. Il s'agit donc d'un texte important. Un texte qui répond à cette question fondamentale : comment une grande démocratie comme la France peut-elle se protéger sans renoncer aux valeurs qui la fondent ? Comment sauver des vies, éviter des blessés, sans renoncer à une part de nous-mêmes ? C'est cela qui constitue le fil directeur de ce texte. Et je pense que cela doit tous nous rassembler. C'est en effet comme cela que nous montrerons à ceux qui veulent nous détruire, nous faire reculer, que la France continuera d'avoir de grands débats démocratiques mais que lorsque l'intérêt fondamental de la nation est en jeux, elle sait se rassembler. Ce faisant, nous nous situerons dans le sillage des grandes figures de la République. C'est Jean Jaurès qui, dans son discours à la jeunesse en 1903, disait qu' « instituer la République, c'est proclamer que des millions d'hommes sauront concilier la liberté et la loi, le mouvement et l'ordre ». Eh bien c'est encore une fois ce que nous voulons concilier. La liberté et la loi. Le mouvement et l'ordre. Jaurès voulait que la République se remette en mouvement. C'est là toute notre aspiration. Donner espoir. Dire à toutes les générations, et en particulier à celles qui viennent, aux jeunes, que la République ne cèdera pas à l'émergence de ce nouveau totalitarisme qu'est ce terrorisme, qu'elle sera toujours là pour protéger nos libertés mais aussi pour promouvoir à nouveau une société dans laquelle chacun pourra avoir la même chance de réussir quelles que soient sa condition sociale, son origine ou ses opinions philosophiques ou religieuses. Mesdames, Messieurs les députés, j'en appelle à votre responsabilité individuelle et à notre responsabilité collective. Contre une idéologie qui porte en elle un nouveau totalitarisme, puisse vivre la République. Et vivre la France ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/555.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/555.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6e30e5091e5d96b7032190edc88510792ef80420 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/555.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Députée, la protection de nos concitoyens est peut-être un des problèmes les plus profonds de notre société que vous abordez avec votre question. La France, comme les autres pays occidentaux, comme d'autres pays dans le monde, est face à une menace terroriste qui reste extrêmement élevée. Les attentats qui sont survenus récemment à Londres, à Barcelone, nous montrent que chacune et chacun est visé, quelle que soit sa condition, quelle que soit sa philosophie, quelle que soit sa religion, quelle que soit son origine. Nous voulions sortir de l'état d'urgence, parce qu'on ne peut pas rester toujours en état d'urgence, mais en même temps il faut protéger nos concitoyens. C'est pour cela que nous avons pris un certain nombre de mesures importantes, qui permettront de traduire dans l'État de droit des protections fortes pour les Français. Nous pourrons ainsi continuer à avoir des périmètres de protection pour organiser nos grands événements. Nous pourrons fermer les lieux de culte qui seraient des foyers de radicalisation. Nous autoriserons les mesures de surveillance d'individus dont tout laisse à penser qu'ils sont sur le point de passer à l'acte. Enfin, nous permettrons les visites et saisies, dont on a vu durant l'état d'urgence qu'elles pouvaient s'avérer fondamentales pour saisir des armes, démanteler des réseaux, éviter des attentats qui auraient pu faire des centaines de morts. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/556.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/556.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..41dd622b580ed86fd35185b2ccc99210995bfc8d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/556.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-PIERRE ELKABBACH Soyez le bienvenu, Jean-Michel BLANQUER. Bonjour. JEAN-MICHEL BLANQUER Bonjour. JEAN-PIERRE ELKABBACH Merci d'être avec nous. C'est le jour du budget 2018. Le vôtre devait être augmenté, il l'est. De combien ? JEAN-MICHEL BLANQUER Environ 1,4 milliard mais vous aurez les détails aujourd'hui puisqu'il y aura la présentation officielle du gouvernement. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc 1,4 milliard. JEAN-MICHEL BLANQUER Voilà. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et le budget total étant de ? JEAN-MICHEL BLANQUER Ça dépend comment vous comptez parce que si vous comptez les pensions et les retraites, mais enfin en gros on dépasse les 50 milliards d'euros sans pensions et retraites, et donc les 70 milliards d'euros avec pensions et retraites. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire ? C'est le budget numéro un. JEAN-MICHEL BLANQUER Bien entendu. Bien sûr, c'est le budget numéro un de la nation, ça le reste et c'est surtout consolidé, si je puis dire, parce que c'est affiché comme une priorité politique par le président de la République depuis le début. JEAN-PIERRE ELKABBACH L'enseignement supérieur va atteindre 4,5 milliards, plus 700 millions, c'est-à-dire avec vous et votre collègue Frédérique VIDAL, c'est plus 2 milliards dans ce budget. JEAN-MICHEL BLANQUER Absolument. Ce qui montre bien que l'on sait avoir des priorités. L'éducation et l'enseignement supérieur, ce sont évidemment des investissements pour l'avenir. Ce gouvernement, si vous voulez, ne choisit pas simplement de mettre de l'argent en plus, il choisit d'avoir des priorités. C'est-à-dire par exemple ce qu'on a fait sur l'école primaire est quelque chose de très important dès cette rentrée et on met des moyens au service de ces priorités. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est 2018, 1,4 milliard ; 2019, rien ou c'est encore un milliard ? JEAN-MICHEL BLANQUER Non, vous verrez. Vous verrez mais, encore une fois, l'argent n'est pas tout. Ce qui compte, c'est les priorités. Le fait par exemple de dédoubler les classes de cours préparatoire est tout à fait significatif de ce que l'on veut faire, c'est-à-dire une école primaire qui apprend à lire, écrire, compter, respecter autrui. On veut que 100 % des élèves réussissent et pour ça, on met des moyens au service de cela. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça, vous l'avez pratiquement réussi, à la fois le dédoublement et en même temps, deux profs quand il y a 24 élèves. Mais pendant le quinquennat, de quelle façon vous allez réduire les effectifs ? JEAN-MICHEL BLANQUER Les effectifs… JEAN-PIERRE ELKABBACH De l'éducation nationale. JEAN-MICHEL BLANQUER On ne va pas réduire les effectifs de l'éducation nationale. On a simplement une politique de discernement à avoir. Vous savez, la France dépense moins que la moyenne des pays de l'OCDE pour son école primaire. Inversement, elle dépense plus pour son secondaire. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc votre souci est de rééquilibrer. JEAN-MICHEL BLANQUER Mon souci, c'est d'avoir une école primaire qui ait les moyens d'être à la hauteur des enjeux. On a 20 % des élèves qui sortent de l'école sans maîtriser les savoirs fondamentaux. Si j'ai une priorité j'en ai quelques-unes mais la première, c'est évidemment l'école primaire. JEAN-PIERRE ELKABBACH Parce que tout commence à l'école primaire, peut-être même à la maternelle. Vous êtes sûr que chaque euro est bien utilisé ? Qu'il n'y a pas de gâchis ou de gaspillage ? JEAN-MICHEL BLANQUER C'est évidemment mon travail de mieux gérer. On doit savoir faire des économies sur certains sujets pour mieux dépenser sur d'autres. Avec un million d'agents, j'ai évidemment des marges de manœuvre. JEAN-PIERRE ELKABBACH On a vu naître hier une polémique inattendue et assez brutale. Le géographe Michel LUSSAULT, qui présidait le Conseil supérieur des programmes depuis quelques années, a donné brutalement sa démission. Et d'autre part, on peut dire qu'il a pris les devants parce que vous ne vouliez pas le maintenir. JEAN-MICHEL BLANQUER Non. Il a démissionné, il a fait un choix qu'on peut respecter. C'est son choix. Vous savez, moi j'affiche des priorités très claires. Il y a un cap dans cette maison. Ce cap, c'est celui que je viens de vous indiquer pour l'école primaire, mais c'est vrai aussi pour le secondaire où on a besoin à la fois de consolider les savoirs de nos élèves… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais il y a des minorités qui n'acceptent pas votre politique et le cap. JEAN-MICHEL BLANQUER Oui. Il y a des gens qui s'énervent quand je dis lire, écrire, compter, respecter autrui. Il y a des gens qui s'agacent quand je dis qu'il faut que les élèves se respectent les uns les autres et qu'on prépare le futur de différentes façons. Bien s'il s'agace, il en tire les conséquences et c'est son problème. Ce n'est pas le mien. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc vous dites qu'il s'en aille, et il s'en va. JEAN-MICHEL BLANQUER Il s'en va, voilà. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et il paraît que dès le premier jour, au mois d'août, il avait senti que vous aviez des réserves à son égard. Il y avait des raisons ? JEAN-MICHEL BLANQUER Des réserves, d'autres que moi en ont eu aussi ces dernières années par rapport au travail qu'il a pu accomplir. Voilà, il en tire les conséquences. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, mais c'est la première attaque frontale critique et politique contre Jean-Michel BLANQUER. JEAN-MICHEL BLANQUER Ça prouve que j'agis. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il dit que vous multipliez sans discussion et concertation des annonces unilatérales idéologiques, et que vous cherchez à satisfaire quelques bas instincts d'une clientèle politique. JEAN-MICHEL BLANQUER Non, mais ce sont des propos outranciers. Le simple fait qu'il puisse dire des choses comme ça signifient qu'il n'était pas fait pour ce poste, donc c'est normal qu'il s'en aille. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui. Mais vous pensez que lui aussi se démasque ? Quand il dit par exemple qu'il vous reproche d'avoir fait la une de Valeurs Actuelles et de Causeur, sous-entendu des magazines de droite. Il oublie que vous étiez aussi dans L'Obs. Il fallait peut-être lui demander l'autorisation ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, c'est ça. Il faudrait que je demande l'autorisation à monsieur DUSSAULT d'aller dans des journaux. Ma conception de la démocratie, c'est de parler à tout le monde, je l'ai fait. Excusez-moi, mais c'est de la politique et ça ne m'intéresse pas. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, mais vous êtes dans un milieu qui est très politisé, idéologisé. JEAN-MICHEL BLANQUER Bien sûr mais le président du Conseil supérieur des programmes est censé avoir une certaine hauteur de vue. Il démontre qu'il n'en a pas par ces propos, on passe à autre chose. Ce n'est pas non plus un sujet très important. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous n'aimez pas qu'on vous mette à droite ou à gauche. Vous êtes à droite, à gauche en même temps ? Où vous êtes ? JEAN-MICHEL BLANQUER Je suis d'abord dans le gouvernement d'Emmanuel MACRON qui a clairement montré qu'on pouvait dépasser ce clivage. S'il y a bien un sujet sur lequel le clivage peut être dépassé, c'est l'éducation. L'éducation est d'intérêt général, elle doit unir la société. L'école ira mieux quand la société française sera unie autour de son école. C'est mon message. Je ne sers absolument pas les polémiques. Je cherche à avoir des mesures pragmatiques, de bon sens pour remettre l'école au milieu du village. JEAN-PIERRE ELKABBACH L'école mérite le consensus national. JEAN-MICHEL BLANQUER Bien sûr, bien sûr. Les sociétés qui vont bien sont les sociétés où il y a eu un consensus de la société autour de son école. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que vous vous attendez à d'autres démissions ? JEAN-MICHEL BLANQUER Non, pas spécialement, non. Encore une fois, si des gens sont dérangés par le fait que je dis lire, écrire, compter, respecter autrui, franchement… JEAN-PIERRE ELKABBACH Qu'ils s'en aillent. JEAN-MICHEL BLANQUER Qu'ils s'en aillent, bien sûr. Mais je pense que j'ai 95 % des Français qui pensent que j'ai parfaitement raison d'être dans cette volonté tout simplement de transmission des connaissances et des valeurs à nos enfants. C'est une question d'avenir et il n'y a pas de raison de faire de polémique autour de ça. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ce Conseil supérieur de l'éducation et des programmes, vous le maintenez ? Vous le changez ? Vous le réorganisez ? JEAN-MICHEL BLANQUER Ce Conseil correspond à des textes, il est dans le Code de l'éducation. Bien entendu pour ma part, je respecte les institutions et il a évidemment vocation à travailler. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc il y aura un nouveau patron. JEAN-MICHEL BLANQUER Bien sûr, il y aura un nouveau patron. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous avez le nom tout de suite ? JEAN-MICHEL BLANQUER Ce sera quelque chose qui sera fait dans les prochains jours. JEAN-PIERRE ELKABBACH Un homme, une femme ? JEAN-MICHEL BLANQUER Vous verrez bien. Ça peut être un homme ou une femme. JEAN-PIERRE ELKABBACH Un homme ou une femme ? JEAN-MICHEL BLANQUER Un homme ou une femme. JEAN-PIERRE ELKABBACH [rires] Ils avaient mis lui, Najat VALLAUD-BELKACEM et même Vincent PEILLON, en place les rythmes scolaires. Désormais, la semaine de quatre jours est appliquée, on l'a vu, en majorité. JEAN-MICHEL BLANQUER Non, pas en majorité, non. Pour un peu plus d'un tiers. JEAN-PIERRE ELKABBACH 43 %, 44 %, pas loin de la moyenne. JEAN-MICHEL BLANQUER Des communes mais pas des élèves. JEAN-PIERRE ELKABBACH Les élèves français vont faire 144 jours de classe. L'OCDE et beaucoup de gens vous disent que c'est 37 jours de moins que la moyenne européenne. Est-ce que ça veut dire que c'est 1 : le meilleur moyen d'assurer l'avenir des élèves de leur donner moins de cours que les autres européens ? Ou alors qu'ils sont plus fragiles, peut-être, les écoliers français ? JEAN-MICHEL BLANQUER De nouveau, on retrouve les enjeux de pragmatisme. Il y a quelques années, on a imposé à toute la France quatre jours et demi. Ç'a donné de très bonnes choses dans certains endroits, de très mauvaises choses dans d'autres endroits. Ce que le président de la République a voulu avec le Premier ministre et que j'ai mis en œuvre, c'est tout simplement de donner aux communautés éducatives, c'est-à-dire aux communes et aux écoles se parlant ensemble, la possibilité de choisir. Aujourd'hui, comme vous l'avez dit, il y a autour de 40 % des communes qui ont fait ce choix. Pourquoi ? Parce que d'un côté vous avez les choix de la ville de Paris qui a beaucoup de moyens, qui est Paris, où vous avez des grandes villes de France aussi qui ont les moyens de faire ça. Puis vous avez des villages de montagne, des îles isolées, et cetera, qui étaient complètement démunis face à cette nouvelle réalité. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais ma question était est-ce que c'est bien que les écoliers français, contrairement aux écoliers européens, fassent moins de cours et soient peut-être moins formés ? Ou alors on les forme mieux qu'ailleurs ? JEAN-MICHEL BLANQUER Le sujet est beaucoup plus vaste. Le sujet c'est que 1 : J'ai une étude qui me montre qu'il n'y a pas de différence d'impact pour les enfants entre quatre et quatre et demi ; que les réalités sont très différentes d'un endroit à un autre ; qu'il faut donc responsabiliser les gens. C'est ce que j'ai fait, c'est-à-dire que j'ai donné le choix. Parce qu'encore une fois, c'est pragmatisme et bon sens. Vous avez beaucoup de gens qui nous écoutent qui savent très bien que le passage à quatre jours et demi a constitué de la fatigue pour leurs enfants, d'autres qui savent que quatre jours et demi, ç'a été bien pour d'autres raisons. Dans certains endroits, les activités périscolaires sont très bonnes, dans d'autres elles ont été très mauvaises. Maintenant, on va aller vers du pragmatisme. Comme j'ai aussi la jeunesse et la vie associative dans mes compétences, je vais faire des propositions prochainement pour justement enrichir cette vie périscolaire pour que les enfants aient des activités intelligentes en plus de l'école avec la Ministre de la Culture et avec la Ministre des Sports. JEAN-PIERRE ELKABBACH Jean-Michel BLANQUER, vous aviez annoncé une réflexion et des décisions sur le temps des enfants et des enseignants. Dans l'excellent livre que vous avez publié avant d'être ministre, « L'école de la vie » - il y en avait eu deux vous promettiez de revoir le temps de travail des enseignants. Vous marquiez votre préférence pas pour annualiser mais pour pluri-annualiser. Qu'est-ce que vous allez faire ? JEAN-MICHEL BLANQUER En tout cas, la vision reste la même. C'est-à-dire qu'on doit avoir une vision beaucoup plus ouverte du temps de tout le monde d'ailleurs. Dans le monde dans lequel nous entrons, on doit avoir une vision du temps totalement différente. Là, en parlant de pluri-annualisation, ce que je veux dire c'est aussi d'ouvrir la carrière. C'est-à-dire que ça doit être possible par exemple de passer du temps à l'étranger, c'est d'ailleurs en syntonie avec ce que le président de la République a dit hier sur l'Europe ; avoir la possibilité une année d'avoir un certain horaire, une autre année d'en avoir un autre. Bref, de pouvoir utiliser son temps de travail de manière beaucoup plus libre. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc vous y allez, vous le ferez. JEAN-MICHEL BLANQUER C'est typiquement un sujet de discussion avec les organisations syndicales, avec l'ensemble… JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça concerne aussi les temps de vacances ? Les vacances de Pâques, les vacances de la Toussaint, les vacances d'été ? JEAN-MICHEL BLANQUER Vous y avez fait référence : je vais ouvrir une grande concertation qui va durer toute l'année, pendant plusieurs mois, sur le temps et l'espace de l'enfant et de l'adolescent au XXIème siècle, de façon à avoir une vision complète, systémique de cet enjeu. Parce qu'on ne peut se raisonner sur ces choses qu'en regardant tous les facteurs, en partant d'abord du temps de l'enfant. JEAN-PIERRE ELKABBACH Très bien. JEAN-MICHEL BLANQUER Le temps de l'enfant, c'est la question du sommeil, c'est la question des vacances. JEAN-PIERRE ELKABBACH Très bien mais avec votre expérience, vous dites que les vacances sont trop longues, assez longues, on est pour le statu quo ? Là si vous faites une réflexion, c'est que vous pensez à des changements. JEAN-MICHEL BLANQUER On est pour la discussion parce que ce sujet doit se voir sur le quotidien, donc la journée, la semaine et l'année. Et c'est en voyant ces trois dimensions du temps pour l'enfant que l'on peut avoir un raisonnement sur l'ensemble. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais vous votre flair, je ne dis pas votre préférence… JEAN-MICHEL BLANQUER Je pense qu'il faut mieux répartir le temps sur l'année. Ça mériterait de mieux répartir le temps et, en tout cas, d'avoir une réflexion sur ce qui se passe pour l'élève quand il n'est pas en classe. C'est évident. JEAN-PIERRE ELKABBACH Dans le livre aussi, vous trouviez nécessaire de c'est votre mot « dépoussiérer le bac », cet examen bicentenaire. Quand vous allez commencer à le dépoussiérer ? JEAN-MICHEL BLANQUER Dès la semaine prochaine, si je puis dire, puisqu'on va entamer là aussi une concertation. Vous savez, comme promis il y a une série de concertations qui commencent sur différents sujets. Sur le baccalauréat, c'est dans quelques jours que j'annoncerai le nom des personnes en charge de mener cette concertation de façon à ce qu'au début de l'année 2018, on ait la perspective sur ce que sera le bac en 2021. Mais en amont, cela aura eu un impact sur les différents… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais on ne change rien avant 2020, 2021, c'est ça ? JEAN-MICHEL BLANQUER Si. Ce qui changera, ce sera ce qui se passera en classe en Seconde, en Première et en Terminale auparavant pour tenir compte de ce… JEAN-PIERRE ELKABBACH Dans le livre, je vous cite : « Il n'y a plus grand sens à maintenir cette immense machinerie qui mobilise toutes les énergies pendant 45 jours et ampute le mois de juin de tous les lycéens. » Et vous disiez : « L'avenir est de conserver quelques épreuves-clefs au contrôle final et d'évaluer l'ensemble des autres matières sous la forme d'un contrôle continu. » Ce seront les pistes Blanquer ? JEAN-MICHEL BLANQUER Ce seront aussi les pistes Macron. Il l'a dit dans la campagne électorale. JEAN-PIERRE ELKABBACH D'accord. Macron-Blanquer, donc ça se fera. JEAN-MICHEL BLANQUER Oui. Ça a vocation à se faire, bien sûr. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous voulez interdire dès 2018 le téléphone portable au collège. Les chefs d'établissement vous ont répondu en ironisant et en ne mettant pas trop de bonne volonté. Ils répondent : « Comment fait-on ? Un casier par élève, c'est-à-dire des centaines de casiers ? Un casier par classe ? » Il faudrait retrancher, disent-ils, dix minutes de cours pour déposer et récupérer le portable. Vous le ferez appliquer ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, bien sûr, on le fera appliquer. Simplement là aussi s'ouvre un temps de discussion sur les aspects pratiques. Le principe est fixé. On sait très bien que c'est très mauvais pour la concentration. Il peut y avoir d'ailleurs des exceptions. Un professeur peut demander qu'on prenne les téléphones portables parce qu'il y a un usage pédagogique, mais ça reste exceptionnel. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais vous n'en voulez pas au collège et au lycée. JEAN-MICHEL BLANQUER Non, parce que c'est un facteur de déconcentration, c'est un facteur de désordre, c'est parfois un facteur de harcèlement. Il y a déjà des établissements qui savent l'interdire, donc on prendra exemple sur les modèles réussis. JEAN-PIERRE ELKABBACH Le numérique et la formation permanente, c'est la mission donnée par le président de la République dans le discours qu'il a prononcé hier à la Sorbonne devant des étudiants. C'est Emmanuel MACRON, l'Européen, qui parle des universités. EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DISCOURS DU 26/09/2017 Je propose la création d'universités européennes qui seront un réseau d'universités de plusieurs pays d'Europe mettant en place un parcours où chacun de leurs étudiants étudiera à l'étranger et suivra des cours dans deux langues au moins. Des universités européennes qui seront aussi des lieux d'innovation pédagogique, de recherche d'excellence. Nous devons nous fixer d'ici à 2024 d'en construire au moins une vingtaine mais nous devons, dès la prochaine rentrée universitaire, structurer les premières avec de véritables semestres européens et de véritables diplômes européens. JEAN-PIERRE ELKABBACH Comment vous appliquez et déclinez cet appel de la Sorbonne ? JEAN-MICHEL BLANQUER En travaillant avec nos partenaires européens. Je pense qu'Emmanuel MACRON a ouvert des pistes extrêmement intéressantes hier. Je sais, parce que je discute avec mes homologues européens, que ça rencontre un écho puisque s'il y a bien une chose que tout le monde retient de la construction européenne, c'est le programme Erasmus pour les étudiants. On doit maintenant franchir un cran. J'en parlais tout à l'heure pour les professeurs, c'est vrai pour les élèves de collège, de lycée, pour les étudiants bien entendu. Il doit y avoir notre capacité, comme ç'a été le cas d'ailleurs dans certains siècles précédents, à circuler en Europe. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et d'abord, il faut améliorer les universités françaises avec Frédérique VIDAL. JEAN-MICHEL BLANQUER On les améliorera, on les améliorera de cette façon justement. C'est-à-dire qu'on sera plus fort et on sera à la fois plus ouvert et plus capable d'exercer notre souveraineté scientifique si nous faisons cela. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc il faut moderniser les universités françaises, il vous en donne la mission. On a entendu hier les initiatives du président de la République visionnaire inspiré de l'Europe et il est à la fois critiqué ou soutenu pour ce qu'il a proposé. Il multiplie dans son adresse les « alors je vous dis », « et alors je vous dis », écoutez-le encore. EMMANUEL MACRON Je le dis à tous les dirigeants européens, je le dis à tous les parlementaires en Europe, je le dis à tous les peuples européens, vous n'avez qu'un choix simple : celui de choisir de laisser un peu plus de place à chaque élection aux nationalistes, à ceux qui détestent l'Europe, ou vous avez le choix de prendre vos responsabilités partout et de vouloir cette Europe en prenant tous les risques, chacun dans nos pays. Parce que cet attachement, au cœur nous devons l'avoir. J'ai choisi. Je vous remercie. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il a choisi. Et comment donner envie d'Europe - ce continent qui est le nôtre et qui a longtemps été une Terre de sang, comme on l'a dit - de donner envie d'Europe à des peuples qui n'y croient plus ? JEAN-MICHEL BLANQUER On peut dire ça comme ça, en effet. Je pense que sur ce sujet fondamental comme sur d'autres sujets comme l'école, le message d'Emmanuel MACRON, c'est : « Ne soyons pas sur la défensive. » Parce que quand on est sur la défensive, on ne fait que reculer les sacs de sable les uns derrière les autres. On doit être à l'offensive, on doit avoir des idées, on doit avoir une vision. On a la chance d'avoir un président qui nous propose cette vision, qui a réussi à gagner l'élection présidentielle justement en rétablissant un optimisme français. De toute ma vie, je n'ai jamais vu cet optimisme français et je le vois aussi quand je vais à l'étranger, l'optimisme. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est contagieux l'optimisme et la confiance ? JEAN-MICHEL BLANQUER Aujourd'hui, si vous voulez, ce qui change incroyablement si on se reporte ne serait-ce qu'à il y a quelques mois, ce qui est incroyable c'est que la France est devenue le pays que l'on regarde, le pays d'où viennent les bonnes nouvelles dans un monde où il n'y en a pas beaucoup. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous ne pouvez pas dire le contraire en tant que ministre du président MACRON choisi par lui. JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, mais même si je n'étais pas au gouvernement, je le dirais. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui. Dans l'école de la république laïque, comment on enseignera les religions ? JEAN-MICHEL BLANQUER Dans l'école de la république laïque, on fait d'abord respecter la laïcité. C'est un point fondamental, je l'ai dit. Je vais prendre un certain nombre de mesures dans ce sens, notamment pour venir en soutien des établissements où des problèmes se posent, donc on fait respecter cette laïcité. Et cette laïcité, bien entendu, n'est pas de l'athéisme, c'est évidemment le respect de toutes les religions. Vous savez, la laïcité c'est synonyme de liberté. On a la chance en France d'être une république laïque, ça signifie qu'on a la chance d'être dans un pays où l'Etat est neutre par rapport aux religions. JEAN-PIERRE ELKABBACH D'accord. Mais est-ce que vous dites : « Pas de prosélytisme » et en même temps : « Pas de signe ostentatoire de telle ou telle religion ? JEAN-MICHEL BLANQUER Bien entendu. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça, vous le maintenez. JEAN-MICHEL BLANQUER Forcément, oui. C'est la loi déjà, les règles sont là. Je n'ai qu'une chose à faire, si je puis dire, c'est de les faire respecter. JEAN-PIERRE ELKABBACH Dans la loi antiterrorisme, Gérard COLLOMB, Ministre de l'Intérieur, annonce que les policiers, les gendarmes, les personnels de l'administration pénitentiaire, les douaniers qui seraient soupçonnés de radicalisation seraient radiés ou licenciés. Est-ce qu'il faut faire la même chose pour les enseignants comme le demande Valérie PECRESSE ? JEAN-MICHEL BLANQUER Il y a bien entendu une interrogation à avoir chaque fois qu'il y a une dérive de ce type chez un personnel de la fonction publique, c'est évident. C'est un sujet sur lequel on va travailler. JEAN-PIERRE ELKABBACH Non mais vous avez senti quelques indices par-ci, par-là ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oui. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il y a eu des cas déjà ? JEAN-MICHEL BLANQUER J'ai bien sûr repéré déjà des cas et, bien entendu, donné des instructions quand je vois que quelque chose ne va pas. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc vous voulez redresser l'école ? Vous voulez relancer, adapter l'éducation, mais n'est-ce pas déjà, si je peux me permettre, le passé avec des savoirs et des méthodes qui sont déjà obsolètes ? Comment on va transmettre l'avenir ? Comment le faire ? Comment rendre, j'ai envie de dire, l'esprit souple, inventif, curieux, créatif ? Parce qu'en ce qui concerne l'intelligence, il y a déjà les services que va rendre l'intelligence artificielle ? JEAN-MICHEL BLANQUER Nous rentrons dans un nouveau monde, nous sommes rentrés dans un nouveau monde et un certain d'évolutions s'accélèrent, notamment les évolutions technologiques. Pour moi, vous savez, la question centrale de notre temps, de l'époque que nous vivons qui est une époque large, c'est comment est-ce qu'un monde de plus en plus technologique peut être quand même un monde de plus en plus humain ? Evidemment, une des réponses centrales à cette question, c'est le rôle de l'école. Pour ça, il faut avoir une position d'équilibre. L'équilibre, c'est premièrement donner à chaque enfant des racines, de lui donner une capacité à lire, écrire, compter, connaître son histoire, sa géographie, avoir une culture générale. Vous voyez, je travaille beaucoup avec la Ministre de la Culture sur la question des arts, de la musique, de tous ces éléments qui, notamment à l'école primaire dans les premières années de la vie, vous donnent les bases, vous donnent l'assise dans la vie, le socle sur lequel vous allez tout déployer ensuite et une capacité d'adaptation. Et puis deuxièmement, il faut aussi une capacité à s'adapter, une capacité à par exemple maîtriser les technologies d'où l'importance du numérique à l'école, notamment au collège et au lycée. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous l'avez souligné déjà dans le livre publié il y a trois ans mais il y a une accélération. Est-ce que vous avez lu « La guerre des intelligences » de Laurent ALEXANDRE ? JEAN-MICHEL BLANQUER Non mais j'ai prévu de le lire, oui. JEAN-PIERRE ELKABBACH Je vous l'offre. Parce qu'en plus, il vous est dédié, à tous les enseignants, qui exercent, dit-il, « le métier le plus important du XXème siècle. » JEAN-MICHEL BLANQUER Merci beaucoup. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il dit : « Les petits-enfants de nos enfants n'iront plus à l'école. Le savoir sera transmis par d'autres moyens, la révolution est en cours. On n'aura même plus besoin de salle de classe. » Donc vous préparez l'école aussi de 2040. JEAN-MICHEL BLANQUER Sur ce point, Laurent ALEXANDRE dit toujours beaucoup de choses très visionnaires et intelligentes. Sur ce point, l'avenir le dira mais je ne suis pas sûr d'être d'accord parce que je pense que plus on va avoir ce monde technologique et plus on va avoir besoin de lieu où on est ensemble, où il y a de l'humanité, et ça c'est fondamental. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais la difficulté, c'est de préparer à des métiers qui n'existent pas encore. JEAN-MICHEL BLANQUER Oui. C'est pour ça qu'il faut préparer à des compétences. Par exemple, en ce moment on fait une expérimentation dans les lycées professionnels sur le numérique pour montrer que les lycées professionnels peuvent être à la pointe des compétences numériques. On aura des évolutions d'enseignement professionnel dans le futur montrant que, pour les métiers du futur, l'enseignement professionnel peut être à la pointe. JEAN-PIERRE ELKABBACH Nous avons tous en mémoire, et on va terminer par-là, les images terribles des écoles dévastées de Saint-Barthélemy et surtout de Saint-Martin où vous étiez. Vous avez promis d'y retourner au moment de la reprise des classes à la Toussaint. Où en sont les travaux de reconstruction ? JEAN-MICHEL BLANQUER C'est un sujet que je regarde quotidiennement. C'est un sujet difficile puisque le cyclone a vraiment abattu beaucoup de bâtiments. Il y a tout un travail qui est fait par la collectivité locale et puis les services de l'Etat en ce moment-même. JEAN-PIERRE ELKABBACH Les cours vont reprendre à la date prévue ? JEAN-MICHEL BLANQUER Il y a déjà quelques petites activités qui ont commencé à reprendre et nous avons toujours cet objectif de reprise des cours à la rentrée des vacances de la Toussaint. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que vous tiendrez votre promesse ? Est-ce que vous irez ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, j'irai. Bien sûr. JEAN-PIERRE ELKABBACH Quand ? JEAN-MICHEL BLANQUER Je pense que le Premier ministre va y aller. Je pense que j'irai avec lui après les vacances de la Toussaint. JEAN-PIERRE ELKABBACH Après les vacances de la Toussaint ? JEAN-MICHEL BLANQUER C'est à préciser encore mais, bien entendu, j'ai promis que j'irai et je vais y aller. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous n'irez pas seul, vous irez avec lui. Très bien. Merci d'être venu et on a envie de vous dire : « Donnez des chances à la conscience et à la poésie sur les algorithmes. » Que ce ne soit pas trop brutal pour nous. JEAN-MICHEL BLANQUER Il faut faire le pari de la personne humaine, le pari de l'homme. C'est absolument fondamental. C'est l'éducation qui définit l'être humain et donc c'est absolument fondamental d'avoir l'institution de l'éducation, c'est-à-dire l'école, au coeur de la société. C'est pour ça qu'on a besoin d'avoir la confiance de la société française autour de son école. C'est aussi mon travail de réussir ce cercle vertueux de la confiance. JEAN-PIERRE ELKABBACH Merci d'être venu, et puis vous reviendrez. JEAN-MICHEL BLANQUER J'espère. Merci. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est très important l'éducation. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/557.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/557.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3a02a766d80b1470b848de4546f62b4565ad6c6c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/557.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet d'Ile de France, Monsieur le Préfet de Police, Monsieur le Recteur, Chancelier des Universités, Monsieur le Président Carenco, Mesdames et Messieurs les directeurs généraux, Mesdames et Messieurs les préfets, Mesdames et Messieurs, C'est un plaisir pour moi de m'exprimer devant vous, dans ce lieu prestigieux, après des intervenants dont je connais la pertinence des analyses, qu'ils viennent de la sphère politique, de la fonction publique, du monde de l'entreprise ou de celui de l'université et de la recherche. Je veux remercier chaleureusement Jean-François Carenco, Président de l'association du corps préfectoral et des hauts fonctionnaires du Ministère de l'Intérieur, pour son invitation. Vous remercier tous de votre présence ce soir. Elle montre combien le corps préfectoral et les hauts fonctionnaires du Ministère de l'Intérieur, ont le désir profond de se nourrir des apports les plus récents de la recherche, de s'ouvrir aux idées nouvelles, d'entretenir un dialogue fécond avec de grands intellectuels. Et je m'en félicite, car c'est comme cela, en articulant pensée de long terme et action au quotidien que l'on peut faire évoluer un pays, que l'on peut instiller cette dynamique qui nous permettra de répondre aux grands défis de notre société. 1. Les symptômes de la crise Cher Jean-François Carenco, le thème que vous avez choisi : « l'État de la République : quelle démocratie pour demain » est à coup sûr au cœur de notre actualité. Car aujourd'hui, il y a, nous pouvons le constater, une vraie interrogation sur l'état de la République, et l'avenir notre démocratie. Parmi vos invités, vous avez convié Marcel Gauchet qui met au cœur de ses réflexions la thématique du désenchantement du monde. Et c'est vrai, la période électorale que nous venons de vivre l'a amplement montré, beaucoup doutent de l'avenir, et après une période où l'on croyait presque unanimement en la promesse d'un progrès sans cesse renouvelé, il y a aujourd'hui une vraie peur d'une régression économique, d'une régression sociale, sur laquelle s'enracine une crise morale qui touche bien des esprits. Cette crainte-là, si elle est prégnante aujourd'hui n'est pas nouvelle dans l'Histoire. Le désenchantement démocratique est né en même temps que la démocratie elle-même : sous l'Athènes classique, des auteurs comme Hérodote ou à Thucydide dissertaient déjà sur ce sujet. Jamais cependant la crise que nous connaissons n'avait, depuis l'après-guerre, atteint un tel sommet. Vous avez invité pour cette journée quelques spécialistes des enquêtes d'opinion et des analyses électorales. Tous ont souligné comment depuis des années, l'abstention politique montait en puissance dans nos grands pays démocratiques. En juin dernier par exemple, un électeur sur deux ne s'est pas déplacé en France à des élections législatives pourtant déterminantes pour l'avenir du pays. Au dernier scrutin européen en 2014, plus de 60% des inscrits ne sont pas allés voter, alors même que l'Europe devrait constituer un horizon mobilisateur. Oui, les Français désertent les urnes. Et s'ils ne le font pas dans les mêmes proportions que les Slovaques 87% d'abstention aux européennes de 2014, ou que les Tchèques 77% d'abstention à ce même scrutin, notre Nation qui fut celle de la reconnaissance des droits de l'homme, qui, la première, institua le suffrage universel, porte aujourd'hui tous les symptômes d'une démocratie malade. En évoquant la profondeur de l'abstention, je me réfère à la moyenne nationale. Mais comment ne pas voir que dans certaines communes, dans certains quartiers, la situation est plus critique encore. Sait-on par exemple que dans les territoires les plus paupérisés de nos grandes agglomérations, près de 80% d'électeurs ne se déplacent pas. Sait-on que dans les zones de la France périphérique qu'a décrite tout à l'heure Christophe Guilluy, cette France touchée de plein fouet par la désindustrialisation, il est souvent moins d'un électeur sur quatre à aller voter. Sait-on que chez les jeunes de moins de 35 ans, dans cette génération qui n'a jamais connu d'autres horizons que la crise et le chômage de masse, l'abstention bat un record ? Mesdames et Messieurs, quand une frange aussi importante de la population se désintéresse d'échéances électorales qui sont pourtant décisives pour l'avenir d'un pays, quand, au-delà, toutes les institutions démocratiques - organisations syndicales, partis politiques et même sphère médiatique - font l'objet d'un doute profond, quand on préfère aller sur les réseaux sociaux pour se faire une opinion ; alors oui, on peut parler d'une crise de la démocratie. Et que dire de la montée des populismes ! Quand l'Allemagne donne 13% des voix à un parti d'extrême droite en portant 94 de ses membres au Parlement, alors oui, pour reprendre la formule de Marcel Gauchet, on ne peut que consentir que constater que s'est installé partout en Europe un vrai « désenchantement ». D'où provient-il ? Pour moi du fait que nous sommes sans doute aujourd'hui dans l'intervalle entre deux mondes. Vous connaissez tous la formule de GRAMSCI. « La crise, c'est quand le vieux monde se meurt et que le nouveau tarde à apparaître. Et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Eh bien oui, il est à craindre que dans la crise que nous connaissons aujourd'hui, ne puissent renaître des monstres. Ils peuvent prendre des formes différentes, renaissance des vieux nationalismes, apparition de nouveaux populismes, nouvelle forme de totalitarisme qui prétend imposer la religion comme hier on prétendait imposer la suprématie de la race. Ces monstres, on voit bien qu'ils prospèrent sur la fin de nos solidarités traditionnelles, sur la difficulté à produire du collectif et où la figure qui domine est ce que le philosophe Gilles Lipovetsky appelle l' « hyperindividu ». Ces monstres prospèrent sur un monde où, les valeurs que nous portons semblent parfois « sonner creux ». Les uns s'appuient sur la désespérance de couches populaires traditionnelles, frappées de plein fouet par le déclin des industries anciennes et la pensée que la société d'aujourd'hui, faite de technologies nouvelles et d'ouverture au monde, n'est décidément pas faite pour eux. Pourquoi, se disent-ils, ne pas fermer ses frontières, là où l'ouverture a failli. Pourquoi ne pas privilégier le repli identitaire, là où pensent-ils - plane la menace d'une dilution de notre nation. Le passé nous a montré à quelle catastrophe peut conduire un tel désespoir. Il y a ensuite celles et ceux qui rejettent toute institution au nom d'une démocratie qui serait celle du peuple, contre les élites, ou même contre le suffrage universel. Pour ceux-là, il n'y a de vérité que dans la contestation et, pour reprendre leur vocabulaire, dans la montée des luttes. J'appartiens à une génération qui a pu constater où de telles proclamations avaient pu mener, avec un rideau de fer qui était tombé sur une partie de l'Europe. Enfin, dans un autre registre, il y a cette menace originellement venue de l'extérieur, qui a endeuillé notre pays ces dernières années : je veux parler du terrorisme. Lui aussi, d'une certaine manière, prospère sur la crise de notre démocratie. Il recrute dans ces quartiers ghettoïsés, où trop de jeunes n'ont eu d'autre perspective que le chômage et la marginalisation voire la délinquance. Il fait miroiter une sorte de destin héroïque que la République n'est plus capable d'offrir. Certes les facteurs de radicalisation ne se limitent évidemment pas à des causes sociologiques. Mais elles ont à voir, quelque part, à ce désenchantement qui a gagné nos sociétés occidentales. Le Président de la République le dit quelquefois : nous avons laissé se développer un terreau sur lequel sont enracinées les pires des vocations. 2. Une crise de résultats D'autres causes ont été invoquées pour expliquer notre crise démocratique. Dans cette journée, on a parlé tour à tour du problème de la déconnexion entre les élites et le peuple, de celui de la représentativité de nos grandes assemblées ; je sais qu'on a pu appeler à réformer nos institutions, à multiplier les espaces démocratiques pour compléter cette démocratie inachevée si bien décrite par Pierre Rosanvallon. Toutes ces thématiques sont évidemment importantes. Et en tant qu'élu local, j'ai été de ceux qui très tôt ont fait en sorte que dans mes équipes la diversité de la société soit représentée ; comme j'ai été de ceux qui très tôt ont associé les citoyens aux décisions pour que la démocratie ne dure pas le seul temps de l'élection mais qu'elle puisse être un travail, une réalité de tous les jours. Je suis donc pleinement conscient de tous les manques du modèle démocratique français mais pour ce qui me concerne j'ai une conviction profonde : c'est que la crise démocratique que nous vivons est, avant tout, une crise de résultats. Une crise de résultats, car quand, dans un pays, on dénombre 3.5 millions de chômeurs et que chacun, dans son entourage, compte une ou plusieurs personnes exclues du marché de l'emploi, on ne peut s'étonner que progressent la désespérance et que les votes se portent aux extrêmes. Une crise de résultats car quand, dans un pays, une majorité de jeunes étudiants renoncent à leurs études sans l'obtention d'aucun diplôme supérieur, on ne peut s'étonner que beaucoup ressentent quelque amertume vis-à-vis de la société. Une crise de résultats car quand certains quartiers n'en finissent pas de se paupériser, de se ghettoïser, on ne peut s'étonner d'aboutir à des dysfonctionnements majeurs. Quand la fracture devient profonde entre les territoires qui réussissent et ceux qui connaissent un inexorable déclin, alors il ne faut pas s'étonner que monte la colère, la lassitude face à ce qui apparaît comme un système auquel certains n'auront jamais accès. Alors monte le sentiment d'une France qui se sent aujourd'hui totalement abandonnée. Nous vivons une crise de résultats enfin, car de la grande panne économique naît la violence, dans nos villes grandit l'anxiété quant à sa sécurité. Qui alors peut incarner l'essence même du pouvoir de l'État, ce pouvoir régalien qu'on est de moins en moins capable d'exercer ? C'est cela, une certaine réalité telle qu'elle est perçue par beaucoup de Français. Vous, membres du corps préfectoral et de la haute administration, vous qui, par vos fonctions, êtes au plus près de la réalité quotidienne, vous connaissez bien ce que peut être leur sentiment. C'est une réalité crue, difficile où vous êtes confrontés à des parcours parfois chaotiques ; avec des femmes et des hommes qui ont l'impression que devant eux toutes les portes se referment où partout se développe un sentiment de déclassement, à la fois collectif on se demande si la France est encore une grande puissance, et individuel on s'interroge en pensant que soi-même on vit moins bien que ses parents et que ce sera pire encore pour ses enfants. 3. Comment agir ? Mesdames et Messieurs, Beaucoup a été dit, beaucoup a été écrit, sur cette crise de résultats, sur la grande panne de l'économie française, sur l'incapacité de notre pays à mettre en oeuvre ces réformes de structure quand nos voisins allemands, scandinaves, y sont parvenus. Mais pour ce qui me concerne, je suis un optimiste convaincu. Car je vois partout cette formidable énergie qui pousse une partie de notre jeunesse à innover, à créer, que ce soit dans le domaine entrepreneurial ou dans le domaine associatif. Car je perçois chez beaucoup de nos compatriotes, une envie d'aller de l'avant, de se rassembler, pour dépasser ensemble nos difficultés. Notre responsabilité à nous, responsables politiques, préfets, hauts fonctionnaires, est de tout mettre en oeuvre pour libérer cette énergie. De faire en sorte que l'État ne soit pas considéré comme un État tatillon comme il a pu être perçu par le passé. Mais qu'au contraire, en partenariat avec les collectivités locales, la puissance publique puisse impulser, innover, accompagner cette transformation en profondeur de notre économie et de notre société. 3.1. Des préfets forts, des collectivités fortes Pour atteindre cet objectif, ma conviction de Ministre de l'administration territoriale, mais aussi d'ancien Maire, est qu'il convient de s'appuyer, sur nos territoires, sur des préfets forts et des collectivités locales fortes. Des préfets forts, d'abord. Je le dis souvent, alors que depuis des décennies, on inscrit dans nos discours, on se réfère dans nos circulaires, au beau principe de déconcentration ; dans la réalité on constate que s'est parfois opérée une recentralisation rampante de notre État. En premier lieu parce que, pour décider d'un projet, même très local, il faut souvent défendre sa cause à Paris. Ensuite parce que le législateur a cherché à légiférer sur tout, à tout réglementer. Cette logique dont, je le sais, les préfets souffrent, a contribué à creuser un fossé entre le citoyen et un État trop souvent perçu comme un Léviathan lointain et sans visage. Je suis de ceux qui pensent qu'il est impératif d'inverser la tendance, en donnant aux représentants de l'État dans les territoires toute latitude pour faire des choix, pour rapprocher l'action publique des citoyens. C'est pour cela que, sur un sujet comme la sécurité, j'ai par exemple décidé que dès l'année prochaine, une partie des crédits seraient gérés par les responsables locaux. C'est pour cela aussi que s'agissant des subventions d'investissement dans les territoires, je souhaite que l'administration territoriale joue tout son rôle. Dans le budget 2018, nous avons maintenu à un niveau exceptionnellement de financements, à hauteur de 1.8 milliards d'euros. Ce sera là encore les préfets qui auront à décider des projets financés. Enfin parce que les contraintes, les besoins, ne sont pas les mêmes dans une ville-monde comme Paris ou au cœur d'un département comme la Lozère, je souhaite donner la possibilité aux préfets non plus seulement d'interpréter la loi et les règlements, mais de l'adapter aux contextes locaux. Il s'agit d'une petite révolution dans notre pays marqué par une tradition jacobine forte. Mais, parce que nous n'avons pas été élus pour faire « comme on a toujours fait », nous la mènerons. Dès les mois à venir, cette possibilité de dérogation sera expérimentée pour deux régions métropolitaines et une région d'outre-mer. Il faut donc des préfets forts. Il faut aussi des collectivités fortes. Vous le savez, les Maires, les élus locaux, sont aujourd'hui les responsables qui recueillent le plus haut niveau de confiance de nos compatriotes. Ce plébiscite n'est pas dû au hasard. Il est le fruit d'une juste perception des Français qui les considèrent comme étant proches de leurs préoccupations. Il faut savoir faire fructifier ce capital. Donner des capacités d'action à ces élus qui, souvent bénévolement, ne ménagent pas leur temps, pour se mettre au service de l'intérêt général. C'est pour cela que ce gouvernement a souhaité nouer un pacte de confiance avec les collectivités locales. Pour leur donner les moyens de continuer à investir, et donc de porter ces projets qui changent la vie des habitants, leur donnent confiance en l'avenir. Les concours financiers aux collectivités locales seront ainsi maintenus, la dotation globale de fonctionnement augmentée pour la première fois depuis 4 années de 0.4%. Mais notre action n'est pas seulement financière. Nous entendons aussi porter une différenciation de notre organisation institutionnelle, pour que les réponses apportées aux populations ne soient plus uniformes mais sur-mesure, adaptées à la réalité socio-économique des territoires. Ainsi, les plus grandes métropoles pourront, sur la base du volontariat, fusionner avec le département, et ainsi exercer des compétences sociales. Mesure d'efficacité permettant de réduire la dépense. Mesure destinée aussi à mieux accompagner ceux qui, dans les villes, se sentent exclues de la mondialisation. Ils trouveront dans la Métropole un interlocuteur privilégié qui les accompagnera dans leur parcours d'insertion, qui les mettra en lien avec le monde économique. Il y a ensuite cette France périphérique, qui pâtit à la fois de la désindustrialisation et, double peine, d'un manque d'infrastructures, d'équipements publics, de services publics. Là, il faut s'appuyer sur des intercommunalités fortes, capables de mobiliser les premières antennes universitaires et, à partir d'elles de créer des centres de recherche, de faire monter en gamme nos PME et nos ETI, de faire surgir, par l'innovation, un premier niveau d'industrie performante. Des intercommunalités capables aussi de développer, une offre de transports communs, une programmation sportive et culturelle, en un mot de redonner un peu de vie à ces territoires. Enfin, dans la France rurale, c'est autour de départements renforcés, peut-être même dans certains cas fusionnés, que l'on pourra porter des politiques de développement économique, d'infrastructures, pérenniser des politiques sociales. Oui, je crois profondément qu'aucun territoire n'est a priori condamné. Partout, il est possible de s'appuyer sur une histoire, des savoir-faire, des atouts, pour porter l'avenir. 3.2. Une France forte dans une Europe forte. Voilà, Mesdames et Messieurs, comment par des réformes de structures, il est possible de répondre à cette crise démocratique. Ces questions d'organisation sont essentielles, les préfets le savent bien qui dans nos territoires sont comme des orfèvres de l'action publique. Elles n'épuisent pas toutefois le sujet de la réponse à la crise de résultats que j'évoquais. Car il convient aussi être capable d'adapter notre pays à la grande mutation que connaît notre monde. De mener à bien ces réformes qui, comme le soulignait le Président de la République dans son discours sur la colline de la Pnyx, n'ont pas été menées depuis trente ans. Que dis-je, ces réformes ? Non, c'est une véritable transformation de notre modèle à laquelle il convient de procéder, pour construire une France forte. Une France forte avec, d'abord une économie forte. Tous les experts le montrent, depuis le début des années 2000, nos entreprises avaient beaucoup perdu en compétitivité. Parce que leurs charges étaient trop lourdes, elles avaient du compresser leurs marges, qui ont atteint en 2013 un plus bas historique à 28% contre 40% en Allemagne. Et parce qu'elles avaient compressé leurs marges, elles avaient cessé d'investir, perdant en vingt ans la moitié de leurs parts de marché mondiales, avec la destruction de 700 000 emplois industriels. La reconquête de cette compétitivité perdue a commencé avec le CICE et le pacte de responsabilité : les marges aujourd'hui se redressent, les créations d'emplois repartent la hausse (300 000 emplois créés ces douze derniers mois). Il faut aujourd'hui passer à la vitesse supérieure. En créant un cadre fiscal et réglementaire favorable à l'investissement privé. Et vous savez que budget prévoit ainsi 6 milliards de baisses d'impôts sur les entreprises. En donnant à notre tissu économique davantage de souplesse pour se redéployer, pour éventuellement changer de secteur d'activité : c'est la loi de réforme du code du travail. En portant l'effort sur l'investissement public, et c'est le plan de 57 milliards d'euros présenté par le premier ministre, qui vise à la fois à soutenir l'émergence de technologies nouvelles et, avec le plan formation, à accroître les qualifications de tous les salariés à commencer par ceux qu'hélas notre système éducatif a laissé sortir sans diplôme. Tout cela, et c'est évidemment là que la complication devient forte, il faut le faire en réduisant notre dette, car on ne sait ce que peuvent devenir les taux d'intérêt à moyen terme et ce que peut être la volatilité des marchés. Nous sommes conscients qu'il n'est pas viable de consacrer chaque année plus de 40 milliards d'euros au remboursement des intérêts de la dette, soit l'équivalent des budgets réunis de la Défense, de la Justice et de la Culture. C'est pourquoi le déficit sera sous la barre de 3% du PIB dès cette année et qu'il sera réduit à 2.6% l'année prochaine. Cette trajectoire de réduction des déficits est ambitieuse mais elle ne sera ne sera pas menée de manière uniforme. Car nous le savons, le coup de rabot s'est révélé par le passé funeste. La réduction de la dépense publique doit passer au contraire par ces réformes de structure que j'ai précédemment évoquées. Mesdames et Messieurs, C'est parce que nous ferons cela que les pays étrangers verront que la France bouge, qu'à l'extérieur, nous retrouverons de la crédibilité et que nous pourrons nous engager sur ce qui doit constituer notre horizon : la construction d'une Europe forte. Car je l'ai dit, le désenchantement français est grandement lié au sentiment collectif de notre déclin, de notre perte d'influence. A nous seuls, certes ! Si on regarde par exemple le domaine de la Recherche & développement, la France y consacre 55 milliards de dollars, quand les États-Unis dépensent 460 milliards, et la Chine 375. Mais si l'Europe regroupait ses forces, alors elle deviendrait la première puissance de recherche au monde. Sur le plan diplomatique et de la défense, nous pesons encore. Mais regardons quelle serait la force d'une Europe unifiée. Oui, si nous voulons retrouver notre souveraineté, si nous voulons redonner un espoir à nos concitoyens, j'allais dire produire un récit mobilisateur, il faut que notre pays soit à l'avant-garde de la construction de l'Europe. Une Europe de l'innovation et de la croissance, capable d'investir dans les infrastructures, de mutualiser les efforts des pays membres pour faire émerger des champions dans les grands secteurs d'avenir, en un mot capable de reconquérir un leadership perdu face aux géants américains et chinois qui, dans un domaine comme le numérique, sont, on le voit bien aujourd'hui, en position hégémonique. Une Europe de la sécurité et de la défense, capable de parler d'une voix forte sur la scène internationale, de défendre ses intérêts sur des sujets qui la concernent. Et quand le Président Macron évoquait ici-même une force commune de défense, quand il lance l'idée d'une Agence européenne du renseignement, qui serait capable de développer les techniques les plus sophistiquées du monde, évidemment que cela doit nous mobiliser. Et puis l'Europe, Mesdames et Messieurs, c'est la seule grande puissance à défendre ce modèle si singulier de démocratie sociale de marché, à la fois ouverte sur le monde et protectrice des femmes et des hommes ; c'est la seule grande puissance à défendre une certaine idée de l'homme, née à Athènes voilà 2500 ans, revisitée au XVIème siècle dans les villes françaises et italiennes et qui s'exprime encore aujourd'hui à Paris, à Berlin, à Rome ou à Madrid. « Quelle démocratie pour demain ? » : telle est la question que, cher Jean-François Carenco, vous posez. Eh bien je répondrais ainsi : une démocratie qui a à nouveau les moyens d'agir, et, parce qu'elles les a, est capable de réenchanter un avenir commun. Une démocratie qui pourra alors porter très haut dans le monde ces valeurs humanistes et pourra redevenir, pour bien des pays, une source d'inspiration. Mesdames et Messieurs, Je vous ai livré ce soir quelques convictions fortes qui guident mon action comme Ministre de l'Intérieur. Ces convictions, je les ai formées à partir d'une expérience de terrain, à partir de la pratique d'un Président de grande métropole, à partir d'une connaissance des grandes villes et des grands pays du monde. Ces convictions ne seraient rien si elles n'étaient pas capables de s'appuyer sur l'action. Oui, je suis de ceux qui pensent que pour répondre au malheur français il faut de l'action, encore de l'action, toujours de l'action. C'est cette action qu'en tant que responsables, nous devons impulser partout. Et le meilleur hommage que nous pourrons rendre au préfet Claude Erignac c'est d'être digne de lui, dans la haute idée qu'il avait de l'action de l'État, qu'il se faisait de la République. Cette République, vous comme moi, nous y croyons profondément. Ce sont ses valeurs qui me guidaient hier. Ce sont elles qui me guident aujourd'hui. Que vive la République ! Et que vive la France ! Merci à tous. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/558.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/558.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..eb048d2a880e7b26c4d8b831af75f4e6b85dc9d7 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/558.txt @@ -0,0 +1 @@ +NICOLAS DEMORAND L'invité de France Inter jusqu'à 09h est le ministre de l'Intérieur. Bonjour Gérard COLLOMB. GÉRARD COLLOMB Bonjour. NICOLAS DEMORAND On a appris au milieu de la nuit qu'un engin explosif a été découvert samedi matin dans le 16ème arrondissement de Paris, visiblement, on est passé à ça de quelque chose de très grave ? GERARD COLLOMB Oui, bien sûr. Cela montre que le niveau de la menace en France est extrêmement important et que toutes celles et tous ceux qui pensaient que, finalement, les choses étaient terminées, et qu'il fallait desserrer finalement la capacité de nos services à aller de l'avant, à essayer de regarder, d'avoir des renseignements, eh bien, ils se trompaient, parce que, oui, nous sommes toujours en état de guerre, même si Daesh a connu des défaites militaires. NICOLAS DEMORAND Sur cet événement précis de la nuit de samedi, cinq bombonnes de gaz, deux d'entre elles arrosées quatre bombonnes de gaz, pardon deux d'entre elles arrosées d'essence, on parle d'un jerrican de 20 litres. Le Point indique que plusieurs tentatives de mise à feu ont eu lieu, est-ce que vous pouvez le confirmer ce matin ? GERARD COLLOMB Je ne peux pas le confirmer, les services donc sont sur l'enquête, ce que je peux vous dire simplement, c'est que parmi les personnes qui ont été arrêtées, l'un était fiché au fichier FSPRT, ça veut dire donc radicalisé. NICOLAS DEMORAND Dernière question sur cet événement dans la nuit de samedi à Paris, pourquoi cet immeuble, boulevard Exelmans, enfin, juste à côté, est-ce que vous avez une piste, une idée, un début de réponse ? GERARD COLLOMB Je ne sais pas, est-ce que faire sauter un immeuble dans un quartier chic de Paris, ce n'était pas aussi un signe que personne n'est en tranquillité, et que cela ne se passe pas simplement dans la banlieue, dans les quartiers un peu populaires, mais que cela peut se passer partout en France. NICOLAS DEMORAND Comment c'est possible qu'un tel homme soit fiché et pas surveillé, Gérard COLLOMB ? GERARD COLLOMB Ah, les personnes sont surveillées, lorsqu'on est fiché au fichier SPRT, on est surveillé, mais effectivement, on peut toujours passer par l'intermédiaire d'amis du réseau justement à l'acte, vous voyez ce qui est difficile aujourd'hui, c'est que vous surveillez quelqu'un, mais autour, il y a une nébuleuse, qui, elle, n'a pas jusqu'à présent émis, on va dire, de propos qui montrent la radicalisation, mais qui en fait sont radicalisés et prêts, effectivement à venir en aide à celui qui est déjà fiché au FSPRT. NICOLAS DEMORAND Sur l'attentat de Marseille, comment est-il possible, en 2017, d'avoir autant d'identités différentes, à l'heure des fichiers de police, des bases de données, à l'heure de l'informatique, il a fallu que cet homme tue à Marseille deux personnes pour qu'on s'aperçoive de ce millefeuille de mensonges ? GERARD COLLOMB C'est évidemment la question que je me pose, et sur laquelle j'ai demandé une enquête. En fait, il y a une enquête sur les faits précis, comment a-t-il été possible que cette personne ne soit pas placée en centre de rétention, ça, c'est la première question. La deuxième question, à laquelle il faudra qu'on réponde, c'est de savoir comment effectivement on peut avoir sept identités différentes et donc ne pas, un moment donné, devoir donner des comptes à la police et à la justice. Donc sur ces deux points, je vais, avec mon administration, essayer d'apporter des réponses pour qu'un tel drame ne se reproduise plus, voyez, l'ancien maire de Lyon, c'est une victime lyonnaise, donc ça me touche d'autant plus. NICOLAS DEMORAND Il y a eu dysfonctionnement d'après vous, avant même cette enquête, si vous demandez à ce qu'il y ait enquête, c'est qu'il y a eu visiblement quelque chose qui s'est très mal passé, notamment, à la préfecture… GERARD COLLOMB Eh bien, en tout cas, si vous voulez, je ne vois pas comment une personne comme cela, avec, effectivement, sept identités, dont on avait perdu la trace pendant quelque temps, puisqu'il était parti de France, et il vivait en Italie, avec d'ailleurs des papiers italiens, c'est-à-dire qu'autant, il était en situation irrégulière en France, il était en situation régulière donc en Italie, et il venait avec un passeport depuis Carthage, qui était valable. NICOLAS DEMORAND C'est possible encore, aujourd'hui, ça, en 2017… GERARD COLLOMB Mais, ça montre, si vous voulez qu'il faut… NICOLAS DEMORAND Il faut resserrer la vis, là… GERARD COLLOMB Ça montre qu'il faut en tout cas, entre les pays, échanger beaucoup, voyez, on a eu une grande discussion dans la loi que j'ai fait passer la semaine dernière, et qui va être adoptée de manière officielle aujourd'hui, sur ce qu'on appelle le PNR, c'est-à-dire la capacité à pouvoir contrôler l'extérieur de nos frontières et contrôler les voyages. Il y a beaucoup de gens qui s'élèvent contre ces possibilités, qui disent, effectivement, que c'est liberticide de pouvoir contrôler, eh bien, on s'aperçoit que c'est extrêmement utile, et que si on ne le fait pas, on aboutit à des attentats comme celui-là. NICOLAS DEMORAND Et on s'aperçoit aussi que l'Europe reste une passoire après tant d'attentats, Gérard COLLOMB. GERARD COLLOMB Oui, bien sûr, parce qu'un certain nombre de pays aujourd'hui n'ont pas les systèmes que nous connaissons en France… NICOLAS DEMORAND L'Italie ? GERARD COLLOMB Le niveau de surveillance, et donc on croit avoir finalement fait de l'Europe une Europe forte à ses frontières, mais qu'un certain nombre de pays, à l'intérieur, eh bien, n'ont pas cette organisation que nous pouvons avoir en France. NICOLAS DEMORAND Vous confirmez, qu'importe les critiques, Gérard COLLOMB, que l'état d'urgence sera bien levé au 1er novembre prochain ? GERARD COLLOMB Oui, il sera levé, mais en même temps, donc, nous allons faire passer la loi sur le renforcement de la sécurité intérieure, et la lutte contre le terrorisme. C'est une loi qui a été âprement débattue, parce qu'un certain nombre de gens disaient : mais il n'y a pas besoin de loi, il n'y a pas besoin de prendre des mesures pour maintenir dans un périmètre limité un certain nombre d'individus, il n'y a pas besoin de faire dessaisir et des visites pour regarder si les gens ne sont pas radicalisés, s'ils n'ont pas d‘armes sur eux, et on s'aperçoit combien c'était utile. NICOLAS DEMORAND Gérard COLLOMB, une dernière question avant la revue de presse, et c'est une question qui s'adresse au ministre du maintien de l'ordre, est-ce que la police espagnole a eu la main trop dure pour empêcher le référendum, la tenue du référendum en Catalogne, on a pu voir les coups de matraque, les balles en caoutchouc, c'était trop ? GERARD COLLOMB Moi, je ne veux pas porter de jugement sur des pays étrangers, parce que vous voyez, on travaille en coopération entre les services espagnols et les services français, pour voir les conséquences de l'attentat de Barcelone, voir s'il y a effectivement des connexions avec la France. Donc je suis tenu à un certain devoir de réserve. NICOLAS DEMORAND Mais sur le référendum en Catalogne, je vois que vous ne voulez pas répondre ? GERARD COLLOMB Eh bien, écoutez, c'est aux Catalans et aux Espagnols de régler ce problème, vous savez, en France… NICOLAS DEMORAND Mais vous, en tant que spécialiste du maintien de l'ordre, Monsieur le Ministre de l'Intérieur ! GERARD COLLOMB En France, j'ai déjà beaucoup de problèmes, donc je ne vais pas m'occuper des problèmes des autres. NICOLAS DEMORAND Donc surtout, n'en parlons pas, c'est ça ? Il est 08h30, à tout de suite, après la revue de presse, on a pu voir votre sourire, Claude ASKOLOVITCH \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/559.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/559.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..64460ea81def85c46dcbd45a97109e3cb6161567 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/559.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-PIERRE ELKABBACH Bienvenu et merci d'être avec nous, Christophe CASTANER. Un attentat a été encore déjoué, on a échappé au pire. On a vu à Paris que quatre bonbonnes de gaz, un dispositif particulier de mise à feu, ont été découverts dans un immeuble du XVIème. C'est-à-dire qu'il y a des suspects qui ont été arrêtés dont l'un est un radicalisé surveillé. Ça ne s'arrête pas, ça ne s'arrêtera jamais. CHRISTOPHE CASTANER Le risque existe, le risque est permanent. Je crois qu'il serait faux de laisser penser qu'on pourrait, d'un claquement de doigts, dire : « La sécurité maximum est acquise, il n'y a pas de risque. » Je crois qu'il faut vivre avec le risque mais, en même temps, il faut se donner les moyens de combattre le risque. C'est le renseignement intérieur. JEAN-PIERRE ELKABBACH [propos inaudibles] CHRISTOPHE CASTANER Oui. On l'a en partie mais vous aurez toujours un tireur isolé, un fou, un malade, quelqu'un qui se laisse endoctriner très rapidement, que vous n'arriverez pas à maîtriser. Mais il faut investir massivement dans le renseignement. Il faut aussi de la présence de sécurité au quotidien et les forces Sentinelle ont encore fait leur démonstration dimanche, même si c'était trop tard pour ces deux jeunes filles auxquelles je pense au moment où je vous parle. Elles ont aussi fait la démonstration, les forces Sentinelle, de leur capacité d'intervention. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça veut dire que l'ennemi est sur le territoire national. CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr. JEAN-PIERRE ELKABBACH On le combat à l'extérieur et il est là aussi. CHRISTOPHE CASTANER Il faut agir contre le terrorisme à deux niveaux. D'abord à l'international, au Sahel et au Levant. Aujourd'hui, nos interventions militaires sont des mesures de protection des Français. Mais il faut aussi au quotidien frapper partout où c'est nécessaire. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous avez parlé de Marseille, Christophe CASTANER. Le tueur de Marseille, un Tunisien, qui était placé en garde à vue après un vol à Lyon, qui aurait dû être reconduit hors des frontières nationales. Gérard COLLOMB a demandé une enquête à l'administration. Il y a donc un grave dysfonctionnement évident. CHRISTOPHE CASTANER Il aurait dû être placé en centre de rétention administratif effectivement et il ne l'a pas été. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il paraît qu'il était saturé. CHRISTOPHE CASTANER Et donc le ministre de l'Intérieur, à juste titre, a demandé une inspection générale pour comprendre ce dysfonctionnement et si le dysfonctionnement est établi, il faudra qu'il y ait des sanctions. Ça n'est pas normal aujourd'hui que, pour des raisons de saturation à un moment donné, on puisse ne pas faire appliquer la loi. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais déjà, déclencher une enquête c'est reconnaître qu'il y a une faute. Elle sera probablement confirmée mais vous dites qu'elle sera sanctionnée. CHRISTOPHE CASTANER C'est penser qu'il y a une faute et les faits qui ont été rapportés par le procureur montrent effectivement cette anomalie, et donc elle doit être sanctionnée. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire qu'il y a donc, et c'est une preuve, des irréguliers, des clandestins qui vivent en Europe et en France sans être expulsés alors qu'ils n'ont rien à faire sur le territoire. CHRISTOPHE CASTANER Ça, c'est un deuxième temps. Aujourd'hui votre affirmation est juste. Evidemment, il y a des gens en situation irrégulière. Attention, ça ne veut pas dire des terroristes potentiels ; il ne faut pas mélanger les deux. JEAN-PIERRE ELKABBACH Non. CHRISTOPHE CASTANER Mais dans certains cas, ça peut aboutir à cette chose épouvantable que nous avons vécue à Marseille et donc il faut savoir être généreux. C'est la position d'Emmanuel MACRON : généreux avec les réfugiés et les réfugiés en particulier. Mais en même temps, il faut être ferme avec les migrations économiques, les migrations irrégulières. Je pense que la générosité des Français n'a de sens que si effectivement ça n'est pas un panier ouvert, un panier percé. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire que dans vos prochains textes sur les migrants et les migrations, vous en tiendrez compte avec plus ou moins de sévérité ? CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est beau la générosité mais il y a la sévérité. CHRISTOPHE CASTANER C'est tout l'équilibre que nous devrons trouver. Il y aura un texte qui traduira cela pour une mise en œuvre avec des délais d'instruction beaucoup plus rapides quand on demande l'asile par exemple. Parce qu'actuellement, c'est 18 mois, deux ans et donc des situations qui, ensuite, empêchent les reconduites à la frontière. La volonté, c'est d'aller vite sur l'instruction, de se montrer généreux quand c'est nécessaire pour les réfugiés, c'est-à-dire ces femmes et ces hommes qui ont dû quitter des pays comme la Syrie sous peine de mourir sur place. Mais à l'inverse, c'est être efficace dans les reconduites à la frontière chaque fois que c'est nécessaire pour ceux qui n'ont pas ce droit-là. JEAN-PIERRE ELKABBACH Dans ce climat aujourd'hui, les députés vont voter avec, je pense, une certaine solennité la loi anti-terroriste. La République En Marche, c'est-à-dire vos amis, sont disciplinés, ils vont voter comme un seul Macron, mais il y a les socialistes et en même temps les Républicains. Est-ce que vous leur lancez un appel ici pour qu'ils votent ? Qu'il y ait une sorte de consensus dans ce climat ? CHRISTOPHE CASTANER Vous savez, on a vu dans le débat deux extrêmes s'exprimer. A droite avec des personnalités comme Eric CIOTTI, très radical et faisant une liste à la Prévert de tout ce qui, au fond, serait liberticide et ne marquerait pas l'efficacité dans le dispositif de lutte contre le terrorisme. Et de l'autre côté, du côté de la France insoumise, des gens qui nous disent : « Attention, c'est attentatoire à toutes les libertés. » JEAN-PIERRE ELKABBACH Je crois que ça se situe ainsi. CHRISTOPHE CASTANER Oui. Ça montre bien que cette loi, c'est justement une loi d'équilibre. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, mais est-ce qu'elle est efficace ? Est-ce qu'on peut penser qu'elle va être efficace quand on sait, comme vous le dites, qu'il y a l'ennemi à l'extérieur et qu'il y a l'ennemi chez nous ? CHRISTOPHE CASTANER Elle renforce chez nous parce que c'est une loi intérieure l'ensemble des moyens qui permettent de neutraliser, d'assigner à résidence, de surveiller quand c'est nécessaire, de sécuriser les sites de concert ou les événements sportifs avec des outils que seul l'état d'urgence permet aujourd'hui. Et nous voulons sortir de l'état d'urgence et nous voulons garder ces moyens d'action pour nos forces de l'ordre, pour nos forces de sécurité, pour nos forces de justice. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais pour protéger les Français, est-ce qu'elle suffira ? CHRISTOPHE CASTANER Rien ne suffit face à la folie meurtrière. Il ne faut pas croire que c'est une sanction virtuelle - vous vous souvenez du débat sur la peine de mort qui empêche le passage à l'acte. Mais il faut renforcer les moyens de nos forces de l'ordre, il ne faut pas faire d'angélisme sur la question de la lutte contre le terrorisme mais pour la sécurité. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que vous définissez l'ennemi intérieur ? Est-ce que vous lui donnez, vous, un nom ? CHRISTOPHE CASTANER Il a différentes formes et donc il ne faut pas chercher à le qualifier, à lui donner un seul nom. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais pourquoi ? Parce qu'on a peur ? On n'ose pas dire que c'est l'islamisme radical, c'est le totalitarisme comme dit Jacques JULLIARD, ou c'est le fascisme idéologique ? CHRISTOPHE CASTANER Non, mais moi je crois qu'il a plusieurs visages. C'est pour ça qu'on ne peut pas lui donner un nom mais, oui, il y a de l'islamisme radical aujourd'hui et moi je l'assume. Le président de la République aussi d'ailleurs. Aujourd'hui, on voit bien que l'islamisme radical porte à une radicalisation de gens qui, en quelques semaines, peuvent se laisser totalement emportés par une folie meurtrière. Donc, oui, il faut oser le qualifier. Il faut le qualifier pourquoi ? Parce que tous les signes de radicalisation qui sont des signes qu'on peut constater au quotidien j'ai vu une polémique sur un chauffeur de la RATP qui refusait de conduire son bus parce qu'une femme l'avait conduit avant je pense qu'il faut oser qualifier ces signes-là et les suivre et les traiter quand c'est nécessaire. JEAN-PIERRE ELKABBACH Gérard COLLOMB le met dans la loi anti-terroriste. Il dit : « Il faut radier tout de suite ceux qui ont trait à la sécurité, et cætera. » Valérie PECRESSE et quelques autres disent : « Mais pourquoi pas les enseignants qui sont touchés aussi par la radicalisation et qui, eux, sont au contact des gamins tous les jours ? » CHRISTOPHE CASTANER Tout fonctionnaire qui porte des signes de radicalisation… JEAN-PIERRE ELKABBACH Y compris enseignant ? CHRISTOPHE CASTANER Doit être suivi et doit être neutralisé, notamment dans son contact avec le public. « Neutralisé », attention au mot : doit être empêché de faire du prosélytisme par exemple s'il est enseignant. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc il peut être radié, il peut être expulsé, il peut être licencié. CHRISTOPHE CASTANER Si on établit la véracité et peut-être la viralité d'ailleurs du comportement, effectivement il faut le suspendre. JEAN-PIERRE ELKABBACH Christophe CASTANER, les Français sont tous, nous sommes tous solidaires de ce qui se passe aux Etats-Unis, du peuple américain victime de la fusillade la plus meurtrière de l'Histoire et le bilan qui s'alourdit d'heure en heure. On dit une soixantaine de morts maintenant, plus de cinq cent-quinze blessés. L'Etat islamique revendique l'attentat et Donald TRUMP et les services de la justice américaine disent non. Est-ce que ça peut être l'Etat islamique ? Est-ce que ça peut être Daesh ou pas ? On n'en sait rien mais qu'est-ce que vous pensez de ce phénomène meurtrier aux Etats-Unis où on voit que rien n'empêche la diffusion des armes ? CHRISTOPHE CASTANER Barack OBAMA avait tenté de limiter cela. Il s'est heurté à un principe constitutionnel, à un lobby extrêmement puissant et organisé aux Etats-Unis où on considère que le droit de porter une arme est un droit fondamental. Je pense que c'est une erreur et qu'on voit la multiplication de ces actes de folie. Je n'ai pas à qualifier si c'est Daesh ou pas, j'ai le sentiment que ça n'est pas le cas et je fais confiance aux autorités américaines pour le déterminer, mais on voit d'ailleurs l'opportunisme de Daesh qui, aujourd'hui, fait de chaque mort son propre fonds de commerce. Une chose est sûre, c'est le commerce des armes aujourd'hui est mortel. Et donc, il faut que les Etats-Unis se posent cette question-là de savoir si la première des libertés est celle d'être armé ou celle de prendre le risque de laisser des fous comme celui qui a tué ces dizaines de personnes hier. JEAN-PIERRE ELKABBACH En tout cas pour ce qui nous concerne, nous Français, l'interdiction de la vente d'armes librement, et cætera, est maintenue. Pas de vente d'arme pas aussi facilement parce que c'est trop facile aux Etats-Unis, mais avec beaucoup plus de rigueur. CHRISTOPHE CASTANER Et démantèlement de tous les process, de toutes les organisations malhonnêtes qui, aujourd'hui, organisent aussi la vente d'armes illicites. JEAN-PIERRE ELKABBACH Cinq mois après le candidat, c'est le président de la République, Emmanuel MACRON, qui retourne près d'Amiens, chez WHIRLPOOL. D'abord, je suppose pour tenir sa promesse mais qu'est-ce qu'il va annoncer à WHIRLPOOL ? CHRISTOPHE CASTANER D'abord, il va rencontrer les salariés parce qu'il les avait rencontrés à un moment de tension, de crise. JEAN-PIERRE ELKABBACH Entre les deux tours au mois d'avril. CHRISTOPHE CASTANER Vous vous souvenez de ces images pendant la campagne électorale, et il avait pris l'engagement de tout faire pour que ce site soit repris et que les emplois soient préservés : deux cent soixante-dix-sept emplois sont préservés sur le site. Il va à leur rencontre. Mais c'est aussi pour porter le message du retour d'une France industrielle et d'assumer la volonté aujourd'hui de renforcer tout ce qui permet d'investir dans l'économie productive de notre pays. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais est-ce que c'est à WHIRLPOOL qu'Emmanuel MACRON sera aussi le président des pauvres ? CHRISTOPHE CASTANER Mais il l'est au quotidien, le président des pauvres, mais il est le président des Français, comme la loi de finances. Je sais ce procès, à travers votre question, qui est fait à la loi de finances et à ce budget des riches. Mais vous croyez que quand on diminue les charges salariales et qu'on augmente le pouvoir d'achat et le salaire de tous les salariés dès le 1er janvier, c'est une mesure pour les riches ? Quand on augmente l'allocation adulte handicapé, le minimum vieillesse, autant de sujets… JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est normal que vous défiliez les mesures qui ont été prises. CHRISTOPHE CASTANER Parce qu'elles sont fortes. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais est-ce que dire moins de riches, ça fait moins de pauvres ? CHRISTOPHE CASTANER La question ne se pose pas comme ça mais on a un système fiscal en France qui favorise la rente, l'immobilier et qui sanctionne, qui pénalise la prise de risques. Nous voulons essayer quelque chose qui n'a jamais été essayé : de faire en sorte qu'on puisse investir massivement dans notre économie productive. Et la modification de l'impôt de solidarité sur la fortune, ce n'est pas un cadeau pour les riches, c'est un cadeau pour l'économie française. Pour nos entreprises, pour financer ce qu'on appelle le haut de bilan, c'est-à-dire la capacité demain de nos entreprises à investir pour se moderniser par exemple. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous avez vu qu'il y en a beaucoup qui protestent, à la fois chez les Marcheurs, François BAYROU et quelques autres, et qui disent que vous avez oublié les chevaux de course, les yachts, les avions privés, et cætera. Gérald DARMANIN, paraît-il, y était favorable et Bruno LE MAIRE défavorable. Est-ce que vous confirmez qu'il y aura un amendement au Parlement, peut-être venant de chez les vôtres, pour taxer ce qui a été oublié ? CHRISTOPHE CASTANER Moi, je fais confiance aux parlementaires et au groupe de La République En Marche. JEAN-PIERRE ELKABBACH Non mais vous pouvez dire oui/non. CHRISTOPHE CASTANER Non mais je fais confiance pour faire des propositions qui vont dans le bon sens. Il faut garder à ce nouvel impôt de solidarité sur l'immobilier son caractère simple, mais il y a effectivement des anomalies. Et les yachts, les avions privés sont autant de sujets qui peuvent faire l'objet d'une taxation. Il faut qu'on trouve cela sans dénaturer la modification de l'ISF mais, en même temps, n'acceptons pas ces abus-là d'un point de vue fiscal. JEAN-PIERRE ELKABBACH En quoi taxer, comme on le voit, les rares propriétaires personnels de yacht et d'avion privé ça donne plus de pouvoir d'achat aux plus modestes ? En quoi ? CHRISTOPHE CASTANER Assez peu parce que la recette sera, de toute façon, assez faible sur ces sujets. Mais je crois qu'on est dans un symbole. Effectivement, vous avez parlé de cette émotion de dire : « Attention, on sort… » JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc on cède à un symbole. CHRISTOPHE CASTANER Oui, parce qu'en politique les symboles sont importants, il ne faut pas les négliger. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que vous savez combien il y a d'avions privés en France ? De jets avec des propriétaires privés ? CHRISTOPHE CASTANER Il y en a moins d'une centaine qui sont propriété généralement des entreprises et pas des propriétaires privés. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et combien il y a de voiliers ou de bateaux qui dépassent les vingt-quatre mètres ? CHRISTOPHE CASTANER Je ne sais pas. Je pense que c'est quelques dizaines. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, exactement. Il y a, j'ai calculé, trente-quatre voiliers, quarante-cinq bateaux à moteur de plus de vingt-quatre mètres, et ça vaut tout ce tohu-bohu. CHRISTOPHE CASTANER Parce que vous savez bien qu'il y a des emballements médiatiques à certains moments, mais il faut savoir - je vous l'ai dit, c'est aussi un symbole - il faut savoir y répondre. JEAN-PIERRE ELKABBACH Même si les gens vont mettre leur bateau à Monaco, en Croatie, en Italie. CHRISTOPHE CASTANER C'était d'ailleurs la réserve de Bruno LE MAIRE que vous avez évoqué, mais en même temps on a la possibilité de taxer non pas dans l'ISF mais de taxer la francisation d'un bateau qui permet de neutraliser ce risque-là. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que ce n'est pas un recul ? CHRISTOPHE CASTANER Non, ce n'est pas un recul. Il est normal qu'il y ait une discussion. Le gouvernement fait des propositions, le Parlement amende. J'ai été parlementaire pendant cinq ans, j'ai porté des amendements. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais vous ne vous attendiez pas à cette sorte de vacarme autour d'une mesure prise par votre gouvernement. CHRISTOPHE CASTANER Si. Pour tout vous dire, on s'y attendait parce qu'on avait déjà travaillé avec le Parlement et avec Joël GIRAUD qui est le rapporteur général du budget sur ce sujet. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc c'était une répartition des rôles, non ? CHRISTOPHE CASTANER Mais il est normal qu'on puisse travailler en amont ensemble et donc il faut corriger ce message qui a pu être mal perçu. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que ce qui n'est pas la meilleure réponse, ce sont des mesures de justice sociale beaucoup plus profondes que des mesurettes importantes et symboliques ? CHRISTOPHE CASTANER Ce n'est pas une mesurette importante quand, avec l'augmentation de la prime pour l'emploi et aussi la suppression des charges sur le salaire, à la fin du quinquennat quelqu'un qui est au smic aura un treizième mois. Ça n'est pas une mesurette. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que, Christophe CASTANER, le moment approche d'une intervention à la radio et à la télé du président de la République ? CHRISTOPHE CASTANER Le président de la République maîtrise son temps et son expression. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, oui, d'accord. Il est le maître des horloges, et cætera. CHRISTOPHE CASTANER Non, non, attendez. Il s'exprimera tout à l'heure auprès des salariés de WHIRLPOOL. Vous savez, ça a aussi de l'importance. Et puis quand il le souhaitera, il parlera sous les formes qu'il souhaite. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais est-ce qu'il pourrait le faire avant la fin de l'année ? CHRISTOPHE CASTANER Mais je ne doute pas qu'il ait l'occasion de s'exprimer à plusieurs reprises avant la fin de l'année. JEAN-PIERRE ELKABBACH Non, je ne parle pas des discours ponctuels. CHRISTOPHE CASTANER Vous parlez d'une interview presse avec un journaliste professionnel en face parce que je sais l'attachement qu'ont les journalistes à cette figure imposée. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, c'est un moment important pour dire le cap, les perspectives et la cohérence d'une action depuis qu'il est là. CHRISTOPHE CASTANER Le président ne s'interdit rien et donc il pourra avoir cette occasion-là. Mais en même temps, il ne veut pas se précipiter. Il veut maîtriser sa parole. Je crois qu'on a eu des présidents avec une parole diffuse, généreuse, peut-être un peu trop. Aujourd'hui, il entend que chacun soit à sa place. Les ministres parlent, certains sont devant vous ce matin. Le Premier ministre s'exprime, il a fait une grande émission la semaine dernière. Chacun est dans son rôle. JEAN-PIERRE ELKABBACH D'accord. Mais on voit bien que peut-être d'ici à décembre, on l'entendra ou on le verra moins parler à des professionnels ou des catégories selon les événements, mais à tous les Français. La Catalogne est aujourd'hui en grève générale et le président de la République Emmanuel MACRON a apparemment choisi. Il a exprimé avec une certaine fermeté son soutien à l'unité, à l'intégrité de l'Espagne. Il l'a dit au téléphone à RAJOY, à Mariano RAJOY qui est malmené chez lui. C'est-à-dire qu'on ne tient pas compte des violences policières à Barcelone et en Catalogne, et cætera ? CHRISTOPHE CASTANER Il y a deux choses. D'abord, la plupart des chefs d'Etat et de gouvernement européens ont réaffirmé leur importance de voir l'Espagne préservée dans son intégrité. JEAN-PIERRE ELKABBACH Emmanuel MACRON en a parlé avec madame MERKEL, avec d'autres leaders européens ? CHRISTOPHE CASTANER Emmanuel MACRON a échangé il y a quelques heures encore avec Angela MERKEL. Il y a eu un échange sur la situation de l'Espagne. Et ensuite, il y a le deuxième sujet : les violences que vous avez évoquées, qu'on a pu constater qui n'ont pas leur place dans un débat politique. Or la question de l'indépendance de la Catalogne est un débat politique posé par les Catalans vis-à-vis de l'Espagne et aucune situation politique ne peut justifier la violence. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça, on l'a dit aussi à monsieur RAJOY. CHRISTOPHE CASTANER Mais on n'a pas, nous, à expliquer au chef de gouvernement espagnol ce qu'il doit gérer. JEAN-PIERRE ELKABBACH Pas d'ingérence, mais on lui fait remarquer gentiment. CHRISTOPHE CASTANER Mais on n'a pas à le faire. Vous savez, commençons par nous occuper des Français pour l'essentiel avant de donner des leçons à nos pays voisins. JEAN-PIERRE ELKABBACH Très bien. Mais si la Catalogne déclare unilatéralement, dans quelques jours, son indépendance, est-ce que la France la reconnaîtrait ? CHRISTOPHE CASTANER La difficulté, c'est que ce ne serait pas constitutionnel à l'échelle des règles qui s'appliquent en Espagne. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et donc, elle ne la reconnaîtra pas. CHRISTOPHE CASTANER Et donc, il n'appartient pas à la France de suivre telle ou telle décision de tel ou tel territoire. JEAN-PIERRE ELKABBACH Aujourd'hui, il y a une grande réunion de la CFDT. D'abord, Laurent BERGER va rendre hommage, et un hommage mérité, au grand Edmond MAIRE et il rassemblera à Paris dix mille cadres de la CFDT. Quel avenir pour la CFDT qui est le premier syndicat du privé ? Quelle stratégie face aux réformes engagées par votre gouvernement ? Mais est-ce que vous sentez, vous, un parfum de durcissement syndical ? CHRISTOPHE CASTANER Il y a une inquiétude profonde et elle est portée par Laurent BERGER. Elle est portée par le rassemblement qui est organisé aujourd'hui. Il nous faut l'entendre. Il y a des revendications qui ont été entendues dans les ordonnances du travail, d'autres qui ne l'ont pas été. JEAN-PIERRE ELKABBACH Attendez, vous dites : « Il faut l'entendre », et alors quand vous l'aurez entendu, puisqu'apparemment vous commencez à l'entendre, comment vous lui répondrez ? CHRISTOPHE CASTANER On a des temps, on a des rendez-vous. D'abord la suite de l'action qu'on veut mener sur la transformation du marché du travail avec la réforme de la formation professionnelle, la réforme de l'apprentissage, la réforme de l'assurance chômage. Et puis un autre rendez-vous important, je sais que la CFDT y est attachée, c'est la gouvernance de l'entreprise. Laurent BERGER en a fait un des moteurs de la réinvention de l'entreprise, Bruno LE MAIRE portera en début d'année une grande loi qui traitera de la structure, de la forme et du fonctionnement de l'entreprise, et je pense que les propositions de la CFDT devront être aussi entendues dans ce cadre-là. JEAN-PIERRE ELKABBACH D'autant plus que pour la réforme du travail, vous avez déçu la CFDT. On a l'impression que vous avez favorisé on l'a dit cinquante fois au moins Jean-Claude MAILLY et Force ouvrière alors que lui est contesté par les fédérations trotskistes de Force ouvrière. Est-ce qu'il n'est pas dangereux d'avoir une stratégie syndicale déséquilibrée ? Et est-ce que cette fois-ci vous allez associer davantage la CFDT pour faire l'équilibre ? CHRISTOPHE CASTANER Nous n'avons pas à choisir nos partenaires sociaux. On doit travailler avec tous. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, mais il y a eu une préférence à un moment donné pour ramener Force ouvrière dans la discussion. CHRISTOPHE CASTANER Non. Il y a eu des désaccords sur certains sujets avec Force ouvrière. D'ailleurs, Force ouvrière et MAILLY l'a reconnu aussi, a contesté certains points. Mais il y a aussi des désaccords avec la CFDT et Laurent BERGER, mais à un moment donné c'est la responsabilité. Après trois cents heures de discussion avec les partenaires sociaux, c'est la responsabilité de l'Etat de trancher et de dire : « Voilà ce qui nous semble être le point d'équilibre pour transformer en profondeur le marché du travail. » JEAN-PIERRE ELKABBACH Sinon vous perdez à la fois Jean-Claude MAILLY à Force ouvrière et la CFDT avec Laurent BERGER. CHRISTOPHE CASTANER Nous avons besoin des partenaires sociaux, tous, y compris la CGT. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui. Pour les réformes qui vont venir : la formation, l'apprentissage, l'assurance chômage, les retraites avec Jean-Paul DELEVOYE ça, c'est pour plus tard et Agnès BUZYN. C'est-à-dire qu'il y a six à sept mois ou huit mois de réformes ininterrompues. Est-ce que vous dites qu'il peut y avoir une pause, une pause dans les réformes ? CHRISTOPHE CASTANER C'est l'engagement que nous avons pris devant les Français. Ce n'est pas six ou sept mois d'action, c'est cinq ans. Nous avons cinq ans de transformation en profondeur. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc pas de pause. Pour ceux qui croient que vous allez faire une trêve sociale, une pause pour calmer le jeu, c'est non. C'est les réformes ou ce que vous appelez la transformation. CHRISTOPHE CASTANER Oui, parce que nous passons déjà dans la deuxième phase de la transformation du travail, mais là encore avec une méthode, une négociation longue, plusieurs mois de négociations sur l'enjeu de la formation professionnelle. Est-ce qu'aujourd'hui on peut considérer que les 32 milliards d'euros de formation professionnelle qui sont engagés chaque année portent leurs fruits ? La réponse est non, et donc il faut aussi assumer de mettre à plat ces politiques-là quand elles ne marchent pas. JEAN-PIERRE ELKABBACH Quelle confidence vous avez fait au Point sur votre relation avec Emmanuel MACRON ! CHRISTOPHE CASTANER [rires] JEAN-PIERRE ELKABBACH Elle dépasse de loin la fraternité politique. Je vous cite : « Emmanuel est fascinant », ce que vous confiez. « Tout l'est chez lui : son parcours, son intelligence, sa puissance physique même, sa vivacité. » Et vous ajoutez : « J'assume cette dimension amoureuse. » Vous l'avez vraiment dit ? CHRISTOPHE CASTANER Oui. J'ai dû dire cela parce qu'il y a, dans ces émotions-là, ce sentiment-là mais évidemment ce n'est pas l'amour tel que je le vis dans ma vie privée. C'est une relation qui est liée à la séduction, à la fascination et implique ça. Mais j'ai rajouté que comme je suis très exigeant avec moi-même pour servir quelqu'un, un président de la République, j'ai besoin aussi d'avoir cette vision forte et puissante. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et là, vous l'avez avec lui. Mais ça se manifeste comment ? C'est-à-dire que chaque fois qu'il dit quelque chose, vous dites : « Amen » ? Vous lui dites : « Oui » ? « Oui, Emmanuel ; oui, Emmanuel » ? CHRISTOPHE CASTANER Cher Jean-Pierre ELKABBACH, je ne suis pas totalement imbécile et donc, du coup, j'essaye d'avoir un certain libre-arbitre. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais comment vous pouvez rester objectif dans ces conditions ? CHRISTOPHE CASTANER Mais j'espère que vous l'êtes dans vos relations amoureuses, objectif. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça n'a rien à voir ce qu'on fait ni la politique. CHRISTOPHE CASTANER Moi, je le suis et donc on peut imaginer que dans une relation qui n'est pas sentimentale mais qui est affectueuse… JEAN-PIERRE ELKABBACH Je n'ai jamais aimé un président ou un directeur ou un patron de l'Etat. Non, jamais. Je n'ai jamais été amoureux. CHRISTOPHE CASTANER Moi, je suis pour la bienveillance et je pense que les sentiments d'amour, d'amitié, d'affection sont nécessaires même dans la vie politique. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais alors s'il vous dit, et c'est ma dernière question, s'il vous dit : « Christophe, j'ai besoin de toi pour diriger le parti », vous lui dites : « Je suis en mission, j'y vais » ? CHRISTOPHE CASTANER Moi, je considère que le président de la République doit mettre les bonnes personnes au bon endroit. S'il pensait cela, j'assumerai cette mission-là. La question ne se pose pas aujourd'hui. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire que vous n'en avez pas discuté ? Il ne vous a pas prévenu que – et vous ne lui avez pas dit : « Je ne veux pas y aller » ? CHRISTOPHE CASTANER Non, non plus mais, vous savez, moi je suis un acteur. Je suis à ma place comme porte-parole du gouvernement et comme ministre en charge des Relations avec le Parlement. J'essaye de bien le faire. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et vous êtes bien là où vous êtes ? CHRISTOPHE CASTANER Je suis très bien… JEAN-PIERRE ELKABBACH Il est vrai que Benjamin GRIVEAUX est très motivé pour le rôle. Entre nous, lequel des deux a le plus d'envie ? Entre nous ? CHRISTOPHE CASTANER Je n'ai pas discuté de cela avec Benjamin GRIVEAUX mais il a toutes les qualités aussi pour cette mission-là. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il vaut mieux que ce soit lui ? CHRISTOPHE CASTANER Non, c'est aussi un choix. Moi, je ne suis pas forcément un homme de parti, je ne l'ai jamais été dans mon parcours personnel. Mais je sais aussi l'importance d'organiser le parti La République En Marche parce que le vieux système des vieux partis est derrière nous. JEAN-PIERRE ELKABBACH Merci à vous. CHRISTOPHE CASTANER Merci à vous. JEAN-PIERRE ELKABBACH En tout cas, ça ne sera peut-être pas vous, ce sera peut-être l'autre qui va être rassuré s'il en a envie. CHRISTOPHE CASTANER Ou un troisième homme ou une troisième femme. JEAN-PIERRE ELKABBACH Un troisième homme ou une femme. Merci d'être venu. Demain, Laurent BERGER précisément. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/560.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/560.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d7d7a2c21ae4802b2c0d6693893b75e823e2f858 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/560.txt @@ -0,0 +1 @@ +GUILLAUME DURAND Nous sommes en direct sur l'antenne de Paris Première et de Radio Classique avec Christophe CASTANER. Evidemment, les questions sont nombreuses. Est-ce que ce mot, « bordel » est le « casse-toi, pauvre con » d'Emmanuel MACRON ? CHRISTOPHE CASTANER Ça n'a rien à voir. GUILLAUME DURAND Il y a un mot pris à la volée, blessant pour certains et repris surtout par l'opposition de manière massive ce matin. CHRISTOPHE CASTANER Attendez, il y a deux choses. D'abord, le déplacement lui-même qui porte sur l'enjeu de la formation, de l'apprentissage, parce que nous avons ouvert ce chantier majeur hier en Conseil des ministres. Et puis, il y a cette polémique. Vous savez, il y a ceux qui alimentent les polémiques et il y a ceux qui font. Un milliard d'euros seront investis l'année prochaine dans la formation, quinze milliards dans la mandature pour une raison simple. C'est que la plus grande des injustices, c'est le chômage. Mais la seule solution la meilleure solution c'est la formation. Alors oui, le président de la République a utilisé dans une conversation privée avec le président de la région Aquitaine… GUILLAUME DURAND Alain ROUSSET. CHRISTOPHE CASTANER Un mot qui provoque le débat. Mais est-ce qu'il n'y a pas de nombreux Français qui pensent cela ? GUILLAUME DURAND C'est une entreprise qui est dans la région et qui n'arrive pas à trouver un certain nombre de gens pour travailler auprès de cette entreprise justement. CHRISTOPHE CASTANER Oui, et puis ceux qui manifestaient étaient les syndicats d'une entreprise voisine sur lequel vous le savez, GM& S, l'Etat, les collectivités locales, se sont très fortement mobilisés pour la sauver. Parce que sur le territoire où elle est, à La Souterraine, c'est la seule principale usine et donc il y a une grande mobilisation. GUILLAUME DURAND J'ai une question après. Je vous laisse expliquer mais après j'ai beaucoup de questions. CHRISTOPHE CASTANER Oui. Et pourtant, pour avoir suivi ce dossier de près, je peux vous dire qu'au moins dix fois pendant la procédure, y compris devant le tribunal, nous avions eu peur que le repreneur retire son offre. Parce que les situations de blocage organisé par certains ont fait peur à tous les investisseurs. C'est le contre-exemple de ce que nous avons vu à WHIRLPOOL. A WHIRLPOOL où effectivement il y a un risque de sinistre industriel mais là, les partenaires sociaux, les syndicats, se mettent autour de la table avec l'Etat, les collectivités et des repreneurs, et aujourd'hui on retrouve de l'espérance. GUILLAUME DURAND D'accord, c'est GMD mais il y a 156 suppressions d'emplois, il y a une colère. Pour l'instant, les syndicats de GM& S ont refusé d'aller rencontrer à Paris un des responsables de Bercy qui est Benjamin GRIVEAUX, mais il y a le vocabulaire quand même, il y a ce vocabulaire. Tout à l'heure, je parlais de Nicolas SARKOZY. Vous vous souvenez : « travaille, tu te paieras un costume », on se souvient de cette histoire-là ; l'affaire des fainéants qui s'adressait plutôt aux gouvernants et pas aux Français mais qui par l'opposition a été reprise comme étant une phrase adressée aux Français. Est-ce qu'il n'a pas un problème, bien qu'étant grand lecteur de STENDHAL, est-ce qu'il n'a pas un problème de vocabulaire en déplacement, Emmanuel MACRON ? CHRISTOPHE CASTANER Vous savez, je crois qu'on peut être cultivé et parler comme les Français. Je pense qu'on peut aussi avoir l'objectif en politique c'est le cas du porte-parole qui est devant vous, c'est aussi le cas d'Emmanuel MACRON d'arrêter la langue de bois et d'oser nommer les choses. GUILLAUME DURAND Mais alors c'est qui ? C'est MELENCHON, c'est la CGT ceux qui foutent le bordel ? Si vous prenez cette phrase au sérieux, à ce moment-là c'est qu'elle s'adresse à des gens qui, actuellement dans la situation française, jouent délibérément, de votre point de vue, la politique du pire ? CHRISTOPHE CASTANER Ils jouent la politique du blocage. GUILLAUME DURAND Mais qui ? CHRISTOPHE CASTANER Je viens de vous citer GM& S et le fait que, pendant une dizaine de moments, nous avons eu peur que cette hyper mobilisation syndicale fasse fuir les syndicats (sic). J'ai vu monsieur RUFFIN qui a voulu troller, comme on dit, Emmanuel MACRON sur le site de WHIRLPOOL et qui dit : « Il faut laisser tomber le plan social parce qu'il faut intégrer les intérimaires. » Mais c'est quoi comme type d'emploi qu'il veut défendre ? L'intérim ? Moi, je préfère les emplois réels. Les emplois de femmes et d'hommes formés. GUILLAUME DURAND C'est clairement la France Insoumise. CHRISTOPHE CASTANER Et donc, ceux qui foutent le bordel sont ceux qui veulent empêcher par exemple ces femmes et ces hommes de GM& S d'aller dans des plans de formation que nous proposons d'individualiser pour chacun, pour pouvoir travailler peut-être dans cette entreprise qui est juste à côté, et qui essayent de négocier un grand plan social avec une super prime qu'on appelle supra-légale. Moi, je crois que ce n'est pas ça la réalité. Nous, nous ne sommes pas là pour apporter des réponses individuelles aux revendications de tel ou tel. Nous sommes là pour mettre en place des plans de formation pour chacun. GUILLAUME DURAND Christophe CASTANER, vous êtes un responsable politique. Semble-t-il Emmanuel MACRON ne supporte pas qu'on le qualifie de président des riches. Il fait ce déplacement sur la formation professionnelle pour montrer qu'il n'est pas le président du CAC 40 et à ce moment-là, sur place effectivement, il s'adresse, on vient de l'expliquer, avec une formule qui est quand même un peu heurtante pour une partie de la population, à des gens qui sont justement à l'opposé social de ceux qu'on considère comme étant finalement ses partisans, c'est-à-dire les patrons du CAC 40, de la nouvelle économie, et cætera, et cætera. C'est peut-être une faute politique. CHRISTOPHE CASTANER Monsieur DURAND, ses partisans sont ceux qui l'ont élu, c'est-à-dire les Français, avec une large majorité. Il est arrivé en tête au premier tour. Personne ne pensait qu'on pouvait empêcher Marine LE PEN d'être en tête au premier tour, c'est lui qui l'a fait. GUILLAUME DURAND Mais ce n'est pas le sujet, là. CHRISTOPHE CASTANER Oui, mais je rebondis sur votre dernière phrase où vous expliquiez que ses partisans sont ceux du CAC 40. Je vous réponds que ce n'est pas le cas. GUILLAUME DURAND Non, c'est dans la bataille politique du moment. On essaye de lui coller cette étiquette « président des riches ». Il va faire un déplacement et à ce moment-là, il dit aux autres : « bordel ». CHRISTOPHE CASTANER Parce que nous parlons de cela depuis quelques minutes alors qu'on pourrait parler de formation. GUILLAUME DURAND Mais on va le faire. CHRISTOPHE CASTANER Ce n'est pas moi qui ai choisi de commencer sur ce mot, qui ai fait mon éditorial là-dessus. Par contre, si vous voulez, on va prendre le temps de parler de la formation. Mais ensuite, moi j'assume qu'un président de la République puisse nommer les choses et utiliser les mots que nous utilisons tous au quotidien. GUILLAUME DURAND La présidence des riches, est-ce que vous trouvez utile par exemple que les députés de La République En Marche déposent des amendements pour taxer les produits de luxe ? CHRISTOPHE CASTANER Oui. GUILLAUME DURAND Pourquoi ? Je précise la question et vous allez répondre tranquillement là aussi. CHRISTOPHE CASTANER Là, j'ai voulu faire court, vous avez vu ? GUILLAUME DURAND Bien sûr. Mais est-ce que ce n'est pas une manière de se dire : « Finalement, on se trompe » ? C'est un aveu de faiblesse de la politique qui est menée. CHRISTOPHE CASTANER Ecoutez, je suis aussi Secrétaire d'Etat en charge des Relations avec le Parlement, et je sais j'ai été cinq ans à la Commission des finances qu'il est normal que le Parlement contribue à l'élaboration de la loi de finances. Et si nous étions arrivés avec un texte totalement ficelé, totalement fini, on nous aurait dit : « Vous ne laissez pas travailler les parlementaires. » Donc oui, les parlementaires ont le droit d'amendement, mais mieux que le droit. Contrairement à ceux qui prônent des droits réels, des mondes meilleurs, moi je suis pour la réalité du fait. Et donc les parlementaires, le rapporteur général du budget, peuvent contribuer à l'amélioration. Sur l'ISF, on ne cherche pas à faire un cadeau aux riches. On cherche à favoriser l'investissement productif dans les entreprises, y compris pour ceux qui prennent le risque d'aller investir dans une boîte comme GM& S à La Souterraine. Et donc, il faut aujourd'hui arrêter de pénaliser. GUILLAUME DURAND Mais ce n'est pas un message contradictoire sur la fiscalité ? CHRISTOPHE CASTANER Ah, non. GUILLAUME DURAND Parce que finalement, tout le monde s'en fiche des bateaux, des voitures, et cætera. Est-ce que ce n'est pas un message contradictoire ? « Venez, on va améliorer la fiscalité du travail et en même temps les joujoux des riches. On va les taxer. » Alors qu'on sait, par exemple, que pour les bateaux ça ne rapporte rien du tout. CHRISTOPHE CASTANER Parce que l'objectif de modifier l'ISF, c'est de faire en sorte qu'on puisse sortir de l'argent qui permet d'investir dans l'entreprise. Ceux qui investissent dans un yacht, qui a toutes les chances de ne pas avoir été fabriqué en France, n'investissent pas dans l'entreprise ou dans l'économie réelle, donc il faut corriger cela. Ensuite, vous avez raison sur une chose, on est dans le symbole. La recette fiscale de ces taxations est ridicule par rapport à la fiscalité française et donc nous sommes dans le symbole. Mais en politique, les symboles ça a du sens aussi. GUILLAUME DURAND Et ce n'est pas un message contradictoire pour les investisseurs étrangers qui voudraient venir en France, en disant : « Tu viens mais avec ta 2 CV. Tu laisses la Rolls, le bateau et la Ferrrari au garage. » CHRISTOPHE CASTANER Tous les investisseurs étrangers ne sont pas des gens qui se promènent en Rolls ou qui ont des yachts. Ça n'est pas la réalité. GUILLAUME DURAND C'est une formule de Luc FERRY, l'histoire de la 2 CV. CHRISTOPHE CASTANER Oui, justement c'est peut-être une référence qu'il a pu connaître mais qui n'a pas vocation à être ce que nous faisons. Ce que nous voulons faire, c'est faire de l'ISF un outil qui permette d'investir dans l'économie réelle et donc dans l'emploi. GUILLAUME DURAND D'accord. Ce sera donc sur quoi ? Sur les bateaux ? Parce que les amendements qui vont être examinés par les parlementaires, ça portera sur quoi exactement ? Les lingots, les voitures ? CHRISTOPHE CASTANER Il y a une réunion aujourd'hui des parlementaires de la Commission des finances sur ce sujet. Vous avez cité trois objets qui peuvent effectivement rentrer dans une assiette de fiscalisation supplémentaire. GUILLAUME DURAND Il y a un enterrement très émouvant ce matin près d'Aix-en-Provence dans un beau village, évidemment les jeunes filles qui ont été massacrées par cet homme à Marseille. Est-ce que la présidence Macron c'est une question évidemment complexe est à cet égard naïve ? C'est-à-dire est-ce qu'elle croit qu'en apportant une sorte de prospérité en France, on va faire reculer le terrorisme ? C'est un peu les accusations qui lui sont portées ce matin aussi par l'opposition, cette fois-ci l'opposition de droite, c'est-à-dire de considérer qu'il est un naïf face à cette situation-là. CHRISTOPHE CASTANER Vous savez, on a voté il y a deux jours une loi sur la sécurité intérieure. Moi je peux noter que la droite, comme vous dites, au Sénat a trouvé que nous étions trop liberticides et que la droite à l'Assemblée nationale a trouvé, par contre, que nous n'allions pas assez loin. Donc où est la vérité ? Moi, je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est qu'on fait une loi qui au quotidien va renforcer nos moyens de sécurité. Par contre, et je veux répondre à votre question sur la dimension sociale de tout ça, par contre je ne vous dirai pas qu'une loi, même une mobilisation, même des recrutements de policiers comme nous allons le faire, va nous enlever tout risque terroriste. Nous devons vivre avec le risque terroriste et nous devons nous armer contre. Nous armer, c'est l'esprit de la loi qui a été votée, pour nous armer sur le renseignement. Nous devons agir à la source aussi, au Sahel, au Levant, à l'international. GUILLAUME DURAND Les gens ont vu qu'à Lyon, il a été arrêté, qu'il a été relâché, qu'on n'avait pas trouvé de place dans un centre de rétention, le sous-préfet n'a pas été saisi alors que normalement, dans la loi qu'on vient de voter justement il y a deux jours, c'est le préfet qui doit faire un peu régner l'ordre. Donc il y a quand même une bavure incroyable à Lyon il y a trois, quatre, cinq, six jours. CHRISTOPHE CASTANER Le ministre de l'Intérieur a immédiatement demandé une inspection générale pour comprendre et pour sanctionner parce qu'effectivement il nous faut sanctionner. Mais est-ce que vous pensez qu'Emmanuel MACRON a une responsabilité dans le fait que le sous-préfet n'ait pas été saisi ? Nous ne sommes pas naïfs. Au moment où on vient de voter… GUILLAUME DURAND « Un scandale d'Etat » disait hier par exemple un des responsables des Républicains, Guillaume LARRIVE. CHRISTOPHE CASTANER Oui, mais enfin monsieur LARRIVE et monsieur CIOTTI sont des spécialistes des mots. A un moment donné, ils sont aussi ceux qui ont fait en sorte qu'on supprime 13 000 places de policiers et de gendarmes pour protéger les Français. Alors à un moment donné, je pense qu'il faut avoir un peu de mémoire. Mais ce que je veux vous dire, c'est qu'on doit agir à la fois sur la sécurité, le renforcement des moyens, le renseignement. On doit agir à l'international mais on doit aussi agir en France parce qu'il y a une forme de désespérance de situation qui fait que ça peut pousser à la radicalisation. Et donc, oui, il faut aussi et c'était le sens de votre première question dont j'appréciais la globalité elle permet justement de dire qu'il faut aussi se battre pour la formation, pour l'emploi, pour faire en sorte de redonner une espérance à des jeunes qui n'en ont plus aujourd'hui. GUILLAUME DURAND Il n'y a pas, comme l'a dit Valérie BOYER, de mépris pour les Français comme le dit le Parti socialiste, d'immaîtrise du langage de la part d'Emmanuel MACRON dans un contexte social qui est extrêmement compliqué ? CHRISTOPHE CASTANER Nous revenons sur le premier sujet. GUILLAUME DURAND Non mais c'est l'ensemble de la situation française où un président de la République dialogue avec les Français sur tous les sujets. Il est évident qu'il doit faire attention à ce qu'il raconte et même attention à ce qu'il dit, quand on est une situation où il y a du chômage de masse et du terrorisme. CHRISTOPHE CASTANER Mais franchement, est-ce que ce gouvernement vous donne l'impression de ne pas faire grand-chose ? Moi, j'ai plutôt l'impression qu'au quotidien, nous changeons. Nous transformons en profondeur ce pays. Et chaque fois qu'on fait une proposition de transformation, les mêmes qui nous reprochent de ne pas faire disent : « Non, non, ce n'est pas possible. Parce que vous menacez telle profession, vous enlevez tel avantage à tel ou tel. » Ils sont les représentants de ce vieux monde qui protège ceux qui sont déjà dans le système. Nous assumons une transformation profonde sur la question du travail. La première étape, c'était les ordonnances ; ce sont les mêmes qui râlaient. La deuxième étape, c'est la formation, c'est l'apprentissage et ce seront les mêmes qui râleront demain. Et quand on ira sur des sujets comme la suppression du RSI pour les artisans et les commerçants, ou l'universalité des allocations chômage pour redonner de la liberté aux Français, vous verrez qu'ils râleront encore. GUILLAUME DURAND Les régimes spéciaux notamment. CHRISTOPHE CASTANER Et quand nous aborderons ces sujets-là, ils iront défendre chacun de ceux qui revendiqueront. Nous, notre responsabilité, c'est de changer les choses. GUILLAUME DURAND Et à aucun moment, sur aucun de ces sujets, le gouvernement ne reculera ? Formation professionnelle, régimes spéciaux. CHRISTOPHE CASTANER C'est le cœur de l'engagement d'Emmanuel MACRON pris pendant la campagne présidentielle. Nous avons ce mandat politique mais nous avons surtout ce devoir politique. GUILLAUME DURAND Merci beaucoup, Christophe CASTANER. Le porte-parole du gouvernement était l'invité politique de Radio Classique et de Paris Première ce matin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/561.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/561.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..188ed444c2d74b5f01e17ea26c304182b411bec4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/561.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et messieurs les parlementaires et élus locaux, Mesdames et messieurs les préfets et sous-préfets, Mesdames et messieurs les conseillers citoyens, Mesdames, Messieurs, La politique de la ville a 40 ans. Mais quel âge ont ses habitants ? Ils sont jeunes. Nous l'avons bien vu dans la vidéo, à l'instant. 6 habitants sur 10 des quartiers de la politique de la ville n'étaient pas nés il y a 40 ans. Cette date est donc une date importante mais nous ne pouvons pas nous satisfaire d'une commémoration. Dans les responsabilités qui sont les nôtres avec Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires, il s'agit bien de parler du présent et de l'avenir des quartiers populaires. Je sais les inquiétudes qui émanent du terrain après les annonces de cet été et auxquelles nous devons apporter des réponses. Je salue le rôle essentiel, vital, que jouent les élus locaux, les fonctionnaires de l'Etat, les acteurs associatifs, les gardiens d'immeuble, les conseillers citoyens… Toutes celles et ceux qui font vivre les quartiers au quotidien, et grâce à qui le lien social n'est pas qu'un slogan ou une idée abstraite mais quelque chose de concret. Le travail qu'ils font tous les jours, dans des conditions difficiles, mérite notre plus grand respect et celui du pays tout entier. Je mesure enfin tout le potentiel et toute la richesse qui émanent des quartiers, trop souvent inexploités ou méconnus. C'est ce récit-là que nous devons aussi faire vivre. Il ne s'agit pas de vous promettre un énième « plan Marshall » pour les banlieues mais bien de changer de méthode en mettant en avant ceux qui agissent sur le terrain et que les pouvoirs publics doivent accompagner. C'est avec cet état d'esprit que nous avons conçu cette matinée avec le Commissariat général à l'égalité des territoires et Edouard Zambeaux, que je remercie. Nous venons d'entendre quelques témoignages d'habitants. C'est pour moi très important de commencer cette journée par la voix des habitants. Nous parlons, par habitude, des quartiers, mais il n'y a pas un quartier qui ressemble à l'autre. Les problèmes, les réussites, les drames, se jouent même parfois à une échelle beaucoup plus fine. Et n'oublions pas que les quartiers, ce sont des habitants, la vie qu'ils y mènent. Une femme disait que beaucoup de choses ont été améliorées depuis l'époque des toutes premières marches citoyennes, au début des années 1980. Et c'est vrai. Je pense par exemple à la création des zones d'éducation prioritaire et des missions locales. Au vote de la loi SRU pour plus de mixité sociale. Au lancement de la rénovation urbaine grâce à l'audace et à la formidable impulsion donnée par Jean-Louis Borloo. A la mise en place des délégués du Préfet. A la création des conseils citoyens… Je pense bien sûr à la mobilisation considérable des élus locaux et des acteurs associatifs. Le Président de la République l'a rappelé, les quartiers sont et resteront une priorité du Gouvernement. C'est pourquoi votre action est prioritaire. Nous avons des objectifs communs : briser les frontières qui étouffent les quartiers. Ce sont bien sûr des frontières sociales, économiques mais aussi physiques et mentales. C'est parfois le sentiment que des jeunes n'ont aucune chance de s'en sortir, parce qu'ils n'ont pas l'adresse, le nom, l'allure, que certains jugent recevables. Il est impossible, vous le savez mieux que quiconque, de nous satisfaire de la situation actuelle. Le taux de chômage est 2,5 fois supérieur à la moyenne nationale dans les quartiers. Le taux de pauvreté y est 2 à 3 fois supérieur. Les enjeux liés aux familles monoparentales, aux populations jeunes, à l'intégration des populations étrangères y sont plus prégnants. Les foyers de délinquance persistent et les phénomènes de radicalisation se développent. La politique de la ville, ce sont 40 ans d'efforts, de combats, qui n'ont certainement pas été vains. Mais 40 ans qui nous disent, aussi : ce n'est pas assez. Il faut continuer. Nous devons tous, à tous les niveaux, ne pas nous décourager. Les quartiers ne sont pas l'affaire des quartiers. C'est celle du pays. De notre cohésion. De chacune et chacun d'entre nous. Mon ami l'humoriste Yassine Bellatar me disait l'autre jour : « Arrêtez de nous dire que vous nous aimez bien. Vous avez le devoir de nous aimer : on est sur le territoire. » Ce ne sont pas que des mots. Une personne que nous venons de voir dans la vidéo formule finalement la question qui nous rassemble. La politique de la ville, demandait-il, « qu'est-ce qu'on fait avec ? » Notre première priorité est de soutenir celles et ceux qui agissent. Nous allons entendre quelques-uns de ces acteurs au cours des ateliers qui viennent. Il serait trop long, mais tellement passionnant, de raconter leurs projets, ce qu'ils ont surmonté, ce à quoi ils sont parvenus. J'étais il y a quelques semaines au Forum de Médiation Nomade à la rencontre de Yazid Kherfi et de toutes celles et ceux qui cherchent à trouver de nouvelles façons de faire, qui cherchent à faire autrement. Avec Yazid Kherfi, c'est un camion qui va à la rencontre des jeunes dans des quartiers difficiles, à des horaires délaissés par les services publics. Je pense bien sûr à Saïd Hammouche et à tout le travail formidable de Mozaïk RH. Vous le savez, les habitants des quartiers populaires ont « 2,7 fois moins de chances d'accéder à un entretien, à compétence égale ». Comment l'accepter ? Je pense aussi aux parrainages portés par Nos quartiers ont du talent. Ce parrainage répond à un problème absolument dramatique : celles et ceux qui partent des quartiers pour faire des études et qui reviennent sans avoir trouvé de boulot, leur Bac + 5 dans la poche, et qui prennent un job qui ne correspond pas du tout à leur formation. Certains deviennent la risée du quartier. C'est terrible car nous avons besoin d'histoires positives, de modèles, tout simplement parce qu'il n'y a pas de dépassement sans admiration. Ces histoires démontrent à la fois l'ampleur des problèmes et tout le talent et l'énergie qui est mobilisé pour y répondre. Ils sont l'un des plus beaux visages de ce pays. Nous avons encore des milliers d'idées à avoir, à tester, à déployer, pour transformer les quartiers. Notre deuxième priorité est d'améliorer le cadre de vie. Nous tenons notre engagement d'apporter un milliard d'euros supplémentaire au nouveau programme de renouvellement urbain. Mais le cadre de vie ne résume pas à la transformation urbaine. Pour reprendre une formule de Simone Veil alors qu'elle était ministre de la ville, « nous ne ferons pas la ville sans les habitants ». Nous ne ferons pas les quartiers sans lien social et c'est tout le sens de la présence ici des conseillers citoyens formés à l'école du renouvellement urbain. Notre troisième priorité, enfin, est de favoriser la mobilité. Il faut tout simplement en finir avec l'assignation à résidence. L'accès aux chances, partout sur le territoire, l'accès à la citoyenneté, aux services publics, à l'éducation, à l'emploi, à la formation, à la culture. C'est cela la cohésion des territoires. Non pas des territoires identiques, interchangeables, mais des chances identiques. Pour parvenir à cet objectif, la politique de la ville a toujours fonctionné avec une double approche. D'une part, une réponse coordonnée très forte au niveau de l'Etat. Nous tenons notre engagement de reconduire le budget de la politique de la ville en 2018 (430M) et pour les années suivantes. Nous mettons en œuvre les engagements de campagne qui ont directement un impact dans les quartiers prioritaires. Je pense par exemple à la division par deux les classes de CP et CE1 en réseau d'éducation prioritaire, et dès cette année dans 2 500 classes de Rep +. D'autre part, une mobilisation de tous les acteurs : les élus locaux, bien entendu, les bailleurs, le monde associatif, la société civile, les entreprises, les citoyens. Nous avons donc besoin de vous. Nous devons agir ensemble et collectivement pour le « faire ensemble » dans un souci d'intérêt général. Je ne doute pas que nous y parviendrons. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/562.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/562.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8b840affffe3a19ee818e653a480890484ee0a0f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/562.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et messieurs les parlementaires et élus locaux, Mesdames et messieurs les préfets et sous-préfets, Mesdames et messieurs les conseillers citoyens, Mesdames, Messieurs en vos qualités respectives, Je souhaite tout d'abord remercier le CGET et Edouard Zambeaux pour avoir tracé le fil conducteur entre les différentes séquences de la matinée ainsi que tous les intervenants. Vous nous avez rappelé qu'une lecture entièrement négative de ce qui se passe dans les quartiers est sans fondement. L'initiative culturelle n'y est pas absente. L'innovation sociale produit des résultats et déplace souvent notre façon de voir les choses. Le désir d'entreprendre, qui touche tant de Français, y est vif. Mais nous avons entendu, de la part de ces acteurs locaux qui sont en première ligne, les difficultés qu'ils subissent, l'énergie qu'ils déploient pour y répondre. 40 ans d'intervention et d'engagement n'ont bien sûr pas été vains. Mais il est impossible d'être satisfait. Nous avons donc une feuille de route à tracer ensemble pour les quartiers. L'action de l'Etat doit reposer sur un cap, des engagements, une méthode. Le cap a été tracé par le Président de la République : c'est la conviction que la politique de la ville ne doit pas être une politique d'exception et d'assistance. Elle doit engager l'ensemble des pouvoirs publics pour un objectif d'intérêt général : celui de réduire les inégalités territoriales et de permettre aux citoyens de réussir et de s'épanouir quel que soit leur lieu de résidence. C'est une des clés de l'enjeu de cohésion des territoires, que je porte avec Julien Denormandie. C'est ainsi de s'attaquer de front aux problèmes qui gangrènent certains de nos quartiers : chômage, échec scolaire, radicalisation, délinquance avec la mobilisation de l'ensemble du Gouvernement. C'est aussi changer l'image des quartiers et mettre fin à ce que le Président de la République qualifie de la pire des inégalités, celle des opportunités. Il s'agit de faire bénéficier la Nation de tout le potentiel et de la richesse qui sont dans nos quartiers, comme les interventions de cette matinée ont pu l'illustrer. Pour mettre en œuvre cette ambition, vous le savez, j'ai obtenu que les crédits d'intervention dédiés à la politique de la ville soient sanctuarisés pour 2018 et les années suivantes. J'ai conscience des difficultés qu'ont entraînées les annulations de crédits de cet été, décidées dans un contexte de nécessaire maîtrise des finances publiques. Ces efforts, demandés à tous les ministères, ont atteint la politique de la ville, et derrière elle, les acteurs qui la mettent en œuvre. Nous avons tenté de limiter les effets sur les crédits déconcentrés avec au final un impact de 22M sur les 46M. J'ai demandé aux préfets de me remonter en direct les principales difficultés rencontrées sur le territoire. En aucun cas, il ne s'agit de « casser » ce qui fait la force et la vigueur de la politique de la ville, à savoir le lien partenarial et de confiance entre l'Etat, les collectivités et les acteurs associatifs. En ce sens, je vous confirme, à nouveau, la reconduction des crédits en 2018 sur la base 2017 avant annulation. Dans le contexte budgétaire que vous connaissez, cela constitue un effort majeur et une preuve la priorité donnée à la politique de la ville par le Gouvernement. J'ai également annoncé que cette reconduction des crédits était valable sur l'ensemble du quinquennat, ce qui doit permettre de donner de la visibilité aux acteurs et de soutenir les nombreuses initiatives locales. Je sais aussi, car j'ai rencontré plusieurs maires en colère, que les tensions se focalisent actuellement sur les emplois aidés, pour des associations qui ont le sentiment de subir une « double peine » avec les crédits politique de la ville et les contrats aidés. J'écrirai aux préfets la semaine prochaine avec la ministre du travail pour rappeler que les quartiers prioritaires sont une priorité dans l'attribution des contrats aidés dès 2017. Je souligne par ailleurs que le soutien du Gouvernement au secteur associatif se traduit par le maintien du crédit d'impôt sur la taxe sur les salaires (CITS) sera maintenu en 2018. Il représente un gain annuel de 500 millions d'euros pour les associations. En 2019, à l'instar du CICE pour les entreprises, il sera converti en réduction pérenne de cotisations patronales afin d'encourager l'emploi et de consolider le modèle économique de toutes les entreprises de l'économie sociale et solidaire. Nous suivons avec le Haut-commissaire à l'économie sociale et solidaire cet enjeu majeur. Mais la politique de la ville ne peut réussir qu'avec une mobilisation de l'ensemble du Gouvernement et des politiques publiques Elle doit agir en effet en appui des grandes politiques publiques. Changer l'image des quartiers, c'est aussi agir sur les préoccupations premières et majeures des habitants : avoir un logement, une école de qualité, un emploi et la sécurité. Concernant les enjeux de renouvellement urbain et de lutte contre la ségrégation urbaine, il s'agit de donner une nouvelle impulsion au renouvellement urbain avec l'objectif de doubler les crédits. L'Etat accompagnera cet effort avec un milliard d'euros sur l'ensemble du programme. Sur le champ de la réussite éducative, le ministère de l'Education nationale, dès la rentrée 2017, de mettre en place le dédoublement des classes de CP en REP+. L'éducation avec les classes de 12 en CP dans les écoles situées en REP+ est l'un des exemples les plus forts de l'action du gouvernement en faveur des quartiers. J'ai eu l'occasion lors de la rentrée scolaire de visiter un établissement et une classe bénéficiaire de ce nouveau dispositif à Sarcelles. Sur le champ de l'emploi, la feuille de route fixée au ministère de la Cohésion des territoires par le Premier ministre est ambitieuse mais cruciale : il s'agit de réduire de moitié l'écart de taux de chômage entre les habitants de quartiers et ceux qui n'y vivent pas. Cet écart, qui est aujourd'hui de 2,5, est insupportable. Atteindre cet objectif repose sur une mobilisation nationale : - de l'Etat avec la mise en place des emplois francs, je suis en discussion sur ce point avec la ministre du travail pour envisager une expérimentation ciblée sur des territoires ; - de l'ensemble du service public de l'emploi ; - des entreprises, en fixant des objectifs clairs et précis aux entreprises ayant signé la charte entreprises et quartiers ; - je crois enfin beaucoup à la mise en lien, à la création de réseaux. Nous avons eu les témoignages de Mozaik RH, de Nos Quartiers ont du talent ou encore de Talents des cités. Les habitants des quartiers sont des citoyens comme les autres qui ne demandent qu'une seule chose, qu'on les laisse faire leur preuve. Je prends l'engagement de démultiplier les parrainages entre jeunes et entreprises, en mobilisant le MEDEF, les entreprises et Pôle Emploi. Sur le champ de la sécurité, sujet de préoccupation majeure pour les habitants des quartiers, la création d'une police de sécurité du quotidien est une réponse pragmatique. Le ministre de l'intérieur s'est exprimé récemment et a dressé les contours de l'expérimentation qui sera lancée. Nous veillerons à ce que cette expérimentation puisse se déployer en priorité dans des QPV. D'autres initiatives seront prises par les différents ministères, je pense en particulier à l'enjeu de la place des femmes dans l'espace public, qui est une question majeure dans nos quartiers populaires. Le Premier ministre a lancé hier avec la secrétaire d'Etat à l'égalité hommes/femmes un tour de France de l'égalité et il passera par les quartiers. Je souhaite associer à cette réflexion le Conseil national des villes et le saisirai en ce sens dès la semaine prochaine. Un Conseil interministériel des villes présidé par le Premier ministre se tiendra en décembre pour dresser les engagements concrets et forts de l'Etat pour le quinquennat. Je souhaite profiter des 40 ans de la politique de la ville pour lancer une nouvelle étape avec tous les acteurs et en partenariat. Je vous le dis, je ne souhaite pas rouvrir le chantier institutionnel et le débat du zonage, ni vous annoncer une nouvelle loi. Il s'agit de changer de méthode, comme l'a souligné le Secrétaire d'Etat. Tout d'abord, en s'appuyant sur des expériences locales qui ont fait leur preuve. J'accorde une grande importance à ce qui remonte du terrain plutôt que de décider depuis Paris ce qui est jugé utile pour nos quartiers. Tout d'abord, il faut mettre en avant ce qui marche. Plutôt que de lancer de grandes consultations nationales, je souhaite lancer dans 10 territoires des ateliers territoriaux co-pilotés par l'Etat et les collectivités avec participation des associations et des conseils citoyens, pour faire remonter sur des thématiques identifiées, des initiatives exemplaires et à déployer : sur la citoyenneté, l'accès à la culture ou encore l'emploi. En outre, dans la perspective du CIV, je saisirai les préfets pour qu'ils réunissent avec les collectivités les conseils citoyens pour que ces derniers puissent s'exprimer et faire remonter des exemples d'actions concrètes qui pourront d'ailleurs être labellisées pour les 40 ans de la politique de la ville. Je suis par ailleurs persuadé qu'une action très forte et très ciblée doit être menée dans un nombre très limité de territoires, qui malgré l'action remarquable des élus sur le terrain, sont en décrochage et aux prises avec des défis considérables, au premier rang desquels les risques qu'une partie de la jeunesse ne se détourne de l'idéal républicain parfois si lointain pour se laisser séduire par des idéologies mortifères et nauséabondes. Nous réfléchissons ainsi à transposer à dix à quinze territoires ce qui a été fait à Grigny avec réalisation d'un diagnostic partagé et suivi d'un plan d'action au niveau interministériel avec la mobilisation du Gouvernement. Pour des problèmes d'intérêt national, il faut une mobilisation nationale. C'est bien par la mobilisation de tous que nous parviendrons à obtenir des résultats, non pas à changer ou réformer les quartiers, mais bien à les transformer. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/563.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/563.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4c08ef77e53d38170dedde51ae73d257d45ac493 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/563.txt @@ -0,0 +1 @@ +Nous avons célébré, lors de la tenue à Tunis, le 05 octobre 2017, de la première réunion du Haut Conseil de coopération franco-tunisien, un Partenariat aussi vital qu'exceptionnel. Un Partenariat franco-tunisien qui rejaillit sur tous les domaines de la vie économique, éducative, scientifique et culturelle, et qui est portée au quotidien, dans chacune de nos sociétés, par des centaines de milliers d'ambassadeurs. Les chiffres, impressionnants, de notre coopération dans les différents secteurs, ne sont que le reflet d'un fait qui dépasse la statistique : nos destins sont profondément et durablement liés. Ils le sont par nos sociétés et nos économies, fortement imbriquées. Ils le sont par la géographie, la Méditerranée que nous partageons nous rappelant chaque jour combien elle est porteuse à la fois de chances et de périls. La révolution tunisienne, porteuse d'espoirs, est venue ajouter à cette réalité l'appartenance à une même famille, celle des sociétés passionnément éprises de démocratie, contre vents et marées, et profondément attachées à la liberté et à l'égalité. Chacun prend la mesure en France, de l'expérience unique de la Tunisie : un Etat démocratique est né et se consolide chaque jour un peu plus. Que la Tunisie réussisse, et c'est cet espoir de démocratie qui se concrétise. Ce partenaire si fiable de la France au sud de la Méditerranée, avec lequel elle a tant de valeurs en partage, ne peut être fragilisé. Partant de ce constat, nous sommes déterminés à faire en sorte que nos gouvernements portent la coopération entre la Tunisie et la France à un niveau supérieur, afin d'écrire une nouvelle page de la relation bilatérale, pour en faire une véritable alliance, à la hauteur des défis partagés que nous devons relever. Un Partenariat fondé sur des engagements réciproques et durables dans les domaines prioritaires de notre avenir commun. L'expérience tunisienne l'exige, et elle le permet. La France demeure le premier partenaire économique, culturel et scientifique de la Tunisie. C'est l'esprit de cette première session du Haut Conseil de coopération. Le premier défi commun consiste à lutter contre le terrorisme sans renoncer à l'état de droit. Il s'agit là de notre volonté commune, en France comme en Tunisie. Dans nos deux pays, certains ennemis de la civilisation prennent les armes contre des innocents. Ils veulent instiller la peur et la division au sein et entre nos sociétés, et aspirent à mettre à mal nos Démocraties. Ils n'y parviendront pas si nous savons, ensemble, résister en les combattant, avec détermination et sans naïveté, par les armes de la justice, car aujourd'hui aucun Etat ne peut lutter seul contre la radicalisation. Le deuxième défi est celui de la relance de la croissance, sans renoncement à la solidarité. Pour cela, nos gouvernements partagent l'ambition de transformer en profondeur nos modèles économiques, tout en garantissant la justice sociale, et de saisir, comme il se doit, les opportunités de la mondialisation. Il faut, là encore, dépasser les modèles sans les renier, consolider et renouveler constamment les fondements de la réussite du partenariat économique bilatéral, qui permettra de co-créér, dans tous les secteurs d'avenir, des projets communs qui permettront à nos acteurs de se projeter, ensemble, vers d'autres opportunités. Les Rencontres Africa 2017, que nous avons inaugurées à Tunis le 5 octobre 2017, consacrent cette volonté commune de travailler ensemble pour un continent africain prospère et maître de son destin. Le troisième défi est d'ordre sociétal. Il consiste à donner des raisons à nos jeunesses respectives de croire en la démocratie et en la liberté. A affirmer, comme vient de le rappeler encore si fortement la Tunisie, les droits des femmes. A ce titre, nous saluons hautement les initiatives de Monsieur le Président Béji Caïd Essebsi, annoncées en aout dernier, à l'occasion de la Fête des femmes. Par ailleurs, notre défi commun est aussi celui de la place de la jeunesse dans nos sociétés. Notre action commune en matière d'éducation et de formation, mais aussi les projets que nous développons ensemble dans les domaines de la culture et de la francophonie, les échanges portés par nos institutions décentralisées et nos sociétés civiles, sont autant de réponses aux attentes de nos jeunes. Il est, enfin, un horizon qui forme aujourd'hui le socle de notre partenariat : celui de la promotion de nos valeurs communes et la conscience de nos responsabilités. Nos consultations permanentes, dans les fora internationaux, où nos deux pays défendent ensemble les principes qui leur sont chers, est également un message que nous portons et lançons à la communauté internationale. Et dans un contexte international où semblent gagner l'incertitude et l'instabilité, nos deux pays ont conscience du rôle qu'ils ont à jouer. Ensemble, en Méditerranée, nos deux pays œuvrent à l'édification d'un espace de paix et de prospérité partagée. Nous accordons à cet égard une attention toute particulière à la résolution de la crise libyenne, pour le bien du peuple libyen et la sécurité de notre région. C'est la première fois dans l'histoire de nos pays que les deux chefs de gouvernements prennent ensemble la plume : nous le faisons pour dire publiquement notre volonté renforcée de transformer une relation privilégiée en un partenariat stratégique d'exception intelligent et puissant tourné vers l'avenir. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/564.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/564.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..057bbd89ebef478207bf90602d4013b3ee65eb8d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/564.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je suis heureux d'être ici à l'invitation de mon ami M. Nasser Bourita. C'est ma première visite officielle au Maroc en tant que ministre de l'Europe et des affaires étrangères et c'est ma deuxième rencontre avec le ministre marocain puisque nous avons échangé une première fois, il y a peu de temps, à New York dans le cadre de l'Assemblée générale des Nations unies. J'ai eu l'occasion aujourd'hui aussi de m'entretenir avec le Premier ministre et je rencontrerai cet après-midi le ministre de l'économie, M. Boussaïd. Cette visite s'intègre dans un cycle important de rencontres franco-marocaines. Le président de la République était venu ici le 10 juin pour son premier déplacement en dehors de l'Europe et son deuxième déplacement en tant que chef de l'État. Il a rencontré sa Majesté dans un cadre très significatif et très important. Au-delà de ma visite, il y a, la semaine prochaine, le secrétaire général du Quai d'Orsay qui viendra ici pour préparer la réunion de haut niveau qui se tiendra les 16 et 17 novembre ici au Maroc avec les Premiers ministres des deux pays et plusieurs ministres de différents secteurs pour marquer l'agenda d'une coopération exceptionnelle entre nos pays, qui est à un niveau très significatif dans tous les domaines. J'ai eu l'occasion ce matin de vérifier l'accélération des travaux sur la ligne à grande vitesse que nous avons survolée en hélicoptère. C'est assez exemplaire d'un partenariat intelligent entre les entreprises des deux pays et cet après-midi j'aurai l'opportunité de signer le prêt qui permettra de finaliser définitivement la ligne grande vitesse. Ce partenariat exceptionnel doit se poursuivre et nous en avons évoqué les principales filières qui pourront conduire à renforcer notre coopération à la fois dans le domaine sécuritaire - vous avez parlé de la relation particulière avec les pays du Sahel - mais aussi dans les domaines de la coopération économique et de la coopération universitaire, sur les questions migratoires, et sur les questions de formation. L'ensemble des chantiers est immense et je n'oublie pas le chantier principal récent qui était celui de l'alliance franco-marocaine sur le climat, qui a permis après l'accord de Paris et la COP22 de renforcer cette dynamique et qui permettra aussi demain d'avoir une collaboration encore plus étroite. C'est une visite qui, depuis son commencement hier soir est très positive et se poursuit encore jusqu'à mon départ cet après-midi. (...) Q - La France préside le conseil de sécurité, quel apport et quelle contribution va-t-elle faire pour résoudre le conflit au Sahara ? R - Sur la question du Sahara, notre posture est permanente. Nous avons déjà déclaré que le plan d'autonomie initié par le Maroc était une bonne base de négociations. Nous pensons que le secrétaire général des Nations unies a peut-être l'opportunité, à partir de cette base, de prendre les initiatives nécessaires. En tout cas, c'est dans ce cadre que nous concevons l'avenir du Sahara occidental. Q - Est-ce que les deux chefs d'État seront présents au sommet d'Abidjan entre l'Union européenne et l'Union africaine ? Et est-ce qu'il y a une action coordonnée de la France et du Maroc et si oui dans quel domaine ? R - Le président Macron sera au sommet d'Abidjan. Nous souhaitons que ce sommet soit porteur d'une nouvelle dynamique entre l'UE et l'Afrique et nous souhaitons que ce sommet se déroule dans les meilleures conditions. S'il y a quelques irritants potentiels sur les participations, nous estimons que cela doit faire l'objet d'un consensus sur la base de la réalité d'États souverains. Q - Est-ce que vous avez discuté des sujets du terrorisme, de la radicalisation et de l'immigration illégale, surtout que bon nombre de pays européens se plaignent des conséquences de cette immigration... Le Maroc avait proposé de fonder des bureaux de renseignement en partenariat avec les pays européens pour faire face à ce fléau. Comment commenteriez-vous cela ? R - J'ajoute juste un mot à ce que vient de dire M. Bourita. Les relations sur cette question sont basées sur la confiance, la transparence et sur les principes que nous partageons. La question de l'immigration ne se limite pas à la question sécuritaire. Elle intègre évidemment la question du développement et l'un ne peut pas aller sans l'autre. C'est pourquoi je trouve qu'il y a un très beau challenge à relever ensemble, que mon collègue évoquait, sur le partenariat en Afrique. Je pense que ces initiatives communes que nous pouvons mener pour le développement africain, pour considérer que l'Afrique n'est pas un fardeau mais une chance, ce partenariat-là est le meilleur partenariat possible pour réguler le phénomène migratoire. Il y a aussi les données politiques dont nous avons parlées et qui ont été évoquées rapidement tout à l'heure. Il faut se battre contre les passeurs de toute sorte qui sont des profiteurs de misère et le meilleur moyen de les contrebalancer aujourd'hui concerne une action politique à mener en Libye, puisqu’aujourd'hui c'est bien dans cette zone que les profiteurs de misère prospèrent. Et tous nos efforts vont dans l'accompagnement de l'action menée en ce moment même par le représentant des Nations unies, M. Salamé, pour aboutir à une vraie solution politique en Libye. J'en parle d'autant plus aisément ici que la base de cet accord est la base de l'accord de Skhirat, même s'il faut l'amender en tenant compte de la nouvelle donne à la fois politique et militaire sur le terrain, mais l'impératif d'une solution politique en Libye est essentiel pour assurer une bonne gestion de l'immigration. (...) Q - Demain la Catalogne pourrait déclarer de façon unilatérale son indépendance. La France a déjà dit qu'elle ne reconnaitrait pas cette indépendance. Je voulais savoir si la France poussait pour trouver une solution dans le cadre européen d'ici demain et comment vous voyez cette situation ? R - La solution, M. Le Président de la République l'a déjà dit, est d'abord dans le cadre espagnol. La France reconnaît l'unité espagnole, l'autorité espagnole et souhaite que le règlement de cette crise, qui nous préoccupe, se fasse dans le dialogue et dans le respect de la constitution espagnole. C'est une position constante. (...). \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/565.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/565.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f319121c4914eeee9d807fc2854bc65df4cb0f49 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/565.txt @@ -0,0 +1 @@ +Depuis plus de 70 ans maintenant, l'UNESCO œuvre au développement de « la solidarité intellectuelle et morale de l'humanité », pour l'établissement d'une paix durable. L'humanité est aujourd'hui face à d'immenses défis, qui font peser un risque sur sa sécurité, sa fraternité, sa diversité. Plusieurs décennies après sa création, les missions et les valeurs de l'UNESCO sont plus que jamais d'actualité. Nous devons les faire vivre. La France sera au rendez-vous. Elle sera au rendez-vous, d'abord, en tant qu'Etat du siège de l'Unesco. C'est une position qui nous honore, autant qu'elle nous oblige. Nous savons les responsabilités qu'elle implique. La France considère qu'elle a une responsabilité particulière par rapport à cette organisation. L'Unesco traverse un période de fragilité, elle doit s'adapter au monde en évolution rapide. Elle a besoin pour cela, à sa tête, d'une personnalité qui incarne l'esprit de l'Unesco et qui porte une ambition pour l'Unesco ; d'une personnalité dynamique et imaginative, qui saura trouver des solutions innovantes et des ressources supplémentaires ; d'une personnalité pouvant s'appuyer sur un pays qui sera un soutien indéfectible de l'Unesco, la France. Cette personnalité s'appelle Audrey Azoulay. Il était important pour moi d'être ici aujourd'hui pour soutenir la candidature de celle qui m'a précédée au Ministère de la culture. Ma présence aujourd'hui ici est aussi la preuve de la continuité de l'engagement français au soutien de l'Unesco. La France continuera de s'engager, comme toujours, pour œuvrer aux missions fondamentales de l'UNESCO : rapprocher les Hommes par l'éducation (i), la science (ii) et la culture (iii) 1/ En matière d'éducation, notre pays continuera à s'investir particulièrement, comme il le fait depuis longtemps. C'est « la » priorité affichée de notre politique de développement. L'éducation a notamment un rôle capital à jouer dans la prévention de la radicalisation. La France sera là pour accompagner cette ambition. Elle contribue aux travaux du Comité directeur de l'ODD4 : le nouvel agenda mondial pour l'éducation, adopté dans le cadre de l'Agenda 2030 des Nations unies. L'UNESCO doit rester chef de file pour sa mise en œuvre. Nous tenons à remercier la Directrice générale pour les efforts déployés dans ce domaine, si important. 2/ La France continuera de s'engager, ensuite, pour soutenir l'ambition de l'UNESCO dans le domaine des Sciences. Nous souhaitons rendre hommage au travail effectué par l'Organisation. Il faut le poursuivre, et s'unir pour obtenir davantage de fonds extrabudgétaires. Qu'il nous soit permis ici de manifester clairement notre attachement au maintien et au développement du Programme International relatif aux Sciences Fondamentales. C'est un « pont » indispensable entre l'UNESCO et la Communauté scientifique tout entière. Nous sommes heureux de saisir cette occasion pour rappeler qu'un accord important a été signé, le 3 octobre dernier, entre l'UNESCO et le Muséum National d'Histoire Naturelle de France. Il vient consacrer des décennies de coopération et porte de grandes promesses pour l'avenir. Nous souhaitons mentionner enfin le projet de décision déposé par la France et l'Italie sur le Programme « Mémoire de la Glace » : il ouvre des perspectives essentielles pour la sauvegarde des données scientifiques contenues dans les glaciers de haute montagne, qui sont aujourd'hui menacées par le réchauffement climatique. 3/ La France s'engage, par ailleurs, pour défendre et promouvoir l'une des valeurs phares de l'UNESCO : la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. C'est un terrain de vigilance particulier, à l'heure du numérique. La France a porté, avec le Canada, des directives opérationnelles sur le numérique, à l'occasion de la dernière Conférence des États parties à la Convention de 2005 (Sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles). Tous les Etats se sont accordés sur la qualité de ce texte, et nous nous félicitons de son adoption. La protection du patrimoine, bien commun de l'humanité, est un autre enjeu phare. Le musée du Louvre a accueilli, le 20 mars dernier, la première conférence des donateurs de l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit (Egalement appelée Fondation ALIPH). Elle a permis de collecter près de 76 millions de dollars issus de donateurs publics. Les actions futures de la Fondation devront s'inscrire dans une coordination étroite avec l'UNESCO, qui siège au Conseil de la Fondation. En mai dernier, la France a par ailleurs été élue pour 2 ans à la présidence de la Convention de 2001 sur la protection du patrimoine culturel subaquatique. Elle s'attachera à sensibiliser les Etats non encore parties, ainsi que le public, à sa valeur. La France continuera de s'engager, enfin, pour la liberté d'expression et la sécurité des journalistes. Elle a organisé en mars dernier l'exposition « La presse en liberté » avec la Suisse. Elle appuie la création d'un poste de Représentant Spécial pour la sécurité des journalistes, auprès du Secrétaire général des Nations unies. La France s'engage pour l'UNESCO, avec l'UNESCO. Nous savons les difficultés auxquelles fait face notre Organisation. Les facteurs budgétaires en sont une dimension importante. La discussion arrive aujourd'hui à un point décisif, qui engage le devenir de l'organisation. Notre conviction est que la meilleure manière de surmonter ces difficultés, pour l'UNESCO, est de se montrer fidèle à ses valeurs, à ses combats, à ses ambitions. En choisissant sa prochaine Directrice ou son prochain Directeur général(e), l'UNESCO se choisit un avenir. La France a décidé de présenter la candidature d'Audrey AZOULAY, parce qu'elle incarne l'exigence pour l'éducation, la science et la culture qui est au cœur de notre Organisation. Et qui est le coeur de la réponse aux grands défis de l'humanité qu'il s'agisse du défi climatique, sécuritaire, démographique. Ces défis, aucun de nos Etats ne pourra les relever seul. Comme l'a dit le Président de la République française, à la tribune de l'Assemblée génération des Nations unies il y a quelques jours : c'est par la voie d'un « multilatéralisme fort et responsable » que nous y parviendrons. Que nous tracerons des chemins d'avenir pour l'humanité. La France est déterminée à s'y engager. Monsieur le Président, Je vous remercie d'avoir donné la parole à la France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/566.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/566.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0f89861aeea14bf5981998f4927713ae3e9305ad --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/566.txt @@ -0,0 +1 @@ +PATRICK COHEN Bonjour Nicole BELLOUBET. NICOLE BELLOUBET Bonjour. PATRICK COHEN Vous souhaitez transformer la justice, vous lancez cinq chantiers de réformes, on verra aussi avec quels moyens. Avant cela, une question d'actualité. Le Parquet national financier vient de réclamer un procès pour Nicolas SARKOZY, dans l'affaire dite Paul BISMUTH, tentative de corruption d'un magistrat de la Cour de cassation. Est-ce que vous y êtes pour quelque chose ? NICOLE BELLOUBET Ah je n'y suis strictement pour rien, la justice est indépendante de ce point de vue-là, et c'est une affaire, vraiment, qui est gérée directement par le Parquet national financier. PATRICK COHEN La justice est indépendante, mais les Parquets sont rattachés au garde des Sceaux. NICOLE BELLOUBET Absolument. Il y a évidemment la nécessité de diriger la politique pénale, mais sur les affaires particulières, je n'interviens absolument pas. PATRICK COHEN Pour ne pas alimenter ce soupçon, pourquoi ne pas couper le cordon, une fois pour toutes, entre le garde des Sceaux et les Parquets ? Réforme souvent promise, promise par Emmanuel MACRON pendant sa campagne, et jamais concrétisée. NICOLE BELLOUBET Eh bien j'espère que ça sera le cas prochainement, avec la révision constitutionnelle que le président de la République a annoncée, et qui traitera, entre autres, des questions de justice, et qui insistera sur cet aspect de la réforme qui est très attendu. PATRICK COHEN Quand sera-t-elle présentée ? NICOLE BELLOUBET Ecoutez, le président de la République, j'espère, l'annoncera lui-même prochainement. PATRICK COHEN Oui, mais pourquoi vous dites « j'espère » ? Parce que ça dépend de la majorité du Congrès, Assemblée et Sénat, qui n'est pas garantie ? NICOLE BELLOUBET Il me semble que sur cette question-là, c'est le président de la République et le Premier ministre qui doivent faire les annonces, et donc je leur laisse évidemment le soin de le faire. PATRICK COHEN Bon, en tout cas, le projet n'est pas abandonné. NICOLE BELLOUBET Absolument, en aucun cas, et c'est au contraire une volonté très forte du président et du Premier ministre. PATRICK COHEN Quelle est la priorité, pour vous, alors, garde des Sceaux, Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Eh bien, pour moi, la priorité c'est de transformer la justice. Je pars d'un constat très simple et qui est très partagé : la justice est trop lente, trop peu lisible pour les citoyens, et souvent trop complexe. Donc, ce que l'on voudrait faire, c'est réellement, de manière extrêmement concrète, faire bouger les choses de ce point de vue-là. PATRICK COHEN Pour votre prédécesseur, c'était la question des moyens. Vous vous souvenez de Jean-Jacques URVOAS qui parlait de … NICOLE BELLOUBET Je me souviens de Jean-Jacques URVOAS. PATRICK COHEN ... clochardisation de la justice. NICOLE BELLOUBET Oui, alors j'ai eu l'occasion de dire que je n'aimais pas ce mot, parce que je crois que les magistrats font un travail de qualité, en revanche il me semble tout à fait nécessaire et c'est bien ce qui a été reconnu par le gouvernement, de donner à la justice les moyens de fonctionner. Je rappelle simplement que l'on a un budget en augmentation sur 2018 de près de 4 %, et ça va continuer dans les années à venir. PATRICK COHEN Ça va suffire pour aller plus vite, pour accélérer le cours de la justice ? NICOLE BELLOUBET Je pense, si vous voulez, monsieur COHEN, que ce n'est pas la seule chose qui doit être faite, on ne peut pas raisonner qu'en termes de budget, il faut aussi penser en termes d'évolution globale. PATRICK COHEN Mais pour que ça marche plus vite pour les citoyens, il faut davantage de moyens. Ça vous a été rappelé par des magistrats. A Nantes, vendredi dernier, quand on vous dit : une personne qui réclame un droit de visite pour ses enfants et qui attend un an et demi pour voir un juge. NICOLE BELLOUBET Je ne méconnais pas ce que vous dites, je pense que c'est une question extrêmement sérieuse, je suis persuadé qu'elle ne pourra pas être résolue par l'augmentation de moyens, seulement. Cette année, nous allons créer 100 magistrats supplémentaires, au-delà des départs à la retraite. Nous avons des moyens pour aller plus loin, mais ça ne suffira pas. Il faut vraiment penser en termes de simplification des procédures, en termes de numérisation, cela aussi fera gagner du temps et de la clarté. PATRICK COHEN La numérisation, donc, vous croyez à la justice en ligne, la justice dématérialisée, qui... NICOLE BELLOUBET Non, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire là... PATRICK COHEN Non ? NICOLE BELLOUBET Je veux dire simplement qu'il faut que le citoyen, par exemple, puisse saisir la juridiction en ligne, qu'il puisse suivre son affaire en ligne. Il faut par exemple que lorsque vous allez déposer plainte à un commissariat, que le dossier qui est constitué là, passe directement chez le juge par voie dématérialisée. Tout cela fera gagner du temps et fera gagner de la lisibilité pour le citoyen. C'est très important. PATRICK COHEN Quiconque a fréquenté un lieu de justice, tribunaux, cabinets d'avocats, huissiers, voit ces lieux encombrés de montagnes de papiers. Ça peut changer, ou ça doit changer, ou pas ? NICOLE BELLOUBET Ça doit changer. PATRICK COHEN Oui. NICOLE BELLOUBET Ça doit changer et ça va changer, c'est absolument une évidence. Il y a des, je crois, des moyens puissants qui seront mis sur la numérisation, on va dire 500 millions en cinq ans, sur la justice, c'est une somme tout à fait importante, et il y a des emplois qui sont créés pour penser cette numérisation et la traduire. Et c'est un travail que je mène d'ailleurs collectivement, avec d'autres collègues du gouvernement, notamment avec le ministre de l'Intérieur, sur tout ce qui est numérisation de la procédure pénale pour la partie enquête. PATRICK COHEN Au bout du quinquennat, il y aura moins de papiers. NICOLE BELLOUBET J'espère que vous pourrez le constater. PATRICK COHEN Dans les lieux de justice. NICOLE BELLOUBET Absolument. PATRICK COHEN Les prisons, Nicole BELLOUBET, 70 000 détenus pour 60 000 places. Quelle est votre philosophie ? Est-ce que c'est celle de la droite qui dit : « Il faut construire, il faut mettre tous les délinquants en prison », ou celle de la gauche, qui dit : « Il faut des alternatives », plus on construit de prisons et plus on les remplit ? NICOLE BELLOUBET Ni droite, ni gauche. Je pense que... PATRICK COHEN Hhhhh. NICOLE BELLOUBET Non, franchement, je pense que ce n'est pas comme ça qu'il faut raisonner. Je pense qu'il faut être extrêmement pragmatique. Nous avons besoin de places de prison, le président s'y est engagé, pour rendre les conditions d'incarcération plus dignes et surtout pour mieux adapter l'enfermement, la détention, aux personnes que nous avons à prendre en charge, qui sont toutes différentes. Donc je pense qu'il faut des places, mais là encore, à soi-seul, ça ne suffira pas, il faut bien entendu jouer sur toutes les peines, et donc nous allons retravailler sur l'échelle des peines. Je pense qu'à côté de la peine d'enfermement, il faut faire monter en puissance d'autres types de peines, comme les travaux d'intérêts généraux, le placement sous bracelet électronique, etc. Je crois qu'il y a vraiment un travail profond à faire, cela fera partie des chantiers de la justice. PATRICK COHEN Donc, désengorgement des prisons, et en même temps, construction de nouvelles places. NICOLE BELLOUBET Oui, c'est-à-dire, enfin, je pense que les deux mouvements vont de paire, n'est-ce pas, je crois qu'il faut vraiment, je le redis, il faut savoir, il faut que la peine soit adaptée à celui qui la reçoit, et donc il faut vraiment des conditions d'incarcération qui ne soient pas seulement une coupure d'avec la société, mais aussi un travail pour réinsérer dans la société. Cela suppose des lieux qui soient adaptés. PATRICK COHEN Et une peine juste, enfin, juste, en tout cas qui soit effectivement appliquée... NICOLE BELLOUBET Oui, absolument. PATRICK COHEN C'était une expression d'Emmanuel MACRON pendant sa campagne, la vraie peine, toute peine prononcée doit être exécutée, disait-il. NICOLE BELLOUBET Si vous voulez, moi je me suis rendu dans des établissements pénitentiaires, et je me souviens très bien à Toulon, avoir rencontré un détenu qui me disait que sa peine avait été prononcée plus de deux ans avant sa mise à exécution. Il y a des délais trop longs, il faut que nous travaillions sur cela pour réduire le délai entre le moment où une peine est prononcée, le moment où elle est mise à exécution. Cela est indispensable et cela se fera d'autant mieux que la diversité des peines sera réellement mise en oeuvre. PATRICK COHEN La question de la radicalisation en prison, est-ce que c'est une de vos préoccupations, de vos priorités NICOLE BELLOUBET Ah bien sûr. Bien sûr, ce qui s'est passé, ce qui a été révélé hier témoigne évidemment de l'urgence de cette situation. PATRICK COHEN Ce sont deux détenus qui avaient prévu de commettre un attentat, dès leur sortie, sortie imminente. NICOLE BELLOUBET Oui, je ne veux pas, là, prendre position sur une affaire qui est en cours, mais sur ce qu'elle symbolise, c'est tout à fait important. Ce que je voudrais juste dire ici, c'est d'une part que nous faisons un effort tout à fait considérable sur le renseignement pénitentiaire, avec là encore création d'emploi. Sur ce qui permet de... c'est grâce à cette technique de renseignements que l'on a pu s'apercevoir de ce qui était préparé, donc renseignement pénitentiaire, travail avec les surveillants, puisque c'est eux qui sont les premiers agents de la lutte contre la radicalisation. PATRICK COHEN Et là on a vu, sur le quinquennat précédent, deux philosophies, aussi, s'affronter sur la question de la radicalisation, le regroupement des détenus ou leur dispersion. NICOLE BELLOUBET Oui, là encore, si vous voulez, nous, nous fonctionnons de la manière suivante : d'une part il y a des quartiers d'évaluation de la radicalisation, quand un détenu arrive, nous passons quatre mois à évaluer son degré de dangerosité, et en fonction de cela, il sera placé, soit à l'isolement, soit en quartier de très haute sécurité, soit mis en cellule normale, mais individuelle toujours, bien sûr. PATRICK COHEN Vous avez été associée, consultée, pour l'élaboration de la loi antiterroriste qui remplace l'état d'urgence ? NICOLE BELLOUBET Comment pouvez-vous imaginer, qu'il en soit autrement ? PATRICK COHEN Eh bien je peux l'imaginer, parce qu'on n'a pas entendu beaucoup la voix du ministère de la Justice. NICOLE BELLOUBET C'est parce que vous ne m'avez pas écoutée. PATRICK COHEN Ah bon... j'en doute, mais en tout cas ça ne se lit pas forcément dans le dispositif retenu. NICOLE BELLOUBET Si vous voulez, dans un travail gouvernemental, comme vous le savez, en amont du projet qui est présenté au Parlement, il y a tout un travail de dialogue dans des réunions interministérielles. Le ministère de la Justice était très présent à ce niveau-là, et nous aboutissons à un texte qui, à la fois, met en place un certain nombre de mesures liées à la situation exigée par les circonstances, mais qui en même temps place des contrôles, à plusieurs niveaux, dont récemment le contrôle du Parlement, l'évaluation, la mise en oeuvre d'une date, qui sera 2020, sur laquelle cette loi sera évaluée et éventuellement prorogée. PATRICK COHEN Vous entendez ceux qui crient à la menace pour les libertés publiques, à travers ce texte ? Que leur répondez-vous, Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Je l'entends, je pense que... Je l'entends parfaitement, et beaucoup de mes collègues universitaires la portent. Je crois qu'il n'y a de liberté que s'il y a un minimum de sécurité, et c'est l'équilibre que ce texte tente d'établir, et que je crois qu'il établit. PATRICK COHEN Il est équilibré, selon vous ? NICOLE BELLOUBET Selon moi, oui. PATRICK COHEN La carte judiciaire, y aura-t-il des fermetures de tribunaux ? NICOLE BELLOUBET Alors je le dis, je le redis : il n'y aura fermeture d'aucun lieu de justice. Ce que je veux simplement dire, parce que cela fera partie d'un des chantiers de la justice, c'est qu'à partir du moment où on a une réflexion globale sur le fonctionnement de la justice, à partir du moment où on parle de numérisation, de simplification, forcément, cela aura des conséquences sur l'activité conduite dans les tribunaux, et c'est à cela que nous réfléchirons en concertation avec.... PATRICK COHEN C'est-à-dire des réductions d'effectifs, ici ou là, ou des modifications de sièges de cours d'appel, des choses comme ça. NICOLE BELLOUBET Non, je n'irai pas là où vous allez, je pense qu'il y a une réflexion à conduire. Je laisse la mission qui est en charge de cette réflexion, avec deux anciens présidents de la Commission des lois, monsieur HOUILLON et monsieur RAIMBOURG, conduire leur réflexion et nous verrons donc au mois de janvier. PATRICK COHEN Ce sera en janvier. Merci Nicole BELLOUBET, ministre de la Justice... NICOLE BELLOUBET Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/567.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/567.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4abacdcf713ae597eb4c400aedb3e38dab3129a4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/567.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-PIERRE ELKABBACH Merci Gérald DARMANIN. Aujourd'hui vous êtes ici avec nous, alors bienvenu et bonjour d'abord. GERALD DARMANIN Bonjour. JEAN-PIERRE ELKABBACH Cette nuit, l'intersyndicale n'a donc pas trouvé d'accord pour des actions communes contre votre politique sociale et contre les ordonnances. Elle va se revoir le 24 et d'ici-là, la CGT va protester à sa manière toute seule le 19 octobre. Ces divisions stratégiques du monde syndical, est-ce que c'est une preuve que le monde syndical est en train d'évoluer lui aussi ? GERALD DARMANIN Il y a une partie du monde syndical qui évolue et qui évolue vers le sens de la réforme. Qui préfère plutôt que le blocage la réforme et la négociation. Ç'a déjà été le cas depuis ce début de mandat. Mais moi, je suis un républicain et je suis un démocrate. Je suis un républicain parce que je crois qu'il est important de garder un droit de manifester, un droit de grève. JEAN-PIERRE ELKABBACH Evidemment. GERALD DARMANIN Evidemment. Et en même temps, je suis un démocrate. La majorité s'est exprimée dans les urnes pour que nous fassions ces réformes et nous allons les faire en négociant, en discutant mais nous allons les faire. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais avec l'échec d'hier, il n'y a pas de front syndical uni. Est-ce que ça veut dire que pour vous, vous avez les mains libres pour agir à votre guise ? GERALD DARMANIN Non. Il faut être modeste en toute chose. D'abord, la France est un pays qui souffre, qui a élu madame LE PEN à 11 millions de voix au second tour de la présidentielle, qui connaît un chômage très élevé, beaucoup de gens qui sont en difficulté. Dans ce que disent les syndicats, il y a aussi des vérités sur les conditions de travail des travailleurs par exemple. Il faut l'entendre, il faut l'écouter et il faut en même temps réformer la France, ne pas avoir peur non plus des blocages. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire que vous entendez le malaise et même l'angoisse qui s'exprime et qui va s'exprimer aujourd'hui ? GERALD DARMANIN Il y a une partie effectivement de la population française qui travaille et une partie de la population française qui ne travaille pas, qui est effectivement dans une angoisse et il faut réparer cette angoisse. C'est d'ailleurs pour ça, je crois, qu'Emmanuel MACRON a été élu. C'est d'ailleurs pour ça qu'il a composé un gouvernement qui fait fi des clivages partisans et qui travaille pour l'intérêt général. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous dites « ceux qui travaillent », c'est-à-dire les 5,4 millions de fonctionnaires, sans parler de ceux qui ne travaillent pas, qui n'ont pas de travail, qui sont les chômeurs et les retraités. GERALD DARMANIN Vous avez à la fois une difficulté que le travail ne paye pas assez dans notre pays. Nous allons réparer ça en supprimant des cotisations, en augmentant dès le mois de janvier prochain la feuille de paie. Et puis il y a tous ceux qui ne travaillent pas parce qu'ils sont issus du système. Malheureusement, on pense souvent aux premiers c'est très important et on ne pense pas aux seconds, comment on remet les seconds au travail, comment on les aide à retrouver un travail. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous aimeriez voir les chômeurs manifester ou, au contraire, trouver un emploi. Mais les fonctionnaires aujourd'hui entament une grève massive avec à peu près 130 manifestations à travers tout le pays, mais Philippe MARTINEZ va défiler à Paris, Jean-Claude MAILLY à Lyon et Laurent BERGER à La Roche-sur-Yon en Vendée. Vous ne pouviez pas rêver mieux. GERALD DARMANIN Ecoutez, d'abord on verra ce soir quelle a été la mobilisation. Moi, je veux dire aux agents publics que je comprends à quel point aujourd'hui ils souhaitent de nouveau faire partie de ce pacte républicain qui a fait la grandeur de la France depuis 1945. Personnellement, je suis très fier d'être leur ministre. Je vais entendre les manifestants. J'ai reçu plus d'une trentaine de fois les organisations syndicales en cinq mois de fonction à mon ministère. Je continuerai à les recevoir et dès le 17 octobre, dès la semaine prochaine, nous voyons avec l'ensemble des syndicats… JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous deviez les voir aujourd'hui. GERALD DARMANIN Oui. On a considéré que le jour d'une manifestation et d'une grève, ce serait un peu provocant. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ce n'est pas que vous n'étiez pas prêts. GERALD DARMANIN Non, bien sûr que non. Le Premier ministre d'ailleurs a dit hier très justement quelles étaient les compensations que nous ferions pour les agents publics. JEAN-PIERRE ELKABBACH On va y arriver, on va y arriver. GERALD DARMANIN Aucun agent public ne verra son salaire baisser évidemment dès le mois de janvier prochain. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais si les manifestations sont importantes, si l'engagement est massif, est-ce que ça peut faire changer votre propre politique ? GERALD DARMANIN Non, parce que ce que nous faisons, c'est d'abord plusieurs choses qui consistent à remettre la France dans un système positif de croissance, de baisse des dépenses publiques et de transformation. Et qu'effectivement il va falloir que chacun comprenne que cette élection a changé le mode opératoire finalement des Français. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais que ça ne se fasse pas aux dépens des fonctionnaires ou de la fonction publique telle qu'elle est. GERALD DARMANIN Mais évidemment. Nous sommes là pour rassurer les agents publics. Vous savez, dans ma mairie de Tourcoing, moi je les vois tous les jours les fonctionnaires qui travaillent, qui sont au service de la population et qui rendent des grands services effectivement à l'intérêt général. Et on va les rassurer en leur disant qu'évidemment il n'y aura pas de perte de pouvoir d'achat. Il y a même une augmentation de pouvoir d'achat. Cette année, c'est 4 % d'augmentation en moyenne pour les agents publics. JEAN-PIERRE ELKABBACH 2017 2018 ? GERALD DARMANIN Voilà. Ce qu'on appelle le GVT, le Glissement Vieillesse Technicité, plus le PPCR, ce qu'a négocié l'ancien gouvernement. 4 % d'augmentation de pouvoir d'achat. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais ils ne le ressentent pas ainsi. GERALD DARMANIN C'est la première fois depuis quinze ans qu'il y a une telle augmentation. Aucun salarié du privé n'a en moyenne 4 % d'augmentation. Alors qu'ici ou là il y ait des métiers dans la fonction publique je pense notamment aux catégories C qui connaissent peut-être une revalorisation nécessaire, nous allons y travailler et nous allons en discuter. Avec Jean-Michel BLANQUER, nous allons parler des ATSEM qui font un travail formidable dans les écoles. Avec madame la Ministre de la Justice, nous allons parler des surveillants de prison. On va travailler effectivement pour les métiers de la fonction publique et on en parlera évidemment avec les syndicats. JEAN-PIERRE ELKABBACH Au 1er janvier, la CSG, la contribution sociale généralisée, va augmenter de 1.7 point. Elle sera compensée pour les salariés par une baisse des cotisations sociales. Mais pour les fonctionnaires, dit le Premier ministre, la hausse de la CSG sera neutre. Qu'est-ce ça veut dire ? GERALD DARMANIN Ça veut dire que nous allons également la compenser. Aucun agent public ne perdra de l'argent… JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire la compenser avec des primes. GERALD DARMANIN Soit on va supprimer aussi des cotisations : les fonctionnaires ne paient pas les mêmes cotisations que les salariés. Par exemple l1 %, ce qu'on appelle le 1 % qui a été créé voilà quelques années, on va proposer de supprimer cette cotisation. Il y a des contractuels de la fonction publique qui paient le 0,75, les mêmes que les salariés, nous allons proposer de les supprimer. Soit effectivement pour ceux qui ne payent pas ces cotisations, qu'on ne peut donc pas supprimer, une prime qui va permettre effectivement de compenser intégralement cette augmentation de CSG. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et quel est le montant de ces primes globalement ? GERALD DARMANIN A proportion de 1,7 % de votre augmentation de salaire. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire qu'il n'y a ni perdant, ni gagnant. GERALD DARMANIN Il n'y aura aucun perdant et chaque agent public verra au mois de janvier le même voire plus d'argent à la fin du mois. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous dites 4 % d'augmentation en 2017. Et en 2018 ? GERALD DARMANIN Ce sera en moyenne 2 % JEAN-PIERRE ELKABBACH 2 % moins 1 % d'inflation, c'est-à-dire 1 % d'augmentation. GERALD DARMANIN Oui, mais vous aurez constaté qu'il y aura donc une augmentation et qu'il y a beaucoup de salariés du privé qui aimeraient avoir cette augmentation de 2 à 4 % chaque année. Cependant, il y a dans la fonction publique des gens qui sont effectivement mal payés et j'ai dit aux syndicats de la fonction publique à la demande du président de la République et du Premier ministre ce qui avait été négocié sous l'ancien gouvernement, peu financé – puisqu'il y a 4 milliards à débourser entre maintenant et 2020 – nous le tiendrons. Donc les accords PPCR seront maintenus. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous voulez dire les engagements du précédent quinquennat, vous les tenez. GERALD DARMANIN Exactement. JEAN-PIERRE ELKABBACH Sur la revalorisation des carrières et les destins et le sort des fonctionnaires. GERALD DARMANIN Nous tiendrons tout PPCR et on va expliquer aux syndicats qu'effectivement… JEAN-PIERRE ELKABBACH PPCR, traduisez. GERALD DARMANIN C'est grosso modo l'augmentation pour un certain nombre d'agents de la fonction publique de la rémunération par métier. C'est le cas des militaires du rang, c'est le cas des policiers, c'est le cas des enseignants. JEAN-PIERRE ELKABBACH Très bien. Ce que vous dites, est-ce que ce sont des mesures valables une année, 2018, ou plusieurs années ? Les primes et les compensations ? GERALD DARMANIN Ce que nous souhaitons, c'est qu'effectivement ce soit pérenne. Il n'y a pas chez les agents publics une volonté de leur diminuer leur pouvoir d'achat. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc décision pérenne annoncée. GERALD DARMANIN Nous avons un rendez-vous syndical le 17 octobre. Nous proposerons qu'effectivement les compensations que nous proposons aux agents publics soient pérennes. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais les compensations, ce n'est pas une augmentation. Laurent BERGER dit : « Il faut augmenter les rémunérations. » GERALD DARMANIN Mais j'entends ce que dit Laurent BERGER. Moi, j'ai beaucoup de respect pour les demandes syndicales, elles sont souvent légitimes. Je dis à Laurent BERGER que quand vous regardez l'augmentation en moyenne de la rémunération des agents publics, c'est 4 % cette année. Quel agent du privé a en moyenne 4 % d'augmentation ? JEAN-PIERRE ELKABBACH Non mais vous répétez les 4 % cette année, mais eux ils s'intéressent à ce qui va arriver en 2018, 2019, et cætera. GERALD DARMANIN L'année prochaine, la suppression des cotisations sociales c'est 1,4 % d'augmentation de la rémunération brute de tous les salariés. Tous les salariés l'année prochaine, quelqu'un qui est au SMIC va connaître à peu près 60 euros d'augmentation de pouvoir d'achat grâce à la suppression des cotisations. C'est 2 % pour les fonctionnaires. JEAN-PIERRE ELKABBACH Gérald DARMANIN, est-ce qu'il faut rappeler que le candidat Emmanuel MACRON prévoyait un gain de pouvoir d'achat pour tous les salariés agents publics ? Est-ce que vous dites ici que la promesse sera tenue ? GERALD DARMANIN Mais toutes les promesses du président de la République seront tenues. Les baisses d'impôts comme les économies, comme les augmentations de pouvoir d'achat. JEAN-PIERRE ELKABBACH D'autant plus qu'il a répété hier, et vous étiez là, devant des élus de la Commission des affaires sociales et des républicains En Marche, il leur a dit : « La boussole c'est le travail, et en même temps, l'augmentation des rémunérations dans certains cas. » GERALD DARMANIN Exactement. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et il le fera et vous le ferez. GERALD DARMANIN Et le président de la République est très attaché, et c'est pour ça d'ailleurs que j'ai choisi de le suivre, que le travail paye, que notre budget soit le budget de la feuille de paie, et moi je suis très heureux de porter cette politique sociale. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous allez engager une grande réflexion à partir de la semaine prochaine. Vous deviez commencer aujourd'hui, vous le faites la semaine prochaine. Lors de cette réflexion prévue avec les syndicats de fonctionnaires, est-ce que vous allez envisager ensemble les conséquences de la numérisation accélérée, progressive de la société française ? GERALD DARMANIN Vous avez tout à fait raison. Nous allons lancer dans l'administration dans le pays une réflexion, à la lumière de ce que peut-être madame PENICAUD a fait sur le travail, sur quelles sont les missions du service public aujourd'hui. Ça veut dire quoi aujourd'hui le service public ? En 1945, le général de GAULLE, aidé par les partis de la résistance, ont créé un statut, ont aidé. Moi je pense qu'il faut effectivement réfléchir à la demande du président de la République et du Premier ministre sur les missions du service public. Une fois qu'on aura défini ces missions, on y mettra les moyens et le nombre d'agents publics qui dépendent de ces missions. Est-ce que l'Etat doit continuer toutes ces missions ? Est-ce qu'il doit faire mieux notamment dans les territoires ruraux ? JEAN-PIERRE ELKABBACH Les collectivités locales aussi. GERALD DARMANIN Est-ce qu'il doit mieux mutualiser ? Est-ce qu'on doit travailler encore plus avec les collectivités locales ? Est-ce qu'on doit faire des nouvelles missions ? Comment on doit numériser ? Je regardais par exemple mon administration qui est celle des impôts. Voici une administration qui a su se moderniser. Elle a réussi de manière tout à fait spectaculaire. Je pense que les Français, même si parfois ils renâclent à payer ces impôts, peuvent voir que l'impôt en ligne, la numérisation par ce qu'on appelle la DGFIP, la Direction des finances publiques, ça rend des services énormes. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et ça va se développer. GERALD DARMANIN Je pense que ça démontre que l'on peut à la fois moderniser l'administration et avoir confiance au service public. JEAN-PIERRE ELKABBACH En 2018, il y a 1 600 des emplois qui vont être supprimés. On dit c'est 50 000 emplois que vous voulez supprimer ou 120 000 en cinq ans ? GERALD DARMANIN 120 000 suppressions d'emplois en cinq ans, 70 000 dans les collectivités, 50 000 dans l'Etat. JEAN-PIERRE ELKABBACH 50 000 dans l'Etat. GERALD DARMANIN C'est la promesse du président de la République. JEAN-PIERRE ELKABBACH Avec 1 600 de moins, il vous reste 48 400 en quatre ans. Avec quel rythme ? GERALD DARMANIN Moi, je ne suis pas un comptable, monsieur ELKABBACH. Derrière tout ça, il y a des réalités, il y a des services publics, il y a des villes et des villages de France qui ont besoin aussi de ce service public. Faire le rabot, faire le un sur deux, ça a ses limites. Aujourd'hui, on va réfléchir aux missions. Je rappelle que l'année dernière, mon prédécesseur a créé 14 000 postes et nous, on en supprime 1 6000. Donc vous voyez quand même une différence d'une année à l'autre. Mais je signale aussi aux syndicats de la fonction publique qu'avant de supprimer des postes, avant de savoir ce qu'on va faire, il faut regarder quelles sont les missions. Comment on numérise ? Comment on permet les procédures simplifiées ? JEAN-PIERRE ELKABBACH On tient compte des évolutions technologiques. GERALD DARMANIN D'abord, nous allons travailler à ce constat et ensuite, on en tirera des conséquences. JEAN-PIERRE ELKABBACH Aujourd'hui, la Commission des finances de l'Assemblée nationale va vous écouter. Vous allez présenter le budget 2018, le premier du quinquennat Macron. D'abord, est-ce que vous allez, comme on l'entend dire, défiscaliser les heures supplémentaires ? GERALD DARMANIN Dans le projet du président de la République, il y a l'exonération de cotisations sociales pour les heures supplémentaires. Moi, j'y suis extrêmement attaché. Ce n'est pas dans le budget de l'année qui vient puisqu'on a choisi de faire la suppression des cotisations pour des heures qui ne sont pas supplémentaires, pour j'allais dire le travail de tout un chacun. Mais dans les années qui viennent, et j'espère le plus rapidement possible pour ce qui me concerne, cette promesse du président de la République comme toutes les promesses sera tenue et il y aura cette exonération. JEAN-PIERRE ELKABBACH Même si ce n'est pas dans le budget, vous pouvez commencer à l'appliquer en 2018. GERALD DARMANIN En 2018, nous avons la suppression des cotisations, c'est-à-dire une augmentation de pouvoir d'achat extrêmement importante pour tous les concitoyens, un 13ème pour quelqu'un qui est au SMIC. Ce sera le travail que nous ferons avec la suppression de la taxe d'habitation. Nous supprimons également dans ce budget-ci la taxe d'habitation. Je vois d'ailleurs qu'une partie des dirigeants des Républicains ont déposé des amendements pour ne pas qu'on supprime cette taxe d'habitation. Donc ils sont pour une augmentation de la fiscalité, ce qui me différencie fondamentalement d'une partie des dirigeants des Républicains. JEAN-PIERRE ELKABBACH Alors qu'ils vous demandent une baisse des impôts. GERALD DARMANIN Oui. Ce n'est pas la première contradiction que j'ai relevée de mes amis puisqu'ils défendaient la fin des contrats aidés voilà encore quatre mois et désormais, ils souhaitent qu'on garde ces contrats. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais pour la mesure dont vous parlez, est-ce que vous en avez les moyens budgétaires ? GERALD DARMANIN Bien sûr qu'on en a les moyens budgétaires. Mais vous savez, ce qui est important c'est une dynamique, la politique économique. C'est la confiance. Aucun gouvernement n'a autant redonné de pouvoir d'achat à nos concitoyens et aucun gouvernement n'a autant baissé les impôts pour les entreprises et pour les particuliers. JEAN-PIERRE ELKABBACH On va y venir. GERALD DARMANIN Nous voulons créer un choc de confiance et c'est cette confiance qui va créer la croissance. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, oui, mais le problème c'est que ça ne passe pas mais on va voir pourquoi. Votre prédécesseur à Bercy, Michel SAPIN, répète que ce budget n'est pas favorable aux riches, il est favorable aux très, très riches. GERALD DARMANIN Oui, mais Michel SAPIN n'est pas hypocrite ou insincère : il est très, très hypocrite ou très, très insincère. Voilà un homme qui a présenté un budget dont la première fois la Cour des comptes a dit qu'il avait des biais d'insincérité. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais là, il dément. Il dément. GERALD DARMANIN Oui, il dément mais il est venu s'expliquer devant la Commission j'allais dire post-nomination du gouvernement. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais répondez-lui sur le fond. Est-ce que ce budget illustre l'injustice sociale ? GERALD DARMANIN Monsieur SAPIN est très, très insincère parce que non seulement il a présenté un budget en partie insincère avec 3,4 % de déficit au lieu de 2,7 sur lequel il s'était engagé. C'est beaucoup. 5 milliards de sous-budgétisation, c'est beaucoup. Mais en plus, il avait créé une taxe, le gouvernement précédent, la taxe à 3 % sur les entreprises, 7 milliards de recettes fiscales, dont le Conseil constitutionnel vient de dire la semaine dernière que c'était une taxe illégale. Donc non seulement il a présenté un budget insincère en partie et, en plus, il a fait une taxe illégale que nous allons devoir rembourser. Je pense que quand on est à ce niveau d'irresponsabilité, je crois que le mieux effectivement est de ne plus commenter. JEAN-PIERRE ELKABBACH La meilleure des choses, c'est qu'un jour vous discutiez, vous débattiez tous les deux et, par exemple, à CNews. Vous y êtes prêt éventuellement ? GERALD DARMANIN Moi ce qui m'intéresse, c'est de parler avec des hommes d'avenir. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça, c'est cruel. GERALD DARMANIN Non, c'est vrai. Voilà un homme… JEAN-PIERRE ELKABBACH Là, il va être conseiller de François HOLLANDE. GERALD DARMANIN Oui, chacun fait ce qu'il souhaite. Moi, je respecte Michel SAPIN en tant qu'homme ; en tant que ministre, je peux quand même constater que l'ardoise est très forte. JEAN-PIERRE ELKABBACH Comment un président de la République et un gouvernement qui voulait être ni de droite ni de gauche arrive à avoir l'étiquette qui leur colle à la peau de président et gouvernement des riches ? Comment on en arrive là ? GERALD DARMANIN Mais je pense que vous fonctionnez avec les étiquettes du vieux monde. Au début du quinquennat précédent, on a beaucoup… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais vous ne pouvez pas arrêter de parler du vieux monde ? Comme si le monde nouveau commençait au mois de mai dernier. « Le monde nouveau est arrivé. » Avant Jésus et après Jésus. GERALD DARMANIN Vous connaissez la référence de la lumière et des ténèbres des années précédentes. Moi ce que je peux vous dire, c'est que dans le quinquennat précédent, on a beaucoup taxé les plus aisés. Est-ce que les plus pauvres ont été moins pauvres ? Est-ce que les gens de Tourcoing ont été moins au chômage ? Est-ce que ça a réglé les problèmes économiques que de laisser avancer les passions et la jalousie françaises ? Non. Moi ce que je constate aujourd'hui, c'est que nous baissons comme jamais nous baissons la fiscalité. Pour les particuliers, nous supprimons la taxe d'habitation. Pour quelqu'un qui paye 600 euros de taxe d'habitation cette année, c'est 400 euros l'année prochaine, c'est 200 euros de moins dès l'année prochaine, et nous baissons pour les entreprises les charges et les impôts comme jamais, parce que nous voulons remettre les gens au travail. JEAN-PIERRE ELKABBACH Là c'est la période des amendements, c'est-à-dire des corrections. C'est la République En Marche, le parti du président, qui réclame que vous taxiez davantage les yachts d'une certaine dimension, les voitures de luxe, les écuries de course, et cætera. Vous, gouvernement, vous accepterez cet amendement ? GERALD DARMANIN Oui, bien sûr. Il ne s'agit pas de toucher la nouvelle assiette de l'IFI, l'assiette sur l'immobilier, mais s'il y a une surtaxe supplémentaire je l'ai dit à Richard FERRAND sur un certain nombre de produits ostentatoires qui ne sont pas productifs ; ce que nous voulons, c'est encourager l'économie productive, c'est que l'argent aille dans l'économie française… JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc, vous accepterez. GERALD DARMANIN Moi, j'y serai favorable. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais alors, pourquoi vous ne l'avez pas prévu avant ? Pourquoi il a fallu qu'il y ait tous ces remous ? GERALD DARMANIN Mais c'est le principe même de la démocratie parlementaire. Le Parlement, il est là pour modifier, pour amender, pour proposer davantage que le gouvernement. Et moi, je suis très heureux qu'il y ait un débat avec le Parlement. Il ne fait que commencer, ça va durer trois mois et j'en suis très heureux. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ce qui est amusant, c'est que le rapporteur général du budget, le Marcheur Joël GIRAUD, qui en principe doit aider le gouvernement, a été un des premiers à porter l'attaque sur le gouvernement. Et c'est le président du groupe, Richard FERRAND, qui va défendre l'amendement dans l'Hémicycle, celui qui vous venez d'accepter. Est-ce qu'il y a déjà des frondeurs chez les Marcheurs ? GERALD DARMANIN Non, je ne crois pas. Il y a un dialogue, un dialogue extrêmement important. Est-ce que sur le fond nous sommes d'accord sur la baisse des impôts ? Sur l'augmentation du pouvoir d'achat ? La réponse est oui parce que je peux vous donner un scoop : l'intégralité des promesses du président de la République et des députés, dont Joël GIRAUD qui est mon ami, dont Richard FERRAND qui préside le groupe La République En Marche, sont dans le budget. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc ils ont agi sur ordre. GERALD DARMANIN Non. Mais moi, je considère qu'il y a un débat et je suis tout à fait favorable à leur amendement de surtaxe. JEAN-PIERRE ELKABBACH Encore une question technique. On lit ici et là que le gouvernement pourrait supprimer les allocations des familles les plus aisées selon les conditions de ressources. Est-ce que c'est vrai ou faux ? GERALD DARMANIN Ce n'est pas dans le budget du PLFSS, le budget de la Sécurité sociale que nous présentons avec Agnès BUZYN. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est faux ? GERALD DARMANIN Il y a une proposition d'un parlementaire qu'est Olivier VERAN. Je pense que ce débat mérite d'être porté sur la place publique mais il n'est pas dans le budget… JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous y êtes favorable ou défavorable ? GERALD DARMANIN Je pense que le président de la République a évoqué l'importance de la politique familiale. Il y a aujourd'hui un quinquennat précédent qui a beaucoup supprimé d'allocations pour les plus riches. Personnellement, je suis très attaché aux allocations familiales, à l'universalité des allocations familiales, mais moi je suis surtout favorable à la justice sociale. Et la justice sociale, c'est des familles monoparentales, et dans le budget de la Sécurité sociale que nous proposons avec Agnès BUZYN, il y a une aide comme jamais pour les familles monoparentales. JEAN-PIERRE ELKABBACH Gardons un peu de temps pour la politique. C'est le mardi de la vérité. GERALD DARMANIN C'était de la politique ça. JEAN-PIERRE ELKABBACH La grande politique, maintenant la politique partisane. Ce soir, votre parti va décider de vous exclure. DARMININ, PHILIPPE, LECORNU, dehors. Pourquoi vous dites au Figaro « Ce n'est pas à moi de partir des Républicains, mais plutôt à eux qui accompagnaient François FILLON au Trocadéro » ? GERALD DARMANIN D'abord, ça fait cinq mois qu'ils auraient dû nous exclure et manifestement, ils ont du mal à trouver l'article des statuts qui leur permette d'exclure ceux qui servent l'intérêt général. La deuxième des choses, c'est que je constate personnellement qu'un certain nombre sont plus courageux aujourd'hui alors qu'ils auraient dû l'être au moment où une radicalité assez forte s'exprimait dans le parti politique auquel j'appartiens. Moi, j'ai quitté la campagne au moment du Trocadéro. JEAN-PIERRE ELKABBACH Le parti est en cours de radicalisation. GERALD DARMANIN Une partie, une partie. Une partie de ses dirigeants qui n'a pas su choisir entre le bulletin de vote Marine LE PEN et le bulletin de vote Emmanuel MACRON. Mais c'est très important, ça. Quand on est gaulliste ou démocrate chrétien, on n'hésite pas entre le bulletin de vote Marine LE PEN et le bulletin de vote d'Emmanuel MACRON. C'est incroyable ce qui s'est passé et je pense qu'avant d'exclure, certains feraient mieux de s'excuser. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui. Mais pourquoi vous tenez tellement à un parti qui vous accuse quelques-uns de trahison et qui veut vous chasser. Pourquoi ? GERALD DARMANIN J'ai adhéré au RPR, j'avais 16 ans, parce que je croyais en la politique de Philippe SEGUIN, au gaullisme social. Ça fait 17 ans que je suis adhérent dans ma famille politique. Je ne vois pas pourquoi je partirai sous prétexte que quelques-uns désormais font la politique de la droite extrême. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc si ce soir ils vous excluent, vous passez devant la Commission des recours. Ce que j'ai regardé, c'est que vous êtes le président de la Commission des recours. On est en plein dans la drôlerie ou le ridicule. GERALD DARMANIN Ce que je constate surtout, c'est qu'on a une famille politique qui, au lieu de se poser la question de pourquoi elle a perdu, pourquoi elle a été éliminée du second tour de la présidentielle, pourquoi elle a porté un programme qui était trop dur avec les faibles, pourquoi il n'y avait pas assez de dimension sociale par exemple, préfère exclure les membres qui pensent différemment ? Ça s'appelle des procès staliniens. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais vous dites : « Si à la fin le sectarisme l'emportait, je préfèrerais être exclu que de perdre mon âme. » C'est-à-dire ? GERALD DARMANIN C'est certain. Je préfèrerais effectivement partir ou me voir exclure que de soutenir la politique que monsieur WAUQUIEZ semble vouloir mener, c'est-à-dire celle de la droite extrême. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais dans quel cas on perd son âme quand on est Républicain ? GERALD DARMANIN Quand on ne choisit pas le bulletin de vote entre Emmanuel MACRON et Marine LE PEN. Quand on considère que tout ce qu'on peut dire sur la droite extrême est désormais la ligne politique de ma famille politique. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous pensez à qui là ? GERALD DARMANIN A Laurent WAUQUIEZ. Quand je vois que monsieur WAUQUIEZ, qui est un garçon intelligent, travailleur, en vient à travestir les propos de la chancelière d'Allemagne pour critiquer le président de la République, je me dis que ma famille politique… JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais pourquoi vous l'avez dans le collimateur lui ? GERALD DARMANIN Mais non. Mais moi, je trouve que Laurent WAUQUIEZ, que je respecte à titre personnel, aujourd'hui porte assez mal la fonction de chef de mon futur parti et je constaterai qu'à ce moment-là il y a un désaccord extrêmement profond entre lui et moi. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire que là, vous ne partez pas. Vous attendez que Laurent WAUQUIEZ devienne président. GERALD DARMANIN Le pire n'est jamais certain. On va voir l'élection quand même. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et quand vous adhérerez à En Marche ? GERALD DARMANIN Ecoutez, la politique politicienne peut être intéressante mais ce qui m'intéresse, c'est d'être au plein service du Premier ministre et du président de la République. JEAN-PIERRE ELKABBACH Dans Le Figaro, vous dites : « Je me sens à l'aise dans la majorité du président MACRON. » GERALD DARMANIN Tout à fait. JEAN-PIERRE ELKABBACH Pourquoi ne pas faire le pas ? GERALD DARMANIN Je constate que le président MACRON est bien moins sectaire que les dirigeants de ma famille politique, parce que le président MACRON ne m'a jamais demandé de choisir entre mon parti politique et l'intérêt de la France. Il demandé qu'on travaille dans l'intérêt de la France. Madame LE PEN a fait 11 millions de voix. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, on l'a dit tout à l'heure. Si vous êtes exclu, qu'est-ce que vous faites ? GERALD DARMANIN Monsieur ELKABBACH, le soir électoral on peut dire : « Plus jamais ça. On a tout compris, on a tout changé » et puis la semaine d'après, on a tout changé, et puis la semaine d'après retourner dans les délices du système comme disait le général de GAULLE. Moi je n'oublie pas que madame LE PEN a fait 11 millions de voix et que dans ma commune, c'est monsieur MELENCHON et madame LE PEN qui sont arrivés en tête. Si on ne comprend pas qu'on a déçu les Français, c'est qu'on n'a rien compris. Emmanuel MACRON l'a compris, manifestement les dirigeants des Républicains ne l'ont pas compris. JEAN-PIERRE ELKABBACH Avis aux Républicains. Merci d'être venu avec nous et d'avoir répondu sur les fonctionnaires. GERALD DARMANIN Merci. JEAN-PIERRE ELKABBACH Demain, je recevrai ici Pascal PAVAGEAU qui va succéder dans quelques mois à Jean-Claude MAILLY à la tête de Force Ouvrière. Merci. GERALD DARMANIN Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/568.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/568.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0064068b0844c18bbb504bf51beece7a7a8f4eaa --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/568.txt @@ -0,0 +1 @@ +CAROLINE ROUX Porte-parole du gouvernement alors que le gouvernement doit faire face à une colère, celle des fonctionnaires. Bonjour Christophe CASTANER. CHRISTOPHE CASTANER Bonjour. CAROLINE ROUX Alors plus de 130 défilés dans 99 villes françaises, des soignants aux enseignants en passant par les agents administratifs, qui sont tous mobilisés ce matin, vous préparez une forte mobilisation, vous le savez, il y aura du monde. CHRISTOPHE CASTANER Oui, il y a une mobilisation importante, l'intersyndicale est mobilisée, il faut entendre ces inquiétudes, il faut y répondre, il faut remettre les choses à leur place notamment sur le pouvoir d'achat des fonctionnaires. CAROLINE ROUX C'est toujours ce qu'on dit en général quand il y a une manifestation, une mobilisation, des grèves, il faut entendre. Ça veut dire quoi concrètement ? On va dire les choses, pendant la campagne Emmanuel MACRON, il avait dit aux fonctionnaires, j'augmenterai votre pouvoir d'achat. Est-ce que vous êtes en situation d'augmenter le pouvoir d'achat des fonctionnaires ? CHRISTOPHE CASTANER Commençons par l'année 2017, pour la fonction publique d'Etat, l'augmentation nette des rémunérations est de 3,7 %, c'est pas mal 3,7 %, beaucoup de Français aujourd'hui pensent que c'est beaucoup. Pour l'année prochaine… CAROLINE ROUX Ça avait été décidé par François HOLLANDE, vous le savez très bien. CHRISTOPHE CASTANER Nous parlons de 2017 et nous parlons de la manifestation qui a lieu aujourd'hui, donc ce que je veux dire, c'est sur la question du pouvoir d'achat, il y a ce constat là pour 2017. Et pour 2018, je me projette, nous aurons évidemment la neutralisation intégrale de l'effet de la CSG pour les fonctionnaires parce qu'il n'est pas question que ça coûte un euro de plus sur la feuille de salaire de tous les fonctionnaires et nous aurons une augmentation moyenne de 2 points, 2 % largement au-dessus de l'inflation. C'est l'effet mécanique de la progression des carrières dans la fonction publique. Je pense que ça n'est pas négligeable. CAROLINE ROUX Donc ça veut dire que cette colère qui s'exprime sur le pouvoir d'achat n'est pas légitime ? CHRISTOPHE CASTANER Sur le pouvoir d'achat, je pense qu'elle ne l'est pas, mais la colère elle est légitime. Elle est légitime parce qu'aujourd'hui il y a une inquiétude dans la fonction publique, c'est dur dans certains postes d'assumer la responsabilité, dans nos hôpitaux de l'accueil dans le service des urgences où il y a ces tensions quotidiennes, tensions du travail, tensions de celles et ceux qui viennent les voir. C'est dur aussi parce qu'on ne trace pas de perspectives sur la fonction publique, on ne prépare pas un grand plan de formation au quotidien mais, c'est ce que nous voulons faire, on veut ouvrir un débat. Les partenaires sociaux sont invités, on a décalé de quelques jours pour ne pas gêner la grève, vous voyez comme quoi on respecte, évidemment la grève et puis on va ouvrir un grand débat sur l'action publique en 2022, quelles projections on veut. On veut investir sur la formation, 1,5 milliard d'euros qu'on veut investir parce que certains de nos fonctionnaires ont besoin d'être accompagnés dans la transformation de leur métier, c'est aussi comme ça qu'il faut répondre. CAROLINE ROUX Vous vous souvenez de la RGPP ? CHRISTOPHE CASTANER Oui. CAROLINE ROUX Vous vous souvenez de la MAP ? Vous vous souvenez de tous ces moments, au moment où on a dit à la fonction publique, on va faire une grande réforme, on va simplifier, on va vous tracer des perspectives. En réalité à chaque changement de majorité, on oublie ces grands plans et ces grands moments de réflexion, en quoi ça serait différent cette fois-ci ? CHRISTOPHE CASTANER D'abord moi, je crois que la fonction publique, elle est moderne et elle se modernise au quotidien dans nos communes par la fonction publique territoriale et mais aussi dans l'offre de soins dans les nouveaux services. On n'a pas une fonction publique qui est figée, mais elle doit bouger, elle doit évoluer et contrairement à la RGPP qui était une mesure brutale où on disait un poste sur deux n'était pas remplacé. Si je regarde les chiffres de cette année, nous travaillons sur une baisse des effectifs global de 1.600 postes, il y a des endroits où il y aura des créations de postes, la sécurité, la justice, la fonction publique hospitalière, nous aurons des créations de postes. Mais il y a des endroits où il y aura des baisses mais globalement c'est 1.600. 1.600 sur à peu près 150.000 départs à la retraite, je pense que c'est atteignable avec la modernisation de notre administration. CAROLINE ROUX Qu'est-ce que vous dites à ceux qui vont devoir faire garder leurs enfants, ceux qui vont peut-être galérer dans les transports, vous dites le blocage, la grève, c'est le prix de la réforme ? CHRISTOPHE CASTANER Non, je ne suis pas représentant syndical et je ne suis pas là pour défendre la mobilisation. Moi, je la constate et je la regrette cette mobilisation mais en même temps je ne veux pas contester le droit de manifester, le droit c'est de se mobiliser si on pense qu'il faut se faire entendre, c'est un rapport de force qui se crée entre les employés représentés par leurs syndicats et les employeurs. Mais en même temps, moi, j'en appelle effectivement à la responsabilité, on ne doit pas bloquer l'accès au travail, on ne doit pas bloquer le quotidien des Français. CAROLINE ROUX En gnéral on entend le Premier ministre dire « j'assume », est-ce que vous assumeriez de dire aux fonctionnaires ce matin, comme vous l'avez dit, comme le président l'a dit aux retraités, « Oui bien sûr, vous allez devoir faire un effort » ? CHRISTOPHE CASTANER Oui, mais on ne leur demande un effort, si ce n'est de s'engager avec la passion qui est la leur pour beaucoup d'entre eux dans la modernisation de leur travail. Il n'y a pas d'effort quand l'augmentation du pouvoir d'achat est de 2 % garantis l'année prochaine. CAROLINE ROUX 120.000 suppressions de postes à terme, c'est des efforts que vous demandez à la fonction publique. CHRISTOPHE CASTANER Non. CAROLINE ROUX Non ? CHRISTOPHE CASTANER Parce qu'on va investir sur la formation, non franchement je pense que l'époque, par exemple où on devait faire la queue au guichet pour déposer sa feuille d'impôt, sa déclaration fiscale, cette époque est derrière nous, il y a des endroits où on peut baisser le nombre de fonctionnaires, il y a des emplois, il faut les augmenter. C'est le fait d'être figé qui ne va pas parce que notre société elle bouge et que le besoin de services publics, il n'est pas le même. CAROLINE ROUX Ça veut dit qu'on peut réformer la fonction publique. CHRISTOPHE CASTANER Mais j'espère qu'on puisse la réformer notamment en changeant les métiers. Il y a des métiers qui sont en transformation totale dans la fonction publique. J'étais maire, il y a encore quelques semaines, je peux vous dire que même dans une petite mairie dans un département comme celui des Hauts-de-France, les métiers ne sont plus les mêmes. CAROLINE ROUX Alors on se souvient du 17 juillet, le président de la République devant le Sénat, avait évoqué son intention de séparer, alors c'est un peu technique mais c'est très important pour la fonction publique, de séparer le calcul du point d'indice pour les différentes fonctions publiques, est-ce que ça c'est enterré parce qu'il y a un vent de colère, on va le dire comme ça ? CHRISTOPHE CASTANER Non, on ouvre le débat, on l'ouvre avec les partenaires sociaux dès cette semaine, on va prendre une année de travail, de réflexions et donc je pense qu'on peut avoir des approches différenciées, je pense que valoriser certains métiers qui sont plus exposés aux risques au quotidien par rapport à d'autres, je pense que la pénibilité… CAROLINE ROUX Par exemple l'hôpital, la fonction publique hospitalière ? CHRISTOPHE CASTANER Par exemple, je pense que la pénibilité dans la fonction publique est un élément qu'il faut prendre en compte et que les métiers ne sont pas tous les mêmes, ce n'est pas la même chose que d'être dans un service, dans une mairie entre les espaces verts et l'accueil, c'est déjà deux fonctions qui sont différentes. CAROLINE ROUX Donc il y aurait des fonctions publiques à plusieurs vitesses, ce serait une rupture pour le coup ? CHRISTOPHE CASTANER Mais ce n'est pas donner plusieurs vitesses, c'est reconnaître la typicité d'un travail, quelque part le valoriser, pas le sanctionner quand il est différent. CAROLINE ROUX Un dernier exemple de réflexion que vous allez sans doute aborder, la Cour des comptes a suggéré de rémunérer par exemple les professeurs au mérite en fonction des résultats des élèves, est-ce que là vous dites quand même ça va trop loin ou est-ce que c'est une piste que vous envisagez sérieusement ? CHRISTOPHE CASTANER Moi, je pense qu'il faut tout évaluer dans notre quotidien, ça vaut pour les ministres… CAROLINE ROUX Sans tabou ? CHRISTOPHE CASTANER Ça vaut pour les ministres, ça vaut pour les fonctionnaires, ça vaut pour le travail. Après il faut des indicateurs justes et à la question du taux de réussite d'un élève qui serait évalué juste sur les quelques mois où le professeur est en responsabilité me semble aller trop loin. CAROLINE ROUX C'est quoi un indicateur juste alors pour l'enseignement, à votre avis ? CHRISTOPHE CASTANER C'est le temps de travail, c'est le quartier où vous êtes, c'est plus difficile d'être enseignant dans un quartier très difficile par rapport à une commune rurale. CAROLINE ROUX Un mot sur la prison de Fresnes, grâce à la DGSI, deux hommes de 22 et 28 ans connus pour leur radicalisation étaient sur le point de commettre un attentat à leur sortie. Sortie qui était prévue ce mardi, on peut donc préparer un attentat en prison ? CHRISTOPHE CASTANER On peut le préparer, ne pas commettre et ce qui est intéressant… CAROLINE ROUX Oui, mais on peut le préparer. CHRISTOPHE CASTANER Vous savez, ça fait au moins depuis le XIXème siècle qu'on sait que la prison est criminogène, toutes les études des criminologues du XIXème l'ont montré, nous le savons. Et il y a aujourd'hui de nouvelles formes de criminalité, notamment la criminalité terroriste donc ces évolutions ne nous surprennent pas mais, ça veut dire qu'il faut qu'on ait un système d'information, y compris dans les prisons pour lutter contre les radicalisations. CAROLINE ROUX On se souvient qu'il y avait des quartiers dédiés à la lutte contre la radicalisation, ça n'avait pas donné les résultats escomptés, est-ce que, au regard de cette actualité vous vous dites, il faut peut-être repenser la façon dont les choses se passent en prison, avec les détenus dont on le sait, qui sont radicalisés ? CHRISTOPHE CASTANER Nous n'excluons rien, tout ce qui permet de lutter contre le risque terroriste doit être étudié. Il n'y a pas de mesures taboues sur ce sujet-là, dès lors qu'on respecte, évidemment, le droit, les droits essentiels des prisonniers qui ont aussi des droits, je pense que l'information, le renseignement… CAROLINE ROUX Ça veut dire quoi il n'y a pas de tabou ? CHRISTOPHE CASTANER L'accompagnement, sur la question du prosélytisme religieux, le fait d'avoir aujourd'hui des aumôniers qui sont fonctionnaires et qui interviennent dans les prisons, ça me paraît déjà un élément qui permet de contrôler certaines formes de radicalisation. CAROLINE ROUX Ils avaient des portables qui passent à travers les portiques, ça aussi c'est les failles du système ? CHRISTOPHE CASTANER C'est clairement une faille du système, on sait bien que rentrent dans les prisons des téléphones, il faut aujourd'hui avoir des systèmes de brouillage qui permettent de lutter contre cela. Il faut investir aussi dans nos prisons, ce sera une des priorités du budget de l'année prochaine pour la garde des Sceaux. CAROLINE ROUX Merci beaucoup, Christophe CASTANER. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/569.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/569.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1d12ebad4f50867c06fe8b4e4747ffcad2f18e6b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/569.txt @@ -0,0 +1 @@ +À l'issue de cette réunion, nous avons décidé d'engager plusieurs initiatives bilatérales destinées à renforcer la collaboration déjà intense entre nos deux pays dans le domaine de la sécurité et de la justice. 1 - Nous avons décidé de mettre en place un groupe de travail franco-belge sur l'action pénale contre la criminalité et le terrorisme Ce groupe de travail sera piloté par les ministres de la justice. Le flux de coopération judiciaire en matière pénale entre la France et la Belgique est l'un des plus importants en Europe. Cette coopération se développe sur la base de la confiance mutuelle entre nos juges et nos procureurs, traduction concrète de l'espace judiciaire européen. En février 2016, a été créé un poste de magistrat de liaison français en Belgique. Nous avons décidé d'approfondir encore cette relation bilatérale : le groupe de travail franco-belge sur l'entraide judiciaire sera chargé notamment d'accompagner la mise en œuvre de la Décision d'Enquête Européenne, nouvel outil de l'Union européenne à la disposition de nos juridictions depuis mai 2017. Il constituera un forum d'échange sur nos législations : nos systèmes judiciaires sont cousins et doivent s'enrichir mutuellement. Il permettra également de coordonner nos positions dans le cadre des négociations au sein de l'Union européenne, en particulier sur les enjeux du numérique et du chiffrement des communications pour les enquêtes pénales. 2 - Nous travaillerons ensemble à la lutte contre la radicalisation violente en milieu carcéral La France et la Belgique sont toutes deux confrontées à la surpopulation carcérale, ainsi qu'aux dangers que fait peser sur la sécurité de nos concitoyens la radicalisation violente de certains détenus. Le projet d'attentat préparé depuis un établissement pénitentiaire récemment déjoué en France rappelle la prégnance de cette menace. Nous devons donc accentuer notre coopération bilatérale pour trouver ensemble les moyens d'endiguer ces deux phénomènes, qui sont en partie liés. Un séminaire bilatéral sur la radicalisation en milieu carcéral et sur le renseignement pénitentiaire sera donc organisé, en s'appuyant sur les liens tissés entre nos deux administrations pénitentiaires. 3 - Nous échangerons nos expériences dans la prise en charge des mineurs de retour de la zone irako-syrienne La France et la Belgique ont été les deux pays européens le plus touchés par le phénomène des combattants terroristes étrangers, avec les conséquences dramatiques que l'on sait. L'une des menaces qui nous touche désormais de plein fouet est le retour de ces djihadistes en France et en Belgique. Parmi eux se trouvent de nombreux enfants. Leur prise en charge judiciaire, sociale, éducative voire sanitaire est un enjeu capital. Nous ne pouvons pas laisser ces enfants, parfois très jeunes, presque toujours traumatisés et endoctrinés, devenir des bombes à retardement pour nos sociétés. Nous avons le devoir de rechercher leur insertion dans nos communautés nationales. C'est pourquoi nous avons décidé un travail commun sur les solutions à mettre en place, entre les experts et les professionnels de la jeunesse de nos deux pays. 4 - Nous souhaitons explorer la mise en place d'une « quadripartite ministérielle » Les procureurs chargés de la lutte contre le terrorisme de nos deux pays, associés à leurs homologues espagnols et marocains, ont mis en place depuis plusieurs années une concertation quadripartite sur la lutte contre le terrorisme. Elle est fondée sur les liens historiques, géographiques et culturels qui unissent nos quatre pays, mais aussi sur la menace djihadiste à laquelle ils sont conjointement confrontés. La dernière réunion plénière de la quadripartite des procureurs s'est réunie à Malines en Belgique au début de ce mois. Elle témoigne de la vigueur de ces relations entre les ministères publics pour assurer la sécurité des citoyens. Nous voulons donc réfléchir, avec nos partenaires espagnols et marocain, à la mise en place d'une concertation quadripartite au niveau des ministres de la justice notamment pour faire face ensemble au terrorisme islamiste. 5. Coopération en matière de migration Nous souhaitons renforcer la coopération en matière de lutte contre l'immigration irrégulière. Ainsi nous avons convenu d'améliorer la communication et les échanges d'informations stratégiques, notamment dans le domaine des réadmissions. Nous avons convenus de nommer des agents de liaison dans chacune des capitales pour mettre en œuvre cette coopération renforcée. Une nouvelle rencontre, selon le format initié en février 2016 (Premier ministre, ministre de la justice, ministre de l'intérieur), sera organisée au printemps 2018 à Paris. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/570.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/570.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a29104c9d76397308b65cd4601d40ed0f5bf1fb0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/570.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Secrétaire général, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur le Président de la CCI Paris, Mesdames et Messieurs, Je suis heureux de célébrer aujourd'hui avec vous le cinquantième anniversaire de la création de l'ASEAN. Depuis 50 ans, l'ASEAN a accompli un parcours exceptionnel, pour devenir aujourd'hui l'une des zones les plus dynamiques au monde, riche de sa diversité géographique, culturelle, linguistique, sociétale, religieuse. L'ASEAN est un partenaire majeur pour la France et pour l'Europe. L'ASEAN est d'abord une alliée indispensable pour la défense d'un monde qui ne soit pas régi par des logiques de puissances mais par la coopération internationale, par le multilatéralisme et l'intégration régionale. Un monde aussi dans lequel nous puissions, l'ASEAN, la France, l'Europe, garder notre capacité d'agir librement, en indépendance, pour prendre des initiatives et pour élargir le champ des possibles. L'ASEAN et l'Union européenne, qui comptent ensemble plus d'un milliard d'habitants, sont véritablement deux organisations sœurs. Cet attachement commun à une logique de coopération et d'intégration, il se vérifie bien sûr sur le plan économique. La France est convaincue que le libre-échange est une chance pour la croissance et le développement, à condition qu'il repose sur une répartition équilibrée de ses bénéfices, y compris à l'intérieur de nos propres sociétés, et qu'il soit fondé sur la réciprocité, l'équité et le respect des règles. À cet égard, les projets d'accords de libre-échange entre l'UE et plusieurs pays de l'ASEAN offrent de nouvelles perspectives. La France soutient ces négociations depuis leur origine. Elle soutient la signature dans les meilleurs délais des textes agréés avec Singapour et le Vietnam. Elle appuie les négociations engagées avec l'Indonésie il y a un an. Des discussions sont également en cours avec la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande. L'ASEAN, en créant en décembre 2015 sa « Communauté économique » a franchi une étape importante vers un renforcement de l'intégration économique, financière et réglementaire entre ses membres. Cette décision renforcera l'attractivité de votre région et l'avancement de vos échanges avec l'Union européenne et avec la France. L'ASEAN est d'ores et déjà le deuxième partenaire économique de la France en Asie et nos échanges commerciaux sont en pleine expansion. La conférence organisée ce matin avec le MEDEF international illustre le très fort intérêt des entreprises françaises pour l'ASEAN. 1500 entreprises françaises sont implantées en Asie du Sud-Est. Les flux touristiques sont en pleine expansion : la France, qui est la première destination mondiale, a accueilli l'an dernier 600.000 visiteurs d'Asie du Sud-Est. Elle est évidemment prête à en recevoir davantage. Notre attachement commun à la coopération internationale et au multilatéralisme est aussi fondamental pour répondre aux défis globaux auxquels nous devons faire face. Sur le plan sécuritaire, je pense à la lutte contre le terrorisme, qui frappe en Europe comme en Asie du Sud-Est. Même si Daech recule au Moyen-Orient, grâce à l'action de la coalition internationale, l'organisation terroriste se propage et le retour de combattants terroristes du Moyen-Orient est un risque que nos deux régions doivent affronter. Nous devons continuer à lutter ensemble contre la radicalisation et contre tous les trafics qui alimentent les groupes terroristes. De façon plus générale, la France a d'ailleurs engagé des coopérations de défense importantes avec ses partenaires de l'ASEAN, qu'elle souhaite poursuivre, y compris à travers son souhait de se rapprocher de l'ASEAN Defense Ministers Meeting (ADMM+). Je pense aussi au défi global du changement climatique, auquel l'ASEAN, en raison de sa géographie, est particulièrement exposée. La France demeure fortement engagée pour répondre à cette urgence notamment par ses efforts pour préserver et garantir la meilleure réalisation possible de l'Accord de Paris sur le climat. À cet égard, comme vous le savez, la France organisera le 12 décembre prochain, avec le Secrétaire général des Nations unies et la Banque mondiale, un sommet pour faire un point d'étape et prendre de nouvelles actions pour le climat, en particulier sur la question des financements. Enfin, le multilatéralisme c'est le respect du droit international, ressource fondamentale et nécessaire pour garantir un ordre mondial stable et pacifique. Parmi les règles qui y figurent, il y a le droit de la mer, la libre circulation, c'est la raison pour laquelle la France, qui est présente dans l'Océan Pacifique, exerce régulièrement son droit de passage en mer de Chine du Sud, en lien étroit avec ses alliés européens, parce que nous voulons justement que ces principes puissent être préservés. Le droit international, ce sont aussi nos engagements en matière de droits de l'Homme et la conscience aigüe que l'héritage reçu de ceux qui ont permis l'adoption de la Déclaration internationale des droits de l'Homme en 1948, nous oblige. À cet égard, la situation de la population Rohingya en Birmanie est particulièrement préoccupante. L'appel par l'ASEAN à l'arrêt des violences et à la mise en œuvre des recommandations de la Commission présidée par Kofi Annan est très important, tout comme la mobilisation de l'ASEAN sur le plan humanitaire pour aider les populations en Birmanie et pour accueillir les réfugiés. La France et l'ASEAN sont d'autant plus appelées à incarner l'importance et la nécessité de fonder l'ordre international sur la coopération qu'elles sont liées par des relations privilégiées et historiques. La France a en effet une relation ancienne avec l'Asie du Sud-Est. Elle remonte au XVIe siècle avec l'arrivée de premiers navigateurs français dans le cadre du commerce des épices. Depuis lors, des liens humains et culturels très denses se sont développés. Le nombre important de Français résidant en Asie du Sud-est, la première communauté française d'Asie avec 53.000 inscrits, en est une parfaite illustration. La vivacité de la francophonie, dont vous pouvez témoigner vous-même Monsieur le Secrétaire général, est aussi particulièrement significative. Ces liens historiques et humains sont à la base de notre coopération culturelle, universitaire, scientifique que nous souhaitons approfondir par des programmations dynamiques et en développant encore davantage notre interaction avec les programmes de l'ASEAN. Je citerai par exemple l'Université franco-vietnamienne des Sciences et Technologies de Hanoï (USTH) au Vietnam ou encore l'installation de l'ESSEC à Singapour. Nous souhaitons accueillir davantage d'étudiants d'Asie du sud-est en France qui sont aujourd'hui un peu plus de 10.000 alors qu'environ 400.000 personnes étudient le français dans l'ASEAN. Monsieur le Secrétaire général, Mesdames, Messieurs, Comme vous le voyez, les relations entre la France, l'Europe, et l'ASEAN sont d'une grande richesse. En cette année du 50è anniversaire de la création de l'ASEAN et du 60è anniversaire du Traité de Rome, les enjeux du développement de ces relations sont très importants. Ensemble, nous devons faire en sorte que l'avenir de notre monde appartienne au dialogue, à la coopération et à la prospérité partagée. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/571.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/571.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..775ed5bf532cb615c9366d5b863747a62ce3e646 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/571.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre d'Etat, Madame la Ministre, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs les Préfets, Mesdames et Messieurs les Directeurs Mesdames et Messieurs, Je vous ai invités à l'Elysée pour m'adresser directement à vous, policiers, gendarmes, militaires de l'opération Sentinelle. Et à travers vous, à l'ensemble des forces de sécurité intérieure de notre pays, de métropole et d'outre-mer. Je le fais en présence des préfets auxquels j'ai rappelé ici même il y a quelques semaines leur responsabilité en matière de sécurité, de maintien de l'ordre et de lutte contre le terrorisme. Je le fais devant les ministres pleinement engagés au quotidien dans cette bataille et pleinement engagés dans les responsabilités qui sont les leurs pour à la fois reformer ce qui doit l'être et tenir une action déterminée de l'Etat. Comme je l'ai dit il y a quelques jours, la première mission de l'Etat, c'est bien de protéger nos concitoyens et d'assurer la sécurité du territoire. En effet, nous vivons dans un monde plein d'incertitudes où la nature de la menace a profondément changé et ce qui fait votre quotidien depuis maintenant plusieurs années a profondément évolué. Il y a et je vais y revenir la menace terroriste mais celle-ci, en deux ans, a opéré des mutations profondes. Cette menace est de plus en plus endogène, liée de plus en plus aux autres formes de délinquance, à d'autres menaces, à d'autres risques qui existent dans notre société et nous devons ce faisant adapter notre propre organisation et nos propres réactions. Il y a évidemment la violence de plus en plus présente dans notre société et je connais les missions des policiers sur la voie publique : la lutte contre une délinquance du quotidien qui est de plus en plus sophistiquée, la lutte contre le trafic et la consommation de stupéfiants, contre le fléau des vols et des cambriolages et, évidemment, la lutte contre le terrorisme ne saurait en rien conduire à abandonner ces missions essentielles. D'abord, parce que dans leur quotidien, nos concitoyens vivent le rapport à la sécurité par ces missions qui sont les vôtres et parce que les liens entre l'un et l'autre aujourd'hui se constituent parfois et il n'est pas rare de voir des tentatives d'actes terroristes directement liées à des antécédents de criminalité ou de délinquance du quotidien. J'ai conscience de la complexité croissante des opérations de maintien de l'ordre, de la difficulté à intervenir efficacement dans certains de nos quartiers et à l'engagement qui est attendu des forces de l'ordre pour assurer la sécurisation de nos événements culturels et festifs dans un contexte justement que je viens de rappeler d'une menace terroriste durablement élevée. Toutes ces missions auxquelles s'ajoutent et j'y reviendrai celle contre l'insécurité routière, celle de la sécurité des personnes en cas d'incendie ou de catastrophe naturelle, celle aussi relevant du droit des étrangers, essentielle et directement liée à l'ensemble de vos missions, tout cela fait qu'aujourd'hui, vous êtes au cœur des défis de notre société, vous êtes au coeur de ce qui est la réalité française, parfois difficile à expliquer à nos concitoyens. La menace extérieure et toujours pour partie une menace intérieure. L'insécurité s'est transformée et est devenue multiple et l'exigence légitime de nos concitoyens est chaque jour croissante. Aussi derrière la diversité de vos métiers, de vos talents, de vos compétences, il y a la même motivation : assurer la protection des Français, leur garantir leur droit à la sécurité, leur permettre d'être libres, confiants, de circuler, de se rassembler, de grandir, de vivre tout simplement en toute sécurité. Et cette mission première, c'est celle qui rend possible et légitime toutes les autres. Et quand nous sommes défaillants sur cette mission première de l'Etat, nous sommes irrémédiablement moins audibles pour expliquer à nos concitoyens que nous avons d'autres choses à leur promettre, à leur apporter ou sur lesquelles nous souhaitons nous engager. Aussi ce que je veux aujourd'hui faire devant vous, c'est d'abord vous rendre l'hommage légitime de la nation compte tenu de l'engagement qui est le vôtre, vous dire que vous incarnez la République, que chaque policier, chaque gendarme, chaque militaire de Sentinelle est un visage de la République. Il l'est chaque jour quand des actes d'héroïsme quotidiens sont portés par l'un ou l'autre, mais il l'est même quand ces hauts faits ne sont pas là, il l'est au quotidien parce que c'est ce que nos concitoyens cherchent, c'est ce que nos concitoyens reconnaissent dans vos visages. Vous faites honneur à ces valeurs, ces valeurs qui garantissent à chacun, quelle que soit sa condition, quel que soit son rang, quel que soit le quartier ou le village où il réside, le droit de vivre en sécurité et de bénéficier, sans distinction aucune, de la protection de l'Etat. Et à travers moi aujourd'hui, c'est la nation toute entière qui vous en est reconnaissante. Et ce que je souhaite également, c'est, sur chacune des missions que je viens d'évoquer, revenir pour, en quelques mots, préciser à la fois mes attentes et les engagements de l'Etat pour accompagner les missions qui sont et seront les vôtres, vous dire que ce que je souhaite que nous puissions collectivement faire, c'est de redonner pleinement tout son sens à la mission qui est la vôtre. Je sais que par le passé, les uns ou les autres ont pu considérer que le fil de la mission était perdu, qu'on demandait parfois trop de choses sans priorité ou qu'alors demander d'être fort, on acceptait des faiblesses. Je vais être très clair avec vous, je vous demande d'être forts et justes, justes mais jamais être faibles. Mais nous devons une rigueur implacable dans le contexte qui est le nôtre sur chacun des sujets que j'aborderai. Et donc c'est l'application à la tâche, le sens de la mission, une exigence collective que je souhaite aujourd'hui que nous puissions partager. D'abord, bien sûr, dans la lutte contre le terrorisme. C'est votre engagement premier, c'est notre engagement premier et depuis le début de l'année, les services de renseignement et les unités judiciaires de la police et de la gendarmerie, confortées dans leurs moyens humains, matériels et technologiques depuis trois ans, ont permis de déjouer 13 attentats, sauvant ainsi des dizaines, peut-être des centaines de vies. Et je veux saluer ici l'action déterminée de nos services de renseignement, comme je veux saluer celle de nos unités et forces d'intervention spécialisées. Vous-mêmes, vous êtes confrontés à chaque instant au risque terroriste et je sais qu'il ne se passe pas une journée sans que vous n'ayez présent à l'esprit ce risque et la transformation profonde qu'il implique sur la mission. Et lorsque la menace se concrétise, votre professionnalisme, votre sang-froid vous permettent de réagir avec efficacité. Directement exposés à la menace qui peut surgir à tout moment, sous les traits de n'importe quel visage, il vous a fallu prendre en compte de nouvelles missions au service de la sécurisation des grands événements, des lieux publics, de nos écoles, de nos lieux de culte, de nos frontières, de nos réseaux de transport et ceux qui pensent qu'on peut efficacement lutter contre le terrorisme sans se poser la question de la circulation des personnes ne sont pas des gens sérieux. Pour réussir, la première bataille a été et demeure celle du partage de l'information. C'est dans cette logique qu'une de mes premières décisions a été de créer à l'Elysée la coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme dont j'ai confié la responsabilité au préfet de BOUSQUET et dont nous commençons à mesurer les effets en termes de partage complet des informations. La coordination veille à la bonne circulation des informations concernant la menace terroriste et s'assure que ne subsiste aucun angle mort dans l'action des services du premier cercle notamment la DGSE, la DGSI, la DRM et les autres services, notamment le renseignement pénitentiaire. Aujourd'hui, des notes communes sont produites, un travail conjoint est assuré et piloté de manière quotidienne et c'est, je crois, la meilleure organisation que nous puissions avoir. Il y a toujours des spécificités mais la continuité de la menace, l'organisation même de nos ennemis impliquent sur ce point une coordination parfaite. J'ai également souhaité que l'on vous simplifie la tâche. Cette nouvelle organisation va conduire à simplifier notre dispositif de renseignement, notamment les services d'état-major au sein du ministère de l'intérieur, par la fusion décidée par le ministre d'Etat d'ici la fin de l'année des différentes structures qui travaillent avec la coordination et notamment l'EMOPT et l'UCLAT. Pour améliorer l'exploitation des informations, sept décrets relatifs aux fichiers de renseignements viennent d'être également publiés au début du mois d'août. J'attends en effet que chaque policer, chaque gendarme soit un capteur, qu'il soit en capacité d'apporter du renseignement. C'est la force de notre réseau. C'est sur son maillage qu'il nous faut nous appuyer pour mieux prévenir, mieux détecter une menace qui, pour sa plus grande part est, comme je vous le disais, aujourd'hui endogène. C'est aussi pour cela que j'ai souhaité renforcer le renseignement territorial et pénitentiaire parce que nous avons besoin de cette capillarité de l'information. Le renseignement classique suppose une grande confidentialité, parfois une étanchéité de l'organisation. La lutte contre le terrorisme implique des circuits courts et une grande transversalité. C'est pourquoi vous devez toutes et tous, sur ces sujets, travailler de manière quasi instantanée ensemble en gardant la qualité des circuits de décision et de remontée, mais en ayant un partage chaque jour plus fin de cette information. Et à ce titre, les préfets jouent un rôle de coordination essentiel. C'est pourquoi les groupes dévaluation départementaux (GED) qu'ils animent chaque semaine sont à mes yeux sur le territoire l'élément de coordination et d'articulation de l'ensemble de ces informations absolument indispensable. Il appartient aux préfets de mettre en œuvre ces orientations et ces leviers d'action et de s'assurer que le partage de l'information permet d'atteindre l'excellence opérationnelle. Mais chacune et chacun est dans son activité quotidienne en capacité d'améliorer l'information, d'être porteur d'une part de renseignement collectif et c'est aussi cela que je voulais souligner devant vous aujourd'hui. Le niveau de risque qui est le nôtre et nous l'avons encore vécu récemment fait que nos concitoyens ne tolèrent plus le moindre dysfonctionnement. Cette excellence opérationnelle pour protéger efficacement les Français contre une menace permanente, durable et protéiforme, il faut à présent l'inscrire dans le cadre du droit commun. C'est dans cette perspective, grâce à la mobilisation du ministre de l'Intérieur et en travail étroit avec la garde des Sceaux, que le projet de loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme a été adopté à une très large majorité par le Parlement et pourra ainsi entrer en vigueur le 1er novembre prochain au moment de la sortie de l'état d'urgence. J'ai dit très tôt que je souhaitais que nous puissions sortir de l'état d'urgence. L'état d'urgence était utile les premiers jours, les premières semaines qui ont suivi les attentats et ils ont permis plusieurs mesures efficaces. Mais nous le voyons depuis plusieurs mois, l'efficacité marginale de l'état d'urgence n'est plus au rendez-vous. Il ne protège malheureusement pas contre la réalité de certains attentats parce qu'aucun Etat, quel qu'il soit, ne permet de protéger, de réduire la menace à néant. Il ne répond pas de manière adaptée à une menace qui est celle du terrorisme islamiste et qui n'est pas celle prévue par l'état d'urgence, beaucoup plus large. Aussi il est indispensable le 1er novembre prochain de pouvoir sortir de cette situation qui, par définition, doit être temporaire mais le faire avec aujourd'hui un dispositif législatif sur lequel vous avez travaillé, solide, beaucoup plus ciblé sur la menace, la nature de cette menace et qui permettra de répondre, je l'espère, efficacement au défi du terrorisme islamiste. Je considère que le travail qui a été fait par le gouvernement, éclairé par le Conseil d'Etat, alimenté et enrichi par le travail parlementaire, est aujourd'hui pleinement satisfaisant. Le fait que le juge ait été introduit à plusieurs endroits de la procédure quand il s'agit du juge judiciaire, que le juge administratif, sur les mesures administratives, ait vu sa place pleinement confortée, qu'un rendez-vous soit fixé par la loi dans deux ans pour pouvoir évaluer l'efficacité de l'ensemble des dispositifs pris. Et donc, plutôt qu'avoir de nombreux débats théoriques, d'avoir un véritable suivi et de pouvoir abandonner ce qui n'est pas utile, améliorer ce qui ne l'est pas suffisamment à la lumière des faits est une bonne méthode. La loi a été votée largement, bien plus que toutes les lois précédentes en la matière, par le groupe majoritaire mais au-delà, par de nombreux députés d'autres groupes parlementaires. à ce titre et contrairement à ce que d'aucuns ont pu suggérer, je tiens à dire que pour ma part, je ne prendrai pas la décision de déférer cette loi devant le Conseil constitutionnel. Il y aura des procédures si besoin était par les uns ou les autres, mais je considère que la qualité du travail et la nature du travail parlementaire ont permis d'aboutir à un texte pleinement satisfaisant et que c'est la représentation nationale qui éclaire le caractère satisfaisant d'un texte. La représentation nationale, par son vote, je crois, l'a amélioré et l'a éclairé. Cette loi vous donnera notamment de nouvelles compétences en matière de police administrative qu'il vous appartiendra de mettre en œuvre dans le respect des libertés individuelles et ces mesures permettront à l'état d'urgence de retrouver sa vocation originelle de régime d'exception. Avec ce texte et sans renoncer à nos valeurs et nos principes, nous vous donnerons durablement les moyens d'être plus efficaces parce que ce qui protège nos concitoyens, ce n'est pas un texte, c'est l'efficacité de l'organisation collective qui protège les droits de chacun et qui permet d'avoir une action efficace en matière de lutte contre le terrorisme. J'attends de vous en contrepartie dès son adoption une implication sans faille dans sa mise en œuvre, notamment dans la mise en place des périmètres de sécurité, la fermeture des lieux de culte radicaux à l'égard desquels je ne veux aucune complaisance, ou bien encore les mesures de surveillance et de visite domiciliaire des individus qui adhèrent ou soutiennent le terrorisme. Trop souvent et nous l'avons vu avec des expérimentations qui avaient pu être votées par le passé sans être utilisées, nous avons des débats complexes, théoriques au niveau national qui ne donnent pas suffisamment lieu à des applications concrètes sur le terrain. Je veux que tout ce qui a été considéré comme indispensable, débattu et sur lequel la loi a justement permis de construire des instruments, qu'ils soient pleinement utilisés pour que nous puissions en apprécier pleinement l'efficacité surtout que tout ce qui permettra la prévention des actes de terrorisme à travers ce que cette loi prévoit puisse être mis en œuvre. Pour nos concitoyens, c'est l'efficacité de l'action des forces de sécurité qui constitue le meilleur rempart contre le terrorisme et dans cette action, je veux ici saluer les militaires de l'opération Sentinelle qui ont fait preuve d'une grande maîtrise lors des attentats les plus récents. Le dispositif Sentinelle a été adapté par un travail conjoint de la ministre des Armées et du ministre de l'Intérieur pour le rendre plus dynamique, plus adapté à une menace aujourd'hui mobile et qui évolue rapidement. Vous le savez, sur ce sujet, j'agis également au niveau européen afin de renforcer l'indispensable coopération dans ce domaine face à une menace transnationale, notamment par le renforcement de la protection des frontières extérieures européennes, la lutte contre la propagande jihadiste sur Internet ou le financement du terrorisme. Nous aurons dans les prochains mois des échéances importantes sur le plan européen et la lutte contre le terrorisme fait partie des priorités de souveraineté que j'ai rappelées il y a quelques semaines et sur lesquelles je compte mobiliser largement nos partenaires. Nous sommes aujourd'hui trop lents à apporter une réponse adaptée et pleinement coordonnée à la menace. La France, par ailleurs, avec le Royaume-Uni, a pris une initiative en matière de lutte contre la propagande jihadiste sur Internet et nous maintiendrons cette pression, nous l'accroîtrons vis- à-vis des principaux opérateurs qui, pour le moment, ont accordé quelques concessions mais que je juge insuffisantes. Enfin, nous avons pris l'initiative d'une conférence de lutte contre le financement du terrorisme lié aux activités de Daesh et d'Al-Qaïda qui sera organisée début avril 2018 par la France en associant largement plusieurs pays qui partagent évidemment notre souci, mais qui partagent notre volonté parfois de corriger certaines actions passées pour ce qui les concerne. Il y aura sur ce sujet une large mobilisation des uns et des autres pour répondre à la menace. Vos missions en quelques mois ont changé, votre métier a évolué. Vous vous êtes adaptés à ce nouveau contexte de manière extrêmement rapide avec un seul objectif, toujours mieux protéger les Français. Et sur ce sujet, je veux aussi vous le dire, tout ne peut pas reposer uniquement sur les policiers, les gendarmes ou les militaires impliqués dans les tâches que je viens de rappeler. Le défi qui est le nôtre, pour lutter contre le terrorisme est un défi beaucoup plus large. Il est d'ordre civilisationnel et il impliquera aussi plus largement de réexaminer la politique de prévention de la radicalisation. Dans ce cadre, des plans d'action seront établis par les préfets qui, dans leur département, sont confrontés à des processus de radicalisation qui gangrènent certains territoires. Ce travail a été fait pour certains quartiers, à ma demande, en particulier Trappes, dans les Yvelines, pour mieux prévenir et mieux lutter contre les comportements et les agissements qui favorisent l'extension de la radicalisation, et la liste de ces territoires sera arrêtée d'ici la fin de l'année, avec des plans qui, sous la coordination du ministre, impliqueront aussi de mobiliser de nombreux autres services de l'Etat. Ce sont les services sociaux, les collectivités territoriales, les associations, les services éducatifs qu'il faut mobiliser dans ce travail, pour prévenir au maximum la menace, pouvoir mettre en place l'organisation sur le territoire qui permet d'identifier les comportements les plus à risque, les dérives, les affaiblissements parfois d'une partie de notre société sur le plan moral, et un travail très étroit, avec les magistrats en particulier, doit être conduit sur ces territoires en grande difficulté. Un Comité interministériel aura lieu au mois de décembre, sous la présidence du Premier Ministre, pour arrêter un nouveau plan national. Parce qu'au-delà de ces réponses de court terme qui consistent à traiter le cas de celles et ceux qui sont déjà identifiés dans les fichiers de Renseignement et de Police, nous avons à faire face aujourd'hui à un phénomène où un certain nombre de nos concitoyens sont tentés par des thèses radicales et la violence extrême. Aussi, ce défi implique, dès le plus jeune âge, d'avoir une politique de prévention assumée. Ces sujets sont éminemment complexes, mais la grande pauvreté, le délitement des structures familiales, l'affaiblissement de nos structures éducatives, l'absence totale de mobilité économique et sociale nourrissent, si je puis dire, dans certains quartiers, le travail de celles et ceux qui sont devenus les artisans d'une radicalisation violente. Et donc nous devons nous attaquer aussi à la racine de ces problèmes, et tout en menant cette bataille intraitable à l'égard de celles et ceux qui radicalisent, prêchent ou poussent à l'acte terroriste, il nous faut travailler en profondeur, en particulier dans les quartiers les plus vulnérables, sur un agenda ambitieux en matière éducative, en matière sociale, en matière de mobilité économique, pour lutter contre la ghettoïsation de certains quartiers, ou l'assignation à résidence de certains de nos concitoyens. Cela fait aussi de ce travail plus large de prévention et de lutte contre ce qui, aujourd'hui, mine notre société. La sécurité de tous les jours et l'ordre public sont, bien évidemment, comme je l'ai rappelé, au cœur de votre quotidien et de ce qu'attendent aussi nos concitoyens. Ils vous sont également reconnaissants de votre engagement au service de leur sécurité de tous les jours. Les Français expriment également de nombreuses attentes. A côté de la lutte contre la délinquance, il est un domaine au cœur des missions des forces de l'ordre, c'est celui du maintien de l'ordre républicain. Garantir l'exercice de nos libertés individuelles, quel que soit le niveau de la menace, quel que soit le contexte sécuritaire, fait partie de vos missions les plus nobles. Rien qu'à Paris, en plein état d'urgence, ce sont 10 évènements ou rassemblements dont les services ont à assurer la sécurité chaque jour. Au début du mois de septembre, la braderie de Lille rassemblait plus d'un million et demi de personnes. Dans quelques semaines, ce sont plusieurs centaines de milliers de personnes qui profiteront de la Fête des Lumières à Lyon, et un peu plus tard, les marchés de Noël se dérouleront dans de nombreuses villes de notre pays. Assurer la sécurité d'un événement de voie publique, quelles qu'en soient la taille et l'ampleur, quelle qu'en soit la nature, est un métier en soi. Il exige savoir-faire et compétences, sang-froid et courage, et il en va de même en matière de maintien de l'ordre, en métropole et en Outre-mer. Ce sont des qualités que possèdent nos unités spécialisées, qu'elles soient départementales ou nationales, au travers des compagnies républicaines de sécurité et des escadrons de gendarmerie mobile qui sont d'un immense professionnalisme. Maintenir l'ordre, contrairement à ce que j'entends parfois, ce n'est pas empêcher la libre expression de nos concitoyens, ce n'est pas bâillonner la parole, ce n'est pas contraindre à l'uniformité. Maintenir l'ordre, c'est au contraire permettre à chacun de s'exprimer, de manifester son opinion, de faire connaître son avis, et c'est la force de notre démocratie d'avoir permis à chacun de continuer à parler, à contester, à protester, y compris dans le contexte de l'état d'urgence que nous vivons depuis pratiquement deux ans. Mais c'est la vigueur de notre démocratie d'accepter que toutes les opinions, même les plus dissidentes, même les plus provocatrices, puissent continuer à s'exprimer, dès lors qu'elles ne troublent pas l'ordre public. C'est aussi cela, la force de la démocratie et il convient de le rappeler. La République, nous le savons, a été fondée sur une tradition d'accueil et d'asile, et j'y suis profondément attaché et je souhaite qu'on accueille mieux et qu'on intègre mieux ceux qui ont vocation à demeurer sur notre territoire. Mais nous avons aussi un défi collectif lié à la pression migratoire extrêmement forte depuis maintenant deux ans, et qui ne cessera pas brutalement dans les semaines ou les mois qui viennent. Ce défi est un défi durable, de plusieurs années, lié à des basculements géopolitiques au Proche et Moyen-Orient, à des instabilités au nord de l'Afrique, et plus largement à un nouveau nomadisme international lié aux crises climatiques, aux déstabilisations économiques et sociales pour une large partie du continent africain. Nous devons donc, sur ce sujet, en rester à nos principes républicains, mais avoir une application cohérente et intraitable de tous ces principes. Nous avons un principe qui ne doit rien céder aux tensions contemporaines, c'est celui de l'asile et de l'accueil, je l'évoquais. C'est que nous devons l'accueil à toutes celles et ceux qui fuient leur pays parce qu'ils y sont en danger, compte tenu de ce qui s'y joue sur le plan politique ou en matière de violence. Je n'accepterai aucun discours ni aucune pratique qui remette en cause le droit d'asile. Mais je souhaite que nous ayons l'organisation collective qui permette de répondre humainement et efficacement à ces défis contemporains. Aussi, je l'ai dit dès le mois de juillet dernier à Orléans, je veux que nous puissions accueillir et héberger toutes celles et ceux qui arrivent sur notre territoire. Penser que c'est une pratique efficace de laisser pendant des mois des femmes et des hommes qui ont fui le pire à l'autre bout du monde, qui ont traversé les routes de la misère et tous les trafics à travers l'Afrique et la Méditerranée, penser que nous allons les dissuader, soit en les dispersant, soit en leur faisant faire longuement la queue aux préfectures ne fonctionne pas. On les disperse un temps, mais ils reviennent. Aussi, je souhaite être intraitable dans les politiques de prévention de ces migrations, et nous allons nous concentrer sur le démantèlement de tous les trafics dans les régions où ils s'y jouent ; c'est ce que j'ai lancé dès le 28 août dernier ici même, avec nos partenaires européens et africains, pour, dans toute la bande sahélo-saharienne, démanteler les trafics de femmes et d'hommes qui finissent aujourd'hui dans nos pays, mais je n'accepte pas, parce que c'est inefficace et inhumain, que nous puissions penser que, en quelque sorte, la réponse serait de les laisser vivre dans la rue chez nous. Cela nourrit les pires comportements, de la part de celles et ceux qui arrivent, comme de la part de nos concitoyens. Mais je demande aussi que, collectivement, nous puissions nous réorganiser. Chacune et chacun doit être hébergé. Mais du moment où il est hébergé, commence la procédure administrative. On ne peut plus accepter d'avoir plusieurs semaines avant de commencer à engager la procédure administrative ! Plusieurs mois, parfois, avant de commencer la procédure de l'OFPRA et d'avoir en moyenne dix-huit mois de procédure en France, quand on ne se retrouve pas avec deux ans ou trois ans de procédure ! Dans de tels cas, celles et ceux qui arrivent sur notre territoire, quand bien même, in fine, ils n'auront pas le droit d'asile ou n'auront pas de titres de séjour légaux, se retrouvent dans une vie, de fait ! Et nous ne savons plus, à ce moment-là, les reconduire. Donc il nous faut, en même temps que nous hébergeons, agir beaucoup plus efficacement. Je l'ai dit encore hier aux associations concernées ; je demande aux forces de l'ordre, aux services préfectoraux, à l'OFII, à l'OFPRA et à la CNDA d'agir beaucoup plus vite. Mais je n'accepterai d'aucune association le comportement que je vois parfois aujourd'hui sur le terrain, qui consiste à protéger celles et ceux qui arrivent dans notre pays, de tout formalisme administratif ; et donc de considérer qu'on puisse héberger sans se soumettre au début de la procédure. Moi, je ne sais pas expliquer aux classes moyennes Françaises qu'on va héberger sans commencer à contrôler. Parce qu'à ce moment-là, nous hébergerons beaucoup. Et je n'ai pas le sentiment que nous soyons en situation de le faire aussi largement. C'est donc cette double exigence qui suppose une conversion culturelle, de part et d'autre, à laquelle nous devons nous astreindre à marche forcée, dès aujourd'hui. Les délais des procédures administratives des services préfectoraux, de l'OFPRA et de la CNDA seront drastiquement réduits. Je souhaite qu'on puisse le faire au maximum avant même toute modification législative. Et ensuite, nous allons investir beaucoup plus pour intégrer celles et ceux à qui nous donnons des titres, parce que la pauvreté, la délinquance s'installent sur une non-intégration. Mais je souhaite aussi que nous retrouvions l'efficacité d'une politique de reconduite à la frontière. Collectivement, nous nous sommes installés dans une forme d'acceptation de la pire des situations. Nous accueillons mal, nous avons des procédures trop longues, nous intégrons approximativement et nous ne reconduisons plus. C'est cela, la réalité Française. Je souhaite que nous accueillions de manière exigeante et conforme à nos valeurs. Je souhaite que nous contrôlions tout de suite, parce que c'est ce que nous devons à nos concitoyens. Je souhaite que nous intégrions de manière irréprochable celles et ceux à qui nous assurons la protection de l'asile ou des titres légitimes. Mais je souhaite que nous reconduisions de manière intraitable celles et ceux qui n'ont pas de titre. Cette conversion, je le sais, prendra des semaines, peut-être quelques mois. Elle impliquera aussi des modifications législatives qui seront portées par le ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, au début de l'année prochaine dans un texte important. Mais nous devons faire collectivement cette conversion. Nous devons savoir sortir de débats de postures stériles, où il y aurait d'un côté celles et ceux qui protègent les étrangers, et de l'autre les répressifs. Parce que de fait, les répressifs ne sont plus efficaces, et ceux qui protègent les étrangers ne les protègent plus vraiment. Et au milieu se retrouvent nos concitoyens, attachés au fond d'eux-mêmes à nos principes d'accueil, mais légitimement exigeants pour leur propre sécurité et conscients que nous devons prendre notre part des défis mondiaux. Mais que, pour citer un ancien Premier ministre, « tout en prenant notre part, nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde ». Et donc je souhaite que nous retrouvions ensemble le chemin de cette exigence partagée. Il y aura et le ministre de l'Intérieur a commencé à le faire un changement profond de l'organisation. D'abord, vous l'avez compris, en termes d'accueil, mais aussi en termes de reconduite. Les Français ne supportent plus l'impuissance publique et c'est la raison pour laquelle le ministre de l'Intérieur a tiré toutes les conclusions du rapport de l'Inspection Générale de l'Administration, à la suite du meurtre odieux de deux jeunes filles à la gare Saint-Charles à Marseille. Comment nos concitoyens peuvent-ils comprendre qu'une personne étrangère en situation irrégulière, interpellée sept fois depuis 2005, sous des identités différentes, se trouve toujours sur le territoire national ? Et je n'incrimine personne dans cette affaire. Ce sont des habitudes prises. Je sais aussi que la décision prise par le gouvernement concernant l'équipe préfectorale du Rhône a suscité des interrogations. Et je dois vous dire que je suis conscient de l'extrême difficulté de la mission, de la surcharge de travail et de la complexité croissante de ces dossiers dans un environnement associatif, médiatique et politique rarement favorable. Les personnes ne sont nullement en cause, mais il n'aurait pas été compris qu'il ne soit tiré aucune conclusion d'une série de dysfonctionnements avérés. C'est aussi pourquoi le Ministre de l'Intérieur vient d'adresser lundi aux préfets une circulaire leur demandant de s'assurer que les procédures sont appliquées de manière ferme et rigoureuse. Nous devons revoir l'organisation, les procédures, les moyens budgétaires et humains pour reconduire à la frontière les étrangers en situation irrégulière, et ce sera un des objectifs du projet de loi qui sera présenté par le ministre de l'Intérieur au début de l'année 2018. Plusieurs freins à l'éloignement seront levés, et les discussions avec l'ensemble des pays d'accueil seront aussi... ont commencé à être menés et produiront leurs premiers effets dès le début de l'année prochaine. Sur ce sujet, je crois très profondément que nous devons et nous pouvons réconcilier l'humanisme véritable et l'efficacité des politiques publiques. D'abord parce qu'il n'y a pas d'humanisme sans efficacité, et je ne crois pas à un humanisme démagogique ; et ensuite parce qu'il n'y a pas d'efficacité si elle n'est au service des valeurs qui font notre République, et des principes pour lesquels nous sommes unis. Et donc c'est toute cette exigence, en termes d'accueil, de contrôle et de reconduite qu'il nous faudra porter et pour laquelle je compte éminemment sur vous. Je porte aussi ces priorités au niveau européen pour refonder notre politique d'asile et d'immigration, sujet qui sera inscrit dès demain au prochain Sommet européen et face au développement des fausses identités, il faut là aussi développer résolument et plus rapidement l'usage de la biométrie dans nos différents titres d'identité. Les missions qui sont liées à la régulation des flux migratoires sont des missions républicaines. Elles sont au cœur de notre contrat démocratique. Et je ne laisserai à ce titre personne les caricaturer, les mettre en cause, ni mettre en cause celles et ceux qui les préparent et les exécutent, qu'ils soient affectés dans les services des étrangers des préfectures, à la Police aux frontières ou dans les services généralistes de Police et de Gendarmerie. Cela suppose bien sûr que les lois soient appliquées en toute circonstance dans le strict respect des personnes et de la dignité humaine. Aucun manquement à la doctrine ou à la déontologie qui organise votre action, ne saura être toléré, mais tous les moyens seront mis en œuvre pour que l'action puisse être efficace. Je veux aussi que nous luttions beaucoup mieux contre l'insécurité routière qui tue chaque année près de 3.500 personnes sur nos routes. C'est pourquoi j'ai demandé au Premier Ministre de réunir un comité interministériel d'ici la fin de l'année. Il est une dernière mission qui est au cœur de votre action quotidienne, c'est celle du secours à la population, lorsqu'il n'y a plus personne pour le faire, lorsque l'appel « 17 » devient le seul et unique recours. C'est la mission qu'ont réalisée en particulier récemment vos collègues dans le Sud-est et la Corse, à Saint-Martin et aux Antilles, comme j'ai pu m'en rendre compte à l'occasion de mon déplacement il y a quelques semaines au cœur même de la crise, et je veux ici vous en remercier. L'organisation des forces de sécurité civile et de celles et ceux que vous représentez a permis que nous n'ayons, après une campagne d'incendie inédite, l'été dernier, à déplorer aucune victime. Ce fut aussi le résultat de l'extraordinaire capacité de réactivité et de coordination de l'ensemble de nos forces sur le terrain, et dans l'ensemble des Antilles, qui ont eu à souffrir de plus ouragans, là aussi, nous avons au maximum su réduire les conséquences de ceux-ci par une organisation irréprochable sur le terrain et un engagement physique courageux de toutes et tous. C'est ce que vous avez fait en sauvant près de 100 personnes d'une mort certaine depuis le début de l'année, souvent au péril de votre propre vie, et je tenais à vous remercier pour ce courage, ce dévouement et cette abnégation. Au-delà de l'hommage et de la reconnaissance que je vous exprime au nom de la Nation, je veux vous assurer que je ne peux accepter ceux qui portent atteinte à votre fonction ou à votre image. Et tout en explicitant les attentes sur l'ensemble de vos missions que j'ai légitimement à votre endroit, je veux ici aussi revenir sur la protection des agents. Les violences dont vous faites régulièrement l'objet sont inacceptables et doivent être sanctionnées sans relâche. Et je veux le dire ici avec beaucoup de force parce qu'on ne saurait s'habituer à ces scènes de violence. Parce qu’on ne saurait accepter que la moindre d'entre elles ne soit la cause d'une cause d'une profonde condamnation, mais de toutes les conséquences qui doivent être indéniablement tirées. Cette violence, elle a ces derniers mois revêtu le visage du crime et de la barbarie. Et je veux ici, cet après-midi, avoir une pensée émue pour Ahmed MERABET, Franck BRINSOLARO, Clarissa JEAN-PHILIPPE, Jessica SCHNEIDER, Jean-Baptiste CHASSAING Xavier JUGELE, vos collègues tombés récemment sous les attaques des terroristes, fauchés en faisant leur métier, lâchement assassinés parce qu'ils avaient choisi d'être policiers, pour l'un, sur un trottoir du XIème arrondissement de Paris, alors qu'il implorait la pitié, pour l'autre à Magnanville, sous les yeux de son fils, pour d'autres sur les Champs-Elysées. Leur visage, je le sais, ornent vos commissariats, et c'est à eux aussi que nous pensons cet après-midi. Je n'oublie pas non plus que, depuis le début de l'année, 10 gendarmes et policiers ont trouvé la mort en accomplissant leur mission, et que plusieurs ont été blessés, victimes d'agression. La violence exercée contre les forces de l'ordre, en marge des manifestations, a marqué notre pays : 363 policiers et gendarmes blessés lors des manifestations contre la loi Travail, les images de fonctionnaires en flammes ou celles de leurs véhicules incendiés ne peuvent être oubliées. Et j'ai une pensée particulière pour Vincent RUIZ qui souffre dans sa chair, après la sauvage agression dont il a été victime à Grigny l'an dernier, et que le ministre de l'Intérieur a visité il y a quelques jours, le 8 octobre dernier. Ces agressions se poursuivent, encore récemment, et je suis notamment marqué ces dernières semaines par la multiplication des refus d'obtempérer, un jeune adjoint de sécurité a encore failli payer de sa vie un tel comportement, le 6 septembre dernier dans les Yvelines, et je veux redire ici combien ces actes sont inqualifiables, motivés par des raisons allant de la provocation gratuite à la volonté de masquer une infraction, ils exposent, souvent gravement, les forces de l'ordre intervenantes. Ils appellent donc, de l'ensemble de la République, à commencer par l'autorité judiciaire, une réponse ferme et exemplaire sans laquelle tout effort en vue d'un rapprochement avec la population risquerait d'être vain. J'ai aussi demandé à la garde des Sceaux d'adresser une circulaire en ce sens au procureur. J'ai aussi demandé au ministre de l'Intérieur de renforcer l'accompagnement psychologique des agents ; il faut prendre en compte toutes les difficultés de vos métiers, car cela peut mener au pire. La prévention des suicides doit donc être aussi un objectif prioritaire, et ne doit pas être négligé. Deux autres tendances doivent également donner lieu à un suivi particulièrement attentif. Aux menaces et mises en cause physiques, sont venues récemment s'ajouter des mises en cause indirectes, plus insidieuses, auxquelles on n'hésite plus à mêler la famille et les proches des policiers et gendarmes. Ce sont des allusions en garde à vue sur le fait que l'on connaît l'adresse du fonctionnaire ou du militaire, que l'on connaît le prénom des enfants ou l'adresse de l'école qu'ils fréquentent. Ce sont des mises en ligne de films ou de photos, de noms, d'identités, d'informations personnelles sur les policiers ou les gendarmes intervenant dans telle ou telle affaire. C'est cette jeune fille, mineure, qu'on approche il y a quelques jours à Rennes, pour lui parler du comportement de son père, fonctionnaire de Police. Certains aujourd'hui n'hésitent plus à sortir de l'anonymat offert par la Toile, en menaçant, par le biais des réseaux sociaux, les familles des membres des forces de l'ordre. Nous n'accepterons jamais que les policiers et les gendarmes soient ainsi menacés. Des progrès ont été faits avec la reconnaissance par la loi d'un droit à l'anonymat aux membres des forces de l'ordre. Ce titre, les avancées permises par la dernière loi sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme, sont à souligner. Et je souhaite que nous puissions aller plus loin pour durcir nos outils de réponse, face à ces comportements lâches et intolérables, et dans le cadre de la concertation que mènera le ministre, que des mesures concrètes puissent être aussi proposées. Le second point de vigilance, ce sont les menaces dont les forces de l'ordre font l'objet de la part d'une mouvance organisée, structurée et engagée dans une démarche insurrectionnelle, je cite sa propre formule. C'est la force de la démocratie de ne pas se laisser attaquer par les forces insurrectionnelles qui n'ont rien à voir avec le pluralisme politique et l'expression légitime des convictions. Depuis quelques années, la supposée « répression d'Etat » je cite les mêmes individus est en effet exploitée pour légitimer des actions violentes et concertées à l'encontre des forces de l'ordre. Deux locaux de la Gendarmerie ont, selon toute vraisemblance, été victimes de tels mots d'ordre ces derniers temps, à Limoges puis à Grenoble. L'utilisation d'une telle violence n'a rien à voir avec la politique et rien à voir avec les convictions dans le champ démocratique. Si on se met à tout confondre, on s'assure d'une chose : l'incapacité collective à protéger efficacement nos concitoyens. Non, ces actions ont tout à voir avec le crime, ces auteurs seront systématiquement recherchés, identifiés, mis à disposition de la justice afin qu'ils soient poursuivis et condamnés. Mesdames et Messieurs, vous me trouverez toujours à vos côtés lorsque la violence aveugle, les menaces, les allégations mensongères vous cibleront, parce que vous avez fait le choix de servir vos concitoyens, de porter l'uniforme, et de servir la loi républicaine avec engagement et détermination. Je veux mener tous les débats dans le champ démocratique sur tous les sujets que le gouvernement, le Parlement souhaiteront soulever. Mais sur ce sujet-là, il n'y aura aucun débat. Il faut également et c'est notre défi lutter contre les comportements ou les agissements qui pourraient ternir votre image. C'est pourquoi j'attends aussi beaucoup de vous, en termes d'exemplarité et de déontologie. Je n'accepterai pas que l'image de quelques-uns de vos collègues, certes très minoritaires, puisse ternir la réputation de tous. C'est le sens des règles déontologiques de votre métier qui doivent toujours vous guider. Et je sais que c'est ce qui, profondément, vous anime. L'exemplarité qui s'attache à vos fonctions doit être totale, en tout lieu et en tout temps. Cela doit être un élément essentiel de tout policier et de tout gendarme pour contribuer à améliorer les relations avec la population. A chaque moment où il y a, sur ce point une faiblesse, elle doit faire l'objet d'une sanction. Parce que s'il n'y a pas de sanction, c'est l'affaiblissement collectif ! C'est l'acceptation collective du fait que là aussi, il n'y a pas de réponse à une forme d'infraction. Et c'est l'affaiblissement collectif du fait que nous ne savons pas faire, en notre sein, respecter nos propres règles ! Aussi, je souhaite que cela se concrétise rapidement dans les conditions d'exercice de vos missions et du respect plein et entier irréprochable de la déontologie à chaque instant et en tout lieu. Depuis plusieurs années, nous avons en la matière, des débats, sur le contrôle d'identité, en particulier dans les quartiers les plus sensibles. J'ai pris des engagements clairs en la matière et j'ai pour habitude, même si cela surprend parfois, de respecter les engagements pris, et donc d'en tirer toutes les conséquences pour le faire. Je ne suis pas favorable à la mise en œuvre du récépissé qui permet, seul, selon certains, de garantir qu'il n'y ait justement aucune dérive. Pourquoi je ne suis pas favorable au récépissé ? Parce que je considère que là où s'est installée la défiance sur le terrain, entre la population et les forces de l'ordre, ça n'est pas un récépissé qui la rétablit. C'est une fausse bonne idée ; d'abord parce que dans les quartiers dits « difficiles », le jour d'après, il y aura des trafics au récépissé, et parce que là où la défiance et la conflictualité se sont installées, elles seront nourries par la procédure. Par contre, nous devons en face regarder la situation. Là où la défiance s'est installée, nous devons avoir une réponse en profondeur. Et je vais y revenir dans quelques instants avec la Police de sécurité du quotidien. Mais nous devons aussi regarder que la France est le pays qui pratique le plus le contrôle d'identité, largement plus que tous nos voisins européens. Est-ce que c'est donc la bonne méthode, partout et en tous lieux ? Non ! Nous devons donc, dans la formation des agents, revoir certaines procédures qui sont devenues trop automatiques. Je souhaite m'engager dans la formation, j'ai pris à ce titre l'engagement de rouvrir deux écoles de formation. Mais nous devons aussi changer certaines procédures devenues trop systématiques, qui permettent de restaurer la confiance de manière beaucoup plus pragmatique. Envoyer sur les terrains difficiles des fonctionnaires qui sont plus expérimentés que d'autres, pousser au maximum pour que l'encadrement joue son rôle, expliquer les missions prioritaires et éviter le contrôle systématique comme première entrée en relation avec toute population, quelle qu'elle soit. Avoir donc une organisation collective plus adaptée à la réalité du terrain et à sa complexité. Enfin, je souhaite aussi que les dispositifs de caméras piétons puissent être étendus avec là aussi pragmatisme et volontarisme, dans le cadre d'une stratégie nationale que le ministre aura à développer. Je souhaite donc qu'il y ait sur ce plan-là un pragmatisme exigeant. Je ne crois pas aux mesures bureaucratiques et systématiques. Mais je crois à l'engagement collectif, au changement de certains comportements et à des pratiques différentes sur le terrain. Je compte sur vous aussi à cet égard. Je souhaite qu'à ce titre la logique de la formation, de l'encadrement soit profondément changée en la matière et que tout soit fait, parce que c'est la condition de la crédibilité de vos missions, pour qu'un comportement exemplaire soit partout assuré. C'est pour maintenir cette exemplarité que l'institution que vous servez est l'une des plus contrôlées de notre pays et que tout manquement doit être relevé et sanctionné. Ceci me conduit très directement à aborder le sujet de la police de sécurité du quotidien. Je vous ai en effet réunis pour partager avec vous aussi mon ambition pour les services qui assurent notre sécurité. Tout en confortant nos moyens de lutte contre le terrorisme, j'ai souhaité que nous engagions en même temps l'autre grande réforme majeure du quinquennat dans le domaine de la sécurité intérieure, la lutte contre l'insécurité et la mise en place de la police de sécurité du quotidien. Ce n'est pas que pendant les périodes de crise que la population doit être fière de sa police. Parce qu'elle l'est profondément aujourd'hui. C'est tous les jours, en tous lieux, que cette gratitude doit se manifester. Grâce à une proximité, un contact renouvelé et la garantie d'une attention accrue à ce qui fait le quotidien des Français. Toutes les études le montrent, l'insécurité ressentie par nos concitoyens provient autant de la menace terroriste que des infractions subies au quotidien. Rien que ces trois derniers mois, ce sont plus de 22 000 vols violents, plus de 65 000 vols de véhicules, plus de 57 000 coups et blessures qui ont été enregistrés. Il faut ajouter à cela tout ce qu'on ne mesure pas, ces incivilités qui font que dans notre République une femme seule craint parfois de rentrer tard le soir ou qu'une personne âgée a peur de sortir de chez elle. La sécurité du quotidien, c'est lutter contre tout ce qui fait naître chez nos concitoyens les sentiments d'insécurité qui leur donnent l'image de l'impuissance publique. Les cambriolages, les implantations de campements illicites, les rodéos sauvages, les occupations des halls d'immeubles, les incivilités dans la rue et dans les transports, le harcèlement de rue pour les femmes, tout cela alimente le malaise dans notre pays. Il ne vous aura pas échappé que la réforme que je souhaite porter n'est pas le retour à la police de proximité même si je ne partage absolument pas le procès qui a parfois été fait à cette dernière. La police de sécurité du quotidien vise à sortir de l'opposition stérile entre police de proximité et police d'intervention. Répondre à ces attentes, ce n'est pas remettre en place une police de proximité avec des postes de police statiques dans les quartiers. Ce n'est pas comme on l'a parfois dénoncé aller jouer au football avec les jeunes. C'est au contraire exercer votre métier de policier, qui représente une autorité qui conforte et qui rassure, mais qui rappelle aussi les règles de vie en société, chaque fois que c'est nécessaire. Donc, c'est penser des modes d'action beaucoup plus granulaires sur le terrain, souvent beaucoup plus mobiles et sans demander aux policiers de devenir des éducateurs, de retisser avec les associations, avec les élus locaux, avec la police municipale, des formes d'action rénovées, qui, dans certains endroits de la République, de manière expérimentale, ont pu, ces dernières années, voir le jour, pour être beaucoup plus efficaces par rapport à la nature de la menace. La réforme que je souhaite porter n'est pas non plus une énième réforme a minima, dont la police a particulièrement souffert ces dernières années. Je ne souhaite pas en effet, comme cela a été fait, des patrouilleurs, aux BST, aux UTEQ, vous obliger à vous réorganiser par circulaires, en vous concentrant sur l'accessoire au détriment de l'essentiel ou en vous faisant ainsi oublier le sens premier de votre mission. Je souhaite que cette réforme consiste véritablement à transformer, à redonner du sens à l'action de la sécurité publique, à redonner toutes ses lettres de noblesse à la mission première d'un gardien de la paix, d'un militaire de la gendarmerie : le service de la population, la lutte contre la délinquance et la criminalité du quotidien. Cette réalité a pu parfois être occultée par la priorité donnée à la lutte contre le terrorisme. Or l'expérience enseigne que l'on ne va pas lutter efficacement contre l'un sans l'autre. De même que la lutte contre la petite et moyenne délinquance ne s'oppose pas à celle contre le terrorisme et la grande criminalité. Elle en constitue le socle. Pour retrouver des marges de manœuvre et mieux lutter contre les délits, les nuisances, les incivilités ressenties au quotidien, il vous faut des moyens, humains, matériels, technologiques. Ils vous seront donnés sur la durée du quinquennat. Mais il vous faut aussi un cadre d'action renouvelé. Le ministre de l'Intérieur a lancé les travaux de préfiguration de la police de sécurité du quotidien en septembre. Dès lundi prochain, un large cycle de consultations sera engagé par le ministre à trois niveaux. A l'échelon national, seront consultés les associations d'élus, les organisations syndicales de la police nationale et les structures de concertation de la gendarmerie nationale, les représentants des policiers municipaux, des personnes de la sécurité privée et des transports, ainsi que des chercheurs et des universitaires spécialistes de ces sujets. Une mission sera diligentée sur la coordination entre police nationale, police municipale et la sécurité privée, je pense aussi à la sécurité menée par les entreprises, pour développer un continuum de sécurité. Au niveau local, les préfets animeront des ateliers en privilégiant la proximité avec les fonctionnaires de police et les militaires de la Gendarmerie nationale, les élus locaux, les autres acteurs de la sécurité et les représentants de l'autorité judiciaire. Enfin, le ministre de l'Intérieur a souhaité que ce dispositif soit complété par la consultation de chaque fonctionnaire de police et militaire de la Gendarmerie. Aussi, chacun recevra un questionnaire ouvert. A l'issue de ce cycle, nous arrêterons en fin d'année une nouvelle doctrine qui constituera notre référence en matière de sécurité publique pour les années à venir. La doctrine qui sous-tend la police de sécurité du quotidien consiste à placer le service du citoyen au cœur du métier de gendarme et de policier, alors que la police d'ordre est aujourd'hui organisée de manière verticale depuis Paris. La culture personnelle de nos forces de sécurité doit être d'abord orientée vers la satisfaction des besoins des usagers et les réponses opérationnelles doivent être conçues au plus près des réalités du terrain. Des premières expérimentations sur cette base seront lancées début 2018 et les sites seront sélectionnés durant le mois de décembre. Différents dispositifs seront déployés sur des territoires eux-mêmes différents, urbains, périurbains, ruraux. Ils seront déployés en veillant à ce que l'ensemble des acteurs, notamment les collectivités territoriales, soient pleinement mobilisées sur les champs de compétences. Il faudra ensuite revoir, sous l'autorité des préfets, les modalités de coordination avec les polices municipales. Enfin, les acteurs privés de la sécurité ont évidemment aussi, comme je le disais, un rôle à jouer. Un suivi de ces expérimentations sera assuré, auquel seront associés les usagers, mais également des universitaires qui seront à même de porter sur notre système un regard extérieur et neutre. Je ne veux pas par avance préempter les résultats des concertations qui s'engagent. Mais je souhaite que la sécurité du quotidien permette de consolider trois objectifs principaux. Le premier, c'est de donner aux forces de sécurité les moyens et les méthodes pour agir plus efficacement. En matière d'effectifs, des premiers efforts ont été engagés avec le recrutement de 10 000 gendarmes et policiers supplémentaires au cours des cinq prochaines années. Au- delà, d'autres leviers doivent pouvoir renforcer le potentiel opérationnel : l'allégement des tâches administratives, les transferts de missions, notamment pour la sécurisation de sites ou d'événements à la sécurité privée, la polyvalence. De même, nous pouvons renforcer la qualité de certaines interventions par la formation, l'accompagnement professionnel. Il faudra aussi adapter la répartition des effectifs pour mieux prendre en compte la réalité de la délinquance. Il faudra aussi, dès la phase de conception de la police de sécurité du quotidien, tirer parti des potentialités offertes par les systèmes d'information pour dégager des fonctionnaires de charges administratives et renforcer leur présence sur la voie publique. En matière d'équipement, la modernisation des outils de travail des forces de sécurité doit être accentuée, caméras piétons, locaux d'accueil véhicules, là aussi, je souhaite qu'à l'issue de la concertation, c'est un engagement très clair, scandé dans le temps, avec des engagements chiffrés et budgétés qui puissent en découler. Le deuxième objectif à mes yeux doit être de déconcentrer davantage les politiques de sécurité en accordant plus d'autonomie aux échelons locaux tant dans la définition de la conduite des politiques de sécurité et en renforçant la coaction des services au niveau territorial, ce qui implique de donner des marges de manoeuvre aux chefs des services territoriaux. Il faudra aussi introduire de la souplesse dans les organisations, dans les territoires, redynamiser les partenariats locaux de la prévention et de la délinquance en renforçant le rôle des maires, dépoussiérer la comitologie et garantir un continuum local de sécurité non seulement entre la police et la gendarmerie nationale, ce qui a beaucoup progressé ces dernières années mais en associant aussi étroitement les polices municipales, les agents de la sécurité des transports, les professionnels de la sécurité privée dans le prolongement des lois de février et mars 2017. En contrepartie, les états-majors sont réduits au niveau de l'administration centrale. Le troisième objectif doit être de renforcer le lien avec la population, l'insécurité du quotidien ne sera pas efficacement combattue si les forces de sécurité ne sont pas parfaitement intégrées à leur territoire, accessibles aux habitants et au fait de leurs préoccupations. Plusieurs leviers à ce titre doivent être mobilisés, mieux analyser et prendre en compte les attentes de nos concitoyens en matière de sécurité, ce qui implique de faciliter davantage l'accès aux services publics de la sécurité, de mieux communiquer sur les résultats de notre action, d'en rendre compte régulièrement à la population, de développer davantage la participation citoyenne à l'action de sécurité, que ce soit par l'association à des missions ponctuelles, un engagement sur la durée ou la représentation au titre de la sécurité dans les conseils de quartier. Nos concitoyens doivent être plus impliqués de manière beaucoup plus systématique dans leur sécurité pour promouvoir une société de vigilance. Je veux à cet égard que la réforme de la police de sécurité du quotidien soit profondément ambitieuse et que la concertation ainsi ouverte puisse conduire à une véritable transformation de cette mission essentielle, essentielle pour votre quotidien et cette mission qui structure les jours et les nuits de nombre de vos collègues mais également pour nos concitoyens. Et je suis convaincu que si nous parvenons à réussir ce triple défi que je viens d'évoquer nous résorberons le plus rapidement possible la défiance qui s'est parfois instaurée dans certains quartiers, c'est la réponse la plus efficace à celle-ci. Je souhaite que cette réforme soit pleinement articulée et concomitante avec celle de la procédure pénale et de la justice conduite par la garde des Sceaux. En effet, la réforme de la procédure pénale et les réponses judiciaires doivent contribuer à améliorer l'exercice de vos missions, des engagements clairs ont été pris en la matière et ils seront tenus. La réforme visera à rendre plus effective la réponse pénale avec la forfaitisation de certains délits sur lesquels le travail technique vient d'être engagé. Forfaitiser ce n'est pas dépénaliser mais renforcer l'efficacité de la sanction, car la police de sécurité du quotidien doit avoir des instruments adaptés à la réalité du terrain, à ce que constatent tous les jours les policiers, les gendarmes et les magistrats. Et nous avons aujourd'hui une situation de manière un peu semblable à ce que je décrivais tout à l'heure sur le droit des étrangers où alors que la réponse prévue par la loi est d'une extrême sévérité la capacité collective à apporter une réponse de fait sur le terrain est empêchée par les contraintes de celui-ci. Nous avons pénalisé nombre d'actes, dont la réalité de la réponse pénale in fine est extrêmement réduite, classement sans suite, rappel à la loi, au bout de délais de procédure inadmissibles pour notre population, mais qui ne sont que la conséquence, dans les quartiers les plus difficiles, de la thrombose de l'activité judiciaire. Nous devons donc proportionner la réponse pour permettre aux forces de l'ordre d'être crédibles sur le terrain et d'apporter la réponse la plus rapide à ce qu'ils constatent pour d'abord dissuader les délinquants les plus mineurs et essayer justement de changer les comportements pour que la population sur le terrain s'aperçoive qu'il y a une réalité de la réponse et non pas des réponses qui parfois durent des mois et des mois et soulager les magistrats de procédures qui ne sont pas prioritaire et qu'ils ne le seront jamais et qui viennent aujourd'hui engorger une activité qui doit là aussi faire l'objet de moyens supplémentaires et que nous allons re-prioriser dans le cadre des chantiers de la justice lancés par la garde des Sceaux. La réforme de la procédure pénale ne se réduira pas à ces quelques mesures, elle visera plus fondamentalement, plus profondément à redonner du sens au travail des officiers de police judiciaire et par voie de conséquence aussi aux magistrats. La garde des Sceaux, en lien avec le ministre de l'Intérieur, lance ce chantier de simplification de la procédure pénale qui doit permettre de faire remonter les propositions de terrain des magistrats et des forces de l'ordre. Là aussi je ne veux pas préempter ses conclusions, tous les sujets devront être mis sur la table et il n'y aura aucun tabou. Réforme et simplification des cadres d'enquête, harmonisation des régimes procéduraux, pouvoirs respectifs des officiers et des agents de police judiciaire, allègement du formalisme des actes, réflexion sur l'oralisation de certaines procédures enregistrées avec les techniques contemporaines, dématérialisation et accès simplifié aux fichiers, prise de plainte à distance. Je pense qu'il n'est pas révolutionnaire de considérer qu'à l'heure du Smartphone et de l'Internet on puisse permettre aux fonctionnaires de police, aux gendarmes et aux magistrats d'éviter la saisine sur des appareils de type dactylographique et la re-saisine des mêmes procès-verbaux quelques semaines plus tard. Je pense que nous pouvons collectivement y arriver, c'est un défi raisonnable, donc nous allons le faire. Tout doit être discuté, tout doit être examiné, tout doit être débattu, tout le sera, et je sais que dans vos rangs les attentes sont immenses, je l'ai constaté à chaque fois sur le terrain, moi j'ai toujours vu des militaires et des fonctionnaires attachés à la mission, en recherche de sens de la mission et donc quand ils sont découragés de quelque chose ça n'est pas dans la nature de la menace, j'ai toujours vu des braves et des vaillants mais ils sont découragés de l'inefficacité de la procédure collective et de la lourdeurs de tâches inutiles et totalement obsolètes et légitiment. Et donc comme je veux redonner du sens à la mission, des priorités en même temps que j'ai de l'exigence, je veux que ces réformes puissent dégager de toutes ces procédures obsolètes, ridicules, qui entravent le quotidien. Il s'agit ni plus ni moins que de redonner non seulement du sens mais du temps, des marges de manoeuvre pour les enquêtes, pour les investigations, pour aller justement travailler afin que la vérité se manifeste et la réforme de la procédure pénale sera un moyen de redonner des marges aux fonctionnaires et aux militaires de la gendarmerie, de redonner du sens et de retrouver aussi de l'attractivité pour ces métiers qui doivent attirer les plus jeunes et nous permettre d'attirer les talents parce que nous en avons besoin compte tenu de tous les défis que j'évoque depuis tout à l'heure. Nous avons sur ce sujet aussi un devoir de réussite, c'est la raison pour laquelle je vous invite à vous impliquer dans les espaces de concertation qui seront ouverts par le ministère de la Justice et le ministère de l'Intérieur. La réforme de la procédure pénale sera essentielle à la mise en oeuvre de la police de sécurité du quotidien, mais elle ne s'arrêtera pas à cela et je souhaite que par cette réforme nous puissions pleinement mettre en lumière le fait que nous pouvons être encore plus exigeants en matière de respect des libertés individuelles, des procédures, de ce qui fait la dignité de l'Etat républicain, que nous puissions améliorer le travail des magistrats et leur permettre de rendre dans de meilleures conditions de la justice. Et dans le même temps de permettre de mieux travailler et de mieux concentrer nos forces de l'ordre sur leurs missions premières. Aujourd'hui, l'ensemble des fonctionnaires et militaires, qui oeuvrent à cette mission, sont dans une situation de souffrance, parce qu'ils subissent de part et d'autre en quelque sorte une situation d'impossibilité et des contraintes excessives. Cette réflexion devra s'accompagner de la possibilité aussi d'avancer sur certaines innovations sur lesquelles je me suis engagé en particulier la possibilité d'enjoindre aux fauteurs de troubles, sous le contrôle du juge, des mesures d'éloignement du territoire concerné pendant une durée de temps et des innovations au quotidien pour rendre le travail plus efficace pour nos forces de l'ordre. Mesdames et Messieurs, votre engagement, votre détermination, votre passion pour votre métier c'est ce qui vous rassemble, c'est aussi ce qui vous honore et c'est ce qui oblige également, le gouvernement à vous donner les moyens d'exercer vos missions dans les meilleures conditions. Sur ce sujet, j'ai entendu le malaise qui s'est exprimé il y a un an et qui continue encore de s'exprimer relayée notamment par vos représentants ou vos organisations syndicales. Ce malaise il nous faut l'entendre, il nous faut le prendre en compte et en retour j'invite les agents aussi à se méfier de certaines formes de contestation qui suscitent des interrogations dans l'opinion, qui provoquent de l'incompréhension lorsque ceux qui sont chargés de faire respecter la loi s'en exonèrent et qui, je le sais d'ailleurs, conduisent à la désapprobation de celles et ceux qui portent vos voix syndicales. Vous n'avez pas besoin de cela pour faire entendre votre voix, alors même que 12.500 emplois ont été supprimés entre 2007 et 2012, alors même que les crédits d'investissement n'ont pas cessé de diminuer à compter de 2007 un effort massif, légitime, absolument nécessaire a été engagé ces dernières années au profit des forces de l'ordre avec la création de 9.000 emplois et l'augmentation de crédits d'investissement depuis 2015. Qu'on ne s'y trompe pas, cependant les effets des décisions prises il y a 10 ans ne sont pas pour autant annihilés, ils laissent encore des traces profondes dans les services et un sentiment d'incompréhension. Mais le rattrapage est puissamment engagé, il est massif, significatif et il va se poursuivre, il va même s'accroître dans les années à venir. Car on ne peut en effet accepter que dans notre pays nos forces de sécurité intérieure travaillent dans des locaux vétustes surtout lorsque ces locaux font aussi office pour les gendarmes de logements. On ne peut accepter que face aux menaces auxquelles nos forces de sécurité sont exposées elles ne disposent que d'un armement ancien, d'un matériel ou d'application informatique obsolète. On ne peut accepter qu'elles en soient réduites à utiliser des véhicules et du matériel hors d’âge. Je vous le dis très directement, vous pouvez pour agrémenter les déplacements du ministre de l'Intérieur lui distribuer des photos ou des bons points ou des mauvais points mais je n'aurai pas besoin de cela pour prendre l'engagement que l'Etat sera au rendez-vous de la sécurité durant ce quinquennat. Aussi, alors même que nous réalisons 20 milliards d'euros d'économies au plan national, j'ai veillé avec le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur, à ce que la sécurité intérieure soit érigée au rang de priorité budgétaire pour 2018 et que les engagements pris ces deux dernières années pour la sécurité soient sanctuarisés. 10.000 emplois supplémentaires de policiers et de gendarmes seront créés sur la durée du quinquennat, 7.000 emplois seront alloués au cours de ces trois prochaines années sur les exercices 2018-2020. Le budget consacré aux missions de sécurité augmentera ainsi de 1,5 % en 2018. L'effort consenti à partir de 2015 à travers les plans de lutte antiterroriste est ainsi non seulement préservé, mais accentué. En trois ans, le budget consacré à la sécurité intérieure aura ainsi augmenté d'un peu plus de 9 %. La seule part consacrée au fonctionnement et à l'investissement aura progressé quant à elle de 16 %. Dès 2018, nous procéderons au recrutement de 1.870 personnels et militaires supplémentaires. Un chiffre illustre l'ampleur de l'effort accompli : alors qu'en 2012, 488 élèves gardiens de la paix seulement étaient incorporés dans les écoles de police, nous en accueillerons plus de 4.500 l'an prochain. L'effort sera porté sur les effectifs mais il le sera également sur les conditions de travail puisque les crédits consacrés à l'investissement et au matériel seront en progression de 1,9 %. Cela concernera notamment l'investissement dans l'immobilier dont les crédits seront augmentés tant pour la police que pour la gendarmerie alors même qu'ils atteignent déjà cette année leur point haut depuis 10 ans. Pour chacune des deux forces, le budget immobilier dont nous disposons est sans précédent. Cet effort, il est prévu dès l'an prochain mais il n'est pas prévu que l'an prochain, il est garanti sur la durée du quinquennat, ce qui donne à vos responsables, ce qui vous donne une lisibilité accrue et la possibilité d'accélérer le rattrapage engagé il y a deux ans. C'est un tel plan que nous venons de décider et cette lisibilité sur l'ensemble du quinquennat est fondamentale, comme l'est également le choix de rechercher la proximité dans la prise de décisions en matière immobilière comme d'équipement. La proximité, c'est bien souvent le choix de la responsabilité et c'est là aussi ou? j'attends avec beaucoup d'exigence l'engagement de tous les services déconcentrés et de tous les responsables sur le territoire. La proximité, c'est la garantie de répondre vite et bien aux attentes locales. Pour la première fois, la totalité des crédits consacrés à l'entretien des locaux de police, portés de 35 à 45 millions d'euros, seront l'an prochain entièrement à la main des chefs de service locaux et donc à votre main. C'est conforme à ce à quoi je m'étais engagé il y a quelques semaines devant les préfets. C'est le début d'une déconcentration en acte indispensable pour réagir de manière plus souple face aux contraintes du terrain, de manière plus efficace pour l'ensemble de l'Etat qui s'est paralysé lui-même à tout vouloir contrôler depuis la centrale. C'est vous qui connaissez le mieux les besoins, qui pouvez prendre les meilleures décisions, en lien avec les militaires, les fonctionnaires et les organisations qui les représentent. Je compte sur vous pour vous saisir des nouveaux moyens d'action qui vous sont ainsi donnés et ce choix résolu de la déconcentration et de la responsabilisation, il est fait pour 2018 comme pour les années à venir, dans la police comme dans la gendarmerie. Je veux aussi que la chaîne logistique soit entière revue, tant en matière d'équipement que d'informatique, tant en métropole qu'en outre-mer, car les moyens alloués mettent trop de temps à être déployés sur le terrain et ne correspondent pas toujours à vos besoins. A l'image de la réforme conduite par le ministère de la Défense, avec la création des bases interarmées de défense, le ministère de l'Intérieur doit aller au bout de cette réforme au niveau zonal en renforçant l'organisation et surtout le pilotage des secrétariats généraux à l'administration du ministère de l'Intérieur. Je vous demande aussi d'optimiser l'utilisation des moyens et de conduire les indispensables réformes de structure. Il faut que nous progressions plus rapidement dans les mutualisations nécessaires entre la police et la gendarmerie, dont le chantier doit progresser beaucoup plus vite, notamment sur les fonctions support, et vous aurez une capacité d'initiative dans ce domaine. Un effort important devra être effectué pour substituer, chaque fois que c'est nécessaire, des personnels administratifs sur ces fonctions et permettre aux policiers et aux gendarmes de se consacrer au coeur de leur métier et, au-delà, de renforcer leur présence sur la voie publique. Il faudra enfin aller au bout des redéploiements territoriaux entre la police et la gendarmerie en matière de sécurité publique et réexaminer la répartition des effectifs sur le terrain et évoquer la question sensible des cycles horaires et du temps de travail. Sur ce sujet du temps de travail, je dirai aussi très clairement que ma détermination est complète pour qu'aussi bien la gendarmerie que les militaires de manière plus générale ne soient pas concernés par la directive bien connue. Les choses sont claires, notifiées à qui de droit et seront portées jusqu'à leur terme. Je veux que la police et la gendarmerie prennent résolument le virage de la transformation numérique. J'ai demandé au ministre de l'Intérieur un plan quinquennal de numérisation. Il faudra faciliter davantage l'accès au service public de la sécurité en tirant pleinement parti des possibilités et des opportunités ouvertes par le numérique : les tablettes Neo pour les policiers et les gendarmes, les procédures dématérialisées, les plateformes uniques de réception des appels de secours, comme en disposent déjà certains de nos voisins européens, des applications modernisées. Nous devons aussi renforcer le contact avec la population par des patrouilles, l'accueil avec les brigades et les commissariats. Et donc, là aussi, je souhaite que cet engagement de moyens aille avec un engagement en termes d'innovation et d'innovation organisationnelle également qui doit être au rendez-vous. Je pense également à la mise en place sous trois ans maximum de la plainte en ligne pour nos concitoyens. Chantier partagé là aussi par la garde des Sceaux et le ministre de l'Intérieur. Je pense au logiciel de procédure afin qu'il soit conçu dans une réelle optique de mutualisation police-gendarmerie. Lorsqu'un citoyen dépose plainte au commissariat ou en brigade, cette plainte doit pouvoir être transmise de manière dématérialisée à la Justice sans qu'il soit besoin de tout ressaisir. Il faut une procédure unifiée à un moment ou? la Justice va bénéficier elle- même d'un grand plan de numérisation. Et donc ces transformations seront appuyées par un engagement budgétaire clair de l'Etat. Le Premier ministre a présenté il y a quelques semaines le grand plan d'investissement. Il permettra de financer, pour le ministère de l'Intérieur comme pour le ministère de la Justice, ces profondes transformations mais je souhaite que nous puissions aller au bout des innovations organisationnelles et des innovations aussi sociales qu'elles permettront. Les policiers, les gendarmes et les sapeurs-pompiers utilisent aujourd'hui des équipements radio qui ont été conçus en 2G, ce qui n'est pas totalement au goût de l'innovation du jour et qui ne permettent pas, par exemple, la transmission d'importantes quantités de données ou d'images en temps réel depuis le terrain. Aussi un des grands projets régaliens sera le réseau radio du futur à haut débit commun à la police, la gendarmerie et la sécurité civile qui devra bénéficier d'un haut niveau de résilience en cas de crise et des meilleures technologies numériques disponibles. Ce sera un grand projet industriel Français et européen dont le déploiement doit se faire le plus rapidement possible et fait aussi l'objet d'un engagement clair en termes financiers dans le cadre du grand plan d'investissement. Enfin j'agis également pour que l'Europe puisse donner tous les moyens juridiques et techniques aux agents de terrain, notamment à ceux chargés du contrôle aux frontières, pour accéder plus facilement aux grandes applications informatiques européennes EURODAC, SIS, etc. dans le cadre du chantier lancé sur l'interopérabilité des systèmes d'information en matière migratoire et de sécurité. Certains de ces chantiers sont d'ampleur et s'inscriront dans le temps long mais le maximum d'entre eux doivent être conduits le plus rapidement possibles parce que leur mise en oeuvre s'impose. Vous l'avez compris, rien ne sera négligé dans le cadre de cette stratégie que je voulais aujourd'hui vous présenter parce que je considère que le quotidien, les moyens mis à disposition, les procédures qui font votre tâche de chaque jour sont déterminants là aussi pour construire la crédibilité de l'encadrement, de l'encadrement supérieur et du commandement. Aussi vous l'avez compris, l'engagement de l'Etat sera complet pour profondément transformer ses missions et être au rendez-vous. J'aurai besoin de vous pour mettre en oeuvre ces transformations. J'aurai besoin de vous pour que dans cinq ans, ceux qui ne respectent pas votre uniforme ne soient plus qu'une infime minorité contre laquelle nous nous battrons de toute notre énergie. En retour, vous savez que pourrez compter sur mon soutien permanent aux forces de l'ordre. Je suis à l'écoute, à vos côtés, comme l'est l'immense majorité des Français, et je répondrai présent à chaque fois que cela sera nécessaire. J'entends l'impatience parfois exprimée, j'entends les insatisfactions, j'entends la nécessité qui s'attache à redonner un cap et du sens à vos métiers, à redonner les moyens de l'exercer en toute sincérité et en toute sécurité parce que nous n'avons qu'un objectif, l'efficacité collective. C'est la responsabilité partagée. L'honnêteté me conduit à vous dire que tout ne se fera pas en un jour. Beaucoup a été fait ces derniers mois pour répondre à vos légitimes attentes. Progressivement, vos conditions de travail vont changer, vos moyens vont être renforcés. J'ai pris aujourd'hui des engagements clairs devant vous. Le mouvement est engagé. Nous veillerons à ce qu'il soit le plus rapide possible mais toutes les transformations culturelles, organisationnelles, ce dont j'ai essayé aujourd'hui devant vous de redonner le sens, nous devons l'engager collectivement le plus rapidement possible. Nous devons avoir cette exigence collective. Nous devons retrouver ce sens et l'expliquer à l'ensemble de la population et je suis convaincu que, par cet engagement, celui des moyens mis en face, celui de la modernisation de nos propres organisations et de nos moyens, ce sera la condition collective de notre réussite. Avec le ministre d'Etat, je veux mener cette démarche de transformation avec vous, avec détermination, dans le cadre d'un dialogue social approfondi et confiant avec vos différents représentants, mais vous l'avez compris, avec une ambition extrême à laquelle je ne céderai rien ni sur les principes ni sur l'efficacité. Merci pour votre attention. Vive la République et vive la France ! Merci Messieurs Dames. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/572.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/572.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..07d5411fcbad36c2a7c7e0461bdee9aeaa5285d6 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/572.txt @@ -0,0 +1 @@ +(...) Q - Quel est l'état de la menace terroriste en France aujourd'hui ? R - Elle reste forte et, depuis le début de l'année, treize attentats djihadistes ont été déjoués. La réponse à la menace doit également se porter sur la radicalisation. On estime à environ 12.000 le nombre de personnes suivies pour radicalisation. Le comité interministériel dédié doit d'ailleurs se réunir prochainement et présenter un plan. La radicalisation doit se traiter à deux niveaux. Avec les acteurs de terrain, mais aussi avec des chercheurs, pour comprendre l'univers mental de ces gens - souvent des jeunes qui se laissent embrigader -, pour employer leurs codes et leur langage. Q - Avec la libération de Raqqa, en Syrie, que va-t-il advenir des djihadistes français qui reviennent ? R - La libération de Raqqa est un coup décisif porté à Daech. Tout porte à croire que le groupe terroriste va donc jouer son rôle en poussant à l'acte un certain nombre de gens pour prouver qu'il n'est pas mort. Les « revenants » français sont suivis par les services. Ils font l'objet de poursuites judiciaires dès leur retour avant d'être incarcérés. Nous en recensons à ce jour 244 qui font tous l'objet d'un suivi judiciaire ou administratif. Le phénomène est toutefois moins massif que nous le pensions mais tout est mis en place pour y faire face. (...). \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/573.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/573.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..32d6ce98a538ac9dc1baf43ee438843081d6deef --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/573.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-PIERRE ELKABBACH D'abord, soyez le bienvenu Julien DENORMANDIE. Bonjour. JULIEN DENORMANDIE Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH. JEAN-PIERRE ELKABBACH Merci pour ce premier rendez-vous avec nous. Le tribunal administratif de Lille vient d'annuler l'encadrement des loyers qui avait été décidé, institué dans cette ville en vertu de la loi de 2014. Est-ce que ce matin, ici, votre gouvernement décide de faire appel ? JULIEN DENORMANDIE Effectivement, le gouvernement va faire appel. JEAN-PIERRE ELKABBACH Va faire appel ou fait appel ? JULIEN DENORMANDIE Il fait appel. Il fera appel dans les toutes prochaines heures. Il fait appel. Pourquoi il fait appel ? Parce que c'est la décision la plus juste pour l'ensemble des locataires de l'agglomération de Lille. Aujourd'hui, on le sait bien, vous avez certains propriétaires qui sont farouchement opposés à l'encadrement des loyers. Mais le problème de fond que nous avons aujourd'hui, c'est que les loyers progressent trop vite et ils sont trop hauts. Nous ce que nous disons, c'est que l'encadrement des loyers, aujourd'hui il est testé sur Paris et sur Lille. Effectivement, on ne sait pas si le dispositif est très pertinent ou pas totalement, mais il faut le tester. Il faut aller jusqu'au bout de l'expérimentation. Donc nous ferons appel et ce n'est pas quelques propriétaires qui considèrent que l'encadrement ne marche pas qui s'opposeront à cette plainte. JEAN-PIERRE ELKABBACH Parce que cette plainte devant le tribunal administratif, elle ne vient pas des locataires, elle vient des propriétaires. JULIEN DENORMANDIE Effectivement, cette plainte a été déposée par des propriétaires qui, eux, sont farouchement opposés à cet encadrement des loyers. Notre position, elle est très claire. Il faut tester l'encadrement des loyers, on ira jusqu'au bout pour le tester au bénéfice des locataires. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que ça veut dire qu'avec cette mesure, l'augmentation des prix des loyers est tenue ? JULIEN DENORMANDIE Ce point, on ne le sait pas encore. JEAN-PIERRE ELKABBACH On dit que ça a stabilisé les prix à Lille et à Paris parce que c'est des endroits où les prix augmentent facilement. JULIEN DENORMANDIE C'est vrai. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça les a au moins stabilisés. JULIEN DENORMANDIE Ça les a stabilisés sur Paris. Sur Lille, c'est moins clair encore à ce stade. Mais ce qu'on dit, c'est qu'il faut aller jusqu'au bout de cette expérimentation. Une fois qu'on aura fait cette expérimentation, on décidera si on le généralise ou pas. Mais aujourd'hui, notre position c'est de faire appel au bénéfice des locataires. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous pourriez l'étendre si ça marche ? JULIEN DENORMANDIE Exactement. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc l'Etat ne cédera pas. Vous pensez que vous pourrez avoir le dernier mot, même si après votre appel d'autres plaintes viennent des mêmes propriétaires. JULIEN DENORMANDIE Ecoutez, on va déposer cet appel. On fera les ajustements nécessaires demandés par la juridiction si nécessaire, mais à la fin on ira jusqu'au bout de l'expérimentation avant de voir si on généralise ou non le dispositif. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que vous estimez, Julien DENORMANDIE, que l'encadrement des loyers est une nécessité économique et sociale ? JULIEN DENORMANDIE Aujourd'hui, ce dont je suis convaincu, c'est que les loyers sont trop élevés, et donc il faut lutter contre ces loyers trop élevés. Il y a plusieurs choses qu'on peut faire. Il y a faire ce qu'on appelle un choc de l'offre, c'est-à-dire construire plus parce que c'est ça qui, structurellement, fait diminuer les loyers. On peut agir, et on reparlera, sur le monde social, sur les offices HLM, parce que là aussi on peut diminuer les loyers. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais là, vous pensez que c'est une nécessité économique et sociale, c'est exactement la phrase de Martine AUBRY. Parce que les maires socialistes de Lille et de Paris sont attachés à l'encadrement des loyers, ils viennent de dire que ça leur va. JULIEN DENORMANDIE Ils sont attachés, ils ont raison à l'être et nous, on veut expérimenter ce dispositif avant d'éventuellement le généraliser ou non, en fonction de l'expérimentation. Mais il faut aller au bout de cette expérimentation. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire pour la circonstance, MACRON, DENORMANDIE avec HIDALGO et Martine AUBRY, même combat. JULIEN DENORMANDIE Mais vous savez, on peut se retrouver sur beaucoup de points, notamment sur ce point. C'est la vraie vie. On peut se retrouver sur beaucoup de points et notamment sur tous ces points qui visent à protéger. Protéger les Français, protéger les locataires et leur apporter des solutions concrètes pour améliorer leur quotidien. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça fait un mois que vous avez lancé avec Jacques MEZARD la politique du logement. J'ai envie de dire où en êtes-vous ? Vous deviez libérer des terrains, obtenir davantage de foncier pour construire plus. Ça commence quand ? Vous faites quoi ? Ça se voit quand ? JULIEN DENORMANDIE Nous avons un projet de loi qui est en préparation que nous présenterons mi-décembre en conseil des ministres. Ce projet de loi sera ensuite présenté au Parlement au premier trimestre de l'année prochaine. Aujourd'hui, la stratégie logement conçue est assez simple. On a consulté beaucoup de personnes, deux mille cinq cents personnes, et on est parti des besoins des différentes catégories de Français. Je prends un exemple très concret. On sait aujourd'hui que pour les étudiants, il n'y a pas assez de logements. Pour répondre à cela, on va construire quatre-vingt mille logements pour les étudiants et les jeunes actifs. On sait que pour une personne en formation professionnelle, aujourd'hui il a trop peu accès à un logement de courte durée. On va créer un bail mobilité. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça, les résultats, c'est à la Saint-Glinglin ? JULIEN DENORMANDIE Non, les résultats ce n'est pas à la Saint-Glinglin. Typiquement pour les étudiants, on crée une garantie universelle pour tous les étudiants. Ce sera dès 2017. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et vous deviez réduire les recours si nombreux, si longs, si intéressés des contentieux. Ça vient quand ? JULIEN DENORMANDIE Ça viendra aussi. JEAN-PIERRE ELKABBACH Dans la loi ? JULIEN DENORMANDIE Dans la loi, donc tout début 2018. Mais vous savez, les recours aujourd'hui, c'est quarante mille projets de logements qui sont bloqués sur le territoire. Quarante mille. Et donc, il faut encadrer ces recours pour lutter contre ce qu'on appelle les recours abusifs. JEAN-PIERRE ELKABBACH Alors faites-le vite. Faites-le vite, il y a un besoin et une impatience de ceux qui cherchent des logements et qui attendent cette mobilité dont nous allons encore parler. La politique du logement, on l'a dit et répété, c'est une dépense publique de quarante milliards et il reste quand même quatre millions et demi de mal logés et d'autres qui attendent la mobilité. Mais la grande difficulté avec votre politique et qui fait qu'elle ne passe pas, c'est la mesure qui concerne les APL, les aides personnalisées au logement. Vous êtes coincés. JULIEN DENORMANDIE Non. On n'est pas coincé, on est dans la discussion. Contrairement à ce que beaucoup disent, on est dans la discussion avec l'ensemble des bailleurs sociaux. Là aussi, permettez-moi juste d'être très clair sur ce que nous faisons. On a une boussole, c'est de faire en sorte que toute la réforme que nous portons se fait au bénéfice des locataires et sans aucune contrainte pour ces locataires. Les bailleurs sociaux sont inquiets, il faut entendre leur inquiétude. Les bailleurs sociaux, il s'avère que c'est nous, c'est l'Etat, qui les finançons. C'est nous qui leur apportons tous les financements. Et donc ce qu'on dit aux bailleurs sociaux, c'est que nous, comme nous vous apportons vos financements, nous allons améliorer toutes vos conditions de financement. JEAN-PIERRE ELKABBACH Qu'est-ce que vous leur offrez là ? Parce que vous discutez tous les jours, ça n'aboutit pas. Qu'est-ce que vous leur offrez pour aller jusqu'à l'accord ? JULIEN DENORMANDIE Je vais vous donner quelques exemples. On leur offre quatre milliards d'euros quatre milliards d'euros de prêts très avantageux. Deux milliards d'euros pour de la capitalisation. On leur offre, par exemple, un élément très important : trois milliards d'euros pour qu'ils puissent faire de la rénovation énergétique des bâtiments. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire au total combien ? JULIEN DENORMANDIE Au total, c'est plusieurs dizaines de milliards d'euros. Rien que cela, c'est sept milliards. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais vous les sortez d'où ? JULIEN DENORMANDIE L'organe au niveau de l'Etat qui finance les bailleurs sociaux, c'est la Caisse des dépôts et consignations. Cette Caisse des dépôts et consignations, c'est une banque. Une banque à vocation à apporter de l'argent et c'est ce que nous demandons à cette dernière. JEAN-PIERRE ELKABBACH Le président de la République et son gouvernement veulent faire baisser en même temps les loyers de HLM et les APL qui coûtent dix-huit milliards par an. Vous voulez faire des réductions, il y en a qui se plaignent. Par exemple, le directeur de l'office de HLM de Lyon qui gère seize mille logements sociaux. Ecoutons-le ensemble. CEDRIC VAN STYVENDAEL, DIRECTEUR GENERAL DE EST METROPOLE HABITAT Monsieur le Ministre, bonjour. Pourquoi pour faire cette économie d'un milliard sept cents millions d'euros sur un budget de dix-huit milliards qui est réparti entre les bailleurs sociaux à hauteur de neuf milliards et entre les opérateurs privés à hauteur de neuf milliards, pourquoi est-ce que vous faites porter cet effort uniquement sur le logement social et pourquoi est-ce que vous ne proposez pas une autre manière de faire des économies en matière de politique du logement ? Nous sommes prêts à réfléchir avec vous à cette hypothèse. JULIEN DENORMANDIE Mais je lui réponds, encore une fois, la réforme que nous portons elle vise à dire aux bailleurs sociaux : vous avez, pour certains, beaucoup d'argent ; pour d'autres, c'est nous qui vous finançons. Et donc, nous faisons en sorte de vous faire gagner plus d'argent par tous les dispositifs financiers que j'ai évoqués. Mais ce qui est important aujourd'hui, c'est que le métier d'un bailleur social, ce n'est pas de garder de l'argent. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et pourtant, il en garde. JULIEN DENORMANDIE Certains en gardent. Le métier d'un bailleur social, c'est de plus construire des logements sociaux et d'améliorer le cadre de vie des citoyens. Et donc nous leur disons, tout l'argent qu'on vous fait gagner, on vous demande de le rétrocéder en une baisse de loyer. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et ils résistent. JULIEN DENORMANDIE On est dans la discussion. Ceux qui résistent, on est dans la discussion. JEAN-PIERRE ELKABBACH Depuis des années, on décrit cette situation absurde : il y a en France sept cent trente offices et sociétés, très grandes et très petites, de HLM et parfois dans une même ville. Est-ce que l'Etat ne peut pas encourager, avec les professionnels, leur regroupement ? Parce que ça coûte combien ? Quelles conséquences ça a qu'il y en ait sept cent trente ? JULIEN DENORMANDIE Mais vous avez raison. Vous avez raison. Aujourd'hui, il y a sept cent trente offices. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est trop ? JULIEN DENORMANDIE C'est beaucoup trop. C'est beaucoup trop parce que si demain vous arrivez à réduire ce nombre, vous arrivez à faire en sorte que des offices s'allient les uns avec les autres. Qui sont les gagnants ? Ce sont les Français. Parce que quand un office est plus fort, il peut plus facilement accueillir des personnes avec moins de revenus. Il peut plus facilement plus construire. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire moins de sept cent trente si vous regroupez, c'est des baisses de loyer. JULIEN DENORMANDIE C'est des baisses de frais de fonctionnement évidemment. C'est plus de constructions évidemment. Mais c'est aussi la capacité d'accueillir des publics plus fragiles. JEAN-PIERRE ELKABBACH Pourquoi vous ne les regroupez pas ? Qu'est-ce qui freine ? JULIEN DENORMANDIE On est en train de le faire. Vous savez, c'est comme tout. Les logements sociaux, c'est une histoire de plus de cent vingt ans. On essaye de faire bouger les choses en concertation avec eux. On essaye d'améliorer leurs conditions, leur modèle. Ça prend un peu de temps. En tout cas, ça se fait par la condition mais nous, nous serons très fermes. Il y a une vraie réforme à porter et nous la porterons jusqu'au bout. JEAN-PIERRE ELKABBACH Dimanche soir, Emmanuel MACRON estimait, je le cite : « Dans le monde HLM, il y a des acteurs qui ont beaucoup trop d'argent, ou qui ont beaucoup d'argent, ou qui ont trop d'argent. » C'est-à-dire ? Parce que vous l'avez dit tout à l'heure aussi. C'est-à-dire « trop d'argent » ? JULIEN DENORMANDIE Je pourrais vous citer le rapport de la Cour des comptes qui estime que certains bailleurs disposent de réserves substantielles. C'est vrai. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais qui a ces ressources juteuses ? Est-ce que l'Etat le sait ? JULIEN DENORMANDIE L'Etat le sait. L'Etat pourrait le savoir de manière plus précise. Il y a des organismes de contrôle, la Cour des comptes, d'autres. L'Etat doit également mieux travailler avec les bailleurs sociaux pour comprendre exactement quelles sont les réserves des uns et des autres. C'est important, vous savez, la transparence. Elle est essentielle. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est bien de dire la transparence, parce qu'on la demande aux élus, aux ministres, aux députés. On leur demande de publier leur patrimoine et il y a donc des intouchables, des gens qui vivent dans l'opacité et dont on ne sait pas les réserves qu'ils ont et qui pourraient servir la collectivité. JULIEN DENORMANDIE Evidemment, il n'y a personne qui peut être en dehors de cette transparence. Mais vraiment ce qui est important, c'est que la réforme que nous portons, elle vise à améliorer les logements des Français. Vous savez, aujourd'hui il y a quatre millions et demi de logements sociaux. Il y a un million et demi de ménages qui est en attente d'avoir un logement social. Donc quand vous avez cette situation, qu'est-ce que vous faites ? Nous, on se retrousse les manches, on dit aux bailleurs sociaux : « Il faut plus construire », on dit aux bailleurs sociaux : « Il faut diminuer les loyers ». JEAN-PIERRE ELKABBACH Eux ils vous répondent : « Non, ce n'est pas possible ». Il y en a un, le plus important, Jean-Louis DUMONT, président de l'Union sociale pour l'habitat. Il répète dans tous ses entretiens qu'après avoir discuté avec vous, les ministres : « On est en face de ministres impuissants contre Bercy qui, depuis vingt-cinq ans – il n'y a pas que vous – cherche à casser le modèle HLM, à piller les caisses, à stopper les projets pour les petites gens. » Casser le modèle ? Piller les caisses ? Alors que vous ne connaissez pas ce qu'il y a dans les caisses de monsieur DUMONT ? JULIEN DENORMANDIE Mais monsieur DUMONT le sait très bien. Monsieur DUMONT, je le vois plusieurs fois par semaine. Il ne s'agit absolument pas de faire ça. Ce que je viens de vous dire tout à l'heure, c'est justement il manque un million et demi de logements. Donc la volonté du gouvernement, c'est effectivement d'utiliser l'argent des bailleurs sociaux là où il est pour plus construire et de faire en sorte que la réforme que nous portons elle se fasse au bénéfice des locataires. JEAN-PIERRE ELKABBACH Chercher l'argent là où il est comme vous dites, ce n'est pas mal. Et il y en a un autre aussi qui l'avait dit avant. Président et gouvernement, vous n'arrivez pas à arracher l'étiquette que l'on vous a collée : président et gouvernement des possédants, avec une politique injuste, favorable aux riches. JULIEN DENORMANDIE Moi, je m'inscris en faux et ça ne va pas vous étonner. Vous savez, je vais vous donner quelques exemples. On nous dit souvent est-ce qu'on fait une politique de droite, est-ce qu'on fait une politique de gauche. Objectivement, doubler le nombre de professeurs dans les classes des quartiers prioritaires… JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, mais ça ne passe pas. Pardon, mais ça ne passe pas. Est-ce que vous croyez qu'il suffit de promettre qu'on lutte contre la pauvreté ou qu'aller visiter quelques crèches de temps en temps, ça suffit à donner l'impression qu'on est un président aussi des pauvres ? JULIEN DENORMANDIE Regardez précisément ce qu'on fait dans le projet de loi de finances. Tenez, un autre exemple très précis : le minimum vieillesse. Le minimum vieillesse aujourd'hui en France, personne ne le dit, il est en dessous du seuil de pauvreté. Il est à huit cents euros, c'est en dessous du seuil de pauvreté. Dans le projet de loi de finances qu'on porte, il va augmenter significativement pour atteindre plus de neuf cents euros. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et pourtant, vos prédécesseurs de droite et de gauche vous font la leçon et en même temps, vous l'avez vu, les cent vingt parlementaires. JULIEN DENORMANDIE Oui, je vois tout ça. Mais objectivement, raison garder. Le projet de loi de finances que nous portons, c'est un projet de loi qui permet de redonner du pouvoir d'achat. Moi, je donne rendez-vous à tous les Français au 31 janvier 2018. Sur leur fiche de paie, tous les actifs verront et constateront qu'il y a une augmentation du pouvoir d'achat. JEAN-PIERRE ELKABBACH Rendez-vous le 1er février. JULIEN DENORMANDIE Ou le 1er février. JEAN-PIERRE ELKABBACH On verra. Dès lundi, le président de la République annonçait lancer hier une concertation sur la politique de sécurité du quotidien. Il est surtout question de policiers et de gendarmes. Depuis plus de trente ans, Bernard TAPIE, Jean-Louis BORLOO, Benoist APPARU nous ont parlé et se sont flattés d'une politique de la ville. On a vu quelques évolutions mais on voit délinquance, drogue, parfois radicalisation, dénuement. Au lieu de dire politique de la ville, est-ce qu'on ne peut pas dire et s'y attaquer vraiment politique des quartiers ? Des quartiers ? JULIEN DENORMANDIE Vous avez raison. Cette politique de la ville comme on dit, vous avez raison : on peut l'appeler politique des quartiers. Elle a quarante ans, on vient de fêter ses quarante ans. Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on constate ? C'est que les frontières, les frontières physiques, les frontières sociales, les frontières mentales, elles sont toujours là. Alors il y a des problèmes réels, des problèmes de sécurité, vous en avez parlé. Il y a un problème d'éducation, c'est pour ça que Jean-Michel BLANQUER a mis en place ce doublement des classes. JEAN-PIERRE ELKABBACH D'accord, il y a un diagnostic, OK. Mais qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on fait ? JULIEN DENORMANDIE Le doublement des classes, c'est une réalité. C'est depuis le 1er septembre. JEAN-PIERRE ELKABBACH Quoi d'autre ? JULIEN DENORMANDIE La rénovation urbaine. Il faut améliorer le cadre de vie. L'Etat met un milliard d'euros sur la table pour rénover l'habitat de ces quartiers, un milliard d'euros. Mais c'est quoi ? J'étais il y a quarante-huit heures à Villeneuve-la-Garenne. Quand vous visitiez Villeneuve-la-Garenne, il y a quelques années c'était un immeuble de quatre cents mètres de long. Le maire de Villeneuve-la-Garenne, qui a fait un travail formidable, a réussi à opérer cette rénovation urbaine, à créer des allées, à changer l'urbanisme. JEAN-PIERRE ELKABBACH Casser les barres comme faisait Jean-Louis BORLOO. JULIEN DENORMANDIE Casser les barres comme faisait Jean-Louis BORLOO. Et puis, il y a un deuxième volet. Vous savez, la politique de la ville, on ne la fera pas sans ses habitants. Il faut créer du lien social, il faut améliorer… JEAN-PIERRE ELKABBACH Ce n'est pas en envoyant des policiers. Peut-être un peu mais, par exemple, des associations vous demandent des moyens. Elles vous demandent quelques adultes pour encadrer des jeunes. Comment vous leur répondez ? JULIEN DENORMANDIE C'est un très bon point et je vais vous donner un exemple concret, là aussi. Le budget de la politique de la ville, ce qui permet de financer ces associations, l'année prochaine on a sanctuarisé tous les crédits. Ça sera plus de six cents millions d'euros. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais vous ne créez pas des emplois, vous allez supprimer les contrats aidés. JULIEN DENORMANDIE Ces politiques de la ville par exemple, c'est peu su, on finance quatre mille ce qu'on appelle des adultes relais. Quatre mille postes d'adultes relais qu'on financera en 2018. Ce sont ces femmes et ces hommes qui travaillent dans des associations, exclusivement dans des associations, pour faire de la médiation, pour aider à l'insertion professionnelle, pour accompagner ceux qui vivent dans ces quartiers. C'est donc quatre mille postes d'adultes relais que nous financerons en 2018. JEAN-PIERRE ELKABBACH Deux mots de politique. Bientôt votre parti La République En Marche va avoir un chef. Vous ? JULIEN DENORMANDIE Elle aura un chef le 18 novembre. JEAN-PIERRE ELKABBACH Pas avant ? Vous ? JULIEN DENORMANDIE Le congrès se réunit le 18 novembre. Non, moi je ne suis pas candidat pour prendre la direction du parti. Vous savez, j'ai de grands chantiers au ministère avec Jacques MEZARD. Le logement, la politique de la ville, l'aménagement rural. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire que si votre ami le président de la République vous dit : « Va en mission. Peu importe ton envie », vous lui dites : « Je suis au ministère, j'y reste » ? JULIEN DENORMANDIE Exactement. Je lui dirais que je suis à la tâche à mon ministère avec des chantiers importants. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous le lui avez déjà dit ? JULIEN DENORMANDIE Vous savez, il y a beaucoup de personnes. Beaucoup de personnes qui ont toutes les qualités aujourd'hui pour prendre le parti. JEAN-PIERRE ELKABBACH Alors qui ? On dit qu'il y a deux favoris. Christophe CASTANER, qui était là il n'y a pas longtemps, dit qu'il n'en veut pas. Et puis Benjamin GRIVEAUX qui ne dit pas qu'il en rêve. Lequel des deux ? JULIEN DENORMANDIE C'est deux personnes qui ont toutes les qualités pour le faire. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais il y a peut-être un troisième homme ou une troisième femme. JULIEN DENORMANDIE Il y a peut-être un troisième homme ou une troisième femme au sein de nos députés et au sein, vous savez, de tous nos adhérents. JEAN-PIERRE ELKABBACH Comment vous fonctionnez avec ce qu'on a appelé dans Libération hier le « tandem atypique », disons bizarre, de vous avec Jacques MEZARD ? Lui a une expérience politique, il a été élu, il est sénateur ; et vous, vous êtes considéré comme un techno alors qu'en réalité, vous venez d'autre chose, d'un autre endroit. Qu'est-ce que vous faisiez ? JULIEN DENORMANDIE C'est vrai que j'ai souvent cette image-là mais j'ai une particularité : je suis ingénieur des eaux et forêts. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ingénieur agronome et ingénieur des eaux et forêts. JULIEN DENORMANDIE Exactement. C'est un parcours un peu singulier avec cette formation. Ma relation avec Jacques MEZARD est excellente. On fonctionne en tandem, on se connaît depuis longtemps. On a fait toute la campagne ministérielle. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous dites ça pour nous faire plaisir ? JULIEN DENORMANDIE Non. Je vous invite à venir passer une journée avec nous, vous verrez à quel point on travaille en commun dans la bonne entente. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que ça veut dire que vous connaissez mieux la vie secrète des arbres que celle des politiciens ? Parce qu'il paraît que dans le livre d'un Allemand qui s'appelle Peter WOHLLEBEN et qui fait un tabac à l'échelle mondiale, les arbres communiquent entre eux, ils ont une certaine mémoire, ils sont solidaires entre eux et ils grandissent quand ils sont en commun. JULIEN DENORMANDIE C'est un bel ouvrage. C'est beaucoup de belles choses. Cette solidarité clairement elle m'anime, clairement. Et vous savez, mon rapport à la forêt, si c'est ça votre question, mon rapport à la forêt s'est crée avec la gestion du temps. Ce qui est formidable quand vous gérez une forêt, c'est que vous avez un temps long. Vous êtes un bâtisseur mais sur la durée. Et ça, cette notion-là, quand vous entrez en politique, je pense que c'est une belle vertu de vous dire : « On fait des choses non pas pour l'actualité du moment mais aussi pour transformer les choses en profondeur, quitte à ce que ça prenne un peu de temps. » JEAN-PIERRE ELKABBACH Pour répondre à des impatients. Donc protéger les quartiers, créer des logements mais, en même temps, ne pas oublier les arbres et les forêts. JULIEN DENORMANDIE Et en même temps ne pas oublier également les générations futures. JEAN-PIERRE ELKABBACH Merci, merci d'être venu. JULIEN DENORMANDIE Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/574.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/574.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..81a4fb2689e8049914f2b5ae5e3135c595885ff2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/574.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEROME CADET Bonjour à tous, merci d'être avec nous sur France Info. Notre invitée ce matin est ministre de la Justice, bonjour Nicole BELLOUBET... NICOLE BELLOUBET Bonjour. JEROME CADET Bonjour Jean-Michel APHATIE. JEAN-MICHEL APHATIE Bonjour Nicole BELLOUBET. Nous allons évoquer avec vous les chantiers de la reconstruction de la justice mais nous voulions parler avant de l'initiative assez rare du procureur de la République de Grenoble Jean-Yves COQUILLAT qui a annoncé l'ouverture d'une enquête, il s'inquiète des fuites qui ont lieu dans le dossier Maëlys une jeune fille de neuf ans disparue, son corps n'est pas été retrouvé et il note que seuls les enquêteurs, ce sont des gendarmes, sont au courant de ces fuites, donc il dépose une plainte. On écoute le procureur de la République de Grenoble. JEAN-YVES COQUILLAT, PROCUREUR DE LA REPUBLIQUE DE GRENOBLE J'avais quand même très clairement averti que je ne tolèrerais plus ces fuites permanentes depuis le début d'éléments qui ne sont connus que des enquêteurs, de leur hiérarchie, du laboratoire et des juges, j'ai encore eu ce matin une demande sur des éléments que je ne connaissais pas et qui s'avèrent exacts dont les journalistes sont en possession alors même qu'ils n'ont pas à l'être et que les seuls les enquêteurs les connaissent. JEAN-MICHEL APHATIE Donc seuls les enquêteurs, ce sont des gendarmes, qui protestent évidemment beaucoup ce matin contre ce qu'ils considèrent être comme une attaque de la part du procureur. Vous soutenez le procureur de Grenoble, Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Si vous voulez c'est une affaire qui est en cours, donc évidemment je ne vais pas m'exprimer longuement sur ce sujet... JEAN-MICHEL APHATIE Là ce n'est pas l'affaire, ce sont les fuites qui sont en question. NICOLE BELLOUBET Je voudrais quand même dire deux choses : la première, c'est évidemment que je suis extrêmement attachée au secret de l'enquête et de l'instruction, je crois que c'est une condition indispensable de réussite à la fois des enquêtes et qui permet également aux magistrats d'effectuer leur travail dans des conditions sereines, donc c'est vraiment quelque chose d'indispensable ; Je voudrais dire, par ailleurs, que nous avons de manière globale de bonnes relations entre la justice et les services de police et de gendarmerie et qu'évidemment ces relations perdureront. Mais sur la question précise... JEAN-MICHEL APHATIE Mais, là, il ne parle du fond de l'enquête. NICOLE BELLOUBET Oui, oui. JEAN-MICHEL APHATIE Ce que je voudrais savoir c'est si vous soutenez le procureur de la République qui dépose plainte pour trouver l'auteur des fuites, ce qui ne concerne pas l'enquête ? NICOLE BELLOUBET Je crois que je viens de vous répondre... JEAN-MICHEL APHATIE Donc, vous soutenez le procureur ? NICOLE BELLOUBET Je suis extrêmement attachée au secret de l'enquête et au secret de l'instruction, je crois que c'est indispensable. JEAN-MICHEL APHATIE Et au droit à l'information aussi ? NICOLE BELLOUBET Oui, mais ça... enfin, franchement, il faut absolument.... JEAN-MICHEL APHATIE Il a le droit à l'information aussi ? NICOLE BELLOUBET Il faut absolument pour que les enquêtes aient une chance d'aboutir et pour que la justice soit rendue sereinement que le secret de l'enquête et de l'instruction soit préservé. JEAN-MICHEL APHATIE Au détriment du droit à l'information ? NICOLE BELLOUBET Je n'ai pas dit cela. JEAN-MICHEL APHATIE Un autre dossier d'actualité concerne le Levothyrox, des assignations seront déposées aujourd'hui - c'est un médicament qui lutte contre les dérèglements de la thyroïde et l'avocat qui représente plusieurs plaignants, Christophe LEGUEVAQUES, était l'invité de France Info ce matin, il s'est adressé à vous Nicole BELLOUBET, on l'écoute. CHRISTOPHE LEGUEVAQUES, AVOCAT DES PLAIGNANTS Nous avons proposé une solution qui a fait ses preuves, c'est la création d'une commission nationale d'indemnisation, j'avais écrit à madame BUZYN et à madame BELLOUBET, à ce jour je pense qu'elles sont débordées ou que leurs services n'ont pas informé les ministres, mais je n'ai même pas reçu un accusé de réception et je rappelle qu'aujourd'hui dans le site que nous avons mis en place nous avons plus de 3.800 inscrits et donc ces 3.800 personnes attendent une réponse le plus vite possible. JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez une réponse sur une commission d'indemnisations ? NICOLE BELLOUBET Si vous voulez il y a la mise en place d'une action de groupe qui est autorisée par des textes assez récents et qui donc permet la constitution de ces plaintes de groupe, je crois que la manière dont elles sont traitées peut-être mérite réflexion, en tout cas pour le moment on va laisser les choses poursuivre leur cours. JEAN-MICHEL APHATIE Le problème de ce genre de dossier c'est qu'en général la justice est très lente, il est très difficile d'aboutir, cela fait partie la manière dont la justice est rendue des chantiers qui sont devant vous. Nicole BELLOUBET, je voudrais qu'on regarde ensemble ce que Jean-Jacques URVOAS, qui était l'un de vos prédécesseurs place Vendôme, qui est quelqu'un... NICOLE BELLOUBET C'était mon ante-prédécesseur. JEAN-MICHEL APHATIE Quelqu'un s'est intercalé entre vous deux, c'était début avril 2016, il succédait à Christiane TAUBIRA, il faisait ce constat : « il faut reconnaître, disait-il dans le Journal Du Dimanche, que la justice est à bout de souffle, que le ministère n'a plus les moyens c'est horrible quand on lit ça de payer ses factures ». Il y a un an et demi, c'est toujours le même constat que vous faites ? NICOLE BELLOUBET Je crois que ce n'est pas tout à fait exact. Je ne sais pas à quelle facture il faisait allusion, si c'est la question des frais de justice ils sont payés, il n'y a pas de difficulté de ce point de vue-là... JEAN-MICHEL APHATIE Les factures du ministère, si je crois qu'il le dit, mais bon peu importe. NICOLE BELLOUBET Je ne sais pas bien ce que cela veut dire. En tout cas ce que je sais c'est que Jean-Jacques, qui a contribué bien entendu à permettre à la justice d'avoir un budget tout à fait conséquent, a joué un rôle important. Il avait souhaité que le budget de la justice augmente d'un milliard d'euros en cinq ans, l'actuel président de la République et le Premier ministre se sont engagés à ce même chiffre, mais en trois ans, donc je pense que mon ante-prédécesseur sera de ce point de vue tout à fait satisfait. JEAN-MICHEL APHATIE On observera année après année si la promesse est tenue de ce... NICOLE BELLOUBET Absolument, oui, oui, mais bien sûr. JEAN-MICHEL APHATIE Dans ces domaines-là elles le sont rarement, souhaitons qu'elles le soient... NICOLE BELLOUBET Ah ! Je ne vois pas pourquoi vous dites ça, puisque dès cette année... JEAN-MICHEL APHATIE C'est le passé, c'est le passé... NICOLE BELLOUBET Dès cette année il y a eu une augmentation... JEAN-MICHEL APHATIE Voilà, c'est ça. NICOLE BELLOUBET Du budget de la justice, on est un des rares ministères qui a une augmentation de son budget et il y a des engagements pour au moins les deux années à venir et il y aura une loi de programmation au printemps prochain. JEAN-MICHEL APHATIE C'est ce qui est annoncé... NICOLE BELLOUBET Absolument. JEAN-MICHEL APHATIE Et nous suivrons tout cela avec attention. Plusieurs chantiers sont ouverts, cinq je crois : simplification des procédures pénales, civiles ; allégement des formalités grâce à l'informatique, on a déjà entendu ça tellement, tellement, tellement de fois, on se demande pourquoi ça va aboutir cette fois-ci, parce que c'est vous ? NICOLE BELLOUBET Et pourquoi pas ! Parce que c'est moi et parce que... JEAN-MICHEL APHATIE Et pourquoi pas ! Voilà. NICOLE BELLOUBET Et parce que c'est un gouvernement qui a la volonté je crois de concrétiser. Vous avez raison monsieur APHATIE il y a énormément de travaux qui ont été faits sur l'ensemble de ces sujets, là notre objectif c'est en quelques mois de déverrouiller en quelque sorte les quelques difficultés qui peuvent permettre de manière extrêmement concrète et pragmatique de faire évoluer l'ensemble de ces dossiers. JEROME CADET Parmi ces chantiers, il y a une réflexion sur la carte judiciaire qui est en cours, Nicole BELLOUBET... NICOLE BELLOUBET Absolument pas ! JEAN-MICHEL APHATIE Si, si. NICOLE BELLOUBET Non, non. JEROME CADET Le Premier ministre Edouard PHILIPPE a expliqué qu'il fallait s'adapter à la carte des nouvelles régions administratives qui a changée en France, où en est votre réflexion à ce sujet ? Vous avez dit : « on ne fermera pas de tribunaux », est-ce que ça veut dire : « on ne fermera pas de cours » ? NICOLE BELLOUBET Ecoutez, sur le terme de tribunal on entend l'ensemble des lieux de justice. Ce que je voudrais juste ici dire c'est que notre justice va changer, c'est ce que nous voulons, monsieur APHATIE vient de le rappeler énormément en termes de numérisation, en termes de simplification des procédures, en termes également de modalités de travail des magistrats, on ne peut pas penser un tel changement sans imaginer qu'il n'y aura aucune adaptation de notre réseau... des juridictions, et c'est la raison... JEROME CADET Donc, la carte va évoluer ? NICOLE BELLOUBET Je parle de réseau, ce n'est pas tout à fait... la carte ce sont des implantations si vous voulez... JEAN-MICHEL APHATIE On n'avait pas tout à fait tort quand même. NICOLE BELLOUBET Non, ce n'est pas la même chose, parce qu'au fond ce sur quoi nous réfléchissons c'est exactement qu'est-ce qui se fera à quel endroit, autrement dit est-ce qu'on doit bien entendu prendre en compte l'exigence de proximité d'avec les justiciables mais aussi dans certains cas une spécialisation ? Parce qu'aujourd'hui le droit se complexifie considérablement et il faut donc bien que nous ayons des magistrats qui soient en capacité de répondre à cette complexité du droit et, donc, ce seront des principes de lisibilité, de proximité, parfois de spécialisation, de collégialité de travail des magistrats, tout cela aboutira à un regard neuf sur notre réseau juridictionnel. JEROME CADET Donc, il n'y aura pas de cour d'appel fermée par exemple ? NICOLE BELLOUBET Mais non. Non, non, ce n'est pas l'objet du tout, du tout, ce n'est pas ce type de réflexion dans lequel nous nous situons. JEROME CADET La suite de cet entretien juste après l'info, Agathe MAHUET. JEROME CADET La ministre de la Justice, Nicole BELLOUBET, est notre invitée ce matin. Jean-Michel APHATIE. JEAN-MICHEL APHATIE L'ancienne ministre de la Justice, Rachida DATI, suit attentivement votre parcours place Vendôme… NICOLE BELLOUBET Je m'en réjouis. JEAN-MICHEL APHATIE Voilà, prenez-le comme un hommage, elle vous a mise en cause récemment, on l'écoute. RACHIDA DATI, 13 OCTOBRE SUD RADIO Aujourd'hui, la Garde des sceaux commente l'actualité. Le projet de loi antiterroriste, on n'a pas entendu, jamais, la Garde des sceaux, c'est quand même…, elle est quand même… la Justice est au cœur quand même de la lutte contre le terrorisme et la radicalisation. JEAN-MICHEL APHATIE Vous voyez, vous lui avez manqué dans ce débat, et c'est vrai que, on a entendu beaucoup le ministre de l'Intérieur et on vous a peu entendue, beaucoup d'associations ont dit : quand même. Est-ce que ça n'est pas un problème d'introduire dans le droit ordinaire des mesures extraordinaires qui avantagent l'administration par rapport à la Justice ? NICOLE BELLOUBET Je ne sais pas si on peut raisonner sur ce projet de loi en termes d'avantages pour l'administration, je crois que c'est au contraire un projet qui voudrait permettre une vie en société qui soit plus apaisée d'une certaine manière, donc vous le savez, c'est la fin de l'état d'urgence, c'est la possibilité donnée, dans certaines circonstances précises, dans certaines circonstances précises, ce n'est pas n'importe quoi, n'importe quand, donc dans certaines circonstances précises, et à certaines conditions, de prendre des mesures que vous connaissez, d'assignation à résidence ou de perquisition ou de… JEAN-MICHEL APHATIE Poison mortel a dit Jacques TOUBON… NICOLE BELLOUBET Pardon ? JEAN-MICHEL APHATIE Un poison mortel a dit Jacques TOUBON, qui vous a précédée aussi, place Vendôme. NICOLE BELLOUBET Jacques TOUBON est parfaitement dans son rôle de défenseur des droits, et les observations… JEAN-MICHEL APHATIE Ça n'est pas qu'une question de rôle peut-être, ça peut être une question de conviction… NICOLE BELLOUBET Et les observations qu'il formule sont tout à fait… Me semblent tout à fait devoir être prises en compte. Moi, ce que je dis, c'est que la manière dont ce texte a été conçu, et j'ai eu l'occasion de le dire, parce que, Monsieur APHATIE, un texte, il y a le moment où on le présente devant le Parlement, et puis, il y a tout le travail antérieur, et le ministère de la Justice était pleinement associé au travail évidemment antérieur au sein du gouvernement. Ce qui est important dans ce texte, c'est qu'il existe des contrôles, et au fond, je crois que l'intérêt dans un Etat de droit, c'est que le pouvoir arrête le pouvoir, donc que les contrôles soient là, et les contrôles sont présents, le juge est présent, tantôt le juge judiciaire en amont, tantôt, le juge administratif en aval, tantôt, les deux. Et puis, il y aura un contrôle du Parlement, régulier, et puis, une évaluation en 2020. Donc il me semble qu'il y a un certain nombre de contrôles, de garde-fous… JEAN-MICHEL APHATIE Vous n'avez pas d'inquiétude ? NICOLE BELLOUBET Qui permettent, me semble-t-il, de considérer qu'on est toujours dans un Etat de droit très puissant. JEAN-MICHEL APHATIE Il y a souvent un antagonisme entre le ministre de l'Intérieur et le ministre de la Justice… NICOLE BELLOUBET Ça n'est pas le cas ! JEAN-MICHEL APHATIE Ça n'est pas forcément un jeu de rôle, c'est aussi la démocratie, parce que les points de vue, a priori, ne sont quand même pas les mêmes… NICOLE BELLOUBET Les points de vue, quand ils ne sont pas les mêmes, ne se discutent pas en public, ils se discutent… JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez discuté en privé ? NICOLE BELLOUBET Ils se discutent au moment où les textes sont préparés… JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez pesé sur cette loi ? NICOLE BELLOUBET Mais absolument, absolument, dans toutes les réunions interministérielles, nous avons fait valoir, si vous voulez, moi, mon souci en tant que Garde des sceaux, c'est la constitutionnalité des textes, donc l'Etat de droit… JEAN-MICHEL APHATIE Vous êtes issue… Vous avez siégé au Conseil constitutionnel… NICOLE BELLOUBET Oui, parce que le Conseil constitutionnel est aussi le défenseur des libertés publiques, donc le rôle du ministère de la Justice, et individuelles d'ailleurs, le rôle du ministère de la Justice est là… JEAN-MICHEL APHATIE La France défend les Droits de L'Homme partout dans le monde, enfin, presque, hier après-midi, Emmanuel MACRON, le président de la République, a reçu le président de la République égyptienne, et interrogé sur la situation des Droits de L'Homme, le président de la République les a défendus comme ceci. EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE EXTRAIT DE QUOTIDIEN HIER SUR TMC Le sujet des Droits de L'Homme peut être considéré à Paris comme si nous étions hors de tout contexte, mais je l'ai considéré dans le contexte égyptien. Je crois à la souveraineté des Etats. Et donc, de la même façon que je n'accepte qu'aucun autre dirigeant me donne des leçons sur la manière de gouverner mon pays, je n'en donne pas aux autres. JEAN-MICHEL APHATIE Voilà, c'est la situation des Droits de L'Homme en Egypte que le président de la République française a considérée dans leur contexte, alors, je ne sais pas bien ce que ça veut dire, sinon que peut-être, eh bien, l'Egypte fait ce qu'elle veut, et nous, on lui vendra nos Mirage quand même. NICOLE BELLOUBET Moi, je crois que la France joue un rôle absolument essentiel, par son histoire, par sa place dans l'Union européenne, dans la promotion des Droits de L'Homme. Et je crois… JEAN-MICHEL APHATIE Là, non… NICOLE BELLOUBET Et je crois, il me semble que réaffirmer… JEAN-MICHEL APHATIE Là, c'est très ancien monde, c'est très realpolitik, là… NICOLE BELLOUBET Il me semble que réaffirmer le rôle de la France… JEAN-MICHEL APHATIE Vous ne trouvez pas ? NICOLE BELLOUBET Dans la promotion des Droits de L'Homme, c'est quelque chose de tout fait essentiel, nous le faisons dans de très nombreuses instances, il est une autre question… JEAN-MICHEL APHATIE Mais là ? NICOLE BELLOUBET Qui est celle de respecter la souveraineté des Etats, comme l'a dit, président de la République, ça ne nous empêche pas d'être les promoteurs des droits de L'Homme. JEROME CADET Ça correspond à vos convictions ce que vous venez d'entendre de la part d'Emmanuel MACRON. NICOLE BELLOUBET Moi, ce qui correspond à mes convictions, c'est ce que je vous dis, lorsque je regarde par exemple le rôle que la France a joué au sein du Conseil de l'Europe, dans le cadre de la Convention européenne des Droits de L'Homme, le rôle… JEROME CADET Mais là, sur la situation en Egypte… NICOLE BELLOUBET Le rôle que nous jouons dans le monde entier, c'est cela qui m'importe et je crois que c'est cela que la France continuera à faire. JEAN-MICHEL APHATIE Christophe CASTANER, qui est votre collègue au gouvernement. NICOLE BELLOUBET Oui, absolument. JEAN-MICHEL APHATIE Il en est le porte-parole, a annoncé tout à l'heure qu'il était candidat à la présidence du parti du président de la République, La République En Marche, vous êtes adhérente vous de La République En Marche ? NICOLE BELLOUBET Non, non, non, je ne viens pas de cette origine-là, vous le savez… JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez été au Parti socialiste… NICOLE BELLOUBET Absolument, j'étais… JEAN-MICHEL APHATIE Vous n'y êtes plus. NICOLE BELLOUBET Je n'y suis plus au sens où je n'ai pas… D'ailleurs, si j'y suis, parce que j'ai payé ma cotisation l'année dernière. Et donc je suis toujours adhérente du Parti socialiste. JEAN-MICHEL APHATIE On peut être membre du Conseil constitutionnel, vous l'étiez l'année dernière, et payer sa cotisation à un parti politique… NICOLE BELLOUBET Ah, absolument… NICOLE BELLOUBET Vous êtes un citoyen comme un autre, et donc, on peut parfaitement le faire, à partir du moment où vous n'avez pas de position publique sur ce sujet. Et par ailleurs… JEAN-MICHEL APHATIE Donc vous êtes toujours membre du Parti socialiste, et Christophe CASTANER donc, il va quitter le gouvernement, alors il est candidat à la République En Marche parce qu'en fait, il a été choisi par Emmanuel MACRON. NICOLE BELLOUBET Oui, et alors ? JEAN-MICHEL APHATIE Pas très démocratique ça non plus. NICOLE BELLOUBET Ecoutez, moi, je considère que le parti du président de la République mérite d'avoir à sa tête quelqu'un qui est tout à fait dynamique, rassembleur, porteur d'une logique très claire, d'une visibilité, d'une pugnacité, Christophe, je crois, répond à toutes ces qualités-là, et je suis certaine que les adhérents de la République En Marche seront très heureux d'avoir quelqu'un comme lui à leur tête. JEAN-MICHEL APHATIE Eh bien, oui, de toute façon, puisque, ils n'ont pas le choix, si je puis dire… NICOLE BELLOUBET Je suis certaine… JEROME CADET On ne leur demandera pas leur avis… NICOLE BELLOUBET Vous croyez ? JEAN-MICHEL APHATIE Vous ne trouvez pas que le nouveau monde fonctionne comme l'ancien parfois, vous, qui avez une certaine expérience de la politique… NICOLE BELLOUBET Je ne crois pas… JEAN-MICHEL APHATIE Et si vous avez milité au Part socialiste, vous savez, avec les courants, les chapelles et les divisions, ce que l'exercice de la démocratie dans un parti veut dire. NICOLE BELLOUBET Oui, mais vous voyez, je crois que ça ne fonctionne pas tout à fait comme l'ancien monde, parce que, moi, je me sens très à l'aise dans ce gouvernement, dont je partage les ambitions, dont je partage vraiment la logique et la volonté, et je pense qu'on peut être issu de plusieurs lignes politiques pour aboutir à cette même volonté de faire progresser le pays, et de ce point de vue-là, je trouve que c'est un peu nouveau. JEAN-MICHEL APHATIE Si vous êtes membre du Parti socialiste, le Premier ministre, lui, est membre des Républicains, enfin, il a failli ne pas l'être hier, parce que l'exclusion a guetté, mais le quorum manquait à l'institution légitime pour expulser quelqu'un chez Les Républicains, il n'empêche que Nadine MORANO, avant le bureau politique des Républicains, a posé le problème d'une manière qui est tout de même intéressante concernant l'exclusion d'Edouard PHILIPPE de ce parti-là, on écoute Nadine MORANO. NADINE MORANO, HIER A PARIS On ne peut pas être le Premier ministre de la France, chef de la majorité et être membre du parti, du principal parti d'opposition, c'est juste pas possible, ça n'a pas de sens. JEAN-MICHEL APHATIE C'est du bon sens. NICOLE BELLOUBET C'est l'ancien monde. JEAN-MICHEL APHATIE Ah, ça, c'est l'ancien monde ! Ah, voilà, voilà ! NICOLE BELLOUBET C'est l'ancien monde. JEAN-MICHEL APHATIE Vous, vous êtes vraiment le nouveau monde, et eux, c'est l'ancien monde. Pourquoi c'est l'ancien monde ? NICOLE BELLOUBET Non, si vous voulez, moi, je ne vois pas pourquoi il faudrait ranger les gens dans des cases, je ne vois pas pourquoi Edouard PHILIPPE, qui est un formidable Premier ministre, devrait appartenir à tel ou tel, il fait ses choix, il est libre, et je trouve que ce sera très bien ainsi. JEAN-MICHEL APHATIE En même temps, Les Républicains, ce sont vos opposants. NICOLE BELLOUBET Ah, mais, moi, je respecte parfaitement Les Républicains en tant que force d'opposition, il n'y a pas de doute sur bien des points, mais il y a des points sur lesquels ils sont d'accord avec nous… JEAN-MICHEL APHATIE Comment comprendre que le Premier ministre est membre d'un parti qui s'oppose à lui, on ne voit pas ça partout, vous savez. NICOLE BELLOUBET Eh bien, justement. JEAN-MICHEL APHATIE D'accord, vous pensez que c'est un modèle qui est reproductible ailleurs ? NICOLE BELLOUBET Je pense que c'est un modèle qui mérite d'être tenté. JEROME CADET Nicole BELLOUBET, ministre de la Justice, notre invitée ce matin sur France Info, on va parler du problème du harcèlement, juste après l'info. JEAN-MICHEL APHATIE Les femmes prennent largement la parole depuis quelques semaines pour dénoncer le harcèlement dont elles sont victimes de la part de certains hommes, et parmi les révélations étonnantes je voudrais que nous écoutions ensemble Marine TONDELIER, elle est aujourd'hui élue écologiste à Hénin-Beaumont dans le Nord, mais elle a été aussi jusqu'à récemment assistante parlementaire et elle a raconté ceci. MARINE TONDELIER, EX-ASSISTANTE PARLEMENTAIRE (LE 22 OCTOBRE SUR FRANCE 2) Il y a des noms de parlementaires qui circulaient entre collaboratrices parce qu'on savait qu'il ne fallait pas prendre l'ascenseur avec eux. JOURNALISTE Parce qu'il se passait quoi ? MARINE TONDELIER Parce qu'il y avait un risque qu'ils vous collent une main aux fesses, il y avait des histoires, et donc il y avait une blacklist des mecs avec qui il ne fallait pas trop prendre de risques. JEAN-MICHEL APHATIE Une liste à l'Assemblée nationale, puisqu'elle a été assistante à l'Assemblée nationale durant la dernière législature, ça vous étonne ? NICOLE BELLOUBET Je crois qu'il y a des difficultés de cette nature-là dans tous les milieux. Il me semble qu'un élu doit avoir encore plus chevillé au corps des exigences éthiques et d'exemplarité. JEAN-MICHEL APHATIE Et le déontologue de l'Assemblée nationale, je crois… NICOLE BELLOUBET C'est une femme. JEAN-MICHEL APHATIE C'est une femme, mène une action pour que, aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, sans doute des choses soient dites, qui ne le sont pas, des choses qui sont encore tenues secrètes, des attitudes qui ne sont pas normales. Vous participez à ce genre de dévoilement, vous pourriez encourager les personnes à donner des noms, parce que raconter des histoires ne suffit visiblement pas pour que les choses cessent, tout le temps. NICOLE BELLOUBET Ecoutez, moi ce qui m'intéresse c'est que les choses se traduisent de manière concrète. D'abord, je suis très attachée à ce que les femmes puissent parler, comme cela a été le cas depuis le #balancetonporc et puis je trouve que ce sont des révélateurs extrêmement puissants, mais indépendamment de cela, je pense qu'il faut que les femmes, ou les hommes d'ailleurs, puissent parler. Mais, ce qui est important, au-delà de l'expression publique, qui est une manière, je crois, une forme de catharsis collective qui est importante, c'est un moment, c'est un moment extrêmement puissant, je crois que ce qu'il faut c'est essayer de traduire ces paroles en acte, lorsque cela est encore possible, autrement dit éventuellement de porter plainte s'il y a matière à le faire et moi je continue à encourager les femmes à traduire cela en acte. JEROME CADET Même si selon les chiffres de votre ministère, Nicole BELLOUBET, sur 1000 plaintes déposées pour harcèlement sexuel, 93 % sont classées sans suite. Est-ce qu'il faut continuer à déposer plainte, est-ce que la justice peut aider ces femmes ou bien est-ce que ça se joue ailleurs, en entreprise, en dehors des prétoires ? NICOLE BELLOUBET Alors, honnêtement, je pense qu'il y a une question, je dirais en amont de la plainte, qui est une question sociétale, d'éducation, de prévention, de parole libérée, de respect des individus les uns envers les autres, ça c'est absolument évident. Je crois également que lorsque des femmes ont subi ce type de harcèlement, d'agression, ou de viol, puisque les trois infractions existent, sont graduées, je crois qu'il faut qu'elles disent et qu'elles portent plainte le plus tôt possible, parce que les chiffres que vous énoncez, dont je ne suis pas tout à fait certaine qu'ils soient exacts, ce n'est pas une critique, je n'ai pas exactement les mêmes chiffres, mais peu importe, il y a une différence entre les gens qui effectivement portent plainte et puis une condamnation qui arrivera éventuellement après. JEAN-MICHEL APHATIE Mais vous pouvez comprendre… NICOLE BELLOUBET Juste, je termine. Il me semble que plus tôt les femmes portent plainte, plus tôt l'infraction pourra être constituée, plus tôt les preuves pourront être réunies, plus tôt l'enquête pourra progresser et un jugement pourra intervenir. JEROME CADET Donc la justice peut quelque chose pour ces femmes ? NICOLE BELLOUBET Je pense que la justice peut quelque chose, j'en suis certaine. JEAN-MICHEL APHATIE Mais l'importance du classement sans suite semble montrer que très peu d'actions aboutissent. NICOLE BELLOUBET C'est ce que je viens de vous dire Monsieur APHATIE. JEAN-MICHEL APHATIE C'est parce que c'est déposé trop tard ? NICOLE BELLOUBET Non, ce n'est pas la seule raison, je dis simplement que parfois des femmes qui subissent, ou des faits de harcèlement, ou d'agression, ne connaissent pas l'auteur, et donc ce sont des plaintes contre X, qui sont extrêmement difficiles à traiter, vous en conviendrez, donc là on revient à ce que vous disiez, c'est-à-dire plutôt un travail en amont. Je pense aussi qu'il y a une question d'écoute, il me semble que nous devons mieux former… JEAN-MICHEL APHATIE La police, qui n'écoute pas assez ? NICOLE BELLOUBET Aussi bien… ce n'est pas, pas assez, pas bien, ce n'est pas tout à fait pareil, et je pense que là-dessus il y a un travail extrêmement important de formation, mais je le dis, il faut des preuves, et ces preuves-là, plus tôt on les a, plus tôt la plainte est déposée, plus tôt nous pouvons les avoir. JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez émis des réserves, me semble-t-il, sur l'emploi du verbe Balancetonporc, le verbe ne vous plaisait pas, balance. NICOLE BELLOUBET Non, si vous voulez, ce que j'ai dit c'est que la formulation de balancetonporc, elle est très choquante, et elle est volontairement choquante. JEAN-MICHEL APHATIE Volontairement oui, mais vous avez dit que balance vous n'aimiez pas. NICOLE BELLOUBET Le mot balance a un côté dénonciation… JEAN-MICHEL APHATIE Je vous ai entendue le dire. NICOLE BELLOUBET Le mot balance a un côté dénonciation, c'est la raison pour laquelle moi je dis, il faut, si c'est encore possible, porter plainte. JEAN-MICHEL APHATIE Connaissez-vous aujourd'hui, Nicole BELLOUBET, des harceleurs qui sont impunis ? NICOLE BELLOUBET Non, pas personnellement. JEAN-MICHEL APHATIE Et vous en connaissiez, vous les dénonceriez ? NICOLE BELLOUBET Ecoutez, je crois que si nous nous situions dans l'exigence juridique avec des preuves, avec la possibilité d'aller plus loin, il n'y a pas de raison de ne pas le faire, à condition qu'il y ait des preuves. JEAN-MICHEL APHATIE Une loi ? NICOLE BELLOUBET Non, je pense qu'il faut absolument nommer, quand on a la capacité de prouver ce que l'on nomme. JEAN-MICHEL APHATIE Une loi sera bientôt prise contre le harcèlement de rue, c'est la secrétaire d'Etat Marlène SCHIAPPA qui l'annonce, vous serez associée à l'écriture de cette loi Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Par définition, parce que ce que Marlène SCHIAPPA a mis en place, a proposé, devra trouver une traduction législative qui se fera au ministère de la Justice. Nous réfléchissons, non seulement à la question, peut-être plutôt de l'outrage sexiste d'ailleurs, que du harcèlement de rue, le terme semblerait plus approprié, autour d'une verbalisation d'outrage sexiste, il faut que nous mesurions la possibilité de mettre ça réellement en place, mais cela ira plus loin, c'est un texte qui portera également sur la prescription du crime de viol et qui portera sur d'autres points également et notamment une présomption de non-consentement… JEAN-MICHEL APHATIE Printemps 2018 ? NICOLE BELLOUBET Oui, sans doute. JEROME CADET Merci à vous Nicole BELLOUBET, ministre de la Justice, d'avoir répondu ce matin aux questions de France Info. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/575.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/575.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..443829ded8b18072e9029c7ad3c370026e7b0b02 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/575.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet, M. Fabrice Rigoulet-Roze Monsieur le Préfet délégué pour la Sécurité et la Défense de la Zone Sud-Ouest, M. Cyrille Maillet Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Maire, M. Jean-François Fountaine Monsieur le Directeur Central de la Sécurité Publique, Monsieur le Directeur Départemental de la Sécurité Publique, Monsieur le Général Commandant la formation administrative de Poitou-Charentes, représentant le Directeur Général de la Gendarmerie Nationale Monsieur le Colonel, commandant le Groupement de Gendarmerie Départementale Monsieur le Président du Tribunal de Grande Instance, Madame la Procureure de la République, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs, C'est pour moi un réel plaisir d'être ici, à la Rochelle, pour inaugurer ce nouvel Hôtel de Police. Je tiens avant toute chose à saluer Monsieur le Maire, cher Jean-François Fountaine, Monsieur le Député, cher Olivier Falorni, ainsi que l'ensemble des élus qui contribuent à faire de cette ville un territoire toujours plus agréable à vivre. Je veux bien entendu vous saluer vous, fonctionnaires de police, qui exercez désormais dans ces lieux. Car si cette agglomération accueille une population toujours plus nombreuse, si elle attire toujours plus de touristes, c'est aussi parce que vous répondez présent pour garantir ce qui est pour moi la condition de toute action : la tranquillité publique. Mesdames et Messieurs, Cette cérémonie d'inauguration marque, j'en ai conscience, l'aboutissement d'un projet au long cours. Car ce nouvel Hôtel de Police était attendu depuis longtemps. Quinze ans, exactement ! Oui, quinze ans se sont écoulés depuis que l'idée d'un transfert des locaux de la place de Verdun a été évoquée pour la première fois officiellement. Quinze ans durant lesquels élus locaux, policiers, habitants, n'ont cessé de souligner la vétusté de l'ancien commissariat, son inadaptation aux exigences des missions d'une police moderne. Il fallut un rapport, celui du contrôleur général des lieux de privation de liberté, puis l'engagement pugnace de quelques élus et je salue ici Olivier Falorni, pour finalement faire bouger les lignes. Aujourd'hui, je crois que le résultat est à la hauteur des espérances, à la hauteur de cette trop longue attente. Ce nouveau commissariat central est d'abord une réussite sur le plan architectural. C'est vrai quand on regarde le bâtiment depuis l'extérieur : les lignes épurées, l'alliance des couleurs et des matériaux, dessinent un très bel édifice contemporain. C'est vrai aussi quand on visite l'intérieur, où les salles exiguës et sombres de la place de Verdun laissent place à de grands espaces baignés de lumière qui assurent à l'ensemble des agents un cadre de travail optimal. Je veux donc saluer le travail de l'agence Ameller Dubois & Associés ainsi que de l'architecte rochelaise, Karine Millet. Ils ont signé ici une réalisation remarquable. Les locaux sont ensuite extrêmement fonctionnels. Là où les cellules de garde à vue ne garantissaient pas une prise en charge optimale des prévenus, elles sont aujourd'hui aux meilleurs standards. Là où les différents services étaient répartis sur quatre sites, ils sont aujourd'hui regroupés. Je sais les équipes de ce commissariat d'ores et déjà extrêmement opérationnelles – et je pense notamment aux deux importantes saisies de drogue que vous avez effectuées ces derniers mois. Je suis convaincu que cette nouvelle disposition des bureaux vous permettra de gagner encore en efficacité, en fluidifiant toujours davantage les relations entre fonctionnaires, en accélérant ainsi le déroulement des enquêtes. Enfin, ce nouveau commissariat est doté des technologies les plus avancées. Je pense bien sûr au centre de commandement, dont nous avons pu percevoir en le visitant toute la modernité. Mais je pense aussi à ce centre de police technique et scientifique qui, doté d'une cuve cyanoacrylate, permettra une détection rapide d'empreintes digitales. Mesdames et Messieurs, Un bâtiment esthétique, fonctionnel et équipé en technologies de pointe : ce nouveau commissariat est au fond à l'image du mouvement de rénovation que nous voulons enclencher dans tous les commissariats de France. Je tiens beaucoup à ce grand plan de modernisation. Car il n'est pas acceptable qu'aujourd'hui - et j'ai ici une pensée pour votre collègue de Royan, Sébastien Paris, blessé l'année dernière dans l'incendie d'un véhicule de police à Viry-Châtillon des fonctionnaires risquant leur vie pour protéger les Français, travaillent dans des immeubles vétustes. Non je n'accepte pas que les conditions de travail de vos collègues soient, dans certains endroits, plus difficiles encore que celles auxquelles vous étiez confrontés place de Verdun. Voilà pourquoi, dès cette année, une enveloppe de 195 millions d'euros, en augmentation de plus de 5% par rapport à 2017, sera destinée à des travaux immobiliers. Voilà aussi pourquoi les années suivantes, ce financement sera pérennisé, afin d'atteindre un niveau inédit sur la durée du quinquennat. Je crois que nous vous devons cet effort, à vous et à l'ensemble de nos forces de sécurité. Je veux maintenant évoquer devant vous la deuxième thématique qui nous réunit aujourd'hui : celle de la Police de Sécurité du Quotidien. Car si, quand je rencontre des policiers sur le terrain, ils évoquent cette question immobilière, ils m'interpellent vous m'interpellez - aussi sur bien d'autres sujets. Ils me disent - vous me dites - combien vous vous sentez freinés dans vos missions par des procédures trop pointilleuses, des cadres d'action trop rigides. Ils me confient vous me confiez que vous vous sentez toujours plus contraints par des tâches administratives vous immobilisant dans vos bureaux quand vous vous êtes engagés pour être sur le terrain, au plus près de nos concitoyens. Mesdames et Messieurs, Je suis croyez-moi - pleinement conscient de ces préoccupations et de ces inquiétudes. Et je le suis d'autant plus qu'elles sont pleinement partagées par les Français. Eux aussi pensent que les policiers et gendarmes n'ont pas suffisamment de latitude d'action. Eux aussi ont le sentiment que les policiers et gendarmes ne sont pas assez présents sur le terrain pour dissuader les délinquants, pour protéger les publics les plus fragiles. Je sais combien un certain nombre de femmes qui quittent tard leur travail appréhendent de rentrer seules. Je sais que des personnes âgées hésitent à sortir de chez elles par crainte de se faire agresser. On ne vit pas bien dans une société où il y a de telles inquiétudes. C'est la conscience aiguë de cette situation qui a conduit le Président de la République à formuler la proposition de créer une Police de Sécurité du Quotidien. Non pas avec l'objectif de faire émerger une nouvelle force, ou de réactiver des solutions dont on a vu les limites par le passé. Mais pour développer toutes les initiatives qui pourraient faciliter l'exercice des missions des forces de l'ordre, accroître leur efficacité, et finalement répondre au légitime désir de sécurité exprimé par les Français. Cette Police de Sécurité du Quotidien, nous voulons la construire avec vous, policiers, avec vos collègues gendarmes sur le terrain. Et si j'ai fait le choix de lancer officiellement la grande concertation sur ce sujet ici, à la Rochelle, c'est bien parce que nous pensons que c'est en partant de la base qu'il faut mettre en place cette nouvelle politique. Nous aurions pu en effet nous réunir place Beauvau, avec tous vos cadres, vos représentants syndicaux, avec des parlementaires, avec des associations d'élus locaux, avec des experts. Et ces acteurs seront bien entendus associés à nos réflexions. Mais nous avons une ambition plus grande. L'ambition de susciter parmi les 250 000 personnels des forces de sécurité du pays, parmi les élus, parmi la population, une réflexion large, une puissante mobilisation pour définir les contours de la police de demain. J'ai ainsi fait partir ce samedi une lettre aux préfets pour leur demander de décliner cette consultation dans chaque département sous quinze jours. Un questionnaire sera également envoyé à chaque policier, chaque gendarme du pays. Mais je tenais dès aujourd'hui à détailler devant vous quelques-uns des grands axes autour desquels s'articulera cette concertation. En soulignant d'abord que la Police de Sécurité du Quotidien devra être une police sur-mesure. Vous le savez bien ici en Charente-Maritime : les enjeux ne sont pas les mêmes selon que l'on se trouve dans une ville comme la Rochelle, marquée par le tourisme et les congrès, ou dans une commune plus rurale du département. C'est pourquoi, d'ores et déjà, les forces de sécurité s'adaptent. À la Rochelle, vous avez par exemple développé la présence de personnels de police la nuit, parce que vous savez que 30% des délits sont commis entre 23h et 6h. Vous avez mis en place des équipes spécialisées géographiquement parce que, dans certains quartiers de politique de la ville, une connaissance fine des rues, des immeubles est nécessaire pour être efficace. Cet après-midi, j'irai voir à Nieul-sur-Mer vos collègues gendarmes, qui ont mis en place, dans cette zone périurbaine, une brigade de contact permettant d'entretenir le lien avec la population. Ce sera une autre façon de faire, correspondant à une réalité différente. Eh bien c'est précisément ce type de mesures que la Police de Sécurité du Quotidien doit permettre de développer. Y compris par la déconcentration de certaines décisions ! Et avec une associatio plus étroite des Maires ! Nous ne devons pas craindre d'être ambitieux. La Police de Sécurité du Quotidien devra ensuite être mieux équipée. J'évoquais à l'instant la question immobilière. Mais nous devons bien sûr prendre en compte ce qui permet aux forces de sécurité d'exécuter leurs missions et nous veillerons donc à renouveler véhicules, armements, équipements de protection. Je sais par exemple que dans ce commissariat, l'ensemble des dotations allouées l'année dernière vous a permis d'acheter trois véhicules nouveaux, des casques pare-balles, des pistolets mitrailleurs. J'ai conscience aussi qu'il faut aller bien plus loin. C'est pourquoi, dès l'année prochaine, le budget dédié aux équipements dans la police nationale sera augmenté à 150 millions d'euros, contre une moyenne de 100 millions d'euros les années précédentes. Il s'agit là d'un effort significatif. Mais pour le rendre pleinement utile, nous avons là encore besoin de vous. Pour faire remonter les nécessités qui se font jour. Pour valoriser la spécificité de certaines missions, tenir compte des situations dans lesquelles vous agissez et qui parfois nécessitent des équipements particuliers. La Police de Sécurité du Quotidien sera également c'est le troisième axe de cette consultation, plus connectée. Je crois beaucoup au virage numérique auquel s'est engagé le Président Emmanuel Macron. Car bien des difficultés qui se posent aujourd'hui peuvent être résolues grâce au digital. Les appels radios incessants vers vos commissariats pour consulter des fichiers alors que vous êtes sur le terrain ? Ils seront supprimés par la consultation directe de ces fichiers sur les tablettes NEO lors d'une interpellation. Les contrôles d'identité multiples créant un sentiment de défiance envers policiers et gendarmes ? Ils seront limités par la consultation sur ces mêmes tablettes de l'historique de ces contrôles. Les soupçons sur de supposées tensions entre forces de police et population ? Ils pourront être levés grâce à l'équipement en caméra-piétons. Oui, la transition numérique, ce sera du temps gagné, une efficacité accrue et un lien de confiance rétabli. C'est pourquoi d'ici 2019, 115 000 tablettes NEO seront déployées pour la police et la gendarmerie. Quatrièmement, la Police de Sécurité du Quotidien sera plus partenariale. Vous le savez bien, la tranquillité publique est de plus en plus une production collective. C'est par exemple en décelant un changement de comportement d'un jeune suivi par les services sociaux que l'on peut détecter un processus de radicalisation. C'est en recueillant le témoignage d'associations, d'élus locaux, de commerçants sur l'ambiance d'un quartier, que l'on peut repérer l'émergence de trafics. C'est en s'appuyant sur un réseau de voisinage organisé et je pense ici au dispositif Voisins Vigilants, que l'on peut lutter efficacement contre les cambriolages. C'est en mobilisant l'expertise d'un Maire, que l'on peut prendre les bonnes décisions stratégiques dans la sécurisation ; c'est en travaillant sur les espaces urbains, en s'appuyant sur les réseaux de vidéoprotection municipaux, que l'on peut proposer des solutions complètes de sécurité. Notre volonté est donc de développer partout de la transversalité, de l'horizontalité, des habitudes de travail en commun. Là encore, je tiens à saluer le travail exemplaire mené ici, à la Rochelle, sous l'impulsion notamment de Monsieur le Maire. Les actions que vous développez sont multiples et je ne saurais toutes les énumérer. Mais je veux souligner le nouveau dispositif de sécurisation du Vieux Port, que nous allons découvrir tout à l'heure. Je veux souligner la coopération étroite entre police nationale et police municipale, avec la mise en place d'un système d'interopérabilité radio, de formations communes, et bien sûr l'existence de 5 contrats locaux de sécurité. Enfin, la Police de Sécurité du Quotidien sera une police plus efficace parce que nous la recentrerons sur ses missions. Je l'évoquais, il est parfois difficile d'être policier aujourd'hui. Il y a bien sûr le risque inhérent à vos fonctions. Mais il y a surtout le découragement que l'on peut ressentir quand on arrête un délinquant qui se trouve relâché quelques heures plus tard, quand on effectue une tâche répétitive alors qu'on a été formé pour enquêter. C'est pour cela que nous sommes en train d'engager une réflexion sur le continuum de sécurité, avec la volonté de mettre fin aux tâches indues. C'est pour cela aussi que je m'engage si fortement, avec ma collègue Garde des Sceaux à procéder à une réforme en profondeur de la procédure pénale. Notre volonté est ainsi de forfaitiser certaines infractions. Car comment justifier qu'aujourd'hui les policiers passent par exemple 1.2 million d'heures sur des affaires de consommation de cannabis, sans aucun effet dissuasif à la clé ? Nous voulons aussi simplifier les cadres d'enquête, numériser un certain nombre de procédures, alléger le formalisme, bref libérer les policiers des tâches administratives pour qu'ils soient à nouveau plus présents sur le terrain, au contact de la population. C'est là une demande des policiers. Mais c'est aussi celle de nos magistrats, qui eux aussi se sentent entravés dans leurs enquêtes. Sur-mesure, équipée, connectée, partenariale et plus efficace : voilà donc la Police de Sécurité du Quotidien que nous voulons imaginer, la police dont nous voulons doter les Français demain. J'ai volontairement évoqué ces questions sans aborder la problématique des effectifs, car je voulais insister sur le fait que le défi qui est devant nous n'est pas seulement quantitatif, mais surtout qualitatif. Je tiens toutefois à conclure en vous confirmant que cette Police de Sécurité du Quotidien se mettra progressivement en place dans un contexte de renforcement des effectifs des deux forces. Vous le savez, 10 000 postes de policiers et gendarmes seront créés durant le quinquennat. Parmi ces 10 000, 1 850 le seront dès 2018. Et cela concernera bien sûr la Rochelle puisque d'ores et déjà 20 effectifs ont rejoint cette circonscription à la suite des mouvements de septembre. Voilà, Mesdames et Messieurs, c'est à partir de la Rochelle, de ce bel hôtel de police que nous lançons ce grand projet de Police de Sécurité du Quotidien. Nous allons, autour de la réflexion qui lui permettra de voir le jour à partir du premier trimestre 2018, mobiliser des dizaines de milliers d'acteurs. C'est un projet bien sûr pour la sécurité, car il vise à lutter contre tous les crimes, tous les délits, toutes les incivilités. Mais c'est plus globalement un projet de société. Car si nous ne faisions rien, si nous laissions prospérer la violence, alors, sur le terreau de l'insécurité, les divisions grandiraient, le repli identitaire gagnerait. La Police de Sécurité du Quotidien a donc une vocation profonde. Car son véritable but est de construire dans notre pays une société réconciliée, une société rassemblée, une société apaisée. Vive la République ! Vive la France ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/576.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/576.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9150150f5007d2ccad3cfea1b8ff5b6dfbfc4798 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/576.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président de la Cour européenne des Droits de l'Homme, Monsieur le Secrétaire général du Conseil de l'Europe, Mesdames et Messieurs les juges près la CEDH, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Madame la Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Madame la Ministre auprès du Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, chargée des Affaires Européennes, Monsieur le Président du Conseil Constitutionnel, Monsieur le Premier Président de la Cour de Cassation, Monsieur le Procureur Général près la Cour de Cassation, Monsieur le Président de la section du Contentieux du Conseil d'Etat, Monsieur le Préfet de la Région Grand Est, Monsieur le Président du Conseil régional, Monsieur le Président du Conseil départemental, Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs du Bas-Rhin, Monsieur le Premier Adjoint au maire de Strasbourg, Mesdames et Messieurs, La Cour européenne des Droits de l'Homme est une réalisation unique qui honore l'Europe au moins à deux titres. D'abord parce qu'elle s'est édifiée sur les ruines de la Seconde guerre mondiale, vous venez de le rappeler, pour offrir comme réponse à la barbarie des principes partagés d'humanité et de respect. Ensuite parce qu'au fil des années, elle a fait des Droits de l'Homme le bien commun de toute l'Europe, pour ainsi dire sa marque de fabrique, avant même toute préfiguration d'une communauté européenne. Elle prévaut ainsi dans un cercle de pays bien plus large que l'actuelle Union européenne, faisant de la convention qui la sous-tend, de son droit, de ses arrêts, le ciment d'un ensemble unique de nations. Ce qui rend votre fonction unique, Mesdames et Messieurs les juges, c'est que vous travaillez avec passion au service de 820 millions d'Européens appartenant aux nations ayant ratifié la Convention européenne des Droits de l'Homme. L'attachement de la France aux principes que prône cette Convention est ancien. La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 en est, bien entendu, le point d'ancrage principal. Mais ses racines puisent encore plus loin, dans le terreau de l'humanisme de la Renaissance, dans l'héritage antique, dans la conception de l'être humain que la France s'est forgée au fil des siècles, et avec elle de la liberté, de l'émancipation, de l'éducation. Les Droits de l'Homme énoncés lors de la Révolution française, puis plusieurs fois réaffirmés, réinterprétés par les grands penseurs et les grands hommes d'État de notre pays sont indissociables de cette identité profonde qui commence bien avant. Il n'est pas indifférent que la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme ait été faite à Paris en 1948 ; et il n'est pas anodin qu'une ville française, Strasbourg, soit aujourd'hui votre port d'attache. Soyez assurés que pour nous, Français, cela revêt un sens très fort. Je l'ai dit, cette Europe dépasse de très loin les frontières de l'Union Européenne. C'est une Europe au sens le plus historique du terme, de l'Atlantique à l'Oural, une Europe qui va jusqu'à ses marches anciennes, comme la Turquie. Les frontières de cette Europe-là ne sont pas celles d'une entité juridique ni même politique. Ce sont celles d'une civilisation. Les 47 États-membres ont reconnu un enracinement commun dans ces principes que porte la Cour. Ils ont admis qu'une part de leur droit, de leurs croyances et de leurs principes se trouve là. Et la défense des Droits de l'Homme appartient à l'Histoire et au patrimoine des Européens. Nous ne les défendons pas seulement pour les citoyens d'aujourd'hui ! Nous les défendons parce que nous le devons aux citoyens d'hier, qui ont lutté pour ces Droits de l'Homme et aux citoyens de demain qui devront pouvoir en bénéficier. Les évolutions politiques et géopolitiques brouillent souvent cette unité. La mondialisation multipolaire ne va pas parfois sans une certaine tentation de remise en cause. Et pourtant, par-delà les circonstances, par-delà les régimes politiques et gouvernementaux, l'appartenance à cette communauté à 47 demeure. L'ancrage dans un socle partagé perdure ; je m'en réjouis, et nous devons sans cesse opposer cette réalité factuelle, historique, à tous ceux qui, dans notre mondialisation, ne voient qu'un processus planétaire de dilution des repères. La Cour Européenne des Droits de l'Homme est et demeure un repère majeur pour les Européens. Cette situation ne doit pas masquer les nombreux défis qui restent à relever. Le premier que je soulèverai, en me tenant au point de vue de la France, est celui de la relation entre la souveraineté juridique des États et celle de la Cour. Le deuxième défi est celui des menaces croissantes auxquelles notre époque nous confronte et qui nous obligent à inventer des équilibres légaux et politiques pour que soit garanti le respect des Droits de l'Homme. Le troisième défi, c'est celui d'un monde qui nous bouscule. C'est l'émergence de certaines remises en cause, de phénomènes contemporains aussi, notamment scientifiques, dont nous n'avons pas pris toute la mesure, mais qui demain viendront percuter notre ordre juridique, car c'est aujourd'hui qu'il faut les appréhender. Le projet des libertés est pour nous autres, Français, une question tenant à notre honneur, mais aussi à notre être même. Le Général de GAULLE l'avait exprimé en 1941, en disant qu'« il existe un pacte 20 fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde ». Je le crois aussi, et cela nous confère des devoirs particuliers. L'attachement de la France à la Convention Européenne des Droits de l'Homme et à la Cour qui en fait prévaloir les règles est, je l'ai dit, profond. Je ne peux pas ne pas évoquer ici, comme vous l'avez fait, René CASSIN, qui, après avoir imprimé sa marque à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, dont nous célèbrerons l'an prochain le 70ème anniversaire, eut la prescience de ce que les Droits ainsi proclamés ne pourraient être garantis et donc effectifs sans un mécanisme de recours subordonnant les États à la primauté des droits de l'individu et que l'échelon pertinent d'un tel mécanisme était l'échelon européen. C'est encore un Français, deuxième juge après René CASSIN, qui réussit à imposer, lors de la négociation de la Convention, l'idée d'une juridiction chargée d'assurer le respect par les États de celle-ci, et de rendre des arrêts obligatoires. Contribuant à la paternité de ces dispositifs, la France se crut sans doute, un moment, dispensée de ratifier elle-même la Convention. Elle ne le fit qu'en 1974. Et ce n'est qu'en 1981, sous l'impulsion de Robert BADINTER, qu'elle souscrivit au droit au recours individuel. La France, ce faisant, a certainement sous-estimé, selon la formule de René CASSIN, « le prix à payer pour donner l'exemple ». C'est désormais chose faite. Encore faut-il que cet exemple soit concret. C'est pourquoi je me félicite que le contentieux concernant la France soit, comme vous avez eu la gentillesse de le rappeler, en diminution. Notre pays ne connaît plus, à l'heure actuelle, de contentieux de masse lié à des défaillances structurelles de sa législation. Par ailleurs, la bonne exécution des arrêts de la Cour est essentielle à la défense de son autorité. A cet égard, la France rappelle de façon constante son attachement à la force obligatoire des arrêts de la Cour Européenne des Droits de l'Homme dans le cadre du suivi assuré par le Comité des ministres. Elle participe activement aux réflexions relatives à l'amélioration du processus d'exécution, comme elle l'a fait dans le cadre des négociations de la Déclaration de Bruxelles. La Cour a également eu un rôle majeur en France en matière de procédure pénale en invitant l'État français, par ses décisions, à renforcer les garanties des citoyens. C'est grâce à elle que la personne gardée à vue bénéficie de l'assistance d'un avocat lors des auditions, qu'elle se voit notifier son droit de garder le silence. C'est aussi la Cour qui a permis l'amélioration du régime juridique des interceptions téléphoniques et qui a permis la création d'un régime juridique spécifique aux personnes interpellées en mer, à l'occasion de la loi du 3 juin 2016. Bien évidemment, ces évolutions ne vont pas toujours de soi, et la France est parfois confrontée à des difficultés pour exécuter certains arrêts particulièrement complexes. Je tiens cependant à réaffirmer l'importance pour la France de l'obligation d'exécution inconditionnelle des arrêts de la Cour. J'indique d'ailleurs qu'en 2000, la France a instauré un recours interne permettant à une personne ayant obtenu un jugement de condamnation de la CEDH, en matière de droit pénal, de demander le réexamen de l'affaire devant les juridictions nationales. Très récemment, en 2016, elle a étendu cette possibilité aux jugements civils. La France se veut exemplaire parce que c'est ainsi que l'on donne force et efficacité à une institution internationale comme la Cour Européenne des Droits de l'Homme. Rien ne serait plus facile que de pratiquer l'évitement, la demi-mesure. Certains nous y invitent parfois. Mais à terme, cela aurait pour effet de fissurer l'autorité de la Cour, de la compromettre et de la ruiner, et ce serait irresponsable. Je vois bien ceux qui voudraient nous entraîner sur ce chemin, qui aimeraient que nous jouions avec cynisme la stratégie consistant à avoir un pied dedans et un pied dehors. Pendant la campagne électorale française, des voix se sont élevées pour demander que la France ne donne pas force obligatoire aux arrêts de la Cour, qu'elle aille même plus loin, parfois. Est-ce là pour autant une perte de souveraineté ? Je ne le crois pas. C'est le respect intangible des principes qui sont les nôtres et de conventions que nous avons souverainement consenties à signer et à ratifier. Car le droit lui aussi a ses souverainistes, prompts à appeler à la défense des valeurs européennes mais qui estiment que chacun en sera meilleur exégète à l'abri de ses frontières. Je défends pour ma part une justice européenne, conçue comme un espace de dialogue et de complémentarité. Dialogue entre les juges européens, que je souhaite soutenu entre les Cours de Strasbourg et de Luxembourg en attendant l'adhésion de l'Union européenne à la Convention Européenne des Droits de l'Homme. Dialogue aussi entre le juge européen et le juge national. Ce qui fait la force du système de la Convention, c'est d'offrir un contrôle extérieur, donc un surcroît d'impartialité et d'objectivité sur les litiges. Votre regard, Mesdames et Messieurs les Juges, est un regard différent, complémentaire de celui du juge interne, capable d'identifier les lacunes, les erreurs que le juge interne peut parfois, comme chacun, laisser passer. Mais allons au-delà. Que plaçons-nous au centre du travail de nos juges nationaux ? Les Droits de l'Homme ! Ainsi, ce qui fait la force du système de la Convention, c'est aussi que les juges nationaux sont les premiers juges de la Convention Européenne des Droits de l'Homme. Nous n'avons donc pas remis entre les mains de la Cour notre souveraineté juridique ! Nous avons donné aux Européens une garantie supplémentaire que les Droits de l'Homme sont préservés. C'est une formidable protection collective, car nous protégeons ainsi ensemble, la population des pays membres des tentations illibérales, mais aussi de ces cas où la politique défend des intérêts dépassés ou des pratiques contraires à ces droits. Cette réalité prend racine dans l'expérience traumatisante des Européens. Dans ce sentiment que la démocratie est un bien fragile qu'il faut entourer de soins et de garde-fous, ce fut cela, l'expérience des hommes de la génération de la guerre, et singulièrement de René CASSIN et de ceux qui oeuvrèrent avec lui. Soixante-dix ans plus tard, qui oserait leur donner tort ? Qui dirait sérieusement que le pire est derrière nous et que nous pouvons amoindrir la force que nous donnons aux principes universels qui nous unissent ? Qui pourrait penser que ces risques de démocratie illibérale, de repli, de remise en cause subreptice ou assumée de nos valeurs et nos principes sont désormais loin de nous ? La vérité est que la CEDH fut une oeuvre de visionnaire et que cette vision encore aujourd'hui nous protège, protège nos concitoyens et que nous devons y rester fidèles. C'est votre jurisprudence qui est directement à l'origine de la dépénalisation de l'homosexualité en Irlande, de l'abolition des châtiments corporels dans les écoles britanniques, de l'adoption par la France d'une législation qui encadre les écoutes téléphoniques, ou encore de l'admission des femmes dans l'armée allemande. Ces évolutions ne sont pas allées sans débats, sans contestations. Nous les regardons pourtant aujourd'hui comme des évidences, comme des éléments indiscutables de notre socle commun de droits fondamentaux partout où prévaut la Convention Européenne des Droits de l'Homme. Cet abandon de souveraineté que certains redoutent n'est en fait qu'une nostalgie absurde de pratiques que nos principes auraient dû empêcher et que nos habitudes ont trop longtemps préservées. D'ailleurs, un des principes fondamentaux du système de protection des Droits de l'Homme consacré par la Cour est bien celui de la subsidiarité, expressément visé par le Protocole numéro 15 que la France a ratifié et dont nous espérons la prochaine entrée en vigueur. Le rôle primordial des autorités nationales est ainsi réaffirmé de façon constante par la Cour ! La Cour n'a pas vocation à s'y substituer et à constituer un quatrième degré de juridiction ! La place primordiale des juges nationaux n'est aucunement remise en cause, et je tiens à souligner la qualité du dialogue qui existe entre la Cour et les juridictions nationales. La reconnaissance de la marge nationale d'appréciation est évidemment la clef de cette qualité de dialogue. La Cour la reconnaît aux États dans la mise en oeuvre des droits consacrés par la Convention, dont l'ampleur varie toutefois selon les libertés et droits protégés en cause. En respectant le rôle premier des autorités nationales de préserver et de garantir les droits et libertés protégés par la Convention, la Cour est parvenue à un équilibre, délicat, parfois remis en cause, et votre tâche est d'autant plus difficile qu'elle doit connaître, d'affaires issues de systèmes juridiques différents, avec des traditions et des sociétés culturellement diverses, avec des moments de tension qui peuvent parfois exister. Elle a pourtant su, en créant une jurisprudence à la fois souple et exigeante, respecter cette diversité sans trahir sa mission première de protection des Droits de l'Homme. C'est le respect indispensable des particularités et spécificités nationales qui a aussi permis d'asseoir votre pleine légitimité. C'est ainsi que la Cour, saisie de la loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public, a, après avoir rappelé l'ample marge d'appréciation dont bénéficie la France dans un tel domaine, reconnu la notion de « vivre ensemble », mise en avant par le gouvernement français, comme faisant partie d'un des buts légitimes au sens de l'article 9 de la Convention, et permettant en l'espèce la restriction de la liberté de manifestation de sa religion qu'est le port du voile intégral. La Cour a de même pris en compte la spécificité du concept français de laïcité, pour juger non attentatoire à la liberté de religion, la non reconduction du contrat d'une assistante sociale travaillant dans un hôpital public ayant refusé d'ôter son voile dans le cadre de ses fonctions. Je pourrais ainsi multiplier les exemples où la Cour s'est prononcée sur des sujets de société très délicats, où la perception des traditions entre nos différents États membres étaient profondément différents, et où ce faisant, elle a aidé les États concernés à parvenir à plus d'équité sans oublier leur histoire. La France, pour sa part, n'a pu que progresser à la lumière de ces arrêts. La présence aujourd'hui des représentants des juridictions suprêmes françaises et je les en remercie atteste que la France trouve dans cette interaction avec la CEDH une voie d'enrichissement et de progrès. Mais ce dialogue peut aller plus loin encore. J'en veux pour preuve la mise en place en 2015 du réseau d'échange d'information entre la Cour et les cours suprêmes nationales la Cour de Cassation, le Conseil d'État, le Conseil Constitutionnel qui compte aujourd'hui 62 juridictions et 34 États. Je tiens également à rendre hommage à la démarche de pédagogie des présidents de la CEDH qui viennent dialoguer avec les magistrats et les autorités des États afin d'expliquer son rôle et son domaine d'intervention. Ce dialogue ne manquera pas d'être renforcé lors de l'entrée en vigueur du Protocole n°16, qui instaure la possibilité, pour les plus hautes juridictions des États, d'adresser des demandes d'avis consultatifs à la Cour sur des questions de principe relatives à l'interprétation ou à l'application des droits et libertés définis par la Convention ou ses protocoles. Ce protocole parachèvera l'édifice juridique construit autour de la Convention des Droits de l'Homme et établira de manière plus ferme encore le dialogue entre les juridictions nationales et la Cour. Il permettra aussi de mieux organiser parfois ce débat, en permettant, de manière optionnelle, de solliciter cet avis, au lieu d'accumuler parfois nombre de cas. C'est pourquoi la France a engagé résolument le processus de ratification de ce protocole, avec le secret espoir d'être le 10ème État à ratifier, celui donc qui permettra à ce protocole d'entrer en vigueur. Car je suis convaincu qu'il renforcera considérablement le socle juridique européen en matière de Droits de l'Homme et amènera, en la matière, un progrès collectif. C'est un cercle vertueux qu'au fil des décennies, nous avons construit ensemble. Il nous protège et il protège nos concitoyens. Il crée, parmi les 47 membres, une forme d'harmonie juridique. Il fait de l'Europe un havre unique pour les Droits de l'Homme. Ce serait donc une erreur de ne pas parachever cette construction. Ce serait une erreur, parce que nombre de menaces aujourd'hui testent justement la solidité de l'édifice ; testent notre volonté de fermement le tenir, d'en assurer la durée. Et face aux défis actuels, il nous faut tenir encore plus ferme. Il nous faut tenir encore plus ferme. Il nous faut parfois aussi réinventer la grammaire de notre action collective. Le premier de ces défis, vous l'avez cité, Monsieur le Président, c'est le terrorisme. Nous luttons contre le terrorisme islamiste avec détermination. Mais nous demeurons dans le cadre de l'État de droit, et notamment sous le contrôle du juge. La sécurité est la première mission de l'État, qui doit protéger ses citoyens et assurer la sécurité de son territoire. Cette mission doit s'accomplir résolument dans le respect des droits et des libertés. Cette sécurité, c'est la condition pour que nos libertés puissent ensuite pleinement être respectées et trouver leur cadre. La Déclaration française des Droits de l'Homme garantit la sûreté, c'est-à-dire l'assurance, pour le citoyen, que le pouvoir de l'État ne s'exercera pas sur lui de façon arbitraire et excessive. Confondre la sûreté avec la passion sécuritaire serait faire fausse route. Et je le dis d'autant plus fortement que, ne nous y trompons pas, ce terrorisme vise autant le gouvernement ou l'État que la société européenne, ses moeurs. Nous sommes attaqués pour ce que nous sommes. La France depuis plusieurs années a été attaquée en son coeur. Et ces attaques n'ont pas simplement tué nos concitoyens. Elles ont cherché à attaquer le consensus moral qui est le nôtre, à nous tous, les Européens. Elles ont cherché à attaquer ce socle commun que nous avons construit et dont le fondement sont les Droits de l'Homme. Le terrorisme djihadiste veut nous amener à abandonner des principes qui sont une part essentielle de nous-mêmes. Il veut nous faire croire que ces principes sont notre talon d'Achille, alors qu'ils sont notre force irréductible. J'irai même plus loin : défendre les libertés n'est pas seulement un droit, c'est un devoir. Et elles doivent être défendues par l'État bien sûr, mais aussi par les citoyens. Ce qui est en jeu ? Eh bien, notre société de libertés, l'état de civilisation dans lequel nous vivons. Néanmoins, il faut le reconnaître, nous n'étions pas assez préparés au terrorisme djihadiste auquel nous sommes aujourd'hui confrontés. Les méthodes employées par nos assaillants, leurs comportements mêmes, l'idéologie mortifère conduisant à des actes jusqu'alors inédits, le caractère durable de cette menace nous ont conduits à profondément réorganiser notre droit. C'est pourquoi j'ai souhaité doter la France d'un dispositif adapté, pour renforcer la sécurité de nos concitoyens, mais aussi sortir de cet état d'exception qu'est l'état d'urgence. Je l'ai dit très tôt et je l'ai expliqué souvent, nous devions sortir de l'état d'urgence. L'état d'urgence a été utile, en particulier les premières semaines, les premiers mois qui ont suivi les attentats de 2015. Mais son utilité s'est réduite au fur et à mesure. L'état d'urgence n'est pas l'état d'exception. En aucun cas, il n'a été mis fin en France à l'Etat de droit ! Le contrôle du juge a été maintenu ; les juridictions de droit commun ont évidemment continué de fonctionner et aucune justice d'exception n'a été mise en branle. Le Conseil Constitutionnel a posé un cadre et des limites. La liberté de la presse n'a en aucun cas été entravée ; le Parlement a évalué de façon continue le dispositif. Mais l'état d'urgence, conçu pour faire face à une situation circonscrite dans le temps et activant des dispositifs généraux, ne pouvait pas être prolongé indéfiniment, alors même que la menace est durable et caractérisée. C'est ce terrorisme islamiste. Aussi aujourd'hui ce que je veux, c'est protéger la France d'une menace terroriste permanente par un dispositif de droit commun. A ceux qui pensent que seul, l'état d'urgence nous protégerait, je réponds qu'ils se trompent. Je sais que je ne les convaincrai pas et dès demain, les polémiques seront nombreuses en France sur ce sujet. Mais l'état d'urgence n'a pas évité malheureusement plusieurs attentats dans notre pays ! L'état d'urgence n'est plus efficace ! L'état d'urgence n'est plus proportionné et adapté. A ceux qui pensent que nous devrions sortir de l'état d'urgence sans autre changement, je leur dis qu'ils se trompent de la même manière. Car la menace est là et il nous fallait adapter, face à ce risque durable, nos règles, recréer un cadre, le consolider en l'évaluant. La France sortira donc de l'état d'urgence demain, 1er novembre. Elle le fait, dotée d'une nouvelle loi sur la Sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, qui complète le dispositif arrêté depuis quelques années. Notre défi est de protéger efficacement les Français contre une menace terroriste permanente et protéiforme dans le cadre du droit commun. Les mesures qu'elle prévoit, en nombre limité, sont ciblées, proportionnées, et exclusivement liées à la finalité de prévention et de lutte contre le terrorisme. Cette loi garantit un niveau très élevé de sécurité à nos concitoyens, tout en renforçant la protection des libertés, notamment par un contrôle accru du juge, et une intervention du juge des libertés et de la détention pour les visites domiciliaires. J'ai entendu vous avez certainement entendu les critiques qui ont parfois été formulées contre le projet de loi. Le commissaire aux Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe lui-même a formulé des craintes et des doutes, également exprimés par des organisations non gouvernementales en France. D'autres critiques ont été exprimées, soutenant exactement le contraire, et l'irresponsabilité du gouvernement. Ces critiques diamétralement opposées pourraient indiquer une forme d'équilibre ou de proportionnalité chère à la CEDH. Mais il me semble plutôt que le processus d'adoption de la loi montre combien nous avons progressé et combien la France est un État de droit. D'abord parce que le débat démocratique a eu lieu. Le texte, en amont, a été préparé par le gouvernement dans un débat entre les ministres, riche et éclairé par le Conseil d'État. La société civile s'est exprimée ; j'ai d'ailleurs moi-même reçu un grand nombre d'organisations non gouvernementales, certains avocats, et je leur ai demandé de formuler des amendements au texte. Ce qui n'était alors qu'un projet a pu être amélioré au fil du processus. Nous avons ainsi tenu à replacer le juge, administratif et judiciaire, et à en renforcer la place. Le débat s'est poursuivi au Parlement ; la représentation nationale a encore amélioré le texte et l'a adopté à une très large majorité, bien au-delà du groupe qui soutient le gouvernement. Surtout, les parlementaires ont encore enrichi les sécurités, les équilibres de ce texte et mis en place un principe que je considère comme particulièrement sain en ces matières : celui d'un rendez-vous, d'une évaluation fixée au bout de trois ans pour établir le bilan des dispositions. Si certaines mesures s'avéraient inutiles ou inadaptées, elles seront supprimées. En revanche, si des changements technologiques ou de stratégie des terroristes l'exigent, la loi sera complétée. Plutôt que de courir après chaque événement, chaque changement, en prenant un texte après l'autre, nous avons construit là un cadre qui a vocation à durer, mais à être regardé à l'aune des faits, dans le cadre de l'équilibre trouvé. C'est pourquoi je considère que ce texte de loi est à la fois efficace, respectueux et protecteur. Il permet à la France de s'inscrire pleinement dans le droit commun de la Convention européenne, et ainsi de sortir du dispositif prévu par son article 15. Conscients que l'équilibre international est précaire, les pères fondateurs de la Convention avaient en effet prévu, pour en préserver l'application, une disposition permettant aux États confrontés à des circonstances exceptionnelles de guerre ou de danger public menaçant la vie de la Nation – d'aller au-delà des restrictions autorisées par la Convention de manière temporaire, et sous le contrôle de la Cour : c'est l'article 15 de la Convention ; cette clause dite « dérogatoire », souvent mal comprise. La France, à la suite des terribles attentats du 13 novembre 2015, a pris la décision, sur le fondement de l'article 15 de la Convention, d'informer le Secrétaire général du Conseil de l'Europe de la mise en place de l'état d'urgence, et depuis lors, le gouvernement a renouvelé cette information à chaque prorogation de l'état d'urgence. Comme je l'ai souligné, l'invocation par la France de cette clause n'a aucunement signifié que la France s'est désengagée de ses obligations internationales en matière des Droits de l'Homme ; bien au contraire. Nous avons maintenu notre action dans le cadre de nos engagements internationaux en la matière. Ainsi, les mesures prises ne le sont que lorsqu'elles sont absolument nécessaires, dans la stricte mesure où la situation l'exige, et elles ne peuvent en aucun cas porter atteinte aux droits les plus fondamentaux. Au-delà des textes, l'état d'esprit qui préside à l'application des lois est bien déterminant. J'ai eu l'occasion de m'exprimer récemment devant les services de sécurité pour leur rendre hommage, pour leur dire que garantir les libertés individuelles, même lorsque le niveau de la menace est extrême, est l'une de leurs missions et l'une des plus nobles. Et je le redis ici et c'est au coeur de la motivation qui est la nôtre de fermer cette parenthèse d'utilisation de l'article 15, de sortir en France de l'état d'urgence. C'est parce que je crois très profondément à l'équilibre ainsi trouvé. Nous devons protéger de manière déterminée nos concitoyens mais nous devons protéger de manière tout aussi déterminée les droits de l'homme et nos droits fondamentaux parce que c'est au coeur même du combat que nous livrons contre les terroristes islamistes. C'est cela même qu'ils souhaiteraient que nous abandonnions ou que nous mettions durablement entre parenthèses. Le défi qui est le nôtre est un peu celui qui était posé à CHURCHILL durant la guerre lorsque l'un de ses ministres, lui expliquant qu'il fallait payer les canons, lui demandait d'aller baisser le budget de la culture et CHURCHILL avait eu cette réponse en lui disant : « Mais alors, à quoi bon nous battre ? » Il en est un peu de même pour ce qui est de la défense de nos droits fondamentaux. À quoi bon nous battre si c'est pour décider de ne plus les appliquer puisque c'est précisément ce qu'ils cherchent. J'y insiste, le « projet des libertés » est un projet transcendant et d'ailleurs le seul qui vaille, le seul qui soit accordé aux fins spirituelles de l'homme si l'on croit à sa dignité intrinsèque. Durant la période de l'état d'urgence, plus de 10 événements ou manifestations par jour ont été organisés à Paris ; cette liberté de s'exprimer, de défiler, de contester a été préservée, la vigueur démocratique française a été préservée. Jamais la France n'a cédé sur ses principes, ses valeurs, elle n'y cédera pas, mais aujourd'hui, ici devant vous, elle confirme son plein engagement en sortant de l'état d'urgence et en construisant durablement le cadre de la sécurité et le plein respect des droits. Il est un autre phénomène qui interpelle nos règles et nos habitudes, c'est le défi des flux migratoires, ce qu'on appelle aujourd'hui la question des migrants. Je parle là de ces femmes, de ces hommes, de ces enfants que les bouleversements géopolitiques poussent jusqu'à nos frontières pour chercher chez nous, en Europe, la protection. J'ai exprimé sur ce sujet des convictions fortes qui sont les miennes sur le droit d'asile. Je n'accepterai aucun discours ni aucune pratique qui le remette en cause. Ceux qui demandent l'asile le font à cause des drames et des persécutions, mais surtout parce qu'ils recherchent la dignité de sujets de droit que leurs pays leur refusent. En conséquence, il est hors de question d'altérer notre propre système de droits. Il faut au contraire le renforcer, le rendre plus juste et plus efficace, plus efficace parce que plus juste et réciproquement. On ne sert pas la cause des réfugiés en refusant de discerner les mérites de chaque demande, en se refusant aux renvois car les réfugiés demandent essentiellement à bénéficier non seulement d'un abri matériel, mais d'un espace de droits forgé au cours de siècles au prix de grandes souffrances et de luttes, un espace qui a une histoire et un coût. C'est pourquoi je souhaite que la France accueille mieux les personnes en besoin manifeste de protection internationale et que leur dignité soit à tout prix préservée. J'ai conscience que ce n'est pas toujours le cas, que malgré les discours que j'ai tenus dès le mois de juillet, ce n'est pas encore partout le cas. Je traquerai chacun de ces excès, chacun de ces irrespects. Je sais que cela prendra aussi parfois du temps mais je le ferai dans cet esprit d'efficacité et de justice, d'humanité et de sévérité en vous disant les choses en vérité et de manière précise. Je veux que dans notre pays, partout, on accueille dignement celles et ceux qui demandent l'asile. Mais je veux qu'à la minute où on les accueille, un contrôle nécessaire commence qui est la condition même du bon exercice de nos lois et de notre droit. Aujourd'hui, nous prenons des semaines, parfois des mois, pour instruire administrativement une procédure avant que l'OFPRA ne commence son travail puis que les recours ne s'exercent, eux aussi trop longs : ce sont en moyenne 18 mois pour quelqu'un qui est entré sur notre territoire avant d'avoir parachevé toutes ces procédures. Nous le traitons mal lorsqu'il arrive. Trop souvent, nous le laissons sans gîte, à la rue, nous le faisons attendre, nous l'intégrons mal une fois l'asile reconnu ou les titres de séjour délivrés, mais nous contrôlons insuffisamment. Nos délais trop longs ont une conséquence, c'est que celui ou celle qui, à l'issue de cette procédure, n'a ni l'asile ni un titre de séjour n'est que très marginalement reconduit. Nous devons faire l'exact inverse. Et cette petite révolution que je souhaite faire advenir, c'est celle qui consiste, dès le pays d'origine ou le pays tiers sûr, à commencer à voir où la protection est possible et où l'asile peut commencer à être attribué, être intraitable avec celles et ceux qui ne relèvent pas du droit d'asile, accélérer nos procédures de manière drastique pour qu'en six mois, recours étant compris, nous puissions y voir clair, que la décision prise soit notifiée, y compris aux services administratifs, et exécutoire, que nos délais de rétention soient adaptés sur le plan européen pour pouvoir efficacement reconduire dans leur pays celles et ceux qui n'ont pas ces titres à l'issue de la procédure. Aujourd'hui, nous n'avons pas la juste humanité ; mais nous n'avons pas non plus l'efficacité qui permet d'expliquer cette politique à nos concitoyens. Je ne peux pas expliquer que des femmes et des hommes dorment dans la rue, alors même qu'ils attendent un titre de séjour. Je ne peux pas davantage expliquer que des femmes et des hommes qui se sont vus refuser un tel titre ou l'asile restent durablement dans notre territoire sans aucun papier, puissent jouir des prestations payées par les Françaises et les Français, sans aucun contrôle, ni reconduite efficace. Pour que les droits de l'homme vivent, il y faut de la rigueur, il y faut de l'efficacité et nous le voyons dans ce défi des migrations comme dans celui du terrorisme, si nous voulons que nos démocraties retrouvent le sel des principes, le plein respect de leur droit, elles doivent savoir aussi être fortes, se tenir, faire respecter ces principes dans leur totalité, mais se faire respecter lorsque ces principes ne le sont plus. Nous sommes à l'exact opposé de cet équilibre souhaitable. Aussi les mois qui viennent seront sans relâche consacrés à une transformation de nos pratiques, de notre organisation visant à lutter de manière acharnée contre l'exploitation criminelle de la misère, de démanteler partout ces groupes mafieux souvent liés au terrorisme qui créent ces filières, de traiter avec humanité celles et ceux qui arrivent sur notre territoire, mais aussi de reconduire avec rigueur et celles et ceux qui n'ont pas droit d'y rester. Un dernier défi s'impose à la France il est lui endémique, je veux parler des prisons. La France ne peut pas être fière des conditions dans lesquelles un certain nombre de personnes sont détenues sur son territoire, du fait d'une surpopulation chronique, avec un taux d'occupation qui, en moyenne, s'élève à 139 %. Ce taux atteint des niveaux insoutenables dans certains établissements. Depuis quelques années, cette surpopulation s'exprime par une statistique insupportable, celle du nombre de matelas au sol, qui s'élève à 1 300 environ. Le défenseur des droits, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté l'ont, avec constance, dénoncé. La ministre de la Justice, présente ici avec moi, a lancé un vaste chantier de réforme qui permettra de répondre à ce défi. Il y a d'abord, bien entendu, l'ouverture de places supplémentaires et la création de nouveaux moyens, mais plus fondamentalement, ce que cet insoutenable problème des prisons dans notre pays signifie, c'est le sujet même de la peine, le statut même de la peine dans notre pays, dans nos sociétés. En effet, nos dysfonctionnements conduisent à parfois prononcer des peines alors qu'elles ne sont pas forcément la réponse la plus utile. Ils conduisent insuffisamment à en regarder avec rigueur la bonne application et il suffit de regarder les 15 dernières années pour voir qu'à mesure que nous avons produit des places de prison, nous avons prononcé des peines et rempli ces prisons. Et j'ai bien conscience que continuer ainsi ne serait pas une fin en soi. Il est donc indispensable d'avoir une réflexion en profondeur, philosophique et pratique sur notre politique pénale, son sens profond, la place de la peine, mais aussi l'indispensable réintégration dans la société du détenu. Dans les conditions carcérales qui sont celles que je viens de décrire, il n'y a pas de place pour ce travail patient, parfois ingrat, qui consiste à redonner une chance, une place à celui ou celle qui a commis un crime ou une faute et qui purge sa peine. Il est donc indispensable que nous puissions repenser le sens de celle-ci, tirer profit de la révolution juridique, réformer l'organisation judiciaire, la procédure, réfléchir aussi à accroître l'effectivité des peines, leur pleine exécution, mais aussi développer des peines dites alternatives. Je souhaite notamment développer le recours à la peine de travail d'intérêt général qui ne représente que 7 % des peines prononcées alors que s'agissant d'une sanction réparatrice, elle repose sur la participation active de la personne condamnée et comporte une dimension pédagogique. Elle doit également être un facteur d'insertion et peut être une porte vers l'emploi. La difficulté majeure réside dans le fait qu'elle nécessite une mobilisation coordonnée de tous les acteurs : les magistrats, les services de probation et d'insertion, les collectivités territoriales, les entreprises. Ce chantier est immense, Madame la Ministre, et vous en êtes consciente mais vous l'avez plusieurs fois souligné, c'est un chantier indispensable pour notre société. Ne pas vouloir voir cette part maudite de la communauté nationale, chercher à la cacher, à l'expulser parfois, à la faire vivre dans des conditions indignes, c'est se condamner à n'autoriser personne à retrouver sa place dans la société, ce qui est le sens même de la peine, ce qui est le sens même de notre combat civilisationnel partagé, c'est-à-dire la fin de la peine de mort, l'idée qu'à un moment donné, on a rédimé cette dette à l'égard de la société. Ne pas se donner les moyens, ne pas construire les conditions pour qu'il en soit ainsi de manière effective, c'est se condamner à accroître le mal de la société toute entière, la récidive, la radicalisation parfois qui se nourrit aussi de ces prisons surpeuplées. C'est pourquoi j'ai le projet de créer, dans le cadre des travaux que la garde des Sceaux aura à conduire, une agence pour encadrer et développer le travail d'intérêt général, pour que l'enfermement ne soit pas le seul horizon, pour que l'incarcération ne soit pas le terreau des extrémismes, des vies échouées, des destins brisés. Derrière ces défis, on le voit, derrière ces trois grands défis, c'est la question qui consiste à rendre nos droits effectifs au sens où Simone VEIL le signifiait qui est bien posée et rien ne serait pire que l'autosatisfaction. Un pays qui se satisfait de 25 % de chômage des jeunes n'est pas exemplaire, il bafoue le droit du travail en quelque sorte. Un pays qui accepte que des centaines de milliers de citoyens ne sachent pas lire n'est pas un pays exemplaire, il bafoue le droit à l'éducation, pourrait-on dire. Je suis conscient que la route de l'émancipation en France est longue encore. C'est le coeur du combat économique, social, juridique que nous aurons à conduire. Mais les trois défis que je viens d'évoquer sont indispensables et nous devons ensemble les relever. Rendre ces droits effectifs, c'est aussi vous permettre de pouvoir fonctionner normalement, de rendre vos décisions dans les meilleurs délais. 50.000 requêtes vous parviennent chaque année. Près de 54.000 ont été attribuées à une formation judiciaire de la Cour en 2016. La Cour a certes su évoluer et s'adapter. Le protocole n° 14, entré en vigueur en 2010, a permis un meilleur fonctionnement de la Cour en rationalisant vos méthodes de travail pour faire face au nombre toujours croissant des requêtes. Quelques chiffres disent cette évolution : le stock d'affaires à la Cour était de moins de 10.000 à la fin de l'année 2000, il a atteint en 2011 le chiffre record de 160.000 affaires avant de baisser à 65.000 fin 2015 ; plus de 63.000 affaires sont aujourd'hui en instance de jugement. Les efforts pour réduire ce stock doivent bien sûr être poursuivis, notamment par un traitement prioritaire des affaires portant sur les violations les plus graves. Mais si je cite ces quelques chiffres, c'est que plus que pour aucune autre juridiction, vos statistiques judiciaires sont aussi le baromètre précis et implacable de la situation des droits de l'homme sur notre continent. Elles disent les problèmes structurels et parfois très inquiétants que connaissent certains membres du Conseil de l'Europe car les trois quarts de ces affaires ne concernent que cinq pays. Elles disent aussi que la réponse à l'engorgement de la Cour, c'est une responsabilité partagée entre celle-ci et les États membres. C'est aux États qu'il revient de prévenir les violations des droits de l'homme, d'exécuter correctement et rapidement les arrêts de la Cour et voilà pour moi un point de vigilance fondamental. Il relève de notre responsabilité directe, il est politique et pragmatique et je souhaite que la question des moyens permettant d'assurer la pérennité du fonctionnement de la Cour mais aussi celle de l'exécution correcte de ses arrêts soient au coeur de la future présidence française du Comité des ministres du Conseil de l'Europe en 2019. Cependant, la sanction n'est pas tout. Le Conseil de l'Europe dispose également, parmi ses organes, des vigies du quotidien, d'observateurs éclairés et attentifs dont la tâche est de prévenir les atteintes aux droits de l'Homme, de promouvoir leur respect, d'aider les États membres dans un cheminement qui n'a rien de toujours évident et de les conduire vers les plus hauts standards en matière de démocratie, de droits de l'homme et de prééminence du droit. Je souhaite ici leur rendre hommage. Je pense d'abord à la Commission européenne pour la démocratie par le droit, plus connue sous le nom de Commission de Venise. Son rôle tout à fait unique d'expertise indépendante sur les questions constitutionnelles fut essentiel dans l'accompagnement des pays d'Europe centrale et orientale et des pays des Balkans vers l'État de droit. Son expertise, aujourd'hui reconnue bien au-delà des frontières du Conseil de l'Europe puisqu'en sont désormais membres 14 pays non européens, nous est tout aussi indispensable aujourd'hui. La Commission de Venise peut être saisie par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, ce qu'elle ne manque pas de faire. Ce fut le cas de la réforme constitutionnelle en Turquie ou, plus récemment, de la loi polonaise sur les juridictions de droit commun, ainsi que des projets de loi sur le Conseil national de la magistrature et sur la Cour suprême. Mais elle est également souvent saisie par les États eux-mêmes. C'est le cas, encore cette année, de la loi sur l'enseignement en Ukraine ou d'un projet de loi sur les référendums en Arménie. Je crois que c'est là un signe très fort de son autorité et de la reconnaissance de l'indépendance et de l'impartialité de son expertise. Je pense aussi au commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe. Véritable « pèlerin des droits de l'Homme », le commissaire a pour but de promouvoir, en toute indépendance et souvent avec une grande liberté de ton, qui n'a d'ailleurs pas épargné la France, je dois dire, avec justice, le respect effectif des droits de l'Homme dans les États membres qu'il visite à longueur d'années. C'est à cette charge éminente et indispensable que la France a présenté la candidature de Pierre-Yves LE BORGN' et je veux ici lui apporter tout mon soutien. Mais au-delà de ces défis, nous sommes aujourd'hui bousculés par des changements internationaux et des transformations profondes qui sont en train d'advenir et qui, je dois bien le dire, quels que soient les engagements que je viens de prendre devant vous pour faire face à ces trois sujets que j'évoquais et aux relations entre la France et la CEDH, qui mettent en cause les équilibres qui sont les nôtres et qui rendent dans plusieurs endroits possible de notre Europe la régression des droits de l'Homme. Nous devons regarder cette situation avec lucidité. Elle n'affaiblit pas la Cour, elle n'affaiblit pas la Convention, elle peut collectivement nous affaiblir si nous décidions de ne pas la traiter, de ne pas la regarder ou de le faire de manière inappropriée. Hier encore, les droits de l'Homme semblaient une évidence. Nombre des États signataires à la Convention aspiraient même à rentrer dans l'Union européenne quand ils n'y étaient pas. Mais nous sommes aujourd'hui dans une situation où plusieurs États membres ne respectent pas de manière évidente, presque revendiquée, les termes mêmes de la Convention, bousculent, en tout cas cherchent à le faire, la légitimité de celle-ci ou de la Cour : en Turquie, en Russie pour ne citer que ces deux États mais ils ne sont pas les seuls, ce risque est à l'oeuvre. Parce que nous assistons au retour en force de régimes autoritaires ou d'une fascination dans de nombreux endroits européens pour les démocraties illibérales et se nouent là, me semble-t-il, la cohérence et la force des réponses que nous devons apporter aux défis que je viens d'évoquer. Si les démocraties sont faibles, si nous considérons que protéger les droits de l'Homme, c'est se lier les mains mais ne pas protéger nos concitoyens, que protéger nos valeurs, ce serait accepter les grands débordements qui menacent parfois la cohérence de nos sociétés, le risque auquel nous nous exposons, c'est que partout progressivement en Europe, la fascination pour les démocraties illibérales ou les régimes autoritaires ne progresse. C'est pourquoi je crois que la réponse que nous apportons, c'est l'attachement à nos principes, par une démocratie forte, à la main sûre, c'est l'indispensable équilibre qui permet à nos peuples de tenir les consensus qui sont les nôtres. Mais aujourd'hui, plusieurs pays ont basculé de l'autre côté soit par peur, soit parce que des extrêmes ont pris le dessus, soit parce que des dérives autoritaires l'ont emporté. Que sont les droits de l'Homme quand les civils sont pris pour cible, quand des populations entières sont coupées de tout accès humanitaire, de soins élémentaires, de nourriture, comme c'est le cas pour des centaines de milliers de personnes en Syrie, quand des enfants sont transformés en boucliers humains ou en bombes humaines ? Nos droits de l'Homme régressent dans nombre d'endroits hors de notre ressort : en Syrie, en Libye, en Birmanie. Ils sont menacés quand, partout, comme c'est le cas aujourd'hui, y compris sur le continent européen, et pas seulement dans des situations de crise ou de conflit, ces régimes autoritaires que j'évoquais progressent, nourris par la tentation du repli. Pour toutes ces raisons, le respect des droits de l'Homme est battu en brèche. Ils sont considérés comme un affaiblissement par celles et ceux qui cherchent à les combattre ou les réduire alors qu'ils sont une force, une spécificité, alors qu'ils sont universels. Ils sont présentés comme une option alors qu'ils sont une obligation. Face à ces dérives, en particulier en notre sein, nous devons regarder la situation en face et la dénoncer sans jamais nous résigner. C'est le travail que mène le secrétaire général, que vous conduisez et pour lequel vous avez mon plein soutien. Nous devons parler à chacun et c'est la méthode que depuis le premier jour, j'ai adoptée. Rien ne sert d'exclure celles et ceux qui, aujourd'hui, ne respectent pas nos droits fondamentaux, celles et ceux qui veulent tourner le dos à leur propre Histoire. Ma conviction profonde, c'est que le destin de la Russie ou de la Turquie ne se construira pas en tournant le dos à l'Europe puisque ces deux grandes nations sont arrimées à l'Europe, puisque leur Histoire, leur géographie, leur littérature, leur conscience politique se sont construites en se frottant à l'Europe. Il faut donc à chaque fois leur dire, dénoncer non pas en fermant la porte, non pas en les excluant de tout, non pas d'ailleurs en les laissant s'exclure de tout, mais en menant ce dialogue intense, difficile, parfois ingrat, semé de petites victoires et aussi parfois de petites défaites, mais qui consiste à tenir le fil parce que leurs peuples le méritent, parce que leurs concitoyens sont des Européens, parce que les ressortissants de tous ces pays, quel que soit le choix de leurs dirigeants, méritent que nous nous battions pour eux, méritent l'accès à ce droit, à la protection de leurs droits. Nous le ferons donc et nous continuerons à le faire parce que je ne crois pas à la prétendue opposition entre nos valeurs et nos intérêts et j'ai conscience que l'injustice, l'impunité, la violation des droits n'est pas seulement la conséquence mais le terreau même le plus fertile de l'instabilité. Les pays qui sont le plus souvent assignés devant la CEDH sont pleinement membres de la communauté réunie autour de la Convention et ils doivent le rester. C'est en tout cas ma conviction profonde et ce pour quoi j'oeuvrerai. C'est aussi ce pour quoi je continuerai à parler à chacun, à faire valoir nos arguments, à porter notre voix et nos valeurs en Turquie, en Russie comme ailleurs, sans accepter la moindre concession, mais sans me résigner au moindre silence. Au contraire, il s'agit d'une exigence renouvelée, il s'agit d'affirmer, une confiance en ce que nous sommes parce qu'à un moment donné que nous n'aurons pas attendu, la lumière viendra, l'intérêt profond réapparaîtra où les peuples se cabreront et nous serons là. Le respect des droits de l'homme est une obligation juridique. Leur défense est un acte politique et diplomatique. C'est un combat avec les armes, redoutablement efficaces, du dialogue. L'angélisme en la matière comme le renoncement ne sont souvent que les autres noms de l'impuissance. Avec vous, avec tous les pays, qu'ils soient ou non signataires de la Convention, je veux être très clair, la France n'acceptera aucune critique des droits de l'homme destinée à camoufler un agenda, à promouvoir des intérêts nationaux prétendument supérieurs ; elle ne se laissera pas entraîner dans des débats selon lesquels les droits de l'homme ne seraient que la traduction de « valeurs » occidentales inadaptables ailleurs dans le monde. Nos valeurs, ces droits que vous défendez sont universels. Il faut parfois laisser cheminer certains. Il faut se garder de donner des leçons depuis nos pays à d'autres, surtout parfois lorsqu'ils sont plongés dans des situations de grande difficulté, dans l'insécurité, dans la lutte contre le terrorisme, mais il faut toujours garder le fil, le fil même de ce qui nous a faits, éviter la confrontation comme le déni. Voilà les trois convictions que je voulais partager avec vous aujourd'hui. Votre travail, notre travail est aussi profondément remis en question par des innovations au coeur de nos sociétés. Vous l'avez mentionné en parlant de la gestation pour autrui et des enfants nés hors de nos frontières par ce biais. Nos civilisations sont vivantes. Les mentalités évoluent, les structures sociales évoluent. Les changements technologiques sont profonds et au-delà de ces faits géopolitiques nouveaux que je viens d'évoquer, qui bousculent nos équilibres, nous aurons dans les années à venir des débats qui viendront aussi bousculer notre vision des droits de l'homme, nos discussions sur les droits de l'homme. L'humanité augmentée, le big data, les innovations technologiques comme la bioéthique conduiront immanquablement à avoir des débats essentiels au sein de nos sociétés. Aucun de ces débats ne sera simple. Aucun de ces débats en France ne sera conduit dans la brutalité ou une conception péremptoire du fait politique qui viendrait surplomber les consciences et l'indispensable jeu des consciences, des convictions philosophiques et religieuses. Mais il faudra bien, pour vivre en société, que des règles de droit progressivement s'édictent car les faits progressivement seront là. Il faut donc commencer à repenser la protection des droits, y compris constitutionnels, dans un monde déterritorialisé et où l'humanité même est en train d'être transformée. Ce sera aussi l'un des défis de la décennie car s'il est vrai que la France valorise le progrès scientifique et n'a pas peur de ce qui se passe, elle est résolue à faire prévaloir le principe d'égalité. Après les droits fondamentaux reconnus en 1789, les droits de créance reconnus en 1946, s'ouvre aujourd'hui une troisième période, celle de nouveaux droits pour lesquels il nous faudra de l'inventivité et pour lesquels je souhaite, dans le cadre du travail constitutionnel ouvert il y a quelques mois, que nous puissions réfléchir. Nous y sommes prêts. Vous le voyez, Mesdames et Messieurs, faire prévaloir les droits de l'Homme est un combat, y compris pour des pays comme la France, qui y sont viscéralement attachés. La Cour européenne des droits de l'Homme est plus que jamais une digue essentielle pour protéger les ressortissants des 47 États adhérents des dérives, des tentations totalitaires et des dangers que portent le monde à venir. Ce qui est mis à l'épreuve aujourd'hui, c'est l'unité autour de la CEDH et de la Convention qu'elle fait prévaloir. Ce qui est mis à l'épreuve, c'est l'adhésion à ce combat quotidien. Nous ne devons pas cesser de nous battre pour que cette unité demeure. Pour que cette adhésion perdure, nous devons lutter contre les tentations du repli, du cynisme ou l'esprit de renoncement. L'Europe, Mesdames et messieurs, doit s'honorer d'avoir créé une instance supranationale chargée de faire respecter les droits de l'Homme. C'est un édifice que nous devons léguer intact aux générations suivantes et que nous devons adapter aux enjeux du futur. Ce sera un combat. Ce combat doit être inlassable. Ce combat doit être toujours renouvelé. Ce combat sera aussi celui de la France car en ce domaine, pour reprendre la belle formule de Victor HUGO qui fut aussi une des devises de CLEMENCEAU, il y aura toujours plus de terres promises que de terrains gagnés. Cette conquête des terres promises est notre mission séculaire, elle est notre devoir, elle est notre Histoire et la France ne cessera jamais d'y prendre toute sa part. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/577.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/577.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..de906d5fec942ff6667f6e46577cbff74747f4e8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/577.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Secrétaire général, Mesdames et Messieurs les Ministres, Madame la Représentante spéciale, Chère Virginia Gamba, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, Au nom de la présidence française du conseil de sécurité, je tiens tout d'abord à remercier le Secrétaire général et la Représentante spéciale pour leurs discours mais aussi pour leur engagement. Je souhaite leur réitérer le soutien plein et entier de la France dans leur action. Je souhaite également remercier Monsieur Mubin Shaikh pour son récit important ; c'est un témoignage d'alerte. J'ai une pensée également pour l'UNICEF et les acteurs de la société civile qui se mobilisent ; ils nous aident chaque jour sur le terrain à faire avancer cet agenda. Je tiens à remercier enfin nos partenaires suédois, italien et sénégalais, avec qui nous avons étroitement coopéré pour inscrire ce débat dans la continuité de la conférence de Paris du 21 février dernier. Nous devons avancer vers notre objectif : un monde sans enfants victimes des conflits. Nous avons une responsabilité collective pour faire en sorte que les enfants se trouvent là où ils doivent être, sur les bancs des écoles et entourés de l'affection de leurs familles, et non sur les champs de bataille. C'est une obligation morale universelle. Pour cela, la communauté internationale s'est mobilisée, depuis plus de vingt ans, pour dénoncer, mettre fin et prévenir le recrutement et l'utilisation d'enfants par des États et des groupes armés non-étatiques. Comme cela a été exposé par le Secrétaire général et la Représentante spéciale, les efforts de la communauté internationale ont permis de réelles avancées : plus de 110.000 enfants soldats ont été libérés depuis 2000, dont près de 60.000 entre 2007 et 2015. L'engagement de mon pays pour la protection des enfants dans les conflits armés est historique. Depuis 1999, la France a promu l'adoption d'outils efficaces pour protéger les enfants dans les conflits, y compris dans cette enceinte où nous sommes aujourd'hui réunis. Il y a dix ans, Paris a accueilli la conférence « Protégeons les enfants dans la guerre », lors de laquelle ont été adoptés les principes et engagements de Paris, auxquels il a été fait allusion tout à l'heure. Nous appelons ceux qui ne l'ont pas encore fait à les endosser ; ils constituent un socle fondamental pour la protection des enfants dans les conflits et la lutte contre les violences odieuses dont ils sont les victimes. Vous le savez, le conseil de sécurité a adopté six résolutions sur ce sujet, dont la résolution 1612 en 2005, qui est un instrument novateur et fondateur. Par son approche fondée sur des faits, établis grâce à une information de qualité, cet instrument permet d'aborder de manière neutre et impartiale ces enjeux. Le mécanisme de surveillance et d'alerte à la disposition du Secrétaire général des Nations unies joue, à cet égard, un rôle majeur. Mais en dépit de ces progrès, beaucoup reste encore à faire. 230 millions d'enfants vivent encore dans des pays ou des zones de conflits armés. Sur ces théâtres de crise, ils continuent d'être recrutés, séparés de leurs familles, privés d'éducation, de soins, de leur liberté. Il faut dire les choses : les enfants sont désormais les cibles et les outils de la terreur. Ils subissent de plein fouet les conflits asymétriques qui caractérisent notre époque. Comme en témoignent les annexes de votre rapport, Monsieur le Secrétaire général, les groupes armés non-étatiques sont de loin majoritairement responsables de ces violations. Sur environ 15.000 violations, 11.500 sont de leur fait. La situation en Syrie, en Afghanistan, en Irak, en Somalie, au Yémen, nous le rappelle tristement. Parmi eux, les groupes terroristes sont particulièrement responsables de ce terrible changement d'échelle. Nous constatons aussi que les méthodes de recrutement se sont diversifiées : à l'embrigadement forcé s'ajoute la radicalisation et le recrutement sur internet. L'utilisation, ou plutôt l'exploitation des enfants a aussi évolué : ils sont désormais utilisés comme bombes humaines ou comme boucliers humains. Les filles, plus particulièrement, subissent des violences sexuelles, elles sont réduites en esclavage ou vendues par des réseaux de traite, mariées de force et doivent subir des grossesses forcées. Nous gardons tous en mémoire le sort des enfants yézidis d'Irak, ou des filles de Shibok au Nigéria. Mais l'indignation ne suffit pas. Les mots doivent conduire aux actes. Ce conseil, comme depuis l'origine de l'agenda « enfants dans les conflits armés », a un rôle-clé à jouer en ce sens. Nous devons mener une action collective et avant toutes choses rassembler, premier axe, l'information la plus complète possible sur ces violations. Le rapport du Secrétaire général est en cela un outil indispensable. Nous soutenons aussi, Madame la Représentante spéciale, votre démarche de faire très prochainement un bilan à jour des bonnes pratiques et des solutions qui ont déjà permis d'atteindre des résultats. Deuxièmement, nous devons prévenir. Et pour cela nous pouvons nous appuyer sur les efforts précédemment accomplis pour prévenir l'extrémisme violent, avec un objectif : bâtir ensemble des plans concrets pour assurer cette prévention, en tenant compte des nouvelles modalités de recrutement que j'ai déjà mentionnées. La lutte contre la radicalisation sur internet, l'endoctrinement ou l'enrôlement forcé sur le terrain en font partie. Pour une prévention plus efficace, nous pouvons aussi nous servir des résultats obtenus par les campagnes de sensibilisation, je pense à la campagne « enfants pas soldats », en portant une attention particulière aux groupes armés non étatiques. L'éducation est aussi un enjeu majeur. Commençons par protéger les écoles qui sont souvent attaquées et occupées par les belligérants. C'est pourquoi la France a décidé, le 21 février dernier, d'endosser la déclaration pour la sécurité des écoles. Nous ne pouvons plus tolérer les « générations perdues » d'enfants, comme en Syrie, qui sont exclus par millions de toute scolarisation. Et là où des progrès ont été accomplis, il faut s'assurer qu'il n'y ait pas de recul et rester vigilants. Je pense par exemple aux enfants qui ont été utilisés par les groupes armés en République centrafricaine : nous devons nous assurer qu'ils puissent retourner à un environnement sain. Informer. Prévenir. Troisièmement, renforcer notre action sur le terrain. C'est le sens des actions que nous menons étroitement avec l'UNICEF au Nigéria ou au Yémen pour permettre la réintégration des enfants qui ont été associés à des groupes armés. Les forces armées, y compris les opérations des Nations unies - et je pense en particulier aux OMP -, doivent se doter de concepts opérationnels clairs qui intègrent la prévention et la protection des enfants. À cet égard, le déploiement des conseillers de protection de l'enfant est essentiel. Nous accordons toute notre confiance au Secrétaire général pour continuer de renforcer cette dimension dans les OMP. Les plans d'action signés avec l'ONU constituent aussi un outil très important ; je note avec grand intérêt l'idée de la Représentante spéciale d'oeuvrer aussi au niveau régional et sous-régional. Les progrès soulignés dans le rapport, comme au Mali ou en Colombie, se font souvent dans ce cadre régionalisé. Enfin, quatrièmement, nous devons réintégrer les enfants dans le respect des normes internationales et lutter contre l'impunité. Réintégrer dans les normes internationales. Les États doivent prendre leurs responsabilités et ratifier les instruments internationaux qui contribuent à la protection des enfants dans les conflits armés. Réintégrer. Il faut aussi tout mettre en oeuvre pour faciliter et pérenniser le retour des enfants victimes de conflits dans leurs familles, tout en prenant en compte leur suivi, notamment sur le plan psychologique, face aux traumatismes qu'ils ont eu à subir. La société civile fait beaucoup pour cela, je pense à Save the Children par exemple, mais c'est d'abord aux États d'être responsables de ces politiques. Enfin, la lutte contre l'impunité, indispensable. Des initiatives ont été prises, par la Cour pénale internationale et par plusieurs États, je pense à la Colombie, par exemple. Elles sont importantes. Toutes les pressions possibles doivent être exercées sur ceux qui commettent ces violences. S'agissant de la réalité particulièrement accablante que représentent les violences sexuelles, je voudrais redire, Monsieur le Secrétaire général, notre soutien à votre politique de tolérance zéro. Justice doit être rendue pour ces crimes. Mesdames et Messieurs, L'intérêt supérieur de l'enfant doit prévaloir. Quel autre projet pourrait plus fondamentalement nous unir que celui de notre avenir commun, celui de nos enfants ? Nous avons une responsabilité collective. C'est pourquoi le respect et le renforcement des droits de l'enfant doivent rester au cœur de notre action. Je compte sur votre engagement. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/578.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/578.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e96784b571b3485a26c684de66ba40eeec0809b3 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/578.txt @@ -0,0 +1 @@ +ELIZABETH MARTICHOUX Merci beaucoup d'être avec nous et bonjour Gérard COLLOMB dans ce studio de RTL. GERARD COLLOMB Bonjour. ELIZABETH MARTICHOUX Demain soir minuit fin de l'état d'urgence qui est en œuvre en France depuis novembre 2015, on apprend ce matin que 32 projets d'attentat ont été déjoués pendant cette période, tous déjoués grâce ou à cause de l'état d'urgence, plutôt grâce ? GERARD COLLOMB Avec les mesures qui sont prises dans l'état d'urgence mais aussi grâce à l'action de nos services, en l'espace de quatre ou cinq ans les services se sont professionnalisés et donc nous avons aujourd'hui une capacité à déceler les attentats qui peuvent se produire tout à fait exceptionnels... ELIZABETH MARTICHOUX 32, c'est première fois qu'on entend ce chiffres, c'est le bilan de tout ce qui a été fait pendant cette période ? GERARD COLLOMB Oui, de ce qui s'est passé pendant cette période. Cinq attentats commis, 13 tentatives d'attentat avec des blessés et effectivement 32 attentats déjoués. ELIZABETH MARTICHOUX Mise en œuvre de la nouvelle loi antiterroriste que vous avez fait voter au Parlement, aussi demain... enfin elle a été promulguée en fait hier avec la signature à laquelle vous avez assistée, celle du président.... GERARD COLLOMB Oui et elle entre en application aujourd'hui... ELIZABETH MARTICHOUX Aujourd'hui même. GERARD COLLOMB Par décret paru ce matin au Journal Officiel. ELIZABETH MARTICHOUX A quelques modifications près, pas spectaculaires Gérard COLLOMB, c'est un état d'urgence permanent dans lequel on est maintenant ? GERARD COLLOMB On va dire qu'on a pris les mesures qui permettaient de continuer à vivre en sécurité et de protéger les Français, vous voyez lorsqu'on regarde les grands thèmes de cette loi on s'aperçoit qu'il s'agit d'abord de pouvoir protéger les grandes fêtes, on va être par exemple dans les marchés de Noël dans quelques temps, donc pouvoir fouiller les gens, mettre des périmètres de protection ; deuxième point... ELIZABETH MARTICHOUX Tous pourront être organisés avec un maximum de sécurité ? GERARD COLLOMB Oui, ce qu'on a fait par exemple pour l'Euro 2016, c'est grâce à ces mesures qu'on a pu organiser l'Euro sans qu'il y ait de difficultés. Deuxièmement, pouvoir continuer à fermer les mosquées où on inciterait... les lieux de culte où on inciterait finalement à la radicalisation et, donc, c'est quelque chose de tellement totalement nécessaire qui est... ELIZABETH MARTICHOUX Une question, une question justement, 11 lieux de culte ont été fermés Gérard COLLOMB sous l'état d'urgence, on imagine donc qu'ils abritaient des prosélytes de l'islamisme radical, avec la nouvelle loi que vous avez fait voter, que vous connaissez par cœur, les 11 vont demeurer fermés ? GERARD COLLOMB Nous avons en ce moment donc un examen de toutes les mesures, c'est-à-dire à la fois les lieux de culte, en même temps ceux qui était assignés à domicile... ELIZABETH MARTICHOUX En résidence, oui. GERARD COLLOMB De manière à voir effectivement... ELIZABETH MARTICHOUX 41 personnes, c'est ça ? GERARD COLLOMB De manière à voir, 41 personnes, de manière à voir ce que nous faisons avec cette sortie de l'état... ELIZABETH MARTICHOUX Vous ne le savez pas encore ? GERARD COLLOMB Si, si, je le sais... ELIZABETH MARTICHOUX Eh bien dites-le nous. GERARD COLLOMB Nous avons examiné l'ensemble des mosquées... ELIZABETH MARTICHOUX Donc, les 11 lieux de culte vont rester fermés par exemple ? GERARD COLLOMB Certains vont rester fermés... ELIZABETH MARTICHOUX Pas tous ? GERARD COLLOMB Pas tous ! Pas tous, nous avons décidé d'en rouvrir un certain non parce que les choses ont évolué depuis. ELIZABETH MARTICHOUX Mais les choses ont évolué ou les règles font qu’ils ne peuvent plus rester fermés dans l'état de droit nouveau ? GERARD COLLOMB Non, non, non, les règles sont absolument les mêmes, vous voyez évidemment nous regardons ce qui s'est passé depuis un certain nombre de mois et un certain nombre vont être rouverts parce que nous avons réussi à avoir d'autres associations... ELIZABETH MARTICHOUX Minoritaires, un nombre, combien sur 11, vous pouvez nous le dire ? GERARD COLLOMB Ah ! Sur 11 il y a encore trois ou quatre que nous sommes en train d'examiner, mais il y en a d'autres que nous fermons actuellement, c'est-à-dire que ce n'est pas un état statique, ce n'est pas ces 11 qui étaient fermés qui vont le rester et puis ensuite on ne fait plus rien non, non, on regarde chaque fois... ELIZABETH MARTICHOUX Vous avez un exemple de mosquée-là qui est... GERARD COLLOMB Si vous voulez il y en a deux qui ont été fermés au cours des 15 derniers jours et il y en a qu'on s'apprête à fermer parce que nous trouvons qu'il y a effectivement un radicalisme qui est prôné dans ces lieux de culte. ELIZABETH MARTICHOUX Quarante-et-une personnes assignées à résidence vous l'avez dit, combien le seront demain, c'est la même question que je vous pose... GERARD COLLOMB Même chose, si vous voulez nous sommes en train de... ELIZABETH MARTICHOUX Et là vous pouvez nous donner une indication, vous le savez quand même ? GERARD COLLOMB Je le sais... ELIZABETH MARTICHOUX Vous êtes l'auteur de cette loi, vous connaissez chacun des mots, chacune des syllabes... GERARD COLLOMB Si vous voulez, on va peut-être informer donc les personnes qui sont effectivement assignées à résidence pour leur dire quelles sont celles qui peuvent, dans le cadre de la loi, bénéficier d'un autre statut et celles que nous continuons à assigner à résidence. ELIZABETH MARTICHOUX Qu'est-ce que ça peut être comme autre statut ? GERARD COLLOMB Le statut qui est celui d'aujourd'hui. Vous savez que lorsqu'on était assigné à résidence on devait rester le soir chez soi, aller pointer trois fois dans la journée... ELIZABETH MARTICHOUX Ce sera plus qu'une fois ! GERARD COLLOMB Et donc aujourd'hui ce n'est plus qu'une fois, vous avez le périmètre donc de la commune, donc on voit bien qu'il y a un équilibre qui est cherché entre sécurité et liberté. ELIZABETH MARTICHOUX Donc parmi ces personnes certaines ne seront plus assignées à résidence, c'est ce que vous dites ? GERARD COLLOMB Un certain nombre ne seront plus assignées à résidence. ELIZABETH MARTICHOUX Quel est le profil de ces personnes d'ailleurs qui sont assignées à résidence, le portrait-robot ? GERARD COLLOMB Si vous voulez c'est un certain nombre de personnes dont on soupçonnait qu'elles puissent demain se radicaliser totalement et donc aller vers la... ELIZABETH MARTICHOUX Il y a un profil ? GERARD COLLOMB De l'attentat. ELIZABETH MARTICHOUX Il y a des éléments homogènes ? GERARD COLLOMB Vous savez il y a absolument... d'abord ce sont effectivement plutôt des éléments endogènes, c'est-à-dire qu'on n'est plus dans le pilotage depuis la Syrie ou l'Irak de ces personnes, ce sont les personnes du territoire en général qui se sont radicalisées, donc évidemment elles vont être libérées, mais nos services continueront à les suivre. ELIZABETH MARTICHOUX Oui. Donc un certain nombre de personnes ne le seront plus sur ces 41 assignées à résidence ? GERARD COLLOMB Absolument. ELIZABETH MARTICHOUX A partir du moment où cette nouvelle loi est en œuvre. Si par malheur, si par malheur Gérard COLLOMB, il y avait une nouvelle série d'attentats, est-ce qu'il faudrait recourir à nouveau à l'état d'urgence pour être plus efficace ? GERARD COLLOMB Si effectivement il y avait demain des attentats qui soient de la même nature que ceux qu'on a connus il y a quelques années, évidemment qu'on pourrait peut-être reprendre les mesures, je vous rappelle qu'à l'époque nous étions par exemple sur les perquisitions... ELIZABETH MARTICHOUX Bernard CAZENEUVE dit : « ce serait inutile, tout est dans la loi maintenant, la loi d'exception est dans la loi ordinaire». GERARD COLLOMB Si vous voulez nous avions pris des mesures, enfin ils avaient pris à l'époque des mesures de perquisition qui étaient de l'ordre de près de 5.000 alors qu'aujourd'hui les perquisitions que nous faisons c'est quelques dizaines, donc on voit que nous ne sommes plus heureusement dans le même état qu'à l'époque, dans le même état de menace mais nul ne peut dire ce qui se passera demain et le risque zéro n'existe pas. ELIZABETH MARTICHOUX Le Conseil constitutionnel n'est pas saisi, le président l'a confirmé, forcément puisque la loi est promulguée - de toute façon il fallait le faire avant - mais quand on modifie le droit, Monsieur le Ministre, le fonctionnement des règles de sécurité est-ce que ne pas saisir le Conseil constitutionnel c'est précisément un fonctionnement normal des institutions pour une loi aussi importante ? GERARD COLLOMB Mais, comme vous le savez, tout le monde peut saisir le Conseil constitutionnel. Ce dont je m'aperçois.... ELIZABETH MARTICHOUX Par le biais de la question, la QPC comme on dit... GERARD COLLOMB Oui, voilà, absolument. ELIZABETH MARTICHOUX Mais il faut attendre un petit peu de temps pour voir comment ça fonctionne ? GERARD COLLOMB Mais si voulez ce dont on s'aperçoit c'est qu'au départ cette loi a été assez critiquée et puis elle a été très, très largement votée et, donc, cela montre qu'on a réussi à convaincre, qu'il y a eu un travail parlementaire pour avoir l'équilibre... ELIZABETH MARTICHOUX Ou parce que les parlementaires n'osent pas, n'osent pas affronter l'opinion sur ce sujet aussi, non ? GERARD COLLOMB L'opinion sur ce sujet non je ne crois pas, même ceux qui critiquaient - un certain nombre de juristes ont été assez durs au début par rapport à cette loi - et puis on s'aperçoit finalement que plus les débats parlementaires passaient et plus cette loi était intégrée par l'opinion publique ; et puis je dirais les attentats qui se sont produits dernièrement, c'est deux jeunes filles qui sont mortes à Marseille, cela montre effectivement que la menace continue à exister et donc qu'il faut pouvoir protéger les Français. ELIZABETH MARTICHOUX Laurent WAUQUIEZ sur RTL dimanche vous a interpellé sur le fait que 110 djihadistes revenus d'Irak et de Syrie sont en liberté, c'est vous-même qui aviez d'ailleurs donné ce chiffre, 240 majeurs depuis 2012 sont revenus, 130 sont en prison, 110 donc sont en liberté, il demande leur enfermement... GERARD COLLOMB Oui. Ça veut dire qu'effectivement c'est le procureur de Paris, monsieur MOLLENS, qui décide du statut des uns et des autres - Monsieur MOLLENS les Français le connaissent, ce n'est pas quelqu'un qui est léger dans l’appréciation qu'il fait - ceux qui restent ensuite en liberté sont évidemment tous suivis par la DGSI et donc... ELIZABETH MARTICHOUX Tous surveillés ? GERARD COLLOMB Tous surveillés par la DGSI. ELIZABETH MARTICHOUX Assignés à résidence par exemple, il y en a ? GERARD COLLOMB Non pas forcément, non pas assignés à résidence, mais surveillés par la DGSI... ELIZABETH MARTICHOUX Non, ils n'ont pas de bracelet électronique non plus ? GERARD COLLOMB Ils n'ont pas de bracelet électronique, mais croyez-moi nos services travaillent de manière importante. ELIZABETH MARTICHOUX Vous lui répondez donc que la question ou son inquiétude est sans objet à Laurent WAUQUIEZ ? GERARD COLLOMB Je lui réponds que nos services travaillent et que je fais confiance à des services que nous avons renforcés et qui justement nous ont permis de déjouer les attentats dont vous parliez tout à l'heure alors que c'était des attentats commis par des personnes que nous n'avions pas dans nos fichiers et donc que nous avons repérés, ceux-là évidemment quand vous avez écrit : « returnees » sur le front vous êtes suivi quand même d'un peu près et donc on vous empêche de faire un certain nombre d'actes et surtout on peut vous judiciarisez à tout moment si par exemple vous reprenez des contacts c'est dans la loi avec un certain nombre de personnes susceptibles de commettre des attentats. ELIZABETH MARTICHOUX Il n'y a pas de naïveté, donc, dans ce dispositif ? GERARD COLLOMB Ah ! Il n'y a aucune naïveté, le qualificatif que l'on me donne ce n'est pas celui de naïf en général. ELIZABETH MARTICHOUX Sur RTL ce matin Gérard COLLOMB on révèle qu'une vingtaine de familles, de femmes et enfants qui sont actuellement en Syrie, ces familles vous ont écrit ainsi qu'à Emmanuel MACRON pour demander leur rapatriement et aussi la possibilité qu'elles soient jugées en France ? GERARD COLLOMB Si vous voulez il y a deux situations, qui sont différentes : il y a celle de l'Irak, l'Irak c'est un état de droit et donc c'est lui qui aura à juger ces familles... ELIZABETH MARTICHOUX Là il n'y a aucune négociation possible, elles seront jugées en Irak ? GERARD COLLOMB Il peut y avoir des négociations, mais c'est un état souverain avec lequel il faut discuter ; et puis après il y a le cas de la Syrie où il n'y a pas d'état constitué, on voit bien qu'il y a des zones contrôlées par les uns et par les autres, dans ce cas-là le ministère des Affaires européennes et Etrangères a dit qu'il prendrait en charge ces personnes et qu'éventuellement il les ferait rentrer en France. ELIZABETH MARTICHOUX Eventuellement il les ferait rentrer en France, donc c'est une possibilité que vous présentez à cette grand-mère d'un enfant de cinq ans qu'on entendait tout à l’heure à 7 h sur RTL, cet enfant est parti avec sa mère, elle disait : « mais ce n'est pas un combattant, c'est une victime de la guerre, Monsieur le Ministre ne le laissez pas ». GERARD COLLOMB Mais c'est très clair, vous avez aujourd'hui un certain nombre d'enfants qui sont revenues en France, en général ils ont moins de 12 ans, donc ils ne sont pas coupables de ce que leurs parents ont fait et donc nous essayons de les protéger pour l'avenir, de les restructurer et de faire que demain ils puissent avoir une vie normale. ELIZABETH MARTICHOUX « Si les djihadistes sont tués à Raqqa, disait Florence PARLY, c'est tant mieux », elle disait ça chez nos amis d'Europe 1 il y a quelques jours, vous êtes d'accord, les djihadistes Français ? GERARD COLLOMB C'est la ministre des Armées, moi je suis ministre de l'Intérieur. ELIZABETH MARTICHOUX Donc, vous ne voulez pas vous prononcer, vous n'avez pas le même sentiment que votre consoeur ? GERARD COLLOMB Si vous voulez nous sommes en guerre, donc forcément dans une guerre il y a un certain nombre de morts et cette guerre a été particulièrement cruelle comme vous le savez. ELIZABETH MARTICHOUX Vous avez des contacts avec les familles des deux victimes de Marseille, ces deux jeunes filles tuées ? GERARD COLLOMB Je vais les recevoir dans quelque temps, pour pouvoir discuter avec elles, pour leur dire où en est l'enquête précisément parce qu'elles ont droit à la vérité sur la mort de leurs filles. ELIZABETH MARTICHOUX Dans quelque temps, dans quelques jours... GERARD COLLOMB Dans quelques jours. ELIZABETH MARTICHOUX Vous le ferez. Merci beaucoup Gérard COLLOMB d'avoir été notre invité ce matin ce studio de RTL. GÉRARD COLLOMB Merci. YVES CALVI Sur la fin de l'état d'urgence on a pris des mesures qui permettent de protéger les Français, en particulier dans cette période de fêtes pour les rassemblements - vient de nous dire le ministre de l'Intérieur - deux mosquées ont par ailleurs été fermées ces 15 derniers jours, d'autres restent sous surveillance et nous cherchons un équilibre entre sécurité et liberté, notamment concernant les assignations à résidence car la menace elle continue d'exister nous a dit le ministre. Vous pouvez bien entendu retrouver cet entretien dans son intégralité sur le site rtl.fr. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/579.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/579.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..235e424a38181c38571c0b86b9ead3a84a958dc2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/579.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet de Police, Monsieur le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris Mesdames et Messieurs les parlementaires, Madame la représentante de Madame la Maire de Paris (Mme Colombe Brossel), Monsieur le procureur de la république près le Tribunal de Grande Instance de Paris, Mesdames et Messieurs les autorités civiles et militaires, Mesdames et Messieurs, C'est un plaisir de vous accueillir ici, en cette cour d'honneur de la préfecture de police de Paris, à l'occasion de votre prise de fonction comme gardiens de la paix. Je mesure combien ce moment est solennel. Pour chacune et chacun d'entre vous, qui, en passant ce concours puis en suivant une formation de dix mois et demi, avez choisi de servir l'Etat, de protéger les Français. Cette décision vous honore. Car s'engager dans la police, c'est embrasser une belle et noble cause. C'est s'engager pour préserver l'ordre public, pour que soient appliquées partout les mêmes règles, pour donner chair à cette belle idée qu'est l'État de droit. Et l'Etat de droit, c'est ce qui garantit que, dans une société, ne s'impose pas la loi de plus fort. C'est ce qui permet de faire vivre ces valeurs de liberté, d'égalité, et de fraternité, au fondement de notre République. Vous êtes donc désormais des « gardiens de la paix ». Cette expression qualifiant votre nouvelle fonction revêt un sens profond. Que vous soyez affectés à des missions de police judiciaire comme le major de votre promotion, Antoine Lorkowski, ou appelés à exercer des missions d'accueil des victimes, de prévention de la délinquance, de renseignement, de maintien de l'ordre public ou de la sécurité routière, elle dit en effet quels doivent être vos objectifs constants : garantir la paix civile, promouvoir la paix sociale ; faire en sorte, en toutes circonstances, que notre nation demeure unie. Il s'agit là de missions exigeantes. Elles vous demanderont courage, détermination, dévouement. Et je n'ai aucun doute sur le fait que vous possédiez ces qualités. Il s'agit aussi de missions qui comportent une part de risque, ce que l'actualité récente nous a hélas rappelé. Et je veux rendre hommage aux policiers qui, ces derniers temps, sont morts. Cet événement tragique rappelle combien le métier que vous avez choisi n'est pas une profession comme une autre. Oui, être policier c'est risquer sa vie pour protéger. Je veux vous assurer, vous et vos familles, que je suis pleinement conscient de cette réalité, et que le ministère de l'Intérieur, et que personnellement, je ferai tout pour vous protéger chacun et chacune. C'est pourquoi dès l'année prochaine, un programme exceptionnel d'acquisition d'équipements de protection, de plus de 30 000 gilets pare-balles, sera mis en œuvre. C'est aussi pourquoi, avec le Directeur général de la Police nationale, avec le Préfet de Police, nous sommes en train de mettre en place des mesures telles que l'anonymisation de certaines procédures, pour garantir votre protection. Car nous n'accepterons jamais que ceux qui protègent nos libertés, les biens et les vies des Français, voient leur intégrité physique menacée. Mesdames et Messieurs, Si je tenais à m'adresser à vous, c'est donc pour vous féliciter, pour vous assurer de mon soutien indéfectible. C'est aussi pour vous dire ce que j'attends de vous et pour esquisser le cadre dans lequel vous serez amenés à agir dans les prochaines années. Ce faisant, je n'entends pas me substituer à vos professeurs qui, à Sens, à Roubaix, à Nîmes, à Toulouse, à Périgueux et à Oissel, vous ont transmis tous les savoir-faire qui feront de vous de bons policiers. Mais je tiens à saisir l'occasion qui m'est donnée ce matin pour fixer les grandes priorités que vous devrez poursuivre dans les années à venir. Il y a d'abord la lutte contre le terrorisme. Vous avez passé le concours de gardien de la paix au début de l'année 2016, c'est-à-dire au moment même où la menace se trouvait à son paroxysme. Vous étiez donc pleinement conscients qu'en choisissant ce métier, vous seriez confrontés à ce fléau. Peut-être même certains d'entre vous se sont-ils engagés pour le combattre. Car oui, nous avons changé d'ère. Depuis Charlie Hebdo et plus encore depuis le Bataclan, nous savons qu'à tout moment, un attentat peut survenir. Et si certains experts ont pensé qu'avec le recul de Daech sur le front irako-syrien, avec la prise de Raqqa, la menace refluerait, on voit avec les attentats de Manchester, de Londres, de Barcelone, de New York, avec, dans notre pays, les attaques de Marseille et des Champs-Élysées, qu'elle demeure à un niveau extrêmement élevé. Vous, gardiens de la paix, devez donc vous tenir prêts à intervenir en cas d'attentat. Vous avez été formés pour cela et vous savez que, bien souvent, ce sont des équipages de police-secours qui, les premiers, sont amenés à intervenir sur les lieux. Vous aurez surtout à tout mettre en oeuvre pour éviter que de nouveaux attentats ne se produisent. Car le rôle de la police n'est pas seulement d'intervenir, il est aussi, et peut-être surtout, de prévenir. La loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme promulguée la semaine dernière vous en donne tous les moyens : mise en place de périmètres de protection, mesures de surveillance, possibilité de diligenter des visites domiciliaires. Il vous faudra vous saisir de ces outils juridiques. Mais plus largement, j'attends de vous que vous soyez, dans l'exercice de vos fonctions, des « capteurs ». Déceler la radicalisation d'un individu, repérer la diffusion dans un lieu de culte de discours extrémistes, signaler le changement soudain d'ambiance dans un quartier : telles doivent être, quelle que soit votre affectation, vos préoccupations premières. Car si nos services de renseignement se trouvent en première ligne pour détecter ces « signaux faibles » permettant de prévenir les attentats, c'est l'ensemble des forces de sécurité qui doivent se mobiliser. Les Français nous attendent sur ce sujet. Nous n'avons pas le droit à l'erreur. Votre seconde priorité, Mesdames et Messieurs, sera la lutte contre l'insécurité du quotidien. Contre ces incivilités qui irritent tant de nos compatriotes. Contre ces délits qui, dans certains quartiers, leur rendent la vie si difficile. Trop souvent, quand je vais sur le terrain à la rencontre des Français, je dialogue avec des jeunes femmes qui me disent craindre de se faire prendre à partie dans la rue. J'échange avec des personnes âgées qui me confient renoncer à sortir de chez elles de peur de se faire interpeller, voire agresser. Je le dis avec force : de telles situations ne sont pas supportables. Car elles forment le terreau sur lequel s'enracine le malaise démocratique. C'est parce qu'il a une haute conscience de cette réalité que le Président de la République a fait de la sécurité une priorité de son quinquennat, en décidant la création de 10 000 postes de policiers et de gendarmes, en portant surtout le projet d'une Police de Sécurité du Quotidien. Ce grand projet, Mesdames et Messieurs les gardiens de la paix, vous en êtes en quelque sorte les premiers enfants. Vous serez en effet les premiers à l'appliquer, les premiers à le mettre en oeuvre. Je veux donc vous en dire quelques mots. En soulignant d'abord qu'il vous concerne tous. Car la Police de Sécurité du Quotidien ne sera pas une nouvelle force, dans laquelle seulement quelques-uns d'entre vous seront affectés. Il s'agit tout simplement d'une nouvelle manière d'être policier, d'une nouvelle doctrine. Une grande consultation a été lancée, associant syndicats, élus locaux, représentants des services de sécurité privée, bailleurs et services sociaux, citoyens, ainsi que chacun des 250 000 policiers et gendarmes du pays. Mais je veux d'ores et déjà vous indiquer quels objectifs devra remplir cette Police de Sécurité du Quotidien que, dès les semaines à venir, vous serez amenés à incarner. 1- Il s'agira d'abord d'une police sur mesure. Vous l'avez appris durant votre formation, un bon gardien de la paix doit s'adapter à la réalité de son terrain. Car on n'accomplit pas sa tâche de la même manière que l'on se trouve au coeur d'une ville moyenne ou dans un quartier périphérique de l'agglomération parisienne. Nous voulons tirer toutes les conséquences de cette réalité. C'est pourquoi vos chefs - directeurs départementaux de la sécurité publique, officiers, sous-officiers, auront davantage d'autonomie. Ils pourront décider de l'achat de matériels, d'équipements, qu'ils jugent nécessaires à la configuration de chaque territoire. Ils pourront aussi décider d'affecter prioritairement des effectifs à une zone donnée, sur une plage horaire dédiée. Notre idée est simple : permettre que l'organisation de la police s'adapte au terrain, mais aussi aux mouvements des criminels et délinquants qui, eux, n'attendent pas qu'une décision soit arrêtée dans un bureau à Paris pour faire évoluer leurs modes d'action. Il faut instaurer partout de la réactivité, de la souplesse. Car ce sont les gages de l'efficacité. 2- Nous voulons ensuite une police mieux équipée. Cela fait maintenant six mois que je suis ministre de l'Intérieur. Six mois durant lesquels j'ai pris le temps de visiter de nombreux commissariats. Six mois durant lesquels j'ai mesuré les besoins qui sont les vôtres. Il y a d'abord la question immobilière, celle de votre cadre de travail. Si, dans certains endroits, celui-ci est tout à fait adapté et même moderne je pense par exemple au nouveau siège de la Police judiciaire parisienne, il est encore trop de commissariats dont l'état n'est pas digne de votre dévouement et de votre engagement. C'est pourquoi, dès l'année prochaine, une enveloppe de 195 millions d'euros - en augmentation de +5 %, sera consacrée à la rénovation immobilière et que cet effort sera prolongé les années suivantes. Je tiens aussi à ce qu'un effort particulier soit réalisé sur le matériel : armes, équipements de protection, véhicules. 150 millions d'euros y seront consacrés, ce qui représente une augmentation de 50 % par rapport à la moyenne observée ces dernières années. Ainsi pourrez-vous exercer vos missions dans des conditions à la mesure de votre engagement. 3- La police de sécurité du quotidien sera aussi, une police connectée. Vous êtes une génération qui a grandi avec les smartphones, les tablettes, une génération qui mesure tout le potentiel de la révolution digitale. Eh bien cette révolution, nous voulons qu'elle vous serve dans votre métier, nous voulons qu'elle facilite l'exercice de vos missions. C'est pourquoi nous allons doter la police nationale de 50 000 tablettes NEO d'ici la fin de l'année 2019. Pour vous, le gain d'efficacité sera significatif. Alors qu'hier vos collègues devaient, lors d'une interpellation, appeler sans cesse le commissariat pour vérifier l'inscription au fichier de l'individu contrôlé, vous pourrez consulter directement ces informations sur votre tablette. Alors qu'une même personne pouvait faire l'objet d'un contrôle d'identité à plusieurs reprises dans une même journée, ces tablettes vous permettront de savoir immédiatement si un tel contrôle a déjà été réalisé. Le levier de la transition digitale est donc déterminant. Demain, celle-ci structurera votre action quotidienne. 4- La police que nous voulons sera également plus partenariale. Là encore, vos professeurs et vos tuteurs vous ont répété qu'un bon policier doit être en relation permanente avec son environnement. Pour prendre des décisions justes, pour élaborer des stratégies pertinentes, il vous faudra en effet recueillir un maximum d'informations auprès des élus locaux, des policiers municipaux, de la justice, des associations, des bailleurs et des services sociaux, des sociétés privées de sécurité, ou tout simplement de nos concitoyens. Je souhaite que vous ayez toujours à l'esprit cette dimension. Car on n'est pas efficace si on agit de manière solitaire, individuelle, si l'on ne consulte pas ceux dont l'expérience, la connaissance fine du terrain, peut constituer une aide précieuse. Ne perdez donc jamais de vue cette idée que, si la police joue un rôle déterminant, la sécurité est d'abord une coproduction. 5- Enfin, la police de sécurité du quotidien sera une police recentrée sur son coeur de métier. Mesdames et Messieurs les gardiens de la paix, si je vous demandais pourquoi vous avez choisi cette profession, je pense que peu d'entre-vous me diraient qu'ils se sont engagés pour remplir des formulaires administratifs, pour passer la moitié de leur temps dans des bureaux. Et pourtant ! C'est aujourd'hui trop souvent le cas de nombre de vos collègues. Notre volonté est de mettre fin à ce phénomène. C'est pour cela que je porte, avec ma collègue Garde des Sceaux, une grande réforme de la procédure pénale, qui vous donnera davantage de latitude dans vos enquêtes, qui allégera le formalisme des procédures. De même, vous ne vous êtes pas engagés je crois, pour voir les délinquants que vous interpellez ressortir sans être punis. Et pourtant ! Combien de personnes détenant par exemple du cannabis ne font même pas l'objet d'un rappel à la loi ? Combien d'auteurs de faits de harcèlement sont relâchés faute d'une législation adaptée ? Pour ne pas que cette situation perdure, nous voulons vous donner tous les moyens de punir ceux que vous arrêterez. C'est pourquoi, dans le cadre de la réforme de la procédure pénale, sera mise en place la forfaitisation de certaines infractions - comme la détention de cannabis ou le harcèlement. Cela ne signifie pas que vous ne pourrez pas placer les auteurs de ces infractions en garde à vue. Mais vous pourrez leur infliger une amende immédiate, ce qui sera à la fois moins chronophage et plus dissuasif. Voilà donc, Mesdames et Messieurs, les grands défis que vous aurez à relever dans les années à venir. Je n'oublie pas bien sûr que vous aurez à remplir bien d'autres missions comme la sécurisation d'événements publics et de manifestations, la lutte contre tous les trafics, la protection de certains de nos compatriotes. Mais vous ne devez jamais cesser d'avoir à l'esprit ces deux priorités, qui sont celles du Président de la République, celles du gouvernement, qui sont surtout les priorités des Français. Une nouvelle fois, je veux vous dire combien vous pouvez être fiers d'avoir choisi ce métier. Vous êtes les piliers de notre République, ceux qui, quand les crises frappent, maintiennent notre société unie. C'est pourquoi je veux vous faire part de la reconnaissance de toute la Nation. Parce qu'au quotidien, c'est vous qui faites vivre la République. Au quotidien, c'est vous qui faites vivre la France ! Merci à tous. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/580.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/580.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4c443b72c543cc98f02cc9537f56f9d77df21edf --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/580.txt @@ -0,0 +1 @@ +À l'invitation du gouvernement des Emirats arabes unis, le Président de la République française M. Emmanuel Macron a effectué une visite à Abou Dabi et Dubaï les 8 et 9 novembre 2017 à l'occasion de l'inauguration du musée du Louvre Abu Dhabi. Durant sa visite, le Président de la République française a rencontré Son Altesse Sheikh Mohammed Bin Rashid Al Maktoum, Vice-Président, Premier ministre, Ministre de la Défense des Emirats arabes unis et Emir de Dubaï, et Son Altesse Sheikh Mohammed Bin Zayed Al Nahyan, Prince héritier d'Abou Dabi, Vice-Commandant suprême des Forces armées des Emirats arabes unis. La cérémonie officielle d'inauguration du musée, le 8 novembre, après la signature de l'accord intergouvernemental du 6 mars 2007, a constitué un moment privilégié de célébration de la relation historique d'amitié et de coopération entre la France et les Emirats. Au-delà de l'approfondissement de notre partenariat culturel, cette visite marque une étape majeure dans l'affirmation d'une vision et d'une volonté communes, au service de la construction d'un monde plus sûr. La lutte contre le terrorisme est à cet égard un enjeu central et une priorité partagée. La visite du Président de la République à Abou Dabi aura permis la mise en oeuvre d'actions relatives aux domaines de l'éducation (I), de la culture et du patrimoine (II), de l'économie et de l'investissement (III), de l'environnement et de la lutte contre le changement climatique (IV), du spatial (V) de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme (VI) et de la coopération de défense (VII). I. Dans le domaine de l'éducation - Afin que l'Université Paris-Sorbonne Abu Dhabi (UPSAD), qui représente un potentiel majeur de rayonnement pour les deux pays, puisse contribuer pleinement, dix ans après sa création, aux objectifs poursuivis par les Emirats arabes unis en termes de développement de l'éducation et des savoirs une nouvelle feuille de route sera élaborée et adoptée d'ici le début de l'année 2018. - La France et les Emirats arabes unis travailleront à la réintroduction de l'enseignement de la langue française dans les écoles publiques émiriennes, à son développement dans les écoles privées, ainsi qu'au renforcement de la formation des enseignants. - Un accord de coopération a été signé entre l'Ecole nationale de la magistrature et le Département judiciaire d'Abou Dabi en vue de contribuer au perfectionnement des magistrats émiriens. - La France et les Emirats arabes unis ont annoncé le début prochain des travaux de construction de l'extension du Lycée Théodore Monod sur l'île de Saadiyat à Abou Dabi. II. Dans le domaine de la culture et du patrimoine - La France et les Emirats arabes unis ont confirmé leur contribution au fonds « ALIPH » créé par la conférence internationale d'Abu Dhabi sur la protection du patrimoine culturel en péril, organisée conjointement par les deux pays, le 2 décembre 2016. La contribution française s'élève à 30 millions de dollars dont 9 millions ont été versés. La contribution émirienne s'élève à 15 millions de dollars dont 4,5 millions ont été versés. - Les Emirats arabes unis ont annoncé un don de 5 millions d'euros à l'Institut du Monde Arabe à Paris, qui célèbre cette année son trentième anniversaire et joue un rôle essentiel dans la promotion du dialogue des cultures entre le monde arabe, la France et l'Europe. - Un accord de coopération culturelle a été signé le 9 novembre entre Mme Françoise Nyssen, ministre de la Culture, et Mme Noura Al Kaabi, ministre de la Culture et du Développement des Savoirs, afin de renforcer le dialogue culturel entre les deux pays à travers de nouvelles initiatives. III. Dans le domaine de l'économie et de l'investissement - Un memorandum d'entente a été signé le 9 novembre entre Mubadala Investment Company, CDC International Capital et Bpifrance, en vue de la mise en place de deux nouveaux fonds d'investissement conjoints à hauteur de 1 milliard d'euros au total, dont 500 millions d'euros seront consacrés à l'extension du premier fonds franco-émirien d'investissement créé en 2014 à hauteur de 300 millions d'euros entre la CDC International Capital et Mubadala, et 500 millions d'euros à des projets innovants dans les secteurs des technologies de l'information et de la communication, de l'écotechnologie et de la biotechnologie. - Un forum d'affaires franco-émirien a été mis en place, sous la co-présidence de M. Frédéric Sanchez, Président de MEDEF International du côté français et de M. Majid Saif Al Ghurair, Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Dubaï du côté émirien. Il vise à développer les échanges entre les entreprises françaises et émiriennes, en particulier les petites et moyennes entreprises. La première réunion du forum s'est tenue le 9 novembre, à Dubaï. - Dans la perspective de la participation de la France à l'exposition universelle de Dubaï, en 2020, le Président de la République Emmanuel Macron a annoncé que le thème retenu par la France pour l'exposition serait celui de la « mobilité ». Il a assisté le 9 novembre avec Son Altesse Mohammed Bin Rashid Al Maktoum à la signature du contrat de participation de la France à Dubai Expo 2020 par Reem Al Hashimi, ministre de la coopération internationale, et Erik Linquier, commissaire général de la France pour Dubai Expo 2020. IV. Dans le domaine de l'environnement et de la lutte contre le changement climatique - Les Emirats arabes unis ont confirmé leur participation au sommet sur le climat qui se tiendra à Paris le 12 décembre 2017. Ils ont également confirmé leur intention de rejoindre l'Alliance solaire internationale, lancée sur la base d'une initiative franco-indienne à l'occasion de la COP21. La France et les Emirats arabes unis développeront des projets conjoints dans le secteur des énergies renouvelables. Les deux pays ont enfin souligné le rôle fondamental de l'Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA), qui a son siège à Abou Dabi, dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, notamment dans la mise en oeuvre des stratégies de décarbonisation. V. Dans le domaine de la coopération spatiale - La France et les Emirats arabes unis ont signé une déclaration d'intérêt pour la création d'un Observatoire mondial sur le climat, dans la perspective du Sommet mondial sur le climat à Paris le 12 décembre 2017. Les deux pays développeront la coopération engagée dans le domaine spatial, dans le cadre du mémorandum d'entente signé en 2015 entre le Centre national d'études spatiales (CNES) et l'Agence spatiale des Emirats arabes unis (UAESA) et dans le prolongement des contacts établis par le CNES avec le Centre spatial Mohammed Bin Rached (MBRSC). VI. Dans le domaine de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme - La lutte contre le terrorisme constitue une priorité commune dans le cadre du partenariat stratégique entre la France et les Emirats arabes unis. Les deux pays poursuivront le travail engagé dans le cadre du groupe de travail « Alliance » de lutte contre le crime organisé transnational, lancé conjointement en février 2017, et renforceront leur coopération dans la lutte contre la radicalisation et l'extrémisme. Enfin, les Emirats arabes unis prendront part à la conférence internationale sur la lutte contre le financement du terrorisme organisée par la France en 2018. VII. Dans le domaine de la coopération de défense - Dans le cadre de la stratégie de développement des Forces navales des Emirats arabes unis, l'acquisition de deux corvettes multi-missions de type « GOWIND Combat » a été confirmée par les Emirats arabes unis. Celles-ci seront construites par l'entreprise française de haute technologie Naval Group, en partenariat avec Abu Dhabi Ship Building Company (ADSB). Cette collaboration comprend également une option pour la commande de deux vaisseaux supplémentaires auprès de Naval Group. En conclusion, les Emirats arabes unis et la France ont souligné l'importance d'approfondir davantage et de renforcer leur coopération bilatérale et leur partenariat dans tous les domaines dans les années à venir. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/581.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/581.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..94c9a2512bdf00d26e54fbb8b5095beed00f9788 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/581.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs les Maires, Monsieur le Directeur de la Gazette des Communes, M. Guillaume Doyen, Mesdames et Messieurs les Directeurs généraux, Mesdames et Messieurs, Je suis particulièrement heureux d'ouvrir ce matin les seconds États généraux de la Sécurité locale. Je tiens à remercier Guillaume Doyen, Directeur de la Gazette des communes pour son invitation. Je veux saluer l'ensemble des partenaires de cet événement et en particulier le Forum français de la sécurité urbaine que, comme ancien Maire de Lyon, je connais bien. Je vous remercie vous, élus, directeurs généraux, directeurs généraux adjoints, de votre présence nombreuse. Je l'interprète comme le signe de l'intérêt croissant des acteurs locaux pour cette question majeure qu'est la sécurité. Mesdames et Messieurs, Si je tenais à m'exprimer devant vous, c'est parce que j'ai la conviction qu'assurer la protection des Français passe par une coopération étroite entre État et collectivités territoriales, entre État et acteurs locaux. Mon expérience de Maire de Lyon m'a en effet appris que ce sont les élus, les conseils de quartiers, les associations qui, par leurs actions de terrain, possèdent la connaissance la plus fine de l'état de la délinquance. Pour l'État, pour les forces de sécurité, il est donc indispensable de travailler avec vous. C'est précisément dans cet état d'esprit que je suis parmi vous ce matin. Pour dialoguer. Pour trouver ensemble les voies d'une action commune. Nous avons en effet une responsabilité partagée qui doit nous conduire à faire bloc pour assurer ce qui se trouve au fondement de tout progrès économique, social, humain : la tranquillité publique. Entendons-nous bien. Je n'affirme pas ici qu'il faille remettre en cause le modèle français de sécurité qui, reposant sur deux forces nationales, confère au seul État le rôle de garant du « monopole de la violence légitime », pour reprendre une terminologie wébérienne. Ce modèle a fait ses preuves quand il a fallu traquer les auteurs d'attentats. Il a fait ses preuves quand il a fallu récemment rétablir l'ordre public suite aux épisodes cycloniques de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. A contrario, les exemples de polices très décentralisées ont montré leurs limites face aux attaques de masse : que l'on songe aux attentats de Barcelone et de Cambrils, que l'on pense à la fusillade de Las Vegas aux États-Unis. Ce que je tiens à souligner toutefois, c'est que nous devons faire bouger le curseur. Ne pas concevoir la sécurité comme une simple émanation de l'État. Mais bien, pour utiliser un terme cher au Forum français de sécurité urbaine, comme une coproduction d'un panel de plus en plus large d'acteurs. C'est cette coproduction que je tiens à évoquer ce matin. En concentrant mon propos sur deux thématiques, définies par le Président de la République comme des priorités du quinquennat : - la lutte contre le terrorisme et la prévention de la radicalisation d'une part, - l'action pour la sécurité du quotidien d'autre part. La lutte contre le terrorisme et la prévention de la radicalisation, d'abord. Les attentats qui ont hélas frappé notre pays ces derniers mois, nous apprennent deux choses fondamentales. Premièrement, la menace demeure extrêmement forte. Je rappelle que depuis le début de l'année, outre les attentats de Marseille et des Champs-Élysées, 8 tentatives d'attentats ont eu lieu, auxquelles il convient d'ajouter 13 attentats déjoués par nos services. Deuxièmement, cette menace a changé de nature. Hier, les attaques étaient commanditées depuis les zones que contrôlait Daech en Syrie ou en Irak. Aujourd'hui, alors que cette organisation enregistre des pertes majeures, on assiste au développement d'un terrorisme endogène, œuvre d'individus isolés ou agissant en petits groupes qui, dans nos villes, dans nos quartiers, se radicalisent le plus souvent sur Internet, avant finalement de passer à l'acte. Face à l'ampleur de ce phénomène, qui se compte en milliers puisque 12 000 personnes sont suivies au titre du FSPRT (Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste), l'État, nos forces de sécurité, ne peuvent agir seuls. Car si nos services de renseignement, nos policiers, nos gendarmes, repèrent et suivent un certain nombre d'individus, ils ne peuvent être présents dans le détail de chaque quartier, dans l'intimité de chaque immeuble. C'est pour cela que nous avons plus que jamais besoin des acteurs locaux. Qui mieux en effet qu'un élu peut déceler un changement d'ambiance dans sa commune, dans son quartier ? Qui mieux qu'un travailleur social suivant au quotidien un individu peut mesurer chez lui une évolution soudaine de comportement ? Qui mieux qu'un citoyen peut repérer des conduites étranges dans son voisinage, dans son entourage ? Tous vigilants ! Tel doit être, comme l'a souligné à plusieurs reprises le Président de la République, notre mot d'ordre face à la menace terroriste. Il ne s'agit pas d'entrer dans un état de surveillance généralisée. Mais de sensibiliser tous les acteurs qui, par leurs fonctions, par leurs professions, se trouvent en première ligne pour déceler ces « signaux faibles » permettant de détecter la radicalisation d'un individu. Vous agissez déjà avec détermination, et j'ai à l'esprit beaucoup d'initiatives qui, de Bordeaux à Sarcelles, visent à accompagner les familles qui suspectent, chez leurs enfants, un phénomène de radicalisation. Vous pouvez, depuis la loi promulguée le 31 octobre, agir encore davantage, par exemple en signalant aux préfets des lieux de culte où seraient diffusées des idées proches des mouvances terroristes, en vue de leur fermeture administrative. Je veux ici vous assurer que l'État continuera à vous accompagner dans cette lutte contre la radicalisation. Au travers de ses compétences propres : il est par exemple évident que les personnels de l'Education nationale, les chefs d'établissement doivent être mobilisés plus qu'ils ne le sont déjà. En vous soutenant financièrement : ainsi, le Fonds interministériel pour la prévention de la délinquance et de la radicalisation (FIPDR) sera abondé en 2018 de 73 millions d'euros, afin de soutenir les projets innovants que vous pourrez porter. Il faut donc prévenir les attentats, en agissant à la source. Il faut aussi savoir protéger nos concitoyens dans le cas où des individus passeraient entre les mailles du filet, en faisant en sorte de mieux sécuriser les espaces publics. Là encore, l'État prend ses responsabilités. Et si nous avons prévu dans la loi que j'évoquais, la possibilité d'établir des zones de protection à l'occasion de grands événements comme le marché de Noël de Strasbourg, comme la fête des Lumières de Lyon, c'est précisément pour garantir ce haut niveau de sécurité. Mais là encore, les collectivités locales ont un rôle décisif à jouer, notamment en matière de prévention situationnelle. J'étais il y a quelques semaines à Nice où le Maire organisait un grand forum international réunissant les villes de l'arc méditerranéen touchées par les attentats. À Nice, la municipalité a pleinement tiré les leçons du tragique attentat du 14 juillet 2016 en sécurisant la Promenade des anglais grâce à des équipements anti-intrusion à la fois esthétiques et fonctionnels. Le Commissaire européen à la sécurité Julien King, qui était présent lors de ce forum, a annoncé que la Commission européenne développerait des fonds pour aider les villes à sécuriser les espaces marqués par d'importants flux de personnes ou accueillant de grands événements. Les villes et les communes de France doivent s'en saisir. Oui, je vous invite à présenter auprès des institutions européennes des projets de sécurisation de vos places, de vos allées. Si la sécurité a un coût, elle ne doit pas avoir de prix. Le second thème que je souhaite aborder, c'est la sécurité du quotidien. Vous, élus et acteurs locaux, êtes les premiers concernés par ce sujet. Car si la protection des Français est une compétence régalienne, je sais par expérience que, quand l'insécurité progresse dans une ville, c'est vers l'État que le citoyen se tourne, mais c'est aussi son Maire qu'il apostrophe. Or, même si, en France, la délinquance se stabilise, même si souvent elle régresse et je pense en particulier à la baisse du nombre de vols à main armés - -24% en un an, il n'en reste pas moins qu'elle demeure encore trop importante. Ces dix derniers mois, on dénombre ainsi en France 73 000 vols violents, 198 000 cambriolages, 130 000 vols de véhicules et 186 000 coups et blessures volontaires. Il y a les chiffres. Et puis il y a cette réalité qui vous est décrite au quotidien par vos concitoyens. Le quartier dans lequel on se sent menacé. Des adolescents qui dysfonctionnent. La peur de jeunes filles d'être interpellées voire menacées. Cette réalité, elle provient bien sûr du fait que, pendant une période on avait réduit le nombre de policiers 12 500 postes supprimés entre 2007 et 2012. Elle est aussi liée au fait que, durant ces mêmes années, on avait privilégié une police d'intervention sur une police de maintien de l'ordre. Eh bien l'objectif que ce gouvernement s'est fixé avec la police de sécurité du quotidien, c'est de remédier à cela. C'est de remettre des policiers, des gendarmes, sur la voie publique. Car il s'agit du seul moyen de dissuader les délinquants et de rassurer les populations. Pour ce faire, ce gouvernement agit sur le plan quantitatif. Et vous savez que 10 000 postes de policiers et de gendarmes. Il s'agit d'un engagement fort, à l'heure où les dépenses publiques baisseront de 15 milliards d'euros dès l'année prochaine. Il y a ensuite les aspects qualitatifs. Là aussi, nous voulons porter une réponse forte. En repensant le cadre d'exercice des missions de police. En inventant, avec la mise en place de la Police de Sécurité du Quotidien, la police de demain. Nous devons d'abord imaginer une police sur-mesure. Vous le savez mieux que personne : il est des quartiers ou des patrouilles ponctuelles peuvent suffire. Au contraire il en est d'autres où une présence permanente est nécessaire, de jour comme de nuit. Tout cela demande de pouvoir ajuster en permanence les effectifs aux contextes locaux. Pour y parvenir, notre volonté est de donner davantage de pouvoir aux acteurs de terrain en déconcentrant certaines décisions aux directeurs départementaux, et même aux commissaires et aux chefs de groupement. Déconcentrer. Et pourquoi pas, instaurer une dose de décentralisation ! Car si les Maires savent nouer un lien étroit avec les dirigeants locaux des forces de sécurité, alors ils pourront être en capacité de peser sur leurs décisions. Nous devons ensuite travailler à une meilleure répartition des tâches entre les différents acteurs du monde de la sécurité. Il y a d'abord l'articulation entre les 150 000 policiers nationaux et les 21 000 policiers municipaux, les 9 000 agents de sécurité sur la voie publique (ASVP), et les 870 garde-champêtres. Bien des avancées ont récemment eu lieu sur ce sujet. Et je pourrais citer de nombreuses villes où police nationale et police municipale coopèrent en bonne intelligence, sans que l'une soit devenue la supplétive de l'autre. C'est le cas à Lyon où, la police municipale, qui est désormais armée, prête main-forte à la police nationale dans certains quartiers politique de la ville. C'est aussi le cas à La Rochelle, où la police municipale est mobilisée la nuit, en renfort des policiers nationaux. Comme le mentionne l'intitulé d'une de vos tables rondes, l'enjeu aujourd'hui est de valoriser ces expériences, de diffuser ces bonnes pratiques. Vous pouvez compter sur moi, sur le Ministère de l'Intérieur, pour y contribuer. Il y a ensuite la question de la répartition des tâches entre police nationale, police municipale et acteurs de la sécurité privée. En ce domaine, les marges de progrès demeurent importantes. Est-ce par exemple normal que des transferts de détenus mobilisent de nombreux policiers nationaux formés pour enquêter, sécuriser la voie publique, pour interpeller ? Est-ce normal qu'il en soi de même pour certaines gardes statiques ? Pour réfléchir à ces questions, j'ai décidé de lancer dans les semaines à venir une mission parlementaire autour du continuum de sécurité. Avec une volonté : ne rien s'interdire, étudier l'ensemble des pistes possibles. Notre ambition est aussi de construire une police plus connectée. Je crois beaucoup à la transition numérique initiée par le Président de la République. Pour une raison simple : c'est que, dans le domaine de la sécurité comme dans bien d'autres domaines, elle va permettre de dégager du temps utile. Prenons par exemple les tablettes NEO, qui équiperont l'ensemble de nos forces (115 000 tablettes au total) d'ici la fin de l'année 2019. Elles permettront, lors d'une interpellation, de consulter directement certains fichiers là où, aujourd'hui, il faut souvent multiplier les appels radio, quand ce n'est pas retourner au commissariat. Autre exemple : les systèmes de vidéoprotection qui sont déployés dans deux tiers des villes de plus de 15 000 habitants et que l'État va continuer à soutenir financièrement. Mon expérience m'a montré qu'ils constituent un moyen très utile pour éviter des tournées de repérage, des patrouilles inutiles, pour rendre le travail de la police plus efficace. Voilà un apport très concret de la Police de Sécurité du Quotidien : moins de policiers et de gendarmes au téléphone ou occupés à des trajets inutiles, mais davantage de policiers et de gendarmes sur la voie publique. Enfin, nous mettrons tout en œuvre pour faciliter l'exercice des missions de policiers. Aujourd'hui que nous disent-ils ? Ils nous disent être empêchés d'agir par des cadres procéduraux trop rigides. Ils nous disent être bloqués dans leurs bureaux pour remplir des papiers dont ils jugent qu'ils ne servent à rien. Ils nous disent aussi être découragés parce que, faute de réponse pénale adaptée, les délinquants qu'ils interpellent sont trop souvent relâchés, et qu'on les retrouve pour reprendre la thématique d'une de vos tables rondes dans les halls d'immeubles, là où précisément ils avaient été arrêtés. La volonté du gouvernement est de répondre méthodiquement à chacun de ces dysfonctionnements. C'est pourquoi dès le premier semestre 2018, nous mettrons en oeuvre, avec ma collègue Garde des Sceaux, une grande réforme de la procédure pénale. Celle-ci prévoira le développement de circuits-courts de sanction, comme la forfaitisation de certaines infractions, ce qui sera à la fois moins chronophage pour les policiers et plus dissuasif pour les délinquants. Elle engagera aussi la simplification des cadres d'enquête afin d'alléger le fardeau administratif qui pèse sur nos forces, mais ne satisfait ni les enquêteurs ni les magistrats. Sur-mesure, partenariale, connectée, plus efficace : voilà, Mesdames et Messieurs, les quelques grands axes qui structureront cette Police de Sécurité du Quotidien. Je veux, si vous me le permettrez, mentionner encore deux points décisifs. Premier point : cette police sera dotée de tous les moyens nécessaires pour agir en matière d'équipements et de matériel. Un chiffre : alors que l'enveloppe consacrée à l'achat d'armes, de protections, de véhicules, s'établit en moyenne à 100 millions euros pour les dernières années, elle sera portée dès 2018 à 150 millions d'euros, et nous nous engageons à la pérenniser à ce haut niveau pour les trois années suivantes. Second point : cette nouvelle manière de penser la police, nous voulons l'imaginer avec vous, avec l'ensemble des acteurs locaux. Vous le savez, j'ai lancé la concertation autour de ce projet à La Rochelle. J'aurais pu le faire depuis la Place Beauvau, avec les grands dirigeants de nos forces de sécurité, avec des experts, avec des universitaires. Mais j'ai choisi La Rochelle. Pourquoi ? Parce que je voulais souligner que cette Police de Sécurité du Quotidien, nous voulons la construire, nous voulons la faire grandir, à partir du terrain. C'est pour cela que j'ai adressé un questionnaire à nos 250 000 forces de sécurité. C'est pour cela aussi que j'attends de l'ensemble des acteurs locaux, des grandes associations d'élus, qu'elles contribuent à ce grand débat, en faisant remonter leurs propositions sur le rôle des collectivités dans les politiques de sécurité publique. Il y a bien sûr le cadre de la loi du 5 mars 2007, qui prévoit que le Maire réunit et préside les Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance. Mais, on le sait, celle-ci n'est pas appliquée de la même manière sur le territoire national. Alors, n'hésitez pas à exprimer vos attentes sur ce beau projet. N'hésitez pas à exprimer quelle est votre vision de la doctrine opérationnelle qui sera expérimentée prochainement dans une quinzaine de territoires. Soyez-en sûr : je serai très attentif aux propositions que vous formulerez. Voilà, Mesdames et Messieurs, les quelques thèmes que je tenais à aborder en ouverture de ces seconds États Généraux de la Sécurité locale. J'ai volontairement privilégié dans ce propos les actions de court et de moyen terme, parce qu'elles sont au coeur des missions du Ministère de l'Intérieur et parce qu'elles occuperont l'essentiel de vos débats aujourd'hui. Mais, vous le savez, faire baisser durablement délinquance passera nécessairement par des mesures de long terme. Par des politiques de développement économique, permettant à chaque Français de trouver un emploi. Par des programmes ambitieux mixité sociale, pour faire en sorte que notre société ne se divise pas, ne se fracture pas. C'est aussi tout cela que les collectivités locales portent, c'est aussi tout cela que vous devez continuer à porter ! Des perspectives positives. Des réalisations mobilisatrices. Un projet de société. Oui, c'est en sachant, dans tous nos territoires, créer le mouvement, enclencher des dynamiques, que nous pourrons garantir durablement la tranquillité publique. Bons États généraux à tous ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/582.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/582.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fe5e6fc5945000828cfd1e790bfa87ff15fc2e53 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/582.txt @@ -0,0 +1 @@ +Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Députés et les Sénateurs, Monsieur le Président du Conseil régional, cher Xavier, Monsieur le Président du Conseil départemental, Monsieur le Président de la Métropole de Lille, Messieurs les Maires, Monsieur le Maire de Roubaix, merci pour votre accueil et merci pour celles et ceux qui nous accueillent aujourd'hui dans ce lieu formidable d'innovation et d'ambition. Monsieur le Maire de Tourcoing, Monsieur le maire de Wattrelos, merci pour ce périple partagé ce matin. Monsieur le Préfet, Mesdames et Messieurs les acteurs de la politique de la ville, Mesdames et Messieurs. Je vais vous dire combien depuis 24h quasiment maintenant je suis heureux d'être avec plusieurs d'entre vous, à Clichy, hier, à Roubaix, hier soir, à Tourcoing, ce matin, à nouveau, à Roubaix maintenant, pour partager un peu de cette ambition commune, de ce qu'il est convenu d'appeler la politique de la ville. Cela fait 40 ans de politique de la ville. 40 années de combats, de mobilisations, 40 années de passions et je parle avec beaucoup d'humilité devant des femmes et des hommes qui ont passé des décennies de leur vie à se battre dans les Hauts-de-France ou dans d'autres territoires de notre pays pour cette politique. Il y a eu des formidables succès, les plans de rénovation urbaine en sont un, cher Jean-Louis [Borloo]. Il y a eu des territoires qui se sont transformés, et puis, il y a eu aussi des échecs, des coups d'arrêt, des moments de doute, des incertitudes, il y a une pauvreté, une exclusion sociale qui est toujours présente, il y a cette terre de contrastes qui fait notre pays aujourd'hui, et nous l'avons vu à Clichy ensemble hier, nous le revoyons, là, où les défis profonds de la politique de la ville viennent se frotter avec des promesses formidables d'innovation et d'ambition économique comme ce lieu. Et je dois dire que la constance que les acteurs de la politique de la ville ont eue durant toutes ces décennies, que vous avez eue en tant qu'élus, responsables d'associations, bénévoles, entreprises, dirigeants, services de l'Etat, l'enthousiasme que j'ai vu sur le terrain et que je n'ai jamais cessé de voir, et les traces, les preuves d'innovation qu'il y a partout dans nos territoires, y compris les plus en difficulté, me rendent optimisme, mais à une condition, c'est que nous arrivions à déclencher la mobilisation générale qui répond au défi immense qui est le nôtre. Ce défi immense de la politique de la ville, c'est celui en quelque sorte de territoires qui ont concentré toutes les difficultés, les difficultés de l'enclavement géographique, nous étions ce matin à la Bourgogne, à Tourcoing, et nous avons vu ce territoire bloqué entre des lignes naturelles qui l'empêchent de se développer, de s'ouvrir, de communiquer, mais ce sont des difficultés qui se sont mariées avec les chocs, les transitions économiques de la mondialisation, qui a fracassé profondément certains territoires, et fait que le chômage de masse s'y est installé, depuis parfois plusieurs décennies, et que nous n'avons pas su relever ces défis en reconstruisant, de manière rapide, un véritable avenir pour les habitants des territoires qui avaient été alors fracassés. Et bien souvent, nous ajoutons à ces territoires en difficulté des difficultés supplémentaires en concentrant les personnes en situation de grandes difficultés, les primo-arrivants, comme on les appelle, ou celles et ceux qui sont éligibles à ce qu'on appelle aussi le DALO. On le voit bien, il y a des territoires de la République où on a, en quelque sorte, concentré toutes les difficultés, celles-ci se sont d'autant plus accrues que depuis plusieurs décennies, nous avons des fractures au sein de notre territoire, qui sont liées à la transformation économique et sociale que nous vivons, qui est liée à cette mondialisation galopante et à la métropolisation. La métropolisation, c'est une chance, c'est une transformation qu'on voit partout dans le monde, mais c'est aussi un défi parce que ces centres productifs et de réussite ont dans leur sein des quartiers en profonde difficulté, où la densité est celle de métropoles, où les conflits d'usage sont ceux de la métropole, où les difficultés de mobilité, de concentration sont celles d'une métropole, mais qui n'ont pas les morceaux de richesses qu'il y a dans le coeur métropolitain. Et donc le défi qui est le nôtre est aussi de réussir à faire rayonner ces métropoles, à répartir mieux la richesse, à ce que cette responsabilité des métropoles puisse pleinement agir et rayonner sur tout le territoire métropolitain, et non pas accélérer les inégalités et les fractures que nous voyons poindre. Mais parce que, aussi, toute la société française s'est, depuis la fin des Trente Glorieuses, enfermée dans un modèle de plus en plus statutaire. La mobilité économique et sociale qui allait avec la promesse républicaine est de moins en moins vraie, aujourd'hui, on est plus déterminé par sa famille, par le quartier où on est né qu'il y a trente ans pour accéder à une grande école ou un poste à responsabilité dans l'entreprise. Parce que les difficultés que nous avons connues depuis trente ans ont conduit à créer ce que j'ai souvent appelé une société de statut, où le déterminisme social est plus fort, et où l'assignation à résidence est aussi devenue plus grande. Et donc si nous ne faisons rien, ou si nous continuons à avoir des politiques qui seraient en quelque sorte spécifiquement dédiées à des quartiers, parce qu'ils sont définis comme étant en difficulté, pour toute éternité, ou spécifiquement dédiées à des personnes, parce qu'elles seraient condamnées à ces difficultés, nous resterons dans cette société statutaire où la réussite est pour une aristocratie économique, qui aurait seule droit à l'innovation, à l'excellence des compétences, et où il y aurait toute une autre partie de notre société qui, elle, aurait le droit, en quelque sorte, à des dispositifs aidés ou à la subvention publique. C'est l'ensemble de ces défis qui sont concentrés dans ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui la politique de la ville, dans nos quartiers les plus en difficulté, alors pour répondre à ces défis, vous ayant entendu, ayant entendu l'appel dit de Grigny, que plusieurs d'entre vous ont initié ou contribué à signer, mais ayant entendu aussi depuis plusieurs mois vos voix sur le terrain, je voudrais partager quelques convictions, non pas vous imposer toute une série de solutions, d'instruments, d'outils, quelques convictions profondes, la première, c'est que l'Etat ne sait pas tout. Et que, bien souvent, la difficulté, que vous, acteurs de terrain, vous avez perçue sur ces sujets, que vous vivez, que, d'ailleurs, tous les élus du territoire m'ont aussi redit hier, c'est qu'il y a besoin de co-construire ces solutions. Et donc de les préparer, de les discuter, d'y travailler, de les construire avec les élus, l'ensemble des collectivités territoriales, mais de le faire aussi avec les habitants qui, depuis plusieurs années, se sont mobilisés dans les comités de quartiers, dans les conseils citoyens, dans toutes ces associations qui font ces points de maille, en quelque sorte, sur le terrain, et font parfois que, lorsque tout est abandonné, ça ne craque pas. Et donc ça n'est pas une politique spécifique avec des outils que je suis venu vous présenter aujourd'hui, c'est une première conviction qui est de dire : nous allons la co-construire, parce que je ne vous parle pas comme à des citoyens de seconde zone, à qui il faudrait donner une politique dédiée, parce qu'ils n'auraient pas le droit au reste. Mais parce que l'idée que je me suis toujours faite des quartiers les plus en difficulté et de celles et ceux qui habitent les villes les plus pauvres, les plus blessées et les plus meurtries de notre territoire, c'est que ce sont des enfants de la République. C'est qu'ils ont droit à la même réussite que les autres, c'est qu'ils ne me demandent pas d'ailleurs de l'aide, des subventions, des contrats de seconde zone, des dispositifs spécifiques, ils veulent qu'on leur apporte la possibilité d'accéder à la même chose que les autres. La deuxième conviction, c'est que, on réussira quand il n'y aura plus ce mot de politique de la ville, mais une ambition de toutes nos politiques publiques qui se déclinent dans les quartiers les plus en difficulté, et c'est pourquoi la responsabilité est immense des ministres, ici, qui m'accompagnent qui ont la charge de cette stratégie, mais c'est tout le gouvernement qui doit être mobilisé, parce que quand l'école n'est pas au rendez-vous, quand la République et toutes ces politiques publiques ne sont pas au rendez-vous, il n'y a pas de vrai redressement moral, indispensable pour les quartiers les plus en difficulté. Et puis, je voudrais aussi tordre le cou à une idée qui en ce moment fait fureur, c'est qu'il y aurait en quelque sorte une politique économique ambitieuse pour les gens qui réussissent, et puis, que quand on vient dans les quartiers en difficulté, on viendrait parler d'une politique sociale, parce que les gens des quartiers n'auraient pas droit à la politique économique. Je ne sais pas ce que ça veut dire, moi, avoir une politique pour les riches, je sais simplement que quand il n'y a pas une économie qui tire tout le pays en avant, quand il n'y a pas des entrepreneurs qui réussissent, quand il n'y a pas des gens qui réinvestissent dans l'économie, les quartiers les plus en difficulté ne se portent pas bien. Et quand on incite les gens à aller plus loin, mais à le faire en réinvestissant sur le territoire, en réinvestissant dans leurs entreprises, en ayant une vraie responsabilité sociale et économique, ce qui est le cœur du projet du gouvernement, de la politique aujourd'hui conduite, pas une politique pour quelques-uns, et on ne viendrait pas faire, là, un virage pour quelques autres, c'est en effet cette cordée dont j'ai parlé, mais c'est aussi le fait que la simplification, l'accélération de nos procédures, une politique favorable à l'entrepreneuriat, à la mobilité économique, une politique d'ambition pour les entrepreneurs et les entreprises, elle doit aussi tirer tous ces quartiers en difficulté. Et elle est ce qui permet aussi de financer une politique sociale, parce qu'il n'y a aucune politique sociale qui ne puisse tenir, il n'y a aucun investissement public dans les personnes qui ne puisse tenir s'il n'y a pas une réussite économique à la clé qui la porte, qui permette de la financer, et le lieu où nous nous trouvons en est le formidable symbole, qui a permis la réussite dans un quartier en difficulté d'une formidable entreprise de jeux vidéo et d'innovation, et qui a aussi incité, par l'esprit de responsabilité, ces mêmes acteurs à réinvestir sur le terrain et à en tirer d'autres ; c'est donc une politique d'ensemble, la cohérence d'une ambition pour le pays que je suis venu, ici, exprimer. Il n'y a pas des citoyens de seconde zone qui auraient l'exclusivité d'une politique sociale ou à qui il faudrait simplement parler en termes de dépenses publiques, il y a partout dans notre pays une société à mettre en mouvement pour la faire réussir, et quand la mobilité économique et sociale est bloquée, les premières victimes, ce sont celles et ceux qui vivent dans les quartiers en difficulté, quand l'école ne marche plus, les gens qui ont les moyens sortent leurs enfants de l'école de la République, ils vont les mettre ailleurs, quand le marché du travail ne fonctionne plus, les premières victimes, ce sont les moins bien formés, ce sont les plus jeunes. Donc ne vous y trompez pas, oeuvrer pour une économie plus forte, pour plus de mobilité, c'est oeuvrer, d'abord et avant tout, pour celles et ceux qui sont le plus en difficulté, parce que ce sont les premières victimes de nos échecs. Au total, vous l'avez compris, ce que je crois de la politique de la ville, ce que je suis venu aujourd'hui vous dire, vous ayant entendu, c'est que c'est une mobilisation de toute la nation qui seule peut répondre au défi immense que je viens d'évoquer, cette mobilisation nationale pour les villes et pour les quartiers, elle doit être celle du gouvernement, des collectivités territoriales, des associations, des entreprises, des intellectuels, c'est celle-ci que je veux aujourd'hui, avec vous, déclencher, avec un plan de bataille clair, avec une mobilisation pleine et entière. Aujourd'hui, nous ne pouvons pas accepter que plus de 40 % des habitants de nos quartiers soient sous le seuil de pauvreté, que le taux de chômage soit près de trois fois supérieur aux autres territoires, que moins de la moitié des femmes soient en activité et, lorsqu'elles le sont, dans des emplois fragmentés, précaires, que les enfants de ces quartiers aient une réussite au brevet des collèges de huit points inférieure à celle de leurs homologues de la ville voisine, que les quartiers politiques de la ville comptent deux fois moins de médecins que leurs ville d'appartenance, que les quartiers politique de la ville comptent près de cinq fois moins de crèches, sans parler des bureaux de Poste qui ont fermé, des transports qui tardent à arriver, des bibliothèques aux horaires inadaptés. Il y a donc une responsabilité immense de l'Etat pour y parvenir, de l'Etat, des élus de terrain accompagnés et des associations qu'il faut aussi porter, et je veux le faire dans deux grandes directions. La première, c'est de ramener le droit commun dans les quartiers, afin que chacun ait accès aux mêmes services, afin que nul n'ait le sentiment d'avoir été abandonné par la République et puisse le lui reprocher. Et donc le socle premier, la base, c'est de redonner ce que Simone WEIL appelait l'effectivité des droits des citoyens dans les quartiers, quand on n'a plus accès à une bibliothèque publique, quand on n'a plus de bureau de Poste dans son quartier, quand l'école n'est plus au rendez-vous, la République ne peut pas être exigeante avec les enfants des quartiers qui y vivent. Je veux être exigeant avec chacune et chacun, et j'y reviendrai, mais donc on doit rétablir ce socle minimal qui a parfois été abandonné, ça veut dire aussi savoir le mesurer, le suivre, l'évaluer et être transparent, y compris sur nos propres échecs aujourd'hui. Et puis, le deuxième axe, c'est l'émancipation des habitants, on a depuis très longtemps une priorité qui a été d'avoir une politique territorialisée, de s'occuper justement des quartiers, des espaces et il ne faut pas abandonner cela, ici, on ne serait sans doute pas là pour en parler s'il n'y avait pas une zone franche urbaine qui a permis aux activités de se déployer. Il faut continuer cette politique, mais on a oublié qu'il y avait des gens, et les gens, ils veulent pouvoir bouger, ils veulent pouvoir évoluer dans la société, par l'école, par la réussite économique, sociale, par la mobilité physique, et c'est cette deuxième priorité, plus neuve quant à elle, que je veux aussi pouvoir poursuivre avec vous. Les acteurs associatifs verront les crédits de la politique de la ville, qui financent leurs actions sanctuarisés pour tout le quinquennat, et j'ai demandé à ce que les préfets veillent à ce que les contrats aidés qui, en 2018, seront de 200.000 et seront maintenus à ce niveau, je me suis longuement exprimé tout au long de ces deux jours sur ce sujet, soient prioritairement affectés aux territoires les plus fragiles, aux acteurs associatifs et à l'ensemble des acteurs justement de ces politique. Je veux aussi dire aux collectivités territoriales que les dotations spécifiques aux collectivités, ayant de nombreux quartiers populaires, seront maintenues, notamment la dotation politique de la ville, et la dotation de solidarité urbaine, elle sera même augmentée cette année à hauteur de 90 millions d'euros, et cela, avec, pour la première fois depuis sept ans, une politique de maintien durant le quinquennat des dotations aux collectivités territoriales. C'est une politique de responsabilité partagée, nous allons rompre avec une politique où, année après année, on baissait les dotations de manière unilatérale, ce qui ne donnait plus de visibilité, ce qui avait pour conséquence d'avoir comme premières victimes les collectivités qui étaient les plus en difficulté, pour passer à une politique de visibilité, de contrats : les 319 plus grandes collectivités négocieront un contrat avec l'Etat avec le maintien des dotations de fonctionnement, et dans le même temps, un engagement pour faire des économies intelligentes dans la durée pour pouvoir, ensemble, réussir justement à réduire notre dépense publique, notre endettement, parce que c'est ce que nous devons à la fois à nos jeunes et à nos enfants, mais le faire sans casser les politiques que nous conduisons, le faire sans que cet ordre vienne d'en haut, soit unilatéral, instable, négocié chaque année de manière différente. Cette visibilité quinquennale, avec un maintien des dotations, en particulier de la DGF pour tous, se mariera avec cette ambition pour la politique de la ville. Dès 2018, ce message sera clairement passé, avec un maintien de tous les engagements en faveur des communes particulièrement concernées par la politique de la ville. J'ai pris cet engagement hier, lorsque j'ai réuni à l'Elysée, avant ces déplacements, les acteurs des politiques de la ville : les évaluations sont en cours et les quelques collectivités qui perdraient seront compensées. Personne ne perdra, dans les communes concernées par la politique de la ville, le moindre crédit sur 2018. Les difficultés économiques et sociales des collectivités territoriales, dont celles ayant une majorité de populations en quartiers politiques de la ville, seront prises en compte dans cette contractualisation sur la maîtrise des finances publiques que j'évoquais, et cette contractualisation doit être intelligente, prendre en compte les difficultés, portée par les égions et l'ambition économique d'apprentissage, par les départements, qui je le sais et c'est vrai en particulier pour le département du Nord, ont des difficultés avec le financement des dépenses sociales, comme par les communes qui auront à signer ces contrats. Le premier socle, cette première priorité que j'évoquais, c'est donc l'effectivité des droits, c'est de remettre la République au coeur de nos quartiers, et la première mission, c'est bien évidemment la sécurité, c'est pour cela que sur les 10.000 créations d'emplois de policiers, de gendarmes du quinquennat, dont les deux tiers seront pris sur les deux prochaines années. Nous concentrerons les efforts bien évidemment dans les quartiers les plus en difficulté, il n'est pas normal qu'une zone prioritaire, comme celle que vos deux communes partagent, ait vu diminuer ses effectifs de police. Cela sera donc compensé dès l'année prochaine par les choix qui sont faits, mais ce sont aussi dans ces quartiers les plus en difficulté que nous allons expérimenter la police de sécurité du quotidien, l'indispensable réponse justement aux problématiques que vous vivez. Cette police de sécurité du quotidien, c'est celle qui permettra, entre les missions d'ordre public et les missions d'intervention, légitimement conduites aujourd'hui et qui continueront à être déployées, qui permet une présence en continu au plus près du terrain de nos policiers, avec des stratégies et des solutions de sécurité négociées avec les élus, avec les associations de quartiers et qui répondent justement au sentiment d'insécurité et à la réalité connue par nos concitoyens. Depuis la disparition de la police de proximité, nous avions perdu cette capacité d'avoir une autre forme de présence policière qui rassure nos concitoyens et qui fait aussi que la relation entre la population et nos forces de police n'est plus la même ; elle se construit dans la durée, elle est aussi une forme d'accompagnement avec un rapport à l'autorité et à l'ordre de la République. Plus de moyens, la police de sécurité du quotidien avec les premières expérimentations qui privilégieront ces quartiers, mais aussi des structures, les centres de loisirs jeunesse de la police nationale, qui accueilleront des jeunes de 9 à 17 ans en décrochage scolaire, ils bénéficieront d'un apprentissage des règles, pourront changer de regard justement sur la police et la nécessaire discipline civique à travers une éducation à la citoyenneté. Le réseau des délégués, cohésion, police, population formera aussi une autre structure, il se composera de policiers retraités, chargés de renforcer le lien entre la population, les acteurs de terrain et les services de police. Nous associerons les conseils citoyens à l'élaboration du diagnostic par territoire, pour la mise en place de cette police de sécurité du quotidien, et l'objectif est qu'elle réponde pleinement à ce que vous vivez dans les quartiers les plus en difficulté. Cette transformation, cette réorganisation s'accompagnera aussi de vrais changements de notre politique pénale. Dans les quartiers les plus en difficulté, on le sait très bien, il y a aujourd'hui des délits dans la réponse n'est que pénale, la détention de stupéfiants, nous connaissons les nombreux actes qui sont recensés dans les quartiers les plus en difficulté, c'est totalement pénalisé, ça finit devant le juge, la réalité, dans près de 80 % des cas, ça finit après une procédure qui va durer parfois près de deux ans, en classement sans suite ou en rappel à la loi. Mais, le lendemain, où celui qui détenait les stupéfiants est pris, il est sur le terrain, ce qui est démotivant pour les policiers, ce qui est désespérant pour les habitants qui ont assisté à la scène, et ce qui n'a aucune vertu, je dirais, éducative pour celui qui a commis cet acte, je veux qu'on puisse simplifier les choses, en ayant la possibilité donnée à nos forces de l'ordre de répondre par une amende immédiate et des procédures comparables à ce que l'on fait aujourd'hui pour les délits routiers, c'est beaucoup plus efficace, c'est beaucoup plus pragmatique. Et cela désengorgera les tribunaux qui aujourd'hui croulent sous des procédures de moindre importance, là où la délinquance est déjà trop élevée. Et je veux aussi qu'on donne à ces forces de police, à cette sécurité du quotidien, de nouveaux moyens, comme la possibilité, sous le contrôle du juge, d'éloigner du territoire pendant une période donnée des jeunes dont on sait qu'ils produisent des nuisances et rendent la vie des quartiers insupportable, aujourd'hui, s'ils ne sont pas pris en flagrant délit, des délinquants, lorsqu'ils agissent dans les quartiers ne sont pas arrêtés, il n'y a pas de réponse, ce qui est, là aussi, désespérant. Nous souhaitons qu'il puisse y avoir, et ça fait partie de la réforme justement pénale conduite par le ministre de l'Intérieur et la Garde des Sceaux, des dossiers qui puissent être constitués par nos forces de police soumettant, dans un délai de 48h, au juge la possibilité d'éloigner pour un temps donné du hall d'immeuble, de la zone identifiée, tel ou tel individu qui crée des troubles répétés sans qu'il ait pu être pris en flagrant délit. Cette capacité de recréer le calme, de recréer l'ordre républicain dans nos quartiers est indispensable si on veut recréer la crédibilité de la République pour celles et ceux qui y vivent. Et donc, vous l'avez compris, la sécurité sera une des priorités sur tout le territoire, mais tout particulièrement dans les quartiers qui sont les plus en difficulté, là où on s'est parfois habitué à l'insécurité, là, où les défaillances, les petites défaillances du quotidien sont encore plus insupportables. Il est évidemment un défi que nous devons aussi relever collectivement, parce qu'il mine la vie des quartiers, c'est celui de la radicalisation. Ici, je veux être très direct avec vous et très simple, je ne confondrai jamais les quelques milliers de radicalisés et les millions d'habitants des quartiers populaires. Ne tombons pas dans le piège, dès qu'on parle des quartiers, dès qu'on parle de la politique de la ville, de dire : il y a une priorité, c'est la lutte contre la radicalisation ou l'islam radical, parce qu'à ce moment-là, on méconnaît la réalité profonde des millions d'habitants qui y vivent et la grande complexité de ces territoires, mais on ne peut pas non plus ne pas en parler, parce que dans nombre de ces territoires en difficulté, la radicalisation s'est installée, et a touché plusieurs milliers de nos jeunes ou de nos moins jeunes. Et elle doit nous conduire aussi à nous remettre en question, de manière indispensable, parce que ceux qu'on appelle les radicalisés, ils sont nés sur le sol de la République, ils ont grandi dans notre République, ils ont été à l'école de la République. Et ils sont parfois partis combattre aux côtés de Daesh pour tuer nos enfants, ils sont prêts à commettre le pire sur le sol de la République. J'étais hier interpellé chez vous, par une jeune fille qui parlait à Roubaix d'une camarade de classe qu'elle avait, qui était partie en Syrie, avec l'émotion qu'on peut avoir à l'égard d'une personne avec qui on a grandi, mais la question, c'est : comment cette jeune fille, que nous avions face à nous, a réussi à intégrer l'école de journalisme et est promise à une carrière je l'espère glorieuse, et comment sa camarade de classe se retrouve dans les rangs de Daesh, en Syrie. C'est aussi une part de notre responsabilité. Cette radicalisation, elle s'est installée parce que la République a démissionné, et parce que nous avons laissé, dans de trop nombreuses communes, dans de trop nombreux quartiers, des représentants d'une religion transfigurée, déformée, qui porte la haine et le repli apporter des solutions que la République n'apportait plus. Parce que nous avons, dans des quartiers, fermé des écoles, supprimé de l'aide pour les plus âgés ou les plus jeunes, et que des associations sont arrivées, qui ont proposé des solutions pour tout cela, avec un visage enchanteur, mais elles ont proposé à chaque fois en même temps de sortir nos concitoyens de la République et de l'histoire républicaine. Et elles ont promis à nos concitoyens sur nos territoires d'être plus efficaces que la République, de dire : je vais m'occuper de vos enfants, moi, je vais les éduquer, je vais m'occuper de vos parents, j'irai faire les courses, je les ramènerai à la maison. Je vais proposer l'entraide que la République ne vous offre plus. Je vais même vous faire rêver, là où la République ne parle plus de vous qu'avec commisération. C'est cela ce qu'ont fait les associations salafistes, les associations qui ont porté la radicalisation d'un islam, et qui ont profondément fracturé nos quartiers, elles les ont fracturés parce qu'elles ont sorti certains de nos concitoyens de la République, et parce qu'elles sont en train d'essayer de fracturer, en voulant nous faire croire que tous nos concitoyens, qui croient dans une religion qu'est l'islam, seraient sortis de la République, ce qui est faux. Le combat que nous devons, ici, conduire, c'est évidemment de restaurer la République dans toutes ses composantes, et je ne peux pas demander à un jeune de croire dans la République quand elle n'est pas à la hauteur, mais c'est de ne céder aucun pouce du territoire républicain à ceux qui proposent de sortir de la République, parce qu'à ce moment-là, ils se mettent en travers de nos lois, de nos principes, de notre civilité, de ce qui est les règles de notre vie ensemble, et donc l'action que nous mènerons sera vous l'avez compris dans tous nos quartiers, de rétablir chacun des pans de nos politiques, mais dans le même temps, pour répondre à cette radicalisation, d'avoir dans les quelques dizaines de quartiers où elle s'est concentrée, une politique profondément exigeante, rigoureuse, et parfois autoritaire, et je l'assume, de fermetures des structures inacceptables, de rétablissement des comportements républicains. On ne rend pas service à nos concitoyens quand on accepte que la République ait démissionné sur tout, y compris sur les règles de base de notre vie ensemble. C'est pourquoi d'ici au début de l'année prochaine, une quinzaine de plans de lutte contre la radicalisation et d'activation d'une politique de déradicalisation seront non seulement présentés par le ministère de l'Intérieur et l'ensemble des ministères compétents, négociés avec les élus, avec des moyens supplémentaires, des fermetures de structures et une action résolue sur le terrain. Donner accès à la République, c'est aussi garantir la dignité de chacun. Et c'est donc comme je vous le disais être au rendez-vous de ce que la République doit à chacune et chacun, et c'est d'abord la lutte contre la pauvreté. Quand nos concitoyens n'ont pas les moyens de subvenir à leur quotidien, comment donc croiraient-ils encore à la République ? Lutter contre la pauvreté qui se concentre dans certains territoires, dans certains quartiers, c'est le sens même de la concertation lancée le 17 octobre dernier autour de la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes. Et dans les quartiers, cette pauvreté, elle a un visage, ou plutôt deux visages, souvent, celui de femmes seules, et le visage de leurs enfants. C'est ça le scandale de la pauvreté contemporaine qui s'est concentrée, et bien concentrée dans nos quartiers les plus en difficulté. C'est pourquoi nous aurons, sur ce sujet, des réponses concrètes. Dès le budget 2018, une réponse forte, pragmatique, a été portée, dont je n'entends que trop peu parler, donc il faut la colporter, parce qu'elle concerne le quotidien de chacune et chacun. C'est une majoration de 30 % du complément de mode de garde pour les familles monoparentales. Ce qui veut dire que pour une femme, seule, puisque c'est malheureusement, bien souvent, des femmes qui sont dans cette situation, qui élèvent ses enfants, ce sera un complément de 138 euros par mois. 138 euros par mois, mais là encore, il faudra aller plus loin, intervenir sur les dispositifs de Petite Enfance, qui est une urgence, et nous sommes, là, typiquement, face à un cercle vicieux que nous avons laissé s'installer, nous avons supprimé des systèmes de gardes d'enfants dans les quartiers, alors que c'est là que sévit cette pauvreté des femmes ayant charge de famille. Des milliers de femmes avec des enfants se retrouvent dans la plus grande difficulté, parce que même si elles pouvaient reprendre un travail, elles n'auraient pas de quoi faire garder leur enfant. 5 % des enfants issus de familles défavorisées ont une place en crèche, 5 %, quand c'est plus de 20 % pour les enfants issus de familles favorisées, et je ne parle là que des crèches, parce que les enfants de familles favorisées ont bien souvent en plus la garde à domicile, qui est une très bonne solution, que nous continuerons à développer, mais dont l'injustice s'est, sur ce sujet, profondément installée. Voilà un cas où le retour de l'Etat est une nécessité absolue, parce que son retrait a créé des situations dramatiques. Un plan d'action dédié à la construction de crèches dans les quartiers de la politique de la ville sera mis en place, et je souhaite que les programmes ANRU dans ces quartiers intègrent systématiquement la question de la Petite Enfance. Le retour de l'Etat, c'est aussi celui nécessaire pour les politiques de santé. Le Premier ministre et la ministre de la Santé ont annoncé la mise en oeuvre de cet engagement d'un doublement des maisons de santé, c'est évidemment aussi dans les quartiers politiques de la ville que cela se fera, parce que les déserts médicaux sont dans la très grande ruralité et dans les périphéries métropolitaines. Là où il manque des services de santé, ce sont dans les quartiers les plus difficiles des grandes métropoles aussi, et donc ces maisons de santé qui permettent de faire réinstaller des professionnels avec, à chaque fois, des réponses adaptées qui doivent se faire en concertation avec les élus de terrain, avec aussi les professionnels de santé, seront apportées ; il s'agit de proposer aussi aux étudiants, se destinant aux professions sanitaires, d'avoir une aide à l'installation, prise très en amont, et de développer, partout dans ces quartiers, la politique de prévention dont nous avons fait une priorité, avec, en particulier, le trimestre dédié à cela dans l'ensemble des professions sanitaires. Il est une autre mission que le retour de l'Etat se doit de prendre à bras-le-corps, c'est celle de réduire, de manière volontariste, les discriminations qui frappent les quartiers sous plusieurs formes, il n'y a pas un déplacement qu'on fait dans nos quartiers, et pour vous, pas une journée de votre quotidien qui ne puisse exister sans que vous soyez pris à partie par des jeunes ou des moins jeunes qui vous disent : j'ai tout fait, j'ai fait des études comme on m'a dit, j'ai postulé, et on ne répond jamais à mes curriculum vitae, et à mes lettres. Beaucoup de travail a été fait sur ces sujets, et je salue la présence du ministre KANNER, qui avait beaucoup fait sur ce sujet lorsqu'il était Ministre de la Ville, pour essayer justement ces dispositifs de CV anonymes, on sait les limites de ces pratiques qui, à un moment, avaient été tentées. La clef, la réponse la plus efficace, c'est de lutter pied à pied et de pénaliser la discrimination. Nous avons une Inspection du travail, nous avons le droit de lui donner des priorités, le président de la région, Xavier BERTRAND le sait bien, qui a eu la responsabilité de cette administration, nous lui donnerons quelques priorités claires qui correspondent aux objectifs du gouvernement : la lutte contre le travail détaché illégal, la lutte contre les inégalités salariales femmes-hommes, et la lutte contre les discriminations à l'embauche. Je veux que dans le travail de l'Inspection du travail, il y ait justement des enquêtes spécifiques pour aller chercher les employeurs qui, et c'est parfaitement traçable, parfaitement vérifiable, cela été conduit à travers plusieurs opérations dites de testing, puissent traquer ceux qui ne respectent pas ce qui est dans la loi, ce qui est dans notre code du travail, qui interdit la discrimination à l'embauche comme à la promotion, puissent pénaliser les entreprises qui ont recours à ces pratiques et que nous rendions publiques les entreprises les plus délinquantes en la matière. En d'autres temps, j'ai eu à le faire sur la politique des délais de paiement. Je peux vous dire que rendre publiques les choses et nommer les entreprises qui, dans une région, ont les pires pratiques, c'est extrêmement efficace, parce que, généralement, le mois suivant, la même entreprise n'y revient pas. Et donc, nous allons renforcer les moyens pour lutter contre ces discriminations à l'embauche, renforcer les moyens de l'Inspection du travail pour les mettre sur cette priorité et avoir une politique assumée justement pour rendre publiques et stigmatiser les entreprises qui pratiquent ainsi, mais c'est une mobilisation aussi de l'Etat, des collectivités territoriales, pour répondre à ces discriminations par une politique volontariste d'embauche de jeunes qui ont leur diplôme, qui ont toutes les qualifications et qui viennent des quartiers les plus en difficulté. Le président de la région a proposé que les collectivités territoriales, la Fonction publique territoriale puissent avoir recours justement à l'apprentissage pour embaucher, je souhaite que 'Etat puisse aussi le faire, c'est une très bonne initiative, généralisons-là, mais on peut la cibler sur les quartiers qui sont les plus en difficulté, pour faire justement oeuvre de compensation et pour pouvoir être justement en situation de répondre à une exigence légitime de nos jeunes en la matière. Un grand plan de formation des dirigeants publics et privés à la lutte contre les discriminations sera donc aussi lancé pour faire évoluer les mentalités et les pratiques, la lutte contre les discriminations nécessitera la mobilisation de tout le tissu associatif. Et un appel à projets nationaux et des appels à projets locaux seront lancés pour profiter de l'expérience et de la compétence du tissu associatif. Nous l'avons vu hier avec plusieurs associations, réunies à Roubaix, le travail est là sur le terrain, mais il n'attend qu'une chose, c'est justement être porté à l'échelle, démultiplié et être accompagné d'une détermination forte de l'ensemble du gouvernement, pour être intraitable à l'égard de ceux qui continuent à avoir des pratiques inacceptables, et accompagner tous ceux qui font le pari de la compétence et de la formation. Nous devons aussi franchir le pas des politiques justement qui permettent d'aller au-delà de ce que sont parfois certaines frontières mentales ou psychologiques, les discriminations existent parce qu'il y a aussi une autocensure qui s'est installée chez beaucoup de nos jeunes, on le sait bien, les populations défavorisées ont parfois le sentiment qu'elle n'y arriveront pas, que les portes sont closes, que ce n'est pas pour nous, comme on le dit trop souvent. Il y a, là, une vraie volonté à mettre en oeuvre un vrai travail, et j'y reviendrai dans quelques instants, sur l'orientation, l'accompagnement des jeunes dès le collège et le lycée pour lutter contre ces discriminations qui sont aussi parfois dans les esprits. Tous ces efforts de la puissance publique doivent cependant s'inscrire dans un cadre de vie repensé, et c'est pour ça que le retour de l'Etat, c'est aussi celui de ce qui avait été voulu, il y a un peu plus de dix ans, parce qu'on avait appelé le plan Borloo, pardon, cher Jean-Louis, de cette interpellation, et qui avait conduit justement à accélérer, à rendre massive la rénovation urbaine indispensable, seul l'Etat, en lien avec les collectivités et les associations, peut porter une telle ambition et la porter sur cette première génération. C'est indispensable de retrouver la force, la mobilisation de la première génération des plans de rénovation urbaine, c'est ce à quoi je me suis engagé en campagne et ce à quoi le ministre Jacques MEZARD et son secrétaire d'Etat Julien DENORMANDIE, justement, vont s'atteler. L'Etat sera au rendez-vous des engagements budgétaires pour redonner une ambition à l'ANRU, dix milliards d'euros sur les prochaines années, avec une mobilisation de l'Etat, la mobilisation d'Action logement, et la mobilisation des bailleurs sociaux, et je sais que dans les prochaines semaines et les prochains mois, la négociation que j'ai demandée au gouvernement avec les bailleurs, l'ensemble des familles de bailleurs, les élus locaux, permettra d'apaiser la situation et de trouver la solution intelligente qui permettra de faire les bonnes économies en gardant l'ambition des projets de construction et en préservant les ambitions dont nos territoires ont besoin et que portent les bailleurs sociaux. L'ANRU est ce qui permet de démultiplier l'action de l'Etat et de l'ensemble de ses partenaires, cette nouvelle génération, cette nouvelle ambition, c'est celle que j'attends de l'équipe de l'ANRU, je veux, ici, avoir un mot de remerciement pour François PUPPONI qui, durant ces dernières années, a porté, avec beaucoup de courage, de détermination, la présidence de l'ANRU. Je veux avoir un mot de remerciement pour son directeur général, qui, lui, ne bouge pas et poursuit son travail, et féliciter le nouveau président, Olivier KLEIN, qui aura à coeur de conduire justement ces projets, de porter cette nouvelle ambition, et de développer ce nouveau temps fort de mobilisation de l'ANRU, il en connaît toutes les vertus sur son territoire de Clichy, nous étions hier à Clichy-Montfermeil, et il aura par cette présidence à mobiliser l'ensemble des acteurs. Cette architecture de la rénovation urbaine, cette volonté que vous avez voulue et portée, cher Jean-Louis, il y a plusieurs années, c'est celle qui permet, avec les acteurs de terrain, avec les associations, par un dialogue permanent, qui prend du temps, que les élus tressent sur le terrain, avec les centres communaux d'action sociale, avec les associations de quartiers, les comités, de redonner une perspective, un espoir et de reconstruire la ville belle, parce que le rôle de l'Etat, c'est aussi de redonner cette dignité au quotidien, qui consiste à avoir un environnement beau, digne de sa vie, qui donne ce sentiment d'appartenance, parce que, on vit justement dans un espace au quotidien qui correspond à ce qu'on souhaite pour soi, avoir une vie (sic), une ville, pardon, mais aussi une vie, belle, ça n'est pas un luxe, ça n'est pas quelque chose qui doit être réservé aux plus fortunés, c'est l'indispensable condition pour pouvoir parfois retrouver une dignité, respecter son environnement, se retrouver comme un citoyen de la République à part entière. Alors ces projets prennent du temps, on le sait, ce sont des opérations qui durent plusieurs années, parfois dix ans, mais c'est cette ambition avec laquelle nous voulons renouer, en mobilisant tous les acteurs qui la portent, et c'est aussi pour cela que je souhaite que nous puissions avoir une politique plus fine, plus exigeante sur le terrain, qui évite dans ces quartiers, où nous rénovons, où nous investissons, de concentrer les difficultés, et toujours les mêmes publics, en particulier ceux qui sont éligibles au DALO. C'est tout le sens du plan Logement, d'abord, que j'ai annoncé, il y a quelques semaines, qui, par une politique différenciée, par justement la volonté de créer des solutions plus innovantes, de mettre les moyens dans tous les quartiers, évite d'avoir les publics les plus en difficulté qui viennent se rajouter aux quartiers les plus en difficulté. Cette politique vous l'avez compris d'un retour de l'Etat, elle mobilisera les associations, les régies, les centres communaux d'action sociale, et elle suppose d'être claire, c'est à dire aussi de se doter d'indicateurs, et je souhaite que dans cette mobilisation nationale, nous puissions définir ensemble, d'ici le mois de février prochain, les quelques indicateurs que nous décidons de suivre, en les rendant publics sur Internet et dans la communication quotidienne, pour pouvoir suivre là où l'Etat manque au rendez-vous, parce que, il y a beaucoup d'endroits où, on le sait bien, nous ne sommes pas au rendez-vous, des postes d'enseignants créés, des bureaux de Poste fermés, des médecins présents, si c'est suivi, la pression du terrain est là, la stigmatisation existe. Donc je veux des indicateurs avec un suivi et une transparence, c'est ce que nous devons aux habitants des quartiers, mais je veux derrière aussi une évaluation, parce que, bien souvent, en n'évaluant pas notre action collective, eh bien, l'Etat a financé des acteurs de terrain qui n'étaient pas les bons, dans combien de communes nous avons financé pendant des années et des années des associations qu'on disait formidables, pour découvrir qu'elles font partie de celles que je dénonçais tout à l'heure, et qu'elles conduisaient à détourner nos plus jeunes de la République, à transformer une religion en un discours de haine et de repli, nous l'avons fait ça aussi, parce que nous n'avons pas évalué. Et donc transparence par des indicateurs, transparence par une évaluation des crédits que nous investissons, et une exigence à l'égard de tous nos partenaires. Mais il y a une chose qui accompagnera chaque jour le retour de l'Etat dans nos quartiers, c'est la considération, ce que j'ai voulu montrer par un travail que nous avons fait ensemble, à plusieurs, depuis 24 heures, c'est que la politique de la ville, ça ne peut pas simplement être un dispositif, là, tant d'argent public là, d'abord, parce que les habitants des quartiers, ils ne veulent pas d'argent public, ils veulent le plein accès à la République, mais c'est la considération des dirigeants publics, c'est de passer du temps, c'est d'écouter, c'est de respecter, c'est de construire ensemble ; c'est pourquoi durant les cinq années qui viennent, il y a une chose que la République, constamment, vous donnera, c'est cette considération, et ça, j'en suis le garant, j'en suis le garant. Il n'y aura pas des réponses miracles sur tout, il y aura parfois des ratés, il y aura sans doute des impatiences, elles sont légitimes, mais je veux qu'à chaque instant, il y ait la légitime considération que nous devons à celles et ceux qui vivent dans les quartiers. La deuxième priorité, et le deuxième socle de cette politique et de cette ambition que nous voulons porter, c'est la fin de l'assignation à résidence, c'est cette politique de mobilité que j'évoquais, parce que nos jeunes, comme nos moins jeunes, ils veulent pouvoir bouger, ils veulent accéder, ils veulent sortir de la condition où ils sont nés, où ils sont parfois enfermés, parce qu'ils veulent pouvoir accéder à la culture ; tout à l'heure, une maman dans le centre communal d'action sociale de Tourcoing, dans une situation la plus difficile, avec un enfant handicapé, n'ayant pas de travail, elle pleurait en me parlant de quoi ? De l'accès à un musée, de la volonté d'avoir le droit comme un autre citoyen de se déplacer vers un lieu de culture, qui lui permette de se sortir de son quotidien, d'avoir, là aussi, accès au beau. Cette politique d'émancipation, c'est d'abord le plein respect de la promesse républicaine, mais c'est le deuxième axe de la politique que je veux que nous voulions ensemble construire pour nos quartiers, elle passe d'abord et avant tout par l'école. J'ai l'impression, quand j'entends les commentaires, qui voudraient que je vienne annoncer aujourd'hui une grande politique pour la ville, comme si elle devait tomber d'en haut, qu'ils ont oublié ce que le gouvernement d'Edouard PHILIPPE, et en particulier le ministre de l'Education nationale, a fait dès les premiers jours, nous avons – ce qui est inédit – tenu un engagement, multiple, qui touche avant tout les quartiers les plus en difficulté, le dédoublement des CP s'est fait dès cette rentrée en REP+, il se continuera pour que l'engagement de dédoublement en CP, CE1, en REP et REP+ soit complet dans le quinquennat. C'est un investissement inédit, mais c'est une politique pour qui ? Ce n'est pas une politique pour les plus favorisés de notre pays ! C'est de la vraie politique éducative pour les plus défavorisés, pour ceux qui sont nés dans un quartier difficile, pour ceux qui n'ont pas la possibilité quand l'école publique commence à aller mal d'avoir des parents qui les mettent dans l'école privée. C'est ça la réalité, c'est ça la vraie politique républicaine d'émancipation par l'école, grâce à la mobilisation des maires, depuis cette rentrée, c'est fait, dans toutes les REP+ en CP, et nous allons le poursuivre. Et nous accompagnerons les collectivités, ce sera intégré dans les programmes ANRU, mais on ne baissera rien de cette ambition, on investira, pour les plus grandes collectivités, pour accompagner les communes les plus importantes et les agglomérations, ce sera dans la contractualisation. A chaque fois, nous aurons une réponse adaptée. Je veux que nous soyons au rendez-vous de cette exigence. Quand nous avons rouvert les classes bilangues dans l'école publique, c'est bon pour qui ? Vous savez, la première fois, quand j'étais en campagne présidentielle, qu'on m'a parlé d'une classe bilangue, c'est dans un des quartiers les plus difficiles de Montpellier, à côté du Petit Bar, quartier fameux pour les difficultés qu'il a connues, il y a quelques années, c'est une maman voilée qui dirigeait une association de mères d'élèves, qui m'a dit : depuis qu'on a fermé les classes bilangues, les petits blonds du centre-ville ne viennent plus en classe chez nous, ça créait de la mixité, parce qu'il y avait de l'excellence républicaine dans les quartiers les plus en difficulté. L'excellence dans la République, c'est bon pour les quartiers les plus en difficulté de la République, parce que cela crée aussi de l'émancipation par l'école, c'est cet investissement que, dès cette rentrée, nous avons d'ores et déjà fait, et cet effort, il sera poursuivi dans les prochains mois. Nous l'avons continué par la politique devoirs faits, la politique devoirs faits, qu'est-ce que c'est ? Si ce n'est une politique qui est bonne pour les jeunes de nos quartiers, pour ceux qui, quand ils rentrent à la maison, il n'y a pas de table pour travailler, ou une atmosphère qui fait qu'on ne peut pas se concentrer, parce qu'il y a trop de bruit, la télévision allumée, ou personne qui ne prenne soin de vous accompagner dans les devoirs. L'école de la République, désormais, vous permettra, c'est un investissement qui est fait, assumé par le gouvernement, de pouvoir faire les devoirs à l'école. La réforme de l'orientation dès la fin du collège, au lycée et au premier cycle universitaire, annoncée par le Premier ministre et les ministres, il y a quelques jours, elle est pour les jeunes qui viennent des quartiers, quand vous venez d'une famille où tout va bien, vous trouvez très facilement votre stage de 3ème, vous savez très bien où il faut aller travailler ensuite, vous savez à quelle filière universitaire il faut vous inscrire, vos parents vous conseillent ou les amis de vos parents, vous avez un réseau, vous avez quelque chose qui n'est pas un instrument, qui ne se construit pas par décret, vous avez ce tissu informel qui vous lie au reste de la société et à la réussite. On ne peut pas remplacer totalement cela, mais on peut avoir une politique beaucoup plus volontariste pour le corriger, en ayant une politique qui, dès la 3ème, remet de l'orientation en aidant à obtenir le stage. Plusieurs régions le font, comme la région des Hauts-de-France, nous allons le généraliser pour que, partout, dans les collèges, le stage de 3ème soit bien au rendez-vous, et que des solutions soient données aux jeunes pour pouvoir avoir un début d'expérience, ensuite, nous allons remettre tout au long du lycée, une fois par trimestre, les formations universitaires, et le monde de l'entreprise qui viendra expliquer ce qui se passe après le baccalauréat, et puis l'année de terminale sera structurée d'une manière beaucoup plus efficace, où, dans le premier trimestre, on va orienter les élèves vers les formations qui sont possibles. On ne laissera plus dire à un jeune qui est dans une filière technologique : tout est possible pour toi, c'est formidable, inscris-toi dans n'importe quelle filière universitaire, il n'y a aucune condition préalable pour réussir, c'est faux. Du coup, le jeune s'inscrit, il va perdre un an, deux ans, redoubler, re-redoubler, parce qu'il n'avait pas les savoirs de base pour pouvoir réussir, parce qu'il n'y avait pas eu de vraie orientation. Et donc cette orientation va se construire dès l'année du lycée, avec justement ses deux professeurs principaux, qui permettront de suivre plus finement les élèves, avec un conseil de classe de la fin d'année du mois de décembre, entendons-nous, qui donnera des orientations et quelques contraintes en termes d'orientation, avec une université qui conseillera, et qui dira : si tu veux t'engager sur cette voie, il faut peut-être une année de formation intermédiaire, ou il faut d'abord avoir telle et telle compétence. On ne laissera pas les gens dans un maquis où c'est le plus faible qui est aujourd'hui la victime. La politique d'orientation, de formation, c'est ce qu'on doit aux jeunes qui viennent des quartiers les plus en difficulté, et donc ces dispositifs, qui sont au coeur justement de la réforme du lycée, du premier cycle universitaire, permettront de répondre à ce défi éducatif et à cette émancipation par l'école, de même qu'il nous faut innover dans certains quartiers difficiles en ré-ouvrant des internats d'excellence et des internats de la République. Il y a des quartiers où c'est difficile de rentrer chez soi, où les jeunes ont besoin d'être plus encadrés pour réussir, et donc nous allons multiplier les internats d'excellence dans les zones les plus rurales, où les déplacements sont un problème, dans les zones les plus urbaines où rentrer à la maison parfois menace la capacité à réussir. L'émancipation, c'est aussi par la culture, j'étais hier à Clichy-Montfermeil, et nous avons vu cette formidable initiative des Ateliers Médicis, ce sont ces initiatives que nous allons ensemble généraliser, cela fera partie des priorités portées par l'ANRU, en cohérence justement avec la rénovation urbaine, ça fera partie aussi des priorités portées par la ministre de la Culture. L'un des engagements que j'ai pris en campagne, et qui concerne au premier titre les quartiers, c'est l'ouverture des bibliothèques, l'Etat accompagnera toutes les communes qui sont prêtes à ouvrir en soirée et le week-end les bibliothèques, il y a des tas d'endroits dans nos quartiers où il est pertinent d'ouvrir plus tard, d'ouvrir le week-end, là où les familles ne peuvent pas avoir accès à la bibliothèque, parce qu'elles partent tôt et reviennent tard en semaine, parce que souvent, le samedi est tout entier mangé, par, soit le travail, soit le quotidien, qui n'a pu être fait durant le reste de la semaine, ouvrir les bibliothèques le dimanche ou plus tard le soir, c'est la condition pour y accéder, c'est la condition pour accéder à la culture. Et donc partout où les collectivités le jugeront nécessaire, nous les accompagneront en finançant ces ouvertures complémentaires. Il faut agir pour ceux pour qui la culture n'est pas la terre natale, il faut agir pour que la culture cesse d'être réservée à une petite partie de la population, et c'est tout le coeur de la démarche menée par les ministres pour l'éducation artistique et culturelle à l'école. La rentrée s'est faite en musique, ça n'est pas une anecdote, ça n'est pas quelque chose d'innocent, c'est une initiative qui s'est voulue générale sur le territoire, pour parfois donner leur première expérience à des enfants pour qui la musique était réservée à certains. Et donc l'émancipation par la culture est un élément indispensable de la politique que nous devons conduire dans les villes, nous l'avons vue hier de manière formidable avec l'initiative conduite par l'Opéra de Lille, qui accompagne des plus jeunes en les amenant à l'Opéra, en les formant par le chant ; les grandes institutions culturelles restent aussi massivement des institutions de centre-ville ou d'immédiats de périphéries, leur rôle national est reconnu, mais nous les mobilisons insuffisamment pour qu'elles aident justement les plus jeunes des quartiers qui leur sont proches. Nous devons partout encourager ces institutions à participer à des programmes d'émancipation par la culture, de mobilisation par la culture, comme les Ateliers Médicis, et c'est ce que nous allons, là aussi, développer dans ce grand programme de mobilisation pour la politique de la ville ; c'est aussi dans ces quartiers que le Pass Culture, sur lequel je me suis engagé, a le plus de sens, et les expérimentations qui seront conduites dès la fin 2018 commenceront dans les quartiers en difficulté, et on le sait bien, il y a une partie de notre jeunesse qui n'a pas besoin du Pass Culture pour avoir accès aux contenus culturels, parce qu'elle y est déjà plongée depuis de nombreuses années, et c'est une chose formidable, et c'est une chance pour notre pays. Le Pass Culture, il est indispensable pour les plus jeunes pour qui la culture est une notion étrangère, mais où la barrière financière, pour accéder aux livres qu'on voudrait avoir, aux concerts où on voudrait aller, à la pièce de théâtre où on voudrait se rendre, est un vrai impossible ainsi érigé. C'est donc dans ces quartiers que nous commencerons à le mettre en oeuvre. L'émancipation et la mobilité, cela passe aussi par le sport, et le travail formidable conduit par aussi bien les collectivités que les associations, qui seront donc encouragées dans ce plan de mobilisation, avec un engagement de l'Etat pour pérenniser les actions qui sont évaluées comme les plus efficaces, plus pérennes et qui permettent, pour les publics les plus en difficulté, de revenir vers, pour les uns, les études, comme Sport dans la ville, ou pour pérenniser des emplois d'éducateurs, d'accompagnateurs qui sont indispensables. L'autre grande clé de l'émancipation, bien évidemment, c'est l'emploi, toute la politique de l'emploi conduite par le gouvernement est bonne pour les quartiers, en particulier, les plus en difficulté. Quand la politique de l'emploi ne marche plus, je vous le disais tout à l'heure, elle a une principale victime, ce sont les quartiers où toutes les difficultés sont concentrées, et donc dynamiser le marché de l'emploi par une vraie réforme de notre marché du travail, par un investissement dans notre économie et dans les compétences, c'est oeuvrer pour les quartiers qui sont les plus en difficulté, aussi, la politique d'investissement dans la formation et les compétences touchera prioritairement les quartiers de la politique de la ville, c'est ce que nous avons voulu à travers la démultiplication de la Garantie Jeunes, qui est une bonne politique, et à travers aussi une politique de formation massive des chômeurs de longue durée et des personnes les moins qualifiées. Dans ces territoires, qui ont eu à vivre des chocs industriels, pendant longtemps, nous avons cru qu'il fallait aider simplement le territoire et apporter une subvention aux personnes, elles sont restées pendant des décennies au chômage, puis, aux minima sociaux, la clé, c'est d'être reformer, la bonne protection dans un monde en changement, c'est d'être requalifié pour accéder à un emploi durable, qui a un avenir sur nos territoires, on le voit ici, il y a des emplois dans le numérique, il y a des emplois dans le service aux personnes âgées, comme aux publics les plus en difficulté, il y a un emploi dans l'économie circulaire, simplement, il faut former les gens pour cela. Et ce sont des formations qui prennent parfois un à deux ans, nous n'investissions pas jusqu'alors sur les chômeurs ou les personnes les plus en difficulté pour leur apporter ces formations. Le plan de 15 milliards d'euros, ainsi que la réforme conduite par le gouvernement qui sera achevée au printemps prochain, c'est la garantie de cette politique d'émancipation, c'est une politique qui permettra d'investir ces 15 milliards sur les 2 millions de Françaises et de Français qui sont les plus fragiles, les plus en difficulté, les moins qualifiés. Ça n'est pas une politique d'aide, ça n'est pas des crédits publics pour maintenir dans la précarité, c'est une politique d'investissement dans les personnes, c'est la vraie sécurité dans une société du changement. Et je veux aussi que nous changions notre conception profonde du rapport que nous avons à l'emploi dans les quartiers les plus en difficulté. J'entends les messages qui m'ont été livrés sur les contrats aidés, il y a des publics très en difficulté, il y a des quartiers très en difficulté, il y a quelques priorités que j'ai déjà évoqués où nous maintiendrons les emplois aidés au niveau de 200.000. Mais il n'est pas sain selon les cycles électoraux de monter à 500.000 ou 600.000 les emplois aidés en les plaçant comme des petits pains auprès des collectivités ou des maires pour arranger les chiffres du moment et nous expliquer que ce serait l'alpha et l'oméga de la politique de l'emploi ! Un contrat aidé c'est un contrat à court terme subventionné par l'Etat, un contrat aidé ce n'est pas la bonne solution quand il n'y a pas une formation à la clé qui permet de trouver un emploi ! Qui veut un contrat aidé ? Que ceux qui les défendent les prennent, ils n'en voudraient pas pour eux-mêmes ! Ils ne veulent pas un contrat d'un an où on tremble à la fin de chaque année pour savoir si on nous le redonnera, où il n'y a pas de qualification à la fin du contrat aidé, enfin ! Et que tous ceux qui la main sur le coeur se font les grands défenseurs des quartiers les plus en difficulté viennent m'expliquer que les contrats aidés c'est la solution dont on a toujours rêvé ! Mais qu'ils les prennent les contrats aidés, ils n'en voudraient pas pour eux-mêmes ! Ce que nous faisons c'est un investissement en profondeur bien supérieur à l'économie faite sur les contrats aidés qui consiste à respecter les femmes et les hommes en les formant, non pas en leur promettant un contrat à la petite semaine qui est sans avenir mais en leur proposant une formation, une qualification, ce dont ils ont le droit et ce dont nous avons besoin si nous voulons véritablement éradiquer le chômage dans notre pays. C'est donc ça le coeur de la politique de l'emploi du gouvernement et elle s'accompagnera d'une transformation en profondeur de l'apprentissage et de l'organisation de l'apprentissage. Plusieurs régions, et je veux saluer une fois encore le travail ici de Xavier BERTRAND qui dès son élection s'est saisi de ce sujet, l'apprentissage ici est en train de refonctionner et donc tout ce qui fonctionne évidemment nous l'encouragerons, le démultiplierons. Mais nous devons réformer l'organisation de l'apprentissage dans notre pays en mettant davantage les branches professionnelles au coeur de l'organisation de celui-ci, en mettant davantage d'apprentissage au coeur du lycée professionnel, en simplifiant les règles qui font que beaucoup d'employeurs n'ont pas accès, ne veulent pas prendre des apprentis parce qu'ils considèrent que les règles sont trop compliquées pour eux, que les règles sinon sont trop instables, que les contraintes entre 16 et 18 ans ne correspondent pas à la réalité de leur quotidien. Simplification des règles, remise au coeur de la gouvernance des branches professionnelles, stabilité des règles fiscales, sociales et organisationnelles seront ainsi définies à l'issue de la négociation menée par la ministre du Travail et le ministre de l'Education nationale pour en début d'année prochaine porter une loi qui donnera le cadre pour le quinquennat. Je suis convaincu que nous n'aurons pas à rougir de celle-ci, je me suis bien gardé de donner des grands chiffres comme objectif mais je sais qu'il y a une attente, il y a un besoin et cela participe de ce volontarisme que nous devons avoir pour les plus jeunes. Mais je sais qu'au-delà de cette politique de l'Etat, des collectivités il y a aussi tout ce que les parrains bénévoles, cadres dans les petites et grandes entreprises font dans nos quartiers. Le travail des associations, « Nos quartiers ont du talent » et beaucoup d'autres, est indispensable pour réussir. Avec l'apprentissage, le parrainage doit devenir un pilier de la politique de l'emploi des jeunes en France. Nous souhaitons ainsi, cette fois-ci je le cite parce que c'est le leur, celui de l'association, atteindre l'objectif ambitieux de 100.000 jeunes parrainés d'ici juin 2022 grâce à la mobilisation de toutes les associations à l'instar de « Nos quartiers ont du talent » dont je salue le président, Yazid CHIR, parmi nous. L'Etat sera aux côtés des acteurs volontaires pour faciliter leurs actions, je pense que cet objectif peut être atteint et l'Etat fera tout à vos côtés pour l'atteindre. Apprentissage, formation, insertion, politique de parrainage, c'est ce dont nous avons besoin pour permettre cette politique d'émancipation par l'emploi pour éviter cette assignation à résidence que je dénonçais. Cela sera complété par un dispositif nouveau porté par le député Aurélien TACHE ici présent et qui fait partie des objectifs de campagne que j'avais également fixés qui est l'objectif des emplois francs. De quoi s‘agit-il quand on parle des emplois francs ? C'est de se dire, et c'est le pendant indispensable de la lutte contre la discrimination, quand une entreprise prend en CDD de plus de 6 mois ou en CDI une personne qui vient d'un quartier politique de la ville et qui cherche un emploi, on encourage l'entreprise. Ce n'est donc pas une politique qui consiste à dire on aide simplement l'endroit, non, on aide les personnes et on les aide pour être mobiles, pour aller réussir dans leur quartier ou ailleurs mais accéder à un emploi stable. Ça a été plusieurs fois tenté et ça a échoué, pourquoi ? Parce qu'on a été trop compliqué, on a mis trop de règles, trop de contraintes, trop de critères qui étaient inatteignables, ce qui fait que ça a assez bien marché, ça n'a pas coûté très cher, ça n'a pas coûté très cher parce qu'il y a peu de gens qui étaient éligibles aux critères. Il se trouve que dans une vie antérieure j'ai été fonctionnaire à Bercy, je sais très bien comment on arrive à ces résultats. Donc là, c'est simple, les critères je vais les donner et ils seront clairs pour tout le monde. Tous les demandeurs d'emploi, pas de critère d'âge et l'accès à un CDI ou à un CDD de plus de six mois, il n'y aura pas d'autre critère que cela. Et pour tous ceux qui sont dans cette situation et qui sont dans les quartiers politique de la ville leur employeur sera aidé de 5.000 euros par an sur trois ans pour le CDI et 2.500 euros par an sur deux ans pour le CDD de plus de six mois. Donc les règles sont claires, elles sont simples et elles ne seront pas complexifiées. Mais derrière nous devons là aussi démultiplier ce dispositif et l'évaluer, nous avons donc débloqué les crédits pour permettre à près d'un quart des quartiers politique de la ville de bénéficier de ce dispositif. Dix territoires seront mobilisés dès le 1er janvier prochain pour bénéficier de ce dispositif. Les habitants issus des quartiers politique de la ville du département de Seine-Saint-Denis, des agglomérations de Val-de-France et de Cergy-Pontoise dans le Val-d'Oise, du territoire Grand Paris Sud englobant Grigny et Evry dans l'Essonne, de l'agglomération d'Angers, de la métropole de Marseille mais aussi de votre territoire [la métropole de Lille], Mesdames et Messieurs les Elus, seront éligibles au dispositif dès le 1er janvier prochain. Donc vous pourrez faire partie de l'expérimentation et donc dès le 1er janvier prochain ce sera ouvert sans critère d'âge pour tous ceux qui sont dans ces conditions. Nous l'évaluerons, je pense que ce sera un succès, je pense donc que ça coûtera sans doute plus cher que ce qui avait été à un moment donné évalué mais je pense que c'est un investissement utile parce qu'il active derrière de l'emploi stable, de l'emploi durable, une entrée véritablement dans l'emploi pour les jeunes comme les moins jeunes puisqu'il n'y a pas de critère d'âge sur l'ensemble des territoires qui sont évoqués. Nous favoriserons enfin l'accès à l'entrepreneuriat dans les quartiers qui ont trop souvent été freinés par de multiples contraintes. Nos quartiers ont du talent comme le dit l'association mais ils sont aussi entrepreneurs. Le premier département d'entrepreneurs de France c'est la Seine-Saint-Denis, on en parle quand on évoque les émeutes mais c'est un département, nous y étions hier, où il y a des infrastructures de rang mondial avec le premier stade français, des aéroports et le plus de créations d'entreprises par an en France. Regardons les choses un peu ainsi, ayons cette conversion du regard mais favorisons cet entrepreneuriat en aidant à le développer. C'est pourquoi je veux que nous restructurions l'Agence France Entrepreneur qui doit être la porte d'entrée unique pour accompagner les entrepreneurs des quartiers. Cela doit faire partie de ce plan de mobilisation, notre ambition est d'en faire une véritable banque publique d'investissement dans les quartiers pour accompagner celles et ceux qui souhaitent investir, créer, innover sur la durée. En simplifiant les procédures, en les accompagnant avec les associations qui parfois font de manière remarquable ce travail, en les aidant à accéder au financement dont ils ont besoin, microcrédit ou début de financement bancaire indispensable pour démultiplier leur effort et ensuite aller vers un projet personnel et une réussite entrepreneuriale. Il y a bien sûr des échecs et beaucoup de ces entrepreneurs ne parviennent pas mais c'est une expérience et un entrepreneur qui échoue est un entrepreneur qui a appris et une société qui veut réussir par la mobilité économique et sociale doit accepter aussi qu'on trébuche et il faut dédramatiser l'échec des entrepreneurs en particulier dans les quartiers ! Ce n'est pas parce qu'un entrepreneur a échoué une fois qu'il faut le stigmatiser à vie ! Je me félicite qu'il y a quelques années nous ayons supprimé le fameux indicateur 040 de la BANQUE DE FRANCE. C'est dans cette politique que nous continuerons à aller qui permet de lever les stigmates terribles lorsqu'on est un entrepreneur des quartiers et qu'on a échoué une fois. Aller plus loin c'est aussi décider d'encourager comme vous le faites remarquablement ici, et je vous en félicite, les startups essaimées dans les quartiers les plus en difficulté. A ce titre, le programme French Tech Diversité permet à des entrepreneurs issus des quartiers politique de la ville ou bien boursiers ou anciens boursiers ou encore bénéficiaires des minima sociaux et autodidactes de se voir financer un an dans un incubateur French Tech et de bénéficier d'une aide directe de 45.000 euros. La première promotion de 35 entreprises a été sélectionnée parmi 270 dossiers il y a quelques semaines, nous allons la démultiplier, la généraliser partout en France en 2018, elle n'était que pour l'Ile-de-France cette année, la généraliser c'est permettre justement cette réussite de la diversité. Mais là aussi n'y voyez pas qu'une politique sociale comme certains voudraient le voir, c'est une vraie politique économique, une vraie, parce que l'innovation, l'inventivité, l'énergie elle est dans les quartiers et donc il faut simplement la reconnaître et l'aider à survenir plus vite parce que les contraintes sont plus importantes. Aux Etats-Unis, deux tiers de ce qu'on appelle les licornes, les entreprises qui ont dépassé le milliard d'euros, elles sont faites par des Américains issus de l'immigration. Education, culture, formation, emploi, accès à l'entreprise, c'est cela cette mobilité que je veux pour nos quartiers et qui bien évidemment va avec la mobilité physique, qui requiert un investissement important et un engagement de l'Etat et des collectivités dans une politique d'infrastructures de nos territoires adaptée. Je l'ai dit, j'ai souhaité qu'on remette là aussi sur le métier de manière claire les engagements en termes d'infrastructures de transport, pourquoi ? Parce qu'il y avait 10 milliards d'euros d'infrastructures de transport non financés, des engagements pris partout sur le territoire sans financement en face. C'est l'objectif même de ces Assises du transport lancées par la ministre et qui dans quelques semaines rendront leurs conclusions. Mais au coeur de ces assises il y a une philosophie que j'ai définie dès le mois de juillet dernier, celle de remettre la mobilité du quotidien, c'est-à-dire de désenclaver les quartiers les plus en difficulté, de rénover les lignes de bus, de métro, de tramway parfois devenues très vétustes qui rendent impossible la vie des habitants de nos quartiers les plus en difficulté. Et donc ces assises permettront aussi d'avoir une vraie ambition de mobilité pour nos quartiers avec la clarification budgétaire et un échéancier pour l'ensemble des quartiers concernés par la politique de la ville qui permet cette mobilité physique, réelle de nos concitoyens mais qui doit s'accompagner aussi d'une véritable innovation, on doit sur le terrain encourager parfois des solutions pragmatiques. Le transport en bus électrique, les transports en autocar qui sont aujourd'hui ouverts et qui sont une réponse parfois au désenclavement sur le terrain. D'ici six mois un plan national pour le permis de conduire sera parachevé qui permettra au-delà des initiatives prises par certaines communes ou certaines régions de financer pour tous les jeunes des quartiers politique de la ville le code et le permis de conduire. La mobilité c'est aussi pour un jeune lorsqu'il a un diplôme dans un quartier politique de la ville de pouvoir aller chercher un emploi ou répondre à un entretien d'embauche. Cette politique est possible, elle consiste simplement à faire quoi ? Simplifier certaines procédures, accepter de les financer et accompagner les collectivités qui se sont engagées dans celles-ci. Pour les jeunes des quartiers politique de la ville cet engagement sera tenu et le plan présenté d'ici six mois. Vous l'avez compris, pour réussir ce défi c'est une mobilisation de tous et toutes à laquelle il faut parvenir et pour réussir sur ces deux priorités, restaurer la République et parvenir à l'émancipation, la mobilité des personnes l'Etat sera au rendez-vous avec des engagements financiers, les collectivités locales par la visibilité que nous leur donnerons et l'engagement que j'attends d'elles. Et l'ensemble des acteurs, les associations jouent un rôle fondamental, nous les encouragerons, par une plateforme d'associations et un accélérateur des associations qui sera développé d'ici à la fin de l'année. L'idée est non pas de se substituer au travail que font les associations mais pour beaucoup d'entre elles de passer à l'échelle ce qui est fait localement. Cet accélérateur d'associations conduira à avoir une plateforme unique mettant en ligne les bonnes initiatives et permettant d'apporter le financement pour les démultiplier dans tous les territoires où elles sont pertinentes, de les évaluer, d'arrêter les financements sur celles qui ne marchent pas mais de pouvoir mutualiser les bonnes pratiques. Je veux que nous puissions passer à l'échelle le travail de certaines associations locales qui ont des réponses pragmatiques, qui font parfois mieux que les pouvoirs publics et où notre rôle doit être d'apporter financement et évaluation. C'est cette réponse concrète, pragmatique que nous devons apporter. Avec enfin une méthode que je veux un peu différente, vous l'avez compris, ce que je suis venu partager avec vous ce sont des convictions profondes, intimes, personnelles, nourries des échanges que j'ai eus avec plusieurs d'entre vous et avec une volonté de faire que j'ai vu partout sur le territoire et je sais que c'est cela que porte aussi les ministres du gouvernement d'Edouard PHILIPPE. La méthode sera simple, au-delà des engagements de court terme que j'ai pris et qui sont dans les textes budgétaires en cours de négociation ou qui arriveront dans les prochains jours, c'est celle d'abord d'une véritable mobilisation nationale. Cette mobilisation nationale doit en quelque sorte finaliser un plan de bataille structuré. Les ministres auront à la construire et je veux remercier Jean-Louis BORLOO d'avoir accepté de remettre les gants pour aider à la bataille. Je lui fais confiance, je sais son énergie, les ministres aussi, donc dans la mobilisation nationale on aura aussi besoin de son énergie, de tous les signataires de Grigny, de toutes les associations, de tous les élus ici présents, c'est ce plan de bataille que nous devons construire pour finaliser d'ici fin février un véritable plan de marche. A côté de cela, je m'engage moi à réunir tous les trois mois à l'Elysée non seulement ceux qui auront conduit ce travail mais des acteurs multiples de la politique de la ville, des acteurs de terrain, et je vais m'entourer comme je l'ai fait pour d'autres politiques d'un Conseil présidentiel de la ville où il y aura des représentants des quartiers, des femmes et des hommes qui ne sont pas là pour administrer la politique des quartiers parce qu'ils ne sont pas rentrés dans ces administrations mais ils y vivent, ils sont membres d'associations, ils y sont nés, ils ont réussi ou ils sont aujourd'hui à la tête de telle ou telle structure, ils y vivent au quotidien mais sont désengagés. J'aurai une quinzaine d'engagés auprès de moi dans ce Conseil présidentiel de la ville qui suivra un peu l'action faite au quotidien, m'alertera, sera également un relai et participera à ces réunions trimestrielles. Et vous l'avez compris, d'ici février nous aurons le plan de mobilisation général, nous en tirerons des actions concrètes sur le terrain. Tous les trois mois il y aura ces réunions de chantier pour être pragmatique et je veux que nous nous concentrions sur une dizaine de quartiers de ville particulièrement en difficulté pour là avoir des engagements d'ici deux ans. Sur la plupart des quartiers politique de la ville, et le Conseil national de la ville le sait, qui fait un travail remarquable et qui fera partie de cette initiative, nos engagements sont à 10 ans parce que c'est un travail très long, d'orfèvre, qui suppose de mobiliser tout le monde mais nous avons besoin d'avoir des preuves de concret, de réussite, des transformations tangibles pour que le moral change. C'est pourquoi je veux que nous mettions le maximum de moyens sur quelques dizaines de quartiers particulièrement en difficulté qui concentrent toutes les problématiques. Nous allons les définir et là je vous donne rendez-vous dans deux ans pour avoir des résultats concrets parce que je veux pouvoir en rendre compte durant ce mandat. Je veux qu'on puisse l'évaluer, qu'on puisse corriger, qu'on puisse dire « là ça n'a pas marché mais là ça a réussi » et en tirer toutes les leçons. Je veux que le visage de nos quartiers ait changé à la fin de ce quinquennat non pas parce qu'on aura atteint tel ou tel chiffre, parce qu'on aura changé la méthode collective, parce qu'on aura redonné de l'énergie à des femmes et des hommes que vous êtes, qui se battent depuis des décennies sur le terrain, parce qu'on aura réussi pas seulement la rénovation urbaine en quelque sorte mais la rénovation morale, parce que le coeur du défi de civilisation qui est le nôtre, le coeur de la bataille que nous conduisons pour notre République se joue là, dans les quartiers, dans les villes. C'est pour ça que je voulais hier et aujourd'hui être avec vous et passer cette conviction forte. Si à un moment nous sommes bousculés, divisés, fracturés, ce sera dans les quartiers les plus en difficulté parce qu'il y a là notre jeunesse et parce qu'il y a là 30 le coeur des trahisons républicaines. Si nous savons relever notre République, si nous savons lui redonner un cap, tenir les promesses avec parfois les indignations, les impatiences mais le coeur de cet engagement commun ce sera dans les quartiers les plus en difficulté. Vous l'avez compris, je ne veux pas vous proposer des outils, des mesures, je veux que ce plan de mobilisation générale nous le construisions ensemble, nous l'agissions ensemble parce que c'est cela aussi cette rénovation morale dont nos quartiers ont besoin. Et ce que je veux redonner aux villes, aux quartiers c'est évidemment des résultats, c'est évidemment une République présente, c'est évidemment une mobilité retrouvée pour les personnes quelles qu'elles soient mais c'est une fierté parce que c'est ça la République, c'est d'être fier de porter un message qui est le nôtre, c'est d'être fier de se battre pour elle. Et quand la République est fragilisée, quand les plus jeunes ou les moins jeunes se tournent vers des idéologies mortifères ils le font pourquoi ? Parce que d'autres ont su les faire rêver de manière folle mais parce que nous ne les avons plus rendus fiers ! Vous n'aurez jamais chez moi un discours de commisération pour la ville, un discours en quelque sorte considérant à traiter les quartiers en situation de minorité citoyenne ou sociale, je traiterai toujours les habitants de la ville comme des habitants de la République et les habitants des quartiers comme des citoyens à part entière mais je resterai partout où nous n'avons pas été au rendez-vous, la République elle aussi à part entière. Je veux que nous réussissions, je veux que nous soyons fiers, et donc pour cela, vous l'avez compris, j'ai besoin de vous, et moi je serai là. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/583.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/583.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..417fe0980cdf1cf6d49a18889ad0fc73279b64ea --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/583.txt @@ -0,0 +1 @@ +CYRIL VIGUIER Bonjour à ceux qui nous rejoignent pour cette deuxième partie de la matinale d'infos, c'est Territoires d'infos avec l'invité politique en direct à 8 h, aujourd'hui Mounir MAHJOUBI, bonjour... MOUNIR MAHJOUBI Bonjour. CYRIL VIGUIER Vous êtes le secrétaire d'Etat chargé du Numérique, on est content de vous avoir sur ce plateau. Pour vous interviewer, à mes côtés : Oriane MANCINI, Public Sénat, bonjour Oriane... ORIANE MANCINI Bonjour Thierry, bonjour Mounir MAHJOUBI. CYRIL VIGUIER Et Hervé FAVRE de La Voix du nord, bonjour Hervé. HERVE FAVRE Bonjour. CYRIL VIGUIER Mounir MAHJOUBI, cette interview sera retransmise sur les sites Internet de la presse quotidienne régionale, les télés locales de France et sur TV5 Monde un peu plus tard, merci d'être avec nous ce matin. On démarre avec la une de La Voix du nord « le président interpellé par les élus », c'est effectivement aujourd'hui la une de ce journal cher à Hervé FAVRE, Emmanuel MACRON est à Roubaix, dans quelques heures il fera ses annonces sur la politique de la ville. L'économie numérique est au centre de cette politique, quelle place a-t-elle dans le désenclavement des quartiers, Mounir MAHJOUBI ? MOUNIR MAHJOUBI Elle en a plusieurs. Ce qui est essentiel dans les annonces qu'a pu faire le président hier.... CYRIL VIGUIER Déjà vous n'y êtres pas ce matin là-bas, c'est normal ? MOUNIR MAHJOUBI Je n'y suis pas, je suis ici, et il y a de nombreux ministres qui y sont parce que le numérique c'est une des briques et dans les briques majeures il y a cette idée qu'une des priorités c'est le travail. CYRIL VIGUIER Alors merci d'être d'ailleurs. MOUNIR MAHJOUBI Eh bien merci. Le travail, le travail, le travail, le travail, la lutte contre les discrimination, la création de nouvelles opportunités avec les emplois francs, la sécurité avec une mobilisation des moyens de la nouvelle police de proximité et, ça, ça va être des éléments qui vont être majeurs ; et puis après il y a question du logement et, quand on demande aux habitants des quartiers populaires et je le sais puisque je suis député d'un quartier populaire avec plusieurs quartiers prioritaires, les grands sujets c'est : le logement, l'école, l'emploi, la sécurité, c'est ces quatre sujets-là qui ont été abordés hier à Clichy, qui vont être ré-abordés aujourd'hui à Roubaix et, ça, c'est un des éléments importants. HERVE FAVRE L'emploi justement, moi je me souviens de Jean-Louis BORLOO ancien ministre de la Ville - qui était bien connu dans la région et qui disait : « dans ces quartiers il y a des pépites, il faut les faire, il faut les trouver et puis il faut les encourager » et en quoi, comment, l'économie numérique justement peut-elle contribuer à faire décoller ces quartiers, parce que les emplois francs c'est bien beau mais ce n’est pas très nouveau comme recette ? MOUNIR MAHJOUBI Le numérique – et pour moi c'est mon apport à cette politique sur les quartiers – il peut jouer à deux niveaux : le premier c'est qu'il y a des pépites entrepreneuriales, mais tout le monde n'est pas entrepreneurs, mais il y a les pépites entrepreneuriales, c'est pour ça qu'on a décidé de doubler l'action autour de French Tech Diversité ; et ce n'est pas qu'une politique sociale, French Tech Diversité c'est de dire : « on a des entreprises qui pourront devenir des géants, qui pourront devenir hyper-compétitives et qui peuvent venir des quartiers populaires, aujourd'hui quand on regarde les entrepreneurs du numérique c'est très majoritairement des hommes, on a qu'une seule femme, 1 entrepreneur sur 10 qui est une femme, et c'est très majoritairement des personnes issues de métropole, CSP +. Donc l'un des enjeux qu'on a aujourd'hui c'est de diversifier le vivier, donc ça c'est l'un des premiers axes : comment dans les quartiers on fait émerger les entrepreneurs. Mais le numérique c'est aussi très important pour tous les autres, c'est-à-dire que les compétences du numérique et les métiers du numérique ce qui est fantastique avec le numérique c'est qu'il n'y a pas d'insiders, il n'y a pas des gens qui sont déjà en place qui empêcheraient une nouvelle génération de rentrer, au contraire tous les métiers du numérique ouvrent les bras et demandent à tous ceux qui sont disponibles de se former pour les rejoindre. On est en train de lancer avec madame PENICAUD, on est en train de travailler très fort dessus, le plus tôt possible dès le début de l'année 20108 - la capacité à multiplier l'offre de formation sur les formations courtes pour les bac + 5 du numérique, les assistants techniciens, et ils seront dédiés à... HERVE FAVRE Est-ce que le problème n'est pas dès qu'un jeune, voilà, réussi, monte son entreprise, une start-up et il a tendance à quitter ses quartiers finalement et à partir ailleurs ? MOUNIR MAHJOUBI Oui et non, parce que c'est quelque chose que l'on dit depuis toujours - y compris pour la ruralité, y compris pour les villes plus petites - où il y a cette trajectoire. Mais si on regarde aujourd'hui ce qui se passe avec la nouvelle French Tech et avec les nouveaux emplois du numérique, si on regarde la cyber-sécurité par exemple les emplois sont très bien répartis sur le territoire, si on regarde les nouveaux emplois, les nouvelles formations de la grande école du numérique, elles sont très bien réparties sur le territoire et moi j'essaie de tout faire pour que les métropoles French Tech elles soient aussi des hubs pour ceux qui veulent rester dans la ruralité ou dans les quartiers populaires. ORIANE MANCINI Mounir MAHJOUBI, hier la France célébrait le deuxième anniversaire des attentats du 13 novembre, a-t-on tiré les bonnes leçons de ce qui s'est passé il y a deux ans ? MOUNIR MAHJOUBI Ecoutez on ne peut pas évaluer s'il y a eu des bonnes ou des mauvaises leçons, c'est sûr que la grande question qu'on a eue à se poser c'était : comment notre société est capable d'être résiliente et de répondre au risque qui maintenant devient permanent et majeur ? Vous l'avez vu, c'est... ORIANE MANCINI Et a-t-on les moyens de lutter contre le terrorisme ? MOUNIR MAHJOUBI Et quelles sont les nouvelles façons, qui ne sont pas que les moyens, de lutter contre le terrorisme ? Lutter contre le terrorisme, c'est deux choses : c'est mobiliser les moyens, c'est pour ça qu'une des premières lois sur lesquelles on a travaillé, qui a mis du temps et qui est arrivée, qui a permis de mettre fin à l'état d'urgence ; et puis le deuxième c'est le terrorisme vous le savez il y a un grand volet numérique qui est très complexe, qui est celui de la radicalisation en ligne, qui est celui de la propagation des contenus qui incitent aux comportements violents, qui incitent aux comportements d'extrêmisation, aujourd'hui on a eu un groupe de travail international avec plusieurs pays, avec les grands opérateurs des plateformes, hier je le disais sur la violence en ligne et sur le harcèlement en ligne on a du mal à discuter ou on trouve que ce n'est pas encore au niveau de la part des plateformes, mais sur les contenus terroristes elles ont fait leur part de travail, mais il faut qu'elles aillent encore plus loin, mais elles ont fait une grande part du travail. CYRIL VIGUIER Est-ce que les mesures, donc le nouveau plan national de lutte contre la radicalisation en décembre d'Emmanuel MACRON va contenir de nouvelles mesures, des choses nouvelles contre la radicalisation sur Internet et sur les réseaux sociaux ? Est-ce qu'il va y avoir des choses nouvelles qu'on ne connait pas encore ? MOUNIR MAHJOUBI Oui il y aura des choses nouvelles, mais je ne vous en parle pas aujourd'hui, je laisserai le président en parler et le ministre de l'Intérieur, mais la philosophie c'est d'offrir à la diversité des... CYRIL VIGUIER Donnez-nous des pistes quand même ! MOUNIR MAHJOUBI Des types d'action possible, ce que je vous disais tout à l'heure c'est qu'il n'y a pas qu'une seule façon de lutter, il faut qu'on puisse tester des choses, il faut qu'on soit plus ouvert à la fois dans la façon de détecter, dans la façon d'orienter, dans la façon d'accompagner... ORIANE MANCINI Avant de passer aux réseaux sociaux, vous savez que l'apologie du terrorisme passe beaucoup par Internet, comment on fait pour lutter contre ça ? Comment on empêche : 1) cette apologie ; 2) Comment on empêche des jeunes de se radicaliser sur Internet ? MOUNIR MAHJOUBI On ne pourra jamais empêcher un qui a déjà décidé d'y aller complètement, ce qu'on peut empêcher c'est un qui doute de le laisser se confronté à de très nombreux contenus qui vont l'amener vers une voie de radicalisation. La personne qui est déjà radicalisée, soit à cause de son contexte familial ou son contexte de proximité, ou qui a déjà fait une grande partie du chemin, celui-là il va falloir mobiliser, mais là ce sera le renseignement, la police, l'investissement massif de nos forces de sécurité pour l'empêcher d'aller plus loin. Moi ce que je veux c'est que celui de 12 ans 13 ans qui doute encore, qui tombe sur un contenu, il ne puisse pas tomber sur une dizaine de contenus, une centaine de contenus, et en fait l'enjeu - toute la négociation qu'on a avec les plateformes c'est la vitesse, c'est-à-dire qu'aujourd'hui quand il y a un contenu qui est mis en ligne nos services arrivent à l'identifier en quelques minutes, quelques dizaines de minutes ensuite on demande à ces plateformes de tout de faire pour empêcher leur propagation et de les retirer, sauf qu'avant ce n'était pas en quelques heures c'était en quelques jours et puis on est descendus à 48 heures, puis à 24 heures, puis maintenant on est à deux heures. Là l'objectif c'est qu'on aimerait c'est que ces plateformes arrivent à s'engager à la quelque minute, voire une heure, parce que quand on supprime un contenu dans la première heure on empêche un élément qui s'appelle le reposting et le reposting c'est ce qui fait qu'au bout d'une heure en fait il est insupprimable votre contenu parce qu'il a déjà été reposté un millier de fois partout sur Internet alors que quand on arrive à l e tuer très vite alors on limite sa propagation de façon très forte. HERVE FAVRE La radicalisation ça passe aussi par les réseaux sociaux, par Twitter et autres qui sont devenus des espèces de déversoirs de messages haineux - on a vu les menaces contre Charlie Hebdo après la une sur Tariq RAMADAN le gouvernement promet des sanctions contre les auteurs, mais est-ce qu'on n'est pas complètement désarmés par rapport à cela, on a l'impression que ces réseaux sont devenus un peu une zone de non droit où l'on peut dire ce qu'on veut sous le couvert de l’anonymat ? Comment on change ça ? MOUNIR MAHJOUBI Deux choses : la première, c'est il faut qu'on soit capables - et c'est... le droit nous permet aujourd'hui beaucoup, c'est-à-dire que s'il y a une plainte, qu'il y a une enquête, après une enquête on peut demander aux opérateurs de donner les éléments qui permettent l'identification des personnes et qui permettent ensuite de juger, de condamner. Le problème c'est que vous voyez toutes les étapes que je viens de vous donner, c'est long, c'est long et puis il faut une personne qui décide d'aller jusqu'au bout, mais là vu les niveaux des menaces qu'il y a pu avoir sur certaines personnes notamment vis-à-vis de journalistes j'espère qu'il y aura des plaintes déposées, j'espère qu'il y aura des enquêtes qui iront jusqu'au bout. ORIANE MANCINI Mais ce sont des menaces anonymes, Mounir MAHJOUBI, est-ce qu'il faut mettre fin à l'anonymat sur Twitter ? MOUNIR MAHJOUBI Elles sont anonymes au premier enjeu, mais sur réquisition judiciaire vous pouvez demander à Facebook ou à Twitter quelle était l'adresse IP de ce compte qui a insulté ce jour-là, ensuite demander à l'opérateur qui était la personne, mais vous voyez que c'est une enquête qui peut être un peu longue. ORIANE MANCINI Et ils coopèrent ? MOUNIR MAHJOUBI Comment ? ORIANE MANCINI Ils coopèrent ? MOUNIR MAHJOUBI Ah ! Sur réquisition judiciaire, ils coopèrent tous très bien. HERVE FAVRE Est-ce que le fond du problème n'est pas que ces plateformes, ces Twitter et autres, sont considérés comme des simples hébergeurs et non pas comme des éditeurs, c'est-à-dire qu'ils peuvent se retirer de leur responsabilité ? MOUNIR MAHJOUBI En fait, il y a deux éléments de responsabilité : le premier qu'on vient d'aborder c'est celui sur la responsabilité personnelle de la personne qui a émis des insultes, mais aujourd'hui comme ils sont très nombreux et que parfois les effets sont extrêmement dangereux entre les deux il y en a un qui a une autre responsabilité c'est celui qui fait la plateforme et aujourd'hui cette plateforme elle a le statut d'hébergeur, le statut d'hébergeur ce n'est pas un statut sans responsabilité c'est un statut qui dit quand on a identifié une menace et qu'on lui a signifié on lui demande de le supprimer - le droit français prévoit ça depuis 2004, le droit allemand ne le prévoyait pas de la même manière - donc eux ils ont... (coupure).... HERVE FAVRE La loi de 2004 est encore pertinente parce que 2004 c'est l'ancien monde pour vous ? MOUNIR MAHJOUBI C'est l'ancien monde pour moi, je n'étais pas encore complètement fini, la question – je parlais des études – est de se dire : est-ce que la loi de 2014 telle qu'elle est interprétée par les juges aujourd'hui permet de mettre la pression suffisante à ces plateformes ? Parce que la loi allemande dit – et qui est assez intelligente – c'est de dire : « il y a des plateformes qui n'ont pas le même rôle que les autres, quand on a plus de deux millions d'utilisateurs sur un pays on a un rôle de propagation particulièrement majeure et donc on a une responsabilité majeure ». ORIANE MANCINI Mais la loi allemande elle prévoit surtout des amendes qui peuvent aller jusqu'à 50 millions d'euros, est-ce que c'est vers cette voie que vous vous dirigez ? MOUNIR MAHJOUBI Aujourd'hui on est dans une réflexion en loi de scénario, c'est-à-dire qu'on envisage tous les scénarios possibles, on les discute avec nos administrations, c'est un travail commun qu'on fait à la fois avec les services du Premier ministre, avec madame BELLOUBET, mes services à moi, madame SCHIAPPA, tous ceux qui ont eu à travailler sur ces sujets ces dernières semaines et on va faire des propositions très bientôt. CYRIL VIGUIER Mais quid des pays qui sont très éloignés de la France sur lesquelles les juridictions dont vous parlez n'ont pas de prise, qu'est-ce qu'on fait pour ça ? MOUNIR MAHJOUBI Oh ! Vous savez les trois plateformes dont on parle elles ont des prises en France, elles sont présentes ici, elles font des chiffres d'affaires supérieurs de plusieurs milliards d'euros et elles sont là, il n‘y a aucun problème. On ne parle pas là cette fois-ci de collaboration ciblée avec les messageries, où là c'est plus compliqué parce que certaines sont hébergées dans des pays non collaboratifs... CYRIL VIGUIER C'est de cela dont je parle, voilà. MOUNIR MAHJOUBI Là on parle des plateformes qui ont plus de deux millions d'utilisateurs sur le territoire national, il n'y en a pas beaucoup, et donc celles-là il faut qu'on puisse parler ensemble assez franchement sur... HERVE FAVRE Mais pourquoi ces réseaux, comme vous le souligniez récemment, réagissent dès qu'il y a un bout de sein qui est publié et pas quand il y a un message de haine qui déboule sur les mêmes réseaux ? MOUNIR MAHJOUBI Vous avez raison, Facebook vous postez le moindre téton le truc est supprimé dans la minute, vous postez un message de haine et là ils vont vous expliquer qu'il faut du temps parce qu'il faut qu'il y ait un être humain qui puisse analyser le texte pour ça... Bon ! C'est pour ça qu'il y a deux poids deux mesures. CYRIL VIGUIER C'est qui vos interlocuteurs d'ailleurs, vous parlez avec qui quand vous parlez des Gafa comme ça ? MOUNIR MAHJOUBI Quand on parle avec les Gafa on a plusieurs interlocuteurs, mais on peut parler à la Direction générale mondiale de ces opérateurs quand c'est des éléments essentiels, par exemple les négociations sur la lutte contre le terrorisme on les a fait avec les dirigeants mondiaux de cette plateforme, sur les sujets nationaux... CYRIL VIGUIER Aux Etats-Unis donc ! MOUNIR MAHJOUBI Comment ? CYRIL VIGUIER Aux Etats-Unis. MOUNIR MAHJOUBI Aux Etats Unis, c'était notamment dans le cadre de l'AG de l'ONU, donc ils étaient présents ; sur les sujets nationaux et européens, on a des interlocuteurs à la fois en France et en Europe, mais aussi avec les dirigeants, parce qu'il n'y a rien de pire de discuter avec eux et qu'on vous dise : « on va voir ça avec les Américains et on vous dit », donc autant parler directement à eux et donc, aujourd'hui, on a un bon équilibre, la question c'est de savoir est-ce qu'il faut modifier le droit pour pouvoir leur demander plus ? ORIANE MANCINI Autre sujet, Mounir MAHJOUBI, les fausses nouvelles, ce qu'on appelle communément les fake news, la Commission européenne a lancé une vaste consultation publique hier sur ce sujet, est-ce que c'est une bonne chose ? MOUNIR MAHJOUBI C'est une très bonne chose, j'en ai beaucoup parlé avec Maria GABRIEL, la commissaire européenne au Numérique, elle veut en faire un sujet prioritaire. Aujourd'hui vous voyez bien qu'il y a une menace sur l'information, il y a une menace sur la confiance dans l'information et il n'y a rien de pire dans une démocratie que le doute sur le vrai, le doute sur la vérité, et le doute sur la vérité c'est un élément sur lequel il faut absolument que nos sociétés s'interrogent... ORIANE MANCINI Alors, quelles sont les mesures à adopter selon vous ? MOUNIR MAHJOUBI Il y en a plusieurs ! Déjà l'éducation, l'éducation et l'éducation, c'est-à-dire que très, très tôt on est confrontés et les enfants à un âge très, très jeune à l'analyse critique des médias, aujourd'hui on le fait dans l'Education nationale sur la lecture critique des médias traditionnels, on le fait sur la lecture critique des médias en ligne, il faut qu'on redise les choses aux enfants sur le rôle du journaliste, ce que c'est qu'un média, ce que c'est qu'une ligne éditoriale, ce que c'est qu'une source , ce que c'est qu'une source fiable et il faut qu'on puisse le travailler activement parce qu'aujourd'hui face aux complotistes, face aux fausses nouvelles, vous pouvez avoir des débats terribles parce que c'est ce qui caractérise le complot et la fausse nouvelle c'est qu'ils ressemblent très fort à la vérité, voire même ils ressemblent plus à la vérité que la vérité elle-même. HERVE FAVRE Justement sur les enfants et l'école je voulais avoir votre opinion, parce que j'ai lu Jean-Michel BLANQUER dans Le Parisien hier expliquer que lui ne voulait pas avoir d'écran finalement avant l'âge de sept ans, qu'il fallait commencer par un enseignement plus classique, quelle est votre position, quel est le meilleur âge pour initier l'enfant à l'école au numérique ? MOUNIR MAHJOUBI En fait avant sept ans c'est l'idée qu'à la maternelle il y a plein d'autres moyens de stimuler un enfant et que l'écran peut arriver plus tard, je suis très ouvert avec ce sujet-là. HERVE FAVRE Vous n'êtes pas en désaccord avec... MOUNIR MAHJOUBI Pas du tout ! Et même là où on est très en accord avec Jean-Michel BLANQUER, moi je ne crois pas au 100 % écran et je crois qu'avant sept ans et même après sept ans il faut que l'outil numérique ne joue qu'un rôle à plusieurs reprises dans l'Education de l'enfant. Mais attention le numérique c'est les outils, donc c'est les écrans, mais c'est aussi un sujet et on peut parler du numérique sans être sur un écran, on peut parler de météo, on peut parler de l'analyse critique des médias, on peut parler même de ce que c'est le fonctionnement du numérique. C'est-à-dire que moi ce que je rêve c'est qu'un enfant ne regarde pas l'écran en se disant que tout se passe dans l'écran, quand on regarde un écran il faut imaginer le serveur, les données, la circulation, les réseaux, comment ça circule, ça il n'y a pas besoin de l'écran pour le ressentir et le comprendre. ORIANE MANCINI Il y a un problème en France, Mounir MAHJOUBI, ce sont ce qu'on appelle les zones blanches, les zones qui ne sont pas couvertes, est-ce que ça accentue selon vous la fracture territoriale ? MOUNIR MAHJOUBI Il y a deux choses qui accentuent la fracture numérique territoriale : les réseaux et les usages. C'est pour ça que dès que l'on a, dès que l'on est entré, dès que l'on a formé ce gouvernement, on a souhaité donner deux priorités sur l'inclusion numérique. La première c'est celle des réseaux mobiles et des réseaux haut débit et très haut débit, et la deuxième c'est celle de l'inclusion numérique sur les usages. Sur le réseau mobile, aujourd'hui, vous le savez, on est en train de conclure un cycle qui a démarré au mois de juillet, on a négocié avec... on a discuté de façon ferme avec les opérateurs, pour leur rappeler les exigences des Français, leur dire quel était l'état actuel de l'utilisation d'internet sur le territoire et de l'état des réseaux sur le territoire. Ils sont pris des engagements, aujourd'hui ces engagements sont en train d'être discutés entre eux et le régulateur qui est l'ARCEP, et sur lesquels j'espère voir des conclusions dans les prochaines semaines. Sur le haut débit et très haut débit, on a rappelé des objectifs : 2020, le haut débit partout, pour tous les locaux, c'est-à-dire pour tous les particuliers et toutes les entreprises, et très haut débit dès 2022. Là, aujourd'hui, on voit avec la mise en place des différents réseaux, que l'on va y arriver, et on a une grande confiance sur le sujet, et le plus important c'est quand même pour moi les usages, il y a 13 millions de Français qui ne savent pas utiliser le numérique... HERVE FAVRE Voilà, il y a 20 % effectivement de la population qui est à l'écart, et comment on fait pour passer à l'administration en ligne, puisque c'est aussi une de vos priorités. MOUNIR MAHJOUBI Eh bien vous avez raison de le dire. Comment je peux dire, d'un, côté on va faire 100 % d'administration en ligne, si de l'autre côté on ne s'est pas occupé des 13 millions de Français qui ne savent pas l'utiliser ? C'est pour ça que pour moi, c'est tout aussi important que le réseau, c'est comment on accompagne ces Français qui ne savent pas utiliser le numérique. Et pour ça, on va annoncer à la prochaine conférence nationale des territoires, au mois de décembre, une stratégie qui a été construite avec les régions, les départements, les communes, pour se dire, comment, dans le premier semestre 2018, on trouve une solution, département par département, pour identifier les familles, orienter les familles, financer l'inclusion. ORIANE MANCINI Mounir MAHJOUBI, on va parler politique pour terminer. Christophe CASTANER sera élu samedi à la tête de la République En Marche !, vous avez été élu, vous, député au mois de juin, est-ce qu'on peut être à la fois chef de pari et secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement ? MOUNIR MAHJOUBI En tout cas, ce que je peux vous dire, c'est que c'est une très bonne nouvelle que Christophe CASTANER soit à la tête de ce parti, vous savez que je l'ai soutenu. Je pense qu'il est le meilleur pour continuer ce que nous avons démarré avec ce parti : de l'innovation, toujours de l'avance, être un parti qui inspire que gouvernement, qui inspire le Parlement et le meilleur pour faire émerger une nouvelle génération de leaders au sein de notre parti, de leaders locaux, des leaders nationaux, et il n'y a pas mieux que lui pour faire émerger les autres. C'est quelqu'un qui sait à la fois rayonner et faire émerger... ORIANE MANCINI Alors, dans ces cas-là, est-ce qu'il doit quitter le secrétariat d'Etat chargé des Relations avec le Parlement ? MOUNIR MAHJOUBI Ce n'est pas à moi de le dire, vous l'avez compris. Je n'essaie pas de vous mentir ou de vous dire que je n'ai pas d'autre idée. Ce n'est pas à moi... HERVE FAVRE ... ça ne vous intéresse pas ? MOUNIR MAHJOUBI Non, ce n'est pas mon... Je ne suis pas candidat, et vous avez vu qu'en tant que secrétaire d'Etat au Numérique, j'ai déjà beaucoup à faire avec tous ces sujets. CYRIL VIGUIER Mounir MAHJOUBI, merci d'avoir été notre invité. Une dernière question. Vous êtes passé de la vie d'entrepreneur, de la vie de syndicaliste, CFDT, au Parti socialiste à 18 ans, à ministre. Faites-nous part de votre expérience gouvernementale, en quelques secondes. MOUNIR MAHJOUBI En quelques secondes, vous parler des six derniers mois. Ce que je peux vous dire, c'est que c'est une joie incroyable que d'être à l'avant-poste de la transformation... CYRIL VIGUIER C'était prévu, ça, dans votre parcours ? MOUNIR MAHJOUBI Eh bien ce n'était pas prévu, puisque j'étais, je venais d'avoir créé une boite qui fonctionnait plutôt bien, et j'ai du disparaitre du jour au lendemain, mais c'est une joie infinie, de se dire que je suis là, au premier rang de ceux qui sont en train de transformer la France, sur un sujet sur lequel je travaille depuis près de 20 ans et qui me passionne, qui est le numérique. CYRIL VIGUIER Vous le devez à Emmanuel MACRON, ça. MOUNIR MAHJOUBI Et ça je le dois à Emmanuel MACRON, et c'est pour ça que je suis très heureux d'avoir fait sa rencontre, à un moment dans ma vie, et de l'avoir soutenu, et je suis heureux de ce qu'on est en train de faire aujourd'hui, qui est en train de transformer la France, et avec Christophe CASTANER. CYRIL VIGUIER Ah ah ! Merci Mounir MAHJOUBI, secrétaire d'Etat chargé du Numérique, d'avoir été l'invité de « Territoires d'infos » ce matin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/584.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/584.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d45af653f409227b934a9c510faa59130c253ddc --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/584.txt @@ -0,0 +1 @@ +CLELIE MATHIAS Et tout de suite l'interview politique de Jean-Pierre ELKABBACH, qui reçoit ce matin la ministre de la Justice, Nicole BELLOUBET. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous êtes si rare, soyez la bienvenue. NICOLE BELLOUBET Merci. JEAN-PIERRE ELKABBACH Nicole BELLOUBET, merci d'être avec nous. Une politique de la ville réussie, est-ce le meilleur remède pour éviter la radicalisation des jeunes ? NICOLE BELLOUBET C'est indiscutablement un des remèdes tout à fait essentiels, parce qu'il faut vraiment, dans certains quartiers de nos territoires, être présent d'une manière tout à fait singulière... JEAN-PIERRE ELKABBACH Ce qui n'a pas été le cas. NICOLE BELLOUBET … Appuyée, spécifique. Je n'ai pas dit que ça n'avait pas été le cas... JEAN-PIERRE ELKABBACH Pas assez. NICOLE BELLOUBET Je dis simplement qu'il faut absolument que la République soit présente dans tous les interstices où se glissent parfois des personnes qui n'ont pas ce souci-là. JEAN-PIERRE ELKABBACH Parce que les banlieues ont des ressources, de l'énergie... NICOLE BELLOUBET Bien sûr. JEAN-PIERRE ELKABBACH ... des atouts, mais elles deviennent très souvent des foyers de délinquance, et après, d'islamisme radical. Le risque est grand. NICOLE BELLOUBET Oui, je crois que c'est un risque qui est réel, et c'est la raison pour laquelle le président de la République a souhaité hier, en quelque sorte, que la République puisse être réellement présente dans ces territoires. JEAN-PIERRE ELKABBACH Encore une fois, parce qu'elle n'a pas été assez présente. Et il a dire qu'elle a quelquefois déserté. A Tourcoing, en effet, le président MACRON dit qu'il ne veut pas confondre – je le cite – « les quelques milliers de radicalisés, au million d'habitants des quartiers populaires ». Mais il a ajouté une phrase qui fait du bruit. Ecoutons-la, ou réécoutons. EMMANUEL MACRON Cette radicalisation, elle s'est installée, parce que la République a démissionné, et parce que nous avons laissé, dans de trop nombreuses communes, dans de trop nombreux quartiers, des représentants d'une religion transfigurée, déformée, qui porte la haine et le repli, apporter les solutions que la République n'apportait plus. Le combat que nous devons, ici, conduire, c'est évidemment de restaurer la République dans toutes ses composantes. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc, entre un islamisme radical et la République qui déserte, il y a un lien. NICOLE BELLOUBET Je crois, je ne sais pas s'il y a un lien qui est automatique, ce que l'on sait, c'est que dans les quartiers il y a des rabatteurs, je pense qu'ils n'ont rien à voir avec la religion, et que ces gens-là, ils doivent absolument être combattus par l'ensemble des moyens dont la République dispose, c'est-à-dire une présence très forte en termes de sécurité, en termes d'éducation, en termes de protection des droits, en termes d'emploi. Et c'est ça que veut dire le président de la République, je crois. JEAN-PIERRE ELKABBACH En même temps, il dit que c'est notre faute, « Nostra culpa ». NICOLE BELLOUBET Non, mais je crois que ce qu'il dit, c'est que la République doit être présente. JEAN-PIERRE ELKABBACH D'accord. NICOLE BELLOUBET Ce n'est pas une question de faute. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais si elle n'est pas là, c'est qu'il y a peut-être, pour ces jeunes qui se radicalisent, des circonstances atténuantes, si on entend bien. NICOLE BELLOUBET Mais, il y a des circonstances, alors les circonstances, elles peuvent être … JEAN-PIERRE ELKABBACH Atténuantes ? NICOLE BELLOUBET Mais je ne sais si elles sont atténuantes, ce n'est pas le mot, ce n'est pas la question, moi je ne suis pas dans la recherche de culpabilité, je considère qu'il y a des interstices qui peuvent être parfois personnels, parfois personnels, j'ai rencontré des personnes qui travaillent aux côtés de jeunes radicalisés, qui expliquent qu'il y a des cheminements personnels dans lesquels effectivement se glissent des rabatteurs, et il y a des cheminements collectifs, où la République n'est pas toujours suffisamment présente. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et donc là, il y a un engagement et une promesse de la présidence de la République et de l'Etat. NICOLE BELLOUBET Absolument, c'est ce que nous allons essayer de faire... JEAN-PIERRE ELKABBACH Il faudra le montrer. NICOLE BELLOUBET Absolument, nous allons le montrer. Je ne veux pas ici dire que les choses n'ont pas été faites avant, bien des choses ont été tentées, nous allons essayer là de le faire de manière assez singulière, par une présence de tous les services publics. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous vous intéressez beaucoup à la lutte contre la radicalisation, le président annonce pour le début de l'année, des plans de radicalisation. Est-ce qu'il y a des pistes que vous pouvez donner ce matin ? NICOLE BELLOUBET Alors, si vous voulez, moi, pour mon département ministériel, nous travaillons à la fois sur les mineurs qui font l'objet d'un suivi en mesure d'assistance éducative. JEAN-PIERRE ELKABBACH Les mineurs revenus ? NICOLE BELLOUBET Non, pas seulement eux, pas seulement eux, nous avons des mineurs qui ne sont pas nécessairement partis et revenus, nous avons des mineurs sur notre territoire national que nous devons prendre en charge, et donc il y a des dispositifs extrêmement serrés, de suivi de ces mineurs par la protection judiciaire de la jeunesse et les associations qui travaillent autour d'elle. Nous nous intéressons également au public des personnes détenues, qui sont en prison, et puis nous nous intéressons aussi aux personnes qui font l'objet d'un contrôle judiciaire mais qui ne sont pas nécessairement en prison. JEAN-PIERRE ELKABBACH Jusqu'ici, les expériences pour déraciner et éradiquer le mal, ont presque toutes échoué, je sais qu'il y a beaucoup d'expérimentations, mais comment est-ce possible, comment les faire aboutir quand il y a de si nombreux revenants ? Est-ce que vous pouvez dire ce matin combien il y a de revenants ? NICOLE BELLOUBET Absolument, nous avons des chiffres que nous partageons avec le ministère de l'Intérieur, nous avons un chiffre de 244 personnes... JEAN-PIERRE ELKABBACH Lui, il disait 302 dimanche. NICOLE BELLOUBET Bon, alors, peut-être que les choses ont évolué depuis dimanche, en tout cas, nous nous étions accordés sur 244 personnes, nous en avons 175 qui ont été judiciarisées, c'est-à-dire qui sont soit en détention, soit sous contrôle judiciaire, et puis nous en avons à peu près 69 qui sont suivies par les services de renseignements JEAN-PIERRE ELKABBACH Suivis, ça veut dire qu'ils sont libres ? NICOLE BELLOUBET Ils sont libres mais suivis par les services de renseignement et ils font l'objet d'une... JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire, suivis ? NICOLE BELLOUBET C'est-à-dire qu'ils sont suivis, je ne sais pas comment vous le dire autrement, c'est-à-dire qu'on sait très bien où ils sont... JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire, on peut les rencontrer, là, en campagne, à Paris, dans les villes ? NICOLE BELLOUBET Ils sont suivis par les services de renseignements et ils font l'objet d'une enquête préliminaire qui devrait conduire à une décision de justice. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais s'ils reviennent, ils ont été ou complice ou acteur. NICOLE BELLOUBET Absolument, mais depuis 2015, toutes les personnes qui reviennent sont judiciarisées. Il y a des personnes qui sont revenues avant. JEAN-PIERRE ELKABBACH S'ils ont combattu, la France, s'ils sont des hommes ou des femmes, d'abord c'est le même traitement, est-ce qu'on leur reproche où ils sont jugés pour trahison ? NICOLE BELLOUBET Pas pour trahison, ils sont jugés en fonction d'associations de malfaiteurs terroristes et donc ils font l'objet dans bien des cas d'une sanction extrêmement puissante. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et association de malfaiteurs en lien avec un Etat ou une organisation terroriste désormais la peine c'est 30 ans, s'ils sont jugés, s'il yi a des procès. NICOLE BELLOUBET Il peut y avoir des procès, ils seront jugés, où ils sont jugés. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il peut y avoir des procès ou il y aura des procès ? NICOLE BELLOUBET Ah il y en aura. Je ne peux pas vous dire pour chaque personne... JEAN-PIERRE ELKABBACH Evidemment. NICOLE BELLOUBET Evidemment, chacun est suivi, fait l'objet d'une sanction qui est tout à fait particulière et qui est adaptée à sa situation. JEAN-PIERRE ELKABBACH Le président de la République disait que dans certains cas, certaines histoires, ils seraient traités cas par cas, c'est-à-dire selon quelles procédures ? NICOLE BELLOUBET Alors je ne sais pas exactement ce à quoi vous faites allusion, en tout cas, je puis vous assurer que pour les personnes qui reviennent des terrains de combats, évidemment ils font l'objet d'une sanction au cas par cas, qui dépend de l'enquête qui a été accomplie. Pour ceux... JEAN-PIERRE ELKABBACH Il vaut mieux qu'ils ne reviennent pas, non, comme dit madame Florence PARLY ? NICOLE BELLOUBET Je ne reprends pas les termes qu'a dit madame PARLY, nous travaillons avec chacun des Etats, dans certains cas ils peuvent être jugés sur place, nous avons des Etats avec lesquels ils sont jugés sur place, quand il y en a qui reviennent, ils font l'objet immédiatement d'une interpellation et d'un placement sous contrôle judiciaire. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce qu'on peut prolonger ? L'inspirateur et l'organisateur des attentats du Bataclan et de Paris, est, d'après ce que l'on dit, en Syrie. Il a inspiré le crime, mais lui n'a pas tué. Si un jour il est arrêté et jugé, il sera jugé pour crime ou pour complicité ? NICOLE BELLOUBET Je pense qu'il sera jugé pour crime, on verra à ce niveau, enfin, je n'en sais rien, je ne peux pas préjuger de ce que diront les juges mais je pense que... JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais en droit ? NICOLE BELLOUBET En doit il peut être jugé pour crime. Quand vous êtes un aspirateur à ce point, oui. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc l'inspirateur ou l'instigateur d'un attentat terroriste, devrait autant être puni qu'un exécutant ? NICOLE BELLOUBET Je ne suis pas en train de traiter de manière générale, je crois qu'une des forces de notre Etat de droit, c'est l'individualisation des peines, et donc sur cet aspect d'individualisation des peines, je pense qu'on ne peut pas préjuger ce que dit un tribunal. Mais il n'empêche que la circonstance singulière dans laquelle s'inscrit le parcours d'un combattant et d'un criminel, elle est évidemment présente. JEAN-PIERRE ELKABBACH Qui inspire un crime, peut être jugé au cas par cas, mais autant que celui qui a tué. NICOLE BELLOUBET Les personnes qui ont inspiré le Bataclan, vous comprenez bien que nous sommes là quand même dans une situation particulière. JEAN-PIERRE ELKABBACH Très bien, très bien. Donc en 24 heures, le Parquet général a fait appel après l'affaire d'Abdelkader MERAH et du procès. Le verdict a été contesté, il était contestable ? NICOLE BELLOUBET Ce n'est sûrement pas à moi de le dire. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais est-ce que les différentes directions du ministère de la Justice et le ministère de la Justice ont été, disons, au moins informées ou étaient au moins au courant ? NICOLE BELLOUBET Vous savez très bien que dans les affaires... JEAN-PIERRE ELKABBACH Bon, il y a séparation et indépendance. NICOLE BELLOUBET Dans les affaires particulières, nous n'intervenons pas, nous laissons les tribunaux exercer leur magistère en toute indépendance. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais vous êtes informée. NICOLE BELLOUBET Eh bien il me semble que lorsque le Parquet général, comme dans ce cas-là fait appel, évidemment je le suis. JEAN-PIERRE ELKABBACH Surtout quand il y a un procès contre les terroristes. NICOLE BELLOUBET Nous sommes... JEAN-PIERRE ELKABBACH On peut imaginer que vous soyez au courant. En attendant, il paraît que, et vous connaissez l'état des prisons, on dit qu'Abdelkader MERAH est devenu dans les prisons, une sorte d'agent recruteur et de d'icône influente. Est-ce que ça peut être possible ? NICOLE BELLOUBET Ecoutez, je pense que dans les conditions de détention dans lesquelles il se trouve, c'est-à-dire à l'isolement, il me semble extrêmement difficile qu'il soit un agent recruteur. Alors, après, que des personnes se réclament de lui, c'est une autre chose, mais être un agent recruteur actif, je ne vois pas très bien comment. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et en même temps, il faut combattre son influence. NICOLE BELLOUBET Ça, c'est certain. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et Emmanuel MACRON avait promis de développer le renseignement dans les prisons. NICOLE BELLOUBET Oui, absolument, et c'est ce que... JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça fonctionne ? NICOLE BELLOUBET D'une part ça fonctionne, d'autre part nous amplifions, et le nombre de personnes qui sont consacrées aux services de renseignement, et évidemment les techniques de renseignements. Je dois dire d'ailleurs de ce point de vue, que le service du renseignement pénitentiaire est aujourd'hui considéré par les autres services de renseignements français comme un acteur à part entière, et particulièrement reconnu par les autres services de renseignements. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et il dépend de qui ? NICOLE BELLOUBET De moi. JEAN-PIERRE ELKABBACH Du ministère de la Justice. NICOLE BELLOUBET Absolument. JEAN-PIERRE ELKABBACH En liaison avec le ministère de l'intérieur. NICOLE BELLOUBET Non, de moi, du ministère de la Justice... JEAN-PIERRE ELKABBACH De vous. NICOLE BELLOUBET ... Mais bien entendu il travaille avec les autres services de renseignements. JEAN-PIERRE ELKABBACH Dès votre arrivée, je me souviens que vous avez visité plusieurs prisons... NICOLE BELLOUBET Absolument. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et que vous avez constaté et dénoncé la surpopulation. Comment on arrive à concilier cette double mission qui peut être contradictoire, d'abord, ne pas surcharger les prisons et en même temps que les peines aillent jusqu'au bout ? Est-ce qu'il y a, vous allez développer, vous, des alternatives, le bracelet électronique, que sais-je, d'autres mesures dont on peut parler ? NICOLE BELLOUBET Oui, alors je ne pense pas que ce soit contradictoire, si vous voulez, c'est-à-dire que nous avons une surpopulation carcérale, c'est une banalité que de le constater. Nous souhaitons y répondre de deux manières : d'une part, par la construction d'un plan prisons, le président de la République s'est engagé à construire 15 000 places... JEAN-PIERRE ELKABBACH En un quinquennat ou deux ? La rumeur ce matin c'est en 150 00 en 5 ans, on ne pourra pas. NICOLE BELLOUBET En 5 ans, on ne pourra pas, sans doute pas, mais en tout cas nous allons d'une part en construire effectivement un nombre important et d'autre part, en lancer aussi effectivement un nombre également très important. Mais vous savez, construire des prisons, je veux dire que c'est autour de 5 ans, donc il y a différents types de bâtiments de détention adaptés à la situation des tenus, il y en a qui se construisent plus ou moins vite, donc un plan de construction de prisons, d'une part... JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais attendez, vous dites des places ou des cellules individuelles ? NICOLE BELLOUBET Ah non, je parle là de 15 000 places, évidemment nous avons pour objectif l'encellulement individuel, c'est une question à la fois, dans un certain nombre de cas de sécurité, et de dignité. Donc... JEAN-PIERRE ELKABBACH Et les alternatives ? NICOLE BELLOUBET Je... pour répondre à votre question, par rapport à cette surpopulation carcérale double réponse : la construction de places et la possibilité qui doit être donnée au juge qui prononce la peine, d'avoir une gamme diversifiée, de types de sanctions, et donc il faut mettre le juge en situation de pouvoir prononcer une peine de prison, quand cela est nécessaire, indispensable, que ça répond à l'infraction, mais aussi d'autres types de peines qui existent, comme effectivement le placement sous bracelet électronique, le travail d'intérêt général, la ligne du sursis avec mise à l'épreuve, etc., donc une gamme. La réalité c'est qu'au moment où le magistrat se prononce, parfois il n'est pas en capacité de prononcer l'ensemble, ce n'est pas... JEAN-PIERRE ELKABBACH L'objectif c'est la réinsertion éventuelle, dans le meilleur des cas. NICOLE BELLOUBET Evidemment, nous sommes dans une hypothèse où nous considérons qu'un certain nombre de détenus doivent être réinsérés. JEAN-PIERRE ELKABBACH Nicole BELLOUBET, vous parliez tout à l'heure des revenants, il y a les mineurs, qui sont là, et est-ce qu'il est vrai qu'il y en a 500 qui s'apprêtent à revenir ? NICOLE BELLOUBET Alors, c'est un chiffre, c'est une évaluation qui a été réalisée, est-ce qu'ils reviendront, est-ce qu'ils ne reviendront pas ? Nous ne le savons pas, évidemment, mais c'est une évaluation du nombre de personnes qui sont, du nombre de Français qui seraient sur les terrains de combat. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais on les rapatrierait ? NICOLE BELLOUBET Non mais la question ne se pose pas, on ne les rapatrie pas, nous essayons de voir ce que veulent faire ces gens-là, mais on ne les rapatrie pas. JEAN-PIERRE ELKABBACH Bernard CAZENEUVE dit que c'est de la graine de terroristes, et qui sont des bombes qui sont porteurs de morts. NICOLE BELLOUBET Monsieur ELKABBACH, c'est la raison pour laquelle, aujourd'hui, dès qu'ils arrivent, ils sont judiciarisés, ils sont présentés à un juge... JEAN-PIERRE ELKABBACH Jusqu'à quel âge ? NICOLE BELLOUBET Mais il n'y a pas de question d'âge. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ils sont mineurs. NICOLE BELLOUBET Tout le monde est présenté à un juge. Le juge ensuite, suivant l'âge et suivant la nature de ce qui est reproché à cette personne, va soit les placer en foyer d'assistance éducative, soit les... JEAN-PIERRE ELKABBACH On change de sujet, parce que le ministère de la Justice c'est un maximum de sujets et en même temps des chantiers extrêmement immenses et vastes. Actuellement la société est secouée par différents débats passionnés autour de la sexualité, d'abord entre adultes et mineurs, est-ce que vous retenez toujours l'âge de 13 ans, comme vous l'avez dit récemment ? NICOLE BELLOUBET J'ai dit que nous réfléchissions à une chose nouvelle, qui est une présomption de non-consentement à l'acte sexuel, en deçà d'un certain âge. Nous avons une réflexion à conduire, très rapidement, sur l'âge qui peut-être 15, 14, 13 ans. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire, la décision n'est pas prise ? NICOLE BELLOUBET La décision n'est pas prise. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire la majorité et la maturité sexuelle, c'est, et la loi le reconnaît 15 ans. Et pourquoi cet écart entre 13 et 15 NICOLE BELLOUBET Le seuil de 15 ans demeurera, c'est-à-dire que en deçà de 15 ans, une atteinte sexuelle va être punie de manière particulièrement sévère, mais la question de la présomption de non-consentement, c'est un tout petit peu différent, nous hésitons, enfin nous n'hésitons pas sur la mise en oeuvre, nous cherchons quelle est la meilleure des solutions du point de vue du seuil de l'âge. JEAN-PIERRE ELKABBACH Votre préférence ? NICOLE BELLOUBET Je n'ai pas de préférence. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous avez dit : je retiens 13 ans. NICOLE BELLOUBET Nin, mais moi il me semble que 13 ans serait un âge qui me semblerait correspondre d'ailleurs à ce qu'a préconisé le Haut comité à l'égalité entre les femmes et les hommes, à ce qu'a préconisé d'autres pays étrangers, nous essayons de voir quelle est la meilleure solution juridique. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il y a des associations qui manifestaient, parait-il hier. NICOLE BELLOUBET Je n'ai vu personne. JEAN-PIERRE ELKABBACH Non mais ils étaient une cinquantaine devant votre ministère et réclamaient que soit fixé un âge minimum, ce sera dans la loi. NICOLE BELLOUBET Si le Parlement nous suit, c'est ce que je vous dis, ce sera dans la loi. JEAN-PIERRE ELKABBACH La loin début 2018 ? NICOLE BELLOUBET Absolument, on s'est engagé sur une loi autour du printemps. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et ce sera autour de ce seuil. Et vous aggraverez les sanctions ? NICOLE BELLOUBET Les sanctions existent si vous voulez, le viol est puni de 15 ans, plus 5 ans en cas de circonstances aggravantes, les peines existent. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et alors, et contre les agressions et harcèlements sexuels qui se manifestent, il y en a encore une qui est signalée aujourd'hui dans Libération, d'un des responsables ou d'anciens responsables du Parti socialiste, de la Jeunesse socialiste, est-ce que là aussi la loi prévoira de judiciariser judiciariser presque tous les cas ? NICOLE BELLOUBET Ça l'est déjà, si vous voulez, la question aujourd'hui vous le savez monsieur ELKABBACH, que quand vous commettez une agression sexuelle, un viol, a fortiori évidemment, du harcèlement sexuel, tout cela constitue des infractions qui sont parfaitement punissables. La difficulté que nous rencontrons dans ce genre de situation, et c'est la raison pour laquelle la manière dont les femmes se sont exprimées est aussi importante, c'est le recueil des preuves et c'est la raison pour laquelle nous allons proposer des évolutions dans ce domaine-là... JEAN-PIERRE ELKABBACH Par exemple. NICOLE BELLOUBET Je parlais par exemple de la possibilité de déposer une prise de plainte en ligne, ce qui fait que, au fond la personne qui a été victime, tout de suite peut dire ce qu'elle a ressenti. Nous parlons également de la possibilité qui existe déjà dans certains hôpitaux, de recueillir des preuves d'une agression sexuelle avant même que la plainte ait été déposée, nous parlons de la multiplication des dispositifs d'écoute, etc. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et pour les harceleurs de rue, de métro, de bistrot ? NICOLE BELLOUBET Nous réfléchissons, ce sera, si vous voulez, en fait du point de vue normatif, nous prévoyons trois évolutions, celle dont nous avons parlé tout à l'heure, c'est-à-dire la présomption de non consentement, nous prévoyons également l'allongement de la prescription de 20 à 30 ans pour les mineurs qui ont été victimes de viol, et enfin, nous envisageons de prévoir une contravention autour de l'outrage sexiste, ce qu'on appelle couramment le harcèlement de rue. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et il ne faut pas oublier, mais ça c'est la loi qui doit y dépenser, les incestes au sein des familles. NICOLE BELLOUBET La loi l'a déjà prévu, là encore... JEAN-PIERRE ELKABBACH Et j'ai vu que, naturellement les femmes témoignent, on leur donne raison de témoigner, de raconter, de dénoncer, et je note qu'il y a un collectif d'avocats qui vient de se créer, qui s'appelle « Osez porter plainte », et qui se propose d'aider gratuitement les victimes de harcèlement sexuel, c'est un signe positif, et le commentaire de ce « Osez porter plainte », c'est que le Twitter ne peut pas se substituer au tribunal et qu'il y a les tribunaux et les procès pour ça. NICOLE BELLOUBET Absolument, moi je l'ai toujours dit, ce qu'il faut c'est porter plainte, et la justice, comme d'ailleurs ceux qui recueillent ces plaintes, ça ne devrait pas être une épreuve, ça peut être un soutien et c'est ce que nous souhaitons faire. JEAN-PIERRE ELKABBACH On a dit que le ministère de la justice est un ministère qui a énormément de dossiers, d'ailleurs vous êtes en train de préparer la loi de programmation de la justice qui sera une loi de 5 ans, je suppose, quinquennat. NICOLE BELLOUBET Oui, tout à fait, 2018/2022. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais que vous avez un budget de 7 milliards cette année, en 2020 de plus de 5 %, c'est-à-dire 8 milliards. On peut dire que c'est 4 fois moins que la politique de la formation professionnelle, et 5 fois moins que la politique du logement, mais vous pouvez agir tout de même. NICOLE BELLOUBET Je pense que nous pouvons agir et la progression qui sera de plus d'un milliard d'euros, me semble un effort tout-à-fait significatif de la part du gouvernement. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais si on vous donnait plus, vous diriez oui. NICOLE BELLOUBET Qui ne dirait pas oui ? Quel ministre ne dirait pas oui ? JEAN-PIERRE ELKABBACH Regardez, il y a une première en France, et je ne veux pas qu'elle passe inaperçue, le géant bancaire HSBC vient de payer 300 millions au budget français, pour éviter un procès pour blanchiment de fraude fiscale. C'est l'application de la loi Sapin II et c'est la plus importante amende pénale prononcée par la justice française. Est-ce que c'est un avertissement, selon vous, Madame la Ministre de la Justice, pour d'autres tricheurs ? NICOLE BELLOUBET Eh bien je répondrai de deux manières. Cette procédure de transaction, effectivement, elle a été prévue par la loi Sapin II, ce qui est une manière assez puissante de sanctionner des personnes qui ont accompli des actes de fraude, mais il ne faut pas oublier que le procès pénal peut parfois exister, à titre de responsabilité individuelle, je crois que ce sera le cas d'ailleurs dans l'affaire dont vous me parlez. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, la réforme constitutionnelle, vous en êtes en même temps chargé avec le président de la République, Edouard PHILIPPE, les présidents des Assemblées, comme le président LARCHER, est-ce que ça progresse ? NICOLE BELLOUBET Oui je crois, d'ailleurs le président de la République avait annoncé lors du congrès que cette révision devrait être engagée, les travaux ont déjà commencé, les deux assemblées le réfléchissent dans des groupes de travail qu'elles ont mis en place, et nous avons déjà eu des rencontres, me semble-t-il, extrêmement positives de ce côté-là. JEAN-PIERRE ELKABBACH Il faut rappeler qu'il faut réduire d'un tiers le nombre des députés et des sénateurs, et il faudrait... NICOLE BELLOUBET Ce point-là précisément ne ressort pas nécessairement d'ailleurs de la Constitution, ça peut être l'objet d'une loi organique. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et la loi, la Cour de justice de la République ? NICOLE BELLOUBET Alors ça c'est dans la Constitution, évidemment, et... JEAN-PIERRE ELKABBACH Et l'indépendance du Conseil supérieur de la magistrature ? NICOLE BELLOUBET C'est, sur le statut du Parquet, c'est dans la Constitution, évidemment, nous souhaitons évoluer puissamment de ce que côté-là. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et vous dites que ça progresse, c'est à dire qu'on pourra voir l'année prochaine la révision de la Constitution ? NICOLE BELLOUBET Eh bien ce que nous souhaitons faire c'est pouvoir, dans le courant du printemps, débattre d'un texte de loi aux assemblées. Je vous rappelle que pour réviser la Constitution, il faut que le même texte soit adopté dans les mêmes termes. JEAN-PIERRE ELKABBACH Parce que vous parlez de 3/5ème. NICOLE BELLOUBET Non, le même texte est adopté dans les mêmes termes par l'Assemblée et par le Sénat, d'abord, puis dans un second temps c'est l'adoption au Congrès aux 3/5ème. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et vous pensez qu'on va vers le congrès ou un référendum ? NICOLE BELLOUBET Ah non, on va vers le congrès, nous avons un article, c'est l'article 80 de la Constitution, et c'est évidemment vers le Congrès que nous allons. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vers le Congrès pour réviser la Constitution. NICOLE BELLOUBET C'est cela que nous souhaiterions. JEAN-PIERRE ELKABBACH En tout cas merci d'être venue. NICOLE BELLOUBET Merci à vous. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous voyez que c'est intéressant et que la justice nous intéresse. Revenez. NICOLE BELLOUBET Je reviendrai. JEAN-PIERRE ELKABBACH Merci de cette promesse. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/585.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/585.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7d15cbc25c0cd32e1d8ddf2e4dd05cb6add4e8e1 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/585.txt @@ -0,0 +1 @@ +BRUCE TOUSSAINT Et notre invitée est Jacqueline GOURAULT, ministre auprès du ministre de l'Intérieur. JEAN-MICHEL APHATIE Bonjour Jacqueline GOURAULT. JACQUELINE GOURAULT Bonjour. JEAN-MICHEL APHATIE Etes-vous toujours ministre à l'heure où l'on parle, parce qu'on attend le remaniement, alors on ne sait pas du coup ? JACQUELINE GOURAULT Ecoutez, oui, jusqu'à plus ample information, je suis toujours ministre. JEAN-MICHEL APHATIE Et quand aura lieu le remaniement ? JACQUELINE GOURAULT Eh bien dans la journée, mais je n'ai pas d'information précise sur le timing, si je puis dire. JEAN-MICHEL APHATIE Oui, parce que vous dites dans la journée, mais vous le dites comme ça ! JACQUELINE GOURAULT Je le dis comme ça, oui. JEAN-MICHEL APHATIE Vous ne savez pas en fait… JACQUELINE GOURAULT En fait je ne sais pas. JEAN-MICHEL APHATIE Dans la journée, demain, bon on va attendre. Si Christophe CASTANER restait au gouvernement en plus d'être chef de parti, c'est une bonne chose ou une mauvaise chose ? JACQUELINE GOURAULT C'est une chose toute simple. Il y a déjà eu des chefs de parti qui étaient ministres. JEAN-MICHEL APHATIE Oui, mais est-ce que c'est une bonne chose dans le monde moderne et nouveau dans lequel nous entrons ? JACQUELINE GOURAULT Enfin, c'est dans la transparence, donc… il est chef de parti, c'est un homme important dans l'entourage du président MACRON, donc ça me semble légitime qu'il soit encore ministre. JEAN-MICHEL APHATIE Légitime, d'accord, à ce point ? JACQUELINE GOURAULT Oui. JEAN-MICHEL APHATIE Parce que… enfin, des gens disent voilà, diriger un parti politique, être ministre, tout ça ce n'est pas très moderne. On a vu ça dans le passé, mais CHIRAC, JUPPE, enfin ça nous renvoie longtemps, longtemps, longtemps en arrière. JACQUELINE GOURAULT Oui, en même temps on ne peut pas accuser le parti En Marche de ne pas exister et dire, en parallèle, il ne faut pas que le président du parti ne soit pas ministre, parce qu'il y a eu tout un tas d'articles ce week-end dernier sur le fait que c'était... BRUCE TOUSSAINT Non, mais il y a un mouvement contre le cumul des mandats depuis quelques années, on sait que quand on est ministre, par exemple, on nous explique que c'est compliqué de faire autre chose parce qu'il faut se consacrer à 100 % à cette tâche, donc c'est vrai que ça peut paraître étrange. JACQUELINE GOURAULT Ça peut paraître étrange, mais en même temps c'est un rôle, relations avec le Parlement, qui est un rôle, je dirais aussi politique, de relation avec les autres partis, et être soi-même chef de parti, enfin... Je pense que ça ne mérite pas des discussions infinies. JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez raison, nous allons passer à un autre sujet. En attendant le remaniement c'est vous, Jacqueline GOURAULT, qui êtes chargée du suivi des collectivités territoriales, c'est plutôt vous, vous n'avez pas d'attribution précise, mais c'est plutôt vous qui vous chargez de ce dossier, et ça tombe bien que vous soyez avec nous puisque depuis hier les maires sont réunis en assemblée générale à Paris, c'est une réunion traditionnelle chaque année. Le Premier ministre Edouard PHILIPPE est intervenu devant les maires réunis porte de Versailles à Paris, écoutez le début de son intervention, c'est un début curieux tout de même. On écoute Edouard PHILIPPE. EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE Si j'étais, non pas sur cette estrade, mais comme l'an passé, assis à votre place, peut-être ferais-je partie de ceux d'entre vous qui sont aujourd'hui inquiets. JEAN-MICHEL APHATIE Voilà, c'est l'ancien maire du Havre, Edouard PHILIPPE, c'est curieux qu'il dise ça, « si j'étais avec vous je serais inquiet. Je ne suis pas avec vous, donc je ne suis pas inquiet, mais vraiment, si j'étais avec vous je comprends que vous ayez des soucis. » C'est curieux quand même ! JACQUELINE GOURAULT Edouard PHILIPPE commence souvent ses discours, vous avez remarqué, par des formules et des traits d'humour. Vous savez qu'il a une certaine distance par rapport aux événements et aux choses, et il a dit, par la suite, parce qu'il y a la suite... JEAN-MICHEL APHATIE « Vous n'avez pas de raison d'être inquiets. » JACQUELINE GOURAULT Voilà, « il n'y a pas de raison d'être inquiet. » BRUCE TOUSSAINT Mais c'est de l'humour ça ? JACQUELINE GOURAULT C'est une distance par rapport... C'est une manière d'aborder les choses, c'est tout à fait la personnalité d'Edouard PHILIPPE, avec une distance, un peu d'humour, voilà. JEAN-MICHEL APHATIE Alors, les élus sont très inquiets, au point que, ils menacent, pour beaucoup d'entre eux, de saisir le Conseil constitutionnel. Il y a deux angles d'attaque, on ne va pas faire de la technique Jacqueline GOURAULT, mais il faudrait quand même les regarder. Il est constitutionnel d'admettre que les collectivités territoriales s'administrent librement, et des élus disent en nous supprimant des sources de revenu, notamment la taxe d'habitation, on porte atteinte à cette liberté. Et puis, un sénateur de droite, Philippe DALLIER, explique aussi que le projet d'exonérer 80 % des gens de la taxe d'habitation est un projet qui est peut-être inconstitutionnel, il l'explique très bien, on l'écoute. PHILIPPE DALLIER (EXTRAIT DE C DANS L'AIR DU 20 NOVEMBRE SUR FRANCE 5) Il y a un grand risque que le Conseil constitutionnel déclare cette mesure non conforme à la Constitution, parce qu'on va concentrer cet impôt sur seulement 20 % des Français, on en exonère 80 %. Pour un impôt donné on peut avoir effectivement un certain nombre de gens qui y échappent, sur différents critères, mais là on va vers une concentration de cet impôt comme on n'en n'a jamais vue. Donc nous pensons là, effectivement, qu'il y a une différence de traitement, qui n'est pas acceptable au regard de la Constitution. JEAN-MICHEL APHATIE Alors, le Conseil constitutionnel a déjà censuré des mesures pour rupture d'égalité devant l'impôt, est-ce qu'il y a un risque ? JACQUELINE GOURAULT Je ne crois pas parce que je ne suis pas d'accord avec ce que dit Philippe DALLIER, on ne concentre pas sur 20 %. Cette expression laisserait à penser que, au fond, la charge de l'ensemble de la taxe d'habitation va reposer sur 20 % des gens, en réalité ce n'est pas ça. La réalité c'est qu'il va y avoir un dégrèvement, c'est-à-dire que l'Etat prend la place du contribuable, sur 80 % des contribuables étalé sur 3 ans, et que les 20 % qui restent paient ce qu'ils auraient payé dans l'autre système, si tout le monde avait payé. Je veux dire, il n'y a pas de charge supplémentaire sur les 20 %. Donc je pense qu'il n'y a pas de règle d'inconstitutionnalité. Ceci dit... JEAN-MICHEL APHATIE Comment on peut garantir qu'il n'y ait pas de hausse pour les 20 % qui vont acquitter la taxe d'habitation, puisque c'est les communes qui vont déterminer elles-mêmes le montant de l'impôt que vont payer leurs administrés ? JACQUELINE GOURAULT Non. Je veux dire, par-là, que... JEAN-MICHEL APHATIE Vous comprenez ma question ? JACQUELINE GOURAULT Oui, j'ai bien compris, mais je veux dire par là qu'il ne va pas y avoir une hausse conséquence du fait que les autres sont exonérés de la taxe, puisque c'est l'Etat qui prend la place du contribuable. Et bien sûr il y a une liberté de taux qui existe, puisque ça, évidemment... JEAN-MICHEL APHATIE Une libre administration des collectivités territoriales. JACQUELINE GOURAULT Voilà, on ne peut pas y toucher. JEAN-MICHEL APHATIE Et donc, si le Conseil constitutionnel dit il y a un risque, il y a un risque que pour les 20 % qui restent, l'addition risque d'être chère et donc on peut considérer qu'il y aura une rupture d'égalité devant l'impôt. JACQUELINE GOURAULT Non, parce que s'il y a une augmentation de taux, elle sera vraie pour l'ensemble des contribuables, pas seulement pour les 20 %. JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez posé spécifiquement cette question au Conseil d'Etat qui éclaire le gouvernement avant les prises de décision ? JACQUELINE GOURAULT Je crois que, absolument, le président de la République a posé cette question au Conseil d'État. BRUCE TOUSSAINT Il y a une inquiétude parce que les communes disent déjà qu'il n'y aura pas de compensation, elles estiment que ce que vous allez leur donner à la place ne sera pas suffisant, d'où, en effet, la question. JACQUELINE GOURAULT Eh bien, ce n'est pas une compensation, c'est un dégrèvement, parce que les communes ont raison, quand il y a compensation, en général, la compensation se fait à l'année N et au fur et à mesure des années, évidemment, cette compensation diminue, on l'a vu par exemple pour la taxe professionnelle, c'est une réalité. Mais là c'est un dégrèvement, c'est-à-dire que chaque année les services fiscaux calculent ce que les maires appellent le produit attendu, c'est-à-dire les bases, multipliées par les taux, et une partie sera financée par le contribuable qui paie encore, et l'autre partie sera financée par l'Etat qui prend la place du contribuable, et donc la dynamique de la taxe d'habitation est respectée puisque c'est annuel et qu'on fait intervenir les nouvelles constructions. BRUCE TOUSSAINT Vous restez avec nous, 8h40, l'essentiel de l'info. (...) Jacqueline GOURAULT, ministre auprès du ministre de l'Intérieur, est l'invitée de France Info. Jean-Michel APHATIE. JEAN-MICHEL APHATIE Les élus locaux ont une autre source d'inquiétude, c'est la baisse des APL, qui pourrait menacer, selon ces élus locaux, la survie de plusieurs organismes HLM, est-ce que vous allez modifier des choses sur la baisse telle qu'elle a été présentée dans un premier temps, il y a beaucoup de rumeurs depuis le début de la semaine qui circulent à ce sujet ? JACQUELINE GOURAULT Alors, en ce qui concerne les APL, je vous dis ce que je sais, parce que ça n'est pas mon ministère, mais, 1°) : la baisse des APL est maintenue, vous savez que la base de la réflexion du gouvernement, c'est que, à la fois, le gouvernement soutient les familles par des APL, et soutient la construction des logements. Et que tout cela a une tendance à faire la hausse des loyers. Donc vous savez que la décision, c'est de baisser les APL et de demander aux organismes sociaux... JEAN-MICHEL APHATIE De supporter cette baisse... JACQUELINE GOURAULT De supporter cette baisse. La première décision qui a été prise, c'est d'étaler cette baisse sur trois années, ça, c'est acté. Et deuxièmement, les négociations continuent, avec les organismes de logements sociaux, et avec l'union sociale de l'habitat, pour aboutir à un accord qui, je pense, va aboutir. Mais je n'ai pas... JEAN-MICHEL APHATIE Le détail de cet accord puisque ça se discute... JACQUELINE GOURAULT Voilà, puisque ça n'est pas terminé. JEAN-MICHEL APHATIE On nous dit que demain, puisqu'il intervient demain devant eux, le président de la République devrait faire des annonces à ce sujet ou à d'autres sujets, vous le confirmez ? JACQUELINE GOURAULT C'est possible que le président de la République fasse des annonces, oui, mais je ne sais pas si les négociations seront terminées en ce qui concerne le logement. JEAN-MICHEL APHATIE Donc il est possible que des choses bougent encore pour essayer de calmer l'inquiétude des élus locaux. JACQUELINE GOURAULT C'est-à-dire qu'il y a... JEAN-MICHEL APHATIE Donc vous convenez l'inquiétude ? JACQUELINE GOURAULT Oui, bien sûr, on convient de l'inquiétude, je crois qu'il y a des situations très différentes sur les bailleurs sociaux, il y a des bailleurs sociaux qui ont des situations, je dirais, confortables, et il y a des bailleurs sociaux qui ont des situations extrêmement difficiles, je me suis beaucoup déplacée sur le terrain pour les assemblées locales de maires, départementales, et c'est un des sujets, bien sûr, qui a été souvent abordé. JEAN-MICHEL APHATIE D'accord. Donc on suivra ça demain, Emmanuel MACRON devant les élus locaux, vous y serez sans doute, Jacqueline GOURAULT, vous l'accompagnerez sans doute, demain ? JACQUELINE GOURAULT J'espère, si je n'ai pas de questions d'actualité au Sénat, parce que c'est à la même heure, et que, moi... JEAN-MICHEL APHATIE La vie gouvernementale et ses obligations... JACQUELINE GOURAULT Je suis allée avec le Premier ministre hier pour son discours, et c'est Gérard COLLOMB qui a fait les questions d'actualité, et jeudi, eh bien, nous inversons, et si je n'ai pas de questions d'actualité concernant mon domaine, j'irai écouter le président de la République. JEAN-MICHEL APHATIE Puisque vous êtes ministre auprès du ministre de l'Intérieur, Jacqueline GOURAULT, une question sur des arrestations qui ont eu lieu au début de la semaine, en lien avec les enquêtes concernant l'attentat à Charlie Hebdo, puis, la prise d'otages qui avait suivi la même semaine donc de janvier 2015 à l'Hyper Casher de Vincennes, deux ou trois personnes ont été arrêtées ? JACQUELINE GOURAULT Trois. JEAN-MICHEL APHATIE Trois, c'est ça ? JACQUELINE GOURAULT Oui... JEAN-MICHEL APHATIE Qui sont en lien avec les auteurs de ces attentats ? JACQUELINE GOURAULT Alors, je n'ai pas de précisions, il y a une enquête, je ne peux pas évidemment m'exprimer sur l'enquête elle-même, d'abord, je n'en ai pas connaissance, ce que je peux vous dire simplement, c'est que naturellement, ceci prouve on cherche, bien sûr, quand il y a un événement aussi dramatique que celui-ci à remonter toute la chaîne, c'est-à-dire à voir notamment comment les armes, comment les responsables des attentats s'étaient procurés les armes. On sait très bien que souvent, entre la radicalisation et la délinquance de droit commun, notamment dans le trafic d'armes, trafic de drogue, etc., sont extrêmement liées. Et évidemment, les enquêteurs de la police, de la gendarmerie remontent, et c'est la preuve que... JEAN-MICHEL APHATIE Il a fallu presque... JACQUELINE GOURAULT Enfin, la police et la gendarmerie continuent le travail... JEAN-MICHEL APHATIE Il a fallu presque trois ans pour remonter... JACQUELINE GOURAULT Eh oui, mais c'est important, et c'est important que ceux qui fournissent les armes, eh bien, soient reconnus coupables de leurs actes, puisqu'ils ont permis... JEAN-MICHEL APHATIE Bien sûr. Dans ce travail, les services de police et de renseignements bénéficient souvent de l'aide de pays étrangers, de services secrets étrangers. Et à ce propos, on a lu un article hier dans Le Monde, les services secrets français reprochent à Gérard COLLOMB d'avoir enfreint une loi, non écrite, de ne jamais citer les services étrangers qui peuvent aider la France dans cette traque des terroristes, c'était un propos que le ministre de l'Intérieur, Gérard COLLOMB, a tenu sur Europe 1, il y a un mois. On l'écoute. GÉRARD COLLOMB, MINISTRE DE L'INTÉRIEUR (DOCUMENT EUROPE 1 – 27 SEPTEMBRE) En général, ce sont des personnes pour lesquelles on a eu des renseignements de services étrangers. Donc on ne peut pas les judiciariser tout de suite, mais en même temps, il faut bien pouvoir les surveiller, quand vous avez, je ne sais pas, moi, un service belge qui vous dit : voilà, nous savons que tel ou tel va venir passer à l'attaque chez vous à Paris, vous êtes bien obligé de prendre un certain nombre de mesures, parce que, autrement, vous connaissez ce que nous avons connu par les temps passés. JEAN-MICHEL APHATIE Est-ce une erreur d'avoir cité spécifiquement le service belge, comme l'a fait le ministre de l'Intérieur ? JACQUELINE GOURAULT Enfin, je n'avais pas connaissance, et je n'ai pas lu l'article dont vous parlez, mais si on écoute bien, il dit par exemple, il n'a pas nommé spécifiquement, enfin, là, je découvre en même temps… JEAN-MICHEL APHATIE D'après l'article, les services de renseignements français se sont émus de cette prise de parole du ministre de l'Intérieur et l'ont regrettée... JACQUELINE GOURAULT Ecoutez, il a dit : si un service étranger, et je ne sais pas, par exemple, je ne sais pas, par exemple, je crois que c'est vraiment... voilà... JEAN-MICHEL APHATIE Vous n'en avez pas entendu parler plus que ça ? JACQUELINE GOURAULT Non, pas du tout. JEAN-MICHEL APHATIE Bon, donc on n'aura pas l'expertise gouvernementale à ce sujet, mais je renvoie ceux que ça peut intéresser peut-être au site du Monde ou en tout cas au journal Le Monde, qui fait état d'une manifestation de désaccord de la part des services secrets français, après ce propos du ministre de l'Intérieur, mais on est là dans une zone grise effectivement, on ne maîtrise pas tout. Puisqu'on parle de Gérard COLLOMB, on lui reproche aussi d'avoir fait voter un amendement à l'Assemblée nationale, vous devez connaître cette histoire, alors, c'est très technique, on ne va pas rentrer dans les détails, mais le Grand Lyon, ville dont Gérard COLLOMB a été longtemps le maire, a bénéficié, au dernier moment, d'un amendement qui arrangerait ses finances. Et c'est la députée socialiste Nouvelle Gauche, Valérie RABAULT, qui porte l'attaque. VALÉRIE RABAULT, NOUVELLE GAUCHE – TARN-ET-GARONNE, 20 NOVEMBRE ASSEMBLÉE NATIONALE Cet amendement, il avait déjà été déposé l'an dernier, en dernière minute, comme ça s'est fait, là, avec les quatre députés lyonnais qui ont pris, j'imagine, leurs instructions chez le ministre de l'Intérieur, ancien maire de la ville de Lyon. Et qu'est-ce qu'on découvre ? Eh bien, qu'en France, Lyon a un statut particulier, je veux bien que ce soit la ville des lumières, mais être ville des lumières n'autorise pas à avoir une loi à soi ! Nous ferons un recours en Conseil constitutionnel pour rupture d'égalité. JEAN-MICHEL APHATIE Décidément, il aura du travail le Conseil constitutionnel. Un amendement de dernière minute qui avantage la ville de Lyon, enfin... JACQUELINE GOURAULT Elle a raison, Valérie RABAULT de dire que la ville de Lyon a un statut particulier, sauf que je ne pense pas qu'elle voulait donner le sens particulier comme je vais le faire, puisque, effectivement, la métropole de Lyon est la seule métropole qui est à statut particulier, c'est exact, et... JEAN-MICHEL APHATIE Mais elle dit : l'année dernière déjà, on nous a présenté un amendement de dernière minute qui a été repoussé, cette année, on y revient, cette année, il a été accepté, cette manière de gouverner étonne quand même un peu ? JACQUELINE GOURAULT Alors, peut-être, quand même, expliquer que, avec les transferts de compétences des départements vers les régions, il y a eu 25 points de CVAE, de passer des départements aux régions, or, le statut particulier de la ville, enfin, de la métropole de Lyon fait que, elle a pris la place, comme vous le savez, du département, pour organiser les transports. Donc voilà, et Gérard... JEAN-MICHEL APHATIE Pas de polémique, là, non plus, elle n'est pas fondée la polémique d'après vous ? JACQUELINE GOURAULT Eh bien, c'est des transferts de compétences, voilà. JEAN-MICHEL APHATIE D'accord, eh bien écoutez, vous direz à Valérie RABAULT : inutile de saisir le Conseil constitutionnel alors. JACQUELINE GOURAULT Mais elle voulait saisir déjà le Conseil constitutionnel sur les carburants pour la gendarmerie la semaine dernière ! JEAN-MICHEL APHATIE Ah, c'est une manie ! BRUCE TOUSSAINT Vous restez avec nous. Jacqueline GOURAULT, ministre auprès du ministre de l'Intérieur, est l'invitée de France Info. JEAN-MICHEL APHATIE Une circonstance singulière s'est déroulée hier. A la suite d'une plainte du procureur de Grenoble, un juge d'instruction a entendu les gendarmes qui sont en charge de l'affaire Maëlys. Le procureur de Grenoble se plaignait de fuites dans la presse concernant le dossier de l'enlèvement de cette petite fille, de sa disparition d'ailleurs. La plainte a abouti à ce que les gendarmes soient auditionnés par des juges, les gendarmes qui doivent continuer à mener l'enquête tout de même. On est étonné de ce rapport conflictuel entre la police et la justice. Qu'est-ce que vous en dites, Jacqueline GOURAULT ? JACQUELINE GOURAULT Je dis que c'est une affaire dramatique que la disparition de cette petite fille. Je pense d'abord à sa famille, à tous ses proches. S'il y a cette polémique, c'est absolument effrayant. J'imagine ce qu'ils doivent ressentir eux. C'est une affaire qui est en cours d'instruction, je sais qu'il y a beaucoup de gendarmes qui travaillent, une cinquantaine de gendarmes qui sont sur l'affaire aux côtés du juge. Je n'ai pas plus à dire. JEAN-MICHEL APHATIE Comment peuvent-ils continuer à mener une enquête dans ce climat, dans cette difficulté de rapport avec la justice ? JACQUELINE GOURAULT Je pense que la justice saura s'organiser. JEAN-MICHEL APHATIE C'est quand même étonnant que le procureur de la République ait pris cette initiative. Ça ne vous a pas étonnée, vous, plus que ça ? JACQUELINE GOURAULT Le procureur de la République joue son rôle. Moi, je n'ai pas de commentaires à faire. JEAN-MICHEL APHATIE Le Premier ministre a publié une circulaire hier : pas d'écriture inclusive dans les documents administratifs. Vous allez vous plier à la règle ou vous allez vous rebeller, Jacqueline GOURAULT ? JACQUELINE GOURAULT Absolument. Ça ne me serait même pas venu à l'idée d'utiliser cette écriture. BRUCE TOUSSAINT Pourquoi ? JACQUELINE GOURAULT Je suis assez classique sur l'écriture et la grammaire. JEAN-MICHEL APHATIE Mais c'est peut-être une évolution nécessaire de mentionner le féminin de manière égalitaire par rapport au masculin. Certains le disent, certains l'imaginent. JACQUELINE GOURAULT Moi, je ne le dis pas. J'écris en français et je mets des accords. Quand c'est féminin, je mets un accord féminin, voilà. JEAN-MICHEL APHATIE Et quand il y a un masculin, vous mettez du masculin. JACQUELINE GOURAULT Oui. JEAN-MICHEL APHATIE Enfin, quand il y a masculin et féminin, vous privilégiez le masculin. JACQUELINE GOURAULT On apprenait à l'école que le masculin l'emporte : c'était l'expression. BRUCE TOUSSAINT Attendez. Est-ce qu'on dit à votre sujet « madame la Ministre » ou « madame le Ministre » ? JACQUELINE GOURAULT Je vais vous dire un truc mais très vrai : ça m'est complètement égal. JEAN-MICHEL APHATIE C'est vrai ? JACQUELINE GOURAULT Mais vraiment. JEAN-MICHEL APHATIE Vous n'êtes pas sensible à la lutte que mènent des femmes pour qu'il y ait une féminisation des fonctions ? Il n'y a rien de symbolique porté dans ce genre de demande d'après vous ? JACQUELINE GOURAULT Je suis très sensible et je sais qu'il y a des gens qui sont très attachés à cela. Je le respecte mais je vous dis que moi personnellement, ça n'est pas quelque chose qui me préoccupe particulièrement. Je pense qu'il y a dans le respect de la femme des choses beaucoup plus importantes. JEAN-MICHEL APHATIE Quelqu'un qui vous dit « madame la Ministre », vous le recevez comment ? JACQUELINE GOURAULT Très bien. JEAN-MICHEL APHATIE Et si on vous dit « madame le Ministre », très bien aussi. JACQUELINE GOURAULT Oui. JEAN-MICHEL APHATIE Vous êtes une bonne nature. JACQUELINE GOURAULT Absolument, absolument. JEAN-MICHEL APHATIE Vous n'avez pas de préférence particulière ? JACQUELINE GOURAULT Non, et je comprends que certaines ou certains... Moi, vous savez, dans la vie je vois très bien quand arrivent des femmes procureures par exemple dans votre département, la première question que je leur pose très directement, c'est : « Comment voulez-vous qu'on vous appelle ? » Parce qu'il y a des gens qui veulent madame la Procureur sans E, madame la Procureure avec un E, madame le Procureur. On s'y perd. JEAN-MICHEL APHATIE Et vous, vous vous adaptez. JACQUELINE GOURAULT Moi, je m'adapte. JEAN-MICHEL APHATIE Formidable ! JACQUELINE GOURAULT Et alors, c'est un défaut de s'adapter ? JEAN-MICHEL APHATIE Non, c'est une qualité. Avoir une opinion, c'est une qualité aussi. C'est bien ces évolutions ou pas ? JACQUELINE GOURAULT Mon opinion, c'est que je comprends que les gens, et des femmes, puissent être sensibles à cela. Moi je dis que si on m'appelle madame le Ministre, ça ne me choque pas. Et si on m'appelle madame la Ministre non plus, voilà. JEAN-MICHEL APHATIE Très bien. Alors madame la Ministre, dites-moi, à quoi va servir le congrès du MoDem qui aura lieu le mois prochain ? JACQUELINE GOURAULT D'abord, on est dans un processus d'élection à tous les niveaux. La semaine dernière, il y a eu les élections départementales, le week-end dernier. Je suis allée voter. Il y aura donc des élections du conseil national et puis les élections du président du MoDem. Et puis bien sûr des débats. JEAN-MICHEL APHATIE Il y a beaucoup de candidats pour la présidence du MoDem ? JACQUELINE GOURAULT A ma connaissance, il y en a un. Je ne sais pas s'il y en a d'autres. BRUCE TOUSSAINT François BAYROU est relativement discret maintenant depuis plusieurs mois. Pourquoi est-ce qu'il a choisi cette discrétion ? Il ne veut pas dire ce qu'il pense ? JACQUELINE GOURAULT Je ne sais pas s'il est particulièrement discret. Il s'exprime, il a fait des émissions de temps en temps de radio. BRUCE TOUSSAINT Oui, mais on ne peut pas dire qu'il inonde les ondes et les écrans. JACQUELINE GOURAULT Non, il n'inonde pas, il n'inonde pas mais ça ne l'empêche pas d'intervenir à des moments qui lui semblent importants et pour préciser un certain nombre... Par exemple, il a fait – je suppose que vous l'avez vu – l'article dans Le Parisien sur la laïcité qui m'a semblé un article de fond très intéressant qui rappelait des grands principes. Au fond, c'est ça aussi la responsabilité d'un homme politique. Ce n'est pas d'intervenir à tout va sur tout. BRUCE TOUSSAINT Il pourrait revenir au gouvernement ? JACQUELINE GOURAULT Ça, je ne sais pas. JEAN-MICHEL APHATIE A la faveur du remaniement qui aura lieu aujourd'hui ? JACQUELINE GOURAULT Je ne crois pas, non. Non, non. Je ne crois pas. JEAN-MICHEL APHATIE Le maire de Pau est inquiet de la politique gouvernementale en tant que maire, non ? JACQUELINE GOURAULT Non, il n'est pas particulièrement inquiet. Pourquoi serait-il inquiet et pourquoi les élus seraient inquiets ? BRUCE TOUSSAINT Comme il ne dit rien, on se demande. JACQUELINE GOURAULT Si vous le permettez, c'est un gouvernement qui décide sur le plan financier, puisque c'est beaucoup de cela dont on a parlé, d'arrêter les ponctions sur la DGF, de la stabiliser. JEAN-MICHEL APHATIE DGF : Direction générale des finances. JACQUELINE GOURAULT Non : Dotation globale de fonctionnement. JEAN-MICHEL APHATIE Dotation globale de financement, excusez-moi. JACQUELINE GOURAULT Ce n'est pas grave. Deuxièmement, les dotations d'investissement vers les collectivités territoriales sont maintenues à un niveau très élevé. Troisièmement, on demande aux collectivités une espèce de pacte de confiance, de contrat, pour limiter l'augmentation de leurs dépenses. Je veux dire, c'est moins rude, moins abrupt que les années que nous venons de passer. C'est une autre méthode toujours pour essayer, bien sûr, de remplir nos engagements européens, pour éviter l'endettement de la France et pour permettre aux collectivités territoriales de reprendre l'investissement puisque l'investissement a baissé de 20 % ces dernières années. BRUCE TOUSSAINT Merci beaucoup, Jacqueline GOURAULT. Bonne journée à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/586.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/586.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4547dac8b02df3c70901976f711a8715d80b34df --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/586.txt @@ -0,0 +1 @@ +- Égypte - Attaque terroriste dans le Sinaï Q - Quelle est votre réaction à ce massacre dans le Sinaï ? Apparemment, le groupe islamique n'a pas dit son dernier mot ? R - C'est une réaction de compassion bien évidemment et le gouvernement français adresse toutes ses condoléances aux familles des victimes et au gouvernement égyptien. On voit bien que la lutte contre le terrorisme n'est pas terminée, loin de là. Que l'on s'en prenne ainsi à des personnes qui prient, qui dansent et qui chantent, c'est affreux et nous devons mettre tous les moyens pour vaincre cela. Q - Le groupe islamique est affaibli en Syrie et en Irak mais il reste dangereux dans le monde entier, en France aussi ? R - Bien sûr, c'est pourquoi, Gérard Collomb a eu l'occasion de le dire, nous sommes très vigilants. Vous savez qu'un certain nombre d'événements ont pu être évités ces dernières années, il convient de rester très vigilants je le redis. C'est aussi la raison pour laquelle une loi a été adoptée pour faire suite à la sortie de l'état d'urgence, pour que nous ayons tous les outils afin de parer au mieux face à ces menaces. - Francophonie Q - La Francophonie réunit ce week-end à paris, à l'occasion de sa 34e conférence ministérielle, 84 pays membres observateurs de la Francophonie. Le thème de cette conférence ministérielle cette année est avant tout économique, ce sont les économies nouvelles, ou comment produire des richesses qui créent des emplois, mais qui respectent aussi l'environnement et qui participent au développement durable. On peut dire que c'est un programme ambitieux pour cette conférence et notamment pour l'Afrique ? R - Nous sommes ravis de voir qu'effectivement la francophonie est de plain-pied dans tous les défis qui sont au cœur des enjeux du monde. Le climat par exemple, car dès lors que nous parlons de nouvelles économies, ce sont les économies bleues, les économies vertes. Il ne vous aura pas échappé que le 12 décembre la France accueillera un grand sommet sur le climat, souhaité par le président de la République Emmanuel Macron. Le fait de pouvoir évoquer tous ces sujets et prendre des résolutions montre que les pays qui ont le français en partage s'inscrivent résolument dans une démarche progressiste. Q - Mais la Francophonie, c'est plus que la défense du français et le partage du français vous venez de le dire, car il y a cette dimension économique et politique. R - Bien sûr, c'est une dimension économique, politique, sociale et c'est un espace de liberté pour tous les peuples et toutes les populations. En France, je tiens à prendre mon bâton de pèlerin pour que, justement, les Français aient bien conscience que l'espace francophone, c'est aussi pour eux l'occasion de se confronter à d'autres cultures, d'avoir des opportunités d'échanges, de travail et d'études, parce que le paradoxe, c'est que souvent, les Français ne se projettent peut-être pas complètement dans cet espace francophone. En effet, la langue chez nous n'est pas menacée, elle n'est pas minorisée. Q - Et les Français ne se rendent peut-être pas compte des atouts que représente la Francophonie ? R - Exactement et je pense qu'il y a tout un travail à faire. Je m'y suis attelé. Leïla Slimani œuvre sur ce terrain pour avoir une parole forte. Q - Vous venez d'évoquer Leïla Slimani, j'allais vous en parler. C'est une écrivaine franco-marocaine qui a été nommée début novembre je cite : « représentante personnelle » du président Macron pour la Francophonie. Allez-vous travailler ensemble ? R - Bien sûr et nous travaillons d'ores et déjà ensemble. Aujourd'hui, elle siégeait au comité permanent et demain je siège à la ministérielle. Tout cela, nous le faisons de concert. Je crois qu'il y a une Francophonie institutionnelle, nous y sommes pleinement engagés, et nous avons aussi envie de faire rayonner la Francophonie sous toutes ses facettes : l'entreprenariat, la jeunesse, l'éducation. Q - L'organisation internationale de la Francophonie n'a pas beaucoup de moyens, comment peut-elle agir concrètement sur le terrain pour aider l'Afrique ? R - Vous savez, en matière d'éducation par exemple, l'OIF a ouvert à Dakar il y a quelques semaines - j'étais présent - un institut de formation et d'éducation francophone qui va permettre d'apporter des outils pour un certain nombre de professeurs, d'instituteurs et de formateurs. L'idée, c'est de parvenir à développer de très bonnes pratiques, parce que c'est l'enjeu clef. Nous nous retrouverons d'ailleurs à Dakar en février prochain autour des présidents Macron et Sall pour reconstituer des fonds et faire en sorte qu'il y ait un partenariat mondial pour l'éducation qui soit fort. Je crois que l'éducation est la clef de tout, y compris la lutte contre la radicalisation. On a bien vu l'actualité tragique du jour, et face à cela, il faut avant tout semer de l'éducation. Q - On parle d'éducation et d'économie, il y a aussi l'aspect politique. La Francophonie a une ambition déclarée de soutenir et de promouvoir les droits de l'Homme et la démocratie, notamment des élections libres dans les pays africains. Si on ne parle que des pays africains, on ne peut pas dire que le bilan démocratique soit très brillant. Comment la Francophonie peut-elle aider à faire progresser la démocratie en Afrique ? R - Un certain nombre de pays ont connu des alternances et c'est heureux. Il reste en effet des situations qui parfois sont préoccupantes. De ce point de vue-là, je crois que toutes les énergies sont les bienvenues, toutes les bonnes volontés qui peuvent aider à la médiation, à la transition sont heureuses. De ce point de vue-là, l'OIF organise régulièrement des missions sur certains pays. Tout cela se conjugue avec l'engagement de la France et avec celui des Nations unies. Je le redis, c'est une enceinte qui a son utilité aussi. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/587.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/587.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..eb22c19314715034f40b040af9c24986f31a6a48 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/587.txt @@ -0,0 +1 @@ +CYRIL VIGUIER Aujourd'hui notre invitée c'est une ministre, bonjour, merci Nathalie LOISEAU. NATHALIE LOISEAU Bonjour. CYRIL VIGUIER Vous êtes ministre chargée des Affaires européennes, merci d'être en direct sur ce plateau avec nous. Pour vous interroger, à mes côtés, Oriane MANCINI, la spécialiste politique, mais aussi chargée des opérations spéciales à Public Sénat, et Pascal JALABERT du groupe EBRA… neuf titres de la presse quotidienne régionale, et il est ici ce matin pour les Dernières Nouvelles d'Alsace, les DNA, qui fêtent d'ailleurs leur 140 ans demain. Nathalie LOISEAU, la Commission européenne a prolongé de 5 ans l'autorisation du glyphosate, malgré l'opposition française, est-ce une défaite pour la France ? Vous êtes ministre chargée des Affaires européennes. NATHALIE LOISEAU C'est une déception, c'est une décision qu'on regrette, puisque nous avions proposé qu'on s'en tienne à 3 ans, et surtout qu'on travaille à la sortie du glyphosate compte tenu des incertitudes et des doutes qui pèsent sur cette substance. Alors, ce que nous avons obtenu c'est que, au départ la Commission parlait d'une reconduction pour 10 ans, et on a réussi à partager cette notion que c'était une durée beaucoup trop grande, que l'essentiel c'était de se rapprocher de la sortie de l'utilisation de ce type de pesticides. 5 ans c'est encore trop, c'est la raison pour laquelle le président de la République a demandé au gouvernement de travailler à une sortie en 3 ans, sous réserve que l'on trouve les alternatives au glyphosate, parce qu'il est hors de question de laisser les utilisateurs, en particulier les agriculteurs, en difficulté. PASCAL JALABERT Alors, que répondez-vous aux agriculteurs qui, dans 3 ans, risquent de se retrouver sans le glyphosate, alors que leurs voisins européens vont avoir le glyphosate, ce qui permet quand même de baisser le coût de production, donc la concurrence va être distendue ? NATHALIE LOISEAU Alors, d'autres pays, que le nôtre, sont dans la même logique, l'Italie, par exemple, va aussi essayer de sortir du glyphosate plus vite. Il y a de plus en plus de sensibilité de l'opinion publique, il y a une pétition qui a été signée par 1,3 million Européens demandant même la sortie immédiate du glyphosate. Moi je suis confiante que, quand on aura des solutions alternatives crédibles, personne n'aura envie de rester accroché à ce type de substances. Des pays, à travers le monde, ont décidé, de manière plus rapide encore, de sortir du glyphosate. Je voyais un reportage sur le Sri Lanka qui l'a décidé et qui l'a interdit, et aujourd'hui les agriculteurs, les producteurs de thé, les producteurs de riz, au Sri Lanka, s'en passent. Donc il faut sortir de cette idée qu'on est prisonnier et que, sans volonté, on ne fait rien et on ne bouge pas, alors qu'il y a aujourd'hui des doutes. ORIANE MANCINI Sur cette distorsion de concurrence, la FNSEA parle de décision nationaliste de la part d'Emmanuel MACRON. Est-ce qu'il n'y a pas quand même un risque de distorsion de concurrence ? NATHALIE LOISEAU Il y a un risque pour la santé des agriculteurs et des consommateurs à continuer avec une substance qui a été qualifiée, par l'OMS, de cancérogène probable, c'est donc la responsabilité du gouvernement d'essayer de sortir, en accompagnant les agriculteurs, de ce type de situation. ORIANE MANCINI Alors, Guillaume PELTIER, le porte-parole des Républicains, il dénonce une hypocrisie de la part d'Emmanuel MACRON, qui d'un côté s'oppose au renouvellement du glyphosate pour 5 ans, et de l'autre il continue, à travers le CETA, à autoriser les importations de produits soumis au glyphosate. Qu'est-ce que vous lui répondez à Guillaume PELTIER ? NATHALIE LOISEAU Mais ce n'est pas le CETA qui fait qu'on a des produits soumis au glyphosate, c'est le commerce international qui fait que certains pays utilisent certains pesticides et d'autres pas. Le CETA ne permet rien de plus que ce qui était déjà autorisé, ne fait entrer aucune substance interdite et, pour le moment, le glyphosate n'est pas encore interdit en France, donc Guillaume PELTIER fait de la politique politicienne en mélangeant tout. PASCAL JALABERT La France, sur ce sujet, n'a pas fait front commun avec l'Allemagne, c'est quand même… NATHALIE LOISEAU Ou inversement. PASCAL JALABERT Oui, ou inversement, mais enfin, depuis le début, Emmanuel MACRON nous vend l'attelage franco-allemand, or là, il est distendu. On voit que les Allemands se sont rangés du côté des pays de l'Est, et nous plutôt du côté des pays du Sud, sauf l'Espagne. NATHALIE LOISEAU Il ne vous a pas échappé qu'il y a eu ce qui ressemble à une forme de cafouillage dans la manière dont l'Allemagne a pris sa décision et a exercé son vote, c'est même aujourd'hui l'objet d'un débat de politique intérieure allemande, dans lequel je ne m'immiscerai pas, mais manifestement ce n'était pas simple. On fait beaucoup de choses en franco-allemand, on travaille sur la taxation des GAFA, on travaille sur l'Europe de la défense, on travaille sur l'harmonisation fiscale entre nos deux pays pour pousser le reste de l'Europe à en faire autant, et on le fait y compris dans un moment où l'Allemagne est assez centrée sur son débat de politique intérieure. ORIANE MANCINI Mais quand vous dites cafouillage, c'est-à-dire que pour vous le débat qu'il y a en Allemagne, à l'heure actuelle, c'est ça qui a pris le pas et qui a fait changer finalement la décision de l'Allemagne… ? NATHALIE LOISEAU Non, on a entendu une ministre du gouvernement allemand dire qu'elle s'étonnait de la décision qui avait été prise, et du vote, qui n'allait pas dans le sens de ce qu'elle avait souhaité, un autre ministre dire « j'ai pris mes responsabilités », et la chancelière elle-même s'étonner que le vote n'ait pas été conforme aux instructions. CYRIL VIGUIER Et votre collègue à vous, chargé des Affaires européennes en Allemagne, était sur quelle position ? NATHALIE LOISEAU Je ne lui ai pas posé la question. ORIANE MANCINI Mais, du coup, est-ce que ça va avoir, vous pensez, des conséquences, vous, sur le couple franco-allemand, cette divergence sur le glyphosate ? NATHALIE LOISEAU Ecoutez, l'Europe ce n'est pas quelque chose où on pense de manière uniforme en permanence, c'est une réunion de pays où on essaye de trouver des solutions qui vont dans le meilleur sens de l'intérêt général possible. On n'est pas d'accord sur tout, tout le temps, on a énormément de points de convergence avec l'Allemagne, et c'est souhaitable, ça n'a pas été le cas cette fois-ci, nous le regrettons, ce n'est pas non plus un drame. ORIANE MANCINI Alors, vous parliez de cette crise en Allemagne, de cette crise politique avec Angela MERKEL qui a du mal à former un gouvernement, est-ce que pour vous cette crise c'est un frein pour le rêve européen d'Emmanuel MACRON ? NATHALIE LOISEAU Non, et je vous ai expliqué pourquoi. Depuis la campagne électorale allemande nous avons continué à travailler, avec le gouvernement allemand, en prenant des initiatives. L'Europe de la défense c'est quelque chose qui était inenvisageable il y a encore 1 an. L'idée que l'Union européenne travaille à son autonomie stratégique, se mette d'accord pour qu'un certain nombre de pays, dont la France et l'Allemagne, mais pas seulement, aient une coopération renforcée en matière de défense et décident qu'un fonds européen de défense puisse financer les initiatives communes, c'était inenvisageable en Europe, c'était peu prévisible en Allemagne. L'Allemagne a pris ses responsabilités et elle l'a fait cet été, à un moment où elle était en pleine campagne électorale. PASCAL JALABERT Est-ce que ça signifie que quand l'armée française interviendra au Mali, en Centrafrique, puisque c'est toujours l'armée française qui se projette, est-ce que ça signifie qu'il y aura des soldats d'autres pays, et que les autres pays financeront… NATHALIE LOISEAU Mais c'est déjà le cas. PASCAL JALABERT Oui, mais enfin, c'est quand même l'armée française qui est en première ligne. Donc, est-ce que ça signifie que, enfin, on va voir des régiments internationaux, ou un financement de ces forces par tous les pays membres ? NATHALIE LOISEAU Mais là encore, j'y reviens, c'est déjà le cas, nous avons des forces de pays auxquels on ne penserait pas forcément, a priori, pour s'intéresser au Sahel, il y a des troupes estoniennes au Sahel. Petit à petit, il y a une conscience, de plus en plus forte, entre les pays membres de l'Union européenne, que nos intérêts stratégiques communs sont la sécurité à l'Est, avec la préoccupation autour de l'Ukraine, et la sécurité au Sud avec des préoccupations autour du Sahel. ORIANE MANCINI Juste pour finir sur cette question, le discours de la Sorbonne d'Emmanuel MACRON, dans lequel il a développé sa vision de l'Europe, son plaidoyer pour l'Europe, il était basé sur une Allemagne forte, comment on fait si ce n'est pas le cas ? NATHALIE LOISEAU Mais ce sera le cas. Aujourd'hui la chancelière est en discussion avec le SPD pour reconduire la grande coalition qui a dirigé l'Allemagne pendant des années, si ça n'avait pas été le cas, si elle avait travaillé avec les libéraux, ça aurait aussi été une Allemagne forte, et à chaque fois elle discute avec des partis profondément pro-européens. C'est un système politique différent du nôtre, ça prend du temps, nous nous sommes habitués à des évolutions politiques, peut-être, qui vont plus vite, plus fort, mais une Allemagne forte il n'y a aucun doute que nous l'aurons à nos côtés dans les semaines qui viennent. CYRIL VIGUIER Nathalie LOISEAU, Emmanuel MACRON est en tournée en Afrique, où débute aujourd'hui un sommet Union africaine-Union européenne. La refondation de l'Europe que souhaite Emmanuel MACRON, passe-t-elle par une nouvelle forme de relation avec l'Afrique, comme il a tenté de l'esquisser hier ? NATHALIE LOISEAU Absolument. Aujourd'hui, l'Union européenne, c'est le premier partenaire de l'Afrique, c'est le premier investisseur, c'est le premier partenaire commercial, c'est aussi l'entité qui est le premier bailleur de fonds vis-à-vis de l'Afrique, c'est 19 milliards d'euros d'aide au développement, si on met ensemble les crédits communautaires et les crédits des Etats membres. Alors, nous sommes massivement aux côtés du continent, mais aux côtés d'un continent qui change, qui se transforme, d'un continent jeune, avec des opportunités, et ce qu'a dit Emmanuel MACRON, hier à Ouagadougou, c'est que nous ne sommes pas là pour dire aux Africains comment ils doivent faire évoluer leur continent, mais pour être à leurs côtés, notamment en matière d'éducation, de jeunesse, de formation. ORIANE MANCINI Est-ce qu'il ne faut pas faire justement plus d'efforts, est-ce que l'Union européenne ne doit pas faire plus d'efforts pour le développement de l'Afrique ? NATHALIE LOISEAU Elle le fait. CYRIL VIGUIER Comment vous expliquez, par exemple, que la Chine soit si présente ? NATHALIE LOISEAU Parce qu'elle a des opportunités commerciales, des opportunités d'investissements, qu'elle le fait davantage dans son intérêt à elle parfois, que dans l'intérêt de l'Afrique. Mais, je vous le disais, les avancées de la Chine ne retirent au fait que c'est l'Europe qui est la première puissance présente en Afrique, aux côtés des Africains. Le sommet va servir à discuter d'un nouveau fonds d'investissement européen en Afrique, il va servir à discuter d'enjeux d'éducation, de formation, d'emploi de la jeunesse, il va permettre aussi de parler lutte contre le terrorisme, lutte contre la radicalisation, puisque la question se pose en Afrique comme elle se pose ailleurs, et puis on va évidemment parler questions migratoires. ORIANE MANCINI Alors justement, questions migratoires, Bruxelles soutient les forces de sécurité africaines pour bloquer les migrants avant qu'ils ne franchissent la Méditerranée, certaines ONG dénoncent une externalisation des frontières, est-ce que vous assumez cette politique ? NATHALIE LOISEAU Non, ce que fait l'Union européenne c'est lutter contre le modèle économique des trafiquants d'êtres humains, des passeurs, ce qu'il faut absolument c'est casser ce trafic, cette traite des êtres humains, qui est devenue aujourd'hui le troisième trafic illicite au monde, extraordinairement lucratif et qui se pratique dans des conditions innommables, on l'a vu, on le sait. Donc, empêcher les passeurs de gagner leur vie, c'est empêcher qu'ils puissent vendre un rêve impossible à des migrants, qu'ils emmènent en Libye dans des conditions effroyables, et qu'ils lâchent ensuite sur les côtes libyennes, à destination de l'Europe, sur des embarcations de fortune, vous n'avez pas un passeur dessus, mais vous avez des migrants qui risquent leur vie, des milliers de morts tous les ans, c'est ça que l'Union européenne assume d'empêcher. PASCAL JALABERT Justement, les Africains disent « eh ben oui, mais en faisant cette forteresse vous avez recréé, indirectement, des marchés aux esclaves, et en plus vous le saviez », que répondez-vous à ça ? NATHALIE LOISEAU Que les Africains le savaient peut-être aussi, et que les passeurs sont de toutes nationalités, qu'il faut lutter contre le trafic dans les pays d'origine, où on vend du rêve, où on exploite la misère. Il faut lutter contre le trafic, dans un pays de transite comme la Libye, mais ça nécessite de stabiliser un pays qui est en plein chaos, nous nous y attelons, le président de la République a accueilli à La-Celle-Saint-Cloud une réunion pour rapprocher les acteurs de la crise libyenne, et nous soutenons tout ce que font les Nations Unies dans cette direction-là… ORIANE MANCINI Mais est-ce que l'Union européenne ne doit pas clarifier son rôle dans ce pays aussi, en Libye ? NATHALIE LOISEAU Clarifier son rôle c'est aider à une résolution de la crise libyenne, parce que tant qu'on aura des milices, pas d'Etat, il n'y a aucune chance qu'on ait un respect des droits de l'homme. PASCAL JALABERT Sur le développement, l'Europe va-t-elle assez loin ? On a vu que la France avait pris des engagements budgétaires qui finalement ne sont pas tenus, alors, que faut-il faire, et puis peut-être faut-il mettre des conditions et lesquelles ? NATHALIE LOISEAU Alors, on va monter à 0,55 % du PIB pour l'aide au développement, c'est une promesse d'Emmanuel MACRON d'ici la fin du quinquennat et on s'y attelle. L'Europe elle-même c'est 19 milliards d'euros d'aide à l'Afrique, dont notamment 3 milliards d'euros d'un fonds fiduciaire d'urgence qui travaille avec les pays qui sont les pays d'origine des migrations, pour trouver un avenir à ces jeunes. Il n'y a aucune raison de penser qu'il y a une fatalité africaine pour que les plus dynamiques, les plus jeunes, les plus entreprenants, fuient le continent et viennent en Europe. On doit travailler à ce qu'il y ait une confiance dans les perspectives que ces jeunes peuvent attendre de l'Afrique. Donc ça veut dire, oui les conditions, ça veut dire travailler, aider à une meilleure gouvernance, aider à la lutte contre la corruption, aider à l'éducation, à l'éducation des filles notamment… PASCAL JALABERT La démographie, c'est un sujet ? NATHALIE LOISEAU L'éducation des filles c'est un sujet, comme partout dans le monde, quand les filles vont à l'école, quand les femmes ont un travail, la question démographique évolue d'elle-même. ORIANE MANCINI Autre sujet Nathalie LOISEAU, le Brexit, est-ce qu'il faut se préparer à une absence d'accord sur le Brexit ? NATHALIE LOISEAU Alors, ça ne serait pas une bonne nouvelle et ça ne serait pas une bonne solution, mais il faut être prêt à toutes les alternatives, parce qu'on ne sait pas encore aujourd'hui, au moment où nous parlons, ce qu'il sera possible de faire. Il y a des négociations intenses, en ce moment, entre l'Union l'européenne, sous la responsabilité de Michel BARNIER, et les autorités britanniques, pour essayer de passer la première phase du retrait, c'est-à-dire se mettre d'accord sur les conditions du retrait du Royaume-Uni. ORIANE MANCINI Mais une absence d'accord n'est pas exclue ? NATHALIE LOISEAU On ne peut pas dire qu'elle est exclue tant qu'on ne s'est pas mis d'accord sur l'ensemble des sujets, on ne peut pas dire ça sera dans la poche, c'est bon, les yeux fermés. On attend beaucoup de réponses et beaucoup de précisions des Britanniques, que pour le moment, au moment où je vous parle, nous n'avons pas encore. PASCAL JALABERT Vous avez dit dans la poche, le chèque les Britanniques, les fameux 70 milliards, c'est un pré requis ? NATHALIE LOISEAU Alors, je ne donnerai pas de montant, mais il faut qu'on soit d'accord sur une méthode de calcul. Le Royaume-Uni doit ce à quoi il s'est engagé en termes de membre de l'Union européenne, jusqu'à son départ, et les engagements courent après. On a un budget pluriannuel, quand on est un Etat membre de l'Union européenne, quand on vote une décision, bien évidemment, on paye ce qu'on a voté, c'est ça ce sur quoi on attend une réponse britannique, qui jusqu'à maintenant a été extrêmement vague. Il y a des discussions très intenses, en ce moment, entre Britanniques et Européens, madame MAY doit voir lundi Jean-Claude JUNCKER et Michel BARNIER, nous espérons qu'elle va pouvoir clarifier l'engagement britannique. ORIANE MANCINI Justement, vous parliez de budget, le budget de l'Union européenne pour 2021-2027, il est en cours d'élaboration, il devrait être amputé d'environ 10 milliards, suite au retrait du Royaume-Uni, ce qui ne sera pas sans conséquences. Est-ce que la PAC sera touchée, est-ce que la France doit craindre une baisse de son enveloppe ? NATHALIE LOISEAU Alors, il y aura un contributeur net de moins, le Royaume-Uni, et puis il y aura des ambitions nouvelles. J'ai parlé d'Europe de la défense, les Européens attendent aussi que l'Europe fasse plus dans la lutte contre le terrorisme, dans la gestion des flux migratoires, dans l'aide à la création de champions européens du numérique, donc ça veut dire des nouvelles priorités, des nouvelles dépenses. Ça veut dire qu'il faut qu'on remette à plat les politiques traditionnelles, pas pour les diminuer, mais pour être certain de la valeur ajoutée européenne qu'elles apportent. Est-ce qu'on est satisfait, est-ce que si vous interrogez un agriculteur français il est satisfait de la PAC ? En partie, mais pas complètement. On le sait, on est en train de travailler à ça, pour être sûr qu'on a une PAC efficace, qui réponde aux priorités, qui sont les nôtres, c'est-à-dire notamment protéger nos agriculteurs contre les crises auxquelles ils peuvent être confrontés, les aider aussi à aller vers une transition vers une agriculture durable, respectueuse de l'environnement, c'est ça. ORIANE MANCINI Donc ça veut dire qu'il y aurait une réforme de la PAC. NATHALIE LOISEAU Ça veut dire qu'on travaille à être certain que ce que la PAC apporte est assez simple, assez rapide, et je crois que la réponse pour le moment c'est trop compliqué, trop lent, et que ça correspond vraiment à nos besoins, idem pour la politique de cohésion qui s'adresse aux régions, elle est extraordinairement utile pour faire en sorte que les pays de l'Union européenne convergent entre eux. ORIANE MANCINI Et sur l'enveloppe, qui est quand même conséquente, l'enveloppe de la France, est-ce que vous pouvez garantir qu'elle ne sera pas impactée ? NATHALIE LOISEAU Pour le moment on est au tout début des discussions en franco-français et on va commencer à discuter avec l'Europe. La vraie question ce n'est pas de se demander est-ce que l'enveloppe est la même, est-ce qu'elle est plus grosse, est-ce qu'elle est plus faible, il y a parfois des crédits qui ne sont pas consommés, il y a parfois des crédits qui arrivent trop tard, c'est est-ce que c'est une politique efficace qui aide véritablement les agriculteurs ou les régions à se mettre à niveau. ORIANE MANCINI Une question un sur les paradis fiscaux, avant de passer à la politique nationale. Suite aux Paradise Papers l'Union européenne veut renforcer sa lutte contre l'évasion fiscale. La semaine prochaine les ministres des Finances de l'Union européenne doivent adopter une liste de paradis fiscaux commune à toute l'Union européenne, il était temps non ? NATHALIE LOISEAU Il était temps, mais ça sera une liste ambitieuse qui montrera que l'Europe, de ce point de vue-là, est sérieuse, volontaire. On attend la proposition que fait la Commission, on sait qu'elle y travaille de manière très intensive, et c'est évidemment indispensable. Il est inacceptable de penser que, dans un espace comme l'Union européenne, certains payent leurs impôts et respectent les règles, et d'autres passent à travers les mailles du filet. ORIANE MANCINI Alors, il y a quand même quatre pays de l'Union européenne qui sont pointés du doigt, l'Irlande, le Luxembourg, Malte et les Pays-Bas. Est-ce qu'ils doivent figurer sur cette liste ? NATHALIE LOISEAU Ils sont pointés du doigt par les ONG. ORIANE MANCINI Exactement. Est-ce qu'ils doivent figurer sur cette liste ? NATHALIE LOISEAU Ce qui est certain c'est qu'on a besoin d'une plus grande convergence fiscale au sein de l'Union européenne, on ne peut pas se faire concurrence dans un espace comme l'Union européenne, entre nous. On ne peut pas décider indépendamment des autres, on le peut juridiquement, mais politiquement ce n'est pas souhaitable, ça affaiblit l'Europe de baisser des taux au point d'être un pays d'optimisation fiscale. Ça nous en débattons avec nos partenaires. PASCAL JALABERT Sur les élections européennes. C'est le retour à des listes nationales, que va nous proposer aujourd'hui Edouard PHILIPPE ? ORIANE MANCINI Edouard PHILIPPE qui consulte aujourd'hui les chefs de parti ? NATHALIE LOISEAU L'annonce n'est pas faite, ni dans un sens, ni dans l'autre, et donc ce n'est pas moi qui la ferait à la place du Premier ministre. Le président et le Premier ministre consultent, depuis la semaine dernière, les partis politiques, pour entendre leurs préférences, et les préférences sont très variées. PASCAL JALABERT C'est quand même dommage que les députés européens ne soient pas rattachés à un territoire, personne ne les connaît, on risque d'avoir une assemblée de technocrates ou de gens d'appareils. NATHALIE LOISEAU Alors, c'est intéressant ce que vous dites, c'est que, aujourd'hui, ils sont rattachés à un territoire et personne ne les connaît, la question est de savoir est-ce qu'ils sont… PASCAL JALABERT … de vraies régions aujourd'hui. NATHALIE LOISEAU Si on arrive à de vrais régions, ce seraient les grandes régions, et donc des circonscriptions extraordinairement vastes. A quoi sert un député européen, est-ce que c'est représenter son territoire ou est-ce que c'est porter un programme européen, d'un parti politique européen, au niveau de Strasbourg ? Je vous pose la question, je crois que la réponse est dans la question. ORIANE MANCINI Juste, les élections européennes vont prendre de la place, l'Europe prend de plus en plus de place dans les discours de Laurent WAUQUIEZ, de Jean-Luc MELENCHON, de Marine LE PEN, est-ce que selon vous le clivage pro et anti-européen est en train de se substituer au clivage droite-gauche ? NATHALIE LOISEAU En tout cas, ce qui s'est passé au moment de l'élection présidentielle, au deuxième tour, c'est qu'il y a eu un candidat résolument et audacieusement pro-européen, Emmanuel MACRON, face à une candidate qui elle était plus qu'eurosceptique, et les Français ont choisi. PASCAL JALABERT Dans le programme d'économies, les détracteurs de l'Europe, Bruxelles plus Strasbourg, vont encore revenir à la charge, alors vous qui connaissez bien Strasbourg, est-ce que vous allez défendre Strasbourg et puis garantir que l'Europe va garder cette institution ? NATHALIE LOISEAU La première chose que j'ai faite, quand j'ai pris mes fonctions de ministre des Affaires européennes, c'est de me rendre à Strasbourg pour inaugurer un nouveau bâtiment du Parlement européen, qui était nécessaire, qui a été construit, et qui montre notre attachement à Strasbourg, siège du Parlement. CYRIL VIGUIER Nathalie LOISEAU, on a vu dans les sondages que bon nombre de membres du gouvernement ne sont pas assez connus des Français, est-ce que vous avez une stratégie, vous, personnelle, pour vous faire mieux connaître des Français ? Vous avez un département ministériel très important, les Affaires européennes. NATHALIE LOISEAU Ma stratégie c'est de travailler, et je pense que le travail paye, que les résultats seront là pour convaincre les Français. Mon souci ce n'est pas ma notoriété personnelle, c'est de porter le message et les priorités du président de la République sur l'Europe, partout à travers l'Europe, je suis en moyenne un jour par semaine à Paris, et de faire en sorte qu'on ait les avancées dont nous avons besoin. Nous avons gagné sur les travailleurs détachés, nous avons obtenu un vrai progrès en matière d'Europe sociale, nous avons obtenu, il y a quelques jours, la relocalisation de l'Autorité bancaire européenne à Paris, et ça a été une surprise pour ceux qui n'avaient pas suivi le travail que nous avons fait, c'est ça ma priorité. CYRIL VIGUIER Dernière question Nathalie LOISEAU. Emmanuel MACRON a présenté samedi son plan de lutte contre les violences faites aux femmes, comment peut-t-on le décliner au niveau européen ? NATHALIE LOISEAU Alors d'abord c'est une vraie fierté pour moi, je suis féministe, j'ai écrit là-dessus, j'ai dirigé des associations, d'être dans un gouvernement qui met les actes en cohérence avec les discours, et jamais on n'a regardé d'aussi près, et aussi nettement, la question des violences faites aux femmes. Avec Marlène SCHIAPPA, avec son tour de France de l'Egalité, nous allons passer dans quelques jours à Strasbourg, justement, au Conseil de l'Europe, pour discuter des bonnes pratiques européennes en matière d'égalité entre les femmes et les hommes et de lutte contre les violences. ORIANE MANCINI Vous en discutez aussi avec vos homologues ? NATHALIE LOISEAU Nous en discutons… CYRIL VIGUIER Il y a des sensibilités différentes ? NATHALIE LOISEAU Il y a, sur l'égalité salariale, on est assez proches, sur les temps de vie, vie professionnelle, vie personnelle, on est assez proches, il y a d'autres sujets sur lesquels il y a des sensibilités différentes. Il y a une poussée forte, il y a une pression forte, et nous sommes à l'avant-garde. Nous allons essayer, avec Marlène SCHIAPPA, de terminer le tour de France en faisant des propositions à nos partenaires européens. CYRIL VIGUIER Merci Nathalie LOISEAU, ministre chargé des Affaires européennes, d'avoir été l'invitée politique en direct sur ce plateau de « Territoires d'Infos. » \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/588.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/588.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..80ff9dc48125e524705aaa18461c6c51fa58c854 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/588.txt @@ -0,0 +1 @@ +YVES CALVI Très bonne journée à vous tous qui nous écoutez. Elizabeth MARTICHOUX, vous recevez ce matin le secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement et délégué général d'En Marche !, Christophe CASTANER. ELIZABETH MARTICHOUX Bonjour Christophe CASTANER. CHRISTOPHE CASTANER Bonjour. ELIZABETH MARTICHOUX Merci beaucoup d'être ce matin sur RTL, après votre longue soirée hier face à Jean-Luc MELENCHON dans « L'émission politique », sur France 2. C'était un test important pour le leader de France Insoumise qui doit crédibiliser son rôle, premier opposant. Une question simple : il a réussi hier soir ? CHRISTOPHE CASTANER Ecoutez, je ne suis pas bien placé pour juger cela. C'est un test important pour lui, ça l'était aussi pour moi, il faut assumer ces moments de tension, mais ce qu'on a vu c'est qu'il y a d'un côté le pragmatisme que j'essaie de porter, que le gouvernement porte, et Jean-Luc MELENCHON, qui est dans l'idéologie et qui a systématiquement une réponse globale, systémique, qui ne correspond pas à la réalité du monde dans lequel nous sommes. ELIZABETH MARTICHOUX Oui, c'est ce que vous avez tenté de démontrer. Avant vous, il a fait un lapsus en présentant la députée Danièle OBONO, députée France Insoumise, comme une militante antiraciste et antisémite, avant de se reprendre immédiatement évidemment parce que c'était trop énorme, mais il vous a convaincu sur le fond, sur la laïcité ? CHRISTOPHE CASTANER Non, s'il y a bien un sujet où il ne m'a pas convaincu, c'est celui-ci. On voit d'ailleurs comment son groupe, et pourtant ils ne sont pas très nombreux, ils sont moins de 20 députés à l'Assemblée nationale, porte des positions totalement différentes. Ils veulent, du coup, pour s'en sortir, radicaliser, le moment où il explique que Manuel VALLS est d'extrême droite, montre toute la limite de... ELIZABETH MARTICHOUX A des positions d'extrême droite, a-t-il précisé. CHRISTOPHE CASTANER Oui, mais il se corrige après. Il commence par dire : il est d'extrême droite, puis il se corrige ensuite. ELIZABETH MARTICHOUX Ça veut dire quoi, à votre avis ? CHRISTOPHE CASTANER On sent bien qu'il n'y a pas de ligne qui domine aujourd'hui, qu'il y a une ligne, celle des Indigènes de la République, une partie de ses troupes qui ont fait sa compagne, qui ont voté pour lui qui aujourd'hui accompagnent une forme de radicalité dans la pensée par rapport à la religion, et puis il y a sa vraie laïcité, sa laïcité historiquement, que je lui reconnais, mais il a perdu pied sur ce sujet. ELIZABETH MARTICHOUX Mais il dit, il a essayé d'expliquer que, il comprend que des gens qui ont souffert du racisme, puissent se sentir mieux, finalement, entre eux, pour s'exprimer sur la France. Donc, ce communautarisme, il le comprend, mais lui, il n'en est pas, voilà ce qu'il essaie de dire. Les deux positions qu'il essaie de tenir. CHRISTOPHE CASTANER Mais moi, je crois qu'il faut comprendre les causes, notamment sociales, du repli sur soi, mais il ne faut jamais accepter le communautarisme, parce que si vous acceptez... ELIZABETH MARTICHOUX Le comprendre c'est déjà l'accepter, c'est ça que vous dites ? CHRISTOPHE CASTANER Il faut comprendre les causes qui vous amènent à la radicalisation dans certains cas. ELIZABETH MARTICHOUX Mais lui, quand il dit « je comprends », ça veut dire qu'il l'accepte déjà ? CHRISTOPHE CASTANER Eh bien de fait, il l'accepte et il soumet sa pensée à cette radicalité-là, parce que c'est une forme de radicalité que de poser le principe du radicalisme, avec des règles qui quelquefois ne respectent pas les valeurs de la République, notamment celles de l'égalité femmes hommes. ELIZABETH MARTICHOUX Et dans le fond, cette ambiguïté, elle traduit quoi ? CHRISTOPHE CASTANER Eh bien elle traduit aujourd'hui des divergences très fortes dans son mouvement... ELIZABETH MARTICHOUX Donc il ne veut pas faire le ménage dans son mouvement. CHRISTOPHE CASTANER Une absence totale de pensée structurée qui aujourd'hui ne permet pas de défendre les valeurs de la République. ELIZABETH MARTICHOUX Et dernière question : pourquoi pensez-vous qu'il ne fait pas le ménage ? CHRISTOPHE CASTANER Parce qu'au fond, il est tellement... ELIZABETH MARTICHOUX Ça l'arrange, parce que finalement, dans le fond, il est foncièrement effectivement ambigu. CHRISTOPHE CASTANER Non, je crois surtout que il s'aperçoit qu'il est seul, il est seul contre tous, de façon systématique... ELIZABETH MARTICHOUX C'était votre argument hier. CHRISTOPHE CASTANER Il est contre les syndicats, il est contre ceux qui l'ont empêché, si on l'écoute, d'être président de la République, il est contre les autres partenaires et pays européens. Il a quelques maigres troupes, il ne va pas aujourd'hui toutes les insulter. ELIZABETH MARTICHOUX Christophe CASTANER, on attend d'ici la fin de l'année la décision du gouvernement sur Notre-Dame-des-Landes, on en parlait tout à l'heure avec Alba VENTURA. Quelle est la position du parti majoritaire sur ce dossier ? CHRISTOPHE CASTANER Vous savez, il y a une demande d'expertise, cette expertise elle sera rendue. Moi, avant d'avoir une opinion, je voudrais cette dernière expertise. ELIZABETH MARTICHOUX La République En Marche ! ne prend pas position. Si l'expertise donne un résultat mi-chèvre mi-chou, et pose plusieurs hypothèses sur la table... CHRISTOPHE CASTANER On ne va pas anticiper ce que sera le résultat de l'expertise, mais ce serait idiot de demander une expertise et d'avoir un avis avant. ELIZABETH MARTICHOUX Vous, Christophe CASTANER, élu et ministre de la République, quelle est votre conviction ? CHRISTOPHE CASTANER Mon sentiment est que l'on est sur un projet qu'on traîne depuis 50 ans. Il est nécessaire de faire une photographie pour voir s'il est toujours d'actualité. Cette photo, on ne l'a pas faite, parce qu'au fond on a opposé les défenseurs, les pour, les contre, on n'a pas pris le temps de faire cette photographie, c'est ce que j'espère que nous aurons dans le cadre du rapport qui va être remis dans les jours qui viennent. ELIZABETH MARTICHOUX Un dossier, le dossier est-il toujours d'actualité ? Autrement dit, est-ce que le projet de nouvel aéroport dans Notre-Dame-des-Landes est toujours pertinent économiquement, en termes de lutte contre la pollution, etc. Vous vous posez cette question ? CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr, c'est les réponses que j'attends, moi, de l'expertise qui a été demandée, il y a plusieurs mois. ELIZABETH MARTICHOUX Alors, si on l'expertise dit : eh bien non, effectivement, économiquement ce n'est plus pertinent... CHRISTOPHE CASTANER Eh bien, si l'expertise nous dit que ça n'a plus aucun sens, je ne défendrai pas ce projet. Si par contre l'expertise nous explique que fermer deux aéroports, parce que c'est quand même ce dont on parle, notamment celui de Saint-Jacques-de-la-Lande à Rennes, qui est juste à côté de la ville de Rennes, et on sait aussi les impacts qu'il a sur l'environnement, sur les habitants, ça fait aussi partie des sujets sur lequel je veux des éclairages. Mais je pense que quand on demande une mission d'expertise, il vaut mieux attendre ses conclusions avant d'avoir un avis tranché. ELIZABETH MARTICHOUX Emmanuel MACRON a toujours dit qu'il était favorable au projet. Toujours. CHRISTOPHE CASTANER Oui, mais il a demandé à voir cette photographie, parce que notre position d'il y a 3 ans, d'il y a 10 ans, d'il y a 30 ans, elle doit évidemment évoluer, je parle de la position des décideurs publics. ELIZABETH MARTICHOUX Oui. Il y a un problème d'ordre public, même Nicolas HULOT, dans le Nouvel Observateur, le reconnait, sur la ZAD. CHRISTOPHE CASTANER Oui, vous avez raison, ce sera extrêmement difficile de dire à ceux qui aujourd'hui occupent de façon quasi-militaire le site, se préparent au combat, il faut assumer de dire les choses, ce sera une vrai difficulté, ça fait partie des éléments qu'il faut prendre en compte. ELIZABETH MARTICHOUX Christophe CASTANER, vous avez réussi à conserver votre poste de ministre des Relations avec le Parlement. Les députés cette semaine ont introduit des règles concernant les frais de mandats, ils ne sont pas allés jusqu'au bout, le principe très clair du remboursement sur factures, que les Français, beaucoup de Français salariés connaissent, n'a pas été adopté. Pourquoi ? Est-ce que vous le regrettez d'ailleurs ? CHRISTOPHE CASTANER Alors, je vais répondre en deux temps. D'abord, vous rappeler, comme vous l'avez dit, que je suis secrétaire d'Etat et qu'on n'a pas vocation à s'ingérer dans la gestion de l'Assemblée ou du Sénat, c'est le principe de séparation des pouvoirs absolus. ELIZABETH MARTICHOUX Ça vous concerne un peu, quand même, l'avis des députés. CHRISTOPHE CASTANER J'ai été député, et moi j'ai toujours joué la transparence. J'ai publié ma consommation d'IRFM, ces fameuses indemnités, dès 2012 sur mon site Internet. Moi je suis favorable à un système beaucoup plus rigoureux, je pense qu'on peut demander une certification à un expert-comptable, chaque année, sur la liste des dépenses autorisées, faire certifier, et s'il n'y a pas de quitus, à ce moment-là il y a un contrôle. ELIZABETH MARTICHOUX Que chaque député, finalement, fasse appel à un expert-comptable ? CHRISTOPHE CASTANER Un peu comme chaque chef d'entreprise, voire le boulanger, le boucher, des choses que l'on trouve dans la vie commune et qu'on va aussi retrouver en politique, donc je pense qu'on peut aller plus loin. ELIZABETH MARTICHOUX Mais pourquoi est-ce qu'on ne fait pas tout simplement comme en Allemagne, comme en Angleterre, comme en Norvège, qui poussent la transparence très loin, qui consiste effectivement à se faire rembourser sur notes de frais ? CHRISTOPHE CASTANER Parce qu'en gros il faut embaucher une petite centaine de personnes à l'Assemblée nationale et peut-être autant au Sénat. C'est pour ça que ma solution qui s'appuie sur l'expert-comptable... ELIZABETH MARTICHOUX Enfin, quand on a des principes, on n'est pas moins... les élus ne sont pas moins de qualité, le Parlement coûte plutôt moins cher dans les pays qui ont adopté ce système. CHRISTOPHE CASTANER Madame MARTICHOUX, vous n'aimez pas, vous n'avez pas confiance dans les experts comptables ? Moi oui. Et je pense... ELIZABETH MARTICHOUX Ce n'est pas la question. CHRISTOPHE CASTANER ... dans chaque circonscription, on peut trouver un expert-comptable qui va valider vos comptes. Moi je leur fais toute confiance. Mais si une autre solution, du type embaucher 100 personnes est nécessaire, pourquoi pas. Moi je suis pour la transparence totale. Je me la suis appliquée... ELIZABETH MARTICHOUX Ce n'est pas démagogique la transparence totale ? CHRISTOPHE CASTANER Non, je l'ai fait depuis 2012, je n'ai pas le sentiment que ça a eu un effet électoral sur mon élection ou pas, mais par contre, ça me semblait nécessaire de publier ma déclaration de patrimoine, alors que ça n'était pas obligatoire, et de publier ma consommation d'indemnités de frais. ELIZABETH MARTICHOUX François de RUGY n'exclut pas de réviser encore les règles d'ici la fin du quinquennat. Est-ce qu'il faut qu'il le fasse ? CHRISTOPHE CASTANER Je l'encourage. ELIZABETH MARTICHOUX Est-ce que vous l'encouragez, à ce que d'ici la fin du quinquennat, ce soit l'expert-comptable... CHRISTOPHE CASTANER C'est l'esprit de la loi confiance, qui était la première loi qu'on a votée sous cette mandature. Je sais l'écart qui existe entre nos concitoyens et les politiques, la seule réponse c'est la transparence. ELIZABETH MARTICHOUX Est-ce que le Sénat doit adopter des règles à peu près analogues à celles du Parlement, puisque...à celles de l'Assemblée ? CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr. Là, le Sénat se prononcera dans les jours et dans les semaines qui viennent, je lui fais confiance. Vous savez, le Sénat a montré très régulièrement et notamment ces dernières années une capacité de modernité que personne n'imagine et dans les faits, ils sont extrêmement modernes et très transparents aujourd'hui. ELIZABETH MARTICHOUX Donc, dans quelques semaines ou quelques jours, le Sénat va aussi modifier ces règles. Est-ce que le nouveau secrétaire d'Etat, Olivier DUSSOPT, va rejoindre En Marche ! ? CHRISTOPHE CASTANER Je ne sais pas. ELIZABETH MARTICHOUX Ce ne serait pas logique ? CHRISTOPHE CASTANER Non, ce n'est pas obligatoire. Vous avez... ELIZABETH MARTICHOUX Non, mais, est-ce que ça ne serait pas logique ? Maintenant qu'il a été viré du PS manu militari, après avoir été nommé, est-ce que ça ne serait pas logique ? CHRISTOPHE CASTANER Instantanément, parce qu'effectivement... S'il le souhaite, il est le bienvenu, parce qu'on a des hommes qui viennent de la gauche, du PS, comme moi... ELIZABETH MARTICHOUX Vous ne l'encouragez pas ? CHRISTOPHE CASTANER Non. ELIZABETH MARTICHOUX Non ? CHRISTOPHE CASTANER Parce qu'aujourd'hui vous avez un gouvernement qui est composé à moitié de membres du gouvernement qui ne sont pas encartés. On n'est pas obligé d'être encarté dans un parti ou un mouvement politique. ELIZABETH MARTICHOUX Il y en a trois venus de la droite qui ont fait la démarche... CHRISTOPHE CASTANER Qui nous ont rejoints. Le Premier ministre aujourd'hui n'est pas dans un mouvement politique, il a été exclu des Républicains... ELIZABETH MARTICHOUX Oui, après, il y a les techniciens qui ne sont pas encartés. CHRISTOPHE CASTANER Moi je considère qu'on peut être un bon ministre, sans être encarté. ELIZABETH MARTICHOUX Mais est-ce que... Parce que les militants d'En Marche !, quand ils voient Olivier DUSSOPT, qui a voté contre le budget, le défendre quelques jours plus tard au Sénat, ils n'étaient pas un peu gênés aux entournures, non, ça n'a pas fait grincer un peu des dents chez vos militants ? CHRISTOPHE CASTANER Mais vous savez, il y a des gens qui sont au gouvernement, voire même Premier ministre et qui avant le premier tour de la présidentielle n'étaient pas dans la campagne d'Emmanuel MACRON, c'est ça le dépassement politique, c'est d'assumer que vous avez des gens qui s'engagent avec vous et qui ne viennent pas de votre famille, de votre écurie politique. ELIZABETH MARTICHOUX Oui, mais enfin là, en ce qui concerne Olivier DUSSOPT, non seulement il n'était pas dans la famille, mails il a voté contre le budget, il fut un temps où c'était un marqueur politique décisif pour rejoindre ou pas une famille. CHRISTOPHE CASTANER Il ne nous avait pas rejoints encore, mais vous savez comme moi... ELIZABETH MARTICHOUX Ah ben il va le faire alors. CHRISTOPHE CASTANER ... parce que vous êtes attentive à la vie politique, Olivier DUSSOPT fait partie de cette seconde gauche, rocardienne, qu'on a connue au sein du PS, il a toujours été assez proche de nous, il nous a rejoints, je l'en félicite. ELIZABETH MARTICHOUX Après une petite incartade du côté de l'opposition, en quelques jours. Ce parti, le votre maintenant, celui que vous présidez, ou plutôt, vous êtes délégué général, devenait une coquille vide avant votre élection, qu'est-ce que vous voulez en faire ? Un parti de supporters ? CHRISTOPHE CASTANER Moi je ne crois pas que ça soit une coquille vide. Vous savez, dans les jours qui ont précédé mon élection, il y a plus de 300 personnes qui adhéraient au mouvement la République En Marche !, ce que je veux en faire, c'est un laboratoire d'idées, c'est un mouvement sur lequel le gouvernement pourra s'appuyer, c'est un mouvement utile, utile localement, utile nationalement. ELIZABETH MARTICHOUX Un parti de services, qui va rendre des services ? CHRISTOPHE CASTANER Un mouvement qui peut rendre des services, et je trouve que c'est bien aussi que les partis politiques, qui ne faisaient que de la petite politique, aujourd'hui, soient des acteurs de terrain, des acteurs de la citoyenneté, c'est ce que je veux faire avec la République En Marche !. ELIZABETH MARTICHOUX Ce n'est pas du clientélisme, de transformer un parti en parti de services ? CHRISTOPHE CASTANER Eh bien non, parce qu'être efficace, faire en sorte d'accompagner des réfugiés dans l'apprentissage du Français, par exemple, je pense que c'est aussi faire de la politique, ce n'est pas du clientélisme. ELIZABETH MARTICHOUX Un peu comme les associations ou les syndicats, finalement. CHRISTOPHE CASTANER Oui, mais ce n'est pas gênant de regarder ce que certaines ONG font et font bien. ELIZABETH MARTICHOUX Merci Christophe CASTANER d'avoir été avec nous ce matin sur RTL. CHRISTOPHE CASTANER Merci à vous. YVES CALVI « Sur Notre-Dame-des-Landes, j'attends l'expertise nous dit Christophe CASTANER et je me rangerai à ces conclusions. Sur le train de vie de nos députés, Christophe CASTANER propose, comme il le fit depuis 2012, une publication des comptes confirmée par expert-comptable. Et puis on notera un hommage à la modernité du Sénat, du secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement. Merci à tous le deux. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/589.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/589.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b47bd99b76b19548f7b61f7787ce1ef1f8b4e535 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/589.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président, M. le Préfet CADOT Monsieur le Président, M. le Préfet CARENCO Monsieur le Préfet de Police de Paris, M. Michel DELPUECH Monsieur le Secrétaire général, M. Denis ROBIN Mesdames et Messieurs les directeurs généraux, Mesdames et Messieurs les préfets, Mesdames et Messieurs les sous-préfets, Mesdames et Messieurs, C'est un grand plaisir de participer à l'Assemblée générale de l'Association du corps préfectoral et des hauts fonctionnaires du Ministère de l'Intérieur. En premier lieu, parce que c'est l'occasion pour moi de rendre hommage ce soir à deux grands préfets. Je veux d'abord saluer votre ancien Président, le préfet Jean-François CARENCO, avec qui j'ai beaucoup travaillé lorsqu'il était préfet de la région Rhône-Alpes. Jean-François CARENCO qui, lorsqu'il était directeur de cabinet du Ministre Jean-Louis BORLOO, a été un de ceux qui ont su renouveler en profondeur la politique de la ville, une politique à mes yeux essentielle car l'on ne saurait pouvoir prétendre relever le défi social dans notre pays, sans résorber d'abord les fractures spatiales qui marquent aujourd'hui tant de nos villes. Je veux saluer aussi, bien sûr, votre nouveau Président, Michel CADOT, préfet de la région Ile de France, préfet de Paris, que je ne connaissais pas, mais avec qui je me suis découvert depuis six mois une vraie affinité de pensée. Félicitations, Monsieur le préfet CADOT, pour votre élection à la tête de cette prestigieuse association. Mesdames et Messieurs, L'administration préfectorale, je l'ai d'abord connue, vous le savez, en tant qu'élu local et parlementaire. Dans ces fonctions, j'ai pu mesurer ce que les préfets, les sous-préfets, avaient de compétence, combien était grand leur sens de l'intérêt général. J'ai rencontré des femmes et des hommes très engagés, qui incarnaient l'Etat non dans cette froideur bureaucratique que parfois on lui reproche, mais au contraire avec une vraie empathie, une vraie proximité avec toutes celles et ceux qui agissent sur les territoires dont ils ont la charge - élus, acteurs économiques, sociaux, monde associatif - et au final dans un vrai contact avec nos concitoyens. Ce qui m'avait marqué, c'était la capacité de réaction de l'administration préfectorale et en particulier dans les périodes de crise. Je me souviens par exemple d'un épisode particulièrement douloureux dans un des quartiers où je venais d'être élu : la Duchère, un de ces grands ensembles des années 1960 qui avait, comme beaucoup d'autres, particulièrement mal vieilli et connaissait des tensions sociales fortes. C'était en 1997. Des émeutes s'étaient déclenchées suite au décès d'un jeune du quartier dans le commissariat de l'arrondissement. Si je n'avais pas pu compter alors sur le sang-froid et le professionnalisme du préfet de région de l'époque, Michel BESSE, du préfet à la sécurité, Pierre PARAF, nous aurions eu beaucoup de difficultés à ramener le calme dans le quartier. De la même façon, j'ai pu voir, après les attentats du 13 novembre 2015, avec quel discernement les préfets et les sous-préfets avaient su réunir immédiatement les élus, assurer très vite la sécurisation des manifestations culturelles et sportives, mettre en œuvre les dispositions permises par l'Etat d'urgence, et faire ainsi que notre société n'abdique pas face à l'horreur du terrorisme. Au fond, quand tout peut vaciller, quand la division menace, les membres du corps préfectoral sont là au premier rang pour garder la société unie, pour la tenir debout. Et c'est aussi cela, votre engagement au service de la République, être toujours là, même dans les moments les plus dramatiques. Et puis il y a l'action au quotidien. J'ai vu dans les années récentes, comment, face à la crise, les préfets et les sous-préfets étaient capables de se mobiliser pour sauver des emplois, impulser aussi un mouvement pour que nos entreprises sachent prendre le tournant de l'innovation. En renforçant les liens entre nos universitaires, nos chercheurs et le monde économique, en faisant que nos PME intègrent toujours davantage les technologies numériques. Vous avez été par exemple au premier plan pour faire émerger les pôles de compétitivité, dont nous pouvons constater combien ils sont porteurs d'un vrai renouveau économique. Vous avez mis la même énergie pour faire prendre en compte la transition écologique, pour mettre en place la French Tech dans toutes les villes sélectionnées. J'ai connu enfin, comme Maire, des préfets utilisant toute leur autorité pour lever tel ou tel blocage, utiliser toute la latitude d'action que permet leur fonction vous l'évoquiez, cher Michel CADOT, pour mettre en oeuvre des réformes auxquelles ils croient profondément. Et c'est ce que Jean-François CARENCO a fait à Lyon. Je voudrais ici combien son rôle a été déterminant dans la création d'une Métropole de Lyon, qui, pour la première fois, a permis de supprimer une couche au fameux millefeuille institutionnel français. Sans vous, cher Jean-François, cette Métropole qui inspire aujourd'hui quelques une des grandes agglomérations françaises n'aurait sans doute pas vu le jour. Je tiens à vous en remercier chaleureusement. Oui, élu local et parlementaire, je m'étais déjà fait une belle image du corps préfectoral, en rencontrant des femmes et des hommes engagés sur de nombreux fronts mais agissant toujours avec sang-froid et professionnalisme. Des femmes et des hommes capables aussi de prendre des risques pour relever les défis qui sont ceux que doit affronter sans cesse notre société dans un monde où les changements s'accélèrent. Je ne savais pas alors que je serai un jour à la tête de votre administration. Mais quand le Président de la République m'a sollicité pour occuper les fonctions que j'exerce aujourd'hui, si j'ai accepté c'est aussi parce que j'étais sûr de pouvoir compter sur un corps préfectoral, sur un ensemble de hauts fonctionnaires, capables d'impulser le cours nouveau qu'à mes yeux notre pays devait suivre. Et en six mois, je voudrais vous dire combien j'ai pu constater que les préfets, les sous-préfets, les hauts fonctionnaires du Ministère, étaient à la hauteur. Mon arrivée Place Beauvau ne se fit pas sous les meilleurs auspices car je fus confronté immédiatement, avec nos équipes de direction, avec quelques-uns de ceux qui sont présents ici, à une série de moments difficiles. Ce fut d'abord le long épisode de feux de forêts d'une intensité comme on n'en n'avait pas connue depuis 14 ans et qui touchait tout le sud du pays, la Corse. J'ai pu alors apprécier à sa juste mesure l'aptitude des préfets, des équipes de direction, à prendre les choses en main, à répondre au péril que ces incendies faisaient encourir aux les populations des territoires concernés. Alors que nous n'avions pas encore fini avec eux, il y eut comment ne pas y penser la série de cyclones frappant les Antilles à la fin de l'été. Je n'oublierai jamais les conférences audiovisuelles organisées par les équipes de la DGSCGC avec les préfets de ces îles, l'entretien téléphonique que j'étais en train d'avoir avec votre collègue préfète déléguée Anne LAUBIES quand tout à coup, tout s'est interrompu. Nous allions attendre de longues heures pour avoir des nouvelles et apprendre qu'au moment même où nous communiquions, la préfecture s'était effondrée. Malgré cette situation extrême, Anne LAUBIES a démontré alors quelles étaient les vertus du corps préfectoral pour répondre situation, sur tous les fronts pour assurer le rétablissement des liaisons, coordonner les secours, sécuriser les îles et aujourd'hui superviser la reconstruction. C'est cela, le corps préfectoral : un engagement à toute épreuve. J'ai apprécié votre action dans des moments graves. Je l'apprécie au quotidien dans la mise en oeuvre des actions que, comme ministre, je vous demande de mettre en oeuvre. Je pense par exemple à la célérité avec laquelle, après l'attentat raté des Champs Elysées le 19 juin, vous avez répondu à notre demande de croiser les fichiers de signalement de la radicalisation et ceux autorisant le port d'armes, à la façon dont vous vous engagés pour animer les groupes d'évaluation départementaux (GED), prévenant ainsi les risques de dérives d'un certain nombre d'individus. Je pense bien sûr, en ce moment, à l'engagement qui est le vôtre pour organiser la concertation sur le sujet de la Police de Sécurité du Quotidien. Aujourd'hui et grâce à vous, plusieurs dizaines de milliers de membres des forces de sécurité ont répondu au questionnaire que nous avons envoyé. Préfets, sous-préfets, vous avez su mobiliser pleinement au-delà même des forces de sécurité nationales, tous les acteurs locaux, élus et à travers eux polices municipales, bailleurs, services sociaux, sociétés de sécurité privée, responsables associatifs. Je pense enfin à la façon dont vous mettez en œuvre avec sérénité mais avec détermination les mesures qui peuvent nous permettre de répondre à un double défi, celui de garantir pleinement le droit d'asile dans notre pays, mais aussi de lutter contre une immigration irrégulière dont les seuls grands bénéficiaires sont au fond les réseaux de passeurs, ceux qui vivent du trafic d'êtres humains. Mesdames et Messieurs les Préfets et sous-préfets, hauts fonctionnaires du Ministère de l'Intérieur, Au-delà de ces défis-là qui marquent notre vie quotidienne, nous avons tous conscience que nous sommes dans un basculement historique. Dans un livre qui avait marqué son époque, le grand économiste hongrois Karl POLANYI parlait « de la grande transformation du monde ». Eh bien nous vivons une nouvelle grande transformation. Avec une mondialisation économique où notre pays doit reprendre toute sa place, avec une accélération des mutations technologiques qui imposent d'innover sans cesse, avec ce qui constitue la nouvelle problématique de notre XXIè siècle : la lutte contre le réchauffement climatique, la lutte pour préserver une biodiversité indispensable à la survie de notre planète. Le Président de la République vous en parlera tout à l'heure mieux que moi. Mais laissez-moi vous dire qu'à la place où j'étais hier, où je suis aujourd'hui, j'ai une conscience très nette de la voie qu'il nous faut suivre si nous voulons que notre pays continue à compter, que nos concitoyens croient à nouveau en l'avenir. C'est bien évidemment la compétitivité de notre économie que nous avons à rétablir. Vous savez quels problèmes ont été les nôtres. Une dépense publique devenue trop élevée au cours de la dernière décennie (57% du PIB contre 45% en Allemagne) avait fini par obérer la compétitivité de nos entreprises avec comme résultat, une baisse continue de leurs marges jusqu'à un plus bas historique de 28% en 2013 quand les entreprises allemandes étaient à 40%, à la même époque et la moyenne européenne à 38%. Les conséquences on les connaît : une baisse de l'investissement, une désindustrialisation grandissante, la montée d'un chômage de masse : 3,5 millions de personnes sans emplois aujourd'hui. Le pacte de responsabilité et le CICE avaient marqué une première inflexion. Et ceux qui en critiquaient le principe peuvent en constater aujourd'hui les premiers résultats : pour la 1ere fois depuis 10 ans, 240 000 emplois ont été créés sur 12 mois. Mais il faut aller plus loin pour lever tous les freins à la croissance. D'où les mesures prises aujourd'hui par le gouvernement : - fiscales, pour réduire la dépense publique, - de réforme de notre droit du travail pour donner plus de souplesse à nos entreprises - de changement profond de notre système éducatif pour pallier les déficiences qui sont les nôtres. On connaît notre place dans les différents classements, on en mesure les effets au travers du décrochage de nos élèves et de nos étudiants. Au-delà c'est aussi un changement profond de paradigme auquel nous devons procéder avec la prise en compte d'une transition énergétique qui doit permettre d'allier économie et écologie. Oui, dans tous les domaines, des révolutions sont en cours qu'il nous faut, par nos réformes, accompagner. Elles bousculent bien sûr un certain nombre d'habitudes et peuvent se heurter aux conservatismes, aux corporatismes. Mais elles sont totalement nécessaires et si, d'ailleurs, la rentrée n'a pas été l'apocalypse que l'on nous prédisait, c'est qu'au fond d'eux-mêmes, bien des Français les jugent indispensables. Ces réformes, c'est à vous qu'il appartient de les faire vivre sur le terrain, et d'abord en en expliquant le sens. Sur le plan économique, il faut plus que jamais que vous soyez entrepreneurs de développement, porteurs d'innovation. C'est là, la clé pour reconquérir notre marché national et pour aller toujours plus à l'export. Vous devez être les porteurs d'une nouvelle excellence française. Sur le plan de l'aménagement du territoire, il nous faut parvenir à réconcilier les France entre elles, les Français entre eux. La première fracture est, je l'ai dit, celle qui passe au sein de nos villes entre des communes et des quartiers dynamiques et d'autres qui se paupérisent, qui se ghettoïsent. C'est là, une fracture dont nous pouvons mesurer chaque jour la gravité parce que nous le voyons, à force de vivre côte à côte, on pourrait se retrouver demain dans un face à face. « La Nation est un plébiscite de tous les jours » disait RENAN. A nous, par notre action de transformation de nos villes, de gagner ce plébiscite et de garantir l'unité de la communauté nationale. La seconde fracture, souvent évoquée ces derniers temps, est celle de nos territoires. Aujourd'hui, l'opposition se fait de plus en plus vive, on l'a vu au congrès des Maires, entre territoires urbains, en dynamique, et territoires qui se vivent comme abandonnés, entre France urbaine et France rurale. Nous ne pouvons pas laisser perdurer cette fracture là et il nous faut donc agir. Non en nous enfermant dans une opposition stérile mais en tirant les uns et les autres vers le haut. Il nous faut une capitale qui soit capable de reprendre toute sa place parmi les grandes villes-monde mais qui soit en même temps à même de résorber les zones d'exclusion qui existent en son sein. Il nous faut de grandes métropoles de niveau européen pouvant supporter la comparaison avec les autres grandes villes européennes, de rivaliser avec les Milan, Munich, Francfort ou Manchester. Il nous faut aussi des métropoles de taille nationale qui, si elles n'ont pas vocation à rayonner internationalement, peuvent jouer pleinement leur rôle de capitale régionale, entraîner leur hinterland. Mais les unes et les autres ont aussi le devoir de penser leurs relations avec les territoires qui les entourent, avec leur périphérie comme avec les zones rurales, doivent s'assurer d'être pour eux des moteurs de développement. Elles le sont déjà, d'ailleurs sans que cela soit toujours perçu : parce qu'elles sont à l'origine d'une part importante de la création de richesse, elles sont au travers de nos systèmes sociaux des facteurs puissants de redistribution au reste du pays. Ce sont elles aussi, qui Laurent DAVEZIES l'a amplement démontré, sont à l'origine d'une économie résidentielle de laquelle vivent beaucoup de nos territoires et en particulier les territoires ruraux. Mais sans doute convient-il que cette complémentarité, cette solidarité, devienne plus visible, plus tangible. Nous devons donc encourager des coopérations toujours plus actives entre les métropoles et leurs périphéries, entre les grandes aires urbaines et les territoires ruraux, dans un partenariat fort avec les grandes régions. C'est à vous qu'il appartient de porter ce mouvement. En impulsant le développement de filières agricoles qui puissent trouvent leurs débouchés dans les grands centres urbains. En mettant en œuvre des plans qui permettent aux zones enclavées sur le plan routier, ferroviaire ou numérique, de retrouver une nouvelle dynamique. C'est comme cela que l'on bâtira une France qui gagne. Ensemble et non les uns contre les autres. Pour réaliser cela, nous avons, pour les territoires ruraux, maintenu la Dotation d'Equipement des Territoires Ruraux (DETR) à un niveau élevé. Nous avons aussi préservé la Dotation de Soutien à l'Investissement Local (DSIL) qui vous le savez, avait été conçue pour pallier la chute de l'investissement du bloc communal suite aux baisses de dotation, nous en avons même pérennisé le principe en l'inscrivant dans le code général des collectivités territoriales. Aujourd'hui, il n'y a plus de baisse unilatérale des dotations. Mais la DSIL a été maintenue. Il vous appartiendra de l'utiliser pour soutenir des dynamiques d'innovation selon quatre priorités : - transition numérique - mobilité durable - construction et logement - liens entre métropoles et territoires ruraux. Il faut porter les unes à leur plus haut niveau, il faut redonner aux autres la possibilité de croire en leur avenir. Mesdames et Messieurs, c'est souvent dans les crises que la société se transforme. Et si nous avons vécu une conjonction de crises, il faut les concevoir non pas au sens de catastrophes insurmontables. Mais au sens grec de krisis, c'est-à-dire de mutations profondes, de basculements et de décisions. A nous donc de savoir trancher, d'aller de l'avant. Avec le Président de la République, vous le verrez tout à l'heure, le cap est fixé. A nous, à vous donc de le traduire en action. Et je sais que pour cela la France peut compter sur le corps préfectoral. Votre corps a plus de 200 ans. Toute notre histoire montre combien à chaque époque, il a contribué à façonner notre pays. Portant une révolution industrielle, qui, au XIXe siècle, a changé la France. Portant la réalisation des grands travaux d'infrastructures qui ont structuré le territoire national, comme le développement de nos villes. Incarnant des valeurs républicaines qui, dans la loi de 1905 ont fondé, pour reprendre le terme employé par Aristide BRIAND dans son rapport à l'Assemblée nationale, « une laïcité de liberté », Diffusant partout l'école, le savoir. Les préfets ont été bien sûr au rendez-vous de l'Histoire durant les deux guerres mondiales. En allant, pour certains d'entre-eux au combat et j'ai déposé ce matin une gerbe en hommage aux préfets morts pour la France. En organisant la vie quotidienne en temps de guerre pour les civils. En résistant aussi, comme Jean MOULIN, préfet d'Eure-et-Loir, qui, alla jusqu'au sacrifice suprême pour défendre l'idée qu'il se faisait de la France et des valeurs que devait porter la République. Ce sont encore, Mesdames et Messieurs, les préfets qui, dans les Trente Glorieuses, ont d'abord relevé le pays, puis l'ont modernisé par le développement de grandes filières industrielles. Et c'est parce qu'il avait conscience de l'importance de votre corps que le Général de Gaulle le fit inscrire dans la constitution de 1958. Oui, le corps préfectoral a façonné notre pays. Il l'a conduit à prendre les bons virages quand il se trouvait en proie à des difficultés. En faisant preuve d'une loyauté et d'un sens de l'intérêt général à toute épreuve, il a permis à notre société de rester unie autour des valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité, mais aussi toujours de se réformer, de se moderniser, d'aller de l'avant. Mesdames et Messieurs, Cette grande histoire dont vous êtes les héritiers et l'engagement dont vous faites preuve, on nous l'envie souvent dans le monde. Car il est peu de pays qui peuvent s'appuyer sur une administration de ce niveau, à la fois capable de la rigueur indispensable à l'exercice de l'Etat tout en ayant les qualités entrepreneuriales nécessaires pour que notre pays entre pleinement dans cette nouvelle économie qui marque le monde aujourd'hui. C'est pourquoi je veux vous dire combien je suis très fier d'être aujourd'hui le chef de l'administration préfectorale. Votre tâche est noble, exigeante, cruciale pour l'équilibre de notre société. Elle peut être aussi ingrate. Et je tiens à redire ici qu'après l'attentat de Marseille, les décisions furent pour moi difficiles à prendre. Mais ces décisions, je les devais aux familles, je les devais aux Français. Mesdames et Messieurs, Parce qu'élu local, j'ai vu quel pouvait être votre engagement, parce que Ministre de l'Intérieur je mesure chaque jour votre efficacité, parce que je suis convaincu que la transformation de la France passera par une totale mobilisation de l'Etat, je souhaite, pour l'avenir, conforter les préfets dans leurs missions. Par une déconcentration plus forte des moyens financiers. En vous donnant aussi des moyens réglementaires nouveaux. Lors de ma première réunion avec les préfets, j'avais eu l'occasion d'évoquer, ma volonté de leur permettre de pouvoir déroger à certaines normes réglementaires afin de répondre à la diversité des réalités socio-économiques, qui sont celles des territoires où ils exercent. Cette mesure est en train d'entrer en vigueur. Il s'agit là, vous le mesurez, d'une vraie révolution. Une révolution qui va vous permettre de vous faire, pour reprendre le terme de la table ronde qui m'a précédé, « entrepreneurs de l'Etat ». Un décret a été transmis au Conseil d'Etat, qui permettra aux préfets de deux régions métropolitaines et d'une région ultra-marine, d'expérimenter ce dispositif de dérogation à la norme réglementaire. Si celui-ci s'avère pertinent, nous le généraliserons. Enfin, renforcer le corps préfectoral, c'est pour moi travailler dès maintenant à forger son avenir. D'abord en assurant son renouvellement, en promouvant de jeunes générations. Ensuite en garantissant sa diversité - car c'est là, sa grande force ! Vous pouvez donc compter sur moi pour continuer à intégrer à l'avenir des personnes issues du secteur privé, de carrières publiques autres que celles du Ministère de l'Intérieur, pour renforcer la place des femmes qui, je le sais, augmente déjà. Oui, je ferai tout pour que le corps préfectoral ressemble le plus possible au meilleur de la société française. Mesdames et Messieurs, Je veux pour conclure souligner, que l'engagement de l'ensemble du corps préfectoral nous oblige. Il oblige le gouvernement à reconnaître votre investissement, y compris sur le plan symbolique et financier. Il est peu de métiers où on se trouve d'astreinte 24h/24 et 7 jours sur 7, où les week-ends sont quasiment impossibles à prévoir, les congés presque inexistants. Il est peu de métiers où l'on consent à ce point à des sacrifices sur le plan familial, où l'on consacre sa vie professionnelle à servir l'intérêt supérieur de la Nation. Ces vérités simples doivent être dites, rappelées sans cesse. J'ai aussi entendu, cher Michel CADOT, les quelques points que vous avez soulevés en matière indemnitaire. Des avancées significatives ont déjà eu lieu. Ce fut même une des premières propositions que me fit, lors de ma prise de fonctions, mon Directeur de cabinet. Je demanderai au Secrétaire général d'étudier avec attention les problèmes qui peuvent se poser. Mesdames et Messieurs, Une nouvelle fois, je veux vous remercier votre engagement passé, présent et à venir, au service de la République. Si la France est ce qu'elle est : un grand pays qui a su à chaque période se transcender, oui, le corps préfectoral y est pour beaucoup. Et je veux, une nouvelle fois, vous en remercier. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/590.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/590.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f07c3044d6e6f02b957f000de16cbe448555b7f1 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/590.txt @@ -0,0 +1 @@ +Merci beaucoup votre Altesse, Je souhaite dire combien nous sommes, avec la délégation qui m'accompagne et les ministres qui sont présents, très heureux d'être avec vous aujourd'hui au Qatar pour mon premier déplacement dans Votre pays, après nos multiples échanges téléphoniques et Votre déplacement à Paris en septembre. La relation entre la France et le Qatar est une relation qui ne date pas d'aujourd'hui et qui se caractérise par, évidemment, des liens économiques, culturels, sportifs et également stratégiques extrêmement importants comme le montre par exemple la base militaire d'Al-Udeid que j'ai visitée ce matin et qui, depuis près de quinze ans aujourd'hui, permet à plusieurs de nos soldats d'être présents dans le cadre d'un détachement et investis dans la lutte contre le terrorisme. Nous avons évoqué avec Son Altesse Cheikh TAMIM plusieurs sujets qui caractérisent le partenariat franco-qatarien. Le premier sujet, c'est celui de la lutte contre le terrorisme qui constitue à mes yeux l'une des priorités aujourd'hui de notre action conjointe. Nous l'avions là aussi à plusieurs reprises évoqué. Nous sommes en train dans le cadre de la coalition - et les forces armées que j'ai visitées ce matin y contribuent grandement -, de gagner une bataille dans la zone irako-syrienne et elle sera, je pense, pleinement accomplie dans les prochains mois. Pour autant, la lutte contre le terrorisme ne saurait être terminée avec ce conflit. Dans la région, en Afrique comme en Europe, des groupements terroristes continuent à sévir et continueront à sévir dans les prochains mois et les prochaines années si nous ne décidons pas une action extrêmement déterminée en la matière. Aussi dans ce contexte, la France et le Qatar ont décidé de conclure aujourd'hui une déclaration d'intention et une feuille de route pour renforcer nos coopérations en matière de lutte contre le terrorisme et son financement et contre la radicalisation. Cette déclaration d'intention signée ce matin nous permettra à l'avenir de faciliter nos échanges, des échanges d'information, des échanges techniques, et mettre en commun des savoir-faire plus efficaces face aux dangers de l'extrémisme. Comme vient de le dire Son Altesse, la première session de ce dialogue bilatéral de haut-niveau sur la lutte contre le terrorisme et son financement et la lutte contre la radicalisation, que nous avons ouverte avec Cheikh TAMIM, s'est tenue ce matin. Je souhaite que ce dialogue qui est en train de se poursuivre en ce moment même avec l'ensemble des services militaires, civils, judiciaires et de police ainsi que les services techniques compétents, puisse permettre de renforcer notre partenariat et d'aboutir à des préconisations extrêmement concrètes. L'objectif est ainsi de préparer la conférence internationale sur la lutte contre le terrorisme et son financement que la France s'est engagée à organiser en avril 2018 à Paris. Je me réjouis de pouvoir compter sur la pleine implication du Qatar sur ce sujet. Nous avons également évoqué ensemble la stabilité du Proche-Orient. Nous avons évoqué également avec Son Altesse la situation en Libye où nous soutenons pleinement les efforts déployés par le représentant spécial des Nations Unis Ghassan SALAME et nous souhaitons pouvoir œuvrer ensemble pour un retour à la paix, à la sécurité et à la stabilité. S'agissant de la situation dans le Golfe, je note que ma visite se situe au lendemain d'un sommet important qui s'est tenu à Koweït les 5 et 6 décembre et je veux y voir un signe prometteur de réconciliation entre l'ensemble de ses membres. Comme je l'ai dit depuis le début de la crise, le rétablissement de la stabilité dans le Golfe est pour nous aussi une priorité, parce que nous y avons de nombreux amis. C'est la raison pour laquelle j'ai redit à Cheikh TAMIM le soutien de la France aux efforts de médiation du Koweït et au souhait que nous puissions trouver une résolution rapide de la situation actuelle. Enfin, nous avons évoqué nos relations bilatérales qui suivent une dynamique très positive. Au-delà des sujets que j'évoquais en introduction, nous avons signé plusieurs accords importants, deux accords qui nous permettront d'aller plus loin dans nos coopérations en faveur de l'éducation et de la culture. Le Qatar est un partenaire engagé, en effet, en faveur de la francophonie. Il est devenu, en octobre 2012, membre associé de l'Organisation internationale de la francophonie et je veux saluer ici ce choix de miser sur notre langue pour tisser des liens à travers le monde. Je veux saluer tout particulièrement le choix personnel de Son Altesse qui parle un français parfait et qui a décidé de scolariser ses enfants dans une école française, ce qui est un choix intime, dont je veux le remercier et qui constitue un signe important dans le moment que nous traversons dans toute la région. Décider de mettre ses propres enfants à l'école dite Voltaire signifie quelque chose pour la France. Nous avons également signé un certain nombre de contrats commerciaux qui reflètent la densité de notre lien économique. Des contrats importants sur le plan de l'industrie de défense, un contrat extrêmement attendu pour l'exploitation et la maintenance du métro de Doha et du tramway de Lusail, des contrats également importants de dépollution des sols. Au total, c'est un montant de près de douze milliards d'euros qui a été signé aujourd'hui et qui traduit l'intensité de cette relation. Pour tout cela, je vous remercie, Votre Altesse, de la qualité du dialogue que nous avons depuis que j'ai été élu en mai dernier et je souhaite que nous puissions poursuivre et intensifier ces relations. Elles ont beaucoup d'importance sur le plan bilatéral mais elles sont très structurantes sur le plan régional et international également. C'est pourquoi elles nous sont chères. Merci pour votre accueil. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/591.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/591.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f9464d3455842bee684a037925a7f6867b2ff988 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/591.txt @@ -0,0 +1 @@ +RENAUD BLANC Mon invité dans un instant, Mounir MAHJOUBI, secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre chargé du Numérique, soyez le bienvenu dans notre studio. (…) Les coulisses du pouvoir avec Guillaume TABARD RENAUD BLANC Mounir MAHJOUBI, vous êtes un proche d'Emmanuel MACRON, alors c'est crainte ou dédain autour de Laurent WAUQUIEZ ? MOUNIR MAHJOUBI Ecoutez, en tout cas ce n'est certainement pas l'objet de nos concentrations, de nos échanges, avec toute l'actualité qu'on a eu sein du gouvernement et l'actualité française et internationale, ce n'est pas le sujet qui nous occupe… ce n'est pas celui qui m'occupe moi. RENAUD BLANC Justement, vous parliez de l'actualité internationale. Jérusalem Est qui est prête à s'embraser, les risques sont très grands, vous êtes inquiet ce matin ou pas ? MOUNIR MAHJOUBI Oui je suis inquiet. J'y étais il y a quelques semaines, je pense qu'on était dans une capacité, tous ensemble, la communauté internationale, à être avec les deux peuples ensemble, et arriver à des solutions, et je pense, et c'est les paroles du président de la République, que la décision qui a été prise par les Etats-Unis est regrettable et qu'elle entraîne ce qu'on voit depuis ce matin, ce qu'on voit depuis cette nuit. Et il faudra qu'on trouve des solutions, à l'ONU, ou peut-être ailleurs, ou peut-être avec l'aide de la France, pour réussir à… RENAUD BLANC On n'en trouve jamais des solutions à l'ONU, sur ces questions-là, depuis des années et des années. MOUNIR MAHJOUBI Là, pour trouver une solution définitive non, pour trouver une solution immédiate pour éviter l'embrasement, je pense qu'il faut absolument qu'on soit tous mobilisés et qu'on ne renonce pas avant d'avoir essayé. RENAUD BLANC Est-ce qu'on ne voit pas aussi les limites, j'allais dire, de la diplomatie française ? Emmanuel MACRON a souvent Donald TRUMP au téléphone, que ce soit sur le climat, que ce soit sur le dossier iranien et que ce soit sur le dossier israélo-palestinien, on a l'impression que finalement, ce que peut dire Emmanuel MACRON, intéresse peu le président américain. MOUNIR MAHJOUBI En tout cas ce que dit Emmanuel MACRON et ce que dit la France est écouté par le monde, participe à transformer le monde, notamment sur le sujet du climat, et avec monsieur TRUMP, si on n'est pas toujours d'accord, vous voyez quand même que c'est un de nos partenaires de travail sur de très nombreux sujets, notamment pour la paix. Il y a de très nombreux sujets sur lesquels on arrive à travailler très bien. RENAUD BLANC Emmanuel MACRON était au Qatar il y a encore quelques heures, on a signé des contrats XXL, 11 milliards de contrats, très bien, mais j'avais cru comprendre, pendant la campagne présidentielle d'Emmanuel MACRON, qu'avant de signer des contrats il fallait parler d'un certain nombre de sujets, notamment de la radicalisation, de mosquées qui pouvaient être financées par le Qatar. Est-ce que le nouveau monde ne fait pas de l'ancien monde ? MOUNIR MAHJOUBI Non, et je peux vous dire que le dialogue avec le Qatar est avancé, on parle de tous les sujets avec le Qatar, on parle des sujets économiques, on parle des sujets de paix dans le monde, on parle de tous les sujets. RENAUD BLANC Journée de la laïcité demain, pas de discours présidentiel sur ce thème central, mais en revanche Emmanuel MACRON rendra hommage à Johnny HALLYDAY dans une église. Est-ce que ce n'est pas un peu étonnant pour un président de la République ? MOUNIR MAHJOUBI Ecoutez, sur la laïcité… vous savez, le président de la République ne fait pas toute la politique du pays. Ecoutez ce que le ministre de l'Education nationale a rappelé hier, sur comment il va construire, cette année, pour la rentrée prochaine, une véritable démarche autour de la laïcité au sein de l'école. La laïcité elle est avant tout un sujet de l'Education nationale, et donc je suis très heureux que le ministre de l'Education nationale se soit saisi du sujet, qu'il ait fait des déclarations, qu'il ait fait des discours lui aussi sur le sujet. RENAUD BLANC Et le fait qu'Emmanuel MACRON prenne la parole dans une église, ça ne vous choque pas ? MOUNIR MAHJOUBI Ce n'est pas un discours religieux qu'il va porter… RENAUD BLANC Justement, raison de plus. MOUNIR MAHJOUBI C'est pour une personne qui est un ami, une personne qui était quelqu'un qu'il soutenait. Vous savez, il y a de très nombreux non croyants qui vont aux églises pour les mariages, qui vont aux églises pour les enterrements. Moi, vous savez, je vais aux églises pour les enterrements et pour les mariages, et c'est les seules fois où j'y rentre, parce qu'il y a un moment c'est important aussi d'être avec les autres dans les moments importants. RENAUD BLANC Alors, l'actualité internationale c'est quand même aussi une bonne nouvelle, c'est-à-dire qu'on rentre dans une seconde phase du Brexit, on a mis 8 mois pour y arriver, vous pensez qu'on va pouvoir accélérer les choses ou pas ? MOUNIR MAHJOUBI Accélérer, je ne sais pas, mais en tout cas on n'a pas d'autre issue que de trouver une solution viable pour les deux côtés. C'est-à-dire que, nos amis Anglais ont décidé de partir, mais ils resteront, quoi qu'il arrive, notre partenaire, donc on doit trouver des solutions. Vous avez vu que les derniers sujets ne sont pas les plus simples, mais cette nuit il y a eu quelques avancées, enfin quelques avancées, des avancées majeures, qui vont faire que maintenant on est capable de parler de ces sujets durs, mais nous n'avons pas d'autre choix que d'en faire un succès. Un Brexit qui foire c'est la France, c'est l'Europe qui foire, donc on doit avoir un Brexit qui réussit. RENAUD BLANC Mounir MAHJOUBI, la couverture Internet partout en France, c'est pour quand ? MOUNIR MAHJOUBI Ça reste notre objectif, 2020, avec la couverture mobile, parce que c'est la première des discriminations numériques, c'est de ne pas avoir accès au mobile avec la donnée, et ça on y croit toujours pour 2020. Les négociations avec les opérateurs sont allées loin. Aujourd'hui le régulateur, l'ARCEP, a travaillé avec eux, ils ont une proposition à faire, c'est au gouvernement aussi de se prononcer. Ça va coûter de l'argent, c'est quelques milliards d'euros pour réussir à couvrir toute la France avec un réseau mobile de qualité, mais on a compris que c'était une absolue nécessité parce que les Français ils n'en peuvent plus. Quand vous n'habitez pas dans une grande ville, ce n'est pas que les zones ultra-rurales, c'est du très rural jusqu'au demi rural, jusqu'au demi urbain, dans toutes ces zones-là vous avez un réseau médiocre ou un réseau médian, un réseau qui change, un réseau qui n'est pas stable, eh bien ça ce n'est plus soutenable. RENAUD BLANC Et que fait Mounir MAHJOUBI pour les 13 millions de Français qui ne savent pas se servir d'Internet ? MOUNIR MAHJOUBI Vous avez raison, il y a le réseau, pour ceux qui n'arrivent pas à se connecter, et puis une fois qu'on est connecté, il faut savoir utiliser, et 13 millions, c'est quasiment 20 % des Français, qui ne savent pas se connecter. Et donc, ça ne sert à rien de mon côté de faire 100 % des démarches numériques de l'Etat sur Internet, et de proposer aux entreprises de se développer, aux start-up de se lancer, s'il y a 20 % des Français qui ne savent pas l'utiliser. Donc, c'est pour ça que la semaine prochaine, avec les départements, avec les régions, avec les opérateurs sociaux, on va annoncer le début d'une démarche qu'on appelle « la stratégie nationale d'inclusion numérique », et qui va faire que dans chaque département on va trouver des solutions pour identifier ces personnes. Ce n'est jamais les mêmes, parfois c'est parce qu'on ne parle pas le français, parfois c'est parce qu'on est très âgé, parfois c'est parce qu'il y a du handicap, parfois c'est parce que dans la vie, à cause de sa vie, la vie sociale, l'insertion professionnelle, eh bien on n'a jamais été confronté à un ordinateur, donc c'est des raisons différentes. Comment on identifie les personnes, comment on structure un réseau qui les accompagne, les associations de la médiation numérique comment on les finance, les services publics de proximité, comment on continue d'accueillir de façon universelle, et comment on finance et on oriente ce parcours. Eh bien ça, ça va être l'objet des six prochains mois, et tout le monde a dit oui, tout le monde. RENAUD BLANC Sur Radio Classique on parle beaucoup ce matin du bitcoin, la crypto-monnaie qui gagne l'économie réelle. Un bitcoin valait 40 centimes en 2010, 13.600 euros aujourd'hui, est-ce que vous craignez l'explosion de la bulle ? MOUNIR MAHJOUBI En tout cas aujourd'hui les mouvements ils ne sont pas liés à une réalité économique, donc bulle ou pas bulle, en tout cas il y a un mouvement qui est lié à un engouement, qui est lié à une découverte, il n'y a pas que le bitcoin, il y a d'autres crypto-monnaies, il y a des crypto-monnaies qui vivent le même décollage de l'autre côté. Moi, la question que je pose à tous les fans de bitcoin c'est est-ce que vous conseilleriez à votre mère de mettre 100 % de son argent en bitcoins ? La réponse c'est plutôt non, il ne faut surtout pas. Est-ce qu'il faut regarder à quoi ça ressemble ces nouveaux modèles de crypto-monnaie ? Oui. Est-ce qu'on peut se dire que c'est peut-être un modèle pour demain ? Oui. RENAUD BLANC Donc il ne faut pas l'interdire, parce que certains pays l'envisagent, pour vous non ? MOUNIR MAHJOUBI La question c'est celle de l'expérimentation, de la généralisation du contrôle. Environnementalement le bitcoin, et ce dont on va parler tout à l'heure, et la blockchain, c'est terrible, c'est-à-dire que c'est une sous-optimisation absolue des ressources matérielles pour le faire, ça consomme une capacité de calculs infinie, et plus il y aura de Français, d'Européens et de personnes dans le monde qui l'utiliseront, plus on devra augmenter les capacités de calculs. Alors, il y a des nouveaux dispositifs aujourd'hui, qui sont encore à l'état de recherche, à l'état d'expérimentation, qui permettent de diviser très largement cette quantité de calculs, et donc on n'est plus dans la blockchain, on est dans une espèce de nouvelle dimension de la blockchain, qui est dans le même état d'esprit, la même philosophie. Donc, oui, il va falloir qu'on regarde activement, il ne faut pas empêcher les choses, mais il faut s'assurer qu'on n'ait pas d'externalité négative. On fait quoi quand ça va fermer des magasins ? On fait quoi quand ça va ruiner des personnes ? Là on dira « mais qu'a fait le gouvernement ? » Donc, l'objet aujourd'hui, c'est plutôt de faire des expérimentations, vous savez que le gouvernement français a fait des tests sur la blockchain, la direction du Trésor a structuré ses premiers bons du Trésor en blockchain, première fois qu'un pays fait ça dans le monde, parce qu'on a besoin de comprendre cette technologie, mais est-ce qu'on doit la généraliser avant même d'en comprendre ses effets, non. RENAUD BLANC Dernière question Mounir MAHJOUBI. Vous discutez énormément, je sais, avec Jean-Michel BLANQUER, le numérique à l'école, c'est pour vous un dossier clé ? MOUNIR MAHJOUBI C'est essentiel et c'est essentiel dans toutes les dimensions. C'est essentiel comme outil, c'est-à-dire qu'il faut qu'on utilise le numérique à sa plus grande capacité, comme on l'a dans notre vie privée, au sein de l'école, mais c'est aussi et surtout un sujet, c'est-à-dire qu'il faut qu'on apprenne le numérique, la formation aux médias et à l'information. Qu'est-ce que c'est qu'une fake news ? Le meilleur combat contre la fake news c'est l'éducation. Et aujourd'hui, et depuis longtemps, on apprend cette sensibilisation à l'information et à la source, eh bien il faut qu'on continue à l'ère d'Internet et à l'ère des réseaux sociaux, il faut plus de temps sur ces sujets-là. Mais il faut aussi, et moi j'y crois très fort, aller dans la technique, mais pas pour en faire des ingénieurs à la sortie du CM2, pour qu'à la sortie du CM2 un enfant il a au moins fait une vingtaine d'heures, une dizaine d'heures, pour comprendre ce que c'est qu'une donnée, où est-ce qu'elle se stocke, comment je la transfère, c'est quoi une base, qu'est-ce qui se passe quand je l'envoie, juste ce qui fait que quand on est face à un écran, eh bien on n'a pas cette naïveté de la première fois, on comprend pourquoi ce pixel s'allume. Et ça, de l'octet jusqu'au pixel, il faut que ça devienne une logique absolue chez les enfants. RENAUD BLANC Merci beaucoup Mounir MAHJOUBI d'avoir répondu à mes questions, secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre chargé du numérique, très bonne journée. MOUNIR MAHJOUBI \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/592.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/592.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6dd40a130f5461452306e43dd0f287186979bc7a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/592.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle le débat sur le thème : « Le retour des djihadistes en France », organisé à la demande du groupe La République En Marche. Nous allons procéder au débat sous la forme d'une série de questions-réponses dont les modalités ont été fixées par la conférence des présidents. Je rappelle que le groupe auteur de la demande disposera d'un temps de parole de dix minutes, y compris la réplique, et que le Gouvernement répondra ensuite pour une durée équivalente. (…) M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, comme M. Marchand l'a souligné à l'instant, l'émergence de Daech a entraîné des conséquences majeures, aussi bien à titre individuel que du point de vue sociétal. J'insisterai, dans ce propos introductif, sur la prise en charge judiciaire des « revenants » de la zone irako-syrienne. Elle diffère selon que les individus concernés sont majeurs ou mineurs. Concernant les « revenants » majeurs, ils font l'objet, d'une part, d'une judiciarisation systématique, et, d'autre part, d'un suivi très individualisé. La judiciarisation est désormais systématique pour les majeurs revenant de la zone irako-syrienne, et ce dès leur arrivée sur le territoire national. En effet, la politique pénale menée à l'égard des adultes qui reviennent des terrains de combat prévoit désormais une telle judiciarisation systématique dès lors qu'ont été recueillis suffisamment d'éléments permettant d'établir que ces individus se sont rendus sur zone pour rejoindre un groupe islamiste combattant. En pratique, cela signifie que, dès leur arrivée sur le territoire français, tous les majeurs « revenants » – hommes ou femmes – font l'objet d'une mesure de garde à vue, suivie d'une mise en examen du chef d'association de malfaiteurs terroristes. Ils font par ailleurs l'objet, dans la grande majorité des cas, d'un placement en détention provisoire ou, plus rarement, de mesures de contrôle judiciaire. La situation que je vous décris là est le fruit d'une évolution. En effet, jusqu'à la fin de l'année 2015, le parquet requérait la mise en examen et le renvoi de ces individus du chef d'association de malfaiteurs terroristes délictuelle. Ceux-ci avaient alors vocation, à l'issue de l'information judiciaire, à être jugés par la seizième chambre du tribunal correctionnel de Paris, devant laquelle ils encouraient une peine d'emprisonnement de dix années. Mais, depuis la fin de l'année 2015, la politique pénale du parquet de Paris a évolué, de manière pragmatique, sans intervention d'un texte législatif, afin de faire coïncider les incriminations pratiquées avec l'activité réelle des organisations terroristes dont la commission quotidienne de crimes d'atteinte aux personnes sur zone ne fait plus aucun doute. Il est donc désormais requis par le parquet de Paris la mise en examen des « revenants » adultes du chef d'association de malfaiteurs terroristes criminelle, et non plus simplement délictuelle, ce qui les expose à une peine de réclusion autrement plus sévère devant la cour d'assises spéciale de Paris, pouvant aller jusqu'à vingt ans pour les faits commis avant l'entrée en vigueur de la loi du 21 juillet 2016 et jusqu'à trente ans pour les faits commis après elle. Les investigations judiciaires menées par les magistrats spécialisés parisiens sont tournées vers la démonstration que l'intéressé a effectivement participé sur zone, quel qu'ait été son rôle, au fonctionnement d'une organisation terroriste qui s'est livrée à des exactions ou à des actes de nature criminelle au préjudice de la population locale. À ce jour, 244 majeurs sont recensés par les services de renseignement comme étant rentrés sur le territoire national après avoir séjourné en zone irako-syrienne, dont 178 hommes et 66 femmes. Parmi eux, 175 ont été « judiciarisés ». Les 69 restants font tous l'objet d'un « suivi administratif » par les services de renseignement, c'est-à-dire par la DGSI. Il convient, concernant ce suivi administratif, de distinguer deux catégories. Une première catégorie regroupe un peu moins d'une quarantaine d'individus qui, après avoir fait l'objet d'une enquête judiciaire, n'ont pas été poursuivis faute, pour les enquêteurs, d'avoir réuni suffisamment d'indices de commission d'une infraction terroriste, tels que la preuve d'un séjour en Syrie ou en Irak ou de l'existence d'un contact avec des organisations terroristes. Dans cette hypothèse, après classement sans suite de la procédure, ces personnes continuent toutefois à être suivies par les services de renseignement afin de prévenir toute éventuelle menace. Il s'agit le plus souvent de femmes ayant séjourné peu de temps sur zone, et généralement au début du phénomène des filières irako-syriennes. La seconde catégorie correspond à des individus qui n'ont pas encore été « judiciarisés », mais qui pourront l'être dans un futur proche lorsque les éléments recueillis par les services de renseignement le permettront. Il s'agit, en général, de retours anciens, intervenus à l'époque où la judiciarisation n'était pas systématique. Les services de renseignement procèdent alors à des enquêtes pour déterminer ce qu'il en est réellement. Il convient d'observer que, parmi ces 69 individus faisant actuellement l'objet d'un « suivi administratif », deux ont vocation à être prochainement interpellés dans le cadre de procédures judiciaires. Bien entendu, toutes ces personnes, hommes ou femmes, suivies par les services administratifs ont vocation à être « judiciarisées » à tout moment, dans l'hypothèse où elles apparaîtraient comme représentant une menace. Les « revenants » majeurs font l'objet, outre d'une judiciarisation systématique depuis 2015, d'un suivi individualisé. J'évoquerai maintenant leur prise en charge par l'administration pénitentiaire et par les juges d'application des peines spécialisés. Comme toutes les personnes détenues en lien avec le terrorisme islamiste, les majeurs « revenants » ont vocation, à leur arrivée en détention, à être orientés vers des quartiers d'évaluation de la radicalisation, les QER, afin que leur dangerosité puisse être appréciée. Sur la base de cette évaluation, qui dure au maximum quatre mois, l'administration choisit ensuite le régime de détention le plus adapté au profil de l'individu au sein de l'un des soixante-dix-huit établissements retenus pour accueillir ce type de détenus. Ces personnes ont vocation à faire l'objet de mesures de suivi particulières de la part des services du renseignement pénitentiaire. Ceux-ci existent désormais dans chaque établissement pénitentiaire et font l'objet d'une centralisation au sein du bureau central du renseignement pénitentiaire, le BCRP. La montée en puissance du renseignement pénitentiaire depuis sa création récente s'est accompagnée d'un renforcement de ses effectifs. Ainsi, le projet de loi de finances pour 2018 prévoit de créer trente-cinq emplois supplémentaires pour le renseignement pénitentiaire, emplois destinés à renforcer le premier niveau de renseignement dans les établissements les plus sensibles, notamment en région parisienne. Un autre aspect fondamental du renforcement du renseignement pénitentiaire tient à la professionnalisation de ses agents, notamment par des actions de formation spécifiques, et à l'acquisition d'une autonomie technique par rapport aux autres services de renseignement, grâce à l'achat de son propre matériel. Je dirai maintenant quelques mots sur le dispositif de suivi post-incarcération qui attend les détenus revenant des terrains de combat à leur sortie de détention, qui interviendra nécessairement un jour ou l'autre, une fois qu'ils auront purgé leur peine. Il ne faut donc pas négliger cet aspect de la question. Depuis le début de l'année, tous les détenus radicalisés quittant la détention, que ce soit à l'issue d'une peine ou d'une mesure de détention provisoire, font systématiquement l'objet d'une « note de signalement » très détaillée – j'ai pu en voir plusieurs – rédigée par l'administration pénitentiaire. Cette note est diffusée par le BCRP à tous les services de renseignement partenaires, ainsi qu'à la gendarmerie de l'endroit où réside la personne après sa sortie de prison. Le cas échéant, cette fiche est également envoyée aux services pénitentiaires d'insertion et de probation, les SPIP, si les individus sortants font l'objet d'une peine en milieu ouvert. Par ailleurs, les détenus sortant à l'issue d'une peine font l'objet d'un suivi judiciaire spécifique par deux juges d'application des peines spécialisés en matière de terrorisme, ou JAPAT. Ces magistrats disposent d'une compétence nationale et exclusive pour suivre les personnes condamnées par les juridictions spécialisées parisiennes, et ce quel que soit leur lieu de détention ou de résidence. Cette spécialisation de la fonction garantit une unité et une continuité de jurisprudence. J'évoquerai enfin la prise en charge des mineurs revenant des terrains de combat. M. le président. Veuillez être brève, madame la ministre, car vous avez dépassé votre temps de parole. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. La prise en charge des mineurs « revenants » varie en fonction de leur âge. Dans la grande majorité des cas, l'engagement de poursuites pénales n'apparaît pas justifié, notamment au regard du très jeune âge de ces enfants : la plupart d'entre eux ont en effet moins de 10 ans. Ces mineurs font alors l'objet de mesures d'assistance éducative ordonnées par un juge des enfants, qui les reçoit dès leur arrivée sur le territoire national. Ces mesures sont suivies par les services de la protection judiciaire de la jeunesse, la PJJ, et par ceux de l'aide sociale à l'enfance, l'ASE. À ce jour, cinquante-six mineurs sont concernés par le dispositif. Lorsque cela apparaît opportun, des poursuites pénales peuvent par ailleurs être diligentées sur l'initiative du procureur de la République. Cela concerne plutôt les mineurs adolescents. Huit mineurs ont été recensés comme faisant ou ayant fait l'objet de poursuites pénales. Dès leur arrivée sur le territoire national, tous ces mineurs font l'objet d'une prise en charge psychothérapeutique et psychologique en raison de leur extrême fragilité, eu égard à ce qu'ils ont vécu. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, ainsi que sur des travées du groupe Union Centriste, du groupe socialiste et républicain et du groupe Les Républicains.) - Débat interactif - M. le président. Mes chers collègues, madame la garde des sceaux, je vous rappelle que chaque orateur dispose de deux minutes au maximum, y compris la réplique, avec une réponse du Gouvernement également pour deux minutes au maximum. Dans le débat interactif, la parole est à M. Roger Karoutchi. M. Roger Karoutchi. Madame la garde des sceaux, le procureur général de Paris considère que les djihadistes qui reviennent en France sont davantage des déçus de la défaite de Daech que des repentis. Votre collègue le ministre des affaires étrangères souhaite que les djihadistes soient jugés par les autorités irakiennes et ne rentrent pas en France. Quant à Mme Parly, ministre des armées, elle estime que si leur cas pouvait être définitivement réglé sur place, cela arrangerait tout le monde… Certes, depuis la fin de l'année 2015, la réponse judiciaire, notamment celle du parquet de Paris, s'est considérablement durcie, mais considérez-vous que notre droit actuel est suffisant pour protéger nos concitoyens contre la menace terroriste ? Vous l'avez rappelé, certains djihadistes revenus en France sortent déjà de prison : chacun peut imaginer le risque que cela représente en termes de sécurité. M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le sénateur, les autorités irakiennes entendent juger elles-mêmes les personnes qui auraient commis des crimes sur leur territoire et n'ont pas l'intention d'extrader les ressortissants étrangers mis en cause à ce titre. Nous n'y pouvons rien, bien entendu, et il n'est pas question d'aller chercher en Irak des ressortissants français ; nous n'avons pas de raison de le faire. Par ailleurs, concernant ceux qui reviennent sur le territoire français, les dispositions en vigueur sont-elles suffisantes pour protéger nos concitoyens contre la menace djihadiste ? Effectivement, certains « revenants » ayant purgé leur peine vont sortir de prison : l'État de droit, dans lequel nous nous inscrivons tous, le commande. Le suivi précis que j'ai exposé tout à l'heure, avec des fiches de renseignement extrêmement détaillées et largement diffusées, me semble de nature à nous prémunir contre des risques supplémentaires. Vous demandez également si nos règles sont suffisantes. Depuis 2016, dans la pratique, le procureur de Paris a renforcé les sanctions en criminalisant ce qui n'était auparavant que délictuel. En vertu de cette politique, des individus peuvent être aujourd'hui condamnés jusqu'à trente ans de prison, contre dix ans auparavant. M. le président. La parole est à M. Roger Karoutchi, pour la réplique. M. Roger Karoutchi. Madame la garde des sceaux, je ne doute ni de votre volonté d'assurer la sécurité les Français ni de celle des magistrats. Cependant, le sujet est extrêmement sensible. Entre le droit, qui doit être probablement renforcé, et la sécurité des Français, l'équilibre est difficile à trouver. Nos concitoyens font confiance, mais j'espère vraiment qu'il n'y aura pas d'incidents ! M. le président. La parole est à M. Bernard Cazeau. M. Bernard Cazeau. Madame la garde des sceaux, que faire des « revenants » ? Cette question cruciale prend de l'ampleur depuis novembre dernier et la prise de Raqqa. Nous savions qu'environ 1 700 Français avaient rejoint les zones djihadistes irako-syriennes depuis 2014. Même si Daech est en passe d'être définitivement vaincu militairement dans le secteur, ses membres terroristes demeureront actifs. Ils menacent de se diluer dans la population pour exporter le conflit, notamment en France, où les terroristes ont toujours l'oreille attentive de certains… Nous savons que des Français ont pris part à des massacres et pratiqué la torture de masse. Entraînés et formés, ces individus aguerris sont des vraies bombes à retardement. Parmi les personnes déjà rentrées, 398 sont actuellement mises en examen, dont 260 placées en détention provisoire. Or, 690 djihadistes français se trouveraient encore aujourd'hui en Irak et en Syrie, avec 295 femmes et 400 enfants. Combien sont morts ? Difficile à dire ! Quelques dizaines d'adultes combattants ou leurs épouses, accompagnées de leurs enfants, seraient désormais assignés à résidence ou en prison là-bas. D'autres survivent dans la clandestinité. Leurs familles, inquiètes de les voir condamnés à la peine de mort en Irak ou en Syrie, réclament qu'ils soient rapatriés au plus vite. Le 13 novembre 2017, le Président de la République a appelé à une gestion de ces retours au cas par cas. Les enfants, cet héritage empoisonné que Daech lègue à la France, ne peuvent être traités de la même manière que des criminels de guerre. Comment, madame la ministre, comptez-vous prendre en charge ce public hétéroclite ? Comment faire pour que ces personnes ne représentent plus une menace à terme ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Comme je l'indiquais dans mon propos introductif, toute personne qui revient sur le territoire national fait désormais l'objet d'une judiciarisation systématique. Depuis la loi de juillet 2016, les individus concernés peuvent être condamnés par la cour d'assises spéciale à une peine de prison de trente ans, ce qui est très sévère. Par ailleurs, des politiques de suivi post-incarcération, sur lesquelles je ne reviendrai pas, ont été mises en place. En ce qui concerne les personnes encore sur zone qui demandent à être rapatriées, leur situation sera examinée au cas par cas par le Quai d'Orsay. Si elles reviennent, elles feront l'objet d'une judiciarisation systématique. En fait, il y a aujourd'hui peu de demandes de retour. Nous pensons que les personnes présentes dans les zones de combat se tourneront vers d'autres filières, que l'on commence à voir se dessiner mais qui ne sont pas encore complètement stabilisées. M. le président. La parole est à Mme Esther Benbassa. Mme Esther Benbassa. Madame la ministre, par votre lettre datée du 12 décembre, nous apprenons que vous ne donnez pas le feu vert à la mise en place d'une commission d'enquête au Sénat sur la prise en charge des djihadistes français et de leur famille, en raison de procédures en cours concernant des personnes revenant du djihad. On a l'impression que le débat de ce soir remplace quelque peu cette commission d'enquête. Pourtant, des commissions d'enquête parlementaires ont déjà été créées parallèlement à des procédures en cours. Les travaux d'une telle commission vous auraient aidé à élaborer des initiatives sur cette question. M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Madame la ministre, je suis assez étonnée par votre question. Dès lors qu'une enquête judiciaire est en cours, quel que soit le sujet, je fais savoir systématiquement au président de l'assemblée qui me saisit que l'existence de cette procédure rend difficilement envisageable la mise en place d'une commission d'enquête. C'est la réponse que j'ai faite il y a peu au président du Sénat sur le sujet que vous évoquez, dans la mesure où de nombreuses procédures judiciaires sont en cours. M. le président. La parole est à Mme Esther Benbassa, pour la réplique. Mme Esther Benbassa. Des commissions d'enquête ont pourtant déjà été créées alors que des procédures étaient en cours… Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Je vais le vérifier ! M. le président. La parole est à M. Yves Détraigne. M. Yves Détraigne. Madame la garde des sceaux, le retour des djihadistes sur le territoire national est sans doute l'un des plus grands défis de sécurité auquel nous serons confrontés dans les années à venir. L'enjeu principal est d'identifier ces djihadistes sur le terrain dans la zone irako-syrienne. Il importe de savoir qui ils sont et ce qu'ils font, pour déterminer quand ils rentreront. Cette question du retour ne concerne pas exclusivement les djihadistes ayant la nationalité française ou une double nationalité, mais touche tous les combattants de Daech qui veulent entrer en France, quelle que soit leur nationalité. Or, pour entrer légalement sur le territoire national, il n'existe pas cent possibilités. Cette immigration est liée soit au travail, soit au regroupement familial, soit au droit d'asile. Les entrants relevant de cette dernière catégorie doivent nous intéresser particulièrement. Attention : il ne s'agit surtout pas de faire le moindre amalgame entre demandeurs d'asile et terroristes. Il serait dramatique que la menace de ces barbares nous fasse renoncer à notre vocation d'accueil et de protection des personnes victimes de la guerre ou de persécutions dans leur pays d'origine. Pour autant, il ne faut pas être naïfs : comment, parmi les plus de 80 000 demandes d'asile enregistrées chaque année par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ne se cacherait-il pas d'anciens combattants de retour de la zone irako-syrienne ? Ma question est donc simple, madame la garde des sceaux : quels sont les processus et les moyens mis en oeuvre afin de détecter les profils à risque parmi ces milliers de demandeurs d'asile qui arrivent sur notre territoire chaque année ? (Applaudissements sur les travées du groupe Union Centriste et sur des travées du groupe Les Républicains.) M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Il n'est pas facile de répondre à cette question. La justice a la volonté extrêmement forte de lutter, en lien avec la police, contre les filières d'immigration irrégulière, qui peuvent contribuer à faire entrer en France des individus liés à des réseaux terroristes, même si bien évidemment tel n'est pas le cas de la plupart des immigrants clandestins. Je n'entrerai pas ici dans le détail des mesures mises en place pour lutter contre ces filières. Par ailleurs, les personnes entrant sur notre territoire peuvent également être des mineurs non accompagnés. Le Premier ministre l'a annoncé, nous allons faire en sorte que ces derniers fassent l'objet d'une évaluation beaucoup plus homogène, menée en étroite concertation par les services de la police aux frontières et ceux de la justice. Il convient d'harmoniser les procédures et de créer, le cas échéant, un fichier afin de repérer les mineurs qui se présenteraient dans plusieurs départements. Enfin et surtout, il existe une collaboration permanente et extrêmement étroite entre la section C1 du parquet de Paris, qui traite des questions de terrorisme, et la DGSI. Autrement dit, nous essayons de resserrer l'ensemble des maillons de la chaîne. M. le président. La parole est à Mme Laurence Rossignol. Mme Laurence Rossignol. Madame la garde des sceaux, plus que vous interroger, je souhaite vous soumettre une piste de réflexion et de travail. Parmi les diverses atrocités commises par l'État islamique, l'une retient particulièrement mon attention : le sort réservé aux yézidis, cette population qui vivait sur le mont Sinjar. Les hommes ont été massacrés, les femmes, les jeunes filles et les enfants réduits en esclavage. Tous les témoignages ayant pu être recueillis auprès des jeunes filles qui ont été esclaves sexuelles et domestiques de l'État islamique tendent à me faire penser que le chef de traite des êtres humains pourrait être retenu contre celles et ceux qui ont bénéficié de leurs services. Les magistrats envisagent-ils cette possibilité ? Recherchent-ils ce crime lorsqu'ils interrogent les « revenants » au moment de leur judiciarisation ? Il serait à mon sens possible, en leur faisant raconter leur vie au sein de l'État islamique, d'identifier celles et ceux qui ont pu profiter des services de personnes réduites en esclavage. Il peut s'agir, en particulier, d'individus qui n'ont pas commis eux-mêmes d'actes de terrorisme, mais qui ont tiré bénéfice au quotidien d'un crime particulièrement réprouvé par la communauté internationale, celui de traite des êtres humains. M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Il s'agit effectivement d'une question extrêmement douloureuse sur le plan humain. Dans ce genre de situations, le parquet de Paris fonde les poursuites sur une incrimination d'association de malfaiteurs terroriste criminelle, laquelle permet de punir le simple fait d'avoir rejoint une organisation terroriste qui s'est livrée à des crimes sur place. C'est le choix de l'efficacité qui est ainsi fait par le parquet de Paris, en vue de réunir les preuves de la participation des intéressés à l'organisation terroriste. Cela étant, si, au cours de l'enquête, il apparaît que d'autres incriminations peuvent être retenues, elles le seront. Les qualifications de génocide, de crime contre l'humanité ou de traite des êtres humains ne peuvent être envisagées qu'au cas par cas, en fonction des éléments de preuve dont pourra disposer la justice. La politique pénale actuelle est fondée sur un souci de pragmatisme. C'est pourquoi nous sommes d'abord conduits à retenir l'incrimination que j'ai mentionnée. M. le président. La parole est à Mme Laurence Rossignol, pour la réplique. Mme Laurence Rossignol. Je comprends parfaitement que l'on fasse le choix de l'efficacité. Pour autant, je m'inquiète de savoir si les juges cherchent vraiment à retenir l'incrimination de traite des êtres humains, qui ne recoupe pas complètement celle d'association de malfaiteurs terroriste. En attendant que l'État islamique soit poursuivi devant la Cour pénale internationale, la France devrait montrer aux yézidis qu'elle prend en compte leur massacre. M. le président. La parole est à Mme Catherine Troendlé. Mme Catherine Troendlé. Mon excellente collègue Esther Benbassa et moi-même avons corédigé un rapport traitant de ce que l'on nomme communément la déradicalisation. Au cours de nos dix-huit mois de travaux, nous avons, dès 2016, été alertés par le parquet antiterroriste sur le risque que constituait le retour de Syrie de femmes, parfois accompagnées de leurs enfants. Nous avons consacré notre dixième proposition à cette problématique. Aujourd'hui, la réalité nous rappelle que, une fois de plus, nous n'avons sans doute pas su anticiper de façon globale un risque annoncé. Elles sont nombreuses ces femmes jeunes, parties en quête du mari idéal et d'une vie romanesque, qui ont finalement été traitées comme des ventres à produire des enfants-soldats. Combien sont-elles à être revenues ? Combien sont-elles à vouloir rentrer ? Celles qui sont rentrées sont incarcérées et seront évaluées ; très bien. Les évaluations ont toutefois montré leurs limites, madame la ministre, notamment à Osny et à Pontourny. Quels experts vont évaluer ces femmes ? Quelles garanties avons-nous qu'ils poseront le juste diagnostic ? Par ailleurs, ce temps d'évaluation, durant lequel ces femmes seront forcément séparées de leurs enfants, ne saurait durer trop longtemps. Quant à celles qui seront libérées, elles ne pourront pas être livrées à elles-mêmes. Il faudra nécessairement les accompagner. Quels moyens sont mis en œuvre pour prendre en charge ces mères et ces enfants, afin que ceux-ci retrouvent de solides repères, et préparer une réinsertion sociale ? Enfin, quelle prise en charge avez-vous prévue, madame la garde des sceaux, pour les enfants-soldats, ceux qui ont été embrigadés avant de rentrer en France ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Madame Troendlé, madame Benbassa, j'avais eu l'occasion de vous rencontrer pour discuter de votre rapport et avais beaucoup apprécié les propositions qu'il contenait. Vous expliquez que ces femmes sont parties en Syrie trompées par une sorte de mirage romantique, croyant trouver là-bas le mari idéal, qui, nous le savons toutes, n'existe pas… (Rires. Mmes Nadia Sollogoub, Christine Bonfanti-Dossat et Sylvie Goy-Chavent applaudissent.) Elles sont systématiquement judiciarisées à leur retour en France. On considère en effet que leur rôle n'a pas été purement domestique. On sait que, en réalité, leur contribution s'inscrivait la plupart du temps pleinement dans la construction de l'État islamique. Elles souhaitaient assurer l'éducation des enfants et apporter par leur adhésion et leur présence un soutien au califat. L'évaluation dont elles font l'objet à leur retour est pluridisciplinaire, menée par des personnes formées à cette fin. Si les mères doivent rester en détention, les enfants sont pris en charge par la protection judiciaire de la jeunesse, qui organise des visites. Enfin, le ministère de la justice soutient de très nombreuses associations qui assurent la réinsertion sociale après la détention ou lorsque ces femmes sont placées sous contrôle judiciaire. Nous souhaitons développer cette action, qui n'est pas encore suffisante aujourd'hui. M. le président. La parole est à Mme Catherine Troendlé, pour la réplique. Mme Catherine Troendlé. Que fera-t-on des enfants mineurs qui ont été embrigadés, communément appelés enfants-soldats ? La question reste ouverte. M. le président. La parole est à M. Martin Lévrier. M. Martin Lévrier. Ma question s'inscrit dans le prolongement de la précédente, madame la ministre. À l'heure où nous débattons, quelques centaines de mineurs se trouvent encore sur le sol irako-syrien. Les situations sont diverses : mineurs radicalisés partis seuls, enfants mineurs de djihadistes embrigadés par Daech comme combattants en tant que « lionceaux du califat », ou encore, cas le plus fréquent, mineurs nés sur place ou très jeunes. Nous savons que bon nombre d'entre eux reviendront d'ici peu sur le territoire français, dont certains sont en passe de devenir de véritables « bombes à retardement ». Les mineurs emmenés ou nés en zones de combat ne sont pas responsables des choix de leurs parents, ni des éventuelles ignominies commises par ces barbares. Ils en ont pourtant été les témoins directs. Leur éventuel retour en France nécessite l'élaboration de solutions appropriées, par exemple la mise en place d'un suivi médico-psychologique. Ma question porte sur les moyens mis en œuvre par le Gouvernement pour prévenir toute dégradation de la situation de ces mineurs, les désengager de la violence extrémiste et favoriser leur insertion dans la société. Depuis plus d'un an, madame la garde des sceaux, vos services mènent le projet RIVE recherches et intervention sur les violences extrémistes, consistant en un programme obligatoire suivi actuellement par quatorze adultes. Ce projet ambitieux suscite beaucoup d'espoirs. Quels sont les résultats de cette expérimentation ? Est-elle transposable aux mineurs ? Sinon, envisagez-vous d'autres programmes pour ces derniers ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le sénateur, vous dites que ces enfants mineurs nés sur les terrains de combat n'ont pas demandé à y aller et qu'il faut porter sur eux un regard spécifique. Je l'entends, mais, en même temps, nous ne pouvons pas ignorer ce qu'ils ont vu, les traumatismes qu'ils ont subis, autant d'éléments qui ont pu déterminer leur manière d'être et de se comporter. C'est la raison pour laquelle, je le répète, tout mineur qui rentre d'un terrain de combat est systématiquement pris en charge par un juge, qui va procéder à une évaluation. Bien évidemment, on ne va pas mettre les plus jeunes en prison, ce qui ne serait pas possible de toute façon. Ils sont pris en charge par des services spécialisés, notamment la protection judiciaire de la jeunesse, qui met en place des programmes tout à fait spécifiques. Les adolescents peuvent être, le cas échéant, sanctionnés pénalement, enfants-soldats ou pas, madame Troendlé. J'ai eu l'occasion de rencontrer des associations qui prennent en charge ces jeunes. Ceux que j'ai vus n'ont pas été sur les terrains de combat, mais ils étaient en voie de radicalisation. Ils sont accompagnés 24 heures sur 24 par des éducateurs qui se relaient en permanence auprès d'eux et qui les accompagnent dans des activités adaptées, y compris un retour à l'école. Ces programmes sont assez onéreux, mais nous espérons qu'ils pourront donner des résultats satisfaisants. Concernant le dispositif RIVE, monsieur le sénateur, il est conçu uniquement pour les adultes, mais la prise en charge par des associations spécialisées que j'évoquais à l'instant s'apparente à une adaptation de RIVE aux mineurs. M. le président. Il faut conclure, madame la ministre. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Notre société doit faire des choix. Est-elle prête à mobiliser des moyens importants pour essayer de récupérer ces jeunes et les réinsérer socialement ? Cette question mérite d'être débattue. M. le président. La parole est à M. Olivier Cigolotti. M. Olivier Cigolotti. Alors que, en 2015, Daech comptait environ 40 000 combattants au Levant, ils seraient aujourd'hui moins de 3 000, dont la plupart sont actuellement traqués dans des régions désertiques. L'organisation terroriste ne contrôle plus aucune emprise territoriale d'importance. Nous savons qu'une partie de ceux de ces combattants qui sont ressortissants français ont été neutralisés, mais d'autres restent dans la nature, en partance pour l'Asie ou l'Europe. Madame la ministre, au-delà du travail remarquable accompli par les services de renseignement, nos forces de sécurité intérieure, police et gendarmerie, sont-elles en mesure de découvrir et de faire remonter des éléments relatifs à ces combattants, dont on méconnaît les intentions à l'heure de leur possible retour sur notre territoire ? Par ailleurs, selon un rapport d'un organisme européen travaillant sur la prévention de la radicalisation, environ 460 mineurs français vivaient dernièrement sur le territoire contrôlé par l'État islamique, un tiers d'entre eux étant nés sur place. Leur retour pose beaucoup de questions, compte tenu des événements traumatisants, des combats ou des atrocités auxquels ils ont assisté, mais aussi du fait de leur possible enrôlement par Daech. Certains de ces mineurs, qui ont majoritairement moins de 15 ans, tenteront de rentrer prochainement en France et pourront se noyer dans le flux des mineurs non accompagnés. De plus, à la différence des djihadistes adultes, les mineurs ne figurent pas sur le fichier judiciaire national automatisé des auteurs d'infractions terroristes. Madame la ministre, comment assurerons-nous le repérage de ces enfants, et quels types de mesures de placement ou d'accompagnement psychologique appropriées seront mises en place à leur retour ? Enfin, disposons-nous, au sein des différentes structures d'accueil, de personnels et d'éducateurs formés à ces situations ? (Applaudissements sur les travées du groupe Union Centriste.) M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le sénateur, votre analyse est juste. Les services de la DGSE nous disent que beaucoup de Français ayant séjourné dans les zones de combat s'orientent vers d'autres filières, d'autres pays, en Asie ou au Sahel. La DGSE joue un rôle important dans le suivi de ces Français qui se trouvent sur les terrains de combat. Vous me demandez si les forces de sécurité intérieure sont susceptibles de faire remonter suffisamment de renseignements afin que, le cas échéant, nous puissions suivre ces personnes à leur retour sur le territoire national. Des groupes de travail se réunissent régulièrement autour des préfets pour faire un bilan sur l'ensemble des personnes qui peuvent être signalées par la DGSI, la DGSE, les services de la protection judiciaire de la jeunesse ou les procureurs, qui ont reçu instruction spécifique de communiquer au préfet les informations dont ils disposent. Nous souhaitons modifier la phase d'évaluation des mineurs non accompagnés, afin qu'elle soit reprise en charge financièrement par l'État. L'idée est d'aboutir à des évaluations harmonisées. Je souhaite également la constitution d'un fichier de ces mineurs, de sorte qu'ils ne déplacent pas sur le territoire pour tenter de se faire reconnaître mineurs dans un département alors qu'ils auraient été déclarés majeurs dans un autre. Je n'aime pas utiliser le mot « fichier » pour des mineurs, mais, du point de vue des empreintes génétiques, il faudra bien que nous puissions disposer d'éléments nous permettant de nous assurer que l'évaluation faite dans un département soit reconnue par tous les autres. M. le président. La parole est à M. Michel Dagbert. M. Michel Dagbert. Avant même que notre pays ne soit touché par les attentats en 2015, les gouvernements successifs n'ont eu de cesse d'analyser les mécanismes qui conduisent de jeunes gens à se radicaliser au point de commettre de tels actes sur le territoire, pour certains, ou de se rendre sur les théâtres d'opérations, pour d'autres, notamment en Syrie ou en Irak. Lors du conseil Justice et affaires intérieures de juin 2013, votre prédécesseur Mme Taubira, ministre de la justice, Manuel Valls, ministre de l'intérieur à l'époque, et nos partenaires européens avaient demandé au coordinateur européen de la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove, de recenser les mesures qui pourraient être prises. Depuis 2015, sur la base des propositions faites par la France, des mesures et des politiques visant à contrôler le retour de djihadistes en Europe ont été mises en place. On peut notamment citer l'instauration de contrôles systématiques aux frontières extérieures de l'Europe, la mise en place d'un système européen de données des passagers de vols aériens, la lutte contre la fraude aux documents d'identité, la création d'un réseau de sensibilisation à la radicalisation ou la lutte contre la propagande et l'apologie du terrorisme sur internet. Si elles vont dans le bon sens, ces mesures ne sont pas suffisantes. Des failles existent et certains dispositifs, comme le PNR, ont pu montrer leurs limites. L'approche européenne de la question du retour des djihadistes mérite incontestablement d'être renforcée. La France et l'Union européenne se trouvent aujourd'hui confrontées à un vrai défi. Le rapport réalisé par le réseau de sensibilisation à la radicalisation, le RAN, dénombre plus de 3 000 personnes ayant combattu pour l'État islamique qui pourraient revenir sur le sol européen. Dans ce contexte, pouvez-vous nous préciser, madame la ministre, quelles initiatives la France pourrait promouvoir dans le cadre du conseil Justice et affaires intérieures pour renforcer cette indispensable coopération ? M. le président. Il faut conclure, mon cher collègue. M. Michel Dagbert. J'ai bien noté qu'un groupe d'experts de haut niveau sur la radicalisation, le HLEG-R, a été créé. Pourriez-vous nous donner des précisions sur le mandat qui lui a été confié ? Dans quel délai pourrons-nous aboutir à des préconisations ou à des actions concrètes ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le sénateur, vous m'interpellez sur la nécessité de renforcer l'approche européenne en matière de lutte contre le retour des djihadistes. Vous avez cité à juste titre le RAN, qui joue un rôle essentiel de ce point de vue. Adopter une approche européenne me semble pertinent, d'autres États que la France étant confrontés au retour de combattants de la zone irako-syrienne. Des échanges informels sur ce sujet ont eu lieu au sein des groupes de travail du conseil. Europol, Eurojust et Interpol, ainsi que le coordonnateur européen de la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove, y participent étroitement. Ces échanges sont extrêmement intéressants, parce qu'ils permettent d'avoir une meilleure connaissance au niveau européen de l'ampleur du phénomène et de partager entre États les « bonnes pratiques », si j'ose dire, pour faire face à ce problème. L'Union européenne a également adopté, le 15 mars 2017, une nouvelle directive relative à la lutte contre le terrorisme, qui vise à incriminer de manière uniforme sur le territoire européen le fait de partir à l'étranger pour y recevoir un entraînement à des fins terroristes ou de financer et organiser de tels voyages. Cette harmonisation européenne est extrêmement intéressante. Elle permettra de lutter contre le forum shopping et d'éviter que les États membres qui ont une législation plus permissive que d'autres constituent en quelque sorte des territoires refuges pour les « revenants ». Notre propre législation est déjà conforme à cette directive, qui entrera en vigueur au mois de septembre prochain. J'ai eu très récemment l'occasion de parler avec le commissaire européen chargé de ces dossiers. Il souhaite vivement s'appuyer sur l'expérience de la France, estimant que nous avons une longueur d'avance sur bien des États européens, notamment en matière de lutte contre la radicalisation. Je ne sais si cette réputation est légitime ou simplement présumée. Quoi qu'il en soit, ce commissaire était venu expressément pour me rencontrer et pour que nous lui exposions l'arsenal législatif dont nous disposons en la matière. M. le président. La parole est à M. Henri Leroy. M. Henri Leroy. Madame la garde des sceaux, les Français convertis à l'islam radical et partis faire le djihad en Irak ou en Syrie sont des djihadistes. Depuis la chute des bastions de Daech, le retour des djihadistes français est « la » question ! Sont-ce des repentis ou, plus sûrement, pour la majeure partie, voire la totalité d'entre eux, des « revenants » ? Comment les qualifier et quel sort leur réserver ? Ces hommes, tous endoctrinés et en rupture totale avec nos valeurs républicaines, démocratiques, intellectuelles, culturelles et identitaires, sont formés à des conditions de combat déshumanisées. Ne perdons pas de vue la dimension psychologique du problème. Il y a urgence à définir une stratégie à la hauteur du danger qui nous menace. Les chefs d'inculpation sont nombreux : crime de guerre ou contre l'humanité surtout si l'on apporte la preuve des assassinats commis, association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, pour laquelle la loi du 30 octobre 2017 prévoit une peine de prison incompressible de vingt ans seulement. Il faut ôter aux « revenants » toute capacité de nuire à l'avenir. Nous sommes dans un État de droit et ils sont justiciables devant le droit français en fonction des preuves présentées. Or, nous disposons d'un ample arsenal juridique. Le livre IV du code pénal est dans une large mesure consacré à la criminalité organisée et au terrorisme. Le retrait de la nationalité française est prévu, en particulier à l'article 23-8 du code civil, et vise tout Français ayant plusieurs nationalités ou la seule nationalité française, même si créer des apatrides soulève une question qui mérite réflexion. Madame la garde des sceaux, la répression est le seul rempart contre la menace qui pèse sur notre sécurité. En êtes-vous convaincue ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Oui, monsieur le sénateur, je suis convaincue que la répression est une arme. Mais nous sommes dans un État de droit, et tout individu qui a purgé sa peine l'a purgée… À titre personnel, c'est un principe sur lequel je ne reviendrai pas. Je partage bon nombre de vos analyses, monsieur Leroy. Les personnes qui reviennent des terrains de combat sont en effet souvent endoctrinées, ou l'ont été. En tout cas, toutes sont en rupture totale avec les principes républicains que nous défendons. À ce titre, ces personnes doivent bien entendu être présentées à un juge et, bien entendu, recevoir une sanction adaptée aux faits qu'elles ont commis, l'association de malfaiteurs terroriste pouvant aujourd'hui être criminalisée. Vous faites part de votre souhait d'ôter à ces personnes toute capacité de nuisance. C'est exactement ce que nous cherchons à faire dans le cadre de notre État de droit, avec des sanctions puissantes, puis un suivi au moyen d'un contrôle administratif extrêmement resserré, afin d'éviter que ces personnes ne commettent un nouvel attentat. Cette démarche est conforme à nos principes républicains. Je ne souhaite pas rouvrir ici le débat sur la déchéance de la nationalité, mais celle-ci existe en droit français. Elle a d'ailleurs été confirmée par le Conseil constitutionnel, mais ne peut être prononcée qu'à l'égard de personnes possédant une double nationalité. Ce n'est donc que dans ce cadre que cette mesure peut, le cas échéant, être prise. Je ne pense pas qu'il faille en étendre le champ. (M. François Patriat applaudit.) M. le président. La parole est à M. Henri Leroy, pour la réplique. M. Henri Leroy. Les déçus du djihad sont, au minimum, suspects d'intelligence avec l'ennemi ou de participation à une armée étrangère. Ce sont donc des traîtres à la Nation. Le niveau de dangerosité de ces ennemis de la France est tel que l'on doit envisager des mesures drastiques pouvant aller jusqu'à la déchéance de nationalité. M. le président. Il faut conclure ! M. Henri Leroy. Cette mesure n'a jamais été plus en adéquation avec la menace qui pèse sur nos concitoyens, aujourd'hui et, surtout, demain, après que cette peine incompressible de vingt ans aura été purgée. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.) M. le président. La parole est à Mme Sylvie Goy-Chavent. Mme Sylvie Goy-Chavent. Nous avons tous à l'esprit les terribles images des attentats de Paris et de Nice et celles des innombrables atrocités commises par les membres de l'État islamique dans la zone irako-syrienne. Dans les rangs de Daech, les combattants dits « étrangers » venus principalement de France, de Belgique, du Maghreb, mais également de Tchétchénie, sont les plus déterminés et, disons-le, les plus sadiques. Le retour en France des familles françaises de Daech nous inquiète donc tout particulièrement et interroge notre capacité, dans un État de droit, à les prendre réellement en charge tout en les empêchant définitivement de nuire. Telle est la véritable question. C'est pourquoi nous devons travailler rapidement sur ce sujet, en toute transparence et sans tabou. Le 15 octobre dernier, sur Europe 1, Florence Parly, sans langue de bois, a donné la position des autorités : « Si des djihadistes périssent dans ces combats, » sous-entendu, à Raqqa « je dirais que c'est tant mieux. » Mais que fait-on de tous les autres, notamment des mineurs qui, de retour en France, sont rendus à leur famille, au sein de laquelle on cultive souvent la haine de la France, des juifs et des mécréants ? Madame la ministre, nous allons tous vous poser à peu près la même question et vous nous ferez sensiblement la même réponse… Bâti sur un socle de principes humanistes et libéraux, l'État de droit restera-t-il impuissant face au défi de taille qui nous est aujourd'hui lancé et qui menace jusqu'à notre existence même ? (Applaudissements sur les travées du groupe Union Centriste et sur des travées du groupe Les Républicains.) M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Madame la sénatrice, votre question a le mérite de synthétiser un bon nombre des observations précédemment formulées. Comment empêcher les « familles » de retour en France de nuire ? Il me semble j'espère ne pas me leurrer que le dispositif en place que j'ai décrit tout à l'heure est un filet aux mailles assez serrées. La plupart des hommes et des femmes qui reviennent en France sont soit placés en détention, soit soumis à un contrôle judiciaire. Les enfants font l'objet, a minima, d'une mesure d'assistance éducative prise par un juge des enfants s'ils sont mineurs et, s'ils sont adolescents, ils peuvent, en cas d'incrimination pénale, être placés en détention. Je ne vois pas, à ce stade, ce qui peut nous échapper, étant donné la puissance de nos services de renseignement et le volontarisme des services de sécurité intérieure et de justice. Certes, il pourrait arriver que des personnes que nous n'aurions pas repérées auparavant reviennent en France, mais cela devient extrêmement improbable aujourd'hui, vu l'extrême vigilance de l'ensemble des services de renseignement. Je n'ai pas à livrer les secrets des conseils de défense, mais je puis vous assurer que, chaque semaine, nous pointons exactement qui est où et qui fait quoi. Le suivi extrêmement précis. Toutes les dispositions sont prises pour assurer au maximum la sécurité de nos concitoyens. M. le président. La parole est à Mme Sylvie Goy-Chavent, pour la réplique. Mme Sylvie Goy-Chavent. Madame la garde des sceaux, je vous remercie de vos réponses, mais, on le voit, l'exercice est difficile pour vous. En effet, depuis trois ans et l'attentat de Charlie Hebdo, rien n'a réellement changé sur le fond. Mme Laurence Rossignol. Ce n'est pas vrai ! Mme Sylvie Goy-Chavent. La judiciarisation s'étend, certes, et les services de renseignement, dont je salue le travail considérable, déjouent de très nombreux attentats, mais, dans notre État de droit – j'insiste sur ce terme –, ne faudrait-il pas mettre en place une nouvelle stratégie et de nouveaux outils en termes de détection et de déradicalisation ? (Applaudissements sur des travées du groupe Union Centriste et du groupe Les Républicains.) M. le président. La parole est à M. Yves Daudigny. M. Yves Daudigny. Madame la ministre, les personnes revenant de Syrie ou d'Irak relèvent a priori d'une réponse pénale, dans la mesure où elles ont coopéré directement ou indirectement, de manière consciente et assumée, à des actions terroristes. En outre, la question se pose de savoir si ces personnes ont agi librement ou sous contrainte. Il est nécessaire de disposer d'informations fiables et de preuves à cet égard. Pouvez-vous, madame la garde des sceaux, nous préciser quels moyens sont mis en oeuvre à cet effet par votre ministère et par les juridictions compétentes ? Par ailleurs, un certain nombre de personnes de retour de Syrie ou d'Irak se présentent comme des repentis et affirment n'avoir pas mesuré au départ la nature terroriste des agissements qu'ils ont découverts sur place. D'autres déclarent avoir été radicalisés et avoir adhéré à cette radicalisation, mais en être revenus, et choisissent de la dénoncer. Certains centres assurant des actions de sensibilisation et des formations contre la radicalisation ont pu faire appel à de tels repentis pour éclairer des jeunes ou moins jeunes tentés par ces aventures à caractère terroriste et les dissuader de partir. Il se trouve enfin que certaines personnes se déclarant repenties ne le sont pas et restent des terroristes « dormants », susceptibles de commettre de nouveau des actes criminels. Une question subsiste par ailleurs : l'idée même de déradicalisation n'est-elle pas spécieuse, dès lors que la radicalité se définit comme une intention immuable ? Que peut-on espérer du travail des éducateurs, des travailleurs sociaux, des psychiatres et des pédopsychiatres ? Aucun processus ne semble aujourd'hui porter le moindre fruit. Cet état de choses impose pour le moins une grande vigilance. Je vous serais reconnaissant, madame la garde des sceaux, de bien vouloir nous informer de l'analyse de votre ministère à cet égard et de la manière dont ce dernier, et toutes les instances compétentes, appréhendent ce phénomène des repentis. M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le sénateur, je vous remercie de votre question, qui recouvre de très nombreux sujets. Vous avez d'abord évoqué le retour de Syrie et d'Irak de combattants que vous qualifiez de « repentis » parce qu'ils coopèrent d'eux-mêmes, ou du moins prétendent le vouloir. Quelle que soit l'hypothèse de l'appréhension capture ou reddition de nos ressortissants après un séjour sur les territoires de combat au contact des organisations terroristes, le Gouvernement français a clairement fait le choix de ne pas mener de politique active de rapatriement. Mme Sylvie Goy-Chavent. Très bien ! Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. La situation des combattants terroristes français est ainsi traitée selon diverses modalités, mais, je le redis, toujours au cas par cas. Concernant ceux qui ont été capturés ou se sont rendus aux forces armées sur zone, les autorités irakiennes ont fait part de leur souhait de les juger sur leur territoire et de leur volonté de ne pas les extrader. Nous en prenons acte. La plupart des ressortissants français, mineurs comme majeurs, qui ont été capturés sur zone en Syrie sont remis par les factions armées aux autorités turques, voire aux autorités irakiennes. Lorsqu'ils sont appréhendés par les autorités turques après franchissement de la frontière, les ressortissants français sont pris en compte, sur un plan administratif, en vertu du protocole franco-turc dit « protocole Cazeneuve », qui prévoit leur placement en centre de rétention avant leur expulsion vers la France. Une fois expulsées vers la France, ces personnes sont systématiquement judiciarisées. Vous avez également évoqué, monsieur le sénateur, la question de la déradicalisation de ces personnes, en faisant valoir que le mot est sans doute peu approprié, la radicalisation renvoyant à une forme d'absolu dans un courant de pensée. Comme vous, je pense que le mot « déradicalisation » n'est pas pertinent. Je crois d'ailleurs que Mmes Troendlé et Benbassa l'avaient fait observer dans leur rapport d'information. Mmes Esther Benbassa et Catherine Troendlé. Tout à fait ! Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Il s'agit plutôt de « désengager » des personnes d'un phénomène de violence exacerbée. M. le président. Il faut conclure, madame la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. L'efficacité des dispositifs de désengagement est, à ce stade, réelle, en tout cas pour des personnes ayant été modérément engagées, si je puis dire, dans un processus de violence. Mme Catherine Troendlé. Oui. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Ce constat ne nous empêche pas de continuer notre travail sur ce plan. M. le président. La parole est à Mme Christine Bonfanti-Dossat. Mme Christine Bonfanti-Dossat. Plus de 300 personnes sont déjà revenues des zones djihadistes, dont 66 femmes et 56 mineurs, âgés pour la plupart de moins de 12 ans. Les services de renseignement estiment à plus de 400 le nombre de mineurs français qui seraient encore sur place. La loi du 30 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme a permis, sous l'impulsion du Parlement, de « judiciariser » le retour des femmes. Aujourd'hui, elles sont placées en détention provisoire, le temps que leur dossier soit instruit. Pendant ce temps, les enfants sont confiés aux services départementaux d'aide sociale à l'enfance, comme des orphelins classiques, avant que le juge des enfants ne se prononce sur un type de placement : soit en foyer, soit en famille d'accueil, soit chez un proche. Or, comme le souligne le procureur de la République, ces enfants peuvent devenir de « véritables bombes à retardement ». L'enjeu de leur prise en charge est donc double : reconstruire ces enfants traumatisés et assurer la sécurité des Français. Toutefois, chacune des trois possibilités de placement que j'ai citées comporte des écueils. Dans les foyers, quels liens auront-ils avec les autres enfants ? Mesurons-nous bien les conséquences de l'arrivée d'un enfant ayant connu de tels traumatismes dans une famille d'accueil ? Comment éloigner les enfants placés chez des proches d'un environnement exposé à l'islam politique ? À l'heure où l'État islamique recule, la question du retour des femmes et de leurs enfants devient de plus en plus préoccupante. Son traitement demande des moyens et une attention particulière au vu de sa spécificité. Début septembre, le Président de la République avait annoncé son intention de revoir la prise en charge de ces enfants, à partir de propositions formulées par les ministères de la justice, de la santé et de l'intérieur, « d'ici à la fin de l'année ». Madame la garde des sceaux, où en sont les travaux sur ce point ? Quelles sont les premières pistes d'action envisagées ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Madame la sénatrice, vous abordez la question du traitement des enfants mineurs de manière extrêmement fine et précise. Eu égard à ce qu'ils ont subi, vous dites qu'ils peuvent être de « véritables bombes à retardement ». C'est un risque, en effet, aussi bien pour eux-mêmes que pour la société. La plupart des mineurs qui reviennent des terrains de combat sont très jeunes : les trois quarts d'entre eux sont âgés de moins de 10 ans. Lorsqu'ils arrivent en France, ces mineurs font systématiquement l'objet d'une ordonnance de placement provisoire puis d'une saisine d'un juge des enfants, dans le cadre d'une procédure d'assistance éducative. Un bilan psychosomatique complet et systématique est pratiqué pour chacun d'entre eux à l'entrée sur le territoire. Le juge des enfants sollicite une évaluation très précise de leur situation par les services de la protection judiciaire de la jeunesse pendant six mois. Par la suite, le mineur va faire l'objet d'une prise en charge et d'un accompagnement renforcés, qui associent les compétences des services de la PJJ et celles des conseils départementaux. Lorsqu'ils sont placés, ils font l'objet, et c'est nouveau, d'une double mesure de placement au titre de l'aide sociale à l'enfance et d'assistance éducative en milieu ouvert par la PJJ. Cela me semble important. Pour ce qui est de l'école, une instruction interministérielle signée en mars 2017 prévoit une scolarisation systématique, en tout cas pour ceux qui sont en capacité de la suivre. Par ailleurs, les cellules départementales de suivi pour la prévention de la radicalisation et l'accompagnement des familles permettent d'informer l'éducation nationale, qui peut alors désigner, pour l'inscription du mineur, l'établissement le plus adapté à sa situation. J'insiste sur l'investissement des professionnels qui suivent les enfants, qu'il s'agisse des juges des enfants, des services de la PJJ, des services de l'aide sociale à l'enfance ou des services de santé. Ces mesures nécessitent en effet d'être adaptées de manière extrêmement précise à chacun des enfants. M. le président. Il faut conclure, madame la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Nous essayons donc, là aussi, d'assurer un suivi très étroit. M. le président. La parole est à Mme Marie-Pierre de la Gontrie. Mme Marie-Pierre de la Gontrie. Depuis le début de ce débat, nous avons évoqué les centaines de Français déjà revenus. Vous avez rappelé, madame la garde des sceaux, qu'ils faisaient tous l'objet d'une judiciarisation, en tout cas lorsque leur âge le permet. Nous savons que plusieurs centaines d'autres le procureur Molins évoque le nombre de 700 sont susceptibles de revenir un jour sur notre territoire. Madame la garde des sceaux, quelle est la vision du Gouvernement de la suite des événements ? Vous l'avez rappelé, dans notre droit, lorsqu'on a purgé sa peine, on recouvre sa liberté. C'est ce qui va se passer dans quelques années pour la plupart des personnes dont nous parlons. Nous savons qu'il est nécessaire de bâtir dès aujourd'hui une doctrine en vue de leur réinsertion dans la société française. Certains exemples étrangers peuvent nous inspirer : je pense au Danemark, à l'Allemagne, à la Belgique. Je souhaiterais, madame la garde des sceaux, que vous nous livriez votre conviction profonde à cet égard. Quelle autre solution, pour les personnes sortant de détention, que le fichage et le suivi administratif ? Ces mesures ont leur utilité, mais ne sauraient évidemment constituer le coeur du dispositif destiné à permettre à ces personnes de retrouver une place dans la société. Au fond de vous, madame la garde des sceaux, que croyez-vous nécessaire de mettre en place demain pour favoriser cette réinsertion ? (Applaudissements sur des travées du groupe socialiste et républicain.) M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Madame la sénatrice, j'avoue me poser très fréquemment cette question. À vrai dire, je ne sais pas si toutes ces personnes pourront se réinsérer dans la société. Je le souhaiterais, comme la plupart d'entre vous, mais j'ignore si ce sera toujours possible. Si certaines d'entre elles ne parviennent pas à se réinsérer, qu'en ferons-nous ? C'est un vrai sujet. Seront-elles éternellement suivies par les services de renseignement ? Je crois malgré tout qu'un certain nombre de ces personnes peuvent être réinsérées. C'est le devoir de la société de tenter cette réinsertion. Vous dites que plusieurs centaines de Français se trouvent encore sur les terrains de combat. Mme Marie-Pierre de la Gontrie. C'est aussi ce que dit le procureur Molins ! Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Tout à fait ! Les chiffres que vous avez donnés sont ceux dont nous disposons. Nous nous attendions à un afflux de « revenants », le territoire contrôlé par l'État islamique ne cessant de rétrécir, mais nous ne constatons rien de tel. Cela ne veut pas dire que ces personnes ne reviendront pas un jour, mais, pour l'heure, ce n'est pas le cas. Mme Esther Benbassa. Oui ! Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Sans répéter tout ce que j'ai déjà dit sur la prise en charge des personnes qui reviennent, je me bornerai à souligner qu'il existe une véritable articulation entre la détention et ce qui la suit, dont la finalité est la réinsertion. Le rôle du juge de l'application des peines est de travailler sur la suite de la détention. C'est aussi celui des services pénitentiaires d'insertion et de probation, les SPIP, dont je veux absolument accroître le nombre au travers de la loi de programmation quinquennale que je vous présenterai, car je considère qu'ils jouent un rôle capital pour la réinsertion, y compris celle des personnes qui, à un moment donné, ont pu verser dans le terrorisme. Nous travaillons en outre avec un nombre très important d'associations. Je parlais tout à l'heure du projet RIVE, mais je pourrais également citer d'autres expériences menées sur d'autres territoires français. La démarche engagée à Mulhouse, par exemple, est tout à fait remarquable. Mme Catherine Troendlé. Merci ! Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Nous ne laissons pas les gens entre les seules mains des services de renseignement. Nous menons aussi un travail de réinsertion. M. le président. La parole est à Mme Nicole Duranton. Mme Nicole Duranton. Depuis 2012, notre pays a beaucoup souffert, frappé par d'horribles attentats. J'ai une pensée toute particulière pour le père Hamel, assassiné à Saint-Étienne-du-Rouvray, dans ma région. La menace est élevée, elle ne faiblit pas malgré la mise en oeuvre d'un arsenal législatif profondément renforcé ces dernières années. Aujourd'hui, nous devons faire face à un réel problème, celui des retours de djihadistes français sur notre sol. L'État estime à plus de 100 le nombre de ressortissants français encore présents dans les territoires irakien et syrien. On compte également près de 300 femmes et une trentaine de mineurs de plus de 15 ans. Madame la garde des sceaux, ceux qui ont quitté notre pays ont décidé de prendre les armes contre leur propre peuple. Ils ont fait le choix de la mort et de la barbarie. Ils doivent être jugés dans les pays qui les détiennent. Pourquoi la France devrait-elle prendre le risque de rapatrier ces individus et de rouvrir des plaies encore profondes et douloureuses ? La vie est une succession de choix qu'il convient d'assumer ; les leurs sont sûrement les pires qui existent, mais cela ne les exonère pas de les assumer pleinement. Reste la question des enfants : ils ne peuvent en aucun cas être tenus pour responsables ou complices des actes de leurs parents. La France doit, au cas par cas, organiser leur retour. C'est son honneur que de le faire. N'oublions pas non plus la question sensible du retour des mères de famille. Quelques femmes ont peut-être suivi naïvement leur mari. Mais certaines ont elles aussi fait un choix, le choix terrible de combattre leur propre pays, d'entraîner leurs enfants dans une tragédie. Ne soyons pas naïfs ; nous ne pouvons pas présumer que, parce qu'elles sont femmes et mères, elles ne sont pas profondément imprégnées de l'idéologie djihadiste. Elles sont souvent le moteur idéologique dans le couple, l'homme étant davantage attiré par la dimension combattante. M. le président. Veuillez conclure, ma chère collègue. Mme Nicole Duranton. Faire l'erreur de donner plus de crédit à la repentance des femmes qu'à celle des hommes ferait courir un risque à la France. Madame la garde des sceaux, si la France venait à rapatrier des djihadistes aux fins de les juger, serions-nous en mesure d'assurer la sécurité des Français en les mettant hors d'état de nuire ? M. le président. Il faut conclure ! Mme Nicole Duranton. Qui porterait la responsabilité de leur influence idéologique au sein de nos prisons, qui sont déjà des nids de radicalisation ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et sur des travées du groupe Union Centriste.) M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Je vous remercie, madame la sénatrice, d'avoir rendu hommage au père Hamel. Vous avez raison de dire que la menace ne faiblit pas. Une des difficultés, c'est que nous ne savons pas exactement d'où elle peut venir. Je ne suis pas certaine, pour ma part, qu'elle émane seulement des gens de retour de Syrie. S'il y a des personnes en France qui sont très surveillées, ce sont elles ! La menace est très forte, mais elle est diffuse ; elle n'est peut-être pas aussi facilement repérable parmi ceux qui reviennent de Syrie. Je le répète, la France ne mène aucune politique active de rapatriement. J'ai cité l'exemple de l'Irak, qui entend juger les ressortissants français qui ont commis des crimes sur son territoire ; dont acte. Pour la Syrie, la situation est un peu différente, les ressortissants français étant souvent remis à la France via les autorités turques ; là encore, nous en prenons acte. Nous traitons les personnes de retour en France au cas par cas. Je prendrai l'exemple d'une Française actuellement incarcérée en Irak, qui y sera donc jugée. Cette femme a quatre enfants, dont elle demande le rapatriement en France. Le Quai d'Orsay, parce qu'il s'agit d'enfants très jeunes, étudie les moyens de les rapatrier. S'ils le sont, nous les prendrons en charge judiciairement. Enfin, je tiens à préciser, madame la sénatrice, qu'aucun statut de repenti n'a été, à ce jour, accordé à des combattants français sur zone irako-syrienne. M. le président. La parole est à M. Sébastien Meurant. M. Sébastien Meurant. Madame la garde des sceaux, vous héritez d'un contexte géopolitique terrible, qui n'est pas nouveau. Un collègue a tout à l'heure évoqué la guerre d'Afghanistan comme l'une de ses causes premières. Quant à moi, j'estime que la première cause de cette situation, c'est l'arrivée au pouvoir en Iran de l'imam Khomeiny, qui a installé une théocratie musulmane à tendance totalitaire, que l'Occident, notamment la France et les États-Unis, a laissé prospérer. Ont suivi la guerre Iran-Irak et le développement du wahhabisme, la tendance la plus dure de l'islam, en Arabie Saoudite. Nous le savons tous, certains pays du Golfe ont financé les terroristes djihadistes. Le djihad, c'est la guerre sainte. Comment un État de droit, fondé sur la rationalité, peut-il faire face à des personnes prêtes à mourir pour leur foi ? Cela nous renvoie plusieurs siècles en arrière. Que faire ? Comment traiter ceux qui reviennent, et surtout ceux qui sont déjà en France ? Vous savez très bien, madame la ministre, que les frontières, en France comme en Europe, sont poreuses. Comment les rendre plus fiables ? Aurez-vous le courage de fermer les mosquées salafistes, où l'on propage la haine de l'Occident, la haine de ce que nous sommes, la haine de notre civilisation ? Je me félicite, à cet égard, de la fermeture d'une mosquée à Marseille, mais il faut continuer dans cette voie. Les élus, les maires sont la dernière colonne vertébrale citoyenne de notre pays. M. le président. Il faut conclure, mon cher collègue. M. Sébastien Meurant. Afin de pouvoir protéger leur population, les maires veulent être informés de ce qui se passe dans leur commune, de l'éventuelle présence de fichés « S », de personnes de retour de Syrie ou d'autres terrains de combat. (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.) Mme Esther Benbassa. Ben voyons ! M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le sénateur, le contexte que vous avez décrit à grandes lignes, de manière assez juste d'ailleurs, n'est pas mon héritage, mais celui, collectif, de la République, de la Nation. Vous opposez l'État de droit, que nous défendons tous et qui par essence est un État rationnel, fondé sur le respect de la règle, à des personnes poussées à l'action violente au nom de principes prétendument religieux, mues par un idéal qu'elles ne trouvent pas ailleurs, par une fragilité psychologique ou par tout autre motif de nature économique ou sociale. Peu importe, le fait est là. Vous parlez de frontières « poreuses ». Je vous ferai observer que le ministre d'État, ministre de l'intérieur, a pris un certain nombre de dispositions permettant d'assurer un contrôle renforcé aux frontières. Je pense notamment aux mesures dérogatoires au mécanisme Schengen, qui placent la France, comme d'autres États européens, dans une situation singulière. Le Président de la République a également souhaité renforcer le contrôle aux frontières. Concernant la fermeture des mosquées salafistes, je vous rappelle que la loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme récemment adoptée ouvre la possibilité de fermer de tels lieux par le biais d'une mesure administrative. Ces dispositions existent ; elles peuvent être appliquées. Enfin, il est exact que, pour l'heure, la liste des personnes fichées « S » n'est pas communiquée aux élus. Elle est réservée aux services de l'État. Mmes Esther Benbassa et Laurence Rossignol. Heureusement ! M. le président. La parole est à M. Joël Guerriau. M. Joël Guerriau. Madame la garde des sceaux, en février dernier, un rapport sénatorial soulignait l'inefficacité des politiques de déradicalisation. Ainsi, de nombreuses interrogations pèsent sur l'efficacité et la fiabilité des résultats de certaines institutions, comme l'ont montré les polémiques de cet été sur le Centre de prévention des dérives sectaires liées à l'islam de Mme Dounia Bouzar. Ces échecs tiennent à la logique même qui sous-tend nos politiques publiques de déradicalisation : la radicalisation est non pas une maladie qu'il s'agirait de traiter, mais bien un fait social qu'il faut combattre comme tel. Or, pour paraphraser Bourdieu, on ne traite le social que par le social. D'autres pays l'ont bien compris : des expériences réussies en Norvège, aux Pays-Bas ou en Allemagne pourraient nous inspirer. Ces pays fondent leur action sur la volonté politique d'intégrer les communautés musulmanes locales et des acteurs sociaux variés, sans stigmatisation ni mise au ban de la société. Leur approche est englobante ; elle prend en compte l'environnement familial, social, scolaire, culturel et géographique, pour se rapprocher d'un traitement au cas par cas. Ce type d'approche devrait faire l'objet d'une harmonisation à l'échelle européenne, sur la base d'un partage des meilleures pratiques. Les résultats du réseau européen de sensibilisation à la radicalisation, le RAN, sont insuffisants, tout comme les moyens alloués à cette politique dans le cadre du Fonds pour la sécurité intérieure. Or, face à la menace transnationale que constituent le retour des djihadistes européens et les phénomènes de radicalisation, l'Union européenne doit jouer collectif et être en première ligne. Ma question, madame la garde des sceaux, est la suivante : comment comptez-vous défendre l'idée d'une approche commune et partagée de la déradicalisation au niveau européen, dotée de moyens à la hauteur de cet enjeu sécuritaire et existentiel pour notre continent ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le sénateur, vous vous interrogez à la fois sur l'efficacité des processus de déradicalisation et sur le renforcement de l'harmonisation de ces politiques à l'échelle européenne. Le RAN évoque généralement le dispositif français de prise en charge des personnes, notamment mineures, de retour de Syrie de manière très positive, comme un exemple qui mérite de faire partie des bonnes pratiques à diffuser. À l'échelle européenne, les conseils Justice et affaires intérieures ont une position très volontariste sur ce sujet et souhaitent effectivement le partage des bonnes pratiques. En ce qui concerne l'efficacité des dispositifs de déradicalisation, il nous semble que ce qui fonctionne bien repose sur un suivi au cas par cas, mobilisant les associations, les services de la protection judiciaire de la jeunesse ou, en prison, les services pénitentiaires d'insertion et de probation, les SPIP. C'est avec cette approche que nous pouvons obtenir les meilleurs résultats. J'ai pu constater que, dans certains cas, elle produit des résultats que l'on peut espérer définitifs. Ce traitement au cas par cas n'exclut évidemment pas que le Gouvernement mène une réflexion globale sur une intégration économique et sociale des différentes populations dans nos cités. Les questions que vous évoquez, monsieur le sénateur, dépassent à mon avis très largement le cadre strict du processus de déradicalisation, pour inclure des problématiques beaucoup plus larges de politique de la ville. M. le président. Nous en avons terminé avec le débat sur le thème : « Le retour des djihadistes en France ». \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/593.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/593.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..82b3859b2f90a067d2ddbed19efc246fea0381d4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/593.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs, Chers Amis, D'abord, merci pour vos témoignages et expériences toniques, stimulantes et décloisonnantes sur nos nouvelles réalités. Je suis heureux que vous ayez accepté de répondre à mon invitation aujourd'hui. Les différents secteurs d'activité dans lesquels vous travaillez prouvent, s'il en était encore besoin, combien nous avons besoin d'une vision cohérente et intégrée de la diversité des enjeux numériques. Combien nous avons également besoin d'un cap et d'objectifs clairs pour agir ensemble dans un domaine qui conditionne très directement les succès présents et à venir de notre pays et ceux de l'Europe. C'est le but de la stratégie que je vous présente aujourd'hui. Les uns et les autres, nous avons découvert aujourd'hui ce lieu magnifique. Je tiens tout d'abord à remercier chaleureusement les équipes de thecamp pour leur accueil et leur enthousiasme. Ce lieu, nous le devons au rêve et à la détermination d'un homme, Frédéric Chevalier, disparu brutalement il y a quelques mois et à qui je veux rendre hommage. Entrepreneur visionnaire, il a voulu créer un lieu à l'image des promesses que porte le monde numérique, un lieu qui puisse former des cadres aux changements induits par la révolution numérique, inviter des jeunes talents du monde entier à réfléchir et créer ensemble, instiller dans l'esprit des plus jeunes le goût de l'innovation par le jeu, fournir à des start-ups les moyens de se développer en créant autour d'elles un écosystème qui favorise la réussite, permettre enfin aux collectivités locales partenaires d'expérimenter des idées et des projets avant qu'ils ne donnent lieu à de véritables politiques publiques. Dans ce choix de la Provence, il y avait bien sûr l'amour d'un homme pour son territoire. À quelques encablures de la Sainte-Victoire, je me rappelle aussi que c'est au contact de ces paysages que Cézanne, et tant d'autres créateurs à sa suite, ont voulu inventer une nouvelle modernité, styliser une nouvelle manière de percevoir et de s'orienter dans le monde. C'est une ambition semblable qui nous rassemble aujourd'hui, celle de définir les contours de la modernité numérique que nous souhaitons pour notre pays, d'affirmer une certaine idée du monde numérique auprès de nos partenaires internationaux. L'écrin futuriste de thecamp en donne une image : je regarde l'ouverture de ces lieux, la transparence de son architecture bâtie pour favoriser la circulation, l'échange et la coopération, et j'y vois en réalité l'image matérielle des valeurs qui sont pour la France indissociable de la révolution numérique et de ce qu'elle apporte à nos concitoyens. Thecamp, c'est aussi la démonstration que le modernisme le plus assumé peut être en harmonie avec un environnement naturel préservé. J'y vois, là aussi, la preuve que la révolution numérique nous donne des instruments assurer la transition écologique de nos sociétés. I. Situation de la mondialisation numérique 1. Une rupture historique L'émergence d'un espace numérique mondial constitue une rupture comme il en existe peu dans l'histoire de l'humanité. Au siècle passé, l'homme a conquis les airs et les abysses, il a porté ses rêves jusque dans l'espace. Mais la révolution la plus extraordinaire - elle est sans équivalent dans notre histoire - est d'avoir créé un nouveau milieu pour communiquer, produire, consommer, échanger, s'informer, apprendre, se divertir. Cette révolution globale a peu à peu gagné et bouleversé toutes les sphères de l'activité humaine en faisant de la digitalisation un facteur de mondialisation accélérée. Les révolutions les plus considérables sont celles qui s'imposent par leur évidence, au point de rendre difficilement imaginable le monde tel qu'il était avant leur éclosion. Je pense à notre jeunesse, la génération des digital natives pour qui l'espace numérique est un environnement naturel et familier. Qui aurait pu imaginer cela en 1969, lorsque le premier message fut échangé entre les universités de UCLA et de Stanford sur le réseau de l'ARPANET ? Alors que la révolution numérique est en pleine accélération, qui pourrait aujourd'hui prédire avec certitude la manière dont elle transformera encore notre existence dans les décennies à venir ? Nous ne sommes qu'au début d'une nouvelle ère, nous le pressentons tous, comme nous le laisse déjà voir l'intelligence artificielle et les objets connectés. 2. Le risque d'un monde numérique dérégulé, dangereux et fermé Vous le savez, je suis un réaliste. Dans mes fonctions, je constate chaque jour que notre époque est la plus incertaine et la plus instable depuis la fin de la guerre froide. Et je fais entrer dans mon diagnostic les bouleversements induits par l'irruption du numérique comme nouvel espace de conduite des relations internationales. En prenant un peu de champ, je dirai que l'espace numérique s'est développé selon une double tension qui atteint aujourd'hui son paroxysme : tension d'une part entre la promesse d'ouverture à l'échelle globale et les vulnérabilités nouvelles qui en résultent ; tension d'autre part entre la fin des barrières à l'entrée, qui facilite en théorie l'émergence de nouveaux acteurs économiques, le développement de nouveaux besoins sociaux et de nouveaux marchés, et la possibilité que donne Internet à des acteurs économiques dominant d'établir des positions hégémoniques qui nuisent à la concurrence et donc, à terme, à l'innovation. L'espace numérique est porteur de progrès ; il peut donner à nos valeurs démocratiques un nouveau souffle, mais nous faisons en même temps désormais face à un risque, celui d'un monde numérique manipulé contre les vertus d'ouverture dont il devait être le garant. a. Les risques de l'hégémonie économique La révolution numérique a bouleversé les structures mêmes de l'économie globalisée. Elle a permis d'ouvrir le champ de la compétition économique, en raison de la réduction des coûts et de la suppression des intermédiaires. De nouveaux marchés et de nouveaux acteurs ont pu émerger, et avec eux de nouveaux modèles économiques. Dans le domaine économique, nous faisons pourtant face à trois risques. D'abord, dans le même temps de cette émergence de nouveaux acteurs, les grands groupes américains et chinois, ont su consolider des positions monopolistiques, en s'appuyant notamment sur des effets de réseaux et sur une masse critique de données. Ces instruments leur permettent aujourd'hui non seulement d'améliorer leurs services mais aussi d'empêcher toute concurrence. Ils peuvent agir ainsi grâce au contrôle qu'ils exercent de fait sur les nouvelles routes numériques, par les politiques de rachats agressives auxquelles ils se livrent, ou par la prédation par les prix qu'ils pratiquent. Des empires se sont bâtis dans l'Histoire sur la domination des routes terrestres ou maritimes. De nouveaux empires tentent aujourd'hui de s'imposer par le contrôle des flux numériques. Deuxièmement, le développement d'acteurs dominants pose une autre question critique, s'agissant cette fois de la résilience d'Internet. Son extension mondiale garantit que si une de ses parties est compromise, l'ensemble du réseau résiste. Il n'a donc pas de point de fragilité réel. Mais ce modèle est en train d'être remis en cause par l'émergence d'acteurs qui, en centralisant une quantité gigantesque d'information, deviennent eux-mêmes des points individuels de défaillance (SPOF : single point of failure). C'est un signe des contradictions qui traversent ce secteur : ils nous offrent des outils de communication sans précédent mais dans le même temps, la capacité à désinformer à grande échelle ne serait pas atteignable sans les géants de l'internet. Il y a donc là un enjeu particulier de régulation. Le troisième risque d'un tel monopole économique, c'est celui de l'hégémonie culturelle et idéologique. Je remarque par exemple que la gouvernance technique de l'Internet ne laisse pour l'heure que peu de place au multilinguisme, alors même que le numérique nous offre des ressources extraordinaires de promotion et de diffusion des productions culturelles à l'échelle mondiale Nous assistons ainsi à la constitution de zones linguistiques séparées les unes aux autres. Des tendances au repli, au cloisonnement et à la fermeture se font jour. Ce n'est pas le choix de la France. Nous optons pour un multilinguisme ouvert. Je pense notamment à nos projets concernant le rayonnement de la francophonie. Aujourd'hui 3% de l'Internet est francophone. En 2050, ce sera 8%, grâce à la croissance démographique en Afrique francophone. C'est un atout dont nous devons nous saisir. b. Les inégalités numériques Dans le domaine économique, nous devons aussi être conscients que la mondialisation numérique n'est pas homogène : le défi de l'inclusion est devant nous parce que la révolution numérique laisse encore sur le bord du chemin une part importante de la population mondiale. Les inégalités propres à l'ère numérique sont de plusieurs ordres. La première d'entre elle, la plus structurelle aussi, c'est une inégalité d'accès entre ceux qui bénéficient de la couverture réseau et ceux qui vivent dans des «déserts numériques» ; la seconde est une inégalité de maîtrise, entre ceux qui se sont appropriés les outils numériques ou qui ont la possibilité de s'y former, et les autres qui sont exclus de ce cycle de formation et de développement ; la troisième est une inégalité de conception, entre ceux qui participent au développement des outils numériques et les autres qui se trouvent ainsi dans un état de dépendance vis-à-vis du progrès technologique. Je note d'ailleurs que les acteurs du numérique sont eux aussi concernés par les inégalités de genre : les femmes sont encore trop peu présentes dans les écosystèmes numériques, mais aussi dans les disciplines scientifiques qui permettent d'accéder à ces métiers. Je tiens d'ailleurs à saluer des initiatives comme celle de l'association « jamais sans elles » qui place cette question au cœur de la transformation numérique de notre société. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de la rejoindre. c. L'espace numérique : nouveau domaine de conflictualité Je le disais il y a un instant, l'architecture de l'internet a été pensée et construite dans une logique d'ouverture et non de sécurité. Il en résulte pour l'ensemble des acteurs du cyberespace des vulnérabilités nouvelles et l'apparition de formes inédites de conflictualité. En témoigne l'augmentation exponentielle des attaques informatiques à travers le monde. Leurs cibles sont de plus en plus variées : elles peuvent toucher les infrastructures de défense des États, les services publics, les entreprises et les citoyens eux-mêmes. La dernière décennie l'a amplement prouvé, depuis l'attaque contre l'Estonie en 2007 jusqu'à tout récemment, avec WannaCry et ses conséquences sur les hôpitaux londoniens en 2017 ; je pense également au piratage des messageries officielles allemandes en 2015 et britanniques en 2017, ou encore au vol massif de données subis par différentes entreprises, y compris françaises. Et je n'oublie pas, bien sûr, l'attaque qui a pris pour cible TV5 Monde en 2015. Les cibles sont diverses ; les attaquants le sont aussi : ils peuvent être de nature étatique, et nous assistons dans ce domaine à une prolifération d'un nouveau type, celle des forces cyber dont les stratégies ne sont pas toutes défensives. Je constate d'ailleurs une aggravation de la nature même de la menace. En quelques années, nous sommes passés d'une logique de captation d'information et d'espionnage à des attaques d'une autre nature. Les capacités numériques sont désormais utilisées comme une arme au sens strict, avec pour finalité la paralysie ou la destruction d'infrastructures vitales et leurs conséquences sur l'existence de nos concitoyens J'ai eu l'occasion, il y a un an presque jour pour jour, de présenter les principaux principes de notre stratégie de cyberdéfense. Celle-ci devra évidemment, dans les mois qui viennent, continuer d'être précisée, à mesure qu'évoluent les menaces, mais aussi pour que nos agresseurs potentiels puissent connaître les conséquences d'actions éventuelles contre nous. C'est l'enjeu de la revue cyber à venir. À cette première catégorie d'assaillants étatiques, s'ajoute un nombre de plus en plus important d'acteurs non étatiques ; ils forment ce qu'il faut bien appeler un véritable marché de l'ingérence : la constitution de «fermes à troll», le rôle des mafias ou des hackeurs, parfois pilotés par les États, en sont les signes les plus visibles. 3. Pour un ordre numérique coopératif Nous sommes à la croisée des chemins : le numérique, ce sont aujourd'hui des opportunités, des innovations synonymes de croissance, de libertés et de pratiques nouvelles. Mais cette transformation globale comporte aussi des risques de déséquilibres et de tensions internationales. Ici comme ailleurs, les crises surviendront si nous ne remédions pas au manque de coopération dont souffre aujourd'hui l'espace numérique. Il n'entre aucun fatalisme dans ce diagnostic. Au contraire, ce constat indique clairement le défi que nous avons à relever : nous prémunir des risques que je viens de caractériser afin de créer un ordre numérique juste, favorable au développement de chacun. Nous ne voulons pas nous laisser enfermer dans une alternative simplificatrice entre la fermeture et le laissez-faire ; nous voulons dessiner une autre voie, faite d'équilibre entre ouverture et protection, coopération et liberté d'action, une voie adaptée à la préservation de la paix et au maintien de notre puissance à l'âge numérique. Le sens de la stratégie internationale de la France que je vous présente aujourd'hui est précisément de promouvoir un ordre numérique international coopératif, avec des règles partagées, gage de confiance mutuelle : c'est la condition de la stabilité internationale. Et c'est pour cela justement que l'ère numérique demande une action diplomatique renouvelée, capable d'associer, là où c'est nécessaire, la société civile, le secteur privé et le monde de la recherche afin de définir ensemble des formes de régulation originales adaptées à l'évolution du monde numérique, qu'il s'agisse de mécanismes d'auto-régulation ou de co-construction de la norme. Cette créativité multilatérale, réaliste et pragmatique, c'est la méthode que la France souhaite porter afin de définir le monde numérique que nous souhaitons et le rôle que la France et l'Europe doivent y jouer dans les décennies à venir. Un monde où notre sécurité est garantie, où nos droits fondamentaux sont préservés et où nos acteurs économiques sont compétitifs. C'est ce que propose la stratégie internationale pour le numérique : elle est le résultat d'un travail collectif de concertation et de consultation publique mené par le ministère de l'Europe et des affaires étrangères, en lien avec l'écosystème numérique et les différents services de l'État concernés. Je veux spécifiquement remercier Marine Guillaume, Justin Vaïsse et David Martinon, qui y ont travaillé depuis plusieurs mois. II. La stratégique internationale pour le numérique Mesdames et Messieurs, Cette stratégie veut promouvoir une gouvernance adaptée aux transformations majeures que provoque la révolution numérique. 1. Gouvernance et régulation a. Pour une gouvernance multipartite, transparente et inclusive Pour être légitime, la gouvernance du numérique doit d'abord répondre à des conditions de démocratie et de représentativité. Depuis la création de l'ICANN en 1998, la France a constamment appelé à la mise en oeuvre d'un modèle de gouvernance multipartite, transparente et inclusive, prenant en compte les responsabilités générales des États et la nécessité de contrebalancer les intérêts économiques des grandes entreprises par la prise en compte de l'intérêt public mondial. J'ajoute que la France continuera à défendre le principe de la neutralité de l'Internet, alors que s'exprime aujourd'hui des volontés de la remettre en cause. b. Porter nos efforts à l'échelle européenne Pour être entendu, il importe de construire en amont des positions coordonnées qui pourront ainsi peser concrètement. C'est pourquoi nous invitons les acteurs numériques français et européens à renforcer leur engagement à nos côtés dans l'ensemble des instances de gouvernance, afin de faire valoir la vision et les intérêts que nous partageons. L'horizon de cette stratégie est européen. C'est en effet le niveau critique pour peser réellement dans les négociations que nous aurons à conduire, avec les États comme avec les acteurs privés. Seule l'Union européenne aura le poids nécessaire pour incarner et porter cette vision à l'échelle internationale. c. L'enjeu de la protection et de la maîtrise personnelle des données C'est tout particulièrement le cas s'agissant des données personnelles. Elles sont le carburant de la nouvelle économie. Leur protection et leur maîtrise sont donc une priorité de l'effort diplomatique que nous souhaitons mettre en œuvre. Ces principes sont à la base du règlement général sur la protection des données qui entrera en vigueur le 25 mai 2018, à l'échelle européenne. Il permet aux citoyens de contrôler les données qui les concernent, un droit qui oblige d'ailleurs autant les acteurs économiques privés que les services de l'administration. Ce règlement repose sur plusieurs principes, que je veux rappeler : d'abord la loyauté, c'est-à-dire le traitement licite et transparent des données ; ensuite, la limitation des données collectées pour une finalité précise et légitime ; bien sûr l'exactitude des données et la limitation dans le temps de leur conservation ; enfin, l'intégrité et la confidentialité, principes qui doivent garantir la sécurité des données. Et ces principes emportent avec eux des droits : droits d'accès, de rectification et d'effacement des données personnelles. Notre objectif est donc bien de promouvoir de façon aussi large que possible un modèle européen d'organisation dont nous souhaitons faire la référence mondiale en la matière. Cet effort, nous le portons dans deux directions. Premièrement, le domaine économique. Deuxièmement, les enjeux de sécurité propres au numérique. 2. Axe économique Dans le domaine économique, nous avons quatre impératifs : la modernisation ; la régulation ; la protection ; le développement. a. Moderniser notre économie : la France, pôle d'excellence numérique Ce que nous voulons tout d'abord, c'est faire de la France un pôle d'excellence numérique. Ce défi de la modernisation et de la transition numérique de notre économie suppose de créer un écosystème favorable à l'innovation et à l'investissement. C'est l'objectif recherché par la structuration de notre filière numérique avec la French Tech. Je pense également au French Tech ticket et au French Tech visa, qui permettent aux entrepreneurs étrangers de s'installer très facilement et très rapidement en France pour développer leur projet. Je suis heureux de saluer leurs représentants qui m'accompagnent aujourd'hui. En offrant des instruments à nos entreprises pour conquérir de nouveaux marchés à l'étranger, le numérique est également un levier fondamental pour la diplomatie économique de notre pays dont j'ai la responsabilité. À cet égard, les 7 recommandations du Conseil national du numérique, pour numériser les PME constituent une base de travail pour combler les retards pris dans ce domaine. C'est l'objectif de la Mission confiée par le secrétaire d'État au Numérique Mounir Mahjoubi à Philippe Arraou « pour (...) la transformation digitale des TPE-PME». b. Protection dans le domaine économique - Concurrence et fiscalité Pour que cette ambition économique soit viable, nous devons aussi garantir des règles du jeu équitables en matière de concurrence et de fiscalité. En effet, les acteurs européens souffrent aujourd'hui d'une situation qui leur est défavorable, en raison notamment de l'optimisation fiscale agressive à laquelle se livrent les grandes plateformes. De façon globale, l'activité économique numérique pose un défi aux critères classiques d'imposition des entreprises. De la valeur est créée, des transactions sont réalisées sur le territoire national et européen sans que la présence physique des entreprises soit nécessaire pour cela. Pour mémoire, je rappelle qu'entre 2013 et 2015, la perte fiscale pour l'Union européenne est estimée à 5,4 milliards d'euros. Je constate d'ailleurs que les choses bougent dans ce domaine. Ces comportements sont enfin sanctionnés par Bruxelles avec l'amende de 2,4 milliards d'euros adressée à Google pour abus de position dominante ou le redressement fiscal d'Amazon qui s'élève à 250 millions d'euros. Toutefois ces mesures de redressement ne sont qu'un aspect de la solution. Il nous faut encore une régulation véritable. Pour être efficace, comme je le disais, il faut la porter à l'échelle européenne. La France travaille donc à des projets de taxation avec pour objectif que le caractère immatériel de l'activité numérique n'échappe pas à une imposition adaptée. Elle pourrait prendre pour objet les bénéfices ou le chiffre d'affaires. - Répartir la valeur de façon équitable De façon globale, la révolution numérique suppose que nous modernisions un certain nombre d'instruments juridiques afin de garantir une répartition équitable de la valeur produite. Je pense notamment à la modernisation du droit d'auteur, en cours de révision à l'Union européenne. Comme l'a dit le président de la République lors de son discours de la Sorbonne, dans cette Europe du numérique, nous devons défendre partout où elle existe la valeur créée par celui qui crée vraiment, afin de parvenir à une rémunération juste de l'ensemble des auteurs et de toutes les formes de création dans le numérique. - Protéger des droits fondamentaux des usagers L'usage que font les plateformes du big data exige également une vigilance particulière de la part des pouvoirs publics. Je comprends que les entreprises protègent la propriété intellectuelle de leurs algorithmes. J'aimerais néanmoins savoir quels sont les objectifs qu'elles poursuivent, même généraux, en employant ces instruments mathématiques pour développer leurs activités. Il y a là une exigence de transparence démocratique et de loyauté, je dirai même un impératif éthique s'agissant des choix sociaux et de la liberté individuelle. Les citoyens ont le droit de comprendre à quoi servent leurs données et les mécanismes de recommandation qui encadrent de fait leur utilisation des outils numériques. De façon générale, l'idée qui nous inspire est celle d'un équilibre entre la modernisation des usages, la ressource que représente le big data pour nos entreprises, les améliorations qu'il permet dans différents domaines, je pense aux progrès que promet l'intelligence artificielle par exemple dans le domaine de la santé, et l'instauration de certaines normes nécessaires à la maîtrise par chacun de ces données personnelles et au respect de sa vie privée. c. Le numérique, instrument du développement Enfin, je veux souligner le rôle majeur des capacités numériques dans le domaine du développement économique et humain, et dans celui de l'action humanitaire. Les acteurs du développement présents aujourd'hui le savant bien, le numérique constitue un puissant moteur de croissance inclusive, à la condition de réduire la fracture numérique dont je rappelais les inégalités caractéristiques il y a un instant. La France s'engage sur ce terrain via le plan numérique et développement. Le président de la République a aussi annoncé dans son discours de Ouagadougou vouloir soutenir les PME africaines à hauteur de 1 milliard d'euros. Le Fonds de soutien qui sera créé permettra notamment, avec l'Agence française de développement et la Banque publique d'investissement, de soutenir le secteur numérique africain. C'est le sens du programme Digital Africa qui permettra d'identifier les start-up africaines les plus prometteuses et accompagnera leur croissance. 3. Axe sécuritaire Le deuxième domaine dans lequel nous voulons agir, c'est celui de la sécurité et de la stabilité du cyberespace. Nous faisons face, je l'ai rappelé, à la multiplication et à la diversification des cyber-menaces dans un contexte où, je tiens tout de même à le rappeler, 90% de l'internet mondial est réputé non visible. Pour cela, la France doit réussir à s'affirmer comme un acteur leader en Europe, à même de garantir la stabilité stratégique dans le cyberespace et de décourager les agressions visant nos intérêts. Pour ce faire, nous devons relever quatre défis : Le premier est de garantir notre autonomie stratégique, et celle de l'Union européenne, y compris dans le cyberespace ; le second est la bonne prise en compte, par les pouvoirs publics comme par les citoyens des risques et menaces informationnelles ; le troisième est lié à l'utilisation d'Internet à des fins criminelles ou terroristes ; enfin, le quatrième est un enjeu collectif de régulation internationale du cyberespace. a. Autonomie stratégique nationale et européenne L'exigence d'autonomie pour la France et l'Union européenne s'applique également dans l'espace numérique. Au niveau national, notre autonomie stratégique repose sur une capacité d'appréciation indépendante ainsi que sur une liberté permanente de décision et d'action. Aujourd'hui, cette autonomie est tributaire de la sécurité des réseaux informatiques et des infrastructures sur lesquels elle repose. Préserver les fonctions vitales remplies par ces réseaux et ces infrastructures fait donc partie des intérêts essentiels de la Nation. C'est pourquoi la stratégie que je présente aujourd'hui prend en compte l'ensemble des enjeux de sécurité du numérique, tant au niveau national qu'européen. Je suis en effet persuadé que c'est en travaillant à ces deux niveaux, sans les confondre mais sans oublier non plus les liens qu'ils entretiennent, que nous serons à même de garantir notre sécurité et notre souveraineté dans ce domaine. L'objectif d'autonomie stratégique européenne est le gage de notre capacité collective d'initiative et d'action. Les Européens doivent être capables de maîtriser les technologies clés et d'investir dans les domaines d'innovation stratégique, dans celui des technologies de rupture, et le numérique en, fait bien sûr partie. Dans le demi-siècle à venir, de nouvelles ruptures technologiques dans le domaine du numérique auront très vraisemblablement des conséquences d'importance similaire, voire supérieure, à celles de la première révolution numérique que nous traversons aujourd'hui. Les recherches en matière d'intelligence artificielles laissent déjà présager de changements majeurs susceptibles de faire évoluer les rapports de force à l'échelle mondiale. D'autres champs, comme l'informatique quantique, sont encore un pari sur l'avenir, mais nous ne pouvons pas nous contenter d'y assister en spectateur, car ces technologies peuvent avoir des conséquences majeures pour notre autonomie stratégique. Prendre la mesure de ce défi, c'est l'objectif de la mission sur l'intelligence artificielle confiée par le président de la République à Cédric Villani, comme de la stratégie qui s'en suivra dans les mois à venir. Nous devons donc adopter une démarche exploratoire résolue, sans ignorer que ces développements technologiques auront à la fois des applications civiles et militaires. Mais pour que ces technologies soient, demain, au cœur de notre outil de défense, il faudra que les enjeux éthiques et juridiques qui y sont liés soient bien pris en compte. Stratégiques pour notre défense et notre sécurité, ces capacités le sont aussi pour la confiance qu'ont les citoyens européens dans l'écosystème numérique. Seule une synergie des compétences européennes - souvent excellentes en la matière - pourra nous permettre de soutenir la compétition avec les autres acteurs majeurs, publics et privés, engagés dans cette course à l'innovation. Cet effort européen doit compter sur une coopération franco-allemande renforcée. C'est l'ambition des initiatives du Conseil franco-allemand du 13 juillet dernier. C'est également le sens de la proposition du président de la République de créer, dans les deux ans qui viennent, une « Agence européenne pour l'innovation de rupture ». De façon générale, une meilleure coordination entre Européens doit permettre d'éviter lacunes et doublons capacitaires. C'est parce que nous serons capables de nous entendre, de joindre et de mutualiser nos forces que nous pèserons véritablement, à la fois sur les enjeux économiques, sécuritaires et juridiques du numérique. Ces interdépendances librement consenties renforceront la souveraineté de chaque État membre en accroissant les moyens disponibles à l'échelle européenne. Au niveau européen, cet objectif d'autonomie stratégique se décline autour de trois piliers : Premièrement, c'est la condition essentielle de l'autonomie, un pilier technologique. L'Union européenne doit mener une politique industrielle et soutenir une R& D de pointe afin de favoriser le déploiement de technologies et de services numériques, dont la sécurité doit pouvoir être évaluée, afin de construire un avantage concurrentiel au profit des offres européennes. À ce titre, l'Union européenne doit s'affirmer comme une autorité de certification à part entière des produits et des services informatiques. Deuxièmement, un axe réglementaire. L'Union européenne doit mener une politique extérieure capable de définir des réglementations qui prennent en compte à la fois les exigences de compétitivité et les potentialités du numérique et l'impératif de protections des citoyens, des entreprises et des États-membres, comme je l'indiquais il y a un instant, et ceci en conformité avec nos valeurs communes. Troisième et dernier pilier, un pilier capacitaire afin de soutenir, en s'appuyant sur des savoir-faire européens, le développement des capacités de cyberdéfense, dans le domaine public comme pour les acteurs privés. Dans ce domaine, nous avançons. Je pense au pôle d'excellence cyber de Rennes, qui bâtit des partenariats avec des pays qui souhaitent s'appuyer sur les compétences de haut niveau qui y sont présentes. Je pense à notre action pour conforter la souveraineté de nos partenaires dans ce domaine, à l'image de ce que nous faisons avec le projet d'implantation à Dakar d'une École nationale à vocation régionale (ENVR) dont j'ai annoncé la création il y a un mois. Cette école, qui devrait être installée fin 2018, permettra au Sénégal et à nos partenaires régionaux de renforcer leurs capacités en cyber sécurité, notamment dans le cadre de la lutte contre la cyber criminalité et contre le terrorisme. b. Lutter contre les menaces informationnelles Le deuxième enjeu, je le disais, revient à élaborer des réponses adaptées à ce nouveau défi pour notre vie démocratique que représente la propagation intentionnelle et ciblée de fausses nouvelles dans l'espace numérique. La liberté d'information décuplée à l'âge numérique peut-être une cible pour l'arbitraire politique. Elle peut aussi être un instrument de manipulation par différents acteurs, y compris des grandes puissances. Les dernières élections, y compris en France, ont toutes été marquées par la diffusion de fausses nouvelles et par des attaques informatiques dont le but était de troubler l'ordre public, de compromettre la sincérité du scrutin électoral, et ainsi de semer la confusion, le doute et la discorde. C'est une atteinte à la souveraineté même des États visés, qui profite de la passivité des plateformes face à ce phénomène inacceptable, une passivité qui, je veux le dire clairement, confine à l'irresponsabilité. Animé par une vision cynique de l'espace numérique, ceux qui se livrent à ces manoeuvres tentent de retourner contre nos démocraties les principes même qui les fondent - l'ouverture, la liberté d'information et de communication - pour en faire des instruments d'ingérence et de déstabilisation. Nous vivons un nouvel âge de la propagande. La désinformation n'est pas un phénomène nouveau bien sûr, mais la révolution numérique et ses incidences sur la manière dont l'opinion publique s'informe, et tout particulièrement notre jeunesse, lui confèrent une portée sans précédent. Il y a là une menace disruptive pour notre démocratie elle-même dont nous n'avons pas encore pris toute la mesure. La réponse à ces ingérences passe autant par l'action des pouvoirs publics, la responsabilité des entreprises que la vigilance de la société civile et des médias. J'organiserai prochainement un événement dédié à ces questions afin de dégager des pistes concrètes de travail avec l'ensemble des acteurs concernés et afin de réfléchir aux initiatives internationales que nous pourrions prendre. c. Lutte contre l'utilisation d'internet à des fins terroristes et criminelles Le troisième enjeu de sécurité, c'est l'extension de la lutte contre le terrorisme dans l'espace numérique. Un des aspects clés concerne la diffusion des contenus terroristes en ligne et l'utilisation de l'internet à des fins de radicalisation, de recrutement, d'encouragement ou d'incitation. Ce problème d'ampleur mondiale appelle des solutions innovantes au niveau international. La France considère, avec ses partenaires européens, que les entreprises du secteur numérique doivent assumer leurs responsabilités dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité en ligne. Le président de la République et la Première ministre britannique, Theresa May, ont lancé en juin 2017 un plan d'action conjoint pour lutter contre l'emploi d'internet à des fins terroristes. Dans ce cadre, il est demandé aux entreprises concernées d'agir en priorité dans trois domaines : - premièrement, le retrait des contenus terroristes dans les une à deux heures suivant leur publication ; - deuxièmement, la lutte contre l'enfermement algorithmique ; - troisièmement, le soutien aux entreprises de taille plus modeste pour les aider à détecter ces contenus et à prévenir leur réapparition. Dans ce domaine, l'efficacité de notre action suppose de faire preuve d'innovation diplomatique. La France entend donc agir avec les grands acteurs de l'internet (Facebook, Microsoft, Twitter et YouTube notamment) puisque ce sont leurs plateformes qui servent de support à ce champ de bataille d'un genre nouveau. 'est de cette manière que nous pourrons lutter efficacement contre la propagande, le recrutement, la planification opérationnelle à des fins terroristes, ainsi que la dissémination en ligne des discours et des images de haine. Afin d'obtenir des avancées concrètes, le président de la République et le Premier ministre ont chargé David Martinon, ambassadeur pour le numérique, de conduire un dialogue direct avec les grandes plateformes numériques. La France mènera ce dialogue en lien avec le Royaume-Uni et l'Allemagne. d. Les conditions de la cybersécurité collective Le quatrième et dernier enjeu, le plus structurant, c'est celui de la sécurité internationale dans l'espace numérique. Pour être garantie, elle demande là aussi un effort de régulation, adossée à trois principes : la prévention, la coopération, et la stabilité. Pour faire émerger ce cadre de cybersécurité collective, la position de la France est claire : nous devons nous appuyer sur les équilibres définis par le droit international, et notamment la Charte des Nations unies, dans son intégralité. De ce principe simple découle un certain nombre de règles, que chaque État est tenu de respecter. Je pense, par exemple, à l'obligation de régler ses différends internationaux par des moyens pacifiques. Bien entendu, cela ne remet aucunement en cause le droit de chaque État à prendre des contre-mesures en réponse à un fait internationalement illicite commis à son encontre, réponse dont l'unique objectif doit être de mettre un terme à celui-ci, conformément à ses obligations en droit international. Ces contre-mesures devront être strictement pacifiques, nécessaires et proportionnées à l'objectif poursuivi. Dans certains cas, de telles mesures pourront être prises de manière conjointe ou coordonnée avec certains de nos partenaires et alliés. L'Union européenne s'est ainsi dotée récemment d'une cyber toolbox qui permet de répondre de façon conjointe aux activités malveillantes dans le cyberespace. Je pense également à la capacité, de chaque État, dans les cas où une attaque informatique serait constitutive d'une menace contre la paix et la sécurité internationales, de saisir le Conseil de sécurité des Nations unies, au titre des chapitres VI ou VII, de la Charte des Nations unies. De plus, sous réserve d'une appréciation des circonstances d'espèce, une attaque informatique majeure pourrait constituer une agression armée au sens de l'article 51 de la Charte des Nations unies et ouvrirait dès lors la possibilité d'invoquer le droit de légitime défense, dans l'attente d'une décision du conseil de sécurité. Si elle était dirigée contre un membre de l'OTAN, elle pourrait de même donner lieu à l'invocation et à la pleine application de la clause de solidarité de l'article 5 du traité de l'Atlantique-Nord. Enfin, je rappelle également l'applicabilité, dans le cyberespace, du droit international humanitaire, c'est-à-dire le droit de la guerre, dont les grands principes sont la nécessité, la proportionnalité, la distinction et l'humanité. À ces règles directement issues du droit international, s'ajoutent ce que l'on appelle des normes de comportement responsable applicables à la conduite des États dans le cyberespace. Celles-ci ont été agréées volontairement, d'abord dans le cadre des groupes d'experts gouvernementaux de l'ONU, puis endossées par l'Assemblée générale des Nations unies. Il revient désormais à chaque État de mettre en oeuvre ces recommandations et de respecter ces normes. Afin d'accroître la confiance au niveau global, et de limiter la prolifération des risques et des menaces dans l'environnement numérique, la France poursuivra un dialogue coopératif avec l'ensemble des partenaires internationaux qui y sont prêts, publics et privés, sur le plan bilatéral et multilatéral. Nous encouragerons la mise en oeuvre de mesures de confiance, comme a déjà pu le faire l'OSCE en créant un réseau de points de contact d'urgence, activable en cas de crise cyber. Et parce que les conflits dans le cyberspace mêlent de plus en plus des acteurs publics et privés, parce que de plus en plus souvent des opérations étatiques se dissimulent derrière des actes de cybercriminalité, la France continuera, en étroite concertation avec ses partenaires, d'apporter une réponse judiciaire aux attaques cyber. Elle soutient pour cela l'universalisation de la Convention de Budapest sur la lutte contre la cybercriminalité, seul instrument véritablement efficace de coordination internationale des services d'enquête. Enfin, l'irruption du numérique comme outil et espace de confrontation confère au secteur privé, et notamment à un certain nombre d'acteurs privés systémiques, un rôle et des responsabilités inédites dans la préservation de la paix et de la sécurité internationales. Il faut donc que les États engagent entre eux, mais aussi avec le secteur privé et le monde de la recherche, de nouveaux travaux afin de définir des formes de régulation adaptées à l'évolution du monde numérique et permettant de renforcer la stabilité, la coopération et la confiance de tous les acteurs dans le cyberespace. Je crois que nous devons ici plus particulièrement agir et innover dans trois directions : - d'abord, renforcer la sécurité des produits et des services numériques afin de s'assurer qu'ils ne puissent pas être détournés de leur usage initial pour conduire des attaques informatiques ; - ensuite, lutter contre la prolifération et la commercialisation d'outils, de techniques ou de logiciels informatiques malveillants dans le cyberespace, notamment via le contrôle des exportations des biens cyber à double usage ; - En outre, interdire strictement les actions offensives du secteur privé dans le cyberespace. Je pense notamment à la pratique du hackback qui consiste, pour un acteur privé, à s'arroger un droit à mener une contre-attaque dans le cyberespace. Des dérogations au monopole étatique de la contrainte légitime, y compris dans le cyberespace, ne peuvent que susciter une instabilité supplémentaire contre laquelle nous devons nous prémunir ; - Enfin, la prise en compte de l'importance du secteur privé implique d'élaborer de nouvelles relations entre les entreprises et l'État. Il est donc nécessaire de travailler au développement de forum où ce dialogue pourra se dérouler. Je suis convaincu que pour produire de nouvelles normes, l'État doit prendre l'habitude de développer ce genre d'instruments. J'entends donc agir en ce sens pour ce qui concerne les enjeux internationaux du numérique. Vous voyez combien l'espace numérique, pour être régulé, demande une action diplomatique professionnelle. C'est un enjeu que mon ministère prend d'ores et déjà en compte et pour lequel il nous faut passer à la vitesse supérieure. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, notre diplomatie a répondu à la nouvelle donne stratégique que représentait l'énergie nucléaire par la formation de ses diplomates à ces questions. Nous devons désormais fournir un effort analogue pour le numérique, avec l'objectif de former, sur les plans technique, politique et stratégique, une véritable filière de diplomates cyber, en lien avec les autres administrations de l'État, avec les entreprises, les centres de recherche et avec nos partenaires internationaux. Le Quai d'Orsay y prendra toute sa part. De même qu'il est un pôle d'excellence reconnu pour les questions stratégiques internationales, il devra j'en suis convaincu, passer du stade actuel, celui de la formation d'agents spécialisés sur les questions de cybersécurité, à la mise en place de structures spécifiquement dédiées aux enjeux diplomatiques liés au numérique. En parallèle, nous devons également nous doter des moyens nécessaires au développement d'une pensée stratégique française sur la cybersécurité. De nombreux chercheurs et chercheuses réputés travaillent déjà sur ces questions. Certains sont présents aujourd'hui, je pense à la Chaire Castex de Cyberstratégie ou encore au réseau interdisciplinaire d'experts AMNECYS, et je les salue. Cette volonté de développer une pensée stratégique s'illustre également au travers du Forum international de la Cybersécurité qui est désormais un grand rendez-vous européen et international à Lille. Sur ce sujet d'avenir, il est impératif de continuer à se doter de compétences et de connaissances en termes de prospective, de recherche et d'expertise pluridisciplinaire. Le ministère de l'Europe et des affaires étrangères soutiendra la constitution de ce domaine à part entière de la recherche stratégique. Il doit nourrir notre action diplomatique, en lien avec le secrétariat d'État au numérique. Mesdames et Messieurs, En commençant ce discours, j'évoquais les différentes ruptures du siècle passé et, parmi elles, je rappelais ce qu'avait représenté la conquête spatiale. Elle fut un temps l'enjeu d'une rivalité exacerbée entre les puissances avant que les adversaires d'hier ne décident de mutualiser leurs efforts. De façon analogue, le numérique est aujourd'hui la nouvelle frontière de la compétition mondiale ; le défi que nous avons à relever, c'est d'en faire également un nouvel espace de coopération. Il n'annulera pas la concurrence ; elle est légitime dans un monde ouvert où chaque acteur doit pouvoir défendre ses intérêts. Mais elle a besoin d'un cadre qui garantisse la stabilité sans laquelle il ne peut y avoir de réussite durable pour quiconque. C'est la voie que propose la France à travers sa stratégie internationale. Et c'est dans cette direction que nous sommes résolus à agir et à convaincre nos partenaires. Merci de votre attention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/594.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/594.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..262919d6a7e4fb41bb51f4861f388b0a5ae19fe2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/594.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Préfet de police, Messieurs les Préfets, Messieurs les Directeurs généraux, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs les représentants des autorités judiciaires, Mesdames et Messieurs les généraux, Mesdames et Messieurs les commissaires de police, Mesdames et Messieurs les officiers, Mesdames et Messieurs les directeurs de sûreté, Mesdames et Messieurs les secrétaires généraux, Mesdames et Messieurs, Monsieur le Président du club des directeurs de sécurité et de sûreté des entreprises, Cher Stéphane Volant, Je suis très heureux d'ouvrir ce matin le colloque annuel du Club des Directeurs de la Sûreté et de la sécurité des Entreprises. C'est, Monsieur le Président Stéphane Volant, la première fois qu'un ministre de l'Intérieur est convié à intervenir lors de cet événement. Je vois dans cette invitation une marque de confiance dont je vous remercie chaleureusement. Mais il s'agit aussi je crois d'un signe des temps. Le signe d'une prise de conscience conjointe, qu'il n'est plus possible de penser la sécurité « chacun dans son couloir ». Qu'au contraire nous sommes liés par des menaces communes, des enjeux partagés, auxquels nous devons opposer des réponses globales et concertées. Il y a quelques années, on pouvait encore considérer qu'il y avait d'un côté la sécurité de l'État - le domaine réservé du régalien, et de l'autre la sécurité des entreprises - le domaine privé. Chacun voit bien que cette clé d'analyse n'est plus opérante. D'une part, parce que la protection des États dépend de plus en plus de la capacité du monde industriel à inventer des solutions permettant de sécuriser l'exercice des missions de service public, de la propension de chaque entreprise à repérer en son sein des « signaux faibles » pouvant s'avérer précieux pour nos services. D'autre part, parce que l'intégrité des entreprises repose sur la qualité et l'intensité des échanges qu'elles peuvent nouer avec la police, la gendarmerie, le renseignement, que ce soit pour protéger des sites sensibles ou pour accéder à des informations concernant leur sécurité. Monsieur le Président, cher Stéphane Volant, Un de vos prédécesseurs à la Présidence du CDSE, François Roussely, qui fut aussi un grand Directeur Général de la Police Nationale, avait eu il y a quelques années cette phrase – je cite - « l'État ne saurait être le seul à garantir la sécurité des biens et des personnes. Les entreprises ont un rôle majeur à jouer ». Je partage pleinement ce point de vue. Oui, parce que les systèmes de sécurité sont de plus en plus imbriqués, nous avons l'ardente obligation de travailler ensemble. C'est dans cette perspective que, dès mon arrivée Place Beauvau, j'ai fixé comme priorité la création d'un vrai continuum de sécurité entre services de police et de gendarmerie, élus locaux et polices municipales, entreprises, mais aussi citoyens. Parce que face à des menaces comme le terrorisme ou la cybercriminalité, la sécurité ne saurait être l'apanage de quelques acteurs. Parce que la sûreté et la sécurité sont l'affaire de tous. Il faut d'abord c'est le premier axe de mon propos - que l'État appuie les entreprises dans la mise en oeuvre de leurs politiques de sûreté et de sécurité. En ce domaine, de nombreux dispositifs existent déjà. Vous savez par exemple que, partout sur le territoire, nous mettons à votre disposition des référents sûreté qui, policiers et gendarmes spécialisés, vous accompagnent sur des sujets comme la sécurisation des sites sensibles ou l'installation de systèmes de vidéoprotection. Vous savez aussi qu'à l'étranger, les groupes français peuvent compter sur le réseau des Attachés de Sécurité Intérieure, en particulier pour évaluer l'état des menaces que ce soit en matière de terrorisme ou d'espionnage industriel. Par ailleurs, nos services spécialisés - et je pense notamment à la DGSI - dispensent régulièrement des conférences aux cadres et salariés de sociétés qui, de par la sensibilité de leurs activités, de par la localisation de leurs productions, se trouvent particulièrement exposées. Mesdames et Messieurs, Comme le propose le CDSE dans sa contribution à la concertation sur la Police de Sécurité du Quotidien, je crois nécessaire de communiquer davantage sur l'existence de ces dispositifs qui trop souvent ne sont pas connus des dirigeants. Je souhaite aussi que leur rôle puisse être élargi et renforcé. Ainsi, les services de l'État ne doivent pas seulement intervenir sur demande d'un responsable de la sûreté d'une entreprise. Il faut qu'ils soient toujours plus proactifs, en alertant les dirigeants quand ils recueillent une information importante, en les sensibilisant aux risques émergents. Je donnerai des instructions en ce sens au Directeur Général de la Police Nationale, au Directeur Général de la Gendarmerie Nationale, ainsi qu'au Directeur Général de la Sécurité Intérieure, Laurent Nunez, qui interviendra devant vous tout à l'heure. Plus que des coopérations ponctuelles, c'est en effet un vrai climat de confiance que nous devons construire. C'est pour susciter cette confiance que je suis favorable à votre proposition de créer, au plus haut niveau, un réseau rassemblant hauts cadres du Ministère de l'Intérieur et directeurs de la sûreté des entreprises, pour échanger des informations sensibles sur des sujets comme l'état de la menace terroriste, la cybercriminalité ou l'intelligence économique. Cela me semble essentiel. Car comme le disait dans une formule célèbre Auguste Comte « il faut savoir pour prévoir, et prévoir pour pouvoir ». Dans cette même logique de rapprochement entre public et privé, j'agirai pour que soient développés les croisements de parcours entre les responsables de la police, de la gendarmerie et du renseignement et ceux de la sécurité dans les entreprises. Nombre de directeurs de la sûreté sont d'ores et déjà d'anciens hauts fonctionnaires de police ou militaires de la gendarmerie. Le ministère de l'Intérieur doit en retour être capable d'accueillir en son sein des talents issus du secteur privé. Car c'est aussi en hybridant les cultures, que nous pourrons progresser. Je souhaite également que l'État puisse créer les conditions de l'émergence d'une filière de la sécurité privée plus forte. On le sait, les 250 000 policiers et gendarmes que compte notre pays ne seront jamais en capacité de protéger l'ensemble des sites considérés comme sensibles par les entreprises. Mobiliser des personnels issus de sociétés privées de sécurité comme vous le faites au quotidien est donc indispensable. Encore faut-il que ces personnels soient équipés et formés en conséquence, qu'ils bénéficient aussi d'une vraie latitude d'action ! Sur le sujet de l'équipement, vous savez qu'une activité de surveillance armée va prochainement voir le jour. Un décret est en cours d'examen par le Conseil d'État. Concernant l'enjeu de la formation, le ministère de l'Intérieur soutiendra toutes les initiatives qui permettront de faire émerger une filière française de la sécurité privée au niveau des meilleurs standards internationaux. Quant aux possibilités d'action des agents de sécurité privée, aujourd'hui limitées, la mission parlementaire qui sera lancée en janvier prochain sur le continuum de sécurité formulera des propositions pour les étendre. Je crois que nous ne devons rien nous interdire. Dans sa contribution à la Police de Sécurité du Quotidien, le CDSE attire enfin l'attention du ministère de l'Intérieur sur la nécessité d'élargir le nombre d'entreprises bénéficiant d'une classification spécifique en matière de sécurité. Il existe actuellement près de 200 Opérateurs d'Importance Vitale (OIV), qui, du fait de ce statut, ont accès à des informations et des outils privilégiés comme la possibilité de procéder à un criblage de leurs salariés ou celle, pour les directeurs de la sûreté, d'être habilités « confidentiel défense ». S'il faut veiller à ce que de tels dispositifs demeurent très encadrés, je ne suis pas opposé à la création d'une classification intermédiaire. Car, vous le savez mieux que moi, le nombre d'entreprises menacées est bien plus important qu'hier. Ce n'est plus seulement la centrale nucléaire, le site chimique, l'usine de défense ou la gare qui sont menacés par une attaque. C'est le data center abritant des données sensibles, c'est l'entreprise à laquelle un hôpital sous-traite la gestion de sons système d'information, c'est le laboratoire avec lequel un groupe pharmaceutique travaille sur des vaccins. Nous devons tous nous montrer vigilants, car les cibles de nos ennemis ne sont pas toujours celles auxquelles on peut songer en première approche. Je souhaite donc que nous travaillions ensemble pour faire évoluer notre système de classification. Mesdames et Messieurs, L'État continuera donc à être aux côtés des entreprises. Mais - et je sais que vous y êtes prêts nous attendons aussi beaucoup de vous. Nous attendons beaucoup, en premier lieu, des sociétés évoluant dans le champ la sécurité, dont un certain nombre de représentants sont présents ce matin. J'étais il y a quelques semaines au salon MILIPOL, qui réunissait les grands acteurs mondiaux du secteur. J'ai également rencontré récemment au ministère de l'intérieur les représentants de la filière industrielle français des industries de sécurité. Je connais donc l'importance et l'excellence de ces entreprises, je sais leur capacité d'innovation. Pour nos forces de sécurité, pour nos services de renseignement, pour l'ensemble du tissu économique, elles constituent évidemment un atout-maître. La bataille de la sécurité est aussi une bataille de la science, de la technologie, une bataille économique. C'est pourquoi le gouvernement sera toujours aux côtés des milliers d'entreprises qui, en France, évoluent dans ce secteur. Il y a donc ces sociétés spécialisées. Mais ce sont toutes les entreprises du pays qui doivent se mobiliser pour assurer la protection des Français. Et d'abord en faisant remonter à nos services un maximum d'informations, ce qui, dans un monde où la donnée est devenue le plus précieux des biens, est fondamental. La thématique de ce colloque est « l'entreprise à l'épreuve du terrorisme international ». Cela recouvre bien sûr pour vous des questions très opérationnelles : quel est l'état de la menace, comment sécuriser des sites sensibles et les récents événements ont hélas montré que de l'entreprise de presse à celle évoluant dans le domaine du spectacle, de l'imprimerie au site chimique, tous les secteurs étaient concernés. Mais un des points auquel je vous demande de porter une attention particulière, c'est la lutte contre la radicalisation en entreprise. Ce sujet est en effet décisif. Car si hier, la menace terroriste venait principalement de l'extérieur, avec des attaques commanditées depuis les territoires contrôlés par Daesh, le terrorisme auquel nous faisons face actuellement est de plus en plus endogène, œuvre d'individus qui, radicalisés à bas bruit, agissent au moyen d'armes et de procédés rudimentaires. Ce phénomène qu'on a hélas vu récemment en action lors de l'attentat de Marseille, suppose une vigilance de tous les instants. De la part de nos services de renseignement, dont nous renforçons actuellement les moyens humains (+1900 postes sur le quinquennat), technologiques et juridiques. De la part de la population qui, après avoir montré sa résilience doit aussi faire preuve d'une vigilance accrue. De la part des dirigeants d'entreprise car c'est aussi dans le cadre de travail que l'on peut déceler des individus sur le point de passer à l'acte. C'est pourquoi, Mesdames et Messieurs, je vous invite à engager des programmes de formation de vos hauts cadres mais aussi de vos managers de proximité, à la détection des signaux faibles qui peuvent indiquer l'imminence d'un passage à l'acte. Au sein de l'entreprise, la sécurité doit devenir un état d'esprit partagé par l'ensemble des collaborateurs. Echanger l'information, c'est également, comme le propose le CDSE, associer les entreprises à l'évaluation de la délinquance et de la radicalisation au niveau local. Je suis en effet convaincu que l'entreprise, dont il ne faut jamais oublier qu'elle est aussi un corps social, peut contribuer, à une meilleure connaissance de l'état d'une société, des évolutions parfois imperceptibles qui la traversent. C'est pourquoi, dans le cadre de la mise en place de la Police de Sécurité du Quotidien, je souhaite que des représentants des entreprises puissent être associés aux différents groupes d'évaluation de la délinquance présidés par les préfets. C'est aussi comme cela que l'on bâtira cette « société de vigilance » que le Président de la République appelle de ses voeux. Mesdames et Messieurs, Nous attendons également beaucoup du CDSE pour contribuer à la montée en gamme des systèmes de sécurité du tissu économique français. La sécurité c'est, vous le savez, une chaîne. Et dans une chaîne, il peut y avoir de nombreux maillons forts, si un seul maillon est fragile, c'est tout le dispositif qui s'effondre. Les maillons forts aujourd'hui, ce sont les grands groupes industriels qui, depuis plusieurs années, ont intégré le fait que loin de constituer un coût, la sécurité est un investissement. Vous avez en effet pleinement conscience qu'un salarié serein c'est un salarié plus productif, qu'un système d'information protégé c'est une garantie contre des blocages inopinés de tout le système, qu'un produit ou une prestation sécurisés c'est un client satisfait. Et vous agissez en conséquence, en consacrant une part significative de votre chiffre d'affaires à la sécurité. En revanche, dans nos PME, dans nos start up, avec lesquelles les grands groupes travaillent au quotidien, la sécurité est encore souvent encore considérée comme un coût. Et pourtant. Elles aussi gèrent des données sensibles. Elles aussi peuvent faire l'objet d'une attaque, elles aussi sont menacées ! Je me félicite donc que le CDSE ait prévu de sensibiliser les dirigeants de PME, de start up, à la problématique de la sécurité. Il s'agira là d'une contribution majeure à la sécurité globale et je veux, Monsieur le Président Stéphane Volant, vous remercier d'avoir placé cette question à votre agenda. Enfin, je tiens à conclure mon propos sur un sujet qui, de plus en plus fait partie de notre quotidien et qui est cher au Délégué ministériel Thierry Delville : je veux parler de la cybercriminalité. Comme l'a souvent dit le prédécesseur de Stéphane Volant à la Présidence du CDSE, Alain Juillet, « la guerre aujourd'hui, c'est devant un ordinateur ». Et c'est vrai : le terrorisme, le crime, l'espionnage industriel s'étendent de plus en plus dans le monde cyber. Or, le tissu économique français demeure à ce jour très vulnérable. Une étude récente a ainsi montré que 80% des entreprises ont fait l'objet d'une cyber-attaque l'année dernière. Et Thierry Delville a coutume de dire que les 20% restantes sont celles qui ne le savent pas. Un volume important de données est par ailleurs stocké sur des cloud qui dépendent d'intérêts étrangers. Cette vulnérabilité pose des difficultés en matière de sécurité - imaginez que demain, on puisse couper l'alimentation électrique de tout le réseau de transports parisien, qu'on puisse arrêter le système d'information d'un grand hôpital. Elle pose aussi des problèmes économiques. Comment, en effet, être compétitif quand les projets d'innovation dans lesquels on investit peuvent être piratés par un hacker et repris à son compte par un concurrent. Pour toutes ces raisons, j'ai souhaité que la lutte contre la cybercriminalité soit une priorité du ministère de l'Intérieur pour les cinq ans à venir. Je détaillerai ma feuille de route, lors du prochain Forum international de la cybersécurité de Lille en janvier. Mais c'est aussi à vous, qu'il incombe de prendre en compte ce changement de paradigme. En travaillant en symbiose avec vos directeurs des systèmes d'information, avec les responsables de la sécurité de ces systèmes. En sachant aussi sortir des cadres, innover, et je veux sur ce point vous féliciter, Monsieur le Président, de l'initiative que vous avez prise en annonçant la création, sur ces sujets, du « CDSE Le Lab' ». Je salue ce projet car, Mesdames et Messieurs, je suis convaincu que, pour relever le défi de la sécurité, il ne nous faut au fond rien d'autre que de l'audace. L'audace de dépasser le cloisonnement entre public et privé. L'audace de savoir adjoindre à la culture du secret inhérente nos métiers, celle du partage de l'information et du dialogue. L'audace d'innover au service de la sécurité de l'État, de celle des entreprises, au service de tous les Français. Vous pouvez compter sur moi, sur l'ensemble des services du ministère, pour nous montrer à la hauteur de l'enjeu. Je ne doute pas que vous serez aussi au rendez-vous. Bon colloque à tous ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/595.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/595.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..eb2b43923d1b778c62adc6dffc20f0c572a211f6 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/595.txt @@ -0,0 +1 @@ +CAROLINE ROUX Bonjour Nicole BELLOUBET. NICOLE BELLOUBET Bonjour. CAROLINE ROUX Vous avez en effet annoncé la création d'un Parquet national anti-terrorisme. Ça ressemble quand même à un désaveu pour le Parquet de Paris qui gère ces affaires là depuis 30 ans. NICOLE BELLOUBET Alors ce n'est absolument pas un désaveu, tout au contraire. C'est presque le constat de sa réussite, de la réussite de ce mode d'organisation. C'est-à-dire une organisation qui est centralisée pour prendre en compte l'ensemble des défis auxquels nous sommes confrontés. Et si j'ai demandé à mes services aujourd'hui de réfléchir à la création de ce Parquet national, c'est parce qu'il nous semble que 30 ans après la création de l'actuelle organisation, il est utile de la revisiter pour prendre en compte une menace terroriste… CAROLINE ROUX Qu'est-ce qu'il manquait ? NICOLE BELLOUBET Qui s'est accrue. CAROLINE ROUX Qu'est-ce qu'il manquait dans l'organisation actuelle ? NICOLE BELLOUBET Ce qui nous semble important à prendre en compte, c'est le fait qu'actuellement le Parquet de Paris qui gère le terrorisme a aussi de multiples autres compétences. Or, face à la montée de la menace terroriste, à sa présence permanente, il nous a semblé important que le Parquet de Paris puisse d'une part s'occuper des affaires territoriales et que d'autre part, comme tout Parquet, et que d'autre part il y ait un parquet national qui soit centralisé et je dirais focalisé principalement sur le terrorisme même si d'autres compétences peuvent lui être adjointes. CAROLINE ROUX 13 magistrats sont pour l'heure affectés à la section anti-terroriste parisienne avec 61 autres mobilisables à tout instant, en termes d'effectif il y aura combien de magistrats dans cette nouvelle organisation ? NICOLE BELLOUBET C'est ce que j'ai demandé à mes services de voir et d'organiser, encore une fois j'ai annoncé, j'ai prévu la ligne directrice, je n'ai pas prévu les modalités d'organisation. Ce sont mes services qui me feront des propositions. CAROLINE ROUX Sous quel délai ? NICOLE BELLOUBET Je dirais trois mois. CAROLINE ROUX Trois mois. François MOLINS qui est procureur de Paris avait expliqué que ce projet était contre-productif et n'apportait rien de plus. Il a changé d'avis François MOLINS ? NICOLE BELLOUBET Je pense que François MOLINS est comme moi face à une situation qui a considérablement évolué et donc je pense qu'il a absolument conscience de la nécessité de donner du temps au Parquet anti-terroriste et je pense qu'il n'est pas en désaccord avec la solution que j'envisage. CAROLINE ROUX A tel point est-ce qu'il pourrait devenir lui le premier procureur anti-terroriste de la République ? NICOLE BELLOUBET Franchement ça n'est pas la question que je me pose. Je ne me pose pas de question d'homme, je me pose une question d'organisation. Et lorsque les décisions seront prises avec le Premier ministre et le président de la République on verra qui alors pourra occuper ces fonctions. CAROLINE ROUX Un mot sur les prisons qui sont considérées parfois comme un lieu de radicalisation. Au total 509 personnes condamnées ou prévenues pour des faits terroristes, 1.157 radicalisés sont incarcérés dans les prisons françaises. Vous avez annoncé la création de trois nouveaux quartiers d'évaluation de la radicalisation. Trois nouveaux ça veut dire que les précédents ont donné satisfaction. Ca marche et quels sont les indicateurs qui vous permettent de dire que ça marche ? NICOLE BELLOUBET Si vous voulez ces quartiers sont des quartiers qui nous permettent d'évaluer le niveau de dangerosité des personnes auxquelles nous avons à faire et donc ça nous permet ensuite de trouver les meilleures solutions pour qu'ils puissent effectuer leur détention donc il y a quatre mois d'évaluation et puis ensuite ils sont placés en détention suivant leur niveau de dangerosité, c'est évidemment extrêmement précieux pour nous, pour que nous puissions évaluer la meilleure situation possible. CAROLINE ROUX Ça n'a rien à voir avec les quartiers dédiés ? NICOLE BELLOUBET Non, non pas du tout, il s'agit de quartiers d'évaluation. Donc lorsqu'un détenu radicalisé ou un terroriste islamiste arrive nous l'évaluons pendant quatre mois et ensuite nous le plaçons dans un établissement de détention qui est adapté à son niveau dangerosité. CAROLINE ROUX La justice en effet doit s'adapter à cette nouvelle menace et à ces nouveaux profils, est-ce qu'il y aura un suivi ou est-ce qu'il y a un suivi pour les personnes incarcérées, jugées pour des faits de terrorisme et qui ont purgé leur peine ? Est-ce qu'on les laisse ressortir ou est-ce qu'il y a un suivi ? NICOLE BELLOUBET Non lorsqu'elles ont purgé leur peine, elles ont purgé leur peine, nous sommes dans un Etat de droit et il n'est pas question que cela évolue. En revanche dès qu'une personne de ce type sort de la détention il y a une fiche individualisée qui est établie, qui est extrêmement complète, qui est communiqué à l'ensemble des services partenaires, c'est-à-dire les services de renseignement, les services territoriaux qui nous permettent de savoir où est la personne, ce qu'elle fait, d'alerter et donc il y a un suivi au plus près de la personne qui est libérée. CAROLINE ROUX Un mot sur ce qu'on appelle les… NICOLE BELLOUBET Par ailleurs, pardon, et par ailleurs s'il y a un placement en milieu ouvert les conseillers d'insertion et de probation également suivent cette personne. CAROLINE ROUX Un mot sur, je le disais, sur ce qu'on appelle désormais l'affaire URVOAS. François HOLLANDE a réagi en expliquant que cela démontre la nécessité de renforcer l'indépendance du Parquet. Une réforme qu'il avait proposée mais qu'il n'a pas réussi à imposer. Jusqu'où vous êtes prête à aller vous sur l'indépendance du Parquet ? Je rappelle qu'Emmanuel MACRON a engagé le gouvernement à ne pas se contenter de demi-mesure en la matière. NICOLE BELLOUBET Oui nous, nous partons du principe que cette indépendance du parquet, plus exactement cette évolution du statut du Parquet qui concourent à l'indépendance de la justice doit trouver sa place dans la prochaine réforme constitutionnelle, c'est ce que nous souhaitons faire, c'est ce que le président de la République souhaite porter. Nous suivrons d'une certaine manière la décision du Conseil constitutionnel qui à la fois dit qu'il faut donner des garanties pour l'indépendance et de la justice et donc pour faire évoluer le statut des membres du Parquet, mais qui en même temps reconnait que le gouvernement pour l'élaboration de cette politique et de sa politique pénale a besoin de garder évidemment un lien avec le Parquet. CAROLINE ROUX Ce qui est naturellement contesté par les magistrats. Vous vous avez confirmé avoir déjà vous aussi demandé ce qu'on appelle des remontées d'information. En tant que ministre de la justice dans quelle affaire avez-vous demandé des remontées d'information ? NICOLE BELLOUBET Alors j'en demande d'abord extrêmement peu, je le dis parce que ça me semble important. CAROLINE ROUX C'est assez inhabituel que vous le disiez et que vous l'assumiez en tant que Garde des Sceaux. NICOLE BELLOUBET Oui je ne vois pas pourquoi je ne le dirais pas, si vous voulez lorsque nous avons des affaires pénales qui sont extrêmement singulières, je pense aux affaires auxquelles nous avons eu à faire face relatives aux viols des petites filles qui ont beaucoup défrayé la chronique, il est vrai que j'ai demandé des points précis pour savoir où nous en étions, et je crois que cela est utile ensuite pour pouvoir élaborer les textes généraux de politique pénale que nous serons conduits à prendre. CAROLINE ROUX Et est-ce qu'il ne faudra pas que ça devienne totalement transparent, c'est-à-dire qu'à partir du moment où le Garde des Sceaux fait une demande de remontée d'informations est-ce qu'elle ne pourrait pas figurer dans la procédure pour que les choses soient totalement claires ? NICOLE BELLOUBET Vous savez il y a déjà une circulaire de 2014 qui précise très précisément les cas dans lesquels nous pouvons demander des remontées d'informations, et lorsque très rarement il m'arrive de demander de telles remontées cela fait partie des cas qui sont prévus par cette circulaire. CAROLINE ROUX Un mot sur le dossier de l'immigration, est-ce que vous êtes à l'aise vous en tant que Garde des Sceaux avec tout ce que vous lisez du futur projet de loi immigration notamment l'idée de faire des contrôles dans les centres d'accueil …par exemple. NICOLE BELLOUBET Si vous voulez il y a un projet de loi qui est en cours d'élaboration, dans le cadre de cette élaboration je fais valoir les positions du Ministère de la Justice dans le cadre des réunions interministérielles et je réserve mes propos pour ces réunions interministérielles. CAROLINE ROUX Ça ne sent pas l'accord total avec ce que prévoit le ministre de l'Intérieur mais du coup ça veut dire que vous tentez à votre niveau et dans ces réunions interministérielles de rééquilibrer peut-être le texte, c'est ça que vous voulez nous dire ? NICOLE BELLOUBET Nous regardons les textes, je regarde ce qu'exige l'Etat de droit, je regarde quelle est la jurisprudence du Conseil constitutionnel à laquelle évidemment nous accordons beaucoup d'importance et nous discutons pour avoir les meilleures modalités de mise en oeuvre des orientations du président de la République. CAROLINE ROUX Quand Jacques TOUBON, défenseur des droits annonce une politique en défaut avec les droits fondamentaux. NICOLE BELLOUBET Jacques TOUBON prend les positions qu'un défenseur des droits doit prendre. CAROLINE ROUX Il est dans son rôle. NICOLE BELLOUBET Il est dans son rôle. CAROLINE ROUX Très bien, merci beaucoup Nicole BELLOUBET. NICOLE BELLOUBET Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/596.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/596.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a5775cc68470e1ab575540843fa4ccbe25e5e864 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/596.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Ministre, Monsieur le chef d'état-major des Armées, Amiral, Mon Général, Monsieur l'ambassadeur, Messieurs les officiers généraux, Officiers, Sous-officiers, Militaires du rang de l'opération Barkhane. Alors que débute la période des fêtes, j'ai tenu à venir à votre rencontre, vous qui êtes engagés en mission loin de la France et loin de vos familles. Depuis mon élection, je me suis déplacé dans les forces à de nombreuses reprises. A Gao dès les premiers jours où j'ai vu nombre de vos collègues, ensuite sur un SNLE en Atlantique, puis se sont enchaînés Tapa en Estonie, Abou Dhabi, Ouagadougou, Al Udeid au Qatar, mais aussi Lorient, Istres, Balard et Lyon. Partout, j'ai constaté la même force, le même courage, la force et le courage de femmes et d'hommes qui ont décidé de servir, de s'engager. Partout, j'ai rencontré la même détermination à remplir les missions que je vous confie. Mais ce soir est un moment un peu particulier parce que l'éloignement de vos familles est encore plus durement ressenti qu'à l'habitude. Mais aussi parce que cette trêve de Noël n'apaise pas les tensions et les conflits que vous êtes ici pour désamorcer. Votre mission exige cette mobilisation permanente, et je voulais vous apporter le salut de la nation parce qu'elle sait, et plus encore dans ces moments-là, le poids de vos sacrifices. Ce n'est pas tout à fait un hasard si je reviens une fois de plus au Sahel. Vous le savez, le Sahel est une priorité ; c'est là que se joue notre sécurité, c'est là que se joue une partie de l'avenir du continent africain, mais également sans doute une partie de notre avenir. Nous ne devons pas laisser le Sahel aux organisations terroristes que nous sommes en train en ce moment même de défaire au Levant. Et alors que dans quelques mois, je l'espère, nos armées dans le cadre de la coalition internationale gagneront sur le terrain en zone irako-syrienne face à Daech, je ne veux pas que nous cédions la moindre once de territoire aux forces terroristes jumelles dans le Sahel et le Sahara. Vous êtes ici aux côtés des pays de la région pour les aider précisément à surmonter ce défi. Comme je l'ai dit aux ambassadeurs à la fin du mois d'août dernier, la réponse militaire ne doit pas être la seule ; il nous faut en effet mieux coordonner nos efforts de défense, de développement et nos efforts diplomatiques. Et c'est le cœur de la stratégie que nous déployons ; une action politique, diplomatique dans toutes les zones où nous avons à œuvrer ; une action de développement pour pouvoir agir dans la durée et répondre aux causes profondes des conflits et bien entendu une action militaire lorsqu'elle est indispensable. C'est ici dans le Sahel ce que nous sommes, ce que vous êtes, en train de faire. Un dialogue politique avec l'Union africaine, comme nous l'avons mené quelques semaines à Abidjan lors du sommet entre l'Union africaine et l'Union européenne, qui se décline dans la région par le dialogue renforcé que nous avons structuré à travers le G5 Sahel. Une action de développement dont le cœur est précisément l'Alliance pour le Sahel, l'axe de notre politique de développement structuré autour de l'Agence française de Développement et qui associe ces partenaires européens, internationaux, régionaux. Et enfin l'action militaire, celle que conduit « Barkhane » en lien étroit, et j'y reviendrai avec la Minusma, et les forces G5 Sahel. Cette stratégie d'ensemble, ce triptyque, c'est la condition même de notre réussite ; c'est ce qui nous permettra de gagner dans la durée ce conflit face à nos assaillants. S'il n'y a pas une ligne claire sur le plan militaire et diplomatique, il n'y a pas d'action durable : vous le savez, ici même dans ce Sahel. C'est pourquoi je tiens profondément à ce que les accords d'Alger soient appliqués de manière plus rapide, à ce que chacun des pays du G5 fasse sa part du travail dans son pays pour ce qui le concerne et que nous ayons une stratégie très coordonnée avec l'ensemble de ces pays. C'est aussi ce qui nous a conduits, sur le plan militaire, à décliner cette association politique avec la force G5 Sahel. Le général m'a présenté tout à l'heure les grands éléments opérationnels, notre volonté de conduire des opérations plus avant mais aussi de nous coordonner précisément avec ces forces du G5, élément indispensable de notre travail sur le terrain. Ce triptyque se décline par une série d'actions que nous devons construire pour gagner cette bataille durablement face aux terroristes : La construction de la paix par les accords et leur suivi. Un travail de démantèlement de tous les groupements terroristes et trafiquants d'êtres humains, de drogue et d'armes, par les coopérations renforcées que nous avons décidées en coopération avec plusieurs États du Sahel et hors du Sahel c'est le cœur du sommet que nous avons tenu à Paris le 28 août dernier et à Abidjan il y a quelques semaines. C'est la mise en œuvre des accords d'Alger avec le Mali. C'est l'action de sécurité et l'action humanitaire, que je n'oublie pas, et qui nous a conduits il y a quelques jours encore à venir apporter la protection que nous devons à des femmes et des hommes qui, fuyant des risques politiques et vitaux, ont été, par nos soins, accompagnés jusqu'en France pour pouvoir bénéficier du droit d'asile, leur droit imprescriptible, celui que nous leur devons. Dans cette action globale que nous menons avec nos partenaires africains internationaux, vous, militaires de « Barkhane », vous avez une place éminente. Vous portez sur le terrain la mise en œuvre de notre stratégie pour la paix dans cette région. Rien ne serait possible sans votre engagement, sans votre dévouement, sans les risques que vous prenez, sans les gestes désintéressés que vous faites au quotidien dans les grandes comme dans les petites missions. Je sais qu'ici, chaque jour, pour vous, aucune mission n'est innocente et aucune mission n'est sans risque. Votre commandant d'opération, le général Guibert m'a décrit à l'instant la situation générale et les opérations en cours. Ce soir et demain, je verrai un certain nombre d'entre vous. Ces échanges me sont précieux pour m'informer plus en détail de la réalité de ces opérations, pour mieux comprendre le terrain. Je veux ici avec vous ce soir rendre hommage à vos camarades qui sont morts dans le cadre de l'opération « Barkhane » ; en 2017, deux soldats ont donné leur vie pour la France sur ce théâtre. Le sacrifice du sergent Julien BARBE et du caporal Albéric RIVETA nous oblige ; nous ne les oublierons pas. Je veux également saluer ceux qui ont été blessés, encore dernièrement pour certains d'entre eux. Ils sont nombreux. Nos pensées et notre affection les accompagnent et je leur souhaite aussi ce soir, avec vous, un rapide et entier rétablissement. Maintenant avec vous, je voudrais dresser un bilan sur ce qui a été fait jusqu'ici, sur les opérations en cours et sur ce que je veux pour notre engagement. Depuis 2014, « Serval » puis « Barkhane » ont porté des coups d'arrêt significatifs à l'ennemi. Certes, les groupes armés terroristes sont toujours présents, mais ils n'ont plus la capacité à se réunir en une force significative capable d'ébranler un Etat comme ce fut le cas en 2013. Certes, tout en évitant nos forces, ils continuent à agir, cherchent à frapper de manière asymétrique, à s'attaquer partout au symbole car ce qu'ils veulent c'est le chaos, qui est le terreau même de la radicalisation. Mais cet adversaire est aujourd'hui contenu ; il a été affaibli, il a été divisé ; du terrain a été repris, par votre engagement. Dans ce combat qui se conduit sur un territoire vaste comme l'Europe où l'ennemi est dispersé en bandes mobiles dont les effectifs sont parfois faibles mais réactifs, où le moindre oued, le moindre rocher, le moindre acacia est une cache potentielle, c'est votre capacité à être présents au bon moment, au bon endroit qui est essentielle. C'est pour cela, comme nous venons de le voir, que le renseignement permanent de plus en plus fin comme l'anticipation sont décisifs ; c'est aussi pour cela que l'agilité, l'adaptabilité, la vélocité de nos interventions le sont tout autant. Il s'agit tout à la fois d'un travail de patience qui, nous le savons, doit se conjuguer avec la fulgurance dans l'action ; c'est cela le défi opérationnel qui est le vôtre et je ne le sous-estime en aucun cas. La ministre des Armées et le CEMA en sont pleinement conscients et c'est bien cette vigilance, cet esprit d'exigence conjuguant ces deux impératifs opérationnels que j'ai retrouvés aujourd'hui sur le terrain. Les effets du travail que vous menez chaque jour ne se mesurent pas toujours à court terme ou à l'œil nu. Pourtant, cette présence au plus près des populations en partenariat avec les armées locales est aujourd'hui une matrice essentielle à la sécurité des populations sahéliennes et qui permet aussi aux États de mettre sur pied leur propre capacité de riposte. Ce que je constate également, c'est l'engagement croissant des pays du Sahel. Ils sont en première ligne et c'est l'alliance de leurs efforts qui permettra d'assurer demain leur propre sécurité. C'est aussi pour cela que je me suis engagé fortement, dès le début de mon mandat, pour que les forces du G5 Sahel puissent accélérer. Dès le début de juillet à Bamako et par des déplacements constants de la ministre, du chef d'état-major et de l'ensemble de vos officiers généraux. La semaine dernière encore à Paris, nous avons rassemblé l'ensemble des responsables et le chef d'état-major des forces de G5 Sahel. C'est aussi la coordination avec la mission EUTM Mali ainsi qu'avec la Minusma qui paie un lourd tribut et que je voudrais tout particulièrement saluer ce soir. L'engagement collectif sera le marqueur des opérations que nous mènerons dans les prochains mois. Ce partenariat militaire opérationnel est déjà en cours. Je sais qu'il y a peu certains parmi vous était aux côtés de camarades maliens, burkinabés ou nigériens non seulement pour les former, mais également pour les accompagner en mission. Cet effort devra se poursuivre ; il devra aussi être marqué par une étroite coordination avec la conduite de nos propres opérations à l'instar de l'opération « Koufra » dont la première phase m'a été présentée, et qui sera, dès le début de l'année prochaine, à nouveau déployée. Je souhaite que cette nouvelle force conjointe connaisse rapidement ses premiers succès face à l'adversaire et que par l'articulation permanente que vous assurez entre « Barkhane » et les forces G5 Sahel, nous puissions multiplier ces victoires sur le terrain. Pour mener des opérations dans ces immensités désertiques, encore faut-il des bases opérationnelles solidement établies. A cet égard, la base aérienne de Niamey est absolument centrale pour « Barkhane » et pas seulement pour des critères géographiques. Ici en une même unité opérationnelle, ce sont les capacités aériennes de 4 ou 5 bases métropolitaines qui sont concentrées : renseignement, appui feu, ravitaillement en vol, transport tactique et stratégique autant de capacités disponibles et de missions que vous remplissez à Niamey et depuis Niamey pour l'ensemble du Sahel. Je sais le rythme intense des missions qui s'enchaînent, les contraintes climatiques, l'élongation qu'il faut prendre en compte. Vous disposez pour cela d'un effort conséquent de toute la chaîne de logistique et opérationnelle interarmées et vous l'exploitez au mieux. Le colonel m'a ainsi présenté à la fois les contraintes mais les formidables défis relevés par la base. Notre capacité aérienne, avions de chasse et drones, particulièrement importante, est souvent à la source du renseignement qui offre les opportunités d'aller chercher l'ennemi jusque dans ses repaires les plus secrets. Nos avions renforcent les troupes au sol qui savent pouvoir compter précisément sur cet appui de tous les instants que la base ici seule permet. C'est aussi par les airs qu'arrive une grande part de la logistique nécessaire à la durée des missions. La base aérienne est également le hub d'accueil et de départ du théâtre. A chaque relève, elle se transforme en une plateforme de transit avec des effectifs doublés, plus de 40 000 passages sont ainsi comptabilisés chaque année. L'année qui s'ouvre pour vous toutes et tous sera marquée par de nouveaux défis. Notre engagement ici sera plein et entier parce que l'opération « Barkhane » est essentielle pour notre stratégie dans le Sahel. L'année 2018 sera marquée par des priorités que nous redonnerons en fonction des évolutions de l'ennemi, de nos choix stratégiques, et des évolutions politiques. Mais l'effort sera maintenu fortement. Les choix que j'aurai à prendre seront guidés par nos objectifs de sécurité et avec une volonté pour l'année qui s'ouvre : obtenir des victoires claires, importantes face à l'ennemi. Nous devons lui montrer que nous sommes là et que nous continuons de gagner du terrain. Nous devons redonner confiance à nos armées partenaires en leur permettant durablement de se rétablir dans plusieurs zones de la région. Je n'oublie pas que vous partagez votre base avec des camarades allemands engagés comme vous au Sahel et je veux les saluer tout particulièrement. Ils sont parmi nous ce soir, et ils sont le symbole de cette volonté croissante qu'ont les Européens de s'engager pour développer des réponses communes aux crises et développer une même culture stratégique basée sur l'efficacité et l'intérêt général. Nous avons la semaine dernière lancé la coopération structurée permanente à Bruxelles. Elle trouvera des concrétisations sur le terrain pour faciliter votre vie au quotidien et porter des projets communs. Je sais également que sont présents parmi vous des militaires américains et canadiens, invités d'un soir et surtout précieux alliés. Ils sont les bienvenus parmi nous car nous savons tous l'importance de leur contribution opérationnelle. Et je veux aussi saluer nos amis nigériens présents parmi nous. Ce sont nos alliés, avec l'ensemble des militaires des Forces du G5 Sahel, dans cette bataille, qui nous accueillent ici, et dont le rôle est essentiel. Mais ce soir, je ne viens pas seulement pour écouter et m'entretenir avec vous de vos missions et de vos opérations contre les groupes terroristes, ou encore de coordination des opérations aériennes. En ce moment même, la France s'apprête à entrer dans cette période qui se veut plus gaie, plus légère, plus familiale, qui parfois est aussi plus grave, plus recueillie, mais qui n'est jamais ordinaire, de ces fêtes de fin d'année et de cette période de Noël. Votre mission ne s'arrête pas pour autant, parce que pour vous, la trêve n'est pas permise. Et cela, nous ne l'oublions pas. Et c'est pour cela que nous sommes parmi vous ce soir. Demain, beaucoup d'entre vous travailleront à l'appui et au soutien de vos camarades, déployés dans l'immensité désertique de la zone d'opération. Certains voleront, d'autres répareront ou prépareront les missions des jours suivants. Tous, vous serez concentrés et penserez au succès des opérations. C'est pourquoi je viens aussi pour vous exprimer la reconnaissance de nos compatriotes. Je voudrais également ce soir avoir avec vous une pensée pour vos familles. Elles portent le poids de votre absence. Elles le portent toute l'année, mission après mission, et pour cela, elles méritent notre reconnaissance et notre soutien. Et je sais aussi que lorsque Noël arrive et que la fin d'année advient, il y a des femmes et des hommes et des enfants qui vous attendent, qui ne vous ont pas. Alors, qu'ils sachent que dans ces moments-là, c'est du temps que vous donnez à la Nation. La Nation le sait et les en remercie. Je peux aussi vous dire que nous ne les oublions pas, au-delà de cette période, chaque jour de l'année. C'est tout l'objet du Plan Familles que j'ai demandé à la ministre des Armées de mettre en place et qu'elle a présenté il y a maintenant plusieurs semaines. Je le sais, cette cause est essentielle à l'idée que la ministre se fait de sa mission. Ce Plan sera déployé durant les mois et les années qui viennent pour veiller justement à ce que les détails du quotidien soient aussi pris en compte, et la vie des familles améliorée. Plusieurs mesures sont déjà en cours de mise en œuvre, et le calendrier présenté sera respecté. Mais c'est au sein d'une autre famille que vous passerez ces moments de fin d'année : celle des Armées françaises. Une famille que vous avez choisie, par votre engagement sous l'uniforme. Une famille que l'on envie pour son unité, sa cohésion, pour la considération que chacun reçoit, et pour l'attention que chacun porte à ses camarades. Cette fraternité d'arme, elle ne se décrète pas, elle ne s'impose pas. Tous les chefs le savent bien. C'est vous qui la construisez, pas à pas, jour après jour, mission après mission, dans l'effort, la rigueur, l'accomplissement de votre devoir. Cette fraternité d'arme, c'est celle qui vous tient, c'est celle qui nous rend fiers et c'est celle qui donne chaque jour à tant de jeunes de notre pays l'envie de vous rejoindre. Je voudrais enfin vous dire toute l'attention que je porte à ce que vous représentez ici, à ce que vous faites, ainsi qu'à vos camarades engagés dans tout le Sahel, au Levant, sur terre ou sur mer, partout où flotte un drapeau ou un pavillon français. Ne réduisez pas votre attention à ma seule présence, ou à un dîner préparé par le chef cuisinier de l'Elysée pour lequel, je peux vous dire, c'est une immense fierté d'être là avec vous ce soir. Mon attention, vous l'avez, tout au long de l'année, que vous soyez en opération ou dans vos garnisons. Vous l'avez à travers l'importance que j'accorde aux comptes rendus qui me sont faits quotidiennement, à travers les messages que, chaque jour, mon chef d'Etat-major particulier me porte. Vous l'avez au travers de ma volonté de redresser l'effort de défense du pays, et des engagements clairs que je vous présenterai lors des vœux prochains. Vous l'avez parce que vous le méritez. J'ai confiance en vous et je voulais vous dire ce soir, alors que l'année s'achève, que la France est fière de vous, de ce que vous faites chaque jour. Elle pleure ses morts, elle soigne ses blessés, mais elle est fière de tous ses enfants qui se battent pour elle, pour la protéger et la construire demain. Vive la République, vive la France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/597.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/597.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..56cbc8fad8eb6a6fd6580bb172015218e1f7edfe --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/597.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Ministre, Monsieur le Préfet de Police, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Directeur Général de la Gendarmerie Nationale, Général Richard LIZUREY Monsieur le Directeur Générale de la Police Nationale, Monsieur le Gouverneur militaire de Paris, Mesdames et Messieurs, C'est un grand honneur de présider pour la première fois la cérémonie de voeux de la Gendarmerie nationale. Et ce d'autant plus qu'elle se déroule à l'Hôtel des Invalides, en cette maison des Armées et donc maison des Gendarmes, en ce lieu où la Nation se rassemble lorsqu'elle elle rend hommage aux plus illustres de ses enfants, comme ce fut le cas récemment pour Simone VEIL, puis pour Jean d'ORMESSON. Oui, cet Hôtel des Invalides est un haut lieu des héros français. Vous y accueillir à l'occasion de ces voeux, est donc une façon de souligner que, par leur engagement, par les risques qu'ils prennent pour protéger nos compatriotes, les 100 000 femmes et hommes qui composent la grande famille de la Gendarmerie nationale sont à leur manière des héros. L'année 2017 l'a une nouvelle fois montré. Héros en effet que vos huit camarades décédés l'année dernière dans l'exercice de leurs missions. Ils s'appelaient Jean-François FORTIN, Frédéric POUTEAU, Jérôme MITAINE, Éric MOUGEL, Frédéric STOURBES, Jean-François JEGU, Bernard LAMBERT et Nathan FRANCHET. Nous avons tous ici une pensée émue pour leurs familles et pour leurs proches. Héros que vos collègues ayant permis de déjouer plusieurs attentats ces douze derniers mois. Et je pense ici à cette attaque planifiée dans le Vaucluse, en pleine campagne électorale, je pense au projet qui visait en août base aérienne d'Evreux. Héros que les 780 militaires et les réservistes qui, suite au passage de l'ouragan Irma, sont partis en septembre dernier aux Antilles. Ils ont non seulement rétabli l'ordre public dans des îles en proie aux pillages. Mais ils ont aussi secouru, pris en charge des populations en détresse. Héros encore que les gendarmes des Pyrénées-Orientales qui sont intervenus à la suite du terrible accident de la circulation à Millas. Arrivés les premiers sur place, ils ont dû sécuriser les lieux, appuyer les sapeurs-pompiers dans le secours des victimes tout en recueillant les premiers éléments à l'avancée de l'enquête. J'évoque ces épisodes qui ont marqué tout le pays. Mais c'est tous les jours de l'année 2017 que les gendarmes se sont distingués par leur courage. Je pense bien sûr à vos camarades impliqués dans l'élucidation des terribles crimes ayant endeuillé la France et qui travaillent dans des conditions difficiles, sous le feu continu de l'exposition médiatique. Je pense aux militaires qui, dans le Calaisis, dans les Alpes-Maritimes, doivent faire face à une immigration irrégulière qui, structurée par des réseaux de passeurs, pose des difficultés en matière de gestion de l'ordre public. Grâce à la Gendarmerie nationale, 12 filières ont été démantelées ces douze derniers mois. Je pense à tous ceux qui se trouvent en contact avec les occupants des « zones à défendre » et qui, à Notre Dame des Landes comme ailleurs, font preuve d'un grand professionnalisme et d'un sang-froid à tout épreuve. Je pense encore aux dizaines de milliers de gendarmes qui, il y a quelques jours, on permis aux Français de célébrer les fêtes de fin d'année en toute sérénité, alors même que la menace terroriste s'établit, comme vous le savez, à un niveau très élevé. Mesdames et Messieurs, Avant de prendre mes fonctions place Beauvau, je connaissais la Gendarmerie comme élu local. Certes, la ville dont j'étais Maire n'était pas du ressort de votre force. Mais Président d'une agglomération comportant des communes périurbaines et rurales, j'avais mesuré le rôle des gendarmes au plus près des territoires, non seulement pour assurer la protection de nos concitoyens, mais aussi pour tisser le lien social, pour contribuer à l'inclusion de tous dans la République. Et c'est d'ailleurs fort de cette conviction que j'avais activement oeuvré pour qu'un projet de construction de caserne puisse voir le jour à Sathonay-Camp, en proche banlieue lyonnaise. Depuis que je suis Ministre de l'Intérieur j'ai, au fil de mes rencontres, de mes déplacements en Ile de France comme en région, été conforté dans cette vision que j'avais de la Gendarmerie. Sur le terrain, j'ai mesuré combien les gendarmes était mus par un sens aigu de l'intérêt général, par une extraordinaire volonté de servir. J'ai compris aussi qu'au-delà des traditions unissant votre famille et qui sont aujourd'hui célébrées à l'occasion de la Sainte Geneviève, la Gendarmerie nationale était animée par une capacité d'innovation incomparable. Brigades de contact, prise en compte de la transition numérique : partout où je suis allé, j'ai vu une Gendarmerie ouverte sur la société, engagée dans les grandes révolutions technologiques. Partout où je suis allé j'ai rencontré des militaires recherchant sans cesse de nouvelles solutions pour mieux traquer les délinquants, pour mieux servir la population, pour mieux protéger. L'année dernière, cet engagement de tous les instants a payé. Et si je ne suis pas un adepte de la politique du chiffre, comment ne pas citer, en 2017, l'augmentation du nombre d'interpellés, l'augmentation du taux d'élucidation, ainsi qu'une saisie record en matière d'avoirs criminels plus de 200 millions d'euros. Je tiens à vous féliciter pour ces résultats, obtenus dans un contexte difficile sur le plan de l'organisation des ressources humaines. Je veux aussi vous dire que ces succès me donnent confiance en l'avenir, confiance en notre capacité à relever les défis de l'année 2018. Le premier d'entre-eux sera celui de la lutte contre le terrorisme, qui constitue désormais la principale préoccupation des Français. Je l'ai souvent rappelé : la menace a aujourd'hui changé de nature. Hier exogène, avec des attaques fomentées depuis les théâtres de guerre étrangers, elle est aujourd'hui endogène, oeuvre d'individus qui, isolés ou en petit groupe, se radicalisent de manière soudaine avant finalement de passer à l'acte. De par son organisation ancrée sur le terrain, marquée par un lien étroit avec les acteurs locaux, la Gendarmerie nationale a tous les atouts pour lutter contre cette menace d'un genre nouveau. Je l'ai dit, vous avez déjà contribué à déjouer de nombreux attentats durant les mois précédents. Vous suivez plus de 1000 individus radicalisés. Je souhaite qu'en 2018, nous puissions collectivement monter en puissance. En tirant pleinement parti des dispositions de la loi du 30 octobre, qui ont été conçues pour vous, imaginées pour faciliter votre travail. En décloisonnant davantage l'accès au renseignement, en développant des techniques d'investigation toujours plus poussées. En formant aussi l'ensemble des militaires à ces techniques car ce sont eux nos meilleurs capteurs, eux qui constituent nos plus beaux atouts pour déceler ces signaux faibles permettant de prévenir le passage à l'acte. Un nouveau plan de lutte contre la radicalisation sera annoncé dans les semaines à venir en réunion interministérielle. Il est évident que la Gendarmerie nationale sera au coeur des mesures prises. Mesdames et Messieurs, Le second défi que nous aurons à relever est le défi migratoire. Comme l'a rappelé le Président de la République lors de ses voeux aux Français, le gouvernement a décidé d'appliquer en la matière une ligne empreinte à la fois d'humanité et d'efficacité. Sur le plan extérieur, il s'agit à la fois de soutenir en Afrique une politique de développement permettant à la jeunesse de se construire un avenir sur ce continent et de lutter contre les réseaux de passeurs qui font trafic des êtres humains. Sur le plan intérieur, nous sommes voulons à la fois accueillir tous ceux qui, dans leur pays, sont victimes de la guerre ou de persécutions, et, pour permettre cet accueil, nous montrer fermes vis-à-vis de ceux qui, présents illégalement en France, n'ont pas vocation à demeurer sur notre territoire. En 2017, les militaires de la gendarmerie ont appliqué ce principe d'efficacité, avec près de 40 000 interpellations d'étrangers en situation irrégulière. En 2018, il faudra encore amplifier cette action. La loi « immigration asile » qui sera prochainement présentée au Conseil des ministres constituera pour les forces de sécurité un puissant levier. Je souhaite aussi que, dès les prochains jours, une attention renouvelée soit portée aux dispositifs existants dans des départements le plus exposés je pense en métropole aux Alpes maritimes, le Calvados et le Pas de Calais, je pense à la Guyane et à Mayotte pour ce qui est de l'Outre mer. 2018 sera également marquée c'est notre troisième défi par des rendez-vous majeurs sur le plan de l'ordre public. Je sais combien les escadrons de gendarmerie mobile ont été mobilisés l'année dernière, parfois au prix d'importants sacrifices personnels pour les militaires. Les sollicitations pour l'année qui s'ouvre devraient se maintenir à un niveau élevé. Dans les semaines à venir et ce quelle que soit la décision qui sera prise par le gouvernement, nous aurons ainsi à traiter le problème de Notre Dame des Landes. Cela sera nécessairement complexe, car les escadrons de gendarmerie mobile devront faire face à des individus organisés, préparés par plusieurs mois d'occupation. Mais je veux dire ici ma totale confiance en vous pour que l'ordre républicain soit restauré sans encombre. Quelques mois plus tard, en novembre, il nous faudra sécuriser la tenue des opérations électorales en Nouvelle Calédonie. On le sait, le déroulement de tels scrutins, où les passions peuvent s'exacerber, comporte toujours des risques de troubles. Mais là aussi, je n'ai aucun doute sur votre capacité à assurer la pleine sérénité de ce moment démocratique. Enfin, Mesdames et Messieurs, l'année 2018 sera évidemment marquée par la révolution de la sécurité du quotidien. Une grande consultation vient de s'achever, qui a concerné les états-majors, mais aussi, au travers d'un questionnaire envoyé à l'ensemble des forces, des dizaines de milliers de policiers et de gendarmes. Nous sommes en train d'étudier l'ensemble des contributions afin de rédiger une doctrine qui sera révélée dans les semaines à venir. Notre ambition a été fixée par le Président de la République dans son discours aux forces de sécurité le 19 octobre : il est de remettre des policiers et des gendarmes sur le terrain, d'agir au plus près des populations, car c'est comme cela que l'on dissuadera les délinquants, c'est comme cela que l'on rassurera les Français. Pour mettre en oeuvre cette révolution, nous comptons bien sûr, sur la capacité d'innovation des militaires de la gendarmerie. Et quand, comme vous le faites maintenant depuis plusieurs mois, vous expérimentez 30 brigades de contact dans 24 départements, quand vous déployez 60 000 tablettes, quand vous développez pour ces tablettes des applications dédiées qui permettront par exemple de notifier des renseignements, de retransmettre en temps réel une situation grâce à la vidéo, vous préfigurez ce que sera la sécurité du quotidien, sur-mesure et connectée. Nous comptons donc sur vous. Mais je veux vous dire aussi que, pour relever tous ces défis, l'Etat sera pleinement à vos côtés. L'Etat sera pleinement à vos côtés d'abord pour restaurer le respect envers les forces de l'ordre, trop souvent victimes d'agressions quand ce n'est pas, comme vos deux collègues policiers de Champigny, de véritables lynchages. Je le dis avec force : jamais je n'accepterai de telles exactions. Jamais je n'accepterai que des casernes, là où vivent les gendarmes mais là où vivent aussi leurs familles, soient attaquées, comme ce fut le cas en 2017 en Haute Vienne et en Isère. Le gouvernement se montrera donc implacable avec tous ceux qui mettent en péril la sécurité de ceux qui sont là pour protéger nos compatriotes. Nous poursuivrons par ailleurs le plan de sécurisation des casernes initié l'année dernière, et qui sera pérennisé en 2018. Parce que la sécurité des militaires est une priorité ministérielle, un coordonnateur national de la protection sera nommé en 2018 pour superviser l'ensemble des questions relatives à la sécurité des gendarmes et à leurs familles. A vos côtés pour restaurer le respect dû aux forces de l'ordre, l'Etat sera aussi au rendez-vous des moyens humains. Dans les cinq ans à venir, 2500 postes seront ainsi créés, ce qui signifie, qu'après plus de dix années de difficultés, nous approcherons enfin, à quelques effectifs près, la capacité opérationnelle de 2007. Par ailleurs, avec le Directeur Général de la Gendarmerie Nationale, nous réfléchissons à une solution pour que l'application de la directive européenne sur le temps de travail soit pleinement compatible avec la disponibilité des forces. Vos moyens matériels seront également améliorés. Depuis ma prise de fonctions j'ai visité de nombreuses casernes. Certaines se distinguaient par leur grande modernité. D'autres, parce qu'elles avaient connu depuis des décennies un déficit chronique d'investissement, par une grande vétusté. Evidemment, remédier à ce problème ne se fera pas en un jour. Il faut au contraire une action dans la durée. C'est pour cette raison que j'ai souhaité que nous n'adoptions pas seulement un budget pour 2018, mais un plan quinquennal de montée en gamme des infrastructures et des équipements de la gendarmerie. S'agissant du parc immobilier, les financements seront ainsi portés à 100 millions d'euros par an, en hausse de 8.7% par rapport à 2017. S'agissant des équipements véhicules, armes, protection, l'enveloppe consacrée à leur renouvellement sera de 143 millions d'euros par an, en hausse de +15%. Au moment où le gouvernement engage une baisse sans précédent de la dépense publique, il s'agit là d'un effort significatif. Je l'assume. Car l'Etat doit aux gendarmes, à l'ensemble des forces de sécurité, des moyens à la hauteur de leur engagement. Enfin, au-delà de ces moyens financiers, l'Etat, dans la diversité de ses composantes, mettra tout en oeuvre pour que les forces de sécurité puissent retrouver le sens profond de leurs missions. La grande force des militaires de la Gendarmerie nationale, c'est d'avoir une formation d'exception, d'être capables d'intervenir en toutes circonstances, de faire face aux situations les plus extrêmes – et je salue ici le commandant du GIGN, particulièrement rompu à cet exercice. Or cette richesse est trop souvent détournée en tâches administratives inutiles, gaspillée en missions pour lesquelles l'expertise de la gendarmerie n'est pas indispensable. Sur ces sujets, qui apparaîtront aux plus expérimentés d'entre-vous comme des « serpents de mer », je veux que l'année 2018 soit enfin utile. C'est pourquoi la réforme de la procédure pénale, qu'avec la Garde des Sceaux nous préparons dans un climat de confiance réciproque, amènera des avancées concrètes en matière de simplification des cadres d'enquête, de forfaitisation de certaines infractions. C'est pourquoi aussi la mission parlementaire sur le continuum de sécurité que je nommerai en janvier devra étudier toutes les pistes capables d'améliorer la sécurité globale de nos concitoyens. Nous réexaminerons les gardes statiques, la répartition des tâches entre forces nationales, polices municipales et services de sécurité. Tout sera mis sur la table pour que gendarmes et policiers nationaux puissent se concentrer sur leur coeur de métier, la traque des délinquants, l'enquête, le renseignement, le maintien de l'ordre public. Mesdames et Messieurs, Nous voulons que 2018 soit une belle année pour la France. Je souhaite qu'elle soit belle aussi pour nos gendarmes. A vous donc, à vos proches, je formule mes meilleurs voeux pour cette année. Qu'elle soit sur le plan personnel, source de bonheur. Qu'elle soit sur le plan professionnel, remplie de réussites et d'épanouissement. Pour concevoir la carte de voeux du Ministère de l'Intérieur, j'ai demandé au jeune dessinateur qui avait dessiné, au lendemain du 13 novembre 2015, cette Marianne en pleurs ayant fait le tour du monde, de produire l'esquisse d'une Marianne conquérante, incarnant une République qui regarde l'avenir avec confiance. Eh bien, Mesdames et Messieurs, si Marianne relève aujourd'hui la tête, si, en 2018, elle portera avec force les valeurs qui sont propres à la France, c'est parce que vous, militaires de la gendarmerie, êtes là, toujours présent, pour défendre la République. Parce que vous êtes là pour assurer cette sécurité, sans laquelle il n'y a ni liberté, ni égalité, ni fraternité possibles. Merci pour votre engagement au service du pays. Puisse 2018, être pour chacun d'entre-vous, une belle année. Vive la République ! Vive la France ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/598.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/598.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c3eb31708f1fbff75688dfbda68c548ae1c63feb --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/598.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-JACQUES BOURDIN Notre invitée ce matin est Nicole BELLOUBET, ministre de la Justice. Bonjour. NICOLE BELLOUBET Bonjour. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci d'être avec nous. Le président turc Recep Tayyip ERDOGAN est en France. Le président de la République va le recevoir, ils vont déjeuner tous les deux. Mille quatre cent quatre-vingt-six avocats poursuivis en Turquie, soixante et onze avocats condamnés à de longues peines, des magistrats très nombreux arrêtés : demandez-vous la libération immédiate de tous ces avocats emprisonnés en Turquie ? NICOLE BELLOUBET Je crois et je suis même certaine que le président de la République interviendra fermement auprès du président ERDO?AN pour faire valoir la conception française et européenne de l'Etat de droit. Cette conception effectivement impose que des gestes puissants soient accomplis. Je suis certaine que c'est une discussion que les deux présidents auront entre eux, bien que le président français ait toujours dit qu'il ne souhaitait pas s'immiscer dans les politiques intérieures. JEAN-JACQUES BOURDIN Pas s'immiscer mais il peut demander, recommander, insister auprès du président turc pour ces avocats, par exemple, soient libérés, pour que les magistrats soient peut être réintégrés. Je ne sais pas. NICOLE BELLOUBET C'est très important qu'effectivement des valeurs puissantes comme celles que nous portons soient défendues et explicitées auprès du président ERDOGAN en l'occurrence. JEAN-JACQUES BOURDIN Et elles le seront donc. NICOLE BELLOUBET D'ailleurs lorsque des journalistes français avaient été également mis en prison, nous sommes intervenus sur des affaires singulières. J'avais eu l'occasion d'avoir moi-même au téléphone mon collègue ministre de la Justice turc pour évoquer des situations singulières. Nous sommes présents tout en respectant la souveraineté des Etats. JEAN-JACQUES BOURDIN Les migrants et les réfugiés, bientôt la loi immigration asile. Le ministre de l'Intérieur fait la distinction entre migrants et réfugiés. Vous aussi ? NICOLE BELLOUBET Je crois là aussi que nous devons avoir une politique équilibrée. Autrement dit, nous devons à la fois accueillir de manière digne et intégrer les personnes qui peuvent bénéficier du droit d'asile ou qui peuvent bénéficier d'un titre de séjour régulier. En revanche, nous devons avoir une politique qui soit rigoureuse pour celles et ceux qui ne peuvent pas rester sur le territoire français. Je crois que c'est de cet équilibre que naîtra la crédibilité de notre pays dans sa capacité et sa mission historique de continuer à accueillir des personnes venues de pays étrangers. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous êtes humaniste. NICOLE BELLOUBET Oui. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous avez travaillé auprès du maire de Toulouse, une très grande ville. Est-ce que vous comprenez que des fonctionnaires d'une préfecture ou que des fonctionnaires de l'OFPRA puissent entrer dans des centres d'accueil où se trouvent des migrants et des réfugiés pour faire le tri ? NICOLE BELLOUBET Non, je réfute le terme de tri, monsieur BOURDIN. Je réfute totalement ce terme. JEAN-JACQUES BOURDIN Je l'emploie volontairement pour vous provoquer. NICOLE BELLOUBET Je réfute ce terme de tri parce que je crois que ce n'est pas l'objet. L'objet, c'est de dire aux gens qui peuvent être dans ces centres d'hébergement et de le dire non pas contre les associations qui assurent cette mission humanitaire, parce que ça je crois qu'il y a une inconditionnalité qui doit être préservée de l'accueil des gens qu'assurent ces associations, mais il me semble assez judicieux de dire aux personnes qui sont là : « Vous avez peut-être d'autres droits, d'autres solutions. Nous pouvons vous les proposer. Ou si vous n'avez pas de droits, vous ne pouvez pas rester éternellement dans cette situation d'incertitude qui, finalement, est encore plus terrible pour vous. » Ce n'est pas du tri, c'est de l'information qui peut être donnée et c'est peut-être des solutions meilleures qui peuvent être trouvées. JEAN-JACQUES BOURDIN J'imagine que vous approuvez totalement. Vous êtes membre du gouvernement, vous n'allez pas me dire : « Ça ne me plaît pas. » NICOLE BELLOUBET Je suis membre du gouvernement. La solidarité gouvernementale est essentielle. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais vous comprenez que les associations protestent ? NICOLE BELLOUBET Je comprends qu'elles demandent des explications. C'est ce qu'on est en train d'essayer de leur donner et de leur faire comprendre. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Parlons de tout autre chose, des djihadistes françaises. Hier matin, j'avais ici même à votre place Benjamin GRIVEAUX qui est le porte-parole du gouvernement. « Les djihadistes françaises arrêtées et détenues par des forces kurdes » – je dis bien des forces kurdes en Syrie – « seront jugées en Syrie si un procès équitable y est possible » : c'est ce que nous disait hier matin le porte-parole du gouvernement. Je vais prendre le cas d'Emilie KÖNIG qui est réclamée par la justice française depuis 2015, enquête liée à une filière terroriste. Elle demande son rapatriement ; est-ce légitime ? NICOLE BELLOUBET Je ne me prononce pas sur la légitimité, je me prononce sur l'Etat de droit. Cette personne comme d'autres Français, lorsqu'ils ont été arrêtés par des autorités locales, je rappelle qu'ils sont allés en Syrie pour conduire généralement des actions terroristes. Je ne parle pas de la personne dont vous parlez-là, encore qu'elle soit judiciarisée, vous avez raison de le dire. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, en France. NICOLE BELLOUBET Elles se sont rendues volontairement sur une zone de combat, sur un théâtre de guerre. Si elles ont été arrêtées par les autorités locales et si ces autorités locales peuvent offrir un certain nombre de garanties en termes de traduction, en termes d'accès à un avocat. Il n'y a pas de raison qu'elles ne fassent pas… JEAN-JACQUES BOURDIN Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. NICOLE BELLOUBET Si ce n'est pas le cas, la France peut intervenir soit par le biais d'une protection consulaire dans les Etats où nous avons cette protection consulaire, soit par le biais de la Croix Rouge, des organisations humanitaires. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc pas question qu'elles soient jugées en France ? NICOLE BELLOUBET Non, je n'ai pas dit : « Pas question qu'elles soient jugées en France », monsieur BOURDIN. Si des personnes qui sont allées sur des théâtres de combat reviennent en France, elles seront évidemment prises en charge en France. JEAN-JACQUES BOURDIN Si elles reviennent en France. Mais arrêtées en Syrie par des forces kurdes : il n'y a pas d'Etat kurde donc il n'y a pas d'institutions judiciaires kurdes. NICOLE BELLOUBET Il n'y a pas d'Etat que nous reconnaissons mais il y a des autorités. JEAN-JACQUES BOURDIN Il n'y a pas de conventions internationales. NICOLE BELLOUBET Il y a des autorités locales et nous pouvons admettre que ces autorités locales puissent éventuellement procéder à des opérations de jugement. JEAN-JACQUES BOURDIN A des opérations de jugement, donc pas question de rapatrier ces Françaises-là arrêtées sur place. NICOLE BELLOUBET Encore une fois, nous agissons dans le cadre de la légalité internationale et donc nous prendrons en charge toutes les personnes qui reviendront sur le territoire français. Pour autant, nous n'irons pas nécessairement les chercher là où elles seront. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc celles qui sont arrêtées là-bas ne reviendront pas si j'ai bien compris. Et les enfants de ces Françaises djihadistes qui ont moins de huit ans, ils sont français ? Que va-t-on en faire ? NICOLE BELLOUBET Là encore, nous avons une obligation me semble-t-il humanitaire qui est tout à fait liée au respect des traités internationaux. Les enfants qui peuvent revenir en France, et parfois nous en prenons en charge : récemment, nous avons rapatrié des enfants d'une femme qui est également présente sur les terrains de combat. Nous les prenons en charge, ils sont dès leur arrivée sur le sol français présentés à un juge des enfants qui décide de leur situation. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc les enfants de ces Françaises djihadistes qui seraient jugées là-bas seront rapatriés et pris en charge en France. A moins de huit ans. NICOLE BELLOUBET Dans des situations particulières que gère le Quai d'Orsay bien sûr. JEAN-JACQUES BOURDIN Moins de huit ans, c'est bien cela. NICOLE BELLOUBET Oui, oui, tout à fait. JEAN-JACQUES BOURDIN Moins de huit ans, parce qu'après huit ans il peut y avoir suspicion de radicalisation ou autre. NICOLE BELLOUBET Oui. JEAN-JACQUES BOURDIN Non ? Même si ce que je dis peut choquer. NICOLE BELLOUBET Si, si. Mais nous ne raisonnons pas exactement de cette manière-là. Nous prenons les choses de manière extrêmement pragmatique. Encore une fois, nous prendrons en charge les enfants comme les adultes dès qu'ils arrivent sur le sol français. JEAN-JACQUES BOURDIN S'ils rentrent. Celles qui sont arrêtées là-bas et qui resteront là-bas probablement seront séparées de leurs enfants. NICOLE BELLOUBET Mais elles le demandent parfois. Elles le demandent parfois. JEAN-JACQUES BOURDIN Déradicalisation des détenus, je voudrais qu'on en parle un petit peu aussi. Combien de détenus dans les prisons françaises condamnés pour terrorisme aujourd'hui ? NICOLE BELLOUBET Cinq cents. JEAN-JACQUES BOURDIN Combien de détenus radicalisés ? NICOLE BELLOUBET Mille deux cents. Si on peut savoir qu'un détenu est radicalisé. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, oui. Est-ce que votre volonté est d'isoler ces détenus radicalisés ? NICOLE BELLOUBET Notre volonté, c'est d'assurer un traitement au cas par cas selon les situations. Lorsque nous avons un détenu qui est arrêté pour terrorisme, il est pris en charge dans ce qu'on appelle un quartier d'évaluation de la radicalisation. Là, il va passer quatre mois où il va faire l'objet d'une évaluation de son niveau de dangerosité. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais il y en a très peu en France. NICOLE BELLOUBET Il y en a très peu. Nous allons augmenter les capacités d'accueil de ces quartiers d'évaluation de la radicalisation. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire ? NICOLE BELLOUBET Nous allons les multiplier par deux, par trois, pour être en capacité d'absorber les détenus radicalisés. Ils sont évalués pendant quatre mois puis ensuite, selon leur niveau de dangerosité, ils seront soit placés à l'isolement ; soit placés dans des quartiers pour détenus violents qui sont des quartiers de prise en charge très singulière ; soit, si leur niveau de dangerosité est considéré comme faible ou quasi-nul, ils seront placés en détention ordinaire mais évidemment feront l'objet d'un suivi approprié. JEAN-JACQUES BOURDIN A propos de radicalisation, Salah ABDESLAM va-t-il être transféré dans une prison du nord de la France pour être jugé en Belgique ? NICOLE BELLOUBET J'étais hier à Fleury. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, je sais. Je sais. NICOLE BELLOUBET Mais vous savez tout décidément. JEAN-JACQUES BOURDIN Non, mais je travaille. NICOLE BELLOUBET C'est très bien, moi aussi. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous aussi, donc voilà. NICOLE BELLOUBET Nous sommes à égalité. Vous savez que Salah ABDESLAM est impliqué évidemment dans des attentats et dans des procès en Belgique. Effectivement, un procès doit avoir lieu en Belgique. JEAN-JACQUES BOURDIN Début février. NICOLE BELLOUBET Nous allons le mettre à disposition des autorités belges. Pour cela, il va effectivement être transféré dans une prison du nord de la France pour pouvoir être présent à son procès. JEAN-JACQUES BOURDIN A Vendin-le-Vieil. NICOLE BELLOUBET Si vous le savez, c'est que vous avez travaillé. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc c'est la bonne réponse. Un téléphone fixe sera donc installé dans la quasi-totalité des cellules de prison en France. On est bien d'accord ? NICOLE BELLOUBET On est bien d'accord, oui. JEAN-JACQUES BOURDIN Cinquante mille cellules, cent soixante-dix-huit établissements pénitentiaires. Quand le téléphone dans toutes les cellules ? NICOLE BELLOUBET Cela va être fait de manière progressive puisque c'est effectivement quelque chose qui est assez long. JEAN-JACQUES BOURDIN En combien de temps vous allez installer cela ? NICOLE BELLOUBET D'ici une trentaine de mois. JEAN-JACQUES BOURDIN Une trentaine de mois. Quatre numéros de téléphone possibles ? NICOLE BELLOUBET Oui. JEAN-JACQUES BOURDIN Fixés par l'autorité judiciaire, pénitentiaire ou le juge. NICOLE BELLOUBET Oui, l'administration pénitentiaire. Absolument, tout à fait. JEAN-JACQUES BOURDIN Avec un appel d'offres, des appels d'offres. NICOLE BELLOUBET Tout à fait, des appels d'offres. Si vous voulez, nous étions obligés de renouveler la délégation de service public que nous avons à l'heure actuelle qui arrivait à échéance en mai prochain. Nous avons lancé de nouveaux appels d'offres sur une modalité différente de celle qui existait aujourd'hui puisqu'aujourd'hui, vous le savez, il existait des cabines dans les prisons. Nous avons considéré, pour être très rapide sur ce sujet, qu'il y avait là trois avantages de mon point de vue à mettre en place des téléphones fixes en cellule. Un avantage de socialisation pour les détenus puisqu'ils pourront joindre leur famille notamment à des heures où les enfants où les parents sont là, c'est-à-dire par exemple le soir. Nous avons considéré qu'il y avait un avantage lié à la sécurité. Car, en effet, on s'est aperçu dans une expérience qui a eu lieu à Montmédy… JEAN-JACQUES BOURDIN Montmédy dans la Meuse. NICOLE BELLOUBET Qu'il y avait moins de téléphones portables qui circulaient de manière illégale à partir du moment où les… JEAN-JACQUES BOURDIN Les surveillants que nous avons eus ne disent pas cela. NICOLE BELLOUBET Si, les faits sont là. Nous avons des chiffres. C'est 30 % de téléphones portables en moins. Enfin, nous avons considéré qu'il y avait aussi un allègement des tâches des surveillants pénitentiaires qui n'auront plus à accompagner les détenus. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. Qui ne pouvaient plus, qui étaient débordés. NICOLE BELLOUBET Voilà. Il me semble qu'il y a des avantages avec cette solution et je n'en vois pas les inconvénients. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais les téléphones portables, les smartphones en prison, vous savez bien qu'il y en a des milliers et des milliers. Pourquoi ? Parce que le détenu appelle sa famille mais il s'en sert pour gérer du trafic. C'est vrai ou faux ? NICOLE BELLOUBET Non, non, non, monsieur BOURDIN. Pas tous, pas tous. JEAN-JACQUES BOURDIN Pas tous ? NICOLE BELLOUBET Pas tous, vous ne pouvez pas dire ça de tous les détenus. JEAN-JACQUES BOURDIN Pas tous les détenus mais certains. NICOLE BELLOUBET Déjà, tous ceux qui cherchaient peut-être à avoir un téléphone portable de manière illégale pour appeler leurs gamins, là ils pourront le faire de manière légale. Par ailleurs, nous avons également un marché public qui permet de brouiller de manière plus efficace… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais pour l'instant, c'est impossible. On ne peut pas brouiller. NICOLE BELLOUBET Mais nous avons passé un marché qui permet de brouiller de façon efficace les téléphones portables dans les prisons. JEAN-JACQUES BOURDIN A partir de quand le marché ? NICOLE BELLOUBET Là, maintenant. Le marché vient d'être signé. JEAN-JACQUES BOURDIN A partir de quand on pourra brouiller les téléphones portables dans les prisons ? NICOLE BELLOUBET Je ne sais pas quel est exactement… Je ne peux pas vous dire si c'est le 15… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, pas le jour mais dans les semaines qui viennent. NICOLE BELLOUBET Maintenant, ça va être fait maintenant avec des systèmes qui sont adaptés à l'évolution des technologies. JEAN-JACQUES BOURDIN Beaucoup de détenus regrettent de ne pas pouvoir fouiller systématiquement. NICOLE BELLOUBET Non, vous voulez dire beaucoup de surveillants à moins que vous n'inversiez les rôles. JEAN-JACQUES BOURDIN Non, non, non, surveillants. Fouiller systématiquement les détenus. NICOLE BELLOUBET Il y a des hypothèses de fouille qui sont régulées par la loi. Nous estimons, et j'ai eu l'occasion d'en parler à de nombreuses reprises dans les établissements pénitentiaires dans lesquels je me rends, nous estimons que ces fouilles qui ne sont pas systématiques mais qui sont cadrées, qui sont mises en place de manière scandée par l'administration pénitentiaire, sont aussi efficaces que les fouilles systématiques et à tout moment. JEAN-JACQUES BOURDIN J'imagine que tous ces téléphones fixes seront écoutés. Les conversations seront écoutées. NICOLE BELLOUBET Je vous laisse le dire. Ce que je peux dire moi, c'est que… JEAN-JACQUES BOURDIN Il va falloir beaucoup de personnel pour cela, non ? NICOLE BELLOUBET Ce que je peux dire moi, monsieur BOURDIN, c'est que nous développons un service de renseignement pénitentiaire qui est désormais très puissant. Accroissement des capacités techniques, augmentation du nombre de personnel, augmentation des crédits. Nous sommes désormais reconnus par nos interlocuteurs des autres services de renseignement : DGSI, et cætera, avec lesquels nous travaillons en permanence. Nous avons prouvé l'efficacité de ce service de renseignement pénitentiaire. JEAN-JACQUES BOURDIN Le cannabis. Ce matin, j'avais sur notre antenne sur RMC Robin REDA qui est l'un des deux députés qui doit rendre un rapport qui nous disait : « Ma recommandation est simple : contravention, amende pour un usager simple de cannabis. S'il y a soupçon de trafic, à ce moment-là c'est le juge et s'il y a récidive, c'est le juge. » C'est la solution qui sera appliquée ? NICOLE BELLOUBET Ecoutez, nous travaillons sur ce sujet puisque cela fait partie des chantiers de la justice que j'ai lancés, pour lesquels je vais avoir des restitutions puis ensuite donc des éléments de dialogue avec l'ensemble des parties prenantes. Donc des propositions vont m'être faites sur cette question du cannabis. Ce que je veux, c'est à la fois une réponse ferme et une réponse plus rapide et dissuasive. Il nous semble effectivement que la forfaitisation et la verbalisation, c'est une solution. Mais je suis très attentive à ce que ce qui va me remonter des chantiers de la justice et au résultat de cette mission parlementaire… JEAN-JACQUES BOURDIN Nous les avons les résultats, pratiquement. NICOLE BELLOUBET Eh bien moi je ne les ai pas, vous avez de la chance parce que moi je ne les ai pas et j'attends… je vous promets que… JEAN-JACQUES BOURDIN Non, non, mais en écoutant RMC ce matin, nous les avons eus, mais peu importe… c'est très important, je voudrais qu'on explique bien, on explique bien au téléspectateur et à l'auditeur. Je suis un simple consommateur, je sors du lycée, je rencontre un policier 500 mètres plus loin, je suis en train de fumer un joint, eh bien le policier me dressera une amende si je suis… NICOLE BELLOUBET Le policier va pouvoir effectivement verbaliser ce consommateur de cannabis. JEAN-JACQUES BOURDIN Voilà. Il va verbaliser… NICOLE BELLOUBET Donc réponse immédiate, réponse efficace et… JEAN-JACQUES BOURDIN Et ce consommateur ne sera pas conduit devant le juge. NICOLE BELLOUBET Si c'est sa première consommation… enfin moi, encore une fois, je ne fais là que des hypothèses, si c'est sa première consommation il ne sera pas conduit devant le juge. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais est-ce que ça veut dire qu'on en est arrivé à une dépénalisation ? NICOLE BELLOUBET Ce n'est pas la même chose. JEAN-JACQUES BOURDIN Voilà, c'est-à-dire qu'il n'y a pas dépénalisation, on est bien d'accord ? NICOLE BELLOUBET La question n'est pas tranchée. On peut, si vous voulez, soit nous avons une contravention, soit nous avons un délit, actuellement c'est un délit. On peut forfaitiser les délits, on peut également avoir une contravention qui soit également forfaitisée. Il nous faudra… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous préférez une contravention, vous-même ? NICOLE BELLOUBET Il nous faudra trancher, les deux systèmes ont des avantages, des inconvénients, il nous faudra trancher. JEAN-JACQUES BOURDIN Dans tous les cas, le petit consommateur, qui est surpris la première fois, lui paiera une amende. NICOLE BELLOUBET Paiera une amende. JEAN-JACQUES BOURDIN On parle de, enfin c'est ce me disait Robin REDA ce matin, 150 euros à peu près. NICOLE BELLOUBET Je ne sais pas… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous ne savez pas. NICOLE BELLOUBET Non, franchement, je ne sais pas, là on est dans l'application, il faut déjà que nous ayons absolument tranché les principes. Moi je le redis, forfaitisation, verbalisation, pour une réponse efficace. JEAN-JACQUES BOURDIN La lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes, là encore création d'une présomption de non consentement… NICOLE BELLOUBET Oui. JEAN-JACQUES BOURDIN On est bien d'accord ? NICOLE BELLOUBET Absolument. JEAN-JACQUES BOURDIN 13 ans ? NICOLE BELLOUBET Le président de la République a fait part d'une opinion personnelle qui était de 15 ans, moi j'ai fait part de mon opinion personnelle qui était de 13 ans, honnêtement ce n'est pas une question d'opposition, c'est une question de trouver la mesure la plus adaptée. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous, vous préférez 13 ans. NICOLE BELLOUBET Non, il me semblait, si vous voulez, que, à 15 ans il y a aujourd'hui une maturité sexuelle qui parfois peut rendre les choses compliquées, en même temps mettre cette non présomption à 15 ans a l'avantage d'aligner plusieurs seuils qui existent déjà à 15 ans. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous pourriez vous plier à la solution 15 ans ? NICOLE BELLOUBET Tout à fait, sans aucune difficulté, d'ailleurs Marlène SCHIAPPA, qui travaille également avec moi beaucoup sur ce dossier, a elle aussi dit qu'elle souhaitait 15 ans. Je pense que nous entendrons le Parlement, nous pourrons discuter de cette solution. JEAN-JACQUES BOURDIN Décision quand ? NICOLE BELLOUBET Alors, il y aura un projet de loi sur les violences faites aux femmes, les violences sexuelles, pardon, pour les femmes et les enfants, donc sans doute au printemps. JEAN-JACQUES BOURDIN J'ai une dernière question qui inquiète beaucoup, les avocats notamment, c'est la réforme de la carte judiciaire, Nicole BELLOUBET. NICOLE BELLOUBET Je n'ai jamais utilisé ce terme-là. Il y a en ce moment une sorte de fantasmagorie… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, j'ai vu ça, mais est-ce que des cours d'appel seront supprimées ? Moi je pose la question directement. NICOLE BELLOUBET Non. JEAN-JACQUES BOURDIN Non ? NICOLE BELLOUBET Non, mais je ne dis que cela, non. Le président de la République, le Premier ministre, ont pris l'engagement qu'aucun lieu de justice ne serait fermé, je confirme cet engagement, nous ne fermerons pas de cours d'appel, la cour d'appel de Riom, de Pau, de je ne sais où, évidemment… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, de Nîmes, de… NICOLE BELLOUBET Voilà, évidemment, demeureront. Les choses sont très claires. Ensuite, nous réfléchissons, à partir des chantiers de la justice que nous avons lancés, nous réfléchissons à une organisation qui soit la plus optimale possible pour le citoyen, en termes de lisibilité, en termes d'efficacité, en termes de qualité de la justice, nous réfléchissons à des évolutions possibles, mais ça peut se faire sans fermer des lieux de justice. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci Nicole BELLOUBET d'être venue nous voir. Voyez que ça s'est très bien passé, vous avez eu raison de venir sur RMC et BFMTV. NICOLE BELLOUBET Mais je n'avais aucune crainte Monsieur BOURDIN. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais j'en suis sûr, sur RMC et BFMTV, merci. NICOLE BELLOUBET Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/599.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/599.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6e52d85b9e050d9294ce1d5a4eb2eed5371c1aa0 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/599.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Ministre, Monsieur le Préfet, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Président du Conseil départemental, Madame la Maire de Paris, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs, C'était il y a trois ans. La France, le monde, se réveillaient sous le choc. La veille, des terroristes avaient assassiné une grande partie de la rédaction de Charlie Hebdo. Nous pleurions Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski. Nous pleurions l'ensemble des victimes. Nous étions « tous Charlie ». Ce matin du 8 janvier 2015 donc, Clarissa Jean-Philippe, policière municipale à Montrouge, prit comme chaque jeudi, son service, patrouillant pour sécuriser un des marchés de la commune. Sa famille – et je salue ici ses tantes - était inquiète, parce que les auteurs de l'attaque de Charlie Hebdo étaient encore en fuite, parce qu'elle savait que les terroristes visaient aussi les policiers. Mais à titre personnel, Clarissa, elle, était heureuse. Heureuse de la nouvelle vie qu'elle se construisait. Heureuse d'exercer ce métier qu'elle aimait tant. Heureuse parce que, dans une semaine, elle allait enfin être officiellement titularisée. Devenir policière était en effet le rêve de Clarissa. Depuis son plus jeune âge, elle voulait servir l'Etat, elle voulait protéger ses compatriotes. Formée à l'école de police de Pantin, stagiaire ici, à Montrouge, depuis quelques mois, elle était donc sur le point d'atteindre son but le plus cher et de s'installer durablement en région parisienne, avec son compagnon, quittant sa Martinique qu'elle aimait tant. La folie meurtrière du terrorisme en décida autrement. Alors qu'elle venait de quitter son poste pour intervenir avec son binôme sur un accident de la circulation, Clarissa Jean-Philippe fut assassinée froidement, lâchement, de tirs dans le dos. Mesdames et Messieurs, Si nous sommes réunis aujourd'hui, si je suis ici pour représenter le Président de la République, c'est pour dire avec force que nous ne l'oublierons jamais. Les habitants de Montrouge n'oublieront pas son professionnalisme, la rapidité avec laquelle elle avait tissé avec tous les acteurs locaux des liens étroits. En seulement quelques mois, elle était - disaient ses collègues - devenue une vraie policière de terrain. Ses amis, ses proches, n'oublieront pas son extraordinaire joie de vivre, ce sourire communicatif, immortalisé par l'artiste Christian Guemy dans un portrait qui réchauffe le coeur des Montrougiens en ces longs jours d'hiver. Les Français se souviendront longtemps de cette policière abattue en pleine rue, simplement parce qu'elle avait choisi de consacrer son existence à les protéger. Oui, Clarissa Jean-Philippe a perdu la vie parce qu'elle portait un uniforme, parce qu'elle incarnait la République. Elle a été tuée parce que son seul objectif était d'assurer notre sécurité, condition-même de notre liberté, de notre art de vivre. Elle est notre héroïne à tous. Une héroïne française. C'est pourquoi Clarissa Jean-Philippe a été élevée, à titre posthume, au grade de chevalier dans l'ordre national la légion d'honneur. C'est pourquoi cette plaque devant laquelle nous nous trouvons, lui adresse l'hommage solennel de toute la Nation. C'est pourquoi aussi, vous avez, Monsieur le Maire, décidé d'accoler son nom à celui de l'avenue de la Paix. L'avenue de la Paix. Quel plus beau symbole pour une femme qui précisément, aspirait à « garder la paix » ? Mesdames et Messieurs, Si je tenais à être présent cet après-midi c'est donc pour assurer tous ceux qui ont aimé Clarissa du soutien indéfectible de la Nation. C'est aussi pour vous dire que tout est aujourd'hui mis en oeuvre pour lutter contre le terrorisme, pour faire en sorte de prévenir les attaques comme celle qui lui a coûté la vie. Au quotidien, nos forces de sécurité policiers nationaux et municipaux, gendarmes, services de renseignement réalisent un travail remarquable, pour déjouer des attentats, pour sécuriser des manifestations, pour suivre les individus radicalisés et empêcher leur passage à l'acte. Conformément aux engagements du Président de la République, ces femmes et ces hommes qui nous protègent, verront, au fil du quinquennat, leurs moyens renforcés. Moyens humains : 10 000 postes seront créés dans les cinq ans à venir, notamment dans les services de renseignement. Car c'est par le renseignement que nous pourrons mieux repérer les individus qui soudain se radicalisent. Moyens juridiques : la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme adoptée le 30 octobre par le Parlement donne aux forces de l'ordre une plus grande latitude d'action pour lutter contre ceux qui voudraient commettre le pire sur notre sol, en prenant un certain nombre de mesures administratives. Mais, Mesdames et Messieurs, la lutte contre le terrorisme ne saurait se circonscrire à nos seuls policiers, à nos seuls gendarmes. Elle doit au contraire nous mobiliser tous. Mobiliser l'ensemble des services de l'Etat. Et c'est pour cela que, dès les semaines à venir, le Gouvernement présentera un plan de lutte contre la radicalisation associant par exemple des ministères comme celui de l'Education Nationale. Nous sommes en effet convaincus que c'est à la racine qu'il faut combattre le mal, que c'est en défendant ces valeurs républicaines que Clarissa chérissait tant, que nous gagnerons. Mais plus largement, toute la société française doit embrasser le combat face à l'obscurantisme, face à la haine, face à tous ceux qui rejettent la diversité des cultures. Ce qu'on appelle « l'esprit du 11 janvier », cette volonté de porter partout la République, de défendre en toutes circonstances les forces de sécurité, ne doit pas se limiter aux commémorations, ressurgir à chaque événement tragique. Il doit être une exigence de tous les jours. Il doit se traduire au quotidien, en nous montrant tous vigilants face à nos ennemis, en ne cessant jamais de soutenir ceux qui prennent tous les risques pour nous protéger. Mesdames et Messieurs, Ici, rue Pierre Brossolette, il y a trois ans, la policière Clarissa Jean-Philippe est morte pour la France. En cette journée de deuil, vous me permettrez de citer le grand résistant qui donne son nom à cette artère. Il disait : « Ce qu'ils attendent de nous, ce n'est pas un regret mais un serment. Ce n'est pas un sanglot mais un élan ». Porter, dans notre pays, un grand élan. Pour la paix. Pour la liberté. Pour la République. Voilà ce que nous devons à Clarissa Jean-Philippe. Voilà comment nous serons fidèles à sa mémoire. Vive la République ! Vive la France ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/600.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/600.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..07dcd3718c03a95afe4011284a843a65a20a957f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/600.txt @@ -0,0 +1 @@ +JULIE LECLERC Patrick COHEN, vous recevez ce matin la secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, et auteur de « Laïcité, point ! », aux éditions de l'Aube. PATRICK COHEN Bonjour Marlène SCHIAPPA. MARLENE SCHIAPPA Bonjour. PATRICK COHEN Je vous présente Nadia DAAM, chroniqueuse à Europe 1... MARLENE SCHIAPPA Très heureuse. PATRICK COHEN ... qui aura question à vous poser à la fin de cet entretien. MARLENE SCHIAPPA Parfait. PATRICK COHEN Et avant de commencer, si vous le souhaitez, quelques mots sur France GALL, çà qui vous avez rendu un hommage éloquent hier sur les réseaux sociaux. Pourquoi ? MARLENE SCHIAPPA J'adorais France GALL, mais ce n'est pas très original, je pense que comme des millions de Français j'ai été bercée par ses chansons, elle nous a suivis quand même pendant plusieurs décennies et c'était vraiment une immense artiste, également très engagée. PATRICK COHEN Marlène SCHIAPPA, vous publiez également un petit livre intitulé « Laïcité, point ! », parce que dites-vous la laïcité ne doit s'accompagner d'aucun adjectif, donc la loi de 1905, rien que cette loi, pourquoi ce besoin de rappeler ces principes ? Ils sont oubliés, négligés ? MARLENE SCHIAPPA Oui, négligés, je le crois, je pense que... PATRICK COHEN Négligés ? MARLENE SCHIAPPA Oui, j'observe en tout cas que la laïcité est souvent instrumentalisée par l'extrême droite, qui en fait simplement une arme contre notamment les musulmans oui contre les immigrés, or, la laïcité ça n'a rien à voir avec cela. La laïcité c'est la liberté de croire ou de ne pas croire, mais c'est aussi et surtout la séparation des églises et de l'Etat. PATRICK COHEN Quand vous entendez votre collègue ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique VIDAL, expliquer que les convictions religieuses doivent rester uniquement dans la sphère privée, vous dites qu'il y a encore du boulot, y compris au sein même du gouvernement, pour l'explication de la laïcité de la loi 1905 ? MARLENE SCHIAPPA Non, ce n'est pas le sujet. Alors, d'abord, moi je n'ai pas entendu les déclarations de la ministre avant-hier... PATRICK COHEN C'est exactement ce qu'elle a dit. MARLENE SCHIAPPA Il me semble qu'elle devait... je préjuge, mais je pense qu'elle devait parler pour les professeurs, sans doute, pour les professeurs d'université en disant qu'ils devaient garder chez eux leurs convictions et enseigner de la même manière à tous un chacun, j'imagine. PATRICK COHEN En l'occurrence non, elle a corrigé ses propos dans l'après-midi. MARLENE SCHIAPPA D'accord, eh bien voilà, je vous ai dit, je ne l'ai pas entendue en contexte, donc, voilà. PATRICK COHEN Donc il y a du travail d'explication à faire, y compris au sein du gouvernement. Les Français, en majorité, considèrent que la laïcité est menacée. De votre point de vue, Marlène SCHIAPPA, qu'est-ce qui la menace et qui la menace ? MARLENE SCHIAPPA Je pense qu'il y a plusieurs choses qui la menacent, d'abord le fait de ne pas comprendre le terme de laïcité et le fait de rabaisser le débat public. Moi je suis assez frappée que la question qu'on nous pose le plus souvent sur la laïcité, mais je vous remercie de ne pas encore de l'avoir posée, c'est plutôt comme qui pensez-vous, ou sur la ligne de qui pensez-vous, plutôt que, que pensez-vous ? Je pense qu'on veut faire de la laïcité, un sujet d'affrontement alors que c'est profondément un sujet de cohésion sociale, de cohésion nationale, qui peut rassembler le pays. C'est grâce à la laïcité qu'on n'est pas un millefeuille de communauté, qu'on n'est pas une addition de communautés religieuses, qu'on n'est pas assigné à notre identité religieuse. Ici, aucun de nous n'est sommé de dire à quelle religion il appartient, ou s'il n'a aucune religion et pas de croyances religieuses, on n'est pas tenu de le dire publiquement, et c'est grâce à la laïcité que nous sommes une Nation unie et pas cette addition de communautés religieuses. PATRICK COHEN Cet affrontement, quand vous en parlez, vous dites - j'ai vu dans une interview deux ennemis s'alimentent l'un l'autre. Vous les renvoyez dos-à-dos ceux qui s'affrontent aujourd'hui sur les questions de laïcité, Marlène SCHIAPPA ? MARLENE SCHIAPPA Non, je ne renvoie personne dos à dos, mais j'observe qu'il y a une offensive de la part de radicaux religieux, de la part de l'islamisme, mais pas uniquement, de la part aussi de radicaux d'autres religions, par exemple anti-IVG ou anti-droits des femmes, puisque très souvent que les extrémistes religieux s'en prennent aux droits des femmes, ce ne sont pas des défenseurs des droits des femmes, au contraire, d'une part, et d'autre part, il y a cette mésexplication autour de la laïcité. Moi, je n'aime pas qu'on ajoute un adjectif, qu'on parle de laïcité ouverte, bienveillante, stricte, intransigeante, je crois que la laïcité se suffit à elle-même et c'est pour ça qu'on a appelé ce livre « Laïcité, point ! ». PATRICK COHEN Vous parlez d'un combat politique. Si ce combat et c'est important, pourquoi Emmanuel MACRON ne s'en empare-t-il pas ? Pourquoi ce silence du président dans les discours officiels ? MARLENE SCHIAPPA Moi, vous savez, je suis assez surprise d'entendre à chaque fois, dire qu'il y aurait un silence du président de la République Il s'est exprimé à de nombreuses reprises et depuis longtemps. PATRICK COHEN Non. MARLENE SCHIAPPA Ah ben si, par exemple en meeting à Lyon, je vous invite à regarder dans le livre, on cite des propos du président de la République, lorsqu'il était... PATRICK COHEN En meeting à Lyon pendant la campagne présidentielle. MARLENE SCHIAPPA Voilà, lorsqu'il était candidat... PATRICK COHEN Oui, mais là, il est président, ça ne vous a pas échappé. MARLENE SCHIAPPA Il n'a pas changé d'avis en quelques mois sur le sujet, je ne crois pas, il expliquait par exemple qu'au nom de la religion, on ne peut pas refuser de serrer la main à une femme, on ne peut pas refuser à des femmes de s'installer à la terrasse de cafés, et que les lois de la République... PATRICK COHEN Oui, mais il ne l'a pas dit avec l'autorité qu'il a aujourd'hui du président de la République. MARLENE SCHIAPPA Certes, il a également tenu des propos sur la laïcité lorsqu'il a fait ses voeux aux autorités religieuses, en rappelant d'ailleurs que la République était laïque, je crois qu'il n'y a pas de débat sur ce sujet. PATRICK COHEN Il a dénoncé une radicalisation de la laïcité, à ce moment-là. C'est quoi, c'est qui ? MARLENE SCHIAPPA Alors, d'abord, là ce n'est pas que les propos étaient hors contexte, mais ce sont des propos rapportés. PATRICK COHEN Ce n'était pas dans un discours, c'est des propos rapportés, mais ils n'ont pas été démentis ou contestés par la présidence de la République. MARLENE SCHIAPPA Non, ils n'ont pas été démentis, mais moi je ne peux pas commenter des propos qui sont des propos rapportés, je ne sais pas s'ils sont véritables ou pas, maintenant je peux imaginer, je ne peux qu'imaginer ou que spéculer sur ses propos, mais moi ce que j'observe, c'est que la laïcité, ça n'est pas l'athéisme forcé. Je pense que c'est important de le rappeler, c'est la séparation des églises et de l'Etat, ça n'est pas l'interdiction des religions. Je pense que c'est ça qu'a voulu dire le président de la République. PATRICK COHEN Mais, qui veut forcer à l'athéisme ou qui veut interdire les religions ? Je ne vois pas bien dans le débat public aujourd'hui. MARLENE SCHIAPPA Je ne sais pas, encore une fois, il s'agit de propos rapportés, je n'ai pas le contexte de ces propos, donc... PATRICK COHEN Ah c'est dommage. MARLENE SCHIAPPA Oui, c'est dommage. PATRICK COHEN Autres propos rapporté, mais qu'il n'a pas été contesté aussi : « Je ne souhaite pas qu'une religion d'Etat soit substituée aux religions », c'était il y a 3 jours devant aussi les responsables religieux. C'est quoi cette religion laïque dénoncée par le président ? MARLENE SCHIAPPA Là non plus, hélas, je ne peux pas vous répondre. PATRICK COHEN Zut alors. MARLENE SCHIAPPA Eh bien oui, c'est dommage, mais je ne peux pas, moi, m'exprimer sur des propos rapportés, et vous analyser des propos qui sont rapportés. PATRICK COHEN Mais vous pouvez concevoir que ces propos-là ou ces expressions-là puissent semer le trouble dans ceux qui sont très attachés à la laïcité ? MARLENE SCHIAPPA Oui, moi ce que je comprends, c'est qu'il y a un débat, qui est un débat profond et un débat passionné sur la laïcité, et je le comprends, je suis la première à être complètement passionnée par ce sujet, parce que je pense que c'est un sujet majeur, mais je crois que la politique du gouvernement sur la laïcité, elle est extrêmement claire, je vous invite par exemple à regarder ce que fait mon collègue ministre de l'Education nationale, Jean-Michel BLANQUER, qui a créé des unités laïcité et fait religieux, qui ont vocation à intervenir dans tous les établissements, et qui est en train d'installer son conseil des Sages pour justement réfléchir posément et sereinement sur la laïcité. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin GRIVEAUX s'est exprimé samedi soir sur France 2, là encore en rappelant que la République était laïque et notamment sur la place des crèches dans les bâtiments publics, en se prononçant contre. PATRICK COHEN Et en particulier, vous avez pu observer vous des comportements préoccupants, quand vous étiez élue locale au Mans. MARLENE SCHIAPPA Oui, absolument, moi j'ai eu des directrices d'école, par exemple, qui m'ont rapporté le fait de petits garçons qui ne pouvaient pas donner la main à des petites filles à l'école, mais j'en ai observé également, à ma place de secrétaire d'Etat, quand j'étais en déplacement à l'étranger, j'ai parlé avec des militantes ou des responsables politiques, des élus d'autres pays, qui m'ont dit que dans leur pays il n'y avait pas de séparation des églises et de l'Etat et que donc des religions radicales pouvaient financer des hôpitaux et donc imposer leur loi, par exemple empêcher les femmes d'avoir accès à l'avortement, voire même à la contraception. PATRICK COHEN Marlène SCHIAPPA, la laïcité c'est aussi le droit au blasphème, et le droit de blasphémer sans risquer de se faire assassiner. Est-ce qu'il est normal qu'un journal comme Charlie Hebdo vivre derrière des portes blindées, en déboursent environ la moitié de ses recettes, c'est-à-dire un million ou un million et demi d'euros par an pour se protéger des tueurs ? MARLENE SCHIAPPA Normal, je ne sais pas, non, on n'a pas envie que ce soit la norme, évidemment, est-ce que c'est choquant ? Oui, c'est profondément choquant. J'ai été, comme absolument tout le monde je crois, extrêmement choquée de ce qui s'est passé il y a 3 ans, penser qu'au XXIème siècle en France on puisse être assassiné par des fous, par des fanatiques religieux, par des terroristes islamistes, parce qu'on a dessiné des choses ou parce qu'on a reproduit des dessins, c'est absolument choquant, et je pense qu'il est important de rappeler que la République française ne reconnaît pas le blasphème, donc on parle par abus de langage de droit au blasphème, mais c'est important de le rappeler, on peut dessiner, y compris ceux qui ne respectent pas les croyances religieuses. PATRICK COHEN Et le coût de la protection à la charge du journal et non pas à la charge de l'Etat, c'est ça, c'était ça ma question aussi, est-ce que ça vous paraît normal ? MARLENE SCHIAPPA Je pense qu'il y a une vraie question philosophique derrière, sur la sécurité, il me semble que l'Etat assure un certain nombre de sécurité notamment des abords des locaux et ensuite il y a une autre part qui est à la charge du journal. PATRICK COHEN Mais l'Etat est aussi garant des libertés publiques... MARLENE SCHIAPPA Absolument. PATRICK COHEN Et ce que fait Charlie Hebdo en est une. Nadia DAAM a donc une question à vous poser sur votre domaine de compétence : l'égalité femmes/ hommes. Nadia. NADIA DAAM Oui, alors ce sont vos propos à vous, donc je pense que vous allez pouvoir les commenter. Dans vos voeux pour 2018, vous avez écrit souhaiter des salaires équivalents à postes équivalents, c'est-à-dire l'égalité salariale, c'est la loi en France, donc ce que vous demandez c'est qu'elle soit respectée, mais si on regarde ce qui se passe ailleurs, on va beaucoup plus loin, puisqu'en Allemagne depuis ce week-end, une femme qui se sent lésée, peut demander à connaître le salaire d'un confrère, d'un collègue. Est-ce que ce n'est pas ça le nerf de la guerre, la transparence ? Est-ce que ce n'est pas ça qu'il faut imposer aujourd'hui ? Est-ce que vous y arriveriez ? MARLENE SCHIAPPA Si, c'est une vraie question. On est en train de travailler avec l'Europe, en fait, avec mes homologues européens justement sur ce sujet de la transparence, et on est en train de travailler avec Muriel PENICAUD, également là-dessus, vous savez que les employeurs, les entreprises ont déjà des obligations de déclaration annuelle des salaires, ce qui fait qu'on pourrait en réalité avoir accès aux salaires, mais en terme de moyenne, avec des pourcentages d'écart, mais effectivement, la transparence, moi je crois que ça peut être un des axes. NADIA DAAM Et une dernière question : est-ce que c'est très compatible avec l'esprit d'initiative individuelle d'Emmanuel MACRON ? MARLENE SCHIAPPA C'est-à-dire ? NADIA DAAM Cet affichage, cette transparence des salaires ? MARLENE SCHIAPPA Je ne vois pas pourquoi ce serait incompatible, parce que... NADIA DAAM Il serait pour, lui ? MARLENE SCHIAPPA Eh bien écoutez, a priori, je ne pense pas que le président de la République serait contre, je ne vois pas pourquoi ce serait incompatible. Je pense que ce qui est important c'est de mener ce combat sur tous les fronts, c'est-à-dire que l'égalité salariale, on voit qu'il y a des lois qui existent depuis les années 80, il y en a une quinzaine si on compte les décrets d'application, ça ne marche pas, il reste encore entre 12 et 27 % d'écarts de salaires, donc il faut qu'on fasse de la pédagogie, de l'explication, de l'accompagnement des entreprises, notamment des PME, mais aussi des sanctions. Ce n'est pas normal que des très grandes entreprises, qui ont les moyens de mettre à disposition tous les outils nécessaires, je pense notamment à des logiciels qui calculent les écarts de salaires comme l'OGIVE (phon) en Belgique et qui permettent de les mettre en place, ne fassent rien. On est en train de travailler dessus avec le Conseil supérieur de l'égalité professionnelle, que je préside, et la ministre du Travail d'ici quelques semaines, mois, on devrait présenter un plan dur et très concret. PATRICK COHEN Bon, en tout cas l'idée de pouvoir, pour un salarié, savoir ce que gagne son voisin ou sa voisine, de la part d'une femme... MARLENE SCHIAPPA Ça ne me choque pas. PATRICK COHEN ... ça ne vous choque pas, c'est vrai que c'est une bonne idée. MARLENE SCHIAPPA Non, ça ne me choque pas. C'est plutôt une bonne idée, oui, bien sûr. PATRICK COHEN Ça permet d'avoir un droit de contrôle et de pouvoir éventuellement... MARLENE SCHIAPPA Un droit de regard en tout cas. Ça commence par l'information, oui. PATRICK COHEN Un dernier mot : est-ce que vous avez été, comme nous, troublée par ce sondage, cette enquête de la Fondation Jean Jaurès et l'association Conspiracy Watch, sur la progression du complotisme et notamment chez les plus jeunes, près de 8 Français sur 10 qui croient au moins à une théorie du complot, Marlène SCHIAPPA ? MARLENE SCHIAPPA Eh bien je pense que ça montre quelle pédagogie on doit avoir envers les jeunes et on rejoint là-dessus le sujet de la laïcité. Je pense qu'il ne suffit pas de dire à la jeunesse « il faut défendre la laïcité », ça c'est un dogme aussi de leur dire il faut défendre la laïcité, je pense qu'il faut leur expliquer pourquoi on devrait défendre la laïcité et qu'est-ce qu'elle leur apporte. Et de la même manière, je pense qu'il faut expliquer très concrètement, éduquer aux médias, apprendre à décrypter les messages et apprendre aussi que tout ne se vaut pas, une information qui est donnée par un journaliste, qui est vérifiée, qui est sourcée, n'a pas la même valeur qu'une vidéo montage qu'on va trouver sur Internet. PATRICK COHEN Merci à vous M Marlène SCHIAPPA. MARLENE SCHIAPPA Merci à vous PATRICK COHEN Je rappelle votre livre avec Jérémie PELTIER, de la Fondation Jean-Jaurès justement. MARLENE SCHIAPPA Elle est partout. PATRICK COHEN « Laïcité, point ! », aux éditions de l'Aube. Et Nadia DAAM, je vous donne rendez-vous tout à l'heure à 09h25, nouvel horaire de votre de votre Billet. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/601.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/601.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..cef1047f11ff179f27b24884022342dfe57b56e7 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/601.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Ministre, Monsieur le Préfet de la région Île de France, Monsieur le Préfet de police de Paris, Mesdames et Messieurs les directeurs généraux, Monsieur le Secrétaire général adjoint, Mesdames et Messieurs les directeurs, Mesdames et Messieurs, C'est un plaisir de vous réunir ici, Place Beauvau, pour cette traditionnelle cérémonie. Je tiens avant toute chose à vous adresser mes meilleurs voeux pour l'année 2018. Voeux de santé, parce que c'est l'essentiel. Voeux de joie et de bonheur dans vos vies personnelles. Voeux d'épanouissement dans vos vies professionnelles. Je souhaite aussi que l'année qui s'ouvre soit fructueuse pour le Ministère de l'Intérieur et utile pour les Français. Mesdames et Messieurs, Cela fait près de huit mois que j'ai pris mes fonctions. Huit mois durant lesquels nous avons eu à faire face, ensemble, à de nombreuses crises ce qui forge des liens. Huit mois au cours desquels nous avons posé les bases conformément aux engagements pris par le Président de la République devant les Français d'une transformation profonde de notre Ministère. Oui, dans tous secteurs relevant de vos directions l'activité a été, l'année dernière, particulièrement dense. Dans le domaine de la sécurité, nous avons d'abord dû lutter contre la menace terroriste toujours très élevée. Et je salue ici le Directeur Général de la Police nationale, le Directeur général de la Gendarmerie nationale et le Directeur Général de la Sécurité Intérieure dont les directions ont répondu présent que ce soit pour poursuivre les auteurs des tragiques attentats qui ont endeuillé la France ou pour déjouer pas moins de 20 attentats. Je tiens aussi à mentionner le travail de la Direction des Libertés Publiques et des Affaires Juridiques qui, en seulement quelques semaines, a su préparer deux textes : le premier pour prolonger l'état d'urgence, le second pour garantir, hors état d'urgence, la protection des Français. On voit aujourd'hui combien ce dernier est utile, combien il permet de sécuriser de nombreux événements, de prendre un certain nombre de mesures administratives. Nous avons par ailleurs lancé le grand projet de la Police de Sécurité du Quotidien, un engagement majeur du Président de la République durant sa campagne. Une consultation inédite a été lancée auprès des forces, qui se sont largement exprimées (plus de 71 000 réponses !) Mais je tiens aussi à remercier toutes les directions qui ont contribué et qui vont nous aider à inventer ensemble la police de demain et de trouver des solutions pour que les policiers, les gendarmes puissent être davantage présents sur le terrain. Nous avons dû faire face également à des épisodes particulièrement délicats. Je pense aux dramatiques suicides qui ont marqué la fin de l'année il a fallu nous montrer réactifs, proposer des réponses fortes. Je pense bien sûr aux agressions inacceptables dont ont été victimes nos forces de sécurité, en particulier lors de la nuit de la Saint-Sylvestre, à Champigny-sur-Marne. Je l'ai redit hier : jamais la République n'acceptera de tel actes. Je pense encore aux revendications portées par les syndicats et je me félicite notamment que nous ayons trouvé un accord sur la question sensible de l'indemnité journalière d'absence temporaire (IJAT). Dans le domaine de la sécurité civile, les mois qui viennent de s'écouler ont aussi été, Monsieur le Directeur général, cher Jacques WITKOWSKI, particulièrement denses. Il y eut d'abord la saison des feux de forêts qui, on l'a constaté, s'est prolongée jusqu'au coeur de l'hiver et je me souviendrais longtemps de mes déplacements en Corse, dans le sud de la France, où les sapeurs-pompiers étaient parfois encerclés par les flammes. Il y eut l'épisode cyclonique inédit aux Antilles. Et je veux remercier pour leur engagement les équipes de la DGSCGC qui ont non seulement alerté très tôt sur l'intensité des ouragans, mais ont fait preuve, en salle de crise, d'un professionnalisme à toute épreuve, pour me permettre, permettre au Premier ministre et au Président de la République de prendre les décisions les plus pertinentes. Comment ne pas évoquer le décès, ces premiers jours de janvier, de trois sapeurs-pompiers volontaires ? Là encore, la DGSCGC a su accompagner ces événements tragiques avec une grande humanité. Autre grand axe d'action, Monsieur le Directeur Général, cher Pierre-Antoine Molina : le droit des étrangers. Nous avons envoyé ensemble un certain nombre d'instructions et de circulaires aux préfets, pour leur demander d'améliorer les procédures d'éloignement. Et cela paie : +14% d'éloignements en 2017 par rapport à 2016. Nous avons contribué à l'élaboration d'une proposition de loi visant à une bonne application du droit d'asile européen elle sera discutée au Sénat la semaine prochaine. Nous avons aussi posé les bases d'un travail en profondeur pour améliorer nos politiques d'intégration les crédits dédiés à ce sujet seront d'ailleurs significativement augmentés l'année prochaine, et j'en profite pour saluer tous ceux qui, au sein des directions générales, ont travaillé autour du projet de loi de finances 2018 et de la loi de programmation des finances publiques. Car nous avons, dans un contexte de réduction des dépenses publiques, obtenu un excellent budget pour le Ministère, en hausse de +3%. Enfin, Monsieur le Secrétaire Général Adjoint, Monsieur le Directeur Général des collectivités locales, nous avons posé les fondations d'une petite révolution dans les territoires. Avec des préfets forts, car, partout en France, les préfets sont les principaux acteurs de transformation et d'innovation. Leurs marges de manoeuvre ont ainsi été significativement renforcées que ce soit sur le plan financier - avec la pérennisation des dotations d'investissement initialement conçues pour être exceptionnelles, ou sur le plan juridique - avec la publication il y a quelques jours d'un décret permettant à 18 préfets de déroger à la norme réglementaire sur un certain nombre de sujets. Des préfets forts, donc. Mais aussi des collectivités fortes. Pour la première fois, les dotations aux collectivités locales sont stables cette année. Surtout, nous avons, avec le Directeur Général des collectivités locales, inventé une nouvelle manière de penser les relations État-collectivités locales. Ainsi des contrats seront-ils passés avec les plus importantes d'entre-elles, afin d'aboutir à une maîtrise de la dépense publique locale. C'est là un vrai changement de paradigme, dont je suis certain qu'on mesurera, dans quelques années, les progrès qu'il aura entraîné. Je pourrais, Mesdames et Messieurs, citer bien d'autres actions que nous avons menées ensemble. Les nombreux déplacements internationaux que nous avons réalisés, pour lesquels la Direction de la Coopération Internationale a toujours joué un rôle moteur. Le chantier de l'identité numérique que nous portons avec la Garde des Sceaux et le Secrétaire d'Etat au numérique, qui préfigure le service public du XXIème siècle. Les élections qui, tant pour scrutins nationaux (présidentielles, législatives, sénatoriales) que pour les élections territoriales de Corse, se sont déroulées dans de bonnes conditions, malgré les menaces de plus en plus nombreuses (terrorisme, risque cyber). Il y a aussi les chantiers qui ont été lancés par mes prédécesseurs et dont nous assurons la mise en oeuvre. Je pense par exemple à la mise en place du PPNG qui, certes, ne se fait pas sans difficulté, mais qui était indispensable pour pérenniser ce modèle des préfectures (et des sous-préfectures) qui, en France, garantissent partout, dans tous les territoires, la présence et la continuité de l'État. Pour tout cela, pour votre engagement de tous les instants, je tiens, Mesdames et Messieurs, à vous remercier très chaleureusement. Le but de toute politique publique c'est bien sûr de changer la vie quotidienne de nos compatriotes, et cela nécessite des fonctionnaires, des agents, présents sur le terrain, au plus près des populations. Mais on ne saurait atteindre cet objectif sans pouvoir compter, en central, sur des agents compétents, capables de porter une vision, d'organiser, d'administrer. On ne saurait atteindre cet objectif sans des agents capables de donner de la cohérence, du sens, du souffle à cette politique. Sur ce point, je dois vous confier que j'ai trouvé ici, au Ministère de l'Intérieur, des agents non seulement dévoués, mais de vrais talents. Quand je suis arrivé en mai dernier, je me souviens par exemple qu'il a fallu très vite rédiger une feuille de route détaillée pour le quinquennat. C'était un vrai défi ! Car entre le programme présidentiel et la déclinaison opérationnelle, il y avait évidemment une marge. Mais grâce à vous, grâce à la qualité des contributions que vous avez fournies, nous avons pu le relever. Et si aujourd'hui, nous pouvons nous référer à une feuille de route du Ministère de l'Intérieur, un document solide, qui fait référence en interne comme à l'extérieur, c'est notamment grâce à vous, et je tiens de nouveau à vous remercier. Mesdames et Messieurs, Cet engagement dont vous faites preuve, vos compétences exceptionnelles, me donnent une grande confiance, au moment d'aborder cette nouvelle année. Je n'évoquerai pas ici l'exhaustivité des enjeux que nous aurons à traiter et quand bien même je voudrais le faire, je sais que l'actualité, si prégnante dans ce Ministère, me rattraperait ! Je voudrais toutefois vous indiquer mes priorités, qui sont aussi celles du Président de la République et du Premier ministre, pour les années à venir. Il y a d'abord toujours au premier rang la lutte contre le terrorisme. Face à une menace qui, vous le savez, est de plus en plus endogène, la grande bataille de l'année 2018, sera celle du renseignement. La création d'une task force auprès du chef de l'État a constitué une première étape. C'est désormais au sein même du Ministère que nous devons progresser. Les moyens humaines et matériels de la DGSI et du renseignement territorial continueront à être renforcés : +2000 postes sur le quinquennat. Il nous faudra aussi améliorer les échanges d'informations entre les différents services. Au-delà, nous chercherons à agir à la racine du mal. Et ce sera tout le but du plan interministériel de lutte contre la radicalisation qui sera présenté durant le courant du mois de février. Notre seconde priorité, sera bien sûr la sécurité que l'on pourrait appeler « de droit commun ». Avec des rendez-vous majeurs sur le plan de l'ordre public, et je pense bien sûr à l'intervention prochaine à Notre Dame des Landes. Je veux ici saluer le rôle moteur de la DGGN et de la DCCRS, pour préparer cette délicate opération. Avec surtout, la révolution de la Police de sécurité du Quotidien. Je l'ai souligné hier, à l'occasion des voeux à la Police nationale, celle qu'on appelle déjà « la PSQ » suscite une grande attente. Chez les forces de sécurité. Mais aussi parmi les Français. Je compte donc sur vous, chacun à votre niveau, pour que la réponse apportée soit à la hauteur de ce désir. Il faudra ainsi veiller à une répartition toujours plus optimale de nos forces de sécurité, afin qu'elle soit adaptée à la réalité de la délinquance. Il faudra réussir à faire bouger les lignes sur le continuum de sécurité, y compris, en nouant un pacte avec les acteurs de la sécurité privée, y compris, en travaillant de concert avec les élus et leurs polices municipales. Il faudra relever le défi de la simplification des tâches administratives, de la numérisation – et un groupe de travail a été installé hier sur le sujet avec le Ministère de la justice. Il faudra surtout réussir la réforme de la procédure pénale, un chantier sur lequel je demande à tous les agents concernés de se montrer particulièrement attentifs. La troisième priorité pour 2018 sera bien sûr la politique d'asile et d'immigration. Elle concerne au premier rang la DGEF, la DLPAJ, la PAF. Mais c'est tout le Ministère qui doit être mobilisé. Car c'est un combat culturel que nous avons à mener. Je tiens donc à rappeler ici le sens profond de notre action, d'ailleurs rappelé par le Président de la République à l'occasion de ses voeux. En réaffirmant que oui, la France accueillera toujours ceux qui fuient les théâtres de guerre qui, dans leur pays, sont persécutés pour des raisons politiques, ethniques et religieuses. C'est notre honneur. En soulignant aussi que, pour pouvoir assurer cet accueil, nous devons nous donner les moyens d'éloigner ceux qui n'ont pas vocation à demeurer sur notre sol. Quand nous voulons améliorer les procédures d'éloignement, accélérer l'instruction du droit d'asile, ce n'est donc pas le renoncement à ce droit que nous orchestrons. Au contraire, nous cherchons à le préserver. Car si nous ne faisions rien, c'est tout le système qui imploserait. Si nous ne faisions rien, c'est le droit d'asile qui dans trois, quatre, ou cinq ans, pourrait être remis en cause. Voilà pourquoi la loi immigration asile qui sera présentée en Conseil des ministres le 21 février est si importante. Je compte sur votre engagement à tous. Enfin, la quatrième priorité sera la transformation des territoires de la République. Il nous faudra bien sûr réussir le pari que nous nous sommes donnés, en veillant au suivi des contrats de confiance passés avec les principales collectivités. Pour nous, c'est un nouveau métier. Mais je veux aussi que nous portions une ambition nouvelle. Il s'agira d'abord de susciter, chez les collectivités, un grand mouvement de réformes de structure. Il ne faut pas seulement accompagner. Mais il faut aller sur le terrain, montrer dans les discussions que nous avons avec les élus, tout l'intérêt qu'il peut y avoir à fusionner une métropole et un département, à créer des communes nouvelles, à rapprocher deux départements. Nous devons nous faire entrepreneurs de la réforme. Par ailleurs, je souhaite que le Ministère de l'Intérieur puisse développer une vision plus fine des dynamiques locales. A cette fin, je me rendrai régulièrement, dans les mois à venir, sur le terrain, à la rencontre des maires de grandes villes comme des élus locaux. Car on ne peut pas avoir de politique cohérente, notamment en matière de choix d'investissements, sans porter une vision d'ensemble. Mesdames et Messieurs, Je pourrais évoquer bien d'autres sujets. La sécurité civile. Nous signerons lundi les contrats d'achat d'avions bombardiers, qui viendront renforcer nos capacités opérationnelles. Les cultes. L'instance interconfessionnelle informelle sera installée dans les semaines à venir. Et nous avons aussi devant nous le chantier de la création de l'Islam de France. Je pourrais évoquer notre nécessaire montée en gamme en termes de capacités cyber que j'évoquerai plus particulièrement dans le cadre du FIC, à Lille, le 23 janvier. Mais je tiens à conclure en évoquant un défi qui nous concerne tous, celui de l'unité de notre Ministère. Par son Histoire, le Ministère de l'Intérieur est, vous le savez, constitué de quelques grandes maisons. Police nationale, préfecture de police de Paris, gendarmerie nationale, renseignement, administration préfectorale : chaque corps, chaque direction a ses traditions, ses pratiques, son expertise. Cette situation comporte des aspects très positifs car chacune de ses institutions se distingue par une grande cohésion, une capacité de réactivité forte, une vraie technicité forgées dans le temps long. Ces quelques mois m'ont toutefois appris que nous aurions beaucoup à gagner en transversalité, en collégialité. C'est pour cela que j'ai tenu à évoquer devant vous l'ensemble des politiques publiques dont nous avons la charge. Parce que nous sommes tous concernés. Mais il nous faut aller au-delà. Le gouvernement a récemment lancé une réflexion autour du Plan Action Publique 2022, qui vise à réduire la dépense publique tout en améliorant la qualité du service rendu aux usagers. Nous devons saisir cette initiative non pas comme une contrainte, mais comme une opportunité. En réfléchissant ensemble aux rapprochements entre certaines fonctions – et je sais que la DGPN et la DGGN y travaillent quand elles étudient les mutualisations possibles, par exemple en matière de capacités techniques et scientifiques. En trouvant des synergies nouvelles entre les différentes directions. Tous ici, nous nous engageons pour les mêmes objectifs : l'intégrité du territoire national face aux menaces, la protection de nos concitoyens, l'identité de notre Nation. Eh bien, ces valeurs communes, nous devons les transformer en culture commune. Oui, un de nos défis sur le long terme est de forger une « Maison intérieur » toujours plus efficace et toujours plus unie. Mesdames et Messieurs, Une nouvelle fois, je tiens à vous remercier pour votre action. Que 2018 soit une année passionnante pour vous, utile pour le Ministère, une année de renouveau pour notre pays. Vive la République ! Et vive la France ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/602.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/602.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..78fbc329899314469eddcee8631d1e00cf98a8c9 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/602.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Premier président, Monsieur le Procureur général, Monsieur le Président du Conseil constitutionnel, Monsieur le Président de la Cour européenne des droits de l'homme, Madame la Garde des sceaux, Monsieur le Vice-Président du Conseil d'État, Mesdames, Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités, Mesdames, Messieurs, C'est la première fois, vous l'avez rappelé Monsieur le Premier président, que j'ai l'honneur de m'exprimer devant vous à l'occasion de cette rentrée solennelle et déjà il me faut, à regret mais c'est une règle d'airain, prendre congé de figures essentielles de notre institution judiciaire. Je souhaiterais en premier lieu rendre hommage au procureur général Jean-Claude MARIN qui, comme il l'a souligné, prononçait ici son dernier discours ès-qualité. J'ai eu l'occasion très récemment de dire le caractère exceptionnel de sa carrière et ce départ précède d'un an le vôtre, monsieur le Premier président, et aussi celui du vice-président du Conseil d'État dont je salue ici la présence. Vous avez aussi fait preuve durant ces années de détermination, porté l'action de vos juridictions avec conscience et talent et, par une étrange coïncidence, dans peu de temps les visages des personnes qui président aux destinées des plus hautes juridictions françaises auront ainsi changé. Il me revient donc aujourd'hui tout à la fois de vous présenter mes voeux pour l'année qui s'ouvre, de partager quelques convictions qui guideront mon jugement sur l'autorité judiciaire et de saluer ses éminents magistrats. Or les saluer, c'est saluer l'institution judiciaire dans son ensemble pour sa haute conscience des enjeux de notre République, sa connaissance intime des conflits qui traversent notre société et son travail inlassable à les résoudre afin de réparer, réconcilier, rétablir ce qui dans nos sociétés prend la pente parfois de la brutalité ou du chaos. Car ce n'est pas un service public comme les autres que celui de la justice, je serais même tenté de dire qu'il n'est pas souhaitable que nos concitoyens conçoivent jamais la justice comme une prestation quotidienne offerte par l'État à eux-mêmes. Je suis persuadé que doit rester attachée à la justice une forme de hauteur et parfois même de distance qui seules donnent à ces décisions leur indispensable autorité. Et un peu comme, en effet, cette allégorie qui est au-dessus de nos têtes montre cette place de la justice toujours dans la Cité mais un peu éminente. Une justice faite d'empathie et d'humanité n'est pas contradictoire avec la persistance de cette hauteur. Car la justice, cher président, est tout à la fois puisque vous rappeliez la succession de mes prédécesseurs, le service du justiciable et celui du bien commun. Et je crois que si elle cherche à n'être que le service du bien commun oubliant le justiciable, elle se perd, tout en oubliant la part nécessaire de hauteur qui est la sienne et qui est cette part de bien commun qu'elle poursuit. C'est pourquoi je suis particulièrement sensible aux propos qui viennent d'être tenus par monsieur le Premier président et par monsieur le Procureur général. Ils attestent cette volonté persistante au sein du monde de la justice d'examiner sans cesse à nouveaux frais le lien qui existe entre les fondements moraux et politiques de l'institution judiciaire, l'organisation de ses missions et la réalité sociale qui en est le sous-jacent. C'est une manière de redire inlassablement ce principe qui nous définit profondément, à savoir que l'État de droit est le coeur de la démocratie politique et que, par conséquent, l'institution judiciaire occupe dans notre système démocratique une place centrale. Elle s'inscrit en effet à la confluence et dans la tension de ce qui, chaque jour, fabrique notre vie démocratique. Je veux dire ce débat constant entre les mouvements et les aspirations de la société, parfois aussi en ce qu'ils sont portés par l'exécutif, et le principe moral, le droit, le légal. Cette tension a fait l'objet de nombreux débats philosophiques et je crois qu'ils irriguent pour partie j'y reviendrai - le débat que vous avez largement choisi de traiter. Je ne suis pas sûr qu'une partie de ces débats ne soit d'ailleurs pas aporétique. Il n'en demeure pas moins que c'est dans cette tension entre le légal et le social que réside l'utilité profonde et la légitimité de l'autorité judiciaire, tout particulièrement dans nos démocraties. Et lorsque le projet démocratique s'affaiblit, lorsque la vitalité sociale s'étiole sous l'exercice d'un pouvoir despotique, lorsque la prévalence du droit est remise en question, c'est l'édifice de la justice qui est sapé. Et partout où la démocratie libérale est attaquée, la justice en est la première cible. C'est ce que manifestent les situations portées devant la Cour européenne des droits de l'homme et, en particulier, les dossiers mettant en cause la Turquie ou la Russie. C'est aussi ce qui est en train de se jouer au sein de l'Union européenne avec, comme vous l'avez évoqué, la préoccupation légitime que nous avons aujourd'hui tous pour la Pologne. Cela montre combien la démocratie et son fondement ne suffisent plus à garantir l'État de droit de manière inconditionnelle et ont besoin de garde-fous, qu'ils soient dans sa Constitution ou dans les traités qui les lient comme le sont la Convention européenne des droits de l'homme ou les traités européens. Je veux saluer ici le travail permanent indispensable à la fois de la Cour européenne des droits de l'homme et de la Cour de justice de l'Union européenne. La justice est aussi au coeur du projet politique français. C'est pour cela que rien de ce qui touche la justice ne peut laisser indifférent ni n'est jamais innocent. Vous avez rappelé combien notre justice s'enracine profondément au-delà des lieux qui nous accueillent, monsieur le Premier président, dans notre histoire et combien du roi Saint-Louis au Parlement jusqu'aux juges, bouches de la loi, cette histoire est celle d'une action indispensable de l'État pour son équilibre propre et la vie de ses citoyens. Aussi, deux principaux enjeux se trouvent à mes yeux devant nous. Le premier, c'est celui de la séparation des pouvoirs et de l'indépendance de la justice et je mettrai donc, à mon tour, mon petit caillou blanc dans cet ensemble que vous avez retracé devant nous. Je souhaite y revenir humblement après tous mes prédécesseurs que vous venez de citer en mesurant, sans doute, ce que ce débat a d'inachevé et peut-être d'inachevable mais en partageant quelques convictions. Le second enjeu, c'est celui de l'effectivité de la justice c'est-à-dire celui de rendre notre justice efficace, réelle, tangible pour nos concitoyens et à leur service. Pour moi, ces deux débats sont inséparables mais penser que nous restaurons la totalité de la confiance dans la justice et de nos équilibres en ne réglant que le premier serait oublier que, pour nos concitoyens, c'est le second qui bien souvent prime davantage. Je crois que, si nous savons apporter dans les années qui viennent des réponses plus robustes, si nous agissons en conformité avec ces objectifs, nous aurons résolument fait oeuvre utile. La séparation des pouvoirs embarque une double question. Celle d'abord de l'indépendance des juges, celle ensuite de la relation entre le judiciaire et l'exécutif. Il est loin, en effet, le temps où le tribunal de cassation n'était que l'auxiliaire du corps législatif chargé de s'assurer que les juges se cantonnaient bien à n'être que les bouches de la loi. Vous l'avez l'un et l'autre rappelé. Le juge statue au nom du peuple français, c'est-à-dire comme un représentant chargé de faire respecter la volonté générale. Le juge a, en effet, acquis un rôle bien supérieur à ce que certains parfois ont encore en tête. En jugeant dans ses décisions des 6 et 14 octobre 2010 que l'examen de la question prioritaire de constitutionnalité portait non sur la disposition législative telle qu'adoptée mais sur la disposition législative telle qu'interprétée par les juges, le Conseil constitutionnel a lui-même clairement signifié que ce sont les juges qui donnent aux lois, par leur interprétation, leur portée effective. Qui plus est, les juges ont acquis ces dernières décennies la possibilité de combiner, faire dialoguer dans un ordre clairement établi les normes nationales européennes, internationales et même constitutionnelles. Ces dernières décennies, par le dialogue des droits et le dialogue des juges j'ai réévoqué, en effet en me rendant devant la Cour européenne des droits de l'homme les juges contribuent plus profondément qu'autrefois à la définition de l'intérêt général et avec plus de latitude par rapport à l'exécutif. C'est ce qu'illustre parfaitement le protocole additionnel de la Cour européenne des droits de l'homme signé par la France. C'est ce qu'illustre la pénétration dans les décisions de justice rendues en France de normes et de lois issues d'autres juridictions notamment européennes. Et comme je m'y étais engagé lors de mon intervention devant la Cour européenne des droits de l'homme, le processus de ratification du protocole de la CEDH destiné à favoriser le dialogue des plus hautes cours françaises, votre cour, le Conseil constitutionnel et le Conseil d'État avec la CEDH, a été lancé. Le texte se trouve sur le bureau de l'Assemblée nationale et poursuivra donc son chemin. Il est tout à fait remarquable qu'ayant été interrogées, ces trois hautes juridictions françaises aient souhaité ce mécanisme. Cela témoigne de la vitalité de ce dialogue mais aussi de ce rôle tout à fait contemporain, nouveau que les juges ont pris dans le rapport à l'intérêt général et à cette capacité justement nouvelle. Il est tout à fait remarquable aussi, je le sais Monsieur le Premier président, que votre cour ces derniers mois a été plus loin en envisageant une réforme touchant aux modalités même du contrôle que vous exercez en tirant les conséquences du fait que la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme bouleverse l'économie du pourvoi, dans la mesure où cette juridiction exerce un contrôle de proportionnalité au cours duquel elle aborde les questions en droit mais aussi en fait. C'est dans ce travail d'interprétation, de dialogue que se trouve la dimension presque politique du pouvoir du juge, et c'est là que se joue la réalité de son rôle dans une démocratie attachée à ses libertés. Il forge aujourd'hui, bien plus qu'il n'y a quelques décennies, une part de l'intérêt général. On établit la haute dignité démocratique de sa mission, et partant la nécessité d'en permettre l'accomplissement indépendant, quand des régimes y voient un danger pour la suprématie de l'exécutif et en tirent comme conclusion l'urgence d'une mise sous contrôle. C'est presque en réaction à ce mouvement européen que nous voyons poindre, dans de nombreux pays, des doutes, des remises en cause profondes et des balbutiements. En France, l'indépendance est tenue pour la source de la légitimité de la justice et c'est cela que nous devons oeuvrer à affermir. L'indépendance n'interdit pas, bien au contraire, la remise en question ni même l'évaluation. Elle implique une responsabilité propre. Elle n'interdit pas non plus la relation et je dirais même l'articulation des pouvoirs entre eux. Chacun des pouvoirs de notre République doit fonctionner dans le respect des prérogatives de l'autre et dans le dialogue. Les juges du siège ont une indépendance acquise et je crois que nul ici ne revient sur ce point. C'est bien le sujet du parquet à la française qui fait dans ce contexte discussion et sur lequel vous êtes l'un et l'autre revenus. Sur ce point, je me suis déjà exprimé clairement naguère. Je ne souhaite en effet pas instaurer un parquet général de la nation. En cela, monsieur le Procureur général, nos opinions divergent mais je vous rejoins cependant dans une partie de l'appréciation que vous faites du parquet à la française. Les magistrats du parquet exercent une mission majeure au carrefour des politiques publiques et de l'activité juridictionnelle. Au pénal, ils gèrent de fait la quasi-totalité des affaires puisque le juge d'instruction n'instruit plus qu'environ 3 % de celles-ci. Les lois adoptées au fil des décennies lui ont donné de telles responsabilités que d'aucuns ont pu le qualifier de quasi juge, et parfois dans nos débats nous donnons le sentiment de vouloir régler la spécificité du parquet à la française en traitant du sujet de l'indépendance. Ce sont parfois les échos que j'ai pu entendre. Or, le parquet dans la tradition française n'est en effet pas le siège. On convoque souvent la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme consacrée à l'article 5 de la Convention, qui a essentiellement pour but de protéger l'individu contre une privation de liberté arbitraire ou injustifiée. Dans ses arrêts Medvedyev et Moulin, la Cour européenne des droits de l'homme indique que pour l'application de ces garanties, le parquet n'est pas l'autorité idoine pour contrôler la prévention de liberté. On en déduit trop souvent que la jurisprudence condamne le modèle français du parquet. Je crois qu'il n'en est rien à cet égard. Le parquet n'est simplement pas en raison de son rôle et non pas en raison d'un sujet lié à son indépendance, mais en raison de son rôle dans le procès, de sa fonction, il n'est pas ce tiers de confiance. C'est ainsi. Ce n'est ni en raison des modalités de nomination ou de promotion, mais par sa place et son rôle dans le procès. La fonction du parquet en France fait que le procureur, comme partie poursuivante, applique la politique pénale du gouvernement avec la marge de manoeuvre offerte par le principe de l'opportunité des poursuites. Il ne le fait pas en tant qu'agent administratif mais bien comme magistrat participant au procès. C'est cela qui aujourd'hui justifie en effet notre organisation. Je ne voudrais pas que par nos débats nous pensions répondre à la Cour européenne des droits de l'homme en voulant tout écraser par le sujet de l'indépendance. Il y a bien un sujet profond qui est notre propre organisation de justice, nos spécificités. Elles sont nombreuses chez nos voisins. Il en est qui élisent, il est en qui ont décidé en effet de séparer différemment les fonctions, mais je crois que traiter du sujet de l'indépendance ne réglera pas ce point spécifique. Pour autant, le parquet a en effet cette spécificité que vous avez rappelée, monsieur le Premier président, en renvoyant en quelque sorte aux deux traditions concurrentes. J'ai théorisé dans d'autres champs le « en même temps » ; je crois qu'il s'applique parfaitement pour ce qu'il s'agit du parquet. Le parquet, en effet, participe tout à la fois de l'activité judiciaire et de l'action publique. Et c'est parce qu'il est en même temps les deux qu'il y a cette adhérence. C'est aussi pour cela que ce magistrat en effet doit relever à mes yeux de l'Autorité de la garde des Sceaux et donc être nommé par le garde des sceaux. Le pouvoir exécutif rend des comptes. Le gouvernement devant le Parlement et le président de la République devant les citoyens français. En plus d'être en charge de la politique pénale, le parquet prend part plus globalement à la mise en oeuvre au niveau local des politiques publiques, comme c'est le cas par exemple en matière de prévention de la radicalisation. Et donc pour toutes ces raisons, il faut qu'à la fin quelqu'un rende les comptes des décisions que nous prenons en matière pénale. C'est bien ce pourquoi, in fine, je crois très profondément qu'il est bon que le garde des Sceaux puisse porter la politique pénale du gouvernement, que cette politique puisse être débattue devant celles et ceux qui représentent la nation et qu'il puisse y être responsable politiquement à tous égards, et que ce soit au nom de cette légitimité politique, démocratique profonde, sa racine première étant le peuple, que le magistrat du parquet puisse ensuite exercer cette mission. Dans ce contexte, il est normal qu'un gouvernement qui porte une politique pénale puisse la défendre, l'expliquer, en répondre, qu'elle puisse être débattue et le parquet doit donc continuer à mes yeux à appartenir à une chaîne hiérarchique dont le sommet est une autorité qui porte cette responsabilité politique, l'assume, car c'est l'exécutif qui est dépositaire du mandat du peuple. Je crois à la nécessité d'une politique pénale donc définie par l'exécutif, responsable devant le Parlement et appliquée par le parquet. Je crois que si nous allions plus loin, nous céderions à cette fascination qui a d'ailleurs plusieurs fois précédé notre histoire républicaine et habité la République, qui serait de confondre l'indépendance et une forme de pureté absolue. Qui pourrait assurer la pureté absolue de la politique pénale en autonomie complète dans une forme de lieu atopique ? Qui ne réponde à rien ni à personne mais se porte sur lui-même ? Je ne le connais pas. Dans notre démocratie à la fin, tout doit procéder quelque part d'une légitimité du peuple. Et c'est à ce moment où nous avons la fascination pour cette espèce de centre absolu qui pourrait être déconnecté à un moment de toute forme de légitimité démocratique que des inquiétudes peuvent poindre. Je crois donc profondément que le parquet à la française se doit d'être rattaché par ses fonctions-mêmes au garde des Sceaux mais que notre travail est d'assurer plus fermement, plus clairement son indépendance. Vous l'avez dit, le débat relatif à l'indépendance est constant, soit qu'il s'agisse du réel, soit qu'il s'agisse de l'apparence mais il est là. Des évolutions multiples ont jalonné ces dernières décennies, nous devons parachever ce travail mais à mes yeux en nous arrêtant au bon endroit. Comment assurer, dans l'équilibre démocratique que je viens de rappeler, l'indépendance pleine et entière des magistrats et, en particulier, des magistrats du parquet ? En étant d'une rigueur absolue sur les critères de nomination et de promotion et en étant d'une rigueur équivalente sur le sujet des affaires individuelles. Sur les affaires particulières, aucune instruction individuelle ne doit être donnée. La loi de 2013 l'a dit très clairement : c'est un principe intangible et qui sera maintenu. Pour ce qui est de la nomination, je souhaite en effet que nous puissions apporter des garanties supplémentaires. Les magistrats du parquet seront donc nommés après avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature et bénéficieront en matière disciplinaire de la même procédure que leurs collègues juges. C'est ce que je souhaite très profondément et ce qui me paraît cohérent avec ce que je viens d'énoncer. C'est ce qui sera donc présenté dans le cadre de la réforme constitutionnelle à venir. S'agissant de la composition du Conseil supérieur de la magistrature auquel vous avez à juste titre rendu hommage, et je veux m'y associer, je ne souhaite pas revenir sur les équilibres atteints par la réforme de 2008. Le CSM n'est pas composé majoritairement de magistrats, ce qui favorise l'ouverture sur la société. Il est désormais présidé par les chefs de la Cour de cassation et je crois que ces équilibres sont satisfaisants. Les compétences pourront être affinées, le mode d'élection des membres revu afin de favoriser pleinement l'ouverture mais cela ne me paraît pas le sujet prioritaire. La relation entre le judiciaire et l'exécutif ne se limite pour autant pas à cela. Elle pose aussi la question de la responsabilité ministérielle sur laquelle je souhaite qu'une réflexion soit engagée, parce que ces rapports sont évidemment réciproques et le rapport entre l'exécutif et la justice se vit chaque jour et émaille aussi cette relation de confiance à la fois entre l'exécutif et la justice en pleine indépendance et la confiance que nos citoyens ont dans notre organisation. Il est clair aujourd'hui que la Cour de justice de la République ne remplit plus la fonction essentielle de traiter de la responsabilité des ministres. Je souhaite donc que cette Cour de justice de la République soit supprimée. Mais les ministres s'ils doivent être naturellement jugés comme tous les citoyens dans leur vie non ministérielle doivent pouvoir être protégés légitimement dans l'action qui est la leur au quotidien. Il nous faut aussi penser cette relation dans le cadre d'une rénovation profonde de notre système. Notre pays a besoin d'un exécutif audacieux et non d'une génération de prudents ou d'empêchés qui, dans l'exercice de leurs fonctions ministérielles, seraient freinés sans cesse par la perspective de procédure pénale dont les contours aujourd'hui restent flous. Il est donc indispensable là aussi, pour assurer la confiance de nos concitoyens de prendre en compte la spécificité de ce qu'est la fonction ministérielle, que nous puissions apporter, dans le cadre des réformes qui seront portées cette année, une réponse ferme qui ne doit pas passer par une juridiction d'exception mais plutôt par une définition plus précise de ce qu'est la responsabilité ministérielle. Je crois enfin que l'indépendance de la justice, sa place toute particulière, essentielle à la fois aux équilibres de l'État et de notre vie en société, se fait par la clarté, la lisibilité, la force des jugements rendus. Un jugement, et vous le savez infiniment mieux que moi, même lorsqu'il est totalement définitif, porte ce rôle essentiel qui est celui du tiers de confiance dans la société. Il arrête le cycle infernal de la violence et des brutalités et permet justement de mettre un terme à une situation qui paraissait inarrêtable. Il n'en demeure pas moins que le jugement est d'autant plus fort qu'il est clair, argumenté, nourri, compris. Nos sociétés démocratiques ont un rapport à la chose jugée qui se modifie et se déforme parce qu'ils ont besoin de comprendre le jugement, parce qu'il est constamment interrogé dans ses prémices, sa construction juridique et dans la compréhension de son évolution. Je crois d'ailleurs que le dialogue des juges que j'évoquais tout à l'heure nourrit cette exigence démocratique. Ce dialogue des juges pourrait in fine nous plonger collectivement dans une forme d'entre soi technique et il n'y aurait sans doute rien de pire. Il est donc essentiel que la clarté, la lisibilité, l'intelligibilité tout à la fois des jugements et des évolutions jurisprudentielles puissent être perçues par nos concitoyens. Là encore, monsieur le Premier président, vous avez engagé un travail visant à motiver davantage les arrêts de la Cour, travail également mis en oeuvre par le Conseil constitutionnel sous la présidence de Monsieur Laurent FABIUS. Mais je souhaite que la force de la procédure et de la délibération puisse être affermie, mieux comprise et que nous réfléchissions collectivement à quelque chose qui n'appartient pas à notre tradition, je dois le dire, mais qui existe davantage dans d'autres univers juridiques, à l'introduction au moins dans les cours faîtières d'opinions dissidentes. La mise en relief de ce que la décision de justice peut avoir de plurivoque, de complexe, le cas échéant de contestable est à mes yeux un moyen utile de lui conférer sa part d'humanité et d'intelligibilité et de faire du juge le porteur d'une décision qui engage et qui, en effet, choisit parmi des possibles. Le souhait d'entrer dans la complexité des choses, de ne pas subir passivement une verticalité vécue comme une suggestion fait entièrement partie de l'esprit de notre temps et vous le voyez tous les jours dans l'exercice de vos responsabilités. Cette préoccupation de nos concitoyens m'amène à partager avec vous quelques convictions sur le second sujet essentiel à l'institution judiciaire qui est l'effectivité de la justice. En effet, il ne s'agirait pas que nous ayons simplement clarifié le sujet de l'indépendance et la place du juge pour changer la vie de nos concitoyens. L'effectivité des droits, au sens où la philosophe Simone WEIL convoquait ce terme d'effectivité, est la clé de toute confiance dans la justice et partant dans la démocratie. Rien ne ruinerait davantage notre édifice démocratique que le sentiment d'une justice dont les principes resteraient une construction théorique et déjà point le sentiment parfois que le citoyen le plus vulnérable ne bénéficie pas, dans la réalité des droits qui lui sont en théorie octroyés et c'est là que se joue notre capacité collective, celle que vous portez au quotidien, à rebâtir pleinement la confiance de nos concitoyens. C'est aussi là que se joue, je dois vous le dire c'est ma conviction profonde, Monsieur le Premier Président, la véritable attractivité du modèle français. Nos modèles sont habitués à être pluriels et il n'y en a d'ailleurs pas qu'un auquel nous serions seuls opposés, mais c'est en adaptant nos réponses dans les faits, la rapidité de leur réaction, la bonne organisation concrète que nous pouvons avoir en effet un modèle juridique attractif et qui réconcilie tout à la fois la confiance de nos concitoyens partout dans la République et la confiance des investisseurs ou des justiciables parfois à l'autre bout du monde. Pour lutter contre cette corrosion, il nous faut d'abord une justice qui sache répondre aux défis de son temps. C'est ainsi que nos concitoyens sont extrêmement attentifs aux litiges du quotidien et au fait que les petites infractions fassent l'objet d'une réponse pénale effective, c'est-à-dire rapide, appliquée, proportionnée. Depuis de nombreuses années, ce débat est au coeur de la justice et il convient d'y apporter une réponse. Là aussi, c'est un débat qui est pris dans des tensions constantes, celle de vouloir adapter nos réponses pénales aux réalités que souvent les magistrats connaissent et ce besoin d'une réponse rapide, visible par nos concitoyens face à ce qu'ils constatent au quotidien. Les réformes qui seront lancées permettront de répondre à l'attente légitime des magistrats et des enquêteurs d'alléger et de simplifier leur tâche. J'ai déjà dit mon souhait de voir certaines contraventions ou certains délits faire l'objet d'une procédure forfaitisée. C'est l'ensemble des dispositions pénales, qu'elles soient législatives ou réglementaires, qui sera systématiquement peigné pour y trouver matière à simplification. Il en va ainsi des dispositions concernant les scellés ou encore de celles particulièrement complexes concernant les techniques spéciales d'enquête. Elles ont vocation à s'articuler avec la mise en oeuvre également de la police de sécurité du quotidien. Ce travail, cette refonte profonde concrète et détaillée, c'est-ce que la garde des sceaux, depuis plusieurs mois, conduit, ce qui fait l'objet d'une partie des chantiers de la justice sur lesquels des documents seront remis à la garde dès cet après-midi et je me réjouis à ce titre du travail de partenariat entre les ministères de la Justice et de l'Intérieur, indispensable pour construire cet édifice. Une justice effective, c'est aussi une justice qui entend les souffrances de nos concitoyens, c'est tenir compte des situations de déclassement et d'exclusion. Ainsi, nous le savons tous, notre société vieillit et les cas se multiplient des demandes de mise sous tutelle. Il s'agit, par essence d'une justice de proximité qui touche à l'intimité des familles, le plus souvent à leur douleur. La justice ne peut se soustraire à l'attente sociale en la matière, mais ne peut non plus être l'unique recours disponible pour des familles plongées dans le désarroi et c'est là encore l'un des sujets concrets, éminemment importants sur lesquels il conviendra de porter des réformes. Comme l'a très clairement établi la cour de cassation dans sa jurisprudence, les régimes civils d'incapacité ont pour objet, d'une façon générale, de pourvoir non seulement à la protection des biens, mais à la personne de ceux qui sont dits incapables, c'est-à-dire des personnes dont les capacités mentales sont jugées insuffisantes pour mener leur vie de façon autonome. Aujourd'hui, ce sont environ 700 000 majeurs qui font l'objet d'une mesure de protection. La France n'a jamais connu un nombre aussi élevé de majeurs protégés parce que le dispositif, initialement destiné à protéger les majeurs souffrant d'une altération de leurs facultés mentales, est de plus en plus utilisé pour les personnes en grande difficulté sociale. Cela explique que le droit français des majeurs protégés, scruté par les diverses instances nationales et internationales, fasse parfois l'objet de critiques au regard du nombre de mesures de tutelle qui privent la personne de sa capacité juridique alors que les réflexions actuelles s'accordent sur la nécessité de lui laisser davantage d'autonomie et de suivre sa volonté lorsqu'elle peut s'exprimer. Sur ce sujet, il nous faut sans doute revoir quelques règles mais là aussi prendre acte du fait que la réponse ne passe pas automatiquement par l'intervention du juge des tutelles, mais par une lutte contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale qui dépend d'autres ministères. L'effectivité de la justice concerne également les grands enjeux nationaux. En ce sens, la France peut être fière de sa justice antiterroriste. Pionnière dès 1986, cette justice, en se spécialisant, a permis de maintenir le combat entre une menace déstabilisant toute la société et le maintien du cadre du droit. Dans un État de droit, la lutte contre le terrorisme est une lutte judiciaire dans le sens où, ultimement, les auteurs de tels actes devront être traduits devant les tribunaux et condamnés. C'est une justice hautement spécialisée, en mesure à la fois de comprendre les enjeux géopolitiques et de maîtriser les techniques d'enquêtes innovantes qui sont indispensables. C'est aussi une justice que les citoyens perçoivent concrètement et qui leur inspire confiance. Lorsqu'il faut expliquer, décrire, rassurer, cette justice sait s'incarner et parler à nos concitoyens. Cela revêt à mes yeux une valeur considérable, comme du reste aux yeux des Français, et je veux à cet égard saluer le travail du procureur de la République de Paris, François MOLINS, dont la parole tournée vers nos concitoyens a su prendre le ton et le poids qu'ils attendent de la justice, sans jamais en atténuer l'indispensable gravité. Pour autant, les attaques djihadistes que nous subissons depuis plusieurs années, inégalées dans leur ampleur, les dommages qu'elles causent et leurs objectifs qui sont de remettre en cause notre modèle de société et de fragiliser notre État de droit, doivent nous inviter à une adaptation constante et rapide. C'est le sens que j'ai donné aux nouvelles dispositions en matière de sécurité. En mettant un terme à l'état d'urgence le 1er novembre dernier, j'ai voulu que nos concitoyens restent protégés contre le risque terroriste tout en donnant au juge un rôle accru dans la préservation des droits fondamentaux. Mais il semble que nous devons aller plus loin. À cette fin, la ministre a annoncé la création d'un procureur national antiterroriste qui nous permettra d'accroître encore l'efficacité des poursuites. Il faut que le magistrat instructeur puisse se consacrer entièrement à la conduite de ses investigations pour que les auteurs d'actes terroristes puissent être jugés plus rapidement. Il importe également de traiter de manière adaptée le profil des revenants, notamment mineurs, et les conditions de détention des terroristes. Autant de projets qui sont sur la table. La spécificité de ces situations et de ce droit doit d'autant mieux être prise en compte que si nous ne le faisons pas, le risque est une bascule complète, le risque est d'utiliser des instruments juridiques trop larges, en tout cas bien plus larges que la seule réponse à la menace antiterroriste. C'est tout l'esprit de la sortie de l'état d'urgence et la mise en place de ces nouveaux textes et de cette nouvelle organisation. Une justice effective est aussi une justice correspondant à la réalité du pays et notamment à sa réalité géographique. L'organisation territoriale de la justice ne correspond plus à la réalité démographique, administrative et économique du pays. Il ne s'agit pas d'une logique quantitative qui consisterait à rapporter un nombre d'affaires traitées annuellement au nombre de personnels en poste, mais bien plutôt d'une logique qualitative. La France compte 36 cours d'appel. Leur ressort, très variable, ne coïncide pas avec les territoires des 13 régions actuelles. Nous avons des régions avec plusieurs cours d'appel, nous avons des cours d'appel coupées entre deux régions, nous avons des tribunaux de grande instance sous l'autorité de chef de cour relevant d'une région voisine, les ressorts des cours d'appel ne coïncident pas non plus avec ceux des inter régions, des services déconcentrés du ministère de la Justice, ceux de l'administration pénitentiaire et ceux de la protection juridique de la jeunesse. La carte de la gestion budgétaire des juridictions divise la France en zones également sans concordance avec la répartition des cours d'appel ou des régions administratives. Nous avons donc mis le maximum de chances de notre côté pour réussir à avoir une justice efficace, en tout cas efficacement organisée. Par ailleurs, il est nécessaire de mieux organiser la participation des services judiciaires aux politiques publiques auxquelles ils contribuent et qui sont pilotées au niveau régional. Cette amélioration de l'organisation n'implique pas qu'on lui sacrifie la nécessaire proximité pour l'accès aux renseignements judiciaires, pour l'assistance aux démarches ou pour l'accès à certains procès. On s'est parfois interrogé sur mon engagement à ne fermer aucun site. La nouvelle organisation judiciaire que je souhaite et sur laquelle la garde des sceaux travaille depuis là aussi plusieurs mois ne vise pas tant la suppression de tribunaux ou de cours d'appel qu'une redistribution des services et des contentieux sans fermer de juridiction donc en conservant la proximité. Il s'agit de répartir des contentieux au sein d'un ressort en spécialisant certaines juridictions sur tel ou tel contentieux, en simplifiant aussi la lisibilité de l'accès à nos juridictions dans un même territoire. Le rôle là aussi de l'ensemble des magistrats sera déterminant et, avec eux, de tous les professionnels du droit. La réponse n'est ni une réponse qui serait dictée d'en haut, sans cohérence avec la réalité de nos territoires et sans prise en compte de la nécessaire proximité ni le statu quo qui, comme je viens de vous le décrire cliniquement, est absolument intenable et contribue largement à l'inefficacité collective. Une justice effective, c'est aussi une justice qui utilise les moyens disponibles pour se simplifier et se rapprocher des justiciables. C'est tout l'enjeu de la numérisation de la justice. En matière de numérisation, Monsieur le Premier Président, la cour de cassation fut pionnière dès le début des années 2000 et je veux ici rendre hommage au premier président honoraire, Guy CANIVET. Je souhaite que la numérisation complète de notre justice puisse être déployée à l'été 2020. Il ne s'agit pas simplement de dématérialisation, comme bien souvent on confond ces deux notions. Il nous faut créer profondément une organisation nouvelle qui, grâce aux innovations, nous permette en profondeur de revoir aussi bien souvent nos organisations. Il nous faut créer une plateforme de justice civile pour les petits litiges et parvenir à une procédure pénale numérique. Je souhaite que la prime soit donnée à l'innovation et que se déploient fortement des initiatives déjà en cours qui rapprochent les citoyens et les avocats ou encore les professionnels du droit et les magistrats. Le numérique n'apportera rien si, en quelque sorte, nous lui répliquons toutes les lourdeurs que nous connaissons aujourd'hui et qui sont parfois devenues obsolètes. Si à chaque étape de la procédure numérique, nous remettons des procédures d'homologation sans réinterroger leur pertinence, nous créerons un monstre numérique dont l'État et la justice n'en ont pas l'exclusive, je vous rassure ont le secret, dont l'efficacité et la probabilité même qu'il se déploie seront à discuter. Le numérique n'est pas la transposition digitale des dispositifs physiques. Il importe dans les relations entre acteurs des méthodes nouvelles, des usages nouveaux et c'est cela qu'il nous faut prendre en compte parce que, de fait, est en train d'émerger une organisation nouvelle dans le monde judiciaire, non pas une simple modernisation, mais une véritable refonte de la conception que nous nous faisons des rapports qui existent entre l'institution, ses composantes et les justiciables. Les simplifications qui permettent aux magistrats de se concentrer sur l'important mais aussi un vrai changement, bien souvent, des relations entre le justiciable, ses conseils, les magistrats qui invitent à repenser l'ensemble de la procédure. Nous allons, dans les prochains mois, déployer un plan de transformation numérique de la justice. Il permettra aux justiciables, aux avocats et aux huissiers de justice, à tous les partenaires de la justice de suivre en ligne le déroulement de l'instruction de leur affaire et d'accomplir en ligne les actes de procédure et à l'ensemble des acteurs du procès de travailler sur la base d'un dossier numérique dématérialisé. En matière civile, la saisine des juridictions sera effective dès début 2019 et la dématérialisation complète déployée à partir de 2020. En matière pénale, une équipe de projet, conjointe avec le ministère de l'Intérieur, est mise en place pour parvenir à une procédure pénale numérique et la justice pénale nécessite une approche spécifique à la fois parce qu'elle associe en amont les forces de l'ordre et en aval l'administration pénitentiaire et, bien sûr, parce qu'elle est soumise à des garanties fondamentales renforcées. Ce sujet n'est pas un sujet ancillaire, il impliquera une refonte profonde du quotidien de nombre de professionnels du droit et il impliquera une refonte profonde de notre organisation collective où il faut à la fois saisir l'opportunité qui nous est offerte d'un accès plus simple, rapide et parfois d'un traitement des litiges plus rapide que le numérique permet et le maintien des garanties fondamentales, mais avec un certain esprit de distinction. Une justice effective, c'est enfin une justice qui pense l'effectivité de son action et notamment de la peine. La justice ne doit pas seulement être dite, elle doit se concrétiser. Cela va d'ailleurs bien plus loin que la simple question de l'exécution des décisions. Bien davantage, il en va du sens même de la fonction de juger. S'agissant, par exemple, de la justice pénale, aujourd'hui, il n'est plus possible que le juge prononce des peines d'emprisonnement qui, non seulement pour une bonne part, ne seront pas exécutées dans des délais décents, mais qui seront transmuées de fait en une autre peine. Cela, nos concitoyens ne le comprennent pas. Je suis certain que la situation ne satisfait pas les magistrats qui prononcent ces peines sans visibilité, notamment les juges correctionnels. Je souhaite que l'on puisse distinguer entre une peine utile et une peine inutile. Je souhaite aussi qu'une peine prononcée soit une peine effectuée. À l'heure actuelle, les articles 723-15 et suivants du code de procédure pénale conduisent à examiner de fait un aménagement pour toute peine de prison ferme inférieure ou égale à deux ans. Cette disposition est utilisée essentiellement comme dispositif de gestion de la surpopulation carcérale. Je me suis exprimé devant la Cour européenne des droits de l'homme pour dire combien la situation des prisons en France était indigne : indigne ce taux d'occupation de 139 %, indigne les matelas au sol, indignes les conditions de travail des personnels pénitentiaires. Pour autant, cette surpopulation est un symptôme et je ne veux pas d'une réforme qui ne cherche qu'à faire tomber la fièvre plutôt qu'à s'attaquer à la maladie. Les réformes que portera la garde des sceaux donneront donc une réponse à cette exigence d'effectivité tout en offrant des réponses très novatrices pour ne pas faire de la prison l'alpha et l'oméga de la peine. Et je crois que la réponse qui consiste à dire qu'un juge peut prononcer une peine de prison et que celle-ci a vocation à n'être jamais appliquée est une décrédibilisation pour les magistrats qui la prononcent, comme pour tous ceux qui portent l'action publique. La prison, quant à elle, au-delà des 15 000 places à construire, sur lesquelles je me suis engagé, doit être profondément modernisée, transformée. J'ai demandé à ce qu'un Plan pénitentiaire global me soit soumis avant la fin du mois de février 2018 qui concerne non seulement les questions immobilières, mais les personnels pénitentiaires, qu'il s'agisse des personnels de surveillance ou des personnels de probation et d'insertion. Il concernera également le renseignement pénitentiaire et, d'une façon générale, le statut de détenu. Cette exigence d'effectivité est essentielle pour nos prisons mais en ce qu'elles ne doivent pas être une réponse quasi systématique. D'autres peines doivent pouvoir être effectivement et massivement mises en oeuvre : le travail d'intérêt général qui allie l'exigence de réparation du dommage causé à celle de la réinsertion, le bracelet électronique. Et il nous faut, dans le cadre de cette réforme, en assumer la place, en clarifier l'usage et apporter cette réponse complète. Pour être effectives, les peines doivent aussi s'adapter aux personnes concernées et au monde qui nous entoure et c'est un des éléments d'ailleurs de l'attractivité qu'à juste titre, vous souligniez à l'instant, Monsieur le Premier Président. Malgré les polémiques, on doit à cet égard se réjouir de la création d'une nouvelle peine de convention judiciaire d'intérêt public qui institue pour les personnes morales une transaction pénale permettant de lutter effectivement contre la corruption internationale. Nous savons tous que les sanctions en la matière étaient quasiment inexistantes et sans proportion avec les sommes en jeu. Sur l'incitation des organisations non gouvernementales concernées, la peine créée permet, dans la transparence, de mettre en oeuvre un mécanisme de sanction concret et effectif. Une justice effective, c'est enfin une justice où l'activité du juge et recentrée sur le traitement des litiges qui le justifient. Une partie des innovations que j'évoquais, je l'espère, le permettra, mais parce qu'il est un juge, avec la compétence et le rôle qui lui sont assignés par notre Constitution et par nos lois, le juge doit se consacrer aux situations dans lesquelles sa place est réellement nécessaire. Il s'agit donc de résister à cette tendance sociétale contribuant à l'extension permanente de son champ d'intervention. La loi de modernisation de la justice du XXIe siècle en a fait un objet important en introduisant le divorce par consentement mutuel par acte d'avocats, en transférant la conclusion d'un Pacs aux communes ou en forfaitisant la poursuite des défauts d'assurance et de permis de conduire. Je souhaite que ces évolutions soient poursuivies partout où ce sera possible. Il faut aussi se méfier de la fuite en avant des voies de recours qui font durer les procédures. La procédure est une garantie, pas un piège dans lequel on doit systématiquement s'enliser. Et ce sera aussi l'un des sujets importants que ces chantiers de la justice doivent à mes yeux pouvoir éclairer et sur lesquels des réformes importantes doivent être conduites. La première instance ne doit pas être une répétition de l'appel et la cour de cassation n'est pas un troisième degré de juridiction à qui l'on se réfère ultimement quand on a perdu. L'autorité de la chose jugée et la place de chaque niveau doivent ainsi être pleinement reconsidérées et cela fera partie, je crois, des réformes profondes que la garde des sceaux doit porter dans ce contexte. Le peuple français, Mesdames, Messieurs, est un peuple épris de justice. Que ce trait de notre nation soit parfois poussé jusqu'au goût de la chicane est un fait connu. « Vivre sans plaider, est-ce contentement ? », disait RACINE. Mais cette justice dont notre peuple est si soucieux, c'est surtout celle qui sache faire des droits que promettent les principes de notre démocratie libérale l'expérience de tous nos concitoyens. Là est notre défi commun, refaire de l'efficacité de la justice un ciment de notre République. Et pour cela, il faut savoir faire évoluer à la fois le droit et l'appareil judiciaire pour que l'un et l'autre soient au service de ce projet démocratique. Les moyens nécessaires seront affectés à ces évolutions de la justice et chaque fois, c'est l'effectivité de la justice qui sera notre guide et nous ferons une règle de ne pas continuer à soutenir des dysfonctionnements patents et connus, mais d'être au rendez-vous en termes de moyens lorsque les objectifs sont clairement déterminés. Ce sera aussi l'objectif du texte de loi porté par la garde des sceaux dans les prochains mois. Cette rigueur nous est imposée de façon absolue par l'environnement national et international qui a remis en son coeur la question des droits et des libertés, que ce soit chez les uns pour les réduire, chez les autres et la France et de ces autres pour mieux les protéger et les garantir dans un monde inquiétant. Il est de notre devoir d'offrir des réponses profondes et ambitieuses aux attentes qui existent à l'endroit de l'institution judiciaire. Nous ne ferons jamais de la justice autre chose qu'une instance humaine et, à cet égard, forcément imparfaite. Nous continuerons à avoir sans doute, Monsieur le Premier Président, Monsieur le Procureur général, des débats interminables sur des sujets qui sont parfois irréconciliables parce que la justice est humaine. Et nous ne renoncerons jamais à offrir, précisément pour cette raison, ce qui je crois, est le coeur de votre vocation, de votre rôle et de ce que j'estime être une part de ma mission, l'espérance légitime que nos concitoyens doivent avoir dans la justice parce que la justice est toujours humaine, elle ne doit jamais se départir de cette part d'humanité et de l'espoir qu'elle porte pour nos concitoyens. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/603.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/603.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b77fc9bb4a21119ab554f0567d691d49be43689f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/603.txt @@ -0,0 +1 @@ +NICOLAS DEMORAND L'invitée de France Inter jusqu'à neuf heures est garde des Sceaux, ministre de la Justice. Nicole BELLOUBET, bonjour. NICOLE BELLOUBET Bonjour. NICOLAS DEMORAND La pression retombe d'un cran dans les prisons même si les gardiens restent mobilisés, même si le mouvement qu'ils ont initié un peu partout en France est encore puissant. Avant d'entrer dans les détails, qu'est-ce qui explique selon vous cette colère ? Le sentiment d'avoir été abandonné ? Le sentiment de manquer de moyens ? Comment diriez-vous les choses ? NICOLE BELLOUBET Je dirais que les surveillants des établissements pénitentiaires vivent une situation très difficile. Leur métier est difficile. D'abord, c'est un métier qui est au contact avec l'enfermement, avec la détresse, avec la violence parfois et donc il suffit d'un acte d'une violence extrême comme celui qui s'est passé à Vendin-le-Vieil pour déclencher la colère qui se manifeste aujourd'hui. NICOLAS DEMORAND Mais ils étaient déjà à fleur de peau, les gardiens de prison, à bas bruit avant que cet événement ne déclenche les choses ? NICOLE BELLOUBET Si vous voulez, c'est une situation dont je me préoccupe depuis que j'ai été nommée garde des Sceaux encore une fois parce que je connais la difficulté de leur métier, et ce ne sont pas que des mots. Je me rends souvent dans des établissements pénitentiaires, je parle avec notamment les surveillants mais pas seulement - il y a également d'autres personnels et je mesure vraiment la difficulté du travail qu'ils font. NICOLAS DEMORAND Faut-il aujourd'hui quelque chose comme un plan prison, Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Le président de la République l'a annoncé et, en toute hypothèse, cela fait également partie des chantiers de la justice que j'ai lancés. Plan prison, ça recouvre plusieurs facettes d'une même réalité puisque cela signifie à la fois qu'il faut construire des places supplémentaires pour répondre à cet objectif d'encellulement individuel qui est une condition de dignité mais aussi de sécurité pour la société évidemment. Cela veut dire également qu'il faut travailler sur ce qu'est la peine. C'est l'objet des chantiers de la justice que je porte, c'est-à-dire au fond qu'on ait une hiérarchie clarifiée des peines qu'on puisse utiliser, différents types de peines qui soient une réponse pénale pertinente pour la personne qui a été condamnée. Et puis, cela signifie enfin qu'il faut réellement travailler sur la situation des personnels qui travaillent dans les établissements pénitentiaires. NICOLAS DEMORAND Nicole BELLOUBET, est-ce que les dix propositions faites à Vendin-le-Vieil où vous vous trouviez donc hier peuvent être généralisées à l'ensemble des prisons ou sont-elles uniquement destinées à celle-là ? NICOLE BELLOUBET Clairement, je me suis rendue à Vendin-le-Vieil pour d'abord apporter mon soutien aux personnels qui avaient été blessés, pour prendre en compte la situation singulière de cet établissement d'ailleurs qui accueille vraiment des détenus difficiles, et pour répondre à une situation particulière. Les dix mesures pour Vendin… NICOLAS DEMORAND N'ont pas vocation à être généralisées. NICOLE BELLOUBET Non. En tout cas, certaines d'entre elles peuvent l'être si vous voulez. Je pense par exemple à des questions autour des équipements de protection, de sécurité pour les personnels qui sont au contact avec les détenus les plus violents. Ces choses-là peuvent être généralisées mais toutes n'ont pas à l'être. J'ai notamment évoqué la question du projet de l'établissement pénitentiaire de Vendin mais il est propre à Vendin. NICOLAS DEMORAND Bien sûr. Allez-vous réformer, parce que tout est parti de là, les modalités d'enfermement, d'emprisonnement, des détenus radicalisés ? NICOLE BELLOUBET D'abord, je dois dire que nous avons actuellement une politique qui est très pensée sur ce sujet. Ce n'est pas n'importe quoi, n'importe où. Donc nous avons, lorsqu'un détenu radicalisé, enfin lorsqu'une personne a été condamnée pour terrorisme, il est d'une part évalué pendant quatre mois dans un quartier d'évaluation où nous mesurons sa dangerosité et, à partir de là, il est placé dans des situations différentes. Il peut être placé soit à l'isolement où là, par définition, il est séparé des autres. Il peut être placé dans des quartiers pour détenus violents, pour détenus radicalisés où là encore il fait l'objet d'une prise en charge particulière et séparé des autres, et certains sont placés en détention ordinaire et suivis de manière particulière. NICOLAS DEMORAND Il faut encore élargir et vers quoi cette gamme que vous venez de décrire ? NICOLE BELLOUBET Je pense qu'on peut toujours revisiter, faire mieux, mais là pour l'instant, notre objectif c'est de multiplier ce type de quartier singulier. C'est-à-dire à la fois les quartiers d'évaluation de la radicalisation, les quartiers pour détenus radicalisés que nous allons multiplier sur l'ensemble non pas sur l'ensemble sur un nombre plus important d'établissements pénitentiaires. NICOLAS DEMORAND Et sur le plan théorique, est-ce que vous croyez à la déradicalisation, à l'idée même de déradicaliser quelqu'un ? NICOLE BELLOUBET Je n'aime pas le terme mais… NICOLAS DEMORAND C'est possible ? NICOLE BELLOUBET Oui, je crois que c'est possible. Tout dépend du niveau d'engagement dans la violence de ces personnes, mais j'ai vu des expériences conduites à la fois par les personnels d'insertion et de probation et/ou par des associations privées, qui avec un accompagnement très soutenu d'un certain nombre de personnes les ramènent dans un rapport normal à la société. Oui, je crois que c'est possible, sans doute pas pour tous les détenus. Il faut être réaliste. NICOLAS DEMORAND Nicole BELLOUBET, vous étiez à Calais avec le président de la République hier. NICOLE BELLOUBET Oui. NICOLAS DEMORAND Une tribune d'intellectuels dont certains sont proches d'Emmanuel MACRON a durement critiqué la politique d'asile qui se dessine en France. Est-elle, comme écrivent ces intellectuels, en contradiction avec l'humanisme élémentaire que la France doit, selon eux, mettre en oeuvre ? NICOLE BELLOUBET Je ne le crois pas, je ne le veux pas et je ne le pense pas. Il me semble que ce que cherche le gouvernement d'Edouard PHILIPPE et le président MACRON, c'est de conduire une politique équilibrée. C'est un terme qui est souvent repris mais je le reprends à mon compte. Au fond ce qui nous intéresse, c'est d'avoir une politique d'accueil qui soit maîtrisée. Maîtrisée, ça veut dire à la fois un accueil qui est inconditionnel dans les centres d'hébergement d'urgence, un accueil en termes de soin qui également relève de l'inconditionnalité mais un accueil qui, à un moment donné, puisse offrir des chances de traitement des personnes qui arrivent sur le territoire français, des traitements de leur demande selon la qualité à laquelle il veut prétendre. Est-ce que c'est de la demande d'asile ? Est-ce que ce sont des réfugiés que nous devrions héberger au titre des réfugiés ? Est-ce que ce sont des gens qui doivent faire l'objet d'une politique de retour avec une aide au retour ? Il y a plusieurs catégories et je pense que nous sommes dans cet accueil-là, un accueil maîtrisé et c'est ce qui est important je crois qu'il faut que nous mettions tout en oeuvre pour qu'il y ait une intégration réussie. Ce sont les deux aspects. NICOLAS DEMORAND En tout cas, associations et ONG se retrouvent pour violemment critiquer l'idée de faire intervenir des équipes mobiles dans les centres d'hébergement. Est-ce qu'il ne faudrait pas abandonner cette idée, cette disposition ? Parce qu'associations et ONG, dit cette tribune, font un travail irremplaçable sur ces sujets. NICOLE BELLOUBET Mais c'est vrai. C'est vrai qu'elles font un travail irremplaçable. Je crois que ce qui a été voulu, c'est d'éviter à ces personnes qui sont dans des centres de faire des queues invraisemblables, d'avoir des rendez-vous à des dates très éloignées. Devant les préfectures, nous avons tous vu ces choses-là et donc l'idée était de faire venir des personnels administratifs dans ces centres pour essayer de mieux répondre à des questions d'orientation. Si cela a été mal compris, il faut certainement que nous l'expliquions, que nous travaillions avec les associations pour leur expliquer qu'au fond c'est aussi une exigence de dignité - en tout cas, c'est comme cela que ç'a été entendu que nous souhaitons déployer. NICOLAS DEMORAND Donc vous soutenez cette circulaire Collomb ? NICOLE BELLOUBET Je pense que si elle est expliquée de la manière dont je viens de le dire, c'est-à-dire au fond l'idée d'aller au-devant des gens pour leur éviter des démarches qui sont des démarches parfois indignes dans la manière dont elles étaient conduites, oui je crois que c'est peut-être… NICOLAS DEMORAND Donc vous dites accompagnement aux formalités administratives et non pas tri des personnes. NICOLE BELLOUBET Je réfute totalement ce terme. Je pense que ce n'est pas du tout ce qui a été voulu et si ça l'était, ce serait dramatique. Ça ne peut pas, en aucun cas, être un tri et dire que ça l'est, je crois que c'est se méprendre vraiment profondément sur le sens de ce qui a été voulu. NICOLAS DEMORAND Votre ministère est-il parvenu à un accord fin décembre sur le dossier du rapprochement des détenus basques vers les prisons de leur région d'origine ? NICOLE BELLOUBET Un accord avec qui ? NICOLAS DEMORAND Basque, oui, oui, j'ai bien dit basque. C'est le quotidien Sud-Ouest qui indique que les transferts de prisonniers vers les prisons de Mont-de-Marsan et Lannemezan seraient réalisés dans les prochaines semaines selon Jean-Noël ETCHEVERRY. NICOLE BELLOUBET Si vous voulez, c'est une situation que nous prenons en compte, que nous traitons. Nous la traitons de manière extrêmement fine. Il nous a été fait le reproche d'être, je dirais, inactifs sur ce sujet. Je ferai ici observer que c'est mon ministère en ce moment qui a levé le statut de DPS, de Détenu Particulièrement Signalé, d'un certain nombre de détenus, qui permet le rapprochement. Et donc maintenant, nous travaillons au cas par cas sur des demandes de rapprochement qui sont effectués par les prisonniers. NICOLAS DEMORAND Et donc, il y a bien un cadre sur les prisonniers basques. NICOLE BELLOUBET Il y a un cadre. Pour la première fois, il y a un cadre qui est clair et sur lequel nous pouvons agir. NICOLAS DEMORAND Ce qui est valable pour les Basques va-t-il être valable pour les Corses ? NICOLE BELLOUBET Pour la situation des détenus corses, nous travaillerons de la même manière selon les règles de droit commun, c'est-à-dire… NICOLAS DEMORAND Ce n'est pas un refus de principe ni un accord de principe ? NICOLE BELLOUBET Absolument. Nous travaillerons selon les règles du droit commun. NICOLAS DEMORAND Le président de Radio France, Matthieu GALLET, a été condamné hier à un an de prison avec sursis et à une amende de vingt mille euros pour favoritisme. Ses avocats ont fait appel. Doit-il démissionner d'après vous alors qu'en droit l'appel est suspensif ? NICOLE BELLOUBET Il y a une question d'éthique personnelle qui lui appartiendra de prendre en compte, mais effectivement l'appel est suspensif, donc je ne me prononcerai pas sur ces affaires judiciaires. NICOLAS DEMORAND Est-ce que l'éthique personnelle est une valeur supérieure au droit ? Je vous pose cette question à vous, ministre de la Justice et juriste. NICOLE BELLOUBET Ça n'est pas une valeur supérieure au droit car dans un Etat de droit, il n'y a rien de supérieur à la règle de droit, mais c'est un comportement personnel qui, me semble-t-il, doit accompagner la règle de droit. NICOLAS DEMORAND Nicole BELLOUBET au micro de France Inter. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/604.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/604.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fbc1e6a3532dad7ba96eee13c68f591bfc94faeb --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/604.txt @@ -0,0 +1 @@ +1. Ce 35e Sommet franco-britannique met en évidence la relation unique et étroite entre nos pays, deux des plus anciennes et des plus grandes démocraties au monde. Aujourd'hui, nous proclamons une vision commune de notre relation pour les décennies à venir, une relation résolue à renforcer notre bien-être commun et la prospérité de nos sociétés. 2. Nous nous réunissons au cours de cette année qui marque le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle nos troupes ont combattu côte à côte pour défendre notre croyance commune en la liberté et pour résister contre les agressions. 3. En tant que nations internationales, ouvertes sur l'extérieur, nous demeurons déterminées à protéger nos populations et à défendre nos valeurs de démocraties libérales face à toutes les menaces, sur notre sol comme à l'étranger. Pays européens membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, ainsi que membres du G7, du G20 et de l'OTAN, nous agissons en étroite collaboration pour défendre le système international fondé sur des règles. 4. Le Traité de Lancaster House est le socle de notre relation. Nous avons amélioré depuis 2010 nos capacités collectives et constaté des niveaux inédits d'intégration de nos forces armées, de nos services de renseignement et de nos organes diplomatiques et de développement. 5. Dans un monde de plus en plus instable et incertain, ce partenariat solide et durable entre deux grandes nations est plus important que jamais. Nos services de renseignement agissent ensemble pour sauver des vies des deux côtés de la Manche et partout dans le monde. Nos forces armées, quant à elles, jouent un rôle moteur au sein de l'OTAN, offrant des garanties de sécurité à nos alliés d'Europe de l'Est. 6. Nos institutions coopèrent étroitement à tous les niveaux pour réduire la pression migratoire et cibler les groupes criminels impliqués dans la traite des êtres humains, au nord de la France comme dans des zones plus lointaines. Nous luttons aussi contre le terrorisme et l'instabilité à l'étranger, en combattant Daech en Irak et en Syrie, en oeuvrant ensemble dans le Sahel et en utilisant nos budgets d'aide au développement pour soutenir nos objectifs stratégiques. Nous allons désormais renforcer cette coopération sans précédent, en nous appuyant sur nos capacités communes et en les développant, conscients que nous sommes plus efficaces quand nous agissons ensemble. 7. Ce Sommet a lieu alors que le Royaume-Uni se prépare à quitter l'Union européenne, mais le Royaume-Uni ne quitte pas l'Europe. Une relation forte et profonde entre le Royaume-Uni et la France est dans l'intérêt de nos deux pays. 8. Nos relations ne se sont jamais arrêtées à la défense et la sécurité, bien au contraire. Nos échanges commerciaux représentent 71 milliards de livres sterling, ce qui fait de la France le troisième partenaire commercial du Royaume-Uni et du Royaume-Uni le cinquième partenaire commercial de la France, mais notre amitié va bien au-delà d'une simple balance commerciale. Plus de 150 000 ressortissants britanniques vivent en France et un nombre semblable de ressortissants français ont décidé de faire leur vie au Royaume-Uni. C'est pourquoi aujourd'hui, pour la première fois, nous avons élargi le Sommet à tout le spectre des relations bilatérales franco-britanniques, notamment la prospérité, l'innovation, la science et l'éducation. 9. Nous sommes pour toujours des voisins, unis par un lien d'amitié, ardents défenseurs de notre croyance commune dans la liberté et la justice, dans nos sociétés et partout dans le monde. Les trois piliers de ce Sommet forment un seul et même engagement. Nous renforcerons notre sécurité commune en trouvant des solutions en commun pour bâtir un avenir partagé plus radieux pour tous nos concitoyens. 10. La Première ministre du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord et le Président de la République française sont convenus de la déclaration suivante, renforcée par les actions énoncées dans les annexes jointes. Sécurité commune : notre coopération en matière de politique de défense, de sécurité, étrangère, de développement et migratoire dans toute son ampleur 11. Nous faisons face à une série de menaces pour notre sécurité dont l'échelle, la complexité et la fréquence augmentent, et notamment l'attitude affirmée sur le plan militaire d'un nombre croissant de puissances établies et émergentes, qui remettent en question et compromettent les cadres internationaux. Par ailleurs, des groupes étatiques et non-étatiques reçoivent de plus en plus d'armes sophistiquées en grande quantité. 12. Depuis le dernier Sommet, nos deux pays ont connu des actes de terrorisme sur leur propre territoire. Nous sommes toujours menacés directement par le terrorisme islamiste qui, malgré ses revers en Syrie et en Irak, continue d'évoluer et de s'étendre à de nouvelles régions, nourri par la guerre civile, le chaos et la fragilité des États. Nous devons travailler ensemble pour protéger nos populations et pour combattre le terrorisme depuis les champs de bataille en Syrie et en Irak, où nos forces armées luttent courageusement côte à côte pour chasser Daech. Nous réaffirmons notre engagement, exprimé dans le Plan d'action franco-britannique de juin 2017, de ne pas laisser l'internet servir d'espace sécurisé pour les terroristes et les criminels et d'empêcher la radicalisation en ligne. Nous sommes également déterminés à lutter contre les formes classiques et émergentes de financement du terrorisme, en particulier dans le cadre de la conférence de mobilisation internationale qui sera organisée par la France à Paris en avril 2018, ainsi que dans les autres enceintes internationales. Sécurité et défense 13. Les Traités de Lancaster House de 2010 ont permis d'intensifier considérablement la coopération en matière de défense, de sécurité nationale et de politique étrangère. Alors que le dixième anniversaire de ces traités approche, nous demeurons déterminés à approfondir nos capacités conjointes, notre coopération opérationnelle et la coordination de nos politiques. 14. Le Royaume-Uni et la France sont les deux plus grandes puissances européennes en matière de défense, dotées de forces de dissuasion nucléaire indépendantes et d'un éventail complet de forces armées en mesure de se déployer et d'opérer, seules ou avec leurs Alliés et partenaires, dans le monde entier sur terre, en mer, dans les airs et, de plus en plus de nos jours, dans le cyberespace. Nous avons mis en place des niveaux sans précédent d'intégration entre nos forces armées mais nous allons annoncer des mesures qui amélioreront encore nos capacités communes en matière de défense, ainsi que notre capacité à travailler ensemble dans le monde entier au service de nos intérts communs. Il n'existe pas de situation dans lesquelles les intérêts vitaux de l'un de nos deux pays, le Royaume-Uni ou la France, puissent être menacés sans que les intérêts vitaux de l'autre ne le soient également. 15. En ce qui concerne la Force expéditionnaire commune interarmées (CJEF), nous sommes convenus de nous appuyer sur le succès de l'exercice Griffin Strike, réalisé en 2016, lors duquel plus de 5 000 militaires britanniques et français ont participé pour la première fois à des activités terrestres, maritimes et aériennes majeures. La CJEF est déjà en mesure de réaliser des opérations d'imposition de la paix et lancera un programme de travail qui aboutira à une force pleinement opérationnelle d'ici 2020, pouvant compter plus de 10 000 personnes, , et capable de participer à des opérations de gestion de crise en intervenant en premier sur des territoires potentiellement hostiles.. 16. Nous intensifierons également notre coopération maritime au service de la sécurité et de la prospérité dans le monde. Cette dernière prendra la forme d'un soutien réciproque aux futurs déploiements de nos porte-avions en 2019, d'un quartier-général commun en 2019 pour la Task-Force 150 de la coalition dans la mer d'Arabie et autour de la Corne de l'Afrique, ainsi que d'une collaboration pour le déploiement et l'exploitation de bateaux et d'avions dans les régions de l'océan Indien, de l'Asie-Pacifique et des Caraïbes en 2018. 17. Nous sommes convenus de travailler en plus étroite collaboration pour combattre le terrorisme et l'instabilité au Sahel et renforcer notre coopération dans cette région. L'un des aspect important du Traité de Lancaster House est que nos deux pays se sont engagés à se soutenir, comme convenu au cas par cas, lorsque l'un d'entre eux est engagé dans des opérations auxquelles l'autre ne prend pas part. Par conséquent, en réponse aux demandes de la France d'un soutien supplémentaire pour l'opération BARKHANE, le Royaume-Uni a décidé de déployer trois hélicoptères CH-47 Chinook de transport lourd au Mali afin d'apporter un soutien logistique aux opérations françaises. Il a également accepté de continuer de mettre à disposition un avion C-17 de transport lourd, qui a déjà fourni un soutien logistique important. Cela démontre l'engagement du Royaume-Uni de soutenir ses alliés et partenaires européens dans le but de préserver la sécurité de l'Europe. 18. Nous sommes convenus de maintenir un programme continu de coopération en matière de capacités militaires dans notre intérêt mutuel. La gestion des échanges d'informations nationales sensibles prend une dimension de plus en plus importante dans notre coopération mutuelle. Nous nous engageons à résoudre tout problème qui surviendrait. Nous réaffirmons que la coopération en lien avec notre initiative « One Complex Weapon » a une importance stratégique pour nos deux pays et nous confirmons notre volonté sans faille de développer notre coopération d'ambition mondiale dans le domaine des missiles. À l'issue de la phase initiale du développement du démonstrateur d'un Système de combat aérien futur (FCAS-DP), nous poursuivrons le travail d'évaluation des conclusions qui émergent afin de prendre des décisions concernant les phases futures du programme. Nous rechercherons également des possibilités de coopération en matière de combat aérien et nous poursuivrons notre analyse capacitaire sur l'environnement futur du combat aérien et des modalités selon lesquelles des systèmes de drones et d'avions pourraient opérer ensemble. Notre projet conjoint de contremesures pour la guerre des mines en mer met au point une technologie autonome sans équivalent au niveau mondial dans le domaine maritime. Nous prévoyons de développer des options pour permettre à ce système d'être rapidement mis en service opérationnel. Nous continuerons d'approfondir la coopération nucléaire entre nos deux pays afin de renforcer notre posture de dissuasion, tout en conservant l'indépendance de nos forces nucléaires. 19. Dans ce contexte, nous avons estimé d'un commun accord que la défense britannique jouait toujours un rôle majeur pour la stabilité de l'ordre multilatéral, notamment grâce à sa contribution à la défense et à la sécurité de l'Europe, et que l'industrie de défense britannique restait en mesure de participer aux programmes européens de recherche et de renforcement des capacités en matière de défense, dans le cadre d'arrangements à définir au niveau européen et dans d'autres formats pertinents. 20. Dans le cadre de l'OTAN, nous sommes convenus de contribuer davantage à la posture de dissuasion et de défense, notamment par notre réponse mesurée et proportionnée à la politique étrangère et à l'activité militaire plus affirmées de la Russie, ainsi que d'aider les forces de sécurité et les institutions de sécurité et de défense irakiennes à renforcer leurs capacités. 21. En 2017, les forces françaises et britanniques ont approfondi leur coopération opérationnelle en Estonie dans le cadre de la présence avancée renforcée. La France contribuera à la présence avancée renforcée en 2019, dans le cadre du groupement tactique dirigé par le Royaume-Uni en Estonie, compte tenu du succès du déploiement conjoint de 2017. 22. Nous soulignons la nécessité de continuer à favoriser l'émergence d'une culture stratégique commune aux États d'Europe. Grâce à leur solide expérience commune en matière expéditionnaire, la France et le Royaume-Uni reconnaissent que leurs relations bilatérales en matière de défense sont susceptibles de contribuer au développement de l'Initiative européenne d'intervention. Cela permettra de créer au sein d'un groupe d'États européens les conditions d'engagements à venir dans divers scénarios d'intervention militaire. 23. Le Royaume-Uni et la France développeront ces initiatives et surmonteront ces défis en travaillant ensemble avec leurs alliés de l'OTAN et leurs partenaires européens, notamment en poursuivant l'amélioration de l'efficacité et de l'efficience de l'OTAN et de la défense européenne et en encourageant le développement de la relation OTAN – Union européenne. Protéger notre sécurité intérieure 24. Les récents attentats terroristes dans toute l'Europe soulignent l'ampleur et la nature transfrontalière du défi que représente la protection de nos citoyens. Le Royaume-Uni et la France déclarent par la présente leur engagement continu à travailler ensemble, au moyen de mécanismes bilatéraux comme multilatéraux, pour approfondir et améliorer leur coopération en matière de police, de sécurité et de justice pénale, améliorer la sécurité des citoyens en Europe et renforcer leurs capacités internes de sécurité, grâce à de nouveaux accords évolutifs aux niveaux européen et bilatéral, qui permettraient de lutter contre ces menaces communes complexes. 25. L'aptitude à transférer et à conserver des données, tant au sein de l'Union qu'avec des pays tiers, joue un rôle essentiel dans nos efforts pour combattre la criminalité transfrontalière et le terrorisme. Nous estimons tous deux que la conservation des données de communication est un outil légitime et majeur pour la sécurité publique, et qu'elle peut être réalisée de façon totalement compatible avec les droits fondamentaux de nos concitoyens. 26. En amont du Sommet, les directeurs du Secret Intelligence Service, du Security Service et du Government Communications Headquarters ont rencontré leurs homologues français, les directeurs de la Direction générale de la Sécurité extérieure et de la Direction générale de la Sécurité intérieure, afin de renforcer notre importante coopération actuelle. Cette rencontre a été la toute première à réunir en même temps les directeurs de ces cinq services de renseignement. 27. Poursuivant les objectifs du Plan d'action franco-britannique signé par la Première ministre Theresa May et le Président Emmanuel Macron en juin 2017, nous nous engageons à renforcer notre coopération pour faire en sorte que l'internet ne puisse pas servir d'espace sécurisé pour les terroristes et les criminels. Un rapport d'étape conjoint portant sur la mise en oeuvre du Plan d'action de juin a été présenté lors du Sommet. En nous appuyant sur une collaboration récente entre des équipes britanniques et françaises, nous appelons le secteur privé et le Forum mondial de l'internet contre le terrorisme (Global Internet Forum to Counter Terrorism) à assurer l'automatisation de la détection et de la suppression des contenus illégaux entre une et deux heures après leur publication, à empêcher la diffusion de ces contenus et à soutenir davantage les plus petites entreprises. Dans la perspective du Sommet des chefs d'État et de gouvernement du G7 en 2018, le Royaume-Uni et la France chercheront à améliorer la transparence de la part de ces derniers afin de faciliter le suivi des avancées vers ces objectifs. Nous renforcerons également notre coopération dans le domaine des communications stratégiques. Nous étudierons des mesures législatives si nécessaire. 28. En outre, nous sommes convenus de présenter un nouvel accord maritime bilatéral de lutte contre le terrorisme, afin de permettre à nos services de police et de justice de mieux assurer la sécurité des plus de 15 millions de passagers qui traversent la Manche chaque année, ainsi que de sécuriser les ports transmanches, qui génèrent des bénéfices économiques mutuels conséquents. 29. Étant donné la nature transfrontalière des menaces communes liées au grand banditisme et à la criminalité organisée, nous nous sommes également engagés à renforcer notre étroite collaboration, en portant une attention particulière à la lutte contre les menaces communes émanant des Balkans occidentaux et au soutien à la sécurité dans cette région, notamment en collaborant en amont des prochains sommets des Balkans occidentaux à Sofia et à Londres, qui constituent des étapes importantes pour accroître la stabilité et le développement économique de la région, et en améliorant les échanges de renseignement sur les armes à feu illégales. Sécurité informatique et numérique 30. Le Royaume-Uni et la France coopéreront pour empêcher et limiter les cyberattaques malveillantes de malfaiteurs, d'acteurs étatiques et de leurs intermédiaires, notamment celles visant à s'immiscer dans les processus démocratiques internes des États, et coopéreront pour augmenter le coût de ces cyberattaques pour ceux qui les commettent. 31. En particulier, nous oeuvrerons ensemble pour renforcer la protection et la résilience de nos ressources, systèmes et réseaux essentiels, dans le cadre notamment d'un nouveau dialogue stratégique annuel sur les cybermenaces, qui réunira les gouvernements et leurs services, et en échangeant les bonnes pratiques avec les détenteurs des infrastructures essentielles. Nous sommes convenus de coopérer pour améliorer la résilience au sein de l'OTAN et pour développer le rôle de l'OTAN dans le renforcement des capacités de cyberdéfense. Nous renforcerons également la coopération actuelle sur le rôle des technologies numériques et l'utilisation des données à des fins de sécurité et d'application de la loi. Politique étrangère et développement 32. Le Royaume-Uni et la France sont déterminés à relever les défis de politique étrangère et de développement international les plus urgents de notre époque. Nous avons adopté une approche stratégique commune élargie, un Pacte de politique étrangère et de développement, qui reflète nos valeurs et nos objectifs communs. Ce Pacte met en évidence notre attachement commun à un multilatéralisme réel et au système international fondé sur des règles, et définit des projets conjoints visant à optimiser l'efficacité de nos capacités et de nos instruments de politique étrangère, notamment la coopération en matière de stabilisation. Nous avons une longue tradition de coopération sur les évolutions internationales, qui vise à assurer une action internationale efficace. Le développement, notamment la lutte contre les causes sous-jacentes de l'instabilité et des conflits, est une composante essentielle de notre réponse aux défis mondiaux. Nous sommes résolus à renforcer notre coopération pour améliorer l'impact de notre aide humanitaire et de notre aide au développement. 33. En tant que voisins, membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies et membres du G7 et du G20, nous continuerons d'être des partenaires très proches sur les problèmes les plus préoccupants pour la paix et la sécurité internationales. Nous saisirons notamment l'opportunité de nos présidences du G7, française en 2019 et britannique en 2021, pour promouvoir notre vision commune des défis mondiaux. 34. Concernant l'Iran, nous réaffirmons notre plein attachement au Plan d'action global commun et à sa mise en oeuvre totale. Nous prenons bonne note de sa contribution à la préservation du régime international de non-prolifération nucléaire. Nous poursuivrons le dialogue avec le gouvernement américain à propos du programme nucléaire iranien, et nous prenons note de la déclaration de la Maison-Blanche du 12 janvier 2018. Nous restons préoccupés par le programme de missiles balistiques iranien ainsi que par les activités de l'Iran dans la région, et notamment par les indications selon lesquelles le pays a apporté un appui aux Houthistes au Yémen. Nous appelons la communauté internationale à agir davantage pour faire progresser la paix et la stabilité dans la région et pour répondre aux actions de déstabilisation régionale menées par l'Iran. Nous espérons que l'Iran fera des progrès sur la question des droits de l'Homme et sur la mise en oeuvre du droit à la liberté d'expression. 35. Nous appelons la Corée du Nord (RPDC) à respecter ses obligations internationales et à mettre en oeuvre le démantèlement intégral, vérifiable et irréversible de ses programmes nucléaires et balistiques. Nous continuerons de soutenir des mesures résolues et efficaces pour inciter Pyongyang à s'engager dans un dialogue durable, réel et sans conditions. 36. Concernant le processus de paix au Proche-Orient, nous réaffirmons notre soutien à la solution des deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte dans la paix, la prospérité et la sécurité dans des frontières sûres et reconnues, et ayant Jérusalem pour capitale commune. Nous appelons les parties à prendre des mesures rapides pour enrayer les évolutions négatives actuelles sur le terrain, à s'abstenir d'initiatives unilatérales et à entamer de nouvelles négociations de paix constructives. Nous nous tenons prêts à contribuer à tous les efforts crédibles visant à relancer le processus de paix. 37. Concernant la Syrie, nous continuerons d'encourager un processus sous l'égide des Nations Unies à Genève permettant une transition véritable vers un nouveau gouvernement démocratique, inclusif et légitime, et nous appelons le régime syrien à respecter les accords de cessez-le-feu, à garantir la protection des civils et à permettre un accès humanitaire durable et sans entrave. Nous réaffirmons notre engagement à demander des comptes pour les violations des droits de l'Homme et du droit international en Syrie, notamment l'utilisation d'armes chimiques. Nous rappelons que nous n'apporterons aucune aide à la reconstruction tant qu'une transition crédible ne sera pas sérieusement engagée, conformément à la résolution 2254 des Nations Unies. 38. Concernant le Liban, nous réaffirmons notre soutien à la stabilité, à la sécurité et à la souveraineté du pays et nous approuvons la déclaration du 8 décembre 2017 du Groupe international de soutien au Liban. Nous appelons toutes les parties libanaises à mettre en oeuvre la politique du gouvernement de distanciation et de non intervention dans les conflits extérieurs et nous appelons au lancement de discussions sur une Stratégie nationale de défense. Nous sommes déterminés à aider l'État libanais et ses institutions dans les domaines sécuritaire, économique et humanitaire. Nous réaffirmons notre soutien aux Forces armées libanaises et à toutes les institutions de sécurité de l'État afin de protéger le Liban contre les atteintes à sa sécurité, en particulier la menace terroriste et les crises qui déstabilisent actuellement le Moyen-Orient. À cet égard, nous nous réjouissons de la tenue en 2018 de la réunion « Rome II » en Italie, de la conférence des investisseurs à Paris et de la conférence « Soutenir l'avenir de la Syrie et de la région » à Bruxelles, qui devraient accorder une attention particulière à la poursuite de la gestion des besoins humanitaires en Syrie et au soutien aux pays d'accueil dans la région, ainsi qu'à la préparation au retour des réfugiés syriens, uniquement quand les conditions permettront un retour volontaire, sûr et dans la dignité, conformément au droit humanitaire international. 39. Au Yémen, nous appelons les parties à établir un dialogue de bonne foi, à convenir des conditions d'un cessez-le-feu et à revenir à la table des négociations, tout en permettant un accès sûr et sans entrave à tout le Yémen pour la distribution à titre payant et humanitaire de produits alimentaires, de carburant et de produits médicaux. Nous condamnons les attaques de missiles balistiques conduites par les forces houthistes contre l'Arabie saoudite, qui représentent une menace pour la sécurité régionale. 40. Concernant la Libye, le Royaume-Uni et la France réaffirment leur plein soutien au plan d'action pour la Libye du Représentant spécial du Secrétaire général. Ils rappellent qu'une solution politique inclusive, basée sur l'accord politique inter-libyen, est l'unique moyen de mettre un terme à la crise actuelle dans le pays. Le Royaume-Uni et la France sont également déterminés à soutenir les efforts libyens et internationaux dans la lutte contre les trafics en tout genre, notamment la traite des êtres humains. 41. Nous réaffirmons notre engagement commun à lutter contre la prolifération de toutes les formes d'armes de destruction massive et de leurs vecteurs, ainsi que contre les transferts illicites d'armes classiques. Parallèlement à nos efforts conjoints sur l'Iran et la République populaire démocratique de Corée, nous continuerons de renforcer notre coopération pour lutter contre l'utilisation d'armes chimiques par le régime syrien et Daech. À l'approche du cinquantième anniversaire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, nous réaffirmons notre fort attachement à ce traité, qui joue un rôle sans équivalent pour limiter la dissémination des armes nucléaires, ainsi que notre attachement aux autres traités et régimes à l'origine du système international fondé sur des règles de lutte contre la prolifération. 42. Au cours de nos échanges, nous avons également porté une attention particulière à la Russie, à l'Afrique et aux Caraïbes. 43. Le Royaume-Uni et la France partagent une même analyse de la politique étrangère et de défense russe, devenue plus ferme et qui s'accompagne de plusieurs formes inquiétantes d'intimidation stratégique, notamment le recours à la désinformation, les actions malveillantes en ligne et la subversion politique. Ils oeuvreront ensemble pour lutter contre les problèmes que cette politique pourrait créer en termes de sécurité, tout en recherchant un dialogue constructif avec Moscou par les canaux appropriés. Une réponse résolue accompagnée d'un dialogue, notamment sur les questions d'intérêt commun, pour lesquelles Moscou demeure un acteur essentiel, doit être apportée à cette fermeté de la Russie. Nous condamnons l'annexion illégale de la Crimée et la déstabilisation de l'est de l'Ukraine par la Russie. Nous appelons instamment la Russie, ainsi que l'Ukraine, à la mise en oeuvre intégrale des accords de Minsk, en commençant par un cessez-le-feu total et généralisé. Les sanctions économiques ne pourront être levées tant que la Russie ne respectera pas les obligations découlant des accords de Minsk. 44. Conscients que l'Afrique vit une période d'importantes évolutions, le Royaume-Uni et la France réaffirment leur attachement commun à la paix, à la stabilité et à la prospérité sur ce continent. Nous décidons de renforcer notre coordination, en coopérant avec nos partenaires africains et dans les enceintes internationales, comme le Conseil de Sécurité et l'Assemblée générale des Nations Unies, le G7 et le G20, sur les sujets d'intérêt commun et mutuellement bénéfiques, notamment la paix et la sécurité, le changement climatique, l'environnement et la résilience, la croissance économique, les échanges commerciaux, l'aide humanitaire et les enjeux internationaux comme la lutte contre le terrorisme, les migrations clandestines, l'esclavage moderne et la traite des êtres humains. Nous sommes fermement déterminés à soutenir l'Afrique pour qu'elle exploite son immense potentiel économique, en encourageant le commerce et les investissements, l'emploi et les opportunités, en particulier pour la jeunesse africaine. 45. Afin d'atteindre nos objectifs pour une Afrique plus prospère, nous devons rapidement garantir la stabilité et traiter les besoins immédiats. Le Royaume-Uni et la France s'engagent à coopérer pour assurer la paix, la stabilité, la résilience et la sécurité dans le Sahel et le sud de la Libye, le nord-est du Nigeria et le bassin du lac Tchad ; ils s'engagent à continuer de soutenir les actions de la communauté internationale dans la Corne de l'Afrique et en Somalie, notamment par un soutien à la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM), qui assure à certaines conditions un transfert de responsabilité aux forces de sécurité somaliennes, selon un calendrier préétabli, pour favoriser à l'avenir la paix et la stabilité dans le pays. Afin de permettre la mise en oeuvre de ces projets, nous oeuvrerons ensemble pour garantir un financement de la Facilité de soutien à la paix pour l'Afrique de l'UE, dans le cadre du processus de transition et nous coopérerons étroitement pour lutter contre la pauvreté et faire face aux défis environnementaux et de développement. Le Royaume-Uni et la France décident de renforcer leur coopération en matière de sécurité dans le Sahel, en appui notamment de la Force conjointe du G5 Sahel. Nous collaborerons étroitement pour lutter contre les causes à plus long terme de l'instabilité, de la misère et des retards de développement dans le Sahel, dans le cadre de notre partenariat au sein de l'Alliance pour le Sahel. En appui à ce partenariat, le Royaume-Uni apportera une aide de 50 millions de livres sterling pour encourager les initiatives humanitaires et de planification familiale dans la région. Cette aide viendra s'ajouter à l'engagement actuel du Royaume-Uni d'apporter une aide humanitaire de 189,5 millions de livres sterling à la région pour la période 2015-2018, afin d'aider 2,3 millions de personnes victimes de l'insécurité alimentaire et 1,9 million de personnes touchées par un conflit. 46. Des ouragans et des tempêtes tropicales de plus en plus fréquents et violents provoquent des ravages à grande échelle dans les Caraïbes, où nous avons des intérêts communs et des responsabilités envers les territoires britanniques d'outre-mer et les départements et collectivités français d'outre-mer. Nous nous appuierons sur notre coopération en réaction à l'ouragan Irma pour améliorer la fourniture conjointe de secours en cas de catastrophe et bâtir la résilience dans les Caraïbes, avec des projets comme les systèmes d'alerte précoce face aux risques climatiques (CREWS). Nous fondant sur la réussite de nos travaux dans le cadre de la Charte internationale « Espace et catastrophes majeures », nous nous efforcerons de renforcer la résilience opérationnelle des moyens de communications essentiels dans les îles touchées par des ouragans. 47. Nous nous nous engageons à coopérer en vue de la réussite de la reconstitution des ressources du Partenariat mondial pour l'éducation. Migrations, « esclavage moderne », traite des êtres humains et gestion conjointe de la frontière entre le Royaume-Uni et la France 48. Le Royaume-Uni et la France sont résolus à adopter une approche globale sur les routes migratoires. Actuellement, 65 millions de personnes dans le monde ont été déplacées contre leur gré. Ce chiffre record a presque doublé en une décennie. Il est inacceptable que des gens continuent de perdre la vie en entreprenant un dangereux voyage vers l'Europe par des circuits illégaux. Le Royaume-Uni et la France coordonneront leur influence et leur expertise pour traiter les problèmes communs posés par les migrations irrégulières, l'« esclavage moderne » et la traite des êtres humains, et pour favoriser des flux migratoires réguliers, bien gérés et légaux. 49. Sur l'amont des routes migratoires, nous nous efforcerons d'aider et de responsabiliser les autorités et les communautés des pays d'accueil, afin qu'elles mènent des actions transfrontalières et traitent les migrations sur l'ensemble de la route migratoire, grâce à des travaux conjoints dans les pays d'origine et de transit dans des régions comme l'Afrique du Nord, de l'Est et de l'Ouest. Ces travaux comprendront notamment le renforcement des capacités de lutte contre le grand banditisme et la criminalité organisée et des capacités de démantèlement des réseaux de traite des êtres humains, la protection des victimes et des plus vulnérables, ainsi que la lutte contre les causes structurelles pour supprimer le besoin de poursuivre un chemin dangereux. Ce travail sera poursuivi à travers un nouveau dialogue stratégique franco-britannique sur la coopération sur l'amont des routes migratoires. 50. Le Royaume-Uni et la France agissent ensemble en permanence pour assurer une coopération forte dans la gestion conjointe de leur frontière commune, afin de répondre aux des défis des migrations irrégulières. Le Royaume-Uni apporte depuis 2014 un soutien aux mesures de sécurité dans et autour des ports et infrastructures ferroviaires dans le nord de la France. La France veille à une présence adéquate de forces de police aux abords de ces infrastructures et prend en charge les migrants en besoin de protection. Par ailleurs, la coopération entre les forces de l'ordre britanniques et françaises a abouti à des résultats positifs, permettant le démantèlement de 44 réseaux de passeurs de migrants en 2017. 51. Le Royaume-Uni et la France souhaitent poursuivre leurs efforts conjoints pour continuer de renforcer les mesures de sécurité dans et autour des infrastructures de transport. La France continuera en 2018 de garantir une présence adéquate de forces de police tout en prenant en charge les personnes qui en ont besoin. Le Royaume-Uni s'engage à poursuivre son soutien au renforcement des mesures de sécurité dans et autour des ports de Calais, Dunkerque, Ouistreham et du Havre, et des installations Eurotunnel. Ces travaux comprendront la création d'un Centre conjoint pour lutter contre la criminalité liée au franchissement illégal des frontières. 52. Dans l'objectif de renforcer leur coopération sur leur frontière commune et à proximité de celle-ci, le Royaume-Uni et la France sont convenus d'adopter un Traité qui établit un cadre juridique garantissant que les aspects essentiels de nos engagements conjoints de coopération concernant la frontière et les migrations se poursuivront. Le Traité inclut des dispositions destinées à garantir que le règlement Dublin III soit mis en oeuvre de façon rapide, en particulier pour le traitement des mineurs non accompagnés demandant l'asile, et nous continuerons d'agir ensemble pour mener à bien le transfert de mineurs non accompagnés, conformément aux programmes nationaux de réinstallations tels que l'article 67 de la loi britannique sur l'immigration de 2016. Le Traité fixe également l'objectif d'améliorer l'action commune pour lutter contre la criminalité organisée dans le domaine migratoire et augmenter le nombre de migrants irréguliers éloignés vers leur pays d'origine. Le Royaume-Uni soutiendra la France pour la mise en place de structures d'hébergement localisées en dehors de la région de Calais et de Dunkerque, tels que les Centres d'accueil et d'examen des situations. 53. Pour mettre en oeuvre ces priorités, le Royaume-Uni et la France s'engagent à un ensemble de coopération incluant une aide financière britannique supplémentaire de 50 millions d'euros en 2018. 54. Le Royaume-Uni et la France conviennent de travailler ensemble pour soutenir le développement économique des régions de Calais et Douvres et de mettre en place un groupe de travail sur des projets communs pour soutenir la promotion de l'économie et du tourisme, y compris après la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. 55. Le Royaume-Uni et la France continuent de traiter les problèmes posés par les migrations irrégulières, « l'esclavage moderne » et la traite des êtres humains, et de favoriser des flux migratoires réguliers et bien gérés. La France salue l'Appel à l'action contre le travail forcé, l'esclavage moderne et la traite des êtres humains. Des solutions communes : travailler ensemble dans le domaine de l'innovation pour préparer nos pays et nos économies de demain 56. La révolution numérique, la mondialisation et le changement climatique font partie des défis auxquels nous sommes confrontés. Au premier rang mondial dans les domaines de la science, de la recherche et de l'ingénierie, le Royaume-Uni et la France s'engagent à mettre en commun leur expertise pour concevoir des solutions communes innovantes et faire en sorte que leurs économies et leurs sociétés tirent le meilleur parti des avantages des nouvelles technologies pour un avenir durable. - Innover pour un monde plus vert 57. Le Royaume-Uni et la France sont totalement déterminés, au niveau national et international, à prendre des mesures pour lutter contre le changement climatique et accélérer la mise en oeuvre de l'Accord de Paris en synergie avec le Programme de développement durable à l'horizon 2030, à améliorer la qualité de l'air que nous respirons et à concevoir des solutions innovantes pour répondre aux besoins de nos pays en matière d'énergie et de transport. 58. Nous avons joué un rôle moteur au niveau international dans la transition vers des énergies autres que fossiles. Conformément à l'engagement que nous avons pris de cesser la vente de toute nouvelle voiture et fourgonnette classiques d'ici à 2040, nous sommes convenus de mener des travaux communs sur des véhicules ne produisant aucune émission. Nous travaillerons aussi ensemble pour réduire de moitié le nombre de décès précoces dus à la pollution atmosphérique, grâce à des partenariats régionaux et nationaux. 59. À l'appui de notre engagement d'éliminer progressivement le charbon dans sa forme actuelle comme source d'énergie et de produire une énergie sûre, à faible intensité de carbone et à un coût abordable, nous créerons les conditions du développement de technologies pour des systèmes énergétiques intelligents et mettrons en oeuvre des projets d'interconnexion électrique pour atteindre ces objectifs. À l'échelle internationale, nous bâtirons également une coalition d'États résolus à prendre des mesures concernant le prix du carbone et nous augmenterons le nombre de membres de la Powering Past Coal Alliance. 60. Outre les efforts destinés à promouvoir la mise en oeuvre de politiques de transition vers une économie sobre en carbone et à soutenir la recherche, les projets et les entreprises, nous nous engageons à approfondir les échanges et à renforcer la coopération entre ministères des finances et banques centrales pour appuyer la mise en place d'une finance durable et verte aux niveaux bilatéral et international. Nous nous félicitions également de la poursuite de la coopération sur la finance verte entre la Green Finance Initiative de la City de Londres et l'initiative Finance for Tomorrow de Paris Europlace. 61. Prenant acte de l'importance de l'énergie nucléaire dans une économie sobre en carbone, nous nous félicitons de l'approfondissement de notre coopération industrielle dans le domaine de l'énergie nucléaire civile qui a connu une grande avancée avec le lancement en septembre 2016 du projet Hinkley Point C. Nous encouragerons la mise au point de projets de nouvelles constructions et de nouveaux projets de coopération pour développer les technologies innovantes dans tous les aspects du cycle nucléaire. 62. Étant donné que nos pays et d'autres pays sont confrontés à de nombreuses difficultés concernant le démantèlement d'installations nucléaires civiles et la gestion des déchets radioactifs, nous intensifierons notre coopération bilatérale et lancerons des projets industriels et de recherche communs dans nos pays et sur d'autres marchés. En effet, le Royaume-Uni et la France ont des compétences et une expertise significatives et complémentaires et sont considérés comme deux chefs de file au niveau mondial. La coopération en matière de sûreté et de sécurité nucléaires doit également se poursuivre dans le cadre d'enceintes bilatérales et internationales. 63. Le Royaume-Uni et la France souhaitent poursuivre leur dialogue constructif sur l'élaboration d'un pacte mondial pour l'environnement. Nous décidons d'agir en étroite coopération sur les moyens d'améliorer la cohérence de l'action internationale en matière de protection de l'environnement. - Investir dans les technologies de la prochaine génération 64. Le Royaume-Uni et la France ont une longue histoire de coopération pour concevoir des technologies de pointe. Qu'il s'agisse d'être pionniers dans le domaine des voyages supersoniques ou de mieux relier nos pays grâce au tunnel sous la Manche, la coopération entre nos deux pays a toujours été source d'innovation concrète. 65. Nous poursuivrons notre partenariat pour investir dans les technologies de demain, notamment par un programme conjoint bénéficiant de crédits pouvant aller jusqu'à 100 000 euros par an et destiné à soutenir les échanges universitaires, la collaboration scientifique et l'innovation. 66. Nous annonçons aujourd'hui le lancement d'un nouveau partenariat stratégique pour la médecine génomique entre Genomics England et Médecine génomique 2025. Indépendamment, le Royaume-Uni et la France ont établi les plans les plus ambitieux du monde pour intégrer la technologie génomique dans le système de santé. Nous avons défini une vision commune de la génomique et nous associerons nos compétences nationales partagées en cofinançant des analyses communes des nouvelles technologies pour accélérer les coopérations en matière de médecine génomique et de recherche. Ce nouveau partenariat stratégique nous permettra de continuer à jouer un rôle moteur dans le monde en matière de médecine génomique, d'instaurer de grands partenariats industriels et de rester à la pointe de la médecine génomique pour améliorer la prise en charge des patients atteints de cancer ou de maladies rares. 67. Nous continuerons d'approfondir notre coopération dans les activités spatiales sur la base de l'Arrangement-cadre signé lors du Sommet de 2014, notamment la coopération pour construire Exomars, premier astromobile d'Europe capable de circuler sur Mars, et en examinant la manière dont nos spécialistes du climat pourraient améliorer l'analyse des variables climatiques clés, aider les pays en développement et positionner nos industries au coeur du marché des services climatiques, qui est en pleine croissance et représente plusieurs milliards d'euros. - Développer les entreprises de demain 68. Les stratégies industrielles du Royaume-Uni et de la France mettent en lumière le rôle que les technologies numériques joueront dans l'économie de demain. Dans ce contexte, nous voulons réaffirmer notre engagement et notre soutien en faveur du principe de neutralité du net qui encourage la gratuité et l'ouverture de l'internet. En nous appuyant sur les réussites du groupe de travail franco-britannique sur l'innovation par les données, nous sommes convenus de soutenir l'innovation numérique, notamment dans le cadre d'un colloque numérique qui se tiendra en 2018 et qui réunira des experts de la sécurité et des compétences numériques, de l'intelligence artificielle, des données et de l'administration numérique. 69. Nous renforcerons la compétitivité internationale de nos chercheurs et innovateurs de niveau mondial et nous intensifierons notre coopération entre les Catapults britanniques et les Instituts français de technologie. Avec des entreprises françaises et britanniques concernées, nous examinerons l'opportunité de lancer un Conseil conjoint des affaires et de l'innovation pour encourager l'innovation et la recherche et développement et stimuler la croissance économique. Alors que nous nous tournons vers l'avenir de notre relation au XXIème siècle, nous sommes convenus de mettre en place un groupe conjoint de personnalités qualifiées pour étudier les autres possibilités de coopération future, notamment les possibilités de projets importants. Un avenir partagé 70. Pendant plusieurs siècles, le Royaume-Uni et la France ont forgé des relations linguistiques et culturelles mais aussi et surtout, des relations humaines. Il est essentiel de consolider et célébrer ces liens à l'heure où s'ouvre un nouveau chapitre de notre relation. - Une approche renouvelée des partenariats 71. Nous avons arrêté une nouvelle approche des partenariats entre nos villes et nos régions, afin de soutenir une nouvelle génération de liens entre nos concitoyens, notamment en réunissant maires et autres élus pour leur permettre de relever les défis d'aujourd'hui et de tirer parti du potentiel des technologies émergentes. Nous nous fixons l'objectif de 10 nouveaux jumelages chaque année jusqu'en 2022. - Éducation et mobilité sociale 72. Dans le prolongement du Mémorandum d'entente sur l'éducation, le Royaume-Uni et la France approfondiront la coopération dans tous les secteurs de l'éducation pour développer les possibilités offertes aux jeunes, en particulier issus de milieux défavorisés, de bénéficier d'expériences internationales qui renforcent leur employabilité, leurs compétences linguistiques et leur conscience internationale. Nous faciliterons les échanges de compétences et de bonnes pratiques destinées aux collégiens et lycéens intéressés par le cyberespace afin de doter les générations futures des compétences requises et nous sommes convenus de relancer le programme déjà ancien de l'Entente cordiale et son financement et de consolider le nouveau programme Young Leaders qui fait déjà ses preuves. - Échanges sportifs et culturels 73. Le Royaume-Uni et la France accueillent de grands événements sportifs et sont en pointe dans le domaine des arts et des musées. Leur culture attire dans le monde entier. 74. Nous sommes convenus d'échanger nos bonnes pratiques sur l'organisation d'événements sportifs, à partir de l'expérience du Royaume-Uni de l'accueil en 2012 des Jeux olympiques et paralympiques de Londres et de la Coupe du monde de rugby en 2015 et dans la perspective de la Coupe du monde de rugby de 2023, qui sera organisée par la France, et des Jeux olympiques et paralympiques de Paris de 2024, et nous sommes convenus de poursuivre notre coopération concernant tout un éventail de questions sportives. 75. Nous sommes convenus de discuter des conditions d'une initiative commune sur la protection du patrimoine culturel partout dans le monde, dans les zones de conflit et dans celles où ce patrimoine est menacé pour des raisons naturelles, pour que les générations futures aient accès à leur identité culturelle unique et puissent commémorer leur histoire. Pour commémorer notre histoire culturelle commune, nous sommes convenus d'organiser une saison culturelle croisée, reposant sur des échanges d'oeuvres d'art et des échanges culturels nourris. À cet égard, nous sommes convenus d'un prêt de la Tapisserie de Bayeux au Royaume-Uni durant les travaux de rénovation du musée de Bayeux où elle est habituellement exposée et avant l'ouverture en 2023 du futur Centre de compréhension de l'Europe du Moyen-Âge de Bayeux, sous réserve que les exigences juridiques et les conditions scientifiques de restauration et de préservation soient respectées. 76. Nous nous associerons mutuellement aux commémorations que nous organisons à l'occasion du centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale. 77. Nous soutiendrons également le Normandy Memorial Trust dans sa volonté de construire un mémorial à Ver-sur-Mer en l'honneur des quelque 22 000 personnes tombées en servant sous commandement britannique au cours de la bataille de Normandie en 1944. Le Président et le Premier ministre participeront côte à côte à l'inauguration du projet en juin 2019 dans le cadre des commémorations marquant le 75e anniversaire du Débarquement. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/605.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/605.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..dad849a41d9746260a31a1983c5c0379b41f847c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/605.txt @@ -0,0 +1 @@ +CAROLINE ROUX Bonjour Nicole BELLOUBET. NICOLE BELLOUBET Bonjour. CAROLINE ROUX Alors ça fait près de deux semaines maintenant que les prisons françaises sont en situation de blocage. Le mouvement s'enlise ? NICOLE BELLOUBET Non, je ne dirais pas qu'il s'enlise, puisque depuis le début, nous avons pris les choses en main avec des organisations syndicales qui n'étaient pas toutes d'accord entre elles, mais nous avons pris les choses en main. Nous avons abouti, après un certain nombre de discussions, à des propositions extrêmement concrètes… CAROLINE ROUX Qui sont refusées pour l'instant. NICOLE BELLOUBET Celles-ci ont été repoussées par les personnels. Et donc je suis, hier, repartie sur la base de ces propositions, j'ai demandé aux syndicats de venir me voir à nouveau. Et nous travaillons à nouveau à de nouvelles propositions. CAROLINE ROUX Vous travaillez ou on est dans un bras de fer ? NICOLE BELLOUBET Oh, je n'aime pas l'expression bras de fer, en tout cas, de mon point de vue, je ne le prends pas comme ça, même si je suis parfaitement consciente d'un certain nombre de réalités, à la fois syndicales, mais moi, ce qui m'importe, c'est la réalité de la condition des personnels pénitentiaires, c'est-à-dire que je suis allée dans de très nombreux établissements, j'ai longuement discuté avec les personnels, je sais donc ce qu'ils vivent, je sais la difficulté de leur métier. CAROLINE ROUX C'est important de leur dire ce matin, parce qu'ils ont le sentiment parfois qu'on ne connaît pas la réalité de leur travail. NICOLE BELLOUBET Non, oui, j'entends, j'ai entendu cela, je trouve que ce n'est pas juste de dire cela. Mais je ne veux pas répondre à ce type de critiques. Je suis allée dans de nombreux établissements, j'ai très longuement discuté avec les personnels. Je sais donc parfaitement la difficulté de leurs missions, de leur métier. Je sais que les détenus ont changé, la population pénale a changé. CAROLINE ROUX C'est-à-dire, elle est plus violente ? NICOLE BELLOUBET C'est-à-dire qu'elle est plus violente, peut-être avec un respect de l'autorité qui est moindre. Donc j'ai parfaitement conscience de ce que vivent les personnels pénitentiaires. CAROLINE ROUX Et donc justement, ils demandent des outils – puisque vous parlez de la violence – ils demandent des outils en matière de sécurité, notamment, la possibilité d'utiliser ce qu'on appelle des tasers, des armes à impulsion électrique. Est-ce que vous êtes favorable à ce genre de proposition ? NICOLE BELLOUBET Mais, je trouve que c'est assez difficile de mettre ce type d'outil dans des milieux fermés, mais je suis ouverte à en discuter avec eux. Je voudrais vraiment, cet après-midi, qu'on aborde ce sujet-là, mais d'ores et déjà, nous avons fait des propositions extrêmement concrètes en matière d'outils, en termes de vêtements de sécurité, c'est très important, pour qu'ils soient protégés, en termes d'alarmes portables, c'est très important, pour qu'ils puissent avertir. Donc il y a des propositions très concrètes qui ont déjà été mises sur la table. CAROLINE ROUX Alors, qu'est-ce qui coince, Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Eh bien, écoutez, nous sommes entrés dans une deuxième phase de revendications qui est liée davantage à des questions indemnitaires. C'est un sujet que je suis prête à entendre également, et je l'ai dit hier aux organisations syndicales, dans la mesure où le coeur du problème, c'est la sécurité. Il ne me semble pas absurde d'imaginer que l'on puisse réfléchir, pour des personnels qui sont face à des détenus violents, à la prise en compte de cette particularité de leur métier. Donc c'est tout ça… CAROLINE ROUX Sous forme de primes ? NICOLE BELLOUBET Par exemple. CAROLINE ROUX C'est Bercy qui fixe vos lignes rouges ? NICOLE BELLOUBET Mais non, pas du tout, pas du tout, ce n'est pas comme ça… CAROLINE ROUX Vous levez les yeux au ciel, mais c'est une question d’argent ! NICOLE BELLOUBET Non, non, mais je suis dans une solidarité gouvernementale absolue par rapport au redressement des finances publiques. Mais la question n'est pas celle-là, la question est de savoir quel est le problème qui est posé, quels sont les besoins et comment nous pouvons y répondre. Ensuite, évidemment, nous le traduisons budgétairement. CAROLINE ROUX Mais ça veut dire que, il y a une volonté du gouvernement de mettre fin le plus rapidement au conflit… NICOLE BELLOUBET Bien sûr… CAROLINE ROUX Y compris en faisant une rallonge, pardon de le dire comme ça, par rapport à ce qui a été envisagé pour la pénitentiaire ? NICOLE BELLOUBET Il y a une volonté du gouvernement de mettre fin à ce conflit… CAROLINE ROUX Au plus vite ? NICOLE BELLOUBET Qui est très claire, au plus vite, parce qu'il en va de la sécurité, et j'en appelle d'ailleurs à la responsabilité des personnels et des organisations syndicales, nous avons une question de sécurité derrière. Donc je crois… CAROLINE ROUX Parce que ? NICOLE BELLOUBET Eh bien, parce que qui dit manifestations des personnels de surveillance dit dysfonctionnements des établissements pénitentiaires, et donc c'est évidemment très important. Et donc il y a volonté de mettre fin à cela, j'en discuterai donc cet après-midi. CAROLINE ROUX En termes d'effectifs, vous évoquiez, dans la première proposition que vous avez faite aux syndicats, 1.100 créations de postes, ils en demandent 2.500, on se dit : vous êtes loin du compte ? NICOLE BELLOUBET Oui, mais je pense que, si vous voulez, 1.100 créations d'emplois, c'est extrêmement important en termes vraiment d'apport. Il faut également bien prendre en considération que la difficulté que nous avons en matière de recrutements des surveillants pénitentiaires, c'est une question d'attractivité. Donc la réponse n'est pas seulement dans l'ouverture… CAROLINE ROUX C'est un métier qui ne fait pas envie, on va le dire comme ça… NICOLE BELLOUBET C'est un métier qui, à mon avis, n'est pas valorisé, et c'est ce à quoi je travaille. Il me semble que quand on entre dans la pénitentiaire, on doit avoir des perspectives de carrière, des perspectives de changement de métier dans cette carrière de surveillant pénitentiaire, c'est tout cela que nous voudrions mettre en place. CAROLINE ROUX Un mot sur la radicalisation, est-ce que vous considérez comme des attentats par exemple les agressions qui ont eu lieu à la prison de Borgo ? NICOLE BELLOUBET Ça a été qualifié comme tels… CAROLINE ROUX Ou à la prison de Vendin-le-Vieil… NICOLE BELLOUBET Ce sont des tentatives d'assassinats clairement. Et donc il y aura les sanctions pénales qui vont avec. Il faut le dire clairement, ce sont des tentatives d'assassinats qui sont… CAROLINE ROUX Pas des attentats ? NICOLE BELLOUBET Qui sont des tentatives d'assassinats, puisqu'il s'agit bien sur des personnes, donc il y a des tentatives d'assassinats, c'est la qualification qui a été retenue, et donc ce sera vraiment sanctionné comme telles. CAROLINE ROUX Parce que eux considèrent que ce sont des attentats, il y a l'idée que, on est face aussi à un nouveau problème qui s'est surajouté à une situation déjà compliquée dans les prisons, qui est le problème de la radicalisation des détenus. Est-ce qu'il faut les isoler, est-ce qu'il faut les noyer dans la masse ? On a l'impression que les gouvernements tâtonnent sur la façon de traiter ces personnels en prison… NICOLE BELLOUBET Je voudrais juste dire que c'est très complexe, si on avait une réponse claire, elle serait applicable depuis longtemps. Nous avons pris des mesures qui sont, me semble-t-il, assez rigoureuses, d'une part, une évaluation de ces détenus radicalisés pour savoir quel est leur niveau de dangerosité, ils ne sont pas tous au même niveau de dangerosité… CAROLINE ROUX On sait les évaluer aujourd'hui ? NICOLE BELLOUBET On sait les évaluer, ce sont des évaluations pluridisciplinaires, on sait le faire. Ensuite, en fonction du degré de dangerosité, oui, nous mettons des gens à l'isolement complet, oui, nous sommes tout à fait disposés et je l'ai dit aux représentants des personnels pénitentiaires à créer des quartiers pour détenus violents ou détenus radicalisés, qui sont des quartiers étanches du reste de la détention. CAROLINE ROUX On a essayé, ça, ça ne marche pas, ce sont les quartiers dédiés ? NICOLE BELLOUBET Si, ça marche parfaitement, ça marche parfaitement. Il y a… CAROLINE ROUX Quelle est la différence avec les quartiers dédiés qu'on a abandonnés ? NICOLE BELLOUBET Si vous voulez, dans les quartiers pour détenus violents que nous avons mis en place, ce sont des quartiers qui sont insérés dans un établissement pénitentiaire, mais qui sont étanches, et qui font l'objet d'un suivi particulier des détenus qui sont bien entendu en cellule individuelle. CAROLINE ROUX Les pistes à creuser selon vous pour lutter contre la radicalisation en prison, pour gérer ces détenus très particuliers ? NICOLE BELLOUBET Je crois qu'il y a des questions de suivi, je pense vraiment que l'évaluation de la dangerosité est essentielle, et que la réponse différenciée est également essentielle. C'est d'ailleurs ce que demandent les syndicats, des réponses différenciées et adaptées aux détenus qu'ils ont en face d'eux. CAROLINE ROUX Et vous allez créer des places justement dans ces… NICOLE BELLOUBET Absolument, absolument… CAROLINE ROUX 160 places, c'est ce que… ? NICOLE BELLOUBET C'est un début, nous souhaitons aller bien au-delà. CAROLINE ROUX Bien au-delà de 160 places. NICOLE BELLOUBET Absolument. CAROLINE ROUX Est-ce que vous avez honte parfois des prisons françaises ? Des conditions de vétusté, des conditions dans lesquelles sont les détenus ? NICOLE BELLOUBET Alors, écoutez, je dois dire que nous sommes dans une situation complètement insatisfaisante à part dans quelques établissements pénitentiaires qui sont tout neufs, j'en ai visité, c'est le cas notamment à Vendin-le-Vieil, qui est tout neuf, mais dans beaucoup de prisons, les conditions ne sont pas acceptables, c'est la raison pour laquelle le président de la République a lancé ce chantier de 15.000 places de construction de prison. Ce chantier, seul, ne suffira pas à résoudre le problème. Il faut – et c'est ce que nous faisons – travailler également sur la nature, le sens et l'échelle des peines. Et c'est ce que nous faisons dans le cadre des chantiers de la justice. Donc je crois qu'il y a un tout, places de prison, sens de la peine, et attractivité des professions dans la pénitentiaire. CAROLINE ROUX Un mot de politique, le parti Les Républicains estime que vous n'avez pas pris la mesure de cette crise-là, on entend des choses parfois assez désagréables – mais c'est ça la politique – disant que vous êtes un peu novice pour gérer cette première crise dans votre ministère, qu'est-ce que vous répondez à cela ? NICOLE BELLOUBET Je réponds que ce sont des attaques qui ne sont pas dignes, qu'il faut respecter les partenaires que l'on a en face de soi, moi, je respecte l'ensemble des organisations syndicales, et je respecte les partenaires politiques. Et par ailleurs, je vais, encore une fois, très fréquemment dans les prisons, je discute avec beaucoup de gens, j'étudie la situation. Je pense que j'ai une connaissance parfaite de la situation en détention. CAROLINE ROUX Vous ne connaissiez pas l'univers carcéral avant d'être ministre. NICOLE BELLOUBET Non, je ne le connaissais pas, mais en six mois, on apprend beaucoup. CAROLINE ROUX Un mot quand même sur cette Allemande djihadiste, arrêtée en Iraq, qui va être pendue, condamnée à mort. Est-ce que vous confirmez que trois Françaises, qui sont également mères de famille, attendent leur jugement en Iraq ? NICOLE BELLOUBET Ecoutez, il y a effectivement des personnes qui sont détenues en Iraq… CAROLINE ROUX Trois Françaises, c'est une information qui est sortie… NICOLE BELLOUBET Je crois que c'est ce chiffre-là. Nous sommes je l'ai dit à plusieurs reprises nous sommes très attentifs à ce que, d'une part, des procès équitables puissent avoir lieu, et je l'ai dit, d'autre part, dès qu'une personne revient en France, elle est prise en charge par la justice française. CAROLINE ROUX Mais est-ce qu'en tant que Garde des sceaux, vous êtes à l'aise avec l'idée que des ressortissants français puissent être condamnés à mort en Iraq ? NICOLE BELLOUBET Je l'ai dit, je le redis ici, ce qui est important, c’est qu'il y ait des procès équitables. La France est un Etat de droit… CAROLINE ROUX Peu importe la peine ? NICOLE BELLOUBET Non, bien sûr. La France est un Etat de droit, et nous avons souscrit à des engagements internationaux qu'il faut absolument respecter. CAROLINE ROUX La priorité, c'est de les faire rentrer en France pour les juger en France, est-ce que vous assumeriez de le dire comme ça ? NICOLE BELLOUBET Je dis que quand ils rentrent en France, nous sommes en capacité de les prendre en charge. CAROLINE ROUX Merci beaucoup Nicole BELLOUBET. NICOLE BELLOUBET Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/606.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/606.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5dd18c2c4d90b0974c564404e1d3685e83967e4e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/606.txt @@ -0,0 +1 @@ +PATRICK COHEN Bonjour Nicole BELLOUBET. NICOLE BELLOUBET Bonjour. PATRICK COHEN Je vous présente Hélène JOUAN, chef du service politique d'Europe 1, qui vous interrogera aussi parce que l'épreuve que vous traversez est aussi politique. Un mouvement des surveillants qui en est donc à son douzième jour, avec de nombreuses prisons bloquées, mobilisation inédite depuis 25 ans. D'abord, pourquoi un tel enlisement, est-ce que vous n'avez pas tardé à prendre la mesure du malaise ? NICOLE BELLOUBET Non, je ne pense pas que nous avons tardé, il y a eu plusieurs étapes dans ce conflit, qui est né, je vous le rappelle, d'une tentative d'assassinat, c'est bien ce qu'il faut dire, à la prison de Vendin-le-Vieil à l'encontre d'un surveillant, et immédiatement nous avons pris des dispositions sur les établissements concernés, mais aussi en réunissant les organisations syndicales, donc je ne crois pas que nous ayons tardé. En revanche, initialement il y a eu des divisions entre les organisations syndicales, et donc une difficulté à se mettre d'accord sur une plateforme, ce qui fait que nous avons dû reprendre la main une deuxième fois pour faire des propositions concrètes, ce sont celles que nous avons présentées récemment. PATRICK COHEN Alors propositions, c'est un projet d'accord, est-ce que ce projet, qu'on a décrit ce matin dans les journaux d'Europe 1, est-ce que c'est votre dernier mot, comme on dit dans les jeux télévisés, est-ce que vous dites que vous n'irez pas plus loin dans vos propositions ? NICOLE BELLOUBET Ecoutez, il me semble que ça répond à la fois à une démarche globale du gouvernement, parce que nous faisons des propositions très sérieuses en matière de sécurité, en matière indemnitaire, en matière de prise en compte de la profession, qui est une profession extrêmement difficile, donc ça répond à une philosophie générale, et je crois que ça répond, pour une partie, aux attentes des syndicats, donc il me semble que ce sont des propositions très sérieuses. PATRICK COHEN Très sérieuses, vous ne bougerez pas notamment sur l'évolution statutaire des personnels pénitentiaires, qui est une des revendications portées par Force Ouvrière. NICOLE BELLOUBET Nous avons, je crois, proposé des évolutions tout à fait considérables, notamment en matière indemnitaire, en proposant une parité avec des primes que les policiers détiennent, et je crois que c'est un symbole puissant, puisque c'est la première fois que nous proposons cela, et que cette parité sera atteinte, donc je crois qu'il y a là des évolutions assez importantes. PATRICK COHEN Qu'est-ce qui va se passer maintenant ? Deux syndicats ont dit « non », Force Ouvrière et la CGT pénitentiaire, l'UFAP consulte sa base, syndicat majoritaire, qu'est-ce qui peut se passer maintenant Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Si vous voulez, moi j'espère qu'il y a une prise de conscience de la responsabilité, de la situation qui est en cours actuellement, je pense… PATRICK COHEN Sinon ? NICOLE BELLOUBET Il n'y a pas de sinon, c'est-à-dire que j'espère que, au vu des propositions que nous avons faites, qui sont des propositions qui, encore une fois, vont vraiment apporter des réponses en termes de sécurité, ce qui était la première demande, en termes d'équipements, en termes de gestion des détenus radicalisés, et des propositions qui vont apporter également des réponses en termes indemnitaire, je dirais environ 75 euros par mois et par personnel, ce n'est pas négligeable. Donc, j'espère qu'il y aura une prise de responsabilité, une prise de conscience, et que les surveillants pénitentiaires reprendront leur travail, c'est indispensable pour la sécurité de notre société. PATRICK COHEN Mais vous avez entendu certaines organisations durcir leurs exigences au fil de la mobilisation, au fil de ces presque deux semaines de mobilisation, et après la carotte, si je puis dire, le bâton. L'Administration pénitentiaire a demandé avant-hier aux directeurs de prison de sanctionner les surveillants grévistes… NICOLE BELLOUBET Monsieur COHEN, ce n'est pas la carotte et le bâton, c'est la prise en compte d'une réponse nécessaire, qui d'ailleurs trouve là une partie seulement de sa solution, parce qu'il y aura à côté, le président de la République s'y est engagé, un plan prison beaucoup plus général, qui va permettre… PATRICK COHEN Qui sera présenté d'ici la fin février comme il s'y est engagé ? NICOLE BELLOUBET Oui, absolument, mais absolument, et par ailleurs une loi pénale au printemps, qui viendra aussi apporter des réponses en termes de peines. Donc un, nous avons des réponses séreuses, à une question sérieuse, et il me semble, par ailleurs, que ce sont des éléments que les surveillants peuvent prendre en compte et qui me semblent réellement améliorer leur situation. PATRICK COHEN Je reviens à la fermeté qui est affichée par l'Administration pénitentiaire, des premières mises à pied, révocations de quelques jours avec sursis ont été prononcées, est-ce que ça va continuer, vous maintiendrez cette position de fermeté à l'égard grévistes ? NICOLE BELLOUBET Les surveillants ont un statut spécial qui est lié à la nature de leur fonction. Cette fonction, cette mission, elle est destinée à protéger la société, il faut être au quotidien auprès des détenus pour protéger la société, c'est cette mission qui justifie un statut spécial pour les surveillants pénitentiaires. Dans ce statut spécial, il n'y a pas le droit de grève, il me semble donc assez naturel que les 30e de retenues soit opérés. Sur les sanctions, vous avez remarqué vous-même que ce sont, jusqu'à présent, des sanctions avec sursis, donc ce n'est pas carotte et bâton, c'est prise en compte de la réalité d'une situation, et prise en compte de la réalité d'un statut. PATRICK COHEN Et vous avez vu que pour échapper à ces sanctions certains surveillants ont déposé des arrêts maladie. NICOLE BELLOUBET Oui, mais les arrêts maladie massifs sont considérés comme un arrêt concerté de travail, et là-dessus la jurisprudence est claire. PATRICK COHEN Et donc ? NICOLE BELLOUBET Et donc rien. Je vous dis simplement que nous avons, nous opérerons, vis-à-vis de ces arrêts maladie massifs, comme si c'était un arrêt concerté de travail. PATRICK COHEN Question politique à présent, sur ce conflit, Hélène JOUAN. HELENE JOUAN Oui, Nicole BELLOUBET, dans ce dossier, le procès qui vous est fait c'est de ne pas être une ministre assez politique, même si vous avez eu une expérience politique à la mairie de Toulouse ou au Conseil régional. Est-ce que les échanges feutrés que vous avez pu avoir au Conseil constitutionnel vous ont vraiment préparée à rencontrer des syndicalistes de la pénitentiaire, est-ce que vous avez l'impression d'être fragilisée aujourd'hui par votre manque d'expérience politique ? NICOLE BELLOUBET Non aux deux questions Madame JOUAN. Non, je ne considère pas que je ne suis pas une ministre politique, je pense que quand on est ministre, de quelque endroit que l'on vienne, et vous avez justement rappelé que j'ai une expérience politique, même si elle est locale, je pense donc que quand on est ministre, on est nécessairement politique, on est chef d'une administration, mais aussi on est réellement un personnage politique. Je crois que c'est ce que je suis. Par ailleurs, je ne vois pas, dans le dialogue que je conduis avec les organisations syndicales, de difficulté de rapports, si vous voulez. Nous avons un désaccord sur un certain nombre de points, de là on peut déduire que je ne suis pas politique ou je ne sais quoi d'autre, mais ce n'est pas la réalité. La réalité c'est qu'il y a un désaccord sur la gestion d'un dossier avec certaines organisations syndicales, que mon parcours m'y a préparée parfaitement, et que je ne me sens pas en difficulté de ce point de vue-là. PATRICK COHEN Le reproche qui vous est fait, ou plutôt les critiques, aussi bien au PS que dans l'opposition, c'est : voilà une ministre qui ne connaît ni la justice, ni la prison. NICOLE BELLOUBET Eh bien écoutez, il me semble que, comme tout citoyen, j'ai évidemment des approches très concrètes de ce qu'est la justice, et par ailleurs, depuis 6 mois, le travail que j'accomplis, les chantiers de la justice que je suis amenée à conduire, les visites que je fais sur le terrain, les dialogues que j'ai avec les organisations syndicales, je crois me conduisent à une maîtrise parfaite de ces dossiers. PATRICK COHEN Dans le plan pénitentiaire qui sera présenté donc d'ici la fin février, il y aura la construction de 15.000 places de prison supplémentaires, on est sur ce chiffre-là ? NICOLE BELLOUBET Oui. PATRICK COHEN A quelle échéance ? NICOLE BELLOUBET Alors écoutez, c'est ce que nous sommes en train de vérifier avec les services de l'Administration pénitentiaire. Construire un établissement pénitentiaire c'est forcément long, parce qu'il faut trouver des terrains, il faut purger les recours, il faut construire, etc. Mais il y a, et c'est, je crois, une nouveauté importante, nous pouvons construire plusieurs types de prisons, aussi bien des prisons qui permettent réellement un haut niveau de sécurité, que ce qu'on appelle des quartiers de préparation à la sortie, pour les gens qui sont en fin de peine, qui sont déjà en réinsertion, ça n'exige pas le même niveau de sécurité et cela nous permettra réellement de construire ces places de prison dans un délai que nous espérons le plus rapide possible. PATRICK COHEN J'avais cru comprendre, dans le discours du président de la République, qu'il privilégiait aussi les alternatives à la prison… NICOLE BELLOUBET Mais vous avez eu raison de comprendre cela, vous avez parfaitement compris, cela fera partie de la loi pénale que je vais proposer. La prison c'est une réponse indispensable et nécessaire, mais ce n'est pas la seule réponse pénale, et donc nous allons mettre l'accent sur les travaux d'intérêt général, le placement sous bracelet électronique, et d'autres éléments, qui constituent d'autres peines qui doivent être prononcées. PATRICK COHEN Quelles seront les mesures d'isolement qui seront prises pour les détenus islamistes radicalisés, Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Alors actuellement nous avons 500 terroristes islamistes, à peu près, et puis nous avons 1200 personnes en voie de radicalisation. Nous nous sommes engagés à plusieurs types de réponses, d'abord une évaluation de ces personnes pour connaître leur degré de dangerosité, puis ensuite, dans la mise en détention, plusieurs types de réponses, soit l'isolement, ce qui est vraiment la réponse la plus sécuritaire, soit dans des quartiers spécifiques au sein des établissements pénitentiaires, et qui feront l'objet d'une étanchéité totale avec le reste de la prison. PATRICK COHEN Un détenu terroriste, il est considéré comme un détenu comme les autres ? NICOLE BELLOUBET Je viens de vous répondre. A partir du moment où nous procédons à une évaluation particulière de sa dangerosité, et à des détentions, des modes de détention particuliers, ce n'est pas tout à fait un détenu comme les autres. PATRICK COHEN Question enfin sur le projet sur les violences sexuelles, qui doit être présenté en Conseil des ministres début mars, à la veille de la Journée des droits des femmes. Est-ce que l'allongement de la prescription pour les viols sur mineurs ira jusqu'à, comme il en a été question, 30 ans après la majorité de la victime ? NICOLE BELLOUBET Alors, c'est le Parlement qui décidera, mais c'est ce que nous proposerons. Effectivement, et nous avons entendu un certain nombre d'observation, d'études, qui montrent que cela permet sans doute, lorsque la mémoire revient, lorsque des faisceaux d'indices peuvent être proposés, cela permet peut-être d'apporter des réponses pénales qui soient convaincantes. PATRICK COHEN Prescription donc, jusqu'à 30 ans après la majorité de la victime. NICOLE BELLOUBET Oui. PATRICK COHEN Est-ce que l'arbitrage a été rendu aussi sur l'âge minimal de consentement à un rapport sexuel ? NICOLE BELLOUBET Nous sommes en discussion, et je crois que là il sera extrêmement important d'entendre le Parlement. Nous devons tenir compte, d'une part, de la réalité d'une situation qui n'est pas acceptable, et que nous avons vue dans différentes affaires, et donc c'est important qu'il y ait une présomption de non-consentement, nous devons tenir compte d'autre part d'exigences constitutionnelles, c'est très important dans l'écriture d'un texte, et nous devons tenir compte, enfin, de la sensibilité de l'opinion publique, donc, entre 13 et 15 ans, l'arbitrage n'est pas totalement rendu. PATRICK COHEN L'arbitrage n'est pas encore rendu. Et puis dernier point, le délit d'outrage sexiste, ce qu'on a appelé le harcèlement de rue, avec une amende forfaitaire. Marlène SCHIAPPA, votre collègue, a dit que 90 euros ça lui paraissait un peu faible pour sanctionner cela, ça pourrait être plus Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Là encore, oui, ça pourrait être plus, c'est quelque chose qui doit être traité avec le Parlement également, c'est-à-dire qu'il n'y a pas une amende qui s'impose de manière évidente. Je crois qu'il faut aussi entendre les représentants de la Nation. PATRICK COHEN Merci beaucoup Nicole BELLOUBET, ministre de la Justice et garde des Sceaux, d'être venue ce matin en direct au micro d'Europe 1. NICOLE BELLOUBET Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/607.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/607.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..bf5e97d983a13986ee64649b19ccf487ddf66fff --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/607.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le secrétaire général, Monsieur le préfet, Mesdames et messieurs les sous-préfets, Mesdames et messieurs les représentants des personnels des préfectures et sous-préfectures, Mesdames et messieurs, Je me réjouis d'être parmi vous aujourd'hui pour cette cérémonie des voeux aux personnels des préfectures et sous-préfectures. Elle m'offre l'occasion de témoigner de la fierté qui est la mienne de travailler au quotidien, aux côtés du ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, avec le réseau des préfectures et des sous-préfectures. Je vous prie d'excuser le Ministre d'État qui a dû se rendre aux obsèques de son ami Paul Bocuse. Vous appartenez à un réseau territorial puissant. Ce réseau permet au ministère de l'intérieur, et à travers lui, à tout l'Etat, d'assurer la gestion des crises et de l'urgence, comme la mise en oeuvre, sur le plus long terme, des politiques décidées par le Gouvernement. Il incarne un point de référence en matière de sécurités, mais est aussi le premier interlocuteur des collectivités et la cellule de base de l'administration territoriale de l'Etat. Les préfectures et sous-préfectures, leurs personnels, leurs cadres et les membres du corps préfectoral constituent, pour le ministère et plus largement pour le Gouvernement, un atout et un levier incontournable pour mettre en oeuvre les politiques publiques et contribuer à la régulation administrative, économique et sociale du pays. Voilà bien pourquoi, au sein du Gouvernement, je l'ai souvent constaté, nombreux sont ceux désireux d'adresser des messages, des sollicitations, aux préfectures et sous-préfectures. Ce grand réseau de l'Etat est parfois regardé avec envie, j'ai eu l'occasion de m'en rendre compte. Voilà bien également pourquoi les préfectures occupent une place à part aux yeux des Français. Au coeur de nos territoires, le réseau préfectoral est en effet le miroir de l'État au quotidien, un État qui incarne la proximité, la continuité, l'autorité, un État qui est, en toutes circonstances et en tous lieux, le garant et le gardien de nos valeurs républicaines. A ce titre, au travers de votre travail, de votre engagement de tous les jours au service de nos concitoyens, vous êtes tous, collectivement des héritiers, des ambassadeurs et des artisans de l'histoire, de l'identité et de l'image du réseau préfectoral. Vous pouvez en être fiers, vous devez en être dignes. Je connais, à cet égard, l'implication de la préfecture de l'Isère et de ses personnels, dans tous les sujets d'actualité. Elle est, comme beaucoup d'autres, confrontée aux enjeux et difficultés de la gestion de flux migratoires d'importance. Elle assure, compte tenu des caractéristiques du territoire, un rôle essentiel en matière de sécurité civile et de prévention des crises. Comme l'ensemble du réseau, et peut être un peu plus encore, puisqu'elle est dotée d'un centre d'expertise et de ressources titres pour les permis de conduire, elle a enfin su se mettre en ordre de marche pour mettre en oeuvre une importante réforme de l'activité de délivrance des titres, dans le cadre du plan « préfectures nouvelle génération ». En 2017, les préfectures ont démontré leur capacité à évoluer et à se réformer Evidemment marqué par son histoire, le réseau des préfectures et sous-préfectures a été à l'avant-garde de la réforme de l'Etat. Cette capacité à évoluer est en quelque sorte une marque de fabrique des services préfectoraux. En effet, votre activité aujourd'hui n'a pas grand-chose à voir avec celle de vos prédécesseurs de l'après-guerre, chargés de remettre en place les services publics élémentaires. Elle ne ressemble pas non plus aux priorités des années 60 et 70 ; où il s'agissait de susciter et d'accompagner l'essor économique du pays ; ni même à celle des années 2000, où il fallait être l'artisan de la mise en oeuvre d'une nouvelle organisation territoriale du pays, avec une décentralisation renforcée. Vos missions, vos responsabilités, ont beaucoup évolué. Par exemple, les politiques de prévention de la radicalisation et du terrorisme se sont largement construites autour de votre action. La création de directions de la sécurité dans les préfectures est venue en quelque sorte consacrer le rôle croissant joué par ces dernières dans les politiques de sécurité. Face à la révolution numérique, qui bouscule les pratiques et fait évoluer les attentes des usagers, l'Etat local ne pouvait pas rester immobile. Voilà pourquoi, avec le plan « préfectures nouvelle génération », dont le déploiement s'achève, nous avons repensé l'organisation de la mission historique de délivrance des titres. Cette réforme, qui a largement été construite et partagée avec les agents et leurs organisations représentatives, au plan central, comme dans chaque préfecture, poursuivait une ambition forte : numériser nos procédures, pour les simplifier, tout en les sécurisant, dans le respect du principe d'égalité d'accès de tous au service public. Tout au long de l'année 2017, nous avons donc su, collectivement, déployer cette réforme : - dans un premier temps, la dématérialisation et la constitution de « CERT » a concerné les demande de cartes nationales d'identité et de passeports : 27 centres d'expertise et de ressources sont ainsi progressivement rentrés en fonction entre février et mars 2017 - Ce mouvement a ensuite été étendu, depuis le 6 novembre 2017, aux permis de conduire et certificats d'immatriculation. Désormais, par ce moyen, 80 % des demandes sont traitées automatiquement, sans intervention d'un agent. Avec la dématérialisation, le recours à de nouveaux fichiers, plus sécurisés, et la mise en place de nouveaux outils de détection de la fraude, ont permis d'augmenter la sécurité des titres délivrés, et de mieux lutter contre la fraude. Dans le même temps, des milliers d'usagers ont bénéficié de gains de temps conséquents, en n'ayant plus à se déplacer aux guichets des préfectures. Ce sont ainsi d'ores et déjà 1,4 millions de demandes de cartes grises et plus de 660 000 demandes de permis de conduire qui ont été traitées de manière complètement dématérialisée. Comme pour toute réforme d'envergure, cela n'a évidemment pas été sans difficultés. On se souvient, que pour certains maires, l'abandon de missions d'accueil du public a pu être difficile, je m'en suis fait l'écho, lorsque j'étais sénatrice. Aujourd'hui ministre, je constate que les mairies qui ne délivrent plus de cartes d'identité peuvent avoir recours à des dispositifs de recueil mobiles, mises à leur disposition par les préfectures. Toutes les préfectures en ont été équipées. Et si les mairies le souhaitent, elles pourront contribuer à réduire la fracture numérique, en déployant un nouveau service public d'aide à la demande de titres. Il suffit pour cela d'un ordinateur et d'un agent guidant les usagers. Ce nouveau service, vous l'avez aussi mis en place à la préfecture de l'Isère, comme dans 300 autres préfectures et sous-préfectures en France. Concernant les cartes grises, des difficultés techniques sont apparues lors de la généralisation du dispositif. Ces dysfonctionnements ont été mal ressentis par les usagers, les premières semaines du déploiement. Une partie d'entre eux sont liés à la complexité de la réglementation, ou aux particularités des demandes de certains usagers, tels que les importateurs de véhicules. Leur résolution est en cours : elle mobilise, sous la conduite du secrétaire général, l'ensemble des équipes du ministère. Je souhaite, à cette occasion, apporter tout mon soutien et mes remerciements à tous les agents, qui, en cette période de difficultés techniques, ont su, dans les services d'accueil, les standards, et dans les centres d'expertise, apporter leur compétence et leur dévouement à la résolution des problèmes rencontrés par les usagers. Le Plan préfectures nouvelle génération a également permis de renforcer les missions prioritaires des préfectures. Dans un certain nombre de domaines, en effet, la succession de suppressions de postes avait affaibli les préfectures. Entre 2010 et 2017, 3 500 emplois ont été supprimés dans le réseau, soit l'équivalent de 17 préfectures de taille moyenne. Dans le cadre du plan préfectures nouvelle génération, quatre missions prioritaires ont été identifiées : la gestion des crises, la lutte contre la fraude, la coordination des politiques publiques et le conseil et le contrôle des collectivités locales. Ce n'est pas pour autant que les autres missions des préfectures ne seront plus exercées : les publics étrangers ou demandeurs d'asile continueront d'être accueillis en préfecture et les services préfectoraux continueront de délivrer nombre d'autorisations administratives. Mais pour ce qui concerne les missions prioritaires, outre des renforts en effectif, des évolutions concrètes ont dès 2017 été mises en oeuvre : - Notre organisation en matière de lutte contre la fraude a été revue. Dans chaque CERT, existe une cellule spécifique, en lien avec les référents départementaux - Dans toutes les préfectures, des directions de la sécurité ont été créés, pour rassembler moyens et compétences et permettre aux préfets d'exercer pleinement leurs compétences en matière de sécurité - Dans le domaine du contrôle de légalité, les équipements individuels informatiques des agents sont en cours de rénovation, tandis que les moyens du pôle de Lyon ont été renforcés - Au titre de l'expertise juridique, enfin, six pôles d'appui juridique ont été installés à Orléans, Dijon, Marseille, Limoges, Lille et Strasbourg. Deux autres, à Nantes et Toulouse, viendront compléter le dispositif Changements d'organisation, mobilités, formations, diagnostics de carrières, ont été au coeur du chantier de la mise en oeuvre du PPNG. Pour accompagner la réforme, nous avons organisé un repyramidage des corps et une promotion interne renforcée. D'ores et déjà, fin 2017, les préfectures, nous comptons 474 cadres A et 734 cadres B supplémentaires par rapport à la situation qui prévalait avant la réforme. Nous sommes au rendez-vous des objectifs : c'est autant de perspectives de carrière en plus pour les agents. Nous avons également déployé un plan de formation exceptionnel, qui a bénéficié à plusieurs milliers d'agents et représenté un investissement de plus de 6 Mds. Mesdames et messieurs, si cette réforme a réussi, c'est aussi et surtout parce que la principale ressource des préfectures est la ressource humaine. En 2017, les préfectures ont connu une activité dense et soutenue dans le domaine de l'asile et des titres de séjour Comme vous le savez, la dynamique migratoire est particulièrement soutenue depuis deux ans. Votre activité, dans ce domaine, fait l'objet de toutes les attentions. L'exigence du Gouvernement, vis-à-vis des préfets et de leurs services est forte. Mais nous sommes conscients que votre engagement est à la hauteur de cette exigence. Je tenais à vous remercier, en mon nom et en celui du ministre d'Etat, pour votre expertise et votre professionnalisme, dans cette matière si difficile. Le plan d'action gouvernemental relatif à l'asile et à l'immigration, visant d'une part à réduire les délais de traitement de la demande d'asile, et d'autre part à améliorer la lutte contre l'immigration irrégulière commence à produire des premiers résultats. Pour qu'il produise tous ses effets, les règles de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent évoluer. C'est l'objet d'un projet de loi sur l'asile et l'immigration qui sera prochainement soumis au Parlement. Mais parce que tout n'est pas qu'affaire de textes, nous avons décidé également d'intervenir concrètement sur la situation des services chargés de cette politique : - en allouant des effectifs supplémentaires de personnels titulaires – 150 - aux services chargés de l'asile, des étrangers et de l'éloignement - en transférant les points de nouvelle bonification indiciaire libérés par la réforme des titres vers les emplois dans les services des étrangers qui n'en bénéficiaient pas. 26 000 points ont ainsi été redéployés - en déployant un plan de formation spécifique sur le droit et les procédures applicables aux étrangers, concernant aussi bien les personnels de préfecture, que les membres du corps préfectoral - en expérimentant de nouvelles méthodes de travail, par exemple la spécialisation dans des pôles régionaux de la conduite de procédures complexes, comme celles qui concernent le règlement « Dublin » Enfin, pour aller plus loin, un groupe de travail partenarial avec les organisations syndicales, relatif à l'attractivité des services a été constitué dès la fin de l'année 2017. Il rendra ses conclusions à la fin du mois de mars. Pour conclure, je souhaiterais enfin évoquer deux chantiers qui caractériseront 2018 Dans le cadre de la démarche Action Publique 2022 que le président de la République et le Gouvernement ont engagé à l'automne dernier, et à laquelle les agents sont associés, il nous est demandé d'interroger le sens de notre action, pour faire en sorte qu'elle réponde plus précisément aux attentes des Français. Cette démarche doit également, et il nous faut l'assumer pleinement, dégager les économies de fonctionnement qu'impose la situation de nos finances publiques et les engagements pris par le Gouvernement. Tous les ministères sont concernés. Les possibilités offertes par le numérique, notamment, sont considérables. Nous le savons bien, dans le réseau des préfectures, pour avoir été précurseurs dans ce domaine. Dans ce domaine, l'heure est encore aux consultations. Aucun arbitrage, aucune décision, n'ont été rendus. Je veux toutefois vous assurer d'une chose. Le ministre d'Etat, comme moi-même sommes particulièrement vigilants à ce que le modèle territorial où les préfets et les préfectures jouent un rôle central demeure. Nous portons cette conviction avec constance et force. Car nous pensons que les préfets sont les seuls à disposer de la légitimité interministérielle qui, le plus souvent, caractérise vos actions, et les mieux à même d'être les interlocuteurs des collectivités locales. Pour cela, nous pensons que les leviers d'action et les capacités de décision des préfets doivent être renforcés : - c'est la raison pour laquelle nous avons demandé et obtenu que les instruments financiers déconcentrés que sont la DETR et la DSIL soient non seulement préservés, mais aussi désormais codifiés, et maintenus à leur niveau le plus élevé (1,6 Mds) - c'est aussi la philosophie qui inspire les dispositions désormais en vigueur dans 20 départements et qui permettent aux préfets de déroger à des normes réglementaires. Tout ne doit pas remonter à Paris : les préfets doivent pouvoir décider, à partir de leur analyse de la situation, de leur connaissance du terrain. Le ministre d'Etat, tout comme moi, sommes convaincus que pour assurer le développement des territoires, mais aussi leur équilibre et leur cohésion, il est nécessaire d'avoir un Etat fort, avec des instruments nouveaux, et s'appuyant sur un réseau territorial solide : celui des préfectures et sous-préfectures. Notre engagement en faveur de plus de déconcentration vous concerne par ailleurs très directement, mesdames et messieurs. Nous souhaitons en effet, dans le cadre d'action publique 2022, plus de déconcentration dans la gestion des ressources humaines de l'Etat. Cela vous permettra de diversifier plus aisément vos parcours de carrière, de faciliter les mobilités entre les services de l'Etat. Une telle organisation passera d'ailleurs sans doute par un rôle des préfectures renforcé dans la gestion des moyens de l'Etat. Enfin, nous souhaitons, à l'instar de ce que nous allons mettre en oeuvre pour les collectivités territoriales, que l'organisation de l'Etat prenne mieux en considération la réalité des territoires. Un territoire urbain n'a pas les mêmes attentes ni les mêmes caractéristiques qu'un territoire rural. Il en va de même pour un territoire de montagne. Notre organisation doit donc s'adapter à ces réalités et doit pouvoir être différente d'un département à un autre. Les collectivités locales le font déjà, l'Etat doit lui aussi pouvoir faire preuve de plus de souplesse en la matière. Il doit pouvoir, lui aussi, mettre en place des organisations différenciées sur le territoire national, lorsque cela est nécessaire. En 2018, nous réfléchirons donc à cela. Mesdames et Messieurs, Depuis ma prise de fonctions, je me suis beaucoup déplacée. Ce que chacun m'a dit, c'est que, partout où je me suis rendue, la préfecture, dans toutes ses composantes, a la confiance et l'estime de nos concitoyens et de leurs élus. Nos ambitions pour les préfectures sont élevées, je vous l'ai dit. Elles sont le socle de l'administration territoriale de l'Etat. Dans un monde qui change, les préfectures ont vocation à continuer d'être un repère, pour nos concitoyens, pour les porteurs de projets, pour les élus locaux. Permettez-moi donc, pour conclure, de former pour 2018 le voeu que les préfectures et leurs personnels continuent de démontrer par leur vitalité, leur engagement, leur dynamisme, toute leur capacité d'adaptation aux enjeux de de l'action publique et de la République. C'est dans cet esprit que je vous adresse, Mesdames, Messieurs, tous mes voeux pour l'année qui s'ouvre devant nous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/608.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/608.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..0091f1b94855bada82eb80468cecc78f9e8a8f42 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/608.txt @@ -0,0 +1 @@ +1. M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères de la République française, Mme Florence Parly, ministre des Armées de la République française, M. Taro Kono, ministre des Affaires étrangères du Japon, et M. Itsunori Onodera, ministre de la Défense du Japon, (ci-après désignés « les quatre ministres ») se sont réunis le 26 janvier 2018 à Tokyo pour la 4e session des consultations politico-militaires ministérielles (« 2+2 ») franco-japonaises. La 7e session du dialogue stratégique entre les ministres des Affaires étrangères se tiendra le 27 janvier 2018 ainsi que la rencontre entre les ministres de la Défense. 2. L'année 2018 marque le 160e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la France et le Japon. Cet anniversaire, qui sera célébré dans les deux pays, doit être l'occasion de constater le développement remarquable du partenariat bilatéral dans tous les domaines, dont la sécurité et la défense, et de donner les impulsions pour de nouveaux projets pour l'avenir. Les quatre ministres se sont réjouis de l'organisation en France de « Japonismes 2018 ». Ils ont salué la mise en oeuvre de la « Feuille de route pour la coopération franco-japonaise 2013-2018 », publiée en 2013 dans le cadre du partenariat d'exception. Ils ont engagé les premières discussions pour renouveler ce document pour la période qui s'ouvre et porter à un nouveau niveau le « partenariat d'exception » entre les deux pays. 3. Les quatre ministres ont constaté le renforcement significatif de la dimension stratégique de la relation franco-japonaise et appelé à l'accroître. La France et le Japon se reconnaissent mutuellement comme des partenaires privilégiés respectivement au sein de l'Union européenne et en Asie ainsi que, de façon générale, au sein de la communauté internationale. Les quatre ministres ont réaffirmé leur volonté de renforcer le « partenariat d'exception » qui unit les deux pays, en s'appuyant sur les valeurs communes de liberté, de démocratie, de droits de l'Homme et de respect de l'Etat de droit. En se basant sur le respect du droit international et la Charte des Nations Unies, ils ont réitéré leur engagement commun en faveur du maintien du multilatéralisme et de son renforcement ainsi qu'en faveur de la paix, de la stabilité et de la prospérité de la communauté internationale, dans un contexte où celle-ci est confrontée à de nombreux défis au premier rang desquels le terrorisme, les dérèglements climatiques et les conflits régionaux. 4. Les quatre ministres ont souligné la perspective en 2019 des présidences concomitantes par la France du G7 et par le Japon du G20, qui confèrent à nos deux pays une forte responsabilité. Ils se sont engagés à préparer de façon étroite ces échéances, de façon à produire un maximum de synergies entre les deux présidences afin de contribuer au renforcement de la gouvernance mondiale. 5. Les quatre ministres ont rappelé l'importance d'un ordre maritime libre, ouvert et fondé sur le droit comme pierre angulaire de la stabilité et de la prospérité de la communauté internationale. Reconnaissant que les deux pays sont des nations du Pacifique, ils se sont engagés à poursuivre et renforcer leur coopération dans le domaine maritime, notamment dans cette région, et confirmé qu'il était dans leur intérêt mutuel d'oeuvrer, en lien avec leurs partenaires, en faveur d'un espace indo-pacifique libre et ouvert. Ils ont affirmé leur volonté de développer des projets concrets en faveur de la paix, de la stabilité et de la prospérité dans cet espace. Les quatre ministres ont également rappelé leur volonté de renforcer la connectivité dans l'espace indo-pacifique au travers de la promotion d'infrastructures de haute qualité, conformes aux standards internationaux tels que l'ouverture, la transparence, la viabilité économique et la soutenabilité financière des pays bénéficiaires. Les ministres japonais ont salué l'engagement actif de la France, en particulier dans le cadre du G7, du dialogue de Shangri-La et de la réunion des ministres de la défense du Pacifique Sud, et notamment de la participation des Forces armées de Nouvelle-Calédonie et des Forces armées de Polynésie française à des opérations relevant de la sécurité des espaces maritimes, y compris dans les océans Indien et Pacifique. Questions internationales et régionales 6. Les quatre ministres ont condamné avec la plus grande fermeté la poursuite des programmes nucléaire et balistique nord-coréens en violation flagrante des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ils ont exigé de la Corée du Nord le respect de toutes les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et de la déclaration conjointe des Pourparlers à Six, adoptée en 2005, en soulignant qu'ils ne reconnaîtraient jamais la possession de l'arme nucléaire par la Corée du Nord. Les quatre ministres ont réaffirmé leur volonté d'exercer une pression maximale sur la Corée du Nord en vue de la contraindre à abandonner tous les programmes nucléaires et tout autre programme existant d'armes de destruction massive et de missiles balistiques de façon complète, vérifiable et irréversible. Ils ont partagé la conviction qu'un dialogue valable ne peut pas être envisagé sans que la Corée du Nord ne manifeste un engagement sincère et ne prenne des actions concrètes en vue de la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Les quatre ministres ont appelé tous les membres de la communauté internationale à mettre pleinement en oeuvre les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies, y compris la résolution 2397 adoptée le 22 décembre 2017 à l'unanimité, sous présidence japonaise, qui renforce encore le régime de sanctions. Ils ont encouragé les Etats entretenant des relations diplomatiques et économiques avec la Corée du Nord à les réexaminer. Les quatre ministres ont salué le fait que la Corée du Nord a commencé à montrer une attitude collaborative en vue de sa participation aux Jeux Olympiques de Pyeongchang. Les quatre ministres sont convenus de poursuivre leur coopération étroite au sein de différentes enceintes, y compris pour les actions du Conseil de sécurité des Nations unies, en vue de prendre notamment des mesures contre le contournement de sanctions y compris le transbordement et contre tout nouvel acte déstabilisateur. Par ailleurs, les quatre ministres ont souligné leur préoccupation s'agissant de la situation humanitaire et des droits de l'Homme en Corée du Nord et appelé à la résolution immédiate de la question des enlevés. 7. Les quatre ministres ont réitéré leur engagement pour le maintien d'un ordre maritime fondé sur les règles et les principes du droit international tels qu'édictés notamment par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), et en faveur du règlement pacifique des différends par des moyens diplomatiques et juridiques. Préoccupés par la situation en mers de Chine orientale et méridionale, les quatre ministres ont rappelé leur opposition à toute action unilatérale susceptible d'accroitre les tensions. Concernant la mer de Chine méridionale, les quatre ministres ont exprimé leur forte opposition aux actions unilatérales qui accroissent les tensions, telles que la construction d'avant-postes, ainsi que leur utilisation à des fins militaires, et ils ont demandé à toutes les parties de respecter leurs obligations en droit international et de s'abstenir de telles actions. Ils ont exprimé leur soutien à la conclusion rapide des négociations pour établir un Code de Conduite en mer de Chine méridionale (COC) efficace. Ils demandent à toutes les parties de poursuivre la démilitarisation d'éléments naturels contestés. 8. Les quatre ministres ont rappelé leur engagement à s'impliquer pour la paix, la stabilité et la prospérité du Moyen-Orient. Les ministres japonais ont salué les initiatives et les engagements de la France en vue de la paix et de la stabilité de cette région. Les ministres français ont salué la contribution du Japon à la paix et à la stabilité du Moyen-Orient. En ce qui concerne le processus de paix au Proche-Orient, les quatre ministres ont réaffirmé leur soutien à la solution à deux Etats Israël et Palestine, vivant côte à côte en sécurité dans des frontières sûres et reconnues par la communauté internationale, décidées par les négociations entre les parties et avec Jérusalem comme capitale des deux Etats, dans le respect des résolutions des Nations Unies, et souligné l'urgence de relancer la négociation entre les parties prenantes. Les quatre ministres ont également salué les efforts décisifs dans la lutte contre Daech en Irak et en Syrie. La défaite militaire de Daech était une étape importante pour la paix et la stabilité au Moyen-Orient. Rappelant toutefois que la menace terroriste n'était pas totalement éradiquée, ils ont insisté sur l'importance de mobiliser la communauté internationale en vue de la stabilité en Irak et en Syrie après la libération des territoires occupés par Daech. Sur la Syrie, ils ont souligné la nécessité d'une transition politique négociée dans le cadre de la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations Unies et du Communiqué de Genève, et rappelé quun tel processus politique constitue un préalable indispensable à tout soutien à la reconstruction. Ils n'entreprendront pas d'actions visant le relèvement et la stabilisation rapides du pays qui risqueraient de favoriser l'ingénierie sociale et démographique. Au regard de la situation humanitaire dramatique en Syrie, en particulier dans la Ghouta orientale, les quatre ministres ont exprimé leur vive préoccupation quant à la situation des populations civiles et rappelé la nécessité d'un accès sûr, libre et sans entraves à l'ensemble du territoire syrien, en particulier les zones assiégées et difficiles d'accès. En outre, les quatre ministres ont souligné leur soutien au Plan global d'action conjoint (JCPOA) sur le nucléaire iranien et l'importance de la poursuite de sa mise en oeuvre rigoureuse par toutes les parties. Ils ont également souligné qu'il était important que l'Iran respecte toutes les dispositions de la Résolution 2231 du Conseil de sécurité endossant le JCPOA, notamment s'agissant des transferts d'armes, et appellent l'Iran à cesser les tirs de missiles balistiques conçus pour être capables d'emporter des armes nucléaires. 9. Les quatre ministres ont réaffirmé leur volonté de renforcer la mise en oeuvre du Plan franco-japonais pour le développement durable, la santé et la sécurité en Afrique. Ils se sont engagés à promouvoir les projets concrets notamment engagés en marge de la TICAD VI à Nairobi, y compris dans la perspective de la 7e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD 7) qui aura lieu en 2019, en appuyant les partenariats en marchés tiers et la coopération en pays tiers entre l'AFD et la JICA ainsi qu'en saluant les initiatives comme le Forum organisé à Tokyo par l'Ambassade de France et JETRO en novembre 2017. A cet égard, les quatre ministres se sont félicités du succès du 4e Forum International de Dakar sur la Paix et la Sécurité en Afrique, auquel la France et le Japon apportent un soutien continu. De plus, considérant que les efforts des pays africains eux-mêmes ainsi que leur appropriation des enjeux de développement sont indispensables à une stabilité et un développement durables en Afrique, les quatre ministres ont salué les efforts des Etats africains dans la lutte contre l'insécurité maritime ainsi que le déploiement de la Force conjointe des pays du G5 Sahel et l'adoption à l'unanimité de la résolution 2391 du Conseil de sécurité des Nations Unies qui confirme le soutien politique clair et fort du Conseil de sécurité aux Etats du G5 Sahel et vise à fournir un soutien logistique et opérationnel de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) à la Force conjointe. Ils appellent l'ensemble de la communauté internationale à soutenir pleinement les mesures prises par les Etats du G5 Sahel dans sa lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée, laquelle doit s'appuyer sur la mise en oeuvre effective de l'Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, ainsi que sur des efforts conséquents en matière de développement. Les ministres japonais ont salué l'engagement de la France et de l'Union européenne en faveur de la force G5 Sahel et se sont engagés à soutenir les pays de la région au travers de l'aide au développement japonaise. Les quatre ministres ont salué la création de l' « Alliance pour le Sahel » qui vise à mieux coordonner l'aide internationale pour en accélérer la mise en oeuvre et la rendre plus efficace. Les quatre ministres ont rappelé leur engagement continu en faveur du renforcement des capacités africaines, nationales et régionales de sécurité, au travers notamment de la formation aux opérations de maintien de la paix. 10. Rappelant de nouveau leur engagement pour le plein respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine, les quatre ministres ont réaffirmé leur attachement à la pleine mise en oeuvre des accords de Minsk par toutes les parties prenantes, pour le règlement du conflit dans l'Est de l'Ukraine et ont apporté leur soutien aux efforts menés dans le cadre du format Normandie et du Groupe de contact trilatéral. Coopération dans le domaine de la sécurité et de la défense 11. Les quatre ministres ont salué la visite de bâtiments français au Japon dans le cadre de la mission « Jeanne d'Arc 2017 » et la tenue du premier exercice conjoint ARC 17 conduit par la France et les Etats-Unis avec le Royaume-Uni et le Japon, à proximité du Japon et des îles de Guam et de Tinian à cette occasion. Ils ont exprimé leur intérêt mutuel à renouveler ce type d'opérations et sont convenus d'intensifier le partage d‘informations sur les programmes d'activités en la matière pour être en mesure de mettre à profit toutes opportunités d'interactions opérationnelles. Les ministres japonais ont salué le projet d'escale de la frégate Vendémiaire de la marine nationale, au Japon, au mois de février 2018 et la conduite par les deux pays d'exercices conjoints à cette occasion. 12. Les quatre ministres ont salué déploiement en juin 2017, pour la première fois, d'un P-1, avion de patrouille maritime, par la Force aérienne d'autodéfense du Japon au Salon international de l'aéronautique et de l'espace de Paris-Le Bourget. Plus généralement, sur la coopération d'armement, ils ont exprimé la volonté de faire avancer encore davantage cette coopération afin de parvenir à des avancées concrètes au cours du 7e « comité conjoint sur la coopération dans le domaine des équipements de défense », prévu à Tokyo ce printemps. Les quatre ministres sont convenus d'initier dans les plus brefs délais les travaux de recherche conjoints portant sur la technologie de nouvelle génération de détection des mines, qui constitue le premier projet de coopération franco-japonais. Pour soutenir cette coopération entre les deux pays, les quatre ministres ont exprimé leur volonté de promouvoir la coopération entre les industries de défense de la France et du Japon, réputées pour leurs hautes technologies, et d'identifier de nouvelles opportunités de coopération en lien avec ces industries de défense. 13. Les quatre ministres ont salué l'accord global dans le cadre des négociations pour un accord d'acquisition et de soutien logistique (ACSA), lancées lors de la précédente réunion en format « 2+2 » de janvier 2017. Afin de renforcer l'interopérabilité entre les armées françaises et les forces d'autodéfense japonaises et de faciliter leur coopération lors de leur participation à des exercices, à des opérations de maintien de la paix ou à des actions en matière d'assistance humanitaire et de secours en cas de catastrophe, les quatre ministres sont convenus de continuer à se coordonner étroitement pour finaliser, signer et conclure l'ACSA dans les plus brefs délais. 14. Les quatre ministres sont convenus de renforcer leur collaboration relative à l'aide pour le renforcement de capacités des pays en développement. Ils se sont félicités du succès du séminaire « coopération dans le domaine de la sécurité maritime, projet franco-japonais concernant le code de conduite de Djibouti », organisé au centre régional de formation à Djibouti en octobre 2017. Les quatre ministres ont rappelé que la France et le Japon poursuivraient leurs efforts individuellement ou conjointement dans les domaines tels que la sécurité et la sûreté maritime en Afrique et dans la région indo-pacifique, la lutte contre le terrorisme, la cyber-sécurité, l'aide humanitaire, la promotion du développement d'infrastructures de qualité prévoyant un accès équitable et les opérations de maintien de la paix. Afin d'effectuer une coordination efficace, les quatre ministres sont convenus d'intensifier le partage d'informations et les échanges d'expertise en matière d'assistance dans ces domaines. Coopération stratégique et questions globales 15. Les quatre ministres sont convenus que les deux gouvernements développeraient leurs échanges d'informations et leurs coopérations dans le domaine de la sécurité maritime, dont la sécurité des espaces maritimes, y compris au sein des enceintes bilatérales et multilatérales, notamment du G7. Les quatre ministres ont salué les échanges en matière stratégique et prospective sur les questions maritimes permettant de déterminer notre intérêt à lancer un dialogue maritime global entre nos deux pays. 16. Les quatre ministres ont rappelé que le développement nucléaire et balistique nord-coréen est une menace et qu'il pose un défi sans précédent, grave et imminent au régime du Traité sur la Non-Prolifération des Armes nucléaires (TNP) ainsi qu'au Trait d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE). Ils ont souligné, dans cette situation difficile, l'importance de faire des efforts concrets et réalistes, avec la participation de toutes les parties au Traité, pour faire des progrès vers un désarmement qui favorise la stabilité internationale selon le principe de sécurité non diminuée pour tous. Les quatre ministres ont réaffirmé l'importance des efforts internationaux en matière de non-prolifération et apprécié le rôle utile joué par le comité conjoint sur le contrôle des exportations. Ils ont réaffirmé la centralité du régime de non-prolifération chimique dans notre système de sécurité collective, et la nécessité de le préserver face aux récents cas d'usage de ces armes répertoriés au Levant et en Asie : le partenariat international contre l'impunité pour l'emploi d'armes chimiques inauguré à Paris le 23 janvier jouera un rôle central dans cet effort. Ils ont rappelé l'engagement résolu des deux pays contre la prolifération des armes de destruction massive et leurs vecteurs par leur implication active dans l'Initiative de Sécurité contre la Prolifération (PSI), dont les 105 participants célèbreront cette année à Paris le 15e anniversaire lors d'une réunion politique de haut-niveau. Ils ont également réitéré leur engagement en faveur de la lutte contre les trafics illicites d'armes conventionnelles et leur soutien aux instruments internationaux pertinents dans ce domaine. Ils sont convenus de poursuivre leur coopération sur le contrôle des exportations d'armements et de biens et de technologies à double usage afin de contribuer à la stabilité stratégique et d'organiser à Tokyo le 4e comité conjoint sur le contrôle des exportations dès que possible. 17. Reconnaissant que la coopération dans le domaine du nucléaire civil constitue un axe stratégique et structurant du « partenariat d'exception » franco-japonais, les quatre ministres ont salué l'approfondissement et l'élargissement de la coopération stratégique et industrielle en application de la Déclaration d'intention sur la coopération en matière d'énergie nucléaire civile signée entre la France et le Japon le 20 mars 2017, notamment dans les domaines de la sûreté nucléaire, du cycle du combustible nucléaire, du démantèlement des réacteurs nucléaires tels que la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, de la promotion du réacteur Atméa et du projet ASTRID. Les quatre ministres sont convenus de l'importance de maintenir cette dynamique. A ce titre les ministres se félicitent de la participation effective des industriels japonais (Japan Nuclear Fuel Limited et Mitsubishi Heavy Industries) à la réorganisation de la filière française par des prises de participation dans Framatome et New Areva Holding. En soulignant l'importance de poursuivre les mesures destinées à répondre fermement à la menace de prolifération nucléaire et à promouvoir le développement responsable de l'utilisation civile de l'énergie nucléaire conformément aux normes de sureté les plus élevées, les quatre ministres ont rappelé leur volonté de continuer les échanges étroits entre les deux pays sur tous ces défis, à travers les cadres institutionnels tels que « le comité franco-japonais sur l'énergie nucléaire », dont la 7e session a été organisée à Tokyo en novembre 2017. Les quatre ministres ont rappelé le rôle important joué par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), notamment pour renforcer le régime international de non-prolifération nucléaire, sous l'autorité de son Directeur général, M. Yukiya Amano, qui vient d'entamer son troisième mandat. 18. Notant avec préoccupation que la menace terroriste reste forte, en raison du risque d'éparpillement des combattants terroristes étrangers qui cherchent à se déplacer depuis la Syrie et l'Irak et le développement d'un terrorisme endogène, les quatre ministres ont rappelé l'importance de la prévention de la radicalisation et de la lutte contre l'usage d'internet par les terroristes. Les ministres ont insisté sur l'importance de combattre le financement du terrorisme. La France organisera une conférence internationale sur ce thème en avril prochain à Paris. Les quatre ministres ont salué la Déclaration du G7 de Taormine sur la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme violent qui rappelle l'objectif d'une pleine mise en oeuvre du « Plan d'action du G7 en matière de lutte contre le terrorisme et l'extrémisme violent », élaboré lors du sommet du G7 de 2016 à Ise-Shima et ils sont convenus de poursuivre sa pleine mise en oeuvre. Les quatre ministres sont convenus de développer les coopérations concrètes en France et au Japon, notamment dans la perspective des Coupes du Monde de Rugby et des Jeux olympiques de Tokyo en 2019 et 2020 et de Paris en 2023 et 2024. 19. Soulignant le caractère stratégique des technologies de l'information dans le secteur de la sécurité et de la défense, les quatre ministres appellent à la poursuite et au renforcement de la collaboration bilatérale dans ce domaine. Devant l'accroissement considérable et la sophistication des cybermenaces, les quatre ministres ont confirmé leur volonté de renforcer leurs efforts cohérents et leurs échanges d'informations pour prévenir ces actes de cybermalveillance, minorer leurs impacts et repérer leurs causes. Les quatre ministres ont exprimé leur souhait d'organiser au premier semestre 2018 le 4eme dialogue franco-japonais sur la cyber-sécurité, afin d'approfondir la coopération franco-japonaise dans ce domaine et de partager leurs expériences respectives en vue du renforcement de leurs capacités de lutte contre les cyber menaces. Les ministres français ont renouvelé leur invitation aux ministres japonais à venir visiter le pôle d'excellence cyber de Rennes en France. Reconnaissant l'importance de la maîtrise des technologies de calcul haute performance comme un enjeu et un levier de croissance économique majeur, en ce qu'elles constituent la base de la simulation numérique et du traitement de grandes masses de données, les quatre ministres ont appelé à la poursuite et au renforcement de la collaboration dans ce domaine à des fins pacifiques. 20. Les quatre ministres ont salué les avancées réalisées en matière de coopération spatiale qu'ils avaient appelées de leurs voeux lors de leur précédente réunion en format « 2+2 », en particulier la signature de la « Lettre d'Intention sur le partenariat global sur l'espace entre le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale et les autorités compétentes du Japon » et de l' « Arrangement technique entre le ministre de la Défense de la République française et les autorités compétentes du Japon relatif à l'échange de données concernant la connaissance de la situation spatiale » lors de la dernière session du dialogue global sur l'espace, organisée à Tokyo en mars 2017. Les quatre ministres sont convenus d'approfondir encore davantage leur coopération bilatérale à travers la prochaine session du dialogue global sur l'espace, prévue à Paris en 2018 et en se fondant sur la « Lettre d'Intention sur le partenariat global sur l'espace ». Le dialogue global sur l'espace pourra notamment être l'occasion de renforcer la coopération dans les domaines de la surveillance de l'espace, de l'élaboration de règles internationales, de l'amélioration de la résilience des systèmes spatiaux, de la prévention des collisions, de l'observation de la terre, de la science et l'exploitation de l'espace, des communications et la radiodiffusion, et de la promotion, autant que nécessaire, de la coopération industrielle. 21. Les ministres français ont salué la coopération développée par le Japon en tant que « partenaire fiable et naturel » de l'OTAN dans les domaines des échanges humains et des exercices conjoints. Les quatre ministres ont exprimé leur souhait d'approfondir encore davantage la coopération entre l'OTAN et le Japon, notamment dans le domaine de la cyber-sécurité et ont rappelé la poursuite de la coopération entre la France et le Japon à cette fin. 22. Les quatre ministres ont soutenu la volonté de l'Union européenne de jouer un rôle accru sur les enjeux de sécurité en particulier en Asie ainsi que les initiatives françaises en vue de renforcer l'Union européenne, notamment en matière de sécurité et de défense. Ils se sont réjouis des avancées de la négociation de l'accord de partenariat stratégique entre l'Union européenne et le Japon, qui va de pair avec l'accord de partenariat économique. Les quatre ministres ont salué la convergence de vues entre l'Union européenne et le Japon sur la crise nord-coréenne, et se sont félicités de la volonté commune de l'Union européenne et du Japon d'accroître leur coopération, tout particulièrement en matière de gestion de crise, afin de contribuer conjointement à l'amélioration de l'environnement international de sécurité. A cette fin, ils ont réaffirmé l'importance d'approfondir la coopération entre l'UE et le Japon dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Ils ont exprimé leur souhait de développer ces coopérations sur de nouveaux terrains, notamment en Afrique. Les ministres japonais ont soutenu une plus grande implication de l'Union européenne au Sommet de l'Asie de l'Est, tout en saluant les efforts européens pour promouvoir l'Etat de droit dans la région. Ils ont salué la participation du président du Conseil européen au 12e Sommet de l'Asie de l'Est en novembre 2017. 23. Soulignant la nécessité de démarrer des négociations sur la base d'un document dans les négociations inter-gouvernementales durant cette 72e session de l'ONU, les quatre ministres ont rappelé leur vision partagée pour accélérer leur coopération en vue de réalisation rapide d'une réforme du Conseil de sécurité, dont l'élargissement de ses membres dans les deux catégories, permanents et non-permanents. Les ministres français ont rappelé leur soutien au Japon dans l'obtention d'un siège permanent avec les autres membres du G4 (Allemagne, Brésil, Inde) et ont exprimé leur souhait de voir une présence accrue de l'Afrique dans les deux catégories de membres, permanents et non-permanents, du Conseil de sécurité. 24. Soulignant l'impact des changements climatiques et de la dégradation de l'environnement sur les crises régionales et internationales, les quatre ministres ont rappelé la nécessité de mener des efforts conjoints pour la mise en oeuvre de l'Accord de Paris et la réalisation des objectifs fixés lors du sommet sur le climat organisé à Paris le 12 décembre 2017. Ils ont réaffirmé que le changement climatique et la dégradation de l'environnement sont des menaces sérieuses pour la sécurité mondiale et la prospérité et que notre politique étrangère doit également contribuer à lutter contre ces phénomènes en ciblant plus particulièrement les zones vulnérables. Les quatre ministres feront de la prévention des fragilités environnementales et climatiques une priorité afin d'accroître la résilience des communautés et des territoires. Dans le même esprit, la France et le Japon souhaitent qu'un dialogue constructif sur l'élaboration d'un ‘'Pacte mondial pour l'environnement'' soit poursuivi. 25. Les quatre ministres ont rappelé l'importance des résolutions 1325 (2000) et suivantes du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui constituent l'agenda « Femmes, paix et sécurité » et leur engagement à pleinement en assurer la mise en oeuvre, afin de lutter contre les violences sexuelles dans les conflits et à renforcer la participation des femmes dans la consolidation de la paix. Ils ont par ailleurs rappelé leur attachement à la protection de l'enfance dans les situations de conflits armés et leur volonté de mieux répondre aux menaces que font peser les groupes terroristes sur les enfants. 26. Forts du succès de la réunion de ce jour, les quatre ministres ont décidé de poursuivre leurs échanges et d'organiser en France une prochaine session de « 2+2 » en 2019. Ils se sont félicités du travail mené par les directeurs généraux lors de leur réunion du 6 décembre 2017 en vue d'identifier des projets concrets pour la coopération. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/609.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/609.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7976f14a517d18f51cf1ddd2649c206dc98a7622 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/609.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-JACQUES BOURDIN Notre invité ce matin Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur, ministre des Cultes, Gérard COLLOMB bonjour. GERARD COLLOMB Bonjour. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci d'être avec nous. Hier matin à cette place était installé Nicolas HULOT, vous avez peut-être regardé ce moment très fort. Gérard COLLOMB, est-ce qu'ensuite en Conseil des ministres, il s'est exprimé, est-ce que vous avez parlé de ce qui lui arrivait ? GERARD COLLOMB Non, il ne s'est pas exprimé, le président de la République a commencé son propos en disant qu'il comprenait que c'était des moments difficiles, qu'il devait tenir dans ces moments-là. Il y avait beaucoup d'émotion mais Nicolas HULOT n'a pas parlé, il a traité les dossiers qu'il avait à traiter dans le Conseil des ministres de manière digne. Mais on voyait évidemment qu'il était très, très affecté. JEAN-JACQUES BOURDIN Le président de la République lui a apporté son soutien en Conseil des ministres, clairement devant tous les autres ministres ? GERARD COLLOMB Oui, il lui a dit qu'il fallait tenir, qu'il comprenait que c'était des moments extrêmement difficiles. Mais que voilà ! S'il n'était pas attaqué lui personnellement, que beaucoup d'autres seraient attaqués. Donc d'une certaine manière, c'était les uns les autres qui trouvaient sur la critique d'un certain nombre d'accusations qui n'étaient pas toujours fondées. JEAN-JACQUES BOURDIN Gérard COLLOMB, nous allons parler de la police de sécurité du quotidien, mais auparavant, auparavant je voudrais commencer avec la route. 80 km/h sur 400.000 km de routes nationales, ça gronde partout en France et vous le savez, vous êtes élu territorial, vous connaissez la France, ça gronde. Est-ce que vous allez suspendre cette mesure ? GERARD COLLOMB Vous savez ! C'est le Premier ministre qui peut suspendre la mesure. C'est vrai que les gens… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous l'approuvez cette mesure ou pas ? GERARD COLLOMB Les gens… JEAN-JACQUES BOURDIN Complètement, franchement, franchement. GERARD COLLOMB Ne comprennent pas, si vous me dites… moi j'ai un devoir de réserve, j'approuve toujours les mesures du gouvernement et donc je les défends… JEAN-JACQUES BOURDIN Pourtant vous êtes un indépendant. GERARD COLLOMB Oui, je suis indépendant… JEAN-JACQUES BOURDIN De nature ! GERARD COLLOMB Mais je suis membre d'une équipe, donc c'est vrai que… JEAN-JACQUES BOURDIN Elle ne vous plaît pas cette mesure Gérard COLLOMB, franchement ? GERARD COLLOMB C'est vrai qu'on aurait pu regarder quelles étaient les tranches les plus accidentogènes. En même temps, je comprends la volonté de réduire le nombre de morts. Vous voyez après des années où on avait réduit l'accidentologie, elle a réaugmenté au cours des deux dernières années. Donc je comprends qu'on cherche les mesures qui permettent évidemment d'éviter qu'il y ait un certain nombre de morts, de blessés. Quand on voit des jeunes dans des centres de rééducation, on dit quel gâchis. JEAN-JACQUES BOURDIN Non mais qu'on cherche c'est une chose Gérard COLLOMB, mais qu'on trouve est autre chose, qu'on trouve la bonne mesure c'est autre chose. GERARD COLLOMB Je suis d'accord avec vous, il y en a quelques-unes qui sont excellentes par exemple qui vont se faire dans l'avenir. Vous allez devoir souffler dans votre voiture, vous aurez un éthylotest et si vous êtes alcoolisé, elle ne démarrera pas. Ça c'est me semble-t-il une bonne mesure. JEAN-JACQUES BOURDIN 80 km/h, ce n'est pas certains que ce soit une bonne mesure. GERARD COLLOMB Ça c'est vous qui le dites ! JEAN-JACQUES BOURDIN Non, c'est vous qui le pensez. GERARD COLLOMB Non, c'est vous qui le dites. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous savez la différence… laissez-moi finir, c'est vous qui le pensez. GERARD COLLOMB Non, non, non… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous pensez la même chose que moi, mais j'en suis… vous voulez que je vous dise, j'en suis persuadé, j'en suis persuadé. Alors je vais vous poser une autre question sur les radars embarqués, est-ce qu'ils vont être généralisés ? GERARD COLLOMB Alors nous avons une expérience en Normandie des radars embarqués, au départ nous avions 2 gendarmes ou 2 policiers qui conduisaient une voiture et, donc, leur rôle était mineur. Quand on parle de la police de sécurité du quotidien, comme vous le savez, ça vise à remettre un certain nombre d'agents plutôt dans la rue, dans les campagnes au contact des populations. Si quelqu'un peut effectivement conduire sans être policier ou gendarme, quelqu'un d'extérieur, c'est la voiture en fait qui fait le travail. Et celui qui est titulaire du marché des radars n'est pas payé au nombre d'amendes mais il a un forfait… JEAN-JACQUES BOURDIN Ça va être généralisé ? GERARD COLLOMB Il y a une expérience qui aujourd'hui est généralisée en Normandie, ensuite cela dépendra, on va faire une étude de ce qu'auront donné les résultats. Mais peut-être effectivement que c'est une bonne mesure, ça peut être une bonne mesure. JEAN-JACQUES BOURDIN Il paraît qu'il y a un problème sur l'appel d'offres, j'ai vu… GERARD COLLOMB Oui, j'ai entendu… JEAN-JACQUES BOURDIN ANTICOR qui a déposé plainte. GERARD COLLOMB J'ai entendu dire ça, donc je vais regarder ce qu'est le marché. Moi, je suis prêt à regarder vraiment de très près parce que la personne en plus, c'est le directeur de la Sécurité routière, il me semble être quelqu'un de parfaitement honnête. Donc… mais je vais regarder le problème. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-il vrai… nous allons apprendre et connaitre aujourd'hui des mesures sur l'apprentissage, est-il vrai que vous allez aider les apprentis majeurs pour passer leur permis de conduire, 500 euros d'aide, c'est vrai ou pas ? GERARD COLLOMB Oui, c'est vrai que nous voulons donner tous les moyens de réussir aux jeunes, en particulier que l'apprentissage nous semble une bonne méthode. Vous voyez, ça a été… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc 500 euros à chaque apprenti majeur pour passer son permis ? GERARD COLLOMB C'est le Premier ministre qui prendra in fine la décision, mais elle est effectivement dans les mesures qui sont envisagées. JEAN-JACQUES BOURDIN Et qui vont être annoncées. GERARD COLLOMB Et qui pourraient être annoncées. JEAN-JACQUES BOURDIN Et qui vont être annoncées. GERARD COLLOMB Et qui pourraient être annoncées. JEAN-JACQUES BOURDIN Bon ! Nous verrons si c'est pourrait ou si c'est vont. Moi j'aime bien employer le présent Gérard COLLOMB. La police de sécurité au quotidien, donc 30 quartiers prioritaires, on est bien d'accord ? GERARD COLLOMB 30 quartiers prioritaires sur cette année, donc 15 dès septembre, 15 autres en décembre. Et ensuite sur le quinquennat, 60 au total, c'est-à-dire qu'il y en a encore 30 autres. Au fur et à mesure que les écoles de gardiens de la paix sortiront, on étendra pour aller jusqu'à 60 ; et aujourd'hui 20 départements pour la gendarmerie concernée. JEAN-JACQUES BOURDIN Ça fait aujourd'hui dans l'année, si j'ai bien compris, 450 à 900 policiers, c'est ça ? GERARD COLLOMB Pour ces quartiers, c'est 600 et puis 500 gendarmes pour… JEAN-JACQUES BOURDIN 600 policiers, 500 gendarmes nouveaux, on est bien d'accord ? GERARD COLLOMB Absolument… JEAN-JACQUES BOURDIN Ce ne sont pas des redéploiements ? GERARD COLLOMB Non, non, non, on crée pour le quinquennat… JEAN-JACQUES BOURDIN Ah bon ! Parce que j'avais un doute. GERARD COLLOMB Non parce qu'un certain nombre de vos confrères ont cru cela, ce ne sont pas des redéploiements. Sur le quinquennat, nous créons 10.000 postes nouveaux, plus ceux qu'on va redéployer en embauchant des personnels administratifs, etc. JEAN-JACQUES BOURDIN Que vont faire ces policiers dans ces quartiers prioritaires ? GERARD COLLOMB Si vous voulez tout ce que nous disons, c'est que nous voulons distinguer les différentes sortes de quartiers de délinquance, parce qu'évidemment vous avez des choses totalement différentes. Vous n'avez pas la même chose quand vous êtes dans un quartier comme Trappes ou quand vous êtes dans une ville moyenne, la délinquance n'est pas la même. Et donc nous voulons, sur les quartiers de reconquête républicaine, faire en sorte que le droit soit à nouveau respecté. Nous aurons un couple police-justice qui sera assez proche, de manière à ce que les sanctions deviennent effectives. Nous ferons la forfaitisation, c'est-à-dire taper tout de suite au porte-monnaie ; et puis ensuite éventuellement judiciariser, c'est-à-dire mettre une amende qui sera de l'ordre de 200 euros. JEAN-JACQUES BOURDIN 200 euros d'amende pour quoi, on commet quel… GERARD COLLOMB Quels types de délits, les petits délits, c'est-à-dire par exemple le trafic de cannabis ou bien harcèlement sexuel ou bien occupation sauvage et attitude agressive vis-à-vis de personnes, voilà. C'est ces petits délits-là qui vont être sanctionnés. JEAN-JACQUES BOURDIN Ces petits délits du quotidien qui seront sanctionnés d'une amende de 200 euros ! GERARD COLLOMB Ceux qui gâchent la vie de nos concitoyens. Vous savez dans ces cités, vous avez deux types de délinquance. Vous avez la délinquance par exemple autour des stupéfiants cocaïne, héroïne menée par des bandes puissantes ; et puis vous avez toute une série de petits jeunes qui viennent là parce qu'évidemment ils sont entrainés dans des quartiers miséreux. Donc pour les uns c'est la forfaitisation, pour les autres c'est effectivement des enquêtes et essayer de démanteler les réseaux. JEAN-JACQUES BOURDIN Ces policiers ou gendarmes, parce que des gendarmes seront déployés dans 20 départements, ces policiers ou gendarmes auront à leur disposition des tablettes, des Smartphones, ils seront équipés donc, c'est en quelque sorte la création d'une… GERARD COLLOMB Des caméras piétons. JEAN-JACQUES BOURDIN Brigade numérique ! GERARD COLLOMB Si vous voulez, c'est effectivement faire entrer la police et la gendarmerie au 21ème siècle. Jusqu'à présent quand vous étiez policier et que vous contrôliez quelqu'un, vous étiez obligé d'appeler le commissariat pour savoir s'il était fiché quelque part. Là, vous l'avez directement sur votre tablette et, donc, en l'espace de 2 minutes vous pouvez savoir s'il est fiché au fichier TAJ, antécédents judiciaires, voire même au fichier de la radicalisation. Et donc en 2 minutes le contrôle est terminé, ce qui va apaiser les contrôles qui sont menés par la police ou par la gendarmerie. JEAN-JACQUES BOURDIN Dépôt de plainte en ligne bientôt… GERARD COLLOMB Oui. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que nous pourrons bientôt déposer plainte en ligne ? GERARD COLLOMB Alors nous expérimentons aujourd'hui des pré-dépôts de plainte en ligne et, donc, nous pensons que d'ici 1 an on pourra effectivement déposer des plaintes en ligne. JEAN-JACQUES BOURDIN On déposera plainte en ligne d'ici 1 an. A Nice, il y a une expérience qui est tentée, la présence d'un policier municipal dans les établissements scolaires. Vous approuvez cette initiative ? GERARD COLLOMB Je crois qu'il vaut mieux développer déjà au sein des écoles les équipes anti-radicalisation, parce que c'est ça le vrai problème. Je ne sais pas ce que le policier apportera en plus, je connais la volonté de Christian ESTROSI de développer la sécurité et je dois dire que je l'approuve totalement. Moi je suis allé visiter sa salle de vidéo protection qui est absolument extraordinaire. Mais ce dont on a besoin au sein des établissements scolaires, c'est de lutter contre ceux qui se radicalisent, à la fois un certain nombre de jeunes et puis quelques fois de personnels administratifs, voire on l'a vu par le passé un certain nombre de professeurs, même si évidemment ils sont minoritaires. Et pour les autres, il faut leur apprendre quel discours on doit tenir pour faire face à ces jeunes qui sont tentés par une idéologie radicale islamiste. JEAN-JACQUES BOURDIN Justement… enfin justement, même si les radicaux islamistes ne sont pas nécessairement des immigrés, le projet de loi asile-immigration présenté le 21 février, vous le présenterez le 21 février, les demandeurs d'asile, un tiers accède au statut, on est bien d'accord et les autres ? GERARD COLLOMB Si vous voulez, il faut les renvoyer… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, alors justement… GERARD COLLOMB Je crois que ce que l'on veut faire de la loi que l'on va présenter, c'est pouvoir examiner la situation des personnes qui arrivent en l'espace de 6 mois. En 6 mois, on saura si effectivement on donne l'asile ou bien s'il faut renvoyer les personnes. JEAN-JACQUES BOURDIN 6 mois, pas plus ? GERARD COLLOMB 6 mois, pas plus. Donc ensuite, on renvoie les personnes et nous sommes en train de travailler avec l'ensemble des pays d'où sont originaires ces personnes, de manière à pouvoir conclure des accords avec eux pour qu'ils puissent être renvoyés. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous les renverrez, vous pourrez les renvoyer tous ? GERARD COLLOMB Absolument, je vous rappelle déjà qu'en l'espace de 6 mois, nous avons augmenté de 17 % sur l'année le nombre d'éloignements. Et nous allons effectivement continuer à éloigner, parce que nous ne pouvons pas faire autrement. Il faut dire à ces jeunes vous voyez c'est plutôt l'Afrique occidentale aujourd'hui est concernée que leur avenir est chez eux… JEAN-JACQUES BOURDIN Ou l'Albanie. GERARD COLLOMB Et qu'on va les aider. Ou l'Albanie, moi je suis allé en Albanie il y a 4 mois, les autorités sont totalement d'accord. Ils me disent : « c'est votre loi qui ne marche pas », justement nous allons changer la loi. JEAN-JACQUES BOURDIN Edi RAMA est d'accord ? GERARD COLLOMB Il est d'accord. JEAN-JACQUES BOURDIN Edi RAMA c'est le président albanais ! GERARD COLLOMB Absolument et si vous voulez, nous avons commencé à renvoyer un certain nombre d'albanais et je n'ai jamais eu aucune difficulté. Ils ont même accepté qu'une brigade albanaise vienne en France pour regarder un peu la situation dans les lieux où il y avait beaucoup d'Albanais. JEAN-JACQUES BOURDIN Le délai de recours pour les demandeurs d'asile déboutés va-t-il passer d'un mois à 15 jours ? GERARD COLLOMB Oui, dans la mesure où nous voulons accélérer les procédures, l'ensemble des délais seront raccourcis. Mais en même temps… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc d'un mois à 15 jours ! GERARD COLLOMB Oui mais en même temps, nous allons donner des effectifs supplémentaires, à la fois à l'OFPRA, à la fois CNDR, c'est-à-dire la Cour d'appel dans les préfectures de manière à ce qu'on puisse traiter plus vite les dossiers. Parce qu'aujourd'hui par exemple, il faut 2 mois pour pouvoir aller dans une préfecture et déposer votre demande. Oui, partout on va raccourcir les délais. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que la durée maximale de la rétention va passer à 90 jours ? GERARD COLLOMB Elle va passer à 90 jours, la moyenne en Europe est à peu près de 160, pourquoi ? Parce que quelques fois quand il faut des laissez-passer consulaires, on ne vous les donne pas dans les 90 jours et, donc, vous ne pouvez pas renvoyer la personne, vous êtes obligé de la libérer. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que la philosophie de votre projet de loi, c'est l'immigration choisie, franchement ? GERARD COLLOMB C'est si vous voulez permettre de faire que ceux qui sont victimes de persécution du point de vue de leur origine ethnique, religieux ou bien pour des problèmes politiques soient accueillis, mais que les migrants économiques soient effectivement renvoyés et qu'on leur trouve un avenir chez eux. Quand le président débloque au Sénégal 200 millions d'euros c'est pour cela, c'est pour que l'avenir soit là-bas et que l'avenir ne soit pas forcément le mirage de l'Europe… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous êtes ferme, vous êtes ferme sur cette question, l'immigration va baisser en France ? GERARD COLLOMB Oui, l'immigration… enfin l'immigration… JEAN-JACQUES BOURDIN L'immigration oui. GERARD COLLOMB On avait 100.000 demandes d'asile, je veux effectivement qu'on en ait moins dans les prochaines années. JEAN-JACQUES BOURDIN Combien, vous avez un objectif ? GERARD COLLOMB Oh ! Je n'ai pas d'objectif, vous savez le mouvement est tout. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-il vrai que dès le dépôt d'une demande d'asile, des cours de français automatiques seront donnés à ceux qui demandent l'asile ? GERARD COLLOMB C'est une discussion… JEAN-JACQUES BOURDIN Permis de travail, droit à la formation et même certaines prestations sociales, c'est vrai ou pas ? GERARD COLLOMB Si vous voulez, c'est une discussion que l'on a avec les parlementaires. Mais à partir du moment où on réduit à 6 mois, aujourd'hui on comprend puisque ça dure 2 ans, 3 ans, 4 ans, à partir du moment où on réduit à 6 mois, moi je préfère que l'on concentre les moyens sur ceux qui vont rester en France. A ceux-là il faut donner plus de cours de français, il faut leur permettre d'acquérir une situation professionnelle et, donc, une formation. Il faut concentrer les efforts… JEAN-JACQUES BOURDIN …Un permis de travail, un droit à la formation ? GERARD COLLOMB Pour ceux dont on pense a priori qu'ils vont s'installer, parce que quand vous venez d'une région… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais dès le dépôt de la demande d'asile ? GERARD COLLOMB Non, pas dès le dépôt mais ensuite, nous concentrerons… aujourd'hui vous devez avoir 200 heures de cours, ce n'est pas suffisant et donc il faut étendre ça. Vous n'avez pas le droit à la formation, il faut donner la formation. Bref ! Il faut que les gens qui restent ici puissent avoir une chance de réussir en France, pas qu'ils aillent grossir des quartiers en difficultés qui, déjà, ont tendance à se marginaliser. Moi, je veux une France de la réussite, je ne veux pas une France de l'échec. JEAN-JACQUES BOURDIN Deux dernières questions, la première sur le renforcement de l'enseignement du fait religieux à l'école, vous y êtes favorable ? GERARD COLLOMB Oui, à condition si vous voulez qu'il y ait effectivement… JEAN-JACQUES BOURDIN Comment peut-on renforcer l'enseignement du fait religieux à l'école ? GERARD COLLOMB Tout simplement il faut le traiter comme on traite l'ensemble des problèmes. Nous, nous avons étudié la guerre des religions, donc Henri IV… JEAN-JACQUES BOURDIN On n'est pas obligé d'étudier la religion sous l'angle de la guerre systématiquement ! GERARD COLLOMB On peut les étudier avec une approche critique et, donc pas une approche religieuse, une approche critique des religions et c'est ce que veut faire mon collègue BLANQUER. JEAN-JACQUES BOURDIN Et vous approuvez totalement ? GERARD COLLOMB Et j'approuve totalement parce que savoir ce qu'est la religion de l'autre et quelles sont les différences me semble quelque chose d'importance, quelles sont aussi les ressemblances parce qu'on voit bien que les religions monothéistes ont quand même un suivi dans l'histoire et des racines communes. Donc c'est intéressant d'apprendre cela aussi. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors Gérard COLLOMB, je sais que vous êtes très attaché au fonctionnement des institutions. La réforme constitutionnelle que prépare le président de la République vous convient-elle ? Je veux dire par-là, je ne sais pas ce qu'il y aura dans le texte, mais il est murmuré qu'on pourrait réduire le nombre de députés et sénateurs. Vous êtes favorable à cela ? GERARD COLLOMB Oui, je pense qu'effectivement on pourrait fonctionner avec moins de députés et de sénateurs, que c'est quelque chose qui d'ailleurs est attendu par le public. Parce qu'on considère qu'aujourd'hui, le coût de fonctionnement de nos institutions est un coût trop élevé. Donc réduire et faire en sorte qu'il y ait des gens plus… qu'il y ait des débats qui soient en tout cas plus engagés, moi j'admire la façon dont les choses se passent par exemple aux communes. On voit que le Premier ministre, il est vraiment face à face, comme vous et moi. Et je trouve que c'est bien… JEAN-JACQUES BOURDIN Il y a du monde, il y a du monde aux communes. GERARD COLLOMB Il y a du monde mais c'est plus direct. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. Gérard COLLOMB et le non-cumul dans le temps, pas plus de 3 mandats consécutifs, qu'en pensez-vous ? GERARD COLLOMB Ça à mon avis si vous voulez pour les élus locaux… JEAN-JACQUES BOURDIN Franchement, sincèrement ? GERARD COLLOMB Je ne pense pas que ce soit une bonne chose… JEAN-JACQUES BOURDIN Non mais je vous parle des grands élus, je vous parle des sénateurs, des députés, des maires de très grandes villes, franchement ? GERARD COLLOMB Ecoutez ! Moi j'ai toujours pensé que c'était l'électeur qui, d'une certaine manière, était maitre et qu'il avait le droit d'enlever l'élu qui ne lui convenait pas. Après, le temps en particulier pour une ville c'est un temps long, vous ne faites pas en un… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous n'êtes pas favorable à cette mesure ? GERARD COLLOMB Moi je me rallierai à des mesures, mais on connait le fond de ma pensée là-dessus. On voit par exemple… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous n'êtes pas favorable à cette mesure Gérard COLLOMB ! GERARD COLLOMB Que sur le cumul des mandats contre lequel j'étais, aujourd'hui ça pose des difficultés parce qu'au niveau du Sénat par exemple, qui est censé représenter les élus locaux, vous n'avez plus d'élu local, vous en avez des anciens élus locaux mais vous n'en avez plus avec qui vous pouvez discuter. D'ailleurs c'est pour cela qu'on a crée la Conférence nationale des territoires, pour pouvoir justement trouver un lieu de dialogue entre le gouvernement et ses élus. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous n'êtes pas favorable à ce non-cumul au bout de temps de temps ? GERARD COLLOMB Par contre si vous voulez, maintenant c'est fait c'est fait, on n'y reviendra plus. Mais par contre… JEAN-JACQUES BOURDIN Dans le temps ? GERARD COLLOMB Une réforme comme celle du CESE, ouvrir un peu est quelque chose qui me semble bon parce qu'aujourd'hui, on a une institution qui ne correspond plus à notre société. Oui, il faut avancer sur les réformes, moi réduire le nombre de parlementaires j'y suis totalement favorable. Faire ensuite qu'on ait des réformes qui marchent mieux et qui fassent mieux fonctionner, qu'on ne passe pas son temps en réunion mais qu'on fasse avancer les lois, oui c'est nécessaire. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui mais le mandat dans le temps, on n'y touche pas ! 3 ans… GERARD COLLOMB Le mandat dans le temps, c'est le président de la République qui indique. JEAN-JACQUES BOURDIN J'ai compris oui, vous suivrez même si vous n'êtes pas d'accord ! GERARD COLLOMB Vous savez, j'ai déjà suivi par le passé alors que sur le cumul des mandats, nous avions un léger désaccord. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci d'être venu nous voir, Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/610.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/610.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4c21ede84680491431856e7d197c42e4cfe3234d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/610.txt @@ -0,0 +1 @@ +Bonjour chers amis ! Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames, Messieurs les Maires, Chers Amis, Je suis très heureux de célébrer avec vous ce moment si important de la tradition asiatique qui est le nouvel an lunaire, la fête du Têt ou du printemps, selon le nom qui lui est donnée dans tous les pays où elle est célébrée. Voici une semaine, les jardins qui sont derrière vous, étaient blancs de neige mais les éléments nous ont accompagnés pour être plus crédibles dans cette fête du printemps et celui-ci peut désormais advenir. Cette traditionnelle réception à l'Elysée n'a rien perdu de son sens ; je crois même que sa signification augmente à mesure que nous reprenons conscience du rôle et du rang de la France dans le monde car ce rang est la raison de votre venue ici et ce rôle passe par un dialogue toujours plus étroit avec les nations du continent asiatique. Et l'énergie que la diaspora asiatique apporte à notre pays face aux défis qui nous attendent, est inscrite justement au coeur de notre histoire française ; elle est le fruit de vies, choix voulus ou subis, parfois d'amour qui nous enseignent aussi ce qu'est la France et ce qu'elle peut offrir au monde. Et vous êtes ici commerçants, avocats, médecins, parlementaires, ambassadeurs, ministres et chacune et chacun d'entre vous avez dans vos vies croisé ce qui est le fruit de ces cultures multiples et croisées. Alors les parcours qui vous réunissent ce soir dans une même célébration sont justement le témoignage de la vivacité de ce lien et de sa force. Vos grands-parents, vos parents sont pour certains venus de Chine - je les ai évoqués il y a quelques semaines avec certains d'entre vous - à Xian. Certains sont venus pour soutenir l'effort de guerre que la France a mené pendant la 1ère guerre mondiale, puis sont restés dans les quartiers de la Madeleine et de la gare de Lyon, où ils ont créé de petits commerces qu'à l'époque on appelait justement des chinoiseries. Après la Seconde Guerre mondiale, beaucoup ont choisi de vivre dans les quartiers des Arts et métiers, y travaillant souvent dans la confection et c'est surtout à partir des années 1970 que des familles chinoises sont arrivées dans notre pays, certaines fuyant les situations politiques ou économiques tragiques, toutes avec la volonté chevillée au corps de construire tout à la fois leur avenir et la France. La diaspora chinoise en France est aujourd'hui la plus importante Europe et c'est une fierté pour nous mais une réussite également et une chance, une opportunité que nous voulons ensemble pleinement saisir parce que c'est la capacité aussi de réinventer ces liens croisés, permettre à la France de rayonner, d'envisager par cette forme aussi la relation bilatérale et d'apporter une meilleure compréhension réciproque. Plusieurs de ses représentants m'ont accompagné dans mon placement en janvier, plusieurs parlementaires ici présents qui n'ont pas ménagé leurs efforts - des peintres, des chefs d'entreprise - pour que cette diaspora soit pleinement associée à la politique que nous menons. Plus de 30.000 étudiants et 2 millions de touristes chinois par an viennent renouveler la profondeur de nos liens et je souhaite qu'ils soient demain encore plus nombreux et c'est l'un des axes majeurs justement de la feuille de route qu'avec le président XI Jinping, nous avons défini, Monsieur l'Ambassadeur, et sur laquelle nos ministres vont désormais travailler. Vos familles ou vous-mêmes êtes aussi venus du Vietnam du temps de l'Indochine, des ouvriers soldats parfois forcés pendant la 2e guerre mondiale puis dans les heures dramatiques des années 1970 quand la France a accueilli plus de 120.000 réfugiés, ceux qu'on appelait les « boat people » et que l'île de lumière était allé chercher ; ils sont venus du Cambodge, du Laos, des Philippines et de tous les autres pays d'Asie et la France a été là pour vous accueillir et cela n'a, je le sais, pas toujours été facile ; c'est la raison pour laquelle nous faisons en sorte aujourd'hui d'améliorer les conditions d'accueil de ceux qui arrivent dans notre pays et qui ont vocation à y rester. Et la France a été aussi ce pays qui a su dans ces moments de crise, de drames, être là et où vous-mêmes, vos familles, vos parents ont su, à des milliers de kilomètres, très loin des repères qui étaient les leurs, reconstruire une vie par le travail, par l'école, par l'implication dans la société. La France est présente aujourd'hui, n'ignorant rien de ces crises, des injustices et des tensions qui existent dans la région et qui justifient pleinement notre engagement. C'est évidemment aussi du Japon, Monsieur l'Ambassadeur, que nombre d'entre vous viennent, nourrissant là aussi une relation très forte, marquée par nos histoires partagées, nos liens académiques, industriels, scientifiques, estudiantins. Ce lien, celui dont vous êtes le témoignage, le visage, dont vous êtes les biographies est celui qui fait que toutes ces régions d'Asie que je viens d'évoquer, ne sont jamais innocentes pour nous et ne sont jamais loin de nos préoccupations et de notre engagement. Nous avons exprimé notre attention à ce que veut le cadre démocratique au Cambodge soit pleinement respecté ; nous avons pris l'initiative au Conseil de sécurité sur la situation des Rohingyas en Birmanie, sur les violences qui ont conduit massivement des fuites vers le Bangladesh - et j'ai dit dans le respect et la franchise qui nous unissent au président XI Jinping quelle était la position de la France sur les droits fondamentaux et je crois avec aussi de véritables avancées. La France est votre pays. Vos familles s'y sont intégrées par l'apprentissage de notre langue, par l'école, par le travail ; elles y apportent leur culture, leur mémoire, leur créativité, leur diversité et je suis fier que les élus de la République présents ce soir incarnent aussi cette histoire ou la défendent dans les fonctions qui sont les leurs parce qu'ils montrent tout le chemin parcouru ; et qu'il y ait d'anciens Premiers ministres, d'anciens ministres, des parlementaires de premier plan, Madame la Présidente, qui défendent depuis tant d'années justement vos vies, vos parcours et votre place est pour moi une preuve très forte de ce lien et le fait qu'un mouvement qui m'est cher ait pu permettre à plusieurs d'entre vous d'accéder à des responsabilités de représentants de la Nation, est la preuve aussi de ce chemin républicain dans lequel vous vous êtes inscrits. Les grands noms de la diaspora asiatique de France participent à ce rayonnement - je pense à l'académicien François CHENG, à monsieur Ngo BAO CHAU, formé à la fois au Vietnam et en France qui, avec d'autres parlementaires, partage ce privilège d'être un médaillé Fields de mathématiques, à Jean-Claude FUNG CHIN qui avait choisi la France pour sa devise et qui est devenu chef étoilé, à François TRINH DRUC dont la famille est venue du Vietnam et qui a remporté le tournoi des VI nations - à tant et tant d'artistes présents aussi parmi vous - la réalisatrice (nom incompris)… qui nous donne à voir l'histoire de son pays d'origine, le Cambodge ; et nombre d'entre vous sur lesquels je reviendrai. Tous ces parcours, toutes ces biographies témoignent de l'exemplarité justement de la place que vous avez prise dans la République. Il faut tout ignorer de cette histoire récente et actuelle tissée entre nous, méconnaître profondément ces liens entre la France et l'Asie constitués à partir des voyageurs du XVIIe siècle et perpétués jusqu'à notre temps par nos plus grandes figures, nos plus grands poètes et intellectuels, de Segalen à la plupart des présidents de la 5e République, pour nier tous les efforts et toutes les priorités que nous devons en France conduire pour l'ensemble de la communauté asiatique. La première, c'est la sécurité et à cet égard je veux ici être très clair : les intentions criminelles qui ont conduit certains à s'en prendre à votre communauté, à multiplier les attaques, ont été condamnées avec la plus grande fermeté et continueront à l'être - je pense au drame que fut l'agression de Chaolin ZHANG à Aubervilliers en 2016 ; cela suscité dans toute la communauté asiatique de France et pour tous les Français une immense émotion ; elle fut hélas suivie par la mort tragique de Shaoyao LIU en mars 2017 dont j'avais rencontré la famille avec plusieurs d'entre vous et à laquelle je veux ce soir adresser toutes mes pensées. Des manifestations importantes se sont alors tenues qui ont témoigné de l'émotion de toute la Nation. Et je veux ici saluer Monsieur l'Ambassadeur de la République de Chine, le sens des responsabilités que vous aviez alors démontré en appelant au calme et au respect de la loi. Il n'y a pas de place dans notre pays pour l'impunité et aucune tolérance n'est admise face aux actes délictueux de quelque nature qu'ils soient. C'est le sens des décisions que nous avons très clairement prises en matière législative et qui continueront à l'être, en matière aussi de transformation profonde de notre police comme le ministre d'Etat l'a annoncé la semaine et qui conduiront d'ailleurs aussi pour la communauté à renforcer les moyens qui seront mis pour lutter contre toutes les formes de criminalité ou de délinquance dont elle a pu être victime. Il s'agit là d'une attente forte de votre part, partagée par l'ensemble des Français. Face à l'insécurité, le repli communautaire n'est en aucun cas une bonne réponse ; c'est à la France, c'est à la République et elle seule que revient le devoir de vous protéger. Nous avons renforcé notre dispositif dans les quartiers où les agressions ont été commises contre des Français d'origine asiatique ainsi que pour assurer une totale sécurité de tous les touristes, en particulier les touristes chinois, qui avaient eu eux aussi à subir des agressions. La deuxième priorité, c'est évidemment la lutte contre toutes les formes de discrimination dans notre société et il y a encore aujourd'hui de l'intolérance, du racisme, des discriminations qui sont à ce titre intolérables. Aucun acte de cette nature n'est acceptable et pourtant ils existent encore. Aujourd'hui, des voix se font entendre, en particulier parmi les jeunes Français d'origine asiatique qui ne supportent plus d'être renvoyés à des stéréotypes grotesques. Et je dois le dire très clairement devant les médias qui sont là et qui pourront le relayer : vous n'êtes pas tous travailleurs quoi qu'on en dise, vous n'êtes pas tous discrets, vous n'êtes pas tous bons en mathématiques, vous ne pratiquez pas tous des massages même si certains en font de qualité ; vos aînés ont été pour certains des combattants de la France, des ouvriers, des enfants des colonies ou des réfugiés et vous êtes devenus des entrepreneurs, des fonctionnaires, des avocats, des médecins, des professeurs des écoles, des militaires, des retraités ; vous êtes devenus des Français ; des Français qui ont la liberté d'être attachés à leur culture, à leurs racines parce que c'est leur richesse et c'est aussi la richesse de la République mais vous n'avez pas à être renvoyés dans ces stéréotypes qui vous réduisent. Et je veux ici saluer l'initiative Asiatiques de France, lancée sur Facebook par Hélène LAM TRONG, soutenue par des personnalités comme Pierre SANG, ANGGUN ou Frédéric CHAU pour dénoncer justement à travers des clips tous ces stéréotypes. C'est aussi en tournant ceux-là qui se sont eux-mêmes enfermés dans les images qu'ils avaient, en ridicule, que nous arriverons à changer les représentations. La troisième priorité, c'est évidemment l'économie. Je me souviens qu'il y a quelques années, quand il fallait se battre pour les zones touristiques internationales, le ministre LE GUEN ici présent s'en souvient, il y avait des endroits dans la République et tout particulièrement dans Paris où il n'y avait pas beaucoup à convaincre ; je me souviens de l'enthousiasme et de la force portés par certains pour expliquer l'importance de travailler en soirée, le dimanche, pour ouvrir les commerces, pour développer une activité ; et je sais l'attente des entrepreneurs de la communauté asiatique pour aller plus loin, plus fort et justement pour saisir toutes les opportunités. Et je veux ici saluer la vitalité du toutes vos communautés, quelles que soient les spécialités que vous avez embrassées, que ce soit dans le commerce, que ce soit dans les professions libérales, dans l'informatique, dans l'entreprenariat du quotidien comme celui qui peut parfois être le plus innovant, je veux ici saluer la vitalité économique de cette communauté qui attend beaucoup des réformes conduites par le gouvernement. Un premier train de réformes a été passé par celui-ci qui permet de simplifier plusieurs lois en matière de travail, de simplifier aussi la fiscalité qui l'accompagne ; cela se poursuivra avec en particulier pour les entrepreneurs individuels, les PME et les TPE, plusieurs mesures très concrètes qui seront présentées au printemps et permettront d'accompagner précisément cette énergie. Votre présence en France, dans la diversité de vos histoires, de vos enracinements, c'est aussi une attention toute particulière au dialogue culturel et j'y reviendrai plus largement dans un instant et c'est la richesse de cette activité que vous portez à travers les échanges académiques, culturels, scientifiques et que je souhaite que nous puissions contribuer à développer. La poursuite d'échanges féconds reste indispensable à notre avenir commun et c'est pourquoi le fil qui nous lie aux puissances du continent asiatique ne doit pas cesser de se tisser et ma conviction, c'est qu'en quelque sorte, une part des grands défis de notre temps se joue aussi dans cette région du monde et c'est sur cela que je veux également revenir en m'adressant à vous et en vous présentant tous mes voeux. Ma conviction, c'est qu'en effet, dans beaucoup de vos pays d'origine, dans vos pays d'attachement se joue une partie de notre sécurité collective, de notre destin et de nos intérêts. La paix et la sécurité internationales d'abord ; en ce moment même, les jeux olympiques de Pyeongchang montrent la capacité que ce continent est en train d'avoir de rassembler, limiter les tensions et je veux ici saluer l'esprit de responsabilité des dirigeants, le courage du président MOON et l'esprit aussi insufflé par le président chinois et l'ensemble des dirigeants de la région pour diminuer la pression. Je sais toutes les inquiétudes qu'il y a sur les tensions en Corée du Nord mais je crois que ce que ces jeux Olympiques témoignent, c'est la possibilité d'une désescalade ; c'est la possibilité de construire de manière négociée une désescalade sur tous les plans et en tout cas, la France mènera, de là où elle est, le maximum d'efforts pour préserver la sécurité de nos alliés dans la région mais également pour éviter toute escalade stérile et permettre un retour autour de la table des négociations par la pleine mise en oeuvre de sanctions décidées par le Conseil de sécurité mais une négociation active pour encadrer les actions et en particulier l'action nucléaire de la Corée du Nord. Face au terrorisme qui frappe et se répand aussi en Asie, comme ce fut le cas à tant de reprises, à Kaboul en particulier au cours des dernières semaines, notre lutte sera aussi implacable ; c'est le sens de la conférence internationale que nous organiserons fin avril ici même, où nombre de dirigeants asiatiques seront également présents pour lutter contre le financement du terrorisme. Tous nos partenaires stratégiques en Asie seront associés et présents et je souhaite que nous puissions renforcer avec eux notre combat commun contre la radicalisation. Nous avons des expériences à partager, des échanges de renseignement à renforcer et c'est ce que nous ferons. Cette région-là l'a montré durant les derniers mois : se joue là une partie de notre sécurité collective et la nature des évolutions contemporaines montre que la distance n'enlève rien à cela ; toutes les puissances pacifiques sont en train de recomposer leur stratégie et la France est à cet égard un partenaire privilégié de l'Australie jusqu'à l'Inde pour construire aussi les voies et moyens de leur sécurité collective dans un contexte de plus en plus instable. Parler de nos intérêts et des grands enjeux internationaux et de la région, c'est aussi parler du climat et je dois dire qu'en quelques années, une profonde transformation s'est opérée. Il y a sans doute même un an, je ne vous aurai peut-être pas dit, même en un jour comme celui-ci, que notre premier partenaire, c'était cette région pour la lutte contre le réchauffement climatique. Aujourd'hui, je peux vous le dire sans aucune hésitation. Le choix américain de sortir des accords de Paris et la détermination très forte de plusieurs grandes puissances de la région ont précisément marqué un changement profond. Le japon est depuis le début engagé à nos côtés dans une lutte active sur le plan diplomatique, industrielle, scientifique dans la lutte contre le réchauffement climatique ; la Chine a montré sa détermination depuis 2015 pour accomplir une véritable révolution politique sur ce sujet. De la signature même des accords à la confirmation de son implication dans ces derniers jusqu'à l'annonce faite à Paris le 12 décembre dernier par le vice-premier ministre Ma KAÏ, d'une pleine implication et de la décision de mettre en place un marché du carbone en Chine, c'est un choix radicalement nouveau, profondément structurant qui a été pris par notre allié chinois sur ce sujet. Et c'est pourquoi aussi, comme je l'ai dit, nous accompagnerons pleinement la Chine dans l'organisation de la COP sur la biodiversité en 2020 et dans les actions qu'elle conduira en la matière. Et nous porterons dans le cadre de l'année franco-chinoise de la transition écologique que nous lancerons à l'automne, plusieurs projets ; et j'appelle à la mobilisation collective sur ce point. Mais l'implication contre le réchauffement climatique, c'est aussi celle de l'Inde et dès les premières semaines de ma prise de fonction, le Premier ministre MODI m'a rendu visite sur ce sujet et je serai dans quelques semaines à ses côtés pour le sommet fondateur de l'Alliance solaire internationale qui sera une première mise en oeuvre concrète des engagements du One Planet Summit pour que l'énergie solaire soit accessible à tous et puisse se déployer dans les pays en développement où le potentiel est le plus important. Les financements, les technologies, les capacités doivent s'y multiplier et cette implication sera aussi déterminante. Vous le voyez, ce pivot asiatique en matière de lutte contre le réchauffement climatique, est aujourd'hui structurant et quels que soient les histoires, les sensibilités, les désalignements qui peuvent exister dans la région entre les uns ou les autres, il y a une communauté de vues et d'engagement sur ce sujet, pleines et entières. C'est enfin le rayonnement de la France dans le monde qui se joue en Asie ; un rayonnement économique, culturel, historique et linguistique. Sur le plan économique, nous avons des cartes majeures à jouer car l'offre de nos entreprises correspond aux besoins actuels des pays de la région dans plusieurs domaines : qu'il s'agisse de mobilité, d'infrastructures, d'innovations, d'énergie, la construction de la ville du futur, des grandes infrastructures du 21e siècle, est en train aujourd'hui de s'accélérer partout en Asie. Et la France a un rôle à y jouer sur le plan économique en matière technologique, en matière d'innovation, en matière de partage justement des intelligences et des savoirs et vous avez un rôle à y jouer qui est fondamental. Et c'est pourquoi je souhaite que notre relation économique trouve une nouvelle dynamique - elle a une grammaire propre à chacun des pays - mais nous pouvons et nous devons faire bien davantage ; nos entreprises doivent être plus présentes, les marchés doivent davantage s'ouvrir et vous pouvez être, chacune et chacun à travers vos liens, des ambassadeurs de ces ouvertures. Il y a encore des marchés en Asie qui sont trop fermés et il y a aussi en Europe des économies qui sont trop fermées aux investissements asiatiques. Et je l'ai dit : je sais combien il faut être prudent sur la notion de réciprocité parce qu'elle peut donner lieu à des malentendus voulus ou subis… Je crois en tout cas qu'il faut avoir un esprit de gagnant-gagnant qui permet d'ouvrir de part et d'autre, ouvrir l'accès à des marchés, ouvrir l'accès à des investissements. Et votre rôle est très structurant la matière parce que c'est lever des malentendus réciproques, c'est donner la possibilité à une entreprise française d'accéder à un marché en Asie et de montrer qu'elle est à la hauteur de la confiance qui lui sera faite ; c'est aussi faciliter des investissements, qu'ils soient chinois, indiens, cambodgiens dans notre pays et là aussi de lever des ambiguïtés, de lever des incompréhensions qui peuvent parfois créer de la réticence. Ce sont à chaque fois des liens humains qu'il faut établir et je serai très attentif à la mise en oeuvre des décisions que nous avons annoncées - je pense en particulier là aussi à la feuille de route que nous avons définie avec le président chinois lors de ma visite en début d'année. Nos affinités sont aussi, quand je parle de rayonnement de la France, culturelles. Mon attention a été retenue à Pékin par plusieurs artistes en début d'année, que j'ai vus avec plusieurs d'entre vous ; leur passion pour la France, je dois bien dire, est notre capacité à faire encore mieux sur ce sujet. Je pense en particulier à l'artiste GUANGYI dont l'épouse est française, qui a créé un « Pavillon des nuages » après avoir enrichi les oeuvres du Centre Pompidou et qui va lui-même mettre en place dans les prochains mois un musée provisoire à Shanghai, nouvelle expression du dialogue entre nos cultures ; et je pense à GUANGYI en espérant que son pavillon pourra être préservé mais à tous les artistes que nous avons pu voir en début d'année et plusieurs qui sont dans la salle et dont pour certains j'ai reconnu les visages amis, en leur disant que leur rôle est aussi extrêmement important parce que parfois ils ont la double culture - ils sont Français et peuvent faire rayonner l'imaginaire français en Asie et dans leur pays - et parce qu'à travers leur art, leur travail, leur implication, ils peuvent aussi construire des ponts entre nos imaginaires et aider à ce rôle de passeurs indispensables pour que nous puissions faire mieux. C'est aussi pour ça que j'avais souhaité en Chine et je ferai de même en Inde être accompagné par des artistes, être accompagné par des dirigeants de musées, d'institutions culturelles et rencontrer des dirigeants d'institutions culturelles également pour aider à cette ouverture ; qu'il s'agisse des Rencontres d'Arles de Xiamen, du Centre Pompidou de Shanghai, ce sont des initiatives concrètes que nous devons continuer à déployer de la sorte. C'est avec le même esprit qu'en juillet, j'accueillerai le Premier ministre japonais, Shinzo ABE, pour l'inauguration de « Japonismes », qui donnera à voir l'infinie richesse des arts et de la création japonaise dans de très nombreuses institutions culturelles en France et le 160e anniversaire de nos relations diplomatiques sera l'occasion à cet égard de définir une feuille de route stratégique avec ce partenaire clé de la France en Asie. Vous savez, on parle beaucoup en cette année de la commémoration de la fin du premier conflit mondial et il y a évidemment un grand homme de ce conflit, celui qui allait gagner le dernier quart d'heure. Clémenceau. Mais on trahirait la mémoire de Clémenceau à ne pas se souvenir que c'était un grand amoureux de l'Asie ; quand on visite - ce qui est toujours touchant et j'invite chacun d'entre vous à le faire - ce qui fut sa dernière maison à Paris dans le 16e arrondissement, on y voit énormément de traces de l'Asie qui était l'une de ses passions ; et il était un passionné en effet des arts d'Asie, très assidu au musée Guimet, il visita l'Asie dans ses vieux jours et il marque l'importance de ces liens culturels, de ces traces, de ces passeurs que sont les artistes et de cette compréhension partagée qui permet justement là aussi, dans les moments les plus difficiles, de ne pas commettre les erreurs diplomatiques ou politiques, de toujours garder le lien même lorsque des désaccords existent et de bâtir, de bâtir ensemble. Et ce que je souhaite profondément, c'est que nous puissions justement continuer à bâtir ensemble dans le moment que nous vivons. Notre siècle et le moment tout particulier qui est le nôtre, est plein d'incertitudes ; nous avons des défis historiques en matière de sécurité, de lutte contre le terrorisme, des changements radicaux en matière de changements technologiques ou environnementaux ; le lien, le pont qui existe entre la France et l'Asie, est indispensable dans ce moment-là, avec nos différences mais dans la force qui nous unit. Et c'est pourquoi le dialogue que vous devez faire vivre, chacune et chacun dans vos domaines – politique, culturelle, entrepreneurial, scientifique, diplomatique, militaire - est absolument indispensable. Ce sera l'un des objectifs de ma visite en Inde à l'occasion de laquelle sera organisé le premier sommet de la connaissance franco-indien pour rapprocher nos jeunesses, nos universités, nos organismes de recherche qui est pour moi l'un des éléments indispensables, mais c'est ce que nous devons décliner avec chacun des pays que vous représentez pour certains, dont vous venez pour d'autres. Et dans ce dialogue tout particulier, je souhaite que vous puissiez aussi nous aider à porter la francophonie. Ça fait plusieurs années qu'on n'ose plus porter la francophonie ; il faudra peut-être changer d'ailleurs de nom tant ce mot éveille de la suspicion chez certains qui ont oublié que la francophonie n'est pas l'invention de la France mais de grands présidents africains qui ont voulu construire une communauté de destins, de langages et d'imaginaires communs. Mais vous êtes dans la francophonie et je souhaite que le français puisse aussi davantage se développer partout en Asie dans les pays d'où vous venez, où vos familles sont et que nous puissions ensemble construire les bonnes stratégies d'échanges, d'enseignement pour le faire rayonner parce que je crois que c'est aussi une oeuvre indispensable pour bâtir. Et pour toutes les raisons que je viens d'évoquer, le cap asiatique de notre politique étrangère sera renforcé en s'appuyant - et je conclurai là-dessus - sur trois principes simples : le premier, c'est la régularité ; une relation stratégique suppose de la constance - je l'évoquais en début d'année en disant que je me rendrai chaque année en Chine - et je pense que la régularité, nous devons la décliner à tous les niveaux, en créant de la constance dans les relations bilatérales et en ayant à coeur - et je le dis pour chacune et chacun d'entre vous - de préserver la régularité de ces liens, des petites avancées et je me rendrai donc souvent dans la région, pas seulement dans les capitales mais également dans les provinces et je veillerai aussi à ce que nous ayons un suivi méthodique, des résultats, des avancées à chaque fois. Deuxième principe de cette méthode, ce sera la diversification de nos partenariats ; ils se sont trop longtemps concentrés uniquement sur les géants indispensables de l'Asie Pacifique que sont la Chine, l'Inde et le Japon mais nous devons aussi avec l'Indonésie, l'Australie, la Corée, le Vietnam, Singapour, la Malaisie et d'autres, avoir des relations fortes qui ont d'ailleurs d'immenses synergies avec les grands pays de la région. Et il est indispensable que nous sachions là aussi parler à chacune et chacun et déployer la force de ces relations. Et le troisième principe - et je compte beaucoup sur vous sur ce sujet - ce sera le renouvellement des concepts, des idées, des personnes. Nous nous sommes parfois enfermés dans une forme de paresse dans la manière de penser nos relations avec l'Asie. La France change et pourtant… je me suis parfois aperçu de cela, l'image de la France reste enfermée dans son propre passé ; nous devons faire davantage connaître la France comme une terre d'innovation, d'invention, de création ; un patrimoine qui est celui de Paris mais aussi celui de nos régions, de nos villes, de nos villages, de nos campagnes ; alors plusieurs d'entre vous s'y sont déjà employés ; il m'est arrivé de croiser, même en temps de campagne électorale, des investisseurs chinois aux confins de Montmorillon ou d'autres endroits. Je pense que c'est cela que nous devons continuer à décliner, c'est-à-dire cette capacité à multiplier les visages, les points d'entrée, ne pas penser que c'est simplement les grandes entreprises, les grands contrats ou les images classiques qui nous permettront de réussir. Nous avons des points forts, il faut les travailler : nous continuerons, je vous rassure, à pousser la gastronomie française, les secteurs traditionnels où nous sommes bons ; mais nous devons là aussi penser de nouveaux chemins. Et votre inventivité, votre action, votre implication est indispensable à cet égard parce que l'Asie change elle aussi, les classes moyennes se développent, la jeunesse veut parler au monde ; les innovations fusent, les attentes, les perceptions, les désirs changent. Je ne voudrais pas que la jeunesse asiatique pense que l'innovation… le numérique est forcément anglo-saxon, c'est faux. C'est faux ! Et bien souvent d'ailleurs, nos modèles d'organisation, notre façon d'innover, la manière de nous structurer sont plus compatibles avec certains modes d'organisations asiatiques et nous avons sur le plan de l'innovation, sur le plan du numérique, sur la coopération en matière de droit comme en matière financière, énormément de points communs que nous pouvons tirer et qui nous permettront aussi de construire des stratégies alternatives à un imperium anglo-saxon qui n'est pas une fatalité. Je souhaite donc que nous soyons collectivement plus innovants dans les voies à poursuivre et je compte sur vous, sur cette volonté qui vous réunit ce soir pour vous engager pleinement dans la politique asiatique de notre pays, pour mieux faire connaître l'Asie en France et la France en Asie. C'est une mission essentielle que nous ne pourrons réussir qu'avec vous. Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire, sans être bien entendu exhaustif ; lorsque le général de Gaulle reconnaissait la Chine, il parla du poids de l'évidence et de la raison ; ce poids demeure tant pour la diaspora installée ici que dans nos relations avec la Chine et avec les puissances asiatiques. Mais à l'évidence, à ce poids justement de la raison, s'est ajouté l'attachement, s'est ajouté un ensemble de vies, de destins croisés, d'aventure humaine parce que ce qui s'est passé et accéléré depuis, ce sont ces parcours que vous représentez et c'est avec une émotion véritable que nous verrons encore cette année dans nos villes, dans nos territoires quels qu'ils soient les défilés de tigres et de dragons, que nous entendrons résonner ces musiques si lointaines et pourtant si familières et que nous participerons à ce déploiement de couleurs, de saveurs, de costumes à l'occasion du Nouvel an lunaire. Ce n'est pas simplement que les Français s'y sont habitués, c'est que c'est le témoignage de cette évidence qui est devenue une amitié. Cette année est celle du Chien de Terre ; on me dit qu'elle sera donc celle de la sagesse et de l'idéalisme mais aussi de l'action face aux obstacles. Permettez-moi d'y voir là un programme stimulant et votre énergie ne sera pas de trop pour l'accomplir mais la véritable sagesse, c'est toujours d'être un idéaliste pragmatique, un volontaire attelé au réel et c'est dans cet esprit, avec vous que je veux, avec mon épouse, de tout coeur, vous souhaiter une très belle année, une très belle année du Chien de Terre et vous dire combien votre présence ici, l'amitié qui nous unit est importante pour la France. Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/611.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/611.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f69567d1e629c3e292cb6ff073e45042c5a828cd --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/611.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et messieurs les parlementaires, Mesdames et messieurs les élus, Monsieur le chef d'Etat-major des armées, Madame la directrice, Mon général, Mesdames, messieurs, A peu près au moment où je faisais mon service militaire en 1994, j'ai lu pour la première fois un livre qui m'a profondément marqué et dont je parle souvent. C'est un livre de Marc BLOCH qui s'appelle « L'Etrange défaite ». J'aime beaucoup Marc BLOCH, pas seulement pour « L'Etrange défaite » mais parce qu'il a une langue d'une très grande simplicité, d'une très grande précision, une érudition tout à fait remarquable sur la France, son histoire. Vous savez qu'avec d'autres notamment avec Lucien FEBVRE il a été un de ces historiens qui ont voulu intégrer le temps long dans l'approche historique. Il a été un officier, il s'est battu pendant la Première Guerre mondiale et dans ses oeuvres complètes, il y a un recueil de lettres qu'il écrivait aux familles des soldats morts sous ses ordres, qui sont des lettres absolument magnifiques. Il avait demandé à être remobilisé pour la Seconde Guerre mondiale. Il avait dépassé l'âge auquel normalement il aurait dû être remobilisé, mais il l'avait demandé de façon explicite. Et dans « L'Etrange défaite », il se livre à un exercice difficile pour un historien, difficile pour un officier et au fond probablement difficile pour un Français. Il s'interroge sur ce qu'il est en train de vivre ou plus exactement sur ce qu'il vient de vivre, les raisons de la défaite et d'une certaine façon de l'effondrement et de l'armée et de l'Etat. C'est un livre formidable parce qu'il est d'une intelligence lumineuse. Il est à la fois très triste parce qu'au moment où Marc BLOCH écrit, la France est occupée, défaite et en même temps, il y a une forme de petit espoir dans ce livre parce que justement, c'est l'intelligence et la lucidité à l'oeuvre, et que c'est la base sur laquelle on peut évidemment tout reconstruire. Ce livre m'a beaucoup impressionné parce qu'il est pour moi une forme de cauchemar. Il montre que des Français en 1940 ont pu vivre alors même qu'ils pensaient que c'était impossible, inenvisageable. L'effondrement complet de leur pays, l'effondrement de tout ce qui constitue la nation française, l'armée et l'Etat. Et depuis que j'ai effectué mon service militaire, depuis que j'ai commencé ma vie professionnelle, d'abord dans la fonction publique, ensuite dans l'engagement en politique et parallèlement dans des entreprises privées, j'ai ce cauchemar en tête. L'idée que si nous n'y prenons pas garde, notre pays peut lui aussi à nouveau s'effondrer. Je sais que le dire comme ça un matin de février où il fait enfin un peu beau, où nous vivons sur le territoire national dans une forme de paix à laquelle nos concitoyens sont attachés, dire que le cauchemar récurrent de mes 30 dernières années c'est la possibilité qu'un jour nous voyions notre Etat s'effondrer a quelque chose de peut-être provocateur. Mais c'est un fait. Nous devons toujours agir et préparer l'avenir comme si cette perspective, celle que je viens d'évoquer, celle que Marc BLOCH a décrite n'était pas impossible, comme si nous devions nous y préparer, comme si nous devions tout faire pour éviter qu'elle puisse advenir. C'est en tout cas l'esprit dans lequel je me place en vous parlant ce matin. Un esprit qui est donc à la fois sérieux et conscient des enjeux qui sont les nôtres. Une des choses qui m'a beaucoup frappé dans les derniers mois, dans les dernières années, c'est évidemment l'élection du Président de la République, d'abord parce que quand vous êtes un acteur politique, le moment présidentiel est toujours un moment important, ensuite parce que directement après cette élection présidentielle, ma situation personnelle s'est trouvée un peu transformée, mais beaucoup plus fondamentalement que ça, parce qu'avec cette élection présidentielle s'est ouverte une forme de moment – particulier - dans lequel toute une série de choses, dont il apparaissait qu'elles étaient difficiles deviennent non pas simples mais plus aisément envisageables. Toute une série de décisions, de transformations, de réformes, qui étaient perçues comme nécessaires mais comme peut-être irréalisables, entrent dans le domaine du possible ; et qu'il nous appartient de profiter de ce moment pour transformer effectivement notre pays, notre Etat, notre armée, pour être à la hauteur des enjeux qui sont les nôtres. Et c'est de ça au fond mesdames et messieurs que je voudrais vous parler ce matin, de la possibilité de profiter de ce moment politique, peut-être un jour dira-t-on de ce moment historique, mais peut-être ne le dira-t-on pas, ce n'est pas à moi qu'il appartient de le dire, mais en tout cas de ce moment politique pour transformer notre pays et le rendre plus fort, pour qu'il renoue non pas du tout avec une puissance qui l'aurait abandonné, mais avec des décisions qui lui permettent d'assumer cette volonté de puissance qu'il affirme depuis longtemps. Ce qui est très intéressant, c'est que ce moment français, cette possibilité de prendre des mesures indispensables coïncide avec des hésitations et avec une forme de repli peut-être du monde occidental. Si l'élection du Président crée un moment français, si l'élection du Président français est un moment français, nous savons tous que dans le monde occidental d'autres élections ont conduit à des réactions de repli ou d'hésitations. C'est vrai au Royaume-Uni où nous voyons une forme de doute ; c'est vrai aux Etats-Unis où un certain nombre d'expressions font parfois naître une forme de doute sur la cohérence, la résolution d'un certain nombre d'engagements. La décision du Président américain de se retirer de l'Accord de Paris illustre ce que je viens d'exprimer, c'est-à-dire ce doute sur la capacité des Etats occidentaux à formuler des objectifs collectifs et à s'astreindre aux efforts nécessaires pour les atteindre. On a vu aussi un accroissement des tensions protectionnistes, des nationalistes, des populistes à certains égards. On a vu dans le même temps une émergence elle est ancienne, elle s'accélère de puissances ailleurs que dans le monde occidental. Puissances organisées, puissances animées par des ambitions, cohérentes, par des volontés de puissance assumée et, donc, une remise en cause de cet état de fait qui prévalait jusqu'à présent. La façon dont la puissance française peut s'incarner dans le monde de 2018, c'est évidemment le recours à un dialogue ouvert mais ferme. Ce dialogue repose sur une vision la plus réaliste possible du monde tel qu'il est, une appréciation des nouveaux rapports de force. Le réalisme commande d'entretenir le dialogue avec tout le monde, parler à tout le monde est une exigence française, une ligne rappelée régulièrement et à juste titre par le Président de la République et, ce, même quand nos interlocuteurs ne partagent pas nos valeurs. Le Président de la République en a offert un exemple fondateur et remarqué immédiatement après son élection en accueillant le Président russe en France, à Versailles. Cette approche réaliste, soyons clairs, je ne la crois pas cynique. Elle est indispensable. Elle ne veut pas dire que parce que l'on parlerait avec tout le monde, on se tairait ou on accepterait tout, ou on acquiescerait à toutes les décisions qui seraient contraires, soit évidemment à nos intérêts soit au bien commun. Il faut donc accepter que la France, dans tous les conflits et dans toutes les situations, assume de parler à chacun, assume d'entrer dans des logiques de rapport de force, mais assume d'essayer justement de créer des marges de manoeuvre pour ne pas en rester au seul rapport de force. Cette volonté de la France, elle doit s'asseoir et elle doit être fondée sur une crédibilité et sur une responsabilité. La crédibilité passe d'abord par une crédibilité militaire restaurée. Et j'ai bien conscience en utilisant ce terme de restaurée que certains ici pourraient penser qu'elle ne serait pas aujourd'hui assurée. Je veux dire les choses clairement, nous voulons avec le Président de la République une France forte, une France lucide, une France crédible. Et la crédibilité militaire de la France, c'est la pierre angulaire de notre défense et de notre sécurité. Nous avons sous l'impulsion du Président de la République fait des choix très clairs. Et après les travaux de la revue stratégique, nous avons préparé une loi de programmation militaire qui sera présentée et discutée très rapidement par le Parlement. Cette loi de programmation militaire, elle a été préparée en bonne intelligence avec l'ensemble de ceux qui sont concernés par ce sujet. Je voudrais saluer l'engagement de la ministre des Armées, du chef d'état-major des armées, du délégué général pour l'armement, du secrétaire général pour l'administration et des chefs d'état-major. Cette loi de programmation militaire est une loi de reconquête. Sur la période de 2019-2023, l'Etat investira près de 200 milliards d'euros dans sa défense et ses armées, afin de porter sa trajectoire des ressources à 2 % du produit intérieur brut en 2025, comme cela avait été promis au cours de la campagne. 200 milliards d'euros sur la période 2019-2023, c'est une marche budgétaire de 1,8 milliard d'euros supplémentaires chaque année, dans un contexte où il n'a échappé à personne, mesdames et messieurs, que la volonté du Gouvernement et la nécessité des finances publiques commandaient une maitrise des dépenses publiques. C'est donc un effort absolu important et un effort relatif considérable. Pourquoi consentir cet effort ? Parce que nous devons moderniser nos équipements et parce que nous devons pallier nos lacunes. Nous devons renforcer nos capacités dans les domaines émergents comme le cyber, nous devons commencer à renouveler les composantes de la dissuasion nucléaire, nous devons continuer à innover et conforter nos 5 fonctions stratégiques : la dissuasion, la connaissance et l'anticipation, la prévention, la protection et l'intervention. Enfin, nous devons consacrer une attention particulière et accrue à l'amélioration de la condition du personnel et à la mobilisation de nos partenaires européens. En tant que chef du Gouvernement, je veux l'assurer, c'est un effort financier considérable que la Nation consent aux armées, à la défense, mais c'est un effort nécessaire, justifié et responsable. Et c'est un effort qui est la seule façon pour nous de remédier à l'érosion insidieuse que subissent nos capacités militaires depuis plusieurs décennies. Cet effort, nous avons eu l'occasion d'en discuter avec les responsables militaires, il sera considérable. Il ne sera pas immédiatement visible mais il sera immédiatement réel car nous savons tous ici que lorsque nous partons avec un retard à rattraper, le fait de rattraper ce retard n'est pas toujours spectaculaire. Si je devais utiliser les mots les plus précis qui me viennent à l'esprit, je dirai que l'effort que nous allons tous consentir, il sera visible mais il ne sera pas spectaculaire. Mais il est indispensable et il sera efficace. Il nous permettra, il permettra aux armées de remplir leurs missions dans des conditions qui leur permettent d'être à la hauteur de nos attentes et elles sont élevées. Et donc c'est un effort considérable, qui doit à la fois nous permettre de tenir notre rang et d'éviter les mauvaises surprises dans un monde qui ne cessera pas d'être dangereux ou incertain. Nous devons aussi, mesdames et messieurs, tirer parti d'une culture stratégique française, originale et responsable. Je voudrais notamment ici réaffirmer mon attachement à ce qu'on appelle « la culture stratégique française », parce que face à la complexité du monde, face au piège du manichéisme il faut garder dans toute la mesure du possible le recul de l'histoire. Il se trouve que grâce à notre histoire exceptionnelle, peut-être à cause de notre histoire exceptionnelle, la France dispose d'une très riche culture stratégique. Elle appartient à un continent qui a été traversé, rythmé, détruit, plusieurs fois par des siècles de guerre. Et ces siècles, ils nous ont appris au moins 3 choses qui définissent, me semble-t-il, notre culture militaire et stratégique. D'abord qu'on ne peut pas transformer le monde contre son gré. Je ne crois pas mesdames et messieurs que l'on puisse facilement importer, exporter ou décréter la démocratie ou tel modèle politique durable. Je crois qu'il faut avoir le courage d'apprendre de nos erreurs, je pense que les interventions militaires en Irak, en Afghanistan ou en Libye ont produit des conséquences délétères qu'il ne faut jamais mésestimer. Et enfin, nous savons qu'il existe toujours un lendemain à la guerre. Il faut combattre avec une détermination inflexible bien entendu, tout en anticipant les projets qui scelleront ensuite une réconciliation durable pour soi et pour ceux qui viendront après. La force de la culture stratégique française, c'est un équilibre entre la réflexion et l'action, avec une volonté de limiter le recours à la violence pour résoudre les conflits. Dans l'action, nos armées gardent constamment le souci du local, qui implique l'immersion dans les populations, et la vision large que permet notre excellence technologique. L'audace, le courage dont font preuve nos militaires au combat ne sont pas exclusifs d'un profond respect du droit international et de l'adversaire. Et c'est une réflexion qui n'est pas neutre et gratuite dans le contexte dans lequel nous vivons, car les crispations, les affrontements, une certaine forme de manichéisme tendent à nous faire oublier cette dimension essentielle. Et d'une certaine façon, les deux instituts que vous incarnez aujourd'hui représentent le lieu par excellence où nous devons en permanence réfléchir et diffuser cette culture stratégique française. On a beaucoup parlé ces dernières années du continuum sécurité défense, mais votre réflexion doit aussi porter sur le continuum de la pensée stratégique qui s'est construite au fil de notre histoire et qui doit être constamment actualisée. Pour aller plus loin, je dirai volontiers que cette conception de la guerre doit innerver toute la culture stratégique européenne que le Président de la République appelle de ses voeux. Elle doit déterminer les initiatives que nous prenons au sein de nos alliances comme dans les dialogues stratégiques que nous entretenons avec nos partenaires. Nous ne construirons rien de durable, et la coopération européenne en matière de défense resterait un voeu pieux, s'il n'existe ni formation commune, ni culture stratégique partagée. Vous avez donc tous autant que vous êtes, quelles que soient vos fonctions, un rôle déterminant à jouer en la matière. Et la souveraineté de la France ne peut se concevoir seule. Je voudrais insister sur le lien important et l'attachement essentiel qui est celui de la France à la question du multilatéralisme. L'illusion d'une autarcie n'est souhaitable ni pour la France ni pour l'Europe. Nous savons par notre histoire que nous désolidariser, nous désintéresser de l'ensemble des défis mondiaux du 21ème siècle ne peut constituer une solution pour nous, sauf à ce que ces défis finissent par nous atteindre sans que nous y soyons préparés. Etablir un espace de sécurité commun constitue donc une nécessité impérieuse pour lutter contre la propagande sur Internet, pour lutter contre les circuits de financement du terrorisme, pour garantir la sécurité durable de nos concitoyens. La maitrise de nos frontières, la réforme de nos politiques migratoires impliquent aussi que nous parlions d'une seule voix. La crise migratoire nous l'impose au risque de mettre en péril ce que nous avons construit dans l'Union européenne, ce marché, cet ensemble de pays, cette géographie qui nous permettent une libre circulation des biens, des personnes, des marchandises. Nous mettrions tout ça en cause si nous n'arrivions pas à avoir des réactions et une maitrise coordonnée des chocs migratoires qui peuvent se produire. Face aux drames humains qui se répètent, c'est ensemble que nous devons agir à la source par des actions de stabilisation et d'aide au développement en Méditerranée et en Afrique. Nous allons porter notre effort d'aide publique au développement en France à 0,55 % du revenu national brut d'ici à 2022, conformément aux engagements pris par le Président de la République, ce qui représente plus de 7 milliards d'euros dans les 5 prochaines années. Et de nombreux partenaires européens s'engagent aujourd'hui à nos côtés, c'est tant mieux. Dans le domaine de la défense, cette action coordonnée passe par trois avancées qui ont marqué l'année 2017, sous l'impulsion forte du Président de la République : la coopération structurelle permanente, le fonds européen de défense, l'initiative européenne d'intervention. Ce qui est en jeu c'est notre capacité à agir, de façon plus autonome, et à développer une véritable culture stratégique européenne. Alors il faut sans doute s'entendre sur le bon équilibre à trouver avec l'OTAN, qui est en réalité très complémentaire de cette Europe de la défense. Mais pour durer, cette souveraineté requiert aussi une nouvelle donne, dans des domaines très variés, les domaines du numérique, de l'écologie, pour faire face à l'ensemble des transitions et des révolutions auxquelles nous sommes confrontés. De même, la convergence européenne de nos politiques, sociales notamment, me paraît indispensable pour garantir une cohérence à nos projets économiques et monétaires. En somme, seule l'Europe est capable de concevoir et de mettre en oeuvre une approche globale face à ces défis qui excédent largement les enjeux de la défense et de la sécurité. Au sein du continent européen, chaque peuple, chaque citoyen, devra rendre des comptes du monde que nous construisons. Relever les défis du 21ème siècle sera donc une des questions, essentielle, morale, politique, qui sera posée à l'Union européenne. Je voudrais dire un mot, aussi, de la transformation de notre puissance, de notre pays. Sur notre sol, la France est confrontée à de multiples défis : le terrorisme, l'insécurité qui abîment certaines parties du territoire en métropole comme en Outre-mer, la problématique migratoire, je l'ai évoquée, la montée en puissance d'une radicalisation dans la contestation violente de grands projets d'aménagement. Le Gouvernement, évidemment, prend en compte tous ces sujets pour renforcer la cohésion nationale. La menace terroriste demeure élevée, vous le savez bien, elle est aujourd'hui principalement d'origine endogène, et elle reste un défi que nous allons devoir relever pendant longtemps, un combat que nous allons devoir livrer pendant longtemps. Les réponses à ce défi ne sont ni simples, ni faciles. Ce à quoi nous devons nous opposer, ce contre quoi nous devons lutter, c'est une idéologie qui est mortifère, qui est brutale, qui détourne, qui travestit et transforme une religion, l'instrumentalise, pour diviser très profondément la société française, à certains égards pour la casser. Nous avons souhaité renforcer la coordination du renseignement et sortir de l'état d'urgence tout en maintenant un dispositif solide face à la menace, c'était le sens de la loi Sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme ; elle est en oeuvre aujourd'hui. Ce que nous voulons, avec le Président de la République, et avec le ministre de l'Intérieur, c'est assurer une réponse sécuritaire très ferme, efficace, et équilibrée. Je voudrais saluer l'action de tous les services de sécurité et de renseignement, comme l'appui des Armées dans ce combat, souvent discret, mais toujours essentiel. Dans nos sociétés connectées, et assez largement sous influence, les enjeux du cyber sont également vitaux. Je me réjouis que vos instituts consacrent dès la rentrée une nouvelle session nationale à ce thème. Elle pourra profiter des travaux conduits sous l'autorité du SGDSN pour la Revue stratégique de cyberdéfense. Et à court terme, nous attendons des acteurs majeurs de l'Internet qu'ils accompagnent ce combat. La culture du renseignement peut elle aussi encore progresser en France. Nous allons mobiliser le monde universitaire, en créant des formations dédiées à ce domaine. Comprendre est un préalable indispensable à l'action ; ce sera aussi la mission du Conseil scientifique en charge de la recherche sur les processus de radicalisation. Il sera piloté par l'INHESJ et nous l'installerons au printemps. Dès le 23 février je dévoilerai un ensemble de mesures qui s'inscrivent dans le plan national de prévention de la radicalisation. Ce combat contre le terrorisme il n'est pas exclusif de toute autre forme de combat contre l'insécurité, bien entendu. Nos concitoyens, en ville comme dans nos campagnes, souffrent, parfois au quotidien, de l'insécurité, de la délinquance, des incivilités. La police de sécurité du quotidien, ainsi qu'une hausse de 10.000 effectifs pour les forces de sécurité intérieure sur l'ensemble du quinquennat, apporteront des réponses très concrètes à ces fléaux. Nos forces de sécurité intérieure, nous voulons les recentrer sur leur coeur de métier, en les délivrant des tâches, parfois administratives, et parfois inutiles, qui les éloignent des citoyens. Nos responsabilités, nous voulons aussi les assumer face à ceux qui occupent illégalement des zones, et dont je constate, mesdames et messieurs, que nous avons trop longtemps accepté qu'ils les occupent. Si nous voulons éviter que ces choses se reproduisent, il faut donc que nous fassions en sorte que les procédures administratives soient menées, et que nous ne laissions pas s'enkyster, sur des parties du territoire national, des zones que, le moment venu, il est bien délicat de traiter, dès lors que nous nous sommes placés dans les pires dispositions pour pouvoir les traiter. Je n'ai aucun doute sur le fait, mesdames et messieurs, que lorsqu'il faudra procéder à des évacuations de zones, ça viendra, que lorsqu'il faudra mettre en oeuvre un certain nombre d'éléments qui ont pour objet de garantir ou de renforcer la sécurité des Français, ça viendra aussi, prévenir même des accidents ou des éléments, nous nous heurterons à des moments d'impopularité. Si je peux me permettre, je vous dirais volontiers que celui qui a pris la décision d'abaisser la vitesse sur nos routes bidirectionnelles sans séparateur à 80 km/h y est prêt. Une France qui restaure sa capacité à agir, qui garantit la sécurité de ses concitoyens, c'est indispensable. C'est indispensable de lire cette France, et de la vivre, dans le cadre d'un Etat de droit, et probablement d'un Etat de droit renouvelé. Dans un Etat de droit, auquel nous sommes tous très attachés, rien n'est possible sans une justice forte. Si elle est lente, si elle est lointaine, si elle est inégalitaire, je dirais même si elle est complexe, et donc peu comprise, la confiance dans notre justice s'érode. Si ses décisions ne sont pas respectées, si elles tardent à être exécutées, si elles ne sont pas comprises, c'est la Justice qui perd en crédibilité. Vous le savez, nous travaillons en ce moment à une réforme constitutionnelle qui permettra, notamment, de renforcer l'indépendance des magistrats du Parquet, et la garde des Sceaux présentera dans quelques semaines, en Conseil des ministres, un projet de loi de programmation quinquennale pour la Justice. La priorité budgétaire donnée à sa réforme sera actée. En octobre dernier nous avons, avec madame la garde des Sceaux, lancé cinq grands chantiers pour la Justice. Ils ont pour objectif de permettre une simplification de la procédure pénale et de la procédure civile, d'amorcer la réforme numérique et la réorganisation territoriale de la Justice, et de revoir le sens des peines. Le projet de loi donnera à la justice les moyens d'engager un vaste mouvement de dématérialisation, de simplification, de réorganisation, avec, je l'ai dit, une réelle progression du budget de la Justice. Ce projet de loi actera aussi la volonté de l'Etat de s'engager dans une réforme pénale et pénitentiaire audacieuse. L'ambition est d'exécuter plus vite, et mieux, les peines. Nous construirons évidemment des places de prison, car il est inadmissible qu'on ne puisse pas incarcérer ceux qui doivent l'être. Et là encore, disons les choses clairement, et disons-les d'autant plus clairement que, nous le savons tous, le sujet n'est pas en discussion : nous vivons aujourd'hui dans une situation où nous payons le prix d'un sous-investissement, ancien et considérable. Et lorsque pendant des années vous n'investissez pas en matière de Justice, comme en matière militaire, comme dans toute autre matière, suffisamment, eh bien la première année ce n'est pas grave, mais au fil du temps, et de l'accumulation de ce sous-investissement, vous finissez par vous trouver dans une situation périlleuse. Notre objectif, en la matière, sera d'apporter des réponses durables à ce sous-investissement manifeste. Construire des places de prison est donc devenu indispensable. Je vois dans vos rangs un certain nombre de directeurs d'établissements pénitentiaires. Lorsque vous vous déplacez dans une prison construite pour 600 personnes, et qu'elle accueille 1080 détenus, eh bien vous voyez tout de suite que la façon dont vous allez envisager la peine, et l'éventuelle réinsertion à l'issue, ne peut pas se passer dans les conditions normales qui étaient celles qui ont prévalu au moment de la construction de la prison, et au moment du prononcé de la peine. Ce n'est pas raisonnable. Nous devons donc en effet construire des places de prison, parce que c'est indispensable sur le plan des principes, parce que nous devons traiter dignement les détenus. Nous construirons des quartiers très sécurisés, mais notre réponse ne peut pas, en même temps, se réduire au tout sécuritaire, ni au tout carcéral. Je pense notamment qu'il faut revoir la question des peines les plus courtes, car elles ne permettent pas, lorsqu'elles se traduisent par un emprisonnement, la mise en place d'un travail éducatif utile. Le plus généralement, nous disent les spécialistes qui vivent dans l'exécution et dans l'accompagnement de ces détenus, ces peines très courtes d'emprisonnement conduisent à une désocialisation accrue et à un taux de récidive important. Toutes les pistes seront donc explorées : diversifier les solutions, développer les peines sous bracelet électronique, travailler sur des centres qui mettent en responsabilité les détenus et qui favorisent leur réadaptation, tout en garantissant la sécurité de nos concitoyens et la surveillance des détenus. Ambitieux, créatif et global, le projet de transformation de la Justice est un jalon incontournable pour renforcer la cohésion nationale, pour que la France reste une référence partout dans le monde, quand on parle de droits, et pour que nous n'ayons pas honte de ce que nous faisons en matière de Justice et d'administration pénitentiaire. Enfin, notre souveraineté, militaire, diplomatique, régalienne est aussi un enjeu de souveraineté économique retrouvée. Pour réarmer notre Etat régalien il est bon d'avoir un discours de puissance, mais cette puissance s'appuie sur une force économique. Quand notre dette publique se rapproche de 100 % du PIB, quand elle est majoritairement détenue par des non-résidents, notre souveraineté passe aussi par la restauration de l'équilibre de nos finances publiques. Une première tendance est enclenchée, dès 2017, nous en aurons bientôt la confirmation. L'action du Gouvernement, et les efforts entrepris par les Français nous permettront de ramener notre déficit public sous les 3 % du PIB, ce qui devrait nous permettre de sortir de la procédure pour déficit excessif qui a été ouverte à l'encontre de notre pays il y a déjà 10 ans. Accessoirement, à peu près tous nos partenaires européens sont sortis de cette procédure. L'idée que la France soit l'un des deux ou trois derniers Etats de l'Union européenne à vivre sous l'empire d'une procédure de déficit excessif a pour moi quelque chose d'insupportable. Avec ce premier résultat qui devrait être obtenu rapidement, c'est un signal de sérieux que nous allons envoyer à nos partenaires pour leur dire que la France est effectivement au rendez-vous des engagements qu'elle a pris. A moyen terme nous visons l'équilibre budgétaire structurel, ce qui nous permettra de faire face aux éventuelles attaques sur notre dette. Cet équilibre budgétaire, il conditionne aussi notre solidarité nationale en cas de crise. Enfin, seul l'équilibre budgétaire peut consolider notre système de santé et assurer la viabilité de notre système de retraite sur le long terme. C'est donc un objectif majeur de ce Gouvernement. On pourrait l'atteindre en choisissant entre deux options. Première option : l'augmentation des prélèvements obligatoires afin d'assurer l'équilibre. Nous l'avons écartée pour une raison simple, c'est qu'ils atteignent déjà des niveaux records. Je pense qu'en la matière on doit pouvoir faire moins. Deuxième option, indispensable : l'action sur la dépense publique, que nous privilégions, puisque le poids de cette dépense, dans le PIB, baissera de plus de 3 points, au cours du quinquennat, et que nous voulons faire baisser notre dette de 5 points de PIB sur le quinquennat. Ce qui, mesdames et messieurs, illustre, avec peut-être encore plus de force, ce que j'indiquais au début de mon propos sur l'effort consenti pour nos armées, pour la Justice, pour l'Intérieur. Nous augmentons, en la matière, nos dépenses nettement plus vite que le rythme de la croissance, alors que globalement, les dépenses publiques diminueront dans le même temps dans la proportion du PIB. Pour atteindre cet objectif toutes les administrations publiques sont mises à contribution, conformément à la loi de programmation des finances publiques qui a été votée à la fin de l'année 2017, pour les années 2018 à 2022. Et pour y parvenir nous essaierons d'agir en évitant, dans toute la mesure du possible, la logique du rabot, parce que la logique du rabot qui produit des effets efficaces à court terme, est totalement déstabilisatrice et inefficace à long terme. Elle paupérise les services publics et leur interdit, d'une certaine façon, de se transformer. Dès le budget 2018, des choix ont été assumés avec des économies structurelles et conséquentes dans les domaines du logement, de l'emploi, et des infrastructures de transport aussi. Ce sont des choix de transformation, car notre méthode consiste à transformer les politiques publiques avant d'en tirer les conséquences budgétaires, et pas l'inverse. Pour l'emploi nous avons fait primer l'investissement dans la formation, dans les compétences, plutôt que le maintien dans la précarité des emplois aidés. Pour faire repartir notre pays, pour développer sa force, sa compétitivité, il faut avant tout faire le pari de l'intelligence, de la formation, depuis les classes préparatoires dédoublées, jusqu'à la transformation du baccalauréat, depuis la transformation de l'entrée au premier cycle universitaire jusqu'à la transformation de l'apprentissage, et bientôt de la formation professionnelle. Dans cet investissement sans précédent que nous voulons faire sur l'acquisition, la transformation, l'élévation du niveau de compétences, il y a là quelque chose de fondamental, et quelque chose que ceux qui ont une culture militaire peuvent parfaitement comprendre. Je n'ai jamais vu un lieutenant, un capitaine, un colonel ou un général douter une seconde de ce que la meilleure chance de réussir la mission était la formation de ses hommes et de ses femmes. Et donc nous devons, non pas pour reproduire le modèle militaire dans la vie civile, porter une attention considérable et première à l'élévation du niveau de compétences. C'est la plus grande sécurité pour nos concitoyens, dans le monde qui vient, pour affronter ces transformations. Enfin, dernier mot, mais je ne m'appesantirai pas sur ce sujet car il justifierait à lui seul que je commence maintenant un discours plus long : nous allons transformer notre Etat. C'est l'objectif du programme Action publique 2022. Domaine par domaine, politique publique par politique publique, il doit nous permettre, non pas d'appliquer des logiques du rabot mais de transformer, de redonner du sens à ce que nous faisons, et de vérifier si les objectifs que nous nous assignons peuvent être atteints par l'organisation qui prévaut actuellement et qui est, parfois, héritée de choix, parfaitement légitimes, parfaitement rationnels, mais déjà trop anciens. Mesdames et Messieurs, ces dernières années la France a été mise à l'épreuve, elle est, à bien des égards, encore en état d'alerte, mais, je citais Marc BLOCH au début de mon propos, je voudrais citer deux autres écrivains français célèbres, d'abord Saint-John PERSE, qui dans son discours de Stockholm disait, je le cite, « les civilisations mûrissantes ne meurent point des affres d'un automne, elles ne font que muer, l'inertie seule est menaçante ». Je pense que Saint-John PERSE avait parfaitement raison. L'inertie, l'immobilisme, la tranchée, sont les menaces que nous devons éviter. Nous devons rester en mouvement, nous devons nous transformer, par exigence individuelle, par exigence vis-à-vis de notre pays et vis-à-vis de ceux qui, après nous, le feront vivre. Je vous avais dit que je terminerai par un auteur. Pendant longtemps j'ai été élu au Havre, mais j'ai travaillé à Paris, et donc j'ai fait beaucoup d'allers-retours en voiture. La grande menace, lorsqu'on fait beaucoup d'aller-retour en voiture, c'est l'excès de vitesse bien entendu, mais c'est aussi, peut-être encore plus insidieux, l'endormissement. Et pour lutter contre l'endormissement j'avais pris l'habitude d'écouter les discours enregistrés de MALRAUX, parce que ça réveille, parce que ça fait vibrer, parce que je suis bien persuadé ici, dans cette salle, que dès lors que vous entendez les mots et le ton de MALRAUX vous avez la chair de poule et les tripes qui se retournent. Il se trouve que MALRAUX - on connaît sa phrase célèbre « l'homme est ce qu'il fait » - a écrit dans le dernier chapitre de « La condition humaine », une phrase qui, compte tenu de ce que je viens de vous dire, doit nous faire réfléchir, mais donne finalement beaucoup de sens à ce que je crois. Il dit « sans doute les hommes ne valent-ils que par ce qu'ils ont transformé. » Eh bien, ce que nous voulons faire, ce n'est pas changer la France, parce que nous l'aimons, c'est la transformer, parce que c'est notre devoir. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/612.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/612.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4b9fc2afe242d51d3b56236cbdcbee511979c9ab --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/612.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Premier Ministre, Mesdames et Messieurs les Parlementaires que je vois nombreux ici, c'est un signe très intéressant de l'implication de l'Assemblée nationale comme du Sénat, Monsieur le Directeur général de l'AFD, Monsieur le Directeur général adjoint de la mondialisation, Mesdames et Messieurs les Présidents, Directeurs, Responsables, Chefs de projets des ONG, du monde associatif, Mesdames et Messieurs les Membres du CNDSI, je salue en particulier les membres étrangers qui ont fait quelques milliers de kilomètres pour être avec nous ce matin, Mesdames et Messieurs, Chers Partenaires, Je suis heureux d'ouvrir cette journée un peu particulière ; il est en effet important que la grande famille du développement de la solidarité internationale puisse avoir l'occasion de se retrouver. Nous avons énormément de défis à relever ensemble ; nous avons cette enceinte régulière qu'est le CNDSI que j'ai vraiment plaisir à réunir de façon régulière, et qui nous a permis de préparer un certain nombre d'échéances et en particulier celle du CICID du 8février dernier. . Ce CNDSI élargi qui vient en amont d'un agenda particulièrement dense et doit être un véritable Forum national pour une politique de développement renouvelée. Cette journée sera l'occasion de mettre en lumière les compétences multiples des membres du CNDSI et des autres partenaires. Je pense qu'il est très important de croiser les regards d'acteurs différents qui ont néanmoins chevillée au corps une même ambition, qu'ils soient issus des ONG, des collectivités locales, du secteur privé. Elle sera également l'occasion de préparer les prochaines échéances. Je pense à la mise en oeuvre des décisions du CICID d'abord, je pense également à l'élaboration d'une nouvelle loi sur le développement qui devra succéder en 2019 à la loi du 7 juillet 2014. Dans l'agenda, nous avons aussi la présidence française du G7 qui aura lieu l'an prochain et tout cela se prépare bien en amont. Nous aurons donc à poursuivre le travail avec vous tout au long de l'année. Aujourd'hui je voulais vous parler de trois points spécifiques que je retiens de la réunion de ce CICID auquel Rémy Rioux assistait et je crois qu'il pourra abonder en ce sens. Jean-Yves Le Drian en tête, le ministère de l'Europe et des affaires étrangères s'est, beaucoup mobilisé en amont, et le terme est faible, pour obtenir un accroissement des moyens de mise en oeuvre. Vous le savez, le sujet de la trajectoire est un sujet majeur sur lequel je reviendrai dans un instant. La deuxième chose, c'est que nous avons concentré nos actions sur des priorités thématiques et géographiques et troisièmement, nous souhaitons aussi une méthode qui soit rénovée pour construire ensemble toutes ces actions dans la durée. Revenons aux grands objectifs : la France inscrit sa politique de développement dans un cadre clairement multilatéral, parfois mis à mal on le sait, par un certain nombre d'acteurs de poids de la scène internationale, hélas. Mais très clairement, les ODD, l'accord de Paris et le cadre communautaire du consensus européen de développement constituent notre boussole. Nous nous inscrivons de façon proactive dans ce cadre, la France se doit donc d'être au rendez-vous. Nous ne voulons pas le faire seuls, nous le construirons avec vous. À l'occasion de ce CICID nous avons tenu à traduire les engagements du Président de la République et à mettre fin à une érosion progressive des moyens dédiés au développement depuis 2010. Cette érosion s'était, par la force des choses, faite au détriment du canal bilatéral de l'aide et des dons, de la concentration vers des géographies prioritaires. La France se devait de renforcer son soutien à la solidarité internationale et de redessiner en profondeur le profil de son APD à l'horizon 2022, à la fois en termes quantitatif et qualitatif. Pour accompagner ces priorités, le chef de l'Etat souhaite que l'on atteigne les 0,55% de RNB consacrés à l'APD en 2022. La trajectoire graduelle est enfin connue, c'est je crois la première fois que l'on a cet aspect pluriannuel mis sur la table en pourcentage, année par année et jusqu'en 2022. Comment cette augmentation de moyens va-t-elle se traduire ? Nous avons acté un saut quantitatif de 1 milliard d'euros d'autorisation d'engagements dès 2019 qui permettra à l'AFD d'amorcer un grand nombre de projets bilatéraux dans les géographies prioritaires. L'idée est qu'il y ait une montée en puissance ambitieuse de la composante bilatérale de l'APD qui bénéficiera pour la mission budgétaire APD des deux tiers des moyens additionnels d'ici 2022. La raison est simple : comme je vous l'ai dit, depuis dix ans, nous avons vraiment une sorte de déformation de la structure-même de notre APD, les moyens bilatéraux ayant servi de variable d'ajustement de nos engagements multilatéraux. Il s'agit donc véritablement de renverser cette tendance et de reprofiler notre APD d'ici 2022. Ceci se traduira par une part plus importante de dons et de bilatéral dans de nouvelles géographies et thématiques voulues par le président de la République. Dans les géographies prioritaires, il est clair que pour nous, il y a l'Afrique. Le président considère, et je crois que nous sommes un certain nombre à le suivre, qu'une partie du basculement du monde se jouera sur le continent africain où nous avons décidé de renouveler notre partenariat en profondeur. En se rendant au Burkina-Faso en novembre, au Ghana, en Côte d'Ivoire, et il y a une quinzaine de jours au Sénégal, il a clairement montré le souhait de mettre l'emphase, l'accent sur la jeunesse, sur l'éducation, sur l'innovation, tout en soutenant par ailleurs l'effort collectif des pays de la région pour renforcer leur stabilité , à la fois au sein du G5 pour le volet sécurité et de l'alliance pour le Sahel au titre du développement des zones les plus vulnérables+. Dans ce cadre, nous avons adopté une liste de 19 pays prioritaires, qui concentrera nos moyens. Cette liste n'est pas nouvelle en soi, mais je dirai qu'elle deviendra enfin prioritaire. Nous y avons ajouté la Gambie pour marquer notre soutien renouvelé à un pays qui a connu une période de transition politique, et heureusement, force est restée aux urnes et au choix du peuple. Il y a également le Libéria où il y a une alternance qui s'est faite dans de bonnes conditions. Le président du Libéria était hier en visite en France et l'élection du président Weah ouvre des perspectives intéressantes et nous invite à renforcer notre coopération bilatérale. En matière de secteurs, cinq secteurs clefs ont été clairement identifiés, en écho aux priorités fixées par le président de la République. Il y a d'une part, la stabilité et la restauration de l'Etat en situation de fragilité, en se donnant vraiment les moyens de ce continuum entre sécurité et développement. Là aussi, cela se traduit de façon très concrète avec des moyens en faveur de l'urgence humanitaire qui seront nettement rehaussés à hauteur de 500 millions d'euros en 2022. Par ailleurs, il a été décidé de doubler la facilité sur les vulnérabilités et la réponse aux crises pour la porter à 200 millions d'euros. Comme vous le savez, elle est mise en oeuvre par l'AFD dans une logique de prévention des crises. Cette facilité a également été étendue d'un point de vue géographique, puisqu'elle est déjà déployée dans le cadre de l'alliance Sahel, En RCA, autour du lac Tchad et sur les pourtours de la crise syrienne. Désormais, on pourra également l'utiliser sur la Libye qui concentre un grand nombre de défis en marge du Sahara. La deuxième grande priorité, c'est l'égalité entre les femmes et les hommes qui est la grande cause du quinquennat et qui fera l'objet d'une attention forte dans l'action internationale de la France, avec l'adoption cette année, de notre stratégie internationale pour l'égalité entre les femmes et les hommes. Cela va de pair avec la troisième priorité qui est celle de l'éducation. En effet, en matière d'éducation, nous sommes très sensibles au fait que nous atteignions un certain nombre d'objectifs clefs en matière de scolarisation des jeunes filles, et au-delà, vous l'avez vu, il y a eu à Dakar je crois, il y a une quinzaine de jours, un moment fort avec la reconstitution du partenariat mondial pour l'éducation. De la part de la France, il y a un effort multiplié par plus de dix. Il faut bien voir d'où nous venions : 17 millions d'euros sur le dernier triennium, et nous passons à 200 millions d'euros. C'est donc un effort considérable. Sur la même période, l'AFD elle-même, avec son million d'euros additionnel, interviendra en concentrant ses moyens sur le Sahel. Là aussi, cela permettra d'avoir un certain nombre d'actions en matière de scolarisation des jeunes filles, de qualité de l'éducation, de lutte contre la radicalisation, d'accès à la formation professionnelle et à l'emploi. Quatrième priorité, nous l'avons tous en tête, le climat. Compte tenu de ce que l'on peut voir dans un certain nombre de pays, les réfugiés, ce n'est pas un néologisme, c'est quelque chose qui existe que chacun d'entre nous a hélas pu rencontrer. Nous voulons, au lendemain du "One Planet Summit", avoir des moyens conséquents. Je pense en particulier au relèvement de l'ambition sur l'adaptation au changement climatique à 1,5 milliard d'euros par an dès 2020, alors que nous avions une cible de 1 milliard d'euros auparavant, et à la réorientation des actions de l'AFD. Nous avons une AFD qui souhaite être cent pour cent compatible avec l'accord de Paris et avec des objectifs rehaussés en faveur de la biodiversité, Rémy Rioux pourra nous en parler. Il y a aussi un secteur dans lequel la France est particulièrement exemplaire depuis l'engagement du Président Chirac, ce sont nos engagements dans le domaine de la santé. Nous maintiendrons une contribution significative au fonds mondial pour la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ainsi que nos engagements pour renforcer les systèmes de santé. Nous étions d'ailleurs réunis avec quelques-uns d'entre vous il y a quelques semaines pour faire une évaluation du fonctionnement de l'initiative 5% qui permet aux pays bénéficiaires de mieux utiliser ces fonds et de renforcer leurs systèmes de santé. Avec ces cinq priorités, je pense que la France pourra prendre toute sa part dans la réponse au défi du développement durable. Vous vous dites peut-être en m'écoutant que je vous récite la messe, et que la messe est dite ! Mais je tiens à vous rassurer tout cela, nous le ferons, vous et nous, ensemble. C'est pourquoi nous avons voulu que la journée, ce matin et cette après-midi dans les ateliers soit complètement interactive : l'idée est de rénover la méthode, de faire en sorte d'être toujours plus proche du terrain, toujours plus à l'écoute des besoins. De ce point de vue-là, je pense que nous devons être très partenarial et inclusif avec les chercheurs, les ONG, les associations, les entreprises, les syndicats, les acteurs du volontariat bien sûr pour avoir une aide publique au développement mieux évaluée, si besoin réorientée. En vue de préparer la prochaine échéance législative, le toilettage de la loi 2014, avec un certain nombre d'adaptations rendues nécessaires, dans cette perspective, le président de la République a décidé de confier à Hervé Berville une mission sur la modernisation de la politique partenariale et de développement pour, à la fois réfléchir à l'appropriation par nos concitoyens des enjeux de l'APD, et ce n'est pas un petit sujet, et de renforcer la mobilisation des acteurs privés au profit du développement. Pour ma part, je me réjouis également de tous les travaux conduits par les rapporteurs, c'est un grand motif de satisfaction que de voir le Parlement impliqué dans ces démarches et dans cette politique. En termes de pilotage, la réunion du CICID sera plus régulière et par ailleurs, le conseil d'orientation stratégique de l'AFD se tiendra au moins une fois par an sous la présidence du ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Au niveau du président de la République a été institué un conseil du développement qui pourra aussi se réunir sur une base ad hoc pour prendre les décisions stratégiques entre deux CICID. Vous constaterez donc qu'il y a vraiment un pilotage renforcé qui, je crois assurera une meilleure redevabilité de la politique de coopération. À nous tous ensemble de nous organiser pour promouvoir un certain nombre d'orientations ou de réorientations au regard des leçons et des évaluations des actions de solidarité et des projets de développement que vous conduisez, soit seuls, soit en partenariat avec nous pour que nous puissions alimenter toutes ces instances de décision. C'est la marque de fabrique aussi de cette équipe gouvernementale. Nous avons un peu laissé les étiquettes politiques de côté, vous l'aurez remarqué, ce que nous voulons, c'est être pragmatiques. Cela me rappelle mon conseil municipal dans l'Yonne, au moins, on va directement au résultat. C'est ici exactement la même ambition que nous avons : faire en sorte qu'il y ait cette réflexion qui vienne du terrain et qui remonte. Je crois que le panel de cette matinée pourra utilement nous aider à construire cette ambition. Je souhaite vous présenter ses intervenants : nous avons la grande chance d'accueillir Ibrahim Assane Mayaki qui est secrétaire exécutif du Nepad, ancien Premier ministre du Niger, Rémy Rioux directeur général de l'AFD, Philippe Jahshan, président de coordination sud et membre du CESE. À ce titre, il avait fait un rapport sur l'aide au développement et l'articulation avec les EED 2030, Luc Behaghel qui est économiste spécialiste des politiques de l'emploi, de l'éducation et du développement et Marit Van Sumeren, qui est membre de l'équipe d'évaluation par les pairs du CAD de l'OCDE. Eux aussi vont croiser leurs regards, s'appuyer sur leurs expertises pour que nous puissions avancer dans le débat. Ils sont des chevilles ouvrières de la maïeutique qui va prendre corps tout au long de la matinée. Il est donc temps de leur laisser la parole, j'ai déjà été trop long mais je voulais vous remercier encore toutes et tous pour votre présence, et au-delà de cela, pour votre action. Il se trouve qu'il y a une vingtaine d'années, je me suis engagé dans une action humanitaire dans un pays sous embargo, je peux donc mesurer quelles sont parfois les difficultés que nous rencontrons au niveau national pour parvenir à obtenir un certain nombre de moyens ou d'autorisations. Je sais que sur le terrain, c'est un combat de tous les instants pour parvenir à déployer une action. Je ne suis donc pas insensible à ce que vous faites et j'en mesure à la fois le côté passionné et les contraintes que l'on peut rencontrer dans l'action au quotidien. Aujourd'hui, vous l'aurez compris, ce n'est pas un point final, ce n'est pas juste la restitution du CICID, c'est vraiment un dialogue entre nous qui servira à alimenter toutes les instances que j'ai évoquées dans une logique qui doit également être celle de la redevabilité vis-à-vis des citoyens français. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/613.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/613.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a158e75f1421986ba850bcdf187ae9053762b25f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/613.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le ministre d'Etat Gérard COLLOMB, Madame la Garde des Sceaux Nicole BELLOUBET, Madame la ministre des Armées Florence PARLY, Monsieur le ministre de la cohésion des territoires Jacques MEZARD, Madame la ministre des solidarités et de la santé Agnès BUZYN, Monsieur le ministre de l'éducation nationale Jean-Michel BLANQUER, Monsieur le ministre de l'action et des comptes publics Gérald DARMANIN, Madame la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche Frédérique VIDAL, Madame la ministre des sports Laura FLESSEL, Monsieur le Secrétaire d'Etat chargé du numérique Mounir MAHJOUBI, Mesdames et Messieurs, L'article 1er de notre Constitution nous rappelle, si nous étions tentés de l'oublier, que la République est « indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Nous avons tous la conviction que ce qui nous rassemble, dans cette République, est plus fort que ce qui nous différencie, voire nous divise, et ce, toujours pour reprendre les mots de notre Constitution, « sans distinction d'origine, de race ou de religion. » Pourtant il existe aujourd'hui, dans notre pays, des frontières intérieures. Invisibles ou ostensibles. Dans le calme apparent d'une ségrégation silencieuse ou dans la violence et l'effroi des attentats. Depuis 2014, date du premier plan de lutte contre la radicalisation, l'effort des pouvoirs publics s'est concentré, à juste raison, sur la radicalisation violente et le risque terroriste. A juste raison, car il y avait urgence, urgence dont nous avons nous-mêmes tenu compte, dès cet automne, avec la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. Parallèlement, une démarche de prévention a été développée, reposant sur la détection, la formation, et l'accompagnement. A ce jour, près de 25 000 agents publics ont reçu une formation appropriée. Les circuits de signalement sont opérationnels, grâce au numéro vert et aux dispositifs préfectoraux. Parmi les jeunes signalés pour radicalisation, 2 600 sont pris en charge et 800 familles sont accompagnées à travers le réseau des cellules préfectorales. C'est bien, mais nous ne pouvons nous en satisfaire. Nous ne pouvons pas ignorer cette évolution lente, complexe, qu'ont décrite Gilles KEPEL dans Terreur dans l'hexagone, genèse du djihad français (2015), ou, plus récemment, et dans un autre registre, Ariane CHEMIN et Raphaëlle BACQUE dans La communauté (2017). Nous ne pouvons pas ignorer, Jean-Michel BLANQUER le sait bien, le cri d'alarme lancé par Bernard RAVET, cet ancien principal de collège de Marseille (Principal de collège ou imam de la République, 2017), un cri d'alarme dans lequel pourraient malheureusement se reconnaître d'autres principaux de collège, ici, à Lille, et dans d'autres grandes villes. Cette radicalisation islamiste menace notre société. Non pas seulement quand elle conduit à la violence. Elle nous défie, en vérité, à chaque fois que les lois de la République sont mises en balance avec des préceptes religieux, lorsque certains n'acceptent de se conformer aux premières que si elles sont compatibles avec les seconds. A chaque fois qu'à l'école, le statut de la connaissance se voit opposer la revendication de la croyance. A chaque fois que, dans l'espace public, il est porté atteinte aux « exigences minimales de la vie en société » dont, dès 2010, le Conseil constitutionnel a reconnu au législateur la légitimité d'assurer la protection. A chaque fois qu'une femme se trouve, volontairement ou non, « placée dans une situation d'exclusion et d'infériorité manifestement incompatible avec les principes constitutionnels de liberté et d'égalité ». C'est cette approche large de la radicalisation que nous avons voulu retenir en préparant ce plan national de prévention de la radicalisation et ses soixante mesures. Il balaie, à dessein, de larges champs : l'école, l'université, le sport, l'entreprise, les services publics aussi. Je voudrais ce matin insister plus particulièrement sur trois aspects. Le premier concerne l'école et la jeunesse. Vous connaissez l'étymologie du mot « pédagogie » : c'est la conduite des enfants vers l'âge adulte, vers l'autonomie de la décision et la responsabilité qui l'accompagne : pouvoir se déterminer par soi-même, et savoir répondre de ses décisions. Cette exigence de formation du libre-arbitre doit conduire à rejeter tous les obscurantismes, tous les refus de savoir et de comprendre. Dans la société d'information surabondante qui est la nôtre, où les réseaux sociaux véhiculent non seulement des informations mais des rumeurs et des mensonges, l'apprentissage du libre-arbitre et du discernement revêt une dimension nouvelle et essentielle : celle de la formation aux médias et à l'information. Plus que jamais, il faut savoir trier, analyser, hiérarchiser, pour distinguer ce qui relève de la connaissance et ce qui n'en relève pas. C'est la raison pour laquelle, avec Jean-Michel BLANQUER, nous allons systématiser l'éducation aux médias et à l'information, qui permet aux élèves de se prémunir, en particulier contre les théories complotistes. Nous développerons notamment les outils pédagogiques mis à disposition des personnels. Nous savons aussi que tout ne se joue pas, tant s'en faut, dans l'école de la République, mais, de plus en plus, dans l'enseignement privé hors contrat. Avec 74 000 élèves à la rentrée 2017, cet enseignement ne représente qu'une part très limitée des 12 millions d'élèves que compte notre pays, mais elle est en forte progression, qu'il s'agisse du nombre d'élèves ou du nombre d'établissements : 150 ouvertures en 2017, contre une trentaine par an il y a encore 5 ans. Ces établissements sont actuellement soumis à trois régimes déclaratifs distincts, résultant de lois datant de 1850 pour la plus ancienne, et de 1919 pour la plus récente. On y parle encore « de l'hygiène et des bonnes moeurs ». Le Gouvernement a fait le choix de ne pas se diriger vers un régime d'autorisation, qui aurait été inutilement pénalisant pour le plus grand nombre de ces écoles ; en revanche, une unification des trois régimes déclaratifs, assortie d'un allongement du délai, nous donnera les moyens d'un meilleur contrôle de ces écoles. C'est l'objectif que poursuit la proposition de loi de Françoise GATEL, Sénatrice d'Ille-et-Vilaine, proposition qui a été adoptée avant-hier par le Sénat et dont je souhaite qu'elle puisse aboutir rapidement. Pour accompagner cette réforme, le ministère de l'éducation nationale spécialisera, à partir de la rentrée 2018, des équipes d'inspecteurs, et harmonisera les pratiques en matière de contrôle des établissements privés hors contrat. Nous savons, enfin, qu'Internet et les réseaux sociaux jouent auprès de la jeunesse un rôle viral, qui ne crée pas la radicalisation, mais la démultiplie. Le Secrétaire d'Etat chargé du numérique Mounir MAHJOUBI y est particulièrement attentif. Depuis l'été, le Président de la République et le Premier ministre britannique Theresa May mobilisent donc la communauté internationale pour obtenir des acteurs d'internet qu'ils retirent en une heure les contenus illicites. Si les plateformes ne coopèrent pas volontairement dans les trois mois qui viennent, la France soutiendra à Bruxelles une initiative législative européenne. Car l'enjeu est évidemment européen, et la France appuie la finalisation par Europol de la base de données européenne des contenus illicites. La deuxième série de mesures que je souhaite souligner concerne les services publics et l'administration. L'Etat, en tant qu'employeur, n'est pas épargné par la radicalisation. Or ses missions lui confèrent une responsabilité particulière. Je signerai, dans les tout prochains jours, deux importants décrets d'application de la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. Ces décrets prévoient les conditions dans lesquelles on pourra écarter de leurs fonctions un militaire ou un fonctionnaire qui participe à l'exercice de missions de souveraineté de l'Etat, ou relevant du domaine de la sécurité ou de la défense, et dont le comportement serait devenu incompatible avec l'exercice de ses fonctions. Il sera désormais possible de tirer les conséquences d'un processus de radicalisation qui serait intervenu après l'entrée en fonctions, dans le respect des garanties accordées aux agents publics. Nous devons aussi élargir notre réflexion, et envisager de pouvoir écarter de ses fonctions un agent en contact avec des publics sur lesquels il est susceptible d'avoir une influence, et dont le comportement porte atteinte aux obligations de neutralité, de respect du principe de laïcité, voire comporte des risques d'engagement dans un processus de radicalisation. Une réflexion, portée par le ministre de l'action et des comptes publics Gérald DARMANIN, en lien avec les principaux ministères concernés, doit se traduire par des propositions au cours du premier semestre de cette année. Enfin, il est un point particulièrement délicat : c'est celui de la « déradicalisation ». Je trouve ce terme d'ailleurs peu approprié. Nul ne dispose d'une formule magique de « déradicalisation », au sens où l'on pourrait « déprogrammer » un logiciel dangereux. Mais il existe, en France et ailleurs, des bonnes pratiques de prévention et de désengagement. Le premier enjeu de réinsertion concerne les mineurs qui reviennent du Levant. 68 sont rentrés dont la quasi-totalité a moins de 13 ans et les trois quarts moins de 8 ans. Leurs situations seront examinées au cas par cas. Mais, pour tous, nous voulons assurer une prise en charge au long cours, et notamment un suivi psychologique, pour favoriser leur réinsertion. J'ai signé ce matin la circulaire qui précise le cadre et les modalités de leur prise en charge. La Garde des Sceaux Nicole BELLOUBET travaille aussi, dans le cadre du plan pénitentiaire, à la prise en charge des personnes radicalisées, notamment celles qui reviennent de Syrie et d'Irak. 1 500 places vont être créées dans des quartiers étanches, exclusivement dévolus aux détenus radicalisés, dont 450 d'ici la fin de l'année. Le doublement des capacités d'évaluation est prévu en 2018 avec l'ouverture de 3 nouveaux quartiers d'évaluation de la radicalisation, en dehors de l'Ile-de-France : en tout, il en existera donc 6 dont un pour les détenus de droit commun radicalisés. 250 détenus pourront être évalués chaque année. Au total, 78 établissements accueilleront des détenus radicalisés, avec un personnel spécifiquement formé. Ils présenteront un niveau de sécurité élevé. Les profils particulièrement dangereux seront détenus dans des « quartiers pour détenus violents » qui garantiront une étanchéité totale. Il en existe déjà un à Lille-Annoeullin et nous en créons deux autres. Enfin, le centre de réinsertion de Pontourny a constitué une expérience de troisième voie, en complément du milieu ouvert et du milieu carcéral. Le Gouvernement a pris acte de son échec, en décidant cet été la fermeture d'un centre vide depuis plusieurs mois. Un autre dispositif, individualisé et pour des personnes sous-main de justice, a été expérimenté en Ile-de-France depuis plus d'un an : c'est le dispositif dit « Rive » qui comporte un suivi socio-éducatif et un référent cultuel. Il rejoint la prise en charge expérimentée à Aarhus, au Danemark, et nous semble prometteur. Trois centres de jour assurant une prise en charge individualisée et pluridisciplinaire seront expérimentés progressivement à Marseille, à Lyon et à Lille pour des publics radicalisés placés sous-main de justice. Avant de laisser les ministres répondre à vos questions, je terminerai cette présentation en rappelant ce qui, pour beaucoup d'entre nous, est une évidence. Si l'Etat se mobilise dans ce combat, il ne peut le mener seul. Ce plan est un plan de mobilisation. Mobilisation des préfets, sous l'autorité de Gérard COLLOMB, qui a présidé ce matin un groupe d'évaluation départemental. Mobilisation des collectivités territoriales. Nous poursuivrons notre dialogue avec les grandes associations d'élus pour déterminer les modalités les plus adaptées à l'amélioration du dispositif d'information. Il faudra exploiter le droit existant pour renforcer et sécuriser l'échange d'informations. Nous allons aussi élaborer un cadre de formation, à décliner au niveau territorial, pour appuyer les élus locaux dans la sensibilisation. Enfin, j'ai confirmé à Jacques MEZARD l'objectif de compléter d'ici à juin prochain tous les contrats de ville par un plan de prévention de la radicalisation. Mobilisation du monde du sport, où il nous faut développer une culture commune de vigilance. C'est le sens des mesures portées par Laura FLESSEL, qui s'appuiera sur les référents « radicalisation » du ministère des sports, pour sensibiliser les cadres techniques des fédérations. Mobilisation de la recherche, avec l'appui de Frédérique VIDAL. Parce que la menace se transforme, comprendre est un préalable indispensable à l'action. Nous allons soutenir la mise en place d'un réseau associant les cellules de prospective des ministères des affaires étrangères des principaux pays concernés par la radicalisation. Je réunirai au printemps un conseil scientifique piloté par l'Institut national des hautes études de sécurité et de justice pour définir les axes de recherche prioritaires. Les chercheurs auront aussi accès à certaines informations extraites du fichier des personnes signalées (FSPRT). La procédure sera évidemment sécurisée et respectera le droit des personnes ainsi que la confidentialité des données opérationnelles. Enfin, la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès BUZYN organisera à l'automne des états généraux de la recherche et de la clinique en psychologie psychiatrique sur la radicalisation. Mobilisation de la société civile, et de tous les acteurs qui peuvent porter ce qu'on appelle le « contre discours » : pour déconstruire les discours de haine, c'est la société civile qui détient la gamme de moyens la plus variée puisqu'elle peut jouer des registres artistique, humoristique et intellectuel. Cet après-midi se joue par exemple à Lille la tragi-comédie Djihad d'Ismael Saïdi qui se définit comme un « musulman d'ici ». Cette énumération l'illustre : l'Etat ne peut mener seul ce combat. Il ne peut en particulier le mener sans les musulmans de France. C'est d'ailleurs ce que rappelait le Président de la République, en juin dernier à l'occasion de la rupture du jeûne, en insistant sur les combats que nous devons mener ensemble : le combat contre le fanatisme et sa diffusion, le combat contre une pratique de l'islam organisant la ségrégation au sein de la République. Lutter contre la radicalisation islamiste, c'est lutter contre ceux qui veulent faire croire que l'islam ne serait pas compatible avec la République. Mesdames et Messieurs, Si l'emprise territoriale de Daech recule chaque jour en Syrie et en Irak, grâce à l'action de la coalition internationale et de nos armées dont je salue, Madame la Ministre, l'engagement, une menace endogène demeure sur notre territoire, sur ces « frontières intérieures » dont je parlais au début de mon propos. La loi du 30 octobre 2017 nous donne les moyens d'un renforcement durable de notre protection, mais nous devons aussi prévenir la radicalisation, et c'est l'ambition de ce plan. Prévenir pour protéger. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/614.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/614.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ad60ee725016991347435dadea12193344fe42e7 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/614.txt @@ -0,0 +1 @@ +CYRIL VIGUIER Aujourd'hui notre invité politique c'est un ministre, le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Action et des Comptes publics, c'est Olivier DUSSOPT, bonjour et merci d'être avec nous. OLIVIER DUSSOPT Bonjour. CYRIL VIGUIER Ce matin sur ce plateau en direct pour vous interroger à mes côtés. Marcelo WESFREID du Figaro pour Public Sénat, bonjour Marcelo. MARCELO WESFREID Bonjour. CYRIL VIGUIER Et Jérôme CORDELIER, rédacteur en chef des éditions locales du Point, merci d'être là Jérôme. JEROME CORDELIER Bonjour Cyril. CYRIL VIGUIER Alors l'invité politique aujourd'hui, il a des secteurs d'activité importants, c'est la fonction publique, les finances locales aussi, très important, point visible, on en parlera, on parlera de tous ces secteurs d'activité avec vous. Mais tout d'abord une question d'actualité, sur l'évacuation du site de Bure dans la Meuse, 500 gendarmes pour une quinzaine de militants qui ont été évacués, tout est terminé. N'est-ce pas un peu disproportionné ? OLIVIER DUSSOPT Non, c'est efficace, c'est efficace et la force doit rester à la loi. Le terrain était occupé illégalement, il fallait mettre fin à cette occupation… CYRIL VIGUIER Vous avez vu les images de la gendarmerie, ça me paraît un déploiement de force énorme pour une quinzaine de militants ! OLIVIER DUSSOPT Oui mais avec la garantie que les choses se passent bien, sans violence, sans heurts et de manière la plus efficace possible. Donc le gouvernement avait dit sa volonté… CYRIL VIGUIER Ce n'est pas un coup de com. ! OLIVIER DUSSOPT Le gouvernement avait dit sa volonté de ne pas tolérer les occupations illégales. Et donc je le répète, force doit rester à la loi. MARCELO WESFREID Alors un tout autre secteur, le gouvernement n'exclut pas de passer par les ordonnances lundi… enfin d'annoncer lundi un recours aux ordonnances pour réformer la SNCF. Est-ce que là aussi, on n'est pas dans un passage en force, les syndicats trouvent que c'est un peu une provocation d'évoquer cette possibilités ! OLIVIER DUSSOPT Il reste quelques jours pour que la méthode soit arrêtée et pour que les lignes de la réforme soient posées. Le rapport Spinetta a été rendu, c'est un rapport qui peut être considéré comme sévère parce qu'il pose un constat assez implacable, assez rude même par rapport à la SNCF, par rapport à la qualité de l'offre faite aux usagers et aux contribuables derrière les usagers, il faut pouvoir avancer. MARCELO WESFREID Mais est-ce que ça ne mérite pas un long débat parlementaire plutôt qu'un recours aux ordonnances sur un sujet aussi important ? OLIVIER DUSSOPT Ça mérite du débat et ça mérite de la concertation au Parlement bien sûr, mais ça mérite aussi du débat avec les organisations syndicales, avec les usagers, avec la SNCF. Et le recours aux ordonnances n'interdit pas le débat, on l'a vu sur la question du Code du travail… MARCELO WESFREID Ça ne le renie ! OLIVIER DUSSOPT Ça ne le renie pas forcément, il faut avoir en tête qu'avant que l'ordonnance soit prise, il y a un débat sur le fait d'autoriser le gouvernement à prendre une ordonnance. Et ensuite, il y a un débat sur la ratification de l'ordonnance. JEROME CORDELIER Oui. Alors l'Ardéchois que vous êtes, l'ancien élu de l'Ardèche que vous êtes doit être un petit peu désappointé par ce rapport Spinetta, parce que c'est un peu… on va rayer de la carte… enfin s'il est suivi d'effet certaines lignes qui sont considérées comme déficitaires. Qu'est-ce que vous en pensez, est-ce qu'il faut assumer un service public toujours ou… OLIVIER DUSSOPT Deux choses, d'abord il ne faut pas confondre le rapport et la loi. Et donc le gouvernement et le Premier ministre, la ministre des Transports auront à dire quelles sont les préconisations qui sont prises, comment elles sont mises en oeuvre et à quel rythme. Et vous m'interrogez sur ce point en rappelant que je suis Ardéchois. L'Ardèche, c'est le seul département de métropole  ne pas disposer de service ferroviaire voyageurs, nous avons pourtant un service public des transports, assuré tant par la région dans le cadre de ses compétences que par les opérateurs… JEROME CORDELIER Des bus. OLIVIER DUSSOPT Ce sont des bus, des bus de qualité puisqu'en plus la plupart d'entre eux sont fabriqués à Annonay. Et je dis parfois que lorsqu'on est à Annonay… CYRIL VIGUIER C'est le plus gros employeur d'ailleurs… OLIVIER DUSSOPT C'est le plus gros employeur de l'Ardèche, le plus gros employeur privé. Lorsqu'on est à Annonay avec 17.000 habitants sur la commune et 50.000 sur le bassin, et qu'on a entre 10 et 15 allers-retours par jour vers Lyon, soit vers un cadencement TER ferroviaire soit directement vers Lyon avec des bus, c'est certainement une offre de services plus importante que celle que nous aurions si nous avions conservé des lignes ferroviaires. Et donc la capacité à assurer un transport public, à assurer une offre, ça passe par le train, ça passe aussi par des modèles comme les autobus, les autocars et (je répète) de qualité, confortables et souvent avec non pas une rentabilité mais un coût au kilomètre bien moindre que par rapport au ferroviaire. JEROME CORDELIER Enfin ! Quand on regarde le site de la SNCF, il y a beaucoup de contestations de la part de vos compatriotes ardéchois justement, qui voudraient que le train puisse revenir jusque… puisse aller jusqu'en Ardèche ! OLIVIER DUSSOPT Oui, les Ardéchois sont nombreux à souhaiter le retour du train, certains l'imaginent uniquement dans la vallée du Rhône, la partie la plus accessible ; d'autres souhaiteraient que le train puisse venir jusqu'à Annonay, en tenant compte du fait que depuis la fermeture de la gare et des lignes il y a un peu plus de 30 ans maintenant, les voies ont été vendues, ont été démantelées et le retour ne serait pas aussi simple. Et je le répète, je préfère avoir une bonne liaison avec plusieurs bus par jours plutôt qu'avoir une liaison ferroviaire, mais avec un train le matin et un train le soir. MARCELO WESFREID Alors ça vaut cette réforme des attaques, voire des caricatures, vous nous direz, sur le côté MACRON, le président des villes. Il va demain faire le Salon de l'agriculture, essayer de battre un record. Est-ce que c'est justifié cette critique ? OLIVIER DUSSOPT Non, ça n'est pas justifié. Il y a un certain nombre d'aspects de la politique menée par le gouvernement qui répondent aux besoins de tout le territoire. Opposer les villes aux campagnes, les villes aux champs, d'abord c'est toujours extrêmement compliqué, il n'y a pas une ville, des villes il y en a plusieurs, il n'y a pas une ruralité, des ruralités il y en a plusieurs. Et celles et ceux qui se prêtent à ce jeu-là veulent en réalité nourrir ou entretenir un clivage qui n'existe pas et relève avant tout du positionnement… JEROME CORDELIER Au-delà des villes, pardonnez-moi, on a dit surtout qu'Emmanuel MACRON était le président des métropoles, ce n'est même pas les villes moyennes chères à votre coeur mais… OLIVIER DUSSOPT Vous me pardonnez mais c'est peut-être encore plus caricatural. C'est ce président de la République, c'est Emmanuel MACRON qui accélère le déploiement du très haut débit sur tout le territoire, en ramenant les objectifs de 2022 à 2020, et il le fait en cohérence avec ce qu'il avait fait comme ministre de l'Economie. Parce que j'ai en tête l'accord qu'il avait passé avec les opérateurs de téléphonie et d'Internet, en 2015 alors que j'étais rapporteur de la loi NOTRe et que nous travaillions aussi sur ces sujets-là, pour faire en sorte que la couverture soit mieux assurée. Et donc il y a une attention qui est portée à tout le territoire : le développement des maisons de santé, le développement des maisons de services au public, le déploiement du très haut débit et de la fibre, tout ça n'est pas une action en direction des villes ou, en tout cas, pas que, c'est une action pour tout le territoire. MARCELO WESFREID Oui. Tout autre sujet, aujourd'hui le gouvernement présente un plan de déradicalisation, ce sera d'ailleurs le 3ème en 4 ans, ce qui montre que c'est difficile. Et un rapport a été rendu hier commandé par le ministre de l'Intérieur, ça vous concerne, qui préconise une formation laïcité pour tous les agents de l'Etat. Est-ce que vous y êtes favorable, est-ce que c'est un bon moyen ? OLIVIER DUSSOPT Je pense que c'est une piste à explorer, nous avons un chemin national de formation pour les agents publics qui va être publié dans les mois qui viennent et même dans les semaines qui viennent, puisque ce sera avant la fin du printemps. Il y a déjà un certain nombre d'enseignements, de formations qui sont dispensés dans des Instituts régionaux d'administration, des formations qui aujourd'hui visent à former les formateurs, c'est-à-dire à former des agents qui peuvent aller dans les collectivités, qui peuvent aller dans les services pour rappeler quelles sont les règles propres à la laïcité, rappeler quelles sont les règles propres tout simplement à la République. Et cette bataille – puisque c'est une bataille, une bataille culturelle, une bataille politique – qui consiste à rappeler que les fonctionnaires doivent respecter ce principe de laïcité, que les services publics doivent aussi s'en inspirer quotidiennement sans jamais faillir, c'est une bataille qu'il faut mener par la formation, par la sensibilisation, par la prévention aussi et parfois par une forme d'attention très particulière. Et nous avons fait adopter il y a peu de temps un texte de prévention du terrorisme pour la sécurité des Français, qui va se décliner en décrets et qui permettra notamment au ministère de la Défense, au ministère de l'Intérieur de pouvoir muter, de pouvoir écarter des agents qui sont très peu nombreux, mais ça peut arriver et il faut y faire attention, des agents qui seraient convaincus de radicalisation. CYRIL VIGUIER C'est Olivier DUSSOPT, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Action et des Comptes publics qui est notre invité politique ce matin dans Territoires d'Infos. Débat sur le fond maintenant, 120.000 postes à supprimer dans la fonction publique, alors ni chez les professeurs, ni chez les juges, ni dans l'armée, ni chez les policiers, ni à l'hôpital, dans quoi allez-vous tailler ? OLIVIER DUSSOPT Vous me pardonnez mais la politique du gouvernement en matière de fonction publique et de service public ne se résume pas à un chiffre. Nous avons… CYRIL VIGUIER C'était dans le programme ! OLIVIER DUSSOPT C'est dans le programme, ça reste un objectif. CYRIL VIGUIER Mais dans quoi allez-vous tailler ? OLIVIER DUSSOPT Nous avons dans les années qui viennent, dans les 5, 6, 10 ans qui viennent, nous avons un rythme de départs à la retraite dans les 3 versants de la fonction publique de 120.000 départs par an, 120.000 par an, ça signifie que l'effort qui est demandé est la volonté de réduire les coûts, de réduire le coût du service public, non pas sa qualité mais les conditions dans lesquelles on le rend peuvent être aussi envisagées à l'aune de ce chiffre-là. Nous allons faire en sorte de réorganiser les services publics pour garantir la qualité et la présence, de moderniser aussi la fonction publique par un certain nombre de chantiers, dont les discussions… pardon ! Pour lesquelles les discussions ont commencé il y a peu. L'objectif n'est pas de dire, pour reprendre votre terme : nous allons tailler dans tel ou tel effectif, c'est de faire du cas par cas, c'est de regarder là où on peut… parce que nous allons rapprocher les établissements… CYRIL VIGUIER Il va falloir beaucoup de pédagogie parce que… OLIVIER DUSSOPT Nous allons réformer tel ou tel secteur, parce que nous allons nous appuyer sur certaines évolutions technologiques, voir où on peut rendre le même service avec des effectifs effectivement qui soient diminués. Il y a 5.500.000 agents publics à l'échelle du pays et nous avons 120.000 départs à la retraite par an, travaillons ensemble, discutons, nous avons commencé à discuter. J'ai 4 chantiers en cours avec les organisations syndicales. JEROME CORDELIER Alors il y a un point important, c'est la fonction publique territoriale, puisqu'on fustige beaucoup les collectivités pour leurs dépenses de personnel. Vous, vous ne pouvez pas tellement… il y a la libre administration des collectivités qui est un principe… OLIVIER DUSSOPT Constitutionnel. JEROME CORDELIER Reconnu par la Constitution, donc comment allez-vous faire, est-ce que vous avez des moyens d'intervenir sur ce champ-là pour essayer de remplir votre objectif ? OLIVIER DUSSOPT Vous avez raison de rappeler le principe de libre administration, puisque le gouvernement y est attaché et ne le remettra pas en cause. Je l'ai dit à l'instant, nous avons ouvert des chantiers avec les organisations syndicales des 3 versants de la fonction publique : l'hospitalière, la fonction publique d'Etat et la territoriale. Dans la territoriale nous discutons aussi avec le collège des employeurs, il y a 55.000 employeurs territoriaux, nous discutons avec eux de l'ensemble des sujets… CYRIL VIGUIER Oui mais enfin c'est normal de discuter, d'ouvrir des négociations, mais concrètement… OLIVIER DUSSOPT Oui, il y a des sujets, nous travaillons aussi avec les mêmes, les employeurs territoriaux pour leur garantir le maintien des dotations d'Etat en échange d'efforts en matière budgétaire et de limitation de la progression des dépenses à 1,2 % par an. Nous sommes convaincus que dans ce dialogue-là et dans ce débat-là, nous pouvons aboutir sur ces sujets-là. La fonction publique territoriale a finalement parfois et par certains aspects pris un peu d'avance sur ce que nous voulons faire à l'échelle des 3 versants. Nous avons 4 chantiers, un chantier sur le dialogue social, un chantier sur l'individualisation de la rémunération, un chantier sur l'accompagnement des parcours professionnels et ça va de la formation jusqu'à la question des mobilités, mobilités entre les versants ou vers le privé ; et nous avons un chantier sur les conditions dans lesquelles nous pourrions permettre aux employeurs publics de confondre, tous confondus, d'avoir recours plus facilement aux contrats et à des missions plus ponctuelles. La fonction publique le fait déjà assez largement, travaillons là-dessus. CYRIL VIGUIER Est-ce que vous considérez que la fonction publique territoriale est trop importante, il y a trop d'effectifs ou… OLIVIER DUSSOPT Je ne rentrerai jamais dans un débat sur la fonction publique en commençant par une hypothèse, une affirmation consistant à dire qu'il y a trop d'effectifs, parce que derrière les effectifs il y a des hommes et des femmes qui tous les jours sont au travail et rendent des services à nos concitoyens, aux usagers, aux contribuables. Donc regardons comment nous travaillons avec eux, avec les organisations syndicales comme avec les employeurs. Mais ne rentrons pas dans un débat uniquement par les chiffres ou les mathématiques. MARCELO WESFREID Les plans de départs volontaires, ils ont été annoncés par Gérald DARMANIN, est-ce qu'ils peuvent affecter, toucher, concerner la fonction publique territoriale ? OLIVIER DUSSOPT Bien sûr, l'objectif avec les plans de départ volontaire, c'est aujourd'hui un outil qui n'existe pas. L'objectif que nous avons est de dire que dans une administration qui se restructure, j'ai évoqué tout à l'heure la possibilité que des établissements publics soient fusionnés, dans une collectivité qui mènerait sa propre structuration librement dans le cadre de la restructuration et dans le cadre de la libre administration des collectivités, nous avons une obligation qui est propre au statut de la fonction publique, c'est de garantir un droit au reclassement. Il est encadré, il y a des conditions mais les employeurs publics doivent garantir le droit au reclassement pour les titulaires de la fonction publique. Ce que nous voulons avec les plans de départs volontaires, c'est proposer une offre de mobilité en plus. Ce n'est pas un droit en moins mais c'est une possibilité en plus qui consiste à dire à des agents publics : votre service est en restructuration, vous êtes en sureffectif pour une raison ou pour une autre, il faut l'évaluer, nous vous proposons d'aller vers le privé et de vous accompagner. Et ce que nous voulons discuter avec les organisations syndicales, ce sont des conditions, quelles formations, quelle indemnité, quel accompagnement pour faire en sorte que cette mobilité vers le privé soit possible. JEROME CORDELIER Donc ce sont les syndicats qui vont décider… OLIVIER DUSSOPT Ce ne sont pas les syndicats qui vont décider, nous allons discuter ensemble… MARCELO WESFREID Ils sont sortis déçus des réunions bilatérales… OLIVIER DUSSOPT Il y a parfois un paradoxe mais ce n'est pas propre aux organisations syndicales. Nous partons pour presque un an de discussions, de négociations, de dialogue sur les quatre sujets que j'ai évoqués. Et certains commentateurs souhaiteraient que dès la première semaine, nous ayons déjà tout tranché, nous ayons déjà tout posé. Nous avons une première série de réunions bilatérales avec chacune des 9 organisations syndicales pour discuter du calendrier du rythme des discussions, discuter des objets du débat. Qu'est-ce que l'on met derrière le dialogue social ? Nous allons réfléchir à la composition en fonction des conseils supérieurs de chacun des versants de la fonction publique, des comités techniques, des CHSCT, des commissions administratives paritaires. Tout ça il faut le définir, il faut savoir de quoi nous allons parler et à quel rythme. MARCELO WESFREID Les syndicats eux appellent déjà à manifester dès le 22 mars… OLIVIER DUSSOPT Pas tous ! MARCELO WESFREID Ils seront… 7 organisations syndicales, est-ce qu'elles seront… à votre avis est-ce qu'il y aura du monde dans la rue ? OLIVIER DUSSOPT C'est normal qu'ils soient inquiets et ce n'est pas à moi de faire des prévisions sur la mobilisation de tel ou tel. Mais c'est normal qu'ils soient inquiets pour une raison en particulier. Depuis 20 ans, 30 ans, à chaque fois qu'on envisageait une réforme de la fonction publique ou des services publics, ça a toujours été avec un angle budgétaire sans jamais prendre le temps de discuter des missions, de discuter de la gestion des carrières, de discuter aussi de la gestion des âges, parce que dans une carrière de fonctionnaire, d'agent public il y a aussi des âges différents, il y a des formations que l'on doit acquérir, suivre en cours de carrière. Et nous allons prendre ce temps-là et c'est à moi… MARCELO WESFREID Alors rassurez-les, est-ce que… OLIVIER DUSSOPT C'est à moi de répondre à ces inquiétudes et de travailler avec eux. MARCELO WESFREID Le statut des cheminots, vous allez y toucher mais le statut des fonctionnaires, est-ce qu'il va évoluer, est-ce que vous excluez de le toucher ? OLIVIER DUSSOPT Le Premier ministre a dit que nous maintenons le statut de la fonction publique et il a dit aussi qu'il fallait le moderniser et l'assouplir. Et donc il y a des lois, il y a un cadre législatif, les lois de 83, de 84 et de 86 qui posent les axes et l'architecture du statut de la fonction publique. On peut maintenir ce statut tout en modernisant, en assouplissant les conditions de recours en contrat, en assouplissant des questions de mobilité. JEROME CORDELIER Sur les contractuels justement, comment vous pouvez – parce que c'est une polémique aussi à l'intérieur de la polémique si je puis dire – comment vous pouvez faire pour limiter le nombre, pour éviter les abus justement du recours à des contractuels par rapport au statut ? OLIVIER DUSSOPT Est-ce que vous savez aujourd'hui combien d'agents publics sont contractuels ? JEROME CORDELIER Je l'ignore pour ma part. OLIVIER DUSSOPT Un sur cinq, 19,3 %, 17,3 %... JEROME CORDELIER Justement, la tentation serait grande d'augmenter le nombre… OLIVIER DUSSOPT 17,3 % des agents publics sont contractuels et c'est à peu près 20 % dans la fonction publique territoriale. Et c'est plutôt dans la fonction publique d'Etat, à l'exception du ministère des Armées… JEROME CORDELIER Donc la tentation serait grande d'augmenter le nombre… OLIVIER DUSSOPT Il n'y a ni plancher ni plafond, ça serait stupide de considérer qu'il faudrait 25, 30 ou au contraire limiter à 15. L'objectif que nous avons, c'est de faciliter les conditions de recrutement d'hommes et de femmes en contrat, sans qu'il y ait nécessairement titularisation au bout de ce contrat, de revoir avec les organisations syndicales et le collège des employeurs les modalités de recrutement. Actuellement, les contrats de droit public sont limités à 3 ans, renouvelables une fois et si vous le renouvelez une 3ème fois vous basculez vers un système de CDI. Lorsque vous êtes maire et que vous menez une opération de rénovation urbaine, que vous menez une opération de rénovation du centre-ville, vous signez un partenariat avec l'Etat, avec la région et le département, vous partez pour un projet qui va durer 5 ans, 6 ans, pourquoi ne pas imaginer, sur des compétences spécifiques dont vous avez besoin le temps de ce projet, d'avoir des contrats qui puissent durer le temps du projet, qui soient calés sur le temps du projet de manière à pouvoir avoir les compétences nécessaires pour mener à bien ce projet sans nécessairement aller vers une titularisation et le fait que ces agents restent toute leur carrière dans la même collectivité ou en tout cas dans le même versant de la fonction publique. MARCELO WESFREID J'aimerais avoir Olivier DUSSOPT votre avis sur une information qui est sortie hier par nos collègues de Radio France, à savoir que pendant la campagne présidentielle Jean-Luc MELENCHON a eu recours pour son équipe de campagne à non pas… il ne les a pas salariés, il les a mis en auto-entrepreneurs, qui est pourtant un dispositif que le patron de la France insoumise détestait, alors un mot là-dessus, votre réaction ? OLIVIER DUSSOPT J'ai vu l'information sortir et je veux le dire, je ne suis pas allé vérifier les comptes de campagne de Jean-Luc MELENCHON. Ça n'est pas mon rôle et je n'en ai pas le temps ni beaucoup d'intérêt. MARCELO WESFREID Ils n'ont pas contesté le fait d'avoir eu recours à de l'auto-entrepreneur… CYRIL VIGUIER Non mais vous pouvez avoir un avis, vous pouvez avoir un avis ! OLIVIER DUSSOPT Si c'est le cas, ça illustre une forme de duplicité mais ce n'est pas le seul à la connaître et à connaître ce tourment en politique. JEROME CORDELIER Alors il y a débat, puisque Marcelo est rentré dans la politique, est-ce que… il y a ce débat autour de vous, est-ce que vous seriez la caution de gauche de ce gouvernement qui… OLIVIER DUSSOPT Je n'ai pas le sentiment d'être une caution de quoi que ce soit, j'ai le sentiment d'être utile et la seule chose qui m'importe aujourd'hui, c'est d'être à ma tâche pour réussir les chantiers… JEROME CORDELIER Je pose une question complémentaire là-dessus… OLIVIER DUSSOPT Et atteindre les objectifs que le président de la République… JEROME CORDELIER Mais quand vous croisez vos anciens amis socialistes, comment ça se passe… OLIVIER DUSSOPT Avec l'essentiel d'entre eux, ça se passe très bien. CYRIL VIGUIER Moi j'ai une question, vous avez été jeune élu, deux fois benjamin de l'Assemblée nationale je crois, vous êtes maintenant confronté aux responsabilités, comme l'a dit Nicolas HULOT d'ailleurs, est-ce que ça change vraiment beaucoup, est-ce que vous avez découvert des choses que vous ignoriez quand vous étiez parlementaire ? OLIVIER DUSSOPT Ça change évidemment mais… CYRIL VIGUIER Votre approche des choses ! OLIVIER DUSSOPT Mon objectif c'est d'être utile. Et j'ai le sentiment aujourd'hui d'être utile dans ce que je fais, d'être utile dans ce que je fais et de servir un président de la République, d'être inscrit dans une majorité avec des chantiers qui me passionnent, que je veux réussir et que je veux mener à bien. C'est la seule chose qui compte aujourd'hui. MARCELO WESFREID Vous étiez un soutien de Manuel VALLS il y a encore très peu de temps, quelle place pour vous il occupe, il doit occuper dans la majorité, est-ce que vous lui voyez un avenir particulier dans ce quinquennat ? OLIVIER DUSSOPT C'est lui qui le décidera, c'est lui qui le décidera, ça reste une voix forte, à chaque fois qu'il s'exprime il est entendu et à chaque fois qu'il s'exprime, vous le relayez d'ailleurs. Donc c'est lui qui décidera de la place qui est la sienne, Manuel reste un ami et c'est quelqu'un de valeur, de qualité… CYRIL VIGUIER Dernière question… JEROME CORDELIER Pour poursuivre la question de Marcelo, Manuel VALLS est en train on a l'impression de vouloir faire une carrière en Espagne. Qu'est-ce que vous en pensez-vous ? OLIVIER DUSSOPT Manuel VALLS est actuellement en Polynésie française… pardon, non pas en Polynésie… JEROME CORDELIER Oui, en Espagne il est reçu avec beaucoup plus d'égards qu'en France ! OLIVIER DUSSOPT Tout le monde sait l'attache et l'affection que Manuel a pour l'Espagne et pour la Catalogne en particulier. Actuellement Manuel VALLS est en Nouvelle Calédonie, il mène une mission extrêmement importante pour faire en sorte que le référendum de fin d'année soit réussi… CYRIL VIGUIER On en parle souvent. OLIVIER DUSSOPT Et faire en sorte que cette terre de France, la Nouvelle Calédonie ne puisse pas connaitre les divisions qu'elle a connues dans le passé. CYRIL VIGUIER Vous avez un avis sur les 4 candidats qui vont concourir pour devenir premier secrétaire du Parti socialiste ? OLIVIER DUSSOPT Je les connais tous assez bien et je connais aussi leur parcours. CYRIL VIGUIER Et alors ? OLIVIER DUSSOPT Et les militants socialistes trancheront, c'est leur rôle… CYRIL VIGUIER Aucun avis sur aucun des 4 ? OLIVIER DUSSOPT Je n'ai pas à en avoir… INTERVENANT Une petite préférence pour Olivier FAURE ? OLIVIER DUSSOPT Je n'ai pas à avoir d'ami… CYRIL VIGUIER Vous êtes côte à côte à Bercy avec Gérald DARMANIN, votre ministre de tutelle d'ailleurs, le Premier ministre a marqué son soutien lors d'un déplacement dans le Nord avec lui. Tout le gouvernement fait bloc autour de lui, comment vous le trouvez-vous ? OLIVIER DUSSOPT Gérald DARMANIN ? Attachant… CYRIL VIGUIER Oui, oui, j'entends bien mais dans ces circonstances ? OLIVIER DUSSOPT Travailleur et courageux. CYRIL VIGUIER Et courageux, dans les circonstances actuelles ? OLIVIER DUSSOPT Oui et notre entente est totale et j'ai vraiment plaisir à être à ses côtés. CYRIL VIGUIER Vous auriez signé la pétition par exemple des élus du Nord… OLIVIER DUSSOPT Je ne signe jamais de pétition, mais Gérald sait que je le soutiens dans cette épreuve. CYRIL VIGUIER Merci Olivier DUSSOPT, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Action et des Comptes publics. Sachez que votre interview sera rediffusée et diffusée toute la journée sur les sites Internet des 25 partenaires quotidiens régionaux de cette matinale d'infos. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/615.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/615.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..10a1e99209ef4677ab87661a6d48c7eeb8dfe22a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/615.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la garde des Sceaux, Ministre de la Justice Monsieur le Préfet de région, Madame le Préfet, Mesdames, Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Président du Conseil départemental, Messieurs les Maires, Mesdames, Messieurs les Elus, Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités, Mesdames et Messieurs, Je suis très heureux d'être parmi vous aujourd'hui. Vous savez, il n'y a jamais rien d'innocent ou de véritable hasard et après plusieurs semaines, plusieurs mois de travail sur les sujets essentiels qui font notre justice et plus fondamentalement notre République, je tenais à venir m'exprimer en cette enceinte, dans cette école où nous formons, où nous continuons à former les cadres de l'administration pénitentiaire, celles et ceux qui font cette administration au quotidien. Je tenais à le faire parce que je considère qu'il y a une chose essentielle dans notre pays aujourd'hui qui est de penser le sens de la peine, son sens, son effectivité parce que protéger nos concitoyens qui est au coeur des missions régaliennes c'est aussi savoir punir celles et ceux qui ont effectué des choses répréhensibles. Mais c'est, comme d'ailleurs plusieurs d'entre vous nous l'ont montré tout au long du chemin que nous avons effectué ensemble cet après-midi, savoir donner un sens à cette peine. Ce sont des questions éminemment liées à l'état de nos sociétés et ce que vous faîtes au quotidien ou ce que vous vous apprêtez à faire ce sont des missions éminemment délicates parce qu'elles ont en leur sein à la fois la capacité à protéger l'ensemble de nos concitoyens mais à accepter une idée que trop souvent nous ne voulons plus voir, c'est qu'il y a du mal dans la société, qu'il y a des femmes et des hommes qui parfois commettent le pire et qui devront retrouver une place dans la société. Et qu'oublier cela et tout ce que cela implique au quotidien c'est oublier sans doute l'un des fondements de notre République. Je crois au contraire que nous gagnerons tous à ancrer la peine dans notre substrat moral dans une idée partagée de l'individu et de la société. Et à vouloir oublier cet ancrage on arrive à la situation que nous connaissons aujourd'hui, c'est-à-dire celle d'un vide car au fond bien des difficultés pratiques que nous affrontons aujourd'hui, depuis la mauvaise lisibilité des peines jusqu'à la surpopulation carcérale, ne sont que des symptômes. Mais elles proviennent plus fondamentalement de ce que nous nous sommes passés depuis trop longtemps d'un véritable examen de conscience collectif pour nous demander ce qu'est une peine, à quoi elle sert, comment elle doit être mise en oeuvre pour avoir un sens pour les victimes, pour les coupables et pour la société tout entière. Il y aurait d'un côté en quelque sorte comme souvent d'ailleurs notre vie politique nous invite à opérer des raccourcis, les laxistes qui voudraient que personne ne soit puni ou qu'on écarte le plus rapidement possible les gens de la peine, et de l'autre les vrais durs qui seraient pour emprisonner les gens quelle que soit parfois l'inefficacité de la dite peine, quelles que soient les mauvaises conditions qui ne permettent de toute façon pas de reprendre ensuite une vie normale, d'éviter la récidive. Je ne crois dans aucune de ces options parce que cette vision manichéenne des choses c'est se dispenser d'une vraie réflexion justement sur le contenu moral et politique que nous devons dans notre société donner justement aux peines. Il en est sans doute qui pensent que ce détour par une réflexion renouvelée sur le sens de la peine est une perte de temps et qu'il faut simplement continuer comme nous le faisons en augmentant constamment le nombre de places de prison. Cette vision-là existe mais elle fait d'un problème politique, social et moral un problème immobilier, ce qui est toujours commode mais ne le règle pas. Et je ne saurais m'en satisfaire comme je ne saurais me satisfaire de l'échec mis en évidence par plusieurs observateurs avisés de toutes les fonctions de la peine dans notre société contemporaine. Une peine lorsqu'elle est prononcée doit punir mais, on le voit bien, les difficultés d'exécution, la mise en application erratique, sont à ce titre une réponse insatisfaisante que nous apportons aux victimes. La peine doit protéger le reste de la société mais là aussi quand je regarde les réalités de l'exécution, et je vais y revenir, et de la récidive, cette fonction de protection n'est pas pleinement assurée et nous voyons bien que les peines aujourd'hui telles qu'elles sont prononcées ou pensées ne remplissent plus pleinement cette fonction. Enfin, elle a pour fonction d'éduquer, pour permettre à chacune et chacun de retrouver une place dans la société et j'ai la conviction que nous ne sommes pas arrivés au bout de cette entreprise. Vous êtes toutes et tous les premiers exposés à cette perte de sens notamment lorsque vous devez gérer des populations carcérales privées de perspectives de réinsertion, soumises à un traitement matériel, qui, de la désocialisation propre à toute peine de prison, fait un moment de déshumanisation. Les victimes elles-mêmes ne comprennent plus le régime d'emprisonnement ni les aménagements qui lui sont apportés qui le décorrèlent de la juste sanction. Et la société enfin doit faire face à des phénomènes nouveaux qui de la prison font des lieux dangereux, voire une école du crime. Nous devons donc absolument rompre avec la vision utilitariste de la peine ou je dirai symptomatique, politico-médiatique et revenir à ses fondamentaux. La peine n'est pas là pour répondre à une émotion ou une émotion de la société à un moment, elle n'est pas là pour n'avoir qu'un écho, elle doit reposer sur des piliers stables. Le premier pilier de la peine est qu'elle s'inscrit comme un moment dans la vie d'un individu mais qu'elle n'est pas l'annihilation sociale et morale de cet individu. L'abolition de la peine de mort a fortement ancré cette perspective de réparation dans nos mentalités mais nous n'en avons pas tiré toutes les conséquences. Un individu condamné est voué à se réinsérer, à retrouver une dignité à travers la peine et la mission politique qui est la nôtre est de faire que la punition permette que ce retour dans la société ne constitue pas un risque renouvelé ou accru. C'est sur cela que nous devons bâtir notre conception de la peine et nous devons nous redonner à nous-mêmes une éthique qui redonne force à deux principes aujourd'hui brouillés. D'une part celui de l'effectivité qui garantit que la peine a du sens pour les victimes, pour la société et même pour les coupables eux-mêmes dans un processus de rédemption dont ils saisissent la portée symbolique et physique. Cette effectivité c'est de s'assurer qu'une peine telle qu'elle est prononcée a vocation à être exécutée, que les délais sont réalistes et que les modalités correspondent aux fonctions de la peine que je rappelais il y a un instant. Le deuxième principe c'est celui de dignité qui ne se confond pas avec la simple reconnaissance de quelques droits mais qui consiste bien à chaque instant à se rappeler que le détenu est un individu simplement privé de liberté mais pas privé des autres droits qui sont les siens et qui a vocation à se réintégrer pleinement dans la vie de la société. Ces deux principes impliquent que la peine soit pensée pour chaque individu en fonction de ce qu'il est, de son parcours afin de briser au passage l'espèce de fatalité pénale qui renforce une forme de fatalité sociale et qui fait, pour rappeler René GIRARD, qu'on a l'impression que la pénalité est souvent le renforcement d'une exclusion préalable. Punir ne peut donc pas être un acte mécanique ni automatique, non seulement la peine doit avoir un sens mais elle doit en avoir plusieurs car les fonctions sous-jacentes de la peine sont multiples et aucune peine n'est univoque. C'est le fil de cette réflexion que je veux pouvoir avec vous retrouver et nous l'avons un peu perdu dans notre histoire contemporaine, il faut bien le dire, tous ces débats ont émaillé l'histoire du XIXème siècle et les grandes lois qui ont fait nos prisons. Nous étions à Fresnes il y a quelques jours, qui est pensée, conçue justement après les grandes lois et les grands débats qu'ont alimenté TOCQUEVILLE puis DESSONVILLE. A peu près tout de la réflexion contemporaine que nous devons avoir était posé au moment de ces débats. Mais nous n'avons pas eu la force d'âme de les tenir et nous nous sommes donc réfugiés collectivement dans une forme d'approche collective où la peine n'est plus pensée mais n'est vue comme uniquement le traitement d'un symptôme, le mal dans la société, sans vouloir redonner sa place à chacune et chacun. Et je le dis devant vous parce que vous vivez au quotidien ou vous allez vivre au quotidien avec cela. Et c'est pour ça que le métier que vous avez choisi d'embrasser est essentiel pour notre société et pour notre République parce que vous êtes avec des femmes et des hommes qui sont des concitoyens et qu'il faut traiter comme tel, qui purgent une peine, que vous aidez à retrouver un juste chemin et qu'on ne peut pas nier dans ce parcours de vie. J'ai vu aujourd'hui comme à chaque fois que je me suis déplacé au sein de l'administration pénitentiaire cette même conviction, cette même volonté de faire, ce même engagement que plusieurs d'entre vous m'ont rappelé tout à l'heure. Et donc ce que nous vous devons c'est d'aller au coeur de cette reconception des choses. Je ne parlerai pas aujourd'hui de tous les chantiers de la justice Madame la garde des Sceaux l'évoquera demain en Conseil des ministres et y reviendra d'ici la fin de semaine avec le Premier ministre qui concernent le quotidien particulier des magistrats ici présents et de ce fait de nombre d'entre vous. Je ne reviendrai pas non plus sur le sujet des droits des victimes sur lequel là aussi indépendamment des décisions déjà prises la ministre reviendra dans les prochaines semaines, pas plus que sur le sujet, je l'évoquerai rapidement, de la radicalisation en prison puisqu'il avait déjà fait l'objet d'annonces de la part du Premier ministre. Non, je veux simplement, en quelques instants, vous dire comment je crois que nous devons, en profondeur, convertir notre regard sur la peine et notre pratique pénale. D'abord et avant tout parce que le système dans lequel nous vivons est, j'en suis convaincu, à bout de souffle, en tout cas en impasse. Notre pays, il n'y a pas si longtemps, utilisait des mesures pour réguler l'un des symptômes que nous connaissons de surpopulation carcérale. Il y avait les grâces collectives tous les 14 juillet ou à l'occasion de l'élection d'un nouveau président et ça avait cette fonction-là. Cette pratique était passée d'âge, elle avait d'ailleurs parfois mené à quelques abus ou avait été dévoyée, elle n'était plus ni comprise ni tolérée de nos concitoyens, elle a été justement abandonnée. Mais nous n'avons pas répondu pour autant à cette réalité qui continuait à croître. Et face au risque d'explosion carcérale, une loi de 2004 a alors institué l'aménagement par le juge de l'application des peines des condamnations à des peines d'emprisonnement ou des reliquats de peines inférieurs ou égaux à un an, c'est le fameux article 723-15 du code de procédure pénale, que nul ici ne peut ignorer. Puis par une loi de 2009, ce régime a été étendu aux peines jusqu'à deux ans et par une loi de 2014, on y a inclus les récidivistes. Et au fond, on a décidé qu'on allait gérer la surpopulation, si vous m'autorisez cette formule, par une forme d'hypocrisie collective. On a dit : on va continuer à dire le droit comme on le fait mais on va permettre jusqu'à deux ans et ça n'est pas rien deux ans, ça n'est pas rien !, on aménagera les choses ailleurs, dans un autre lieu, hors du regard. La vérité, c'est que notre système aujourd'hui dysfonctionne en premier lieu parce que ces dispositions n'ont pas permis d'obtenir les résultats escomptés et ont même produit d'autres dysfonctionnements. Ces dispositions, elles ont d'abord bloqué l'exécution rapide et effective des condamnations prononcées par les juges. Aujourd'hui, le juge de l'application des peines est systématiquement saisi pour les peines d'emprisonnement correctionnel allant jusqu'à deux ans. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'il y a une thrombose, ça veut dire que quand la peine est prononcée, non seulement elle a vocation à être immédiatement réformée, jusqu'à deux ans, mais qu'il y a un délai d'attente parce qu'immédiatement, on va devant le juge d'application des peines et que pour les autres qui ont à saisir ce même juge, les délais d'attente se sont aussi accumulés. Cela a produit une brusque et massive augmentation du contentieux traité par ce juge, des délais de traitement des dossiers qui ont fortement augmenté, en particulier dans les plus grandes juridictions. Il est très difficile d'avoir des chiffres agrégés, ce qui n'est pas à notre gloire collective. Donc je pense et Madame la Ministre en est consciente que nous devons avoir un suivi. Mais quand on regarde les rapports du ministère public chaque année, quand on regarde qui est suivi juridiction par juridiction, on voit que ces délais sont beaucoup trop longs, avec des taux d'exécution profondément insatisfaisants. J'étais, la semaine dernière, au SPIP de Paris, puis du Val-de-Marne, ce qu'on me disait, c'est qu'on oscillait entre huit mois et un an, parfois plus d'un an. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que jusqu'à deux ans, un juge peut prononcer une peine. Elle a vocation de manière automatique à être réformée par un autre juge et que la peine sera exécutée de manière décorrélée, sans qu'ils comprennent forcément le lien avec la peine prononcée et qu'on viendra le chercher parfois un an, un an et demi après la peine prononcée ? Donc, parfois plusieurs années après les faits commis. Vous comprenez bien que ce qu'on a fait est un monstre puisque c'est l'inverse de l'effet recherché ! Parce que la personne qui a commis cette peine qui justifiait peut-être parfois un prononcé à six mois ou huit mois, quatre mois : une infraction au code de la route peu sévère, un forfait. Cette personne qui a pu derrière corriger, repartir vers une vie normale, on va peut-être se retrouver dans une situation d'aller la chercher pour l'emmener en prison pendant un mois, pendant deux mois ? On n'a pas protégé la société s'il y avait un vrai risque pendant cette période, on n'a absolument pas envoyé un message aux victimes qui n'ont rien compris pendant le temps d'exécution qui était trop long et on a fait l'inverse d'éduquer celui qui, justement, est condamné parce qu'il ne peut plus rien y comprendre, parce que la peine qu'il a à ce moment-là exécutée est totalement déconnectée du fait générateur et de ce qu'il a lui-même commis. Et je sais bien que tous les magistrats et les professionnels qui ont à appliquer ce système aujourd'hui en souffrent. Et donc ces effets pervers, d'abord, nous devons mieux les mesurer, et nous devons profondément les corriger. Ensuite, le système actuel dysfonctionne parce que la différence entre les peines prononcées et les peines réelles est devenue incompréhensible pour nos concitoyens et au premier chef pour les victimes. Une peine prononcée doit être une peine crédible et comprise non pas forcément parce qu'elle a vocation à être la plus sévère possible, je ne suis pas dans une justice qui doit être uniquement faite pour la victime ou l'émotion collective à un moment donné, mais je sais simplement qu'un système où on prononce des peines qui ont vocation, presque par définition, à ne pas être appliquées est un système qui n'a plus de sens et ne peut plus en avoir ni pour les professionnels du droit ni pour les forces de l'ordre ni pour les victimes ni pour le reste de la société. Il faut rompre avec le caractère systématique et hermétique des règles d'exécution des peines qui ne doivent pas n'être qu'un corpus pour ultraspécialistes. La peine prononcée par le juge, elle l'est au nom du peuple français, elle doit réparer un mal causé à la communauté et pour cela être lisible précisément pour que la communauté estime que le mal est réparé. Je n'adhère pas la vision qui voudrait que le juge correctionnel soit le juge de la culpabilité et du quantum de la peine tandis qu'on laisserait pour plus tard, en un temps non public, la question de la nature et des modalités de la peine. Je n'accepte pas non plus que cet aménagement des peines soit la variable d'un calcul complexe que personne ne maîtrise. En transformant trop souvent une peine d'emprisonnement prononcée par un juge en audience publique en une autre par un autre juge dans son cabinet, on déresponsabilise quelque part toute la chaîne judiciaire. On prononce une peine de prison ferme parce qu'elle est nécessaire tout en sachant qu'elle va être aménagée, comme si l'on voulait symboliquement marquer une gravité je vous condamne à la prison en sachant toutefois que cette peine ne sera pas appliquée parce qu'inutile ou disproportionnée. C'est ce système qui a fait fleurir le prononcé de courtes peines d'emprisonnement devenu par excellence la décision qui n'engage à rien. Et lorsque tout le monde est déresponsabilisé, plus personne ne tient le système. Malgré cela, la loi répète de façon incantatoire que les peines doivent être individualisées et les alternatives favorisées mais la vérité est de fait devenue différente. Elle est, cette vérité, que l'emprisonnement, malgré ces aménagements et cette philosophie poursuivie depuis le milieu des années 2000, l'emprisonnement ne cesse d'augmenter parce qu'au fond, cela reste la solution qui contente symboliquement le plus de monde, ce qui évite de s'interroger sur le sens que cela recouvre, un sens qui, trop souvent, est simplement absent. En janvier 2001, il y avait en France presque 48.000 détenus, soit un taux de détention de 75,6 détenus pour 100.000 habitants ; nous avons aujourd'hui près de 70.000 détenus dans notre pays, soit un taux qui a presque atteint 100 détenus pour 100 000 habitants. Nous sommes le seul grand pays européen qui a suivi cette tendance à la hausse ; nos voisins allemands ont à peu près 80 détenus pour 100 000 habitants. Ils sont restés là où nous étions il y a une quinzaine d'années. Le taux d'occupation des maisons d'arrêt est en moyenne de 141 %, 200 % pour certaines d'entre elles, comme à Fresnes où nous étions il y a quelques jours. Près de 30 % sont en détention provisoire, non condamnés. Voilà comment on transforme en problème logistique un problème qui est d'abord politique et social. Voilà comment on fait de la prison l'antichambre de la récidive qui atteint 40 % pour les délits. Les prisons françaises sont souvent des lieux où la violence s'exerce contre les surveillants, entre les détenus et à chaque fois au détriment des plus faibles. C'est un lieu où, de plus en plus, la violence qu'on devait endiguer et apaiser fermente et se démultiplie parce que nous sommes face à ce phénomène d'inflation que je viens d'évoquer. Ce système qui fonctionne à l'envers de ce que nous devrions faire et de ce que devraient être nos préoccupations communes a en outre la caractéristique de coûter extrêmement cher à une collectivité qui ne protège plus parce que construire des prisons, entretenir un parc immobilier important, y mettre des agents de qualité formés, faire fonctionner ces établissements a un coût. Depuis 30 ans, sept plans immobiliers se sont succédés, des milliards ont été engloutis. Une journée en détention coûte plus de 100 euros en moyenne quand un bracelet électronique, pour ne prendre que cet exemple, ne coûte que 11 euros. Et cet effort financier considérable n'a de sens que s'il remplit les objectifs que chaque citoyen est en droit de lui assigner : protéger, rééduquer. Or, ce n'est plus le cas aujourd'hui en raison de la situation même que je viens de décrire. Et ce système a perdu de vue son cap, quel que soit le talent, le dévouement, l'engagement de toutes celles et ceux qui le font tenir au quotidien et à qui je rends hommage, mais ni le personnel pénitentiaire ni les magistrats ni les Français ni même les victimes n'y trouvent aujourd'hui leur compte. Nous devons donc changer ce système qui ne protège plus suffisamment, qui mine le personnel pénitentiaire et empêche ceux qui le pourraient de se réinsérer et de sortir de la délinquance. Ce ne sont pas les acteurs qui sont en cause. Ce sont plutôt les acteurs involontaires d'un système qui ne marche plus et auquel ensemble, nous avons résolu de mettre un terme et c'est une condition même de notre dignité collective et au premier chef de la dignité de celles et ceux qui travaillent au quotidien. C'est pourquoi je veux rebâtir ce système sur ces deux piliers de l'effectivité des peines et de la dignité que j'évoquais il y a un instant. L'effectivité des peines, c'est donc de repenser la manière dont on les décide, dont on les applique et d'en refonder en quelque sorte la philosophie profonde. A chaque fois que je me suis déplacé, notamment dans des services d'application des peines auprès de magistrats, j'ai entendu les juges dire que, souvent, ils n'avaient pas suffisamment d'informations pour pouvoir prononcer une autre peine que l'emprisonnement. Je souhaite que nous puissions répondre à cela en favorisant le dossier unique de personnalité. Ça n'est pas une invention ce dossier unique de personnalité existe aujourd'hui pour les mineurs. Les magistrats qui sont là le savent parfaitement. Je sais aussi qu'il est exigeant et qu'il suppose des moyens et je souhaite que dans le cadre des chantiers de la justice, les moyens qui seront dégagés à travers la numérisation, les réorganisations justement qui seront annoncées puissent être pour partie redéployés sur cette priorité. Ce dossier unique de personnalité permet que les informations glanées au fil des enquêtes ou des procédures sur une personne ne soient pas perdues mais puissent être réutilisées lors du procès. Il faut aussi développer, enrichir les enquêtes de personnalité qu'utilise le juge pour décider notamment en renforçant le rôle des services d'insertion et de probation à cet effet. Cela permettra une meilleure décision notamment pour éviter les détentions provisoires inutiles. C'est d'ailleurs, je le sais, la vocation profonde de tous les magistrats qui se sont engagés. C'est de pouvoir juger dans sa plénitude un individu et pas simplement un acte parce que c'est le coeur même de l'individualisation de la peine, ce qui fonde même constitutionnellement le sens de notre justice. Aussi je souhaite que, si vous estimez qu'une personne doit être incarcérée, vous puissiez prononcer à l'audience de jugement un mandat de dépôt. Si vous considérez que la personne n'est pas dangereuse, qu'elle a commis une faute mais qu'elle doit pouvoir mettre de l'ordre dans ses affaires avant d'être incarcérée pour soit sauver un emploi, pour mettre à l'abri sa famille, alors vous pourrez prononcer un mandat de dépôt différé. Cela signifie que si la condamnation à l'emprisonnement est nécessaire, doit être appliquée effectivement et rapidement, soit immédiatement soit après un délai de quelques semaines, vous aurez à décider des conditions. Le mandat de dépôt différé sera précisément l'une des mesures nouvelles que nous allons créer et sur lesquelles la ministre reviendra dans quelques jours. Surtout, nous allons transformer les aménagements systématiques des peines et ce que je viens à l'instant de dénoncer. En effet, pour les peines inférieures à un an, nous mettrons un terme à l'automaticité. C'est le tribunal qui devra décider expressément d'un aménagement au vu du profil de la personne et non plus en se soumettant à un système automatique. Ce sont les petites peines, celles de moins de six mois voire de moins d'un mois qui sont particulièrement inutiles et contre-productives. Il y a là-dessus un consensus complet. Dix mille personnes sont condamnées chaque année à une peine d'emprisonnement de moins d'un mois, quatre-vingt mille pour des peines d'un à six mois. Toutes ces personnes, ces quatre-vingt-dix mille personnes chaque année, sont au coeur de ce que je dénonçais tout à l'heure en termes de dysfonctionnement. Cela concerne le plus souvent des délits routiers, des vols, la consommation de stupéfiants. Je ne dis à aucun moment que ces infractions ne sont pas graves, je n'ai aucune sympathie que ce soit pour les chauffards ou l'usage de drogues mais il faut sanctionner d'une peine graduée qui permette de lutter contre la récidive, qui facilite la réinsertion et qui soit intelligible. Aussi je souhaite que nous ayons une réponse beaucoup plus claire et beaucoup plus rapide sur chacune d'entre elles. Ainsi, nous allons forfaitiser plusieurs délits, notamment l'usage de stupéfiants, ce qui contribuera à alléger la tâche des enquêteurs, des greffiers et des magistrats mais est aussi une autre modalité d'application des peines efficace car rapide et effective. La ministre reviendra sur ce sujet là aussi très précisément mais ça consiste à dire que nous allons substituer à ces modalités d'aujourd'hui des peines de prison ou d'enfermement des amendes et des mesures pénales autres. Les peines inférieures ou égales à un mois seront proscrites. Elles seront proscrites parce qu'elles ne servent à rien si ce n'est à produire des effets contraires à ce qui est recherché. Elles ne permettent aucun contrôle et vous le savez très bien. Elles ne permettent aucun suivi et nous ne pouvons plus nous permettre une justice symbolique. Nous voulons tous une justice efficace. Lorsqu'on envoie quelqu'un pour quelques semaines simplement en prison, on sait très bien qu'on ne peut pas l'aider à en sortir, on ne peut pas le réinsérer, au mieux on brise sa vie familiale et la vie professionnelle qui étaient encore les dernières choses qui le rattachaient à la société. Les peines entre un et six mois pourront s'exécuter hors des établissements pénitentiaires. Il ne s'agira clairement pas d'une concession à la fermeté nécessaire face à la délinquance, au contraire. J'invite d'ailleurs tous ceux qui pensent que c'est du laxisme à porter un bracelet électronique au quotidien et ils verront ce que c'est en termes de contrôle, d'emprise et de vraies conséquences. Ces peines pourront être exécutées sous surveillance électronique en semi-liberté ou en placement extérieur dans une association qui est aussi, dans certains cas, une possibilité efficace d'éloignement d'un quartier ou d'une victime. La décision de placer en détention peut s'avérer nécessaire même en deçà de six mois mais elle ne restera ouverte au juge correctionnel que si celui-ci assume cette décision et que si elle s'explique au regard de la personnalité du condamné et non en déléguant un possible aménagement à un autre juge. Je souhaite donc que pour les peines prison de moins de six mois, elles soient dûment motivées, pleinement assumées par le juge et considérées comme exceptionnelles. Toutes s'accompagneront de manière systématique de la mise en place d'un suivi socio-éducatif avec un conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation référent. Ces mesures qui constituent un tout cohérent doivent nous conduire à diminuer drastiquement les temps de mise à exécution, puisque tout ce que je vous décrivais tout à l'heure, ces dizaines de milliers de condamnés annuels qui sont concernés par des peines de moins de deux ans, qui automatiquement allaient devant le juge d'application des peines, seront sortis justement de ces activités. Ce qui permettra là aussi de réduire drastiquement les temps d'exécution et donc d'avoir non seulement une peine qui correspond aux fonctions que nous lui donnons, et une application intelligible à la fois pour la victime, et donc une réponse qui lui est donnée de manière beaucoup plus rapide pour le condamné et pour l'ensemble de la communauté. Par ailleurs, une fois que la peine aura reçu une première exécution, il faudra favoriser un dispositif d'accompagnement pour éviter les sorties sèches, facteur de récidive, notamment celles permettant un contrôle et un suivi renforcés. Le dispositif de la libération sous contrainte sera privilégié et son efficacité renforcée. La libération sous contrainte sera le principe et son refus devra être exceptionnel et motivé. C'est un sas efficace vers une sortie définitive de la détention et de la délinquance qui doit être privilégié. Nous allons également créer et rénover des peines qui auront leur sens et leur qualité propre et ne serons pas de simples alternatives à l'enfermement. Il faut en effet repenser la protection hors les murs et en premier lieu, par la détention domiciliaire sous surveillance électronique. Ce seront donc de véritables peines autonomes qui seront ainsi pensées. Cette nouvelle peine autonome aura l'avantage de permettre à la personne de ne pas se désinsérer, de conserver son emploi si elle en avait un. Si vous êtes boulanger, que vous conduisez sous l'emprise de l'alcool ou que vous consommez régulièrement du cannabis, c'est grave. Vous méritez une sanction pénale mais la bonne sanction pénale n'est à coup sûr en aucun cas de faire que vous allez perdre votre boulangerie, votre famille et passer quatre mois en prison. Parce que de façon évidente et à peu près systématique, vous ressortirez de ces quatre mois de prison en ayant perdu votre commerce, peut-être votre famille, et en continuant à consommer ou des stupéfiants ou de l'alcool. La sanction qui protège la société n'est pas non plus celle qui consiste à vous faire perdre votre emploi et vous poussez sans doute encore vers davantage de déviance. Elle est précisément à travers ces mesures coercitives cette peine autonome qui sera inscrite dans la loi et un accompagnement indispensable pour vous aider à en sortir. Le sursis probation sera développé quant à lui en fusionnant la contrainte pénale et le sursis avec mise à l'épreuve. La contrainte pénale est une mesure intelligente parce qu'elle entendait déjà sortir du systématisme de l'emprisonnement en créant une peine axée sur un contrôle personnalisé très approfondi et sur des méthodes de travail innovantes pour les services pénitentiaires d'insertion et de probation. Mais force est de constater que les conditions de sa mise en oeuvre, sa trop grande complexité, l'impossibilité de prononcer une peine mixte de prison et de suivi font qu'elle est beaucoup trop peu utilisée contrairement au sursis avec mise à l'épreuve. Quatre-vingt mille sursis avec mise à l'épreuve sont prononcées par an, ce qui est significatif rapporté aux mille deux cents contraintes pénales. Le sursis mise à l'épreuve est un outil important mais qui ne comprend pas en son sein, pour l'heure tout au moins, la boîte à outils de la contrainte pénale et donc les possibilités de cette dernière. Le résultat, c'est que 40 % environ des condamnés auxquels justement un sursis avec mise à l'épreuve est infligé achèvent leur peine sans qu'un suivi autre qu'une forme de contrôle judiciaire ait été mis en place. 40 %. La réforme que portera la garde des Sceaux aura donc pour effet à travers ce sursis probation d'étendre le régime et donc les possibilités d'individualisation et la systématisation d'un suivi socio-éducatif qui est aujourd'hui seul permis par la contrainte pénale. Nous allons donc simplifier la mesure et accroître un véritable contrôle hors les murs. Par contre, pour être très explicite, pour toutes les peines au-dessus de six mois, je veux que nous ayons une politique beaucoup plus claire en termes d'exécution. Ainsi lorsque le juge aura à prononcer des peines de prison de plus de six mois, il n'y aura plus d'aménagement automatique. Entre six mois et un an, le juge prononcera une peine en explicitant soit l'impossibilité d'un aménagement, soit un aménagement qu'il endosse lui-même et qu'il décide dans son prononcé, soit pourra accepter le renvoi mais occasionnel et non plus automatique à un juge d'application des peines. Au-delà d'une peine de prison d'un an, le juge d'application des peines ne sera plus saisi car il n'y aura plus d'aménagement. C'est cette nouvelle politique de la peine qui nous permettra de faire preuve tout à la fois de la fermeté nécessaire pour protéger les citoyens en luttant contre la récidive, en écartant les personnes qui doivent l'être parce qu'elles ont commis des faits qui le justifient, en oubliant ni les victimes ni les condamnés, mais en ayant une approche tout à la fois plus pragmatique et conforme à cette philosophie de la peine que j'évoquais il y a un instant. Les victimes, je le disais, ne sont pas oubliées la ministre y reviendra et les crédits pour accompagner les victimes vont augmenter au cours du quinquennat pour atteindre un volume triple de ce qu'ils étaient en 2012 et continuer les réformes qui ont été lancées sur ce thème. C'est pour moi le premier pilier de cette transformation que nous devons conduire, l'effectivité de la peine. Le deuxième pilier, c'est celui de la dignité. On est condamné à la prison parce qu'on a commis quelque chose de grave mais on n'est pas condamné à perdre tous ses droits, sa dignité ou à vivre à trois dans neuf mètres carrés. On est condamné à l'enfermement mais pas à la promiscuité ou à vivre en compagnie des rats ou des punaises de lit. Pas plus que lorsqu'on s'engage à rejoindre une tâche éminente au sein de la République, on ne s'engage à vivre dans ces conditions. Il faut faire de la prison un temps utile et un lieu de dignité parce que c'est une condition même de cette fonction éducative de la peine mais aussi de la protection de la société dans la durée. Le premier point, c'est évidemment celui de la population que j'évoquais tout à l'heure pour en dresser le constat. Il est évident que parler de dignité, qu'il s'agisse des personnels comme des détenus, n'est pas possible dans la situation que nous connaissons aujourd'hui. J'ai, durant la campagne présidentielle, pris un engagement qui était celui de ne pas rompre le cours de l'engagement lancé par mon prédécesseur François HOLLANDE et le plan lancé par le prédécesseur de la ministre, Jean-Jacques URVOAS, qui étaient ces constructions de quinze mille nouvelles places de prison. Parce que si on reprend la chronique de tous les plans durant les décennies précédentes, généralement le niveau de tension arrive à son comble à la fin d'un quinquennat. Nous ne faisons rien auparavant donc n'ayez de craintes, ça s'est passé au début cette fois-ci. Et donc normalement, c'est à la fin du quinquennat que les tensions montent et on cède, on fait un plan que le président nouvellement élu abandonne. Si vous regardez la chronique généralement des plans pénitentiaires, ils sont faits dans les deux dernières années d'un quinquennat ou d'un septennat et on n'en fait qu'une partie parce qu'ensuite, il est abandonné. J'ai pensé que c'était important de poursuivre cet engagement des quinze mille places et donc de poursuivre. Néanmoins j'entends, je constate, je lis, je vois et je ne veux pas qu'il y ait sur ce sujet quelque fétichisme que ce soit. Il y aura un travail durant les prochaines semaines et les prochains mois pour programmer justement et planifier la création de nouvelles places de prison. Les contraintes immobilières mécaniques ont conduit à ce qu'on m'explique que c'était impossible d'en faire quinze mille même durant un quinquennat, qu'on pouvait au maximum en faire sept mille. Dont acte. Mais si on est cohérent avec tout ce que je viens de vous dire, on va réduire de la surpopulation carcérale par des mesures plus intelligentes et un changement de la philosophie des peines. Et si je suis cohérent avec le constat que j'ai moi-même dressé, je ne suis pas sûr que j'ai envie d'ajouter un plan qui soit uniquement un plan de création de nouvelles places de prison pour répondre aux problèmes que je viens de décrire. Aussi je souhaite que ce qui a été financièrement programmé dans le cadre de ce plan et de cet engagement puisse être adapté de manière pragmatique avec les acteurs de terrain que vous êtes pour qu'on puisse identifier les nouvelles places de prison qu'il faut créer et les établissements qu'il faudra de toute façon immanquablement ouvrir. Ce n'est peut-être pas à la magnitude initialement envisagé, c'est peut-être utiliser une partie de cet engagement budgétaire pour rénover en profondeur certains établissements pour lesquels c'est une nécessité. Et en même temps que nous devons créer des places de prison, il est indispensable, pour répondre à ce critère de dignité, de procéder à la rénovation comme cela a été effectué pour la Santé, qui rouvrira au mois d'octobre prochain, il est indispensable d'assurer la rénovation de plusieurs établissements. Ensuite, je souhaite qu'on puisse redéployer une partie aussi de ces dotations budgétaires dans la formation, l'embauche additionnelle au-delà de ce qui a d'ores et déjà été annoncé et sur lesquelles je vais revenir, de personnels soit de surveillants, soit de DPIP ou de CPIP parce que c'est une mesure indispensable pour accompagner les transformations que je viens d'évoquer. Et donc il faut que nous puissions mettre en cohérence cet engagement pour passer d'une logique qui était exclusivement immobilière à la transformation d'une philosophie en profondeur et d'une réorganisation telle que je viens de l'évoquer. Et donc, je souhaite que nous puissions, à hauteur de ce qui apparaîtra comme nécessaire, procéder aux ouvertures d'établissements requis mais aussi à cette politique de rénovation des établissements et d'embauches indispensables. Les informations qui m'ont été communiquées m'ont aussi conduit à penser qu'il fallait sans doute ne pas ouvrir simplement des maisons d'arrêt classiques mais aussi des établissements à sécurité adaptée, permettant d'accueillir des profils différents et de favoriser le travail et la réinsertion. C'est pourquoi il est indispensable là aussi, et ce sera tout le travail des prochaines semaines et des prochains mois, dans les créations de places nouvelles d'adapter le programme pour que ce ne soient pas simplement des maisons d'arrêt classiques que nous allions ouvrir mais bien les formes et les modalités de détention nouvelles en fonction de la dangerosité et des caractéristiques des détenus ainsi analysées. Je souhaite aussi, pour répondre à ce sujet de la surpopulation carcérale, au-delà de toute la transformation justement de l'organisation et de la philosophie de la peine que je viens d'évoquer, au-delà de ce plan immobilier adapté, que nous puissions expérimenter ce qui a été proposé à plusieurs reprises et qui est parfois pratiqué, c'est-à-dire la régulation carcérale qui me paraît être une piste intéressante. Elle favorise le partenariat entre acteurs de l'exécution des peines et permet d'allouer plus efficacement les places disponibles, ce qui évite les conditions indignes d'hébergement et des expérimentations seront dans ce cadre lancées. Deuxième élément de la dignité pour chacune et chacun, c'est l'activité en prison. La prison ne pas être ce lieu de promiscuité indigne de notre pays et elle ne saurait davantage être un lieu d'oisiveté. Dans beaucoup de maisons d'arrêt, les détenus, parce qu'ils n'ont pas le choix, sont dans leur cellule près de vingt-deux heures par jour désoeuvrés. Une enquête conduite fin 2016 a montré que les détenus en maison d'arrêt bénéficiaient en moyenne de trois heures trente-quatre d'activités quotidiennes en semaine et de vingt-quatre minutes le week-end. On ne peut pas espérer une seule seconde réinsérer qui que ce soit avec ces chiffres-là. C'est simplement une insulte à l'idée que nous nous faisons comme nation, comme République, de la dignité des individus quelle que soit leur faute. Et c'est même le plus sûr moyen de les précipiter dans la désocialisation et de ruiner leurs chances de retour à une vie normale. C'est d'ailleurs bien souvent sur ce sujet aussi que la Cour européenne des droits de l'Homme nous a condamnés, laquelle d'ailleurs n'a jamais cessé d'être un aiguillon indispensable pour justement restaurer pleinement la dignité de tous nos détenus. Le développement des activités, c'est un objectif poursuivi avec ténacité par l'administration pénitentiaire et c'est pour ça que, là encore, je n'incrimine pas ni cette administration ni les personnes qui ne traitent que le symptôme de tout ce que j'ai décrit tout à l'heure. Mais je dois ici regarder aussi avec vous, en face, la situation. En 2000, 46,5 % des détenus avaient une activité. Aujourd'hui, c'est 29 % d'entre eux. Nous allons donc lancer des initiatives pour que d'une façon générale l'activité soit au coeur de la peine, qu'il s'agisse de travail ou de formation, mais également de la capacité à offrir aux condamnés la possibilité de réintégrer pleinement la communauté nationale par ce truchement. Et je souhaite donc que nous mobilisions – j'y reviendrai dans quelques instants pour le temps hors de la prison – mais que nous mobilisions pleinement l'ensemble des acteurs économiques, associatifs et du monde aussi de l'entrepreneuriat solidaire, pour justement aller au bout de cette entreprise et améliorer ces chiffres. Cette dignité, elle passe aussi par la reconnaissance pleine et entière des droits des détenus. Le droit de vote doit pouvoir être exercé plus simplement. Je vous le dis très sincèrement, on a essayé de m'expliquer pourquoi des détenus ne pouvaient pas voter, je n'ai pas compris. Il semblerait que ce soit le seul endroit de la République où on ne sache pas organiser ni le vote par correspondance, ni l'organisation d'un bureau. La réalité, c'est que nous allons le faire et que, pour les prochaines élections européennes, je veux que tous les détenus en France puissent exercer le droit de vote. Parce que, encore une fois, on prive un individu de sa liberté pas de ses droits civiques, sauf si la peine est explicitement, pour certains de ces droits civiques, prononcée. C'est un citoyen dont la liberté est réduite, mais ça n'est pas moins. Je souhaite aussi que le droit du travail, en étant adapté évidemment à la réalité et aux contraintes de la prison, puisse s'appliquer aux détenus et, à tout le moins, que le lien qui unit l'administration pénitentiaire et le détenu travaillant en son sein soit un lien contractuel avec des garanties qui s'y attachent, et non plus un acte unilatéral avec la négation de tous les droits. Et en vous disant ça, je dis quelque chose qui est important pour vous aussi qui vivez ou allez vivre au quotidien avec les détenus. Et je l'ai vu tout à l'heure dans vos enseignements, et je le sais parce que j'ai vu votre attachement à la dignité de la fonction : on ne peut pas demander à des détenus de respecter la société, de pouvoir se réinsérer en elle ou de respecter l'uniforme que vous portez si on nie la dignité et les droits de ces individus. C'est une évidence et ça n'est pas punir plus durement que de nier les droits de ces individus lorsqu'ils sont en prison. C'est commettre une erreur immense parce que, à travers ces droits, on nie leur part d'humanité. On nie ce qui, quel que soit ce qu'ils aient commis, les relie à toute la société et à la communauté nationale : les droits et devoirs qui nous tiennent. Et donc reconnaître les droits civiques, le droit de vote, reconnaître un droit du travail adapté mais un droit du travail dans la prison, ça n'est pas une mesure de complaisance à l'égard des détenus. Non, c'est une mesure indispensable pour en faire des citoyens à part entière et changer votre quotidien, et permettre leur réinsertion dans la société véritable et c'est une mesure de dignité pour nous-mêmes, pour la République. La formation doit également être offerte aux condamnés qui ne peuvent pas être laissés à l'écart des dispositifs de droit commun. Il y a, sur ce sujet, une vraie responsabilité des régions. Monsieur le vice-président le sait, il y a ici une région engagée sur ce sujet, mais il y a d'autres régions qui ont décidé parfois, pour faire des économies, de se désengager des structures d'accès au droit, d'abandonner le financement de ces mesures pourtant indispensables et d'oublier ce que la loi leur avait confié comme mission. Je le regrette profondément et je pense que c'est là une profonde erreur. Et je le dis, encore une fois, dans une région qui, elle, s'est fortement engagée sur ce sujet et plus largement sur le sujet de la formation professionnelle. Penser cette dignité et cette activité, c'est aussi le penser hors de la prison et c'est là où le travail d'intérêt général est un élément essentiel pour penser, justement, à la fois cette dignité et cette effectivité de la peine. Je souhaite que le travail d'intérêt général puisse être considérablement étendu. Il doit être conçu non pas comme une « petite peine », à la marge, mais nous devons au contraire créer les conditions pour qu'il soit une peine significative, contraignante mais qui réintègre le condamné dans la société par le travail et la réparation. Une agence de travaux d'intérêts généraux sera créée et je remercie ici le député PARIS et monsieur LAYANI pour le rapport qu'ils ont produit. C'est un bon rapport, il sera donc appliqué. Parce que le travail d'intérêt général ne représente aujourd'hui que 6 % des peines prononcées, alors qu'il a un taux d'exécution de 80 % et que, comme l'ont montré les études récentes, le taux de récidive est de 61 % pour les sortants de prison analysés dans une cohorte comparable contre 34 % pour les bénéficiaires d'un travail d'intérêt général avec les mêmes peines. Le travail d'intérêt général est donc, s'il est bien pensé, tout à la fois contraignant et utile pour la réinsertion. L'Etat à cet égard n'est pas exemplaire et je m'engage à faire en sorte que les services de l'Etat se mobilisent pour offrir de telles places. J'ai demandé au Premier ministre, qui en donnera les voies et moyens en fin de semaine, d'engager tout le gouvernement dans cette direction. Chacun doit prendre sa part. Les collectivités territoriales, afin qu'elles ouvrent davantage de postes, les entreprises qui peuvent prendre leur part de l'effort collectif et les postes de travaux d'intérêt général devront être ouverts au secteur privé de façon encadrée. Je souhaite par ailleurs qu'un continuum puisse être crée entre l'activité à l'intérieur de la détention et l'activité à l'extérieur une fois les personnes sorties. Je sais que des entreprises, des associations, des fondations sont déjà pleinement engagées. Il faut que ce cercle des engagés justement s'élargisse et que nous puissions créer ensemble un véritable effet de levier. C'est pourquoi je m'engage personnellement à réunir à l'Elysée les chefs d'entreprises volontaires pour une telle expérience de mobilisation. Nous favoriserons les partenariats entre le secteur privé, le secteur public et le secteur associatif pour que cette activité ainsi pensée soit un rempart efficace contre la récidive. Enfin, penser les droits c'est aussi penser les droits garantis et en particulier l'accès aux soins. Nombre de nos détenus aujourd'hui n'ont pas tous ces droits. Nous devons poursuivre en la matière les efforts entrepris, en particulier pour les détenus souffrant de troubles psychiatriques. Un travail parlementaire est en cours sur ce point sur lequel nous nous appuierons là aussi pour agir. Restaurer le sens de la peine, rendre à l'application de cette peine son sens, son utilité, c'est cela rendre à la prison son rôle moral et social. Et de cela, Mesdames et Messieurs vous êtes les garants, et c'est pour cela que l'administration pénitentiaire joue un rôle tout particulier. C'est pour ça que je voulais aujourd'hui m'exprimer devant vous. Je n'ignore rien de ce que vous vivez au quotidien, des agressions inacceptables, des difficultés des conditions d'exercice de la mission. La garde des Sceaux y a apporté une première réponse avec votre directeur en proposant un plan d'urgence qui a conduit à des décisions claires qui seront appliquées. Mais ce que je tenais à vous dire aujourd'hui est une réponse, comme vous l'avez compris, qui imposera de réviser plus largement notre propre philosophie, notre droit, nos lois et notre organisation collective. Mais il n'en demeure pas moins que ce seront aussi des moyens qui seront mis en oeuvre pour répondre à ces objectifs. La création de mille cent emplois supplémentaires contribuera à la réduction des vacances de postes pour les surveillants. La filière insertion et probation bénéficiera de la création de quinze cents postes et l'objectif est ainsi de diminuer le nombre de dossiers par conseiller, tout en élargissant le champ et l'intensité du contrôle sur les condamnés. Et je souhaite que nous puissions voir d'ailleurs au fil de l'eau de ce programme immobilier tel qu'il a été pensé les réallocations vers de nouvelles embauches si elles étaient indispensables, plutôt que des rénovations ou créations de nouvelles places de prison. Au-delà des recrutements, j'ai bien conscience que c'est aussi l'attractivité des professions qu'il faut améliorer. C'est le sens des primes prévues dans le protocole d'accord, c'est le sens aussi des mesures qui seront prises dès le début de l'année 2019. Je sais que certains les attendaient pour 2018, je sais aussi que la responsabilité qui a été celle du gouvernement était de faire un état des lieux et de prendre, pour l'ensemble de la fonction publique, des mesures qui étaient soutenables, ce qui a conduit à tout différer, pas simplement pour ce qui concerne votre administration, des mesures qui étaient initialement envisagées pour 2018. Les CPIP ont obtenu une progression statutaire que je confirme aujourd'hui, mais elle sera appliquée et bien appliqué à partir de 2019. Toutes ces mesures devront être, dans les prochaines semaines et prochains mois, complétées par ce qui est indispensable pour réussir la pleine exécution de cette transformation que je viens d'évoquer. Elles s'accompagneront aussi d'une vraie réorganisation concrète sur le terrain, telle que le Premier ministre par exemple les a énoncées pour ce qui s'agit des détenus radicalisés et donc des véritables réorganisations là aussi parfois immobilières, des aménagements de certaines zones pénitentiaires pour adresser le sujet spécifique de la dangerosité de ces détenus. Je souhaite aussi que nous puissions poursuivre le travail qui a été commencé en matière de renseignement pénitentiaire et qui a conduit, durant ces derniers mois, à un progrès tangible et que, je peux vous dire, je mesure chaque semaine. Mais au-delà de toutes ces mesures, ce que je veux vous dire et ce qui est la raison de ma présence aujourd'hui, c'est que vous avez décidé d'embrasser une profession dont on doit pleinement restaurer toute la noblesse et toute l'importance dans la République. Vous avez vous aussi décidé de servir pour défendre l'honneur que vous portez haut, l'honneur de la République et de la nation, pour protéger, pour rééduquer, pour aider à retrouver une place dans la société. Alors je sais les conditions souvent très difficiles qui sont les vôtres ; vous avez compris que nous ferons tout pour les améliorer aussi en en repensant très profondément les fondamentaux. Parce que je sais qu'une nation est jugée aussi à travers ses prisons. Beaucoup ne voudraient plus les voir, considérant que c'est la part maudite d'une nation. C'est aussi la nation, c'est la nation dans le mal qu'elle en elle comme je l'ai évoqué et qu'on ne supprimera pas, qu'on peut traiter, sur lequel on continue un travail. Et donc, nous serons regardés à l'aune de ce que nous ferons de cette part de nous-mêmes. Et donc, je ne laisserai pas l'indignité dans nos prisons. Ça ne se fera pas du jour au lendemain et le travail que je viens d'annoncer, ce que je viens ici vous exposer, supposera l'engagement de toutes et tous, parfois des changements de pratiques, de philosophie profonde, mais notre pays en a besoin. J'ai parlé à l'ensemble de nos concitoyens en début d'année de la cohésion de la nation. Ce que je viens de vous exposer, ce travail sur la peine, sur nos prisons est une part importante de cette cohésion nationale. Parce que la cohésion de la nation se joue là aussi, parce que celles et ceux qui arrivent en prison ont souvent été les abandonnés, pour certains les traîtres, de la cohésion de la nation. Et en en sortant, ils la testeront encore et ils reviennent parmi nous, et tout au long de la peine ils sont encore dans la nation. Et c'est cela ce que vous permettez chaque jour, et c'est cela que nous devons penser plutôt que de refuser de le voir, et c'est cela dont nous devons construire tout à la fois l'effectivité et la dignité. Pour toutes ces raisons, vous avez compris que mon engagement sera complet, mais vous avez aussi compris que je comptais beaucoup sur vous. Je veux vous dire combien la profession, les professions, que vous avez choisies d'embrasser sont importantes pour notre pays, pour notre République, pour notre nation. Je vous remercie. Je vais maintenant répondre à vos questions. Benjamin THOUEILLES (phon), élève surveillant : Bonjour Monsieur le Président de la République. Je m'appelle Benjamin THOUEILLES, je suis élève surveillant de la 195ème promotion. Etre surveillant pénitentiaire aujourd'hui est un métier qui n'attire pas et pourtant, moi comme mes camarades, nous sommes là. Nous sommes là parce que nous essayons d'incarner dans notre formation et pas notre travail en établissement des valeurs fortes qui soutiennent nos pratiques professionnelles, pratiques professionnelles qui visent à remplir une mission de sécurité et de prévention de la récidive. L'exercice de ces missions est, vous le savez, mis en difficulté par les violences des publics que nous prenons en charge et notamment les personnes détenues radicalisées, mais aussi la surpopulation carcérale, l'absence d'enseignement individuel pour tous et le manque d'effectifs. Le cadre juridique européen nous contraint mais les pratiques professionnelles de nos voisins ouvrent des perspectives, comme le module de respect par exemple. En cela, le programme immobilier à venir est une chance. Ma question est donc la suivante : comment ce programme immobilier prendra-t-il en compte le profil violent des personnes détenues et soutiendra-t-il des pratiques professionnelles innovantes tout en reconnaissant les spécificités de nos métiers liés à la sécurité et à la prévention de la récidive en prison ? En tant que futurs professionnels, nous pensons que les agents pénitentiaires devraient participer activement à l'élaboration de ce projet. De vos réponses, Monsieur le président de la République, dépendront l'attractivité et la reconnaissance de notre profession. Je vous remercie. LE PRESIDENT : Merci beaucoup. Alors d'abord, vous avez raison de parler de l'attractivité de vos professions. Je considère qu'en parler, les reconnaître, les mettre en lumière différemment comme ce que nous faisons aujourd'hui, est indispensable. Je crois que c'est la première fois qu'un président de la République vient dans votre école et donc, vous voyez bien que c'est aussi une volonté qu'a une nation de reconnaître ce que vous représentez et ce que vous faites. Ensuite, il y a plusieurs mesures catégorielles, je l'évoquais pour certains pour 2019 ce qui avait été acté. Ce sont aussi les primes que la ministre a rappelées qui vont permettre là aussi de répondre à une part de l'attractivité, parce que je connais aussi la grille indiciaire et salariale et les différences qui existent avec notre profession. Je sais aussi les contraintes liées à la mission qui font que, on a énormément de mal à fidéliser beaucoup d'entre vous autour des 30-35 ans, qui peuvent être attirés par, soit, d'autres missions, soit, parfois, la police municipale ou d'autres. Donc on va traiter ce sujet aussi par la gestion des carrières, l'attractivité de celles-ci, et cette période un peu, je dirais, plus sensible, où on construit sa vie de famille, ce qui est pleinement légitime, et où donc, il faut un peu penser les contraintes en termes de logement, penser le système de primes, et avoir quelque chose qui est homogène, avec d'autres professions que vous pouvez légitimement embrasser, que vous regardez. Donc là, il y a une réponse très concrète de gestion des carrières. Notre souhait aussi, et la ministre s'est, à plusieurs reprises, exprimée sur ce point, et c'est quelque chose qu'elle va continuer à travailler avec le directeur de l'administration pénitentiaire, c'est justement la meilleure gestion des carrières, c'est de vous permettre d'avoir aussi un cursus qui – cette école d'ailleurs le montre formidablement – permet d'avoir des modules tout au long de sa carrière, qui permettent d'évoluer, mais de permettre aussi des évolutions, parce qu'il y a immanquablement une lassitude qui se crée. L'attractivité de la carrière, elle se fait aussi si on permet à des femmes et des hommes, qui ont parfois dix ans, quinze ans dans des métiers qui sont stressants, où on est surveillant de prison, on a le stress, le bruit, parfois la violence, eh bien, de pouvoir évoluer et bouger plus facilement qu'on ne le fait aujourd'hui. Donc là, on a un sujet de ressources humaines au sens le plus direct du terme, auquel nous souhaitons répondre. Ensuite, il y a les conditions de travail elles-mêmes, comme vous l'avez rappelé, mais où, comme j'ai essayé de le faire dans mon propos, je voudrais qu'on ait une approche plus large que celle que j'ai moi-même parfois eue pendant la campagne présidentielle, qui était simplement les places, donc les places seront là, il y a le plan qui est prévu, mais vous avez compris que ma volonté, c'est de pouvoir, en repensant la peine et en ayant une approche plus intelligente et effective, je crois, éviter des dizaines de milliers de situations absurdes, et donc plusieurs milliers de personnes incarcérées, de manière au fond inutile et très inefficace. Et donc je pense que par ce truchement, on peut déjà baisser de la pression et de la surpopulation carcérale. Ensuite, en ayant davantage de partenaires hors les murs, qui permettent aussi de faciliter votre travail et de le valoriser. Quand je parlais tout à l'heure aussi de remettre du travail et de l'activité, c'est du partenariat avec des acteurs des entreprises de l'économie sociale et solidaire, du secteur privé ou associatif, qui est un élément très important pour moi de ce que doit être votre activité, et ce qui change aussi le visage de la prison. Enfin, les deux derniers points, vous les avez mentionnés, c'est d'avoir dans l'offre immobilière qui est prévue et qui sera confirmée, de manière très précise à travers le projet de loi de programmation que portera la ministre, d'avoir un échéancier, mais aussi une variété de formats de détention. Et je souhaite qu'on puisse regarder, comme je l'ai évoqué là aussi dans mon propos, différentes formes de détention, qu'on ne s'arrête pas à la maison d'arrêt classique, parce que je pense que pour certains publics, il est peut-être préférable, d'ailleurs, moins coûteux, plus adapté et plus conforme aussi à ce parcours et à l'absence de sortie sèche, d'envisager des solutions plus pragmatiques. Et enfin, d'ailleurs, nous avons commencé, et nous allons continuer dès 2018, conformément au plan de lutte contre la radicalisation, nous allons aussi réaménager nos prisons, ce qui permet d'ailleurs une plus grande protection, et d'isoler totalement les publics les plus radicalisés et qui sont les plus dangereux. Et donc ça, ce sera mis en conformité avec les annonces faites par le Premier ministre, il y a maintenant près de quinze jours. Au-delà de ces sujets, il est évident que nous serons intraitables à l'égard des violences commises. Et là-dessus, la ministre travaille sur plusieurs pistes, sur lesquelles nous sommes, pour que, au-delà de ce qui a été fait et ce qui a été prévu par une circulaire récente de la ministre pour être intraitable à l'égard de toutes celles et ceux qui commettent des violences contre les détenteurs de l'autorité publique, nous puissions envisager des mécanismes qui, pour vous comme d'ailleurs vos collègues, qui ne sont pas forcément dans l'enceinte de la prison, mais subissent de telles violences à l'extérieur, pour que nous ayons véritablement un signal clair et efficace. Enfin, sur la méthode, pour traiter précisément de votre point, notre souhait est que vous soyez associés à ce travail de programmation, et donc en particulier sur l'aménagement et – pardon de ce terme sans doute administratif – mais la fongibilité, je crois, comme on dit, entre ce qui était la construction de nouvelles places de prison et ce qui pourrait aller vers la rénovation ou l'embauche de nouveaux postes, pour qu'on puisse avoir une approche justement beaucoup plus pragmatique, et donc qui vienne du terrain. Oui ? Je vois qu'il y a une main qui se lève. Allez-y. Emilie GACQUE (phon) : Monsieur le Président de la République, bonjour. LE PRESIDENT : Bonjour. Emilie GACQUE : Je suis Emilie GACQUE, élève conseillère pénitentiaire d'insertion et de probation et déléguée de la 22ème promotion. Nous nous apprêtons à exercer un métier inconnu du grand public et méconnu de notre propre ministère. Pourtant, comme vous l'avez vu tout à l'heure, dans le film, nous avons choisi de défendre les valeurs de notre profession avec conviction. Dans le contexte actuel d'incertitudes sur l'évolution du statut de notre profession, d'externalisation de certaines de nos tâches au profit du secteur associatif, de la multiplication des problématiques des personnes suivies et des nouvelles responsabilités qui nous incombent, notamment en termes de prévention de la récidive, de radicalisation et de prise en charge des personnes présentant des troubles psychiatriques, et enfin, dans le contexte actuel, d'accroissement de nos missions, malgré un réseau partenarial limité, je pense au travail d'intérêt général, mais aussi au placement extérieur. Face aux pistes explorées par les chantiers de la justice, avec le développement des nouveaux outils, tels que l'évaluation, l'entretien motivationnel et la prise en charge collective, nous souhaitons vous poser les questions suivantes : de quelle manière et à quel moment de la chaîne pénale, seront employées nos compétences d'évaluation des personnes placées sous main de justice, et quels sont les moyens envisagés pour nous permettre de mettre en oeuvre les dispositions à venir ? Je vous remercie au nom de la promotion. LE PRESIDENT : Merci beaucoup. Alors, d'abord, je vous trouve un peu injuste quand vous dites que vous êtes méconnus de votre propre ministère, inconnus, insuffisamment connus du grand public, c'est vrai, mais méconnus de votre ministère, je n'en ai pas le sentiment. Donc je voulais, là-dessus, si vous pouviez avoir ce sentiment, le nier, d'abord, je peux vous dire que la Garde des sceaux, j'ai pu le mesurer, ni ne méconnaît ni ne mésestime votre travail. Ensuite, plusieurs travaux récents, dans le cadre des chantiers de la justice, les ont mis en lumière et plus que cela, j'ai d'ailleurs été très injuste parce que j'ai cité le rapport dit Paris-Layani, mais j'aurais dû citer aussi le rapport Cotte-Minkowski, qui a beaucoup parlé des sujets liés à la peine, et de votre travail, et qui a été rendu dans le cadre des chantiers de la justice. Donc vous n'êtes pas, là-dessus, méconnus ou mésestimés. Vous avez compris d'ailleurs que, et vous avez parfaitement dit vous-même, en prémices à votre question, que, un des sujets était aussi les partenaires de votre action, moi, j'ai pu mesurer, encore la semaine dernière en me rendant sur place, combien vous aviez besoin de ces partenaires, et d'ailleurs, il y a plusieurs expérimentations qui sont faites sur le terrain avec des plateformes pour associer justement les différents acteurs publics/privés... ce qui rend beaucoup plus efficace votre mission. Mais notre volonté, c'est bien justement de donner, de faciliter votre travail par un ancrage de ces partenaires. C'est le rôle que nous souhaitons donner à l'Agence du travail d'intérêt général, c'est aussi le rôle que nous souhaitons vraiment consacrer en reconnaissant votre activité, et les partenariats qu'elle peut nouer, on le voyait encore tout à l'heure en formation, puisqu'il y avait des membres d'associations qui étaient présents. Sur les deux points que vous soulevez, d'abord, moi, je ne parle jamais de chaîne pénale, parce que je ne suis pas sûr qu'il y ait une chaîne pénale, il y a des forces de l'ordre qui font leur travail, forces d'enquête, et puis, il y a un juge, qui d'ailleurs parfois peut être amené à le contrôler, donc, c'est un continuum, je ne parlerais pas d'une chaîne. Mais votre travail, il s'inscrit très clairement, et je l'ai évoqué tout à l'heure, dans ce moment, comme le dit d'ailleurs l'intitulé de votre service, dans ce moment qui peut conduire à éclairer le juge pour l'application de la peine, c'est aussi pour cela que nous voulons cette réforme, et nous considérons que ce que permet la contrainte pénale n'a pas été suffisamment utilisé, et qu'on doit aller plus loin. Et donc, je crois, pour ma part, que vous avez et vous aurez un rôle à jouer, comme je l'évoquais dans mon discours tout à l'heure, dans la réforme que nous allons mener, et ça, c'est peut-être, si ce n'est un élément de nouveauté complète, tout au moins, un élément d'enrichissement de la mission à travers le sursis probation. Parce que vous serez associés, et c'est un élément qui va compléter et qui va vous mettre très en amont. Et ensuite, dans toute la phase justement aval, vous allez, comme vous l'êtes aujourd'hui, être pleinement impliqués. Donc moi, je considère que le rôle qui est le vôtre, et votre implication, va se faire dès ce moment-là. Et dans tout le moment qui est cette phase essentielle pour justement les condamnés, où la phase d'insertion doit être pensée sur laquelle nous souhaitons, comme vous l'avez compris, investir encore davantage. C'est le cadre actuel de l'exercice de vos missions, mais s'il y a un point sur lequel je souhaite l'élargir, c'est bien ce point donc d'une plus grande probation et de cette modification que nous allons faire donc du code. Ensuite, je souhaite que vous ayez une action qui soit pleinement reconnue et pleinement effective, pour ce qui étaient naguère les peines courtes, parce que vous l'avez compris, je souhaite qu'on puisse les faire hors de l'enfermement, et donc je ne reviens pas sur ce que j'ai énoncé, ce qui va conduire à une mobilisation très clairement des services de probation et d'insertion ; il faut être très concret. Mais avec un choix, là aussi, budgétaire, qui est que, je rappelais tout à l'heure les chiffres, nous allons nous engager budgétairement à plus d'embauches et plus de formations, précisément parce que nous allons aussi aller vers moins d'enfermements dans le cadre de certaines peines. Et je pense que c'est collectivement plus intelligent et que ça correspond à la fois à la réponse plus adaptée que nous devons fournir, et à la reconnaissance des qualifications qui sont les vôtres. Tout ça implique que nous continuions à embaucher, j'ai rappelé tout à l'heure les premiers engagements, 100 postes supplémentaires, que nous puissions d'ailleurs envisager en fonction de l'évolution, et c'est tout le travail de concertation qui sera conduit, des embauches additionnelles si l'évolution justement de la stratégie que je souhaite développer le permet ou le nécessite, et de poursuivre le travail de formation, parce que, en effet, ce qu'on va vous demander, c'est de pouvoir accompagner des gens pour faciliter leur réinsertion dans la société, c'est le coeur de votre travail aujourd'hui. Mais il est évident que, on va en effet vous en demander davantage, puisqu'on va mettre moins de personnes en prison, et que ceux qu'on va aller amener vers le bracelet électronique ou d'autres formes, eh bien, ce sont des gens qui ont besoin de ces rendez-vous réguliers que vous leur apportez, et de ce travail très ouvert et partenarial que seuls vous pouvez organiser. C'est ce qui nous a conduits donc à décider de réallouer des moyens budgétaires sur cette priorité. Enfin, la reconnaissance de la mission a été confirmée par la ministre dans le cadre de la réponse il y a quelques semaines, et que j'ai confirmée tout à l'heure, pour dire que c'est bien au début de l'année 2019 que les engagements pris seront tenus, s'agissant du plan d'ensemble, parce que c'était, je crois, en creux, ce qu'il y avait aussi derrière votre deuxième partie de question, ce qui est légitime, je l'avais quand même dit dans mon propos introductif. Mais, vous voyez, ce que je veux vraiment, c'est qu'en tout cas, vous ayez conscience que le pari que nous sommes en train de faire, c'est qu'on peut avoir une action beaucoup plus efficace avec cette réorganisation, cette capacité aussi à repenser, comme je le disais, les peines, mais l'action que nous devons conduire. Et donc en effet, ça va reposer sur vous, donc c'est aussi pour ça que j'ai décidé de prendre des engagements à la fois budgétaires, de formations, et de reconnaissance, qui sont aussi très clairs sur ce sujet. Je vous en prie, vous pouvez ré-enchaîner sur cette question, s'il y a des compléments que vous souhaitez ? Arthur DESJARDINS (phon) : Mes respects, Monsieur le Président de la République, Arthur DESJARDINS, élève directeur des services pénitentiaires de la 47ème promotion. Jean BODIN écrivait : « il n'est de richesse que d'hommes, et c'est là une des raisons d'être de notre métier », les personnels pénitentiaires sont des agents dont le travail est essentiellement tourné vers l'humain, chacun, dans nos spécialités, nous avons développé une expertise dans la connaissance de la population pénale, son accompagnement et sa prise en charge. Aussi, est-il aujourd'hui envisageable de construire une nouvelle répartition des compétences entre les autorités judiciaires et pénitentiaires pour rendre plus efficiente, la prise en charge des publics dans toute leur spécificité. Cette reconnaissance de notre expertise et de notre savoir-faire redonnerait assurément du sens au travail de nos équipes. Au nom de la promotion, je vous remercie. LE PRESIDENT : Merci à vous. Alors, je ne suis pas sûr de voir jusqu'où vous souhaitez aller sur ce terrain-là, mais je vais vous dire comment je vois les choses. Vous avez très clairement, votre question le montre, un rôle essentiel en termes justement d'approche humaine, de connaissance des personnes qui sont en effet condamnées ou détenues, et vous avez un suivi des individus, et d'ailleurs, une bonne partie de ce que j'évoque depuis tout à l'heure, c'est de vous donner les moyens de pouvoir le faire dans de bonnes conditions, de meilleures conditions. Mais moi, je pense qu'il reste néanmoins indispensable de distinguer la fonction de juger de la fonction qui est la vôtre, ce qui n'enlève rien à la fonction qui est la vôtre, que la fonction pénitentiaire, les fonctions pénitentiaires, qu'il s'agisse de surveiller ou d'aider à l'insertion ou d'être dans les missions de probation, n'est pas substituable à la fonction de juger. Les deux ont affaire à en effet cette patte humaine, comme vous le dites, mais la fonction de juger est très particulière, elle a à apprécier des éléments de faits et de preuves et à apporter une réponse justement à ces faits au regard d'un contexte, d'une situation, d'apprécier, comme je le disais, une trajectoire personnelle et de reconnaître le droit des victimes afin de protéger, là aussi, la société. Mais cette fonction de juger, elle reste, à mes yeux, très distincte de la fonction pénitentiaire, des fonctions pénitentiaires, et en particulier, de la fonction d'insertion et de probation, et je ne souhaite pas qu'on les mélange ou qu'on les confonde. Elles peuvent s'enrichir mutuellement, et il est clair que votre travail par exemple au quotidien va être très important, d'autant que vous êtes les seuls à pouvoir évaluer l'évolution par exemple d'un détenu, c'est vous qui allez éclairer ensuite la décision qu'un juge pourra prendre au moment où il s'agit d'aménager la peine ou de libérer. Votre travail va être important dans, par exemple, les réformes que j'évoquais tout à l'heure, si on décide d'avoir, donc de réaménager la contrainte pénale, et d'avoir cette phase où le juge peut à ce moment-là dialoguer avec des professionnels comme vous qui ont la connaissance et qui vont prendre du temps pour connaître l'individu, et enrichir en quelque sorte le travail du juge de cette connaissance plus intime, là où il aura, lui, déjà eu un gros travail pour établir les faits, des éléments de preuve et comprendre le contexte. Mais je ne souhaite pas modifier les distinctions et les séparations qui existent entre ce qui relève du judiciaire et du pénitentiaire, si tel était le sous-jacent de votre question, parce que je pense que cette distinction garde un sens très profond, mais c'est dans le dialogue entre les professionnels que, je pense, les choses peuvent être collectivement plus efficaces. Donc les évolutions, ce sont celle que j'ai rappelées dans mon discours, à la fois les aménagements de loi que nous allons faire et la possibilité de donner plus de place justement à d'autres formes d'exécution de la peine que je crois plus efficaces et effectives, où, là, vous avez un rôle absolument essentiel, elle est dans le travail de dialogue avec le juge dans le suivi d'un détenu, mais elle ne peut être en substitution d'éléments de jugement, où il est indispensable de garder le tiers en quelque sorte dans la société qu'est le juge. Allez-y, je vois une main qui... Madame la Garde des sceaux, est-ce que vous voulez me compléter ou me corriger ? Non, mais sur les éléments qui étaient demandés par ailleurs, si vous... Ah, attendez deux secondes, Madame la Garde des sceaux va vous apporter peut-être encore des précisions. Allez-y. /// La Garde des sceaux /// LE PRESIDENT : Voyez, vous avez comme ça eu un autre exemple. Allez-y. Margaux LECHENADEC (phon) : Monsieur le Président de la République, bonjour. Je suis margaux LECHENADEC, élève lieutenant pénitentiaire de la 22ème promotion. Aujourd'hui, nous observons les prémices d'une meilleure visibilité de nos professions, nous sommes reconnus comme la troisième force de sécurité publique, nous avons participé pour la deuxième fois au défilé du 14 juillet, et nous avons intégré le second cercle de l'Académie du renseignement. Ne vous semblerait-il pas légitime d'aligner nos statuts sur ceux de la police et de la gendarmerie, notamment en réévaluant ceux des premiers surveillants, des majors, et des lieutenants pénitentiaires, et ainsi, mettre en adéquation les responsabilités retenues et la charge de travail réelle ? Je vous remercie LE PRESIDENT : Merci beaucoup. D'abord, je souhaite que vous puissiez encore défiler les 14 juillet, j'ai donné mon accord pour le prochain. Et vous avez raison de dire que, il y a beaucoup d'éléments comparables, et le défilé peut-être en est un élément symbolique, mais, au-delà, bon, moi, je vais vous parler franchement, je ne suis pas le meilleur client pour les mesures indiciaires ou catégorielles, parce que ce n'est pas du tout l'idée que je me fais même de la juste reconnaissance pour le travail que vous faites. Je l'ai dit tout à l'heure parce qu'il y a des décisions préalables qui étaient là, et je souhaite, moi, qu'on aille vers une convergence. Donc pour être très clair, ce que vous indiquez, je suis plutôt favorable, c'est-à-dire qu'on aille vers une convergence entre les professionnels. Après, le coût budgétaire est énorme, et ça fait des années, voire des décennies, qu'on gère tout ça par cohortes de gens indifférenciés, c'est tout l'inverse de ce que vous êtes, de ce que j'ai vu tout à l'heure, de ce que nous aimons dans la Fonction publique, tous les gens n'ont pas le même mérite en fonction de leur niveau d'ancienneté, de grades, il y a des gens qui vont faire des choses formidables, être extrêmement motivés, et il y en a d'autres qui le seront moins. Moi, je veux que ceux qui encadrent et décident puissent promouvoir beaucoup plus facilement, mais je veux aussi laisser à ceux qui dirigent sur le terrain, à un directeur général, à ses sous-directeurs, mais aussi aux directeurs, différents directeurs de la pénitentiaire, et en particulier des établissements, la possibilité de moduler, si je vous dis : on aligne tout, enfin, vous savez, je peux passer, moi, mon quinquennat à aligner tout le monde comme ça, on est des champions du monde de ce truc. Ça coûte très cher, non, mais, et surtout, ça n'est pas la bonne manière de reconnaître et de motiver, parce que c'est tout le monde qu'on fait... on s'occupe de tout le monde sans distinction, et ce n'est pas vrai que c'est une bonne mesure, vous savez, le statut de la Fonction publique de 1947 de Maurice THOREZ, il prévoyait déjà la rémunération au mérite, et on a décidé par omerta successive de l'oublier, parce que c'était comme un gros mot. Moi, je vous ai vus, je vous ai vus sur le terrain, je vous ai vus ici aujourd'hui, vous êtes fiers de ce que vous faites, moi, je suis fier de vous. Vous êtes motivés, vous avez envie de faire, moi, j'ai envie qu'il y ait plus de moyens indemnitaires, plus de moyens aussi de promotions qui soient à la main de celles et ceux qui vous encadrent, mais je n'ai pas tellement envie de proposer, en tout cas de valider, que les ministres fassent des promotions pour tout le monde de manière indifférenciée. Je vous parle très franchement, parce que si je voulais simplement vous faire plaisir en tribu d'estrade, je vous dirais oui. Je trouve que ça serait une bêtise, et une bêtise pour vous, vous êtes jeunes, vous, vous êtes motivés, non, mais, vous allez avoir dans votre carrière, mais... vous allez voir au quotidien, vous avez toute votre carrière à faire dans la pénitentiaire, vous allez dans 10, 15 ans continuer être motivés, vous allez avoir à côté de vous quelqu'un qui a le même grade, le niveau, la même ancienneté que vous, mais qui est moins motivé, qui n'a pas du tout le même quotidien que vous, vous, vous restez plus tard pour vérifier à chaque fois les choses... Aujourd'hui, on ne peut pas vraiment le différencier de vous, parce qu'il aura le même âge, il sera passé par les mêmes cases, il sera comme vous. Vous serez la première à dire : ce n'est pas juste ! Et vous ne pouvez pas l'expliquer à vos enfants ou à vos collègues, et ce n'est pas une juste reconnaissance du travail que vous faites, donc, moi, je souhaite en effet qu'on aille vers une convergence entre ces différentes forces de l'ordre, parce que vous avez raison, et ça, je vous donne le point. Mais je souhaite qu'on puisse mieux différencier les choses et donc qu'on ait la marge de manoeuvre qui soit laissée aux gestionnaires sur le plan de la progression des carrières et sur le plan de la rémunération, mais avec un vrai travail d'évaluation et de motivation, voilà ma réponse. Est-ce qu'il y a d'autres questions ? Tidjani SERPOS-FEMI : Bonjour Monsieur le Président de la République, je suis Tidjani SERPOS-FEMI, directrice pénitentiaire d'insertion et de probation stagiaire de la 11ème promotion. On assiste aujourd'hui à une prise en charge partielle des sursis avec mise à l'épreuve, des permanences d'orientation pénale et du contrôle judiciaire par le secteur associatif. Vous venez d'annoncer la création d'une Agence nationale pour le TIG, face à la privatisation de toutes ces missions, quelle place réservez-vous au SPIP dans les réformes à venir, et notamment en milieu ouvert ? Je vous remercie. LE PRESIDENT : Merci beaucoup. Moi, je ne parlerais pas du tout d'une privatisation, d'abord, parce que votre collègue tout à l'heure a parlé de partenaires. Le juge, il va prononcer une peine, il ne va jamais envoyer justement ladite personne, le condamné, vers une association ou vers une entreprise, il va l'envoyer vers vous. Donc le point d'entrée du système, ce sera vous, ça ne va pas du tout changer, il n'y a pas de privatisation, vous ne m'avez pas entendu dire que le juge allait envoyer des peines qui seront immédiatement exécutées par des acteurs associatifs ou privés. Par contre vous, j'ai vu votre quotidien, et même si c'est ma volonté, on réduit le nombre de dossiers par conseiller, ce n'est pas vous qui allez offrir un travail, faire faire le travail d'intérêt général ou procéder à la vie au quotidien de ce condamné, ce n'est pas vrai, vous avez besoin de partenaires pour qu'ils trouvent une place. Donc vous allez avoir besoin d'associations, d'entreprises qui vont, qui, lui donner un travail d'intérêt général, qui, parfois d'ailleurs, l'aider dans un programme pour se réinsérer à faire, je ne sais pas, du théâtre, à aller chercher de l'emploi, etc. Donc vous avez besoin de partenaires, votre travail même est un travail au-delà des entretiens et de ce que vous conduisez vous-même, d'orientation, de pilotage qui n'existe que s'il est ouvert. Je ne peux pas vous demander une mission que vous ne pourriez remplir et que nul ne saurait remplir, qui consisterait à se substituer à ces autres acteurs. Donc, vous, vous allez les conseiller, les encadrer pour les envoyer vers des partenaires, et donc j'assume totalement que les associations, quelles qu'elles soient, sont des partenaires, c'est d'ailleurs vous qui jugez de leur utilité ou leur pertinence, et il faut les évaluer dans ce contexte-là, et c'est vous qui êtes en charge d'ailleurs de l'efficacité, et je le souhaite, de plus en plus que, on vous donne ce levier-là, de savoir qui vous voulez associer ou pas. Et l'Agence du TIG permettra de le faire, elle permettra d'organiser, et pour moi, c'est une agence en quelque sorte de moyens vers laquelle vous pourrez aller piocher, en disant : on m'envoie cette personne, je l'envoie vers l'agence, mais votre travail d'ailleurs ne s'arrêtera pas là, et je l'ai bien vu sur le terrain, parce que l'agence ne s'occupera pas de regarder s'il a bien par exemple ses droits d'assurance maladie, s'il a fait les démarches, au-delà de l'agence le lendemain pour Pôle emploi, si les éléments en termes de logement ou d'insertion sont suivis. Ça, c'est le coeur de votre travail, ni l'agence du TIG ni une entreprise ou une association ne feront ce travail que vous faites. Donc je crois qu'il ne faut pas du tout être défensif sur ce sujet-là, il faut considérer que c'est justement l'action de l'Etat telle qu'elle est conçue aujourd'hui et telle qu'elle peut être efficace qui consiste à être cette plateforme qui agrège beaucoup d'autres compétences qui sont dans la société, et parce que votre mission est de permettre cette réinsertion à l'issue de la période du condamné, d'organiser les acteurs qui permettront de le faire, mais ce qu'on va renforcer aussi, ce faisant, c'est de vous donner une capacité, et je souhaite qu'on puisse le faire, et que la pénitentiaire ait cette vocation d'évaluer l'efficacité de vos partenaires, en aucun cas, il s'agit que, on vous impose tel ou tel partenaire ou que, quand vous avez justement à réaliser votre mission avec un partenaire qui soit privé ou associatif, on puisse accepter que vous le fassiez avec quelqu'un qui n'est pas inefficace. Mais c'est vous qui êtes au coeur du dispositif, je vous rassure ou je vous inquiète. Mais si vous êtes là, c'est que vous aimez cela. Laurence BENHAMOU : Bonjour Monsieur le Président. Laurence BENHAMOU, journaliste à l'Agence France Presse... LE PRESIDENT : Ah, vous n'êtes pas étudiante. Laurence BENHAMOU : C'est notre tour. Je voulais juste vous demander concrètement si, à l'issue de cette loi, vous avez en tête les nouveaux équilibres sur le prononcé des peines, comment voyez-vous, dans quelques années, la répartition entre la prison, les autres formes de sanctions ? Merci. LE PRESIDENT : Eh bien, écoutez, je les ai décrites, je souhaite en effet, d'abord, je pense que ça, c'est un travail qui va beaucoup alléger à la fois les forces de l'ordre et les magistrats, la forfaitisation va éviter des procédures, la plupart du temps, ce n'est même pas des peines, elle va éviter des procédures, bon. Ensuite, on va sortir toutes les très petites peines, comme je l'évoquais, elles, il n'y en aura plus du tout, donc on va sortir d'une situation un peu kafkaïenne avec des gens qui, plusieurs mois, parfois plusieurs années après, se retrouvent à venir faire quelques semaines de prison. Ensuite, et ça c'est l'élément, et je pense que telle que la loi est prévue, qui sera efficace, pour les peines de moins de 6 mois, on aura beaucoup moins d'emprisonnements, parce qu'on demandera, comme je vous le disais, au juge de vraiment pleinement motiver le recours à l'emprisonnement, et donc, le fait qu'on aille vers une peine autonome, qui sera justement la surveillance électronique au domicile, et qu'on organise, dans le même temps, justement cette procédure pour le juge, fait que, je pense qu'on aura vraiment drastiquement réduit le nombre de peines de prison de moins de 6 mois. Et pour le reste, je ne sais pas dire l'évolution de la délinquance du comportement du juge mais, et la peine reste pleinement individualisable et individualisée. Mais moi, j'ai la conviction profonde qu'au-dessus de 6 mois, le fait qu'on sorte du caractère automatique de l'aménagement va conduire à réinterroger les pratiques, et donc je pense que, on va faire ce qui est à mes yeux, quand je regarde, d'ailleurs l'échelle des peines est la vraie distinction, en dessous d'un an, on va quand même beaucoup plus s'interroger pour voir si on ne va pas plus vers des TIG ou vers d'autres formes de sanctions, et au-dessus d'un an, on saura que, il n'y a plus d'aménagement possible, donc on donnera tout de suite en quelque sorte la réalité de la peine qu'on souhaite voir appliquer. Donc je pense c'est un système qui est beaucoup plus responsabilisant et qui, à terme, permettra de sortir plusieurs milliers de personnes de prison pour lesquelles la prison est un élément inutile, voire contre-productif, et qui rendent encore plus difficile le quotidien des surveillants de prison, mais aussi de l'ensemble des services de l'administration pénitentiaire, voilà. Jefferson DESPORT : Bonsoir Monsieur le Président. Jefferson DESPORT, pour Sud Ouest. Est-ce que, avec cette réforme qui vise, vous venez de le dire, à faire sortir plusieurs milliers de personnes prison, est-ce que vous craignez les accusations de laxisme ? Merci. LE PRESIDENT : Je crains tout le contraire, parce que, aujourd'hui, s'il y avait un vrai danger pour la société, la situation actuelle est le vrai problème, parce que comme je vous l'ai dit, aujourd'hui, on met des mois, parfois des années à l'exécuter, donc moi, je vais donner la possibilité au juge de dire : on peut l'exécuter tout de suite quand c'est vraiment dangereux, on peut décider, parce que le juge apprécie la dangerosité, de décaler de quelques semaines si la personne doit régler sa situation. Et ensuite, je crois vraiment très sincèrement qu'il y a peu de gens vraiment dangereux pour la société à qui on met des peines de prison de moins de 6 mois, tel que je vois les choses, ce n'est pas ça. Il y a des gens vraiment dangereux, les gens vraiment dangereux, ils sont pris dans les délais judiciaires parce que les magistrats sont eux-mêmes pris par le flux, par la masse etc., et donc ne peuvent pas passer suffisamment de temps sur ces dossiers-là, et ils sont pris dans le flux des délais d'exécution, parce que tout a embourbé les choses, donc on a perdu l'esprit de distinction, donc je crois que c'est tout sauf le laxisme, puisque, pour le moins de 6 mois, pour les très petites peines, je dis : la prison n'est pas la réponse, parce que, elle, elle peut conduire à faire des gens dangereux, pour le moins 6 mois, je dis : vous n'avez pas vraiment de gens dangereux, mais si le juge considère qu'il y en a, il aura toujours cette liberté, mais sinon, on va aller vers des peines qui sont hors de la prison et qui sont beaucoup plus efficaces. Et au-dessus de 6 mois, je rends beaucoup plus difficile l'aménagement, et donc je sors de deux éléments du laxisme contemporain, parce qu'aujourd'hui, à coups de menton et de rodomontades, on a créé du laxisme collectif, c'est ça ce qu'il faut voir, quand je parle d'effectivité de la peine, c'est que, on met beaucoup de monde en prison, mais, en plus, ça n'est pas efficace, et les deux sources du laxisme contemporain, c'est quoi ? Les délais d'exécution, quand on me dit : on met huit mois ou un an avant d'exécuter une peine, c'est du laxisme, parce que vous avez, là, peut-être, dans la masse, des gens dangereux, et on n'exécute pas encore leur peine. Et la deuxième chose, qui relève à mes yeux du laxisme, c'est pour les gens en dessous de deux ans, on a aujourd'hui un examen automatique où on va réaménager la peine, et moi, je vous dis : au-dessus de 6 mois, ça va être beaucoup plus compliqué. Au-dessus d'un an, c'est impossible, parce que ma conviction, c'est que quand vous êtes condamné pour moins d'un mois, la prison est une blague. Quand vous avez plus d'un an de condamnation de prison, c'est qu'il y a quelque chose de sérieux, et donc l'aménagement ne doit plus être automatique. Donc au fond, vous voyez, ça relève d'une forme de bon sens, et je crois que le bon sens, c'est plus efficace la fin des fins, donc c'est tout sauf le laxisme. Mais je crois très profondément surtout que c'est sortir d'une philosophie où on a voulu tout penser à travers la prison comme horizon ultime et indépassable, ne plus penser la sortie justement de la prison et le reste de la société, et où on s'est obsédé sur le sujet de la prison et de la peine. Moi, je souhaite qu'on reparte de ce qu'est la personne, le citoyen, parce que, qui que ce soit demeure un citoyen. Et donc, vous devez le punir, protéger la société, mais penser qu'à un moment donné, il a vocation à revenir dans la société, c'est ça la réalité. Et vous voyez bien que c‘est le troisième laxisme contemporain, quand on oublie ça, on conduit en effet ou à perpétuer ou parfois à créer des monstres. Et donc je souhaite que toute notre approche, notre philosophie, la réalité de ce que nous allons faire en la matière se remettent sur la personne. Voilà Mesdames et Messieurs, je crois que nous arrivons au terme de cet échange. En tout cas, je vous remercie pour votre attention, et je vous remercie pour votre engagement, parce que vous avez compris qu'il était important à mes yeux, et vous pourrez compter sur moi. Merci à vous. Merci beaucoup. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/616.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/616.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..520275b92939d73d47feb48c4b5dacd0dd22f247 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/616.txt @@ -0,0 +1 @@ +Tout d'abord, Madame la Présidente, je suis favorable à ce que nous organisions une réunion de deux heures un mardi par mois - puisque ce jour convient à tous - car, souvent, je ne peux pas, faute de temps, répondre à l'ensemble des questions qui me sont posées, et c'est insatisfaisant pour tout le monde. Avant d'évoquer les trois sujets que vous avez mentionnés, je vais m'efforcer de faire le point sur l'actualité, notamment celle de la Syrie. Je n'aborderai pas la situation à Ouagadougou ; je m'y rendrai la semaine prochaine pour témoigner notre solidarité aux personnels de l'ambassade et aux forces burkinabées, qui ont subi des pertes significatives et dont un gendarme, qui gardait l'ambassade, a été tué. Nous pourrons évoquer, lors de la prochaine audition, l'évolution de la force conjointe du G5 Sahel et la fragilité particulière du Burkina Faso dans cet ensemble. En ce qui concerne la Syrie, j'avais annoncé à l'Assemblée nationale, en réponse à une question de Mme Saint-Paul, un cataclysme humanitaire ; nous y sommes. La situation est en effet dramatique. Nous avons essayé de l'éviter en menant au Conseil de sécurité une offensive très vigoureuse qui nous a permis d'obtenir, le 24 février dernier, l'adoption de la résolution 2401. Cette résolution prévoit en effet un cessez-le-feu immédiat, une pause humanitaire de trente jours dans l'ensemble de la Syrie, un accès sûr et sans entraves pour l'aide humanitaire et l'évacuation médicale des personnes blessées ou en grande difficulté, notamment celles qui se trouvent dans la zone de la Ghouta orientale. Cette résolution a été adoptée à l'unanimité. Deux jours après ce vote, je me suis rendu à Moscou pour discuter, avec mon homologue Lavrov, de la manière dont nous pourrions appliquer le cessez-le-feu ; il n'a pas été question, dans cet entretien, d'un scénario politique. Nous avons eu une discussion longue et tonique - même si nous avons également évoqué nos relations bilatérales, puisque le président de la République se rendra en Russie au mois de mai prochain - au cours de laquelle j'ai sollicité les Russes pour qu'ils usent de leurs capacités à faire pression sur le régime afin que soit mise en oeuvre au plan opérationnel la résolution 2401. La Russie, je le rappelle, a, quant à elle, proposé une trêve quotidienne de cinq heures. Or, une telle trêve - vous pourrez interroger le CICR et MSF à ce sujet - ne permettrait pas l'accès de l'aide humanitaire, notamment à la zone de la Ghouta ; elle permettrait uniquement la sortie des civils, qui sont littéralement prisonniers puisqu'il n'existe qu'un seul corridor de sortie. Cette hypothèse ne tient donc pas. Mon homologue russe et moi-même avons eu une discussion assez forte à ce sujet. À ce jour, un seul des nombreux convois qui sont prêts à entrer dans la zone a pu passer, et il a été victime de bombardements. Il faut bien comprendre qu'il existe deux approches. Le discours public qui est en partie celui des Russes et des Iraniens et entièrement celui de Bachar al-Assad consiste à présenter les 400.000 civils comme des prisonniers des terroristes, qu'il faut évacuer afin que ces derniers restent seuls à l'intérieur de la zone et puissent être éliminés. Dans la réalité, il existe plusieurs groupes rebelles d'opposants, auxquels la trêve s'impose également, et un groupe terroriste, reconnu comme tel par les Nations unies, héritier de Jabhat al-Nosra et composé de 250 à 300 combattants. Point. Ce chiffre est reconnu par tous, y compris par nos amis russes puisqu'ils ont commencé à discuter avec Jaych al-Islam - un groupe de rebelles dûment reconnu comme faisant partie de l'opposition présidée par M. Ahmad al-Jarba - de l'éventualité d'un accord en vue d'une trêve. Le discours public n'a donc pas de réalité. Du reste, Jaych al-Islam et Faylak al-Cham, qui regroupent 12 000 à 13 000 combattants, ont annoncé, par écrit, au président koweïtien du Conseil de sécurité qu'ils respecteraient la trêve et qu'ils étaient prêts à régler le problème - libre à vous d'interpréter le mot "régler" - posé par les 350 membres de Jabhat al-Nosra pour que la trêve ait lieu. Voilà la réalité des choses. Mon action consiste à aller, à la demande du président de la République, dire aux uns et aux autres que tout doit être fait pour préserver la trêve. Celle-ci a été votée à l'unanimité ; c'est la règle internationale, et elle doit s'appliquer. Or, tel n'est pas le cas. J'ai d'ailleurs omis de vous dire que le convoi auquel j'ai fait allusion tout à l'heure et qui a dû interrompre son déchargement à cause des bombardements avait été auparavant délesté subrepticement de l'ensemble du matériel médical qu'il transportait. Ce discours, nous le tenons aux Russes - car Bachar el-Assad doit dire qu'il respecte la trêve, que la Russie a votée - et aux Iraniens, y compris au président Rohani, que j'ai rencontré hier après-midi. Si chacun reconnaît bien la nécessité de mettre en oeuvre l'action humanitaire, celle-ci est pour l'instant impossible et la situation risque de devenir, dans les semaines qui viennent, absolument dramatique. C'est pourquoi nous devons faire pression sur tous ceux qui ont le pouvoir de retenir l'action, afin que la trêve soit appliquée et que soit évité ce que j'ai appelé un cataclysme humanitaire. Quant à la solution politique, je l'ai évoquée lors de notre dernière rencontre ; je n'y reviendrai donc pas, même si je m'en suis également entretenu avec mes interlocuteurs. Le Président de la République a lui-même appelé le président Poutine et le président Rohani ; nous avons également contacté les Américains et les Turcs. Nous nous exprimons sur ce sujet avec la même détermination depuis une semaine, et nous poursuivons cette démarche avec beaucoup de force. La communauté internationale doit se rendre compte que nous serons confrontés à un drame absolu à très brève échéance. Au cours de son entretien avec le président Trump - entretien qui s'est déroulé vendredi dernier et qui a fait l'objet d'une communication dont vous avez peut-être pris connaissance -, le président de la République a également évoqué l'emploi d'armes chimiques. Notre position est claire, et nous continuerons de faire preuve d'une vigilance absolue sur ce point. Le président de la République a rappelé qu'une réponse ferme serait apportée en cas d'utilisation avérée de moyens chimiques entraînant la mort de civils, et ce en parfaite coordination avec nos alliés Américains. "Nous ne tolérerons pas l'impunité en la matière", a-t-il déclaré. C'est l'objet du partenariat international contre l'impunité dans l'emploi d'armes chimiques que j'ai lancé avec le secrétaire d'Etat Rex Tillerson le 23 janvier dernier. Vingt-quatre Etats se sont associés à notre initiative, à laquelle s'est jointe la Norvège la semaine dernière. Il s'agit de créer un mouvement d'opinion international pour empêcher le recours aux armes chimiques et l'impunité en la matière. Cette position, je l'ai exprimée devant MM. Lavrov et Zarif et je l'ai évoquée avec mon homologue turc ce week-end. Par ailleurs, nous devions aborder avec les autorités iraniennes plusieurs sujets, dont la pérennité des accords de Vienne sur la question nucléaire et la posture de l'Iran à l'égard de cet accord. Il est en effet nécessaire que l'Iran respecte strictement l'accord JCPOA - joint comprehensive plan of action - pour préserver celui-ci face aux critiques du Président Trump, qui menace d'en faire sortir les Etats-Unis puisqu'il a annoncé qu'il pourrait ne pas renouveler les waivers le 12 mai prochain. Nous avons, je crois, la volonté commune de respecter totalement l'accord, ce qui est le cas actuellement, et de nous donner toutes les chances de le préserver. J'ai ensuite abordé avec les autorités iraniennes la question de la prolifération et de la propagation balistiques, qui nous préoccupent, et leurs conséquences sur la sécurité et la stabilité de la région. Ces programmes ne sont pas conformes à la résolution 2231 votée en 2015 par le Conseil de sécurité, au moment de l'adoption du JCPOA. Nous avons donc souhaité entamer des discussions avec l'Iran à ce sujet. Les premières ont eu lieu hier ; elles ont été franches, toniques, mais elles ont le mérite d'exister. Nous nous parlons, et c'est important. Du reste, les Iraniens n'ont pas été étonnés que j'aborde ce sujet, puisque le Président de la République avait déjà exprimé cette préoccupation lors de sa rencontre avec le président Rohani à New York, dans le cadre de l'Assemblée générale des Nations unies. Enfin, j'ai évoqué la politique de l'Iran dans la région. Sur ce point, notre demande est tout aussi claire que sur les deux précédents sujets : nous souhaitons que l'Iran contribue positivement à la résolution des crises au Moyen-Orient plutôt que de les aggraver par une politique de présence militarisée et le soutien manifeste à des milices non étatiques, voire leur encadrement. Nous souhaitons pouvoir trouver des solutions politiques et négociées aux crises régionales, afin que la région retrouve une stabilité, dans le dialogue et le respect de la souveraineté de chacun des Etats concernés : Syrie, Irak, Yémen, Liban. Notre conversation a donc été assez intense et je crois que, sur ces points, elle se poursuivra. Lors de ma dernière audition, je n'ai pas eu le temps de m'exprimer sur l'aide publique au développement (APD) ; je souhaite donc revenir sur cette question. Je vous avais rappelé deux des axes fondamentaux de notre stratégie de sécurité : premièrement, intervenir dans les zones de crise, notamment pour stabiliser notre environnement proche et y promouvoir des solutions politiques de long terme ; deuxièmement, et de façon conjointe, nouer un dialogue étroit et direct avec les grandes puissances. Notre stratégie de sécurité inclut donc une démarche globale associant les actions militaires, la démarche politique de règlement des conflits et le développement économique et social. Aucun de ces trois points ne peut être séparé des lieux de crise. L'action en faveur du développement a fait l'objet d'une réunion, autour du Premier ministre, du Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID), qui a défini notre stratégie pour cinq ans et précisé les moyens nouveaux que nous allons consacrer à la mise en oeuvre de notre politique de développement. Le Président de la République a pris des engagements significatifs devant l'Assemblée générale des Nations unies en septembre dernier, lors de la réunion des décideurs économiques à Davos et dans ses discours en Afrique, et il a fait en sorte que ces engagements soient tenus, notamment en ce qui concerne l'augmentation des moyens d'action. La France inscrit sa politique de développement et de solidarité internationale dans le cadre multilatéral des Objectifs de développement durable (ODD), adoptés à New York par l'Assemblée générale des Nations unies en septembre 2015. Ces objectifs, qui fixent une ambition commune à l'humanité dans le cadre de l'Agenda 2030, ont été ensuite complétés par l'Accord de Paris sur le climat de décembre 2015, dont la mise en oeuvre est désormais irréversible, compte tenu du nombre de signatures enregistrées depuis. Dans ce contexte, le Président de la République a affirmé à plusieurs reprises la nécessité de franchir une nouvelle étape dans notre politique de développement et de solidarité internationale en menant une véritable politique partenariale centrée sur cinq biens communs mondiaux, les "cinq P" : la protection de la planète, le bien-être des populations, la paix et la stabilité, la prospérité partagée et le renforcement des partenariats. Pour appliquer cette politique, il nous faut des moyens. Or, la trajectoire de notre aide publique au développement a connu une phase de déclin rapide et remarquée au cours des dernières années. Le président de la République a donc pris, très tôt, l'engagement d'amorcer sa remontée en puissance afin qu'elle atteigne 0,55% du revenu national brut (RNB) au cours du quinquennat, ce qui suppose de porter son montant de 8,5 milliards d'euros en 2016 à plus de 14 milliards en 2022, en tenant compte des hypothèses de croissance dont nous avons actuellement connaissance. Le Comité interministériel a confirmé cet objectif et a précisé les moyens d'y parvenir en définissant la trajectoire suivante : 0,38% en 2017, 0,44% en 2018, 0,47% en 2020, 0,51% en 2021 et 0,55% en 2022. Cette hausse est sans précédent dans l'histoire récente de notre aide publique au développement, et ce dans le contexte - c'était un souhait de votre commission - d'une évolution importante de la manière de la concevoir. Vous savez que l'aide publique au développement s'organise en quatre catégories : l'aide multilatérale, l'aide bilatérale, l'aide sous forme de prêts et l'aide sous forme de dons. Dans ses résolutions, le CICID a modifié le dispositif afin de répondre à des préoccupations dont m'ont fait part votre commission mais également différents acteurs. Nous avons d'abord pour objectif de consacrer à la composante bilatérale les deux tiers de la hausse moyenne cumulée de la mission budgétaire d'ici à 2022. Autrement dit : les augmentations identifiées dès à présent, pour les deux tiers, seront affectées à l'aide bilatérale pour procéder à un rééquilibrage nous permettant, par différence avec l'aide multilatérale, de décider en propre des finalités de cette aide, donc de sa conformité avec les priorités que je vais vous indiquer dans un instant. Ensuite, le volume des dons, par rapport à celui des prêts, sera fortement augmenté. Ce second changement nous permettra d'agir sur nos géographies prioritaires et en particulier sur les pays les moins avancés (PMA), comme ceux du continent africain. En effet, quand un pays est très pauvre et très endetté, il ne peut plus prétendre aux prêts. Enfin, notre stratégie sera mieux pilotée et mieux planifiée grâce à des outils de coordination sur lesquels je vais revenir dans un instant. Nous voulons également faire en sorte que cette politique nouvelle soit une politique partenariale et, à cet égard, nous avons décidé de renforcer notre relation avec les organisations non gouvernementales (ONG). Nous comptons travailler plus étroitement avec l'ensemble des acteurs et nous doublerons les moyens des ONG d'ici à 2022 pour l'ensemble de ce dispositif puisque ces dernières se plaignaient - avec raison - d'être insuffisamment mobilisées dans la politique de développement et de ne disposer que de 4% des moyens financiers disponibles. Nous allons ainsi nous approcher de l'objectif, qu'elles avaient fixé, de 10%. Nous allons en outre renforcer le pilotage du dispositif. Le Premier ministre réunira plus régulièrement le CICID - au moins une fois par an, afin de déterminer les orientations du gouvernement - alors qu'il n'était convoqué que très rarement au cours des années précédentes. Au moins une fois par an également sera réuni le conseil d'orientation stratégique de l'Agence française de développement (AFD) qui, lors de sa première réunion qui pourrait se tenir début mai, devra adopter le contrat d'objectifs et de moyens. Enfin sera créé un Conseil de développement, présidé par le chef de l'Etat, qui se réunira de façon plus épisodique, pour bien affirmer les objectifs quantitatifs et qualitatifs que je viens de vous exposer. Il s'agit donc d'une inflexion très significative que nous allons compléter par une innovation dans la procédure budgétaire. En effet, nous allons vous proposer, concernant la mission "Aide publique au développement", des documents budgétaires plus lisibles plus identifiables et qui permettront à l'ensemble des acteurs - ainsi bien sûr qu'à la représentation nationale - de bien vérifier la mobilisation des fonds destinés au développement et leur traduction concrète en engagements. J'ai mentionné le continent africain, qui constitue notre priorité géographique, comme le montre la liste des dix-neuf pays où nos moyens seront concentrés, liste qui comporte deux nouveaux pays : la Gambie - à laquelle nous renouvelons notre soutien après qu'elle a traversé une période de dictature avant de renouer avec la démocratie -, qu'il faut aider même si c'est un petit pays, et le Liberia, lui non plus pas très grand et désormais présidé par un ancien footballeur, élu démocratiquement. Nos entretiens récents avec ce dernier, lors de sa visite à Paris, ont ouvert des perspectives d'autant plus intéressantes en matière de coopération bilatérale que, du fait du caractère assez fermé - pour n'en pas dire davantage - du régime antérieur, cette dernière n'existait pas vraiment. J'ajoute que nous allons développer notre action dans cinq secteurs, pour faire écho aux priorités fixées par le président de la République soit dans son discours de Ouagadougou, soit dans les autres déclarations qu'il a pu faire, en particulier, il y a peu, à Dakar, quand il a apporté l'appui de la France au développement de la jeunesse africaine. La première priorité est la stabilité internationale et la restauration de l'Etat dans des situations de fragilité, en se donnant les moyens d'un véritable continuum entre sécurité et développement. À cet égard, notre intervention en faveur de l'urgence humanitaire sera sensiblement accrue : à hauteur de 500 millions d'euros. Si une partie de cette urgence humanitaire est traitée par le centre de crise, une autre par l'Agence française de développement, l'ensemble du dispositif pour les situations de crise et de sortie de crise sera important. Nous avons par ailleurs décidé de doubler, pour la porter à 200 millions d'euros d'ici à 2020, ce que l'on appelle une facilité pour l'atténuation des vulnérabilités et la réponse aux crises, mise en oeuvre par l'AFD, qui permet d'intervenir dans les situations de sortie de crise. Et cette facilité, déjà déployée dans le cas de l'Alliance pour le Sahel, mais aussi en République centrafricaine (RCA), autour du lac Tchad et sur les pourtours de la Syrie, pourra désormais être utilisée en Libye. La deuxième priorité est l'égalité entre les femmes et les hommes, qui fera l'objet d'une communication de ma part le 8 mars - vous y avez, madame la présidente, fait allusion. La troisième priorité, l'éducation, revient au coeur de notre aide publique au développement. C'est le sens de l'engagement du président de la République à Dakar, aux côtés du président Macky Sall, qui a permis de reconstituer le partenariat mondial pour l'éducation, qui n'est pas un dispositif onusien mais de partenariat avec en particulier la Banque mondiale. Nous avons décidé de multiplier notre effort par dix en passant de 17 millions d'euros à 200 millions pour la période 2018-2020. La France est donc au rendez-vous et elle le sera aussi en matière bilatérale avec 100 millions additionnels pour l'Agence française de développement. Pour mémoire, cette dernière ne dispose aujourd'hui que de 40 millions d'euros de dons par an pour l'éducation de base. Ces actions sur l'éducation seront menées en priorité au Sahel et s'appuieront sur nos objectifs clés : l'égalité entre les filles et les garçons à l'école, la qualité de l'éducation, la lutte contre la radicalisation et l'accès à la formation professionnelle. La quatrième priorité, après le One Planet Summit qui s'est tenu à Paris en décembre dernier, est la lutte contre le réchauffement climatique. Nous avons relevé notre ambition concernant l'adaptation au changement climatique pour lui consacrer 1,5 milliard d'euros par an dès 2020 contre un objectif de un milliard d'euros fixé par le dernier CICID. Je songe également à la réorientation des actions de l'AFD qui pourraient être compatibles à 100% avec l'Accord de Paris et, en même temps, aux objectifs réévalués en faveur de la biodiversité. Enfin, même si elle relève ici plutôt du multilatéralisme, notre action sera significative dans le domaine de la santé. Nous avons pris des engagements historiques que nous tiendrons, avec pour préoccupation permanente de renforcer les systèmes de santé dans les pays en développement. Avec ces cinq priorités, pour lesquelles son expertise, sa valeur ajoutée, est internationalement reconnue, avec de nouveaux instruments et un profil rénové de l'AFD, la France entend relever le défi du développement durable et des défis globaux dont notre avenir collectif dépend. Ces orientations, vous le constatez, marquent, j'y insiste, une inflexion majeure dans notre politique de développement. Un parlementaire en mission, ici présent, a été désigné et fera des propositions complémentaires d'ici au mois de juin et, à partir de ses propositions, le Gouvernement pourra renforcer et affiner encore ses objectifs - même si les objectifs globaux sont validés par le président de la République et par le Premier ministre. ? J'en viens à présent à la crise migratoire, tout en ayant bien conscience qu'une partie de la question relève de la responsabilité du ministre d'Etat, ministre de l'intérieur. Je commencerai par l'évolution globale des flux de personnes cherchant à rejoindre l'Europe. Il y a eu 204 000 enregistrements de migrants aux frontières extérieures en 2017, un chiffre en diminution de 60% par rapport à 2016 où l'on avait enregistré 511.000 migrants aux frontières de l'Europe. Il convient néanmoins, pour être plus précis, de distinguer deux cas de figure. D'abord celui des routes où les flux migratoires ont diminué en 2017. C'est le cas de la Méditerranée orientale avec 31.955 arrivées irrégulières en 2017 contre 174.000 en 2016, soit une diminution de 77%. Cette baisse très nette des arrivées par voie maritime s'explique par l'application des accords du 18 mars 2016 entre l'Union européenne et la Turquie, accords qui, malgré leur fragilité, tiennent. Les principaux pays d'origine, en 2017, dont les ressortissants empruntent cette voie d'accès sont la Syrie, l'Irak et le Pakistan. Les flux migratoires diminuent également sur la route de la Méditerranée centrale avec 119.000 arrivées en 2017 contre un peu plus de 180.000 en 2016, soit une diminution de 34%. Cette baisse s'explique par un meilleur contrôle des départs par les garde-côtes libyens ainsi que par les actions menées au Niger sur les filières empruntant cette route. Les principaux pays d'origine, en 2017, étaient le Nigeria, le Bangladesh et la Côte-d'Ivoire. Enfin, par la route des Balkans, on a compté plus de 11.800 arrivées contre 130.000 en 2016, soit une baisse de 91%, les principaux pays d'origine, en 2017, étant ici le Pakistan, l'Irak et l'Afghanistan. Toutefois, et il s'agit du second cas de figure annoncé, nous ne devons pas ignorer que d'autres routes ont connu une augmentation des arrivées irrégulières en Europe. C'est le cas de la Méditerranée occidentale - c'est nouveau -, sur une échelle, il est vrai, moindre avec 21.000 arrivées en 2017 contre 8.000 en 2016 pour les flux maritimes et, pour les flux terrestres, 1.400 arrivées en 2017 contre 820 en 2016. Si ces chiffres, je le répète, sont moins importants, il faut néanmoins rester vigilants puisque l'augmentation des flux en Méditerranée occidentale a conduit l'agence FRONTEX à transformer l'opération navale Indalo en opération permanente afin d'assurer une meilleure prise en compte de ces nouveaux flux. Les principaux pays d'origine, en 2017, dont les ressortissants prennent cette voie sont, par la mer, la Côte-d'Ivoire et le Maroc, et, par terre, la Syrie, l'Algérie et la Guinée. On constate par ailleurs une augmentation des arrivées à la frontière terrestre gréco-turque : 5.400 en 2017 contre un peu plus de 3.000 en 2016 avec, pour principaux pays d'origine, la Syrie, le Pakistan et la Turquie. Je tiens en outre à souligner, en ce qui concerne ma compétence de ministre des affaires étrangères, la diminution de 43% des demandes d'asile pour l'ensemble de l'Union européenne. On en a recensé 700.000 en 2017 contre 1,2 million en 2016, demandes d'asile venant essentiellement de Syriens, d'Irakiens, d'Afghans et de Nigérians. Le taux d'admission à l'asile a été, en première instance, de 40% dans l'ensemble de l'Union européenne. Pour faire face à cette situation, nous avons pris, surtout en ce qui concerne la route de la Méditerranée centrale, des initiatives d'ensemble, en particulier au moment du sommet d'Abidjan où, en novembre dernier, le président de la République a réuni les principaux chefs d'Etat et de gouvernement concernés, surtout, par la gestion migratoire - majeure - de la Libye. Vous le savez, et c'est pour le ministre des affaires étrangères une préoccupation permanente, il y a plusieurs centaines de milliers de migrants qui sont présents, clandestinement, dans ce pays, certains depuis longtemps, la guerre puis la guerre civile en en ayant fait des migrants de fait alors qu'ils étaient auparavant, pour nombre d'entre eux, des employés clandestins venus avec leur famille. S'y ajoutent les mouvements qui se sont produits depuis, provenant de l'Afrique subsahélienne. À l'issue de la réunion d'Abidjan, une feuille de route claire a été adoptée rappelant la nécessité d'une action concertée en appui au travail du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), en Libye, avec le soutien de l'ensemble des pays présents, mais aussi de l'Union africaine qui a décidé de prendre ses responsabilités - et qui, très concrètement, les prend. Il s'agit, de façon systématique, d'agir sur les trois segments de la migration - je parle toujours de cette voie centrale qui est la plus sensible du point de vue de ma responsabilité. Il convient dans un premier temps d'agir sur les pays d'origine des migrants par un effort de développement - je viens de l'évoquer -, par une aide au retour et à la réinstallation et par la facilitation de l'immigration régulière des étudiants et des chercheurs - il s'agit donc d'un mouvement dans les deux sens : permettre, je le répète, en échange de cette politique de vigilance et de clarté avec les pays d'origine, une immigration des étudiants et des chercheurs, grâce notamment au "passeport talent" que nous avons mis en place. Ensuite, dans les pays et les zones par lesquels transitent les migrants, comme le Niger - traversé en 2016 par 300.000 migrants -, le Tchad ou la Libye, nous entendons favoriser l'aide au retour dans les pays d'origine, du fait, en particulier, des conditions particulièrement inhumaines que connaissent les migrants dans les camps, en particulier en Libye. J'ai eu l'occasion moi-même de m'y rendre et j'ai pu dire clairement aux autorités libyennes qu'elles devaient faciliter l'accès des organisations internationales, l'OIM et le HCR, à ces camps pour en améliorer la gestion et permettre à ceux qui veulent retourner dans leur pays d'origine, de le faire, et ils sont très nombreux. J'ai pu constater que l'action de l'Union africaine s'était en la matière révélée particulièrement positive. Aussi ce mouvement s'organise-t-il et se fait-il de manière beaucoup plus correcte qu'auparavant. J'évoque bien, ici, les camps de migrants identifiés et organisés car dans d'autres camps, tenus par des passeurs, en particulier dans le sud de la Libye, les migrants vivent généralement dans des conditions épouvantables, de semi-esclavage, et les reportages que vous avez pu voir concernent ces camps qui ne dépendent d'aucune autorité, pas même de l'autorité libyenne - l'Union africaine s'est ainsi engagée à essayer d'agir. Les autorités libyennes ont pu faire montre d'inattention, dirai-je puisque cette audition est publique, quant à l'administration des camps dont elles avaient la responsabilité ; mais, honnêtement, grâce à une prise de conscience de leur part, ce n'est plus le cas désormais, du moins selon les dernières informations dont je dispose - et j'ai pu moi-même constater un réel mouvement de migrants retournant chez eux. Nous avons par ailleurs envoyé des missions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) dans ces mêmes camps pour repérer des personnes pouvant accéder au statut de réfugié, non pas pour le leur délivrer puisque cela n'est possible que sur le territoire national, mais pour identifier celles qui étaient susceptibles d'en bénéficier. Nous agissons en la matière avec le HCR, ce qui permet d'engager un processus de réinstallation et d'accueil sur notre territoire pour les personnes qui peuvent réellement, j'y insiste, prétendre au statut de réfugié. Ce dispositif est surtout appliqué au Niger où je vais me rendre la semaine prochaine en compagnie de Gérard Collomb. Nous entendons examiner de quelle manière, dans les zones de transit, on identifie les personnes qui peuvent bénéficier du statut de réfugié et celles qui n'en bénéficieront en aucun cas, ces dernières devant en être informées. C'est un moyen de résoudre la question en amont et de le faire de la manière la plus humaine. Enfin, troisième lieu d'action : l'Europe où doivent s'appliquer deux principes, l'humanité et l'efficacité. Gérard Collomb vous en a sans doute déjà entretenus. Nous assumons tous nos responsabilités au titre de l'asile, grâce au travail que mène l'OFPRA. Nous sommes également mobilisés pour parvenir à un accord entre Etats européens sur la réforme du régime d'asile - sept projets sont en discussion. Notre responsabilité, c'est aussi, lorsque les demandes d'asile ou de titres de séjour sont rejetées, de veiller à ce que le retour dans les pays d'origine ait lieu dans des délais raisonnables, même s'il apparaît nécessaire de modifier, à l'échelle européenne, les dispositifs d'asile en vigueur - travail difficile en cours. Je tiens à souligner, à cet égard, l'implication accrue de nos partenaires européens sur cette ligne définie à Abidjan avec nos partenaires africains et souligner en particulier la place que prennent un certain nombre d'acteurs dans cette politique : le Danemark, les Pays-Bas, mais aussi l'Italie et l'Allemagne. Enfin, dernier point, mais peut-être celui dont on parle moins et qui me paraît le plus important pour l'avenir : nous voulons mener une lutte résolue contre les trafiquants d'êtres humains. Les organisations criminelles sont les premières responsables des drames qui se jouent sur les routes d'Afrique, en Libye et en Méditerranée, et c'est pourquoi la France souhaite que des sanctions internationales soient prises contre les principaux réseaux de passeurs opérant en Libye. Je vous rappelle la déclaration présidentielle au Conseil de sécurité des Nations unies sur le sujet. Nous souhaitons que soit mis en place un régime européen de sanctions autonomes à l'encontre des passeurs et des trafiquants sur l'ensemble des routes migratoires. Il faut traiter ce dossier comme on traite un dossier militaire et faire en sorte qu'on dispose de renseignements et qu'on puisse les confronter afin d'identifier les réseaux criminels, d'identifier les acteurs pour ensuite les rendre publics et appliquer des sanctions bancaires. Mettre en place un tel dispositif est une nécessité, et c'est fort de ma double expérience que je l'affirme. En effet, les trafics se cumulent : drogue, armes, hommes. Or, jusqu'à présent, nous ne nous sommes pas préoccupés de savoir qui faisait quoi, et les criminels en question exercent des pressions insupportables, dans les camps, en exigeant toujours plus d'argent, en torturant... tout en se livrant au trafic de drogue... Nous avons donc là une mission de première importance à remplir, en partie de ma responsabilité, en partie de celle du ministre d'Etat, ministre de l'intérieur - et lui et moi sommes tout à fait en phase en la matière, si bien que nous pouvons aboutir rapidement. ? J'en viens à l'Europe. Le débat qui s'ouvre sur le cadre financier pluriannuel - qui couvrira l'ensemble de la trajectoire budgétaire européenne pour la période 2021-2027 - est majeur. Nous souhaitons que la question des migrations soit inscrite parmi les priorités du cadre financier, car elle est centrale. Les premières discussions qui ont eu lieu lors du Conseil européen de décembre ont fait apparaître un consensus sur ce sujet ; encore faut-il qu'il soit maintenu à l'avenir. S'agissant de l'aide européenne au développement, autre enjeu essentiel, il faudra veiller à ce que le renouvellement des Accords de Cotonou - accords de coopération entre l'Europe d'une part et, d'autre part, les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) - en 2020 tienne compte des sujets que j'ai évoqués. Enfin, le Fonds fiduciaire d'urgence (FFU), créé lors du sommet de La Valette après la première grande vague migratoire pour renforcer le contrôle des frontières, doit être de nouveau abondé et la France a décidé de tripler sa participation à ce Fonds qui, pour ce qui nous concerne, est notamment destiné au Sahel. Le président de la République a rappelé à chacune de ses grandes interventions sur la politique étrangère que l'ambition de la France consiste à participer à la construction d'une Europe puissante, capable de défendre ses intérêts, de protéger, de promouvoir ses normes et d'avoir sa propre vision des relations internationales ; c'est l'intérêt de notre pays qu'il en soit ainsi. Dans le contexte de la mondialisation, en effet, l'Europe est le niveau le plus efficace pour peser dans les rapports de force, et nous avons pour ce faire besoin d'une Europe unie. La perspective de la constitution d'un gouvernement de coalition outre-Rhin est donc une bonne nouvelle car le couple franco-allemand doit jouer pleinement son rôle d'entraînement de l'ensemble des Etats membres de l'Union. À cet égard, il est particulièrement bienvenu que l'accord de coalition - désormais validé, le gouvernement allemand devant être constitué le 14 mars - réserve une place importante aux questions européennes et atteste d'une forte convergence de vues entre nos deux pays, notamment sur des sujets sur lesquels la convergence n'allait pas de soi comme la réforme de la zone euro. La force du moteur franco-allemand sera d'autant plus nécessaire qu'il faudra lutter contre le scepticisme qui gagne du terrain dans plusieurs pays membres de l'Union, le cas le plus marquant étant celui de l'Italie, pourtant pilier historique de la construction européenne, dont on constate les orientations politiques. Le même scepticisme et les mêmes populismes s'observent en Pologne et en Hongrie. Les prochains mois seront décisifs pour dessiner l'Europe de demain. Plusieurs échéances définiront ce à quoi l'Union européenne ressemblera pendant plusieurs années, à commencer par les élections européennes de 2019, qui seront un scrutin majeur - sans doute le plus important depuis plusieurs années. Elles permettront l'entrée en fonction d'une nouvelle Commission - sans le Royaume-Uni, j'y reviendrai. Nous avons proposé et défendu le principe d'une circonscription européenne dans laquelle serait élue une petite partie des députés européens sur des listes transnationales, à la faveur des sièges libérés par le retrait britannique ; nous n'avons pas été soutenus, mais nous continuerons à défendre ce principe à l'avenir. Vous avez constaté que le Conseil n'a pas retenu le principe selon lequel le prochain président de la Commission serait désigné parmi les têtes de liste des partis politiques européens. Il a préféré, pour que le président remplisse pleinement son rôle, qu'il soit tenu compte du résultat des élections, mais estimé que l'interprétation du Traité de Lisbonne sur ce point ne possédait pas de caractère automatique. Enfin, des consultations citoyennes seront organisées dans les semaines qui viennent dans les 27 Etats membres - hors Royaume-Uni donc - pour mobiliser les citoyens autour des enjeux européens, de sorte qu'ils s'interrogent sur le fonctionnement et les objectifs de l'Union et sur l'Europe que nous souhaitons pour demain. C'est un enjeu essentiel. Dans le même temps, le débat s'ouvrira concernant le cadre financier pluriannuel, qui est au coeur des discussions du Conseil européen informel et le sera bientôt pour toutes les parties prenantes. En raison des priorités nouvelles que sont les migrations, la défense, la mobilité et la jeunesse, nous souhaitons quant à nous la remise à plat du système des rabais, largement supporté par la France seule - ce qui n'aura plus lieu d'être après le Brexit et la disparition du "chèque britannique". Nous souhaitons également moderniser les politiques "traditionnelles" - la politique agricole commune (PAC) et la politique de cohésion, qui consomment plus de 70% du budget européen - sans pour autant revenir sur nos intérêts. La France souhaite en effet une PAC forte, protectrice des agriculteurs, et une politique de cohésion au service des territoires les plus fragiles, qui tienne compte des spécificités des territoires ultramarins. Ces politiques doivent être plus efficaces, plus lisibles, plus simples pour leurs bénéficiaires. De plus, nous prônons l'introduction d'une règle de conditionnalité des aides de cohésion liée à l'Etat de droit et à la convergence fiscale et sociale, car il est inacceptable que le budget européen finance des Etats qui s'écartent des valeurs européennes et qui refusent la solidarité lorsqu'elle ne leur bénéficie pas directement. Enfin, nous souhaitons introduire de nouvelles ressources propres qui pourraient par exemple s'appuyer sur une fiscalité environnementale ou une taxation des entreprises numériques. Ces négociations sur le cadre financier vont s'ouvrir ; elles seront un moment difficile pour l'harmonie entre les Etats membres, et ce d'autant plus que de nouvelles contraintes sont apparues - le retrait britannique et les nouvelles politiques souhaitées. Nous devons nous y préparer. La Commission souhaite que le cadre financier pluriannuel soit adopté avant la tenue des élections européennes ; cela pose question, car le nouveau Parlement et la nouvelle Commission auraient dès lors à gérer un budget qu'ils n'auront pas eux-mêmes décidé. D'autres souhaitent que cette adoption soit repoussée ; ces sujets sont ouverts, mais je tenais à les évoquer devant vous par anticipation. Je conclurai par le Brexit. Le 19 avril dernier, le Conseil européen a défini trois sujets prioritaires en vue de l'accord de retrait du Royaume-Uni : les droits des citoyens, le règlement financier et la frontière irlandaise. Le 15 décembre, le Conseil a reconnu que des progrès suffisants ont été accomplis dans ces trois domaines. Ces premiers résultats permettent d'ouvrir la deuxième phase de négociations qui s'articule autour de trois axes de travail. Le premier concerne l'accord de retrait : certains points doivent être précisés, en particulier concernant la frontière irlandaise. Ensuite, plusieurs questions en suspens doivent également être abordées, comme les droits de propriété intellectuelle et les procédures de marchés publics. Enfin, il faudra transcrire tous ces éléments dans un texte juridiquement contraignant - c'est l'objet de la proposition que Michel Barnier a opportunément présentée la semaine dernière et que nous examinons. Deuxième axe : il faudra définir les modalités de la transition, dont nous souhaitons qu'elle dure du 30 mars 2019, date du retrait effectif du Royaume-Uni de l'Union européenne, au 31 décembre 2020 au plus tard. Durant cette période, le Royaume-Uni, devenu Etat tiers, continuera d'appliquer les règles de l'Union sans participer aux processus de décision ni aux institutions ; ces modalités de transition seront reprises dans l'accord de retrait. Le troisième axe, enfin, consistera à fixer le cadre de nos relations futures. À la fin du mois, le Conseil européen devrait adopter des orientations révisées afin de négocier une déclaration politique qui déterminera les grandes lignes de la nature de ces relations et qui sera jointe à l'accord de retrait, l'un et l'autre texte devant être approuvés avant le retrait britannique. L'accord juridiquement contraignant transcrivant ces orientations ne sera quant à lui négocié qu'une fois le Royaume-Uni redevenu un Etat tiers, durant la période de transition. Voilà où nous en sommes. Le Royaume-Uni a vivement réagi au texte proposé par Michel Barnier, qui regroupait l'ensemble des éléments dont il disposait jusqu'à présent. Dans sa déclaration de vendredi dernier, Mme May a légèrement fait bouger les lignes, mais pas en profondeur. Nous pouvons donc nous attendre à des discussions très fortes sur l'ensemble du dispositif et, dans l'immédiat, sur l'accord de retrait et de transition, y compris la question irlandaise. La proposition de Michel Barnier concernant l'alignement réglementaire complet entre les deux Irlande ne convient pas à la majorité britannique, comme le montre la réaction de Mme May, mais, à ce stade, les solutions alternatives sont inexistantes. De ce point de vue, nous entrons dans une période compliquée. (Interventions des parlementaires) Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Députés, hélas, je ne suis pas toujours maître de mon agenda ! Des événements extérieurs ou la visite de hautes personnalités m'obligent parfois à partir plus tôt que prévu. Je suis prêt à revenir devant votre commission, car je ne pourrai pas répondre à l'ensemble de vos questions aujourd'hui. Il me faut procéder à la hache, ce qui est frustrant, aussi bien pour moi que pour vous. Ce n'est pas une nouveauté, et cela risque de durer : je ne partage pas l'avis de M. Lecoq sur le Brexit. Contrairement à ce qu'il a dit, les Britanniques sont en train de prendre conscience, de façon progressive mais forte, qu'ils ont fait une très grosse bêtise. Je le dis en sachant que cette audition est publique. Par ailleurs, Michel Barnier a fait clairement état des positions de l'Union et dressé un bilan d'étape sur l'accord de retrait. S'il est logique que la Première ministre ait fait part de sa réaction, nous ne connaissons pas encore le positionnement de la Grande-Bretagne sur le statut futur de sa relation avec l'Union européenne, ce qui constitue pour le moins une difficulté. D'après les informations que j'ai en ma possession, la discussion sur les travailleurs détachés se poursuit au Parlement européen sur des bases assez positives - les mutations et l'adaptation à la directive telle que proposées par le Président de la République. Pour répondre à M. Leroy, nous avons pris position sur la question du rabais britannique et estimons que le moment est venu de régler cette affaire. Pour parvenir à un financement supplémentaire nouveau, il faut développer les ressources propres, en instaurant une fiscalité sur le numérique ou une fiscalité environnementale, comme la taxe carbone, ainsi que l'a évoqué le Président de la République lors de son discours de la Sorbonne. Nous mettrons ces sujets sur la table des Vingt-Sept, dans le cadre de la préparation du cadre financier 2021-2027. Madame Dumont, le projet de "grande muraille verte", auquel je suis très favorable, ne relève pas de l'urgence immédiate mais de la politique à long terme. À ce titre, il faut mobiliser le Fonds vert pour le climat plutôt que le FFU. Je n'évacue absolument pas la question des Kurdes et des Turcs, Monsieur Goasguen. Nous serons mobilisés dans les jours qui viennent sur la question de la Ghouta orientale, mais la trêve vaut pour toute la Syrie et s'impose aussi à Afrin, ainsi que je l'ai dit à mon homologue turc. On sait que les Kurdes, dans le cadre des forces démocratiques syriennes, ont joué un rôle important pour la reprise de Raqqa. Nous avons fait savoir aux Turcs que nous regrettions leur intervention et leur pénétration dans la zone d'Afrin et nous leur avons conseillé vivement d'y mettre fin. M. David souhaite que l'on réunisse le Conseil de sécurité de l'ONU. La France, en tant que membre permanent, a fortement appuyé la réunion qui a abouti au vote à l'unanimité de la résolution sur la trêve. Le Conseil de sécurité se réunira de nouveau dans quelques jours pour évaluer la façon dont la résolution est respectée, compte tenu des difficultés dont j'ai fait état dans mon propos introductif. Monsieur Julien-Laferrière, le CICID n'a pas conclu à une nouvelle loi de programmation. En revanche, un dispositif de pilotage renforcé devrait nous apporter une vision plus claire sur la mise en oeuvre des politiques. En effet, l'engagement doit revêtir un caractère régulier et le chargé de mission pourra faire des propositions en ce sens. Il est important que nos concitoyens s'approprient mieux les enjeux de l'aide au développement et que les acteurs privés soient plus nombreux à se mobiliser, en complément des politiques publiques. Il faut pour cela un dispositif plus efficace pour piloter les programmes 209 et 110. Aussi bien pour l'aide économique et financière au développement que pour la solidarité à l'égard des pays en développement, nous devons identifier ce qui relève du prêt et ce qui relève du don. L'engagement le plus fort pris par le CICID est bien la trajectoire ascendante des financements consacrés à l'APD, leur part dans le RNB évoluant progressivement. Ainsi, les autorisations d'engagement atteindront 1 milliard d'euros en 2019. M. Joncour sait qu'il existe une commission nationale de la coopération décentralisée, qui devra se réunir pour acter les conclusions du CICID. Par ailleurs, il existe au sein de la mission APD un dispositif d'un montant de 82 millions d'euros, qui transite par les collectivités partenaires. La facilité de financement des collectivités territoriales françaises - FICOL - est un fonds susceptible d'être mobilisé par la délégation pour l'action extérieure des collectivités territoriales de mon ministère, afin d'enrichir les actions extérieures des collectivités locales. Nous avons fait une part importante du chemin, mais il est vrai que la déclinaison pratique et concrète est souvent illisible. C'est la raison pour laquelle nous avons modifié le dispositif de pilotage et l'organisation globale de la politique de développement. Je suis moi aussi désireux de voir la coopération décentralisée prendre toute sa place, y compris dans le conseil du développement que mettra en place le Président de la République. Il importe que les collectivités soient très présentes dans ce domaine. Monsieur Kokouendo, je crois avoir répondu à vos questions dans mon propos initial. Je n'ai pas dit qu'il y avait un lien direct entre l'appui direct au développement et la politique migratoire. Je connais la sensibilité de certaines organisations à cette bonne distinction. Je la fais mienne et me situe sur la même ligne que M. Peter Maurer. Madame Autain, la situation au Yémen me préoccupe beaucoup. Nous avons pris des incitatives avec les Iraniens, les Saoudiens et les Emiratis pour qu'une solution politique soit trouvée. Il est vrai qu'il y a des armes saoudiennes et émiratis, mais il y a aussi des armes iraniennes - il y a des armes partout. Le problème, c'est la souveraineté des Etats, qui engagent leurs propres armées dans une guerre absurde. Nous souhaitons voir rapidement l'amorce d'une solution politique sous l'autorité du nouvel envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU, Martin Griffiths. Des crises qui secouent la région, c'est sans doute celle qui serait la plus facile à régler s'il y avait, de part et d'autre, une volonté politique. Sans doute les Nations unies peuvent-elles jouer un rôle important à cet égard. La France les soutient et les accompagne et nous demandons à nos interlocuteurs de mettre en place des dispositifs humanitaires. L'affaire Lafarge est à l'instruction ; je n'ai pas d'éléments particuliers à vous donner. Madame Poletti, la situation actuelle à Mayotte a fait l'objet d'une discussion approfondie à la commission mixte France-Comores, que je préside. En dehors de ce que pourra faire la ministre chargée des outre-mer, Moroni a besoin d'une aide au développement ; chacun doit remplir ses obligations. Compte tenu de l'accélération de la crise, il faudra que la commission mixte se réunisse à nouveau. Que les représentants des deux bords se parlent constitue en soi une avancée, mais je tiens à présider cette instance pour faire progresser la relation - un travail qui demandera du temps. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/617.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/617.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8b0864d4cc9b72315d1ab19198ca52be56a38f3b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/617.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Premier ministre, cher ami, merci beaucoup pour ces mots, vos engagements et merci pour votre accueil. La visite d'État que nous effectuons avec l'ensemble de ma délégation et un engagement que nous avions pris ensemble au mois de juin dernier, vous l'avez rappelé, lorsque vous avez rendu visite à la France. Et vous venez parfaitement de rappeler la force des liens historiques qui nous unissent. Vous avez rappelé la présence de nombreux écrivains français et l'inspiration qu'ils ont tirée dans votre pays. Je veux dire ici que des générations de traducteurs au 18ème et au début du 19ème siècle se sont épuisés à essayer de traduire le Mahabharata, achevant ce travail totalement du sanskrit au français simplement au début du 20ème siècle, mais combien tout au long de ces décennies et, ce, à partir de la fin du 18ème l'imaginaire indien et les grands mythes ont aussi inspiré la pensée occidentale et en particulier la pensée française ont inspiré nos lieux et nos auteurs. Et j'en veux une preuve et une anecdote qui est que m'a-t-on raconté et il y en a encore la trace au musée Guimet en France lorsque Georges CLEMENCEAU a essayé de mieux comprendre l'Inde et qu'il s'est rendu dans votre pays, il a été voir plusieurs brahmanes en demandant les secrets et le coeur de la culture. On a commencé à lui raconter quelques mythes et l'un d'entre eux s'est interrompu en lui disant « vous devriez demander à Emile SENART, il connaît ça bien mieux que nous ». Emile SENART était un grand spécialiste de l'Inde et le premier traducteur du sanskrit en français de la Gîtâ. Ce lien, c'est celui aussi qui a fait que 140.000 indiens sont venus risquer leur vie pendant la Première Guerre mondiale pour la liberté de la France. C'est ce lien qu'ensemble aussi, nous avions consacré au mois de juin dernier. Beaucoup sont inhumés dans une région qui m'est familière, au cimetière de la Chapelette à Péronne, à quelques kilomètres de la ville où je suis moi-même né. Et c'est APOLLINAIRE dans ses calligrammes qui parlait d'eux en écrivant : ils regardent avec étonnement les campagnes occidentales, ils pensent avec mélancolie à ceux dont ils se demandent s'ils les reverront. Et la France n'oubliera jamais ce lien et ces vies perdues pour notre liberté. Et c'est en leur honneur et comme je viens de le proposer au Premier ministre que l'Inde sera pleinement au coeur des commémorations du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale le 11 novembre prochain ; et que nous lancerons à cette occasion l'initiative du Forum de Paris pour la paix qui aura pour mission de faire avancer la paix par une meilleure gouvernance mondiale, en faisant ce que (je crois) nous faisons le mieux ensemble, c'est-à-dire partager une même lecture du monde et un même cadre stratégique. La confiance entre nous nous protège parce que nos intérêts sont alignés. Ils sont alignés d'abord contre le terrorisme, c'est l'axe structurant de la nouvelle dynamique que nous donnons à notre partenariat stratégique. Face à la menace d'aujourd'hui, celle du terrorisme islamiste, et concrètement nous avons décidé de consolider des échanges constants et très opérationnels, de faire davantage ensemble sur la lutte contre la radicalisation sur les réseaux sociaux et sur le financement du terrorisme. Cette confiance, c'est celle que nous voulons aussi avoir pour défendre nos intérêts de souveraineté. Et après 20 ans de partenariats stratégiques, nous ouvrons aujourd'hui ensemble une nouvelle ère, qui est un partenariat stratégique renforcé avec des alliances inédites sur le plan stratégique et opérationnel ; et une conviction profonde, c'est qu'une partie forte de notre sécurité, de notre avenir et de la stabilité du monde se joue dans la stabilité de l'Océan indien. Et je veux qu'ensemble, nous puissions construire – la France étant une puissance de cet océan et plus largement de cet espace indopacifique à travers sa présence aussi bien dans les deux océans que je viens d'évoquer – ce que nous avons décidé ensemble de faire c'est d'acter une stratégie de coopération, d'échange d'informations, de présence militaire, navale, de renforcement de nos liens, d'escales dans nos bases respectives, de partenariat à travers nos agences spatiales pour mener une action conjointe de surveillance maritime ; et de nous assurer de ce que je qualifierai dans la foulée du Premier ministre australien : la liberté de notre souveraineté. L'Océan indien comme l'Océan pacifique ne peuvent devenir des lieux d'hégémonie et nous avons une responsabilité forte et c'est ce que nous actons aujourd'hui, pour construire une coopération stratégique en la matière. C'est également le sens de notre coopération de défense qui est née – et c'était prouvé dans les moments difficiles il y a de cela presque là aussi 2 décennies – par-delà les alternances politiques en Inde comme en France et qui a pris une nouvelle dimension ces dernières années, parce qu'elle est essentielle à notre indépendance stratégique. Je rappelle ainsi que c'est une entreprise française qui a appuyé une entreprise indienne pour la construction à Bombay des sous-marins Scorpène, dont le premier vient d'être mis en service et participera dans les prochaines semaines à un exercice conjoint avec nos sous-marins. C'est une première mondiale cette construction que je viens d'évoquer, dans le cadre du « make in India ». Sur les avions de combat de dernière génération dont l'Inde a fait le choix souverain et qui s'inscrit dans ce même cadre, nous devons aussi nous féliciter de la bonne avancée des programmes. Nous sommes d'accord pour les consolider et les amplifier, car il s'agit d'une coopération de long terme mutuellement bénéfique. Et je considère pour moi que le coeur de ce partenariat stratégique de défense est absolument essentiel parce qu'il procède d'une vision profondément commune de la recomposition du monde qui est en train de se jouer. Nous avons donc un contrat de confiance entre nous qui est un contrat de paix. Le deuxième pilier de la relation, c'est notre même attachement à la justice, aux équilibres, à ce que j'ai qualifié des biens communs de la mondialisation. Vous avez cité, Monsieur le Premier ministre à Davos il y a quelques semaines, le Mahatma Gandhi auquel j'ai rendu hommage ce matin, il y avait une phrase qui a (je crois) marqué beaucoup : there is enough nature for our need but not for our greed. Et je ne sais pas si on peut stopper le greediness dans la mondialisation, mais on peut collectivement s'engager pour en tout cas avoir des réponses concrètes à notre propre vision justement d'un bien commun essentiel qui est le climat. C'est dans ce cadre que nous avons décidé, conformément aux Accords de Paris, de mettre très concrètement en oeuvre nos engagements en termes d'énergie solaire. C'est ce que nous mettrons donc demain ensemble en place, à travers le Sommet fondateur de l'Alliance Solaire Internationale. Un très gros travail a été fait de part et d'autres pour rassembler le maximum d'Etats, de partenaires, le maximum de financeur. Et ce qui était une idée, celle de l'Inde au début, devint une initiative et sera à partir de demain une réalité rendue possible. Nous coprésiderons et je vous remercie d'accueillir et de tenir cet engagement ici, cette réunion qui permettra d'arrêter une feuille de route sur trois points : l'identification de projets, l'accès aux financements, l'accès aux technologies. Nous y reviendrons plus longuement demain, mais je crois que c'est un moment très important non seulement pour l'Inde, pour notre partenariat mais pour la cause que nous défendons sur le plan international. Cette priorité que nous portons à l'échelle internationale trouve aujourd'hui aussi une déclinaison concrète dans notre coopération bilatérale. Je ne reviendrai pas non plus en détail, comme vous l'avez dit, sur la cinquantaine d'accords et de textes cadres que nous signons aujourd'hui. Mais il y a un fil directeur, c'est que ces textes et nombre de ces accords permettent aussi de manière très efficace de lutter contre le dérèglement climatique dans le cadre de la relation bilatérale. En matière de transports avec la semi-grande vitesse pour la ligne Dheli/Chandigarh et la mobilité électrique, nos objectifs convergent. Les infrastructures urbaines avec près de 80 entreprises françaises aujourd'hui engagées pour développer les Smart cities à Chandigarh, Nagpur et Pondichéry. Les énergies renouvelables qui représentent un tiers du portefeuille d'engagement de l'Agence française de développement en Inde, engagement qui sera consolidé. Et nous irons ensemble inaugurer la plus grande centrale solaire de l'Uttar Pradesh, fruit d'un investissement français dans les programmes que vous avez lancés. Nous investissons ensemble sur l'avenir et le texte cadre qui, sur le plan de l'énergie nucléaire a été signé aujourd'hui, est aussi quelque chose qui permet de réduire la part de charbon et des émissions dans le mix électrique et énergétique est parfaitement cohérent avec cette ambition. C'est le même objectif que nous partageons dans le cadre de nos partenariats spatiaux et d'observation aussi à des fins climatiques. Cette relation bilatérale, elle est évidemment aussi économique, nombre d'accords le montrent. Nous aurons tout à l'heure à conclure le forum entre nos dirigeants du monde économique qui nourrissent depuis plusieurs années, et je veux ici les remercier pour leur engagement. Une relation extrêmement vivace qui a des grandes forces dans de nombreux domaines, en particulier quelques domaines industriels ou le domaine des technologies ou des services, mais que nous devons encore renforcer, je pense à l'agroalimentaire ou aux petites et moyennes entreprises, j'y reviendrai tout à l'heure. C'est pourquoi aussi, nous sommes l'un et l'autre attachés aux équilibres du commerce international. Nous partageons la même volonté d'éviter toute guerre commerciale, de préserver les équilibres, d'évidemment défendre nos intérêts dans le cadre international et les règles de l'Organisation mondiale du commerce, mais d'éviter toute escalade qui serait nocive pour nos économies. Enfin, le dernier axe de notre relation bilatérale, c'est ce que j'appellerai le partage. Nous l'avons évoqué l'un et l'autre, cette histoire qui nourrit notre relation elle doit aujourd'hui se décliner à travers des liens humains, car elle est chaque jour renforcée par ces communautés de femmes et d'hommes qui sont porteuses de sens et d'un lien encore plus fort. Nous avons ainsi la volonté profonde de renforcer, vous l'avez dit, ce lien. C'est pourquoi je souhaite que le nombre d'étudiants indiens en France soit doublé d'ici 2 ans. Nous signons aujourd'hui un accord de reconnaissance des diplômes, un accord sur la mobilité, nous allons tenir le premier Knowledge Summit franco-indien pour définir justement la feuille de route de notre partenariat scientifique et technologique porté par 500 accords de coopération. Et là aussi, il s'agit d'investir dans l'avenir de l'Inde, dans son capital humain qui peut aussi beaucoup nous apporter. Et nous avons ainsi décidé de renforcer la coopération en la matière. C'est aussi un renforcement de notre coopération dans les domaines du tourisme, du patrimoine, de la culture que nous allons décider ; et nous mettrons l'Inde à l'honneur du Salon du livre en 2020. Je souhaite très profondément dire ici que le sens pour moi de ce déplacement, c'est de faire de l'Inde notre premier partenaire stratégique de la région. Et je souhaite que la France soit votre premier partenaire stratégique en Europe et plus largement en Occident pour toutes les raisons que je viens d'évoquer, parce que nous avons les mêmes intérêts de défense et les mêmes intérêts stratégiques, la même vision du monde, parce que nous avons la même vision sur ces biens communs, en particulier le climat et parce que nous avons cette communauté de femmes et d'hommes qui nous renforcent. J'aurai l'occasion, vous l'avez dit, au-delà de nos échanges du jour de rencontrer la jeunesse indienne cet après-midi, d'avoir un échange vivace aussi pour expliquer ces idées. Demain, nous aurons l'Alliance Solaire Internationale que l'un et l'autre nous ouvrirons. Je me rendrai au Taj Mahal et nous irons ensemble à Bénarès après-demain avec un grand bonheur pour plonger dans l'une des racines de la culture indienne, vous l'avez évoqué, pour aller inaugurer cette centrale solaire dont je rappelais l'importance, mais pour aussi continuer à décliner ensemble les liens indéfectibles qui nous unissent et surtout cette volonté de faire de ces liens historiques des liens d'avenir et le coeur de ce partenariat stratégique. Je reviendrai bien évidemment en Inde, mais je veux vous dire Monsieur le Premier ministre, cher ami que vous êtes l'invité permanent de la France. Merci beaucoup. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/618.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/618.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..74e6a458845941a3f31ddc068d64e2d120f70eac --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/618.txt @@ -0,0 +1 @@ +1. À l'invitation du Premier ministre Shri Narenda MODI, M. Emmanuel Macron, Président de la République française, s'est rendu en visite d'État en Inde du 10 au 12 mars 2018. Les deux dirigeants ont coprésidé le premier sommet de l'Alliance solaire internationale qui s'est tenu le 11 mars 2018 à New Delhi. Ils ont eu des discussions constructives sur un grand nombre de sujets et souligné la convergence croissante des positions de leurs deux pays sur les questions régionales et internationales. 2. À l'occasion du vingtième anniversaire du partenariat stratégique entre la France et l'Inde, le premier partenariat stratégique mis en place par l'Inde, les deux dirigeants ont réaffirmé leur volonté de de lui donner un nouvel élan et encore plus d'ampleur en organisant des sommets biannuels entre le Président de la République française et le Premier ministre indien. Les deux dirigeants sont convenus d'approfondir et de renforcer les liens bilatéraux, qui reposent sur des valeurs et principes communs de démocratie, de liberté, de primauté du droit et de respect des droits de l'homme. 3. Rappelant les sacrifices courageux consentis par les soldats français et indiens durant la Première Guerre mondiale, le Premier ministre Modi a exprimé la volonté que l'Inde participe aux cérémonies de clôture du centenaire de la Première Guerre mondiale qui auront lieu à Paris le 11 novembre 2018. Il a également salué l'organisation à cette occasion du Forum pour la Paix à Paris. Le Président Macron a remercié le Premier ministre Modi du soutien de l'Inde à cette initiative. I. Partenariat stratégique 4. Les dirigeants se sont félicités de la signature de l'Accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de l'Inde relatif à l'échange et à la protection réciproque des informations classifiées ou protégées, qui reflète le haut niveau de confiance stratégique entre les deux pays. Les deux parties sont également convenues d'instaurer un dialogue annuel en matière de défense au niveau ministériel. 5. Les deux dirigeants ont salué l'interaction croissante des deux pays dans le domaine maritime, en vue d'une coopération accrue dans la région de l'océan Indien. À cet égard, ils se sont félicités de la signature d'une Vision stratégique commune de la coopération franco-indienne dans la région de l'océan Indien, qui servira de fil conducteur à ce partenariat. Ils ont réaffirmé le rôle essentiel de cette coopération pour maintenir la sécurité des voies maritimes internationales, en vue d'assurer des échanges commerciaux et des communications sans entrave conformément au droit international, de lutter contre le terrorisme et la piraterie maritimes, de renforcer la surveillance du domaine maritime et les capacités, et de mieux coordonner leur action au sein des instances régionales et internationales dans la région. 6. Les deux dirigeants se sont félicités de la signature de l'Accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de l'Inde relatif au soutien logistique réciproque entre leurs forces armées qui vise à accorder un soutien logistique pour l'accès des forces armées françaises et indiennes aux installations réciproques des deux pays. Cet accord est emblématique de la profondeur et de la maturité stratégiques de la relation entre la France et l'Inde en matière de défense. 7. Les deux dirigeants ont souligné l'importance des exercices militaires réguliers conjointement menés entre les deux pays. Ils ont salué la réussite de l'exercice naval Varuna mené en France en avril 2017, et de l'exercice terrestre Shakti mené en France en janvier 2018. Les deux parties attendent avec intérêt le prochain exercice naval Varuna, qui aura lieu en Inde dans les semaines à venir et l'exercice aérien Garuda prévu en France en 2019. Les deux parties ont affirmé leur intention de rehausser le niveau de leurs exercices militaires conjoints tout en maintenant leur niveau de qualité opérationnelle à l'avenir. 8. Les deux dirigeants ont noté avec satisfaction les progrès, conformes au calendrier prévu, de la mise en oeuvre des accords relatifs aux acquisitions, y compris l'accord signé en 2016 pour l'avion de combat Rafale. Ils ont également noté la mise en service de l'INS Kalvari, le premier sous-marin Scorpene fabriqué en Inde par le chantier naval Mazagon Dock Ltd., en collaboration avec le chantier naval français Naval Group. 9. Ils ont souhaité poursuivre leurs discussions sur le développement et l'approfondissement des partenariats industriels de défense en cours. Ils reconnaissent que l'initiative Make in India offre une opportunité intéressante pour les entreprises françaises et indiennes du secteur de la défense d'entrer dans des accords de codéveloppement et de coproduction d'équipements de défense en Inde, y compris à travers le transfert de savoir-faire et de technologies, au bénéfice mutuel de toutes les parties. Dans ce contexte, les dirigeants ont salué les divers accords industriels entre entreprises françaises et indiennes et réaffirmé leur engagement à en faciliter de nouveaux. 10. Les dirigeants ont noté les discussions en cours entre Safran et le DRDO sur un moteur pour avion de combat, et ont encouragé l'adoption des mesures nécessaires et une approche proactive pour permettre leur conclusion rapide. 11. Les deux dirigeants ont réaffirmé leur ferme condamnation du terrorisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, y compris le terrorisme transfrontalier et les actes terroristes en France et en Inde. Ils ont également rappelé que le terrorisme ne saurait en aucun cas être justifié et qu'il ne peut être associé à aucune religion, croyance, nationalité ou ethnie. Rappelant la déclaration conjointe sur le terrorisme adopté par les deux pays en janvier 2016, les deux dirigeants ont réaffirmé leur ferme détermination à éradiquer le terrorisme partout où il se manifeste. Ils ont estimé d'un commun accord que la communauté internationale devait redoubler d'efforts pour enrayer le financement du terrorisme et ont salué l'organisation par le Gouvernement français d'une conférence internationale pour la lutte contre le financement du terrorisme à Paris en avril 2018. 12. Ils ont également appelé tous les pays à agir pour détruire les refuges et les infrastructures terroristes, démanteler les réseaux terroristes, bloquer leurs canaux de financement et mettre fin aux mouvements transfrontaliers de groupes tels qu'Al-Qaïda, Daech, Jaish-e-Mohammed,Hizb-ul Mujahideen, Lashkar-e-Taiba et leurs affiliés, ainsi que des groupes terroristes qui menacent la paix et la sécurité en Asie du Sud et dans la région du Sahel. 13. Au-delà de la poursuite de l'excellente coopération en place entre les forces d'intervention (GIGN et NSG) et les services d'investigation des deux pays, les deux dirigeants sont convenus d'approfondir la coopération opérationnelle entre les organismes français et indien de lutte contre le terrorisme et de lancer une nouvelle coopération afin de prévenir et de lutter contre la radicalisation, notamment sur l'internet. Ils sont convenus de renforcer la lutte anti-terroriste au sein des instances multilatérales telles que les Nations Unies, le Forum mondial de lutte contre le terrorisme, le Groupe d'action financière internationale et le G20. Ils ont appelé tous les États membres des Nations Unies à mettre en oeuvre la résolution 1267 du Conseil de sécurité et les autres résolutions pertinentes désignant des entités terroristes. Ils sont également convenus d'oeuvrer ensemble à l'adoption rapide de la Convention générale sur le terrorisme international aux Nations Unies. 14. Ils se sont félicités de la conclusion d'un Accord sur la prévention de la consommation illicite et la réduction du trafic illicite de stupéfiants, de substances psychotropes et de leurs précurseurs chimiques entre les deux pays, qui vise à mettre en place une coopération institutionnelle efficace et à endiguer le trafic transnational de stupéfiants, qui contribue entre autres au financement du terrorisme. Coopération nucléaire civile 15. Dans le prolongement de l'accord de 2008 pour le développement des utilisations pacifiques de l'énergie nucléaire entre l'Inde et la France, ainsi que de la feuille de route de coopération de janvier 2016, les deux dirigeants ont noté avec satisfaction la conclusion d'un Accord industriel entre EDF et NPCIL en vue de la mise en oeuvre de six réacteurs nucléaires à Jaitapur, dans le Maharashtra en Inde. 16. Les deux dirigeants ont réaffirmé l'objectif de débuter les travaux sur le site de Jaitapur fin2018 et ont encouragé EDF et NPCIL à accélérer les négociations contractuelles y afférent. Une fois achevé, le projet de Jaitapur constituera la plus grande centrale nucléaire du monde avec une capacité totale de 9,6 GW. En sus de la fourniture d'énergie renouvelable, elle permettra à l'Inde d'atteindre son objectif de 40 % d'énergie non fossile d'ici à 2030. Dans ce contexte, ils ont souligné la nécessité d'aboutir à une production d'électricité rentable, d'assurer un financement économe et compétitif du côté français, de garantir un approvisionnement en combustible fiable, ininterrompu et constant sur toute la durée de vie des centrales nucléaires de Jaitapur, et de coopérer en matière de transferts de technologie et de localisation d'unités de fabrication rentables en Inde. Ce dernier point comprend le transfert de droits de brevet, à établir d'un commun accord. 17. Ils se sont félicités de la compréhension commune entre les deux parties au sujet de la mise en oeuvre de la réglementation indienne relative à la responsabilité civile en cas de dommages nucléaires applicable au projet Jaitapur. La compréhension commune repose sur la loi de 2010 relative à la responsabilité civile en cas de dommages nucléaires, sur les réglementations de 2011 relatives à la responsabilité civile en cas de dommages nucléaires, et sur le respect par les lois et réglementations indiennes de la convention sur la compensation additionnelle des dommages nucléaires, régulièrement ratifiée et notifiée à l'AIEA. 18. Les deux dirigeants se sont félicités des échanges réguliers entre les agences de l'énergie atomique de leurs deux pays et de leur collaboration croissante dans le cadre d'activités scientifiques et de formation mutuellement avantageuses liées aux usages pacifiques de l'énergie nucléaire, en particulier la coopération entre le CEA/INSTN et le DAE/GCNEP. Ils se sont également félicités des rapports établis de longue date entre leurs autorités de régulation nucléaire, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) en France et l'Atomic EnergyRegulatoryBoard(AERB) en Inde, et de la poursuite de leur action conjointe qui favorise le partage d'expériences précieuses, de bonnes pratiques et de nouveaux acquis en lien avec la sûreté nucléaire et les questions réglementaires. Coopération spatiale 19. Construisant sur les liens historiques exceptionnels entre les deux pays dans le secteur des programmes spatiaux civils, les deux dirigeants ont adopté une Vision commune de la coopération spatiale entre la France et l'Inde qui précise les domaines concrets de la coopération à venir dans ce domaine. Ils ont noté, en particulier, de la coopération en cours entre leurs agences spatiales en vue de la réalisation de la mission Trishna, troisième mission satellitaire conjointe destinée au suivi de la pression sur les écosystèmes et de l'utilisation des eaux, ainsi que de l'accueil d'un instrument français à bord du satellite indien Oceansat-3. II. Coopération économique, éducative, scientifique et technique, culturelle et entre les peuples 20. Le Président Macron et le Premier ministre MODI ont noté avec satisfaction la profondeur des liens entre les deux pays, en particulier dans les secteurs de l'économie, de l'éducation, des sciences, de la culture et du tourisme. 21. Ils se sont félicités de la signature d'un Accord bilatéral de partenariat en matière de migration et de mobilité, qui facilitera la mobilité étudiante et professionnelle entre la France et l'Inde en simplifiant les conditions d'entrée et de long séjour dans les deux pays. 22. Le Président Macron et le Premier ministre Modi ont salué le rôle des échanges entre les sociétés civiles des deux pays et ont souligné la nécessité de développer les programmes d'échange pour la jeunesse afin de promouvoir la compréhension mutuelle des cultures. À cet effet, ils se sont félicités du lancement d'un programme franco-indien pour l'avenir, initiative française destinée à promouvoir les échanges de jeunes, essentiels à l'approfondissement futur des liens entre la France et l'Inde. Échanges économiques 23. Les deux dirigeants ont noté avec satisfaction l'implication de sociétés françaises dans plusieurs projets partenariaux nouveaux ou en cours dans le secteur de la fabrication en Inde. Ils se sont félicités de la vitalité du développement des activités de recherche et développement réalisées par ces sociétés en Inde. Ils ont également souligné l'attractivité de la France pour les investisseurs indiens. 24. Les deux parties ont noté avec satisfaction la croissance du commerce bilatéral au cours de la période récente et ont exprimé le souhait de voir cette dynamique se poursuivre dans l'objectif de porter les échanges de biens à 15 milliards d'euros d'ici à 2022.Ils ont encouragé les PME et les sociétés de taille intermédiaire à jouer un rôle croissant dans les échanges économiques et commerciaux entre les deux pays. Tout en réaffirmant leur engagement de faciliter la mise en place d'un environnement propice au développement des échanges bilatéraux et des investissements, ils ont : - souligné l'importance d'un dialogue régulier et durable en matière de coopération économique dans le cadre de la Commission mixte franco-indienne ; - accueilli avec satisfaction les nouvelles recommandations présentées par les coprésidents du CEO Forum, qui s'est tenu à Delhi en marge de la visite. 25. Les deux dirigeants ont souligné l'importance de la tenue d'un dialogue annuel au niveau ministériel afin d'approfondir la coopération dans les domaines économique et financier. Coopération éducative, scientifique et technique 26. Les deux dirigeants ont noté avec satisfaction l'existence d'une coopération éducative dynamique dans le cadre gouvernemental et entre les universités et établissements d'enseignement et ont encouragé ces derniers à accroître en nombre et en qualité les échanges d'étudiants, dans le but de parvenir à 10.000 étudiants d'ici à 2020. Ils ont, à cet égard, salué la signature d'un Accord de reconnaissance mutuelle des diplômes qui facilitera la poursuite des études supérieures d'étudiants français en Inde et d'étudiants indiens en France et favorisera leur employabilité. Ils ont également salué la tenue du KnowledgeSummit, première conférence franco-indienne sur la recherche et l'enseignement supérieur, les 10 et 11 mars 2018à New Delhi. 27. Reconnaissant que le développement des compétences constitue une priorité essentielle pour les deux pays, les deux dirigeants ont salué l'importance du rôle joué par les entreprises françaises en Inde dans la formation et le renforcement des compétences de la main-d'oeuvre indienne, et ont encouragé ces entreprises à s'impliquer davantage dans ce secteur. Les deux parties attendent avec intérêt la création de nouveaux liens et la conclusion d'accords formels entre les structures et organismes de formation des deux pays. 28. Les deux dirigeants ont reconnu avec satisfaction le rôle joué par le Centre franco-indien pour la promotion de la recherche avancée (CEFIPRA) et l'ont félicité à l'occasion de son trentième anniversaire, célébré en 2017. Ils ont encouragé le CEFIPRA à élargir son rôle grâce à la mise en place d'un continuum interactif alliant la recherche aux besoins du marché et de la société, en établissant un lien entre les découvertes de la recherche fondamentale et leurs applications technologiques. Afin d'élargir l'ampleur et le contenu de la coopération bilatérale en matière de sciences, de technologie et d'innovation, ils ont souligné la nécessité de réunir le Comité mixte sur les sciences et techniques en 2018. Échanges culturels 29. Les deux dirigeants ont applaudi la réussite du festival « Namasté France » organisé en 2016, qui avait réuni 83 manifestations dans 41 villes de France et mis ainsi en lumière le patrimoine culturel indien en France, ainsi que la réussite de la troisième édition de « Bonjour India » qui a vu la réalisation de 300 projets dans 33 villes d'Inde. Ils ont salué la tenue des festivités « India@70 » organisées tout au long de l'année par l'Inde en France. 30. Reconnaissant l'importance de la littérature dans la promotion de relations amicales entre les deux pays, les deux dirigeants se sont félicités de la participation de l'Inde en tant qu'invité d'honneur au 42e Salon du livre de Paris en 2020. Réciproquement, la France sera l'invitée d'honneur de la Foire internationale du livre de New Delhi en 2022. 31. Le Président Macron et le Premier ministre Modi ont noté avec satisfaction la forte hausse des échanges touristiques entre les deux pays (+ 69 % de touristes indiens en France depuis 2014). Les deux pays se fixent pour objectif d'atteindre un million de touristes indiens en France et 335.000 touristes français en Inde d'ici à 2020. III. Partenariat pour la planète 32. Les deux parties ont réaffirmé leur engagement de lutter contre le changement climatique sur la base des principes de justice climatique, d'amélioration de la résilience climatique et d'un développement à faible émission de gaz à effet de serre. Ils se sont engagés à mettre pleinement en oeuvre l'Accord de Paris pendant et après la COP24, conformément à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et dans le cadre d'un processus mondial irréversible de lutte contre les changements climatiques pour le bien de toute l'humanité. Ils ont souligné la contribution positive du One Planet Summit, tenu à Paris le 12 décembre 2017, dans la réalisation de cet objectif. 33. Le Président français a remercié le Premier ministre indien pour le soutien de l'Inde à l'initiative visant à oeuvrer en faveur d'un Pacte mondial pour l'environnement. Alliance solaire internationale 34. Les deux dirigeants se sont félicités de l'entrée en vigueur de l'Accord-cadre de l'Alliance solaire internationale (ASI) et se sont réjouis de coprésider le sommet inaugural de l'ASI le 11 mars 2018 à New Delhi. Ils ont souligné leur engagement en faveur de l'élargissement et de l'approfondissement de projets et de programmes concrets sous l'égide de l'ASI, en vue de mobiliser des financements abordables au service d'un déploiement massif de l'énergie solaire. Énergies renouvelables 35. Les deux dirigeants ont réaffirmé que le renforcement de la coopération technologique entre la France et l'Inde dans le domaine des énergies renouvelables était une priorité commune visant à encourager l'émergence et la diffusion de l'innovation dans tous les secteurs. Ils ont souligné qu'il importait de mobiliser des fonds publics et privés à l'appui du déploiement de l'énergie solaire. Ils ont, à cet égard, salué la mise en place au sein de l'Alliance solaire internationale d'un comité international des Chambres de commerce et d'industrie et la volonté du MEDEF, du SER, de la FICCI et de la CII, entre autres, d'en faire partie. Mobilité durable 36. Les deux dirigeants ont noté que des moyens de transport efficaces et à faible émission de gaz à effet de serre constituent une condition essentielle du développement et de la croissance économique de la France et de l'Inde. Ils ont rappelé les vastes ambitions des deux pays en matière de mobilité électrique. À cet égard, ils se sont félicités de la signature d'une Déclaration d'intention entre le ministère français de la Transition écologique et solidaire et le NITI Aayog, qui sera appuyée par une assistance technique française fournie par l'Agence française de développement (AFD). 37. Les deux dirigeants ont réaffirmé l'engagement des deux pays en faveur du renforcement de leur coopération dans le domaine ferroviaire et ont noté avec satisfaction de l'achèvement de l'étude de fiabilité sur la modernisation de la ligne de voyageurs Delhi-Chandigarh en semi-grande vitesse et de l'étude sur la rénovation des gares d'Ambala et de Ludhiana. Les deux parties sont convenues que les discussions techniques à venir sur l'accroissement de la vitesse sur le tronçon Delhi-Chandigarh devront nécessairement prendre en compte les enjeux liés à la fréquentation de ce tronçon et l'importance du trafic de fret. Les deux dirigeants se sont également félicités de la mise en place d'un Forum ferroviaire permanent franco-indien regroupant le ministère français de la Transition écologique et solidaire et la SNCF, d'une part, et le ministère indien des Chemins de fer, de l'autre, en vue d'ouvrir la voie à une coopération industrielle entre les deux pays. Villes intelligentes 38. Le Président Macron et le Premier ministre Modi ont noté avec satisfaction l'excellence de la coopération franco-indienne en matière de villes durables et intelligentes, caractérisée par de nombreux projets de partage d'innovations et par des collaborations fructueuses entre acteurs français et indiens. Ils ont salué le programme de coopération exemplaire en matière de Ville intelligente mené dans les trois villes de Chandigarh, Nagpur et Pondichéry, ainsi que la reconduction du programme d'assistance technique de l'AFD dans le cadre de cette mission. Ils se sont félicités de la signature d'un Accord de prêt de 100 millions d'euros entre l'AFD et le Gouvernement indien en appui à la mission « Villes intelligentes ». IV. Renforcement des convergences stratégiques mondiales 39. En tant que partenaires stratégiques, les deux pays ont des avis convergents sur des questions régionales et mondiales essentielles, se consultent et coordonnent étroitement leurs actions sur les questions d'intérêt commun. 40. La France a réaffirmé son soutien à la candidature de l'Inde à un statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. La France et l'Inde partagent les mêmes préoccupations et objectifs en matière de non-prolifération des armes de destruction massive. 41. La France a salué l'adhésion de l'Inde au MTCR en juin 2016, à l'Arrangement de Wassenaar en décembre 2017 et au Groupe Australie en janvier 2018. Le Premier ministre Modi a remercié le Président Macron pour le rôle moteur joué par la France afin de permettre l'adhésion de l'Inde à l'Arrangement de Wassenaar. Il a également remercié la France d'avoir soutenu l'adhésion de l'Inde au Groupe Australie. Afin de renforcer à l'avenir les régimes de non-prolifération à l'échelle mondiale, la France a réaffirmé son soutien ferme et actif à la recherche d'un consensus parmi les membres de ces régimes au sujet de l'adhésion de l'Inde au Groupe des fournisseurs nucléaires, reconnaissant que cette adhésion renforcerait les buts et les objectifs de ces régimes. 42. Les deux dirigeants ont estimé d'un commun accord que la poursuite des programmes nucléaires et balistiques de la RPDC, ainsi que leur prolifération, menaçaient gravement la paix et la sécurité internationales, et ont appelé à une dénucléarisation totale, vérifiable et irréversible de la péninsule coréenne, entérinée par la RPDC. Les deux parties ont souligné la nécessité d'amener ceux qui soutiennent ou ont soutenu les programmes nucléaires et de missiles de la RPDC à rendre des comptes. Ils ont également souligné l'importance de l'unité de la communauté internationale face à ce défi pour faire en sorte que toutes les sanctions décidées par le Conseil de sécurité des Nations Unies soient pleinement mises en oeuvre par l'ensemble de la communauté internationale, afin d'exercer la pression la plus forte possible en vue d'une solution pacifique et globale par le dialogue. 43. La France et l'Inde ont réaffirmé leur soutien à la poursuite de la pleine mise en oeuvre du Plan d'action global commun signé entre l'Iran et les E3+3. Ils ont reconnu que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) avait confirmé que l'Iran respectait les engagements en matière nucléaire qui découlent pour lui de ce Plan. Les deux pays ont appelé à l'application intégrale et effective de cet accord approuvé par le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui constitue une contribution essentielle au régime de non-prolifération ainsi qu'à la paix, à la stabilité et à la sécurité internationales. Ils ont appelé toutes les parties à mettre pleinement en oeuvre la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations Unies. 44. Les deux dirigeants ont réaffirmé la primauté du processus de Genève mené par les Nations Unies en vue d'une résolution globale et pacifique du conflit syrien grâce à un processus politique ouvert à tous et mené par les Syriens, tenant compte des aspirations légitimes du peuple syrien. La protection des civils et l'accès à l'aide humanitaire sont fondamentaux, et il est attendu de toutes les parties au conflit et de ceux qui les soutiennent qu'ils respectent leurs engagements. Les deux dirigeants ont affirmé qu'il ne saurait y avoir aucune solution militaire au conflit et que l'intégrité territoriale et la souveraineté de la Syrie devaient être protégées. Ils ont également mis l'accent sur l'importance de l'OIAC et souligné que les armes chimiques ne devaient en aucun cas être employées. 45. Les deux dirigeants ont réitéré leur soutien au partenariat stratégique entre l'Union européenne et l'Inde, qui repose sur des principes et des valeurs communes ainsi que sur leur engagement en faveur d'un ordre international fondé sur le droit. Ils ont estimé d'un commun accord que l'Inde et l'UE devaient approfondir leur coopération sur les questions multilatérales et de sécurité, ainsi que sur les questions relatives à l'économie, aux échanges commerciaux et au changement climatique, et ont accueilli favorablement les résultats du 14e Sommet UE-Inde tenu à New Delhi le 6 octobre 2017. Ils ont exprimé leur soutien aux efforts menés par les deux parties pour relancer rapidement les négociations en vue d'un accord global sur le commerce et les investissements, mutuellement avantageux, entre l'UE et l'Inde. 46. La France et l'Inde ont reconnu l'importance de la connectivité à l'ère de la mondialisation. Ils ont souligné que les initiatives dans ce domaine devaient reposer sur les principes essentiels du droit international, de bonne gouvernance, de primauté du droit, d'ouverture et de transparence, être conformes aux normes sociales et environnementales, aux principes de responsabilité financière et aux pratiques responsables de financement de la dette, et être mises en oeuvre de manière à respecter les principes de souveraineté et d'intégrité territoriale. 47. La France et l'Inde s'engagent à mettre en oeuvre les décisions du G20 et à agir de concert avec ses autres membres afin de parvenir à une croissance forte, durable, équilibrée et inclusive. 48. Les deux dirigeants ont réaffirmé le rôle essentiel d'un système commercial multilatéral fondé sur des règles et l'importance de promouvoir un commerce libre, équitable et ouvert en faveur d'une croissance et d'un développement durables. Ils ont réaffirmé leur volonté d'agir de concert avec tous les membres de l'OMC, ce qui réaffirmerait le rôle central d'un système commercial multilatéral fondé sur des règles et son importance pour des échanges commerciaux ouverts et inclusifs. 49. La France et l'Inde sont désireuses d'oeuvrer ensemble à améliorer l'architecture mondiale de gouvernance économique et financière, à réduire les déséquilibres mondiaux excessifs, à favoriser un développement inclusif et interconnecté et faire face aux défis mondiaux communs tels que le terrorisme, la pauvreté, la faim, la création d'emplois, les changements climatiques, la sécurité énergétique et les inégalités, notamment les inégalités entre les sexes, pour poser les fondements d'un développement durable. 50. La France et l'Inde partagent un même intérêt à coopérer et à collaborer en faveur de la stabilité et de la prospérité de l'Afrique, notamment dans le cadre d'initiatives de développement telles que des programmes de renforcement des capacités et des projets conjoints. S'appuyant sur leur premier dialogue sur l'Afrique, qui a eu lieu en juin 2017 à Paris, les deux dirigeants ont réaffirmé leur volonté de mettre en oeuvre des projets communs sur le terrain. Ils se sont également félicités de la création de la force conjointe G5 Sahel qui témoigne de la volonté des États d'Afrique de prendre en charge leur propre sécurité pour faire face à la menace terroriste ainsi qu'aux graves problèmes que pose la criminalité organisée transnationale dans la région. 51. Les deux dirigeants ont réaffirmé leur soutien à l'Association des États riverains de l'océan Indien (IORA) et aux valeurs qu'elle promeut. Ils s'engagent tous deux à contribuer activement à la réalisation de ses priorités. 52. Dans le but d'élargir le spectre de ces convergences, il a été convenu d'instaurer des dialogues officiels et réguliers entre experts sur l'Asie de l'Est et le Moyen-Orient. Un dialogue annuel en matière de prospective a également été mis en place entre les deux ministères des Affaires étrangères. 53. Le Président Macron a remercié le Premier ministre Modi et le Gouvernement de l'Inde pour l'accueil chaleureux qui lui a été réservé ainsi qu'à sa délégation, et attend avec impatience de pouvoir l'accueillir en France. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/619.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/619.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..da2ef622eed175bf3a4dfde78fb8dc6bd8cf24dc --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/619.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Président du CNRS, Monsieur le Directeur général de la mondialisation, Monsieur le Directeur de l'Institut des sciences humaines et sociales, Mesdames et Messieurs les Directeurs des instituts français de recherche à l'étranger, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les Professeurs des universités et Directeurs de recherche, Mesdames et Messieurs, Chers Amis, D'abord, je vous prie d'excuser le petit contretemps qui a fait que je n'ai pas pu parler en même temps que ma collègue, Mme Vidal. C'est dû à la crise du Novitchok, ce neurotoxique qui a frappé la Grande-Bretagne et qui m'a amené à quelques conversations majeures à ce moment-là. C'est avec grand plaisir que je participe à ce colloque consacré aux "pensées influentes". C'est une occasion de mettre en valeur l'un des réseaux du Quai d'Orsay les moins connus, et pourtant l'un des plus exceptionnels, parce qu'il est unique au monde : je parle du réseau des Instituts français de recherche à l'étranger. Occasion, plus largement, de célébrer les liens entre diplomates et chercheurs, liens qui sont anciens, féconds et surtout nécessaires. On dit souvent que le Quai d'Orsay est le ministère de la parole. Les entretiens diplomatiques, les négociations, les discussions - j'en viens à l'instant - font partie du coeur de métier de ce ministère. Une parole qui rime avec l'action, si l'on pense à la multiplication des crises qui nous conduisent souvent à intervenir pour les prévenir ou les contenir. Mais pour être complets, la parole et l'action ont aussi besoin du savoir et de la rigueur de la démarche scientifique. C'est une réalité peu connue du grand public. Raison de plus pour y insister : la diplomatie scientifique est aussi au coeur de notre politique étrangère : c'est vrai par les échanges scientifiques que ce ministère favorise, en lien étroit avec le ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, dans un contexte où la vie des idées et des savoirs n'a eu de cesse de s'internationaliser, et aussi de devenir plus concurrentielle. C'est également le cas à travers les actions scientifiques que nous portons directement, celle des 150 missions archéologiques françaises que le ministère de l'Europe et des affaires étrangères soutient, celles des cinq écoles françaises à l'étranger, placées sous la responsabilité de Frédérique Vidal, et bien sûr celle du réseau qui nous rassemble aujourd'hui. La France dispose ici d'un instrument extraordinaire, le réseau des Instituts français de recherche à l'étranger, les IFRE, ou pour tre tout à fait exact les UMIFRE, pour rappeler que ce sont bien des "Unités Mixtes" du CNRS. Ce réseau exceptionnel fait de 27 instituts, auxquels s'ajoutent 10 antennes, déploie aujourd'hui 150 chercheurs et 350 doctorants dans 34 pays, sur les cinq continents. C'est un élément à part entière de l'universalité de notre diplomatie, universalité géographique mais aussi universalité des domaines que nous portons et dont la science fait partie. La force de ces Instituts de recherche, de ces unités communes, tient à plusieurs caractéristiques, que je voudrais rappeler rapidement. C'est en premier lieu un réseau de "terrains". Je mets ce terme au pluriel. Un réseau au plus près du terrain, tout d'abord, puisqu'il permet aux chercheurs d'être présents dans des pays parfois d'accès difficile, ceux de l'arc de crise notamment. Ces crises, ces chercheurs nous aident à les comprendre, parce qu'ils y font aussi face. Je pense notamment, pour n'en citer qu'un, à l'Institut français du Proche Orient, dont le siège était précédemment à Damas, désormais à Beyrouth, et qui effectue un travail remarquable dans une région meurtrie par les conflits. J'y insiste, parce qu'il pourrait être tentant, devant la difficulté, d'éviter d'accéder à certains terrains et d'en rester à une connaissance livresque, ou à des contacts à distance ; rien ne remplace cependant l'accès à l'objet même que l'on s'est donné, et c'est là tout le mérite du réseau des UMIFRE et de ses chercheurs, d'autant plus que l'on s'est donné l'objectif de le comprendre davantage. C'est aussi un réseau de terrains, au pluriel, par l'ampleur des disciplines et des sujets de recherche auxquels ces Instituts se consacrent, de l'histoire des civilisations aux enjeux les plus contemporains, ceux de l'urbanisation, du climat, des mouvements migratoires, des radicalisations ou des transitions démocratiques. D'autres pays entretiennent des réseaux de ce type mais ils sont moins développés ; et aucun n'a, comme la France avec le réseau des UMIFRE, un spectre disciplinaire aussi large. Lorsque des archéologues, des politistes, des philosophes, des musicologues, parmi d'autres, se retrouvent ensemble au sein d'un Institut, cela crée un creuset interdisciplinaire qui est particulièrement précieux. Ce réseau, vous l'avez rappelé, Monsieur le Président, il y a un instant, est hérité de l'histoire ; il a d'ailleurs ses traditions ; mais ce n'est pas d'abord un héritage que nous aurions simplement pour vocation de conserver. Fort des spécificités que j'ai rappelées, les UMIFRE élaborent et produisent au présent des connaissances dont nous avons besoin, et dont notre diplomatie a un besoin particulier. L'actualité le rappelle tous les jours, nous évoluons dans un monde totalement incertain, où des réalités que l'on croyait acquises peuvent basculer du jour au lendemain, où les crises se multiplient ou s'aggravent souvent, surtout en ce moment, et avec elles les surprises et les ruptures stratégiques. Si nous voulons agir, nous devons donc, en premier lieu, comprendre la complexité de notre environnement et mobiliser à cette fin toutes les ressources d'analyse, à commencer par celles qu'offre la recherche académique. Dans un monde en crise, les sciences humaines et sociales - puisque ce sont elles qui nous rassemblent aujourd'hui - ont une pertinence particulière, car, en interrogeant la manière dont les êtres humains font ou défont les sociétés, elles peuvent aider notre diplomatie à mieux comprendre les bouleversements à l'oeuvre autour de nous. L'organisation prochaine d'un colloque consacré au Maghreb contemporain et qui s'appuiera notamment sur les UMIFRE de la région sera l'occasion d'en apporter la preuve par l'exemple. En menant cette analyse du monde contemporain, les UMIFRE contribuent aussi, très concrètement, à en résoudre certaines tensions. Il est clair que dans une époque à la recherche de nouveaux équilibres et de nouveaux repères, les échanges culturels, les travaux scientifiques jouent un rôle médiateur, et le savoir offre une langue commune. Cette langue commune peut bien sûr être l'objet de disputes et de controverses, mais son horizon demeure celui de l'universalité. Dans la mondialisation conflictuelle que nous connaissons aujourd'hui, la diplomatie scientifique est donc un instrument de communication et de dialogue irremplaçable, et les UMIFRE jouent là encore un rôle de premier ordre. Aujourd'hui, je veux donc confirmer l'engagement du ministère de l'Europe et des affaires étrangères pour l'excellence de la recherche française à l'étranger, et assurer votre réseau de notre plein soutien. Je l'ai dit pour commencer : ce réseau est peut-être méconnu, mais il n'est pas secondaire, et c'est l'honneur du Quai d'Orsay que de lui garantir les moyens de son fonctionnement et de son développement, partout où cela a du sens, en relation avec le CNRS qui est, je tiens à le souligner, un excellent partenaire. À l'occasion de cette journée, je voudrais simplement mettre l'accent sur deux enjeux qui me semblent revêtir une importance particulière pour l'avenir. Le premier est de consolider la place des UMIFRE au sein du paysage français de la recherche, dont ils sont les postes avancés, partout dans le monde, et de renforcer par-là même notre attractivité scientifique. Vous le savez mieux que quiconque, la coopération internationale fait depuis longtemps partie du quotidien des chercheurs. Pour autant, l'attractivité, l'internationalisation de la recherche reste encore un défi à relever pour notre pays. C'est l'engagement de Frédérique Vidal. À ses côtés, c'est également celui de mon ministère. En lien étroit avec notre réseau de coopération et d'action culturelle, les UMIFRE ont un rôle premier à jouer pour répondre à cette exigence. Ce rôle marche dans les deux sens : à la fois pour projeter nos chercheurs à l'international, les accompagner sur les terrains où ils souhaitent agir, mais aussi, en retour, pour conforter l'attractivité scientifique de la France, qui est l'un de nos grands chantiers. En cela d'ailleurs, il faut rappeler que l'influence de la France n'est pas seulement l'affaire des diplomates, même si ces derniers jouent un rôle éminent ; cette influence est une affaire collective dans l'ensemble de nos missions. J'encourage, à cet égard, les initiatives prises par les UMIFRE, lorsque ses chercheurs interviennent dans les universités locales, en y créant des séminaires, en y élaborant des coopérations, et donnant ainsi à leurs pairs, la meilleure image de notre pays. En écho à cette remarque, le deuxième enjeu me paraît être précisément de conforter la place des UMIFRE au sein de notre réseau diplomatique, le rôle qu'ils peuvent donc jouer dans notre diplomatie d'influence, mais aussi en appui direct de notre diplomatie globale. Je l'ai dit tout à l'heure, les analyses que nous menons dans cette maison ont besoin de l'expertise qui peut être celle des chercheurs. Je sais que des initiatives ont déjà été prises : des post-doctorats ont par exemple été créés, financés par certains postes, sur des sujets d'intérêt direct pour le ministère de l'Europe et des affaires étrangères, et hébergés au sein des UMIFRE. C'est en tout cas une perspective que je veux encourager, qu'il s'agisse de la gestion des crises, ou bien de problématiques comme celles liées au développement, autre axe prioritaire de notre politique étrangère. Avec le même souci de conforter leur place au sein du réseau diplomatique, toujours dans le respect de la spécificité forte des chercheurs, je veux saluer et encourager les projets ambitieux que conduisent certains de ces Instituts qui peuvent être considérés comme exemplaires. Mesdames et Messieurs, Vous le voyez, nous avons de très belles perspectives. Je sais qu'il y a notamment eu un speed-dating ce matin entre des directeurs d'UMIFRE et des partenaires potentiels. Il y a aussi la dynamique industrielle que vous venez d'évoquer. Vous avez, vous-mêmes, chacun un rôle à jouer - quand vous n'êtes pas déjà en poste dans notre réseau - pour mieux faire connaître l'engagement du Quai d'Orsay aux côtés de la recherche française en sciences humaines et sociales, pour que cette recherche continue d'être une référence partout dans le monde. En saluant à distance Frédérique Vidal, en remerciant plus particulièrement le CNRS pour le travail que nous faisons en commun, vous me permettez enfin de remercier la direction générale de la mondialisation, qui a préparé ce colloque et qui assure au quotidien le suivi du réseau des UMIFRE, au coeur de notre diplomatie d'influence. Merci de votre attention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/620.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/620.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..bd811a8289c48305298ca4dca15deffd3f120da3 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/620.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Députée, lundi matin, accompagné de huit ministres, j'ai présenté le plan qui doit nous permettre d'obtenir des résultats en matière de lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Vous l'avez évoqué : ces propos, ces attitudes, ces actes dirigés contre des Françaises, des Français, en raison de leurs origines, de la couleur de leur peau, de leur religion sont parfaitement inacceptables. Nous voulons donc agir dans tous les domaines où le combat est nécessaire. J'insiste sur ce mot de "combat", car il s'agit bien d'un combat toujours recommencé. Il n'est pas récent. Il est ancien et il durera. L'essentiel, c'est de le livrer, d'aider les combattants à le faire, de leur donner de bons instruments, c'est-à-dire les armes et les moyens d'obtenir des résultats. Je n'énumérerai pas l'ensemble des mesures, mais nous avons voulu concevoir ce plan dans quatre domaines principaux. Le sport, d'abord, car nous voyons bien qu'il y a là une nouvelle frontière dans les clubs, sur les terrains, où il existe un combat à mener pour éviter soit la radicalisation, soit l'expression de préjugés ou d'opinions délictueuses en matière de racisme ou d'antisémitisme. L'accompagnement des victimes, ensuite : il est absolument essentiel qu'il soit plus facile de porter plainte. Nous connaissons tous les statistiques. Nous savons tous qu'elles sont biaisées, pour une raison simple : beaucoup de victimes d'actes, d'injures, d'insultes ne portent pas plainte. Nous devons les encourager à le faire, car mesurer le phénomène, engager des poursuites est indispensable pour obtenir des résultats. Pour cela, il faut que les plaintes soient mieux enregistrées, plus simples à enregistrer et qu'on y mentionne plus facilement le caractère antisémite ou raciste de l'acte qui, le cas échéant, sera poursuivi. L'école, en troisième lieu. Bien entendu, le combat se joue, s'est toujours joué à l'école. J'ai eu l'occasion de rappeler lundi que si cette belle expression dans laquelle nous nous retrouvons tous, "les hussards noirs de la République", est une métaphore guerrière, ce n'est pas par hasard. En 1870, à la fin du XIXe siècle, lutter contre les préjugés, contre l'obscurantisme était évidemment un combat. Et c'était évidemment un combat violent. C'est toujours le cas, madame la députée. En 2018, c'est toujours un combat violent. C'est toujours un combat violent de dire ce qui s'est passé dans notre histoire. C'est un combat violent, parfois, dans certains quartiers, d'enseigner ce qu'a été la Shoah. Dans ce combat, il faut accompagner les professeurs, accompagner ceux qui ne doivent pas céder à la pression, à la tentation d'édulcorer parfois ou de renoncer à enseigner ce qu'est notre histoire. Internet est le dernier domaine dans lequel nous voulons intervenir. Vous l'avez évoqué : les réseaux sociaux, qui sont parfois les instruments de communication du meilleur, sont aussi parfois les réceptacles du pire. Pour lutter contre cela, nous devons modifier le droit, car rien de ce qui est publié, rien de ce qui est diffusé en France ne peut s'exonérer des lois de la République. Je ne me résous pas à cet anonymat, à ce statut qui permet aux hébergeurs de s'exonérer de toute responsabilité sur ce qui est diffusé grâce à eux. Nous ne devons pas nous résigner. Le président de la République l'a dit : nous devons convaincre, d'abord, mais aussi imposer, en vérité, à ces réseaux sociaux, à ces hébergeurs, de retirer sans délai toutes les mentions contraires à la loi. C'est indispensable. Peut-on admettre que certains réseaux sociaux, qui réussissent à enlever très rapidement des contenus contraires à des lois commerciales, n'y arrivent pas quand il s'agit d'atteintes à la dignité de la personne ou d'atteintes fondamentales aux droits de la République ? Il n'en est pas question. C'est la raison pour laquelle nous voulons avancer dans le droit national. Nous voulons aussi que le droit communautaire prenne en compte cette exigence. Là encore, nous allons livrer un combat. Je suis convaincu qu'entre le statut d'éditeur, très contraignant en matière de responsabilité pénale, et celui d'hébergeur, qui l'est très peu, il existe une voie médiane, qui permettra de lutter efficacement contre ce torrent de boue raciste et antisémite que l'on trouve trop souvent sur internet. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/621.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/621.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..46ed51b9d65854831c45b5bf4ef41019df242480 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/621.txt @@ -0,0 +1 @@ +A la suite des attaques terroristes perpétrées le 23 mars 2018 à Carcassonne et Trèbes, le Président de la République a tenu ce jour à l'Elysée une réunion en présence du Premier Ministre, des ministres concernés et des services de l'Etat impliqués dans l'enquête. Après avoir salué la mémoire du lieutenant-colonel BELTRAME, et fait part des condoléances de la Nation aux proches des victimes décédées, le Président s'est assuré de la bonne prise en charge médicale et psychologique des personnes blessées et de leurs proches impliquées dans cet attentat. Il a rappelé son souhait que ce suivi soit individuel et personnalisé. S'agissant de l'enquête menée sous l'autorité du Procureur de la République de Paris, elle mobilise plusieurs centaines d'enquêteurs, et doit faire toute la lumière sur les éventuels liens du terroriste avec Daesh, qui a revendiqué l'attentat, sur les complicités dont il aurait pu bénéficier pour mener à bien ses attaques, ainsi que sur les étapes de son parcours de radicalisation. Le Ministre de l'Intérieur a présenté les instructions données aux préfets pour maintenir la vigilance de tous les services et le Président de la République a demandé la convocation cette semaine par les préfets de l'ensemble des groupes d'évaluation départementale suivant les individus ayant fait l'objet de signalements pour radicalisation. Enfin, le Président de la République a décidé qu'un hommage national serait organisé en l'honneur du lieutenant-colonel Arnaud BELTRAME, qui a fait le don de sa vie pour protéger nos concitoyens. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/622.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/622.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4c482d0edfdb847b82e57c822813468420c0657b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/622.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-MICHEL APHATIE Bonjour Bruno LE MAIRE. BRUNO LE MAIRE Bonjour Jean-Michel APHATIE. JEAN-MICHEL APHATIE L'attentat de Trèbes et le sacrifice du Lieutenant-colonel Arnaud BELTRAME ont évidemment marqué l'actualité de ces derniers jours. Le secrétaire général des Républicains, Geoffroy DIDIER, était l'invité de Radio J hier, et il a évoqué le cas de ces personnes que l'on sait radicalisées, mais dont on n'imagine pas qu'elles passeront à l'acte. Que faire avec ces personnes ? La réponse de Geoffroy DIDIER. GEOFFROY DIDIER, SECRETAIRE GENERAL DELEGUE LES REPUBLICAINS - hier sur Radio J J'appelle le gouvernement, j'appelle Emmanuel MACRON à faire preuve de moins de naïveté, je demande que l'on mette ces personnes qui ont été considérées par les services de renseignements, comme pouvant passer à l'acte, hors d'état de nuire. Si Emmanuel MACRON avait suivi cette proposition constante de Laurent WAUQUIEZ, eh bien ce qui s'est passé vendredi, n'aurait pas eu lieu. JEAN-MICHEL APHATIE C'est vrai que les circonstances dans lesquelles se déroule cet attentat, doivent nous amener à réfléchir. On repère des individus radicalisés, mais comment déterminer le passage à l'acte ? C'est une question difficile. BRUNO LE MAIRE Oui. Avant de rentrer dans les polémiques que Les Républicains souhaitent visiblement ouvrir, vous me permettrez tout de même de rendre hommage à Arnaud BELTRAME et aux trois autres victimes des attentats. « Je meurs et France demeure, mon amour et mon refus. Ô mes amis si je meurs, vous saurez pourquoi ce fut ». C'est le poème d’ARAGON, auquel me fait penser l'acte d'héroïsme du Lieutenant-Colonel BELTRAME. Et permettez-moi de vous dire que ça me semble plus important que les polémiques que certains veulent ouvrir. JEAN-MICHEL APHATIE Mais, une question se pose... BRUNO LE MAIRE Il n'y a aucune naïveté de la part du président de la République, aucune naïveté de la part de ce gouvernement, qui je le rappelle a décidé d'embaucher sur la durée du quinquennat, 1 900 personnes supplémentaires pour faire du renseignement, en particulier sur l'islam politique, qui a décidé d'augmenter les moyens de la gendarmerie, qui a décidé de recruter davantage de fonctionnaires de police. Je ne vais pas rentrer dans la polémique consistant à faire des comparaisons avec ce qui a pu être fait par le passé, je veux simplement vous dire que le président de la République, le Premier ministre, l'ensemble du gouvernement dans les fonctions qui sont les leurs, sont totalement déterminés à combattre le terrorisme et ce qui est à la racine du terrorisme, l'islam politique. JEAN-MICHEL APHATIE Ça n'est pas dans votre compétence, évidemment, mais tout de même, la scène qui s'est déroulée vendredi, pose quelques questions. Voilà un individu repéré par les services de police, mais qui malgré tout passe à l'acte, et la détermination de ce moment où on passe à l'acte, est sans doute complexe, mais là, visiblement... BRUNO LE MAIRE Bien sûr, mais il y aura une enquête... JEAN-MICHEL APHATIE La surveillance n'a pas fonctionné ou a mal fonctionné. BRUNO LE MAIRE Il y aura une enquête, nous verrons ce qui a pu ne pas fonctionner, si des choses n'ont pas bien fonctionné. Je rappelle qu'il y a plus de 10 000 personnes qui sont fichées S notamment pour radicalisation, donc ça interroge évidemment à chaque fois les services de renseignements, les services de police... JEAN-MICHEL APHATIE Près de 20 000 je crois. BRUNO LE MAIRE Les Français ont droit à la transparence, à la vérité totale sur le sujet, ils l'auront, mais je pense qu'il serait préférable d'éviter toute polémique sur ce sujet. BRUCE TOUSSAINT Bruno LE MAIRE, était-ce évitable ? C'est le mot utilisé par Geoffroy DIDIER. BRUNO LE MAIRE A chaque attentat, on se pose cette question : est-ce qu'on aurait pu éviter ? Moi, après chaque attentat, je me dis, comme responsable politique ou même comme simple citoyen, nous pouvons toujours faire mieux, nous pouvons toujours améliorer les choses, nous pouvons toujours tirer les leçons de ce qui s'est passé. Et je crois qu'un responsable politique doit toujours tirer les leçons de ce qui s'est passé. Mais je pense qu'on peut le faire en évitant de rentrer dans des polémiques politiciennes, dans lesquelles certains s'engouffrent à chaque fois, systématiquement, de manière presque pavlovienne, comme si les attentats c'était pour eux une possibilité de sursaut politique. Eh bien je le regrette, parce que je pense que la France mérite mieux et que les personnes qui ont été victimes de ces attentats, le Lieutenant-Colonel qui s'est sacrifié pour un otage, mérite de la part de toute la classe politique, mieux que les polémiques politiciennes. JEAN-MICHEL APHATIE Voilà donc ce que l'on pouvait dire, ce que vous avez dit sur l'attentat qui s'est déroulé vendredi à Trèbes. Nous allons maintenant aborder votre actualité de ministre de l'Economie. L'INSEE a rendu publics ce matin à 07h30, les chiffres du déficit public pour 2017, ils sont meilleurs que prévu, 2,6 %, donc c'est l'un des meilleurs résultats depuis 10 ans. A quoi vous attribuez ce chiffre-là 2,6 % de déficit pour 2017 ? BRUNO LE MAIRE Eh bien d'abord, c'est une bonne nouvelle. C'est une bonne nouvelle pour les Français, c'est la preuve que la stratégie qui a été définie par le président de la République en matière de réduction de la dépense publique, de redressement des comptes publics et de croissance, est la bonne. Comme la stratégie est la bonne, ne changeons pas de stratégie. Moi je l'attribue d'abord à la croissance qui revient et qui revient parce que la confiance est là, parce que les entrepreneurs investissent, parce que les investisseurs retrouvent confiance dans notre pays. Je l'attribue aussi aux décisions que nous avons prises avec le gouvernement, avec le Premier ministre, avec Gérald DARMANIN. Moi je rappelle que lorsque la Cour des comptes a rendu son rapport au mois de juin 2017, elle estimait que le déficit serait au-dessus de 3 %, et nous avons pris avec Gérald DARMANIN et avec le Premier ministre, un certain nombre de décisions qui était difficiles, de réduction de la dépense publique, de surtaxe à l'impôt sur les sociétés pour compenser l'annulation de la taxe sur les dividendes, et c'est ce qui nous a permis d'être sous les 3 %. A l'époque, quand je disais, en juillet 2017, nous serons sous les 3 %, nous tiendrons cet engagement, ce genre de déclaration était suivi d'un scepticisme généralisé. Eh bien nous avons tenu nos engagements, nous avons tenu les engagements du Président de la République, qui pendant la campagne, avait dit : nous respecterons nos engagements européens. JEAN-MICHEL APHATIE Alors, j'ai une dépêche AFP 08h00... 07h45, pardon : les dépenses publiques ont augmenté de 2,5 % en 2017 contre 1 % en 2016, donc on ne va pas faire une querelle de chiffres, mais du moins, on va dire que la croissance a permis d'engranger des recettes fiscales supérieures. BRUNO LE MAIRE Oui, bien sûr. JEAN-MICHEL APHATIE Plutôt que la baisse des dépenses publiques qui... BRUNO LE MAIRE Non, non non, je ne suis pas d'accord avec cette analyse, Jean-Michel APHATIE. Je vous ai répondu... JEAN-MICHEL APHATIE ... est très discutée. Ah je ne sais pas si c'est une analyse... BRUNO LE MAIRE Non non, mais ce sont des faits, ce sont des faits Jean-Michel APHATIE. JEAN-MICHEL APHATIE D'accord. BRUNO LE MAIRE Je préférerais... JEAN-MICHEL APHATIE Mais, dépêche AFP : les dépenses publiques ont augmenté. BRUNO LE MAIRE Eh bien nous allons compléter, les éléments de la dépêche AFP. Oui la croissance, comme je vous l'ai dit, explique ces bons résultats, mais également les décisions courageuses que nous avons prises. Quand nous avons décidé de réduire les aides au logement, dieu sait que ça a fait couler de l'encre, mais c'est de la réduction à dépenses publiques. Quand nous avons décidé pour la première fois depuis très longtemps de réduire le nombre d'emplois aidés parce que nous, nous faisons confiance aux emplois dans le secteur privé, beaucoup plus qu'aux emplois aidés qui sont des impasses, c'est de la réduction de la dépense publique. Donc c'est la conjugaison de cette croissance qui revient, parce que la confiance est retrouvée, parce que nous avons fait une réforme fiscale de grande ampleur, et de décisions courageuses sur la baisse de la dépense publique, qui donnent ces résultats. (…) BRUCE TOUSSAINT Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie et des finances, est l'invité de France Info ce matin. Jean-Michel APHATIE. JEAN-MICHEL APHATIE Réduction du déficit, meilleures rentrées fiscales, alors, bien sûr, il y a le problème et le débat de la cagnotte qui se posent… BRUNO LE MAIRE Je vois venir votre question… JEAN-MICHEL APHATIE Mais bien sûr, Joël GIRAUD, rapporteur général du Budget disait donc, il fait partie de la majorité, disait dans Les Echos, il y a un mois : nous pouvons redistribuer une partie de cette bonne fortune fiscale. Est-ce que vous admettez qu'il y a un débat, et peut-être qu'il faut redistribuer un peu des recettes fiscales que vous avez engrangées ? BRUNO LE MAIRE Moi, j'admets tous les débats, toutes les discussions sont les bienvenues avec la majorité, mais je voudrais rappeler quand même quelques évidences, nous avons 2,6 % de déficit public, je le redis, c'est une bonne nouvelle, et c'est la preuve que la stratégie du gouvernement et du président de la République est la bonne. Mais ça reste un déficit, ça veut dire qu'on continue à dépenser trop d'argent, et comme dirait La Palice, tant que nous ne sommes pas en excédent, nous sommes en déficit, tant que nous sommes en déficit, il faut continuer à emprunter pour rembourser notre dette. Et ces emprunts pour rembourser notre dette, ça coûte très cher. Je rappelle que si demain ce qui est fort probable les taux d'intérêt augmentent d'un point, eh bien, il faudra dépenser trois milliards de plus chaque année pour rembourser notre dette. Est-ce que c'est vraiment ce qu'on veut ? Non. Donc moi, je souhaite que nous tenions notre cap, nos réductions de la dépense publique, et surtout de réduction de la dette, parce que vous avez très aimable avec moi, ce matin, Jean-Michel APHATIE, mais vous auriez pu rappeler que l'endettement public continue à augmenter, comme… JEAN-MICHEL APHATIE 2,218 milliards millions… BRUCE TOUSSAINT Deux mille deux cent milliards… JEAN-MICHEL APHATIE Oui, pardon, je suis comme KRASUCKI, je mets des zéros là où il ne faut pas… BRUNO LE MAIRE Deux mille deux cent milliards de dette, mais surtout, vous voyez que, je vais être très honnête avec vous… JEAN-MICHEL APHATIE Deux mille deux cent milliards… BRUCE TOUSSAINT 97 % du PIB, d'ailleurs, Bruno LE MAIRE… BRUNO LE MAIRE 97 % du PIB en 2017 contre 96,6 % l'année précédente. Donc je le redis, ça veut dire que, parce que les déficits publics restent encore trop importants à mes yeux, nous sommes obligés d'emprunter, nous sommes obligés de nous endetter, et la dette est un poison lent sur l'économie française et sur les Français… BRUCE TOUSSAINT On va atteindre 100 % ? On va atteindre 100 ? BRUNO LE MAIRE Eh bien, tout le combat va être justement de ne pas atteindre ces 100 %, de prendre toutes les mesures de réduction… BRUCE TOUSSAINT Si vous restez à votre poste le plus longtemps possible, on peut vous le souhaitez, vous serez peut-être le ministre de l'Economie et des finances qui aura ce 100 % ? BRUNO LE MAIRE Mais je ne souhaite pas décrocher cette timbale, Bruce TOUSSAINT… BRUCE TOUSSAINT Mais c'est inéluctable, non ? BRUNO LE MAIRE Je souhaite au contraire… Non, rien n'est inéluctable, on nous disait que dépasser 3 % était inéluctable, nous sommes arrivés à passer sous cette barre des 3 %. Eh bien, la réduction de la dette, ça doit être un objectif prioritaire pour le gouvernement, prioritaire pour les Français, parce que, demain, c'est nos enfants qui paieront, parce que c'est de l'argent mal employé. Moi, quand je vois la situation des hôpitaux, quand je vois la situation de certains services publics, je me dis que j'aimerais bien qu'on dépense moins là où c'est moins nécessaire pour retrouver des marges de manoeuvre pour aider les Français qui en ont le plus besoin, pour aider le système hospitalier, pour aider notre système de soins, pour avoir des unités de soins palliatifs pour tous les Français, quels qu'ils soient, où qu'ils se trouvent en France. C'est ça mon objectif. Je ne fais pas de cet objectif les 3 % ou la réduction de la dette un totem, j'en fais une volonté pour améliorer la situation des Français, pour que chaque Français, demain, puisse avoir de l'argent public bien employé. JEAN-MICHEL APHATIE Donc, c'est clair, Bruno LE MAIRE, il n'y a pas de cagnotte ? BRUNO LE MAIRE Mais comment peut-on employer ce mot que je ne prononce même pas… JEAN-MICHEL APHATIE Non, c'est clair ! BRUNO LE MAIRE Quand il y a deux mille deux cent milliards de dette. JEAN-MICHEL APHATIE De dette. D'accord, alors, il faut… pour cette année, la prévision de déficit, elle est de 2,8 % pour l'instant, vous la maintenez comme ça ou vous pensez qu'on sera en dessous ? BRUNO LE MAIRE Je la maintiens. Je la maintiens… JEAN-MICHEL APHATIE 2,8… BRUNO LE MAIRE Et je ferai tout, avec le reste du gouvernement, avec Gérald DARMANIN, en particulier, pour faire mieux que ce qui a été annoncé. JEAN-MICHEL APHATIE Alors, pour être précis, le commissaire Pierre MOSCOVICI rappelait que la moyenne dans la zone euro du déficit… BRUNO LE MAIRE Elle est de 1,6 %... JEAN-MICHEL APHATIE De 0,9, donc…. BRUCE TOUSSAINT 0,9 pour 2018. 1,1 % pour 2017… JEAN-MICHEL APHATIE On a du chemin à faire… BRUNO LE MAIRE Donc ça veut dire qu'il nous reste un chemin important à faire, mais réjouissons-nous de ces chiffres parce qu'ils prouvent que, pour la première fois depuis dix ans, nous sommes dans la bonne direction. La stratégie est la bonne, et je le rappelle, au-delà de ce que ça va nous permettre de faire ensuite pour les Français, ça nous permet aussi de retrouver notre crédibilité en Europe. Aujourd'hui, quand le président de la République s'exprime en Europe, il est écouté et il est respecté. JEAN-MICHEL APHATIE Dans ce résultat, rien à mettre au crédit de François HOLLANDE ? Il n'y est pour rien dans ce résultat, les choix qu'il a faits, rien ? BRUNO LE MAIRE Tout à mettre au crédit des Français. Je rappelle que si nous avions… JEAN-MICHEL APHATIE Non, non, ce n'est pas la question. Est-ce que parmi… BRUNO LE MAIRE Mais Jean-Michel APHATIE, mais je ne veux pas rentrer… JEAN-MICHEL APHATIE Est-ce que ce bon résultat est aussi le résultat de choix de François HOLLANDE… BRUNO LE MAIRE Je ne veux pas rentrer dans de mauvaises polémiques là-dessus, mais je dirais simplement que lorsque nous sommes arrivés au ministère de l'Economie et des finances avec Gérald DARMANIN, nous avions trouvé un déficit public au-dessus des 3 %. Relisez le rapport de la Cour des comptes, il dit beaucoup mieux que moi ce qu'il y avait à dire sur al gestion passée… JEAN-MICHEL APHATIE Pierre GATTAZ, président du MEDEF, s'inquiète d'une réforme que vous vous apprêtez à mettre en oeuvre. Le prélèvement de l'impôt sur le revenu à la source dès janvier prochain, c'est beaucoup trop tôt pour Pierre GATTAZ, on l'écoute, il était sur RTL. PIERRE GATTAZ, PRESIDENT DU MEDEF, DOCUMENT RTL « LE GRAND JURY » 25 MARS 2018 Nous sommes très inquiets sur le prélèvement à la source, nous l'avons dit depuis trois, quatre ans. Moi, je demande à ce qu'on soit très prudent, je demande, en effet, qu'il y ait un moratoire, en tout cas, je demande à ce que, on puisse, si vous voulez, beaucoup mieux préparer ce sujet. Attention à l'impact psychologique auprès des collaborateurs, des salariés, des Français, du pouvoir d'achat, de la consommation. JEAN-MICHEL APHATIE Les entreprises ne sont pas prêtes, dit Pierre GATTAZ, vous l'entendez ? BRUNO LE MAIRE Enfin, on ne fait pas une politique avec des moratoires, sinon, on n'avance pas beaucoup. Mais moi, j'entends… JEAN-MICHEL APHATIE Mais vous avez retardé d'un an le prélèvement… BRUNO LE MAIRE J'entends les inquiétudes des chefs d'entreprise, j'entends les inquiétudes des PME, beaucoup, François ASSELIN, le président de la Confédération des PME, est venu me parler de ces inquiétudes, donc nous allons regarder très attentivement, c'est Gérald DARMANIN qui est responsable de ce sujet, comment est-ce qu'on peut répondre à chacune des inquiétudes des chefs d'entreprise, comment est-ce qu'ils feront leurs déclarations, qu'est-ce qu'ils risquent si la déclaration n'est pas bien faite, moi, je les entends ces inquiétudes, elles sont légitimes. Donc nous allons y répondre. JEAN-MICHEL APHATIE Mais le 1er janvier sera le moment où démarrera le prélèvement à la source ou vous pourriez retarder le début de prélèvement ? BRUNO LE MAIRE Mais nous nous sommes donné du temps pour justement améliorer le dispositif, parce que nous estimions qu'il n'était pas prêt, nous nous sommes donné une année supplémentaire, nous avons corrigé certaines choses, il s'appliquera au 1er janvier 2019. JEAN-MICHEL APHATIE Ce que dit Pierre GATTAZ de l'impact psychologique, vous le redoutez ? Les gens verront leur feuille de paie amputée de l'impôt… BRUNO LE MAIRE J'entends, une fois encore, vous savez, je n'écarte pas d'un revers de main les critiques et les inquiétudes, nous les écoutons, et nous y répondons. JEAN-MICHEL APHATIE C'est-à-dire ? BRUNO LE MAIRE Eh bien, c'est-à-dire que si on peut… JEAN-MICHEL APHATIE Mais l'impact psychologique, il va être important ou pas, à votre avis ? BRUNO LE MAIRE Ainsi, on peut aussi voir l'impact psychologique positif qu'il y a pour des gens qui ont des revenus qui varient beaucoup d'une année sur l'autre, qui n'auront plus ce décalage d'un an pour le paiement des impôts… JEAN-MICHEL APHATIE C'est une minorité, une minorité minime même… BRUNO LE MAIRE Non, toutes les personnes qui sont en CDD et toutes les personnes qui ont des revenus variables auront, cette fois-ci, une imposition qui suivra la réalité de leurs revenus… BRUCE TOUSSAINT Pour être clair, vous pourriez éventuellement décaler le prélèvement à la source pour certaines sociétés ? BRUNO LE MAIRE Non, non, Bruce TOUSSAINT, ce n'est pas ce que je dis… BRUCE TOUSSAINT Vous disiez à l'instant : on va répondre aux inquiétudes… BRUNO LE MAIRE Je dis qu'il y a des inquiétudes très précises des chefs d'entreprise sur les modalités de déclaration, sur les protections dont ils ont besoin. Nous répondrons à ces inquiétudes. JEAN-MICHEL APHATIE Donc 1er janvier, prélèvement à la source… BRUCE TOUSSAINT Pour tout le monde… BRUNO LE MAIRE 1er janvier, c'est le délai qui a été fixé, il sera tenu… JEAN-MICHEL APHATIE Comme prévu. Vous avez déclaré ceci jeudi, qui a un peu surpris, vous étiez chez ALSTOM Belfort. BRUNO LE MAIRE, LE 22 MARS 2018 (IMAGES FRANCE 3) La décision est prise, elle sera effective, la commande des 100 TGV du futur aura lieu pour le site de Belfort, pour le site de La Rochelle en particulier, je crois que c'était très important d'entendre que cette nouvelle-là était confirmée. JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez même dit, c‘est l'Etat qui commande 100 TGV du futur, alors, c'est le conseil d'administration de SNCF Mobilités qui devra le faire… BRUNO LE MAIRE Oui, je vous confirme que c'est le conseil d'administration de la SNCF, je confirme aussi que ce n'est pas une grande nouvelle, puisque, je m'étais rendu avec Elisabeth BORNE, la ministre des Transports, à Belfort, et j'avais confirmé cette commande, qui est une ancienne commande, mais qui est une bonne nouvelle pour Belfort, comme je recevais les représentants d'ALSTOM, je leur ai confirmé une nouvelle que je leur avais déjà annoncée il y a plusieurs mois. JEAN-MICHEL APHATIE Alors SNCF Mobilités a refusé de commenter la nouvelle parce que visiblement, ils ont été un peu pris de court, sur ces 100 TGV du futur, vous pouvez nous dire si ce sont 100 commandes fermes ou s'il y aura des options, parce que, on nous dit d'un côté que la SNCF est endettée à hauteur de 45 ou 46 milliards, et puis, là, voilà une commande qui tombe dont on ne sait pas si elle sera financée en fait ? BRUNO LE MAIRE Eh bien, laissez à la SNCF Mobilités le soin de répondre à cette question. JEAN-MICHEL APHATIE Est-ce que vous n'avez pas parlé un peu vite, Bruno LE MAIRE ? BRUNO LE MAIRE Non, je n'ai fait que confirmer des propos que j'avais tenus il y a déjà plusieurs mois, sur lesquels nous travaillons l'Etat avec la SNCF Mobilités. JEAN-MICHEL APHATIE Et en pleine réforme de la SNCF, est-ce que c'est un signal qui correspond à ce que l'on veut faire de la SNCF, c'est-à-dire un établissement autonome qui n'est pas sous la coupe du pouvoir politique ? BRUNO LE MAIRE Vous savez, à côté de la réforme de la SNCF, il y a la vie qui continue, il y a aussi la vie d'ALSTOM, il y a la vie de ce grand constructeur ferroviaire qui a besoin de savoir quelles vont être ses activités dans les mois qui viennent, il y a les inquiétudes des salariés de La Rochelle, les inquiétudes des salariés de Belfort, et mon rôle de ministre de l'Economie est aussi de tenir compte de toutes les inquiétudes et de répondre aux attentes de l'industrie française, en la matière, l'industrie ferroviaire, c'est la SNCF qui prendra la décision, mais ce sont des choix qui ont été faits il y a maintenant plusieurs mois. (…) BRUCE TOUSSAINT Bruno LE MAIRE est l'invité de Franceinfo ce matin. Au sujet de cette attaque terroriste dans l'Aude, Marine LE PEN qui est invitée de BFMTV ce matin, demande à l'instant la démission de Gérard COLLOMB. « Monsieur COLLOMB est complètement dépassé, dit-elle, par les événements. Il faut qu'il démissionne. » Par ailleurs, elle estime qu'Emmanuel MACRON n'a jamais pris la mesure du risque terroriste. Que répondez-vous à la présidente du Front national ? BRUNO LE MAIRE Je vais vous faire la même réponse que tout à l'heure. Moi, je suis stupéfait pour ne pas dire scandalisé par les réflexes pavloviens de la vieille politique française. Quels que soient les événements, c'est toujours la même réaction ; on peut quasiment vous les écrire à l'avance : les appels à la démission, la condamnation pour naïveté. Il n'y a aucune naïveté de la part de ce gouvernement. Il y a la volonté de faire face à cette réalité terroriste et faire face à quelque chose qui, de toute façon, prendra du temps. Cela fait des années que je parle de ce combat, c'est le combat contre l'islam politique. Oui, l'islam politique gangrène notre société. Oui, l'islam politique est présent partout en France. JEAN-MICHEL APHATIE Et on en a pris la mesure d'après vous ? BRUNO LE MAIRE Je pense que nous en avons pris la mesure. Je crois aussi que ça prendra du temps pour arriver à répondre à cet islam politique, à le combattre avec efficacité. C'est l'éducation, c'est un combat culturel, c'est un combat qui se joue dans nos écoles, dans nos classes, dans nos collèges, dans nos lycées, dans nos universités. C'est un combat qui se joue dans la vie de tous les jours. C'est un combat qui ne se livre pas simplement dans les quartiers mais dans les consciences. La lutte contre l'islam politique, c'est la lutte d'une génération. Ce n'est pas du jour au lendemain que nous arriverons à obtenir des résultats sur ce front-là. Mais c'est un combat qui doit nous engager tous, tous sans exception. BRUCE TOUSSAINT Solidarité donc autour de votre collègue de l'Intérieur monsieur Gérard COLLOMB. BRUNO LE MAIRE Mais moi j'estime que Gérard COLLOMB fait depuis le début un travail remarquable. Je pense qu'il a pris toute la mesure des défis qui sont les siens. Quand il faut lutter contre l'immigration illégale et qu'il prend un certain nombre de décisions qui sont difficiles et qu'on lui reproche d'aller trop loin, j'estime au contraire qu'il a pris la pleine mesure de ce défi migratoire et de la nécessité d'apporter des solutions nouvelles. Sur le terrorisme, je vais vous dire, au plus profond de moi-même ça me choque ces réactions. Parce que je les trouve vieilles, je les trouve datées et je les trouve particulièrement déplacées. C'est bien la preuve qu'il y a dans la classe politique des gens qui feraient peut-être bien de changer de métier parce qu'ils n'ont pas compris que les Français étaient passés à autre chose. JEAN-MICHEL APHATIE Changer de métier ? Vous voulez dire que c'est Marine LE PEN qui devrait démissionner ? BRUNO LE MAIRE Mais oui. Mais quand j'entends Marine LE PEN appeler à la démission de Gérard COLLOMB parce qu'il y a eu un drame qui nous touche tous, je me dis : « Mais il faut faire preuve d'un peu plus d'inventivité et surtout de responsabilité. » JEAN-MICHEL APHATIE Ça fait partie du débat de lui demander de démissionner. Enfin, dire à certains de démissionner, ça veut dire quoi ? Vous pensez qu'il y a des gens qui n'ont plus droit à la parole ou ne peuvent pas dire ce qu'ils disent ? Qu'est-ce que vous voulez dire ? BRUNO LE MAIRE Chacun est libre de dire ce qu'il veut dire, Jean-Michel APHATIE. Je dis simplement que c'est décevant. C'est profondément décevant et je pense que les Français aspirent, de la part de leurs responsables politiques, à des propos différents. Qu'on puisse critiquer évidemment, apporter des réponses nouvelles évidemment, faire des suggestions évidemment, c'est ça le débat politique. Mais je le redis, l'appel à la démission, ç'a un côté pavlovien et profondément décevant. JEAN-MICHEL APHATIE Nicolas SARKOZY a été mis en examen la semaine dernière dans le cadre du supposé financement libyen dans la campagne présidentielle de 2007. Il se défendait jeudi soir sur le plateau de TF1. NICOLAS SARKOZY, ANCIEN PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE – document TF1 Nous sommes en mars 2018, il n'y a pas un document, pas une photo, pas un compte, pas une preuve matérielle. Il n'y a que la haine, la boue, la médiocrité, la malveillance et la calomnie. JEAN-MICHEL APHATIE La calomnie. Vous y croyez à la calomnie ? Vous pensez que c'est la calomnie ? BRUNO LE MAIRE Je pense que la justice fera son travail. Il faut la laisser travailler sereinement. Moi, je n'ai aucun commentaire particulier à faire sur cette affaire dont je ne connais ni les tenants ni les aboutissants. JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez confiance en l'honnêteté de Nicolas SARKOZY ? BRUNO LE MAIRE Vous savez, moi j'ai une relation personnelle avec Nicolas SARKOZY. Je l'ai appelé pour lui dire mon amitié et mon soutien parce que c'est une épreuve, le moment qu'il traverse. BRUCE TOUSSAINT Comment vous l'avez trouvé au 20 heures de TF1 ? Vous l'avez regardé ? BRUNO LE MAIRE Oui, je l'ai regardé. BRUCE TOUSSAINT Comment vous l'avez trouvé ? BRUNO LE MAIRE C'est un homme qui se défend. Il est légitime qu'il se défende et il est légitime que la justice fasse son travail. JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez confiance dans sa démarche, dans l'honnêteté de sa démarche ? BRUNO LE MAIRE Mais je n'ai pas à exprimer une confiance… JEAN-MICHEL APHATIE Si vous l'avez appelé, c'est que vous avez une forme de confiance en lui, que vous pensez qu'il est accusé à tort. BRUNO LE MAIRE C'est parce que j'ai une relation personnelle avec lui et quand vous avez un ami qui fait face à une difficulté, vous lui apportez son soutien. Ensuite, il y a une affaire de justice, la justice tranchera. Elle doit faire son travail librement, sereinement, comme dans n'importe quelle autre démocratie. JEAN-MICHEL APHATIE « Sa garde à vue était inutile et humiliante » a dit Laurent WAUQUIEZ. Vous êtes d'accord avec ça ? BRUNO LE MAIRE Je n'ai pas à juger. JEAN-MICHEL APHATIE Vous n'avez pas à juger. BRUNO LE MAIRE Je n'ai pas à juger des décisions qui sont prises par la justice de mon pays. JEAN-MICHEL APHATIE Le contrôle judiciaire ? Surpris ? « Pas à juger des décisions de la justice de mon pays. » BRUNO LE MAIRE J'ai peur d'être très répétitif, Jean-Michel APHATIE. Je pense que c'est très important dans une démocratie, surtout une grande démocratie comme la France, que les responsables politiques ne se mettent pas à juger la justice. La justice est libre, elle est indépendante et elle fait son travail. JEAN-MICHEL APHATIE Vous apparteniez à l'UMP et aux Républicains lors des deux campagnes électorales de 2007 et de 2012. Toutes les deux font l'objet d'une enquête de la part de la justice pour financement illégal. Ce n'est pas terrible. BRUNO LE MAIRE J'ai fait partie effectivement de la campagne de 2012. JEAN-MICHEL APHATIE Davantage que celle de 2007, oui. BRUNO LE MAIRE Je ne vous rappellerai pas le passé politique de 2007 mais oui, j'ai fait partie de cette campagne politique. JEAN-MICHEL APHATIE Et toutes les deux sont suspectées d'un financement illégal par la justice aujourd'hui. BRUNO LE MAIRE Oui, mais il ne vous a pas échappé que je n'étais pas membre de ces équipes de campagne. JEAN-MICHEL APHATIE Mais enfin, c'est un constat un peu triste pour la démocratie. BRUNO LE MAIRE Laissez la justice faire son travail et attendez ses conclusions. Ne tirez aucune conclusion hâtive. BRUCE TOUSSAINT Un tout dernier mot. La croissance, 2 %. Ça vient d'être confirmé pour 2017. Et pour 2018 ? BRUNO LE MAIRE Pour 2018, on va tout donner pour faire aussi bien. BRUCE TOUSSAINT 2 %, c'est votre objectif ? JEAN-MICHEL APHATIE Non, aujourd'hui, la prévision c'est 1,7. BRUNO LE MAIRE La prévision est en-dessous de cela. Je peux vous dire simplement que toutes les mesures que nous prenons, notamment le projet de loi sur la croissance et la transformation des entreprises que je présenterai le 2 mai au Conseil des ministres, a vocation à libérer le potentiel de croissance de nos entreprises, en particulier de nos PME. BRUCE TOUSSAINT Merci beaucoup Bruno LE MAIRE. Bonne journée à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/623.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/623.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fcac9895cee9133833545f2c7f84ccf90b50fd7b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/623.txt @@ -0,0 +1 @@ +GERARD LECLERC Mounir MAHJOUBI, bonjour. MOUNIR MAHJOUBI Bonjour. GERARD LECLERC Vous êtes donc secrétaire d'Etat au Numérique. L'actualité, bien évidemment, c'est les suites de l'attentat de l'Aude, avec des mots très durs de Laurent WAUQUIEZ : « Emmanuel MACRON ne combat pas le terrorisme, ne lutte pas contre le communautarisme, avec suffisamment de fermeté contre la barbarie islamiste », et il demande le rétablissement de l'état d'urgence, l'internement des fichés S les plus dangereux et l'expulsion des fichés S étrangers. Qu'est-ce que vous en pensez ? MOUNIR MAHJOUBI J'en pense que ces commentaires sont malvenus, j'en pense que la France vient encore de subir un acte terroriste, j'en pense qu'on a des forces de l'ordre qui ont été dans cette histoire, toujours exemplaires, qui nous protègent, et je pense que ce gouvernement, nous avons depuis plusieurs mois, notamment après la fin de l'état d'urgence, mis en place un dispositif qui amène à augmenter la sécurité des Français. Notre seule mission c'est d'assurer la sécurité des Français. des recrutements, il faut des hommes, près de 10 000 sur le quinquennat, il faut aussi plus d'informations, plus de 2 000 recrutements humains pour le renseignement, c'est renforcer les outils du renseignement, c'est renforcer les outils de la protection, c'est s'assurer qu'on a du renseignement de proximité, qu'on a aussi du renseignement international, c'est s'assurer que l'on agit aussi sur les terrains de guerre, c'est s'assurer qu'il n'y a aucune tolérance aujourd'hui face à ces idées. C'est aussi lutter contre la radicalisation. Ceux qui simplifient le sujet, ceux qui comme WAUQUIEZ, caricaturent l'action, ils abîment l'action de la France, ils abîment l'action des services de sécurité qui au quotidien nous protègent. Dans cette histoire, on a de nombreux services de l'Etat, qui du début à la fin se sont engagés de façon exemplaire. Est-ce qu'il faut faire mieux ? Oui. Est-ce qu'il faut plus de moyens ? Oui. Est-ce qu'on est en train de le faire ? Oui. GERARD LECLERC Il y a quand même Manuel VALLS, qui est un député apparenté la République En Marche !, qui a demandé qu'on examine, qu'on réfléchisse et qu'on instaure éventuellement une rétention pour les plus dangereux et qu'on interdise le salafisme. Ce n'est pas possible ? MOUNIR MAHJOUBI J'ai entendu sa proposition, je ne sais pas si c'est possible ou pas possible, c'est une décision, c'est un débat qui peut avoir lieu. Aujourd'hui, le sujet c'est la sécurité, le renseignement et les moyens humains de proximité. C'est ça qui va protéger les Français. Depuis le début de l'année, il y a déjà deux attentats qui ont été évités, et l'année dernière c'est plusieurs dizaines. Oui, le risque n'a jamais été aussi important, oui, le risque n'a jamais été aussi important partout sur le territoire, et cet acte terroristes là le prouve aucun territoire n'est épargné, y compris ceux les plus éloignés des grandes villes. Donc aujourd'hui, cette prise de conscience, elle doit être collective, et tous ceux qui abîment l'action par des paroles légères, abîment la capacité que l'on a de se protéger. Je le rappelle, deux attentats évités depuis le début de l'année et nous ne sommes qu'au mois de mars. Donc, aujourd'hui, nos forces elles sont mobilisées et nous mettons encore plus de moyens pour leur donner la capacité de nous protéger. GERARD LECLERC Mais il n'y a pas de mesures nouvelles à prendre, et notamment concernant justement ces fameux fichés S ? MOUNIR MAHJOUBI Aujourd'hui, la question sur les fichés S, il y en a qui caricaturent et qui disent : mettons tous ces fichés S en prison. Ça n'est ni possible, ni possible juridiquement et ni souhaitable juridiquement. Aujourd'hui, la grande question c'est comment on a plus de renseignements, pour, parmi ces fichés S, identifier ceux qui sont vraiment à risques, c'est ça tout le sujet. C'est pour ça que dans les déclarations de Manuel VALLS, vous voyez qu'il y a légèrement plus de nuances, que dans celles de monsieur WAUQUIEZ, et que le sujet c'est bien ceux qui présentent le plus grand risque immédiat. C'est pour ça que dans ces cas-là, la DGSI place les personnes dans un nouveau statut de suivi plus régulier, parce que le risque qu'ils comportent, le risque de passage à l'action est le plus... détecté comme étant le plus viable. Donc sur ces sujets-là, il n'y a pas de caricature possible, le seul moyen c'est du renseignement, des moyens humains, de la capacité à intervenir, et aujourd'hui, sur chacun de ces points-là on a investi de l'argent et des humains. GERARD LECLERC Alors, vous êtes secrétaire d'Etat au Numérique, or on sait que la propagande djihadiste, de Daesh, ça passe par Internet, ça passe par les réseaux sociaux. Vous savez, Xavier BERTRAND, ici même, avait parlé de l'imam Google. Il n'y a pas quelque chose à faire ? MOUNIR MAHJOUBI Alors il y a quelque chose à faire, il y a quelque chose sur laquelle on s'est vraiment engagé, c'est-à-dire que pour la lutte contre la radicalisation et pour la lutte contre la diffusion des contenus terroristes, parce que sur Internet il y a aussi de véritables et profonds contenus terroristes qui sont diffusés. On a, au mois de septembre dernier avec le président de la République, à New York au sein de l'AG de l'ONU, réuni quelques grands représentants de ces plateformes en ligne, qui sont les chambres d'écho de ces contenus, et on leur a rappelé leurs responsabilités. Theresa MAY était là, le président du Conseil italien, Emmanuel MACRON, et un accord... GERARD LECLERC Mais ça suffit de les mettre devant leurs responsabilités ? MOUNIR MAHJOUBI Oui parce que sur ce sujet aujourd'hui, et en quelques mois, ils ont pris leurs responsabilités et sur les contenus terroristes, aujourd'hui nous arrivons à un point où on arrive à retirer ces contenus dans l'heure de leur détection et même au moment où elles sont mises en ligne sur les plateformes. Autant sur les sujets de haine en ligne, vous l'entendrez dire qu'ils ne font pas assez, vous m'entendrez à chaque fois le souligner, sur ces sujets de terrorisme, ils ont compris l'urgence, ils ont compris l'exigence démocratique et ils se sont mobilisés. Maintenant, deuxième étape, c'est la radicalisation, ça c'est plus compliqué, un contenu terroriste ça s'identifie, c'est on/off, c'en est un, c'en est pas un, dès que c'en est un, on le supprime. Les contenus de radicalisation, ou les actes de radicalisation, sont plus subtiles, c'est-à-dire que ce sont des contenus qui vont favoriser une prise de conscience déviée de la vérité, et donc dans ces cas-là, il faut plus d'enquêteurs, spécialistes d'Internet, capables de remonter les filières, capable de remonter qui sont les hébergeurs, en France mais très souvent, plutôt à l'étranger, essayer de comprendre comment se construit cette communauté de la radicalisation en ligne. Eh bien sur ces sujets-là, encore une fois je le rappelais, il n'y a qu'une seule recette, vous savez, c'est avoir plus intelligence, donc on a mis plus de policiers, plus de gendarmes, spécialistes du numérique, qui et grâce à la LPM qui arrive, vont pouvoir avoir le droit aussi d'enquêter sous pseudonyme, qu'ils vont pouvoir se faire passer pour, pour mener des enquêtes en ligne et qui vont pouvoir au fur et à mesure, remonter et de façon très précise, mettre fin à ces comportements. GERARD LECLERC Alors, vous l'avez évoqué sur les réseaux sociaux il y a aussi tous les messages racistes, xénophobes, que l'on trouve, qui peuvent conduire d'ailleurs à des drames, comme on vient d'en vivre à Paris. Là aussi on peut agir, on agit suffisamment ? MOUNIR MAHJOUBI Sur ce sujet, le président de la République et le Premier ministre l'ont rappelé, on ne peut plus tolérer les comportements qui existent aujourd'hui. Aujourd'hui une victime de harcèlement en ligne, une victime d'insultes racistes, antisémites, tous les jours on a plusieurs milliers de Français qui sont victimes de ces insultes. GERARD LECLERC Alors, qu'est-ce qu'on fait ? MOUNIR MAHJOUBI Face à ça, on a des plateformes qui disent : oui, nous sommes volontaires pour aider à supprimer. Mais contrairement aux contenus terroristes, où je vous ai dit que la règle c'était dans l'heure, voire même au moment de l'upload, sur les contenus de haine, c'est plus compliqué, là les plateformes ont mis moins de moyens, et donc une victime, elle, son niveau de tolérance c'est une minute, une minute de plus pour un contenu et c'est encore plus de blessures pour elle. Et puis face à ça, on a des plateformes qui vont mettre plusieurs jours, parfois plusieurs semaines, ça n'est pas acceptable, c'est pour ça qu'avec le Premier ministre et le président de la République, nous avons rappelé maintenant quelle était l'ambition de la France sur ce sujet, l'Allemagne a fait passer une loi, il se trouve que la Commission européenne aujourd'hui, a fait des propositions qui ne vont pas vers une législation, donc nous avons décidé de continuer à avancer sur une voie à la française, qui passera peut-être potentiellement par la mise en place d'un nouveau statut de responsabilité pour ces plateformes, entre celui d'hébergeur qui est un statut qui date de 2004 et d'éditeurs, où l'éditeur avait toutes les responsabilités, l'hébergeur n'en avait aucune et où on avait du mal à situer les plateformes, plutôt hébergeur, plutôt éditeur ? Eh bien pourquoi pas créer ce troisième statut ? On a nommé une commission avec monsieur Gil TAÏEB, monsieur AMELLAL, et madame la Députée Laetitia AVIA qui vont nous remettre des recommandations dans quelques semaines, sur ce qu'ils voient comme étant la meilleure des solutions. Le sujet il est simple : comment on détecte plus rapidement, comment on supprime, comment sanctionne la non-suppression ? Les Allemands ont décidé de dire : on doit supprimer tout de suites, sanction de plusieurs millions, on verra si on va jusque-là. GERARD LECLERC Parlons des GAFA. Les GAFA c'est GOOGLE, APPLE, FACEBOOK, AMAZON, qui gagnent des sommes considérables, des milliards, et qui paient très peu ou pas d'impôts. Alors Emmanuel MACRON a demandé à l'Europe, à la Commission, d'instaurer une taxe de 3 % sur les revenus. Est-ce que c'est possible, est-ce que c'est réaliste, est-ce que c'est suffisant ? MOUNIR MAHJOUBI C'est absolument nécessaire, c'est-à-dire que vous l'avez rappelé, ces plateformes, en France, vont vendre à des PME françaises, des espaces de publicité, pour toucher des clients français, ça représente plusieurs milliards d'euros de chiffre d'affaires. Zéro euro d'impôts sur ces transactions-là. C'est pourtant des transactions purement françaises, eh bien ça, aujourd'hui, les gens ne comprennent pas, parce que ces PME qui sont clientes de ces plateformes, elles payent leurs impôts sur les sociétés en France, elles paient toutes leurs impôts en France. GERARD LECLERC Donc il faut les taxer, par exemple 3 %, donc, sur le chiffre d'affaires. Pourquoi c'est si compliqué, pourquoi on n'y arrive pas ? MOUNIR MAHJOUBI Parce qu'on est dans une transition, c'est-à-dire que le monde est allé plus vite que le droit. Aujourd'hui, le droit fiscal international ne correspond pas à la réalité des flux internationaux, et certains pays, qui se sont construits, qui ont construit leur économie sur des avantages fiscaux qu'ils ont créés, sur... GERARD LECLERC C'est l'Irlande, par exemple, parlons clair. MOUNIR MAHJOUBI C'est l'Irlande, c'est le Luxembourg, c'est les Pays-Bas. Donc aujourd'hui, on ne va pas les sanctionner, ce sont nos pays frères, ce sont des pays avec qui nous avons construit l'Union européenne. Ensemble nous sommes l'Union européenne, donc le seul moyen d'y arriver, c'est d'avoir un plan de transition avec eux, c'est de dire : nous n'avons pas d'autre choix que d'arriver à une taxation équilibrée, 3 % sur le chiffre d'affaires, c'est équilibré, et il faut que ces pays acceptent de rentrer dans ce consensus avec tous les pays, mais pour cela, il faut qu'on le fasse aussi avec réalisme et que l'on dise, par exemple à l'Irlande, que ça va entraîner une modification de son économie, une transition de son économique, et que parce que nous sommes frères et parce que nous sommes l'Union européenne, eh bien plutôt que de cracher, plutôt que de tordre le bras, nous dirons : eh bien ensemble, on va accompagner cette transition. Si vous l'Irlande vous acceptez de participer à cet effort qui est de faire votre transition de modèle économique et de rejoindre cette communauté que nous formons ensemble, alors nous serons aussi capables de vous accompagner. GERARD LECLERC Alors, ces mêmes géants sont accusés de pratiques commerciales abusives, notamment sur les start-up, sur les développeurs de plates-formes. MOUNIR MAHJOUBI Tout le monde en a fait l'expérience. Quand on a un problème avec une plateforme, qu'on soit client particulier ou PME, il n'y a pas un numéro de téléphone qu'on appelle, il n'y a pas quelqu'un qu'on appelle en disant : oui, bonjour, je m'excuse mais apparemment vous m'avez supprimé, est-ce que vous pouvez me remettre ? Chaque fois que vous êtes un commerce ou une entreprise ou une start-up, qui fait un service sur ces plateformes, et qu'il vous arrive quelque chose, on vous déréférence, on vous enlève votre prix, on décide d'interdire votre application, vous n'avez pas de capacité d'appel, vous êtes face à un énorme immeuble qui n'aurait pas de porte d'entrée, et donc vous regardez juste les lumières s'allumer et s'éteindre. GERARD LECLERC Alors, qu'est-ce qu'on fait ? MOUNIR MAHJOUBI Eh bien on crée une responsabilité pour ces plateformes, vis-à-vis de ces petits acteurs. Alors ça c'est le vrai projet d'avenir, c'est ce que nous portons au niveau européen. Des déclarations de la Commission vont avoir lieu dans quelques semaines, et la France a été l'animateur et a été le porteur de ce sujet, pour ce qu'on appelle la régulation business, plateforme to business, la relation des plateformes avec les entreprises. Et puis au niveau français, la DGCCRF, après une enquête de plusieurs mois, a décidé de poursuivre ces plateformes et de proposer au ministre de l'Economie de les poursuivre pour pratiques abusives. Donc l'enjeu c'est : que cette enquête aille jusqu'au bout, que le jugement aille jusqu'au bout, mais surtout que le droit crée de nouvelles obligations, et ça c'est le projet que nous portons que la Commission européenne et des annonces seront faites très bientôt, et j'espère qu'elles seront courageuses. GERARD LECLERC Les Echos, notre confrère, titre ce matin sur le risque Cyber qui est de plus en plus menaçant notamment dans la finance, et à première vue, la France n'est pas très en pointe là-dessus, ne combat pas beaucoup. MOUNIR MAHJOUBI Alors, le risque Cyber, c'est un des risques les plus importants aujourd'hui pour notre économie. Nous avons rendu un livre blanc de la cyber défense et la cyber sécurité, qui a été construit par le gouvernement et les administrations en charge de la cyber sécurité en France et qui est très intéressant. Dans le premier chapitre, vous avez un état de la menace. Cette menace elle est nouvelle, elle est plus diffuse, ce n'est pas quelques grands pays, contre des grands pays, c'est une masse d'attaquants nouveaux, quelques amateurs, quelques-uns semi-professionnels, quelques-uns mercenaires, quelques-uns financés par des lobbys, financés par des pays, financés par des groupes d'intérêts, qui vont attaquer des groupes d'intérêts, des entreprises, ou parfois ne pas avoir de cible, c'est-à-dire qu'on va lancer un virus, qui va se diffuser et c'est lui le plus grand risque. Et le plus grand risque c'est nos PME, c'est nos entreprises. GERARD LECLERC Et alors, on fait quoi face à ça ? MOUNIR MAHJOUBI Alors face à ça, on a plusieurs niveaux. J'ai défendu au Parlement récemment une transposition de la directive dite Nice, je vous avouerai que le Parlement était peu remplis et qu'il a été peu suivi d'annonces journalistiques, mais qui crée un nouveau statut d'entreprise, dont on considère qu'ils sont, alors on avait avant les EIV, les Entreprises d'Intérêt Vital, eux ils étaient déjà très protégés, à un très haut niveau, par l'ANSSI, qui est l'Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d'Information, qui est une des agences les plus efficaces au monde, maintenant on crée une nouvelle catégorie d'entreprises, qui seront plusieurs centaines, peut-être plusieurs milliers, à qui on va donner de nouvelles obligations, en disant : si vous, vous êtes atteintes, votre responsabilité c'est de vous protéger, parce que si vous vous êtes atteintes, c'est le reste de l'économie qui va subir. Donc il fallait leur donner un statut. Et puis après, plus important, diffuser ça à toutes les TPE PME de France, parce que le risque, il sera partout sur le territoire. GERARD LECLERC Voilà, leur faire plus prendre conscience. MOUNIR MAHJOUBI Prendre conscience et faire les investissements nécessaires, quelques centaines, quelques milliers d'euros pour se protéger. GERARD LECLERC Et puis les GAFA, toujours, il y a toutes les atteintes à la vie privée. Alors on dit qu'il y a des données, pour chaque personne on aurait jusqu'à 80 données, ils sauraient à peu près tout ce qu'on fait, tout ce qu’est notre vie privée, et puis il y a eu récemment le scandale Facebook, donc 50 millions de données qui ont été utilisées par une entreprise de marketing, pas forcément très claire, pour donc vers les élections américaines, qu'est-ce qu'on fait face à ça ? MOUNIR MAHJOUBI Le sujet, il est double : il faut que les citoyens puissent reprendre le contrôle de leurs propres données, et pour ça, il faut qu'ils soient informés que leurs données sont quelque part, il faut qu'ils puissent décider de les supprimer, il faut qu'ils puissent décider de les rapatrier chez lui, ces données, c'est lui, et c'est pas qu'elles sont à lui, c'est lui, ces données, si on les appelle « personnelles », c'est qu'elles ont un rapport très particulier à nous, c'est l'extension de nous, eh bien c'est à nous de décider si on reste dans Facebook, dans Google, dans un autre. GERARD LECLERC C'est le principe, on est bien d'accord, mais comment on fait ? MOUNIR MAHJOUBI C'est pour ça qu'il y a un règlement européen, que nous avons voté, qui rentre en application au mois de mai, qui sera une révolution, le RGPD, Règlement Général pour la Protection des Données. C'est tellement une révolution, que suite au scandale Facebook, les Américains ont dit : il nous faut un RGPD pour les Etats-Unis, il nous faut nous aussi un règlement pour la protection des données. Avec ce règlement, à partir de la fin du mois de mai, vous, moi, il vous suffira, par un simple clic, de demander à votre plate-forme, de vous rendre vos données, si vous le souhaitez. Vous pourrez lui demander de les supprimer, vous pourrez lui demander de vous les donner dans un format, qui vous permettra, vous-même, de les utiliser seul ou de les donner à un autre prestataire. Vous aurez le droit et la plate-forme aura l'obligation de vous informer à chaque fois que vos informations sont collectées, en vous disant : je viens de vous prendre cette information, je regarde ce que vous faites sur cet écran depuis longtemps, est-ce que vous acceptez que je l'enregistre, que je le revende, que je l'utilise pour vous faire de la publicité ciblée ? GERARD LECLERC Et si on ne veut pas, on pourrait s'y opposer. MOUNIR MAHJOUBI Et si on ne veut pas, on pourra s'y opposer mais pas juste en global, en disant « je ne veux pas de cookies », mais où on pourra s'y opposer spécifiquement, je ne veux pas que vous le revendiquez, je ne veux pas que vous l'utilisez pour faire de la pub, ou, moi je n'ai pas de problème, allez-y, faites ce que vous voulez avec mes données, c'est moi qui décide. Donc cette loi RGPD qui arrive, c'est à la fois d'un côté plus de liberté pour les utilisateurs et plus de responsabilités pour les plates-formes. GERARD LECLERC Alors, tous ces géants de l'internet dont on parle depuis tout à l'heure, ils sont tous américains ou chinois, c'est-à-dire que la France, l'Europe est absente. C'est un combat définitivement perdu ? MOUNIR MAHJOUBI Pas du tout, et si vous regardez qui étaient les géants il y a 15 ans, si vous regardez quelles étaient les entreprises leaders d'Internet, vous voyez que ça peut changer, et que ça peut changer vite. GERARD LECLERC C'est quand même toujours des Américains et des Chinois, non ? MOUNIR MAHJOUBI Oui, mais ce n'est pas les mêmes. Donc vous voyez qu'il y a des rythmes et des cycles qui vont plus rapidement. On a un grand cycle qui arrive, qui est celui de l'intelligence artificielle. Sur ce sujet, on ne doit pas, on ne peut pas être en retard et il se trouve qu'on a de très bonnes raisons de ne pas être en retard, on a des chercheurs de qualité, des entreprises de qualité, et on a toutes les capacités sur l'énergie, sur les transports, sur la santé, sur la cyber sécurité, d'être des leaders mondiaux. Eh bien sur ce sujet, le président de la République, dès jeudi, fera des annonces, mais la France et l'Europe doivent être des leaders mondiaux de l'intelligence artificielle, et pour ça, il faut mobiliser de l'intelligence, des moyens humains, des moyens financiers, et nous avons toute notre place. La régulation aussi y a sa place, en expliquant, notamment avec le RGPD, qu'on doit aussi redonner de la capacité aux citoyens consommateurs de choisir. Un des problèmes de ces grandes plateformes, ce qu'on appelle l'effet réseau, moi ce que j'appelle l'effet prison, c'est-à-dire qu'à partir du moment où vous commencez à utiliser un service, eh bien vous pouvez de moins en moins de quitter parce que c'est là que vous y avez tous vos contacts, c'est là que vous y avez tous vos documents, c'est là que vous y avait toutes les applications vous utilisez auprès d'autres entreprises, et donc vous êtes enfermé dans un univers assez doré, assez agréable, mais qui vous empêche de regarder ailleurs. Eh bien ce RGPD va nous permettre de regarder ailleurs. GERARD LECLERC Très brièvement, jeudi, vous en parliez, il y aura la remise du rapport Villani, VILLANI le député la République En Marche ! et ancien médaille Field. Rapidement, en deux mots, qu'est-ce qu'on peut attendre d'un rapport comme ça ? Est-ce que c'est un rapport qui va terminer sur une étagère, ou est-ce qu'il y a des choses intéressantes ? MOUNIR MAHJOUBI Alors, c'est un moment particulier jeudi, parce que non seulement il y a la remise du rapport de Cédric VILLANI, mais nous animerons au Collège de France, toute la journée, une conférence avec des intervenants internationaux de l'intelligence artificielle, qui viendront parler de l'état de l'art, du sujet, et le président de la République fera un discours, où il parlera de la stratégie de la France sur l'intelligence artificielle. Donc ce rapport qui est remis, il est tout de suite accompagné d'un regard, et le regard sur ce discours, je vous le dis tout de suite, c'est un équilibre entre performance et humanité, c'est-à-dire on expliquera comment la France sera leader sur ce sujet, et on expliquera comment elle le fera de façon responsable, sur les questions éthiques, sur les questions de responsabilité globale, et comment on va être capable d'être à la fois très bon en innovation et très bon sur la responsabilité. GERARD LECLERC Alors, vous étiez député de Paris, donc Paris vous intéresse, à première vue Paris eh bien ça intéresse également la République En Marche !, Christophe CASTANER a dit que le taux d'adhésion à Anne HIDALGO s'effondrait, ça veut dire que vous vous allez avoir un candidat ? MOUNIR MAHJOUBI Ça veut dire qu'à Paris, moi je suis élu du XIXème, j'habite dans le XIXème, on a un mouvement La République En Marche !, qui est extrêmement actif, c'est plusieurs dizaines de milliers d'adhérents sur Paris, qu'on fait des rendez-vous toutes les semaines, c'est plusieurs dizaines de rendez-vous qui ont lieu chaque semaine à Paris... GERARD LECLERC Oui oui oui, mais la mairie de Paris vous intéresse donc ? MOUNIR MAHJOUBI On a une base militante extrêmement active... GERARD LECLERC J'ai bien compris. MOUNIR MAHJOUBI On à des gens qui aiment les Parisiens, eh bien quand on aime les Parisiens, qu'on travaille pour eux, qu'on a un projet pour eux, c'est naturel d'être candidat vis-à-vis d'eux. GERARD LECLERC Donc il y aura un candidat de La République En Marche ! à Paris. MOUNIR MAHJOUBI On verra, en tout cas on est en train de construire un projet, et je peux vous dire qu'on est très actif, on est très actif, on est en train de construire un projet et on verra comment on le portera, qui le portera, mais en tout cas, nous sommes là. GERARD LECLERC Merci Mounir MAHJOUBI, bonne journée. MOUNIR MAHJOUBI Merci beaucoup. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/624.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/624.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c6754cfc470ec484ade857aa5bfe11d527d82fc2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/624.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-JACQUES BOURDIN Nicole BELLOUBET, bonjour. NICOLE BELLOUBET Bonjour. JEAN-JACQUES BOURDIN Hommage de la République, de la Nation française, des Français, de tous les Français, au Lieutenant-colonel BELTRAME, tout à l'heure, promu Colonel d'ailleurs par le ministre de l'Intérieur. Nicole BELLOUBET, l'émotion est intense, le courage, l'héroïsme de cet homme a créé cette émotion intense, les mots du président de la République seront très attendu cet après, que dis-je, tout à l'heure. NICOLE BELLOUBET Oui, tout à l'heure. Oui, enfin je crois que vous avez utilisé les mots justes, c'est-à-dire que c'est à la fois le courage inouï qui est salué, donc c'est l'émotion de tout un peuple, et je dirais aussi que c'est la souffrance partagée, parce que, au fond, moi ce qui me frappe dans ce qui est en train de se passer, c'est le partage, vraiment, de l'ensemble des Français, en se disant : c'est inouï d'avoir fait ce geste, et quelles souffrance pour ceux qui restent, qui l'attendent et qui ne le reverrons jamais, je crois que tout cela crée une émotion, à la fois l'assimilation à ce qu'on aurait tous envie de faire, avoir son courage, et la compréhension de la souffrance pour ceux qui restent. Je crois que tout cela crée une émotion immense. JEAN-JACQUES BOURDIN Et je n'oublierai pas non plus les autres victimes de cet acte terroriste... NICOLE BELLOUBET Absolument. JEAN-JACQUES BOURDIN ... évidemment, et la Nation rend hommage aussi, à travers cet hommage rendu au Colonel BELTRAME... NICOLE BELLOUBET Tout à fait. JEAN-JACQUES BOURDIN ... à tous ceux qui ont perdu leur vie dans cet acte terroriste à Carcassonne et à Trèbes. NICOLE BELLOUBET Oui, nous serons aussi auprès d'eux, sans doute dès demain. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien sûr. La justice antiterroriste est-elle adaptée à la menace islamiste ? Franchement, aujourd'hui ? NICOLE BELLOUBET Alors, il me semble que la justice antiterroriste a vraiment beaucoup de réussites à son actif. Je rappelle, et le Premier ministre l'a rappelé hier, qu'un nombre important d'attentats terroristes ont été déjoués, plus de 51 depuis janvier 2015, donc tout cela c'est un, je dirais un point positif, même si c'est une manière un peu particulière de compter ce qui ne s'est pas passé. La justice antiterroriste est adaptée, parce qu'elle est très rapide, très efficace, mais nous pouvons, je crois, faire encore mieux, et dans le projet de loi que je porte, sur la justice, la loi de programmation pour la justice, nous allons proposer de renforcer encore la justice antiterroriste, c'était d'ailleurs prévu avant l'attentat de Trèbes et de Carcassonne, nous allons créer un Parquet national, antiterroriste, c'est-à-dire au fond donner au procureur qui va coordonner l'ensemble, une unicité de tâches, autour de l'antiterrorisme. Actuellement, le procureur MOLINS, qui fait un travail tout à fait exceptionnel, est aussi procureur de Paris, c'est-à-dire qu'il a toutes les tâches d'un procureur. Ce que nous voulons... JEAN-JACQUES BOURDIN Vous allez séparer les deux. NICOLE BELLOUBET Oui. Ce que nous voulons, c'est vraiment recentrer le procureur antiterroriste, sur les tâches liées au terrorisme, et lui donner également une armature en quelque sorte dans l'ensemble du pays, avec des magistrats référents qui auront des compétences d'action qui seront très puissantes, et dont tout cela formera une toile, on va dire une araignée en quelque sorte, qui sera je crois assez puissante. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais certains disent : attention au risque de centralisation. Il faut que dans les régions, que dans... NICOLE BELLOUBET C'est ce que je viens de vous dire. C'est ce que je viens de vous dire, c'est-à-dire qu'il y aura Paris... JEAN-JACQUES BOURDIN Il y aura un maillage. NICOLE BELLOUBET ... et un maillage, un forme de toile d'araignée, avec des magistrats qui seront, qui auront des compétences spécialisées, et qui seront répartis sur l'ensemble du territoire. Donc je crois qu'on aura les deux. Alors, à la fois la centralisation et en même temps la présence sur l'ensemble du territoire. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Vous n'avez pas encore nommé, évidemment, celui qui va diriger tout cela. NICOLE BELLOUBET Non. JEAN-JACQUES BOURDIN Qui sera nommé quand ? NICOLE BELLOUBET Eh bien lorsque le procureur MOLINS viendra à la fin de ses fonctions. JEAN-JACQUES BOURDIN A la fin de ses fonctions. Nicole BELLOUBET... NICOLE BELLOUBET En tant que procureur de Paris. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, en tant que procureur de Paris, c'est à ce moment-là que... NICOLE BELLOUBET Oui, c'est-à-dire dans quelques mois. JEAN-JACQUES BOURDIN Dans quelques mois. Bien. Nicole BELLOUBET, est-ce que d'autres mesures seront prises ? Parce que j'entends les uns et les autres, faire des propositions, vous avez entendu cela vous aussi, on expulse tous les étrangers fichés S, on met en rétention tous les fichés S les plus dangereux, soupçonnés de radicalisation. Possible, pas possible, est-ce que vous allez aller dans ce sens ? NICOLE BELLOUBET Notre souci c'est d'agir, c'est d'être efficace. On ne peut pas modifier notre arsenal législatif, à chaque fois qu'il y a un attentat de cette nature. Pour autant, nous pouvons revisiter nos pratiques, c'est-à-dire que nous... JEAN-JACQUES BOURDIN Vous allez le faire ? NICOLE BELLOUBET Bien sûr, mais nous le faisons en permanence. Encore une fois, depuis que le gouvernement actuel est au pouvoir, il y a des nouveaux textes qui ont été pris, je pense à la loi sur la sécurité intérieure, qui nous donne, dans un état de droit normal, des capacités d'action puissantes, je pense aux visites domiciliaires, je pense à la fermeture des établissements de culte, quand il y a des manifestations de radicalisation intense, donc tout cela, ce sont des outils, qui sont mis en oeuvre, mais par exemple peut-être pouvons-nous accentuer la mise en oeuvre pratique d'un certain nombre d'entre eux. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire ? NICOLE BELLOUBET Eh bien je pense par exemple aux visites domiciliaires, il y en a eu depuis la loi... JEAN-JACQUES BOURDIN C'est quoi une visite domiciliaire, pour que l'auditeur... NICOLE BELLOUBET C'est une perquisition, oui, c'est le nouveau nom des perquisitions. Il n'y en a eu que six, peut-être faut-il voir dans quelle mesure, puisqu'elles se font avec l'autorisation du juge de la liberté et de la détention, peut-être faut-il voir si des mesures plus amples pourraient nous être utiles, mais c'est de la pratique, je dirais. Et je crois que tout l'intérêt, c'est également d'ailleurs le cas du nouveau Parquet national antiterroriste, c'est d'arriver à bien lier le renseignement et la judiciarisation, car on ne peut pas, pour répondre à votre question, on ne peut pas mettre en rétention toute personne sur la base simplement d'une fiche S, qui est un instrument de police, c'est une balise destinée à attirer l'attention des services de renseignements, mais il faut un juge quand même, on est tout de même dans un Etat de droit, il faut à la fois protéger c'est un impératif, et il faut également respecter les règles de l'état de droit. JEAN-JACQUES BOURDIN Assassinat ou meurtre de Mireille KNOLL ? Quels mots emploieriez-vous ce matin ? NICOLE BELLOUBET La justice se prononcera, le Parquet a retenu le caractère antisémite, donc circonstances aggravantes de ce point de vue-là. Je ne souhaite pas aller au-delà, ce que je souhaite dire et que j'ai eu l'occasion de dire hier devant la Représentation nationale, c'est qu'il est absolument incroyable qu'aujourd'hui en France, en 2018, on meurt parce que on est juif, ou qu'on meurt pour une qualification qui, me semble-t-il, fait partie de l'intime et tout cela est absolument invraisemblable. JEAN-JACQUES BOURDIN Quels sont les signes d'antisémitisme ? NICOLE BELLOUBET Que l'on peut... JEAN-JACQUES BOURDIN Quels sont les signes d'antisémitisme, relevés à propos de cet homme qui a tué Mireille KNOLL ? NICOLE BELLOUBET Monsieur BOURDIN, je ne veux pas me prononcer sur cette affaire, vraiment, qui est... JEAN-JACQUES BOURDIN Bon, vous ne voulez pas vous prononcer. NICOLE BELLOUBET Non, je ne veux pas, sur cette affaire-là. Je peux avoir un regard, et je l'ai dit, c'est le dégoût, c'est la honte, mais je ne veux pas rentrer dans le détail de l'affaire. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, simplement, son auxiliaire de vie, affirme que le meurtrier présumé était fiché S et s'est radicalisé en prison. C'est vrai ou c'est faux ? NICOLE BELLOUBET Ecoutez, ça, ça fait partie des éléments qui seront traités au moment... JEAN-JACQUES BOURDIN Il était fiché S ou pas ? NICOLE BELLOUBET Au moment où je vous parle, je laisse la justice se prononcer. Ce que je veux juste dire ici, c'est que des signes d'antisémitisme, on en trouve et sur Internet, il y a des choses abjectes qui se passent sur Internet et sur lesquelles nous devons réagir, c'est la raison pour laquelle le Premier ministre a lancé un plan national de lutte contre le racisme et l'antisémitisme qui nous permettra aussi de prendre des mesures, je crois assez puissantes, de ce point de vue-là à la fois sur l'expression sur Internet et puis sur bien d'autres mesures. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, nous ne savons pas encore, peut-être que le Parquet le sait... NICOLE BELLOUBET Je laisse le Parquet... JEAN-JACQUES BOURDIN S'il était fiché S et s'il s'était, parce qu'il a fait plusieurs séjours en prison. NICOLE BELLOUBET Oui oui. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, s'est-il radicalisé en prison, enfin, dans tous les cas, ce n'est pas par hasard que l'on a parlé d'antisémitisme, que le Parquet a requalifié... NICOLE BELLOUBET Le Parquet a requalifié, il a les éléments nécessaires. JEAN-JACQUES BOURDIN Ce n'est pas par hasard, on est bien d'accord. Il a les éléments nécessaires. Bien. NICOLE BELLOUBET Mais je ne suis pas au coeur de l'enquête, ni au coeur du jugement, je tiens à le redire ici. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que vous comprenez que le CRIF ne souhaite pas la présence du Front national et de la France Insoumise, à la marche en hommage... NICOLE BELLOUBET Le CRIF est responsable de ce qu'il choisit, je pense qu'il y a des moments d'unité où peut-être il faut pouvoir dépasser cela. JEAN-JACQUES BOURDIN Dépasser ces exclusions, en quelque sorte. NICOLE BELLOUBET Je pense que nous sommes aujourd'hui dans un double moment d'unité nationale, ce matin très puissant, et il me semble également que par rapport à la marche blanche de cet après-midi, il doit également y avoir un moment d'unité puissant. JEAN-JACQUES BOURDIN Je terminerai avec la manifestation, les manifestations devant les tribunaux, les avocats notamment sont en colère, proposition de réforme, est-ce que de tribunaux d'instance seront fermés, oui ou non ? NICOLE BELLOUBET Ah, aucun. JEAN-JACQUES BOURDIN Aucun. NICOLE BELLOUBET Alors monsieur BOURDIN, là je voudrais, je l'ai dit dix fois, cent fois, je vais le répéter mille fois encore. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, il est bon, parce que ça gronde. NICOLE BELLOUBET Alors, écoutez, je crois qu'il y a beaucoup de fausses informations qui circulent à ce sujet, tous les tribunaux d'instance, tels qu'ils fonctionnent aujourd'hui, lorsqu'ils sont dans les plus petits ou dans les villes moyennes, tous les tribunaux d'instance resteront ouverts. C'est un choix que nous avons fait, parce que nous souhaitons qu'il y ait une justice de proximité, et dans le contentieux du quotidien, dans le petit contentieux, les petits litiges, qui d'ailleurs sont parfois importants pour les gens qui sont concernés, nous voulons absolument qu'il y ait un juge de proximité. Cela d'ailleurs, parfois, a pu donner lieu à d'autres hypothèses, ce n'est pas ce que nous avons retenu. On a un choix très clair de proximité et de lisibilité. Alors, la proximité, ça signifie que tous les tribunaux, toutes les cours d'appel, d'ailleurs, resteront... JEAN-JACQUES BOURDIN Les cours d'appel aussi ? NICOLE BELLOUBET Oui, bien sûr. JEAN-JACQUES BOURDIN Il ne resterait, si l'on en croit tous ceux qui contestent, qui protestent, il ne resterait que 13 cours d'appel sur les 36 que compte la France métropolitaine. NICOLE BELLOUBET Mais non, c'est faux, c'est entièrement faux ! Nous avons 36 cours d'appel, nous auront demain 36 cours d'appel, il n'y aura rien de modifié de ce point de vue là. Nous disons simplement que peut-être... pas peut-être, dans certaines régions qui accepteraient d'expérimenter, et nous avons dit que deux pourraient expérimenter, ces cours d'appel pourraient discuter entre elles de l'exercice de compétence spécialisé par telle ou telle d'entre elles, c'est tout. Toutes les cours d'appel resteront, elles garderont toutes les mêmes compétences, et si certaines régions le veulent, quand il y a trois ou quatre cours d'appel dans une région, elles pourraient dire que telle prendrait en charge telle compétence spécialisée et telle autre, une autre. JEAN-JACQUES BOURDIN Je vais prendre simplement les remarques des avocats de la cour de Pau, par exemple, qui craignent que la suppression de leur juridiction et le report de toutes les procédures sur le tribunal de Bordeaux n'entraînent un engorgement de ce tribunal. NICOLE BELLOUBET Monsieur BOURDIN... JEAN-JACQUES BOURDIN Oui mais moi je lis ce qu'ils disent, c'est pour ça que... NICOLE BELLOUBET Je remarque que vous savez bien lire, et moi je vous dis, je vous dis, que la cour d'appel de Pau restera à Pau et restera avec ses compétences. Voilà, c'est tout, il n'y a rien d'autre à ajouter de ce point de vue-là. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien, merci Nicole BELLOUBET d'être venue nous voir ce matin. NICOLE BELLOUBET Merci monsieur BOURDIN. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/625.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/625.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..bd6d805bc67627f3e239ae9aeb9d215fecad680b --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/625.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Députés, c'est un plaisir pour moi de vous retrouver pour échanger sur les résultats du Conseil européen. Je vous remercie de tenir cette séance à huis clos, ce qui nous permettra d'en dire plus, au moment où l'Union européenne est face à des défis : celui des Etats-Unis qui ont pris des mesures commerciales unilatérales, la tentative d'assassinat de citoyens britanniques à Salisbury, ou les agissements de la Turquie en mer Egée. Dans ces trois cas, l'Union européenne a réussi à faire preuve de son unité, comme les Vingt-Sept l'ont fait dans les négociations du Brexit. Plusieurs réunions se sont succédé. Je commence par celle du Conseil européen proprement dit, qui s'est tenue le jeudi 22 mars dans l'après-midi. Alors que la Commission et le Parlement sont dans la dernière année pleine de leur mandat, les conclusions du Conseil permettent de donner une impulsion politique afin de faire aboutir une série de mesures législatives relatives au marché intérieur européen : sur le numérique, sur les données, - beaucoup reste à faire -, sur l'énergie - beaucoup a été fait - ou le marché des capitaux. C'est en renforçant le marché intérieur européen, premier marché solvable au monde, que l'Union sera la mieux placée pour orienter les règles du jeu sur le plan international. Je tiens à souligner que le Conseil a soutenu notre approche d'une Europe qui protège, en abordant de façon positive quatre domaines sensibles sur lesquels le point d'équilibre européen évolue en notre faveur. Tout d'abord, le Conseil a fait mention d'une "forte politique industrielle européenne". C'est une priorité pour nous, mais longtemps cela n'allait pas de soi ; aujourd'hui l'attente dans ce domaine est mieux partagée. S'agissant du commerce, nous avons obtenu que, dans ses conclusions, le Conseil demande à la Commission d'examiner comment faire pour mettre en oeuvre les engagements pris par les pays tiers. Ce texte lance aussi, comme nous le souhaitions, un appel aux co-législateurs pour mieux contrôler les investissements et trouver un meilleur équilibre notamment sur l'ouverture des marchés publics. Le président de la République a rappelé également qu'il n'était pas souhaitable de passer des accords commerciaux avec des pays qui ne sont pas signataires de l'accord de Paris sur le climat. Sur l'Europe sociale, le Conseil européen a appelé à la mise en oeuvre de la déclaration de Göteborg pour assurer une convergence sociale par le haut. Comme nous le souhaitions - mais cela n'a pas été facile à obtenir - il cite explicitement dans ses conclusions le projet d'Autorité européenne du travail. Enfin, sur le climat, le Conseil européen a demandé à la Commission de proposer une stratégie de long terme reflétant l'accord de Paris. Actuellement le cadre européen va jusqu'en 2030 ; nous devons nous projeter jusqu'en 2050, voire au-delà. Naturellement, les chefs d'Etat et de gouvernement ont concentré leurs discussions sur la façon de réagir à la décision des Etats-Unis d'augmenter les droits de douane sur les importations d'aluminium et d'acier. Le Conseil européen a regretté cette décision ; il a pris note de l'exemption temporaire dont bénéficie l'Union et a rappelé que celle-ci devrait bénéficier d'une exemption permanente. En effet, les raisons de sécurité nationale invoquées par les Etats-Unis ne peuvent s'appliquer à des alliés et l'Union n'est pas responsable du problème réel qui est la surproduction d'acier au niveau mondial. Cet échange a permis que l'Union européenne reste unie pour refuser de s'engager dans la spirale d'une guerre commerciale mais en même temps pour affirmer qu'elle ne sera pas la variable d'ajustement du commerce international, comme l'a dit le président de la République. Nous soutenons la volonté de la Commission de dialoguer avec nos partenaires américains, dans le respect des normes de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), tout en disant clairement qu'il ne s'agit pas là d'une négociation commerciale. Par ailleurs, les chefs d'Etat et de gouvernement ont poursuivi leurs échanges sur la refondation de l'Europe. S'agissant de la fiscalité du numérique, la Commission a rendu publique le 21 mars sa proposition d'imposer aux "GAFA", les grands acteurs du numérique en Europe, une taxe de 3% sur les revenus générés par leur activité dans l'Union. Les premiers échanges à ce propos ont été encourageants. Certes, certains Etats membres, notamment les Pays-Bas et le Luxembourg, demeurent réticents ; mais chacun admet que la situation actuelle n'est pas satisfaisante et un nombre important de participants ont plaidé avec la France, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne pour que l'Union européenne agisse sans attendre une solution globale, plus ambitieuse certes, mais plus difficile à atteindre. Le Conseil y reviendra dès sa réunion de juin. C'est donc là un sujet sur lequel nous sommes très engagés. Les choses bougent alors que l'Union ne s'était pas empressée de s'en emparer l'année dernière, comme le faisait remarquer Bruno Le Maire lors de la séance de questions au gouvernement. Le vendredi 23 au matin, les vingt-sept chefs d'Etat et de gouvernement ont tenu une réunion au format de l'article 50 du Traité. D'abord, le Conseil a dressé un état des lieux de la négociation de l'accord de retrait du Royaume-Uni. Il a pu ainsi saluer les progrès importants obtenus par les négociateurs sur le règlement financier, les droits des citoyens et la mise en place de la période de transition. Sur ce dernier point, nos grands principes sont respectés, qu'il s'agisse de la limitation dans le temps, avec un accord sur la date du 31 décembre 2020, de la pleine application de l'acquis dynamique ou de l'impossibilité pour le Royaume-Uni de continuer à participer au processus de décision européen. Mais le Conseil insiste aussi dans ses conclusions - et c'était indispensable - sur le principe selon lequel il n'y a d'accord sur rien tant qu'il n'y a pas d'accord sur tout. En effet, il reste des points importants à trancher ou à préciser d'ici l'automne. C'est le cas notamment de la gouvernance de l'accord, ce qui porte sur le rôle de la Cour de Justice de l'Union, et la question irlandaise. Sur ce dernier point, les négociateurs se sont mis d'accord sur l'idée qu'a minima on organise un rapprochement réglementaire entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande. Mme May a repris ce point dans une lettre officielle. Il y a donc là une évolution de la position britannique, qui reste à confirmer et à préciser. Il faudra que les négociateurs européens continuent dans les prochaines semaines à utiliser la volonté britannique de conclure définitivement sur la transition pour expliciter ce qui reste incomplet dans l'accord de retrait. On ne pourra pas reporter éternellement la clarification sur la frontière irlandaise, sur laquelle les progrès sont extrêmement lents. Les vingt-sept chefs d'Etat et de gouvernement ont également adopté les lignes directrices qui guideront le négociateur européen s'agissant du cadre général des relations futures entre Union européenne et Royaume-Uni. Nous souhaitons préserver une approche d'ensemble cohérente : bien sûr, nous préférerions que les Britanniques restent dans le marché unique ou dans l'union douanière. Mais cela supposerait qu'ils acceptent les quatre libertés ou qu'ils renoncent à passer librement leurs propres accords commerciaux. Etant donné ce qu'est la position britannique actuellement, le seul modèle possible pour l'Union européenne est celui d'un accord de libre-échange, respectant l'équilibre entre les droits et les obligations qui s'y rattachent. Cela implique notamment que dans certains domaines, comme les services financiers, l'Union prenne des mesures autonomes, ce que précise par ailleurs un texte adopté par le Conseil "Affaires générales". Sur d'autres thèmes comme la coopération policière et judiciaire ou la politique étrangère, des accords spécifiques pourront être conclus tout en insistant sur la nécessité de ne pas remettre en cause l'autonomie du processus de décision de l'Union européenne. J'en viens au sommet de la zone euro, qui a réuni, comme nous l'avions demandé, dix-neuf chefs d'Etat et de gouvernement le vendredi matin. La France défend une approche ambitieuse, qui consiste à avancer à court terme sur l'union des marchés de capitaux et sur l'union bancaire, notamment en ce qui concerne la mise en place d'un filet de sécurité commun, mais aussi en allant vers une zone euro plus responsable et solidaire, via la création, à plus long terme, d'une capacité budgétaire propre pour maintenir les investissements en cas de crise et une meilleure stabilisation macro-économique, permettant une plus grande convergence des économies. France et Allemagne sont très investies sur ces questions, comme l'ont montré la visite de la chancelière à Paris le 16 mars et la conférence de presse commune du président Macron et de Mme Merkel à l'issue du sommet européen. Ils ont rappelé leur objectif de faire des propositions conjointes pour parvenir à une feuille de route au Conseil européen de juin, et ont prévu de se revoir une fois, voire deux, d'ici cette date. Ce sommet a permis de relancer une dynamique. Tous reconnaissent la nécessité de renforcer la zone euro, mais la manière et le rythme pour le faire ne sont pas encore clarifiés. Notre partenaire allemand s'est engagé à travailler pour présenter une position commune avec nous en juin. Durant le dîner, les chefs d'Etat et de gouvernement ont longuement évoqué les questions internationales de voisinage et d'élargissement, et se sont, en particulier, beaucoup concertés sur les suites à apporter à l'attaque de Salisbury. Ils ont exprimé toute leur solidarité avec le Royaume-Uni, rappelé qu'il n'y avait pas d'autre explication alternative que la responsabilité de la Russie et décidé que les Etats membres allaient apporter une réponse coordonnée. Le lundi 27 mars, la France a notifié aux autorités russes sa décision d'expulser du territoire français quatre personnels russes sous statut diplomatique, dans un délai d'une semaine. Actuellement, dix-neuf Etats membres ont fait de même, Royaume-Uni compris, soit au total 58 personnels russes expulsés. C'est une réaction sans précédent par son ampleur, car jamais des pays non directement concernés sur leur territoire n'avaient pris ce type de mesures, et c'est donc, finalement, une manifestation de solidarité sans précédent. Sur les Balkans occidentaux, notre préoccupation était de bien distinguer ce qui relève du processus d'élargissement, qui doit rester exigeant, et l'appui qui doit être apporté à ces pays, sous la forme d'un "agenda positif", qui sera l'enjeu du Sommet du 17 mai prochain à Sofia. Enfin, les dirigeants européens ont tenu à envoyer, juste avant le sommet de Varna, qui devait suivre de près le Conseil, un message de fermeté à la Turquie, réaffirmant leur "pleine solidarité avec Chypre et la Grèce" et leur préoccupation au sujet des ressortissants européens détenus en Turquie, dont deux soldats grecs. Ce sommet de Varna n'a permis aucune avancée dans les discussions avec la Turquie. Je suis maintenant à votre disposition pour répondre à vos observations et questions. (Interventions des parlementaires) Permettez que je regroupe les questions pour y répondre. M. Mendes et Mme Dumas m'ont interrogée sur l'Autorité européenne du travail. C'est à la demande de la France que cette question a été abordée au Conseil européen, et mentionnée dans ses conclusions, dans la ligne du Sommet social de Göteborg en novembre 2017. Les réticences sont fortes : d'un côté, des Etats du nord de l'Europe se méfient de tout ce qui va vers une harmonisation sociale qui risquerait d'affaiblir leur propre modèle social ; de façon symétrique, des Etats de l'Est de l'Europe y sont défavorables par crainte de perdre une partie de leur compétitivité. D'autres enfin ont émis la crainte de voir créer une institution de plus, qu'il faudra doter en moyens et en personnel - dans sa proposition, la Commission mentionnait le recrutement de 140 personnes. Nous allons continuer à porter ce sujet. MM. Pueyo et Bourlanges ont évoqué l'élargissement de l'Union dans les Balkans. Nous ne fixons pas de date en ce qui concerne le processus d'adhésion de la Serbie et du Monténégro : il aboutira quand ces deux pays seront prêts. Mais il importe de leur confirmer qu'ils peuvent bien s'inscrire dans une perspective européenne. Il nous faut arrimer les Balkans à l'Union européenne, sans pour autant diminuer notre niveau d'exigence sur les réformes à adopter ainsi que sur la mise en oeuvre effective de ces réformes pour rejoindre l'Union. En conséquence, celle-ci doit leur fournir un accompagnement pour le passage aux réformes, mais aussi vérifier en pratique ce qu'il en est de la lutte contre la corruption et la criminalité et contre la radicalisation, ainsi que du règlement des différends que ces pays peuvent avoir entre eux, car nous ne voulons pas importer des facteurs d'instabilité dans l'Union européenne. La France y pose-t-elle un préalable institutionnel ? Il s'agit ici de la taille de la Commission. En réalité, nous n'avons pas attendu la question de l'élargissement pour soulever ce problème. Le président de la République en a parlé dans son discours sur l'Europe à la Sorbonne, et, lors du sommet informel de février dernier sur les questions institutionnelles, nous avons rappelé notre position, qui est qu'il faut réduire la taille de la Commission. Evidemment plusieurs petits Etats ne la partagent pas. Pour ce qui est d'autres questions évoquées par M. Bourlanges, comme celle du Spitzenkandidat, le Conseil européen n'en a pas parlé. Il n'a pas non plus parlé précisément, Monsieur Pueyo, du Yémen ou du Kurdistan. Il a abordé, sur un plan plus général, la situation de la Turquie dans ses relations avec l'Union européenne et dans son environnement régional. La position de la France est de demander le respect de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies du 24 février 2018 par toutes les parties prenantes, l'accès pour l'aide humanitaire, et la possibilité pour les personnes déplacées de retourner dans leur village d'origine. Nous rappelons qu'il ne peut y avoir d'autre solution que politique au conflit syrien et que cette solution doit inclure les Kurdes. Dès le vendredi soir, après la fin du Conseil européen, le Président de la République en a fait part par téléphone au président Erdo?an. S'agissant ensuite de la politique industrielle européenne, certes elle ne va pas de soi pour certains Etats, mais pour la France, c'est une constante. Ce l'était aussi pour l'Italie, mais le résultat des récentes élections dans son pays a conduit le président du Conseil italien à rester assez silencieux lors du Conseil européen. Cette politique touche de nombreux secteurs. Ainsi, il est important de soutenir la politique spatiale et le lanceur européen et c'est là une bonne raison de soutenir aussi le fonds européen de la défense, qui financerait la recherche-développement dans ce secteur. Nous ne manquons aucune occasion de rappeler que, en veillant à la politique de la concurrence en Europe, il faut comprendre qu'elle s'inscrit dans une concurrence à l'échelle mondiale et ne doit pas empêcher la formation de "champions européens". Dans cet esprit, nous défendons des dossiers précis dans le dialogue avec la Commission. Quant à la politique énergétique, elle touche à de nombreux sujets, de la transition écologique à l'organisation du marché du carbone ou la sécurité de l'approvisionnement énergétique dans l'Union. La politique industrielle est aussi un élément dont on tient compte. Mais c'est en fonction de préoccupations plus vastes que des avancées très significatives ont été faites au deuxième semestre 2017 sur l'Europe de l'énergie. Je reviens sur l'attitude des Etats européens après l'affaire de Salisbury. Dix-neuf Etats ont pris des mesures d'expulsion de personnels sous statut diplomatique. À l'évidence, nous sommes préoccupés actuellement par le comportement de la Russie. Pour ce qui est de l'attaque de Salisbury, il n'y a pas d'autre hypothèse plausible qu'une implication de la Russie. Tous les éléments transmis par le gouvernement britannique aux autres Etats membres vont dans ce sens. Des échantillons de l'agent toxique utilisé dans ce cas ont été transmis à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques, qui procède à sa propre évaluation. Au-delà de cet événement, les cyberattaques, l'influence prêtée à des agents russes dans l'utilisation d'internet, y compris à l'occasion de campagnes électorales, sont préoccupantes et conduisent à appeler les autorités russes à adopter une attitude plus responsable. À ce stade, d'autres mesures contre la Russie ne sont pas envisagées dans l'immédiat. Mais le président de la République s'est entretenu avec le président Poutine et l'a appelé à faire toute la lumière sur le développement des agents neurotoxiques, le programme clandestin Novitchok, et ce qu'il est advenu de ces agents. Il me reste enfin à répondre à M. Bourlanges sur l'articulation entre l'accord de retrait du Royaume-Uni et le cadre de ses relations futures avec l'Union. L'objectif est d'avoir abouti, à l'automne, à un accord de retrait et de disposer d'un accord sur un cadre politique pour les relations futures entre le Royaume-Uni et l'Europe des Vingt-Sept. Ce cadre politique permettra d'entrer dans les détails de la négociation de l'accord de libre-échange et des autres accords nécessaires pour organiser notre futur partenariat. Q - L'accord-cadre sera-t-il soumis au Parlement européen ? J'ai l'impression qu'on introduit un nouveau bébé entre l'accord de retrait et le cadre des relations futures. R - Ce que nous appelons accord-cadre est un accord politique, mais qui ne revêt pas une forme juridique. L'accord de retrait sera soumis au Parlement britannique et au Parlement européen, l'accord sur les relations futures sera soumis à la ratification par tous les parlements nationaux. Q - Et l'accord intermédiaire, à qui sera-t-il soumis ? Et à quelle date aura-t-on l'accord définitif ? R - Pour dire à quelle date, encore faut-il qu'il soit adopté ! Sur la relation future en particulier, c'est aux Britanniques de préciser leur position. Nous savons aujourd'hui ce que le gouvernement britannique ne veut pas : à l'heure où nous parlons en tout cas, il ne veut pas d'une participation au marché unique ni de l'union douanière. Nous savons moins bien ce qu'il veut. Nous entendons des discours politiques de Mme May, mais cela doit se décliner, au-delà d'un accord de libre-échange, évidemment spécifique, dans des accords sur les questions de justice, de police, de politique étrangère et de défense et dans quelques autres accords sur lesquels nous apprenons par bribes ce que sont les attentes, ce qui ne constitue pas vraiment encore une base de négociation. Malgré ces difficultés, on a constaté que l'attente d'un accord des Vingt-Sept sur une période de transition a conduit le Royaume-Uni à changer de position, en quelques semaines, sur un certain nombre de points. (Interventions des parlementaires) J'essaierai de répondre rapidement, mais de façon assez exhaustive. Monsieur Holroyd, quelle que soit la forme que prendra le Brexit, il y aura forcément des contrôles à instaurer, ce qui nécessitera des personnels - les douanes commencent à recruter des effectifs supplémentaires - et des infrastructures. La coordination interministérielle, qui se fait en permanence, s'accélère depuis le Conseil européen afin de prendre les décisions nécessaires. La question de savoir si des fonds européens seront disponibles n'est pas encore tranchée. En tout cas, le gouvernement prend pleinement la mesure de ce que signifie le rétablissement de contrôles pour la région frontalière du Royaume-Uni, si je peux la désigner ainsi. Il prend aussi la mesure du risque que constituerait une absence d'accord. Personne ne le souhaite, mais un gouvernement responsable se doit de se préparer à toutes les hypothèses, et c'est ce que ce gouvernement fait. Quant à l'utilisation des droits de seigneuriage de la BCE comme nouvelles ressources propres de l'Union, l'hypothèse est explorée par la Commission européenne et certains Etats membres. C'est une réflexion parmi d'autres. M. Anato et Mme Deprez-Audebert m'ont interrogée sur les négociations avec le MERCOSUR. Nous l'avons dit, à ce stade de la négociation, de notre point de vue le compte n'y est pas. S'agissant des intérêts "offensifs" de l'Union européenne, les propositions du MERCOSUR sont, à nos yeux, décevantes. Et nous ne sommes pas prêts à fragiliser une filière sur laquelle on fait déjà souvent des concessions au cours des négociations commerciales. Notre position est bien connue non seulement de la commissaire au commerce Cecilia Malmström, mais aussi du président Juncker, qui suit cela de près. Dire que l'ensemble des Etats de l'Union sont sur la même ligne serait inexact, mais nous sommes très attentifs et à ce stade, nous ne voyons pas la possibilité d'un accord proche. Comme vous, Monsieur Anato, nous considérons que l'exemption temporaire de droits de douane sur l'acier que vient de nous accorder les Etats-Unis doit être permanente. Nous sommes prêts à discuter avec eux des vrais sujets, à savoir la surcapacité de la production d'acier de la Chine et les aides d'Etat de la part de certains producteurs qui n'appartiennent pas à l'Union européenne, et à le faire dans le cadre du respect des règles de l'OMC. Vous avez raison, son organe de règlement des différends est fragilisé par l'attitude des Etats-Unis. Pour notre part, nous avons des principes clairs : nous voulons une exemption permanente et nous sommes disponibles pour discuter de ces sujets. Ils méritent toute notre attention et nous sommes prêts à toutes les éventualités, à savoir à prendre des mesures si - ce que personne ne souhaite - l'exemption temporaire de droits pour l'Union européenne était levée, mais aussi à examiner des mesures de sauvegarde si la production de certains Etats en surcapacité se déversait sur le marché européen. La Commission suit cette question avec beaucoup d'attention et les Etats membres sont unis, montrant ainsi ce que signifie "l'Europe qui protège". S'agissant des consultations citoyennes, les vingt-sept Etats membres vont les organiser. Elles ont commencé en Irlande et au Portugal et je me suis rendue dans ces deux pays pour y participer. Je me rends aussi en République tchèque pour leur lancement le 10 mai, comme je l'aurai fait déjà en Croatie début avril. Le lancement se fait aussi en Allemagne, avec un retard dû, comme vous le mentionniez, Monsieur Herbillon, à la constitution du nouveau gouvernement. Et la Commission européenne est désormais à bord. Le climat dans lequel le Conseil européen et, auparavant, le Conseil "Affaires générales" se sont tenus a montré que tous les Etats étaient à bord. Les autres institutions, notamment le Parlement européen, le Comité économique et social européen, le Comité européen des régions, et maintenant la Commission, étaient aussi demandeurs. Quand passera-t-on des "incantations à l'action" sur la zone euro ? Je vous l'ai dit, Monsieur Herbillon, l'objectif est que la France et l'Allemagne se mettent d'accord pour une feuille de route en juin. Bien sûr, il ne faut pas perdre de temps et des questions comme celle du filet de sécurité devraient être réglées. Elles vont l'être, je suis désormais confiante. Nos partenaires prennent également en compte la transformation du Mécanisme européen de stabilité, ainsi que la nécessité d'aller vers l'union des marchés de capitaux. Pour ce qui est de la capacité budgétaire de la zone euro, il y a des différences sur plusieurs de ses aspects, qu'il s'agisse de la convergence économique, de l'investissement ou de la stabilisation - pour les citer dans l'ordre dans lequel on peut espérer faire progresser la réflexion. Pour les étapes de la coopération franco-allemande, nous sommes engagés dans la révision du traité de l'Elysée. Sur ce plan, les parlements vont plus vite que les gouvernements. Nous sommes heureux de constater que, au-delà de la résolution que chaque assemblée a votée, l'Assemblée nationale et le Bundestag y travaillent. C'est aussi le cas désormais des deux gouvernements sur des axes connus, la sécurité, la croissance, l'innovation, le rapprochement fiscal, la coopération transfrontalière car il faut régler des difficultés irritantes ou des blocages qui n'ont pas lieu d'être entre deux partenaires comme la France et l'Allemagne. Les deux pays veulent donc élaborer une feuille de route qui soit concentrée sur les vrais enjeux et non pour faire de la révision l'occasion de mentionner tous les aspects, même ce qui n'y a pas sa place. Ils veulent à la fois se pencher sur tout ce qu'ils peuvent faire ensemble, qui importe dans la relation bilatérale, et qui est décisif pour faire évoluer l'Union européenne, en particulier l'harmonisation de l'assise de l'impôt sur les sociétés. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/626.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/626.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..93b89f4e53985262354595284a33dbade33439ed --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/626.txt @@ -0,0 +1 @@ +Le Président de la République s'est entretenu avec le Président Abdel Fattah al Sissi le 3 avril au lendemain de la réélection du Président égyptien à la tête du pays pour un deuxième mandat, et lui a présenté les voeux de la France pour le succès de l'Egypte. Les deux présidents ont échangé sur les enjeux régionaux et plus particulièrement sur la situation à Gaza, en Libye et en Syrie ainsi que sur la lutte contre Daech. Il a rappelé le soutien de la France à l'Egypte dans la lutte contre le terrorisme tout en soulignant, comme il l'avait déjà fait lors de leur rencontre le 24 octobre à Paris, l'importance de préserver une société civile dynamique et active, meilleur rempart contre la radicalisation, et de promouvoir les droits de l'Homme et les libertés fondamentales. Le Président Emmanuel Macron a rappelé, par ailleurs, le soutien de la France aux réformes économiques entreprises par le Président Sissi et la disponibilité de notre pays à continuer d'investir dans le pays. Les deux présidents ont émis le souhait que le partenariat qui unit nos deux pays soit renforcé dans tous les domaines. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/627.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/627.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e1ec9ccf164592d3c0ad39ae6be67140da16ddf5 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/627.txt @@ -0,0 +1 @@ +INTERVENANTE Le petit-déjeuner politique ce matin avec le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel BLANQUER. PATRICK ROGER Bonjour Jean-Michel BLANQUER. JEAN-MICHEL BLANQUER Bonjour. PATRICK ROGER Il y a bien sûr les cheminots en ce moment mais aussi des étudiants qui bloquent certaines facs, c'est Frédérique VIDAL - votre collègue en charge de l'Enseignement supérieur qui s'en occupe - ça ne vous laisse pas insensible forcément, est-ce qu'il y a une réponse immédiate à apporter à ces étudiants qui dénoncent une sélection déguisée à l'université disent-ils ? JEAN-MICHEL BLANQUER D'abord il faut remettre les choses à leur juste mesure, il y a en réalité trois universités qui sont qui sont réellement bloquées et bloquées ça veut bien dire ce que ça veut dire, c'est-à-dire que les gens-là bloquent, ça ne veut pas dire que tout le monde est d'accord avec eux - c'est donc très minoritaire, il y a plus de 70 universités en France - et ça ressemble à des revendications qui vont assez au-delà des seuls enjeux universitaires, donc il y a des gens qui... PATRICK ROGER Ah ! Vous voulez dire manipulation de certains partis, notamment des Insoumis qui sont derrière ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, il ne faut pas faire semblant de ne pas voir qu'il y a des... c'est vrai qu'il y a des syndicats ou des partis un peu extrémistes derrière tout cela ; Ensuite, sur le sujet Parcoursup, qui est un sujet qui lui est sérieux, c'est tout simplement une amélioration par rapport à l'existant. Donc, vous savez il y a beaucoup de gens qui prônent le principe d'égalité mais qui font tout pour que ce ne soit pas ce principe d'égalité qui s'applique, nous ce que nous voulons c'est qu'il y ait des étudiants qui trouvent une place à un juste endroit, l'année dernière vous aviez des gens qui ont été tirés au sort et ce que nous voulons cette année c'est qu'il y ait une orientation bien faite humainement accompagnée - c'est exactement ce qu'on fait en ce moment - et que, à la fin, des étudiants aient tous une place à l'université, au bon endroit, de la bonne façon. PATRICK ROGER Mais c'est une forme de sélection ? JEAN-MICHEL BLANQUER Non, parce qu'à la fin tout le monde aura une place à l'université, simplement il est normal que quand vous alliez en médecine vous soyiez quelqu' un qui est plus de chance... que quelqu'un qui a plus de chances de réussir y aille plutôt qu'un autre au lieu d'avoir un tirage au sort entre les deux, ça me parait du bon sens. PATRICK ROGER Mais ce que vous dites derrière c'est qu'il y a quand même de la manipulation de certains ? JEAN-MICHEL BLANQUER On essaie de faire peur aux gens bien entendu, alors que n'importe qui - qui étudie cinq minutes le sujet - sait très bien que Parcoursup est une énorme amélioration par rapport à ce qui était appelé - mais énorme et d'ailleurs les semaines prochaines permettront de le voir, donc il y a des gens qui ont envie de créer des angoisses, Moi je comprends parfaitement l'attente, les éventuelles inquiétudes des familles quand elles sont devant ces sujets d'orientation vers le supérieur, tout le monde quand on a des enfants à ce genre d'inquiétudes, ceux qui ne sont pas corrects c'est ceux qui jouent sur ces inquiétudes alors qu'en réalité ce que l'on vient de faire c'est une amélioration pour que justement... PATRICK ROGER On joue sur les peurs, quoi ? JEAN-MICHEL BLANQUER On joue sur les peurs. Parce qu'en réalité ce qui va se passer c'est que tout le monde va trouver sa juste place. PATRICK ROGER Oui. Jean-Michel BLANQUER, l'Islam chez les lycéens assez développé, enquête inquiétante qui sort dans un livre aujourd'hui, un quart ne condamne pas les attentats du Bataclan et surtout Charlie et, selon eux, la religion prime sur la science en fait à l'école, est-ce que ce ne sont pas des jeunes qui échappent aux valeurs républicaines qui doivent être enseignées dans les lycées notamment ? JEAN-MICHEL BLANQUER Si bien sûr et donc nous avons tout un travail de reconstruction à faire et qui commence dès l'école primaire bien entendu, nous savons tous que nous sommes devant un défi qui est celui de ce phénomène de radicalisation qui touche l'intérieur même de notre société, donc il faut regarder les problèmes en face, les nommer - c'est ce que fait cette étude et c'est ce que je fais aussi dans mon travail et, ensuite... PATRICK ROGER Comment alors, comment ? On parle d'unité, de laïcité qui pourrait aller dans les écoles, c'est-ce que vous mettez en place ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, vous savez tout est lié, j'estime que tout ce que je fais, il n'y a pas un seul des sujets que j'ai fait n'est étranger à l'ensemble de ces questions... PATRICK ROGER De la maternelle au lycée ? JEAN-MICHEL BLANQUER Bien sûr, parce que si vous renforcez l'école de la République, si vous transmettez des valeurs, c'est évidemment au travers de cela que progressivement vous reconstituez une école plus forte, donc tout est concerné. Mais c'est vrai que de manière plus directe il y a ce que vous venez de dire, c'est-à-dire ce qu'on a appelé les unités laïcité, c'est-à-dire des unités qui existent désormais dans chaque rectorat et qui peuvent intervenir à chaque... PATRICK ROGER Mais c'est composé de qui, alors ? JEAN-MICHEL BLANQUER C'est composé de plusieurs personnes, de compétences différentes et complémentaires, vous pouvez aussi bien avoir une compétence juridique - sur ce qui relève de la laïcité de ce qui n'en relève pas - des compétences pédagogiques évidemment , mais aussi des compétences qu'on appelle de vie scolaire, c'est-à-dire relatives à la à l'organisation de l'établissement, aux éventuelles sanctions, à tous ces enjeux... PATRICK ROGER Il faut remettre de l'ordre dans certains établissements, c'est ce que vous dites ? JEAN-MICHEL BLANQUER Evidemment, enfin c'est forcément mettre de l'ordre, vous savez c'est la garantie de la liberté, de l'égalité et de la fraternité - c'est le premier des droits - s'il y a du désordre c'est toujours les plus faibles qui en pâtissent, donc je n'ai aucun complexe à le dire. PATRICK ROGER Oui, oui, et donc ça un peu partout il y aura notamment... à Villeneuve-sur Lot par exemple hier, les profs ne voulaient pas aller en cours parce qu'ils avaient un peu peur, vous leur dites : « on est à vos côtés et on sera à vos côtés » ? JEAN-MICHEL BLANQUER Je dis à tous les professeurs, toujours : « je suis à leurs côtés », vous savez moi je suis le ministre des élèves bien sûr, je suis ministre des professeurs aussi, c'est-à-dire aux 850.000 professeurs de France et aussi à tous les personnels de l'Education qui ont un rôle très important, je leur dis : « je suis derrière vous évidemment devant toutes les difficultés du quotidien - et je sais bien qu'elles existent et qu'elles sont nombreuses - on est là tous ensemble pour y faire face et bien sûr je suis solidaire des professeurs », mais pas seulement dans les mots, après il faut des faits et dans les faits ça signifie par exemple cette unité... PATRICK ROGER Oui, parce que ça fait trois ans qu'il y a eu les attentats de Charlie, il faut de nouveau cette enquête pour qu'on s'en préoccupe un peu, non ? JEAN-MICHEL BLANQUER Non, je m'en suis préoccupé dès le premier jour où je suis arrivé et c'est comme ça qu'on a créé le Conseil des sages sur la laïcité pour définir les règles du jeu, c'est comme ça qu'on crée ces unités laïcité que j'installe personnellement dans chaque rectorat de France et que maintenant on commence à avoir des interventions et qu'il m'arrive même d'aller dans les établissements pour contribuer à cette réinstallation si je puis dire. PATRICK ROGER Jean-Michel BLANQUER, est-ce que la gestion des profs c'est un tabou pour vous ? On a vu par exemple ces derniers jours, moi je croyais que c'était un Poisson d'avril, des parents d'élèves à Créteil qui viennent de passer une annonce sur Leboncoin pour trouver un prof de français à quelques semaines du bac, donc il y a un véritable problème ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, il y a un problème bien sûr, qui d'ailleurs n'est pas un problème spécifique à la France, vous avez un problème de la vocation professorale dans tous les pays occidentaux comparable à la France - et ça nous renvoie d'ailleurs à la question du prestige du prestige de la fonction, de la valeur de ce métier -pour moi c'est le plus beau métier du monde... PATRICK ROGER Mais il faut le revoir, c'est ce qu'on disait avec Natacha POLONY tout à l'heure qui était avec nous à 7h20 comme chaque matin sur Sud Radio, on disait : « il faut sans doute revoir aussi un peu le statut des enseignants, pas de tabou », non ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, bien sûr, il faut parler avec les professeurs de ce qui fait leur quotidien et de ce qui fait leur métier et le faire évoluer dans un sens ; et si vous voulez on est en France, donc on raisonne toujours de façon un peu binaire sur ce genre de sujet, moi j'essaie de raisonner mais un peu subtil - si vous permettez l'expression - donc on peut parfaitement faire évoluer notre système scolaire dans l'intérêt des élèves et des professeurs, ce sont des intérêts convergents et pas des intérêts divergents. PATRICK ROGER Oui. C'est quoi concrètement, c'est-à-dire qu'on dit que certains profs ne sont pas assez payés mais que l'on pourrait peut-être revoir les heures de cours ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oh ! Ca fait partie des sujets évidemment. Mais vous avez bien d'autres dimensions, par exemple la manière dont on recrute, demain la question du pré- recrutement par exemple est une question ouverte pour répondre directement à votre question sur la crise du recrutement ; nous devons réussir, par exemple, à donner des bourses à des étudiants en 1ère année d'université qui se destinent à être professeurs pour les accompagner vers la fonction de professeur ; on doit se permettre d'avoir une vision beaucoup plus sur la durée de la carrière d'un professeur pour lui ouvrir des perspectives. En réalité aujourd'hui, quand vous êtes professeur, il y a plein de perspectives qui sont devant vous, vous pouvez devenir par exemple chef d'établissement, vous pouvez devenir inspecteur, vous pouvez prendre des responsabilités. PATRICK ROGER Ca, c'est un de vos grands chantiers dans les années qui viennent ? JEAN-MICHEL BLANQUER On a toujours l'image du professeur comme étant quelque chose d'assez figée, en réalité le professeurs est au coeur de ce qu'est la vie et donc peut être professeur toute sa vie et transmettre des choses vitales à des élèves mais aussi contribuer à d'autres choses, avoir une seconde carrière dans le système ; de même qu'il y a des gens qui sont hors du système aujourd'hui qui peuvent y entrer, ça je le dis d'ailleurs parce qu'on a de plus en plus de seconde carrière... PATRICK ROGER Il faut vraiment se pencher sur le métier d'enseignant pour l'avenir ? JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, en contrepoids de ce que vous disiez tout à l'heure, c'est qu'aujourd'hui vous avez des gens de 40 ans ou plus qui se disent : « tiens, j'aimerais bien être professeur », donc le métier peut avoir une attractivité, nous allons évidemment travailler à cela. PATRICK ROGER Jean-Michel BLANQUER invité de Sud Radio ce matin, question politique encore avec Michaël DARMON et tout d'abord Christophe BORDET. CHRISTOPHE BORDET Oui. La colère continue de gronder dans le milieu rural avec la nouvelle carte scolaire, 300 classes qui seraient donc supprimées, comment éteindre l'incendie une fois pour toutes avec le milieu rural et tous ces maires, tous ces parents d'élèves qui sont en colère, qui manifestent tous les jours ? JEAN-MICHEL BLANQUER Déjà en disant la vérité ! CHRISTOPHE BORDET Alors, c'est quoi la vérité ? JEAN-MICHEL BLANQUER La vérité c'est que c'est la rentrée où il y aura le moins de fermetures de classes rurales depuis très longtemps, donc... CHRISTOPHE BORDET C'est-à-dire ? JEAN-MICHEL BLANQUER Il y a moins de fermetures de classes rurales à la rentrée prochaine que l'année précédente et que les années précédentes. Pourquoi ? Parce qu'il y a des fermetures de classes rurales depuis très longtemps - et toute personne honnête le sait - ça fait des décennies que c'est ainsi et c'est lié à l'exode, pardon à l'exode rural, il y a toute une série de difficultés malheureusement que l'on a dans notre pays sur le plan démographique, donc c'est ce sujet-là qu'il faut regarder, c'est comment nous arrivons à faire en sorte qu'il y ait plus d'enfants, plus de familles installées en milieu rural, c'est ça le vrai sujet. Maintenant ce que nous avons fait à cette rentrée c'est justement on a essayé de compenser cette baisse démographique, autrement dit on n'a pas du tout fermé autant de classes que ce qui aurait pu être fermé si on tenait compte de la démographie, c'est comme ça que vous avez par exemple 14 élèves par classe de la petite section au CM2 en Lozère, c'est comme ça que vous n'avez pas une seule école qui ferme dans toute l'Auvergne, donc au contraire je suis je pense un des tous premiers ministres de l'Education nationale à avoir une telle attention sur la question rurale ; et comme par hasard, au moment où je commence à avoir cette intention et à poser le problème, vous avez toute une série de forces politiques de droite et de gauche qui essaient de créer une polémique, évidemment à partir de faits réels - parce qu'il y a oui... CHRISTOPHE BORDET Oui, il y a des faits quand même oui. JEAN-MICHEL BLANQUER Attention ne confondons pas aussi fermetures de classes et fermetures d'écoles, il y a un certain nombre de fermetures de classes pour tenir compte des réalités démographiques et il y a de très rares fermetures d'écoles et en général quand il y en a une c'est quelque chose qui a été envisagée avec les élus pour des raisons objectivées sur le terrain, mais en tout cas ce qui est certain c'est que pour la rentrée prochaine et encore plus pour les rentrée suivantes je vais avoir une très grande attention pour contribuer au rebond rural car nous avons une stratégie pour le rural, cette stratégie pour le rural c'est de rendre attractives les écoles et les collèges ruraux de façon à inciter les familles à se réinstaller en milieu rural parce que pour qu'il y ait des écoles en milieu rural il faut qu'il y ait des enfants. CHRISTOPHE BORDET Mais dites-moi, une question encore, vous êtes favorable une fois pour toutes à l'uniforme à l'école, il faut le généraliser une fois pour toutes ? JEAN-MICHEL BLANQUER Je suis favorable à ce que ce soit possible et c'est ce que je dis très clairement, autrement dit les écoles ou les établissements qui le demandent peuvent tout à fait passer à l'uniforme. MICHAËL DARMON L'enseignant va savoir parler à la fois au premier de la classe et au dernier de la classe, est-ce que je vous n'auriez pas un petit conseil à donner au président de la République qui a du mal à parler au dernier de cordée ? JEAN-MICHEL BLANQUER Vous savez il y a beaucoup de gens qui empêchent à ce que des messages passent, parce qu'en réalité depuis que nous sommes arrivés en mai dernier il y a beaucoup de choses qui ont été faites pour l'égalité et pour l'équité. Maintenant on est en démocratie, nous avons affaire à une opposition de gauche et à une opposition de droite qui cherchent... MICHAËL DARMON Mais, au-delà de l'opposition, c'est des perceptions aussi des gens... JEAN-MICHEL BLANQUER Oui la perception, mais la perception c'est aussi... MICHAËL DARMON Qui disent : « on ne comprend pas toujours les discours, son ambition, la réussite... JEAN-MICHEL BLANQUER La perception c'est aussi les médias, quand la mesure que nous avons prise à la rentrée dernière de dédoublement des CPE à 12 c'est une mesure extrêmement sociale, les mesures d'attention au monde rural sur le plan scolaire ce sont des mesures extrêmement sociales, la mesure devoir fait en collège c'est des mesures pour les familles les plus défavorisés, les mesures sur le pouvoir d'achat avec la baisse des cotisations sociales ça ne se voit pas encore complètement mais toute personne honnête sait que cela va arriver, donc on essaie de dépeindre ce gouvernement comme s'il y avait une volonté de favoriser les classes les plus favorisées - c'est totalement faux - mais il y a au contraire la nécessité d'abord de remettre notre pays en ordre et sur les rails et sur cette base-là de favoriser ceux qui ont le plus de difficultés. MICHAËL DARMON J'ai une petite question de vocabulaire, le mot bienveillance également qui était présent partout dans la campagne présidentielle a disparu du projet, on n'entend plus parler de bienveillance aujourd'hui... JEAN-MICHEL BLANQUER Je peux vous dire que c'est le quotidien de mon action, par exemple la bienveillance c'est un mot que je prononce s'agissant de l'école en particulier parce que c'est là que ça commence, nous avons tous besoin de bienveillance ce n'est pas pour l'instant un atout de notre pays - et c'est une force de l'élection d'Emmanuel MACRON que d'avoir remis ce mot en force ; le mot de confiance est aussi un mot que j'utilise beaucoup, parce qu'en effet il doit caractériser notre action, je pense qu'au contraire il y a de la bienveillance dans ce que nous sommes en train de faire et surtout la recherche de l'intérêt général. MICHAËL DARMON Une dernière petite question de vocabulaire, c'est quoi le blanquérisme ? JEAN-MICHEL BLANQUER Ca n'existe pas ! Donc c'est simple, c'est assez facile à définir... MICHAËL DARMON Ah ! Ce n'est pas dans le dictionnaire ? JEAN-MICHEL BLANQUER Non, non. MICHAËL DARMON Ca viendra ? JEAN-MICHEL BLANQUER Ecoutez, il y a quelque chose... écoutez je ne suis pas certain de ça, je pense qu'il y a le macronisme ça existe - c'est un composé de différentes choses, notamment la bienveillance dont vous avez parlée... MICHAËL DARMON Mais le blanquérisme, non ? JEAN-MICHEL BLANQUER Et c'est aussi le dépassement des clivages ; et c'est un point très important, parce que dans mon domaine nous avons beaucoup de clivages inutiles à dépasser. PATRICK ROGER Oui. Allez question d'un auditeur ou d'une auditrice, c'est Caroline me semble-t-il qui est en ligne de Créteil, bonjour Caroline. CAROLINE, PROFESSEUR DE LETTRES CLASSIQUES - AUDITRICE DE CRETEIL Oui bonjour, bonjour Monsieur le Ministre. PATRICK ROGER Posez votre question. JEAN-MICHEL BLANQUER Bonjour madame. CAROLINE Moi j'ai une question, donc je suis professeur de lettres classiques dans l'académie de Créteil... JEAN-MICHEL BLANQUER Vous avez déjà toute mon estime rien que pour ça. CAROLINE Merci. Donc, j'ai une question pour vous en deux temps qui concerne à la fois l'enseignement du français et des langues anciennes : tout d'abord en ce qui concerne le français, au vu des discours récents sur l'importance fondamentale de son enseignement les horaires de français qui sont en chute drastique depuis plus de 30 ans dans le primaire et dans le secondaire vont-ils enfin être revues à la hausse pour améliorer la maîtrise des élèves ? Ensuite, en ce qui concerne les langues anciennes, suite à votre circulaire du 25 janvier 2018 qui donne des indications claires pour la mise en place de son enseignement, qui permet notamment le retour à sept heures d'enseignement - alors ce n'est encore huit parce qu'il manque encore la deuxième de 5ème … JEAN-MICHEL BLANQUER Oui, c'est vrai. CAROLINE Et au lieu des cinq de la réforme de 2007 et qui incite aussi à ouvrir autant de groupes que nécessaire dans les établissements alors que souvent on les réduit à un.... PATRICK ROGER Allez réponse, parce que sinon après on n'aura plus le temps, Jean-Michel BLANQUER. JEAN-MICHEL BLANQUER Merci ! Mais je vois ce que voulait nous dire madame. D'abord merci, c'est une question très importante, une double question très importante, c'est en fait la présence du français dans notre système scolaire, oui il faut d'abord plus d'heures consacrées aux français à l'école primaire - c'est un point très important - et nous sommes actuellement en train de pousser cela, y compris l'aide personnalisée aux élèves touche, concerne essentiellement la lecture et l'écriture en français de façon à ce que les élèves arrivent en 6ème avec un niveau de français leur permettant tout simplement de bien travailler ; S'agissant des langues anciennes, nous les avons réinstallées en quelque sorte parce qu'elles avaient été diminuées lors du précédent quinquennat, mais nous avons toute une stratégie de développement des langues anciennes, et là où je vous donne raison madame c'est que ça ne se passe pas d'un seul coup et que c'est progressivement que les horaires... mais on a déjà commencé, je pense que vous l'avez vu, simplement ça va aller à la fois plus profondément et plus loin que la situation précédente. PATRICK ROGER Merci, Jean-Michel BLANQUER était l'invité de Sud Radio ce matin. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/628.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/628.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e5412fb1b682af00d7a19e36e283c8f5de51824c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/628.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Chers Amis, Je suis heureux de conclure cet après-midi d'échanges et de dialogue sur une question devenue en quelques années l'une des plus importantes et urgentes aussi auxquelles il nous est demandé de répondre. Je vais conclure - j'en suis désolé - assez longuement, mais la question mérite un minimum de réflexion. Je remercie tout particulièrement le CAPS dont je sais que plusieurs membres ont activement participé à la préparation et au succès de cette journée. Cette question nous concerne tous, nous, c'est-à-dire les pouvoirs publics, les responsables politiques et associatifs, les professionnels des médias, les acteurs du monde numérique, les chercheurs et les enseignants, les citoyens eux-mêmes. Bref tous ceux qui savent que l'information et la démocratie entretiennent des liens si étroits que l'une ne peut exister sans l'autre, qu'il ne peut y avoir de vie démocratique sans un espace public nourri par le travail des journalistes. Pas plus qu'il ne peut y avoir d'information sans des institutions et des règles qui en garantissent la liberté, l'indépendance et la légitimité auprès de nos concitoyens. Pour ne citer que le cas de la France, chacun des moments fondateurs de notre République, et ce furent bien souvent aussi des moments de crise, de questionnement intense sur le sens même de notre démocratie, chacun de ces moments a vu les journalistes jouer un rôle de premier plan. Il s'agissait d'éclairer le débat public, avec toujours la même exigence de raison, indissociable de la recherche d'autonomie qui caractérise la citoyenneté moderne. Pour une raison majeure : l'autonomie a pour condition l'accès à l'information afin que le citoyen puisse exercer librement son jugement. Dans ces moments critiques, ce sont des journalistes, des organes de presse qui ont répondu à ce besoin de savoir et de comprendre. Il n'y aurait pas eu d'Affaire Dreyfus mais seulement un innocent condamné et oublié de tous si Bernard Lazare, fidèle à sa conception du journalisme, n'avait pas été parmi les premiers à chercher à rétablir la vérité, en démontant point par point l'accusation de trahison établi par le tribunal militaire à l'encontre du capitaine Dreyfus. Durant la seconde guerre mondiale, la Nuit de l'Occupation aurait été complète sans les voix de Radio-Londres, celle de Maurice Schumann, de René Cassin ou de Pierre Brossolette, qui donnèrent corps au projet politique de la France libre. Les Français n'auraient pas eu la même perception de la guerre d'Algérie sans le travail de Françoise Giroud, de Jean-Jacques Servan-Schreiber pour dénoncer la torture. Ces exemples, il y en aurait bien d'autres, illustrent combien le journalisme est un instrument de liberté sans lequel il ne peut y avoir d'exercice éclairé de la citoyenneté. À l'heure où des bouleversements majeurs transforment le champ de l'information, nous entrons dans ce nouveau monde en sachant combien les révolutions techniques antérieures, la diffusion d'une presse de masse, l'invention de la radio puis de la télévision, furent des instruments de progrès et de démocratisation de nos sociétés. « La lecture du journal est la prière du matin de l'homme moderne » disait Hegel. Les combats pour l'émancipation du siècle passé, ceux qui cherchent à approfondir aujourd'hui l'autonomie humaine reprennent tous à leur manière la vérité de cette formule écrite à l'aube de notre modernité politique. Les révolutions médiatiques en ont décuplé les effets, en donnant accès à un public de plus en plus large à un horizon de plus en plus vaste d'informations et de connaissances. L'émergence d'un espace numérique mondial bouleverse une nouvelle fois l'ensemble des secteurs de l'activité humaine. Il est devenu un espace à part entière de conduite des relations internationales, dans tous les domaines, et notamment celui du soft power et de la diplomatie publique. Le Quai d'Orsay a pris résolument ce tournant numérique. Avec plus d'un million d'abonnés, le compte Twitter du ministère des affaires étrangères est le deuxième compte institutionnel le plus suivi en France ; il se décline désormais en cinq langues étrangères, incluant l'arrivée du russe depuis quelques mois. Je veux aussi citer France Médias Monde qui diffuse les fondamentaux de notre culture à travers le monde. Aujourd'hui, l'internet et les réseaux sociaux déterminent une nouvelle organisation de l'information et de sa circulation, où l'audience et le pouvoir de résonance déterminent le poids d'un acteur. Dans la dernière décennie, de nouveaux acteurs ont émergé dans le secteur de l'information, ils ont conquis ce marché et ils l'ont cartellisé. Nous sommes aujourd'hui face à une situation de duopole puisque l'accès à la presse, à l'information se fait majoritairement par l'intermédiaire de Google et Facebook. Ces deux plateformes ont un pouvoir de marché sans commune mesure avec celui que pouvait avoir dans les décennies passées n'importe quel organe de presse. L'espace public en est transformé ; les mouvements de l'opinion, la manière dont elle se constitue également. Ils touchent donc au coeur de la vie démocratique, à l'organisation de la vie sociale elle-même. Les révolutions du printemps arabe ont montré combien les réseaux sociaux pouvaient jouer comme une force de mobilisation. Nous voyons aujourd'hui combien le libre accès à internet, la liberté d'expression et d'information décuplée dans le temps et l'espace qu'offrent les outils numériques sont aussi des cibles pour l'arbitraire politique. Dans le domaine de l'information, je crois que l'espace numérique s'est développé selon une triple tension qui atteint aujourd'hui son paroxysme : tension d'une part entre la promesse d'ouverture et les manipulations nouvelles que cette ouverture rend possible ; tension d'autre part entre le libre accès à un horizon infini d'information, et la réalité d'un monde numérique fragmenté, divisé en silos informationnels où la discussion contradictoire s'affaiblit ; tension finalement entre la baisse des coûts de production et de diffusion qui facilite en théorie l'émergence de nouveaux acteurs de l'information, et la fragmentation des sources elles-mêmes, le doute généralisé quant à la fiabilité de l'information diffusée. Dans ce nouvel âge de l'information, la démocratie doit répondre à la question qui l'accompagne depuis l'origine, la question que Socrate posait déjà aux sophistes : comment faire pour garantir l'opinion contre la puissance des simulacres et ceux qui en font commerce ? En présentant la stratégie internationale de la France pour le numérique en décembre dernier, je disais que l'espace numérique est porteur de progrès ; et je le crois profondément : il peut donner à nos valeurs démocratiques un nouveau souffle. Mais il est aussi la source de nouveaux risques, et notamment ceux d'une information numérique manipulée contre les vertus d'ouverture et de progrès que nous lui reconnaissons. Le caractère inédit de la situation à laquelle nous faisons face tient à la combinaison de trois facteurs : d'abord les crises et les doutes qui traversent nos démocraties depuis une décennie ; deuxièmement, la révolution que constitue la digitalisation de l'espace public, une rupture qui donne une caisse de résonance plus forte aux interrogations et aux crispations qui traversent nos sociétés ; enfin, l'affirmation de plus en plus nette de stratégies de puissance ayant recours sans remord à des stratégies digitales de déstabilisation qui s'exercent dans le champ informationnel. Je note d'ailleurs que certains discours, tel celui écrit en février 2013 par le chef d'État-major des armées russe, décrivent les « actions informationnelles » comme un instrument possible dans la palette des moyens d'intervention extérieure. Nos démocraties ont tardé à prendre conscience de la gravité de ce phénomène. Nous avons pourtant constaté comment, dans des conflits ouverts, y compris sur le continent européen, les instruments numériques servaient à porter l'affrontement jusque dans le domaine informationnel. Cette réalité prend un visage neuf à l'âge numérique : nous sommes entrés dans un nouvel âge de la propagande. La gestion de l'information sur la crise en Ukraine et l'opération d'annexion de la Crimée a constitué un signal d'alarme majeur. La prise de conscience s'est accélérée avec la série noire des dernières élections, y compris en France. Au Royaume-Uni, aux États-Unis, en France, en Espagne, elles ont toutes été marquées par la diffusion de fausses nouvelles et par des attaques informatiques dont le but était de troubler l'ordre public, de compromettre la sincérité du scrutin électoral, et ainsi de semer le doute ou la discorde au sein du système démocratique occidental. Animés par une vision cynique de l'espace numérique, ceux qui se livrent à ces manoeuvres tentent de retourner contre nos démocraties les principes mêmes qui les fondent - l'ouverture, la liberté d'expression et d'information - à des fins d'ingérence et de déstabilisation. La désinformation et l'existence de médias de propagande ne sont pas un phénomène nouveau bien sûr, mais la révolution numérique et ses incidences sur la manière dont l'opinion publique s'informe, tout particulièrement notre jeunesse, leur confèrent une portée sans précédent. Le débat public s'est cristallisé autour de la notion de fausses nouvelles ou « fake news ». Pour le sujet qui me préoccupe et qui concerne l'orchestration de stratégies digitales d'interférence et de déstabilisation informationnelle, je crois que cette catégorie ajoute plus à la confusion actuelle qu'elle ne permet de caractériser avec précision la menace à laquelle nos démocraties font face. Le défaut de cette notion, c'est qu'elle a tendance à assimiler des phénomènes de nature différente, des motivations et des conséquences sans commune mesure les unes avec les autres. Une fausse nouvelle peut l'être pour différentes raisons : par accident, par inattention, par déformation progressive à mesure de sa diffusion et de sa reprise multiple qui la constitue en rumeur numérique. Elle peut également être intentionnelle, sans répondre à des motivations politiques, soit parce qu'elle relève du canular, soit parce qu'elle est une source de revenus. L'information dans l'espace numérique risque de donner un avantage comparatif aux contenus les plus spectaculaires, susceptibles par conséquent d'être repris et partagés en masse, avec l'intérêt que cela représente pour les annonceurs publicitaires. Le « like », le « retweet », le « partage » paient. Et généralement ils paient bien. Une fausse nouvelle peut aussi être émise à des fins malveillantes - cela a été évoqué tout à l'heure lors d'une table ronde à laquelle j'ai pu assister - pour compromettre la réputation numérique d'une personne ou d'un groupe, d'une entreprise. La montée du complotisme en est l'une des manifestations les plus préoccupantes. Mais le cas le plus grave, c'est lorsque une fausse nouvelle entre comme partie d'une stratégie globale, une action à portée stratégique, visant à déstabiliser des institutions elles-mêmes, à travers le ciblage d'une population. Le terme de fausse nouvelle est ici inadapté et insuffisant ; il faut lui substituer celui de manipulation de l'information, que je propose de définir à partir de trois critères. Premièrement, il s'agit d'une campagne orchestrée, impliquant des acteurs étatiques, mais aussi non étatiques. Deuxièmement, elle passe par la diffusion massive de nouvelles fausses ou biaisées, fabriquées à dessein, diffusion virale grâce à son automatisation et à sa coordination. Troisièmement, cette action stratégique répond à un objectif politique hostile : domination, interférence et déstabilisation des populations, des institutions et des États ciblés, afin d'infléchir leurs choix, de porter atteinte à l'autonomie de leurs décisions et à la souveraineté de leurs institutions. Il faut bien percevoir la complexité de ces manoeuvres. Des campagnes de ce genre combinent à la fois des informations réelles et des informations déformées, des faits exagérés et des nouvelles créées de toutes pièces. Parfois elles sont assises sur des informations obtenues frauduleusement comme ce fut le cas avec le piratage des messageries de la campagne d'Emmanuel Macron, ou avant cela des serveurs du parti démocrate aux États-Unis. Ces campagnes démarrent sur les réseaux sociaux avec un système de plus en plus sophistiqué d'amplification automatisée qui permet la propagation virale de l'information. La vitesse de la diffusion est d'ailleurs bien souvent un indice intéressant du caractère orchestré et automatisé du phénomène. Mais les stratégies les plus sophistiquées consistent à créer une source d'information qui s'avère fiable dans la quasi-totalité des cas, avec les biais que je soulignais, afin de crédibiliser le moment venu une fausse nouvelle. C'est le « blanchiment » de cette fausse-monnaie numérique que sont les nouvelles inventées, diffusées puis reprises par une autorité qui les légitime aux yeux du public. Comme ministre de la défense j'ai eu à gérer ce type d'attaques, car il s'agit d'attaques, lorsque de fausses accusations de dommages aux civils ont été proférées par Daech, puis reprises par le régime syrien, et enfin diffusées dans la presse au même titre que les démentis de la Coalition. Je savais, moi, que cela était faux, puisqu'aucun avion français ne volait à l'endroit incriminé et que les photos utilisées étaient celles d'un bombardement de l'armée syrienne. Mais le principe de solidarité inhérent à toute coalition militaire m'interdisait de démentir séparément de mes alliés. Et c'est justement cette solidarité-là qui était testée par cette manipulation. Une véritable ingénierie de la désinformation, à faible coût d'ailleurs, est depuis plusieurs années organisée et financée, avec ses fermes à troll et ces systèmes de bots. Le fait de cibler les sociétés démocratiques au moment des processus électoraux ne doit rien au hasard. C'est le moment où l'espace public est le plus sous tensions, où les passions politiques jouent à plein, où par conséquent la polarisation de l'opinion publique offre les plus grandes marges d'instrumentalisation. C'est le même objectif qui conduit ceux qui organisent ces campagnes à choisir certains thèmes particulièrement sensibles pour accroître les divisions au sein du corps social. Nous avons connu ces dernières années la première vague de ces manipulations de l'information d'un genre nouveau. Les progrès rapides de l'intelligence artificielle, la commercialisation pour une somme modeste de logiciels de plus en plus performants qui permettent de contrefaire une vidéo, toutes ces innovations technologiques et celles à venir donneront de nouveaux moyens d'interférence à ceux qui cherchent à déstabiliser notre vie démocratique. Elles pourraient faire franchir un nouveau seuil à la désinformation en cherchant à manipuler la perception de la réalité elle-même, avec toujours le même objectif : créer un climat de défiance, éroder l'idée même de vérité, favoriser l'émergence d'un scepticisme de masse. Je sais que vous avez évoqué les nouvelles modalités d'attaque possibles au cours de votre colloque. Nous devons donc trouver les moyens de répondre à ce défi. Il ne s'agit pas de nous laisser entraîner dans une logique de guerre informationnelle. Mais, face à ces risques et ces attaques, notre objectif devrait être de garantir la résilience de l'espace public, en inventant un nouveau modèle partenarial et libéral. Le point de départ de notre raisonnement doit résider dans le fait que les régimes démocratiques et libéraux sont, à terme, plus efficaces. Ils facilitent l'innovation, ils permettent le consensus, ils réduisent le risque de dérive autoritaire, avec ce que cela engendre de corruption et donc d'inefficacité sociale ; ils valorisent le mérite. Au demeurant, les instruments utilisés par les régimes autoritaires pour nous déstabiliser n'ont pu être développés que dans des sociétés ouvertes. Nous devons donc rester confiants dans notre force, et en particulier dans notre résilience, mais en même temps nous adapter pour faire front à ceux qui souhaitent porter atteinte à la liberté de nos démocraties. Ce modèle démocratique défensif passe autant par l'action des pouvoirs publics, la responsabilité des entreprises que par la vigilance de la société civile et des médias. Les récentes tentatives d'interférence dans nos élections présidentielles et dans les procédures démocratiques de pays partenaires constituent une violation grave à la fois de la volonté populaire et de la souveraineté nationale. La gravité de ces ingérences ne saurait être sous-estimée. Elles requièrent de la part des pouvoirs publics des mesures de défense de l'intégrité du vote, afin qu'il reflète fidèlement la volonté de la majorité des citoyens. La ministre de la culture l'a rappelé en ouvrant cette conférence. C'est l'objectif de l'initiative prise par le groupe parlementaire La République en Marche qui a déposé à l'Assemblée nationale deux propositions de lois, l'une organique, l'autre ordinaire, relative à la diffusion de fausses informations qui concerne particulièrement les périodes de campagnes électorales. Ces propositions vont être examinées au cours des prochaines semaines et je tiens à saluer le travail mené par la Commission des affaires culturelle et la Commission des lois qui se sont saisies de ces enjeux et qui vont débuter dans les tous prochains jours leurs travaux. L'esprit de ce projet vise à renforcer les pouvoirs d'autorités offrant toutes les garanties d'indépendance d'un État de droit - les juges et le Conseil supérieur de l'audiovisuel - comme gardiens de la sincérité du scrutin et élever le coût, pour ses initiateurs, des campagnes de désinformation. En dernier ressort, il permettra au régulateur de suspendre ou de mettre un terme définitif, dans des délais très rapides, à la diffusion de contenus malveillants contrôlés ou sous l'influence avérée d'un État étranger. Des réflexions du même ordre sont en cours chez plusieurs de nos proches partenaires, en particulier allemands et britanniques. Ces campagnes de déstabilisation se saisissent de tous les nouveaux instruments qu'offre la révolution numérique. C'est donc également dans le domaine technologique que les pouvoirs publics doivent agir. À court terme, la technologie offre des solutions prometteuses de prévention, de détection et de déconstruction des manipulations informationnelles. Grâce aux progrès de l'intelligence artificielle, nous disposons aujourd'hui d'outils de plus en plus performants pour identifier des campagnes coordonnées de fausses informations, nous opposer à la diffusion virale d'une information sensationnelle, lutter contre les faux comptes et sécuriser nos infrastructures digitales. Nous sommes désormais capables de détecter en amont les campagnes de désinformation, de remonter très rapidement à l'émission originelle qui a lancé l'opération, de visualiser le réseau des points de diffusion ou des émetteurs qui ont contribué à la diffusion de ces messages hostiles, et de désactiver les faux comptes qui servent cette propagation virale. Avec ces outils en main, nous devrons demain poursuivre et dénoncer les auteurs de campagnes visant à déstabiliser notre pays. Nous devrons demain, être en mesure de dire qui gère des faux comptes par millier, qui oriente leurs prises de position, et lorsque ce sont des États - cela peut arriver - dénoncer leurs actions pour ce qu'elles sont, des actions hostiles visant à porter atteinte à notre mode de vie et à nos institutions. S'agissant en général de pays ayant fait de la « non-ingérence » et du « respect de la souveraineté » la pierre angulaire de leur discours international, cette perspective ouvre très certainement la voie à des explications publiques intéressantes. Sans attendre cela, toutefois, nous devons garder à l'esprit que la première de nos défenses, c'est la résilience. Nos comportements doivent également changer. J'avais plaidé, en janvier 2017, pour que chacun, et notamment les fonctionnaires ayant à connaître d'affaires sensibles, fassent preuve au quotidien d'une forme « d'hygiène informatique », c'est-à-dire adaptent leur comportement au risque de fuite qui existe, quelles que soient les défenses que nous mettons en place. Tout message informatique peut être intercepté. Celui qui le rédige doit en permanence garder cette réalité à l'esprit, même dans le cadre d'échanges anodins. À cette boîte à outils technologique doit correspondre un effort de formation des agents publics. Nos institutions doivent se doter d'une expertise interne afin d'être capables de penser de façon autonome des stratégies intégrant pleinement ces dimensions. Ce n'est pas encore le cas aujourd'hui : il existe une asymétrie inquiétante de pouvoir, de ressources et d'information entre les entreprises digitales et les institutions publiques. Cette impression de perte de contrôle contribue à nourrir les angoisses de nos citoyens face à la globalisation et au progrès technologique. Il est donc urgent de penser de nouveaux modèles de recrutement, de formation, de partenariats publics-privés et de mobilité de nos agents vers les entreprises innovantes qui permettent la circulation et l'acquisition de ces nouveaux savoirs. Les universités et les institutions qui forment les cadres de nos administrations ont également un rôle essentiel à jouer en proposant des programmes adaptés. Au sein de mon ministère, la direction de la communication et de la presse sera chargée de mettre en place un système de veille et d'alerte précoce, afin que nous puissions réagir rapidement à une campagne de manipulation de l'information ciblant nos intérêts à l'étranger. Notre réputation et la confiance que nous pouvons inspirer sont des actifs essentiels pour notre diplomatie. Il est donc probable qu'il puisse être attaqué et notre devoir est d'être en mesure de réagir très rapidement. Au sein de notre réseau diplomatique, les services de presse seront particulièrement sollicités pour observer, analyser et tirer les leçons des attaques que nos partenaires pourraient subir. Dès la prochaine conférence des ambassadeurs, je souhaite que nous puissions tirer les leçons de ces remontées de terrain et des échanges que nous aurons eus avec tous ceux qui, au quotidien, parfois bénévolement, traquent les manipulations. Certains d'entre eux sont parmi nous comme M. Alaphilippe qui, avec son associé Nicolas Vanderbiest, a très tôt documenté, au printemps 2017, les campagnes orchestrées depuis la Russie contre le candidat Emmanuel Macron. Cet enjeu sera également intégré dans nos prochains exercices de planification et de prospective. Enfin, le centre d'analyse, de prévision et de stratégie de mon ministère, avec l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire, finalise en ce moment un rapport recueillant les analyses et les meilleures pratiques de nos partenaires, des chercheurs, des médias et des organisations des sociétés civiles à l'échelle internationale. Je souhaite que nous puissions en tirer les enseignements. Le premier d'entre eux, déjà bien établi, est qu'il ne sert à rien de faire le dos rond lorsque vous êtes attaqué. Il faut dénoncer, exposer le mensonge ou la calomnie avant même qu'ils ne se matérialisent, en soulignant ce que cela a d'absurde. La qualité du débat démocratique et la confiance des citoyens sont désormais indissociables de l'architecture et des modes de fonctionnement de l'espace numérique. La révolution numérique n'offre pas seulement de nouveaux instruments d'information ; elle a changé la manière de s'informer elle-même : les moteurs de recherche et les réseaux sociaux sont devenus à la fois des moyens d'information et des filtres, les journalistes n'ont plus le monopole de l'information ni la maîtrise de la diffusion de leurs contenus ; le public lui-même est orienté dans ses recherches par des algorithmes susceptibles de l'enfermer dans des « silos informationnels ». Le projet de nos sociétés démocratiques exige également de questionner le modèle économique de collecte et d'exploitation des données personnelles sur les réseaux sociaux, revendues à des acteurs poursuivant un agenda politique, comme vient de le mettre en lumière le scandale lié à la société Cambridge Analytica. S'ajoute à la menace des États autoritaires celle du plus offrant, s'il souhaite orienter le processus démocratique à son bénéfice. Jusqu'à présent, les grandes plateformes numériques ont refusé de prendre au sérieux le phénomène. Il faut pourtant être clair : il n'y aurait pas de manipulations de l'information comme celles que nous connaissons aujourd'hui sans l'existence de grandes plateformes numériques à même de les propager massivement et de façon virale. Certes, les méthodes sont les mêmes que celles utilisées par le KGB dans les années 50. La désinformation constituait alors déjà un pilier de la doctrine soviétique dite des « mesures actives », que conduisaient les services de sécurité pour influencer le cours des évènements mondiaux. On pourrait dire que, depuis l'opération « Infektion » menée par le KGB en 1983, qui visait à répandre la rumeur que le gouvernement américain avait délibérément créé le virus du sida, il y a simplement eu un changement d'échelle. Mais il est des domaines, comme celui de l'information, où le changement d'échelle constitue en réalité un changement de nature. La puissance de frappe qu'autorisent les réseaux sociaux, la capacité offerte de gérer des dizaines de milliers de comptes pour presque rien, en finançant quelques soldats de la désinformation, voire en utilisant l'intelligence artificielle, tout cela rend possible la réplique à l'infini des campagnes hostiles, là où il fallait des années pour les concevoir et multiplier les relais humains rémunérés ou acquis autrement à la cause. J'en veux pour exemple la récente affaire de l'attaque à l'agent neurotoxique Novitchok à Salisbury, qui a vu se développer en quelques heures, dans la foulée de la mise en cause directe de la Russie par le Royaume-Uni, un faisceau d'explications alternatives sur internet, rapidement repérés par des acteurs privés spécialisés dans la détection de fausses nouvelles. Nous ne pouvons donc pas rester inertes. Je souhaite que, dès maintenant, nous prenions les mesures suivantes : premièrement, exiger de la transparence dans les solutions que ces plateformes mettent en place, dont l'impact et la portée sont trop souvent difficiles à évaluer. Je comprends que les entreprises protègent la propriété intellectuelle de leurs algorithmes. J'aimerais néanmoins savoir quels sont les objectifs qu'elles poursuivent, même généraux, en employant ces instruments mathématiques pour développer leurs activités. Je suis favorable à la création d'une obligation de transparence sur les individus ou les sociétés qui achètent massivement des contenus sponsorisés à caractère politique afin d'en favoriser la diffusion. Les exercices de communication auxquels se livrent leurs dirigeants ne sont pas une réponse à la hauteur de l'enjeu. Les déclarations d'intention doivent être suivies d'actions concrètes et mesurables. Deuxièmement, il est indispensable que les données personnelles fassent l'objet d'une protection bien supérieure à ce qui existe aujourd'hui. Des dispositifs garantissant la diversité et la qualité de l'information doivent également être mis en place. Nous devons exiger ensemble le plus haut niveau de protection et de transparence pour tous. Troisièmement, chaque plateforme doit instituer un point de contact, joignable et responsable, permettant de documenter et neutraliser les campagnes de manipulation de l'information. Cela peut se faire en lien avec les initiatives développées par la société civile, comme celle présentée par Christophe Deloire, pour RSF. Afin d'aider à mobiliser ceux qui pourraient feindre d'ignorer qui sont les vrais responsables de la désinformation et de la désaffection démocratique qui en est l'objectif final, j'ajoute que l'État devra être en mesure de publier, de son propre chef, les sites sur lesquels il refuse pour sa part de financer des publicités publiques, du fait de leur caractère extrémiste ou complotiste. Le Premier ministre a rappelé lors de son discours de présentation du plan national de prévention de la radicalisation que si les plateformes ne coopèrent pas dans les trois mois qui viennent s'agissant du retrait des contenus illicites, la France soutiendra à Bruxelles une initiative législative européenne pour les contraindre à le faire. La France appuie d'ailleurs la finalisation par Europol de la base de données européennes des contenus illicites. S'agissant des contenus relevant de la manipulation de l'information, certains d'entre eux peuvent échapper à cette caractérisation. La situation actuelle devrait donc nous pousser à engager une réflexion sur les instruments normatifs indispensables pour pallier l'actuelle irresponsabilité derrière laquelle se cachent ces entreprises. Je pense notamment à la nécessité de créer un nouveau statut, outre celui d'éditeur de contenus et celui d'hébergeur technique, afin que la responsabilité des plateformes dans la diffusion des manipulations de l'information puisse être caractérisée comme telle. L'action à l'échelle européenne est indispensable pour peser réellement. La France souhaite donc pouvoir définir avec ses partenaires un socle commun européen de dispositions réglementaires, notamment s'agissant de la transparence des contenus sponsorisés, vu le rôle qu'ils jouent dans les stratégies digitales de manipulation de l'information. C'est une exigence de loyauté envers les citoyens à laquelle les plateformes doivent impérativement répondre. Ce socle commun n'est bien sûr pas exclusif des initiatives nationales que les États membres voudraient prendre. Nous devons également créer les conditions favorables à la préservation d'une information pluraliste et de qualité. Je pense notamment à la reconnaissance d'un droit voisin au profit des éditeurs de presse, dans le cadre de la réforme de la directive sur le droit d'auteur. Des mécanismes de soutien financier, au niveau national ou européen, pourraient également être utiles. À cet égard, la France estime que l'encadrement des aides d'État ne devrait pas faire obstacle au soutien des entreprises de presse, ni au développement de la présence en ligne des sociétés de l'audiovisuel public. La Commission européenne s'est saisie du sujet en réunissant en janvier un groupe d'experts composé d'universitaires, de journalistes et de représentants des plateformes numériques qui a rendu son rapport le 12 mars. C'est un premier jalon mais qui fixe de mon point de vue un niveau d'ambition encore trop modeste. Sur la base de ces travaux et d'une consultation publique, la Commission a annoncé une communication à ce sujet pour le 25 avril prochain. Nous attendons cette publication en souhaitant que la Commission affirme la nécessité d'une initiative réglementaire sur la transparence des contenus sponsorisés. Enfin pour les cas où les manipulations informationnelles s'appuient sur des contenus relevant d'infractions pénales (discours incitant à la haine, escroqueries commerciales, violations des droits de propriété intellectuelle), nous avons accueilli favorablement les lignes directrices sur le retrait des contenus illicites publiées par la Commission le 1er mars dernier. Ces lignes directrices définissent des mesures opérationnelles visant à accélérer la détection et la suppression de contenus illicites en ligne, à renforcer la coopération entre les plateformes internet, les signaleurs de confiance et les autorités répressives, et à accroître la transparence et les garanties pour les citoyens. Au-delà du niveau européen, un partage d'expérience et d'expertise avec l'ensemble de nos partenaires internationaux est nécessaire, il faut en parler au sein du G7. C'est précisément ce que je ferai dans quelques semaines à Toronto, en compagnie des ministres des affaires étrangères et des ministres de l'intérieur du G7. Le Canada, à l'occasion de sa présidence du G7, a en effet repris la proposition que nous avions faite l'année dernière de se pencher sur les enjeux liés aux tentatives d'interférence dans les processus démocratiques. Je souhaite que cette réunion soit l'occasion d'une discussion sans tabou sur ce défi et les solutions qu'il appelle. À cette fin, nous avons proposé que les pays du G7 renforcent leur coordination et leur capacité à répondre à ces tentatives d'ingérence, en établissant, par exemple, un réseau de points de contacts permettant d'alerter un ou plusieurs partenaires en cas de détection d'une campagne de manipulation informationnelle et d'échanger rapidement informations et solutions. Nous souhaitons également que les pays du G7 puissent s'accorder sur certains principes à respecter ainsi que sur des normes à promouvoir, notamment en termes de transparence des financements de publicités politiques ou de renforcement des capacités des médias et de la société civile pour détecter et contrer des manipulations lorsqu'elles ont lieu. Dans ce domaine qui touche aux principes mêmes de notre démocratie, les acteurs publics ne sauraient fournir à eux seuls une solution définitive. C'est aux sociétés civiles de développer aussi des anticorps afin d'assurer notre résilience collective. Elles le font déjà. Les participants aux tables-rondes de l'après-midi l'ont amplement montré. À cet égard, le Journalism Trust Initiative de Reporter Sans Frontières apporte une solution extrêmement intéressante pour donner aux lecteurs les moyens de faire preuve de discernement dans la masse d'informations aujourd'hui disponibles ; et distinguer le travail des professionnels du journaliste de la production d'organes de propagande comme Russia Today ou Spoutnik. Dans un registre différent, je pourrais également citer l'action de l'Observatoire du conspirationisme ou l'association « What the Fake », soutenues par la DILCRAH et le Comité interministériel de prévention et de détection de la radicalisation. Le Conseil de l'Europe a d'ailleurs cité la France comme exemple pour la campagne « On te manipule ». Les manipulations peuvent donc être détectées et dénoncées, et cet effort doit être poursuivi, il en va ensuite de la responsabilité des médias et notamment de ceux qui - comme les agences de presse et je salue la participation à nos débats du PDG de l'AFP, M. Emmanuel Hoog - ont un impact global important, de ne pas participer à donner de l'écho à ces campagnes. Les sites internet les plus suivis par les jeunes ont également une responsabilité centrale. Evidemment, les projets d'éducation aux médias sont également décisifs. Il est donc de notre responsabilité collective de lui donner les instruments critiques indispensables à un usage éclairé de l'information en ligne. Le plan d'éducation aux médias annoncé par la ministre de la culture Françoise Nyssen vise à répondre à ce défi. Le monde de la recherche est aussi à l'oeuvre pour développer des programmes d'études, afin de préciser notre compréhension de ce phénomène et anticiper les menaces à venir. L'Union européenne elle-même a un rôle à jouer en ce sens pour soutenir les actions portées par la société civile qui luttent contre la désinformation et le complotisme sur Internet. L'ensemble de ces projets sont des instruments concrets d'autonomie afin de donner à chacun la possibilité de s'orienter dans un champ informationnel chaotique et changeant. Ce qui se joue là, c'est la constitution d'une vigie citoyenne. Je souhaite que mon ministère y prenne sa part et maintienne le contact avec l'ensemble de ces initiatives par l'intermédiaire de notre ambassadeur pour le numérique David Martinon. L'émergence d'un espace numérique mondial constitue une rupture comme il en existe peu dans l'histoire de l'humanité. Aucune génération avant la nôtre n'a eu la capacité de recevoir, dans un laps de temps si court et venus d'horizons si divers, autant d'informations sur les événements du monde. Cette amplification sans précédent de l'espace public offre certainement de nouvelles chances aux aspirations qui animent nos démocraties ; elle fait aussi peser de nouveaux risques d'aliénation sur les individus et les sociétés. Répondre à ces défis est la tâche de notre génération. Aujourd'hui, nous y avons contribué. Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/629.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/629.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..08990ffeeae531dc307936a84231654640f5937a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/629.txt @@ -0,0 +1 @@ +GUILLAUME DURAND Bonjour Bruno LE MAIRE. BRUNO LE MAIRE Bonjour Guillaume DURAND. GUILLAUME DURAND Est-ce que vous avez le sentiment ce matin alors, les premiers signes c'est 3h30, l'intervention a démarré vraiment à 6h00 est-ce que vous avez l'impression que cette évacuation de Notre-Dame-des-Landes, sur décision de justice, il faut toujours le rappeler, va bien se passer ? BRUNO LE MAIRE Je suis convaincu qu'elle se passera bien, je suis convaincu qu'elle est nécessaire, et je suis convaincu que c'est une bonne chose d'avoir enfin un gouvernement qui décide. Edouard PHILIPPE avait annoncé que l'évacuation aurait lieu une fois que la trêve d'hiver serait passée. Il y a des règles de droit, nous sommes dans un Etat de droit, il y a un droit de propriété qui doit être respecté, je pense que c'est une bonne chose pour tous les Français que de savoir que le gouvernement décide et fait respecter les règles de l'Etat de droit. GUILLAUME DURAND Est-ce que vous considérez que cette intervention a été accélérée, étant donné la prise de parole du président de la République, ou est-ce que c'est le calendrier normal ? BRUNO LE MAIRE Non, je pense qu'il n'y a aucun lien de cause à effet, c'est le calendrier normal, c'est celui qu'avait annoncé le Premier ministre au début de l'année. Beaucoup ont reculé devant ces décisions, parce qu'elles ne sont jamais faciles, mais nous sommes, je le redis, dans un Etat de droit, il y a des règles, il y a des obligations, il y a une loi qui doit être respectée. Ceux qui respectent la loi sur ce terrain de Notre-Dame-des-Landes n'ont pas lieu de s'inquiéter, mais tous ceux qui défient la loi, tous ceux qui défient la règle républicaine, eux n'ont pas vocation à rester sur la ZAD. GUILLAUME DURAND Qu'est-ce que vous diriez, Bruno LE MAIRE, à tous ceux justement alors là je change totalement de sujet qui sont quand même assez nombreux, puisqu'il s'agit à la fois de la CGT, de SUD, de CFDT, d'un certain nombre de syndicats, qui ont claqué la porte des négociations avec madame BORNE, et qui disent, au fond, maintenant on durcit, non seulement on peut aller jusqu'au mois de juin, mais on peut même passer l'été ? BRUNO LE MAIRE Mais durcir pour quoi, durcir pour quel projet ? C'est quoi le projet alternatif de ceux qui claquent la porte de la négociation ? Je ne vois pas de projet alternatif… GUILLAUME DURAND C'est de refuser ce que propose le gouvernement. BRUNO LE MAIRE Mais alors c'est quoi, leur projet c'est quoi, c'est de continuer… GUILLAUME DURAND C'est de refuser le statut… BRUNO LE MAIRE C'est de continuer à avoir une SNCF qui perd 3 milliards d'euros chaque année, 1,5 milliard d'euros de perte d'exploitation, 1,5 milliard d'euros de charges d'intérêts de la dette, c'est ça leur projet ? C'est d'ouvrir à la concurrence en étant moins compétitif que les Allemands, en continuant à avoir une exploitation qui coûte 30 % plus cher que ce que coûte l'exploitation ferroviaire en Allemagne, c'est ça le projet ? GUILLAUME DURAND Le projet c'est le totem, c'est-à-dire qu'ils disent c'est un des acquis social de l'Histoire de France, on n'y touche pas, point barre. Vous l'avez compris, vous l'avez entendu. BRUNO LE MAIRE Mais l'acquis social de la France c'est la capacité à se transformer, l'acquis le plus important de la France c'est la capacité à se réinventer, et c'est ça que nous proposons à la SNCF. Oui, la SNCF fait partie de l'histoire de la France, mais c'est bien pour cela qu'elle doit se réinventer. Est-ce que nous voulons, oui ou non, que la SNCF reste un des grands services publics à la française ? La réponse est oui, et pour cela il faut se transformer. GUILLAUME DURAND Donc pas de privatisation ? Parce que c'est un des arguments… BRUNO LE MAIRE Certainement pas, mais c'est des arguments qui sont d'une mauvaise foi absolument stupéfiante, c'est les mêmes arguments qu'on employait en 2009 pour LA POSTE en disant « surtout ne touchez pas à LA POSTE, le volume de courrier baisse, l'activité diminue, mais on ne touche rien parce qu'il pourrait y avoir privatisation. » Il n'y a pas eu de privatisation à LA POSTE et LA POSTE est devenue plus compétitive. Eh bien nous ferons la même chose pour la SNCF, nous allons permettre à la SNCF de rester un des grands services publics, dont les Français sont légitimement fiers, et nous allons permettre surtout à la SNCF d'être l'un des premiers acteurs de la mobilité dans le monde. Parce que c'est ça notre objectif, ça doit être de grands objectifs pour un grand service public. GUILLAUME DURAND Alors, j'ai plusieurs questions à vous poser. D'abord, puisqu'on parlait de totem, revenons à un livre célèbre, « Totem et Tabou. » On est bien d'accord que sur la table de négociation, puisque ça commence aussi à l'Assemblée nationale, il est hors de question de revenir sur l'affaire du statut que vous voulez supprimer pour les entrants ? BRUNO LE MAIRE Il n'en n'est pas question, il n'y a pas d'arrière-pensée, puisque vous citez Freud, il n'y a pas d'inconscient en la matière, il y a au contraire tout qui est mis sur la table. Ceux qui ont le statut ont vocation à garder le statut, on ne trompe personne, et c'est parfaitement légitime que des cheminots qui sont rentrés à la SNCF avec un statut, avec un certain nombre d'avantages, puissent les conserver, comme ça personne n'est pris en traître. En revanche, ceux qui rentrent dans la nouvelle compagnie, qui prendra une autre forme juridique, il est parfaitement légitime aussi, de la part du gouvernement, de dire : pour être plus compétitifs, nous mettons fin à ce statut. GUILLAUME DURAND D'accord. La concurrence, c'est pareil ? BRUNO LE MAIRE Mais l'ouverture à la concurrence n'est pas négociable, ce qui est négociable, le Premier ministre l'a indiqué très clairement… GUILLAUME DURAND Non, mais parce qu'il y a une sorte de bataille entre vous et les syndicats actuellement. Vous savez très bien que, sur ce que vous êtes en train de nous expliquer, ils ne sont d'accord sur rien, ni sur le statut supprimé, ni sur l'ouverture à la concurrence. BRUNO LE MAIRE Mais l'ouverture à la concurrence c'est ce qui va permettre d'avoir des trains plus nombreux, c'est ce qui va permettre d'avoir un meilleur service, c'est ce qui va permettre d'avoir des tarifs plus mesurés pour le train qui fait partie du transport du quotidien des Français. Service public, ça veut dire quoi Guillaume DURAND ? Ça veut dire service du public, et moi, ce matin, c'est d'abord au public que je pense, à tous les Français aujourd'hui qui sont privés de train, à tous ceux qui ne peuvent pas se rendre sur leur lieu de travail parce qu'il n'y a pas leurs trains dont ils ont besoin au quotidien. N'oublions jamais, et que personne n'oublie jamais, que le service public c'est le service du public, le service des Français, et que la responsabilité du gouvernement, la responsabilité du Premier ministre et du président de la République, c'est d'améliorer ce service qui est rendu aux usagers, et que l'ouverture à la concurrence permettra d'avoir plus de trains, plus réguliers, davantage à l'heure et moins chers, et c'est pour ça que nous nous battons. La seule raison pour laquelle nous nous battons avec tant de détermination, c'est que nous croyons au service public ferroviaire, et que nous voulons améliorer le service pour les Français. GUILLAUME DURAND Bruno LE MAIRE, nous sommes en direct avec vous, vous avez des souvenirs, le CPE, est-ce que vous êtes certain que ces explications pédagogiques, car ce qu'Emmanuel MACRON veut faire c'est gagner la bataille de l'opinion, mais si les autres sont totalement opposés, ils vont vous embarquer, fussent-ils minoritaires ou pas, on n'en sait encore rien puisque les sondages varient dans le pays, dans une épreuve de force. Ce matin vous êtes dans une épreuve de force, vous leur expliquez des choses qu'ils ne veulent pas entendre. BRUNO LE MAIRE Oui, l'épreuve de force, effectivement elle est là, je ne peux que la constater, et je ne peux que la regretter, parce que dans une démocratie mature on doit éviter ces rapports de force, cette épreuve de force qui ne mène nulle part. Moi j'appelle chacun, en particulier les syndicats, à reprendre le chemin de la discussion, de la négociation, avec Elisabeth BORNE. Elisabeth BORNE n'a pas ménagé ses efforts… GUILLAUME DURAND La porte ils l'ont claquée. BRUNO LE MAIRE Oui, mais je repose la question : quel est leur projet alternatif ? C'est de garder le statut, de ne pas ouvrir à la concurrence et de continuer à perdre 3 milliards d'euros par an. Moi je suis ministre des Finances, je ne peux pas accepter qu'un grand service public perde 3 milliards d'euros par an, c'est irresponsable. GUILLAUME DURAND Justement, sur la question de la dette, leur argument c'est de dire mais attendez, pourquoi vous supprimez le statut, parce que le statut n'est absolument pas responsable de la dette, ce qui est responsable de la dette qui s'est accumulée pendant des années, c'est les investissements coûteux, les TGV. BRUNO LE MAIRE D'abord c'est inexact de dire que le statut ne pèse pas sur la compétitivité de l'entreprise. Si vous voulez que l'entreprise soit compétitive il faut que les cheminots… GUILLAUME DURAND Là je vous parle de la dette. BRUNO LE MAIRE Oui, je vais répondre sur la dette, mais il faut qu'il y ait de la polyvalence de la part des cheminots, il faut qu'il y ait la possibilité d'exercer plusieurs fonctions et plusieurs métiers, c'est ça aussi que la fin du statut permettra de mettre en oeuvre, ça a un coût aussi, on le sait parfaitement. Donc, la fin du statut doit permettre de donner plus d'agilité, plus de souplesse, plus de compétitivité, à la SNCF. S'agissant de la dette, le Premier ministre l'a indiqué… GUILLAUME DURAND C'est qui, c'est vous qui la reprenez, c'est-à-dire c'est nous qui la reprenons la dette ? BRUNO LE MAIRE Nous avons dit, et le Premier ministre n'a cessé de le répéter, que nous étions prêts à traiter le problème de la dette… GUILLAUME DURAND C'est-à-dire 46 milliards. BRUNO LE MAIRE Et pour traiter 46 milliards, pour le moment, mais c'est une dette qui ne cesse d'augmenter mais pour traiter la dette, il y a des conditions. La première condition c'est que la réforme soit décidée et que l'ouverture à la concurrence soit actée. La deuxième condition c'est que nous rétablissions les bonnes conditions d'exploitation de la SNCF. GUILLAUME DURAND Les syndicats disent exactement l'inverse, ils disent réglez le problème de la dette et on verra pour le reste. BRUNO LE MAIRE Alors pourquoi, parce qu'on va continuer… Guillaume DURAND, vous entendez ce qu'on nous demande ? On nous demande de surtout rien changer, de continuer à perdre 3 milliards d'euros chaque année, et en plus de reprendre la dette, ce qui voudrait dire qu'on récupère 46 milliards d'euros, ou je ne sais quelle somme, tout cela est à décider encore, et on continue à perdre de l'argent année après année. Mais c'est hors de question ! Donc, je redis qu'il y a des conditions au traitement de la dette. La première, une fois encore, c'est que l'ouverture à la concurrence soit actée, la deuxième c'est qu'on ait rétabli les conditions d'exploitation de la SNCF, les bonnes conditions d'exploitation, tout simplement pour garantir aux Français, aux contribuables qui payent, qui remboursent les intérêts de la dette, qu'au bout du compte la SNCF ne reperdra pas, chaque année, de l'argent, qui devra être remboursé à nouveau. Et puis la troisième condition c'est qu'on ait bien mesuré l'impact sur les finances publiques. Enfin, je rappelle que le chiffre que vous avancez, qui est exact, 46 milliards d'euros, c'est davantage que le budget annuel du ministère des Armées, donc ça ne se traite pas comme ça dans un claquement de doigts. Nous sommes un gouvernement responsable, nous sommes un gouvernement qui décide, mais un gouvernement qui décide et qui prend ses responsabilités met les cartes sur table. Le Premier ministre l'a indiqué très clairement, d'ici la fin du quinquennat, la question de la dette de la SNCF a vocation à être traitée, mais il y a des conditions, que je donne ce matin, et qui sont importantes. GUILLAUME DURAND Si vous êtes là aussi ce matin, Bruno LE MAIRE, c'est que les poids lourds du gouvernement, après le Premier ministre, sont non pas obligés, puisque vous avez la gentillesse de venir, de descendre dans l'arène, parce qu'on a l'impression que madame BORNE… BRUNO LE MAIRE Il n'y a pas d'obligation Guillaume DURAND, d'abord c'est un plaisir de s'exprimer, et surtout, je crois profondément dans la nécessité de transformer la SNCF. Moi j'aime les trains, j'aime circuler en train, j'aime me déplacer en train, j'aime le monde du ferroviaire, et je vais vous dire, moi j'aime beaucoup… GUILLAUME DURAND Ce n'est pas la question, la question c'était la faiblesse politique d'un gouvernement qui est obligé d'attendre qu'Emmanuel MACRON intervienne pour essayer de régler un problème, qui est en train de…. BRUNO LE MAIRE Il n'y a pas faiblesse politique, il y a une répartition des rôles qui, dans un gouvernement, est saine. Il y a un Premier ministre, il y a des ministres chacun sur leurs responsabilités, comme ministre de l'Economie et ministre des Finances, évidemment, que je fais attention… GUILLAUME DURAND Oui, mais pour l'instant personne n'a rien déminé. BRUNO LE MAIRE Que je fais attention à ce que la SNCF retrouve sa compétitivité et qu'on puisse mettre derrière nous la question de la dette. Et le président de la République, lui, s'exprimera en milieu de semaine, parce que sa responsabilité c'est de donner le cap, de rappeler le sens de ce que nous faisons. Son intervention elle est attendue, elle donnera du sens à ce que nous faisons, elle rappellera pourquoi nous faisons tout cela, et moi je me réjouis qu'il prenne la parole jeudi. GUILLAUME DURAND Mais vous avez vu ce qui s'est passé à Nantes ? Ils l'ont pendu. Enfin, ils l'ont pendu symboliquement. BRUNO LE MAIRE Je trouve cela inquiétant, sur la radicalisation… GUILLAUME DURAND Vous voyez bien qu'il y a une bataille idéologique… BRUNO LE MAIRE Non, mais ne confondons pas tout, ne confondons pas tout Guillaume DURAND, ne mettons pas tout le monde dans le même sac. Il y a des syndicats qui peuvent être inquiets, qui s'engagent dans un bras de force, je les invite à revenir à la table de négociation. Il y a une partie des Français, c'est d'abord à eux que je pense, les chômeurs, ceux qui n'ont pas d'emploi, ceux qui ont le sentiment que la mondialisation est contre eux, eux ils expriment des doutes sur notre politique, et il faut l'expliquer, sans relâche, pourquoi est-ce que par exemple nous avons allégé la fiscalité sur le capital, ces gens-là peuvent dire vous faites une politique pour les riches. Non, nous faisons une politique pour les entrepreneurs, et pour l'emploi, et c'est justement parce qu'on a allégé la fiscalité sur le capital que nous pourrons recréer des emplois, grâce à l'investissement, dans l'entreprise. Et puis il y a une fraction de gens, ultra minoritaires, ultra violents, ultra sectaires… GUILLAUME DURAND … qui arrivent dans les facultés à Tolbiac avec des masques. BRUNO LE MAIRE C'est quelques dizaines de gens qui empêchent l'immense majorité des Français de vivre sereinement et en paix. GUILLAUME DURAND Mais vous êtes sûr que ce n'est pas aussi cette minorité qui ont voté pour la France Insoumise ? BRUNO LE MAIRE Non, justement, je refuse de mettre dans le même sac tous ceux qui expriment des inquiétudes légitimes, et à qui il faut rappeler le sens de notre action, le sens de notre action c'est l'activité, l'emploi, pour tous les Français, et des ultra minoritaires, ultra violents, ultra sectaires, qui s'en prennent à la loi, qui s'en prennent à l'ordre, qui ne visent que le désordre, et la violence. Et cette violence symbolique, puisque vous parliez philosophie tout à l'heure, elle est inacceptable, dans une démocratie. La violence symbolique qui consiste à pendre en effigie, le président de la République, est inacceptable, dans une démocratie comme la démocratie française. GUILLAUME DURAND Je vous propose qu'on marque une pause, non pas de publicité, puisque nous allons rester ensemble, parce que la matinée est extrêmement importante, et puis il y a le projet de loi que vous portez, qui pose aussi de très nombreuses questions. Nous allons écouter avec Laurence GONTHIER le rappel des principaux titres de l'actualité, un soupçon de pub, et nous sommes avec le ministre de l'Economie, Bruno LE MAIRE, en direct sur l'antenne de Radio Classique et de Paris première. GUILLAUME DURAND Nous sommes avec Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie, porteur d'un projet de modernisation de la vie économique, qui comportera peut-être un certain nombre de privatisations, on va en parler dans un instant avec lui, ce courant mai. Mais j'ai une question personnelle à vous poser, est-ce que vous n'avez pas de regret d'être passé du côté de MACRON, est-ce que vous n'avez pas le sentiment parfois qu'on vous met un peu sous surveillance ? BRUNO LE MAIRE Sous surveillance de qui ? GUILLAUME DURAND Je ne sais pas. On dit chez les « macroniens » pur jus, on dit il a gardé une sorte d'autonomie, il a gardé un agenda planqué… BRUNO LE MAIRE Si vous me dites que je garde ma singularité, évidemment, je ne compte pas renoncer à mes convictions, à ma singularité. Ensuite, je suis membre d'un gouvernement, je travaille sous l'autorité d'Edouard PHILIPPE, et sous l'autorité du président de la République, ça c'est un choix politique majeur, ma loyauté ne peut pas être remise… GUILLAUME DURAND Fidélité qui ira jusqu'au bout du quinquennat ? BRUNO LE MAIRE Bien sûr, j'ai déjà dit, je peux le répéter 20 fois, 30 fois, ce que je souhaite c'est qu'on inscrive notre action… GUILLAUME DURAND Si c'est écrit dans la presse c'est que les gens se demandent. BRUNO LE MAIRE Mais parce que les gens n'aiment pas forcément qu'on garde ses singularités et ses convictions, mais ça, ça fait partie des choses qui ne se négocient pas dans une vie politique, dans une vie d'engagement. En revanche, ce que je souhaite profondément c'est que cette transformation que nous avons engagée avec le président de la République, elle s'inscrive dans le temps, parce qu'il n'y a que le temps long qui donne des résultats, et si je souhaite que le président de la République soit réélu en 2022, même si ce n'est franchement pas l'actualité du jour, c'est parce que je souhaite que l'action de transformation que nous portons, elle puisse donner des fruits pour les Français, et que ce dont le pays a peut-être le plus besoin, c'est de stabilité et de continuité dans l'action. Le zapping permanent qu'on a connu depuis des décennies, ça donnait des résultats dramatiques. GUILLAUME DURAND Donc vous n'avez aucun regret d'avoir abandonné Les Républicains et vos camarades… BRUNO LE MAIRE Non, quand je vois en plus les positions qui sont prises, j'ai encore moins de regrets. GUILLAUME DURAND Exemple. BRUNO LE MAIRE Quand je vois par exemple que sur tout projet de privatisation on me dit « c'est hors de question », quand je vois que sur la SNCF Les Républicains sont opposés à cette réforme de la SNCF et ne nous appuient pas, quand je vois que sur le rétablissement des comptes publics… GUILLAUME DURAND Ce n'est pas forcément vrai, pas tous. BRUNO LE MAIRE C'est ce que j'entends en tout cas à l'Assemblée, peut-être pas tous… GUILLAUME DURAND Eric WOERTH. BRUNO LE MAIRE C'est justement le drame des Républicains, c'est de ne pas avoir de position cohérente, et à chaque fois de défendre une chose et son contraire, mais je vais vous dire, ce n'est pas ce qui m'intéresse. Moi, ce qui m'intéresse, c'est que l'action de transformation, que nous avons engagée, s'inscrive dans le temps long. Nous avons commencé à rétablir les finances publiques françaises, nous sommes pour la première fois… GUILLAUME DURAND 3,6. BRUNO LE MAIRE Depuis 10 ans, en dessous, en dessous, des 3 % de déficit, et nous respectons nos engagements européens. GUILLAUME DURAND Mais avec une pression fiscale qui augmente. BRUNO LE MAIRE J'ose espérer, et je me battrai, pour que ce choix de rétablissement des finances publiques s'inscrive dans le temps long et qu'on mette définitivement derrière nous la France de la dépense publique, de la dette et des comptes mal tenus. Nous avons engagé la transformation économique du pays, c'est bien pour qu'on puisse mettre derrière nous définitivement la France du chômage de masse et la France où tant de nos enfants cherchent un emploi et n'en trouvent. GUILLAUME DURAND Dans cette loi modernisation de l'économie, est-ce qu'il y aura la privatisation d'AEROPORTS DE PARIS et de la FRANCAISE DES JEUX ? BRUNO LE MAIRE Je soumettrai des décisions au président de la République et au Premier ministre, des projets de décision, et c'est eux qui prendront la décision finale. GUILLAUME DURAND Mais dans votre tête c'est fait ? BRUNO LE MAIRE Mais dans ma tête rien n'est fait tant que le Premier ministre et le président de la République ne l'ont pas décidé, c'est aussi simple que ça. En revanche, moi je crois profondément à un projet qui redéfinit la place respective de l'entreprise et de l'Etat dans la société. GUILLAUME DURAND Et si ça marche pour la SEITA, pourquoi ça ne marcherait pas pour FDJ… BRUNO LE MAIRE Moi je suis convaincu que la place de l'Etat dans la société c'est, soit des grands services publics, on a parlé de la SNCF, on pourrait parler de LA POSTE ou d'EDF, soit des activités absolument stratégiques, notamment dans le secteur militaire, soit, troisième rôle de l'Etat dans l'économie, défendre l'ordre public économique, quand Google ne respecte pas certaines règles il est normal que nous poursuivions Google. Mais pour le reste… GUILLAUME DURAND Donc on va vers la privatisation. BRUNO LE MAIRE Pour le reste, j'estime que l'Etat peut être beaucoup plus efficace dans l'économie, par la régulation, plutôt que par la présence, dans le capital. GUILLAUME DURAND Donc on va vers la privatisation. BRUNO LE MAIRE Ça fait partie des propositions que je ferai au président de la République et au Premier ministre, et on verra s'ils sont convaincus par mes arguments. Moi je considère, par exemple, puisque vous citez la FDJ, que, aujourd'hui… GUILLAUME DURAND FRANCAISE DES JEUX. BRUNO LE MAIRE La FRANCAISE DES JEUX, qui régule les jeux, qui contrôle le risque d'addiction, parce que je suis très sensible au risque d'addiction au jeu, et aujourd'hui ce que je constate c'est que la FDJ est publique et que l'addiction au jeu elle existe quand même, si nous réglons davantage, que nous contrôlons davantage l'addiction au jeu, il n'y a aucune raison que l'Etat continue à piloter la FRANCAISE DES JEUX. C'est ma conviction… GUILLAUME DURAND Et est-ce que ça pourrait s'élargir à d'autres secteurs par exemple ? BRUNO LE MAIRE Ça peut s'élargir à d'autres secteurs, mais c'est ma conviction personnelle, très profonde, qu'il est temps maintenant de redéfinir la place de l'Etat dans l'économie française, je soumettrai ces décisions, notamment sur la FRANCAISE DES JEUX, à Edouard PHILIPPE et au président de la République, et ils arbitreront, parce qu'il peut y avoir d'autres considérations et c'est à eux d'en juger. GUILLAUME DURAND Ça n'a strictement aucun caractère péjoratif, mais c'est vrai que jeudi on va un peu voir, comment peut-on dire, un contemporain de ZUCKERBERG rencontrer un contemporain de Jean GIONO, c'est-à-dire MACRON/ PERNAUT. Est-ce que c'était une nécessité, est-ce qu'il y a toujours eu chez MACRON, étant donné ses origines provinciales, une fibre qui est une fibre qu'on pourrait qualifier à la fois de première salve populaire, etc., ou est-ce que tout ça est une construction médiatique totale ? BRUNO LE MAIRE Ce qui est une construction médiatique c'est le président déconnecté des territoires, ça, oui, c'est une construction médiatique totale. J'ai été 3 ans ministre de l'Agriculture, 3 ans, j'aime les paysans, j'aime l'agriculture, et je peux vous garantir que le président de la République… GUILLAUME DURAND Moi je parle de MACRON. BRUNO LE MAIRE Oui, mais je peux vous garantir que le président de la République connaît les territoires, aime les territoires, et qu'il sera parfaitement à sa place sur le 13h00 de PERNAUT. GUILLAUME DURAND C'est là-dessus qu'il est attaqué, territoires perdus, les trains INTERCITES qui ne fonctionneront plus, la concurrence qui va supprimer toutes les lignes… BRUNO LE MAIRE Oui, mais je vais vous dire Guillaume DURAND, la réalité c'est quoi ? C'est que, de gauche, comme de droite, et c'est normal, nous sommes en démocratie, on cherche désespérément des angles d'attaque contre le gouvernement et contre le président de la République. On prend ce qu'on trouve, très franchement, je ne trouve pas ces angles d'attaque très convaincants. La réalité c'est que nous, nous décidons, la réalité c'est que ce gouvernement prend des décisions, que le président de la République est déterminé à avancer, et ça en gêne certains, ça en gêne beaucoup. Tous ceux qui voudraient que rien ne change, tous ceux qui nous disent « la SNCF vous touchez ni au statut, ni à l'ouverture à la concurrence, rien, on reste comme avant, on continue à perdre de l'argent », et qui vous disent, « dans le fond, c'est normal qu'un service public perde de l'argent », c'est gens-là ils sont contre nous. Tous ceux qui, à droite, sont un peu gênés, parce que, dans le fond, la politique économique que nous conduisons, ils voient bien qu'elle donne des résultats, la croissance elle est là, enfin, 2 % de croissance en 2017, les investisseurs ils sont de retour, nous avons eu 16 % d'augmentation des investissements en 2017, donc c'est un peu gênant, effectivement, que cette politique économique donne des résultats. GUILLAUME DURAND Bruno LE MAIRE, je vais reprendre une métaphore qui ne va vous plaire parce que ça revient à cette histoire de pendaison… BRUNO LE MAIRE J'aime beaucoup les métaphores. GUILLAUME DURAND D'accord, mais quand vous avez un président de la République qui a décapité la classe politique, par un vote, il est évident que tous ceux qui ont été décapités ils lui gardent, comment peut-on dire, un arrière-goût de revanche, et tous les terrains seront bons. BRUNO LE MAIRE Oui, mais il y a un côté, justement, puisque vous employez ces mots-là, il y a un petit côté parfois, dans les oppositions, Emmanuel MACRON canard sans tête, c'est-à-dire pas de direction, pas de cap. Je ne vois pas quelles sont les alternatives politiques, je ne vois pas ce qu'on nous propose d'autre… GUILLAUME DURAND Ils lui reprochent aussi d'aller trop vite, de multiplier les réformes. BRUNO LE MAIRE Oui, mais, Guillaume DURAND, quand on a 3 millions de chômeurs, et je laisse de côté la question des comptes publics, de la dette, qui pourtant me tiennent à coeur, mais quand on a parce que là c'est plus que ce qui me tient à coeur, c'est ce qui fait le fondamental de mon engagement politique quand il y a 3 millions de chômeurs en France, quand il y a tant de familles qui désespèrent de trouver un emploi, quand vous avez des hommes et des femmes de plus de 50 ans qui se disent j'ai été licencié, je n'ai aucune chance de retrouver un job, quand vous avez des gens qui depuis 2 ou 3 ans désespèrent qu'on leur tende la main, qu'ils puissent reprendre leur place dans la société par le travail, vous pensez… GUILLAUME DURAND Eh bien ceux-là votent Front national depuis des années. BRUNO LE MAIRE Vous pensez vraiment qu'on peut attendre ? GUILLAUME DURAND Mais ils votent Front national depuis des années. BRUNO LE MAIRE Justement, c'est à cela que nous ne nous résignons pas, ni le président de la République, ni le gouvernement, on ne peut pas attendre… certains voudraient qu'on ralentisse dans la transformation du pays, mais on ne peut pas, vis-à-vis de tous ceux qui en France sont en difficulté, et on ne peut pas parce que le reste du monde ne nous attendrons pas, ni l'Europe, ni la Chine, ni les Etats-Unis, ne nous attendrons. Quand je vois mon homologue allemand, monsieur SCHOLZ, qui dit « nous, vous savez, on trouve que maintenant il faut passer en dessous des 60 % de dette », je rappelle qu'en France la dette publique c'est près de 100 % de notre richesse nationale, vous pensez que nos amis Allemands vont nous attendre ? GUILLAUME DURAND D'accord, ça on a compris, ce sont des arguments qui sont importants, mais qui sont à caractère macroéconomique, les Français disent ça ne change rien, les impôts continuent à être à un niveau stratosphérique, vous le savez… BRUNO LE MAIRE Ils ont raison. GUILLAUME DURAND Les dépenses sociales continuent à être à un niveau stratosphérique. BRUNO LE MAIRE Ils ont raison. GUILLAUME DURAND Emmanuel MACRON a amélioré, d'une certaine manière, l'ISF, mais les feuilles d'impôts sont toujours pareilles… BRUNO LE MAIRE Ils ont raison, Guillaume DURAND, mais c'est bien pour ça… GUILLAUME DURAND Et la taxe d'habitation, quand on regarde comment on va financer les 20 %, je lis dans les journaux et dans la presse que ça peut être un impôt sur les résidences secondaires et qui va toucher les plus riches, donc encore une fois, boum, il ne devait plus y avoir d'impôt, il y en a un qui va revenir. BRUNO LE MAIRE Mais ils ont raison de considérer que les impôts sont encore trop élevés, je considère, comme ministre des Finances français, que les impôts en France sont encore trop élevés, et par conséquent, il faut tenir le cap qui a été fixé par le président de la République, un point de prélèvement obligatoire en moins. Nous considérons, avec Gérald DARMANIN, le ministre des Comptes publics, que la dépense publique est encore trop élevée, et je considère que le niveau de dettes est trop élevé… GUILLAUME DURAND Et les 20 %, et la taxe d'habitation et les 20 % qui restent… BRUNO LE MAIRE Donc nous allons… on ne peut pas nous reprocher d'avoir des impôts trop élevés, et quand on supprime un impôt qui touche tous les Français, la taxe d'habitation, 660 euros en moyenne sur chaque français, on le supprime, nous reprocher de le supprimer, c'est quand même une bonne nouvelle pour les Français, et tous les Français verront à la fin du quinquennat que la taxe d'habitation est supprimée, et 80 % des Français, fin 2018, verront que, un tiers de leur taxe d'habitation… GUILLAUME DURAND Donc les plus aisés vont payer ? BRUNO LE MAIRE J'ai vu des hypothèses qui circulaient comme l'idée d'augmenter la taxe foncière pour supprimer, pour compenser la suppression de la taxe d'habitation, ces hypothèses ne sont pas sur la table. Nous n'augmenterons pas la taxe foncière pour financer la suppression de la taxe d'habitation. GUILLAUME DURAND C'est certain ? BRUNO LE MAIRE Si je vous le dis, il est probable que ce soit certain. GUILLAUME DURAND Je voudrais qu'on écoute puisque c'est l’anniversaire de Jean-Paul BELMONDO, un dialogue que vous avez probablement aimé, puisque c'est un dialogue célèbre, je ne sais pas si le statut des entrants à la SNCF sera définitivement supprimé, en tout cas, il y a une chose qui est certaine, c'est que « A bout de souffle » continuera pour l'image de la France à jamais. /// Extrait « A bout de souffle » /// BRUNO LE MAIRE J'adore. GUILLAUME DURAND Voilà, c'est un exemple. Non, mais « A bout de souffle », si j'ai passé cet exemple, c'est déjà pour rendre hommage… BRUNO LE MAIRE Vous auriez pu passer le début, qui extraordinaire, quand BELMONDO a son journal, le laisse baissé, il commence le film en disant : après tout, je suis con, c'est une phrase que je me répète souvent. GUILLAUME DURAND N'est pas con qui veut, je vous ai passé cet extrait parce que, on a beaucoup parlé de la « Nouvelle vague » de GODARD, etc., mais il y a… BRUNO LE MAIRE Mais il y a aussi un autre extrait que j'aime beaucoup c'est dans « Pierrot le fou », quand Pierrot, Jean-Paul BELMONDO, pose la question à Marianne : pourquoi t'as l'air triste, et que Marianne lui répond : parce que tu me parles avec des mots et moi, je te regarde avec des sentiments. GUILLAUME DURAND Mais si je vous passe ces extraits, c'est parce que le cinéma mondial… BRUNO LE MAIRE On pourrait faire d'autres extraits, c'est encore plus intéressant que tout ce que nous avons évoqué jusqu'à présent… GUILLAUME DURAND Le cinéma mondial a changé à partir de ça, c'est-à-dire que, il y a des gens qui ont considéré que la « Nouvelle vague »… mais tout ce qu'on appelle le nouvel Hollywood, SCORSESE, COPPOLA, etc., « Easy Rider », tout ça a bouleversé ces phrases…des Champs-Elysées a totalement bouleversé le cinéma mondial. Donc est-ce que vous considérez aujourd'hui, pour revenir dans la politique, qu'il y a un moment justement où on ne peut plus vivre comme avant, c'est-à-dire qu'on ne peut plus vivre comme avant, « A bout de souffle » dans le cinéma ? BRUNO LE MAIRE Oui, mais je vous redis exactement ce que je vous disais précédemment, le génie français, c'est la capacité à se réinventer, il y a eu GODARD, aujourd'hui, vous avez KECHICHE, regardez Abdellatif KECHICHE, le film « La vie d'Adèle », pour moi, c'est un des très grands films mondiaux, pas uniquement français, un des très grands films mondiaux sur l'amour, sur les sentiments, sur les relations entre les personnes, sur la relation physique, c'est un film absolument merveilleux et totalement bouleversant. Qu'est-ce que ça prouve ? Que la France est capable de se réinventer. Elle peut réinventer son cinéma, elle peut réinventer sa culture, elle peut réinventer son service public… GUILLAUME DURAND Et MELENCHON vous dit « Les Misérables »… BRUNO LE MAIRE Oui, eh bien, il y a HOUELLEBECQ, il y a eu Victor HUGO, et aujourd'hui, il y a HOUELLEBECQ. Et la littérature française se réinvente et reste une des grandes littératures mondiales. Et si nous en étions restés aux « Misérables », si nous en étions restés au réalisme du 19ème siècle, la littérature française, elle serait dans des boîtes en carton, couvertes de poussière, elle ne l'est pas, elle est vivante, parce qu'elle se réinvente, c'est la même chose pour le service public. La SNCF, c'est parce que, elle appartient à notre mémoire, à notre histoire, qu'elle va se réinventer, et qu'elle va devenir, non pas simplement un service public français, mais un des géants de la mobilité mondiale. GUILLAUME DURAND Mais, est-ce que vous pouvez me répondre en une seconde, parce que voici Michel GROSSIORD, les Français ont une perception de La République En Marche et donc de ce que vous incarnez, vous tous, comme étant une formation de droite, mais vraiment de droite, quoi ? BRUNO LE MAIRE Je crois que ce qui va… GUILLAUME DURAND C'est-à-dire que la campagne de MACRON était à gauche, son exercice du pouvoir est à droite, vrai ou faux ? BRUNO LE MAIRE Je dirais faux, très clairement faux, d'abord, parce que je ne crois pas que ce clivage soit désormais pertinent, on peut avoir une culture de droite ou une culture de gauche, mais je pense que ce n'est pas un clivage pertinent, on peut venir d'une famille politique de droite, comme c'est mon cas, et être un fan de GODARD ou un fan de KECHICHE ou un fan de HOUELLEBECQ, classez-les où vous voulez, je crois que ce n'est pas une question de droite, pas une question de gauche, c’est une question de culture. GUILLAUME DURAND Merci mille fois donc, c'est Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie, qui était l'invité politique de « La Matinale. » \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/630.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/630.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9468b640c98dd653a001dc176a0416c3e6a4872d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/630.txt @@ -0,0 +1 @@ +À l'invitation du Président de la République française, Son Altesse Royale le prince Mohammed ben Salman ben Abdulaziz al-Saoud, Prince héritier, Vice-président du Conseil des ministres et ministre de la Défense du Royaume d'Arabie saoudite, s'est rendu en visite à Paris les 9 et 10 avril 2018. Son Altesse Royale a rencontré le Président Emmanuel Macron, le Premier ministre Édouard Philippe, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, la ministre des Armées Florence Parly et le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire. Au Palais de l'Élysée, le Président Macron et le Prince Mohammed ont coprésidé la première réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien, organisme nouvellement créé, en présence de ministres et de hauts fonctionnaires des deux gouvernements. Le Président Macron a également offert un dîner officiel en l'honneur du Prince héritier Mohammed ben Salman, qui lui a transmis les salutations du Roi Salman ben Abdulaziz al-Saoud, Serviteur des deux saintes mosquées, ainsi qu'une invitation à se rendre en visite au Royaume d'Arabie saoudite. Le Président Macron a accepté cette invitation à laquelle il a répondu par un message de haute estime et d'amitié. Cette visite a offert l'occasion de célébrer la longue histoire d'amitié et de coopération entre la France et l'Arabie saoudite. La décision d'en ouvrir un nouveau chapitre prometteur avec la mise en place d'un Cadre de partenariat stratégique portant sur quatre domaines (1° politique ; 2° défense et sécurité ; 3° économique, et 4° culture, sciences et éducation) portera nos relations à un niveau sans précédent. 1 – Politique internationale et régionale La France et l'Arabie saoudite ont un même objectif de paix, de stabilité et de sécurité au Moyen-Orient. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays approfondiront leurs consultations et leur coordination à l'appui de solutions politiques. Les deux pays s'attacheront à répondre aux défis mondiaux auxquels la communauté internationale est confrontée, notamment les changements climatiques et le développement humain. L'action conjointe de nos deux pays apportera une contribution décisive dans ces domaines. 2 – Sécurité La coopération entre les deux pays en matière de sécurité est vaste et pluridimensionnelle. Les deux pays ont fait de la lutte contre le terrorisme une priorité et accordent une attention particulière à la lutte contre la radicalisation et le financement du terrorisme. Leur forte coopération bilatérale cherchera à étendre l'action menée aux niveaux régional et multilatéral afin de devenir encore plus efficace, et ils s'attacheront à faire de la Conférence de Paris contre le financement du terrorisme, prévue pour les 25 et 26 avril, un succès. La France soutiendra également les efforts menés par l'Arabie saoudite pour moderniser son ministère de la Défense. 3 – Économie, commerce et investissements L'approfondissement des échanges commerciaux et des investissements sera bénéfique à l'économie des deux pays. La Vision 2030 de l'Arabie saoudite offre l'occasion d'envisager de nouveaux domaines d'échanges économiques et de coopération. Au nombre des principaux domaines de coopération figurent les secteurs de l'eau et de l'environnement, des villes durables connectées, des transports, de l'énergie, de la santé, de l'agriculture et de l'approvisionnement alimentaire. Le savoir-faire français en matière de technologies est essentiel dans tous ces secteurs et peut avoir une incidence tangible dans tous ces domaines. Les investissements croisés dans de grandes sociétés et de jeunes pousses seront encouragés. Au cours de cette visite a eu lieu à Paris un Forum des chefs d'entreprise auquel ont pris part des dirigeants et des entreprises français et saoudiens. Ce forum a permis de présenter et de discuter de manière approfondie de projets en rapport avec la Vision 2030, d'établir des contacts importants entre les deux parties et de signer plusieurs contrats et mémorandums d'entente qui témoignent du dynamisme nouveau de nos rapports économiques et technologiques. 4 – Coopération universitaire, culturelle et scientifique Le renouveau du cadre de partenariat entre la France et l'Arabie saoudite permettra de redéfinir les priorités de notre coopération. Les deux pays mettront en place des programmes dans les domaines suivants : éducation et formation ; recherche et innovation ; culture, patrimoine et tourisme ; sports et jeunesse. La France fera également profiter la Vision 2030 de ses compétences en matière de tourisme et de patrimoine. Ce partenariat nouveau, qui englobe également l'action menée par l'Arabie saoudite afin de développer avec des partenaires internationaux un secteur touristique et culturel durable à Al Ula, vise à renforcer la coopération dans tous ces domaines au moyen d'actions concrètes et de projets structurés. Certains projets sont d'ores et déjà en cours de mise en oeuvre. Dans le domaine du patrimoine culturel, un accord a été signé entre M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, et Son Altesse le Prince Badr ben Abdullah ben Mohammed ben Farhan Al-Saoud, gouverneur de la Commission royale pour Al Ula, sur le projet de développement d'Al Ula. Cette coopération met en évidence le fait que les deux pays ont la même volonté de protéger et de promouvoir le patrimoine culturel, de promouvoir les connaissances scientifiques et d'ouvrir de nouvelles perspectives au tourisme durable autour de ce site archéologique unique en son genre. Cet accord a été complété par un mémorandum d'entente entre Campus France et la Commission royale pour Al Ula sur la formation d'étudiants de la région d'Al Ula et par un mémorandum d'entente entre l'Institut du monde arabe et la Commission royale pour Al Ula en vue d'organiser une exposition itinérante. Les questions régionales et internationales ont été évoquées de manière approfondie. Les deux pays ont souligné leur attachement à la paix et à la sécurité au Proche-Orient. La plus grande attention a été accordée à la situation actuelle de la Ghouta orientale, notamment aux récentes allégations de recours à des armes chimiques. Les deux parties ont appelé la communauté internationale à faire en sorte que les responsables de ces attaques soient amenés à répondre de leurs actes. Les deux pays ont réaffirmé que la résolution de la crise syrienne devait reposer sur une solution politique basée sur la Déclaration de Genève 1 et sur la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité des Nations Unies. Les deux pays ont réaffirmé leur engagement sans concession en faveur de la lutte contre l'extrémisme et le terrorisme ainsi que contre le financement de ce dernier, notamment dans la région du Sahel. La France a fait part de son appréciation du fort soutien accordé par l'Arabie saoudite aux forces du G5. En ce qui concerne le Yémen, les deux parties sont convenues de la nécessité d'une solution politique, à laquelle invite la résolution 2216 du Conseil de sécurité des Nations Unies, afin de mettre fin aux souffrances du peuple yéménite. Elles ont condamné les attaques par missiles balistiques lancées par les milices houthies contre le Royaume d'Arabie saoudite et souligné que les pays qui fournissent aux milices houthies des armes et des missiles balistiques devaient se conformer aux résolutions pertinentes des Nations Unies qui interdisent de tels actes. Les deux parties ont réaffirmé qu'il importait de soutenir les efforts de l'envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies au Yémen en vue d'une solution politique de la crise yéménite. Parallèlement, la France est prête à soutenir la coalition et les organismes des Nations Unies afin d'accélérer la fourniture d'une aide humanitaire à tous les Yéménites, notamment dans le cadre de la mise en oeuvre du plan d'un milliard de dollars annoncé par le Royaume d'Arabie saoudite et par les Émirats arabes unis. La France et l'Arabie saoudite sont convenues d'organiser à Paris une conférence internationale sur la situation humanitaire au Yémen. Les deux pays ont confirmé leur volonté de renforcer la coopération, conjointement avec d'autres pays amis, en faveur de la sécurité et du développement de la mer Rouge. Les deux pays ont réaffirmé leur attachement à la stabilité, à l'unité et à la souveraineté du Liban, comme en témoignent leurs engagements et leurs déclarations lors de la Conférence CEDRE du 6 avril à Paris, et ont souligné la nécessité pour toutes les parties libanaises de respecter leur engagement en faveur du principe de dissociation des conflits régionaux. Au sujet du conflit israélo-palestinien, les deux pays ont renouvelé leur appel en faveur d'un règlement prévoyant deux États reposant sur les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies et sur l'Initiative de paix arabe. Les deux parties sont convenues de la nécessité d'empêcher d'Iran de se doter d'armes nucléaires. Les deux pays ont évoqué les mesures à prendre pour endiguer le programme balistique de l'Iran et contrer les éléments menaçants de sa politique régionale. La fourniture de missiles et de soutien à des milices et à des groupes armés, notamment ceux qui sont qualifiés d'organisations terroristes par les Nations Unies, est inacceptable. L'Iran doit se conformer aux règles et principes internationaux du bon voisinage et de la non-ingérence dans les affaires d'autres pays. Les deux parties ont estimé d'un commun accord que la visite en France du Prince héritier Mohammed ben Salman a été une visite historique qui a amené leurs relations à un niveau sans précédent ; elles attendent avec intérêt la visite à venir du Président Macron au Royaume d'Arabie saoudite qui portera les relations entre les deux pays à un niveau encore plus élevé. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/631.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/631.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..aa738e6b7e85deee93d526356e9fd838d9444747 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/631.txt @@ -0,0 +1 @@ +GUILLAUME ERNER Alors que la première audience civile se tient aujourd'hui dans le nouveau Palais de justice de Paris, qui a pris ses quartiers dans le Nord-ouest de la capitale aux Batignolles, la grogne des avocats, greffiers et magistrats contre la réforme de la justice se fait entendre. Au lendemain de l'intervention du président de la République et à la veille de la présentation de ladite réforme en Conseil des ministres, nous recevons Nicole BELLOUBET, garde des Sceaux et ministre de la Justice, bonjour Nicole BELLOUBET. NICOLE BELLOUBET Bonjour. GUILLAUME ERNER Dites-nous à quoi va servir ce nouveau Palais de justice, qu'est-ce que vous en attendez ? NICOLE BELLOUBET A servir à être le lieu qui permettra de rendre une justice apaisée, le mot a été prononcé tout à l'heure par votre collègue. J'ai été très étonnée de la manière dont certains mots ont été prononcés, parce que je crois que… GUILLAUME ERNER Lesquels ? NICOLE BELLOUBET Quand on parle de déshumanisation, quand on parle de symbole du déséquilibre, je trouve que ce Palais de justice a été construit exactement pour attendre autre chose que cela. On pourrait y opposer les mots de proximité, si nous restons dans la symbolique vous remarquerez si vous y êtes allé ou si vous y allez – que le parvis est à hauteur de la rue, autrement dit la justice… pour atteindre la justice il ne faut plus monter des marches, mais rester au même niveau. Vous entrez dans une salle des pas perdus qui est une cathédrale de transparence. Les salles de justice civile, vous parliez tout à l'heure de la tenue des premières audiences civiles, certaines salles de justice civile ont été construites avec un mobilier qui change radicalement des salles d'audience traditionnelles, puisque vous avez des tables autour desquelles vous aurez tant les juges que les avocats et les justiciables au même niveau, autour d'une même table, un peu de la forme de celle qui nous réunit là. Et c'est tout simplement pour qu'on n'ait plus le même sentiment d'un dialogue déséquilibré, mais au contraire d'un dialogue à hauteur d'homme. Donc il me semble que beaucoup de choses ont été faites dans ce Palais de justice pour changer l'image de la justice, en termes de proximité et de transparence. Je pourrais dire – et ce sera le dernier mot peut-être à ce stade je pourrais dire également qu'un effort tout à fait considérable a été fait en matière d'accueil des justiciables, puisqu'il n'y a pas contrairement à ce que j'entends dire de justice déshumanisée, mais qu'au contraire dans tous les tribunaux nous mettons en place des services d'accueil du justiciable. Et ses services d'accueil permettront à un justiciable de rencontrer en face-à-face une personne qui sera chargée de l'aide, de l'orienter, de l'aider à remplir sa requête si nécessaire. Et il y a énormément de lieux d'accueil qui ont été conçus de cette manière au tribunal de Paris. GUILLAUME ERNER Donc tel qu'il est Nicole BELLOUBET, ce lieu vous satisfait pleinement aujourd'hui, est-ce qu'il a des défauts malgré tout ? NICOLE BELLOUBET Ecoutez ! C'est très difficile, c'est son premier jour de fonctionnement. Je sais pertinemment… je ne suis pas en train de dépeindre un cadre idyllique en ignorant évidemment un certain nombre de difficultés. Je sais qu'il y a des difficultés d'accès, notamment en matière de transports ; et vous savez que les transports en commun ont pris du retard, j'ai parfaitement conscience de ce que cela signifie pour les usagers et pour les personnels et pour les magistrats. Donc il va falloir que nous essayions de régler ça, je vais essayer de voir Guillaume PEPY pour voir si on peut faire quelque chose sur le cadencement des RER, car c'est un… GUILLAUME ERNER La SNCF en ce moment a des petits soucis… NICOLE BELLOUBET Oui mais bon ! Il y a des niveaux différents d'inter… enfin de prise en compte de difficultés. Je sais également qu'il y a eu des difficultés avec la question des badges avec les avocats, nous essayons de résoudre cela. Donc je ne suis pas en train de dire que tout est parfait dans le meilleur des mondes, je dis simplement que nous avons un outil exceptionnel et de beauté esthétique et (me semble-t-il) d'utilité pour les justiciables. GUILLAUME ERNER Il y a une vraie question qui se pose au sujet des box vitrés, des box vitrés qui sont qualifiés par exemple par Christian SAINT-PALAIS, le président de l'Association des avocats pénalistes, comme la pire conception de la justice qui soit. Voir un présumé coupable ou un présumé innocent au sein d'un box vitré, ça rappelle par exemple l'image d'EICHMANN, est-ce que c'est véritablement utile d'avoir ces box Nicole BELLOUBET, est-ce que vous souhaitez par exemple les supprimer ? NICOLE BELLOUBET Alors il faut bien voir que ces box n'ont pas été décidés hier matin, cela fait très longtemps que dans le cadre d'une politique de sécurisation, aussi bien pour les magistrats que pour les publics et de prévention des évasions, que cette politique de mise en place de box a été promue dans tous les tribunaux de France. Deuxième élément, il n'y a pas des box vitrés dans toutes les salles d'audience, au moment où nous parlons au tribunal de Paris toutes les salles d'audience ne sont pas équipées de box vitrés. Les salles civiles dont je parlais à l'instant n'ont pas ce type de box et d'autres encore. Donc il n'y en a pas partout. Cela étant posé, moi je ne vous cache pas qu'autant je suis très soucieuse de la question de la sécurité, et je pense que dans un certain nombre de situations il faut bien entendu qu'il y ait des box vitrés, je pense aux salles d'audience qui gèreront les procès antiterroristes, je pense que là cela est nécessaire, peut-être dans d'autres salles également. Je ne suis pas favorable par principe à ces box vitrés, je pense d'une part que quand il y en a il faut prévoir des conditions d'audition d'une part et des conditions d'échanges d'autre part qui soient satisfaisantes… GUILLAUME ERNER Oui parce qu'il faut rappeler Nicole BELLOUBET pour les auditeurs que cela empêche par exemple l'avocat… ça peut l'empêcher de… NICOLE BELLOUBET Disons que ce n'est pas très facile, ça peut l'empêcher, il y a toujours une ouverture mais ça n'est pas très facile. Donc moi je pense que quand il y a des box vitrés, il faut que les conditions de dialogue soient bonnes et d'auditions à l'intérieur du box également. Et je pense d'autre part qu'il n'est pas nécessaire de placer des box vitrés partout. De la même manière que j'ai demandé que soit démontés ailleurs en France des box qui avaient des barreaux, ce qui me semble être vraiment incroyable. Donc si vous voulez moi, je pense qu'il faut qu'on ait une politique là encore qui soit adaptée et proportionnée, c'est ce que les présidents et les procureurs généraux cherchent à mettre en place actuellement au tribunal de Paris, je ne doute pas que nous trouverons une solution. GUILLAUME ERNER Une autre actualité chargée pour la justice Nicole BELLOUBET, tout d'abord la réforme, cette réforme de la justice qui suscite de la grogne. J'aimerais tout d'abord que vous présentiez aux auditeurs, qui ne sont pas nécessairement familiers avec cette réforme, les principaux points, qu'est-ce que vous souhaitez faire ? NICOLE BELLOUBET Alors ce que nous avons souhaité faire, c'est faire une réforme axée sur le justiciable, c'est très important, axée sur le justiciable. Ce que nous voudrions c'est au fond, face à une justice qui est souvent perçue comme complexe, comme lente, comme parfois peu transparente, nous souhaiterions que les évolutions que je propose dans le texte que je vais présenter prochainement en Conseil des ministres cette semaine, je souhaiterais proposer des évolutions qui permettent de simplifier des procédures, de sorte que la justice soit rendue avec plus de rapidité, plus de simplicité, plus de clarté. C'est cela l'objectif, alors ça ce sont des mots évidemment. Et pour mettre en musique ces mots, nous avons pris un certain nombre de mesures dans 5 domaines : la procédure pénale, la procédure civile, la numérisation, l'organisation des juridictions sur le territoire et les peines et l'exécution des peines. Donc sur 5 domaines, nous avons pris toute une série de mesures, dans l'objectif que je rappelais précédemment. GUILLAUME ERNER Qu'est-ce que ça veut dire la numérisation Nicole BELLOUBET, parce qu'il y a beaucoup de fantasmes, est-ce que ça signifie que les jugements vont être automatiques, est-ce que par exemple on va pouvoir utiliser des visioconférences pour juger, expliquez-nous ce que vous attendez de cette numérisation ! NICOLE BELLOUBET Non et oui, non évidemment la justice ne sera pas automatique, rendue par des robots, ça c'est inimaginable, je ne sais pas qui invente cela, je ne sais pas qui ose dire cela, ce n'est pas cela du tout. Ce que nous disons simplement c'est que pour faciliter le travail, tant des greffiers que des magistrats, nous allons avoir des dossiers numérisés qui seront partagés. Mais ça ne veut pas dire qu'au moment du jugement, il n'y aura pas des magistrats qui seront là et qui rendront la justice, avec des avocats dont je voudrais souligner ici que le texte de loi et les règlements qui suivront rendront la présence obligatoire de manière plus importante. La représentation obligatoire sera accrue. Donc je trouve que c'est inouï que l'on puisse parler de justice rendue par robot. Oui en revanche… GUILLAUME ERNER Vous attendez beaucoup d'économies de la numérisation… NICOLE BELLOUBET Juste un mot, oui en revanche, nous souhaitons dans certains cas développer la visioconférence, par exemple entre des personnes qui seront détenues de sorte que la présentation soit plus simple. Dans certaines hypothèses, nous souhaitons mettre en place une visioconférence qui soit développée, mais là encore ça ne veut pas dire que les jugements seront rendus par visioconférence. GUILLAUME ERNER Donc pas de procès par visioconférence ? NICOLE BELLOUBET Il y aura des audiences qui pourront… et des rencontres… GUILLAUME ERNER Parce que les magistrats… pardonnez-moi… NICOLE BELLOUBET Entre les magistrats et les détenus par exemple qui pourront se faire par visioconférence, mais ça se fait déjà. GUILLAUME ERNER Mais les magistrats trouvent justement que c'est très embêtant de ne pas avoir de contact, de ne pas être à la proximité. NICOLE BELLOUBET D'abord, nous avons clairement dit que la première audition ne pourrait pas se faire par visioconférence, déjà premier point. Et ensuite, nous allons améliorer considérablement le matériel parce que l'une des difficultés que nous avons actuellement, c'est que nous n'avons pas un matériel qui est performant dans toutes les hypothèses. Et donc c'est la raison pour laquelle aussi, je souhaite mettre l'accent sur la numérisation, il faut d'abord et avant tout que le socle des équipements soit amélioré. GUILLAUME ERNER Vous attendez beaucoup d'économies de cette numérisation, votre prédécesseur Jean-Jacques URVOAS avait dit qu'il ne se doutait pas que la justice était à ce point misérable. Est-ce que vous vous en doutiez, est-ce que c'est par exemple une piste d'économies pour vous Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Alors rien dans cette réforme n'est conçu pour faire des économies, mais tout est construit pour recentrer les magistrats et les fonctionnaires sur le coeur de leur métier, ce n'est pas tout à fait pareil. Il me semble naturel que lorsqu'un greffier par exemple reçoit une procédure en provenance de la police ou de la gendarmerie, et qu'il doit passer un temps important à recopier ou à retranscrire sur nos propres logiciels justice une procédure qui a déjà été transcrite par la police ou la gendarmerie, c'est une perte de temps. Et le greffier lorsqu'il fait cela, il ne suit pas de manière plus opportune le traitement d'un dossier. Ce que nous voulons faire, c'est mettre en place une procédure commune, par exemple en matière pénale, qui aille du dépôt de plainte jusqu'au jugement, de sorte que des pertes de temps ne soient pas ainsi… ne s'accumulent pas ; et qu'au fond ce dossier numérisé unique fasse gagner du temps à tout le monde et permette de recentrer les gens sur leur propre travail. GUILLAUME ERNER Il n'en reste pas moins que la justice française est pauvre, très pauvre, c'est 64 par habitant pour rendre la justice, alors que pour donner une idée aux auditeurs on en est à 88 en Espagne, 109 en Allemagne. Qu'est-ce que vous comptez faire, alors vous n'êtes évidemment pas responsable de cette situation Nicole BELLOUBET, mais quelles sont les possibilités pour que cet écart qui est quand même considérable soit amenuisé ? NICOLE BELLOUBET Les possibilités… enfin ce n'est d'ailleurs pas une possibilité, la certitude elle réside dans la loi de programmation que je vais présenter, puisque tels que les chiffres seront figés dans cette loi de programmation entre 2017 et 2022, il y aura une augmentation de 1,6 milliard d'euros pour la justice, ce qui est une augmentation tout à fait importante… GUILLAUME ERNER Alors il faut rappeler que… NICOLE BELLOUBET Avec 6.500 créations d'emploi. GUILLAUME ERNER Alors il faut rappeler que le budget de la justice c'est à peu près 8,5 milliards d'euros, donc vous vous êtes engagée sur une augmentation d'environ 25 % du budget de la justice, où va-t-elle aller parce que là aussi, l'argent n'est pas fongible, on sait qu'il y a un volet pénitentiaire important là-dedans… NICOLE BELLOUBET Important, absolument. GUILLAUME ERNER Est-ce que ça n'est pas là en fait où va aller l'essentiel des sommes que vous souhaitez investir Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Il est évident que l'administration pénitentiaire absorbera la part qui lui est nécessaire de ce budget, mais cela ne nous empêchera pas d'une part d'améliorer le fonctionnement des tribunaux, de l'informatique, je rappelle que viendront s'ajouter à tout cela 500 millions d'euros pour la numérisation ; et d'autre part que nous aurons des créations d'emplois telles qu'à la fin de cette période-là, le nombre de magistrats qui sera effectivement en poste sera bien supérieur à celui qui est aujourd'hui en place. Et donc le Parlement aura évidemment tous ces chiffres le moment venu, mais c'est bien cela que nous voulons faire. GUILLAUME ERNER Mais alors il y a quand même une grande inquiétude dans le monde judiciaire, on parle par exemple de la retraite prochaine de 400 magistrats, il y a environ 8.500 magistrats en France, donc 400 magistrats c'est beaucoup suite à des particularités du système de retraite, ce n'est pas la peine de s'étendre là-dessus. Nicole BELLOUBET, comment rassurer sur les effectifs et pas les effectifs au global, mais ces 8.500 magistrats qui sont… NICOLE BELLOUBET Il n'y a aucun problème… enfin aucun problème, je veux dire il y a la certitude que ces postes de magistrats seront évidemment tous remplacés, tous… GUILLAUME ERNER Vous vous y engagez ? NICOLE BELLOUBET Ah ! Mais absolument, absolument, il n'y aucun doute là-dessus ; et que d'autre part nous aurons des magistrats supplémentaires par rapport à ceux qui, aujourd'hui, rendent la justice. Donc ça, c'est absolument certain. Et d'ailleurs Monsieur ERNER, déjà cette année, déjà cette année nous avons 145 magistrats en plus de ceux qui rendaient la justice l'année dernière. Parce que précisément il y a eu des efforts importants de recrutement de personnels et de magistrats, et que cela contribue à venir pallier les difficultés que vous souleviez. GUILLAUME ERNER Il y a cependant une critique sur laquelle j'aimerais avoir votre réaction, cette critique elle porte sur les économies qui seraient faites par cette réforme de la justice et, en particulier, une grande inquiétude sur la disparition des tribunaux d'instance, les tribunaux d'instance il faut le dire aux auditeurs sont les tribunaux de la justice de proximité, les tribunaux de la justice des gens modestes qui ne savent pas nécessairement comment utiliser la justice. Est-ce véritablement votre volonté de supprimer les tribunaux d'instance Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Alors je vais être claire et brutale, si vous me le permettez, tout ce qui est dit ainsi est faux, c'est inexact. Le tribunal d'instance de Figeac, de Bressuire, de Saint-Avold et de là où vous voulez continuera à exister d'une part, à rendre la justice de la manière dont la justice était rendue jusqu'alors. Cela sera garanti par un texte qui maintiendra les compétences de ces tribunaux d'instance qui sont situés partout sur le territoire, il y en a environ 300. Les magistrats continueront à y être nommés, les personnels également continueront à y être nommés. Donc il faut être très clair, dire autre chose que cela c'est une inexactitude. J'irai même plus loin, j'irai même plus loin, il sera possible que le président du tribunal de grande instance puisse permettre que soit rendus des jugements sur d'autres matières que celles qui, aujourd'hui, forment le contentieux de ces tribunaux d'instance si cela paraît utile. Je pense aux jugements post-divorces ou à d'autres choses. Donc il ne faut pas dire l'inverse. GUILLAUME ERNER Alors pourquoi au tribunal d'instance de Cusset et vous n'avez pas cité celui-là pourquoi… NICOLE BELLOUBET Ah ! Mais j'aurai dû… GUILLAUME ERNER Pourquoi dans celui-ci il y a aujourd'hui une inquiétude Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Sans doute parce que la réforme mérite encore d'être expliquée, il y a des efforts de pédagogie à faire. Mes directeurs d'administration centrale et moi-même nous déplaçons très fréquemment sur le terrain pour expliquer tout cela, nous allons continuer. GUILLAUME ERNER On soupçonne l'administration aujourd'hui de vouloir spécialiser des tribunaux, c'est-à-dire de faire en sorte que par exemple les divorces ça soit plutôt du ressort de Riom et la question du surendettement plutôt du ressort de Clermont-Ferrand. Qu'est-ce que vous en pensez, là aussi est-ce que vous pouvez démentir ces craintes Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Alors je dis clairement que tous les tribunaux de grande instance garderont des compétences qui leur sont indispensables et qu'exercent tous les tribunaux de grande instance. Nous proposons que du terrain nous remonte éventuellement, lorsqu'il y a 2 tribunaux de grande instance dans un département, que quelques compétences spécialisées de faibles volumes extrêmement techniques… GUILLAUME ERNER Mais c'est ça justement… NICOLE BELLOUBET De faibles volumes… GUILLAUME ERNER C'est justement ça qui fait peur, juste pour l'expliquer aux auditeurs en un mot, c'est-à-dire qu'en fait la crainte des professionnels de justice est que vous créiez de gros pôles qui traitent… NICOLE BELLOUBET Non, pas du tout, je suis en train de vous dire l'inverse, tous les tribunaux… GUILLAUME ERNER Non mais j'explique aux auditeurs la crainte… NICOLE BELLOUBET Oui, absolument, le problème c'est qu'il faut un tout petit peu plus que 30 secondes pour l'expliquer. Tous les tribunaux de grande instance demeureront avec les compétences vraiment qu'ils exercent aujourd'hui. Mais quand vous avez par exemple entre Chambéry et Grenoble, quand vous avez dans les deux cours ou dans les deux tribunaux… on juge des contentieux d'accident de montagne, est-il nécessaire que ce soit jugé dans les deux tribunaux ? Peut-être pas. On va peut-être dire qu'à Chambéry on jugera le contentieux des accidents de montagne ; et que par exemple à Grenoble on jugera le contentieux de l'expropriation par exemple. Mais ce sont des contentieux pointus, spécifiques et de très faible volume et cela remontera des territoires, ce n'est pas nous qui le déciderons de Paris. GUILLAUME ERNER Nicole BELLOUBET, on se retrouve aux environs de 8 h 20, vous êtes garde des Sceaux et ministre de la Justice. GUILLAUME ERNER Ça c'est une question compliquée Frédéric SAYS, on va la poser du coup à la garde des Sceaux et la ministre de la Justice qui a la chance d'être en notre compagnie ce matin. Qu'en pensez-vous, une interview irrévérencieuse décidée par l'Elysée est-elle toujours une interview irrévérencieuse Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Oui, enfin je ne sais pas si le mot irrévérencieux s'applique à cet entretien. En tout cas, les 2 journalistes (me semble-t-il) ne sont aucunement sentis corsetés par un quelconque choix préétablis. Donc je crois que la question… FREDERIC SAYS Plusieurs de vos collègues ont évoqué même une forme quasiment d'impolitesse, est-ce que vous avez ressenti ça également ? NICOLE BELLOUBET Je ne dirai pas impolitesse, parfois la véhémence des journalistes donnait un sentiment un peu de brouhaha qui était finalement… dont je me demande s'il était très positif pour le téléspectateur ou l'auditeur. Et j'avoue avoir parfois été choqués par cette… choquée, le mot est excessif, en tout cas j'ai observé que les 2 journalistes n'appelaient jamais le président de la République par son titre mais toujours par son prénom et son nom, comme s'il était encore candidat. Et j'avoue que le respect institutionnel, me semble-t-il, contribue également parfois à la crédibilité de l'action, peut-être aurais-je apprécié au moins qu'une fois ou deux le titre fut rappelé. FREDERIC SAYS Et donc il faudrait qu'on vous appelle Madame la ministre ! NICOLE BELLOUBET Mais je ne suis pas sûre que vous m'ayez appelée autrement. GUILLAUME ERNER En tout cas sur cette question du formalisme et cette interview, y a-t-il eu selon vous des choses nouvelles, qu'avons-nous appris ? Et si vous pouviez faire un bilan de cette interview… NICOLE BELLOUBET Non, je ne prétends pas ici faire un bilan. Moi j'observe juste 2 choses, c'est que le président de la République il apprécie le débat, on le voit y compris en Conseil des ministres, c'est quelqu'un qui apprécie le débat. Donc cela ne m'étonne pas que ce formalisme-la, ce format-là ait été choisi parce que je crois que c'est quelqu'un qui est vraiment dans l'échange d'arguments. D'autre part, le président a la volonté de faire la pédagogie des réformes que nous portons et, d'une certaine manière, c'est ce qu'il a fait au cours de cet entretien. Il n'a pas forcément fait d'annonce nouvelle, mais tout entretien n'est pas nécessairement destiné à faire des annonces. Il a expliqué ce que nous faisions, il les a systématiquement (ces réformes) replacées dans un cadre général, pour bien comprendre que ce n'était pas du pointillisme mais que c'est bien un tableau d'ensemble que nous dessinions, celle de la France 21ème adaptée au contexte mondial dans lequel nous sommes. GUILLAUME ERNER D'où vient dans ces conditions ce sentiment de dureté que peut inspirer Emmanuel MACRON, sentiment un peu vertical comme si les décisions étaient en quelque sorte parachutées, Nicole BELLOUBET est-ce que par exemple vous vous êtes en en désaccord sur certains points avec Emmanuel MACRON dans cette réforme de la justice que vous menez, vous avez des discussions… NICOLE BELLOUBET La réforme de la justice c'est moi qui l'ait élaborée et bien entendu, sous l'autorité du président de la République et du chef du gouvernement, mais je ne suis en rien en désaccord avec ce que je propose sur ces sujets-là, bien entendu puisque… si vous voulez, la situation n'est pas descendante ou verticale, nous travaillons dans une équipe avec évidemment l'autorité du président de la République et du Premier ministre. Mais c'est un travail d'équipe, rien et vertical comme vous utilisez ce terme. GUILLAUME ERNER Ses propos sur Notre-Dame-des-Landes ont été très durs, on dit en droit qu'il doit y avoir une proportionnalité entre la sanction et les faits commis. Est-ce que vous ne trouvez pas qu'il y a là quand même quelque chose d'excessif, un usage disproportionné de la violence de la part des forces de l'ordre ? NICOLE BELLOUBET Ecoutez ! Moi je suis très étonnée aussi de ces observations. Là encore et brièvement, il faut replacer les choses dans un ensemble. Il y a eu 3 étapes finalement sur Notre-Dame-des-Landes depuis que le Premier ministre a pris sa décision. C'est 1) la décision de ne pas construire l'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, c'était une décision conforme à l'intérêt général. 2) La décision de faire respecter l'ordre public, il n'est pas normal que sur un territoire de la République les routes soient fermées, que l'on ne puisse pas circuler, c'est le souhait de faire respecter l'ordre public et c'est cela qui préside à l'opération qui a été conduite depuis quelques jours. Et 3) la possibilité qui est offerte à ceux qui le voudront de présenter des projets, y compris jusqu'à maintenant parce que cette possibilité, elle est déjà ouverte depuis longtemps et certains n'ont rien fait. Donc il est tout de même curieux qu'aujourd'hui, ils se prévalent d'une inaction d'une certaine manière, donc la possibilité de présenter des projets agricoles ou autres qui pourront rester sur le territoire. Donc il me semble qu'on est dans une logique parfaite, bien entendu il y a quelques réticences de la part de certains zadistes à entrer dans cette logique-là, mais elle me semble s'expliquer dans l'intérêt de la République et dans l'intérêt général. GUILLAUME ERNER Mais possibilité de présenter des projets après que leurs maisons aient été détruites, la ferme des sans noms qui est aujourd'hui célèbre Nicole BELLOUBET, est-ce que vous n'avez pas l'impression que le gouvernement a voulu montrer ses muscles, qu'il n'y a pas là encore un usage déplacé de la force, parce que… NICOLE BELLOUBET Je ne le crois pas, je ne le crois pas. D'abord tout cela a été fait avec bien entendu le cadre juridique qui était absolument nécessaire, donc il y a d'ailleurs des magistrats qui sont mobilisés à l'heure actuelle. Donc tout cela a été fait dans un cadre juridique clair ; et la possibilité de construire des projets elle existe déjà depuis longtemps. La préfète qui, vraiment, travaille avec acharnement là-dessus, a fait des propositions depuis longtemps déjà. GUILLAUME ERNER Parfois, il peut y avoir des errements, y compris en matière judiciaire, il y en a eu un d'ailleurs la semaine dernière, la fin du procès du groupe dit « de Tarnac ». Que pensez-vous de ce fiasco judiciaire Nicole BELLOUBET, est-ce qu'une telle affaire pourrait se reproduire aujourd'hui ? NICOLE BELLOUBET Je pense… alors vous partez de Notre-Dame-des-Landes et vous aboutissez à Tarnac, ce qui n'est tout de même pas exactement la même chose… GUILLAUME ERNER C'est vrai, c'est un télescopage… NICOLE BELLOUBET C'est un télescopage que j'entends, mais je le relève simplement… GUILLAUME ERNER Vous avez raison. NICOLE BELLOUBET Sur Tarnac, vous évoquez un fiasco judiciaire mais au fond, la décision de justice qui a été rendue rétablit l'équilibre. Et il me semble que cette décision – que je n'ai pas à commenter – mais il me semble qu'elle est juste et qu'elle vient rétablir un équilibre. Et donc je crois qu'au fond on ne peut pas vraiment parler de fiasco. GUILLAUME ERNER On a l'impression malgré tout qu'il y a de plus en plus une volonté… pas uniquement avec ce gouvernement, c'était peut-être le cas avant, un rapprochement entre l'exécutif et du judiciaire comme s'il s'agissait de mettre le judiciaire sous coupe réglée. Regardez par exemple la procédure lancée contre François FILLON, elle a été très rapide pendant la présidentielle et puis depuis la présidentielle, on n'a plus de nouvelles. NICOLE BELLOUBET Alors là, vous faites allusion à une affaire qui est en cours, donc moi je ne souhaite pas la commenter. Elle ressort des délais de l'instruction… GUILLAUME ERNER Non, non pas de commentaire… NICOLE BELLOUBET Je ne veux faire aucun commentaire. Mais en revanche… GUILLAUME ERNER Mais juste sur le calendrier, c'est bizarre quand même, depuis la présidentielle elle n'a pas avancé cette affaire. NICOLE BELLOUBET Il y a un juge d'instruction qui est saisi, il joue son rôle, je n'ai pas d'autre commentaire à faire. En revanche, quand vous dites que… si j'ai bien compris que l'exécutif souhaite avoir une emprise, c'est le mot que vous avez utilisé… GUILLAUME ERNER Oui, c'est le mot que j'ai employé. NICOLE BELLOUBET Je crois que ce n'est pas exact, la preuve en est que dans la révision constitutionnelle que le président de la République et le Premier ministre ont annoncée, nous souhaitons faire évoluer le texte constitutionnel, pour permettre notamment aux magistrats du Parquet et d'acquérir un statut qui soit plus indépendant, puisqu'à l'avenir le Conseil supérieur de la magistrature jouera un rôle important, plus important qu'aujourd'hui dans la nomination des magistrats du Parquet. Donc je crois que c'est exactement l'inverse, il aura également d'ailleurs le Conseil de la magistrature le pouvoir disciplinaire sur les magistrats du Parquet, comme il l'a aujourd'hui sur les magistrats du siège. Donc je crois que c'est exactement l'inverse. Ce que nous souhaitons c'est bien sûr une justice qui soit efficace, mais une justice dont l'indépendance est sans cesse réaffirmée. GUILLAUME ERNER Mais dans votre réforme de la justice, il y a Nicole BELLOUBET quelque chose qui suscite de l'inquiétude de la part des avocats, des magistrats, c'est un peu technique, c'est le contrôle de la constitution de partie civile. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il faudra demander des autorisations à ce qu'une association par exemple Anticor se constitue comme partie civile, on a l'impression que cela peut être soumis à l'arbitraire là aussi d'un pouvoir, pouvoir judiciaire par exemple, qu'est-ce que vous en pensez ? NICOLE BELLOUBET Non, il n'y a aucun arbitraire, aucun arbitraire. L'idée simplement c'est d'éviter de se lancer dans des instructions qui sont toujours très longues lorsque cela n'est pas nécessaire. Et donc évidemment, il n'y aura aucun arbitraire et ceux qui voudront se constituer partie civile pourront toujours le faire, il n'y a aucun doute là-dessus. Et vraiment je réaffirme ici, il n'y aura pas d'arbitraire… GUILLAUME ERNER Mais alors pourquoi faire un contrôle dans ce cas-là ? NICOLE BELLOUBET Mais parce que ça nous semble encore une fois extrêmement utile pour éviter ce que je viens de vous dire à l'instant, qu'il y est des instructions qui ne sont pas forcément nécessaires et qui sont toujours très longues. Et c'est donc au bénéfice là encore des personnes qui sont parties au procès. GUILLAUME ERNER Mais du coup, c'est ça qui suscite l'inquiétude parce qu'on se dit par exemple que les milieux d'affaires ne sont pas peinés par cette réforme. NICOLE BELLOUBET Non, je ne crois pas… enfin je crois que cette vision ne me semble pas exacte. Encore une fois, je le redis ici, pas d'arbitraire mais simplement la nécessité d'éviter des procédures trop longues. GUILLAUME ERNER Et toujours dans le registre d'une justice qui serait plus éloignée du justiciable, le fait par exemple que l'on souhaite faire des tribunaux criminels avec moins de jurés qui soient mobilisés : est-ce que ça ne va pas dans le sens d'un plus grand éloignement entre le peuple et la justice Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Alors c'est exactement l'inverse. Et si vous me laissez 2 minutes… GUILLAUME ERNER Vous les avez. NICOLE BELLOUBET C'est exactement l'inverse. D'abord le tribunal criminel départemental c'est une expérimentation, ça n'est pas une décision définitive, c'est une expérimentation que nous proposons de conduire sur 3 ans. Et quel est l'objectif ? Il est d'obtenir une justice au bénéfice des justiciables qui soit plus rapides. Aujourd'hui lorsque vous… plus rapide et plus efficiente. Aujourd'hui lorsque vous commettez une infraction qui est qualifiée de crime et que vous allez devant la Cour d'assises, les délais sont très longs parce que bien entendu la procédure devant la Cour d'assises qui est entièrement orale est longue, parce que la constitution des jurys prend du temps, parce que l'explication, la formation des jurés prend du temps, tout cela prend énormément de temps. Nous proposons que pour un certain nombre de crimes, la justice puisse être rendue en première instance par un tribunal qui sera composé de magistrats professionnels, 5. Evidemment ce tribunal pourra toujours entendre des témoins, rien ne sera (je veux dire) fait au rabais, au contraire. Mais cela permettra d'avoir une décision sans doute plus rapide. Et par ailleurs, je signale 2 choses, c'est que la Cour d'assises restera bien entendu compétente en appel, elle restera compétente pour les crimes punis de plus de 20 ans à perpétuité, pour les crimes commis en récidive d'une part ; et puis je voudrais dire aussi et c'est cela qui me semble important qu'aujourd'hui, pour obtenir des jugements plus rapidement un certain nombre de justiciables demandent qu'un crime soit déqualifié et soit jugé par le tribunal criminel et non plus par la Cour d'assises, pour avoir une justice plus rapide. C'est tout de même incroyable qu'un viol puisse aujourd'hui, alors que c'est un crime, être correctionnalisé alors même que si nous avions la capacité de le juger en tant que crime plus rapidement, cela pourrait être le cas. C'est donc ces objectifs-là qui sont poursuivis, une justice qui soit à la fois de qualité mais plus rapide et plus efficiente. GUILLAUME ERNER Mais alors vous qui est garde des Sceaux Nicole BELLOUBET, comment expliquez-vous qu'il y ait tant de craintes chez les avocats, on en a vu manifester la semaine dernière, ils étaient au coeur de votre électorat du premier tour, il y a beaucoup d'avocats qui ont voté Emmanuel MACRON dès le premier tour, aujourd'hui ils sont mécontents, comment expliquez-vous ça, on ne peut pas considérer qu'il y a de l'instrumentalisation politique là, puisque ce sont des gens qui étaient a priori tout à fait favorables au gouvernement. NICOLE BELLOUBET Je ne ferai pas ce raccourci-là, j'observe simplement que lorsque je me rends dans les tribunaux, que je dialogue avec les avocats, ce que j'ai fait systématiquement au-delà des rencontres que j'ai fréquentes au niveau national et que j'explique les choses, il peut y avoir des désaccords. Voyez-vous, quand nous avons un désaccord sur le tribunal criminel parce que l'on me dit que c'est contraire à la tradition française, je l'entends, c'est un désaccord qui est un beau débat intellectuel. Mais lorsque l'on me dit que nous allons vers une justice déshumanisée, robotisée, je l'entends moins, enfin je l'entends au sens audition mais je partage moins cela si vous voulez parce que ça n'est pas vrai, ça n'est pas juste, ce n'est pas vers cela que nous allons. Et donc je crois qu'il y a un très grand effort d'explication à faire, c'est ce à quoi je m'attache en ce moment. Vous savez, le projet doivent je vais présenter il est important, il est technique, sa lecture n'est pas aisée et, donc, il est vraiment essentiel que nous puissions avoir une explication réelle. GUILLAUME ERNER Mais alors justement, on a évoqué un certain nombre de points, y en a-t-il d'autres Nicole BELLOUBET sur lesquels vous voudriez faire de la pédagogie, parce que vous avez la sensation d'être mal comprise par les professionnels de la justice et puis aussi par les justiciables, par nous tous ? NICOLE BELLOUBET Si vous voulez, parmi les reproches qui ont été faits, il y a par exemple l'absence de concertation, mais je suis toujours très étonnée de cela parce que depuis le mois d'octobre nous avons engagé dans l'ensemble des juridictions par des questionnaires sur Internet, par des groupes de travail nous avons engagé un véritable dialogue qui a donné lieu à des rapports qui m'ont été remis. Et une partie de ces rapports sont mis en application dans la loi lorsque leurs propositions nous semblaient pertinentes, lorsque leurs propositions au contraire étaient trop éloignées justement des exigences de proximité, nous avons changé un peu l'orientation. Et si vous voulez lorsque… donc ce que je veux dire par-là, c'est que je crois qu'il y a eu véritablement de la concertation. De la même manière lorsque l'on me dit que je vais détruire la justice de proximité, c'est vraiment l'inverse que nous souhaitons faire. Je vous l'ai dit tout à l'heure pour les tribunaux d'instance qui, d'ailleurs avec leur nom même, vont rester là où ils sont. Et au fond, toute l'organisation qui sera mise en place, elle est fondée sur de la souplesse pour permettre aux justiciables de trouver réellement des réponses de proximité. Donc je réfute le fait que ce ne soit pas une justice de proximité. GUILLAUME ERNER Mais alors la réforme de la carte judiciaire, parce que là aussi il y a des craintes, on se dit par exemple que votre réforme elle souhaite aller plus loin que la réforme de Rachida DATI qui, semble-t-il, a été freinée, vous faites la grimace, vous vous êtes en désaccord avec cette présentation des faits ? NICOLE BELLOUBET Oui parce que je pense que ce que nous proposons n'a rien à voir avec ce qu'a fait Rachida DATI. Elle a proposé de Paris la suppression de tribunaux et la fermeture de tribunaux, ce n'est pas du tout ce que nous faisons. GUILLAUME ERNER Il n'y aura pas fermeture de tribunaux ! NICOLE BELLOUBET Aucune, aucune, nous ne fermons aucun tribunaux… aucun tribunal pardon et deuxièmement, nous proposons aux acteurs de terrain de nous faire des propositions sur un certain nombre d'améliorations quant à la souplesse qu'ils voudraient le cas échéant mettre en place. Mais ça viendra du terrain et ça n'aboutira à aucune fermeture de juridiction, bien entendu. Donc si vous voulez, on est vraiment… ça n'a rien à voir avec ce qu'a fait Madame DATI et je crois au fond que ce qui nous importe c'est précisément la proximité. GUILLAUME ERNER Il y a un consensus sur la pauvreté de la justice, on en a parlé tout à l'heure, sur l'état des prisons et là c'est un volet important… NICOLE BELLOUBET Oui. GUILLAUME ERNER Qui est entamé, est-ce que vous pourriez là aussi présenter ce que vous souhaitez faire Madame la ministre à ce sujet ? NICOLE BELLOUBET Absolument. Alors il y a 3 éléments sur le volet peine et prison. Un premier élément a été présenté par le président de la République il y a quelques semaines, qui vise à modifier le schéma des peines pour qu'il soit mieux adapté à la réalité des infractions et qu'il soit… que les peines soient exécutées plus rapidement, ça je crois que c'est très important. Autrement dit ce que nous disons, c'est qu'il doit y avoir une diversité des peines, ça va du travail d'intérêt général que nous souhaitons promouvoir au placement sous bracelet électronique, à des stages, évidemment à l'enfermement, à la prison parce qu'il y a toute une gamme de peines qui doit être mise en oeuvre. Au stage, à l'approbation, bref ! Il y a plusieurs peines qui doivent être adaptées à la réalité des condamnés. Chaque condamné n'a pas à subir le même type de peine et ça, c'est un point important. Et ce que nous disons également, c'est que lorsqu'une peine est prononcée elle doit être immédiatement exécutée. Actuellement ce qui décrédibilise beaucoup notre système, c'est que par exemple un condamné est condamné à une peine de prison de (je vais dire) 18 mois et il ne fait pas sa peine en détention, parce qu'elle sera aménagée a posteriori. Nous ne voulons plus de cela, nous disons qu'il faut utiliser une gamme de peines très diversifiée dont l'emprisonnement n'est que l'une d'entre elles, mais que quand un emprisonnement est prononcé il doit recevoir exécution, quitte évidemment à ce qu'il y ait des aménagements de fin de peine. Donc ça c'est un premier point. Il y a un deuxième point, ce sont les prisons, le président de la République a souhaité (vous le savez) construire des places de prison supplémentaires. Actuellement, nous avons 70.000 détenus pour 60.000 places, donc il y a un hiatus qui crée de la surpopulation. Nous souhaitons donc construire des peines de prison, mais nous ne prenons pas les choses à l'envers, nous modifions d'abord la politique des peines, la politique pénale et ensuite nous construisons des places de prison qui seront adaptées aux différentes peines que nous aurons prononcées. Autrement dit, il y aura bien entendu des peines de prison avec une surveillance très poussée pour certaines d'entre elles ; et d'autres avec une surveillance allégée lorsqu'il s'agira par exemple de préparer la sortie et la réinsertion. Donc nous allons moduler les constructions des établissements pénitentiaires, mais construire des places. Et puis enfin, il y a des politiques en faveur des personnels, parce que je dois dire que… GUILLAUME ERNER Et là, qu'est-ce que vous proposez ? NICOLE BELLOUBET Nous avons déjà… à la suite des mouvements qui ont eu lieu pour les personnels de surveillance, qui jouent un rôle absolument capital les personnels de surveillance, ce sont eux qui garantissent la sécurité de la société et qui connaissent le mieux les détenus, donc pour eux et pour les… nous avons fait un certain nombre… pris un certain nombre de décisions en matière de sécurité, en matière d'indemnités, en matière de formation. Et je voudrais aussi dire un mot ici pour les personnels d'encadrement, sans lesquels notre système pénitentiaire serait évidemment extrêmement déficient, nous serons également très attentifs à leurs conditions de travail. GUILLAUME ERNER Dans la prison, à l'intérieur de la prison il y a une question plus spécifique qui se pose autour des détenus radicalisés ou radicalisables, je ne sais pas quel terme employer, quelles sont les mesures spécifiques que vous pensez Madame la ministre pouvoir développer dans ce domaine ? NICOLE BELLOUBET Si vous voulez, nous avons pris plusieurs types de mesures. Lorsqu'un détenu arrive en détention et qu'il est repéré comme terroriste islamiste, évidemment il fait l'objet d'une… et ce sera le cas également pour les détenus radicalisés ou en tout cas en voie de radicalisation mais qui sont des détenus de droit commun, parce que nous avons des personnes qui rentrent comme terroristes islamistes, repérés comme tels et puis d'autres qui sont des détenus de droit commun et qui vont se radicaliser. Dans tous les cas, nous avons un processus d'évaluation qui dure 4 mois pour mesurer leur dangerosité. Ce processus, il est conduit avec des psychologues, des médecins, des éducateurs, nous évaluons la dangerosité des détenus. En fonction de cela, nous les plaçons ensuite en détention et selon leur niveau de dangerosité, ils seront soit placés à l'isolement soit dans des quartiers spécifiques à l'intérieur des prisons, des quartiers pour détenus radicalisés qui seront étanchéïsés (si je puis utiliser ce barbarisme) pour évidemment créer une forme d'absence de passage et de lien avec la détention normale. GUILLAUME ERNER Alors ça, c'est pour la radicalisation en prison et puis il y a des craintes sur des détenus qui sont radicalisés et qui, du fait de la durée de leur peine, vont sortir l'année prochaine par exemple, il y a beaucoup de détenus radicalisés qui vont sortir. On est certain que leur idéologie (elle) n'a pas changé, qu'est-ce que l'on peut faire contre cela Madame la ministre ? NICOLE BELLOUBET Alors nous avons mis en place depuis quelques années, au sein de l'administration pénitentiaire, un service du renseignement, qui est aujourd'hui un service de renseignement qui est reconnu pour son efficacité et sa qualité. Donc bien entendu, ce service de renseignement est très activé à propos des détenus lorsqu'il s'agit de détenus radicalisés. Lorsque ceux-ci sortent de détention, des fiches qui contiennent tous les éléments… GUILLAUME ERNER Les renseignements. NICOLE BELLOUBET Les renseignements sont communiqués à l'ensemble des services de renseignement à l'extérieur de l'administration pénitentiaire, de sorte qu'il y ait un suivi et que la prise en charge soit effective par les services de renseignements que vous connaissez, la DGSI, etc. Donc il y a un continuum dans le suivi de la personne et, bien entendu, l'ensemble de ces services sont activés, et ces personnes ne sont pas livrées à elles-mêmes dans la nature. GUILLAUME ERNER Parce qu'on comprend bien qu'il y a un hiatus du point de vue du droit à ces gens-là, ils n'ont commis aucun autre crime… NICOLE BELLOUBET Absolument. GUILLAUME ERNER Supplémentaire que celui de continuer à penser ce qu'ils pensaient avant d'entrer en prison, c'est-à-dire d'être des gens dangereux ou en tout cas potentiellement dangereux. Est-ce qu'il n'y a pas la possibilité malgré tout de les maintenir en détention, comme le demandent certains, de… NICOLE BELLOUBET Alors si vous voulez, moi je pense qu'il faut être clair, nous sommes dans un Etat de droit, une peine est une peine, lorsqu'elle est achevée elle est achevée. En revanche et toujours dans l'Etat de droit, les services de renseignement vraiment très puissants que nous avons en France, très puissants au sens de très efficaces que nous avons en France sont en mesure (me semble-t-il) de suivre ces personnes. Par ailleurs dans certains qua… GUILLAUME ERNER Est-ce qu'il faut… pardonnez-moi Madame la ministre, ils ont montré encore hélas leurs défaillances lors de l'attentat commis contre le Super U de Trèbes, un système infaillible ça n'existe pas. Le fait de rejeter ou de laisser sortir des personnes radicalisées, n'est-ce pas… NICOLE BELLOUBET Moi, je préfère miser sur l'efficacité de nos services de renseignement et d'ailleurs l'efficacité des services d'insertion et de probation, qui sont de l'administration pénitentiaire et qui, parfois, sont amenés à suivre une personne qui est encore sous écrou mais qui sort de prison. Donc si vous voulez, il me semble qu'entre les deux services nous avons un quadrillage qui nous permet d'assurer la sécurité des Français, c'est en tout cas vraiment la force de ma conviction. GUILLAUME ERNER Dernière chose, il y a après la réforme de la justice une réforme constitutionnelle qui est en cours, là aussi elle va faire couler beaucoup d'encre. Est-ce que vous pouvez nous dire quels sont les principaux points de cette réforme Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET En 60 secondes… GUILLAUME ERNER Non, vous avez plus, on peut rester même une partie de la journée, si vous le souhaitez… NICOLE BELLOUBET Oui, si vous voulez. Non mais cette réforme, je ne révèle rien qui ne soit déjà connu. Le président de la République et le Premier ministre lancent une réforme constitutionnelle qui portera sur plusieurs sujets. La réforme constitutionnelle elle-même s'attachera à travailler sur le processus parlementaire, sur la justice, nous en avons dit un mot tout à l'heure avec plusieurs volets, y compris avec la suppression de la Cour de justice de la République. Elle portera également sur la décentralisation avec l'inscription de la Corse dans la Constitution. Elle portera sur la réforme du Conseil… du CESE qui sera également importante pour en faire une véritable chambre de la participation. Donc vous le voyez, il y aura plusieurs éléments. Et à côté de la réforme constitutionnelle stricto sensu, il y aura une loi organique et une loi ordinaire qui, vous le savez, installera d'une part une diminution du nombre de parlementaires, aussi bien sénateurs que députés de 30 % ; une élection à la représentation proportionnelle pour les députés pour 15 % ; et ensuite évidemment une modification des circonscriptions électorales liées à cela. GUILLAUME ERNER Dernière chose, vous êtes une grande technicienne du droit Nicole BELLOUBET, est-ce qu'il y a aujourd'hui des moyens de s'assurer que l'équilibre des pouvoirs ne sera pas rompu dans cette réforme, parce que là aussi on a l'impression que l'Exécutif est très expansionniste ces temps-ci ? NICOLE BELLOUBET Alors écoutez ! J'ai été très étonnée, j'ai lu un article dans un journal très récemment qui présentait cette réforme constitutionnelle, mais qui la présentait de manière unilatérale, en disant : l'équilibre des pouvoirs est rompu, le gouvernement, etc., mais c'est oublier tout un pan qui vise à redonner au Parlement des pouvoirs d'évaluation, des pouvoirs de contrôle bien plus puissants que ceux qu'il n'a aujourd'hui. Et donc je crois que c'est un processus qui est équilibré dans le respect de la 5ème République qui, je le rappelle ici, a fixé des principes fondamentaux que nous respectons. GUILLAUME ERNER Merci Nicole BELLOUBET, garde des Sceaux, ministre de la Justice d'avoir été avec nous… NICOLE BELLOUBET Merci. GUILLAUME ERNER Aujourd'hui alors que vous allez inaugurer ce nouveau palais de justice de Paris. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/632.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/632.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ed7244b3265d4a0a10dc2fbf928dccd9914aa3d1 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/632.txt @@ -0,0 +1 @@ +CLELIE MATHIAS La visite d'Etat d'Emmanuel MACRON aux Etats-Unis, la réforme des impôts locaux, ou encore même Françoise NYSSEN, la ministre de la Culture peut-elle rester, combien de temps peut-elle rester au gouvernement ? Tous ces sujets vont être abordés dans l'Interview politique de Jean-Pierre ELKABBACH, puisqu'il est 07h31 sur CNews et Jean-Pierre reçoit ce matin Benjamin GRIVEAUX, le porte-parole du gouvernement. JEAN-PIERRE ELKABBACH Bienvenu Benjamin GRIVEAUX. BENJAMIN GRIVEAUX Bonjour. JEAN-PIERRE ELKABBACH Bonjour, merci d'être là. Emmanuel MACRON à Washington, aux Etats-Unis, quel accueil, quelle visite, quelle visite d'Etat, et en même temps, quel hommage à la France de la part de son ami préféré, TRUMP. BENJAMIN GRIVEAUX C'est la première visite d'Etat depuis l'élection du président TRUMP. Première visite officielle d'un chef d'Etat sur le sol américain, donc c'est un moment important. Le président de la République avait reçu Donald TRUMP dans le cadre de festivités du 14 juillet l'an dernier... JEAN-PIERRE ELKABBACH On s'en souvient. BENJAMIN GRIVEAUX Rendez-vous avait été lancé et donc promesse tenue. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et qu'est-ce qu'ils en font ? Qu'est-ce qu'ils font ? Ils en font beaucoup. BENJAMIN GRIVEAUX C'est un partenaire important de la France, les Etats-Unis, c'est un allié historique, il y a des liens très anciens, et hier, le fait que ça se fasse dans la maison du président Washington, à Mount Vernon, dont on a nous l'image en tête du Général LA FAYETTE venant passer quelques temps auprès de WASHINGTON, à l'époque... JEAN-PIERRE ELKABBACH Et d'autres présidents aussi, d'autres interlocuteurs. BENJAMIN GRIVEAUX Et donc d'autres présidents, donc c'est évidemment un moment important, mais c'est aussi un moment où quand on a une relation de cette nature, eh bien on peut dire les choses, et on dit les choses à ses alliés, quand elles vont bien, mais aussi les choses qui vont moins bien, sur des sujets, le climat, le commerce, différents sujets qui seront abordés. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui oui oui. Est-ce que les résultats des entretiens seront à la hauteur de cette mise en scène de Donald TRUMP ? BENJAMIN GRIVEAUX Il est toujours difficile de dire, avant que les entretiens aient lieu, s'ils seront fructueux, mais il y a une certitude, c'est que l'un et l'autre défendront à la fois les intérêts de leurs Etats respectifs, dans le respect de son partenaire, et de l'allié historique, mais qui se diront les choses, ils ont l'habitude d'être directs et francs l'un et l'autre. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ce sont deux personnalités fortes, différentes l'une de l'autre, de métier, d'âge, de caractère... BENJAMIN GRIVEAUX De parcours. JEAN-PIERRE ELKABBACH ... de niveau intellectuel... BENJAMIN GRIVEAUX Ça, ce n'est pas à moi d'évaluer le niveau intellectuel de quiconque, mais de parcours différents et de personnalités différentes. JEAN-PIERRE ELKABBACH De parcours, mais qui s'accordent. Mais lequel des deux va profiter le plus de ces entretiens ? BENJAMIN GRIVEAUX Dans un bon accord et dans des bonnes relations entre alliés, il n'y a pas un gagnant et un perdant, il faut que les deux parties, à l'accord, et puis aux discussions qui sont, puissent trouver, pour leur peuple, pour leur économie, pour leur combat commun, eh bien des voies de sortie positives. JEAN-PIERRE ELKABBACH Lequel des deux est le moins naïf et peut-être le plus cynique ? BENJAMIN GRIVEAUX Aucun n'est naïf, sinon ils ne seraient pas aujourd'hui au poste qu'ils occupent l'un et l'autre. JEAN-PIERRE ELKABBACH On ne peut pas arriver au sommet de l'Etat si on est naïf, si on n'est pas un peu... BENJAMIN GRIVEAUX La naïveté n'est pas la première des qualités pour être président, aux Etats-Unis ou de la République. JEAN-PIERRE ELKABBACH Dès son arrivée, le président de la République française, Emmanuel MACRON, à Washington, a défini les enjeux de ses entretiens avec Donald TRUMP, et il l'a dit avant les entretiens qui vont avoir lieu ce matin, dans le Bureau ovale de la Maison blanche. Ecoutons le président MACRON. EMMANUEL MACRON Nous avons, les Etats-Unis comme la France, une responsabilité toute particulière, au moment qui est aujourd'hui le nôtre, nous sommes des garants du multilatéralisme contemporain, et je crois que nous avons, à travers ces échanges, beaucoup de décisions à prendre et à préparer. Cette visite est pour nous très importante, en particulier dans le contexte qui est le nôtre aujourd'hui, avec beaucoup d'incertitude, beaucoup de trouble et parfois beaucoup de menaces. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et en particulier la Syrie, le Proche-Orient, l'Iran, l'accord nucléaire sur l'Iran, et en même temps le climat et les suites de la COP21. BENJAMIN GRIVEAUX Et le commerce. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et le commerce Europe et Etats-Unis. BENJAMIN GRIVEAUX Qui à n'en pas douter seront au menu. JEAN-PIERRE ELKABBACH En parlant avec Emmanuel MACRON, le président des Etats-Unis parle-t-il avec le président jeune de la France, du Louvre, des Invalides, et du 14 juillet ou avec l'Europe ? BENJAMIN GRIVEAUX Il parle avec les deux, parce que la France est indissociable de l'Europe, et penser que la France a demain un horizon autre que celui d'un horizon européen sur la scène internationale, serait faire une grave erreur, ce qui a été trop de fois le cas par le passé. Ce que le président de la République a rappelé la semaine dernière au Parlement européen à Strasbourg c'est que ne regagneront de la souveraineté nationale, qu'avec une ambition forte pour la souveraineté européenne et que sur des sujets qui sont des sujets par définition très multilatéraux, que ce soit sur les questions de sécurité au Proche-Orient ou au Moyen-Orient, que ce soit sur les questions migratoires, c'est à l'Europe dans sa totalité, d'embrasser ces sujets et donc c'est à la fois le président français, évidemment, mais c'est aussi je crois l'un des leaders d'une Europe qui, l'année prochaine aura rendez-vous avec son histoire, dans le cadre des élections européennes, où pour la première fois le vent mauvais des populismes peut montrer son nez au Parlement européen. JEAN-PIERRE ELKABBACH Voilà, on va voir qu'il souffle ce vent mauvais. Mais d'abord les problèmes français. SNCF, demain mercredi Elisabeth BORNE organise la 70ème réunion de concertation avec les syndicats, ils ne veulent pas y aller. BENJAMIN GRIVEAUX Pas la dernière. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ils ne veulent pas y aller, parce qu'ils disent qu'elle n'a pas de pouvoir, etc. que le pouvoir est à Matignon et qu'il est ailleurs. Est-ce que ce matin... BENJAMIN GRIVEAUX Ils ne peuvent pas dire qu'elle n'a pas de pouvoir d'un côté, et contester le fait que nous avancions sont trop vite de l'autre, il y a une forme d'incohérence dans la contestation. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, mais vous leur dites, ce matin : allez-y ? BENJAMIN GRIVEAUX Je leur dis : quand on négocie, on ne choisit par les négociateurs, que les partis vous proposent, et puis je leur dis : demain c'est la dernière, le dernier moment où vous allez pouvoir rencontrer, pour fermer ce cycle de discussions, qui ont permis des avancées, il y a eu des discussions sur les modalités d'ouverture à la concurrence, sur les garanties sociales le fameux sac-à-dos social des cheminots, où on a pu avancer, avec l'intersyndicale JEAN-PIERRE ELKABBACH S'ils n'y vont pas, progressons, parce qu'il y a beaucoup de choses à dire ici... BENJAMIN GRIVEAUX Regrettons qu'ils n'y aillent pas, mais il y a d'autres sujets qui seront demain à l'agenda, qui seront les questions par exemple de la dette, du projet de l'entreprise, quelle est la stratégie pour l'entreprise, ça je suis certain, les conventions de branches, tout ça, j'espère que ça intéressera... JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça c'est la deuxième phase, mais auparavant. BENJAMIN GRIVEAUX La deuxième phase. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais auparavant, ils avaient écrit, parce qu'on les entend protester, ils avaient écrit au Premier ministre, à Edouard PHILIPPE, il ne leur a pas répondu, est-ce qu'il va leur adresser une réponse bientôt ? BENJAMIN GRIVEAUX A nouveau, le Premier ministre il répond toujours, mais moi je me mets à la place des Français qui sont lourdement sanctionnés, parce que les trains sont... manquent à l'appel et qu'on arrive en retard au boulot, qu'on n'arrive pas à être chez soi le soir, c'est difficile de comprendre que des personnes contestent une réforme, et qui s'absentent de la réunion où on va discuter de la réforme. Je les invite à pouvoir regagner à table, il reste 2 jours, utilisons la totalité des heures disponibles. JEAN-PIERRE ELKABBACH D'accord, mais vous ne m'avez pas répondu : le Premier ministre va leur répondre ? BENJAMIN GRIVEAUX J'imagine que quand on lui adresse un courrier, il répond, en tout cas c'est son habitude. JEAN-PIERRE ELKABBACH D'accord, et vous avez dit qu'il allait avoir une deuxième phase. Elle est avec qui ? Elisabeth BORNE ou avec le Premier ministre, par exemple ? Vous venez dire « on parlera de la dette ». BENJAMIN GRIVEAUX Elle est avec le gouvernement, après je ne sais pas. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est qui le gouvernement ? BENJAMIN GRIVEAUX Clôturons la première phase. Eh bien la personne qui est en charge du dossier, c'est Elisabeth BORNE, clôturons la première phrase avant d'entamer la seconde, la seconde phase, il y aura des sujets importants qui seront traités ou seront présents, je ne sais pas, d'ailleurs, si ce sera l'intersyndicale ou si ce seront les confédérations qui traiteront ça... JEAN-PIERRE ELKABBACH Et il peut y avoir à ce moment-là le Premier ministre. BENJAMIN GRIVEAUX Mais en tout cas, sera présent la question du projet de l'entreprise ou autre. Ecoutez, on n'y est pas encore. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais ça ne va pas tarder, parce qu'il y a les usagers qui souffrent. L'intersyndicale réunie ce soir, pour savoir si elle peut durcir encore une grève et vous avez entendu comme nous, certains qui demandent de prolonger en juillet et en août, le mouvement de grève. Est-ce que c'est une provocation, est-ce que c'est un chantage ou c'est la preuve de la force du mouvement syndical ? BENJAMIN GRIVEAUX On a un mouvement syndical qui connaît une moindre mobilisation depuis 2 ou 3 semaines, la mobilisation a plutôt faibli... JEAN-PIERRE ELKABBACH Sauf chez les conducteurs. BENJAMIN GRIVEAUX Sauf chez les conducteurs, mais elle a plutôt faibli, il n'y a pas que les conducteurs de train, la SNCF c'est beaucoup de métiers différents, beaucoup de métiers, parfois avec des pénibilités très fortes, qu'il faut respecter, qu'il faut pouvoir accompagner dans les mutations, et puis vous avez, comment dire, ces transformations-là qui seront portées dans les semaines qui viennent. Moi je ne crois pas que, une fois que la loi a été votée à l'Assemblée nationale, elle va partir au Sénat, elle a été votée avec une majorité écrasante, il y a 454 voix pour et 80 seulement voix contre, on va voir ce que le Sénat fait du texte... JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais vous dites : « la loi s'impose à tous, mais monsieur MARTINEZ a une autre lecture ». BENJAMIN GRIVEAUX Je pense qu'à un moment, il faut pouvoir... Mais c'est la démocratie parlementaire. Alors, soit on conteste la démocratie parlementaire, le résultat des urnes et on conteste aux députés le fait de faire la loi, quand bien même, manifestement, ça va bien au-delà de la majorité, puisque je rappelle que La République En Marche ! et le MoDem c'est à peu près 340, 350 parlementaires, et que là on est à 450, donc manifestement ça a rencontré un assentiment plus important, il faut pouvoir avancer, ça ne veut pas dire qu'on discute jamais, ça ne veut pas dire qu'on n'entend pas les demandes des représentants du personnel et des organisations syndicales, qu'on peut les inscrire, ce qu'on a fait, dans la loi, et pas par les ordonnances, ça nous avait été reproché. On a mis dans la loi, tout ce qu'on pouvait mettre, et à un moment il faut trancher. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et pourtant il n'entend pas de la bonne oreille, monsieur MARTINEZ, il a encore une fois, comme j'ai dit tout à l'heure, une autre conception, une autre lecture, mais peut-être que vous voulez... BENJAMIN GRIVEAUX Et pour entendre, il faut écouter, et donc pour écouter, il faut être autour de la table. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais lui, il craint peut-être une défaite historique du syndicalisme que vous appelez de l'ancien monde. BENJAMIN GRIVEAUX Mais, écoutez, je vais vous dire une chose : nous on ne cherche pas la victoire de quiconque ou la défaite de quiconque, ce ne sera pas une victoire du gouvernement, ce n'est pas la manière dont on a conçu ce projet de nouveau pacte ferroviaire. Nous on veut sauver la SNCF, on veut faire en sorte que les trains soient plus à l'heure, on veut faire en sorte que ça coûte moins cher aux contribuables, c'est ça notre objectif, on veut l'accompagner dans cette ouverture à la concurrence, qui, pour beaucoup de cheminots, demain est une crainte. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous ne croyez pas à des grèves en août et juillet, pendant les grandes vacances. BENJAMIN GRIVEAUX En tout cas, je ne les souhaite pas et je pense d'abord à nos concitoyens qui en subissent aujourd'hui... JEAN-PIERRE ELKABBACH Les conséquences et les effets pervers. BENJAMIN GRIVEAUX Les conséquences compliquées. JEAN-PIERRE ELKABBACH Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement avait fixé comme délai, certains disent ultimatum, le 23 avril minuit, c'était il y a quelques heures... BENJAMIN GRIVEAUX Hier. JEAN-PIERRE ELKABBACH Hier. BENJAMIN GRIVEAUX Pour les projets agricoles de la ZAD. Combien y a-t-il, Monsieur le Porte-parole, de dossiers déposés ? BENJAMIN GRIVEAUX Alors, on a 28 dossiers qui ont été déposés, mais pour que ce soit bien clair pour les gens qui nous écoutent, il y a 1 400 hectares qui sont propriété de l'Etat, là-bas, de terrains qui sont propriété de l'Etat. Il y a 600 hectares, on a déjà des conventions d'occupation précaires avec des agriculteurs, présents. Il y a quatre projets qui ont déjà été validés, mais avant la remise des 28 qui ont été remis hier et qui concernent à peu près 300 hectares, et puis les projets qui ont été remis hier, les 28, ça concerne un peu moins de 300 hectares, 270 très précisément. Donc ces projets-là, ils vont être examinés, là, cette semaine, pour voir la viabilité, pour voir si ça fonctionne bien, notamment avec les... JEAN-PIERRE ELKABBACH Un à un, tranquillement, avec un nouveau sursis, un nouveau délai... BENJAMIN GRIVEAUX Tranquillement, de manière très apaisée, mais le temps de l'examen, simplement de regarder.... Les gens ont pris la peine de remplir des dossiers, de présenter des projets, la moindre des corrections... JEAN-PIERRE ELKABBACH Les 28 dossiers ne seront pas tous validés, ou ils seront tous retenus ? BENJAMIN GRIVEAUX C'est très difficile de vous dire, je ne les connais pas. JEAN-PIERRE ELKABBACH D'accord. BENJAMIN GRIVEAUX Je ne vais pas vous faire, vous dire il y en aura un sur deux, je n'en ai aucune idée. Mais ce que je peux vous dire, c'est que ça concerne 270 hectares, et donc au total, on aura 1 200 des 1 400 hectares propriété de l'Etat, qui seront, je l'espère, en projet agricole, le reste étant des environnements qui sont boisés ou des routes et donc qui n'appellent pas de projet agricole particulier. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et les zadistes, dont les projets n'ont pas été retenus et qui voudront rester, qu'est-ce qui va leur arriver ? BENJAMIN GRIVEAUX Ce que nous avons dit depuis le 17 janvier, la ligne elle est constante, ceux qui ont un projet agricole, qui ont respecté l'Etat républicain, qui se sont « inségrés » dans le cadre que l'Etat a proposé aux personnes qui sincèrement étaient sur ce territoire pour porter un projet agricole différent, deux-là ont leur place, les autres n'ont pas leur place et ils seront évacués. JEAN-PIERRE ELKABBACH Ils seront évacués, mais on peut dire que les évacuations et les expulsions, et si elles ont lieu, n'auront pas lieu tout de suite. BENJAMIN GRIVEAUX Ah ben elles auront lieu une fois qu'on aura déterminé les projets et les personnes qui sont habilitées à rester. A partir du moment où vous ne portez pas de projet, que vous contestiez l'aéroport, c'est très bien, il ne se fait pas cet aéroport, donc vous n'avez plus aucune raison de rester ici. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et dans cet intervalle, Benjamin GRIVEAUX, dans cet intervalle, est-ce que les gendarmes peuvent être retirés ou peuvent être toujours présents mais éloignés ? BENJAMIN GRIVEAUX Un, vous avez des squats qui ont été évacués, vous avez, je le rappelle, beaucoup de travaux de déblaiement, il y a 174 bennes qui ont été vidées, de déblaiements, de parpaings, de poutres, de planches, d'objets contondants, etc. Donc vous voyez que... JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais il y aura d'autres squats à évacuer. BENJAMIN GRIVEAUX Oui mais, je veux dire, ce déblaiement, ça prend du temps, c'est normal que ça prenne du temps, les personnes qui sont habilitées à rester, pourront rester, les autres seront sorties de la zone. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous avez entendu tout à l'heure, Clélie le disait, que Françoise NYSSEN, la ministre de la Culture, est de plus en plus attaquée pour amateurisme. Je sais bien que la décision ne dépend pas du porte-parole du gouvernement, mais est-ce qu'il faut sauver Françoise NYSSEN, qui a été une très grande éditrice, avec Actes Sud ? BENJAMIN GRIVEAUX Vous savez, elle n'a pas besoin d'être sauvée, il y a une petite campagne qui est organisée, les articles se multiplient, et puis bien souvent la Presse réécrit... JEAN-PIERRE ELKABBACH Pourquoi ? De la part de qui ? Pourquoi ? BENJAMIN GRIVEAUX Ecoutez, franchement, a m'intéresse assez peu, moi ce qui m'intéresse c'est de voir le travail qu'elle fait. Un, elle a toute la confiance du Premier ministre, à n'en pas douter, et elle travaille sur des sujets qui sont des sujets structurants. Demain, la question de l'audiovisuel public, et donc c'est un travail de longue haleine qui est porté, et je crois qu'elle est respectée dans le milieu de la culture, vous l'avez dit, c'est une grande éditrice dont je ne doute pas que le milieu de la culture... JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc c'est elle qui va incarner les réformes de la culture et de l'audiovisuel public. BENJAMIN GRIVEAUX C'est elle qui les porte, c'est elle qui les travaille, c'est elle qui, en permanence avec les parlementaires, les mondes de la culture, les parties prenantes, s'en occupe. JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais pourquoi elle est attaquée maintenant, à votre avis ? BENJAMIN GRIVEAUX Vous savez, ça durera le temps de quelques jours et puis ça passera comme d'autres modes. JEAN-PIERRE ELKABBACH Le gouvernement évacue une à une les universités qui sont bloquées, on a vu Tolbiac il y a quelques jours, Montpellier hier et Grenoble, etc. Est-ce que vous confirmez qu'avant le 1er mai, aucune université ne sera occupée en France ? BENJAMIN GRIVEAUX Ce que je peux vous confirmer, c'est que, à chaque fois qu'un président d'université considère que la sécurité des étudiants ou la sécurité des personnels qui travaillent sur des sites universitaires, est mise en cause, eh bien il y a un travail qui est fait avec les autorités et les forces de l'ordre, sur le plan local, pour voir si on peut procéder à la sortie. Hier, à Montpellier, il n'y avait quasiment pas d'occupants, disons les choses, et la semaine dernière, pourquoi est-ce qu'on est intervenu à Tolbiac ? Parce qu'on a considéré qu'il y avait une situation qui faisait peser un risque, à la fois sur les étudiants qui étaient les occupants, il n'y avait pas que des étudiants qui occupaient, mais aussi... JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais on connait bien la situation sur CNews, puisqu'on a entendu le président Georges HADDAD. Mais si je pose la question sur, pas d'universités occupées par des bloqueurs, à partir du 1er mai, est-ce que ça veut dire que pour vous, mai 2018 ne peut pas être mai 68 et que votre gouvernement veut montrer que l'histoire ne se répète pas et que c'est la fermeté qui est de votre côté. BENJAMIN GRIVEAUX Je vais vous dire, Jean-Pierre ELKABBACH, je trouve qu'elle ne se répète pas, parce qu'en mai 68, soufflait un vent nouveau d'un pays qui était corseté, et on voulait insuffler de la liberté, on voulait de la transformation. C'est aujourd'hui exactement l'inverse, ceux qui occupent, ceux qui cassent, ceux qui détruisent du matériel dans les universités, sont ceux qui veulent que rien ne change, ce sont les conservateurs d'aujourd'hui, donc mai 2018 ne ressemble en rien en mai 68, puisque les conservateurs, ils sont dans la rue. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, vous êtes les progressistes, ou en tout cas les réformateurs. BENJAMIN GRIVEAUX Nous sommes qui veulent rassembler le pays, nous sommes ceux qui veulent insuffler la liberté, qui veulent libérer ce pays, le sortir de son corset qui l'a immobilisé pendant trop longtemps. JEAN-PIERRE ELKABBACH Même si cette année a donné un peu le vertige, il y a des partis qui sont tourneboulés, etc., parce que ça va trop vite. BENJAMIN GRIVEAUX Mais parce que ça fait 30 ans qu'on n'allait pas assez vite, ou qu'on repoussait les réformes, ou qu'on ne voulait pas les faire, ou qu'on manquait de courage, on se dirait : surtout c'est la majorité d'après qui fera, nous on ne fait pas. Nous, on fait. JEAN-PIERRE ELKABBACH Un autre problème pour la cohésion nationale, ils sont partis 300, aujourd'hui les signataires du manifeste contre un nouvel antisémitisme sont encore plus nombreux, mais le texte est perçu d'un côté comme des preuves de solidarité collective, et d'un autre côté comme des provocations. Pour vous, qu'est-ce que c'est ? BENJAMIN GRIVEAUX Je vais vous dire, moi l'antisémitisme, j'ai vu ce texte, le combat contre l'antisémitisme, le gouvernement s'est engagé pleinement, on a multiplié les dispositions, pourquoi, mais parce qu'il y a une réalité qui est que vous avez des personnes qui en France, j'étais à la Marche blanche pour Mireille KNOLL, il y a quelques semaines, qui sont attaquées, qui sont violentées, qui sont parfois assassinées, du fait de leur confession. Donc évidemment la lutte contre l'antisémitisme... JEAN-PIERRE ELKABBACH La lutte contre l'antisémitisme peut-elle être une cause nationale ? JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais la lutte contre la de l'antisémitisme est une cause nationale depuis toujours en France, et elle sera toujours une cause nationale de tout gouvernement, et elle est protéiforme, elle est protéiforme. Elle a parfois les atours de l'islam radical et de l'islamisme, elle a parfois les atours d'une ultra droite très conservatrice française, dont je rappelle qu'elle a été dans les années 30, porteuse d'un antisémitisme crasse, elle est aussi... JEAN-PIERRE ELKABBACH Elle n'a pas disparu... BENJAMIN GRIVEAUX Et elle n'a pas disparu, vous allez dans Saint-Nicolas-du-Chardonnay le dimanche matin, vous allez voir les publications, vous n'allez pas être déçu. De la même manière, vous avez aussi une partie de l'extrême gauche française qui nourrit une forme d'antisémitisme, matinée de conspirationnisme de complotisme, voilà, il est là, et ça il faut le combattre sur tous les fronts. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc il y a différentes formes d'antisémitisme... BENJAMIN GRIVEAUX Il y a différentes formes, et il est protéiforme. JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que vous confirmez qu'il y a à un nouvel antisémitisme lié à la radicalisation de l'islam extrémiste et fondamentaliste ? BENJAMIN GRIVEAUX Je ne sais pas s'il est nouveau. Je ne sais pas s'il faut le qualifier de nouveau ou pas, en tout cas il y a un antisémitisme qui est présent, il faut lutter pied à pied contre cet antisémitisme, ça se fait sur les réseaux, ça se fait auprès des enseignants qui sont parfois confrontés et donc sur des questions de prévention de comment est-ce qu'on gère un des gamins qui sont parfois très jeunes, qui contestent par exemple la Shoah, qui contestent des épisodes de l'histoire... JEAN-PIERRE ELKABBACH A combattre dès l'école, alors. BENJAMIN GRIVEAUX C'est un combat dès l'école, c'est une bataille culturelle. JEAN-PIERRE ELKABBACH Dès l'école, et cet antisémitisme lié à l'intégrisme islamiste qui s'affiche, se répand, on voit bien qu'il existe en Allemagne, puisque madame la chancelière MERKEL vient de dénoncer cette antisémitisme... BENJAMIN GRIVEAUX A nouveau il est protéiforme. A nouveau il est protéiforme, il ne faut céder sur aucun des fronts. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et est-ce que ça veut dire qu'il y a une double urgence aujourd'hui, un, la nécessité d'un texte fort du président de la République sur la laïcité et deuxièmement, encourager par l'Etat la fondation d'un véritable islam, courageux, combatif, représentatif au sein de la République française. BENJAMIN GRIVEAUX Sur le deuxième sujet, le président de la République l'a déjà dit. Sur le premier, sur ce fameux discours sur la laïcité, mais le président de la République, il suffit d'écouter, si on ne veut pas entendre qu'il parle de laïcité, évidemment, on peut faire la sourde oreille, mais le président de la République il parle de la laïcité à chacune des interviews qu'il donne, il en a parlé à de nombreuses reprises, il l'a fait lors du dîner du CRIF, il l'a fait lorsqu'il s'est exprimé devant l'église protestante, il s'est fait... JEAN-PIERRE ELKABBACH Tout ça, peu à peu, cette mosaïque constitue sa position. BENJAMIN GRIVEAUX Mais bien sûr, et il a une position très apaisée sur la question de la laïcité, certains lui cherchent querelle, c'est sans doute qu'eux-mêmes ne sont pas très au clair sur leur conception de la laïcité. JEAN-PIERRE ELKABBACH La loi, je vais vite, sur l'asile et l'immigration, a été votée en première lecture, ça a été une semaine de débats, après, qui a servi de révélateur, dans votre parti, on voit bien que c'est la discipline ou la sanction. J'entends dire qu'il peut y avoir un groupe qui pourrait se constituer au Parlement avec ceux qui ne sont pas d'accord avec la ligne des 300 députés, ça on verra, et puis c'est révélateur aussi pour la droite. Vous dites : c'est un révélateur de proximité entre députés républicains et Front national. Vous avez dit... BENJAMIN GRIVEAUX Entre quelques-uns. JEAN-PIERRE ELKABBACH Alors : « Quand je tends l'oreille, je vois une porosité totale ». Est-ce que vous êtes sûr de votre oreille ? BENJAMIN GRIVEAUX Malheureusement, je ne crois pas avoir de problèmes d'audition, et c'est bien triste, parce que, à nouveau, ça n'est pas toute la droite, ça n'est pas tous les députés Les Républicains qui sont à l'aise avec les thèses du Front national... JEAN-PIERRE ELKABBACH Laurent WAUQUIEZ … BENJAMIN GRIVEAUX Mais enfin, vous en avez quelques-uns, bien identifiés, qui souvent d'ailleurs sont dans la jeune garde, donc c'est pas très rassurant, comme quoi vous voyez, les nouvelles générations ressemblent parfois curieusement à parfois les anciennes générations, et donc ça n'est pas très rassurant et oui j'ai peur d'avoir bien entendu, je tendrai l'oreille au Sénat, je suis certain que la sérénité des débats du Sénat appellera sans doute des propos plus respectueux des valeurs de la République. JEAN-PIERRE ELKABBACH Pour vous, l'union des droites c'est contre nature. BENJAMIN GRIVEAUX C'est totalement contre nature et en tout cas j'ai une certitude c'est que la droite française, on a au gouvernement des gens qui sont issus de la droite française, vous avez une partie de la droite française qui est sociale, qui est libérale, qui est humaniste, qui est républicaine, qui est très loin des thèses de Marine LE PEN. JEAN-PIERRE ELKABBACH Benjamin GRIVEAUX, merci d'être venu. BENJAMIN GRIVEAUX Merci à vous. JEAN-PIERRE ELKABBACH A bientôt. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/633.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/633.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..849c207c0d5015cdd460893b606e665cd1aa3d90 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/633.txt @@ -0,0 +1 @@ +Merci beaucoup, Monsieur le Secrétaire général, pour vos propos et merci, une fois encore, à l'OCDE de son accueil. Mesdames et Messieurs les Présidents, Madame la Directrice générale, Messieurs les Commissaires, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames, Messieurs, Vous venez parfaitement, Monsieur le Secrétaire général, de rappeler le cadre dans lequel s'inscrit cette conférence et plus largement ce que j'appellerai cette mobilisation à l'initiative que nous voulons porter, celui du multilatéralisme. Nous avons des réalités contemporaines qui fondent nos pays, qui parfois structurent leurs peurs, leurs réalités au quotidien et le terrorisme, malheureusement, en fait partie. Depuis plusieurs années, nos pays et tous les pays ici représentés, quelle que soit leur situation sur le globe, ont eu à vivre la morsure des attaques terroristes. Notre pays, il y a encore quelques semaines à peine, a connu à nouveau cette forme d'attentat. Nous ne pouvons pas appréhender ce qu'est l'ordre du monde, sans nous atteler justement à une lutte efficace, concertée, cohérente contre le terrorisme sous toutes ses formes. Nous, Etats et organisations internationales à qui nos concitoyens ont remis la première des responsabilités, celle de leur sécurité, nous avons réagi à cette menace et nous devons aller au bout de la réponse qu'il faut apporter. En effet, ce qui fonde la légitimité des Etats et donc ensuite des coalitions qu'ils peuvent former, des organisations internationales auxquelles ils décident de concourir, c'est de protéger. La lutte contre le terrorisme, c'est cette mission première et fondamentale. Au fil des mois et des années, nous avons ainsi concentré notre travail sur Al-Qaïda et Daesh, car il est apparu que ce sont là les deux acteurs principaux du terrorisme mondial. D'autres organisations se déploient au plan régional. Mais les grandes ramifications, la structuration profonde du terrorisme international ramène toujours à ces deux racines. C'est pourquoi j'y consacrerai l'essentiel de mon propos, sans oublier que d'autres mouvances agissent et frappent dans des pays que nous soutenons et aidons également. Ces mouvances terroristes frappent évidemment dans la région du Levant, dans nos continents, en Europe comme de l'autre côté de l'Atlantique et dans à peu près toute l'Afrique. Elles se développent aujourd'hui dans l'Asie du Sud-Est et dans le Pacifique. Donc, ce qui pouvait apparaître il y a encore quelques années comme une réalité très régionale est devenue une réalité mondiale et un risque qui touche tous nos pays. Contre Al-Qaïda et Daesh, nous avons mené tous les combats sur le terrain et cet ennemi très particulier, caractéristique de notre temps, défi de notre génération, recule, mais il ne disparaît pas, il s'adapte. Je crois que nous devons ici partager ce constat lucide, nous menons des batailles aujourd'hui au Levant ou au Sahel et je veux rendre hommage à nos soldats au sein des différentes coalitions internationales, qui, chaque jour, risquent leur vie et qui parfois ont payé le lourd tribut de ces batailles. Mais nos ennemis sont mobiles et inventifs. Ils changent de tactique en permanence, ils changent de terrain d'opération en permanence, ils utilisent toutes les technologies contemporaines, ils sont présents sur Internet, ils manipulent nos opinions publiques, ils s'infiltrent au coeur de nos sociétés, ils développent une réplique d'eux-mêmes au sein de nos sociétés à travers ce qu'on appelle aujourd'hui un terrorisme plus endogène et ils utilisent toutes les formes contemporaines de financement et de transformation. C'est pourquoi nous devons avoir une détermination absolue et une exigence méthodique pour lutter contre ce terrorisme. C'est une nouvelle étape qu'il nous faut donc franchir dans la lutte contre Daesh et Al-Qaïda, qui consiste non seulement à continuer de combattre le terrorisme islamiste sur tous les fronts, dans tous les territoires où il a développé ses métastases, mais également trouvé de nouvelles marges, de nouveaux moyens de le neutraliser. C'est tout l'objet de cette conférence, une conférence qui doit déboucher sur un véritable plan d'action contre le financement du terrorisme. Il faut d'abord continuer à contester aux terroristes tous les espaces et tous les lieux. C'est d'abord et avant tout une bataille territoriale dans toutes ses composantes et nous devons la mener jusqu'à son terme. Je veux ici très rapidement revenir sur trois lieux de cette bataille sur lesquels il nous faut continuer à intensifier notre action. Le premier espace, c'est le cyberespace, cet espace intangible, totalement contemporain, mais qui a été surinvesti par Daesh et Al-Qaïda. En effet, le terrorisme utilise chaque liberté octroyée, chaque facilité offerte pour précisément combattre les sociétés qui les promeuvent. Ils comprennent parfaitement les modes d'organisation du cyberespace. Ils comprennent parfaitement la sensibilité des opinions publiques et ont développé très méthodiquement les voies et moyens pour déstabiliser nos opinions publiques en intimidant au maximum par ce truchement. Qu'il s'agisse de l'usage du réseau mondial à des fins de diffusion de la propagande terroriste, d'un prosélytisme nourri d'exclusion et de haine ou de l'usage des réseaux par les terroristes pour échanger, pour recruter ou revendiquer, le cyberespace est un lieu de bataille essentiel. Nous avons tous pris conscience de ce rôle central de l'Internet et des réseaux sociaux. Cela doit plus que jamais faire naître une responsabilité. Une responsabilité que chaque acteur concerné doit désormais assumer publiquement. Pour ceux qui ne font preuve d'aucune coopération avec les services de police et la justice, ils doivent désormais savoir qu'ils encourent le risque d'une complicité passive par négligence. Il ne s'agit pas de régenter d'autorité, au prétexte de lutter contre le terrorisme, mais bien de réprimer des faits avérés d'incitation à la haine, d'apologie d'attaques déjà commises ou de menaces imminentes et de permettre aux services qui les combattent de disposer de tous les moyens nécessaires. Des progrès ont été accomplis en la matière, le dialogue des Etats avec les entreprises concernées en particulier américaines s'est développé notamment depuis l'initiative que nous avions prise l'année dernière avec Theresa MAY suite aux attentats de Londres, en coordination étroite avec l'Allemagne, ou encore dans le cadre du Forum européen de l'Internet. Mais il faut bien là aussi le reconnaître les discussions ne vont pas assez vite, les engagements ne vont pas assez loin et l'identification des internautes violents et radicaux est encore trop souvent lacunaire et les contenus terroristes mettent trop de temps à être retirés. Je le dis ici avec beaucoup de clarté, des progrès ont été faits mais qui aura à expliquer à ses concitoyens qu'on a mis un jour, deux jours à retirer des contenus de haine, des incitations à l'acte terroriste ? Pas les acteurs qui vous expliquent que ce n'est pas possible et qu'ils sont les grands défenseurs de la liberté, mais les dirigeants, les dirigeants élus par leur peuple et qui sont avant tout en charge de leur sécurité ! Et donc sur ce sujet nous avons sans doute trop tardé mais, croyez-moi, nous n‘attendrons plus, les acteurs de l'Internet doivent désormais mettre en œuvre les recommandations que la Commission européenne leur a adressé le 1er mars dernier concernant le retrait des contenus illégaux en ligne. Cela veut dire un retrait au plus tard dans l'heure comme nous l'avions demandé lors de la dernière Assemblée générale des Nations Unies, c'est leur responsabilité et ils doivent avoir pleinement conscience que nous mettrons tout en œuvre pour les y contraindre. Il faut également que tous les acteurs mettent en partage les bonnes pratiques tout particulièrement au profit des plateformes plus modestes pour faire barrage à la propagande d'Al-Qaïda et Daesh et que nous puissions en suivre les résultats, les outils de détection et de retrait automatisés doivent être davantage utilisés. La France avec d'autres Etats porte ce sujet au niveau européen d'abord en utilisant l'outil de signalement d'Europol en complément de notre outil national et aussi en ayant conçu une matrice mesurant les retraits de contenus terroristes qui sert aujourd'hui de référence aux acteurs de l'Internet et aux Etats dans l'espace européen. Il faudra savoir le moment venu nommer ceux qui jouent le jeu et ceux qui ne le jouent pas et sur ce sujet le fameux « name and shame » aura, croyez-moi, beaucoup de vertus. Nous soutenons à cet égard la mise en place avant la fin de l'année d'une législation européenne comme la Commission européenne l'a proposé parce que nous ne pouvons plus attendre, parce qu'il est faux de dire qu'on peut s'en remettre à la bonne volonté, parce qu'on ne peut pas compromettre la sécurité de nos concitoyens. Je suis pour ma part favorable à ce que nous construisions le cadre légal d'une responsabilité des plateformes Internet parce que diffuser des contenus, permettre de les propager et considérer qu'on n'a aucune responsabilité et que cela appartient à la responsabilité individuelle c'est vouloir avoir le meilleur de la diffusion sans en prendre la responsabilité ! Dans tous nos pays qui éditent un contenu, une tribune est responsable sur le plan éditorial, il est obligé de s'assurer que c'est conforme à l'ordre public et si ça n'est pas le cas sa responsabilité est engagée. Pourquoi dans le cyberespace devrait-il en être autrement ? Je suis profondément attaché à la liberté d'expression, nous sommes ici dans le pays des droits de l'homme où la liberté d'expression est chaque jour défendue mais parce qu'elle a été justement rendue compatible avec la sécurité de chacun. Je disais que nos services de sécurité devaient pouvoir bénéficier des outils nécessaires à leurs missions, dans le monde hyper connecté qui est le nôtre ces outils passent nécessairement par un accès rapide aux données de connexion qui sont la matière première des investigations. Cet accès doit être effectif y compris lorsque ces données sont dispersées, éparpillées par des opérateurs privés qui les détiennent et en usent avec moins de contraintes que les autorités publiques. L'accès aux données de connexion pour les acteurs étatiques luttant contre le terrorisme doit être garanti dès lors que les procédures présentent des garanties suffisantes et que les finalités poursuivies sont légitimes. Laisser prospérer des espaces ouverts à la propagande alors même que Daesh et Al-Qaïda ont perdu la quasi-totalité de leurs territoires physiques et se trouvent dans une situation de survie c'est leur fournir aujourd'hui de manière irresponsable la possibilité de se régénérer, de se répliquer, de bouturer dans d'autres endroits du globe. C'est donc aujourd'hui que nous devons accélérer et intensifier cette lutte dans le cyberespace. Le deuxième espace sur lequel nous devons intensifier cette lutte ce sont les territoires eux-mêmes. D'abord évidemment continuer de combattre l'idéologie extrémiste partout où elle sévit à commencer par l'action insidieuse des groupements et associations qui comme cela a été souligné encore par un collectif d'imams français confisquent la religion musulmane à des fins criminelles, la déforment, la détournent et doivent savoir que nous ne leur laisserons aucun répit. Il faut également une chaîne du renseignement parfaitement continue et coordonnée depuis l'extérieur de nos frontières jusqu'au plus près des territoires. Il y a ensuite le théâtre irako-syrien que j'évoquais à l'instant où la France restera engagée aussi longtemps que nécessaire auprès de la coalition internationale, les autorités irakiennes et les forces démocratiques syriennes. Nous l'avons longuement évoqué ces deux derniers jours avec le président TRUMP, cette bataille militaire contre Daesh se poursuivra jusqu'à son terme et sous toutes les formes nécessaires pour empêcher de reconstituer quelques marges de manœuvre que ce soit. Mais ne nous trompons pas, Daesh fera tout ce qui est en son pouvoir pour miner les efforts de l'Irak dans son travail de reconstruction d'un Etat viable et d'une société apaisée et ces groupements terroristes feront tout dans la durée pour que la Syrie ne soit pas un Etat stable. C'est aussi pour cela que nous sommes déterminés à œuvrer diplomatiquement, politiquement à construire les voies et moyens d'une stabilité dans la région et en particulier en Syrie et dans la durée. Cette détermination est essentielle pour éradiquer les causes profondes de ces mouvements terroristes dans la région du Levant. Il y a enfin l'arc de crise qui court de la Corne de l'Afrique au Mali en passant par le bassin du lac Tchad et le sud de la Libye où Al-Qaïda comme Daesh ont essaimé. Ils ont prospéré sur la grande pauvreté, sur les déstabilisations climatiques et ils ont réussi à vivre d'une économie de trafics, trafic de drogue, trafic d'armes, trafic d'êtres humains, et à affaiblir profondément ou à essayer de déstabiliser tous les Etats de la région. Nous continuerons à nous engager au sein de la MINUSMA à travers l'opération Barkhane et la coopération essentielle que nous avons construite en particulier avec les pays du G5 Sahel qui nous permet d'avoir une action résolue et d'accompagner ces pays également dans leurs initiatives. L'Union africaine joue également un rôle déterminant dans cette lutte et nous continuerons à appuyer ses initiatives. Nous devons empêcher toutes les tentatives de dispersion des militants de Daesh et donc de reconstitution d'enclaves comme nous avons pu en observer les premiers indices. Dans la région, dans la Corne de l'Afrique ou en Libye où la détermination qui est la nôtre de reconstruire un cadre stable politique est une condition absolue pour que le terrorisme ne reprospère pas. Mais nous avons vu également ces derniers mois en Afghanistan, en Asie du Sud-est certains de ces groupements terroristes s'implanter ou se réimplanter et essayer de prospérer à nouveau. Et donc nous devons poursuivre ces batailles territoriales et la France y sera pleinement engagée en particulier au Levant et au Sahel mais nous devons nous préparer très rapidement à des interventions dans d'autres régions du globe dès que ces groupements terroristes se réorganisent ou réapparaissent. Sur ces sujets j'en appelle à la coopération de tous les Etats ici présents, nous devons avoir une coordination parfaite, nous ne devons jamais penser que la protection d'un Etat peut parfois se faire aux dépens de ses voisins, qu'on pourrait pousser le risque terroriste de l'autre côté de la frontière en pensant être à l'abri, c'est faux. C'est une coopération absolue dont nous avons besoin parce qu'ils se jouent où ils se sont joués trop souvent de nos divisions. Et je veux ici adresser au nom de la France un message de solidarité à tous les Etats représentés aujourd'hui et qui se trouvent en première ligne de ce combat contre ces deux organisations. Votre engagement est remarquable et la France continuera à se tenir à vos côtés comme elle le fait aujourd'hui en organisant cette conférence. Enfin, il y a un troisième espace qui touche beaucoup de nos pays ce sont les prisons. C'est une situation qui requiert la plus grande vigilance et sur laquelle nous devons là aussi continuer à travailler ensemble. Généraliser et mutualiser les bonnes pratiques pour réduire les risques précisément de radicalisation et de diffusion de comportements qui nourrissent le terrorisme dans nos prisons. C'est une urgence pour nous tous qui impose échanges d'expériences entre partenaires, le risque de contamination de la population carcérale au contact des individus radicalisé est une réalité dans de nombreux pays. La France connaît une progression sans précédent de cette contagion, l'expérience et les bonnes pratiques de nos partenaires sont pour nous précieuses et c'est dans ce cadre que nous soutenons, que nos experts justement participent activement aux initiatives, aux activités de formation et d'échanges organisées en particulier par le Réseau européen de sensibilisation à la radicalisation qui a notamment publié un manuel de bonnes pratiques et c'est fort de cette détermination que la Garde des Sceaux a pu ces dernières semaines procéder à plusieurs annonces et réorganisations. Ces trois combats territoriaux sont absolument déterminants et supposent la mobilisation de tous les Etats et toutes les organisations ici présentes et une coopération complète. Pour mener cette bataille jusqu'à son terme il nous faut bien évidemment gagner chacun de ces espaces dans nos sociétés, hors de nos sociétés et sur l'Internet. Mais il nous faut assécher notre ennemi à la racine et donc l'assécher dans sa capacité à se financer lui-même. C'est bien évidemment l'un des nerfs de cette guerre et d'ailleurs on le voit au Levant comme au Sahel et au Sahara, le terrorisme s'est toujours nourri par le grand banditisme, les grands trafics et les mouvements économiques et il ne faut pas d'ailleurs dissocier ces phénomènes, ils se sont constamment renforcés. Je l'évoquais pour la bande sahélo-saharienne, les terroristes ont réussi à convertir parfois des grands trafiquants et à se greffer sur des routes qui étaient des routes ou de commerce ou de trafics millénaires parfois, que nous connaissons parfaitement et qui sont familiers d'ailleurs à beaucoup dans cette salle plus qu'à moi-même ! Mais ils les ont transformées, ils les ont perverties et ils se sont nourris de celles-ci. Dans le Levant ils se sont nourris des trafics sur les matières premières qu'il s'agisse du gaz ou du pétrole. Au Sahel et au Sahara ils se sont nourris des trafics d'être humains, des prises d'otages, du trafic de drogue sur cette route que nous connaissons parfaitement du golfe de Guinée jusqu'à la Libye aujourd'hui et en retour de la Libye jusqu'au golfe de Guinée en se nourrissant du trafic d'armes. Et donc il y a à chaque fois un sous-jacent qui est un sous-jacent économique, financier qui permet de développer ce terrorisme. Et il faut bien le dire, les terroristes se sont aussi nourris de nos divisions, nous avons par trop souvent été naïfs, on pensait qu'on pouvait aider tel groupe pour défendre nos intérêts, pour déstabiliser tel autre. Les responsabilités sont largement partagées et je ne veux ici stigmatiser personne parce que je crois que la force de cette réunion c'est d'être tous rassemblés mais regardons les choses en face y compris parfois dans des années récentes, nous avons pensé que c'était une bonne idée de financer tel ou tel groupe pour essayer de contrebalancer l'influence de telle puissance, de telle sensibilité religieuse, de telle puissance régionale et nous avons été parfois collectivement des apprentis-sorciers soit par naïveté, soit par conviction, le résultat a été le même. Beaucoup trop de pays ont nourri des mouvements directement terroristes ou liés au terrorisme pensant défendre leur intérêt propre dans la région ou pensant contrecarrer les intérêts d'une puissance hostile, c'est cela ce qui a été fait. Donc si nous voulons être efficace face à ce phénomène de financement du terrorisme je crois que la première chose, le premier engagement que nous devons prendre c'est celui de la transparence et de la coopération et c'est la grande force de la mobilisation d'aujourd'hui. Il y a dans la salle ici des pays qui ne pensent pas la même chose, qui n'ont pas les mêmes sensibilités, dont les intérêts géopolitiques ne sont pas les mêmes, qui se sont souvent divisés, qui ont parfois financé des groupes opposés auxquels je faisais référence mais vous êtes là aujourd'hui et je vous en remercie parce que tous vous avez souffert des conséquences directes ou indirectes de ce qui a été fait à un moment donné et tous nous avons conscience qu'on ne peut pas continuer ainsi. Et donc le premier engagement que nous devons prendre aujourd'hui, le plus important c'est cet engagement de méthode et c'est la plus grande force de la réunion d'aujourd'hui, c'est de former cette coalition d'Etats, d'organisations internationales ici représentées qui acceptent de travailler ensemble, de désigner cet ennemi commun même s'il n'est pas exclusif d'autres ennemis que les uns et les autres peuvent avoir et d'intérêts qui peuvent parfois être divergents et de décider de coopérer pour assécher tous les financements à l'égard de ces derniers. On ne jouera plus avec le financement pour Daesh et Al-Qaïda ou tous les groupes associés à ces derniers, il n'y aura plus d'ambiguïté dans le financement accordé à tout groupe lié à ces derniers quels que soient les intérêts territoriaux, quels que soient les intérêts d'influence. Et il y aura entre nous une transparence complète des échanges d'informations véritables, une volonté de faire ensemble parce que ces mouvements ont tué trop de vies innocentes sur tous les continents et ces mouvements ne défendent aucun intérêt, aucun pays, aucune religion sans ambiguïté. Je vous remercie donc d'avoir accepté cette mobilisation. Cette conférence de mobilisation c'est une conférence de l'action qui doit ainsi déboucher sur des résultats concrets mais je souhaite comme vous l'avez compris que le premier acquis de cette journée soit bien de construire cette Coalition de Paris qui jamais ne doit se désolidariser face à ce risque, qui jamais ne doit se désolidariser face à cet ennemi commun. Cette Coalition de Paris a donc acté des résultats grâce aux travaux de ces deux derniers jours et je veux ici remercier l'ensemble des ministres, des équipes qui ont travaillé depuis plusieurs mois sur ce sujet et ont permis en particulier ces derniers jours de parachever un agenda de Paris avec une liste d'engagements forts. Le partage de renseignements, la lutte contre l'anonymat des transactions, l'identification des sources de financement, l'anticipation du détournement des nouveaux instruments financiers, l'engagement collectif vis-à-vis des pays vulnérables mais aussi des pays défaillants envers lesquels il convient d'exercer une pression croissante et les sanctions internationales, autant de priorités sur lesquelles nous devons progresser mais sur lesquelles nous nous sommes fixés ensemble un agenda commun. Cette Coalition de Paris prolongera dans le domaine du financement et avec une vocation mondiale le travail réalisé depuis 2014 dans le cadre de la coalition internationale contre Daesh et au Levant. Ce que nous avons réussi à faire sur le terrain d'un point de vue militaire nous devons le faire dans la lutte contre le financement de Daesh et Al-Qaïda avec la même force, la même détermination, la même clarté et la même solidarité. Je veux juste sur ce point revenir sur cinq priorités que la France portera tout particulièrement et sur lequel nous axerons nos efforts. La première priorité c'est l'organisation d'un cadre légal et opérationnel en vue du recueil et du partage de l'information le plus large entre nos services. Sur ce point la France, comme bon nombre des partenaires, a fait des progrès significatifs ces dernières années, le renseignement financier français est étroitement interconnecté au reste de l'appareil de renseignement. L'information circule efficacement avec le secteur financier via les déclarations de soupçons mais aussi depuis peu grâce au mécanisme d'appel à la vigilance renforcée qui a été mis en place. Enfin, nous avons fait de grands progrès en termes d'articulation entre l'action en renseignements et l'action judiciaire. Mais cet effort n'a de sens que s'il est mené collectivement, j'engage ainsi l'ensemble des Etats souscrivant à l'agenda de Paris à mener ce même effort pour favoriser la circulation de l'information tout au long de la chaîne de lutte contre le financement du terrorisme. Nous devons avoir un réseau de coopération internationale structuré, réactif pour être parfaitement efficace, ce sont ces échanges internationaux qui fournissent aux enquêteurs financiers les éléments dont ils ont besoin pour s'orienter dans les ramifications complexes des réseaux de financement du terrorisme. La deuxième priorité sur laquelle je veux tout particulièrement insister c'est de prévenir le détournement des instruments financiers légitimes en luttant contre l'anonymisation des circuits financiers terroristes y compris ceux qui abusent de la générosité du public. En effet, les groupes terroristes utilisent toutes les possibilités que leur offrent nos sociétés autant pour garantir leur survie que pour monter leurs opérations. S'attaquer à l'anonymat des transactions financières c'est un objectif difficile mais terriblement efficace pour identifier les acteurs et les sanctionner mais aussi combattre par anticipation leurs projets. Aujourd'hui encore la majeure partie des flux qui sert au financement des groupes terroristes et à l'organisation des attaques relève très largement d'échanges informels en numéraires. Dans nos sociétés nombre des initiatives terroristes qui sont prises sont financées à peu de frais et par le truchement de ces échanges informels. C'est parfois d'ailleurs le seul moyen disponible pour soutenir des échanges commerciaux normaux dans des zones non bancarisées. Je ne méconnais pas la nécessité de conserver toute la souplesse nécessaire à la libre circulation monétaire là où parfois seul l'argent liquide est disponible. Pour autant, j'appelle votre attention sur l'importance d'imposer des contrôles, des plafonds au-delà desquels la circulation d'argent liquide est manifestement suspecte et excède les besoins habituels des détenteurs. C'est très difficile dans certaines régions, c'est un enjeu qui est encore plus important dans certaines régions mais cette organisation doit se faire et ce contrôle doit être renforcé sinon il nourrit, on le sait bien, tous les trafics et en particulier derrière les actions terroristes qui en découlent. Les différentes formes d'expression de la générosité du public nécessitent la même vigilance, vos travaux ont rappelé que les dons privés pouvaient être détournés au profit d'organisations terroristes ou que des institutions caritatives pouvaient servir de paravent conscient ou pas au financement de groupes et d'activités terroristes comme à la promotion de discours de haine. C'est une réalité dans nos pays, c'est une réalité dans ce pays, il y a aujourd'hui des associations, des groupes qui au nom d'une religion ou au nom d'actions caritatives recueillent des dons privés qu'ils détournent à des fins qui ne sont pas celles initialement promises. Nous devons par notre coopération lutter contre ces comportements, un équilibre doit absolument être trouvé avec le souhait légitime de laisser à la solidarité individuelle ou collective son rôle dans la construction et la vitalité de nos sociétés mais on doit renforcer un contrôle légitime et éviter ces détournements. A ce titre, notre engagement doit être concret, je sais que beaucoup d'entre vous ont déjà fait des efforts en ce sens et je propose qu'à l'horizon de 2020 nous nous soyons dotés des moyens susceptibles d'en finir avec ces financements détournés. La France pour ce qui la concerne prendra dans les prochains mois des mesures fortes en la matière pour donner un cadre à l'ensemble de ces pratiques, donner un cadre à l'ensemble de ces financements et structurer l'ensemble de ces organisations. C'est indispensable pour notre pays et pour la lutte contre ces dérives. Dans cette perspective, même si je sais que cette proposition est encore en discussion, la France soutient le principe d'un mandat donné au Groupe d'action financière, le GAFI, de faire au plus tard à la fin de l'année 2018 un bilan dans le secteur caritatif et de proposer des améliorations des standards internationaux. Sur cette base rendue publique nous pourrions prendre toutes les mesures nécessaires pour réduire les vulnérabilités constatées. La troisième priorité c'est de gérer avec discernement l'utilisation dans les circuits financiers des nouvelles technologies comme le mobile banking ou le crowdfunding. Les systèmes d'identification numérique, le paiement par téléphone mobile offrent en effet de nouvelles opportunités pour mieux connaître des flux financiers qui sans cela auraient recours à des canaux informels. Ces modes de financement se développent formidablement y compris dans les régions aujourd'hui les plus pauvres parce que c'est une innovation profonde qui correspond aussi à des usages. On voit au Levant comme en Afrique ces instruments nouveaux, ces pratiques nouvelles se diffuser à grande vitesse. Il nous faut donc avoir les outils pour les appréhender, il en est d'ailleurs de même pour les innovations dans le domaine des crypto-actifs qui représentent une innovation financière que nous devons promouvoir mais nous devons aussi en anticiper tous les risques. La monnaie c'était jusqu'à présent là aussi un instrument souverain parce qu'il y avait derrière des garanties et des contreparties souveraines. Je suis un grand défenseur de l'innovation mais je ne suis jamais excessivement enthousiaste devant les innovations qui bousculent le fondement même des démocraties. Qui sont les garants en dernier ressort de ces systèmes de monnaie nouveaux ? Qui garantit en dernier ressort leurs équilibres ? Qui à la fin permettra de s'assurer qu'il y a un ordre public et que les intérêts de chacun sont respects ? A coup sûr pas ceux qui innovent et proposent ces monnaies, ceux-là auront disparu le jour où il y aura un problème, nous l'avons déjà constaté à plusieurs reprises. Et donc nous devons sur ce sujet aussi savoir raison garder et préserver les fondamentaux de notre démocratie. Donc sur ce sujet nous devons proposer une régulation internationale appropriée et équilibrée avant que nos adversaires ne dévoient ces innovations. C'est pour cela que dès le début d'année à Davos j'avais souhaité que le FMI puisse être clairement mandaté sur ce sujet et apporter des propositions de régulation nécessaire, que nous puissions travailler dans le cadre du G20 avec le Conseil de Stabilité Financière sur l'ensemble des régulations équilibrées et que les plateformes spécialisées soient mises en situation d'appliquer des contrôles élémentaires pour faciliter l'identification des donateurs et surtout des bénéficiaires finaux des fonds transférés. Il ne s'agit pas de sur-encadrer un secteur certes très dynamique mais bien de le protéger et de nous protéger contre les détournements dont il peut faire l'objet. Les risques qui sont liés à l'utilisation de nouveaux instruments financiers ont été bien perçus à l'échelle européenne notamment dans le cadre de l'élaboration de la quatrième directive bis anti-blanchiment. L'enjeu clé est précisément la relation entre le monde bancaire et financier et les enquêteurs dont la directive fait une obligation européenne. La Commission européenne a de plus proposé le 17 avril dernier de mettre en place un accès direct avec toutes les garanties nécessaires à des fichiers centraux nationaux pour les enquêteurs dans le cadre de la grande criminalité. Cela doit nous permettre de gagner un temps précieux, souvent crucial lorsqu'il s'agit de terrorisme et je pense que c'est une bonne pratique qui doit là aussi être au maximum généralisée. Au-delà des instruments financiers les plus innovants créer et utiliser un compte bancaire géré par le biais de services en ligne ou d'un réseau d'agences sans aucune formalité particulière ou sur la simple base des déclarations de l'utilisateur peut aussi être une source de grande vulnérabilité. Nos difficultés sont accrues lorsqu'il n'existe pas de base de données qui centralise les détenteurs de comptes bancaires dans un pays donné. C'est pourquoi partout où cela n'est pas déjà fait nous devons nous assurer quelle que soit la méthode qu'un mécanisme adapté permet aux autorités de retrouver rapidement les détenteurs de comptes utilisés à des fins terroristes. Cette mesure qui fait partie de l'agenda de Paris devra bien sûr s'accompagner de la nécessité d'imposer des formalités d'identification à l'ouverture d'un compte mais aussi pour en garantir le bon usage. La fraude documentaire, l'usurpation d'identité, l'absence de contrôle sur les utilisateurs sont par conséquent autant de défis connexes que nous devons relever collectivement. Et là aussi il faut être lucide, l'approche incitative ne suffira probablement pas et nous devons nous préparer à prendre des mesures coercitives adaptées. La quatrième priorité c'est d'accroître le soutien aux Etats vulnérables tout comme la pression sur les Etats défaillants. Nous devons renforcer et mieux coordonner les moyens d'assistance technique vis-à-vis des Etats vulnérables et vous avez là, Monsieur le Président, Madame la Directrice générale, Messieurs les Commissaires, une responsabilité toute particulière pour laquelle nous vous accompagnerons. Nous devons renforcer également l'engagement collectif des Etats et des organisations internationales vis-à-vis des Etats qui sont placés sur la liste grise ou la liste noire du GAFI. Toutes les parties prenantes doivent tirer les conséquences de l'inscription d'un pays sur ces listes. De même les Etats et les organisations internationales doivent mettre en place des cadres définissant les mesures qui sont à prendre vis-à-vis des pays et lorsque les cadres existent, c'est le cas au FMI et à la Banque mondiale, les réexaminer et le cas échéant les mettre à jour. Mais je crois que sur ce sujet nous ne devons avoir aucune complaisance et aucune faiblesse de méthode. La responsabilité des Etats doit aussi se traduire par la mise en place au niveau national d'instruments efficaces de répression et de sanction. J'ai ainsi renforcé la capacité de la France à prendre au niveau national et à soutenir au niveau international des mesures de gels d'avoirs contre les personnes physiques ou morales contribuant ou ayant contribué au financement du terrorisme. Nous avons souvent ces dernières années procédé à des sanctions financières mais générales ou sectorielles sur des sujets qui n'étaient pas forcément d'ailleurs des sujets de terrorisme. Quand on regarde à l'épreuve des faits ce ne sont pas toujours les sanctions les plus efficaces mais en matière de lutte contre le terrorisme nous devons multiplier ces gels d'avoirs en les ciblant mais en les appliquant jusqu'au bout. Ainsi, le nombre de mesures de gels des avoirs actuellement en vigueur en France s'élève à 88, il était quatre fois inférieur il y a huit mois. Donc quand on se mobilise on peut agir et c'est généralement douloureux pour les personnes concernées et c'est l'objectif que nous devons rechercher. Il faut aussi que nous progressions plus rapidement dans la reconnaissance mutuelle des décisions de gels des avoirs afin de gagner en rapidité d'action. C'est la démarche que nous conduisons au niveau européen et que la Commission européenne a récemment proposée et que je soutiens. Enfin, la dernière priorité concerne le Groupe d'action financière international qui constitue en lien avec les organismes régionaux chargés de la même mission l'instrument commun que nous devons faire grandir et progresser au fur et à mesure que notre mobilisation contre le financement du terrorisme se renforce. Cette priorité doit se décliner de deux façons, la mise en œuvre des normes existantes définies et portées par le GAFI doit être renforcée. Avec les 40 recommandations du GAFI nous disposons de standards élevés et précis pour lutter contre le financement du terrorisme. Ces normes s'appliquent aujourd'hui à tous les Etats, même ceux qui ne sont pas membres du GAFI mais l'enjeu est bien leur mise en œuvre effective au-delà même de leur transposition en droit national. Ensuite, l'autorité, la visibilité et les moyens du GAFI doivent être renforcés précisément pour mieux suivre la mise en œuvre de ces normes. Les liens du GAFI avec les organismes régionaux de type GAFI doivent être eux densifiés pour s'assurer que la mise en œuvre des standards est contrôlée de manière cohérente et rigoureuse dans tous les pays. Cette structuration, cette mise en œuvre et cette continuité dans le suivi et la surveillance sont absolument indispensables. La France entend pleinement se mobiliser pour donner au GAFI les moyens d'exercer ses missions et d'atteindre ses objectifs. Et je veux ici prendre l'engagement d'augmenter notre contribution annuelle au fonctionnement de cette institution et de renforcer significativement les moyens alloués à la conduite d'évaluations mutuelles qui assurent une meilleure effectivité de la lutte contre le financement du terrorisme dans les pays les plus vulnérables. Voilà, Mesdames et Messieurs, les travaux conduits au cours de ces deux journées sont importants et prometteurs, importants parce qu'ils manifestent une approche moderne et lucide de la prise en compte de la menace terroriste. Prometteurs parce qu'ils ont permis de dépasser les divergences, d'ébaucher des pistes nouvelles et de valider des orientations concrètes. Je veux ici saluer de nouveau la mobilisation dont témoigne votre présence à cette conférence, une mobilisation de tous, des pays du Moyen-Orient dont l'engagement est en tous points remarquable comme de ceux d'entre nous qui ne sont pas d'accord sur tous les sujets mais qui ont accepté de dépasser toutes les divergences de points de vue et d'engager cette nouvelle méthode. C'est indispensable, c'est une première, nous devons la maintenir, l'encourager, la faire durer. Pour assurer cette pérennité nous disposons d'un outil technique international, le GAFI, qu'il nous faut conforter pour lui donner sa pleine capacité et lui permettre d'assurer le suivi de nos travaux. Au-delà, il faut nous assurer d'un suivi politique suffisant, d'un engagement qui continuera à donner l'impulsion nécessaire à ce suivi et de faire vivre cette Coalition de Paris que nous formons désormais. L'Australie où je me rendrai dans quelques jours a accepté à la suite de la France d'organiser la prochaine réunion de cette coalition et je l'en remercie très vivement. Je propose dans l'immédiat que nos deux pays portent votre agenda ainsi conclu à l'occasion de l'Assemblée générale des Nations Unies à New-York en septembre en coprésidant un premier événement de suivi dans quelques mois, en associant donc tous les pays ici présents et les organisations internationales et qu'en 2019 l'Australie puisse organiser une nouvelle réunion de la coalition pour avancer concrètement sur cet agenda ainsi défini. Celles et ceux qui me connaissent dans cette salle savent une chose, quand je prends des engagements j'ai à cœur de les tenir mais j'ai à cœur de poursuivre méthodiquement et durablement toutes celles et ceux qui les ont pris avec moi. Ceci, Mesdames et Messieurs, n'est en aucun cas une menace mais à coup sûr une promesse, une promesse de travailler avec chacun d'entre vous, de maintenir cet engagement parce qu'il est essentiel pour tous nos pays et toutes nos organisations et de maintenir la force de cet engagement politique parce que ce risque terroriste ne s'effacera pas du jour au lendemain, parce que Daesh, Al-Qaïda et tous les groupes qui leur sont liés continueront dans les prochaines années à nous attaquer, à nous déstabiliser, à tuer des innocents et parce que notre détermination sur ce sujet doit être absolue. Et donc je compte sur votre détermination et sur votre engagement comme vous pouvez compter sur le mien. Je vous remercie, merci à vous \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/634.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/634.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a10e46bd6dae576eb5adb0fefd9a9efd2b08d8c6 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/634.txt @@ -0,0 +1 @@ +Malcolm TURNBULL : « Monsieur Président, cher Emmanuel, bienvenue encore une fois. Vous avez pu apprécier un accueil très chaleureux et très enthousiasme aussi à Sydney. Je pense que l'Australie, ça vous plaît, et que vous vous plaisez aussi à l'Australie. Alors merci infiniment. Nous avons eu de très intéressants entretiens, ici à Admiralty House avec nos collègues, nos ministres. Et nous avons reconnu, comme c'était le cas pendant les manifestations précédentes, combien nos deux pays ont en commun. Nous avons évoqué et nous avons honoré les sacrifices conjoints sur les champs de batailles et nous avons également réfléchi aux sacrifices en France, dans la région de la Somme où vous êtes né, cher président. Et bien évidemment ce sacrifice commun marque notre histoire, définit notre histoire et nos souvenir. C'est là le fondement de notre avenir. Notre avenir qui est défini par les opportunités et les valeurs partagées, les valeurs pérennes. A savoir la liberté, la règle du droit, la démocratie, l'égalité entre les hommes et les femmes, le respect réciproque,… Ces valeurs pérennes n'ont jamais été aussi d'actualité quelles ne le sont aujourd'hui et elles définissent nos deux nations et nos deux grandes démocraties. L'Australie et la France sont des forces de bien dans le monde. Nous nous tenons debout unis, oeuvrant ensemble pour protéger et soutenir la paix et la prospérité. Et lorsque je me trouvais à Villiers-Bretonneux la semaine dernière, le lien que nous avons forgé est aussi puissant que jamais. Plus de cent ans après, nous nous tenons côte à côte et nous nous unissons contre le terrorisme, contre ceux qui voudraient sapés l'intégrité de nos institutions démocratiques, contre les gouvernements qui utilisent des armes chimiques contre leurs ressortissants… Mais notre relation n'est pas défini par ce à quoi nous nous opposons mais plutôt par ce que nous défendons. Le Président a dit dans son ouvrage « Révolution » qu'il est un homme du pour. Un leader positif, et nous aussi sommes positifs, car nous représentons les valeurs partagées que sont la démocratie, l'opportunité, la liberté. Nous soutenons un ordre sur base des règles et le fait d'être puissant ne signifie pas qu'on ait raison. Lee Kuan Yew, l'un des grands leaders de notre région, fondateur de Singapour et Lee Hsien Loong, Premier ministre actuel… Lee Kuan Yew disait, il y a cinquante ans, dans les années soixante : « Nous ne voulons pas d'un monde où il y est des grands poissons qui mangent les petits poissons, et les petits poissons qui mangent les crevettes. » Nous reconnaissons qu'un engagement envers des échanges ouverts et libres doivent être sous-tendus par les règles du droit pour garantir notre prospérité commune. Nous nous sommes engagés pour renforcer notre coopération dans la région de l'indopacifique car nous partageons la vision d'un indopacifique libre et prospère. Et, nous allons oeuvrer étroitement ensemble pour garantir que ça se fasse. Qu'il s'agisse de coopération sur les activités maritimes, le soutien pour nos amis du Pacifique, les cas de catastrophe où nous amenons notre soutien. La France est un pouvoir du Pacifique, une nation du Pacifique et une présence très importante dans la région qui ne peut qu'amener des bénéfices pour l'Australie. Et nous accueillons ceci favorablement et continuerons à oeuvrer étroitement avec la France. Nous avons parlé de notre engagement conjoint contre le terrorisme, dans notre lutte contre le terrorisme. Nous sommes engagés à maintenir des actions conjointes en Irak contre Daech. Nous sommes convenus d'organiser une conférence sur le financement du terrorisme, après celle que le Président Macron a organisé à Paris. Il ne doit pas y avoir d'argent pour financer le terrorisme. Nous devons essayer de bloquer leurs finances et ainsi réduire leur capacité à nous nuire. Nous avons condamné tous les deux l'usage des armes chimiques en Syrie. Et j'ai dit très clairement au Président que l'Australie soutient très fermement l'action que la France a prise de concert avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Et nous en avons parlé. Nous sommes tous les deux engagés pour trouver une solution finale. Nous avons parlé de notre programme de sous-marins d'avenir. Nous établissons un fondement pour une coopération encore plus approfondit. Nous sommes en train de bâtir ensemble les sous-marins les plus avancés. C'est un programme de cinquante milliards de dollars qui représente un partenariat stratégique qui va durer pendant des générations. Alors que la conception devient plus avancé, nos ingénieurs australiens reviennent en Australie, après avoir été en France, pour transmettre les connaissances qu'ils ont acquises auprès de leurs homologues. Nous avons besoin de cette industrie et mon gouvernement soutient l'entreprise. Nous voulons un plan d'investissement. Vous êtes nos partenaires dans ce grand projet, monsieur le président. Aujourd'hui nous établissons une déclaration conjointe pour établir un cadre d'avenir de coopération par le biais de l'initiative France-Australie, qui va renforcer notre collaboration et garantir une nouvelle ère de coopération entre la France et l'Australie. Nous avons toujours eu des liens très amicaux et positifs entre amis qui partagent les mêmes valeurs. Mais monsieur le président votre visite nous amène à un partenariat beaucoup plus sophistiqué, beaucoup plus approfondi. Nous avons organisé et demandé à nos ministres des Affaires Etrangères de mettre en oeuvre ce projet. Comme premier pas, le président et moi-même allons annoncer un certain nombre de nouvelles initiatives. Nous avons un nouvel accord sur un soutien logistique réciproque qui va améliorer l'opérabilité entre nos forces armées pour réagir à des défis communs. Par exemple, le soutien en cas de catastrophe. Nous sommes prêts à oeuvrer ensemble, à collaborer. Nous avons un nouveau symposium de l'industrie de la défense, pour renforcer la coopération dans le domaine de la défense, qui ira au-delà du programme des sous-marins, afin d'identifier les opportunités d'investissement pour les compagnies australiennes et françaises, et pour garantir que notre industrie de défense dispose des capacités et des compétences pour être concurrentielle sur la scène mondiale.  Nous avons également une lettre d'intention pour améliorer le partage d'informations des activités, qu'ils s'agisse d'acteur pour lutter, par exemple, contre la criminalité ou les groupes terroristes. Nous avons réaffirmé le fait que les règles qui s'appliquent doivent s'appliquer à tous. Et nous nous sommes engagés quant à des actions conjointes pour la protection de l'environnement, la lutte contre le réchauffement climatique. Nous allons ensemble oeuvrer sur la résilience. En tant que membres de l'Alliance solaire internationale, nous allons mobiliser des financements, développer des technologies, afin d'exploiter l'énergie solaire dans la région. Et comme je le disais à monsieur le Président nous sommes en train de bâtir la batterie la plus importante de l'hémisphère Sud. Alors nous soutenons l'énergie renouvelable, et je pourrai dire que l'Australie a le pourcentage le plus élevé d'énergie solaire sur les toits du monde. Donc nous sommes très intéressés par cette alliance-là. Le week-end dernier nous avons annoncé l'investissement le plus important pour garantir la résilience dans le récif de la Grande barrière de corail, et ceci pour mettre à contribution les recherches qui ont lieu actuellement, et qui sont très importante pour tous les autres récifs coralliens. Pour la première fois, en fonction de notre garantie d'énergie, nous sommes en train d'intégrer pleinement les politiques liées au climat, liées à l'environnement, pour nous garantir que l'énergie soit durable, soit abordable, et permettent de répondre à nos engagements par rapport aux émissions. Nous avons également signé un certain nombre d'accords, y compris des protocoles d'ententes entre les universités françaises et australiennes, les institutions de recherches et les projets importants comme la recherche contre le cancer, l'énergie et le domaine de la santé également. Dans tous les domaines que vous pouvaient imaginer, la France et l'Australie oeuvrent ensemble pour améliorer le sort des êtres humains et nous allons faire ceci de façon plus concentrée encore à l'avenir. Nous avons parlé également du libre-échange et l'importance de l'accord Union européenne/ Australie qui va promouvoir les échanges libres entre l'Australie et l'Union européenne et l'Australie et la France qui ont été de l'ordre de neuf milliards de dollars pendant la période 2016-2017. Nous comprenons tous les deux que les libre-échanges et ces marchés sont très utiles pour fomenter plus d'emplois. Nous avons donc engagé un dialogue ministériel sur les échanges et les investissements afin d'approfondir encore notre relation pour accélérer la création d'emplois dans nos deux pays. Nous avons parlé de nos liens au niveau des entreprises. L'Australie et la France sont toutes deux engagées à augmenter les investissements et réduire les impôts pour essayer de doper les investissements et les emplois. Monsieur le Président, ici en Australie, vous avez de grands amis. Vous nous avez accueillis, Lucie et moi-même, de façon si chaleureuse à Hambourg. Vous êtes ici entre amis. L'Australie vous souhaite la bienvenue. Nous vous remercions pour votre amitié, pour votre partenariat, et nous nous réjouissons de voir ce partenariat augmenter s'accroître, à l'avenir. Merci, monsieur le Président. » Emmanuel MACRON : « Merci beaucoup, monsieur le Premier ministre. Merci aux autorités australiennes et aux australiens pour leur accueil, dès hier après-midi. J'ai en effet tenu à effectuer cette visite en Australie dès la première année de mon mandat, avec une importante délégation ministérielle, parce que je crois beaucoup monsieur le Premier ministre, cher Malcolm, à la pertinence et l'avenir de notre partenariat. Nous sommes profondément liés par le souvenir. Vous l'avez rappelé, nous l'avons vécu ensemble ce matin, comme vous l'avez vécu la semaine dernière en vous rendant aux cérémonies de l'ANZAC Day, en France. Et je vous en remercie à nouveau. Et je crois que votre passage ainsi que le mémorial qui a été financé par votre pays, sont d'importants signes, justement, de ce lien. Nous avons ce matin rappelé, devant le mémorial de Sydney, et en décorant trois vétérans de la Deuxième Guerre mondiale, l'importance de l'engagement constamment pris par l'Australie du lourd tribut payé par vos Diggers aux côtés de nos Poilus durant le premier conflit mondial, au nom de la liberté. Et combien d'ailleurs cette histoire, cet engagement international de votre pays, a été constitutif de l'identité même de la nation australienne. Je voulais à nouveau vous remercier pour cet engagement, remercier l'ensemble de vos compatriotes, et des lycéens de la ville d'Amiens où j'ai moi-même grandi, nous accompagnaient ce matin. Nous avions également des élèves de Canberra et de Nouméa qui étaient avec nous et qui ont, les uns et les autres, reconstitués une partie de cette mémoire commune, qui touche l'Australie, la France, dans toutes ses terres et dans toute sa chaire. Mais cette histoire nous permet aussi de construire une relation contemporaine extrêmement forte et qui est, pour moi, basée sur, d'une part une vision de long terme extrêmement cohérente, et une volonté d'agir très rapidement ensemble face aux défis contemporains. Beaucoup de progrès ont été faits depuis le contrat de 2016 que vous avez décidé d'octroyer à la France pour les douze sous-marins nouvelles générations, mais ceux-ci sont en train aujourd'hui de s'inscrire dans une relation plus forte, plus structurante. Relation stratégique qui a été signée à l'instant par nos ministres, et sur laquelle ils vont continuer à travailler, et qui doit s'élargir au domaine, évidemment, stratégique et diplomatique, mais également à travers l'initiative franco-australienne, Affinity, que nous lançons aujourd'hui à travers des thématiques économique, culturelle, éducative, de recherche, de mobilité étudiante. Nous avons, je crois pouvoir le dire, un objectif commun : faire de nos deux pays les axes d'un partenariat nouveau en Indopacifique. Et je souhaite vraiment faire de la France, le seul pays de l'Union Européenne présent dans le Pacifique depuis le Brexit, l'un des tous premiers partenaires de l'Australie dans les dix ans à venir. C'est extrêmement important pour l'intérêt de nos deux pays et je crois que c'est également important pour la France. Nous avons des territoires pacifiques, la Nouvelle-Calédonie où je me rendrai dès demain, et je salue la présence du président, Wallis et Futuna, la Polynésie française. Nous avons évidemment des territoires en océan Indien, avec Mayotte et la Réunion. Ces territoires sont une chance pour la France. C'est une chance formidable. C'est une présence dans le monde. C'est, dans la zone indopacifique, un peu plus d'un million et demie de nos concitoyens qui y vivent. Ce sont huit mille de nos soldats qui sont investis. C'est 85% de notre zone économique exclusive et c'est une large partie de notre biodiversité. Et donc, à travers la relation bilatérale que nous avons c'est aussi faire de cette présence indopacifique française, une chance à plein. Alors la première chose sur laquelle je voulais tout particulièrement insister c'est évidemment le rehaussement de notre partenariat stratégique indopacifique et dans le monde. Nous avons des visions stratégiques très alignées. Vous l'avez rappelé dans votre propos. Et je veux ici vous remercier pour le soutien de l'Australie, très clair, à l'opération que nous avons menée avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, contre les capacités chimiques du régime syrien. C'est cette même vision que nous développons depuis plusieurs années, au Levant, avec un engagement très fort de votre pays dans les troupes de la coalition internationale. C'est cette même vision que nous avons dans la lutte contre le terrorisme, où notre coopération est excellente. Vous étiez représenté le 26 avril dernier à Paris pour la coalition que nous avons constitué lors de la conférence No money for terror. Et l'Australie a annoncé, je vous en remercie, monsieur le Premier ministre, qu'elle organiserait la conférence de suivi des engagements pris dès 2019. Et c'est ce même engagement que vous prenez, que nous prenons ensemble, dans la lutte contre les groupes terroristes en Asie du Sud-Est, au Pakistan ou en Afghanistan. En matière de lutte contre la prolifération nucléaire, nos vues sont, là aussi, convergente. Sur la Corée du Nord, les avancées en cours, et en particulier le récent sommet intercoréen, sont positives. Et notre objectif est bien la dénucléarisation de la péninsule. La France et l'Australie défendent ainsi, très clairement, cette avancée. Comme elles défendent le contenu de l'accord sur le nucléaire iranien qui est essentiel pour notre sécurité collective et la volonté de poursuivre ce travail, comme je l'ai exposé la semaine dernière à Washington. Nous actons également aujourd'hui une coopération nouvelle dans le domaine de la cyber-sécurité ainsi qu'un accord de soutien logistique mutuel entre nos forces armées. Ce qui est une étape supplémentaire dans la qualité et la force de ce partenariat stratégique. Nous avons également la même préoccupation sur les risques et les menaces qui traversent la région, les rivalités entre puissances, les tentions identitaires, les trafics de toutes sortes qui prospèrent sur le manque de développement lié en très grande partie au dérèglement climatique. Et à ce titre, je dois dire que l'accord que nous signons aujourd'hui comme les échanges que nous avons eus, montrent combien nous avons conscience de ces enjeux et combien notre volonté est commune d'y apporter une réponse coordonnée. Notre priorité partagée c'est de construire cet axe indopacifique fort pour garantir à la fois nos intérêts économiques et de sécurité et pour promouvoir dans une région clé pour les équilibres mondiaux, la paix et la stabilité. Nous y reviendrons cet après-midi, en particulier sur la base de Garden Island, devant les forces françaises du Pacifique et les forces australiennes. Le dialogue trilatéral, Australie, Inde, France a ainsi vocation à jouer dans cette construction un rôle central, comme je l'ai évoqué lors de ma visite en mars dernier avec le Premier ministre Narendra Modi. C'est dans ce cadre de confiance et de vision commune que s'inscrit notre coopération en matière d'armement. Nous avons fait un point précis sur la modernisation des sous-marins de classe Collins, c'est sur le projet qui nous lie depuis 2016, pour le design et la construction de douze sous-marins conventionnels. Et j'ai confirmé au Premier ministre australien qu'il pouvait pleinement compter sur la France pour que cette ambition navale, politique et industrielle soit une parfaite réussite. Il y a quelques mois, vous avez évoqué ce passage par Paris, après notre G20 à Hambourg. Vous vous êtes, monsieur le Premier ministre, rendu dès le lendemain à Cherbourg où vous avez pu constater que tout était mis en oeuvre pour accueillir dans les meilleurs conditions les ressortissants australiens engagés dans ce grand projet. 2018 sera donc, à ce titre, une année très importante. Et nous avons constaté que les discussions en cours avancées à un bon rythme, dans de parfaite conditions. Et nous avons bon espoir que dans les prochaines semaines, la signature du Strategic Partnership Agreement sera possible. Le deuxième élément sur lequel je souhaitais insister tout particulièrement, c'est la mise en place d'initiative conjointe pour la lutte contre le changement climatique dans la région. Cela s'inscrit pleinement dans ce cadre stratégique, et c'est pour nous un sujet essentiel. Notre patrimoine commun, qui est le Pacifique, qui est un trésor de culture, de civilisation, de biodiversité, est menacé à plusieurs égards par les conséquences du dérèglement climatique. J'ai souhaité rencontrer lors de mon déplacement en Nouvelle-Calédonie, qui commencera demain, les chefs d'Etats et de gouvernement, ainsi que les représentants des pays membres de la communauté du Pacifique et des organisations régionales, et nous aurons cet échange. Et je salue aussi votre impulsion qui a conduit à la ratification par l'Australie de l'Accord de Paris et son engagement pour en défendre les acquis à l'échelle internationale. Mais nous avons décidé ensemble d'agir, au-delà de ces engagements communs sur 3 sujets essentiels. Le premier, avec la Nouvelle-Zélande et l'Australie et M. le Premier ministre vient de confirmer son accord, nous prenons l'initiative pour mettre en oeuvre l'engagement du One Planet Summit, conclu le 12 décembre dernier, à Paris, sur l'adaptation et la biodiversité dans le Pacifique. Un fond multi-bailleur sera mis en place pour mutualiser les ressources, mieux les mobiliser sur des projets concrets, immédiatement opérationnel. La deuxième initiative que nous lançons, c'est une initiative conjointe pour mieux comprendre la résilience des récifs coralliens. Et donc, mieux agir pour protéger ces écosystèmes. Vous l'avez évoqué, vous avez décidé de nouveaux investissements pour la préservation de vos récifs coralliens. Nous avons une expertise en la matière et avons déjà pris beaucoup d'engagements. Nos instituts de recherche et ceux de nos territoires dans le Pacifique seront pleinement mobilisé dans le cadre de cette initiative. Enfin, le troisième axe de ce travail conjoint, c'est dans le cadre de l'alliance solaire internationale de mener ensemble dans le Pacifique et l'océan Indien, des programmes de formation sur l'énergie solaire, car le potentiel est immense dans la région et de développement de projets conjoints. Troisième sujet sur lequel je souhaitais revenir, ici rapidement, c'est la construction d'un partenariat franco-australien global qui correspond aux ambitions de nos deux pays, pour l'innovation, l'éducation, la recherche, la culture, la santé. L'économie australienne avant toute chose, a connu, depuis les trente dernières années, une croissance exceptionnelle. Et vous souhaitez, aujourd'hui, diversifier votre économie en misant sur l'innovation. Nous répond donc, présent, et plusieurs accords ont été signés en notre présence ou actés en notre présence, entre nos instituts de recherche, impliquant le CEA, le CNRS, le CNES, pour développer nos échanges étudiants, la formation de nos ingénieurs, y compris dans la dynamique de notre coopération sur le naval. Et des accords ont été ainsi conclus entre l'ENSTA de Bretagne et l'université d'Adélaïde. Et entre l'Ecole Centrale de Nantes et Flinders University. Je l'ai dit au Premier ministre, nous sommes très heureux de 200 000 jeunes Français aient pu découvrir l'Australie au cours des dix dernières années grâce au Visa vacances travail. Je l'ai testé hier soir encore, sur les quais, avant de rejoindre l'opéra que nous voyons derrière nous. Je suis très heureux de cette attractivité. Je souhaite que nous puissions la développer mais je souhaite que nous puissions accueillir aussi beaucoup plus d'étudiants australiens en France. Nous devons aller beaucoup plus loin en développant aussi la francophonie en Australie, en disant aux jeunes Australiens qui nous écoutent que des formations de très hautes qualités en France sont faites en anglais et permettent d'ailleurs d'évoluer dans un environnement pleinement bilingue. Des accords économiques sur des domaines de haute technologie ont aussi été conclus, sur la sécurité du trafic aérien avec Thales, dans le secteur des énergies renouvelables avec NEOEN. Et la délégation qui m'accompagne est constituée de nombreuses PME, et ETI très performantes, qui veulent travailler en Australie et participer justement à cette intensification. Et cet après-midi, ensemble, nous verrons d'ailleurs un accélérateur permettant de donner toute leur place, à ces petites et moyennes entreprises, et entreprises de taille intermédiaire, dans la construction du partenariat. Je vous confirme aussi le soutien de la France aux négociations entre l'Union européenne et l'Australie. Je l'ai dit au Premier ministre nous seront vigilants sur nos intérêts agricole et ceux de nos territoires du Pacifique, sur nos engagements climatiques. Mais depuis un an maintenant, les discussions que nous avons ensemble et la préparation de ces négociations, ont permis d'avancer de manière très claire sur ce sujet. Nous avons enfin défini aussi une coopération entièrement nouvelle dans le domaine de la santé, pour mieux travailler ensemble et échanger les bonnes pratiques. En particulier sur la lutte contre le cancer et le tabagisme, où l'Australie a des résultats remarquables. Et je dois dire, le ministre le sait bien, qui oeuvre chaque jour en la matière, si la France a beaucoup à progresser, c'est en matière de prévention. Et à ce titre, l'exemple australien est inspirant. Et je souhaite qu'à travers les partenariats que nous allons conclure, nous puissions avancer de concert sur ce sujet et sur également de nombreux sujets de recherche scientifique conjoint que nous avons évoqués. C'est donc une dynamique renouvelé, incluant tous les domaines que nous définissons aujourd'hui pour notre partenariat. La culture y a aussi toute sa place, ainsi que les résidences croisées entre nos artistes. Demain nous serons ensemble à Carriageworks, dans le cadre de la biennale de Sydney, à laquelle de nombreux artistes français venus aussi de Nouvelle-Calédonie, participent. Et ce sur quoi je voudrais conclure mon propos et insister, c'est de rappeler ici l'importance de cette stratégie que nous sommes en train d'élaborer. Elle touche tous les domaines d'activités et elle prend en compte la cohérence de la géographie française. Nous voulons vraiment ici donner une impulsion nouvelle. Et je souhaite, par ma présence auprès de vous et dans votre pays, donner une nouvelle impulsion à l'insertion régionale de nos territoires du Pacifique, dans les domaines économiques, touristiques, climatiques, culturels, gastronomiques et universitaires. L'ensemble de nos territoires indopacifiques ont une part de cette réussite à obtenir. Et par le truchement de cette relation, c'est aussi avec ces territoires, et donc toute la République française, que nous souhaitons agir utilement. Je crois donc très profondément à la force de notre partenariat stratégique et de l'ensemble de ce que nous avons décidé, parce que c'est le bon moment, parce que nos valeurs sont communes, parce que nos peuples l'attendaient et parce que nous avons trop longtemps attendu, monsieur le Premier ministre. C'est donc pour maintenant. Merci beaucoup. » Malcolm TURNBULL : « Merci. Bien, je pense que nous avons des questions. Tout d'abord, Ahmed Chaouch. » Azzedine AHMED-CHAOUCH : « Monsieur le Premier ministre, monsieur le Président, bonjour. Azzedine Ahmed-Chaouch, pour Quotidien. J'ai une question liée aux débordements du 1er mai d'hier. Déjà j'aimerai savoir si, selon vous, l'Etat a bien anticipé ou s'il a minimisé ce qui allait se passer ? Dans le prolongement craignez-vous une radicalisation de la contestation sociale ? Et enfin, plus personnellement, qu'avez-vous ressenti en découvrant ces images de violence à la télé ? » Emmanuel MACRON : « Le 1er mai est une journée internationale pour le travail, qui est un acquis de grande lutte du XIXe siècle. La journée du travail c'est la journée des travailleurs. Ce n'est pas la journée des casseurs. Et, j'ai eu l'occasion cette nuit de condamner avec force ce qui s'est passé. J'ai une règle, c'est de ne pas m'exprimer sur les sujets français quand je suis à l'étranger. C'est à la fois une règle de courtoisie à l'égard de ceux qui m'accueille et une règle de bon fonctionnement de l'Etat. En conférence de presse avec un homologue étranger, ce n'est pas pareille qu'un tweet hors contexte ou sur site. Donc vous comprendrez bien que la correction et les principes que j'ai fixés moi-même dès le début du quinquennat, qui sont des principes de bon fonctionnement, m'impliquent à ne pas aller plus loin dans la réponse. Mais il y a un Premier ministre et un ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur qui étaient sur place, qui ont pris les décisions qui convenaient. Il y a eu des interpellations qui ont été effectuées. Toutes les mesures ont été prises. Et je ne peux ici que condamner à nouveau, avec la plus grande fermeté, ce qui s'est passé. Il s'agit ni d'avoir une inquiétude déraisonnable, mais simplement d'avoir la plus grande fermeté. Il y a un gouvernement, y a un Etat, il est dirigé et continuera à agir. » Andrew THOMAS : « Andrew Thomas, télévision Aljazeera. Monsieur le président, vous revenez de Washington. Est-ce que vous pensez que le président Trump va respecter le pacte avec l'Iran ? Est-ce que vous pensez que l'Iran respecte ses engagements dans ce contexte ? Et si le président Trump décide de réimposer des sanctions sur l'Iran ou de se retirer complètement après le 12 mai, qu'est-ce que vous pensez qu'il va arriver ensuite ? » Malcolm TURNBULL : « Peut-être le président Macron d'abord ? Vous revenez de Washington. » Emmanuel MACRON : « Vous êtes l'hôte. » Malcolm TURNBULL : « Bien, je répondrai à la troisième question, d'abord. Etant donné qu'on a posé une question au président Macron sur ce qui s'est passé à Washington. Nous pensons que le JCPoA est la meilleure option dont nous disposons actuellement et nous poursuivrons notre engagement en ce sens. Deuxièmement, vous voulez que je spécule sur ce qui pourrait arriver si les Etats-Unis décidaient de ne pas poursuivre cet engagement au-delà du 12 mai. C'est à vous de spéculer. Nous n'allons pas vraiment mettre en place des hypothèses là-dessus ici. Mais pour ce qui est de la position du président sur Washington, je lui donne la parole. Est-ce que l'Iran respecte ses engagements ? Je ne souhaite pas effectuer de commentaire là-dessus maintenant. Je ne voudrais pas me lancer dans la spéculation là-dessus, dans les hypothèses. Mais je pense que le fait de poursuivre les engagements pour le JCPoA est la meilleure des solutions.» Emmanuel MACRON : « Je dois dire que mon rôle n'est pas non plus de spéculer. Tout d'abord, le JCPoA était une négociation d'une grande importance. C'est la meilleure façon de surveiller les activités actuelles du gouvernement iranien et du régime. Et je pense que cet accord a été effectivement négocié par notre pays, avec la participation des Etats-Unis. Nous l'avons négocié, nous l'avons signé, il nous faut donc le respecter. Et je pense que c'est un bon point de départ. Est-ce pour autant suffisant ? Mon point de vue est que ce n'est pas suffisant. Je l'ai clairement indiqué en septembre aux Nations-Unies. Je l'ai répété et j'en parle constamment avec le président Trump. Je pense qu'il nous faut compléter cet accord avec trois piliers supplémentaires. L'un sur les activités nucléaires après 2025. Le second, afin de mieux contrôler les activités balistiques du régime iranien. Et troisième, afin d'avoir un véritable confidemment de l'activité de l'Iran en Syrie, en Irak, au Yémen et au Liban. Et c'est la raison pour laquelle je propose de négocier un accord plus large. J'ai fait cette proposition au président des Etats-Unis. Il s'est exprimé… Et j'ai proposé cet accord cadre d'ensemble nouveau avec le régime iranien. J'en ai parlé ces derniers jours avec le président Poutine, avec le président Rohani. Je ne suis pas là pour parler de la décision que prendra le président américain le 12 mai. Tout ce que je puis dire c'est que, quelle que soit la décision, il nous faudra préparer un accord plus large et une négociation à cette fin. Parce que personne ne souhaite une guerre dans la région. Personne ne veut une escalade des tensions dans la région. La France est très attachée à la stabilité de cette région dans l'ensemble, ainsi qu'à la sécurité de ses alliés. Et c'est la raison pour laquelle nous souhaitons travailler sur ces nouvelles négociations en coordination étroite avec l'Allemagne, le Royaume-Uni. Nous travaillerons très activement pour nous employer à convaincre tous les autres, dans les semaines et les mois à venir. C'est en effet la seule façon d'avancer et de stabiliser la région. Merci. » Malcolm TURNBULL : « Question suivante, Christophe Mallet. » Christophe MALLET : « Bonjour monsieur le Premier ministre, bonjour monsieur le Président. Une question sur le libre-échange entre l'Australie et l'Europe. Ça semble prendre un petit peu plus de temps que prévu. Pourquoi, tout d'abord ? Et, en quoi cela diffère de l'attitude américaine de protectionnisme, surtout quand on sait à quel point l'Australie a investi avec les sous-marins en France, en Europe. Est-ce que c'est vraiment fair-play, tout ça ? » Emmanuel Macron : « Je vous confirme que les délais évoqués seront les délais tenus. Et la France sera favorable à un mandat de négociation dans les prochaines semaines, dès qu'il sera évoqué au Conseil. Donc il n'y a pas de perte de temps ou de délai supplémentaire. Précisément parce que nous avons aussi trouvé les voies et moyens de répondre à ce qui étaient nos interrogations. Et dans les échanges qu'il y a eu avec l'Australie, un engagement fort. D'abord pour préserver les intérêts des territoires français dans la région. Et je crois que notre volonté aussi, à travers ce partenariat stratégique et les actions que nous conduisons et que nous allons conduire, nous avons une volonté, si je puis dire, proactive, optimiste, qui est de donner toutes les voies et moyens à nos territoires. En particulier, je pense à la Nouvelle-Calédonie, où je serai donc dès demain, de réussir pleinement en matière de développement économique, de pêche, de tourisme, indépendamment de toute négociation à venir. Ensuite nous avons eu des échanges très concrets sur les sujets agricoles, qui nous rassurent pleinement, compte tenu aussi de la réalité du commerce entre la France et l'Australie sur ce sujet. L'Australie est une puissance qui est importatrice, aujourd'hui, de l'agriculture française. Enfin, parce que l'engagement climatique du Premier ministre a permis de rester attaché à un élément qui pour moi est très important. C'est que nos accords commerciaux à venir puissent être cohérents avec notre engagement climatique. Aussi, je vous le dit très clairement que la France sera en faveur du mandat qui sera donné de négociation à la Commission européenne. Et cela s'inscrit dans une vision commune que nous avons du commerce international. Un commerce libre et juste. Et je crois pouvoir dire que nos deux pays ne considèrent pas que la guerre commerciale ou les tensions puissent servir à la fois nos intérêts comme nos valeurs. Donc c'est dans cet esprit, ce respect du multilatéralisme commercial et des règles que nous avons contribué à créer que nous inscrivons cette négociation. » Malcolm TURNBULL : « Merci. Question suivante. » ??? : « Bienvenue en Australie. C'est formidable de voir un président qui est venu ici parce qu'il le voulait et non pas simplement pour assister à un G20. Je voulais vous demander, est-ce que vous partagez la préoccupation de l'Australie sur l'influence croissante de la Chine dans la région du Pacifique ? Est-ce que vous en avez parlé ? Quelles sont les solutions ? Et Premier ministre australien, je suppose que vous avez évoqué cette question : est-ce que vous pouvez partager avec nous les approches conjointes que vous pourriez adaptés à l'avenir pour réagir à cette situation ? Ça devient particulièrement pertinent avec la possibilité de la Nouvelle-Calédonie de quitter la famille. » Malcolm TURNBULL : « Je commencerai par dire la chose suivante : nous accueillons favorablement la montée économique de la Chine, car cette croissance a été sans précédent. Que ce soit au niveau de sa cadence, de son échelle,… Des centaines de millions d'individus sont sortis de la pauvreté, et pas seulement en Chine, d'ailleurs. Et cette croissance économique a été rendue possible par un ordre à base de règles dans notre région. La paix, l'harmonie relative que l'on rencontre dans cette région sont possibles grâce au respect d'un ordre de loi. Revenons à Lee Kuan Yew qui dit que le fait d'être puissant ne donne pas tous les droits, que les grands poissons ne peuvent pas dévorer les petits poissons, et les petits poissons doivent s'en remettre aux crevettes. Ça, c'est très important. Et cet ordre international basé sur des règles, c'est là-dessus que nous nous focalisons. Nous voulons maintenir ceci dans notre région. Et tous les participants qu'ils soient des grands poissons, des petits poissons, même des crevettes, doivent pouvoir tirer avantage de cette situation. Voici l'objectif critique. Nous sommes donc favorables à des investissements plus poussés de la Chine dans notre région. Nous accueillons favorablement la croissance de la Chine, mais bien entendu, nous voulons maintenir les règles qui sont fonction d'un ordre international, une bonne gouvernance, de normes puissantes qui doivent nous permettre à tous de poursuivre cet arc de prospérité qui est tout à fait remarquable, et qui a été rendu possible par ces respects d'un ordre de loi. » Emmanuel MACRON : « Je vais commencer par dire que je suis aussi un grand défenseur des crevettes, en particulier des crevettes calédoniennes, de Nouvelle-Calédonie, c'est très important dans ce contexte. Ceci étant dit, et je partage le point de vue exprimé par le Premier ministre. Rien n'est fait contre la Chine ou en réaction à la course chinoise. Je pense que cette course chinoise est une excellente nouvelle pour tous. Pour la Chine, pour sa classe moyenne, pour la croissance mondiale et pour la croissance régionale. Ce qui est important c'est de préserver un développement de la région qui repose sur des règles, en particulier dans la région indopacifique. Et de préserver les équilibres nécessaires dans la région. C'est important dans le contexte actuel également de ne pas avoir d'hégémonie dans la région. C'est une des raisons pour lesquelles ce partenariat est un moyen précieux d'avancer avec l'Australie, l'Inde et d'autres partenaires. Ce n'est pas une initiative prise contre ou en réaction à la Chine. C'est simplement pour dire que nous avons quelque chose en commun. C'est une initiative positive pour dire que nous voulons soutenir la liberté de mouvement dans la région indopacifique. Nous voulons préserver notre souveraineté commune, notre liberté de souveraineté comme vous l'avez dit, il y a quelques mois. Il s'agit de défendre nos intérêts scientifiques, économiques. Donc pour moi, c'est une très bonne nouvelle, mais cette nouvelle organisation que nous avons ensemble est conforme à ce nouvel ordre. Il s'agit précisément de préserver les équilibres dans la région et le plein respect pour l'Etat de droit. » Question du journaliste en anglais, inaudible. Malcolm TURNBULL : « C'est vous qui présentez cette hypothèse. Parce que moi, je suis du même avis que j'ai exprimé tout à l'heure. L'ordre basé sur les règles dans notre région est ce qui a permis cette croissance remarquable et cette prospérité. Et c'est quelque chose à laquelle vous avez fait allusion, Président. Et, c'est absolument essentiel pour tous les pays, qu'ils soient des grands poissons, des petits poissons ou des crevettes. Pour que cette prospérité et cette paix puissent être maintenues. Merci beaucoup, monsieur le Président. Je crois que vous avez un déjeuner avec la communauté française à Sydney, qui doivent vous attendre avec beaucoup d'enthousiasme. » Emmanuel MACRON : « La gastronomie et de l'oenologie français. Je vous remercie ainsi que votre épouse, pour cet accueil chaleureux et pour l'organisation parfaite de cette visite. Merci, monsieur le Premier ministre. » \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/635.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/635.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..bc7d1c49032668e4a23b333bed06d34940fc3142 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/635.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle le débat, organisé à la demande de la commission des affaires européennes, sur l'Union européenne face aux défis de la sécurité, des migrations et des frontières. Nous allons procéder au débat sous la forme d'une série de questions-réponses dont les modalités ont été fixées par la conférence des présidents. Je vous rappelle que l'auteur de la demande du débat disposera d'un temps de parole de huit minutes, puis le Gouvernement répondra pour une durée équivalente. À l'issue du débat, l'auteur de la demande disposera d'un droit de conclusion pour une durée de cinq minutes. (…) M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, je suis heureuse de vous retrouver en cette journée de l'Europe pour cet échange sur les questions de sécurité, de migrations et de frontières. Ces questions sont une priorité du Gouvernement et de la Commission européenne. La proposition de cadre financier pluriannuel 2021-2027 que la Commission vient de rendre publique prévoit justement, comme nous le souhaitions, un effort financier fortement accru sur les questions de sécurité, de migrations et de frontières. Vous l'avez souligné à l'instant, monsieur le président, les fonds prévus ont été multipliés par 2,6 en matière de migrations et de frontières et par 1,8 en matière de sécurité intérieure. Les moyens alloués à FRONTEX seraient également augmentés afin de permettre au corps de gardes-frontières et de gardes-côtes d'atteindre un effectif de 10 000 hommes d'ici à 2027. Nous soutenons ces orientations encourageantes pour un projet de budget qui, selon la Commission, « protège, permet d'agir et défend ». S'agissant de la sécurité, l'Union européenne reste très mobilisée face à la menace terroriste, comme le montrent les nombreux chantiers législatifs engagés pour mieux contrôler l'espace européen. L'urgence est donc maintenant de mettre pleinement en oeuvre l'ensemble des mesures prises et de les généraliser. Je pense d'abord à cette avancée majeure qu'est le PNR européen, qui doit être transposé dans tous les pays d'ici au 25 mai prochain. Vous avez justement souligné, monsieur le président, un degré de préparation inégal selon les États membres, raison pour laquelle nous avons proposé et mis en place des coopérations bilatérales avec certains d'entre eux pour faciliter cette transposition. Nous mettons également la pression sur la Commission et sur nos partenaires pour que le système d'entrées-sorties prévu pour les ressortissants des États tiers puisse être rapidement élargi aux ressortissants européens. Nous poursuivons la lutte contre le financement du terrorisme. Nous allons agir avec la Commission pour mieux contrôler les substances pouvant servir à confectionner des explosifs et mieux sécuriser les documents officiels. Par ailleurs, il est fondamental de mieux lutter contre la radicalisation sur internet. Nous encourageons la Commission à aller au-delà d'une approche centrée sur la contribution volontaire des acteurs du numérique à une autorégulation et à prévoir la mise en place de moyens contraignants pour améliorer la détection automatique et la suppression des contenus illégaux. S'agissant des outils européens dont nous disposons, vous avez évoqué la mise en place du parquet européen que nous avons soutenue depuis le début. Nous appuyons l'idée d'élargir sa compétence, au-delà des questions financières, à la lutte contre la criminalité grave ayant une dimension transfrontalière et au terrorisme. La Commission, je le crois, nous entend. Un mot enfin sur EUROPOL, qui joue un rôle irremplaçable pour le partage des informations. Ses compétences peuvent être utilisées de façon offensive, comme fin avril – vous l'avez rappelé, monsieur le président – contre les outils de propagande de Daech. Nous devons y avoir pleinement recours. Pour y jouer tout notre rôle, nous devons d'ailleurs veiller à y renforcer notre présence. J'ai eu de premiers échanges sur ces sujets avec la nouvelle directrice exécutive d'EUROPOL, Catherine de Bolle, avant même sa prise de fonctions. Enfin, je ne fais que le mentionner, mais peut-être y reviendrons-nous au cours du débat, gardons à l'esprit le développement de l'Europe de la défense, et en particulier le programme de développement de l'industrie de défense, précurseur du futur Fonds européen de défense en cours d'adoption et qui constitue une avancée majeure. Vous m'avez interrogée sur l'initiative européenne d'intervention. Ce projet que nous portons, et que le Président de la République avait annoncé dès le discours de la Sorbonne, est en voie d'adoption. Une réunion aura lieu avec les États intéressés en juin prochain, à Paris. Il s'agit de compléter les possibilités offertes par la coopération structurée permanente en matière de mutualisation par un travail sur nos capacités opérationnelles. Nous voulons pouvoir mieux programmer, mieux planifier, mieux partager nos évaluations sur la nature de la menace et sur la connaissance des théâtres autour des capacités françaises avec des pays membres de l'Union européenne, avec certains qui ne le sont pas ou qui bientôt ne le seront malheureusement plus, mais souhaitent continuer à travailler avec nous. Nous travaillons à l'articulation d'une partie de l'initiative européenne d'intervention avec la coopération structurée permanente. J'en viens aux questions de migrations et de frontières. Le Gouvernement vous rejoint, monsieur le président, pour souligner toute l'importance du nouveau corps européen de gardes-frontières et gardes-côtes qui dispose de capacités nouvelles pour appuyer les États membres, qu'il s'agisse d'analyser les vulnérabilités des frontières externes, de participer à des reconduites à la frontière, ou d'agir en urgence, en cas de défaillance, à la demande du Conseil et avec l'accord de l'État membre concerné qui y a tout intérêt. La Commission propose, dans son projet de cadre financier pluriannuel, de porter le nombre de gardes-frontières et de gardes-côtes mobilisable au sein de la réserve d'intervention de 1 500 – dont 170 Français – à 10 000 hommes, ce qui va au-delà des 5 000 hommes que nous avions retenus dans nos évaluations des besoins. Certains de nos partenaires paraissent relativement mal à l'aise avec cette partie précise de la proposition ambitieuse de la Commission et souhaiteraient plutôt un soutien accru aux gardes-côtes et aux gardes-frontières de chacun des États membres. Nous allons examiner cela en détail. Sur le plan interne – je pense à Schengen –, nous avons besoin de faciliter la possibilité de réintroduction des contrôles aux frontières internes lorsque le besoin s'en fait sentir, en particulier en raison de la menace terroriste. Bien évidemment, une politique migratoire européenne ne peut réussir sans un partenariat renforcé avec les pays d'origine et de transit, en particulier en Afrique. La France a montré le chemin depuis le sommet restreint organisé à Versailles sur ce sujet en août 2017. Nous nous sommes dotés de moyens importants avec le Fonds fiduciaire d'urgence qu'il faut réabonder. Nous avons également mis en oeuvre un dialogue migratoire plus exigeant s'agissant des migrations économiques illégales et mis en place des dispositifs permettant de mieux protéger ceux qui peuvent prétendre au bénéfice de l'asile en veillant à éviter qu'ils ne risquent leur vie sur la route, en Libye comme en Méditerranée. Enfin, nous souhaitons que le Conseil européen de juin prochain permette de marquer des progrès sur la réforme du régime européen de l'asile. Les discussions restent très difficiles sur la révision du règlement de Dublin, en l'absence, qui plus est, d'un gouvernement italien de plein exercice. Nous soutenons les efforts de la présidence bulgare pour parvenir à la fois à un plus haut niveau de responsabilité des pays de première entrée, notamment dans le temps, et à un plus haut niveau de solidarité en encourageant des relocalisations volontaires en cas de crise et, si la situation est grave, en prévoyant un mécanisme automatique et contraignant de relocalisation. Nous y travaillons notamment avec nos partenaires allemands dans la perspective du Conseil européen de juin prochain. Je serai heureuse d'aborder ces points plus en détail, ainsi que les aspects que je n'ai pu évoquer, en répondant à vos questions. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche et du groupe Union Centriste – M. Jean Bizet, président de la commission des affaires européennes, applaudit également.) - Débat interactif - M. le président. Mes chers collègues, chaque orateur dispose de deux minutes maximum pour présenter sa question avec une réponse du Gouvernement pour une durée équivalente. Dans le cas où l'auteur de la question souhaite répliquer, il dispose de trente secondes supplémentaires. Nous avons donc changé les règles du jeu de ce type de débat, mais je rappelle que les trente secondes supplémentaires ne pourront être accordées, mes chers collègues, que si vous respectez scrupuleusement les deux minutes imparties pour présenter votre question. Dans le débat interactif, la parole est à Mme Colette Mélot. Mme Colette Mélot. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, il y a deux semaines, l'Assemblée nationale a introduit dans le projet de loi Asile et immigration un article supplémentaire sur la question des migrations climatiques. Ce nouvel article 42 fixe des objectifs en matière de connaissance des migrations climatiques et d'évolution de nos programmes d'aide publique au développement. Première occurrence des migrations climatiques dans le droit français, cette décision fera date. Si l'Europe a accueilli un million de migrants depuis 2015, elle n'a fait qu'effleurer la problématique à venir des migrations climatiques. Un récent rapport de la Banque mondiale, daté de mars 2018, indiquait ainsi que 143 millions de personnes seraient forcées de migrer sous l'effet du changement climatique d'ici à 2050. Le manque de nourriture, de ressources en eau, les canicules et les cyclones bouleverseront la géographie du monde tel que nous le connaissons. Des cadres internationaux existent déjà pour prévenir ces migrations. Le cadre de Sendai prévoit ainsi un effort collectif pour réduire les risques de catastrophes naturelles et prévenir les déplacements induits. Par ailleurs, les Nations unies ont mis en place un programme de réinstallation planifiée pour aider les migrants climatiques à s'installer et à rebâtir une nouvelle vie après leur exode forcé. Madame la ministre, selon la Banque mondiale, si des stratégies d'adaptation planifiées étaient rapidement mises en place sur la réduction des gaz à effet de serre ou sur l'anticipation des catastrophes naturelles, 80 % de ces migrations climatiques pourraient être prévenues. Notre groupe souhaite donc savoir quelle position la France défendra auprès de l'Union européenne sur ce sujet brûlant des migrants climatiques. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Indépendants – République et Territoires et du groupe Union Centriste.) M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Madame la sénatrice Colette Mélot, vous avez raison : le changement climatique constitue aujourd'hui l'une des causes fortes des migrations. On le voit partout dans le monde, notamment dans le Pacifique, où certains États insulaires risquent de disparaître, ou dans la bande sahélienne. Dans un cadre bilatéral, nous nous efforçons à la fois d'atténuer le phénomène et d'aider les populations à s'adapter au changement climatique. L'Agence française de développement dédie 50 % de ses aides à des projets liés à la lutte contre le réchauffement climatique. L'Union européenne, elle, ne consacre que 20 % de son aide au développement à la lutte contre le changement climatique. Nous souhaitons que l'Union consacre environ la moitié de ses crédits d'aide au développement, à l'instar de l'aide bilatérale française, à des projets de lutte contre le réchauffement climatique, visant à atténuer ses effets ou à encourager l'adaptation des populations. M. le président. La parole est à Mme Colette Mélot, pour la réplique. Mme Colette Mélot. Madame la ministre, je ne peux qu'insister sur l'importance de l'aide au développement. Comme vous l'avez souligné, il est indispensable de prendre des mesures en amont afin d'éviter ces phénomènes de migration. M. le président. La parole est à M. Jean-Noël Guérini. M. Jean-Noël Guérini. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, alors que le solde migratoire est l'élément principal de la croissance démographique européenne à partir de 1990, nous pouvons affirmer que les conflits, les persécutions et les migrations sont devenus, depuis 2015, un défi pour l'Union. Sauver des vies, aider conjoncturellement les pays de transit importants à réduire les flux de migrants, l'enjeu est de taille et impose de faire preuve de pragmatisme : accord « un pour un », signé en mars 2016 avec la Turquie, permettant à 700 000 personnes de bénéficier d'une protection au titre de l'asile et mettant en place un flux contrôlé de migrants en mer Égée ; aménagements ponctuels du principe de libre circulation ; création de hot spots ; refondation de l'agence FRONTEX… Je veux le dire avec solennité, sans verser dans l'angélisme, sans promettre ce que nous ne sommes pas en mesure d'assumer, nous avons un devoir d'humanité tout en restant fermes sur nos frontières. Je conçois que mes propos puissent choquer ou heurter. Toutefois, reconnaissez que nous ne pouvons plus nous contenter de discourir et d'user d'effets de verbe pour éluder la réalité. Il est urgent de rappeler l'existence de nos frontières, non pas pour les transformer en barricades, en murs infranchissables, mais pour nous donner les moyens d'accueillir les migrants déracinés dans des conditions dignes. Personne ne peut accepter les conditions de vie des migrants, campant dans des parcs, devant des porches d'immeubles, sous des ponts du métro parisien, abandonnés et sans soutien. Nous devons être fermes avec les passeurs qui organisent sans vergogne le déplacement de femmes, d'enfants et d'hommes en mer Méditerranée, puis les laissent au hasard des chemins de montagne, sans le moindre respect. Nous devons être fermes avec ceux qui cherchent à se substituer à l'État, en organisant de façon empirique et médiatique un contrôle aux frontières. Madame la ministre, ma question est simple : après le constat d'échec du règlement Dublin III, pouvez-vous nous assurer de la réalité d'une politique commune concernant la question migratoire, alliant fermeté et devoir d'humanité, et poser un état des lieux des politiques migratoires ? (Applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.) M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Comme vous l'avez souligné, monsieur le sénateur Guérini, l'Europe a pris, depuis 2015, un certain nombre de mesures. Vous avez rappelé la facilité mise en place avec la Turquie pour le financement, à hauteur de 3 milliards d'euros, des efforts déployés par ce pays qui accueille le plus grand nombre de réfugiés au monde. La plupart de ces crédits ont été contractualisés et nous travaillons à la poursuite de cet effort. Le fonds fiduciaire d'urgence, mis en place à la suite du sommet de La Valette, permet de soutenir, dans les pays d'origine des migrations, la création de projets notamment en matière d'éducation, de formation et d'emploi visant à offrir un avenir aux jeunes, qui sont à la fois les plus dynamiques et les plus tentés par l'exil. Nous devons aussi et c'est ce que nous faisons travailler avec les pays d'origine, pour mieux assurer le retour et la réadmission des migrants économiques illégaux. Nous le faisons avec des mesures incitatives, notamment la mise en place de projets de développement, mais aussi dans la discrétion, bilatéralement, sans le porter sur la place publique, au cours de discussions avec chacun de ces pays, afin de nous assurer que les mesures de réadmission sont facilitées. Elles ont trop longtemps été rendues difficiles par des résistances et des obstacles. Nous le faisons entre pays membres de l'Union européenne et avec les pays d'immigration d'origine. Vous avez très justement cité, monsieur le sénateur, la lutte contre les passeurs et la nécessité d'augmenter encore notre coopération policière, au sein de l'Union européenne et avec les pays d'origine et de transit. Cette activité illégale, véritable gangrène, qui est devenue le deuxième trafic illégal le plus lucratif au monde, doit trouver, ici, en Europe, une réponse pénale appropriée. M. le président. La parole est à M. Thani Mohamed Soilihi. M. Thani Mohamed Soilihi. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, selon un sondage d'Eurobaromètre réalisé auprès des citoyens européens en 2016, les deux problèmes les plus importants auxquels doit faire face l'Union européenne sont les migrations et la sécurité. Deux ans plus tard, ces thèmes sont toujours au coeur des préoccupations européennes. S'agissant des problèmes migratoires, l'Europe est confrontée depuis 2014 à une crise sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, conséquence directe de la multiplication des conflits armés, notamment en Syrie et en Libye. Le principal défi est de renforcer la solidarité européenne autour des thèmes des migrations et de la sécurité. Ces thèmes, Mayotte, région ultrapériphérique de l'Union européenne depuis 2014, les connaît bien, puisqu'ils ont constitué les principaux points de revendication de la vague de contestation qui a secoué l'île durant ces deux derniers mois. Ce département est soumis à une pression migratoire sans précédent et accuse une situation d'insécurité croissante. La pression migratoire exercée par les pays voisins sur le territoire mahorais, combinée à un taux de croissance démographique très élevé, pose des problèmes économiques et sociaux majeurs, comme l'ont montré les récentes tensions. Nous sommes face à une urgence, nécessitant une aide optimale de l'Union européenne dans la gestion durable des migrations, notamment par le biais de négociations devant aboutir à des accords internationaux et de partenariat avec les pays voisins. En effet, Mayotte connaît le taux de population en situation irrégulière le plus élevé de France, ce qui a pour conséquence directe la saturation de ses services publics, spécialement les écoles et les hôpitaux. Parallèlement, la violence qui sévit, de façon permanente, depuis plusieurs années, dans ce département français d'outre-mer, engendre un climat d'insécurité insoutenable. Aussi, madame la ministre, quels moyens l'Union européenne compte-t-elle mettre en oeuvre pour relever le défi des migrations, garantir la sécurité des citoyens mahorais et renforcer la prévention de la criminalité dans ce département ? (MM. Jean-Pierre Sueur et Loïc Hervé, ainsi que Mme Fabienne Keller applaudissent.) M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Monsieur le sénateur Mohamed Soilihi, la question de l'immigration prend évidemment à Mayotte une dimension toute particulière, que le Gouvernement a pleinement à l'esprit. Je veux revenir sur les mesures inacceptables prises par les Comores le 21 mars dernier, pour interdire les reconduites de Comoriens entrés illégalement à Mayotte. Nous les avons publiquement condamnées, et nous sommes résolument engagés à les faire lever. Nous avons choisi de maintenir un canal de dialogue ferme et constructif avec les Comores, dans une logique d'engagement d'État à État, avec deux objectifs : lutter efficacement contre les filières d'immigration illégale et stabiliser à moyen terme la relation entre les Comores et Mayotte, ce qui doit passer par des actions ciblées sur les sources d'immigration irrégulière aux Comores, en particulier à Anjouan. Vous l'avez constaté, nous avons pris par ailleurs des mesures concernant les visas, qui concernent à la fois les passeports officiels comoriens et les demandes de visa sur passeport ordinaire. Il serait prématuré de dire que la situation a trouvé un règlement satisfaisant. Les ministres des affaires étrangères français et comoriens se sont entretenus le 19 avril dernier. Il n'y a pas encore d'accord concernant la réadmission, mais nous cherchons des modalités de règlement rapide. Permettez-moi d'évoquer la position de l'Union européenne à l'égard de Mayotte et des Comores. Mayotte bénéficie en tant que région ultrapériphérique d'un soutien fort de l'Union européenne sur la période de budget actuel, 2014-2020. Ce sont ainsi 290 millions d'euros qui ont été versés par l'Union européenne à Mayotte, tous fonds confondus. Tel n'est pas le cas des Comores, qui bénéficient du FED, le Fonds européen de développement, à hauteur de 68 millions d'euros. Je souhaite mettre l'accent sur un programme de coopération transfrontalière entre Mayotte et les Comores, qui est financé à hauteur de 16 millions d'euros, pour développer les échanges commerciaux, la santé des populations, les capacités de secours aux personnes et l'enseignement en mobilité. La question de la pression migratoire à Mayotte est donc pleinement prise en compte au niveau national, mais aussi par nos partenaires de l'Union européenne. M. le président. La parole est à Mme Esther Benbassa. Mme Esther Benbassa. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, je suis intervenue récemment en faveur d'un jeune homme originaire du Darfour, au Soudan, pays qu'il avait fui à l'âge de douze ans avec sa famille. Après avoir passé plusieurs années dans un camp du HCR, l'Agence des Nations unies pour les réfugiés, au Tchad, Abdel avait rejoint l'Europe par l'île de Lampedusa avant d'arriver en France. Quelques mois plus tard, en vertu du règlement de Dublin, il fut reconduit en Italie, où on lui signifia une interdiction du territoire. Il revint donc en France. Durant ce douloureux parcours, marqué par la guerre et l'exil, Abdel n'a jamais été en mesure de formuler une demande d'asile, que ce soit en Italie ou en France. Cette situation est loin d'être unique, vous le savez bien. Elle vient toutefois illustrer sans ambiguïté la nécessité, si l'on veut que le droit d'asile ait encore un sens, de revenir sur le règlement de Dublin. L'Union européenne ne s'y est pas trompée, et la Commission européenne s'est attelée à la refonte de ce règlement qui détermine l'État membre responsable de l'instruction d'une demande d'asile. En France, le Parlement examine en ce moment le projet de loi Asile et immigration, sans aucune considération pour les négociations et travaux en cours au niveau européen. M. Roger Karoutchi. Si ! Mme Esther Benbassa. Ma question est simple : de quelle manière le Gouvernement compte-t-il peser ? Quelles positions a-t-il l'intention de défendre au niveau européen, afin de rendre, comme il prétend le souhaiter, le droit d'asile effectif en France et sur le territoire européen ? Car la loi nationale s'adresse surtout aux futurs électeurs, en vue des prochaines élections ! M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Madame la sénatrice Benbassa, vous aurez tout loisir d'évoquer le projet de loi Asile et immigration avec le ministre d'État, lorsqu'il sera examiné par la Haute Assemblée. On peut tout dire de ce projet de loi, sauf qu'il répond à des préoccupations électoralistes ! Il s'agit d'améliorer la situation à laquelle nous sommes confrontés : nous n'accueillons pas dignement les demandeurs d'asile et ne raccompagnons pas de manière efficace les migrants illégaux qui se trouvent sur notre territoire. C'est donc tout sauf un projet de loi démagogique ! Le règlement de Dublin a été adopté avant la vague migratoire de 2015. À l'évidence, cette dernière a mis en difficulté les pays de première entrée, qui se sont trouvés confrontés à un très grand nombre de demandeurs d'asile, mais de nombreux migrants, comme, probablement, le jeune homme que vous venez d'évoquer, n'ont pas souhaité demander l'asile dans le pays dans lequel ils sont entrés. Madame, vous levez les yeux au ciel, mais lorsqu'on arrive du Soudan du Sud, on peut décider de faire du shopping de l'asile, et trouver qu'on est mieux en Suède qu'en Italie ! (Protestations sur les travées du groupe socialiste et républicain et du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.) Mme Esther Benbassa. Comment osez-vous utiliser ce mot ? M. Jean-Yves Leconte. Donc, tout le monde doit faire sa demande en Italie ? Mme Nathalie Loiseau, ministre. Je suis allée au Soudan du Sud, et je vous invite à faire la différence entre ces pays et les pays européens. Et je ne considère pas que l'Italie soit un pays où il ne serait pas normal de demander l'asile. Nous le constatons, les pays de première entrée ont laissé passer beaucoup de monde. Quant aux autres pays de l'Union européenne, ils n'ont pas témoigné d'une solidarité suffisante. Je prendrai pour exemple certains pays situés à l'est de l'Europe, qui ont décidé qu'ils n'accueilleraient aucun demandeur d'asile, malgré des décisions du Conseil européen et de la Cour de justice de l'Union européenne. Aujourd'hui, il faut renforcer la responsabilité des pays par lesquels les demandeurs d'asile entrent dans l'espace européen et la solidarité de l'ensemble de l'espace européen. De ce point de vue, la présidence bulgare du Conseil de l'Union européenne a fait une proposition que nous soutenons : il s'agit de traiter la situation, soit lorsqu'elle est normale, soit lorsqu'une crise migratoire commence, soit lorsque cette crise s'aggrave, avec des obligations de solidarité différentes à l'égard des États de première entrée, qu'il s'agisse d'une solidarité financière, en expertise ou en matière de relocalisation, volontaire ou obligatoire lorsque la crise s'aggrave. Aujourd'hui, l'Italie n'a pas un gouvernement en mesure de défendre une position. Nous attendons avec impatience la formation d'un nouveau gouvernement italien, pour essayer d'avancer sur une rénovation du règlement de Dublin. M. le président. La parole est à Mme Esther Benbassa, pour la réplique. Mme Esther Benbassa. Madame la ministre, vous êtes toujours dans la rhétorique, ce qui confirme mon sentiment : il y a non seulement une crise humanitaire, mais aussi, et surtout, une crise de l'accueil. Vous venez d'en donner l'exemple, en parlant, qui plus est, de « shopping » ! Mais comment pouvez-vous utiliser ce mot, pour évoquer la situation de gens qui sont dans la misère, l'anxiété et le dénuement ? (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste et du groupe socialiste et républicain.) M. Pierre Ouzoulias. Bravo ! M. le président. La parole est à M. Philippe Bonnecarrère. (Applaudissements sur les travées du groupe Union Centriste.) M. Philippe Bonnecarrère. Madame la ministre, les quatre orateurs précédents ont évoqué la question du droit d'asile, ce que je ferai également. Ce n'est pas un hasard si ce même point est mis en avant par l'ensemble de mes collègues. Vous avez d'ailleurs, par anticipation, répondu aux questions en évoquant votre souhait d'un plus haut niveau de responsabilité des pays de première entrée et d'un plus haut niveau de solidarité des pays dits « de deuxième ligne ». Vous avez dessiné des perspectives pour le mois de juin prochain. J'attends de votre part quelques précisions, pour que nous soyons certains de la volonté d'impulsion de notre gouvernement. Tout d'abord, le traité de Lisbonne avait changé la donne en la matière, en faisant des mesures en matière d'asile une politique commune. Dans la mesure où il ne s'agit pas d'un sujet soumis à la règle de l'unanimité sauf erreur de ma part, j'aimerais savoir si un tel contexte peut jouer favorablement pour ce qui concerne la révision du règlement Dublin III. Ensuite, au-delà des nécessaires convergences, à la fois des procédures je pense à la reconnaissance mutuelle entre pays européens des décisions qui pourraient intervenir et des positions de fond, la question de la conditionnalité est posée, à la fois en externe et en interne, comme vous le disiez à l'instant, madame la ministre, en évoquant le non-respect de la décision de la Cour de justice de l'Union européenne par certains pays européens. Enfin, j'aimerais avoir la certitude que notre gouvernement, mais aussi l'Union européenne, est actif s'agissant des accords de réadmission. Vous avez indiqué, par le biais d'une formule sympathique, que tout ceci était traité discrètement, bilatéralement. Je dois vous le dire, sur le terrain, nous n'avons pas du tout les mêmes échos. La réadmission ne fonctionne absolument pas avec les pays du Maghreb ou d'Afrique de l'Ouest, ce qui pose un vrai problème d'efficacité. (Applaudissements sur les travées du groupe Union Centriste et du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.) M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Monsieur le sénateur Bonnecarrère, vous avez raison, en matière d'asile, la règle est celle non pas de l'unanimité, mais de la majorité qualifiée. Toutefois, on l'a vu, les décisions de relocalisation n'ont pas été respectées par certains États membres. Aujourd'hui, au moment où nous sommes en train de négocier une nouvelle révision du règlement de Dublin, les divisions au sein de l'Union européenne sont fortes. Nous faisons le maximum d'efforts pour parvenir, d'ici à juin, à une avancée et à des progrès, ce qui ne signifie pas que l'ensemble du règlement de Dublin sera révisé à ce moment-là. Nous travaillons sur une harmonisation des procédures, des délais et des critères utilisés dans l'Union européenne. De ce point de vue, le projet de loi Asile et immigration qui sera bientôt présenté à la Haute Assemblée va dans le sens de cette harmonisation. Mais il restera encore des questions à traiter. Vous avez également évoqué, monsieur le sénateur, la conditionnalité. Au moment où l'on examine le prochain budget de l'Union européenne, il peut être tentant de conditionner l'octroi de certains fonds européens au respect par les pays bénéficiaires des obligations de relocalisation. Le Président de la République a fait une proposition un peu différente, mais qui va dans ce sens. Il s'agit de considérer que l'accueil des migrants participe de la politique de cohésion. Dans cette logique, les collectivités accueillant un nombre important de migrants devront être éligibles au fonds de cohésion. Ce serait un soutien pour les États qui font de réels efforts, au détriment des États refusant d'accueillir des demandeurs d'asile. M. le président. La parole est à M. Philippe Bonnecarrère, pour la réplique. M. Philippe Bonnecarrère. Madame la ministre, je veux exprimer mon soutien à l'action que vous venez d'évoquer et qui doit être mise en valeur auprès de nos concitoyens. En revanche, je suis beaucoup plus dubitatif sur l'effet des réformes franco-françaises en ce domaine. M. le président. La parole est à M. Jean-Yves Leconte. M. Jean-Yves Leconte. Madame la ministre, la procédure de Dublin ne fonctionne pas, cela a été dit. J'aimerais ainsi avoir quelques éclaircissements sur la figure rhétorique que vous avez utilisée : « plus haut niveau de responsabilité » et « plus haut niveau de solidarité ». Un « plus haut niveau de responsabilité » soulève une contradiction avec le nouveau mandat confié à FRONTEX, qui vise à communautariser une partie de la surveillance de nos frontières. Dès lors, comment penser qu'on peut continuer à renforcer la responsabilité des pays de première entrée ? On le sait, c'est impossible ! Aujourd'hui, alors que les frontières sont surveillées par FRONTEX, c'est l'Italie et la Grèce et, bientôt, l'Espagne qui sont aux avant-gardes. Et ces trois pays ne pourront pas tout faire pour le reste de l'Europe ! J'en viens à la solidarité. Il est louable de proposer que les demandeurs d'asile puissent aller dans tous les pays de l'Union européenne. Mais quelles garanties avons-nous que les procédures seront les mêmes dans chaque pays ? Tel n'est pas le cas aujourd'hui ! Et les directives Procédure et Accueil ne suffisent pas, les procédures nationales étant aujourd'hui complètement divergentes. Comment faire pour arriver à une surveillance sur ce sujet ? Enfin, quelle est la crédibilité de la France en la matière ? Alors que vous nous parlez de solidarité, votre gouvernement a fait voter voilà peu une proposition de loi « permettant une bonne application du régime d'asile européen », qui a vocation à renvoyer en Italie ou en Allemagne plus de 60 % des personnes susceptibles de demander l'asile en France. Madame la ministre, où est la crédibilité de la France en matière de solidarité, alors qu'elle n'a en tête que de renvoyer les personnes qui souhaitent demander l'asile sur son territoire ? (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain.) M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Monsieur le sénateur Leconte, renforcer les moyens de FRONTEX ne signifie pas lui donner l'unique responsabilité du contrôle de nos frontières extérieures. Pour autant, le rôle qui lui est dévolu est essentiel pour soutenir les pays qui en ont le plus besoin. Dans le projet de budget présenté par la Commission européenne, que nous soutenons, il s'agit non seulement de porter les réserves de FRONTEX de 1 500 à 10 000 hommes, mais aussi de renforcer, d'une part, les moyens apportés aux États de première entrée pour mieux contrôler leurs frontières et, d'autre part, le Fonds asile, migrations et intégration. Dès aujourd'hui, des pays comme l'Italie et la Grèce font l'objet de soutiens financiers pour l'accueil des demandeurs d'asile : 800 millions d'euros pour l'Italie, 1,4 milliard d'euros pour la Grèce. Nous sommes d'accord pour considérer qu'il faut faire plus et mieux, conformément au budget qui est proposé pour l'Union européenne. Vous parlez de la solidarité dont fait preuve la France. Je le rappelle, notre pays a rempli ses obligations à la fois en matière de réinstallation depuis les pays extérieurs à l'Union européenne et de relocalisation, qu'il s'agisse de la Grèce, où nous avons rempli l'intégralité de nos obligations, ou de l'Italie, où nous avons fortement augmenté, depuis quelques mois, le nombre de demandeurs d'asile relocalisés en France. Nous avons pris de nouveaux engagements et mis en place, au Niger et au Tchad, une nouvelle procédure de réinstallation. Nous incitons nos partenaires européens à nous accompagner dans cette démarche qui permet d'identifier les personnes en besoin manifeste de protection, afin de leur éviter le calvaire de la traversée de la Libye puis de la Méditerranée. De ce point de vue, nous sommes, me semble-t-il, à la hauteur de nos valeurs et de nos engagements. M. le président. La parole est à M. Jean-Yves Leconte, pour la réplique. M. Jean-Yves Leconte. Madame la ministre, vous n'avez pas vraiment répondu sur la question de la solidarité, évoquant simplement le respect des engagements de la France concernant la relocalisation. Mais ces engagements sont plus que modestes par rapport au nombre de demandeurs d'asile qui arrivent en Italie et veulent déposer une demande d'asile ailleurs. Le fait de se cacher derrière la relocalisation pour ne pas réformer le règlement de Dublin sera lourd de conséquences ! M. le président. La parole est à M. Philippe Pemezec. M. Philippe Pemezec. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, on nous impose une idée reçue, selon laquelle l'immigration serait normale. Les élus serviraient à justifier la politique d'immigration, qui relèverait non pas de leurs compétences, mais plutôt de celle des fonctionnaires de Paris et de Bruxelles, ainsi que des associations humanitaires, qui n'ont pourtant aucune légitimité. Bien évidemment, je suis opposé à une telle vision des choses, tout autant que je le suis à la suppression des frontières, qui sont nécessaires à l'organisation du vivre ensemble. Régis Debray, dont je ne partage pas toutes les positions, a d'ailleurs écrit un Éloge des frontières, où il défend l'idée selon laquelle les frontières permettent l'hospitalité. Or l'hospitalité, c'est accueillir chez soi qui l'on souhaite. Et c'est là où le bât blesse : une grande majorité des Français considère que nous ne sommes plus en capacité d'accueillir l'ensemble des populations qui veulent venir chez nous. Elle souhaite donc que le nombre de ces personnes soit limité et que l'immigration soit régulée et choisie. Est-il normal que, au sein de la communauté européenne, les élus ne puissent pas se prononcer sur des plafonds et le choix des personnes à accueillir, en fonction de nos besoins et de notre capacité à intégrer ces populations ? Au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande, qui sont des démocraties évoluées, il existe depuis longtemps des plafonds d'immigration. Cela ne choque personne ! Au sein même de l'Union européenne, l'Autriche a maintenu des quotas d'immigration, tandis que l'Allemagne a prévu de mettre en place des quotas pour le regroupement familial. Madame le ministre, quand des plafonds, votés chaque année par le Parlement, seront-ils mis en place en France ? (Vifs applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.) M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Monsieur le sénateur Pemezec, vous examinerez dans quelques semaines le projet de loi Asile et immigration. J'ai donc du mal à comprendre que vous considériez que l'on retire aux parlementaires leurs compétences, au moment même où un texte leur est soumis. Peut-être ce texte ne correspond-il pas à vos orientations. Vous souhaiteriez en effet, à l'instar, selon vous, de la majorité de nos concitoyens, que l'on mette en place des plafonds et des quotas. J'ai le regret de vous rappeler que la majorité s'est dessinée au moment de l'élection présidentielle, puis des législatives, et que les Français n'ont pas choisi un tel programme. Vous le déplorez sans doute, mais c'est la réalité politique de notre pays. Notre responsabilité, c'est de mettre en place à la fois un meilleur accueil des personnes en besoin manifeste de protection, conformément aux valeurs européennes et dans le respect des conventions de Genève. Il s'agit aussi de poser une limite à l'immigration économique illégale, en étant capables de mieux raccompagner les migrants illégaux et, surtout, de trouver une solution, dans les pays d'origine, aux causes des migrations. On peut décider artificiellement de tous les quotas qu'on veut, tant qu'il y aura autant d'inégalités entre les pays et aussi peu de perspectives d'éducation, de formation et d'emploi dans un certain nombre de pays du Sud, l'immigration illégale se poursuivra. M. le président. La parole est à M. Philippe Pemezec, pour la réplique. M. Philippe Pemezec. C'est bien ce que je craignais ! Une vision technocratique, qui creuse le fossé entre la population et la technostructure. Malheureusement, je ne pense pas que cela fasse beaucoup évoluer les choses dans le sens que je souhaite. Par ailleurs, Emmanuel Macron n'a pas été élu sur cette thématique. Selon moi, une majorité des Français souhaite que l'immigration soit enfin contrôlée, jugulée et réglée. Puisqu'on gère l'ensemble des problèmes, qu'on possède des règles dans tous les domaines d'action, pourquoi n'en aurait-on pas en la matière ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.) M. le président. La parole est à M. Dominique de Legge. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.) M. Dominique de Legge. Madame la ministre, les défis de la sécurité et de l'immigration ne sont pas propres à notre pays, même si les chiffres concernant la France sont éloquents. Le nombre de titres de séjour ne cesse de croître, de plus de 70 000 par an. Les demandes d'asile ont gonflé de 17 % entre 2016 et 2017 ; le coût des CADA, les centres d'accueil de demandeurs d'asile, enregistre une hausse de 9 %, tandis que l'ADA, l'allocation pour demandeur d'asile, a augmenté de 45 % par rapport à 2017. Si les moyens de l'OFPRA, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ont été renforcés, ils ne suffisent pas à instruire l'ensemble des dossiers. Quant à l'AME, l'aide médicale d'État, son budget grossit également. Ces indicateurs témoignent d'un désarroi et d'une forme d'impuissance des pouvoirs publics à endiguer ce flot humain. Ils sont pris en tenaille entre la détermination de migrants, dont certains n'ont rien à perdre parce qu'ils ont tout perdu, le cynisme des passeurs et les inquiétudes grandissantes de nos concitoyens. Comment aborder cette situation avec autant d'humanité que de réalisme ? Les solutions extrêmes, fermeture des frontières ou accueil de tous, ne sont pas réalistes. Chacun sait que le règlement de la situation ne peut trouver une réponse que dans le cadre européen. Toutefois, attendre tout de l'Europe nous conduirait à l'inaction, alors qu'il convient d'oeuvrer en faveur d'un rapprochement des pratiques et des législations européennes. Je vous poserai donc trois questions, madame la ministre. Premièrement, que pensez-vous d'une augmentation de la durée minimale de résidence en France pour l'acquisition de la nationalité française par les étrangers nés à l'étranger, en l'alignant sur la législation allemande, qui prévoit une durée de huit ans ? Deuxièmement, vous semble-t-il souhaitable de subordonner vraiment l'acquisition de la nationalité française à une maîtrise de la langue et d'écarter les étrangers ayant fait l'objet d'une condamnation pénale, comme c'est le cas dans de nombreux pays ? Troisièmement, certains pays ont apporté des restrictions à leur droit du sol. Êtes-vous ouverte à une évolution de notre droit en la matière, afin de refuser l'acquisition de la nationalité française à des enfants nés de parents en situation irrégulière ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.) M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Je voudrais tout d'abord revenir sur le commentaire qui a été fait précédemment, qualifiant mes propos de « technocratiques ». En ce qui me concerne, j'ai passé plusieurs années de ma vie en Afrique subsaharienne, et plusieurs autres années au Maghreb. Depuis que je suis ministre chargée des affaires européennes, je me suis rendue à plusieurs reprises dans des camps de réfugiés et des foyers de mineurs isolés. Je crois donc que je sais de quoi je parle, parce que j'y suis allée voir de près, sans rester à l'abri de mes fonctions parisiennes. Monsieur le sénateur, vous parlez de chiffres français éloquents en matière d'arrivées de migrants et de demandeurs d'asile. Que devraient dire nos partenaires allemands, qui ont accueilli en 2015 plus d'un million de demandeurs d'asile ? (M. Roger Karoutchi fait la moue.) Je voudrais le rappeler, puisque vous mettez en avant l'échelle européenne sur un sujet qui vous le savez et, je crois, vous vous en réjouissez est un sujet de compétence nationale propre, celui de l'acquisition de la nationalité. Il n'y a pas encore et personne ne le souhaite de politique communautaire en matière d'acquisition de la nationalité dans les États membres ; je ne vois donc pas très bien ce que l'Union européenne a à voir avec tout cela. J'ai le sentiment qu'on mélange beaucoup de choses à parler à la fois de demandeurs d'asile et d'acquisition de nationalité. Mais enfin, puisque vous posez la question, je vous réponds. Vous me demandez si une durée de séjour minimale ne pourrait pas être exigée pour pouvoir demander la nationalité ? Cinq ans de résidence légale, en France, sont requis pour pouvoir effectuer une telle demande. Vous suggérez qu'on vérifie la réalité d'une pratique de la langue française par le demandeur ; mais c'est très exactement ce qui est exigé aujourd'hui de ceux qui souhaitent obtenir la nationalité : une connaissance suffisante de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, ainsi que l'adhésion aux principes et valeurs essentiels de la République française. M. Roger Karoutchi. Ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas ce qui se passe ! Mme Nathalie Loiseau, ministre. Je vous invite à vous rapprocher de personnes qui sollicitent en ce moment même la nationalité française pour constater de vous-même ce qui leur est demandé, avant de me poser la question. M. Roger Karoutchi. Dans les textes, ce que vous dites est vrai ; pas dans la pratique ! M. le président. La parole est à M. Dominique de Legge, pour la réplique. M. Dominique de Legge. Je pensais qu'un ministre, assis au banc du Gouvernement, avait vocation à le représenter. Par conséquent, je m'étonne que le ministre des affaires européennes n'ait pas une vision globale de ce que peut être la politique de la France pour défendre ses intérêts au niveau européen. Votre réponse confirme celle que vous venez de faire à M. Pemezec. Décidément, nous sommes gouvernés par des technocrates ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.) M. le président. La parole est à M. Olivier Henno. (Applaudissements sur les travées du groupe Union Centriste.) M. Olivier Henno. Monsieur le président, madame la ministre, ce débat sur l'Union européenne face aux défis de la sécurité, des migrations et des frontières est attendu non seulement par nos compatriotes, mais aussi, en ce 9 mai, par tous les citoyens européens. Pourquoi ? Parce que nous avons face à nous une véritable bombe démographique. Selon les projections démographiques des Nations unies, la seule population de l'Afrique subsaharienne pourrait passer de 960 millions à 2 milliards d'habitants d'ici vingt-cinq ans. C'est naturellement considérable. Que l'on analyse la question à l'horizon de quelques semaines, de plusieurs années ou des prochaines décennies, le même constat s'impose : plus que jamais, l'Europe va devoir apprendre à aborder cette question de l'immigration avec responsabilité, sous peine de voir nos démocraties submergées par le populisme. J'en viens à ma question, qui comporte plusieurs volets. Face à cette réalité démographique, peut-on réellement tenir le cap de la différenciation stricte je sais que ce sujet est tabou entre droit d'asile politique et immigration irrégulière, car économique ? En réalité, cela revient à accepter ceux qui meurent de peur et à repousser ceux qui meurent de faim. Cela revient surtout à nier que les véritables ressorts de l'immigration sont la misère, l'instabilité politique et l'absence de projet collectif. Enfin, alors que la gravité de la question exigerait une politique européenne intégrée ambitieuse, comment articuler cette politique avec des politiques nationales qui, en la matière, restent extrêmement diverses ? Comment, aussi, articuler cette politique européenne de l'immigration avec celles des pays situés entre le Sahara et la Méditerranée je veux parler des pays du Maghreb ? (Applaudissements sur les travées du groupe Union Centriste.) M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Monsieur le sénateur Henno, il est essentiel de garder à l'esprit la distinction entre ceux qui sont persécutés à l'occasion d'un conflit ou en raison de leur race, de leur religion, de leurs croyances politiques, de leurs orientations sexuelles, donc tous ceux qui relèvent de la convention de Genève, d'une part, et celles et ceux qui, d'autre part, se cherchent un avenir différent, ailleurs que dans leur pays d'origine, et dont certains font le choix d'une migration clandestine. Ce sont deux démarches totalement différentes, et je ne peux, pour ma part, me résoudre à ce fatalisme qui consisterait à penser que pour certains pays, d'Afrique subsaharienne ou d'Asie du Sud les ressortissants de ces derniers sont nombreux à avoir emprunté les filières des passeurs clandestins, l'avenir de leur jeunesse, des plus déterminés, des plus courageux, des mieux formés parfois, passerait forcément par l'exil. Ce défi relève évidemment d'abord de la responsabilité des autorités de ces pays. Mais c'est aussi notre responsabilité de pays partenaire que de travailler, comme je le disais tout à l'heure, à ce que, par exemple, la croissance économique constatée aujourd'hui en Afrique se traduise véritablement, pour ces jeunes, en développement humain, en possibilités de formation et d'emploi et en confiance dans l'avenir. Sinon, quelle alternative avons-nous ? Si l'Afrique se développe, nous aurons un partenaire de croissance sur lequel nous pourrons nous appuyer. Si le destin de jeunes Sahéliens, en particulier, consiste nécessairement à aller chercher un avenir ailleurs qu'en Afrique, ici, en Europe, où nous ne pouvons pas tous les accueillir, on aura, en Afrique, de moins en moins de personnes qualifiées, de plus en plus de tensions, et donc de plus en plus de crises à gérer, car elles auront des conséquences sur notre sol. M. le président. La parole est à M. Olivier Henno, pour la réplique. M. Olivier Henno. Je pense, j'ai même la conviction, que la véritable frontière en matière d'immigration sera demain le Sahara et pas la Méditerranée. Par conséquent, l'Union pour la Méditerranée reste une bonne idée. Elle n'a d'ailleurs pas échoué sur ses objectifs, mais du fait des révolutions arabes et de la crise financière de 2008. Nous pensons donc qu'il est temps de réexplorer cette idée et de travailler à sa mise en oeuvre. (Applaudissements sur les travées du groupe Union Centriste. M. Jean Bizet, président de la commission des affaires européennes, applaudit également.) M. le président. La parole est à Mme Gisèle Jourda. Mme Gisèle Jourda. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, il y a deux ans, l'Union européenne signait avec la Turquie un pacte migratoire de régulation des flux. Nous, sénateurs français, avions eu l'occasion d'analyser cet accord grâce aux travaux d'une mission d'information ayant pour objectif d'évaluer le bien-fondé et les conséquences de cette réponse, qui nous est apparue comme fragile, ambiguë et partielle face aux enjeux migratoires auxquels l'Europe a été et est confrontée. À l'aune des mutations politiques dangereuses que connaît la Turquie ces derniers mois, en particulier la reprise du conflit armé entre l'État et le parti du peuple kurde, le bien-fondé de cet accord sombre peu à peu. Pourtant, le 14 mars dernier, la Commission européenne dégageait une enveloppe supplémentaire de trois milliards d'euros destinée à aider la Turquie à accueillir les réfugiés syriens sur son sol. Cette seconde tranche d'aide montre qu'en dépit des tensions avec Ankara et des défauts de cet accord, ce dernier est encore mis en oeuvre. Bon nombre d'ONG et de personnalités politiques européennes ont appelé à une évaluation juridique de ce pacte. Cet accord serait en effet illégal parce qu'il reposerait sur le postulat erroné selon lequel la Turquie est un « pays tiers sûr ». Une clarification de la nature de la protection offerte dans un « pays tiers sûr » s'impose. Si nous nous résignons à accepter de sous-traiter le droit d'asile à des pays tiers, ceci doit être au minimum garanti par le caractère effectif de la protection, qui doit être identique à celle qui est accordée dans l'Union européenne je pense notamment à l'application du principe de non-refoulement. La Turquie présente-t-elle vraiment un haut niveau de garanties et de protection pour les demandeurs d'asile ? Le 25 avril dernier, les eurodéputés ont décidé de retirer la Turquie de la liste commune des pays d'origine sûrs. Mais, selon la Commission européenne, ce vote ne concerne pas l'accord bilatéral UE-Turquie, mais seulement les cas de nationaux turcs. Où en sommes-nous aujourd'hui ? Peut-on penser que le retrait de la Turquie de cette liste aura un impact sur la situation ? Qu'en est-il, madame la ministre ? Pouvez-vous nous donner la position du gouvernement français sur ce sujet ? M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Madame la sénatrice Gisèle Jourda, je voudrais rappeler que la déclaration Union européenne-Turquie de mars 2016 a permis que le nombre d'arrivées dans les îles grecques baisse de 97 % et que le nombre de décès de migrants en mer Égée soit divisé par 10. Ce dispositif a permis de lutter efficacement contre les filières de passeurs ; nous sommes donc attachés à sa poursuite et à sa reconduction. Je rappelle aussi ce que je disais tout à l'heure : la Turquie est le pays au monde qui accueille le plus grand nombre de réfugiés. C'est un effort colossal, pour lequel nous avons des garanties en matière de qualité de la protection accordée à ces réfugiés. Je précise notamment que les enfants réfugiés, en Turquie, sont scolarisés. Je précise également que, grâce au soutien de l'Union européenne, les réfugiés qui se trouvent en Turquie ont accès aux soins. Je voudrais plus généralement indiquer que nous travaillons à la poursuite de notre coopération avec la Turquie en matière d'aide aux réfugiés. Ce que vous avez mentionné à propos du Parlement européen est une discussion : ce n'est en rien une décision. Je voudrais en outre préciser que l'aide européenne versée au profit des réfugiés en Turquie l'est très majoritairement, presque exclusivement, à des acteurs non étatiques collectivités locales, associations qui viennent en aide à ces réfugiés et font un travail qui mérite d'être salué. M. le président. Dans la suite du débat interactif, la parole est à M. Sébastien Meurant. M. Sébastien Meurant. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, permettez-moi tout d'abord de m'étonner que nous ayons ainsi coincé cet important débat entre deux ponts, comme si l'on souhaitait traiter la question des frontières européennes et de l'immigration en catimini. M. Roger Karoutchi. Le 9 mai, c'est le 9 mai ! M. Sébastien Meurant. Une mésaventure qui m'est arrivée récemment renforce ma crainte en ce domaine. Rapporteur spécial de la mission budgétaire « Immigration, asile et intégration », j'avais souhaité me procurer un document signalé par la commission des affaires européennes « arrêtant une recommandation pour remédier aux manquements constatés lors de l'évaluation de 2016 de l'application, par la France, de l'acquis de Schengen dans le domaine de la gestion des frontières extérieures ». Ce document vous aurez remarqué le magnifique jargon technocratique qui le caractérise émane de l'Europe. Mon collaborateur s'étant vu refuser la consultation de ce document, je me suis moi-même rendu à la commission des affaires européennes, où l'on m'a signifié que j'avais le droit de le lire, mais non de le copier ou d'en emporter un exemplaire, comme s'il était normal de cacher aux parlementaires des recommandations de l'Union européenne à la France sur un sujet parfaitement régalien. Ma première question, madame la ministre, est donc la suivante : si l'on souhaite réconcilier les Français avec la politique et la construction européennes, ne pensez-vous pas qu'il serait légitime d'associer le peuple français et ses représentants aux débats fondamentaux portant sur notre sécurité, sur nos frontières et sur l'immigration ? Ma deuxième question a trait à ce que votre ministère a fait en réponse à la recommandation du Conseil européen dont je parlais à l'instant. Cette recommandation m'a en effet fait froid dans le dos. On y lit que, dans le port de Calais, les informations ne circulent pas bien d'une équipe à l'autre ; qu'à Roissy, les effectifs sont insuffisants pour assurer les vérifications aux frontières, et qu'il y manque du matériel adéquat ; qu'à Orly, les contrôles des membres d'équipage laissent à désirer. Il s'agit de la France ! Pourriez-vous nous dire, madame la ministre, si ces graves défauts relevés par le Conseil européen existaient réellement, ou s'ils n'étaient qu'imagination de technocrates bruxellois ? Et si ces défauts existaient bel et bien, qu'avez-vous mis en place pour remédier à cette situation préoccupante pour la sécurité des Français et pour l'identité de la France ? M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Monsieur le sénateur, je devrai me répéter je vous prie à l'avance de m'en excuser, mais il me semble que d'ici très peu de temps, vous aurez tout loisir de débattre et de vous exprimer sur la politique migratoire de notre pays. Je suis surprise que vous mettiez en avant le fait que la représentation nationale n'y soit pas associée ; c'est tout le contraire qui est vrai. S'agissant du document que vous mentionnez, à ma connaissance, l'évaluation faite par la Commission européenne de la mise en oeuvre par la France du dispositif de Schengen est pour le moment encore provisoire. Nous n'avons pas reçu d'évaluation définitive. Je ne suis donc en situation ni d'analyser cette évaluation ni d'y apporter une réponse. Je m'engage devant vous à revenir sur cette question et à vous répondre lorsque la Commission européenne nous aura adressé son évaluation définitive. M. le président. La parole est à M. Jean-Yves Leconte. M. Jean-Yves Leconte. Madame la ministre, je voudrais vous faire part de l'inquiétude qui est la nôtre lorsque nous voyons l'absence de résilience des pays de l'Union européenne face à la crise migratoire. Il faut regarder ce qu'ont fait, en la matière, le Liban, la Turquie ou la Jordanie. La crise humanitaire n'est pas terminée en Syrie : d'autres vagues peuvent arriver. Or l'absence de résilience conduit l'ensemble des pays européens à envisager leurs relations avec leurs voisins, en particulier leurs voisins du Sud, d'abord par le biais de cette politique migratoire c'est profondément désastreux. Nous ne parviendrons pas à faire quoi que ce soit, sur le long terme, si nous sommes obsédés par la gestion à court terme des migrations. Le cas échéant on le sent bien chez certains responsables européens, on préfère, à nos portes, des régimes autoritaires à des régimes démocratiques, au motif que ces derniers, s'ils peuvent bien représenter des solutions à long terme, nous posent problème à court terme. La pression à nos frontières n'ira qu'en s'aggravant tant que nous ne changerons pas de paradigme, tant que nous considérerons que des régimes autoritaires à nos portes sont une garantie de surveillance des frontières de l'Union européenne. Madame la ministre, j'ai deux questions. D'une part, quelle est la position de la France face aux propositions de la Commission européenne tendant à conditionner l'attribution de visas à des ressortissants de pays dont les gouvernements refuseraient de donner des laissez-passer consulaires ? D'autre part, la position de la France pourrait-elle être d'oeuvrer en faveur d'une possibilité de contrôle parlementaire, tant par les parlements nationaux que par le Parlement européen, sur l'ensemble des moyens qui sont donnés par l'Union européenne aux pays du Sud avec lesquels nous développons des politiques de régulation migratoire ? M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Monsieur le sénateur Leconte, comment parler d'absence de résilience alors que l'Union européenne a accueilli, en 2015, à peu près 1,5 million de demandeurs d'asile d'un coup ? Mme Esther Benbassa. Pas la France ! M. Jean-Yves Leconte. La Jordanie a fait plus ! Mme Nathalie Loiseau, ministre. Ne nous jetons pas toujours la cendre à la figure ! Sachons aussi reconnaître ce que l'Europe a su faire de positif. Mme Esther Benbassa. L'Allemagne, la Suède, oui ; pas la France ! Mme Nathalie Loiseau, ministre. La Jordanie a fait plus, la Turquie a fait plus, certes. Je vous rappelle quand même, madame la sénatrice Benbassa, que beaucoup de demandeurs d'asile ne souhaitaient pas venir en France à cause du niveau de chômage qui y prévalait, et préféraient partir en Allemagne ou en Suède. Mme Esther Benbassa et M. Pierre Ouzoulias. Vive le shopping ! Mme Nathalie Loiseau, ministre. Je voudrais aussi indiquer que lorsqu'il s'agit d'un conflit comme le conflit syrien, il est assez habituel que les personnes fuyant une zone de guerre cherchent à rester à proximité, parce qu'elles ont l'espoir et nous partageons cet espoir avec elles de pouvoir revenir un jour dans leur pays d'origine. L'idée, lorsque l'on fuit son pays en guerre, n'est pas nécessairement de partir sur un autre continent. Vous m'interrogez sur la position qui est la nôtre en matière de laissez-passer consulaires. Nous souhaitons clairement une amélioration de la délivrance des laissez-passer consulaires par les pays dont sont originaires des migrants économiques illégaux que nous voulons raccompagner. Nous menons ce dialogue avec l'ensemble de ces pays, comme le font aussi, bilatéralement, nos partenaires européens. Et la question de la délivrance de visas, en particulier de visas officiels, à un certain nombre de ressortissants de ces pays, est posée. Vous m'interrogez également sur le contrôle parlementaire de l'aide au développement européenne. Mais le Parlement européen contrôle l'aide au développement versée par l'Union européenne. Si vous avez, monsieur le sénateur, une question particulière et un souhait particulier s'agissant de ces questions de contrôle, je vous invite à me les communiquer et je vous répondrai par écrit. M. le président. La parole est à M. Jean-Yves Leconte, pour la réplique. M. Jean-Yves Leconte. Il ne s'agit pas que de l'aide au développement : des financements particuliers sont donnés dans le cadre de la régulation des flux migratoires. Pour ce qui concerne ces politiques, qui ne sont pas des politiques d'aide au développement européennes, à l'évidence, nos collègues députés européens se heurtent à des blocages ils nous le disent dès qu'ils demandent ce qu'il en est de l'usage des fonds. Si l'on veut régler le problème à long terme, on ne peut pas se contenter de donner de l'argent aux gouvernements qui, y trouvant une source de revenus, délivreront les laissez-passer consulaires. Il faut travailler sur le long terme ! M. le président. La parole est à M. Roger Karoutchi. (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains. Ah ! sur d'autres travées.) M. Roger Karoutchi. Monsieur le président, madame la ministre, pour une fois, je serai d'accord avec mon collègue Leconte il faut qu'il s'en remette : ceci ne se produira pas souvent. (Sourires.) Madame la ministre, on a l'impression que tous ces débats ne servent à rien. Quant à moi, j'ai voté pour le « non » à Maastricht, après quoi je suis presque devenu un gentil garçon européen. Franchement, à suivre les débats européens sur les problèmes d'immigration, on se demande si on est sur la même planète ! Dans la pratique, soit il s'agit de débats très techniques, et de modifications à la marge, soit les vrais problèmes ne sont pas abordés. J'ai écouté sur ces questions Mme Merkel en juillet dernier, le président de la Commission européenne en octobre, mais aussi l'actuel président de la République qui, lorsqu'il était candidat, parlait d'un plan Marshall pour l'Afrique. Si l'on veut réguler l'immigration, disait-il, il faut se décider à consacrer des moyens à un tel plan ; à défaut, de toute manière, et quelles que soient les bornes et les réglementations existantes, lorsque surviendra l'explosion démographique en Afrique, où voulez-vous qu'aillent les Africains, sinon par définition vers l'Europe ? Or je constate que le Parlement européen et la Commission européenne n'avancent pas d'un iota sur ce sujet. Le budget européen est ridicule. On va donner trois francs six sous, ou plutôt trois euros six sous, à l'un, deux euros six sous à l'autre. Mais, en réalité, il n'y a pas de plan Marshall, pas de décisions d'investissement, pas de vraie politique consistant à identifier la source de l'immigration et les moyens d'aider à la tarir, donc à faire en sorte que ces hommes et ces femmes n'aient plus besoin de venir vers l'Europe. Tant qu'on ne le fait pas, pardonnez-moi, madame la ministre, on ne fait que du bricolage ! Et cette situation peut perdurer longtemps. Je suis, moi, pour le contrôle des frontières, pour la révision de Dublin, pour la révision de Schengen, pour une politique plus ferme en matière d'immigration. Mais je suis aussi pour un vrai plan Marshall, et nous en sommes très loin. Que fait la France en la matière ? M. Dominique de Legge. Très bien ! M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Monsieur le sénateur Karoutchi, j'espère ne pas vous effrayer, mais je crois que je suis d'accord avec vous. M. Roger Karoutchi. Je m'en vais, alors ! (Sourires.) M. André Gattolin. Les grands esprits… ! Mme Nathalie Loiseau, ministre. C'est l'effet du 9 mai, une fois par an ! Mais je vous promets que je ne le répéterai pas. (Nouveaux sourires.) Je voudrais tout de même vous rassurer : l'Union européenne est le premier donateur d'aide à l'Afrique. Pays membres et Union européenne confondus, ce sont 19 milliards d'euros d'aide au développement qui viennent d'Europe vers l'Afrique chaque année. S'agissant de l'aide plus spécifiquement destinée à lutter contre les migrations, le Fonds fiduciaire d'urgence atteint 3 milliards d'euros, et nous allons chercher à l'abonder de nouveau, tant avec des crédits européens qu'avec des crédits émanant des États membres. Pour ce qui concerne la France, vous connaissez l'engagement du Gouvernement à augmenter le niveau de l'aide au développement à hauteur de 0,55 % du PIB, et à concentrer cette aide au développement en direction de l'Afrique et, en Afrique, en direction des pays qui en ont le plus besoin, qui se trouvent au Sahel. Je n'ai parlé que d'aide au développement ; je n'ai pas parlé de notre action militaire, qui sert aussi à la stabilisation de cette partie de l'Afrique et à la lutte contre le djihadisme, ce dernier comptant parmi les raisons pour lesquelles des Africains choisissent de migrer vers l'Europe. Ce faisant, par notre action, qui est nationale, avec Barkhane, mais pour laquelle des partenaires européens, notamment, nous rejoignent, nous contribuons à la stabilisation du Sahel et à la lutte contre les origines des migrations. M. le président. La parole est à M. Roger Karoutchi, pour la réplique. M. Roger Karoutchi. J'entends bien, madame la ministre. Mais beaucoup de Français, et beaucoup d'élus, sont, comme moi, pour une politique de meilleur contrôle à l'entrée sur le territoire, pour une politique qui rompe avec le droit d'asile à tout va, lequel n'a plus de sens : s'il y a 102 000 demandeurs d'asile, c'est que tous ne fuient pas les persécutions ! C'est ainsi ! Et si l'on veut respecter le droit d'asile, il faut le ramener à sa vraie valeur. Mais, en même temps, comme dirait le Président de la République, je suis conscient que si l'on ne change pas la donne chez nos voisins, nous serons perpétuellement sous la pression. Faites les deux, madame la ministre ! (M. Antoine Lefèvre applaudit.) M. le président. La parole est à M. Cyril Pellevat. M. Cyril Pellevat. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, dans le respect des accords de Schengen, plusieurs pays ont rétabli les contrôles à leurs frontières nationales : l'Allemagne, l'Autriche, le Danemark, la Suède, la Norvège, l'Italie, la République tchèque, la Slovaquie, la Belgique, la Pologne, Malte et la France. Les autres l'ont fait en raison de la crise migratoire ; nous l'avons fait pour contrer la menace terroriste à la suite des attentats du 13 novembre 2015. Mais la crise migratoire nous touche tout autant que les autres. L'Union européenne fait face à une crise sévère, qui nourrit d'ailleurs des mouvements populistes dans nombre de ses États membres. En 2017, les États membres de l'Union européenne ont accordé un statut protecteur à 538 000 demandeurs d'asile venant principalement de Syrie, d'Afghanistan et d'Irak. Les principaux pays ayant accordé un statut sont l'Allemagne, pour 60 % du total, la France, l'Italie, l'Autriche, la Suède, la Grèce, la Belgique et le Royaume-Uni. Face à la crise migratoire qui a commencé en 2015, l'Union européenne n'a pas toujours vu juste. Le système des hotspots a par exemple échoué. Il s'agissait de centres d'enregistrement des migrants destinés à répartir les nouveaux arrivants. L'Union européenne a été mise face à la faiblesse de sa politique d'immigration et d'asile. Selon vous, madame la ministre, quels sont les principaux impacts de cette crise migratoire ? Elle a connu son apogée en 2016, mais elle perdure. Rappelons que l'Union européenne, ce sont 500 millions d'habitants, dont 35 millions sont nés à l'extérieur des frontières, 20 millions sont étrangers et 1 million sans papiers. Les conflits, notamment en Syrie, perdurent. Les migrants venant d'Afrique sont très nombreux également. Les migrants économiques se mêlent aux réfugiés de guerre. Hormis le renforcement des contrôles aux frontières, l'une des solutions semble résider dans une meilleure coopération de l'Europe avec les pays tiers. Madame la ministre, pouvez-vous nous dire comment l'Union européenne entend renforcer la lutte contre l'immigration irrégulière ? M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Monsieur le sénateur Pellevat, je voudrais revenir sur un chiffre : 100 000 demandes d'asile, ou presque, ont été formulées en France en 2017. Il s'agit effectivement d'un nombre élevé : au moment où, dans d'autres pays de l'Union européenne, ce nombre décroissait, il augmentait encore dans notre pays. Mais je voudrais apporter une indication qui me paraît aussi importante pour éclairer l'ensemble de notre débat : la première nationalité de demandeur d'asile, en France, en 2017, est la nationalité albanaise. Il ne s'agit donc pas de Sahéliens, de Syriens ou d'Irakiens ; ces Albanais viennent dans l'Union européenne sans avoir besoin de demander de visa et, une fois sur le sol de l'Union, pour une partie d'entre eux, demandent l'asile. Sur ce sujet, nous sommes mobilisés. Nous sommes mobilisés bilatéralement, avec l'Albanie, d'abord et avant tout pour lutter contre la criminalité organisée, contre les trafics d'êtres humains, sans lesquels ces personnes ne pourraient pas venir et rester sur notre territoire. Je voulais faire cette réponse, car je constate, à la lumière de l'ensemble des échanges que nous avons eus, que notre vision de la situation des demandes d'asile en France pouvait être parfois biaisée ou influencée par les discours politique ou médiatique. Nous devons traiter cette question de l'immigration en provenance d'un pays des Balkans. Pour le reste, je crois avoir déjà répondu précédemment à votre question. Il faut renforcer les frontières extérieures et le contrôle des frontières extérieures, avec une augmentation à la fois des moyens de FRONTEX et de ceux donnés aux États membres. Il faut aussi harmoniser le régime européen de l'asile, afin de permettre le rapprochement des critères et des procédures et de faire en sorte qu'il y ait plus de responsabilité à l'entrée. Vous avez évoqué l'échec des hot spots. Mais c'était l'échec de la responsabilité. Nous devons faire plus et mieux dans les pays de première entrée. Il faut également faire en sorte qu'un mécanisme de solidarité partagé par tous la solidarité au sein de l'Union européenne ne doit pas être un vain mot fonctionne en cas de crise grave. Il faut enfin mieux travailler au développement des pays d'origine, ainsi qu'à la stabilisation des pays de transit. M. le président. La parole est à M. Roger Karoutchi. M. Roger Karoutchi. Une petite dernière pour la route ! (Sourires.) Madame la ministre, l'Europe a-t-elle encore un poids à l'échelon international ? A-t-elle réussi à se doter d'une politique étrangère, d'une politique de défense, bref d'une politique tout court qui ait une influence ? Nous venons de voir le président des États-Unis retirer son pays de l'accord sur le nucléaire iranien, sous les applaudissements de l'Arabie saoudite, de l'Égypte, des pays du Golfe, du Maroc, qui, lui, a rompu ses relations avec l'Iran. J'entendais à l'instant M. le ministre des affaires étrangères indiquer à l'Assemblée nationale que cela était, certes, regrettable, mais que l'accord ne contenait effectivement rien sur la balistique de l'Iran ou sur les tentatives d'hégémonie de ce pays sur le Proche-Orient. Par conséquent, madame la ministre, ma question est simple. Je me suis rendu en Israël la semaine dernière avec une délégation de membres du groupe France-Israël, présidé par M. Dallier ; l'Europe est considérée par les Israéliens, et pas seulement par eux, comme ayant un peu « dévissé » à l'échelon international. En tout cas, elle n'apparaît plus forcément comme une puissance susceptible d'apporter une garantie. Nous avons un vrai problème à cet égard. N'avez-vous pas le sentiment que, s'agissant de l'Iran ou d'autres dossiers, nos interlocuteurs n'ayant pas une grande confiance dans la puissance ou l'unité de décision de l'Europe, celle-ci soit en réalité un lion d'argile, capable certes de rugir, mais pas de faire peur à qui que ce soit ? Mme Françoise Gatel. Bravo ! M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Monsieur le sénateur, je ne vais pas vous faire une réponse « pour la route ». (Sourires.) Nous venons de débattre pendant plus d'une heure de l'attractivité de l'Europe pour des centaines de milliers de personnes à travers le monde. Nous savons aussi qu'un certain nombre de pays sont candidats à l'adhésion à l'Union européenne. Nous ne voyons jamais notre attractivité ; nous ne voyons que nos faiblesses. Nous avons regretté le retrait des États-Unis de l'accord nucléaire signé avec l'Iran. Et, dans le concert des nations, peu nombreux sont ceux qui applaudissent. Ceux qui, comme nous, considèrent que l'accord reste valable et qu'il faut toujours en être partie prenante sont infiniment plus nombreux. Certes, il faut élargir l'accord et avoir une préoccupation forte concernant les activités balistiques de l'Iran ou son rôle au Moyen-Orient ; nous l'avons dit. Le Président de la République est allé en parler avec le président américain, qui a lui-même laissé la porte ouverte à un futur accord. Ce sera très précisément le rôle de l'Europe mais, vous avez raison, pour cela, il faut une Europe unie, parlant d'une seule voix de convaincre les uns et les autres de revenir à la table et de faire en sorte que l'accord nucléaire iranien, qui était un immense progrès dans la lutte contre la prolifération, puisse trouver un nouveau développement. Il serait tout de même paradoxal que l'Iran soit puni d'avoir respecté cet accord au moment où la Corée du Nord, qui, elle, est allée jusqu'au développement d'armes nucléaires, serait récompensée de n'avoir respecté aucun traité international. Vous avez évoqué la nécessité de bâtir une Europe de la défense. C'est précisément ce que nous faisons. On en a parlé pendant soixante ans sans rien faire ; depuis six mois, on en parle moins, mais on agit beaucoup plus. Je pense à la coopération structurée, à l'ébauche d'un fonds européen de défense et au projet français d'initiative européenne d'intervention, qui permettra demain de travailler sur des opérations extérieures, y compris en gardant le partenaire britannique, dont nous savons qu'il est, avec la France, le seul capable de mener des opérations extérieures efficaces dans le haut du spectre. M. le président. La parole est à M. Roger Karoutchi, pour la réplique. M. Roger Karoutchi. Madame la ministre, si même vous rendez hommage à l'action de M. Trump en Corée du Nord, je ne sais que dire ! (Sourires.) M. André Gattolin. On reste sans voix ! M. Roger Karoutchi. Alors que tous les régimes précédents n'avaient pas réussi à mettre d'accord la Corée du Sud et la Corée du Nord, M. Trump, considéré comme quelqu'un de totalement inculte, y parvient. Finalement, il y a des choses à prendre chez un peu tout le monde. Je vais vous dire ce qui m'a le plus choqué. Étant un gaulliste frénétique, je considère que la politique de la France ne se fait pas à la corbeille. Or j'ai entendu un certain nombre de ministres indiquer que le retrait de M. Trump créait un problème pour les entreprises françaises installées en Iran, celles-ci ayant triplé leur chiffre d'affaires depuis trois ans. Je le dis avec tout le soutien que j'apporte aux entreprises françaises : la France, ce ne sont pas les entreprises qui s'installent en Iran ; la France, c'est la paix, les droits de l'homme et la liberté ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et du groupe Union Centriste.) M. le président. Pour conclure ce débat, la parole est à M. le président de la commission. M. Jean Bizet, président de la commission des affaires européennes. Monsieur le président, je me réjouis tout d'abord de la qualité de nos échanges. Je remercie Mme la ministre de s'être prêtée au jeu des questions-réponses. Je salue la présence de nombre de nos collègues en cette journée de l'Europe, placée cette année entre deux ponts. Notre collègue Roger Karoutchi a tout à fait raison de se désoler du temps européen, qui est très long, trop long. Le temps européen est celui des alliances, des accords et des votes à la majorité, à la majorité qualifiée, voire à l'unanimité des Vingt-Sept. Aujourd'hui, le temps politique et géostratégique est beaucoup trop long par rapport au temps économique. Nous ne pouvons que le déplorer. Plusieurs questions ont porté sur la gestion des problématiques migratoires. Notre collègue Roger Karoutchi a regretté que l'Europe ne soit pas suffisamment considérée comme une puissance. C'est pourtant le fil conducteur que nous avons mis en exergue dans le cadre du groupe de suivi que M. le président du Sénat a chargé la commission des affaires étrangères et la commission des affaires européennes d'organiser : l'Europe doit affirmer sa puissance, dans ce moment difficile où nos amis britanniques nous quittent. La défense, la sécurité intérieure et la gestion de la crise migratoire sont par essence des questions régaliennes. L'Europe doit apporter sa plus-value à son rythme. En général, ce qu'elle fait, elle le fait bien. Mais elle le fait beaucoup trop lentement, ce qui ne passe pas très bien aux yeux de nos concitoyens. En matière de lutte contre le terrorisme, la création d'une Union de la sécurité et l'amélioration de l'alimentation, de l'utilisation et de l'interopérabilité des bases de données européennes sont essentielles. Je voudrais que la France se fasse davantage entendre à Bruxelles, afin que 85 % des données venant des États membres ne soient pas fournies uniquement par cinq d'entre eux. J'en viens à la sécurité intérieure. Il est extrêmement important que chaque État membre se dote d'un PNR national. La défense doit reposer sur une vision stratégique partagée, fondée sur une revue stratégique de la défense européenne. Le couple franco-allemand est essentiel. Disons-le clairement : il a été en difficulté depuis quelques années ; aujourd'hui, il semble de nouveau sur le bon chemin. Au sein de la commission des affaires européennes du Sénat, nous avons souhaité la mise en place d'un Conseil européen de sécurité, d'une structure permanente de planification de commandement et de conduite des missions militaires. Madame la ministre, j'ai écouté votre réponse sur le contrôle effectif des frontières extérieures et le renforcement opérationnel de FRONTEX. Vous avez indiqué qu'il pourrait y avoir une action sur un État membre après avis et décision du Conseil, sur demande d'un État membre. J'espère que la demande ne prendra pas trop de temps. Nous ne sommes pas dans une structure fédérale, et cela ne sera jamais le cas, ou, du moins, pas avant des lustres. L'Union est une confédération d'États-nations. Ne prenons pas trop de temps pour décider d'une telle action, si ne nous voulons pas que l'Europe perde de sa puissance et de sa crédibilité. L'Europe doit apporter un appui plus généreux de ses fonds de cohésion. Nous avons manqué de générosité et de solidarité à l'égard de l'Italie. C'est sans doute ce qui explique les résultats électoraux du Mouvement 5 étoiles. Faisons très attention à cela. Comme je l'ai souligné tout à l'heure, la politique de retour ne fonctionne pas. L'esprit de La Valette s'inscrit précisément dans celui des propos que Robert Schuman avait prononcés le 9 mai 1950. Pour ma part, j'aimerais une approche un peu plus « autoritaire » : tout pays tiers qui n'accepterait pas d'entrer dans le jeu d'une politique de retour ne devrait plus être bénéficiaire d'une aide au développement. L'Europe est un grand pays, solidaire et généreux. Mais la générosité a des règles. Nous savons très bien qu'un certain nombre d'États, notamment africains, n'accordent des retours et des réintégrations que sur les doigts d'une seule main. Nous ne pouvons pas accepter cela. De mémoire, le dernier cadre financier pluriannuel prévoyait 55 milliards d'euros d'aide au développement, distribués ensuite par l'ONU. On perd un peu la « traçabilité » de ces aides. Je souhaite que la France puisse tenir un tel discours. M. le président. Veuillez conclure, mon cher collègue. M. Jean Bizet, président de la commission des affaires européennes. Notre collègue Philippe Pemezec a parlé de « quotas » et de « plafonds » ; ce sont des mots que l'on n'entend pas beaucoup en France, mais de grandes démocraties ont décidé d'y recourir. Elles ne sont pas moins bien considérées sur la scène internationale. Si l'on peut se réjouir dans la première approche du cadre financier pluriannuel, qui dote cette politique d'un certain nombre d'allocations financières, je regrette mais ce sera l'objet d'un autre débat que cela s'effectue au détriment de la politique agricole commune et des fonds de cohésion, qui ont tous deux leur importance ; ce n'est pas notre collègue François Patriat qui me démentira. M. le président. Il faut vraiment conclure ! M. Jean Bizet, président de la commission des affaires européennes. La politique agricole commune reste éminemment stratégique : bien qu'ancienne, elle n'a jamais été aussi moderne. Nous en débattrons prochainement de nouveau. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.) M. le président. Nous en avons terminé avec le débat sur l'Union européenne face aux défis de la sécurité, des migrations et des frontières. Mes chers collègues, nous allons interrompre nos travaux pour quelques instants. La séance est suspendue. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/636.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/636.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..cd7ef87065301a6faa7b2e176c80f6e936d72f86 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/636.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-JACQUES BOURDIN Benjamin GRIVEAUX, porte-parole du gouvernement, est mon invité ce matin. Bonjour. BENJAMIN GRIVEAUX Bonjour. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci d'être avec nous. Gaza, 55 morts, 2.400 blessés. Est-ce qu'Israël a fait un usage disproportionné de la force ? BENJAMIN GRIVEAUX Ça a été dit par le président de la République dans un communiqué qui est sorti hier soir après qu'il ait pu s'entretenir avec le roi Abdallah II de Jordanie et avec le président de l'autorité palestinienne, Mahmoud ABBAS. Il aura l'occasion de s'entretenir aujourd'hui avec le Premier ministre israélien Benyamin NETANYAHOU, à savoir que nous condamnions la violence de l'armée israélienne lors de la journée d'hier, qui a fait – vous le rappeliez – plus d'une cinquantaine de morts, dont des enfants, et que le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves LE DRIAN, avait appelé dès la fin de l'après-midi, la fin de la journée d'hier, à ce qu'on puisse faire preuve de l'usage de la force avec discernement et avec retenue. Et donc, c'est ce à quoi… JEAN-JACQUES BOURDIN Ce qui n'a pas été le cas, si j'ai bien compris, à vos yeux ? BENJAMIN GRIVEAUX Ce qui manifestement n'a pas été le cas, et donc nous appelons à l'usage de la force avec discernement et avec retenue pour la journée d'aujourd'hui, parce qu'il y a un droit à pouvoir manifester de manière pacifique, nous sommes – nous le disons – très attachés à la sécurité de l'Etat d'Israël, et un Etat est parfaitement légitime à défendre sa sécurité lorsqu'il se sent menacé, mais il y a aussi le droit pour les Palestiniens de manifester de manière pacifique, et que ce droit soit respecté. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais que feriez-vous, je me mets à la place des Israéliens, que feriez-vous si aux frontières de la France, des hommes, des femmes, des enfants voulaient venir en France, pacifiquement ou pas, poussés par une organisation qualifiée d'extrémiste, que feriez-vous ? BENJAMIN GRIVEAUX Nous ferions preuve de discernement et de retenue… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous ne tireriez pas à balles réelles ? BENJAMIN GRIVEAUX Ecoutez, je ne suis pas dans la position israélienne, et donc je ne sais pas si la comparaison vaudrait raison. Mais je le répète… JEAN-JACQUES BOURDIN Bon, ce sont des crimes de guerre, ce sont des crimes de guerre ou pas ? BENJAMIN GRIVEAUX Nous appelons à la retenue et au discernement, il ne m'appartient pas de qualifier ce qui s'est passé hier. Nous disons simplement que, il y a un droit à manifester pacifiquement, et que face à une manifestation, il faut pouvoir réagir avec discernement et retenue afin d'éviter l'escalade. Nous voulons éviter à tout prix un nouvel embrasement, nous avons eu près de 4.000 blessés et plus d'une centaine de personnes qui ont perdu la vie depuis la fin du mois de mars, c'est déjà trop, et c'est déjà suffisamment insupportable. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que la France défend toujours le partage de Jérusalem, deux Etats ayant l'un et l'autre Jérusalem comme capitale ? BENJAMIN GRIVEAUX Nous voulons, nous le disons, et la position française, elle est constante depuis longtemps, une solution négociée avec deux Etats ayant pour capitale commune Jérusalem, la France par la voix du président de la République a désapprouvé la décision américaine, qui s'est faite de manière unilatérale de transférer son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem. Et cette position-là, nous l'avons exprimée lors de l'annonce qui avait été faite par le président TRUMP de ce transfert, et la position française, sur ce sujet, elle est constante et elle le restera. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc l'ambassade de France restera là où elle est, on est bien d'accord. BENJAMIN GRIVEAUX Evidemment. JEAN-JACQUES BOURDIN Evidemment, sauf que les Israéliens ne veulent pas partager Jérusalem, sauf que, il n'y aura pas de négociation, et que nous, Européens pardonnez-moi mais nous sommes impuissants, Benjamin GRIVEAUX. BENJAMIN GRIVEAUX Nous sommes muets parce que nous ne parlons pas de la même voix… JEAN-JACQUES BOURDIN Nous sommes muets… BENJAMIN GRIVEAUX Vous avez raison… JEAN-JACQUES BOURDIN Et il y avait des Européens, il y avait des dirigeants européens qui étaient aux côtés des Américains et des Israéliens à Jérusalem, hier… BENJAMIN GRIVEAUX Et c'est – vous avez raison, Jean-Jacques BOURDIN – la démonstration d'une évidence qui est que lorsque l'Europe ne parle pas d'une même voix, lorsque nous avons des positions qui sont dissonantes, discordantes entre pays européens, l'Europe n'est nulle part, c'est malheureusement trop souvent le cas depuis 20 ans, à la fois sur des questions internationales, de sécurité, de positionnement au Moyen-Orient, sur des questions commerciales ou autres, à chaque fois que l'Europe a eu en son sein des voix dissonantes, elle a été rayée de la carte des discussions, eh bien, tout l'objectif aussi du projet européen et de l'ambition européenne portée par le président de la République, qui lui a valu le prix Charlemagne la semaine dernière, c'est justement de pouvoir, 1°) : redire notre ambition, 2°) : se dire que si nous devons avancer plus vite sur certains sujets à quelques-uns, et non pas à 27 demain, je dis 27, puisque la Grande-Bretagne aura quitté l'Union, eh bien, il faudra pouvoir le faire, sinon, nous nous condamnons à l'impuissance ou au silence… JEAN-JACQUES BOURDIN Avancer à quelques-uns sur le terrain diplomatique… BENJAMIN GRIVEAUX Sur tous les terrains… JEAN-JACQUES BOURDIN Sur tous les terrains, mais notamment… BENJAMIN GRIVEAUX Sur le terrain commercial, sur le terrain de la question migratoire, sur le terrain numérique… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, parce que, pardon, nous sommes… BENJAMIN GRIVEAUX Sur le terrain numérique, sur l'ensemble de ces sujets où il n'y a pas d'unanimité… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais Emmanuel MACRON est comme les autres dirigeants européens impuissant pour l'instant. Alors, j'ai une question… BENJAMIN GRIVEAUX Mais je vous le confirme, ça fait 20 ans que l'Europe est impuissante, Jean-Jacques BOURDIN, et je vais vous dire. Ça fait 20 ans que l'Europe est impuissante et que nos concitoyens le sentent, et que le désamour de nos concitoyens à l'égard de l'Union européenne, il est normal, parce qu'ils considèrent qu'elle ne remplit pas son rôle, qui est un rôle, d'abord, de protection de ses concitoyens. JEAN-JACQUES BOURDIN Donald TRUMP est-il toujours l'ami d'Emmanuel MACRON ? BENJAMIN GRIVEAUX Mais quand vous êtes président de la République, vous n'êtes pas l'ami des dirigeants étrangers, vous êtes le partenaire, vous êtes… JEAN-JACQUES BOURDIN C'est ce qu'a dit Emmanuel MACRON, mon ami, il l'a répété plusieurs fois… BENJAMIN GRIVEAUX Vous êtes le partenaire, vous avez des alliances stratégiques… JEAN-JACQUES BOURDIN Des poignées de mains franches et fortes ! BENJAMIN GRIVEAUX Franches et fortes… JEAN-JACQUES BOURDIN Des embrassades, des embrassades ! BENJAMIN GRIVEAUX Que ce soit avec Vladimir POUTINE, avec Donald TRUMP ou autres. Vous le savez, la France est attachée à une chose, au multilatéralisme. Et nous parlons donc à tout le monde, sans aucune exclusive, et nous disons les choses fermement et avec franchise, nous n'avons pas mâché nos mots. Emmanuel MACRON, lorsqu'il va devant le Congrès américain, il ne fait pas exactement un discours doux aux oreilles de la doctrine TRUMP à l'égard, soit, de la politique internationale, soit, de la politique sur la lutte contre le changement climatique ou autres, on ne peut pas dire ça… JEAN-JACQUES BOURDIN Climat, climat, commerce, nucléaire avec l'Iran, Jérusalem, TRUMP n'en fait qu'à sa tête ! BENJAMIN GRIVEAUX Mais il a été élu président des Etats-Unis, c'est un Etat souverain, que dirions-nous si des chefs d'Etat étrangers venaient donner des leçons sur la manière de conduire les affaires du pays, est-ce que nous cautionnons et est-ce que nous partageons les positions qui ont été prises, la réponse est non… JEAN-JACQUES BOURDIN Non, mais ce que je veux vous dire, c'est que finalement, quelle est l'influence d'Emmanuel MACRON sur Donald TRUMP ? Elle n'existe pas ! BENJAMIN GRIVEAUX Mais l'influence d'Emmanuel MACRON, mais alors vous pouvez, on peut, il n'y a qu'en France où on se réjouit que dans des décisions sont prises par des chefs d'État étrangers, ça pourrait être nuisible, et on y trouve une forme de plaisir, c'est assez étrange. Moi, je ne suis pas dans cet état d'esprit-là, je vais vous dire les choses, 1°) : l'accord iranien, Emmanuel MACRON, l'accord sur l'Iran, avait dès le mois de septembre dit que, manifestement, nous ne pourrions pas aller au bout, parce que, il avait senti que l'administration TRUMP y était opposée, et donc il propose un nouvel accord qui a été accepté, l'idée du nouvel accord par Donald TRUMP, donc vous voyez bien que ça n'est pas en pointant du doigt, en accusant ou en fermant le ban qu'on parvient à avoir des avancées, c'est en continuant la discussion, c'est difficile évidemment, mais en même temps, si vous voulez pouvoir mettre autour de la table des grands dirigeants que sont Vladimir POUTINE Donald TRUMP, de grandes puissances ou le président XI… JEAN-JACQUES BOURDIN J'allais vous en parler… BENJAMIN GRIVEAUX Eh bien, il faut pouvoir parler à chacun, et c'est ce à quoi s'emploie le président de la République. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que vous considérez que la diplomatie française aujourd'hui est à égale distance de TRUMP et de POUTINE, est-ce qu'il va y avoir… BENJAMIN GRIVEAUX Oui, le président de la République se rendra la semaine prochaine à Saint-Pétersbourg, dans le cadre d'un forum économique important… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, c'est pour ça que je vous en parle… BENJAMIN GRIVEAUX Il a reçu le président POUTINE à Versailles dès les premières semaines du quinquennat, et donc… JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu'on peut imaginer un rapprochement avec la Russie ? BENJAMIN GRIVEAUX Mais la question n'est pas de savoir avec qui on se rapproche, la question est de savoir quel est le meilleur moyen pour la France et pour l'Europe, de peser dans le concert des nations, parce que si la France y va seule, sa voix ne sera pas suffisamment entendue… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais, rapprochement de l'Europe avec la Russie, si vous préférez… BENJAMIN GRIVEAUX Mais l'Europe, elle doit déjà se rapprocher avec elle-même avant de savoir avec quelle autre entité régionale elle se rapproche, et d'avoir des positions communes entre les pays européens sur des sujets fondamentaux, la question climatique, la question de la sécurité au Moyen-Orient, la question migratoire. Ce sera aussi tout l'enjeu des élections européennes de 2019, et croyez-moi, ces sujets-là, ils seront au coeur de cette élection l'année prochaine… JEAN-JACQUES BOURDIN Levée des sanctions frappant la Russie, on peut l'envisager ou pas ? BENJAMIN GRIVEAUX A nouveau, il est encore trop tôt pour évoquer ces sujets. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais c'est possible ? BENJAMIN GRIVEAUX Mais rien n'est impossible, tout est à la discussion, c'est le principe même de la diplomatique… JEAN-JACQUES BOURDIN Bon, rien n'est impossible. BENJAMIN GRIVEAUX Et il n'y a pas de situation bloquée, il faut pouvoir trouver des solutions, parfois le chemin est ardu, difficile, mais, croyez-moi, nous y mettons de l'énergie et de la volonté… JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que les entreprises françaises vont continuer à investir en Iran et être présentes en Iran ? BENJAMIN GRIVEAUX Alors, il y a évidemment la question suite à la rupture et à la sortie de l'accord sur le nucléaire, de l'accord de Vienne de 2015, la question se pose, entreprises françaises, mais pas que françaises d'ailleurs, entreprises européennes, et avec des secteurs qui sont plus frappés que d'autres, disons-le, le secteur des hydrocarbures, de l'aéronautique et de l'automobile, ce sont les trois principaux secteurs pour les Français présents en Iran, dont je rappelle qu'on a un excédent commercial d'à peu près un milliard et demi depuis 2017, en tout cas, c'était le montant l'an dernier. Elles ont contracté, avec des entreprises ou avec l'Etat iranien de bonne foi, et c'est-à-dire que, au moment où les entreprises françaises ont passé ces contrats, elles étaient parfaitement fondées à le faire, et donc nous, ce qu'on souhaite, c'est que, elles ne soient pas impactées par les sanctions américaines. Donc que se passe-t-il ? Cet après-midi, Jean-Yves LE DRIAN et Bruno LE MAIRE rencontrent les entreprises à Bercy, et Bruno LE MAIRE, dans le cadre des discussions qu'il a avec ses homologues européens, demande à ce qu'il y ait une coordination européenne pour qu'on puisse avoir, soit des exemptions sur certains secteurs, soit, des délais qui sont… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc on demande aux Américains des exemptions, on demande aux Américains… BENJAMIN GRIVEAUX Mais, là, on commence à discuter, mais, attendez, on… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, non, mais d'accord, non, mais je… BENJAMIN GRIVEAUX On peut taper du poing sur la table tout seul dans notre coin et faire des tweets, mais ce n'est pas très efficace, donc, nous, vous savez, on a les mains dans le cambouis. Donc comment on fait ? D'abord, on commence par dire : très bien, 1°) : les entreprises européennes ne peuvent pas subir les conséquences d'une décision prise de manière unilatérale, alors qu'il y avait un accord qui engageait un ensemble de parties. 2°) : dans l'hypothèse où l'Etat américain souhaiterait les frapper, il faut pouvoir se défendre, comment on se défend ? 1°) : on peut exempter certains secteurs. 2°) : on peut prévoir que la mise en oeuvre des décisions soit retardée et qu'on gagne du temps avec les délais. 3°) : il faudra et ça, c'est est à nouveau l'élection européenne l'an prochain, elle est décisive qu'on ait les moyens de notre souveraineté économique et qu'on puisse avoir, de la même manière que les Etats-Unis ont, un contrôle sur les actifs étrangers, et que cela soit fait au niveau européen. A partir du moment où nous sommes dans un jeu, il faut qu'on puisse lutter à armes égales, ça n'est pas le cas… JEAN-JACQUES BOURDIN Une souveraineté européenne retrouvée… BENJAMIN GRIVEAUX Ça n'est pas le cas aujourd'hui. Ça n'est pas le cas aujourd'hui. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien, la lutte contre le terrorisme, Laurent WAUQUIEZ demande à Emmanuel MACRON de réunir les chefs de partis pour échanger sur les mesures à prendre pour mieux lutter contre le terrorisme, est-ce que le président de la République va recevoir tous les chefs de partis ? BENJAMIN GRIVEAUX Mais on n'a pas attendu Laurent WAUQUIEZ pour travailler sur la question du terrorisme, où étaient les députés Les Républicains et les parlementaires Les Républicains lorsqu'en novembre 2017, nous avons adopté la loi Sécurité Intérieure et Lutte contre le Terrorisme ? Ils n'ont pas voté cette loi. C'est une loi qui renforce drastiquement les moyens qui permettent de fermer des Mosquées, trois ont été fermées depuis l'adoption de la loi… JEAN-JACQUES BOURDIN Trois en un an… BENJAMIN GRIVEAUX Trois, c'était en novembre 2017… JEAN-JACQUES BOURDIN Même pas en un an, oui, c'est vrai… BENJAMIN GRIVEAUX C'était en novembre 2017… JEAN-JACQUES BOURDIN C'est vrai, donc je suis d'accord, mais enfin… BENJAMIN GRIVEAUX La loi a été votée, juste une chose, Jean-Jacques BOURDIN, la loi, elle est votée en novembre 2017, nous avons promulgué les décrets d'application, on a fermé trois mosquées depuis… JEAN-JACQUES BOURDIN Salafistes… BENJAMIN GRIVEAUX Pour salafisme. On a pu avoir des personnes qui ont des obligations qu'elles n‘avaient pas auparavant de pointage, on a pu avoir des périmètres de sécurité plus larges lorsqu'on organise des grands événements, donc on a plutôt renforcé les moyens, ils ne l'ont pas votée, cette loi, ils n'ont pas voté le budget où vous avez 1.900 personnels de renseignements supplémentaires dans les cinq ans, où vous avez 10.000 policiers supplémentaires à cinq ans. Moi, je me souviens que Laurent WAUQUIEZ, il était aux responsabilités lorsque le renseignement territorial a été démantelé et lorsqu'on a supprimé 10.000 postes de fonctionnaires de police. Donc très franchement, je ne suis pas certain qu'une discussion avec Laurent WAUQUIEZ ferait beaucoup avancer les choses. JEAN-JACQUES BOURDIN La place de l'islam dans la République, le président de la République va apporter des précisions bientôt, bientôt, avant l'été, je crois savoir, sous quelle forme ? BENJAMIN GRIVEAUX Ça lui appartient de déterminer la forme dans laquelle il souhaite le faire. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, il veut en finir avec la religion musulmane sous influence étrangère, on est bien d'accord ? BENJAMIN GRIVEAUX Oui, l'idée est d'avoir, de pouvoir constituer un islam qui soit détaché des origines étrangères, et notamment des questions de financement par des Etats étrangers… JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, comment financer ? BENJAMIN GRIVEAUX Dont on sait que, elles peuvent mener à de la radicalisation et à… JEAN-JACQUES BOURDIN Taxe sur les produits hallal ? BENJAMIN GRIVEAUX A nouveau, ces modalités-là, il est en pleine discussion, à la fois avec des spécialistes de l'islam, avec des intellectuels, avec les chefs d'Etat étrangers lorsqu'il se rend et lorsqu'il a des échanges avec notamment les pays du Maghreb, des chefs d'État étrangers avec lesquels il échange sur ces sujets, ce n'est pas un sujet qu'on traite à la légère ou qu'on traite en quelques semaines, c'est un sujet extrêmement compliqué, qui pose à la fois la question du financement, qui pose la question de la formation des imams, qui pose la question de la langue… JEAN-JACQUES BOURDIN Formation des imams, financement, il va falloir prendre des décisions, prendre des initiatives et faire preuve d'imagination ? BENJAMIN GRIVEAUX Je vous le confirme, mais vous pouvez compter sur notre capacité à prendre des initiatives et à faire preuve d'imagination. JEAN-JACQUES BOURDIN Et nous saurons cela avant l'été donc ? BENJAMIN GRIVEAUX En toute vraisemblance. JEAN-JACQUES BOURDIN A travers une loi ? Non ? BENJAMIN GRIVEAUX Une loi avant l'été, celui qui vous la promet connaît mal la procédure parlementaire, il faudrait pour cela pouvoir aller plus rapidement dans le cadre de la procédure parlementaire. JEAN-JACQUES BOURDIN Les universités, est-ce que vous allez ouvrir toutes les salles d'examens ? BENJAMIN GRIVEAUX Tous les examens seront tenus, il y a déjà eu 15.000 sessions qui ont pu être tenues, soit à peu près deux tiers des partiels qui étaient prévus, certains ont été empêchés, on a chacun des images en tête. L'ensemble des examens seront tenus, et il n'y aura pas, comme le président de la République, je crois, vous l'avez dit, de diplômes en chocolat. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, sécuriser les salles d'examens, beaucoup demandent une sécurisation des salles d'examens… BENJAMIN GRIVEAUX Vous avez la sécurisation des salles d'examens ou vous avez aussi la délocalisation des salles d'examens dans des lieux qui sont plus faciles à sécuriser que certaines salles d'examens, ça, il incombe… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais enfin, tous les examens seront passés ? BENJAMIN GRIVEAUX Il incombe aux forces de l'ordre, en bonne intelligence avec les présidents d'université, de déterminer quelle est la manière la plus efficace pour que tous les examens soient passés, et que, il n'y ait pas un seul examen empêché dans le pays… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc ils seront tous passés. On est bien d'accord ? BENJAMIN GRIVEAUX Oui. JEAN-JACQUES BOURDIN Tous, bien. Benjamin GRIVEAUX, la SNCF, est-ce que vous allez tenir compte du résultat de ce vote interne organisé par les syndicats ? BENJAMIN GRIVEAUX Mais vous le savez, moi, j'appelle à un autre vote, celui des usagers qui, depuis des semaines maintenant, subissent une situation qu'ils n'ont pas choisie, vous avez quatre millions et demi de nos concitoyens qui chaque jour utilisent le service public ferroviaire pour se rendre à leur travail et rentrer chez eux le soir, eh bien, depuis des semaines maintenant, ils subissent ces désagréments, donc si on souhaite interroger, interrogeons aussi les usagers d'un grand service public, il y a une loi qui a été votée massivement, il y a eu 454 voix pour et 80 voix contre, elle a été adoptée démocratiquement, elle permet de clôturer ce qu'on appelle la phase 1 : à savoir les questions de gouvernance, d'ouverture à la concurrence, les garanties sociales, c'est la fin du statut pour les gens qui demain seront embauchés, mais le statut, il est maintenue pour les gens qui sont aujourd'hui embauchés sous statut, ça, ça a été voté. Le texte va partir au Sénat, il peut y avoir des ajustements, mais l'esprit et ces principes-là sont gravés dans le marbre. Maintenant, on est dans la phase 2, c'est la question du projet de l'entreprise qui, à mon avis, intéresse énormément à la fois les cheminots et le public, savoir au fond quel est le projet d'entreprise qui est porté, la question de la dette, et puis, la question du fret, et à nouveau des conventions de branches… JEAN-JACQUES BOURDIN Pas de privatisation, on est bien d'accord ? BENJAMIN GRIVEAUX Pas de privatisation. Nous l'avons inscrit dans la loi, c'est une entreprise composée… JEAN-JACQUES BOURDIN Le mot incessibilité sera donc inscrit dans la loi ? BENJAMIN GRIVEAUX Alors, on va revenir sur cette histoire d'incessibilité, parce que c'est quelque chose d'absolument incompréhensible, quand on a inscrit dans la loi le fait de dire que c'est une entreprise qui sera strictement à capitaux publics, ça veut dire que, si, demain, vous devez augmenter le capital pour faire des investissements, 100 % des capitaux sont public, alors que si on avait inscrit simplement l'incessibilité et non pas le fait que 100 % des capitaux étaient publics, vous pouvez avoir aujourd'hui une entreprise avec des capitaux incessibles publics, demain, on augmenterait le capital, et ça pourrait être augmenté avec des capitaux privés. Nous nous sommes prémunis contre cela, et donc c'est un bien mauvais procès qui est fait, une entreprise qui est à 100 % à capitaux publics, eh bien, elle restera à 100 % à capitaux publics, qu'on augmente le capital ou pas. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien, Emmanuel MACRON, le président des très riches, vous avez vu le rapport de l'OXFAM… BENJAMIN GRIVEAUX J'ai vu le rapport de l'OXFAM… JEAN-JACQUES BOURDIN Sur les richesses en France et la distribution, moi, je me souviens du « un tiers, un tiers, un tiers » vous souvenez de cela ? BENJAMIN GRIVEAUX Oui, c'est mes cours d'économie… JEAN-JACQUES BOURDIN C'était Nicolas… BENJAMIN GRIVEAUX Il y a quelques années… JEAN-JACQUES BOURDIN Exactement. Un tiers, un tiers, un tiers, bon, on en est loin ? BENJAMIN GRIVEAUX On en est loin. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous le regrettez ? BENJAMIN GRIVEAUX Oui, on en est loin, et je le regrette. A nouveau, je ne suis pas certain que les politiques… JEAN-JACQUES BOURDIN Un tiers, un tiers, un tiers, j'explique, c'est un tiers de dividendes versés aux actionnaires, c'est un tiers d'investissement et un tiers reversé… BENJAMIN GRIVEAUX Aux salariés… JEAN-JACQUES BOURDIN Des bénéfices des grandes entreprises aux salariés. BENJAMIN GRIVEAUX C'est tout l'esprit avec lequel se sont tenus les travaux préparatoires sur le Pacte, qui est la loi que prépare Bruno LE MAIRE, il y a un chantier entier qui a été dédié à la question de l'intéressement et de la participation. Quand le président de la République annonce la fin du forfait social par exemple pour les entreprises de moins de 150 salariés au 1er janvier 2019, c'est pourquoi ? Pour faire en sorte que les fruits de la croissance, ils soient justement répartis, parce qu'une croissance qui ne bénéficie qu'à quelques-uns, et on a besoin des actionnaires pour investir, je ne fais pas ce procès-là et je ne veux pas opposer, mais qu'en revanche, quand ça fonctionne, quand l'entreprise fait des bénéfices, quand les résultats sont là, c'est aussi et beaucoup grâce aux salariés, et il faut qu'ils puissent en bénéficier, c'est l'intéressement… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais le constat, c'est que les inégalités se creusent… BENJAMIN GRIVEAUX Oui… JEAN-JACQUES BOURDIN Eh bien, oui, elles se creusent… BENJAMIN GRIVEAUX Enfin, elles ne se sont pas creusées que depuis un an les inégalités, si vous lisez bien le rapport de… JEAN-JACQUES BOURDIN Que l'évasion fiscale reste… BENJAMIN GRIVEAUX Je vous le confirme, mais si vous lisez le rapport de l'OXFAM, elles ne se sont pas creusées depuis un an les inégalités en France, et donc un ancien président de la République qui nous explique que nous sommes… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais non, mais je ne dis pas depuis un an, mais… BENJAMIN GRIVEAUX Désormais, que nous ferions sécession, etc., il y a une immense part de responsabilité, et donc nous le disons : nous allons modifier la loi pour permettre plus de participation et plus d'intéressement pour les salariés, parce que quand une entreprise va bien, les salariés, ils doivent en voir la couleur de manière sonnante et trébuchante. JEAN-JACQUES BOURDIN Et j'attends toujours la lutte contre l'évasion fiscale. BENJAMIN GRIVEAUX Et la lutte contre l'évasion fiscale, c'est aussi, vous le savez… JEAN-JACQUES BOURDIN Dont on parle depuis tant d’années… BENJAMIN GRIVEAUX C'est aussi vous le savez un sujet parfaitement européen, la France, suite aux Panama Papers, a été le pays qui a engagé, et de loin, le plus de procédures à l'encontre de personnes dont on peut penser légitimement qu'elles sont des évadés fiscaux. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous avez vu la liste, vous avez vu la liste des paradis fiscaux dans lesquels se trouvent des filiales de grands groupes français. BENJAMIN GRIVEAUX Oui. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous avez vu ça, c'est insoutenable, c'est insupportable, non ? BENJAMIN GRIVEAUX Je vous confirme que, il faut, sur la fraude fiscale, être aussi dur à l'égard des particuliers qu'à l'égard des entreprises qui ne respecteraient pas la loi… JEAN-JACQUES BOURDIN Nous verrons, nous allons suivre. Dernier mot, la suppression totale de la taxe d'habitation, on est bien d'accord, ça veut dire quoi ? Que la taxe d'habitation… Parce qu'il va falloir trouver de l'argent, 22 milliards d'euros, non ? BENJAMIN GRIVEAUX Le total, c'est 22 milliards d'euros. C'est la plus grosse baisse d'impôt de l'histoire de la 5ème République. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. La taxe d'habitation sur les résidences secondaires demeurera ? BENJAMIN GRIVEAUX Le sujet n'est pas encore tranché. JEAN-JACQUES BOURDIN Ah bon ? BENJAMIN GRIVEAUX Non… JEAN-JACQUES BOURDIN Parce que c'est une solution pour récupérer… BENJAMIN GRIVEAUX Oui, mais la question n'est pas encore tranchée, et le sujet, ce n'est pas de se dire comment est-ce que, on enlève 22 milliards d'un côté, et donc, est-ce qu'on va créer 22 milliards d'impôts nouveaux ? On ne créera pas d'impôt nouveau, on va faire quelque chose de nouveau dans ce pays, c'est que quand on va supprimer des impôts, on va, en face, faire des économies pour financer la suppression d'un impôt, parce que, il y a trop d'impôts dans ce pays, et les Français en ont assez, et ils ont raison d'en avoir assez… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais enfin, vous me dites : ce n'est pas tranché, la taxe d'habitation sur les résidences secondaires, si elle augmente, c'est un transfert d'impôt ? BENJAMIN GRIVEAUX A nouveau, la question n'est pas tranchée. Moi, ce qui m'intéresse c'est qu'on puisse supprimer la taxe d'habitation pour 100 % des Français, elle sera faite sur les résidences principales, quoi qu'il arrive, vous le savez, et la question de savoir des résidences secondaires, elle n'est pas encore tranchée, mais je suis sûr que vous me réinviterez, nous aurons l'occasion d'en reparler… JEAN-JACQUES BOURDIN Et la taxe foncière va augmenter ? BENJAMIN GRIVEAUX A nouveau, pas de nouvel impôt, pas d'augmentation de la pression fiscale, ça fait 40 ans qu'on augmente les impôts, nous allons les baisser. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Merci Benjamin GRIVEAUX. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/637.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/637.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..092da321336e8658ef2407dd0fae8c73c0356a06 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/637.txt @@ -0,0 +1 @@ +YVES CALVI Elizabeth MARTICHOUX, vous recevez donc aujourd'hui le ministre de l'intérieur, Gérard COLLOMB. ELIZABETH MARTICHOUX Merci beaucoup d'être avec nous dans ce studio de RTL. Bonjour Gérard COLLOMB. GERARD COLLOMB Bonjour. ELIZABETH MARTICHOUX Nous sommes quatre jours après l'attentat au couteau à Paris. Beaucoup de questions relatives évidemment à cet acte terroriste. D'abord, est-ce que vous avez des nouvelles des quatre blessés ? Ils sont hors de danger, on le sait, mais ils sont toujours hospitalisés, en l'occurrence ? GERARD COLLOMB L'un d'entre eux est toujours hospitalisé. Moi je suis allé le voir à deux reprises, il s'agit d'un touriste étranger, luxembourgeois, d'origine chinoise. Il venait attendre à Paris, deux de ses amis chinois, ils étaient arrivés à 04h00 de l'après midi, et donc il m'a raconté son histoire. Ils s'étaient en fait perdus dans le quartier, et hélas pour eux, ils ont fait la rencontre du terroriste. ELIZABETH MARTICHOUX Et il est blessé gravement, toujours hospitalisé, lui ? GERARD COLLOMB Non non, il a été opéré deux fois, et aujourd'hui il va bien et donc il va pouvoir sortir d'ici une huitaine de jours, de l'hôpital. ELIZABETH MARTICHOUX Et les trois autres ont quitté l'hôpital, donc, c'est ce que vous nous dites. GERARD COLLOMB Et les trois autres ont quitté l'hôpital, il y avait ces deux touristes chinois et une femme qui avait été légèrement blessée. ELIZABETH MARTICHOUX On a entendu dès hier soir, Gérard COLLOMB, sur RTL, le témoignage d'un des policiers membres de Police secours, qui s'est retrouvé 5 minutes après l'appel d'un témoin, face à un terroriste agressif. C'est une mission, maintenant, capitale, qui attend la police à tout instant, toute la police, quelle que soit la police. GERARD COLLOMB Oui, bien sûr, qui attend à la fois la police, mais en même temps la gendarmerie. Voyez, on est dans des territoires urbains avec cet attentat, mais on peut être à Trèbes, par exemple, dans des territoires qui sont des territoires ruraux, gérés par la gendarmerie nationale, donc ça veut dire qu'il n'y a plus d'endroit où on puisse dire : il n'y aura pas d'attentat. ELIZABETH MARTICHOUX Et au passage, est-ce que vous allez distinguer, d'une façon, ou d'une autre, ces trois policiers, qui encore une fois, appelés dans le cadre d'une mission Police secours, ont fait en sorte, en quelques minutes, de neutraliser le terroriste ? GERARD COLLOMB Bien sûr, je pense qu'ils seront distingués. Moi je les ai vus, donc, le soir de l'attentat, je les ai vus à l'hôpital, j'ai discuté en particulier avec le jeune qui était un ancien ADS et qui était gardien de la paix, simplement… ELIZABETH MARTICHOUX ADS ? GERARD COLLOMB C'est un Agent De Sécurité, et qui était gardien de la paix depuis un an seulement, et qui a eu le bon geste, face à un terroriste qui allait le tuer lui-aussi. ELIZABETH MARTICHOUX Donc distinguer, une promotion… GERARD COLLOMB Absolument. ELIZABETH MARTICHOUX ... une cérémonie, c'est ce que vous allez préparer pour les remercier bien sûr de leur action. Le terroriste, Gérard COLLOMB, jamais condamné, jamais fait parler de lui, sauf qu'il était fiché S depuis sa terminale en 2016. La polémique est repartie, ce jeune type a donc été repéré, mais comme on dit dans ces cas-là « rien ne présageait le passage à l'acte ». Qu'est-ce qu'il fallait attendre pour qu'il soit davantage surveillé, comme disent ceux qui réclament justement une surveillance accrue, ou même une privation de liberté de ces fichés S ? Il vous fallait quoi, un faire-part ? GERARD COLLOMB Alors, si vous voulez, d'abord il faut bien comprendre ce qu'est un fiché S. Un fiché S, c'est un fichier qui permet de signaler la conduite qu'un agent de police, ou bien qu'un agent au contrôle des frontières, doit pouvoir effectuer. Alors, des fiches S il y en a beaucoup, je vais vous en lire deux, comme ça on comprendra ce que sont les fiches S. Par exemple, je prends la fiche S2. Qu'est-ce que c'est qu'une fiche S2 ? C'est donc conduite à tenir, ne pas attirer l'attention, signaler passage, relevé provenance, destination, moyen de transport et signaler accompagnant. ELIZABETH MARTICHOUX Je ne comprends pas. Qu'est-ce que vous nous lisez en fait ? GERARD COLLOMB Ce sont les conduites à tenir. Ce ne sont pas effectivement ce qui caractérise la dangerosité d'un individu, mais ça sert à signaler aux agents des forces publiques, quelle conduite on doit tenir lorsqu'on les rencontre. ELIZABETH MARTICHOUX Par rapport à un profil qui a été... Voilà, alors, vous pouvez nous redire par exemple cette fiche S2 ? GERARD COLLOMB Celle-ci c'est donc : ne pas attirer l'attention… ELIZABETH MARTICHOUX Sur ce type, non ? GERARD COLLOMB Signaler passage. ELIZABETH MARTICHOUX Oui. GERARD COLLOMB Relevé provenance, destination, moyens de transport et signaler accompagnant. C'est tout. Point. J'en avais une autre, un peu plus élaborée. Fiche S 13. Vérifier la situation de l'intéressé et les personnes l'accompagnant, signaler le passage en douane en vue d'une éventuelle visite des personnes, des bagages et des véhicules. C'est-à-dire que… ELIZABETH MARTICHOUX Chaque numéro correspond à une personne qui a été repérée. C'est ça ? GERARD COLLOMB Elle correspond au classement de la personne, et ce qu'il faut pratiquer comme type de contrôle, lorsqu'on le contrôle. Et donc des fiches S… ELIZABETH MARTICHOUX Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? GERARD COLLOMB ... vous en avez 26 000. Donc, évidemment, pour celles et ceux qui pensent qu'on peut mettre 26 000 personnes dans une prison, c'est un peu difficile à pouvoir organiser. ELIZABETH MARTICHOUX A organiser, d'accord, mais ça veut dire, Gérard COLLOMB, que tant que la personne fichée S, alors, vous avez dit il y a différents types de signalements et de surveillance, mais tant qu'une personne fichée S pour radicalisation, ne se distingue par aucun comportement anormal, on ne peut pas réellement l'empêcher de passer à l'acte. GERARD COLLOMB Alors, d'abord toutes les fiches S ne sont pas… ELIZABETH MARTICHOUX C'est un constat d'impuissance. GERARD COLLOMB ... radicalisation. ELIZABETH MARTICHOUX Non mais, là, en l'occurrence, ça l'était. GERARD COLLOMB Ce qui est radicalisation c'est FSPRT, et vous en avez 20 000, dont environ 16 000 qui sont pris en compte, c'est-à-dire qui sont suivis réellement. ELIZABETH MARTICHOUX Et alors ? Et donc ? GERARD COLLOMB Et alors, effectivement, nous les suivons, mais souvent, voyez le véritable problème dans la menace à laquelle on a à faire face aujourd'hui, c'est que avant, du temps de Daesh, vous aviez un certain nombre de réseaux qui étaient structurés, et donc c'était plus facile de suivre. Aujourd'hui ce n'est plus ce qu'on appelait par le passé le haut du spectre, qui passe à l'action, c'est-à-dire celles et ceux qu'on suivait de plus près, c'est souvent le bas du spectre, un certain nombre d'individus qui, parce qu'ils ont entendu la propagande de Daesh, se mettent finalement à passer à l'acte, avec des moyens très minimes. ELIZABETH MARTICHOUX Mais on l'a bien compris ça, c'est toujours… GERARD COLLOMB Voyez, celui-là, par exemple, il passe à l'acte avec le couteau de cuisine de sa mère. ELIZABETH MARTICHOUX Mais, est-ce que vous dites que d'une certaine façon, voilà c'est grandeur et servitude de la démocratie, le droit doit primer sur la prévention des risques, en l'occurrence, on est assez désarmé face à ces passages à l'acte, dans la mesure où on ne peut pas les surveiller davantage, faute de moyens ? GERARD COLLOMB Non, on essaie, si vous voulez, de réarmer. D'abord on a augmenté considérablement, donc, le nombre des personnes qui travaillent dans les services de renseignements. Je vous rappelle que sur cette année, le budget de la DGSI a augmenté de 17 %, et puis en plus maintenant, on élabore un certain nombre de méthodes nouvelles pour pouvoir mieux suivre un certain nombre de personnes. ELIZABETH MARTICHOUX Bon, question pratique, Gérard COLLOMB. Abdoul Hakim, il a 20 ans, il est Strasbourgeois, c'est l'ami du terroriste qui est en garde à vue depuis dimanche soir, pour savoir s'il est complice. Si sa complicité n'est pas établie, si rien de prouve qu'il est potentiellement dangereux, jeudi soir, c'est le maximum de la garde à vue, il ressort. GERARD COLLOMB Oui, mais cela veut dire, si vous voulez, que ce n'est pas parce que vous ressortez à un moment donné que vous ne continuez pas être suivi. Voyez, à partir… ELIZABETH MARTICHOUX Eh bien c'est le minimum. GERARD COLLOMB Voyez, à partir à partir de cette affaire, on est en train de suivre l'entourage. Pour vous donner le profil par exemple du terroriste, c'était un profil finalement relativement simple, parce par c'était quelqu'un d'assez seul, on a compté 9 amis autour de lui. C'est quelqu'un qui n'avait pas de relations avec des jeunes femmes, qui était d'une vie extrêmement fruste, replié sur lui-même, mais on va essayer de remonter, à partir si vous voulez des renseignements qu'on avait par le passé et qu'on a gardés, à partir des renseignements de son ami, on est en train de remonter. Par exemple, sur la génération d'avant, on a déjà vu par exemple que le père c'était quelqu'un qui s'était battu à Grozny, lors des batailles entre Russes et Tchétchènes. ELIZABETH MARTICHOUX Oui, et alors, du coup vous remontez, et pour l'enquête, ça signifie quoi ? GERARD COLLOMB Eh bien l'enquête, ça permet, si vous voulez, de démanteler un certain nombre de réseaux qui sont autour effectivement de cette affaire. ELIZABETH MARTICHOUX Vous n'avez aucun élément particulier sur Abdoul Hakim, sur sa complicité aujourd'hui. GERARD COLLOMB On ne sait pas s'il est complice, on le saura peut-être parce qu'on va essayer de voir s'ils se sont passé des coups de téléphone. Lors de son… ELIZABETH MARTICHOUX Il y a sept téléphones portables qui ont été retrouvés chez lui, il en manquait un, le plus utilisé. GERARD COLLOMB Voilà. ELIZABETH MARTICHOUX Vous l'avez retrouvé ? GERARD COLLOMB Ce téléphone portable, vraisemblablement, il l'a jeté, il a indiqué lui-même aux enquêteurs qu'il était allé en salle des sports et que c'était là qu'il l'avait perdu, en fait, il l'a jeté, sans doute le matin, mais aujourd'hui on n'a pas besoin d'avoir un téléphone, pour forcément le faire parler. ELIZABETH MARTICHOUX Donc on verra si jeudi soir, il ressort et s'il bénéficie… YVES CALVI Donc vous verrez qu'il y aura une coopération qui sera faite entre les services et que vraisemblablement on pourra trouver un certain nombre d'indications. ELIZABETH MARTICHOUX Qui l'empêcheront de sortir. GERARD COLLOMB Qui l'empêcheront de sortir ou en tout cas qui feront que l'on sache exactement les connexions qu'il y avait entre les deux hommes. ELIZABETH MARTICHOUX Les degrés de complicité entre les deux hommes. L'islamisme radical, Gérard COLLOMB, nourrit la violence des terroristes. Le JDD dimanche soir, dimanche, pardon, fait sa Une sur l'expansionnisme salafiste et parlait d'un quartier à La Verrière dans les Yvelines, mis en coupe réglée par l'islamisme salafiste. Vous confirmez, ça existe ? GERARD COLLOMB Oui, c'est vrai que dans nos villes aujourd'hui, il y a un certain nombre de quartier… ELIZABETH MARTICHOUX Enfin, je veux dire, ça existe… GERARD COLLOMB ... qui parce qu'ils se sont paupérisés, qu'ils se sont ghettoïsés, ont été pris en main par un certain nombre de groupes extrémistes, et donc, d'un salafisme radical. ELIZABETH MARTICHOUX Et alors, qu'est-ce que vous faites, que fait la police ? GERARD COLLOMB Alors, pour moi, il faut mener une action de fond. D'abord faire en sorte qu'au sein de la communauté musulmane, celles et ceux qui représentent un islam compatible avec la République, puissent progresser et finalement l'emporter, c'est un véritable de choc culturel qu'il doit y avoir, et puis faire en sorte que l'on ferme un certain nombre de mosquées, on en a fermé une il y a 15 jours à Marseille par exemple, où on a envoyé l'imam en Algérie, donc c'est ce travail qu'il faut continuer. ELIZABETH MARTICHOUX C'est la dernière mosquée que vous avez fait fermer, c'est celle de Marseille il y a 15 jours… GERARD COLLOMB Absolument. ELIZABETH MARTICHOUX Et il n'y en a pas de nouvelles. GERARD COLLOMB Absolument. ELIZABETH MARTICHOUX Ça fait combien depuis la fin de l'état d'urgence, que vous avez fermées ? GERARD COLLOMB Eh bien il y en a eu quand même quelques-unes, sans doute moins de cinq, parce qu'il faut beaucoup de précautions pour fermer une mosquée. Mais croyez-moi, par exemple, il y a toute une série de librairies qui vendaient du salafisme, des livres salafistes, sur lesquelles nous sommes en train de travailler, et certaines que nous avons fait fermer. ELIZABETH MARTICHOUX Gérard COLLOMB, il nous reste très peu de temps. Vous serez à Lyon tout à l'heure ? GERARD COLLOMB Oui, je serai à Lyon. ELIZABETH MARTICHOUX Vous allez voir, faire une revue des troupes et vous serez, vous restez pour le match… GERARD COLLOMB J'y resterai pour le match, parce que les violences elles peuvent se produire avant, mais elles peuvent se produire après. ELIZABETH MARTICHOUX ... OM Atlético de Madrid. En un mot, quelle est la principale menace pour ce match, en termes de sécurité ? GERARD COLLOMB Eh bien, si vous voulez, c'est qu'on avait vu un certain nombre de vidéos qui montraient que ce match pouvait être extrêmement tendu. Bon, depuis, moi j'ai appelé donc le président de Marseille, essayé de faire passer des messages, et il semble que l'on puisse faire en sorte que ce soir que les choses soient appréhendées de la bonne manière, parce qu'à mon avis il y a moins de tensions chez les supporters, et puis ensuite ils ne vont pas aller au centre-ville, ils vont aller directement au stade. ELIZABETH MARTICHOUX Encore deux questions, très vite. Une information que les automobilistes vont avoir à l'esprit : selon Le Canard enchaîné, la légalité des voitures radar banalisées, confiées à des boîtes privées, serait mise en cause par une note du ministère de l'Intérieur, il y a un an, et pourtant, l'expérience a commencé en Normandie il y a quelques semaines. Vous avez connaissance de cette note ? GERARD COLLOMB Non, alors, si vous voulez parler… ELIZABETH MARTICHOUX Service juridique du ministère de l'Intérieur. GERARD COLLOMB ... de l'expérimentation qu'on a faite, on a fait effectivement une expérimentation, après il faut voir si effectivement elle est généralisable à tout le territoire. ELIZABETH MARTICHOUX C'est une autre question. Elle est jugée illégale cette expérimentation. GERARD COLLOMB Mais, si vous voulez, nous avons… ELIZABETH MARTICHOUX Vous l'avez faite, malgré l'illégalité ? GERARD COLLOMB Non non, l'expérimentation était possible. Ensuite c'est de savoir si effectivement l'extension est possible. Vous savez, au ministère de l'Intérieur… ELIZABETH MARTICHOUX La généralisation. GERARD COLLOMB ... il y a plusieurs services et il y a un service en particulier qui est le service des lois, qui nous dit : chaque fois que nous menons une action, si nous sommes dans la légalité ou pas. Par exemple c'est le service qui nous aide à pouvoir rédiger les textes de loi pour que, effectivement, ce soit des textes de loi qui n'enfreignent pas la législation actuelle. ELIZABETH MARTICHOUX Bon, on n'a pas tout compris, mais en tout cas, dernière question, une rumeur… GERARD COLLOMB Ah mais c'est d'une clarté parfaite. ELIZABETH MARTICHOUX Une rumeur a couru, Gérard COLLOMB, c'est ma dernière question, la semaine dernière, selon laquelle vous auriez présenté votre démission. Vous l'avez fait ? GERARD COLLOMB Non. ELIZABETH MARTICHOUX Vous ne l'avez jamais fait d'ailleurs depuis que vous êtes Place Beauvau, comme on dit ? GERARD COLLOMB Non, j'avais dit, si vous voulez, lors de la loi SILT, vous savez, c'est la première loi que j'ai fait passer, sur le terrorisme, que c'était pour moi une loi qu'on devait faire passer de manière absolue, et j'avais dit à l'époque, aux députés, que s'ils ne voulaient pas voter cette loi, moi je ne pouvais plus être ministre de l'intérieur, parce qu'alors pour le coup, nos concitoyens n'auraient plus de protection face au terrorisme. ELIZABETH MARTICHOUX Vous êtes place Beauvau, ministre de l'Intérieur, pour longtemps ? Votre horizon c'est quoi ? La réélection d'Emmanuel MACRON en 2022 ? GERARD COLLOMB Oui, c'est les 10 ans qui viennent. ELIZABETH MARTICHOUX Les 10 ans qui viennent, donc, Gérard COLLOMB qui est prêt à refaire campagne pour Emmanuel MACRON en 2022. Merci à vous d'avoir été ce matin sur RTL, en attendant. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/638.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/638.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7a3b125746964151ec6233b84181115bccdd5053 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/638.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Procureur général près la Cour de cassation, Mesdames, Messieurs les Procureurs généraux des cours suprêmes de l'union européenne, Monsieur le Juge Français près la Cour européenne des Droits de l'homme, Monsieur l'Avocat général près la Cour de justice des communautés européennes, Mesdames, Messieurs les Magistrats de liaison, Mesdames, Messieurs, C'est un grand honneur pour l'européenne convaincue que je suis, d'ouvrir aujourd'hui les travaux de votre réseau, dont vous fêtez le dixième anniversaire. Je suis en effet convaincue qu'il est indispensable de tisser des liens étroits entre autorités judiciaires au sein de l'espace européen, et suis très attachée aux initiatives qui approfondissent ces liens. J'ai ailleurs eu l'honneur, il y a quelques semaines, de déposer au nom de la France les instruments de ratification du Protocole n°16 à la Convention EDH, qui renforce également les échanges entre les cours suprêmes et la Cour européenne des droits de l'Homme. Votre réseau, créée il y a maintenant 10 ans, à la suite du réseau des Premiers présidents, constitue un véritable réseau d'experts, qui a pour finalité la consolidation de l'espace de liberté, de sécurité et de justice. C'est l'occasion pour moi de rendre hommage ici à l'action de M. Jacques BARROT, avec lequel j'ai eu l'honneur de siéger au Conseil constitutionnel qui a, en 2007, alors qu'il était commissaire européen, appuyé et accompagné cette initiative française. Vous avez, Monsieur le Procureur général, oeuvré également grandement à la réussite de ce réseau, et je tiens ici à souligner votre engagement en faveur de l'Europe : vous l'avez manifesté lors de vos fonctions de Directeur des affaires criminelles et des grâces, puis lorsque vous avez dirigé le parquet de Paris notamment en matière de lutte contre le terrorisme où votre engagement européen a été constant, et ensuite en soutenant ce réseau et, plus tard le Parquet européen. Vous allez d'ailleurs encore garder un lien fort avec l'Europe et l'international dans les mois à venir, notamment dans le cadre de vos fonctions au sein de notre opérateur Justice Coopération internationale. La permanence de ce réseau atteste de sa réussite et de son utilité. Je mesure d'ailleurs tout le symbole de votre réunion cette année à Paris, lieu de la signature des actes constitutifs, et, m'exprimant devant les éminents représentants des plus hautes juridictions des Etats membres de l'Union européenne, je tiens à vous remercier de votre présence en France. Celle-ci témoigne de la vitalité des liens qui unissent les acteurs judiciaires des Etats membres. A travers vous, les liens de dialogue entre hautes personnalités permettent de faire vivre de manière très concrète l'espace judiciaire européen. A ce titre, vous êtes les acteurs de la diplomatie judiciaire. Permettez-moi de m'en réjouir : votre réseau permet des échanges de fond entre ministères publics, à la fois sur les grands défis auxquels l'espace judiciaire européen est confronté, mais également des discussions entre praticiens pour partager des bonnes pratiques ou mettre en commun les analyses que vous faites des grandes décisions jurisprudentielles de la CEDH ou de la CJUE. Depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, la CJUE est en effet compétente pour interpréter les directives et règlements européens adoptés en matière judiciaire, et il s'agit là d'une source de droit qui sera amenée à jouer un rôle majeur dans les années à venir. L'arrêt Tele2sverige, qui porte sur les conditions de conservation et d'accès aux données pour le besoin des enquêtes pénales, en témoigne. Il donne d'ailleurs lieu à des échanges nourris entre Etats membres et autorités judiciaires. Je sais que la lutte contre le terrorisme a beaucoup occupé vos travaux ces dernières années. Je sais aussi que cette année d'autres points sont à l'ordre du jour, comme la mise en place du futur parquet européen. C'est en effet une avancée majeure dans la construction de l'espace de liberté, de sécurité et de justice au sein de l'Union européenne. J'y reviendrai. Un mot tout de même sur la lutte contre le terrorisme qui reste centrale, malheureusement. Sans pour autant obérer les autres sujets, celle-ci continue de constituer le défi collectif auquel l'ensemble de l'UE reste confrontée. Les attaques terroristes nous affectent collectivement. Dans ces circonstances dramatiques, la fluidité de notre coopération judiciaire et la qualité du travail mené en concertation entre nos autorités judiciaires permettent de nombreuses avancées. Au niveau européen, nos Etats participent activement à la négociation de textes européens, pour que la réponse judiciaire au terrorisme puisse s'inscrire dans un cadre commun. J'ai ainsi l'occasion d'échanger régulièrement avec mes homologues sur ces sujets. La menace terroriste à laquelle nous sommes confrontés est, bien sûr, en perpétuelle évolution. Cependant, certaines problématiques communes demeurent et nécessitent des échanges réguliers pour consolider les moyens opérationnels mis au service de l'efficacité de la lutte anti-terroriste. Faisant suite aux attentats de janvier 2015, la France avait déjà exprimé son souhait d'une adaptation du droit de l'UE. C'est chose faite avec la directive du 15 mars 2017 sur la lutte contre le terrorisme, qui nous permet de disposer d'incriminations identiques pour mieux lutter contre l'organisation et le financement des filières d'acheminement de combattants terroristes à l'étranger, et d'appréhender judiciairement leur retour de la zone irako-syrienne. Cette directive prévoit également des dispositions spécifiques pour améliorer la prise en charge des victimes du terrorisme. En France, le caractère transversal des besoins des victimes a conduit à la création par décret en août 2017 d'une délégation interministérielle à l'aide aux victimes. Les victimes des attentats, de toutes nationalités, sont malheureusement souvent le reflet tragique des liens de proximité entre nos pays. Leur prise en charge est au coeur de nos réflexions au niveau européen : la Commission européenne a nommé une conseillère spéciale en charge de ces sujets, et nous en discuterons entre ministres lors du prochain conseil JAI qui se tiendra le 4 juin. Les réflexions sont également engagées s'agissant de la lutte contre le financement du terrorisme, au moyen de nouveaux textes présentés par la Commission en décembre 2016 et qui sont actuellement en cours d'examen, tout comme la question de l'extension du système d'échanges d'informations issues des casiers judiciaires (ECRIS) aux ressortissants d'Etats tiers, afin d'avoir une meilleure connaissance des antécédents judiciaires de ces individus et de pouvoir retracer leur parcours au sein de l'UE. L'ambition française en la matière demeure. C'est la raison pour laquelle le Président de la République a souhaité ouvrir la réflexion s'agissant de l'extension du champ de compétence de notre futur parquet européen en conformité avec l'article 86 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne qui dispose que les attributions du parquet pourront être, à terme, élargies à la lutte contre la criminalité grave ayant une dimension transfrontalière. La mise en place du parquet européen constitue la prochaine étape fondamentale pour l'espace judiciaire européen : ce sera désormais la première autorité judiciaire européenne compétente en matière pénale. La création de ce Parquet européen constitue l'aboutissement de négociations longues, portées particulièrement par la France. Je me réjouis que les Pays-Bas aient cette semaine officiellement rejoint la coopération renforcée, et j'espère que les autres Etats membres restants leur emboîteront le pas prochainement. Véritable autorité judiciaire européenne indépendante, ce parquet aura compétence, comme vous le savez, pour ouvrir des enquêtes et engager des poursuites contre les auteurs d'infractions pénales portant atteinte aux intérêts financiers de l'Union européenne. Chaque année, ce sont en effet plus de 50 milliards d'euros de recettes qui échapperaient aux budgets nationaux dans toute l'UE du fait de ces fraudes. L'actualité politique judiciaire européenne est également marquée par la lutte contre la radicalisation, et contre l'utilisation abusive d'internet et des médias sociaux par les groupes terroristes, sans perdre de vue notre attachement commun à la liberté d'expression. Nos travaux au sein des conseils des ministres JAI portent également sur l'accès aux preuves numériques, qui est un sujet majeur. La coopération internationale en matière judiciaire est cruciale à bien des égards. La vitalité de votre réseau en est une des illustrations, et l'invitation faite aux magistrats de liaison d'assister à vos travaux atteste de leur rôle primordial de facilitateur de l'entraide internationale. A l'échelle de mon ministère, je tiens à souligner devant vous la priorité que j'accorde à la coopération internationale. Ainsi, en janvier dernier, j'ai présenté la stratégie que j'entends voir mener par le ministère de la Justice à l'international et, notamment, les objectifs que je fixais, pour cette année et la suivante, à la coopération internationale mise en oeuvre avec nos partenaires étrangers, qu'ils soient européens ou non. Je ne vous surprendrai pas en soulignant devant vous que l'objectif principal que j'assigne aux actions de coopération internationale menées par mon ministère est de faciliter le traitement par les juridictions des affaires judiciaires qui, pour bon nombre d'entre elles, ont désormais des ramifications qui dépassent largement le cadre des frontières nationales de chacun de nos Etats. En France, en effet, plus de la moitié des procédures civiles et pénales comporteraient désormais un élément d'extranéité. La réalité de l'espace judiciaire européen doit donc s'évaluer à l'aune de notre capacité à fluidifier ou faciliter le traitement de ces affaires complexes. Aussi, l'entrée en vigueur l'an dernier de la Décision d'Enquête européenne marque une nouvelle étape de la construction d'un espace européen de liberté, de sécurité et de justice. Consacrant une nouvelle fois le principe de reconnaissance mutuelle des décisions judiciaires aux fins de l'obtention de preuves, ce nouvel outil constitue une plus-value indéniable pour le traitement des enquêtes comme le fut, en son temps, le mandat d'arrêt européen. En conclusion, je voudrais vous témoigner tout mon soutien pour les travaux que vous conduisez. Ce sont des réseaux comme le vôtre qui font vivre l'Europe, qui l'incarnent, et qui permettent, au-delà des différents systèmes judiciaires, de construire une conception européenne de la justice, de l'Etat de droit et des libertés fondamentales. A l'heure où le Président de la République a lancé un grand mouvement de consultations des citoyens dans toute l'Europe afin de refonder le projet européen, les représentants que vous êtes des Cours suprêmes judiciaires européennes ont assurément une parole forte à porter. Je vous remercie pour votre attention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/639.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/639.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2a86fbdec21bcb016769696002141d133bd2dc29 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/639.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Premier Ministre, Mesdames, Messieurs les Ministres, Mesdames, Messieurs les Elus, Mesdames, Messieurs, Chers amis, Avant toute chose, je ne vais pas faire un discours, donc ça peut en décevoir certains, parce que j'ai déjà fait un discours sur ce que d'aucuns appellent la politique de la ville. Je l'ai fait à Roubaix Tourcoing en novembre dernier et c'est à ce moment-là que j'ai demandé à Jean-Louis BORLOO – je l'en remercie très vivement – de remettre les gants, comme j'ai dit à l'époque, et de faire ce travail de mobilisation avec les ministres. Je ne vais pas non plus vous annoncer un plan ville, un plan banlieue, parce que cette stratégie est aussi âgée que moi. Le premier plan de la sorte a été présenté en effet, par Raymond BARRE à peu près au moment où je naissais. Ca a apporté des choses, Jean-Luc RIGAUT a eu raison de le dire, des choses qui ont été faites, mais je pense qu'on est au bout de cette méthode. Il faut saluer tout ce qui a été fait selon cette méthode, parce que sinon ce serait bien pire, mais je crois qu'aujourd'hui, poursuivre dans cette logique c'est vouloir poursuivre dans l'assignation à résidence, la politique spécialisée, une forme de politique de clientèle en quelque sorte, qui ne bougerait pas, qui serait allouée à certains quartiers, certains espaces, et pour tout vous dire je n'y crois pas, et je crois que les Françaises et les Français ne m'ont pas élu sur ce sujet. Il faut construire ensemble une action collective, et vous en êtes l'illustration. Il y a beaucoup plus de monde que prévu, c'est pour ça aussi que je ne vais pas faire un discours long, parce qu'il y a beaucoup de gens qui se tiennent debout, et je les remercie d'être là, des élus de la République, des dirigeants d'entreprise, des dirigeants d'association, des citoyens, des maires, ça montre qu'il y a une volonté, et donc le moment où nous nous parlons est un moment crucial pour ce sujet, c'est le sujet de la République. C'est le sujet de la République, c'est de se dire que des femmes et des hommes qui sont nés dans des endroits prétendus plus difficiles, et qui sont objectivement plus difficiles parce que la pauvreté s'y concentre, parce que le manque justement de moyens s'y concentre, parce que l'éloignement à l'éducation, au travail, s'y est concentré, aient la même chance que les autres, que l'on résorbe les écarts. Il y a à la fois des sources d'extrême inquiétude et des sources d'optimisme profond. L'extrême inquiétude c'est encore ce qu'on a vu à Marseille hier, parce qu'on ne peut pas se réunir sans en parler, c'est-à-dire de la grande violence, du banditisme, du trafic, et je vais y revenir dans un instant, il y a de la profonde insécurité, donc ne nous voilons pas la face en disant c'est formidable et tout va bien. Oui, nos quartiers ont du talent, mais oui dans nos quartiers il y a aussi de la violence, il y a des choses qui ne vont pas, et c'est explosif. Pour des bonnes et des mauvaises raisons. Pour des raisons inadmissibles, qu'on a laissé s'enkyster, et aussi parce que s'est construite une forme d'éloignement avec la République. Et puis, à côté de ça, pour moi, il y a une source formidable d'optimisme, c'est la mobilisation, Jean-Louis BORLOO l'a évoqué, depuis qu'il travaille, depuis novembre dernier, en lien très étroit avec les deux ministres qui ont lancé aussi de nombreux groupes de travail : il y a une effervescence profonde, et tous les élus qui sont présents ici le savent et le portent sur leur territoire, parfois depuis de nombreuses années. Il y a une envie de s'engager, il y a une envie de faire, il y a une envie de changer les choses, et en aucun cas de se soumettre à cette fatalité. Je voulais vous remercier pour porter ce visage, cet engagement Il y a le Conseil présidentiel des villes, qu'on a installé officiellement aujourd'hui, avec des représentants des régies, des associations, des élus, ils vont être cette vigie, cette force de proposition et cette vigie. Il y a l'ensemble de nos élus, les parlementaires, venus nombreux, les présidents de métropole, d'agglomération, l'ensemble des réseaux d'élus, nous venons d'en voir quelques-uns à l'instant, qui portent cette voix, qui ont envie de faire. Il y a les régies, les associations, et évidemment parmi tous ces élus, les maires, qui sont des appuis premiers, ces vigies de la République, et ceux auxquels beaucoup, bien souvent, est confié. Alors, dans ce contexte, de doute extrême, de fêlure, où la quatrième génération ne croit plus dans les discours politiques, et dans ce contexte en même temps de mobilisation, d'optimisme, de volonté de faire, nous nous devons d'inventer ensemble une méthode, un rythme, sans doute différent. Je veux m'engager avec vous, auprès de vous et devant vous, sur quelques actions, certaines ont déjà été faites, et je voudrais m'engager sur une philosophie et une méthode, ce qui me semble presque aussi important. La philosophie c'est de dire, si nous voulons réussir, on doit collectivement se mettre d'accord sur le fait que l'objectif - la question m'a été posée tout à l'heure - l'objectif que nous voulons poursuivre c'est d'essayer de mettre ensemble toutes ces énergies quand elles s'expriment, parce que le grand problème du coup, souvent des quartiers, c'est comme il y a beaucoup d'énergies concurrentes, il y a des effets d'entropie, et on n'entend plus que la concurrence des énergies, non, mettons-nous d'accord, on n'a qu'un objectif c'est qu'on doit réussir. Il y a des solutions parfois différentes, il y a des volontés qui peuvent être concurrentes, mais on doit faire faire quelques pas dans la bonne direction, aux plus jeunes ou à ceux qui sont les plus en difficulté dans nos quartiers, et donc mobilisation générale et travail en commun. J'ai entendu beaucoup de choses ces derniers jours ou ces dernières semaines, qui ne sont pas à la hauteur des enjeux, il n'y a pas de division, de concurrence, entre ceci, cela, il y a eu un travail de mobilisation qui a été piloté par Jean-Louis BORLOO, il y a une volonté de faire, depuis des années, parfois des décennies, par les maires, par les habitants, les conseils de quartier, et ce que portent les habitants, par les entreprises et de nombreux acteurs, c'est ça que nous devons relayer. La deuxième chose c'est que nous nous devons, ensemble, de veiller à construire une politique d'émancipation. L'objectif de notre politique c'est que chacune et chacun retrouve sa dignité dans la République, ce n'est pas que tel ou tel quartier ait à soi seul telle infrastructure ou telle politique spéciale, ou tel zonage, parce qu'on aura à ce moment-là le problème de l'association qui est de l'autre côté de la rue, ou on aura telle ou telle chose, et j'aurai d'ailleurs la concurrence, en quelque sorte, des territoires qui émergera le même jour, je vais y revenir. Les quartiers les plus urbains ont exactement des difficultés similaires, et ça a été dit, aux quartiers les plus ruraux, mais ce que nous voulons construire partout, cette égalité des chances qui était bousculée depuis la Castellane, et c'est vrai qu'il y a des mots qui se sont fatigués, c'est quoi pour moi ? C'est une politique de l'émancipation et de la dignité, c'est faire que partout, dans tous les lieux de la République, nos concitoyens retrouvent leur dignité, les parents, les enfants, les adultes, c'est-à-dire retrouvent ce à quoi ils ont droit dans la République, et une politique d'émancipation, c'est que chacun puisse aller vers ce à quoi il aspire, et qu'il n'y ait plus cette assignation à résidence, sociale ou territoriale, qui fait que quand on est né à un endroit, ou quand on a eu un accident de la vie à un endroit, eh bien il n'est plus possible de s'en sortir. Et cette philosophie d'action elle nous conduit à changer de méthode. C'est ce qui me conduit à vous dire, je ne vais pas vous faire un plan … quelque part ça n'aurait aucun sens que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s'échangent l'un un rapport, et l'autre disant « on m'a remis un plan, je l'ai découvert », ce n'est pas vrai, ça ne marche plus comme ça, les gens qui y vivent, qui font parfois, depuis des décennies, ce sont des acteurs de ces sujets, ils ont envie de faire, ils ont une bonne partie des solutions. Elles ne sont parfois pas reconnues, elles ont besoin qu'on les facilite, qu'on accélère, elles ont besoin qu'on leur donne un statut, elles ont besoin qu'on les porte, qu'on leur donne du sens, elles ont besoin qu'on les aide à réussir, c'est ça la République. C'est ce chemin que je veux construire avec toutes celles et ceux qui sont là et en adaptant une méthode nouvelle, celle de cette mobilisation qui va supposer, je vais y revenir, des actions très précises. Parce que, je sais bien que comme on ne croit plus les grands discours, il faut pouvoir s'engager sur des choses qui sont mesurables, identifiables, sur lesquelles on dira c'est fait ou pas fait, et une méthode ça suppose des rendez-vous réguliers. Ceux qui président des associations de quartier, ou ceux qui sont maires, et que je vois présents dans cette salle, c'est ce qu'ils font au quotidien, et donc c'est ce que nous allons faire ensemble. Cette mobilisation s'est accompagnée d'un travail qui a été fait depuis plusieurs mois, porté par le gouvernement que je veux saluer, mais qui a déjà conduit, vous l'avez évoqué, à mettre en oeuvre ce qu'étaient les engagements de la campagne. Un accord a été signé le 4 avril dernier avec l'USH, et je les en remercie, un gros travail a été fait avec Action logement, par les ministres, et donc aujourd'hui, l'Etat a clarifié sa stratégie financière, les acteurs sont là, nous sommes donc au rendez-vous de notre engagement de campagne sur le financement de la rénovation urbaine [10Md€]. Les crédits seront au rendez-vous, même si la première année nous n'étions pas au rendez-vous, je le prends pour moi, c'est ma faute, mais nous le serons à l'avenir. Mais donc là on y est, et on enraye une politique qui a presque 10 ans, où on a abîmé la politique de rénovation urbaine par, ou raréfaction des crédits budgétaires, ou allongement des délais pour dépenser moins, si on se dit les choses entre nous en toute franchise ici, ou politique d'optimisation, parce qu'on préférait parfois démolir tout court parce que c'était plus profitable pour certains, plutôt qu'à rénover ou faire des choses qui étaient peut-être plus adaptées. Maintenant, et je salue le président KLEIN, l'ANRU pourra fonctionner et, j'y reviendrai dans un instant, en a les moyens. Deuxième élément important à mes yeux, la police de sécurité du quotidien, c'était un engagement, 30 quartiers de reconquête républicaine, l'expérimentation commence, en deux vagues, d'ici à la fin de l'année, avec un gros travail qui a été fait de concertation avec l'ensemble des forces de sécurité intérieure, et je salue l'engagement du ministre d'Etat, et c'était très bien tout à l'heure d'avoir les craintes exprimées par Madame la commissaire. Et je pense en effet que si ça n'est que deux coups de peinture, un changement de nom, c'est un échec, et ça n'a pas été conçu pour ça, mais cette transformation de la police de sécurité du quotidien c'est cette volonté de changer la réponse, de remettre de la présence, de l'îlotage, de remettre un changement de la relation des forces de sécurité intérieure avec les quartiers, avec les acteurs des quartiers, de pouvoir prévenir, et ça s'accompagne aussi d'un travail en profondeur qui a été mené par le gouvernement et qui va arriver sous peu devant le Parlement, qui est la simplification des procédures, ce qui est essentiel pour justement nos forces de police, comme nos magistrats, en particulier dans les quartiers les plus difficiles, c'est l'allégement des charges indues. Ça paraît très technique, mais quand on a des fonctionnaires de police qui passent des heures à faire de la procédure manuelle, à devoir ressaisir, qui perdent énormément de temps dans des procédures ou sur certaines contraventions ou délits, dont on sait très bien qu'elles n'ont plus aujourd'hui de débouché réel parce que ce sont déjà les quartiers où il y a la plus grande délinquance ou le plus de difficultés, le travail de hiérarchisation, de simplification, de cohérence et d'efficacité qui a été conduit par la garde des Sceaux et le ministre de l'Intérieur sous l'autorité du Premier ministre, je crois très profondément, permet de répondre à cet enjeu à la fois pour notre police, notre gendarmerie, et de notre justice dans les quartiers. Et puis l'autre point sur lequel, ça a été dit, le travail a commencé, on n'a pas attendu cette mobilisation générale depuis le début du quinquennat, c'est également l'éducation et la santé. L'éducation, ça a été dit, on l'a fait pour les CP en REP+, et on va continuer à décliner en REP, et puis pour les CE1, avec un plan de bataille rentrée après rentrée, que le ministre suit avec beaucoup d'intensité, et qui a permis déjà de donner des effets qu'on a mesurés à travers des enquêtes et des études. Et la santé, c'est le déploiement des maisons de santé, parce que là aussi, illustration de ce que je disais tout à l'heure, où sont les déserts médicaux ? Dans le très rural et dans les quartiers. Dans les centres villes et les agglomérations ça marche plutôt et c'est attractif, mais là où on manque de spécialistes, là où les médecins quittent, ce sont dans ces endroits de la République où ça se détricote, où il y a une fragilisation, et donc sur ce sujet nous avons commencé à avancer, mais avec un suivi qui devra être très rigoureux. Dans ce contexte, je voulais revenir plus particulièrement sur trois types d'engagements que je veux prendre devant vous et qui vont donner lieu à cette méthode collective de mobilisation. Je pense que c'est comme ça qu'on arrivera à construire cette politique de la dignité et de l'émancipation. La première chose c'est que je crois que ce qu'il nous faut dans les quartiers ce sont les mêmes droits et des droits réels. La politique que je veux que nous puissions promouvoir, et que le Premier ministre va impulser, ce n'est pas une politique de différenciation, ce n'est pas une politique forcément spécifique, c'est une politique des mêmes droits, mais des droits réels, c'est très exigeant dans des quartiers où on s'est parfois habitué à ne plus avoir les mêmes droits qu'ailleurs. La deuxième chose c'est que je veux que chacun, ensuite, puisse choisir sa vie, c'est le coeur de la politique d'émancipation par l'école et par la réussite économique. Et la troisième chose c'est qu'il nous faut savoir, y compris dans les quartiers les plus difficiles, refaire République, et vous l'avez très bien dit sur plusieurs des sujets qui sont à l'oeuvre. Alors, les mêmes droits, et des droits réels, c'est d'abord la politique de sécurité et de justice. Depuis le mois de février, la police de sécurité du quotidien se déploie, donc je n'y reviendrai pas, mais il nous faut pouvoir avancer sur quelques lignes complémentaires. D'abord on va allouer des moyens supplémentaires, 1300 policiers dans 60 quartiers d'ici 2020, qui sont les plus difficiles, le coeur de cette reconquête, de la même manière on va réallouer des moyens en termes de justice, la forfaitisation et donc la réforme pénale que j'évoquais va permettre de dégager aussi du temps utile d'agents dans les quartiers, mais je souhaite qu'on puisse compléter ce travail, qui est déjà engagé par le gouvernement, de trois sujets sur lesquels nous devons ensemble, au mois de juillet, définir une action concrète. La première c'est, dans le cadre de la police de sécurité du quotidien et au-delà, de faire un point très précis et de regarder ensemble ce qu'on peut faire mieux avec les polices municipales. Les polices municipales sont un acteur essentiel, elles sont d'ailleurs en partenariat, et partout où la PSQ a été lancée elles sont un partenaire, mais il y a des maires qui sont prêts à faire plus, qui ont déjà commencé à faire plus, on doit accompagner ce travail et le regarder avec beaucoup de réalisme. Et je souhaite, sur ce sujet, qu'on puisse, dans cet esprit-là, améliorer et systématiser le partenariat avec les maires. Comment on fait, on les aide à faire davantage quand ils sont candidats, comment on permet d'aller plus vite dans les quartiers où les maires sont prêts à jouer le jeu, et comment on avance, et dans ce cadre-là, pour lever parfois des demandes qui sont parfaitement légitimes, et des polémiques, je souhaite aussi qu'on puisse avoir un protocole très clair du rôle et du partenariat des maires avec les préfets, dans le cadre de ce qu'on appelle les GED, c'est-à-dire dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Beaucoup de maires ont dit ces dernières semaines, « j'ai de l'insécurité chez moi, il y a des fichés S, je ne le sais pas, je voudrais le savoir. » D'abord il faut remettre tout le monde dans le même esprit, quand quelqu'un est fiché S il n'est pas forcément terroriste ou même en menace de l'être, les fichés S c'est beaucoup plus large, c'est un instrument, et le ministre l'a encore rappelé ces derniers jours, qui permet de surveiller un public à risque, mais ça ne peut avoir rien à voir, et c'est un instrument qu'on ne peut pas dévoiler parce que sinon il perd en quelque sorte son sens. C'est un instrument de renseignements pour les services, la bêtise c'est même de l'avoir rendu public, parce que c'est un instrument de gestion interne. Par contre, les personnes qui sont identifiées comme les plus à risque, qui sont dans ce qui s'appelle un fichier qu'on appelle FSPRT maintenant, et qui sont revues par les préfets de manière très régulière, avec un compte rendu au ministre, ces personnes-là, pour les plus sensibles, il est normal que le préfet ait maintenant de manière systématique et dans une charte qu'on va rendre transparente, un dialogue avec les maires pour pouvoir échanger sur ces situations. Et donc ça c'est le premier axe en termes de sécurité, justice, je veux qu'on améliore le travail avec les maires sur ce sujet, et d'ici au mois de juillet le ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, fera des propositions concrètes pour qu'on puisse s'engager à l'égard des maires en la matière pour les aider. La deuxième chose, on l'a revue encore à Marseille hier, on a un sujet tout à fait propre aux quartiers, disons dans lequel la situation des quartiers a conduit à un embrasement, ce sont les trafics de drogue et de stupéfiants, et c'est ça ce qu'il y a derrière à Marseille, on le sait très bien. J'ai pris des positions très claires sur les stupéfiants, alors certains voudraient ne rien changer au droit actuel, on sait très bien que ça n'a aucune efficacité, ceux qui en détiennent pour leur faire leur consommation simple, il faut pouvoir traiter le problème de manière beaucoup plus simple et pouvoir donner des contraventions, ça allégera le travail de la police et ça évitera d'embourber notre justice, par contre je ne suis pas favorable à la légalisation du cannabis ou des drogues douces, pour des tas de raisons sur lesquelles on pourra revenir dans un autre cadre, mais ce qui est clair c'est que on a perdu la bataille du trafic dans de nombreuses cités. Nous déploierons un plan de mobilisation générale de lutte contre les trafics de tous genres, parce que ce sont des trafics internationaux, il ne faut pas se tromper. Bien souvent on affiche les plus jeunes, on utilise et on sous-traite, parce qu'il y a une sous-traitance et une organisation du crime, mais enfin ce sont des organisations, au moins nationales, et bien souvent internationales, qui sont derrière ces trafics et qui conduisent au pire des crimes qu'on voit dans nombre de nos cités. Pour le mois de juillet je veux qu'on ait aussi finalisé un plan de mobilisation sur justement la lutte contre les trafics de drogue, c'est un élément absolument indispensable. Et puis la troisième chose que nous devons faire mieux ensemble en termes de sécurité, sous réserve d'inventaire et de ce que vous me soumettrez dans la méthode avec laquelle je terminerai, c'est que nous devons construire, en particulier dans tous les quartiers avec les préfets et l'ensemble des élus, nous devons construire une société de la vigilance Tous les acteurs des quartiers, les maires, les associations, mais les citoyens, et ça a été très bien dit par Yassine BELATTAR tout à l'heure quand il dénonçait, et qu'il saluait Latifa BEN LABDA, et qu'il dénonçait le terrorisme, c'est que tout le monde est acteur de la lutte contre les violences et les dérives. Cette société de la vigilance, nous devons l'organiser, ce n'est pas une société de la délation, entendons-nous bien, mais c'est que chacun est acteur de la protection collective. Et quand on refuse de voir quelqu'un qui est en train de dévier, quand on refuse de mettre un terme aux actes les plus insupportables, dans son quartier ou ailleurs, de fait on devient complice. Alors parfois on le fait parce qu'on a peur. C'est à nous de construire les lignes, les services, l'accès, j'y reviendrai, ça fait partie de ces engagements que je veux que nous prenions pour juillet sur ce sujet-là, mais c'est aussi un éveil de la conscience collective, on se rend compte trop tard que des gens étaient en train de dévier et ils étaient sous nos yeux. Et donc je veux pour le mois de juillet, en complément de tout ce qui est déjà lancé, sur lequel nous ferons un point d'étape, nous puissions avancer sur cette société de la vigilance. Même droits et droits réels, la base, pour moi, c'est sécurité et justice. Quand on a peur, quand on ne peut pas sortir de chez soi, quand on ne peut pas au travail et laisser sa famille en toute quiétude, ce n'est pas vrai qu'on peut avoir une vie normale ou qu'on a les mêmes droits que les autres. Le deuxième élément essentiel c'est le logement, l'aménagement et le lieu de vie, et là-dessus, s'il y a un point sur lequel la politique de la ville quand même a apporté quelque chose, c'est bien ça, et je le dis devant l'ancien ministre qui a beaucoup porté sur ces sujets et beaucoup fait. Là-dessus le niveau pertinent, sur lequel au maximum on doit essayer de raisonner, c'est, je crois, celui de la métropole et de l'agglomération. Pourquoi ? Parce que quand on parle d'aménager la vie, on peut aménager un quartier, mais c'est beaucoup plus facile de le penser plus largement. Alors, il y a des villes qui n'ont qu'un quartier à problèmes, elles arrivent à le faire, et il y a des travaux qui ont été faits remarquables, je n'oublie pas les Coudraie à Poissy, visité en campagne, parce que la ville a porté et a réussi à l'inclure dans un ensemble plus large, et propulsé les choses, mais les grandes difficultés de certains quartiers ou de certaines villes ne peuvent se construire qu'à l'échelle de la métropole ou d'un territoire plus large parce que c'est celui qui permet de repenser la mixité de l'habitat. Si on ne demande qu'aux acteurs qui sont complètement embourbés dans les difficultés, qui vivent au milieu d'elles, de tout faire et de tout résoudre, on les condamne, ou à l'échec, ou parfois à l'enfermement dans des modes de clientélisme qui se sont aussi installés dans certains de nos quartiers, qu'il faut regarder en face. Parce que parfois il y a des quartiers ou il y a des villes qui n'ont pas eu envie de s'en sortir, parce que se sont construits des sous-équilibres terribles, parce que tout le monde y avait intérêt, il faut se dire les choses, parce qu'on n'avait pas envie de changer la nature de la population, elle avait créé ses propres équilibres, sociologiques, politiques, et on avait envie que tout le monde reste un peu dans le coin, sauf les habitants. Avoir une vraie stratégie métropolitaine et d'agglomération pour pouvoir porter le sujet est ce qui est cohérent avec les compétences de ces collectivités, oui, donc banco pour le pacte de Dijon, on fait et on y va. C'est la bonne échelle, c'est la bonne force de propulsion, et je souhaite qu'on puisse avancer dans ce sujet, Jean-Luc MOUDENC n'est pas là, mais il sait Ô combien, et les ministres qui étaient il y a quelques jours ou quelques semaines le savent, le Mirail on ne le règle qu'à l'échelle de Toulouse et de la métropole, on ne règle pas au niveau du quartier. Si on dit au quartier « tu vas régler tes problèmes, on va te donner de l'argent ou autre », on n'arrivera pas avancer Ensuite, quels sont nos instruments et comment réussir à bousculer tout ce qui s'est installé en termes de logement, d'aménagement, dans les quartiers les plus difficiles ? Il y a le sujet de l'ANRU, cher Président KLEIN. Je reviendrai tout à l'heure sur l'ambition de réparation et de rééquilibrage proposée par le rapport de Jean-Louis BORLOO, parce que je pense que c'est une bonne idée et qu'il faut y aller, mais il faut y aller pour tous les territoires et pas simplement les quartiers. Dans les quartiers on a un instrument, l'ANRU, qui avait une formidable réputation et qu'on a abîmée ces dernières années, mais nous sommes très responsables de ça, je le disais tout à l'heure, on l'a abîmée, parce que comme on n'a pas mis assez de crédits, et d'ailleurs nous l'avons un peu fait sur le premier budget, eh ben on a demandé aux équipes de servir moins de projets, et on fait ça très bien collectivement, nous tous, c'est qu'on a rallongé les délais, donc ce qui se faisait au début en 6 mois, on le fait maintenant en 3 ans en moyenne, sur un projet. Et donc, en 3 ans, c'est désespérant, il y a beaucoup de bureaucratie, on perd beaucoup d'argent en demandant des études multiples à des intermédiaires, si on lance ce projet à mi-mandat ou après une vraie réflexion, pour un maire, on a l'angoisse de quasiment pas le voir finir ou de voir les travaux au pire moment du mandat, c'est-à-dire à la fin, on connaît la grammaire électorale tous et toutes, et donc on a bloqué beaucoup de choses, beaucoup d'initiatives, avec ce sujet. On a reconstruit, ces dernières semaines, une visibilité sur l'ANRU, je remercie l'USH et Action logement de s'être mobilisés pleinement, et donc je crois que d'ici à juillet là aussi, ce qu'il nous faut, sous l'autorité du Premier ministre, avec les ministres concernés, c'est qu'on puisse définir très clairement les priorités, nous prendre les engagements budgétaires, non seulement sur 2019, et en donner la vérité, et sur les années suivantes, conformément aux engagements pris en campagne, et définir les projets prioritaires, et lancer une initiative, « Coeur de quartier », qui serait le pendant de ce qui a été fait par le ministère, de l'initiative « Coeur de ville. » Elle est plébiscitée partout, mais elle est plébiscitée pourquoi ? Parce que les maires proposent un projet, on y répond vite, il est malléable, et c'est en accompagnement des élus de manière pragmatique. Et donc on va lancer au mois de juillet l'opération « Coeur de quartier » sur déjà des premières cibles, pour aller vite et se donner sur ces cibles-là un objectif de les faire sortir en 6 mois, parce que le temps c'est aussi de l'argent, et on le sait très bien dans les quartiers qui sont les plus difficiles, et les maires ici présents, qui ont parfois beaucoup attendu et se sont battus, le savent formidablement bien, et donc on va bousculer les habitudes prises, dont nous avons été parfois complices, mais le milliard de l'Etat pour la politique de rénovation urbaine sera tenu, et dès le PLF 2019 sur la trajectoire qui a été définie. Ensuite, il y a, et vous l'avez dénoncé dans les consultations qui ont été faites, des comportements, qu'on a vus, totalement inacceptables, et une forme d'insécurité liée au logement, qui s'est installée dans les quartiers. C'est pourquoi le projet de loi dit Elan, préparé par les ministres, et porté par ces derniers, a permis de mettre en place des actions très concrètes pour lutter contre les marchands de sommeil et les pires pratiques. 1000 euros par jour d'astreinte, quand justement les prescriptions qui sont données, les recommandations qui sont faites par les autorités de l'Etat, en particulier aux bailleurs, ne sont pas respectées pour lutter contre l'habitat insalubre, une politique de pénalisation beaucoup plus forte, des propriétaires privés, marchands de sommeil, qui maintiennent l'habitat insalubre pour le commercialiser plus rapidement. Mais également une simplification des réponses apportées face à l'habitat indigne, avec là aussi une série d'initiatives qui, dès le mois de juillet, de manière territorialisée, seront annoncées et affichées. Cette politique elle doit s'accompagner, à côté de l'ANRU, d'une mobilisation de tous les acteurs. Sur le logement social, il y a eu un très gros travail qui a été fait par l'ensemble des acteurs, avec le gouvernement et beaucoup d'élus, et je les en remercie, et le Premier ministre s'est lui-même beaucoup engagé tous ces derniers mois pour trouver une charte commune et une feuille de route, qui est aujourd'hui appliquée, qui sera déclinée dans les textes budgétaires, et qui a permis, je crois, très profondément d'améliorer la chose, eh bien dans cette modernisation du logement social, la mixité à l'échelon intercommunal est absolument indispensable, je sais que les bailleurs sociaux veulent accompagner ce travail, cher Jean-Louis DUMONT, et nous allons ensemble l'accompagner dans la stratégie qui a été ainsi reconstruite, avec aussi des mesures très pragmatiques pour remettre dans les quartiers les plus difficiles et accompagner financièrement les bailleurs sociaux qui s'y engagent, du gardiennage, de l'accompagnement, des solutions humaines, et de présence humaine, parce que c'est aussi ça dont on a besoin. Sur la partie privée, on est confronté à l'enjeu des copropriétés dégradées. Nous en avions vues encore à Clichy ensemble il y a quelques mois. Un très gros travail a été fait sur ce sujet par les élus, les maires ont fait un travail exemplaire ces dernières années, je pense à Paris, à toute la région Ile-de-France, et beaucoup de maires qui sont ici présents, parce que c'était un des problèmes qu'on avait spécifiquement, je veux qu'on puisse accompagner les établissements publics fonciers en la matière et définir, là aussi pour juillet, une dizaine d'opérations de requalification d'intérêt national qui permettent d'accélérer justement le travail et de faciliter le travail de requalification. C'est un axe fort, pour moi, des propositions du rapport et de ce qui a été préparé avec les ministres. La loi Elan donne un cadre législatif, il faut aller au bout de ce travail, les porter, pour reconstruire, reconfigurer ces quartiers où l'habitat s'est particulièrement dégradé, et où le fait qu'il soit en copropriétés privées, ne permet plus d'avancer. Et puis il y a un point, qui là est du côté de l'Etat, qu'il nous faut regarder ensemble en face, et qui vient, je dirais presque en amont de tout cela quand on parle d'habitat, de logement et de population, c'est ce qu'on appelle la politique de population. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'on a, et ça a été très bien rappelé par nos interlocuteurs, on a des gens qui sortent des quartiers les plus difficiles chaque année, c'est rappelé d'ailleurs par rapport, 15, 20 %, il y a des quartiers où c'est plus, d'autres c'est moins, mais ils sortent, si je puis m'exprimer ainsi, par le haut. Ceux qui sortent c'est ceux qui ont réussi, et ils vont s'installer dans des quartiers, mieux logés, ils vont s'installer souvent d'ailleurs pour scolariser les enfants dans des quartiers qui sont mieux, et donc ils rendent encore plus difficile toute la politique de rattrapage. Mais nous qu'est-ce qu'on fait ? Nous on va remettre dans les quartiers les populations qui sont les plus fragiles, nous l'Etat, depuis des décennies. C'est-à-dire nous on dit « ne vous inquiétez pas, les gens qui ont demandé l'asile ou les gens à qui on donne des papiers, ou les gens qui sont dans ce qui s'appelle Dalo aujourd'hui, on les remet dans ces quartiers-là. » Et c'est là où on alimente collectivement l'égoïsme, c'est que bien souvent, dans les discours politiques qu'on a collectivement, on a des discours d'ensemble où on dit : il faut que les gens viennent, mais, généralement on veut qu'ils aillent chez les autres et ils vont dans les quartiers où c'est déjà dur. Si on regarde ce qui se fait depuis 20 ans et qui alimente ce sentiment qui est injuste pour beaucoup d'acteurs de la politique de la ville, d'échec, c'est qu'à chaque fois qu'ils réussissent et qu'ils en sortent, ceux qui s'en sortent s'en vont, ils peuvent servir de modèles, c'est très utile, mais on leur en remet autant qui sont beaucoup plus en difficulté. Nous devons changer de stratégie, et ça, c'est une stratégie pour l'Etat, d'affectation, d'organisation de sa propre territorialisation, de son hébergement d'urgence, mais c'est aussi une politique à avoir avec les métropoles de responsabilité, où il faut parfois casser des idées reçues, on sait que c'est beaucoup plus difficile quand on met de l'hébergement d'urgence dans des quartiers qui vont bien, certains ont essayé et l'ont fait, mais ça crée des problèmes, mais il faut le faire, et il faut aussi le faire dans des zones rurales, où l'un des problèmes, l'une des fragilisation, c'est la perte d'habitants, mais il faut arrêter de mettre les publics les plus en difficulté qui sont primo arrivants dans les quartiers qui sont déjà les plus en difficulté, et ça, c'est à nous, c'est notre responsabilité. Sur ces sujets, pour le mois de septembre, avec justement les agglomérations, mais l'ensemble des services de l'Etat, je veux que nous ayons une politique volontariste justement en la matière, en re-proposant une stratégie, une installation et en bousculant certaines idées reçues. On ne va pas se faire que des amis, je vous le dis tout de suite, donc je compterai sur vous et votre mobilisation, mais c'est indispensable, et c'est bon pour le pays. C'est bon pour le pays ! Parce que l'intégration, elle se fait bien quand elle se fait à l'échelle humaine, quand elle se fait à visage humain, quand elle se fait dans des lieux où justement l'arrivée d'une famille, c'est ce qui permet d'éviter de fermer une classe, et de prendre des initiatives concrètes. Et d'ailleurs, on l'a vu très, très concrètement, je peux vous donner un exemple de vécu, j'étais, il y a quelques mois, plusieurs ministres étaient avec moi, à Calais, à Calais, la situation est intenable, et je défends totalement notre politique, et la maire de Calais en a besoin, à 50 kilomètres de là, dans un CES qu'on a ouvert, ce qui se passe est formidable, parce que c'est une politique responsable, où il y a des contrôles, où on héberge tout le monde, où on contrôle la situation administrative, et on permet aux gens d'accéder plus vite à des procédures, pour d'autres, malheureusement, de leur dire : ce n'est pas possible, c'est la règle. Mais parce que ça se fait dans un village à l'échelle humaine, des associations y travaillent, l'intégration est beaucoup plus rapide et on construit des parcours. Et donc, ce sont ces solutions que nous devons continuer à répliquer. Je ne reviens pas sur la santé que j'évoquais tout à l'heure comme engagement déjà lancé, mais qui est vital, je ne reviens pas sur les transports dont j'ai parlé en novembre dernier mais où je souhaite qu'en juillet prochain, nous ayons, à la fois en termes d'accessibilité, des quartiers et aussi de stratégie, permis de conduire, des annonces fortes qui puissent être faites. Mais je voulais revenir sur deux idées fortes du rapport qui dépassent les quartiers sur lesquels nous allons avancer pour le mois de juillet. En effet, quand on parle des mêmes droits, et des droits réels, cette politique, au-delà de ce que je viens de dire, n'est pas simplement une politique pour les quartiers, c'est une politique pour tous les territoires, et c'est ce qui a justifié que nous n'avons pas fait un ministère de la Ville, mais un ministère de la Cohésion des territoires, et cette philosophie, nous y croyons profondément avec le Premier ministre, c'est celle qui consiste à dire : arrêtons d'opposer les territoires entre eux. Et les territoires qui réussissent, il faut les aider à réussir et à tirer les autres et à aller encore plus fort, il y a des territoires qui sont en situation intermédiaire, il faut essayer de les faire recoller, il y a des territoires en grande difficulté, ils peuvent être très urbains, très ruraux. Les raisons sont profondément différentes, et il faut une politique ou de rattrapage, en tout cas, cette politique des droits réels à laquelle je crois, d'effectivité des droits dans ces endroits de la République. C'est pourquoi, il a été proposé une cour d'équité des de territoires, je ne suis pas sûr de vouloir recréer une cour, mais je trouve que l'idée d'un contrôle de l'équité territoriale, et en tout cas, d'avoir une instance de recours et d'avoir de la transparence sur ce sujet est une bonne idée. Je souhaite que pour le mois de juillet, on puisse réfléchir à une organisation collective, et je pense que le Parlement y a un rôle très important à jouer, où on puisse avoir une instance de recours pour les habitants, comme pour les élus qui considèrent que, ce que je viens de dire et qui est au frontispice de toutes les mairies, n'est pas respecté, et où il puisse y avoir dans la philosophie que nous portons et qui a été présentée, il y a 15 jours, par le Premier ministre avec la réforme constitutionnelle, qu'il puisse y avoir un débat d'évaluation de l'équité territoriale au Parlement. Que nos parlementaires puissent observer chaque année ces recours qui auront été étudiés, et puissent débattre démocratiquement en disant : vous voyez bien que sur tel et tel quartier, on n'est pas au rendez-vous et être un aiguillon salutaire de l'action du gouvernement, mais aussi un élément de transparence de l'action collective parce qu'il n'y a pas que le gouvernement, vous savez, quand ça ne marche pas, c'est parfois aussi la faute des maires, c'est parfois aussi la faute de la dynamique du quartier ou des habitants. Moi, je ne suis pas de ceux qui sont pour l'auto-flagellation, et je sais bien qu'on va arriver bientôt aux échéances municipales et qu'il y en a beaucoup qui voudraient dire : c'est la faute du gouvernement parce qu'il ne nous a pas mis X milliards. On ne va pas jouer ensemble à ce jeu-là. Nous, on est là depuis un an, ceux qui n'ont pas réussi depuis 20 ans, ce n'est pas ma faute. Par contre, quand on n'est pas au rendez-vous, ça, oui, il faut qu'on ait un aiguillon sain, et qu'on puisse rattraper le retard. Ensuite, il y a cette idée de fondation, je l'ai dit, pour les quartiers, je souhaite qu'on garde l'ANRU, parce que je pense que c'est un bon objet, c'est un bon instrument, c'est nous qui l'avons dégradé, donc il faut qu'on le remette dans sa vérité première, sa promesse originale. Par contre, l'idée que nombre de nos territoires ont un problème d'équipements, et la ministre le sait bien, sur ce sujet, et il y a eu un gros travail qui a été fait par le Conseil d'orientation des infrastructures en la matière, avec des annonces et une loi mobilité qu'il portera, je suis d'accord. Et donc dans le cadre de cette Agence nationale de cohésion des territoires, il faut qu'on réfléchisse à l'idée d'avoir, en effet, cet opérateur de rattrapage des équipements national qui permette dans les quartiers, comme dans le très rural, comme dans d'autres endroits de la République, de mobiliser les financements publics, mais surtout, et c'est là la vertu que je vois de cette idée, qui est très forte, de mobiliser tous les acteurs publics, privés, Etat, collectivités. Il faut que tout le monde soit autour de la table dans un même instrument à la gouvernance simplifiée, qui mobilise l'argent privé qui est disponible, qui puisse mobiliser la CDC, qui est un acteur essentiel en la matière, et donc, qu'on ait un opérateur du rééquilibrage d'équipements de nos territoires. Et donc je souhaite que dans le cadre des travaux qui sont aujourd'hui en train d'être faits, on puisse avoir là aussi pour juillet, et sur ces deux points, sous l'autorité du Premier ministre, des propositions concrètes pour qu'on puisse, de manière très pragmatique, avancer sur la base de ces propositions, en rappelant que, pour moi, ce sont des éléments, des instruments de la politique de cohésion des territoires, telle que nous l'avons construite et pas simplement des instruments pour nos quartiers. Le deuxième élément sur lequel je voulais revenir, c'est celui de l'émancipation par l'école et la réussite économique, l'emploi, parce que ça, c'est un axe extrêmement important, je m'étais exprimé à Tourcoing, et je veux être là-dessus très concret, très précis. L'école et la petite enfance, c'est le début de la bataille c'est un constat qu'on avait fait, ça a été un engagement de campagne, c'est ce que le gouvernement, en particulier, le ministre, met en oeuvre depuis le début du quinquennat, avec déjà des premiers effets dans les enquêtes, mais on en verra les pleins effets dans les prochaines années, c'est qu'on avait ces 20 % d'enfants qui, en fin de primaire, ne savaient pas bien ou lire ou écrire ou compter ou se comporter. Et quand on regarde les choses, la concentration du problème, les 20 %, ce n'était pas 20 % partout, c'était dans les zones dites REP et REP+, c'était dans les quartiers les plus durs, qu'on avait, parfois, dans certaines écoles, des 60, 70 %, mais pourquoi ? Parce que c'est l'assignation à résidence extrême, c'est l'exposition, et vous le savez très bien, l'exposition au langage, l'exposition aux mots, quand un enfant arrive dès la maternelle, l'inégalité s'est construite. J'ai souhaité qu'on puisse aller encore plus loin que cet engagement. On a fait un autre élément qui est très important, c'est celui de l'obligation scolaire en maternelle dès 3 ans, alors, j'en ai eu certains qui disaient : mais ça ne sert à rien, il y a déjà quasiment tous les élèves qui y sont, les mêmes qui, après, ont dit : ce n'est pas possible, ça va coûter trop cher, on n'a pas les moyens. Donc c'est une bonne mesure. C'est une mesure à laquelle je crois, pourquoi ? Parce que là aussi, optiquement, on avait près de 90 %, autour de 90 % des enfants qui y allaient déjà. La réalité, c'est qu'ils n'y allaient souvent que le matin ou quelques heures le matin, mais que, où est-ce qu'ils y allaient très peu ? Dans les quartiers les plus difficiles, et en particulier, dans les quartiers ultramarins les plus difficiles. Ils ne commençaient bien souvent qu'au primaire dans ces quartiers-là. Et dans les quartiers les plus difficiles, on les met le matin souvent, mais pas l'après-midi, parce que, souvent la famille, elle ne travaille pas, mais même. C'est ça la réalité. Et donc on reconstruit dès la maternelle de l'inégalité par l'exposition à certaines méthodes, par le fait que les enfants ne sont pas tous embarqués dans une même histoire collective. Cet engagement des maternelles est pour moi extrêmement important, dès 3 ans. Et là aussi, l'Etat apportera une aide dans les quartiers politiques de la ville pour garantir la présence de deux adultes par classe, parce que je sais que pour certaines communes, c'est particulièrement difficile. Et puis, c'est aussi le développement de crèches, qui est un élément essentiel, et nous y reviendrons pour la stratégie pauvreté, qui a, pour moi, un axe essentiel, qui est la prévention de la pauvreté et la lutte contre la pauvreté des enfants qui se concentre dans ces quartiers. J'ai pris un engagement qui est de faire 30.000 places de crèches supplémentaires dans le quinquennat, je pense que, non seulement, on doit l'atteindre, mais il faut voir comment on peut l'accélérer, mais dans les quartiers les plus difficiles, je veux être ici très clair, l'Etat prendra sa part avec un financement supplémentaire de 1.000 euros par place dans les quartiers politiques de la ville [bonus QPV]. Parce qu'on a besoin de rouvrir les crèches là où il y a de la pression démographique, et si on veut pousser des parents à reprendre le travail, à avoir une vie normale, il faut pouvoir mettre les enfants à la crèche, et donc ce continuum crèches, maternelles, plus de moyens en primaire dans les REP et REP+ est une bonne mesure, et là aussi, ce n'est pas uniquement une politique des villes, parce que les quartiers REP et REP+, il y en a dans des zones dites périphériques ou dans des zones rurales, c'est une politique simplement pour les endroits où on a concentré la difficulté éducative, sociale et économique. C'est un instrument de rattrapage et d'émancipation indispensable qui est complété par à la fois les initiatives comme « devoirs faits » comme le plan mercredi, qui sont quoi ? Des initiatives qui permettent de réduire les inégalités qui se reproduisent ou se maintiennent hors du temps scolaire. Dans toutes les écoles où on permet de garder les enfants jusqu'à 18h, ou 19h, et c'est les directeurs qui savent le mieux avec les maires, pour faire le travail à l'école, on empêche l'inégalité familiale qui se reproduit quand on lâche les enfants à 16h, en leur disant : tu iras faire le travail à la maison. Et donc « devoirs faits », c'est de l'égalité concrète. C'est de l'accompagnement des familles. Ensuite, il y a un autre moment où l'inégalité se creuse et où on n'a pas la même chance d'émancipation. Vous l'avez un peu glissé mais moi j'ai été frappé dans tous les déplacements sur ce sujet, c'est la troisième. Et figurez-vous, pardon, Monsieur le Ministre, ce n’est pas le brevet des collèges, c’est le stage en entreprise. Le stage en entreprise qui a été au moment où il a été inventé pensé comme un objet accessoire, marginal, « on va ouvrir les jeunes à l'entreprise », est devenu très important parce que pour nos jeunes ils vont voir autre chose mais surtout pour les jeunes des quartiers c'est devenu central. C'est devenu une obsession, pourquoi ? Parce que c'est ce qu'on n'arrive pas à obtenir. Et pourquoi on n'arrive pas à l'obtenir ? Parce que quand on vient de ces quartiers on n'a jamais l'entreprise ou la structure qui les accueille. Et donc là on reproduit sur quelque chose qui échappe un petit peu à l'école de la vraie inégalité mais pourquoi c’est si important le stage en entreprise dans les quartiers ? D'abord parce que ça stigmatise cette inégalité, dans les beaux quartiers il n'y en a aucun qui a un problème pour avoir son stage, chez nous il y a des problèmes. Et la deuxième chose c'est le réseau, moi je le vois ici parce qu'on en prend tout le temps des jeunes de troisième comme de terminale. Le stage de troisième est devenu tout sauf anecdotique, il ne faut pas se tromper, simplement il est dans l'angle mort de nos politiques publiques comme beaucoup de choses dont je parle depuis tout à l'heure, on voit bien les choses très concrètes sont dans nos angles morts parce que nous on pense toujours argent, nombre de gens qui rentrent dans la politique publique et date. Je le fais de temps en temps mais si on ne répond que comme ça on n'y arrive pas et donc il faut que tous nos jeunes de troisième puissent trouver ce stage. Alors de manière concrète on va déjà commencer dès maintenant puisque moi on m'a proposé une initiative, donc j'ai pris, celle d'avoir 30.000 jeunes des quartiers qui pourront avoir leur stage, 15.000 portés par les entreprises, 15.000 portés par l'Etat et les services de l'Etat. Et je voudrais qu'on arrive à mobiliser tout le monde et il y a ici beaucoup d'entreprises, beaucoup d'associations dirigées par des chefs d'entreprise et il y a une bonne partie du gouvernement, et je les en remercie, ça montre leur engagement. Moi je souhaite que pour septembre parce que ce stage, on le sait bien, c'est le stage est selon les endroits de décembre ou janvier. On doit tous être en capacité de proposer un stage à ces jeunes des quartiers, tous. Et donc si on se mobilise pour septembre on va mettre en place cette bourse des stages, les jeunes pourront solliciter ou eux-mêmes ou les directeurs d'établissement, qu'importe, mais on doit pouvoir le faire pour septembre pour avoir les résultats concrets en décembre et janvier. Je ne vais pas vous dire il faut qu'on en ait 45.000 ou 50.000 dans deux ans ou à la fin du quinquennat, je veux que tous y puissent rentrer. On ne peut pas avoir un jeune, et d'ailleurs qui soit des quartiers ou hors des quartiers, qui disent « je n'ai pas trouvé mon stage en entreprise en troisième ». Ça c'est un objectif concret et je veux qu'on l'ait couvert en totalité pour le stage de décembre et janvier. Ça sera d'autant plus simple qu'on a suffisamment de services pour reprendre les jeunes qui ne les auraient pas en l'espèce. Après, quand on parle d'éducation, d'émancipation et cette politique, il y a énormément d'initiatives qui sont portées par beaucoup d'entre vous, maires, directeurs, présidents d'associations, etc., sur la culture et le sport. Et quand on parle de lutter contre l'assignation à résidence et de la politique d'émancipation ce sont deux éléments indispensables. Et donc là-dessus je souhaite aussi, la ministre y est très attachée et les ministres y sont très attachés, qu'on ait une politique qui aide beaucoup plus les villes et les associations en la matière. Et là aussi pour le mois de juillet ça fait partie justement du panier des initiatives très concrtes que nous allons lancer, sur le football, la boxe mais l'ensemble des autres sports mais ces deux-là ont un caractère emblématiques et très structurants, qu'on puisse justement donner une visibilité jusqu'à la fin du quinquennat au financement des associations sur la base d'engagements clairs. Qu'on puisse aider ceux qui ont ces initiatives de sport ou d'orchestre, qu'il s'agisse de Pau, de Stains comme j'étais tout à l'heure avec plusieurs chefs d'orchestre pour passer à l'échelle ces initiatives et réussir d'abord à montrer partout que ce travail qui est fait entre les collectivités et les associations permet justement d'abord accéder à la dignité pour nombre de jeunes, d'accéder à quelque chose qu'ils savent bien faire, à un accompagnement hors du scolaire, à la possibilité de réussir, ce qui est décisif pour parfois certains jeunes qui peuvent être en échec scolaire ou qui n'ont pas bien réussi le début de leur scolarité, et en faire un élément comme disait tout à l'heure un des président d'associations de sourcing. Comme je le cite je me permets cet anglicisme mais ça veut dire en faire un élément qui permet par la réussite sportive ou éducative et parce que tous ces acteurs d'associations et les maires sont autour justement de ces initiatives de pouvoir faire l'intermédiaire avec les entreprises et l'accès à l'emploi. C'est ce qu'a fait par exemple « Sport dans la ville » mais c'est ce qu'ont fait beaucoup d'autres et il nous faut passer à l'échelle ces initiatives et avoir nous-mêmes une politique très structurante en la matière. Et quand je dis une politique ce n'est surtout pas à l'Etat de le faire mais c'est à l'Etat d'être un facilitateur et un accélérateur de toutes ces initiatives pour que ça aille beaucoup plus vite et beaucoup plus fort. Et puis ensuite il y a l'accès à l'enseignement supérieur, aux formations après le bac qui en termes d'émancipation est un vrai sujet. Sur ce sujet on est moins bons qu'il y a 30 ans, l'assignation à résidence, le déterminisme social, quand je regarde les grandes écoles de la République il est supérieur à ce qu'il était il y a 30 ans. Alors ça va avec une chose, on a généralisé l'accès au baccalauréat et donc les très bons des quartiers ou des zones les plus difficiles qui accédaient au bac souvent allaient en effet dans les quartiers. Il y a eu des réponses, des stratégies remarquables qui ont été pensées, faites par des grandes écoles, par des universités pour permettre justement d'aller chercher dans les quartiers les plus difficiles de progresser. Il y a même des lois qui sont passées pour aller en la matière s'inspirant de ce qui avait été fait au Texas pour réserver des quotas régionaux ou autres qui n'ont pas toujours marché mais qui ont eu ce mérite et qui ont fait bousculer les choses. Néanmoins, quand je regarde les choses, j'ai 14 % de boursiers en école de commerce et 54 % de boursiers en BTS, ça ne correspond pas tout à fait aux aspirations initiales des dits boursiers. Et donc c'est pour ça que Parcoursup qui vit aujourd'hui, Monsieur le Premier ministre, une date importante avec les premiers retours, Parcoursup dans l'algorithme qu'on a rendu public, chacun pourra aller vérifier, les plus férus surtout d'entre vous j'imagine parce que moi je serais incapable d'aller vérifier l'algorithme, mais la traçabilité même politique sera retranscrite, il y a un des principes auxquels nous tenons beaucoup qui est très simple, dans une filière le pourcentage de boursiers inscrits doit être égal au pourcentage de dossiers de boursiers reçus et retenus. C'est-à-dire que le principe qui va consister à prioriser dans certaines filières compte tenu de la demande sur des critères objectifs, documentés, en fonction de la cohérence de la trajectoire il aura une contrainte simple, c'est la proportion des boursiers qui se sont inscrits dans ladite filière. Et moi j'y vois pour le coup une garantie républicaine parce que jusqu'à présent on vivait dans la sélection par le hasard ou le tirage au sort et la sélection par le hasard et le tirage au sort, pas de chance mais quand on vient des quartiers même au grattage on n'y arrive pas, donc ça ne marche pas et ça ne marche pas mieux. Donc je préfère la sélection par le mérite et avec cette contrainte au supérieur. Ensuite on va généraliser ce qui a été commencé et ça j'en prends l'engagement et dès la rentrée prochaine l'ensemble des écoles qui ont des subventions de l'Etat ou fonctionnent avec l'Etat et donc toutes les écoles qui ont des élèves rémunérés devront systématiser le tutorat à l'égard des quartiers pour justement développer ce qui est déjà formidable à travers « Les cordées de la réussite » mais systématiser partout ces initiatives. On a des jeunes qui sont remarquables, qui sont payés par la République, il faut qu'ils donnent un peu de leur temps y compris dans le temps scolaire pour justement accompagner, systématiser le tutorat et ça ne doit pas simplement être un luxe ou une anecdote associative même si certains s'y sont beaucoup engagés, ça doit être un devoir qui va avec la rémunération au sein de l'Etat. Et puis bien entendu quand on parle de l'émancipation c'est l'accès à l'emploi et c'est l'accès à la formation et pour moi ça doit d'abord se faire à travers en effet la formation, l'apprentissage, l’alternance. Nous croyons dans cette politique, c'est pour ça que le Premier ministre s'est engagé fortement avec son gouvernement. Il y a quelques semaines la ministre du Travail a présenté une réforme en profondeur de l'alternance, de l'apprentissage et de la formation continue qui a été fait avec plusieurs de ses collègues en partenariat. C'est pour ça que pour moi c'est un instrument profond du changement de nos quartiers et des trajectoires d'excellence. D'abord parce qu'on va en termes de formation et d'investissements dans les compétences investir durant ce quinquennat 15 milliards d'euros, on va investir pour qu'un million de jeunes en particulier les plus décrocheurs et un million de chômeurs en particulier les moins qualifiés soient formés durant ce quinquennat pour justement rattraper le retard. Parce qu'on peut avoir tous les chiffres de croissance qu'on veut et créer tous les emplois qu'on veut si on n'a pas ce rattrapage de qualification on a une déconnexion entre les emplois qui sont offerts et les qualifications proposées. Et donc ce travail c'est un engagement, ça commence maintenant et il est évident que les quartiers les plus en difficulté en seront des bénéficiaires compte tenu de la concentration des populations en difficulté. Mais cet appel sert à dire une chose, allez-y et il n'y a pas d'interdit parce que quand je fais cet appel à la mobilisation ce n'est pas des politiques publiques qui vous sont plaquées depuis l'extérieur, c'est aussi tous les acteurs qui doivent se mobiliser pour dire « nous y avons non seulement droit mais nous avons le devoir d'y aller ». Et comme je parlais tout à l'heure pour la sécurité d'une société de vigilance, je veux lier les sujets d'émancipation et d'économie d'éducation une société de la mobilisation. Je veux que quand les présidents d'associations, les maires sont sollicités ils puissent dire parce qu'on aura pris notre part « va dans cette formation ou va à tel endroit ». Je considère que le coeur de ma réponse n'est pas d'apporter à la misère, ce n'est d'ailleurs pas ce qui est demandé par les jeunes ou moins jeunes des quartiers ou ceux qui les accompagnent, ils veulent l'accès à des formations comme les autres mais il faut aussi du coup pousser tout le monde et mobiliser tout le monde dans ces dernières. Ensuite, il y a le plan apprentissage et ses initiatives, aujourd'hui on en a, ça a été rappelé, 15.000, 15.000 jeunes qui vont en apprentissage dans des filières qui sont pourtant des filières d'excellence. Thierry MARX, nombre d'entre vous ici sont des acteurs justement de la réussite par l'apprentissage et beaucoup les ont accompagnés. Nous devons là aussi faire de la pédagogie collective pour expliquer que par ces filières, ces métiers de la main, ces métiers qui ont parfois ont été délaissés on a la possibilité de réussir ! Mais je souhaite aussi qu'on prenne dès la rentrée des mesures très concrètes. Ouverture sans limite des prépas apprentissage à tous les CFA et lycées professionnels qui seront volontaires, c'est la propédeutique de l'apprentissage. Il y a des jeunes qui sont sortis depuis longtemps, qui n'arrivent pas à rentrer dans des filières, qui y sont trop loin, dans le même esprit que ce qu'on fait avec Parcoursup tous les CFA, tous les lycées professionnels des quartiers qui seront candidats à la chose on ouvre dès septembre ces prépas d’un an, cette propédeutique. Les jeunes qui peuvent aller plus vite mettront moins de temps et comme on a simplifié l'accès à l'apprentissage et l'alternance ils peuvent en cours d'année rentrer dans l'apprentissage et dans l'alternance mais ils auront leur rentrée en septembre et ils ont une rentrée dans ces prépas. Parce que dans ces quartiers les plus difficiles, n'est-ce pas, Président TOULMET, comme à Bobigny on a encore des places vides dans des CFA, ce qui est incompréhensible, incompréhensible ! Parce que c'est toujours la même chose, on plaque des politiques publiques d'en haut, on met des moyens et ensuite sur le terrain les gens disent « ce n'est pas pour nous » ou ils ne viennent pas. Or, à Bobigny on ne m'a pas prévenu que les choses s'étaient améliorées brutalement et qu'il y avait un taux de chômage de 5 %, c'est-à-dire un taux de chômage frictionnel, et que plus personne n'avait de problème ! Donc s'il n'y a pas de jeunes qui sont en absence de qualification ou pas de chômeurs de longue durée il faut m'expliquer pourquoi il y a des places libres au CFA de Bobigny. Donc c'est ce travail là maintenant de soutier que nous devons faire d'ici la rentrée prochaine mais l'ouverture sera faite. Ensuite, c'est le développement, le renforcement de centres de formation d'apprentis justement dans ou à proximité des quartiers politique de la ville. C'est un point que la ministre portera avec le ministre de la Cohésion des territoires, on doit pouvoir par un travail territorialisé avec les rectorats et Pôle Emploi dès la rentrée prochaine pouvoir piloter l'ouverture dans les zones les plus tendues de certains de ces centres d'apprentis qui vont s'ouvrir compte tenu de la demande et de la libération justement à la fois de moyens et d'énergie que nous sommes en train de faire. Et sur ce sujet je demande la mobilisation vraiment de toutes les branches professionnelles et de toutes les entreprises, elles sont les premières à me dire « on a besoin de jeunes qualifiés », il est indispensable qu'elles se mobilisent dans les quartiers pour le financement de ces structures et pour l'accompagnement. Nous reviendrons lors de nos prochains rendez-vous sur, parce que je ne veux pas être excessivement long, je le suis déjà, de coaching personnalisé et d'initiatives multiples mais qui sont aussi extrêmement importantes. Mais il y a aussi un point évoqué par Saïd HAMMOUCHE tout à l'heure, c'est celui de l'entreprenariat individuel. Là-dessus il y a plusieurs réseaux qui se sont mobilisés regroupés autour de l'Agence France Entrepreneur mais des réseaux remarquables qui depuis plusieurs années, parfois plusieurs décennies développent l'entreprenariat partout sur le territoire, je souhaite qu'on puisse leur donner là une clarté et une visibilité jusqu'à la fin du quinquennat en termes de financement et de mobilisation et qu'ils puissent s'inscrire pleinement dans l'ensemble de ces initiatives sur le terrain. Et justement je voulais le dire à tous les acteurs du monde économique et social présents avec nous aujourd'hui, moi j'ai besoin de vous, nous avons besoin de vous. L'Etat va se mobiliser, les villes le font déjà beaucoup, les agglos ont pris des engagements, les régions, les départements se sont engagés dans leurs compétences aussi et nous en avons besoin, mais on a besoin des acteurs économiques, on en a besoin sur à mes yeux deux sujets essentiels. D'abord la mobilisation, l'impulsion pour nous aider sur les stages en entreprise, sur le financement des CFA et des accès, de toute façon vous en avez besoin et en particulier dans ces quartiers, et sur la fertilisation si je puis dire des emplois francs que nous venons de lancer en avril dernier, c'est-à-dire sur l'embauche en particulier des jeunes des quartiers. Il faut tordre le cou très profondément à la stigmatisation qui existe aujourd'hui, nous y avons nous apporté une réponse politique publique, les emplois francs. On a lâché tous les critères de conditionnalité qui existaient d'habitude, on a dit avec une méthode simple, « on lance, on expérimente, on évalue ». On a fait une autre initiative qui a été lancée par ATD Quart Monde qui est remarquable, « les territoires zéro chômeur », pareil, c'est en train de marcher, ces initiatives il faut pouvoir les passer à l'échelle, nous on va le faire mais j'ai besoin de la mobilisation de l'ensemble du monde économique. Et je vous donne là aussi à vous rendez-vous en juillet, je vais revenir dans cette maison en juillet l'ensemble du SBF 120, les 120 plus grosses entreprises, je vais le faire sur plusieurs politiques publiques et vous allez m'aider et vous allez montrer à tous les esprits chagrins que quand on aide des entreprises ou des entrepreneurs à réussir dans le pays ça peut aussi être efficace et juste, ça existe en même temps. Parce que les entreprises habitent quelque part, parce qu'il y a des gens qui dirigent les entreprises ou qui y travaillent et le soir ils rentrent quelque part chez eux, il se peut que leurs enfants aillent à l'école quelque part et que leurs parents soient ensuite soignés à l'hôpital quelque part. Moi j'ai pris le risque en campagne et le gouvernement l'a pris ensuite de sortir d'une politique très classique qui consistait à dire « pour faire plaisir aux gens dans les quartiers ou les gens en difficulté il faut taper sur la tête de ceux qui réussissent », il faut mettre des taxes ou des interdits parce que ceux qui réussissent ça ne plaît pas dans les quartiers, d'abord ils n‘ont jamais été dans les quartiers parce que je peux vous dire que dans les quartiers qu'il y a une énergie entrepreneuriale et les gens qui ont envie de réussir sont beaucoup là-bas, les chiffres de créations d'entreprises ont été rappelés. Mais ce qui est vrai c'est qu'on aide des gens à réussir plus vite et plus fort aujourd'hui qu'hier, c'est un fait, et donc j'ai besoin que vous m'aidiez un peu vous, que ceux à qui permet de réussir plus vite, plus fort pas par une loi, pas parce qu'on va mettre une taxe, pas parce qu'on va mettre une contrainte, par mobilisation citoyenne, que vous prouviez que vous prenez votre part maintenant et qu'on va tirer tous les territoires et celles et ceux qui sont les plus en difficulté maintenant de manière proactive et volontaire. Moi je crois dans la mobilisation, je crois dans la mobilisation des énergies quand elles ont un sens et qu'elles sont dans un projet commun. Ce projet de dignité, ce projet de reconquête commun, ce projet de justice, ceux qui réussissent et qui sont efficaces en ont besoin et donc choisissez-le avec nous, choisissez-le avec moi, ce sera en juillet à l'Elysée et on signera une série d'accords et de chartes concrets. La Fédération du bâtiment qui va participer grandement au travail de rénovation qu'on va accélérer ou relancer a déjà proposé 15.000 bâtisseurs d'avenir dans les quartiers politique de la ville, je l'en remercie, chiche, on y va et donc faisons-le ensemble. De la même manière les JO 2024, Tony ESTANGUET l'a présenté tout à l'heure, il y a eu un gros travail qui a été fait par l'ensemble des équipes, la ministre, Anne HIDALGO, Tony ESTANGUET, avec la SOLIDEO comme s'appelle la structure une charte en faveur de l'emploi et du développement territorial va être signée, 10 % justement de ce qui sera accordé aux aménagements, aux constructions, à la maintenance et à la construction pour les JO de 2024 ira vers les publics en insertion et les publics des quartiers. Là c'est du concret, c'est de la mobilisation concrète, c'est les entreprises qui se mettent dans cette aventure avec les collectivités, qui disent « je donne ma part, je me mobilise ». Et donc nous devons multiplier l'ensemble de ces initiatives et de cette mobilisation de la commande publique aux initiatives privées pour réussir ensemble. Et donc je veux que cette mobilisation pour réussir ce travail d'émancipation se fasse de manière concrète avec un coup d'accélérateur que nous allons mettre dans les deux prochains mois. Ensuite et enfin quand on parle d'émancipation il faut parler, et ça a été très bien dit et je suis en total accord avec ce qui a été rappelé, du numérique. L'accès c'est aussi le numérique, les réseaux, or il y a des capacités, un talent numérique dans les quartiers qui est là. Je ne fais pas d'angélisme, j'ai dit tout à l'heure les problèmes qu'il y avait sur certains sujets, mais il y a une génération 2.0, ce sont des quartiers qui sont en moyenne plus jeunes, où les gens ont envie de réussir, ont une énergie et un appétit et donc nous devons massivement déployer la capacité à faire en créant des centres numériques, le passeport numérique surtout, c'est une vraie stratégie, Monsieur le Ministre, qui fait partie de la réduction de la fracture, qui a été lancée par plusieurs associations, là aussi « Nos quartiers ont du talent » ont commencé à le faire, Mozaïk avec plusieurs autres, mais où nous devons nous maintenant accélérer le déploiement d'une stratégie numérique aux côtés des villes et des agglomérations pour réussir sur ce point. Parce que c'est ça aussi qui permettra justement de réussir cette stratégie de réseaux. Ce que veulent les jeunes et les moins jeunes qui vivent ou viennent des quartiers c'est, au fond, avoir de quelque chose dont on parle trop peu, dans la République, parce qu'on l'a caché derrière des grands mots, ou on n'en parle plus, c'est le réseau, c'est l'accès à, c'est l'opportunité. Et ce n'est pas forcément une politique publique, ce n'est pas forcément la becquée, ce n'est pas quelque chose qui vient de quelqu'un d'autre ! C'est juste la possibilité d'être à un endroit où il y a déjà beaucoup de monde avec ces gens-là et de dire « voilà, moi j'ai cette idée, est-ce que vous me feriez confiance ? », ou de pouvoir pousser son idée ou son initiative, au bon moment, au bon endroit. C'est de pouvoir accéder à la bonne formation, à la bonne formation d'alternance, d'apprentissage ou d'enseignement supérieur. Et donc cette politique d'émancipation, qui est le deuxième axe fort auquel je crois, c'est ça. Et enfin, il y a un troisième axe que j'ai appelé « faire république », qui est de revenir aux fondamentaux dont nous avons besoin. J'évoquais déjà la sécurité, qui est indispensable, je n'y reviens pas, mais je voudrais juste revenir très rapidement avant de conclure, sur quelques points. D'abord, il y a un travail qui a été commencé mais que nous allons intensifier, de lutte contre les discours racistes et antisémites. Ils se développent dans les quartiers, il faut le regarder en face, ça n'est pas comme il y a dix ans ou quinze ans, c'est en train d'empirer, et c'est en train d'empirer pour des tas de mauvaises raisons. D'abord, il y a des gens qui se sont habitués aux discours antisémites dans les quartiers, en pensant que c'était la bonne réplique aux discours racistes. Je vous le dis franchement : ils ont tort « au carré ». Donc ils m'auront face à eux, mais on va essayer aussi de les aider pour les ramener. Et donc je n'ai jamais perdu mon temps dans les grands débats d'éditorialistes qui visent essentiellement à hystériser ce qui se passe dans les quartiers. Vous m'avez toujours vu avec une politique qui est, à mon avis, collée à ce qu'est la loi de 1905 et notre République, sur le sujet du foulard ou d'autres. Mais il faut être clair : il y a une loi de la République. Et donc partout où il y a la loi, elle doit être respectée. Et donc personne ne doit être forcé de mettre un foulard, mais on a le droit de mettre un foulard quand c'est ce qu'on croit ! Dans les lieux publics ; pas dans les services publics ou à l'école. C'est la règle. Et on ne va pas changer la règle parce qu'elle ne plaît pas aux uns ou qu'elle ne plaît pas aux autres. On va la faire appliquer, mais partout. On va interdire, enfin faire respecter la loi sur les discours racistes. Certains s'y étaient habitués, ils sont intolérables. On a d'ailleurs là-dessus été très clair, avec aussi des chartes de déontologie qui ont été reprises, un travail en profondeur dans le cadre de la PSU qui a été fait par le ministre de l'Intérieur sur ce sujet, avec des chartes de déontologie, et là-dessus c'est simple, et c'est aussi pour ça qu'on croit aux initiatives de transparence, et la généralisation des caméras qui permet aussi, dans les interventions dans les zones les plus sensibles, de donner de la transparence, il faut aller au bout ! Mais le discours antisémite, il n'aura pas place non plus, de manière très claire, parce que ce n'est pas la France non plus. Le discours raciste, ce n'est pas la France, le discours antisémite ce n'est pas la France. Mais on voit bien qu'il y a beaucoup de monde qui a perdu des repères. Et donc c'est aussi pour ça que l'investissement que nous avons décidé de faire, c'est de réinvestir dans l'école, avec des référents Laïcité qui seront déployés partout, qui est un outil indispensable pour non seulement former, mais former les maîtres ! Parce que beaucoup de maîtres sont démunis, dans les plus petites classes parfois, n'est-ce pas, au primaire, au collège, face à des discours qui sont installés, qui sont installés dans la famille parce que, parfois, c'est de l'ignorance ! Parfois, on n'a pas réappris les bases ! Et donc les référents seront là, on va accompagner les maires, mais je crois à ce discours et à ce travail aussi de reconquête que nous devons absolument faire pour lutter très profondément contre le discours raciste et antisémite. Deuxième élément absolument clé, d'ailleurs pour lui donner un contenu et réaccrocher tout le monde, c'est la lutte contre les discriminations, vous l'avez dit. Parce que pourquoi ces discours de haine s'installent ? Parce qu'on se dit « moi, je suis en marge de la République ! Je n'ai jamais eu ma place ! Que ces gens-là ne viennent pas me donner de leçons ». Nous avons collectivement c'est un devoir national, une mobilisation nationale besoin de lutter contre les discriminations. Parce que si on n'y arrive pas, Je vais vous dire, c'est simple ! Tout ce que j'ai dit avant ne marche pas. Parce que je ne peux pas convaincre un jeune d'aller à l'école et lui dire « ton émancipation, c'est l'école, ça va être l'apprentissage, c'est super », si une fois qu'il est formé a vous me le disiez tout à l'heure il écrit des CV et puis on lui dit « Gennevilliers, c'est très connu, Gennevilliers, mais ce n'est pas la bonne adresse ! Tel ou tel quartier, vous reviendrez ». « La Castellane, allez faire une association, mais pas chez moi ». C'est ça la réalité ! Intervenant : ... LE PRESIDENT : Pardon ? Intervenant : ... LE PRESIDENT : Non ! Ce n'était pas moi qui le disais, c'était ce qui est répondu aux CV ! Et donc si on laisse cette discrimination s'installer telle qu'elle est, celui qui a fait les études et qui vient de votre quartier, il revient comme un imbécile, on le sait très bien, et tous les plus jeunes disent : « Toi, tu as été faire des études, tu as été faire le malin, nous dire que tu allais être un champion, et tu gagnes 10 fois mois, ou tu n'arrives pas à avoir un emploi, alors que celui qui continue ses trafics, lui, il est installé ! » C'est ça, la réalité ! Et donc pour être très concret, c'est un élément pour crédibiliser tout le reste, la lutte contre les discriminations ! Ce n'est pas pour faire joli non plus, je vous le dis très franchement. Donc sur ce sujet, j'ai besoin là aussi d'une mobilisation générale. Et je vais demander à tous les partenaires sociaux de se mobiliser pour l'automne, dans un grand travail de concertation, de négociations sur ce sujet, et de nous faire des propositions concrètes. J'ai besoin des organisations syndicales, des organisations patronales partout pour qu'elles nous fassent des propositions concrètes, parce que c'est elles qui font vivre le dialogue en entreprise, le dialogue de branche ! C'est elles qui pourront, par le dialogue en entreprise, le dialogue de branche, en mettant des critères, aller vérifier que ce n'est pas vrai. Je n'ai pas... on ne va pas rajouter une loi anti-discriminations ! On a des instruments, c'est déjà interdit. On ne va pas envoyer un fonctionnaire dans toutes les entreprises, ce ne serait pas raisonnable ! Donc on va faire deux choses : 1/ mobilisation générale des organisations syndicales et patronales pour nous faire des propositions à l'automne sur le sujet. 2/ généralisation du testing, c'est-à-dire aller vérifier les comportements ça a déjà été un peu testé, mais c'est resté trop petit ! Et donc on doit pouvoir généraliser le testing et s'assurer qu'il n'y a pas de discriminations à l'embauche. Ça se mesure, ça se vérifie. Et donc le SBF 120, que j'invite en juillet, dès le mois de septembre, commencera ce testing, avec 40 entreprises du SBF 120 qui seront testés de manière aveugle, qui seront testées la première année, 40, la suivante, 40 la troisième. Tout le SBF 120, donc les 120 plus grandes entreprises de France, seront testées en trois ans. Ca c'est notre part. On vous mobilise mais on va en même temps vérifier ! Et on dira qui ne fait pas bien. Quand il y a des pratiques, qui relèvent du pénal, qui sont observées, il faut pouvoir aussi le dénoncer ; moi, je l'avais fait en d'autres temps sur les délais de paiement, ça fonctionne. Parce que c'est un formidable instrument, justement, d'incitation. Et on va faire la même chose sur l'ensemble des services de l'Etat sur les trois prochaines années. Et je souhaite que les collectivités territoriales, toutes et tous, soient candidates pour faire la même chose et participer à ce testing. Il sera transparent, il permettra d'ailleurs d'alimenter les travaux collectifs et les débats collectif en la matière. Et puis il y a deux dernières choses sur ce sujet de « faire République » je ne suis pas exhaustif, mais j'ai déjà été très long sur lesquels je voulais revenir, c'est l'égalité homme/femme et la lutte contre la radicalisation. L'égalité homme/femme, vous l'avez très bien dit, c'est la grande cause du quinquennat. Et donc l'égalité entre les femmes et les hommes, c'est ce sur quoi on s'est mobilisé, un plan d'action a été défini, le gouvernement y est pleinement mobilisé et l'ensemble du gouvernement, et la secrétaire d'Etat Marlène SCHIAPPA, en charge auprès du Premier ministre, l'a fait dans tous les registres, sur le plan législatif en ce moment même, réglementaire, comme sur le plan de la mobilisation. Sur ce sujet, là aussi : retour à l'école avec des référents conjoints portés avec le ministre de l'Education nationale, pour que les préjugés, pour que les comportements inacceptables soient partout traqués et qu'on puisse avoir un vrai travail, dès l'école, qui viennent casser les comportements de pratiques inacceptables. Ensuite... dès le mois de septembre, des référents Egalité dans des établissements justement sur les sujets d'éducation à la sexualité et sur l'ensemble des sujets sociaux, sociétaux seront précisément mobilisés. Il y aura aussi une refonte de l'éducation à la sexualité à l'école, qui est un des éléments essentiels, et qui a été préparé par les ministres. Ensuite, c'est dans les quartiers, la pénalisation contre les outrages sexistes, qui est prévu par la loi, dont beaucoup oublient de parler ces dernières semaines mais qui est un vrai changement ! C'était l'impunité, quand il avait des outrages sexistes, quand il y avait du harcèlement de rue ; une impunité ! Et donc tout le monde s'y est habitué ! Et quand il y avait la loi du plus fort, le silence l'emportait. Maintenant, c'est dans la loi, ce sera pénalisé et ce sera d'ailleurs dans les priorités de la Police de sécurité du quotidien. Et dès le mois de juillet, un dispositif de vigilance sur ce sujet – parce que quand je parlais de la société de vigilance, tout à l'heure ça vaut tout particulièrement pour ce sujet – sera mis en place et établi. Parce qu'il n'y a pas de fatalité ! Il y a juste aussi une mobilisation concrète, et toutes les propositions que vous ferez viendront abonder la feuille de route sur ce sujet. Et puis enfin, il y a la lutte contre la radicalisation. Parce que je parlais tout à l'heure de l'insécurité, de la délinquance, mais on a aussi le problème de la radicalisation qui, dans certains quartiers, a gagné, est en train de gagner, est en train de monter. Il n'y a pas de fatalité sur ce sujet, et le Premier ministre a annoncé une stratégie très structurée, en février dernier, de lutte contre la radicalisation ; un coordinateur, dans quelques jours, sera justement annoncé et présenté qui viendra s'assurer de la mise en oeuvre de l'ensemble de cette stratégie. Parce que ça vaut pour tout le territoire, et ce n'est pas réservée aux quartiers, même si c'est un problème spécifique, on le sait bien, aussi dans les quartiers les plus difficiles. On a d'ores et déjà mené un travail important avec les écoles et un meilleur contrôle sur les écoles grâce à une initiative parlementaire que je veux saluer mais qui permet un meilleur contrôle, a priori et en continu, des écoles sous contrat et hors contrat tout particulièrement et qui permet d'éviter les dérives et l'alimentation de la radicalisation dans certains quartiers qui étaient passés par certaines de ces écoles, avec la possibilité d'empêcher l'ouverture, ou, quand on constate des dérives, vraiment de les fermer dans les meilleurs délais. Nous avons avancé avec des mesures concrètes prises en vertu de la loi Sécurité intérieure – Lutte contre le terrorisme, avec déjà la fermeture de trois mosquées depuis le début de l'année, dans des quartiers à chaque fois sensibles, mais des mosquées parce qu'il y était prédiqué la haine et des choses non conformes à la République, et donc on va continuer. Et parce qu'on va continuer le travail et j'aurai à m'exprimer dans les prochaines semaines et les prochains mois pour mettre en place les « anticorps », le vrai dispositif républicain, pour empêcher la radicalisation. Et on a un chemin de crête, je vous le dis très franchement. Ce chemin de crête, c'est d'être intraitable sur toute forme ou voie de radicalisation, sans stigmatiser nos religions. Parce qu'il y a certains qui voudraient dire « on n'a pas le droit de parler de radicalisation parce que ce n'est pas bon pour l'islam ». Et ils veulent tout confondre. Ils ont raison, parce que généralement, c'est ceux qui font de la radicalisation. Et de l'autre côté, certains voudraient, en quelque sorte, écraser les deux réalités, en disant « il y a une religion, elle nous pose problème maintenant. Elle n'a pas sa place dans la République ». La République, elle n'a pas à s'exprimer sur les religions, les croyances philosophiques et religieuses ! Elle a à donner la possibilité à tout citoyen de choisir librement de croire ou de ne pas croire, quelle que soit sa religion ou son courant de pensée. Mais elle a à assurer les règles, elle, de la République. Et aujourd'hui, certains, au nom d'une religion, en la dévoyant, sont en train de construire les voies d'une radicalisation et donc un formidable rêve de mort dans nos quartiers pour certains jeunes. Et donc nous allons mettre en place cette stratégie point à point, et elle va continuer, mais la vraie lutte contre la radicalisation là aussi, on est tout co-dépositaire, c'est une mobilisation nationale. C'est la lute contre la stigmatisation et c'est la lutte pour un même rêve républicain. Parce qu'on a des ennemis de l'extérieur, on a des gens qui sont organisés, en Syrie ou ailleurs, on leur fait la lutte, qui veulent retourner certains cerveaux et au nom d'une religion ou d'un combat religieux, gagner un combat politique contre nous. C'est pour ça que nous sommes investis au Sahel ou au Moyen-Orient pour lutter contre eux. Mais on a aussi des proies chez nous qui sont des enfants de la République et qui, à un moment donné, se retournent vers eux. Et ça, si nous n'avons pas la très grande détermination pour lutter contre nos assaillants, ne rien leur céder, mais la lucidité pour regarder aussi une part de nos problèmes, et le fait que nous n'avons plus su apporter à certains jeunes du rêve républicain, et que donc au rêve républicain s'est substitué un rêve de mort, avec ses propres héros, c'est qu'on n'y voit pas clair. Et donc dans cette stratégie de lutte, il y a la stratégie militaire, policière, à l'école, une stratégie qu'on a à voir avec, en particulier l'islam et l'ensemble des religions, d'organisation, de structuration, mais on a une vraie stratégie de reconquête républicaine des esprits ! Et donc ça marche par tout ce que j'ai évoqué à l'instant, l'école, l'économie, etc., mais il faut aussi construire des héros républicains qui viennent des quartiers ! Et il faut aussi que, dans les stratégies d'embauche, de promotion, de promotion dans l'Etat ou dans l'entreprise, nous ayons des figures auxquelles ces jeunes peuvent s'associer. Gilles KEPEL décrit très bien, dans ses ouvrages, le processus qui est à l'oeuvre dans des quartiers, qu'ils soient d'ailleurs du Vaucluse, des Bouches-du-Rhône, de la région lyonnaise, du Nord-Pas-de-Calais, enfin des Hauts-de-France, dit-on maintenant, ou de la région parisienne. Le jeune garçon qui a tout raté et perdu tout, et qui rentre avec un DVD, à l'époque, acheté au marché où des formidables moudjahidines séduisants sont, pour sa petite copine un modèle, alors que lui a tout raté... C'est décrit cliniquement par un des meilleurs experts du sujet. Mais ce qui se passe là est un processus que nous pouvons endiguer, si on sait y mettre les moyens ! Ca suppose juste de donner à cette jeunesse d'autres promesses, d'autres modèles ! Et là-dessus, ce n'est pas un problème des quartiers uniquement. C'est notre problème ! C'est notre problème parce que c'est notre République à tous ! Et cette mobilisation, je le dis à tous les chefs d'entreprise, à tous les décideurs qui sont là et on va se l'appliquer à nous-mêmes, c'est aussi de dire : est-ce qu'ils reconnaissent ? Est-ce que, quand ils regardent quelqu'un qui décide, ils se disent « il y en a un à moi » ?... C'est pour ça que j'ai voulu, entre autres, faire un Conseil présidentiel des villes. Ce n'est pas pour qu'ils viennent « faire beau » sur la photo ! C'est pour qu'ils viennent porter des idées, être la vigie, dire à certains moments « moi, je ne m'y retrouve pas ! Ca ne me va pas ! ». Parce qu'ils auront la pression du terrain, mais je l'écouterai. Et donc ce sujet, je veux que vous compreniez que refaire République, c'est aussi se donner les moyens de construire des héros, des récits républicains aujourd'hui. Ce n'est pas simplement des outils, des politiques publiques. C'est cette capacité collective que nous aurons et on le fera ensemble de manière très concrètement, à construire ces héros de la République et ces modèles. J'ai déjà été très long, trahissant une promesse qui était de ne pas faire de discours. Je n'ai pas fait un discours conventionnel. J'ai juste repris le coeur de ce que j'ai glané ces derniers jours et des réflexions de ces derniers mois et du travail de mobilisation qui a été fait. Mais donc vous l'avez compris, j'ai aujourd'hui pris devant vous plusieurs engagements très concrets, sur plusieurs sujets. J'ai aussi demandé vous l'avez peut-être vu qu'on ait, sur plusieurs sujets, des rendez-vous en juillet, d'autres en septembre. C'est qu'en termes de méthode, je n'ai pas voulu faire un grand plan où tout était ficelé, parce que je n'y crois pas totalement et parce que je crois que ça n'était pas la demande. Les gens veulent le co-construire, ce Plan en marche, parce que beaucoup ont déjà été faites, sont en train d'être faites ou de réussir, et que peut-être, on va corriger certaines choses qu'on a d'ores et déjà lancées parce qu'elles ne marchent pas. Un plan de président de la République sur la base d'un rapport, avec rendez-vous dans trois ans, c'est fini. Ca ne va pas assez vite, ce n'est pas assez ambitieux pour l'ensemble de nos territoires. Ca vaut pour les quartiers dont on parle comme pour les territoires ruraux, et nous allons adopter la même stratégie. Et donc sous l'autorité du Premier ministre, le gouvernement va être mobilisé pour avancer sur l'ensemble des sujets que j'ai évoqués ici, avec d'ailleurs, dans les prochaines semaines, des annonces et des engagements qui seront pris. Ca veut dire ensuite qu'il y aura un engagement de rendez-vous tous les deux mois, on fera le point d'étape de ce qui va et de ce qui ne va pas. Il sera préparé par le conseil présidentiel des villes vous allez travailler beaucoup mais avec aussi l'ensemble de celles et ceux qui voudront se mettre en réseau, et je vais y revenir, pour être des alertes et nous dire ce qui avance et ce qui n'avance pas sur ce sujet. En juillet, on va donc finaliser un dispositif avec des feuilles de routes, des actions très concrètes et des responsables. Et une mobilisation de tous les ministres que je remercie encore pour leur présence aujourd'hui. Les régions et les départements dans leurs compétences auront un rôle très important, en particulier en matière de développement économique, de formation, et donc nous allons, sur ce sujet, avancer avec elles. Les métropoles et les agglomérations, nous avons conclu un pacte, vous l'avez préparé, j'y suis prêt. Et donc nous allons travailler ensemble sur cette base, avec le gouvernement. Et les communes, l'ensemble des maires seront les acteurs et les aiguillons essentiels de ce travail et de ce point de rendez-vous, et je mobiliserai à chaque fois un échantillon de maires, avec aussi une capacité d'alerte des uns et des autres pour pouvoir se mobiliser. Ensuite, les associations, associations installées, associations nationales, associations d'habitants et de quartiers doivent être des acteurs essentiels de cette transformation. Et nous allons là-dessus accélérer. French Impact a déjà identifié plusieurs projets, 20 projets seront annoncés dans les prochains jours ; plusieurs d'ailleurs ont été évoqués ce matin, qui vont passer à l'échelle. C'est-à-dire : on va sélectionner une vingtaine de projets à qui on va donner beaucoup de moyens pour leur permettre d'accélérer, de se déployer au niveau national – on en connaît certains Weetechcare, Voisin Malin ou quelques autres, pour maintenant leur permettre de passer à l'échelle, de se développer partout au niveau national, parce qu'ils ont fait la preuve de leur pertinence. Et je crois très profondément à cet accélérateur sur lequel je m'étais engagé, c'est l'Etat qui accompagne les associations et qui leur permet d'aller plus fort. Et puis ensuite, il y a les entreprises sociales et solidaires, dont 80 % sont des associations, où là, un pacte de croissance sera conclu avec elles pour permettre justement, sous l'autorité des ministres, d'accélérer le travail, et elles auront à bénéficier à plein des mesures d'allégement de charges pérennes dès le 1er janvier prochain. Ensuite il y a le sujet de la myriade d'associations qu'il y a dans nos quartiers, on l'évoquait tout à l'heure. Je sais bien que certains voudraient, c'est qu'il n'y ait plus aucun droit de regard et qu'il n'y ait plus aucun contrôle. On va toujours devoir continuer à contrôler les associations, parce qu'il y’en a qui font des choses qui ne sont pas conformes aux lois de la République. Mais ce qu'on doit faire, c'est simplifier et accélérer l'aide qu'on apporte à ces associations de quartier qui, parfois, font un travail indispensable. Ce qu'on va construire ensemble d'ici à septembre, c'est une méthode pour donner à toutes les associations et aux régies, une visibilité en termes de financement jusqu'à la fin du quinquennat. C'est-à-dire la possibilité de ne pas aller mendier les appels à projets à répétition. Je crois beaucoup aux appels à projet sur des grandes stratégies nationales, pour des acteurs matures, et on va continuer à en faire, et c'est un très bon système d'évaluation. Mais on a aujourd'hui systématisé l'appel à projet permanent, y compris pour des tickets de 3.000 euros. C'est ridicule. On fait perdre du temps à des collectivités territoriales, à des fonctionnaires d'Etat et à des associations. Donc on va devoir définir un mandat, ça ne veut pas dire qu'on va multiplier les petits pains ! Il y aura forcément des déçus. On va définir une enveloppe, un mandat, une clarté, une visibilité, et il y aura des étapes d'évaluation ! Je vous le dis très clairement ! Mais c'est ce qu'on se doit mutuellement ! Et il est évident je le dis aussi pour ceux qui penseraient que ce serait la fin de tout contrôle on va devoir contrôler, parce que des associations qui, derrière des beaux noms, font parfois le pire. Mais je vous dois cette politique de simplicité et de visibilité. Dans ce contexte, l'Etat jouera un rôle : celui de mobilisateur, de facilitateur et de garant. Garant des grandes politiques nationales qui sont dues, sur lesquelles je suis longuement revenu. Mobilisateur de l'énergie des initiatives collectives pour mettre tout le monde autour de la table, comme ça a été fait ces derniers mois et comme on l'a fait aujourd'hui et comme on va continuer à le faire ! Des entreprises, des associations, des élus, des fonctionnaires. Et facilitateur parce qu'on doit aller plus vite. Et donc on doit accélérer, et l'Etat qui contrôle a priori, doit devenir un Etat qui accompagne davantage, qui vérifie, qui évalue, mais qui a du jugement, du discernement. Parce que la complexité est l'ennemi des territoires fragiles, et de celles et ceux qui y vivent. C'est vrai pour le très rural, c'est vrai pour le très urbain. Et cette stratégie, y compris pour l'Etat, je veux qu'on ait la même pour le rural. Et je la présenterai avec le même degré de détail pour le rural. Et tous les deux mois, on aura un rendez-vous avec les quartiers et le très rural. Parce que je ne veux pas me laisser enfermer dans des discours réducteurs où il y aurait bizarrement les gens de la France des villes avec les problèmes, qui seraient pour certains plus bronzés que d'autres, avec des milliards qu'on aurait déversé, et puis la France des champs qui serai, elle, rétractée soi-disant dans un passé ce qui est tout aussi faux que le premier a priori qui est une France de projets qui a envie d'avancer, mais qui a, elle aussi, des difficultés d'assignation à résidence, d'accès et d'émancipation. Et donc ce rendez-vous tous les deux mois, avec cette feuille de route, nous allons le faire de manière parallèle. Parce qu'on a besoin de mobiliser toutes les énergies et de casser, de décloisonner aussi. Vous l'avez compris, tous les deux mois, nous aurons ce rendez-vous, dans des lieux différents, ça sera parfois ici, parfois ailleurs ; et tous les deux mois, on fera un point d'étape des avancées concrètes de notre capacité à respecter la promesse collectivement, mais aussi on pourra regarder tel ou tel cas précis et dire ce qui ne fonctionne pas, dans telle ville, dans tel endroit, ou sur telle politique. Je prends un risque que j'assume en vous donnant ce rendez-vous. C'est celui, parfois, d'être l'otage de dénonciations, ça m'est absolument égal. Vous prenez un risque à faire avec moi, c'est qu'il n'y aura pas de concessions et de langue de bois. Et donc je ne serai le « cache-sexe » de personne, je le dis très franchement, ni de l'Etat quand les choses ne sont pas bien faites, mais je ne serai pas davantage celui de certains élus ou certaines associations quand ils se sont enlisés dans des mauvaises politiques ou du clientélisme de communautarisme. Mais ce que je veux, à travers ces initiatives, c'est que vous vous considériez comme des acteurs et des mobilisés. Parce que je n'entends, bien souvent aussi, qu'une catégorie : ceux qui ont toujours fait la même chose avec le même argent et le même résultat. C'est gens que j'entends le plus souvent ! Ceux qui font, je ne les entends pas assez. Donc je vous demande aussi de prendre la parole, de vous mobiliser, de faire et de le faire savoir, et je serai là. Et il y a un tout dernier acteur, qu'on va continuer et donc on a besoin et dont nous sommes tous les porteurs et dépositaires et qui est notre mandant en dernier ressort, ce sont nos concitoyens, et ne l'oublions jamais. Et donc cette politique, je veux qu'elle soit faite pour, avec et par nos concitoyens. C'est pour ça que nous allons mettre d'ici au mois de juillet en place un site unique, « la France une chance », pour tous les territoires ; et sur ce site-là que nous allons bâtir ensemble, les engagements de l'Etat, mais les engagements de chacun seront mis de manière transparente, et nous, citoyens, serons invités à faire savoir les observations et les non-conformités. Nous devons en faire un instrument d'une forme de gouvernement partagé, où quand ça ne marche pas à un endroit, un citoyen doit pouvoir le dire sur cette plateforme et alerter. Alerter son maire, alerter l'Etat, selon les compétences de chacun. Bien souvent, nos concitoyens ne savent pas qui est la compétence. Mais ils savent que ça ne marche pas à tel endroit, ou que telle ou telle chose est inacceptable. Cette plateforme, elle donnera la transparence, elle pourra garantir sur certains sujets l'anonymat, et elle permettra aussi d'avoir des plateformes physiques et du traitement en ligne. Cette plateforme, c'est la garantie que nos concitoyens seront toujours cette présence sur nous, et l'impérieux de voir, de réussir. Et parmi nos citoyens, il y en a une catégorie qu'on mettra à l'honneur en juillet et que je veux tout particulièrement entendre et je conclurai sur ce point, même si ça ne vaut pas tout et j'étais tout à l'heure interpellé sur les papas par le Conseil présidentiel des villes, ce sont les mamans. Parce que, quand j'étais en campagne présidentielle, celles qui m'ont appris des choses, qui m'ont inspiré sur beaucoup de nos politiques, ce sont les associations de mamans dans certains quartiers. A Montpellier, à La Paillade ou Le Petit Bar, je n'oublierai jamais cette association de mamans d'élèves qui m'a expliqué pourquoi c'était une formidable erreur d'avoir fermé les classes bilangues, parce que quand il y en avait dans leur quartier c'est sa formule « les petits blonds du centre-ville venaient dans nos quartiers ». Les mamans ne font pas de politique symbolique, elles font la politique pour leurs enfants, leur époux, leurs frères ou leur propre père, ou leurs soeurs. Ce sont celles qui, généralement, concentrent les plus grandes difficultés dans les quartiers. Ce sont celles parfois qui se sont le plus battues. Et donc en juillet, on continuera ce travail avec un point de rendez-vous, des engagements qui sont pris sur la base de que je viens d'annoncer aujourd'hui, et un point d'étape concret, mais on donnera aussi la parole aux mamans. Certains diraient de Ouagadougou au fin fond du Pérou que sont celles qu'on aime, mais on a besoin d'elles, et elles seront un instrument essentiel dans cette lutte que nous sommes en train de construire. Elles sont oubliées de toutes nos politiques publiques. Ce n'est pas des acteurs de politiques publiques, mais elles sont des relais essentiels de cette réactivation, de ce réveil citoyen que nous sommes en train de faire. Voilà, Mesdames et Messieurs. Je ne serai pas plus long. Ce que j'ai fait, ce n'est pas un discours c'est un début de réponse à vos questions. Mais vous l'avez compris, j'ai besoin de toutes celles et ceux qui sont dans cette salle, et merci d'être venus nombreux et d'être restés debout. Mais ça n'est que le début d'une lutte et d'une mobilisation. J'ai besoin de tous les ministres, de tous les élus, de toutes les bonnes volontés, et merci ... qui se sont mobilisés, et nous allons ensemble continuer à faire et à faire la promesse initiale qui fait que nous sommes tous là dans cette salle et ce lieu qui est le vôtre. Merci ! Vive la République et vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/640.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/640.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..173ae0e004d82eadcc3b81151fed8d94812de8fe --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/640.txt @@ -0,0 +1 @@ +CLELIE MATHIAS C'est l'heure de l'Interview politique de Jean-Pierre ELKABBACH. Au lendemain de la présentation du Plan Banlieues par Emmanuel MACRON, Jean-Pierre ELKABBACH reçoit ce matin Jacques MEZARD le ministre de la Cohésion des territoires, ils reviendront également sur les violences dont les policiers sont des cibles dans les quartiers - on vous montre ces images depuis hier déjà et une nouvelle séquence ce matin – c'est tout de suite l'Interview politique. JEAN-PIERRE ELKABBACH Les insécurités et les violences se propagent, les citoyens sont menacés et les policiers sont souvent les premières cibles, merci d'être avec nous Jacques MEZARD, bienvenue et bonjour. Vous étiez au côté du président de la République hier avec tout le gouvernement, il a constaté lui-même, je le cite : « un embrasement des trafics de drogue, de drogues dures, de violences et de stupéfiants dans les cités » et il a même reconnu : « on a perdu la bataille des trafics » et l'exemple le plus frappant, celui dont on parle ce matin c'est Marseille ? JACQUES MEZARD Oui, il y a dans certains quartiers des situations qui sont intolérables et très clairement l'action du gouvernement est très volontaire là-dessus et vous avez vu déjà les mesures qui ont été annoncées… JEAN-PIERRE ELKABBACH Insuffisantes ! JACQUES MEZARD Et en particulier… JEAN-PIERRE ELKABBACH Insuffisantes ! JACQUES MEZARD Par le ministre d'Etat Gérard COLLOMB sur la sécurité au quotidien, sur le renforcement de l'action de l'Etat dans ces quartiers parce que la situation est intolérable. Nos policiers ont le soutien total du gouvernement, mais il faut sur le terrain que ce soutien se concrétise par des actes, c'est-à-dire l'augmentation du nombre de policiers, des mesures fortes contre les trafiquants, et c'est ce qu'a annoncé le président de la République et c'est ce qui a été enclenché. JEAN-PIERRE ELKABBACH Bien, très bien, ça c'est un ministre qui parle et c'est très bien. Mais pour répondre à ce climat de guerre, vous dites : il y a des renforts, mais ces 60 policiers de plus à Marseille en 2019, c'est dérisoire, c'est insuffisant ? Quand on entend les cris de colère de madame Samia GHALI, qui représente pas mal de monde à Marseille, on peut dire que ce n'est pas suffisant ? JACQUES MEZARD Oui. Mais il faut déjà une volonté gouvernementale, elle s'exprime, des instructions ont été données très fortement par le ministre d'Etat - moi j'ai été au Mirail il y a quelques semaines suite aux incidents qui ont eu lieu au Mirail et qui étaient la conséquence de l'action très forte enclenchée par le préfet d'Occitanie contre les trafiquants sur ce quartier - il y a aussi la nécessité que nos policiers sentent que le gouvernement, que l'Exécutif est à leur côté, c'était le cas. JEAN-PIERRE ELKABBACH Comme disent les policiers et les citoyens. Mais, quand on voit un commando armé de Kalachnikov qui fait loi en plein quartier, qui agresse en plein jour des policiers, on peut être choqué… JACQUES MEZARD Mais on est choqués. JEAN-PIERRE ELKABBACH Quand vous dites intolérable, est-ce qu'il n'y a pas une contre-société qui est en train de se créer ? JACQUES MEZARD Bien sûr, dans certains quartiers heureusement minoritaires il y a un contre-pouvoir qui s'est mis en place. C'est aussi la conséquence du fait que la République s'était retirée de ces quartiers, par rapport aux services publics, par rapport à l'emploi, par rapport à l'éducation et, donc, un contre-pouvoir s'est mis en place avec du communautarisme - il faut bien le dire aussi des cas de radicalisation – ce contre-pouvoir il est nécessaire que la République y fasse obstacle avec fermeté et c'est aussi les orientations et les éléments qu'a donnés le président de la République. JEAN-PIERRE ELKABBACH Hier on a noté que le maire de Marseille monsieur GAUDIN, Jean-Luc MELENCHON député élu, l'autre sénateur Front national Stéphane RAVIER sont silencieux, ils se taisent ? JACQUES MEZARD En tout cas le gouvernement lui n'est pas silencieux, le gouvernement est parfaitement conscient de la situation dans ces quartiers, dans ces quelques dizaines de quartiers où il y a la nécessité d'avoir une reconquête républicaine, c'est ça la réalité. JEAN-PIERRE ELKABBACH Le retour de la République ? JACQUES MEZARD Tout simplement le droit commun, c'est-à-dire que dans ces quartiers comme ailleurs l'ordre puisse régner, les citoyens puissent vaquer à leurs occupations de manière normale sans qu'un contre-pouvoir, une contre-société se mette en place. JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, mais ça ce sont des voeux pieux si vous me permettez. JACQUES MEZARD Non, ce ne sont pas des voeux pieux, quand on prend des mesures – et c'est ce qui a déjà été annoncé depuis plusieurs mois – avec la sécurité au quotidien qui va commencer à être mise en place dès le 1er septembre, avec de nouveaux effectifs qui sont lancés et aussi avec des instructions extrêmement fermes qui sont données par le canal des préfets. JEAN-PIERRE ELKABBACH Jacques MEZARD, il y a combien de quartiers en difficulté en France globalement ? JACQUES MEZARD Globalement, il y a quelques dizaines de quartiers qui sont en situation de grande fragilité avec les éléments que nous venons de citer. JEAN-PIERRE ELKABBACH Très bien, mais on dit qu'il y en a 1.500 dans toute la France ? JACQUES MEZARD Non, il y a 1.500 quartiers politiques de la ville, ça n'a strictement rien à voir avec ce qui peut se passer dans quelque dizaine de quartiers où la situation qui est la conséquence je dirais de plusieurs décennies de décrochage. JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire que la première nécessité est donc des efforts et des moyens en matière de sécurisation… JACQUES MEZARD De sécurité… JEAN-PIERRE ELKABBACH Et, comme vous l'avez dit, le retour de la République ? JACQUES MEZARD Ramener tout simplement la République. JEAN-PIERRE ELKABBACH Pendant deux heures hier Emmanuel MACRON a prévenu : « il n'y aura pas de Plan Banlieues, il n'y aura pas de Plan Ville », il y a un non Plan Macron mais avec ce non Plan Macron il se met en première ligne, il est désormais lui par son engagement en première ligne ? JACQUES MEZARD Ecoutez, par rapport à un certain nombre de territoires qui sont plus fragiles que d'autres, c'est vrai dans un certain nombre de quartiers, c'est vrai aussi dans certains territoires ruraux, il est bon que ce soit un enjeu national, il est bon que le président de la République, que le Premier ministre affirment la volonté de l'Etat de ramener justement l'équilibre, l'équité dans ces territoires. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous avez dit, pour le rêve républicain, il faut une mobilisation générale… JACQUES MEZARD Tout à fait. JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous avez déjà vu beaucoup d'engagés volontaires auprès de vous ? JACQUES MEZARD Mais bien sûr qu'il y a beaucoup de bonnes volontés, qu'il y a beaucoup de volontés - des volontés des collectivités locales, des associations, des volontés sur le terrain - d'hommes et de femmes qui veulent que la République fonctionne de la même manière, ça s'appelle le droit commun sur l'ensemble de ces territoires… JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui. JACQUES MEZARD Et l'engagement présidentiel est essentiel pour mobiliser, car on a besoin de travailler dans un cadre interministériel, on a besoin dans ces quartiers, dans ces territoires ruraux, on a besoin d'emplois - on a besoin donc du ministère du Travail - de la santé, de la culture, c'est une mobilisation de… JEAN-PIERRE ELKABBACH D'accord, on comprend la bonne volonté, mais on a l'impression de découvrir des problèmes qui trainent depuis des années ? JACQUES MEZARD Ecoutez, ce gouvernement… JEAN-PIERRE ELKABBACH Il dit lui-même depuis Raymond BARRE, il n'était pas né. JACQUES MEZARD Ce gouvernement n'est pas comptable de ce qui s'est passé pendant des décennies, il y a déjà eu 19 plans, il ne s'agit pas tous les ans de refaire un plan, il s'agit d'avoir des actions précises qui ont des conséquences positives sur le terrain. Quand on lance les emplois francs, quand on ramène de la police de sécurité au quotidien, lorsque le président de la République dit qu'il y aura 30.000 places dans les crèches, lorsque le président de la République parle du problème des stages de 3ème, lorsqu'on… JEAN-PIERRE ELKABBACH 30.000 stages de 3ème pour les élèves de 3ème de ces banlieues-là qui n'auront pas décroché parce qu'il faut surveiller les décrocheurs, et vous comptez sur l'Etat pour les employés et les entreprises, vous croyez qu'elles vont jouer le jeu ? JACQUES MEZARD Bien sûr, parce que c'est aussi leur… JEAN-PIERRE ELKABBACH Pourquoi cette fois-ci? JACQUES MEZARD C'est leur intérêt, c'est l'intérêt général, nous sommes face à un enjeu national. Bien sûr que je vois... nous avons lancé les emplois francs début avril et ça marche, ça marche parce que c'est simple d'emploi, il est nécessaire de donner de l'espoir, de restaurer la confiance, on a besoin dans ces quartiers qu'il y ait un retour à l'emploi... quand vous avez de jeunes diplômés qui sont issus de ces quartiers, qui ont beaucoup travaillé pour avoir leurs diplômes et qui ne sont pas embauchés, ça c'est catastrophique et, ça, on veut y mettre fin. JEAN-PIERRE ELKABBACH Contre la ségrégation, eh bien il va falloir le faire. Pardon d'être contradicteur, parce que d'abord c'est mon rôle et en même temps ça n'arrive pas assez, et vous donnez l'impression que la solution passe maintenant par tout le monde, tout le monde dit… JACQUES MEZARD Par des actions. JEAN-PIERRE ELKABBACH Par on l'a dit des actions précises, les habitants des quartiers défavorisés, par les élus, par les associations, mais à condition de ne pas leur couper les vivres… JACQUES MEZARD Non. JEAN-PIERRE ELKABBACH Parce qu'on leur a coupé les vivres à beaucoup ? JACQUES MEZARD On ne leur a pas coupé les vivres et ce qu'a annoncé le président de la République hier très clairement sur les associations c'est la décision de leur donner de la lisibilité, c'est-à-dire de garantir le concours financier de l'Etat sur la durée du quinquennat, parce que pour les associations régulièrement et depuis longtemps c'est chaque année d'être dans l'inquiétude de ne pas avoir leur budget garanti. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et vous avez l'aide de ce que vous appelez les mamans, elles jouent des rôles importants, à la fois dans les cités et dans les villes, et l'Etat il se contente de distribuer des millions ou des milliards qui disparaissent… JACQUES MEZARD Non. JEAN-PIERRE ELKABBACH L'Etat, qu'est-ce qu'il fait ? JACQUES MEZARD Non, mais l'Etat... écoutez, je crois que nous avons avec le président de la République défini une action qui est réaliste, nous avons tenu compte très clairement aussi des préconisations du rapport de Jean-Louis BORLOO qu'il a d'ailleurs lui-même rappelées hier, nous avons dans ces quartiers la nécessité je l'ai dit de ramener le droit commun. On a parlé aussi hier de la rénovation urbaine… JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, on va y venir. Vous avez parlé de Jean-Louis BORLOO, il a travaillé avec vous et Julien DENORMANDIE, vous l'avez vu pendant sept mois enflammer les maires qui l'ont soutenu, etc., si vous étiez ce matin Jean-Louis BORLOO vous ne seriez pas déçu qu'on le retienne peu et qu'on ne parle presque plus de lui ? JACQUES MEZARD Non, je crois qu'il est absurde… JEAN-PIERRE ELKABBACH Il se dit satisfait, mais… JACQUES MEZARD Il est absurde d'opposer ce que le président de la République a dit hier et les préconisations du rapport de Jean-Louis BORLOO, c'est complémentaire. Jean-Louis BORLOO bénévolement a beaucoup travaillé ces derniers mois, il a une expérience de l'action sur ces quartiers, il a fait un certain nombre de préconisations, nous avons travaillé ensemble et le gouvernement en tire la substance… JEAN-PIERRE ELKABBACH J'avance, j'avance. Le président de la République donne une méthode nouvelle, il veut changer de méthode, il a une philosophie, il donne un calendrier, tous les deux mois vous allez vous revoir, etc., et il répond oui à une revendication des maires, ils seront désormais s'il y a chez eux des radicalisés recensés dans les fichiers des services de renseignements, ça c'est intéressant. JACQUES MEZARD Oui. JEAN-PIERRE ELKABBACH Lors des Municipales de 2020, dans deux ans, des élus Socialistes, du Centre et En Marche redoutent de voir des salafistes de mairie, et vous ? JACQUES MEZARD Mais bien sûr qu'il y a un risque, cette dérive communautariste on la voit, dans certains quartiers il est évident qu'il y a ce que je disais tout à l'heure la volonté de mettre en place un contre-pouvoir opposé à la République et aux valeurs républicaines, et là ce que je souhaite c'est que justement tous ceux qui sont attachés aux valeurs républicaines se réunissent pour faire obstacle à ça. JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc, vous dites ce n'est pas impossible ? JACQUES MEZARD Il y aura vraisemblablement, il y en a déjà eu, des listes communautaristes dans certaines villes ou des candidats sur un certain nombre de listes, il est nécessaire que tous ceux dans ce pays qui sont attachés à la République fassent front. JEAN-PIERRE ELKABBACH Là, vous en parlez parce que vous commencez à craindre aussi que des partis politiques inscrivent des salafistes sur leurs listes ? JACQUES MEZARD J'en appelle à la responsabilité de tout le monde JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui ! Et pourquoi il se développe le salafisme, parce qu'il y a des vides, ils sont hyper actifs sur le plan social ? JACQUES MEZARD Mais parce que quand la République se retire, ce qui a été le cas dans un certain nombre de territoires, quand il y a moins de services publics, lorsqu'il y a moins de santé, moins d'emploi, moins d'éducation, la nature a horreur du vide. JEAN-PIERRE ELKABBACH On vient de dire que le chômage repart à la hausse de 0, 2 %, vous êtes inquiet, 0,2 point, est-ce que vous êtes préoccupé de ça ou est-ce que vous dites comme Muriel PENICAUD que ça se joue sur les trois mois, sur l'année, ça va ça vient, ou est-ce que... alors qu'avec 2,2 % de croissance on n'arrive pas à trouver les emplois ? JACQUES MEZARD Non, il y a eu très clairement... sur le chômage des choses depuis un an se sont très notoirement améliorées, il peut y avoir un indicateur, effectivement il faut juger sur plusieurs mois, mais quand même la situation économique et on le sent la confiance revient au niveau économique avec une confiance des entreprises qui est tout à fait claire. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et très vite. Le projet de loi Elan, c'est-à-dire révolution du logement, aménagement du numérique, arrive en débat à l'Assemblée dans quelques jours, le 30 mai, vous en avez bavé là en commission parce que j'ai vu 2.500 – 2.600 amendements, quand la loi sera-t-elle votée ? JACQUES MEZARD La loi sera votée pour l'été. Il y a eu beaucoup d'amendements, mais c'est la démonstration aussi que le Parlement vit et, moi qui suis un parlementaire, je suis heureux de voir que les députés sont intéressés à une question qui est fondamentale pour… JEAN-PIERRE ELKABBACH Et vous allez avoir un sénateur de plus dans votre groupe, Didier GUILLAUME, il était le président du groupe socialiste PS au Sénat, il revient ou il reste au Sénat, il va soutenir Emmanuel MACRON lui aussi ? JACQUES MEZARD Je crois qu'il a un point de vue positif sur l'action du gouvernement et je m'en réjouis. JEAN-PIERRE ELKABBACH Dans votre loi, 100 organismes HLM seront réduits ? JACQUES MEZARD Oui, l'opération de restructuration du monde HLM est commencée, d'ailleurs avec le concours du monde HLM, j'ai signé une convention il y a deux mois avec eux, il y a trois ans pour effectuer cette restructuration. Mais elle est en cours, elle a commencé, il s'agit de simplifier, il s'agit de mutualiser, il s'agit d'être plus efficace. JEAN-PIERRE ELKABBACH Et chaque année, il y a tellement de questions, chaque année 100.000 logements ou HLM sont mis en vente, j'ai vu qu'en 2017 il n'y en avait que 88.000 c'est-à-dire rien est-ce que vous pensez selon vos projets atteindre les 45.000 pour que ça circule et qu'il y ait plus de mobilité ? JACQUES MEZARD Ce n'est pas un projet nouveau, ça existé sous plusieurs gouvernements, mais nous nous voulons réussir par des ventes en bloc. Il s'agit de mettre sur le marché 1 % de ces logements chaque année, ce qui est vertueux parce que ça permet de construire deux ou trois nouveaux logements chaque fois qu'il y a vente d'un logement et surtout de faciliter l'accession sociale à la propriété, donc c'est vertueux… JEAN-PIERRE ELKABBACH Ca veut dire que le locataire devient plus facilement et plus vite propriétaire ? JACQUES MEZARD Voilà, voilà, dans de bonnes conditions propriétaire, ça dégage de l'argent frais pour construire et ça facilite l'accès au logement. JEAN-PIERRE ELKABBACH Le président de la République reçoit à l'Elysée – et là c'est à huis-clos – une cinquantaine de patrons français et internationaux là aujourd'hui et demain il sera à VIVA TECH organisé par Maurice LEVY, juste avant de partir pour Saint-Pétersbourg, et les 60 qui sont des acteurs importants de la révolution numérique vont se retrouver l'après-midi chez Edouard PHILIPPE à Matignon, est-ce que ça ne concerne pas aussi les territoires et l'emploi et j'ai envie de dire la structure générale de la France ? JACQUES MEZARD Bien sûr ! Et en particulier encore plus dans les territoires les plus fragiles on a besoin du numérique, on a besoin de ces nouvelles technologies, on en a besoin évidemment pour le télétravail, on en a besoin pour lutter contre l'illettrisme, contre l'illectronisme… JEAN-PIERRE ELKABBACH L'i quoi, l'illettrisme et quoi ? JACQUES MEZARD L'illectron et l'illectronisme, c'est-à-dire l'adaptation au numérique, il faut que partout mais surtout dans ces territoires les plus fragiles on puisse accéder au numérique de la manière la plus facile parce que c'est un moyen d'accéder plus facilement au travail, à la mobilité, à tout, et, s'il y a encore une aggravation de la fracture territoriale par le numérique, ce serait catastrophique, d'où l'action forte qu'on mène ces derniers mois. JEAN-PIERRE ELKABBACH L'illectronisme il va en être question donc aujourd'hui avec ZUCKERBERG et un certain nombre de grands patrons de MICROSOFT, etc., etc., c'est les conséquences des technologies sur l'économie, le travail et en même temps les compétences de demain. Merci Jacques MEZARD, je pense que vous irez faire un tour aussi demain à VIVA TECH. Permettez-moi avant de partir ce matin d'avoir une émotion et un hommage pour le grand écrivain américain Philip ROTH qui vient de mourir, on peut trouver ses livres depuis « Le complexe de Portnoy » jusqu'au dernier dans La Pléiade et aussi dans le livre de poche, merci Jacques MEZARD, je suis sûr que vous le lisez. JACQUES MEZARD Merci, merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/641.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/641.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..886edf7fa574cc4f3bfb21e1aa5d67642f0dec7c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/641.txt @@ -0,0 +1 @@ +BRUCE TOUSSAINT L'invité de France Info ce matin est Julien DENORMANDIE, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires. Jean-Michel APHATIE. JEAN-MICHEL APHATIE Bonjour Julien DENORMANDIE. JULIEN DENORMANDIE Bonjour. JEAN-MICHEL APHATIE On entendait un plan pour les banlieues, et le président de la République avait réuni 600 personnes hier à l'Elysée, pour pensait-on, le présenter, et puis en fait le plan, on n'a eu pas de plan. On écoute Emmanuel MACRON. EMMANUEL MACRON HIER A L'ELYSEE Je ne vais pas non plus vous annoncer un plan ville, un plan banlieue ou quoi que ce soit, parce que cette stratégie est aussi âgé que moi. JEAN-MICHEL APHATIE Oui, alors, « La stratégie est aussi âgée que lui », puisque le premier plan banlieue remonte à Raymond BARRE, et Emmanuel MACRON poursuit en disant « de toute façon ça ne marche plus les plans ». Ça veut dire quoi ? On ne comprend pas bien. JULIEN DENORMANDIE Mais parce que je pense fondamentalement qu'il faut changer de méthode. Il faut changer de méthode, en ce sens où ce que l'on essaie de faire aujourd'hui sur la politique de la ville, c'est d'abord de partir d'un constat sans concession. Le constat on le connaît, le constat il faut l'argumenter, il faut le décrire avec précision. JEAN-MICHEL APHATIE C'est quoi le constat ? Tout va mal ? JULIEN DENORMANDIE Eh bien le constat, c'est que tout simplement aujourd'hui, quand vous habitez dans un quartier, vous avez par exemple 2,5 fois moins de chances d'avoir un job. C'est ça le constat, c'est ça la réalité. Vous êtes discriminé, et en plus votre discrimination, plus vous êtes diplômé, plus cette discrimination est forte. Le constat aussi, c'est que la sécurité… JEAN-MICHEL APHATIE Il y a de la discrimination, il n'y a de l'insécurité, il y a de la violence… JULIEN DENORMANDIE La sécurité n'est pas suffisamment assurée. JEAN-MICHEL APHATIE Eh bien donc, pourquoi pas de plan ? JULIEN DENORMANDIE Mais parce que... JEAN-MICHEL APHATIE Quel est le problème du plan en tant que tel ? JULIEN DENORMANDIE Mais parce que, moi j'étais dans la salle hier, devant ces 600 personnes. Le président de la République a été applaudi. Jean-Louis BORLOO, avec qui on a tant travaillé pendant ces sept derniers mois, Jean-Louis BORLOO s'est dit satisfait des annonces des mesures faites par le président de la République. JEAN-MICHEL APHATIE Oh oh oh ! Il faisait une tête de six pieds de long, mais il s'est dit satisfait. Ça, c'est Jean-Louis BORLOO, ça. JULIEN DENORMANDIE Oui. Jean-Louis BORLOO, moi je le connais bien, ça fait sept mois que l'on travaille ensemble, on était dans le même bâtiment, il avait le bureau au-dessus du mien, on a échangé jouer et nuit sur l'ensemble de ces mesures, et j'ai lu la Presse comme vous ce matin, la Presse… JEAN-MICHEL APHATIE Il y a une déception de la part des élus notamment des gens qui sont tous les jours face à ces difficultés dans les banlieues. Vous avez noté la déception. JULIEN DENORMANDIE Vous savez, des gens qui sont tous les jours, qui vivent dans ces banlieues, moi je suis tous les jours avec eux pour travailler et pour essayer de faire changer les choses. Mais qu'est-ce que dit le président de la République ? Effectivement, des plans banlieue on en a eu beaucoup, effectivement la première fois qu'un plan banlieue a vu le jour, c'était sous Raymond BARRE, Bruce TOUSSAINT avait six ans je crois, et pour autant la situation… JEAN-MICHEL APHATIE Moi j'avais un petit peu plus. JULIEN DENORMANDIE Je n'ai pas osé le dire. JEAN-MICHEL APHATIE Mais c'est charitable. « Pas osé », il ne faut pas exagérer non plus, mais c'est charitable de ne pas l'avoir dit. JULIEN DENORMANDIE Mais ce que je veux dire par là, c'est que les plans aujourd'hui, on sait que cette méthode-là, elle est peut-être passée. Il ne suffit pas qu'un président de la République fasse une liste de mesures, et dise ensuite : eh bien voilà, les mesures elles vont s'appliquer. Qu'est-ce qu'on essaie de faire ? On essaie de créer une dynamique associant tous les acteurs. Je ne peux pas vous dire le nombre d'heures, tellement elles ont été importantes, passées avec les habitants du quartier, avec les associations, avec les élus locaux, pour que, ensemble, on récrée cette dynamique sur le terrain. On n'est pas toujours d'accord, on a des sujets qui sont parfois des sujets de distorsion, mais on a recréé cette dynamique, et aujourd'hui l'idée c'est d'avancer tous ensemble, avec, un seul objectif : le résultat. JEAN-MICHEL APHATIE Alors, pas de plan, mais quand même des mesures, on a quand même quelquefois un peu de mal à saisir. On écoute de nouveau Emmanuel MACRON. EMMANUEL MACRON HIER A L'ELYSEE On doit tous être en capacité de proposer un stage à ces jeunes des quartiers, tous. Et donc si on se mobilise pour septembre, on va mettre en place cette Bourse des stages. Généralisation du testing et s'assurer qu'il n'y a pas de discrimination à l'embauche. JEAN-MICHEL APHATIE Alors, en soi, des petites mesures comme ça peuvent être intéressantes, mais vous le disiez, vous avez entendu beaucoup de gens satisfaits, vous avez sans doute entendu aussi beaucoup d'élus locaux qui étaient là à l'Elysée… JULIEN DENORMANDIE Bien sûr. JEAN-MICHEL APHATIE ... dire : bon, ce n'est pas assez, c'est cosmétique tout cela, ce n'est pas à la hauteur des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Vous l'avez entendu Julien DENORMANDIE. JULIEN DENORMANDIE Les élus locaux et notamment les maires dont je salue l'action, les maires de ces quartiers, encore une fois moi je travaille jour après jour avec eux pour trouver des solutions concrètes. Là vous prenez un extrait. Les stages de 3ème. Les stages de 3ème vous appelez ça une petite mesure. Quand vous allez dans les quartiers… JEAN-MICHEL APHATIE Non, je dis qu'en soi, en soi, c'est une mesure qui doit être défendue, ce n'est pas la hauteur des problèmes qui existent. JULIEN DENORMANDIE Monsieur APHATIE, le président de la République n'a pas annoncé que cette mesure concrète qui est de 30 000 stages pour les enfants de 3ème venant des quartiers. Mais c'est quoi la réalité ? Quand moi je vais dans un quartier, je vais à chaque fois rencontrer l'association des mamans. Les mamans elles vous disent tout le temps la même chose : vous savez, votre politique de l'Education nationale, c'est génial, votre idée des stages de 3ème c'est génial, mais ce n'est pas pour nous. Nous, nos enfants, on n'a pas de réseau, donc on n'arrive pas à trouver ces stages, mais posez-vous la question, y compris ici à Radio France, est-ce que, ces stages de 3ème, est-ce que c'est du copinage, est-ce que c'est de l'entre soi ou est-ce que véritablement il y a une ouverture et on va chercher des enfants des quartiers ? Que chacun se pose la question dans son entreprise où là où il travaille, et cette espérance, cette émancipation que l'on appelle de nos voeux elle passe par la recréation de ce réseau, elle passe par la possibilité de donner à ces enfants des quartiers, effectivement la capacité de faire ces stages de 3ème, en dehors de simplement les structures qui existent dans les quartiers. JEAN-MICHEL APHATIE Je parlais de la réaction des élus, puisque ce sont aussi des acteurs, là, en première ligne, qui ont une opinion. La maire de Bondy était l'invitée hier parmi beaucoup d'autres élus, d'Emmanuel MACRON à l'Elysée, et ce matin, sur RTL, elle témoignait de cette réunion qu'elle n'a pas bien vécue. On l'écoute. SYLVINE THOMASSIN, MAIRE DE BONDY (SEINE-SAINT-DENIS) CE MATIN SUR RTL Je suis sortie 10 minutes avant la fin, quand il a prononcé pour la troisième fois le mot « clientélisme », en parlant des élus locaux, je ne pouvais pas en supporter plus et j'ai donc quitté la salle à ce moment-là. ELIZABETH MARTICHOUX Vous êtes partie avant la fin, parce que vous vous sentiez quoi ? Insultée par cette mention-là ? SYLVINE THOMASSIN Je me suis sentie insultée par le président de la République. Qu'est-ce qu'on veut dire par clientélisme ? On serait comme ça, nous, les maires, à distribuer des logements et des emplois, qu'on n'a pas d'ailleurs ... ELIZABETH MARTICHOUX Il n'y en a pas ? Il n'y a pas de clientélisme ? SYLVINE THOMASSIN Mais, il peut y en avoir, c'est toujours l'arbre qui cache la forêt, mais soyons clairs, de toute façon, quand bien même on le voudrait, on n'a ni logement ni emploi à distribuer. JEAN-MICHEL APHATIE Sylvine THOMASSIN, maire de Bondy, qui s'est sentie insultée parce que le président a parlé de clientélisme. Alors, le clientélisme, ça existe ou pas ? JULIEN DENORMANDIE Le clientélisme, bien sûr que ça existe. JEAN-MICHEL APHATIE Des élus sont coupables… JULIEN DENORMANDIE Mais bien sûr que ça existe le clientélisme et d'ailleurs même la maire l'indique dans son propos. Le président de la République… JEAN-MICHEL APHATIE Et c'est un problème, ça ? Le niveau de clientélisme c'est un problème ? JULIEN DENORMANDIE Evidemment que le clientélisme est un problème, mais après je salue l'action des maires, encore une fois. Là vous prenez l'extrait d'une maire, une maire qui est dans une posture, je la respecte, je la respecte. Le président de la République… BRUCE TOUSSAINT Elle est dans une posture, ça veut dire qu'elle n'est pas sincère ? JULIEN DENORMANDIE Le président de la République, hier, il commence son discours en saluant l'action de tous les maires et en saluant l'action des associations. Mais, encore une fois, ça fait un an que nous sommes en charge de transformer le pays. Ça fait un an. Ça fait un an que l'on essaie de changer de méthode, y compris dans les quartiers prioritaires de la ville. Ça fait 20 ans que la situation parfois dramatique que l'on connait dans les quartiers perdure, on ne va pas nous dire que depuis un an nous sommes responsables de tout ce qui se passe dans les quartiers. BRUCE TOUSSAINT Vous n'avez pas le sentiment que ce qui s'est passé hier, au fond, même si vous êtes ici pour le défendre, n'a pas été compris ? Sans jugement sur le fond, que ça n'a pas été compris, ce que vous voulez faire ? JULIEN DENORMANDIE Moi, je pense deux choses. La première c'est, et je suis assez frappé par les retours de Presse, aujourd'hui, la première c'est qu'on limite l'évènement d'hier, à savoir est-ce que c'est un plan ou pas un plan ? BRUCE TOUSSAINT Ce n'est pas que la Presse. JULIEN DENORMANDIE Le président de la République il a passé deux heures à décrire précisément des mesures fortes, des mesures concrètes. On parlait des stages de 3ème, il a évoqué également la sécurité. Et puis la deuxième chose, c'est qu'effectivement on a un changement de méthode, et que ce changement de méthode c'est de partir des projets, c'est de se demander comment on peut faire revenir les grues, comment on fait que dans six mois la reconstruction urbaine elle s'opère effectivement dans les quartiers et que, il ne suffit pas qu'un président de la République clame haut et fort qu'on va faire 12 mesures, pour que sur le terrain cela se mette en place. On change de méthode. BRUCE TOUSSAINT Vous restez avec nous, Julien DENORMANDIE, il est 08h40, l'essentiel de l'info. - Flash - BRUCE TOUSSAINT Julien DENORMANDIE, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires, est l'invité de France Info. Jean-Michel APHATIE. JEAN-MICHEL APHATIE Nous allons poursuivre sur la situation des banlieues et les propositions hier du président de la République. Deux députés qui ont produit un rapport sur ce sujet, François CORNUT-GENTILLE des Républicain, et Rodrigue KOKOUENDO, la République En Marche !, plaident pour que l'Etat introduise des statistiques ethnique concernant les populations de banlieue, ils posent cette question, qui est une question de bon sens, finalement : « Comment apporter des réponses appropriées aux besoins de la population, si on ne la connaît pas ? ». Si on n'en connaît pas l'origine, si on ne connaît pas les pratiques culturelles ou cultuelles ? Est-ce que c'est une question que vous prenez en compte et est-ce que vous réfléchissez à une, pour avoir une meilleure connaissance des populations de banlieues, à une production de statistiques ethniques ? JULIEN DENORMANDIE C'est un sujet de fond. C'est un sujet très important, c'est un sujet qui renvoie également à la protection des données personnelles comme on dit et à la protection des individus. Notre droit ne permet pas des statistiques ethniques, et je pense que c'est bien. JEAN-MICHEL APHATIE Pour l'instant non, c'est une législation qui date de la fin des années 70, et c'est la CNIL qui en a la charge. JULIEN DENORMANDIE Personnellement… JEAN-MICHEL APHATIE Mais c'est une législation qui était prise à une époque qui n'est pas évidemment celle d'aujourd'hui, les problèmes sont un peu différents. JULIEN DENORMANDIE Personnellement, je pense que les statistiques ethniques, d'ailleurs, rien que le nom, le montrent, n'est pas forcément, ne sont pas forcément la bonne solution. Mais une fois que l'on a dit ça, il y a beaucoup d'autres solutions qui existent. Un point très précis par exemple, aujourd'hui quand vous êtes une entreprise, vous avez la possibilité de faire ce que l'on appelle du testing, de tester si votre mode de recrutement est discriminant ou non. Ce sont des démarches qu'on a commencé à instaurer, ce sont des démarches, et d'ailleurs le président de la République l'a dit hier, qu'on va généraliser. On va faire ces opérations de testing chez toutes les entreprises, les 120 plus grandes entreprises, à partir de l'automne prochain. JEAN-MICHEL APHATIE Donc c'est bien la preuve que l'origine des gens peut poser un problème dans la société. JULIEN DENORMANDIE Mais attendez, mais c'est non seulement la preuve, mais cette discrimination, je le disais il y a un instant, elle existe… JEAN-MICHEL APHATIE Mais si on ne connaît pas la population, comment répondre aux problèmes que connait cette population, si on n'en connaît pas la diversité ? JULIEN DENORMANDIE Les opérations de testing c'est quoi ? C'est que vous prenez des CV, toutes choses égales, par ailleurs les mêmes CV, sauf que d'un côté vous mettez une adresse qui est celle d'un quartier prioritaire de la ville, ou un nom à consonance arabe par exemple, et de l'autre côté vous prenez un autre territoire. JEAN-MICHEL APHATIE Oui, ça je sais, bien sûr. JULIEN DENORMANDIE Bon, et vous vous rendez compte que, aujourd'hui, c'est le cas au moment où on se parle, vous avez deux fois et demi moins de chances d'avoir votre entretien d'embauche quand vous êtes une personne issue du quartier prioritaire de la ville. Et ça, les tests, il y a des méthodologies qui existent, on va les mettre en oeuvre. C'est différent, c'est différent que de monitorer par tous, c'est-à-dire de suivre partout dans la société, avec des critères ethniques. Ces critères ethniques, moi je n'y suis pas fan. JEAN-MICHEL APHATIE Comment apporter des réponses appropriées aux besoins de la population, si on ne la connaît pas, c'est une question que posent deux députés, qui est une question qui sans doute se posera à nouveau dans le futur. Emmanuel MACRON a… JULIEN DENORMANDIE Mais encore une fois, sur ce point-là, c'est essentiel, parce que la lutte contre la discrimination ne passe pas uniquement par des statistiques de la sorte. La lutte contre la discrimination ce sont des comportements. Et quand ces comportements ne sont pas vertueux, il faut les nommer et il faut les faire savoir. Ce sont ces opérations de testing que nous allons mettre en oeuvre vis-à-vis des entreprises. JEAN-MICHEL APHATIE Emmanuel MACRON a surpris en employant hier cette phrase. EMMANUEL MACRON – HIER A L'ELYSEE Je ne vais pas vous faire un plan, parce que, et quelque part ça n'aurait aucun sens, que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers, s'échangent l'un un rapport, et l'autre disant, on m'a remis un plan, je l'ai découvert. Ce n'est pas vrai, ça ne marche plus comme ça. JEAN-MICHEL APHATIE « Deux mâles blancs »… BRUCE TOUSSAINT C'est une forme de statistiques ethniques, qu'utilise Emmanuel MACRON. JEAN-MICHEL APHATIE Ça a surpris. Quel est le problème ? Pourquoi est-ce que des mâles blancs qui ne vivent pas en banlieue ne pourraient pas en parler, n'auraient pas la légitimité d'en parler ? C'est « blanc » le problème ? Ce n'est pas « mâle », c'est « blanc » ? JULIEN DENORMANDIE Non, mais en fait ça renvoie à la méthode que j'évoquais tout à l'heure. Qu'est-ce que veut dire le président de la République lorsqu'il emploie cette phrase ? C'est que, aujourd'hui, pour construire des solutions qui sont à même de sortir les quartiers du problème dans lequel ils sont, il faut absolument arrêter avec cette vision d'en haut, qui consisterait à dire : voilà, moi Président de la République, en l'occurrence mâle blanc… JEAN-MICHEL APHATIE Il ne dit pas ça. JULIEN DENORMANDIE ... moi, Jean-Louis BORLOO, en l'occurrence mâle blanc, nous avons tous les solutions. JEAN-MICHEL APHATIE Il ne dit pas « c'est la France d'en haut le problème », il dit « c'est les mâles blancs le problème ». JULIEN DENORMANDIE Non, je ne dis pas que c'est la France d'en haut, je dis que ce serait des solutions apportées d'en haut, en disant : ces solutions, parce que nous on connaît tout, on va les appliquer sur le terrain. Ce que veut dire le président de la République, et ce qui a été… JEAN-MICHEL APHATIE Ah, ce qu'il veut dire, mais ce n'est pas ce qu'il dit, « mâle blanc ». JULIEN DENORMANDIE Ce qui a été la démarche, notamment de Jean-Luc MELENCHON avec nous pendant ces derniers mois, c'est de dire : il faut recréer la dynamique. Cette dynamique, qu'on le veuille ou non, elle avait disparu. Les gens ne se parlaient plus. Vous aviez des personnes qui s'appropriaient les quartiers. Vous savez, des associations par exemple qui d'un côté disaient « les quartiers c'est moi », d'autres côtés des habitants qui disaient « mais attendez, ces associations elles ne connaissent pas les quartiers, ce sont nous les habitants qui connaissons le mieux les quartiers ». Et puis d'autres, notamment des administrations ou des institutionnels, disant : « Mais attendez, c'est moi qui ai la vérité sur les quartiers ». Nous, ce qu'on dit, c'est qu'il faut arrêter cela, il faut recréer cette dynamique, et cette dynamique c'est de mettre tout le monde autour de la table, pour déterminer les solutions. JEAN-MICHEL APHATIE « Mâle blanc », c'est une expression communautariste. Alors, peut-être que vous ne pouvez pas le reconnaître, mais ce n'est pas... On ne l'a jamais entendu au sommet de l'Etat, c'est la première fois qu'on entend ça. Donc c'est une phrase, évidemment, qui suscite l'attention. JULIEN DENORMANDIE Monsieur APHATIE, vous voyez très bien le sens de la phrase que… JEAN-MICHEL APHATIE Non, justement. JULIEN DENORMANDIE Mais si, le sens de la phrase qu'indique le président de la République. JEAN-MICHEL APHATIE Est-ce que ce n'est pas une maladresse ? C'est ce que je vous demande, vous ne pouvez pas en convenir. JULIEN DENORMANDIE Mais, non seulement ça n'est pas une maladresse, mais c'est le signe de ce changement de méthode. A un moment il faut arrêter. C'est-à-dire que si tout ce qu'on avait depuis 20 ans marchait, ça se saurait. Aujourd'hui… JEAN-MICHEL APHATIE « Mâle blanc », c'est le signe d'un changement de méthode ? JULIEN DENORMANDIE Oui, le mâle blanc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'encore une fois, d'en haut, on pourrait avoir les mêmes mesures, que l'on prendrait, que l'on déciderait, de manière unilatérale et qui s'appliqueraient partout sur le territoire. Partout. BRUCE TOUSSAINT Mais vous-même en tant que mâle blanc, vous vous sentez légitime pour en parler ? Non mais sérieusement on est quand même en droit d'être étonné de cette formule. Encore une fois on ne parle pas du fond, là c'est quelque chose qui concerne plus la forme, l'utilisation, les mots ont un sens, surtout quand ils sont prononcés par le président de la République. JULIEN DENORMANDIE Les mots ont un sens, et moi, ma plus grande conviction, et je vais vous dire même plus, je pense que ce que nous avons réussi à recréer avec Jean-Louis BORLOO depuis maintenant 7 mois, c'est que nous avons remis autour de la même table, des acteurs qui jusqu'à présent ne se parlaient plus, et ces acteurs ça va des élus locaux, aux associations, aux habitants, aux conseils de quartiers, aux conseils citoyens. On a remis tout le monde autour de la même table, on a créé 10 groupes de travail, on a avancé de manière concrète sur énormément de mesures et de chantiers, pour faire en sorte que les choses évoluent dans les quartiers. Et ça, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l'on change de méthode. Ce qui nous importe, c'est uniquement le résultat, construit, avec l'ensemble des personnes, vivant ou intervenant dans les quartiers. Et il y a des énergies qui sont absolument incroyables, et surtout des comportements et des agissements, de ces associations de ces maires, de ces habitants, qui sont à même de sortir les quartiers de la situation dans laquelle ils sont aujourd'hui. JEAN-MICHEL APHATIE Autre point parmi les propos du président de la République, il a dit, il est resté vague, on n'a pas bien compris, je ne sais pas si vous avez un élément d'éclaircissement, que les maires pourraient connaître de le part des préfets, les personnes qui figurent dans le fichier de signalement pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste, donc c'est des fichés S, mais du S+ en quelque sorte, et on est un peu étonné, parce que finalement l'administration peut mettre des gens dans les fichiers, puis communiquer ensuite, à des maires, à des élus, le contenu de ces fichiers, sans que jamais la justice n'intervienne. Ce n'est pas un problème ce qu'a dit hier Emmanuel MACRON en termes de libertés publiques ? Vous avez une réflexion là-dessus ? JULIEN DENORMANDIE Non, ça n'est pas un problème en termes de libertés publiques, c'est un point qui est fondamental, qui est de voir comment s'articulent notamment les polices municipales, avec les polices nationales et les renseignements territoriaux. JEAN-MICHEL APHATIE C'est-à-dire que le fichier va être diffusé désormais. JULIEN DENORMANDIE Alors ça n'est absolument pas tous les fichiers, c'est ce qu'a dit très précisément le président de la République, c'est qu'il faut travailler avec les maires pour savoir si un certain nombre de personnes, qui ne sont pas dans les fichés S mais qui sont dans d'autres types de fichiers, qui sont des fichiers… JEAN-MICHEL APHATIE ESPRT (phon). JULIEN DENORMANDIE PRT, ça veut dire pour radicalisation et terrorisme, le RT et le T du sigle que vous venez de prononcer, pour qu'on puisse mieux travailler avec les maires, dans l'identification et le suivi de ces personnes. JEAN-MICHEL APHATIE Mais la justice n'intervient jamais, c'est-à-dire qu'on va diffuser le nom des gens qui sont sur ces fichiers, sans que jamais personne... c'est l'administration qui fait ces fichiers, sans aucun contrôle. JULIEN DENORMANDIE Je pense que si… JEAN-MICHEL APHATIE C'est un fichier de travail pour la police, qui peut devenir maintenant un fichier de travail pour les maires. JULIEN DENORMANDIE Je pense que s'il y a bien un gouvernement qui est soucieux des libertés de chacun et on nous en fait suffisamment le reproche au moment où le ministre de l'Intérieur a passé la loi de lutte contre le terrorisme pour sortir de l'état d'urgence, c'est bien ce gouvernement. En revanche… JEAN-MICHEL APHATIE Là ça vous parait... il ne pourrait pas y avoir de problème là-dessus, sur la diffusion des noms qui sont dans un fichier ? JULIEN DENORMANDIE Que la police municipale puisse mieux travailler avec la police nationale, pour faire en sorte qu'à la fin on assure une meilleure protection de l'ensemble des Français, je pense que c'est une chose très bien. BRUCE TOUSSAINT Vous restez avec nous, Julien DENORMANDIE. - Flash - BRUCE TOUSSAINT Julien DENORMANDIE, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires. Jean-Michel APHATIE. JEAN-MICHEL APHATIE Emmanuel MACRON a convenu hier que la lutte contre la drogue dans les cités était un échec. Pour autant, a-t-il dit, on ne légalisera pas le cannabis, il l'a dit clairement hier, mais en septembre 2016, il disait l'inverse. On l'écoute. Emmanuel MACRON, hier et en septembre 2016. EMMANUEL MACRON HIER A L'ELYSEE Je ne suis pas favorable à la légalisation du cannabis ou des drogues douces, pour des tas de raisons sur lesquelles on pourra revenir dans un autre cadre. EMMANUEL MACRON SEPTEMBRE 2016 FRANCE INFO Aujourd'hui le cannabis pose un problème, en effet, de sécurité, de lien avec la délinquance dans les quartiers difficiles, de financement de réseaux occultes, et donc on voit bien que la légalisation du cannabis a des intérêts de ce point de vue. JEAN-MICHEL APHATIE « La légalisation du cannabis a des intérêts », c'était en septembre 2016. Pourquoi ne pas ouvrir le débat ? Pourquoi le trancher aujourd'hui sans l'ouvrir ? JULIEN DENORMANDIE Vous savez, moi j'ai une particularité, c'est que j'ai suivi Emmanuel MACRON depuis maintenant des années. En septembre 2016, effectivement, il dit cela et il ajoute, il ajoute « sur la légalisation du cannabis, je ne me suis pas encore fait d'idée ». On a beaucoup travaillé ensuite, pour savoir si oui ou non c'était la meilleure des solutions. JEAN-MICHEL APHATIE Ah, vous avez travaillé. JULIEN DENORMANDIE Beaucoup. Beaucoup. JEAN-MICHEL APHATIE Donc il y a des arguments pour. JULIEN DENORMANDIE On a travaillé pendant la campagne présidentielle… JEAN-MICHEL APHATIE Et il y a des arguments contre. JULIEN DENORMANDIE Evidemment qu'il y a des arguments, à la fois pour et à la fois contre. JEAN-MICHEL APHATIE Je n'ai jamais entendu un ministre exposer des arguments pour. JULIEN DENORMANDIE Le président de la République, à la suite, il s'est engagé dessus dès qu'il est arrivé, dès qu'il a été élu, a dit : je ne légaliserai pas le cannabis. JEAN-MICHEL APHATIE Mais voilà, mais on n'a jamais entendu les arguments pour la légalisation. JULIEN DENORMANDIE Mais qu'est-ce qu'on fait à la place ? On fait ce que l'on appelle la possibilité de contraventionnaliser l'usage du cannabis, tout en laissant le cannabis, l'usage du cannabis et le trafic de cannabis, évidemment comme un délit. JEAN-MICHEL APHATIE On convient que la lutte contre le cannabis est un échec total. JULIEN DENORMANDIE Mais concrètement… JEAN-MICHEL APHATIE ... qu'on va continuer ? JULIEN DENORMANDIE Concrètement, ça veut dire quoi ? Pourquoi aujourd'hui la lutte contre le cannabis est un échec total ? Parce que, aujourd'hui, lorsque vous avez, sur le terrain, une heure de policiers pour aller attraper ceux qui sont en train de faire du trafic ou autre, vous avez ensuite 7 heures de procédure en moyenne par ces mêmes policiers et ensuite vous avez un infime nombre de personnes qui ont été attrapées, par la police, qui font effectivement l'objet d'une sanction judiciaire. Et donc c'est décourageant, et pour le pouvoir policier, le pouvoir judiciaire, et puis surtout ça laisse un sentiment d'impunité totale pour les personnes qui font du trafic de cannabis. Et donc qu'est-ce qu'on fait ? JEAN-MICHEL APHATIE Mais quand il y a 5 millions de personnes qui consomment du cannabis, c'est aussi une réalité qu'aujourd'hui on nie complètement, avec une prohibition qui est factice aujourd'hui. JULIEN DENORMANDIE Non seulement on ne nie pas, mais qu'est-ce qu'on fait ? Aujourd'hui à chaque fois qu'une personne fera du trafic ou détiendra cette substance, les forces de police pourront mettre une amende directement sur place, pour que cet usage ou ce trafic ne reste pas impuni. JEAN-MICHEL APHATIE Vous pensez que ça réduira, voire annulera le trafic ? JULIEN DENORMANDIE Mais la solution, monsieur APHATIE… JEAN-MICHEL APHATIE Anéantir le trafic. JULIEN DENORMANDIE ... ce n'est pas de se dire que le cannabis, qui est quand même un danger, un fléau pour beaucoup… JEAN-MICHEL APHATIE Plus que l'alcool ? JULIEN DENORMANDIE ... d'un point de vue de la santé humaine… JEAN-MICHEL APHATIE Plus que l'alcool ? JULIEN DENORMANDIE ... ne reste pas aujourd'hui comme quelque chose qu'on va banaliser et que chacun pourrait faire. Je suis quand même très étonné qu'on puisse se dire aujourd'hui, ce matin : le cannabis, il y a 5 millions de personnes qui en consomment, c'est très bien. JEAN-MICHEL APHATIE C'est plus dangereux que l'alcool ? JULIEN DENORMANDIE Je ne suis pas un neurotoxique, mais ce que je peux vous dire, c'est que toutes les études que j'ai pu lire, me montrent que je préfère que mes proches, les concitoyens et l'ensemble du pays, ne deviennent pas des acharnés de la consommation du cannabis, comme vous pouvez sembler le dire. JEAN-MICHEL APHATIE Non non, pas du tout, mais ce serait un bon moyen… JULIEN DENORMANDIE C'est ce que je comprends… JEAN-MICHEL APHATIE Ce serait un bon moyen de faire de la prévention. Parce que la négation du problème n'est peut-être pas la chose la plus intelligente. JULIEN DENORMANDIE C'est trop facile de dire : pour lutter contre des trafics, il suffit de légaliser. C'est trop facile de le dire. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas analyser la chose et se poser les questions, on l'a fait, et on l'a conclu de manière très ferme, on ne légalisera pas le cannabis mais par contre on va faire en sorte que ceux qui font du trafic de cannabis, en restent pas impunis. C'est ça qui a découragé et les policiers, et laissé se développer ces réseaux de manière outrancière, on l'a encore vu à Marseille avec des images ô combien choquantes, il faut démanteler tous ces réseaux et c'est ce que fait avec la plus grande fermeté le ministre de l'Intérieur. JEAN-MICHEL APHATIE Nous serons d'accord, Julien DENORMANDIE, pour dire que le racisme doit être combattu partout. JULIEN DENORMANDIE Il doit être combattu partout, avec la plus grande fermeté. JEAN-MICHEL APHATIE Je vous propose d'écouter la députée, Agnès FIRMIN LE BODO, elle est députée de Seine-Maritime, elle était dimanche dans les tribunes d'Ajaccio et elle rendait compte de ce qu'elle a entendu, ce matin, c'était avec vous Bruce TOUSSAINT, sur France Info, à 07h20. On écoute Agnès FIRMIN LE BODO. AGNES FIRMIN LE BODO, DEPUTEE (LES CONSTRUCTIFS) DE SEINE-MARITIME Moi ce qui me choque, d'abord en tant que supportrice, c'est que dans une enceinte sportive, on puisse laisser proférer des propos racistes, tels que nous les avons entendus « Français de merde », « Il faut les tuer », c'est quand même très violent, très très violent, « ramasseurs de coton, sales négros », et ceci de façon, ce n'est pas une fois, c'est tout le match. JEAN-MICHEL APHATIE Voilà, donc c'était le match Ajaccio le Havre. Elle dit que c'est dans la tribune présidentielle qu'elle entendait cela, c'était dans l'ensemble du stade, pratiquement pas de réaction gouvernementale. JULIEN DENORMANDIE Eh bien moi je peux vous faire une réaction très claire : si les faits qui sont avérés, qui sont décrits par la députée, sont avérés, c'est absolument inacceptable. Il n'y a pas de place a racisme dans notre société, aucune. Je comprends d'ailleurs que le procureur de la République d'Ajaccio s'est saisi du sujet. Evidement on sera totalement ferme et absolument ferme, le racisme n'a pas sa place dans la société française. BRUCE TOUSSAINT Merci beaucoup Julien DENORMANDIE, très bonne journée à vous. JULIEN DENORMANDIE Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/642.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/642.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f0ced43d103c94edbedad353f527d7730e6e23a3 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/642.txt @@ -0,0 +1 @@ +RENAUD BLANC Et mon invitée est Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes. L'actualité ce matin, Marlène SCHIAPPA, c'est Harvey WEINSTEIN qui devrait aujourd'hui se livrer à la justice américaine à New York. C'est un moment fort pour vous, un moment important ? MARLENE SCHIAPPA Oui, je crois que le moment important, c'est surtout que, enfin la justice va pouvoir traiter du cas d'Harvey WEINSTEIN puisque jusqu'à présent, il était accusé de viols, d'agressions sexuelles, de harcèlement sexuel, mais la justice n'était pas encore passée. Donc maintenant il va falloir … RENAUD BLANC 7 mois, c'était peut-être le temps de la justice justement pour mener à bien cette enquête. MARLENE SCHIAPPA Oui je crois que il y a eu un temps nécessaire pour réunir notamment un certain nombre de témoignages, un certain nombre d'éléments mais je crois qu'il faut vraiment faire en sorte qu'Harvey WEINSTEIN ne soit pas l'arbre qui cache la forêt, c'est important parce que c'est là que le mouvement « Me too » a commencé, ce grand mouvement de prise de parole des femmes et d'écoute de la société mais il y a aussi énormément d'agresseurs sexuels, de harceleurs, de violeurs qui ne sont pas encore devant la justice. RENAUD BLANC Alors, commentaire de la fondatrice de « Me too » : nous assistons peut-être à un changement dans la façon dont les affaires de violences sexuelles sont traitées, vous êtes d'accord ? MARLENE SCHIAPPA Je ne sais pas. Moi, je crois que le changement, il va surtout se produire dans la loi et c'est pour ça qu'on est en train de faire voter une loi pour mieux condamner les violences sexuelles. Les chiffres officiels disent qu'il n'y a que 1% des violeurs qui sont condamnés en France, ce sont les chiffres officiels et ça veut dire que 99% des violeurs sont dans la nature, donc le vrai changement, ce sera quand il y aura des plaintes massives et que la totalité ou en tout cas la grande majorité des agresseurs seront condamnés et en prison. RENAUD BLANC Morgan FREEMAN est également accusé de harcèlement sexuel, ce grand comédien. Vous avez un commentaire particulier parce que lorsque c'est un acteur français ou un réalisateur français, vous ne faites pas de commentaires, Morgan FREEMAN, vous avez quelque chose à dire ? C'est vrai que lui s'est excusé. MARLENE SCHIAPPA Alors en fait lorsque ces qui que ce soit, je n'ai jamais de commentaire à faire dans la mesure où moi mon travail ce n'est pas d'instruire un par un tous les cas de viol ; c'est de créer, conduire des politiques publiques pour permettre qu'il y ait le moins de viols, le moins d'agressions sexuelles possibles, donc je n'ai pas de commentaire particulier non plus sur Morgan FREEMAN. RENAUD BLANC Mais vous parlez quand même de complicité passive dans le milieu du cinéma, vous avez employé ces mots ? MARLENE SCHIAPPA Complicité passive, non ce n'est pas moi, c'est Asia ARGENTO qui a dit ça, oui, mais je crois que ce qu'elle veut dire par là, c'est qu'il y a des gens qui savent et qui n'interviennent pas, et ça, effectivement c'est grave. Donc nous, on est en train de travailler sur une grande campagne de communication à destination des témoins pour faire en sorte que lorsqu'il y a des témoins de harcèlement de rue, d'agressions, de violences conjugales, il faut que ces témoins considèrent que ça n'est pas une affaire privée mais que c'est une affaire de société et qu'ils doivent intervenir. RENAUD BLANC Marlène SCHIAPPA, est-ce qu'il y a pour vous une limite à « Me too » parce qu'en fait, on est souvent parole contre parole et on a le sentiment quelquefois que la présomption d'innocence est un petit peu oubliée ? MARLENE SCHIAPPA Oui, moi je crois que la limite, c'est l'Etat de droit, c'est la justice et c'est pour ça que moi je me réjouis à chaque fois qu'il y a des plaintes qui sont déposées dans les affaires y compris récentes mettant en cause un producteur notamment français, moi je suis très satisfaite qu'il y ait une plainte déposée parce que ça veut dire que la justice peut enquêter et peut passer. Effectivement, l'idée, ce n'est pas, il y a effectivement vous avez raison, une présomption d'innocence, donc il faut qu'il y ait un procès et une condamnation ou un procès qui aboutisse à une condamnation. RENAUD BLANC Alors vous avez dit que vous n'aviez rien contre les hommes, le risque c'est quand même de mener une guerre entre hommes et femmes, il y a certaines féministes qui vont très, très loin aujourd'hui. MARLENE SCHIAPPA Ce n'est pas juste que je n'ai rien contre les hommes ; c'est que j'ai même dit dans une interview « j'adore les hommes » et j'ai effectivement été pris à partie par certaines féministes un peu radicales entre guillemets me disant que je trahissais ma cause, etc. Je ne suis du tout dans un combat les femmes contre les hommes, je pense que l'égalité femme-homme, ce sera bénéfique aux hommes aussi. C'est pas plus positif pour un homme d'être assigné à des stéréotypes, d'être obligé d'être bon en bricolage et de ne jamais pleurer, je pense que c'est pas très agréable non plus. RENAUD BLANC Mais quand certaines féministes, par exemple, accuse aujourd'hui Philip ROTH, qui vient de nous quitter de misogynie, est-ce que voilà on ne va pas trop loin quand même pour vous ? MARLENE SCHIAPPA Ecoutez, je pense qu'on peut relire tout à l'aune des codes actuels, je crois que Philipp ROTH, c'était un très grand écrivain, il ne m'appartient pas de dire s'il était misogyne ou pas, je crois qu'il faut aussi se concentrer sur la création et faire la part des choses. Je crois qu'en tant qu'artiste, on peut aller assez loin dans la création sans barrières et une oeuvre d'art, fut-elle littéraire, elle n'a pas vocation à transmettre un message moral ni même un message de grandeur ou un message philanthropique. Une oeuvre d'art, que ce soit un film, un livre, etc., le propre de l'oeuvre, c'est qu'on peut tout faire dedans. On peut fumer, on peut être ivre, on peut tuer des gens, c'est le principe même de l'oeuvre d'art. RENAUD BLANC On va passer à la loi contre les violences sexistes et sexuelles, elle a été votée à l'Assemblée, elle est maintenant débattue au Sénat. On a beaucoup parlé de l'article 2 de ce texte, beaucoup ont estimé que vous n'étiez pas allée assez loin, notamment sur la question de la protection des mineurs de moins de 15 ans. Toute pénétration sur un mineur de moins de 15 ans n'est pas forcément considérée comme un viol, est-ce que vous entendez ces critiques et est-ce que vous les comprenez ? MARLENE SCHIAPPA D'abord ce texte, il a été voté à une grande majorité, on a eu, je crois, 151 voix pour, me semble-t-il, à vérifier, et 29 voix contre seulement. Au demeurant, ce que nous disent les études d'opinion, c'est que ce texte il recueille une très large adhésion de 72 à 90% d'opinions favorables … RENAUD BLANC Mais pardonnez-moi, y compris dans votre camp, des gens qui ont voté effectivement ce texte disent « oui on a voté ce texte, c'est une avancée mais on n'est pas allé assez loin. » MARLENE SCHIAPPA Non, ce n'est pas vrai. Personne de la République en Marche, il y a eu un article dans « Le Monde » qui citait deux parlementaires, les deux parlementaires dans la seconde sans même que je les contacte, ont fait des communiqués démentis extrêmement clairs en disant qu'ils soutenaient sans réserve cette fois la totalité des parlementaires de la République en Marche et même certains d'autres mouvements ont voté pour ce texte. Donc moi, je crois qu'il y a effectivement quelques associations qui nous font part de leurs interrogations, de leurs demandes, il y a des oppositions politiques également qui ne sont pas satisfaites de ce texte, mais qui n'ont pas proposé d'alternative. Ce texte, il est très fort parce qu'il dit quoi ? Il dit qu'on ajoute à la définition française en droit français du viol qui est une « pénétration obtenue sous la contrainte, les menaces, les violences ou la surprise », on rajoute un alinéa disant que quand on a moins 15 ans, c'est constitutif de contrainte ou de surprise. Donc c'est une grande protection pour les moins de 15 ans et désormais on ne pourra plus avoir des verdicts comme celui de Pontoise, disant que la petite fille qui a 11 ans, comme elle ne s'est pas débattue, ce n'était pas un viol. Au contraire, on dira « certes, elle ne s'est pas débattue, mais elle a moins de 15 ans donc c'est une contrainte ou une surprise » et donc ce sera un viol. RENAUD BLANC Mais une pénétration sur un enfant de moins de 15 ans n'est pas forcément un viol ? MARLENE SCHIAPPA Alors, on est comme je disais tout à l'heure dans un Etat de droit, donc il y a des process, c'est aux magistrats de trancher puisqu'il n'y a pas de peines automatiques en France. Si vous voulez en France, on ne peut pas, c'est la Constitution, c'est le droit, c'est ainsi … RENAUD BLANC Mais c'est pour ça que vous n'êtes pas allée assez loin entre guillemets pour des questions constitutionnelles, des questions juridiques ou pas ? MARLENE SCHIAPPA Voilà, absolument …Plus loin enfin honnêtement ce texte, il va déjà extrêmement loin, il y a même des associations qui nous reprochent d'aller trop loin et donc il y a un moment, je crois qu'on a trouvé un équilibre avec une condamnation, un renfort de la possibilité de condamnation extrêmement ferme mais effectivement on est en France, il n'y a pas de peines automatiques. Les droits de la défense, quel que soit le sujet, même pour les affaires de terrorisme, il n'y a pas de peine automatique non plus. RENAUD BLANC Une contravention pour outrage sexiste, 90 euros d'amende immédiate, éventuellement un stage de civisme, on va vous dire que la loi est difficilement applicable, voire inapplicable ? MARLENE SCHIAPPA Elle sera difficile à appliquer, je ne l'élude pas parce que le harcèlement de rue c'est quelque chose qui est nouveau à caractériser dans la loi, ça existe depuis des générations. Toutes les femmes savent très bien à quoi ça fait référence. Une étude disait que 100% des femmes utilisatrices des transports en Ile-de-France ont déjà été confrontées au harcèlement de rue ; une autre étude nous dit que 8 jeunes femmes sur 10 ont peur quand elles sont seules le soir dans la rue en France en 2018 quels que soient les endroits dans lesquels elles vivent. Donc je crois que c'est important de le définir et de pouvoir le verbaliser. Donc nous ce que nous faisons, c'est qu'il y aura 10 000 policiers et policières de la sécurité du quotidien qui pourront verbaliser en flagrant délit ce harcèlement de rue avec des amendes allant de 90 euros à 3 000 euros, 3 000 euros c'est quand il y a récidive et quand la personne harcelée a moins de 15 ans pour encore une fois mieux protéger les mineurs et effectivement, il y aura une possibilité de stage derrière. RENAUD BLANC Marlène SCHIAPPA, qu'est-ce qui vous choque le plus, un homme qui siffle une femme dans la rue ou un homme qui refuse de serrer la main d'une femme ? MARLENE SCHIAPPA Un homme qui refuse de serrer la main d'une femme sans aucune hésitation dans la mesure où je crois que siffler quelqu'un une fois, il me semble, ça dépendra du contexte mais il me semble que ça ne rentrera pas dans ce qui pourrait être verbalisé. Après encore une fois, il y a une appréciation du policier mais refuser de serrer la main d'une femme, c'est totalement inacceptable, c'est contraire aux valeurs de la République française ! RENAUD BLANC Et pourtant, ça se fait en France ? MARLENE SCHIAPPA Mais c'est inacceptable. Vous savez, il y a beaucoup de choses qui se font en France et qui sont inacceptables ! RENAUD BLANC Oui mais qu'est-ce qu'on peut faire justement quand on est secrétaire d'Etat justement à l'égalité entre les femmes et les hommes ? MARLENE SCHIAPPA Alors, on peut faire beaucoup de choses. D'abord, nous, on a créé une charte de la laïcité que nous faisons signer à toutes les associations qui touchent les subventions de la part de l'Etat. Ça n'existait pas jusqu'à présent et je crois que derrière le fait de refuser de serrer la main à une femme, il y a des questions d'obscurantisme ou de radicalisation religieuse qu'il faut regarder en face et c'est pour ça que cette charte de la laïcité, elle pose un certain nombre de principes républicains qu'elle rappelle aux associations en interdisant également le prosélytisme et toutes les dérives religieuses qui pourraient attaquer les droits des femmes. RENAUD BLANC On est face à un problème culturel quand même ? MARLENE SCHIAPPA Absolument, ensuite … RENAUD BLANC Donc comment on lutte contre ce problème culturel parce que vous …Là, je pense bien vous citer, vous parliez effectivement d'enfants qui disaient à l'école « non, je ne peux pas …je ne peux pas serrer la main d'une petite fille parce que mes parents m'ont dit qu'il ne fallait pas le faire » ! MARLENE SCHIAPPA Oui, absolument, « je ne vais pas me ranger avec une petite fille. » A l'école, on a une politique très volontariste avec le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel BLANQUER, avec notamment à partir de la rentrée d'abord la création de référents égalité dans tous les établissements, ça veut dire que chaque école, dans chaque école, les directeurs et directrices ne seront plus démunis parce que souvent, c'était le cas. Moi quand j'étais maire adjoint, effectivement au Mans, il m'est arrivé qu'une directrice d'école me dise « moi, j'ai des petites filles qui ne vont pas à la piscine, qui ont des certificats manifestement de complaisance, des petits garçons qui ne veulent pas serrer la main des petites filles et je ne sais pas quoi faire ». Donc il y aura des référents égalité et puis il y a ce conseil des sages installé par l'Education nationale qui permettra d'aiguiller justement les chefs d'établissement à cet égard. RENAUD BLANC J'ai deux questions encore. Est-ce qu'il ne manque pas chez Emmanuel MACRON un grand discours sur la laïcité ? MARLENE SCHIAPPA Ecoutez, nous verrons ! Moi, j'ai écrit un livre sur la laïcité qui est paru en décembre … RENAUD BLANC Ca fait quand même un an qu'il est au pouvoir, c'est un point essentiel. On l'entend très peu finalement sur cette question de la laïcité ! MARLENE SCHIAPPA Moi, je crois qu'on l'entend par petites touches parce que la laïcité, c'est un sujet qui est vraiment fondamental et qu'il y a partout finalement lorsqu'il a fait par exemple son discours sur les banlieues, il a rappelé son attachement à la loi de 1905 et puis nous sommes plusieurs au gouvernement à nous exprimer, Jacqueline GOURAULT qui est ministre de l'Intérieur auprès du ministre d'Etat, Gérard COLLOMB, s'est exprimée hier en rappelant notre attachement à la philosophie d'Aristide BRIAND, le ministre de l'Intérieur l'a fait, je m'exprime très souvent sur la laïcité. Je crois qu'il y a une ligne du gouvernement qui est assez claire sur ce sujet. RENAUD BLANC La présidente de l'UNEF voilée, vous vous êtes exprimée, vous avez dit que vous étiez interpellée par cette situation. Vous avez rappelé qu'effectivement rien n'interdisait dans la loi qu'on puisse être voilée mais question plus personnelle : est-ce que pour vous le voile, c'est une régression pour les femmes ? MARLENE SCHIAPPA Je n'ai pas de point de vue à avoir ad hominem sur le choix individuel de telle ou telle personne, c'est son droit le plus strict d'être voilée au nom justement de la liberté de conscience en France, on a droit … RENAUD BLANC Mais vous, est-ce que vous pensez que porter un voile, c'est une finalement, c'est une régression et contre le combat des femmes aujourd'hui ? MARLENE SCHIAPPA …On a le droit de porter un voile mais néanmoins, ce qui m'interpelle c'est que je ne crois pas que ça nous interroge par rapport aux valeurs que porte l'UNEF. L'UNEF se dit être un syndicat progressiste, féministe, défenseur de la laïcité et il choisit quelqu'un qui fait la promotion de l'islam politique parce que, c'est politique et ce qui m'interpelle, c'est le message qu'il y a derrière notamment que pour les droits des femmes et ce qui m'interroge, c'est de savoir si derrière il y a un projet politique de régression des droits des femmes ou pas, et est-ce que c'est en cohérence dans ces cas-là, avec les valeurs de l'UNEF ? Les fondateurs nous disent que non. Enfin, moi comme je vous dis, je n'ai pas de jugement à porter sur les choix religieux des unes et des autres, je ne porte pas le voile, je n'ai pas l'intention d'en porter ; je pense que c'est important de soutenir toutes les femmes qui veulent retirer le voile, voire ne pas le mettre, que ce soit dans des quartiers en France ou à l'étranger mais effectivement il y a aussi un droit des femmes qui font ce choix de manière éclairée en tant que majeures de porter le voile, de le faire, ce n'est pas à moi d'avoir un jugement ad hominem. RENAUD BLANC Merci beaucoup Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, l'invitée ce matin de Radio Classique. Très bonne journée ! MARLENE SCHIAPPA A vous également ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/643.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/643.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..14ee7a87226c17d9399bb8ab717991099170c565 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/643.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Directeur général de la police nationale, Monsieur le Directeur central de la sécurité publique, Mesdames et Messieurs les directeurs, Je suis très heureux d'ouvrir ce matin ce séminaire des directeurs départementaux de la sécurité publique. Je veux bien sûr remercier notre hôte : merci de nous accueillir dans ce bel immeuble de la Fédération Française de l'Assurance. Je veux remercier également la direction centrale de la sécurité publique d'avoir pris l'initiative de m'inviter à cette journée. Si, durant les douze mois qui viennent de s'écouler, j'ai eu l'occasion de rencontrer un certain nombre d'entre-vous, je tenais à vous réunir tous ensemble ce matin. J'y tenais. Car c'est vous qui, sur le terrain, avez à mettre en oeuvre les grandes orientations prises par le Gouvernement en matière de sécurité. C'est vous qui êtes les principaux artisans de la lutte contre la délinquance et la criminalité, vous qui oeuvrez pour le maintien de la tranquillité et de la paix publique. Il était donc important de vous fixer ce rendez-vous et je souhaite d'ailleurs qu'à l'avenir, nous puissions renouveler périodiquement ce type de rencontre. Je tiens d'abord, avant tout propos, à vous adresser des remerciements pour votre action. Car je sais qu'être directeur de la sécurité publique dans un département, c'est se trouver en première ligne. En première ligne devant les défis qu'a à relever notre société : petite délinquance qui souvent est celle qui rend la vie si difficile à nos concitoyens, mais aussi criminalité organisée, trafic de stupéfiants, problématique migratoire, et bien sûr lutte contre le terrorisme qui est évidemment devenu un des enjeux majeures. En première ligne devant ces défis, vous êtes à la croisée des chemins d'une multitude d'acteurs : administration centrale, autorités judiciaires, élus, partenaires publics et privés. Vous avez de plus en plus à faire face à une exposition médiatique croissante qu'a accru encore la montée en puissance des réseaux sociaux. Bref, je sais que votre fonction est une fonction exigeante, qui nécessite un engagement total, un sens de l'État particulièrement élevé. Cela vous astreint à ne ménager ni notre temps, ni votre énergie, pour protéger nos compatriotes, et je tenais donc, au nom du Président de la République, à vous transmettre d'abord la reconnaissance de la Nation toute entière. Votre journée sera intégralement consacrée à la Police de Sécurité du Quotidien. J'évoquerai bien sûr ce sujet dans quelques instants. Mais vous permettrez en premier lieu de dire brièvement quelques mots des autres défis que vous avez à relever et sur lesquels vous êtes attendus. Le premier de ces défis est évidemment la lutte contre le terrorisme. C'est la priorité du gouvernement. Ce doit être évidemment la vôtre, vous qui êtes à la tête des services du renseignement territorial, vous qui avez à organiser la sécurité des rassemblements festifs ou revendicatifs, qui peuvent être des cibles particulièrement exposées. Depuis douze mois, je répète sans cesse que si Daesh a perdu de sa capacité logistique à commanditer des attentats depuis le front irako-syrien, il continue, via une propagande diffusée sur Internet, à exercer une influence qui conduit des individus habitants dans nos villes, dans nos quartiers, à passer à l'acte. C'est cette menace là endogène, qui a frappé récemment dans le 2e arrondissement de Paris, à Trèbes, à Marseille l'année dernière. C'est cette menace-là que vous devez, par votre action combattre. Dans vos départements, vous êtes à la tête du renseignement territorial, qui a été renforcé ces dernières années et qui va l'être encore dans les années à venir. Il vous faut vous impliquer personnellement pour mobiliser les agents de ce service qui sont nos meilleures vigies pour repérer l'imminence d'un passage à l'acte même si, on le sait, il est parfois très difficile de le prévoir. Mais la lutte contre le terrorisme ne saurait être l'apanage des seuls services de renseignement. C'est en effet à l'ensemble des policiers qu'il incombe d'être des « capteurs » capables de repérer sur la voie publique, auprès de vos nombreux partenaires et correspondants ou au cours des enquêtes ces fameux « signaux faibles » indiquant, chez un individu un processus de radicalisation à bas bruit. C'est le message que je vous demande de relayer sur le terrain. Il convient que, dans chaque commissariat, des séances de sensibilisation, des formations, soient organisées de manière régulière auprès de l'ensemble des agents. A la menace terroriste, il nous faut bien sûr opposer des moyens nouveaux, sur le plan technologique – et nous investissons ; mais aussi sur le plan juridique – et nous avons adopté à l'automne dernier la loi sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme. C'est bien une culture nouvelle qu'il est nécessaire d'inculquer à l'ensemble des effectifs placés sous votre autorité, jeunes générations qui entrent dans les écoles de police, comme policiers expérimentés. Je compte sur vous pour relever ce défi. Sur ce sujet, les Français comptent sur nous pour les protéger et c'est notre devoir premier que de tout mettre en oeuvre pour assurer leur sécurité. Un autre enjeu au coeur de votre action et que je tiens à évoquer brièvement est celui du maintien de l'ordre public parce qu'il est évidemment d'actualité. Nous venons de vivre une période difficile mais je pense qu'elle a été gérée par les forces avec efficience mais aussi retenue. Qu'il s'agisse d'évacuer une université illégalement occupée, de veiller à ce que des manifestations ne dégénèrent pas du fait d'individus qui souvent ont d'autres vues que l'objet affichée de la manifestation, ou, plus couramment, de garantir la sécurité d'un événement sportif ou culturel, je sais combien notre pays peut compter sur votre engagement. Dans tous ces événements, je sais vous agissez dans des conditions difficiles. Et je le redis : toujours en veillant à la proportionnalité de l'action. Et pourtant, vous pouvez être confrontés à des informations qui, diffusées en boucle sur les réseaux sociaux, peuvent viser à vous déstabiliser. Je pense que vous avez tous en mémoire l'épisode de Tolbiac où l'on a vu se répandre à une vitesse prodigieuse une information fabriquée de toutes pièces. Oui, nous sommes aujourd'hui à l'époque des fake news ! Oui, vous pouvez être injustement attaqués. Eh bien vous me trouverez toujours à vos côtés pour vous défendre face à tous ce qui sera critique fallacieuse de votre action. Enfin, je ne peux pas ne pas évoquer une autre problématique très prégnante, en particulier pour celles et ceux qui dirigent les forces de police dans des départements frontaliers : je veux parler de la lutte contre l'immigration irrégulière. Vous le savez, le projet que nous portons est de pouvoir distinguer en six mois quelles sont les personnes qui peuvent bénéficier de l'asile et celles qui ont vocation à être éloignées. La lutte contre l'immigration irrégulière fait donc pleinement partie de vos fonctions. Et je vous demande d'y sensibiliser l'ensemble de vos forces. Je sais qu'aujourd'hui cela peut vous paraître relever du défi de Sisyphe, condamné à pousser sans cesse au sommet de la montagne son rocher, mais je puis vous assurer que, même si c'est difficile, même si je comprends qu'un certain nombre de vos hommes puissent parfois désespérer, nous allons y arriver. Pour cela, nous avons besoin de tous. Ce ne peut pas être le seul travail de la police aux frontières que d'assurer cette tâche-là. Je sais là encore combien agir en ce domaine peut être difficile tant le sujet est sensible, exposé, avec des acteurs qui n'hésitent pas à mettre en cause l'action des forces de l'ordre. Mais il est fondamental de ne pas baisser la garde. Sur cette question comme sur les autres, la loi de la République doit s'appliquer. Vous en êtes les garants. Mesdames et Messieurs les Directeurs départementaux de la sécurité publique, J'en viens maintenant à ce qui va occuper l'essentiel de votre séminaire : la Police de Sécurité du Quotidien. Vous le savez, ce projet, qui correspond à un engagement fort du Président de la République durant la campagne électorale, vise à transformer en profondeur les missions des forces de l'ordre. Il ne s'agit donc pas d'une réforme paramétrique, de celles qui produisent des effets au bout de quelques semaines, mais à la marge. Il s'agit d'un changement qui s'inscrit dans le temps long, de ces mutations qui ont l'ambition de marquer profondément une profession. Pour que ce projet voulu par le Président de la République soit à la hauteur du changement qu'il entendait opérer, nous avons choisi non pas de réfléchir en cercle fermé au sommet de la hiérarchie mais de consulter largement, en mettant en oeuvre une grande consultation qui a permis, au final, de recueillir les attentes, les aspirations mais aussi les doutes et les interrogations, de 70 000 policiers et gendarmes. Parallèlement, vous avez, dans chaque territoire, organisé en lien avec les préfets des réunions avec les élus, les associations, les conseils de quartier, nos concitoyens bref, durant plusieurs semaines, on a parlé, dans notre pays, de la police, de son rôle dans la société française, on a parlé des difficultés que peuvent rencontrer les policiers. C'est à partir de cette large consultation que nous avons conçu la Police de Sécurité du Quotidien. Avec la volonté que ce projet puisse répondre point à point aux attentes des forces de l'ordre et qu'il leur permette ainsi d'agir plus efficacement au service de la protection des Français. Un certain nombre d'entre-vous étaient présents lors de la présentation de la PSQ le 8 février dernier, certains sont même intervenus. Aussi, je ne vais pas ici détailler l'ensemble des mesures que nous sommes en train de prendre mais plutôt souligner, ce que j'attends de vous, directeurs de la sécurité publique, qui, dans chaque département, en Métropole comme en outre-mer, avez vocation pas simplement à être les ambassadeurs de cette réforme, mais à en être les bâtisseurs. 1) Comme vous le savez, la première ambition de la PSQ est de remettre des policiers sur le terrain. Cela passe par des créations de postes et je veux confirmer que 10 000 postes seront créés dans les cinq ans à venir, dont 7500 policiers. Il faut bien sûr le temps de la formation. Mais dans les mois à venir, vous verrez arriver ces nouvelles recrues dans vos départements. Cela passe aussi par la réforme de la procédure pénale, si attendue par les forces de l'ordre. Mesdames et Messieurs, lors de mon arrivée place Beauvau, je m'étais engagé à travailler de manière très étroite avec la Garde des Sceaux pour que vos attentes soient prises en compte. Vous avez peut être pris connaissance du texte présenté en Conseil des ministres par la Ministre de la Justice. Il sera présenté au Parlement à l'automne et il comporte des avancées extrêmement significatives. Vous pouvez donc confirmer à vos effectifs sur le terrain que, dès la validation par le Parlement - la durée de l'enquête de flagrance va être allongée pour tous les délits passibles de trois ans de prisons, - les officiers de police judiciaire auront désormais une habilitation sur tout le territoire, - il sera possible de procéder à une pénétration forcée dans les lieux privés pour interpeller un mis en cause, - il sera possible de mener davantage d'enquêtes sous pseudonyme, - les infractions dont le traitement prennent beaucoup de temps aujourd'hui, comme les petits trafics, seront forfaitisées. Vous pouvez aussi les assurer que nous sommes en train de travailler sur la dématérialisation des procédures et qu'elle sera effective d'ici la fin du quinquennat. Il sera ainsi mis fin à cet empire du papier, qui conduisait les policiers à passer une partie de leur temps sur des retranscriptions inutiles plutôt que d'exercer ce pour quoi ils se sont engagés : être sur le terrain, au contact de la population. Oui, sur cette problématique de la réforme de la procédure pénale, d'ores et déjà, faites de la pédagogie. Expliquez à vos commissaires, à vos officiers, à vos gardiens de la paix, à vos adjoints de sécurité, que l'engagement que j'avais personnellement pris sera tenu et que tout est mis en oeuvre pour que cette réforme soit effective le plus rapidement possible. 2) La Police de Sécurité du Quotidien, c'est ensuite, vous le savez une police mieux équipée. Depuis que je suis Ministre, je me déplace beaucoup, partout en France, au coeur des métropoles comme dans les villes moyennes. J'ai pu constater quel pouvait être l'état parfois dégradé d'un certain nombre de commissariats, l'ancienneté d'un certain nombre de véhicules. Tout cela va changer. Je ne dis pas dès l'année prochaine parce que, dans les choix budgétaires, j'assume de donner une priorité aux créations de postes. Mais, sur trois ans, nous réaliserons un investissement de 600 millions d'euros, qui permettra 17 opérations nouvelles et 12 réhabilitations d'ampleur. A cela j'ai décidé d'ajouter chaque année une enveloppe de 45 millions d'euros qui sera totalement à votre disposition pour que vous puissiez procéder aux travaux que vous jugez les plus urgents. J'estime en effet que dans chaque département, vous êtes les mieux placés pour savoir quelles sont les priorités à flécher pour ces investissements. De la même manière, j'ai veillé à accroître l'effort pour faire monter en gamme les équipements à votre disposition : avec 150 millions d'euros par an. Vous avez commencé à recevoir dans vos départements ces équipements : LBD 40mm en remplacement des flash balls, nouveaux pistolets-mitrailleurs, cagoules, caques, visières, protections, boucliers, extincteurs, véhicules à protection renforcée. Nous essaierons progressivement de renouveler le parc de véhicules. 3) La PSQ porte aussi l'ambition de faire entrer la police dans l'ère du numérique. Le numérique va constituer pour vous une véritable révolution dans les prochaines années, il permettra d'accroître l'efficacité des femmes et des hommes sur le terrain. 11 500 tablettes et smartphones Neo sont d'ores et déjà arrivés dans les commissariats, et il y en aura près de 40 000 supplémentaires dans les années à venir. Les policiers qui en sont déjà dotés ont pu constater l'efficacité de ces terminaux qui leur permettent par exemple de procéder à un contrôle d'identité en quelques minutes là où, pour prendre en compte la consultation des différents fichiers, il fallait parfois plusieurs dizaines. Votre rôle est d'aller sur le terrain, dans les commissariats, expliquer l'intérêt de ces équipements. Il est d'organiser partout des formations pour que chacun s'approprie pleinement cet outil. Nous n'en sommes d'ailleurs qu'au début de cette transformation numérique puisqu'aujourd'hui, un certain nombre de vos collègues travaillent sur de nouvelles applications. Je vous demande donc de faire remonter ce qui vous paraîtrait le plus utile sur le terrain pour que ceci puisse être intégré dans les recherches qui sont aujourd'hui menées. Nous sommes en train de déployer aussi des caméras-piéton. Elles ont déjà été expérimentées à 2600 exemplaires. Nous allons en déployer 10 000 supplémentaires dans les mois à venir. Elles doivent permettre d'améliorer les contrôles d'identité de manière à ce que il ne puisse y avoir aucune contestation. Vous savez qu'aujourd'hui, ils sont souvent l'objet de contestations et que lorsqu'il y a incident, c'est parole contre parole. Avec cet équipement, on pourra sortir de cette indétermination qui donne souvent lieu à la mise en cause de l'action des policiers. Oui, la police de demain sera digitale. Et être DDSP, c'est être un ambassadeur de cette transformation vers la modernité. 4) Police mieux équipée, police connecté. Nous voulons aussi et c'est sans doute là, la plus grande révolution que porte la PSQ une police du sur-mesure, qui s'adapte, plus encore qu'elle ne le fait déjà, à la diversité de la délinquance. Vous le savez, la réalité de la délinquance n'est évidemment pas la même que l'on se trouve au coeur de l'agglomération parisienne ou dans les villes moyenne. Comme DDSP, veillez à demander vos commissaires d'élaborer une stratégie adaptée au périmètre dont ils ont la charge. Car à l'intérieur même d'une ville, les problèmes peuvent être différents. A eux de définir leur ligne d'action. Nous avons par ailleurs choisi 60 quartiers de reconquête républicaine. Une part d'entre-eux recevront des effectifs supplémentaires dès septembre, les autres en début d'année prochaine. Ces quartiers sont les plus affectés, la plupart du temps par les trafics de drogue, la lutte entre les bandes pour la conquête des territoires. J'ai pu encore le constater à Marseille jeudi dernier. Il faut y rétablir l'État de droit. Il y a ces quartiers, mais au-delà, nombre de villes peuvent comporter des secteurs connaissant de graves difficultés. Ils doivent être la priorité de votre action partout sur le territoire. 5) Pour concevoir des stratégies locales adaptées, il vous faut enfin c'est le 5 e et dernier axe de la PSQ travailler, dans vos territoires, de manière extrêmement partenariale. Vous le savez mieux que quiconque, la sécurité est une co-production. Qui nécessite de travailler avec un très grand nombre de partenaires. Je vous demande de veiller à cette dimension. En travaillant avec tous ceux qui peuvent être les acteurs d'une tranquillité publique retrouvée : ce sont bien sûr, pour la plupart, les Maires, leurs adjoints à la sécurité mais aussi les entreprises, les conseils de quartier, les associations, les citoyens. Car c'est dans un dialogue continu et approfondi avec la société civile que peut s'élaborer une politique visant à retrouver partout la tranquillité publique. Je vous demande aussi de travailler en lien étroit avec les équipes préfectorales, l'autorité judiciaire, partout où il y en avec les polices municipales. Vous savez que les acteurs de sécurité privée jouent aujourd'hui un rôle important. Dans les années qui viennent, nous allons les professionnaliser toujours davantage car ils sont les compléments indispensables des forces de l'ordre nationales pour la protection d'un certain nombre de bâtiments, la sécurisation d'un certain nombre d'événements. Il nous faut donc, au cours des prochaines années, créer un véritable continuum de sécurité dans chaque département. Voilà, Mesdames et Messieurs les Directeurs départementaux de la sécurité publique, c'est donc je l'évoquais en introduction, une transformation au long cours qui s'engage en ce début du quinquennat. Au long cours ! Car nous ne vous demanderons pas des reporting tous les jours, mais j'aurais une exigence profonde pour que s'améliore dans le temps partout la sécurité. C'est ce que nos concitoyens nous demandent. C'est ce pourquoi nos policiers se sont engagés. Et pour qu'ils agissent efficacement, ils doivent avoir des chefs, des commissaires, des officiers, qui aient le sens du management. Vous le savez, ne suit bien que les chefs qui dégagent une autorité naturelle, qui savent donner un sens aux missions des femmes et des hommes qu'ils dirigent. A vous d'organiser tout cela. Je vous fais confiance. Nous avons besoin de vous. Je crois profondément que la police est au coeur de l'unité de notre société et qu'elle a un rôle à remplir tout à fait particulier. Votre mission est fondamentale. Les Français vous attendent, nous attendent. Dans un monde où tout s'accélère, où tout est mouvement, où quelquefois ils ont l'impression aussi que les choses de délitent, ils ont plus que jamais besoin de repères. Vous êtes de ceux qui pouvez les leur fournir. Oui c'est grâce à vous qu'ils pourront retrouver confiance dans l'avenir. Je compte sur vous. J'ai pleinement confiance dans votre capacité à relever les grands défis auxquels est confrontée notre société. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/644.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/644.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d16a0c6c8993757b24c2301e2755ba10580167e8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/644.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-MICHEL APHATIE Bonjour Nicole BELLOUBET. NICOLE BELLOUBET Bonjour. JEAN-MICHEL APHATIE Le terrorisme occupe, hélas, une part importante de l'actualité ce matin. Un homme de trente-et-un ans a tué trois personnes hier à Liège. Il était sorti de prison lundi et la question se pose. On n'est pas exactement certain de sa radicalisation islamiste ou pas en prison ; des précisions seront sans doute apportées dans la journée par les autorités belges. Mais cette question des personnes radicalisées en prison, avec une prescience qu'autorise évidemment son expérience du terrorisme, le procureur de Paris, François MOLINS, l'évoquait sur BFM lundi, avant l'attentat de Liège. Il disait : « Une vingtaine de détenus radicalisés sortiront cette année, une vingtaine l'année prochaine et ils sont dangereux » expliquait-il. On écoute François MOLINS. FRANÇOIS MOLINS, PROCUREUR DE LA REPUBLIQUE – DOCUMENT BFMTV On court un risque majeur qui est celui de voir sortir de prison à l'issue de leur peine des gens qui ne seront pas du tout repentis, qui risquent même d'être encore plus endurcis compte tenu de leur séjour en prison. Donc il y a un véritable enjeu majeur. JEAN-MICHEL APHATIE Comment faire face à ce risque et comment gérer ce que François MOLINS appelle un enjeu majeur ? NICOLE BELLOUBET Si vous me permettez, monsieur APHATIE… JEAN-MICHEL APHATIE Je vous en prie, bien sûr. NICOLE BELLOUBET Je voudrais juste dire ma compassion avec nos amis belges. Il se trouve que j'ai beaucoup de liens avec des juristes, des juges constitutionnels belges et donc c'est quelque chose qui me touche toujours beaucoup. JEAN-MICHEL APHATIE Qui vous a touchée. NICOLE BELLOUBET Voilà, absolument. JEAN-MICHEL APHATIE Mais on peut le comprendre et on comprend bien que ce qui se passe en Belgique, et la frontière n'est pas du tout là quelque chose d'important, ça nous touche directement. NICOLE BELLOUBET Ce n'est pas une zone de séparation. Ça nous concerne directement. Pour répondre à votre question et en lien avec ce qu'a dit François MOLINS, évidemment on ne peut que partager ce que pense et ce que dit François MOLINS. Je pense toutefois que nous avons mis en place, disons, une série de moyens opérationnels qui nous permettent de penser que nous sommes en mesure de suivre ces personnes qui sortiront de détention. Je voudrais, peut-être y reviendrons-nous dans notre discussion, mais d'une part en détention, il y a un suivi particulier de ces personnes radicalisées. Juste je redis ici les chiffres. Vous savez qu'on compte à peu près cinq cents terroristes islamistes qui sont donc en détention et à peu près mille deux cents détenus radicalisés. JEAN-MICHEL APHATIE Des détenus de droit commun qui sont radicalisés, dont on pense… NICOLE BELLOUBET Soit des détenus de droit commun qui sont radicalisés, soit des détenus qui ont été incarcérés parce qu'on pensait qu'il y avait un phénomène de radicalisation. JEAN-MICHEL APHATIE D'accord. NICOLE BELLOUBET Bref, donc voilà les chiffres. C'est à peu près cinq cents et mille deux cents. Les quarante personnes dont on a fait part, qui sortiront dans les deux années à venir, sont des détenus radicalisés. Et je vous disais que d'une part ces personnes-là, lorsqu'elles sont en détention, elles sont suivies de manière soutenue. Si vous me le permettez, il y a juste deux choses que je voudrais dire. Lorsque ces personnes arrivent en détention, elles font l'objet d'une évaluation pour mesurer leur niveau de dangerosité. Bien sûr, nous ne sommes pas là dans une science exacte, nous sommes dans de l'humain. Mais malgré tout, durant plusieurs mois, quatre mois, ces personnes font l'objet d'une évaluation par des psychologues, des médecines, des éducateurs, et caetera. Donc on mesure leur degré de dangerosité. Ensuite, durant leur phase de détention, ils sont soit à l'isolement complet lorsqu'on estime que la dangerosité est suffisamment importante pour justifier l'isolement. Soit, et c'est ce que nous avons récemment décidé, ils sont répartis dans des établissements très sécurisés sur l'ensemble du pays - il y a soixante-dix-huit établissements qui ont été repérés – ils sont là, placés dans des quartiers que nous avons appelés des quartiers étanches, autrement dit dans une prison générale si je puis dire, mais dans des quartiers étanches. Et à l'intérieur de ce système-là, ils font l'objet d'un suivi. Nous avons expérimenté en effet depuis quelques années à Lille un processus de lutte contre l'engagement violent. JEAN-MICHEL APHATIE Ce qu'on a appelé la déradicalisation. NICOLE BELLOUBET La déradicalisation si vous voulez. JEAN-MICHEL APHATIE Qui paraît un terme aujourd'hui peu approprié. NICOLE BELLOUBET Peu approprié. JEAN-MICHEL APHATIE Parce qu'il est difficile de… NICOLE BELLOUBET Alors il y a les mots. Très bien, on peut ne pas être d'accord sur les mots. Il y a la chose c'est-à-dire la manière de lutter contre cela. L'expérience que nous avons à Lille et qui va donc être démultipliée, c'est là encore une prise en charge individuelle, avec un suivi pendant de longues semaines de ces détenus, et avec des éducateurs, des psychologues et puis d'autres personnels. Nous tentons de lutter contre cet engagement dans la violence. Les premiers résultats que nous avons semblent plutôt positifs, mais je suis extrêmement modeste, extrêmement modeste, et ça nous voulons le multiplier. JEAN-MICHEL APHATIE La difficulté à laquelle on est confronté évidemment, c'est que quelqu'un qui est entré dans cette logique extrémiste, s'il a terminé sa peine, dans quel état psychologique sort-il ? Quelle est sa relation à la radicalisation ? Avant de vous permettre de continuer, est-ce que je peux vous faire écouter le maire de Nice, particulièrement concerné par le terrorisme, Christian ESTROSI ? NICOLE BELLOUBET Bien sûr. JEAN-MICHEL APHATIE Il était l'invité de Gilles BORNSTEIN hier Franceinfo, la télé, et il expliquait que si on n'est pas sûr de l'absence de dangerosité de ce type de détenu, est-ce qu'il faut continuer à le maintenir en prison ? Ecoutez Christian ESTROSI. CHRISTIAN ESTROSI, MAIRE DE NICE, PRESIDENT DELEGUE DE LA REGION PACA A partir du moment où le procureur de la République de la lutte antiterroriste lui-même dit que c'est un risque majeur, que l'on apporte dans notre droit des moyens notamment à la décision administrative, au pouvoir administratif au Ministre de l'Intérieur dès lors qu'il est déterminé que c'est une personne extrêmement dangereuse de pouvoir continuer à le maintenir en rétention tant qu'il n'y aura pas de garantie absolue sur sa non-dangerosité. JEAN-MICHEL APHATIE Est-ce qu'on peut garder en prison quelqu'un qui a purgé sa peine si on pense qu'il est dangereux ? NICOLE BELLOUBET Je comprends, je veux dire, le sentiment que dit monsieur ESTROSI, mais nous sommes dans un Etat de droit. Une personne qui a été condamnée à une peine effectue sa peine. Et je dois d'ailleurs dire que les personnes condamnées pour terrorisme ne bénéficient pas de crédit de remise de peine, et caetera ; la loi l'interdit. Donc une personne qui a effectué sa peine, une fois qu'elle l'a terminée, il est contraire aux règles de L'Etat de droit de le maintenir en détention. JEAN-MICHEL APHATIE Même si l'on sait qu'il est dangereux ? NICOLE BELLOUBET Mais, et d'ailleurs François MOLINS l'a dit, lorsque nous avons un détenu terroriste qui doit sortir de prison, d'abord sa sortie dix-huit mois en amont est préparée, suivie par un juge antiterroriste vraiment qui va le suivre précisément. Les services de renseignement pénitentiaire qui font l'objet d'une montée en puissance très importante - nous avons actuellement plus de trois cents personnes qui sont dans les services de renseignement pénitentiaire ; ce chiffre va s'accroître parce que ce service de renseignement est devenu puissant, efficace et c'est reconnu comme l'un des tout premiers services de renseignement - le service de renseignement pénitentiaire suit ces personnes, préparent leur sortie - j'ai vu ces fiches - en remplissant des fiches extrêmement précises qui sont, au moment de la sortie, communiquées aux autres services de renseignement et notamment à la sécurité intérieure. Donc nous savons exactement ce que fait cette personne. Et lorsque cette personne est à l'extérieur, elle est prise en charge alors à la fois par les services qui sont chargés de son suivi. Cette personne peut faire l'objet de contrôles socio-judiciaires le cas échéant si elle est dans cette situation, et les services de renseignement intérieur ne la lâchent pas. Donc autant on ne peut pas maintenir en prison quelqu'un qui a terminé sa peine, autant nous sommes en mesure de le suivre de manière extrêmement étroite pour que, dès lors qu'il y a le moindre écart, il puisse être à nouveau judiciarisé. (…) JEAN-MICHEL APHATIE Sur ces détenus radicalisés en prison, encore une question Nicole BELLOUBET. Est-ce que les dispositions législatives suffisent ou est-ce que vous envisagez pour soutenir l'action de l'administration de ceux qui doivent éventuellement suivre ces personnes qui vont sortir de prison, est-ce que vous envisagez des mesures législatives nouvelles et particulières ? NICOLE BELLOUBET Si vous voulez, moi je trouve qu'on a un arsenal législatif qui est déjà extrêmement développé. Donc je ne suis pas certaine, au moment où nous parlons, qu'il faille le compléter à nouveau à chaque fois qu'il y a un attentat. Je pense qu'on est davantage dans une question d'efficacité opérationnelle. De ce point de vue-là, à la fois il y a des renforcements d'effectifs de policiers - le Premier ministre l'a confirmé à nouveau hier - sur le quinquennat. Dans la loi que je présenterai relative à la justice, que je présenterai à l'automne au Parlement, il y a également - c'est une loi de programmation - des moyens supplémentaires importants à la fois pour le renseignement pénitentiaire, mais aussi pour les personnels pénitentiaires. Puisqu'ils jouent un rôle, les personnels de surveillance notamment et les services d'insertion et de probation, jouent un rôle essentiel dans la prévention et dans le suivi des détenus terroristes. Donc je crois qu'on est plutôt dans la nécessaire articulation toujours à améliorer de l'ensemble de ces services entre le renseignement pénitentiaire, les autres renseignements. Je crois que les choses marchent déjà bien, il faut toujours chercher à améliorer. JEAN-MICHEL APHATIE Et il y a une chose que j'ai un peu de mal à comprendre. Un détenu sort, on sait qu'il est potentiellement dangereux. Mais s'il est libre, comment continuer à le surveiller ? Sur quelle base peut-on continuer à observer ce qu'il fait ? NICOLE BELLOUBET Vous savez, les services de renseignement ont des moyens extrêmement puissants qui permettent de savoir où sont les gens, et je le dis aussi… JEAN-MICHEL APHATIE Mais si on est libre, quelle est la légitimité de la surveillance ? Si on a purgé sa peine, quelle est la légitimité de la surveillance ? NICOLE BELLOUBET Les services de renseignement suivent des gens d'un point de vue administratif. Il y a, je le disais, également des services, des obligations parfois. Il y a un point dont nous n'avons pas parlé : il arrive qu'une personne sorte de prison et fasse l'objet d'un suivi socio-judiciaire. JEAN-MICHEL APHATIE Parce qu'il a été décidé. NICOLE BELLOUBET Parce que cela a été décidé par un juge. JEAN-MICHEL APHATIE Mais si ça n'a pas été décidé ? NICOLE BELLOUBET Oui. Dans ce cas-là, je vous le dis… JEAN-MICHEL APHATIE C'est les services de renseignement. NICOLE BELLOUBET C'est les services de renseignement qui travaillent. Mais le suivi socio-judiciaire est, je pense, un dispositif qu'on a mis en place qui s'appelle le dispositif RIVE, qui est porté à la fois par l'administration pénitentiaire et par des associations et qui permet vraiment également de contribuer puissamment au suivi et à la réinsertion. JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez bien conscience, Nicole BELLOUBET, du potentiel polémique si jamais un individu radicalisé sorti de prison commettait un acte de terrorisme. NICOLE BELLOUBET Mais j'en ai conscience, monsieur APHATIE. JEAN-MICHEL APHATIE La polémique serait terrible. NICOLE BELLOUBET J'en ai conscience. Ce je que je voudrais dire ici, bien sûr que j'ai conscience de cela. Ce que je voudrais dire ici, c'est que nous avons vraiment des maillons, aussi bien du point de vue de la loi que du point de vue des services de renseignement, extrêmement serrés et que c'est cela sur lequel nous travaillons. BRUCE TOUSSAINT Ce qui s'est passé hier en Belgique est assez significatif. Le vice-premier ministre belge, Didier REYNDERS, était notre invité tout à l'heure sur Franceinfo. Il pointait du doigt le profil particulier de cet assaillant qui finalement, disait-il, est à la frontière entre et la délinquance, le droit commun d'une certaine façon, et la radicalisation qui d'ailleurs à cette heure n'est pas encore formellement avérée. En tout cas, les conditions de cette radicalisation. Est-ce que c'est quelque chose qui vous inquiète, ce profil un peu particulier d'un homme qui était sorti treize fois précédemment pour des courtes périodes de prison ? NICOLE BELLOUBET Encore une fois, je ne sais pas si nous devons être dans l'inquiétude. Je suis plutôt dans l'action que dans l'inquiétude. Je suis lucide mais dans l'action plus que dans l'inquiétude. Et dans l'action, je me dis - pardonnez-moi, je me répète - que nous devons conjuguer plusieurs éléments : le renseignement pénitentiaire, le suivi par tous les services d'administration pénitentiaire et également les suivis de nature psychologique. C'est un point sur lequel là nous allons travailler avec ma collègue Agnès BUZYN. Non pas qu'il n'y ait rien, mais je pense qu'il faut vraiment densifier cet aspect-là qui est également important. Et donc, je pense que c'est la conjugaison et le croisement de tous ces suivis qui devrait nous permettre d'éviter ce type de difficultés et de drames. JEAN-MICHEL APHATIE Agnès BUZYN que vous avez citée est ministre de la Santé. NICOLE BELLOUBET De la santé, oui. JEAN-MICHEL APHATIE Une autre question est posée, alors elle est devant nous depuis quelques temps déjà. Ces personnes fichées, soit le fichier S, soit le fichier plus pointu… NICOLE BELLOUBET FSPRT. JEAN-MICHEL APHATIE FSPRT, fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste. Le président de la République a dit la semaine dernière - on va l'entendre - que peut-être il serait bon d'imaginer des procédures pour que ce fichier qui est aujourd'hui un fichier policier, un fichier administratif, soit communiqué pour partie aux maires dans les communes où pourraient habiter ces personnes qui y sont fichées. On écoute Emmanuel MACRON. EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE – PROPOS DU 22 MAI A L'ELYSEE Les personnes qui sont identifiées comme les plus à risque, qui sont dans ce qui s'appelle un fichier qu'on appelle FSPRT, ces personnes-là pour les plus sensibles, il est normal que le préfet ait maintenant de manière systématique et dans une charte qu'on va rendre transparente, un dialogue avec les maires pour pouvoir échanger. JEAN-MICHEL APHATIE Est-ce si normal que cela ? Et quelles procédures faut-il imaginer pour que les libertés publiques soient respectées des personnes qui sont dans un fichier administratif, qui ne le savent pas, si on leur nom est évoqué auprès des autorités municipales ? A quoi les expose-t-on exactement ? Ça pose beaucoup de questions tout de même. NICOLE BELLOUBET Oui. Je crois que vous avez bien posé les trois termes du problème, à la fois la protection des libertés ; en même temps l'efficacité des services de renseignement, parce que si la personne est au courant du fait qu'elle est suivie administrativement, elle risque de modifier son comportement ; et en même temps on comprend bien l'exigence parfois ou l'intérêt que les maires peuvent avoir à savoir qui dans leur commune, et caetera. Mais il ne faut pas évidemment que ce dialogue - j'insiste sur le terme : le président de la République a parlé de dialogue, il n'a pas parlé d'un accès direct, il a parlé d'un dialogue - il ne faut pas évidemment que ce dialogue contrevienne à l'exercice des libertés que nous devons également faire respecter. JEAN-MICHEL APHATIE Comment faire alors ? C'est compliqué. NICOLE BELLOUBET D'abord je voudrais dire qu'actuellement, l'accès à ces fichiers est autorisé à un certain nombre de personnes. Les préfets bien sûr, les services d'enquête, de renseignement et également certaines administrations. Vous savez, par exemple, que l'administration de l'éducation nationale peut avoir un accès à ces fichiers pour éviter évidemment d'employer des personnes qui seraient extrêmement dangereuses en contact avec les enfants. JEAN-MICHEL APHATIE Mais les élus n'y ont pas accès. NICOLE BELLOUBET Les élus n'y ont pas accès directement. JEAN-MICHEL APHATIE Et la question qui est posée, c'est celle-là. NICOLE BELLOUBET Absolument. JEAN-MICHEL APHATIE Vous seriez favorable ou pas ? NICOLE BELLOUBET A titre personnel, je ne suis pas favorable à ce que les élus aient un accès direct à ces fichiers. En revanche, on peut imaginer des procédures de dialogue avec les préfets qui sont détenteurs de la possibilité d'y accéder, et donc on peut imaginer un système qu'il convient d'élaborer. Je n'ai pas, au moment où je vous parle, la procédure telle qu'on pourrait la mettre en place. JEAN-MICHEL APHATIE Vous êtes associée à une réflexion sur ce sujet ? NICOLE BELLOUBET On va la lancer. JEAN-MICHEL APHATIE Parce que le président de la République ne cite que le ministre de l'Intérieur. NICOLE BELLOUBET Oui. Non mais ça, c'est vraiment… Bien sûr, je suis associée toujours à ce type de réflexion. JEAN-MICHEL APHATIE Parce qu'on peut s'étonner qu'il ne cite que le ministre de l'Intérieur. NICOLE BELLOUBET Alors, je ne m'en étonne pas du tout. JEAN-MICHEL APHATIE D'accord. NICOLE BELLOUBET Je pense qu'il est dans un dialogue, vous avez vu son discours. Ce n'est vraiment pas pensé au sens : « Je vais exclure. » BRUCE TOUSSAINT Donc si on comprend bien, il n'y aurait pas forcément un accès direct. C'est-à-dire que les maires ne recevraient pas eux-mêmes par exemple la liste mais pourraient éventuellement demander si dans leur commune… NICOLE BELLOUBET Soit demander, soit on pourrait imaginer un système d'information réciproque. C'est-à-dire que les préfets signalent l'existence, mais il faut que ça se fasse sous un certain nombre de conditions. BRUCE TOUSSAINT Mais à quelle échéance ? Parce que là… NICOLE BELLOUBET A quelle échéance ça pourrait se faire ? BRUCE TOUSSAINT Cette décision pourrait se faire, se prendre dans quel délai ? NICOLE BELLOUBET Je ne sais pas. C'est une question d'organisation administrative. Ça peut être assez rapide. BRUCE TOUSSAINT Rapidement ? NICOLE BELLOUBET Oui. JEAN-MICHEL APHATIE Le président de la République disait que d'ici juillet, il serait bon qu'une procédure soit… NICOLE BELLOUBET Ça me semble tout à fait possible. C'est une procédure à mettre en place, donc ça ne me semble pas extrêmement complexe… JEAN-MICHEL APHATIE A laquelle, vous le dites, vous serez associée. NICOLE BELLOUBET Oui. Il faut veiller absolument à ce que la vie des individus en question ne soit pas paralysée. Je rappelle que ce sont des personnes qui sont suives administrativement. Ce ne sont pas des personnes qui ont commis des actes répréhensibles. Elles sont suivies administrativement parce qu'on s'interroge. Nous ne sommes pas dans un système de délation qu'il faudrait… JEAN-MICHEL APHATIE Parce qu'il y a à la fois la présomption d'innocence à préserver et il y a le risque de les désigner à la vindicte publique sans savoir ce qu'on leur reproche. NICOLE BELLOUBET Absolument, oui. Je crois qu'il y a eu des expériences conduites en Grande-Bretagne sur ce sujet et qui ne se sont d'ailleurs pas révélées extrêmement fructueuses d'après ce que j'ai cru. Donc il faut vraiment être très attentif à cela. En revanche, il ne me semble pas anormal que les premiers magistrats d'une commune disposent d'un certain nombre de renseignements. JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez évoqué, Nicole BELLOUBET, le projet de loi que vous présenterez à l'automne au Parlement sur la modernisation et la rénovation de la justice. En quelques mots, vous avez abandonné l'idée du Parquet national antiterroriste, pourquoi ? NICOLE BELLOUBET Ah non, je ne l'ai pas abandonné. JEAN-MICHEL APHATIE Ah ? NICOLE BELLOUBET Non non, je ne l'ai pas abandonné du tout. JEAN-MICHEL APHATIE Ce n'est pas dans le projet de loi tel que vous l'avez présenté en avril. NICOLE BELLOUBET Non, parce que, mais j'avais eu l'occasion de le dire, le Conseil d'Etat a fait quelques observations sur ce que nous avions proposé, ce qui nous a conduits à reprendre la réflexion, mais je n'ai absolument pas abandonné cela. JEAN-MICHEL APHATIE Et il sera présenté dans le projet de loi à l'automne ? NICOLE BELLOUBET Ça n'est pas exclu, si ce n'est pas dans le projet de loi, ce sera dans un texte voisin, mais on n'a absolument pas abandonné cette idée, encore une fois parce que je crois que la lutte contre le terrorisme, vraiment nécessite une concentration puissant des efforts. Vous savez que le travail absolument remarquable que fait François MOLINS, ne lui ôte pas la charge Parquet de Paris, qu'il a par ailleurs, nous avons pensé qu'avoir un Parquet exclusivement consacré à l'antiterrorisme serait peut-être plus pertinent. JEAN-MICHEL APHATIE Et c'est toujours donc votre intention… NICOLE BELLOUBET Absolument, oui oui, absolument. JEAN-MICHEL APHATIE Et on verra comment elle se concrétisera. Vous êtes gardienne des libertés publiques, Nicole BELLOUBET… NICOLE BELLOUBET Ah, je crois, oui. JEAN-MICHEL APHATIE Alors je voulais vous soumettre cette déclaration qui a étonné beaucoup de monde, elle est signée Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur, c'était samedi dernier. GERARD COLLOMB, MINISTRE DE L'INTERIEUR – SOURCE BFMTV Si on veut garder demain le droit de manifester, qui est une liberté fondamentale, il faut que les personnes qui veulent exprimer leur opinion, puissent aussi s'opposer aux casseurs, et ne pas, par leur passivité, être d'un certain point de vue, complices de ce qui se passe. JEAN-MICHEL APHATIE La passivité de manifestants les rend-elle complices des casseurs, Nicole BELLOUBET ? C'est presque une question de droit public. NICOLE BELLOUBET C'est une question de liberté, effectivement. JEAN-MICHEL APHATIE Que l'on pourrait poser à des étudiants de je ne sais quelle année d'étude de… NICOLE BELLOUBET Je trouve que la difficulté à laquelle nous nous heurtons lors de manifestations publiques de cette nature, pour pouvoir sanctionner les personnes qui ont commis des actes répréhensibles, c'est une difficulté probatoire, il faut absolument que nous puissions apporter la preuve, et vous savez évidemment à quel point c'est difficile d'apporter ces preuves, parce que les forces de l'ordre, quand elles sont dans l'interpellation ou dans l'acte d'empêcher que se commettent de tels délits, ne sont pas toujours dans le recueil de la preuve, donc évidemment, cela rend les choses tout à fait difficiles et c'est ça la liberté. JEAN-MICHEL APHATIE Mais cous ne répondez pas à ce qu'ai dit le ministre de l'Intérieur qui dit : si les manifestants sont passifs, ils sont complices des casseurs. NICOLE BELLOUBET Ce n'est pas le mot que j'aurais employé, je n'emploierai pas le mot complicité, parce que, encore une fois, moi je pense que ce qui importe c'est vraiment de pouvoir recueillir des preuves. Donc je n'emploierai pas le mot complicité. JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez sursauté en en entendant parler comme ça ? NICOLE BELLOUBET Je n'emploierai pas le mot complicité. JEAN-MICHEL APHATIE Vous avez sursauté. NICOLE BELLOUBET Vous savez, je pense que dans un dans une interview, il est toujours possible d'avoir un mot qui ne soit pas exactement conforme à ce qu'exigent les règles de droit et je n'en tiens évidemment pas rigueur au ministre de l'Intérieur. JEAN-MICHEL APHATIE Vous en avez parlé ? NICOLE BELLOUBET Non, parce que je n'ai pas dû me revoir depuis. NICOLE BELLOUBET « Si on veut garder le droit de manifester », incroyable d'entendre un ministre de l'Intérieur dire « si on veut le garder », bien sûr qu'on veut le garder. NICOLE BELLOUBET Non mais, le droit de manifester, il est dans la Constitution… JEAN-MICHEL APHATIE Donc on veut le garder. NICOLE BELLOUBET Il est même dans notre Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont il n'y a vraiment aucune… JEAN-MICHEL APHATIE Il y avait plusieurs raisons de sursauter en l'entendant, vous en convenez. NICOLE BELLOUBET Non mais si vous voulez me faire dire que je m'oppose à mon collègue Gérard COLLOMB je ne le dirai pas. BRUCE TOUSSAINT Non, mais vous pouvez être surprise… JEAN-MICHEL APHATIE Et sursauter. NICOLE BELLOUBET Je défends les libertés publiques, clairement. Je dis que le droit de manifester, il est dans la Constitution. Je dis qu'on ne peut pas utiliser le mot complicité, forcément, il n'a pas nécessairement été utilisé dans la conformité aux exigences juridiques, pour autant je sais la difficulté d'une interview telles qu'elles peuvent être faites. BRUCE TOUSSAINT Oh, il connaît bien la difficulté d'interview, Gérard COLLOMB. NICOLE BELLOUBET Mais vous aussi. JEAN-MICHEL APHATIE Et vous aussi, et là en plus il n'avait pas des questions très méchantes, il est vraiment parti tout seul sur ce terrain. Deux questions d'actualité, rapidement, Nicole BELLOUBET… NICOLE BELLOUBET Vous savez, nous travaillons beaucoup, avec COLLOMB, voyez par exemple l'histoire du fichier S qui s'était évadé lors de son extraction médicale à Brest, qui vient d'être récupéré… JEAN-MICHEL APHATIE A la frontière espagnole. NICOLE BELLOUBET ... c'est évidemment un travail avec les forces de l'ordre, et c'est essentiel et je trouve d'ailleurs dans le projet de loi que je porterai, le travail qui a été fait avec les forces de l'ordre sur l'aspect enquête, est également extrêmement important pour la sécurité des Français et donc on n'est pas dans l'opposition, on est dans la complémentarité, mais dans le respect de nos compétences. JEAN-MICHEL APHATIE Eric WOERTH a été mis en examen dans le financement libyens supposé de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas SARKOZY, peut-il rester, c'est une question d'éthique, président de la Commission des Finances, d'après vous, Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Vous savez, ça m'est très difficile de prendre une position sur ce sujet-là. Pour deux raisons. D'abord il y a une enquête judiciaire, donc moi je n'interviens pas du tout, et d'autre part, je respecte l'autonomie des assemblées et ce n'est certainement pas à un membre du gouvernement de dire c'est que l'Assemblée doit décider. JEAN-MICHEL APHATIE Deuxième question. Jean-Luc MELENCHON sera questionné par des policiers spécialisés sur le financement de sa campagne électorale, certaines dépenses poseraient problème. Il s'étonne, beaucoup de gens s'étonnent qu'Emmanuel MACRON ne le soit pas aussi, puisque des ristournes ont été opérées par une société GL EVENTS à la campagne d'Emmanuel MACRON, ce qui contredit est formellement l'article L52.8 code électoral. Les entreprises ne peuvent pas financer les campagnes électorales. Que fait le Parquet national financier, Nicole BELLOUBET ? NICOLE BELLOUBET Ecoutez, il y a sur le contrôle des comptes de campagne, des dispositions extrêmement drastiques, des contrôles qui sont effectués par des commissions ad hoc, ces contrôles ont été… JEAN-MICHEL APHATIE Mais pourquoi le Parquet national financier ne s'interroge pas sur… NICOLE BELLOUBET Ces contrôles ont été faits… JEAN-MICHEL APHATIE Des cadeaux de GL EVENTS. NICOLE BELLOUBET Non mais le Parquet national financier est aussi, évidemment prend en compte ce qu'ont dit les organisations indépendantes. JEAN-MICHEL APHATIE Deux poids, deux mesures ? NICOLE BELLOUBET Mais il n'y a pas deux poids, deux mesures, il y a un contrôle qui est fait par des commissions tout à fait indépendantes, qui contrôlent les comptes de campagne, lorsque celles-ci relèvent des irrégularités, elles passent ensuite, y compris au Conseil constitutionnel, je crois que tous les contrôles ont été effectués. BRUCE TOUSSAINT Merci beaucoup Nicole BELLOUBET, très bonne journée. NICOLE BELLOUBET Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/645.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/645.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..92c56a16b4c6d90139f2eebe960b0ab905eccb9d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/645.txt @@ -0,0 +1 @@ +PASCAL TOTH Comment éviter qu'un détenu qui sort de prison ne récidive ? Comment les collectivités peuvent-elles lutter contre la radicalisation ? Ces questions sont au coeur d'un colloque intitulé Prévention de la récidive et de la radicalisation qui se déroule toute la journée au siège du conseil des Hauts-de-France à Lille, en présence de la Ministre de la Justice, Nicole BELLOUBET, qui est l'invitée de France Bleu Nord ce matin et elle répond à vos questions, Stéphane BARBEREAU. STEPHANE BARBEREAU Bonjour Nicole BELLOUBET. NICOLE BELLOUBET Bonjour monsieur. STEPHANE BARBEREAU En début de semaine, le procureur de la République de Paris, François MOLINS, à la tête du parquet antiterroriste, faisait part de ses craintes. Selon lui d'ici deux ans, une quarantaine de détenus condamnés pour radicalisation devraient être libérés. Faut-il revoir notre législation pour empêcher la sortie de personnes dont on sait apparemment qu'elles n'auraient pas modifié potentiellement leur idéologie ? NICOLE BELLOUBET Ecoutez, il me semble que nous disposons d'un arsenal législatif pour lutter contre le terrorisme qui est assez puissant. Alors on peut toujours réfléchir à des améliorations mais je crois vraiment qu'on a une palette de mesures qui est assez puissante. Sur la prise en charge des personnes dont vous parlez, sur lesquelles il faut évidemment que nous soyons d'une vigilance extrême, nous avons des dispositifs vraiment de surveillance qui sont extrêmement importants. Il y a actuellement un renseignement pénitentiaire qui suit ces personnes en détention et qui, une fois qu'elles seront sorties, donnera les éléments nécessaires pour que les services de renseignement intérieur puissent prendre le relais d'une part. D'autre part, ces personnes-là pourront également, le cas échéant, faire l'objet de mesures de suivi socio-judiciaire qui les obligera, qui les contraindra, à nous dire exactement où elles se situent et donner d'autres renseignements. Donc il y a des dispositifs de suivi qui, me semble-t-il, nous permettent de ne pas les perdre de vue et d'éviter évidemment qu'un incident grave se produise. STEPHANE BARBEREAU Mais est-ce que ces craintes formulées par un magistrat qui est important finalement ça ne signe pas l'échec d'unités dédiées à la lutte contre la radicalisation comme il y en a ici à Lille Annoeullin ? NICOLE BELLOUBET Non, je ne crois pas. Ce que dit le procureur MOLINS, c'est évidemment qu'il faut que nos efforts de vigilance soient concentrés sur les gens qui vont sortir. Mais pour autant, cela ne signifie pas que tous les dispositifs que nous avons mis en place, qui visent à lutter contre la radicalisation comme l'on dit maintenant, que tous ces dispositifs soient inutiles et inefficaces. A Lille où je me suis rendue, à Lille Annoeullin où je me suis rendue il n'y a pas très longtemps, on voit bien que les modalités de prise en charge de ces détenus qui sont là pour des faits de terrorisme, les modalités de prise en charge conduisent dans un certain nombre de cas à des évolutions très positives de la part de ces personnes. Donc je ne pense pas que cette observation signe l'échec de ces dispositifs. Je crois qu'il faut des éléments et des dispositifs complémentaires qui nous permettent vraiment de prendre en charge ces détenus. STEPHANE BARBEREAU Les maires doivent-ils avoir accès aux fichiers des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste ? Le président de la République parle d'un dialogue possible avec les maires. Est-ce que vous partagez cette idée ? NICOLE BELLOUBET Oui. Je crois que c'est quelque chose que nous pouvons envisager. D'abord, il faut dire les choses telles qu'elles sont aujourd'hui. L'accès au fichier S est déjà partagé par un nombre relativement important de personnes puisqu'évidemment les préfets, les services de police, d'enquête y ayant accès. Certaines administrations également, je pense à l'administration de l'éducation nationale qui évidemment en raison de son objet même, du contact avec les enfants, a un accès direct à ces fichiers. La question des maires est une question qui mérite beaucoup de… Enfin, de l'accès des maires à ces fichiers mérite beaucoup de doigté puisqu'évidemment il faut éviter qu'il y ait, comment dirais-je, des formes de mise à l'écart d'un certain nombre de personnes qui sont simplement l'objet d'une mesure de surveillance administrative, alors qu'on n'a rien à leur reprocher. Donc, il faut éviter cela, nous devons être extrêmement vigilants. Mais je crois que, dans le cadre d'une procédure qui serait très précise avec des règles éthiques qui préservent les libertés publiques, on peut y réfléchir. STEPHANE BARBEREAU On quitte le domaine terroriste pour évoquer le risque de récidive dans le domaine pénal en général, Nicole BELLOUBET, et puis l'émotion suscitée par le viol et le meurtre d'Angélique SIX il y a un mois, cette jeune fille de treize ans. Ça s'était passé près de Lille, à Wambrechies. Le meurtrier présumé avait déjà été condamné il y a vingt-deux ans pour viol et agression sexuelle. Est-ce qu'il y a eu une défaillance de l'institution judiciaire dans le suivi de cet homme ? NICOLE BELLOUBET Non, je ne le pense pas. Enfin, je ne le pense pas : juridiquement parlant, j'affirme que non puisqu'il était inscrit au fichier des auteurs d'infraction sexuelle et pour cela, il se soumettait aux obligations qui y sont liées, notamment de déclarer son lieu de résidence. Il avait purgé sa peine depuis longtemps. En revanche, il n'avait pas de suivi socio-judiciaire, tout simplement parce que ce suivi socio-judiciaire qui existe aujourd'hui a été mis en place après que cette personne ait commis ce premier crime. Et donc, si vous voulez, il n'était pas soumis comme ça serait le cas aujourd'hui à un suivi socio-judiciaire. Aujourd'hui, il est certain que les délinquants, les criminels sexuels de ce type-là, s'ils sortent de prison ils ont la plupart du temps un suivi socio-judiciaire. A la fois par des mesures de suivi évidemment administratif mais également des injonctions de soins qui peuvent être données par un juge et prescrites par un médecin. STEPHANE BARBEREAU Là aussi, certains maires demandent à avoir accès à ce fichier des délinquants sexuels. Est-ce que vous y êtes favorable ? NICOLE BELLOUBET Je crois vraiment qu'il faut être très, très attentif à ce que nous faisons en matière d'accès à des fichiers. Je crois que ce que le président de la République a dit à propos du fichier S, vraiment mérite d'être travaillé. Que c'est peut-être une réflexion un peu plus large qui doit s'ouvrir, mais il faut être vigilant. Vous savez, en Grande-Bretagne, il y a eu, je crois – ça demande à être vérifié – mais je crois qu'il y a eu un accès assez large à des fichiers de cette nature-là et ça a donné des résultats qui ne sont pas, je crois, extrêmement positifs. Et donc, il me semble que cela suppose notre vigilance. STEPHANE BARBEREAU Parce qu'il y a eu des dérapages ? NICOLE BELLOUBET Oui, il y a eu des dérapages bien sûr. STEPHANE BARBEREAU Donc vous n'y êtes pas favorable ? NICOLE BELLOUBET Si vous voulez, je suis là-dessus plus réticente. STEPHANE BARBEREAU Merci, Nicole BELLOUBET. Vous serez donc tout à l'heure à neuf heures à l'hôtel de région à Lille pour ce colloque consacré à la prévention de la récidive et des radicalisations. Bonne journée à vous. NICOLE BELLOUBET Merci monsieur. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/646.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/646.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2ae199df07f4a68d8afd1852b5d5acf6a2742565 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/646.txt @@ -0,0 +1 @@ +Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard. FRANCE. Ministre de l'intérieur Circonstances : Madame la Ministre, chère Sophie Cluzel Monsieur le Président du conseil français du culte musulman, Monsieur le Recteur de la Grande mosquée de Paris, Messieurs les présidents d'honneur, vice-présidents et dirigeants du CFCM, Messieurs les représentants des conseils régionaux du culte musulman, Messieurs les Préfets, Mesdames et messieurs les représentants des cultes, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs, L'hospitalité musulmane est à nulle autre pareille. Et la République française ne saurait la refuser ou l'oublier. L'année dernière, le Président de la République avait tenu à participer à la rupture du jeûne organisée par le CFCM. Cette année, ce devait être le Premier ministre qui devait s'exprimer devant vous. Il est en ce moment retenu avec le Président de la République. Mais il m'a promis qu'il serait des nôtres dans la soirée. J'espère donc que vous ne serez pas totalement déçus que ce soit le Ministre des Cultes qui soit présent ce soir. Sachez en tout cas qu'au-delà des fonctions officielles, vous avez avec vous, un ami de la communauté musulmane qui, dans ses fonctions précédentes, n'a jamais manqué de célébrer un iftar. C'est pourquoi je suis extrêmement heureux d'être avec vous. Pour un moment que je sais toujours de dialogue pour évoquer le présent, mais aussi pour envisager l'avenir. Ces instants sont toujours sont pour vous particulier où après l'élévation spirituelle que représente le jeûne, vous vous retrouvez en famille, entre amis, dans une convivialité toujours ouverte à l'autre, et notamment à l'étranger qui, frappant à votre porte, trouvera toujours une place offerte. Mesdames et Messieurs, Je voudrais ce soir débuter mon propos en rappelant que la priorité de notre Gouvernement – mais en cela il s'inscrit dans la longue tradition républicaine – c'est de permettre que, dans notre pays, chacun puisse vivre sa foi, pratiquer un culte ou n'en suivre aucun. En cela, vous le savez, nous nous revendiquons de l'héritage d'Aristide Briand qui, rapporteur de la loi de 1905, définissait cette loi non comme une loi de fermeture à toute spiritualité mais comme une loi de liberté. Une liberté qui doit pouvoir s'exercer pour tous, et en particulier pour les musulmans de France. C'est comme cela que nous comprendrons toujours la laïcité, non comme une volonté de négation des différentes spiritualités, mais comme la volonté de garantir à chacun une entière liberté de pensée. Cette conception là, comme Ministre de l'Intérieur, je ne cesserai de la promouvoir, avec la ferme conviction qu'elle est l'une des conditions de ce que nous sommes : la France ! Car l'identité française, c'est celle d'un peuple uni que nous voulons indivisible, dans la diversité des origines, des convictions ou des croyances que nous respectons pleinement et dans une égale reconnaissance. De ce point de vue, Le Gouvernement n'acceptera jamais ni les amalgames ni la stigmatisation d'une religion. Il n'acceptera jamais qu'on réduise l'islam à l'islamisme, ni a fortiori à ses manifestations les plus radicales ou les plus violentes. Les musulmans en sont aujourd'hui les premières victimes. Aussi, le CFCM n'a jamais fait défaut quand il s'est agi de condamner le terrorisme. Mais, Mesdames et Messieurs, aujourd'hui plus encore qu'hier, vous savez qu'il nous faut relever, ensemble, des défis décisifs. Il y a un an, presque jour pour jour, dans ce même cadre de fête et de convivialité, le Président de la République avait énoncé les quatre combats que l'État et les musulmans de France doivent mener conjointement : - un combat contre la diffusion du fanatisme, contre ceux qui pervertissent le message de l'islam. - un combat contre le repli identitaire qui favorise une forme de ségrégation au sein de la République. - un combat pour la formation des imams et des acteurs religieux. - enfin, le défi de l'organisation du culte et de la représentativité institutionnelle que l'État doit aujourd'hui aider à relever. Depuis un an, quelques sujets ont avancé. Mais il faut reconnaître que si l'on veut lutter contre l'extrémisme, mieux structurer l'islam de France, il nous reste encore beaucoup de chemin à faire. Commençons par les avancées : la prévention de la radicalisation. Le Gouvernement s'est donné une feuille de route structurée grâce au plan de mobilisation « prévenir pour protéger » présenté par le Premier ministre le 23 février dernier. L'État agit ainsi. Mais au-delà de l'État, la mobilisation ne peut réussir qu'avec le concours de la société civile, qui doit porter un discours fort, attractif et alternatif aux messages de fermeture et de repli. Et je voudrais saluer les voix de celles et ceux qui, parmi nos compatriotes musulmans, se mobilisent pour disqualifier l'idée d'un Islam en rupture voire en conflit avec la République, l'idée d'une foi et d'une pratique qui conduiraient nécessairement à la sécession. Je le dis très clairement, nous ne pouvons pas, ni vous, ni moi, accepter l'idée que les Français musulmans seraient condamnés à une forme d'exil intérieur, l'idée qu'ils constituent une communauté distincte au lieu d'être des membres à part entière de la communauté nationale. C'est donc, c'est à vous d'abord qu'il appartient de mener ce combat, sur le terrain théologique terrain que vous seuls pouvez investir. Et il faut aller encore plus loin si nous voulons que ce discours d'un Islam pleinement républicain soit audible et efficace. Car les thèses du repli sont puissamment relayées sur Internet et sur les réseaux sociaux. C'est notre devoir, c'est votre devoir, d'empêcher qu'elles ne s'imposent comme la référence dominante. Car elles ne représentent pas l'islam, elles le nient. Un autre enjeu décisif concerne la formation des imams et des cadres religieux. Nous voulons que les musulmans de France soient pleinement en charge de l'Islam dans notre pays. Mais cela ne peut être le cas, que si de plus en plus d'imams sont formés sur notre sol, s'ils connaissent le fonctionnement de la société française, respectent ce qui fonde nos valeurs. Nous avons donc mis en place, dans les universités publiques, des diplômes universitaires aux valeurs civiles et civiques. Ils sont obligatoires pour les aumôniers de toutes confessions. Nous avons aussi encouragé la mise au point de parcours complets de formation, reposant sur un partenariat entre l'université publique, qui peut proposer la formation profane, et des instituts théologiques privés, à qui revient nécessairement la formation religieuse. Il vous appartient de vous approprier cette dynamique, qui est aussi un état d'esprit, en créant de nouveaux partenariats, en imaginant et en validant leur organisation et le contenu des formations. Mais aussi - et c'est essentiel - en incitant les imams et les cadres religieux à suivre effectivement ces cursus : c'est d'ailleurs ce que prévoyait le projet de « charte de l'imam » à un moment donné envisagé par le CFCM. Le sujet de la formation soulève bien évidemment celui du financement du culte. Là encore, si nous voulons que l'islam de France soit réellement administré par les musulmans de France, il lui faut un financement autonome, des ressources propres. Comme l'a souligné le Président de la République il y a un an : les financements existent. Je pense à l'organisation des pèlerinages, à l'aumône rituelle ou encore au halal. La difficulté aujourd'hui est qu'ils ne reviennent pas tous au culte musulman et notamment à ceux qui, en son sein, promeuvent un Islam pleinement ancré dans la République. De même, l'organisation et la structuration du culte restent en suspens. Dans un an, se profile le nouveau rendez-vous électoral du CFCM. D'ici-là, des questions importantes devront être tranchées : - celle de la représentativité, que les musulmans de France posent très légitimement ; - celle de la bonne articulation entre les structures d'administration du culte et les figures porteuses de l'autorité religieuse. Ces questions, c'est aux musulmans de France de les prendre en charge dans la durée. Mais l'État, qui a contribué depuis l'origine à la mise en place du CFCM, ne peut s'en désintéresser. Entendons-nous bien, Mesdames et Messieurs, à aucun moment, il ne s'agit là pour le Gouvernement d'imposer ses vues, ses solutions. Mais les enjeux sont aujourd'hui trop importants pour que l'État s'en désintéresse. Oui, sur tous ces sujets, nous devons progresser ensemble. En 2016, l'un de mes prédécesseur Bernard Cazeneuve, avait organisé une « journée de consultations sur l'islam de France ». Je pense que c'était là une initiative positive. C'est pourquoi, pour avancer, l'État souhaite continuer à agir dans une méthode fondée sur l'écoute et sur la concertation avec les acteurs de terrain. Dans les semaines à venir, nous voudrions donc que, dans chaque département puisse se tenir avec tous ceux - religieux comme membre de la société civile qui sont dans leur ville, dans leur quartier, les visages de l'Islam en France, une grande concertation où seraient posées les principales questions qui sont devant nous : Quelle bonne organisation des instances d'administration du culte et des instances religieuses ? Quel statut pour les imams et les différents cadres religieux ? Quels parcours de formation, quel mode de rémunération ? Je sais que vous-même, Monsieur le Président du CFCM, vous réfléchissez à un tel dispositif - et le Gouvernement y sera évidemment très attentif. Mais nous pensons qu'il nous appartient de redonner une impulsion. Qu'il est temps qu'en partant de la base, du terrain, on puisse faire converger des propositions, à partir desquelles le Président de la République serait en mesure de prendre des initiatives fortes. Aucune piste de réflexion ne doit être exclue a priori. Voilà, Mesdames et Messieurs, les quelques pensées que je souhaitais partager avec vous. Ce sont les pensées d'un ami qui est là dans une volonté d'ouverture et d'écoute, mais aussi d'un Ministre d'un Gouvernement qui pense profondément qu'il faut tout faire pour que, dans l'esprit de nos concitoyens, l'Islam ne soit pas défiguré par des idéologies qui n'en sont que le dévoiement. Oui, l'Islam a joué et jouera toujours un grand rôle dans la construction d'une pensée moderne. C'est le grand historien britannique Montgomery Watt qui écrivait – je cite - « quand on se rend compte de toute l'étendue des domaines que les musulmans embrassèrent dans leurs expérimentations scientifiques, leurs pensées et leurs écrits, on voit que, sans eux, la science et la philosophie européennes ne se seraient pas développées comme elles l'ont fait ». Eh bien, ce qu'il nous appartient d'écrire aujourd'hui ensemble, c'est la suite de cette grande Histoire. Oui, il nous faut faire briller à nouveau dans notre pays, cet Islam de la connaissance, cet Islam des Lumières. Notre pays qui a toujours porté dans sa tradition nationale une vocation universaliste peut-être un lieu privilégié de son développement. Cela dépend en partie de l'État – et vous trouverez toujours ce Gouvernement à vos côtés pour vous accompagner dans ce combat. Mais cela dépend surtout de vous tous les engagés de confession musulmane, vous qui voulez concourir à construire dans notre pays une société toujours plus apaisée, toujours plus unie. Vous avez, dans les mois et les années qui viennent à venir, le pouvoir de transformer les choses. Je compte sur votre engagement, au service de votre religion, et aussi au service de la France. Car je sais que l'une comme l'autre sont profondément ancrées dans votre coeur. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/647.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/647.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..64500350cb3c4e2729a4f1f578ac217883941764 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/647.txt @@ -0,0 +1 @@ +NICOLAS DEMORAND L'invité du Grand entretien de la matinale aujourd'hui la garde des Sceaux, ministre de la Justice, les questions de Léa SALAME, intervenez au 01.45.24.7000 sur les réseaux sociaux et l'application France inter. Bonjour Nicole BELLOUBET… NICOLE BELLOUBET Bonjour. NICOLAS DEMORAND Merci d'être à notre micro ce matin. Le président de la République a donc réagi à la crise des migrants de « l'Aquarius » rejetés par l'Italie, par Malte, finalement accueillis par l'Espagne : « cynisme et irresponsabilité italienne, a dit Emmanuel MACRON, la France faisant valoir que le droit était de son côté et que l'Italie en l'espèce ne l'avait pas respecté », mais est-ce d'après vous une question de droit maritime dont il est question ici ou de morale élémentaire face à une crise humanitaire ? NICOLE BELLOUBET Je crois que la réponse est double, c'est-à-dire qu'il y a une question humanitaire, c'est évident il y a ces gens qui ont risqué ce que nous savons pour effectuer cette traversée avec des objectifs qui peuvent parfois paraître illusoires mais qui pour eux sont essentiels, donc il y a une question humanitaire, cette question humanitaire l'Espagne y a apporté la réponse que nous savons et… NICOLAS DEMORAND Pourquoi pas la France ? NICOLE BELLOUBET L'Espagne a apporté la réponse que nous savons. Pourquoi pas la France ? Au nom d'une règle de droit maritime qui est celle qui a été évoquée tout à l'heure, c'est-à-dire qu'en mer vous connaissez parce qu'on l'a dit fréquemment c'est le port sûr le plus proche qui doit répondre, l'Italie s'étant désistée il est vrai que l'Espagne apparaît la plus proche, hormis la Corse. NICOLAS DEMORAND Mais enfin les cartes ne disent pas ça. NICOLE BELLOUBET Hormis la carte. NICOLAS DEMORAND Voilà ! Hormis la Corse qui est… NICOLE BELLOUBET Hormis la Corse. Non, non, la Corse étant en France, donc… NICOLAS DEMORAND Voilà ! La Corse qui est quand même… NICOLE BELLOUBET La Corse est en France... NICOLAS DEMORAND Oui, oui. NICOLE BELLOUBET La Corse est en France mais la réponse de la Corse c'était une réponse simplement d'accueil, pas une réponse de traitement. NICOLAS DEMORAND Mais est-ce que ça n'aurait pas pu être… NICOLE BELLOUBET Je souhaiterais finir, s'il vous plaît Nicolas. NICOLAS DEMORAND Allez-y ! NICOLE BELLOUBET L'Espagne apporte une réponse qui est une réponse à la fois d'accueil et de traitement, la France a dit qu'elle serait aux côtés de l'Espagne pour prendre en charge ceux qui arrivent-là et qui pourraient bénéficier d'un asile en France. Donc, si vous voulez, la réponse à cette question c'est une réponse humanitaire à laquelle l'Espagne a apporté me semble-t-il une solution. NICOLAS DEMORAND Alors, je vous repose la question, pourquoi pas nous ? NICOLE BELLOUBET Mais ce n'est pas… NICOLAS DEMORAND « C'est l'Espagne qui porte haut les valeurs de l'Europe » a déclaré Hugues RENSON, La République En Marche, vice-président de l'Assemblée nationale. NICOLE BELLOUBET Mais pourquoi pas nous ? Pour la raison que je viens de vous dire, c'est-à-dire pour la raison juridique qui fait que c'était le port le plus proche. NICOLAS DEMORAND Oui, mais enfin sauf que ce n'est pas le cas ? NICOLE BELLOUBET Mais je pense que cette réponse humanitaire-là qu'a apportée l'Espagne, réponse au fond que nous allons accompagner, cette réponse-là elle n'est pas suffisante et il y a urgence, urgence absolue, à construire une réponse européenne, le président de la République s'est engagé à dialoguer à ce sujet avec nos partenaires allemands dès la semaine prochaine et au prochain conseil des ministres européens à remettre sur la table les propositions qui ont déjà été formulées par le président de la République il y a plus d'un an. L'Europe est fautive, et peut-être nous avec d'ailleurs, l'Europe est fautive de n'avoir pas su construire cette réponse qui est on ne peut pas laisser l'Italie je rejoins… NICOLAS DEMORAND Ce que disait Bernard GUETTA. NICOLE BELLOUBET Ce que dit Bernard GUETTA, on ne peut pas laisser l'Italie seule face à cette question-là, ce n'est pas acceptable. NICOLAS DEMORAND Mais pourquoi, Nicole BELLOUBET, 72 heures pour trouver cette position qui est de dire : « on respecte le droit maritime, merci l'Espagne » ? NICOLE BELLOUBET On respecte le droit maritime parce que logiquement vous le savez c'eut été à l'Italie de répondre, le président du Conseil italien et son ministre de l'Intérieur ont pris la position que vous savez, donc il a fallu réagir ensuite, c'est l'Espagne qui a répondu le plus immédiatement. NICOLAS DEMORAND Pourquoi ne pas dire, je ne sais pas, je vous pose la question, que la France a fait un choix politique qui est de ne pas mettre le doigt dans cette question pour éviter d'alimenter l’extrême droite ? NICOLE BELLOUBET La France réellement a fait le choix de solution de fond, cela fait plusieurs mois... alors moi j'entends ce que l'on peut dire et j'entends les réactions qu’on peut avoir sur la question humanitaire, il ne faut pas passer sous silence les réactions de fond que la France construit depuis plusieurs mois, ces réactions-là vous le savez elles sont de construire une vraie politique d'asile, d'aller dans les pays africains je pense notamment au Niger, je pense à d'autres endroits où la France va sur place chercher des personnes qui peuvent prétendre à obtenir le statut de réfugiés et qui ont ainsi..., qui peuvent venir en France en toute sécurité la France essaie de construire des politiques d'aide aux pays d'Afrique, la France lutte pour qu'on ait au sein de l'Europe une vraie politique aux frontières, etc., donc on essaie de construire des politiques de fond, je crois qu'il faut qu'on passe à la vitesse supérieure. NICOLAS DEMORAND Une dernière question sur ce chapitre. Nicole BELLOUBET vous êtes ministre de la Justice évidemment, mais vous êtes juriste, est-ce que les règles communes, le droit commun aux pays de l'Union n'est pas en train de se défaire, en train de reculer, je ne veux pas employer le mot de zone de non droit mais en tout cas désormais une zone d'affaiblissement du droit en Europe ? NICOLE BELLOUBET Je ne crois pas. Vous savez il me semble que l'Europe c'est vraiment construite par le droit, l'Europe est ce qu'elle est parce que le droit y a contribué, d'ailleurs les juges... enfin vraiment je crois que l'Europe… NICOLAS DEMORAND Oui, mais là l'Italie dit : « je fais ce que je veux ». NICOLE BELLOUBET Eh bien cela demande une reconstruction et c'est cette exigence d'extrême urgence à laquelle nous devons faire face, je ne perds pas espoir de ce point de vue-là vraiment. NICOLAS DEMORAND Dites-nous s'il y aura ou pas une loi Fake news, il n'y a pas de date qui a été arrêtée pour finir d'examiner la chose, il va y en avoir une ? Donnez-nous des faits-là ! NICOLE BELLOUBET Des faits vérifiables ? NICOLAS DEMORAND Oui, vérifiables voyez et non pas manipulés. NICOLE BELLOUBET Les faits vérifiables ce sont ceux qui ont été déposés devant le Parlement et qui… NICOLAS DEMORAND Mais il y a une date pour le retour ou pas de la loi devant le Parlement, non ? NICOLE BELLOUBET A ce stade je ne crois pas, mais vous le savez le Parlement actuellement est en train de construire son calendrier qui est extrêmement complexe, ce n'est pas une façon de ne pas vous répondre, je dis simplement que nous avons d'une part une multitude de textes de loi à examiner et d'autre part le projet de révision constitutionnelle qui vient s'intercaler et donc nous sommes actuellement et, donc, nous sommes actuellement devant un embouteillage – je crois que le mot est juste qui est lié à l'activité gouvernementale parlementaire et donc, de ce point de vue-là, nous avons des incertitudes sur le calendrier. Pour répondre à votre question, le projet de loi va revenir bien sûr… NICOLAS DEMORAND S'il ne peut pas donner ou si elle ne peut pas donner d'indication dans les cas particuliers le ou la garde des Sceaux peut donner des consignes générales - Jean-Jacques URVOAS votre prédécesseur avait mis l'accent sur la répression des violences intrafamiliales - n'était-il pas plus efficace sur la question de la manipulation de l'information de recommander aux procureurs de se servir de la loi de 1881 plutôt que dans faire une autre qui fait l'unanimité contre elle ? NICOLE BELLOUBET Ce qui a… NICOLAS DEMORAND Plus efficace, ma question est là. NICOLE BELLOUBET Sur l'efficacité ? NICOLAS DEMORAND Hum. NICOLE BELLOUBET Je tiens à dire que la loi qui a été proposée elle vise une période extrêmement restreinte n'est-ce pas, il s'agit des campagnes électorales - donc c'est un temps restreint et sur ce temps restreint, pour éviter les manipulations que l'on a pu constater aussi bien aux Etats-Unis qu'en France en fin de campagnes électorales présidentielles dernières on a pensé qu'il était opportun de donner aux juges le pouvoir d'agir rapidement en référé, en référé - c'est-à-dire pas au fond - pour suspendre des informations qui, par leur caractère massif, le trouble qu'il pouvait susciter, pouvaient je dirais dévoyer l'exercice de démocratie. NICOLAS DEMORAND Mais donner l'instruction aux procureurs, en leur disant : « loi de 1881, attention suivez-ça » non ? NICOLE BELLOUBET Mais l'idée était, suivre est une chose, l'idée était de permettre aux juges de suspendre la diffusion de ces informations manifestement erronées et si vous voulez ça ne nous a pas semblé complètement absurde au regard de ce qui s'était passé et au regard de ce que contient la loi de 1881 qui déjà comporte la notion de fausses informations, de fausses nouvelles. NICOLAS DEMORAND Avant de donner la parole à Léa SALAME, deux questions. Djamel BEGHAL… NICOLE BELLOUBET Et juste... Pardon ! Excusez-moi, j'ai l'esprit d'escalier, je suis comme ROUSSEAU-là, l'idée n'est pas évidemment de porter atteinte à la liberté d'expression, on distingue clairement les opinions personnelles, etc. l'idée c'est vraiment d'assurer la démocratie dans un moment singulier de son expression qui est la période électorale. NICOLAS DEMORAND Djamel BEGHAL, vétéran du Jihad en France, présenté comme le mentor des frères KOUACHI, est libérable d'ici au 5 août il est en prison en France va-t-il sortir de prison ? NICOLE BELLOUBET D'une part il va sortir de prison - sa peine sera terminée - et comme vous le savez nous souhaitons qu'il puisse retourner en Algérie, il a une interdiction de territoire français qui a été judiciairement prononcée, donc il doit repartir en Algérie, nous travaillons avec les Algériens… NICOLAS DEMORAND Ce n'est pas acquis-là ? NICOLE BELLOUBET Ce n'est pas acquis au moment où je vous parle, pour qu'ils accueillent BEGHAL qui n'a plus la nationalité française puisque je crois qu'il y a eu une déchéance de nationalité prononcée à son encontre… NICOLAS DEMORAND Si l'Algérie n'en veut, qu'est-ce qui se passe ? NICOLE BELLOUBET Il sera assigné à résidence. NICOLAS DEMORAND Donc, il sortira malgré tout de prison ? NICOLE BELLOUBET Il sera assigné à résidence, c'est-à-dire surveillé, assigné à résidence. NICOLAS DEMORAND Parce qu'il y a deux ans jour pour jour c'était l'attentat de Magnanville commis par un djihadiste qui était sorti de prison après avoir purgé sa peine et qui a pu commettre malgré tout un attentat, ce qui a dysfonctionné pour Magnanville fonctionnera-t-il pour Djamel BEGHAL ? NICOLE BELLOUBET Ce qui importe c'est que ces personnes-là soient sous une surveillance constante, donc, soit il repart en Algérie ce que nous souhaitons soit il sera assigné à résidence, c'est-à-dire sous une surveillance constante. NICOLAS DEMORAND La ministre de la Justice, garde des Sceaux, Nicole BELLOUBET, est l'invitée de France inter, 8 h 32, Léa SALAME. LEA SALAME Pardon de vous faire préciser Madame la Ministre, mais c'est vrai que c'est un sujet qui inquiète, il ne faut pas être irrationnel face à ça, mais Nicolas DEMORAND parlait de Djamel BEGHAL qui est considéré comme un des terroristes les plus dangereux, là vous êtes en train de nous dire au micro que si l'Algérie ne l'accepte pas il reste assigné à résidence en France, il y a 450 détenus qui vont sortir bientôt de prison et vous vous dites : « on va mieux les surveiller », mais est-ce que c'est suffisant ? NICOLE BELLOUBET D'abord madame SALAME les personnes dont vous parlez ne sont pas du tout toutes du même niveau de dangerosité, il faut distinguer si vous me le permettez à minima deux catégories de personnes, d'une part les personnes qui ont été condamnées et incarcérées parce qu'elles sont reconnues comme étant des terroristes islamistes et, d'autre part, des personnes qui sont engagées dans une radicalisation qui peut-être de niveau extrêmement variable, donc nous avons une vingtaine de personnes qui vont sortir l'année prochaine cette année et l'année prochaine et qui sont considérées... enfin qui ont été condamnées pour terrorisme islamiste et elles, ces personnes-là, font l'objet d'un suivi extrêmement précis. LEA SALAME Ça veut dire quoi concrètement ? NICOLE BELLOUBET Concrètement cela veut dire, j'ai eu l'occasion de m'exprimer ainsi, il y a deux mots qui s'appliquent à ces personnes lorsque leur peine est exécutée, c'est l'anticipation et le suivi, l'anticipation au sens où avant qu'elles sortent de détention elles sont suivies soit par un juge d'application des peines, soit par les service de renseignements pénitentiaires, enfin pas soit d'ailleurs et par les services de renseignements pénitentiaires, qui pour chacune de ces personnes établit une fiche extrêmement précise - ce n'est pas sur un confetti - ce sont des notes de plusieurs pages qui sont ensuite transmises aux services qui les prennent en charge à la sortie et, donc, ça c'est pour les personnes… LEA SALAME Ce sera suffisant Madame la Ministre pour que, s'ils veulent commettre un attentat, ils puissent ne pas le faire ? NICOLE BELLOUBET Je crois que tout est mis en oeuvre, nous sommes vraiment arc-boutés sur le suivi de ces personnes, parce que notre volonté de protection de nos concitoyens est totale et je pense que la manière dont ils sont pris en charge avec la création récente - comme cela été annoncé - d'une cellule nationale qui pourra centraliser les renseignements autour des personnes les plus dangereuses je crois que c'est une réponse qui est efficace. LEA SALAME Deux trois questions d'actualité, si vous le voulez bien. L'ouverture ces dernières semaines d'établissements qui vendent des produits à base de cannabis vous préoccupe, doivent-elles être fermées, doivent-ils être fermés ces établissements ? NICOLE BELLOUBET Oui c'est une préoccupation, puisque la loi vous le savez n'autorise pas évidemment l'utilisation et l'usage de cannabis, donc oui c'est une préoccupation, il faut voir comment nous allons traiter ce sujet. LEA SALAME C'est-à-dire que vous allez fermer ces coffee-shop, notamment à Paris ? NICOLE BELLOUBET Je n'ai pas moi le pouvoir de les fermer, mais en tout cas je vais regarder ce qu'il faut faire avec mon collègue de l'Intérieur. LEA SALAME On en est où de la législation pour les consommateurs de cannabis, vous confirmez ce matin que ce sera une amende de 300 euros ? NICOLE BELLOUBET Je confirme que cela reste un délit, je confirme que ce délit sera sanctionné par une contravention de sorte qu'il y ait une façon à la fois plus simple d'organiser la répression mais en même temps plus efficace. LEA SALAME Un collectif signé par une grande partie des rédactions françaises - France Télévisions, Radio France, Le Point, L'Obs, Les Echos et plusieurs ONG et syndicats signe ce matin une lettre au président de la République pour qu'il revienne sur la loi Secret des affaires » qui sera définitivement votée demain, attaque sans précédent selon eux contre le droit d'informer, cette loi qui permettra aux entreprises de poursuivre quiconque révélera des informations qui ne lui plaisent pas, les lanceurs d'alerte seront systématiquement traînés en justice, les journalistes également… NICOLE BELLOUBET Pas du tout, absolument pas. LEA SALAME On ne pourra plus je vous dis ce que dit cette tribune on ne pourra plus révéler les scandales ou plus difficilement en tout cas comme le Mediator, les Panama papers ou le scandale UBS, une pétition a été signée par 550.000 personnes contre cette loi, pourquoi vous n'y revenez pas ? NICOLE BELLOUBET Nous n'y revenons pas parce que nous considérons que cette loi est une loi d'équilibre, c'est-à-dire qu'à la fois elle va protéger le secret des affaires pour les entreprises ce dont parfois elles ont besoin pour assurer leur développement - mais, en même temps, il y a des exceptions, des dérogations qui sont clairement exprimées autour des lanceurs d'alerte, autour des droits syndicaux, enfin pardon autour de la liberté des syndicats, etc. - donc il y a des exceptions qui sont clairement précisées et, en plus, cette loi introduit une sanction contre toute personne qui déclencherait abusivement un contentieux contre les lanceurs d'alerte, contre les journalistes, etc. Donc, nous protégeons par une amende qui sera inédite la liberté d'expression, nous protégeons aussi le secret des affaires, il me semble que ce texte est équilibré et j'avais eu d'ailleurs l’occasion de recevoir Reporters sans frontières qui comprenait cette logique, qui souhaitait juste que l'amende soit maintenue. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/648.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/648.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..6587ff63505fe0131149b4a3b15ae7570e6d5954 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/648.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame la préfète, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Monsieur le Président du conseil départemental, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Directeur général de la Gendarmerie nationale, Mesdames et Messieurs les officiers généraux, officiers, sous-officiers, gendarmes adjoints volontaires, d'active et de réserve Mesdames et messieurs les élèves-officiers, Mesdames et Messieurs les personnels civile de la gendarmerie nationale, Chère Madame Marielle Beltrame, Chère Madame Nicolle Beltrame, Mesdames, messieurs, Les cérémonies qui se déroulent ici, sur cette place d'armes de l'Ecole des Officiers de la Gendarmerie Nationale, sont toujours marquées du sceau de l'émotion. Emotion de celles et ceux qui rejoignent leur affectation au terme d'une formation exigeante, éprouvante, qui implique de nombreux sacrifices sur le plan personnel. Emotion des élèves de la promotion qui est officiellement baptisée et qui reçoit, des élèves-officiers de la promotion précédente, la garde du drapeau de l'école. Emotion, enfin, de toutes les familles et des proches qui éprouvent en ces moments solennels une légitime fierté. Mais cette année, l'émotion est encore plus vive qu'à l'accoutumée. Car les élèves de la 124e promotion d'officiers ont choisi comme parrain un homme qui a donné sa vie pour en sauver d'autres, un héros français : le colonel Arnaud Beltrame. Dans le monde entier, on a encore à l'esprit le geste de ce militaire hors normes. C'était à Trèbes, près de Carcassonne, le 23 mars 2018. Un terroriste qui avait déjà fait de plusieurs victimes, venait de prendre en otage plusieurs personnes dans un supermarché. Commandant adjoint du groupement de gendarmerie de l'Aude, Arnaud Beltrame fut le premier à arriver, avec ses hommes, sur les lieux. Faisant preuve de toutes les qualités que l'on attend d'un chef, d'un officier de gendarmerie, il prit personnellement le commandement des opérations, mit à l'abri des victimes, avant de se substituer à la dernière personne alors retenue en otage. Cet acte, d'une bravoure exceptionnelle, il le paya de sa vie. Antoine de Saint-Exupéry écrivait « Le don de soi, le risque, la fidélité jusqu'à la mort, voilà ce qui fait la noblesse de l'homme ». Ces mots correspondent à l'homme qu'était Arnaud Beltrame. En cet instant, j'ai une pensée particulière sa famille, pour ses proches, pour tous ses frères d'armes ici présents. Sachez que la Nation toute entière est à vos côtés et qu'elle vous exprime soutien et reconnaissance. Elèves de la 124e promotion des officiers de gendarmerie, je veux vous dire aujourd'hui que le choix du colonel Arnaud Beltrame comme éponyme vous oblige. Il vous oblige à porter haut les valeurs de générosité, de persévérance et d'abnégation qu'il a fait siennes jusqu'à son dernier souffle. Il vous oblige à cultiver sans cesse l'exigence, l'excellence, le dépassement de soi, qui ont animé le colonel Arnaud Beltrame tout au long de son parcours. Ce que la France attend de vous, ce n'est pas de vous hisser comme il l'a fait, au rang de héros. Mais d'être à la hauteur de l'engagement total dont il a fait preuve pour notre République. Le premier défi que vous aurez à relever, vous, élèves de la 124e promotion, comme vous, officiers de la promotion du général de division Artous, sera de lutter contre cette menace terrorisme qui a emporté Arnaud Beltrame. Pour la plupart, vous avez préparé votre concours d'entrée au moment même où notre pays était touché par une vague d'attentats sans précédent dans son Histoire. Vous avez donc une haute conscience du péril que toutes ces idéologies de haine, arbitraires et nihilistes, font peser sur notre société. Pour y faire face, vous le savez, notre Nation s'est organisée. Et la Gendarmerie nationale joue un rôle décisif pour intervenir en cas d'attentat, comme elle joue un rôle majeur pour prévenir la commission d'attaques sur notre sol. Mais dans les années à venir, celles qui marqueront vos premières années comme officier de gendarmerie, il nous faudra continuer à monter en puissance. Pour juguler une menace désormais endogène, issue d'individus qui, comme à Trèbes, comme dans le 2e arrondissement de Paris, se radicalisent de manière soudaine avant de passer à l'acte, nous avons besoin d'opérer, parmi les forces de sécurité intérieure, un changement profond de culture. Oui, c'est chaque gendarme qui, sur le terrain, doit se muer en « capteur » pour détecter les « signaux faibles » signalant un phénomène de radicalisation. Et votre rôle à vous officiers, sera de sensibiliser, de former vos hommes à adopter cette posture de veille permanente au service de nos concitoyens. Par son histoire et son maillage territorial, la Gendarmerie nationale est une force proche du terrain, qui cultive un lien intime avec chaque territoire. Cet héritage, vous devez le transformer en un atout décisif pour remporter la guerre contre le terrorisme. Vous pouvez, j'en suis convaincu, être la génération de la victoire ! J'ai pleine confiance en vous pour vous hisser à la hauteur de cet enjeu. Votre seconde priorité pour les années à venir sera de combattre tous les délits et les incivilités, qui rendent la vie difficile à certains de nos compatriotes. Durant la campagne électorale, le Président de la République avait souligné qu'il souhaitait faire de la sécurité du quotidien une priorité de son quinquennat. Et depuis un an, tout est mis en œuvre pour que cet soit tenu. Des moyens supplémentaires sont en train d'être déployés, avec le recrutement de 2500 gendarmes supplémentaires, l'acquisition d'équipements nouveaux, en particulier d'outils numériques. Dans les mois à venir, la procédure pénale sera considérablement simplifiée, vos marges de manœuvre dans la conduite des enquêtes augmentées. Mais le changement le plus profond qu'apportera cette grande réforme de la sécurité du quotidien, c'est pour vous, officiers, des responsabilités accrues. Nous souhaitons en effet nous appuyer sur vos savoir-faire, votre expertise, sur la connaissance intime que vous allez développer de notre pays, pour proposer aux Français des réponses de sécurité sur-mesure, toujours plus adaptées à la réalité de chaque territoire. Vous aurez donc toute latitude pour élaborer, dans les territoires dont vous aurez la charge, des stratégies locales de sécurité adaptées, dont la pertinence ne sera faudra bien sûr travailler en confiance avec tous les acteurs de terrain : élus, polices municipales, acteurs privés de sécurité, associations. Il vous faudra aussi et la Gendarmerie nationale possède tous les atouts pour le faire tisser un lien étroit avec la population, parce qu'il n'est pas de bonne politique de sécurité qui ne s'appuie sur les besoins exprimés par nos concitoyens. Vous l'aurez compris, Mesdames et Messieurs, être officier en 2018, c'est donc bien sûr être un chef respecté de ses hommes, capable, grâce à son autorité naturelle, de mobiliser ses troupes. Mais c'est aussi, de plus en plus, être doté de capacités entrepreneuriales, de la faculté à prendre des initiatives fortes, disruptives. C'est tout cela que, Ministre de l'Intérieur, j'attends de vous ! Je pourrais évoquer encore d'autres défis que vous aurez à relever durant le début de votre carrière. Le maintien de l'ordre public : vous savez qu'avec les ZAD, la montée en puissance de groupuscules extrémistes de plus en plus violents, il s'agit d'un enjeu qui occupe désormais une place centrale. La lutte contre l'immigration irrégulière : là encore, l'actualité récente montre, qu'elle peut désarticuler notre pays comme elle peut désarticuler l'Europe, et donc elle continuera à constituer une mission décisive des forces de sécurité intérieure. Je pense aussi au combat pour la sécurité routière dans lequel je sais la gendarmerie tout particulièrement impliquée. Oui, les défis que vous aurez à relever nombreux, et vous devrez faire preuve d'une grande force d'âme pour les relever. Elèves officiers de la promotion « colonel Arnaud Beltrame », Vous recevez à présent le flambeau de vos anciens, la garde du drapeau de votre école et la tâche d'accueillir les futurs élèves-officiers qui vous rejoindront en septembre. A vous à présent, en mémoire de votre parrain, de suivre ses traces en commençant par vous impliquer totalement dans votre formation. Officiers de la promotion « général de division Artous », Vous allez dans les jours à venir rejoindre vos unités. Vous allez vivre une aventure humaine et professionnelle des plus passionnantes, mais également des plus exigeantes. Engagez-vous sans compter dans vos missions au service des Français. Montrez-vous dignes de l'histoire séculaire de la Gendarmerie nationale et de vos aînés. A tous, je veux dire que vous pouvez être fiers d'avoir fait le choix de consacrer votre vie à la protection des Français. Vous êtes je le dis souvent des piliers de notre République, les plus ardents de ses défenseurs. Sans vous en effet, la liberté reculerait, parce que sans sécurité, il n'est pas de projets individuels et collectifs possibles. Sans vous, pas d'égalité, parce que sans sécurité, c'est toujours la loi du plus fort qui s'applique. Sans vous enfin, pas de fraternité, car sans sécurité, c'est le repli sur soi et la haine qui prospéreraient. Alors, merci de votre engagement au service de la France ! La République ne cessera jamais de vous soutenir. Vive la Gendarmerie nationale ! Vive la République ! Et vive la France ! \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/649.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/649.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..7f5145bad11ff5c1df8f2e3ffdffa4388f13833c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/649.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le préfet de région, Monsieur le préfet, directeur général de la police nationale, Mesdames et messieurs les directeurs et chefs de service de la police nationale, Madame le procureur général, Mesdames et messieurs les parlementaires, Monsieur le Maire de Saint-Cyr au Mont d'Or, cher Marc GRIVEL Mesdames et Messieurs les Maires, Mesdames et messieurs les élus, Mesdames et messieurs, Mesdames et messieurs les commissaires de police, Mesdames et messieurs les officiers de police, Il y a trois mois presque jour pour jour, j'étais parmi vous ici-même, à l'École Nationale Supérieure de Police, pour le baptême de la 69e promotion des commissaires de police. Au moment de m'adresser à vous, j'étais informé qu'une attaque terroriste avait visé des CRS près de leur cantonnement à Carcassonne et qu'une prise d'otage était en cours dans un supermarché de Trèbes. Dès la fin de mon allocution, je quittais donc la cérémonie pour me rendre sur les lieux afin de superviser les opérations. J'apprenais en chemin que 3 personnes avaient été tuées, 5 blessées, et que le colonel Arnaud Beltrame, commandant adjoint du groupement de gendarmerie de l'Aude, s'était substitué à un otage dans un acte d'une bravoure extraordinaire qui allait, quelques heures plus tard, lui coûter la vie. Si j'évoque aujourd'hui cette tragédie, c'est pour souligner une nouvelle fois devant vous, commissaires de la 68e promotion et devant vous, officiers de la 22e promotion, que la menace terroriste, qui a marqué ces dernières années est encore devant nous, et sera donc au cœur des premières années de votre parcours. Vous en avez d'ailleurs pleinement conscience, comme l'indiquent les choix qui ont été les vôtres dans les noms de baptême de vos promotions. La 68e promotion de commissaires honore ainsi Emmanuel Groult, du nom du commissaire de police, directeur adjoint de la police aux frontières Alpes-Maritimes, fauché le 14 juillet 2016 alors qu'il se trouvait en famille sur la promenade des Anglais à Nice lors du terrible attentat qu'a connu la ville de Nice. Quant à la 24e promotion d'officiers, elle a choisi pour nom de baptême Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider, l'un était commandant de police au commissariat des Mureaux, et sa compagne était pour sa part adjointe administrative à Mantes la Jolie, tous les deux tués lâchement, à leur domicile, tout simplement parce qu'ils appartenaient l'un et l'autre à la grande famille de la Police nationale. Nous avons ce matin une pensée pour ces victimes, pour leurs familles, pour leurs proches, ainsi que pour Ahmed Merabet, Franck Brinsolaro, Clarissa Jean-Philippe et Xavier Jugele, eux aussi tués parce qu'ils portaient uniforme, parce qu'ils avaient choisi de consacrer leur vie à protéger leurs compatriotes. Oui, vous le savez tous ici, la lutte contre le terrorisme sera le premier défi que vous aurez à relever, votre priorité absolue. Cela vaut bien sûr pour celles et ceux d'entre-vous qui, au cours de leur carrière, se spécialiseront dans le renseignement. Et vous savez que ce Gouvernement est engagé dans un renforcement des moyens du renseignement, avec le recrutement de 1900 agents supplémentaires dans les cinq ans à venir. La DGSI, le renseignement territorial, demeurent en effet nos premiers atout - et nous l'avons encore constaté cette semaine avec l'interpellation de 10 individus qui projetaient de passer à l'acte. Mais c'est de manière régulière que vos collègues préviennent des attaques, quelle que soit l'origine, les convictions religieuses ou politiques de ceux qui sont visés. Ce combat contre le terrorisme, ce ne sont pas seulement celles et ceux qui iront dans les services spécialisés qui vont l'affronter mais vous toutes et tous, quel que soit le poste que vous allez occuper à la sortie de cette école, quels que soient les services que vous choisirez. Car pour lutter contre ce risque, c'est bien sûr les 150 000 fonctionnaires de la Police nationale que nous devons nous appuyer. Pour intervenir en cas d'attentat et nous avons pu mesurer le 12 mai dernier dans le IIème arrondissement de Paris à quel point l'intervention de jeunes gardiens de la paix avait permis d'éviter qu'il n'y ait davantage de victimes. Mais aussi et d'abord pour prévenir les attaques, déceler ces signaux faibles indiquant, chez un individu, une radicalisation potentielle voire l'imminence d'un passage à l'acte. Commissaires, officiers, c'est vous qui devrez, dans vos prochaines fonctions, sensibiliser l'ensemble des fonctionnaires placés sous votre autorité à ce risque désormais permanent hélas. Il vous faudra faire des points réguliers sur l'état du danger, sur l'évolution des modes d'action, de recrutement des personnes susceptibles de commettre une attaque. Il vous faudra organiser régulièrement des formations pour que chaque policier, fasse du recueil d'informations sensibles, de l'observation fine de con environnement lors de ses patrouilles, une dimension essentielle de son action. Il vous faudra faire connaître les nouveaux outils juridiques dont disposent désormais les forces. Et je pense en particulier à la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme adoptée le 30 octobre dernier. Le but de Daesh ou de ceux qui s'en inspirent, c'est d'instiller, dans nos sociétés, le poison de la division, de susciter progressivement la terreur, pour que nos Nations se fracturent, se délitent. Face à une menace dont nous savons qu'elle continuer à s'établir dans les prochains temps à un haut niveau, il nous faut faire bloc, faire preuve de résilience. Et vous allez être vous, commissaires de police, officiers, les principaux acteurs d'un combat pour défendre notre société, pour que perdure la République. Les Français comptent sur vous ! Je sais que vous saurez vous montrer dignes de leur confiance. Vous devez lutter contre le terrorisme. Mais vous allez être aussi la première génération à mettre en oeuvre la Police de Sécurité du Quotidien. Cette réforme qui correspond à un engagement fort du Président de la République vise vous le savez à mieux prendre en compte cette mondée de la délinquance grande comme petite qui mine la vie quotidienne de nos concitoyens. Cette réforme, je ne l'ai pas pensée depuis Paris, mais c'est en partant des réflexions du terrain, en consultant directement les policiers et les gendarmes 70 000 d'entre-eux ont répondu par questionnaire, que nous l'avons élaborée. Elle va profondément marquer demain votre action. Car vont se déployer, durant les premières années de votre parcours, des mesures qui vont changer le quotidien de l'ensemble des forces de sécurité intérieure. La Police de Sécurité du Quotidien, va se traduire d'abord par un engagement de l'État extrêmement fort pour renforcer les moyens mis à votre disposition. Moyens humains ce sont 7500 postes de policiers qui seront créés durant le quinquennat. Moyens matériels : nous investirons 600 millions d'euros d'investissement pour construire de nouveaux commissariats ou les rénover. Sur le plan de l'équipement, une enveloppe annuelle de l'ordre de 150 millions d'euros sera consacrée à l'acquisition de nouveaux véhicules, de nouvelles armes et munitions. Vous allez être la première génération de commissaires et d'officiers à connaître une police entrant pleinement dans l'ère du numérique. 60 000 tablettes et smartphones sont actuellement en cours de déploiement dans les commissariats, qui permettront aux fonctionnaires d'accéder à tous les fichiers et par là même de gagner un temps précieux qu'ils pourront consacrer à l'enquête ou à la présence sur la voie publique. La Police de Sécurité du Quotidien s'appuiera enfin sur une profonde réforme de la procédure pénale, mesure tellement attendue par les femmes et les hommes que vous aurez à diriger et que la Garde des Sceaux a mis au coeur de la loi qu'elle a récemment présentée. Forfaitisation de certaines infractions, extension des pouvoirs des officiers de police judiciaire, dématérialisation des procédures d'ici cinq ans : des mesures fortes seront en effet mises en oeuvre, qui vont permettre à tous les policiers de se recentrer sur leur coeur de métier : le terrain plutôt que de s'épuiser dans de vaines tâches administratives. Au total, c'est un mouvement sans doute inédit de renforcement des moyens de la Police nationale qui se dessine pour les années à venir. Et cela était nécessaire. Car en ces temps troublés, où sur le plan économique, diplomatique, géostratégique, tout semble s'accélérer, la Police Nationale constitue un pôle de stabilité indispensable à l'équilibre de notre société. Le Président de la République le dit souvent : il faut libérer, pour redonner une dynamique à notre société et en même temps protéger, car les Français attendent cette protection et sans doute de plus en plus fortement. Pour pouvoir vous permettre de le faire, nous avons aussi voulu changer les méthodes, en donnant une nouvelle capacité d'initiative aux commissaires pour qu'ils inventent des réponses de sécurité pleinement adaptées à la réalité de chaque territoire. La délinquance n'est en effet pas uniforme partout. Certains quartiers sont, vous le savez, devenues des zones de non-droit, où la criminalité est hélas, pour les habitants, un lot quotidien. Cela nous a amené à sélectionner 30 Quartiers de Reconquête Républicaine, qui vont, dans les mois à venir, bénéficier de 15 à 30 policiers supplémentaires. D'autres le sont par une recrudescence des cambriolages, des atteintes aux biens. C'est en fonction de la réalité des territoires où vous serez affectés qu'il vous faudra adopter la stratégie la plus pertinente pour faire reculer l'insécurité. La Police de Sécurité du Quotidien doit donc être une police du sur-mesure. C'est pourquoi vous devrez élaborer avec les élus locaux, l'autorité judiciaire, les polices municipales, les acteurs privés de sécurité, les associations ou encore les conseils de quartier, les réponses les plus adaptées aux besoins des populations. Nous ne vous demanderons donc pas de procéder à des reporting permanents qui ont finalement peu de lien avec ce qui vivent les populations. Mais nous évaluerons a posteriori les stratégies que vous aurez conçues de manière partenariale. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/650.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/650.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4dc7688a71a16fa465ad1e799e1d40c20e1a7fef --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/650.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs, Votre Altesse, Je suis heureux d'avoir pu accueillir une nouvelle fois son Altesse, l'Emir du Qatar, durant son séjour à Paris, dans le cadre d'une visite officielle importante. Vous avez d'ores et déjà, Altesse, mis à profit vos premiers moments en France pour vous rendre sur la base de Mont-de-Marsan, où s'entraîne l'escadron Rafale qatarien. Cette visite illustre d'ailleurs la vigueur de la relation entre nos deux pays. Le Qatar est pour la France un pays ami et un partenaire fiable, avec lequel nous agissons de manière déterminée contre le terrorisme et pour la paix et la stabilité, en particulier en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Mais le Qatar est aussi un acteur ambitieux qui souhaite contribuer à façonner le monde de demain, un monde plus connecté, plus ouvert, plus sûr. En cela, je peux résolument dire que nos deux pays sont proches. Au cours de notre entretien et de notre déjeuner de travail, à l'instant, nous avons tout d'abord parlé de lutte contre le terrorisme, son financement et contre la radicalisation. Nous poursuivons là nos échanges engagés l'an dernier, lorsque je m'étais rendu à Doha en décembre. A cette occasion, la France et le Qatar avaient signé une déclaration d'intention sur la lutte contre le terrorisme, son financement et la radicalisation qui établit la feuille de route des actions conjointes. Nous avons d'ores et déjà commencé à œuvrer, conformément à cette feuille de route. J'attache vous le savez une extrême importance à son suivi. Le Qatar était dans ce cadre également présent à la Conférence sur la lutte contre le financement du terrorisme, conviée à Paris, le 26 avril dernier, pour accroître la surveillance des circuits financiers bancaires et non bancaires, de même que les dons individuels ou sous couvert d'actions caritatives. La France prend donc acte des efforts du Qatar dans ce domaine. Ils sont concrets. Vous vous êtes engagés en décembre dernier. Nous avons pu œuvrer, nos services ont pu travailler ensemble. Des premiers éléments concrets ont pu être mis en lumière. Notre souhait est de pouvoir poursuivre sur cette voie. Elle implique de mobiliser tous nos services et l'ensemble de nos compétences pour assécher les différents financements dont les groupes terroristes peuvent encore bénéficier. Pour obtenir des résultats décisifs sur ces sujets, nous bénéficions d'un cadre solide, puisque le dialogue stratégique entre la France et le Qatar sera désormais conduit sous l'égide de nos ministres des Affaires étrangères, avec pour objectif de faciliter les échanges, la prise de décision sur les sujets les plus sensibles, pour qu'il n'y ait aucune complaisance, aucun faux semblant et un échange permanent et en temps réel de toutes les informations sensibles. Notre volonté est en effet d'œuvrer en commun à la paix et à la sécurité. A l'échelle de la région, la sécurité implique l'unité. C'est pour cela que j'ai réaffirmé le soutien de la France à la médiation de l'Emir du Koweït dans le cadre de la crise qui oppose le Qatar à ses frères du Golfe. Les Qatariens souffrent au quotidien des conséquences des mesures prises, des familles sont séparées à cause de la crise actuelle. Cette crise nous avons pu en discuter doit se résoudre par le dialogue. Il en va de la stabilité régionale, dans un contexte marqué par la multiplication des tensions. Il en va d'ailleurs de la stabilité de nombre de régions où ces tensions parfois s'exportent. La France continuera donc, comme nous l'avons fait l'année dernière et comme je n'ai cessé de le faire ces derniers mois, à parler à toutes les parties et inviter au dialogue, à la modération et à la réconciliation. Nous avons également pu discuter durant notre déjeuner de plusieurs sujets régionaux, l'Iran, le Yémen, la Syrie, l'Irak, le processus de paix en Palestine ou encore la Libye. Sur ce dernier sujet qui constitue une priorité pour nous, je souhaite que nos deux pays travaillent ensemble aux échéances qui seront capitales pour son avenir : l'adoption d'une base constitutionnelle forte et l'organisation d'élections en Libye d'ici à la fin de l'année et l'unification des institutions civiles et militaires. Nous avons, là aussi, décidé encore d'accroître notre coopération. Au-delà des aspects sécuritaires, la relation entre la France et le Qatar repose sur la volonté commune d'approfondir notre coopération bilatérale, qu'elle soit économique, culturelle ou sportive. A cet égard, son Altesse l'Emir du Qatar m'a fait part du souhait de son pays de procéder à des investissements nouveaux en France dans des secteurs créateurs de valeur et ses objectifs sont cohérents avec la volonté qui est la nôtre de valoriser l'innovation, le savoir-faire français dans tous les domaines. Nous avons aussi des projets dans l'agroalimentaire auxquels nous tenons beaucoup. En matière de sport et d'enseignement supérieur, nous souhaitons approfondir des programmes conjoints actuels et en créer de nouveaux. La France et le Qatar ont en particulier l'ambition de développer une coopération exemplaire dans le domaine du sport, dans la perspective notamment des grandes échéances que sont la Coupe du monde de football qui se tiendra en 2022 au Qatar et les Jeux olympiques à Paris en 2024. Je tiens à insister sur ce sujet, car le sport contribue au développement des territoires, à l'innovation technologique, à l'éducation de notre jeunesse et à l'inclusion de tous les citoyens. Vous êtes déjà investis à de multiples égards dans le sport, qu'il soit d'ailleurs professionnel ou amateur et je vous en remercie. Même si parfois nous n'avons pas les mêmes enthousiasmes pour les matchs du championnat français. Mais je ferme cette parenthèse amicale. Je sais que vous soutiendrez dans quelques instants l'Equipe de France, lors de la Coupe du monde. Votre engagement dans le sport français est pour nous très précieux et est une chance pour la France. Il faut savoir et pouvoir le dire. Nous sommes en train de travailler à l'élaboration d'une feuille de route ambitieuse qui guidera notre travail pour les années à venir. L'INSEP et son partenaire qatarien ASPIRE sont aux avant-postes pour la mettre en oeuvre. Permettez-moi, enfin, Mesdames et Messieurs, de terminer sur l'attachement commun de nos deux pays aux valeurs de la Francophonie. Vous êtes, Altesse, comme beaucoup de vos compatriotes, un excellent francophone. Je le mesure à chaque fois et je tiens à vous en remercier. J'ai eu le loisir constamment de l'apprécier. La Francophonie, ce sont non seulement des mots, mais aussi des valeurs en partage. Je souhaite que la vision que vous portez pour votre pays en soit pleinement l'expression et je vous remercie pour cet engagement. Voilà, Mesdames et Messieurs, Votre Altesse, ce que je souhaitais dire à l'issue de cette réunion et ce déjeuner de travail, en remerciant à nouveau l'Emir du Qatar, Cheikh Tamim, d'être présent à Paris en cette journée. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/651.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/651.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..bf710bd1041860fcd3b5ffb7351de110ccd75457 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/651.txt @@ -0,0 +1 @@ +CYRIL VIGUIER L'invitée politique, avec la presse quotidienne régionale ce matin, les Indés Radios, 130 radios qui sont nos partenaires sur tout le territoire français, les télés locales de France qui nous rediffusent, et Télé 5 monde qui nous diffuse dans 200 pays, qui est partenaire de cette matinale d'infos. L'invitée politique c'est Nicole BELLOUBET, la ministre de la Justice, bonjour et merci d'être avec nous sur ce plateau ce matin, au lendemain du Congrès de Versailles. Pour vous interroger, à mes côtés, Oriane MANCINI, spécialiste politique de Public Sénat, bonjour, et Hervé FAVRE, bonjour, qui représente la presse quotidienne régionale et La Voix du Nord aujourd'hui, la PQR qui diffusera votre interview politique à partir de 10h00 également sur ses sites ce matin, Nicole BELLOUBET. Emmanuel MACRON s'est exprimé pendant 1 heure 30 devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles hier, au début de son discours il a eu cette phrase en forme de mea culpa : « je sais que je ne réussis pas tout. » Qu'est-ce qui a échoué, selon vous ? NICOLE BELLOUBET Je voudrais juste d'abord dire que ce discours c'est un discours vrai, vrai au sens humain, et au sens politique, c'est-à-dire au sens où il dresse à la fois un état des lieux et une ambition. Alors, dans ce qui n'a pas marché, je ne sais pas si on peut dire qu'il y a des choses qui n'ont pas marché, mais on sent bien, parfois, qu'il y a des interrogations, et donc un besoin d'explications. Je pense par exemple à la politique économique, à la politique sociale, c'est-à-dire que la jonction entre les deux n'est pas toujours perçue par nos concitoyens. Je pense également aux questions d'immigration, où parfois il y a des interrogations qui peuvent être posées. Donc, je ne dirais pas que des choses n'ont pas marché, je dirais plutôt qu'il faut constamment expliquer le sens de ce que nous construisons. ORIANE MANCINI Emmanuel MACRON qui a annoncé qu'un amendement serait déposé pour que désormais il puisse assister au discours des parlementaires devant le Congrès, il puisse ensuite leur répondre, est-ce que ce n'est pas là un affaiblissement du rôle du Premier ministre ? NICOLE BELLOUBET Je ne crois pas, en tout cas ce n'est pas ainsi que je le lis. Le Premier ministre, à partir de sa déclaration de politique générale, conduit au quotidien l'action du gouvernement, c'est avec lui que nous travaillons dans l'impulsion des politiques publiques, et il ne me semble pas que, à l'occasion, une fois par an, du discours du Congrès, et des réponses que le président de la République pourrait apporter, je ne vois pas là en quoi cela affaiblirait le rôle du Premier ministre. ORIANE MANCINI Mais quel sera le sens d'un discours de politique générale si le président de la République vient s'exprimer une fois par an devant le Congrès et vient débattre avec les parlementaires ? NICOLE BELLOUBET Le président de la République, on l'a bien vu hier, au fond il dresse les perspectives, il n'est pas dans la tactique du quotidien, il est dans la stratégie macro, et donc je crois qu'on a bien là la distinction entre les deux. A l'un la stratégie, le long terme, à l'autre l'impulsion du quotidien, la tactique, qui permet de traduire cette stratégie en actes. HERVE FAVRE Mais, les parlementaires de l'opposition que j'ai pu rencontrer hier à Versailles, disaient mais on va vers une hyper présidentialisation du régime, et d'ailleurs il y avait un amendement qui avait été présenté par l'opposition et qui a été refusé, donc, en une semaine, finalement, le point de vue d'Emmanuel MACRON a changé ? NICOLE BELLOUBET Alors, le point de vue peut changer, c'est l'objet de la révision constitutionnelle que de prendre acte d'un certain nombre d'évolutions, de questions, de critiques, de propositions. Les élus que vous citez, de l'opposition, se contredisent, parce que, hier matin ils disaient c'est un scandale, le président vient, délivre un message, il ne répond pas HERVE FAVRE Le monarque, oui. NICOLE BELLOUBET De monarque, l'après-midi le président de la République fait une proposition, qui permet justement, sur une séquence, de pouvoir engager un dialogue, et on a les observations que vous formulez, je trouve qu'il y a des contradictions qui sont puissantes. ORIANE MANCINI Autre sujet. Emmanuel MACRON a dit hier vouloir donner un cadre à l'islam, dès l'automne, comment, juridiquement, on donne un cadre à une religion ? NICOLE BELLOUBET Si vous voulez, il me semble important, dans une République qui est laïque, comme la nôtre, et cette laïcité est affirmée par la Constitution, il me semble important de pouvoir donner, oui, un cadre, c'est ce qu'a indiqué le président, qui puisse éviter des dérives que l'on a pu parfois connaître. Donc, ce cadre-là est en construction, il me semble que, avec les représentants de cette religion, on doit pouvoir trouver des modalités d'exercice de la religion, qui sont tout à fait compatibles avec la laïcité de notre République. HERVE FAVRE Emmanuel MACRON a aussi parlé en termes très nets du terrorisme islamiste, de la menace qu'il continue de faire peser sur la France, et il a annoncé de nouvelles décisions, mais sans rentrer évidemment dans le détail, qu'est-ce qu'on peut inventer, si je puis dire ? NICOLE BELLOUBET Le Premier ministre doit, dans quelques jours, présenter des mesures en matière de lutte contre le terrorisme, il a à la fois, il y a quelques semaines, présenté un plan de lutte contre la radicalisation, il doit également présenter des mesures contre le terrorisme, j'avais eu moi-même l'occasion d'annoncer, par exemple, la création d'un Parquet national antiterroriste, ce sont des choses qui vont pouvoir se traduire dans des mesures concrètes, donc voilà le type de mesures qui permet vraiment, je crois, de centraliser notre réaction, et donc d'accroître nos capacités de réaction. CYRIL VIGUIER Un cas particulier urgent, celui de Djamel BEGHAL. ORIANE MANCINI Oui, Emmanuel MACRON, qui a également parlé des prisons, se pose la question de la radicalisation dans les prisons et des terroristes arrivés en fin de peine avec, Cyril le disait, le cas particulier de Djamel BEGHAL, considéré comme le mentor des frères KOUACHI, qui va sortir de prison dans moins d'un mois maintenant, il n'a plus la nationalité française, il a la nationalité algérienne, la France souhaite l'extrader en Algérie, pour le moment l'Algérie refuse. Est-ce que c'est un non définitif, où on en est sur ce dossier ? NICOLE BELLOUBET Non, non, nous sommes en dialogue avec les autorités algériennes. HERVE FAVRE Mais quels moyens de pression a-t-on, justement, pour obliger un pays à récupérer un ressortissant qui nous pose problème en France ? NICOLE BELLOUBET Nous sommes en dialogue avec les autorités algériennes. ORIANE MANCINI Mais la question devient urgente, il doit sortir de prison dans moins d'un mois… NICOLE BELLOUBET Oui, la question est urgente, c'est dans un mois, les choses peuvent tout à fait se résoudre dans ce délai-là. ORIANE MANCINI Donc, toujours pas de réponse de la part de l'Algérie, si on vous comprend bien. C'est une affaire qui se traite au niveau de l'Elysée, c'est une affaire aussi diplomatique ? NICOLE BELLOUBET C'est une affaire diplomatique, c'est-à-dire que, à la fois nous nous assurons évidemment le suivi de cette personne dans son établissement pénitentiaire, si c'était nécessaire, dans une assignation à résidence, et en même temps mon collègue des Affaires étrangères traite la question du point de vue diplomatique. ORIANE MANCINI Au de cas particulier de Djamel BEGHAL, ce n'est quand même pas un cas isolé, il y a 450 radicalisés qui sortiront de prison d'ici à la fin de l'année prochaine, comment l'Etat va les gérer ? NICOLE BELLOUBET Vous savez, d'abord il faut dire qu'il y a des niveaux différents de radicalisation, mais bien qu'il y ait des niveaux différents de radicalisation, ça exige de notre part une responsabilité très forte et un suivi extrêmement serré, j'ai déjà eu l'occasion de dire. Ces personnes, en prison, sont très suivies, des fiches de suivi sont établies, quand je parle de fiche, je ne parle pas de 3 mots sur un bout de papier, je parle réellement d'éléments extrêmement précis, qui dès la sortie de l'établissement pénitentiaire, et en fonction du régime de la personne qui sort, c'est-à-dire soit elle est sous contrôle judiciaire, soit elle est réellement libérée, eh bien les services de renseignement, à des niveaux différents, soit territoriaux, soit au niveau national, en fonction de la dangerosité, suivent de manière très précise cette personne. Donc je crois que nous avons là des moyens sérieux de prévention, en tout cas d'un nouvel acte grave. CYRIL VIGUIER Cet après-midi, Nicole BELLOUBET, débute à l'Assemblée nationale l'examen de la réforme constitutionnelle, 2400 amendements. Vous vous attendez à vivre deux semaines difficiles, vous la ministre de la Justice ? NICOLE BELLOUBET Non, je ne dirais pas difficiles, je trouve que la révision de la Constitution, d'abord c'est une certaine émotion, parce qu'il n'est pas fréquent que l'exécutif s'adresse au législateur érigé en constituant, donc c'est un moment singulier. Ensuite, j'espère, et je souhaite, que les débats soient de grande qualité et de grande dignité, et je trouve que les sujets qui seront abordés sont des sujets évidemment extrêmement vivants, passionnants, et qui disent beaucoup de l'état de notre pays, de l'état de notre démocratie, donc c'est cela que j'attends, je ne parle pas de semaines difficiles, je parle de semaines concentrées autour des propositions qui nous seront faites. ORIANE MANCINI En tout cas l'opposition, et c'est normal, monte déjà au front. Dans une tribune publiée dimanche dans le Journal du Dimanche, près de 80 députés les Républicains dénoncent cette réforme. Je cite : la pseudo-transformation vantée par Emmanuel MACRON est en réalité une régression antidémocratique, avec une Assemblée nationale attaquée au bazooka. Que leur répondez-vous ? NICOLE BELLOUBET Je réponds que leur raisonnement manque de réalisme et manque d'objectivité, car lorsqu'on regarde l'ensemble des mesures qui sont proposées, c'est à la fois la volonté que nous avons de redonner toute sa place au Parlement, dont je redis ici que le Parlement a trois rôles, voter la loi, contrôler le gouvernement, évaluer les politiques publiques. Et donc ce que nous voulons c'est rééquilibrer ces trois temps, c'est donner les moyens au Parlement de, effectivement pouvoir réaliser l'évaluation des politiques publiques, et, le cas échéant, de proposer des textes qui viendraient corriger ce qu'ils auraient constaté. Donc il me semble que... Ce que nous voulons faire c'est restituer le Parlement dans sa pleine fonction. HERVE FAVRE Alors, Richard FERRAND hier a dit « je souhaite, je forme le voeu que nous soyons à nouveau réunis ici en Congrès », donc ça veut dire avec une majorité des trois cinquièmes, pour adopter cette réforme. Est-ce que vous avez confiance dans cette majorité des trois cinquièmes, parce qu'on voit bien qu'il y a quand même encore beaucoup de sujets, enfin de frictions ? NICOLE BELLOUBET Alors, sans doute est-ce par tempérament, moi j'ai toujours confiance dans la capacité à dialoguer et dans la capacité à aboutir, donc oui je suis confiante, lucide, concentrée, mais confiante. ORIANE MANCINI Vous rencontrez demain matin Gérard LARCHER, le président du Sénat, est-ce que finalement c'est le Sénat qui a la clé de cette réforme constitutionnelle ? NICOLE BELLOUBET Je pense qu'il faut déjà convaincre la majorité, convaincre les députés, et ensuite nous convaincrons le Sénat, j'en suis sûre. ORIANE MANCINI Qu'est-ce que vous allez lui dire à Gérard LARCHER demain ? NICOLE BELLOUBET Je vais l'écouter déjà, et puis nous essaierons de converger ensemble. ORIANE MANCINI Vous pensez qu'un accord avec le Sénat est possible ? NICOLE BELLOUBET Je vous l'ai dit, je vous ai répondu tout à l'heure, je suis optimiste. HERVE FAVRE L'amendement, qu'on pourrait appeler « l'amendement de Versailles » finalement, ça ne peut pas introduire un nouvel élément de divisions entre l'opposition et la majorité ? NICOLE BELLOUBET Nous en discuterons. Encore une fois je trouve qu'il s'agit, pour le président de la République, à un moment donné, dans l'année, de répondre aux élus de la Nation, ça ne me semble pas quelque chose d'absolument insurmontable dans sa conception. ORIANE MANCINI Alors, des parlementaires qui sont remontés contre ce qu'ils qualifient de restriction du droit d'amendement, c'est le fameux article 3 de cette réforme constitutionnelle, qui permet d'étendre le pouvoir d'irrecevabilité du gouvernement, lui permettant d'écarter des amendements sans lien direct avec le texte NICOLE BELLOUBET Pas du gouvernement, ce sont les autorités des Assemblées qui exerceront ce pouvoir-là, qui l'exerceront non seulement à l'égard des amendements proposés par le Parlement, mais également à l'égard des amendements proposés par le gouvernement. Et il s'agit, au fond, d'anticiper ce que fait le Conseil constitutionnel de manière systématique, puisqu'il ne fait qu'appliquer la Constitution, censurant, en quelque sorte, les amendements qui ne sont pas normatifs, les amendements qui relèvent du pouvoir réglementaire, et les amendements qui n'ont pas de lien direct avec le texte en cours de discussion. ORIANE MANCINI C'est un amendement qui a néanmoins du mal à passer auprès des parlementaires, la preuve, c'est qu'en commission il a été supprimé, même vos alliés du MoDem ont voté… NICOLE BELLOUBET Ce ne sont pas mes alliés, ce sont des élus de la majorité. ORIANE MANCINI Ont voté pour sa suppression... En tout cas, l'autre branche de la majorité présidentielle, ont voté pour sa suppression, est-ce que, en séance, cet article va être supprimé ? NICOLE BELLOUBET Ecoutez, nous proposerons évidemment cet article tel qu'il est, puisque de toute façon nous repartons du texte élaboré par le gouvernement, donc cet article sera débattu, et j'entrerai dans un dialogue avec les élus. ORIANE MANCINI Mais vous êtes prête à faire des efforts sur cette question de la... Du droit d'amendement ? NICOLE BELLOUBET Je suis toujours prête à faire des efforts, moi je veux que le texte soit adopté. HERVE FAVRE 2400 amendements, c'est raisonnable ? CYRIL VIGUIER C'est énorme 2400 amendements. HERVE FAVRE C'est raisonnable ou pas, est-ce qu'on peut avoir un débat ? NICOLE BELLOUBET Oui, je pense qu'on peut avoir un débat, après il y aura des amendements qui nous retiendront plus que d'autres, il y a des amendements qui sont plus significatifs que d'autres, donc… ORIANE MANCINI Mais, vous dites que vous êtes prête à faire des efforts, sur quels points particulièrement vous êtes prêtes à céder ? NICOLE BELLOUBET Non, mais je verrai dans le cadre du dialogue avec les Assemblées. CYRIL VIGUIER Alors, une information judiciaire, Nicole BELLOUBET, est ouverte sur les conditions de rémunération des assistants parlementaires des députés européens du Front national, la justice a saisi 2 millions d'euros d'aides publiques et Marine LE PEN parle d'attentat contre la démocratie, Hervé FAVRE. HERVE FAVRE Oui. Bon, La Voix du Nord n'est pas suspect de sympathie avec Marine LE PEN, mais est-ce qu'il n'y a pas quand même une question de présomption d'innocence, finalement, que Marine LE PEN met en avant, puisqu'on lui coupe les vivres, en fait, dit-elle, et on met le parti en danger, alors qu'il n'est pas encore condamné ? ORIANE MANCINI Elle parle également de magistrats politisés, Marine LE PEN. NICOLE BELLOUBET Alors, sur les deux aspects. D'abord sur le fond de l'affaire, vous comprendrez que, en ma qualité de garde des Sceaux, je ne prenne pas parti sur le fond de l'affaire, ce que je veux simplement ici dire, c'est que la procédure de saisie qui a été utilisée, c'est une procédure légale, qui existe, qui est utilisée de manière assez courante. Sur le deuxième point, c'est-à-dire sur les critiques à propos des magistrats politisés, en tant que garde des Sceaux je ne peux absolument pas l'accepter, on ne peut pas faire de critiques ad hominem, la justice est indépendante, elle ne peut pas être soumise à des pressions de cette nature-là. Si Madame LE PEN souhaite contester cette décision, ce qui est évidemment pleinement son droit, il y a des voies de recours qui existent, elle peut faire appel devant la Chambre de l'instruction qui pourra, à ce moment-là, apprécier la réalité de la décision qui a été adoptée par les juges d'instruction. ORIANE MANCINI Mais il s'agit, en réalité, d'une saisie, non pas d'une confiscation de ces 2 millions d'aides publiques, Marine LE PEN est avocate, elle connaît bien le droit, est-ce que, dans sa communication depuis dimanche, vous pensez qu'elle instrumentalise cette décision à des fins politiques ? NICOLE BELLOUBET La victimisation du Front national est une critique qui est très courante et donc, voilà, mais je viens de vous le dire, la critique qu'elle peut porter trouve une réponse dans la voie de l'appel devant la Chambre de l'instruction. ORIANE MANCINI C'est néanmoins la première fois que ça s'applique à un parti politique, est-ce qu'elle n'a quand même pas raison de dire qu'il y a un traitement particulier pour son parti ? NICOLE BELLOUBET La loi existe et HERVE FAVRE Le MoDem pourrait finalement être aussi concerné par ce type de mesure, puisqu'il est aussi en NICOLE BELLOUBET Je le redis clairement, la loi existe, et donc elle a été appliquée en l'occurrence. CYRIL VIGUIER Redoine FAID est toujours introuvable, est-ce que vous avez des pistes pour retrouver sa trace ? NICOLE BELLOUBET Ça, malheureusement, c'est à mon collègue Gérard COLLOMB qu'il faudrait poser la question. Je n'ai pas la réponse à votre question au moment où je vous parle, en tout cas cette évasion marque vraiment un événement qui est très spectaculaire et qui doit nous interroger sur la manière dont les choses se sont passées, bien entendu. HERVE FAVRE Oui, parce que Redoine FAID, on le connaît bien dans la région, il s'est évadé de façon très spectaculaire déjà de la prison de Sequedin, à l'explosif, là il récidive de manière encore plus spectaculaire on va dire. Ça pose quand même un problème, effectivement, de la surveillance de ce type de détenus ultrasensibles on va dire, est-ce que tout a été fait pour éviter ce scénario, cette récidive ? NICOLE BELLOUBET Vous savez que j'ai demandé une inspection pour voir la manière dont les conditions de détention étaient assurées effectivement, et puis vérifier s'il y avait eu des failles au moment de l'évasion, il y en a forcément eues d'ailleurs, sinon il n'y aurait pas eu d'évasion, mais j'attends CYRIL VIGUIER Dans quel délai NICOLE BELLOUBET Vraiment, j'espère vers le 15 juillet, voilà, à peu près, je pense avoir la réponse du rapport d'inspection à ce moment-là. Pour répondre à votre question, il me semble que les conditions de détention, au sens du suivi au quotidien de Redoine FAID, étaient correctement assurées, je me suis rendue moi-même dans l'établissement de Réau et j'ai pu voir la manière dont les conditions de détention étaient assurées, avec quelqu'un qui était constamment accompagné, qui n'avait pas de contact, donc je pense qu'il y avait des conditions de détention qui étaient correctement assurées, l'inspection me le dira. Je m'interroge sur la durée de la détention, dans un même établissement, de ce type de détenus, puisque Redoine FAID est avait déjà été là dans un premier temps, puis ensuite il avait bougé de lieu de détention, je rappelle quand même qu'en 15 mois il avait bougé 7 fois de lieu de détention, mais néanmoins il était revenu au Réau, et donc la question que je me pose c'est de savoir s'il n'y a pas eu là une faille dans le fait de faire revenir... HERVE FAVRE Ça pose aussi la question des contacts avec l'extérieur, puisque cette opération a été quand même organisée, planifiée, avec des gens à l'extérieur de la prison, avec qui il a pu, manifestement, communiquer. NICOLE BELLOUBET Absolument, alors est-ce que c'est par les parloirs, est-ce que c'est par d'autres... Il y a eu des fouilles... ORIANE MANCINI Mais vous allez prendre des mesures pour qu'il y ait moins de… NICOLE BELLOUBET Juste, il y avait des fouilles régulières qui étaient faites sur monsieur FAID et dans sa cellule, rien n'a été retrouvé, je crois, mais oui, je vais prendre des mesures, bien sûr, mesures et sanctions si c'est nécessaire. ORIANE MANCINI Le budget, puisque les ministères ont reçu leur feuille de route pour le budget 2019, c'est votre ministère qui sera le grand gagnant ? NICOLE BELLOUBET Je ne sais pas. Ecoutez, il n'y a pas de grand gagnant et de grand perdant. Nous savons très bien que le ministère de la Justice a des besoins qui sont extrêmement importants, cela va se traduire dans la loi de programmation et de réforme de la justice, que j'aurai l'occasion de présenter au Sénat, et oui nous avons un budget qui est en augmentation… ORIANE MANCINI Et à quoi sera affectée cette augmentation budgétaire ? NICOLE BELLOUBET A la fois à la justice et à la détention. CYRIL VIGUIER Nicole BELLOUBET, Brett KAVANAUGH, c'est un juge qui sera probablement nommé, s'il est confirmé par Donald TRUMP, à la Cour suprême américaine, il est considéré comme très très à droite, est-ce que c'est un nouveau signe, pour vous, d'un durcissement aux Etats-Unis, de la société ? NICOLE BELLOUBET Ecoutez, j'ai beaucoup de respect pour la Cour suprême des Etats-Unis, dont je connais personnellement certains juges, plutôt progressistes d'ailleurs… CYRIL VIGUIER Ce n'est pas son cas ! NICOLE BELLOUBET Ce n'est pas le cas de ce monsieur. Moi, ce que je pense, si vous voulez, d'une Cour suprême, ou d'un Conseil constitutionnel, c'est qu'il faut absolument qu'il y ait un équilibre, et que si l'on veut avoir confiance dans ces institutions, il faut que cet équilibre intellectuel, cet équilibre de pensée, soit préservé, parce que l'Etat de droit c'est cela. CYRIL VIGUIER Ça ne sera pas le cas-là, du coup. NICOLE BELLOUBET Difficile de préempter ce que seront les décisions de la Cour suprême dans les années à venir, mais je pense que c'est très important que la confiance dans ces institutions soit préservée. CYRIL VIGUIER Merci Nicole BELLOUBET, ministre de la Justice, d'avoir été notre invitée politique, bonne journée à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/652.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/652.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c3a739c1694a7eaa5494bb54240eac8e6c7e1ab1 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/652.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le ministre d'Etat, Madame la Garde des Sceaux, Madame la ministre des Armées, Monsieur le Procureur de la République, Mesdames et messieurs, Aujourd'hui nous adoptons un nouveau plan d'action contre le terrorisme. Un plan qui se situe dans la continuité de ceux adoptés après les attentats de 2015. La continuité de l'Etat compte en la matière et je veux rendre hommage à ce qui a été fait. Un plan qui intervient aussi après un an d'action, un an de mobilisation, un an de transformation. Un an de confrontation aussi, car le terrorisme islamiste ne nous a pas épargnés, à Paris, à Marseille, à Trèbes. C'est de toute cette expérience qu'il faut consolider les acquis, tirer les enseignements, pour donner à notre action contre le terrorisme de nouvelles perspectives. La menace d'inspiration islamiste demeure particulièrement élevée, vous le savez. L'année 2017 aura été marquée par trois attentats meurtriers et le début de l'année 2018 par deux attaques terroristes. Depuis janvier 2017, 25 attentats ont été déjoués par nos services. Cette menace a aussi évolué. L'affaiblissement opérationnel de Daech réduit, sans les faire disparaître, les risques d'actions projetées. Mais le défi que représente la menace endogène n'est pas moindre : le caractère meurtrier et en même temps très difficilement prévisible des récents passages à l'acte nous le rappelle. Le terroriste n'est plus téléguidé par des cellules situées en Syrie ; il prend le visage de personnes, parfois de petits délinquants, ou de personnes psychologiquement fragiles, endoctrinées ou auto-radicalisées, qui s'équipent d'un armement sommaire et décident, parfois très rapidement, de passer à l'acte. Ils ne sont pas plus faciles à détecter et nous conduisent à adapter notre dispositif. Nous devons enfin nous préparer à faire face à un nouveau défi : celui des détenus terroristes et de la radicalisation en milieu carcéral. Au 1er juin 2018, les prisons françaises comptaient 506 individus détenus pour actes de terrorisme et 1 109 prisonniers de droit commun identifiés comme radicalisés. 450 d'entre eux devraient être libérés d'ici fin 2019. Certains représentent encore une menace, même à l'issue de leur incarcération, et doivent évidemment faire l'objet d'un suivi renforcé. Dès sa prise de fonction, le Président de la République a voulu renforcer notre capacité à faire face à cette menace, en agissant à la fois sur notre organisation, sur nos instruments juridiques, sur nos moyens et sur nos méthodes. Le 14 juin 2017, deux décrets ont transformé la coordination nationale du renseignement en coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme. Dans le même temps était décidée la fusion de l'état-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT) et de l'unité de coordination de la lutte anti-terroriste (UCLAT). Le 22 juin 2017, nous avons présenté le projet de loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, promulguée le 30 octobre. Cette loi a permis de mettre fin a? l'état d'urgence, en inscrivant dans notre droit permanent des outils comme les mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance, les périmètres de protection, la fermeture des lieux de culte. Ce sont des outils pragmatiques, ciblés sur la prévention d'actes de terrorisme, et encadrés par des garanties spécifiques. Parallèlement, la publication en août 2017 d'un ensemble de décrets permet la consultation simultanée et automatisée, dans le cadre d'enquêtes de sécurité, de sept fichiers de police ou de gendarmerie. S'agissant des moyens, le renforcement des services en charge de la lutte anti-terroriste a été confirmé à hauteur de 1900 emplois sur le quinquennat. Nous nous sommes enfin engagés dans une démarche de renforcement continu de nos méthodes, en particulier s'agissant du suivi des individus radicalisés, c'est-à-dire de la dizaine de milliers de personnes qui, inscrites au FSPRT, font l'objet d'un suivi ponctuel, régulier ou continu. Nous mettons ainsi en œuvre des actions ciblées en matière de lutte contre la détention d'armes à feu, de détection et de suivi des individus présentant une fragilité psychiatrique, de systématisation des mesures d'éloignement. Dans la lutte contre le terrorisme, il ne peut y avoir qu'une école : celle de la vigilance permanente, celle de la rigueur constante, celle de l'amélioration continue. C'est cette démarche d'amélioration continue que traduit ce nouveau plan. Parce que la menace est diffuse et mouvante, notre dispositif de détection, d'entrave, de répression et de protection doit s'appuyer sur l'ensemble des services, depuis le sommet de notre appareil de renseignement jusqu'aux policiers et aux gendarmes du quotidien qui se trouvent en première ligne face aux attaques.. Il doit utiliser l'ensemble des outils, les techniques de renseignement les plus modernes, les méthodes de profilage les plus systématiques, mais aussi la vigilance de chacun. Face à la menace terroriste, c'est toute la puissance de l'Etat qui doit être mobilisée. Rien ne doit être laissé de côté. Le plan que je vous présente aujourd'hui établit clairement les responsabilités de chaque acteur : - au coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, un rôle de coordination stratégique, de renforcement du partage d'informations, et de développement de la coopération européenne et internationale. - à la direction générale de la sécurité intérieure, le rôle de chef de file opérationnel de la lutte anti-terroriste sur le territoire national ; et nous sommes en train de renforcer encore, au sein de la DGSI, les structures de veille, d'alerte et de coordination, dans lesquelles sont représentés tous les autres services. - au secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, enfin, la mission de veiller à l'adaptation permanente des postures de protection aux évolutions de la menace : c'est ce que traduisent les nouveaux plans de la « famille PIRATE », depuis le plan PIRANET approuvé en juin 2017 jusqu'au plan PIRATE – mobilités terrestres qui le sera cet été. Le dispositif Sentinelle a également été revu afin de lui donner une plus grande efficacité et une plus grande mobilité. L'articulation entre la coordination nationale et la chaîne territoriale est également renforcée. Lors de mon déplacement à TOULOUSE au début du mois de juin, j'ai participé à un groupe d'évaluation départemental (GED). Ces groupes, qui existent depuis juillet 2015, réunissent dans chaque département, sous l'autorité du préfet et en présence du procureur de la République, tous les services concernés : renseignement territorial, sécurité intérieure, police judiciaire, gendarmerie nationale, administration pénitentiaire, etc. Ils s'appuient sur un outil commun, le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Les GED jouent un rôle central dans notre dispositif. Nous avons donc décidé de renforcer leur pilotage. Les réunions de coordination regroupant l'ensemble des préfets de zone se tiennent désormais tous les quinze jours. Leur objectif est de renforcer l'exhaustivité et la fiabilité des informations contenues par le FSPRT, et d'assurer une mise en oeuvre homogène des instructions données par le ministre d'Etat. Nous veillerons aussi à associer les maires à ce travail de prévention. Dans le cadre de conventions entre le préfet, le procureur et les maires, des informations à caractère confidentiel peuvent être échangées afin que chacun puisse contribuer à abaisser le niveau de menaces et à améliorer la détection des signaux de terrain. Pour poursuivre cette dynamique, le plan d'action contre le terrorisme identifie cinq axes prioritaires. Le premier axe est celui de la connaissance. Nous devons mieux identifier et comprendre la menace terroriste et ses évolutions. C'est d'autant plus nécessaire qu'elle est désormais diffuse et protéiforme. La CNR-LT a été chargée de concevoir et de mettre en oeuvre une méthode de retour d'expériences qui porte non plus seulement sur les attentats réussis, mais également sur les actions déjouées ou échouées. Nous avons décidé en outre de créer une cellule de profilage des auteurs d'attaques terroristes et d'identification des facteurs de passage à l'acte. Le deuxième axe est celui de l'entrave. Nous ne devons négliger aucun moyen d'empêcher les passages à l'acte sur le territoire. Nous renforçons nos instruments de veille et de suivi sur certaines situations particulièrement sensibles. Ce sera en particulier le cas pour les détenus terroristes ou les détenus de droit commun radicalisés en fin de peine. Une cellule spécifique, placée au sein de l'UCLAT et associant le renseignement pénitentiaire, en assurera le suivi. Nous allons également renforcer le suivi des personnes placées sous contrôle judiciaire. Le recours à l'assignation à résidence sous surveillance électronique mobile sera facilité. Par ailleurs, le non-respect du contrôle judiciaire par les personnes mises en examen pour faits de terrorisme doit entraîner une réponse judiciaire systématique. D'ici au mois de septembre, une instruction interministérielle sera adressée aux procureurs de la République, aux services pénitentiaires et à l'ensemble des services d'enquêtes et de renseignements afin de sécuriser le partage d'information en cas d'incident dans le respect des mesures de contrôle judiciaire. Le troisième axe est celui de la protection. L'objectif est d'accroître le niveau de vigilance de l'ensemble des acteurs de la société, qu'ils soient publics ou privés, et de les impliquer davantage, à tous les niveaux et dans tous les secteurs, afin de contribuer directement à la lutte contre le terrorisme et à la résilience de la Nation. Les enquêtes administratives de sécurité permettent de renforcer la sécurisation de l'accès à des lieux ou des fonctions sensibles. Le service national d'enquêtes administratives et de sécurité (SNEAS) sera en mesure, à l'horizon 2019, d'effectuer chaque année environ 800 000 enquêtes ou « criblages », lors du recrutement dans les professions de souveraineté nationale, des habilitations au secret de la défense nationale, de l'organisation de grands événements et des emplois dans le domaine des transports. Nous devons aussi saisir les opportunités offertes par les technologies de la sécurité et par l'intelligence artificielle, tout en inscrivant leur développement dans le cadre protecteur des libertés individuelles auquel nous sommes collectivement attachés. J'ai chargé le préfet Renaud VEDEL, actuellement coordonnateur pour l'intelligence artificielle au ministère de l'intérieur, de faire au Gouvernement des propositions d'ici à la fin de l'année 2018. Le quatrième axe est celui de la répression. Je confirme la création d'un parquet national anti-terroriste qui permettra de renforcer encore l'action publique dans la lutte contre le terrorisme. L'activité anti-terroriste a en effet pris une part prépondérante de l'activité du procureur de Paris. Cette mission nécessite une présence forte et incarnée : elle a aujourd'hui le visage de François MOLINS, que les Français ont appris à connaître dans des circonstances toujours dramatiques et auquel je veux rendre hommage, ainsi qu'à ses équipes. Nous considérons ensemble qu'il est désormais nécessaire de permettre à un procureur de se consacrer à temps plein à la lutte anti-terroriste. Ce PNAT bénéficiera d'une équipe de magistrats et de fonctionnaires renforcée. Sa création s'accompagnera par ailleurs de la désignation de procureurs délégués anti-terroristes au sein des parquets territoriaux les plus exposés. Ils formeront un vivier de magistrats immédiatement et efficacement mobilisables en cas d'attaques terroristes. C'est donc un véritable maillage territorial anti-terroriste au niveau judiciaire que nous allons créer. Pour le dernier axe de ce plan, nous avons voulu nous tourner vers l'Europe, vers une Europe qui protège. Au-delà de la création de l'académie européenne du renseignement, annoncée par le Président de la République à la Sorbonne en septembre 2017 et dont la première session se tiendra au premier semestre 2019, je veux mentionner l'action résolue de la France, désormais soutenue par la Commission pour renforcer l'effectivité du retrait rapide des contenus illicites sur Internet. Enfin, je ne veux pas terminer cette présentation sans parler des victimes du terrorisme. Améliorer la protection des victimes du terrorisme est un élément déterminant de la capacité de résilience de notre société. La solidarité, l'assistance et l'indemnisation des victimes du terrorisme et de leurs familles font partie intégrante de notre réponse au terrorisme. C'est pourquoi, dans le projet de loi de programmation de la Justice, nous créerons un juge de l'indemnisation dédié aux victimes de terrorisme pour accélérer leur indemnisation et alléger d'autant le travail des juges d'instruction en charge de l'enquête pénale. Je souhaite saluer le travail fait depuis un an par Elisabeth PELSEZ, déléguée interministérielle à l'aide aux victimes. Elle a su montrer que le rattachement naturel au ministère de la Justice de la mission d'accompagner les victimes n'avait en rien entravé l'engagement de tout le gouvernement au service des victimes. Demain je serai à Nice, pour me recueillir à la mémoire des 86 victimes décédées dans l'attentat du 14 juillet 2016, et avec l'ensemble des victimes qui trouveront la force de revenir sur ces lieux. A Nice, comme partout où le terrorisme islamiste a frappé, les blessures restent vives, les mémoires douloureuses. A Nice demain, comme chaque jour depuis que j'exerce mes fonctions, deux sentiments m'animeront. L'humilité d'abord. L'humilité devant la douleur. L'humilité devant le travail accompli par tous ceux qui oeuvrent, le plus souvent dans l'ombre, à notre sécurité. Ici, à la DGSI, à la DGSE, dans les services du renseignement territorial, dans l'ensemble des services de renseignement et d'investigation, des fonctionnaires, des militaires des armées et de la gendarmerie, des spécialistes sous contrat, font un travail remarquable, qui exige à la fois une persévérance à toute épreuve et une réactivité de chaque instant. Je veux, en leur rendant hommage, leur adresser le message de l'exigence et de la confiance. Le deuxième sentiment qui m'anime, c'est la détermination. C'est celle du Président de la République, c'est la mienne, c'est celle de tout le Gouvernement. Nous savons que le risque zéro n'existe pas. Mais nous savons que nous ne devons jamais renoncer, jamais céder au fatalisme. Lutter pied à pied, chaque jour, sans nous caricaturer, sans renoncer à nos valeurs, mais sans complaisance ni concessions. Lutter concrètement, avec des engagements précis, des actions tangibles et mesurables. Ce sont ces deux convictions que traduit ce plan, en consolidant le chemin accompli, et en nous plaçant, résolument, dans une démarche de progrès continu. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/653.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/653.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..27233701fe470bbdc8fd3342a259cc955fab9d45 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/653.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les députés, « L'Assemblée nationale met en cause la responsabilité du Gouvernement par le vote d'une motion de censure ». Tels sont, vous le savez, les termes de l'article 49, alinéa 2, de notre Constitution. Monsieur le président JACOB et Monsieur le président CHASSAIGNE, je vous ai écoutés avec attention. Je vous ai entendus dénoncer, je vous ai entendus accuser, je vous ai entendus convoquer dans cet hémicycle le spectre d'une affaire d'État que vous appelez presque de vos voeux. Messieurs les présidents, je vous ai entendus et je vais vous répondre. Un an après que cette assemblée a, et largement, voté la confiance au gouvernement que je dirige, vous vous êtes emparés de la soi-disant grande affaire qui serait susceptible de la lui retirer. Cette grande affaire, dite « BENALLA », quelle est-elle ? C'est l'affaire d'un collaborateur de l'Elysée qui est sorti de son statut d'observateur lors des manifestations du 1er mai en commettant des actes inacceptables. Il a se faisant de façon très certainement manqué aux devoirs de sa fonction. C'est l'affaire de dysfonctionnements dans la préparation et le déroulement de cette mission d'observation. C'est l'affaire de fautes individuelles, de compromissions insidieuses et de petits arrangements entre un chargé de mission et des policiers affectés à la Préfecture de police de Paris. C'est, je l'ai dit, inacceptable. Je l'ai dit devant votre assemblée, je l'ai dit devant le Sénat. Mais ce qui devait être fait l'a été. Le 1er mai, Alexandre BENALLA a eu un comportement choquant et le 4 mai, il a été sanctionné. On peut gloser à l'infini sur l'adéquation de la sanction. Mais sanction il y a eu. Puis, lorsqu'un fait nouveau est apparu, M. BENALLA a été licencié et les fonctionnaires qui sont soupçonnés d'avoir violé la loi pour l'aider dans sa défense ont été immédiatement suspendus. La démocratie Mesdames et Messieurs les députés a fonctionné : - Le pouvoir exécutif a diligenté une enquête administrative dont les résultats ont d'ores et déjà été rendus publics ; - Le pouvoir judiciaire a diligenté une enquête, qui a d'ores et déjà abouti à plusieurs perquisitions, plusieurs gardes à vue et plusieurs mises en examen ; - Et le pouvoir législatif a diligenté deux enquêtes parlementaires, dont personne ne peut dire qu'elles se déroulent en catimini. Quel contraste Mesdames et Messieurs les députés avec les périodes précédentes ! Permettez-moi de rappeler à l'Assemblée Nationale ce qui s'est passé à l'occasion de l'affaire CAHUZAC : des faits révélés le 4 décembre 2012, une demande de commission d'enquête formulée début avril 2013, la décision de créer celle-ci le 24 avril et le début des travaux le 15 mai, soit 5 mois au total après la révélation des faits. Permettez-moi également de rappeler à certains d'entre vous que je les ai connus en d'autres temps beaucoup plus sourcilleux sur la séparation des pouvoirs, notamment lorsqu'ils refusaient en 2010 la constitution d'une commission d'enquête parlementaire sur l'affaire dite des « sondages de l'Elysée ». Sans doute, Monsieur le président JACOB, avez-vous conservé quelques souvenirs de cet épisode. Sans doute, Monsieur FAURE, en avez-vous aussi quelques-uns, probablement plus amers. Je les ai pour ma part parfaitement en tête. De notre côté, nous n'avons, ne vous en déplaise, jamais prétendu être infaillibles. Mais nous avons voté des lois pour redonner confiance en notre démocratie et nous pouvons dire, haut et fort, que, oui, la démocratie fonctionne. Depuis 15 jours que nous discutons de cette affaire, les faits apparaissent désormais clairement. Ils ne permettent à personne d'évoquer je ne sais quelle « milice parallèle » et d'alimenter les populismes et les théories du complot. Ils ne permettent à personne de parler de dérive monarchique ni d'impunité. Nul n'est au-dessus des lois. La République exemplaire n'est pas la République infaillible. Car qui ici peut se croire à l'abri de toute faute qui serait commise par l'un des siens ? Personne. La République exemplaire, c'est celle qui sanctionne les faits délictueux, c'est celle qui fait respecter la loi, que l'on soit puissant ou misérable. En l'espèce, j'ai rappelé que des sanctions avaient été prises et que d'autres le seraient si nécessaire. C'est ça, la République exemplaire. Et je voudrais que dans cette affaire, nous le soyons tous. Un peu de modération serait parfois de bon aloi, et permettrait d'éviter une triple confusion, parfois entretenue à dessein, mais néfaste à tous : Confusion sur l'objet des commissions d'enquête par exemple. Celle de l'Assemblée Nationale a été ouverte afin de je cite « faire la lumière sur les événements survenus à l'occasion de la manifestation parisienne du 1er mai 2018 ». Celle du Sénat porte je cite et je prends mon souffle sur « les conditions dans lesquelles des personnes n'appartenant pas aux forces de sécurité intérieure ont pu ou peuvent être associées à l'exercice de leurs missions de maintien de l'ordre et de protection de hautes personnalités et le régime des sanctions applicables en cas de manquements ». Faute d'y trouver matière à une mise en cause personnelle du président, elles semblent désormais porter sur les modalités de la campagne présidentielle, ou sur l'organisation même de la Présidence, ou que sais-je encore et plus tellement sur leur objet initial. 2ème confusion entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir d'enquête du Parlement. La Constitution le précise très clairement, dans son article 51-2, lequel prévoit, en complément de l'article 24, je cite là encore : « Pour l'exercice des missions de contrôle [ de l'action du Gouvernement ], (…) des commissions d'enquête peuvent être créées au sein de chaque assemblée pour recueillir, dans les conditions prévues par la loi, des éléments d'information ». Puisqu'il est arrivé qu'on nous parle de droit, permettez-moi de rappeler que l'article 6 de l'ordonnance du 22 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires prévoit, dans son troisième alinéa, qu' « il ne peut être créé de commission d'enquête sur des faits ayant donné lieu à des poursuites judiciaires et aussi longtemps que ces poursuites sont en cours. Si une commission a déjà été créée, sa mission prend fin dès l'ouverture d'une information judiciaire relative aux faits sur lesquels elle est chargée d'enquêter. » On pourrait m'objecter qu'il s'agit là de dispositions anciennes, mais je constate en me référant aux meilleurs sources, à savoir le site de l'Assemblée nationale, mis à jour en octobre dernier, qu'elles figurent en bonne place dans les termes suivants : « Quoi qu'il en soit, les travaux d'une commission d'enquête sont automatiquement interrompus par l'ouverture d'une information judiciaire relative aux faits qui ont motivé sa création. » Cette disposition, je n'ai pas beaucoup entendu les éminents juristes qui font la leçon au Gouvernement en faire état. Et pourtant la loi, et la séparation des pouvoirs, ne s'appliquent pas qu'au seul pouvoir exécutif, mais bien à l'ensemble des pouvoirs constitutionnels. Il se trouve, Monsieur JACOB, Monsieur CHASSAIGNE, qu'une information judiciaire a été ouverte, le 22 juillet 2018, soit 3 jours après que la commission des lois de l'Assemblée s'était vu attribuer les prérogatives d'une commission d'enquête. Confusion institutionnelle enfin. Pardon de rappeler que le Gouvernement et la Présidence de la République, ce n'est pas la même chose. Il y a seulement trois semaines, ceux-là même qui aujourd'hui voudraient mettre en cause la responsabilité du président de la République, par le biais de motions de censure à l'encontre du Gouvernement, ceux-là mêmes dénonçaient un « changement de régime » parce que le président proposait de les écouter et de leur répondre au Congrès. Nous voyons bien qu'à travers cette affaire, il se joue tout autre chose que la recherche de la vérité. Sans attendre les conclusions des enquêtes, l'instrumentalisation politique a fait son ouvrage. Comme il y eut, autrefois, ce que le Général de GAULLE baptisait des « Gouvernements de rencontre », autrement dit de circonstance, il y a, désormais, des oppositions de rencontre, qui, si je devais les montrer du doigt, ce qui ne se fait pas, nécessiteraient l'usage de mes deux bras, ici bien à gauche, et ici bien à droite. Vous qui prétendez-vous combattre, vous voilà désormais prêts à voter un texte analogue au nom de deux espoirs communs : Votre premier espoir, je l'ai dit, est d'atteindre le chef de l'État à travers les comportements imputés à son collaborateur, et, en filigrane, d'engager la responsabilité, non pas du Gouvernement, mais du président de la République lui-même, devant le Parlement. Vous n'y parviendrez pas. D'abord, parce que contrairement à ce que vous essayez de nous faire croire, les évènements du 1er mai ne disent rien de la présidence de la République. Rien. Ils ne mettent pas en jeu le fonctionnement de l'État autrement qu'à des niveaux subalternes. Et les tentatives pour mettre en cause le président de la République n'ont pas d'autre objectif que politique. Ensuite, parce que le président de la République n'est pas responsable devant vous. Il est responsable devant le peuple Français. Cette responsabilité, il l'assume. Il a, très clairement, fait savoir qu'il condamnait les agissements de son collaborateur, qu'il corrigerait les dysfonctionnements, et qu'il n'entendait pas sacrifier je ne sais quel fusible. Votre second espoir est de ralentir le rythme de la transformation du pays pour lequel les Français nous ont donné mandat il y a 14 mois. Vous m'accorderez qu'au sens étymologique, une motion, c'est censé être un mouvement. C'est d'impulser une direction. Or vos motions de censure ne sont rien d'autre que des motions de blocage. Vous venez d'inventer l'oxymore institutionnel. Vous avez certes réussi à retarder de quelques semaines une réforme de nos institutions pourtant voulue par une majorité de nos concitoyens. C'est votre droit. Mais ce n'est pas la volonté des Français. Et je vous remercie de m'offrir l'occasion de poser les vrais termes du débat qui sous-tend ces motions de censure, au moment où se clôt une année de travail parlementaire qui aura été, et c'est sans doute l'essentiel, utile pour la France et les Français. Une année parlementaire qui a déjà permis le vote et ce n'est pas rien de 41 textes indispensables pour réparer le pays, pour le transformer et pour le préparer aux défis auxquels il fait face. Je souhaite adresser à la majorité mes chaleureux remerciements pour sa force de proposition, sa ténacité et son soutien sans faille aux réformes ainsi engagées. Je note aussi, et je m'en réjouis, que ces votes ont très souvent fédéré au-delà des bancs de la majorité. C'est cela que je veux retenir, plus que ces motions de censure dont j'ai du mal à percevoir le sens. Car enfin, que voulez-vous censurer ? Peut-être les transformations que nous avons lancées pour moderniser notre économie et rompre avec des années de résignation dans la lutte contre le chômage ? Les ordonnances du 22 septembre 2017 ont transformé le code du travail, ce que vous étiez nombreux à souhaiter sans oser l'entreprendre. Je note que certains à gauche nous accusaient de casser le code du travail quand d'autres à droite proclamaient (sans jamais l'avoir fait) qu'il fallait aller plus loin. Peu importe car la France se dote enfin de règles modernes qui favorisent le dialogue social et encouragent les chefs d'entreprise à embaucher, comme dans toutes les grandes démocraties européennes. Enfin la France place la compétence et la formation au coeur de ses priorités au lieu de subventionner des emplois publics précaires. Croire en l'individu, c'est croire en ses compétences, en sa capacité à progresser. Notre logique est simple : personne n'est inemployable à condition d'être formé. C'est l'ambition du plan d'investissement dans les compétences qui permettra de former un million de jeunes décrocheurs et un million de demandeurs d'emplois. Enfin la France se bat pour redevenir l'un des pays les plus attractifs au monde. C'est le sens de notre politique fiscale qui vise à garder les investisseurs en France, à attirer ceux qu'on a trop longtemps dissuadés de s'y installer. Censurez-vous nos résultats en matière de redressement de nos finances publiques ? Nous avons réussi à sortir de la procédure européenne de déficit excessif, ce qui n'était pas arrivé depuis 10 ans. Censurez-vous la réforme de la SNCF, qui tétanisait tous les Gouvernements depuis 20 ans ? Cette transformation majeure dont vos amis présidents de région, Monsieur JACOB, nous disent le plus grand bien et que 74 d'entre vous ont votée ? A moins que vos motions ne cherchent à censurer les nouvelles politiques sociales du gouvernement ? Il faudra du temps pour qu'elles produisent tous leurs effets, mais elles ont commencé à changer le cours des choses, au coeur de nos territoires, au plus près des Français, pour combattre efficacement les déterminismes qui enchaînent. Censurez-vous le dédoublement des classes de CP et de CE1 dans les zones défavorisées ? Ou la fin du scandale d'APB ? Ou notre ambition en matière de santé publique, qui a rompu avec l'obscurantisme anti vaccinal et pris des décisions courageuses sur le tabac et sur la sécurité routière ? Changer la donne sociale, c'est rompre avec le cercle vicieux du renoncement aux soins. Censurez-vous l'accord sur le zéro reste à charge, pour que les Français aient tous accès aux lunettes, aux soins dentaires et aux aides auditives ? Ce sera, je n'ai pas peur des mots, un grand acquis social du quinquennat du président de la République. Vous mettez en cause la responsabilité du Gouvernement. Eh bien, justement, nous avons placé la responsabilité au coeur du dialogue que nous entretenons avec les collectivités. Pour la première fois depuis longtemps, nous avons refusé les coups de rabot, les baisses de dotations unilatérales pour établir des contrats qui prennent en compte la situation de chaque collectivité. Je pense aussi au livre bleu pour les outre-mer que le Gouvernement a rendu public le 28 juin. Ce souci de justice, de rééquilibrage, il anime également notre programme national de rénovation urbaine dans les quartiers prioritaires de la ville. Mais peut-être voulez-vous censurer le programme « Action coeur de ville », qui consacre 5 milliards d'euros à la rénovation des centres de villes moyennes ? Peut-être voulez-vous censurer la couverture de tout le territoire en internet fixe haut débit d'ici 2020 et en très haut débit d'ici 2022 ? Peut-être voulez-vous nous censurer pour avoir rétabli, après des années de paralysie, l'État de droit à Notre-Dame-des-Landes ? Grâce à la détermination du Gouvernement et au professionnalisme des forces de l'ordre, on peut enfin y circuler, en toute sécurité. On peut y développer des projets agricoles et expérimentaux, en toute légalité. L'ordre républicain, qui avait été battu en brèche sous les majorités précédentes, est restauré. Nous sommes sortis de l'État d'urgence et avons inscrit dans notre droit permanent, grâce à la loi SILT, des outils pour lutter, efficacement et durablement, contre le terrorisme. Mais peut-être voulez-vous censurer le nouveau plan d'action contre le terrorisme, qui renforce le rôle de la DGSI et du renseignement territorial, qui crée le parquet national anti-terroriste et qui s'empare enfin de la question des détenus radicalisés en fin de peine ? Ou bien notre décision de redonner à notre Défense nationale les moyens de l'ambition que nous lui fixons ? Ou la création de près de 10 000 postes de policiers et de gendarmes sur le quinquennat ? Le récent rapport du Sénat l'a montré, nos forces de police et de gendarmerie sont surmenées. Elles montent chaque jour au front contre la violence et la radicalisation. Nous allons continuer à leur montrer, non pas seulement en paroles, mais aussi et surtout en actes, notre confiance et notre soutien, comme nous allons enfin augmenter les budgets de la Justice. Faut-il parler d'immigration ? La coalition de ces motions vise certainement notre politique, qui rompt avec toutes les résignations : celle d'un État qui ne parvenait plus à faire refluer l'immigration illégale, comme celle d'une République qui tournait le dos à sa tradition d'accueil des réfugiés. Faut-il parler d'Europe où la France retrouve son rang pour porter les ambitions du discours de la Sorbonne et mettre en oeuvre l'accord conclu avec nos amis allemands pour l'avenir de la zone Euro ? Depuis un an, voici donc quelques-unes des réformes dont mon gouvernement porte la responsabilité. Un Gouvernement uni, cohérent, compétent, que je suis fier de diriger sous l'autorité du président de la République. Mais beaucoup reste à faire. Je pense à la transformation de notre État et de notre action publique. Je pense à la rénovation de nos institutions. Je pense à l'organisation de l'islam de France pour poser les conditions d'un exercice serein de la religion musulmane au sein de la République. Je pense à la stratégie pauvreté, à la transformation de notre système de santé, à la réforme de l'assurance chômage, qui construiront un modèle social tourné vers l'émancipation, vers des droits réels, vers l'investissement social. Je pense aux réformes des retraites et de la dépendance qui traduiront notre volonté de justice et d'équité, et notre souhait d'assurer une véritable solidarité entre les générations, notamment envers les plus âgés de nos concitoyens. Je pense à la transformation de notre modèle économique avec le projet de loi Pacte qui va doper la croissance de nos entreprises et assurer un plus juste partage de la valeur. A la rentrée, nous n'avons nullement l'intention de ralentir. Peut-être est-ce précisément ce qui vous inquiète ? Et bien je vous le dis avec calme et avec détermination, à vous Mesdames et Messieurs les députés, comme aux Français qui nous écoutent bien au-delà de cet hémicycle où les débats sont souvent sonores, tendus et vifs, à tous ceux qui souhaitent avec nous réparer ce pays et être à la hauteur de la promesse formidable qu'a constituée en 2017 l'élection du président de la République : nous ne ralentirons pas, nous ne lâcherons rien, nous irons jusqu'au bout de notre projet. Et s'il s'agit aujourd'hui de motions de censure contre tout cela, je vous avoue que je ne crains pas le jugement de notre Assemblée, pas plus que je ne crains le jugement des Français. Et en attendant le leur, je m'en remets avec confiance cet après-midi au vôtre. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/654.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/654.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9860390c9436a9127a735f0c4e32fb72bda0fd80 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/654.txt @@ -0,0 +1 @@ +Préambule La France et le Danemark estiment tous deux que la coopération multilatérale, dans le cadre d'un système international fort et fondé sur des règles, demeure indispensable pour permettre à la communauté internationale de relever les nombreux défis transfrontaliers auxquels nous faisons face aujourd'hui. Parmi eux, les questions évidentes qui nécessitent une coopération internationale accrue sont celles des réfugiés et des flux de migration irrégulière, du changement climatique, des trafics et de la criminalité organisée, de la radicalisation et de l'instabilité. La coopération internationale au développement joue un rôle essentiel dans la lutte contre les causes structurelles de ces phénomènes. Toutefois, la coopération multilatérale et le système international fondé sur des règles sont soumis à de plus en plus de pression. La France et le Danemark demeurent par conséquent déterminés à renforcer leur coopération au développement dans les domaines d'une importance stratégique. À cet égard, la région du Sahel joue un rôle déterminant. Depuis l'effondrement de l'Etat libyen, le Sahel est devenu de fait une région voisine de l'Europe. Sa stabilité, son développement et sa prospérité revêtent donc une importance stratégique pour la France, le Danemark et l'Europe. Dans ce contexte, la France et le Danemark s'engagent à renforcer leur collaboration en matière de politique de développement, en accordant une attention particulière à la région du Sahel. De façon plus spécifique, la France et le Danemark rechercheront de nouvelles possibilités de collaboration, d'échanges d'expérience et d'initiatives conjointes dans quatre domaines : l'égalité entre les femmes et les hommes et les droits des femmes et des filles, notamment la santé et les droits sexuels et reproductifs ; la jeunesse, en mettant l'accent sur la paix et la stabilité ainsi que sur les compétences et l'emploi ; l'éducation et le développement des compétences ; et la résilience et la fragilité ainsi que l'interconnexion entre humanitaire, développement et paix (HDP). Par ailleurs, le Danemark a le plaisir d'annoncer qu'il a rejoint l'Alliance Sahel. Axe 1 : Egalité entre les femmes et les hommes et droits des femmes et des filles, notamment santé et droits sexuels et reproductifs Dans la région du Sahel, les défis à relever en matière d'égalité entre les sexes et de santé et de droits sexuels et reproductifs sont immenses. La natalité (plus de cinq enfants par femme en moyenne) et la mortalité maternelle et néonatale y sont les plus élevées du monde. On estime par exemple qu'au Mali, seulement 15 % des femmes ont accès à des méthodes de contraception modernes et les utilisent, et le risque de mourir de complications dues à la grossesse et à l'accouchement est important. Pour beaucoup de femmes et de filles dans la région, l'accès à une planification familiale, à des soins et à une éducation sexuelle complète est inexistant. Des pratiques néfastes comme les mutilations génitales féminines et les mariages d'enfants, ainsi que les grossesses précoces, sont répandues. Afin de pouvoir agir face à ces difficultés, les Gouvernements français et danois s'engagent à renforcer leurs efforts en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs ainsi que de santé des mères, des nouveau-nés, des enfants et des adolescents dans la région. En particulier : - Le Gouvernement de la République française nommera un représentant de haut niveau chargé du mouvement politique SheDecides, que le Danemark a contribué à lancer, et s'investira pleinement dans ses activités. La France sera invitée à annoncer les noms des représentants choisis lors de l'événement SheDecides organisé par le Danemark pendant la 73e AGNU. - Le Gouvernement danois unira ses efforts à ceux du Gouvernement français en soutenant, par l'intermédiaire d'une contribution financière, le Fonds français Muskoka, qui défend la santé et les droits sexuels et reproductifs, la planification familiale et la santé maternelle et infantile en partenariat avec l'UNICEF, l'UNFPA, ONU Femmes et l'OMS dans plusieurs pays du Sahel. La coopération dans le cadre du fonds sera fondée sur le soutien financier apporté par le Danemark ainsi que sur le renforcement des efforts de la France, qui se concentreront sur la santé et les droits sexuels et reproductifs. - Les Gouvernements de la France et du Danemark étudieront les possibilités de synergies à mettre en oeuvre dans le cadre de l'initiative de l'AFD sur le genre, qui pourront s'intéresser de façon multisectorielle au lien entre l'autonomisation des filles et des femmes et la transition sociale et démographique dans les pays du G5 Sahel. Axe 2 : Jeunesse, en mettant l'accent sur la paix et la stabilité ainsi que sur les compétences et l'emploi La population du Sahel, dont 65 % a moins de 30 ans, est la plus pauvre et la plus jeune du monde, ainsi que celle qui croît le plus vite. Le taux de chômage des jeunes est élevé et les anciennes générations ont tendance à dominer les procédures de prise de décision aux niveaux local, national et régional. La France et le Danemark s'engageront à renforcer leur collaboration afin de relever les défis spécifiques que doivent affronter les jeunes au Sahel. En particulier : - Les Gouvernements de la France et du Danemark oeuvreront pour améliorer l'attention portée aux difficultés et aux défis de la jeunesse au sein de l'Alliance Sahel, tant dans le groupe sectoriel sur l'employabilité des jeunes dirigé par la France que de façon transversale. - Les Gouvernements français et danois soutiendront conjointement l'élaboration, en étroite collaboration avec le Secrétariat du G5 par exemple, d'une Stratégie "Jeunesse" pour le G5 Sahel sous l'égide de l'Alliance Sahel, si le Secrétariat du G5 en fait la demande. - Le Gouvernement de la République française envisagera d'apporter son soutien, aux côtés du Gouvernement du Danemark, au Fonds d'appui aux moteurs du changement (FAMOC), qui bénéficie aux jeunes. Ce fonds a pour objectif de soutenir des activités et des projets innovants, principalement gérés par et pour les jeunes, qui contribuent à les rendre plus conscients de leurs droits et à les impliquer dans des activités et des procédures de prise de décision au niveau local, leur permettant ainsi de devenir des citoyens actifs, ce qui participe à la paix et à la stabilité. - Le Gouvernement français étudiera la possibilité de soutenir le volet consacré à la jeunesse du futur programme du secteur privé danois au Mali, qui vise à développer l'entrepreneuriat des jeunes ainsi que les nouvelles technologies. Les bénéficiaires seront des jeunes ayant entre 18 et 30 ans, possédant les compétences de base nécessaires, qui souhaitent lancer ou faire évoluer leur propre entreprise dans les environs de Bamako et dans la région de Sikasso. La France souhaite obtenir davantage d'informations sur le programme, ainsi que sur le niveau d'engagement du Danemark, afin de décider de quelle manière elle pourrait lui apporter son soutien. Axe 3 : Education et développement des compétences Dans une région fragile comme le Sahel, qui connaît une natalité et un taux de chômage des jeunes élevés, une éducation de qualité et le développement des compétences des jeunes sont des conditions essentielles à une progression de l'égalité entre les femmes et les hommes, de la santé et du développement économique. En outre, une éducation de qualité et le développement des compétences sont des moyens d'atténuer les potentiels risques d'instabilité, de radicalisation des jeunes et de migration irrégulière causés par le maigre bagage éducatif et l'absence de perspectives d'emploi de cette génération. Toutefois, l'instabilité entrave l'accès à une éducation de qualité, en particulier dans les zones de conflit. Le conflit au Mali, par exemple, a provoqué une diminution de la scolarisation des enfants (de 92 % en 2011 à 83,5 % en 2013). La France et le Danemark s'engagent donc à collaborer plus étroitement et intensément concernant les efforts d'éducation au Sahel. En particulier : - Les Gouvernements de la France et du Danemark uniront leurs forces dans le cadre du Partenariat mondial pour l'éducation et oeuvreront pour que ce partenariat se concentre davantage sur le Sahel, sur le lien entre humanitaire et développement et sur la fourniture d'une éducation de qualité aux groupes les plus marginalisés, en particulier les filles. - Afin de mettre en avant le renforcement de leur coopération en matière d'éducation, la France et le Danemark participeront, avec le Partenariat mondial pour l'éducation, à un événement organisé par la France, le Canada et le Royaume-Uni à l'occasion de la 73e AGNU. L'accent sera mis sur la fourniture d'une éducation de qualité aux filles, et plus particulièrement sur le lien entre humanitaire et développement pour les plus marginalisées, et la France et le Danemark joueront un rôle majeur par leur participation de haut niveau. - Pour répondre spécifiquement à la nécessité de développer encore les compétences et l'entrepreneuriat des jeunes, les Gouvernements de la France et du Danemark étudieront dans les mois à venir des possibilités d'apporter un soutien conjoint à des initiatives mettant l'accent sur le développement des compétences et l'entrepreneuriat des jeunes au Sahel. L'objectif sera d'aider les jeunes à renforcer leurs compétences, à entrer sur le marché du travail et à réaliser tout leur potentiel économique et entrepreneurial. Axe 4 : Résilience et fragilité / Interconnexion entre humanitaire, développement et paix Dans un contexte de multiplication des crises complexes et de longue durée, la France et le Danemark estiment tous deux qu'il est urgent de renforcer l'interconnexion entre humanitaire, développement et paix (HDP) ainsi que les capacités des acteurs locaux afin d'améliorer la résilience, de réduire les vulnérabilités et de mettre en place les conditions d'un développement pérenne. La politique officielle des deux gouvernements est de consacrer une part plus importante de leur aide publique au développement à la prévention des crises et à la réponse aux fragilités. Compte tenu de cette potentielle plateforme d'action commune, les Gouvernements de la France et du Danemark s'emploieront à : - Mettre en commun leur expérience et partager les enseignements tirés à propos des difficultés et des possibilités liées aux interventions en matière de fragilité et d'interconnexion HDP, par exemple via des consultations entre des services pertinents des ministères des Affaires étrangères français et danois et de l'AFD. - Partager les analyses des contextes, des risques, des facteurs de fragilité, des besoins et des capacités locales mises au point de façon conjointe par les acteurs de l'humanitaire et du développement. Cela est particulièrement pertinent dans la région du Sahel et dans les pays voisins de la Syrie, zones de conflit prolongé dans lesquelles les deux Gouvernements sont activement impliqués et l'interconnexion HDP est clé pour promouvoir un développement pérenne. - Renforcer la coopération et l'interopérabilité sur le terrain en partageant leurs portefeuilles de projets respectifs dans tous les secteurs (gouvernance, jeunesse, développement rural, etc.). - Etudier la possibilité de cofinancer des programmes spécifiques en lien avec l'interconnexion HDP. Le Programme régional de développement et de protection au Moyen-Orient dirigé par le Danemark pourrait être une option. De la même façon, le Danemark n'écarte pas la possibilité de cofinancer des initiatives pertinentes de l'AFD, en particulier l'initiative régionale Sawa au Moyen-Orient. - Etudier la possibilité d'agir ensemble pour promouvoir les engagements de l'initiative New Way of Working et du Pacte relatif au financement de l'action humanitaire (Grand Bargain) au sein des institutions internationales pertinentes, notamment l'Union européenne. - Etudier la possibilité d'une contribution française aux projets soutenus par le Programme danois de paix et de stabilisation régionales au Sahel (Danish Regional Sahel Peace and Stabilisation Programme), dans les domaines de la prévention et de la gestion des conflits parmi les communautés frontalières ainsi que de la gestion de la sécurité des frontières et le renforcement de la confiance entre les acteurs de la sécurité et les communautés. - Le Danemark étudiera la possibilité d'unir ses efforts à ceux de la France en contribuant, en 2019, au Fonds mondial pour la mobilisation et la résilience communautaire et au travail essentiel fourni par ce dernier pour renforcer la résilience des communautés à l'extrémisme violent au Mali en collaboration avec des partenaires locaux. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/655.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/655.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..501929aa27704653394bbb8e1fce733b0248657a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/655.txt @@ -0,0 +1 @@ +CYRIL VIGUIER Et l'invité politique ce matin sur ce plateau, en direct, c'est Olivier DUSSOPT. Bonjour. Merci d'être avec nous. OLIVIER DUSSOPT Bonjour. CYRIL VIGUIER Vous êtes le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Action et des comptes publics. On a beaucoup de questions à vous poser. Pour vous interroger à mes côtés, Marcelo WESFREID, du Figaro, pour Public Sénat. Bonjour Marcelo. MARCELO WESFREID Bonjour. CYRIL VIGUIER Et Pascal JALABERT pour le Dauphiné… PASCAL JALABERT Bonjour… CYRIL VIGUIER Le groupe EBRA à Paris. Merci Pascal d'être avec nous. Votre interview sera rediffusée sur les sites Internet de la presse quotidienne régionale ce matin, à partir de 10h, Olivier DUSSOPT. Le Premier ministre et la ministre des Sports ont rendez-vous ce matin à Matignon, une note fait état de 1.600 postes supprimés au ministère des Sports. Est-ce que vous confirmez d'abord ce chiffre, et est-ce que vous mettez le sport français à la diète ? OLIVIER DUSSOPT La note qui est évoquée est une note de prospective, de cadrage, non pas sur l'année… CYRIL VIGUIER Mais sur le chiffre ? OLIVIER DUSSOPT Mais à l'échelle du mandat, et avec effectivement un cadrage… CYRIL VIGUIER A l'échelle du mandat, sur cinq ans… OLIVIER DUSSOPT Autour de 1.600 emplois. Comme vous l'avez dit, le Premier ministre et la ministre des Sports ont rendez-vous ce matin, la nouvelle ministre des Sports prend ses marques, pose aussi un certain nombre de points, d'orientations politiques dans son action, et à l'issue de cette discussion, nous pourrons avancer, c'est une base de départ, et l'objectif que nous poursuivons en matière de sport n'est ni une mise à la diète ni quoi que ce soit, c'est d'adapter la politique sportive à l'organisation du sport aujourd'hui. Il y a des fédérations qui sont puissantes, qu'il faut accompagner, il y a des collectivités locales qui mènent des actions fortes en matière sportive, il y a une administration d'Etat, avec des points forts et des points faibles, y compris dans des disparités de présence sur le territoire, et tout l'objectif est de trouver la bonne organisation pour que le sport français reste le sport d'élite et le sport amateur dans le même temps que l'on connaît. CYRIL VIGUIER 1.600 postes sur cinq ans, sur le mandat. MARCELO WESFREID C'est quand même un très mauvais signal avant les JO 2024 ? OLIVIER DUSSOPT Je ne crois pas parce que, on parle de ces 1.600 postes, en tout cas, de cette perspective sur cinq ans, on oublie de parler de l'ensemble des postes qui existent ailleurs, dans des agences, dans des comités, et notamment auprès du comité olympique, dans les collectivités, et je le répète, elles font un travail extrêmement fort. Donc tout l'objectif est de faire en sorte que l'organisation soit adaptée, et nous permette d'avoir la meilleure politique sportive. Les discussions, comme vous l'avez vu, et comme cela est su désormais, commencent aujourd'hui pour trouver le bon point d'atterrissage. PASCAL JALABERT Donc vous avez supprimé l'an dernier, dans la Fonction publique, 1.600 postes, 4.500 l'année prochaine. Bon, on est loin de l'objectif de 50.000 pour l'Etat et de 120.000 fonctionnaires en moins au total ; comment vous allez y arriver ? OLIVIER DUSSOPT Alors, deux choses sur cet aspect-là, effectivement, le budget pour 2019 prévoit la suppression d'environ 4.500 postes, qui, en réalité, sont des non remplacements de départs à la retraite, puisque nous aurons autour de 60.000 départs à la retraite parmi les fonctionnaires d'Etat. La première chose, c'est que le président de la République s'est engagé sur une baisse progressive des effectifs de la Fonction publique, c'est un objectif que nous poursuivons, une cible que nous gardons en tête, ça n'est pas l'alpha et l'oméga de notre politique en matière de Fonction publique. Nous avons aussi un travail de réforme structurelle de la Fonction publique, de modernisation. Dans quelques heures, à 10h ce matin, j'ouvrirai la négociation formelle sur le renouvellement de l'accord pour l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes dans la Fonction publique. Et c'est un sujet majeur. La deuxième chose, c'est que nous ne voulons pas répéter les erreurs du passé, il fut un temps où dans le cadre de la RGPP, le ministère, et les ministères annonçaient 10.000 suppressions, 15.000 suppressions, et le gouvernement, finalement, disait aux services : débrouillez-vous avec cela, menez la politique qu'on vous demande de mener avec 10.000 postes en moins. Nous, nous avons une logique différente, nous réexaminons les politiques, nous regardons les missions, nous regardons l'organisation, et à l'issue de ce processus, nous regardons la question des effectifs de manière à ce que cette diminution progressive des effectifs ne se fasse pas au détriment de la qualité du service, ni de la présence territoriale. PASCAL JALABERT Comment vous allez obliger les collectivités locales à supprimer 70.000 postes, vous n'avez pas la main là-dessus, et puis, c'est de l'emploi dans les territoires ! OLIVIER DUSSOPT Il y a un principe de libre administration, et nous le respectons, nous considérons que les collectivités locales doivent participer à l'effort de redressement ; nous ne sommes pas les premiers à le faire, dans les années précédentes, ça s'est traduit par différentes méthodes, différentes politiques, du gel en matière de dotations, de la baisse de dotations de 2014 à 2017, j'étais député dans la majorité, à cette période-là, avec le nouveau gouvernement, nous avons fait le choix de maintenir les dotations. Nous sommes, là aussi, convaincus que les départs à la retraite, la numérisation des services, la réorganisation des collectivités, la volonté affichée par l'immense majorité des élus de participer à la maîtrise des dépenses, tout ça peut amener à une diminution des effectifs, et d'ailleurs, quand on regarde les bilans des années précédentes, et notamment pour les derniers chiffres complets que nous avons, le bilan de l'année 2016, lorsqu'on regarde les trois grands secteurs d'administration publique, l'Etat, les administrations de Sécurité sociale ou le secteur sociale, et les collectivités, le seul secteur qui ait diminué légèrement ses effectifs, c'est le secteur des collectivités locales. MARCELO WESFREID Alors, Olivier DUSSOPT, vous en parliez à l'instant, à 10h, commencent des négociations sous votre tutelle, pour aboutir à un accord sur l'égalité salariale femmes, hommes, est-ce qu'on peut être concret, parce que sur les principes, il y a beaucoup de choses qui ont été dites, est-ce que, par exemple, il y aura une obligation dans certains secteurs d'avoir des nominations qui soient paritaires, et est-ce qu'il y aura des sanctions à la clé ? OLIVIER DUSSOPT Cela existe. L'accord égalité femmes-hommes a été signé, le premier accord, en 2013, il arrive à échéance, et nous souhaitons le renouveler avec les organisations syndicales et les employeurs, nous allons avancer, et il y a peut-être une ligne de conduite à tenir : ne jamais reculer sur ce qui a été capitalisé en 2013, puisque l'accord est bon, et il faut protéger le contenu de cet accord. Aller plus loin et prévoir des moyens contraignants, y compris des sanctions financières. MARCELO WESFREID Alors, un exemple, soyons concrets. OLIVIER DUSSOPT Un exemple, un exemple pour être très concret, l'accord de 2013 ainsi que la loi de mars 2012 sur la Fonction publique prévoient une mise de métiers, d'emplois de direction dans la Fonction publique, pour lesquels il faut qu'il y ait une obligation de nominations équilibrées, pas paritaires, mais équilibrées, 60 40 ans avec une montée progressive dans un sens ou dans l'autre, un certain nombre de ministères n'ont pas atteint cet objectif en 2017, et ont fait l'objet de sanctions financières, nous voulons aller plus loin et faire en sorte par exemple que les métiers concernés par cette obligation de nominations équilibrées soient plus nombreux. Il y a des établissements publics d'Etat qui pour certains ne sont pas dans cette cible d'obligation de nominations équilibrées, il faut que nous puissions élargir… MARCELO WESFREID Vous pensez à quel ministère par exemple ? OLIVIER DUSSOPT Il ne s'agit pas de ministère, mais plutôt des établissements publics rattachés à tel ou tel ministère, qui n'ont pas fait l'objet de cette obligation-là, donc il faut qu'on puisse élargir cette liste, on appelle ça la liste T1, c'est la liste fixée par loi de 2012 avec des sanctions financières, et voir comment utiliser ces pénalités financières pour nourrir la politique en matière d'égalité ; il y a d'autres exemples sur lesquels on peut être très concret, j'en prends un si vous me le permettez, la question des congés parentaux, aujourd'hui, lorsqu'un agent public prend un congé parental de 3 ans, la première année, son avancement, son déroulement de carrière est protégé l'année 2 et l'année 3, cet avancement est réduit de 50 % ; très souvent, pour ne pas dire tout le temps, ce sont les femmes qui prennent le congé parental, et c'est une des explications de l'inégalité de salaires, donc nous allons aussi résoudre cela. MARCELO WESFREID Alors, jeudi, le président de la République présente lui-même le plan pauvreté, c'est le fameux plan qui avait été reporté cet été, est-ce que ça marque enfin le tournant à gauche de ce gouvernement ? OLIVIER DUSSOPT Ça marque la volonté du président d'appliquer l'intégralité de son programme, et le plan pauvreté, le plan de lutte contre la pauvreté est un plan qui est très attendu sur lequel le gouvernement travaille beaucoup, ma collègue Agnès BUZYN est extrêmement investie pour que ce plan soit une réussite, il y a une philosophie derrière ce plan, c'est évidemment mieux traiter les questions d'inégalité, les questions de pauvreté, mais c'est peut-être surtout éviter que la pauvreté soit quelque chose d'héréditaire, renouvelable, parce que nous savons aujourd'hui que lorsqu'on est dans une famille pauvre, on a toutes les chances d'être pauvre soi-même, et donc il faut pouvoir sortir les gens de la pauvreté, prévenir les inégalités, faire en sorte que toutes les inégalités soient attaquées, en matière d'accès aux soins, d'accès à un certain nombre de prothèses, et nous avons déjà dit avant l'été notre volonté d'un reste à charge zéro sur les prothèses dentaires, sur les prothèses auditives, sur les lunettes pour… MARCELO WESFREID Donc ce n'est pas un rééquilibrage du cap… OLIVIER DUSSOPT La question n'est pas, en tout cas sur le fond du plan, n'est pas de faire ce qui a été fait pendant 30 ans. Pendant 30 ans, l'idée était d'indemniser la pauvreté pour permettre aux pauvres de vivre un peu mieux, ou plutôt moins mal, nous, nous voulons prévenir la pauvreté. PASCAL JALABERT Juste, sur le RSA, vous avez des départements, comme le Haut-Rhin, qui disent : eh bien, il faut qu'en contrepartie, il y ait une mission d'intérêt public assurée par les bénéficiaires du RSA, ça fait partie des choses, ça, ça fait partie du retour au travail progressif, ça fait partie des choses que vous soutiendrez ? OLIVIER DUSSOPT Je ne suis pas là pour sanctionner positivement ou négativement l'initiative du département que vous avez cité, et je sais aussi que parfois, et je le répète, pas forcément dans ce département-là, mais parfois, c'est vu comme une mesure de donnant-donnant avec parfois aussi une volonté de stigmatiser celles et ceux qui sont bénéficiaires du RSA. Pour en avoir rencontré beaucoup dans mon territoire et dans d'autres moments, dans d'autres dans d'autres endroits, je ne connais pas de bénéficiaire du RSA qui soit heureux d'être au RSA, on n'est pas riche au RSA. Par contre, ça me permet de souligner un point, c'est que nous voulons effectivement tout faire pour permettre le retour au travail, nous considérons que la meilleure façon de sortir de la pauvreté durablement, c'est l'accès au travail, c'est l'autonomie par les revenus de son travail. CYRIL VIGUIER Olivier DUSSOPT, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Action et des comptes publics est notre invité politique ce matin dans « Territoires d'infos. » On asse à la politique, les journées parlementaires de La République En Marche à Tours aujourd'hui. Désignation du candidat pour le poste du perchoir, la présidence de l'Assemblée nationale, alors vous seriez député aujourd'hui, vous voteriez Richard FERRAND ou Barbara POMPILI, les deux favoris ? OLIVIER DUSSOPT Je ne suis pas député. Je ne suis pas député et… CYRIL VIGUIER Réponse à ma question… OLIVIER DUSSOPT Et d'abord une réponse de principe, les députés sont libres, sont adultes sont libres évidemment de choisir qui ils veulent comme président… CYRIL VIGUIER Un choix personnel… OLIVIER DUSSOPT Tout le monde connaît de l'amitié que j'ai pour Richard FERRAND, avec qui j'ai siégé dans le même groupe pendant longtemps, et je lui souhaite le meilleur. PASCAL JALABERT Mais est-ce qu'il ne faut pas justement une femme, puisque vous parliez des négociations hommes/femmes, Barbara POMPILI par exemple qui est candidate, ça serait moderne, non ? OLIVIER DUSSOPT Et qui est aussi une très bonne présidente de la Commission du développement durable, je la connais aussi, j'allais dire, Barbara, avec un peu de familiarité, comme Richard, parce que ce sont un homme et une femme, une femme et un homme avec qui j'ai siégé, avec qui j'ai partagé des engagements, les députés feront de toute façon, et en toute hypothèse, le meilleur choix. MARCELO WESFREID Vous étiez au Parti socialiste, il y a encore quelque temps, je ne sais pas si vous avez vu hier que Jean-Luc MELENCHON a rencontré à Marseille les représentants de l'aile gauche du Parti socialiste, et il leur a dit cette phrase assez étonnante, il leur a dit : vous m'avez manqué. Comment vous réagissez, vous, l'ancien socialiste, quand vous voyez ce rapprochement entre, d'une part, La France Insoumise, et de l'autre, l'aile gauche du Parti socialiste ? OLIVIER DUSSOPT Je ne partage pas les orientations de la France Insoumise, ce n'est pas un secret, et je considère que le projet qui était porté par Jean-Luc MELENCHON pendant l'élection présidentielle n'était pas un projet satisfaisant, pour être le plus poli possible MARCELO WESFREID Mais quand vous voyez vos anciens camarades aller vers MELENCHON ? OLIVIER DUSSOPT Pas tous déjà, si j'ai bien compris, puisque je crois que… MARCELO WESFREID Emmanuel MAUREL… OLIVIER DUSSOPT Oui, et qui est un député européen brillant par ailleurs, mais pas tous, je crois que certains au Parti socialiste ne sont pas particulièrement satisfaits de ce rapprochement, c'est leur affaire, c'est leur affaire. Pour moi, ça signifie en tout cas, si ça devait aboutir, une forme de radicalisation, voire d'amnésie par rapport à la période de responsabilité qu'on a connue. PASCAL JALABERT Oui, alors, à Marseille, qui, décidément, doit être une petite ville, Emmanuel MACRON a croisé par hasard, nous dit-on, Jean-Luc MELENCHON, donc pour vous, c'est vraiment, là, une des confrontations aujourd'hui, c'est-à-dire, il y aurait, d'un côté, le clan des progressistes européens, l'autre celui des populistes, et ça serait le nouvel affrontement ? OLIVIER DUSSOPT L'élection européenne que nous aurons à connaître au mois de mai va être marquée par ce clivage-là, par un clivage entre les progressistes, celles et ceux qui veulent à la fois s'appuyer sur l'Europe, la faire avancer, faire en sorte que l'Europe soit vraiment un outil d'égalité, de progrès, social et économique, et celles et ceux qui se réfugient dans des réflexes populistes ou nationalistes, et ce clivage au niveau européen, nous le retrouvons pour une partie sur la scène nationale... PASCAL JALABERT Donc vous défendez une liste qui regroupe, eh bien, des gens de droite, de gauche, de LREM ? OLIVIER DUSSOPT Je défends ce que j'aurai toujours défendu, une liste de progressistes, attachés à la construction européenne, attachés à faire de l'Europe un outil de progrès, d'égalité pour tous, et ce sera la liste de la majorité présidentielle. MARCELO WESFREID En cette rentrée, il y a une tonalité un peu différente de la part de l'exécutif avec du mea culpa, ce qui est vraiment nouveau en Macronie, et les auditions de la commission parlementaire au Sénat reprennent mercredi sur l'affaire BENALLA, est-ce qu'avec le recul, avec honnêteté, vous diriez que l'exécutif a manqué d'humilité dans la gestion de cette affaire. OLIVIER DUSSOPT Je ne crois pas, et je pense que, au contraire, le président de la République a voulu à la fois que la lumière soit faite, et, au-delà, l'Assemblée nationale a pris ses responsabilités avec une commission d'enquête qui a connu quelques difficultés par la volonté… MARCELO WESFREID Pas d'autocritique… OLIVIER DUSSOPT De la paralyser pour certains, avec le Sénat qui fait son travail. Je pense, et je rejoins ce qui a été dit par ailleurs par le Premier ministre, par le ministre de l'Intérieur, par le président de la République lui-même, que le pouvoir, enfin, quand on dit le pouvoir, c'est l'exécutif, gagne toujours à la transparence, et que lorsqu'on parle d'humilité, lorsqu'on parle d'écoute, c'est simplement reconnaître que nous faisons de notre mieux, nous mettons tout en oeuvre pour que le programme du président de la République soit intégralement appliqué, et que tous les engagements qu'il a pris soient tenus. Et nous pouvons aussi – ça arrive à tous les exécutifs, à tous les responsables, quel que soit le niveau – parfois commettre des erreurs, il faut simplement savoir les reconnaître et savoir les corriger lorsqu'elles sont commises. PASCAL JALABERT Oui, dans les territoires, je vais vous citer un exemple qui n'est pas loin de chez vous, à Bourg-Argental, dans la Loire, les gens vont voir partir la perception, ils ont déjà vu partir LA POSTE, un peu plus au Nord… OLIVIER DUSSOPT Je crois qu'il y a... enfin, vous me pardonnez Monsieur JALABERT, mais je connais bien Bourg-Argental, je connais bien le maire Bourg-Argental, qui est un ami de longue date, il y a toujours un bureau de POSTE à Bourg-Argental… PASCAL JALABERT Oui, oui, enfin, bon, ils voient le service se dégrader, plus au nord, à Montbrison, c'est le tribunal, donc est-ce que vous comprenez que les territoires disent : eh bien, ce gouvernement nous regarde d'en haut, prend des décisions pour nous… OLIVIER DUSSOPT Je vais prendre un exemple, non pas pour relativiser, parce qu'à chaque fois qu'on touche à l'organisation d'un service public sur les territoires, je sais les effets, je sais aussi la crainte que cela peut nourrir, mais vous parlez des perceptions, des points d'implantation du réseau de trésorerie de la DGFIP. Sur les dix dernières années, ce sont plus de 900 perceptions qui ont été fermées, plus de 900, c'est presque 100 par an, ça n'est pas un phénomène nouveau, c'est aussi un phénomène qui s'explique : nous avons des implantations, cela relève directement du ministère de l'Action des comptes publics, donc de Gérald DARMANIN et moi-même, nous avons des points d'implantation avec deux, trois, quatre équivalents temps plein, et des gens qui, parfois, au rythme de telle ou telle absence, pour des raisons justifiables, parfois, souvent de maladies, se retrouvent seuls et isolés, et nous avons des points de contact dans lesquels, des perceptions, dans lesquelles nous avons entre quatre, cinq, parfois moins de dix visites par semaine d'usagers, parce que vous et moi, on a dématérialisé notre déclaration de revenus, qu'on a dématérialisé le paiement, parce que les élus, qui ont besoin d'un conseil, savent aussi que le conseil, ils peuvent le trouver auprès de plateformes, auprès d'équipes pluridisciplinaires, si vous me permettez ce barbarisme, avec plus d'acuité et plus opportunités. Donc nous travaillons à la refonte de ce réseau-là, avec un objectif, que le service au public soit garanti, ça passera aussi par une réforme des maisons de service public, et avec l'objectif d'être présent partout où il le faut sur le territoire. MARCELO WESFREID Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre des Comptes et de l'action publique, est-ce que vous pouvez garantir aux Français que, il n'y aura pas de bugs sur le prélèvement à la source, à partir de janvier ? OLIVIER DUSSOPT Nous travaillons pour que toutes les questions techniques et tous les risques soient levés. Tous. Il y a un système qui est mis en place avec la déclaration sociale dans les entreprises pour la collecte des données, avec un système informatique, nous avons veillé à une chose en particulier, et Gérald DARMANIN s'y est attaché tout particulièrement pendant cette année, c'est que le système informatique ne soit pas un système totalement intégré comme l'était le système Louvois qui, lui, a "beugué"… MARCELO WESFREID Pour la défense… OLIVIER DUSSOPT Pour la défense, et le système de rémunération, il ne peut pas y avoir de bug systémique. On peut avoir, parce que c'est… MARCELO WESFREID Un bilan, 300.000 bugs en février quand même… OLIVIER DUSSOPT Oui, mais 300.000 qui ont été corrigés… MARCELO WESFREID Dans la phase de tests… OLIVIER DUSSOPT La phase de tests sert à cela aussi, nous avons 39 millions de déclarations de revenus, chaque année, il y a environ 2 millions de contestations ou de difficultés, sur les 2 millions, 1,7 million sont liées à des problèmes de déclarations par les contribuables, 300.000 peuvent être liés à des erreurs matérielles, sur 39 millions de fiches de paye. Donc nous travaillons à lever cela. Le système est prêt, le système dans sa globalité est prêt, nous travaillons à lever les dernières difficultés, notamment sur les employeurs et les employés, chez les particuliers, cela va marcher. CYRIL VIGUIER Olivier DUSSOPT, vous avez des nouvelles personnelles de Manuel VALLS, il est en en route pour Barcelone ? OLIVIER DUSSOPT C'est à lui qu'il faut poser la question, et… CYRIL VIGUIER Vous trouvez ça normal qu'il déserte au fond sa circonscription de l'Essonne pour faire campagne à Barcelone ? OLIVIER DUSSOPT Je ne crois pas qu'il déserte sa circonscription de l'Essonne, d'une part… CYRIL VIGUIER Enfin, il est beaucoup à Barcelone… OLIVIER DUSSOPT Et c‘est à lui qu'il faut poser la question, j'ai eu l'occasion de le dire… CYRIL VIGUIER Mais vous étiez très proche de lui, c'est pour ça que je vous pose la question… OLIVIER DUSSOPT Oui, et j'ai eu l'occasion de le voir encore avant l'été… CYRIL VIGUIER Qu'est-ce qu'il vous a dit ? OLIVIER DUSSOPT Et j'ai eu l'occasion de dire ici même, je crois, avant l'été, que je lui souhaitais le meilleur dans toutes les entreprises qu'il entreprendra, et c'est lui qui fera son choix, ce n'est pas à moi de me prononcer à sa place. CYRIL VIGUIER Donc devenir maire de Barcelone éventuellement ? OLIVIER DUSSOPT Ce n'est pas à moi de me prononcer à sa place, mais s'il le souhaite, je lui souhaite le meilleur. MARCELO WESFREID Est-ce que le plus cohérent, ce ne serait pas qu'il renonce à son poste de député ? OLIVIER DUSSOPT Mais, enfin, chaque chose en son temps, laissez-le faire ses choix, et je peux vous assurer que, il est présent à l'Assemblée nationale, il siège en commission des lois, et il prendra toutes ses responsabilités, c'est à lui de le dire, c'est à lui de le faire, je le souhaite le meilleur. CYRIL VIGUIER Merci beaucoup Olivier DUSSOPT, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Action et des comptes publics, d'avoir été notre invité ce matin… OLIVIER DUSSOPT Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/656.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/656.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a1173bb7386418bad4d50dbb2022bdb5fba71807 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/656.txt @@ -0,0 +1 @@ +Merci Monsieur le Président du Conseil constitutionnel pour ces mots. Mesdames, Messieurs, Chers Amis, Le 4 octobre 1958, était en effet promulguée une Constitution née en quelque sorte du sursaut de la Nation face au risque de délitement et engageant la France dans une période nouvelle de son Histoire. Ce n'était pas là une Constitution de temps de paix ni une Constitution faite pour les eaux tranquilles, c'était une Constitution destinée à affronter les défis du monde tel qu'il est, avec une conception claire de l'impératif démocratique et de la science du gouvernement des hommes. Nous considérons souvent le texte constitutionnel avec la révérence craintive due aux textes fondateurs et aux hommes exceptionnels qui l'ont porté. Mais le texte de 1958 est d'abord celui d'un élan nouveau, d'un mouvement profond de rénovation des institutions épousant ceux de la société. C'est parce qu'elle était faite pour cela que notre Constitution a traversé les époques. Les bouleversements moraux, culturels, sociaux, politiques, économiques, techniques que notre pays a connus depuis 60 ans comme jamais auparavant dans son Histoire ont ainsi été traversés. La France, ce vieux pays, cette vieille Nation, ce vieil Etat, a eu cette chance d'être dotée d'une Constitution jeune, pensée à la lumière des prémices de cette modernité. Cette dynamique ne s'est pas épuisée et reste vivace et féconde pour autant qu'on en épouse la logique profonde qui est à mes yeux celle d'un syncrétisme original. La première raison est que ce texte constitue un point d'équilibre entre les héritages institutionnels et les philosophies politiques qui ont façonné la France depuis 1789, peut-être même avant, des Constitutions monarchiques et impériales jusqu'au régime parlementaire républicain. Elle embrasse et conjugue savamment les idées d'Etat et de Nation issues de traditions différentes qui ont organisé notre paysage intellectuel et politique et même structuré notre inconscient collectif. La Constitution de 1958 a le génie de récapituler notre histoire constitutionnelle et cela est vrai sous l'angle de la garantie des droits comme sous l'angle de la séparation des pouvoirs. Du point de vue de la garantie des droits, le préambule réussit en quelques mots à embrasser deux siècles en faisant référence à la Déclaration de 1789 et au préambule de la Constitution de 1946 et, au travers de celui-ci, aux principes fondamentaux reconnus par les lois de la République, il transforme notre Histoire en droit. C'est ce qu'a parfaitement saisi le Conseil constitutionnel en donnant valeur juridique à ces trois temps de notre Histoire qui correspondent à des paradigmes constitutifs de nos valeurs philosophiques : les droits individuels, les droits collectifs, les droits sociaux. Et c'est ce même Conseil constitutionnel qui garantit l'équilibre entre ces trois dimensions de notre identité constitutionnelle. Du point de vue de la séparation des pouvoirs, l'équilibre défini est aussi le produit de l'Histoire et de la sagesse. Le chef de l'Etat occupe une place et dispose de prérogatives puissantes sans pour autant que s'instaure un régime présidentiel. Respectant l'acquis révolutionnaire, la Ve République est en effet d'essence parlementaire et le Gouvernement y est responsable devant l'Assemblée nationale. Telle est cette grammaire hybride, tel est l'équilibre neuf et audacieux qu'elle construit. Aucun régime avant la Ve République n'avait pourtant su trouver les ingrédients de cette stabilité dont nous sommes aujourd'hui les bénéficiaires. Les créateurs de la Ve République ont réussi à installer ce que Polybe avait théorisé plusieurs siècles avant MONTESQUIEU. A travers la notion de régime mixte, c'est une séparation des pouvoirs solidement ancrée dans notre histoire constitutionnelle qui a permis les avancées de l'Etat de droit et l'efficacité de l'action que le suffrage universel a désigné pour conduire la Nation. Je crois profondément que la Ve République doit sa longévité à cette fidélité à notre histoire constitutionnelle et à cette compréhension intime des influences dont elle procède car c'est en s'enracinant dans des schémas éprouvés, en harmonisant les leçons de l'Histoire qu'elle a construit le socle sur lequel depuis nous vivons et dont la solidité est désormais attestée. L'élan de 1958 conjure à cet égard l'instabilité politique et l'impuissance qui minaient notre pays. Cette Constitution fut et reste l'antidote puissant à la résignation démocratique. La force de la Constitution de 1958 ne réside pas seulement dans sa part d'idéale, elle tient surtout à la volonté qu'avaient ses pères d'affronter la part de réel. Ce principe de réalité s'est imposé face à un monde redevenu imprévisible et labile à peine 15 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. La Constitution de 1946 avait cru pouvoir renouer avec une donne ancienne sans voir que le monde entrait alors dans une ère nouvelle, l'ère de l'effondrement des empires et de la constitution des blocs, l'ère de l'arme nucléaire et de la mécanisation du monde, l'ère du doute anthropologique après la Shoah. Rester fidèle à nos principes républicains, humanistes fut le grand souci des constituants de 1958 tout en s'assurant que la France jamais ne deviendrait ingouvernable. Qui ne voit la proximité extrême entre les conditions d'émergence de ce texte et les temps que nous vivons. Certes les blocs se sont désagrégés mais de nouvelles puissances régionales apparaissent tandis que l'ordre multilatéral vacille. Les technologies bouleversent nos modes de vie et nos rapports sociaux. Le grand basculement du monde est en cours et la défiance à l'égard des institutions et de la politique est tout aussi présente. C'est là un défi constant lancé à notre capacité à conserver à la France une faculté d'initiative dans le monde tel qu'il va sans brader ce qui nous a fait et qui encore nous unit. Notre responsabilité à cet égard n'est pas de mettre notre Constitution sous cloche mais d'en faire un fanal et de conserver la force de son élan originel pour répondre encore et toujours aux défis de notre temps en républicains et en démocrates. Je citerai ce soir en cette occasion trois de ces défis sur lesquels je souhaiterais revenir. Le premier défi est celui de la légitimité et donc du doute profond de nos concitoyens à l'égard de la classe politique. Le second défi, c'est celui de l'efficacité, c'est-à-dire l'aspiration des citoyens à voir l'action publique produire des résultats et non s'enferrer dans une technostructure lente et inefficace. Le troisième défi, c'est celui de la Justice car dans un monde vécu comme inégalitaire, dans une société vue comme bloquée, les Français attendent des droits plus protecteurs et plus équitables. Je commencerai donc avec le défi de la légitimité. La première fonction d'une Constitution est précisément de déterminer la source légitime du pouvoir. Dans celle de 1958, la réponse sur ce point est donnée clairement à l'article 3 : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exercice par ses représentants et par la voie du référendum. » Le suffrage et la représentation sont donc le noyau de notre démocratie. Mais pour que la démocratie représentative fonctionne, encore faut-il que le peuple se sente représenté. Or, ce lien de confiance entre les électeurs et les élus s'est étiolé d'année en année, les chiffres de la participation électorale l'attestent. Cette érosion est mortelle. Elle a d'abord procédé du sentiment que le personnel politique ne se renouvelait pas assez, cumulant les mandats, confisquant la démocratie. Les changements successifs durant ces dernières années, les grandes alternances ont apporté un début de réponse, la dernière faisant ainsi entrer plus de femmes, plus de jeunes, plus de Français de tous horizons socioprofessionnels au Palais Bourbon. Mais pour que ce renouvellement perdure et qu'il contribue dans le temps à réparer le lien de confiance entre électeurs et représentants, il faut l'ancrer dans notre pratique institutionnelle. C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité instaurer la règle du non-cumul des mandats dans le temps tant pour les parlementaires que pour certaines fonctions exécutives locales. C'est la condition de l'oxygénation de notre vie politique. Elle doit se faire progressivement tout en conduisant une réflexion sur le nécessaire ancrage dans les territoires des élus de la Nation. Il est un deuxième facteur d'érosion avec le scrutin majoritaire, ce pilier de la Ve République. Il favorise les majorités claires au Parlement et permet à l'Etat d'éviter la paralysie. Pour autant, une démocratie où des partis recueillant 1/5e des suffrages disposent de moins de 2 % des députés prend évidemment le risque de la défiance et met en jeu sa légitimité. Nos concitoyens n'acceptent plus ce qui, dans une société devenue de plus en plus horizontale, s'apparente à une captation de la démocratie. C'est pourquoi j'ai proposé l'introduction d'une dose de scrutin proportionnel aux élections législatives car une majorité parlementaire solide, ce n'est pas seulement une majorité nombreuse, c'est aussi une majorité soutenue par un corps électoral qui se sent représenté pour toute la durée du mandat, une majorité qui peut être pluraliste en ce qu'elle reflète mieux les sensibilités politiques de la Nation. Il ne s'agit pas là de reconstruire quelque impuissance politique que ce soit mais, de manière adaptée, de prendre en compte aussi les évolutions de notre société. Il n'en reste pas moins que l'exercice du vote et la représentation qui en découle n'épuise pas la représentation de la Nation et de toutes ses composantes. Il nous faut des institutions à l'écoute du citoyen et de la société dans sa diversité, en particulier celle des intérêts constitués. C'est l'esprit de la réforme du Conseil économique, social et environnemental proposée. Par les pétitions citoyennes, par la consultation systématique de la société civile, la future instance, je l'espère, offrira une caisse de résonance nouvelle à une société multiple vivant de changements profonds. Cette future chambre permettra tout à la fois de porter cette perception du social et les causes de long terme pour notre pays. Ces ajustements sont nécessaires pour rendre notre système politique plus juste et plus représentatif de la réalité de l'opinion sans pour autant réintroduire les éléments de blocage. C'était l'esprit de 1958, ce doit être celui de 2018 car aujourd'hui comme alors et aujourd'hui peut-être plus qu'alors, le peuple veut se sentir écouté de décideurs politiques constamment sommés de faire leurs preuves. Cette exigence place au premier plan le désir d'efficacité. Il était au coeur de ce que le constituant a souhaité. Ce que nos concitoyens attendent ou plutôt exigent de leurs institutions, ce sont des résultats, c'est-à-dire une capacité à produire rapidement des décisions dotées d'un impact réel sur leur quotidien. Or, nos institutions on peut-être à cet égard vieilli et certaines mauvaises habitudes ont été prises créant des rigidités peu intelligibles. La réforme constitutionnelle à laquelle je m'étais engagé est à mes yeux une tentative de réponse à cette crise. Elle reviendra devant l'Assemblée nationale début janvier et je sais que le Gouvernement, par le dialogue avec l'Assemblée nationale et le Sénat, trouvera la manière de faire intelligemment cheminer cette réforme. Soyons lucides, le temps s'accélère. Le temps institutionnel qui est le rythme auquel l'action publique se meut ne peut plus suivre le temps réel qui est celui d'une économie mondialisée, une société d'information en continu, d'impatience sociale aussi, d'une technologie en développement exponentiel et qui bouleverse chaque jour davantage notre usage du monde. Non pas que je pense ici une seule seconde que nous devions en tous points suivre cette accélération. Il est bon d'avoir des institutions, d'avoir des lieux où le temps s'arrête et où le recul est pris en même temps que l'horizon est retrouvé. Mais une mécanique constitutionnelle qui demande plus de 12 mois pour faire voter une loi, qui requiert un trimestre tous les ans pour voter le budget là où nos grands voisins s'en acquittent en quelques semaines ne permet plus au Gouvernement de produire les résultats que les Français attendent ou de répondre aux urgences qui surviennent. C'est la raison pour laquelle nous souhaitons donner au Parlement à la fois les moyens d'accélérer son travail législatif lorsque cela est nécessaire et pertinent en se concentrant sur les dispositions les plus importantes et les moyens de renforcer son travail de contrôle et d'évaluation. Ceci est nécessaire pour veiller aux bons équilibres, à la mise en oeuvre des lois comme des politiques publiques. Chaque ministre se rendra désormais lui-même devant les commissions parlementaires afin de présenter son bilan au moins une fois l'an comme les projets pour l'année qui s'ouvre. Orienté, stimulé, parfois aiguillonné par le Parlement, le gouvernement produira son meilleur travail ; la réciproque est sans doute vraie. Plus rapide, notre réalité est aussi plus fragmentée. L'Etat ne peut pas réussir seul, il doit conjuguer son action avec celle des collectivités locales qui sont devenues le premier acteur de nombreuses politiques publiques en matière sociale, économique, culturelle, environnementale. C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité porter un pacte girondin avec les collectivités en leur permettant d'adopter avec l'Etat une démarche partenariale sur la durée. C'est aussi la raison pour laquelle j'ai souhaité que nous permettions aux collectivités territoriales, à l'article 72 de notre Constitution, d'adapter dans leur domaine de compétences les lois et règlements aux réalités de leur territoire. C'est un chemin que les collectivités d'outre-mer nous ont déjà permis d'éclairer. Tout aujourd'hui nous permet de sortir de la standardisation normative qui stérilise l'initiative et compromet les résultats. Pour renouer avec l'efficacité, nous devons accepter de rompre avec le carcan, non pas de l'égalité, mais bien plus souvent de l'uniformité et permettre à nos collectivités d'expérimenter, de se différencier dans le respect, évidemment, des grands principes et de nos institutions. Ceci doit aussi nous garder de tout mouvement qui viendrait affaiblir l'unité de la Nation et sur un fond de facilité réveiller de nouvelles formes de féodalisme. A la séparation horizontale des pouvoirs correspond une séparation verticale bien exprimée par le principe de subsidiarité et qui loin d'affaiblir l'Etat le renforce en lui permettant de se concentrer à l'échelle centrale sur ses fonctions essentielles. Les Français ne jugent pas leurs institutions sur leur âge ni leur caractère plus ou moins vénérable, ils jugent les résultats. C'est singulièrement vrai du Président de la République devenu de fait plus responsable que jamais devant le peuple depuis 1962 dont il tire toute sa légitimité. Je sais à ce titre les tempêtes et les avanies que notre époque réserve à ses dirigeants politiques et particulièrement au premier d'entre eux. L'impatience et l'exigence, la tyrannie de l'immédiat, le règne de l'image et le goût pour l'écume des jours n'aident pas forcément à mener une action sereine pour qui céderait à cette tyrannie mais aucun président de la Vème République n'en a été préservé jusqu'au général de GAULLE lui-même. Qu'on ne prétende pas gouverner la France ni même la présider si l'on n'est pas prêt aux déferlantes et aux vents contraires. Il faut tout ignorer de notre pays pour espérer une mer d'huile, l'important est ici de conserver le cap et nos institutions nous le permettent, c'est leur grande force, car il en va de l'avenir de la France. Les pré-carrés ont vécu, chacun à sa place doit désormais contribuer à la réussite du pays. Cela suppose de considérer la séparation des pouvoirs non comme une opposition frontale ni une division étanche mais comme une complémentarité féconde contribuant à renforcer les droits des citoyens en organisant une dialectique des formes de représentation de l'intérêt général. C'est pourquoi j'en viens au troisième défi, celui de la justice, l'autorité judiciaire ne saurait rester à l'écart des évolutions requises par notre modernité. Je le disais tout à l'heure, nos concitoyens ne demandent pas simplement davantage de résultats, ils souhaitent également voir progresser leurs droits. La loi constitutionnelle du 3 juin 1958, base de la Constitution de la Vème République, faisait de l'indépendance de l'autorité judiciaire la condition du respect des libertés essentielles telles qu'elles sont définies par le préambule de 1946 et par la Déclaration des droits de l'homme à laquelle il se réfère. Pour autant, les institutions de 1958 ont ménagé des cordes de rappel entre l'exécutif et le parquet et ont préservé des justices d'exception. La réforme que je propose à cet égard s'inscrit dans la continuité complète de celles accomplies ou proposés ces dernières décennies et qui visaient toute à la fois à conférer davantage d'indépendance à l'autorité judiciaire et à l'asseoir institutionnellement et démocratiquement. Il nous faut en premier lieu parachever la disparition des justices d'exception, il est clair aujourd'hui que la Cour de justice de la République ne parvient pas à remplir ce qui a à un moment pu être l'intention, sa fonction essentielle de traiter la responsabilité des ministres. Je souhaite donc que cette Cour de justice de la République soit supprimée et que le régime de responsabilité des ministres soit dûment construit afin.de prévenir toute impunité comme toute dérive qui conduiraient à l'impuissance. Par ailleurs, la réforme du Conseil supérieur de la magistrature qui n'a pu aboutir sous la précédente mandature apportera je l'espère des garanties supplémentaires. Les magistrats du parquet seront donc nommés après avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature et bénéficieront en matière disciplinaire de la même procédure que leurs collègues du siège. Mais l'indépendance n'interdit pas et je dirai même qu'elle commande une parfaite articulation de l'autorité judiciaire et des autres pouvoirs publics, elle doit nous interroger sur la place de la justice dans l'Etat. La justice doit être indépendante mais elle ne saurait être hors de tout sauf à risquer de n'être légitime de nulle part, c'est particulièrement vrai pour le parquet qui participe toute à la fois de l'activité judiciaire et de l'action publique. A ce titre, n'en déplaise à des esprits chagrins ou mauvais lecteurs de notre Constitution actuelle comme je l'espère de celle à venir, son lien avec le pouvoir exécutif même assorti de robustes garanties ne saurait être totalement rompu. La politique pénale comme l'ensemble des politiques publiques est en effet déterminée par le Gouvernement qui en est responsable devant le Parlement. Quant au Président de la République il nomme les magistrats du parquet après avis du CSM, je veux que cet avis soit conforme pour qu'aucun retour en arrière ne soit plus possible. Mais.si les parquetiers sont des magistrats à part entière, gardiens des libertés, avocats de la société, ils sont aussi en charge d'appliquer cette politique pénale. Ils gèrent une équipe, codirigent une juridiction, déclinent des politiques publiques, communiquent et incarnent pour nos concitoyens la protection qui leur est due. A cet égard, il est clair que l'exécutif garde toute légitimité pour proposer le candidat qui lui semble le plus pertinent. Lutte contre le terrorisme et la radicalisation, contre la criminalité organisée et la corruption, les crimes sexuels, les violences faites aux femmes, la violence routière, les atteintes à la sécurité publique ou à l'environnement, autant de sujets sur lesquels in fine c'est le pouvoir exécutif qui rend des comptes, le Gouvernement devant le Parlement et le Président de la République devant les citoyens français. L'indépendance accrue n'interdit pas non plus bien au contraire la remise en question, elle implique une responsabilité particulière, l'autorité judiciaire ne saurait donc faire exception à ce double mouvement d'affranchissement et de responsabilisation. Des progrès ont été accomplis pas à pas, la loi organique du 25 juin 2001 a consacré la publicité des audiences du CSM statuant en formation disciplinaire afin de renforcer la portée de ses décisions mais également de renforcer le respect des droits de la défense. Le législateur a également autorisé la publication des décisions rendues par le CSM mettant fin à l'interdiction qui figurait auparavant dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Depuis 1999 le Conseil publie intégralement ses décisions, ses audiences disciplinaires sont publiques, surtout la réforme constitutionnelle de 2008, Monsieur le Président, a ouvert la possibilité pour les justiciables de saisir le CSM. Cette réforme a été préconisée par plusieurs analystes à commencer par le CSM lui-même dans son rapport pour l'année 2007, on pouvait attendre qu'avec la réforme de 2008 les saisines n'augmentent, cela n'a pas été le cas. On ne peut que s'interroger sur le sens d'une réforme qui plus largement semble n'avoir pas de véritable effectivité, la saisine du CSM par les justiciables ne peut être un défouloir sans conséquences. Je souhaite ainsi que nous puissions nous interroger sur le sens et l'effectivité de cette saisine par les citoyens, plus globalement un bilan des réformes en matière de responsabilités enrichi de la jurisprudence du Conseil constitutionnel et des décisions du CSM doit être établi. Enfin, comme je l'ai indiqué devant la Cour de cassation nos sociétés démocratiques ont un rapport à la chose jugée qui évolue car les citoyens ont un besoin accru de comprendre le jugement. Il est donc essentiel que la clarté, la lisibilité, l'intelligibilité toute à la fois des jugements et des évolutions jurisprudentielles puissent être perçues par nos concitoyens que la force de la procédure et de la délibération puisse être affermie et mieux comprise. Nous devons développer une approche française de ces questions.car la limpidité de ce que le juge énonce fait bien partie de notre tradition, la rédaction de l'arrêt en une phrase unique correspondait à une volonté de concision et de clarté, nous devons y ajouter l'impératif d'explication sans pour autant tomber dans les travers de la Common Law qui envahit trop souvent les pratiques juridiques de notre monde actuel alors qu'elle n'a pas les mêmes atouts, je le crois profondément, que notre droit en matière de sécurité juridique et d'équité. Indépendance, responsabilité, ouverture, transparence, ces questions majeures doivent faire l'objet d'une réflexion apaisée, dans le cadre d'un dialogue indispensable avec l'institution à laquelle la Constitution confère un rôle essentiel aux côtés du Président de la République pour garantir l'indépendance de la magistrature. J'ai eu l'occasion de m'entretenir avec les chefs de la Cour de cassation présidant le CSM de ces questions, à plusieurs reprises. Ce dialogue se poursuivra. En ces matières délicates, la concertation avec le monde judiciaire lui-même m'apparaît indispensable. On ne saurait parler de justice, surtout en ces lieux, sans insister à nouveau sur le rôle du Conseil constitutionnel. Je dois d'abord saluer, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Membres du Conseil, votre action et vos travaux depuis l'institution de la question prioritaire de constitutionnalité votée en 2008 est entrée en vigueur en 2010. Cette voie de recours, nouvelle, a donné en effet un second souffle, à la fois à la Constitution dont le corpus de droits et libertés n'a jamais été mieux connu, plus discuté, mieux défendu, et au Conseil constitutionnel qui s'est installé dans le paysage institutionnel et dans l'esprit de nos concitoyens comme une véritable juridiction. Et en cela, la réforme de 2008 parachève, poursuit celle de 1974. Pour vous installer encore davantage dans ce rôle proprement juridictionnel, il faut que nous allions un pas plus loin, en supprimant la présence parmi vous des anciens Présidents de la République, à l'exception de ceux qui y siègent déjà. Il est toujours bon de statuer pour l'avenir et pas pour le passé. C'est une condition pour que le Conseil constitutionnel puisse prendre encore davantage sa place dans le dialogue international des juges qui est pleinement incarné ce soir par la présence de nombreux présidents de Cour suprême et hauts magistrats étrangers que je veux ici saluer. J'ai d'ailleurs souhaité que la France fasse un pas important en ce sens, avec la ratification du protocole additionnel numéro 16 à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen qui permettra à nos juridictions faîtières, y compris le Conseil constitutionnel, de poser des questions à la CEDH, tout comme elles le font déjà auprès de la Cour de justice de l'Union européenne. Quant au contenu des règles protectrices des droits et libertés, la révision en cours apportera sa propre contribution avec la reconnaissance de la nécessité d'agir contre les changements climatiques et en faveur de la diversité biologique, et avec l'extension du domaine de la loi des matières émergentes, comme celle de la protection des données personnelles. Ce sont là des combats que nous avons choisis car le consensus national était mûr autour de ces questions essentielles pour l'avenir de notre pays et pour l'avenir du monde, et on peut le dire ainsi car notre Constitution a toujours aspiré à l'universel. Mais d'autres enjeux, d'autres combats viendront, nous vivons un temps accéléré où la technologie va faire émerger de nouvelles questions de niveau constitutionnel. L'intelligence artificielle, la robotique, le transhumanisme, la préservation de l'identité, de la vie privée dans une société de l'information mondialisée sont des sujets que le constituant devra sans doute prendre à bras le corps, le moment venu. Mais ces sujets appellent une réflexion approfondie. Il ne faut pas les aborder dans la précipitation, et sur les grandes interrogations qui s'imposeront à la société de demain, ils requièrent une réflexion large, partagée, prolongée, à l'intérieur et au-delà des enceintes parlementaires. Les avancées des droits et principes constitutionnels n'arrivent en effet pas du ciel et n'émergent de l'esprit fécond de personnes dans un travail en chambre. Elles sont l'expression visible lorsque le moment est juste, d'un long travail préparatoire, d'une maturation du débat public sur des questions fondamentales. C'est ainsi que les choses doivent être faites. Je terminerai donc en vous invitant tous à poursuivre avec nous ce travail constituant au long cours. Il est la condition pour qu'à chaque étape de notre histoire, nous sachions adapter notre loi fondamentale aux grands défis qui font face. Une Constitution est tout à la fois source du pouvoir, recueil des libertés et valeurs fondamentales, grammaire des mécaniques institutionnelles. Le Président de la République doit veiller sur l'héritage de 1958 dans ses trois dimensions. Mais pour ce faire, il est dressé sur les épaules de géants qui ont été à l'origine de cette Vème République. Savoir en pratiquer les souplesses et parfois la modifier est la meilleure garantie de sa pérennité pour l'avenir. C'est une tâche qui n'est jamais terminée. La condition de son succès tient à un facteur déterminant : il nous faut raisonner, à partir des besoins de la Nation et non à partir des institutions existantes, quelles qu'elles soient. C'est en cela que le Président de la République doit veiller constamment à se tenir au dessus de l'intérêt singulier de chaque institution et à maintenir vivante l'énergie originelle de 1958, cette force qui va, qui encore aujourd'hui saisit quiconque se penche sur le texte constitutionnel qui est le nôtre. Cela consiste en l'ajustement de déséquilibres sans cesse rattrapés, sans cesse compensés. C'est là toute l'importance de la mémoire constitutionnelle dont vous, Mesdames et Messieurs, êtes collectivement dépositaires, afin que nul n'aborde nos institutions sans en connaître l'histoire. Car cette Constitution a transformé l'histoire en droit. Et c'est là sa part la plus révolutionnaire, la plus vivace et en somme la plus précieuse dans ce monde où le recul des droits semble concerté et hélas souvent consenti. La France dispose, face aux déferlantes de l'Histoire, d'un socle de stabilité et de solidité que nous devons maintenir en résistant aux effets de mode, au aspirations du moment, aux tentations du court terme qui, trop souvent, ont motivé les altérations de la Constitution. A ces tentations, opposons le sens du temps long, et sachons utiliser le droit pour façonner l'Histoire. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/657.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/657.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..e06ee115eca241836e2e72793c01c6550dae52e4 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/657.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le ministre, Monsieur le président du Conseil économique, social et environnemental, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Monsieur le préfet de police, Monsieur le préfet, directeur général de la police nationale, Madame et messieurs les directeurs centraux, Mesdames et messieurs les procureurs généraux près les cours d'appel, Mesdames et Messieurs les directeurs départementaux, Mesdames et messieurs les commissaires, officiers, gradés et gardiens de la paix, personnels administratifs, techniques et scientifiques, Mesdames, Messieurs, Je suis très heureux d'être parmi vous ce matin au Palais d'Iéna, siège du Conseil économique et social, endroit propice à la réflexion et à l'innovation, pour ouvrir ce colloque organisé à l'occasion des 25 ans de la Direction centrale de la sécurité publique et je veux féliciter le Directeur général de la police nationale et le Directeur central de la sécurité publique d'avoir pris cette initiative. En effet, au-delà même de l'importance de célébrer ce quart de siècle au service de nos concitoyens, il est heureux qu'une administration comme la DCSP, professionnelle de l'urgence, prenne le temps de s'interroger sur le sens, la portée et le devenir de son action et, surtout, que ce travail se fasse dans un souci d'ouverture. En effet, vous avez souhaité, Monsieur le Directeur central de la sécurité publique, associer à votre réflexion des universitaires, des magistrats, des élus, des professionnels de la sécurité privée et, bien sûr, des professionnels de la sécurité publique de tous grades, de tous corps afin de réfléchir collectivement à la mission de sécurité publique, de se pencher sur ce que sera son contenu, son périmètre et par voie de conséquence, son organisation, dans les prochaines années. Vos travaux s'inscrivent dans un environnement en perpétuelle transformation. Dans ce monde en mutation, tout change, sauf une chose : l'exigence légitime de tout un chacun, celle de vivre en sécurité. Il s'agit d'un besoin élémentaire, d'une exigence d'un droit fondamental. Il s'agit pour l'Etat, d'une mission prioritaire et le Président de la République s'est engagé à garantir et à renforcer la sécurité des Français. J'y reviendrai, mais avant d'aborder l'avenir, je voudrais d'abord saluer le travail accompli par la DCSP et les réformes déjà engagées depuis plusieurs années dans le souci constant d'améliorer le service rendu à la population. Je fus maire pendant 16 ans, député, vice-président de la région PACA de Nice à Marseille, de la frontière italienne jusqu'au Rhône, élu de terrain : il n'y a pas un jour où l'exigence de la sécurité n'a pas été mon quotidien car il est celui des français ! Avec près de 67 000 agents de tous corps et de tous grades, vous êtes la plus importante direction opérationnelle de la police nationale. Vous œuvrez quotidiennement 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 au service de la sécurité et de la lutte contre toutes les formes de violence et de délinquance. Vous êtes la colonne vertébrale de la police. C'est vous qui êtes les plus reconnus, les plus identifiés, c'est vous qui incarnez la police nationale aux yeux de la population, face à l'ensemble des risques auxquels sont soumis nos concitoyens et je pense notamment au risque terroriste. Implantée dans 92 départements métropolitain et dans 7 départements et collectivités d'outre-mer, la DCSP couvre 1 583 communes, 307 circonscriptions et près de 27 millions d'habitants, soit environ 40 % de la population française. Direction généraliste, la DCSP traite à elle seule la moitié des faits judiciaires constatés en France par l'ensemble des forces de sécurité intérieure, soit 1,8 millions de crimes et délits. 205 crimes et délits chaque heure qui passe, jour, nuit… Il n'y a pas de jours fériés pour le crime ! Il me semble aussi important de souligner qu'en matière de lutte contre la délinquance, la DCSP affiche un bilan dont vous pouvez être fière. Sur les six dernières années : - Une baisse des vols à mains armée de 37 % ; - Un recul des vols avec violence de 26 % ; - Une hausse des démantèlements de trafics de stupéfiants de 120 % ; et je suis d'ores et déjà, à la lecture des notes que me passe depuis 48 heures le directeur général, impressionné par la qualité des procédures judiciaires réalisées par les sûretés départementales et l'ampleur des réseaux démantelés par la sécurité publique ; j'ai notamment en tête une affaire réalisée par la sécurité publique de Nice qui a permis, mardi, de saisir 100 kilos de cannabis et 2,7 kilos de cocaïne dans le quartier du Moulin ; - Une forte augmentation du montant des avoirs criminels saisis : plus de 47,8 millions d'euros en 2017 (soit + 161 % par rapport à l'année 2012). La DCSP, c'est aussi, en 2017 : - 12,5 millions d'« appels 17 » reçus et plus de 6 000 interventions par jour, pour l'essentiel relevant de l'assistance et du secours aux personnes, soit une toutes les 14 secondes ; j'ai pour ma part un respect tout particulier pour cette mission, « police secours », cette police du quotidien qui vous met au contact de la société français dans toute sa diversité, et dans toutes ses facettes, même les plus sombres ; - Plus de 11 000 services d'ordre mis en place, et près de 6 000 opérations de maintien de l'ordre conduites, toujours en 2017 ; et là encore, j'ai tenu dans mon discours d'installation à vanter votre savoir-faire en la matière, un savoir-faire indispensable à l'exercice, dans notre pays, de libertés fondamentales comme celle de se rassembler ou de manifester. Mais, outre le secours d'urgence aux personnes, la gestion de l'ordre public, et l'activité judiciaire soutenue que je viens d'évoquer, la DCSP c'est aussi une activité partenariale considérable avec les élus et les collectivités territoriales, les associations (je pense notamment aux associations d'aide aux victimes), l'éducation nationale, le secteur privé (à travers le travail des référents sûreté), la prévention, comme le font par exemple les 265 policiers formateurs anti-drogue dans nos collèges et nos lycées. La DCSP, c'est enfin le renseignement à travers la création, en mai 2014, du Service Central du Renseignement Territorial (SCRT). Appuyé sur ce maillage territorial que j'évoquais précédemment, le SCRT est doté de 255 entités en métropole et en outre-mer : 97 services départementaux, 63 antennes en zone gendarmerie, 8 antennes aéroportuaires et 87 services au niveau des arrondissements. Pour accomplir ses missions d'information des autorités, de prévention de la radicalisation et du terrorisme, le SCRT compte à ce jour plus de 2 700 agents, dont près de 300 gendarmes. Chacun l'aura bien compris, cette grande variété de missions qui caractérise la Sécurité publique variété à laquelle j'ajoute la contribution, essentielle, à la lutte contre l'immigration irrégulière constitue la singularité et le caractère central de la DCSP dans notre dispositif de sécurité intérieure. Il faut vous adapter en permanence à l'évolution de la délinquance, aux réalités sociologiques, à l'urbanisation croissante et à l'intensification des mobilités. C'est un enjeu majeur. Je sais pouvoir compter sur vous. Ainsi, en affirmant progressivement l'échelon zonal, qui permet désormais d'assurer la coordination, l'animation et la mutualisation des moyens et en restructurant les services autour de vos trois métiers (la sécurisation de la voie publique, l'investigation et le renseignement). Ce faisant, la DCSP se met ainsi en ordre de bataille pour mettre en œuvre ce que le Président de la République appellera « la grande réforme majeure du quinquennat dans le domaine de la sécurité » : la Police de Sécurité du Quotidien. C'était, vous vous en souvenez certainement, il y a un an jour pour jour, le 18 octobre 2017, dans un discours prononcé à l'Élysée devant l'ensemble des représentants des Forces de Sécurité Intérieure (FSI). Ce jour-là le chef de l'État insistait sur l'objet de la réforme. Je le cite : « cette réforme consiste véritablement à transformer, à redonner du sens à l'action de la sécurité publique, à redonner toutes ses lettres de noblesse à la mission première d'un gardien de la paix, d'un militaire de la gendarmerie : le service de la population, la lutte contre la délinquance et la criminalité du quotidien ». Je suis là, avec vous, pour porter cette transformation profonde de l'action. La DCSP se retrouve en première ligne dans la mise en œuvre de la PSQ, et, dans la montée en puissance des Quartiers de reconquête républicaine (QRR). Je sais que la DCSP ne ménage pas ses efforts : les chefs de police locaux s'investissent sans réserve, afin de décliner cette nouvelle « façon de faire de la police » inscrite dans une démarche dite de « résolution de problèmes », au plus près de la population. Élaboration des stratégies locales de sécurité, recherche d'un contact accru avec la population, mise en place d'un comité de pilotage des bonnes pratiques, généralisation de ces dernières lorsqu'elles apparaissent pertinentes, renforcement de la synergie déjà bien avancée ces dernières années entre la DCSP et les autres directions opérationnelles de la DGPN (et notamment la DCPJ), votre mobilisation depuis le début de cette année est visible et je vous demande de poursuivre cette action : je compte sur vos capacités d'initiative, d'innovation, je compte sur votre créativité et sur votre connaissance fine des réalités locales. Je crois beaucoup à l'intelligence des territoires et c'est à vous, les chefs de police, les « patrons » comme vous appellent vos effectifs, qu'il vous revient d'adapter les politiques publiques aux attentes particulières de la population locale, de répondre chaque jour au sentiment d'insécurité et d'incarner l'ordre républicain. Je suis favorable à encore plus, à toujours plus d'autonomie locale des chefs de police. Elle est un facteur d'amélioration de la gestion de vos moyens et du traitement des problématiques auxquelles vous faites face. Vous ne devez toutefois pas oublier l'échelon central : il est le garant d'une action continue et régulière sur l'ensemble du territoire. Vous devez également vous inscrire dans une complémentarité totale avec les autres services de police, notamment la police judiciaire, pour lutter ensemble, en mettant en commun le renseignement opérationnel, contre les phénomènes criminels complexes qui gangrènent certaines parties du territoires et la police aux frontières, dont l'effort constant pour contenir la pression migratoire est un facteur essentiel de la sécurité d'aujourd'hui et de demain. Au cours de ce colloque, je vous demande d'oser et d'innover. Considérant la qualité des intervenants, je sais que cette journée sera prolifique, et ce d'autant plus qu'il a été demandé à chacun de ne pas censurer son propos. Je vous souhaite un débat d'idées le plus ouvert qui soit, qui investisse sans a priori, sans préjugé, le champ des possibles, et je m'associe sans réserve à votre démarche. Je suis aussi venu pour vous assurer du soutien du Président de la République et du gouvernement. Votre action est prioritaire et c'est pourquoi je serais le garant des engagements qui ont été pris : - Le projet de loi de finances qui va être soumis au parlement, le budget du Ministère de l'Intérieur pour l'année 2019 connaît une hausse très significative de 3,4 % de ses moyens, soit 575 M, au bénéfice de toutes les composantes du ministère dont une part majoritaire au bénéfice de la sécurité publique ; il permettra notamment de poursuivre le déploiement de la création de 10 000 postes de policiers et gendarmes, avec 2 500 renforts en 2019. - Nous avons engagé une vaste réforme de la simplification et de la dématérialisation de la procédure pénale ; - Un effort continu et consenti pour réduire les charges indues, substituer des personnels actifs par des administratifs et recentrer les policiers sur leur cœur de métier, au contact du public ; - La nouvelle approche de la sécurité induite par la police de sécurité du quotidien s'appuie sur les partenariats et favorise la coproduction de sécurité : si la police est le principal acteur de la sécurité publique, son action s'inscrira de plus en plus dans un continuum permettant de confier des missions à d'autres partenaires publics et privés. Mesdames, Messieurs, Nous avons beaucoup évoqué le changement et l'adaptation. Mais il y a cependant un élément qu'il ne faut pas changer, qu'il faut conserver, car il ne fait pas débat : c'est votre belle devise : « discipline, valeur, dévouement ». Discipline C'est là un principe de commandement cardinal au sein de la Police nationale dans son ensemble, un principe qui nous renvoie à l'obligation de loyauté, au respect de la déontologie. La discipline s'inscrit dans le cadre d'un management moderne, humain, à l'image justement de celui que la police nationale promeut dans ses rangs, un management reposant sur la responsabilisation et la valorisation de la hiérarchie intermédiaire et la confiance dans les effectifs. Valeur Au service de la population, immergés dans la Cité, les policiers de la sécurité publique sont les garants immédiats du pacte républicain. Dépositaires de l'autorité publique, pouvant avoir à exercer la force, les policiers se doivent d'être exemplaires en toutes circonstances dans leurs relations quotidiennes au sein et avec la population. Policier du quotidien, policier au service de la population, le policier de sécurité publique a, par le comportement qui est le sien dans l'exercice de ses fonctions, une responsabilité particulière dans la préservation du vivre ensemble, comme dans le renforcement de ce tissu social parfois fragile. Dévouement Courage et abnégation, c'est aussi ce qui caractérise le travail des effectifs de la sécurité publique qui, chaque jour, portent secours et assistance à nos concitoyens, parfois au péril de leur propre vie ainsi que nous le rappelle encore ce drame survenu lundi dernier à Albi, drame au cours duquel une gardienne de la paix, Marlène Castang, a trouvé la mort dans l'exercice de sa mission à l'âge de 49 ans. J'irai, vendredi, assister à ses obsèques. On ne choisit pas le métier de policier par hasard. On devient policier par vocation. C'est vrai de toutes celles et ceux qui choisissent de servir dans la police nationale, mais peut-être tout spécialement des policiers de la sécurité publique dont l'attachement presque viscéral à la « SP » force l'admiration. Je serai, soyez-en certains, très attentif aux résultats de vos travaux car, dans une certaine mesure, vous allez défricher ici un terrain sur lequel nous aurons à construire la police de demain. Alors, comme vous y a invité le directeur central, soyez audacieux. Je vous remercie et vous souhaite une excellente journée de travail. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/658.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/658.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..2deea34df261f0907c5319d0ad8841c5a94f308e --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/658.txt @@ -0,0 +1 @@ +Mesdames et Messieurs, Chers auditeurs, Le dernier livre du penseur Yuval Noah Harari, 21 leçons pour le XXIe siècle, s'ouvre sur une phrase assez frappante : « Dans un monde inondé d'informations sans pertinence, le pouvoir appartient à la clarté ». Il me semble que si vous êtes assis ce matin, en face de moi, en tant qu'auditeurs de l'IHEDN et de l'INHESJ, c'est parce que, vous aussi, malgré la diversité de vos parcours, vous vous sentez concernés par cette exigence : penser clair, donner le pouvoir à la clarté dans un monde instable, soumis à des dérèglements multiples. Comprendre les grands enjeux stratégiques de notre monde contemporain pour les infléchir, avec un temps d'avance, au lieu d'en subir les effets. Mais donner le pouvoir à la clarté, ce n'est pas céder au simplisme, ni au manichéisme certains s'en chargent déjà. Donner le pouvoir à la clarté, dans les affaires de la cité, c'est poser un regard lucide sur le monde dans lequel on vit, sur ceux qui nous ressemblent et ceux dont l'altérité nous heurte, nous menace. C'est avoir le courage de voir que le monde est complexe. Et c'est précisément ce qu'essaie de faire la France, forte d'une culture humaniste qui a innervé sa justice et sa défense, sa diplomatie et sa stratégie militaire. Aujourd'hui, il nous revient de nous appuyer sur cette culture singulière, de l'actualiser, pour réinventer ces monopoles régaliens, pour affermir la cohésion et le rayonnement de notre République. Pour que donner le pouvoir à la clarté, ce soit donner le pouvoir au droit et à la justice. Si vous me le permettez, comme je viens d'assumer les fonctions de ministre de l'Intérieur par intérim, je commencerai par évoquer ce qui caractérise notre singularité française en matière de droits. Et plus précisément dans l'équilibre que nous essayons de maintenir entre la liberté de nos concitoyens et notre sécurité à tous. Parce que cet équilibre, entre la liberté et la sécurité, c'est la tension par excellence que nous devons résoudre face au terrorisme et aux phénomènes de radicalisation : comment ne pas abîmer notre spécificité française dans la lutte contre cette menace endogène et mondialisée ? Dans les périodes de crise, certains voudraient sacrifier les libertés individuelles à l'efficacité répressive et préventive – mais cela revient à céder à la démagogie ou à la panique, ce que souhaitent justement ceux qui nous menacent. Or il me semble que pour maintenir cet équilibre, entre les libertés et la sécurité, nous bénéficions, en France, d'un socle solide : la Constitution de 1958, dont nous fêtons le 60ème anniversaire. Comme le disait le Président de la République, le 4 octobre dernier devant le Conseil Constitutionnel, cette constitution « a transformé l'Histoire en droit ». Car ce qui a inspiré son esprit et sa lettre, ce n'est pas seulement la philosophie lumineuse des Lumières, c'est la hantise blafarde de 1940, le souvenir des crises parlementaires qui ébranlaient la IIIe République. En un mot, cette constitution est inspirée par un impératif : éviter que la France ne devienne ingouvernable, ou paralysée. Et, de fait, depuis 60 ans, elle nous a permis d'assurer la plus grande efficacité dans le strict respect du droit. Je n'évoquerai pas ce matin notre projet de réforme constitutionnelle mais je voulais rappeler qu'au fondement de notre singularité française, dans tous les domaines régaliens, il y a cette Constitution de 1958. Entre autres singularités, cette Constitution a créé une institution qui reste notre vigie en matière de droits et de libertés, le Conseil Constitutionnel. Vous savez d'ailleurs qu'il a trouvé un nouveau souffle depuis l'institution de la Question Prioritaire de Constitutionnalité en 2008. Ces dernières années, le Conseil Constitutionnel nous a souvent mis en garde, en matière de libertés, notamment sur les mesures qui découlaient de l'état d'urgence. C'est pourquoi, dès juin 2017, nous avons décidé de sortir de l'état d'urgence, sous l'autorité du Président de la République. Cette décision s'imposait pour renforcer notre Etat de droit, sans pour autant baisser la garde. Grâce à la loi SILT du 30 octobre 2017, nous avons inscrit dans notre droit permanent des outils pragmatiques pour lutter, efficacement et durablement, contre le terrorisme. Cette exigence de clarté, juridique et opérationnelle, nous la devions à nos concitoyens. Indépendamment de la menace terroriste, la recherche d'un équilibre est au coeur du droit et de la doctrine qui encadrent l'intervention de nos forces de l'ordre. Car la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont le Conseil constitutionnel a confirmé la place dans le « bloc de constitutionnalité », notamment par la décision 73-51 DC du 27 décembre 1973, fait de la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme le but de toute association politique (article 2). C'est donc bien par la garantie des droits de l'homme et du citoyen qu'elle justifie l'institution d'une force publique (article 12). C'est pourquoi, quand elles interviennent pour rétablir l'ordre public, nos forces de l'ordre sont mues par une exigence de proportionnalité et d'économie des moyens. Elles agissent avec le souci constant de ne pas créer un désordre plus grave que celui auquel elles cherchent à remédier. Ce qu'on a coutume d'appeler la doctrine du maintien de l'ordre « à la française » privilégie la mise à distance des manifestants, à la fois parce que le contact est le facteur le plus important de blessures graves, mais aussi parce que l'affrontement direct comporte toujours un risque d'indistinct et d'arbitraire. En un mot, pour les agents qui détiennent l'autorité et la force publiques, le respect des lois et des institutions doit constituer leur raison d'être, et le respect inconditionnel des personnes doit constituer leur façon d'être. Il y a cinquante ans, le 29 mai 1968, le préfet de police Maurice Grimaud adressait d'ailleurs aux policiers de la Préfecture de Police une lettre qui reste d'une actualité remarquable. Cette lettre aborde la question « des excès dans l'emploi de la force », parce que Maurice Grimaud pense que tout excès dans l'usage de la force, même s'il semble efficace sur le coup, menace ce que les forces de police ont de plus précieux : leur réputation. Ces excès, Maurice Grimaud rappelle qu'ils sont évidemment quantité négligeable par rapport aux violences dont les forces de police sont elles-mêmes les cibles. En mai 68, il pouvait s'agir d'un « pavé lancé de plein fouet sur une troupe immobile, jusqu'au jet de produits chimiques destinés à aveugler ou à brûler gravement. » L'année dernière, notamment avant le 1er mai, certains se répandaient sur les réseaux sociaux pour inviter à « transformer les policiers en torche vivante » et autres appels à la violence dont je me refuse à répéter les termes. Et pourtant, mesdames et messieurs, tous les serviteurs de l'Etat se doivent de viser l'exemplarité autant que l'efficacité. Les hommes d'ordre, s'ils cèdent à une violence illégitime, alors qu'ils sont les détenteurs de la violence légitime, ne pourront plus maîtriser l'escalade et la surenchère de violences. Comme le dit Maurice Grimaud, « frapper un manifestant tombé à terre, c'est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. » Les serviteurs de l'Etat ne peuvent donc négocier avec l'exemplarité. Et pour avoir vu des policiers au soir du 1er mai, ou des gendarmes à Notre-Dame-des-Landes, je tiens à témoigner que leur calme et leur maîtrise m'ont profondément impressionné. Ils me donnaient envie de leur citer cette autre phrase de la lettre de Maurice Grimaud : « Dites-vous aussi que lorsque vous donnez la preuve de votre sang-froid et de votre courage, ceux qui sont en face de vous sont obligés de vous admirer même s'ils ne le disent pas. » Je ne sais pas s'il y avait de l'admiration dans le regard des zadistes ou des black-blocs. Et peu importe. Il y avait dans mon regard l'admiration de l'homme, et plus encore la confiance du responsable public. Mais, pour que la confiance soit réciproque, nous ne devons pas transiger avec la sécurité de nos forces de l'ordre. Car aujourd'hui, nous devons protéger ceux qui nous protègent. Il y a quinze jours, j'ai rendu un hommage funèbre à Pascal Filoé, qui était directeur général adjoint des services de la ville de Rodez. Il a été assassiné parce qu'il a voulu faire respecter la loi. Ceux qui détiennent aujourd'hui l'autorité publique, qu'ils soient fonctionnaires ou élus, sont de plus en plus exposés à ce type de menaces. Il nous revient, à tous, d'imposer un sursaut à la société pour éviter que ces actes de violence verbale et physique ne se banalisent. En novembre 2017, la Garde des sceaux a envoyé aux procureurs une circulaire qui les appelle à une réponse pénale très ferme. Le Gouvernement met aussi en oeuvre un plan de 10.000 recrutements de policiers et de gendarmes d'ici 2022. Nous avons enfin demandé aux préfets de définir des protocoles opérationnels pour prévenir ces agressions. Car ceux qui représentent le droit ont droit à la justice. La justice, nous l'avons placée au coeur de nos ambitions pour le quinquennat. Même si le contexte est plutôt à la maîtrise de la dépense publique, nous avons tenu à ce que son budget progresse d'un milliard d'euros pendant les cinq prochaines années. Car si la justice n'est pas accessible, efficace, rapide, l'Etat de droit vacille. Tout comme il vacille quand l'incarcération devient un espace-temps parallèle, où le détenu n'est pas seulement privé de sa liberté, mais aussi de droits fondamentaux comme le droit de vote, le droit aux soins, notamment psychiatriques, le droit à la dignité. Et j'ajouterai le droit de construire l'après détention. Le 6 mars dernier, le Président de la République a présenté un plan pénitentiaire visant à repenser le sens des peines car, là aussi, une exigence de clarté s'imposait. Les peines de moins de 6 mois n'auront plus vocation à être exécutées en détention, pour ne pas désocialiser inutilement ceux qui y sont condamnés. Par contre, au-delà d'un an, elles seront effectives, sans perdre de vue que l'ensemble du parcours pénitentiaire doit être tourné vers une réinsertion individualisée, notamment par des formations professionnelles. Nous portons également un grand programme immobilier pénitentiaire : 7000 places supplémentaires seront livrées d'ici 2022, et 8000 autres d'ici 2027. Car le régime de surpopulation carcérale contrevient directement à notre conception de l'Etat de droit. Enfin, nous avons commencé à repenser les métiers pénitentiaires, pour renforcer leur sécurité et leur attractivité. Les détenteurs de la violence légitime, ce sont aussi nos forces armées : pour s'engager dans le brouillard de la guerre, elles cultivent, plus encore que d'autres, la clarté de la mesure et d'une vision sur le long terme. Vous vous souvenez peut-être de l'adage de Cicéron : « Silent enim leges inter arma » : « entre les armes, les lois se taisent ». Mais la spécificité de notre culture stratégique militaire française, et sans doute de la culture stratégique européenne, consiste précisément à refuser que le temps des armes éclipse le pouvoir des lois. Ce n'est pas seulement une question d'humanisme, c'est une question de lucidité : l'adversaire d'aujourd'hui est bien souvent le partenaire ou l'allié de demain. Nous le savons pertinemment, nous qui avons connu la guerre avec la plupart des pays de notre continent. Au fondement de notre culture stratégique militaire, il y a donc la reconnaissance d'une altérité, celle de l'adversaire. Notre posture militaire consiste à ne jamais refuser l'épreuve de force tout en préservant la possibilité d'une négociation ultérieure. La confrontation prend ainsi des formes très diverses, depuis le dialogue jusqu'à l'action de guerre ; elle refuse toute faiblesse mais aussi toute diabolisation ou essentialisation de l'adversaire. Voilà ce qui inspire les principes de la juste force, de la nécessité et de la proportionnalité qui imprègnent le droit de la guerre. Ils vont de pair avec la définition d'objectifs stratégiques clairs et accessibles parce que limités. Des objectifs lucides. Cette école de la ligne claire en matière stratégique, c'est l'école qui inspire le Président de la République lorsqu'il prend ses décisions. Un exemple parmi d'autres, celui du Mali : en 2013, la France n'a pas hésité à intervenir pour éviter que des forces djihadistes n'aillent semer le chaos dans Bamako. Nos forces militaires ont combattu ces groupes armés et ont mis un terme à leur progression. L'Accord de paix et de Réconciliation, malgré toutes les difficultés que présente sa mise en oeuvre, traduit bien l'ambition de restaurer le droit et le vivre-ensemble. Aujourd'hui, nos soldats s'associent à l'effort de nos partenaires maliens pour que toutes les sensibilités locales soient intégrées dans l'armée régulière malienne. Concrètement, cela se traduit par la formation d'unités mixtes qui intègrent des soldats de Bamako et des miliciens du Nord. Respecter la complexité et l'altérité, c'est l'esprit et la méthode de notre culture stratégique militaire. Mais son horizon, c'est évidemment de construire la paix en promouvant une approche globale, et non strictement militaire, des crises. La stratégie, écrivait le général André Beaufre, dans son Introduction à la stratégie, c'est « l'art de faire concourir la force à atteindre les buts de la politique ». « Faire concourir » et non « utiliser » la force : toute l'école française réside dans cette nuance. La force est un « concours », au service d'un projet politique qui toujours doit primer et qui ne peut être atteint qu'en conjuguant les instruments à disposition de ceux qui ont la charge des affaires de la Nation. C'est par exemple le cas dans la bande saharo-sahélienne où nous mobilisons tous les leviers possibles pour résoudre la crise, conformément au triptyque des trois D, « défense-diplomatie-développement », voulu par le Président de la République. La santé, l'éducation, la gouvernance, la formation professionnelle sont quelques-uns de ces leviers qui contribuent au basculement de la guerre à la paix. Pour résoudre les crises qui mettent à mal l'ordre international, face au brouillard des égoïsmes et des replis protectionnistes, nous devons rechercher la clarté d'une réponse collective, européenne et multilatérale. Depuis quelques mois, face aux déséquilibres de la mondialisation, on assiste à des accès de populisme qui révèlent, au fond, la tentation de céder au simplisme et au manichéisme. Sur tous les continents, des « hommes forts », ou qui s'autoproclament comme tels, prétendent avoir des solutions miraculeuses mais dont on sent pourtant les relents nauséabonds. Cette tentation césarienne, la France l'a connue. Mais notre constitution de 1958 a su trouver un équilibre, entre la stabilité, l'efficacité et la responsabilité. Le Président de la République fixe notamment les grandes orientations de notre diplomatie. Celle-ci se caractérise par son indépendance, son souci du droit en toute circonstance, sa préférence pour l'action collective, son respect de la diversité culturelle, sa recherche d'un équilibre durable. C'était déjà le cas, pendant la Guerre froide, quand le général de Gaulle refusait la logique des blocs. C'est encore le cas aujourd'hui, et le Président de la République a rappelé son attachement à un multilatéralisme fort, dans son discours devant l'Assemblée Générale des Nations Unies du 25 septembre dernier. Être attaché au multilatéralisme, c'est refuser la loi du plus fort, les effets de manche tout autant que la naïveté en préférant un dialogue critique, avec l'Iran ou avec la Russie. C'est refuser les solutions bilatérales, d'autant qu'elles ressemblent parfois à des solutions unilatérales que certains grand alliés voudraient imposer, solutions instables par nature car elles reflètent un rapport de force à un instant donné. C'est refuser la politique du fait accompli, qui ne peut générer que de la rancoeur et de l'amertume, ces terreaux du terrorisme et de la haine. Quand le Président de la République décide d'une augmentation sans précédent de notre aide au développement pour atteindre l'objectif de 0,55 % du RNB, il fixe un cap clair pour 2022. Dès 2019, nous avons augmenté notre aide d'un milliard d'euros, et nos crédits humanitaires augmenteront de 40 %. Enfin, être attaché au multilatéralisme, c'est respecter les souverainetés tout en comprenant que les frontières changent profondément de nature face aux révolutions de l'intelligence artificielle, de l'infotech, du big data. Certains perçoivent la 4ème révolution industrielle comme une menace, mais c'est une vision désespérément étriquée de l'avenir. Toutes ces innovations sont une chance pour notre pays, notamment pour l'emploi, si nous les accompagnons avec lucidité et responsabilité. Mesdames et Messieurs, s'il existe un continuum des menaces, qui lie la sécurité et la justice, la défense et la diplomatie, il faut inventer une très grande variété de réponses, sans trahir cette exigence de clarté. C'est toute la raison d'être de l'IHEDN et de l'INHESJ. Forts de la diversité de vos parcours, ils sont un creuset où se rencontrent les expertises professionnelles, les recherches universitaires, les expérimentations territoriales et opérationnelles. L'ambition de ces formations de très haut niveau, c'est que vous sortiez tous un peu de votre couloir de nage, même si vous y excellez. L'Etat investit sur vous pour vous donner un sens commun qui est de nous aider à consolider et à réinventer nos monopoles régaliens. Pour que la singularité de notre culture stratégique et humaniste française ne soit pas seulement l'objet d'un cours magistral, trop brièvement ou trop longuement esquissé par le Premier ministre. Il vous revient d'inventer, au-delà des forces centrifuges et des fractures, un art français de la cohésion et du mouvement, un sens de l'équilibre et de la grandeur dont je ne sais pas s'il n'appartient qu'à nous, mais dont je suis sûr qu'il correspond parfaitement à ce que nous voulons être. Je compte sur vous et je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/659.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/659.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..c1b7d3a80922ce3972e65f755707f762123ad610 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/659.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEFF WITTENBERG Mon invité est Jean-Baptiste LEMOYNE, il est secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Bonjour à vous donc Jean-Baptiste LEMOYNE. JEAN-BAPTISTE LEMOYNE Bonjour. JEFF WITTENBERG Merci d'être avec nous ce matin. Et vous êtes donc l'une des voix qui porte la diplomatie française. Comment réagit-elle cette diplomatie française à l'élection assez triomphale du nouveau président brésilien Jair BOLSONARO ? JEAN-BAPTISTE LEMOYNE Ecoutez ! Nous jugerons sur les actes, très clairement naturellement être très attentif au respect du système constitutionnel. A un moment, il y a eu des menaces sur le Tribunal suprême fédéral qui avait été émises par le fils du candidat, nous serons très attentifs au respect de cela, respect de l'accord de Paris aussi puisque le candidat avait eu des déclarations avant de revenir dessus un petit peu inquiétantes. Parce que vous le savez, le président de la République l'a dit, pas d'accord de Paris pas d'accord tout court en matière commerciale par exemple. Donc voilà, nous jugerons sur les actes parce qu'il faut que les Brésiliens se souviennent que leur devise nationale c'est : ordre et progrès inspiré d'Auguste COMTE. Donc il ne faut pas oublier le progrès dans cette devise. JEFF WITTENBERG Visiblement lui, il est plus du côté de l'ordre, comment vous réagissez sur le plan finalement politique à l'élection, la nouvelle élection finalement d'un dirigeant qui défend l'autorité, le nationalisme, qui a des propos assez durs par exemple sur les homosexuels, quelle est la position finalement presque personnelle que vous avez ce matin là-dessus ? JEAN-BAPTISTE LEMOYNE Je crois que finalement face à la montée d'extrêmes, que ce soit d'extrême droite et d'extrême gauche partout dans le monde, il faut être d'extrême courage. Et c'est ce à quoi nous nous attelons ici, vous savez nous n'oublions pas qu'il y a 18 mois Emmanuel MACRON, le président de la République il a été élu face à Marine LE PEN au 2ème tour. Et donc cela nous oblige, nous impose des résultats de l'efficacité, c'est ce à quoi nous nous attachons. JEFF WITTENBERG Justement cette vague de votes nationalistes un peu partout dans le monde, à quoi l'attribuez-vous, est-ce que par exemple la vague migratoire en est le seul ferment, est-ce qu'il y a un désir d'autorité de la part des populations, est-ce que la démocratie n'est plus un modèle ? JEAN-BAPTISTE LEMOYNE Je crois que chaque cas est très particulier. Prenons le cas du Brésil, la candidature de monsieur BOLSONARO a fructifié sur la faillite de 4 mandats du Parti des travailleurs, des cas de corruption, d'affaires, de scandales d'Etat. Et donc on le voit… JEFF WITTENBERG Il n'y a pas de contagion mondiale alors pour vous ? JEAN-BAPTISTE LEMOYNE Ce qui est sûr c'est qu'il y a un retour d'autorité, de puissance et d'ailleurs c'est pourquoi nous les Européens, nous devons absolument être une Europe puissante face à la Russie, à la Chine, à un certain nombre de puissances qui se cristallisent autour d'un homme. Eh bien nous, nous cristallisons autour de valeurs mais nous avons un poids véritablement sur la scène mondiale. Et on le voit bien, l'Europe est donc nécessaire, elle est la réponse aussi. JEFF WITTENBERG Justement Emmanuel MACRON la semaine dernière, lors de sa visite en Slovaquie et en République tchèque, s'en est pris à des pays comme la Pologne ou la Hongrie qui, selon lui, ne respectent pas les règles du jeu européennes, notamment en matière d'accueil de migrants. Finalement, il dresse une certaine catégorie de pays européens contre d'autres, est-ce qu'il a raison de faire cela ? JEAN-BAPTISTE LEMOYNE Alors je crois que le président l'a dit, l'Europe c'est la réunification de peuples européens qui ont été séparés par des décennies de communisme. L'année prochaine, nous fêterons les 30 ans de la chute du mur de Berlin, les 30 ans de la Révolution de Velours en Tchécoslovaquie. Et cela montre que ces peuples ont voulu se départir de régimes autoritaires communistes ; et qu'ils ont voulu adhérer à des valeurs qui étaient les nôtres, celles des peuples européens. Et je crois que nous avons véritablement au contraire… c'est un espace de liberté et d'espoir. JEFF WITTENBERG Pardon Monsieur LEMOYNE mais ces peuples aussi refusent une certaine politique européenne. Par exemple lorsque la Commission de Bruxelles retoque en quelque sorte le budget italien, cela fait une très bonne publicité à ceux qui disent : vous voyez, il y a une toute puissance de Bruxelles et on est obligé de s'y plier. Qu'est-ce que vous répondez à ces arguments-là ? JEAN-BAPTISTE LEMOYNE Mais que tout simplement, les Etats membres de l'Union européenne ont pris un certain nombre d'engagements. Et ces engagements, ils sont les mêmes pour tout le monde. Il n'y a pas… l'Italie ne serait s'en exonérer et d'ailleurs voir par exemple Jean-Luc MELENCHON voler au secours de Monsieur SALVINI de la Ligue du Nord, cela est un peu cocasse. On a l'impression qu'il y a finalement une sorte d'alliance rouge-brun qui, à mon avis, n'est pas l'avenir de l'Europe. L'avenir de l'Europe c'est au contraire arriver à faire en sorte que tous les Européens, à travers les études qu'ils peuvent faire chez les uns, chez les autres, à travers le travail… JEFF WITTENBERG Ça ne marche… JEAN-BAPTISTE LEMOYNE Regardez ! Les premières universités européennes… JEFF WITTENBERG …Visiblement, ce rêve européen. JEAN-BAPTISTE LEMOYNE Frédérique VIDAL a signé le décret pour mettre en place justement les premières universités européennes depuis la France, etc. Ça y est, on est en train de recréer je crois cette envie et cet espoir d'Europe. JEFF WITTENBERG Vous pensez que c'est le bon choix, celui que fait Emmanuel MACRON d'opposer les nationalistes aux progressistes, comme il l'a dit, aux prochaines élections européennes ? JEAN-BAPTISTE LEMOYNE Ce qui est sûr, c'est que l'Europe des égoïsmes, celle des nationalistes c'est l'Europe de leur puissance. Et on le voit, pour peser on a besoin de cette Europe puissance et sinon l'Europe de leur puissance c'est quoi ? C'est l'Europe du déclin des nations. Prenez Laurent WAUQUIEZ, il a déjà rétréci la droite, maintenant il veut rétrécir la France, eh bien nous, on ne veut pas ça. JEFF WITTENBERG Vous le rangez dans le camp des nationalistes Laurent WAUQUIEZ, le président de votre ancien parti puisqu'il faut le préciser aux téléspectateurs, vous étiez membre des Républicains, de l'UMP à l'époque ? JEAN-BAPTISTE LEMOYNE En tous les cas dans le rang sûrement des opportunistes, parce qu'il y a quelques années c'était le fils spirituel de Jacques BARROT, quand Européen s'il en est, aujourd'hui on peut dire qu'il est un peu défroqué et qu'il est prêt à faire de la démagogie pour gagner des voix, ce n'est pas ça qui nous anime. JEFF WITTENBERG Mais est-ce qu'il est nationaliste, c'était ma question ? JEAN-BAPTISTE LEMOYNE Il est en voie de radicalisation nationaliste, oui. JEFF WITTENBERG Laurent WAUQUIEZ. On en vient aux problèmes franco-français, il nous reste peu de temps et ce débat sur le pouvoir d'achat, avec une question centrale qui hérisse beaucoup d'automobilistes, c'est celle du carburant. Vous êtes un élu local, est-ce que vos électeurs dans l'Yonne vous étiez maire d'une petite commune ils sont contents… j'imagine que non mais vous allez nous l'expliquer, de voir le prix à la pompe, du diesel notamment augmenter si fortement depuis ces derniers mois ? JEAN-BAPTISTE LEMOYNE Bien sûr, je suis un élu rural, j'étais maire de Vallery dans l'Yonne, souvent les habitants de Vallery ils font 20-30 kilomètres pour aller travailler… JEFF WITTENBERG Qu'est-ce qu'ils vous disent alors ? JEAN-BAPTISTE LEMOYNE Donc naturellement ils voient la facture. Mais en même temps, ils sont aussi très conscients des enjeux que nous avons. Par exemple regardez, on voit… c'était une phrase de Jacques CHIRAC, la planète brûle et nous regardons ailleurs. Et moi je suis ravi de voir qu'un certain nombre d'élus locaux prennent le taureau par les cornes. Nous déployons dans l'Yonne par exemple 150 bornes électriques pour que justement, dans nos petites communes, nous puissions avoir des véhicules électriques, que nous puissions nous aussi participer à cette transition énergétique. Et le gouvernement met en œuvre un certain nombre d'aides importantes, 300.000 personnes on fait ce choix de changer leur véhicule en 2018 grâce aux primes qui ont été mises en place. JEFF WITTENBERG En attendant effectivement l'extension des systèmes que vous décrivez, tous les jours, dans la vie de tous les jours les gens ont plutôt l'impression que le pouvoir d'achat qui était censé être l'un des axes forts du gouvernement MACRON eh bien il est entaché par cette hausse des carburants. Est-ce que ce n'est pas la réalité ? JEAN-BAPTISTE LEMOYNE Alors vous savez, nous avons semé si je puis dire un certain nombre de mesures importantes, notamment la suppression d'un tiers de la taxe d'habitation, avec la suppression des cotisations sociales chômage et maladie. Et donc à partir de ce mois d'octobre, les Français vont voir sur leurs feuilles de paye… vont voir sur leurs feuilles d'imposition un certain nombre d'euros supplémentaires. Et donc… ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'OFCE et c'est un organisme qui est indépendant… JEFF WITTENBERG Ce n'est pas l'OFCE là pour l'instant, ce sont les Français. JEAN-BAPTISTE LEMOYNE L'OFCE le dit, 2019 et 2020 augmentation du pouvoir d'achat de plus 0,8 %. Donc nous espérons bien que les résultats vont venir. JEFF WITTENBERG Merci pour ces propos Jean-Baptiste LEMOYNE. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/660.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/660.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..d44a805f286d9b8cd83eea67770dfdac23d19b02 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/660.txt @@ -0,0 +1 @@ +NICOLAS DEMORAND Avec Alexandra BENSAID nous recevons, pour la première ce matin dans "Le Grand Entretien" de France Inter, le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, vos questions au 01.45.24.7000, sur les réseaux sociaux et l'application France Inter. Didier GUILLAUME bonjour. DIDIER GUILLAUME Bonjour. NICOLAS DEMORAND Et merci d'être au micro de France Inter, merci de dialoguer tout à l'heure avec les auditeurs. Vous avez donc succédé à Stéphane TRAVERT lors du remaniement, il y a un tout petit peu moins de deux semaines, avant d'entrer dans le détail des nombreux dossiers qui sont désormais les vôtres, dites-nous en une minute, une minute, pour qu'on comprenne, quelle sera votre principal combat à la tête de ce ministère de l'Agriculture ? DIDIER GUILLAUME Je veux être le défenseur, le promoteur, des agriculteurs et des agricultrices, je veux faire en sorte que, dans les années qui viennent, ce gouvernement puisse dire "l'agriculture a un avenir et le métier d'agriculteur est encore un métier d'avenir." Je veux être, sous l'autorité du président de la République et du Premier ministre, le ministre des transitions, transition économique, il faut que les agriculteurs gagnent mieux leur vie, transition environnementale, il faut absolument que des meilleures pratiques, la fin des phytosanitaires, nous en parlerons sûrement tout à l'heure, arrive assez rapidement, transition sociale, parce qu'aujourd'hui il y a trop d'agriculteurs et de salariés de l'agriculture qui vivent mal, et il faut leur amener des meilleures conditions, et enfin transition sanitaire, parce que la demande de nos concitoyens est tellement forte, et irréversible, qu'il faut que les produits issus de l'agriculture soient des produits sains, des produits sûrs, des produits avec une traçabilité la plus claire possible. ALEXANDRA BENSAID Didier GUILLAUME, on commence avec les dossiers, le revenu des agriculteurs, vous venez d'en parler, il faut qu'ils vivent mieux, vous avez donc cette loi Alimentation, qui vient d'être adoptée, son premier effet, disent des distributeurs, ça va être de revaloriser certains produits agricoles, et donc de renchérir les prix pour les consommateurs. Est-ce que ça vous l'assumez ? DIDIER GUILLAUME Non, puisque son premier effet n'a pas lieu, puisque cette loi n'est pas encore promulguée, elle sera promulguée, et je vais signer, dans les 6 mois qui viennent, les ordonnances, ces ordonnances je veux les mettre en place, avec la profession, avec la grande distribution évidemment, avec les transformateurs, avec les industriels. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui il n'est plus possible d'avoir un métier d'agriculteur où on vend son produit moins cher que ce qu'il ne coûte, ce n'est pas possible, c'est le seul secteur, en France, où les agriculteurs vendent leurs produits inférieurs à leur prix de revient. Deuxièmement, on ne peut pas continuer, quand même, comme le font certaines grandes surfaces, à faire croire que les produits n'ont pas de prix, avec les ristournes, les ristournes, les ristournes, on fait que ce n'est pas cher du tout. Et moi je ne fais pas partie de ceux qui pensent que les Français sont prêts à payer plus pour avoir des produits de qualité, non. Il y a des Français qui peuvent le faire, mais il y a beaucoup de Français qui n'ont pas les moyens de le faire, et donc il ne peut pas y avoir de la nourriture pour les riches et de la nourriture pour les pauvres, il faut donc que la montée en gamme se fasse pour tous, sans augmentation… ALEXANDRA BENSAID Alors qui va payer cette revalorisation ? DIDIER GUILLAUME Les industriels et les grandes surfaces. ALEXANDRA BENSAID Mais il n'y a pas de sanction dans cette loi, est-ce que ça vous pouvez le corriger, est-ce que dans vos ordonnances vous voulez faire bouger des lignes ? DIDIER GUILLAUME Mais, je crois que la sanction ça sera quand même le consommateur. Vous savez, les Françaises et les Français ils ne sont pas fous quand ils achètent leurs produits, ils se rendent compte de ce qui se passe, ils veulent avoir des produits de qualité, ils veulent à la fois que ces produits soient au juste prix. Donc, on va essayer d'avancer, nous allons avoir les ordonnances qui vont sortir, et le gouvernement est très déterminé, le Premier ministre est très déterminé. Il faut que les agriculteurs, pour la nouvelle construction des prix, gagnent un revenu supérieur à ce qu'ils ont maintenant, et que ça ne se répercute pas chez les consommateurs. NICOLAS DEMORAND C'est quoi un revenu décent pour un agriculteur quand on sait qu'1 agriculteur sur 3 vit avec moins de 350 euros par mois, c'est quoi selon vous ? DIDIER GUILLAUME Eh bien vous avez tout dit. NICOLAS DEMORAND C'est quoi alors un revenu décent ? DIDIER GUILLAUME Un revenu décent c'est un revenu qui permet de faire vivre une famille, de faire vivre un conjoint, une conjointe, des enfants, qui permet de prendre quelques jours de vacances, il n'est pas normal que les agriculteurs travaillent 7/7 jours et toute l'année sans congés… NICOLAS DEMORAND Mais quand on part de 350, vous, vous voudriez aller vers quoi ? DIDIER GUILLAUME Il n'y a pas de SMIC en agriculture, mais enfin les salariés de ce pays ont un SMIC, donc il est normal que les agriculteurs montent à ce niveau-là. Et justement, cette loi Alimentation, avec l'inversion de la construction des prix, on va partir du principe que demain - quand je dis demain, les négociations commerciales démarrent - demain ce sont les filières, les interprofessions, qui vont dire tel produit il part de chez nous à tel prix, ce n'est plus ceux qui achètent qui vont faire cela. C'est une révolution absolue. Est-ce que ça va marcher ? - vous dites les gens sont inquiets - eh bien nous verrons bien, mais en tout cas moi je peux… ALEXANDRA BENSAID Je dis il n'y a pas de sanction. DIDIER GUILLAUME Si; je peux vous dire que je vais tout faire pour que les choses fonctionnent, il y a le médiateur des relations commerciales, qui peut être saisi à tout moment, pour faire bouger les choses. ALEXANDRA BENSAID Didier GUILLAUME, on parle de la sécheresse. Il y aura plus de 50 départements qui seront reconnus en calamité sécheresse, ça c'est qu'affirme la présidente du FNSEA, le principal syndicat des agriculteurs, est-ce qu'on est dans cet étiage ? DIDIER GUILLAUME Oui, les préfets sont en train de faire remonter la situation sur le terrain, j'étais moi-même dans la Meuse et dans les Vosges vendredi, la situation est dramatique, une sécheresse comme on n'a jamais connu. Il a plu au printemps, les premières coupes ont pu être faites, les agriculteurs ont rentré le foin, ont rentré la paille, mais après, sécheresse totale jusqu'encore aujourd'hui. Donc, on sait qu'ils ont commencé à taper dans leurs stocks de foin, de fourrage, pour nourrir les animaux, la situation est dramatique. L'Etat sera au rendez-vous, le Premier ministre l'a affirmé, je suis allé sur place le dire, il y aura des dégrèvements automatiques de foncier non bâti, et le fonds de calamité agricole va se réunir trois fois dans la première fin novembre pour justement… NICOLAS DEMORAND Quelle sera précisément l'enveloppe moyenne d'indemnisation pour calamité agricole ? DIDIER GUILLAUME On ne peut pas donner d'enveloppe à l'heure qu'il est, il faut savoir exactement ce qu'il en est, et la situation… NICOLAS DEMORAND On saura en décembre, c'est ça ? DIDIER GUILLAUME Oui, oui, en décembre nous saurons; la situation n'est pas la même en fonction des départements du Sud et du Nord, mais je vais vous le dire là, l'Etat et le gouvernement seront au rendez-vous afin d'aider les agriculteurs, d'ailleurs une solidarité existe déjà au niveau des territoires, les chambres d'agriculture, les agriculteurs eux-mêmes, sont en train de faire cette solidarité, des endroits où il y a un peu plus de fourrage pour l'amener dans d'autres endroits, mais la situation est vraiment dramatique et je veux vraiment apporter tout mon soutien et toute ma solidarité aux agriculteurs et aux éleveurs touchés par ce fléau. ALEXANDRA BENSAID Au sujet du fourrage, il paraît qu'il y a une spéculation sur le prix du fourrage, vous acquiescez de la tête… DIDIER GUILLAUME Enorme, bien sûr, bien sûr. ALEXANDRA BENSAID Enorme. Comment lutter ? DIDIER GUILLAUME Comment lutter, c'est justement qu'il faut prendre des mesures qui ne favorisent pas cette spéculation. Cette année la sécheresse elle est beaucoup plus large que notre pays, elle est notamment européenne, il y a beaucoup de camions allemands ou d'autres pays que sont venus acheter du fourrage, et cette spéculation elle est dramatique, parce que c'est un manque de solidarité entre les producteurs français eux-mêmes, puisque vendre de du fourrage à l'étranger, quand nous-mêmes il nous en manque, c'est un peu dramatique, donc que nous regardons cela de près avec les organisations professionnelles agricoles et les chambres d'agriculture. NICOLAS DEMORAND On le voit, Didier GUILLAUME, on est dans un moment, un moment historique, où l'agriculture et l'écologie ont partie liée, est-ce que la Politique Agricole Commune, la PAC, va être copilotée par les ministres et les ministères de l'Agriculture et de l'Ecologie, Nicolas HULOT semblait avoir acquis ce copilotage, où en est-on ? DIDIER GUILLAUME La Politique Agricole Commune, comme toutes les négociations européennes, sera pilotée par la France, par le président de la République, par le Premier ministre, par la ministre des Affaires européennes, évidemment par Nicolas HULOT et par moi-même. Je suis ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation… NICOLAS DEMORAND François de RUGY. ALEXANDRA BENSAID Nicolas HULOT il n'est plus là. DIDIER GUILLAUME Pardon, par François de RUGY, décidemment, par François de RUGY; je suis moi-même ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, et j'ai commencé… NICOLAS DEMORAND Non, mais ce que soit interministériel c'est une chose, mais Stéphane TRAVERT, votre prédécesseur, avait dit que c'était "agriculture et point à la ligne", et il semblait y avoir un changement de braquet, en quelque sorte, où les deux ministères allaient copiloter la chose. Ce n'est plus d'actualité ? DIDIER GUILLAUME Je n'ai pas cette information, je vais piloter cela, mais je vous le disais tout à l'heure, je veux être, et c'est ce que souhaite le Premier ministre, le ministre des transitions, et aujourd'hui la transition écologique, la transition vers l'agro-écologie, elle est essentielle. Moi qui ai dirigé le département de la Drôme, qui en ai fait le premier département bio de France, département non OGM, qui ai créé un salon européen des techniques alternatives pour ceux qui ne sont pas en bio, pour cultiver mieux, je peux vous dire que cette transition elle est inéluctable, et d'ailleurs les agriculteurs le savent. Et moi je ne suis pas là pour opposer le consommateur à l'agriculteur, je veux être celui qui va se battre contre "l'agri-bashing", on ne peut pas continuer à montrer du doigt, il n'y a pas d'un côté ceux qui pollueraient, et ceux qui seraient vertueux, ce n'est absolument pas possible. Vous savez, il y a eu l'exode rural au siècle dernier, il ne faudrait pas - mais le l'Etat et le président de la République ont pris la mesure des choses - il ne faudrait pas qu'il y ait une sécession rurale, et c'est la raison pour laquelle le fait que, le président de la République et le Premier ministre aient choisi de mettre en place un immense ministère des Territoires, avec Jacqueline GOURAULT, Julien DENORMANDIE et Sébastien LECORNU, et avec le ministre de l'Agriculture, nous allons travailler ensemble. ALEXANDRA BENSAID Didier GUILLAUME, la semaine dernière on a beaucoup parlé de cette étude - vous parlez du bio - qui laisse envisager que manger bio ça réduirait le risque de cancer, les résultats ont été discutés, beaucoup, comment est-ce que vous, le ministre, vous avez reçu cette étude ? DIDIER GUILLAUME Tout est discuté sur tous les sujets et je pense qu'il faut regarder les choses très tranquillement. La transition vers le bio est irréversible et nous devons y aller. La transition vers les produits, je vous le disais tout à l'heure, avec une forte traçabilité avec la sécurité, nous devons y aller. La France doit assumer, doit assurer son autonomie alimentaire, c'est indispensable, comme l'Europe, et donc aller vers le bio. On sait que le bio a des vertus qui sont bonnes. Je ne sais pas quelle est cette étude, je ne suis moi-même pas médecin, scientifique, et cetera, donc nous verrons bien. Mais je suis persuadé au fond de moi-même que c'est bien de manger bio et, en tout cas, c'est bien globalement de manger des bons produits issus de l'agriculture. NICOLAS DEMORAND Vous êtes le premier écolo de France, en fait. DIDIER GUILLAUME Non, non. Je ne suis pas le premier écolo de France. NICOLAS DEMORAND Mais c'est un discours de ministre de l'Agriculture qui est assez nouveau. DIDIER GUILLAUME Moi je défends toutes les agricultures. NICOLAS DEMORAND Oui, mais vous donnez la direction. La direction, c'est de sortir de celle qu'on connaît depuis toujours pour aller vers une autre. DIDIER GUILLAUME Absolument, absolument. Nous avons besoin d'une agriculture productive, une agriculture qui exporte. Aujourd'hui, la balance commerciale de l'agriculture, c'est plus six milliards d'euros. C'est la troisième balance commerciale donc il faut continuer dans cette direction et les efforts qui sont faits, pas forcément dans le bio mais aussi dans le bio pour une agriculture bonne, saine, propre, elles sont énormes. Elles sont énormes. C'est pour ça que je vous disais : « Moi, je serai le défenseur des pratiques agricoles. » Mais on a besoin des deux et, de l'autre côté, du bio, des circuits courts, des marchés paysans, des marchés fermiers, tout cela. ALEXANDRA BENSAID Mais sur les chiffres, quand vous dites : « On doit aller plus vers le bio », aujourd'hui on est à 6 % de la surface agricole qui est convertie en bio. Vous voulez arriver à combien, vous ? La feuille de route c'est 15 %. On n'est même pas sûr d'y être. DIDIER GUILLAUME Mais si. Dans mon département, nous avons réussi à monter à 18 %. La Drôme n'est pas la France mais enfin l'objectif, c'est 2022, 15 %. ALEXANDRA BENSAID Il faut un milliard cent. DIDIER GUILLAUME Il a été mis sur la table. ALEXANDRA BENSAID Il a été mis ? DIDIER GUILLAUME Oui. Le plan de mission bio, c'est un milliard cent millions qui a été mis sur la table. C'est le premier effort jamais fait par ce ministère sur le bio. Un milliard cent mis sur la table en cash pour aider à la transition vers le bio. Nous allons y arriver. ALEXANDRA BENSAID Il faut aller au-delà ? DIDIER GUILLAUME Il faut aller au-delà, il faut aller toujours plus loin pour que ce soit toujours meilleur mais enfin, il faut faire des étapes. Vous savez, moi je pense que le mieux est l'ennemi du bien et qu'à un moment ou un autre, la politique des pas les uns après les autres, si on a un cap, si on a une direction et si on s'y fixe, alors oui ça ira. NICOLAS DEMORAND La loi Alimentation en tout cas, Didier GUILLAUME, ne mettra pas fin à la souffrance animale aux pratiques révoltantes comme la castration à vif des porcs, le broyage des poussins. La publicité pour la malbouffe n'aura pas été interdite pour les enfants qui sont devant la télé. Est-ce que vous pouvez nous dire simplement si cette loi Alimentation sur ces aspects-là n'a pas été un rendez-vous raté avec l'époque ? Un rendez-vous raté avec les préoccupations des Français qui sont sans doute bien plus en avance que les politiques sur tous ces sujets ? DIDIER GUILLAUME Vous savez, les Français sont toujours plus en avance comme les citoyens du monde sont toujours peut-être plus en avance que les politiques. NICOLAS DEMORAND Mais ç'a été un rendez-vous raté sur ces points-là ? DIDIER GUILLAUME A un moment, il faut être concret et être pragmatique. Il y a eu d'énormes avancées qui ont été faites - on en parlait à l'instant - sur l'économie et cetera. Sur cette partie-là dite, entre guillemets, sociétale et souffrance, maltraitance animale, il y a des évolutions. Plus aucun élevage de poules en cages ne peut être fait aujourd'hui ; ce n'était pas le cas hier, enfin quand la loi sera promulguée, certes de façon volontaire, mais des caméras sont dans les abattoirs. Il faudra aller plus loin. Aujourd'hui, je pense qu'il faut faire attention à tout cela parce que, vous le disiez fort justement Nicolas DEMORAND, les Françaises et les Français sont sensibles à cela. Donc il y a des avancées et je veillerai qu'il y ait encore des avancées dans les années qui viennent. NICOLAS DEMORAND Dans quel cadre ? Est-ce qu'il y aura une nouvelle loi pour traiter ces sujets d'ici la fin du quinquennat ? Ou est-ce que la porte est fermée, c'est fini et on verra plus tard ? DIDIER GUILLAUME Non, non, on ne verra pas plus tard. Pour l'instant, il n'y a pas de nouvelle loi prévue. Nous verrons bien ce qui se passera mais tout ne passe pas par la loi. Il peut y avoir des avancées sans la loi. Puis vous savez, moi je crois beaucoup à l'effet d'entraînement et aux bonnes pratiques. On regarde ce qui se passe à côté et on se dit : « Je pourrais peut-être faire pareil », donc les choses vont avancer. Moi, je veux dire aux Françaises et aux Français sensibles sur ces sujets que les choses vont avancer, qu'on part d'une situation …, et maintenant il faut aller plus loin. Les choses vont évoluer. ALEXANDRA BENSAID Redoutez-vous une radicalisation de ceux qui se battent contre la souffrance animale ? On voit de plus en plus de boucheries attaquées. DIDIER GUILLAUME Je crains cette radicalisation, bien sûr, parce qu'elle n'est pas bonne. Là encore, il ne faut pas opposer, il ne faut pas de violence. Il faut plutôt rassembler. Vous savez, il y a des gens qui font des choix qui sont végétariens, qui sont végans, qui ne veulent pas manger de viande. Aujourd'hui ce qui monte le plus en plus, c'est les flexitariens, c'est-à-dire je mange un peu de viande mais moins pour faire d'autres pratiques. Tout cela, c'est la société et donc on ne va opposer les uns aux autres. Il y a des gens qui veulent manger de la viande ? Bien, ils ont le droit de manger de la viande et ceux qui ne veulent pas en manger, ils ne peuvent pas en manger. ALEXANDRA BENSAID Mais quand on brûle un abattoir au nom d'idéaux, ça c'est quoi ? DIDIER GUILLAUME C'est inadmissible, c'est inacceptable. ALEXANDRA BENSAID C'est du terrorisme ? DIDIER GUILLAUME C'est inacceptable. C'est être contre les lois de la République. Ce n'est pas possible aujourd'hui. Il n'est pas pensable dans notre pays, à notre époque, que l'on brûle un abattoir, que l'on fracasse les vitrines des bouchers. Moi, je veux leur amener ma solidarité. Et en même temps, il faut que chacun se mette sans cesse en cause, se remette en cause. NICOLAS DEMORAND Le moratoire sur le méthamsodium est-il un premier pas, Didier GUILLAUME, vers son interdiction ? DIDIER GUILLAUME Ecoutez, là c'est pareil. Nous avons pris la décision avec Agnès BUZYN et François de RUGY d'interdire le méthamsodium pour trois mois, le temps que l'ANSES regarde ce qu'il en est. Si nous devons aller plus loin et si nous devons l'interdire pour des raisons de sécurité, nous le ferons. NICOLAS DEMORAND Est-ce qu'il faut à terme interdire tous les pesticides ? Est-ce qu'à un moment on arrivera à ce type de solution ? Vous dites que vous êtes le ministre des transitions ; est-ce qu'un monde sans pesticides est celui qui s'annonce pour nous tous ? DIDIER GUILLAUME En tout cas, la ligne d'horizon c'est celle-là. Maintenant, il faut le faire pas par pas et regarder la dangerosité des uns et des autres. On ne peut pas arrêter tout de go d'un seul jour et décider comme ça, je claque des doigts, on arrête tout parce que ça n'aurait aucun sens. Oui, nous y allons. Le président de la République a annoncé la fin du glyphosate en 2020, il y aura la fin du glyphosate en 2020. Nous avons annoncé que les pesticides allaient baisser de 25 % en 2022 et de 50 % en 2025, nous allons y arriver. Si nous sommes en 2025 avec moins 50 % de pesticides, c'est un pas gigantesque. NICOLAS DEMORAND Il n'y a pas de bon pesticide. DIDIER GUILLAUME Je ne peux pas répondre à cette question. NICOLAS DEMORAND Pourquoi ? DIDIER GUILLAUME Parce que je ne suis pas spécialiste des pesticides. NICOLAS DEMORAND Vous attendez de voir ? DIDIER GUILLAUME Ce que je sais, c'est qu'en dehors des pesticides, il y a des façons de faire, il y a des pratiques agraires, il y a des bio contrôles qui font que nous pouvons faire la même chose sans les pesticides. Mais aujourd'hui, nous ne pouvons pas les empêcher en ce 29 octobre. NICOLAS DEMORAND Vous étiez sénateur, élu local pendant très, très longtemps. Est-ce que le quinquennat, le début du quinquennat a été marqué par une forme de mépris ou de condescendance envers tout ce qui n'est pas parisien ? C'est encore Gérard COLLOMB qui en parle le mieux de cette espèce de morgue venue de la capitale ; vous l'avez ressentie ? DIDIER GUILLAUME Non, non, non, je ne crois pas. Vous savez, ce qui s'est passé en 2016-2017, ç'a été un cataclysme politique. Après un cataclysme, il faut un peu de temps pour s'en remettre et il faut rechanger les habitudes. Je crois qu'Emmanuel MACRON ayant été élu avec un nombre de voix important face à l'extrême droite met en place à sa politique. Moi j'ai voté pour lui au premier tour de la présidentielle, je soutiens ce gouvernement depuis le début sans aucun problème. Il faut simplement se dire qu'en France, il y a des territoires un peu reculés, des territoires isolés, ce que je peux représenter comme ministre et Jacqueline GOURAULT à son niveau et ceux-là, il faut également les entendre. NICOLAS DEMORAND Donc vous êtes le seul élu local à ne pas avoir ressenti de mépris venu de Paris ? DIDIER GUILLAUME Non, mais non. Après, si fait de la politique politicienne on dit : « C'est du mépris ». Si on regarde les choses objectivement, on se dit qu'il y a des territoires… Ce n'est pas aujourd'hui qu'ils sont en souffrance, vous savez. Les services publics sont partis depuis longtemps de tous ces territoires. NICOLAS DEMORAND Jean-Pierre est en ligne. Bonjour et bienvenue. Jean-Pierre, on vous écoute. JEAN-PIERRE, PRODUCTEUR DE LAIT Salut France Inter. C'est Jean-Pierre, un producteur de lait qui vient de voir passer trois ministres de l'Agriculture et qui voit toujours son prix du lait au plus bas. On ne peut plus en vivre et on finit par en crever au niveau financier, au niveau santé. Ça fait trois ans qu'on n'a pas pris un jour de vacances, on travaille presque tous les jours huit à neuf heures et les ministres passent. Ils viennent parler à France Inter, tout va bien. NICOLAS DEMORAND Qu'est-ce que vous demandez, Jean-Pierre, à Didier GUILLAUME ? JEAN-PIERRE Qu'on arrive à rétablir un contingentement de la production pour que les producteurs de lait arrivent à gagner leur vie. NICOLAS DEMORAND Vous vous payez combien par mois, si vous me passez cette question indiscrète Jean-Pierre ? En tout cas, on l'a abordée avec le ministre donc je profite de vous avoir en ligne pour vous le demander. JEAN-PIERRE On se paye très mal. On travaille à deux sur une ferme et on cumule des dettes ; c'est ça le problème. NICOLAS DEMORAND Merci Jean-Pierre pour cette intervention. Didier GUILLAUME, un producteur de lait en train de crever pour reprendre son expression. DIDIER GUILLAUME Oui, j'entends cela. Il dit : « Les ministres passent ». Les ministres passent mais il y a aussi le marché, il y a aussi les grandes entreprises qui collectent le lait, il y a les grandes coopératives. Nous voulons justement regarder cela avec la loi EGalim mais dans mon action de ministre, je vais essayer de regarder cela. Le prix du lait n'a pas bougé peut-être depuis dix ou quinze ans alors que tout a augmenté. On voit bien que ce n'est pas possible donc il faut repenser les choses. Il parle des quotas : il y avait eu les quotas laitiers, les quotas laitiers ont été supprimés. Maintenant, le marché européen est plus ouvert, voilà. Courage aux éleveurs et aux producteurs de lait. Je sais qu'ils vivent des moments difficiles aussi. NICOLAS DEMORAND Benoît est en ligne. Bonjour et bienvenue Benoît. BENOIT, AUDITEUR Oui, bonjour. NICOLAS DEMORAND On vous écoute. BENOIT Moi, je suis paysan depuis vingt-cinq ans. Monsieur le Ministre et tous les ministres nous disent qu'il faut faire de l'alimentation saine, locale, bio. Le seul problème, c'est qu'en 2010 on perd vingt-cinq mille hectares de terres agricoles travaillées- je dis bien travaillées. En 2018, on va perdre soixante-dix-sept mille hectares de terres agricoles qui passent sous le béton, les autoroutes et les centres commerciaux. On veut des paysans, on veut nourrir localement, on veut nourrir sainement mais comment on fait quand on est paysan et qu'on n'a plus de terres ? Moi par exemple dans mon village, je viens de perdre trois hectares de terres parce que la commune a préféré faire des lotissements plutôt que de me les laisser travailler. Qu'est-ce que compte faire l'Etat au niveau de l'accaparement des terres agricoles ? NICOLAS DEMORAND Merci pour cette question. Didier GUILLAUME vous répond. DIDIER GUILLAUME La déprise agricole est un vrai sujet depuis des années. Aujourd'hui, je veux quand même dire à votre auditeur que les agriculteurs produisent des produits de qualité et nourrissent de façon de façon très bonne. Il ne faudrait pas dire que ce n'est pas le cas mais il faut peut-être aller encore plus loin. Aujourd'hui, c'est la responsabilité des maires. Vous disiez tout à l'heure le mépris des territoires et des provinces, mais c'est le maire qui change son plan local d'urbanisme. C'est le maire qui achète des terres. C'est l'interco, c'est l'Etat pour un grand sujet et souvent c'est aussi l'agriculteur qui vend ses terres peut-être un peu contraint et forcé. Donc oui, il y a trop de déprise agricole et, aujourd'hui, il faut faire en sorte qu'il nous reste des bonnes terres agraires, des bonnes terres arables pour pouvoir faire de la production agricole. NICOLAS DEMORAND Allez, on retourne un peu au standard, bonjour Kévin. KEVIN, AUDITEUR Bonjour, bonjour France Inter, bonjour. Bonjour Monsieur le Ministre. DIDIER GUILLAUME Bonjour. KEVIN Simplement une question concernant ce que vous pensez faire en matière de réglementation d'utilisation des pesticides au bord des habitations. Moi, j'habite à la campagne dans le Maine-et-Loire, je suis bordé par quatre champs, j'ai la chance d'habiter vraiment à la campagne, c'est formidable mais j'ai un agriculteur à côté qui traite à 15 minutes de chez moi au glyphosate. NICOLAS DEMORAND Merci Kevin pour cette question, Didier GUILLAUME ? DIDIER GUILLAUME Oui, là, c'est très clair la loi Alimentation EGalim a mis des bandes auprès des lotissements, auprès des écoles, auprès des maisons de retraite pour faire en sorte qu'on n'épande pas partout, moi, je pense qu'il faut que ce monsieur aille parler avec l'agriculteur. Aujourd'hui les agriculteurs n'épandent plus en jetant de l'air avec des pulvérisateurs quand il y a du vent, c'est interdit, etc… moi, je voudrais faire tomber un peu la pression. Je vous le disais tout à l'heure, il n'y a pas d'un côté les paysans qui se sourient, qui ne se soucient de rien, eux, ils travaillent les pieds dans la terre et dans l'air à la campagne, ils n'ont pas intérêt à empoisonner, donc les agriculteurs ne sont pas des empoisonneurs et il ne faut pas que les habitants soient des empêcheurs de tourner en rond. NICOLAS DEMORAND Kevin, vous êtes encore là ou pas, Kévin, vous êtes allé parler à vos voisins ou pas ? KEVIN Alors c'est ce que je pensais faire, mais en fait j'écoute effectivement les autres auditeurs, moi le monsieur à côté, il y a 200 hectares, il a un modèle économique qui fait que de toute façon, il n'a pas tellement le choix de fonctionner comme ça, je ne vais pas lui demander de faire du bio à côté de chez moi … DIDIER GUILLAUME Ce n'est pas la question de la faire du bio, ce sont les bonnes pratiques, monsieur, c'est simplement ça que je veux vous dire. Ce n'est pas parce que ce n'est pas en bio que la culture n'est pas bonne et mauvaise pour la santé. On n'oppose pas l'agriculture conventionnelle et l'agriculture biologique, c'est simplement les méthodes de traitement, il y a des possibilités, il faut faire en sorte que ces méthodes de traitement n'incommodent pas les riverains. Et je pense que le mieux c'est de se parler, oui. ALEXANDRA BENSAID Didier GUILLAUME, vous avez vu même sur le méthamsodium, il y a des résistances, oui les agriculteurs vous disent, on a un modèle économique, il y a l'emploi, on ne peut pas aller au-delà de ça, il ne suffit pas de parler ? DIDIER GUILLAUME Non mais quand vous dites, il y a des agriculteurs qui disent, je ne sais pas de qui vous parlez, parce que des agriculteurs… ALEXANDRA BENSAID N'avez-vous pas entendu sur le méthamsodium les résistances ? DIDIER GUILLAUME … ça n'existe pas. Sur le méthamsodium le gouvernement a pris ses responsabilités, il y avait des risques, des évanouissements, des malaises, principe de précaution, on interdit pendant trois mois et on regarde ce qui peut se passer. Après nous allons voir comment les choses se passent, les modèles économiques existent, c'est la raison pour laquelle on ne peut pas tout arrêter comme ça d'un seul coup sans ça, on met en péril l'agriculture française et notre souveraineté alimentaire à laquelle je tiens beaucoup. Et ce n'est pas parce qu'il y a des agriculteurs qui ne sont pas en bio et qui utilisent des phytosanitaires que ce sont des empoisonneurs. Moi, je refuse cela. Les bonnes pratiques doivent avancer et nous allons avancer dans ce quinquennat pour arriver à ce qu'on fasse le lien, l'union, j'allais dire, entre les paysans et les citadins. NICOLAS DEMORAND Didier GUILLAUME, merci d'avoir été au micro de France Inter, je rappelle que vous êtes ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation. On espère vous revoir bientôt à ce même micro. DIDIER GUILLAUME Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/661.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/661.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..8b8ed7b8e5ca2dc8ad351a5b5d3fcad176f3f585 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/661.txt @@ -0,0 +1 @@ +Je suis très heureuse d'être parmi vous aujourd'hui pour fêter les 10 ans de la Fondation Réseau français des Instituts d'études avancées. Henri Lefebvre disait que « le monde est l'avenir de l'homme » : les défis globaux d'aujourd'hui semblent donner raison à ce pronostic d'hier et pressent les sciences humaines et sociales de faire plus que jamais le pari de l'étranger, le pari de l'Europe et de l'international. Repenser leur rapport au monde, le regarder comme un terrain d'investigations mais aussi de collaborations et d'expression, c'est désormais pour ces disciplines la condition de leur excellence et de leur influence. Produire, financer, diffuser : la véritable mesure de la recherche en SHS est aujourd'hui européenne et mondiale. Les sciences humaines et sociales françaises ne peuvent prétendre rayonner sans s'extérioriser, elles le savent et la fondation RFIEA s'est imposée en seulement 10 ans comme un acteur majeur de leur ouverture au monde. Que de chemin parcouru durant cette décennie ! Il est presque difficile d'imaginer aujourd'hui, alors que la Fondation interagit avec le CNRS, la CPU, l'Alliance Athena, l'AUF, Campus France, l'ANR et bien d'autres, que son rôle se limitait au départ à la coordination des IEA. La Fondation a non seulement développé l'attractivité des IEA, mais elle a peu à peu élargi son champ d'action à l'internationalisation des SHS françaises dans leur ensemble. Attractivité et mobilité sont les deux faces d'une même pièce et la Fondation a rapidement pris sa place dans cette dynamique d'échange qui fait le rayonnement d'une nation. Je sais combien le dialogue étroit avec la DGRI a compté et continue de compter dans cette métamorphose et je tiens à remercier Olivier Bouin pour la qualité des relations qu'il a nouées avec le ministère, faites de confiance, de respect et d'exigence mutuels. Je sais aussi que si le RFIEA a pu grandir aussi bien, aussi vite, c'est avec l'appui d'esprits brillants et bienveillants comme ceux de Jacques Commaille, Alain Peyraube, Helga Nowotny, Dominique Maraninchi, Yves Saint-Geours, John Bowen et Mamadou Diouf, et je les en remercie chaleureusement. La France est aujourd'hui forte d'un réseau unique en Europe de 4 IEA qui se distinguent par leur excellence et leur complémentarité. Ils forment la tête de pont de l'attractivité française en SHS. Un chercheur étranger pourra choisir l'Iméra pour ses atouts méditerranéens, le collegium de Lyon pour son approche de la biosanté et des urbanités, l'IEA de Paris pour son programme « Cerveau, culture et société », l'IEA de Nantes pour son ouverture vers les « Suds », et chacun des 4 pour une même priorité donnée à l'excellence et à l'audace scientifique, un même pari sur la fécondité de la diversité, des disciplines comme des cultures. C'est parce que je crois profondément dans la capacité d'impulsion des IEA que j'ai souhaité renforcer leurs moyens en leur octroyant 600 000euros supplémentaires en 2018 : grâce à cette enveloppe, l'IEA de Paris va financer un colloque sur la mémoire et le sommeil porté par Itzhak Fried et Alain Berthoz, et l'Iméra va lancer avec l'EHESS une chaire dont le premier titulaire, Ben Kiernan, est l'un des grands spécialistes mondiaux des génocides. Comprendre les ressorts de la violence de masse ou ceux de la mémoire, c'est se donner les moyens de développer au mieux le potentiel de l'homme. Je crois que tous nos concitoyens conviendront que c'est une dépense publique qui fait sens. C'est pourquoi, en 2019, nous poursuivrons cet effort. L'aura scientifique qui attire dans nos IEA des prix Nobel comme John O'Keefe et des chercheurs de premier plan comme Andy Dobson ou Carla Makhlouf Obermeyer, doit beaucoup à l'action infatigable de l'IMérA, d'AMU, et à l'excellente relation entretenue avec la Fondation RFIEA. Le labex RFIEA +, obtenu en 2012 et coordonné par la Fondation, a donné un coup d'accélérateur à la politique d'invitation des instituts, passée de 420 mois-chercheurs en 2011 à plus de 680 mois-chercheurs en 2016. Les 350 résidences cofinancées par le Labex ont abouti à plus de 900 publications internationales, 600 évènements scientifiques, 100 projets de recherche en partenariat avec des équipes françaises, 20 recrutements dans des établissements et organismes français et 10 financements européens ou internationaux. Nous touchons là la préoccupation majeure de la Fondation : prolonger, amplifier, donner de l'écho à ces résidences scientifiques, les faire résonner dans le temps et dans l'espace, en touchant les publics les plus larges, en faisant de ces séjours les points de départ de collaborations inscrites dans la durée. Elle s'emploie donc à démultiplier l'impact scientifique et sociétal de ces invitations, en favorisant les interactions entre les résidents et les doctorants français, en accompagnant les chercheurs étrangers à fort potentiel dans la recherche de financements français, européens et internationaux afin qu'ils puissent mener leur projet en France, avec des organismes et des coéquipiers français. Elle considère ces chercheurs non comme les hôtes d'un semestre mais comme les mailles d'un réseau à cultiver sur le long terme. A cet égard, je tiens à saluer le remarquable travail réalisé par la Fondation pour suivre les 750 résidents qui ont été accueillis dans l'un des 4 IEA. Ce tissu relationnel est en effet le terreau de nos collaborations européennes et internationales à venir : Il constituera sans aucun doute une force d'appoint considérable pour formuler des réponses collectives aux grands défis sociétaux du futur, avec un regard complétant la perspective nationale. C'est cette vision large et ambitieuse du potentiel des IEA qui a conduit la fondation à s'investir dans l'internationalisation des SHS françaises. Le premier atout de la Fondation, c'est le vivier de partenaires européens et internationaux qu'elle peut offrir à la communauté française des SHS : au-delà du répertoire des résidents des IEA, la Fondation est engagée dans les réseaux d'IEA européens et internationaux et le développement d'IEA à l'étranger. Je pense notamment à la création récente du Madrid Institute for Advanced Studies, qui doit beaucoup à l'engagement conjoint de la fondation, de la Casa Velasquez, dont je salue le directeur Michel Bertrand, et de l'ambassadeur de France à Madrid, Yves Saint-Geours, allié indéfectible du rayonnement de la science française par-delà nos frontières. Son deuxième atout, ce sont les outils qu'elle met à la disposition des chercheurs pour les encourager à la mobilité internationale. La plateforme FUNDIT, qui rassemble sur un même site tous les appels à candidature et à tous les appels à projets en SHS, en France ou à l'étranger, est une belle réalisation à mettre à l'actif de la Fondation. Elle est suffisamment mûre pour accueillir désormais d'autres disciplines, preuve que les SHS peuvent aussi être à l'initiative de bonnes pratiques pour l'ensemble de la communauté scientifique, comme le dispositif RIBAC en avait déjà donné la preuve. Enfin, et c'est l'un des points sur lequel je voudrais insister, la Fondation s'investit de plus en plus dans l'accompagnement des chercheurs qui souhaitent monter des projets européens et internationaux. C'est elle qui depuis 2017 assure la coordination du Point de contact national pour les SHS dans les défis sociétaux d'Horizon 2020. Il y a peu encore, l'engagement de la France dans les appels européens et internationaux n'était pas à la hauteur de son excellence scientifique, en terme de résultats mais aussi en terme de réponses. La liste des lauréats des bourses ERC Synergy Grant 2018, publiée mardi dernier, démontre que la France est en train de redresser la barre et que les SHS participent pleinement de ce sursaut : les 14 équipes lauréates françaises se répartissent au sein de 7 projets, dont 2 en SHS. Ces résultats positionnent sur cet appel, les SHS françaises au 1er rang européen, à égalité avec le Royaume-Uni et l'Italie. Je me réjouis profondément de voir se dessiner cette nouvelle tendance mais il faut désormais la confirmer et l'amplifier. L'excellence française en SHS doit être motrice en Europe et dans le monde : elle peut, elle doit, largement, renforcer la représentation de ces disciplines parmi les lauréats ERC et leur poids dans les priorités scientifiques des grands programmes internationaux et européens, notamment le FP9, pour qu'en définitive elles tiennent la place qui doit être la leur dans la marche de la connaissance et du monde. La Fondation est un allié précieux dans la poursuite de cette ambition. C'est pourquoi j’ai décidé, dans le cadre de la reconduction en 2019 de la dotation dédiée de 5 millions d'euros à destination des SHS, d'en consacrer une partie à la mise en place d'un dispositif national d'accompagnement aux candidatures SHS aux appels ERC, qui s'adressera à l'ensemble de la communauté et sera piloté par le CNRS et le RFIEA. C'est un volet important du soutien que je souhaite apporter à l'internationalisation des SHS françaises. Ce que je vise, c'est à accroître la présence des SHS françaises dans le monde à tous les niveaux, en étayant le discours qu'elles tiennent sur le monde, dans le monde, avec le monde. Si j'ai souhaité que ce nouveau plan mette autant l'accent sur l'ouverture des SHS à l'international, c'est d'une part que je suis convaincue que c'est pour elles une nécessité à la fois scientifique et sociétale et d'autre part que bien des questions deviennent essentiellement mondiales (climat, énergie, santé et vieillissement, digitalization, …). La diversité des points de vue est, pour toutes les disciplines, un moteur puissant de l'innovation et de l'excellence scientifique, un rempart contre l'enfermement et l'assèchement, mais pour les SHS la confrontation au regard de l'autre est presque un principe épistémologique. C'est un moyen de conforter la quête d'objectivité de disciplines qui ne peuvent établir de distance infranchissable entre observateur et observé. « Les yeux de l'étranger voient plus clair » disait l'écrivain anglais Charles Reade. D'autre part, les SHS décryptent les représentations et les significations qui forment ce que l'on appelle « l'armature dogmatique des sociétés », un axe auquel s'intéresse particulièrement l'IEA de Nantes. Le sens que les sociétés se prêtent à elles-mêmes et donnent à la vie humaine est à l'œuvre dans leurs lois, leur religion, leur langue, leur art : il n'est pas fondé en raison, il n'est pas démontrable, il est posé, il est puissant car c'est lui qui tient ensemble la société. Heurter ce sens c'est la faire trembler. C'est pourquoi il est essentiel de le connaître, sous peine de voir les grandes initiatives internationales se briser sur des obstacles aussi imprévus qu'inébranlables. Nous savons combien le succès de nos politiques mondiales en matière de santé par exemple est tributaire de ce savoir sur les ressorts intimes des sociétés, faits de croyances, de récits, de mythes fondateurs et de valeurs. Nous savons bien qu'il ne suffit pas de mobiliser les sciences médicales pour vaincre une pandémie et que l'éclairage des sciences humaines et sociales est essentiel pour comprendre comment une politique publique sera adoptée par un groupe humain. Et il en est de même pour tous les autres grands défis auxquels la planète est confrontée, qu'il s'agisse du réchauffement climatique ou des migrations. Ces questions ignorent les frontières entre les pays et n'impliquent pas seulement de considérer les autres régions du monde comme des objets d'étude mais aussi comme des partenaires. C'est à ce renversement de perspective, à ce nouveau dialogue Nord-Sud, que doivent participer les SHS françaises, parfois alliées à nos collègues et partenaires allemands, comme dans le cas des initiatives Merian. Et quand je vois la France s'impliquer dans des projets d'IEA au Maroc ou au Ghana, quand je vois se multiplier les invitations de chercheurs sénégalais, pakistanais, chinois, mexicains, brésiliens, je me dis que c'est bien sur ce chemin que s'engagent les SHS françaises grâce au soutien du RFIEA et je m'en réjouis car c'est un chemin d'avenir. Le Campus Condorcet a vocation à offrir un point d'appui supplémentaire à ces relations intellectuelles plus équilibrées avec les pays émergents. Il y parviendra d'autant plus facilement qu'il interagira de manière étroite avec les IEA présents dans le territoire et au-delà, et je sais qu'il pourra compter sur la Fondation pour faciliter ces échanges. Les SHS françaises sont en pleine métamorphose : l'internationalisation est l'une des facettes les plus importantes de cette transformation globale, mais ce n'est pas la seule et la Fondation est là aussi pour accompagner ces disciplines sur les autres fronts, que ce soit celui du dialogue avec les sciences exactes, du tournant empirique alimenté par le Big Data, ou du transfert de connaissances vers la société. L'interdisciplinarité est une marque commune aux 4 IEA : il en résulte non seulement plus d'unité entre les champs du savoir mais de vraies avancées, avec, en perspective, de vraies solutions. Ainsi, quand les neurosciences et les SHS se rencontrent autour du cerveau comme à l'IEA de Paris, quand la connaissance des mécanismes de l'inhibition de l'empathie interagit avec l'histoire des religions, alors il devient possible de sortir de la sidération dans laquelle le phénomène de radicalisation est susceptible de nous plonger. A condition que ces nouveaux savoirs portent jusqu'à la société. Or la Fondation s'inscrit résolument dans ce mouvement de dissémination de la science vers les décideurs, les entrepreneurs, et les citoyens. J'en veux pour preuve sa lettre bimensuelle, Fellows, qui bénéficie depuis septembre 2017 d'un partenariat avec The Conversation, afin de toucher un public toujours plus large. Les sciences humaines et sociales françaises changent, tout en restant en prise avec la tradition d'excellence qui a fait leur fécondité scientifique dans les années 1970. Elles inventent aujourd'hui une autre façon de rayonner, dans un nouveau rapport au monde, à la société, au savoir, et je tiens à remercier chaleureusement la Fondation de les accompagner dans l'exploration de ces nouvelles frontières. Je vous remercie." \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/662.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/662.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fa16d8695fb954bcb1aa826310554929631919f8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/662.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle la suite de la discussion de la seconde partie du projet de loi de finances pour 2019 (nos 1255, 1302). M. le président. Nous abordons l'examen des crédits relatifs à la justice (no 1302, annexe 29 ; no 1307, tomes IV et V). La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Le budget attribué en 2019 à la mission « Justice » est en forte augmentation. Il s'inscrit dans le cadre du projet de loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice, dont vous débattrez dans quelques jours. Ce texte, qui découle d'un engagement du Président de la République, prévoit une progression de 24 % des crédits de la mission « Justice » et la création de 6 500 emplois au cours du quinquennat. Dès 2018, il est résulté de cette priorité accordée à la mission « Justice » une augmentation de ses crédits de 3,9 % et la création de 1 100 emplois. Cette ambition est renforcée par le projet de loi de finances pour 2019, lequel prévoit une hausse des crédits de 4,5 % soit 313 millions d'euros supplémentaires et la création de 1 300 emplois soit 200 emplois supplémentaires. Les crédits de paiement du budget 2019 s'élèvent à 7,291 milliards et pour la première fois à 9 milliards en y incluant les pensions. Cette hausse de 4,5 % est très supérieure à la moyenne des progressions de crédits alloués au ministère de la justice constatées de 2012 à 2017, qui s'élève à 2,6 %. Par ailleurs, à l'aune de la progression d'ensemble des crédits des ministères 0,8 %, on mesure l'effort dont bénéficie la justice. Le budget 2019 est donc bien un budget en forte augmentation. Il est surtout au service d'une transformation en profondeur de la justice. Pour ce faire, il obéit à quatre priorités. La première consiste à améliorer la justice au quotidien, grâce notamment à la mise en oeuvre du plan de transformation numérique, dont le déploiement montera en puissance. J'en ai fait une priorité. Ainsi, plus d'un demi-milliard 530 millions précisément en crédits d'investissement y seront consacrés de 2018 à 2022. Dès 2019, ces crédits augmenteront de près de 50 % et atteindront 97 millions. Quatre-vingt emplois seront créés en vue de mener à bien cette transformation. Ce budget permettra de procéder à des réalisations très concrètes telles que l'accès à la fibre optique, le développement de la vision-conférence et le déploiement d'ordinateurs ultra-portables ainsi que de smartphones dans les juridictions, grâce auxquelles les magistrats et les agents du ministère de la justice pourront travailler dans des conditions décentes, avec des outils qui faciliteront quotidiennement leur vie professionnelle. La révolution numérique permet aussi de faciliter la vie des justiciables. Je citerai, à titre d'exemple, l'accès dématérialisé, en quelques clics, au bulletin B3 du casier judiciaire, ouvert depuis le 26 septembre dernier ; plus de 400 000 personnes en ont fait la demande. Le budget 2019 permettra également d'entourer le magistrat de véritables équipes 192 emplois nets seront créés à cette fin. Nous poursuivons ainsi la résorption des vacances de poste. Au demeurant, nous sommes parvenus dès cette année à en diviser le nombre par deux. Les conséquences de cet effort sont nettement ressenties dans les juridictions. La deuxième priorité découle de ma volonté de renforcer le sens et l'efficacité des peines, dans le cadre de l'introduction d'une nouvelle échelle des peines prévue par le projet de loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice. Le plan pénitentiaire prévoit la construction de l5 000 nouvelles places de prison, grâce à un investissement de 1,7 milliard. Il en résulte une augmentation de 30 % des crédits immobiliers du programme « Administration pénitentiaire » dès 2019. L'adoption de cette priorité vise également à renforcer la sécurité au sein des établissements pénitentiaires et à lutter contre la radicalisation. Nous y reviendrons lors de l'examen des amendements. Par ailleurs, un effort budgétaire sera consenti afin de suivre le parcours de peine des détenus. À cette fin, 400 emplois seront créés dans les services pénitentiaires d'insertion et de probation dès 2019. La troisième priorité, que je me contenterai de mentionner, consiste à diversifier les modes de prise en charge des mineurs délinquants. La construction de vingt centres éducatifs fermés ira de pair avec l'intensification du recrutement de familles d'accueil et le développement d'une pluridisciplinarité accrue des interventions éducatives en milieu ouvert. Au demeurant, une nouvelle mesure éducative d'accueil de jour est prévue par la loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice. La dernière priorité consiste à porter une attention spécifique aux plus faibles de nos concitoyens, grâce à une politique renforcée d'accès au droit et d'aide aux victimes. Plus d'un demi-milliard d'euros 550 millions précisément est consacré à l'accès au droit de chaque citoyen, notamment des plus vulnérables. Quant aux crédits consacrés à l'aide aux victimes, ils sont en hausse de 2,1 %. Cette augmentation, conjuguée à la création de la délégation interministérielle à l'aide aux victimes rattachée à mon ministère ainsi qu'à l'action que celle-ci mènera, garantit que les victimes bénéficieront d'un suivi dans la durée en matière psychologique, juridique et sociale, et que les moyens nécessaires seront donnés au réseau associatif afin qu'il puisse se mobiliser en urgence en cas d'événement de grande ampleur. Telles sont, très brièvement exposées, les grandes lignes de ce budget, que j'ai évoquées plus longuement en commission des lois. Dès la semaine prochaine, j'aurai l'occasion de les compléter lors de l'examen en commission de la loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et sur les bancs du groupe MODEM.) (…) M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Quelques brèves réponses à l'ensemble des observations, puisque je ne dispose que de cinq minutes. Je partirai du mot de « doute » prononcé par le rapporteur spécial et de celui de « disette » employé par Mme Obono. Je vous trouve l'un et l'autre plutôt sévère à l'égard d'un budget qui est en augmentation, et de manière significative 4,5 %. Si on ajoute la hausse de 3,8 % de l'année dernière, ce chiffre n'est pas à négliger. Je ne suis pas du genre à dire : « tout va bien, ne vous inquiétez de rien ». Mais, lorsque la hausse est de l'ampleur de celle que je vous propose, il me semble qu'il n'est pas inutile d'en prendre à tout le moins acte. C'est la raison pour laquelle je rejoindrai plutôt les propos de M. le rapporteur pour avis, Dimitri Houbron, constatant que ce budget « remet un coup d'accélérateur ». Ceux qui manifestaient un certain doute ou s'inquiétaient de la disette annoncée Mme Karamanli, M Peu et d'autres encore se sont livrés à des comparaisons en se fondant sur les études de la CEPEJ et en prenant l'exemple de l'Allemagne. Évidemment, nous connaissons ces études et l'exemple allemand est souvent invoqué, mais comparaison n'est pas toujours raison. Il faut comparer ce qui est comparable. La France emploie des juges non professionnels qui ne sont pas pris en compte dans l'étude ce n'est pas le cas en Allemagne. Ma collègue, la ministre chargée de la justice allemande, avec laquelle je m'entretenais il y a vingt-quatre heures, me disait qu'elle avait du mal à comprendre comment ces statistiques étaient agrégées puisqu'elle-même était incapable d'obtenir celles des différents Länder qui sont autonomes dans ce domaine. Bref, comparaison n'est pas raison. Cela vaut également pour la comparaison avec les budgets des autres ministères français. Là où l'augmentation est de 0,8 %, la hausse pour le budget de la justice est de 4,5 % là encore, cela doit être relevé. Je rappelle à Mme Karamanli que mon « antéprédécesseur » Jean-Jacques Urvoas, avait annoncé une augmentation de 1 milliard d'euros en cinq ans là où nous prévoyons 1,6 milliard. Je veux bien que l'on ne se satisfasse de rien, mais il ne semble pas négligeable ici de constater simplement un fait. Monsieur le député Masson… M. Pierre Cordier. Excellent député ! Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Bien entendu ! À vous, qui avez comparé ce budget avec celui des autres ministères, je fais valoir que la hausse est pour le ministère de la justice de 4,5 % là où les autres sont à 0,8 %. Pourquoi un tel budget ? Pour quatre raisons. S'agissant de la justice judiciaire, notre projet n'est pas de compter le nombre de magistrats ici ou là celui-ci est en augmentation mais de proposer une réforme globale, c'est-à-dire plus de juges, des juges recentrés sur leur mission et des juges accompagnés par des équipes. C'est cela la force de notre budget. Quant à la présence de la justice, nous sommes soucieux que celle-ci réponde aux exigences des territoires. Monsieur Acquaviva, les tribunaux de proximité demeureront, nous maintenons toutes les implantations judiciaires dans la plénitude de leurs compétences, voire, pour les tribunaux de proximité, en leur octroyant des compétences supplémentaires, notamment en matière d'affaires familiales. Nous avons donc le souci de la proximité, je vous le confirme. Nous nous soucions aussi, monsieur Peu, de l'accompagnement. Nous prêtons vraiment une grande attention aux territoires qui ont de réels besoins. À Bobigny ont été créés neuf postes de magistrat depuis 2016 et dix-huit emplois de greffe au cours des dernières années. S'agissant de l'administration pénitentiaire, madame Obono, mon objectif est non pas de conduire une politique de déflation carcérale, mais de rendre les peines plus efficaces et utiles. Je sais que l'emprisonnement n'est pas toujours une peine utile, mais aussi qu'il peut l'être parfois. Je construis, entendez-le, une politique d'équilibre, qui passe par une refonte globale de la politique des peines et la création de 15 000 places de prison. Mme Danièle Obono. Ce n'est pas du tout équilibré ! Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Sept mille places seront livrées d'ici à 2022 et la construction de 8 000 autres sera engagée à cette date. Nous y consacrons des moyens considérables, retracés dans ce projet de budget. En outre, puisque vous avez évoqué le sujet, je vous signale que les crédits prévus pour la rénovation ont été portés, dans le budget pour 2019, de 80 à 90 millions. Cette politique des peines et ce programme de construction pénitentiaire nous permettent Mme Vichnievsky l'a dit tout à l'heure et c'est très important de mener une politique de lutte contre la récidive. Celle-ci constitue, selon moi, un aspect essentiel de ce que nous devons faire en prison. Je trouve votre phrase à propos de l'accès au droit très belle, monsieur le rapporteur pour avis : « c'est un visage humain, social et solidaire de la justice. » C'est bien cette dimension que nous voulons développer. Je ne prétends pas que la politique d'accès au droit telle qu'elle apparaît dans le budget pour 2019 reflète l'ensemble du processus que je veux mettre en oeuvre. En 2019, nous aurons des négociations à conduire avec les avocats et des discussions à mener avec vous, mesdames et messieurs les députés, pour construire une politique d'accès au droit plus globale. Vous avez raison, madame Louis, au sujet de la protection judiciaire de la jeunesse : pour être efficaces, nous devons aller vers une diversification des mesures. On cite souvent les centres éducatifs fermés, mais il y aura bien d'autres réponses. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) M. le président. Nous en venons aux questions. La parole est à Mme Cendra Motin, pour une question du groupe La République en marche. Mme Cendra Motin. En augmentant de 4,5 % au total le budget de la justice pour 2019, le Gouvernement et sa majorité ont fait un choix : se donner les moyens d'une justice à la hauteur de ses valeurs humanistes et républicaines. Je m'en félicite et je salue la volonté de faire de la justice une priorité de nos politiques publiques tel a été le cas l'année dernière, tel est le cas cette année, et tel sera le cas, j'en suis sûre, l'année prochaine. Grâce à ce budget, madame la garde des sceaux, vous avez l'occasion de faire des choix forts et structurants pour la justice de notre pays, en particulier pour redonner de la dignité à notre politique carcérale. Investir dans nos prisons, c'est améliorer à la fois les conditions de vie des détenus et la qualité de vie au travail de ceux qui y exercent leur métier au quotidien. Vous vous êtes fixé un objectif ambitieux : recruter 400 agents dans l'administration pénitentiaire, chiffre élevé au regard de l'exécution du plafond d'emplois en 2017 et en 2018 nous avions évoqué ce point lors du printemps de l'évaluation. Aussi, quel premier bilan dressez-vous, en cette fin d'année, des mesures salariales issues des négociations que vous avez menées en janvier 2018 ? Surtout, quel effet attendez-vous, en termes d'attractivité, des investissements que vous avez choisi de réaliser dans nos prisons, c'est-à-dire dans le cadre de travail des agents de la fonction publique pénitentiaire ? M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Le mouvement pénitentiaire du mois de janvier dernier nous a effectivement conduits à prendre un certain nombre de mesures, tout à fait justifiées selon moi. Il s'est agi, tout abord, de mesures indemnitaires. Les agents de l'administration pénitentiaire travaillent dans des conditions très difficiles, et nous avons revalorisé trois primes qui leur sont versées : l'indemnité pour travail du dimanche et des jours fériés, l'indemnité pour charge pénitentiaire dont le montant a été porté de 1 000 à 1 400 euros par an et l'indemnité de sujétion spéciale. Ces trois mesures me semblent apporter un « plus » aux agents de l'administration pénitentiaire. Surtout, nous avons lancé une politique de fidélisation, si je puis m'exprimer ainsi : une prime de 8 000 euros sera versée aux agents qui acceptent de rester pendant six ans dans un même établissement pénitentiaire. Je crois que cette prime, dont le montant n'est pas négligeable, rendra plus attractifs les établissements difficiles ils peuvent l'être pour des raisons très diverses ou situés dans des zones chères, notamment Paris. Elle donnera davantage de facilités aux agents pénitentiaires qui y exercent leurs fonctions. Néanmoins, nous souhaitons aller plus loin : l'accompagnement des agents pénitentiaires passe également par une série de mesures d'aide sociale, notamment en matière de logement. Vous pouvez le constater, les crédits consacrés à ces mesures ont augmenté de 7 % dans le budget pour 2019. L'ensemble de ces mesures nous permettra réellement, je l'espère, de recruter des agents au sein de l'administration pénitentiaire nous le faisons déjà, mais également de les y garder. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/663.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/663.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..cc0ccd543e5b6a8d5f18b8fdc38581ef23d5650c --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/663.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre, Je voudrais simplement dire quelques mots, puisque j'aurai l'occasion dans quelques instants de m'exprimer sur l'ensemble de ces sujets lors de ma visite à l'école de cybersécurité que nous allons installer, avec votre soutien et votre détermination, ici au Sénégal, école qui sera à vocation régionale. Donc, je m'exprimerai plus longuement tout à l'heure sur ces sujets. Mais je voudrais d'abord vous remercier de vos propos, remercier le docteur Papagaye de la qualité de sa présentation, et vous dire que je me réjouis de l'excellente collaboration que nous avons avec le Sénégal sur ce sujet majeur. Je suis venu ici, sur ce sujet, au mois de juin 2017, dans ces lieux et nous avions, à ce moment-là, engagé ce partenariat permettant la création de la division spéciale de cybersécurité, avec un soutien de la France, un soutien technique, mais aussi un soutien en personnels et avec beaucoup de détermination de la part des autorités sénégalaises, parce que les risques sont énormes. Vous les avez identifiés, à la fois dans le domaine des intrusions potentielles, détournements en tout genre, à la fois dans le risque de radicalisation et puis dans les risques - vous avez parlé de la pornographie - d'atteintes aux moeurs et à la sécurité des enfants. Tout cela était essentiel. Et, donc, la prise de conscience a permis cet engagement mutuel autour de cette division spéciale pour laquelle nous continuerons à vous apporter notre soutien. Les cybermenaces sont très importantes, de plus en plus graves et la cybersécurité est un des enjeux de notre sécurité de demain. Le Sénégal a, à cet égard, une place très significative, d'abord parce que la prise de conscience s'est faite très vite et ensuite parce que vous apparaissez comme le pôle de référence en la matière, à la fois pour l'ensemble des pays africains, mais aussi dans la relation étroite que nous avons ensemble pour identifier les menaces et les risques qui sont aujourd'hui tout à fait d'actualité. Avant d'avoir notre partie plus confidentielle, je voulais publiquement vous remercier et me réjouir de la qualité de cette relation. Je m'exprimerai plus longuement tout à l'heure sur ce sujet. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/664.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/664.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..9e4a3a36e2cb1427992ea503598eda868cfab3fe --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/664.txt @@ -0,0 +1 @@ +Q - Pendant la campagne, Emmanuel Macron a énormément parlé d’économie, de travail, de santé ou d’éducation mais on connaît moins la vision « macronienne » de la Justice. Comment pourrait-on la définir ? La Justice connaît de toutes les activités humaines et de tous les aspects de la vie sociale. De la naissance à la mort, elle est présente pour faire en sorte que chaque personne puisse faire valoir ses droits, les faire respecter et que les conflits entre les individus puissent trouver une solution selon les règles juridiques que la société s’est donnée. La Justice est un des plus importants éléments de régulation sociale, de paix sociale. C’est ce que le candidat Emmanuel Macron a exprimé notamment dans son grand discours à Lille le 14 mars 2017. C’est une vision forte car elle envisage la Justice dans sa fonction essentielle. Il faut ensuite que cette Justice soit respectée. Pour cela, elle doit être indépendante et être efficace, c’est-à-dire répondre aux attentes des justiciables. La Justice est l’endroit où les citoyens doivent trouver des réponses, rapides, concrètes, lisibles, équilibrée et c’est cette volonté qui a dicté le projet de loi que je porte, Il propose des solutions simples et réalistes à des problèmes que les acteurs de terrain nous ont fait remonter. Finalement, en matière de Justice comme dans les autres domaines, la vision macronienne c’est en quelque sorte partir des principes et de l’essentiel et, sur ce fondement solide et clair, trouver des solutions positives aux problèmes qui se posent. Q - Le budget de votre ministère augmentera de 25% d’ici 2022, ce qui constitue une hausse historique. Pour autant ce budget reste relativement faible en France par rapport aux autres pays européens... Nous partons de loin. De très loin. L’effort que le pays va consentir pour le budget de la Justice est considérable. Il ne pourra pas d’un seul coup permettre de rattraper des décennies de retard mais il faut bien mesurer cet effort à l’aune du contexte budgétaire général qui est contraint. Le travail conduit par tous les ministres pour redresser les comptes publics est extrêmement important. J’en suis solidaire et n’en mesure que mieux la nécessité d’utiliser le plus efficacement possible chaque euro nouveau mis dans le budget de la Justice. C’est pourquoi, au-delà même des moyens budgétaires il faut engager des réformes et ce, pour le justiciable. Associé aux réformes que je porte dans le cadre du projet de loi, cet effort permettra sur le quinquennat, une amélioration du service public rendu par la justice et des conditions de travail des magistrats et des greffiers. Je suis très mobilisée avec les femmes et les hommes du ministère pour faire évoluer les choses et j’ai bon espoir qu’à l’issue de ce quinquennat nous puissions être fiers en Europe de notre service public de la Justice. Q - Que recouvre d’ailleurs le budget de la Justice ? Il peut se découper en quatre missions principales : - Le fonctionnement des tribunaux, cest-à-dire la justice judiciaire ; - Le fonctionnement des prisons, qui constitue une part importante du budget du ministère et le suivi des personnes sous-main de justice. C’est le budget de l’administration pénitentiaire qui dans de nombreux pays, d’ailleurs, ne relève pas du ministère de la Justice ; - L’accompagnement éducatif des mineurs, en danger ou qui sont délinquants ; c’est le budget de la protection judiciaire de la jeunesse. - L’accès au droit et l’aide aux victimes pour permettre aux plus vulnérables de faire valoir leurs droits en justice. Une première étape a été franchie avec la loi de finances pour 2018. Le budget de la justice a connu une hausse de 3,9 % et la création de 1 100 emplois. Une deuxième étape est intervenue avec le budget 2019. L’augmentation de nos moyens s’accélère avec une hausse des crédits de 4,5 % et la création de 1 300 emplois. Sur 5 ans, le budget de la Justice augmentera de 1,6 milliard (passant de 6,7 à 8,3 milliards) soit une hausse de 24 % et il engagera 6 500 recrutements. Q - Vous avez présenté en avril une « réforme globale de toute la machine juridique ». En quoi consiste-t-elle ? Le justiciable est au cœur de la réforme que je propose. Les Français nous disent depuis des années, sondages après sondages, que la justice est lente, complexe. Ma réforme a l’ambition de la rendre plus simple et plus rapide et surtout de répondre de manière plus efficace aux attentes de nos concitoyens. Cela passe par la simplification de la procédure pénale, de la procédure civile, par une nouvelle politique des peines, mais aussi et c’est essentiel, par la dématérialisation de nos procédures. Tout est imbriqué. C’est une réforme globale. Mais efficacité doit rimer avec proximité et humanité. C’est mon engagement dans ce ministère. Bien évidemment, il s’agit de préserver la proximité avec les justiciables. Et je tiens ici à le redire : je ne fermerai aucun tribunal. Pourquoi ? Parce que la proximité des tribunaux avec les justiciables est un élément clé du maillage de notre territoire et donc de cette paix sociale qu’on souhaite porter. Mais je ne souhaite pas non plus le statu quo. Si on ne ferme aucun tribunal, il ne faut pas s’interdire de mieux organiser en interne des structures qui n’impacteront pas du tout le citoyen ou le justiciable. Par exemple, je propose de regrouper les contentieux et de fusionner administrativement les tribunaux de grande instance (TGI) et les tribunaux d’instance (TI). Cette fusion sera transparente pour le justiciable et même source de simplicité dans son accès à la justice. Les anciens tribunaux d’instance demeureront physiquement là où ils se trouvent et les justiciables pourront s’y rendre pour accomplir les démarches nécessaires. Mieux, avec cette fusion, les justiciables n’auront plus à se demander s’ils doivent aller devant le TGI ou le TI : ce sera désormais le même tribunal judiciaire ; ils se rendront au lieu de justice le plus proche. Voilà un exemple de réforme pragmatique et orientée vers les citoyens. Q - Quelles vont être les conséquences sur la répartition des contentieux ? Ma volonté est de permettre que des projets de terrain émergent et conduisent à une meilleure répartition des contentieux, sans vider de leur substance les lieux de justice. J’y insiste. Là encore ce sont les acteurs au plus proche du justiciable qui sont le plus à mêmes de construire des solutions. Nous proposons que, dans un même département comportant plusieurs TGI, les tribunaux puissent réfléchir sur la répartition équilibrée des contentieux via des pôles spécialisés. Il y a par exemple des contentieux peu courants, souvent techniques, qui seraient mieux traités dans un seul tribunal avec des magistrats qui puissent se spécialiser sur ces questions. Je pense par exemple au droit pénal de l’environnement. Je ne suis pas sûr qu’il soit pertinent que dans un département où il y a trois tribunaux de grande instance cela arrive que ces trois tribunaux gèrent le contentieux pénal de l’environnement qui va représenter 10 affaires par an. Une solution pourrait être, si les acteurs locaux se mettent d’accord que le contentieux pénal de l’environnement, si vous le souhaitez, puisse être attribué à l’un des trois TGI, et un autre TGI prendra par exemple le contentieux de la presse qui reste exceptionnel dans certains départements. C’est une justice de qualité que nous voulons mais aussi une justice rendue dans des délais raisonnables. Cela sera le cas parce qu’avec cette répartition des contentieux, les magistrats n’auront plus à s’investir sur un sujet qu’ils ne rencontrent que tous les 2 ou 3 ans et ils pourront en revanche se spécialiser sur certains autres domaines très pointus. Q - Comment se passe votre relation avec les différents professionnels de la Justice ? Existe-t-il une « méthode Belloubet » ? Il y a eu une méthode, je ne sais pas si on peut la qualifier comme vous le faites mais, oui il y a bien une méthode. Cette méthode a reposé d’abord sur une large consultation des professionnels qui a eu lieu entre le mois d’octobre 2017 et janvier 2018 - une consultation autour de cinq thématiques qu’on a appelé les cinq chantiers de la Justice portant sur la procédure civile, la procédure pénale, le numérique, la peine et l’organisation du territoire. À partir de cette consultation et du résultat de groupes de travail, j’ai reçu l’ensemble des organisations syndicales, l’ensemble des professions du droit, et je leur ai demandé quelles étaient leurs lignes rouges sur ces cinq chantiers. Puis ensuite, nous avons écrit le texte de loi de la réforme de la Justice entre janvier et février. Quand j’ai présenté ce texte de loi aux organisations syndicales et aux professions du droit, il y a eu, c’est vrai, un temps de crispation. Les acteurs du monde judiciaire ont des habitudes de travail. Il existe aussi des enjeux économiques derrière ces habitudes. Et puis, on peut diverger sur certains points en raison de la vision que l’on se fait de la justice de demain. C’est normal dans une démocratie. J’ai engagé une nouvelle étape de concertation avec ces acteurs. Nous avons retravaillé beaucoup avec les avocats notamment ou les organisations représentatives des personnels et des magistrats. Le contact est rétabli, les avocats ont proposé beaucoup d’amendements au texte. D’emblée, je leur ai fait savoir que j’étais ouverte au dialogue mais que le statu quo n’était pas une option et que, si je respectais les intérêts et les points de vue des acteurs du monde judiciaire, ma première préoccupation était bien le justiciable. Je souhaite tenir le cap : lisibilité, proximité et qualité. Avec cette nouvelle phase de concertation, nous avons progressé et les points de vue ont pu converger sur certains points. Des divergences demeurent. Je les assume. Q - Est-ce que, quand on est pauvre en France, on a accès à la justice ? L’aide juridictionnelle permet aujourd’hui d’accéder aux juridictions. Quand elle est demandée, elle est assez largement accordée. J’ai engagé une réflexion sur ce sujet pour voir comment améliorer les choses. Mais je pense qu’il y existe un autre enjeu. Beaucoup de gens ne savent même pas ce à quoi ils peuvent prétendre en termes de droits. Il me semble que l’effort que nous avons à faire c’est d’aller vers ces personnes pour qu’elles puissent faire valoir leurs droits. Je ne parle pas de ceux qui sont déjà dans l’idée de démarrer un contentieux, de faire une demande, je pense aux gens qui n’ont pas même l’idée de ce qui existe et qui pourrait leur bénéficier. Nous avons déjà un dispositif de maisons du droit, de points d’accès au droit mais je pense que l’on doit faire un effort supplémentaire. Q - Pensez-vous que notre Justice est rendue dans des délais convenables ? Tout ne va pas mal, mais certaines choses ne peuvent plus durer. Il n’est plus possible d’attendre deux ans pour divorcer, lorsque la décision est claire pour chacun des conjoints. Je propose dans mon projet de loi de diviser ces délais par deux en supprimant une étape inutile, tout en préservant les éléments de procédure qui garantissent les droits de chacun des époux. Le projet de loi sur la réforme de la Justice comporte de nombreuses modifications pour simplifier les choses : pour le justiciable, pour le juge, pour gagner en efficacité. Le numérique est, de ce point de vue, fondamental. C’est pourquoi j’ai lancé un vaste plan de modernisation de notre Justice, avec un budget de plus d’un demi-milliard d’euros sur 5 ans. Il faut que les magistrats, les greffiers, et tous les acteurs du droit aient des outils modernes qui permettront de gagner du temps là où c’est possible et de se concentrer sur ce qui est le cœur de métier. Je suis également convaincue que nous devons développer les modes alternatifs de règlements des litiges : il est toujours mieux d’éviter un mauvais procès et de trouver à la place un accord. Nous avons rendu obligatoire le passage par la médiation ou la conciliation dans un certain nombre de cas. Je ne suis pas dans l’idée que tout doit être contentieux. Le contentieux c’est la phase ultime ! Et je trouve justement que notre société a trop tendance à tout judiciariser, c’est l’esprit de chicane que Racine moquait déjà dans les Plaideurs : lorsqu’entre voisins, on a des problèmes de haies mal taillées, il vaut mieux qu’un médiateur nous aide à trouver une solution plutôt qu’aller en justice et faire perdre du temps et de l’argent à tout le monde. Q - Parlons maintenant des prisons, vous qui avez présenté votre plan le 12 septembre dernier. Comment est-on arrivé à cette dramatique situation de surpopulation carcérale ? C’est le résultat d’une forme d’addiction à la prison. Je m’explique : dans notre pays, on considère, culturellement, que l’emprisonnement est la réponse qui est la plus facile et la plus sécurisante. Dans certains cas, cette solution est la meilleure mais dans beaucoup d’autres ce n’est pas la meilleure. Pour les plus courtes peines, on constate que l’emprisonnement est désocialisant et fait le lit de la récidive. Ce n’est pas possible de continuer ainsi. Il faut que les juges aient des outils mieux adaptés pour avoir le choix entre plusieurs solutions possibles. Le juge doit pouvoir décider une peine de bracelet électronique ou un travail d’intérêt général. Par exemple, nous allons mettre en place une plateforme qui permettra au juge de savoir à instant T, quel travail d’intérêt général est disponible, dans quelle région suivant le profil du prévenu. Ce qui n’existe pas actuellement. C’est la logique des peines qui doit changer. Et pour la faire évoluer, il faut faire évoluer les outils à disposition des magistrats. Q - Le fait qu’il y ait autant de gens en prison, est ce que cela montre que la Justice fonctionne mieux qu’auparavant où est-ce une anomalie qu’il faut corriger ? Je ne suis pas sûr que ce soit un indice du meilleur fonctionnement de la justice. Encore une fois, disant cela je pense que nous ne mettons pas à disposition des magistrats les outils suffisants pour qu’ils puissent déployer pleinement d’autres peines que celle de l’emprisonnement. Q - N’est-ce pas « mettre les voyous dans la rue » comme disent certaines oppositions politiques ? Ce sont des slogans et des postures. Ce que souhaite, c’est qu’on soit efficace et sérieux. Ni angélique, ni démagogique. Je souhaite une diversité des peines. À chaque situation correspond une peine et je ne dis pas qu’il faut cesser l’emprisonnement. La preuve est que je vais mettre en œuvre l’engagement présidentiel avec la construction de 15 000 places de prisons. Ce que je dis c’est que l’emprisonnement doit être une peine utile. Or, quand vous mettez en prison une personne qui a un problème de récidive, mettons avec le cannabis, je ne suis pas sûre que la placer dans une maison d’arrêt où elle va se trouver avec des caïds va l’aider. En revanche, il faut qu’elle soit prise en charge de manière sanitaire, il faut qu’elle soit éloignée du quartier où elle vit et il faut qu’elle ait un travail. L’idée est de trouver des peines utiles et adaptées à la situation du prévenu. Q - On parle beaucoup des travaux d’intérêt général, mais comment rendre les entreprises fières d’avoir des détenus, alors que bien souvent elles s’en cachent ? Il faut avoir une compréhension globale des politiques publiques menées par le Gouvernement d’Édouard Philippe sous l’autorité du Président de la République. Vous savez que dans la loi Pacte une des dispositions consiste à modifier le code civil pour introduire un objectif d’intérêt collectif ou général qui peut être pris en charge et revendiqué par l’entreprise. On a des entreprises qui ont envie d’arborer cette responsabilité sociale. Muriel Pénicaud a également permis dans les textes sur le travail au tuteur des travaux d’intérêt généraux de bénéficier, grâce à cela, d’un capital sur le compte formation. C’est la valorisation du travail, du tutorat, du travail d’intérêt général. Donc je ne sais pas si c’est toujours vrai que des entreprises se cachent. Pour certaines c’est sûr, mais pour d’autres au contraire elles revendiquent cet engagement. Je suis contactée par des grandes entreprises, des grands groupes que les Français côtoient tous les jours, qui me disent « on veut faire quelque chose », qui souhaitent s’investir. Nous allons leur en donner les moyens. Q - Concernant la question des terroristes et de la prison, où en êtes-vous dans votre réflexion ? Allez-vous vers des centres spécialisés ? Nous les prenons de mieux en mieux en charge, mais nous n’avons pas souhaité créer de centres de détentions exclusivement réservés aux détenus terroristes radicalisés. En fait, ce que nous faisons, c’est que nous les plaçons d’abord dans des établissements les plus sécurisés, Nous avons un raisonnement en deux étapes : d’abord nous « évaluons » ces terroristes pendant quatre semaines dans des quartiers d’évaluation de la radicalisation, ce qui nous permet de déterminer leur niveau de dangerosité. Ensuite nous les plaçons soit à l’isolement, soit dans des quartiers qui sont étanches du reste de la détention. Q - Comment éviter que ces personnes ne se radicalisent dans les prisons elles-mêmes ? Toutes les personnes qui font du prosélytisme seront placées dans ces quartiers étanches. D’autre part, nous développons le renseignement pénitentiaire. Il existe depuis quelques années : c’est un service qui fonctionne extrêmement bien, qui est aujourd’hui très reconnu par les services de premier rang comme la DGSI. Il assure un continuum entre l’intérieur de la prison et la sortie, parce que nous sommes dans un État de droit et que ces gens finissent par sortir un jour quand elles ont purgé leur peine. Ce service va monter en puissance, il y a actuellement 300 personnes et nous allons recruter 100 personnes supplémentaires. Par ailleurs, attention aux idées reçues : seules 20% des personnes radicalisées ont déjà fait un passage en détention et certaines étaient déjà radicalisées avant d’être incarcérées. Q - Sur un tout autre sujet, que répondez-vous à cette avocate qui prétend qu’en France, « il vaut mieux être pédophile que dealer » ? Je lui réponds que le viol est un crime et que la loi que nous avons portée avec Marlène Schiappa vise à mieux réprimer toutes les atteintes sexuelles sur les enfants. C’est notre obsession. La loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes conduit à cette répression plus efficace, plus effective. Elle protège mieux les enfants de moins de 15 ans en facilitant la caractérisation de la contrainte ou de la surprise. Cela permettra au mineur de ne pas prouver l’absence de consentement. Le juge considérera qu’en dessous d’un certain âge, un mineur n’est pas consentant à un acte sexuel avec un majeur. Et puis nous avons élargi la période pendant laquelle une personne qui a été violée avant 18 ans peut porter plainte en la faisant passer de 20 à 30 ans. Donc, au fond, toutes les dispositions qui ont été prises visent à une plus grande sévérité et à une facilité de répression de ces atteintes sexuelles. Q - Malgré tout ce que vous venez de nous dire, il y a pourtant des millions de français qui sont persuadés que vous avez légalisé le viol, on l’a vu tout l’été sur les réseaux sociaux... Concernant cette loi, je pense qu’un des sujets c’est évidemment de savoir si l’on a fait assez de pédagogie et de communication, si on lutte avec efficacité contre les fake news. Le contenu de cette loi est au contraire totalement orienté par la volonté de mieux réprimer le viol. On a focalisé sur le consentement et sur l’allongement du délai de prescription mais on a occulté totalement un certain nombre d’autres dispositions qui sont des avancées majeures. On vient passer d’un délit à un crime quelque chose qu’on impose sur un enfant, comment peut-on dire que la garde des Sceaux ou que le secrétariat d’État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations légalisent le viol sur les enfants ? C’est complètement à rebours de ce qu’on a fait ! J’ajoute que dans la réforme que je porte nous allons créer une cour criminelle formée de magistrats professionnels pour accélérer le jugement de certains crimes, comme le viol. Aujourd’hui les délais sont trop longs et les viols qui sont des crimes sont requalifiés en délits pour être jugés plus rapidement par les tribunaux correctionnels. Ce n’est pas acceptable. Un viol est un crime, il doit être jugé et puni comme tel. C’est ce que je propose avec cette réforme. Q - Dans de nombreuses affaires criminelles très médiatisées, on est souvent surpris par le fait que les auteurs soient des récidivistes. Notre Justice fonctionne-t-elle bien ? Il peut y avoir des dysfonctionnements, même graves parfois. Chacun de ces dysfonctionnements exige des réponses et est analysé. Par exemple, concernant le viol et le meurtre d’Angélique par un délinquant sexuel qui avait été en détention, on a regardé comment cela avait pu se produire. Et il se trouve que c’était quelqu’un qui avait commis les faits avant une loi qui depuis imposait un certain nombre d’obligations qui auraient pu éviter ce viol. Concernant l’évasion de Redoine Faïd, on a regardé pourquoi cela c’était produit, ce qu’il fallait qu’on fasse pour l’éviter et j’ai pris une série de mesures de réorganisation de l’administration centrale et d’évolution matérielle. Dans une organisation quelle qu’elle soit, il y a toujours des dysfonctionnements et nous travaillons constamment pour les prévenir. Q - Est-ce que les pères ont les mêmes droits que les mères pour la garde des enfants dans le cas des divorces ? Bien sûr. Il faut regarder concrètement les dossiers. Le juge ne place pas la mère devant le père. Dans le droit, il n’y a pas de sources d’inégalités : c’est une question de faits. Il faut toujours veiller à ne pas tirer des règles générales de la médiatisation de quelques faits singuliers. Je suis très engagée dans l’égalité entre les femmes et les hommes. Cela suppose de passer outre les stéréotypes quels qu’ils soient, dans ce domaine comme dans d’autres. Q - Dernier sujet si vous le voulez bien. Est-ce que vous avez l’impression que les Français maîtrisent les questions de Justice et de droit ? Non et c’est normal, parce que ce sont des questions très politiques, très techniques et je pense que naturellement s’il n’y a pas un appui pédagogique de notre part, de la part de la presse, ce sont des questions qui vont être traitées par l’aspect le plus polémique. La justice est quelque chose de sérieux, qui suppose rigueur et modération dans le regard que l’on porte sur elle. J’aimerais que parfois certains s’inspirent de cette exigence à laquelle je m’astreins sans jamais dévier. Mais, que voulez-vous, rigueur et modération ne font pas toujours bon ménage avec communication et médiatisation. Je le regrette. Q - Ce traitement polémique de la Justice par les oppositions vous a-t-il surpris depuis que vous êtes ministre ? Non ? J’ai été engagée politiquement, élue pendant trente ans au plan local. Je connais le politique, ses travers et ses noblesses. En revanche, j’essaie de ne pas me laisser aller aux polémiques. J’ai une autre conception de l’action politique. Cela suppose de faire prévaloir le fond à la communication même si celle-ci est importante pour faire comprendre les enjeux et susciter l’adhésion aux politiques publiques que l’on mène. J’ai confiance dans la raison et l’engagement et, je l’avoue, une certaine honnêteté intellectuelle dans le débat politique. Q - Et vous n’avez donc pas été étonnée des réactions à la suite de la présentation du plan prison, par exemple ? Alors là, je pouvais vous les écrire avant \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/665.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/665.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..3b40e499da56e8e8e256e58020d2054c6cc835e8 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/665.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Ministre des affaires étrangères du Sénégal, Mon cher Sidiki, Mesdames et Messieurs, chers amis, Je suis très heureux de prendre part, même très brièvement, à ce forum de Dakar 2018. J'y prends part tous les ans depuis la création de ce forum en 2014, d'abord comme ministre de la défense puis, pour la deuxième fois, aujourd'hui, comme ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Je suis heureux de constater que cet événement devient un événement incontournable, incontournable pour échanger ensemble sur les défis sécuritaires auxquels fait face le continent africain. Je voudrais à cet égard remercier les autorités sénégalaises, à commencer par le président Macky Sall, d'avoir poursuivi cette aventure du forum "paix et sécurité" après 2014, et saluer Olivier Darrason et CEIS pour à la fois leur détermination et leur compétence pour cette organisation, merci à eux. Je parlais des défis du continent africain et personne ici ne l'ignore, ces défis ne manquent pas. Les enjeux sont de taille, à commencer par la menace terroriste et l'extrémisme violent qui continuent de faire de nombreuses victimes civiles et militaires. La lutte contre le terrorisme, c'est une action de long terme qui impose en priorité de renforcer le savoir-faire et les capacités des forces de sécurité. Et c'est le sens de notre coopération avec de nombreux pays africains. Celui d'aider à la structuration, à la formation et à l'entraînement de ces forces. C'est indispensable pour agir sur la durée. Et c'est également le sens de l'Académie internationale de lutte contre le terrorisme dont j'ai visité le futur emplacement lors de mon récent déplacement en Côte d'Ivoire. Dans ce centre, nous allons soutenir des stagiaires issus de tous les pays de la région, nous allons former ces stagiaires à partir de l'année prochaine et ils recevront tous les volets de formation contre le terrorisme, tous les volets utiles pour les forces de sécurité et pour agir aussi dans le respect de la justice. Bien entendu, au-delà de ce lieu de formation et de cette nécessaire structuration des forces armées, la réponse est aussi opérationnelle : c'est la mission et l'objectif d'engagement constant de l'opération Barkhane aux côtés des forces armées du Sahel, en particulier du Mali et du Burkina Faso. Nous avons connu ensemble des succès contre le terrorisme mais, comme vous le savez, nous ne devons pas baisser la garde car la menace reste vivace. Quand je parle d'efforts opérationnels, je pense aussi à la force conjointe du G5 Sahel. C'est une initiative inédite, elle permet aux cinq pays de la région - Tchad, Mauritanie, Niger, Burkina Faso, Mali -, qui n'en avaient pas toujours l'habitude, ou qui n'en avaient pas du tout l'habitude, de renforcer leur coordination de planification et d'action pour leur sécurité aux frontières. C'est une initiative complètement novatrice, et un an après le lancement de la force, les premiers résultats sont au rendez-vous : six opérations ont déjà été menées depuis octobre 2017. Mais cela prend du temps. Je suis d'ailleurs très frappé d'entendre ou de lire des commentateurs, en Europe ou en Afrique, pour souligner le temps que cela prend. Je le dis singulièrement aux Européens, à commencer par mes compatriotes : mettre sous commandement unique des éléments de cinq armées différentes, de cinq pays différents, pour combattre une menace frontalière de ces cinq pays, c'est une initiative que jamais les Européens n'ont pu prendre ensemble. C'est une initiative complètement innovante, mais donc cela suppose du temps et je suis, pour ma part, tout à fait convaincu que cette initiative venue des pays africains eux-mêmes permettra à la fois de rassembler les soutiens financiers mais permettra aussi d'aboutir rapidement à ce que cette force prenne sa pleine puissance. La force G5 attire beaucoup d'attention médiatique mais elle n'est pas la seule opération africaine à produire des résultats. Il y a l'AMISOM face au shebabs en Somalie, il y a la force multinationale mixte déployée au bassin du Lac Tchad qui a permis d'endiguer, pas d'éliminer encore, mais au moins d'endiguer, la menace. Toutes ces opérations jouent un rôle majeur mais elles ont un point commun : elles sont mieux adaptées à leur environnement et à la menace, moins onéreuses que les opérations de maintien de la paix de l'ONU. Elles présentent donc, ces opérations, dans leur déclinaison et dans leur diversité, des avantages indéniables. Mais elles ne disposent toujours pas de financements prévisibles et durables. Il est donc, et c'est mon message ici, urgent de remédier à cette situation. C'est pourquoi la France soutient l'initiative ambitieuse et pragmatique portée par l'Union africaine. Cette initiative repose sur deux socles. D'abord la décision prise par les chefs d'Etat et de gouvernement, dans le cadre la réforme de l'Union africaine portée par le président Kagame, d'abonder un fonds pour la paix qui permettra de prendre en charge 25% du coût des opérations africaines de paix. Ensuite, la demande faite à l'ONU par l'Union africaine de prendre en charge 75% du coût des futures opérations, nécessite une orientation forte et une décision du Conseil de sécurité. Aujourd'hui, je veux le dire avec force, comme le président Macron l'a dit il y a un an dans son discours de Ouagadougou et plus récemment à l'Assemblée générale des Nations unies, nous soutenons totalement cette initiative. Nous soutenons cette initiative au Conseil de sécurité et nous comptons bien aboutir à une résolution sur ce sujet avec l'ensemble de nos partenaires. Mesdames, Messieurs, Pour venir à bout du terrorisme, nous devons également porter la bataille sur d'autres fronts. La lutte contre le terrorisme et l'extrémisme violent passe aussi aujourd'hui par une coopération accrue dans le domaine cyber. L'utilisation d'Internet à des fins de terrorisme ou encore la multiplication des actes de cybercriminalité nous rappelle que le cyberespace constitue désormais un champ d'action prioritaire pour la sécurité, en Afrique comme ailleurs. C'est la raison pour laquelle la France a décidé d'apporter son soutien et son expertise dans ce domaine crucial. Je le dis avec d'autant plus de force ici à Dakar que nous soutenons deux projets majeurs portés par les autorités sénégalaises. Nous avons, en 2017, après ce forum, posé la première pierre de notre coopération en matière de cybersécurité en proposant l'installation d'une plateforme cyber auprès du ministère de l'intérieur sénégalais. Depuis, nous nous sommes, en outre, tournés vers la création d'une école nationale à vocation régionale en cybersécurité. Ce projet nous a été présenté ce matin, il est ambitieux. Cette école s'installera bientôt par ici à Diamniadio et elle offrira des formations, dès l'année prochaine, ouvertes aux Sénégalais mais aussi à des stagiaires de toute la région. Pour prévenir l'extrémisme violent, il est également nécessaire d'agir en s'attaquant à ses racines plus profondes. Je pense aux efforts pour lutter contre la radicalisation et contre les vecteurs de l'islam radical. C'est un combat difficile, c'est aussi un combat de long terme, et le partage d'expériences qu'offre la discussion de ce forum est aujourd'hui très précieux. Dans ce cadre-là, l'éducation est une priorité forte, en Afrique encore plus qu'ailleurs, vu l'importance de la jeunesse. Le président Macron l'a réaffirmé il y a un an dans le discours - maintenant de référence - qu'il a prononcé à Ouagadougou. Partout votre jeunesse mérite qu'on lui donne les moyens d'émancipation et les moyens de choisir son destin. L'idée que son avenir se joue dans un choix entre la résignation et la haine est parfaitement inacceptable. Pour lutter contre les sources du problème, il nous faut donc accroître les actions de développement. Vous avez parlé de ce thème ce matin, on m'a dit que les débats ont été riches, la France a pris en Afrique de l'Ouest et en particulier au Sahel, des engagements forts. Le Directeur général de l'AFD, Rémy Rioux, qui m'accompagne, vous les a présentés dans le détail ce matin. Aujourd'hui, nous voulons faire plus et surtout, aller plus vite entre l'affichage d'un projet, la mobilisation financière et la réalisation technique. Je me réjouis à cet égard d'un accord de partenariat entre l'alliance Sahel et le secrétariat permanent du G5 qui va faciliter la mise en oeuvre des projets le plus rapidement possible dans les régions les plus fragiles. Voilà, chers amis, les quelques propos que je voulais tenir devant vous. Dans la lutte contre le terrorisme, la lutte contre l'extrémisme, la France se tient aux côtés de l'Afrique. Nous agissons avec vous sur tous les fronts, nous le faisons dans un esprit de partenariat, de respect mutuel mais aussi d'efficacité. Nous avons bien vu ce matin que les annonces d'il y a un an se traduisaient aujourd'hui par des réalisations. Soyez assurés que notre détermination à vos côtés ne faiblira pas. Merci de votre attention. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/666.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/666.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..ec44e90fea4b5de4dd32d079c3a86f5e61364945 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/666.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. L'ordre du jour appelle la suite de la discussion de la seconde partie du projet de loi de finances pour 2019 (nos 1255, 1302). Nous abordons l'examen des crédits relatifs à l'enseignement scolaire (no 1302, annexe 24 ; no 1303, tome II) ainsi qu'au sport, à la jeunesse et à la vie associative (no 1302, annexe 42 ; no 1303, tome VI). La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Le budget de l'enseignement scolaire qui vous est présenté aujourd'hui traduit la priorité accordée à l'éducation par le Président de la République et le Gouvernement. Il approfondit le sillon de la politique engagée l'année dernière, dont les objectifs sont clairs : l'élévation générale du niveau scolaire dans notre pays et la justice sociale : l'un ne va pas sans l'autre. Le budget de l'éducation nationale proposé pour 2019 s'établit à 51,7 milliards d'euros, hors cotisations aux pensions de l'État. Il augmente de 1,7 %, soit 861 millions. Avec 811 millions supplémentaires pour le seul périmètre de l'enseignement scolaire, nous pouvons continuer la transformation profonde du système éducatif. D'abord et avant tout, nous voulons donner la priorité à l'école primaire et à la maîtrise par tous les élèves des savoirs fondamentaux. Lire, écrire, compter, respecter autrui : telle est la base de ce que nous devons enseigner à tous nos élèves, même s'il faut évidemment leur apprendre aussi bien d'autres choses. Pour la rentrée prochaine, 2 325 postes devant élèves supplémentaires ont été créés dans le primaire, malgré un contexte de baisse démographique – il y aura 60 000 élèves en moins à la rentrée 2019. L'an prochain, dans tous les départements, le nombre d'élèves par classe à l'école primaire va diminuer, mais les moyens de remplacement seront préservés et l'école rurale sera consolidée. Ce volontarisme budgétaire nous permet aussi de donner sa pleine dimension à l'une des mesures de justice sociale les plus importantes pour le Gouvernement : le dédoublement des classes de CP et de CE1 dans les écoles classées en REP et REP+. Ce seront 300 000 élèves qui bénéficieront de cette mesure à la rentrée prochaine. Notre deuxième objectif est d'accompagner tous les élèves vers la réussite. Pour ce faire, le volume d'enseignement du second degré public sera maintenu en 2019. La diminution de 2 450 moyens d'enseignement sera compensée par une augmentation du volume des heures supplémentaires. Au collège, nous accompagnons plus et mieux tous les élèves vers la réussite, notamment grâce à la mesure « devoirs faits », un dispositif qui est en train de donner sa pleine mesure et qui représente une enveloppe globale de 247 millions, en augmentation de 27 millions en 2019. Par ailleurs, parce qu'il n'est pas de pays qui réussisse sans fraternité, le présent budget renforce aussi sa dimension directement sociale – le soutien aux élèves les plus fragiles – en augmentant de 4 % les moyens alloués aux bourses de collège et de lycée. La troisième priorité est d'améliorer l'attractivité du métier de professeur. Dans le cadre de l'agenda social du ministère, nous échangeons depuis plusieurs mois sur les moyens d'y parvenir. Plusieurs mesures qualitatives sont prises ou en train d'être prises, dont deux – essentielles – se trouvent dès à présent dans ce budget. Premièrement, on valorise l'engagement des professeurs en poursuivant la montée en charge de l'engagement du Président de la République de relever de 3 000 euros par an les rémunérations du personnel des réseaux d'éducation prioritaire renforcés, REP+. Deuxièmement, on relance le protocole « parcours professionnels, carrières et rémunérations », PPCR, afin d'arriver à une augmentation du pouvoir d'achat pouvant aller jusqu'à 1 000 euros par personne sur le quinquennat, ce qui serait inédit. Le budget 2019 du programme « Jeunesse et vie associative » connaît une nouvelle et considérable augmentation de 9 %. Il se structure autour de trois axes : développer l'engagement au service des autres – avec un budget de 497 millions d'euros, le service civique poursuivra sa croissance –, soutenir la mobilité internationale des jeunes – le ministère allouera 16 millions aux dispositifs d'échanges internationaux – et favoriser la vigueur de la vie associative – objectif auquel le ministère consacrera en 2019 près de 90 millions hors dépenses fiscales. Ce budget, qui traduit le plein engagement du Gouvernement en faveur de la jeunesse et de la vie associative, fait du ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse le ministère de l'humain, de l'idéal et de l'avenir. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) M. le président. La parole est à Mme la ministre des sports. Mme Roxana Maracineanu, ministre des sports. J'ai l'honneur de vous présenter, dans le cadre de l'examen de la mission « Sport, jeunesse et vie associative », le budget pour 2019 des programmes 219 « Sport » et 350 « Jeux olympiques et paralympiques 2024 » – un budget préservé dont je veux souligner la cohérence. En effet, ce budget s'inscrit dans la volonté du Gouvernement de respecter ses engagements et de mener une action efficiente ; il permet également de répondre aux ambitions que je nourris pour le sport en France. Ce budget réaffirme le positionnement d'un État stratège et partenaire qui, dans le dialogue et la concertation, définit des politiques publiques et fait du sport un élément incontournable de notre société. Ce budget est fidèle aux deux grands objectifs que nous avons définis avec le Président de la République et le Premier ministre. Il s'agit tout d'abord de réussir les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, cette réussite devant être évaluée à la lumière de ce que l'on aura réellement fait autour de l'athlète et de son entraîneur pour les accompagner de manière optimale, tant dans leur objectif de médaille que dans leur reconversion. La volonté de réussite se lit actuellement dans les crédits affectés au programme 350, qui augmenteront de 35,9 % par rapport à 2018 pour s'établir à 65,3 millions. Les pouvoirs publics soutiennent ainsi l'organisation des JOP 2024 dans l'ensemble de leurs composantes : l'adaptation des structures existantes et la construction de nouveaux sites, la cohésion de tous les acteurs autour d'un projet fédérateur ainsi que l'héritage des Jeux, possible grâce à l'implication de l'ensemble de la société française et à l'assurance de toutes et tous de profiter des retombées positives des Jeux dans notre pays. Conformément aux engagements pris devant la représentation nationale, l'État financera donc progressivement, à hauteur de 1 milliard, la construction ou la remise à niveau des infrastructures sportives dédiées à l'accueil des Jeux 2024, menées par la Société de livraison des ouvrages olympiques, SOLIDEO. Le second objectif que je fais mien concerne le développement du nombre de pratiquants : on vise 3 millions de pratiquants supplémentaires d'ici 2022. Cette ambition se traduit par une transformation du modèle qui exige de changer de point de vue : je souhaite ainsi passer du ministère de ceux qui font le sport au ministère de ceux qui font du sport. Les fédérations seront bien entendu au coeur du dispositif, mais elles ne seront pas les seules : les acteurs non affiliés au système fédéral devront également mieux être pris en compte. Il s'agit de mettre le pratiquant au coeur de nos préoccupations communes pour mieux coller à la réalité sportive d'aujourd'hui. Le sport est une politique publique ; je suis convaincue qu'elle doit donc être tournée vers les citoyens, questionner le rapport de chacun au sport et se mettre au service des autres politiques publiques. L'impact du sport sur la vie quotidienne des Français doit être le principal critère d'évaluation. Il faut considérer le sport comme un bien commun, un bien social qui appartient à tous : État, collectivités, mouvement sportif, monde économique et, bien sûr, pratiquants de tout âge et de toute origine culturelle ou sociale. Nous devons démocratiser ce que j'appelle les primo-apprentissages et donner les clés aux familles, aux parents, aux grands-parents, au personnel des crèches, des écoles maternelles et primaires. L'objectif d'augmenter de 3 millions le nombre de pratiquants doit passer par le soutien au développement de nouvelles offres sportives à destination de tous les publics, sur tous les territoires et dans tous les temps. L'un des outils majeurs de cette réforme sera la création, au cours du premier trimestre 2019, d'une agence unique chargée, d'une part, de la haute performance et du haut niveau et, d'autre part, du développement des pratiques ; elle remplacera le Centre national pour le développement du sport, CNDS. Cette agence bénéficiera en 2019 d'un budget évalué à près de 350 millions d'euros, qui intégrera les subventions accordées par le ministère des sports au Comité national olympique et sportif français, CNOSF, et au Comité paralympique et sportif français, CPSF. Près de 70 % des moyens d'intervention de cette agence seront dédiés au développement des pratiques. L'enveloppe destinée à la haute performance, évaluée à 90 millions pour 2019, sera quant à elle en hausse de plus de 40 % par rapport à 2018. Le budget d'intervention du ministère des sports que je vous présente aujourd'hui est donc préservé en 2019 par rapport à 2018 et comporte même des mesures nouvelles. Au sein du projet de loi de finances pour 2019, l'ensemble des financements apportés par l'État aux sports est évalué à 515,9 millions. La diminution de 2,4 % que vous constatez par rapport à 2018 est principalement liée à un ajustement technique prenant en compte une surévaluation des crédits destinés à la compensation des exonérations de charges sociales pour les arbitres et juges sportifs. J'attire d'ailleurs votre attention sur le fait que cette dépense est intégrée à l'action 1 du programme 219, dédiée à la promotion du sport pour le plus grand nombre. La baisse apparente des crédits de cette action, que certains d'entre vous ont pu interpréter comme un retrait du Gouvernement du domaine du développement des pratiques au profit du sport de haut niveau, n'est donc en réalité que la conséquence d'une démarche de budgétisation sincère visant à mieux mettre en adéquation les moyens et les besoins. Un exercice d'optimisation a ainsi été mené lors de la préparation du PLF 2019, afin notamment de dégager des moyens nouveaux en faveur de la future agence du sport que j'ai évoquée. Le sport de haut niveau et la haute performance bénéficieront de 25 millions d'euros et le développement des pratiques, de 15 millions. En complément, pour donner une nouvelle impulsion au financement du développement des pratiques, j'ai défendu ici même, à l'Assemblée nationale, un amendement gouvernemental augmentant de 15 millions le plafond de la taxe sur les droits de retransmission audiovisuelle des événements sportifs, dite taxe Buffet. Ces 15 millions supplémentaires seront affectés aux mesures concrètes en faveur de la lutte contre les inégalités d'accès à la pratique sportive ou encore au programme « savoir nager ». Au total, les mesures nouvelles qui accompagnent la création de la future agence représentent donc 55 millions d'euros. Mesdames et messieurs les députés, soyez assurés que ma détermination à donner au sport français les moyens de son développement et de sa réussite – au plus haut niveau, mais également pour tous et dans tous les territoires – est totale. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) (…) M. le président. Nous en venons maintenant aux questions. Je vous rappelle que la durée des questions et des réponses est fixée à deux minutes. La parole est à Mme Muriel Ressiguier, pour le groupe La France insoumise. Mme Muriel Ressiguier. Les lycées professionnels scolarisent 665 000 élèves, soit un tiers des lycéens. Avec ceux des filières techniques, ils forment la moitié des jeunes qui arrivent au niveau du baccalauréat. Ce n'est donc pas un « à côté » de notre politique éducative. Toute notre attention doit être portée sur ces jeunes gens, car c'est du niveau de leur formation que dépendra la capacité de la Nation à relever les défis techniques du futur. Votre réforme du bac professionnel va à l'inverse de ce qu'il convient de faire. Vous poursuivez le détricotage entamé durant les années Sarkozy. Lorsque celui-ci a fait passer la durée de préparation du diplôme de quatre à trois ans, il a commis une erreur. Vous aggravez encore la situation en faisant passer la durée de formation à deux ans seulement, puisque la spécialisation professionnelle n'interviendra plus qu'en classe de première. C'est une absurdité, dans la mesure où le niveau de technicité des métiers augmente. Nos besoins en ouvriers et en techniciens hautement qualifiés sont plus importants que jamais, car nous devons changer tous nos processus de production pour les mettre en accord avec l'impératif écologique. En vérité, votre réforme n'est pas guidée par les besoins du pays ou de la jeunesse. Elle ne suit qu'un objectif comptable, dicté par la Commission européenne, celui de supprimer des postes. Vous faites baisser le volume des enseignements professionnels de 4,5 % et celui des enseignements généraux de 13 %, soit l'équivalent de 900 professeurs, qui ne seront bientôt plus utiles. Vous préparez donc une nouvelle saignée, alors que, depuis 2002, ce sont déjà 248 lycées professionnels qui ont fermé. De l'autre main, vous ouvrez totalement les vannes pour le secteur privé, en dérégulant la création des centres de formation d'apprentis, les CFA. Cela signifie que ce sont les entreprises, et non plus l'État, qui s'occuperont désormais de la formation professionnelle. Je ne suis pas d'accord avec cette privatisation : la jeunesse ouvrière mérite, comme le reste de nos enfants, une école publique, gratuite et républicaine de qualité. Monsieur le ministre, sur les 2 600 postes que vous avez prévu de supprimer dans l'enseignement secondaire, combien le seront dans les lycées professionnels ? M. le président. La parole est à M. le ministre. M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Madame la députée, vous avez exprimé des inquiétudes et je veux vous rassurer. La première chose qui devrait vous rassurer, c'est que je ne partage pas du tout votre analyse : contrairement à ce que vous dites, nous n'avons nullement l'intention de démanteler le service public. M. Bruno Studer, président de la commission des affaires culturelles et de l'éducation. Très bien ! M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Vous faites une grave erreur de diagnostic, et je le déplore, car nous pourrions tomber d'accord sur l'importance de l'école de la République et sur la nécessité de placer l'humain en son centre. Vous faites le même genre d'erreur de parallaxe au sujet du lycée professionnel. J'ai dit très clairement que le lycée professionnel était ma deuxième priorité et M. Frédéric Reiss l'a bien rappelé. Cette priorité se voit, du reste, dans la manière dont ce budget a été conçu : il est la parfaite illustration de notre vision qualitative des choses, par opposition à votre approche quantitative. Ce que nous avons décidé, ce n'est certainement pas la diminution de l'enseignement général dans le lycée professionnel. Je crois au contraire que nous devons consolider les savoirs fondamentaux chez les lycéens professionnels. Si la solution était quantitative, cela se saurait, madame la députée ! Aujourd'hui, les lycéens professionnels sont ceux qui ont le plus grand nombre d'heures de cours, non seulement en France, mais probablement dans toute l'Europe, puisqu'ils ont trente-quatre heures par semaine. Et ce n'est pas pour autant qu'ils ont des résultats… S'il suffisait d'accumuler des heures de cours dans des têtes pleines, cela se saurait. Ce que nous envisageons, en revanche et on ne peut pas nous accuser, en la matière, d'avoir une approche comptable c'est la cointervention, ce qui signifie que deux professeurs interviendront en même temps dans la même classe. Si j'avais seulement une calculatrice dans la tête, je ne ferais pas cela, madame la députée. Si nous mettons en oeuvre la cointervention, c'est parce que cette méthode est plus efficace d'un point de vue pédagogique, comme des expérimentations l'ont démontré. Je ferai d'ailleurs remarquer que c'est du fait de cette mesure que la moitié des syndicats a approuvé cette réforme, lorsqu'elle est passée devant le Conseil supérieur de l'éducation. Puisque vous aimez les mobilisations syndicales, permettez-moi de vous signaler celle-ci, madame la députée. Nous avons, pour le lycée professionnel, une ambition très claire pour l'année prochaine. Et ce budget la traduit parfaitement. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) M. le président. La parole est à M. Benjamin Dirx, pour le groupe La République en marche. M. Benjamin Dirx. Madame la ministre des sports, coupe du monde féminine de football en 2019, coupe du monde de rugby en 2023, championnats du monde de ski à Courchevel, Jeux olympiques et paralympiques en 2024 : ce sont autant d'événements sportifs que la France va accueillir ces prochaines années, qui doivent mettre en avant la qualité d'accueil de notre pays, qui doivent permettre d'inventer de nouvelles méthodes de travail et de collaboration entre le monde sportif et le monde économique, plus particulièrement celui du tourisme. C'est dans ce cadre que le Premier ministre m'a confié une mission visant à optimiser l'attractivité touristique de la France lors des grands événements sportifs à venir. Avec les trois autres commissionnés, nous avons rendu nos conclusions au comité interministériel du tourisme le 19 juillet, c'est-à-dire avant votre prise de fonctions. L'une de nos vingt-et-une préconisations concerne les marques déclinées par les comités d'organisation et la signature France, qui semble être un élément important pour avoir une continuité entre les différents événements sportifs il semblerait d'ailleurs que la coupe du monde de rugby de 2023 ne réponde que partiellement à cette demande. À travers cette mesure, madame la ministre, c'est sur la coordination entre le monde économique, le monde sportif, les comités d'organisation et le ministère que je souhaite vous interroger. Pouvez-vous nous décrire l'organisation et l'espace de concertation que vous souhaitez mettre en place pour favoriser le retour d'expérience, la prise en compte des problèmes qui pourraient se poser et l'optimisation des retombées pour chacun de ces acteurs économiques et sportifs ? Enfin, madame la ministre, n'hésitez pas à vous appuyer sur les conclusions de notre rapport. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Roxana Maracineanu, ministre. Monsieur le député, je lirai votre rapport avec d'autant plus de plaisir que cette question m'intéresse beaucoup. Comme vous le soulignez, la France dispose d'une forte culture d'organisation d'événements : on peut citer l'Euro de football en 2016, la Ryder Cup en 2018, ou encore la coupe du monde féminine de football en 2019 et la coupe du monde de rugby masculin en 2023, sans oublier les Jeux olympiques et paralympiques, qui auront lieu à Paris en 2024. Le potentiel du marché de ces grands événements sportifs internationaux, qu'on appelle les GESI, est très important, tant sur le plan économique et social, qu'en termes de visibilité internationale. Les États qui accueillent ces événements font des investissements lourds, mais ils présentent plusieurs caractéristiques positives, ainsi que d'importantes potentialités dans des domaines divers : ce sont des vecteurs d'attractivité touristique des territoires et ils contribuent au rayonnement international du pays hôte, au même titre que les événements culturels. Ils peuvent rehausser la consommation intérieure, dès lors que sont mises en œuvre des stratégies susceptibles d'allonger la durée moyenne du séjour des visiteurs. À ce titre, je travaille effectivement avec les services déconcentrés et avec nos CTS à monter des projets sportifs de terrain qui pourront favoriser l'allongement de cette durée de séjour sur le territoire. Ils constituent aussi des catalyseurs de projets publics de modernisation d'infrastructures sportives, de réseaux de transport et de communication, ainsi que de santé et d'accueil. Ils ont un effet d'entraînement sur les autres marchés de l'économie du sport, tels que les textiles, les articles de sport, le numérique, la santé et le bien-être. J'ajoute que la complexité du cahier des charges qui nous est imposé par les organisations sportives internationales suppose la mise en œuvre de solutions innovantes, en termes de financement, de conception, de réalisation et de maintenance. C'est sur ce constat d'un potentiel gisement de retombées économiques et sociales très significatives que s'est ainsi structurée la réflexion préalable à la constitution de la filière sport, cette filière de service que je copréside avec M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, et qui a pour objet d'identifier, de mettre en œuvre et de développer les leviers de croissance collective de l'économie du sport français. Cette filière s'est récemment rapprochée d'une autre filière particulièrement concernée par l'accueil de ces événements en France, la filière « Rencontres d'affaires et événementiel », dans le cadre d'un contrat de partenariat signé le jour de la restitution de votre rapport au comité interministériel du tourisme, le 19 juillet. Ces filières sont des plateformes qui réunissent des acteurs publics et privés et qui fédèrent ainsi des services de l'État, des opérateurs publics tels que Atout France, ou la future Agence du sport français, les entreprises, les fédérations et les ligues sportives. Elles constituent à l'évidence des supports idéaux pour le partage d'initiatives en faveur de l'optimisation des retombées de l'accueil de ces GESI en France. Enfin, comme la réussite de toute organisation d'événement ne peut être appréciée qu'à l'issue d'une évaluation méthodologique rigoureuse, le ministère des sports poursuivra la démarche engagée avec le soutien scientifique de l'Observatoire de l'économie du sport, qui vise à bâtir un corpus d'analyse des retombées économiques, sociales et sociétales de ces événements. M. le président. Nous en venons à quatre questions du groupe Les Républicains. La parole est à M. Maxime Minot. M. Maxime Minot. Madame la ministre des sports, ancien maire d'une commune rurale et député d'une circonscription où prédomine la campagne, des territoires qui ne bénéficient pas des mêmes infrastructures que les villes, malgré la mobilisation des élus, je tiens à vous interroger sur une partie du budget de cette mission qui me tient particulièrement à coeur : je veux parler du « sport pour tous ». En effet, il me semble fondamental que nos concitoyens aient les mêmes chances d'accès au sport, où qu'ils résident sur le territoire national. Pourtant, il est indéniable que, depuis dix-huit mois, votre politique remet en cause, mesure après mesure, cet objectif majeur qui devrait nous rassembler, en fragilisant les acteurs qui y concourent, à savoir les associations sportives, qui font un travail formidable au côté des fédérations, qui ne peuvent répondre seules à la forte demande. Je veux parler de la suppression de la réserve parlementaire, dont le remplaçant est bien insuffisant, de la diminution par deux des contrats aidés ou encore de la baisse massive des dotations aux collectivités. Si ce constat est limpide, on ne peut pas dire la même chose de votre budget, qui a été remanié à la dernière minute. Quel est, en effet, le véritable budget du sport pour tous en 2019 ? Entre ce qui a été voté en première partie, ce qui a été retiré, puis ajouté, c'est un véritable jeu de piste ! En 2018, la part territoriale du Centre national pour le développement du sport a baissé de 33 millions d'euros, ce qui s'est traduit, sur l'ensemble du territoire, par une baisse de 50 % des subventions. Même si l'on prend en compte les 15 millions qui permettront de financer des mesures nouvelles pour la pratique du sport en territoire carencé, le compte n'y est pas. Enfin, les 15 millions supplémentaires votés en première partie du PLF vont-ils réellement servir au sport pour tous comme vous l'avez dit en commission, ou plutôt à payer les restes à charge du CNDS, comme vous l'avez dit en séance ? Ce manque de transparence ressemble à une tambouille mal préparée, indigne de l'enjeu et de ceux qui, chaque semaine, s'engagent pour organiser des compétitions ou des entraînements, souvent avec passion, sans compter leurs heures. Comme on dit chez nous, « Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup ». M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Roxana Maracineanu, ministre. Je ne peux pas vous laisser dire que nous consacrerions moins de moyens au développement des pratiques qu'au sport de haut niveau. Je vous invite à comparer les chiffres : dans le budget de cette agence, 90 millions d'euros seront dédiés au sport de haut niveau et 196 millions d'euros au développement du sport pour tous. Je ne suis peut-être pas une grande mathématicienne, mais je sais que 196 millions représentent une somme plus importante que 90 millions. Nous ne privilégions donc pas le sport de haut niveau par rapport au développement des pratiques. Je comprends que la disparition, d'ici à la fin de l'année, du Centre national pour le développement du sport et le changement d'organisation inquiètent les associations. Vous pourrez les rassurer : la nouvelle agence s'occupera de leur financement, comme par le passé. La gestion sera peut-être différente, mais les associations ne seront pas lésées, croyez-moi. Concernant le vote, nous avons défini, depuis mon arrivée, de nouveaux moyens d'intervention. Des crédits supplémentaires, correspondant à ceux qui n'avaient pas été consommés, ont été dégagés. C'est ainsi que 25 millions d'euros ont été affectés au sport de haut niveau. Dans un premier temps, 15 millions ont été consacrés au développement des pratiques. Puis, suite à l'adoption d'un amendement en séance publique, nous avons obtenu 15 millions d'euros supplémentaires. Une nouvelle fois, ces chiffres, 30 millions d'un côté, 25 millions de l'autre, prouvent que nous accordons davantage au développement des pratiques. Je ne peux pas faire mieux. M. Maxime Minot. C'est bien dommage ! M. le président. La parole est à M. Éric Pauget. M. Éric Pauget. Ma question s'inspire de mon expérience d'adjoint aux sports de la ville d'Antibes-Juan-les-Pins, qui m'a donné l'occasion de suivre certains de vos collègues, notamment Franck Esposito ou Alain Bernard, qui représentaient alors Pôle France natation et que j'ai accompagnés dans leur carrière de nageur de haut niveau, puis dans leur reconversion. Le modèle du sport français repose sur trois piliers : l'État, le mouvement sportif et les collectivités territoriales. Or on s'aperçoit aujourd'hui que l'état de nos finances publiques nous impose de nous rapprocher de la sphère privée, en particulier du monde de l'entreprise. Accepteriez-vous de développer le mécénat sportif et de faire évoluer la loi Aillagon de 2003 qui encadre déjà le mécénat, pour que les entreprises soutiennent, bien plus qu'elles ne le peuvent aujourd'hui, le sport amateur ? Par ailleurs, le dispositif du « 1 % artistique » a été créé en 2002. Accepteriez-vous de créer le « 1 % sportif », sur le même modèle, pour que l'État ou les collectivités territoriales, lors de la création d'un équipement public, puissent affecter 1 % du budget à du matériel sportif ou à des équipements sportifs de proximité ? M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Roxana Maracineanu, ministre. Nous irons même plus loin puisque l'intervention du monde économique dans la gouvernance de l'agence est une manière d'encourager le mécénat. Aujourd'hui, les entreprises développent des programmes auxquels elles associent leurs marques. Surtout, elles sont à l'initiative de projets dont notre ministère, comme les fédérations, devraient s'inspirer. Leur participation à la gouvernance de la nouvelle agence permettra d'enrichir les propositions pour développer les pratiques, sans compter que ces entreprises auront à coeur de favoriser la pratique du sport au sein de leurs entreprises, en associant leurs salariés à des projets sportifs, à des aventures comme celle de la Route du Rhum. Ces événements ne se résument pas à du sponsoring ou à du mécénat : ils permettent d'impliquer les forces vives des entreprises, pour leur bien-être, mais ils traduisent surtout l'implication de ces entreprises dans le monde du sport, qui dépasse bien largement la perspective de figurer sur la photographie des Jeux olympiques de 2024. Ceux qui ont participé aux concertations, auxquelles je n'ai pas assisté, ont témoigné de la volonté de ces entreprises de s'investir à nos côtés pour développer le sport sur l'ensemble de notre territoire et pas seulement dans la perspective des Jeux olympiques. Ils seront de véritables parties prenantes. S'agissant du « 1 % sportif », cette proposition figure dans le rapport de Mme Perrine Goulet. Elle sera reprise et étudiée dès maintenant. M. le président. La parole est à M. Jean-Jacques Gaultier. M. Jean-Jacques Gaultier. Ma question concerne le programme 163 « Jeunesse et vie associative ». Certes, il progresse, mais c'est en grande partie grâce à la dynamique du service civique, qui représente plus de 80 % du programme. Le Fonds pour le développement de la vie associative me semble sous-doté même si M. le secrétaire d'État, Gabriel Attal, a essayé de nous rassurer en faisant état d'une dotation de 25 millions. Celle-ci reste très insuffisante en comparaison des anciens crédits de la réserve parlementaire, qui dépassaient les 50 millions. Par ailleurs, la rédaction du décret du 8 juin 2018 me semble imprécise. Dans un premier temps, les associations sportives en semblaient exclues. Puis elles furent réintégrées. Que recouvrent les nouveaux services qui y figurent ? Enfin, quelles seront les garanties d'un accès égal de toutes les associations, sur l'ensemble du territoire, à ce fonds ? M. le président. La parole est à M. le ministre. M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Votre question est très importante. Cette mesure était sous-tendue par la volonté de renforcer l'objectivité de la répartition des moyens publics sur l'ensemble du territoire, en l'organisant au niveau des départements et en accordant aux élus locaux un rôle aussi important que celui des représentants de l'État. Les résultats seront visibles dans plusieurs années, le temps que le dispositif se rode. Le secrétaire d'État vous a donné quelques précisions quant au calendrier de mise en place du FDVA. L'organisation sera meilleure en 2019 qu'en 2018, avec la possibilité d'anticiper. Nous avons constaté les premiers progrès. Les petites associations, qui ne bénéficiaient pas, autrefois, de la réserve parlementaire, sans même peut-être avoir l'idée de la solliciter, peuvent aujourd'hui prétendre à des sommes, certes modestes à l'échelle nationale, mais décisives à leur niveau. Le dispositif du FDVA est d'abord destiné aux petites associations, puisque les moyennes et les grandes bénéficieront plutôt de la baisse des charges. Cette bienveillance pour les petites associations n'exclut pas d'autres évolutions dans un proche avenir. Nous ne nous contentons pas d'abonder le FDVA de 25 millions, d'autres mesures sont prises en leur faveur. Ainsi, en consacrant une centaine de millions d'euros au plan mercredi, qui permettront de financer les activités périscolaires, nous soutenons le monde associatif par l'intermédiaire des collectivités locales. Nous devons avoir une vision globale de la politique de soutien aux associations. Ne regardez pas seulement les moyens accordés directement par l'État via le FDVA, mais la politique générale que nous menons, qui se substitue aux politiques précédentes que nous critiquons et qui tend à développer une nouvelle logique en soutien du mouvement associatif. M. le président. La parole est à M. Sébastien Leclerc. M. Sébastien Leclerc. Madame la ministre, votre ministère a d'abord été malmené lors de la présentation des grands équilibres budgétaires, fin septembre. L'annonce de la suppression programmée des 1 600 postes de conseillers techniques a soulevé la consternation de tous les acteurs du milieu sportif. Lors de l'examen du budget en séance publique, la situation a été corrigée grâce à l'adoption d'un amendement. Le budget de votre ministère ne baissera donc pas cette année. Pas de diminution donc, mais de nouvelles priorités. La suppression, à la hussarde, du CNDS pose la question de l'accompagnement dont pourront bénéficier, dès l'année prochaine, les associations sportives de nos territoires. Le CNDS permettait de nouer des partenariats avec les collectivités locales mais oeuvrait surtout pour favoriser l'accès au sport pour tous. L'Agence nationale du sport, appelée à remplacer ce centre, sera orientée vers la promotion du sport de haut niveau. Aider les futurs champions, c'est bien, mais soutenir tous les sportifs qui trouvent dans leur pratique un épanouissement personnel, c'est tout aussi bien. Le Gouvernement que vous avez rejoint avait déjà bien chargé la barque des associations sportives en supprimant les contrats aidés, pourtant pensés pour aider le milieu associatif à se structurer, sans parler de la fin de la réserve parlementaire ! Le compte n'y est vraiment pas. Pour illustrer mon propos, je pourrais vous citer l'association Pont d'Ouilly Loisirs, dans le sud du Calvados. La seule suppression des contrats aidés représente une perte de recette de 97 000 euros par an. Or c'est dans ce vivier associatif que pourraient se trouver les futurs champions olympiques de 2024. Hélas, ils ne seront peut-être jamais découverts, car vous aurez découragé les bénévoles. Après avoir pris tant de mesures difficiles à supporter pour les clubs sportifs, quelle initiative comptez-vous prendre pour leur permettre d'aborder l'avenir sereinement ? Je terminerai par une seconde question, que je sais chère au président Marc Le Fur, et que j'avais déjà posée à Laura Flessel, concernant le développement du dopage technologique, ou dopage mécanique. Nous savons désormais qu'il y a des cas avérés en compétition, notamment dans le cyclisme. La réglementation devra évoluer pour prendre en compte ces nouvelles méthodes, ce qui imposera d'augmenter les crédits alloués à l'Agence française de lutte contre le dopage si nous voulons que les contrôles s'intensifient. Or je n'ai rien vu de tel dans votre budget. Quelles sont vos intentions ? En 1998, Mme Buffet avait donné un grand coup de pied dans la fourmilière. Ses mesures portent aujourd'hui leurs fruits dans une discipline qui nous est chère. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) M. le président. La parole est à Mme la ministre. Mme Roxana Maracineanu, ministre. Permettez-moi tout d'abord de rétablir certaines vérités. Les champions de demain, ceux de 2024, de 2028, ne se trouvent pas dans les associations que vous évoquez, qui recherchaient des subventions auprès du CNDS pour organiser des compétitions au niveau départemental ou mener certaines actions que nous avons encouragées, en lien avec les fédérations. Les fonds dont dispose le CNDS seront transférés à l'Agence dont les 196 millions d'euros incluent les 137 millions d'euros du CNDS. Par ailleurs, les conseillers techniques sportifs exercent une véritable mission. Ce sont des métiers. Certains sont des formateurs, d'autres des entraîneurs, d'autres encore sont chargés de développer les pratiques. Dans quelle mesure aurons-nous besoin de ces métiers pour conserver une intervention de l'État ? Dans quelle mesure les fédérations voudront-elles préserver certaines de ces missions en leur sein ? Le cas échéant, nous pourrons leur proposer notre aide. Nous n'avons pas l'intention de supprimer le métier de ces personnes, mais de réorganiser la gestion de ces personnels, en accord avec le nouveau modèle, qui modifie radicalement l'intervention des ministères auprès des fédérations, des associations et du grand public. En cela, le paysage sera modifié, c'est vrai. Je comprends que cette transformation soulève des inquiétudes. Mon travail est de rassurer et de proposer ce nouveau modèle où chacun trouvera une place. Concernant le dopage technologique, je conçois que l'intervention du monde économique dans la gouvernance de cette nouvelle agence suscite des interrogations et que la question d'un renforcement du contrôle de l'État se pose. Les crédits de l'Agence française de lutte contre le dopage ont été augmentés l'année dernière de 1 million d'euros. Nous sommes dans phase cruciale, puisque l'AFLD a reçu de l'Agence mondiale antidopage AMA la préconisation de se remettre en ordre de marche pour remplir correctement son rôle dans la perspective des Jeux olympiques de Paris, en 2024. Cette question fera l'objet de toute notre attention, tant au niveau des crédits qui lui seront accordés, que de sa réorganisation et de sa mise en conformité avec les préconisations de l'AMA, sans parler de son nouvel emplacement, car elle n'a pas aujourd'hui le statut qu'elle mérite, suite à la création de l'Agence et à l'organisation des Jeux dans cinq ans. M. le président. La parole est à Mme Nadia Essayan, pour le groupe du Mouvement démocrate et apparentés. Mme Nadia Essayan. Les enseignants ont manifesté hier dans plusieurs villes de France pour protester contre les baisses d'effectifs dans le secondaire et pour demander que leurs conditions de travail soient revalorisées. Depuis votre arrivée au ministère de l'éducation nationale, monsieur le ministre, vous avez affiché la volonté de travailler à une école de la confiance, confiance qui doit être partagée entre tous les acteurs, à commencer par les professeurs. Le budget que vous présentez traduit en partie cette exigence à laquelle nous souscrivons. Dans le premier degré surtout, les crédits alloués à la formation des enseignants augmentent considérablement. Vous avez par ailleurs annoncé une revalorisation de 3 000 euros net du traitement des fonctionnaires enseignants exerçant dans les REP+. Cette mesure est déjà en partie effective, puisqu'une première augmentation a été accordée en 2018 et qu'il en sera de même en 2019. Monsieur le ministre, vous le savez, rien ne pourra se faire sans l'adhésion des enseignants et des professeurs, dont la situation s'est dégradée depuis de nombreuses années. L'école de la confiance que vous appelez de vos vœux est un objectif ambitieux qui demande des moyens autant que des preuves de confiance. Les manifestations de ces derniers jours traduisent une inquiétude du monde enseignant, qui va au-delà de la baisse des effectifs annoncées pour le secondaire. Elle tient à la reconnaissance de leur métier dans la société et aux moyens de revaloriser leurs salaires et de rendre leurs conditions d'exercice plus sereines, alors que l'école est en proie à des actions violentes de plus en plus nombreuses. Monsieur le ministre, le budget que vous présentez comporte des mesures qui visent à répondre aux questions que je viens de soulever. Pouvez-vous indiquer à la représentation nationale les résultats attendus de ces mesures, ainsi que les délais ? M. le président. La parole est à M. le ministre. M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Votre question, madame la députée, porte sur un des sujets les plus importants pour l'éducation nationale, à savoir la considération du système éducatif et de la société envers les professeurs et leur statut, autant dire le prestige qu'ils leur attribuent. Je souhaite prendre à bras-le-corps la question du malaise enseignant qui est évoquée depuis fort longtemps. Tout d'abord, je n'ai pas peur de réaffirmer je l'ai souvent fait que je suis le ministre des professeurs et que c'est pour cette raison que je suis également le ministre des élèves, car je suis certain que c'est en soutenant les professeurs que nous ferons progresser les élèves. Ce soutien prend des aspects aussi bien immatériels que matériels. Les aspects immatériels recouvrent de nombreux éléments sur lesquels nous avons déjà beaucoup avancé. C'est pourquoi je suis persuadé que ma politique a le soutien de la grande majorité des professeurs de France. J'adhère à vos propos, à l'exception d'un article : alors que vous avez déclaré que les enseignants ont manifesté hier, je préfère, quant à moi, affirmer que des enseignants 10 % ont manifesté. Je les écoute, je les regarde, je fais attention à eux, d'autant que d'autres enseignants peuvent partager leur inquiétude. Toutefois, la grande majorité des professeurs de France comprend notre action, s'apercevant du caractère qualitatif de notre démarche, qu'il s'agisse de la formation des professeurs, de leur vie, de leur sécurité ou du climat scolaire. Tous ces enjeux qualitatifs, qui sont fondamentaux, devraient nous interdire de nous focaliser sur la question du nombre des postes. Cet enjeu est important, assurément, sans être, toutefois, l'alpha et l'oméga d'une politique éducative. Si telle était la recette, cela se saurait, puisqu'il y a en France 1 million de personnels pour 12 millions d'élèves. Les professeurs le savent parfaitement. Ils savent également qu'une bonne gestion nous permettra de mieux les rémunérer. C'est ce à quoi nous nous employons. S'agissant de la revalorisation de la rémunération des professeurs, nous sommes engagés, depuis plusieurs mois, dans un agenda social de discussion avec les syndicats. Nous appliquerons, au cours de ces cinq années, le protocole PPCR parcours professionnels, carrières et rémunérations, dans le cadre d'un effort budgétaire considérable, qui s'élèvera à plus de 1 milliard d'euros sur l'ensemble du quinquennat 130 millions y seront consacrés en 2019. Cet effort se traduira, pour un jeune professeur, par une revalorisation annuelle de 1 000 euros sur l'ensemble du quinquennat. Il s'agit donc d'une mesure très concrète. Il est évident que, si notre politique devait se résumer à créer toujours plus de postes, nous ne pourrions pas l'assumer : un arbre ne peut atteindre le ciel. Je tiens également à rappeler que 3 000 euros nets de primes sont prévus pour les professeurs enseignant en REP+. Une telle mesure, là non plus, n'est pas l'alpha et l'oméga pour assurer la stabilité des professeurs : elle participe toutefois de cet objectif, comme elle participe d'une politique d'éducation prioritaire ambitieuse. J'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer sur ce point. Enfin, le budget prévoit 33 millions d'euros supplémentaires pour financer des mesures sociales à destination des professeurs. M. le président. La parole est à Mme Michèle Victory, pour une question du groupe Socialistes et apparentés. Mme Michèle Victory. Monsieur le ministre, alors que le métier d'enseignant a longtemps été une vocation, voire le plus beau métier du monde dans l'imagerie collective, la perspective d'une école sanctuaire s'évanouit au moment où l'école est traversée violemment par les dérives de notre monde. Les enseignants sont épuisés, beaucoup sont démoralisés et ont l'impression, justifiée, de ne pas avoir les moyens et le temps d'enseigner correctement. Dans ce contexte difficile, et alors que nous devons attirer de nouveaux personnels dans ce métier, les chiffres doivent nous interroger. À la rentrée 2018, environ 2 500 postes n'ont pas été pourvus et la prévision est identique pour 2019 : 750 postes vacants dans le premier degré et 1 800 dans le second. Pour essayer de comprendre la baisse d'attractivité du métier d'enseignant, nous vous demandons d'engager une véritable réflexion sur leur mission. Elle devra porter sur le rôle des enseignants dans la formation des élèves aux nouveaux enjeux liés au numérique et aux réseaux sociaux, face aux fausses informations, au harcèlement et aux diverses radicalisations, comme sur les moyens alloués au travail en équipe, alors que les programmes sont de plus en plus transversaux et que l'acte même de transmettre a considérablement évolué. Elle devra également porter sur les projets visant à mieux accueillir les élèves en situation de handicap, afin de construire l'école inclusive dont nous parlons tous, comme sur la place des personnels de la vie scolaire, acteurs essentiels de la communauté éducative et, enfin, sur les relations avec les parents d'élèves. Monsieur le ministre, comment attirer de nouveaux enseignants, sans se poser ces questions avant de supprimer des postes ? Les enseignants vous l'ont rappelé hier, il n'est pas possible de supprimer 2 650 postes dans le secondaire, lorsque 40 000 élèves supplémentaires sont attendus, sans prendre le risque d'affaiblir les objectifs d'éducation que nous aimerions tous partager. Comment rendre ce métier attractif, alors que le salaire des enseignants reste inférieur nous en conviendrons à celui de leurs collègues de nombreux pays européens, et que la gestion des ressources humaines, au sein des rectorats, est notoirement insuffisante ? Vous proposez des primes pour certains, des heures supplémentaires pour d'autres : or tous font un travail difficile, qui mérite une juste rémunération et une reconnaissance effective. Monsieur le ministre, nos élèves ont plus que jamais besoin d'adultes engagés et optimistes pour les accompagner, désireux d'enseigner avec plaisir. Pourquoi ne pas mettre votre budget au service des aspirations des enseignants et de la réussite de tous les élèves ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) M. le président. La parole est à M. le ministre. M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Madame la députée, je partage une part importante de vos propos. Un des mots clés que je reprendrai de votre question est « optimisme ». Je réussis d'ailleurs à rester optimiste en vous écoutant j'espère que c'est l'effet recherché. Je crois aux cercles vertueux, si les cercles vicieux, malheureusement, existent eux aussi. Les propos que nous tenons tous, notamment les discours de déploration ou d'optimisme sur le statut de professeur, ne sont pas sans conséquence. Je n'ai jamais tenu aucun discours misérabiliste sur les professeurs, bien au contraire. Je considère que c'est le plus beau métier du monde et qu'il peut s'exercer de la plus belle des façons en France au XXIe siècle, pour certaines des raisons que vous avez soulignées j'en partage plusieurs. L'examen, en 2019, du projet de loi pour l'école de la confiance permettra d'afficher une stratégie claire. Je fais le rêve que vous adhériez à plusieurs des mesures qui coïncideront avec les objectifs que vous avez formulés. À l'instar d'autres pays, il n'est donc pas impossible que la France, à son tour, arrive à réaliser l'école de la confiance. Je tiens à rappeler que le budget est en augmentation importante de 1,7 % 850 millions d'euros. De plus, notre visée qualitative rejoint vos propos sur plusieurs points. Tout d'abord, nous voulons instaurer l'école inclusive. Nous aurons l'occasion d'y revenir aujourd'hui. L'augmentation du nombre des postes d'AESH entraînera, à la rentrée prochaine, celle du nombre des adultes dans les établissements. Ces personnels appartiennent en effet pleinement à la vie scolaire : il ne faut pas négliger ce point. S'agissant de la formation des professeurs, nous avons en ligne de mire la formation initiale et la formation continue, le prérecrutement et les assistants d'éducation, autant d'éléments qui permettront de renforcer l'attractivité du métier. J'ai déjà évoqué la question de la rémunération, qui entre dans cette stratégie globale. La valorisation de la fonction professorale, via des éléments tant matériels qu'immatériels, fait partie de nos grandes priorités, avec l'école primaire. Notre budget et notre stratégie le confirment. M. le président. Nous en avons terminé avec les questions. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/667.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/667.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..acf6ba7e8697331f733866adc367bf6eda0ba234 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/667.txt @@ -0,0 +1 @@ +JEAN-JACQUES BOURDIN Notre invité ce matin est Christophe CASTANER, ministre de l'Intérieur et des cultes. Christophe CASTANER, bonjour. CHRISTOPHE CASTANER, MINISTRE DE L'INTERIEUR Bonjour Jean-Jacques BOURDIN. JEAN-JACQUES BOURDIN Nous sommes le 13 novembre 2018. Le 13 novembre 2015, les attentats dans Paris. Est-ce qu'aujourd'hui la menace terroriste est toujours aussi forte. CHRISTOPHE CASTANER Elle reste élevée. Elle reste élevée même si elle a changé de forme. Vous savez, le recul de Daesh qui depuis l'extérieur organisait ces attentats dont la France et de nombreux pays européens ont été les cibles. Il y a aujourd'hui cet affaiblissement. Il y a aussi la montée en puissance de notre capacité d'intervention, de renseignement avec la DGSI, avec des plans de recrutement, des moyens nouveaux qui lui sont donnés, un rôle de chef de file majeur. Et puis, il y a une coordination de l'information qui nous permet d'être plus efficaces. Vous savez que… Parce que toutes les semaines on intervient sur le terrain pour neutraliser des risques, pas forcément des attentats mais… JEAN-JACQUES BOURDIN Combien d'attentats déjoués depuis le début de l'année 2018 en France ? CHRISTOPHE CASTANER Si on compte le dernier lié à ce réseau d'ultra-droite, on peut dire six attentats ont été déjoués, mais je dirais c'est beaucoup plus que cela parce que nous intervenons aussi en amont. Nous savons et ils savent que nous surveillons, que nous entendons, que nous veillons au quotidien et cela joue aussi en matière de prévention sur le risque. JEAN-JACQUES BOURDIN Christophe CASTANER, une quarantaine de condamnés pour terrorisme vont sortir de prison en 2019. J'imagine qu'ils seront suivis. Comment ? CHRISTOPHE CASTANER 48 pour être exact. JEAN-JACQUES BOURDIN 48 condamnés pour terrorisme vont sortir de prison. CHRISTOPHE CASTANER Pour des faits liés au terrorisme parce que vous savez que les principaux assassins ont des peines plus longues que cela et donc 48 vont sortir à la fin de leur peine d'emprisonnement sur décision judiciaire et donc nous nous donnerons les moyens de les suivre. Je ne vais pas rentrer dans tous les détails, vous le comprendrez, mais sachez qu'ils sont connus individuellement et qu'en lien avec la justice il y aura un suivi, un suivi tout particulier parce que par nature, ils présentent un risque de ce qu'ils ont fait, de ce qu'ils ont vécu, du passage en prison qui est aussi par nature criminogène et qui quelquefois peut même aggraver la radicalisation malgré les efforts qui sont portés par le ministère de la Justice en prison, donc nous mettons en place des dispositifs particuliers. Certains sont déjà sortis et font l'objet de ce dispositif particulier. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors le suivi et l'information. Il y a des fichiers S, des fichiers FSPRT. Est-ce que des maires auront enfin accès à la base de données de ces fichiers ? CHRISTOPHE CASTANER C'était un engagement du président de la République devant les maires l'année dernière, lors du congrès des maires de France. Je signerai tout à l'heure, en sortant de votre studio, une circulaire adressée à tous les préfets de France pour organiser la meilleure information des maires à plusieurs niveaux. D'abord, l'information sur le risque présent dans la commune. Quand un maire organise un marché de Noël, un grand festival, une fête, il est important qu'il sache quel est le risque réel sur sa commune. Ça lui permet de mettre en place, avec les services de l'Etat, une réponse de prévention adaptée. Mais il est important aussi, et j'ai été maire pendant longtemps, que nous organisions le dialogue avec les maires. Un maire connaît des situations familiales où l'on peut sentir des dérives qui mènent à la radicalisation. Jusqu'à présent, le maire pouvait signaler : il n'avait aucun retour. Je souhaite que systématiquement quand un maire donnera une information, il puisse avoir un retour précis sur son information et sur le suivi. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire le retour ? CHRISTOPHE CASTANER Que le préfet puisse lui donner des informations précises. « Oui, vous m'avez parlé de telle famille. Il y a effectivement tels problèmes. » JEAN-JACQUES BOURDIN « Tels problèmes », c'est-à-dire ? Tel fiché S dans cette famille, tel fiché FSPRT dans cette famille ? CHRISTOPHE CASTANER Oui, qu'on joue la transparence totale sous réserve… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc le maire sera informé. CHRISTOPHE CASTANER Le maire sera informé. JEAN-JACQUES BOURDIN De la présence de ces fichiers S ou FSPRT sur sa commune. CHRISTOPHE CASTANER Ce que je vous dis, c'est le deuxième niveau de partenariat que nous voulons construire. Quand un maire va nous informer sur telle ou telle famille ou telle ou telle personne, on lui donnera les informations qui lui sont nécessaires. Et le troisième niveau, c'est si c'est un employé municipal ou un employé de la collectivité. Il y a des postes sensibles. Dans une crèche, c'est un peu sensible ; un éducateur de jeunesse dans un quartier, c'est un poste sensible. Nous souhaitons, si un de ces employés municipaux est fiché au fichier du FSPRT, on puisse systématiquement l'informer. En échange, il y aura une convention de confidentialité forte. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc un maire saura si l'un de ses employés ou l'un de ses éducateurs est fiché ou pas. CHRISTOPHE CASTANER Sur les postes sensibles, je demande aux préfets qu'effectivement les maires puissent le savoir pour prendre des mesures de prévention, pour déplacer l'agent. Il n'a pas commis de faute, attention. JEAN-JACQUES BOURDIN Non, non, mais… CHRISTOPHE CASTANER Pour déplacer l'agent et éviter qu'il soit dans un poste exposé, un poste à risques. Il me semble nécessaire, si on veut construire ce partenariat que l'on applique sur tout, y compris sur la sécurité du quotidien. Ce continuum de sécurité implique la peau la mobilisation du maire, la mobilisation des services de l'Education nationale, la mobilisation de la police ou de la gendarmerie, et c'est ça que je veux faire vivre constamment au quotidien. C'est-à-dire je fais la confiance, je fais le dialogue avec chacune et chacun. Je crois dans le dialogue, je crois dans la confiance. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Mais imaginons une radicalisation dans un milieu sportif et il y a des cas de plus en plus nombreux, vous le savez bien. CHRISTOPHE CASTANER Vous avez raison. D'ailleurs on a signé avec la ministre des Sports il y a trois jours, quatre jours, le 8 novembre, on a signé aussi une circulaire d'information. Jai mis en place un spécialiste des questions de sécurité au sein du ministère pour que nous puissions là aussi avoir le plus d'informations et jouer là encore sur la prévention. Nous sommes mobilisés sur tous ces fronts-là. JEAN-JACQUES BOURDIN Alors comment on fait là ? Qui saura ? Un éducateur sportif, un entraîneur, je ne sais pas moi. Un sportif est radicalisé… CHRISTOPHE CASTANER Vous savez, souvent ce sont les collègues de travail qui constatent. Là, ça peut être au sein de l'association. On constate que quelqu'un se tourne vers des idées qui ne sont pas des idées dignes de la République. Or aujourd'hui, ce que moi j'attends d'un éducateur sportif dans la commune ou dans le club à qui je confie mon enfance, c'est qu'il me garantisse. Donc oui, il faut de l'information et si l'information circule, le maire aura l'information, il la donnera aux services de sécurité, au préfet et à ce moment-là nous ferons notre travail. Et nous le ferons avec exigence. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Christophe CASTANER, est-ce qu'il y a des radicalisés dans la police et la gendarmerie. CHRISTOPHE CASTANER On a eu des alertes, oui, y compris dans la protection des hautes personnalités. Quand on a une alerte, on ne prend pas de risque ; on suspend immédiatement la personne ses fonctions JEAN-JACQUES BOURDIN Beaucoup ? CHRISTOPHE CASTANER Non. JEAN-JACQUES BOURDIN Combien de cas ? CHRISTOPHE CASTANER Je ne vais pas rentrer dans ces situations, vous comprendrez. Mais ce que je veux vous dire, c'est qu'il nous faut sur ces sujets être plus exemplaires et plus prudents encore que d'autres. JEAN-JACQUES BOURDIN Je change de sujet. Maggy BISKUPSKI, présidente de l'association « Mobilisation des policiers en colère », s'est suicidée avec son arme de service. Je me souviens de l'agression au cocktail Molotov de deux policiers à Viry-Châtillon le 8 octobre 2016 et de cette haine anti-flics. Il ne s'agit pas pour nous d'interpréter un suicide, mais que savez-vous des circonstances et de cet acte ? CHRISTOPHE CASTANER D'abord, un mot d'émotion personnelle. C'était une engagée. On pouvait ne pas être d'accord avec elle, j'ai vu des débats où elle avait des contradicteurs mais c'était une engagée pour une cause : celle de défendre les policiers, l'honneur des policiers, les moyens matériels des policiers. J'étais vendredi dernier à Viry-Châtillon. J'ai rencontré la principale victime, celle qui aujourd'hui n'a toujours pas repris son travail, mais j'ai rencontré aussi l'ensemble de ses collègues de travail qui sont partis à la reconquête de ce territoire. J'étais accompagné des maires dans ces quartiers où il y a trois ans, nous ne pouvions pas rentrer. Aujourd'hui la sécurité, l'ordre est rétabli sur ce territoire parce qu'il y a un engagement. Il y a un engagement fort. Les policiers eux-mêmes ont parlé de reconquête et je peux vous dire qu'il y a une vraie reconquête sur ces sujets. Mais globalement, le combat qui a été mené par l'association qu'elle a créée et dont elle s'occupait, ce combat pour les droits de nos policiers à la fois au respect mais aussi les droits à l'attention de leur ministre, de leur engagement ministériel nécessaire et que j'incarne aujourd'hui, ce droit il faut les entendre. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est un message qu'elle vous envoie peut-être. CHRISTOPHE CASTANER Je ne vais pas interpréter évidemment son geste… JEAN-JACQUES BOURDIN Non, moi non plus. CHRISTOPHE CASTANER Il y a une enquête sur le sujet, il faut que toute la transparence soit faite. Au-delà de l'émotion et quelle que soit la cause de son geste, il est dramatique. Mais il faut entendre cette colère des policiers, moi je l'ai entendue. Quand j'ai présenté la semaine dernière le budget du ministère devant l'Assemblée nationale, c'est une augmentation de plus d'un milliard d'euros sur deux années. C'est deux mille cinq cents postes créés, c'est trois cents millions consacrés à l'immobilier. J'ai rencontré, depuis un mois que je suis ministre, des policiers qui vivent dans des conditions de travail épouvantables ; je peux vous le dire : épouvantables. J'ai visité un commissariat où quarante policiers travaillent : c'est une maison bourgeoise des années 30 et aujourd'hui les conditions sont insupportables. Nous mettons sur la table un montant d'investissement pour l'immobilier de nos policiers et de nos gendarmes qui n'a jamais eu lieu. De la même façon sur les grosses réparations ; de la même façon sur les voitures parce qu'il faut aussi du matériel adapté pour des bonnes conditions de travail. Nous avons besoin de renforcer nos forces de sécurité. C'est ce que le budget que j'ai présenté à l'Assemblée me permet de faire. JEAN-JACQUES BOURDIN Christophe CASTANER, le 9 juillet dernier à Versailles, Emmanuel MACRON annonçait pour l'automne un cadre pour que l'islam s'exerce dans le respect de la République. Nous sommes le 13 novembre : rien. Rien ! CHRISTOPHE CASTANER Non, pas rien. Je rencontrerai dès cette semaine l'ensemble des représentants des cultes - cette semaine, la semaine prochaine - pour travailler avec eux sur la présentation d'un cadre. Nous avons travaillé. Maintenant, il me semble nécessaire de le présenter aux principaux auteurs, aux responsables des différents cultes - je dis bien des différents cultes - notre façon dont nous voulons accompagner le développement de l'islam de France. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que la loi de 1905 sera adaptée ? CHRISTOPHE CASTANER Elle peut l'être. Elle n'est pas remise en cause. JEAN-JACQUES BOURDIN Elle peut l'être ou elle le sera ? CHRISTOPHE CASTANER Moi, je n'ai aucun tabou. Et donc, si nous restons à la fois dans les principes et dans l'équilibre de la loi de 1905 sur la laïcité et sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais si nous pouvons la rendre plus performante… Vous savez, elle a cent treize ans cette loi, et donc elle a déjà fait l'objet de modifications, dix-sept depuis son origine, elle peut faire l'objet de modifications parce que notre société change. Et donc aujourd'hui, ce qui est important pour moi c'est d'abord de faire en sorte que l'ensemble des acteurs religieux, et les musulmans en particulier, avec les Français, avec l'Etat contribuent à lutter contre toutes les formes de radicalisation. Ce qui m'importe, c'est de libérer aussi les religions et l'islam en particulier des ingérences étrangères, notamment financières mais aussi dans la mise à disposition d'imams. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les aides qui viennent de l'étranger - on est bien d'accord - supérieures à dix mille euros, que va-t-il se passer pour ces aides-là ? CHRISTOPHE CASTANER La proposition que je souhaite faire est sur la table des discussions ; c'est celle d'avoir l'information. Non pas de les interdire, il ne s'agit pas de les interdire. Vous savez que la religion catholique aujourd'hui peut intervenir et ça n'est pas un problème. JEAN-JACQUES BOURDIN Les aides de dix mille euros venues de l'étranger, vous demandez à être informé. CHRISTOPHE CASTANER Une juste information, une juste transparence parce que ce qui compte, c'est l'indépendance de ceux qui organisent la religion. Ce n'est pas l'Etat qui va organiser leur religion en France. JEAN-JACQUES BOURDIN Avec aussi une comptabilité transparente des associations culturelles ; on est bien d'accord. CHRISTOPHE CASTANER Une rentabilité et une responsabilité aussi. Il y a quelques jours, un imam de Toulouse a fait un prêche totalement antisémite. J'ai fait un signalement dit article 40 pour que des poursuites soient engagées, mais je pose la question : est-ce que les responsables de l'association qui gèrent ce lieu et qui ont accueilli cet imam qui tient ces propos antisémites ne sont pas responsables ? Moi, j'ouvre le débat. Je pense qu'il nous faut de la transparence et qu'il nous faut, sur ces logiques, être des combattants. Des combattants pour garantir la laïcité, c'est-à-dire le droit de croire comme le droit de ne pas croire. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que vous êtes favorable à des subventions publiques pour la réparation ou la rénovation énergétique des lieux de culte ? CHRISTOPHE CASTANER Vous savez, c'est déjà ce qui se fait notamment dans nos églises depuis la loi de séparation. C'est la commune qui est en responsabilité du site. Ça n'est pas le cas… JEAN-JACQUES BOURDIN Quel que soit le culte. CHRISTOPHE CASTANER Et ça n'est pas le cas sur les nouveaux lieux, donc sur les nouveaux lieux qui ont été construits depuis. Chaque culte doit autofinancer son engagement ; c'est le principe de séparation entre l'Eglise et l'Etat. JEAN-JACQUES BOURDIN Christophe CASTANER, l'antisémitisme, forte montée de l'antisémitisme notamment ces derniers mois. Vous en êtes où des mesures à prendre ou des décisions à prendre ? CHRISTOPHE CASTANER D'abord au quotidien, la sécurisation des lieux de culte, des manifestations, ce que j'ai fait immédiatement après l'attentat de Pittsburgh, de mettre des moyens sur le terrain pour protéger la communauté juive dans les différents rendez-vous qu'elle avait. Ensuite, c'est les enquêtes et le suivi. Aujourd'hui, les actes et les paroles antisémites s'organisent ou se propagent notamment sur les réseaux sociaux. Nous avons dès cette année doublé le nombre de personnes qui, au sein d'une cellule dédiée, suivent notamment les réseaux sociaux pour faire en sorte qu'on puisse très vite les retirer. Et le Premier ministre a annoncé la semaine dernière sa volonté qu'un texte de loi encadre cela et permette l'obligation de retrait quasi immédiate et qu'on puisse demander aux logeurs de ces messages d'intervenir. Aujourd'hui, ils peuvent résister, ils peuvent ne pas aller assez vite. Nous souhaitons sur ces sujets qu'on laisse le moins de temps possible entre l'acte, la commission de l'acte, et son maintien. JEAN-JACQUES BOURDIN Le projet de loi avant la fin de l'année ? Rapidement ? CHRISTOPHE CASTANER Un peu plus tard, un peu plus tard. Il faut un travail et ça fait partie des sujets que j'aborderai avec les représentants de la communauté la semaine prochaine. JEAN-JACQUES BOURDIN Christophe CASTANER, parlons du 17 novembre. 17 novembre, ce mouvement des gilets jaunes. Est-ce que vous êtes inquiet pour la sécurité ? CHRISTOPHE CASTANER Moi, par nature quand vous êtes ministre de l'Intérieur, vous êtes toujours un peu inquiet. Il vaut mieux être plus inquiet en amont qu'en aval et constater que, finalement, on n'a pas anticipé. Ce qui est difficile là, c'est qu'on n'a pas une organisation syndicale qui a l'habitude de faire une manifestation, qui l'organise. Je prends un exemple : une manifestation, ça se déclare. Ça se déclare en préfecture. Là, très peu ont déclaré la manifestation. JEAN-JACQUES BOURDIN Très peu. CHRISTOPHE CASTANER Moi, j'invite ceux qui nous écoutent à déclarer la manifestation, le lieu de la manifestation, parce que ça nous permettra non pas de l'interdire, parce que je suis aussi le garant de la liberté… JEAN-JACQUES BOURDIN Vous n'interdirez aucune manifestation. CHRISTOPHE CASTANER Si elle ne menace pas l'ordre public et si elle n'empêche pas la libre circulation. Il faut trouver ce point d'équilibre-là. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire ? Alors là, je voudrais qu'on précise les choses. CHRISTOPHE CASTANER Je vais vous dire… JEAN-JACQUES BOURDIN Des routes, des autoroutes bloquées, le périphérique parisien bloqué, que faites-vous ? CHRISTOPHE CASTANER Nous interviendrons d'abord dans la discussion et, ensuite, nous rendrons la libre circulation. Nous l'avons fait il y a quelques jours. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc pas de blocage total. CHRISTOPHE CASTANER Je demande qu'il n'y ait aucun blocage total parce que ceux qui manifestent sont des citoyens et ils savent aussi l'importance pour nos citoyens le samedi… JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous interviendrez, les forces de police interviendront s'il y a blocage total. CHRISTOPHE CASTANER Partout où il y aura un blocage et donc un risque pour les interventions de sécurité mais aussi pour la libre circulation, nous interviendrons, mais je pense que le problème ne se posera pas. Ce sont des citoyens, des citoyens qui aujourd'hui, peut-être avec une appréciation dont on peut débattre, décident de faire une manifestation. Mais ce sont des citoyens qui savent aussi que la liberté des citoyens de circuler est essentielle. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais l'entrave à la circulation est punie par la loi, Christophe CASTANER. CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr. Et c'est elle est la raison pour laquelle, Jean-Jacques BOURDIN, je demande expressément 1. : à ceux qui organisent des manifestations de les déclarer ; 2. : de veiller effectivement à se faire entendre, c'est l'objectif d'une manifestation et je leur en laisse la responsabilité, mais de ne pas entraver la libre circulation qui est essentielle pour notre pays. JEAN-JACQUES BOURDIN Sinon il y aura de quoi ? Il y aura des PV dressés ? Il y aura quoi ? CHRISTOPHE CASTANER Il y aura d'abord des discussions et ensuite il y aura, plus fermement si c'est nécessaire, le fait de faire dégager la route. Mais surtout ce que je veux vous dire, j'invite celles et ceux qui nous écoutent à réfléchir à la situation suivante. S'ils ne déclarent pas la manifestation, s'ils bloquent un rond-point, s'il un énervement et une personne qui s'emballe et qu'il y a un mort, qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui se passe ? JEAN-JACQUES BOURDIN On va rejeter la faute sur l'Etat, voilà ce qui va se passer. CHRISTOPHE CASTANER On rejettera la faute sur l'Etat et ce n'est pas l'Etat qui sera en responsabilité : c'est la personne qui aura causé l'accident, qui n'aura pas d'assurance parce que l'assurance ne couvrira pas le fait d'avoir bloqué l'entrée de l'autoroute ou le périphérique, et à ce moment-là on sera dans des situations inextricables. Donc je respecte vraiment le droit de manifester, j'invite à la déclaration et j'invite aussi à une bonne organisation de cette manifestation. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais les manifestants vont dire : « C'est l'Etat qui ne nous écoute pas, donc nous n'avons pas d'autre solution que d'aller manifester et d'aller bloquer routes et autoroutes » ; c'est ce que j'entends. CHRISTOPHE CASTANER Comme ça, tout le monde pourrait tout justifier. JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que c'est une forme d'insurrection à vos yeux ? CHRISTOPHE CASTANER Nous sommes dans une République, chacun a le droit… JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que c'est une forme d'insurrection ? CHRISTOPHE CASTANER Non, c'est une forme de manifestation politique. Je vois la récupération notamment du Rassemblement national mais c'est ainsi. Vous savez, un ministre de l'Intérieur qui serait inquiet chaque fois qu'il y a une manifestation serait assez vite dépressif. JEAN-JACQUES BOURDIN C'est un mouvement irrationnel ? CHRISTOPHE CASTANER Oui, il est irrationnel. Vous savez très bien que le montant des taxes et l'augmentation dont on parle a été supprimé par la baisse des cours cette semaine sur le gasoil et sur l'essence. Donc oui, il y a une part d'irrationalité. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais enfin il y aura de nouvelles taxes à partir de janvier avec aussi le risque que l'essence augmente, que le baril de pétrole augmente. CHRISTOPHE CASTANER C'est exactement ça, mais vous voyez que ce n'est pas un phénomène lié aux taxes. Mais ce que je veux vous dire, c'est que même si c'est irrationnel, c'est réel. C'est-à-dire que c'est réel au sens où la perception de cette somme… JEAN-JACQUES BOURDIN Déraisonnable ? CHRISTOPHE CASTANER Ecoutez, moi je n'ai pas à juger. Là, on entend des manifestations, des colères, des reproches, des critiques. Je n'ai pas à dire aux gens : « Vous avez tort. » Mon travail est d'expliquer qu'il est essentiel de sortir de la dépendance énergétique, de sortir du pétrole, de sortir du diesel parce que ça tue. Ça, c'est essentiel comme message. JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais mettez-vous à la place de celles et ceux… CHRISTOPHE CASTANER Jean-Jacques BOURDIN, je suis à la place… JEAN-JACQUES BOURDIN Je le sais, Christophe CASTANER. CHRISTOPHE CASTANER J'ai une Laguna de 2011 comme voiture personnelle. Je fais le plein dès que je suis dans mes terres et pas dans mon ministère, mon épouse fait tous les jours une centaine de kilomètres en voiture pour aller travailler… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais vous, vous avez les moyens de faire le plein. Vous avez les moyens de faire le plein. CHRISTOPHE CASTANER D'abord je vous parle de mon épouse, et donc c'est elle qui travaille et qui paye son plein et qui doit avoir un tiers de ses revenus qui partent dans ces frais-là. Donc cette réalité-là, je la connais. Ce que je veux dire… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais mettez-vous à la place, mettez-vous à la place… Par exemple, le kérosène : par exemple, on voyage en avion, hop !, le kérosène n'est pas taxé. C'est totalement anormal. CHRISTOPHE CASTANER C'est pour ça qu'il faut investir massivement dans la transformation de notre modèle de consommation. Regardez ce truc qu'on connaît en France : on a privilégié depuis de longues années le diesel alors même que nos raffineries en France faisaient de l'essence. L'essence partait à l'étranger, le diesel venait de l'étranger. On a privilégié ce modèle de bagnole pour les Français et, vous le savez comme moi, alors même qu'on savait qu'il était dangereux pour la santé et qu'il tuait chaque année plusieurs dizaines de milliers de personnes. Donc oui, il nous faut agir ; il faut assumer cela. Et de la même façon, la dépendance énergétique : si vous avez une chaudière au fioul chez vous, je préfère qu'on investisse et qu'on vous aide à changer votre chaudière au fioul et à mettre, par exemple, une pompe à chaleur. Je pense que c'est un investissement bon pour tout le monde, pour la planète pour tout le monde, pour ses voisins et bon pour soi-même aussi parce qu'on gagnera de l'argent très vite. JEAN-JACQUES BOURDIN Des décisions vont être prises et annoncées, des compensations. Elles seront annoncées quand ? CHRISTOPHE CASTANER D'abord, beaucoup de choses ont déjà été faites pour sortir justement de cette dépendance énergétique. JEAN-JACQUES BOURDIN Et pas de chèque carburant, on est bien d'accord. CHRISTOPHE CASTANER Ecoutez, les discussions sous l'autorité du Premier ministre ont eu lieu hier. Je n'étais pas à cette réunion et donc elles seront présentées dans la journée ou dans celle de demain. JEAN-JACQUES BOURDIN Dans la journée ou celle de demain, mais vous ne les connaissez pas. CHRISTOPHE CASTANER Mais je ne les connais pas et ce n'est pas un engagement. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous ne les connaissez pas. CHRISTOPHE CASTANER Non. J'ai échangé avec le Premier ministre sur quelques pistes de travail. JEAN-JACQUES BOURDIN Pas de chèque carburant, on est bien d'accord. CHRISTOPHE CASTANER Il lui appartient de décider… JEAN-JACQUES BOURDIN C'est une mauvaise idée, le chèque carburant. CHRISTOPHE CASTANER Je ne suis pas… Moi, je suis ministre de l'Intérieur, je ne suis pas ministre de ces sujets-là et donc je préfère éviter de vous donner un avis qui serait un avis personnel, ce qui n'a pas beaucoup d'intérêt. JEAN-JACQUES BOURDIN Et les défiscalisations du carburant pour certaines professions, vous y touchez ou pas ? CHRISTOPHE CASTANER Ecoutez, je vous ai dit que j'étais ministre de l'Intérieur et que le Premier ministre allait s'exprimer… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais vous connaissez bien les problématiques locales. CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr. JEAN-JACQUES BOURDIN Vous connaissez bien les artisans du BTP qui payent leur gasoil moins cher. CHRISTOPHE CASTANER Mais vous savez comme moi, Jean-Jacques BOURDIN, que chacun chaque jour tente toujours de trouver un système pour payer moins de taxes, moins d'impôts, pour essayer d'en sortir. C'est un sport national à commencer le matin quand on va boire son café dont on peut se poser la question de savoir s'il est toujours déclaré à la TVA. C'est ainsi. Mais une chose est sûre, c'est que vous avez des professions qui souffrent et qui ont obtenu tel avantage. Et puis ça dure dans la durée, et puis dès qu'on veut le remettre en cause, on se fait enguirlander. La réalité, c'est que d'un côté on nous dit : « Il faut dépenser moins d'argent public, il faut plus d'aides publiques et il faut moins d'impôts. » On est quand même dans une quadrature du cercle qui est totalement insupportable, donc oui nous assumons un certain nombre de choix. Sortir du modèle énergétique consommateur que nous avions jusqu'à présent, c'est un choix. Baisser la dépense publique, c'est un autre choix. Mais dès que nous baissons une dépense publique, à ce moment-là si je viens vous voir, vous risquez de porter la voix de ceux qui râlent et vous me le reprocherez - pas vous personnellement mais à travers les propos que vous aurez entendus et que vous rapporterez - et ça s'appelle faire des choix politiques. JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Christophe CASTANER, encore quelques minutes puis je vous libère parce qu'il y a des cérémonies autrement plus importantes. CHRISTOPHE CASTANER Et je vous remercie d'avoir accepté de décaler. JEAN-JACQUES BOURDIN Autrement plus importantes que cette interview, mais je voudrais vous parler des migrants qui maintenant… C'est vrai qu'on a bloqué la frontière à Vintimille, disons clairement les choses. On ne permet plus l'entrée en France venu d'Italie. Le problème, c'est que maintenant les migrations ont changé et qu'elles passent par l'Espagne. Vous étiez dans les Pyrénées-Orientales, il y a des problèmes aussi de l'autre côté au Pays basque. Ce matin, nous avions quelqu'un de Bayonne qui nous disait qu'à Bayonne près de cent migrants chaque jour arrivaient, passaient par Bayonne. Est-ce que là aussi vous allez bloquer les frontières ? CHRISTOPHE CASTANER D'abord, il y a trois grandes routes de migration vers l'Europe et aujourd'hui, c'est celle de l'Espagne qui est devenue la principale (inaudible)… et même totalement diminué ces dernières années… JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, avec des migrants qui viennent du Sénégal, de Guinée beaucoup. CHRISTOPHE CASTANER Pour l'essentiel, de pays francophones et donc on est plutôt dans une logique de migration économique. JEAN-JACQUES BOURDIN Et de pays qui sont sûrs en plus. CHRISTOPHE CASTANER Voilà, exactement. De migration économique et pas de demande d'asile. JEAN-JACQUES BOURDIN Non. CHRISTOPHE CASTANER Et donc, nous devons sur ces sujets être extrêmement fermes. Donc non seulement j'ai été dans les Pyrénées Orientales hier, Laurent NUNEZ, le secrétaire d'Etat qui travaille avec moi, était il y a deux semaines dans les Pyrénées-Atlantiques. J'ai rencontré dans la foulée et je me suis rendu à Madrid mon homologue espagnol, et je rencontrerai jeudi soir mon homologue marocain, parce que ce qui m'intéresse, c'est de travailler sur l'ensemble de la route. Evidemment, nous allons renforcer notre frontière et j'ai mis des moyens supplémentaires, une demi-CRS par exemple pour garantir la sécurité d'accès. JEAN-JACQUES BOURDIN A Vintimille, les migrants ne passent plus. CHRISTOPHE CASTANER Alors, il y en a toujours. JEAN-JACQUES BOURDIN Mais très peu, Christophe CASTANER, vous le savez bien. CHRISTOPHE CASTANER Mais non. Mais je le sais bien et pas tout à fait. JEAN-JACQUES BOURDIN D'ailleurs, l'Italie nous le reproche. CHRISTOPHE CASTANER En fait, il y a Vintimille, mais il y a aussi les Hautes-Alpes, la Savoie, et donc c'est l'Italie, qu'il faut avoir en tête c'est que depuis le début de l'année, avant d'ailleurs le gouvernement et les élections italiennes, le flux vers l'Italie avait baissé de 90 %, mais la France est un pays d'accueil secondaire, c'est-à-dire que des migrants déposent un dossier de demandeur d'asile, par exemple en Italie, et viennent ensuite en France, selon les nationalités. Je prends les Afghans par exemple, des fois ils déposent 2, 3 dossiers, et ils viennent en France parce que, avec les Afghans, l'OFPRA est plus favorable que d'autres pays, donc ça doit nous interroger. Et ce que je voudrais dire c'est que, on est dans ce paradoxe où il y a une baisse de 95 %, par rapport à 2015, des phénomènes migratoires en Europe, 95 %, et pourtant on a des entrées qui augmentent en France, tout simplement parce que nous sommes un pays d'appel, un pays où on vient ensuite faire des dossiers pour demander l'asile, et donc là-dessus j'ai demandé la plus grande fermeté. JEAN-JACQUES BOURDIN Combien de demandes d'asile, en 2018, vont aboutir ? CHRISTOPHE CASTANER D'abord il y en a une centaine de milliers qui sont déposées, je ne peux pas vous donner les chiffres de combien vont aboutir avant la fin de cette année, parce que ça dépend… JEAN-JACQUES BOURDIN Plus qu'en 2017 ? CHRISTOPHE CASTANER Non, je ne crois pas. JEAN-JACQUES BOURDIN Moins ? 40.575 en 2017. CHRISTOPHE CASTANER Oui, c'est pour ça que je vous dis je ne crois pas, parce que les migrations… JEAN-JACQUES BOURDIN Moins qu'en 2017 ? CHRISTOPHE CASTANER Si je prends l'exemple de ce qu'on vient d'évoquer sur l'Espagne, on sera sur un taux de demandes d'asile acceptées, extrêmement faible. D'ailleurs le paradoxe c'est que vous évoquiez les Pyrénées-Atlantiques où on a beaucoup d'entrées, alors même que le centre qui gère les demandes d'asile, qui dépend de Bordeaux pour ce territoire-là, connaît une baisse de 5 ou 6 % ces dernières semaines. JEAN-JACQUES BOURDIN Donc les migrants sont reconduits dans leur pays d'origine. CHRISTOPHE CASTANER Nous avons reconduit près de 10.000 personnes, aujourd'hui à la frontière espagnole, donc refusé ce qu'on appelle une non… JEAN-JACQUES BOURDIN Plus de 10.000 personnes ? CHRISTOPHE CASTANER Plus de 10.000 personnes en non-admission, nous avons mis les moyens, et je vais les renforcer. Et plus globalement, ce que je souhaite… JEAN-JACQUES BOURDIN Mais comment fait-on pour renforcer les moyens, on crée de nouveau des postes frontières, des douaniers ? CHRISTOPHE CASTANER D'abord les douaniers sont présents, mais… JEAN-JACQUES BOURDIN J'ai vu qu'au Perthus vous allez repositionner la frontière. CHRISTOPHE CASTANER N'y voyez pas un message politique, c'est pour des raisons de sécurité des femmes et des hommes qui interviennent sur le site, j'étais sur place, j'ai vu la dangerosité, hier matin. Mais oui, je mets des moyens supplémentaires, mais je travaille sur l'ensemble de la chaîne, c'est-à-dire j'ai rencontré le ministre espagnol pour lui demander qu'on mette en place des outils de coordination supplémentaires, et j'irai au Maroc, le pays de transit, je vous dis, jeudi soir et vendredi matin, pour négocier avec le Maroc plus de fermeté à sa frontière, parce que ce qui est essentiel c'est qu'on protège évidemment nos frontières à l'échelle de l'Europe, puis qu'on fasse de la solidarité, notamment avec l'Espagne. JEAN-JACQUES BOURDIN Merci Christophe CASTANER… CHRISTOPHE CASTANER Merci Jean-Jacques BOURDIN. JEAN-JACQUES BOURDIN D'être venu nous voir, je vous laisse parce que vous avez maintenant cette cérémonie importante d'hommage et de souvenir. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/668.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/668.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..fd2d614676fe76afcd72c9be58fc56dceeed5250 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/668.txt @@ -0,0 +1 @@ +CAROLINE ROUX Bonjour. LAURENT BIGNOLAS Vous recevez ce matin Christophe CASTANER. CAROLINE ROUX Oui, le ministre de l'Intérieur qui durcit le ton, il a promis de rétablir l'ordre. De leur côté les Gilets jaunes ont promis de tenir, et ils appellent à affluer à Paris samedi. - Jingle - CAROLINE ROUX Bonjour Christophe CASTANER. CHRISTOPHE CASTANER Bonjour. CAROLINE ROUX Quel est le bilan de la nuit, combien de blocages reste-t-il ? CHRISTOPHE CASTANER Ecoutez, ils sont en train, certains, de se reconstituer. Donc il y avait une dizaine de blocages, certains ont redébuté par des incendies sur une autoroute du côté de Bordeaux, par exemple vers 06h00, et puis il y a aussi des interventions qui ont eu lieu cette nuit pour libérer notamment des dépôts pétroliers, d'autres auront lieu dans les minutes qui viennent. CAROLINE ROUX Hier soir, vous avez dit que les dépôts pétroliers seraient systématiquement dégagés, ce n'est pas le cas, il y en a qui sont encore bloqués, notamment on parle de celui d'Espinasse, près de Toulouse. CHRISTOPHE CASTANER Mais je n'ai pas dit qu'ils seraient systématiquement dégagés en claquant des doigts, j'ai dit qu'ils le seraient systématiquement, trois l'ont été au moment où je parlais, deux l'ont été dans la soirée, d'autres le seront ce matin. L'objectif effectivement, qu'il n'y ait pas de blocages sur les points d'approvisionnements pétroliers. CAROLINE ROUX Dans quelles conditions vous intervenez précisément ? On vient de voir dans le journal tout à l'heure, on la regardait ensemble, la carte de France avec des blocages quasiment partout, sur des autoroutes, notamment sur les voies de circulation. Comment est-ce que vous décidez d'intervenir, quels sont les arbitrages que vous faites ? CHRISTOPHE CASTANER D'abord, ça n'est pas le cas, il n'y a pas de des blocages partout, par contre c'est effectivement en fonction de la sensibilité du blocage. Un point de dépôt pétrolier c'est l'économie qui est en cause, et donc à ce moment-là nous essayons d'agir, quand il y a des risques à la population. Il y a eu cette nuit par exemple une intervention à Langueux. Langueux, c'est une occupation d'un centre commercial, avec des hommes à l'intérieur qui avaient des barres de fer, qui avaient des cocktails Molotov. Donc là oui, il y a une dangerosité, y compris pour la vie humaine, donc les forces de l'ordre sont intervenues. Aujourd'hui on voit bien qu'on a une dérive totale, d'une manifestation qui pour l'essentiel était bon-enfant samedi, et d'ailleurs, que nous avons laissée se dérouler le mieux possible, en mobilisant énormément de forces de l'ordre pour les protéger, les manifestants, et pourtant vous avez vu qu'il y a un très très grand nombre de blessés, d'ailleurs y compris sur nos forces de l'ordre, mais on y reviendra si vous le souhaitez, et aujourd'hui on voit qu'on a une radicalisation, avec des revendications qui ne seront plus cohérentes et qui vont dans tous les sens, et dont on sent bien que la volonté c'est de bloquer la France. CAROLINE ROUX Donc, il est temps que ça cesse, c'est ce que vous êtes venu nous dire ce matin. CHRISTOPHE CASTANER Et c'est ce que j'ai dit dès hier, aujourd'hui. Le droit de manifester est un droit essentiel, mon rôle de ministre de l'Intérieur c'est aussi de le garantir, mais nous devons l'encadrer, et le droit n'est pas celui de bloquer, de ne pas déclarer, de mobiliser des forces de l'ordre, de blesser des forces de l'ordre. 92 policiers, gendarmes, ont été blessés, 17 gravement. Vous vous rendez compte que c'est bientôt le même nombre de tout ce que nous avons connu au moment de l'évacuation de Notre-Dame-des-Landes pendant 3 mois. En 3 jours, il y a autant de blessés dans nos forces de l'ordre que pendant l'évacuation de Notre-Dame-des-Landes. CAROLINE ROUX C'est-à-dire que depuis hier soir vous êtes est en train de nous expliquer que ce mouvement se radicalise, que les Gilets jaunes sont violents. Ce n'est pas forcément le sentiment qu'on a, dans les images qu'on voit, dans les reportages qu'on fait ici même, certains Gilets jaunes accusent le gouvernement de vouloir discréditer le mouvement en expliquant justement que c'est un mouvement qui devient violent, qui se radicalise. CHRISTOPHE CASTANER Mais allez voir les 17 blessés graves parmi nos forces de l'ordre. Allez voir ces trois policiers qui ont été blessés à coups de boules de pétanque, voilà la réalité. Mais il n'empêche qu'il y a des gens qui sont très pacifiques dans les Gilets jaunes, mais qui aujourd'hui, à mon sens, sont emportés par ceux qui sont plus radicaux. Donc moi j'invite justement celles et ceux qui veulent manifester, à rester dans un cadre légal. Nous sommes un pays de droit en France, une manifestation ça se déclare, non pas pour l'interdire, nous ne les interdisons quasiment jamais, mais pour les organiser, pour les encadrer, pour protéger celles et ceux qui sont dans la volonté de manifester. CAROLINE ROUX Ils ne le font pas ? CHRISTOPHE CASTANER Samedi c'était à peu près 10 % des manifestations seulement qui avaient été déclarées, là où on a eu un « décès mortel », elle ne l'était pas, et depuis, aucune n'a été déclaré, celles qui ont eu lieu hier, celle qui ont lieu ce matin. On est aujourd'hui dans un système où effectivement… CAROLINE ROUX Ça rend compliquée l'intervention des forces de police et le maintien de l'ordre. On a bien le sentiment, on l'entendait dans le journal tout à l'heure, qu'il y a, alors peut-être que l'expression est mal à propos, mais le jeu de chat et la souris, c'est-à-dire qu'en gros il y a un blocage qui est levé, un autre qui se crée ailleurs, ça rend compliquée l'intervention des forces de l'ordre qui sont déjà, à bout, peut-être pas, mais en tout cas très sollicitées on va dire. CHRISTOPHE CASTANER Premièrement, ça les rend compliquées, vous avez raison, et notamment parce que j'ai souhaité que systématiquement nous n'allions pas à la confrontation, que nous protégions aussi les manifestants, quelquefois contre eux-mêmes. Quand vous avez des femmes et des hommes qui envahissent une autoroute ouverte et qui se précipitent en courant au milieu de l'autoroute, quelque part on se rend compte que c'est eux-mêmes qui se mettent en danger. Hier, un motard a été très grièvement blessé, on est inquiet pour son pronostic vital, c'est ça la réalité de ce que nous vivons, et nos forces de l'ordre doivent assumer cela. CAROLINE ROUX Quelles sont les consignes que vous donnez aux préfets ? CHRISTOPHE CASTANER D'intervenir pour libérer systématiquement les lieux essentiels, de se concentrer sur les lieux essentiels, mais de commencer par négocier, par demander aux gens de partir, d'éteindre les incendies, de poser les armes par destination quand il y en a, et ensuite de sécuriser ces lieux, toujours dans la discussion, mais aujourd'hui il y aura des contrôles d'identité, il y aura des verbalisations, hier… CAROLINE ROUX Des interpellations. CHRISTOPHE CASTANER Des interpellations. Hier une personne a déjà fait l'objet d'une condamnation à 4 mois de prison ferme à Strasbourg. CAROLINE ROUX C'est sévère. CHRISTOPHE CASTANER C'est sévère, mais d'abord il a cumulé un grand nombre d'infractions, il était connu par les juges, et d'autre part il a interrompu la circulation sur une autoroute en service, c'est ça la réalité aussi. Vous imaginez celles et ceux qui sur l'autoroute voient débarquer 5 personnes, parce que c'était 5 personnes qui neutralisent toute une autoroute. Aujourd'hui il y a des points de blocage qui sont tenus par 5, 10 personnes, et qui vont empêcher d'aller travailler, d'aller à l'école, un millier de personnes dans le village, c'est aussi ça dont on parle. CAROLINE ROUX Ça va durer Christophe CASTANER ? CHRISTOPHE CASTANER Moi je ne souhaite pas que ça dure, je pense que les manifestants ont été entendus par une mobilisation de près de 280 000 personnes, nous avons fait le choix de la transparence au fil de la journée, de les protéger systématiquement, mais il faut comprendre que pendant ce temps-là notre pays est en risques, en risques en matière de sécurité, en risque en matière de terrorisme, et donc il nous faut aussi penser que nos forces de l'ordre, franchement, sont mieux mobilisées pour garantir la sécurité de nos concitoyens, que pour anticiper ou pour courir derrière des gens qui veulent bloquer des ronds-points. CAROLINE ROUX Quand vous entendez que le mot d'ordre c'est de venir à Paris pour demander la démission d'Emmanuel MACRON, on entend même « couper la tête du roi », c'est des choses qu'on lit sur les réseaux sociaux en ce moment, est-ce que vous allez autoriser la manifestation de samedi ? CHRISTOPHE CASTANER Encore faudrait-il qu'elle soit demandée. CAROLINE ROUX Elle n'est pas demandée ? CHRISTOPHE CASTANER Aujourd'hui il n'y a aucune demande de manifestation, donc j'invite les organisateurs à entrer en contact avec le préfet de police et nous conviendrons ensemble du lieu qui en termes de sécurité sera le plus adapté pour cela. Sur la place de la Concorde, on est en bord de Seine, et traditionnellement nous ne voulons pas de manifestations sur ce lieu-là. CAROLINE ROUX Quand le Premier ministre a parlé d'anarchie, vous l'avez pris pour vous ? CHRISTOPHE CASTANER Non, je ne crois pas, je pense qu'il l'a pris plutôt pour celles et ceux qui fabriquent des cocktails Molotov, celles et ceux qui ont des barres de fer. Je pense là qu'il faut aujourd'hui regarder cette situation de dérive. CAROLINE ROUX Et c'est normal que des manifestants arrivent à 200 m de l'Elysée ? CHRISTOPHE CASTANER Comme à l'essentiel des manifestations, j'ai bien vu que la Presse s'était emballée sur ce sujet. Il y a un périmètre de sécurité, classique, qui doit remonter à une petite dizaine de ministres de l'Intérieur dans son antériorité, et qui a été tenu, et tenu dans de bonnes conditions. CAROLINE ROUX Donc ça veut dire que s'il y a une manifestation autorisée samedi, ils pourront accéder aussi à 200 m de l'Elysée, vous trouvez ça normal. CHRISTOPHE CASTANER Ah mais attendez, on peut aussi interdire aux piétons de se balader dans Paris, mais dans ce cas-là vous m'inviterez lundi prochain et vous m'en ferez le reproche. CAROLINE ROUX Peut-être. CHRISTOPHE CASTANER Allez, la question maintenant c'est sortir du mouvement par la haut, Jean-Yves LE DRIAN propose notamment la création d'un Observatoire de l'inégalité, votre prédécesseur Gérard COLLOMB a tweeté : « il faut plus que jamais être à l'écoute de nos territoires, rassembler nos concitoyens ». Comment on sort de ce qui ressemble à un bras de fer, entre le gouvernement qui tient sur un cap politique d'un côté, et des Gilets jaunes qui estiment qu'ils ne sont pas entendus et qui demandent tout simplement la suspension des augmentations, même la suppression des augmentations de carburant 1er janvier ? CHRISTOPHE CASTANER Ah non, ils ne demandent pas que ça. Vous avez évoqué le fait qu'ils voulaient la tête du roi, ils demandent l'abolition du Sénat, j'ai lu Le Parisien ce matin qui a fait la liste de toutes les demandes qui sont faites, qui sont à la fois moins d'impôts, plus de dépenses publiques. Donc à un moment donné, quand vous êtes en responsabilité, vous devez faire des choix, celui effectivement de privilégier la sortie du tout pétrole, c'est un choix, c'est peut-être un choix impopulaire, on peut en assumer, mais vous savez la vraie question que vous me posez, c'est savoir si chaque fois qu'il y a une manifestation, quand on réforme et quand on transforme ce pays, il faut cesser. Ce gouvernement a été mis en place pour mener un certain nombre de réformes, nous l'avons fait sur la SNCF, nous l'avons fait sur Notre-Dame-des-Landes, un dossier qui depuis 50 ans était encarafé, comme on dit chez moi. Bon, on l'a traité, on l'a abordé, on la fait avec les forces de l'ordre pour évacuer le site, aujourd'hui c'est le cas à la SNCF, je crois que les Français attendaient cette réforme, c'est le cas. CAROLINE ROUX La ligne, c'est tenir. CHRISTOPHE CASTANER La formation professionnelle, le droit du travail, autant de sujets sur lesquels, à chaque fois, si nous avions écouté les manifestations ponctuelles, nous n'aurions rien fait. Je pense que nous sommes là pour agir et transformer et pour réparer ce pays. CAROLINE ROUX On a compris que la ligne ce matin c'est tenir. Un mot sur Carlos GHOSN. Le patron de RENAULT NISSAN a été interpellé hier au Japon pour fraude fiscale, dissimulation de revenus, je rappelle que l'Etat est actionnaire de RENAULT. Peut-il, est-ce que vous imaginez Carlos GHOSN rester dans ses fonctions, en l'état, à la tête de RENAULT ? CHRISTOPHE CASTANER D'abord, moi je pense aux 181 000 salariés de RENAULT, aux 470 000 du groupe dans lequel RENAULT est, qui aujourd'hui sont dans l'instabilité et donc il y a une procédure au Japon sur laquelle nous n'avons aucun élément, il faudra en tirer toutes les conclusions. En attendant je laisse la justice du Japon faire et nous sommes en confiance avec cette justice. CAROLINE ROUX On apprend qu'une attaque au couteau a eu lieu dans un commissariat central en Belgique, le président MACRON est sur place. Est-ce que vous avez des informations ? CHRISTOPHE CASTANER Non, je n'ai pas beaucoup plus d'informations que celles que vous avez. Le président est sur place effectivement, mais il n'y a aucun rapport semble-t-il entre la présence du président français et cette attaque au couteau, mais la Belgique comme la France, sont soumis à un risque terroriste élevé, nous le vivons hélas tous les jours. CAROLINE ROUX Merci beaucoup Christophe CASTANER. CHRISTOPHE CASTANER Merci beaucoup. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/669.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/669.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1cf4f51d9304d2aa5f08022b4fc90a4e84e7e64f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/669.txt @@ -0,0 +1 @@ +MARC FAUVELLE Bienvenue aux téléspectateurs de France info qui nous rejoignent à l'instant. Jusqu'à neuf heures, notre invité ce matin est le ministre de l'Economie. C'est peu dire qu'on a beaucoup de questions à lui poser et la première le sera par Renaud DELY. RENAUD DELY Bonjour Bruno LE MAIRE. BRUNO LE MAIRE, MINISTRE DE L'ECONOMIE ET DES FINANCES Bonjour Renaud DELY. RENAUD DELY Carlos GHOSN, le PDG de RENAULT NISSAN, est toujours en garde à vue à l'heure qu'il est à Tokyo. Il est accusé de fraude fiscale, d'avoir dissimulé près de quarante millions de revenus et voici comment Emmanuel MACRON, le président de la République, réagissait hier à l'annonce de cette nouvelle. EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE L'Etat en tant qu'actionnaire sera extrêmement vigilant à la stabilité de l'alliance et au groupe. Et avec celui-ci, évidemment, à la stabilité nécessaire pour l'ensemble des salariés du groupe auxquels je veux ici dire que l'Etat actionnaire assurera justement tout son soutien. RENAUD DELY Carlos GHOSN devrait être écarté de NISSAN lors d'un conseil d'administration qui se réunit jeudi. Peut-il rester à la tête de RENAULT ? BRUNO LE MAIRE RENAULT, je voudrais d'abord rappeler ce que cela représente, l'alliance RENAULT NISSAN. C'est le premier constructeur automobile au monde, près de dix millions de voitures qui sont produites chaque année. C'est cinq cent mille salariés dont quarante-sept mille en France. Donc notre priorité comme l'a rappelé le président de la République c'est la stabilité de RENAULT et la stabilité de l'alliance entre RENAULT et NISSAN, parce que face aux bouleversements technologiques actuels – la voiture autonome, la voiture électrique – nous avons besoin d'un constructeur qui soit fort, solide et intégré. Ensuite, il faut une gouvernance bien entendu. Il faut une gouvernance intérimaire, donc je recevrai dès ce matin l'administrateur de référence, Philippe LAGAYETTE, les représentants de l'Etat au conseil d'administration de RENAULT pour leur demander de mettre en place immédiatement une gouvernance intérimaire puisqu'aujourd'hui, monsieur GHOSN est empêché de diriger l'entreprise. Nous avons aujourd'hui un directeur général délégué, monsieur Thierry BOLLORE, qui est de grande qualité. On verra ce que le conseil d'administration décide mais il faut que se mette en place le plus vite possible une direction intérimaire. MARC FAUVELLE Pour vous, Carlos GHOSN n'est plus en état aujourd'hui de diriger le groupe ? BRUNO LE MAIRE Non. Il n'est de fait plus en état de diriger le groupe. En revanche, nous n'allons pas demander le départ formel de monsieur GHOSN au conseil d'administration pour une raison qui est simple : nous n'avons pas de preuves et nous sommes dans un Etat de droit. Je vais dès ce matin appeler le ministre de l'Economie japonais, lui demander que nous soyons destinataires de tous les éléments qui ont été fournis par NISSAN à la justice japonaise de façon à ce que nous sachions exactement de quoi monsieur GHOSN est accusé. MARC FAUVELLE Pour l'instant, vous ne le savez pas. BRUNO LE MAIRE Quelles sont les preuves, quels sont les faits. MARC FAUVELLE Pour l'instant, vous ne le savez pas précisément. BRUNO LE MAIRE Pour l'instant, nous n'avons aucun élément à notre disposition, tels que ceux qui ont été transmis par NISSAN à la justice japonaise. Dès hier, avec Gérald DARMANIN, nous avons demandé à nos services de faire toutes les vérifications d'usage sur la situation fiscale de monsieur Carlos GHOSN en France. RENAUD DELY Précisément… BRUNO LE MAIRE Et je peux vous confirmer qu'il n'y a rien de particulier à signaler sur ce sujet. MARC FAUVELLE En France, il est parfaitement en règle Carlos GHOSN ? Il était résident fiscal en France ? BRUNO LE MAIRE J'ai appris hier à Bruxelles, où j'étais en réunion avec les ministres des Finances européens sur l'avenir de la zone euro. Dès que j'ai appris cette nouvelle, nous avons, avec Gérald DARMANIN, demandé à nos services de vérifier la situation fiscale de monsieur Carlos GHOSN en France. Je ne peux pas donner plus de détails sont couverts par le secret fiscal. MARC FAUVELLE Sans entrer dans le détail, c'est évidemment un secret, il payait ses impôts en France ? BRUNO LE MAIRE Je peux juste vous confirmer qu'il n'y a rien de particulier à signaler sur la situation fiscale de monsieur Carlos GHOSN en France. Donc vous voyez, comme représentant de l'Etat… RENAUD DELY Il payait ses impôts en France ? BRUNO LE MAIRE Comme représentant, je ne peux donner aucun élément d'information. C'est couvert par le secret fiscal. Je vous dis juste qu'il n'y a pas d'élément particulier à signaler. Mais ensuite, il y a la présence de l'Etat administrateur de référence et actionnaire de référence de RENAULT. Quand vous demandez le départ du président de l'alliance, du directeur général de RENAULT, il faut au moins que vous ayez des éléments tangibles. Si ces faits qui sont reprochés à monsieur GHOSN étaient avérés, ce serait d'une gravité considérable. Dissimuler, frauder le fisc, c'est d'une gravité d'autant plus considérable qu'on a une position élevée et un salaire très élevé. Je rappelle que j'avais demandé d'ailleurs et obtenu la réduction du salaire de monsieur Carlos GHOSN de trente pour cent parce que je jugeais ce salaire totalement excessif. A l'heure qu'il est, je n'ai pas des éléments de faits, de preuves, à ma disposition. RENAUD DELY Rappelons donc qu'il y a eu une enquête interne qui a duré plusieurs mois au sein du groupe NISSAN. A l'heure qu'il est, vous avez des doutes sur la validité de cette enquête. BRUNO LE MAIRE Mais je n'ai pas à avoir de doutes, je n'ai pas à voir des suspicions. Je dois disposer de faits, de preuves avant de prendre une décision. Notre responsabilité au regard de l'Etat, c'est la stabilité de RENAULT, c'est l'avenir de RENAULT et c'est la consolidation de l'alliance. Parce que ce qui compte pour moi, c'est ce que les salariés aujourd'hui à l'usine de Maubeuge, à l'usine de Sandouville, dans toutes les usines de RENAULT, sont en train de se dire : « Qu'est-ce qu'il va advenir de nous ? » J'étais à Maubeuge il y a quelques jours avec le président de la République. On a annoncé un investissement considérable sur l'usine de Maubeuge sur le véhicule électrique, plus de deux cents personnes qui sont embauchées : c'est ça qui compte à mes yeux. RENAUD DELY Cette stabilité, Bruno LE MAIRE, elle exige que le conseil d'administration de RENAULT se réunisse rapidement. BRUNO LE MAIRE Très rapidement. RENAUD DELY Quand ? BRUNO LE MAIRE Je vous dis que je vois dès ce matin l'administrateur de référence, c'est-à-dire la personne qui est en charge lorsque le président est empêché. Je souhaite que le conseil d'administration se réunisse le plus vite possible, dans les heures qui viennent. MARC FAUVELLE Ça veut dire dès aujourd'hui, c'est possible ? BRUNO LE MAIRE Dans les heures qui viennent. Qu'il désigne une gouvernance intérimaire. J'appellerai le ministre de l'Economie japonais dès ce matin pour lui demander tous les éléments de preuve et lui rappeler l'attachement de la France à l'alliance entre RENAULT et NISSAN. Parce qu'avoir un constructeur de niveau mondial, le premier constructeur mondial, c'est ce qui vous permet de dégager les investissements nécessaires sur le véhicule électrique, sur l'hybride rechargeable, sur le véhicule autonome qui garantiront le succès de RENAULT demain. Et moi, ce à quoi je pense - je le redis - c'est à chaque salarié de RENAULT qui aujourd'hui est en train de prendre son travail dans l'usine de Maubeuge, de Sandouville ou d'ailleurs en France, et qui se dit : « Qu'est-ce qu'il va advenir de nous ? » Ma responsabilité, c'est de garantir que RENAULT reste profitable, un grand constructeur innovant, technologiquement puissant et qui réussisse dans l'avenir. MARC FAUVELLE Hier, l'action de RENAULT a dévissé, moins huit pour cent et demi à la Bourse de Paris. Est-ce que le groupe est fragilisé ce matin par ce possible départ de Carlos GHOSN ? BRUNO LE MAIRE Bien entendu que le départ de monsieur GHOSN et ce qui se passe actuellement fragilise actuellement l'alliance et fragilise la situation de RENAULT. Raison de plus pour réagir vite, clairement, sur la base d'éléments qui sont liés au fonctionnement d'un Etat de droit. Une nouvelle gouvernance qui doit être une gouvernance intérimaire, la consolidation de l'alliance en appelant les autorités japonaises dès ce matin. MARC FAUVELLE On garde le modèle RENAULT et on garde le mariage RENAULT NISSAN ? Il n'est pas question d'y toucher. BRUNO LE MAIRE Mais je souhaite bien entendu que l'alliance entre RENAULT et NISSAN soit non seulement préservée mais consolidée. Pourquoi ? Parce que les investissements qu'il faut faire dans les nouvelles technologies à un moment de rupture considérable de l'industrie automobile, ces investissements se chiffrent en milliards voire en dizaines de milliards d'euros. Un petit constructeur n'a pas les moyens de financer ces investissements. Or c'est ces investissements et cette novation qui feront le succès de RENAULT demain, donc la présence de RENAULT sur les territoires, donc le maintien des usines, et donc la possibilité pour les salariés d'avoir un avenir solide devant eux. RENAUD DELY Bruno LE MAIRE, il y a la tentation d'après vous aujourd'hui du côté de NISSAN de reprendre son indépendance par rapport à RENAULT ? BRUNO LE MAIRE Mais sait qu'il y a toujours eu des doutes qui se sont exprimés au Japon sur cette alliance, sur la manière dont elle fonctionnait et ça doit faire partie des discussions que j'aurai avec mon homologue japonais très rapidement. L'alliance est dans l'intérêt de la France et du Japon, de RENAULT et de NISSAN. Aujourd'hui, seuls des constructeurs intégrés, puissants, dégageant des marges suffisantes peuvent voir l'avenir de manière confiante devant eux, parce qu'ils pourront financer le véhicule électrique, l'hybride rechargeable et le véhicule autonome. C'est ce que je souhaite pour RENAULT et c'est ce que je souhaite pour chaque ouvrier de RENAULT qui, ce matin, est à sa chaîne avec dans sa tête cette idée : « Qu'est-ce qu'il va devenir de moi ? » Ma responsabilité de ministre de l'Economie, c'est de leur dire : « N'ayez pas d'inquiétudes. Nous traitons le sujet, nous mettons une gouvernance en place et nous prenons tous les contacts nécessaires pour garantir la pérennité de l'alliance. » (…) - Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie et des Finances, est l'invité de Franceinfo jusqu'à 9 heures. On va laisser RENAULT, si vous voulez bien Monsieur LE MAIRE, pour s'intéresser à la fronde, au mouvement des gilets jaunes. RENAUD DELY Parce que ce mouvement continue encore ce matin. Il y a encore ce matin dans différents endroits en France des blocages qui persistent. Votre collègue, le ministre de l'Intérieur Christophe CASTANER, était l'invité de nos confrères de France 2 et il dénonce une dérive de ce mouvement. CHRISTOPHE CASTANER, MINISTRE DE L'INTERIEUR On voit bien qu'on a une dérive totale d'une manifestation qui pour l'essentiel était bon enfant samedi, et d'ailleurs que nous avons laissé se dérouler le mieux possible en mobilisant énormément de forces de l'ordre pour les protéger, les manifestants. Et pourtant, vous avez vu qu'il y a un très, très grand nombre de blessés, et aujourd'hui on voit qu'on a une radicalisation avec des revendications qui ne seront plus cohérentes et qui vont dans tous les sens. Donc on sent bien que la volonté, c'est de bloquer la France. RENAUD DELY Vous leur dites quoi aux gilets jaunes ? « Rentrez chez vous » ? BRUNO LE MAIRE Non. Je leur dis que la liberté de circulation est un principe qui n'est pas négociable dans une démocratie, dans une grande nation comme la France. Chacun est libre de circuler et ce principe-là n'est pas négociable. D'autant plus lorsque c'est des secours qui doivent aller se porter au secours d'une personne âgée qui vient d'avoir une attaque cardiaque ; d'autant plus lorsqu'il y a des urgences sanitaires ou des urgences médicales. Il y a eu un certain nombre de dérives dans ces manifestations homophobes, racistes. Il y a eu de la violence et ça n'est pas acceptable. Et je tiens à le condamner parce qu'on peut exprimer ce que l'on veut dans notre démocratie mais dans le calme et dans la dignité. RENAUD DELY Elle vous inquiète cette radicalisation pour les jours qui viennent ? BRUNO LE MAIRE Bien sûr. Toute radicalisation m'inquiète. Tout ce qui peut mettre en cause la liberté de circulation dans notre pays m'inquiète et appelle une réponse ferme et déterminée. Je pense que Christophe CASTANER a parfaitement raison de rappeler que nous sommes dans un Etat de droit avec des libertés : la liberté de s'exprimer, la liberté de contester, la liberté de critiquer, mais des devoirs. Et les devoirs, c'est de laisser chaque citoyen français libre de circuler comme bon lui semble. RENAUD DELY Les gilets jaunes appellent à un grand rassemblement samedi prochain à Paris pour bloquer la capitale. Est-ce qu'il faut interdire ce rassemblement, Bruno LE MAIRE ? BRUNO LE MAIRE Il n'est pas question d'interdire des libertés de s'exprimer, de manifester dans le calme et dans la dignité. MARC FAUVELLE Y compris si ça se passe à Paris, à deux pas de l'Elysée comme on a pu le voir le week-end dernier avec des manifestants qui sont arrivés à deux cents mètres de la présidence ? BRUNO LE MAIRE Ce sera au ministre de l'Intérieur d'apprécier ce qu'il est raisonnable d'autoriser ou ce qui doit être interdit. Je redis simplement que la liberté de circulation des personnes, des véhicules, de n'importe quel citoyen sur le territoire français, c'est quelque chose qui ne peut pas être négocié. MARC FAUVELLE Bruno LE MAIRE, Edouard PHILIPPE le Premier ministre a utilisé une expression dimanche soir sur France 2. Je voudrais qu'on l'écoute et que vous réagissiez juste après dans quelques instants, si vous voulez bien. EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE Le ras-le-bol fiscal qui a été exprimé, c'est vrai, je ne suis pas sûr qu'il n'y ait qu'un ras-le-bol fiscal qui s'est exprimé mais il y a un ras-le-bol fiscal. LAURENT DELAHOUSSE Vous le comprenez, vous dites qu'il y a un ras-le-bol fiscal. EDOUARD PHILIPPE Evidemment que je le comprends. LAURENT DELAHOUSSE Vous l'assumez ? EDOUARD PHILIPPE Non seulement je le comprends, mais un des engagements qui a été pris et qui sera tenu, monsieur DELAHOUSSE, par ce gouvernement, c'est de faire en sorte qu'à la fin du quinquennat et dès cette année, le niveau d'impôts et de taxes - on dit parfois les prélèvements obligatoires diminue. MARC FAUVELLE L'expression « ras-le-bol fiscal » elle a pourri le quinquennat de François HOLLANDE. Est-ce que vous la reprenez, vous aussi dans votre bouche ? BRUNO LE MAIRE Il y a eu une dérive fiscale au cours des dix dernières années avec une augmentation de la pression fiscale, des taxes, des impôts sur les Français. Voilà, c'est la réalité. C'est la situation que nous avons trouvée. Nous inversons cette tendance. MARC FAUVELLE Ça fait dix-huit mois que vous êtes au pouvoir. L'ISF, ce n'est pas François HOLLANDE par exemple. BRUNO LE MAIRE Oui, mais nous le supprimons l'ISF, donc nous allégeons bien la pression fiscale. D'ailleurs, on nous le reproche. RENAUD DELY Est-ce que c'était une belle idée de commencer par supprimer l'ISF ? BRUNO LE MAIRE Mais nous avons aussi commencé par supprimer une partie de la taxe d'habitation. Nous avons commencé par supprimer les cotisations Assurance maladie, assurance chômage pour des millions de salariés qui ont vu au 1er novembre que leurs revenus nets augmentaient. Donc il y a eu depuis dix ans une aggravation de la dérive fiscale en France, du coup une aggravation de la dette et également une aggravation, une détérioration sur le front de la dépense publique. Nous inversons avec le président de la République cette tendance pour la première fois, en réduisant les taxes et les impôts - un point d'ici la fin du quinquennat -, en réduisant la dette – cinq 5 points d'ici la fin du quinquennat-, et en réduisant la dépense publique - trois points d'ici la fin du quinquennat - avec déjà des premiers résultats puisque nous respectons nos obligations européennes pour la première fois et que nous sommes sortis de la procédure pour déficit public excessif. MARC FAUVELLE Est-ce que vous reconnaissez, Bruno LE MAIRE, qu'il y a des catégories de Français aujourd'hui qui n'ont pas bénéficié de ces mesures, qui souffrent ? Je pense par exemple à certains retraités, à certains automobilistes, aux fumeurs qui ont eu parfois toutes les augmentations massives : celle de la CSG, celle des cigarettes et celle des carburants. BRUNO LE MAIRE Je vais aller beaucoup plus loin que vous… MARC FAUVELLE Est-ce qu'il y a aujourd'hui des angles morts dans vos politiques ? BRUNO LE MAIRE Il y a une déchirure territoriale en France, nous le savons. Ça fait des années que je sillonne le pays comme ministre de l'Agriculture, comme candidat à la primaire, comme ministre de l'Economie. Cette déchirure, ce n'est pas que je la comprends, c'est que je la sens dans chacun de mes déplacements. La désespérance de millions de Français, je la ressens au plus profond de moi-même. Je l'écoute, je l'entends. J'étais il y a quelques jours à Sarreguemines ; j'ai discuté avec un ouvrier chocolatier qui m'a dit : « Vous savez, vous, vous êtes tout en haut, Monsieur LE MAIRE. Il y en a qui sont tout en bas. Nous, on est juste au-dessus. On a peur d'une chose, c'est de tomber. » Il y a des millions de Français qui ont peur de tomber ; je vois ça tous les jours RENAUD DELY Depuis dix-huit mois, elle s'est aggravée, cette déchirure. BRUNO LE MAIRE La bonne réponse, Renaud DELY, ça n'est pas de dire que nous allons rendre un centime ici, deux centimes là sur le prix du carburant alors qu'on voit bien que lorsque le prix du pétrole baisse, tout d'un coup c'est dix centimes en moins et que c'est ça qui est véritablement le facteur déterminant. RENAUD DELY Alors c'est quoi la réponse à cette politique ? BRUNO LE MAIRE La vraie bonne politique, c'est de l'emploi pour tous et je suis heureux de voir que sur le front du chômage, le chômage commence à reculer. C'est la réindustrialisation et la reconquête industrielle pour qu'il y ait des emplois dans ces territoires. C'est la couverture en fibre à très haut débit de tout le territoire et de tous les Français d'ici 2022, parce que c'est ce qui permettra de maintenir de l'activité. C'est une attention de tous les instants aux territoires les plus reculés, aux territoires ruraux, aux villes moyennes dont je suis, je le rappelle, un élu puisque je viens du département de l'Eure et que ces territoires qui ont le sentiment d'être abandonnés, relégués, où il y a de la désespérance, je les connais intimement. La bonne politique, je le redis, la bonne solution, ce n'est pas de dire à tous ces millions de Français : « On va vous baisser le prix du carburant d'un ou deux centimes », c'est de leur dire : « Vous allez avoir des emplois, on va s'occuper de vous, on va mettre des services publics de qualité et les territoires seront notre priorité. » MARC FAUVELLE Précisément vous parliez de l'emploi, Bruno LE MAIRE. Les derniers chiffres du chômage sont tombés ce matin. Il ne baisse plus, le chômage en France. 9,1 %, ce sont les chiffres officiels, ceux de l'INSEE, ceux qu'on ne peut pas remettre en cause. Le chômage ne baisse pas en France. BRUNO LE MAIRE Il a baissé depuis un an. Enfin, pardon de vous contredire, mais il a baissé de 0,5 point sur une année et on doit poursuivre notre effort. Poursuivre notre effort de formation, poursuivre notre effort pour soutenir l'industrie. Nous allons, avec le Premier ministre, annoncer cette initiative de territoires de l'industrie d'ici quelques jours qui permettra de reconquérir industriellement un certain nombre de territoires. Et pour revenir à la fiscalité, non seulement il faut poursuivre la baisse des taxes et des impôts pour tous les Français, il faut le faire aussi pour notre industrie. Et je continuerai à livrer le combat pour que d'ici 2022, nous baissions les impôts de production du secteur industrie. MARC FAUVELLE Est-ce que ça tous les outils aujourd'hui sont sur la table, Bruno LE MAIRE ? Ou est-ce que vous dites aux Français : « Il y aura d'autres baisses d'impôts que vous ne connaissez pas encore d'ici à la fin du quinquennat » ? Ou est-ce qu'on sait déjà tout ? BRUNO LE MAIRE Non, on ne sait pas tout puisque vous pouvez avoir une conjoncture qui s'améliore… MARC FAUVELLE Une baisse de l'impôt sur le revenu par exemple, c'est possible un jour d'ici la fin du quinquennat ? BRUNO LE MAIRE Moi, je ne ferme aucune porte du moment que cela reste dans la direction fixée par le président de la République et sur laquelle il a été élu : baisser les impôts, baisser la dépense publique, baisser la dette. Et si nous pouvons, d'ici la fin du quinquennat, baisser un peu plus, un peu plus vite les impôts et les taxes des Français, s'il y a la moindre possibilité de le faire dans le cadre du rétablissement de nos finances publiques, bien je serai très heureux de pouvoir le faire, mais de manière responsable. Parce que quand j'entends l'opposition qui vous explique à gauche qu'il faut dépenser soixante milliards de plus, ou à droite qu'ils feront un chèque carburant qui coûte quinze milliards d'euros et qui sera financé par les recettes de péage, c'est-à-dire par l'augmentation du prix des péages pour les Français, franchement ce n'est pas ça qui va nous permettre de redresser le pays. (…) MARC FAUVELLE Bruno LE MAIRE est l'invité de Franceinfo pour quelques minutes encore. Renaud DELY. RENAUD DELY Il y a des voix dans la majorité qui commencent à s'exprimer pour demander un peu plus de dialogue avec les Gilets jaunes, de faire un geste, la députée Brigitte BOURGUIGNON par exemple. Est-ce que il y a encore un dialogue qui peut reprendre, est-ce qu'il y a des propositions sur lesquelles vous travaillez pour essayer d'apaiser la colère de ces Français sur la question du pouvoir d'achat ? BRUNO LE MAIRE Mais le dialogue, il est toujours bon, et donc si… RENAUD DELY Aujourd'hui il est rompu. BRUNO LE MAIRE ... on peut toujours dialoguer, il faut savoir qui représente, aujourd'hui je ne vois pas de représentation des Gilets jaunes en tant que tels. Moi je ne crois pas aux gestes, je crois à la constance d'une politique et à l'obstination à obtenir des résultats pour les Français. Le geste, qu'est-ce que ce serait ? Ce serait de redonner 1 centime ici, 2 centimes là, vous pensez que ça va satisfaire les Français qui aujourd'hui sont inquiets, sont en colère, qui manifestent ? Nous avons fait un choix stratégique qui est la transition énergétique. Nous avons, et le Premier ministre l'a annoncé, notamment augmenté fortement la prime à la conversion, 4 000 € pour accélérer cette transition énergétique. On peut toujours accompagner mieux, mais si on peut accompagner mieux, regardons comment est-ce qu'on peut accompagner mieux cette transition énergétique, mais en gardant la cohérence de notre politique, qui est de réussir la transition énergétique. RENAUD DELY Pas de nouveau geste, Bruno LE MAIRE, on vous a entendu. En termes de dialogue, vous dites « il faut que le dialogue existe », Laurent BERGER par exemple il a fait une proposition très concrète, une grande conférence avec les syndicats, le gouvernement, les associations, pour marier transition écologique et justice sociale, et le Premier ministre lui a dit non. BRUNO LE MAIRE Enfin le Premier ministre a eu raison de rappeler qu'aujourd'hui tous les Français qui sont désespérés, dont je vous ai parlé, parce que cette colère je la ressens, et cette désespérance je la ressens, comme élu et à chacun de mes déplacements, ils n'attendent pas de gestes, de conférences, ils attendent des résultats d'une politique, et ils sont impatients. Ils me disent : mais quand est-ce qu'ils vont venir pour nous les résultats de cette politique ? Ceux qui travaillent ont vu que leurs salaires augmentaient, le chômage nous devons arriver à le faire baisser plus vite, la réindustrialisation, nous devons y mettre toute notre énergie, mais gardons notre cap, avec constance, avec fermeté, et avec un souci constant d'explication, de pédagogie, sur où nous voulons aller. Si nous regardons la direction qu'a fixée le président de la République, c'est la souveraineté de la France qui est en jeu, être libre par rapport au pétrole qui nous pénalise, être libre par rapport à la dette qui aujourd'hui plombe nos comptes publics et nous oblige à augmenter les impôts. Etre libre par rapport à la croissance mondiale, pour avoir une croissance qui crée des emplois en France. L'enjeu stratégique c'est redonner à la France sa souveraineté économique et sa liberté. MARC FAUVELLE Bruno LE MAIRE, vous avez lancé le processus de privatisation de plusieurs grandes entreprises françaises, parmi lesquelles la FRANÇAISE DES JEUX ou encore AEROPORTS DE PARIS. Est-ce que vous n'êtes pas aujourd'hui en train de refaire la même erreur qui a été celle de la droite il y a quelques années au moment où on a privatisé les autoroutes et on s'en mord les doigts aujourd'hui ? BRUNO LE MAIRE Mais il y a eu des erreurs, je l'ai reconnu pendant tout le débat parlementaire, et la première erreur qui a été faite, c'est de ne pas prévoit une clause de revue régulière des tarifs, donc moyennant quoi on se prend aujourd'hui des augmentations de tarifs autoroutiers, qui posent problème. Donc il y aura pour AEROPORTS DE PARIS, un cahier des charges très strict, une révision régulière des tarifs, de façon à ce que l'Etat puisse garder la main sur les tarifs, donc… MARC FAUVELLE C'est une poule aux oeufs d'or incroyable, AEROPORTS DE PARIS aujourd'hui, ça rapporte des centaines de millions à l'Etat, pourquoi s'en priver pour aller le vendre une fois et une seule fois, et toucher l'argent une seule fois ? BRUNO LE MAIRE Parce que je préfère que l'Etat investisse dans l'intelligence artificielle, dans le stockage des énergies renouvelables, dans toutes ces technologies de rupture qui feront demain la liberté et la souveraineté de la France. Si certains préfèrent que l'Etat gère des boutiques de luxe et des hôtels qui représentent la majorité des recettes d'AEROPORTS DE PARIS, très bien, ce n'est pas ma conception de l'Etat. Pour moi, l'Etat doit préparer l'avenir de vos enfants, de nos enfants, c'est-à-dire leur permettre d'avoir à leur disposition des technologies de pointe financées par la recherche et donc par une partie d'argent public. C'est un choix stratégique que nous faisons, je le redis, si certains préfèrent que l'Etat gouverne sur des choses qui ne sont pas au coeur de ses missions, comme c'est le cas pour AEROPORTS DE PARIS, eh bien libre à chacun de faire ce choix-là, ce ne sera pas le nôtre. RENAUD DELY Quand on privatise, ce qui compte aussi Bruno LE MAIRE, c'est le choix de l'actionnaire évidemment. Il y a un rapport de la Cour des comptes qui est extrêmement cinglant sur le cas de la privatisation de l'aéroport de Toulouse, c'était en 2014-2015, c'était votre prédécesseur, un certain Emmanuel MACRON qui était ministre de l'Economie à l'époque, et en l'occurrence la Cour des comptes accuse l'actionnaire chinois de l'aéroport de Toulouse aujourd'hui, suite à cette privatisation, de vider les caisses. Vous avez regardé, vous avez tiré les leçons de cet échec ? BRUNO LE MAIRE Bien sûr, mais si vous lisez tout le rapport, vous verrez qu'il reconnaît aussi qu'Emmanuel MACRON a tiré les leçons de ces difficultés, notamment pour la privatisation de Lyon et de Nice, et nous en tirons les leçons pour ADP, contrôle des tarifs, cahier des charges très strict, obligation d'investissement pour celui qui prendra la concession d'AEROPORTS DE PARIS… RENAUD DELY Choix de l'actionnaire ? BRUNO LE MAIRE Et je rappelle aussi que… MARC FAUVELLE Choix de l'actionnaire ou pas ? BRUNO LE MAIRE ... tout ce qui est contrôle des frontières, contrôle des personnes, reste dans les mains de l'Etat et que 70 ans plus tard, à la fin de la concession, l'Etat récupère l'intégralité de cet actif stratégique. MARC FAUVELLE Est-ce que vous aurez votre mot à dire, Bruno LE MAIRE… BRUNO LE MAIRE ... simplement, pendant quelques années, la gestion à un acteur privé. MARC FAUVELLE Est-ce que vous aurez votre mot à dire sur le choix de l'actionnaire, sur celui qui va finalement diriger AEROPORTS DE PARIS ou est-ce que c'est simplement celui qui mettra le plus d'argent sur la table ? BRUNO LE MAIRE Mais bien sûr qu'il y aura des critères qui nous permettront de choisir, ce n'est pas uniquement le plus offrant, sans qu'il réponde à un cahier des charges très strict. Nous encadrons cette privatisation de manière très stricte, pour garantir la protection des intérêts stratégiques des Français. MARC FAUVELLE Merci à vous Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie, d'être venu ce matin sur France Info. Je rappelle que vous avez donc demandé une gouvernance intérimaire pour RENAULT, c'est l'une des principales informations que l'on a eues ce matin avec vous ce matin. Merci d'être venu dans le studio de France Info. BRUNO LE MAIRE Merci à vous. RENAUD DELY Merci. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/670.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/670.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..342e0c7b8f4b50a2a15168001f79c6fe12061eed --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/670.txt @@ -0,0 +1 @@ +CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Bonjour à tous. Mon invitée ce matin est la ministre des Gilets jaunes et des maires, bonjour Jacqueline GOURAULT. JACQUELINE GOURAULT Bonjour. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Alors, je vous ai un peu rebaptisée, vous êtes la ministre des Gilets jaunes car vous êtes ministre de la Cohésion des territoires, et c'est aussi de ça qu'on parle avec la révolte des Gilets jaunes, et puis la ministre des maires, car vous êtes la ministre des relations avec les territoires, et donc c'est un peu votre semaine, j'ai envie de vous dire, entre les Gilets jaunes et les maires, vous avez du travail, Jacqueline GOURAULT. JACQUELINE GOURAULT Oui, bien sûr j'ai du travail, mais je le fais avec beaucoup de bonheur, c'est une responsabilité très importante que m'a confiée le Premier ministre et le président de la République. Bien sûr, c'est un ministère qui est nouveau, la cohésion des territoires… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Vous l'avez repris le remaniement. Alors justement, la cohésion des territoires, la France des territoires, je disais, c'est celle qui exprime sa colère aujourd'hui avec les mouvements des Gilets jaunes, le ras-le-bol des Français. Est-ce qu'il y a deux France, Jacqueline GOURAULT, celle qui profite de la mondialisation, la France des villes, et puis celle qui se sent délaissée, en marge de ce mouvement global ? JACQUELINE GOURAULT Alors je ne crois pas qu'il faille présenter cela comme cela, parce que je crois qu'il y a des gens qui souffrent, c'est exact, et ça peut être aussi dans les quartiers des grandes villes, et puis il y a des gens qui souffrent aussi dans les zones rurales, et puis il y a des gens heureux dans des villes et dans des zones rurales, et donc il faut être attentif effectivement, à ceux qui manifestent, qui manifestent leur mécontentement, mais aussi, je dirais qui manifestent une manière, comment dire, de malaise, une sorte de malaise, qui vient de loin, qui vient par exemple de situation difficile sur le plan familial. Hier j'étais dans la Nièvre, à Cosne-sur-Loire, sur les bords de la Loire, j'y étais pour une signature d'une politique qui s'appelle "Action coeur de ville", qui est très chère au coeur des maires d'ailleurs, pour les villes moyennes, et j'ai eu l'occasion de rencontrer des manifestants, des Gilets jaunes, qui, en gros, savaient que je venais et qui m'attendaient à l'entrée de la mairie. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Au tournant on va dire. JACQUELINE GOURAULT Au tournant… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Au rond-point… JACQUELINE GOURAULT Voilà, en tout cas s'est passé de façon très calme, j'ai discuté avec eux et j'ai vu les différences, au fond, de cas, si je puis dire, des gens que je rencontrais. Alors il y a des gens qui vous parlent du fait qu'ils ont une trop petite retraite, un artisan, il y a une dame qui m'expliquait qu'elle était seule avec trois enfants et que vivre avec trois enfants au Smic c'est difficile, une autre personne m'a expliqué qu'elle habitait à la campagne, elle était retraitée, et que l'augmentation du prix du diesel était un sujet, donc on voit qu'il y a différentes raisons à ce mécontentement. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN C'est compliqué de répondre finalement à toutes ces situations différentes, c'est pour ça que le gouvernement ne fait rien, c'est pour ça qu'Edouard PHILIPPE n'a rien annoncé dimanche ? JACQUELINE GOURAULT Alors non, le gouvernement fait, puisque le sujet est apparu, si je puis dire, au moment de l'augmentation des prix du gasoil et de l'essence. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Parce que c'est la France des territoires, que vous représentez, qui est le plus touchée par ça, vous le savez. JACQUELINE GOURAULT Oui, enfin tous les Français sont touchés par l'augmentation du prix du gasoil et de l'essence, mais ceux qui se déplacent le plus, évidemment dans les zones rurales avec des véhicules, puisqu'ils n'ont pas de transports en commun… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Bien sûr, il n'y a pas d'alternative. JACQUELINE GOURAULT Sont touchés. C'est la raison pour laquelle le gouvernement a annoncé des mesures, notamment la prime à la conversion, et vous savez que cette prime à la conversion qui était de 1000 euros et de 2000 euros pour les catégories de personnes les plus désavantagées, est passée à 4000 euros. C'est une prime à la conversion qui, je le dis précisément, aussi, marche pour les voitures d'occasion, car naturellement c'est très important, les gens n'ont pas toujours la possibilité de s'acheter une voiture neuve. Et puis il y a le chèque énergie, qui existait déjà, mais qui est élargi, et qui va toucher près de 6 millions de personnes en France. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Est-ce qu'il y aura d'autres mesures pour répondre à cette mobilisation qui continue ? JACQUELINE GOURAULT Eh bien, il y a d'autres mesures qui ont déjà été prises depuis le début de… enfin, depuis l'arrivée d'Emmanuel MACRON, un certain nombre de mesures que je peux vous rappeler, l'augmentation du minimum vieillesse, l'allégement sur… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Oui, mais là les gens sont dans la rue, sont sur les ronds-points, donc ils réclament autre chose. JACQUELINE GOURAULT Oui, mais je pense, aussi, que certaines mesures qui ont été prises vont faire effet seulement maintenant, par exemple la taxe d'habitation qui va être supprimée progressivement sur 3 ans, c'est en ce moment qu'arrivent les taxes d'habitation, et vous savez que pour cette année 30 % seront, au fond payés par l'Etat, au lieu du contribuable, pour 80 % des Français. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN On va parler de tout ça avec les élus, les maires. Est-ce que les Gilets jaunes vont trop loin, est-ce qu'il y a une dérive ? C'est ce que pense le ministre de l'Intérieur, qui était ce matin chez nos confrères de FranceTélévisions, on l'écoute. CHRISTOPHE CASTANER, MINISTRE DE L'INTERIEUR Aujourd'hui on voit bien qu'on a une dérive totale, d'une manifestation qui pour l'essentiel était bon enfant samedi, et d'ailleurs que nous avons laissé se dérouler le mieux possible, en mobilisant énormément de forces de l'ordre pour les protéger, les manifestants, et pourtant vous avez vu qu'il y a un très très grand nombre de blessés, d'ailleurs y compris sur nos forces de l'ordre, mais on y reviendra si vous le souhaitez, et aujourd'hui on voit qu'on a une radicalisation avec des revendications qui ne sont plus cohérentes et qui vont dans tous les sens. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Il y a une dérive totale, c'est ce que dit le ministre de l'Intérieur ce matin. Vous êtes d'accord avec lui ? JACQUELINE GOURAULT On peut imaginer que ceux qui manifestent encore aujourd'hui, ne sont pas forcément les gens que j'ai rencontrés, comme je l'expliquais tout à l'heure, c'est peut-être des gens qui sont plus dans une posture politique, pas tous, il y a sûrement des gens qui manifestent par mécontentement personnel, mais on peut penser qu'il y a un durcissement qui est… enfin, qui a des origines plus politiques que de mécontentement, et encore que, je ne veux pas globaliser, parce qu'il ne faut jamais globaliser… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Vous êtes plus prudente que le ministre de l'Intérieur. JACQUELINE GOURAULT En tout cas… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Lui il dit "circulez, ça suffit maintenant." JACQUELINE GOURAULT En tout cas, ce que le ministre de l'Intérieur souhaite, c'est éviter qu'il y ait d'autres drames, parce qu'il y a quand même eu beaucoup de blessés, dont des blessés graves, en nombre assez important, et comme vous le savez, malheureusement, il y a eu une femme qui a été tuée en Savoie lors de ces manifestations, parce qu'il faut bien comprendre que ce ne sont pas des manifestations autorisées sur la voie publique, ce sont des manifestations spontanées, qui émergent un peu partout, avec 30 ou 40 personnes qui bloquent un rond-point, et il peut y avoir des gens qui s'énervent, et on peut aller vers un drame. Donc, le ministre de l'Intérieur fait son métier. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Est-ce que vous diriez aujourd'hui qu'il y a dérive ? JACQUELINE GOURAULT Je dis simplement qu'il y a un durcissement du mouvement, alors que ce mouvement, à l'origine, était spontané, je pense que maintenant il se durcit, et pour des raisons qu'il faudra regarder de près. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Parce qu'il se politise, vous pensez ? JACQUELINE GOURAULT Je pense qu'il peut se politiser, effectivement. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN A cause du Rassemblement national, des Républicains ? JACQUELINE GOURAULT Ecoutez, moi j'accuse personne, simplement je pense qu'il y a toujours des gens qui profitent de situations pour, je dirais leur propre intérêt politique et non pas l'intérêt de la nation. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Alors, ils débarquent à Paris ce matin, ils ce sont les maires de France, qui vont à leur congrès, et ils ne rencontreront pas, en tout cas Emmanuel MACRON ne viendra pas les rencontrer tous, le millier de maires présents Porte de Versailles, alors qu'il avait dit le contraire l'an dernier. On écoute le président. EMMANUEL MACRON (23 NOVEMBRE 2017) Je suis venu à ce 100e anniversaire, il est peu probable que je vienne au 110e, au 120e, ou au 130e, mais je m'engage à une chose, si vous l'acceptez, c'est venir chaque année rendre compte des engagements que je viens de prendre, parce que c'est cela l'esprit de responsabilité dans la République. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Et il a été applaudi, et il ne viendra pas. Comment est-ce qu'on peut dire ça il y a 1 an et ne pas venir l'année suivante ? JACQUELINE GOURAULT Alors, le président de la République a choisi de rencontrer différemment les maires, d'abord… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Ce n'était pas la promesse qu'il leur a fait. JACQUELINE GOURAULT Oui, j'ai entendu, vous avez repassé… il leur a dit qu'il rendrait compte chaque année, il a choisi de les inviter à l'Elysée, ce sera mercredi, et auparavant, quelques heures avant, il recevra l'ensemble du bureau de l'Association des maires à l'Elysée. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Mais il va inviter une centaine de maires à l'Elysée… JACQUELINE GOURAULT Ah non, non, non, beaucoup plus que ça. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Ah bon ? Il va inviter les 1000 maires à l'Elysée ? JACQUELINE GOURAULT Non, mais il y a beaucoup plus que 1000 maires au congrès, il y a, je ne sais pas exactement puisque… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN On m'avait dit 1 millier moi, mais bon ! JACQUELINE GOURAULT Oui, oui, non, non, il y en a beaucoup plus, il y en a peut-être 5 ou 6000. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Il ne va pas tous les inviter. JACQUELINE GOURAULT Il a invité beaucoup de maires, et il y en aura beaucoup qui viendront à l'Elysée. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Mais pas tous, vous êtes d'accord ? Ils ne sont pas tous invités, ou alors vous les invitez tous à l'Elysée aujourd'hui ? JACQUELINE GOURAULT Vous savez, pendant cette semaine il faut savoir que les maires sont invités à plein d'endroits. Moi, par exemple, j'ai invité, avec mes deux collègues Sébastien LECORNU et Julien DENORMANDIE, on a invité tous les présidents d'associations départementales à venir à notre ministère. Je sais que d'autres ministres le font, qu'hier soir il y avait la soirée Outre-mer, la Maire de Paris invite les maires, bon, il y a plein… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Ils ne sont pas abandonnés les maires, mais vous comprenez bien, et je comprends que vous fassiez votre travail, et ce n'est pas de votre faute, mais le président leur dit "je viendrai tous les ans devant vous rendre des comptes", il ne vient pas, il y a de quoi être déçu quand on est maire. JACQUELINE GOURAULT Oui, il faudrait aussi que, comment dire, l'Association des maires de France qui, comme vous le savez, est dans, depuis plusieurs mois, dans une, comment dire, une relation un peu difficile avec le gouvernement… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Un peu difficile, vous voulez parler de François BAROIN j'imagine. JACQUELINE GOURAULT Je parle de François BAROIN et de l'ensemble… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Parce qu'il a d'autres ambitions, il pense déjà à 2022 vous croyez ? JACQUELINE GOURAULT Non mais, François BAROIN, je ne sais pas à quoi il pense, je ne suis pas dans sa tête… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN A 2022, moi je vous le dis. JACQUELINE GOURAULT Ce que je vois, moi, c'est que l'Association des maires de France, contrairement à beaucoup d'autres associations, ne souhaite pas travailler, enfin par, je ne sais pas comment vous dire, par… ça a été fait comme d'habitude; moi j'ai été vice-présidente de l'Association des maires, je sais très bien comment ça fonctionne, tout gouvernement a toujours travaillé avec l'Association des maires de France… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Vous nous dites que François BAROIN fait de la politique, qu'il instrumentalise les maires à son profit. JACQUELINE GOURAULT Mais je vous dis que, pour l'instant, et j'espère que ça va changer, je tends la main en tant que ministre à François BAROIN et à André LAIGNEL, pour leur dire : c'est l'intérêt des maires, c'est l'intérêt du gouvernement, c'est l'intérêt des territoires, de travailler ensemble. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Alors, on va parler évidemment des préoccupations des maires, parce qu'on a vu cette étude du CEVIPOF, il y a 2, 3 jours, qui dit que 49 % des maires n'envisagent pas de se représenter lors des prochaines élections, c'est-à-dire en 2020, et on apprend aussi que plus d'1 millier de maires ont démissionné depuis leur élection en 2014. C'est quoi cette déprime, cette démoralisation des maires, comment vous l'expliquez Jacqueline GOURAULT ? JACQUELINE GOURAULT Alors, deux choses. D'abord, les démissions des maires, il y en a toujours eu… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Mais là beaucoup quand même ! JACQUELINE GOURAULT Il y en a toujours eu, parce que, il y a des raisons professionnelles, de maladie, parfois des décès, etc., ce n'est pas des démissions vous me direz, mais il faut changer de maire. Alors il y a deux choses, je le dis au passage, très rapidement, mais qui aussi comptent dans l'addition, si je puis dire. Il y a beaucoup de maires qui ont démissionné aussi parce qu'ils étaient frappés par le cumul des mandats, parce que c'est le début de l'application de la loi sur le non cumul de mandats… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Ça c'est pour les grandes villes. JACQUELINE GOURAULT Eh ben oui, oui, oui… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN C'est pour les grandes villes. JACQUELINE GOURAULT Oui, mais ça compte; pour les grandes villes, pas seulement. Le maire qui m'a succédé au Sénat quand je suis devenue ministre, il est maire d'une petite commune. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN C'est quoi le seuil, c'est 3500, c'est ça ? JACQUELINE GOURAULT Ah non, il n'y a pas de seuil, c'est tous les maires… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Tous les maires, tous les exécutifs locaux. JACQUELINE GOURAULT Tous les exécutifs, il n'y a aucun seuil. Deuxièmement, il y a aussi un petit phénomène qui joue, c'est la création des communes nouvelles, qui, vous savez qu'on est passé en dessous de la barre des 36.000 communes… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN C'est vrai. JACQUELINE GOURAULT Voilà… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN …Regroupements de communes. JACQUELINE GOURAULT Mais, ce qui est très intéressant, c'est… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Enfin, il y a quand même 49 % des maires qui ne veulent plus se représenter, quand même. JACQUELINE GOURAULT Oui, c'était 40 % la dernière fois. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Oui, mais enfin c'est à 10 % de plus. JACQUELINE GOURAULT Oui, oui, et le CEVIPOF fait une très bonne analyse, et j'ai vu ce matin aussi, dans le Parisien, une étude très intéressante, qui montre plusieurs choses, il y a un point sur lequel le CEVIPOF insiste, c'est l'aspect, au fond, consumériste de la population, qui considère que le maire est un prestataire de service, si je puis dire, il y a une évolution culturelle, sociologique, qui n'est pas toujours agréable pour les maires… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Il y a une forte pression sur les maires. JACQUELINE GOURAULT Il y a une forte pression, et les maires sont là, ce sont ceux qui sont devant les citoyens, en première ligne. On dit souvent qu'ils sont les fantassins de la République. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN C'est vrai, et ils estiment aussi ne plus avoir les moyens de leur politique. Le président leur a écrit une lettre, à tous, aux 36.000 maires, j'ai lu la lettre, dedans il dit qu'il promet que les dotations ne baisseront plus, or cette année 47% des communes ont vu leurs dotations baisser, Jacqueline GOURAULT. JACQUELINE GOURAULT Alors, ça va être un peu technique, je suis désolée, mais il faut le faire. La dotation, ça s'appelle la dotation globale de fonctionnement… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN La DGF, mais bon ! JACQUELINE GOURAULT Pour la première fois, vous m'écoutez bien, pour la première fois depuis 4 ans cette enveloppe globale est restée stable, elle n'a pas baissé… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Mais elle a changé selon les communes. JACQUELINE GOURAULT Non. Monsieur, je vous explique. Depuis toujours la DGF est répartie sur l'ensemble des communes, et depuis toujours il y a des critères, nombre d'habitants, longueur des routes, nos d'enfants dans les écoles, je vais vite, et donc la répartition de la DGF elle se fait en fonction de critères, ça c'est toujours fait comme ça. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Donc il y a des gagnants et des perdants. JACQUELINE GOURAULT Il y a des gagnants et des perdants. Avant c'était mieux, vous pensez ? Tout le monde perdait, c'est-à-dire que toutes les communes de France voyaient la DGF, pendant 4 ans, diminuer, 11,5 milliards. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Alors, une question très concrète. On sait que la taxe d'habitation, vous l'avez dit, est progressivement réduite, de 30 % en 30 % chaque année, un tiers par an pour 80 % des Français, et en 2021 plus personne ne paiera la taxe d'habitation. Vous, l'Etat, vous compensez, presque on va dire… JACQUELINE GOURAULT Non pas presque. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Vous ne compensez pas les augmentations. JACQUELINE GOURAULT Si. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Et vous avez dénoncé les maires qui augmentaient la taxe d'habitation. JACQUELINE GOURAULT Non. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Comment ça non ? JACQUELINE GOURAULT Non, non… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Si le maire augmente de 10 %… JACQUELINE GOURAULT Ah, si le maire augmente… alors attendez. La règle du jeu était posée, dès le départ on avait dit que c'était sur le taux de 2017… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Et là François BAROIN vous demande de le faire sur le taux de 2018 ! JACQUELINE GOURAULT Non mais, d'accord, mais quand on pose des règles, tout le monde les connaissait les règles, et il y a 6000 communes, à peu près, qui ont augmenté le taux. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Que vous avez dénoncées avec #Balance ton maire, que vous avez ciblées. JACQUELINE GOURAULT Non, non, vous mélangez tout Monsieur, je vous prie de m'excuser, on a… la liste des 6000 maires a été rendue publique, mais je signale que le chiffre que vous avez donné, pour la DGF tout à l'heure, l'Association des maires de France avaient rendu publiques toutes les communes qui perdaient. La transparence elle ne peut pas s'appliquer que dans un sens, elle s'applique tout le temps. Et, par ailleurs, les critères étaient donnés, 2017, et l'Etat fait un dégrèvement, c'est-à-dire qu'il se met à la place du contribuable, et que le produit attendu par les mairies sera, à l'euro près, exactement le même. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Qu'est-ce qui va remplacer la taxe d'habitation dans 3 ans ? Parce que là vous compensez, et c'est normal, mais dans 3 ans vous dites il y aura un nouvel impôt quand même, l'Etat ne va pas chaque année dépenser des milliards à la place des contribuables. JACQUELINE GOURAULT Il n'y aura pas de nouvel impôt… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Je croyais que vous étiez en train de réfléchir à un nouvel impôt. JACQUELINE GOURAULT Non, il n'y aura pas de nouvel impôt, il y aura une répartition des ressources de l'Etat différente, c'est-à-dire que soi on compense par un impôt qui est touché par une autre collectivité, par exemple… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN La taxe foncière par exemple, les départements… JACQUELINE GOURAULT Par exemple, sur le foncier bâti des départements, et à ce moment-là le département devra se voir…. Enfin avoir une ressource, compensée à son tour, qui peut être une part d'un impôt national, comme l'ancien gouvernement l'avait fait avec les régions, à savoir par exemple la TVA ou la CSG. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Ou la taxe sur le carburant, une partie pour les régions, comme vous le savez, un tiers. JACQUELINE GOURAULT Mais déjà, c'est déjà fait, c'est déjà le cas. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Et donc il y aura une taxe dédiée pour les communes, mais pas une taxe nouvelle pour les citoyens on est d'accord, c'est une promesse ? JACQUELINE GOURAULT On est bien d'accord, c'est une promesse, c'est un engagement… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Pas de nouvel impôt ? JACQUELINE GOURAULT C'est un engagement. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN C'est un engagement. J'ai entendu dire à l'Elysée que le président comptait sur les maires pour l'aider justement à renouer le fil du dialogue avec cette France des territoires, avec les gilets jaunes, est-ce que son discours devant les maires à l'Elysée, quand il va les recevoir mercredi soir, peut être l'occasion justement de faire de nouvelles annonces et de demander aux maires de tendre la main aux maires ? JACQUELINE GOURAULT C'est l'occasion de rendre compte de ce qui a été fait pendant un an, et de donner aussi le sens global de son action, car quand le président Emmanuel MACRON a été élu, il faut se rappeler de la situation dans laquelle on était et de la perte de confiance des Français dans leurs représentants, il faut donc renouer, tout cela, ça n'est pas si facile que cela, comme on le voit, mais je pense que le président de la République a à la fois la personnalité, la volonté et, comment dire, le sens d'une action globale pour les Français qui sera ressenti par les maires. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Vous comptez sur les maires pour dénouer la crise ? JACQUELINE GOURAULT Bien sûr. Comment ne pas compter sur les maires, les maires sont, comment dire, la base de l'organisation territoriale de notre pays dans une France qui est décentralisée, et puis, il faut leur apporter aussi des réponses aux inquiétudes qu'ils ont, par exemple, et vous le verrez dans l'étude du Parisien de ce matin, le besoin de protection juridique, le besoin aussi d'avoir des indemnités qui soient un peu plus élevées notamment dans les petites communes… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Alors, aujourd'hui c'est maximum 1.300 euros, je crois, dans les plus petites communes, est-ce que vous envisagez d'augmenter cette indemnité ? JACQUELINE GOURAULT Je crois qu'il faut que les Français aussi comprennent qu'être maire, c'est prendre sur son temps de travail, sur sa vie de famille, et que ça mérite des indemnités, parfois… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Et donc ça, vous allez faire un geste sur ces indemnités-là, vous allez augmenter... parce que, après, chaque commune décide, mais est-ce que vous allez augmenter… JACQUELINE GOURAULT Chaque commune décide, mais… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Mais est-ce que vous allez augmenter le plafond ? JACQUELINE GOURAULT Par exemple, moi, quand j'étais sénatrice, j'ai fait passer une loi pour les communes de moins de 1.000 habitants, qui fait qu'aujourd'hui, c'est automatique l'indemnité, parce que figurez-vous que quand vous êtes élu maire… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Il y a eu beaucoup de bénévoles avant… JACQUELINE GOURAULT Quand vous êtes élu maire, la première délibération au conseil municipal qui suit l'élection du dimanche, la première délibération, c'est l'organisation… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Votre indemnité… JACQUELINE GOURAULT Du conseil municipal et donc l'indemnité, et donc parfois, je connais des jeunes maires qui ont été élus à la suite de maires qui ne prenaient pas d'indemnités ou qui n'en prenaient qu'une partie, et qui ne pouvaient pas se faire voter les indemnités… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Est-ce que vous allez augmenter le plafond ? JACQUELINE GOURAULT On ne va pas augmenter le plafond, ça n'est pas décidé, parce qu'il faut négocier ça avec les maires, parce que je vous rappelle que c'est pris sur le budget de la commune, voilà. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Bien sûr. Alors encore une question concrète pour les Français qui sont dans des zones rurales, les fameuses zones blanches, il y a un deal qui a été passé avec le gouvernement, on ne vous fait pas payer les futures licences de la 5G, et en échange, vous comblez les zones blanches qui ne reçoivent pas bien la téléphonie mobile, est-ce que vous suivez ça de près, et est-ce qu'on est dans les clous, est-ce que ce n'est pas un marché de dupes que vous avez signé ? JACQUELINE GOURAULT Non, ça n'est pas un marché de dupes, c'est Julien DENORMANDIE qui, dans ses anciennes fonctions, l'avait négocié avec les opérateurs, ça marche, il y a toute une opération qui est faite avec les élus. Ce sont les élus qui aujourd'hui envoient à France numérique, qui gère cela, qui envoient là où les pylônes doivent être… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN C'est aux élus d'alerter ? JACQUELINE GOURAULT Non, là où les pylônes… CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Donc on peut se retourner contre son maire maintenant si on capte mal… JACQUELINE GOURAULT Mais non, parce que ce sont les élus qui savent le mieux où ça ne capte pas, donc ce sont les élus qui, par négociation avec les opérateurs, envoient les pylônes nécessaires qu'il faut rajouter. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Merci beaucoup Jacqueline GOURAULT. J'en profite pour vous souhaiter un bon anniversaire. JACQUELINE GOURAULT Merci. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Car c'est votre anniversaire aujourd'hui. PASCALE DE LA TOUR DU PIN Bon anniversaire Madame la Ministre. JACQUELINE GOURAULT Merci beaucoup. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/671.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/671.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..bf92b7f8fca2898fb3d8eb3e98f4513133ff5983 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/671.txt @@ -0,0 +1 @@ +CYRIL VIGUIER L'invité politique en direct sur ce plateau ce matin, c'est Julien DENORMANDIE, bonjour, merci d'être avec nous. JULIEN DENORMANDIE Bonjour. CYRIL VIGUIER Vous êtes le ministre auprès du ministre de la Cohésion des territoires chargé de la Ville et du Logement. Pour vous interroger à mes côtés ce matin Marcelo WESFREID du Figaro pour Public Sénat, bonjour. MARCELO WESFRIED Bonjour. CYRIL VIGUIER Et Pascal JALABERT du groupe EBRA, présent sur ce plateau pour l'Est Républicain ce matin. PASCAL JALABERT Bonjour. CYRIL VIGUIER Julien DENORMANDIE, votre interview sera retransmise sur les sites Internet de la presse quotidienne régionale à partir de 10h30 ce matin. Les gilets jaunes, le ministre de l'Intérieur, Christophe CASTANER, il y a quelques minutes sur France 2 a dénoncé la dérive totale des manifestations, est-ce que vous demandez-vous que cela cesse maintenant ? JULIEN DENORMANDIE Il y a d'abord un droit de manifester, ce droit de manifester moi j'y suis, mais tout responsable politique l'est viscéralement attaché, il est constitutionnel et il est respectable en tout point. Après manifester, manifester sa colère, manifester ses idées, manifester ses opinions ne doit pas amener à bloquer un pays. Il y a un autre principe constitutionnel qui est la libre circulation, qui est que chacun puisse faire au quotidien ses activités et donc il faut trouver un juste équilibre entre exprimer ses idées et puis bloquer un pays. MARCELO WESFRIED Qu'est-ce qu'on fait par exemple à Toulouse, il y a une raffinerie qui est bloquée, est-ce que il faut maintenant la faire évacuer par la force ? JULIEN DENORMANDIE Ecoutez, le ministre de l'Intérieur, qui a en charge ces dossiers, s'est exprimé sur ce sujet. Moi, je pense qu'il faut appeler chacun à une sorte de retenue. il ne faut pas oublier que ce qui s'est passé samedi, c'est deux choses, c'est d'abord un message, un message envoyé par les gilets jaunes, un message envoyé par beaucoup de Français, un message que le gouvernement a entendu et puis c'est aussi une journée qui a été endeuillée par le décès de l'une de nos compatriotes, par des centaines de blessés dont 17 blessés graves. Et donc moi j'appelle tous ceux qui manifestent à déclarer en préfecture leur manifestation, non pas pour que l'Etat puisse savoir exactement ce qu'ils font au moment précis, mais tout simplement pour que l'Etat puisse organiser, puisse prévenir, puisse faire en sorte que l'ensemble des forces de sécurité soient mis au bon endroit, au bon moment, c'est aussi ça le droit de manifester, de manifester dans un climat apaisé, je crois que c'est important. PASCAL JALABERT Julien DENORMANDIE, donc les gilets jaunes et puis d'autres qui ont revendiqué demandent à ce qu'il y ait plus de dialogues avec ceux qui décident, en occurrence le gouvernement, pourquoi avoir refusé la main tendue de Laurent BERGER de la CFDT ? JULIEN DENORMANDIE Je ne crois pas que la main tendue ait été refusée, je crois surtout qu'il y a un message très clair qui nous a été envoyé et ce message, moi je veux le dire, le gouvernement et le Premier ministre l'a redit dimanche soir, ce message il a parfaitement était entendu, ce message c'est quoi ? C'est un message parfois de désespérance et les mots sont forts, un message parfois de souffrance et de là aussi des mots sont très forts et ce qui est important d'expliquer c'est pourquoi vous fait tout ça, on ne fait pas tout ça pour embêter les Français, on fait tout ça pour les protéger. Alors oui c'est compliqué, oui c'est difficile et on les protège de quoi ? Aujourd'hui est-ce qu'on veut une société du tout pétrole ? Est ce qu'on veut, parce que c'est le cas aujourd'hui, est-ce qu'on veut que le pouvoir d'achat… PASCAL JALABERT Est-ce qu'il ne faut pas en parler avec eux, s'asseoir autour de la table, dire, on va faire comme ça. JULIEN DENORMANDIE J'y viens mais je voudrais juste terminer sur ce point parce que c'est essentiel, est-ce qu'aujourd'hui on peut accepter que le portefeuille des Français, il soit dépendant des monarchies du Golfe ou des pays pétroliers, parce que c'est ça ce qui se passe, c'est le deuxième élément qui essentiel, c'est de protéger les Français face à ces éléments et ces événements de pollution. Moi je suis père d'enfants, comme beaucoup de parents qu'est-ce qu'on remarque aujourd'hui, la montée de l'asthme, on a de plus en plus d'enfants qui sont asthmatiques et je ne parle même pas des 50.000 personnes qui l'année dernière sont mortes à cause des particules fines. Mais protéger et c'est mon dernier point, protéger c'est quoi aussi, c'est d'accompagner toutes celles et ceux pour qui ces transformations sont plus compliquées et c'est là où il faut, y compris dialoguer avec eux, ceux qui représentent les gilets jaunes et donc c'est de les accompagner, c'est l'ensemble des mesures annoncées par le Premier ministre, c'est cette prime à la conversion, ce chèque énergie. MARCELO WESFRIED Sur la situation sécuritaire, j'y reviens parce que c'est un mort, 500 blessés, il y a déjà des condamnations, est-ce que c'est une radicalisation du mouvement ? JULIEN DENORMANDIE Non, moi je n'aime pas ce terme parce que, vous savez, je pense que beaucoup de personnes qui ont manifesté… MARCELO WESFRIED C'est Christophe CASTANER qui utilise ce terme. JULIEN DENORMANDIE … l'ont fait pour la première fois, je ne crois pas, je crois profondément que beaucoup de nos concitoyens qui ont qui ont manifesté, qui ont exprimé cette colère ou ce sentiment de souffrance, l'ont fait alors qu'ils n'avaient pas l'habitude de manifester. Ils l'ont fait avec leurs moyens, ils l'ont fait avec leur comportement. Ce qui est important encore une fois, c'est que le droit de manifester, il est essentiel mais il faut le faire dans un cadre qui est défini et là aussi le ministère de l'Intérieur… PASCAL JALABERT Le dialogue aussi est essentiel, Daniel COHN-BENDIT hier appelait à réunir 50 gilets jaunes, des syndicats, est-ce que vous allez vous mettre autour d'une table pour reparler de tout ça ? JULIEN DENORMANDIE Alors les gilets jaunes, ce n'est pas un mouvement entre guillemets organisé, ce n'est pas un mouvement avec des leaders à leur tête, mais le dialogue, il est entre les Français, entre les Français et le gouvernement et donc c'est cette explication de pourquoi on fait tout ça et puis surtout cette prise de conscience que face aux transformations que j'évoquais, une société qui ne doit pas être une société du tout pétrole, une société qui doit faire face à ces dérèglements climatiques ou à ces pollutions, il faut que le gouvernement apporte l'accompagnement, notamment pour celles et ceux qui sont les plus fragiles. Je vais vous donner un exemple mais qui pour moi veut dire beaucoup de choses, il y a une question derrière tout ça qui est essentielle, c'est parfois l'inefficacité de l'Etat. Vous savez, on a beaucoup parlé du chèque énergie. Le chèque énergie beaucoup de celles et ceux qui manifestaient ce week-end n'y ont pas accès, alors même qu'ils y ont droit. Le chèque énergie aujourd'hui, c'est à peu près de trois millions de Français qui sont éligibles, pour celles et ceux qui nous écoutent, c'est quand même 150 euros qui vont passer à 200 euros l'année prochaine pour vous accompagner dans le paiement de votre chauffage. Il y a plus de 500.000 personnes sur les trois millions de nos concitoyens qui sont éligibles, qui ne le demandent pas et pourquoi, non pas parce qu'ils ne sont pas informés, non pas parce qu'ils ne savent pas faire mais, parce qu'il y a une certaine inefficacité de l'Etat dans cet accompagnement. Et donc derrière tout ça, il y a quoi ? Il y a une vision, je l'ai dit, il y a des mesures, je l'ai dit aussi, mais il y a aussi un changement que l'Etat doit opérer dans la façon qu'il a de faire ses politiques publiques, pour être au plus près de nos concitoyens, être au dernier kilomètre, faire en sorte que toutes celles et ceux, qui ont besoin d'être accompagnés puissent l'avoir. MARCELO WESFRIED Julien DENORMANDIE, qui a dit cette phrase, « Je m'engage à une chose si vous l'acceptez, c'est venir chaque année rendre compte des engagements que je viens de prendre, parce que cela c'est l'esprit de responsabilité dans la République » ? JULIEN DENORMANDIE C'est le président de la République. MARCELO WESFRIED Alors pourquoi ne se rend-il pas au congrès des maires de France, comme il l'avait promis ? JULIEN DENORMANDIE Mais là aussi c'est, excusez-moi, je pense très sincèrement que c'est un faux débat, le président de la République, on peut le critiquer sur beaucoup de choses, le président de la République, il y a toujours cette position d'écoute et cette position du « aller vers » et notamment vis-à-vis des élus locaux. Cette semaine le président de la République envoie un courrier à tous les maires de France pour rendre compte de son action depuis un an, pour rendre compte de son action depuis le dernier congrès des maires, une aide qui est très importante, qui part d'un postulat, qui dit que la réussite elle ne peut être que collective, qui part d'un postulat très fort qui dit que la République, ça n'est pas qu'un Etat, ce n'est pas qu'un président et un gouvernement, c'est un binôme entre l'Etat et les élus locaux qui représentent la République au quotidien, qui dit également toute la considération qu'il porte aux élus locaux, qu'il prend des engagements notamment de maintenir les financements, notamment de faire en sorte, comme je l'indiquais pour nos concitoyens, que l'Etat change, que l'Etat accompagne mieux les élus locaux. C'est par exemple l'Agence nationale de la cohésion des territoires que nous crons en ce moment même. Et par ailleurs le président de la République va recevoir beaucoup de maires à l'Elysée, va recevoir le bureau de l'AMF et était, il y a encore quelques jours, pendant plus d'une semaine sur le territoire à la rencontre de tous nos élus locaux. Donc je pense très sincèrement que là, il y a un faux débat et qu'on a un président de la République, non seulement qui considère, qui accompagne mais qui est à l'écoute. PASCAL JALABERT Mais il manquera du monde, parmi les maires qu'il va recevoir puisqu'il y a eu beaucoup de démissions, des milliers de conseillers municipaux ont démissionné, un maire sur deux ne veut pas se représenter. Ils avancent comme arguments, on a l'impression des administrés, l'intercommunalité une dépossède de tout. Alors quel message avez-vous pour ces maires, pour leur rendre la confiance et l'envie de s'engager dans une activité qui devient très difficile, voire impossible ? JULIEN DENORMANDIE Déjà, beaucoup de considération. Moi je considère qu'être maire c'est très certainement le plus bel engagement d'élu local, parce que vous faites un métier compliqué, difficile, qui est de plus en plus difficile, et vous êtes justement le réceptacle de toutes les douleurs de nos concitoyens. Donc un énorme message de considération. Deuxième message, un engagement très fort que seul ce gouvernement a pris, qui est un engagement de maintenir ces dotations budgétaires, ces fameuses dotations qui pendant des années, pendant 10 ans exactement, ont diminué chaque année. Créant quoi ? Créant un sentiment de mal-être, créant un sentiment d'une impossibilité de gouverner correctement lorsque vous étiez maire, tout simplement parce que vous n'aviez pas de visibilité. Et un troisième élément qui est essentiel, c'est un changement dans la méthode de l'Etat, et moi j'insiste dessus, parce que vous savez, le macronisme, c'est à la fois une vision, c'est un projet politique, mais c'est aussi un projet de méthode. C'est de se dire, aujourd'hui comment l'Etat il l'accompagne, non pas un Etat qui décide tout, mais un Etat qui accompagne. Et encore une fois j'évoquais l'Agence nationale de la Cohésion des territoires, c'est quoi ? Eh bien c'est un changement radical de notre administration pour faire en sorte qu'aujourd'hui notre administration ne soit plus tournée vers les ministres, tournée vers ce que le gouvernement demande au jour le jour, mais une administration qui soit tournée vers les élus locaux, et ça, ça change tout. MARCELO WESFREID Julien DENORMANDIE, aujourd'hui monsieur BAROIN, le patron justement de l'Association des maires de France, propose dans Le Figaro une mesure concrète, c'est que les bébés soient enregistrés dans les lieux de résidence et non plus dans les lieux de naissance, puisqu'on sait qu'il y a de moins en moins de maternités. Est-ce que vous, ministre de la Ville et du Logement, vous dites : banco, bonne idée ? JULIEN DENORMANDIE Alors, je ne vais pas m'exprimer précisément sur cette mesure, mais derrière ça il y a quoi ? Il y a la question de qui aujourd'hui délivre un certain nombre de services publics. Est-ce que c'est toujours les mairies, est-ce que c'est des services de l'Etat ? Et quand c'est les services de l'Etat, quel service de l'Etat le fait ? Moi je pense que ce qui est essentiel, c'est que ce services publics, l'ensemble de nos concitoyens puissent y avoir accès facilement, c'est-à-dire, prenez le sujet de la carte grise par exemple, qui concerne, ou du permis de conduire, qui concerne beaucoup de nos concitoyens, jusqu'à présent c'était la croix et la bannière, vous étiez obligé d'aller en préfecture, eh bien aujourd'hui c'est beaucoup plus simple, il y a d'autres endroits, plus proches du terrain, plus proches de nos concitoyens, qui ont été mis en place, c'est ça, c'est la notion d'accès, d'accès aux services qui est essentielle. CYRIL VIGUIER C'est Julien DENORMANDIE, le ministre auprès du ministre de la Cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement qui est notre invité ce matin, justement Julien DENORMANDIE, Marseille, le drame du 5 novembre de la rue d'Aubagne, 12 jours après, 1 105 personnes ont été évacuées, 142 immeubles vétustes, c'est le drame de l'habitat insalubre, on sait que la mairie était informée, est-ce que l'Etat était au courant de la situation ? JULIEN DENORMANDIE Alors, sur ce qui s'est passé aux numéros 63 65 et 67 rue d'Aubagne, il y a une enquête qui est en cours. Vous comprendrez aisément, en tant que membre d'un exécutif je ne peux me prononcer sur l'enquête en cours. En revanche, ce que je sais, c'est que cette question de l'habitat insalubre c'est un véritable fléau qui concerne un nombre de nos territoires, suffisamment important pour que depuis 18 mois, 18 mois, j'en ai fait un axe très fort de mon action. CYRIL VIGUIER Vous êtes informé de situations similaires ? JULIEN DENORMANDIE Je suis informé d'autres villes dans lesquelles il y a aussi des problèmes de logements insalubres. Et pour vous donner un élément très précis, au début du mois d'octobre, donc avant les événements tragiques et dramatiques qui ont endeuillé toutes les Marseillaises et Marseillais, j'ai annoncé, d'ailleurs à Marseille même, parce que je savais l'importance du sujet à Marseille, une politique publique nouvelle, ambitieuse, très forte, entièrement tournée vers la lutte contre l'habitat insalubre. C'est 3 milliards d'euros que j'ai annoncés début octobre, avec tous les partenaires, toutes des agences de l'Etat, celle de la rénovation urbaine, celle pour habiter mieux, qu'on appelle l'ANAH, mais également Action logement, la Caisse des dépôts etc., pour proposer à l'ensemble des collectivités, de nouveaux moyens, de nouvelles mesures et une détermination totale à les accompagner dans la lutte contre l'habitat insalubre. Et j'ai annoncé ce plan, cette politique publique que les élus locaux eux-mêmes ont qualifié de première, c'est la première fois qu'un ministre du Logement faisait une véritable politique publique de lutte contre l'habitat insalubre. Je l'ai annoncé à Marseille au début du mois d'octobre, depuis je la décline dans tous les territoires où c'est nécessaire, j'étais à Grigny il y a 10 jours, à Mulhouse la semaine dernière, j'étais à Saint-Étienne-du-Rouvray hier, toujours en appui avec les élus locaux. PASCAL JALABERT Aujourd'hui on estime que 70 à 80 % des Français ne seraient pas mesures d'acheter un logement ou celui dans lequel ils sont, un président d'un grand groupe de construction immobilière propose d'encadrer les prix du foncier et d'encadrer aussi les prix de vente des promoteurs. Etes-vous favorable à ces mesures concrètes ? JULIEN DENORMANDIE Alors, le promoteur que vous mentionnez, je le connais très bien, j'ai beaucoup travaillé avec lui sur tous ces sujets… PASCAL JALABERT C'est … JULIEN DENORMANDIE Exactement. J'ai beaucoup travaillé avec lui sur tous ces sujets. La question de l'encadrement des prix est une question très compliquée, d'une part parce que c'est une question qui atteint au droit de propriété et vous savez que ce droit de propriété est préservé par la Constitution. Il y a une expérimentation qui est en cours, c'est d'encadrer ce qu'on appelle les prix de sortie, à défaut d'encadrer les prix du terrain, vous encadrer des prix de sortie, notamment les prix des loyers. Cette expérimentation on n'est jamais allé au bout. Pourquoi ? Parce qu'elle avait été mise en place par le précédent gouvernement et puis l'administration, la juridiction pardon, la juridiction administrative, a cassé ces encadrements. Par la loi logement on a réintroduit la possibilité de le faire. Moi je pense qu'il faut aller au bout de cette expérimentation, pour savoir si oui ou non un encadrement peut marcher. Si un encadrement peut marcher, alors moi je n'ai aucune difficulté, aucun complexe, il faudra le généraliser. En revanche, si un encadrement ne marche pas, à ce moment-là il faudra l'arrêter, mais on va faire là aussi des choses dans le bon ordre, il faut expérimenter, voir tirer des conclusions et savoir si oui ou non il faut généraliser la chose. MARCELO WESFREID Alors, dans l'actualité, ça n'a rien à voir, mais le patron de RENAULT a été mis en garde à vue au Japon pour un problème de fraude fiscale. Qu'est ce que vous dites, comment rassurer les salariés de RENAULT puisque l'Etat est un actionnaire ? JULIEN DENORMANDIE Alors déjà, RENAULT est une boîte incroyable, RENAULT est aujourd'hui dans le l'ensemble du groupe le premier constructeur d'automobiles au monde, c'est une fierté nationale, et je veux vraiment que ce qui s'est passé, et encore une fois là aussi une enquête est en cours, donc il m'est difficile de m'exprimer sur ce qui se passe exactement, mais en tout état de cause, rassurer tous les salariés sur la grandeur de leur entreprise, sur la grandeur de ce qu'ils font au quotidien. Ensuite, l'Etat est actionnaire, est un actionnaire significatif du groupe RENAULT. L'Etat en tant qu'actionnaire, en tant que membre du Conseil d'administration, aura une seule volonté, un seul objectif, c'est de préserver le groupe, de préserver l'alliance, de préserver la prospérité de cette entreprise qui a su se relever par le passé et qui aujourd'hui fait un travail formidable. Et donc l'Etat en tant qu'actionnaire a différents outils, a une influence au sein du Conseil d'administration, et donc il sera là, il jouera pleinement son rôle, et ça je suis convaincu que Bruno LE MAIRE, qui est en charge du dossier, saura le faire, pour s'assurer de la pérennité du groupe et rassurer à la fois les salariés et les actionnaires. CYRIL VIGUIER Julien DENORMANDIE, les premiers grands froids sont sur le pays, on l'a vu dans la météo tout à l'heure, on le verra dans la météo dans quelques minutes, qu'est-ce que vous allez faire pour les sans-abris qui évidemment vont être impactés, notamment je pense aux migrants ? Quelles sont les premières mesures ? JULIEN DENORMANDIE C'est une situation qui est très difficile. J'étais encore hier dans des centres d'hébergement d'urgence, et j'ai passé une grande partie de la nuit à accompagner des maraudes, c'est-à-dire des travailleurs sociaux qui vont à la rencontre des plus démunis, des sans domicile fixe. J'étais jusqu'à tard dans la nuit avec les équipes du SAMU social, dans les rues de Paris. Aujourd'hui je crois pouvoir dire, et ça n'est pas une fierté, parce que ça témoigne aussi de la difficulté de la situation, que jamais un gouvernement n'a mis autant de moyens, autant d'énergie, autant de détermination, pour ouvrir des places d'hébergement d'urgence. C'est 135 000 places qui sont ouvertes, et depuis le 1e novembre, c'est-à-dire la rentrée dans la période hivernale, c'est 1 700 places supplémentaires qui ont été ouvertes, et rien que cette... en Ile-de-France, en Ile-de-France, rien que cette semaine en Ile-de-France, c'est 800 places supplémentaires qui vont être ouvertes pour faire face justement aux épisodes de froid qui arrivent. Donc ces chiffres que je vous mentionne, qui sont des chiffres du moment, ils disent également augmenter au fur et à mesure de l'hiver, au fur et à mesure de la baisse des températures. Pendant l'hiver on pourra ouvrir jusqu'à 14 000 places supplémentaires, pour accueillir toutes celles et ceux qui en ont besoin. Donc c'est une détermination totale, c'est aussi beaucoup d'humidité. Je vais vous dire qu'hier, dans les centres d'hébergements, on rencontre, et j'ai encore pu le constater, encore plus de femmes et d'enfants qu'on ne le rencontrait il y a quelques années. Des femmes et des enfants qui aujourd'hui peuvent dormir dans la rue, et il y en a, il y a encore des milliers de personnes qui dorment dans la rue, et donc c'est une détermination totale, mais je dis bien totale, pour pouvoir proposer des solutions adaptées à chacune et chacun qui en ont besoin. CYRIL VIGUIER Merci Julien DENORMANDIE, ministre auprès du ministre de la Cohésion des territoires, chargé de la ville et du Logement, d'avoir été notre invité politique. JULIEN DENORMANDIE Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/672.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/672.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..5d2de17c82add3c292e80cf94e781b96593589ff --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/672.txt @@ -0,0 +1 @@ +À l'invitation du Président de la République française, M. Emmanuel Macron, Son Altesse Cheikh Mohammed Bin Zayed Al Nayan, Prince Héritier d'Abou Dabi et vice-Commandant suprême des Forces armées émiriennes s'est rendu en visite officielle à Paris, le 21 novembre 2018. Cette visite, qui a eu lieu à l'occasion de l'Année Zayed commémorant le centenaire de la naissance de Cheikh Zayed, père fondateur et premier Président des Emirats arabes unis, a de nouveau témoigné de la force du partenariat et des liens historiques unissant la France et les EAU. Le Président Macron et Son Altesse Cheikh Mohammed Ben Zayed Al Nayan ont eu des discussions approfondies sur les questions régionales et internationales d'intérêt commun, et sur leurs priorités communes, en particulier la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme. Cette visite officielle a permis à la République française et aux Emirats arabes unis de faire le bilan de la mise en œuvre de la feuille de route bilatérale, convenue lors de la visite du président Macron aux EAU en novembre 2017, ainsi que de déterminer de nouvelles perspectives en vue d'un renforcement de la coopération bilatérale dans les domaines de l'éducation et de la francophonie (I), de la culture et du patrimoine (II), de l'économie et de l'investissement (III), de l'énergie, l'environnement et de la lutte contre le changement climatique (IV), de l'espace (V), de la paix et de la sécurité régionales, de la coopération de défense et de la lutte contre le terrorisme, l'extrémisme et leurs soutiens (VI) ainsi que des consultations politiques (VII). I. Dans le domaine de l'éducation et de la francophonie - Les deux parties ont salué la nomination d'un nouveau Conseil d'administration de l'Université Sorbonne Abou Dabi (SUAD). Les deux parties ont salué l'adoption d'un nouveau plan stratégique 2019-2023, adopté lors de la réunion du Conseil d'administration de SUAD, qui s'est tenue à Abou Dabi le 23 septembre 2018, et destiné à permettre l'accomplissement du potentiel de SUAD en tant que centre régional d'excellence. - Les deux parties ont salué le rehaussement du statut des EAU au sein de l'Organisation internationale de la Francophonie, passant de membre observateur à membre associé par une décision unanime des Etats membres lors du Sommet de l'Organisation internationale de la Francophonie à Erevan, les 11 et 12 octobre 2018. - Dans ce contexte, les deux parties ont également salué la signature, à Abou Dabi, le 26 juillet 2018, de l'accord bilatéral portant sur la réintroduction de l'apprentissage du Français dans dix écoles publiques des EAU (dans un premier temps) et sur la nomination d'un expert français afin de coordonner la mise en place de ce programme avec le ministère de l'éducation émirien. - Les deux parties ont également salué le lancement des travaux d'extension du Lycée français Théodore Monod sur l'île Saadiyat à Abou Dabi. - Les deux parties ont salué le projet de création d'une radio francophone dans le but de promouvoir la culture française et francophone ainsi que la langue française aux EAU. - La France a salué la décision des EAU de contribuer à la réhabilitation du Château royal de Villers-Cotterêts, qui accueillera la future "Cité de la Francophonie" en 2022. - Paris Hospital Foundations et l'Hôpital Américain de Paris ont tous deux signé un accord avec le ministère de la santé des Emirats arabes unis afin de fixer les conditions dans lesquelles la partie française fournirait des services médicaux aux patients émiriens. - La France s'est réjouie de la perspective de la tenue des Special Olympics à Abou Dabi en 2019, au cours desquels la France entend participer avec une délégation de plus d'une centaine d'athlètes. - Cheikh Mohammed Ben Zayed Al Nahyan a rencontré au Musée du Louvre 64 Emiriens poursuivant leurs études en France. II. Dans le domaine de la culture et du patrimoine - Les deux parties se sont réjouies de l'ouverture de l'exposition "Cités millénaires : voyage virtuel de Palmyre à Mossoul" à l'Institut du monde arabe, le 16 octobre 2018. Elles ont salué à cette occasion l'annonce des premiers projets financés par "ALIPH" l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit créée conjointement par les Emirats arabes unis et la République française et officialisée le 2 décembre 2016 à Abou Dabi lors de la première conférence d'ALIPH, ainsi que la récente nomination de M. Valéry Freland au poste de Directeur exécutif d'ALIPH. Les deux parties ont réaffirmé leur engagement à contribuer à ce projet à hauteur de 30 millions de dollars pour la France et de 15 millions de dollars pour les EAU. Elles ont invité toutes les parties intéressées par cette initiative à contribuer davantage au Fonds. - Son Altesse Cheikh Mohammed Ben Zayed Al Nahyan a visité le Centre Cheikh Zayed au Louvre. À cette occasion, les deux parties ont salué le succès du Louvre Abou Dabi, un an après son ouverture, ainsi que la coopération en cours pour la programmation de nouvelles expositions temporaires et la coordination de prêts issus des collections françaises. La réunion du conseil de l'Agence France-Muséums, qui s'est tenue à Abou Dabi le 9 novembre 2018, ainsi que la visite du ministre français de la culture ont mis en lumière l'importance de cette coopération bilatérale. Les deux parties ont salué la récente désignation de Mme Sandra Lagumina en tant que nouvelle présidente de l'Agence France-Muséums. - La République française et les Emirats arabes unis ont salué le dialogue culturel franco-émirien 2018-2019, visant à renforcer le partenariat culturel entre les deux pays, conformément à l'Accord sur la coopération culturelle signé le 9 novembre 2017 à Abou Dabi, par le ministère français de la culture et le ministère émirien de la culture et du développement des connaissances. Les deux parties ont salué le succès de la semaine culturelle émirienne, organisée à Paris du 11 au 14 octobre 2018, ainsi que celui de la rétrospective du peintre émirien Abdulqader Al Raïs organisée à l'Institut du monde arabe du 25 septembre au 21 octobre 2018. - Les deux pays ont conjointement réaffirmé leur engagement envers le dialogue interculturel et leur volonté de promouvoir - à travers leur coopération culturelle, artistique et institutionnelle - des valeurs de tolérance. À cette fin, les deux parties ont décidé d'organiser une saison croisée France-EAU en 2021, pour célébrer le cinquantième anniversaire des EAU à travers une série d'évènements, tout au long de l'année, dans les deux pays. III. Dans le domaine de l'économie et de l'investissement - Suite au succès de la première édition organisée à Dubaï le 9 novembre 2017 à l'occasion de la visite officielle du président Macron aux EAU, le Forum d'affaires franco-émirien a tenu sa seconde édition à Paris, le 17 octobre 2018. Coprésidé par M. Frederic Sanchez, président du MEDEF International du côté français, et par S.E. Majid Saïf Al Ghureir, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Dubaï côté Emirien, le Forum a été inauguré par les deux présidents ainsi que par S.E Reem Al Hashimi, ministre d'Etat pour la coopération internationale des Emirats arabes unis, et par M. Maurice Gourdault-Montagne, Secrétaire général du ministère de l'Europe et des affaires étrangères. Le Forum a réuni plus de 200 participants. - Le Président Emmanuel Macron et Son Altesse Cheikh Mohammed Ben Zayed Al Nahyan ont salué le succès de la seconde édition du Forum des affaires franco-émirien, ainsi son succès en matière de promotion des échanges entre entreprises françaises et émiriennes, en particulier les petites et moyennes entreprises. - Un accord entre Mubadala Investment Company et Bpifrance et portant sur la création d'un nouveau programme commun de co-investissement d'un montant de 300 millions d'euros, dédié au capital risque français, à la technologie et à l'innovation a été signé par Nicolas Dufourcq, Directeur général de BPI, et Khaldoun Al Moubarak, Président de l'Autorité exécutive des affaires d'Abou Dabi. - Les deux entités sont également en train de s'accorder sur l'extension à hauteur de 700 millions d'euros du programme de co-investissement existant (Fonds franco-émirien). Créé en 2014, le programme de co-investissement a déjà engagé plus de 300 millions d'euros afin de soutenir le développement d'entreprises françaises au potentiel de croissance établi, par des investissements de long terme dans les domaines de la santé, de l'éducation, des soins aux personnes âgées, de l'immobilier et des assurances. - Les deux parties ont salué les récentes avancées de la participation française à l'Exposition universelle de Dubaï en 2020, conformément au contrat signé le 9 novembre 2017 par S.E. Reem Al Hashimi, ministre d'Etat à la coopération internationale et Directrice générale du Bureau de Dubaï expo 2020, et M. Erik Linquier, commissaire général de Dubaï Expo 2020 pour la France. - Son Altesse Cheikh Mohammed Ben Zayed Al Nahyan a également eu une séance de travail avec le Premier ministre français, M. Edouard Philippe, ainsi que plusieurs dirigeants d'entreprises françaises, afin d'explorer les moyens de renforcer la coopération économique entre la France et les Emirats, d'intensifier les échanges bilatéraux et d'encourager les projets conjoints d'investissement. - Les deux parties sont convenues de poursuivre leur coopération dans le domaine de la propriété intellectuelle afin d'améliorer la compétitivité des PME et de renforcer la sensibilisation à la propriété intellectuelle, dans le prolongement du protocole d'accord signé le 22 juin 2018 entre l'Institut de la propriété industrielle (INPI) et le Centre international d'enregistrement des brevets du ministère de l'économie des Emirats arabes unis. IV. Dans les domaines de l'énergie, de l'environnement, du changement climatique et des objectifs de développement durable - Les deux parties ont salué les résultats du One Planet Summit, qui s'est tenu à New York le 26 septembre 2018, à la suite du premier sommet organisé à Paris le 12 décembre 2017, ainsi que la participation active de la République française et des Emirats arabes unis à la première Assemblée générale de l'Alliance solaire internationale, à New Delhi, le 3 octobre 2018. - Les deux pays ont réaffirmé leur soutien aux initiatives en faveur de la transition énergétique et de l'économie verte. Elles sont convenues de développer des projets communs dans le domaine des énergies renouvelables et de l'atténuation et de l'adaptation au changement climatique, en particulier les usages possibles de l'intelligence artificielle et de l'observation par satellite dans ces domaines. - Les parties se sont félicitées de la tenue prochaine du 10ème Forum mondial urbain (WUF10) à Abou Dabi en février 2020 et ont décidé de renforcer leur coopération dans le domaine des villes intelligentes et durables. - Les deux pays ont une compréhension commune de l'importance du développement et de la solidarité internationale, avec comme objectif premier la contribution à l'effort mondial d'éradication de la pauvreté dans le monde. Dans un monde marqué par l'accélération du changement climatique et une instabilité croissante, notre responsabilité de trouver des solutions aux défis mondiaux est plus nécessaire que jamais. - Les EAU et la France placent les objectifs de développement durable 2030 au cœur de leurs actions individuelles et conjointes. Alors que la communauté internationale se rapproche de 2030, les Emirats arabes unis et la France s'engagent à relever les défis qui se présentent à elles et à collaborer sur des initiatives axées vers la recherche de solutions. - Les deux parties sont convenues de soutenir conjointement l'initiative UNITLIFE, sous l'égide des Nations unies, afin de lutter contre le changement climatique et la malnutrition chronique. - Dans le domaine de l'énergie nucléaire, les deux parties se sont félicitées de la signature, en marge de la conférence générale de l'AIEA, à Vienne, de deux accords entre l'Autorité fédérale de régulation nucléaire (FANR) des EAU et l'Institut français de protection radiologique et de sûreté nucléaire (IRSN), d'une part, ainsi qu'entre la FANR et le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), d'autre part, respectivement les 18 et 19 septembre 2018. V. Dans le domaine de la coopération spatiale - La France a félicité les Emirats arabes unis pour le lancement réussi, le 29 octobre 2018, de Khalifasat, le premier satellite d'observation de la Terre à haute résolution entièrement fabriqué aux Emirats arabes unis par des ingénieurs émiriens. - La France et les Emirats arabes unis se sont félicité des progrès substantiels enregistrés par leur coopération dans le domaine spatial, en particulier entre le Centre national d'études spatiales (CNES) et l'Agence spatiale des Emirats arabes unis (UAESA). Dans ce cadre, les deux parties ont salué les travaux en cours sur le premier satellite d'observation de la Terre, qui débouchera sur une définition préliminaire de la mission avant fin 2018, ciblant le renforcement des compétences et les applications sociétales et apportant une contribution commune significative à l'observatoire spatial du climat. - Les deux parties ont salué la coopération en cours dans les domaines de la formation et de l'éducation, ainsi que la perspective de l'organisation d'un séminaire consacré aux technologies spatiales, début 2019, aux Emirats arabes unis. - Les deux parties ont salué l'installation, en septembre 2018, d'une représentation du CNES auprès de l'Ambassade de France à Abou Dabi, afin de favoriser la coopération bilatérale dans le cadre du protocole d'accord signé en 2015 entre le CNES et l'UAESA, ainsi que des contacts établis entre le CNES et le Centre spatial Mohammed Bin Rashid (MBRSC). VI. Dans les domaines de la paix et de la sécurité régionales, de la coopération de défense et de la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme - Alors que la région est confrontée à une instabilité accrue, les deux parties ont renouvelé leur engagement à renforcer le partenariat stratégique entre la France et les Emirats arabes unis, afin de créer un environnement prospère et stable. Dans ce contexte, les deux parties maintiennent des consultations étroites et constantes au sujet des crises régionales. - S'agissant du Yémen, les deux parties ont réaffirmé leur soutien aux efforts de l'envoyé spécial du Secrétaire général de l'ONU, Martin Griffiths, en particulier ses efforts visant à tenir la prochaine session de négociations à Stockholm d'ici la fin de l'année. Ils ont réaffirmé leur soutien à une solution politique durable pour le Yémen et rappelé l'importance de l'ensemble des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, y compris la résolution 2216, l'initiative du CCEAG et le dialogue yéménite. Au plan humanitaire, elles ont souligné l'urgence de la situation et salué le lancement par l'Arabie saoudite et les EAU de l'initiative Imdad, visant à fournir 500 millions de dollars de soutien supplémentaire en faveur des secteurs de l'alimentation et de la nutrition au Yémen, via les Nations unies et les organisations internationales, régionales et locales. Les deux parties ont également souligné l'importance de renforcer l'assistance internationale et d'améliorer l'accès humanitaire dans tout le Yémen. - Les deux parties se sont félicitées de leur coopération sur la Libye, en particulier concernant la lutte contre le terrorisme et la recherche d'une solution politique. À cet égard, elles ont renouvelé leur soutien aux efforts de l'Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies et au processus constitutionnel devant mener à des élections d'ici au printemps 2019. - En ce qui concerne la Syrie, les deux parties ont réaffirmé leurs objectifs communs : la lutte contre le terrorisme, l'assistance humanitaire au peuple syrien et la recherche d'une solution politique. Elles ont souligné la nécessité de respecter un cessez-le-feu à Idlib. Elles ont appelé à la convocation du comité constitutionnel avant la fin de l'année. Elles ont rappelé que l'assistance internationale à la reconstruction de la Syrie dépendait de l'existence d'un processus politique crédible. - La France a présenté les efforts européens en cours afin de préserver le JCPOA. Les deux parties ont partagé leurs préoccupations sur les questions nucléaires, balistiques et régionales impliquant l'Iran. - Les deux parties ont réaffirmé leur soutien au règlement juste, durable et global du conflit israélo-palestinien. Elles ont exprimé leur inquiétude face à l'évolution de la situation sur le terrain, en particulier, les tensions concernant la bande de Gaza et le développement de la colonisation, qui sapent la solution des deux Etats. Elles ont rappelé que le seul moyen de parvenir à une paix durable était une solution négociée avec deux Etats, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité, ayant Jérusalem pour capitale. Elles ont rappelé l'importance de l'initiative arabe de paix. - Les deux parties ont salué l'intense et fructueuse coopération en cours dans les domaines de la sécurité et de la défense à l'occasion du dixième anniversaire de la création de la base aérienne française à Al Dhafra, le 1er octobre 2008 ainsi que la perspective prochaine du dixième anniversaire de la fondation de la base navale française à Abou Dabi, le 26 mai 2009. - Les deux parties ont rappelé que la lutte contre le terrorisme était une priorité commune dans le cadre du partenariat stratégique entre la France et les Emirats arabes unis. Les deux pays ont également réaffirmé leur engagement à lutter contre la radicalisation et l'extrémisme. - Dans ce contexte, la France et les Emirats arabes unis ont confirmé leur ferme volonté d'agir en faveur de la paix et de la stabilité en Afrique, en soutenant en particulier l'opérationnalisation de la force conjointe G5 Sahel. Les Emirats arabes unis ont alloué une contribution financière à ce processus, comme annoncé lors de la conférence de La Celle Saint-Cloud le 13 décembre 2017. La France a décidé de partager avec les Emirats arabes unis son expérience opérationnelle de cette aire géographique afin d'aider à identifier davantage de façons de contribuer à l'opérationnalisation de la force conjointe G5 Sahel. - Les deux parties ont également salué le partenariat étroit existant dans les domaines de la sécurité et de la protection du territoire national, à travers le partage d'expériences et d'expertise, et ont confirmé le maintien d'une étroite coopération dans ce domaine conformément à l'accord de coopération bilatérale signé en 2009. - Les deux parties ont rappelé leur ferme engagement conjoint à lutter contre les menaces modernes et traditionnelles, ouvertement brutales ou plus insidieuses, comme le terrorisme et la radicalisation, les trafics transfrontaliers et les réseaux criminels internationaux, la cybercriminalité et le blanchiment d'argent, et tout ce qui met en péril l'ordre public et le bien-être de nos communautés nationales. - La France a salué la participation des EAU, en tant que partenaire stratégique du plus haut niveau, à la conférence "No money for terror" qui s'est tenue à Paris en avril 2018. Dans ce contexte, la France et les EAU se sont entendus sur le fait que la lutte contre le terrorisme est un effort international et rend comptable tout pays, toute entité ou toute personne pour quelque forme de soutien que ce soit. - Dans un environnement de plus en plus multilatéral, les deux parties ont salué le travail entrepris par le groupe "Alliance" depuis sa création. Lancé en février 2017 sur la base d'une initiative franco-émirienne, ce groupe de travail réunit désormais huit pays et offre à ses membres de nombreuses occasions de partager leurs meilleurs pratiques dans la lutte contre le crime transnational, le terrorisme et la radicalisation, y compris au niveau ministériel. Le dernier de ces rendez-vous a eu lieu à Lyon le 10 octobre 2018, après la démonstration d'un scénario de grande ampleur sur la base du Plan d'intervention nationale français destiné à contrer une attaque terroriste massive, auquel a assisté une importante délégation des EAU. VII. Dans le domaine du dialogue politique - Les deux parties ont salué la participation le 11 novembre 2018 des Emirats arabes unis, en la personne de Cheikh Nahyan Ben Mubarak Al Nahyan, ministre de la tolérance, au Forum de Paris sur la Paix pour lequel cinq projets présentés par les EAU avaient été sélectionnés. - Les deux parties ont salué la récente visite aux Emirats arabes unis du groupe d'amitié France-EAU de l'Assemblée nationale, du 10 au 17 novembre 2018, ainsi que la perspective du renforcement des liens entre les institutions parlementaires françaises et émiriennes. - Les deux parties ont insisté sur l'importance de renforcer encore davantage le partenariat bilatéral dans tous les champs de coopération. À cet égard, elles ont salué les conclusions de la dixième session du Dialogue stratégique bilatéral, qui s'est tenu à Abou Dabi le 18 avril 2018, ainsi que la perspective d'un nouveau rendez-vous, en France, au printemps 2019. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/673.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/673.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..056320b8be8421f8f736c03f6e794718ad67e9a2 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/673.txt @@ -0,0 +1 @@ +Madame, Monsieur, Je termine une deuxième journée de rencontres avec vous, avec les Réunionnaises et les Réunionnais. Cette journée, comme la précédente, a été riche et intense. Aujourd'hui, il n'a malheureusement pas été possible de rencontrer toutes celles et tous ceux qui voulaient me rencontrer. Je poursuivrai demain le dialogue. Je mesure au fil de mes échanges le niveau d'exaspération des Réunionnais. Cette colère va déboucher sur quelque chose de nouveau. Je l'ai dit tout à l'heure, rien ne sera plus comme avant. Pour le meilleur, je le souhaite. Pour le pire, si nous ne savons pas ensemble et rapidement, faire revivre le territoire. Il faut savoir sortir par le haut d'un mouvement social. Souvent, on cherche un vainqueur et un vaincu avant de sonner la trêve. Je crois que le vainqueur il est là, ce sont les Réunionnais qui s'expriment et qui vont, demain, se construire un avenir nouveau. Je le redis ici solennellement : il y a des comportements inacceptables. La sincérité des revendications ne colle pas avec la radicalisation de certains. Ceux que j'entends sont respectueux des institutions, des élus, des journalistes. Ils le sont aussi des forces de l'ordre qui sont engagées pour assurer la sécurité des Réunionnais et des Réunionnaises : elles utilisent la force avec mesure. Mais une minorité souhaite le chaos, elle infiltre le débat et tente de le corrompre. Je le répète, on ne construit rien sur des cendres. A la majorité des Réunionnais, je le dis : ne vous laissez pas voler cet élan citoyen, rendons vie à La Réunion. Au fil de ces échanges, j'ai entendu une juste attente, une immense exigence, celle de la dignité. La dignité implique que chacun trouve sa place. En tant que citoyen, par la participation au débat public. En tant que consommateur, par un accès à des produits de qualité à un prix raisonnable. Je reviendrai demain sur ces questions essentielles. La dignité, c'est d'abord vivre de son revenu. Et je voudrais ici parler de ces salariés qui depuis deux semaines voient leurs entreprises fermées. J'ai entendu ces chefs d'entreprises, ces commerçants, ces artisans, tous ceux qui voient maintenant le rêve d'une vie menacé. J'ai en tête ce chef d'une petite entreprise qui ne sait pas comment payer demain vendredi les salaires de ces employés. J'ai rencontré ce matin des agriculteurs, qui sont aussi des entrepreneurs. Je sais la situation des éleveurs qui sont obligés depuis plusieurs jours d'abattre une partie de leur cheptel. J'ai vu leur désarroi. D'autres filières sont affectées au-delà de l'élevage : la canne à sucre, les fruits et légumes. Depuis lundi, l'Etat a mis en place un accompagnement spécifique pour aider les agriculteurs à surmonter leurs pertes, parfois très lourdes, causées par les blocages. Grâce au comité d'accompagnement de l'économie installé par le préfet, toutes les entreprises réunionnaises peuvent bénéficier de plusieurs mesures d'urgence : - Une procédure accélérée de traitement des demandes de chômage partiel. Ce soir, celles-ci sont encore plus nombreuses : 657 entreprises, pour 8 000 salariés ; - Un étalement sur trois mois des échéances fiscales et sociales, entreprise par entreprise, - des prêts de trésorerie accordés par les banques aux entrepreneurs avec une garantie publique apportée par la Banque publique d'investissement (BPI); la BPI pourra reporter certaines échéances de remboursement de prêt pour alléger la trésorerie des entreprises touchés par les évènements. La dignité, c'est aussi l'emploi de tous. Dans le secteur privé d'abord. Sous l'autorité du Président de la République et du Premier ministre, j'ai engagé une réforme majeure pour soutenir et dynamiser le tissu économique et gagner la bataille de l'emploi. Les Réunionnais que j'ai rencontrés aujourd'hui ont poussé un cri unanime : nous ne voulons pas d'aides, nous voulons des emplois. La réforme que je propose porte sur 2,6 milliards d'euros pour les économies des outre-mer. Elle a trois objectifs : - zéro charges autour du SMIC pour faciliter les embauches. Nous avons voulu favoriser les secteurs de la production locale : l'industrie, l'agriculture, le tourisme, le BTP et l'environnement. Ce sont près de 40 millions d'euros de charges en moins dans ces secteurs pour La Réunion. - soutenir la croissance des entreprises en diminuant les impôts grâce aux zones franches d'activité : l'imposition sur les sociétés sera deux fois plus faible qu'à l'île Maurice. Nous l'avons fait car nous croyons que La Réunion peut attirer des nouveaux investissements. - soutenir l'investissement privé comme public : la défiscalisation industrielle est prolongée jusqu'en 2025. Et le budget des outre-mer permet de lancer une politique ambitieuse d'investissement public qui permettra de créer un véritable choc d'activité. La Réunion peut attendre près de 500 millions entre 2019-2022 pour relancer l'activité économique et créer concrètement des emplois si les collectivités sont au rendez-vous. C'est cela la dignité ! Et les projets que nous financerons, ils ne seront pas décidés depuis Paris, ils le seront avec les Réunionnais, avec chacune des collectivités. Ces projets, je propose aux maires de les choisir avec vous, d'associer les citoyens plus directement aux choix opérés. Car j'entends le besoin d'une démocratie plus participative. L'avenir du territoire, c'est avant tout celui de ces 60 000 jeunes qui ne bénéficient ni d'un emploi, ni d'une formation, à qui nous devons répondre. Nous savons tous que pour joindre les deux bouts, certains font des « petits boulots » comme je l'ai entendu ce matin à Saint-Pierre, cet après-midi à Saint-Benoît. Et bien, à ceux-là je dis : faites-vous déclarer, cela ne coûtera pas plus au patron, et vous cotiserez pour votre retraite, pour votre couverture santé, pour l'assurance chômage. Les Réunionnais sont attachés à la valeur travail. Nous la mettons au coeur de notre projet ! Cette réforme d'ampleur au bénéfice des entreprises, elle doit « changer la donne », je la porte et l'assume, mais pas sans contrepartie de leur part. Il doit y avoir des contreparties sur l'emploi, des contreparties sur les prix, des contreparties sur le dialogue social. C'est cela aussi la transparence. J'aurai l'occasion, dès demain, de l'évoquer lors d'une rencontre avec les responsables du monde économique ; je l'ai fait aujourd'hui avec les agriculteurs et hier avec les syndicats. La solidarité nationale qui s'exprime au travers de ces 1,9 milliard d'euros consacrés outre-mer à l'abaissement du coût du travail n'est pas un cadeau. C'est un engagement réciproque. Déjà ce matin, le monde agricole s'est engagé à mes côtés à recruter et à former des jeunes, jusqu'à 200 par an et 50 immédiatement. Nous allons accompagner ces initiatives, car elles répondent à vos besoins. Gagner la bataille de l'emploi à La Réunion est de la responsabilité de tous. Il n'y a rien d'indigne à aider l'emploi. Mais je l'ai entendu : à conditions que les règles soient claires. Muriel PENICAUD a annoncé que La Réunion conservera 11 000 contrats « parcours emploi compétence/PEC » au niveau de cette année. J'ai obtenu 500 contrats de plus pour des CDI dans les entreprises et 500 pour le secteur associatif qui devront être attribués avant la fin de l'année. Avec le reliquat de 900 contrats à signer avant la fin de l'année, ce sont 1 900 emplois qui pourront être pourvus d'ici un mois si l'activité reprend au plus vite. J'ai entendu que les Réunionnais voulaient de la transparence dans l'attribution de ces contrats. Eh bien, nous allons généraliser le passage par Pôle emploi pour la recherche de candidat. Ces contrats permettront d'entrer dans l'emploi et de développer des compétences. La dignité, c'est aussi de disposer d'un logement décent : avec l'emploi et le pouvoir d'achat, c'est la préoccupation qui a été le plus souvent exprimée. Dans ce domaine, j'ai trois priorités : - répondre aux besoins immenses en matière de réhabilitation alors que 13 % du parc est insalubre ; - mais la réponse n'est pas seulement dans le logement social. Il faut aussi développer le logement intermédiaire et encourager la diversification des parcours résidentiels ; - favoriser l'accès à la propriété des occupants. Comme l'ont évoqué hier plusieurs étudiants, nous allons pouvoir construire plus de logements étudiants à la Réunion grâce à l'augmentation des prêts locatifs sociaux ou l'extension aux bailleurs privés du crédit d'impôt en faveur du logement social, qui viennent d'être votées au Parlement. Par ailleurs, le Gouvernement a rétabli temporairement et uniquement pour l'outre-mer, le dispositif d'allocation accession. Cette mesure va bénéficier à plus de 350 familles à La Réunion qui avaient fait l'objet d'une décision de financement par l'Etat et qui restaient dans l'attente. Le Conseil régional ayant souhaité intervenir en complément de nos engagements, nous sommes en mesure de répondre collectivement aux besoins des Réunionnais en matière d'accession à la propriété et de résorption de l'habitat insalubre. Enfin, dès les prochaines semaines, je lancerai une Conférence logement pour donner un nouveau souffle au plan logement outre-mer : Il nous faut construire plus de logements sociaux mais moins cher : un travail a été lancé pour assouplir les normes de construction et d'aménagement. Il faut mieux cibler le logement social vers ceux qui en ont le plus besoin Il faut reconquérir nos centres anciens, trop souvent délaissés : c'est ce que nous faisons avec le programme Action coeur de ville. Le Port, Saint-André, Saint-Joseph, Saint-Pierre bénéficient de cette mesure. Mais l'Etat ne dispose pas de tous les leviers. Il n'a pas non plus vocation à penser l'avenir de la Réunion à la place du territoire et de ses habitants. Il est à présent de la responsabilité des collectivités qui doivent être les moteurs de ce développement de s'engager aux côtés de l'Etat. Et je sais d'ores et déjà que les élus de La Réunion sont à mes côtés. Ce combat pour la dignité nous ne le gagnerons pas tant que les blocages perdurent. Les Réunionnaises et les Réunionnais souffrent dans leur quotidien. Ils attendent des réponses sur la question de la vie chère, sur laquelle je reviendrai demain. Les entreprises, les artisans, les travailleurs ont déjà dû faire face à près de deux semaines d'activité partielle. Et j'appelle, encore une fois, chacune et chacun à la responsabilité car je le répète, on ne construit rien sur des cendres. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/674.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/674.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..a50b6d8357ee74a8c0138428cce7de041f2b8d19 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/674.txt @@ -0,0 +1 @@ +M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le président, madame, messieurs les rapporteurs, mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs, je vous remercie de vos interventions. Je remercie en particulier les rapporteurs d'avoir soutenu globalement ce projet de budget, avec certes des nuances d'appréciation, notamment en ce qui concerne les questions pénitentiaires ; elles ont d'ailleurs déjà été exprimées il y a quelques semaines, lors de l'examen du projet de loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice. En définitive, je retiens de toutes vos interventions une communauté de vues sur la nécessité de soutenir notre justice pour qu'elle puisse améliorer réellement son fonctionnement, au bénéfice des justiciables. À mon sens, le Gouvernement se dote des moyens nécessaires pour atteindre cet objectif. Je sais que votre assemblée M. Détraigne l'a indiqué dans son rapport préconisait une hausse plus importante encore, mais il est de fait que le budget pour 2019 est en très forte augmentation. Il s'inscrit dans le cadre de la loi de programmation, elle-même très ambitieuse : elle prévoit une augmentation des crédits du ministère de plus de 24 % entre 2017 et 2022 et la création de 6 500 emplois durant le quinquennat. Cette orientation s'est traduite dès 2018 par une augmentation des crédits de 3,9 % et la création de 1 100 emplois. Cette dynamique est encore renforcée dans le projet de loi de finances pour 2019, avec une hausse des crédits de 4,5 % et la création de 1 300 emplois. Je remercie d'ailleurs le rapporteur spécial Antoine Lefèvre d'avoir souligné que cette augmentation était significative et équilibrée. Le budget du ministère pour 2019 s'élève ainsi à un peu plus de 7,2 milliards d'euros, hors pensions, en crédits de paiement. Si l'on prend en compte l'ensemble des crédits, il dépasse 9 milliards d'euros, un chiffre qui n'avait encore jamais été atteint. Cette hausse est beaucoup plus élevée que la moyenne des augmentations constatées entre 2012 et 2017 pour le budget du ministère de la justice, soit 2,6 %. Je ne peux qu'insister sur le fait que cette forte progression, de 4,5 %, doit également s'apprécier au regard de l'évolution de l'ensemble des crédits des autres ministères, lesquels n'augmentent que de 0,8 %. Ces chiffres témoignent de l'importance des efforts consentis au bénéfice du ministère de la justice. Monsieur le sénateur Lagourgue, il ne s'agit donc pas d'un rattrapage insuffisant. Vous avez évoqué des comparaisons avec d'autres pays européens, ainsi d'ailleurs que Mme Joissains. Il faut, cependant, comparer ce qui est comparable. À ceux d'entre vous qui ont souligné le moindre nombre de procureurs en France par rapport à des pays voisins, je ferai observer que, dans notre système judiciaire, d'autres acteurs viennent à l'appui du ministère public, qui ne sont pas comptabilisés dans les études européennes. Monsieur Sueur, même mon prédécesseur, Jean-Jacques Urvoas, n'aurait pas envisagé une hausse des crédits comme celle que je vous soumets, lui qui a écrit qu'une augmentation des crédits de 1 milliard d'euros sur cinq ans serait presque un rêve. Eh bien je vous propose 1,6 milliard d'euros ! Je vous sais gré de reconnaître que c'est bien plus, même si vous ne le dites pas. (M. Philippe Dallier rit.) Le projet de budget que je vous présente traduit plusieurs priorités qui visent à assurer une transformation en profondeur de la justice. La première priorité est l'amélioration de la justice au quotidien. Dans cette perspective, nous entendons accompagner la transformation de nos juridictions. Cette réorganisation s'appuie sur une programmation immobilière ambitieuse : le budget pour 2019 prévoit, pour la lancer, une enveloppe d'autorisations d'engagement de 450 millions d'euros. Cette somme nous permettra de construire de nouveaux tribunaux de grande instance, par exemple à Aix-en-Provence, madame la sénatrice Joissains. Dès 2019, les crédits de paiement consacrés à l'investissement immobilier progresseront de 9 %, de sorte que nous pourrons également prendre en compte la situation dans les outre-mer, monsieur le sénateur Mohamed Soilihi ; nous en avons déjà parlé. Cela nous permettra surtout d'améliorer la justice de proximité, madame Joissains, madame Assassi. Il s'agit à mes yeux d'un enjeu essentiel et je ne peux comprendre que vous évoquiez la fermeture de tribunaux de proximité. Je l'ai déjà dit et je le réaffirme : aucun tribunal d'instance ne fermera nulle part dans notre pays, car ma seule ambition est de maintenir cette justice de proximité au plus près de nos concitoyens. Non seulement nous la maintiendrons, mais, contrairement à ce qui a toujours été fait, nous l'améliorerons. Dans tous les actuels tribunaux d'instance, il y aura des juges des contentieux de la proximité. Il sera garanti par décret que seront jugés dans ces lieux les contentieux du surendettement, du crédit à la consommation, des tutelles, bref les contentieux du quotidien. Nous prévoyons même que, lorsque des besoins apparaîtront, de nouveaux contentieux puissent y être jugés. Tout cela sera garanti, je ne peux donc pas comprendre que l'on dise que les tribunaux de proximité fermeront : c'est inexact ! Nous aurons donc un budget qui permettra d'accompagner la réorganisation des juridictions et d'assurer le bon fonctionnement de la justice, en remettant à niveau les crédits de fonctionnement des juridictions et les frais de justice. Je ne détaille pas ces points. Il permettra également de poursuivre le mouvement de transformation numérique du ministère, avec 530 millions d'euros d'investissements et des créations d'emplois. C'est pour moi la première des priorités, au sens où elle conditionnera toutes les autres. La justice n'en deviendra pas pour autant inhumaine. Devrions-nous être les seuls à ne pas mener cette transformation numérique, quand tous les autres ministères et les professions du droit se sont engagés dans cette voie ? Ce n'est pas envisageable. Nous le ferons donc, en préservant néanmoins un accueil physique des justiciables dans tous les tribunaux, au travers du programme de multiplication des services d'accueil unique du justiciable. De même, nous renforcerons les points d'accès au droit, qui permettront d'accueillir les citoyens en dehors même des tribunaux. Le budget pour 2019 autorisera aussi la création de 100 postes de magistrat supplémentaires et la mise en place de véritables équipes autour des magistrats. Nous avons déjà résorbé plus de la moitié des vacances de postes en un an et demi, et nous allons donc continuer dans cette voie. Seront également créés 92 postes de juriste assistant et de greffier. L'ensemble de ces mesures, y compris celles dont je ne parle pas ici, notamment la création du tribunal criminel départemental, devraient conduire à satisfaire une de vos demandes : la réduction des délais de traitement, qui constituent, ainsi que M. Détraigne et Mme de la Gontrie l'ont relevé, l'un des points faibles de notre système judiciaire. En somme, nous entendons améliorer la justice du quotidien, et je voudrais rassurer M. Mézard : nous n'allons pas du tout vers une métropolisation des contentieux. Au contraire, nous maintenons la justice de proximité et tous les tribunaux de grande instance, sans exception, dans un équilibre des compétences. Tous les contentieux de masse continueront à y être jugés ; si des spécialisations sont instaurées, elles seront réparties entre l'ensemble des tribunaux, dans tous les territoires, et concerneront des contentieux de faible volume et de haute technicité. Il ne faut donc pas déformer l'ambition de notre projet, qui est d'assurer une justice de proximité et de qualité. Une deuxième priorité est de renforcer le sens et l'efficacité des peines. Vous le savez, nous voulons que les peines prononcées soient à la fois adaptées et effectivement exécutées. Nous entendons également que les détenus soient suivis tout au long de leur parcours de peine. Cela suppose un programme immobilier ambitieux. Je sais que nous avons un désaccord à ce sujet, monsieur le sénateur Buffet, mais je réaffirme que le plan immobilier pénitentiaire que j'ai présenté, qui est réaliste, nous permettra de livrer 7 000 places de prison et d'engager la construction de 8 000 autres d'ici à 2022. Faisant cela, je ne présente pas un budget trompeur, pour reprendre l'expression que vous avez employée, mais un budget volontariste, soutenant une politique réaliste. Les implantations des nouveaux établissements sont désormais connues. En incluant la rénovation des gros établissements, cela représente un effort budgétaire de 1,7 milliard d'euros. Monsieur Sueur, les crédits de maintenance s'élèveront à 100 millions d'euros dès cette année et nous les porterons dès l'année prochaine à 120 millions d'euros. Le programme immobilier pénitentiaire prévoit de nouveaux types d'établissements, l'idée étant de les adapter à différentes typologies de prévenus, ce qui permettra des prises en charge différenciées. Nous avons en effet doublé les lits dans la moitié des cellules individuelles de la prison de la Santé, et non dans toutes, afin de pouvoir désengorger l'établissement de Fresnes, notamment, qui connaît un taux de surpopulation carcérale de près de 200 %. Nous poursuivrons nos efforts pour renforcer la sécurité dans les établissements pénitentiaires et lutter contre la radicalisation : 50 millions d'euros seront consacrés au déploiement de nouveaux dispositifs de sécurité ou au renforcement de l'existant, 159 emplois seront créés pour accroître la sécurité, mieux sécuriser les extractions judiciaires et développer le renseignement pénitentiaire. Conformément aux engagements pris dans le relevé de conclusions du mois de janvier dernier, enfin, la création de 1 100 emplois supplémentaires de surveillant pénitentiaire permettra de réduire les vacances de postes. Nous avons également prévu de mettre en place une prime de fidélisation des personnels pénitentiaires. Elle concernera les vingt-trois établissements qui connaissent le plus de difficultés, ceux où le turn-over est le plus élevé. Ce sont ainsi quelque 3 000 agents de l'administration pénitentiaire qui pourront bénéficier d'une indemnité de fidélisation à hauteur de 8 000 euros environ pour six ans de présence, versée en trois fois. Les discussions sont en cours avec les organisations syndicales, mais il s'agira d'un atout important pour fidéliser les personnels. Enfin, un effort sera consenti pour suivre le parcours de peine des détenus, avec la création de 400 emplois dans les services pénitentiaires d'insertion et de probation dès 2019 et de 1 500 emplois en tout d'ici à 2022. L'accent sera également mis sur la réinsertion des détenus, avec la création, le 10 décembre, d'une agence nationale pour le travail d'intérêt général et le travail en détention. À cette fin, une augmentation de 14 % des crédits est prévue dans le budget pour 2019. La troisième priorité est de diversifier les modes de prise en charge des mineurs délinquants. Cette diversification est tout à fait essentielle, chaque territoire devant disposer d'une offre de placement équilibrée, de nature à répondre à la pluralité des demandes des magistrats. En 2019, cette orientation se traduira notamment par le lancement du programme de construction de vingt centres éducatifs fermés, dont le nombre total sera ainsi porté à soixante et onze. Cela ira de pair avec l'augmentation du recrutement de familles d'accueil et le développement d'une plus grande pluridisciplinarité de l'intervention en milieu ouvert. J'entends les appels conjoints de M. Lefèvre, de Mme Carrère et, d'une certaine manière, de Mme Bertrand à mieux évaluer la portée et l'efficacité de ces dispositifs. C'est en effet une nécessité, et je m'y emploierai. Hors masse salariale, les moyens de la protection judiciaire de la jeunesse, la PJJ, augmentent de 5,2 %, soit de 17 millions d'euros, pour atteindre 347 millions d'euros. Un effort tout particulier sera consenti pour l'entretien et la rénovation du patrimoine immobilier et 51 emplois et non 48 seront créés en 2019 au sein de la PJJ. J'indique à l'intention de Mme la sénatrice Lherbier que nous avons également prévu d'aider les départements dans l'évaluation des mineurs non accompagnés. Cela ne relève que pour partie de mon ministère, mais la phase d'évaluation sera prise en charge par l'État. Les dispositifs financiers et les modalités d'évaluation de ces jeunes seront considérablement améliorés. Concernant la réforme de l'ordonnance de 1945, j'ai conscience que la méthode peut apparaître paradoxale. Si j'ai souhaité demander une habilitation à légiférer par ordonnance à l'Assemblée nationale, c'est parce que j'avais reçu des appels de toutes parts, des parlementaires comme des professionnels, à procéder à la révision de l'ordonnance de 1945. C'est un texte qui a été modifié à de nombreuses reprises et qui, aujourd'hui, n'a plus de cohérence. Mme Éliane Assassi. Pourquoi donc n'en avons-nous pas débattu au Sénat ? Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Il était indispensable de le réviser pour en restaurer la cohérence et remédier aux difficultés que vous avez relevées en matière de modalités de jugement et de prise en charge des jeunes ou de contrôle judiciaire. C'est un sujet très important, et si j'ai choisi de passer par une loi d'habilitation, c'est pour me contraindre à faire une proposition dans des délais réduits. M. Jean-Pierre Sueur. Pourquoi n'avez-vous pas annoncé cela devant le Sénat ? Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Ensuite, je m'y suis engagée, il n'y aura pas de ratification « sèche » : le débat au Parlement aura pleinement lieu. Je me suis également engagée à travailler avec les parlementaires sur le texte qui sera élaboré en vertu de la loi d'habilitation. De nombreux députés et sénateurs ont déjà rédigé des rapports, que j'entends absolument prendre en compte. Avec les professionnels, ils participeront, s'ils le souhaitent, à la réflexion qui débouchera sur le texte que je serai amenée à vous présenter. M. Jean-Pierre Sueur. La procédure accélérée a privé le Sénat de ce débat. Pourquoi avez-vous déposé cet amendement à l'Assemblée nationale ? Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. J'ai précisé que je respecterais les principes qui fondent la justice des mineurs, tels qu'affirmés au travers des décisions du Conseil constitutionnel. La dernière de mes priorités est de porter une attention particulière à nos concitoyens les plus vulnérables, grâce à une politique renforcée d'accès au droit et d'aide aux victimes. Les moyens consacrés à l'accès au droit et à la justice progressent de 6,5 % dans le budget pour 2019 pour atteindre 467 millions d'euros, auxquels s'ajoutent 83 millions d'euros de ressources affectées, destinées au financement de l'aide juridictionnelle. Ce sont plus d'un demi-milliard d'euros qui sont consacrés à l'accès au droit pour chaque citoyen. J'ai dit à plusieurs reprises que je souhaitais engager dès 2019 avec les avocats et l'ensemble des parlementaires une réflexion globale sur l'aide juridictionnelle, afin que des mesures concrètes puissent être affichées dans le budget pour 2020. Cependant, mener à bien ce chantier très vaste exige du temps et un travail conjoint. Pour terminer, je vous signale, madame de la Gontrie, que les crédits en faveur de l'aide aux victimes sont en augmentation de 2,1 %. Cette hausse des moyens et l'action conduite par la délégation interministérielle à l'aide aux victimes, placée à mes côtés, me semblent garantir que les victimes puissent bénéficier, sur la durée, d'un suivi dans les domaines psychologique, social et économique. M. le président. Il faut conclure, madame la garde des sceaux. Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Comme vous l'avez constaté, les crédits de la mission « Justice » traduisent non seulement la volonté de donner à la justice les moyens dont elle a besoin, mais aussi l'ambition de la transformer en profondeur pour qu'elle soit à la hauteur des attentes de nos concitoyens. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche. M. Jean-Claude Requier applaudit également.) \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/675.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/675.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4159559a98af9980a37fd08147f4564801d7f13d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/675.txt @@ -0,0 +1 @@ +YVES CALVI Elisabeth MARTICHOUX vous recevez ce matin le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, Laurent NUÑEZ. ELIZABETH MARTICHOUX Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, Laurent NUÑEZ, bienvenu sur RTL. Les auditeurs vous interrogeront tout à l'heure avec Yves CALVI à partir de 08h20. 48 heures après cette journée de violences de samedi, avec un peu de recul, est-ce que vous pouvez admettre que les forces de l'ordre ont été mises en échec par les Gilets jaunes les plus radicalisés et les casseurs ? LAURENT NUÑEZ D'abord, n'inversez pas les rôles, il ne faut pas inverser les rôles dans cette affaire, c'est une affaire qui est très grave, les violences qui ont été commises contre les policiers, contre nos institutions, étaient des violences qui visaient à porter atteinte à la République, en réalité. Et on a vu des choses terribles, des projectiles qui ont été jetés immédiatement, dès le début de la manifestation, dès le début, alors même que les gens avaient la possibilité de se rendre sur les Champs-Elysées, dans un dispositif qui était encadré, qui avait été conçu pour se faire, la plupart n'ont pas souhaité y rentrer, se sont agrégés et massivement ont attaqué les barrages des forces de l'ordre qui protégeaient les Champs-Elysées, qui protégeaient la manifestation, et on a assisté à des scènes terribles, vraiment, le but c'était de s'en prendre à la République, c'est complètement inédit, depuis ces... c'est totalement inédit et la violence qui a été déployée, interroge vraiment. Le dispositif, je veux dire, j'y reviendrai, mais je tenais quand même à dire cela et à saluer le courage, la détermination, le sang froid à l'héroïsme des forces de l'ordre. ELIZABETH MARTICHOUX Et on comprend bien, Laurent NUÑEZ, oui les forces de l'ordre ont été remarquables. Dans le sondage, le premier sondage post-violences, si je puis dire, Harris Interactive, réalisée pour RTL et M6 ce matin, 80 % des Français condamnent ces violences. Ils ne se trompent pas, il n'y a aucune ambiguïté. Mais, on revient sur les images et les faits, un Arc de Triomphe souillé, des voitures brûlées aux abords des grands magasins, sous le regard médusé des touristes en pagaille, des carrefours incendiés. Les chiffres : 263 blessés dont 5 graves, 682 interpellations dans toute la France, dont 412, sauf erreur, à Paris, c'est du jamais vu. Oui, remarquables forces de l'ordre, tout le monde a assisté à leur courage, mais en termes d'ordre public est-ce une réussite ? LAURENT NUÑEZ En termes d'ordre public républicain, j'insiste, c'était de l'ordre public républicain ce qui s'est passé samedi. Le dispositif, il était en partie conçu pour protéger les Champs, pour pouvoir d'abord protéger aussi les institutions, il y avait un périmètre d'exclusion… ELIZABETH MARTICHOUX Il était essentiellement conçu pour protéger les gens. LAURENT NUÑEZ Absolument. ELIZABETH MARTICHOUX Combien, combien de policiers, gendarmes mobiles, forces de l'ordre, ont été mobilisés, sur, autour des Champs-Elysées, sur l'ensemble du personnel d'ordre public mobilisé ? LAURENT NUÑEZ Pour les forces de l'ordre on avait 4 600 policiers qui étaient... policiers et gendarmes qui étaient mobilisés, avec un dispositif qui protégeait les institutions, avec un périmètre d'exclusion, un dispositif qui encadrait les Champs-Elysées et un dispositif d'intervention mobile, partout autour de ce périmètre, pour pouvoir intervenir en cas d'exactions, et c'est ce qui s'est passé, et avec une adaptabilité, contrairement à ce que j'entends dire ici ou là, le dispositif était adaptable, c'est-à-dire que nous avions la possibilité de le renforcer et projeter des effectifs là où il y avait des exactions. ELIZABETH MARTICHOUX Vous touchez du doigt effectivement le reproche qu'on entend depuis 24 heures, c'est intéressant de vous entendre là-dessus, je voudrais que vous écoutiez quelques instants Frédéric LAGACHE, que vous connaissez, du syndicat Alliance, et qui précisément met en balance les forces mobilisées statiques et puis celles qui pouvaient intervenir à tout moment partout. FREDERIC LAGACHE On avait 49 compagnies, qui correspond environ à 3 500 hommes, mais on n'avait pas 3 500 hommes en maintien de l'ordre, les autres étaient en situation statique, devant Beauvau, l'Elysée, le Sénat, l'Assemblée. Donc vous imaginez bien que les 500 collègues étaient confrontés à de la violence et ils étaient en sous-effectif. ELIZABETH MARTICHOUX C'est ce qu'il nous disait tout à l'heure à 06h15 sur RTL. LAURENT NUÑEZ Oui, mais dans un dispositif de maintien de l'ordre, vous avez aussi des forces qui sont positionnées de manière statique et qui protègent un certain nombre d'institutions, sur lesquelles, et Frédéric LAGACHE le sait, il a suffisamment de contacts dans la police nationale pour savoir exactement ce qui s'est passé samedi. Les manifestants ne se sont pas concentrés que sur l'Etoile, ils ont attaqué le dispositif en différents points, y compris sur les institutions. Vous vous rendez compte la gravité de ce que cela aurait représenté, si les manifestants… ELIZABETH MARTICHOUX Donc, on ne pouvait pas faire autrement ? On ne pouvait pas opérer autrement. LAURENT NUÑEZ On ne pouvait pas opérer autrement. ELIZABETH MARTICHOUX Vous ne pouviez pas davantage protéger l'Arc de Triomphe ? Vous ne regrettez pas qu'il n'y ait pas… LAURENT NUÑEZ Il fallait protéger les Champs-Elysées pour éviter les violences du samedi passé, il fallait protéger les Institutions, je vous rappelle, vous le savez, des Institutions c'est quelque chose de sacré dans notre pays, tout le monde a en tête février 1934… ELIZABETH MARTICHOUX Les Institutions, c'est ce que disait Frédéric LAGACHE, c'est-à-dire l'Elysée, le Sénat, etc. LAURENT NUÑEZ Donc il faut protéger les institutions, et puis avoir des effectifs mobiles qui se déploient, avec des unités mobiles qui sont allées au contact, des effectifs qui ont procédé à de nombreuses interpellations. Vous savez, si nous n'avions pas eu un dispositif mobile, on n'aurait certainement pas procédé à 412 interpellations. ELIZABETH MARTICHOUX Mais vous êtes un homme censé, vous connaissez mieux que personne les questions de sécurité. Vous tirez les leçons, par exemple, l'Arc de Triomphe, est-ce que vous ne regrettez pas de l'avoir mieux protégé, rétrospectivement ? LAURENT NUÑEZ Alors, je vais revenir sur l'Arc de Triomphe. D'abord, sur le dispositif, le président de la République nous a demandé de toute façon de réfléchir à son adaptation… ELIZABETH MARTICHOUX Et d'évoluer. LAURENT NUÑEZ Et d'évoluer le cas échéant. Donc on va y réfléchir bien évidemment. ELIZABETH MARTICHOUX Evoluer sur quoi ? LAURENT NUÑEZ On va y réfléchir. Franchement voilà, on a… ELIZABETH MARTICHOUX Ce matin, c'est trop tôt pour dire dans quel sens. LAURENT NUÑEZ Ce matin, c'est trop tôt. Moi, ce que je veux, ce matin, c'est redire la violence de ceux que nous avions en face, totalement inédite. Ces gens-là en voulaient aux institutions de la République. Ce qu'ils veulent faire tomber, c'est la République, et là on sera toujours en face d'eux là-dessus. Donc, deuxièmement, le dispositif, il a fonctionné de manière mobile… ELIZABETH MARTICHOUX L'Arc de Triomphe, je vous posais la question. LAURENT NUÑEZ ... parce qu'encore une fois il faut bien que vos auditeurs aient en tête que ce qui s'est passé samedi, ce sont des attaques en de nombreux points de la capitale, c'est totalement inédit, de manière très dispersée, donc les forces de l'ordre ont été conduites à s'éclater, et ça a pris forcément du temps pour rétablir l'ordre, mais à 20h00 il n'y avait plus d'incidents. ELIZABETH MARTICHOUX Oui. L'Arc de Triomphe, vous ne m'avez pas répondu, simplement, on a le droit de dire… LAURENT NUÑEZ J'allais y venir. ELIZABETH MARTICHOUX ... voilà, là il y a eu un loupé. LAURENT NUÑEZ Sur l'Arc de Triomphe, ce qui s'est passé, c'est qu'il y avait un dispositif qui était dans un premier temps... Dans un premier temps, les manifestants arrivent le matin sur l'Etoile, donc sur les barrages, et ils sont refoulés sur l'Arc de Triomphe, où les choses se passent plutôt bien. Et puis d'un coup, un certain nombre d'individus, enfin, plusieurs centaines à cet endroit, et puis ensuite c'était plusieurs milliers dans Paris, ceux qui étaient des casseurs, qui s'en sont son prix extrêmement violemment aux forces de l'ordre qui protégeaient l'Arc de Triomphe et qui ont été obligées, qui les ont repoussées dans un premier temps, et puis ils sont revenus beaucoup plus en nombre, et ils ont réussi à investir le plateau de l'Etoile. L'ordre a été rétabli à ce moment-là et puis les effectifs sont partis dans d'autres points de la de la capitale. ELIZABETH MARTICHOUX Vous ne me direz pas que vous vous regrettez. Est-ce qu'on peut au moins dire que la leçon c'est qu'il faudra plus de mobilité, quoi qu'il en soit ? LAURENT NUÑEZ Ça peut être effectivement une leçon d'avoir plus de mobilité, mais ayez bien l'esprit enfin Elizabeth MARTICHOUX, s'il devait se reproduire une autre manifestation… ELIZABETH MARTICHOUX On va en parler. LAURENT NUÑEZ ... et que nous dégarnissions la protection des institutions des Champs-Elysées, vous seriez les premier à nous dire : ah oui, mais vous n'aviez pas assez de dispositifs statiques. Vous savez, monsieur LAGACHE, je sais… ELIZABETH MARTICHOUX Du syndicat Alliance. LAURENT NUÑEZ ... on connaît beaucoup les représentants des organisations syndicales, on est en contact en permanence… ELIZABETH MARTICHOUX Pourquoi il dit ça ? LAURENT NUÑEZ Quand on propose de protéger les institutions, en déployant des forces militaires armées, ça, ça mérite une vraie réflexion. Attention, les militaires ne sont pas habitués à mener des missions d'ordre public. La mission de défense d'Institutions, n'est pas une mission statique, c'est une mission qui peut se transformer en mission d'ordre public, et qui doit faire appel à des personnes qui sont des professionnels de l'ordre public. Et ce sont les policiers et les gendarmes. ELIZABETH MARTICHOUX Je disais, plus de 600 interpellations dont 412 à Paris. Qu'est-ce qui vous frappe dans le profil des personnes arrêtées ? LAURENT NUÑEZ Ce qui nous a frappés dans le profil, d'abord ce profil est à l'étude, vous savez, les gardes à vue sont en cours… ELIZABETH MARTICHOUX Pour ce que vous en savez pour l'instant. LAURENT NUÑEZ Pour ce que nous en savons, c'est qu'on trouve on trouve certes des profils traditionnellement à risques, qui sont qui sont aussi venus se mêler à ce mouvement… ELIZABETH MARTICHOUX C'est-à-dire « traditionnellement à risques » ? LAURENT NUÑEZ Des profils d'ultragauche, d'ultradroite mais en nombre assez minoritaire, et on a bien vu que dans les personnes qui sont interpellées, on a une majorité de personnes qui viennent de province, donc qui étaient venues pour cette manifestation et qui se sont transformées et qui se sont transformés en casseurs… ELIZABETH MARTICHOUX Des Gilets jaunes radicalisés ? Est-ce qu'il y avait des armes par destination ? Ils étaient équipés ? LAURENT NUÑEZ Malheureusement oui, la plupart étaient équipés, ils avaient des équipements de protection, ce qui est quand même curieux quand on vient à une manifestation, et pour beaucoup étaient porteurs d'objets qu'on a retrouvés ensuite projetés sur les barrages, donc il y a eu des projectiles qui ont été trouvés sur place, mais aussi beaucoup étaient venus équipés. Donc le… ELIZABETH MARTICHOUX Vous dites ultragauche, ultradroite était minoritaire. LAURENT NUÑEZ Oui, il y a eu manifestement aussi, il y a aussi une radicalisation chez les personnes qui étaient présentes à Paris samedi. Je ne parle pas bien évidemment de l'ensemble des manifestations qui se sont déroulées ailleurs sur le territoire, de Gilets jaunes, où la plupart se sont bien passées, même si on a eu des pics de violence extrêmement forts en province. Vous savez, il s'est passé des scènes terribles au Puy-en-Velay, à Tours, à Narbonne, cette nuit encore à Perpignan des péages autoroutiers ont été détruits, incendiés, par des individus qui revêtent des Gilets jaunes mais qui ne sont que des casseurs. ELIZABETH MARTICHOUX Il y a eu des blessés cette nuit ? LAURENT NUÑEZ Il n'y a pas eu de blessés, mais il y a eu des dégradations importantes. ELIZABETH MARTICHOUX Et des arrestations cette nuit ? LAURENT NUÑEZ Il n'y a pas eu d'interpellations cette nuit sur cette opération, mais il y en a généralement sur les actions commando qui sont menées notamment la nuit. ELIZABETH MARTICHOUX Je voudrais vous soumettre une affirmation de l'historien Emmanuel TODD, interrogé par France 2 hier soir, il affirmait qu'il fallait être naïf pour ne pas penser que derrière les casseurs, il y a des agents provocateurs, de la police. LAURENT NUÑEZ Franchement ce n'est pas sérieux. Il n'y a pas d'agents provocateurs de la police, donc on peut... Il y a toujours deux types de critiques. On dit parfois, alors là c'est vraiment à l'extrême, ça on retrouve ça sur des blogs divers et variés qui peuvent aller dire que les policiers provoquent les manifestants, c'est complètement stupide. Oui nous avons des policiers qui interviennent sur le dispositif, mais uniquement pour interpeller les casseurs. Et puis deuxièmement, on entend parfois dire que parce que les policiers ripostent trop vite, et que donc forcément ça excite les gens, mais tout ça, nous étions présents avec Christophe CASTANER sur les Champs, nous avons été inspecter le dispositif, un quart d'heure après une foule énorme attaquait les barrages, et les policiers, dans ces conditions, n'ont d'autres solutions que de riposter de manière proportionnée pour repousser les manifestants. ELIZABETH MARTICHOUX Nicole BELLOUBET a évoqué hier, rapidement, sans plus de précisions, un possible viol dans les événements de samedi. Vous pouvez nous en dire plus ? LAURENT NUÑEZ Ecoutez, je n'ai pas l'information sur ce sujet-là. ELIZABETH MARTICHOUX Vous pouvez confirmer ? LAURENT NUÑEZ Je ne peux pas confirmer. ELIZABETH MARTICHOUX Vous démentez, vous ne pouvez pas ce stade. LAURENT NUÑEZ Je ne peux pas le confirmer. ELIZABETH MARTICHOUX Plusieurs pages Facebook appellent, des Gilets jaunes appellent déjà à remettre le couvert, si vous me passez l'expression, samedi prochain. D'abord est-ce qu'il y a une demande officielle, sur la table, de manifester ? LAURENT NUÑEZ Comme d'habitude, nous n'avons jamais de déclaration, c'est vrai dans l'ensemble du pays… ELIZABETH MARTICHOUX Comme d'habitude depuis le mouvement. LAURENT NUÑEZ Depuis le mouvement, très peu de manifestations sont déclarées, c'est environ 10 % et donc ce qui nous empêche bien évidemment de prévoir des dispositifs de sécurité. Vous savez, ça me permet de dire, vous savez, quand on appelle à manifester sur les Champs-Elysées autour de l'Etoile, enfin, ce ne sont pas des lieux de manifestations dans Paris, ce sont des règles qui sont devenues immuables, qui ont été vraies sous toutes les majorités, ce sont des règles républicaines et certains responsables politiques appellent les gens à se rendre sur les Champs-Elysées, vous savez… ELIZABETH MARTICHOUX Vous pensez à qui ? LAURENT NUÑEZ Peu importe, ce n'est pas le sujet, le sujet c'est qu'il y a des règles républicaines dans ce pays, on ne manifeste pas sur ces terrains qui en plus sont très difficiles à manoeuvrer pour les forces de l'ordre. ELIZABETH MARTICHOUX Vous pouvez tenir un troisième samedi, à ce rythme-là ? LAURENT NUÑEZ Ecoutez, bien sûr, nous allons nous préparer à tenir un troisième samedi. Bien sûr nous allons réfléchir à comment adapter le dispositif, est-ce qu'il faut… ELIZABETH MARTICHOUX Il y a des ministres qui aujourd'hui, par exemple, pardon, qui annulent des déplacements. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que… LAURENT NUÑEZ Attention, annuler un déplacement, il y a une raison qui est très précise, c'est parce que nos forces de l'ordre actuellement sont mobilisées sur le mouvement pour protéger les Gilets jaunes qui manifestent de manière non déclarée, donc… ELIZABETH MARTICHOUX Faute de disponibilité des forces de l'ordre qui sont donc mobilisées sur les Gilets jaunes, ça impacte la vie du Gouvernement, là, directement, sur les déplacements. LAURENT NUÑEZ Il y a un certain nombre de ministres qui veulent se déplacer, et c'est normal, pour aller discuter avec les Gilets jaunes, dans le cadre de leurs activités liées à leur portefeuille ministériel, mais quand le déplacement mobilise des forces de l'ordre en nombre, eh bien nous préférons effectivement que ces forces de l'ordre restent affectées à la sécurité et au maintien de l'ordre public partout où il y a des manifestations. Oui, bien sûr, il y a un certain nombre de priorités, et tout comme je dois quand même rappeler que la mobilisation actuelle des forces de l'ordre nous conduit quand même à rester très concentré sur la menace terroriste qui restent qui reste à très haut niveau. ELIZABETH MARTICHOUX Il n'y a que ça qui s'ajoute. Dans quelques minutes, à partir de 08h20, les auditeurs vous interrogeront. Très très rapidement, vous vous préparez à une manifestation, toute la semaine, encore plus violente qu'elle ne l'a été, puisque c'est la dynamique depuis plusieurs samedis ? LAURENT NUÑEZ Le mouvement, comme vous le savez, en termes de participation, est en décroissance, donc ça c'est, on l'a encore constaté hier, mais effectivement il y a une forme de radicalisation et on a des actions qui sont plus violentes. Donc oui, bien sûr, nous nous y préparons. Pour ce qui est de samedi, puisque vous me posez la question, et pardon je n'ai pas répondu tout de suite, mais samedi nous avons des appels à manifester sur Facebook, qui sont encore assez disparates, nous n'y voyons pas clair pour l'instant, donc voilà, nous verrons dans les 48 heures ce qui va se passer, quels sont les appels. La situation... Voilà, nous n'y voyons pas encore clair là-dessus, mais forcément, forcément nous nous préparons à faire face à des manifestations qui pourraient être plus violentes, ce que nous ne souhaitons pas, moi j'en appelle à la responsabilité des uns et des autres. Encore une fois je le redis, samedi ce qui s'est passé c'est une attaque contre la République et qui doit appeler une véritable union nationale. ELIZABETH MARTICHOUX Merci Laurent NUNEZ \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/676.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/676.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..1ea466c4ab30a8658737b780ab516967549c031f --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/676.txt @@ -0,0 +1 @@ +CYRIL VIGUIER Deuxième partie de notre émission avec l'invité politique ce matin, de la Presse quotidienne régionale, des télés locales, des Indés Radios et de TV5 Monde. Bonjour Marc FESNEAU. MARC FESNEAU Bonjour. CYRIL VIGUIER Vous êtes ministre des Relations avec le Parlement. Pour vous interroger, à mes côtés ce matin, Oriane MANCINI de Public Sénat, bonjour Oriane. ORIANE MANCINI Bonjour. CYRIL VIGUIER Et Stéphane VERNAY qui dirige le bureau parisien de Ouest-France. STEPHANE VERNAY Bonjour. CYRIL VIGUIER Le plus grand quotidien francophone français. Merci d'être avec nous. Marc FESNEAU, vous allez rencontrer dans quelques minutes les parlementaires de la République En Marche, c'est votre métier, vous êtes ministre des Relations avec le Parlement. Etes-vous ce matin, sûr, convaincu, qu'ils sont derrière le gouvernement à fond ? MARC FESNEAU Ecoutez, moi j'ai assisté à la réunion de groupe hier avec le Premier ministre et un certain nombre d'autres ministres. Je pense qu'il était, ils étaient à la fois satisfaits qu'on ait eu un dialogue et un débat avec eux, et deux, satisfaits pour avoir discuté avec eux après, des propositions mises sur la table par le Premier ministre. Moi j'ai senti une majorité solide sur la nécessité de réformer le pays, et aussi solide sur la volonté de dialoguer avec les Français qui s'expriment depuis 3 ou 4 semaines. Donc je n'ai pas d'inquiétude de cette nature là. CYRIL VIGUIER Vous n'avez pas entendu de voix discordantes ? MARC FESNEAU Non mais il y a des gens qui ont exprimé des voix et des propositions, et c'est normal dans une majorité, on ne peut pas à la fois faire le grief de dire « ils sont godillots » et quand ils parlent, de dire qu'ils seraient par nature frondeurs. Il faut apprendre en démocratie à débattre et à débattre tranquillement, c'est peut-être d'ailleurs une des leçons à tirer de ce que nous vivons actuellement. Il faut apprendre à débattre tranquillement dans la majorité avec l'opposition aussi pour peu qu'elle soit un peu responsable. Il y a, j'en suis certain, des gens qui sont responsables dans l'opposition. Donc je n'ai pas d'inquiétude de cette nature-là. ORIANE MANCINI Aujourd'hui l'opposition est responsable dans la crise actuelle ? MARC FESNEAU En tout cas j'y vois un certain nombre de responsables entre guillemets politiques, entre guillemets responsables, ils ont dit pompier pyromanes, ce n''est même pas pompiers pyromanes, c'est pyromanes tout court, c'est-à-dire un certain nombre de gens qui… ORIANE MANCINI Vous pensez à qui ? MARC FESNEAU Non mais j'ai entendu monsieur DUPONT-AIGNAN en particulier… ORIANE MANCINI Claquer la porte d'Edouard PHILIPPE… MARC FESNEAU Oui enfin ce n'est même pas claquer la porte, c'est se mettre en scène lui-même comme si c'était sa personne qui comptait et son destin politique qui comptait, moi je pense que c'est le destin de la France qui compte, dans les épisodes que nous vivons, la capacité que nous avons parce que c'est aussi ça qu'on paie, à réformer le pays, à ce que ça soit compris par les Français au sens qu'ils le comprennent comme quelque chose qui soit juste et qui amène un progrès à terme. Et donc dans ces moments-là on a besoin de gens dans la majorité évidemment, parce que nous sommes en situation de gouverner, mais aussi dans l'opposition, de gens qui disent : ok on pose les choses sur la table, on se met à travailler, on essaye de trouver des solutions, et pas simplement qui disent : allez-y. J'ai même vu un ancien président de la République quasiment enfiler un Gilet jaune en disant « c'est formidable continuez » Quand on a été 5 ans président de la République et qu'on n'a pas été capable, parce que c'est ça la vérité, de réformer le pays et de le conduire à un point plus positif qu'à son point d'arrivée, au point d'ailleurs de ne pas pouvoir se représenter, c'est plus que de la modestie qu'il faudrait avoir c'est de la décence et je n'ai pas trouvé de la décence dans ce genre d'attitudes. Parce qu'on n'a pas, on n'a jamais intérêt à attiser les colères et à attiser les peurs. On a intérêt à poser des problèmes, à débattre, à se mettre d'accord sur ce sur quoi on n'est pas d'accord, si je peux dire les choses ainsi, mais en même temps quand on est responsable politique, responsable c'est faire en sorte qu'on fasse évoluer les choses, et ce n'est pas faire en sorte que les choses se dégradent. Personne n'a intérêt, en dehors des révolutionnaires que nous voyons fleurir ici ou là, faire en sorte que le pays entre dans le chaos. STEPHANE VERNAY Vous venez de dire que les parlementaires de la majorité étaient satisfaits des propositions mises sur la table, est-ce qu'elles n'arrivent pas un peu tard et est-ce qu'elles sont à la hauteur des enjeux aujourd'hui ? Est-ce que le gouvernement, est-ce que l'exécutif n'a pas encore un train de retard par rapport à ce qui se passe ? MARC FESNEAU Alors c'est toujours dans le débat public, c'est toujours trop tard trop tôt. STEPHANE VERNAY Et pour vous ? MARC FESNEAU Non, moi je ne crois pas, en tout cas moi je ne suis pas dans…je ne suis pas dans le moment où je regarde en arrière, où je fais un chemin historique et je n'ai pas envie d'écrire une page historique. STEPHANE VERNAY Mais vous n'avez pas le sentiment que le gouvernement a été trop lent dans ce dossier, sur le pouvoir d'achat par exemple ? MARC FESNEAU Moi je pense qu'on a essayé de prendre la mesure, je rappelle que le Premier ministre et le président de la République avaient mis sur la table un certain nombre de moyens complémentaires et d'ailleurs il faut reconnaître aussi aux parlementaires de la majorité d'avoir alerté, et pour un certain nombre d'entre eux d'avoir porté des amendements dès les premiers moments du budget, pour faire en sorte que les dispositifs soient renforcés, et je pense à un certain nombre de dispositifs autour de la transition écologique. Après, le mouvement a pris de l'ampleur, il faut en tirer conséquence. Moi la seule chose qui importe pour moi c'est qu'on puisse se mettre autour de la table, parce que moi j'entends aussi beaucoup de gens qui ont envie de se mettre autour de la table, à la fois des gens qui sont dans la rue, et puis des gens qui sont en situation de responsabilités locales ou des gens qui sont, comme on dit dans les corps intermédiaires et qui ont envie de poser l'ensemble des questions qui ont pu être posées par le Premier ministre hier. ORIANE MANCINI Pour parler concrètement de ce qui va se passer au Parlement, le Sénat a voté le gel de cette hausse, donc à l'heure où on se parle elle n'existe plus. Le Premier ministre hier a annoncé un moratoire et non une suppression, est-ce que la semaine prochaine lors du retour du budget à l'Assemblée le gouvernement va rétablir la hausse dans le budget. MARC FESNEAU … législatives, ça ne vous aura pas échappé, il y a le PLF, le Premier ministre a annoncé hier que les évolutions de PLF, enfin de dans le PLF, se feraient sans augmentation d'impôts, donc c'est clair. Après on a un projet de loi de finances rectificative, au mois de mars avril, puisqu'on est un projet de loi sur les finances des collectivités locales, mais c'est un projet de loi de finances rectificative, et donc les ajustements de projets de loi se feront à ce moment-là. ORIANE MANCINI Donc, clairement, pas de rétablissement de la hausse la semaine prochaine. MARC FESNEAU Non, mais le Premier ministre vient d'annoncer qu'il suspendait la hausse. On ne va pas, enfin je veux dire notre parole elle est crédible, et si on veut être crédible devant les Français, ce n'est pas pour rétablir la hausse. Après il y a des questions budgétaires qui vont être posées au printemps, parce qu'évidemment cette mesure elle a des conséquences budgétaires et dans l'intervalle il faut aussi en tirer les conséquences. Mais là aussi on aura besoin de responsables qui diront qu'est-ce qu'on peut faire en plus, et puis aussi qu'est-ce qu'on peut faire en moins, parce que j'ai entendu à l'Assemblée nationale en particulier hier, un certain nombre de gens qui font fleurir un certain nombre de propositions, je vois beaucoup de dépenses, je ne vois pas beaucoup de recettes et il n'est pas question pour nous d'augmenter les impôts, et je ne vois pas beaucoup d'économies. Donc le débat il va servir à ça. ORIANE MANCINI Alors, le Sénat, il va proposer une compensation. Vous allez la suivre ? Notamment sur les mutuelles. MARC FESNEAU Oui, mais c'était une hausse de taxes pour les Français les mutuelles, excusez-moi de vous le dire, c'était un mécanisme de vases communicants qui était proposé, donc ce n'est pas ça. STEPHANE VERNAY Alors, c'est quoi du coup, comment en on fait ? Parce que là on estime qu'il va manquer, cette hausse, on parle de 2 milliards d'euros qui manquent, donc vous avez effectivement une opposition qui propose de faire des dépenses plutôt que des recettes. Quelle est votre proposition ? Quel est le plan, quelle est la stratégie ? MARC FESNEAU Le Premier ministre a dit : je mets sur la table une mesure d'apaisement qui permettra de remettre sur la table l'ouvrage sur le métier, comme on dit, pour regarder ces questions de fiscalité, de transition écologique et de mesures d'accompagnement. C'est ce temps-là qu'il faut mettre à profit. Je répète que nous avons un véhicule législatif au printemps prochain, budgétaire. STEPHANE VERNAY Ce sera à ce moment-là. MARC FESNEAU Mais c'est à ce moment-là que les choses se caleront. STEPHANE VERNAY Donc la feuille est blanche pour le moment, tout reste à construire. MARC FESNEAU Mais évidemment, évidemment. On ne peut pas dire à la fois « on se met en situation d'écoute » et c'est ce qu'a dit le Premier ministre et ce qu'a dit le président de la République, pour poser les choses en termes de justice fiscale, en terme de justice puisque sociale, en termes de mesures de compensation pour ceux qui sont en situation difficile, et dire que la feuille ne serait pas blanche de ce point de vue-là. Elle n'est pas complètement blanche parce qu'il y a quand même des éléments qui sont posés sur la table. Je rappelle que c'est non seulement sur la hausse de la taxe carbone et la convergence diesel et essence, mais aussi c'est des mesures qui n'étaient pas forcément demandées au démarrage, mais de gel des hausses d'EDF qui sont des mesures mécaniques, puisque c'est une trajectoire qui est connue depuis des années, et puis sur le gasoil non routier, donc il y a un certain nombre de mesures qui sont mises sur la table, je ne parle pas de la mesure sur le contrôle technique, je pense qu'il y avait aussi une incompréhension, là aussi c'est des mesures de transposition qui avaient été prises, on en prend la responsabilité, on est en situation d'essayer de résoudre les choses. Donc c'est tout ça qui est sur la table, la feuille n'est pas blanche du point de vue que sur la table sont posées des mesures d'apaisement. Et à partir de là il faut travailler. CYRIL VIGUIER Vous parlez d'apaisement, l'image qui a frappé hier c'est le président de la République, hué, sifflé, alors qu'il se rendait au Puy-en-Velay, là où la préfecture avait brûlé, d'ailleurs. Est-ce que c'est la personnalité d'Emmanuel MACRON qui est visée ? Qu'est-ce qu'il peut faire ? Est-ce qu'il peut changer ? Est-ce qu'il doit changer selon vous ? MARC FESNEAU Moi je ne mettrais jamais en scène, ça peut arriver qu'un président de la République soit sifflé, c'est ni le premier, ni le dernier. Ce que ça montre, et qui a été, qui a fait aussi qu'Emmanuel MACRON a été élu en 2017, c'est une forme de rupture entre ceux qui gouvernent et ceux qui, les citoyens, et donc c'est ce travail-là que nous avons à faire, ce n'est pas que le travail d'Emmanuel MACRON, parce qu'Emmanuel MACRON il avait posé le diagnostic en 2017. Ce que nous avons à faire comme travail, c'est un travail de réconciliation des Français avec les gouvernants, et ça c'est un travail parlementaire… CYRIL VIGUIER Mais le peut-il, avec ce niveau de popularité très bas, avec, vous avez vu ces images hier, s'il se rend donc en régions, il est sifflé… MARC FESNEAU Moi je connais la capacité, pour connaître un peu le président de la République, je connais sa capacité d'écoute, sa capacité à se saisir de ce qu'il sent de la situation française, il l'avait parfaitement perçue en 2017, parce que finalement, c'est comme en effet miroir à ce qui se passe aujourd'hui, la même exigence qui est portée aujourd'hui que celle qui était portée en 2017. C'est une demande de réforme, de prise en compte de la réalité. CYRIL VIGUIER Justement, il est déçu, comment… MARC FESNEAU Ça fait 18 mois et notre travail à nous, c'est de poser sur la table un certain nombre de sujets et de faire en sorte qu'on trouve des solutions. Parce que de quoi souffre le pays au fond ? C'est l'affaire des réformes. Cette affaire de taxe carbone et de transition, plutôt que de la taxe elle-même, de transition écologique, je regardais il y a quelques jours les prix du gasoil. Il y 7 ou 8 ans ils étaient au même niveau. Qu'est-ce qu'on a fait depuis 7 ou 8 ans pour sortir les gens de cette dépendance ? Nous, notre responsabilité ce n'est pas que dans 7 ou 8 ans on se retrouve avec une même crise qui serait liée à l'augmentation des cours du Baril, et qui va que des gens se trouvent en impasse budgétaire. Parce qu'une grande partie de l'impasse budgétaire dans laquelle les gens se trouvent, c'est une impasse liée à la dépendance au pétrole. Et donc il faut qu'on trouve des moyens d'accompagnement, et de compréhension mutuelle, pour faire en sorte que les gens puissent s'en sortir. STEPHANE VERNAY Christophe CASTANER a été auditionné hier au Sénat et il a appelé les Gilets jaunes raisonnables à ne pas manifester samedi. Est-ce que vous estimez qu'il y a des risques ? A quoi est-ce qu'on doit s'attendre samedi prochain dans… est-ce qu'il y a une escalade possible ? MARC FESNEAU Eh bien il y a évidemment une escalade possible, parce qu'on voit bien que… ORIANE MANCINI Mais une escalade jusqu'où ? Est-ce que clairement vous redoutez des morts samedi prochain ? MARC FESNEAU Mais forcément, quand on est dans une escalade comme celle à laquelle on a assisté samedi, où il y a quand même des gens qui n'avaient qu'une volonté, le ministre de l'Intérieur l'a rappelé avec justesse, des gens qui voulaient la mort de policiers ou de gendarmes. Enfin, je veux dire il y a des gens qui par leurs attitudes, mettaient les policiers dans des situations de guet-apens, excusez-moi de vous dire, il y a eu la semaine d'avant, on ne l'a pas assez dit, parce que je pense qu'à un moment il faut dénoncer aussi des violences avec fermeté, parce que j'entends monsieur MELENCHON dire : « Je ne les excuse pas, mais je les comprends ». Non, moi je ne comprends pas la violence. Je suis désolé, je ne comprends pas la violence, et je ne comprends pas qu'on puisse dire et cautionner, parce que quand on dit « je comprends », c'est qu'on dit « après tout c'est légitime ». Il n'y a pas de violence légitime dans ce domaine-là. Quand vous êtes à poursuivre des policiers pour leur tendre des guets-apens t vouloir leur mort, et quand vous êtes, encore plus symboliquement, dans l'incendie d'une préfecture et le refus de vous faites aux pompiers d'intervenir pour éteindre un incendie dans une préfecture, c'est une tentative de mise à mort. Excusez-moi c'est, juridiquement ça porte des mots et donc il y avait un préfet, il y avait des fonctionnaires, et c'est l'occasion aussi de leur rendre hommage, puisque tous ces gens-là, quand vous êtes dans un bâtiment qui prend feu et que personne n'est là pour dire, et c'est quand même regrettable, laissez passer les pompiers, ça veut dire qu'on est dans une situation de risque et donc il y a forcément une crainte, et donc moi je ne fais pas, je ne dis pas que tous les Gilets jaunes sont comme ça, je ne l'ai jamais dit depuis le début de ce mouvement, mais en tout cas il y a un certain nombre de gens qui ont envie de la radicalisation, et cette radicalisation, il faut lutter contre cette radicalisation par les moyens que donne l'Etat et par ailleurs les responsables politiques, ils doivent aussi avoir des paroles, ce que j'essaie d'avoir devant vous ce matin, des paroles apaisantes et puis des paroles aussi de qu'est-ce que c'est que l'Etat de droit. STEPHANE VERNAY Il y a aussi des lycées bloqués, des agriculteurs qui manifestent la semaine prochaine, la CGT et FO qui appellent à une grève e dans le transport routier dès dimanche. Est-ce que vous redoutez une coagulation, une convergence des luttes ? Un tournant dans… MARC FESNEAU Oui, enfin moi je pense que quand on est dans un moment éruptif comme ça, il y a il y a toujours des gens individuellement ou plus collectivement qui veulent se saisir des choses. Moi je pense que dans le transport routier il y a un certain nombre de choses qui ont été posées sur la table depuis un certain temps, et ce n'était pas lié au mouvement des Gilets jaunes, et qui vont dans le bon sens, d'ailleurs beaucoup de transporteurs le reconnaissent. Dans le monde agricole c'est une demande autour d'accélération du processus de transposition si je peux dire de la loi et les Etats généraux de l'alimentation. Il faut travailler avec les uns et les autres, mais je pense que les uns et les autres sont en… ORIANE MANCINI Didier GUILLAUME annonce à l'instant que les ordonnances sont reportées, qu'elles seront appliquées en janvier/février, est-ce que là aussi c'est un recul ? Est-ce que le gouvernement est encore en capacité de mener des réformes ? MARC FESNEAU Mais évidemment que le gouvernement est en capacité de mener des réformes, parce qu'il est en situation, d'abord de gouverner, deux, qu'on a reçu un mandat des Français, le mandat des Français c'était de transformer le pays pour que ça aille mieux, et c'est ça qui nous rappelle aussi, d'une certaine façon, dans la rue, c'est l'exigence est une exigence de transformation profonde et en même temps une exigence de meilleure vie pour eux, et c'est à ça qu'il faut être au rendez-vous. Après, que le gouvernement… ORIANE MANCINI Mais le concrètement, rien ne changera ? Vous êtes ministre des Relations avec le Parlement, le calendrier parlementaire de la rentrée ne change pas, la réforme des retraites, vous serez en capacité de la mener. MARC FESNEAU On va regarder le calendrier, je l'avais déjà explosé devant vous il y a très peu de temps, autant que je me souvienne. La réforme des retraites était plutôt prévue sur le deuxième semestre, puisqu'il y a une grande phase de concertation. Il faut une réforme des retraites, excusez-moi, parce que c'est une faute de ne pas avoir fait… ORIANE MANCINI Oui, mais est-ce que vous pourrez la faire ? MARC FESNEAU Jean-Paul DELEVOYE, que vous connaissez, mène des travaux de concertation qui sont très importants, et il faut le faire devant les citoyens, parce que je pense qu'on a besoin d'un débat public et il le fait très bien, à la demande du président de la République, et s'il faut, il faut une réforme, la question c'est la capacité de dialogue qui permette de rendre acceptables les réformes et qui donne le sentiment que la réforme ça n'est pas un recul, la réforme c'est pour faire avancer le pays et pour améliorer la situation des gens, c'est ça l'enjeu. STEPHANE VERNAY Oui mais ce n'est pas ça la question, la question c'est que vous voyez bien que pour que les réformes, la transformation du pays puisse avoir lieu, l'idée c'était que le gouvernement ou l'exécutif ne cède rien. Là, tout le monde a l'impression qu'il y a un recul et que la tension est telle que vous ne pourrez plus mener à bien les grosses réformes que vous lancez. MARC FESNEAU Moi je vais vous dire quelque chose. Quand vous avez des gens qui sont socialement acculés, au pied du mur, et d'une certaine façon ils le vivent à juste titre souvent pour un certain nombre de ceux qui s'expriment, comme le risque s'ils reculent d'un pas, de tomber dans l'oubli ou dans une espèce de falaise de perte sociale. Quand vous avez des gens qui sont dans cette situation-là, la question n'est pas de savoir si on recule ou pas, la question c'est de savoir, c'est d'écouter les Français, et donc moi je n'ai aucun état d'âme avec l'idée qu'on puisse ajuster les choses, quand les choses sont mal comprises, c'est la responsabilité des politiques de ne pas être aveugle, et donc on n'est pas aveugle, on écoute, on pose les choses pendant 6 mois et on travaillera avec les Français pour ça. ORIANE MANCINI Rapidement, sur la réforme constitutionnelle, est-ce que dans le contexte actuel vous nous dites aujourd'hui que ce sera toujours le premier texte examiné à l'Assemblée nationale en janvier ? MARC FESNEAU Mais c'est le calendrier, tel qu'il est posé. D'ailleurs c'est peut-être aussi une occasion d'un débat, je l'avais dit en autres occasions devant la Presse parlementaire la semaine dernière je crois, l'occasion d'un débat sur l'outil constitutionnel, l'outil de la révision institutionnelle, en quoi il peut servir mieux l'exigence démocratique et l'approfondissement de l'exigence démocratique et de faire en sorte que les citoyens se sentent, un, mieux représentés, et deux, mieux écoutés. Il y a un certain nombre de dispositions autour de la réforme du CESE qui a était proposée, un certain nombre de dispositions autour de la réforme des pratiques parlementaires, moi je pense que ça va dans le bon sens et c'est ça qu'il faudra travailler. Et je pense que le débat parlementaire il se nourrira aussi de ça, c'est-à-dire qu'il faut qu'on tire exigence, que je pense que c'est un moment de vérité aussi démocratique. C'est comment on mène les débats d'un point de vue démocratique et comment les responsables publics se saisissent mieux des questions et sont mieux en interaction avec les citoyens. CYRIL VIGUIER Marc FESNEAU, vous êtes un proche de François BAYROU, on a entendu ses tacles, ses critiques à répétition, notamment sur la méthode ces derniers temps, est-ce qu'il est en réserve de la République, François BAYROU ? MARC FESNEAU Je ne sais pas s'il est en réserve de la République, en tout cas il n'est pas en réserve de dire et d'exprimer ce qu'il a toujours fait, et de façon libre, dans la majorité, ce qui lui paraissait être des besoins d'inflexion. Après c'est bien que ce soit versé au débat, moi je pense que c'est toujours utile quand il y a des voix qui peuvent s'exprimer, dans un cadre, j'entends François BAYROU et je parle avec lui très régulièrement, comme vous pouvez l'imaginer, nous ce qu'on veut c'est que le quinquennat réussisse. Ça n'est singulièrement pas ce que disent les oppositions. Les oppositions ont envie que le quinquennat soit inutile, eh bien nous on a envie que le quinquennat soit utile, et François BAYROU le premier et donc on va faire en sorte que le quinquennat soit utile. CYRIL VIGUIER Merci Marc FESNEAU, ministre chargé des Relations avec le Parlement. MARC FESNEAU Merci. CYRIL VIGUIER Vous nous quittez, vous allez a notamment la réunion des députés de la République En Marche. Merci d'avoir été avec nous ce matin. MARC FESNEAU Merci à vous. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/677.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/677.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..460a1f19c45c2c242eeabc7ee9957ca691267af6 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/677.txt @@ -0,0 +1 @@ +CYRIL VIGUIER Bonjour Nicole BELLOUBET. NICOLE BELLOUBET Bonjour. CYRIL VIGUIER Vous êtes Garde des sceaux, ministre de la justice. Merci d'être sur ce plateau ce matin. Vous avez fini à 03h du matin à l'Assemblée nationale. Merci d'être là. Pour vous interroger, à mes côtés, Marcelo WESFREID du Figaro, bonjour, pour Public Sénat. Et bonjour Denis CARREAUX, vous dirigez la rédaction de Nice Matin. Votre interview, Nicole BELLOUBET, sera retransmise sur les sites Internet de la presse quotidienne régionale à partir de 10h30 ce matin. Donc nous avons la Garde des sceaux sur le plateau ce matin. Evidemment, je réactualise ce qui s'est passé à Strasbourg, à propos de cette fusillade, ces trois morts, huit blessés graves et cinq légers, ce sont les derniers chiffres que nous avons. Est-ce qu'on peut faire un point avec vous sur la situation, le tueur est toujours en fuite ? NICOLE BELLOUBET Oui, à l'heure actuelle, il y a énormément de forces de l'ordre qui sont mobilisées à sa poursuite, mais pour le moment, il est effectivement toujours en fuite. Je crois qu'il a été blessé au moment des événements par les forces Sentinelle, mais au moment où nous parlons, il est effectivement toujours en fuite. MARCELO WESFREID Est-ce qu'on peut parler d'attentat, compte tenu du fait que certains évoquent aussi une piste d'un règlement de compte, est-ce que vous avez, vous, des indications qui font qu'on peut parler effectivement d'attentat ? NICOLE BELLOUBET D'abord, la section antiterroriste du Parquet de Paris a été saisie, puisque le procureur Rémy HEITZ est sur place, et donc à partir du moment où la section du Parquet de Paris antiterroriste a été saisie, on peut effectivement parler d'attentat. DENIS CARREAUX On est passé hier soir, Christophe CASTANER l'a annoncé en urgence attentat, qu'est-ce que ça change concrètement ? NICOLE BELLOUBET Oui, eh bien, ça permet de déployer un certain nombre de mesures, c'est le cas notamment pour des contrôles d'identité qui seront renforcés dans un certain nombre de lieux, et puis, c'est également le cas pour une surveillance renforcée des marchés de Noël, qui se déroulent partout en France, pour éviter un éventuel mimétisme. Donc ce sont des mesures déployées de manière plus renforcée. MARCELO WESFREID Est-ce qu'il faut... est-ce que vous êtes partisane de rétablir l'état d'urgence pour essayer d'être à la hauteur des événements, dans une période très compliquée, comme celle qu'on vit actuellement ? NICOLE BELLOUBET Je pense que nous pouvons être à la hauteur des événements, sans pour autant déclencher l'état d'urgence. En effet, les lois qui ont été adoptées récemment par notre gouvernement permettent de déployer un certain nombre de mesures, qui nous ont permis d'éviter jusqu'à présent au moins six attentats, grâce à des visites domiciliaires, grâce à un certain nombre de mesures qui ont été prévues par les lois récemment adoptées. Je ne suis pas certaine qu'il faille au moment où nous parlons réinstaurer l'état d'urgence, car au fond, lorsqu'il avait été instauré en 2015, c'était à la suite d'un attentat qui avait vous le savez causé énormément de morts, et il me semble que nous pouvons réagir sans avoir à déclencher cet état d'urgence, à ce stade. DENIS CARREAUX L'assaillant de Strasbourg était fiché S, Laurent WAUQUIEZ n'a pas attendu, il a relancé dès hier soir le débat sur les fichés S. Est-ce qu'il faut aller jusqu'à des arrestations préventives ou des expulsions ? NICOLE BELLOUBET Alors, vous savez, on a déjà eu l'occasion de l'expliquer, le fichier S, qui comprend plusieurs milliers de personnes, est un fichier qui nous permet de suivre des individus en termes de renseignements, autrement dit, de savoir là où ils se trouvent, là où ils passent, et d'avoir un certain nombre de renseignements. Pour autant, les gens qui sont sur ce fichier S ne sont pas tous susceptibles de commettre des attentats, loin de là. Et donc je pense que ce serait évidemment une mesure qui serait complètement disproportionnée par rapport à la situation que nous avons à vivre. MARCELO WESFREID Et qu'est-ce que vous inspire le timing de ce tweet, puisque Laurent WAUQUIEZ, donc le patron des Républicains, a tweeté alors que les faits venaient de se produire, et que l'assaillant, vous venez de le rappeler, est toujours en fuite ? NICOLE BELLOUBET Moi, je ne suis pas dans la glose ou le commentaire des actes de monsieur WAUQUIEZ, nous sommes actuellement avec le gouvernement concentrés sur la situation que nous vivons, concentrés sur le soutien aux forces de l'ordre, sur l'écoute des victimes également, puisque, avec tout le gouvernement, nous avons évidemment été très choqués, et nous sommes vraiment très concentrés sur ce soutien aux populations de Strasbourg et le soutien aux victimes. Et donc, il y a toute une série de faits qui ont été mis en place, je pense notamment à la cellule interministérielle d'aide aux victimes, il y a une cellule de crise, hier, vous l'avez vue, à Beauvau, donc on est plutôt concentré sur l'action que sur le commentaire. CYRIL VIGUIER Nicole BELLOUBET, il y a quelques minutes, vous venez de qualifier donc d'attentat à la fusillade de Strasbourg, est-ce qu'on peut craindre, j'allais dire, d'autres problèmes, il y a beaucoup de marchés de Noël, les Français se posent la question, partout, à Bordeaux, à Lyon… NICOLE BELLOUBET Oui, c'est la raison à laquelle je vous l'ai dit à l'instant, l'état d'urgence attentat qui a été déployé nous permet d'assurer de manière plus effective et plus efficace des contrôles d'identité, y compris sur l'ensemble des marchés de Noël de France. MARCELO WESFREID Vous pouvez nous confirmer d'ailleurs qu'un Conseil de défense vient d'être convoqué, qui se tiendra juste après le Conseil des ministres et auquel vous participerez… NICOLE BELLOUBET Absolument. Oui, oui, je vous le confirme. Il y a un Conseil de défense qui sera convoqué à midi aujourd'hui. CYRIL VIGUIER Plus de forces de sécurité, parce qu'on disait depuis quelque temps déjà, qu'à cause de la crise des gilets jaunes, les forces de sécurité étaient fatiguées, à bout, à l'os… NICOLE BELLOUBET Vous savez, sur les marchés de Noël, il y a, d'une part, les forces de sécurité qui effectivement pourront être déployées, il y a aussi l'opération, les opérations Sentinelle qui viennent apporter… CYRIL VIGUIER Donc l'armée ? NICOLE BELLOUBET Oui, l'armée, qui vient apporter un renfort, un appui certain, et donc évidemment, tout cela méritera d'être déployé auprès des marchés de Noël. DENIS CARREAUX Lors des manifestations des gilets jaunes, et notamment samedi dernier, il y a eu énormément d'arrestations, et finalement, assez peu de condamnations, est-ce que la police n'a pas eu la main un petit peu lourde, et est-ce qu'on n'a pas fait des arrestations préventives ? NICOLE BELLOUBET Alors, c'est un terme dont j'ai eu l'occasion de dire que je le réfutais, ce ne sont pas des interpellations préventives, à chaque fois qu'il y a eu des interpellations, c'est parce qu'il y avait des faits avérés qui pouvaient être retenus à l'encontre des personnes qui avaient été interpellées. Deux faits par exemple différents, d'une part, lorsque nous avons, pendant la semaine qui a précédé la manifestation de samedi, pu repérer des personnes qui, sur Internet, déployaient des appels à manifestations, qui n'ayant pas été déclarées étaient illicites, nous avons effectivement pu les interpeller, parce qu'il y a appel appellent à une manifestation illicite, de la même manière, et c'est un autre cas, avant les manifestations de samedi, les procureurs de la République avaient délimité des zones sur lesquelles des contrôles d'identité pouvaient avoir lieu, à l'occasion de ces contrôles d'identité, nous avons pu interpeller des personnes qui effectivement se rendaient à la manifestation en transportant avec elles des marteaux, des boules de pétanque, etc. C'est une curieuse manière d'aller manifester, et donc nous avons considéré qu'il y avait, là, un risque d'atteinte à l'ordre public, de dégradation des biens et nous les avons arrêtées. Donc ce n'est pas des interpellations préventives, il y a eu des infractions pour lesquelles des interpellations ont eu lieu, mais évidemment, la gravité de ces interpellations a entraîné une réponse, comme c'est tout à fait normal de la part de la justice, une réponse adaptée, nuancée, individualisée. MARCELO WESFREID Oui, Nicole BELLOUBET, dans ce contexte où les forces de l'ordre sont sur le qui-vive, est-ce que vous demandez aux gilets jaunes ce matin d'arrêter leur mouvement et d'arrêter en tout cas de manifester ? NICOLE BELLOUBET Si vous voulez, je crois qu'il y a eu..., d'une part, il y a cet événement qui est dramatique et auquel la nation est évidemment... sur lequel nous sommes très concentrés, et d'autre part, vis-à-vis de la question des gilets jaunes, il y a eu des réponses apportées par le président de la République, ces réponses-là, en termes de pouvoir d'achat, qui viennent d'ailleurs s'ajouter à des réponses que le Premier ministre avait lui-même présentées quelques jours auparavant, me semblent former un tout cohérent, qui apporte une vraie réponse par rapport aux revendications des gilets jaunes. Moi, j'ai eu l'occasion de dire que, il me semblait qu'il y avait trois revendications des gilets jaunes, en termes de pouvoir d'achat, en termes de justice sociale… MARCELO WESFREID Donc il faut que le mouvement cesse ? NICOLE BELLOUBET En termes de représentativité, il me semble que des réponses sont apportées, oui, je pense que le mouvement doit cesser. MARCELO WESFREID Alors, pardon, mais on va revenir un tout petit peu sur Strasbourg parce qu'on apprend que l'assaillant, le fugitif, radicalisé, fiché S s'est radicalisé en prison. C'est finalement un cas assez classique, qu'est-ce qu'on peut faire pour... qu'est-ce que vous avez d'ailleurs comme information sur son parcours criminel, et qu'est-ce qu'on peut faire pour éviter que la prison soit une école de l'islamisme. NICOLE BELLOUBET Alors d'une part, c'est quelqu'un qui a été condamné à de nombreuses reprises pour des faits de droit commun, et il a effectué en France deux peines de prison de deux ans chacune qu'il avait purgées, je crois qu'il est sorti en 2015. CYRIL VIGUIER Braquage de banque, dit-on… NICOLE BELLOUBET Oui, oui. Donc il est sorti il y a trois ans de sa dernière condamnation, il a, je crois également été condamné en Allemagne et en Suisse. Donc par rapport à la question que vous posez sur la radicalisation en détention, dans le projet de loi que je porte, et en dehors d'ailleurs, depuis que nous sommes au gouvernement, nous avons pris un certain nombre de mesures très fortes, d'abord, nous venons de créer par la loi qui a été votée hier soir à l'Assemblée nationale un Parquet national anti-terroriste pour le concentrer sur les questions de lutte anti-terroriste, nous avons créé également un juge sur l'indemnisation des victimes de terrorisme par cette même loi. Et sur le parcours de radicalisation en prison, d'une part, je me suis engagée à évaluer les personnes qui sont radicalisées ou susceptibles de radicalisation, une évaluation pluridisciplinaire qui permet de comprendre leur niveau de dangerosité, ensuite, je me suis engagée à ce que ces personnes en détention soient dans des quartiers étanches, c'est-à-dire qu'on puisse, lorsqu'elles sont susceptibles de prosélytisme, les isoler de la détention. Et enfin, lorsque la peine est purgée, elles sont suivies à leur sortie de détention. MARCELO WESFREID Mais pardon, il est passé entre les mailles du filet, très concrètement, puisque la police est venue le chercher le matin chez lui, et il s'était volatilisé… NICOLE BELLOUBET Vous parlez d'hier ? MARCELO WESFREID Je parle d'hier. NICOLE BELLOUBET Non, mais moi, je vous parle des mesures qui ont été prises par le gouvernement depuis quelques mois et qui permettent… MARCELO WESFREID Est-ce qu'elles auraient permis d'éviter ce qui s'est passé hier, c'est-à-dire quelqu'un de radicalisé, fiché S, la police vient le chercher et il n'est pas là… NICOLE BELLOUBET On ne réécrit pas l'histoire, on ne réécrit pas une histoire, et je ne me hasarderai pas à cela, je dis simplement qu'au regard de ce qui s'est passé antérieurement, nous avons tiré les leçons de l'expérience et pris un certain nombre de mesures claires, que je viens d'exposer. DENIS CARREAUX Nicole BELLOUBET, en août, vous dénonciez un dysfonctionnement grave après la libération par erreur d'un djihadiste présumé, or, il n'y a pas eu en définitive de sanction disciplinaire contre le juge qui avait oublié de renouveler la détention provisoire, pourquoi le ministère n'a-t-il pas sanctionné ? NICOLE BELLOUBET Parce qu'il s'agissait d'un fait unique dans une carrière de magistrat, de juge en l'occurrence, qui était une carrière au sein de laquelle il n'y avait pas de reproches à faire à ce magistrat. En revanche, j'ai pris des mesures extrêmement claires d'organisation, que j'ai adressées hier aux chefs de juridiction, en demandant très précisément que le suivi des personnes qui sont en détention provisoire soit effectué selon des critères extrêmement stricts, et avec des outils qui ne laissent pas la possibilité d'avoir des erreurs manuelles, puisque c'est de cela dont il s'agit, et donc nous aurons à l'avenir quelque chose qui sera très encadré et très suivi. MARCELO WESFREID Est-ce que d'une certaine façon, vous n'avez pas pardon de l'expression, mais passé l'éponge, vous, la Garde des sceaux, sur un dysfonctionnement très grave ? NICOLE BELLOUBET Non, je n'ai pas passé l'éponge, il y a eu une faute qui a été reconnue comme telle, et il y a des mesures qui sont des mesures d'organisation qui permettront de pallier ces défaillances et qui ont été prises. CYRIL VIGUIER C'est Nicole BELLOUBET, la Garde des sceaux, qui est notre invitée politique ce matin dans "Territoires d'Infos". Nicole BELLOUBET, le budget de la justice voté à l'Assemblée nationale cette nuit, 3h du matin, je crois que vous avez terminé, à quelques voix près, pourquoi une majorité si courte, est-ce que ça vous a surpris ? NICOLE BELLOUBET Les circonstances expliquent la majorité qui a été obtenue, les circonstances qui sont la nuit, qui sont.., donc, voilà, tout cela explique la majorité qui a été obtenue, je crois que le principal, pour nous, c'est évidemment que la loi ait été adoptée et qu'elle donne à la justice, vous le disiez à l'instant vous-même, un budget beaucoup plus important que ce qui n'a jamais été voté pour la justice, 25 % en plus sur 5 ans, et des mesures très importantes, comme notamment, puisque nous en parlions à l'instant, le Parquet national anti-terroriste. Et d'ailleurs, les voix ont été différentes entre la loi ordinaire et la loi organique, où la majorité était beaucoup plus large… CYRIL VIGUIER Il y avait un différentiel… DENIS CARREAUX Nicole BELLOUBET, les avocats, de nombreux avocats sont vent debout contre la réforme, ils ont boycotté les audiences à Nice et à Toulon lundi, et ils organisent aujourd'hui une journée "justice morte", ils dénoncent une réforme au pas de charge et sans concertation, et qui laisse peser des menaces sur la justice de proximité. Ils ont tort ? NICOLE BELLOUBET Ils ont tort, ils ont tort, ils ont tort de dénoncer une réforme au pas de charge, puisque cela fait plus d'un an que nous travaillons sur ce texte, ils ont tort de dénoncer une réforme sans concertation, puisque j'ai eu l'occasion, à de très nombreuses reprises, de dialoguer avec les représentants de la profession d'avocat, et que, à la suite de ces échanges, nous avons tenu compte de leurs observations sur un certain nombre de points, je pense aux questions de divorce, je pense à la question des critères liés aux évolutions de l'organisation de nos juridictions, etc., je pourrais multiplier les exemples, donc il y a eu du temps, il y a eu de la concertation, et en plus, il me semble qu'il y a des avancées extrêmement positives dans ce texte, et sur la justice de proximité, je l'ai dit, je le redis, aucun tribunal ne fermera, aucun, et la justice de proximité, non seulement sera conservée, c'est-à-dire que tous les tribunaux d'instance resteront dans l'exercice de leurs compétences, mais en plus, ils pourront être renforcés, si les chefs de juridiction l'estiment pertinent, par de nouveaux types de contentieux, donc tout ce qui est dit de ce point de vue-là est inexact. MARCELO WESFREID En termes de coopération internationale, pardon, mais l'affaire de Strasbourg concerne quelqu'un qui semble-t-il a eu aussi des condamnations en Allemagne… NICOLE BELLOUBET Je vous le disais… MARCELO WESFREID Comment se passe cette coordination avec nos voisins, est-ce que d'un point de vue judiciaire et policier, vous avez constaté que les choses se passent de façon la plus fluide possible ? NICOLE BELLOUBET Alors, elles se passent de manière excellente, à la fois sur un plan de l'organisation, puisque nous avons des magistrats de liaison avec beaucoup de pays étrangers, c'est le cas avec l'Espagne, avec la Belgique, avec l'Allemagne, donc on a des magistrats qui travaillent sur notre coopération judiciaire, sur notre coopération pénale, ça se passe très bien. Par ailleurs, j'ai eu l'occasion, il y a environ trois semaines, de réunir à Paris sept ministres de la Justice, Espagne, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Belgique, etc. et France autour de la question du terrorisme, et nous avons ensemble décidé, d'une part, de mesures au niveau des incitations haineuses sur Internet en termes de terrorisme. Nous avons également décidé de mesures en termes d'aide aux victimes, et nous avons également décidé autour d'Eurojust de mettre en place un registre commun de suivi des personnes que nous poursuivons. Donc il y a vraiment une coopération renforcée entre l'ensemble des ministres de la Justice. MARCELO WESFREID Alors jeudi, une motion de censure va être déposée, parce que la vie parlementaire suit son cours, et cette motion de censure, elle va être déposée par la France Insoumise, par les communistes et par vos anciens camarades, des socialistes, est-ce que ça vous choque, est-ce que ça vous étonne, qu'est-ce que vous leur dites de voir que le PS est passé dans l'opposition totale ? NICOLE BELLOUBET Je crois que le PS se situait effectivement dans l'opposition déjà depuis quelque temps, moi, je trouve que, au regard, puisque la motion de censure, elle a été déposée au regard de la question des gilets jaunes, il me semble que la réponse qui a été apportée par l'exécutif est une réponse qui je le disais tout à l'heure tient compte à la fois des exigences de justice sociale, tient compte des exigences de pouvoir d'achat et tient compte, dans la perspective du dialogue qui va être conduit, des questions de représentation, et donc de la nation, de l'unité de la nation ; je crois que ce sont des valeurs qui sont portées par les socialistes, et donc effectivement, on peut s'étonner qu'ils rejoignent cette motion de censure. CYRIL VIGUIER Nicole BELLOUBET, les premiers pas de votre collègue à l'Intérieur, Christophe CASTANER, ont été critiqués, notamment à propos de la gestion de l'acte 3 des gilets jaunes, vous avez quel jugement, vous, sur ses premiers pas au ministère de l'Intérieur, de votre collègue… NICOLE BELLOUBET Je ne juge pas mes collègues, je les soutiens, car je pense que la collégialité gouvernementale est tout à fait essentielle si on veut avancer... CYRIL VIGUIER Ça marche bien la coopération avec Christophe CASTANER ? NICOLE BELLOUBET Ça marche très bien, ça marche très bien, et je crois que c'est essentiel, je ne suis pas du tout dans la bisbille, moi, je suis la garante de l'Etat de droit, que mes collègues respectent, mais il me semble que pour les Français, nous devons travailler main dans la main. CYRIL VIGUIER Merci Nicole BELLOUBET d'être venue sur ce plateau ce matin. Vous avez terminé à 03h du matin à l'Assemblée nationale pour le vote de cette loi, donc de ce budget de la Justice. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/678.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/678.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..043f080bcad921eeb08f7f4f071154413838bf6a --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/678.txt @@ -0,0 +1 @@ +AUDREY CRESPO-MARA Bonjour Christophe CASTANER. CHRISTOPHE CASTANER Bonjour. AUDREY CRESPO-MARA Merci d'avoir choisi de vous exprimer ce matin en direct sur Europe 1. Vous êtes encore à Strasbourg, où le terroriste a été abattu par les forces de l'ordre hier soir, c'est avec soulagement, ce matin, que les Strasbourgeois vont pouvoir retourner sur le marché de Noël ? CHRISTOPHE CASTANER Soulagement oui, parce qu'ils ont vécu, pendant 48 heures, l'angoisse de pouvoir retrouver une vie normale, et je sais que beaucoup sont choqués, ils sont accompagnés d'ailleurs pas des cellules d'aide psychologique, mais j'ai d'autres sentiments, d'abord la peine et le recueillement, parce qu'à l'heure où je vous parle il y a trois personnes qui sont mortes, il y a des blessés, dont certains luttent pour la vie. Mais j'ai aussi un sentiment de fierté, de fierté pour les hommes et les femmes de la Police nationale, de la Gendarmerie, qui ont tout donné pour retrouver l'assaillant et le mettre hors d'état de nuire. Je pense aussi aux militaires de l'opération Sentinelle, qui dès les premières minutes ont été confrontés à lui et l'ont blessé, ce qui a certainement permis aussi cette interpellation rapide. Et puis je pense à la vigilance nécessaire, partout en France, car cet attentat est bien la preuve que la menace terroriste est toujours là, bien présente, et que, malgré notre engagement, elle peut frapper encore et toujours. AUDREY CRESPO-MARA Regrettez-vous que le terroriste de Strasbourg n'est pas été attrapé vivant ? CHRISTOPHE CASTANER Oui, parce qu'il est toujours important de pouvoir reconstituer l'enquête. D'ailleurs, nos trois agents, nos trois policiers, qui sont intervenus, l'ont interpellé oralement pour le contrôler, et c'est le moment où il s'est retourné, avec son arme, et il a fait feu, et donc qui l'ont abattu pour se défendre, mais pour se protéger aussi mutuellement. AUDREY CRESPO-MARA Alors, un hélicoptère tournait sur zone, on le cherchait dans le quartier, dans son quartier, ensuite plusieurs versions divergent. Dites-nous, tantôt il est signalé par une femme qui remarque sa blessure, tantôt ce sont des caméras de surveillance qui ont permis de l'identifier, et tantôt une patrouille l'a croisé par hasard, qu'en est-il ? CHRISTOPHE CASTANER Vous savez, l'essentiel c'est surtout le travail de terrain qui paye, et le travail de terrain il a été engagé dans les minutes qui ont suivi les premiers homicides. Le renseignement est parti du quartier du Neudorf à Strasbourg, mais jusqu'à des pays étrangers qui ont été mobilisés pour nous accompagner, c'est cela une enquête, une traque, mais ensuite c'est vraiment le travail de terrain. Donc, vous avez raison sur un hélicoptère, qui a été mis en place l'après-midi, compte tenu de renseignements que nous avions, dans son quartier d'origine qu'il connaît bien, le Neudorf, et c'est aussi ce dispositif-là qui a été accompagné d'un quadrillage précis du quartier. Il y avait donc un dispositif de surveillance, de filature, d'intervention du RAID, qui était mobilisé, qui a été mis en place dès l'après-midi, avec les BRI, les services de police, et cet hélicoptère, et ça l'a contraint à se mobiliser, dans le cadre du quadrillage. Trois fonctionnaires de police de la brigade spécialisée de terrain, alors qu'ils patrouillaient, mais dans ce cadre-là, et pas par hasard, j'ai entendu cela, et c'est assez surprenant, ont repéré l'individu qui correspondait au signalement, et je vous ai dit ce qui s'était passé, au moment où ils ont voulu le contrôler, l'individu s'est retourné, il a tiré, les policiers ont riposté, l'ont neutralisé. AUDREY CRESPO-MARA La traque a duré plus de 48 heures, à partir de quel moment avez-vous retrouvé la trace du terroriste ? CHRISTOPHE CASTANER En fait, au fond, dès les premiers instants l'enquête s'est tournée vers le quartier du Neudorf, qui était son quartier d'origine, et donc nous n'avons rien lâché, ça a été une enquête menée, je dirais, presque mètre carré par mètre carré, et puis en même temps, quand vous faites du renseignement, vous vous intéressez à tout son environnement, très vite on a identifié deux de ses frères, on a localisé deux de ses frères, qui n'avaient pas pu être placés en garde-à-vue, voilà. C'est tout ce travail-là qui fait qu'il y a eu des interventions, même à Paris, hier après-midi, dans le 7e arrondissement, sur des gens qui appartenaient à son environnement, où nous avons voulu vérifier, et donc c'est ce travail de vérification qu'ont conduit les 380 enquêteurs qui étaient placés sous l'autorité du procureur de Paris, Rémy HEITZ. AUDREY CRESPO-MARA Christophe CASTANER, ce que vous nous dites c'est que le terroriste n'avait pas quitté son quartier depuis l'attaque ? CHRISTOPHE CASTANER L'enquête déterminera cela, je suis incapable de vous dire au moment présent l'exact calendrier, agenda, de son parcours pendant ces 48 heures, mais tout laisse à penser qu'effectivement il est resté sur site, en planque, et que nous l'avons débusqué, chassé, parce qu'on peut utiliser ce terme-là, et ensuite il a été neutralisé. AUDREY CRESPO-MARA Au total, combien d'hommes étaient mobilisés pour sa traque, et pour échapper pendant plus de 48 heures à autant d'hommes, a-t-il bénéficié du soutien d'autres personnes, sommes-nous face à un réseau organisé ? CHRISTOPHE CASTANER L'enquête le déterminera, donc à l'heure qu'il est je suis incapable de vous répondre précisément à cela, mais rien n'indique qu'il soit intégré dans un réseau, rien n'indique qu'il ait eu des protections particulières dans ce cadre-là, mais évidemment l'enquête, vous savez, n'est pas close, le procureur se prononcera d'ailleurs en fin de matinée, et moi-même j'irai tout à l'heure aussi voir les enquêteurs pour les encourager à poursuivre, mais surtout pour leur dire un immense merci au nom, je crois, de la nation française, et de tous les Français. AUDREY CRESPO-MARA Si on résume son profil, c'est un délinquant, multirécidiviste, qui s'est radicalisé, qui a des frères radicalisé, c'est le même profil que MERAH ou les frères KOUACHI ? CHRISTOPHE CASTANER Non, il faut prendre le temps avant de se prononcer, vous savez, dans commentaire on peut commettre des imprécisions et des erreurs, tel n'est pas le cas. Une chose est sûre c'est que, c'est un délinquant violent, qui dès l'âge de 10 ans est identifié pour sa violence, qui commet de nombreux larcins, ce n'est pas un grand criminel, mais au moment où nous voulons l'interpeller, mardi matin, c'est pour une tentative d'homicide, et donc on est déjà là sur un haut niveau de gravité d'un point de vue pénal, et c'est là où, mais on est vraiment sur du droit commun, c'est là où, quelque part, il est peut être rattrapé par sa radicalisation, c'est un process qu'on connaît chez les terroristes, il y a un facteur déclenchant, et le facteur déclenchant fait que, au nom de… du fait de sa radicalisation, il va commettre ces actes-là, et en cela il ressemble effectivement aux noms que vous avez cités. AUDREY CRESPO-MARA 29 ans, condamné 27 fois, fiché S en liberté. Vous êtes ministre de l'Intérieur, qu'est-ce que vous comptez faire ? CHRISTOPHE CASTANER Moi je compte respecter l'Etat de droit, et je pense que chacun doit résonner et se dire que la différence entre ceux qui attaquent la démocratie et les démocrates, c'est justement de respecter l'Etat de droit. Pour les faits qu'il a commis, il a été condamné, pour les condamnations qu'il a eues, il a subi et il a fait ses peines de prison, ensuite… AUDREY CRESPO-MARA Mais, Christophe CASTANER, vous entendez une partie de l'opposition qui vous demande d'enfermer les fichés S français, d'expulser les fichés S étrangers, qu'est-ce que vous comptez faire ? CHRISTOPHE CASTANER Non mais d'abord, quand nous avons des fichés S étrangers qui sont condamnés, nous les expulsions déjà, chaque fois que c'est possible. Ensuite, on peut toujours se faire plaisir et faire du commentaire, moi je suis ministre de l'Intérieur, je préfère ceux qui font, et ceux qui font ce sont les femmes et les hommes qui, sur le terrain, savent. Et très clairement, les outils… AUDREY CRESPO-MARA Mais vous ne changez pas les réglementations actuelles, vous n'entendez pas les changer ? CHRISTOPHE CASTANER Mais d'abord on a une loi qui est très récente et qui donne des moyens à notre police, mais il faut avoir en tête que le fiché S, ou le fichier FSPRT, sont des outils, sont des outils et ne sont pas des marqueurs judiciaires, ce ne sont pas des décisions judiciaires. Et alors, on peut très bien se dire tiens, on va supprimer l'outil et tout ira mieux, ce serait totalement inconséquent, d'ailleurs je ne suis pas le seul à dire ça, il y a des responsables politiques, qui ont un minimum d'expérience politique, mais aussi d'expérience de la police et du judiciaire, qui disent la même chose que nous. C'est aussi bête que de penser que, pour soigner une maladie, il faudrait casser le thermomètre - moi j'ai appris depuis tout petit que le thermomètre c'était un indicateur d'une maladie - et ensuite il fallait traiter la maladie, c'est ce que nous faisons, notamment en intervenant dans les quartiers, y compris ici à Strasbourg, mais partout en France, en luttant contre la radicalisation. C'est ce combat-là que nous devons mener, parce qu'effectivement la radicalisation peut conduire, pas toujours, mais peut conduire, à des actes fous, et à des actes terroristes. AUDREY CRESPO-MARA Daesh, Christophe CASTANER, a finalement revendiqué l'attaque de Strasbourg, ça prouve que malgré sa défaite militaire, l'Etat islamique conserve son influence ? CHRISTOPHE CASTANER Bien sûr, et donc c'est pour ça que le risque terroriste existe. Je voudrais vous rappeler que le 14 novembre, 3 jours avant le premier jour des manifestations des Gilets jaunes, nous avons démantelé un réseau terroriste qui voulait s'en prendre à la manifestation du 17 novembre, je peux vous dire que depuis le 17 novembre il n'y a pas une heure dans laquelle je ne vis pas avec le risque terroriste qui existe aussi sur les manifestations, parce que vous avez une masse importante de personnes, c'est ça la réalité. Jamais je n'ai pu dire que le risque zéro n'existait ou que nous n'étions pas dans une tension terroriste, je l'ai dit constamment et je le dis constamment parce que c'est la réalité. Même si Daesh est affaibli à l'international sur sites, et que le risque d'attaques exogènes venant de l'extérieur est diminué, le risque endogène, et nous l'avons hélas encore vu mardi, existe en France. AUDREY CRESPO-MARA Christophe CASTANER, les forces de l'ordre sont engagées sur plusieurs fronts, la fronde des Gilets jaunes, la contestation des lycéens, jusqu'à hier soir la traque du terroriste et le plan urgence attentat. Avez-vous vraiment les effectifs suffisants pour mener toutes ces missions simultanément ? CHRISTOPHE CASTANER Oui, parce que nos forces de l'ordre ont justement cette capacité à ne jamais baisser les bras, et ce que j'ai vu ces dernières semaines c'est cela. Mais franchement, je peux vous dire que je préférerais que les forces de l'ordre soient en train de faire leur vrai métier, c'est-à-dire poursuivre les criminels, diminuer le risque terroriste, plutôt que de devoir sécuriser des ronds-points où quelques milliers de personnes, parce que c'est bien ce dont on parle, mobilisent énormément de forces. Il y a un acte V, paraît-il, de mobilisation des Gilets jaunes demain à Paris, eh bien moi je préférerais un acte de responsabilité, pour nos forces de l'ordre, pour nos commerçants, pour notre économie. Il faut qu'ils se rendent compte, les Gilets jaunes, notamment à Paris, qu'ils ont fait vivre un coucou, celui de la violence des ultras, de droite ou de gauche, celui des voleurs, des casseurs, qui profitent de la manifestation pour se livrer aux cassages, tel qu'on l'a vu, sans eux, sans les Gilets jaunes, ils ne sont rien ceux-là. Et donc, je crois qu'aujourd'hui les Gilets jaunes le savent, et chaque jour un peu plus. AUDREY CRESPO-MARA Vous appelez à la responsabilité, est-ce que ça vous choque, Christophe CASTANER, que Jean-Luc MELENCHON continue à appeler à l'acte V de la révolution citoyenne ? CHRISTOPHE CASTANER Ecoutez, mon boulot n'est pas de commenter Jean-Luc MELENCHON, je laisse Jean-Luc MELENCHON à ses invitations révolutionnaires multiples, mais il fait partie peut-être aussi des coucous, je crois que les Gilets jaunes ne le reconnaissent pas comme leur chef. Vous savez, aujourd'hui, que les Gilets jaunes prennent toute leur place dans le grand dialogue auquel le président de la République les a invités. Vous savez, hier soir j'étais dans les rues de Strasbourg, j'ai vu le peuple de France applaudir nos forces de sécurité, et demain on va les caillasser, et demain on va laisser faire ça ? Moi je m'y refuse. AUDREY CRESPO-MARA Samedi, demain justement, Christophe CASTANER, les forces de l'ordre vont se montrer offensives, elles s'étaient montrées offensives samedi dernier, elles le seront encore plus demain, et est-ce que ce sera le même dispositif que samedi dernier ? CHRISTOPHE CASTANER Nous faisons évoluer le dispositif, parce qu'on est confronté à des attaques, que nous ne maîtrisons pas, dans le cadre de manifestations qui ne sont pas déclarées, qui ne respectent aucune règle, on parle de ça aussi, pour les organisateurs, et qui ne prennent d'ailleurs aucune responsabilité, c'est que personne n'assume de dire « ah oui, c'est moi qui organise », non, non, on laisse la dérive aller, on laisse la casse se dérouler, et après on pleure sur les cendres. AUDREY CRESPO-MARA Même dispositif donc demain ? CHRISTOPHE CASTANER Nous le renforcerons et nous l'adapterons, partout où c'est nécessaire. AUDREY CRESPO-MARA Merci Christophe CASTANER. CHRISTOPHE CASTANER Merci beaucoup. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/679.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/679.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..4e88dfc4a1f9883858cf50c414ecd150e046c84d --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/679.txt @@ -0,0 +1 @@ +Monsieur le Maire, Madame la Ministre, chère Nathalie, Monsieur le Nonce apostolique, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les élus et les représentants des "forces vives" de la région, Mesdames et Messieurs, chers amis, Comme vous le savez, je suis parmi vous à la demande du président de la République qui a été retenu à Paris par l'actualité nationale. Pour moi, c'est un grand plaisir de le représenter, d'abord pour vous rencontrer et ensuite, parce que, ici à Biarritz, en Nouvelle-Aquitaine, je me sens un peu chez moi, parce que c'est la rencontre entre la terre et l'océan, et cela me dit quelque chose, et parce que c'est aussi l'occasion de rencontrer un vieil et grand ami, Alain Roussel, que je salue avec plaisir. Et puis parce que Biarritz nous invite à bâtir et à oser. Au carrefour des savoirs locaux et des rêves du grand large - je viens de rencontrer des navigateurs qui vous en ont parlé ce matin. Au-delà de Biarritz, c'est une région toute entière, la Nouvelle-Aquitaine, qui puise dans cette situation unique, entre la terre et l'océan, une inspiration et une capacité d'innovation reconnues par tous. Les nombreux projets que les élus ont présentés ce matin en témoignent. Ici, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, on cultive l'excellence et l'enjeu de "l'économie bleue", en particulier, en fait partie. Merci donc à chacune et à chacun d'entre vous, les locaux, les territoriaux, de porter ces projets, de cultiver dans vos entreprises, dans vos institutions, dans vos collectivités, cette passion du progrès et de l'innovation, cette passion de faire vivre ce beau territoire qui sera à l'honneur en août prochain, lorsque nous y accueillerons le sommet du G7. En effet, dans quelques mois, se réuniront ici, à Biarritz, les chefs d'Etat et de gouvernement de ce forum - le G7 - créé il y a quarante-trois ans, à l'initiative de la France. Je serais même tenté de dire - les comparaisons sont toujours un peu audacieuses - qu'il y a quelque chose d'évident dans cette rencontre, tant l'esprit inventif qui souffle sur cette région fait écho à l'originalité et, je le souhaite, à l'esprit inventif du futur G7. Un G7 qui depuis les premières rencontres informelles du "Library Group" de la Maison blanche au lendemain du premier choc pétrolier a toujours été placé sous le signe de la réflexion d'avant-garde. Formalisé à l'initiative du président Valéry Giscard d'Estaing, le G7, initialement dédié aux seuls sujets économiques, a peu à peu embrassé tous les domaines de la coopération, jouant le rôle d'un véritable laboratoire d'idées face aux grandes évolutions du contexte international. De nombreux dispositifs novateurs et concrets sont nés de ses réflexions. Nous lui devons la création de la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD) et, avec elle, le vaste élan qui a changé la face de l'Europe centrale et orientale au sortir de la guerre froide. Nous lui devons le Groupe d'action financière (GAFI), qui permet aujourd'hui de lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Nous lui devons en partie l'indispensable Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui a déjà permis de sauver des millions de vies à travers le monde et dont la France accueillera la prochaine conférence de reconstitution l'année prochaine. Cette histoire nous rappelle que le multilatéralisme a fait ses preuves. Pour peu qu'on ose innover, pour peu qu'on ose bâtir les coalitions les plus à même de régler les questions en suspens, c'est une méthode efficace, capable de produire des solutions collectives concrètes. Comme le président de la République l'a annoncé devant l'Assemblée générale des Nations unies, notre présidence et le sommet de Biarritz auront pour fil conducteur la lutte contre les inégalités. Le monde dans lequel nous vivons est à la fois plus horizontal et plus vertical. Plus horizontal, car tout y circule plus vite : les biens, les personnes, les idées, les capitaux. Jamais nous n'avons été aussi dépendants de ce qui se passe au bout du monde. Mais le monde est aussi plus vertical : sur le plan économique, la sortie d'un milliard de personnes de l'extrême pauvreté, entre 2000 et 2015, ne saurait masquer la forte montée des inégalités. Quelques chiffres en témoignent : la moitié de la richesse mondiale est détenue aujourd'hui par 1% de la population. Depuis les années 1980, les revenus des 1% les plus riches ont crû deux fois plus que ceux des 50% les plus pauvres. Les injustices durables que sont l'inégalité d'accès aux soins, l'inégalité d'accès à l'école ou encore l'inégalité entre les sexes sont loin d'avoir disparu, y compris dans les économies avancées. La mondialisation affecte désormais tout un chacun dans sa vie quotidienne. Le terrorisme, l'environnement, l'énergie, le commerce, les migrations posent des questions auxquelles personne aujourd'hui, au Nord comme au Sud, ne peut échapper, ne peut échapper seul. C'est une réalité qui doit orienter les choix des décideurs politiques que nous sommes. Voilà le diagnostic que le président de la République m'a chargé de partager avec vous, au moment où s'ouvre la présidence française du G7. Voilà pourquoi nous devons impérativement nous employer à enrayer les inégalités. Le défi est immense, mais nous ne partons pas d'une page blanche. La réduction des inégalités est inscrite au coeur des Objectifs de développement durable fixés par les Nations unies en 2015. Mais nous devons faire plus : nous devons changer nos comportements, modifier le fonctionnement des marchés, réformer nos institutions, amender nos lois et adapter nos politiques publiques. Pour y parvenir, nous avons besoin d'une nouvelle dynamique politique et d'une impulsion collective. La présidence française du G7 doit servir à élaborer un nouveau Cadre d'action international contre les inégalités. Les pays du G7 ont montré qu'avec des dispositifs législatifs et des politiques publiques adaptés il était possible de réduire réellement les inégalités. Mais ces initiatives doivent aujourd'hui faire école. Fusionner des initiatives, les fertiliser mutuellement pour faire école. Dès janvier, nous préparerons ce plan d'ensemble, que nous déclinerons en trois grandes priorités. Le président de la République a été élu sur un programme visant à mieux valoriser et mieux rémunérer le travail. Nous voulons le progrès économique et en même temps la justice sociale. Chaque travailleur a droit à un salaire décent pour le travail qu'il fournit. C'est un principe essentiel, d'ailleurs inscrit dans la déclaration universelle des droits de l'Homme dont nous venons de fêter les 70 ans. Aussi, nous estimons qu'il n'est pas acceptable d'accorder des avantages commerciaux aux pays qui violent ce principe et pratiquent le dumping social. Les normes internationales du travail doivent être mieux intégrées dans les accords commerciaux et financiers. De la même manière, la coopération en matière de fiscalité sera un instrument essentiel pour améliorer la redistribution et la justice économiques. Nous souhaitons que le G7 obtienne des avancées dans la lutte contre la corruption endémique, les paradis fiscaux et la sous-imposition. Nous devons mettre fin à la course au moins-disant fiscal qui nourrit le mécontentement de ceux de nos concitoyens qui appliquent consciencieusement les règles et qui s'estiment floués par ces pratiques. La réduction des inégalités passe aussi par les protections sociales essentielles, qui doivent être garanties à tous. Chacun doit être protégé contre la maladie, le chômage, la vieillesse, l'invalidité et dans la maternité. Par le passé, la communauté internationale a encouragé, à plusieurs reprises, des systèmes de sécurité sociale à visée universaliste. Cette dynamique doit être relancée. L'éducation, et en particulier l'éducation des filles, est un enjeu essentiel. Plus de la moitié de la population mondiale a aujourd'hui moins de 30 ans. Eduquer cette jeunesse, c'est préparer son avenir. Nous continuerons à mobiliser des financements internationaux en faveur d'une éducation universelle et de qualité, y compris pour l'accès des filles à l'école et pour la formation des enseignants. Nous travaillerons sur la formation professionnelle et l'adaptation des compétences à l'emploi et à la formation tout au long de la vie. À cette fin, je réunirai les ministres du développement et de l'éducation, avec Jean-Michel Blanquer, pour une réunion conjointe et, je l'espère, productive. Nous viserons également le renforcement des systèmes sanitaires, notamment dans les pays les plus vulnérables et l'accès universel et de proximité, à la prévention, aux soins primaires et aux traitements face aux grandes pandémies, qu'il s'agisse de maladies transmissibles ou chroniques. À cette fin, les ministres en charge de la santé se réuniront avec cet objet. Les ministres en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes, épaulés par le Conseil consultatif créé par la présidence canadienne que nous avons souhaité conserver, proposeront et soumettront aux engagements des Etats un bouquet législatif composé des lois les plus favorables à l'égalité entre les femmes et les hommes dans le monde. L'objectif sera de créer une dynamique mondiale en faveur de l'égalité des sexes. Le président de la République a également décidé d'instituer un Prix Simone Veil pour la liberté des femmes, qui distinguera les personnalités qui, de par le monde, font avancer la cause des femmes. Nous proposerons de nouvelles initiatives pour réduire l'inégalité professionnelle entre les femmes et les hommes, par exemple à travers la création d'une norme ISO pour les entreprises qui respectent l'égalité ou bien par l'intégration de critères d'égalité dans la notation des entreprises. Notre deuxième priorité sera d'accompagner la nouvelle révolution technologique pour réduire le risque de fracture numérique qui menace une partie de nos populations. Si nous voulons que cette révolution n'accélère pas les injustices, nous devons travailler à une régulation de l'économie des plateformes, pour mieux répartir la richesse qu'elles génèrent. C'est notamment la thématique majeure du respect des droits d'auteur. Celui qui distribue ne doit pas réduire à la portion congrue la juste rémunération de celui qui crée. C'est aussi, là encore, une question de fiscalité car si les acteurs du numérique bénéficient d'un avantage comparatif par rapport à ceux qui, dans nos territoires, maintiennent des circuits de distribution au plus près de nos concitoyens, nous risquons de détruire le commerce de proximité et le lien social dont il est aussi le dépositaire. Si ce commerce ne survit que dans les métropoles, alors nous aurons échoué à faire du numérique ce qu'il doit être et ce qu'il peut être. L'émancipation numérique n'est d'ailleurs possible qu'au prix d'un investissement accru dans les infrastructures qui nous permettra de lutter contre la fracture numérique et qui permettra de donner à chacun les moyens d'acquérir les compétences numériques de base. Dans la continuité des travaux menés avec la présidence canadienne du G7, nous porterons aussi le projet de création, dans le domaine de l'intelligence artificielle, d'un groupe international d'experts. Nous voulons qu'il soit à l'intelligence artificielle ce que le GIEC est aux enjeux climatiques. Il sera composé de membres de la société civile, de scientifiques, d'innovateurs et de spécialistes de l'IA. Il s'appuiera sur les organisations internationales, en particulier l'OCDE et l'UNESCO. L'objectif est d'aboutir à un consensus sur un développement éthique et responsable de cette technologie. Notre troisième priorité sera de lutter contre les inégalités liées à l'urgence climatique et environnementale. Chacun d'entre nous le sait : les populations les plus défavorisées sont souvent les plus vulnérables face au changement climatique. Ce sont pour eux que des changements de comportements ou d'habitudes de consommation ont le coût le plus élevé. Je veux le dire avec force : la transition écologique doit conduire à une plus grande justice sociale et territoriale, elles sont concomitantes. Au-delà des sociétés, il y a aussi inégalité devant le réchauffement climatique à l'échelle planétaire. Ce sont souvent les pays les plus pauvres qui sont les plus vulnérables à la sécheresse, à la montée des eaux, aux catastrophes naturelles, à l'érosion de la biodiversité. C'est pour avancer ensemble dans l'action climatique, en associant les financements publics et les financements privés, que le président de la République a décidé d'organiser, avec les Nations unies et la Banque mondiale, une conférence One Planet sur l'action climatique et écologique, et ceci pendant le sommet du G7, ici, avec tous les partenaires concernés, des Etats, des organisations internationales, des ONG et du secteur privé. Ainsi, le G7 de Biarritz contribuera directement, quelques jours avant, à la préparation du sommet climat des Nations unies, qu'Antonio Guterres accueillera en septembre 2019 à New York. Dans ce combat, je veux saluer notamment les pays d'Amérique latine et des Caraïbes. Nous avons avancé sur ces sujets lors du G20 en Argentine, où j'ai accompagné le président de la République, il y a quelques semaines. Je voudrais féliciter le Chili qui vient de prendre la décision d'accueillir la COP25 sur son sol. Nous comptons aussi sur le Brésil pour rester engagé dans ce défi mondial avec nous, aux côtés du Mexique et de tant d'autres partenaires sud-américains. Mais je cite l'Amérique latine parce que je connais, Mesdames et Messieurs les Elus, le lien qui existe entre cette région et l'Amérique latine, ils s'y retrouveront. À côté du climat et de la biodiversité, je tenais à souligner également que la protection des océans sera un thème central lors du G7, dans cette ville et cette région, Monsieur le Président, qui en ont fait une composante de leur stratégie de développement. Nous aurons à coeur de vous associer sur cette grande thématique. Ce que nous attendons de ce cadre d'action contre les inégalités dont je viens de vous présenter les grandes lignes, ce sont des résultats concrets, aux niveaux national et international, auxquels pourront être adossés des mécanismes de suivi basés sur des indicateurs simples et clairs. Ce travail collectif nécessitera des politiques renouvelées et des investissements additionnels, tant de la part des organisations internationales, des Etats que du secteur privé. La France y tiendra toute sa part, notamment en augmentant son aide publique au développement pour passer à 0,55% de sa richesse nationale d'ici 2022. Nous le faisons parce qu'un monde plus solidaire est aussi un monde plus stable et que nous croyons à la possibilité du progrès pour tous. Dans les mois qui viennent, la France se dotera d'une nouvelle Loi de programmation sur le développement et la solidarité internationale, afin de mettre en place un cadre partagé associant à l'Etat les ONG, les acteurs privés et les collectivités locales. Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Parmi les partenaires extérieurs que nous chercherons à associer étroitement à notre présidence figure évidemment l'Afrique. Nous souhaitons placer au coeur du G7 cette "nouvelle alliance" avec l'Afrique que le président de la République a appelée de ses voeux, à Ouagadougou en novembre 2017 et, plus récemment, devant l'Assemblée générale des Nations unies. Il est temps de reconnaître l'Afrique pour ce qu'elle est : un acteur voué à prendre toute sa part dans la redéfinition des règles de la mondialisation, un acteur qui élabore du reste déjà ses propres solutions. Des solutions qui permettront aux pays africains de mieux mettre en valeur leurs immenses ressources humaines et naturelles. Nos opérateurs économiques doivent s'engager, non plus seulement sur la responsabilité sociale et environnementale - mais sur cette nouvelle dynamique de co-production, de création de valeur partagée en Afrique, avec les Africains. Cela passe d'abord par un effort d'accompagnement de la jeunesse africaine à travers des formations professionnelles, des partenariats entre établissements d'enseignement supérieur et entreprises. Cette dynamique est déjà à l'oeuvre et j'ai pu moi-même m'en rendre compte en inaugurant il y a peu de temps le hub franco-ivoirien pour l'éducation à Yamoussoukro. Mais il y a d'autres exemples. En tout cas, cette dynamique-là doit être renforcée. C'est à ce prix que nous réconcilierons ouverture économique, emploi et partage des richesses. Le président de la République se rendra d'ailleurs en Afrique, en 2019, dans deux pays où ce changement de paradigme est déjà à l'oeuvre, je pense à l'Ethiopie et au Kenya. Cette alliance renouvelée, nous avons déjà commencé à la bâtir avec une région particulièrement stratégique et vulnérable : le Sahel. Nous y avons engagé un effort de développement inédit dans le cadre de l'Alliance Sahel. Le G7 pourra renforcer cet effort dans plusieurs secteurs, comme la sécurité, l'éducation, l'environnement ou la jeunesse. Les pays du Sahel se sont dotés à Nouakchott le 6 décembre dernier, il y a peu de jours, lors d'une conférence à laquelle j'ai eu l'honneur de participer, d'un plan d'investissements prioritaires. Ce programme particulièrement ambitieux regroupe des projets à dimension transfrontalière pour rapprocher les populations du Sahel et agir dans les zones les plus exposées à la menace terroriste. Le G7 doit participer à cet effort et soutenir les grands projets d'infrastructures qui peuvent faire orienter le Sahel dans une dynamique positive. Ce sera l'un des engagements forts de notre présidence. Le début de notre présidence coïncidera avec les préparatifs de l'élection du nouveau Parlement européen. En fait, ce sont les mêmes défis qui se présentent que ce soit aux niveaux mondial, européen et national. Je pense, en particulier, à ceux que constituent la transition écologique et solidaire, l'égalité femmes-hommes, la démocratie et l'information, ou encore la justice fiscale l'heure du numérique. Et, bien sûr, nous devons également montrer que nous apporterons à ces différents défis des réponses cohérentes. La France ne relâchera pas ses efforts pour rendre l'Europe plus souveraine. Cette souveraineté européenne ne s'oppose pas à nos souverainetés nationales, elle en est au contraire la meilleure des garanties. Plutôt que d'être livré aux courants turbulents de la mondialisation non régulée, chaque pays d'Europe peut compter sur la force commune d'une union qui doit assumer sa puissance. C'est d'ailleurs l'intégrité de cette union qu'il nous revient de protéger au moment où se précise la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. La force de l'Union européenne repose sur celle des Etats membres. À cet égard, la France aura une responsabilité importante, nous le savons. Elle aura à coeur de l'exercer en travaillant avec tous les autres Etats membres, la coopération franco-allemande demeurant évidemment plus indispensable que jamais. Beaucoup de progrès ont déjà été réalisés ces derniers mois, pour mieux protéger les Européens contre les dangers et les abus, ceux du dumping social notamment avec les nouvelles règles applicables au détachement des travailleurs et au transport routier. Nous continuerons à progresser dans l'approfondissement de la zone euro et la création d'un budget dédié. Nous négocierons un nouveau cadre financier pour l'Union européenne pour les années à venir, qui soit tourné vers nos nouvelles priorités, particulièrement la défense, l'innovation et la mobilité, sans fragiliser les vocations traditionnelles des dépenses européennes. Nous rechercherons un accord dès le début de 2019 sur l'imposition du numérique. Ce sont ces mêmes impératifs de justice fiscale et sociale que les nouvelles institutions issues de prochaines élections devront promouvoir et défendre. Nous devons en particulier transcrire en droit de l'Union les engagements politiques pris récemment au sommet social pour des emplois et une croissance équitables à Göteborg. Faire de l'Europe un espace de convergence et de concurrence loyale est une revendication forte des citoyens que nous avons entendue lors des consultations citoyennes sur l'Europe. Il faut à présent les mettre en oeuvre. Mesdames et Messieurs, le second objectif de la présidence française du G7 - au-delà des trois priorités que j'ai évoquées il y a un instant - sera de promouvoir le renforcement et la coordination plus étroite des puissances qui croient nécessaire de faire face ensemble aux grands défis communs à l'humanité. Nous travaillerons dans cette perspective en étroite liaison avec les organisations internationales, alors qu'en 2019 nous célébrerons le centenaire de l'organisation internationale du travail et le 75e anniversaire du protocole de Bretton Woods. Nous devons d'abord assurer la sécurité de nos concitoyens. La menace terroriste a reculé - mais elle n'a pas disparu. Strasbourg en a fait la terrible expérience et je voudrais, à cet égard, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, remercier toutes celles et tous ceux qui ont fait part au gouvernement français de témoignages de solidarité au moment de ce drame. La menace terroriste a reculé mais n'a pas disparu ni en France, ni sur le territoire européen, ni au Levant, ni en Afrique. Nulle part, nous ne devons reculer devant l'objectif qu'il nous faut détruire Daech. C'est la même chose en Asie, où nous continuerons à soutenir nos partenaires qui luttent pour empêcher la constitution de sanctuaires terroristes islamistes. Nous devons mener ce combat sur tous les fronts, en France ou à l'étranger, dans le champ judiciaire comme sur les théâtres d'opération militaire, par la lutte contre la propagande et à travers la prévention de la radicalisation, par l'identification des canaux de financements, dans la continuité de la conférence de Paris sur le financement du terrorisme en avril dernier, et des initiatives prises contre l'utilisation d'Internet à des fins terroristes. Cela implique également une gestion concertée des cas de combattants terroristes étrangers présents sur le théâtre syro-irakien - afin d'éviter qu'ils ne puissent constituer demain une nouvelle menace sur nos territoires. Ce que doit viser la communauté internationale, c'est donc une action globale. Ce combat sera inscrit dans notre agenda pour le G7 et fera l'objet d'une réunion au niveau des ministres des affaires étrangères que j'organiserai au mois d'avril. Assurer notre sécurité collective, c'est aussi mettre en place une concertation renforcée pour un règlement durable des crises qui ont fait le terreau de la menace terroriste. En Irak, Daech a été vaincu sous sa forme territoriale. Mais la menace a muté : elle est devenue diffuse, asymétrique. Elle se traduit par des attentats qui visent les représentants et les institutions de l'Etat comme les populations civiles. Mais, malgré cette menace, des élections se sont tenues au mois de mai et nous soutenons les nouvelles autorités irakiennes dans leur combat. Et elles savent bien qu'il n'y aura de victoire durable contre Daech s'il n'y a pas une reconstruction inclusive, qui implique aussi la protection des minorités martyrisées antérieurement par Daech. En Syrie, la situation est très différente. Daech conserve des positions territoriales dans l'Est du pays. Leur reprise par les forces démocratiques syriennes, avec le soutien de la Coalition, est l'absolue priorité. En parallèle, il faut stabiliser les zones libérées de l'organisation terroriste notamment par les forces kurdes et arabes que nous avons soutenues et qui ont consenti dans ce combat un sacrifice éminent. Mais il n'y aura pas de victoire durable contre Daech, pas de retour sûr et volontaire des réfugiés et des déplacés sans qu'il y ait une solution politique acceptable par tous les Syriens. On sait que les paramètres d'une solution existent : une constitution, des élections auxquelles puissent participer tous les Syriens, un environnement neutre pour éviter que le scénario ne soit écrit d'avance. La Libye se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins. À Paris, le 29 mai dernier, les acteurs libyens ont pris des engagements clairs sur l'unification politique, économique et militaire du pays et sur l'organisation d'élections. Ces engagements ont été renouvelés à Palerme le mois dernier. Il importe que ces élections puissent se tenir rapidement et avant la fin du printemps. On a donc, pour la première fois depuis longtemps, un chemin de sortie de crise pour ce pays dont la stabilisation est un enjeu majeur pour l'équilibre du pourtour méditerranéen et la maîtrise des migrations. Ce chemin, nous sommes déterminés à le parcourir, avec les Libyens, avec Ghassan Salamé et avec l'ensemble des partenaires qui, à Palerme, ont apporté leur soutien à cette logique. En Libye, ou nous réussirons ensemble sur cette ligne ou bien nous échouerons tous. Les crises de l'ère contemporaine - pour ne citer que ces trois exemples - ont un impact croissant sur leur environnement régional et international. Il faut que nous puissions en avoir une vue d'ensemble, mais aussi affirmer une volonté de rapprocher nos positions. Le sommet du G7 sera aussi l'occasion d'un échange sur l'ensemble des crises internationales. Notre réflexion collective au sein du G7 doit aussi nous permettre de défendre nos principes d'ouverture et de respect de l'Etat de droit auxquels nous sommes attachés. La démocratie doit être capable, tout en respectant les principes de liberté d'expression, de prévenir les tentatives d'ingérences, d'endiguer les obstructions à la liberté de la presse et de réguler efficacement les manipulations de l'information. Ces défis, qui ont pris au cours des dernières années une ampleur nouvelle, figureront parmi les priorités de notre présidence du G7. Je ne prendrai qu'un exemple. Nous avons assisté ces dernières semaines, en France comme d'ailleurs dans plusieurs autres pays, à une campagne de désinformation outrancière sur les intentions et le contenu du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières. Je le rappelle : il s'agit d'un texte qui n'est pas contraignant, qui ne crée aucun "droit à la migration", ni aucun droit nouveau pour les migrants qui ne soit déjà contenu dans les précédents textes internationaux - la Déclaration universelle des droits de l'Homme au premier chef. Ce n'est malheureusement pas un hasard si certaines fausses informations sont diffusées, relayées à l'échelle industrielle, par des médias assurant à la fois l'anonymat et la rapidité instantanée de diffusion - sur des thèmes les plus à même de fracturer le corps social. En cherchant à diviser et à radicaliser les opinions à grand renfort d'informations mensongères, en exploitant les nouvelles possibilités de diffusion exponentielle offertes par les réseaux sociaux, c'est le principe même de la démocratie qu'on attaque puisqu'on étouffe les conditions mêmes d'un débat par un brouhaha de haine et d'indignation permanente. Nous nous devons de réagir de manière plus coordonnée et plus systématique pour que ces pratiques, désormais connues et identifiées, puissent être efficacement contrées. Ce combat, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, ce n'est pas seulement celui des Etats. C'est aussi celui de la société civile toute entière : lecteurs et journalistes doivent y prendre part. C'est pourquoi la France soutient le projet d'un Pacte mondial de l'information et de la démocratie, initiative lancée par l'ONG Reporters sans frontières, qui réaffirmera la nécessité d'une information libre et plurielle, mais aussi d'une information fiable, protégée des manipulations. La France contribuera à réunir les acteurs, Etats et plateformes numériques notamment, qui sont prêts à avancer dans cette voie. Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, le sort des Etats est lié bien davantage aujourd'hui qu'il ne l'était aux origines du G7. C'est un constat qui se vérifie de manière flagrante à la lumières des crises - financières, humanitaires, sécuritaires, sanitaires, environnementales - dont la mondialisation a favorisé la propagation rapide. La conviction de la France est que la coopération internationale est le seul moyen de faire face aux défis - de plus en plus nombreux - qui se posent collectivement à nous. Tous les formats de coopération internationale sont gages, dans la durée, de stabilité et de confiance. Ils doivent savoir se réinventer et s'adapter aux nouvelles réalités politiques, géopolitiques et économiques, pour favoriser la création du consensus à plus large échelle. La France a été à l'initiative de plusieurs démarches novatrices, telles que le One Planet Summit ou l'Appel de Paris sur le numérique, ou l'initiative de lutte contre l'impunité des armes chimiques. Cette ouverture sera au coeur de la méthode de travail de la présidence française du G7 - c'est la raison pour laquelle le président de la République m'a chargé de vous réunir aujourd'hui pour vous présenter les priorités de notre présidence. Nous souhaitons pouvoir associer à nos travaux les pays non membres du G7 désireux de développer la coopération renforcée indispensable sur ces sujets prioritaires. C'est pourquoi, en amont de la réunion ministérielle des affaires étrangères de début avril, j'organiserai pour la première fois une réunion de concertation ouverte à certains pays investis eux aussi dans la défense du système multilatéral, ceux que j'ai l'habitude d'appeler les "puissances de bonne volonté", dont les forces additionnées peuvent créer de réels effets de leviers sur les grands sujets de coopération internationale. La présidence française mettra également en place une méthode de consultation systématique des acteurs non-étatiques, en particulier à travers les groupes d'engagement du G7.Ils alimenteront et enrichiront les travaux du G7 et nous organiserons aussi d'autres plateformes comme le Conseil national du développement international qui réunit les principaux acteurs du développement, qu'ils soient publics ou associatifs. Une dizaine de réunions ministérielles auront lieu, ainsi que de nombreuses consultations avec les entreprises, les organisations professionnelles, les ONG, les chercheurs, accompagnés par les organisations internationales concernées. Tous les thèmes prioritaires de la coopération internationale y seront déclinés et nous veillerons à nous coordonner totalement et en permanence avec la présidence japonaise du G20. Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Je crois que le moment est venu de remettre les préoccupations quotidiennes des hommes et des femmes au coeur de notre action diplomatique et au coeur de notre système de coopération international. Depuis 18 mois, aux côtés du président de la République, j'ai parcouru le monde, visité beaucoup de vos pays. J'ai vu, dans de nombreuses parties du monde, des peuples plongés dans la crainte de voir leur destin leur échapper. Remettre les peuples au coeur de la décision, c'est être à la hauteur de nos responsabilités et placer au coeur de notre agenda international leurs exigences légitimes, c'est aussi de faire en sorte de créer des règles collectives claires et efficaces. Remettre les peuples au coeur des processus de décision, c'est en finir avec une certaine fatigue qui s'est emparée de la communauté internationale - qui risque de nous faire oublier, dans ce qui serait une inadmissible répétition de l'Histoire, que la coopération est le meilleur garant de notre prospérité, que la coopération, c'est notre seul rempart face à l'embrasement des extrémismes et à l'aveuglement du repli sur soi. Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/680.txt b/discours-institutionnels-radicalisation/680.txt new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..f1a9ba7d364385936d2a9d4def6a4358a427cd62 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/680.txt @@ -0,0 +1 @@ +Messieurs les Préfets, Messieurs les Directeurs généraux, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs les représentants de l'autorité judiciaire, Mesdames et messieurs les représentants des services de l'Etat, Mesdames et Messieurs les directeurs de sûreté, Monsieur le Président du club des directeurs de sécurité et de sûreté des entreprises, cher Stéphane VOLANT, Mesdames et Messieurs. Je suis très heureux de participer ce matin au colloque annuel du Club des Directeurs de la Sûreté et de la sécurité des Entreprises consacré cette année à "la sécurité au coeur du Business". L'année dernière, c'était la première fois qu'un ministre de l'Intérieur était convié à intervenir lors d'un tel événement. Je vois dans cette nouvelle invitation une marque de confiance et d'estime dont je vous remercie chaleureusement. Mais il s'agit aussi je crois d'un signal important qui marque l'intérêt fort de l'Etat pour cette nouvelle vision de l'écosystème de la sécurité qu'il n'est plus envisageable d'imaginer comme des mondes parallèles, où coexisteraient le dispositif régalien, les initiatives prises par les collectivités locales et le secteur de la sécurité privée. Bien au contraire ! L'Etat, comme les entreprises que vous représentez, font face, ensemble, aux mêmes menaces et aux mêmes enjeux. Laurent Nuñez, dans ses fonctions précédentes de directeur général de la sécurité intérieure, a pu mesurer à quel point l'Etat et le monde de l'entreprise ont établi une relation riche et fructueuse, lorsqu'il s'agit de protéger notre patrimoine, de détecter des cas de radicalisation parmi les personnel occupant des postes dans des secteurs sensibles, ou de faire face à des actions d'ingérence étrangère. Aussi, le gouvernement a fixé comme priorité la création d'un véritable continuum de sécurité entre services de police et de gendarmerie, élus locaux, polices municipales, entreprises, mais aussi citoyens. Je veux vous dire que cet objectif sera poursuivi avec ténacité. C'est un volet capital de la mise en oeuvre de la police de sécurité du quotidien. Je crois qu'il n'y a plus de tabous à confier au monde de l'entreprise privée les transports de fonds, la sûreté aéroportuaire, la surveillance physique, la sécurité incendie, la sécurisation des grands événements sportifs ou culturels, la protection rapprochée ou encore l'intelligence économique. Nos concitoyens sont prêts pour ce changement ; l'Etat est disposé à mieux partager ses compétences ; nos entreprises intègrent déjà largement la dimension sûreté dans leur stratégie cette dimension. Le secteur de la sécurité privé aspire, et c'est légitime au vu des efforts déjà consentis, à entrer dans l'ère de la maturité et de la confiance. Il doit se mettre en ordre de bataille pour faire face à ces nouveaux enjeux. J'attends du CDSE qu'il contribue pleinement à cette évolution. Mesdames et messieurs, cher Stéphane VOLANT : aujourd'hui, une nouvelle dynamique est née ! La reconnaissance de l'importance du secteur privé de la sécurité a été soulignée par le travail qui a été demandé cette année par le Premier ministre aux parlementaires Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue, visant à intégrer encore davantage les polices municipales et la sécurité privée dans le dispositif de sécurité intérieure de notre pays. Un certain nombre d'entre vous ont d'ailleurs contribué à ces travaux ; ils ont formulé des propositions et je les en remercie vivement, car ils nous aident à dessiner les lignes d'une stratégie renouvelée pour la sécurité intérieure, dans laquelle chacun aura sa place et saura ce que fait l'autre. Le rapport a été rendu le 11 septembre dernier et formule 78 propositions qui vont faire l'objet de débats entre le ministère de l'Intérieur et les représentants des polices municipales comme du monde de la sécurité privée. Ces discussions débuteront au début de l'année 2019 et j'aurai le plaisir de lancer cette grande concertation et de donner à ce moment-là les orientations qui me semblent prioritaires. Et nous examinerons ces propositions sans rien nous interdire ! Oui, il faudra s'interroger sur les conditions dans lesquelles les agents privés pourront intervenir sur la voie publique aux abords immédiats des espaces qu'ils sécurisent ou se voir confier des gardes statiques devant des bâtiments. Oui, il faudra s'interroger sur le rôle et le positionnement du directeur sûreté dans les entreprises. Il doit pouvoir être reconnu comme porteur d'une stratégie au même titre que les autres cadres dirigeants. La sûreté, vous le savez mieux que quiconque : ce n'est pas un coût ; c'est un investissement. Il y va non seulement de la protection des infrastructures critiques je n'ai pas besoin de revenir sur le caractère stratégique que revêt aujourd'hui la protection des données informatiques, mais il y va également de la crédibilité, et, in fine, de l'image d'une entreprise. Le responsable de la sûreté d'une entreprise n'est donc pas seulement le responsable managérial d'équipes de sécurité. C'est un acteur central pour la notoriété d'une société, pour ses collaborateurs en France comme à l'étranger, pour ses clients et ses fournisseurs, ses processus de fabrication, ou ses systèmes d'information. Et l'Etat est disposé à l'aider pour mener à bien sa mission y compris en créant un véritable réseau de confiance permettant d'échanger au plus niveau des informations sensibles. Nicolas LERNER, le DGSI, vous en parlera lors de son intervention. Je rappelle que partout sur le territoire, nous mettons à votre disposition des référents sûreté, policiers et gendarmes spécialisés, qui vous accompagnent sur des sujets comme la sécurisation des sites sensibles ou l'installation de systèmes de vidéoprotection. Vous savez aussi qu'à l'étranger, les groupes français peuvent compter sur le réseau des Attachés de Sécurité Intérieure, en particulier pour évaluer l'état des menaces que ce soit en matière de terrorisme ou d'espionnage industriel. Par ailleurs, nos services spécialisés - et je pense notamment à la DGSI - dispensent régulièrement des conférences aux cadres et salariés de sociétés qui, de par la sensibilité de leurs activités, de par la localisation de leurs productions, se trouvent particulièrement exposées. Le partenariat avec le secteur privé, ce sont également les relations que nous entretenons directement et quotidiennement avec les professions exposées. Ainsi, le ministère de l'Intérieur a oeuvré, ces derniers mois, avec les organisations professionnelles du commerce et de la bijouterie-joaillerie, pour ne citer que ces deux secteurs, afin de bâtir des projets de conventions de partenariat. Ces projets sont désormais finalisés et je les signerai dans les prochaines semaines. Ils comprendront des dispositions nouvelles sur l'échange d'informations opérationnelles ou les actions de prévention pour lutter contre le risque terroriste ou la cybercriminalité. Des dispositifs plus innovants sont également prévus, dans le secteur du commerce, autour de la reconnaissance de la fonction de coordonnateurs en matière de « gestion des crises », dans l'objectif de mieux prendre en compte, là aussi, la menace terroriste. Cette approche partenariale des questions de sécurité constitue l'un des axes de la police de sécurité du quotidien. Toutes les forces vives de notre pays doivent contribuer à la sécurité quotidienne de nos concitoyens et de notre pays. Cette mobilisation ne doit pas résulter de la seule mise en place de structures ou de textes ; elle doit être animée d'un véritable état d'esprit, d'une véritable motivation de l'ensemble des acteurs et de ceux qui les embauchent. Comme le rappelle cette maxime de Thucydide, régulièrement reprise par la DGSI lors de ses conférences de sensibilisation : « la sécurité de la cité tient moins à la solidité de ses fortifications qu'à la fermeté d'esprit de ses habitants ». Car nos ennemis, et je ne citerai aucun pays en particulier ni aucune organisation, eux aussi font référence à ce même orateur grec qui affirme que « l'épaisseur du rempart compte moins que la volonté de le prendre ». A quelques jours du Nouvel an, je tenais également aujourd'hui à évoquer quelques étapes importantes qui nous attendent en 2019. Tout d'abord : la fusion annoncée entre le Syndicat national des entreprises de sécurité (SNES) et l'Union des entreprises de sécurité privée (USP). Je veux ici souligner, tout en rappelant l'attachement de l'Etat à l'indépendance des organisations professionnelles et syndicales, l'intérêt et le sérieux de cette démarche qui vise, en retrouvant le chemin de l'unité, en rassemblant les énergies, en capitalisant les réflexions et les propositions, à préparer le secteur de la sécurité privée à relever les défis majeurs de ces prochaines années, notamment dans la perspective des jeux olympiques de 2024. Ensuite, je veux citer la suppression de la « taxe CNAPS » 2019 sera la dernière année du paiement de la taxe CNAPS. Il s'agit là d'une geste concret et d'un effort important qui sera effectif au 1er janvier 2020 et qui doit contribuer aux choix sur les investissements nécessaires pour renforcer l'attractivité des métiers de la sécurité. Je veux également insister sur la nécessaire régulation économique du secteur de la surveillance humaine La branche prévention-sécurité, forte de ses 11 000 entreprises et de plus de 170 000 salariés, a retrouvé, depuis quelques années, un certain dynamisme comme le souligne une étude de l'INSEE, réalisée en mai 2018 à la demande de la Délégation aux coopérations de sécurité (DCS). En effet, le secteur de la sécurité privée a enregistré, sur la période 2010-2017, une croissance de près de +36 % en valeur, soit une progression annuelle du niveau d'activité de +4,5 %, et de plus de 26 % en volume sur la période considérée. La sécurité électronique présente, quant à elle, des résultats sur le plan macroéconomique encore plus encourageants. Ce secteur continue à créer de l'emploi et représente pour un grand nombre de personnes l'opportunité de bénéficier d'une formation qualifiante et de débouchés professionnels réels. Peu de secteurs d'activités en France présentent de telles caractéristiques. Pourtant, à y regarder de plus près, la réalité d'un grand nombre d'entreprises de sécurité privée ne reflète pas ce constat et révèle au contraire des fragilités structurelles. L'étude INSEE, que j'évoquais à l'instant, nous indique que le taux de marge moyen se situe autour de 4 % ce qui, reconnaissons-le, est plutôt faible et près de 25 % des entreprises de sécurité privée, souvent de très petites structures, enregistrent une rentabilité inférieure à 2 %. Ces très petites entreprises (TPE), qui représentent 80 % du nombre d'entreprises de sécurité privée mais à peine 10 % du chiffre d'affaires du secteur, fragiles sur le plan économique, sont parfois contraintes d'accepter des conditions tarifaires situées en dessous des prix minimums permettant de couvrir leurs charges. Le recours au travail dissimulé peut alors constituer malheureusement un moyen de dégager une marge positive avec comme conséquence une pression à la baisse des prix. Le marché de la sécurité privée connaît encore trop souvent des situations de concurrence déloyale qui s'appuient, comme le souligne le rapport des parlementaires Fauvergue et Thourot, sur une myriade de petites structures qui disparaissent aussi rapidement et facilement qu'elles sont apparues. Aussi, je me félicite de la médiation engagée fin 2017, sous l'égide du préfet Philip Alloncle, Délégué aux coopérations de sécurité, avec le soutien du ministère de l'Economie. Elle a rassemblé pour la première fois les organisations professionnelles représentants les prestataires (USP, SNES), les clients les plus importants, dont le CDSE, et des acheteurs publics comme l'UGAP, la Direction des achats de l'Etat, la ville de Paris et le ministère des Armées). Cette démarche unique a souligné la nécessité d'une structuration du secteur et a proposé d'avancer sur les notions de garantie financière et la limitation de la sous-traitance qui sont d'ailleurs reprises dans le rapport parlementaire. En précisant les modalités juridiques et techniques de leur mise en oeuvre, je souhaite que nous aboutissions à des évolutions concrètes dans ces domaines cruciaux pour le secteur. Ce secteur de la sécurité n'est pas un marché comme un autre : au volet d'une régulation administrative mis en oeuvre par le CNAPS, il convient d'adjoindre un volet de régulation économique indispensable pour faire émerger une majorité d'acteurs responsables et créateurs de valeurs. A cet égard, un certain nombre d'acteurs, dont le CDSE en premier lieu et son président Stéphane Volland que je salue, ont courageusement choisi de prendre leurs responsabilités en tant que donneurs d'ordre en demandant, dans le cadre d'une démarche commune avec les organisations professionnelles de la sécurité privée, la publication systématique de la liste des sociétés de sécurité autorisées par le CNAPS faisant l'objet de décisions d'interdictions temporaires d'exercice, de blâmes et de pénalités financières prononcées par ce dernier. Cette proposition témoigne d'une volonté d'avancer vers la voie d'une responsabilisation renforcée. Elle fera l'objet d'expertise et de discussions complémentaires à l'occasion de la séquence de concertation que j'évoquais tout à l'heure. Autre étape importante à franchir en 2019 : le développement des nouvelles activités de sécurité privée En 2019, le secteur de la sécurité privée devra également s'emparer des activités nouvelles pour créer de la valeur : je pense notamment à l'activité de surveillance armée qui témoigne de la confiance de l'État envers la sécurité privée mais qui semble se heurter aux atermoiements de certains responsables. Je pense aussi à l'activité de détection cynophile d'explosifs sur laquelle des travaux sont en cours ou à l'utilisation des nouvelles technologies car les prestations de sûreté devront, à l'avenir, être en capacité d'apporter des réponses multiples et coordonnées intégrant tous les outils liés à l'intelligence artificielle. •Enfin, le développement de la formation des personnels de la sécurité privée sera l'un des enjeux majeurs de cette année 2019. Maillon faible du secteur de la sécurité privée, la formation a été au centre d'une attention toute particulière et d'efforts considérables avec l'entrée en vigueur en 2017 et 2018 de : - la mention des activités de formation au sein du code de la sécurité intérieure, - l'instauration de l'obligation de formation continue, avec le maintien et l'actualisation des compétences (MAC) dont l'effectivité conditionne désormais le renouvellement de la carte professionnelle, - la certification des organismes de formation et le relèvement du niveau d'exigences pour les formateurs afin de poursuivre les efforts de moralisation et de professionnalisation du secteur. L'investissement dans la formation doit se poursuivre car c'est en améliorant le niveau de compétences des agents et en généralisant les critères de qualité que les entreprises de sécurité privée pourront élaborer de nouveaux modèles économiques, plus équilibrés et mieux adaptés aux mutations profondes que nous connaissons. L'objectif est bien de pouvoir s'appuyer sur un secteur privé fiable et solide. Et cela passera également par une montée en compétences des agents et par conséquent une hausse des salaires. Cette hausse des compétences est initiée et doit se poursuivre. Voilà, Mesdames et Messieurs, les quelques réflexions que je souhaitais partager avec vous, en vous renouvelant ma confiance et mes encouragements pour transformer ce secteur stratégique de la sécurité privée. Nous attendons beaucoup du CDSE pour contribuer à la montée en gamme des systèmes de sécurité du tissu économique français. Oui, l'État est décidé à créer les conditions de l'émergence d'une filière de la sécurité privée plus forte ! Oui, l'État continuera à être aux côtés des entreprises ! C'est ainsi que l'on bâtira cette « société de vigilance » que le Président de la République appelle de ses voeux. C'est ainsi que l'on donnera sa pleine consistance à la police de sécurité du quotidien. Vous pouvez compter sur le ministère de l'Intérieur et l'ensemble de ses services. Je ne doute pas que vous serez aussi au rendez-vous. Bon colloque à tous ! Je vous remercie. \ No newline at end of file diff --git a/discours-institutionnels-radicalisation/metadata.csv b/discours-institutionnels-radicalisation/metadata.csv new file mode 100644 index 0000000000000000000000000000000000000000..b7217883b88e4fa06e42477deb7e5bc9e07fc730 --- /dev/null +++ b/discours-institutionnels-radicalisation/metadata.csv @@ -0,0 +1,681 @@ +id,date,annee,mois,jour,type,lieu,institution,media,loc, +001,18/01/2013,2013,janvier,18,interview,non,non,RTL,Manuel Valls, +002,05/02/2013,2013,fevrier,5,interview,non,non,RMC,Manuel Valls, +003,07/02/2013,2013,fevrier,7,interview,non,non,Europe 1,Manuel Valls, +004,25/02/2013,2013,fevrier,25,declaration,Bruxelles,non,non,Manuel Valls, +005,26/02/2013,2013,fevrier,26,declaration,Geneve,non,non,Yamina Benguigui, +006,28/02/2013,2013,fevrier,28,conference de presse,Moscou,non,non,Francois Hollande et Vladimir Poutine, +007,03/04/2013,2013,avril,3,declaration,Casablanca,non,non,Francois Hollande, 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+021,24/06/2013,2013,juin,24,declaration,New-York,non,non,Najat Vallaud-Belkacem, +022,01/07/2013,2013,juillet,1,interview,non,non,Ouest-France,Francois Hollande, +023,08/07/2013,2013,juillet,8,declaration,Lyon,non,non,Manuel Valls, +024,01/08/2013,2013,aout,1,declaration,Ozoir-la-Ferriere,non,non,Manuel Valls, +025,16/08/2013,2013,aout,16,interview,non,non,RTL,Laurent Fabius, +026,18/09/2013,2013,septembre,18,declaration,Paris,non,non,Helene Conway-Mouret, +027,12/11/2013,2013,novembre,12,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Jean-Marc Ayrault, +028,16/01/2014,2014,janvier,16,interview,non,non,RTL,Vincent Peillon, +029,26/01/2014,2014,janvier,26,declaration,Paris,non,non,Laurent Fabius, +030,27/02/2014,2014,fevrier,27,declaration,Toulouse,non,non,Manuel Valls, +031,07/04/2014,2014,avril,7,interview,non,non,Jeune Afrique,Jean-Yves Le Drian, +032,22/04/2014,2014,avril,22,interview,non,non,France 2,Bernard Cazeneuve, +033,23/04/2014,2014,avril,23,declaration,Paris,Conseil des ministres,non,Bernard Cazeneuve, +034,30/04/2014,2014,avril,30,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Bernard Cazeneuve, +035,13/05/2014,2014,mai,13,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Bernard Cazeneuve, +036,20/05/2014,2014,mai,20,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Laurent Fabius, +037,03/06/2014,2014,juin,3,declaration,Paris,Conseil des ministres,non,Bernard Cazeneuve, +038,03/06/2014,2014,juin,3,interview,non,non,BFMTV/RMC,Manuel Valls, +039,04/06/2014,2014,juin,4,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Bernard Cazeneuve, +040,05/06/2014,2014,juin,5,declaration,Paris,Senat,non,Jean-Marie Le Guen, +041,12/06/2014,2014,juin,12,interview,non,non,RTL,Christiane Taubira, +042,12/06/2014,2014,juin,12,interview,non,non,Radio Classique,Thierry Mandon, +043,17/06/2014,2014,juin,17,interview,non,non,France Inter,Jean-Marie Le Guen, +044,27/06/2014,2014,juin,27,declaration,Marseille,non,non,Bernard Cazeneuve, +045,02/07/2014,2014,juillet,2,declaration,Paris,Conseil des 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+057,25/09/2014,2014,septembre,25,declaration,New-York,non,non,Laurent Fabius, +058,26/09/2014,2014,septembre,26,interview,non,non,Europe 1,Christiane Taubira, +059,03/10/2014,2014,octobre,3,declaration,Paris,non,non,Manuel Valls, +060,09/10/2014,2014,octobre,9,interview,non,non,RFI,Bernard Cazeneuve, +061,13/10/2014,2014,octobre,13,declaration,Paris,non,non,Bernard Cazeneuve, +062,16/10/2014,2014,octobre,16,declaration,Paris,Senat,non,Laurent Fabius, +063,21/10/2014,2014,octobre,21,declaration,Paris,non,non,Najat Vallaud-Belkacem, +064,23/10/2014,2014,octobre,23,interview,non,non,BFMTV,Manuel Valls, +065,29/10/2014,2014,octobre,29,interview,non,non,Europe 1,Bernard Cazeneuve, +066,10/11/2014,2014,novembre,10,conference de presse,Tunis,non,non,Bernard Cazeneuve, +067,18/11/2014,2014,novembre,18,interview,non,non,France 2,Bernard Cazeneuve, +068,18/11/2014,2014,novembre,18,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Bernard Cazeneuve, 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+081,13/01/2015,2015,janvier,13,declaration,Paris,Senat,non,Bernard Cazeneuve, +082,14/01/2015,2015,janvier,14,interview,non,non,France 2,Fleur Pellerin, +083,14/01/2015,2015,janvier,14,declaration,Paris,Conseil des ministres,non,Jean-Yves Le Drian et Christiane Taubira, +084,14/01/2015,2015,janvier,14,declaration,Paris,non,non,Annick Girardin, +085,14/01/2015,2015,janvier,14,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Laurent Fabius, +086,14/01/2015,2015,janvier,14,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Harlem Desir, +087,15/01/2015,2015,janvier,15,declaration,Paris,Senat,non,Bernard Cazeneuve, +088,16/01/2015,2015,janvier,16,declaration,Paris,non,non,Patrick Kanner, +089,20/01/2015,2015,janvier,20,declaration,Lille,non,non,Bernard Cazeneuve, +090,21/01/2015,2015,janvier,21,declaration,Paris,Conseil des ministres,non,Manuel Valls et Bernard Cazeneuve et Christiane Taubira et Jean-Yves Le Drian, +091,21/01/2015,2015,janvier,21,declaration,Paris,non,non,Manuel Valls, 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+175,26/09/2015,2015,septembre,26,declaration,Angers,non,non,Najat Vallaud-Belkacem, +176,02/10/2015,2015,octobre,2,declaration,non,non,non,France et Allemagne et Qatar et Arabie Saoudite et Turquie et Royaume-Uni et Etats-Unis, +177,02/10/2015,2015,octobre,2,interview,non,non,LeMonde.fr,Laurent Fabius, +178,02/10/2015,2015,octobre,2,declaration,Paris,non,non,Manuel Valls, +179,07/10/2015,2015,octobre,7,interview,non,non,RTL,Manuel Valls, +180,19/10/2015,2015,octobre,19,interview,non,non,France Info,Jean-Marie Le Guen, +181,19/10/2015,2015,octobre,19,declaration,Paris,non,non,Manuel Valls, +182,19/10/2015,2015,octobre,19,declaration,Paris,non,non,Patrick Kanner, +183,20/10/2015,2015,octobre,20,interview,non,non,Le Monde,Christiane Taubira, +184,26/10/2015,2015,octobre,26,declaration,Les Mureaux,non,non,Manuel Valls, +185,26/10/2015,2015,octobre,26,declaration,Paris,non,non,Manuel Valls, +186,30/10/2015,2015,octobre,30,declaration,Rouen,non,non,Bernard Cazeneuve, +187,04/11/2015,2015,novembre,4,declaration,Paris,non,non,Najat Vallaud-Belkacem, +188,06/11/2015,2015,novembre,6,declaration,Grenoble,non,non,Manuel Valls, +189,12/11/2015,2015,novembre,12,declaration,Paris,non,non,Patrick Kanner, +190,12/11/2015,2015,novembre,12,declaration,Paris,non,non,Laurence Rossignol, +191,12/11/2015,2015,novembre,12,declaration,Paris,non,non,Christiane Taubira, +192,12/11/2015,2015,novembre,12,declaration,Paris,non,non,Myriam El Khomri, +193,12/11/2015,2015,novembre,12,declaration,Paris,non,non,Bernard Cazeneuve, +194,12/11/2015,2015,novembre,12,declaration,Paris,non,non,Najat Vallaud-Belkacem, +195,16/11/2015,2015,novembre,16,declaration,Versailles,non,non,Francois Hollande, +196,16/11/2015,2015,novembre,16,interview,non,non,RTL,Manuel Valls, +197,17/11/2015,2015,novembre,17,interview,non,non,I-Tele,Segolene Royal, +198,17/11/2015,2015,novembre,17,interview,non,non,France Inter,Manuel Valls, +199,18/11/2015,2015,novembre,18,declaration,Paris,Assemblee 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+247,27/01/2016,2016,janvier,27,declaration,Lyon,non,non,Najat Vallaud-Belkacem, +248,27/01/2016,2016,janvier,27,declaration,Strasbourg,Conseil de l'Europe,non,Harlem Desir, +249,28/01/2016,2016,janvier,28,conference de presse,Paris,non,non,Manuel Valls, +250,28/01/2016,2016,janvier,28,conference de presse,Paris,non,non,Bernard Cazeneuve, +251,05/02/2016,2016,fevrier,5,communique,non,non,non,Francois Hollande, +252,05/02/2016,2016,fevrier,5,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Manuel Valls, +253,09/02/2016,2016,fevrier,9,communique,non,non,non,Ministres des Affaires Etrangeres de l'Allemagne, de la Belgique, de la France, de l'Italie, du Luxembourg et des Pays-Bas +254,12/02/2016,2016,fevrier,12,declaration,Metz,non,non,Bernard Cazeneuve, +255,13/02/2016,2016,fevrier,13,declaration,Munich,non,non,Manuel Valls, +256,19/02/2016,2016,fevrier,19,interview,non,non,France Inter,Francois Hollande, +257,25/02/2016,2016,fevrier,25,interview,non,non,Europe 1,Jean-Marie Le Guen, +258,26/02/2016,2016,fevrier,26,interview,non,non,Le Quotidien de la Reunion,Andre Vallini, +259,02/03/2016,2016,mars,2,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Bernard Cazeneuve, +260,03/03/2016,2016,mars,3,communique,non,non,non,Francois Hollande, +261,03/03/2016,2016,mars,3,releve de decisions,non,non,non,France et Royaume-Uni, +262,07/03/2016,2016,mars,7,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Bernard Cazeneuve, +263,07/03/2016,2016,mars,7,interview,non,non,LCI,Thierry Mandon, +264,08/03/2016,2016,mars,8,declaration,Paris,Senat,non,Manuel Valls et Jean-Jacques Urvoas, +265,08/03/2016,2016,mars,8,declaration,Venise,non,non,France et Italie, +266,09/03/2016,2016,mars,9,conseil des ministres,non,non,non,Laurence Rossignol, +267,11/03/2016,2016,mars,11,declaration,Washington,non,non,Bernard Cazeneuve, +268,16/03/2016,2016,mars,16,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Bernard Cazeneuve, +269,16/03/2016,2016,mars,16,declaration,Paris,Senat,non,Manuel Valls, +270,17/03/2016,2016,mars,17,declaration,Paris,non,non,Thierry Mandon, +271,20/03/2016,2016,mars,20,declaration,Wattrelos,non,non,Manuel Valls, +272,21/03/2016,2016,mars,21,declaration,Paris,non,non,Bernard Cazeneuve, +273,22/03/2016,2016,mars,22,declaration,non,Senat,non,Manuel Valls, +274,22/03/2016,2016,mars,22,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Manuel Valls, +275,22/03/2016,2016,mars,22,interview,non,non,Europe 1,Manuel Valls, +276,23/03/2016,2016,mars,23,declaration,non,non,non,Najat Vallaud-Belkacem, +277,23/03/2016,2016,mars,23,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Bernard Cazeneuve, +278,23/03/2016,2016,mars,23,declaration,Paris,Senat,non,Bernard Cazeneuve, +279,23/03/2016,2016,mars,23,interview,non,non,RFI,Najat Vallaud-Belkacem, +280,29/03/2016,2016,mars,29,conference de presse,Alger,non,non,Jean-Marc Ayrault, +281,29/03/2016,2016,mars,29,interview,non,non,Public Senat,Jean-Vincent Place, +282,31/03/2016,2016,mars,31,declaration,Paris,Assemblee 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+309,19/05/2016,2016,mai,19,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Bernard Cazeneuve, +310,19/05/2016,2016,mai,19,interview,non,non,France 2,Stephane Le Foll, +311,20/05/2016,2016,mai,20,interview,non,non,LCI,Jean-Marie Le Guen, +312,20/05/2016,2016,mai,20,interview,non,non,France Info,Alain Vidalies, +313,24/05/2016,2016,mai,24,interview,non,non,Public Senat,Patrick Kanner, +314,24/05/2016,2016,mai,24,communique,non,non,non,Ministere des Affaires Etrangeres et du Developpement International, +315,24/05/2016,2016,mai,24,interview,non,non,Europe 1,Manuel Valls, +316,24/05/2016,2016,mai,24,declaration,La Rochelle,non,non,Christian Eckert, +317,24/05/2016,2016,mai,24,communique,non,non,non,Francois Hollande, +318,25/05/2016,2016,mai,25,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Najat Vallaud-Belkacem, +319,25/05/2016,2016,mai,25,declaration,Orleans,non,non,Najat Vallaud-Belkacem, +320,25/05/2016,2016,mai,25,interview,non,non,RTL,Jean-Marie Le Guen, 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+420,21/10/2016,2016,octobre,21,declaration,Berlin,non,non,Harlem Desir, +421,24/10/2016,2016,octobre,24,declaration,Paris,non,non,Bernard Cazeneuve, +422,25/10/2016,2016,octobre,25,declaration,Paris,non,non,Jean-Jacques Urvoas, +423,26/10/2016,2016,octobre,26,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Jean-Jacques Urvoas, +424,26/10/2016,2016,octobre,26,interview,non,non,BFMTV/RMC,Jean-Jacques Urvoas, +425,27/10/2016,2016,octobre,27,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Jean-Jacques Urvoas, +426,27/10/2016,2016,octobre,27,interview,non,non,France 2,Helene Geoffroy, +427,27/10/2016,2016,octobre,27,interview,non,non,LCI,Patrick Kanner, +428,28/10/2016,2016,octobre,28,conference de presse,Marseille,non,non,Jean-Marc Ayrault, +429,28/10/2016,2016,octobre,28,interview,non,non,RFI,Helene Geoffroy, +430,28/10/2016,2016,octobre,28,declaration,Marseille,non,non,Jean-Marc Ayrault, +431,28/10/2016,2016,octobre,28,interview,non,non,La Provence,Jean-Marc Ayrault, +432,31/10/2016,2016,octobre,31,declaration,Quebec,non,non,Juliette Meadel, +433,03/11/2016,2016,novembre,3,declaration,Caen,non,non,Francois Hollande, +434,07/11/2016,2016,novembre,7,declaration,Paris,non,non,Bernard Cazeneuve, +435,07/11/2016,2016,novembre,7,declaration,Paris,non,non,Jean-Jacques Urvoas, +436,07/11/2016,2016,novembre,7,declaration,Strasbourg,non,non,Najat Vallaud-Belkacem, +437,12/11/2016,2016,novembre,12,tribune,non,non,Quotidiens europeens et page Facebook de Manuel Valls,Manuel Valls, +438,15/11/2016,2016,novembre,15,declaration,Paris,Assemblee Nationale,non,Manuel Valls, +439,16/11/2016,2016,novembre,16,declaration,Cergy-Pontoise,,non,Manuel Valls, +440,18/11/2016,2016,novembre,18,communique,non,non,non,Manuel Valls, +441,23/11/2016,2016,novembre,23,declaration,Paris,Conseil des ministres,non,Jean-Jacques Urvoas, +442,23/11/2016,2016,novembre,23,declaration,Paris,non,non,Jean-Jacques Urvoas, +443,26/11/2016,2016,novembre,26,declaration,Tananarive,non,non,Francois Hollande, +444,26/11/2016,2016,novembre,26,declaration,Tananarive,non,non,Francois Hollande, +445,27/11/2016,2016,novembre,27,declaration,Tananarive,non,non,Francois Hollande, +446,29/11/2016,2016,novembre,29,declaration,Paris,non,non,Francois Hollande, +447,30/11/2016,2016,novembre,30,,Paris,Conseil des ministres,non,Jean-Marc Ayrault et Audrey Azoulay et Andre Vallini, +448,30/11/2016,2016,novembre,30,interview,non,non,RTL,Jean-Marc Ayrault, +449,02/12/2016,2016,decembre,2,declaration,Melun,non,non,Bernard Cazeneuve, +450,02/12/2016,2016,decembre,2,declaration,Nantes,non,non,Laurence Rossignol, +451,06/12/2016,2016,decembre,6,interview,non,non,RFI,Jean-Marc Ayrault, +452,13/12/2016,2016,decembre,13,declaration,Paris,non,non,Bruno Le Roux, +453,14/12/2016,2016,decembre,14,interview,non,non,France 2,Jean-Marc Ayrault, +454,15/12/2016,2016,decembre,15,interview,non,non,Le Parisien,Jean-Marc Ayrault, +455,15/12/2016,2016,decembre,15,interview,non,non,LCI,Patrick Kanner, 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Castaner, +531,27/06/2017,2017,juin,27,declaration,Paris,non,non,Jean-Yves Le Drian, +532,28/06/2017,2017,juin,28,declaration,Paris,non,non,Frederique Vidal, +533,30/06/2017,2017,juin,30,declaration,Saint-Cyr-Au-Mont-d'Or,non,non,Gerard Collomb, +534,02/07/2017,2017,juillet,2,declaration,Bamako,non,non,Emmanuel Macron, +535,04/07/2017,2017,juillet,4,declaration,Paris,Senat,non,Gerard Collomb, +536,12/07/2017,2017,juillet,12,declaration,Trieste,non,non,Emmanuel Macron, +537,13/07/2017,2017,juillet,13,interview,non,non,BFMTV,Christophe Castaner, +538,13/07/2017,2017,juillet,13,interview,non,non,France 2,Gerard Collomb, +539,13/07/2017,2017,juillet,13,communique,non,non,non,France et Allemagne, +540,18/07/2017,2017,juillet,18,declaration,Paris,Senat,non,Gerard Collomb, +541,26/07/2017,2017,juillet,26,declaration,Rouen,non,non,Gerard Collomb, +542,09/08/2017,2017,aout,9,conseil des ministres,non,non,non,Francoise Nyssen, +543,22/08/2017,2017,aout,22,interview,non,non,BFMTV,Gerard Collomb, 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